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1784, 11, n. 45, 48 (6, 27 novembre)
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MERCURE
DE FRANCE.
( No. 45. )
45. )
SAMEDI 6 NOVEMBRE 1784 .
A PAR I S.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX.
Almanach du Chaffeur, pour
l'année 1785. On y a joint des
fanfares de chaffe en musique :
enfemble , liv féparément , I
fols. A Paris , chez Royez ,
-li 4
quai
des Auguftins
.
L'art de faire ceffer la pefte ou
les épidémies les plus terribles ,
dans tel temos & danstel lieu que
ce foit; par M. Laugier , Docteur
en Médecine de Montpellier première
partie , in 8.1 1. 4 f. A
Pari , chez l'Auteur , rue Git-le-
Caur, hôtel S. Louis; & chez Morin
, Libr. rue S. Jacques.
Les trois Héroïnes Chrétiennes
, ou Vies édifiantes de trois
jeunes de moifelles , par M. l'Abbé***
; feconde éditions 1 vol.
7-12. de 302 pag. br. liv. 19
To's rel. 2 liv. A Paris , chez
:
Benoit Morin , Libr. rue Sai
Jacques.
Plus heureux que fages , Pro
verbe en vers & en trois actes :
in - 8 ° . br . 18 fols . A Paris , cheq
Pichard, quai & près des Théatins.
Répertoire univerfel & raifenné
de Jurifprudence civile , criminelle
, canonique & bénéficiale
ouvrage de plufieurs Jurif
confultes , mis en ordre & -pablié
par M. Guyot , Ecuyer , ancien
Magistrat , nouvelle édition,
corrigée & augmentée , tant des
loix nouvelles , que des Arrêts
rendusen matière importante par
les Parlemens & les autres Cours
du Royaume , depuis l'édition
précédente. Tomes III & IV :
A Paris , rue de la Harpe , près
•Serpente ,&chezles principaux
Libr . des .
Provinces de France.
CL..
"1.
AY. 18. Hitoire des Dieux & des Hé-
On trouve chez Leroy.rue S.ros fuivant la fcience herméti-
Jacques ', vis- à-vis celle de la Parque ; 2 vol. ir- 8°. relies 6 liv.
cheminerie : De l'Adminiftration d'ure
terre , avec des inflructions pour
les rég fleurs : 7-16 rel . 2 1.8 f.
Traité de l'avantage que la
phyfique pourra retirer des arénf
Hiftoire de France ; par le P.
Dariel : 16 vol. in 4. rel. 1oo 1 .
Hiftoire Ecclefiaftique par
Tillemont: 16 vel . in- 4 ° 96 liv.
Hiftoire des Empereurs ; parta par M. PAbbé Bertholon :
le même : 6 vol. in-4 ° . 36 liv. in -8 ° . liv. 16 fols.
Hiftoire véritable & merveil- Collection du Journal des Savans
: en 374 vol. in 12 bien re- leufe d'une jeune Angloife :
liés , 450 liv.
Traité des bénéfices ; par Gohard
: 7 vol. in-4 °. rel . 42 liv..
Code de l'humanité : 13 vol.
in 4°. reliés , 111 liv,
Neuvelle Traducion de la
Eible lon la Vulgate 13 vol.
4. el en 2 ~2 liv .
Pratique des Cfficialités : 2 vol.
4. 15 liv . in
Gavres de Beffuet : 12 vol .
in-a . rel. 138 liv.
Les Hommes lures de Plutaique
, par Dacier : 8 vol. in-4° .
tel . 56 liv
Bibliothèque des Auteurs Eccléfiaftiques
: 31 vol . in - 8 ° . rel .
31 liv.
Of trouve chez Royez , Libr .
quai des Auguftins , à la defcente
du Pont-Neuf.
L'Epride l'hiftoire générale
de l'Empire , depuis l'an 476 ,
jufqu'à la paix de Weftphane ;
ouvrage enrichi des concordan
ces de l'hiftoite : 1784 , 1 vol.
in-8 ° . 7 liv. 10 fois
Traité fur l'air inflammable
des maraiss par Volta : 1 vel.
in 80: 3 liv.
Réflexions morales & philofophiques:
vol. in- 18 . 2 liv. 8 f.
La Philofophic des vapeurs ,
I vol. in- 16. liv. 16 fels.
Fables & Contes philofophi
ques , avec une table des Moralifes
: in-16. 1 liv . To fels.
Plan généras & philofophique
de Pedegarion nationale : in- 8
2 Hr. 12 fols.
Eouvelle édit. in 12. 1 l. 4 f.
Muller , Zoologia danica.
Lipfia , 1784 , in 8. 3 liv.
ARRE 7 S.
Ordonnance de Police , concen
art les marchandifes de
bois à briter qui fe débitent chez
les Regratiers de cette ville ,
fauxbeings & banlieue de Paris ,
fous la dénomination de Fa
lourdes , Fagets & Cotterets ;
& qui fixe tart les différens prix
de ces marchandes que leurs
dimenfions ; du vingt neuf Septembre
1784. A Paris chez
Lot in aîné , & Lottin de Saint-
Germain , Libr. Impr . rue Saint
André-des- Arcs , nº. 27 .
GRAVURES.
Charles Gravier , Comte de
Vergennes , Cenfeiller d'Etat
ordinaire , Min ftre & Secrétaire
d'Etat , Chef du Confeil roval
des Finances , Eftampe de dixhuit
pouces de haut fur treize
de larges gravée par Vangel fii ,
d'après Callet , Feintre du Roi :
18 liv. A Paris , à l'ancienne
grande. Pofte , rue des Foffes S.
Germain - l'Auxerrois,
Mars & Venus , Eftampe ca
couleur , gravée par J. B. Chapuy,
d'après Rotherhamer : 91.
A Paris , chez Mafard , Graveur
, rue & porte S. Jacquis I
Le Reverant , Eftau pe gravée
rar B.- Chapuy . A Paris , chez
l'Auteur , rue & norte S. Jacques ,
Cafe Aubertin.
Vigilance d'Alexandre
, L
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles,
Les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de l
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 NOVEMBRE 1784.
A
PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
$
345
TABLE
PIÈCES
Du mois d'Octobre 1784.
FUGITIVES.
49
Epure aux Femmes ,
L'Heureufe Défiance, Conte , 6
A mon Pêcher ,
Les Crimes & les Châtimens ,
Fable ,
Portrait d'Aglaé ,
L'Ombre de M. de Gébelin ,
521
53
97
Nouveaux Mémoires de l'Aca ·
démie de Dijon ,
Nouveau Théâtre Allemand
80
·
104
115 Les Hochets Moraux ,
L'Automátie des Animaux , 119
La Promenade de Province .
124
Difcours qui a obtenu l'Accef-
Invitation de la Loge des Neuf fit aujugement de l'Académie
de Befançon,
ib. Le Criminelfans lefavor , 167
Soeurs ;
Envoi d'Hurluberlu ,
99
150
Vers à M. le Comte de la Le Siècle des Bailons , ་ 7༠
145
146
Touraille,
Coupler ,
L'Anatomifte Dupé, Conte 147
A M. le Comte d'Oels , 193
Coupler d Mme la Comteffe de
194
A me la Comteſſe Des ***,
ibid.
***
Effai de Traduction d'un Dif
tique lacin ,
Sermons de M. Hugh Blair,
172
Euvres de M. le Marquis de
Pompignan ,
VARIÉTÉS .
200
Réponse de l'Auteur du Poëme
des Danaïdes , 86
Lettre aux Rédacteurs du Mercure
, 132
195 Lettrefurla Veftale de Legros.
185
ibid. Lettre au Rédacteur du Mercure
,
Pour le Bufte de Mlle Sophie
Arnoult ,
Charades , Enigmes & Logo-|
gryphes , 23 , 59 , 101 , 148 ,
196
NOUVELLES LITTER.
219
SPECTACLES .
Académie Roy. de Mufiq. 39 ,
126
Les Druïdes , Tragédie , 25 Comédie Françoiſe , 174
Hiftoire de Provence , 61 Comédie Italienne , 178 , 227
De la Tragédie , pour fervir Annonces & Notices , 42 92 ,
defuite aux Lettres de Vol- 139 , 187 , 234
taire , 711
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 NOVEMBRE 1784.
PIÈCES
FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE,
LE VER LUISANT ET LE ROITELET
UN
Fable.
N Ver luifant , très- orgueilleux,
Difoit , des aftres radieux ,
Je ſuis & l'égal & le frère;
Pourquoi rampé - je fur la terre ?
Je devrois habiter les cieux .
Un Roitelet du voifinage
Entend ce rifible langage ,
Quitte fon petit hermitage,
Et va droit à l'être brillant :
Vile & ftupide créature ,
Lui dit-il en le becquetant ,
Ignore-tu que ta parure
駕A ij
MERCURE
N'eft qu'un mépri fable clinquant
Que le grand jour fait diſparoître ?
J'apprends trop tard à me connoître ,
Répond l'Infecte en gémiſſant :
Hélas ! au bout de ma carrière
Je ne fuis que trop convaincu
Que fans cette foible lumière
Tu ne m'aurois pas apperçu.
L'obſcurité convient au Sage ,
Elle plaît aux gens éclairés.
Demi- Savans , habits dorés ,
Cet apologue eft votre image.
(Par M. Crommelin de Guife. )
ÉPITAPHE de Madame LO BREAU ,
Ancienne Directrice de Spectacles de Lyon,
morte le 26 Août 1784 .
Cr-Gir , dont les vertus honorèrent Thalie ,
Qui , pour plaire au Public , fut ne rien négliger ;
Et de tous les plaifirs qu'on perd avec la vie ,
Ne regretta que celui d'obliger.
( Par M. M*** de Saint- Aubin. }
1
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure precédent.
LE mot de la Charade eft Mercure ; celui
de l'Enigme eft Flambeau ; celui du Logogryphe
eft Papier, où l'on trouve Pape , épi ,
repi , tape , pipe , pie , Priape , apir , & la
note ré.
1
CHARADE.
Si vous m'enlevez mon premier ,
De mon tout je fuis le contraire ;
Et mon premier eft toujours néceffaire
A tel qui veut bien faire mon dernier.
( Par M. R..... , fils aîné , Abonné. )
ÉNIGM E.
On voit en l'air une maiſon
Qui peut paffer pour labyrinthe ,
Où ceux qui cheminent fans crainte
sont arrêtés en trahiſon .
C'est une fatale prifon ,
Un lieu de gête & de contrainte ,
Où leur pauvre vie eſt éteinte
Par un monftre plein de poifon.
Sa malice eft ingénieufe ,
A iij
6 MERCURE
Et de Vulcain la main fameufe
Dreffe des pièges moins fubtils ;
Son art de bâtir eft extrême ,
Et la matière & fes outils
Se rencontrent tous en lui-même.
(Par M. l'Abbé le Dru , Prieur à Provins.)
LOGOGRYPHE
D'UN Dieu , fils de la nuit , je ſuis l'un des Miniftres ;
Tantôt doux , bienfaiſant , tantôt des plus finiftres.
Soudain , par mon pouvoir , le pauvre eft enrichi ;
Le riche devient pauvre au fein de l'opulence ;
L'homme libre eft aux fers , l'esclave eft affranchi ;
Par moi le malheureux voit luire l'eſpérance ;
J'élève les petits & j'abaiſſe les grands ;
Je détrône les Rois & confonds tous les rangs.
Voilà de mon empire une efquiffe légère.
> Dans fept pieds je recèle , à l'ombre du mystère ,
Ce nouvel Amphion , dont les fi doux accords
Ont sû toucher le Dieu qui règne aux fombres bords ;
Un chef d'oeuvre Tragique enfanté par Voltaire ;
Une ville jadis Reine de l'Univers ;
En Grèce une prefqu'Ifle à fes Maîtres rébelle ;
Un Grec déifié pour prix de fes beaux vers ;
Un élément perfide ; un des noms de Cybèle ;
Et ce métal enfin qui rend l'homme pervers.
(Par M. le B. de Valbert. )
DE FRANCE. 7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ELOGE de Bernard de Fontenelle , Difcours
qui a remporté le Prix de l'Académie Francoife
en 1784 , par M. Garat. A Paris
chez Demonville, Imprimeur Libraire de
l'Académie Françoiſe , rue Chriftine .
Si l'amitié étoit néceſſairement une raiſon
de tout aimer , de tout louer aveuglément
dans l'Ouvrage d'un ami , de quelque pen de
poids que puiffe être mon jugement , je devrois
me récufer ici , me défendre de rien
écrire fur le nouveau Difcours qui a mérité
à M. Garat une troisième couronne. Intimément
lié avec lui depuis le moment où il eſt
entré dans la carrière Littéraire , accoutumé
avec lui à cette communication de penfées
qui a prefque l'intérêt de celle des fentimens
dans le commerce de deux Hommes de Lettres
, bien moins riche que lui dans ce commerce
, & y recevant beaucoup plus que je
n'y porte , on pourroit me croire , & je poutrois
me croire moi- même féduit d'avance :
hi je fentois en moi cette difpofition , je me
la pardonnerois aifément , comme la plus
douce & la plus excufable des erreurs ; mais
je m'impoferois le filence ; je refpecterois
trop le Public , pour ne lui offrir que des
louanges qui rifqueroient d'être exagérées ,
A iv
MERCURE
lorfqu'il a droit d'attendre au moins une difcuffion
impartiale. Je chérirois affez la gloire
de mon ami , pour ne pas le priver d'un fuffrage
plus libre & d'une critique utile , qu'il
pourroit recevoir d'un autre Homme de
Lettres. Je ne connois rien , pour le vrai
talent , je ne dirai pas de plus pernicieux ,
mais de moins flatteur , qu'une admiration
fans règles , fi ce n'eft une admiration de complaifance
& d'adulation. Votre Maître n'at'ilpas
d'affez bonnes qualités pour que vous
puiffiez avouer fes défauts , difoit le bon , le
généreux , le brave Henri , à un Ambaffadeur
baffement circonfpect. Traitons les talens
comme les Puiffances ; honorons les par
notre franchiſe , comme par nos reſpects ;
que la févérité de notre critique rende témoi
gnage de la fincérité de notre admiration . Il
eft des Ouvrages dont la critique même doit
couvrir la foibleffe par beaucoup d'indulgence
; il en eft d'autres qui ont droit à fa
plus rigoureufe juftice . Je ne diffimule pas que
je cherche ici la fatisfaction de faire entendre
ma voix dans le triomphe d'un ami ; mais
ma fincérité fera le premier hommage que
je lui rendrai . Je difcuterai fon Ouvrage ,
comme il a difcuté ceux de Fontenelle , &
comme je defirerois qu'il appréciât les miens ,
fi jamais ils devenoient dignes de foutenir
un tel examen. Au refte , ne donnons pas aux
chofes une importance & une gravité qu'elles
n'ont pas. Quel eft l'homme d'un goût affez
sûr pour ofer fe promettre d'affigner leur
DE FRANCE.
୨
véritable rang aux productions de l'eſprit ?
Il faudroit d'ailleurs qu'il jugeât à une certaine
diſtance des Ouvrages & des perfonnes
; qu'il pût échapper à l'influence de toutes
ces chofes qui relèvent ou abaiffent fi fouvent
les fuccès , fans décider du mérite. Ces
difcuffions Littéraires peuvent fouvent fatiguer
le plus grand nombre des Lecteurs , à
qui il en coûteroit trop de tant réfléchir fur
des objets qui les ont foiblement & vaguement
occupés. Mais en exerçant l'efprit des
gens de l'art , elles ont droit de les intéreffer ,
& même de les fervir . On les voudroit courtes
; mais elles ne peuvent avoir l'eſpèce de
mérite qu'elles doivent chercher , fans quelqu'étendue.
Je préviens que je pourrai paffer
ici les bornes ordinaires. Mais la variété
piquante du fujet , le genre même de l'Ouvrage
fur lequel j'écris , Ouvrage qui eft inftitué
pour la gloire & l'utilité des talens , &
l'intérêt qu'infpire un jeune Écrivain , qui
ajoute fans ceffe aux grandes eſpérances qu'il
a données , en m'entraînant dans de longs
détails , pourront les juſtifier .
Le ton & la marche de Difcours que
M. Garat a adoptés , convenoient bien au
fujet ; j'en développerai tout - à - l'heure le
mérite & les avantages ; mais on peut bien
faire de plus d'une manière ; & je crois qu'il
ſe préfentoit ici une raifon & un moyen de
changer heureufement jufqu'à la forme de
ces Difcours .
A v
10 MERCURE
Ce fujet , quoique très étendu & très várié
, ne préfentoit ni un grand éclat ni un vif
intérêt , il offre un Écrivain plus fingulier
qu'impofant ; un homme qui n'a rien de
plus frappant que l'habile fage ffe qui a rendu
fi paifible une vie fi longue. Ainfi ce fujer ,
repouffant tout enthoufiafme , le prêtoit
peu au ton oratoire. Le ton oratoire perdant
ici fon effet , n'eûr il pas été adroit &
heureux , non- feulement de le quitter fouvent
, mais même d'en prendre un contraire ,
de mettre autant de foin à l'éviter qu'on en
mettroit dans un autre Ouvrage à s'y élever
& s'y foutenir ? Il eft bon fouvent d'imiter
le dépit de ce Peintre , qui , ne pouvant
réuflir à faire une Déeffe , voulut rabaiffer
fon tableau à une fimple Bergère , & dut
encore un chef- d'oeuvre à fon défeſpoir
même. On auroit pu obtenir le même fuccès
en fe bornant à une analyfe fine & élégante
du talent de Fontenelle , & à une peinture
fidelle de fon caractère . Par une rencontre
favorable , on trouvoit dans cet Écrivain
même le modèle du genre d'efprit & de ſtyle
avec lequel il convenoit de le louer. Il eft
des oppofitions qui plaifent ; pour ne pas
fortir de l'efpèce de l'objet fur lequel je raifonne
, on a été agréablement furpris de voir
l'admirable inftinct de La Fontaine, fi bien
faifi par la fineffe des obfervations de M. de
Champfort. Mais une reffemblance du ten
avec l'objet , fur - tout lorfqu'elle fe trouve
difficile à faifir , plairoit encore plus sûreDE
FRANCE. II
ment. Fontenelle a inftitué un genre d'éloges ;
c'eft là où il a particulièrement imprimé
tous les caractères de fon talent . On auroit
aimé à le voir imité par celui qui ie louoit ,
à le voir infpirer & diriger l'efprit qui s'oc
cupoit à le faifir & à le juger. Mais , en imitant
Fontenelle , fon Panegyrifte , ou plutôt
fon Appréciateur , pouvoit , en plusieurs
points , s'écarter de fa manière. Fontenelle
parcouroit , avec une préciſion heureuſe , les
differentes parties de la gloire qu'il avoir à
célébrer la fienne pouvoit être plus approfondie.
Les progrès même qu'il a fait faire
à l'efprit humain , permettent & ordonnent
d'entrer plus avant dans les chofes. En
nous exerçant à la penfée & à la difcuffion ,
il nous a rendus capables d'embraller plus
d'objets , & de les confidérer fous plus de
faces. Les vûes fuperficielles ne fuffifent
plus ; les forts réſultats nous accableroient
encore ; nous fommes à l'époque où les développemens
nous font utiles & néceffaires.
Fontenelle faifoit l'éloge d'hommes dont la
mort étoit récente. Le temps des ménagemens
n'étoit pas paffé ; celui d'une vérité entière
, d'un jugement libre & impartial
n'étoit pas venu. Pour lui , fa mémoire appartient
maintenant à la juſtice des fiècles.
Il n'eft plus permis de parler de fes beautés ,
fans montrer les défauts ; fon éloge ne peut
plus être féparé de notre inftruction ; fon
éloge même , pour éternifer fa gloire , doit
la renfermer dans fes véritables bornes. D'ail-
A vj
12 MERCURE
leurs , il a porté dans l'art des ménagemens
une retenue dont il ne faut pas toujours le
faire une règle ; il eft digne qu'on porte fur
lui des regards plus hardis qu'il n'en portoit
fur les autres. Il convenoit aufli , en emprun
tant une forme d'éloge , propre à l'Académie
des Sciences , de lui communiquer
quelques unes des chofes qui élèvent plus
haut ce genre dans l'Académie Françoiſe ,
d'autant plus qu'elles s'offrent d'elles mêmes
dans ce fujet , & qu'elles l'enrichiffent fans
le dénaturer. Malgré la fimplicité de fon
ton , & la févère précifion de fa marche ,
ce Difcours fe plaçoit dans un cadre impofant.
On ne peut juger Fontenelle fans
toucher aux deux plus belles époques de
l'efprit humain. Né dans le moment du plus
grand éclat du fiècle des Arts , Fontenelle.
n'eut rien de commun avec tous ces grands
Hommes , au milieu defquels s'écoula une
partie de fa vie. Mort dans la plus grande
effervefcence du fiècle philofophique , il
parut préfider à une révolution où il fut encore
furpaffé par fes contemporains . A quoi
a tenu une destinée fi fingulière ? Voilà le piquant
problême qu'offroit ce Difcours . Pour
le réfoudre , il falloit bien étudier l'Homme
& l'Écrivain , montrer l'influence qu'ils eurent
l'un fur l'autre. La féchereffe de l'ordre
chronologique pouvoit difparoître par une
divifion où le fujet fe feroit développé également.
Nous voyons d'abord dans Fontenelle
un Bel- efprit , le Bel- efprit devient enſuite
DE FRANCE.
13
un Philofophe , le Philofophe chez lui achève
l'Écrivain ; l'Écrivain & le Philofophe fe
confondant avec l'homme , le montrent tout
entier. Le fujet pris ainfi , offroit quelque
chofe de vif& de noble, qui s'agrandiffoit par
le double lointain des deux beaux fiècles auxquels
il s'unit de toutes parts ; il admettoit
donc la verve du ftyle oratoire , même en
en excluant les formes & la marche . On
peut regretter que ce plan , qui fe préſentoit
affez facilement , n'ait pas été faifi par un
Écrivain digne de le remplir. Nous aurions
à comparer deux Ouvrages d'un genre oppofe
, qui , en offrant chacun les beautés qui
leur font propres , auroient pu encore fe
relever & s'embellir par leur contraſte.
M. Garat a conçu fon Difcours fur un autre
plan . Il a vu que c'eût été manquer au
goût , à la raison , à la juſtice , à l'attente de
Ï'Académie & du Public , que de ne pas faire
un examen fincère des défauts & des beautés
de Fontenelle , que c'étoit trop peu de ne pas
louer fes mauvais Ouvrages , qu'il importoit
d'attaquer des défaurs qui ont féduit &
qui pourroient feduire encore ; & il a cherché
dans le ton de fon Difcours la dignité
d'une forte de jugement fur un Écrivain
d'une grande renommée , d'un jugement
porté dans le premier Corps Littéraire de la
France , & , en quelque forte , en fon nom.
Pour juger Fontenelle , il falloit donc tou
jours employer la difcuffion ; mais elle pou14
MERCURE
voit recevoir de l'éclat & du mouvement
par le tableau des objets fur lesquels le talent
de Fontenelle s'eft exercé , & par la compa
raiſon des talens avec lefquels il a rivaliſé.
Alors le fujet offroit peu d'émotions pour
l'âme , mais beaucoup de vûes pour l'efprit.
Avec un fujet fi varié & un talent fi fécond
en idées , M. Garat ne pouvoit guères fe réfoudre
à faire des facrifices : auflì , loin d'affecter
la précision , il étonne au contraire
par fon abondance. Cette manière de voir &
de fentir a produit un Difcours qui , en géneral,
a plus encore les formes que les effets de l'eloquence,
qui garde toujours un ton élevé , lots
même que les penlées ne font que fines ,
qui marche plutôt dans un calme impofant
qu'avec une rapidité brillante , qui ne reffemble
pas plus aux autres éloges de l'Académie
Françoife , qu'à ceux de l'Académie des
Sciences , & qui eft proprement une differtation
oratoire, non feulement fur les Écrits
& la perfonne de Fontenelle , mais encore
fur tous les objets de littérature & de philofophie
qu'a traité Fontenelle. Ce plan avoit
de grands avantages pour amener de grandes
beautés ; mais il pouvoit affoiblir l'intérêt ;
car chaque eſpèce d'Ouvrage a le fien.
Dans le deffein que j'ai de m'arrêter tourà
tour fur les beautés & les défaurs qui me
frappent dans le Difcours de M. Garat , je
l'examinerai fous trois afpects : l'appréciation
du fujet , l'ordonnance de l'Ouvrage &
le ſtyle.
DE FRANCE
15
Bien des gens croyent que le fuprême mé
rite dans un éloge , eft d'exagérer habilement
le mérite du Héros , de paffer avec encore
plus d'adreffe fur les taches de fa vie , les
imperfections ou les écarts de fon génie.
C'eft à ces endroits qu'ils obfervent l'Orateur
avec le plus de foin. S'ils le voyent parler
en homme libre , ne rien diffimuler ,
quelquefois même blâmer ouvertement , ils
crient à la mal adreffe , à la difconvenance ,
quelquefois même au ſcandale. J'ai vû des
perfonnes , qui ont d'ailleurs du goût & de
la raifon , férieufement révoltées des reftrictions
que M. Garat a mifes fouvent à la plus
vive admiration que Fontenelle ait jamais
excitée. Ainsi, les ferviles ménagemens de nos
moeurs veulent régner juſques dans la philo
fophie & l'éloquence ; nous recherchons encore
les formes de la flatterie dans la diftribution
de la gloire. Comment peut- on à ce
point aimer le faux & s'effaroucher du vrai ?
Qui a t'il donc de noble & d'utile dans ces
éloges que l'on décerne aux grands Hommes ,
fi la juftice n'y préfide pas ? Quelle confiance
prendrai je dans votre admiration , fi elle ne
me gagne pas par des tons de vérité , fi vos
plaintes & vos reproches ne la fufpendent
pas quelquefois ? Et quelle vie n'a fes fautes
? Quel mérite n'a fes taches ? Je dirai
plus ; fi l'objet propofé en éloge méritoit
plus de blâme que de louange , ce feroit le
blaine qu'il faudroit lui prodiguer , pour ne
manquer ni au goût ni à la vertu. Il est vrai
16 MERCURE
.
qu'alors il faudroit effacer le mot d'éloge .
Et pourquoi ne le quitteroit- on pas dans tous
les cas ? Il fent encore trop l'adulation ; il
diminue l'autorité de la vraie gloire ; il embarraffe
quelquefois l'Écrivain ; il diffimule
au Public l'espèce d'Ouvrage que lui même
defire & qu'il doit juger . C'eſt donc un mérite
effentiel dans le Difcours de M. Garat ,
que d'être un jugement plutôt qu'un panégyrique
; & ce mérite , trop rare dans les éloges
, devoit fur tout commencer à celui de
Fontenelle. Voyons comment l'Auteur a apprécié
cet Écrivain. Je combattrai fouvent
fes avis ; quelquefois je lui reprocherai de
s'être mal à propos écarté de l'opinion générale
; d'autres fois j'examinerai s'il n'y auroitpas
eu plus de jufteffe à en établir une contraire
: il fera aifé , fans que je les marque , de
diftinguer ces divers objets.
Il faut bien que je commence par de
grands éloges , puifque le premier morceau
du Difcours me paroît excellent ; l'exorde eft
une vue ferme & noble fur tout le fujet ; il
annonce de plus le genre d'idées , la marche
de Difcours & le ton de ftyle qui doivent
régner dans tout l'Ouvrage.
Qu'eft ce que Fontenelle? Eft - ce un belefprit
, eft- ce un homme de talent , eft ce
» un homme de génie ? Sa longue'carrière a
» été partagée prefqu'également entre deux
» fiècles , celui des Arts & celui de la Phi-
99
lofophie. Dans le premier , Fontenelle a
» eu pour ennemis & pour détracteurs , les
DE FRANCE. 17
و د
" premiers Écrivains de la Nation , les arbi-
" tres du goût , les Racine , les Boileau , les
» la Bruyère ; dans le fecond , Voltaire ,
Montefquieu , les premiers génies de la
' France , l'ont mis au rang des grands Hom
» mes , & il n'a eu pour ennemis & pour
» détracteurs que ceux qui le font de tous
» les noms célèbres , de toutes les réputa-
» tions éclatantes . La poftérité femble refter
encore indécife entre l'opinion de deux
fiècles ; & c'eft à vous , Meffieurs , qu'il
appartenoit de dicter fes arrêts , de fixer
» la place de Fontenelle entre toutes les renommées
Littéraires. En lui décernant un
éloge public , c'eft fans doure un jugement
que vous avez demandé ; mais être jugé en
votre nom dans cette affemblée folennelle,
c'eft déjà un honneur qui n'a pu être accordé
qu'à un Écrivain du premier ordre.
Ainfi , chez un peuple fameux dans l'antiquité
, par fes loix & par fes ufages , la
» cendre feule des Rois étoit foumiſe à ce
» Tribunal fuprême , qui accordoir ou refu
» foit les honneurs du maufolée . Dans ces
» lieux , pleins du nom & de l'autorité de
و د
و ر
ود
ود
"2
Racine & de Boileau , en louant Fonte-
» nelle , je croirai parler toujours en leur
préfence; mais c'eft par mon courage à
dire la vérité , que je leur témoignerai fur-
» tout mon refpect . Heureux fans doute le
Panégyrifte d'un homme célèbre qui , ne
» voyant aucune tache dans le talent qu'il
» va louer , peut fe livrer tout entier au
"
+8
MERCURE
32
20
ود
fentiment fi doux de l'admiration & de la
reconnoiffance ; qui , retraçant une gloire
» chère à tous les coeurs , refpectée des
goûts les plus divers , réveille facilement
» des impreffions gravées dans toutes les
âmes , & voit la fenfibilité d'une Nation
» entière prête à fuppléer à tout ce qui peut
manquer à fon éloquence ! Heureux en-
» core celui qui , voyant dans un esprit fupérieur
des fautes que la haine & l'envie
» ont exagérées , que l'efprit de fects &
"
»
l'amitié ont voulu diffimüler , s'avance au
» milieu des enthoufiaftes & des détracteurs ,
» pour faire , avec candeur & avec vérité , le
" partage de ce qu'on lui doit d'eflime sc
ور
de reproche , le blâme quelquefois fans
» ménagement , pour acquérir le droit de
» le louer fans réferve ! Je m'attacherai fur-
» tout , dans cet éloge , à tracer ce tableau
unique dans notre Littérature , d'un Écrivain
qui , au moment où tous les Arts
font parvenus à la perfection , féduit fou
» vent le goût par les défauts , l'étonne &
» le bleffe quelquefois par les beautés même ,
» échappe toujours , par fon extrême originalité
, au jugement de toutes les règles
» connues , & n'a pu être apprécié que par
» de nouveaux principes & un nouveau
» fiècle de lumières . Sa vie , dans la morale ,
39
99
paroîtra une espèce de phénomène , com-
» me fes Écrits dans la Littérature . Il éton
nera le Philofophe par le caractère de les
» vertus , comme l'homme de goût par celui
DE FRANCE. 19
99
و ر
» de fes Ouvrages. Quels que foient les fen-
» timens & les opinions de ceux qui écou
» teront le Panégyrifte de Fontenelle , il n'eft
perfonne qui ne doive s'intéreffer à fon
éloge la prévention qui méconnoît fon
» mérite , & celle qui l'exagère , doivent
» être également attentives ; car fi la gloire
» eft le tréfor le plus précieux dont difpo
» fent les Nations , fi elle fait naître les talens
qu'elle récompenfe , il eft de l'intérêt
» de tous les hommes qu'elle foit diſpenſée
» avec équité.
"
"
En entrant dans fon fujet , l'Orateur commence
par tracer un tableau de la Littéra
ture au moment où Fontenelle a commencé
d'y paroître. On a reproché à ce morceau
de n'avoir pas la magnificence des objets &
la nouveauté des réflexions que promettoit
- l'examen d'un Écrivain Philofophe. Je trouve
de la vérité dans ce reproche. Mais je ne puis
me refuser à détacher de ce morceau quelques
lignes , où l'on reconnoîtra des oblervations
auffi neuves que bien énoncées.
99
Du milieu de tous ces chef d'oeuvres des
Arts , qui , en peignant l'homme & la na-
» ture , apprenoient à les connoître , commençoit
déjà à fortir une philofophie en-
" nemie des abftractions & des fyftêmes ,
33
"
fondée , comme les talens de l'imagina-
» tion , fur l'obſervation & l'expérience de
» nos fentinens : dejà l'on prévoyoit le mo-
» ment où les Sciences alloient pi endre quel
29
que chofe de l'éclat des beaux Arts , où la
20 MERCURE
و ر »gloireduPhilofopheferoitauffibrillante
» & auffi répandue que celle de l'Orateur &
» du Poëte. »
On fait que Fontenelle a écrit dans prefque
tous les genres de Littérature , & qu'il
n'a commencé à fe montrer un Éctivain fupérieur
qu'en fe bornant aux Écrits d'un Littérateur
Philofophe & d'un favant homme
d'efprit. Comment a- t'il pu fe méprendre à
ce point , & fi long-temps fur fa vraie defti
nation ? C'eft une queftion très piquante ,
& que l'Auteur a très bien développée & dé
cidée. Ce morceau me paroît traité avec une
métaphyfique excellente , mais qui n'eft peutêtre
pas affez rapprochée du commun des
Lecteurs. J'aurai tant d'autres morceaux à
citer , que je ne puis le rapporter ici . Je prie
les Lecteurs qui mettent quelqu'intérêt à la
difcuffion qui m'occupe , de juger entre l'Au
teur & moi , en me fuivant dans l'examen de
ce Difcours.
L'examen de cette queftion conduit l'Auteur
à ce réfultat.
"
"
" Fontenelle , dont l'efprit fage conçoit
» une ambition fi hardie , donnera un exemple
mémorable de la vérité qu'il a mé-
» connue. On le voit , dans fes Écrits , approcher
par degré de la perfection , à ine-
» fure que les genres & les objets qu'il
» traite exigent moins de fenfibilité & plus
» de réflexion ; ne mériter aucun éloge
» comme Poëte ; joindre à des paradoxes
qui ne font qu'ingénieux , des vûes neuves
» & profondes , en écrivant fur la poéti-
"
DE FRANCE. 21
و ر
و د
que , fur la morale & fur l'hiftoire ; &
» ne montrer enfin toute l'étendue , toute
la jufteffe & tous les caractères de fon
efprit , que lorfque , fortant de lui même ,
» où il rencontre toujours des bornes dans
» les bornes de fes paffions , il cherche fa
gloire dans l'étude de la Nature , qui n'a
» point de limites , & qui eft toute entière
» fous fes yeux. »
و د
Sans l'avoir marquée , l'Auteur a fuivi la
marche que le fujet même indiquoit . Il commence
par s'arrêter fur les différentes poéfies
de Fontenelle , qui ne font que des productions
de bel efprit. On pouvoit les confidérer
en maſſe ; M. Garat n'a pas dédaigné de
s'arrêter long- temps fur les deux parties principales
, les Opéras & les Églogues.
Il en fait une critique pleine de goût &
d'efprit ; mais enfuite ne les loue- t'il pas exceffivement
?
J'ai effayé plufieurs fois de lire les Opéras
. J'avoue que , ne portant d'autre intérêt
dans cet examen que mon plaifir , & ne le
trouvant jamais , je n'ai point achevé. Je ne
fuis donc pas en droit de leur conteſter toutes
les brillantes qualités que M. Garat y a vûes ;
mais il me femble qu'il n'en a convaincu
perfonne ; & alors il eft fort à craindre qu'il
ne fe foit trompé.
J'ai les inêmes chofes à dire fur le morceau
des Églogues. Toujours une excellente
critique des défauts ; enfuite des éloges qui
me paroiffent outrés . J'avoue bien que dans
22 MERCURE
les dix Églogues de Fontenelle , il y en a trois
ou quatre qui ont un fonds très piquant &
de très heureux détails . M. Garat les loue
fur- tout pour l'invention toujours agréable
des fujets , & le deffin toujours ingénieux &
fimple de l'action , & il prouve très bien ces
louanges par le tableau qu'il trace des ſcènes
qui forment ces Églogues. Mais il ne dit pas
affez combien l'abfence continuelle d'imagination
& de fenfibilité détruit l'effet de ces
fcènes , & combien ces Ouvrages , n'ayant
jamais qu'un mérite qui ne leur convient pas ,
reftent au- deffous de ceux qui ont été produits
par le vrai talent. Il feroit injufte fans
doute de ne pas aimer beaucoup de chofes
dans les Églogues de Fontenelle. Mais peuton
les appeler des Ouvrages charmans ? Eftil
vrai encore qu'il y ait dans ces Églogues
un fi grand mérite philofophique ? Que Fontenelle
ait découvert tant de traits nouveaux
& prefque imperceptibles dans l'amour..... de
ces plaifirs que les âmes paffionnées laiſſent
perdre dans la foule ou dans les tranfports de
leurs jouiffances. Eft- il vrai que Fontenelle
rappelle des faits qu'on avoit oubliés , des
fenfations qu'on n'avoit jamais démêlées ;
que les fentimens de Fontenelle foyent des
apperçus profonds , &c. Je viens de relire fes
Eglogues ; plufieurs m'ont plu beaucoup ;
jamais elles ne m'ont intéreffe encore
moins charmé ; j'y ai remarqué une foule de
choſes très fines , très ingénieufes , quelques
traits qui ont vraiment de la grâce , & même
DE FRANCE.
23
de la poéfie ; mais je n'en ai reçu aucunes
de ces impreffions que M. Garat vient d'exprimer.
Je trouve dans cet endroit du Difcours
des idées d'une métaphyfique fi fine , que je
ferois fort tenté de les croire fauffes. Il eftdes
momens où les âmes les plus fenfibles , fatiguées
de leurs paffions , en aiment mieux l'hif
toire , qui les fait réfléchir avec intérêt , que
le tableau énergique qui les remue & les agite
encore. Voilà , felon l'Auteur , pourquoi
Fontenelle peut plaire encore après Téocrite
& Virgile. Cette explication me paroît amenée
de bien loin. Si Fontenelle plaît quelquefois
, c'eſt par des traits qui fe rapprochent
du langage des vrais Poëtes :
Elle m'eut en fuyant dit quelques mots tout bas
Avec fa douce voix & fon doux embarras.
Voilà de la grâce de La Fontaine.
Quand il peint ainfi l'impatience amoureufe
d'un Berger :
Quel fiècle jufqu'au foir ! il meſure des yeux
Le tour que le foleil doit faire dans les cieux ;
Il faut que fur ces monts ce grand aftre renaiſſe ,
S'élève lentement & lentement s'abaiſſe.
Dans ces beaux vers , il y a quelque chofe
de Virgile. Dès qu'il rentre dans le ton
qui lui eft propre , il plaît d'une autre
manière , & il plaît moins. Il ne retrace
plus les fentimens où l'homme retrouve
fon coeur , & alors il ne dit plus rien
24 MERCURE
pour les âmes fenfibles . Je ne conçois pas
trop comment il les délafferoit par l'hiftoire
des paffions, fans les remuer par leur tableau.
Il me femble que dans les âmes ſenſibles ,
tout ce qui rappelle les paffions les réveille ,
que dans leurs coeurs , les réflexions qu'elles
amènent ne vont jamais fans les nouvemens
qu'elles excitent. Cette idée de M. Garat me
paroît manquer de jufteffe ; mais elle manque
peut être encore plus d'intérêt. Elle ne
pouvoit venir qu'à un homme de beaucoup
d'efprit ; mais le goût veut que l'on rejette
fouvent des idées où l'efprit rifque au moins
de paroître avoir abufé de lui- même. J'ai cru
devoir infifter fur ce défaut , parce qu'il me
femble qu'il eft affez fiéquent dans le Dif
cours de M. Garat. Chacun trouve dans fes
plus heureufes facultés la fource de fes fautes
; & c'eft du trop d'efprit que M. Garat a
le plus à fe garder .
Cemorceau des Églogues eft celui du Difcours
qui a trouvé le plus de Cenfeurs ; je
ferai forcé d'y revenir , lorfque j'examinerai
l'ordonnance du Difcours.
J'arrive avec M. Garat aux Dialogues des
Morts . C'eft l'Ouvrage de Fontenelle , qui
me paroît avoir les plus effentiels défauts &
mériter le moins de grâce. Loin de juftifier
l'efpèce d'eftime que quelques perfonnes leur
confervent , je crois qu'il importe de la détruire.
Quel mérite peut- on trouver en effet
à un Livre qui ne reproduit les grands perfonnages
& les grands événemens que pour
les
DE FRANCE. 25
les dégrader , qui ne les rapproche que par
les rapports les plus forcés , les plus choquans
, & ne tire de ces rapprochemens que
les plus frivoles réſultats ; un Livre dont le plan
eft tout dramatique , & où les caractères les
plus impofans & les plus variés ont perdu
toute majefté , & paroiffent jetés dans le
même moule ; où l'Auteur , ne pouvant s'élever
à leur ton , n'a pas craint de les ravaler
au fien ; un Livre enfin où l'on ne trouve jamais
ni fenfibilité , ni imagination , ni une
vraie & noble philofophie , où tout l'efprit
même qui y brille n'a rien de bien diftingué
& n'eft qu'un vice de plus ? Il eſt à remarquer
que c'eft celui des Écrits de Fontenelle
où l'on rencontre le moins de ces chofes fi
habilement apperçues & fi heureuſement
exprimées. Mais je prends ici une peine inutile
. Perfonne n'en a mieux marqué tous les
défauts que M. Garat. Comment a t'il pu
enfuite y admirer tant de chofes ?
Il parle d'abord de la vigueur & de l'étendue
qu'on apperçoit dans le deffin général de
ces dialogues. Faire entrer les morts illuftres
en conférence dans les Champs Élysées , ne
me paroît avoir rien de merveilleux , fur tout
après que cette idée avoit déjà été réalisée par
Lucien. C'eft dans la manière dont ils fe
roient mis en scène que confifteroit l'invention
; mais Fontenelle a manqué à tout dans
ce point ; je m'en rapporte fur ceci à la cri
tique même de M. Garat.
N°. 45 , 6 Novembre 1784: B
26 MERCURE
Voyez encore ce qu'il ajoute : Ces rapprochemens
fi inattendus , qui font naître des
idées fi nouvelles , ne font pas feulement les
artifices d'une compofition ingénieufe , mais
le coup- d'oeil d'un efprit vafte , qui faifit des
rapports & des vérités aux plus grandes deftinées
. Cet éloge ne feroit pas indigne des
Lettres Perfanes ; & il eft donné aux Dialogues
des Morts !
pour
la
Il fe joue de la raifon humaine , l'ébranle ,
ta fait chancelerfur fes maximes les plus inconteftables
, l'arrache quelques inftans de tous
fesfondemens, non pour la renverfer, mais pour
la fairefortir d'un repos où elle devientftérile,
porter plus loin , & lui donner de plus
folides appuis. Si quelqu'un vouloit juger de
Ouvrage de Fontenelle d'après cette idée ,
il pourroit s'attendre à y trouver un Écrivai
plein de verve dans le ftyle , d'audace dans
les idées , de forces & de reffources pour
tout renverfer & tout reconftruire. S'il venoit
enfuite à ouvrir le Livre , il me femble
qu'il trouveroit terriblement à rabattre.
J'ofe dire que ce Livre méritoit toute la colère
des grands Écrivains du fiècle de Louis
XIV ; il les autorifoit en quelque forte à
prononcer une malédiction fur le talent de
l'Auteur. Aufli s'eft il élevé depuis à une autre
manière de voir & de peindre les objets ,
& c'eft pour cela qu'il s'eft placé tout à côté
des hommes du premier ordre. Il y avoit
quelque chofe à louer dans cet Ouvrage ,
mais ce n'étoit pas les dialogues , c'eft la criDE
FRANCE. 27
tique qui en eft faite dans le Jugement de
Pluton. Fontenelle feul étoit peut être capa
ble de fe charger d'écrire lui même tous les
reproches qu'on lui faifoit ; ce n'eft pas qu'il
les méprife , il paroît au contraire en fentit
la force & la jufteffe ; néanmoins il les écrit ,
il en fait une partie de fon Ouvrage même ;
il emploie tout fon efprit à les bien faifir , à
les bien rendre ; il ne s'y épargne pas ; il s'at
taque jufques dans les endroits les plus fenfibles
; il s'attaque & il ne fe défend Éclairé
& animé par la critique des bons juges qu'il
avoit indignés , en exprimant les plaintes des
Héros contre les idées & les diſcours qu'il
leur a prêtés , il conçoit mieux leur âme
& leur génie , & cette fois il n'eft pas tou
jours indigne de les faire parler. Ce courage ,
ou cette indifférence de l'Auteur , me paroiffent
un des traits les plus remarquables
du caractère de l'homme.
pas .
Déformais M. Garat va être plus à for
aife ; il n'aura plus que de bons Ouvrages à
apprécier.
Je paffe fur le morceau où il examine enfemble
l'Hiftoire des Oracles , l'origine des
Fables , les Réflexions fur la poétique , & le
petit Traité du Bonheur. Le jugement qu'il
porte fur tous ces Ouvrages , quoique moins
développé , n'en eft ni moins profond ni
moins jufte.
Le Livre des Mondes demandoit un morcean
plein d'idées & d'imagination . M. Garat
remplit ici l'attente de fon Lecteur. Mais il
Bij
28 MERCURE
me femble qu'il n'a pas fait des critiques ,
qu'un Écrivain aufli digne que lui de defendre
les vrais principes des Arts , ne devoit
pas omettre. Qu'on me permette de dire
encore ici ma pensée.
Je fuis bien loin d'attaquer la brillante réputation
dont jouit encore cet Ouvrage , de
contefter l'utilité de fon deffein & l'agrément
de fon exécution . Sans doute c'étoit une belle
& heureuſe idée que celle d'apprendre aux
gens du monde qu'ils pouvoient penétrer
dans les Sciences , & aux Savans comment ,
ils pouvoient le faire entendre des gens du
monde ; & jamais on n'a porté plus de clarté ,
de préciſion & d'élégance dans le développement
d'une Science qui n'avoit fu encore
s'exprimer qu'avec des termes de mathématiques.
A ces deux égards , les Mondes doiyent
refter comme un des bons Livres de
notre Littérature ; mais ce Livre , en donnant
un bon exemple , n'a t'il pas donné un mauyais
modèle ?
Pour que les Loix de l'Univers ne reftent
plus auffi cachées dans les Sciences que dans
le fein même de la Nature , fuivant une belle
expreffion de M. Garat , il faut leur prêter
la langue ordinaire, & fur- tout les fimplifier
par une logique plus nette , par une méthode
plus facile : c'eft ce qu'a fait admirablement
Fontenelle . Pour nous les rendre agréables
& intéreffantes , il faut les parer des couleurs
de la poésie , les animer des mouvemens de
l'éloquence, Voilà le feul embelliſſement qui
DE FRANCE. 29
"
leur convienne ; & c'est ici où Fontenelle a
fait une méprife dangereufe. Son fujet des
Mondes admettoit de hautes' idées , de riches
images ; il permettoit un ftyle vif & majeftueux.
Quel eft le ton que Fontenelle y a
porté ? Celui d'une froide galanterie . Il met
en fcène deux Interlocuteurs , un Philofophe
& une femme. Mais le Philofophe , au lieu
d'élever fon âme par la magnificence des
objets qu'il décrit , n'ofe en parler avec
la dignité qui leur eft propre , il ſe fait un
bel efprit de toilette , pour parler du mouvement
des altres ; cette femme , à qui il
pouvoit donner une envie de connoître ,
d'autant plus intéreffante , qu'une femme
dans ce temps étoit fouvent obligée de l'immoler
à un fot préjugé , cette femme , dont
l'imagination , la fenfibilité même pouvoient
s'exalter au milieu des auguftes révélations
d'une Science toute poétique & toute religieufe
, à peine daigne t'elle s'intéreffer aux
Loix de l'Univers. Elle les cherché avec une
curiofité avide , elle les pénètre avec une fagacité
rare; mais elle ne fait jamais les admirer
; elle femble n'avoir cherché qu'une
nouvelle occafion de ce froid badinage
qui eft le ton dominant de la Société.
N'eft ce pas là plutôt dégrader les Sciences
que les orner? Si le fublime Auteur de
l'Hiftoire Naturelle avoit pris ce ton & ce
ftyle , auroit- il mérité la gloire , ou plutôt
n'auroit il pas tout gâté dans les Sciences &
dans la Littérature ? Je le répète , les orne-
Biil
30 MERCURE
nens que l'on prête aux Sciences doivent
être dignes d'elles , ou elles doivent les rejetter.
Voici comment quelques années
après la publication des Mondes , un Savant
commençoit une differtation fur l'Aftronomie.
"
"
""
"
#
,
Quand l'Aftronomie ne feroit pas auffi
» abfolument néceffaire qu'elle l'eft pour la
Géographie , pour la Navigation , & même
» pour le Culte divin , elle feroit infiniment
digne de la curiofité de tous les efprits, par
le grand & le fuperbe fpectacle qu'ell
» leur préfente. Il y a dans certaines mines
très- profondes des malheureux qui y font
nés , qui y inourront fans avoir jamais vû
le foleil. Telle cft à peu près la condition
» de ceux qui ignorent la nature , l'ordre ,
le cours de ces grands globes qui roulent
» fur leurs têtes , à qui les plus grandes
» beautés du ciel font inconnues , & qui
n'ont point affez de lumières pour jouir
» de l'Univers. Ce font les travaux des Af-
» tronomes qui nous donnent des yeux , &.
» nous dévoilent la prodigieufe magnificence
» de ce monde , prefque uniquement habité
» par des aveugles. »
و د
Voilà le langage qui honore les Sciences
en les expliquant mieux . Veut - on maintenant
connoître l'Auteur de ce morceau ?
C'eft Fontenelle lui -même , lorfqu'enfin il ſe
fur élevé au- deffus des prétentions du bel
efprit , & qu'Intérprête des Sciences , &
DE FRANCE
entre - elles & envers le Public , fon génie ſe
fut épuré & agrandi dans leur commerce.
La fuite à un autre Mercure.
BALANCE de la Nature , par Mlle le
Maffon le Golft. A Paris , chez Barrois
l'aîné , Libraire , quai des Auguftins.
UN Ouvrage qui , par une marche auffi
facile qu'agréable , nous met à même de
comparer & juger les principaux objets de
la Nature , ne peat manquer d'être favorablement
accueilli ; il trouvera même des
partifans parmi ces êtres privilégiés pour qui
la Nature n'a rien de caché : en concourant
à l'avancement des Sciences , on acquieer
des droits à la reconnoiffance de ceux qui
les cultivent avec le plus de fuccès . Tel eft
Ouvrage publié par Mlle le Maiſon le Golft.
La Balance de la Nature , au premier coupd'oeil
, n'a l'air que d'un amufement ; il cache
fous cet extérieur modefte beaucoup
d'intérêt ; il prépare an grand Livre de la
Nature , en ce qu'il fouftrait à nos yeux
le dédale effrayant du fyftême , jufqu'au mo
ment où , pénétrés de fes beautés , nos idées
s'agrandiffent , notre âme s'élève & le courage
ne nous abandonne plus. Mais comment
balancer le mérite de chacun des principaux
objets que la Nature nous préfente
avec une admirable profufion ? Chacun a fa
manière de voir & de juger ; les productions
Biv
32 MERCURE
de la Nature n'ont point une égale beauté ,
mais chacune a fa beauté particulière ; la
culture , le climat jettent entre- elles des dif
férences confidérables : tout eft prévu par
Mlle le Maffon . Quelques détails fuffifent
pour faire voir que l'idée d'une Balance de
la Nature exigeoit , pour être réaliſée , toute
la fineffe & la délicateffe du ſexe auquel appartient
notre Auteur.
Cet Ouvrage embraffe les principaux objets
des trois règnes. Cédant par des raifons
particulières à des difficultés qu'elle étoit
bien faite pour applanir , l'Auteur nous a
privé du tableau de l'homme qu'elle avoit
efquiffe , & qui ne pouvoit qu'être fort intéreflant
lous ces quatre rapports , beauté ,
bonté, efprit & favoir. Les quadrupèdes font
donc le premier objet de cet Ouvrage ; les
oifeaux , les poiffons & les infectes le fecond ;
viennent enfuite les végétaux , diftingués en
arbres, fleurs & fruits ; dans le règne minéral
on a choifi de préférence les pierres précieufes
& les métaux. Les quadrupèdes fe
confidèrent par la forme , la couleur & l'inf
tinct. Patmi ces trois rapports , quoique tous
également bien traités , il en eft un , la couleur
, qui fait l'éloge des connoiffances de
Mlle le Maffon ; les couleurs fervent bien à
diftinguer les objers & à les caractériſer d'une
manière particulière ; mais nous ne voyons
pas toujours ces couleurs telles qu'elles font ,
en confidérant l'objet qu'elles décorent ; comment
donc établir le degré relatif de beauté
DE FRANCE
33
par la couleur ? L'Auteur réfléchiffant à l'influence
de la lumière fur les couleurs , &
examinant ce qu'elles deviennent entre les
mains du Peintre , en fait la plus heureuſe
application à fa Balance. Une couleur peut
être apperçue , dit l'Auteur , ou telle qu'elle
eft , ou éclairée du foleil , ou dans une demiteinte
, ou même dans une ombre légère ; elle
peut encore recevoir des altérations ou un nouveau
degré d'intensité par la réflexion des
corps voifins. La lumière réfléchie d'un corps
pourprefur un blanc , le teint en couleur de
rofe ; &fi l'un & l'autre étoient cerife , les
reflets réciproques rendroient la couleur beaucoup
plus belle qu'elle ne l'eft en effet . Les
couleurs reçoivent encore un degré de beauté
différent , à raifon de l'état actuel des furfaces
plus ou moins liffes. La tranfparence y occafionne
auffi des differences fenfibles ; elles
reçoivent encore un nouvel éclat de la comparaifon
que l'ail en fait avec les couleurs
voifines. L'Auteur n'a donc point feulement
égard à la couleur propre des objets , elle
confidère fi cette couleur réfléchit plus ou
moins de lumière ; fi , lorfqu'elle reçoit plus
ou moins d'ombre , elle conferve une partie de
fa beauté , defon intenfité, defa fraicheur ,
de fa fuavité, de fon moelleux, ce qu'elle vaut
auprès d'une autre & réciproquement .
Les oifeaux font confidérés par la forme &
la couleur; le poiffon par la forme , la couleur
& la faveur. On fait que la forme & la
couleur du quadrupède n'eft pas celle de
Bv
34
MERCURE
l'oifeau ; celle de l'oifeau ne reffemble en
rien à celle du poillon , que chacun a fa
beauté : nouveaux obftacles à la Balance de
Mlle le Maffon . Tout eft apprécié de la manière
la plus fatisfaifante. La beauté des
poiffons , combinée de la forme , eft encore
un des plus agréables endroits de cet Ouvrage.
Parmi les habitans de la mer , les principaux
mollufques n'ont pas été oubliés ; êtres
finguliers , dont nous devons la connoiffance
au favant Abbé Dicquemane.
Les coquillages font appréciés par la forme
& la couleur ; la régularité fait la beauté de
la forme , & la richeffe apparente la beauté
de la couleur. Les infectes ajoutent à la forme
& la couleur , l'induftrie. Les arbres fe
diftinguent par la grandeur , la forme , la
couleur & l'utilité de leur bois ; les fleurs ,
par leur forme , la couleur & l'odeur ; les
fruits ont de plus la faveur. Tout y eft difcuté
d'une manière fi fatisfaifante & fi utile
aux Amateurs , qu'on peut regarder comme
réunis dans la Balance de la Nature , le fentiment
& l'inftruction , caractères imprimés
aux Ouvrages du fexe aimable chez qui la
Beauté n'est que le moindre avantage.
DE FRANCE 35
#
L'AMI de la Société , fuivi de l'Éloge de
Suger , par M. l'Abbé Percheron , Profeffeur
au Collège Royal de Chartres ,
avec cette Épigraphe , tirée de 1Ouvrage
même : Soyez gais & l'Univers eft à vous.
A Paris , chez Savoye , Libraire rue
S. Jacques.
>
CETTE Brochure , qui eft dédiée à Mlle de
Luxembourg , eft compofee de plufieurs mor
ceaux : un Difcours fur l'Esprit de Société ,
un fur l'Émulation , un Éloge de la Gaîté ,
un de l'Enfance ; deux Lettres , dont l'une
adreffée à un ami devenu Milantrope , &
l'autre à une mère , fur la mort de l'une de
fes filles ; fix Dialogues , qui traitent de phy
fique , de conquêtes , de factions , de la
louange , du filence , & un éloge de l'Abbé
Suger.
A n'en juger que par le titre ou par l'épigraphe
du Livre , on pourroit le croire fort
gai , & l'on fe tromperoit affurément beau¬´
coup. Les différens Difcours & Dialogues
qu'il renferme out été fans doute compofes
pour des exercices publics au Collège de
Chartres ; & l'on pourroit foupçonner même
que l'éloge de l'enfance a été fait pour dest
enfans du plus bas âge.
Dans le Difcours fur l'efprit de Société ,
l'Auteur examine ce qui a rapproché les
hommes les uns des autres , & il obferve
que les befoins moraux n'y ont pas moins
!
B vj
36
MERCURE
contribué que les befoins phyfiques. Il peint
enfuite la fociété , c'eft - à- dire , les cercles
ou affemblées auxquels nous avons donné ce
nom . Il dit quel eft l'efprit que l'on y doit
porter pour être agréable & y trouver de
l'agrément. Sa morale eft indulgente , & propre
à infpirer une bienveillance univerfelle .
Par exemple , en recherchant quels font les
obftacles que les hommes oppofent à l'efprit
de fociété , M. l'Abbé Percheron nous dit
que c'eft l'égoïfme , la hauteur dans les
" procédés , l'opiniâtreté dans les fentimens ,
» trop de rigueur dans la défenſe de fes
» droits , trop d'apprêté dans l'humeur , la
» rivalité qui règne entre les différentes condition
qui partagent la fociété , le penchant
pour la fatyre....... Ne confidérons
jamais nos femblables que fous le plus
» beau point de vûe , & nous nous accou-
» tumerons à les regarder comme parfaits ,
n
"
"
∞
ou du moins leurs défauts & leurs imper-
» fections feront fur nous moins de fenfa-
» tion . C'est dans l'ordre de la Nature ,
» c'eft notre intérêt propre. Ne portons-
» nous pas tous des défauts & des imper-
» fections dans la fociété ? Quel avantage ne
» réfulteroit il pas de cette indulgence mu-
» tuelle ? Chaque individu , en fe voyant
» eftimé & confidéré au delà de fes préten-
و ر
tions , contracteroit l'obligation de deve-
» nir plus parfait. » Ce feroit mal faifir les
idées de M. l'Abbé Percheron , de conclure
que l'homme deviendra meilleur dès qu'il
DE FRANCE. 37
Laura qu'on lui paffe tout. Ce n'eft point à
force de flatter les vicieux qu'on les fait renoncer
aux vices.
Dans l'Éloge de la gaîté , M. l'Abbé Percheron
décrit bien moins les effets qu'elle
produit fur le coeur & fur l'efprit que ce
qu'il feroit à fouhaiter qu'elle y produisit . Il
peint l'homme gai tel qu'il devroit être , &
non tel qu'il eft communément ; & pour for.
mer des hommes gais , il donne un confeil
qu'on ne pourroit fuivre fans beaucoup de
difficultés. " Mères de fanilles , appliquez-
" vous , dit il , à corriger l'humeur de vos
» enfans , & fur tout dans le fexe. Accoutu-
» mez les de bonne heure à la gaîté . S'ils pa
» roiffent devant vous avec un fourcil froncé,
avec un front fillonné par la trifteffe ,
banniffez les de votre préfence ; qu'ils ne
reparoiffent devant vous qu'avec un viſage
» ferein , la joie dans les yeux , le rire fur
les lèvres. Il faut les tracaffer , les railler
» les contredire pour rompre leur humeur.
» Ne fouffrez pas en eux le moindre petit
» nuage , le moindre caprice ; c'eſt le plus
grand fervice que vous puiffiez leur rendre
» pour la vie fociale. "
و د
ל כ
ود
ל כ
30
>>
L'Auteur n'a pas fans doute apperçu que
parmi les moyens qu'il propofe pour éta
blir le culte univerfel de la gaîté , il y en
avoit qui pourroient faire des hypocrites.
Il met dans la bouche d'un enfant un
éloge de l'enfance , qui fuppofe que l'enfant
eft tout à la fois Orateur , Moraliſte , Natu38
MERCURE
ralifte , Anatomifte , Dialecticien , Politique ,
Jurifconfulte , & en un mot il differte dans
les termes de toutes ces Sciences , relative
ment à ſon âge , comme un enfant qui auroit
vieilli dans les écoles.
Le Difcouts qui fuit , & qui traite de
l'émulation , eft très propre à infpirer aux
enfans l'idée des grandes chofes , & fur tout
des chofes utiles.
39
و د
" Ce que l'émulation fait pour l'efprit ,
» oblerve M. l'Abbé Percheron , elle l'opère
auffi fur le coeur ; à fa voix , les fentinens
» s'élèvent comme les idées ; comme on fait
apprécier fes femblables , on fent en même
» temps les égards qu'on leur doit. On eft
plus délicat far les procédés , on fait fe
refpecter foi même & refpecter les autres
; nos obligations s'étendent & fe mul
tiplient à nos yeux : mille actions qu'on
négligeoit rentrent dans l'ordre des de-
>> voits. ≫
"
29
n
La Lettre fur la Mifanthropie balance les
avantages & les inconvéniens de la Société ,
& , comme de raifon , prouve que ceux- là
l'emportent fur ceux- ci.
Nous ne dirons rien des autres morceaux
qui compolent cetre Brochure. En général
ils ne peuvent guères être goûtés que dans les
Colléges .
Nous nous tairons également fur l'Éloge
de Suger ; le fonds & le ſtyle de ce Difcours
font fort au deffous du fujet , ainfi que prefque
tous les morceaux qui compofent cette
DE FRANCE.
39
Brochure , comme on a pu l'appercevoir par
ce que nous en avons cité.
NOUVEAU Voyage Sentimental. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Bastien , Libraire , rue Saint - Hyacinthe.
in- 12.
Tout le monde connoît le Voyage Sentimental
, par M. Stern , fous le noin d'Yorik;
celui que nous annonçons fous le même
titre , n'eft point une fuite de l'Ouvrage Anglois
; & quoique inférieur en mérite , nous
avons cru y voir des chofes très - agréables.
Il eft impoffible d'en rendre un compte exact
qui puiffe en faire connoître le fonds ; chaque
Chapitre n'a aucun rapport , aucune liaiſon
avec celui qui le précède & celui qui le fuit ;
ce font à chaque inftant de nouveaux perfonnages
qui ne font que paroître & difpa
roître ; tantôt c'eft l'Auteur qui parle , tantêt
fes perfonnages eux - mêmes ; d'autres fois
ce font des lettres qu'on lit. Cette manière
ne laille pas que de répandre de la variété ;
le ftyle est toujours analogue au fonds , &
prend toutes les formes néceffaires . On trouve
de la gaîté , de l'intérêt , du perfifflage &
de la philofophic . Nous citerons un morceau
qui fera connoître la manière de l'Autcur.
Il rencontre dans un voyage un Piéton qu'il
interroge , & qui lui avoue qu'il eft Comédien
pour le moment. « —
Comment pour
Oui ; car demain , s'il faut le moment ? ―
*
}
40 MERCURE
"
» que je fois autre chofe , je le ferai. Il y a
» fi longtemps que je fuis convaincu que
» tous les états balancent les avantages par
» des peines.... Enfant , j'avois des bonbons
» & des tapes.... Militaire , de l'honneur &
point de profit ; Maltotier , du profit point
» d'honneur , Riche , car je l'ai été , des ja-
» loux & point d'amis ; Auteur , loué dans
» un Journal , décrié dans un autre ; marié
d'abord à une jolie femme , amour & ja-
» loufie ; enfuite à une laide , fecurité &
ennui ; enfin j'ai pris le parti d'être auſſi
mobile que les circonftances . Il est rare
» que j'aie dans ma poche de quoi fubfifter
» huit jours ; & voilà dix ans que je fubfifte
» comme cela , & je vous avouerai que je
"
"
fais plus heureux que quand j'étois riche.
» Mon ventre plein , mon dos couvert , je
» n'ai plus rien à ſonger ; auffi cette abſence
d'inquiétude m'a t'elle fait retrouver une
fante qui s'étoir délabrée au ſein de l'opu-
» lence. Vous avez donc du talent ?
Cependant , pour bien
jouer la Comédie ?... Oui , pour la bien
» jouer ; mais je la joué mal. En ce cas....
-
» Point du tout.
~
99 -
-
En ce cas je ne gagne guères.
» vos Auditeurs s'y connoiffent ?
"
-
-
Mais fi
Que
m'importe ! je mets à contribution l'amour-
» propre des connoiffeurs comme l'admira-
» tion des fors , & l'un me rapporte pour
le moins autant que l'autre Et lorfque
quelqu'un, trop preffé pour vous entendre,
» vous offre de l'argent comme s'il vous
99
39
DE FRANCE. 41
" avoit entendu? Je le refufe , parce que
je ne reçois de l'argent que quand il eft le
prix de mon travail , &c.....- Touchez-
» là , & continuez d'être heureux .
"
10
ANNONCES ET NOTICES.
LAA onzième Livraifon de l'Encyclopédie eft actuellement
en vente. Cette onzième Livraiſon eft
compofée du Tome quatrième , première Partie de
la Jurifprudence ; du Tome premier , deuxième Partie
de la Marine ; du Tome troifième , première Partie
du Commerce , & du Tome deuxième , deuxième
Partie de l'Hiftoire Naturelle , contenant la fin des
Oifeaux , les Ovipares & les Serpens. Le Dictionnaire
Ornythologique eft terminé par le Tableau de
l'ordre dans lequel on doit lire les Articles qui y
font contenus; & ce Tableau , que nous invitons les
Soufcripteurs à lire en entier , leur fera connoître
qu'on remplit exactement les vûes & le plan qu'on
s'eft propofé dans cette nouvelle Encyclopédie , puif
que chacun des Dictionnaires dont elle eft composée
peut , à la volonté du Lecteur , devenir un Traité
de Science. Après l'ordre de lecture , fuit l'ordre des
genres & des espèces qu'ils renferment.
Le Dictionnaire d'Ornythologie , fuivant le Profpectus
de l'Encyclopédie , devant contenir les articles
relatifs à la Fauconnerie & à la Chaffe , & ces articles
fe trouvant en effet répandus dans tout l'Ouvrage
, M. Mauduit , Auteur de toute cette partie des
Oifeaux , dans laquelle il a fu répandre un trèsgrand
intérêt , & nombre de chofes neuves ,
minée par un fecond Tableau fur la manière de lire
ce Dictionnaire relativement aux articles de Fauconnerie
& à ceux de Chaffe. Les noms latins des
l'a ter42
ME.R CURE
CXV genres , fous lefquels four rangés les Oifeaux
décrits dans ce Dictionnaire , font préfentés à la fin
par ordre alphabétique .
Les animaux Quadrupèdes- Ovipares & les Serpens
, par M Daubenton , de l'Académie des Sciences
, &c. forment le troisième Dictionnaire d'Hif
toire Naturelle . Ce Dictionnaire eft précédé d'une
Introduction aux Serpens , d'un Difcours fur les
moyens de conferver les Quadrupedes- Ovipares ,
& d'autres animaux après leur mort : d'un autre Dif-
Cours fur la manière de préparer & de conferver des
peaux deiféchées de Quadrupèdes- Ovipares & de
Serpens , par M. Mauduit : d'une notice de différens
Ouvrages qui traitent des Quadrupedes- Ovipares &
des Serpens , par M. Brouffonet , des Sociétés Royales
de Montpellier & de Londres : vient enfuite le Dictionnaire
des Animaux Quadrupèdes Ovipares & des
Serpens, par M. Daubenton , qui eft terminé, comme
celui des Oifeaux, par la manière de lire méthodiquement
ce Dictionnaire des Animaux Quadrupèdes-
Ovipares & des Serpens ; de forte que le Lecteur a
teur-à- la - fois ou un Traité ou un Dictionnaire de
Sciences. C'eſt à cette Encyclopédie qu'on doit lidée
ingénieufe de faire de ces Dictionnaires autant
de Traités , & vice versâ. Par ce moyen , ils deviennent
les inftrumens les plus utiles de toutes les connoiffances
humaines. On ne peut plus dire qu'ils ne
font bons qu'à confulter. Chaque Dictionnaire ,
traité fous ce point de vûe , eft un Traité méthodique ,
auffi complet , auffi parfait que le permet l'état actuel
des connoiffances humaines . On a même dû faire
le Traité en entier , pour bien faire le Dictionnaire ,
le Dictionnaire n'étant que le Traité divisé par tous
les mots principaux qui le compofent Cette partie
des Quadrupèdes - Ovipares & des Serpens , eft terminée
par une Table Alphabétique des noms latins
& étrangers des Quadrupèdes- Ovipares & des Ser-
1
DE FRANCE.
43
pens , tirés de la Synonymie des Auteurs cités dans ce
Dictionnaire.
Le prix de cette onzième Livraiſon eſt de vingt.
quatre livres brochée , & de vingt - deux livres en
feuilles.
La Soufcription de cette Encyclopédie eſt toujours
ouverte , & elle eft du prix de 751 liv.
On peut s'adreffer pour fouferire , hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , N° . 17 ; & chez les Libraires de
France & Etrangers.
Avis fur la Traduction Françoise du troisième
Voyage du Capitaine Cook , actuellement fous
preffe , avec Privilège du Roi.
La Géographie de la moitié du Globe étoit couverte
de ténèbres , lorfque l'immortel Cook a coinmencé
fes Voyages autour du Monde . Les décou
vertes fans nombre de fes deux premières expéditions
font connues de l'Europe entière ; la troifième a été
plus heureufe e core à cet égard. On peut voir dans
le Profpectus , joint à l'Avis de le neuvième Livraifon
, le détail de ces importantes découvertes , que
l'efpace ne nous permet pas de répéter ici.
L'Amiraaté d'Angleterre , fatisfaite de la verfion
& de l'Édition Françoife des deux premiers Voyages
de Cook , a bien voulu permettre que les Cartes , les
Planches & les Feuilles du troifième nous fuffent envoyées
à mesure qu'elles fortoient de la preffe à
Londres ; & M. Demeunier s'eft occupé de la traduction
long- temps avant que l'original parût à Londres.
Au moment où l'on écrit cet Avis , il y en a
plus des deux tiers d'imprimé , & les Graveurs de
Paris travaillent aux Cartes & aux Planches depuis
un an.
L'Édition originale a été mife en vente à Lon
dres le 4 du mois de Juin , & épuisée en quinze
48 MERCURE
Paris , chez M. Leduc , au Magafin de Mufique , rue
Traverfière Saint-Honoré ,
NUMÉROS 7 & 8 du Recueil des Airs Italiens
des meilleurs Compofiteurs , traduits , gravés en partition
avec les parties féparées . Prix , 3 livres chaque.
A Paris , chez Imbault , rue & vis - à- vis le Cloître
Saint Honoré , maifon du Chandelier , & Sieber
même rue , près celle d'Orléans , maifon de l'Apothicaire
, nnºo.. 92.
-
Le Numéro 7 contient un Rondeau de M. Sacchini
, très agréable , & qui n'a point la tournure
commune des Rondeaux. Le Numéro 8 eft auffi un
Rondeau del fignor Martini.
FAUTE à corriger dans le Mercure précédent.
Page 200 , à la nouvelle queftion à réfoudre , au
lieu de , ou de tenir , lifez que de tenir.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture .
TABL E.
LE Ver luifant & le Roitelet, | _ nelle ,
Fable ,
Epitaphe deMme Lobreau ,
Charade , Enigme & Logo
gryphe ,
7
3 Balance de la Nature , 31
L'Ami de la Société , 35
Nouveau Voyage Sentimental,
39
41 Eloge de Bernard de Fonte- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Novembre. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion .
Baris , le Novembre 1784. GÜIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES,
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 18 Octobre.
N Journal Allemand rend ainfi compte
Ude l'état actuel du commerce de Cher- UN
fon.
!
Il n'y a peut-être pas de ville au monde qui ait
joui d'une protection plus active que la nouvelle
ville de Cherfon fituée fur la Mer Noire , entre les
embouchures des rivieres de Bog & d'Ingules , &
diftante d'Oczakow de fept & demi - milles d'Allemagne.
Dans un efpace de trois ans on y a bâti
près de mille maifons , mais depuis que la pefte
s'y eft manifeftée , ce nombre ne s'eft point augmenté.
Les maifons de commerce qui y fort
établies font les fuivantes ; favoir , la maison
d'Antoine & Sauron , qui font beaucoup d'affires
pour Marſeille ; celle de Fabri & Mez , qu . font
le commerce du Danube ; celle de Nickelman ,
qui s'occupe du commerce de Conftantinople , où
il tâche de rétablir la maifon de Reboul ; quelques
Fourniffeurs de la Couronne & environ douze
Négocians Grecs . Jufqu'à préfent on n'a pu par
N°.45 2 6 Novembre 1784. a
( 2 )
"
venir à établir dans cette ville un commerce bien
ordonné ; beaucoup d'entreprifes & de fpéculations
mercantiles ont manqué ; dans ce nombre
eft celle avec le bled de l'Ukraine Polonoife.
D'après les regiftres de douane , les marchandifes
entrées dans cette ville depuis la fondation , pour
le compte de particuliers , n'excédent pas la valeur
de 400,000 roubles . On donne plufieurs raifons
du peu de fuccès de ces entrepriſes commerciales
. On dit que cette ville paroît être plus arrangée
pour une place de guerre que pour une
place de commerce : qu'à l'exception des magfins
pour la Couronne , il n'y a point d'entrepôt
où le Négociant étranger puiffe dépofer fes marchandifes
; qu'il fe trouve rarement à la rade un
des cinq bâtimens affectés au commerce de cette
ville ; que les poftes font dans un très - mauvais
état , & que les droits d'entrée & de fortie continuent
toujours à être perçus , quoique plufieurs
gazettes aient fauffement publié le contraire .
Non-feulement la Cour de Pruffe a défavoué
dans la Gazette de Berlin la copie
imprimée de la Convention avec Dantzick ;
elle a de plus , publié l'original de cet Accord
, non ratifié encore par le Sénat de
Dantzick , & figné du feul Comte de Stackelberg.
A quelques légeres inexactitudes près ,
tout l'effentiel de cette convention ſe trouve
dans la traduction que nous en avons donnée
, ce qui nous difpenfe de traduire l'original
, tel qu'il fe trouve dans la Gazette de
Berlin .
Elias Abefci , Grec de naiffance , ayant
acquis par un long féjour , & par des em(
3 )
plois de confiance à Conftantinople , des notions
dérobéés au Public fur divers ufages
de cet Empire & du Serrail , les avoit raffemblées
dans un Manufcrit qu'on vient de
traduire en Anglois fous le titre de The prefentftate
of Ottoman Empire. Entr'autres dé
tails cnrieux , ce livre renferme les fuivans.
Le nombre des efclaves ou femmes du Grand-
Seigneur actuel eft de 1600 : chacune a fon lit á
part. Le nombre dépend de la volonté feule du
Sultan régnant ; Selim en avoit 2000 , & le Sultan
Mahomet feulement 3oo. Elles vivent dans la
partie la plus retirée du Serrail , dont un côté
a vue fur les jardins , & l'autre fur la mer de
Marmora. Depuis que le Czaar Héraclius n'ervoie
plus de la Géorgie le tribut de filles , ce font
des Pirates qui recrutent pour le Serrail, ils cherchent
à les prendre en Circaffie ; ils les choififfent
fort jeunes , dès qu'elles annoncent de la beauté.
On leur enfeigne à broder , à danfer , à chanter ;
elles n'ont perfonne pour les fervir ce font les
jeunes qui fervent les plus anciennes . Quoique le
Sultan foit fort defpotique , il arrive rarement
qu'il enfreigne les loix du Serrail ; ce n'eft qu'à
la publication d'une bonne nouvelle , que parmi
toutes les esclaves il en choifit une qui doit fe
tenir à genoux au pied du lit de S. H. & y
monter dans cette pofture , à moins que par une
grace fpéciale elle n'en foit difpenfée. Un autre
jour que celui d'une fête extraordinaire , fi uné
efclave excitoit les defirs du Sultan , elle courroit
grand rifque pour les jours ; car on fe rap; elle
que la jaloufie des favorites , fous le regne d'Achmet
fit empoisonner 150 de ces femmes qui
avoient eu le bonheur de s'attirer les regards du
Grand- Seigneur des jours non-permis. M. Abefci
a 2
( 4 )
affirme que l'Athéisme , depuis quelques années ,
fait de grands progrès parmi les Turcs , fur tout
depuis que le projet d'adopter la tactique Européenne
a multiplié les étrar gers à Conftantinople,
Un papier Allemand , qui renferme fur le
commerce des notions ordinairement trèsjuftes
, a donné létat fuivant de la pêche du
hareng en Suede.
La plus grande partie des harengs Suédois font
pêchés entre Gothembourg & Marstrand ; l'on a
conftruit fur les côtes un grand nombre de bâtimens
& de hangards , où les harengs font prépares
& falés auffitôt qu'ils arrivent de la mer.
Pour faler & arranger 8 à 10,000 tonnes ou caques
, il faut entretenir environ 50 ouvriers &
40 à 45 femmes qui s'occupent à éventrer les
harengs. Les ouvriers arrivent fur les côtes dans
le mois d'Octobre , & comme la pêche ne dure
que 4 à 6 femaines les travaux font continués jour
& quit . 85 ouvriers font en état de faler 800 à
1000 tonnes dans un jour & une nuit . La pêche
Occupe environ 1000 grands & petits bâtimens.
1758 , la Suède n'a exporté que 19,000 caques
de harengs , mais l'année fuivante , l'exportation
du hareng s'eft accrue à 46,000 caques ; depuis
cette époque cette branche de commerce a toujours
augmenté. On a calculé que depuis dix ans
il a été falé , dans le diftri&t de Gothembourg ,
une année portant l'autre , 130,000 tonnes d'lia,
rengs par an , dont 95,000 ont été exportées à
l'étranger & 15,000 en ont été envoyées dans
les Provinces Suédoifes fur la Baltique. On ne
comprend pas dans ce nombre plufieurs milliers
de tonnes d'harengs que les gens de campagne
viennent prendre annuellement pour les vendre
( 5 )
*
en Dannemarck & en Norvege. Il est défendu en
Suède d'exporter des harengs frais , mais malgré
cette défenie on peut admettre qu'il en fort par
an 8 à 10,000 tonnes . On évalue à 40,000 tonnes
les harengs que l'on prend & fale dans le diftri&t
de Marstrand , à 20,000 ceux du district d'Uddawalla
, & à 10,000 ceux du diftri &t de Kongelf,
de forte que le total des tonnes de harengs falés
ſe monte par an , dans la Province de Gothie , à
environ 200,000 , dont 130,000 paffent à l'étran
ger & 70,000 font vendues dans le pays . Autrefois
la préparation du hareng fe faifoit conformément
à un Réglement , mais depuis 1765 , il
eft libre à chacun de préparer le hareng comme
il le juge à propos . Le Gouvernement prend feulement
foin que les tonnes foient marquées du
nom du propriétaire , & qu'elles contiennent la
mefure de 48 pots de Suède . Trois à quatre
mille tonnes de harengs falés font envoyées par
an dans la Méditerrannée autant aux Inles de
Canaries , & 20 à 30,000 aux Indes occidenta
les , une partie en droiture & l'autre par l'Irlande
& par Coppenhague. Pendant la guerre , où l'importation
du hareng étoit permife en France , on
y a fast paffer annuellement 6 à 10,000 tonnes .
Dans quelques endroits on fume le hareng comme
on le fait.à Yarmouth , & il en paffe par an
environ 3000 tonnes en Italie & dans les Indes
Occidentales. Depuis quelques années on a auffi
commencé à preffer le hareng à la maniere Angloife
, mais cette préparation n'a gueres de fuccès
; 5 à 600 tonnes de ces harengs paffent par
an en Italie .
"
En général on peut compter que la Province
de Gothie fournit , une année dans l'autre , environ
200,000 tonnes de harengs falés & fumés ,
✯ 16 à 20,000 tonnes de harengs frais , que les
a.4
( 6 )
gens de campagne exportent en Dannemarck &
en Norvege.
DE VIENNE , le 23 Octobre.
Le Général , Prince de Lichtenftein , Commandant
de Vienne , entierement rétabli de
fa maladie longue & dangereuſe , a repari
dans le Public .
Un Refcrit Impérial , publié publié en Gallicie ,
donne une idée jufte de la pauvreté des babitans
de cette Province. On promet aux
payfans , qui conftruiront une maifon de
bois avec deux poëles , une cheminée qui
traverfe le toit, & une écurie affez haute pour
y loger un cheval de cavalerie fellé , de les
affranchir pour cinq ans , tant des contributions
de quartier; que du logement des gens
de guerre cet affranchiffement fera de dix
années pour ceux qui couvriront leurs maifons
avec des tuiles Egyptiennes.
:
Par un calcul fait à Hermanſtadt avec exactitude
, 14000 familles d'Egyptiens ou Bohémiens
ont abandonné en Tranfylvanie leur vie vagabonde
depuis 20 ans : il reste encore 1200 de
ces familles , qu'un Auteur Allemand fait defcendre
des Indiens , & nommément de la derniere
cafe.
Si l'on confidere qu'annuellement les vins
de France faifoient fortir de l'Etat deux cents
mille florins , & que la Hongrie nous fournit
en abondance des vins auffi falubres
délicieux , on s'étonnera que l'exclufion des
premiers n'ait pas eu lieu plutôt.
que
( 7 )
Lors du dernier campement près de Prague ;
un particulier perdit fon Porte- feuille qui contenoit
pour plufieurs milliers de florins de billets
de banque ; un huffard trouva ce porte - feuille ;
mais comme il ne favoit ni lire ni écrire , il ne
confidéra les billets de banque , que comme un
moyen commode d'allumer fa pipe ; par bon .
heur dans un moment qu'il en faifoit ulage , un
de fes camarades , qui étoit préfent , lui apprit
la valeur de ce qu'il brûloit , le nom & la demeure
de celui à qui les billets appartenoient . Le
huffard va auffitôt les rendre à leur propriétaire
qui lui fit préfent de 100 ducats , quoiqu'il eût
déja brûlé pour plus de 400 florins de billers.
Le 9 de ce mois S. M. I. arriva à Presbourg
, accompagnée du Général Comte de
Brawn , & en repartit le 11 pour fe rendre
à Bude par Raab. De là , à ce qu'on croit ,
S. M. ira à Erlau & à Agram , puis reviendra
à Vienne . Elle a chargé plufieurs Offciers
de vifiter les environs d'Egra , pour y
choifir l'emplacement d'une nouvelle fortereffe
, qui couvrira celle de la place . Il a été
auffi envoyé des ordres inftans de preffer les
travaux des fortifications de Pleff& de Théréfienfladt.
L'Empereur a fait connoître par une déclaration
, additionelle au nouveau réglement pour le
commerce , que les marchandifes profcrites du
commerce , qui feroient apportées par les marchands
forains , feront également déposées dans
les entrepôts où elles pourront être vendues pendant
la durée de la foire ; ce temps expiré , les
marchandifes reftantes feront mifes dans des maa
4
( 8 )
gafins particuliers de l'entrepôt général , pour
lefquels magafins les marchands pay eront une rétribution
raisonnable ; mais il fera auffi libre, à
ces marchands de retirer de l'entrepôt leurs marchandifes
, & de les faire tranfporter hors des
Etats de S. M. I.
Le Comte de Herberftein , défigné Evêque
du nouvel Evêché de Linz , y eft arrivé.
On attend de Rome d'un jour à l'autre
la Bulle de confirmation .
La recette de la caiffe de l'établiffement
pour les pauvres , a été dans le mois de
Septembre , de 12,704 florins ; en y ajoutant
ce qu'il y avoit encore en caifle , fon
fonds étoit de 20,074 florins , dont 12,045
ont été diftribués pendant ce mois . Le nombre
des pauvres penfionnaires eft de 6597 .
Plufieurs Seigneurs territoriaux ayantobligé
leurs Vaffaux d'acheter ou de débiter , pour leur
compte , diverfes marchandifes contre la teneur
expreffe de différens Réglemens , S. M. I. a jugé
propos de renouveller ces Réglemens de la maniere
fuivante :
à
Nous défendons à tous les Seigneurs de terres ,
fous les peines les plus graves , de forcer leurs
Vaffaux , fous quelque prétexte & nom que ce
puiffe être , d'acheter d'eux , ou de débiter pour
le compte des Seigneurs , des vivres & boiffons
ou de les obliger de vendre leurs denrées ou boiffons
à un prix plus haut que celui pour lequel
les Seigneurs les font débiter ; & nous permettons
à chacun defdits Vaffaux de vendre & de débiter
les vivres , vins & cidres du produit de les terres ,
dans tel tems ou à tel prix qu'il le jugera conve
nable.
( و )
Les Proteftans de cette ville ont obtenu
la permiflion d'établir ici un Confiftoire ,
duquel dépendront les Communions proteftantes
de la Haute- Autriche .
Par des lettres de Fiume on apprend que
les Monténégrins , au nombre de sooo ,
ont repouffé dans les gorges de Dezernizzi
l'armée du Pacha de Scutari , forte de 30,000
hommes.
DE FRANCFORT , le 28 Octobre.
Les fêtes particulieres des Apôtres ont été
fupprimées dans les Evêchés de Hildesheim.
& de Paderborn , & dans l'Abbaye de Cor
vey ; on les célébrera dorénavant les dimanches
précédens ou fubfequens de ces
fêtes.
Des lettres de Vienne difent que la Cour Impériale
a chargé fon Miniftre à la Porte Ottomane
, de remettre au Reis Effendi une nouvelle
note relativement à l'affaire des limites , dans laquelle
il déclarera en termes précis , que fi dane
l'efpace de 14 jours , la Porte ne nommoit pas
les Commiffaires pour arranger cette affaire , l'Empereur
le verroit forcé de prendre les mefures
convenables pour parvenir à fon but.
Nous apprenons de Varfovie , que l'ouverture
de la Diete s'eft faite à Grodno , le
lundi 4 Octobre . Le Roi de Pologne a
nommé fon frere , l'Evêque de Plocko , à la
dignité vacante de Primat du Royaume.
a s
( 19 )
Les du mois à midi , le Prince Evêque
d'Ofnabruck eft arrivé à Hanovre. Le foir ,
il y eut une très belle illumination dans la
nouvelle rue , que le nom du Prince a fait
appeller Frederic ftraff
Le retour inopiné de la Czarine à Pétersbourg,
& à une heure indue , a donné lieu
à beaucoup de récits plus ou moins roma→
nefques , entre lefquels le fuivant , que nous
nous gardons bien de donner comme authentique.
Le 16 Septembre , l'Impératrice monta en caroffe
avec une feule des filles de fon Palais , &
ordonna à fon cocher de la conduire dans un en◄
droit du Parc qu'elle défigna . Elle n'y fut pas.
plutôt , qu'elle defira revenir à Czarsko - Zelo ,
lorfque , reprenant la parole , non , dit elle , à
Pétersbourg. Les deux valers de pied qui formoient
toute fa fuite , lui repréfente rent qu'il étoit trop
tard ; que fon Palais à Pétersbourg étoit entiérement
démeublé , & que S. M. n'y trouveroit pas
un feul endroit arrangé. La Souveraine perfifta ;
on obéit , & on arrive vers minuit dans la Capitale
. Rien n'étoit prêt au Palais ; en forte que
Catherine II fut obligée d'aller à l'Hermitage
pavillon contigu au Palais . Le Concierge ne s'y
trouva point ; il fallut enfoncer les portes . Un
moment après l'Officier de garde arriva ; l'Impératrice
ordonna de faire annoncer fon arrivée
en la maniere accoutumée , c'est- à - dire , que de
la Fonderie de la Citadelle , &c. on tirât 400
coups de canon ; il étoit alors une heure après.
minuit. Cette terrible canonade éveilla en faififfant
tout Pétersbourg ; & ceux qui n'étoient pas
( 11
encore couchés , ne favoient s'ils devolent fortir
de leurs maifons , pour s'informer de ce qui pouvoit
donner lieu à cette rapide & bruyante falve.
Elle ne pouvoit annoncer qu'une inondation où
une révolution ; on étoit éloigné de penfer qu'elle
marquoit le retour de l'Impératrice défigné toujours
trois femaines d'avance. Comme dans la
journée rien n'avoit préparé aucune crue fubite
des eaux , le fentiment le plus général fut qu'il
y avoit quelque révolution au Palais. Tous les
Officicrs & les Grands y coururent ; le Prince
Repnin , commandant le Régiment des Gardes
Ismaïloff, fe mit à la tête de fa Troupe , & arriva
en bon ordre fur la place du Palais alors il
apprit que ce grand mouvement étoit l'effet de
la préfence de l'Impératrice.
ITALI E.
DE VENISE , le 4 Octobre.
Nous attendons avec la plus vive impatience
des nouvelles de l'expédition de notre
efcadre contre Tuis , & le Sénat s'occupe
férieufement du rétabliffement de la
Marine. Trois vaiffeaux de ligne doivent
être entierement finis avant l'hyver pro
chain , & trois autres feront conftruits pendant
cette faifon . L'intention du Gouvernement
eft de porter à vingt vaiffeaux de ligne
l'efcadre du Chevalier Emo , & d'avoir
un égal nombre de vaiffeaux fous les ordres
du Providéteur général du Levant , outre
l'efcadre des chebecs , galeres , galiotes &
a 6
( 12 )
autres bâtimens légers , qui font en croifiere
dans la mer Adriatique & dans celle du
Levant.
Dimanche 26 du tnois paffé , au moment où
le Grand -Confeil étoit affemblé , les Gardes de
la mil- ce & les archers de la Prévôté en vinrent
aux mains. Les premiers font obligés , pendant
Ja féance du Confeil , de faire fentinelle à la porte
du Palais public , & dans un intervalle il n'eft
pas permis aux archers de s'en approcher. Quelques
jours auparavant il s'étoit élevé une querelle
entre les Gardes de la milice & les archers.
Ceux-ci avoient réfolu de fe venger , & á cer
effet ils formerent un complot exécuté le 26 .
Trois d'entr'eux étapt paffés devant la porte du
Palais , les Gardes de la milice les fommerent de
fe retirer , mais ils refuferent d'obéir , & firent
feu fur les fentinelles. Un Officier fut bleffé au
bras , & une perfonne étrangere à la querelle
fut tuée fur la place. Les Gardes de la milice fe
défendirent contre les Familiers qui eurent le deffous
, les Efclavons s'étant rangés du parti des
premiers. Cette fcene excita un grand tumulte
fur la place Saint - Marc. Il y eut une perfonne
bleffée dans l'Eglife de ce nom , qui par cette
raifon doit être bénie de nouveau par le Patriarche
. Le Sénat ayant pris connoiffance de cette
affaire a fommé le Prévôt des archers de comparoître
, & lui a fignifié que s'il ne parvencit
point à faire arrêter tous les coupables , fa tête
en répondroit . Il a été en conféquence arrêté ,
privé de fon emploi , & mis au cachot. Le Sénat
a réflu . dit-on , de punir les archers d'une niàniere
éclatante. Trois d'entr'eux ont déja été ars
rêtés & étranglés immédiatement.
9
( 13 )
DE LIVOURNE , le 8 Octobra:
S. A. R. toujours attentive à favorifer les
Beaux- Arts , vient de fonder à Florence une
Académie destinée à les faire fleurir : on y
réunira les plus habiles maîtres dans tous les
genres.
Une lettre de Tunis , en date du 12 Septembre,
contient les détails fuivans. «<< L'épidémie ne fait
plus autant de ravages en cette ville . Il ne meurt
que 50 à 60 perfonnes par jour. Un de nos Corfaires
a amené dans ce port trois bâtimens Napolitains
dont il s'eft emparé. Leur cargaifon confiftoit
en bois de conſtruction & en vins. Il eft
également arrivé ici un autre Corfaire qui a fait
une deſcente fur les côtes de la Sicile , où il a
enlevé cinq habitans. L'Efcadre Vénitienne n'a
point reparu devant la Goulette , & l'on croit
généralement que le Commandant de cette E-
વાટ
cadre attend de nouveaux ordres de la République.
Avant l'arrivée de cette Efcadre , un Corfaire de
Malte s'étoit emparé fous le canon de la Fortereſſe
d'un bâtiment Tunifien chargé de grains. Le 20
du mois paffé , au moment où le Bey & les Grands
étoient raffemblés dans la Moſquée , le feu prit à
des bains publics , & en moins de quatre heures ,
les flammes réduisirent en cendres tout l'édifice .
Comme le vent fouffloit du fud eft , la plus vive
alarme s'empara de tous les efprits , parce qu'on
craignoit que le feu ne fe communiquâ aux magafins
à poudre ; mais on parvint heureufement
a arrêter les progrès de l'incendie . Avant- hier
deux Frégates Angloifes ont mouillé ici , & ce
matin , les Officiers de ces Frigates , accompa-'
gnés du Conful de leur Nation , ie font rendus
chez le Bey pour le complimenter.
2
( 14 )
La Ducheffe d'Albanie , fille du Prétendant
, eft arrivée à Florence le 7 de ce mois :
le Prince ne l'avoit point vue depuis l'âge
de 6 ans. Le Grand- Duc envoya un de fes
Gentilshommes la complimenter ; le Prétendant
ayant paru défirer que la Loge qu'il lui
cédoit au Spectacle , fût diftinguée des Loges
ordinaires , le Grand -Duc ordonna de la
décorer de la même maniere que celle de la
Grande-Ducheffe , avec des tapis , crépines
d'or, &c. Le jour que la Ducheffe d'Alba
nie fut à l'Opéra , la Cour & la Ville ſe porterent
fur fon paffage , & comme elle eſt
encore affez jeune , comme elle avoit une
robe & des ajuftemens du meilleur goût ,
televés d'ailleurs par tous les diamans de fon
pere , elle excita l'attention générale.
DE NAPLES , le 22 Octobre.
S. M. a ordonné qu'on fît le procès à toutes
les perfonnes foupçonnées d'avoir été les
auteurs de la perte du vaiffeau le Saint- Giovanni
, occafionnée par l'accident qui l'a ré
duit en cendres. L'intention de Sa Majesté
eft qu'ils foient jugés avec la plus grande
rigueur.
On apprend de la Calabre ultérieure , que cette
malheureufe Province à reffenti de nouveau , le
12 de ce mois , une fecouffe affez forte de tremblement
de terre ; elle a confidérablement endommagé
les nouveaux édifices , aina que ceux qui
avoient été réparés. Quelques perfonnes ont été
enfevelies for les ruines. On a lieu de craindre
·( 15 )
que les matieres volcaniques qui fermentent dans
le fein de la terre ne foient pas entièrement épui
fées & éteintes .
C
Mylord Tylney, domicilié depuis longues
années en cette ville, vient d'y mourir ; à
l'âge de 76 ans. Il a fait des legs très - confi
dérables à tous les Officiers de fa maifon ,
entr'autres un de 6000 ducats à fon fecré
taire .
Le Roi de Naples voulant donner à l'Abbé
Fortis , Auteur de la découverte du Nitre minéral
, qui s'exploite actuellement dans la Pouille ,
des marques de fa bienveillance , lui a promis
une Abbaye.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 26 Octobre.
C'est le Général Sloper que le Public
éleve aujourd'hui au rang de Commandant
des forces Britanniques dans les Indes . Il en
eft de cette nomination comme des précédentes
, & de celle de M. Vanfittart , pour
remplacer M. Haftings. Point encore de
choix déterminé , ou du moins connu d'une
maniere certaine .
Le 18 , Lord Howe , accompagné de M.
C. Brett, l'un des Commiffaires de l'Amirauté
, a viſité les chantiers de Chatam : il a
infpecté les divers magafins , & paffé en revue
tous les ouvriers employés dans les
chantiers , dans la corderie , &c. Sa Seigneurie
a enfuite pourfuivi fa route à Sheernell.
( 16 )
On donne l'état fuivant des vaiffeaux en conf
truction dans nos différens ports .
A Plymouth , le Royal Souverain , 110 can .
la Gloire , 90 : le Céfar , 74 ; la Médule , 50.
A Portfmouth , le S. George , 98 can. ; le Boulevard
, 74 ; le Prince de Galle , 90 ; une frégate
de 36.
A Chatam , le Royal - George , 100 can .; la
Royale Charlotte , 100 ; le Leviathan , 74.
A Sheerne , le Léopard , 50 can.; le Mermaid
, 32.
A Wolvich , le Boyne , 90 can .; le Prince ,
90 ; le Minotaure , 74 .
A Deptford , l'Imprenable , 90 can . ; le Château
de Windfor 90 ; l'Avant- Garde , 74.
Outre 21 vaiffeaux de ligne , & trente frégates
en conftruction dans les chantiers particuliers.
Environ 200 voiles marchandes font attendues
au premier jour de la Jamaïque &
des ifles fous le vent.
Le fieur Blanchard vient de divifer l'enthoufiafme
pour M. Lunardi , par une nouvelle
promenade aéroftatique. Il est venu
tomber dans un pré ; non au milieu de la
ville de Rumfey , comme l'ont rapporté quelques
feuilles publiques : fon voyage a été de
76 mille anglois. Lui ou quelqu'un des fiens
a donné de l'entrepriſe , une relation auffi
originale que celle de l'expérience de Normandie
cependant on nous a fait grace
des procès -verbaux qui n'ont pas de cours
dans la légilation anglo fe . Ceft bien affez
de nous être amulés ne fois des hiftoires de
M. Blanchard & de fon éloquence ; il feroit
:
( 17 )
paffablement ennuyeux pour nous & pour
le Public de recommencer.
Il va s'établir une Manufacture de cotons
très considérable , dans le voifinage de Lanark
en Ecoffe. M. Dempfter , & des Négocians
de Glafcow font les principaux actionnaires
de l'entrepriſe.
Un de nos papiers donne l'origine fuivante
à l'emploi immenfe qu'on fait ici de
bo's d'Acajou .
Le frere du docteur Gibbons , Médecin trèseftimé
, qui vivoit au commencement de ce fiecle
, étant commandant d'un bâtiment employé
dans le commerce des Indes - Occidentales , il
rapporta plufieurs madriers d'Acajou pour lui fervir
de left : le docteur faifant bâtir alors une maifon
dans Covent- Garden , fon frere les lui envoya
; mais les charpentiers l'ayant trouvé trop
dur pour leurs outils ordinaires , ne voulurent
point le mettre en oeuvre , & il refta oublié pendant
long- temps dans le jardin du docteur. Quelques
années après , une boîte propre à renfermer
des chandelles fut faite avec une planche de
ce bois , qui fe trouva par hafard parmi les madriers
le menuifier fe plaignit , ainfi que l'avoient
fait les charpentiers , de la dureté du bois
& de la foibleffe de fes inftrumens ; le docteur lui
confeilla d'en faire faire de plus forts , & enfin
la boîte fut faite . Le docteur fut fi fatisfait de fa
beauté , qu'il voulut en avoir un bureau : l'ouvrier
qu'il employa , étant fort habile dans fon
métier , parvint à finir ce dernier ouvrage dans
la plus grande perfection . M. Gibbons , enchanté
de fa découverte , montra fon bureau à
fes amis la Ducheffe de Buckingham- shire l'ad-
:
( 18 )
mira , & pria le docteur de lui donner de quoi
s'en faire faire un femblable pour elle - même.
C'est ainsi que l'Acajou s'eft introduit en Angleterre
, où il est actuellement d'un ufage fi univerfel
, que , malgré fa cherté , il n'y a peut être
pas une maifon dans le Royaume , où il n'y ait en
meuble quelconque fait d'Acajou , & que les
meubles des quatre cinquiemes des habitans des
villes du Royaume font de ce bois précieux : autant
qu'il eft poffible d'en juger , d'après le temps
qui s'eft écoulé depuis qu'il eft en ufage , il paroît
fortement incorruptible.
Les habitans de Dublin n'ont point été
déconcertés par les menaces du Procureur-
Général. Ils fe font affemblés le 13 Octobre ,
& ont élu les cinq Délégués qui doivent
repréfenter cette vi le dans le Congrès national
. Les Sheriffs n'ont point préfidé à cette
Affemblée ; le peuple , c'est-à- dire 150 perfonnes
de tout état , ont choifi pour les
remplacer le Chevalier Edouard Newenham.
Le Miniftere a fait choix du Lord Charlemoat
, pour commander & paffer en revue l'armée
des Volontaires d'Irlande . Ce Seigneur a
déjà fait connoître fon fentiment relativement
aux Catholiques. Il ne veut point qu'on les admettre
á la prérogative d'Electeurs : ce qui eft en
réduire le nombre à peu près à celui actuel . De
tels principes étant diamétralement oppofés à la
réforme Parlementaire , il y a tout lieu de penfer
que le Gouvernement , en mettant le Lord
Charlemont à la tête des Volontaires , a pris en
même-temps la réfolution de ne point acquiefcer
aux voeux de quelques brouillons qui ont exalté
quelques têtes foibles.
( 19 )
"
-Ce Lord Charlemont qu'on difoit avoir
donné fa démiffion de Général des Volontaires
, a été au contraire confirmé dans ce
grade de nouvelle création .
Quelque bel efprit , quelqu'un de nos
rhéteurs politiques , paffé du Continent en
Irlande , a , felon toute apparence , envoyé
aux Volontaires d'Irlande la profeffion de
foi fuivante à figner.
« °. Il n'y a aucune forte de gouvernement
qui ait la prérogative d'être immuable.
2. Il n'y a pas d'autorité politique inftituée
d'hier , ou depuis mille ans , qui ne puiffe être
abrogée dans dix ans , ou même dès demain .
3. Il n'y a pas de pouvoir , quelque facré ,
quelque refpe&table qu'il foit , qui puiffe regarder
P'Etat comme fa propriété.
"
4. Toute autorité dans le monde a eu pour
principe le confentement des ſujets , ou le pou
voir du maître . Dans l'un & l'autre cas il
peut finir comme il a commencé ; & il n'y a
point de presciption en faveur de la tyrannie contre
la liberté .
1
5º. La vérité de ces principes ne peut être niée
par perfonne quiconque penfe autrement eft un
efclave , en allouant à fes ancêtres le droit de
flipuler pour lui avant qu'il fût né , & en s'arro¬
geant pour lui - même celui d'enchaîner une poftérité
qui n'exifte pas » ; c'eft fur ces principes
, dit - on , que procéderont les volontaires
Irlandois.
Il faut nous croire de grands fots de nous
donner ces vieux adages pour des découvertes
de l'efprit de liberté en Irlande. Ces prin-
ל
( 20 )
cipes, certainement très-juftes dans une hypothefe
politique , font copiés mot pour
mot des pamphlets américains , lefquels les
avoient copiés du Docteur Price , lequel les
tenoit de Locke , Locke de Sidney , Sidney de
Milton, Milton , de fon génie , des circonftances
& de la nature. C'est une trop grande
puérilité de remplir des déclarations politiques
de ces maximes dans des conjonctures
auxquelles elles ne font nullement applicables
. Ce langage étoit bon dans la bouche
des Soldats de Cromwel , des Suiffes au quinzieme
, des Hollandois au feizieme fiecles .
Une lettre écrite le 20 Septembre , à bord
du Salisbury à Terre- Neuve , porte ce qui
fuit :
« Le terme de notre ftation devant bien- tôt
arriver , nous espérons partir de Saint Jean pour
l'Angleterre vers le commencement du mois prochain.
L'été a été fort beau & la pêche trèsabondante
. Près de 200 voiles font chargées pour
les marchés Européens. Plufieurs des bâtimens
pêcheurs qui font arrivés de bonne heure pour
Terre - Neuve , ont fait deux fois la pêche , comme
il arrive quelquefois aux pêcheurs du Groenland.
Les François nous ont un peu incommodés par
de petites méprifes volontaires fur les limites de
leur pêche ; mais l'Amiral Campbell a fu les forcer
à une jufte obfervation des Traités . Les Amé◄
ricains fe font faufilés par fois parmi nos pêcheurs
& ceux des François . La garnifon de Saint
Jean eft entiérement renouvellée. Jamais nos établiffemens
n'ont été plus floriffans . La pêche s'eft
paffée fans aucun accident , malgré les coups de
vent que nous avons éprouvés »
( ) 2121
Suite du Bill de l'Inde.
Art. LIX. Comme il feroit effentiel , pous
mieux gouverner l'Inde , ainſi que le territoire ,
les revenus & le commerce de la Compagnie ,
de trouver un moyen plus fimple que ceux adoptés
par la loi ordinaire , pour la punition dest
crimes , fautes , &c. &c . qui s'y commettent par
les fujets de S. M. B. employés au ſervice de la
Compagnie , il eft ordonné que fur le réquifitoire
du Procureur - Général de la Cour du
King's Bench , après une motion faite par quelque
perfonne que ce foit , demandant un ordre
d'intruire le procès d'un délinquant , la Cour
autorifera ledit Procureur- Général , ou la Cour
des Directeurs des Indes , au nom des Proprié
taires , d'informer contre lefdits délinquans pour
toutes les offenfes commifes après le 1er. Janvier
1785 ; & , en vertu de ladite information
la Cour pourra ordonner , fi elle le juge à propos
, que l'accufé foit conftitué prifonnier dans
les prifons de la Tour de Newgate ou de la
Marshallea , pour y être détenu jufqu'à ce que
fon procès foit jugé , ou qu'il ait fourni fuffifante
caution, qu'il comparoîtra & plaidera fur les
chefs d'accufation exhibés : auffi -tôt que le dés
fendant aura répondu pardevant la Cour du
King's Bench , le Lord Grand-Jufticier délivrera
les minutes du procès au Chancelier de la G. B. ,
ou aux Commiffaires prépolés à la garde des
fceaux , qui , en conféquence , ordonneront qu'il
foit nommé une commiffion de la maniere qui
fera ci-après indiquée.
Art. LX. Il eft ordonné par les préfentes , que
fi les perfonnes contre lesquelles une information
auroit été commencée , négligeoient à comparoître
dans les délais qui leur auroient été accordés
à cet effet ; dans ce cas , il feroit reconnu lé
( 22 )
gal que le Procureur Général comparat au nom
de la partie défaillante , & plaidât en fon nom
comme fi elle étoit préfente ; autoriſant la Cour
à procéder dans ce cas par contumace.
Art. LXI. Il eft ordonné de plus , que dans
l'efpace de 30 jours après la rentrée du Parlement
, tant dans la prochaine feffion que dans
chaque feffion future , les Lors Spirituels &
Temporels procéderont à choisir , nommer &
appointer 26 Membres , où s'ils le jugent à propos
, un plus grand nombre d'entre eux , lequel
choix fe fera à la balotte , & la Chambre des
Communes procédera de la même maniere à
choifir 40 Membres , ou un plus grand nombre
fi elle le veut.
· Les PréGdens de chacune des deux Chambres
auront foin de tranfmettre la lifte des perfonnes
qui auront été choifies , fcellée respectivement
de leurs fceaux , au Greffier de la Cour de la
Chancellerie , ou à fon Député , & quand une
commithion fera inftituée en vertu de cet acte ,
lefdites liftes feront remiſes aux trois Juges défignés
par la Cour du Banc du Roi , des Plaids-
Communs & de l'Echiquier , pour les recevoir ;
& fi lefdites ifles renferment les noms de plus de
26 Pairs , & de plus de 40 Membres des Communes
; lefdits Juges , trois jours après les avoir
reçues, feront mettre les noms dans une boîte ,
& en feront tirer ceux de 26 Pairs & de 40 Mem .
bres des Communes ; après quoi ils feront favoir
la déciſion du fort à ceux defdits Pairs , & Membres
des Communes , dont les noms auront été.
tirés , ainſi qu'au Procureur - Général , ou à la
partie pourfuivante , ainfi que le cas y échera ;
il fixera en outre le temps & le lieu , dans l'efpace
de 20 jours après la remife defdites liftes ,
pour procéder ultérieurement à l'exécution de
( 23. )
›
cet acte. Les noms defdits Membres i de chaque
Chambre du Parlement feront tranfmis au
Préfident de chacune defdites chambres dans
l'espace de trois jours , fi le Parlement fiege ;
ou , s'il ne fiege pas , trois jours après celui de
fa réunion toute perfonne choisie ainfi pour
Commiffaire , en vertu de cet acte , qui ne paroitroit
pas , après avoir reçu l'information qu'il
eft nommé pour l'inftruction du procès , payeroit
une amende de 500 liv . fterl. , à moins que
les Membres défaillans ne puffent donner des
raiſons valides & fuffifantes pour s'excufer rcfpectivement
envers leurs Chambres.
Art. LXII. Le plus ancien des trois Juges
préfens aux affemblées des Commiffaires , nommés
de la maniere qui précede , fera Préfident
de l'Affemblée defdits Commiffaires , où tout ſe
décidera à la pluralité des voix ; & dans le cas
où elles fe tronveroient égales parmi lesdits
Commiffaires , le Préfident aura la voix prépon
dérante.
Art. LXIII. II eft ordonné que les membres
des Communes , qui doivent être nommés pour
Commiffaires , feront choifis de la maniere fuivante
dans l'espace de 30 jours après la réunion
du prochain Parlement , & de chaque feffion
future , il fera permis à la chambre , quel
jour il lui plaira procéder à ce choix , d'ordonner
que les portes foient fermées dès que le nombre
de deux cents membres fera complet , que l'Oras
teur aura pris fa place , & qu'il fera 5 heures de
l'après - midi ; il fera alors préfenté différentes
liftes , qui feront prises en confidération par un
comité , qui fera rapport à la Chambre , du nom
bre qu'elle aura choifi , & fi , après ce rapport ,
le nombre defdits membres fe trouvoit au -deffous
de quarante , les autres membres préfens feroient
( 24)
requis de completter ces liftes , & de répéter cette
opération juíqu'à ce que le nombre fût complet ,
& auffi fuvent que le cas deviendroit néceffaire.
Art. LXIV. Ii eft entendu que fi quelqu'un
des membres défignés paroiffoit au comité , pourvu
d'aucune place qui le rendît dépendant de la
Couronne , ou qu'il eût été membre du bureau
établi pour gouverner l'Inde , ou Directeur de
la Compagnie , tous ceux qui fe trouveroient
dans ce cas , ſeroient effacés des liſtes , & ne
pourroient être élus par le comité.
Art. LXV . Il eft ftatué & ordonné , en vertu
de l'acte paffé , & c. que les noms de quels membres
que ce foit des deux Chambres qui formeront
les liftes , feront remis dans une boîte pour
en être tirés au hafard , en préſence du juge ,
ainfi que des parties ou de leurs avocats agens :
alors lefdites parties , contre lefquelles fe fera
l'information , auront la liberté de récufer treize
Pairs & zo membres des Communes , fur le nombre
qui aura été refpectivement choifi par les
deux Chambres ; le Procureur- général de Sa
Majefté ou la partie pourſuivante , ainfi que le
cas y échera , auront également le droit de ré
cufer de leur côté autant de membres défignés
qu'ils jugeront à propos , en expliquant aux juges
les caufes de ces récufations; ce qui étant fait , les
quatre premiers noms des Pairs , & les fix premiers
noms des membres des Communes , qui
feront tirés fans être récufés , feront remis au
Chancelier , qui aura foin de les inférer avec
ceux des trois juges nommés dans la commiffion
fpéciale qui doit être expédiée en vertu de cet
acte ; & les perfonnes dont le nom ſera inféré
dans ladite commiffion , compareîtront dans l'ef
pace de dix jours pour prêter le ferment fuivant
par-devant le Chancelier , ou le Garde des
•
fceaux
( 25 )
teaux , ou les Commiflaires prépofés à la garde
d'iceux , en cas qu'il n'y ait pas de Chancelier ,
&c. &c.
အ
» Je foufligné N. certifie avec ferment que je
jugerai & déterminerai le mieux qu'il me fera
poffible , l'objet qui eft à difcuter par - devant
moi, & que je prononcerai d'après les témoi
» gnages qui me ſeront fournis . Ainfi que Dien
me foit en aide. »
Art. LXVI. Dans le cas où les récufations réduiroient
les noms choißis à un nombre moindre
que celui ci - deffus fpécifié , c'eft -à - dire de quatre
Pairs & de fix membres des Communes , lefdits
trois juges en informeroient les deux Cham-
-bres , qui procéderoient avec toute la célérité
poffible à un nouveau choix , pour être tranſmis
au greffier de la Cour , ou à fon Député , & enfuite
inféré dans une nouvelle commiſſion , de la
maniere qu'il a été dit ci-deſſus . Lefdits Commiffaires
auront le droit , le pouvoir & l'autorité
d'entendre , de déterminer & de prononcer jugement
fur les objets de l'information portée par➡
devant eux , felon la loi commune du pays , tant
contre l'extorfion , le péculat , que contre tout
crime de cette nature , ou autre commis dans
-l'Inde par les accufés ; comme auffi de déclarer
la partie convaincue de l'avoir commis , incapable
de fervir la Compagnie des Indes dans aucun
emploi. Lequel jugement prononcé par lefdits
-Commiffaires , après une information de la ma-
-niere ci-deffus expliquée , fortira fon plein &
-entier effet , fans qu'aucun appel en vertu d'un
-tertiorari , puiffe être accordé par aucune autre
Cour, pour retirer la connoiffance déléguée aux
Commiffaires pour en déterminer l'objet , & leur
déciſion ne fera , à aucun égard , miſe en queftion
dans aucun procès fubféquent , foit dans les
N°. 45 , 6 Novembre 1784. b
( 26 )
tribunaux qui décident felon la loi du pays , ou
ceux appellés cours d'équité .
Art. LXVII. Il eft ordonné en outre qu'il fera
Jégal pour lefdits Commiflaires , ou pour fept
d'entr'eux au moins , dont un des trois juges cideffus
nommés en fera toujours un , d'entendre &
de déterminer toute information , & de s'ajourner
de temps à autre , ainfi qu'ils le jugeront á propos
; & en cas que le nombre des Commiffaires
choifis vint à diminuer par la mort de quelquesuns
d'entr'eux , ou par des infirmités qui les rendiffent
incapables de procéder avant que l'objet
'de la commiffion fût rempli , & que lès trois juges
vinffent à mourir , ou à manquer par des accidens
quelconques ; dans ce cas , ladite commiffion
feroit diffoute de droit ; & une nouvelle
feroit inffituée pour connoître de l'information
portée pardevant la premiere : & toutes les procédures
recommenceroient de nouveau , excepté
celles qui pourroient avoir rapport aux témoignages
fournis pardevant ladite commiffion , qui
Teroient reçus & admis en preuve comme par la
nouvelle.
Art. LXVIII, Les Commiffaires choifis & prépofés
à l'inftruction des délits ci - deſſus ſpécifiés ,
auront droit de choifir telle perfonne qu'ils jugeront
à propos , pour leur fervir de greffier dans
Tout ce qui aura rapport à ladite commiffion ; &
auffi - tôt qu'elle aura terminé les recherches , &
prononcé fon jugement , l'information , les plaidoyers
refpectifs , les dépofitions & les confrontations
de témoins , le jugement qui s'en fera fuivi
, & toutes les procédures y relatives , feront
remis par ledit greffier à celui de la Cour d'u
Banc du Roi , pour y être gardés & conſervés.
Art. LXIX. Il eft ordonné en vertu de cet .
acte , que les affignations néceffaires pour faire
(
27
venir les témoins qui doivent dépofer pour ou
contre les perſonnes pourfuivies par la commiffion
, pourront être expédiées au bureau , appellé
de la Couronne , du reffort de la Cour du Banc du
Roi ; & en cas qu'aucun des témoins à qui lefdites
affignations auroient été fignifiées , ne comparût
pas en conféquence , ce défaut de comparoître feroit
puni comme mildemeanor , & pourroit être
fuivi per indictement ; & dans le cas où lesdits témoins
refuferoient de répondre ,
comparans
roit au pouvoir des Commiffaires de les punir par
amende ou emprifonnement , ainfi qu'ils le juge
roient à propos.
il fe-
LXX . Il eft ordonné en outre que les Commif
faires , en vertu de cet acte , pourront envoyer
chercher toutes les perfonnes dont ils auront befoin
, ainsi que tous les papiers , regiſtres , minutes
, & c. , &c .; qu'ils pourront en outre examiner
les témoins qu'ils jugeront á propos d'interroger ,
en leur faifant prêter ferment , prenant par écrit
les déclarations defdits témoins foufcrites reſpectivement
par chacun d'eux . S'il arrivoit qu'aucun
des témoins , amenés pardevant des Commiffaifaires
, prévariquât dans fa dépofition , ou fe conduisit
d'une maniere qui ne fût convenable , lefdits
Commiffaires pourront l'envoyer dans les prifons
de Newgate , où celles de la Fleet , pour y demeurer
tant qu'il leur plaira ; & fi lefdits témoins
étoient convaincus d'avoir fait un faux témoi
gnage , ils feroient regardés comme parjures , &
pourroient être pourfuivis en conféquence.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE.
PHILADELPHIE , le 12 Août.
L'efpace nous ayant manqué pour donner
la fuite des particularités relatives à l'Améri
b2
( 28 )
1
que , jufqu'au mois d'Août dernier ; nous allons
achever ce qui nous refte à en dire à nos
lecteurs .
Un Acte digne d'obfervation eftcelui paffé
par l'affemblée générale du Connecticut ,
dans la vue d'encourager le commerce.
Par la premiere claufe , tous les Etrangers ou
Citoyens des Etats - Unis qui voudront le fixer
dans les villes de New - London & de New- Haven ,
feront protégés après s'être concilié la majorité
des fuffrages , ou le confentement de l'autorité
civile de ces deux villes . 1
La feconde clauſe énonce , que toutes les perfonnes
qui voudront fe fixer dans l'une defdites
villes , deviendront Citoyens de l'Etat, après avoir
obtenu les Certificats requis pour l'admiffion d'ha
bitans libres , & avoir prêté le ferment d'allégeance
& de fidélité.
·
La troifieme Claufe ftatue , que ces Etrangers
eu Citoyens des Etats Unis ne paieront point
d'autres droits on taxes que celle: payées par leurs
compatriotes .
La quatrieme Claufe porte , que les perfonnes
de la dénomination fufmentionnée , qui imporieront
annuellement de l'Europe , de l'Afie , ou
de l'Afrique des marchandifes dont la valeur fe
monteroit à 3000 1. ft. , feront exempts , pendant
la durée de cette importation & les fept années
fuivantes, de l'impôt fur les biens ,en confidération
des bénéfices qui réfulteront de cette importation .
En vertu de la cinquieme Claufe , les bâtimens
occupés pendant quatre mois de l'année au commerce
de l'Europe , de l'Afie ou de l'Afrique ,
feront exemptés des taxes pour les années dans
lefquelles ils auront été employés ; mais aucun
partian du Roi de la Grande- Bretagne , dans le
( 29 )
cours de la derniere guerre , aucune perfonne
coupable de meurtre ou de pillage , ou qui
fait la guerre aux Etats Unis , ne pourra jou
des avantages accordés par le préfent A &te."
La Virginie érige une ftatue au Général
Washington. Le Gouverneur Harriſon a
chargé M. Peale , de Philadelphie , de faire
le portrait en pied de cet habile Républicain
; portrait qu'on enverra en France pour
fervir de modele au ftatuaire .
Ha été réfolu dans le Confeil des Cenfeurs de
l'Etat Penfylvanie , d'après une motion de M.
Wayne, que le Concil entendroit, le Mardi 16 de
ce mois, la feconde lecture du Kapport du Comité
nommé pour examiner fi la Conftication a ero
inviolablement confervée dans toute foa intégrité,
& fi les branches légiflatives & exécutrices duGou
vernement , ont rempli exactement leurs devoirs
comme gardiennes des droits du peuple , ow a
elles ne fe font point arrogées , ou n'ont point
exercé des pouvoirs plus éten lus que ceux dont
elles ont été revetues par la Conftitution .
D'après une mo ion de M. M'Lene , il a été
également réfolu , qu'à compter du 16 de ce
mois , & les jours fuivans , les portes de la Chambre
du Confeil (eroient & demeureroient ouvertes
pour toutes perſonnes qui le conduiroient avec
décence , à moins qu'il ne fût donné un ordre
contraire .
Henri Laurens , ci - devant Préfident au
Congrès , eft arrivé à New-Yorck , fur le
paquebot le Tankerville , accompagné de
fon fils , M. Laurens le jeune.
Une lettre d'Harfort du 13 Juillet , parle
én ces termes d'une invention très ingé
nieuſe.
b3
( 30 )
Il eft arrivé au port de cette ville , vendredi dernier
, une espece de bac ou bateau à méchanique ,
mis en mouvement par deux chevaux. C'eft un
particulier de cet Etat qui l'a inventé . La barque eft
furmontée d'une plateforme , fur laquelle eft placée
la machine qui confifte en une roue à dents
horisontales , & une lanterne , qui , étant mifes
en mouvement par deux chevaux qui marchent
circulairement fur la plateforme , font mouvoir
de chaque côté du bateau une roue à afles qui
fait l'office de rames. La barque va fur le pied de
trois milles à l'heure. Cette méchanique eft fort
fimple , peu difpendieufe & fort aifée à conduire .
Elle a attiré l'attention des Mechaniciens , qui la
regardent comme une invention qui deviendra ,
Do peu qu'on la perfectionne , extrêmement
utile pour la navigation intérieure . Le mouvement
du bateau est toujours certain , & réfifte au vent
& à la marée. Il eft , en outre , expéditif , attendu
qu'il n'y a point de perte de tems dans le mouvement
de la puiffance , comme il eft arrivé dans les
impulfions coupées des rames . Enfin cette machine
eft économique , puiſqu'un cheval fait le travail
de huit hommes.
On ne permet à perfonne de paffer du Canada
dans ces Etats , fans une permiffion par
écrit , & tout notre commerce avec les natureis
dans cette province , eft entierement prohibé.
Le Congrès a envoyé une députation
au Général Haldimand , pour lui demander
la reddition des places frontieres , conformément
au traité. C'eft le Colonel Hull qui eft
chargé de cette commiffion . Il est déjà arrivé
au Canada. Les Anglois n'ont point
encore rendu les places frontieres , & notre
commerce de pelleteries en fouffre.
( 31 )
L'Affemblée générale de Penylvanie a paffé
un Bl , à l'effet de tirer de la Milice de cet Etat
250 hommes qui ferviront un an , fous la difcipline
& les réglemens qui ont été adoptés pendant
la guerre par l'armée Américaine. Ce Corps
fera partie des 700 hommes que le Congrès a jugé
néceffaires pour gardér les magafins publics & les
poftes des frontieres intérieures
I
Le 11 de Juin , dit une lettre de Richemond
, un homme pris d'eau - de-vie a coupé
le cou à fa femme , qui étoit groffe , & à
quatre de fes enfans , & il en auroit égorge
deux autres , s'ils n'avoient pris la fuite.
Ce malheureux avoit mené une vie labo
rieufe & honnête , & même il n'étoit point
enclin à l'ivrognerie. Lorfqu'il a été arrêté ,
il a avoué fon crime.
Le 14 Juin, on a éprouvé , près de Bedford,
unorage des plus terribles . Il venoit de fort loin ,
& ilagiffoit en tourbillon fur une largeur de 80 pas
feulement. Les arbres les plus forts , toutes les
hayes , les toits des maifons & des granges ont été
enlevés. Les nuages fe précipitoient de toutes parts
pour fe joindre à l'orage Le tonnerre étoit effrayant
De groffes branches d'arbres voloient dans l'atmofphere
par l'impétuofité des vents , & quoique
l'efpace , que parcouroit l'orage , fût fi perit ;
cependant la tempête a jetté forteloin des branches
couvertes de glace , & dont le bois étoit d'une elpece
inconnue dans ce pays- ci . La ville de Bedford
a heureufement échappé à la ruine qui l'au
roit défolée , fi cet orage avoit paffé ſur elle » .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 4 Novembre.
Le Roi a nomméà l'Abbaye de Talinond ,
b
4
( 32)
Ordre de Saint-Benoît , diocefe de Luçon ,
l'Abbé de la Corbiere , Vicaire général de
Verdun ; & à celle de Notre - Dame de Dalon
, Ordre de Citeaux , diocefe de Limol'Abbé
de Royere , Aumônier de
›
Madame Adelaide de France .
Le Comte de Grais , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près le Landgrave de Heffle-
Caffel , de retour en cette Cour par congé,
a eu l'honneur , le 22 de ce mois , d'être
préfenté à Sa Majefté par le Comte de Vergennes
, Chefdu Confeil royal des finances ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres .
Le Comte de Luxembourg , le Comte Roger
de D mas & le Marquis d'Ecoubleau de Sour
dis , qui avoient précédemment eu l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , les deux premiers
, le 23 de ce mois , & le dernier le 26.
celui de monter dans les voitures de Sa Majesté
& de la fuivre à la chaffe.
Le 24 , la Vicomteffe de la Luzerne a eu
Phonneur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale par la Comteffe de la Luzerne.
DE PARIS , le 4 Novembre.
Le 1s de ce mois , à midi quelques minutes
, on a reffenti à Grenoble une fecouffe
de tremblement de terre ; le vent au nord , -
& le temps ferein . Plufieurs perfonnes effrayées
ont quitté leurs appartemens. On a
cru remarquer que l'ofcillation étoit du Le
( 33 )
vant au Couchant. On a éprouvé cetre fe-'
coffe avec plus de violence dans la vallée
de Graifivaudan , jufqu'à Chambery & Aix
en Savoye. Plufieurs cheminées ont été
renverfées & des murs crevaflés. Quoique ,'
du côté de Geneve , la fecouffe , à ce qu'on
rapporte , n'ait pas été reffentie au - delà
d'Aix , on s'en eft apperçu dans la Breffe où
elle paroît cependant avoir été peu confidérable.
Le monfire Péruvien dont nous avons parlé ,
n'a pas fait longue fortune. La gravure , il eft
vrai , a fait les plaifirs du Public durant huit
jours , & occafionné beaucoup de differtations ;
mais les Savans & les gens fins ne s'y font point
mépris . Ce qu'il y a de plaifant , c'eft que due
moment où les railleries l'ont emporté fur la
crédulité , ceux qui s'étoient mont és les plus
emprelés à adopter cet enfantillage , à publier
cette defcription , & à l'accréditer par conféquent,
ont tous prétendu n'avoir jamais ajouté foi à l'exiftence
de l'animal : c'eſt à qui fe rétracera len
mieux , à qui fe défendra d'avoir été pris pour
dupe. Quoi qu'il en foit, on veut aujourd'hui que
la Harpie Espagnole foit une allégorie. Chacun
prétend en avoir la clef ; il existe vingt fentimens
divers fur cet important fuj t : on propofera fans
doute bientôt des prix , & l'on fera des fondations
pour les pes ingénieux , qui auront expliqué
l'énigme.
Une autre folution non moins curieufe
eft celle qui regarde l'Inconnu , au fujet
duquel nous avons donné une notice , il y a
quelque temps. Voici l'hypothefe qu'a forbs
( 34 )
mé là -deffus un anonyme , dont nous tranf
crivons fidélement les expreffions.
Je fuppofe que cet infortuné jeune homme eft
du Tibet ou de Tartarie . Il étoit venu avec des
perfonnes de fa famille , pour commercer à Surate
, ou au Bengale . Autrefois les Tartares y arrivoient
. Ces étrangers ayant effuyé quelques petites
expoliations , quelques petites violences de la
part de l'illuftre Compagnie , ou de fes honnêtes
employés ; & comme de raifon ne recevant
point de juftice du Confeil de Calcuta , ni des
équitables Tribunaux du Bengale , étoient en
route pour la venir demander en Angleterre ;
mais les ennemis de ces étrangers , avertis de
leur arrivée prochaine , ont faili leur vaiffeau
& les ont jetté à la mer. Un heureux hafard préfente
à celui ci une piece de bois , ou un corps
flotant , & les vents le pouffent à la côte.
>
Ainfi ce jeune étranger a vu des chevaux en
Tartarie , & des armes à peu près femblables à
celles des peuples du nord de l'Amérique . Il y a
vu des raquettes : il a vu au Bengale des habits
uniformes , des glaces , des montres , & il a pu
arriver en Normandie par le fud - oueſt . A l'égarð
de fon langage , apparemment on ignore à Paris
la langue du Tibet , & toutes celles qu'on parle
dans la vafte étendue de la Barbarie . Ceci explique
, ce me femble , & le fait & toutes les circonftances
, fondées affez légerement fur les indices
que l'étranger a donnés par fignes. Il fuit
de- là , que fi cette explication contenoit la vérité
, les perfonnes généreufes qui prennent foin
de ce jeune-home , devroient obferver que pour
fe défaire de quelqu'un , il y a bien d'autres
moyens que de le noyer , & que les ennemis qu'on
lui fuppofe , n'ignorent pas ces moyens .
( ·35 )
Ceci, il faut en convenir , paffe l'allégorie;
& il eft un peu violent de s'amufer à
fuppofer des crimes atroces à une nation
étrangére , pour bâtir un roman . Au refte ,
l'Auteur a exigé que nous mettions le fien
au jour , & il doit être fatisfait.
On a transporté de Boufflers à Beauvais la ftatue
équeftre de Louis XIV , donnée par ce Momarque
au Maréchal de Boufflers , aprés le fiege
de Lille. Par l'acte de donation ce monument
devoit appartenir á la ville la plus prochaine où
il y auroit Bailliage royal , en cas que la ligne
male du Maréchal vînt à s'étendre .
Les Ouvriers prépofés à la conduite de ce Monument
, quoiqu'en grand nombre & avec beaucoup
de peine , n'ont pu lui faire faire que deux
lieues en onze jours , la Statue ne pouvant avancer
qu'à l'aide de cabeftans : elle est réputée
pefer 28 à 30,000 , à quoi il faut ajouter encore
environ 10,000 , tant pour le char , que
pour les pieces énormes dans lesquelles elle eft
affujettie
Les Ecoliers du Collége & des Penfions , qui
partagent avec les Habitans , l'impatience de
pofféder un monument auffi cher , profitèrent
du Jeudi 7 de ce mois , jour de congé , pour
fe rendre fur les 11 heures du matin , à une
lieue & demie de la Viile , au hameau appellé
Saint-Maurice , où étoit la Statue ; & par un pur
mouvement de zele , ils prierent l'Entrepreneur
d'abandonner les cabeftans & de leur livrer les
cordages. Ils étoient enviton 200 ; petits comme
grands , tous employerent leurs forces , avec tant
d'intelligence & de fuccès que , fans les ordres
précis de M. l'Intendant de la laiffer à quelque
diſtance de la ville , ils l'y euffent fait entrer &
b 6
( '36 -) )
amenée fur la Place le même jour à cinq heures &
demie du foir.
M. Turin , Docteur en Médecine , a ſoumis
au rapport de l'Académie des Sciences ,
un projet de fa façon , pour rendre les vaiffeaux
infubmergibles : comme on va le voir,
ce moyen n'eft pas très compliqué.
Il confifte à porter dans chaque vaiffeau cent
outres de peau , dont on fe fert en Dauphiné
pour tranfporter à dos de mulet les vins , les
huiles de Provence : ces outres érant ployés ne
feront d'aucun embarras . Lorfque le vaiffeau
fera en danger de couler à fond , chaque foldat
enflera un outre , ce qui fera fait dans un inftant
; ces outres ainfi enflés , & difperfés dans le
vaiffeau , empêcheront à deux cens quintaux
d'eau d'entrer , puifque chaque outre peut contenir
deux quintaux d'eau , par leur légereié ,
ils auront une force verticale de bas en haut de
mille quintaux. Un outre pouyant faire furnager
huit hommes , avec cette force de douze
cens quintaux , fans compter celles des tonneaux
que l'on peut auffi employer en les vuidant , il
eft impoffible qu'un vaiffeau puifle couler à
fond , puifqu'il ne faut qu'une rupture d'équilibre
de quelques quintaux pour le faire fubmerger.
Un outre coûtant un éçu , la dépenſe ira à
cent écus par vaiffeau , ce qui est très - peu de
chofe eu égard à l'utilité qui en réfultera , en
confervant des vaiffeaux & la vie de plufieurs
hommes.
Une autre Invention dont on parle beaucoup
, eft celle d'un nouveau moulin à vent,
imaginé par M. l'Abbé Fleury, Curé d'Avemay
près Caën.
Le volant de ce Moulin , eompofé de quatre
*
( 37 )
alles , eft à découvert , toujours au vent fans
qu'on foit obligé de l'y tourner , tout en bois
& fans toile à entretenir . Le gouvernement
qui fe pratique en dedans & fans fortir , eft dest
plus faciles : par fon moyen on laiffera préſenter
aux aîles & fans les arrêter , plus ou moins de
furface au vent , felon qu'il fera plus ou moins
fort pour obtenir un mouvement uniforme , qui
procure autant & d'auffi bonne farine que les
Moulins à eau . On l'arrête avec la même facilité
, fans qu'il fouffre aucune violence , en
fixant les aîles dans une pofition horisontale.
Les meules font placées au rez de chauffée
dans une cage , cu une maison ftable & immobile
, ce qui peut faire moudre deux meules
à la fois , & faire tourner toute autre espece de
Moulin.
2
Si cette invention , que l'Auteur efpere faire
exécuter en grand , avec l'autorisation du Gou- '
vernement , réuffit comme il s'en flatte , elle ſera '
placée , avec raifon , parmi les découvertes les
plus intéreflantes . Il l'a fimplifiée tout de nouveau
; & comme fon feul but eft d'être utile , il
donnera inceffamment la forme , les proportions
& les raifons phyfiques dn fon ouvrage.
L'Académie des Sciences , Belles Lettres , &
Arts de Lyon , ayant à diftribuer en 1785 , le
prix de Phyfique , fondé par M. CHRISTIN , en a
affecté les fonds au Sujet qu'elle a conrinué ,
concernant la mixtion de l'alun dans le vin ; &
pour doubler le prix de 600 livres , ci - devant propofé
, & le porter à 1200 livres , elle a délibéré
d'y joindre la fomme de cent écus , prife fur
d'autres fonds , dont elle peut difpofer ..
Les
paquets feront adreffés , francs de ports à Lyon ,
à M. DE LA TOUR RETTE , Secretaire perpétuel ,
pour la claffe des Sciences , rue Boiſſac , ou à M.
( 38 )
-
·
de BORY , ancien Commandant de Pierre- fcize ,
Secrétaire perpétuel , pour la claffe des Belles Lettres
, rue Sainte Hélene ; ou chez AIME DE LA
ROCHE , Imprimeur - Libraire de l'Académie , maifon
des Halles de la Grenette . Le Prix confifte
en quatre Médailles d'or , du prix chacune
de 300 liv . L'Académie décernera la Couronne
dans l'Affemblée publique qu'elle tiendra
après la Fête de faint Louis. Dans la même
féance , l'Académie adjugera le Prix réfervé ,
de 1200 livres , dont M. l'Abbé RAYNAL a fait
les fonds , & dont le fujet a été précédeminent
annoncé en ces termes : La découverte de l'Amé-
Jique a- t- elle été utile ou nufille au genre humain ?
S'il en refu'te des biens , quels font les moyens de
les conferver & de les accioltre ? Si elle a produit
des maux , quels font les moyens d'y remédier ?
On ne recevra au concours que les Difcours
ou Mémoires qui feront envoyés avant le premier
Mars 1785 ; le terme eft de rigueur. Les
autres conditions , comme ci- deffus .
-
L'Académie ayant renoncé au fujet , concernant
la laine du Forez , a arrêté de doubler le
prix des Arts , fondé par M. CHRISTIN , & de
propofer , pour l'année 1786 , le fujet fuivant :
Quels font les moyens d'augmenter la valeur des
faies nationales , en perfectionnant le tirage.. -Le
prix confiftera en deux Médailles d'or , de la valeur
chacune de 300 livres . Les Mémoires ne
feront admis que jufqu'au premier Avril 1786 ,
& fous les autres conditions ci - deflus énoncées.
Pour les Prix d'Hiftoire naturelle ou d'Agricul
ture , fondés par M. P. ADAMOLI , que l'Académie
doit diftribuer en 1786 , elle propole le
fujet qui fuit : Quels font les diverfes efpeces de
LICHENS dont on peut faire ufage en Médecine &
dans les Arts Ces Prix font une Médaille d'or
( 39 )
de la valeur de 300 livres , & une Médaille d'ar
gent ; ils feront diftribués en 1786 , après la fête
de faint Pierre ; & les Mémoires reçus au concours
jufqu'au premier Avril feulement ; les au
tres conditions , fuivant l'ufage.
L'Académie des Sciences , Belles - Lettres &
Arts d'Amiens , propofe pour fujet du prix de
Belles - Lettras l'Eloge de Greffet. Ce prix fera de
1200 liv. en quatre Médailles d'or .
Le prix de soo liv. , fondé par M. de la Tour ,
Peintre du Roi , Honoraire de l'Académie , pour
une belle Action d'humanité , ou une Invention
utile , fera donné tous les ans.
M. le Duc de Charoft , Lieutenant - Général de
la Province de Picardie , Honoraire de l'Académie
, affure pour des prix concernant l'Agriculture
, l'Industrie , le Commerce , ou le bienêtre
,de la Province , une fomme annuelle de
600 liv. , qui , l'an prochain fera donnée à celui
qui aura le mieux traité la queſtion ſuivante :
« Quel eft le moyen le plus fimple & le moins
difpendieux de prévenir & d'éviter , dans la
» Généralité d'Amiens , les Incendies de cam-
»
>
pagne , & en même-temps le plus analogue
» aux productions du fol , à la polition actuelle
» des villages & des bâtimens qui les compo-
» fent aux matieres communes propres à la
» conftruction , à la forme nouvelle dont les
logemens perfonnels , granges & étables peuvent
être fufceptibles , & enfin aux fecours de
» l'autorité ou de la bienfaisance » .
Les Ouvrages & Mémoires pour les fujets des
prix , feront envoyés , francs de port , avant le
15 Juin 1785 , à M. Baron , Sécrétaire perpétuel
de l'Académie .
Monfieur le Comte D'OELS a honoré de fa préfence
l'Affemblée que la Société Royale de Mé-.
( 40 )
decine a tenue au Louvre le 26 Octobre 1784.
M. Vicq -d'Azyr , Secretaire perpétuel a ou
vert la féance par la lecture d'un Difcours analogue
à la circonftance.
M. de Laffone , premier Médecin du Roi , a
lu enfuite un Mémoire en commun avec MM..
de Laffone fils , & Coruette , fur une Méthode
nouvelle , facile , prompte & peu difpendieufe ,
de préparer l'Opium pour en diftraire les qualilités
nuifibles , & pour en exalter les vertus mé--
dicinales .
M. de Horne a lu le plan d'une . Topographie
médicale à l'ufage des Hôpitaux militaires.
M. Daubenton a fait la lecture d'un Mémoire
fur l'efpece d'Indigeftion que l'on commence à
éprouver vers quarante - cinq à cinquante ans , &
fur les moyens d'y remédier , avec des réflexions
für la nature des alimens qui conviennent le
mieux à 1homme.
M. Vicq-d'Azyr a lu l'éloge de M. Spielmann ,
Profeffeur de Chimie très - célébre , & Affocié
régnicole de la Société Royale de Médecine à
Strasbourg.
M. l'Abbé Teffier a lu des recherches fur les
différentes efpeces de graines qui fe mêlent au
bled , & qui vicient le pain. Il a rendu compte
des expériences qu'il a faites fur ces diverfes altérations
, & fur les moyens d'y remédier.
La Séance a été terminée par la lecture d'un
Mémoire de M. Mauduyt , fur les propriétés du
Fluide électrique , & fur les différentes applications
à l'art de guérir. M. Mauduyt a fait devant ,
l'Affemblée plufieurs expériences , foit pour confirmer
fa théorie , foit pour expofer les procédés
que l'on doit fuivre dans l'adininiftration de l'Electricité
médicale .
Les Numéros fortis au Tirage de la
( 4% )
Loerie Royale de France , le 2 de ce mois,
font : 58 , 9 , 20 , 75 , & 40.
PAYS - BAS
DE BRUXELLES , le 2 Novembre,
On a lieu d'être un peu furpris qu'une
Gazette Hollandoife air ofé annoncer la retraite
de M. le Duc de Brunswick, comme
une évasion précipitée , occafionnée par des
découvertes probables fur la conduite de ce
Feld-Maréchal. Le Gazetier auroit bien dû
nous confier le fecret de ces prétendues découvertes
ce qu'il y a de certain , c'eſt que
le Duc s'eft retiré à Aix-la- Chapelle , après
avoit eu la générosité de déclarer aux Officiers
& aux Magiftrats de Bois-le-Duc , qu'il
ne cefferoit de faire des voeux pour la profpérité
de la République.
Dans la vue de noircir l'adminiftration
du Prince d'Orange , on avoit pouffé le
fcandale jufqu'à imprimer un libelle , fous le
titre de Rapport des Comités , &c. &c. concernant
l'état des frontieres , arfenaux & ma
gafins. Dans les circonftances , cette publication
étoit un véritable crime de hautetrahifon
; auffi les Etats de Hollande , à la
demande de LL. HH . PP . , & enfuite les
Bourgmestres d'Amfterdam ont détendu
d'inférer cette piece dans aucun papier pu
blic : elle n'en elt pas moins dans les mains
de tout le monde.
( 42 )
Le 15 du mois dernier , LL . HH. PP.
ce qu'on apprend , ont arrêté ,
Сс
Que copie de la Miffive du Capitaine van
Volbergen , avec toutes les pieces annexées , relativement
à l'arrêt du Brigantin Impérial le
Louis , Capitaine van Iffeghem , feroient envoyées
à la Cour de Bruxelles , avec ordre , d'en
communiquer le contenu de la façon la plus convenable
à M. le Comte de Belgiojofo , afin de
faire remarquer qu'il en réfulte , que le Capitaine
van Iffeghem avoit été à différentes reprifes
requis & exhorté d'une maniere honnête de
mettre en cape fuivant les ordres de la République
; qu'il l'avoit diftin&tement entendu , mais
que ce nonobftant il l'avoit rondement refusé ;
fur quoi il avoit été tiré un coup fans boulet ; enfuite
un coup à boulet par deffus l'avant du Navire
; & que même encore , lorfqu'il fallus recourir
aux voies de fait , les canons avoient été
dreffés & pointés , de maniere que perfonne à bord
dudit Brigantin n'avoit été bleffé , & fans que ce
bâtiment en effuyât aucun dommage remarquable
; tellement que le Brick mentionné avoit à
tous égards été traité fur le même pied , que le
feroit dans ce Pays - ci un Navire naviguant fous
Je Pavillon de l'Etat , & qui àTinftar de ce Brigantin
, s'obflineroit à vouloir dépaffer la Garde
fous voile , ou qu'il pourroit être defiré par L.
H. P. qu'il fût traité en Pays étranger . Mais que ,
fi M. le Comte de Belgiojofo avoit quelques autres
informations , ou qu'il s'imaginât qu'en tirant
à mitrailles contre les agrêts de ce Navire ,
ou de toute autre maniere quelconque on eût excédé
ce qui dans des circonftances femblables
pour le maintien du bon ordre , devroit être effectué
avec un ménagement fuffifant ; L. H. P.
243
étoient très- portées à fe foumettre à l'examen & à
la décifion d'un Confeil de Guerre, « ,
#
De toutes parts on reçoit l'avis de troupes
en mouvement , & de mefures hoftiles ,
prifes foit en Hollande , foit dans nos Provinces.
Le Prince de Ligne a pris le commandement
d'Anvers , où l'on éleve des batteries
fur l'Efcaut , pour couvrir le fleuve.
Une lettre de cette ville , en date du 16
Octobre , s'exprime ainſi :
Tout eft ici en mouvement , en conféquence
des ordres dépêchés à toutes les troupes des Pays
Bas Autrichiens , de quitter leurs garnifons pour
s'affembler dans cette ville & aux environs ; les
quartiers néceffaires font préparés , & le nombre
des officiers à la tête de ces troupes , que l'on
évalue à 12 ou 15 mille hommes , étant trop
confidérable pour être logés dans les auberges
de cette ville , la plupart de ces officiers font
billetés chez les plus notables bourgeois ; dont
quelques-uns ont déja reçu leurs nouveaux hôtes.
Ce magiftrat a cédé la garde de la ville au
commandant des troupes , & perfonne ne peut
fans la permiffion de ce dernier , entrer ni fortir
de la ville . Demain le courier qui a été dépêché
à l'Empereur , avec la nouvelle de ce qui vient
de fe paffer fur l'Elcaut , eft attendu de retour ,
quiconque connoît la fermeté de S. M. I. , à ne
jamais le départir de ſes réfolutions une fois fermement
prifes , ne doutera pas que la réponſe
ne foit de commencer directement les hoftilités
contre la République ou pour mieux dire ,
d'ufer de repréfailles ; puifqu'il eft inconteftable
que les Hollandois font les aggreffeurs , S. M. I.
les ayant avertis qu'elle regarderoit ce qui vient
d'arriver à l'égard du bâtiment en queftion
( 44 )
Л
comme une rupture complette ; ainfi la guerre
nous paroît inévitable . Le gouvernement en attendant
s'occupe des préparatifs néceffaires ; &
l'on a même déja fait conftruire des grils qui
doivent fervir á chauffer les boulets ; vu que l'on
a deffein de marcher au premier fignal vers Lillo
que l'on le propofe de mettre en feu. La feule
chole cependant qui pourroit empêcher une rupture
, feroit que les Hollandois cédaffent de bon
gré la navigation libre de l'Efcaut.
De leur côté , les Hollandois ont fait
marcher fur Lillo la garnifon de la Brille :
celle de Rotterdam , & quatre Compagniesee
Cavalerie vont fe rendre à Breda. M. le Baron
de Reifchac a ceffé, dit- on, toute conférence
avec les membres du Gouvernement : l'on
artend avec impatience de favoir les inter
tions de S. M. 1. , à la fulte des derniers événemens
, intentions qui pourront bien n'être
pas connues auffi- tôt qu'on l'imagine.
Lorfqu'en 1781 , Anvers préfenta à fon Gouvernement
Municipal la requête dont nous avons
parlé , & qui fut remiſe à l'Empereur ; un Politique
Hollandois fe mocqua dans un Imprimé de
gette demande de libérer l'Eſcaut , & chercha à
en diffuader les Anverfois , en leur repréſentant
que le commerce & les richelles , bien loin de leur
étre profitables , ne feroient qu'altérer la pureté de
leurs moeurs. On ne le doutoit gueres alors qu'un
temps étoit proche , où de mauvaifes plaifanteries
ne feroient plus de faiſon .
On rapporte qu'un Autrichien ayant dit à un
Hollandois , que so mille foldats de S. M. I. fuffiroient
pour conquérir les Provinces défunies ; le
Batave lui répondit , que dires- vous , 50 mille hom
1
( 45 )
woes? ils n'ont qu'à paroître , nous les acheterons fur
le chemp.
La Princeffe des Afturies a accouché d'un
Prince le 13 Octobre , heureux événement
qui a été troublé quelques jours après par
la
mort d'un des Infans jumeaux nés l'année
derniere .
L'on apprend auffi de Madrid qu'à la
même époque , la Cour & le commerce
avoient un autre fujet d'inquiétude.
Une partie du tréfor du Pérou eft entré à Ca
dix , mais un autre vaiffeau parti vingt cinq
jours avant la Frégate , qui fortie de Callao de
Lima , mouilla à Cadix le 16 Septembre , ne
paroît point encore , quoiqu'il fut en mer le 19
Avril. Ce vaiffeau a dix millions de piaftres en
efpecc à bord. Comme il fe fera trouvé au Cap
Horn dans la plus mauvaiſe faifon de l'année ,
on craint qu'il n'ait pu réſiſter à la fureur des
ouragans , fi communs dans ces parages. S'il
avoit relâché à Buenos Ayres , on le fçauroit
actuellement .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1).
PARLEMENT De Paris , Grand'CHAMBRE .
- Cause entre les Demoiselles N. Ela Dame de
R. Difpofitions univerfelles , arraquées d'incapacité
dans la perfornne des Légataires , fous
prétexte de concubinage.
Un teftament qui dépouille des héritiers naturels
pour enrichir les étrangers , ne peut man-
(1 ) On foulcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnament
eft de is liv . par an , chez M. Mars , Avocar , rue
& Hôtel de Serpente,
( 46 )
-
quer d'éprouver une vive contradiction. Toute
perfonne , avantagée au préjudice des parens du
Teftateur , peut s'attendre a être inquiétée ;
mais l'héritier , en défendant fes droits , doit
fur-tout s'abftenir d'attaquer la réputation de fa
Partie. Alors il porte atteinte à fes prétentions ,
& , loin d'obtenir ce qu'il demande , it s'expoſe
à des condamnations perfonnelles . C'eſt ce que
la Dame de R ... a éprouvé dans cette Caufe ,
dont voici le fait. Le fieur Rey , frere de la
Dame de R ... , ancien Officier , & vieux garçon
, feul , & abandonné de ſa famille , dans
un temps où les infirmités de l'âge femblent appeller
les attentions & les foins , avoit prié les
Demoiselles N ...., filles de condition , d'un
âge mur , d'une vie exemplaire , & penſionnaires
dans un Couvent d'Abbeville , d'accepter
un logement chez lui. Les Demoiselles
N.... ont cédé aux prieres du vieillard , &
elles ont rempli l'efpérance qu'il en avoit conçue.
Depuis l'année 1767 , jufqu'à la mort ,
arrivée en 1779 , elles ont répandu fur fa vieilleffe
toutes les confolations dont elle avoit befoin.
Elles méritoient de trouver dans le fieur
Rey un coeur fenfible & reconnoiffant . Par fon
teftament , en date du 11 Mai 1778 , il a laiffé
à la Demoiſelle N ... cadette , un legs de dixhuit
cens livres de rente , & a fait l'aînée fa légataire
univerfelle, La Dame de R... , foeur du
défunt , a défendu à la demande en délivrance
de legs formée contre elle , & a demandé la nullité
du teftament & des legs y portés , comme
fait à des concubines. Elle a articulé & demandé
à faire preuve de certains fait . Une Sentence
des Juges d'Abbeville , du 18 Février 1784 ,
fans s'arrêter ni avoir égard aux faits articulés
par la Dame de R ……. ni à ſes demandes , a fait
( 47 )
2
délivrance aux Demoiſelles N ... des legs particuliers
& univerfels portés au teftament du
feur Rey ; a condamné la Dame de R ...à mettre
au Greffe un acte , par lequel elle reconnoiffent
les Demoiselles N ... pour filles d'honneur , &
incapables des faits par elle articulés , finon que
la Sentence vaudroit ledit acte ; l'a condamnée
en fix mille livres de dommages intérêts & aux
dépens , avec. impreflion & affiche de la Sentence
. Appel en la Cour de part de la
Dame de R ... - Arrêt du premier Septembre
1784 , qui a confirmé la Sentence , quant
au legs , & a réduit les dommages - intérêts à
cent livres.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
Enfeignement de la Théologie.
Cette Cour a jugé le 29 Juillet dernier une
caufe , qui , pendant cinq audiences , a attiré un
concours prodigieux de Citoyens.
La deftruction de la Société des Jéfuites avoit
laiffé un vuide dans l'enfeignement de cette
fcience. Le Parlement , fur différens Mémoires
de l'Univerfité , crut devoir remplir ce vuide
par les corps qui avoient donné naiffance en
quelque forte à cette Univerfité , & qui , à l'époque
de la fondation par S. Louis , avoient
exercé feuls les fonctions de Profeffeurs publics.
En conféquence , il enjoignit aux quatre Profeffeurs
conventuels , fçavoir des Augustins , des
Carmes , des Cordeliers & des Bernardins , d'ouvrir
leurs Ecoles , & d'y faire des leçons publiques.
Ces Profeffeurs réguliers étoient déjà , par
inftitution , membres de l'Univerfité ; ils affil-
Loient à toutes les affemblées & cérémonies ; ils
participoient au produit des infcriptions , cons
( 48 )
couroient à la graduation & aux élections , &
jouiffoient de tous les privileges & émolumens
dont jouiffent les Profeffeurs féculiers. Un Arrét
, fondé fur une Déclaration du Roi , du 30
Juin 1739 , fut rendu le 7 Novembre 1765 , fur
le réquifitoire de M. te Comte , alors Avocat général
. Les Profeffeurs réguliers reprirent en
conféquence leurs fonctions qu'ils avoient cef
fées. Neuf ans aprés cet Arrêt , les fieurs Pi
geon , Barthe & Laroque ayant été reçus en l'Univerfité
, en qualité de Profeffeurs perpétuels de
Théologie , & defirant de partager feuls le
droit de l'enfeignement public , à l'exclufion
des réguliers , formerent oppofition audit Acrêt
. Le fieur Laroque , Syndic des Profeffeurs
féculiers , prétendit prouver que les Profeffeurs
réguliers n'avoient eu autrefois que le droit
d'enteigner les Religieux de leurs Ordres ; mais
Me. Jamme , défenfeur des Profeffeurs réguliers
releva avec beaucoup de clarté & d'éloquence
les affertions des Profeffeurs féculiers , & établit
invinciblement les droits des Profeffeurs réguliers
, & leurs anciennes fonctions dans l'enfergnement
public.
Arrêt conforme aux conclufions de M. le
Comte de la Trefne , Avocat général , du 29 Juillet
1784 , qui démet le Syndic des Profeffeurs
perpétuels de la Faculté de Théologie de l'Univerfité
de Toulouſe de l'oppofition par lui formée
envers l'Arrêt de ladite Cour de Parlement
, du 7 Novembre 1765 ; & en conféquence
maintient les Profeffeurs des Couvens de Saint
Auguftin , de S. Bernard , des grands Carmes &
dos Cordeliers de cette Ville , dans l'enfeignement
public dans leurs Ecoles , dont la réouver
ture avoit été ordonnée par le ſuſdit Arrêt du 7
Novembre 1765.
tampe gravée par R. Gaillard ,
d'après le tableau original de
Colia de Vernon , ancien Directeur
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MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 NOVEMBRE 1784.
PIECES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
VERS
Pour être mis fous le Bufle du Prince
HENRI de Prüffe.
DANS ANS cette image augufte & chère ,
Tout Héros verra fon rival ,
Tout Sage verra ſon égal ,
Et tout Homme verra fon frère,
(Par M. le Chevalier de B. **, )
N°. 46, 27 Novembre 1784
G
146 MERCURE
ENVOI à Mme la Comteffe GABRIELLE
DE DIGOINE , Chanoineffe de S. Martinde-
Salles , âgée de 14 ans , & relevant
d'une grande maladie.
Vous avez l'âge de Thémire ,
Et vous la furpaffez par vos heureux talens.
Sapho vous a légué fa lyre ,
Et la meilleure des mamans
Fait naître & partage un délire
Bien préférable à celui des amans.
De vos heureux parens vous fixez la tendreſſe ;
Ils ont tremblé pour vos beaux jours :
Mais Apollon vous rendant au Permeffe ,
Va diffiper leur profonde triſteſſe
Et rendre une foeur aux Amours.
( Par M. le Chevalier de P.... de Nimes. )
DE FRANCE. 147
7
LE RÉVERBÈRE ET LA CHAUVESOURIS
, Fable.
UN Réverbère magnifique
Réfléchiffoir les feux de fon triple foyer
Sous les voûtes d'un temple antique.
Une Chauve-Souris vint s'y réfugier.
Au vif éclat de la lumière
Vous euffiez vû l'oiſeau , fombre amant de la nuit ,
Baiffer triftement la paupière
Et fuir dans un obfcur réduit.
Mais à peine le Réverbère
De fon difque d'argent laiffe amortir les feux ,
Que la Chauve- Souris de fon trou ténébreux ,
S'élance en frémiffant , pouffe un cri de Mégère ;
Et prenant fon effor vers le globe fatal ,
Qui venoit d'offufquer la prunelle débile ,
Elle cherche à brifer fa prifon de cryftal..
Mais le Réverbère immobile
*
Méprifa noblement le courroux de l'oifeau ,
Et dès le lendemain brilla d'un f.u nouveau .
ILLUSTRE GÉBELIN ! tandis qu'à ton génie
D'Albon préparoit un autel ,
Ainfi nous avons vû les ferpens de l'envie
Attaquer vainement ton Ouvrage immortel.
( Par M. Bailly , Membre du Mfée de la
rue Dauphine.)
Gij
14S MERCURE
LE PRÉJUGÉ NATIONAL DÉTRUIT ,
Anecdote hiftorique & véritable.
LES haines Nationales naiffent & s'alimentent
communément par la guerre , plus fréquente
entre des États voifins qu'entre ceux
qui font plus éloignés les uns des autres ;
mais c'eft fur tout dans les Gouvernemens
où le peuple s'imagine d'avoir quelque part
à l'adminiftration générale , que ces haines
femblent incurables : là , il croit , par tradition
, que la haine pour les ennemis ou pour
fes rivaux eft la vertu patriotique par excel
lence ; & les gens éclairés n'abjurent fouvent
qu'avec peine le préjugé qui les a rendus
aveugles & injuftes à cet égard , comme le
peuple. Voici un exemple récent de cette
vérité.
Pendant la dernière guerre , l'Efcadre Françoife
, aux ordres du Cointe de Barras , avoit
débarqué quelques Troupes de terre à
Newport , dans le Rhode Island . Afin de ne
pas furcharger la place de bouches inutiles ,
on décida que les malades feroient envoyés
dans les environs ; le Capitaine B. , du Régiment
de.... , attaqué violemment de fcorbut,
étoit de ce nombre ; & fur un ordre du
Major de l'Armée Continentale , fon quartier
lui fut affigné à fix milles de Newport ,
chez le Planteur Sir George Olivier. Le CheDE
FRANCE. 149
valier L. , neveu du Capitaine , & Sous- Lieutenant
au même Régiment , obrint la permiffion
d'accompagner fon oncle pour le
foigner , avec la promeffe d'être rappelé à
fes drapeaux dès l'inftant que le Service exigeroit
fon retour à Newport.
Ces deux Officiers fe mettent en routeavec
un Guide qui leur fervoit d'Interprète.
En arrivant chez leur Hôte , ils furent reçus
avec une froideur qui étonna le Chevalier.
bien plus que fon oncle. Sir George demanda,
à voir l'ordre qui amenoit chez lui deux
François ; & après l'avoir lû avec humeur,
il déclara qu'il n'avoit qu'un lit à donner.
Cependant , ajouta t'il , puifque l'un des
deux eft malade , l'autre qui lui fervira de
gardien pourra coucher dans fa chambre for.
un ballot de pelleteries qui eft ici depuistrois
ans, & que certe maudire guerre m'a
empêché d'expédier en Europe. L'Interprète
rendoit les termes de Sir George au Cap
taine . Le Chevalier auroit pu remplir cette
fonction , car il poffédoit très- bien la langue
Angloife ; mais , par le confeil de fon oncle ,
il feignoit de ne pas l'entendre , afin de moins
gêner & de mieux démêler l'efprit de leur
Hôte .
Sir George Olivier , puifqu'il faut le pein
dre , n'étoit qu'un franc égoïfte , quoiqu'il
fe crût un profond politique , parce qu'il
haifoit les François & qu'il lifoit la gazette.
Le grand objet de la liberté prochaine de
fon pays , le touchoit infiniment moins que,
G iij
150 MERCURE
F'interruption actuelle de fon commerce &
l'abandon forcé de la culture de les domai.
nes. Sa famille étoit composée d'une fille &
de trois garçons , dont les deux aînés fervoient
malgrélui dans l'Armée Continentale.
Le troisième , nommé Charles , partageoit.
avec Miff Georgette , fa foeur , les foins de
la ferme & du ménage. Sir George étoit veuf.
Il ordonna à fon fils d'éviter avec foin toute
liaiſon avec les François ; quant à Georgette ,
toute communication avec eux lui fut abfolament
interdite. Cependant , l'état du Capitaine
exigeant des fecours affidus & journaliers
, Charles ne put en refufer quelquesans
à la demande du Chevalier , il fe plaifoit
fur tout à prononcer avec lui quelques
mots François qu'il avoit appris à l'Univerfité
de Philadelphie. Il avoit dix - neuf ans
comme le Chevalier ; ces raifons étoient
plus que fuffifantes pour faire naître entreeux
une amitié vive & prompte malgré les
défenfes du père , tant le befoin d'aimer eft
preffant pour deux jeunes coeurs .
Celui de Sir George , endurci par l'âge
étoit l'esclave foumis des anciens préjugés
de fon efprit : âgé dé foixante ans , il avoit
combattu les François dans la précédente
guerre , & il s'obftinoit à voir encore.des
ennemis dans cesmêmes François qui voloient
au fecours de fa patrie . Dès fa première vifite
au Capitaine , il ne lui diffimula pas fa
façon de penser à cet égard . L'Interprète
étoit en tiers : Par quel événement étrange ,
DE FRANCE.
1st
lui dit- il , votre Souverain envoie t'il une
Armée dans nos Provinces ? - Parce que
vous lui avez demandé des fecours. Ce
n'eſt pas moi , c'eft le Congrès .... Vous allez
donc conquérir nos Provinces du Sud ? -
Nous allons les défendre contre l'ennemi
commun , & vous affranchir d'un joug qui
vous eft infupportable. C'est à dire, effayer
de le changer contre un autre ? -Non.- Eh !
quel fervice la France attend t'elle de tanc
d'efforts ? - Votre liberté. Mais qu'y ga
gnera votre Souverain ? La gloire de fe
montrer généreux en faifant votre bonheur.
-Cette générosité eft grande , fans doute ,
mais quel en fera le prix réel ? Il ſemble , à
vous entendre , que les Rois d'Europe font
le bien fans intérêt , & pour le feul plaifir
de le faire. Le nôtre donne en ce moment
l'exemple de cette vertu ; & la fin de la guerre...
-
-
·
-
La fin de la guerre amènera fans doure
des demandes confidérables ? Je n'en
doute pas. Eh, qu'exigera de nous la France
? Beaucoup. -Combien de Provinces?
Aucune. Eh , quoi donc ? - Votre
amitié. Je le defire plus que je ne l'espère .....
Er tout à coup , changeant de converfation :
comment vous trouvez vous , demanda Sir
George au Capitaine ? Je ſens , répondit celuici
, qu'un peu de laitage ou de viande fraî
che contribueroit à mon rétab'ilfement . -
Charles , vas dire à Georgette de faire traire
une chèvre & tuer un moutor .... Le Capitaine
, touché de ce mouvement de fenfibi-
Giv
152
MERCURE
lité , alloit en témoigner la reconnoiffance à
fon Hôte ; mais Sir George fe déroba brufquement
à des remercimens , en le quittant.
Le nom de Georgette , qu'il entendoit
prononcer pour la première fois , frappa
vivement le Chevalier ; & à peine Sir George
fe fut- il éloigné qu'il demanda avec empref
fement à Charles quelle étoit cette Georgerre.
Suivez moi , répondit Charles , c'eft
ma foeur , vous la verrez. Ils volent enſemble
auprès de cette aimable fille , qui travailloit
dans fa chambre. Elle fit un cri d'étonnement
à la vue du Chevalier ; fon frère la
raflura , & la pria de rendre le fervice demandé
par leur père pour l'oncle de fon ami.
Georgette leva deux grands yeux bleus fur
cet ami , les bailla foudain , & quittant précipitamment
fon ouvrage , elle les conduifit
à la prairie , où elle preffa elle - même les
mainelles de la première chèvre qu'elle rencontra
; enfuite cile remit le vafe à Charles ,
& elle ajouta avec grâce : ne perdez pas un
moment pour porter ce lait tout chaud à
l'oncle de votre ami. Un fecond regard jeté à
la dérobée fur le Chevalier , lá fit rougir , &
elle prit la fuite avec legèreté , laiffhat voir
à l'ami de fon frère une taille de Nymphe ,
& un coeur ardent pour fervir les infortunés.
Chemin faifant , le Chevalier fe fit expliquer
, ou plutôt répéter par Charles les don
ces paroles de Miff Georgette , quoiqu'il les
eût placées déjà dans le fond de fon coeur.
Ils arrivent enfemble chez le Capitaine , &
DE FRANCE. 113
le neveu , en préfentant le lait à fon oncle,
lui parla avec tant de feu & d'enthoufiafme
de l'aimable Georgetre , que le Capitaine le
crut fou. Il l'étoit en effet , fi l'amour , &
fur tout le premier amour , eft une folie.
Le Chevalier , élevé juſqu'à ſeize ans dans
une École Militaire , & embarqué depuis
trois , avoit un coeur tout neuf ; celui de
Georgette , affligé de feize ans , ne l'étoit pas
moins à ces âges le premier coup d'oeil eft
décifif; & Georgette , la douce Georgette ,
concevoir moins que jamais pourquoi fon
père haïffoit tant les François. Ah ! qu'elle
étoit loin de ce fentiment injufte ! Le tendre:
attachement du Chevalier pour fon oncle &
pour Charles , fon frère , étoit le fujet con
tinuel de fes réflexions . Elle en concluoit
qu'il avoit le coeur excellent , & elle aimoit
déjà la France , fans que la politique eût aucune
part à ce fentiment dans le coeur de la
fille de Sir George.
Cependant la première entrevue avoit
enflammé le Chevalier au point qu'il ne ce
foit de parler à Charles du bonheur de voir
fouvent Georgette . Mais comment, éluder les
ordres févères de Sir George ? Il fouffroit
impatiemment de voir la liaifon entre le Chevalier
& fon fils fe refferrer chaque jour. Si
Charles prononçoit devant lui quelques
mots François , il étoit tancé d'importance ;.
T'oncle & le neveu avoient beau lui repré
fenter que l'union actuelle entre les François-
& les Américains exigeoit qu'ils parlaffent la
G...
154
MERCURE
même langue. Eh bien, leur répondoit il, que
les François apprennent la nôtre ! Charles
repréfentoit que pour l'apprendre , il étoit
néceffaire pour des François de parler fou
vent avec un Anglois ; alors un coup d'oeil
terrible de Sir George metroit fin à toute
réplique ultérieure .
La févérité exceffive du père produit un
effer tour oppofé à fon but ; les deux amis
fe virent moins ouvertement , & s'en aimèrent
davantage. C'eft dans leurs entretiens
dérobés que le Chevalier ofa propoſer à
Charles d'y appeler Georgette. Vous ferviriez
, difoit- il , d Interprète dans les leçons
d'Anglois & de François que nous nous don
netions tous trois ; elle ignore ma langue
encore plus que je n'ignore la fienne ; & fi
jamais mon refpect pour cette aimable foeur
pouvoit s'égarer dans fes expreffions , mon
ami me corrigeroit. Quoique le bon Charles
ne vit aucun danger dans ces converfations ,
il différa cependant de les propofer à Georgette
; mais le Chevalier revint à la charge
avec tant d'inftance , qu'il les lui propofa
enfin. Eh ! mon père , s'écria Georgette à la
première cuverture ? il ne le faura pas.
Et fi le Chevalier alloit m'aimer - 11
ne t'aimera pas , répliqua le mair Charles ,
transporté du plaifir d'obliger fon ami. Il
avoit bien raifon , le Chevalier adoroit déjà
La four; & Georgette elle même , en témoignant
la crainte d'être aimée , ne foit pas
vrai. Dans ces difpofitions générales de bienDE
FRANCE. 135
veillance & d'amitié , peu de jours fuffirent
pour rapprocher ces trois perfonnes . Voilà
donc le trio de l'amitié bien établi à l'infçu
du père. Le premier foin des amis fut de
s'entendre , & la langue , le premier fujet
de leurs entretiens. Le loyal Chevalier fut
d'abord fur le point de fe trahit par la rapie
dité de les progrès dans la langue de Georgette
; mais il s'apperçut bientôt de la faute
qu'il alloir commettre , & on en vint aux
conjugaifons des verbes.
C'est une chofe alfez digne de remarque
que le premier verbe de toutes les langues
foir le verbe aimer , verbe dangerenx quand
le Maître & l'Écolière font jeunes . Georgette
& le Chevalier prononcèrent avec embarras
le préfent ; mais le. Chevalier , plus hardi
refuſa obſtinément de prononcer le futur ,
& Georgerre ne lui en fut pas mauvais gré.
Cette intelligence , dès les premières leçons ,
indique affez quels furent les progrès des
fuivantes. Il fuffira de dire que Georgette
devenoit de jour en jour plus inquiette &
plus prévoyante pour cacher à fon père fes
entretiens fecrets avec fon frère & l'ami de
ce fière. Qu'on ne croye pas pour cela qu'ils
fuff nr infidèles l'une à fon devoir & l'autre
à l'hofpitalité , ils avoient tous deux l'âme
honnête , & Charles fut toujours témoin de
leur attachement réciproque .
Le Chevalier étoit trop plein de fon
amour pour ne pas l'épancher par tour. Il fe
montroit plus attentif pour Sir George , mais
G vj
1.6
MERCURE
c'eft dans le fein de fon oncle qu'il verfoit
avec délices le fecret de fon ccur ; & ce cher
oncle , tout en feignant de blâmer l'amour
du jeune homine , forma , fans le lui dire ,
le projet d'une ouverture de mariage à Sit
George ; mais il falloit auparavant détruire
fes préjugés contre les François : l'entrepriſe
étoit difficile & périlleufe . Les nouvelles que
le Capitaine recevoit de Newport , & qu'il
communiquoit à fon Hôte , avoient établi
entre eux une espèce de commerce politi
que qui étoit plus affidu que dans les commencemens.
Chaque événement de la guerre:
fourniffoit à Sir George un nouveau texte
de déclamations contre ce qu'il appeloit l'ambition
de la France : arrivoit- il quelques vaiffeaux
ou quelques Troupes de cette Nation ,
il revenoit toujours à dire & à parier que
les François avoient des deffeins fecrets fur
quelque partie du Continent Américain. Le
Capitaine ne parioit point , mais il foutenoit
fermement que dès l'inftant que les Provinces
feroient en sûreté , les François s'éloigneroient.
Cependant chaque entretien finillant
par un peu plus d'entétement de la part de Sir
George , ce qui occafionnoit des débats affez
vifs , il s'en falloit de beaucoup que le duo.
de la politique fût auffi d'accord que le trio
de l'amitié.
Dans ces entrefaites , on apprit que l'Armée
Françoife , aux ordres du Comte de Rochambeau
, avoit joint , par un long détour ,
F'Armée Continentale fous Yorck - Town , &
DE FRANCE. 117
que l'Armée Navale des Antilles alloit pren
dre pofte à l'entrée de la baye de Chéfapéak.
Sir George , toujours aveuglé par le préjugé ,
ne vit dans ce grand projet que le deffein
qu'il avoit toujours prêté à la France , de
conquérir une partie du continent ; & en
voyant arriver à l'entrée de la nuit un Exprès
de Newport , il ne douta pas que cet Exprès
ne fût porteur d'un ordre de rappel pour le
Capitaine & pour fon neveu.
L'Exprès s'adreffa à lui ; il court chercher
le Chevalier chez fon oncle ; celui ci repofoit
, le neveu n'étoit pas auprès de lui ; il le
cherche vainement par tout , & enfin il parvient
dans la chambre de Charles , dont il
ouvre brufquement la porte . Quelle fut fa
furprife & fa colère d'y trouver réunis fon fils ,
fa fille & le Chevalier ; il enlève fa fille en la
maltraitant , il chaffe Charles & accable d'injures
le Chevalier ; ce dernier fuit auprès de
fon oncle , où Sir George le rejoint bientôt :
c'eft là que les plus violentes imprécations
furent lancées contre la France & les François.
Le Capitaine n'oppofa à cette fureur
qu'un phlegme tranquille ; & lorfque fon
Hôte , excédé de fatigue & de rage , ne put
plus parler , il gronda vivement fon neveu ,
& finit par le renvoyer. Demeuré foul avec
Sir George , il convint que le Chevalier
étoit bien criminel d'avoir enfreint fes ordres
; mais enfin , ajouta t'il , vous ne le verrez
plus , puifqu'il va joindre. Je fais fon
amour pour votre fille ; mais je fais aufli
158 MERCURE
l'honnêteté de l'un & de l'autre , & Charles
ne les a jamais quittés.... Les voilà ces François
i généreux , difoit Sir George entre fes
dents . Oui , ils le font , répliqua le Capitaine
, & je parie qu'après le fuccès de la
grande expédition qui fe projette , ils aban
donneront vos Provinces pour les lailler heu
reufes & triomphantes fous l'empire de la
liberté.... Parieriez vous gros , écria Sir
George ? Tout ce que j'ai de plus cher au
monde , mon neveu. Que voulez vous
dire? Il aime votre charmante & refpectable
fille , promettez- moi de la lui donner
en mariage , s'il ne refte pas un feul François
dans vos contrées après que nos armes combinées
les auront rendues libres..... En vous
le promettant , répliqua Sir George , je crois
ne rien promettre.
Promettez - moi donc
ce rien. Scit , parole d'Anglois .... & ils fe
ferrèrent la main.
-
-
-
Les trois amis , difperfés & confternés, attendoient
, chacun de leur côté , les terriribles
effets de la colère de Sir George ;
Georgette , en proie aux larmes les plus
amères , fe défoloit dans fa chambre lorfqu'elle
voit entrer fon père. Dans ce moment
elle fe crut morte. Sir George , d'une
voix fombre & forte , lui ordonne d'écrire
à fes frères , & de leur mander tout ce qui
s'étoit paffé dans leur abfence ; il n'accompagna
cet ordre d'aucune autre parole , fi ce
n'eft qu'il falloit que la lettre fut prête pour
le lendemain matin , & il fortit.
DE FRANCE. 159
Le Chevalier , revenu près de fon oncle ,
le trouva ferein & même gai , il ne favoit
à quoi attribuer ce changement foudain ; le
Capitaine lui dit alors : vous partez demain
pour l'Armée ; je vous remettrai une lettre ;
mais j'exige votre parole d'honneur que
Vous ne l'ouvrirez que quand vous , fautez
que les Armées de terre & de mer vont
quitter cos parages. Le Chevalier donna fat
parole , & alla tout arranger pour fon
départ.
Georgette paffa toute la nuit à écrire , recommencer
, déchirer , écrire de nouveau.
la lettre pour les frères : quel embarras pour
elle ! il falloit obéir à fon père ; il falloit tout
dite , & elle ne doutoit pas que Sir George
ne dût lire cette lettre difficile ; elle ignoroit
encore qui en feroit le porteur.
Sir Charles aida fon ami , & dans cette
occupation le jour parut. Sen fèie furvint
? dès le bon matin , lui ordonna d'aller chercher
Georgette , & de la conduire chez le
Capitaine , où il devoit donner à déjeûnet
au Chevalier avant fon départ. L'heure indiquée
arrive ; Georgette tremblante paroît
pour la première fois devant fon père , le
Capitaine , le Chevalier & fon frère. On déjeûne
affez triftement. Sir George demande
enfuite à fa fille la lettre pour fes frères , elle
la tire en tremblant de fa poche , & la donne
fans être cachetée. Pourquoi n'a- t'elle pas de
cachet , demanda- t'il ...... Mertez y en un.
Georgette obéit , elle la préfente de nouveau
160 MERCURE
à fon père. Ce n'eft pas à moi , dit- il , c'eft
au Chevalier qu'il faut la remetere ; il part
route à- l'heure pour l'Armée. Elle tend les
bras vers le Chevalier , fes genoux fléchiffent
, elle laiffe tomber la lettre , & tombe
elle-même évanouie. Le Chevalier fe précipite
en larmes à fes pieds . Ce ſpectacle , qui
déchira le coeur de tous les afliftans , ébranla
le fier Sir George , & regardant fixement
l'oncle , il ne lui dit que ces mots expreflifs :
Je fouhaite de perdre mon pari . On rappela
Georgette de fon évanouiffement , & le Capitaine
eut la cruauté d'exiger qu'elle remît
elle- même la lettre qu'il avoit faite pour fon
neveu. A peine l'eut- il entre les mains , qu'il
Le déroba par la fuite à la fituation terrible
qu'il ne pouvoir plus fupporter , & il partit.
Les regrets , la douleur , les gemiffemens
de tant de gens défolés de fe féparer ne peut
fe peindre. Suivons le Chevalier. L'affaice
d'Yorck- Town ne fut pas longue ; l'un des
frères de Miff Georgette for bleffe , & le
Chevalier en prit un foin vraiment fraternel..
Dès que la capitulation fut fignee , l'Armée
Françoife s'embarqua & cingla vers les Antilles
. Le Chevalier ouvrit alors la lettre de
fon oncle. Elle ne contenoit que ces mots :
" Si toute l'Armée Françoife quitte le Contipent
, viens fur le champ avec les fils de
» Sir George ,, rejoindre ton ami & tout ce
» que tu aimes le plus. » Le Chevalier ,
plein d'espérance & d'amour , obtient un
paffe port , & amène avec lui les frères ,
·
DE FRANCE. 161
arrive chez Sir George ; il avoit inftruit auparavant
fon oncle , de forte qu'en arrivant ,
l'oncle , Sir George , Sir Charles & Miff
Georgette furent à la rencontre des trois
Guerriers ; & Sir George s'approchant du
Chevalier , lui préfenta fa fille , en difant :
" J'ai perdu mon pari ; voilà votre épouse..."
Il est temps de fe repofer : la félicité de cette
heureufe famille s'accrût par ce maringe &
par le rétabliffement du Capitaine. Enfin
après fix mois les nouveaux époux passèrent
en France avec Charles , leur frère ; Sir
George Olivier , revenu de fon erreur , les
combla de préfens , & il exigea que l'enfant
que portoit fa fille für nommé George Louis.
Cet honnête Planteur voulut aufli réparer
fon injuſtice . « Les François , difoit - il fans
» ceffe à fes enfans , font généreux comme
leur Roi ; aimez les comme je les aime
» depuis que je les connois . Nous avons
beaucoup à faire pour nous acquitter en-
» vers eux & leur Souverain. »
ور
99
"
(Par M. Artaud. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Mariage ; celui
de l'Enigme eft Huitre , dont en ôtant les
deux lettres du milieu , reftera Hure ; celui
du Logogryphe eft Bas
2
162 MERCURE
CHARADE.
Mox premier très fouvent s'emploie en harmonic }
Plus mon fecond eft gros , plus il vous fait envie ;
Pour vous offrir mon tout , un Savoyard le crie .
(Par le Vifiteur du Couvent du Buiſſon de May. )
ENIG ME.
JE fuis d'une bonté reconnue infinie ,
coups.
Et l'homme me terraffe & me brife de
Après ce traitement , cher Lecteur , croyez-vous
Que je meurs & renais pour lui donner la vie ?
(Par M. Bouvet , è Gifors .)
Αν
LOGOGRYPH E.
U pénible travail , à l'âge , au plaifir même
Je dois mon existence & mon pouvoir fuprême..
Jeune , vieux , foible , fort, grand, petit , fujet , Roi ,
Tous tombent fous mes coups , tous fubiffent ma loi.
Si je femble plier devant un art magique ,
Ma vengeance eft certaine & mon retour tragique.
Tu frillonnes , Lecteur ! ce n'eft pas fans raifon :
Oui , ton corps de mes traits fentira le poiſon :
Je t'avois précédé quand tu vis la lumière ;
Je dois fermer un jour ta débile paupière.
DE FRANCE. 163
Alors ton teint livide & ton front fillonné
Feront couler les pleurs d'un ami confterné.
J'ai fept pieds , que tu peux déranger å ta guiſe : -
D'abord tu trouveras l'oppofé de franchiſe ;
Deux villes ; la première eft en Franche-Comté ,
La feconde , Normande , a titre de Comté ;
L'appui de la fortune. En veux- tu davantage ?
Eh bien , dérange encor :,que vois- tu ? Ce qu'un Mage
Offrit à ton Sauveur ; un ton ; ce nom pompeux
Que porte un Noble Anglois ; ce qu'un corps lumineux
Produit ; ce qu'un Acteur avant tout doit apprendre ;
Une rivière en France ; & fi , pour me comprendre,
Ta defires encor quelque chofe de plus ,
Mon tout en un inftant peut te rendre perclus.
( Par M. de Fontenai , Capitaine de Dragons. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
་
1 Ef - ce une jouiffance plus douce pour
» un coeur bien amoureux , d'enrichir fa
mattreffe , que de tenir d'elle fa fortune ? »
1.
JE ne fais far ce point comment l'efprit raisonne 3 ,
Mais j'écoute mon coeur, Or , en amour , il croit
Que le plaifir que l'on reçoit
Ne vaut pas celui que l'on donne.
(Par M. Sallais. )
154
MERCURE
I I.
UN AMANT eft heureux d'enrichir ce qu'il aime
L'amant qu'on enrichit 'eſt plus heureux encor.
Le premier craint toujours d'être aimé pour fon or;
L'autre est toujours certain d'être aimé pour lui- mêmes
(Par M. Theveneau. )
III.
En s'uniſſant à moi , qu'Aglaé m'enrichiſſe ,
L'amour- propre murmure & l'Amour est heureux ;
Que je falle pour elle un pareil facrifice ,
L'amour-propre & l'Amour font fatisfaits tous deux.
( Par M, Châtelain , Contrôleur des Aydes . Y
I V.
S'IL me faut choisir en ce jour ,
Enrichir mon Amant aura la préférence;
Si je lui devois tout , je craindrois que
.Ne füt diftrait par la reconnoiffance.
1
l'Amour
(Par Mile Eléonore D.... ) .
V.
SANDIS , être adoré pour des bienfaits réçus ,
Vous appelez céla félicité fuprême !
Jé tremblerois toujours qu'on n'aimâr mes écus ;
J'aimé nieux être aimé moi - même.
( Par M. Ourry , Négociant. );
DE FRANCE. 165
V I.
DAMON , riche & galant , aveugle en fa tendreffe ,
Court porter chaque jour aux pieds de ſa maîtreſſe
Sa fortune & fon coeur ; mais Valère fans bien
Tient tout de fa maîtreffe , & ne lui donne rien .
Quel eft le plus heureux Deux mots le font connoître :
Damon fe croit aimé , Valère eft sûr de l'être.
VII.
JE fuis bien sûr de mon amour
Pour la jeune & belle Climène ;
En fuis je payé de retour ?
La chofe n'eft pas fi certaine :
Mon coeur pourtant s'en eft flatté ;
Mais , hélas ! l'infidélité
Eft dans ce fiècle fi commune,
Qu'il faut pour ma fécurité
Que l'Amour faffe ma fortune .
( Par M. B. M. Cabarrus. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE
"
Quelle conquête doit le plus flatter une
» Belle ? La conquête d'un coeur qui repouffoit
l'amour , ou celle d'un coeur qu'elle enlève
à une rivale ? »
·
1...
166 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
。
DÉLASSEMENS de l'Homme Senfible , ou
Anecdotes diverfes , par M. d'Arnaud,
Tome III , Parties & 6. A Paris , chez
l'Auteur , rue des Poftes , près l'Eſtrapade ,
maifon de M. de Fouchy , & la Veuve
Ballard & fils , Imprimeur du Roi , ruc
des Mathurins.
Il n'eſt pas étonnant que ce Recueil ait
L
eu le fuccès de tous les Ouvrages de fenriment
qu'a publiés M. d'Arnaud ; l'intérêt &
la variété des morceaux qui le compofent
doivent plaire à tous fes Lecteurs. Le con de
morale qui y règne , y ajoute un prix que le
Roman pourroit toujours avoir , mais que
malheureufement il n'a pas toujours , & le
rend très utile à la jeuneffe , qu'il peut inſtruire
en l'amufant.
La première fur tout des deux Parties que
nous annonçons , c'eft à dire la cinquième ,
offre une lecture des plus atrachantes. Norf
lavoreton
ton & Suzanne , ou le malheur , qui commence
cette cinquième Partie , infpire la
terreur la plus profonde . Suzanne & Norfton
font deux époux fans fortune , mais vertueux
: leurs befoins ne font qu'augmenter
malgré leur ardeur pour le travail , leurs
DE FRANCE. 167
dettes s'accumulent , & ils le trouvent en
proie aux plus barbares créanciers. La jeune
femme eft jolie ; pas un bienfaiteur honnête
ne fe préfente ; mais elle eft environnée de
féducteurs. Parmi ces derniers fe trouve un
Jonathan , dont le coeur eft auffi dur & vicieux
que fa paffion pour Suzanne eft criminelle.
Il offre des bienfaits ; mais à une condition
qui eft rejetée avec l'indignation d'un
coeur vertueux. Suzanne cache ce fecret à
fon mari , qui , déchiré par le fpectacle de
fa femme & de plufieurs enfans manquant
de tout , va folliciter la charité de fon Pafteur.
Il trouve chez lui , non pas le refus
infultant d'un riche fans humanité , mais la
ftérile pitié d'un Prêtre hypocrite . Cependant
l'infortune des deux époux eft à fon
comble ; la fenfible Suzanne ne pouvant fupporter
la vue de fon mari & de les enfans expirans
dans le befoin , fort de chez elle ,
égarée par la douleur & le défefpoir , dans le
deffein d'implorer pour eux la charité du
premier homme fenfible qu'elle rencontrerá .
Mais en traverfant un petit bois voilin de
fa maifon , c'eft Jonathan qui s'offre à fes
yeux , une bourfe à la main. Suzanne veut
fuir, fa foibleffe la fait tomber fans connoiffance
; cet homme fans délicateffe abufe
de fon évanouillement , & conforme fon
crime. La malheureufe victime de fa fcélératelle
n'ouvre les yeux que pour tomber
dans le plus affreux défelpoir. Elle ramafle
l'or que Jonathan a laiffé, retourne dans fa
168 MERCURE
maifon , & jette la bourfe au milieu de fes.
enfans , en s'écriant : voilà le fruit du crime.
Norfton , accablé de ce nouveau malheur ,
mais reconnoiffant l'innocence de fa femme,
croyoit au moins avoir épuifé fon infortune ;
mais à peine a- t'il pourvu aux befoins de fes
enfans , à peine a - t'il fatisfait les avides
créanciers , qu'il fe voit emprisonné avec fa
famille comme faux monnoyeur. La bourſe.
que Jonathan avoit donnée étoit pleine de
faux louis fabriqués par lui même. L'innonce
des deux époux eft reconnue ; & le perfde
Jonathan eft puni de tous les forfaits ;
mais ce n'eft qu'après la mort de Norton &
de Suzanne , qui expirent de déſeſpoir & de
chagrin.
La nouvelle fuivante , intitulée : Les vrais
Plaifirs , offre d'abord la même fituation ,
c'eft - à- dire , l'innocence & la vertu dans le
malheur ; mais avec un réſultat bien différent
, & qui repofe l'âme du Lecteur , tourmentée
par l'hiftoire précédente, C'eſt un
jeune homme qui , rencontrant une jeune
& jolie perfonne qu'on lui offre à prix d'argent
pour fecourir une famille tombée dans
la plus profonde misère , préfère aux plaifirs
qu'il pourroit acheter , celui d'être le bienfaiteur
vertueux de l'innocence infortunée .
On voit que la fenfibilité de l'Auteur des
Delaffemens le porte à une indulgence aimable
, qui fe manifefte fouvent comme
analgré lui. Tel eft dans l'Anecdote intitulée ,
La Reconnoiffance , le morceau où il juſtifte
une
DE FRANCE. 169
"
~
une très pauvre femme de fon attachement
pour fon chien : « Une pauvre femme fans
» parens , fans amis , abandonnée à fa mi-
» sère , aux maux inféparables de la vieilleffe
, n'avoit pour unique fociété , pour
" toute confolation , qu'un chien auquel elle
» étoit extrêmement attachée . Tous les jours
» on fe livre à la dûreté & à l'injuftice d'ac
» cufer ces infortunés obſcurs , d'aimer des
» animaux , eh ! la ſenſibilité n'eft elle point
» de tous les rangs , de toutes les condi
59
"
و ر
tions ? N'eft ce pas un de nos premiers
» befoins que celui d'aimer & d'être aimé?
Comment ces malheureux le fatisfe-
» roient - ils , ce befoin inhérent à notre na-
» ture ? Ils n'éprouvent de notre part que
» de la froideur , de l'indifférence , & quelquefois
le mépris & l'infolence homicide
» de la fortune. Qui reçoit leurs larmes ,
» leurs careffes ? Qui fe prête à leurs accès
» de mauvaiſe humeur , ( il eft rare que l'in
digence fouffrance n'entraîne point avec
» elle ce défaur ) ? Qui , en un mot , leur
témoigne cet intérêt cet attend: iffement
, une des plus nobles fenfations de
l'exiſtence ? Un miférable chien dont ils
» ont fait leur ami , qui partage avec une
» reconnoiffance inexprimable le morceau
» de pain qu'ils mendient , & qui fouvent
" eft arrofé de leurs pleurs ; il paroît les en-
» tendre , il leur voue fa fidélité incorrup
» tible ; quand une fois il s'eft décidé à leur
و د
و د
"
>
No. 48 , 27 Novembre 1784. H
170
MERCURE
< engager fon attachement , il ne les quitteroit
pas pour aller fervir l'homme le plus
» riche , & c. "
و د
M. d'Arnaud , préférant le plaifir d'être
utile à celui de faire briller fan talent , a
terminé cette cinquième Partie de fon Recueil
, par un excellent morceau de l'Hiftoire
du Bas- Empires par M. le Beau ; ce fragment
, qui offre le plus beau réſultat de morale
, & qui peut être comparé aux plus
beaux morceaux des meilleurs Hiftoriens
connus , eft le tableau de la Sédition d'Antioche.
Nous invitons nos Lecteurs à le lire
dans l'Ouvrage même.
La fixième Partie , quoique inférieure à
celle dont nous venons de parler , offre encore
plufieurs morceaux intéreffans . Il y a
auffi quelques Anecdotes agréables , qui , par
la gaité de la narration , femblent vouloir
juftifier M. d'Arneud du reproche qu'on lui
a fait de fe plaire à multiplier dans fes Ouvrages
les tableaux fombres & attriftans . Ce
qu'il y a de plus vrai encore , c'eft que tous
refpirent la fenfibilité la plus vraie , & fouvent
la plus énergique.
DE FRANCE.
171
*
SPECTACLES.
ACADÈMIE ROYALE de musique.
MARDI 16 de ce mois , on a donné fur
ce Theatre une repréfentation de l'Armide
de M. Gluck , dans laquelle Mlle Saint-
Huberty a joué le rôle d'Armide , rendu dans
fa nouveauté avec tant de fuccès par Mlle
Levaffeur. Toutes les fois qu'une grande Actrice
fe changera d'un rêle ancien , fufceptible
de grands effets , elle le rajeunira & le
renouvellera pour ainfi dire , parce qu'elle
le rendra d'après elle même , & qu'elle
lui donnera un caractère afforti à fes vûes
& à fes moyens. Celui d'Armide , marqué
d'un bout à l'autre par des intentions fpirituelles
& paffionnées, étoit bien digne d'exercer
la profonde intelligence & le talent
fupérieur de Mile Saint Huberty.; auffi
voit-on qu'elle l'a étudié avec foin ; elle y a
mis un mouvement & une variété de nuances
qui ont été vivement fentis , & lui ont
mérité les applaudiffemens les plus vifs
& les plus univerfels. Elle a parfaitement
fenti que le caractère de fierté qui diftingue
Armide doit être à chaque inftant
adouci par les mouvemens de la paflion
dont elle eft animée. Si le caractère de
fon organe n'a pas toujours répondu à fon
f
Hij
172 MERCURE
fentiment dans quelques inftans de force &
de fierté , elle n'a prefque rien laiffé à defirer
dans les momens fenfibles & paflionnés.
Toujours à la fcène & en fituation elle
fembloit animer encore par fon jeu le jeu
des Acteurs en fcène avec elle ; elle à rendu
avec le fentiment le plus jufte le monologue
auffi difficile à bien jouer qu'à bien chanter :
Enfin il eft en ma puiffance , &c. On ne peut
trop louer l'art infini qu'elle a montré dans
la fcène & le monologue qui termine le
cinquième Acte , dont l'exécution eft fi pénible
pour l'Actrice par ta durée & la violence
des grands mouvemens qui s'y fuccèdent.
Nous ne diffimulerons pas qu'il y
a eu quelques endroits où elle n'a pas eu
dans fon chant & dans fon action l'à plomb
& la précision qu'on a droit d'attendre d'elle ;
mais nous fommes perfuadés qu'elle l'a
mieux que nous , d'autant que ces inattentions
& ces défauts , fi difficiles à éviter dans
un grand rôle qu'on joue pour la première
fois, ont déjà prefque difparu à la feconde
repréfentation.
Le fieur Rouffeau qui , par fon zèle & fes
progrès , devient de plus en plus agréable au
Public , a joué avec intelligence & chanté
avec beaucoup de goût le rôle de Renaud,
Sans parler de plufieurs morceaux où il a
été généralement applaudi , il a joué avec
autant de fenfibilité que de vérité la dernière
fcène avec Armide ; il a chanté avec
une grâce touchante la fcène & le duo qui
1
DE FRANCE. 173
•
commence le cinquième Acte ; le parfait
enfemble qu'il y a eu entre cet Acteur &
Mlle Saint Huberty ont excité des applau
diffemens univerfels & redoublés à plufieurs
repriſes.
Les choeurs ont été en général chantés
& joués avec un enfemble & une précision
qu'on n'avoit pas trouvés aux dernières
reprifes de cet Opéra. La partie de l'orcheftre
a été exécutée avec toute l'intelligence &
la chaleur qu'on pouvoit defirer. Les Ballets
ont été remis avec foin , & les premiers
fujets de la danfe s'y font diftingués à l'envi ;
mais nous ne pouvons nous difpenfer de
dire que le fieur Gardel , déjà fi fupérieur
dans un genre précieux où les grands talens
feront toujours rares , s'eft furpaffé lui - même
dans la chaconne du cinquième Acte , &
qu'il y a obtenu les applaudiffemens les plus
flatteurs & les mieux mérités.
Cette réunion de talens & de zèle a donné
à cet Opéra tout l'effet d'une nouveauté , &
l'affluence, déjà très conſidérable à la première
repréſentation , a augmenté à la feconde.
Il nous refte à faire ici une obfervation
critique fur un jeu de Théâtre qui a bleffé
beaucoup de gens de goût. Dans la dernière
Scène du troisième Acte , à ces mots prononcés
par la Haine , & répétés par le choeur
des Demons :
Sors , fors du fein d'Armide : Amour, brife ta chaîne.
L'Actrice qui repréfente la Haine , s'appro-
H iij
174
MERCURE
1
che d'Armide , & la faifit par le corps avec
une violence & des mouvemens auifi contraires
à la vérité qu'aux bienféances ; les Démons
de l'autre côté ne manquent pas de
répéter cette action , qui , de leur part , devient
encore plus choquente . Il eft abfurde
que la Haine perfonnifiée prétende , faire
fortir l'Amour du fein d'Armide , en lui déchirant
la poitrine , apparemment pour y
entrer à fa place ; il eft également abfurde
que des efprits malins , toujours aux ordres
d'une Enchantereffe , fe permettent
de telles familiarités avec leur Souveraine.
Nous ignorons fi ce jeu de Théâtre eft uneancienne
tradition ; mais nous croyons qu'il
ne peut être juftifié par aucun principe de
goût ni de railon.
Le Jeudi fuivant , 18 , on a donné une
répréfentation de Renaud , dans laquelle
Mile Dozon a joué le rôle d'Armide . Son
premier effai , dans ce rôle , n'a pas été
auffi complettement heureux que fon début.
On a eu beaucoup de reproches à lui faire
dans le premier Acte , & pour fon chant &
pour fon action ; mais elle s'eft bien relevée
dans le fecond Acte , où l'on a admiré
& vivement applaudi les difpofitions & les
talens extraordinaires qu'elle a déployés avec
tant de fuccès dans Chimène. Si elle n'a pas
produit le même effet dans le troisième Acte ,
c'eft que fon rôle dans cet Acte n'en eft pas
fufceptible.
DE FRANCE. 175
Nous n'entrerons ici dans aucun détail fur
les éloges & fur les critiques qu'elle a mérités
à cette première repréſentation . Nous attendrons
qu'une feconde l'ait mife à portée d'évi .
ter les fautes où elle est tombée , & de mettre
plus de précifion & d'à plomb dans l'enfemble
de fon rôle.
COMÉDIE FRANÇOISE.
L'AUTEUR de Ciéopâtre , qu'on a donnée
Samedi 13 de ce mois , occupe un'rang trop
diftingué dans la Littérature moderne , pour
que la repréfentation de fon Ouvrage ait pu
trouver des Spectateurs indifferens . Il étoit
naturel que tout juge impartial s'intéreſsât
vivement à fes beautés , & que la malignité
exerçât tout fon zèle pour y découvrir des
défauts . Tel eft en effet le fort que vient
d'éprouver cette Tragédie. Cléopârre , jouée
d'abord en 1750 , avoit eu onze repréfentations
; mais M. Marmontel vient de la refaire
prefque en entier . Nous allons l'analyfer ici
telle qu'elle vient de paroître , afin qu'en la
comparant avec la Pièce impri née , on puiffe
difcuter les obfervations que nous hafaiderons
fur cet Ouvrage.
Ventidius , ami d'Antoine , homme franc-
& courageux , reproche à Cléopâtre le mal- .
heur de fon ami , & lui annonce que le Sénat
Romain eft indigné de l'amour de ce Héros.
Cléopâtre promet de le rendre à fon pays ,
Hiv
176 MERCURE
à la gloire ; mais l'entretien qu'elle a avec lui
ne fert qu'à rallumer fa paffion. Antoine gémit
d'avoir été vaincu par Octave ; la Reine
cherche à effacer en lui le fentiment de fa
défaite , en lui rappelant fes victoires , l'entretient
fur tout de la tendreffe qu'elle a pour
lui ; & l'on voit qu'Antoine eft difpofé à tout
facrifier à fon amour. Cependant Ventidius
vient annoncer l'arrivée d'Octavie , femme
d'Antoine : foeur d'Octave , elle vient tâcher
de réconcilier ces deux illuftres rivaux. Cléopâtre
, frappée d'abord de cette nouvelle ,
après avoir été quelque temps combattue
par la jalousie , fe determine enfin à céder à
la générofité ; elle accueille Octavie , & promet
de ſe réunir avec elle pour les vrais intérêts
d'Antoine.
Le fecond Acte s'ouvre par une Scène
vive & éloquente entre Antoine & Venti
dius , qui veut arracher fon ani aux fers de
Cléopâtre ; Cléopâtre amène elle même la
fenfible Octavie , & la préfente à fon époux .
Antoine , refté feul avec Octavie , rend hommmage
à fa vertu , s'abandonne au remords
qui le déchire , mais fans diffimuler l'amour
dont il brûle encore. Enfin elle obtient de
lui qu'il écoutera Octave , qui vient lui parler
de paix .
Cléopâtre paroît devant Octave , lui parle
avec une moderation qui peut paffer pour de
l'adreffe , & fe montre difpofée à facrifier
fon amour anx intêrêts de Rome & au
bonheur d'Antoine. Vient enfuite l'entrevue
DE FRANCE. 177
d'Antoine & d'Octave. Ces deux fuperbes
rivaux luttent , pour ainfi dire , de caractère ,
& développent leurs divers projets. Antoine
propofe à Octave de mettre bas les armes ,
& d'aller fe préfenter tous deux au Sénat en
fimples Citoyens. Ce mot de Citoyen effraye
l'ambition d'Octave , qui finit par lui offrir
la première place fous lui. L'orgueil d'Antoine
s'en indigne ; il veut partager le monde
avec fon rival , ou s'en remettre au fort des
combats. Enfin ils s'accordent à fe rendre
tous deux à Rome , afin qu'elle feule en décide.
Alors la généreufe Octavie vient implorer
fon frère & fon époux en faveur de
Cleopâtre; elle croit que cette Reine infortunée
fait les apprêts de fa mort ; à ce mot
Antoine alarmé court auprès d'elle , & laiffe
Octave courroucé.
Au quatrième Acte , on apprend que la
paix eft rompue ; qu'Antoine combat contre
Octave ; & lui même arrive defefpéré, furieux ,
& annonce fa défaite à Cléopâtre. La Reine , à
qui fa Confidente vient d'apporter des afpics
dans une urne' remplie de fleurs , propofe à
fon amant de mourir avec lui , en fe faifant piquer
par ces reptiles dont le venin donne une
mort prompre & fans douleur. Comme its
four fur le point d'effectuer leur projet ,ils font
in crrompus par Ventidius, qui leur apprend
que trois Légions Romaines veulent fauver
Antoine , en fuvant avec lui ; mais le temps
preffe , & il faut que Cléopâtre abandonne
le projet d'accompagner Antoine dans fa
Hv
178 MERCURE
L
fuite , parce qu'elle fe trouve chargée de la
haine des deux partis . Cléopâtre veut fe
facrifier à fon amant en renonçant à le fuivre
, lorfqu'un billet apprend à Antoine
qu'Octave a réfolu d'emmener à Rome Cléo
pâtre enchaînée à fon char. Antoine , indigné,
craindroit d'être accufé de lâcheté fi fa fuite
livroit Cléopâtre à Octave , & il veut la fau
ver ou périr avec elle .
Au cinquième Acte , Cléopâtre ne voit
d'autre moyen pour décider Antoine à fuir
fans elle , que de faire courir le bruit de fa
mort. Elle fe réfugie dans les Pyramides ; &
delà elle écrit à Octavie qu'elle a ceffé de
vivre pour fauver Antoine. Cette lettre le
plonge dans le plus affreux défeſpoir , la fen
fible Octavie cherche à le confoler ; mais
Octave , qui a foupçonné le fratagême de
Cléopâtre , vient dire à Antoine qu'elle le
trahit , & qu'elle eft cncore vivante . En
effet , elle la fait arracher de l'afyle où elle
étoit cachée. Le malheureux Antoine la
voyant arriver , ne doute plus de fa trahifon
, & le tue avant de lui avoir parlé. Mais
avant d'expirer , il a le temps d'apprendre
que Cléopâtre eft innocente au moins envers
l'amour ; elle porte la mort dans fon fein
& vient mourir aux genoux d'Antoine,
On voit , par cette analyfe , que M. Marmontel
a fait de très- grands changemens à
cette Tragédie ; il a beaucoup retranché &
ajouté: il fait mourir hors de la Scène Cléopâtre
; il a fupprimé un perfonnage , Cefarion,
DE FRANCE. 179
fils de Cléopâtre & de Céfar, & il en a inroduit
un nouveau, la femme d'Antoine , perfonnage
très difficile à mettre fur la Scène Françoife.
Les trois premiers Actes ont obtenu les applaudiffemens
les plus univerfels , & mérité
la plus grande eftime ; les deux derniers n'ont
pas réuffi d'abord. On a blàmé le foin que
prend Cléopâtre de faire porter fur une table
, par fa Confidente , l'urne qui renfe : me
les afpics ; précaution à laquelle on a trouvé
un air d'apprêt & d'affectation . Mais ce qui
a effuyé le plus de critiques , c'eft le rôle de
Cléopâtre. Ce caractère , tel qu'il nous est
tracé par l'Hiftoire , ne feroit peut être pas
fuppoité fur notre Scène . D'après cela , M.
Marmontel a cru devoir en changer la phyfionomie
; au licu de la repréfenter comme
une coquette ambitieuſe , il en a fait une
amante fidelle .
S'il nous eft permis de propofer quelques
doutes à l'Auteur de cet eftimable Ouvrage ,
nous aurions voulu , puifqu'il étoit décidé
adoucir le caractère de Cléopâtre , à lui donner
un amour vrai , fincère , nous autions
voulu qu'il eût éloigné d'elle tout ce qui peut
la faire foupçonner d'artifice. Cléopâtre ,
dans la Tragédie , aime véritablement Antoine
, puifque dans un moment où elle doit
parler d'après fes propres fentimens , c'eſtà-
dire , dans un monologue , elle s'écrie après
avoir rappelé les charmes de fa rivale Octavie
:
Mais eft- elle fenfible & tendre comme moi ?-
1
H vj
180 MERCURE
M. Marmontel lui a donc donné un amour
vrai pour fon amant ; cependant tout ce qui
l'environne , les difcours d'Octave , de Ventidius
, femblent perfuader , ou rappellent
du moins qu'elle n'eft qu'artificieufe . On
voit que l'Auteur voudroit tout - à la fois
conferver la phyfionomie du perfonnage ,
pour refter fidèle à l'Hiftoire , & donner de
la fincérité à Cléopâtre , pour jeter plus d'in
térêt dans fa Pièce. Dela vient que cette Reine
montre un caractère indécis. En un mor ,
dans le changement que l'Auteur a fait à ce
caractère , il nous femble avoit trop ou trop
pen ofé.
Le rôle d'Octavie , qui , comme nous
l'avons déjà dit , étoit fi difficile à prefenter
fur notre Scène , a trouvé auffi des contradic
teurs . Nous avouerons que fa générofité nous
a paru exagérée , & par confequent peu naturelle
, quand elle vient implorer fon époux
en faveur de Cléopâtre. S'il y avoit quelque
motif qui lui fit un devoir de cette demarche
, elle feroit intéreffante & dramatique ;
mais fe charger gratuitement de ce foin , c'eft
outrepaffer un peu les bornes de la générofité
& meriter le reproche d'invraifeinblance
.
Voilà des obfervations que nous croyons
devoir foumettre à M. Marmontel lui même;
ce qui nous confole un peu de la néceffité de
les mettre au jour , c'eft que ces défauts , s'ils
font réels , ne nous femblent pas impoffibles à
corriger ; on peut s'en rapporter , pour les
DE FRANCE. ་ 181
faire difparoître , à un Littérateur auffi confommé
, qui , nourri des grands modèles , a
paffé de longues années à donner par fes Ou
vrages des leçons de goût & des preuves de
talent.
C'eft avec bien plus de plaifir que nous
allons parler du mérite qui diftingue cet
Ouvrage. Le rôle d Octavie eft plein de
traits de fenfibilité. Une partie du Public a
penſé qu'on ne pouvoit pas voir avec plaifir
fur la Scène la femme & la maîtreffe du
même Perfonnage. Sns vouloir difcuter
certe opinion , nous croyons que nous por
tons au Théâtre une délicateffe exagérée , ce
qui occafionne fouvent d'injuftes critiques .
Notre imagination fe laiffe difficilement
conduire où le Poëte dramatique veut nous
tranfporter , & fouvent nous ne mettons
pas affez de difference entre des moeurs
étrangères & des moeurs invraisemblables.
L'Auteur de cet article a vu au Théâtre Ita
lien le Parterre indigné contre Soliman
(dans les trois Sultanes ) , qui laiſſoit ton
ber une jolie femme à fes genoux . On vou
loit que le grand Turc eûr la galanterie d'un
François.
Nous ajouterons une réflexion particu
lière au rôle d'Octavie. C'eft que le divorce
chez les Romains étant autorifé par les
Loix , le mariage y étoit bien moins facié :
or la maîtreffe d'un Romain pouvant en un
moment prendre la place de fa femme, les
182 MERCURE
convenances en pareil cas doivent être moins
rigoureufes .
Antoine eft un caractère très dramatiquement
trace , il eſt par tout paflionne , & l'on
retrouve dans tout fon rôle l'homme qui
s'eft peint d'abord lui · même par ces deux
vers :
L'Empire étoit à moi , j'en étois idolâtre ;
Il ne put dans mon coeur balancer Cléopâtre.
Les derniers mots qu'il prononce refpirent
la paffion. A peine a t il entendu Cléopâtre
fe juftifier qu'il fe foulève en écartant , pour
ainfi dire , les ombres de la mort ; & s'adreffant
à Octave , il s'écrie d'une voix defaillante
: Eh bien , fuis je trahi ?
Octave eft un perfonnage fi important
dans l'Hiftoire qu'on auroit voulu lui voir
jouer un plus grand rôle dans cette Tragédie
; mais il faut obferver qu'ici il doit être
fubordonné au caractère d'Antoine . Au refte,
le portrait que tracent de lui dans plufieurs
endroits Antoine & Ventidius eft fait de main
de maître.
Quant au ſtyle , on y remarque , nous ne
dirons pas de beaux vers comme dans tant
de pièces mal écrites , mais de belles tirades.
La verification n'y eft jamais défigurée par
le mauvais goût , comme l'action n'y eft
furchargée d'aucun incident épifodique ; ce
font les caractères qui forment l'intrigue &
amènent les fituations , & l'intérêt y fort de
la peinture des moeurs ; en un mot , lạ
DE FRANCE. 183
Pièce eft dans les vrais principes de l'Art
Dramatique , & ces exemples- là ne font pas
inutiles à donner aujourd'hui.
Pour la moralité , cette Tragédie offre un
des plus terribles exemples des défordres &
des malheurs que peut caufer un amour exceffif.
M. Marmontel femble avoir voulu
remplir le titre de Dryden , qui en traitant
le même fujet a intitulé fa Pièce : Tout pour
l'Amour.
Si l'on ajoute à ces éloges que M. Marmontel
dans cette Tragédie a montré la plus
profonde connoiffance & tracé les plus brillans
tableaux de la fituation & de la politique
des Romains à la grande époque où il a
puifé fon fujet , on conviendra que fans un
grand effort de philofophie il pourra fe confoler
de n'avoir pas eu une réuffite complette.
S'il n'a pas eu le bonheur de faire une Tra
gédie qui ait obtenu un fuccès d'affluence , il
aura toujours donné un Ouvrage qui fais
honneur à fon talent , eftimé par tant d'au
tres productions littéraires.
A la feconde repréfentation , les deux derniers
Actes de cette Tragédie ont été beaucoup
plus heureux. On a fupprimé l'apparition
de l'urne , ce qui , joint à quelques retranchemens
, en a fait reffortir toutes les
beautés de détails . Le troifième Acte a paru
un peu appauvri , venant fur tout après
le fecond , qui eft d'une beauté vrai
ment fupérieure ; mais quel que foit défor
184
MERCURE
mais le fort de cet Ouvrage , il ne peut rien
ôter à l'eftime que fon Auteur a toujours
confervée à tant de titres différens .
( Cet Article n'eft pas du Rédacteur ordinaire . )
ANNONCES ET NOTICES.
NOUVELLE Edition Grecque & Françoife des
Euvres complettes d'Homère , Traduction nouvelle
, dédiée au Roi , par M. Gin , Confeiller au
Grand- Confeil.
1
Cette Edition , en buit Volumes in- 4 ° . papier
fuperfin d'Annonai , grand railin des Preffes de M.
Didot l'aîné , ne fera tirée qu'à cinq cent Exemplaires
, dont deux cent avec le Texte Grec , auquel
M. Didot confacre les prémices d'un Caractère
Grec, que Firmin Dider, fon fils , déjà connu par fes
Caractères Italiques , doit graver inceffamment.
Elle fera ornée de quarante - huit Eftampes & de
deux Front fpices exéus par les meilleurs Maîtres
fous la Direction de M Ponce , Graveur de Mgr.
Comte d'Artois , & fur les Deflins de M. Bonnicu ,
de l'Académie Royale de Peinture . On y joindra
une Carte Géographique , par M. Mentelle , Hitoriographe
de Mgr Comte d'Artois . On ne demande
au un fomme d'avance , mais feulement l'engagement
de paver chacun des Volumes à melure quis
paroîtront. On donnera deux Volumes au moins par
année . Les Soufcripteurs jouiront des premières
Épreuves. Le prix de la foafcription eft de 36 livres
par Volume de la Traduction avec Carte & Eftampes
, & de 18 livres en las pour chaque Volume
qui contiendra le Texte Grec.
La foufcription eft ouverte depuis le premier No-
)
DE FRANCE. 185
veinbre, & ne fera fermée qu'au premier Avril 1785 ,
chez M. Dido l'aîné,Imprimeur Libraire ,rue Pavée-
Saint- André , chez lequel on trouvera des Profpectus.
de même format , papier , caractère que l'Édition.
-
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames. Cet
Ouvrage, qu'on propoſe par ſouſcription , ne pouvoit
trouver un plus heureux à propos. Les femmes,
pour plaire aujourd'hui dans le monde, ont befoin
d'être plus inftruites qu'autrefois ; d'un autre côté ,
les devoirs de la fociété , les plaifirs mêmes s'étant
multipliés autour d'elles , combien n'est- il pas
effentiel qu'elles foient dirigées fur le choix des
Livres qui doivent former leur Bibliothèque . Sans ce
choix , on fait qu'on peut employer beaucoup de
temps à la lecture pour en retirer fort peu de profit.
C'eft le motif qui a fait entreprendre à une
Société de Gens de Lettres l'Ouvrage que nous annonçons,
& qui , regardant la plus belle moitié de la
Société , doit par-là même intéreffer la Société entière.
Cette Collection renfermera tout ce que peu-'
vent fournir de connoiffances utiles & agréables ,
les Voyages , l'Hiftoire , la Philofophie , les Belles-
Lettres , les Sciences & les Arts .
Quant à la forme des Volumes , on s'eft décidé
pour celle qui eft la plus portative : on a adopté le
format in- 18. On les dé ivrera reliés en veau écaillé ,
avec filets & tranches dorées On veut que cette
Collection puiffe fe tranfporter aifément & fans
embarras dans les plus longs voyages ; on veut encore
qu'elle forme un ornement de fatlon , & qu'on
puifle enfin ne s'en féparer jamais.
A compter du premier Avril 1785 , il paroîtra
vingt - quatre Volumes par année ou deux Volumes'
par mois , qui feront délivrés francs de port à MM.
les Scufcripteurs les premier & 15 de chaque mois.
Les Volumes feront compofés d'environ 300 pages,
186
T
MERCURE
reliés en veau écaillé ou fauve , au choix des Soufcripteurs
, & dorés fur tranche. On les délivrera
brochés aux Soufcripteurs de Province , attendu que
la pofte ne fe charge point de livres reliés , à moins
toutefois qu'ils n'aiment mieux faire prendre les
Volumes au Bureau , ou indiquer la manière de les
leur faire parvenir reliés .
Ceux des Soufcripteurs qui voudront l'Ouvrage
relié , payeront en foufcrivant pour vingt - quatre
Volumes, la fomme de 72 livres , ou pour la demiannée
la fomme de 36 livres . Ceux qui les prendront
brochés payeront également pour la demi - année
27 liv. pour Patis, & 30 livres iz fols francs de port
pour la Province .
On adreflera les lettres d'avis , franches de port ,
avec le reçu du Directeur des Poftes , au Directeur de
la Bibliotheque des Dames , à Paris , rue d'Anjou , la
deuxième porte-cochère à gauche par la rue Dau-
Phine
On foufcrit dès-à-préfent pour la demi -année , ou
même pour l'année entière. Le Bureau fera ouvert
tous les matins depuis neuf heures jufqu'à une heure ,
excepté les Dimanches & Fètes.
Pour répandre plus de variété dans les différentes
Livraifons , & pour mettre un plus grand nombre
de Lecteurs à portée de s'inftruire & de s'amufer , on
fera paroître dans le même mois des Volumes de
claffes différentes . On promet que les Livraiſons
n'effuyeront aucun retaid , & l'on affure qu'on a
pris les mesures néceffaires pour qu'au premier Avril
ait au moins fix Volumes imprimés.
ily
N. B. On offre à chacun des Soufcripteurs de
faire imprimer fon nom au frontifpice de tous les
Volumes qui formeront fa collection . Ainsi , après le
titre général de Bibliothèque Univerfelle des Dames ,
Je premier feuillet portera ces mots : Bibliothèque
de Madame (ici ´) Ce moyen a été
imaginé pour faire rentrer plus facilement dans
DE FRANCE 187
chaque Bibliothèque les Volumes que l'on aura
prêtés.
-
CECILIA, ou Mémoires d'une jeune Héritière ,
nouvellement traduits de l'Anglois , & rédigés avec.
beaucoup de foin. 4 petits volumes , Evélina
par le même Auteur, 2 petits volumes . A Bouillon , à
la Société Typographique , & à Paris , chez Deſenne ,
au Palais Royal , paffage de Richelieu , & les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
Ces deux Romans ont eu le plus grand fuccès en
Angleterre & en France , malgré la foibleffe de la
Traduction ; combien plus facilement doit réuflir
cette nouvelle Édition , où les deux Ouvrages reparoiffent
purgés & des fautes du Traducteur & même
de celles de l'Auteur Anglois ? L'Éditeur , en rendant
juftice au talent rare de Miff Burney , obferve que
des longueurs & des inutilités affez fréquentes dans
fes deux Romans , avoient juftement armé la critique
. Il n'en a point refonda la marche, à laquelle il
donne des éloges mérités ; mais en homme de goût ,
il en a corrigé les acceffoires ; il a retouché le ftyle ;
& les heureux foins qu'il a pris pour le perfectionner,
femblent lui affurer fe fuccès de fon travail.
LE Mercure de France , d'après le Tableau peint
par M. Lavreince , Peintre du Roi de Suède , & de
l'Académie Royale de Stockholin , gravé par Guttemberg
le jeune.
Le fujet , d'une compofition agréable , eft un
des mieux gravés d'après ce Peintre. Laprincipale
figure eft M. de Beaumarchais lifant dans le Mer
cure l'Extrait de Figaro. Prix , 6 liv . A Paris , chez
Vidal , Graveur , rue des Noyers , nº . 29 .
CARTE du Théâtre de la Guerre , comprenant les
Pays -Bas , avec partie des Provinces - Unies , ou de
188
MERCURE
à
la Hollande , de l'Allemagne & de la Francé, en
deux feuilles. Prix 3 liv. - Carte très - détaillée &
grana point des environs d'Anvers , d'Hulft , de
Saint Nicolas, d'Axel & du Sas de Gand, compre
nant aufli le Théâtre de la Guerre , enluminée à la
manière Hollandoife . Prix , 3 liv. A Paris , chez
Defnos , Ingénieur- Géographe & Libraire du Roi de
Danemarck , rue S. Jacques , au Globe.
On trouve chez le même , l'Atlas du Théâtre de
la Guerre , contenant , en 18 Cartes très - détaillées ,
les Pays - Bas & les Frontières des Provinces- Unies ,
avec celles de la France. Prix, 20 liv. rendu franc de
port par-tout le Royaume.
On trouve auffi chez le même , la Géographie Familière
, in- 16 . Prix , 1 liv . 1o fols , & les Tablettes
Aftronomiques , par M. Brion , même prix.
LETTRE d'un Médecin de la Faculté de Paris à
M. Court de Gébelin , en Réponse à celle que ce Savant
a adreffée à fes Soufcripteurs , dans laquelle il
fait un éloge sriomphant du Magnétifme Animal. A
Paris, chez les Marchands de Nouveautés.
Tout ce que l'Auteur de cette Lettre a pu dire pour
prouver que M. de Gébelin n'avoit point été guéri
par le Magnétifine Animal , eft moins concluant que
la mort funefte qui a enlevé ce Savant eftimable ;
mais ce qu'on y lira avec plaifir , c'eft la difcuffion'
des ving:-fept propofitions dans le quelles M. Mefiner
a voulu inférer la prétendue doctrine ; ony verra que
non - feulement il y a plufieurs affections qui fe
contredient , & d'autres qui font du galimatias tout
pur, qu'il eft impoffible d'entendre , & que M. Mef--
mer lui-même n'a pu s'entendre en les écrivant.
Le Lever des Ouvrières en Modes , peint à la
gouache par N. Lavreince , Peintre du Roi de
Suède , & de l'Académie de Stockholm , gravé par
DE FRANCE. 189
XF. Dequevauviller. Prix , 6 livres . A Paris , chez Dequevauviller
, rue Saint Hyacinthe , près la Place
Saint Michel , nº. 47.
Cette Eftampe , qui eft d'un effet agréable , peut
faire faite à deux autres des mêmes Auteurs que
nous avons annoncées avec de juſtes éloges.
LES Sabots , peint à la gouache par Lavreince ,
Peintre du Roi de Suède , gravé par J. Couché.
Prix , 3 livres. A Paris , chez J. Couché , Graveur ,
rue Saint Hyacinthe , nº . § 1 .
Cette Eftampe , qui a de la grâce , repréſente le
moment de la petite Pièce des Sabots où la jeune
Villageoife mange des cerifes...
L'AMOUR à l'épreuve , Comédie en un Acte , en
vers , repréfentée pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le Vendredi 13
Août 1784. A Paris , chez Prault , Imprimeur du
Roi , quai des Auguftins , & Brunet , Libraire , Place
de la Comédie Italienne .
Lainval , Tuteur de Rofalie , qui avoit d'abord eu
l'envie de l'époufer , apprend qu'elle aime Dorlis . Il
renonce à les prétentions ; mais pour punir Rofalie
du myftère qu'elle lui a fait de fon amour , & pour
inquiéter un peu les deux amans , il fait femblant de
perfifter dans fa pourfuite ; il va même juſqu'à forcer
les deux amans à renoncer mutuellement l'un à
l'autre dans un entretien qu'il leur ménage , &
qu'il écoute fans être vû. Cette Scène , qui auroit
pû être plus fortement motivée , eft au moins fort
bien faite ; elle amufe & intéreffe tout - à - la - fois.
Enfin , le Tuteur , après s'être diverti de leur embarras
, le termine en les mariant,
Cette petite Pièce a joui d'un fuccès mérité. Il y a
de la naïveté, de la grâce & des détails intérellans .
190
MERCURE
COLLECTION des anciens Monumens d'Architecture.
M. Renard , Architecte , ancien Penfionnaire
du Roi , & qui pendant fon féjour en Italie
' s'eft occupé de deffiner les détails des anciens Monumens
d'Architecture pour les tranſmettre aux Artiftes
, vient de publier la troisième Livraiſon de
cette précieufe Collection , qui eft composée de
cinquante Deffins grand in-folio , & gravés dans la
manière du crayon , Le texte qui accompagne chaque
Livraiſon démontre d'une manière fort claire les
beautés & les défauts de ces ornemens , & indique
l'application qu'on peut en faire dans les édifices.
L'Auteur a ajouté des obfervations qui doivent néceffairement
diriger dans le choix à raison des occafions
où on peut les y employer.
Cet Ouvrage a été proposé par fouſcription , &
fe continuera dans le cours de fon exécution fous
les mêmes conditions ; mais comme l'Auteur a eu
pour principal objet de fe rendre utile aux Artiſtes ,
& particulièrement aux jeunes gens qui ſe deſtinent
à l'étude de l'Architecture , pour leur en donner
une preuve , il confent en leur faveur de leur fournir
les Cahiers à mesure qu'ils paroîtront , en les
pienant chez lui , & en fe foumettant à prendre la
fuite de l'Ouvrage , il leur fera une remiſe.
On foufcrit chez l'Auteur , au petit hôtel du
Tillet , Fauxbourg Saint Martin , chez Joulain ,
Marchand de Tableaux & d'Eftampes , quai de la
Mégifferie , & chez Cloufier , Imprimeur - Libraire
, rue des Mathurins .
L'Ouvrage fe trouve auffi chez Chéreau ,
Jombert le jeune , Lamy , Iffabey , Gaugueri , Libraires
& Marchands d'Eftampes .
Il fe vend 72 liv. par foufcription.
NUMEROS 33 à 40 du Journal de Guittare ,
DE FRANCE. 191
pour lequel on fouferit chez Baillon , Marchand de
Mafique , rue Neuve des Petits- Champs , au coin de
celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique . Prix , 12 liv.
& 18 liv.
QUATRE Sonates non difficiles pour la Harpe
feule ou Accompagnement de Violon & Violoncelle ,
par M. Krumpholtz , OEuvre XII . Prix , 9 livres. A
Paris , chez l'Auteur , rue d'Argenteuil , Butte Saint
Roch , n° . 14 ; Naderman , Luthier , même rue , &
Coufineau auffi Luthier , rue des Poulies . Les
Exemplaires font fignés de l'Auteur.
>
On voit toujours paroître avec plaifir la Mufique
de M. Krumpholtz , dont le talent ne fe borne
à l'exécution .
pas
RECUEIL de Divertiffemens pour la Harpe ,
Violon obligé , par M. Grenier , Organiſte & Maître
de Harpe. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris chez l'Auteur
, hôtel de Mme la Ducheffe de Villeroy , rue
de l'Univerfité ; Coufineau père & fils , Luthiers
brevetés de la Reine , & Salomon , Luthier , Plaće
de l'École.
TROISIÈME Concerto pour la Flûte , par M. de
Vienne le jeune. Prix , 4 livres 4 fols franc de port
par la pofte. A Paris , chez M. Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière- Saint- Honoré.
NUMERO 11 de la quatrième année du Journal
de Harpe , par les meilleurs Maîtres. Abonnement ,
15 liv. port franc par la pofte ; féparément , 2 livres
8 fols. Numéro 6 du Journal d'Orgue à l'usage
des Paroiffes & Communautés Religieufes , par M.
Charpentier , Organifte de Notre- Dame , S. Paul ,
&c . , contenant une Meſſe Royale de Dumont en ré
――
192 MERCURE
mineur . Prix , 24 livres , & féparément 4 liv. 4 fols
port franc par la pofte. A Paris , chez M. Leduc,
même Adreffe que ci - deffus.
NUMERO 11 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pouvant auffi fervir à deux Violoncelles.
Prix , féparément 2 liv. On fouferit moyennant 15
ou 18 liv. chez le fieur Bornet l'aîné , rue des Prouvaires
, au Bureau de Loterie , près S. Euſtache.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
VERS pour le Buste du Prin- Charade , Enigme & Logogry
ce Henri de Pruffe , 145 phe , 162
Envoi à Mme la Comteffe Ga- Délaſſemens de l'Homme Senbrielle
de Digoine, 146 fible , 166
Le Réverbère & la Chauve- Acad. Roy. de Mufique , 171
Souris , Fable, 147 Comédie Françoife ,
Le Préjugé National détruit . Annonces & Notices ,
Anecdote , 148
175 %
184 <
APPROBATIO N.
J'Alu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Novembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 26 Novembre 1784. GUIDI.
JOURNAL
POLITIQUÈ
:
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 20 Octobre.
A fanté de l'Impératrice eſt aſſez raffer-
Lmie , pour lui permettre de fongerà un
grand projet de voyage. Cette Souverainé
doit vifiter au Printems , fes nouveaux domaines
vers la Mer -Noire : les préparatifs
font ordonnés , la route fixée , il ne s'agit
plus que de l'exécution fubordonnée à beaucoup
de circonſtances . k
Un autre voyage qu'on affure moins volontaire
, eft celui du Général Prince Repnin
, qui va prendre les eaux dans l'étranger
avec fa famille.
DANEMAR CK.
DE
COPENHAGUE , le 4 Novembre.
La Princeffe Julienne Marie , fille du
Prince Héréditaire , Frere du Roi, eft morte
N°. 48 , 27 Novembre 1784. g
( 148 )
affaires des Pays - Bas , les conjectures , les
inventions , les propos de toute efpece fe
multiplient chaque jour. Ceux qui avoient
envoyé l'Empereur à Pétersbourg , le conduifent
aujourd'hui dans le Brabant : ce
départ , difoit-on , étoit fixé au premier de
ce mois , la fuite de S. M. nommée , & quatre
chaffeurs deftinés à l'accompagner. Si ce
voyage a été projetté , l'époque en eſt incertaine
, & il n'en eft plus queftion depuis
quelques jours.
Il fe confirme que le Général Langlois
fera nommé Général en chef de l'armée des
Pays-Bas , & Feld Maréchal , & qu'il com
mandera fous le Duc de Saxe- Tefchen.
Sur les repréſentations extrêmement vives
& réitérées des Hongrois , la Confcription
militaire fe réduira à une fimple énumé
ration des maiſons , & fera regardée comme
une fimple mefure de police , dans laquelle
le Militaire ne pourra s'immifcer ;
l'opération étant confiée aux Officiers civils
des Comitats . La réfolution du Souverain
à ce fujet a été communiquée au Confeil
aulique de guerre : elle appaifera le mécontentement
d'une nation qui n'a point perdu
le fouvenir de fon ancienne liberté , & obftinément
attachée à fes uſages & à fes privileges
.
S. M. s'eft fait repréfenter la lifte de Confcription
depuis 26 ans , afin de s'aflurer du nombre
d'hommes à lever chaque année. Avant leur
départ , elle a fait diftribuer 62 chevaux de fes
149 )
écuriès aux Officiers des régimens de Teatscha
meifter & Preiff , dont toute la fortune eft dans
leurs appointemens . Aucun de ces chevaux n'eft
au -deffous du prix de 30 ducats . Ces deux régimens
font en marche depuis le 5 , & auront été
joints à Lintz par le régiment de Tillier. Les
événemens n'ont rien pris fur la gaîté de notre
Monarque , auffi foutenue qu'auparavant .
Le Réquifitoire aux Princes d'Empire du
Cercle de Franconie , pour leur demander
le paffage de nos troupes , eft en ces termes :
JOSEPH II.
·
Très chers Coufins , Princes & Dévoués.
Ayant réfolu de faire paffer par Eger dans nos
provinces de Luxembourg & de Limbourg dans
les Pays -Bas , le régiment de Kobourg Dragons ,
confiftant en 3 divifions de 1439 hommes , le
régiment de wurmfer , confilant en cinq divifons
& un efcadron de réferve , faifant en tout
2240 hommes , & d'envoyer en outre dans les
mêmes Pays -Bas par Pilfen , 600 Uhians , 140
mineurs & 90 fapeurs , nous vous en donnons
avis par les préfentes , & vous prions de laiffer
paffer librement ces troupes par le cercle de
Franconie , & de faire toutes les difpofitions qui
peuvent faciliter leur paffage . Nous payerons
argent comptant toutes les dépenfes qu'occafionnera
ce paffage , & nous vous affurons de notre
affection , efpérant que vous nous accorderez
notre demande . Vienne , ce 23 Octobre.
Jofeph , & plus bas , le Comte de Colloredo.
Trente mille hommes pafferont en deux détachemens
; l'un par Ratisbonne & le Haut-
Palatinat , l'autre par la Baffe Baviere , tous
deux par Mergentheim où ils s'embarqueront
für le Mein. Un troifieme détachement
}
8 3
( 150 )
de 6 régimens prendra fa route par le Tyrol
& la haute Souabe , & s'embarquera fur le
Necker .
L'abbé Maximilien Hell , Aftronome de la
Cour Impériale & Directeur de l'obſervatoire impérial
& royal à Vienne , a reçu une lettre de la
Com:niffion Angioife , pour trouver la longitude
fur mer, parlaquelle il apprend que cette Commiffion,
établie par acte du Parlement, l'a inſcrit , ainfi
que l'obfervatoire aftronomique I. & R. à Vienne,
au nombre de ceux auxquels elle a réfolu de faire
préfent de tous les ouvrages précieux qu'elle a
fait & fera imprimer. M. l'abbé Hell avoit déja
reçu de la même Commiffion plufieurs de ces
livres d'un grand prix , puifqu'ils contiennent les
obfervations , découvertes & calculs les plus importans
, qui le font dans toutes les parties du
monde pour l'avancement de l'Aftronomie , Géographie
& Navigation .
DE FRANCFORT , le 17 Novembre.
Le Baron de Stein , Capitaine au dépôt
des recrues à Worms , s'eft rendu ici pour y
lever deux Corps de Volontaires impériaux ,
chacun de 1800 hommes. Cette nouvelle
eft plus sûre que celle des 10 mille Heffois ,
engagés au fervice de la Hollande , & des
30 mille Suiffes que doivent lui fournir lest
Cantons , felon des relateurs , qui ne connoiffent
la Suiffe que fur la Carte géographique
.
Il faut mettre encore au nombre de ces
bruits courans la demande d'un Nonce apoftolique,
faite à S. S. par le Roi de Pruffe
( 1st )
on va jufqu'à déligner , pour remplir ce
pofte , M. Calepi , Auditeur de la Nonciature
à Vienne.
On écrit de Hanovre le trait fuivant.
Il y a quelques jours , le Prince William Henri
rencontra une femme avec un petit enfant fur
fes bras , & qui en conduifoit un autre , âgé de
3 ans la figure très- intéreffante de ce dernier
frappa le Prince , qui demanda quel étoit le pere
de cet enfant ; la mere répondit , en pouffant un
profond foupir , qu'il étoit allé à Minorque ,
qu'il y avoit été tué pendant la guerre , & qu'elle
étoit veuve avec 10 enfans ; je prends cet enfant
, dit le Prince , menez- le au château : lorfqu'il
y fut , il lui donna 10 ducats , & lui dit ,
donne les à ta mere ; qu'elle r'achete ce dont
tu as befoin ; & quand elle n'aura plus d'argent ,
tu n'as qu'à revenir , j'aurai foin de toi , jufqu'à
ce que tu puiffes toi même pourvoir à tes befoins.
On fçait que le miel & la cire font un
objet confidérable du commerce de la Moldavie.
Un Auteur très- eftimé affure que la
dixme des mouches à miel , produit au Prince
environ 200,000 écus par an . Ce revenu
ne paroît pas exagéré, s'il eft vrai , comme
on le dit , qu'il y a des Boyars dans cette
Principauté , qui ont jufqu'à 13,000 ruches .
La Compagnie d'affurance de Breme , compofée
de 60 Actionnaires , a effuyé des malheurs
confidérables. Ses affaires , fi brillantes dans le
commencement , font défefpérées . Chaque actionnaire
eft obligé de fournir une nouvelle fomme de
12,000 écus , pour faire face aux engagemens de
la Compagnie. Comme la plupart des intéreffés
g4
( 152 )
font des gens riches , & que d'ailleurs tous les
intéreffés fe font engagés folidairement à remplir
les contrats de la Compagnie ; les perfonnes ,
qui ont eu affaire à elle , n'ont rien à rifquer.
On attribue le dérangement de cette Compagnie
aux imprudences de fon Directeur , qui a fait
des entrepriſes trop hafardées. Il est même arrivé
que la Compagnie d'affurance de Hambourg
a fait réaffurer à Breme , & que de cette maniere
elle s'eft affurée un bénéfice sûr , fans courir le
moindre rifque.
On rapporte , à l'occafion de l'établiffement de
cette Compagnie , une anecdote qui mérite d'être
connue , parce qu'elle renferme une grande leçon .
On avoit propofé au Prédicateur à la Cathédrale
de Breme , homme très - riche , de prendre
part à cette Compagnie , mais il s'excufa
en difant qu'il n'avoit pas les connoiffances néceffaires
pour ces fortes d'affaires . Quelque temps
après , on lui fit de nouvelles inftances ; alors il
répondit à ceux qui vouloient l'engager à prendre
une action , qu'un grand ami l'en avoit diffuadé.
On en rit , & on le permit de taxer lentement
les connoiffances de cet ami , dont on defiroit
'de- favoir le nom . L'honnête Paſteur leur dit
enfin que ce grand ami étoit Jefus , fils de Sirach
, qui dit dans fon Ecclefiaftique , ch. XI , v.
10. « Mon enfant , ne te mêle pas de beaucoup
daffaires , car fi tu en entreprenois beaucoup , tu
n'y gagnerois rien ; & quoique tu filles de grands
efforts , & que tu réparaffes par - ci par -là les fautes
qui peuvent t'être échappées , tu ne réuffiras
pas , & tu t'embrouilleras fans pouvoir fortie
de l'embarras ».
Quelqu'un a énuméré les béatifications
faites depuis 20 ans. Selon lui , il n'en eft
aucune pour l'Allemagne , mais 12 pour la
( 153 )
France , 26 pour la Pologne , 78 pour l'Efpagne
, 112 pour le Portugal , 3 pour Naples
, & 162 pour le refte de l'Italie.
Je donnerai un jour au Public l'hiſtoire
détaillée du fameux Rofenfeldt , qui n'eſt
connue encore que par les notices erronnées
des Gazettes . Ce prétendu Meffie ,
aujourd'hui enfermé à Spandau , vient
d'avoir un fucceffeur. C'eft le nommé Philippe
- Jacques Bekker , né à Berlin
âgé de 40 ans.
" &
Il apprit dans fa jeuneffe un metier , pas affez
bien pour gagner fa vie ; il fubfiftoit en faisant
des commiffions ( à - peu - près comme les favoyards
de Paris ) , & l'on n'étoit pas toujours content
de lui . Il alloit fouvent chez un vendeur d'eaude-
vie pour prendre un verre de ce confortatif.
Une fille de la maifon , qui le lui apportoit or
dinairement , & qui , à ce qu'il affure , l'avois
toujours regardé avec un air de bienveillance
le toucha un jour en lui adreffant un regard qui
pénétra jufqu'au fond de fon coeur. Dès ce moment
, dit-il , il réfolut d'époufer cette fille
fans fe laiffer arrêter par aucun obftacle . Il fe
déclare , mais fon amour eft dédaigné ; ce qui
étoit affez naturel , attendu qu'il eft borgne &
d'une figure très - défagréable & dégoûtante . Il
fe dit d'autant plus confirmé dans fa réfolution ,
qu'épris par ce regard touchant & énergique
Dieu lui avoit révélé que dès qu'il auroit épousé
cette fille , le monde entier & tous les hommes
feroient délivrés des griffes du diable . Il fe nomme
le Vrai Sauveur du monde , le feul Grand Prophere.
Il dit beaucoup de mal de Jefus Chrift &
du Saint- Esprit ; il déclame auffi contre tous les
gs
( 154 )
D)
autres Prophetes à l'exception de Moyfe qu'il
nomme fon précurfeur & fon frere . Je ne fuis
pas un homme fivant , dit - il , mais un Prophete
immédiatement envoyé de Dieu . Quand on lui
demande les preuves de fa miffion , il répond
qu'il eft convaincu d'être choisi pour le Sauveur
du monde , par des révélations & par fa conviction
intérieure , & qu'il fera dans fon tems
des miracles en foule , mais feulement devant les
Rois & les Grands. Un médecin lui propofa de
le faigner : il le refufa . a Mon fang, dit - il , eft
trop précieux pour être répandu ; une goutte
de ce fang peut être utile à des millions de
» mondes. Il eft paffablement imbécile , à ce
qu'on affure ; il n'a pas du tout l'intelligence
de Rofenfeld. Il a beaucoup lu le vieux Tefta
ment ; mais il ne fait prefque rien du nouveau.
Il parle d'une maniere affez tranquille ; mais dès
qu'on touche à fon amour & à la rédemption ,
il commence à s'échauffer , & entre quelquefois
en fureur. La pareffe , l'amour , qui donne toujours
un peu d'efprit , même aux imbéciles , les
rêveries religieufes fur la grande corruption du
genre humain , fur la rédemption miraculeufe
fur des révélations indécifives, la lecture du vieux
Teftament mal interprété , font fans doute les
caufes de ce nouveau phénomène . • Bekker eft
actuellement arrêté dans la prifon de Berlin , à
caufe du vacarine qu'il a commisdans la maifon
du marchand d'eau- de - vie .
-
L'Empereur a donné à l'Académie Electorale
de Bonn , des Lettres - patentes qui
Férigent en Univerfité , & lui affurent tous
les privileges des autres Univerfités de l'Empire.
Nous avons donné l'état fommaire des
X 1557
forces de terre des Provinces -Unies : ces
forces font réparties de la maniere fuivante :
hommes.
Cavalerie
mes chacun .
-
27 Efcadrons de 84 hom-
· 2,268
Dragons 12 Efcadrons de 24 hommes
chacun .
• 1,008
Infanteris.
Garde Hollandoife , 2 bataillons chacun
de 658 hommes. ·
Garde de la Province de Frife , 1 compagnie.
Garde de la Province de Groningue ,
I compagnie.
Garde Wallone , 3 bataillons .
Garde Ecoffaife , 6 bataillons.
1316
202
75
1,009
2,178
Garde Suiffe , 2 bataillons . 8c0
Troupes Nationales , 60 bataillons chacun
de 363 hommes. 19,780
Régimens Suifles , 10 bataillons de 60
hommes chacun . 6,000
Artillerie 3 bataillons chacun de
600 hommes. 1,800
Mineurs 4 compagnies chacune de
52 hommes. 208
TOTAL. • 36,714.
Les meilleurs Forts & Fortereffes de la République
du côté des Pays - Bas Autrichiens , font
Bergopzom , Breda , Bois- le - Duc , Hult , Sasde-
Gand , Philippine , Axel , Yfendyke , Sluis ,
Lieskenshock , Lillo , Fréderic - Henri , & Kis-
Schantz .
Il faut obferver que l'armée actuelle eft res
loin du pied complet énoncé ci - defius.
L'Officier recruteur du Roi de Pri
g 6
( 156 )
publié ici qu'il avoit reçu l'ordre de recruter
des chaffeurs de profeffion .
Hier au foir , écrit on de Neuftadt fur l'Orla
le 27 Octobre , la Princeffe- Douairiere Sophie-
Eberhardine de Schwartzbourg Sondershaufen .
née Princeſſe d'Anhalt Bernbourg , eft morte ici
dans fa foixante -quinzieme année.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 30 Octobre.
La femaine derniere un bâtiment Génois
, venant de Gibraltar , mouilla dans
notre port. Ce bâtiment avoit à bord 12
canons de fonte , de ceux qui appartenoient
aux batteries flottantes des Eſpagnols. Ces
canons peuvent porter des boulets du poids
de 55 livres , & le métal en eft très beau.
Nous avons reçu avis que l'Efcadre Vénitien
ne , aux ordres du Chevalier Emo , avoit mis à
Ja voile , le 22 Septembre , de Cagliari pour
Biferte , avec le deffein de détruire cette place
& d'endommager divers endroits de la baie de
Tunis ; lorfque l'efcadre mouilla pour la premiere
fois dans le Goulet , un bâtiment Tuni-
Tien , chargé de fel & d'autres effets , s'étant
réfugié fous le canon de la fortereffe , l'Amiral
Vénitien détacha quatre barques armées , ayant
à bord des Esclavons , qui après avoir tué plufieurs
hommes de l'équipage , & avoir forcé les
autres de fe fauver á terre , prirent le bâtiment ,
qui montoit 12 canons , & qui eft évalué 5 mille
Lequins.
DE VENISE , le 30 Octobre.
Le 2 du mois dernier le Sénat a rendu
( 157 )
une proclamation trop remarquable & trop
importante , pour être paffée fous filence.
On fait qu'autrefois les Patriciens de cette
République s'honoroient d'être d'illuftres
négocians , & que Veniſe dut fon éclat à
cette émulation . L'orgueil abfurde de la
Nobleffe & l'efprit de l'Ariftocratie l'emporterent
enfuite fur ces maximes falutaires.
Plufieurs fois on parla d'y revenir , mais on
n'y revint jamais : le Gouvernement n'oſoit
ellayer fes forces contre des préjugés funeftes.
Enfin le moment de les détruire eft
arrivé ; & dans un Etat où le refpect de la
Magiftrature imprime à fes defirs même le
caractere d'une loi , l'invitation que l'on va
lire , ne restera sûrement pas fans effet.
De par le Prince Séréniffime & l'Illuftriffime
& Excellentiffime Inquifiteur des Arts.
L'une des bafes de la puiffance & de la félicité
d'un Etat , eft le Commerce : bien réglé , proté
foutenu par l'induftrie , par le génie & par
l'activité de la Nation , il conduit à perfectionner
Agriculture , les Arts , & la Navigation .
Če principe , qui fut autrefois la premiere
maxime & le fondement de la grandeur de la
République , eft aujourd'hui adopté par toutes
les Nations éclairées . Cependant nous voyons
parmi nous languir cet efprit d'activité ; nous
voyons au contraire s'accréditer un préjugé preſque
général , qui nous perfuade que le Commerce
ternit la Nobleffe & la fplendeur des familles ;
de ces mêmes familles , qui jadis fe réputoient
plus illuftres en proportion des capitaux qu'elles
employoient dans le négoce , & qui ont acquis
peut- être uniquement par cette voie , & les ri
( 158 )
cheffes dont elles jouiffent à préfent , & cette no
bleffe même dont elles font fi jaloufes. Ce préjugé
eft au point , que fi quelque Patricien ou
Noble de l'Etat prend intérêt pour fon avantage
dans les Arts , dans les Manufactures ou dans le
Commerce , il le fait par des voies fecrettes , &
fous un prête - nom , pour ne point s'attirer le
blâme injufte de ceux qui regardent le Commerce
comme une occupation vile & peu décente .
Pour diffuader la Nation de ce préjugé fi pernicieux
à l'Etat , & pour réveiller dans le coeur
de nos Citoyens ces maximes & cet efprit d'induf
trie . qui jadis animoient tous les Sujets de la Ré,
publique , de quelque rang & de quelque condition
qu'ils fuffent ; le Sénat encourage & invite ,
par cette Proclamation , tous les Patriciens , les
Nobles de l'Etat & tous fes Sujets quelconques ,
à prendre part & intérêt , en leur nom & avec leurs
capitaux , felon leur goût & leurs facultés , foit
dans les Arts , les Fabriques , les bâtiffes , l'établiffement
de Maifons de Commerce , ou telles
autres fpéculations de Commerce , ou à encou
rager les découvertes , la culture des productions
de l'Etat , ou toute autre efpece d'induftrie . Ils
doivent être perfuadés que de même que de telles
Occupations n'ont jamais taché ni injurié le caractere
de la Nobleffe ; de même ils ne perdront
jamais rien dans l'efprit du Prince , ni de la Nation
, de l'eftime & de l'honneur qui leur font dûs ;
mais qu'ils feront au contraire agréables aux yeux
du Gouvernement, & qu'ils feront regardés com
me des Citoyens affectionnés á la Patrie , qui defi
rent de fe diftinguer par leur zèle pour le fervice
& l'avantage de la Nation . Le Sénat s'engage à
encourager par des diftinctions , autant que le
permettront les circonstances , ceux qui s'étudieront
à protéger & à perfectionner les découvertes ,
( 159 )
les Arts , l'Agriculture & toutes les entreprises
tendantes au bien , foit particulier , foit général
de l'Etat,
Perfuadé en conféquence que tout le Corps de
la Nobleffe & des Citoyens , feconderont à l'envi
fes maximes & fes encouragemens paternels , il ne
doute point que chaque individu , dégagé de toute
vaine illufion , & infpiré du noble defir d'être
utile à la Patrie, ce grand concours de moyens &
d'efforts , ne faffe de nouveau fleurir ce Commerce
, qui dans les rapports étendus , réunit comme
une racine féconde les intérêts particuliers , avec
l'occupation & l'aliment du peuple , l'opulence de
la Nation & la prospérité de l'Etat .
DE NAPLES , le 22 Novembre.
On annonce comme certaine la fuppreffion
dont on avoit déja parlé , de 13 Couvens de
cette Capitale & des environs , pour for ,
mer un fonds en faveur des filles de militaires
. On a défendu à toutes les Religions
qui avoient des Couvens dans la Calabre
ultérieure , de fe revêtir de leur habit , juſqu'à
nouvel ordre .
Mercredi dernier , une querelle s'étant élevée
entre un Marchand de Chapeaux & un homme du
peuple , des paroles , ils en vinrent aux voies de
fait , & dégainerent contre l'avis du pauvre Chapelier
, qui fut forcé au combat par fon adverfaire
, & auroit été infailliblement bleffé , s'il ne
fe fut pas trouvé- lá par bafard quelques Militaires.
qui féparerent les deux champions . Mais la femme
du Marchand de Chapeaux , connue fous le nom
de la petite Chapeliere de Chiaja , jeune & belie
184
MERCURE
1
mais le fort de cet Ouvrage , il ne peut rien
ôter à l'eftime que fon Auteur a toujours
confervée à tant de titres différens.
( Cet Article n'eft pas du Rédacteur ordinaire . )
ANNONCES ET NOTICES.
}
NOUVELLE Edition Grecque & Françoise des
Euvres complettes d'Homère , Traduction nouvelle
, dédiée au Roi , par M. Gin , Confeiller au
Grand-Confeil.
Cette Édition , en buit Volumes in- 4 ° . papier
fuperfin d'Annonai , grand raitin des Preffes de M.
Didot l'aîné, ne fera tirée qu'à cinq cent Exemplaires
, dont deux cent avec le Texte Grec , auquel
M. Didot confacre les prémices d'un Caractère
Grec, que Firmin Didot, fon fils , déjà connu par fes
Caractères Italiques , doit graver inceffamment.
Elle fera ornée de quarante - huit Eftampes & de
deux Front fpices exéus par les meilleurs Maîtres
fous la Direction de M Ponce , Graveur de Mgr.
Comte d'Artois , & fur les Deffins de M. Bonnieu ,
de l'Académie Royale de Peinture . On y joindra
une Carte Géographique , par M. Mentelle , Hiftoriographe
de Mgr Comte d'Artois . On ne demande
au un fomme d'avance , mais feulement l'engagement
de paver chacun des Volumes à mesure qu'is
paroîtront. On donnera deux Volumes au moins par
année . Les Soufcripteurs jouiront des premières
Épreuves. Le prix de la foafcription eft de 36 livres
par Volume de la Traduction avec Carte & Eftampes
, & de 18 livres en fus pour chaque Volume
qui contiendra le Texte Grec .
La foufcription eft ouverte depuis le premier No
DE FRANCE. 185
veinbre, & ne fera fermée qu'au premier Avril 1785,
chez M. Dido l'aîné, Imprimeur Libraire, rue Pavée-
Saint-André , chez lequel on trouvera des Profpectus
de même format , papier , caractère que l'Édition .
-
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Dames . Cet
Ouvrage, qu'on propofe par foufcription , ne pouvoit
trouver un plus heureux à propos. Les femmes,
pour plaire aujourd'hui dans le monde, ont befoin
d'être plus inftruites qu'autrefois ; d'un autre côté ,
les devoirs de la fociété , les plaifirs mêmes s'étant
multipliés autour d'elles , combien n'est- il pas
effentiel qu'elles foient dirigées fur le choix des
Livres qui doivent former leur Bibliothèque . Sans ce
choix , on fait qu'on peut employer beaucoup de
temps à la lecture pour en retirer fort peu de profit.
+
C'est le motif qui a fait entreprendre à une
Société de Gens de Lettres l'Ouvrage que nous annonçons
, & qui , regardant la plus belle moitié de la
Société , doit par-là même intéreffer la Société entière
. Cette Collection renfermera tout ce que peu-'
vent fournir de connoiffances utiles & agréables,
les Voyages , l'Hiftoire , la Philofophie , les Belles-
Lettres , les Sciences & les Arts,
Quant à la forme des Volumes , on s'eſt décidé
pour celle qui eft la plus portative on a adopté le
format in- 18. On les dé ivrera reliés en veau écaillé ,
avec fi'ets & tranches dorées On veut que cette
Collection puiffe fe tranfporter aifément & fans
embarras dans les plus longs voyages ; on veut encore
qu'elle forme un ornement de fallon , & qu'on
puifle enfin ne s'en féparer jamais.
16
A compter du premier Avril 1785 , il paroîtra
vingt - quatre Volumes par année ou deux Volumes
par mois , qui feront délivrés francs de port à MM.
les Scufcripteurs les premier & 15 de chaque mois.
Les Volumes feront compofés d'environ 300 pages,
188 MERCURE
la Hollande , de l'Allemagne & de la France, en
deux feuilles. Prix , 3 liv. · Carte très - détaillée &
à grana point des environs d'Anvers , d'Hulft, de
Saint Nicolas, d'Axel & du Sas de Gand , compre
nant aufli le Théâtre de la Guerre , enluminée à la
manière Hollandoife . Prix , 3 liv. A Paris , chez
Defnos , Ingénieur - Géographe & Libraire du Roi de
Danemarck , rue S. Jacques , au Globe.
On trouve chez le même , l'Atlas du Théâtre de
la Guerra , contenant , en 18 Cartes très - détaillées ,
les Pays- Bas & les Frontières des Provinces- Unies ,
avec celles de la France. Prix , 20; liv. rendu franc de
port par-tout le Royaume.
On trouve auffi chez le même , la Géographie Familière
, in- 16 . Prix , 1 liv . 10 fois , & les Tablettes
Aftronomiques , par M. Brion , même priz .
LETTRE d'un Médecin de la Faculté de Paris à
M. Court de Gébelin , en Réponse à celle que ce Savant
a adreffée à fes Soufcripteurs , dans laquelle il
fait un éloge sriomphant du Magnétifme Anima!. A
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
Tout ce que l'Auteur de cette Lettre a pu dire pour
prouver que M. de Gébelin n'avoit point été guéri
par le Magnétifine Animal , eft moins concluant que
la mort funefte qui a enlevé ce Savant eftimable ;
mais ce qu'on y lira avec plaifir , c'eft la difcuffion'
des ving:-fept propofitions dans le quelles M. Mefiner
a voulu inférer fa prétendue doctrine ; on y verra que
non - feulement il y a plufieurs affentions qui fe
contredifent , & d'autres qui font du galimatias tout
pur, qu'il eft impoffib'e d'entendre , & que M. Mef--
mer lui-même n'a pu s'entendre en les écrivant.
Le Lever des Ouvrières en Modes , peint à la
gouache par N. Lavreince , Peintre du Roi de
Suède , & de l'Académie de Stockholm , gravé par
DE FRANCE. 189
F. Dequevauviller. Prix , 6 livres . A Paris , chez Dequevauviller
, rue Saint Hyacin he , près la Place
Saint Michel , nº . 47.
Cette Eftampe , qui eft d'un effet agréable , peut
faire faite à deux autres des mêmes Auteurs que
nous avons annoncées avec de juftes éloges.
Les Sabots , peint à la gouache par Lavreince ,
Peintre du Roi de Suède , gravé par J. Couché.
Prix , 3 livres. A Paris , chez J. Couché , Graveur ,
rue Saint Hyacinthe , nº . 51 .
Cette Eftampe , qui a de la grâce , repréſente le
moment de la petite Pièce des Sabots oùì la jeune
.Villageoife mange des cerifes...
L'AMOUR à l'épreuve , Comédie en un Acte , en
vers , repréfentée pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le Vendredi 13
Août 1784. A Paris , chez Prault , Imprimeur du
Roi , quai des Auguftins , & Brunet , Libraire , Place
de la Comédie Italienne.
Lainval , Tuteur de Roſalie , qui avoit d'abord eu
l'envie de l'époufer , apprend qu'elle aime Dorlis . Il
renonce à les prétentions ; mais pour punir Rofalie
du mystère qu'elle lui a fait de fon amour , & pour
inquiéter un peu les deux amans , il fait femblant de
perfifter dans fa pourfuite ; il va même juſqu'à forcer
les deux amans à renoncer mutuellement l'un à
l'autre dans un entretien qu'il leur ménage , &
qu'il écoute fans être vû. Cette Scène , qui auroit
pû être plus fortement motivée , eft au moins fort
bien faite ; elle amufe & intéreffe tout-à- la - fois.
Enfin , le Tuteur , après s'être diverti de leur embarras,
le termine en les mariant,
Cette petite Pièce a joui d'un fuccès mérité. Il y a
de la naïveté, de la grâce & des détails intéreſans ,
1
190 MERCURE
COLLECTION des anciens Monumens d'Architecture.
M. Renard , Architecte , ancien Penfionnaire
du Roi , & qui pendant fon féjour en Italie
' s'eft occupé de deffiner les détails des anciens Monumens
d'Architecture pour les tranſmettre aux Artiftes
, vient de publier la troisième Livraiſon de
cette précieufe Collection , qui eft composée de
cinquante Deffins grand in-folio , & gravés dans la
manière du crayon, Le texte qui accompagne chaque
Livraifon démontre d'une manière fort claire les
beautés & les défauts de ces ornemens , & indique
l'application qu'on peut en faire dans les édifices.
L'Auteur a ajouté des obfervations qui doivent néceffairement
diriger dans le choix à raiſon des occafions
où on peut les y employer.
Cet Ouvrage a été proposé par foufcription , &
fe continuera dans le cours de fon exécution fous
les mêmes conditions ; mais comme l'Auteur a eu
pour principal objet de fe rendre utile aux Artiftes ,
& particulièrement aux jeunes gens qui fe deftinent
à l'étude de l'Architecture , pour leur en donner
une preuve , il confent en leur faveur de leur fournir
les Cahiers à mesure qu'ils paroîtront , en les
prenant chez lui , & en fe foumettant à prendre la
fuite de l'Ouvrage , il leur fera une remife.
On foufcrit chez l'Auteur , au petit hôtel du
Tillet, Fauxbourg Saint Martin , chez Joulain ,
Marchand de Tableaux & d'Eftampes , quai de la
Mégifferie , & chez Cloufier , Imprimeur - Libraire
, rue des Mathurins .
L'Ouvrage fe trouve auffi chez Chéreau
Jombert le jeune , Lamy , Iffabey , Gaugueri , Libraires
& Marchands d'Eftampes.
Il fe vend 72 liv. par foufcription.
NuUMÉROS 33 à 40 du Journal de Guittare ,
DE FRANCE. 191
pour lequel on fouferit chez Baillon , Marchand de
Mufque , rue Neuve des Petits- Champs , au coin de
celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique . Prix , 12 liv.
& 18 liv.
QUATRE Sonates non difficiles pour la Harpe
feule ou Accompagnement de Violon & Violoncelle ,
par M. Krumpholtz , OEuvre XII . Prix , 9 livres . A
Paris , chez l'Auteur , rue d'Argenteuil , Butte Saint
Roch , n° . 14 ; Naderman , Luthier , même rue , &
Coufineau , auffi Luthier , rue des Poulies. Les
Exemplaires font fignés de l'Auteur.
On voit toujours paroître avec plaifir la Mufique
de M. Krumpholtz , dont le talent ne ſe borne
pas à l'exécution .
RECUEIL de Divertiffemens pour la Harpe ,
Violon obligé , par M. Grenier , Organiſte & Maître
de Harpe. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris , chez l'Auteur
, hôtel de Mme la Ducheffe de Villeroy , rue
de l'Univerfité ; Coufineau père & fils , Luthiers
brevetés de la Reine , & Salumon , Luthier , Place
de l'École.
TROISIÈME Concerto pour la Flûte , par M. de
Vienne le jeune. Prix , 4 livres 4 fols franc de port
par la pofte. A Paris , chez M. Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière- Saint-Honoré.
-
NUMERO 11 de la quatrième année du Journal
de Harpe , par les meilleurs Maîtres. Abonnement ,
15 liv. port franc par la pofte ; féparément , 2 livres
8 fols. Numéro 6 du Journal d'Orgue à l'usage
des Paroiffes & Communautés Religieufes , par M.
Charpentier, Organifte de Notre- Dame , S. Paul ,
&c. , contenant une Meffe Royale de Dumont en ré
192 MERCURE
mineur. Prix , 24 livres , & féparément 4 liv . 4 fols
port franc par la pofte. A Paris , chez M. Leduc,
même Adreffe que ci -deffus.
NUMERO II du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pouvant aufſi ſervir à deux Violoncelles.
Prix , féparément 2 liv. On fouferit moyennant 15
ou 18 liv. chez le fieur Bornet l'aîné , rue des Prouvaires
, au Bureau de Loterie , près S. Euſtache.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
VE
TABLE.
ERS pour le Bufte du Prin- Charade , Enigme & Logogry
ce Henri de Pruffe, 145 phe ,
146 fible,
162
166
Envoi à Mme la Comteffe Ga- Delaffemens de l'Homme Senbrielle
de Digoine ,
Le Réverbère & la Chauve- Acad. Roy. de Mufique , 171
Souris , Fable , 147 Comédie Françoife ,
Le Préjugé National détruit . Annonces & Notices ,
Anecdote , 148
175
184
APPROBATION,
J'Alu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercurede France , pour le Samedi 27 Novembre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A Paris ,
le 26 Novembre 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUÈ
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 20 Octobre..
A fanté de l'Impératrice eft affez raffer
Lmie ,pour lui permettre de fonger à un
grand projet de voyage. Cette Souverainé
doit vifiter au Printems , fes nouveaux domaines
vers la Mer - Noire : les préparatifs
font ordonnés, la route fixée , il ne s'agit
plus que de l'exécution fubordonnée à beaucoup
de circonſtances .
Un autre voyage qu'on affure moins volontaire
, eft celui du Général Prince Repnin
, qui va prendre les eaux dans l'étranger
avec fa famille.
DANEMAR CK.
DE
COPENHAGUE , le 4 Novembre.
La Princeffe Julienne - Marie , fille du
Prince Héréditaire , Frere du Roi , eft morte
No. 48 , 27 Novembre 1784. g
( 146 )
dans la nuit du 27 au 28 , à l'âge de 6 mois.
Une lettre de Havnefiord en Iflande
écrite le 14 Septembre , s'exprime ainſi :
•
La partie orientale du pays eft dévastée de plus
en plus par le feu fouterrain . Plufieurs fermes
dans les diftricts de Ragnewald , d'Arnefyffel &
de Skalhoet , ont été renversées par des fecouffes
de tremblement de terre. Trois fecouffes ont été
fi violentes ici , que pendant leur durée , la
cloche alloit d'elle - même comme fi on l'avoit
fonné. La plupart des foins font pourris . Les
pluies continuent toujours , & retardent le chargement
& le départ des bâtimens . Les provifions
de viande & de fuif pour la chandelle ne feront
pas fuffifantes pour l'hiver. Un mouton ſe vend
jufqu'à 4 rixdalers. En un mot , il regne dans
cette Ifle la plus grande mifere que l'hiver augmentera
encore , fur- tout pour ceux qui demetrent
dans l'intérieur de l'Ifle , parce qu'ils ne
pourront rien fe procurer de la mer . - Pour
comble de malheur , un gros bâtiment chargé
de provifions de bouche a fait naufrage .
Il eft à remarquer , que les actions de notre
Compagnie orientale ont contidérablement
baiffé , depuis que le Parlement d'Angleterre
a diminué l'impôt fur le thé.
Le Commerce des Indes Orientales fe fait
par un Compagnie , mais il eft aufli permis
aux autres fujets du Roi de participer à ce negoce
, enpayant à la Compagnie une certaine
rétribution . Autrefois la Compagnie
avoit la propriété des poffeffions Danoifes
dans cette partie du monde , & y exerçoit
toutes les branches d'adminiftration , mais
depuis 1777, époque à laquelle le Roi a re(
147 )
pris la propriété de ces poffeffions & leur
gouvernement , la Compagnie ne fe mêle
que d'affaires de commerce. Elle paie à la
Couronne pour les marchandifes importées
dans les Etats du Roi , & deftinées à y ref
ter 2 & demi pour cent , & un pour cent
de celles qu'elle exporte à l'étranger.
Voici le réfultat des affaires de cette
Compagnie Afiatique :
Certe Compagnie a envoyé depuis 1732 juſqu'en
1772 , 50 vaifleaux en Chine , & autant au Bengale
& à Tranquebar ; ils y ont porté vingt millions
de rixdalers , tant en marchandifes qu'en argent
comptant . Le bénéfice net de cette navi -_
gation , dans le même espace de temps , s'eft
monté à 4,193,800 rixdalers , qui , répartis fur
chaque année , produisent la tomme de 105,000
rixdalers. Le nombre des vaiffeaux expédiés par
la Compagnie , d puis 1772 jufqu'en 1784 , s'eft
monté à 52 , & celui des vailleaux pour le compte
des particuliers, à 42 ; les premiers avoient à bord,
outre les marchandiſes , neuf millions de rixdalers
en argent comptant , & les autres , trois millions.
Dans cette époque de 12 ans , cette naviga
tion a produit un bénéfice net de 5,068 000 rixdalers
qui , répartis par année , préfentent un gain
de 422,000 rixdalers . On ne comprend pas dans
ce comp e les dix vaiffeaux dont on attend le retour
de la Chine & du Bengale.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 13 Novembre.
Depuis les réfolutions occafionnées par les
g2
( 148 )
affaires des Pays - Bas , les conjectures , les
inventions , les propos de toute efpece fe
multiplient chaque jour. Ceux qui avoient
envoyé l'Empereur à Pétersbourg , le conduifent
aujourd'hui dans le Brabant : ce
départ , difoit- on , étoit fixé au premier de
ce mois , la fuite de S. M. nommée , & quatre
chaffeurs deſtinés à l'accompagner. Si ce
voyage a été projetté , l'époque en eſt incertaine
, & il n'en eft plus queſtion depuis
quelques jours .
Il fe confirme que le Général Langlois
fera nommé Général en chef de l'armée des
Pays- Bas , & Feld Maréchal , & qu'il.com :
mandera fous le Duc de Saxe - Tefchen.
Sur les repréſentations extrêmement vives
& réitérées des Hongrois , la Confcription
militaire fe réduira à une fimple énumé
ration des maiſons , & fera regardée comme
une fimple meſure de police , dans laquelle
le Militaire ne pourra s'immifcer ;
l'opération étant confiée aux Officiers civils
des Comitats. La réfolution du Souverain
à ce fujet a été communiquée au Confeil
aulique de guerre : elle appaifera le mécontentement
d'une nation qui n'a point perdu
le fouvenir de fon ancienne liberté , & obftinément
attachée à fes uſages & à ſes privileges.
S. M. s'eft fait repréfenter la lifte de Confcription
depuis 26 ans , afin de s'afſurer du nombre
d'hommes à lever chaque année. Avant leur
départ , elle a fait diftribuer 62 chevaux de fes
149 )
tcuriès aux Officiers des régimens de Teutscha
meifter & Preiff , dont toute la fortune eft dans
leurs appointemens. Auçun de ces chevaux n'eft
au-deffous du prix de 30 ducats. Ces deux régimens
font en marche depuis le 5 , & auront été
joints à Lintz par le régiment de Tillier. Les
événemens n'ont rien pris fur la gaîté de notre
Monarque , auffi foutenue qu'auparavant .
Le Réquifitoire aux Princes d'Empire du
Cercle de Franconie , pour leur demander
le paffage de nos troupes , eft en ces termes :
JOSEPH II.
- Très chers Coufins , Princes & Dévoués.
Ayant réfolu de faire paffer par Eger dans nos
provinces de Luxembourg & de Limbourg dans
les Pays -Bas , le régiment de Kobourg Dragons ,
confiftant en 3 divifions de 1439 hommes , le
régiment de wurmfer, confiflant en cinq divifions
& un efcadron de réſerve , faifant en tout
2240 hommes , & d'envoyer en outre dans les
nêmes Pays -Bas par Pilfen , 600 Uhians , 143
mineurs & 90 fapeurs , nous vous en donnons
avis par les préfentes , & vous prions de laiffer
paffer librement ces troupes par le cercle de
Franconie , & de faire toutes les difpofitions qui
peuvent faciliter leur paffage . Nous payerons
argent comptant toutes les dépenfes qu'occafionnera
ce paffage , & nous vous affurons de notre
affection , efpérant que vous nous accorderez
notre demande . Vienne , ce 23 Octobre.
Jofeph , & plus bas , le Comte de Colloredo.
Trente mille hommes pafferont en deux détachemens
; l'un par Ratisbonne & le Haut-
Palatinat , l'autre par la Baffe Baviere , tous
deux par Mergentheim où ils s'embarqueront
fur le Mein. Un troifieme détachement
है
€ 3
( 150 )
de 6 régimens prendra fa route par le Tyrol
& la haute Souabe , & s'embarquera fur le
Necker.
L'abbé Maximilien Hell , Aftronome de la
Cour Impériale & Directeur de l'obſervatoire impérial
& royal à Vienne , a reçu une lettre de la
Commiffion Angloife , pour trouver la longitude
fur mer, par laquelle il apprend que cette Commiffion,
établie par acte du Parlement, l'a infcrit , ainfi
que l'obfervatoire aftronomique I. & R. à Vienne,
au nombre de ceux auxquels elle a réfolu de faire
préfent de tous les ouvrages précieux qu'elle a
fait & fera imprimer. M. l'abbé Hell avoit déja
reçu de la même Commiffion plufieurs de ces
livres d'un grand prix , puifqu'ils contiennent les
obfervations , découvertes & calculs les plus importans
, qui le font dans toutes les parties du
monde pour l'avancement de l'Aftronomie , Géographie
& Navigation .
DE FRANCFORT , le 17 Novembre.
Le Baron de Stein , Capitaine au dépôt
des recrues à Worms , s'eft rendu ici pour y
lever deux Corps de Volontaires impériaux,
chacun de 1800 hommes. Cette nouvelle
eft plus sûre que celle des 10 mille Heffois ,
engagés au fervice de la Hollande , & des
30 mille Suiffes que doivent lui fournir les
Cantons , felon des relateurs , qui ne connoiffent
la Suiffe que fur la Carte géographique.
Il faut mettre encore au nombre de ces
bruits courans la demande d'un Nonce apoftolique
, faite à S. S. par le Roi de Pruffe
( 1st )
on va jufqu'à déligner , pour remplir ce
pofte , M. Calepi , Auditeur de la Nonciature
à Vienne.
On écrit de Hanovre le trait fuivant.
Il y a quelques jours , le Prince William Henri
rencontra une femme avec un petit enfant fur
fes bras , & qui en conduifoit un autre , âgé de
3 ans la figure très- intéreffante de ce dernier
frappa le Prince , qui demanda quel étoit le pere
de cet enfant ; la mere répondit, en pouffant un
profond foupir , qu'il étoit allé à Minorque ,
qu'il y avoit été tué pendant la guerre , & qu'elle
étoit veuve avec 10 enfans ; je prends cet enfant
, dit le Prince , menez -le au château ; lorf
qu'il y
fut , il lui donna 10 ducats , & lui dir ,
donne les à ta mere ; qu'elle f'achete ce dont
tu as befoin ; & quand elle n'aura plus d'argent ,
tu n'as qu'à revenir , j'aurai foin de toi , jufqu'à
ce que tu puiffes toi meine pourvoir à tes befoins.
On fait que le miel & la cire font un
objet confidérable du commerce de la Moldavie
. Un Auteur très eftimé affure que la
dixme des mouches à miel , produit au Prince
environ 200,000 écus par an . Ce revenu
ne paroît pas exagéré , s'il eft vrai , comme
on le dit , qu'il y a des Boyars dans cette
Principauté, qui ont jufqu'à 13,000 ruches.
La Compagnie d'affurance de Breme , compofée
de 60 Actionnaires , a effuyé des malheurs
confidérables. Ses affaires , fi brillantes dans le
commencement , font défeſpérées. Chaque actionnaire
eft obligé de fournir une nouvelle fomme de
12,000 écus , pour faire face aux engagemens de
la Compagnie. Comme la plupart des intéreffés
84
( 152 )
font des gens riches , & que d'ailleurs tous les
intéreffés fe font engagés folidairement à remplir
les contrats de la Compagnie ; les perfonnes ,
qui ont eu affaire à elle , n'ont rien à rifquer.
On attribue le dérangement de cette Compagnie
aux imprudences de fon Directeur , qui a fait
des entrepriſes trop hafardées. Il est même arrivé
que la Compagnie d'affurance de Hambourg
a fait réaffurer à Breme , & que de cette maniere
elle s'eft affurée un bénéfice sûr , fans courir le
anoindre rifque .
On rapporte , à l'occafion de l'établiffement de
cette Compagnie , une anecdote qui mérite d'être
connue , parce qu'elle renferme une grande leçon .
On avoit propofé au Prédicateur à la Cathédrale
de Breme , homme très - riche , de prendre
part à cette Compagnie , mais il s'excufa
en difant qu'il n'avoit pas les connoiffances néceffaires
pour ces fortes d'affaires . Quelque temps
après , on lui fit de nouvelles inftances ; alors il
répondit à ceux qui vouloient l'engager à prendre
une action , qu'un grand ami l'en avoit diffuadé .
On en rit , & on le permit de taxer lentement
les connoiffances de cet ami , dont on defiroit
'de - favoir le nom . L'honnête Pafteur leur dit
enfin que ce grand ami étoit Jefus , fils de Sirach
, qui dit dans fon Ecclefiaftique , ch . XI , v.
10. « Mon enfant , ne te mêle pas de beaucoup
daffaires , car fi tu en entreprenois beaucoup , tu
n'y gagnerois rien ; & quoique tu filles de grands
efforts , & que tu réparaffes par - ci par -là les fau .
tes qui peuvent t'être échappées , tu ne réuffiras
pas , & tu t'embrouilleras fans pouvoir fortir
de l'embarras ».
Quelqu'un a énuméré les béatifications
faites depuis 20 ans. Selon lui , il n'en eft
aucune pour l'Allemagne , mais 12 pour la
( 153 )
t
France , 26 pour la Pologne , 78 pour l'Ef
pagne, 112 pour le Portugal , 3 pour Naples
, & 162 pour le refte de l'Italie .
Je donnerai un jour au Public l'hiſtoire
détaillée du fameux Rofenfeldt , qui n'eſt
connue encore que par les notices erronnées
des Gazettes. Ce prétendu Meſſie ,
aujourd'hui enfermé à Spandau vient
d'avoir un fucceffeur. C'eft le nommé Philippe
- Jacques Bekker , né à Berlin , &
âgé de 40 ans.
?
"
Il apprit dans fa jeuneffe un metier , pas affez
bien pour gagner fa vie ; il fubfiftoit en faifant
des commiffions ( à - peu - près comme les favoyards
de Paris ) , & l'on n'étoit pas toujours content
de lui . Il alloit fouvent chez un vendeur d'eaude-
vie pour prendre un verre de ce confortatif.
Une fille de la maiſon , qui le lui apportoit or
dinairement , & qui , à ce qu'il affure , l'avoit
toujours regardé avec un air de bienveillance
le toucha un jour en lui adreffant un regard qui
pénétra jufqu'au fond de fon coeur. Dès ce moment
, dit-il , il réfolut d'époufer cette fille ,
fans fe laiffer arrêter par aucun obftacle . Il fe
déclare , mais fon amour eft dédaigné ; ce qui
étoit affez naturel , attendu qu'il eft borgne &
d'une figure très -défagréable & dégoûtante . II
fe dit d'autant plus confirmé dans fa réfolution ,
qu'épris par ce regard touchant & énergique ,
Dieu lui avoit révélé que dès qu'il auroit épousé
cette fille , le monde entier & tous les hommes
feroient délivrés des griffes du diable . Il fe nomme
le Vrai Sauveur du monde , le feul Grand Prophere.
Il dit beaucoup de mal de Jefus Chrift &
du Saint- Efprit ; il déclame auffi contre tous les
g S
( 154 )
autres Prophetes à l'exception de Moyfe qu'il
nomme fon précurfeur & fon frere . Je ne fuis
pas un homme fivant , dit- il , mais un Prophete
immédiatement envoyé de Dieu . Quand on lui
demande les preuves de fa miffion , il répond
qu'il eft convaincu d'être choisi pour le Sauveur
du monde , par des révélations & par fa conviction
intérieure , & qu'il fera dans fon tems
des miracles en foule , mais feulement devant les
Rois & les Grands . Un médecin lui propofa de
le faigner il le refufa . a Mon fang , dit- il , eft
trop précieux pour être répandu ; une goutte
de ce fang peut être utile à des millions de
mondes. Il eft paffablement imbécile , à ce
qu'on affure ; il n'a pas du tout l'intelligence
de Rofenfeld. Il a beaucoup lu le vieux Teftament
; mais il ne fait prefque rien du nouveau.
Il parle d'une maniere affez tranquille ; mais dès
qu'on touche à fon amour & à la rédemption ,
il commence à s'échauffer , & entre quelquefois
en fureur. La pareffe , l'amour , qui donne toujours
un peu d'efprit , même aux imbéciles , les
rêveries religieufes fur la grande corruption du
genre humain , fur la rédemption miraculeufe
fur des révélations indécifives, la lecture du vieux
Teftament mal interprété , font fans doute les
caufes de ce nouveau phénomène . Bekker eft
actuellement arrêté dans la prifon de Berlin , à
caufe du vacarme qu'il a commisdans la maifon
du marchand d'eau- de- vie .
-
L'Empereur a donné à l'Académie Electorale
de Bonn , des Lettres - patentes qui
Férigent en Univerfité , & lui affurent tous
les privileges des autres Univerfités de l'Empire
.
Nous avons donné l'état fommaire des
7155 9
forces de terre des Provinces - Unies : ces
forces font réparties de la maniere fuivante :
27 Efcadrons de 84 hom- Cavalerie
mes chacun .
hommes.
-
Dragons
2,268
12 Efcadrons de 24 hommes
chacun .
· 1,008
Infanterie.
Garde Hollandoife , 2 bataillons chacun
de 658 hommes.
Garde de la Province de Frife , I compagnie.
Garde de la Province de Groningue ,
19316
202
I compagnie. 75
Garde Wallone , 3 bataillons. 1,009
Garde Ecoffaife , 6 bataillons. 2,178
Garde Suiffe , a bataillons .
800 .
Troupes Nationales , 60 bataillons chacun
de 363 hommes. 19,780
hommes chacun.
Artillerie
600 hommes.
Régimens Suifles , 10 bataillons de 60
3 bataillons chacun de
Mineurs 4 compagnies chacune de
• 6,000
1,800
52 hommes.
208
TOTAL . • • 36,7147
Les meilleurs Forts & Fortereffes de la République
du côté des Pays - Bas Autrichiens , font
Bergopzom , Breda , Bois- le - Duc , Hult , Sasde-
Gand , Philippine , Axel , Yfendy ke , Sluis ,
Lieskenshock , Lillo , Fréderic - Henri , & Kis-
Schantz.
Il faut obferver que l'armée actuelle chèsloin
du pied complet énoncé ci - deflus.
L'Officier recruteur du Roi de Pru
g 6
( 156 )
publié ici qu'il avoit reçu l'ordre de recruter
des chaffeurs de profeflion .
Hier au foir , écrit on de Neuftadt fur l'Orla ,
de 27 Octobre , la Princeffe-Douairiere Sophie-
Eberhardine de Schwartzbourg Sondershaufen
née Princeffe d'Anhalt Bernbourg , eft morte ici
dans fa foixante - quinzieme année .
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 30 Octobre.
La femaine derniere un bâtiment Génois
, venant de Gibraltar , mouilla dans
notre port. Ce bâtiment avoit à bord 12
canons de fonte , de ceux qui appartenoient
aux batteries flottantes des Efpagnols. Ces
canons peuvent porter des boulets du poids
de ss livres , & le métal en eft très beau.
Nous avons reçu avis que l'Efcadre Vénitienne
,
"
aux ordres du Chevalier Emo , avoit mis à
Ja voile , le 22 Septembre , de Cagliari pour
Biferte , avec le deffein de détruire cette place
& d'endommager divers endroits de la baie de
Tunis ; lorfque l'efcadre mouilla pour la premiere
fois dans le Goulet , un bâtiment Tuni-
Tien chargé de fel & d'autres effets , s'étant
réfugié fous le canon de la fortereffe , l'Amiral
Vénitien détacha quatre barques armées , ayant
à bord des Esclavons , qui après avoir tué plufieurs
hommes de l'équipage , & avoir forcé les
autres de fe fauver á terre , prirent le bâtiment ,
qui montoit 12 canons , & qui eft évalué s mille
Lequins.
DE VENISE , le 30 Octobre.
Le a du mois dernier le Sénat a rendu
( 157 ).
une proclamation trop remarquable & trop
importante , pour être paffée fous filence.
On fait qu'autrefois les Patriciens de cette
République s'honoroient d'être d'illuftres
négocians , & que Venife dut fon éclat à
cette émulation. L'orgueil abfurde de la
Nobleffe & l'efprit de l'Ariftocratie l'emporterent
enfuite fur ces maximes falutaires.
Plufieurs fois on parla d'y revenir , mais on
n'y revint jamais : le Gouvernement n'ofoit
eflayer fes forces contre des préjugés funeftes
. Enfin le moment de les détruire eft
arrivé ; & dans un Etat où le refpect de la
Magiftrature imprime à fes defirs même le
caractere d'une foi , l'invitation que l'on va
lire , ne reftera sûrement pas fans effet.
De par le Prince Séréniffime & l'Illuftriffime
& Excellentiffime Inquifiteur des Arts.
L'une des bafes de la puiffance & de la félicité
d'un Etat , eft le Commerce : bien réglé , proté
gé , foutenu par l'induftrie , par le génie & par
l'activité de la Nation , il conduit à perfectionner
Agriculture , les Arts , & la Navigation .
Če principe , qui fut autrefois la premiere.
maxime & le fondement de la grandeur de la
République , eft aujourd'hui adopté par toutes
les Nations éclairées . Cependant nous voyons
parmi nous languir cet efprit d'activité ; nous
voyons au contraire s'accréditer un préjugé prefque
général , qui nous perfuade que le Commerce
ternit la Nobleffe & la fplendeur des familles ;
de ces mêmes familles , qui jadis fe réputoient
plus illuftres en proportion des capitaux qu'elles
employoient dans le négoce , & qui ont acquis
peut- être uniquement par cette voie , & les ri
( 158 )
cheffes dont elles jouiffent à préfent , & cette no
bleffe même dont elles font fi jaloufes . Ce préjugé
eft au point , que fi quelque Patricien ou
Noble de l'Etat prend intérêt pour fon avantage
dans les Arts , dans les Manufactures ou dans le
Commerce , il le fait par des voies fecrettes , &
fous un prête - nom , pour ne point s'attirer le
blâme injufte de ceux qui regardent le Commerce
comme une occupation vile & peu décente .
Pour diffuader la Nation de ce préjugé fi pernicieux
à l'Etat , & pour réveiller dans le coeur
de nos Citoyens ces maximes & cet efprit d'induf
trie. qui jadis animoient tous les Sujets de la République
, de quelque rang & de quelque condi
tion qu'ils fuffent ; le Sénat encourage & invite ,
par cette Proclamation , tous les Patriciens , les
Nobles de l'Etat & tous fes Sujets quelconques ,
à prendre part & intérêt , en leur nom & avec leurs
capitaux , felon leur goût & leurs facultés , foit
dans les Arts , les Fabriques , les bâtiffes , l'établiffement
de Maifons de Commerce , ou telles
autres fpéculations de Commerce , ou à encou⭑
rager les découvertes , la culture des productions
de l'Etat , ou toute autre espece d'induftrie. Ils
doivent être perfuadés que de même que de telles
Occupations n'ont jamais taché ni injurié le caractere
de la Nobleffe ; de même ils ne perdront
jamais rien dans l'efprit du Prince , ni de la Nation
, de l'eftime & de l'honneur qui leur font dûs ;
mais qu'ils feront au contraire agréables aux yeux
du Gouvernement , & qu'ils feront regardés com
me des Citoyens affectionnés á la Patrie , qui defirent
de fe diftinguer par leur zèle pour le fervice
& l'avantage de la Nation . Le Sénat s'engage à
encourager par des diftin&tions , autant que le
permettront les circonstances , ceux qui s'étudieront
à protéger & à perfectionner les découvertes,
( 159 )
les Arts , l'Agriculture & toutes les entreprises
tendantes au bien , foit particulier , foit général
de l'Etat.
Perfuadé en conféquence que tout le Corps de
la Nobleffe & des Citoyens , feconderont à l'envi
fes maximes & fes encouragemens paternels , il ne
doute point que chaque individu , dégagé de toute
vaine illufion , & infpiré du noble defir d'être
utile à la Patrie , ce grand concours de moyens &
d'efforts , ne faffe de nouveau fleurir ce Commerce
, qui dans fes rapports étendus , réunit comme
une racine féconde les intérêts particuliers , avec
l'occupation & l'aliment du peuple , l'opulence de
la Nation & la profpérité de l'Etat .
DE NAPLES , le 22 Novembre.
On annonce comme certaine la fuppreffion
dont on avoit déja parlé , de 13 Couvens de
cette Capitale & des environs , pour for ,
mer un fonds en faveur des filles de militaires.
On a défendu à toutes les Religions
qui avoient des Couvens dans la Calabre
ultérieure , de fe revêtir de leur habit , juſqu'à
nouvel ordre .
Mercredi dernier , une querelle s'étant élevée
entre un Marchand de Chapeaux & un homme du
peuple , des paroles , ils en vinrent aux voies de
fait , & dégainerent contre l'avis du pauvre Chapelier
, qui fut forcé au combat par fon adverfaire
, & auroit été infailliblement bleſſé , s'il ne
fe fut pas trouvé- lá par bafard quelques Militaires.
qui féparerent les deux champions . Mais la femme
du Marchand de Chapeaux , connue fous le nom
de la petite Chapeliere de Chiaja , jeune & belie
( 160 )
voyant de fa fenêtre le danger dont fon mari eff
menacé , & fans faire attention qu'elle eft fans
corps & toute décolletée , fe faifit d'un fabre ,
defcend dans la rue , attaque l'adverfaire de fon
mari , le combat , le met en fuite , & demeure
glorieufement maitreffe du champ de bataille ,
au milieu des bruyans applaudiffemens de la populace
.
Après les deux fecouffes.de tremblement
de terre que l'on a reffenties , le mont Véfuve
a commencé le 17 au foir , à jetter une
fumée très -épaiffe , & enfuite beaucoup de
flamme ; tous les fignes précédens font
craindre une éruption confidérable.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 26 Novemobre.
Le Baron de Lynden , Ambaffadeur des
Provinces Unies , eft arrivé ici le S de cé
mois. Le 7 , il eut une conference avec le
Secrétaire d'Etat des affaires étrangeres , &
elle donna lieu à un Confeil qui le tint le
même jour. Depuis fon arrivée, ce Miniftre
a reçu déja deux ou trois couriers.
Le voeu général des Négocians paroît
être , que le Miniftere obferve la plus ftricte
neutralité, & qu'il procure au commerce par
cette fage conduite les avantages dont les
Hollandois ont joui pendant toutes nos
guerres.
Il s'eft répandu que la méfintelligence regnoit
entre les membres du Cabinet ; mais ces bruits
( 161 )
n'ont pas le plus léger fondement au contraire ,
jamais l'union de vues n'a été plus parfaite. 11
eft vrai qu'il y aura bientôt quelque changement
dans le Miniftere ; mais il doit fe faire d'un commun
accord.
Le Chevalier John Jervis qui va remplacer
le Chevalier Edouard Hughes dans l'Inde
, fera élevé au grade de Contre -Amiral ,
avant d'appareiller pour fa ftation .
!
L'Amirauté a mis en commiſſion 6 váilfeaux
de ligne. Cet armement , dit- on , n'a
d'autre objet que celui de former une eſcadre
d'obfervation qui croifera dans la
Manche.
?
D'après le plan arrêté par l'Amirauté , les
vaiffeaux de garde ne refteront en commiffion ,
que pendant deux années. Les vaiffeaux qui fe
trouvent actuellement à Port (mouth , à Plymouth
& dans la Tamife , feront retirés de commiffion
& remplacés par d'autres. Les croiſeurs resteront
en commiffion pendant 3 années , excepté dans
les cas où ils éprouvetoient des accidens qui rendroient
leur réparation néceffaire .
Il paroît que l'on deftine au Lore Shelburne
une des places de Secrétaire d'Etat , en l'élevant
au titre de Marquis le Comte de
Gower , felon les mêmes conjectures , fera
fait Duc. Quant à Lord Cambden , il eft
incertain s'il rentrera en place ; mais il eſt
toujours fermement attaché au parti miniftériel
, ainfi que fon fils M. Pratt, qui jouit
d'une des quatre charges lucratives de Receveurs
de l'Echiquier.
« La paix & la tranquillité étant parfaitement
» rétablies dans l'Inde , & la Cour étant intinie,
( 162 )
» ment perfuadée qu'elle doit principalement cet
avantage aux fages mefures & à la bonne con-
» duite du Gouverneur Général & du Confeil
Suprême de l'Inde ; 99
» Arrêté unanimement , que Warren Haftings ,
Ecuyer , recevra les remercimens de la Cour
» du zele conflant & infatigable qu'il a montré
pour affurer la paix avec les différentes Puif
fances de l'Inde ;
" Que le Confeil Suprême recevra également
» les remercimens de la Cour pour les mouve
mens qu'il s'eft donnés de fon côté dans le même
» but ;
Que le Gouverneur Général & le Confeil
» auront ordre de marquer à M. David Anderfon
» la fatisfaction de la Cour , des talens qu'il a
» déployés en négociant avec les Marates , & de
l'affurer qu'il fera mis au nombre de ceux qui
auront des droits à fa protection la plus in-
» time ;
» Que l'honorable Lord Macartney recevra éga-
» lement les remercîmens de la Cour , du zele
» & de l'activité avec laquelle il a fervi la Compagnie
, & de la part qu'il a eue à la paix . »
>>
Les Directeurs avoient encore arrêté que l'on
engageroit M. Haftings à rester encore un an dans
' Inde aprés l'arrivée de fon fucceffeur ; qu'au
bout de ce terme il quitteroit le Gouvernement ,
& s'occuperoit auffi - tôt du foin de faire des réformes
dans tous les Départemens : mais cette
réfolution a été rejettée d'après les confidérations
fuivantes ; que les Directeurs n'ont point pas
eux-mêmes le pouvoir de rappeler ce : Officier ,
& que fi M. Haftings eft jugé plus propre qu'au
cune autre perfonne à réduire leurs établiffemens ,
pourquoi limiter fon pouvoir à un an ? dans le
cas contraire , pourquoi l'étendre à un auffi long
terme ?
( 163 )
Le Parlement d'Irlande qui devoit s'af
fembler le 2 Novembre , eft prorogé au 14
Décembre.
Le Miniftere travaille dans ce moment à
des opérations relatives au commerce de
l'Irlande. On efpere que les différends furvenus
entre l'Angleterre & l'Irlande vont fe
terminer , & que l'on verra bientôt s'établir
entre ces deux royaumes des liaifons intimes
d'amitié & de commerce.
Le bruit de la retraite de M. Pitt , dit un
papier de l'oppofition , paroît être actuellement
prématuré. Il a pris naiffance dans une fauffe
opinion que ce jeune homme avoit quelque étincelle
du caractere de fon pere , lorfque la formation
de Rockingham fut renvoyée pour la révocation
de l'acte du timbre , on détermina le
Lord Chatham , au moyen d'une pairie & d'une
penfion , à préter fon nom au Ministre qui fuccéda
à Milord Rockingham , & tant que fon nom
fat néceffaire , il dirigea fes opérations ; mais
dès que le Miniftre fe fentit en état de pouvoir
fe maintenir fans le lord Chatham , celui - ci
perdit fon influence dans le Cabinet , & il réfigna
fa place avec cette véritable grandeur d'ame qui
le caractérifoit . Que fon fils compare la fermeté
de cette conduite avec fa condefcendance à agréer
que le Lord Shelburne rentre dans le Miniftere. ›
Il eft fortement queftion , de faire entrer
au Confeil le Chevalier Jofeph Yorck , autrefois
Ambaffadeur à la Haye.
Des lettres de la Jamaïque , en date du 26
Septembre dernier , apprennent que les récoltes
dans cette ifle ont été très - ma uvaiſes , & que les
habitans euffent été expofés à la famine , fi le
( 164 )
Gouvernement n'avoit encouragé le commerce
des Etats Unis . Les fecours apportés à tems de
l'Amérique , ont rendu le courage aux habitans
confternés.
Un Correfpondant bien informé nous apprend
que la derniere exportation du hareng
d'Angleterre pour la Ruffie , faite par
les Hollandois , a monté à 1500 lafts , qui
ont été vendus 27,000 liv . , & qu'il en a été
exporté 6000 lafts pour Hambourg , Bremen
, Embden , Stode & l'Elbe. Nous en
avons vendu environ 100 lafts à Rouen , &
les Hollandois soo pour 10,000 liv.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 17 Novembre.
La Reine , qui eft arrivée au terme de quatre
mois & demi de fa groffeffe ; jouiffant d'une fanté
qui ne laiffe rien a defirer , fut faignée le 8 de
ce mois , pour la feconde fois.
Le Comte de Luppé- Garané , le Marquis de
Biffeulh , le Chevalier de Boiffeulh , le Chevilier
de Saint- Tropez , le Marquis Montlezun-
Campagne , le Comte de Cugnac , le Comte de
Murat , le Vicomte de Vargemont , le Baron
de Gauville , le Marquis de Montaignac , le
Comte de Dion , le Comte de Thy , le Marquis
d'Anferné du Pont Belangé , le Chevalier d'An
ferné du Pont - Belangé , le Chevalier de Rooth ,
le Commandeur de Marnefia , le Comte d'OCmont
& le Comte de Pou'pry , ont eu , le 12 de
ce mois , & le Comte d'Aux , le 16 , l'honneur
de monter dans les voitures Sa Majefté & de la
fuivre à la chaffe , ayant eu précédemment celui
de lui être préſentés,
1
( 165 )
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Verteuil';
Ordre de Saint - Augustin , diocefe de Bordeaux ,
l'Abbé de Boifboiffel , Comte de Lyon , Vicaire
général de ce diocefe ; & à celle de Franque-
Vaux , Ordre de Citeaux , diocefe de Nîmes
l'Abbé de Rey , Confeiller- Clerc au Parlement
de Toulouse . 2
Le Roi a accordé les entrées de fa chambre
au Comte de Sayn .
DE PARIS, le 24 Novembre
On a cru long - temps perdu en mer
M. d'Efpinaffy, Colonel , commandant l'Artillerie
des Ifles de France & de Bourbon . Sa
famille , M. de Suffren , témoin de fes fervices
& bien fait pour les apprécier , le Régiment
d'Auxonne , auquel il appartenoit
pleuroient la perte de cet Officier , auffi diftingué
par fes talens militaires , qu'eftimable
par fon mérite perfonnel. Au mois de Juillet
dernier , des lettres de M. d'Eſpinally ont
raffuré fa famille , juftement alarmée , comme
on en jugera par le récit des traverſes , auxquelles
ce brave Officier a été en butte.
Malgré le délabrement de fa fanté ruinée au
Canada , & ne confultant que fon zèle pour le fervice
du Roi , il partit en 1778 pour l'lfle dè
France , où il devoit commander l'Artillerie. De
cette Colonie , il paffa aux Indes avec M. dé
Suffren , en qualité de Commandant de l'Artille
rie de l'Armée ; le trouva à deux combats maritimes
, & fut obligé de quitter Trinquemale pour
revenir à l'Ile de France , dans un état affreux ,
& avec une jambe prefque paralytique. Voici un
( 166 )
abrégé de la relation de fon déplorable voyage ;
qu'il a fait paffer à fa famille : nous la tenons d'un
homme de condition , à qui nous en faifons nos
remercîmens publics , perfuadés du vif intérêt
qu'elle infpirera aux Lecteurs même fimplement
curieux . Perfonne ne regrettera , à ce que
nous espérons , l'étendue de ce morceau , dont
nous fupprimons à regret quelques détails moins
importans.
-
M. d'Efpinay s'étoit embarqué le 10
Juillet 1783 , fur un méchant navire de Bordeaux
, nommé le Bien - venu , qui au bout de
quelques jours , faifoit 32 pouces d'eau par
heure : le Capitaine , fans connoiffance des
parages où l'on pouvoit relâcher, n'avoit pour
guide qu'une Carte de M. d'Après, à trèspetits
points : avec cette reffource , on projetta
de fe rendre à la côte d'Achem pour y
prendre un Pilote , & fe faire conduire à
Malacca. Ecoutons M. d'Efpinafly.
Nous arrivâmes le 17 Juillet à Achem , & n'y
trouvâmes aucun fecours : le Roi d'Achem étoit
en guerre avec un de fes voisins , & auroit plutôt
defiré des blancs que de nous donner des noirs ;
il demanda des armes qu'on lui vendit ... Il vint
à bord un espece d'Interpete , qui parut defirer
avec ardeur que je fuffe à terre. Son empreffement
trop vif me déplut : je ne jugeai point à
propos de me laiffer aller à fes follicitations . Je
ne me fouciois point d'être choifi pour commander
l'artillerie du Roi d'Achem ... Nous apprîmes
que nous ne pouvions nous radouber à Malaca ;
on réfolur d'aller au Pegu ; on renouvella les
amarrages autour du vaiifeau ; on y appliqua de
nouveaux emplâtres ; nous obtinmes un Pilote
( 167 )
maure , au moins auffi ignorant que les nôtres ,
& nots partinies le premier Août pour notre
nouvelle deftination . Nous trouvâmes une mer
affez dure vers les Illes Audaman & Nicobars : le
vaiffeau recommença à faire de l'eau abondamment
; tout le monde étoit fur les dents. Enfin
nous mouillâmes le 7 dans un endroit très - dangereux
, le Pilcte maure ayant pris une terre où
on ne jette jamais l'ancre , pour l'autre qui fe
nomme la Pointe de l'Eléphant ; c'eſt de ce dernier
endroit qu'on envoye chercher les Pilotes
qui doivent entrer les bâtimens dans la riviere.
Il en arriva un le 10 , & nous mouillâmes le 12
dans le port de Rangon , prêts à couler bas . Je
mis à terre le 15 , après m'être affuré d'un logement
; mais nous n'étions pas au bout de nos
inquiétudes. Le vaiffeau exigecit une dépense
- très -forte ; c'étoit prefque un bâtiment à refaire.
Le Capitaine n'avoit pas un fol , dans toute l'étendue
du terme ; nous étions dans un pays dont
nous ne connoiffions ni la langue , ni les ufages ;
heureuſement nous y trouvâmes cinq ou fix François
il y en eut un qui fe chargea de la dépenfe
du vaiffeau. Nous étions affez tranquilles le 9
Septembre 1784 , & nous attendions que le baffin
fût prêt pour recevoir notre bâtiment , lor que
fur les fix heures du foir , étant fur ma terraffe
je vis paffer plufieurs gens armés de lances , de
haches , &c. Je fis fermer exactement portes &
fenêtres , n'imaginant pas ce que ce pouvoit
être ; un inftant après , je vis le feu à l'extrémité
de la Ville : je crus que c'étoit un effet du
hazard , & ne fus cependant pas fans inquiétude
, les maiſons n'étant que de bambou , couvertes
de feuillage , & je craignois que le vent
ne portât le feu de mon côté . Il s'éteignit peu
après ; mais toute la nuit j'entendis un bruit con(
168 )
fidérable fur la rivicre , occafionné par des gens
qui fuyoient de toutes parts . Le 9 , à fix heures
du matin , je fus inftruit que les Péguans s'étoient
rendus maîtres de Rangon ; qu'ils avoient égor
gé le Mion ou Prince du fang royal , qui y commandoit
; qu'ils forçoient le peu de Barremens
qui n'avoient pu s'évader à prendre parti pour
eux , coupant le cou à ceux qui refufoient de
les joindre , & qu'ils apelloient les Capitaines
de vaiſſeaux étrangers pour boire l'eau de ferment
, ou , ce qui eft la même chofe , leur prêter
ferment de fidélité ; je fus auffi informé qu'ils
avoient expédié quelques ballons ( 1 ) , pour aller
chercher du fecours , étant encore en nombre
trop peu confidérable pour exécuter tous leurs
projets ; ils commencerent à mettre la place en
état de défenfe fuivant leurs principes , & nous
fûmes prévenus que fi la réfolution duroit feulement
cinq à fix jours , les Barremens revenant
en force , tout ce qui refleroit en vie auroit le
cou coupé , l'ufage de ces Peuples étant de maffacrer
de fang froid tout ce qui ſe trouve fous les
armes contr'eux .
Le 9, un des Chefs Péguans fe fit proclamer
Roi. Pendant tout ce tems , j'étois chez moi malade
fans pouvoir me remuer ; les nouvelles
qu'on me donnoit n'étoient pas capables de me
rétablir cependant l'ordre fut fi bien obfervé ,
qu'il n'y eut aucun pillage . Une partie des habitans
qui s'étoient fauvés le 8 au foir & dans la nuit ,
s'étoient raffemblés fecrettement derriere une
fameufe Pagode , qui eft à une lieue d'ici ; le
Reoun ou Commandant en fecond de cette Place
(1 ) Ballons eft une espece de chaloupe ou bateau dif
ferent de la forme des nôtr s , fort en ufage chez les
Indiens ; il y en a de très - agnifiques pour le Roi & fa
Cour : ils ne fervent que fur la riviere."
( 169 )
t
on ramaffa mille à onze cens ; maisils n'avoient
point d'armes. Ce Chefqui ne manque ni de hardieffe
, ni de courage , ordonna aux gens dont il
étoit le plus sûr , au nombre de trois ou quatre
cens , de refter dans Rangon comme des gens qui
venoient de boire l'eau de ferment des Péguans ,
prendre parti pour eux , fe munir d'armes & luź
faciliter l'entrée des paliffades lorfqu'il paroîtroit;
il arma le refte de fes gens comme il put ; des haches
, des lances & des bâtons de bambou , pointus
& durcis au feu , étoient tous ce qu'ils avoient. Le
10 , à dix heures du foir , j'entendis un bruit
effroyable à la paliffade peu diftante de la maifon
que j'occupois ; c'étoit le Reoun qui l'attaquoit &
en fut maître en peu de tems , au moyen de l'in
trigue qu'il avoit formée dans la Ville , Les Pé
guans étoient trop foibles pour fe défendre par
tout ; il y eut pourtant deux combats affez vifs ,
à peu près en même tems, l'un auprès de Rondeiye,
maifon où les Chefs s'affemblent pour tenir confeil
, & l'autre fur le pont , auprès de la porte
marine , pour favorifer la retraite du Roi Péguan ,
& lui donner le tems de fe fauver dans un ballon .
Les coups de fufils ne cefferent qu'entre einq à fix
heures du matin , quoique l'affaire fût décidée
avant quatre heures en faveur des Barremans. On
fe battoit affez loin de chez moi , cependant il a
paffé deux balles qui n'ont caufé aucun mal. Je
paffai toute cette nuit habillé & fort inquiet ; à
trois heures du matin , il vint chez moi dix à
douze Barremans demander de la poudre, j'eus
bien de la peine à leur faire comprendre que je
n'en avois , ni ne pouvois en avoir ; ils me pafferent
une corde au cou pour me lier & me conduire
apparemment à leur Chef; je parvins à me
débarraffer , & à force de me débattre & de m'expliquer
le moins mal que je pouvois , un noir qui
No. 48 , 27 Novembre 1784. h
L
( 170 )
Ceavoit un peu de Portugais , & qui leur fervoit
d'Interprété , les détermina à me laiffer tranquille
; ils fortirent en me ſouhaitant une bonne
nuit , & me faifant entendre par fignes que tous
les Péguans avoient le cou coupé ; j'étois feul &
fans armes , mon Caffre s'étoit lauvé & avoit fauté
plus de vingt pieds de haut , pour aller dire à un
Officier , paffager comme moi , que j'étois maffacré;
il eft vrai qu'il m'avoit vu entouré , & que
j'avois un fabre fur le ventre & un fur la tête ;
cette fcene défagréable a duré un quart d'heure.
Ils ne font point entrés chez d'autes étrangers; ils
ont été feulement taxés , ainfi que toute la Ville ,
à une fomme qu'il a fallu payer : aucun Etranger
n'a pris part à la querelle . J'ai vu cette Ville prife
d'emblée une fois en deux fois vingt- quatre heures
; les effets publics ont été respectés . Le 11 ,
après midi , il parut neuf ballons Péguans , char
és de huit à neuf cens hommes ; ils ont été reçus
coups de canons , & prefque tous ont péri ; plus
de 1200 perfonnes, même des femmes & des enfans
, ont eu le cou coupé , fans compter ceux
qui ont péri dans le combat ; le Roi Péguan , &
tous les Chefs ont été pris & envoyés à Ava , après
avoir eu le tendon d'Achille coupê : ce Roi les a
tous fait mourir. Ma fanté avoit beaucoup fouffert
de toutes ces révolutions , & principalement
faute de fubfiftance ; je n'avois ni pain , ni vin , &
ne pouvois foutenir les alimens du pays . M.Geflin,
Capitaine de Brûlot , envoyé ici par MM. de Buffy
& de Suffren , pour fe carener & faire du bois ,
eft
heureusement pour moi arrivé le 7 Octobre. IL
m'a trouvé dans un état de foibleffe effroyable ; il
eft venu à mon fecours , en me fourniffant toutes
es douceurs qui ont été en fon pouvoir ; je puis à
jufte titre l'appeller mon fauveur. J'efpere .
grace
à ces foins , pouvoir être transféré à l'ile de
( ( 171 )
France , où fi j'arrive jamais , ce ne fera pas fans
avoir éprouvé bien des contrariétés & des événemens
défagréables. De Rangon , ce 20 Octobre
1783.
Nous fommes partis de Rangon, notre vaiffeau
étant bien radoubé , le z Janvier 1784. Ma ſanté
eft meilleure depuis que je fuis en mer & que j'ai
eu un peu de nourriture.
le 15
A l'Ile de France , Février 1784.
Le refte de notre traversée a été heureufe ,
quoique longue ; je fuis arrivé ici le 12 de ce
mois , bien portant & capable , après un peu de
repos , de reprendre mon travail ; je commence à
me fervir de ma jambe , j'ai été accueilli avec la
plus grande fatisfaction ; on me regarde comme
un autre Thésée venant des Enfers ; les lettres que
j'avois écrit du Pégu ne font point arrivées : bien
des gens ne comptoient plus fur moi.
M. Brugiere fils , Adjoint à la direction
des Poftes de Tartas en Gafcogne , nous
apprend qu'on voit des débris de molaique
, fur un chemin diftant d'une demi-lieue
de S. Sever , entre cette ville & le bourg de
Touloufette. S'étant rendu fur les lieux , M.
Brugiere apperçut un foffé creufé à l'entour
d'une mofaïque , dont le bord feul étoit à
découvert : il pouffa fes recherches , dont il
a eu la bonté de nous faire paffer le réfultat
fuivant.
J'en fis découvrir une furface d'environ 4
pieds , & quoiqu'elle eût été ternie par le long
féjour de la terre & par l'humidité , je diſtinguai
cependant des fleurs & des feuillages . Comme
on fe difpofoit dans ce moment à enfemencer
le champ, cette circonftance ne me permit pas
de continuer la fouille pour pouvoir juger du
h 2
( 172 )
deffin en grand , & de fa régularité.
Cette mofaique eft pofée fur quatre couches
de différentes matieres. La premiere & fur laquelle
toutes les autres repofent , eft de gros
cailloux , la feconde de mortier pour les affermir
; la troifieme de ciment , & la quatrieme
d'un maftic , ou enduit d'une compofition trèsblanche
qui fert à lier les morceaux de ftuc.
Je détachai quantité de petits quarrés de ftuc dont
elle eft compofée , que je nettoyai à mon retour ,
afin d'en difcerner les couleurs . Le peintre n'en
avoit employé que trois , le blanc, le bleu & le
rouge..
Le particulier à qui elle appartient , & qui
paloit alors dans cet endroit le tems de la vendange
, me dit qu'elle occupoit un affez vafte
efpace de champ. Il ajouta que, plufieurs années
avant qu'il eût acquis ce fonds , on y avoit
trouvé deux médailles d'or & de cuivre frappées
au même coin , dont les légendes étoient
effacées , & leur effigie mieux confervée paroiffoit
être d'un Empereur Rómain.
Il y a lieu de croire que les Romains lors de
Ja conquête des Gaules , éleverent dans cet emplacement
un temple auquel cette mofaïque
fervoit de pavé , & qu'elle devoit être tout à
fait ifolée , parce qu'il n'existe dans les environs
aucun veftige de vieux mur, La proximité de
la ville de St. Sever rend mon opinion vraifen
blable.
་
Nous avons rapporté la lettre d'un Religieux
, à qui la pratique du Magnétifme
animal a donné affez de célébrité. Il circule
à fon fujet une autre lettre de Bordeaux , du
5 Octobre , qui peut- être n'eft qu'une invention
, mais dont les faits , du moins
font faciles à démentir ou à vérifier.
( 173 )
1
J'avois offert un logement dans ma maifon
au pere Hetvier , qui m'a voulu imprégner
de fubftance magnétique , pendant plufieurs mois ,
fans m'avoir feulement foulagée . Il a joui de la
vogue jufqu'à la publicité du rapport des Com-¬
miffaires, qui ont levê le voile . Comme perfonne
ne s'est trouvé guéri , on s'eft gendarmé contre
le bon religieux , quand on a été éclairé par les
rayons de lumiere , partis de la capitale , la
premiere à s'engouer de forfanterie , & la premiere
à reconnoître fes erreurs. Les magnéti- t
fés font veuus trouver le pere magnétifeur ,
chacun demande reftitution . Celui - ci ne veut
rien rendre. Les fcenes fcandaleufes répétées
tous les jours , m'ont fait prendre le parti fage
d'éconduire poliment de mon hôtel le bon Auguf
tin , qu'on timpanife du matin au foir. Il affure ,
très bénignement , qu'une partie de fa recette
lui a fervi à payer un carroffe de remife , qui le
voituroit chez les malades , & que l'autre portion
a été très - exa &ement diftribuée aux affligés
difetteux. Ses patiens lui intentent aujour
d'hui procès ; ils l'ont affigné en reftitution .
Cette affaire originale fera plaidée à la rentrée
du Parlement. Quoique vous foyez à Paris,
je ne crois pas que vous fachiez que cinq Médecins
Bordelois ayant acheté du Docteur Mefmer
le fecret de magnétifer , ils ont voulu établir
ici des baquets , qui n'ont pas réuffi . Ils
ont écrit une lettre comminatoire au Docteur
Allemand , qui leur a reftitué leurs 500 louisd'or,
auffi-tôt après la réception de leur miffive . »
Plufieurs Feuilles publiques ont rapporté
le trait fuivaut de générofité , que le défaut
d'efpace nous a empêché de publier plutôt.
M. Roberjot de Lartigue , Tréforier du Port
I
d3
( 174 ) N
au Prince , avoit vendu huit jours avant l'incendie
un magafin à M. Giraud , fon ami , pour une
fomme de 180, 000 liv. Les conditions de cette
vente étoient 60000 liv. payables comptant , &
les 120,000 liv. reftant payables en trois années.
Elles avoient été remplies : les 60000 1. comptées
& l'acte paffé en bonne forme.
« L'acquéreur & le vende ur étoient l'un &
l'autre fpectateurs de l'incendie ; le premier,
voyant combien les progrès en étoient rapides
fe plaignoit & difoit que cet événement le ruinoit.
Confolez- vous , mon ami , lui dit le vendeur
; vous êtes pere de famille , & je vous ſuis
attaché ; en vous vendant mon magafin , je vous
ai laiffé le nître des conditions , & , avec raiſon ,
vous avez cru faire une bonne affaire . Voici un
événement auquel nous ne nous attendions ni l'un
ni l'autre , & qui dérangerait beaucoup votre
fortune; maisje ne me confolerois jamais d'avoir
été l'auteur de la ruine d'un pere de famille
mon ami ; fi le magafia eft préfervé , ce marché
tiendra , & il fera d'autant meilleur pour vous
s'il eft incendié , il fera pour mon compte. Un
moment après , le feu s'y porta & le détruifit entiérement.
A fept heures du matin , M. Roberjot -
de Lartigue a envoyé chez fon ami les 60000 liv .
& le marché a été annullé ».
L'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts de Rouen tint fa féance publique ,
le 4 Août dernier.
Elle continue pour la partie des Belles . Letrres
, à laiffer le concours ouvert à l'égard de
la queftion fuivante , fujet du Prix extraordinaire
; favoir :
4
Quels font les moyens de porter l'Ency-
>> clopédie à fon plus haut degré de perfection.
( 175 )
Mais elle change le Programe de fon pri
ordinaire , & tel eft celui qu'elle propofe pour
1785 , en demandant ....
» Pourquoi le plus grand nombre des mé
dailles trouvées dans la Normandie , & particuliérement
dans la Baffe , font - elles des
Antonins ?
Ces deux prix font chacun une médaille d'or ,
de la valeur de trois cents livres .
L'Académie avoit prorogé à cette année , le
concours à un prix extraordinaire , deftiné par
un Amateur des Sciences , á quiconque établi
roit le plus exactement , « les caracteres diftinctifs
entre les diverſes terres vitrifiables »
L'Académie fe croit obligée de laiffer fubfifter
jufqu'àl'année prochaine , & fon programme
& les invitations.
Un autre Prix extraordinaire , offert par um
des Académiciens , à l'Auteur d'une defcription
de l'Hiftoire - Naturelle , Phyfique & Médicale de
la Normandie , n'a provoqué aucun Mémoire ,
& , malgré l'utilité du fujet , le donateur a confemi
qu'il fût changé au gré de la Compagnie.
Son zele patriotique & le defir de féconder
celui des Magiftrats , l'engagent à propofer pour
le nouveau fujet de ce Prix , la Perfectibilité
des Cidres & des Paires.
« Une méthode certaine & facile pour faire
• du cidre & du poiré , de la meilleure qua
» lité ».
Chacun de ces Prix fera une Médaille d'or
de la valeur de trois cens livres , ou la même
fomme en argent.
Le Prix ordinaire des Sciences avoit pour objet...
« les moyens de refferrer le canal de la
Seine, depuis Villequier jufqu'à la mer , afin
» de creaſer ſon lit , & de la débarraffer des
14
( 176 )
bancs changeans , qui s'oppofent à la navi-
>> gation ».
Entre trois Mémoires admis au Concours
l'Académie a diftingué celui dont l'Epigraphe
eft.....
c Naturam expellas furca , tamen uſque recur-
Horat. >> ret.
Mais l'Auteur eft engagé à fixer les données
de fon article cinquieme , & à mieux indiquer
la poffibilité de leur exécution. La Compagnie
en conféquence a doublé le Prix , en ajoutant
une fomme de trois cens livres à la Médaille d'or
déja propofée , & laiffera le Concours ouvert
jufqu'au premier jour de Juillet 1785 .
Les Mémoires ou les Supplémens , iifiblement
écrits en françois , ou en latin , feront admis
jufqu'au premier jour de Juillet 1785 , adreffés
( francs de port ) à M. Haillet-de - Couronne ,
Secrétaire pour les Belles - Lettres ; & à M. L.
A. Dambourney , Négociant , Secrétaire pour
les Sciences.
4
PROVINCES-UN IE S.
· LA HAYE, le 19 Novembre.
Nous ne nous trompions pas , lorfque
nous avons annoncé la retraite future du
Prince de Naffau -Weilboarg , beau-frere du
Stathouder, Lieutenant Général & Gouverneur
de Maftricht. Le 10 de ce mois , il a
demandé , par Requête aux Etats - Généraux ,
la démillion de toutes fes charges militaires
au fervice de la République. Cette détermination
a étonné quelques perfonnes , de
la part d'un Militaire , depuis 20 ans aux
appointemens de la République.
Nos Plénipotentiaires à Bruxelles font de
( 177 )
retour ici , où l'on attend avec affez d'impatience
le Chevalier Harris , Envoyé de Sa
Majefté Britannique.
Outre le corps de 1785 hommes de troupes
Fégeres , que doit nous fournir le Rhingrave de
Salm , le Colonel Bigot va lever un régiment de
Huffards dans les Etats du Prince d'Orange en
Allemagne il fera compoté de 4 efcadrons
chacun de 119 hommes. Point d'autre négocia
tion pareille encore terminée avec d'autres Princes
.
L'affaire de Lillo fe réduit aux circonftances
fuivantes , qui paffent ici pour les
feules avérées .
Le commandant de Lillo , d'après les ordres
reçus de Leurs Hautes- Puiffances , a formé , le
7 au foir , avec beaucoup de fuccès & tranquillité
, les inondations à l'entour des forts fur l'Ef
caut , trois jours après que 700 hommes de troupes
Autrichiennes , avec quelques pieces de campagne
, marchant le fufil fous le bras , vers la
. contrefcarpe , s'étoient portés , fans qu'on les eût
apperçus , derriere les éclufes. L'inondation s'eft
auffi exécutée le même foir , fans la moindre
eppofition , au fort de Frédéric -Henri & à Liefkenshoek
; mais au fort Kruifchans , la tranquillité
n'a pas été auffi complette. Le lieutenantcolonel
Nahuis ayant commencé à former l'inondation
, vers les 4 heures de l'après - midi , avoit
placé trois fentinelles à la barriere d'Anvers , &-
deux à celle de Koudeftin pour garder le chemin
couvert ; on apperçut deux foldats Autrichiens
arrêtés auprès de l'éclufe ; on leur fignifia de fe
retirer , mais loin de le faire , ils vinrent fe placer
devant la barriere de Koudeftin , où le trouvoit
pofté un enfeigne avec un piquet de quel
hs
Ꮒ S.
D
( 178 )
ques Hollandois , placés là pour empêcher que
perfonne ne vint troubler l'inondation. Il fut
une feconde fois fignifié aux Autrichiens de fe
retirer ; ils répondirent qu'ils étoient fur le territoire
de l'Empereur ; l'enfeigne répliqua qu'on
ne le refpectoit plus en ce lieu , & renouvella
l'ordre de ne pas fe rifquer fous la portée du
canon , à quoi ils obéirent. Le lieutenant qui
avoit la garde de la barriere d'Anvers , appergut
auffi un bas - officier & quatre foldats Autrichiens
qui d'abord le retirerent ; mais à huit
heures & demie du foir , le , commandant du fort
eut avis qu'on entendoit tirer vers les deux digues
; il fic auffi tôt fortir le fous - major & neuf
hommes pour foutenir les fentinelles : & l'obf-
´curité empêchant qu'il ne fût au jufte de quoi
il étoit question , il fit tirer le canon ; il fut
enfuite infruit qu'une des fentinelles appercevant
du monde près des éclufes , avoit crié trois
fois : Qui vive ? & que ne recevant point de
réponſe cathégorique , elle avoit tiré , après avoir
encore averti qu'on fe retirât , à quoi l'on n'avoit
répondu que par quelques groffieretés. Le
coup de feu de la fentinelle fut fuivi de quelques
coups du côté des Autrichiens en dedans
de la digue d'Anvers. Le même cas eut encore
lieu à la barriere de Koudeftin , où , fur l'avertiffement
de la fentinelle , ayant été de même
répondu quelques infolences , elle fit également
feu. Le commandant de Lillo ayant entendu le
canon de Kruifchans , s'imagina que ce fort étoit
attaqué , & donna les coups de fignaux , auxquels
la frégate le Pollux répondit . Comme il
faifoit fort obfcur , le commandant fit lancer quelques
pots à feu & boulers à lumiere , dans le
deffein d'obferver ce dont il s'agiffoit ."
1.es Bourgeois d'Utrecht & les Colleges
( 179 )
d'Etat de cette Province , font d'avis , à ce
qu'on dit généralement , que le moment actuel
eft le plus propre à entreprendre une
réforme dans la direction du département
de la guerre , c'est - à-dire à nous livrer à de
nouvelles conteftations intérieures . Les mêmes
Colleges vont infifter auffi , à ce qu'on
ajoute , pour faire armer tous les habitans de
la République , fans en excepter un feul ,
fait dans les villes , foit dans la campagne ,
depuis l'âge de 18 ans jufqu'à 60. Cette
prife d'armes univerfelle ramenera les rems
du 16. fiecle ; & fans doute elle en ramenera
l'efprit , car la ville de Gouda a déja
fait la même propofition aux Etats de Hol
Jande.
M. Bauman , Secrétaire privé de M. le
Baron de Reifchac eft parti le 13 pour
Bruxelles .
>
L'Ajax, un de nos cutters , vient de périr
à la hauteur de Douvres , le Capitaine
Peterfon ayant tardé à abandonner fon
bord , a coulé à fond avec le vaiffeau. Da
75 hommes , 30 , dit - on , ont été fauvés.
Les Etats de Hollande viennent de publier le
plan d'une négociation de huit millions , à 4
pour 100 , mais qui ne rendra que 2 & demi
d'intérêt libre . Un autre emprunt de 900 mille
florins à 3 pour 100 , eft auffi ouvert par la
province d'Utrecht.
Suite de la Lettre Circulaire de Laurs Hautes
-Puiances.
Qu'en effet , pour remplir cet engagement
;
4
i
h 6
( 180 )
་
( l'exécution du Traité des Barrieres ) il a été
nommé, quoique quelque tems après , des Commiffaires
qui ont eu entr'eux plufieurs conférences
à Anvers , juſqu'à ce qu'elles ont été interrompues
par la mort de l'Empereur Charles VI de
glorieufe méinoire , arrivée en 1740, les Commiffaires
Impériaux n'ayant pas été pourvus de nouveaux
pleins pouvoirs , quoique les Miniftres de
LL. HH. PP. attendiffent affez long- tems pour
qu'on les envoyât.
Que dans la Guerre de fucceffion qui s'enfuivit,
LL.HH.PP. rempliffant les engagemens qu'elles
avoient pris pour le maintien de la fufdite Sanction
pragmatique , ont affifté la Maiſon d'Autriche
de toutes leurs forces ; mais qu'il en a réſulté
pour Elles la fuite malheureuſe , que prefque
toutes leurs places barrieres ont été ruinées , &
la République elle-même a été entraînée fur le
bord de fa ruine :
Que dans la fuite les Conférences qui s'étoient
terminées fans effet à Anvers , ont été repriſes à
Bruxelles en 1751 ; mais n'ont eu non plus un
meilleur fuccès ; de forte qué les Commiffaires de
LL. HH . PP. , après y avoir fait un séjour auffi
long qu'infructueux , ont enfin été rappellés
pour attendre que les affaires priffent un tour plus
favorable :
Que la fuite de tous ces faits a éré , que nonfeulement
lefdites Places barrieres n'ont pas été
convenablement rétablies , excepté uniquement
la ville & le château de Namur , dont la dépenfe a
été portée par LL. HH . PP.; mais qu'il a même
été mis dans les Pays- Bas Autrichiens diverſes impofitions
& levé divers droits , d'une maniere di
rectement contraire audit Art. XXVI du Traité
de Barriere , jufqu'à ce qu'enfin , pour ne pas
parler ici de moindres griefs , en l'année 1781 &
( 181 )
lorfque cette République fe trouvoit malheureu
fement impliquée dans une guerre ruineuse avec
le Royaume de la Grande - Bretagne , il a plu à
S. M. l'Empereur des Romains actuellement régnant
, de démolir entiérement toutes les fortifications
des Places barrieres , Namur feul excepté
, & d'exiger que cet Etat en retirât les troupes
qu'il y tenoit en garnison.
Qu'auffi -tôt qu'il eut été fatisfait à ce defir , la
même requifition a été faite à l'égard de la ville &
du château de Namur même :
Que la République y ayant encore eu égard , il
luia fufcité auffi - tôt diverfes querelles , pour avoir
fait ufage des environs de ces forts fur le même
pied que cela s'étoit conftamment pratiqué auparavant
, fpécialement à l'égard du Village & du
Polder du Doel , dont la fouveraineté pleine &
entiere avoit été expreffément cédée à LL. HH.
PP. , dans les termes les pius clairs , par l'art .
XVII du Traité de barriere , & par l'Art. Ier de
la Convention ultiérieure du 22 Décembre
1718 :
Que S. M. I. ne s'en tenant pas encore à cela
a enfuite jugé à propos , au mois de Novembre
1783 , de fe mettre , même par voie de fait , fans
le moindre avis ni plainte préalable , en poffeffion
, entr'autres du fort de S. Donat , quoique ce
fort eût été cédé par, ledit Traité de 1715 , &
par la Convention fubféquente , en termes exprès
, à LL. HH. PP . , en pleine propriété & fouveraineté
, & quoique fpécialement dans ce moment
même , il fût effectivement occupé par un
détachement de Troupes de l'Etat :
Que , pour paffer fous filence diverfes autres injuftices
& prétentions auxquelles LL. HH. PP.
onr répondu chaque fois avec la plus grande facilité
poffible , il a encore été exigé de la même
( 182
maniere , au mois d'Avril de l'année courante , de
la part de S. M. I. , que le Navire de garde de la
République , qui , depuis la conclufion de la paix
de Munfter , en 1648 , & par conféquent depuis
plus de 136 ans , avoit conftainment été en ftation
devant Lillo , fans la moindre conteftation
en fut retiré fur le champ , vu qu'entr'autres
S. M. prétendoit à préfent que le Bas- Elcaut
jufqu'à Saftingen , appartenoit auffi à fa Souve
raineté :
Que pour éviter encore toutes entrepriſes par
voie de fait , LL. HH. PP. ont préféré de démontrer
á Sadite Majefté leur bon droit , pour y tenir
pareil Navire de garde , mais de le retirer , en
attendant l'effet de cette démonftration , jufques
devant le territoire , qui jufqu'alors n'avoit pas
été conteſté à LL. HH. PP.; ſavoir , devant
Saftingen :
Que dans l'intervalle , des Commiffaires ayant
été nommé par LL. HH. PP. , à la priere & fur
les inftances de S. M. I. , pour terminer tous les
différends qui pouvoient fubfifter entr'Elles , if
fut remis à ces Commiffaires , le 4 Mai de l'année
courante , une Piece intitulée : Tableau des prétentions
formées de la part de S. M. I. à la charge
de la République :
Que là-deffus il fut arrêté , par réſolution de
LL. HH . PP . , en date du 13 Juillet , & remis immédiatement
au Gouvernement des Pays - Bas
Autrichiens , une répon fe convenable , où l'on
démontra , de la façon la plus évidente , la nouveauté
& le peu de fondement notoire de prefque
toutes les prétentions , & où l'on expofa en même
tems plufieurs contre-prétentions notables , qui
pouvoient être formées à très -jufte titre de la part
de LL. HH. PP. , le tout néanmoins en donnant
en même tems les preuves convaincantes de la
( 183 )
condefcendance non interrompue , que LL. HH.
PP. vouloient continuer , autant qu'il leur feroit
poffible , d'obferver dans tous leurs procédés
Que pendant la durée même de ces négocia
tions , & en contravention directe de ce qui avoit
été expreffément ftipulé par l'Art. V du Traité
de Vienne , il a été conduit dans le port d'Oftende
cinq navires revenant des Indes Orientales , fans
qu'il eût même été montré d'aucune façon quelconque
, de la part de S. M. I. , qu'elle formoit
aulli à cet égard quelques prétentions , ou qu'elle
vouloit foutenir quelques raifons à ce fujet :
Qu'enfuite il a été remis le 11 Août aux Miniftres
de LL. HH. PP. à Bruxelles , une replique,
à ladite réponse de LL. HH. PP. pour appuyer
ultérieurement les prétentions de S. M. I ; ré
plique néanmoins dont le mérite peut s'apprécier
le plus évidemment poffible , par la feconde réponſe
de LL. HH. PP . en date du 28 O&obre
dernier :
8.
Mais que cinq jours après , favoir le 23 du
même mois d'Août , & fans laiffer ainfi à LL
HH. PP. le tems néceffaire pour examiner la
dite replique , il fut remis , de la part de S. M. I.
aux Miniftres de LL. MH. PP. un Mémoire ul
térieur , par lequel , fous des proteftations multipliées
d'amitié & d'affection pour cette République
, l'on propofe à LL. HH. PP. , comme
un plan d'arrangement , la remite de plufieurs
droits & poffeffions de cet Etat , fur lefquels
jufqu'alors il n'avoit pas été formé la moindre
prétention par qui que ce fut , & de plus , l'ouverture
de l'Escaut , & la libre navigation aux
Indes des ports des Pays - Bas Autrichiens , en
ajoutant , que S. M. Impériale ne doutoit point
que LL. HH. PP . n'acceptaffent avec empref
» fement cet arrangement , comme une marque
5
«
( 184 )
particuliere de fa bienveillance ; & que de plus ,
Elle avoit jugé à propos de tenir dès- lors la
riviere de l'Escaut pour ouverte , & de déclarer
la navigation fur icelle libre , avec menace
» qu'au cas qu'il fe fit , de la part de la Répu
blique , quelque infulte au pavillon Impérial ,
S. M. le regarderoit comme une déclaration de
» guerre , & comme un acte d'hoftilité formelle
» .
Que fur cela , LL. HH. PP , conformément
à leur réfolution du 30 Août , en témoignant
combien elles étoient fenfibles aux affurances
réitérées de l'affection de S. M. & de fa bienveillance
pour la République , lui ont fait repréſenter
que, fe repofant fur la fincérité de ces affurances ,
elles ne pouvoient s'attendre que l'intention véritable
de Sadite Majefté fût d'exiger de LL, HH.
PP. , au lieu des prétentions qu'Elle avoit formées
ci -devant , à la charge de cette République ,
& qui après tout ne pouvoient nullement être regardées
comme liquides , la ceffion de poffeffions
& de droits qui leur appartenoient inconteftablement
, fur lefquels la fûreté & l'indépendance de
la République étoient fondées , & auxquels Elles
ne pouvoient par conféquent renoncer , fans fe
rendre indignes de l'eftime & de la confidération
de Sadite Majefté Elle- même ; que fans entrer,
dans la difcuffion de plufieurs arrangemens ulté
rieurs , propofés par le fufdit Mémoire , & dont
il pourroit être traité ultérieurement fous le bon
plaifir de S. M. , l'on devoit indubitablement confidérer
entr'autres comme telle l'Ouverture de
PEfcaut , des fuites de laquelle il ne dépendoit rien
moins que la confervation ou la perte de la Republique
entiere & la sûreté des Citoyens :
Que pour cette raiſon , la paix de Munſter en
1648 , n'avoit été conclue avec le Souverain aus
( 185 )
quel les Pays- Bas appattenoient alors , & dans
fadite qualité , finon à la condition expreffe , que
ladite riviere feroit tenue fermée de la part de LL.
Hi. PP.; qu'ainfi LL . HH.PP. fe promettoient de
la magnanimité & de l'équité de S. M. I. , qu'elle
voudroit bien ne pas infifter davantage far ce
point , dont de ce côté ci l'on ne s'êtoit départi ,
ni ne pouvoit fe départir jamais ; que pareillement
pour ce qui regardoit la libre navigation des
Pays- Bas vers les Indes , l'on devoit rappeller à
S. M. I. qu'en 1732 LL. HH . PP. s'étoient laiffé
perfuader à accéder au Traité de Vienne du 16
Mars 1731 , conclu pour maintenir la Sanction
pragmatique , relativement à la fucceffion de la
Maifon d'Autriche , pat l'Empereur Charles VI &
le Roi de la Grande- Bretagne , en vertu d'un atticle
féparé ajouté aadit Traité , dans l'attente
de l'anéantiffement de la Compagnie des Indes
Orientales établie à Oftende , & fur ce que , par
l'article V dudit Traité , il avoit été expreflément
promis , tant au Royaume de la Grande- Bretague
qu'à cette République , que tout commerce & navigation
, particuliérement des Pays- Bas Autrichiens
vers les Indes Orientales , ceffervient entiérement &
pour toujours.
Qu'ainfi il étoit tout- à - fait jufte que , la fucceffion
de la Maifon d'Autriche ayant été effectivement
maintenue depuis cette époque , entr'autres
par la République & à fes dépens , l'on remplit
également la condition réciproque ; de forte que
l'on devoit attribuer uniquement aux égards que
LL. HH PP. avoient témoignés en tant de cas ,
& qu'elles témoigneroient volontiers & toujours
pour S. M. I. , autant qu'il leur feroit poffible ,
qu'Elles avoient differé jufqu'alors leurs plaintesfi
fondées , que , pendant les négociations actuelles
fur tous les griefs , & fur les prêtentions de la
Cour de Bruxelles , & fans que dans ces négocia◄
( 186 )
tions il eût été queftion d'un feul mot relatif
cette négociation des Indes Orientales , il eût été
conduit dans le port d'Oftende , en violation de la
lettre fi claire & fi exprelle du fufdit Traité , cinq
Vaiffeaux revenans des Indes Orientales , & que mème
un de ces vaiffeaux , qui avoit chaffé fur fes
ancres , & avoit été jeté dans un état dangereux
devant les ports de la République , avoit été aidé
ici & pourvu du néceffaire ; de forte que c'étoit à
fes fecours qu'il avoit dû prefqu'entiérement ſon
falut : qu'à ces caufes , LL. HH. PP. eſpéroient
auffi qu'on leur prendroit en bonne part , qu'au
lieu d'accepter les arrangemens qui venoient de
leur être offerts , & qui avoient certainement été
préfentés à S. M. I. fous un jour tout- à - fait différent,
Elles préféraffent d'examiner ultérieurement
ce qui avoit été avancé dans le Mémoire de réplique
, remis récemment pour la juftification des
prétentions de Sadite Majefté , LL. HH. PP. proteftant
que, pour autant que par cet examen El-
Jes pourroient être convaincues de l'équité d'au
cune de ces prétentions , Elles y condefcendroient
d'abord , & que pour le refte Elles perfifteroient
dans le même efprit de facilité & de condefcendance
qu'Elles avoient déja manifefté fi évidemment
à cet égard , tandis qu'Elles s'affuroient en
même tems que , par rapport à tels autres points
auxquels LL. HH . PP. croiroient ne devoir condefcendre
, S. M. I. voudroit bien , conformément
à fa façon de penfer magnanime & équitable , préférer
d'attendre les fentimens d'autres Puiflances
neutres, pour lefquels LL. HH. PP. montreroient
auffi , dans l'occurrence préfente , toute la défé
rence qui leur étoit due :
Qu'au furplus , LL. HH . PP. étoient fermement
perfuadées que la déclaration faite par S. M.
relativement à POuverture & àla libre navigation de
rEfcaut dès-à - préfent , devoit s'entendre en cour
( 187 )
cas ne s'étendre pas plus loin qu'aux eaux qu'Elle
foutenoit appartenir à fa Souveraineté , & nullement
aux eaux & parages connus fous le nom
d'Efeur Oriental & de Hond ou Eftaut Occidental ,
dont la Souveraineté appartenoit indubitablement
à LL. HH. PP. , & ce d'autant plus non -feulement
parce que dans le Tableau qui avoit été remis
, & qu'on devoit cenfer contenir toutes les
prétentions de S. M. fur cette République , auffi
peu que dans aucune autre Piece quelconque , il
n'avoit été avancé la moindre prétention fur ces
eaux ; mais auffi parce que les droits de LL. HH,
PP. par rapport ces eaux fe fondoient autant
fur le droit des gens que fur des traités & des conventions
reconnus avec les Seigneurs , dans les
droits & obligations defquels S. M. a accédé à l'égard
des Pays-Bas:
Que pour ces raifons , LL. HH. PP. ne pouvoient
par conféquent s'imaginer qu'aucuns des
fujets de S. M. voudroient , en interprétant mal
cette déclaration , contrevenir aux ordres qui
avoient toujours eu lieu à cet égard dans ce pays,
envers qui que ce foit fans diftinction , & dont
l'exécution ne fauroit être arrêtée , que LL.
HH. PP. pouvoient encore moins s'attendre que
l'exécution immanquable de tels ordres anciens &
ufités feroient attribués dans un pareil cas qui ar◄
riveroit contre tout efpoir , à quelque vue offenfive
de la part de LL. HH. PP. , beaucoup moins
qu'elle feroit fuivie de l'exercice d'hoftilités , auxquelles
l'on dévoit d'abord répondre par le devoir
de défenſe propre , tandis que par ce moyen l'on
couperoit actuellement toutes voies de conciliation
, l'on feroit tort à la grandeur & à la générofité
de S. M. 1. , & l'on terniroit la fplendeur de
fon regne glorieux.
Que LL. HH. PP. ayant de plus eu connoiffance
le 10 Septembre de cette année , qu'il avoir
P
( 188 )
été déclaré à leurs Miniftres à Bruxelles , que le
coup qui feroit tiré de Lillo fur les vaiffeaux Impériaux
qui pafferoient devant , feroit regardé par
S. M. pour une déclaration de guerre , ont de
nouveau immédiatement trouvé bon , afin qu'en
confidération de ce que les vaiffeaux qui paffent
devant Lillo , & qui doivent y payer des droits.
puffent , en cas de néceffité , y être contraints dans
un des autres comptoirs ou gardes de la Républi
que , afin d'empêcher , s'il étoit poffible , une plus
grande animofité , & tout ce qui pouvoit donner
quelque prétexte à commettre des hoftilités du
côté des Autrichiens , de faire défendre aux Officiers
de Lillo d'exercer la moindre violence contre
un des vaiffeaux Impériaux qui ne voudroit pas
en paffant , fe laiffer vifiter de bon gré , ni payer
les droits dus ; mais dans un tel cas d'en donner
auffi- tôt connoiffance , afin que là - deftus il fût
pris telles mefures que l'on jugeroit convenable.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 23 Novembre.
Par un Refcrit daté du 11 de ce mois
notre Gouvernement a exempté de tous
droits d'entrée & de déclaration , les chevaux
qui feront introduits de l'étranger dans
les Pays Bas Autrichiens.
•
Les Gazettes de Hollande , de plus en
plus offenfantes pour toutes les Nations,
avec lefquelles la République a eu , ou peut
avoir quelque différend , fe font permifes le
paragraphe fuivant.
On affure que l'Empereur , en faifſant demander
aux divers Princes de l'Empire le paffage à
travers leur territoire , a demandé le même paf
fage au Prince d'Orange par les Etats de Naffau.
( 189 )
On dit que S. M. I. l'auroit menacé de faire
occuper ce pays. là par la voie de force en cas
de refus . On ajoute que S. A. S. a fait porter
cette lettre à la Diete de Ratisbonne , en fai
fant remarquer la maniere defpotique dont l'Empereur
traitoit les Princes libres de l'Empire.
Cette affertion eft abfolument fauffe , autant
qu'abfurde, dans tous fes points ; les
troupes de l'Empereur n'ayant jamais dû
paffer: fur le territoire du Prince de Naffau
Orange.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
Caufe entre la veuve Defaint , Libraire :
ي ف
les fieurs & demoiselles Denizart. Formalités
à obferver pour vendre le privilege d'un livre
appartenant à des mineurs . Eft - il meuble ou immeuble
? Etant prouvé meuble , peut - on prendre
la voie des lettres de refcifion contre la vente qui
en a été faite?
Un traité fait avec la veuve Denizart , en fon
nom comme commune en biens , & en qualité
de tutrice de fes enfans avec le feu fieur Defaint
, Libraire , pour la ceffion d'un nombre
d'exemplaires des Euvres de Me Denizart , &
du privilege de les imprimer , doit - il être déclaré
valable , ou doit - il être annullé ? Tel
étoit l'objet de cette caufe : fa décifion dépendoit
de plufieurs points de droit . Quelles font
les perfonnes qui ont traité ? Quelles font les
loix fur la ceffion des objets dont il s'agit ? A-'
t-on enfreint quelques-unes de ces loix ?
Tout le monde connoît le travail de Me Dea
nizart , Procureur au Châtelet. Il formoit deux
ouvrages , la Collection des Décifions Nouvelles ,
& le Recueil des Actes de Notoriété du Châtelet .
11 avoit fait imprimer le premier en 1754 &
1756 , d'abord in - douze , enfuite , en 1757 &
( 190 )
C
1765 , in- quarto. Les actes de Notoriété furent
imprimés en 1759. L'Auteur s'étoit chargé de
tous les frais , & vendoit lui - même fon ouvrage
mais par l'entremise d'un Libraire. En 1757
le fuccès de l'ouvrage étant décidé , Me Denizart
obtint pour 15 ans de nouveaux privileges
pour la Collection des Décifions nouvelles , &
pour les Actes de Notoriété. · Il est décédé
le 4 Février 1765 , laiffant une veuve & cinq
enfans mineurs , quatre filles , dont l'aînée avoit
18 ans , un fils âgé de 13 ans , & une fucceffion
embarraffée de quelques dettes : les principaux
effets qu'il laifla furent fa charge de Procureur
au Châtelet , le privilege de fon ouvrage
, & nombre d'exemplaires dudit ouvrage
reftant à vendre. Dans la pofition où fe
trouvoit alors cette famille défolée , il falloit
néceffairement le fecours d'un Libraire , foit pour
acheter les volumes exiftans avec le Privilege,
foit pour fe charger du foin de la vente , pour
le compte de la fucceffion , moyennant un intérêt
convenable . Entre ces deux partis , le
premier fut choifi , fur les offres que fit le fieur
Defaint ; l'opération fut prompte , & l'inventaire
étoit à peine achevé , qu'on s'occupa de conclure
le traité de vente des exemplaires des
deux ouvrages & des deux privileges : ils avoient
été eftimés par l'inventaire 14700, liv.; le fieur
Defaint en offrit 36000. Ces offres féduifirent
la veuve , qui , d'elle- même , fans recevoir les
encheres d'autres Libraires , fans confulter la
famille , ni le faire autorifer par Juftice pour
la vente de la part appartenante à fes mineurs ,
paffa le 3 Avril 1765 , deux mois après la mort
de fon mari , un traité avec le fieur Defaint ,
dont voici les principales claufes . La veuve
Denifart vend , tant en fon nom comme commune
en biens avec fon défunt mari , que comme
tutrice de les enfans mineurs , tous les exem
-
( 191 )
plaires , tant de la Collection de Jurifprudence ;
que des Ades de Notoriété , au nombre de 3700
volumes in- quarto détachés , avec les deux privileges
accordés à fon mari , pour l'impreffion
& diftribution defdits Ouvrages ; pour , par le
feur Defaint & fes ayant- caufe , jouir , faire
& difpofer en toute propriété , tant defdits exem◄
plaires que des deux privileges , lui tranfmettant
tous les droits fans aucune réſerve , moyennant
le prix & fomme de 36000 liv, payables ;
favoir , 6000 liv. en retirant les exemplaires ,
ce qui a été exécuté le lendemain , & le furplus
en billets payables , le premier au mois de
Janvier 1766 , les autres de trois mois en trois
mois . Ils ont été tous acquittés à leur échéance,
Le fieur Defaint , devenu propriétaire des
deux ouvrages dont il s'agit , après avoir completté
les exemplaires qui manquoient à la Collection
de Jurifprudence , l'a livrée , pour ainfi
dire, à l'impétuofité du Public , qui l'attendoit
avec la plus vive impatience ; enfin quatre éditions
fe font fuccédées depuis la mort de l'Auteur
jufqu'en 1771. Le fieur Defaint fit faire
auffi une nouvelle édition des Actes de Noto
riété du Châtelet. Depuis la mort de ce
Libraire , il paroît que fa veuve a joui paisible.
ment des acquifitions faites par fon mari . Cependant
en 1778 , les enfans Denifart devenus
majeurs , & ayant perdu leur mere , comparerent
les bénéfices immenfes que les éditions multipliées
de l'ouvrage de leur pere avoient rapporté
, avec le prix modique que leur mere en
avoit reçu , & crurent devoir faire tous leurs ef
forts pour faire anéantir un traité qu'ils regardoient
comme onéreux en conféquence ils
firent affigner la dame veuve Defaint au Châ
telet , pour le voir condamner à leur rendre &
reftituer le prix provenu de la vente des diffé
( 192 )
rentes éditions des ouvrages de Denifart jufqu'
ce jour ; qu'à cet effet elle fut tenue de rendre
compte , d'après les Régiftres - Journaux , des :
bénéfices que fon mari & elle ont retirés de
l'exploitation des privileges dont il s'agit ; à en
payer le réſultat avec intérêts , fous la déduction
des frais , avances , débourfés & droits de
commiffion ; & , en attendant la liquidation ,
qu'elle fût condamnée en 30000 liv. de provi❤
fion envers chacun defdits enfans Denifart.
----
La dame Defaint a laiffé prendre contr'elle fen
tence par défaut . Sur l'appel qu'elle en a interjetté
en la Cour , elle a fait fignifier le traitê
fous feing - privé , du 3 Avril 1765. Alors les
enfans Denifart ont pris des lettres de refcifion
contre ce traité dont ils ont demandé l'enthé
rinement , ainsi que la confirmation de la Sens
tence du Châtelet . Arrêt du 25 Mai 1784
qui a mis l'appellation & ce au néant ; émendant
, fans qu'il foit befoin de lettres de refcifion
, a déclaré le traité fous feing - privé , du 3
Avril 1755 paffé entre la veuve Denifart & le
fieur Defaint nul & de nul effet ; a condamné
la veuve Defaint à compter à l'amiable , fi faire
fe peut , finon par- devant un de MM. Commif
faires de la Cour , nommé à cet effet , fur la
repréſentation de les Régiftres - Journaux , des
bénéfices que fon mari & elle ont retiré de l'exploitation
des privileges des Euvres de Denifart
, fous la déduction des frais , avances , dé
bourfés , enfemble de la fomme de 36000 liv.
par elle payée ; de rapporter tous les exemplaires
des différentes éditions , & de fe purger , par
ferment , qu'elle n'en retient aucun , pour ledit
compte fait & rapporté , être par la Cour ftatué
-ce qu'il appartiendra ; & a condamné la veuve
Defaint aux dépens.
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trente livres , & pour la Province , port franc ,
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arente deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
d'avis.
On aura foin auffi de joindre à la Lettre d'avis
le reçu du Directeur des Poftes auquel on remes
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce recu , હ
nonfur la Lettre d'avis , que Pon peut le recevoir
au Bureau des Poftes de Paris.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Décembre fons
priés de renouveler de bonne heure leur Abonnement,
DE FRANCE.
( No. 45. )
45. )
SAMEDI 6 NOVEMBRE 1784 .
A PAR I S.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
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l'année 1785. On y a joint des
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loix nouvelles , que des Arrêts
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Provinces de France.
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Hiftoire Ecclefiaftique par
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Hiftoire des Empereurs ; parta par M. PAbbé Bertholon :
le même : 6 vol. in-4 ° . 36 liv. in -8 ° . liv. 16 fols.
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Traité des bénéfices ; par Gohard
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Code de l'humanité : 13 vol.
in 4°. reliés , 111 liv,
Neuvelle Traducion de la
Eible lon la Vulgate 13 vol.
4. el en 2 ~2 liv .
Pratique des Cfficialités : 2 vol.
4. 15 liv . in
Gavres de Beffuet : 12 vol .
in-a . rel. 138 liv.
Les Hommes lures de Plutaique
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tel . 56 liv
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31 liv.
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ces de l'hiftoite : 1784 , 1 vol.
in-8 ° . 7 liv. 10 fois
Traité fur l'air inflammable
des maraiss par Volta : 1 vel.
in 80: 3 liv.
Réflexions morales & philofophiques:
vol. in- 18 . 2 liv. 8 f.
La Philofophic des vapeurs ,
I vol. in- 16. liv. 16 fels.
Fables & Contes philofophi
ques , avec une table des Moralifes
: in-16. 1 liv . To fels.
Plan généras & philofophique
de Pedegarion nationale : in- 8
2 Hr. 12 fols.
Eouvelle édit. in 12. 1 l. 4 f.
Muller , Zoologia danica.
Lipfia , 1784 , in 8. 3 liv.
ARRE 7 S.
Ordonnance de Police , concen
art les marchandifes de
bois à briter qui fe débitent chez
les Regratiers de cette ville ,
fauxbeings & banlieue de Paris ,
fous la dénomination de Fa
lourdes , Fagets & Cotterets ;
& qui fixe tart les différens prix
de ces marchandes que leurs
dimenfions ; du vingt neuf Septembre
1784. A Paris chez
Lot in aîné , & Lottin de Saint-
Germain , Libr. Impr . rue Saint
André-des- Arcs , nº. 27 .
GRAVURES.
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Vergennes , Cenfeiller d'Etat
ordinaire , Min ftre & Secrétaire
d'Etat , Chef du Confeil roval
des Finances , Eftampe de dixhuit
pouces de haut fur treize
de larges gravée par Vangel fii ,
d'après Callet , Feintre du Roi :
18 liv. A Paris , à l'ancienne
grande. Pofte , rue des Foffes S.
Germain - l'Auxerrois,
Mars & Venus , Eftampe ca
couleur , gravée par J. B. Chapuy,
d'après Rotherhamer : 91.
A Paris , chez Mafard , Graveur
, rue & porte S. Jacquis I
Le Reverant , Eftau pe gravée
rar B.- Chapuy . A Paris , chez
l'Auteur , rue & norte S. Jacques ,
Cafe Aubertin.
Vigilance d'Alexandre
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MERCURE
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DÉDIÉ AU ROI ,
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toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles,
Les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de l
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 NOVEMBRE 1784.
A
PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
$
345
TABLE
PIÈCES
Du mois d'Octobre 1784.
FUGITIVES.
49
Epure aux Femmes ,
L'Heureufe Défiance, Conte , 6
A mon Pêcher ,
Les Crimes & les Châtimens ,
Fable ,
Portrait d'Aglaé ,
L'Ombre de M. de Gébelin ,
521
53
97
Nouveaux Mémoires de l'Aca ·
démie de Dijon ,
Nouveau Théâtre Allemand
80
·
104
115 Les Hochets Moraux ,
L'Automátie des Animaux , 119
La Promenade de Province .
124
Difcours qui a obtenu l'Accef-
Invitation de la Loge des Neuf fit aujugement de l'Académie
de Befançon,
ib. Le Criminelfans lefavor , 167
Soeurs ;
Envoi d'Hurluberlu ,
99
150
Vers à M. le Comte de la Le Siècle des Bailons , ་ 7༠
145
146
Touraille,
Coupler ,
L'Anatomifte Dupé, Conte 147
A M. le Comte d'Oels , 193
Coupler d Mme la Comteffe de
194
A me la Comteſſe Des ***,
ibid.
***
Effai de Traduction d'un Dif
tique lacin ,
Sermons de M. Hugh Blair,
172
Euvres de M. le Marquis de
Pompignan ,
VARIÉTÉS .
200
Réponse de l'Auteur du Poëme
des Danaïdes , 86
Lettre aux Rédacteurs du Mercure
, 132
195 Lettrefurla Veftale de Legros.
185
ibid. Lettre au Rédacteur du Mercure
,
Pour le Bufte de Mlle Sophie
Arnoult ,
Charades , Enigmes & Logo-|
gryphes , 23 , 59 , 101 , 148 ,
196
NOUVELLES LITTER.
219
SPECTACLES .
Académie Roy. de Mufiq. 39 ,
126
Les Druïdes , Tragédie , 25 Comédie Françoiſe , 174
Hiftoire de Provence , 61 Comédie Italienne , 178 , 227
De la Tragédie , pour fervir Annonces & Notices , 42 92 ,
defuite aux Lettres de Vol- 139 , 187 , 234
taire , 711
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 NOVEMBRE 1784.
PIÈCES
FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE,
LE VER LUISANT ET LE ROITELET
UN
Fable.
N Ver luifant , très- orgueilleux,
Difoit , des aftres radieux ,
Je ſuis & l'égal & le frère;
Pourquoi rampé - je fur la terre ?
Je devrois habiter les cieux .
Un Roitelet du voifinage
Entend ce rifible langage ,
Quitte fon petit hermitage,
Et va droit à l'être brillant :
Vile & ftupide créature ,
Lui dit-il en le becquetant ,
Ignore-tu que ta parure
駕A ij
MERCURE
N'eft qu'un mépri fable clinquant
Que le grand jour fait diſparoître ?
J'apprends trop tard à me connoître ,
Répond l'Infecte en gémiſſant :
Hélas ! au bout de ma carrière
Je ne fuis que trop convaincu
Que fans cette foible lumière
Tu ne m'aurois pas apperçu.
L'obſcurité convient au Sage ,
Elle plaît aux gens éclairés.
Demi- Savans , habits dorés ,
Cet apologue eft votre image.
(Par M. Crommelin de Guife. )
ÉPITAPHE de Madame LO BREAU ,
Ancienne Directrice de Spectacles de Lyon,
morte le 26 Août 1784 .
Cr-Gir , dont les vertus honorèrent Thalie ,
Qui , pour plaire au Public , fut ne rien négliger ;
Et de tous les plaifirs qu'on perd avec la vie ,
Ne regretta que celui d'obliger.
( Par M. M*** de Saint- Aubin. }
1
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure precédent.
LE mot de la Charade eft Mercure ; celui
de l'Enigme eft Flambeau ; celui du Logogryphe
eft Papier, où l'on trouve Pape , épi ,
repi , tape , pipe , pie , Priape , apir , & la
note ré.
1
CHARADE.
Si vous m'enlevez mon premier ,
De mon tout je fuis le contraire ;
Et mon premier eft toujours néceffaire
A tel qui veut bien faire mon dernier.
( Par M. R..... , fils aîné , Abonné. )
ÉNIGM E.
On voit en l'air une maiſon
Qui peut paffer pour labyrinthe ,
Où ceux qui cheminent fans crainte
sont arrêtés en trahiſon .
C'est une fatale prifon ,
Un lieu de gête & de contrainte ,
Où leur pauvre vie eſt éteinte
Par un monftre plein de poifon.
Sa malice eft ingénieufe ,
A iij
6 MERCURE
Et de Vulcain la main fameufe
Dreffe des pièges moins fubtils ;
Son art de bâtir eft extrême ,
Et la matière & fes outils
Se rencontrent tous en lui-même.
(Par M. l'Abbé le Dru , Prieur à Provins.)
LOGOGRYPHE
D'UN Dieu , fils de la nuit , je ſuis l'un des Miniftres ;
Tantôt doux , bienfaiſant , tantôt des plus finiftres.
Soudain , par mon pouvoir , le pauvre eft enrichi ;
Le riche devient pauvre au fein de l'opulence ;
L'homme libre eft aux fers , l'esclave eft affranchi ;
Par moi le malheureux voit luire l'eſpérance ;
J'élève les petits & j'abaiſſe les grands ;
Je détrône les Rois & confonds tous les rangs.
Voilà de mon empire une efquiffe légère.
> Dans fept pieds je recèle , à l'ombre du mystère ,
Ce nouvel Amphion , dont les fi doux accords
Ont sû toucher le Dieu qui règne aux fombres bords ;
Un chef d'oeuvre Tragique enfanté par Voltaire ;
Une ville jadis Reine de l'Univers ;
En Grèce une prefqu'Ifle à fes Maîtres rébelle ;
Un Grec déifié pour prix de fes beaux vers ;
Un élément perfide ; un des noms de Cybèle ;
Et ce métal enfin qui rend l'homme pervers.
(Par M. le B. de Valbert. )
DE FRANCE. 7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ELOGE de Bernard de Fontenelle , Difcours
qui a remporté le Prix de l'Académie Francoife
en 1784 , par M. Garat. A Paris
chez Demonville, Imprimeur Libraire de
l'Académie Françoiſe , rue Chriftine .
Si l'amitié étoit néceſſairement une raiſon
de tout aimer , de tout louer aveuglément
dans l'Ouvrage d'un ami , de quelque pen de
poids que puiffe être mon jugement , je devrois
me récufer ici , me défendre de rien
écrire fur le nouveau Difcours qui a mérité
à M. Garat une troisième couronne. Intimément
lié avec lui depuis le moment où il eſt
entré dans la carrière Littéraire , accoutumé
avec lui à cette communication de penfées
qui a prefque l'intérêt de celle des fentimens
dans le commerce de deux Hommes de Lettres
, bien moins riche que lui dans ce commerce
, & y recevant beaucoup plus que je
n'y porte , on pourroit me croire , & je poutrois
me croire moi- même féduit d'avance :
hi je fentois en moi cette difpofition , je me
la pardonnerois aifément , comme la plus
douce & la plus excufable des erreurs ; mais
je m'impoferois le filence ; je refpecterois
trop le Public , pour ne lui offrir que des
louanges qui rifqueroient d'être exagérées ,
A iv
MERCURE
lorfqu'il a droit d'attendre au moins une difcuffion
impartiale. Je chérirois affez la gloire
de mon ami , pour ne pas le priver d'un fuffrage
plus libre & d'une critique utile , qu'il
pourroit recevoir d'un autre Homme de
Lettres. Je ne connois rien , pour le vrai
talent , je ne dirai pas de plus pernicieux ,
mais de moins flatteur , qu'une admiration
fans règles , fi ce n'eft une admiration de complaifance
& d'adulation. Votre Maître n'at'ilpas
d'affez bonnes qualités pour que vous
puiffiez avouer fes défauts , difoit le bon , le
généreux , le brave Henri , à un Ambaffadeur
baffement circonfpect. Traitons les talens
comme les Puiffances ; honorons les par
notre franchiſe , comme par nos reſpects ;
que la févérité de notre critique rende témoi
gnage de la fincérité de notre admiration . Il
eft des Ouvrages dont la critique même doit
couvrir la foibleffe par beaucoup d'indulgence
; il en eft d'autres qui ont droit à fa
plus rigoureufe juftice . Je ne diffimule pas que
je cherche ici la fatisfaction de faire entendre
ma voix dans le triomphe d'un ami ; mais
ma fincérité fera le premier hommage que
je lui rendrai . Je difcuterai fon Ouvrage ,
comme il a difcuté ceux de Fontenelle , &
comme je defirerois qu'il appréciât les miens ,
fi jamais ils devenoient dignes de foutenir
un tel examen. Au refte , ne donnons pas aux
chofes une importance & une gravité qu'elles
n'ont pas. Quel eft l'homme d'un goût affez
sûr pour ofer fe promettre d'affigner leur
DE FRANCE.
୨
véritable rang aux productions de l'eſprit ?
Il faudroit d'ailleurs qu'il jugeât à une certaine
diſtance des Ouvrages & des perfonnes
; qu'il pût échapper à l'influence de toutes
ces chofes qui relèvent ou abaiffent fi fouvent
les fuccès , fans décider du mérite. Ces
difcuffions Littéraires peuvent fouvent fatiguer
le plus grand nombre des Lecteurs , à
qui il en coûteroit trop de tant réfléchir fur
des objets qui les ont foiblement & vaguement
occupés. Mais en exerçant l'efprit des
gens de l'art , elles ont droit de les intéreffer ,
& même de les fervir . On les voudroit courtes
; mais elles ne peuvent avoir l'eſpèce de
mérite qu'elles doivent chercher , fans quelqu'étendue.
Je préviens que je pourrai paffer
ici les bornes ordinaires. Mais la variété
piquante du fujet , le genre même de l'Ouvrage
fur lequel j'écris , Ouvrage qui eft inftitué
pour la gloire & l'utilité des talens , &
l'intérêt qu'infpire un jeune Écrivain , qui
ajoute fans ceffe aux grandes eſpérances qu'il
a données , en m'entraînant dans de longs
détails , pourront les juſtifier .
Le ton & la marche de Difcours que
M. Garat a adoptés , convenoient bien au
fujet ; j'en développerai tout - à - l'heure le
mérite & les avantages ; mais on peut bien
faire de plus d'une manière ; & je crois qu'il
ſe préfentoit ici une raifon & un moyen de
changer heureufement jufqu'à la forme de
ces Difcours .
A v
10 MERCURE
Ce fujet , quoique très étendu & très várié
, ne préfentoit ni un grand éclat ni un vif
intérêt , il offre un Écrivain plus fingulier
qu'impofant ; un homme qui n'a rien de
plus frappant que l'habile fage ffe qui a rendu
fi paifible une vie fi longue. Ainfi ce fujer ,
repouffant tout enthoufiafme , le prêtoit
peu au ton oratoire. Le ton oratoire perdant
ici fon effet , n'eûr il pas été adroit &
heureux , non- feulement de le quitter fouvent
, mais même d'en prendre un contraire ,
de mettre autant de foin à l'éviter qu'on en
mettroit dans un autre Ouvrage à s'y élever
& s'y foutenir ? Il eft bon fouvent d'imiter
le dépit de ce Peintre , qui , ne pouvant
réuflir à faire une Déeffe , voulut rabaiffer
fon tableau à une fimple Bergère , & dut
encore un chef- d'oeuvre à fon défeſpoir
même. On auroit pu obtenir le même fuccès
en fe bornant à une analyfe fine & élégante
du talent de Fontenelle , & à une peinture
fidelle de fon caractère . Par une rencontre
favorable , on trouvoit dans cet Écrivain
même le modèle du genre d'efprit & de ſtyle
avec lequel il convenoit de le louer. Il eft
des oppofitions qui plaifent ; pour ne pas
fortir de l'efpèce de l'objet fur lequel je raifonne
, on a été agréablement furpris de voir
l'admirable inftinct de La Fontaine, fi bien
faifi par la fineffe des obfervations de M. de
Champfort. Mais une reffemblance du ten
avec l'objet , fur - tout lorfqu'elle fe trouve
difficile à faifir , plairoit encore plus sûreDE
FRANCE. II
ment. Fontenelle a inftitué un genre d'éloges ;
c'eft là où il a particulièrement imprimé
tous les caractères de fon talent . On auroit
aimé à le voir imité par celui qui ie louoit ,
à le voir infpirer & diriger l'efprit qui s'oc
cupoit à le faifir & à le juger. Mais , en imitant
Fontenelle , fon Panegyrifte , ou plutôt
fon Appréciateur , pouvoit , en plusieurs
points , s'écarter de fa manière. Fontenelle
parcouroit , avec une préciſion heureuſe , les
differentes parties de la gloire qu'il avoir à
célébrer la fienne pouvoit être plus approfondie.
Les progrès même qu'il a fait faire
à l'efprit humain , permettent & ordonnent
d'entrer plus avant dans les chofes. En
nous exerçant à la penfée & à la difcuffion ,
il nous a rendus capables d'embraller plus
d'objets , & de les confidérer fous plus de
faces. Les vûes fuperficielles ne fuffifent
plus ; les forts réſultats nous accableroient
encore ; nous fommes à l'époque où les développemens
nous font utiles & néceffaires.
Fontenelle faifoit l'éloge d'hommes dont la
mort étoit récente. Le temps des ménagemens
n'étoit pas paffé ; celui d'une vérité entière
, d'un jugement libre & impartial
n'étoit pas venu. Pour lui , fa mémoire appartient
maintenant à la juſtice des fiècles.
Il n'eft plus permis de parler de fes beautés ,
fans montrer les défauts ; fon éloge ne peut
plus être féparé de notre inftruction ; fon
éloge même , pour éternifer fa gloire , doit
la renfermer dans fes véritables bornes. D'ail-
A vj
12 MERCURE
leurs , il a porté dans l'art des ménagemens
une retenue dont il ne faut pas toujours le
faire une règle ; il eft digne qu'on porte fur
lui des regards plus hardis qu'il n'en portoit
fur les autres. Il convenoit aufli , en emprun
tant une forme d'éloge , propre à l'Académie
des Sciences , de lui communiquer
quelques unes des chofes qui élèvent plus
haut ce genre dans l'Académie Françoiſe ,
d'autant plus qu'elles s'offrent d'elles mêmes
dans ce fujet , & qu'elles l'enrichiffent fans
le dénaturer. Malgré la fimplicité de fon
ton , & la févère précifion de fa marche ,
ce Difcours fe plaçoit dans un cadre impofant.
On ne peut juger Fontenelle fans
toucher aux deux plus belles époques de
l'efprit humain. Né dans le moment du plus
grand éclat du fiècle des Arts , Fontenelle.
n'eut rien de commun avec tous ces grands
Hommes , au milieu defquels s'écoula une
partie de fa vie. Mort dans la plus grande
effervefcence du fiècle philofophique , il
parut préfider à une révolution où il fut encore
furpaffé par fes contemporains . A quoi
a tenu une destinée fi fingulière ? Voilà le piquant
problême qu'offroit ce Difcours . Pour
le réfoudre , il falloit bien étudier l'Homme
& l'Écrivain , montrer l'influence qu'ils eurent
l'un fur l'autre. La féchereffe de l'ordre
chronologique pouvoit difparoître par une
divifion où le fujet fe feroit développé également.
Nous voyons d'abord dans Fontenelle
un Bel- efprit , le Bel- efprit devient enſuite
DE FRANCE.
13
un Philofophe , le Philofophe chez lui achève
l'Écrivain ; l'Écrivain & le Philofophe fe
confondant avec l'homme , le montrent tout
entier. Le fujet pris ainfi , offroit quelque
chofe de vif& de noble, qui s'agrandiffoit par
le double lointain des deux beaux fiècles auxquels
il s'unit de toutes parts ; il admettoit
donc la verve du ftyle oratoire , même en
en excluant les formes & la marche . On
peut regretter que ce plan , qui fe préſentoit
affez facilement , n'ait pas été faifi par un
Écrivain digne de le remplir. Nous aurions
à comparer deux Ouvrages d'un genre oppofe
, qui , en offrant chacun les beautés qui
leur font propres , auroient pu encore fe
relever & s'embellir par leur contraſte.
M. Garat a conçu fon Difcours fur un autre
plan . Il a vu que c'eût été manquer au
goût , à la raison , à la juſtice , à l'attente de
Ï'Académie & du Public , que de ne pas faire
un examen fincère des défauts & des beautés
de Fontenelle , que c'étoit trop peu de ne pas
louer fes mauvais Ouvrages , qu'il importoit
d'attaquer des défaurs qui ont féduit &
qui pourroient feduire encore ; & il a cherché
dans le ton de fon Difcours la dignité
d'une forte de jugement fur un Écrivain
d'une grande renommée , d'un jugement
porté dans le premier Corps Littéraire de la
France , & , en quelque forte , en fon nom.
Pour juger Fontenelle , il falloit donc tou
jours employer la difcuffion ; mais elle pou14
MERCURE
voit recevoir de l'éclat & du mouvement
par le tableau des objets fur lesquels le talent
de Fontenelle s'eft exercé , & par la compa
raiſon des talens avec lefquels il a rivaliſé.
Alors le fujet offroit peu d'émotions pour
l'âme , mais beaucoup de vûes pour l'efprit.
Avec un fujet fi varié & un talent fi fécond
en idées , M. Garat ne pouvoit guères fe réfoudre
à faire des facrifices : auflì , loin d'affecter
la précision , il étonne au contraire
par fon abondance. Cette manière de voir &
de fentir a produit un Difcours qui , en géneral,
a plus encore les formes que les effets de l'eloquence,
qui garde toujours un ton élevé , lots
même que les penlées ne font que fines ,
qui marche plutôt dans un calme impofant
qu'avec une rapidité brillante , qui ne reffemble
pas plus aux autres éloges de l'Académie
Françoife , qu'à ceux de l'Académie des
Sciences , & qui eft proprement une differtation
oratoire, non feulement fur les Écrits
& la perfonne de Fontenelle , mais encore
fur tous les objets de littérature & de philofophie
qu'a traité Fontenelle. Ce plan avoit
de grands avantages pour amener de grandes
beautés ; mais il pouvoit affoiblir l'intérêt ;
car chaque eſpèce d'Ouvrage a le fien.
Dans le deffein que j'ai de m'arrêter tourà
tour fur les beautés & les défaurs qui me
frappent dans le Difcours de M. Garat , je
l'examinerai fous trois afpects : l'appréciation
du fujet , l'ordonnance de l'Ouvrage &
le ſtyle.
DE FRANCE
15
Bien des gens croyent que le fuprême mé
rite dans un éloge , eft d'exagérer habilement
le mérite du Héros , de paffer avec encore
plus d'adreffe fur les taches de fa vie , les
imperfections ou les écarts de fon génie.
C'eft à ces endroits qu'ils obfervent l'Orateur
avec le plus de foin. S'ils le voyent parler
en homme libre , ne rien diffimuler ,
quelquefois même blâmer ouvertement , ils
crient à la mal adreffe , à la difconvenance ,
quelquefois même au ſcandale. J'ai vû des
perfonnes , qui ont d'ailleurs du goût & de
la raifon , férieufement révoltées des reftrictions
que M. Garat a mifes fouvent à la plus
vive admiration que Fontenelle ait jamais
excitée. Ainsi, les ferviles ménagemens de nos
moeurs veulent régner juſques dans la philo
fophie & l'éloquence ; nous recherchons encore
les formes de la flatterie dans la diftribution
de la gloire. Comment peut- on à ce
point aimer le faux & s'effaroucher du vrai ?
Qui a t'il donc de noble & d'utile dans ces
éloges que l'on décerne aux grands Hommes ,
fi la juftice n'y préfide pas ? Quelle confiance
prendrai je dans votre admiration , fi elle ne
me gagne pas par des tons de vérité , fi vos
plaintes & vos reproches ne la fufpendent
pas quelquefois ? Et quelle vie n'a fes fautes
? Quel mérite n'a fes taches ? Je dirai
plus ; fi l'objet propofé en éloge méritoit
plus de blâme que de louange , ce feroit le
blaine qu'il faudroit lui prodiguer , pour ne
manquer ni au goût ni à la vertu. Il est vrai
16 MERCURE
.
qu'alors il faudroit effacer le mot d'éloge .
Et pourquoi ne le quitteroit- on pas dans tous
les cas ? Il fent encore trop l'adulation ; il
diminue l'autorité de la vraie gloire ; il embarraffe
quelquefois l'Écrivain ; il diffimule
au Public l'espèce d'Ouvrage que lui même
defire & qu'il doit juger . C'eſt donc un mérite
effentiel dans le Difcours de M. Garat ,
que d'être un jugement plutôt qu'un panégyrique
; & ce mérite , trop rare dans les éloges
, devoit fur tout commencer à celui de
Fontenelle. Voyons comment l'Auteur a apprécié
cet Écrivain. Je combattrai fouvent
fes avis ; quelquefois je lui reprocherai de
s'être mal à propos écarté de l'opinion générale
; d'autres fois j'examinerai s'il n'y auroitpas
eu plus de jufteffe à en établir une contraire
: il fera aifé , fans que je les marque , de
diftinguer ces divers objets.
Il faut bien que je commence par de
grands éloges , puifque le premier morceau
du Difcours me paroît excellent ; l'exorde eft
une vue ferme & noble fur tout le fujet ; il
annonce de plus le genre d'idées , la marche
de Difcours & le ton de ftyle qui doivent
régner dans tout l'Ouvrage.
Qu'eft ce que Fontenelle? Eft - ce un belefprit
, eft- ce un homme de talent , eft ce
» un homme de génie ? Sa longue'carrière a
» été partagée prefqu'également entre deux
» fiècles , celui des Arts & celui de la Phi-
99
lofophie. Dans le premier , Fontenelle a
» eu pour ennemis & pour détracteurs , les
DE FRANCE. 17
و د
" premiers Écrivains de la Nation , les arbi-
" tres du goût , les Racine , les Boileau , les
» la Bruyère ; dans le fecond , Voltaire ,
Montefquieu , les premiers génies de la
' France , l'ont mis au rang des grands Hom
» mes , & il n'a eu pour ennemis & pour
» détracteurs que ceux qui le font de tous
» les noms célèbres , de toutes les réputa-
» tions éclatantes . La poftérité femble refter
encore indécife entre l'opinion de deux
fiècles ; & c'eft à vous , Meffieurs , qu'il
appartenoit de dicter fes arrêts , de fixer
» la place de Fontenelle entre toutes les renommées
Littéraires. En lui décernant un
éloge public , c'eft fans doure un jugement
que vous avez demandé ; mais être jugé en
votre nom dans cette affemblée folennelle,
c'eft déjà un honneur qui n'a pu être accordé
qu'à un Écrivain du premier ordre.
Ainfi , chez un peuple fameux dans l'antiquité
, par fes loix & par fes ufages , la
» cendre feule des Rois étoit foumiſe à ce
» Tribunal fuprême , qui accordoir ou refu
» foit les honneurs du maufolée . Dans ces
» lieux , pleins du nom & de l'autorité de
و د
و ر
ود
ود
"2
Racine & de Boileau , en louant Fonte-
» nelle , je croirai parler toujours en leur
préfence; mais c'eft par mon courage à
dire la vérité , que je leur témoignerai fur-
» tout mon refpect . Heureux fans doute le
Panégyrifte d'un homme célèbre qui , ne
» voyant aucune tache dans le talent qu'il
» va louer , peut fe livrer tout entier au
"
+8
MERCURE
32
20
ود
fentiment fi doux de l'admiration & de la
reconnoiffance ; qui , retraçant une gloire
» chère à tous les coeurs , refpectée des
goûts les plus divers , réveille facilement
» des impreffions gravées dans toutes les
âmes , & voit la fenfibilité d'une Nation
» entière prête à fuppléer à tout ce qui peut
manquer à fon éloquence ! Heureux en-
» core celui qui , voyant dans un esprit fupérieur
des fautes que la haine & l'envie
» ont exagérées , que l'efprit de fects &
"
»
l'amitié ont voulu diffimüler , s'avance au
» milieu des enthoufiaftes & des détracteurs ,
» pour faire , avec candeur & avec vérité , le
" partage de ce qu'on lui doit d'eflime sc
ور
de reproche , le blâme quelquefois fans
» ménagement , pour acquérir le droit de
» le louer fans réferve ! Je m'attacherai fur-
» tout , dans cet éloge , à tracer ce tableau
unique dans notre Littérature , d'un Écrivain
qui , au moment où tous les Arts
font parvenus à la perfection , féduit fou
» vent le goût par les défauts , l'étonne &
» le bleffe quelquefois par les beautés même ,
» échappe toujours , par fon extrême originalité
, au jugement de toutes les règles
» connues , & n'a pu être apprécié que par
» de nouveaux principes & un nouveau
» fiècle de lumières . Sa vie , dans la morale ,
39
99
paroîtra une espèce de phénomène , com-
» me fes Écrits dans la Littérature . Il éton
nera le Philofophe par le caractère de les
» vertus , comme l'homme de goût par celui
DE FRANCE. 19
99
و ر
» de fes Ouvrages. Quels que foient les fen-
» timens & les opinions de ceux qui écou
» teront le Panégyrifte de Fontenelle , il n'eft
perfonne qui ne doive s'intéreffer à fon
éloge la prévention qui méconnoît fon
» mérite , & celle qui l'exagère , doivent
» être également attentives ; car fi la gloire
» eft le tréfor le plus précieux dont difpo
» fent les Nations , fi elle fait naître les talens
qu'elle récompenfe , il eft de l'intérêt
» de tous les hommes qu'elle foit diſpenſée
» avec équité.
"
"
En entrant dans fon fujet , l'Orateur commence
par tracer un tableau de la Littéra
ture au moment où Fontenelle a commencé
d'y paroître. On a reproché à ce morceau
de n'avoir pas la magnificence des objets &
la nouveauté des réflexions que promettoit
- l'examen d'un Écrivain Philofophe. Je trouve
de la vérité dans ce reproche. Mais je ne puis
me refuser à détacher de ce morceau quelques
lignes , où l'on reconnoîtra des oblervations
auffi neuves que bien énoncées.
99
Du milieu de tous ces chef d'oeuvres des
Arts , qui , en peignant l'homme & la na-
» ture , apprenoient à les connoître , commençoit
déjà à fortir une philofophie en-
" nemie des abftractions & des fyftêmes ,
33
"
fondée , comme les talens de l'imagina-
» tion , fur l'obſervation & l'expérience de
» nos fentinens : dejà l'on prévoyoit le mo-
» ment où les Sciences alloient pi endre quel
29
que chofe de l'éclat des beaux Arts , où la
20 MERCURE
و ر »gloireduPhilofopheferoitauffibrillante
» & auffi répandue que celle de l'Orateur &
» du Poëte. »
On fait que Fontenelle a écrit dans prefque
tous les genres de Littérature , & qu'il
n'a commencé à fe montrer un Éctivain fupérieur
qu'en fe bornant aux Écrits d'un Littérateur
Philofophe & d'un favant homme
d'efprit. Comment a- t'il pu fe méprendre à
ce point , & fi long-temps fur fa vraie defti
nation ? C'eft une queftion très piquante ,
& que l'Auteur a très bien développée & dé
cidée. Ce morceau me paroît traité avec une
métaphyfique excellente , mais qui n'eft peutêtre
pas affez rapprochée du commun des
Lecteurs. J'aurai tant d'autres morceaux à
citer , que je ne puis le rapporter ici . Je prie
les Lecteurs qui mettent quelqu'intérêt à la
difcuffion qui m'occupe , de juger entre l'Au
teur & moi , en me fuivant dans l'examen de
ce Difcours.
L'examen de cette queftion conduit l'Auteur
à ce réfultat.
"
"
" Fontenelle , dont l'efprit fage conçoit
» une ambition fi hardie , donnera un exemple
mémorable de la vérité qu'il a mé-
» connue. On le voit , dans fes Écrits , approcher
par degré de la perfection , à ine-
» fure que les genres & les objets qu'il
» traite exigent moins de fenfibilité & plus
» de réflexion ; ne mériter aucun éloge
» comme Poëte ; joindre à des paradoxes
qui ne font qu'ingénieux , des vûes neuves
» & profondes , en écrivant fur la poéti-
"
DE FRANCE. 21
و ر
و د
que , fur la morale & fur l'hiftoire ; &
» ne montrer enfin toute l'étendue , toute
la jufteffe & tous les caractères de fon
efprit , que lorfque , fortant de lui même ,
» où il rencontre toujours des bornes dans
» les bornes de fes paffions , il cherche fa
gloire dans l'étude de la Nature , qui n'a
» point de limites , & qui eft toute entière
» fous fes yeux. »
و د
Sans l'avoir marquée , l'Auteur a fuivi la
marche que le fujet même indiquoit . Il commence
par s'arrêter fur les différentes poéfies
de Fontenelle , qui ne font que des productions
de bel efprit. On pouvoit les confidérer
en maſſe ; M. Garat n'a pas dédaigné de
s'arrêter long- temps fur les deux parties principales
, les Opéras & les Églogues.
Il en fait une critique pleine de goût &
d'efprit ; mais enfuite ne les loue- t'il pas exceffivement
?
J'ai effayé plufieurs fois de lire les Opéras
. J'avoue que , ne portant d'autre intérêt
dans cet examen que mon plaifir , & ne le
trouvant jamais , je n'ai point achevé. Je ne
fuis donc pas en droit de leur conteſter toutes
les brillantes qualités que M. Garat y a vûes ;
mais il me femble qu'il n'en a convaincu
perfonne ; & alors il eft fort à craindre qu'il
ne fe foit trompé.
J'ai les inêmes chofes à dire fur le morceau
des Églogues. Toujours une excellente
critique des défauts ; enfuite des éloges qui
me paroiffent outrés . J'avoue bien que dans
22 MERCURE
les dix Églogues de Fontenelle , il y en a trois
ou quatre qui ont un fonds très piquant &
de très heureux détails . M. Garat les loue
fur- tout pour l'invention toujours agréable
des fujets , & le deffin toujours ingénieux &
fimple de l'action , & il prouve très bien ces
louanges par le tableau qu'il trace des ſcènes
qui forment ces Églogues. Mais il ne dit pas
affez combien l'abfence continuelle d'imagination
& de fenfibilité détruit l'effet de ces
fcènes , & combien ces Ouvrages , n'ayant
jamais qu'un mérite qui ne leur convient pas ,
reftent au- deffous de ceux qui ont été produits
par le vrai talent. Il feroit injufte fans
doute de ne pas aimer beaucoup de chofes
dans les Églogues de Fontenelle. Mais peuton
les appeler des Ouvrages charmans ? Eftil
vrai encore qu'il y ait dans ces Églogues
un fi grand mérite philofophique ? Que Fontenelle
ait découvert tant de traits nouveaux
& prefque imperceptibles dans l'amour..... de
ces plaifirs que les âmes paffionnées laiſſent
perdre dans la foule ou dans les tranfports de
leurs jouiffances. Eft- il vrai que Fontenelle
rappelle des faits qu'on avoit oubliés , des
fenfations qu'on n'avoit jamais démêlées ;
que les fentimens de Fontenelle foyent des
apperçus profonds , &c. Je viens de relire fes
Eglogues ; plufieurs m'ont plu beaucoup ;
jamais elles ne m'ont intéreffe encore
moins charmé ; j'y ai remarqué une foule de
choſes très fines , très ingénieufes , quelques
traits qui ont vraiment de la grâce , & même
DE FRANCE.
23
de la poéfie ; mais je n'en ai reçu aucunes
de ces impreffions que M. Garat vient d'exprimer.
Je trouve dans cet endroit du Difcours
des idées d'une métaphyfique fi fine , que je
ferois fort tenté de les croire fauffes. Il eftdes
momens où les âmes les plus fenfibles , fatiguées
de leurs paffions , en aiment mieux l'hif
toire , qui les fait réfléchir avec intérêt , que
le tableau énergique qui les remue & les agite
encore. Voilà , felon l'Auteur , pourquoi
Fontenelle peut plaire encore après Téocrite
& Virgile. Cette explication me paroît amenée
de bien loin. Si Fontenelle plaît quelquefois
, c'eſt par des traits qui fe rapprochent
du langage des vrais Poëtes :
Elle m'eut en fuyant dit quelques mots tout bas
Avec fa douce voix & fon doux embarras.
Voilà de la grâce de La Fontaine.
Quand il peint ainfi l'impatience amoureufe
d'un Berger :
Quel fiècle jufqu'au foir ! il meſure des yeux
Le tour que le foleil doit faire dans les cieux ;
Il faut que fur ces monts ce grand aftre renaiſſe ,
S'élève lentement & lentement s'abaiſſe.
Dans ces beaux vers , il y a quelque chofe
de Virgile. Dès qu'il rentre dans le ton
qui lui eft propre , il plaît d'une autre
manière , & il plaît moins. Il ne retrace
plus les fentimens où l'homme retrouve
fon coeur , & alors il ne dit plus rien
24 MERCURE
pour les âmes fenfibles . Je ne conçois pas
trop comment il les délafferoit par l'hiftoire
des paffions, fans les remuer par leur tableau.
Il me femble que dans les âmes ſenſibles ,
tout ce qui rappelle les paffions les réveille ,
que dans leurs coeurs , les réflexions qu'elles
amènent ne vont jamais fans les nouvemens
qu'elles excitent. Cette idée de M. Garat me
paroît manquer de jufteffe ; mais elle manque
peut être encore plus d'intérêt. Elle ne
pouvoit venir qu'à un homme de beaucoup
d'efprit ; mais le goût veut que l'on rejette
fouvent des idées où l'efprit rifque au moins
de paroître avoir abufé de lui- même. J'ai cru
devoir infifter fur ce défaut , parce qu'il me
femble qu'il eft affez fiéquent dans le Dif
cours de M. Garat. Chacun trouve dans fes
plus heureufes facultés la fource de fes fautes
; & c'eft du trop d'efprit que M. Garat a
le plus à fe garder .
Cemorceau des Églogues eft celui du Difcours
qui a trouvé le plus de Cenfeurs ; je
ferai forcé d'y revenir , lorfque j'examinerai
l'ordonnance du Difcours.
J'arrive avec M. Garat aux Dialogues des
Morts . C'eft l'Ouvrage de Fontenelle , qui
me paroît avoir les plus effentiels défauts &
mériter le moins de grâce. Loin de juftifier
l'efpèce d'eftime que quelques perfonnes leur
confervent , je crois qu'il importe de la détruire.
Quel mérite peut- on trouver en effet
à un Livre qui ne reproduit les grands perfonnages
& les grands événemens que pour
les
DE FRANCE. 25
les dégrader , qui ne les rapproche que par
les rapports les plus forcés , les plus choquans
, & ne tire de ces rapprochemens que
les plus frivoles réſultats ; un Livre dont le plan
eft tout dramatique , & où les caractères les
plus impofans & les plus variés ont perdu
toute majefté , & paroiffent jetés dans le
même moule ; où l'Auteur , ne pouvant s'élever
à leur ton , n'a pas craint de les ravaler
au fien ; un Livre enfin où l'on ne trouve jamais
ni fenfibilité , ni imagination , ni une
vraie & noble philofophie , où tout l'efprit
même qui y brille n'a rien de bien diftingué
& n'eft qu'un vice de plus ? Il eſt à remarquer
que c'eft celui des Écrits de Fontenelle
où l'on rencontre le moins de ces chofes fi
habilement apperçues & fi heureuſement
exprimées. Mais je prends ici une peine inutile
. Perfonne n'en a mieux marqué tous les
défauts que M. Garat. Comment a t'il pu
enfuite y admirer tant de chofes ?
Il parle d'abord de la vigueur & de l'étendue
qu'on apperçoit dans le deffin général de
ces dialogues. Faire entrer les morts illuftres
en conférence dans les Champs Élysées , ne
me paroît avoir rien de merveilleux , fur tout
après que cette idée avoit déjà été réalisée par
Lucien. C'eft dans la manière dont ils fe
roient mis en scène que confifteroit l'invention
; mais Fontenelle a manqué à tout dans
ce point ; je m'en rapporte fur ceci à la cri
tique même de M. Garat.
N°. 45 , 6 Novembre 1784: B
26 MERCURE
Voyez encore ce qu'il ajoute : Ces rapprochemens
fi inattendus , qui font naître des
idées fi nouvelles , ne font pas feulement les
artifices d'une compofition ingénieufe , mais
le coup- d'oeil d'un efprit vafte , qui faifit des
rapports & des vérités aux plus grandes deftinées
. Cet éloge ne feroit pas indigne des
Lettres Perfanes ; & il eft donné aux Dialogues
des Morts !
pour
la
Il fe joue de la raifon humaine , l'ébranle ,
ta fait chancelerfur fes maximes les plus inconteftables
, l'arrache quelques inftans de tous
fesfondemens, non pour la renverfer, mais pour
la fairefortir d'un repos où elle devientftérile,
porter plus loin , & lui donner de plus
folides appuis. Si quelqu'un vouloit juger de
Ouvrage de Fontenelle d'après cette idée ,
il pourroit s'attendre à y trouver un Écrivai
plein de verve dans le ftyle , d'audace dans
les idées , de forces & de reffources pour
tout renverfer & tout reconftruire. S'il venoit
enfuite à ouvrir le Livre , il me femble
qu'il trouveroit terriblement à rabattre.
J'ofe dire que ce Livre méritoit toute la colère
des grands Écrivains du fiècle de Louis
XIV ; il les autorifoit en quelque forte à
prononcer une malédiction fur le talent de
l'Auteur. Aufli s'eft il élevé depuis à une autre
manière de voir & de peindre les objets ,
& c'eft pour cela qu'il s'eft placé tout à côté
des hommes du premier ordre. Il y avoit
quelque chofe à louer dans cet Ouvrage ,
mais ce n'étoit pas les dialogues , c'eft la criDE
FRANCE. 27
tique qui en eft faite dans le Jugement de
Pluton. Fontenelle feul étoit peut être capa
ble de fe charger d'écrire lui même tous les
reproches qu'on lui faifoit ; ce n'eft pas qu'il
les méprife , il paroît au contraire en fentit
la force & la jufteffe ; néanmoins il les écrit ,
il en fait une partie de fon Ouvrage même ;
il emploie tout fon efprit à les bien faifir , à
les bien rendre ; il ne s'y épargne pas ; il s'at
taque jufques dans les endroits les plus fenfibles
; il s'attaque & il ne fe défend Éclairé
& animé par la critique des bons juges qu'il
avoit indignés , en exprimant les plaintes des
Héros contre les idées & les diſcours qu'il
leur a prêtés , il conçoit mieux leur âme
& leur génie , & cette fois il n'eft pas tou
jours indigne de les faire parler. Ce courage ,
ou cette indifférence de l'Auteur , me paroiffent
un des traits les plus remarquables
du caractère de l'homme.
pas .
Déformais M. Garat va être plus à for
aife ; il n'aura plus que de bons Ouvrages à
apprécier.
Je paffe fur le morceau où il examine enfemble
l'Hiftoire des Oracles , l'origine des
Fables , les Réflexions fur la poétique , & le
petit Traité du Bonheur. Le jugement qu'il
porte fur tous ces Ouvrages , quoique moins
développé , n'en eft ni moins profond ni
moins jufte.
Le Livre des Mondes demandoit un morcean
plein d'idées & d'imagination . M. Garat
remplit ici l'attente de fon Lecteur. Mais il
Bij
28 MERCURE
me femble qu'il n'a pas fait des critiques ,
qu'un Écrivain aufli digne que lui de defendre
les vrais principes des Arts , ne devoit
pas omettre. Qu'on me permette de dire
encore ici ma pensée.
Je fuis bien loin d'attaquer la brillante réputation
dont jouit encore cet Ouvrage , de
contefter l'utilité de fon deffein & l'agrément
de fon exécution . Sans doute c'étoit une belle
& heureuſe idée que celle d'apprendre aux
gens du monde qu'ils pouvoient penétrer
dans les Sciences , & aux Savans comment ,
ils pouvoient le faire entendre des gens du
monde ; & jamais on n'a porté plus de clarté ,
de préciſion & d'élégance dans le développement
d'une Science qui n'avoit fu encore
s'exprimer qu'avec des termes de mathématiques.
A ces deux égards , les Mondes doiyent
refter comme un des bons Livres de
notre Littérature ; mais ce Livre , en donnant
un bon exemple , n'a t'il pas donné un mauyais
modèle ?
Pour que les Loix de l'Univers ne reftent
plus auffi cachées dans les Sciences que dans
le fein même de la Nature , fuivant une belle
expreffion de M. Garat , il faut leur prêter
la langue ordinaire, & fur- tout les fimplifier
par une logique plus nette , par une méthode
plus facile : c'eft ce qu'a fait admirablement
Fontenelle . Pour nous les rendre agréables
& intéreffantes , il faut les parer des couleurs
de la poésie , les animer des mouvemens de
l'éloquence, Voilà le feul embelliſſement qui
DE FRANCE. 29
"
leur convienne ; & c'est ici où Fontenelle a
fait une méprife dangereufe. Son fujet des
Mondes admettoit de hautes' idées , de riches
images ; il permettoit un ftyle vif & majeftueux.
Quel eft le ton que Fontenelle y a
porté ? Celui d'une froide galanterie . Il met
en fcène deux Interlocuteurs , un Philofophe
& une femme. Mais le Philofophe , au lieu
d'élever fon âme par la magnificence des
objets qu'il décrit , n'ofe en parler avec
la dignité qui leur eft propre , il ſe fait un
bel efprit de toilette , pour parler du mouvement
des altres ; cette femme , à qui il
pouvoit donner une envie de connoître ,
d'autant plus intéreffante , qu'une femme
dans ce temps étoit fouvent obligée de l'immoler
à un fot préjugé , cette femme , dont
l'imagination , la fenfibilité même pouvoient
s'exalter au milieu des auguftes révélations
d'une Science toute poétique & toute religieufe
, à peine daigne t'elle s'intéreffer aux
Loix de l'Univers. Elle les cherché avec une
curiofité avide , elle les pénètre avec une fagacité
rare; mais elle ne fait jamais les admirer
; elle femble n'avoir cherché qu'une
nouvelle occafion de ce froid badinage
qui eft le ton dominant de la Société.
N'eft ce pas là plutôt dégrader les Sciences
que les orner? Si le fublime Auteur de
l'Hiftoire Naturelle avoit pris ce ton & ce
ftyle , auroit- il mérité la gloire , ou plutôt
n'auroit il pas tout gâté dans les Sciences &
dans la Littérature ? Je le répète , les orne-
Biil
30 MERCURE
nens que l'on prête aux Sciences doivent
être dignes d'elles , ou elles doivent les rejetter.
Voici comment quelques années
après la publication des Mondes , un Savant
commençoit une differtation fur l'Aftronomie.
"
"
""
"
#
,
Quand l'Aftronomie ne feroit pas auffi
» abfolument néceffaire qu'elle l'eft pour la
Géographie , pour la Navigation , & même
» pour le Culte divin , elle feroit infiniment
digne de la curiofité de tous les efprits, par
le grand & le fuperbe fpectacle qu'ell
» leur préfente. Il y a dans certaines mines
très- profondes des malheureux qui y font
nés , qui y inourront fans avoir jamais vû
le foleil. Telle cft à peu près la condition
» de ceux qui ignorent la nature , l'ordre ,
le cours de ces grands globes qui roulent
» fur leurs têtes , à qui les plus grandes
» beautés du ciel font inconnues , & qui
n'ont point affez de lumières pour jouir
» de l'Univers. Ce font les travaux des Af-
» tronomes qui nous donnent des yeux , &.
» nous dévoilent la prodigieufe magnificence
» de ce monde , prefque uniquement habité
» par des aveugles. »
و د
Voilà le langage qui honore les Sciences
en les expliquant mieux . Veut - on maintenant
connoître l'Auteur de ce morceau ?
C'eft Fontenelle lui -même , lorfqu'enfin il ſe
fur élevé au- deffus des prétentions du bel
efprit , & qu'Intérprête des Sciences , &
DE FRANCE
entre - elles & envers le Public , fon génie ſe
fut épuré & agrandi dans leur commerce.
La fuite à un autre Mercure.
BALANCE de la Nature , par Mlle le
Maffon le Golft. A Paris , chez Barrois
l'aîné , Libraire , quai des Auguftins.
UN Ouvrage qui , par une marche auffi
facile qu'agréable , nous met à même de
comparer & juger les principaux objets de
la Nature , ne peat manquer d'être favorablement
accueilli ; il trouvera même des
partifans parmi ces êtres privilégiés pour qui
la Nature n'a rien de caché : en concourant
à l'avancement des Sciences , on acquieer
des droits à la reconnoiffance de ceux qui
les cultivent avec le plus de fuccès . Tel eft
Ouvrage publié par Mlle le Maiſon le Golft.
La Balance de la Nature , au premier coupd'oeil
, n'a l'air que d'un amufement ; il cache
fous cet extérieur modefte beaucoup
d'intérêt ; il prépare an grand Livre de la
Nature , en ce qu'il fouftrait à nos yeux
le dédale effrayant du fyftême , jufqu'au mo
ment où , pénétrés de fes beautés , nos idées
s'agrandiffent , notre âme s'élève & le courage
ne nous abandonne plus. Mais comment
balancer le mérite de chacun des principaux
objets que la Nature nous préfente
avec une admirable profufion ? Chacun a fa
manière de voir & de juger ; les productions
Biv
32 MERCURE
de la Nature n'ont point une égale beauté ,
mais chacune a fa beauté particulière ; la
culture , le climat jettent entre- elles des dif
férences confidérables : tout eft prévu par
Mlle le Maffon . Quelques détails fuffifent
pour faire voir que l'idée d'une Balance de
la Nature exigeoit , pour être réaliſée , toute
la fineffe & la délicateffe du ſexe auquel appartient
notre Auteur.
Cet Ouvrage embraffe les principaux objets
des trois règnes. Cédant par des raifons
particulières à des difficultés qu'elle étoit
bien faite pour applanir , l'Auteur nous a
privé du tableau de l'homme qu'elle avoit
efquiffe , & qui ne pouvoit qu'être fort intéreflant
lous ces quatre rapports , beauté ,
bonté, efprit & favoir. Les quadrupèdes font
donc le premier objet de cet Ouvrage ; les
oifeaux , les poiffons & les infectes le fecond ;
viennent enfuite les végétaux , diftingués en
arbres, fleurs & fruits ; dans le règne minéral
on a choifi de préférence les pierres précieufes
& les métaux. Les quadrupèdes fe
confidèrent par la forme , la couleur & l'inf
tinct. Patmi ces trois rapports , quoique tous
également bien traités , il en eft un , la couleur
, qui fait l'éloge des connoiffances de
Mlle le Maffon ; les couleurs fervent bien à
diftinguer les objers & à les caractériſer d'une
manière particulière ; mais nous ne voyons
pas toujours ces couleurs telles qu'elles font ,
en confidérant l'objet qu'elles décorent ; comment
donc établir le degré relatif de beauté
DE FRANCE
33
par la couleur ? L'Auteur réfléchiffant à l'influence
de la lumière fur les couleurs , &
examinant ce qu'elles deviennent entre les
mains du Peintre , en fait la plus heureuſe
application à fa Balance. Une couleur peut
être apperçue , dit l'Auteur , ou telle qu'elle
eft , ou éclairée du foleil , ou dans une demiteinte
, ou même dans une ombre légère ; elle
peut encore recevoir des altérations ou un nouveau
degré d'intensité par la réflexion des
corps voifins. La lumière réfléchie d'un corps
pourprefur un blanc , le teint en couleur de
rofe ; &fi l'un & l'autre étoient cerife , les
reflets réciproques rendroient la couleur beaucoup
plus belle qu'elle ne l'eft en effet . Les
couleurs reçoivent encore un degré de beauté
différent , à raifon de l'état actuel des furfaces
plus ou moins liffes. La tranfparence y occafionne
auffi des differences fenfibles ; elles
reçoivent encore un nouvel éclat de la comparaifon
que l'ail en fait avec les couleurs
voifines. L'Auteur n'a donc point feulement
égard à la couleur propre des objets , elle
confidère fi cette couleur réfléchit plus ou
moins de lumière ; fi , lorfqu'elle reçoit plus
ou moins d'ombre , elle conferve une partie de
fa beauté , defon intenfité, defa fraicheur ,
de fa fuavité, de fon moelleux, ce qu'elle vaut
auprès d'une autre & réciproquement .
Les oifeaux font confidérés par la forme &
la couleur; le poiffon par la forme , la couleur
& la faveur. On fait que la forme & la
couleur du quadrupède n'eft pas celle de
Bv
34
MERCURE
l'oifeau ; celle de l'oifeau ne reffemble en
rien à celle du poillon , que chacun a fa
beauté : nouveaux obftacles à la Balance de
Mlle le Maffon . Tout eft apprécié de la manière
la plus fatisfaifante. La beauté des
poiffons , combinée de la forme , eft encore
un des plus agréables endroits de cet Ouvrage.
Parmi les habitans de la mer , les principaux
mollufques n'ont pas été oubliés ; êtres
finguliers , dont nous devons la connoiffance
au favant Abbé Dicquemane.
Les coquillages font appréciés par la forme
& la couleur ; la régularité fait la beauté de
la forme , & la richeffe apparente la beauté
de la couleur. Les infectes ajoutent à la forme
& la couleur , l'induftrie. Les arbres fe
diftinguent par la grandeur , la forme , la
couleur & l'utilité de leur bois ; les fleurs ,
par leur forme , la couleur & l'odeur ; les
fruits ont de plus la faveur. Tout y eft difcuté
d'une manière fi fatisfaifante & fi utile
aux Amateurs , qu'on peut regarder comme
réunis dans la Balance de la Nature , le fentiment
& l'inftruction , caractères imprimés
aux Ouvrages du fexe aimable chez qui la
Beauté n'est que le moindre avantage.
DE FRANCE 35
#
L'AMI de la Société , fuivi de l'Éloge de
Suger , par M. l'Abbé Percheron , Profeffeur
au Collège Royal de Chartres ,
avec cette Épigraphe , tirée de 1Ouvrage
même : Soyez gais & l'Univers eft à vous.
A Paris , chez Savoye , Libraire rue
S. Jacques.
>
CETTE Brochure , qui eft dédiée à Mlle de
Luxembourg , eft compofee de plufieurs mor
ceaux : un Difcours fur l'Esprit de Société ,
un fur l'Émulation , un Éloge de la Gaîté ,
un de l'Enfance ; deux Lettres , dont l'une
adreffée à un ami devenu Milantrope , &
l'autre à une mère , fur la mort de l'une de
fes filles ; fix Dialogues , qui traitent de phy
fique , de conquêtes , de factions , de la
louange , du filence , & un éloge de l'Abbé
Suger.
A n'en juger que par le titre ou par l'épigraphe
du Livre , on pourroit le croire fort
gai , & l'on fe tromperoit affurément beau¬´
coup. Les différens Difcours & Dialogues
qu'il renferme out été fans doute compofes
pour des exercices publics au Collège de
Chartres ; & l'on pourroit foupçonner même
que l'éloge de l'enfance a été fait pour dest
enfans du plus bas âge.
Dans le Difcours fur l'efprit de Société ,
l'Auteur examine ce qui a rapproché les
hommes les uns des autres , & il obferve
que les befoins moraux n'y ont pas moins
!
B vj
36
MERCURE
contribué que les befoins phyfiques. Il peint
enfuite la fociété , c'eft - à- dire , les cercles
ou affemblées auxquels nous avons donné ce
nom . Il dit quel eft l'efprit que l'on y doit
porter pour être agréable & y trouver de
l'agrément. Sa morale eft indulgente , & propre
à infpirer une bienveillance univerfelle .
Par exemple , en recherchant quels font les
obftacles que les hommes oppofent à l'efprit
de fociété , M. l'Abbé Percheron nous dit
que c'eft l'égoïfme , la hauteur dans les
" procédés , l'opiniâtreté dans les fentimens ,
» trop de rigueur dans la défenſe de fes
» droits , trop d'apprêté dans l'humeur , la
» rivalité qui règne entre les différentes condition
qui partagent la fociété , le penchant
pour la fatyre....... Ne confidérons
jamais nos femblables que fous le plus
» beau point de vûe , & nous nous accou-
» tumerons à les regarder comme parfaits ,
n
"
"
∞
ou du moins leurs défauts & leurs imper-
» fections feront fur nous moins de fenfa-
» tion . C'est dans l'ordre de la Nature ,
» c'eft notre intérêt propre. Ne portons-
» nous pas tous des défauts & des imper-
» fections dans la fociété ? Quel avantage ne
» réfulteroit il pas de cette indulgence mu-
» tuelle ? Chaque individu , en fe voyant
» eftimé & confidéré au delà de fes préten-
و ر
tions , contracteroit l'obligation de deve-
» nir plus parfait. » Ce feroit mal faifir les
idées de M. l'Abbé Percheron , de conclure
que l'homme deviendra meilleur dès qu'il
DE FRANCE. 37
Laura qu'on lui paffe tout. Ce n'eft point à
force de flatter les vicieux qu'on les fait renoncer
aux vices.
Dans l'Éloge de la gaîté , M. l'Abbé Percheron
décrit bien moins les effets qu'elle
produit fur le coeur & fur l'efprit que ce
qu'il feroit à fouhaiter qu'elle y produisit . Il
peint l'homme gai tel qu'il devroit être , &
non tel qu'il eft communément ; & pour for.
mer des hommes gais , il donne un confeil
qu'on ne pourroit fuivre fans beaucoup de
difficultés. " Mères de fanilles , appliquez-
" vous , dit il , à corriger l'humeur de vos
» enfans , & fur tout dans le fexe. Accoutu-
» mez les de bonne heure à la gaîté . S'ils pa
» roiffent devant vous avec un fourcil froncé,
avec un front fillonné par la trifteffe ,
banniffez les de votre préfence ; qu'ils ne
reparoiffent devant vous qu'avec un viſage
» ferein , la joie dans les yeux , le rire fur
les lèvres. Il faut les tracaffer , les railler
» les contredire pour rompre leur humeur.
» Ne fouffrez pas en eux le moindre petit
» nuage , le moindre caprice ; c'eſt le plus
grand fervice que vous puiffiez leur rendre
» pour la vie fociale. "
و د
ל כ
ود
ל כ
30
>>
L'Auteur n'a pas fans doute apperçu que
parmi les moyens qu'il propofe pour éta
blir le culte univerfel de la gaîté , il y en
avoit qui pourroient faire des hypocrites.
Il met dans la bouche d'un enfant un
éloge de l'enfance , qui fuppofe que l'enfant
eft tout à la fois Orateur , Moraliſte , Natu38
MERCURE
ralifte , Anatomifte , Dialecticien , Politique ,
Jurifconfulte , & en un mot il differte dans
les termes de toutes ces Sciences , relative
ment à ſon âge , comme un enfant qui auroit
vieilli dans les écoles.
Le Difcouts qui fuit , & qui traite de
l'émulation , eft très propre à infpirer aux
enfans l'idée des grandes chofes , & fur tout
des chofes utiles.
39
و د
" Ce que l'émulation fait pour l'efprit ,
» oblerve M. l'Abbé Percheron , elle l'opère
auffi fur le coeur ; à fa voix , les fentinens
» s'élèvent comme les idées ; comme on fait
apprécier fes femblables , on fent en même
» temps les égards qu'on leur doit. On eft
plus délicat far les procédés , on fait fe
refpecter foi même & refpecter les autres
; nos obligations s'étendent & fe mul
tiplient à nos yeux : mille actions qu'on
négligeoit rentrent dans l'ordre des de-
>> voits. ≫
"
29
n
La Lettre fur la Mifanthropie balance les
avantages & les inconvéniens de la Société ,
& , comme de raifon , prouve que ceux- là
l'emportent fur ceux- ci.
Nous ne dirons rien des autres morceaux
qui compolent cetre Brochure. En général
ils ne peuvent guères être goûtés que dans les
Colléges .
Nous nous tairons également fur l'Éloge
de Suger ; le fonds & le ſtyle de ce Difcours
font fort au deffous du fujet , ainfi que prefque
tous les morceaux qui compofent cette
DE FRANCE.
39
Brochure , comme on a pu l'appercevoir par
ce que nous en avons cité.
NOUVEAU Voyage Sentimental. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Bastien , Libraire , rue Saint - Hyacinthe.
in- 12.
Tout le monde connoît le Voyage Sentimental
, par M. Stern , fous le noin d'Yorik;
celui que nous annonçons fous le même
titre , n'eft point une fuite de l'Ouvrage Anglois
; & quoique inférieur en mérite , nous
avons cru y voir des chofes très - agréables.
Il eft impoffible d'en rendre un compte exact
qui puiffe en faire connoître le fonds ; chaque
Chapitre n'a aucun rapport , aucune liaiſon
avec celui qui le précède & celui qui le fuit ;
ce font à chaque inftant de nouveaux perfonnages
qui ne font que paroître & difpa
roître ; tantôt c'eft l'Auteur qui parle , tantêt
fes perfonnages eux - mêmes ; d'autres fois
ce font des lettres qu'on lit. Cette manière
ne laille pas que de répandre de la variété ;
le ftyle est toujours analogue au fonds , &
prend toutes les formes néceffaires . On trouve
de la gaîté , de l'intérêt , du perfifflage &
de la philofophic . Nous citerons un morceau
qui fera connoître la manière de l'Autcur.
Il rencontre dans un voyage un Piéton qu'il
interroge , & qui lui avoue qu'il eft Comédien
pour le moment. « —
Comment pour
Oui ; car demain , s'il faut le moment ? ―
*
}
40 MERCURE
"
» que je fois autre chofe , je le ferai. Il y a
» fi longtemps que je fuis convaincu que
» tous les états balancent les avantages par
» des peines.... Enfant , j'avois des bonbons
» & des tapes.... Militaire , de l'honneur &
point de profit ; Maltotier , du profit point
» d'honneur , Riche , car je l'ai été , des ja-
» loux & point d'amis ; Auteur , loué dans
» un Journal , décrié dans un autre ; marié
d'abord à une jolie femme , amour & ja-
» loufie ; enfuite à une laide , fecurité &
ennui ; enfin j'ai pris le parti d'être auſſi
mobile que les circonftances . Il est rare
» que j'aie dans ma poche de quoi fubfifter
» huit jours ; & voilà dix ans que je fubfifte
» comme cela , & je vous avouerai que je
"
"
fais plus heureux que quand j'étois riche.
» Mon ventre plein , mon dos couvert , je
» n'ai plus rien à ſonger ; auffi cette abſence
d'inquiétude m'a t'elle fait retrouver une
fante qui s'étoir délabrée au ſein de l'opu-
» lence. Vous avez donc du talent ?
Cependant , pour bien
jouer la Comédie ?... Oui , pour la bien
» jouer ; mais je la joué mal. En ce cas....
-
» Point du tout.
~
99 -
-
En ce cas je ne gagne guères.
» vos Auditeurs s'y connoiffent ?
"
-
-
Mais fi
Que
m'importe ! je mets à contribution l'amour-
» propre des connoiffeurs comme l'admira-
» tion des fors , & l'un me rapporte pour
le moins autant que l'autre Et lorfque
quelqu'un, trop preffé pour vous entendre,
» vous offre de l'argent comme s'il vous
99
39
DE FRANCE. 41
" avoit entendu? Je le refufe , parce que
je ne reçois de l'argent que quand il eft le
prix de mon travail , &c.....- Touchez-
» là , & continuez d'être heureux .
"
10
ANNONCES ET NOTICES.
LAA onzième Livraifon de l'Encyclopédie eft actuellement
en vente. Cette onzième Livraiſon eft
compofée du Tome quatrième , première Partie de
la Jurifprudence ; du Tome premier , deuxième Partie
de la Marine ; du Tome troifième , première Partie
du Commerce , & du Tome deuxième , deuxième
Partie de l'Hiftoire Naturelle , contenant la fin des
Oifeaux , les Ovipares & les Serpens. Le Dictionnaire
Ornythologique eft terminé par le Tableau de
l'ordre dans lequel on doit lire les Articles qui y
font contenus; & ce Tableau , que nous invitons les
Soufcripteurs à lire en entier , leur fera connoître
qu'on remplit exactement les vûes & le plan qu'on
s'eft propofé dans cette nouvelle Encyclopédie , puif
que chacun des Dictionnaires dont elle eft composée
peut , à la volonté du Lecteur , devenir un Traité
de Science. Après l'ordre de lecture , fuit l'ordre des
genres & des espèces qu'ils renferment.
Le Dictionnaire d'Ornythologie , fuivant le Profpectus
de l'Encyclopédie , devant contenir les articles
relatifs à la Fauconnerie & à la Chaffe , & ces articles
fe trouvant en effet répandus dans tout l'Ouvrage
, M. Mauduit , Auteur de toute cette partie des
Oifeaux , dans laquelle il a fu répandre un trèsgrand
intérêt , & nombre de chofes neuves ,
minée par un fecond Tableau fur la manière de lire
ce Dictionnaire relativement aux articles de Fauconnerie
& à ceux de Chaffe. Les noms latins des
l'a ter42
ME.R CURE
CXV genres , fous lefquels four rangés les Oifeaux
décrits dans ce Dictionnaire , font préfentés à la fin
par ordre alphabétique .
Les animaux Quadrupèdes- Ovipares & les Serpens
, par M Daubenton , de l'Académie des Sciences
, &c. forment le troisième Dictionnaire d'Hif
toire Naturelle . Ce Dictionnaire eft précédé d'une
Introduction aux Serpens , d'un Difcours fur les
moyens de conferver les Quadrupedes- Ovipares ,
& d'autres animaux après leur mort : d'un autre Dif-
Cours fur la manière de préparer & de conferver des
peaux deiféchées de Quadrupèdes- Ovipares & de
Serpens , par M. Mauduit : d'une notice de différens
Ouvrages qui traitent des Quadrupedes- Ovipares &
des Serpens , par M. Brouffonet , des Sociétés Royales
de Montpellier & de Londres : vient enfuite le Dictionnaire
des Animaux Quadrupèdes Ovipares & des
Serpens, par M. Daubenton , qui eft terminé, comme
celui des Oifeaux, par la manière de lire méthodiquement
ce Dictionnaire des Animaux Quadrupèdes-
Ovipares & des Serpens ; de forte que le Lecteur a
teur-à- la - fois ou un Traité ou un Dictionnaire de
Sciences. C'eſt à cette Encyclopédie qu'on doit lidée
ingénieufe de faire de ces Dictionnaires autant
de Traités , & vice versâ. Par ce moyen , ils deviennent
les inftrumens les plus utiles de toutes les connoiffances
humaines. On ne peut plus dire qu'ils ne
font bons qu'à confulter. Chaque Dictionnaire ,
traité fous ce point de vûe , eft un Traité méthodique ,
auffi complet , auffi parfait que le permet l'état actuel
des connoiffances humaines . On a même dû faire
le Traité en entier , pour bien faire le Dictionnaire ,
le Dictionnaire n'étant que le Traité divisé par tous
les mots principaux qui le compofent Cette partie
des Quadrupèdes - Ovipares & des Serpens , eft terminée
par une Table Alphabétique des noms latins
& étrangers des Quadrupèdes- Ovipares & des Ser-
1
DE FRANCE.
43
pens , tirés de la Synonymie des Auteurs cités dans ce
Dictionnaire.
Le prix de cette onzième Livraiſon eſt de vingt.
quatre livres brochée , & de vingt - deux livres en
feuilles.
La Soufcription de cette Encyclopédie eſt toujours
ouverte , & elle eft du prix de 751 liv.
On peut s'adreffer pour fouferire , hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , N° . 17 ; & chez les Libraires de
France & Etrangers.
Avis fur la Traduction Françoise du troisième
Voyage du Capitaine Cook , actuellement fous
preffe , avec Privilège du Roi.
La Géographie de la moitié du Globe étoit couverte
de ténèbres , lorfque l'immortel Cook a coinmencé
fes Voyages autour du Monde . Les décou
vertes fans nombre de fes deux premières expéditions
font connues de l'Europe entière ; la troifième a été
plus heureufe e core à cet égard. On peut voir dans
le Profpectus , joint à l'Avis de le neuvième Livraifon
, le détail de ces importantes découvertes , que
l'efpace ne nous permet pas de répéter ici.
L'Amiraaté d'Angleterre , fatisfaite de la verfion
& de l'Édition Françoife des deux premiers Voyages
de Cook , a bien voulu permettre que les Cartes , les
Planches & les Feuilles du troifième nous fuffent envoyées
à mesure qu'elles fortoient de la preffe à
Londres ; & M. Demeunier s'eft occupé de la traduction
long- temps avant que l'original parût à Londres.
Au moment où l'on écrit cet Avis , il y en a
plus des deux tiers d'imprimé , & les Graveurs de
Paris travaillent aux Cartes & aux Planches depuis
un an.
L'Édition originale a été mife en vente à Lon
dres le 4 du mois de Juin , & épuisée en quinze
48 MERCURE
Paris , chez M. Leduc , au Magafin de Mufique , rue
Traverfière Saint-Honoré ,
NUMÉROS 7 & 8 du Recueil des Airs Italiens
des meilleurs Compofiteurs , traduits , gravés en partition
avec les parties féparées . Prix , 3 livres chaque.
A Paris , chez Imbault , rue & vis - à- vis le Cloître
Saint Honoré , maifon du Chandelier , & Sieber
même rue , près celle d'Orléans , maifon de l'Apothicaire
, nnºo.. 92.
-
Le Numéro 7 contient un Rondeau de M. Sacchini
, très agréable , & qui n'a point la tournure
commune des Rondeaux. Le Numéro 8 eft auffi un
Rondeau del fignor Martini.
FAUTE à corriger dans le Mercure précédent.
Page 200 , à la nouvelle queftion à réfoudre , au
lieu de , ou de tenir , lifez que de tenir.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture .
TABL E.
LE Ver luifant & le Roitelet, | _ nelle ,
Fable ,
Epitaphe deMme Lobreau ,
Charade , Enigme & Logo
gryphe ,
7
3 Balance de la Nature , 31
L'Ami de la Société , 35
Nouveau Voyage Sentimental,
39
41 Eloge de Bernard de Fonte- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Novembre. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion .
Baris , le Novembre 1784. GÜIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES,
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 18 Octobre.
N Journal Allemand rend ainfi compte
Ude l'état actuel du commerce de Cher- UN
fon.
!
Il n'y a peut-être pas de ville au monde qui ait
joui d'une protection plus active que la nouvelle
ville de Cherfon fituée fur la Mer Noire , entre les
embouchures des rivieres de Bog & d'Ingules , &
diftante d'Oczakow de fept & demi - milles d'Allemagne.
Dans un efpace de trois ans on y a bâti
près de mille maifons , mais depuis que la pefte
s'y eft manifeftée , ce nombre ne s'eft point augmenté.
Les maifons de commerce qui y fort
établies font les fuivantes ; favoir , la maison
d'Antoine & Sauron , qui font beaucoup d'affires
pour Marſeille ; celle de Fabri & Mez , qu . font
le commerce du Danube ; celle de Nickelman ,
qui s'occupe du commerce de Conftantinople , où
il tâche de rétablir la maifon de Reboul ; quelques
Fourniffeurs de la Couronne & environ douze
Négocians Grecs . Jufqu'à préfent on n'a pu par
N°.45 2 6 Novembre 1784. a
( 2 )
"
venir à établir dans cette ville un commerce bien
ordonné ; beaucoup d'entreprifes & de fpéculations
mercantiles ont manqué ; dans ce nombre
eft celle avec le bled de l'Ukraine Polonoife.
D'après les regiftres de douane , les marchandifes
entrées dans cette ville depuis la fondation , pour
le compte de particuliers , n'excédent pas la valeur
de 400,000 roubles . On donne plufieurs raifons
du peu de fuccès de ces entrepriſes commerciales
. On dit que cette ville paroît être plus arrangée
pour une place de guerre que pour une
place de commerce : qu'à l'exception des magfins
pour la Couronne , il n'y a point d'entrepôt
où le Négociant étranger puiffe dépofer fes marchandifes
; qu'il fe trouve rarement à la rade un
des cinq bâtimens affectés au commerce de cette
ville ; que les poftes font dans un très - mauvais
état , & que les droits d'entrée & de fortie continuent
toujours à être perçus , quoique plufieurs
gazettes aient fauffement publié le contraire .
Non-feulement la Cour de Pruffe a défavoué
dans la Gazette de Berlin la copie
imprimée de la Convention avec Dantzick ;
elle a de plus , publié l'original de cet Accord
, non ratifié encore par le Sénat de
Dantzick , & figné du feul Comte de Stackelberg.
A quelques légeres inexactitudes près ,
tout l'effentiel de cette convention ſe trouve
dans la traduction que nous en avons donnée
, ce qui nous difpenfe de traduire l'original
, tel qu'il fe trouve dans la Gazette de
Berlin .
Elias Abefci , Grec de naiffance , ayant
acquis par un long féjour , & par des em(
3 )
plois de confiance à Conftantinople , des notions
dérobéés au Public fur divers ufages
de cet Empire & du Serrail , les avoit raffemblées
dans un Manufcrit qu'on vient de
traduire en Anglois fous le titre de The prefentftate
of Ottoman Empire. Entr'autres dé
tails cnrieux , ce livre renferme les fuivans.
Le nombre des efclaves ou femmes du Grand-
Seigneur actuel eft de 1600 : chacune a fon lit á
part. Le nombre dépend de la volonté feule du
Sultan régnant ; Selim en avoit 2000 , & le Sultan
Mahomet feulement 3oo. Elles vivent dans la
partie la plus retirée du Serrail , dont un côté
a vue fur les jardins , & l'autre fur la mer de
Marmora. Depuis que le Czaar Héraclius n'ervoie
plus de la Géorgie le tribut de filles , ce font
des Pirates qui recrutent pour le Serrail, ils cherchent
à les prendre en Circaffie ; ils les choififfent
fort jeunes , dès qu'elles annoncent de la beauté.
On leur enfeigne à broder , à danfer , à chanter ;
elles n'ont perfonne pour les fervir ce font les
jeunes qui fervent les plus anciennes . Quoique le
Sultan foit fort defpotique , il arrive rarement
qu'il enfreigne les loix du Serrail ; ce n'eft qu'à
la publication d'une bonne nouvelle , que parmi
toutes les esclaves il en choifit une qui doit fe
tenir à genoux au pied du lit de S. H. & y
monter dans cette pofture , à moins que par une
grace fpéciale elle n'en foit difpenfée. Un autre
jour que celui d'une fête extraordinaire , fi uné
efclave excitoit les defirs du Sultan , elle courroit
grand rifque pour les jours ; car on fe rap; elle
que la jaloufie des favorites , fous le regne d'Achmet
fit empoisonner 150 de ces femmes qui
avoient eu le bonheur de s'attirer les regards du
Grand- Seigneur des jours non-permis. M. Abefci
a 2
( 4 )
affirme que l'Athéisme , depuis quelques années ,
fait de grands progrès parmi les Turcs , fur tout
depuis que le projet d'adopter la tactique Européenne
a multiplié les étrar gers à Conftantinople,
Un papier Allemand , qui renferme fur le
commerce des notions ordinairement trèsjuftes
, a donné létat fuivant de la pêche du
hareng en Suede.
La plus grande partie des harengs Suédois font
pêchés entre Gothembourg & Marstrand ; l'on a
conftruit fur les côtes un grand nombre de bâtimens
& de hangards , où les harengs font prépares
& falés auffitôt qu'ils arrivent de la mer.
Pour faler & arranger 8 à 10,000 tonnes ou caques
, il faut entretenir environ 50 ouvriers &
40 à 45 femmes qui s'occupent à éventrer les
harengs. Les ouvriers arrivent fur les côtes dans
le mois d'Octobre , & comme la pêche ne dure
que 4 à 6 femaines les travaux font continués jour
& quit . 85 ouvriers font en état de faler 800 à
1000 tonnes dans un jour & une nuit . La pêche
Occupe environ 1000 grands & petits bâtimens.
1758 , la Suède n'a exporté que 19,000 caques
de harengs , mais l'année fuivante , l'exportation
du hareng s'eft accrue à 46,000 caques ; depuis
cette époque cette branche de commerce a toujours
augmenté. On a calculé que depuis dix ans
il a été falé , dans le diftri&t de Gothembourg ,
une année portant l'autre , 130,000 tonnes d'lia,
rengs par an , dont 95,000 ont été exportées à
l'étranger & 15,000 en ont été envoyées dans
les Provinces Suédoifes fur la Baltique. On ne
comprend pas dans ce nombre plufieurs milliers
de tonnes d'harengs que les gens de campagne
viennent prendre annuellement pour les vendre
( 5 )
*
en Dannemarck & en Norvege. Il est défendu en
Suède d'exporter des harengs frais , mais malgré
cette défenie on peut admettre qu'il en fort par
an 8 à 10,000 tonnes . On évalue à 40,000 tonnes
les harengs que l'on prend & fale dans le diftri&t
de Marstrand , à 20,000 ceux du district d'Uddawalla
, & à 10,000 ceux du diftri &t de Kongelf,
de forte que le total des tonnes de harengs falés
ſe monte par an , dans la Province de Gothie , à
environ 200,000 , dont 130,000 paffent à l'étran
ger & 70,000 font vendues dans le pays . Autrefois
la préparation du hareng fe faifoit conformément
à un Réglement , mais depuis 1765 , il
eft libre à chacun de préparer le hareng comme
il le juge à propos . Le Gouvernement prend feulement
foin que les tonnes foient marquées du
nom du propriétaire , & qu'elles contiennent la
mefure de 48 pots de Suède . Trois à quatre
mille tonnes de harengs falés font envoyées par
an dans la Méditerrannée autant aux Inles de
Canaries , & 20 à 30,000 aux Indes occidenta
les , une partie en droiture & l'autre par l'Irlande
& par Coppenhague. Pendant la guerre , où l'importation
du hareng étoit permife en France , on
y a fast paffer annuellement 6 à 10,000 tonnes .
Dans quelques endroits on fume le hareng comme
on le fait.à Yarmouth , & il en paffe par an
environ 3000 tonnes en Italie & dans les Indes
Occidentales. Depuis quelques années on a auffi
commencé à preffer le hareng à la maniere Angloife
, mais cette préparation n'a gueres de fuccès
; 5 à 600 tonnes de ces harengs paffent par
an en Italie .
"
En général on peut compter que la Province
de Gothie fournit , une année dans l'autre , environ
200,000 tonnes de harengs falés & fumés ,
✯ 16 à 20,000 tonnes de harengs frais , que les
a.4
( 6 )
gens de campagne exportent en Dannemarck &
en Norvege.
DE VIENNE , le 23 Octobre.
Le Général , Prince de Lichtenftein , Commandant
de Vienne , entierement rétabli de
fa maladie longue & dangereuſe , a repari
dans le Public .
Un Refcrit Impérial , publié publié en Gallicie ,
donne une idée jufte de la pauvreté des babitans
de cette Province. On promet aux
payfans , qui conftruiront une maifon de
bois avec deux poëles , une cheminée qui
traverfe le toit, & une écurie affez haute pour
y loger un cheval de cavalerie fellé , de les
affranchir pour cinq ans , tant des contributions
de quartier; que du logement des gens
de guerre cet affranchiffement fera de dix
années pour ceux qui couvriront leurs maifons
avec des tuiles Egyptiennes.
:
Par un calcul fait à Hermanſtadt avec exactitude
, 14000 familles d'Egyptiens ou Bohémiens
ont abandonné en Tranfylvanie leur vie vagabonde
depuis 20 ans : il reste encore 1200 de
ces familles , qu'un Auteur Allemand fait defcendre
des Indiens , & nommément de la derniere
cafe.
Si l'on confidere qu'annuellement les vins
de France faifoient fortir de l'Etat deux cents
mille florins , & que la Hongrie nous fournit
en abondance des vins auffi falubres
délicieux , on s'étonnera que l'exclufion des
premiers n'ait pas eu lieu plutôt.
que
( 7 )
Lors du dernier campement près de Prague ;
un particulier perdit fon Porte- feuille qui contenoit
pour plufieurs milliers de florins de billets
de banque ; un huffard trouva ce porte - feuille ;
mais comme il ne favoit ni lire ni écrire , il ne
confidéra les billets de banque , que comme un
moyen commode d'allumer fa pipe ; par bon .
heur dans un moment qu'il en faifoit ulage , un
de fes camarades , qui étoit préfent , lui apprit
la valeur de ce qu'il brûloit , le nom & la demeure
de celui à qui les billets appartenoient . Le
huffard va auffitôt les rendre à leur propriétaire
qui lui fit préfent de 100 ducats , quoiqu'il eût
déja brûlé pour plus de 400 florins de billers.
Le 9 de ce mois S. M. I. arriva à Presbourg
, accompagnée du Général Comte de
Brawn , & en repartit le 11 pour fe rendre
à Bude par Raab. De là , à ce qu'on croit ,
S. M. ira à Erlau & à Agram , puis reviendra
à Vienne . Elle a chargé plufieurs Offciers
de vifiter les environs d'Egra , pour y
choifir l'emplacement d'une nouvelle fortereffe
, qui couvrira celle de la place . Il a été
auffi envoyé des ordres inftans de preffer les
travaux des fortifications de Pleff& de Théréfienfladt.
L'Empereur a fait connoître par une déclaration
, additionelle au nouveau réglement pour le
commerce , que les marchandifes profcrites du
commerce , qui feroient apportées par les marchands
forains , feront également déposées dans
les entrepôts où elles pourront être vendues pendant
la durée de la foire ; ce temps expiré , les
marchandifes reftantes feront mifes dans des maa
4
( 8 )
gafins particuliers de l'entrepôt général , pour
lefquels magafins les marchands pay eront une rétribution
raisonnable ; mais il fera auffi libre, à
ces marchands de retirer de l'entrepôt leurs marchandifes
, & de les faire tranfporter hors des
Etats de S. M. I.
Le Comte de Herberftein , défigné Evêque
du nouvel Evêché de Linz , y eft arrivé.
On attend de Rome d'un jour à l'autre
la Bulle de confirmation .
La recette de la caiffe de l'établiffement
pour les pauvres , a été dans le mois de
Septembre , de 12,704 florins ; en y ajoutant
ce qu'il y avoit encore en caifle , fon
fonds étoit de 20,074 florins , dont 12,045
ont été diftribués pendant ce mois . Le nombre
des pauvres penfionnaires eft de 6597 .
Plufieurs Seigneurs territoriaux ayantobligé
leurs Vaffaux d'acheter ou de débiter , pour leur
compte , diverfes marchandifes contre la teneur
expreffe de différens Réglemens , S. M. I. a jugé
propos de renouveller ces Réglemens de la maniere
fuivante :
à
Nous défendons à tous les Seigneurs de terres ,
fous les peines les plus graves , de forcer leurs
Vaffaux , fous quelque prétexte & nom que ce
puiffe être , d'acheter d'eux , ou de débiter pour
le compte des Seigneurs , des vivres & boiffons
ou de les obliger de vendre leurs denrées ou boiffons
à un prix plus haut que celui pour lequel
les Seigneurs les font débiter ; & nous permettons
à chacun defdits Vaffaux de vendre & de débiter
les vivres , vins & cidres du produit de les terres ,
dans tel tems ou à tel prix qu'il le jugera conve
nable.
( و )
Les Proteftans de cette ville ont obtenu
la permiflion d'établir ici un Confiftoire ,
duquel dépendront les Communions proteftantes
de la Haute- Autriche .
Par des lettres de Fiume on apprend que
les Monténégrins , au nombre de sooo ,
ont repouffé dans les gorges de Dezernizzi
l'armée du Pacha de Scutari , forte de 30,000
hommes.
DE FRANCFORT , le 28 Octobre.
Les fêtes particulieres des Apôtres ont été
fupprimées dans les Evêchés de Hildesheim.
& de Paderborn , & dans l'Abbaye de Cor
vey ; on les célébrera dorénavant les dimanches
précédens ou fubfequens de ces
fêtes.
Des lettres de Vienne difent que la Cour Impériale
a chargé fon Miniftre à la Porte Ottomane
, de remettre au Reis Effendi une nouvelle
note relativement à l'affaire des limites , dans laquelle
il déclarera en termes précis , que fi dane
l'efpace de 14 jours , la Porte ne nommoit pas
les Commiffaires pour arranger cette affaire , l'Empereur
le verroit forcé de prendre les mefures
convenables pour parvenir à fon but.
Nous apprenons de Varfovie , que l'ouverture
de la Diete s'eft faite à Grodno , le
lundi 4 Octobre . Le Roi de Pologne a
nommé fon frere , l'Evêque de Plocko , à la
dignité vacante de Primat du Royaume.
a s
( 19 )
Les du mois à midi , le Prince Evêque
d'Ofnabruck eft arrivé à Hanovre. Le foir ,
il y eut une très belle illumination dans la
nouvelle rue , que le nom du Prince a fait
appeller Frederic ftraff
Le retour inopiné de la Czarine à Pétersbourg,
& à une heure indue , a donné lieu
à beaucoup de récits plus ou moins roma→
nefques , entre lefquels le fuivant , que nous
nous gardons bien de donner comme authentique.
Le 16 Septembre , l'Impératrice monta en caroffe
avec une feule des filles de fon Palais , &
ordonna à fon cocher de la conduire dans un en◄
droit du Parc qu'elle défigna . Elle n'y fut pas.
plutôt , qu'elle defira revenir à Czarsko - Zelo ,
lorfque , reprenant la parole , non , dit elle , à
Pétersbourg. Les deux valers de pied qui formoient
toute fa fuite , lui repréfente rent qu'il étoit trop
tard ; que fon Palais à Pétersbourg étoit entiérement
démeublé , & que S. M. n'y trouveroit pas
un feul endroit arrangé. La Souveraine perfifta ;
on obéit , & on arrive vers minuit dans la Capitale
. Rien n'étoit prêt au Palais ; en forte que
Catherine II fut obligée d'aller à l'Hermitage
pavillon contigu au Palais . Le Concierge ne s'y
trouva point ; il fallut enfoncer les portes . Un
moment après l'Officier de garde arriva ; l'Impératrice
ordonna de faire annoncer fon arrivée
en la maniere accoutumée , c'est- à - dire , que de
la Fonderie de la Citadelle , &c. on tirât 400
coups de canon ; il étoit alors une heure après.
minuit. Cette terrible canonade éveilla en faififfant
tout Pétersbourg ; & ceux qui n'étoient pas
( 11
encore couchés , ne favoient s'ils devolent fortir
de leurs maifons , pour s'informer de ce qui pouvoit
donner lieu à cette rapide & bruyante falve.
Elle ne pouvoit annoncer qu'une inondation où
une révolution ; on étoit éloigné de penfer qu'elle
marquoit le retour de l'Impératrice défigné toujours
trois femaines d'avance. Comme dans la
journée rien n'avoit préparé aucune crue fubite
des eaux , le fentiment le plus général fut qu'il
y avoit quelque révolution au Palais. Tous les
Officicrs & les Grands y coururent ; le Prince
Repnin , commandant le Régiment des Gardes
Ismaïloff, fe mit à la tête de fa Troupe , & arriva
en bon ordre fur la place du Palais alors il
apprit que ce grand mouvement étoit l'effet de
la préfence de l'Impératrice.
ITALI E.
DE VENISE , le 4 Octobre.
Nous attendons avec la plus vive impatience
des nouvelles de l'expédition de notre
efcadre contre Tuis , & le Sénat s'occupe
férieufement du rétabliffement de la
Marine. Trois vaiffeaux de ligne doivent
être entierement finis avant l'hyver pro
chain , & trois autres feront conftruits pendant
cette faifon . L'intention du Gouvernement
eft de porter à vingt vaiffeaux de ligne
l'efcadre du Chevalier Emo , & d'avoir
un égal nombre de vaiffeaux fous les ordres
du Providéteur général du Levant , outre
l'efcadre des chebecs , galeres , galiotes &
a 6
( 12 )
autres bâtimens légers , qui font en croifiere
dans la mer Adriatique & dans celle du
Levant.
Dimanche 26 du tnois paffé , au moment où
le Grand -Confeil étoit affemblé , les Gardes de
la mil- ce & les archers de la Prévôté en vinrent
aux mains. Les premiers font obligés , pendant
Ja féance du Confeil , de faire fentinelle à la porte
du Palais public , & dans un intervalle il n'eft
pas permis aux archers de s'en approcher. Quelques
jours auparavant il s'étoit élevé une querelle
entre les Gardes de la milice & les archers.
Ceux-ci avoient réfolu de fe venger , & á cer
effet ils formerent un complot exécuté le 26 .
Trois d'entr'eux étapt paffés devant la porte du
Palais , les Gardes de la milice les fommerent de
fe retirer , mais ils refuferent d'obéir , & firent
feu fur les fentinelles. Un Officier fut bleffé au
bras , & une perfonne étrangere à la querelle
fut tuée fur la place. Les Gardes de la milice fe
défendirent contre les Familiers qui eurent le deffous
, les Efclavons s'étant rangés du parti des
premiers. Cette fcene excita un grand tumulte
fur la place Saint - Marc. Il y eut une perfonne
bleffée dans l'Eglife de ce nom , qui par cette
raifon doit être bénie de nouveau par le Patriarche
. Le Sénat ayant pris connoiffance de cette
affaire a fommé le Prévôt des archers de comparoître
, & lui a fignifié que s'il ne parvencit
point à faire arrêter tous les coupables , fa tête
en répondroit . Il a été en conféquence arrêté ,
privé de fon emploi , & mis au cachot. Le Sénat
a réflu . dit-on , de punir les archers d'une niàniere
éclatante. Trois d'entr'eux ont déja été ars
rêtés & étranglés immédiatement.
9
( 13 )
DE LIVOURNE , le 8 Octobra:
S. A. R. toujours attentive à favorifer les
Beaux- Arts , vient de fonder à Florence une
Académie destinée à les faire fleurir : on y
réunira les plus habiles maîtres dans tous les
genres.
Une lettre de Tunis , en date du 12 Septembre,
contient les détails fuivans. «<< L'épidémie ne fait
plus autant de ravages en cette ville . Il ne meurt
que 50 à 60 perfonnes par jour. Un de nos Corfaires
a amené dans ce port trois bâtimens Napolitains
dont il s'eft emparé. Leur cargaifon confiftoit
en bois de conſtruction & en vins. Il eft
également arrivé ici un autre Corfaire qui a fait
une deſcente fur les côtes de la Sicile , où il a
enlevé cinq habitans. L'Efcadre Vénitienne n'a
point reparu devant la Goulette , & l'on croit
généralement que le Commandant de cette E-
વાટ
cadre attend de nouveaux ordres de la République.
Avant l'arrivée de cette Efcadre , un Corfaire de
Malte s'étoit emparé fous le canon de la Fortereſſe
d'un bâtiment Tunifien chargé de grains. Le 20
du mois paffé , au moment où le Bey & les Grands
étoient raffemblés dans la Moſquée , le feu prit à
des bains publics , & en moins de quatre heures ,
les flammes réduisirent en cendres tout l'édifice .
Comme le vent fouffloit du fud eft , la plus vive
alarme s'empara de tous les efprits , parce qu'on
craignoit que le feu ne fe communiquâ aux magafins
à poudre ; mais on parvint heureufement
a arrêter les progrès de l'incendie . Avant- hier
deux Frégates Angloifes ont mouillé ici , & ce
matin , les Officiers de ces Frigates , accompa-'
gnés du Conful de leur Nation , ie font rendus
chez le Bey pour le complimenter.
2
( 14 )
La Ducheffe d'Albanie , fille du Prétendant
, eft arrivée à Florence le 7 de ce mois :
le Prince ne l'avoit point vue depuis l'âge
de 6 ans. Le Grand- Duc envoya un de fes
Gentilshommes la complimenter ; le Prétendant
ayant paru défirer que la Loge qu'il lui
cédoit au Spectacle , fût diftinguée des Loges
ordinaires , le Grand -Duc ordonna de la
décorer de la même maniere que celle de la
Grande-Ducheffe , avec des tapis , crépines
d'or, &c. Le jour que la Ducheffe d'Alba
nie fut à l'Opéra , la Cour & la Ville ſe porterent
fur fon paffage , & comme elle eſt
encore affez jeune , comme elle avoit une
robe & des ajuftemens du meilleur goût ,
televés d'ailleurs par tous les diamans de fon
pere , elle excita l'attention générale.
DE NAPLES , le 22 Octobre.
S. M. a ordonné qu'on fît le procès à toutes
les perfonnes foupçonnées d'avoir été les
auteurs de la perte du vaiffeau le Saint- Giovanni
, occafionnée par l'accident qui l'a ré
duit en cendres. L'intention de Sa Majesté
eft qu'ils foient jugés avec la plus grande
rigueur.
On apprend de la Calabre ultérieure , que cette
malheureufe Province à reffenti de nouveau , le
12 de ce mois , une fecouffe affez forte de tremblement
de terre ; elle a confidérablement endommagé
les nouveaux édifices , aina que ceux qui
avoient été réparés. Quelques perfonnes ont été
enfevelies for les ruines. On a lieu de craindre
·( 15 )
que les matieres volcaniques qui fermentent dans
le fein de la terre ne foient pas entièrement épui
fées & éteintes .
C
Mylord Tylney, domicilié depuis longues
années en cette ville, vient d'y mourir ; à
l'âge de 76 ans. Il a fait des legs très - confi
dérables à tous les Officiers de fa maifon ,
entr'autres un de 6000 ducats à fon fecré
taire .
Le Roi de Naples voulant donner à l'Abbé
Fortis , Auteur de la découverte du Nitre minéral
, qui s'exploite actuellement dans la Pouille ,
des marques de fa bienveillance , lui a promis
une Abbaye.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 26 Octobre.
C'est le Général Sloper que le Public
éleve aujourd'hui au rang de Commandant
des forces Britanniques dans les Indes . Il en
eft de cette nomination comme des précédentes
, & de celle de M. Vanfittart , pour
remplacer M. Haftings. Point encore de
choix déterminé , ou du moins connu d'une
maniere certaine .
Le 18 , Lord Howe , accompagné de M.
C. Brett, l'un des Commiffaires de l'Amirauté
, a viſité les chantiers de Chatam : il a
infpecté les divers magafins , & paffé en revue
tous les ouvriers employés dans les
chantiers , dans la corderie , &c. Sa Seigneurie
a enfuite pourfuivi fa route à Sheernell.
( 16 )
On donne l'état fuivant des vaiffeaux en conf
truction dans nos différens ports .
A Plymouth , le Royal Souverain , 110 can .
la Gloire , 90 : le Céfar , 74 ; la Médule , 50.
A Portfmouth , le S. George , 98 can. ; le Boulevard
, 74 ; le Prince de Galle , 90 ; une frégate
de 36.
A Chatam , le Royal - George , 100 can .; la
Royale Charlotte , 100 ; le Leviathan , 74.
A Sheerne , le Léopard , 50 can.; le Mermaid
, 32.
A Wolvich , le Boyne , 90 can .; le Prince ,
90 ; le Minotaure , 74 .
A Deptford , l'Imprenable , 90 can . ; le Château
de Windfor 90 ; l'Avant- Garde , 74.
Outre 21 vaiffeaux de ligne , & trente frégates
en conftruction dans les chantiers particuliers.
Environ 200 voiles marchandes font attendues
au premier jour de la Jamaïque &
des ifles fous le vent.
Le fieur Blanchard vient de divifer l'enthoufiafme
pour M. Lunardi , par une nouvelle
promenade aéroftatique. Il est venu
tomber dans un pré ; non au milieu de la
ville de Rumfey , comme l'ont rapporté quelques
feuilles publiques : fon voyage a été de
76 mille anglois. Lui ou quelqu'un des fiens
a donné de l'entrepriſe , une relation auffi
originale que celle de l'expérience de Normandie
cependant on nous a fait grace
des procès -verbaux qui n'ont pas de cours
dans la légilation anglo fe . Ceft bien affez
de nous être amulés ne fois des hiftoires de
M. Blanchard & de fon éloquence ; il feroit
:
( 17 )
paffablement ennuyeux pour nous & pour
le Public de recommencer.
Il va s'établir une Manufacture de cotons
très considérable , dans le voifinage de Lanark
en Ecoffe. M. Dempfter , & des Négocians
de Glafcow font les principaux actionnaires
de l'entrepriſe.
Un de nos papiers donne l'origine fuivante
à l'emploi immenfe qu'on fait ici de
bo's d'Acajou .
Le frere du docteur Gibbons , Médecin trèseftimé
, qui vivoit au commencement de ce fiecle
, étant commandant d'un bâtiment employé
dans le commerce des Indes - Occidentales , il
rapporta plufieurs madriers d'Acajou pour lui fervir
de left : le docteur faifant bâtir alors une maifon
dans Covent- Garden , fon frere les lui envoya
; mais les charpentiers l'ayant trouvé trop
dur pour leurs outils ordinaires , ne voulurent
point le mettre en oeuvre , & il refta oublié pendant
long- temps dans le jardin du docteur. Quelques
années après , une boîte propre à renfermer
des chandelles fut faite avec une planche de
ce bois , qui fe trouva par hafard parmi les madriers
le menuifier fe plaignit , ainfi que l'avoient
fait les charpentiers , de la dureté du bois
& de la foibleffe de fes inftrumens ; le docteur lui
confeilla d'en faire faire de plus forts , & enfin
la boîte fut faite . Le docteur fut fi fatisfait de fa
beauté , qu'il voulut en avoir un bureau : l'ouvrier
qu'il employa , étant fort habile dans fon
métier , parvint à finir ce dernier ouvrage dans
la plus grande perfection . M. Gibbons , enchanté
de fa découverte , montra fon bureau à
fes amis la Ducheffe de Buckingham- shire l'ad-
:
( 18 )
mira , & pria le docteur de lui donner de quoi
s'en faire faire un femblable pour elle - même.
C'est ainsi que l'Acajou s'eft introduit en Angleterre
, où il est actuellement d'un ufage fi univerfel
, que , malgré fa cherté , il n'y a peut être
pas une maifon dans le Royaume , où il n'y ait en
meuble quelconque fait d'Acajou , & que les
meubles des quatre cinquiemes des habitans des
villes du Royaume font de ce bois précieux : autant
qu'il eft poffible d'en juger , d'après le temps
qui s'eft écoulé depuis qu'il eft en ufage , il paroît
fortement incorruptible.
Les habitans de Dublin n'ont point été
déconcertés par les menaces du Procureur-
Général. Ils fe font affemblés le 13 Octobre ,
& ont élu les cinq Délégués qui doivent
repréfenter cette vi le dans le Congrès national
. Les Sheriffs n'ont point préfidé à cette
Affemblée ; le peuple , c'est-à- dire 150 perfonnes
de tout état , ont choifi pour les
remplacer le Chevalier Edouard Newenham.
Le Miniftere a fait choix du Lord Charlemoat
, pour commander & paffer en revue l'armée
des Volontaires d'Irlande . Ce Seigneur a
déjà fait connoître fon fentiment relativement
aux Catholiques. Il ne veut point qu'on les admettre
á la prérogative d'Electeurs : ce qui eft en
réduire le nombre à peu près à celui actuel . De
tels principes étant diamétralement oppofés à la
réforme Parlementaire , il y a tout lieu de penfer
que le Gouvernement , en mettant le Lord
Charlemont à la tête des Volontaires , a pris en
même-temps la réfolution de ne point acquiefcer
aux voeux de quelques brouillons qui ont exalté
quelques têtes foibles.
( 19 )
"
-Ce Lord Charlemont qu'on difoit avoir
donné fa démiffion de Général des Volontaires
, a été au contraire confirmé dans ce
grade de nouvelle création .
Quelque bel efprit , quelqu'un de nos
rhéteurs politiques , paffé du Continent en
Irlande , a , felon toute apparence , envoyé
aux Volontaires d'Irlande la profeffion de
foi fuivante à figner.
« °. Il n'y a aucune forte de gouvernement
qui ait la prérogative d'être immuable.
2. Il n'y a pas d'autorité politique inftituée
d'hier , ou depuis mille ans , qui ne puiffe être
abrogée dans dix ans , ou même dès demain .
3. Il n'y a pas de pouvoir , quelque facré ,
quelque refpe&table qu'il foit , qui puiffe regarder
P'Etat comme fa propriété.
"
4. Toute autorité dans le monde a eu pour
principe le confentement des ſujets , ou le pou
voir du maître . Dans l'un & l'autre cas il
peut finir comme il a commencé ; & il n'y a
point de presciption en faveur de la tyrannie contre
la liberté .
1
5º. La vérité de ces principes ne peut être niée
par perfonne quiconque penfe autrement eft un
efclave , en allouant à fes ancêtres le droit de
flipuler pour lui avant qu'il fût né , & en s'arro¬
geant pour lui - même celui d'enchaîner une poftérité
qui n'exifte pas » ; c'eft fur ces principes
, dit - on , que procéderont les volontaires
Irlandois.
Il faut nous croire de grands fots de nous
donner ces vieux adages pour des découvertes
de l'efprit de liberté en Irlande. Ces prin-
ל
( 20 )
cipes, certainement très-juftes dans une hypothefe
politique , font copiés mot pour
mot des pamphlets américains , lefquels les
avoient copiés du Docteur Price , lequel les
tenoit de Locke , Locke de Sidney , Sidney de
Milton, Milton , de fon génie , des circonftances
& de la nature. C'est une trop grande
puérilité de remplir des déclarations politiques
de ces maximes dans des conjonctures
auxquelles elles ne font nullement applicables
. Ce langage étoit bon dans la bouche
des Soldats de Cromwel , des Suiffes au quinzieme
, des Hollandois au feizieme fiecles .
Une lettre écrite le 20 Septembre , à bord
du Salisbury à Terre- Neuve , porte ce qui
fuit :
« Le terme de notre ftation devant bien- tôt
arriver , nous espérons partir de Saint Jean pour
l'Angleterre vers le commencement du mois prochain.
L'été a été fort beau & la pêche trèsabondante
. Près de 200 voiles font chargées pour
les marchés Européens. Plufieurs des bâtimens
pêcheurs qui font arrivés de bonne heure pour
Terre - Neuve , ont fait deux fois la pêche , comme
il arrive quelquefois aux pêcheurs du Groenland.
Les François nous ont un peu incommodés par
de petites méprifes volontaires fur les limites de
leur pêche ; mais l'Amiral Campbell a fu les forcer
à une jufte obfervation des Traités . Les Amé◄
ricains fe font faufilés par fois parmi nos pêcheurs
& ceux des François . La garnifon de Saint
Jean eft entiérement renouvellée. Jamais nos établiffemens
n'ont été plus floriffans . La pêche s'eft
paffée fans aucun accident , malgré les coups de
vent que nous avons éprouvés »
( ) 2121
Suite du Bill de l'Inde.
Art. LIX. Comme il feroit effentiel , pous
mieux gouverner l'Inde , ainſi que le territoire ,
les revenus & le commerce de la Compagnie ,
de trouver un moyen plus fimple que ceux adoptés
par la loi ordinaire , pour la punition dest
crimes , fautes , &c. &c . qui s'y commettent par
les fujets de S. M. B. employés au ſervice de la
Compagnie , il eft ordonné que fur le réquifitoire
du Procureur - Général de la Cour du
King's Bench , après une motion faite par quelque
perfonne que ce foit , demandant un ordre
d'intruire le procès d'un délinquant , la Cour
autorifera ledit Procureur- Général , ou la Cour
des Directeurs des Indes , au nom des Proprié
taires , d'informer contre lefdits délinquans pour
toutes les offenfes commifes après le 1er. Janvier
1785 ; & , en vertu de ladite information
la Cour pourra ordonner , fi elle le juge à propos
, que l'accufé foit conftitué prifonnier dans
les prifons de la Tour de Newgate ou de la
Marshallea , pour y être détenu jufqu'à ce que
fon procès foit jugé , ou qu'il ait fourni fuffifante
caution, qu'il comparoîtra & plaidera fur les
chefs d'accufation exhibés : auffi -tôt que le dés
fendant aura répondu pardevant la Cour du
King's Bench , le Lord Grand-Jufticier délivrera
les minutes du procès au Chancelier de la G. B. ,
ou aux Commiffaires prépolés à la garde des
fceaux , qui , en conféquence , ordonneront qu'il
foit nommé une commiffion de la maniere qui
fera ci-après indiquée.
Art. LX. Il eft ordonné par les préfentes , que
fi les perfonnes contre lesquelles une information
auroit été commencée , négligeoient à comparoître
dans les délais qui leur auroient été accordés
à cet effet ; dans ce cas , il feroit reconnu lé
( 22 )
gal que le Procureur Général comparat au nom
de la partie défaillante , & plaidât en fon nom
comme fi elle étoit préfente ; autoriſant la Cour
à procéder dans ce cas par contumace.
Art. LXI. Il eft ordonné de plus , que dans
l'efpace de 30 jours après la rentrée du Parlement
, tant dans la prochaine feffion que dans
chaque feffion future , les Lors Spirituels &
Temporels procéderont à choisir , nommer &
appointer 26 Membres , où s'ils le jugent à propos
, un plus grand nombre d'entre eux , lequel
choix fe fera à la balotte , & la Chambre des
Communes procédera de la même maniere à
choifir 40 Membres , ou un plus grand nombre
fi elle le veut.
· Les PréGdens de chacune des deux Chambres
auront foin de tranfmettre la lifte des perfonnes
qui auront été choifies , fcellée respectivement
de leurs fceaux , au Greffier de la Cour de la
Chancellerie , ou à fon Député , & quand une
commithion fera inftituée en vertu de cet acte ,
lefdites liftes feront remiſes aux trois Juges défignés
par la Cour du Banc du Roi , des Plaids-
Communs & de l'Echiquier , pour les recevoir ;
& fi lefdites ifles renferment les noms de plus de
26 Pairs , & de plus de 40 Membres des Communes
; lefdits Juges , trois jours après les avoir
reçues, feront mettre les noms dans une boîte ,
& en feront tirer ceux de 26 Pairs & de 40 Mem .
bres des Communes ; après quoi ils feront favoir
la déciſion du fort à ceux defdits Pairs , & Membres
des Communes , dont les noms auront été.
tirés , ainſi qu'au Procureur - Général , ou à la
partie pourfuivante , ainfi que le cas y échera ;
il fixera en outre le temps & le lieu , dans l'efpace
de 20 jours après la remife defdites liftes ,
pour procéder ultérieurement à l'exécution de
( 23. )
›
cet acte. Les noms defdits Membres i de chaque
Chambre du Parlement feront tranfmis au
Préfident de chacune defdites chambres dans
l'espace de trois jours , fi le Parlement fiege ;
ou , s'il ne fiege pas , trois jours après celui de
fa réunion toute perfonne choisie ainfi pour
Commiffaire , en vertu de cet acte , qui ne paroitroit
pas , après avoir reçu l'information qu'il
eft nommé pour l'inftruction du procès , payeroit
une amende de 500 liv . fterl. , à moins que
les Membres défaillans ne puffent donner des
raiſons valides & fuffifantes pour s'excufer rcfpectivement
envers leurs Chambres.
Art. LXII. Le plus ancien des trois Juges
préfens aux affemblées des Commiffaires , nommés
de la maniere qui précede , fera Préfident
de l'Affemblée defdits Commiffaires , où tout ſe
décidera à la pluralité des voix ; & dans le cas
où elles fe tronveroient égales parmi lesdits
Commiffaires , le Préfident aura la voix prépon
dérante.
Art. LXIII. II eft ordonné que les membres
des Communes , qui doivent être nommés pour
Commiffaires , feront choifis de la maniere fuivante
dans l'espace de 30 jours après la réunion
du prochain Parlement , & de chaque feffion
future , il fera permis à la chambre , quel
jour il lui plaira procéder à ce choix , d'ordonner
que les portes foient fermées dès que le nombre
de deux cents membres fera complet , que l'Oras
teur aura pris fa place , & qu'il fera 5 heures de
l'après - midi ; il fera alors préfenté différentes
liftes , qui feront prises en confidération par un
comité , qui fera rapport à la Chambre , du nom
bre qu'elle aura choifi , & fi , après ce rapport ,
le nombre defdits membres fe trouvoit au -deffous
de quarante , les autres membres préfens feroient
( 24)
requis de completter ces liftes , & de répéter cette
opération juíqu'à ce que le nombre fût complet ,
& auffi fuvent que le cas deviendroit néceffaire.
Art. LXIV. Ii eft entendu que fi quelqu'un
des membres défignés paroiffoit au comité , pourvu
d'aucune place qui le rendît dépendant de la
Couronne , ou qu'il eût été membre du bureau
établi pour gouverner l'Inde , ou Directeur de
la Compagnie , tous ceux qui fe trouveroient
dans ce cas , ſeroient effacés des liſtes , & ne
pourroient être élus par le comité.
Art. LXV . Il eft ftatué & ordonné , en vertu
de l'acte paffé , & c. que les noms de quels membres
que ce foit des deux Chambres qui formeront
les liftes , feront remis dans une boîte pour
en être tirés au hafard , en préſence du juge ,
ainfi que des parties ou de leurs avocats agens :
alors lefdites parties , contre lefquelles fe fera
l'information , auront la liberté de récufer treize
Pairs & zo membres des Communes , fur le nombre
qui aura été refpectivement choifi par les
deux Chambres ; le Procureur- général de Sa
Majefté ou la partie pourſuivante , ainfi que le
cas y échera , auront également le droit de ré
cufer de leur côté autant de membres défignés
qu'ils jugeront à propos , en expliquant aux juges
les caufes de ces récufations; ce qui étant fait , les
quatre premiers noms des Pairs , & les fix premiers
noms des membres des Communes , qui
feront tirés fans être récufés , feront remis au
Chancelier , qui aura foin de les inférer avec
ceux des trois juges nommés dans la commiffion
fpéciale qui doit être expédiée en vertu de cet
acte ; & les perfonnes dont le nom ſera inféré
dans ladite commiffion , compareîtront dans l'ef
pace de dix jours pour prêter le ferment fuivant
par-devant le Chancelier , ou le Garde des
•
fceaux
( 25 )
teaux , ou les Commiflaires prépofés à la garde
d'iceux , en cas qu'il n'y ait pas de Chancelier ,
&c. &c.
အ
» Je foufligné N. certifie avec ferment que je
jugerai & déterminerai le mieux qu'il me fera
poffible , l'objet qui eft à difcuter par - devant
moi, & que je prononcerai d'après les témoi
» gnages qui me ſeront fournis . Ainfi que Dien
me foit en aide. »
Art. LXVI. Dans le cas où les récufations réduiroient
les noms choißis à un nombre moindre
que celui ci - deffus fpécifié , c'eft -à - dire de quatre
Pairs & de fix membres des Communes , lefdits
trois juges en informeroient les deux Cham-
-bres , qui procéderoient avec toute la célérité
poffible à un nouveau choix , pour être tranſmis
au greffier de la Cour , ou à fon Député , & enfuite
inféré dans une nouvelle commiſſion , de la
maniere qu'il a été dit ci-deſſus . Lefdits Commiffaires
auront le droit , le pouvoir & l'autorité
d'entendre , de déterminer & de prononcer jugement
fur les objets de l'information portée par➡
devant eux , felon la loi commune du pays , tant
contre l'extorfion , le péculat , que contre tout
crime de cette nature , ou autre commis dans
-l'Inde par les accufés ; comme auffi de déclarer
la partie convaincue de l'avoir commis , incapable
de fervir la Compagnie des Indes dans aucun
emploi. Lequel jugement prononcé par lefdits
-Commiffaires , après une information de la ma-
-niere ci-deffus expliquée , fortira fon plein &
-entier effet , fans qu'aucun appel en vertu d'un
-tertiorari , puiffe être accordé par aucune autre
Cour, pour retirer la connoiffance déléguée aux
Commiffaires pour en déterminer l'objet , & leur
déciſion ne fera , à aucun égard , miſe en queftion
dans aucun procès fubféquent , foit dans les
N°. 45 , 6 Novembre 1784. b
( 26 )
tribunaux qui décident felon la loi du pays , ou
ceux appellés cours d'équité .
Art. LXVII. Il eft ordonné en outre qu'il fera
Jégal pour lefdits Commiflaires , ou pour fept
d'entr'eux au moins , dont un des trois juges cideffus
nommés en fera toujours un , d'entendre &
de déterminer toute information , & de s'ajourner
de temps à autre , ainfi qu'ils le jugeront á propos
; & en cas que le nombre des Commiffaires
choifis vint à diminuer par la mort de quelquesuns
d'entr'eux , ou par des infirmités qui les rendiffent
incapables de procéder avant que l'objet
'de la commiffion fût rempli , & que lès trois juges
vinffent à mourir , ou à manquer par des accidens
quelconques ; dans ce cas , ladite commiffion
feroit diffoute de droit ; & une nouvelle
feroit inffituée pour connoître de l'information
portée pardevant la premiere : & toutes les procédures
recommenceroient de nouveau , excepté
celles qui pourroient avoir rapport aux témoignages
fournis pardevant ladite commiffion , qui
Teroient reçus & admis en preuve comme par la
nouvelle.
Art. LXVIII, Les Commiffaires choifis & prépofés
à l'inftruction des délits ci - deſſus ſpécifiés ,
auront droit de choifir telle perfonne qu'ils jugeront
à propos , pour leur fervir de greffier dans
Tout ce qui aura rapport à ladite commiffion ; &
auffi - tôt qu'elle aura terminé les recherches , &
prononcé fon jugement , l'information , les plaidoyers
refpectifs , les dépofitions & les confrontations
de témoins , le jugement qui s'en fera fuivi
, & toutes les procédures y relatives , feront
remis par ledit greffier à celui de la Cour d'u
Banc du Roi , pour y être gardés & conſervés.
Art. LXIX. Il eft ordonné en vertu de cet .
acte , que les affignations néceffaires pour faire
(
27
venir les témoins qui doivent dépofer pour ou
contre les perſonnes pourfuivies par la commiffion
, pourront être expédiées au bureau , appellé
de la Couronne , du reffort de la Cour du Banc du
Roi ; & en cas qu'aucun des témoins à qui lefdites
affignations auroient été fignifiées , ne comparût
pas en conféquence , ce défaut de comparoître feroit
puni comme mildemeanor , & pourroit être
fuivi per indictement ; & dans le cas où lesdits témoins
refuferoient de répondre ,
comparans
roit au pouvoir des Commiffaires de les punir par
amende ou emprifonnement , ainfi qu'ils le juge
roient à propos.
il fe-
LXX . Il eft ordonné en outre que les Commif
faires , en vertu de cet acte , pourront envoyer
chercher toutes les perfonnes dont ils auront befoin
, ainsi que tous les papiers , regiſtres , minutes
, & c. , &c .; qu'ils pourront en outre examiner
les témoins qu'ils jugeront á propos d'interroger ,
en leur faifant prêter ferment , prenant par écrit
les déclarations defdits témoins foufcrites reſpectivement
par chacun d'eux . S'il arrivoit qu'aucun
des témoins , amenés pardevant des Commiffaifaires
, prévariquât dans fa dépofition , ou fe conduisit
d'une maniere qui ne fût convenable , lefdits
Commiffaires pourront l'envoyer dans les prifons
de Newgate , où celles de la Fleet , pour y demeurer
tant qu'il leur plaira ; & fi lefdits témoins
étoient convaincus d'avoir fait un faux témoi
gnage , ils feroient regardés comme parjures , &
pourroient être pourfuivis en conféquence.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE.
PHILADELPHIE , le 12 Août.
L'efpace nous ayant manqué pour donner
la fuite des particularités relatives à l'Améri
b2
( 28 )
1
que , jufqu'au mois d'Août dernier ; nous allons
achever ce qui nous refte à en dire à nos
lecteurs .
Un Acte digne d'obfervation eftcelui paffé
par l'affemblée générale du Connecticut ,
dans la vue d'encourager le commerce.
Par la premiere claufe , tous les Etrangers ou
Citoyens des Etats - Unis qui voudront le fixer
dans les villes de New - London & de New- Haven ,
feront protégés après s'être concilié la majorité
des fuffrages , ou le confentement de l'autorité
civile de ces deux villes . 1
La feconde clauſe énonce , que toutes les perfonnes
qui voudront fe fixer dans l'une defdites
villes , deviendront Citoyens de l'Etat, après avoir
obtenu les Certificats requis pour l'admiffion d'ha
bitans libres , & avoir prêté le ferment d'allégeance
& de fidélité.
·
La troifieme Claufe ftatue , que ces Etrangers
eu Citoyens des Etats Unis ne paieront point
d'autres droits on taxes que celle: payées par leurs
compatriotes .
La quatrieme Claufe porte , que les perfonnes
de la dénomination fufmentionnée , qui imporieront
annuellement de l'Europe , de l'Afie , ou
de l'Afrique des marchandifes dont la valeur fe
monteroit à 3000 1. ft. , feront exempts , pendant
la durée de cette importation & les fept années
fuivantes, de l'impôt fur les biens ,en confidération
des bénéfices qui réfulteront de cette importation .
En vertu de la cinquieme Claufe , les bâtimens
occupés pendant quatre mois de l'année au commerce
de l'Europe , de l'Afie ou de l'Afrique ,
feront exemptés des taxes pour les années dans
lefquelles ils auront été employés ; mais aucun
partian du Roi de la Grande- Bretagne , dans le
( 29 )
cours de la derniere guerre , aucune perfonne
coupable de meurtre ou de pillage , ou qui
fait la guerre aux Etats Unis , ne pourra jou
des avantages accordés par le préfent A &te."
La Virginie érige une ftatue au Général
Washington. Le Gouverneur Harriſon a
chargé M. Peale , de Philadelphie , de faire
le portrait en pied de cet habile Républicain
; portrait qu'on enverra en France pour
fervir de modele au ftatuaire .
Ha été réfolu dans le Confeil des Cenfeurs de
l'Etat Penfylvanie , d'après une motion de M.
Wayne, que le Concil entendroit, le Mardi 16 de
ce mois, la feconde lecture du Kapport du Comité
nommé pour examiner fi la Conftication a ero
inviolablement confervée dans toute foa intégrité,
& fi les branches légiflatives & exécutrices duGou
vernement , ont rempli exactement leurs devoirs
comme gardiennes des droits du peuple , ow a
elles ne fe font point arrogées , ou n'ont point
exercé des pouvoirs plus éten lus que ceux dont
elles ont été revetues par la Conftitution .
D'après une mo ion de M. M'Lene , il a été
également réfolu , qu'à compter du 16 de ce
mois , & les jours fuivans , les portes de la Chambre
du Confeil (eroient & demeureroient ouvertes
pour toutes perſonnes qui le conduiroient avec
décence , à moins qu'il ne fût donné un ordre
contraire .
Henri Laurens , ci - devant Préfident au
Congrès , eft arrivé à New-Yorck , fur le
paquebot le Tankerville , accompagné de
fon fils , M. Laurens le jeune.
Une lettre d'Harfort du 13 Juillet , parle
én ces termes d'une invention très ingé
nieuſe.
b3
( 30 )
Il eft arrivé au port de cette ville , vendredi dernier
, une espece de bac ou bateau à méchanique ,
mis en mouvement par deux chevaux. C'eft un
particulier de cet Etat qui l'a inventé . La barque eft
furmontée d'une plateforme , fur laquelle eft placée
la machine qui confifte en une roue à dents
horisontales , & une lanterne , qui , étant mifes
en mouvement par deux chevaux qui marchent
circulairement fur la plateforme , font mouvoir
de chaque côté du bateau une roue à afles qui
fait l'office de rames. La barque va fur le pied de
trois milles à l'heure. Cette méchanique eft fort
fimple , peu difpendieufe & fort aifée à conduire .
Elle a attiré l'attention des Mechaniciens , qui la
regardent comme une invention qui deviendra ,
Do peu qu'on la perfectionne , extrêmement
utile pour la navigation intérieure . Le mouvement
du bateau est toujours certain , & réfifte au vent
& à la marée. Il eft , en outre , expéditif , attendu
qu'il n'y a point de perte de tems dans le mouvement
de la puiffance , comme il eft arrivé dans les
impulfions coupées des rames . Enfin cette machine
eft économique , puiſqu'un cheval fait le travail
de huit hommes.
On ne permet à perfonne de paffer du Canada
dans ces Etats , fans une permiffion par
écrit , & tout notre commerce avec les natureis
dans cette province , eft entierement prohibé.
Le Congrès a envoyé une députation
au Général Haldimand , pour lui demander
la reddition des places frontieres , conformément
au traité. C'eft le Colonel Hull qui eft
chargé de cette commiffion . Il est déjà arrivé
au Canada. Les Anglois n'ont point
encore rendu les places frontieres , & notre
commerce de pelleteries en fouffre.
( 31 )
L'Affemblée générale de Penylvanie a paffé
un Bl , à l'effet de tirer de la Milice de cet Etat
250 hommes qui ferviront un an , fous la difcipline
& les réglemens qui ont été adoptés pendant
la guerre par l'armée Américaine. Ce Corps
fera partie des 700 hommes que le Congrès a jugé
néceffaires pour gardér les magafins publics & les
poftes des frontieres intérieures
I
Le 11 de Juin , dit une lettre de Richemond
, un homme pris d'eau - de-vie a coupé
le cou à fa femme , qui étoit groffe , & à
quatre de fes enfans , & il en auroit égorge
deux autres , s'ils n'avoient pris la fuite.
Ce malheureux avoit mené une vie labo
rieufe & honnête , & même il n'étoit point
enclin à l'ivrognerie. Lorfqu'il a été arrêté ,
il a avoué fon crime.
Le 14 Juin, on a éprouvé , près de Bedford,
unorage des plus terribles . Il venoit de fort loin ,
& ilagiffoit en tourbillon fur une largeur de 80 pas
feulement. Les arbres les plus forts , toutes les
hayes , les toits des maifons & des granges ont été
enlevés. Les nuages fe précipitoient de toutes parts
pour fe joindre à l'orage Le tonnerre étoit effrayant
De groffes branches d'arbres voloient dans l'atmofphere
par l'impétuofité des vents , & quoique
l'efpace , que parcouroit l'orage , fût fi perit ;
cependant la tempête a jetté forteloin des branches
couvertes de glace , & dont le bois étoit d'une elpece
inconnue dans ce pays- ci . La ville de Bedford
a heureufement échappé à la ruine qui l'au
roit défolée , fi cet orage avoit paffé ſur elle » .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 4 Novembre.
Le Roi a nomméà l'Abbaye de Talinond ,
b
4
( 32)
Ordre de Saint-Benoît , diocefe de Luçon ,
l'Abbé de la Corbiere , Vicaire général de
Verdun ; & à celle de Notre - Dame de Dalon
, Ordre de Citeaux , diocefe de Limol'Abbé
de Royere , Aumônier de
›
Madame Adelaide de France .
Le Comte de Grais , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près le Landgrave de Heffle-
Caffel , de retour en cette Cour par congé,
a eu l'honneur , le 22 de ce mois , d'être
préfenté à Sa Majefté par le Comte de Vergennes
, Chefdu Confeil royal des finances ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres .
Le Comte de Luxembourg , le Comte Roger
de D mas & le Marquis d'Ecoubleau de Sour
dis , qui avoient précédemment eu l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , les deux premiers
, le 23 de ce mois , & le dernier le 26.
celui de monter dans les voitures de Sa Majesté
& de la fuivre à la chaffe.
Le 24 , la Vicomteffe de la Luzerne a eu
Phonneur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale par la Comteffe de la Luzerne.
DE PARIS , le 4 Novembre.
Le 1s de ce mois , à midi quelques minutes
, on a reffenti à Grenoble une fecouffe
de tremblement de terre ; le vent au nord , -
& le temps ferein . Plufieurs perfonnes effrayées
ont quitté leurs appartemens. On a
cru remarquer que l'ofcillation étoit du Le
( 33 )
vant au Couchant. On a éprouvé cetre fe-'
coffe avec plus de violence dans la vallée
de Graifivaudan , jufqu'à Chambery & Aix
en Savoye. Plufieurs cheminées ont été
renverfées & des murs crevaflés. Quoique ,'
du côté de Geneve , la fecouffe , à ce qu'on
rapporte , n'ait pas été reffentie au - delà
d'Aix , on s'en eft apperçu dans la Breffe où
elle paroît cependant avoir été peu confidérable.
Le monfire Péruvien dont nous avons parlé ,
n'a pas fait longue fortune. La gravure , il eft
vrai , a fait les plaifirs du Public durant huit
jours , & occafionné beaucoup de differtations ;
mais les Savans & les gens fins ne s'y font point
mépris . Ce qu'il y a de plaifant , c'eft que due
moment où les railleries l'ont emporté fur la
crédulité , ceux qui s'étoient mont és les plus
emprelés à adopter cet enfantillage , à publier
cette defcription , & à l'accréditer par conféquent,
ont tous prétendu n'avoir jamais ajouté foi à l'exiftence
de l'animal : c'eſt à qui fe rétracera len
mieux , à qui fe défendra d'avoir été pris pour
dupe. Quoi qu'il en foit, on veut aujourd'hui que
la Harpie Espagnole foit une allégorie. Chacun
prétend en avoir la clef ; il existe vingt fentimens
divers fur cet important fuj t : on propofera fans
doute bientôt des prix , & l'on fera des fondations
pour les pes ingénieux , qui auront expliqué
l'énigme.
Une autre folution non moins curieufe
eft celle qui regarde l'Inconnu , au fujet
duquel nous avons donné une notice , il y a
quelque temps. Voici l'hypothefe qu'a forbs
( 34 )
mé là -deffus un anonyme , dont nous tranf
crivons fidélement les expreffions.
Je fuppofe que cet infortuné jeune homme eft
du Tibet ou de Tartarie . Il étoit venu avec des
perfonnes de fa famille , pour commercer à Surate
, ou au Bengale . Autrefois les Tartares y arrivoient
. Ces étrangers ayant effuyé quelques petites
expoliations , quelques petites violences de la
part de l'illuftre Compagnie , ou de fes honnêtes
employés ; & comme de raifon ne recevant
point de juftice du Confeil de Calcuta , ni des
équitables Tribunaux du Bengale , étoient en
route pour la venir demander en Angleterre ;
mais les ennemis de ces étrangers , avertis de
leur arrivée prochaine , ont faili leur vaiffeau
& les ont jetté à la mer. Un heureux hafard préfente
à celui ci une piece de bois , ou un corps
flotant , & les vents le pouffent à la côte.
>
Ainfi ce jeune étranger a vu des chevaux en
Tartarie , & des armes à peu près femblables à
celles des peuples du nord de l'Amérique . Il y a
vu des raquettes : il a vu au Bengale des habits
uniformes , des glaces , des montres , & il a pu
arriver en Normandie par le fud - oueſt . A l'égarð
de fon langage , apparemment on ignore à Paris
la langue du Tibet , & toutes celles qu'on parle
dans la vafte étendue de la Barbarie . Ceci explique
, ce me femble , & le fait & toutes les circonftances
, fondées affez légerement fur les indices
que l'étranger a donnés par fignes. Il fuit
de- là , que fi cette explication contenoit la vérité
, les perfonnes généreufes qui prennent foin
de ce jeune-home , devroient obferver que pour
fe défaire de quelqu'un , il y a bien d'autres
moyens que de le noyer , & que les ennemis qu'on
lui fuppofe , n'ignorent pas ces moyens .
( ·35 )
Ceci, il faut en convenir , paffe l'allégorie;
& il eft un peu violent de s'amufer à
fuppofer des crimes atroces à une nation
étrangére , pour bâtir un roman . Au refte ,
l'Auteur a exigé que nous mettions le fien
au jour , & il doit être fatisfait.
On a transporté de Boufflers à Beauvais la ftatue
équeftre de Louis XIV , donnée par ce Momarque
au Maréchal de Boufflers , aprés le fiege
de Lille. Par l'acte de donation ce monument
devoit appartenir á la ville la plus prochaine où
il y auroit Bailliage royal , en cas que la ligne
male du Maréchal vînt à s'étendre .
Les Ouvriers prépofés à la conduite de ce Monument
, quoiqu'en grand nombre & avec beaucoup
de peine , n'ont pu lui faire faire que deux
lieues en onze jours , la Statue ne pouvant avancer
qu'à l'aide de cabeftans : elle est réputée
pefer 28 à 30,000 , à quoi il faut ajouter encore
environ 10,000 , tant pour le char , que
pour les pieces énormes dans lesquelles elle eft
affujettie
Les Ecoliers du Collége & des Penfions , qui
partagent avec les Habitans , l'impatience de
pofféder un monument auffi cher , profitèrent
du Jeudi 7 de ce mois , jour de congé , pour
fe rendre fur les 11 heures du matin , à une
lieue & demie de la Viile , au hameau appellé
Saint-Maurice , où étoit la Statue ; & par un pur
mouvement de zele , ils prierent l'Entrepreneur
d'abandonner les cabeftans & de leur livrer les
cordages. Ils étoient enviton 200 ; petits comme
grands , tous employerent leurs forces , avec tant
d'intelligence & de fuccès que , fans les ordres
précis de M. l'Intendant de la laiffer à quelque
diſtance de la ville , ils l'y euffent fait entrer &
b 6
( '36 -) )
amenée fur la Place le même jour à cinq heures &
demie du foir.
M. Turin , Docteur en Médecine , a ſoumis
au rapport de l'Académie des Sciences ,
un projet de fa façon , pour rendre les vaiffeaux
infubmergibles : comme on va le voir,
ce moyen n'eft pas très compliqué.
Il confifte à porter dans chaque vaiffeau cent
outres de peau , dont on fe fert en Dauphiné
pour tranfporter à dos de mulet les vins , les
huiles de Provence : ces outres érant ployés ne
feront d'aucun embarras . Lorfque le vaiffeau
fera en danger de couler à fond , chaque foldat
enflera un outre , ce qui fera fait dans un inftant
; ces outres ainfi enflés , & difperfés dans le
vaiffeau , empêcheront à deux cens quintaux
d'eau d'entrer , puifque chaque outre peut contenir
deux quintaux d'eau , par leur légereié ,
ils auront une force verticale de bas en haut de
mille quintaux. Un outre pouyant faire furnager
huit hommes , avec cette force de douze
cens quintaux , fans compter celles des tonneaux
que l'on peut auffi employer en les vuidant , il
eft impoffible qu'un vaiffeau puifle couler à
fond , puifqu'il ne faut qu'une rupture d'équilibre
de quelques quintaux pour le faire fubmerger.
Un outre coûtant un éçu , la dépenſe ira à
cent écus par vaiffeau , ce qui est très - peu de
chofe eu égard à l'utilité qui en réfultera , en
confervant des vaiffeaux & la vie de plufieurs
hommes.
Une autre Invention dont on parle beaucoup
, eft celle d'un nouveau moulin à vent,
imaginé par M. l'Abbé Fleury, Curé d'Avemay
près Caën.
Le volant de ce Moulin , eompofé de quatre
*
( 37 )
alles , eft à découvert , toujours au vent fans
qu'on foit obligé de l'y tourner , tout en bois
& fans toile à entretenir . Le gouvernement
qui fe pratique en dedans & fans fortir , eft dest
plus faciles : par fon moyen on laiffera préſenter
aux aîles & fans les arrêter , plus ou moins de
furface au vent , felon qu'il fera plus ou moins
fort pour obtenir un mouvement uniforme , qui
procure autant & d'auffi bonne farine que les
Moulins à eau . On l'arrête avec la même facilité
, fans qu'il fouffre aucune violence , en
fixant les aîles dans une pofition horisontale.
Les meules font placées au rez de chauffée
dans une cage , cu une maison ftable & immobile
, ce qui peut faire moudre deux meules
à la fois , & faire tourner toute autre espece de
Moulin.
2
Si cette invention , que l'Auteur efpere faire
exécuter en grand , avec l'autorisation du Gou- '
vernement , réuffit comme il s'en flatte , elle ſera '
placée , avec raifon , parmi les découvertes les
plus intéreflantes . Il l'a fimplifiée tout de nouveau
; & comme fon feul but eft d'être utile , il
donnera inceffamment la forme , les proportions
& les raifons phyfiques dn fon ouvrage.
L'Académie des Sciences , Belles Lettres , &
Arts de Lyon , ayant à diftribuer en 1785 , le
prix de Phyfique , fondé par M. CHRISTIN , en a
affecté les fonds au Sujet qu'elle a conrinué ,
concernant la mixtion de l'alun dans le vin ; &
pour doubler le prix de 600 livres , ci - devant propofé
, & le porter à 1200 livres , elle a délibéré
d'y joindre la fomme de cent écus , prife fur
d'autres fonds , dont elle peut difpofer ..
Les
paquets feront adreffés , francs de ports à Lyon ,
à M. DE LA TOUR RETTE , Secretaire perpétuel ,
pour la claffe des Sciences , rue Boiſſac , ou à M.
( 38 )
-
·
de BORY , ancien Commandant de Pierre- fcize ,
Secrétaire perpétuel , pour la claffe des Belles Lettres
, rue Sainte Hélene ; ou chez AIME DE LA
ROCHE , Imprimeur - Libraire de l'Académie , maifon
des Halles de la Grenette . Le Prix confifte
en quatre Médailles d'or , du prix chacune
de 300 liv . L'Académie décernera la Couronne
dans l'Affemblée publique qu'elle tiendra
après la Fête de faint Louis. Dans la même
féance , l'Académie adjugera le Prix réfervé ,
de 1200 livres , dont M. l'Abbé RAYNAL a fait
les fonds , & dont le fujet a été précédeminent
annoncé en ces termes : La découverte de l'Amé-
Jique a- t- elle été utile ou nufille au genre humain ?
S'il en refu'te des biens , quels font les moyens de
les conferver & de les accioltre ? Si elle a produit
des maux , quels font les moyens d'y remédier ?
On ne recevra au concours que les Difcours
ou Mémoires qui feront envoyés avant le premier
Mars 1785 ; le terme eft de rigueur. Les
autres conditions , comme ci- deffus .
-
L'Académie ayant renoncé au fujet , concernant
la laine du Forez , a arrêté de doubler le
prix des Arts , fondé par M. CHRISTIN , & de
propofer , pour l'année 1786 , le fujet fuivant :
Quels font les moyens d'augmenter la valeur des
faies nationales , en perfectionnant le tirage.. -Le
prix confiftera en deux Médailles d'or , de la valeur
chacune de 300 livres . Les Mémoires ne
feront admis que jufqu'au premier Avril 1786 ,
& fous les autres conditions ci - deflus énoncées.
Pour les Prix d'Hiftoire naturelle ou d'Agricul
ture , fondés par M. P. ADAMOLI , que l'Académie
doit diftribuer en 1786 , elle propole le
fujet qui fuit : Quels font les diverfes efpeces de
LICHENS dont on peut faire ufage en Médecine &
dans les Arts Ces Prix font une Médaille d'or
( 39 )
de la valeur de 300 livres , & une Médaille d'ar
gent ; ils feront diftribués en 1786 , après la fête
de faint Pierre ; & les Mémoires reçus au concours
jufqu'au premier Avril feulement ; les au
tres conditions , fuivant l'ufage.
L'Académie des Sciences , Belles - Lettres &
Arts d'Amiens , propofe pour fujet du prix de
Belles - Lettras l'Eloge de Greffet. Ce prix fera de
1200 liv. en quatre Médailles d'or .
Le prix de soo liv. , fondé par M. de la Tour ,
Peintre du Roi , Honoraire de l'Académie , pour
une belle Action d'humanité , ou une Invention
utile , fera donné tous les ans.
M. le Duc de Charoft , Lieutenant - Général de
la Province de Picardie , Honoraire de l'Académie
, affure pour des prix concernant l'Agriculture
, l'Industrie , le Commerce , ou le bienêtre
,de la Province , une fomme annuelle de
600 liv. , qui , l'an prochain fera donnée à celui
qui aura le mieux traité la queſtion ſuivante :
« Quel eft le moyen le plus fimple & le moins
difpendieux de prévenir & d'éviter , dans la
» Généralité d'Amiens , les Incendies de cam-
»
>
pagne , & en même-temps le plus analogue
» aux productions du fol , à la polition actuelle
» des villages & des bâtimens qui les compo-
» fent aux matieres communes propres à la
» conftruction , à la forme nouvelle dont les
logemens perfonnels , granges & étables peuvent
être fufceptibles , & enfin aux fecours de
» l'autorité ou de la bienfaisance » .
Les Ouvrages & Mémoires pour les fujets des
prix , feront envoyés , francs de port , avant le
15 Juin 1785 , à M. Baron , Sécrétaire perpétuel
de l'Académie .
Monfieur le Comte D'OELS a honoré de fa préfence
l'Affemblée que la Société Royale de Mé-.
( 40 )
decine a tenue au Louvre le 26 Octobre 1784.
M. Vicq -d'Azyr , Secretaire perpétuel a ou
vert la féance par la lecture d'un Difcours analogue
à la circonftance.
M. de Laffone , premier Médecin du Roi , a
lu enfuite un Mémoire en commun avec MM..
de Laffone fils , & Coruette , fur une Méthode
nouvelle , facile , prompte & peu difpendieufe ,
de préparer l'Opium pour en diftraire les qualilités
nuifibles , & pour en exalter les vertus mé--
dicinales .
M. de Horne a lu le plan d'une . Topographie
médicale à l'ufage des Hôpitaux militaires.
M. Daubenton a fait la lecture d'un Mémoire
fur l'efpece d'Indigeftion que l'on commence à
éprouver vers quarante - cinq à cinquante ans , &
fur les moyens d'y remédier , avec des réflexions
für la nature des alimens qui conviennent le
mieux à 1homme.
M. Vicq-d'Azyr a lu l'éloge de M. Spielmann ,
Profeffeur de Chimie très - célébre , & Affocié
régnicole de la Société Royale de Médecine à
Strasbourg.
M. l'Abbé Teffier a lu des recherches fur les
différentes efpeces de graines qui fe mêlent au
bled , & qui vicient le pain. Il a rendu compte
des expériences qu'il a faites fur ces diverfes altérations
, & fur les moyens d'y remédier.
La Séance a été terminée par la lecture d'un
Mémoire de M. Mauduyt , fur les propriétés du
Fluide électrique , & fur les différentes applications
à l'art de guérir. M. Mauduyt a fait devant ,
l'Affemblée plufieurs expériences , foit pour confirmer
fa théorie , foit pour expofer les procédés
que l'on doit fuivre dans l'adininiftration de l'Electricité
médicale .
Les Numéros fortis au Tirage de la
( 4% )
Loerie Royale de France , le 2 de ce mois,
font : 58 , 9 , 20 , 75 , & 40.
PAYS - BAS
DE BRUXELLES , le 2 Novembre,
On a lieu d'être un peu furpris qu'une
Gazette Hollandoife air ofé annoncer la retraite
de M. le Duc de Brunswick, comme
une évasion précipitée , occafionnée par des
découvertes probables fur la conduite de ce
Feld-Maréchal. Le Gazetier auroit bien dû
nous confier le fecret de ces prétendues découvertes
ce qu'il y a de certain , c'eſt que
le Duc s'eft retiré à Aix-la- Chapelle , après
avoit eu la générosité de déclarer aux Officiers
& aux Magiftrats de Bois-le-Duc , qu'il
ne cefferoit de faire des voeux pour la profpérité
de la République.
Dans la vue de noircir l'adminiftration
du Prince d'Orange , on avoit pouffé le
fcandale jufqu'à imprimer un libelle , fous le
titre de Rapport des Comités , &c. &c. concernant
l'état des frontieres , arfenaux & ma
gafins. Dans les circonftances , cette publication
étoit un véritable crime de hautetrahifon
; auffi les Etats de Hollande , à la
demande de LL. HH . PP . , & enfuite les
Bourgmestres d'Amfterdam ont détendu
d'inférer cette piece dans aucun papier pu
blic : elle n'en elt pas moins dans les mains
de tout le monde.
( 42 )
Le 15 du mois dernier , LL . HH. PP.
ce qu'on apprend , ont arrêté ,
Сс
Que copie de la Miffive du Capitaine van
Volbergen , avec toutes les pieces annexées , relativement
à l'arrêt du Brigantin Impérial le
Louis , Capitaine van Iffeghem , feroient envoyées
à la Cour de Bruxelles , avec ordre , d'en
communiquer le contenu de la façon la plus convenable
à M. le Comte de Belgiojofo , afin de
faire remarquer qu'il en réfulte , que le Capitaine
van Iffeghem avoit été à différentes reprifes
requis & exhorté d'une maniere honnête de
mettre en cape fuivant les ordres de la République
; qu'il l'avoit diftin&tement entendu , mais
que ce nonobftant il l'avoit rondement refusé ;
fur quoi il avoit été tiré un coup fans boulet ; enfuite
un coup à boulet par deffus l'avant du Navire
; & que même encore , lorfqu'il fallus recourir
aux voies de fait , les canons avoient été
dreffés & pointés , de maniere que perfonne à bord
dudit Brigantin n'avoit été bleffé , & fans que ce
bâtiment en effuyât aucun dommage remarquable
; tellement que le Brick mentionné avoit à
tous égards été traité fur le même pied , que le
feroit dans ce Pays - ci un Navire naviguant fous
Je Pavillon de l'Etat , & qui àTinftar de ce Brigantin
, s'obflineroit à vouloir dépaffer la Garde
fous voile , ou qu'il pourroit être defiré par L.
H. P. qu'il fût traité en Pays étranger . Mais que ,
fi M. le Comte de Belgiojofo avoit quelques autres
informations , ou qu'il s'imaginât qu'en tirant
à mitrailles contre les agrêts de ce Navire ,
ou de toute autre maniere quelconque on eût excédé
ce qui dans des circonftances femblables
pour le maintien du bon ordre , devroit être effectué
avec un ménagement fuffifant ; L. H. P.
243
étoient très- portées à fe foumettre à l'examen & à
la décifion d'un Confeil de Guerre, « ,
#
De toutes parts on reçoit l'avis de troupes
en mouvement , & de mefures hoftiles ,
prifes foit en Hollande , foit dans nos Provinces.
Le Prince de Ligne a pris le commandement
d'Anvers , où l'on éleve des batteries
fur l'Efcaut , pour couvrir le fleuve.
Une lettre de cette ville , en date du 16
Octobre , s'exprime ainſi :
Tout eft ici en mouvement , en conféquence
des ordres dépêchés à toutes les troupes des Pays
Bas Autrichiens , de quitter leurs garnifons pour
s'affembler dans cette ville & aux environs ; les
quartiers néceffaires font préparés , & le nombre
des officiers à la tête de ces troupes , que l'on
évalue à 12 ou 15 mille hommes , étant trop
confidérable pour être logés dans les auberges
de cette ville , la plupart de ces officiers font
billetés chez les plus notables bourgeois ; dont
quelques-uns ont déja reçu leurs nouveaux hôtes.
Ce magiftrat a cédé la garde de la ville au
commandant des troupes , & perfonne ne peut
fans la permiffion de ce dernier , entrer ni fortir
de la ville . Demain le courier qui a été dépêché
à l'Empereur , avec la nouvelle de ce qui vient
de fe paffer fur l'Elcaut , eft attendu de retour ,
quiconque connoît la fermeté de S. M. I. , à ne
jamais le départir de ſes réfolutions une fois fermement
prifes , ne doutera pas que la réponſe
ne foit de commencer directement les hoftilités
contre la République ou pour mieux dire ,
d'ufer de repréfailles ; puifqu'il eft inconteftable
que les Hollandois font les aggreffeurs , S. M. I.
les ayant avertis qu'elle regarderoit ce qui vient
d'arriver à l'égard du bâtiment en queftion
( 44 )
Л
comme une rupture complette ; ainfi la guerre
nous paroît inévitable . Le gouvernement en attendant
s'occupe des préparatifs néceffaires ; &
l'on a même déja fait conftruire des grils qui
doivent fervir á chauffer les boulets ; vu que l'on
a deffein de marcher au premier fignal vers Lillo
que l'on le propofe de mettre en feu. La feule
chole cependant qui pourroit empêcher une rupture
, feroit que les Hollandois cédaffent de bon
gré la navigation libre de l'Efcaut.
De leur côté , les Hollandois ont fait
marcher fur Lillo la garnifon de la Brille :
celle de Rotterdam , & quatre Compagniesee
Cavalerie vont fe rendre à Breda. M. le Baron
de Reifchac a ceffé, dit- on, toute conférence
avec les membres du Gouvernement : l'on
artend avec impatience de favoir les inter
tions de S. M. 1. , à la fulte des derniers événemens
, intentions qui pourront bien n'être
pas connues auffi- tôt qu'on l'imagine.
Lorfqu'en 1781 , Anvers préfenta à fon Gouvernement
Municipal la requête dont nous avons
parlé , & qui fut remiſe à l'Empereur ; un Politique
Hollandois fe mocqua dans un Imprimé de
gette demande de libérer l'Eſcaut , & chercha à
en diffuader les Anverfois , en leur repréſentant
que le commerce & les richelles , bien loin de leur
étre profitables , ne feroient qu'altérer la pureté de
leurs moeurs. On ne le doutoit gueres alors qu'un
temps étoit proche , où de mauvaifes plaifanteries
ne feroient plus de faiſon .
On rapporte qu'un Autrichien ayant dit à un
Hollandois , que so mille foldats de S. M. I. fuffiroient
pour conquérir les Provinces défunies ; le
Batave lui répondit , que dires- vous , 50 mille hom
1
( 45 )
woes? ils n'ont qu'à paroître , nous les acheterons fur
le chemp.
La Princeffe des Afturies a accouché d'un
Prince le 13 Octobre , heureux événement
qui a été troublé quelques jours après par
la
mort d'un des Infans jumeaux nés l'année
derniere .
L'on apprend auffi de Madrid qu'à la
même époque , la Cour & le commerce
avoient un autre fujet d'inquiétude.
Une partie du tréfor du Pérou eft entré à Ca
dix , mais un autre vaiffeau parti vingt cinq
jours avant la Frégate , qui fortie de Callao de
Lima , mouilla à Cadix le 16 Septembre , ne
paroît point encore , quoiqu'il fut en mer le 19
Avril. Ce vaiffeau a dix millions de piaftres en
efpecc à bord. Comme il fe fera trouvé au Cap
Horn dans la plus mauvaiſe faifon de l'année ,
on craint qu'il n'ait pu réſiſter à la fureur des
ouragans , fi communs dans ces parages. S'il
avoit relâché à Buenos Ayres , on le fçauroit
actuellement .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1).
PARLEMENT De Paris , Grand'CHAMBRE .
- Cause entre les Demoiselles N. Ela Dame de
R. Difpofitions univerfelles , arraquées d'incapacité
dans la perfornne des Légataires , fous
prétexte de concubinage.
Un teftament qui dépouille des héritiers naturels
pour enrichir les étrangers , ne peut man-
(1 ) On foulcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnament
eft de is liv . par an , chez M. Mars , Avocar , rue
& Hôtel de Serpente,
( 46 )
-
quer d'éprouver une vive contradiction. Toute
perfonne , avantagée au préjudice des parens du
Teftateur , peut s'attendre a être inquiétée ;
mais l'héritier , en défendant fes droits , doit
fur-tout s'abftenir d'attaquer la réputation de fa
Partie. Alors il porte atteinte à fes prétentions ,
& , loin d'obtenir ce qu'il demande , it s'expoſe
à des condamnations perfonnelles . C'eſt ce que
la Dame de R ... a éprouvé dans cette Caufe ,
dont voici le fait. Le fieur Rey , frere de la
Dame de R ... , ancien Officier , & vieux garçon
, feul , & abandonné de ſa famille , dans
un temps où les infirmités de l'âge femblent appeller
les attentions & les foins , avoit prié les
Demoiselles N ...., filles de condition , d'un
âge mur , d'une vie exemplaire , & penſionnaires
dans un Couvent d'Abbeville , d'accepter
un logement chez lui. Les Demoiselles
N.... ont cédé aux prieres du vieillard , &
elles ont rempli l'efpérance qu'il en avoit conçue.
Depuis l'année 1767 , jufqu'à la mort ,
arrivée en 1779 , elles ont répandu fur fa vieilleffe
toutes les confolations dont elle avoit befoin.
Elles méritoient de trouver dans le fieur
Rey un coeur fenfible & reconnoiffant . Par fon
teftament , en date du 11 Mai 1778 , il a laiffé
à la Demoiſelle N ... cadette , un legs de dixhuit
cens livres de rente , & a fait l'aînée fa légataire
univerfelle, La Dame de R... , foeur du
défunt , a défendu à la demande en délivrance
de legs formée contre elle , & a demandé la nullité
du teftament & des legs y portés , comme
fait à des concubines. Elle a articulé & demandé
à faire preuve de certains fait . Une Sentence
des Juges d'Abbeville , du 18 Février 1784 ,
fans s'arrêter ni avoir égard aux faits articulés
par la Dame de R ……. ni à ſes demandes , a fait
( 47 )
2
délivrance aux Demoiſelles N ... des legs particuliers
& univerfels portés au teftament du
feur Rey ; a condamné la Dame de R ...à mettre
au Greffe un acte , par lequel elle reconnoiffent
les Demoiselles N ... pour filles d'honneur , &
incapables des faits par elle articulés , finon que
la Sentence vaudroit ledit acte ; l'a condamnée
en fix mille livres de dommages intérêts & aux
dépens , avec. impreflion & affiche de la Sentence
. Appel en la Cour de part de la
Dame de R ... - Arrêt du premier Septembre
1784 , qui a confirmé la Sentence , quant
au legs , & a réduit les dommages - intérêts à
cent livres.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
Enfeignement de la Théologie.
Cette Cour a jugé le 29 Juillet dernier une
caufe , qui , pendant cinq audiences , a attiré un
concours prodigieux de Citoyens.
La deftruction de la Société des Jéfuites avoit
laiffé un vuide dans l'enfeignement de cette
fcience. Le Parlement , fur différens Mémoires
de l'Univerfité , crut devoir remplir ce vuide
par les corps qui avoient donné naiffance en
quelque forte à cette Univerfité , & qui , à l'époque
de la fondation par S. Louis , avoient
exercé feuls les fonctions de Profeffeurs publics.
En conféquence , il enjoignit aux quatre Profeffeurs
conventuels , fçavoir des Augustins , des
Carmes , des Cordeliers & des Bernardins , d'ouvrir
leurs Ecoles , & d'y faire des leçons publiques.
Ces Profeffeurs réguliers étoient déjà , par
inftitution , membres de l'Univerfité ; ils affil-
Loient à toutes les affemblées & cérémonies ; ils
participoient au produit des infcriptions , cons
( 48 )
couroient à la graduation & aux élections , &
jouiffoient de tous les privileges & émolumens
dont jouiffent les Profeffeurs féculiers. Un Arrét
, fondé fur une Déclaration du Roi , du 30
Juin 1739 , fut rendu le 7 Novembre 1765 , fur
le réquifitoire de M. te Comte , alors Avocat général
. Les Profeffeurs réguliers reprirent en
conféquence leurs fonctions qu'ils avoient cef
fées. Neuf ans aprés cet Arrêt , les fieurs Pi
geon , Barthe & Laroque ayant été reçus en l'Univerfité
, en qualité de Profeffeurs perpétuels de
Théologie , & defirant de partager feuls le
droit de l'enfeignement public , à l'exclufion
des réguliers , formerent oppofition audit Acrêt
. Le fieur Laroque , Syndic des Profeffeurs
féculiers , prétendit prouver que les Profeffeurs
réguliers n'avoient eu autrefois que le droit
d'enteigner les Religieux de leurs Ordres ; mais
Me. Jamme , défenfeur des Profeffeurs réguliers
releva avec beaucoup de clarté & d'éloquence
les affertions des Profeffeurs féculiers , & établit
invinciblement les droits des Profeffeurs réguliers
, & leurs anciennes fonctions dans l'enfergnement
public.
Arrêt conforme aux conclufions de M. le
Comte de la Trefne , Avocat général , du 29 Juillet
1784 , qui démet le Syndic des Profeffeurs
perpétuels de la Faculté de Théologie de l'Univerfité
de Toulouſe de l'oppofition par lui formée
envers l'Arrêt de ladite Cour de Parlement
, du 7 Novembre 1765 ; & en conféquence
maintient les Profeffeurs des Couvens de Saint
Auguftin , de S. Bernard , des grands Carmes &
dos Cordeliers de cette Ville , dans l'enfeignement
public dans leurs Ecoles , dont la réouver
ture avoit été ordonnée par le ſuſdit Arrêt du 7
Novembre 1765.
tampe gravée par R. Gaillard ,
d'après le tableau original de
Colia de Vernon , ancien Directeur
de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture 3 liv.
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nonfur la Lettre d'avis , que L'on peut le recevoa
au Bureau des Poftes de Paris.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Décembre fon
p∙iés de renouveler de bonne heure leur Abonnement,
MERCURE
DE FRANCE .
( No. 48. )
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texre grecs elle fera ornée de 40
eftampes en taille -douce , indépendamment
de deux frontifpi
ces. On y joindra deur cartes
géographiques des lieux dont
ileft fait mention dans l'Iliade
& dans l'Odyffée .
Le prix de la foufcription fera
de 36 liv. par volume pour la
traduction francoife , & de r8 1.
en fus pour chaque volume du
texte grec.
On ne demande aucune fomme
d'avance , mais feulement l'en
gagement de payer chacun des
volumes lorfqu'ils paroîtront.
On trouve chez le même , le
Traité hiftorique de tous les animaux
qui habitent la France ;
contenant our defeription , la
manière de les élever , de les
nourrire , deles traiter dans leurs
maladies , lorfqu'ils font parttie
des animaux domestiques ; &
lorfqu'ils font fauvages , la fa- La fouícription eft ouverte,
gon de les foumettre à l'empire depuis le premier Novembre
de l'homme , & les moyens de chez Didot l'aîné , Libr. Impř..
tirer avantage des uns & des rue Pavée Saint-André , &c`ne ș
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 NOVEMBRE 1784.
PIECES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
VERS
Pour être mis fous le Bufle du Prince
HENRI de Prüffe.
DANS ANS cette image augufte & chère ,
Tout Héros verra fon rival ,
Tout Sage verra ſon égal ,
Et tout Homme verra fon frère,
(Par M. le Chevalier de B. **, )
N°. 46, 27 Novembre 1784
G
146 MERCURE
ENVOI à Mme la Comteffe GABRIELLE
DE DIGOINE , Chanoineffe de S. Martinde-
Salles , âgée de 14 ans , & relevant
d'une grande maladie.
Vous avez l'âge de Thémire ,
Et vous la furpaffez par vos heureux talens.
Sapho vous a légué fa lyre ,
Et la meilleure des mamans
Fait naître & partage un délire
Bien préférable à celui des amans.
De vos heureux parens vous fixez la tendreſſe ;
Ils ont tremblé pour vos beaux jours :
Mais Apollon vous rendant au Permeffe ,
Va diffiper leur profonde triſteſſe
Et rendre une foeur aux Amours.
( Par M. le Chevalier de P.... de Nimes. )
DE FRANCE. 147
7
LE RÉVERBÈRE ET LA CHAUVESOURIS
, Fable.
UN Réverbère magnifique
Réfléchiffoir les feux de fon triple foyer
Sous les voûtes d'un temple antique.
Une Chauve-Souris vint s'y réfugier.
Au vif éclat de la lumière
Vous euffiez vû l'oiſeau , fombre amant de la nuit ,
Baiffer triftement la paupière
Et fuir dans un obfcur réduit.
Mais à peine le Réverbère
De fon difque d'argent laiffe amortir les feux ,
Que la Chauve- Souris de fon trou ténébreux ,
S'élance en frémiffant , pouffe un cri de Mégère ;
Et prenant fon effor vers le globe fatal ,
Qui venoit d'offufquer la prunelle débile ,
Elle cherche à brifer fa prifon de cryftal..
Mais le Réverbère immobile
*
Méprifa noblement le courroux de l'oifeau ,
Et dès le lendemain brilla d'un f.u nouveau .
ILLUSTRE GÉBELIN ! tandis qu'à ton génie
D'Albon préparoit un autel ,
Ainfi nous avons vû les ferpens de l'envie
Attaquer vainement ton Ouvrage immortel.
( Par M. Bailly , Membre du Mfée de la
rue Dauphine.)
Gij
14S MERCURE
LE PRÉJUGÉ NATIONAL DÉTRUIT ,
Anecdote hiftorique & véritable.
LES haines Nationales naiffent & s'alimentent
communément par la guerre , plus fréquente
entre des États voifins qu'entre ceux
qui font plus éloignés les uns des autres ;
mais c'eft fur tout dans les Gouvernemens
où le peuple s'imagine d'avoir quelque part
à l'adminiftration générale , que ces haines
femblent incurables : là , il croit , par tradition
, que la haine pour les ennemis ou pour
fes rivaux eft la vertu patriotique par excel
lence ; & les gens éclairés n'abjurent fouvent
qu'avec peine le préjugé qui les a rendus
aveugles & injuftes à cet égard , comme le
peuple. Voici un exemple récent de cette
vérité.
Pendant la dernière guerre , l'Efcadre Françoife
, aux ordres du Cointe de Barras , avoit
débarqué quelques Troupes de terre à
Newport , dans le Rhode Island . Afin de ne
pas furcharger la place de bouches inutiles ,
on décida que les malades feroient envoyés
dans les environs ; le Capitaine B. , du Régiment
de.... , attaqué violemment de fcorbut,
étoit de ce nombre ; & fur un ordre du
Major de l'Armée Continentale , fon quartier
lui fut affigné à fix milles de Newport ,
chez le Planteur Sir George Olivier. Le CheDE
FRANCE. 149
valier L. , neveu du Capitaine , & Sous- Lieutenant
au même Régiment , obrint la permiffion
d'accompagner fon oncle pour le
foigner , avec la promeffe d'être rappelé à
fes drapeaux dès l'inftant que le Service exigeroit
fon retour à Newport.
Ces deux Officiers fe mettent en routeavec
un Guide qui leur fervoit d'Interprète.
En arrivant chez leur Hôte , ils furent reçus
avec une froideur qui étonna le Chevalier.
bien plus que fon oncle. Sir George demanda,
à voir l'ordre qui amenoit chez lui deux
François ; & après l'avoir lû avec humeur,
il déclara qu'il n'avoit qu'un lit à donner.
Cependant , ajouta t'il , puifque l'un des
deux eft malade , l'autre qui lui fervira de
gardien pourra coucher dans fa chambre for.
un ballot de pelleteries qui eft ici depuistrois
ans, & que certe maudire guerre m'a
empêché d'expédier en Europe. L'Interprète
rendoit les termes de Sir George au Cap
taine . Le Chevalier auroit pu remplir cette
fonction , car il poffédoit très- bien la langue
Angloife ; mais , par le confeil de fon oncle ,
il feignoit de ne pas l'entendre , afin de moins
gêner & de mieux démêler l'efprit de leur
Hôte .
Sir George Olivier , puifqu'il faut le pein
dre , n'étoit qu'un franc égoïfte , quoiqu'il
fe crût un profond politique , parce qu'il
haifoit les François & qu'il lifoit la gazette.
Le grand objet de la liberté prochaine de
fon pays , le touchoit infiniment moins que,
G iij
150 MERCURE
F'interruption actuelle de fon commerce &
l'abandon forcé de la culture de les domai.
nes. Sa famille étoit composée d'une fille &
de trois garçons , dont les deux aînés fervoient
malgrélui dans l'Armée Continentale.
Le troisième , nommé Charles , partageoit.
avec Miff Georgette , fa foeur , les foins de
la ferme & du ménage. Sir George étoit veuf.
Il ordonna à fon fils d'éviter avec foin toute
liaiſon avec les François ; quant à Georgette ,
toute communication avec eux lui fut abfolament
interdite. Cependant , l'état du Capitaine
exigeant des fecours affidus & journaliers
, Charles ne put en refufer quelquesans
à la demande du Chevalier , il fe plaifoit
fur tout à prononcer avec lui quelques
mots François qu'il avoit appris à l'Univerfité
de Philadelphie. Il avoit dix - neuf ans
comme le Chevalier ; ces raifons étoient
plus que fuffifantes pour faire naître entreeux
une amitié vive & prompte malgré les
défenfes du père , tant le befoin d'aimer eft
preffant pour deux jeunes coeurs .
Celui de Sir George , endurci par l'âge
étoit l'esclave foumis des anciens préjugés
de fon efprit : âgé dé foixante ans , il avoit
combattu les François dans la précédente
guerre , & il s'obftinoit à voir encore.des
ennemis dans cesmêmes François qui voloient
au fecours de fa patrie . Dès fa première vifite
au Capitaine , il ne lui diffimula pas fa
façon de penser à cet égard . L'Interprète
étoit en tiers : Par quel événement étrange ,
DE FRANCE.
1st
lui dit- il , votre Souverain envoie t'il une
Armée dans nos Provinces ? - Parce que
vous lui avez demandé des fecours. Ce
n'eſt pas moi , c'eft le Congrès .... Vous allez
donc conquérir nos Provinces du Sud ? -
Nous allons les défendre contre l'ennemi
commun , & vous affranchir d'un joug qui
vous eft infupportable. C'est à dire, effayer
de le changer contre un autre ? -Non.- Eh !
quel fervice la France attend t'elle de tanc
d'efforts ? - Votre liberté. Mais qu'y ga
gnera votre Souverain ? La gloire de fe
montrer généreux en faifant votre bonheur.
-Cette générosité eft grande , fans doute ,
mais quel en fera le prix réel ? Il ſemble , à
vous entendre , que les Rois d'Europe font
le bien fans intérêt , & pour le feul plaifir
de le faire. Le nôtre donne en ce moment
l'exemple de cette vertu ; & la fin de la guerre...
-
-
·
-
La fin de la guerre amènera fans doure
des demandes confidérables ? Je n'en
doute pas. Eh, qu'exigera de nous la France
? Beaucoup. -Combien de Provinces?
Aucune. Eh , quoi donc ? - Votre
amitié. Je le defire plus que je ne l'espère .....
Er tout à coup , changeant de converfation :
comment vous trouvez vous , demanda Sir
George au Capitaine ? Je ſens , répondit celuici
, qu'un peu de laitage ou de viande fraî
che contribueroit à mon rétab'ilfement . -
Charles , vas dire à Georgette de faire traire
une chèvre & tuer un moutor .... Le Capitaine
, touché de ce mouvement de fenfibi-
Giv
152
MERCURE
lité , alloit en témoigner la reconnoiffance à
fon Hôte ; mais Sir George fe déroba brufquement
à des remercimens , en le quittant.
Le nom de Georgette , qu'il entendoit
prononcer pour la première fois , frappa
vivement le Chevalier ; & à peine Sir George
fe fut- il éloigné qu'il demanda avec empref
fement à Charles quelle étoit cette Georgerre.
Suivez moi , répondit Charles , c'eft
ma foeur , vous la verrez. Ils volent enſemble
auprès de cette aimable fille , qui travailloit
dans fa chambre. Elle fit un cri d'étonnement
à la vue du Chevalier ; fon frère la
raflura , & la pria de rendre le fervice demandé
par leur père pour l'oncle de fon ami.
Georgette leva deux grands yeux bleus fur
cet ami , les bailla foudain , & quittant précipitamment
fon ouvrage , elle les conduifit
à la prairie , où elle preffa elle - même les
mainelles de la première chèvre qu'elle rencontra
; enfuite cile remit le vafe à Charles ,
& elle ajouta avec grâce : ne perdez pas un
moment pour porter ce lait tout chaud à
l'oncle de votre ami. Un fecond regard jeté à
la dérobée fur le Chevalier , lá fit rougir , &
elle prit la fuite avec legèreté , laiffhat voir
à l'ami de fon frère une taille de Nymphe ,
& un coeur ardent pour fervir les infortunés.
Chemin faifant , le Chevalier fe fit expliquer
, ou plutôt répéter par Charles les don
ces paroles de Miff Georgette , quoiqu'il les
eût placées déjà dans le fond de fon coeur.
Ils arrivent enfemble chez le Capitaine , &
DE FRANCE. 113
le neveu , en préfentant le lait à fon oncle,
lui parla avec tant de feu & d'enthoufiafme
de l'aimable Georgetre , que le Capitaine le
crut fou. Il l'étoit en effet , fi l'amour , &
fur tout le premier amour , eft une folie.
Le Chevalier , élevé juſqu'à ſeize ans dans
une École Militaire , & embarqué depuis
trois , avoit un coeur tout neuf ; celui de
Georgette , affligé de feize ans , ne l'étoit pas
moins à ces âges le premier coup d'oeil eft
décifif; & Georgette , la douce Georgette ,
concevoir moins que jamais pourquoi fon
père haïffoit tant les François. Ah ! qu'elle
étoit loin de ce fentiment injufte ! Le tendre:
attachement du Chevalier pour fon oncle &
pour Charles , fon frère , étoit le fujet con
tinuel de fes réflexions . Elle en concluoit
qu'il avoit le coeur excellent , & elle aimoit
déjà la France , fans que la politique eût aucune
part à ce fentiment dans le coeur de la
fille de Sir George.
Cependant la première entrevue avoit
enflammé le Chevalier au point qu'il ne ce
foit de parler à Charles du bonheur de voir
fouvent Georgette . Mais comment, éluder les
ordres févères de Sir George ? Il fouffroit
impatiemment de voir la liaifon entre le Chevalier
& fon fils fe refferrer chaque jour. Si
Charles prononçoit devant lui quelques
mots François , il étoit tancé d'importance ;.
T'oncle & le neveu avoient beau lui repré
fenter que l'union actuelle entre les François-
& les Américains exigeoit qu'ils parlaffent la
G...
154
MERCURE
même langue. Eh bien, leur répondoit il, que
les François apprennent la nôtre ! Charles
repréfentoit que pour l'apprendre , il étoit
néceffaire pour des François de parler fou
vent avec un Anglois ; alors un coup d'oeil
terrible de Sir George metroit fin à toute
réplique ultérieure .
La févérité exceffive du père produit un
effer tour oppofé à fon but ; les deux amis
fe virent moins ouvertement , & s'en aimèrent
davantage. C'eft dans leurs entretiens
dérobés que le Chevalier ofa propoſer à
Charles d'y appeler Georgette. Vous ferviriez
, difoit- il , d Interprète dans les leçons
d'Anglois & de François que nous nous don
netions tous trois ; elle ignore ma langue
encore plus que je n'ignore la fienne ; & fi
jamais mon refpect pour cette aimable foeur
pouvoit s'égarer dans fes expreffions , mon
ami me corrigeroit. Quoique le bon Charles
ne vit aucun danger dans ces converfations ,
il différa cependant de les propofer à Georgette
; mais le Chevalier revint à la charge
avec tant d'inftance , qu'il les lui propofa
enfin. Eh ! mon père , s'écria Georgette à la
première cuverture ? il ne le faura pas.
Et fi le Chevalier alloit m'aimer - 11
ne t'aimera pas , répliqua le mair Charles ,
transporté du plaifir d'obliger fon ami. Il
avoit bien raifon , le Chevalier adoroit déjà
La four; & Georgette elle même , en témoignant
la crainte d'être aimée , ne foit pas
vrai. Dans ces difpofitions générales de bienDE
FRANCE. 135
veillance & d'amitié , peu de jours fuffirent
pour rapprocher ces trois perfonnes . Voilà
donc le trio de l'amitié bien établi à l'infçu
du père. Le premier foin des amis fut de
s'entendre , & la langue , le premier fujet
de leurs entretiens. Le loyal Chevalier fut
d'abord fur le point de fe trahit par la rapie
dité de les progrès dans la langue de Georgette
; mais il s'apperçut bientôt de la faute
qu'il alloir commettre , & on en vint aux
conjugaifons des verbes.
C'est une chofe alfez digne de remarque
que le premier verbe de toutes les langues
foir le verbe aimer , verbe dangerenx quand
le Maître & l'Écolière font jeunes . Georgette
& le Chevalier prononcèrent avec embarras
le préfent ; mais le. Chevalier , plus hardi
refuſa obſtinément de prononcer le futur ,
& Georgerre ne lui en fut pas mauvais gré.
Cette intelligence , dès les premières leçons ,
indique affez quels furent les progrès des
fuivantes. Il fuffira de dire que Georgette
devenoit de jour en jour plus inquiette &
plus prévoyante pour cacher à fon père fes
entretiens fecrets avec fon frère & l'ami de
ce fière. Qu'on ne croye pas pour cela qu'ils
fuff nr infidèles l'une à fon devoir & l'autre
à l'hofpitalité , ils avoient tous deux l'âme
honnête , & Charles fut toujours témoin de
leur attachement réciproque .
Le Chevalier étoit trop plein de fon
amour pour ne pas l'épancher par tour. Il fe
montroit plus attentif pour Sir George , mais
G vj
1.6
MERCURE
c'eft dans le fein de fon oncle qu'il verfoit
avec délices le fecret de fon ccur ; & ce cher
oncle , tout en feignant de blâmer l'amour
du jeune homine , forma , fans le lui dire ,
le projet d'une ouverture de mariage à Sit
George ; mais il falloit auparavant détruire
fes préjugés contre les François : l'entrepriſe
étoit difficile & périlleufe . Les nouvelles que
le Capitaine recevoit de Newport , & qu'il
communiquoit à fon Hôte , avoient établi
entre eux une espèce de commerce politi
que qui étoit plus affidu que dans les commencemens.
Chaque événement de la guerre:
fourniffoit à Sir George un nouveau texte
de déclamations contre ce qu'il appeloit l'ambition
de la France : arrivoit- il quelques vaiffeaux
ou quelques Troupes de cette Nation ,
il revenoit toujours à dire & à parier que
les François avoient des deffeins fecrets fur
quelque partie du Continent Américain. Le
Capitaine ne parioit point , mais il foutenoit
fermement que dès l'inftant que les Provinces
feroient en sûreté , les François s'éloigneroient.
Cependant chaque entretien finillant
par un peu plus d'entétement de la part de Sir
George , ce qui occafionnoit des débats affez
vifs , il s'en falloit de beaucoup que le duo.
de la politique fût auffi d'accord que le trio
de l'amitié.
Dans ces entrefaites , on apprit que l'Armée
Françoife , aux ordres du Comte de Rochambeau
, avoit joint , par un long détour ,
F'Armée Continentale fous Yorck - Town , &
DE FRANCE. 117
que l'Armée Navale des Antilles alloit pren
dre pofte à l'entrée de la baye de Chéfapéak.
Sir George , toujours aveuglé par le préjugé ,
ne vit dans ce grand projet que le deffein
qu'il avoit toujours prêté à la France , de
conquérir une partie du continent ; & en
voyant arriver à l'entrée de la nuit un Exprès
de Newport , il ne douta pas que cet Exprès
ne fût porteur d'un ordre de rappel pour le
Capitaine & pour fon neveu.
L'Exprès s'adreffa à lui ; il court chercher
le Chevalier chez fon oncle ; celui ci repofoit
, le neveu n'étoit pas auprès de lui ; il le
cherche vainement par tout , & enfin il parvient
dans la chambre de Charles , dont il
ouvre brufquement la porte . Quelle fut fa
furprife & fa colère d'y trouver réunis fon fils ,
fa fille & le Chevalier ; il enlève fa fille en la
maltraitant , il chaffe Charles & accable d'injures
le Chevalier ; ce dernier fuit auprès de
fon oncle , où Sir George le rejoint bientôt :
c'eft là que les plus violentes imprécations
furent lancées contre la France & les François.
Le Capitaine n'oppofa à cette fureur
qu'un phlegme tranquille ; & lorfque fon
Hôte , excédé de fatigue & de rage , ne put
plus parler , il gronda vivement fon neveu ,
& finit par le renvoyer. Demeuré foul avec
Sir George , il convint que le Chevalier
étoit bien criminel d'avoir enfreint fes ordres
; mais enfin , ajouta t'il , vous ne le verrez
plus , puifqu'il va joindre. Je fais fon
amour pour votre fille ; mais je fais aufli
158 MERCURE
l'honnêteté de l'un & de l'autre , & Charles
ne les a jamais quittés.... Les voilà ces François
i généreux , difoit Sir George entre fes
dents . Oui , ils le font , répliqua le Capitaine
, & je parie qu'après le fuccès de la
grande expédition qui fe projette , ils aban
donneront vos Provinces pour les lailler heu
reufes & triomphantes fous l'empire de la
liberté.... Parieriez vous gros , écria Sir
George ? Tout ce que j'ai de plus cher au
monde , mon neveu. Que voulez vous
dire? Il aime votre charmante & refpectable
fille , promettez- moi de la lui donner
en mariage , s'il ne refte pas un feul François
dans vos contrées après que nos armes combinées
les auront rendues libres..... En vous
le promettant , répliqua Sir George , je crois
ne rien promettre.
Promettez - moi donc
ce rien. Scit , parole d'Anglois .... & ils fe
ferrèrent la main.
-
-
-
Les trois amis , difperfés & confternés, attendoient
, chacun de leur côté , les terriribles
effets de la colère de Sir George ;
Georgette , en proie aux larmes les plus
amères , fe défoloit dans fa chambre lorfqu'elle
voit entrer fon père. Dans ce moment
elle fe crut morte. Sir George , d'une
voix fombre & forte , lui ordonne d'écrire
à fes frères , & de leur mander tout ce qui
s'étoit paffé dans leur abfence ; il n'accompagna
cet ordre d'aucune autre parole , fi ce
n'eft qu'il falloit que la lettre fut prête pour
le lendemain matin , & il fortit.
DE FRANCE. 159
Le Chevalier , revenu près de fon oncle ,
le trouva ferein & même gai , il ne favoit
à quoi attribuer ce changement foudain ; le
Capitaine lui dit alors : vous partez demain
pour l'Armée ; je vous remettrai une lettre ;
mais j'exige votre parole d'honneur que
Vous ne l'ouvrirez que quand vous , fautez
que les Armées de terre & de mer vont
quitter cos parages. Le Chevalier donna fat
parole , & alla tout arranger pour fon
départ.
Georgette paffa toute la nuit à écrire , recommencer
, déchirer , écrire de nouveau.
la lettre pour les frères : quel embarras pour
elle ! il falloit obéir à fon père ; il falloit tout
dite , & elle ne doutoit pas que Sir George
ne dût lire cette lettre difficile ; elle ignoroit
encore qui en feroit le porteur.
Sir Charles aida fon ami , & dans cette
occupation le jour parut. Sen fèie furvint
? dès le bon matin , lui ordonna d'aller chercher
Georgette , & de la conduire chez le
Capitaine , où il devoit donner à déjeûnet
au Chevalier avant fon départ. L'heure indiquée
arrive ; Georgette tremblante paroît
pour la première fois devant fon père , le
Capitaine , le Chevalier & fon frère. On déjeûne
affez triftement. Sir George demande
enfuite à fa fille la lettre pour fes frères , elle
la tire en tremblant de fa poche , & la donne
fans être cachetée. Pourquoi n'a- t'elle pas de
cachet , demanda- t'il ...... Mertez y en un.
Georgette obéit , elle la préfente de nouveau
160 MERCURE
à fon père. Ce n'eft pas à moi , dit- il , c'eft
au Chevalier qu'il faut la remetere ; il part
route à- l'heure pour l'Armée. Elle tend les
bras vers le Chevalier , fes genoux fléchiffent
, elle laiffe tomber la lettre , & tombe
elle-même évanouie. Le Chevalier fe précipite
en larmes à fes pieds . Ce ſpectacle , qui
déchira le coeur de tous les afliftans , ébranla
le fier Sir George , & regardant fixement
l'oncle , il ne lui dit que ces mots expreflifs :
Je fouhaite de perdre mon pari . On rappela
Georgette de fon évanouiffement , & le Capitaine
eut la cruauté d'exiger qu'elle remît
elle- même la lettre qu'il avoit faite pour fon
neveu. A peine l'eut- il entre les mains , qu'il
Le déroba par la fuite à la fituation terrible
qu'il ne pouvoir plus fupporter , & il partit.
Les regrets , la douleur , les gemiffemens
de tant de gens défolés de fe féparer ne peut
fe peindre. Suivons le Chevalier. L'affaice
d'Yorck- Town ne fut pas longue ; l'un des
frères de Miff Georgette for bleffe , & le
Chevalier en prit un foin vraiment fraternel..
Dès que la capitulation fut fignee , l'Armée
Françoife s'embarqua & cingla vers les Antilles
. Le Chevalier ouvrit alors la lettre de
fon oncle. Elle ne contenoit que ces mots :
" Si toute l'Armée Françoife quitte le Contipent
, viens fur le champ avec les fils de
» Sir George ,, rejoindre ton ami & tout ce
» que tu aimes le plus. » Le Chevalier ,
plein d'espérance & d'amour , obtient un
paffe port , & amène avec lui les frères ,
·
DE FRANCE. 161
arrive chez Sir George ; il avoit inftruit auparavant
fon oncle , de forte qu'en arrivant ,
l'oncle , Sir George , Sir Charles & Miff
Georgette furent à la rencontre des trois
Guerriers ; & Sir George s'approchant du
Chevalier , lui préfenta fa fille , en difant :
" J'ai perdu mon pari ; voilà votre épouse..."
Il est temps de fe repofer : la félicité de cette
heureufe famille s'accrût par ce maringe &
par le rétabliffement du Capitaine. Enfin
après fix mois les nouveaux époux passèrent
en France avec Charles , leur frère ; Sir
George Olivier , revenu de fon erreur , les
combla de préfens , & il exigea que l'enfant
que portoit fa fille für nommé George Louis.
Cet honnête Planteur voulut aufli réparer
fon injuſtice . « Les François , difoit - il fans
» ceffe à fes enfans , font généreux comme
leur Roi ; aimez les comme je les aime
» depuis que je les connois . Nous avons
beaucoup à faire pour nous acquitter en-
» vers eux & leur Souverain. »
ور
99
"
(Par M. Artaud. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Mariage ; celui
de l'Enigme eft Huitre , dont en ôtant les
deux lettres du milieu , reftera Hure ; celui
du Logogryphe eft Bas
2
162 MERCURE
CHARADE.
Mox premier très fouvent s'emploie en harmonic }
Plus mon fecond eft gros , plus il vous fait envie ;
Pour vous offrir mon tout , un Savoyard le crie .
(Par le Vifiteur du Couvent du Buiſſon de May. )
ENIG ME.
JE fuis d'une bonté reconnue infinie ,
coups.
Et l'homme me terraffe & me brife de
Après ce traitement , cher Lecteur , croyez-vous
Que je meurs & renais pour lui donner la vie ?
(Par M. Bouvet , è Gifors .)
Αν
LOGOGRYPH E.
U pénible travail , à l'âge , au plaifir même
Je dois mon existence & mon pouvoir fuprême..
Jeune , vieux , foible , fort, grand, petit , fujet , Roi ,
Tous tombent fous mes coups , tous fubiffent ma loi.
Si je femble plier devant un art magique ,
Ma vengeance eft certaine & mon retour tragique.
Tu frillonnes , Lecteur ! ce n'eft pas fans raifon :
Oui , ton corps de mes traits fentira le poiſon :
Je t'avois précédé quand tu vis la lumière ;
Je dois fermer un jour ta débile paupière.
DE FRANCE. 163
Alors ton teint livide & ton front fillonné
Feront couler les pleurs d'un ami confterné.
J'ai fept pieds , que tu peux déranger å ta guiſe : -
D'abord tu trouveras l'oppofé de franchiſe ;
Deux villes ; la première eft en Franche-Comté ,
La feconde , Normande , a titre de Comté ;
L'appui de la fortune. En veux- tu davantage ?
Eh bien , dérange encor :,que vois- tu ? Ce qu'un Mage
Offrit à ton Sauveur ; un ton ; ce nom pompeux
Que porte un Noble Anglois ; ce qu'un corps lumineux
Produit ; ce qu'un Acteur avant tout doit apprendre ;
Une rivière en France ; & fi , pour me comprendre,
Ta defires encor quelque chofe de plus ,
Mon tout en un inftant peut te rendre perclus.
( Par M. de Fontenai , Capitaine de Dragons. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
་
1 Ef - ce une jouiffance plus douce pour
» un coeur bien amoureux , d'enrichir fa
mattreffe , que de tenir d'elle fa fortune ? »
1.
JE ne fais far ce point comment l'efprit raisonne 3 ,
Mais j'écoute mon coeur, Or , en amour , il croit
Que le plaifir que l'on reçoit
Ne vaut pas celui que l'on donne.
(Par M. Sallais. )
154
MERCURE
I I.
UN AMANT eft heureux d'enrichir ce qu'il aime
L'amant qu'on enrichit 'eſt plus heureux encor.
Le premier craint toujours d'être aimé pour fon or;
L'autre est toujours certain d'être aimé pour lui- mêmes
(Par M. Theveneau. )
III.
En s'uniſſant à moi , qu'Aglaé m'enrichiſſe ,
L'amour- propre murmure & l'Amour est heureux ;
Que je falle pour elle un pareil facrifice ,
L'amour-propre & l'Amour font fatisfaits tous deux.
( Par M, Châtelain , Contrôleur des Aydes . Y
I V.
S'IL me faut choisir en ce jour ,
Enrichir mon Amant aura la préférence;
Si je lui devois tout , je craindrois que
.Ne füt diftrait par la reconnoiffance.
1
l'Amour
(Par Mile Eléonore D.... ) .
V.
SANDIS , être adoré pour des bienfaits réçus ,
Vous appelez céla félicité fuprême !
Jé tremblerois toujours qu'on n'aimâr mes écus ;
J'aimé nieux être aimé moi - même.
( Par M. Ourry , Négociant. );
DE FRANCE. 165
V I.
DAMON , riche & galant , aveugle en fa tendreffe ,
Court porter chaque jour aux pieds de ſa maîtreſſe
Sa fortune & fon coeur ; mais Valère fans bien
Tient tout de fa maîtreffe , & ne lui donne rien .
Quel eft le plus heureux Deux mots le font connoître :
Damon fe croit aimé , Valère eft sûr de l'être.
VII.
JE fuis bien sûr de mon amour
Pour la jeune & belle Climène ;
En fuis je payé de retour ?
La chofe n'eft pas fi certaine :
Mon coeur pourtant s'en eft flatté ;
Mais , hélas ! l'infidélité
Eft dans ce fiècle fi commune,
Qu'il faut pour ma fécurité
Que l'Amour faffe ma fortune .
( Par M. B. M. Cabarrus. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE
"
Quelle conquête doit le plus flatter une
» Belle ? La conquête d'un coeur qui repouffoit
l'amour , ou celle d'un coeur qu'elle enlève
à une rivale ? »
·
1...
166 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
。
DÉLASSEMENS de l'Homme Senfible , ou
Anecdotes diverfes , par M. d'Arnaud,
Tome III , Parties & 6. A Paris , chez
l'Auteur , rue des Poftes , près l'Eſtrapade ,
maifon de M. de Fouchy , & la Veuve
Ballard & fils , Imprimeur du Roi , ruc
des Mathurins.
Il n'eſt pas étonnant que ce Recueil ait
L
eu le fuccès de tous les Ouvrages de fenriment
qu'a publiés M. d'Arnaud ; l'intérêt &
la variété des morceaux qui le compofent
doivent plaire à tous fes Lecteurs. Le con de
morale qui y règne , y ajoute un prix que le
Roman pourroit toujours avoir , mais que
malheureufement il n'a pas toujours , & le
rend très utile à la jeuneffe , qu'il peut inſtruire
en l'amufant.
La première fur tout des deux Parties que
nous annonçons , c'eft à dire la cinquième ,
offre une lecture des plus atrachantes. Norf
lavoreton
ton & Suzanne , ou le malheur , qui commence
cette cinquième Partie , infpire la
terreur la plus profonde . Suzanne & Norfton
font deux époux fans fortune , mais vertueux
: leurs befoins ne font qu'augmenter
malgré leur ardeur pour le travail , leurs
DE FRANCE. 167
dettes s'accumulent , & ils le trouvent en
proie aux plus barbares créanciers. La jeune
femme eft jolie ; pas un bienfaiteur honnête
ne fe préfente ; mais elle eft environnée de
féducteurs. Parmi ces derniers fe trouve un
Jonathan , dont le coeur eft auffi dur & vicieux
que fa paffion pour Suzanne eft criminelle.
Il offre des bienfaits ; mais à une condition
qui eft rejetée avec l'indignation d'un
coeur vertueux. Suzanne cache ce fecret à
fon mari , qui , déchiré par le fpectacle de
fa femme & de plufieurs enfans manquant
de tout , va folliciter la charité de fon Pafteur.
Il trouve chez lui , non pas le refus
infultant d'un riche fans humanité , mais la
ftérile pitié d'un Prêtre hypocrite . Cependant
l'infortune des deux époux eft à fon
comble ; la fenfible Suzanne ne pouvant fupporter
la vue de fon mari & de les enfans expirans
dans le befoin , fort de chez elle ,
égarée par la douleur & le défefpoir , dans le
deffein d'implorer pour eux la charité du
premier homme fenfible qu'elle rencontrerá .
Mais en traverfant un petit bois voilin de
fa maifon , c'eft Jonathan qui s'offre à fes
yeux , une bourfe à la main. Suzanne veut
fuir, fa foibleffe la fait tomber fans connoiffance
; cet homme fans délicateffe abufe
de fon évanouillement , & conforme fon
crime. La malheureufe victime de fa fcélératelle
n'ouvre les yeux que pour tomber
dans le plus affreux défelpoir. Elle ramafle
l'or que Jonathan a laiffé, retourne dans fa
168 MERCURE
maifon , & jette la bourfe au milieu de fes.
enfans , en s'écriant : voilà le fruit du crime.
Norfton , accablé de ce nouveau malheur ,
mais reconnoiffant l'innocence de fa femme,
croyoit au moins avoir épuifé fon infortune ;
mais à peine a- t'il pourvu aux befoins de fes
enfans , à peine a - t'il fatisfait les avides
créanciers , qu'il fe voit emprisonné avec fa
famille comme faux monnoyeur. La bourſe.
que Jonathan avoit donnée étoit pleine de
faux louis fabriqués par lui même. L'innonce
des deux époux eft reconnue ; & le perfde
Jonathan eft puni de tous les forfaits ;
mais ce n'eft qu'après la mort de Norton &
de Suzanne , qui expirent de déſeſpoir & de
chagrin.
La nouvelle fuivante , intitulée : Les vrais
Plaifirs , offre d'abord la même fituation ,
c'eft - à- dire , l'innocence & la vertu dans le
malheur ; mais avec un réſultat bien différent
, & qui repofe l'âme du Lecteur , tourmentée
par l'hiftoire précédente, C'eſt un
jeune homme qui , rencontrant une jeune
& jolie perfonne qu'on lui offre à prix d'argent
pour fecourir une famille tombée dans
la plus profonde misère , préfère aux plaifirs
qu'il pourroit acheter , celui d'être le bienfaiteur
vertueux de l'innocence infortunée .
On voit que la fenfibilité de l'Auteur des
Delaffemens le porte à une indulgence aimable
, qui fe manifefte fouvent comme
analgré lui. Tel eft dans l'Anecdote intitulée ,
La Reconnoiffance , le morceau où il juſtifte
une
DE FRANCE. 169
"
~
une très pauvre femme de fon attachement
pour fon chien : « Une pauvre femme fans
» parens , fans amis , abandonnée à fa mi-
» sère , aux maux inféparables de la vieilleffe
, n'avoit pour unique fociété , pour
" toute confolation , qu'un chien auquel elle
» étoit extrêmement attachée . Tous les jours
» on fe livre à la dûreté & à l'injuftice d'ac
» cufer ces infortunés obſcurs , d'aimer des
» animaux , eh ! la ſenſibilité n'eft elle point
» de tous les rangs , de toutes les condi
59
"
و ر
tions ? N'eft ce pas un de nos premiers
» befoins que celui d'aimer & d'être aimé?
Comment ces malheureux le fatisfe-
» roient - ils , ce befoin inhérent à notre na-
» ture ? Ils n'éprouvent de notre part que
» de la froideur , de l'indifférence , & quelquefois
le mépris & l'infolence homicide
» de la fortune. Qui reçoit leurs larmes ,
» leurs careffes ? Qui fe prête à leurs accès
» de mauvaiſe humeur , ( il eft rare que l'in
digence fouffrance n'entraîne point avec
» elle ce défaur ) ? Qui , en un mot , leur
témoigne cet intérêt cet attend: iffement
, une des plus nobles fenfations de
l'exiſtence ? Un miférable chien dont ils
» ont fait leur ami , qui partage avec une
» reconnoiffance inexprimable le morceau
» de pain qu'ils mendient , & qui fouvent
" eft arrofé de leurs pleurs ; il paroît les en-
» tendre , il leur voue fa fidélité incorrup
» tible ; quand une fois il s'eft décidé à leur
و د
و د
"
>
No. 48 , 27 Novembre 1784. H
170
MERCURE
< engager fon attachement , il ne les quitteroit
pas pour aller fervir l'homme le plus
» riche , & c. "
و د
M. d'Arnaud , préférant le plaifir d'être
utile à celui de faire briller fan talent , a
terminé cette cinquième Partie de fon Recueil
, par un excellent morceau de l'Hiftoire
du Bas- Empires par M. le Beau ; ce fragment
, qui offre le plus beau réſultat de morale
, & qui peut être comparé aux plus
beaux morceaux des meilleurs Hiftoriens
connus , eft le tableau de la Sédition d'Antioche.
Nous invitons nos Lecteurs à le lire
dans l'Ouvrage même.
La fixième Partie , quoique inférieure à
celle dont nous venons de parler , offre encore
plufieurs morceaux intéreffans . Il y a
auffi quelques Anecdotes agréables , qui , par
la gaité de la narration , femblent vouloir
juftifier M. d'Arneud du reproche qu'on lui
a fait de fe plaire à multiplier dans fes Ouvrages
les tableaux fombres & attriftans . Ce
qu'il y a de plus vrai encore , c'eft que tous
refpirent la fenfibilité la plus vraie , & fouvent
la plus énergique.
DE FRANCE.
171
*
SPECTACLES.
ACADÈMIE ROYALE de musique.
MARDI 16 de ce mois , on a donné fur
ce Theatre une repréfentation de l'Armide
de M. Gluck , dans laquelle Mlle Saint-
Huberty a joué le rôle d'Armide , rendu dans
fa nouveauté avec tant de fuccès par Mlle
Levaffeur. Toutes les fois qu'une grande Actrice
fe changera d'un rêle ancien , fufceptible
de grands effets , elle le rajeunira & le
renouvellera pour ainfi dire , parce qu'elle
le rendra d'après elle même , & qu'elle
lui donnera un caractère afforti à fes vûes
& à fes moyens. Celui d'Armide , marqué
d'un bout à l'autre par des intentions fpirituelles
& paffionnées, étoit bien digne d'exercer
la profonde intelligence & le talent
fupérieur de Mile Saint Huberty.; auffi
voit-on qu'elle l'a étudié avec foin ; elle y a
mis un mouvement & une variété de nuances
qui ont été vivement fentis , & lui ont
mérité les applaudiffemens les plus vifs
& les plus univerfels. Elle a parfaitement
fenti que le caractère de fierté qui diftingue
Armide doit être à chaque inftant
adouci par les mouvemens de la paflion
dont elle eft animée. Si le caractère de
fon organe n'a pas toujours répondu à fon
f
Hij
172 MERCURE
fentiment dans quelques inftans de force &
de fierté , elle n'a prefque rien laiffé à defirer
dans les momens fenfibles & paflionnés.
Toujours à la fcène & en fituation elle
fembloit animer encore par fon jeu le jeu
des Acteurs en fcène avec elle ; elle à rendu
avec le fentiment le plus jufte le monologue
auffi difficile à bien jouer qu'à bien chanter :
Enfin il eft en ma puiffance , &c. On ne peut
trop louer l'art infini qu'elle a montré dans
la fcène & le monologue qui termine le
cinquième Acte , dont l'exécution eft fi pénible
pour l'Actrice par ta durée & la violence
des grands mouvemens qui s'y fuccèdent.
Nous ne diffimulerons pas qu'il y
a eu quelques endroits où elle n'a pas eu
dans fon chant & dans fon action l'à plomb
& la précision qu'on a droit d'attendre d'elle ;
mais nous fommes perfuadés qu'elle l'a
mieux que nous , d'autant que ces inattentions
& ces défauts , fi difficiles à éviter dans
un grand rôle qu'on joue pour la première
fois, ont déjà prefque difparu à la feconde
repréfentation.
Le fieur Rouffeau qui , par fon zèle & fes
progrès , devient de plus en plus agréable au
Public , a joué avec intelligence & chanté
avec beaucoup de goût le rôle de Renaud,
Sans parler de plufieurs morceaux où il a
été généralement applaudi , il a joué avec
autant de fenfibilité que de vérité la dernière
fcène avec Armide ; il a chanté avec
une grâce touchante la fcène & le duo qui
1
DE FRANCE. 173
•
commence le cinquième Acte ; le parfait
enfemble qu'il y a eu entre cet Acteur &
Mlle Saint Huberty ont excité des applau
diffemens univerfels & redoublés à plufieurs
repriſes.
Les choeurs ont été en général chantés
& joués avec un enfemble & une précision
qu'on n'avoit pas trouvés aux dernières
reprifes de cet Opéra. La partie de l'orcheftre
a été exécutée avec toute l'intelligence &
la chaleur qu'on pouvoit defirer. Les Ballets
ont été remis avec foin , & les premiers
fujets de la danfe s'y font diftingués à l'envi ;
mais nous ne pouvons nous difpenfer de
dire que le fieur Gardel , déjà fi fupérieur
dans un genre précieux où les grands talens
feront toujours rares , s'eft furpaffé lui - même
dans la chaconne du cinquième Acte , &
qu'il y a obtenu les applaudiffemens les plus
flatteurs & les mieux mérités.
Cette réunion de talens & de zèle a donné
à cet Opéra tout l'effet d'une nouveauté , &
l'affluence, déjà très conſidérable à la première
repréſentation , a augmenté à la feconde.
Il nous refte à faire ici une obfervation
critique fur un jeu de Théâtre qui a bleffé
beaucoup de gens de goût. Dans la dernière
Scène du troisième Acte , à ces mots prononcés
par la Haine , & répétés par le choeur
des Demons :
Sors , fors du fein d'Armide : Amour, brife ta chaîne.
L'Actrice qui repréfente la Haine , s'appro-
H iij
174
MERCURE
1
che d'Armide , & la faifit par le corps avec
une violence & des mouvemens auifi contraires
à la vérité qu'aux bienféances ; les Démons
de l'autre côté ne manquent pas de
répéter cette action , qui , de leur part , devient
encore plus choquente . Il eft abfurde
que la Haine perfonnifiée prétende , faire
fortir l'Amour du fein d'Armide , en lui déchirant
la poitrine , apparemment pour y
entrer à fa place ; il eft également abfurde
que des efprits malins , toujours aux ordres
d'une Enchantereffe , fe permettent
de telles familiarités avec leur Souveraine.
Nous ignorons fi ce jeu de Théâtre eft uneancienne
tradition ; mais nous croyons qu'il
ne peut être juftifié par aucun principe de
goût ni de railon.
Le Jeudi fuivant , 18 , on a donné une
répréfentation de Renaud , dans laquelle
Mile Dozon a joué le rôle d'Armide . Son
premier effai , dans ce rôle , n'a pas été
auffi complettement heureux que fon début.
On a eu beaucoup de reproches à lui faire
dans le premier Acte , & pour fon chant &
pour fon action ; mais elle s'eft bien relevée
dans le fecond Acte , où l'on a admiré
& vivement applaudi les difpofitions & les
talens extraordinaires qu'elle a déployés avec
tant de fuccès dans Chimène. Si elle n'a pas
produit le même effet dans le troisième Acte ,
c'eft que fon rôle dans cet Acte n'en eft pas
fufceptible.
DE FRANCE. 175
Nous n'entrerons ici dans aucun détail fur
les éloges & fur les critiques qu'elle a mérités
à cette première repréſentation . Nous attendrons
qu'une feconde l'ait mife à portée d'évi .
ter les fautes où elle est tombée , & de mettre
plus de précifion & d'à plomb dans l'enfemble
de fon rôle.
COMÉDIE FRANÇOISE.
L'AUTEUR de Ciéopâtre , qu'on a donnée
Samedi 13 de ce mois , occupe un'rang trop
diftingué dans la Littérature moderne , pour
que la repréfentation de fon Ouvrage ait pu
trouver des Spectateurs indifferens . Il étoit
naturel que tout juge impartial s'intéreſsât
vivement à fes beautés , & que la malignité
exerçât tout fon zèle pour y découvrir des
défauts . Tel eft en effet le fort que vient
d'éprouver cette Tragédie. Cléopârre , jouée
d'abord en 1750 , avoit eu onze repréfentations
; mais M. Marmontel vient de la refaire
prefque en entier . Nous allons l'analyfer ici
telle qu'elle vient de paroître , afin qu'en la
comparant avec la Pièce impri née , on puiffe
difcuter les obfervations que nous hafaiderons
fur cet Ouvrage.
Ventidius , ami d'Antoine , homme franc-
& courageux , reproche à Cléopâtre le mal- .
heur de fon ami , & lui annonce que le Sénat
Romain eft indigné de l'amour de ce Héros.
Cléopâtre promet de le rendre à fon pays ,
Hiv
176 MERCURE
à la gloire ; mais l'entretien qu'elle a avec lui
ne fert qu'à rallumer fa paffion. Antoine gémit
d'avoir été vaincu par Octave ; la Reine
cherche à effacer en lui le fentiment de fa
défaite , en lui rappelant fes victoires , l'entretient
fur tout de la tendreffe qu'elle a pour
lui ; & l'on voit qu'Antoine eft difpofé à tout
facrifier à fon amour. Cependant Ventidius
vient annoncer l'arrivée d'Octavie , femme
d'Antoine : foeur d'Octave , elle vient tâcher
de réconcilier ces deux illuftres rivaux. Cléopâtre
, frappée d'abord de cette nouvelle ,
après avoir été quelque temps combattue
par la jalousie , fe determine enfin à céder à
la générofité ; elle accueille Octavie , & promet
de ſe réunir avec elle pour les vrais intérêts
d'Antoine.
Le fecond Acte s'ouvre par une Scène
vive & éloquente entre Antoine & Venti
dius , qui veut arracher fon ani aux fers de
Cléopâtre ; Cléopâtre amène elle même la
fenfible Octavie , & la préfente à fon époux .
Antoine , refté feul avec Octavie , rend hommmage
à fa vertu , s'abandonne au remords
qui le déchire , mais fans diffimuler l'amour
dont il brûle encore. Enfin elle obtient de
lui qu'il écoutera Octave , qui vient lui parler
de paix .
Cléopâtre paroît devant Octave , lui parle
avec une moderation qui peut paffer pour de
l'adreffe , & fe montre difpofée à facrifier
fon amour anx intêrêts de Rome & au
bonheur d'Antoine. Vient enfuite l'entrevue
DE FRANCE. 177
d'Antoine & d'Octave. Ces deux fuperbes
rivaux luttent , pour ainfi dire , de caractère ,
& développent leurs divers projets. Antoine
propofe à Octave de mettre bas les armes ,
& d'aller fe préfenter tous deux au Sénat en
fimples Citoyens. Ce mot de Citoyen effraye
l'ambition d'Octave , qui finit par lui offrir
la première place fous lui. L'orgueil d'Antoine
s'en indigne ; il veut partager le monde
avec fon rival , ou s'en remettre au fort des
combats. Enfin ils s'accordent à fe rendre
tous deux à Rome , afin qu'elle feule en décide.
Alors la généreufe Octavie vient implorer
fon frère & fon époux en faveur de
Cleopâtre; elle croit que cette Reine infortunée
fait les apprêts de fa mort ; à ce mot
Antoine alarmé court auprès d'elle , & laiffe
Octave courroucé.
Au quatrième Acte , on apprend que la
paix eft rompue ; qu'Antoine combat contre
Octave ; & lui même arrive defefpéré, furieux ,
& annonce fa défaite à Cléopâtre. La Reine , à
qui fa Confidente vient d'apporter des afpics
dans une urne' remplie de fleurs , propofe à
fon amant de mourir avec lui , en fe faifant piquer
par ces reptiles dont le venin donne une
mort prompre & fans douleur. Comme its
four fur le point d'effectuer leur projet ,ils font
in crrompus par Ventidius, qui leur apprend
que trois Légions Romaines veulent fauver
Antoine , en fuvant avec lui ; mais le temps
preffe , & il faut que Cléopâtre abandonne
le projet d'accompagner Antoine dans fa
Hv
178 MERCURE
L
fuite , parce qu'elle fe trouve chargée de la
haine des deux partis . Cléopâtre veut fe
facrifier à fon amant en renonçant à le fuivre
, lorfqu'un billet apprend à Antoine
qu'Octave a réfolu d'emmener à Rome Cléo
pâtre enchaînée à fon char. Antoine , indigné,
craindroit d'être accufé de lâcheté fi fa fuite
livroit Cléopâtre à Octave , & il veut la fau
ver ou périr avec elle .
Au cinquième Acte , Cléopâtre ne voit
d'autre moyen pour décider Antoine à fuir
fans elle , que de faire courir le bruit de fa
mort. Elle fe réfugie dans les Pyramides ; &
delà elle écrit à Octavie qu'elle a ceffé de
vivre pour fauver Antoine. Cette lettre le
plonge dans le plus affreux défeſpoir , la fen
fible Octavie cherche à le confoler ; mais
Octave , qui a foupçonné le fratagême de
Cléopâtre , vient dire à Antoine qu'elle le
trahit , & qu'elle eft cncore vivante . En
effet , elle la fait arracher de l'afyle où elle
étoit cachée. Le malheureux Antoine la
voyant arriver , ne doute plus de fa trahifon
, & le tue avant de lui avoir parlé. Mais
avant d'expirer , il a le temps d'apprendre
que Cléopâtre eft innocente au moins envers
l'amour ; elle porte la mort dans fon fein
& vient mourir aux genoux d'Antoine,
On voit , par cette analyfe , que M. Marmontel
a fait de très- grands changemens à
cette Tragédie ; il a beaucoup retranché &
ajouté: il fait mourir hors de la Scène Cléopâtre
; il a fupprimé un perfonnage , Cefarion,
DE FRANCE. 179
fils de Cléopâtre & de Céfar, & il en a inroduit
un nouveau, la femme d'Antoine , perfonnage
très difficile à mettre fur la Scène Françoife.
Les trois premiers Actes ont obtenu les applaudiffemens
les plus univerfels , & mérité
la plus grande eftime ; les deux derniers n'ont
pas réuffi d'abord. On a blàmé le foin que
prend Cléopâtre de faire porter fur une table
, par fa Confidente , l'urne qui renfe : me
les afpics ; précaution à laquelle on a trouvé
un air d'apprêt & d'affectation . Mais ce qui
a effuyé le plus de critiques , c'eft le rôle de
Cléopâtre. Ce caractère , tel qu'il nous est
tracé par l'Hiftoire , ne feroit peut être pas
fuppoité fur notre Scène . D'après cela , M.
Marmontel a cru devoir en changer la phyfionomie
; au licu de la repréfenter comme
une coquette ambitieuſe , il en a fait une
amante fidelle .
S'il nous eft permis de propofer quelques
doutes à l'Auteur de cet eftimable Ouvrage ,
nous aurions voulu , puifqu'il étoit décidé
adoucir le caractère de Cléopâtre , à lui donner
un amour vrai , fincère , nous autions
voulu qu'il eût éloigné d'elle tout ce qui peut
la faire foupçonner d'artifice. Cléopâtre ,
dans la Tragédie , aime véritablement Antoine
, puifque dans un moment où elle doit
parler d'après fes propres fentimens , c'eſtà-
dire , dans un monologue , elle s'écrie après
avoir rappelé les charmes de fa rivale Octavie
:
Mais eft- elle fenfible & tendre comme moi ?-
1
H vj
180 MERCURE
M. Marmontel lui a donc donné un amour
vrai pour fon amant ; cependant tout ce qui
l'environne , les difcours d'Octave , de Ventidius
, femblent perfuader , ou rappellent
du moins qu'elle n'eft qu'artificieufe . On
voit que l'Auteur voudroit tout - à la fois
conferver la phyfionomie du perfonnage ,
pour refter fidèle à l'Hiftoire , & donner de
la fincérité à Cléopâtre , pour jeter plus d'in
térêt dans fa Pièce. Dela vient que cette Reine
montre un caractère indécis. En un mor ,
dans le changement que l'Auteur a fait à ce
caractère , il nous femble avoit trop ou trop
pen ofé.
Le rôle d'Octavie , qui , comme nous
l'avons déjà dit , étoit fi difficile à prefenter
fur notre Scène , a trouvé auffi des contradic
teurs . Nous avouerons que fa générofité nous
a paru exagérée , & par confequent peu naturelle
, quand elle vient implorer fon époux
en faveur de Cléopâtre. S'il y avoit quelque
motif qui lui fit un devoir de cette demarche
, elle feroit intéreffante & dramatique ;
mais fe charger gratuitement de ce foin , c'eft
outrepaffer un peu les bornes de la générofité
& meriter le reproche d'invraifeinblance
.
Voilà des obfervations que nous croyons
devoir foumettre à M. Marmontel lui même;
ce qui nous confole un peu de la néceffité de
les mettre au jour , c'eft que ces défauts , s'ils
font réels , ne nous femblent pas impoffibles à
corriger ; on peut s'en rapporter , pour les
DE FRANCE. ་ 181
faire difparoître , à un Littérateur auffi confommé
, qui , nourri des grands modèles , a
paffé de longues années à donner par fes Ou
vrages des leçons de goût & des preuves de
talent.
C'eft avec bien plus de plaifir que nous
allons parler du mérite qui diftingue cet
Ouvrage. Le rôle d Octavie eft plein de
traits de fenfibilité. Une partie du Public a
penſé qu'on ne pouvoit pas voir avec plaifir
fur la Scène la femme & la maîtreffe du
même Perfonnage. Sns vouloir difcuter
certe opinion , nous croyons que nous por
tons au Théâtre une délicateffe exagérée , ce
qui occafionne fouvent d'injuftes critiques .
Notre imagination fe laiffe difficilement
conduire où le Poëte dramatique veut nous
tranfporter , & fouvent nous ne mettons
pas affez de difference entre des moeurs
étrangères & des moeurs invraisemblables.
L'Auteur de cet article a vu au Théâtre Ita
lien le Parterre indigné contre Soliman
(dans les trois Sultanes ) , qui laiſſoit ton
ber une jolie femme à fes genoux . On vou
loit que le grand Turc eûr la galanterie d'un
François.
Nous ajouterons une réflexion particu
lière au rôle d'Octavie. C'eft que le divorce
chez les Romains étant autorifé par les
Loix , le mariage y étoit bien moins facié :
or la maîtreffe d'un Romain pouvant en un
moment prendre la place de fa femme, les
182 MERCURE
convenances en pareil cas doivent être moins
rigoureufes .
Antoine eft un caractère très dramatiquement
trace , il eſt par tout paflionne , & l'on
retrouve dans tout fon rôle l'homme qui
s'eft peint d'abord lui · même par ces deux
vers :
L'Empire étoit à moi , j'en étois idolâtre ;
Il ne put dans mon coeur balancer Cléopâtre.
Les derniers mots qu'il prononce refpirent
la paffion. A peine a t il entendu Cléopâtre
fe juftifier qu'il fe foulève en écartant , pour
ainfi dire , les ombres de la mort ; & s'adreffant
à Octave , il s'écrie d'une voix defaillante
: Eh bien , fuis je trahi ?
Octave eft un perfonnage fi important
dans l'Hiftoire qu'on auroit voulu lui voir
jouer un plus grand rôle dans cette Tragédie
; mais il faut obferver qu'ici il doit être
fubordonné au caractère d'Antoine . Au refte,
le portrait que tracent de lui dans plufieurs
endroits Antoine & Ventidius eft fait de main
de maître.
Quant au ſtyle , on y remarque , nous ne
dirons pas de beaux vers comme dans tant
de pièces mal écrites , mais de belles tirades.
La verification n'y eft jamais défigurée par
le mauvais goût , comme l'action n'y eft
furchargée d'aucun incident épifodique ; ce
font les caractères qui forment l'intrigue &
amènent les fituations , & l'intérêt y fort de
la peinture des moeurs ; en un mot , lạ
DE FRANCE. 183
Pièce eft dans les vrais principes de l'Art
Dramatique , & ces exemples- là ne font pas
inutiles à donner aujourd'hui.
Pour la moralité , cette Tragédie offre un
des plus terribles exemples des défordres &
des malheurs que peut caufer un amour exceffif.
M. Marmontel femble avoir voulu
remplir le titre de Dryden , qui en traitant
le même fujet a intitulé fa Pièce : Tout pour
l'Amour.
Si l'on ajoute à ces éloges que M. Marmontel
dans cette Tragédie a montré la plus
profonde connoiffance & tracé les plus brillans
tableaux de la fituation & de la politique
des Romains à la grande époque où il a
puifé fon fujet , on conviendra que fans un
grand effort de philofophie il pourra fe confoler
de n'avoir pas eu une réuffite complette.
S'il n'a pas eu le bonheur de faire une Tra
gédie qui ait obtenu un fuccès d'affluence , il
aura toujours donné un Ouvrage qui fais
honneur à fon talent , eftimé par tant d'au
tres productions littéraires.
A la feconde repréfentation , les deux derniers
Actes de cette Tragédie ont été beaucoup
plus heureux. On a fupprimé l'apparition
de l'urne , ce qui , joint à quelques retranchemens
, en a fait reffortir toutes les
beautés de détails . Le troifième Acte a paru
un peu appauvri , venant fur tout après
le fecond , qui eft d'une beauté vrai
ment fupérieure ; mais quel que foit défor
184
MERCURE
mais le fort de cet Ouvrage , il ne peut rien
ôter à l'eftime que fon Auteur a toujours
confervée à tant de titres différens .
( Cet Article n'eft pas du Rédacteur ordinaire . )
ANNONCES ET NOTICES.
NOUVELLE Edition Grecque & Françoife des
Euvres complettes d'Homère , Traduction nouvelle
, dédiée au Roi , par M. Gin , Confeiller au
Grand- Confeil.
1
Cette Edition , en buit Volumes in- 4 ° . papier
fuperfin d'Annonai , grand railin des Preffes de M.
Didot l'aîné , ne fera tirée qu'à cinq cent Exemplaires
, dont deux cent avec le Texte Grec , auquel
M. Didot confacre les prémices d'un Caractère
Grec, que Firmin Dider, fon fils , déjà connu par fes
Caractères Italiques , doit graver inceffamment.
Elle fera ornée de quarante - huit Eftampes & de
deux Front fpices exéus par les meilleurs Maîtres
fous la Direction de M Ponce , Graveur de Mgr.
Comte d'Artois , & fur les Deflins de M. Bonnicu ,
de l'Académie Royale de Peinture . On y joindra
une Carte Géographique , par M. Mentelle , Hitoriographe
de Mgr Comte d'Artois . On ne demande
au un fomme d'avance , mais feulement l'engagement
de paver chacun des Volumes à melure quis
paroîtront. On donnera deux Volumes au moins par
année . Les Soufcripteurs jouiront des premières
Épreuves. Le prix de la foafcription eft de 36 livres
par Volume de la Traduction avec Carte & Eftampes
, & de 18 livres en las pour chaque Volume
qui contiendra le Texte Grec.
La foufcription eft ouverte depuis le premier No-
)
DE FRANCE. 185
veinbre, & ne fera fermée qu'au premier Avril 1785 ,
chez M. Dido l'aîné,Imprimeur Libraire ,rue Pavée-
Saint- André , chez lequel on trouvera des Profpectus.
de même format , papier , caractère que l'Édition.
-
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames. Cet
Ouvrage, qu'on propoſe par ſouſcription , ne pouvoit
trouver un plus heureux à propos. Les femmes,
pour plaire aujourd'hui dans le monde, ont befoin
d'être plus inftruites qu'autrefois ; d'un autre côté ,
les devoirs de la fociété , les plaifirs mêmes s'étant
multipliés autour d'elles , combien n'est- il pas
effentiel qu'elles foient dirigées fur le choix des
Livres qui doivent former leur Bibliothèque . Sans ce
choix , on fait qu'on peut employer beaucoup de
temps à la lecture pour en retirer fort peu de profit.
C'eft le motif qui a fait entreprendre à une
Société de Gens de Lettres l'Ouvrage que nous annonçons,
& qui , regardant la plus belle moitié de la
Société , doit par-là même intéreffer la Société entière.
Cette Collection renfermera tout ce que peu-'
vent fournir de connoiffances utiles & agréables ,
les Voyages , l'Hiftoire , la Philofophie , les Belles-
Lettres , les Sciences & les Arts .
Quant à la forme des Volumes , on s'eft décidé
pour celle qui eft la plus portative : on a adopté le
format in- 18. On les dé ivrera reliés en veau écaillé ,
avec filets & tranches dorées On veut que cette
Collection puiffe fe tranfporter aifément & fans
embarras dans les plus longs voyages ; on veut encore
qu'elle forme un ornement de fatlon , & qu'on
puifle enfin ne s'en féparer jamais.
A compter du premier Avril 1785 , il paroîtra
vingt - quatre Volumes par année ou deux Volumes'
par mois , qui feront délivrés francs de port à MM.
les Scufcripteurs les premier & 15 de chaque mois.
Les Volumes feront compofés d'environ 300 pages,
186
T
MERCURE
reliés en veau écaillé ou fauve , au choix des Soufcripteurs
, & dorés fur tranche. On les délivrera
brochés aux Soufcripteurs de Province , attendu que
la pofte ne fe charge point de livres reliés , à moins
toutefois qu'ils n'aiment mieux faire prendre les
Volumes au Bureau , ou indiquer la manière de les
leur faire parvenir reliés .
Ceux des Soufcripteurs qui voudront l'Ouvrage
relié , payeront en foufcrivant pour vingt - quatre
Volumes, la fomme de 72 livres , ou pour la demiannée
la fomme de 36 livres . Ceux qui les prendront
brochés payeront également pour la demi - année
27 liv. pour Patis, & 30 livres iz fols francs de port
pour la Province .
On adreflera les lettres d'avis , franches de port ,
avec le reçu du Directeur des Poftes , au Directeur de
la Bibliotheque des Dames , à Paris , rue d'Anjou , la
deuxième porte-cochère à gauche par la rue Dau-
Phine
On foufcrit dès-à-préfent pour la demi -année , ou
même pour l'année entière. Le Bureau fera ouvert
tous les matins depuis neuf heures jufqu'à une heure ,
excepté les Dimanches & Fètes.
Pour répandre plus de variété dans les différentes
Livraifons , & pour mettre un plus grand nombre
de Lecteurs à portée de s'inftruire & de s'amufer , on
fera paroître dans le même mois des Volumes de
claffes différentes . On promet que les Livraiſons
n'effuyeront aucun retaid , & l'on affure qu'on a
pris les mesures néceffaires pour qu'au premier Avril
ait au moins fix Volumes imprimés.
ily
N. B. On offre à chacun des Soufcripteurs de
faire imprimer fon nom au frontifpice de tous les
Volumes qui formeront fa collection . Ainsi , après le
titre général de Bibliothèque Univerfelle des Dames ,
Je premier feuillet portera ces mots : Bibliothèque
de Madame (ici ´) Ce moyen a été
imaginé pour faire rentrer plus facilement dans
DE FRANCE 187
chaque Bibliothèque les Volumes que l'on aura
prêtés.
-
CECILIA, ou Mémoires d'une jeune Héritière ,
nouvellement traduits de l'Anglois , & rédigés avec.
beaucoup de foin. 4 petits volumes , Evélina
par le même Auteur, 2 petits volumes . A Bouillon , à
la Société Typographique , & à Paris , chez Deſenne ,
au Palais Royal , paffage de Richelieu , & les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
Ces deux Romans ont eu le plus grand fuccès en
Angleterre & en France , malgré la foibleffe de la
Traduction ; combien plus facilement doit réuflir
cette nouvelle Édition , où les deux Ouvrages reparoiffent
purgés & des fautes du Traducteur & même
de celles de l'Auteur Anglois ? L'Éditeur , en rendant
juftice au talent rare de Miff Burney , obferve que
des longueurs & des inutilités affez fréquentes dans
fes deux Romans , avoient juftement armé la critique
. Il n'en a point refonda la marche, à laquelle il
donne des éloges mérités ; mais en homme de goût ,
il en a corrigé les acceffoires ; il a retouché le ftyle ;
& les heureux foins qu'il a pris pour le perfectionner,
femblent lui affurer fe fuccès de fon travail.
LE Mercure de France , d'après le Tableau peint
par M. Lavreince , Peintre du Roi de Suède , & de
l'Académie Royale de Stockholin , gravé par Guttemberg
le jeune.
Le fujet , d'une compofition agréable , eft un
des mieux gravés d'après ce Peintre. Laprincipale
figure eft M. de Beaumarchais lifant dans le Mer
cure l'Extrait de Figaro. Prix , 6 liv . A Paris , chez
Vidal , Graveur , rue des Noyers , nº . 29 .
CARTE du Théâtre de la Guerre , comprenant les
Pays -Bas , avec partie des Provinces - Unies , ou de
188
MERCURE
à
la Hollande , de l'Allemagne & de la Francé, en
deux feuilles. Prix 3 liv. - Carte très - détaillée &
grana point des environs d'Anvers , d'Hulft , de
Saint Nicolas, d'Axel & du Sas de Gand, compre
nant aufli le Théâtre de la Guerre , enluminée à la
manière Hollandoife . Prix , 3 liv. A Paris , chez
Defnos , Ingénieur- Géographe & Libraire du Roi de
Danemarck , rue S. Jacques , au Globe.
On trouve chez le même , l'Atlas du Théâtre de
la Guerre , contenant , en 18 Cartes très - détaillées ,
les Pays - Bas & les Frontières des Provinces- Unies ,
avec celles de la France. Prix, 20 liv. rendu franc de
port par-tout le Royaume.
On trouve auffi chez le même , la Géographie Familière
, in- 16 . Prix , 1 liv . 1o fols , & les Tablettes
Aftronomiques , par M. Brion , même prix.
LETTRE d'un Médecin de la Faculté de Paris à
M. Court de Gébelin , en Réponse à celle que ce Savant
a adreffée à fes Soufcripteurs , dans laquelle il
fait un éloge sriomphant du Magnétifme Animal. A
Paris, chez les Marchands de Nouveautés.
Tout ce que l'Auteur de cette Lettre a pu dire pour
prouver que M. de Gébelin n'avoit point été guéri
par le Magnétifine Animal , eft moins concluant que
la mort funefte qui a enlevé ce Savant eftimable ;
mais ce qu'on y lira avec plaifir , c'eft la difcuffion'
des ving:-fept propofitions dans le quelles M. Mefiner
a voulu inférer la prétendue doctrine ; ony verra que
non - feulement il y a plufieurs affections qui fe
contredient , & d'autres qui font du galimatias tout
pur, qu'il eft impoffible d'entendre , & que M. Mef--
mer lui-même n'a pu s'entendre en les écrivant.
Le Lever des Ouvrières en Modes , peint à la
gouache par N. Lavreince , Peintre du Roi de
Suède , & de l'Académie de Stockholm , gravé par
DE FRANCE. 189
XF. Dequevauviller. Prix , 6 livres . A Paris , chez Dequevauviller
, rue Saint Hyacinthe , près la Place
Saint Michel , nº. 47.
Cette Eftampe , qui eft d'un effet agréable , peut
faire faite à deux autres des mêmes Auteurs que
nous avons annoncées avec de juſtes éloges.
LES Sabots , peint à la gouache par Lavreince ,
Peintre du Roi de Suède , gravé par J. Couché.
Prix , 3 livres. A Paris , chez J. Couché , Graveur ,
rue Saint Hyacinthe , nº . § 1 .
Cette Eftampe , qui a de la grâce , repréſente le
moment de la petite Pièce des Sabots où la jeune
Villageoife mange des cerifes...
L'AMOUR à l'épreuve , Comédie en un Acte , en
vers , repréfentée pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le Vendredi 13
Août 1784. A Paris , chez Prault , Imprimeur du
Roi , quai des Auguftins , & Brunet , Libraire , Place
de la Comédie Italienne .
Lainval , Tuteur de Rofalie , qui avoit d'abord eu
l'envie de l'époufer , apprend qu'elle aime Dorlis . Il
renonce à les prétentions ; mais pour punir Rofalie
du myftère qu'elle lui a fait de fon amour , & pour
inquiéter un peu les deux amans , il fait femblant de
perfifter dans fa pourfuite ; il va même juſqu'à forcer
les deux amans à renoncer mutuellement l'un à
l'autre dans un entretien qu'il leur ménage , &
qu'il écoute fans être vû. Cette Scène , qui auroit
pû être plus fortement motivée , eft au moins fort
bien faite ; elle amufe & intéreffe tout - à - la - fois.
Enfin , le Tuteur , après s'être diverti de leur embarras
, le termine en les mariant,
Cette petite Pièce a joui d'un fuccès mérité. Il y a
de la naïveté, de la grâce & des détails intérellans .
190
MERCURE
COLLECTION des anciens Monumens d'Architecture.
M. Renard , Architecte , ancien Penfionnaire
du Roi , & qui pendant fon féjour en Italie
' s'eft occupé de deffiner les détails des anciens Monumens
d'Architecture pour les tranſmettre aux Artiftes
, vient de publier la troisième Livraiſon de
cette précieufe Collection , qui eft composée de
cinquante Deffins grand in-folio , & gravés dans la
manière du crayon , Le texte qui accompagne chaque
Livraiſon démontre d'une manière fort claire les
beautés & les défauts de ces ornemens , & indique
l'application qu'on peut en faire dans les édifices.
L'Auteur a ajouté des obfervations qui doivent néceffairement
diriger dans le choix à raison des occafions
où on peut les y employer.
Cet Ouvrage a été proposé par fouſcription , &
fe continuera dans le cours de fon exécution fous
les mêmes conditions ; mais comme l'Auteur a eu
pour principal objet de fe rendre utile aux Artiſtes ,
& particulièrement aux jeunes gens qui ſe deſtinent
à l'étude de l'Architecture , pour leur en donner
une preuve , il confent en leur faveur de leur fournir
les Cahiers à mesure qu'ils paroîtront , en les
pienant chez lui , & en fe foumettant à prendre la
fuite de l'Ouvrage , il leur fera une remiſe.
On foufcrit chez l'Auteur , au petit hôtel du
Tillet , Fauxbourg Saint Martin , chez Joulain ,
Marchand de Tableaux & d'Eftampes , quai de la
Mégifferie , & chez Cloufier , Imprimeur - Libraire
, rue des Mathurins .
L'Ouvrage fe trouve auffi chez Chéreau ,
Jombert le jeune , Lamy , Iffabey , Gaugueri , Libraires
& Marchands d'Eftampes .
Il fe vend 72 liv. par foufcription.
NUMEROS 33 à 40 du Journal de Guittare ,
DE FRANCE. 191
pour lequel on fouferit chez Baillon , Marchand de
Mafique , rue Neuve des Petits- Champs , au coin de
celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique . Prix , 12 liv.
& 18 liv.
QUATRE Sonates non difficiles pour la Harpe
feule ou Accompagnement de Violon & Violoncelle ,
par M. Krumpholtz , OEuvre XII . Prix , 9 livres. A
Paris , chez l'Auteur , rue d'Argenteuil , Butte Saint
Roch , n° . 14 ; Naderman , Luthier , même rue , &
Coufineau auffi Luthier , rue des Poulies . Les
Exemplaires font fignés de l'Auteur.
>
On voit toujours paroître avec plaifir la Mufique
de M. Krumpholtz , dont le talent ne fe borne
à l'exécution .
pas
RECUEIL de Divertiffemens pour la Harpe ,
Violon obligé , par M. Grenier , Organiſte & Maître
de Harpe. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris chez l'Auteur
, hôtel de Mme la Ducheffe de Villeroy , rue
de l'Univerfité ; Coufineau père & fils , Luthiers
brevetés de la Reine , & Salomon , Luthier , Plaće
de l'École.
TROISIÈME Concerto pour la Flûte , par M. de
Vienne le jeune. Prix , 4 livres 4 fols franc de port
par la pofte. A Paris , chez M. Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière- Saint- Honoré.
NUMERO 11 de la quatrième année du Journal
de Harpe , par les meilleurs Maîtres. Abonnement ,
15 liv. port franc par la pofte ; féparément , 2 livres
8 fols. Numéro 6 du Journal d'Orgue à l'usage
des Paroiffes & Communautés Religieufes , par M.
Charpentier , Organifte de Notre- Dame , S. Paul ,
&c . , contenant une Meſſe Royale de Dumont en ré
――
192 MERCURE
mineur . Prix , 24 livres , & féparément 4 liv. 4 fols
port franc par la pofte. A Paris , chez M. Leduc,
même Adreffe que ci - deffus.
NUMERO 11 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pouvant auffi fervir à deux Violoncelles.
Prix , féparément 2 liv. On fouferit moyennant 15
ou 18 liv. chez le fieur Bornet l'aîné , rue des Prouvaires
, au Bureau de Loterie , près S. Euſtache.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
VERS pour le Buste du Prin- Charade , Enigme & Logogry
ce Henri de Pruffe , 145 phe , 162
Envoi à Mme la Comteffe Ga- Délaſſemens de l'Homme Senbrielle
de Digoine, 146 fible , 166
Le Réverbère & la Chauve- Acad. Roy. de Mufique , 171
Souris , Fable, 147 Comédie Françoife ,
Le Préjugé National détruit . Annonces & Notices ,
Anecdote , 148
175 %
184 <
APPROBATIO N.
J'Alu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Novembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 26 Novembre 1784. GUIDI.
JOURNAL
POLITIQUÈ
:
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 20 Octobre.
A fanté de l'Impératrice eſt aſſez raffer-
Lmie , pour lui permettre de fongerà un
grand projet de voyage. Cette Souverainé
doit vifiter au Printems , fes nouveaux domaines
vers la Mer -Noire : les préparatifs
font ordonnés , la route fixée , il ne s'agit
plus que de l'exécution fubordonnée à beaucoup
de circonſtances . k
Un autre voyage qu'on affure moins volontaire
, eft celui du Général Prince Repnin
, qui va prendre les eaux dans l'étranger
avec fa famille.
DANEMAR CK.
DE
COPENHAGUE , le 4 Novembre.
La Princeffe Julienne Marie , fille du
Prince Héréditaire , Frere du Roi, eft morte
N°. 48 , 27 Novembre 1784. g
( 148 )
affaires des Pays - Bas , les conjectures , les
inventions , les propos de toute efpece fe
multiplient chaque jour. Ceux qui avoient
envoyé l'Empereur à Pétersbourg , le conduifent
aujourd'hui dans le Brabant : ce
départ , difoit-on , étoit fixé au premier de
ce mois , la fuite de S. M. nommée , & quatre
chaffeurs deftinés à l'accompagner. Si ce
voyage a été projetté , l'époque en eſt incertaine
, & il n'en eft plus queftion depuis
quelques jours.
Il fe confirme que le Général Langlois
fera nommé Général en chef de l'armée des
Pays-Bas , & Feld Maréchal , & qu'il com
mandera fous le Duc de Saxe- Tefchen.
Sur les repréſentations extrêmement vives
& réitérées des Hongrois , la Confcription
militaire fe réduira à une fimple énumé
ration des maiſons , & fera regardée comme
une fimple mefure de police , dans laquelle
le Militaire ne pourra s'immifcer ;
l'opération étant confiée aux Officiers civils
des Comitats . La réfolution du Souverain
à ce fujet a été communiquée au Confeil
aulique de guerre : elle appaifera le mécontentement
d'une nation qui n'a point perdu
le fouvenir de fon ancienne liberté , & obftinément
attachée à fes uſages & à fes privileges
.
S. M. s'eft fait repréfenter la lifte de Confcription
depuis 26 ans , afin de s'aflurer du nombre
d'hommes à lever chaque année. Avant leur
départ , elle a fait diftribuer 62 chevaux de fes
149 )
écuriès aux Officiers des régimens de Teatscha
meifter & Preiff , dont toute la fortune eft dans
leurs appointemens . Aucun de ces chevaux n'eft
au -deffous du prix de 30 ducats . Ces deux régimens
font en marche depuis le 5 , & auront été
joints à Lintz par le régiment de Tillier. Les
événemens n'ont rien pris fur la gaîté de notre
Monarque , auffi foutenue qu'auparavant .
Le Réquifitoire aux Princes d'Empire du
Cercle de Franconie , pour leur demander
le paffage de nos troupes , eft en ces termes :
JOSEPH II.
·
Très chers Coufins , Princes & Dévoués.
Ayant réfolu de faire paffer par Eger dans nos
provinces de Luxembourg & de Limbourg dans
les Pays -Bas , le régiment de Kobourg Dragons ,
confiftant en 3 divifions de 1439 hommes , le
régiment de wurmfer , confilant en cinq divifons
& un efcadron de réferve , faifant en tout
2240 hommes , & d'envoyer en outre dans les
mêmes Pays -Bas par Pilfen , 600 Uhians , 140
mineurs & 90 fapeurs , nous vous en donnons
avis par les préfentes , & vous prions de laiffer
paffer librement ces troupes par le cercle de
Franconie , & de faire toutes les difpofitions qui
peuvent faciliter leur paffage . Nous payerons
argent comptant toutes les dépenfes qu'occafionnera
ce paffage , & nous vous affurons de notre
affection , efpérant que vous nous accorderez
notre demande . Vienne , ce 23 Octobre.
Jofeph , & plus bas , le Comte de Colloredo.
Trente mille hommes pafferont en deux détachemens
; l'un par Ratisbonne & le Haut-
Palatinat , l'autre par la Baffe Baviere , tous
deux par Mergentheim où ils s'embarqueront
für le Mein. Un troifieme détachement
}
8 3
( 150 )
de 6 régimens prendra fa route par le Tyrol
& la haute Souabe , & s'embarquera fur le
Necker .
L'abbé Maximilien Hell , Aftronome de la
Cour Impériale & Directeur de l'obſervatoire impérial
& royal à Vienne , a reçu une lettre de la
Com:niffion Angioife , pour trouver la longitude
fur mer, parlaquelle il apprend que cette Commiffion,
établie par acte du Parlement, l'a inſcrit , ainfi
que l'obfervatoire aftronomique I. & R. à Vienne,
au nombre de ceux auxquels elle a réfolu de faire
préfent de tous les ouvrages précieux qu'elle a
fait & fera imprimer. M. l'abbé Hell avoit déja
reçu de la même Commiffion plufieurs de ces
livres d'un grand prix , puifqu'ils contiennent les
obfervations , découvertes & calculs les plus importans
, qui le font dans toutes les parties du
monde pour l'avancement de l'Aftronomie , Géographie
& Navigation .
DE FRANCFORT , le 17 Novembre.
Le Baron de Stein , Capitaine au dépôt
des recrues à Worms , s'eft rendu ici pour y
lever deux Corps de Volontaires impériaux ,
chacun de 1800 hommes. Cette nouvelle
eft plus sûre que celle des 10 mille Heffois ,
engagés au fervice de la Hollande , & des
30 mille Suiffes que doivent lui fournir lest
Cantons , felon des relateurs , qui ne connoiffent
la Suiffe que fur la Carte géographique
.
Il faut mettre encore au nombre de ces
bruits courans la demande d'un Nonce apoftolique,
faite à S. S. par le Roi de Pruffe
( 1st )
on va jufqu'à déligner , pour remplir ce
pofte , M. Calepi , Auditeur de la Nonciature
à Vienne.
On écrit de Hanovre le trait fuivant.
Il y a quelques jours , le Prince William Henri
rencontra une femme avec un petit enfant fur
fes bras , & qui en conduifoit un autre , âgé de
3 ans la figure très- intéreffante de ce dernier
frappa le Prince , qui demanda quel étoit le pere
de cet enfant ; la mere répondit , en pouffant un
profond foupir , qu'il étoit allé à Minorque ,
qu'il y avoit été tué pendant la guerre , & qu'elle
étoit veuve avec 10 enfans ; je prends cet enfant
, dit le Prince , menez- le au château : lorfqu'il
y fut , il lui donna 10 ducats , & lui dit ,
donne les à ta mere ; qu'elle r'achete ce dont
tu as befoin ; & quand elle n'aura plus d'argent ,
tu n'as qu'à revenir , j'aurai foin de toi , jufqu'à
ce que tu puiffes toi même pourvoir à tes befoins.
On fçait que le miel & la cire font un
objet confidérable du commerce de la Moldavie.
Un Auteur très- eftimé affure que la
dixme des mouches à miel , produit au Prince
environ 200,000 écus par an . Ce revenu
ne paroît pas exagéré, s'il eft vrai , comme
on le dit , qu'il y a des Boyars dans cette
Principauté , qui ont jufqu'à 13,000 ruches .
La Compagnie d'affurance de Breme , compofée
de 60 Actionnaires , a effuyé des malheurs
confidérables. Ses affaires , fi brillantes dans le
commencement , font défefpérées . Chaque actionnaire
eft obligé de fournir une nouvelle fomme de
12,000 écus , pour faire face aux engagemens de
la Compagnie. Comme la plupart des intéreffés
g4
( 152 )
font des gens riches , & que d'ailleurs tous les
intéreffés fe font engagés folidairement à remplir
les contrats de la Compagnie ; les perfonnes ,
qui ont eu affaire à elle , n'ont rien à rifquer.
On attribue le dérangement de cette Compagnie
aux imprudences de fon Directeur , qui a fait
des entrepriſes trop hafardées. Il est même arrivé
que la Compagnie d'affurance de Hambourg
a fait réaffurer à Breme , & que de cette maniere
elle s'eft affurée un bénéfice sûr , fans courir le
moindre rifque.
On rapporte , à l'occafion de l'établiffement de
cette Compagnie , une anecdote qui mérite d'être
connue , parce qu'elle renferme une grande leçon .
On avoit propofé au Prédicateur à la Cathédrale
de Breme , homme très - riche , de prendre
part à cette Compagnie , mais il s'excufa
en difant qu'il n'avoit pas les connoiffances néceffaires
pour ces fortes d'affaires . Quelque temps
après , on lui fit de nouvelles inftances ; alors il
répondit à ceux qui vouloient l'engager à prendre
une action , qu'un grand ami l'en avoit diffuadé.
On en rit , & on le permit de taxer lentement
les connoiffances de cet ami , dont on defiroit
'de- favoir le nom . L'honnête Paſteur leur dit
enfin que ce grand ami étoit Jefus , fils de Sirach
, qui dit dans fon Ecclefiaftique , ch. XI , v.
10. « Mon enfant , ne te mêle pas de beaucoup
daffaires , car fi tu en entreprenois beaucoup , tu
n'y gagnerois rien ; & quoique tu filles de grands
efforts , & que tu réparaffes par - ci par -là les fautes
qui peuvent t'être échappées , tu ne réuffiras
pas , & tu t'embrouilleras fans pouvoir fortie
de l'embarras ».
Quelqu'un a énuméré les béatifications
faites depuis 20 ans. Selon lui , il n'en eft
aucune pour l'Allemagne , mais 12 pour la
( 153 )
France , 26 pour la Pologne , 78 pour l'Efpagne
, 112 pour le Portugal , 3 pour Naples
, & 162 pour le refte de l'Italie.
Je donnerai un jour au Public l'hiſtoire
détaillée du fameux Rofenfeldt , qui n'eſt
connue encore que par les notices erronnées
des Gazettes . Ce prétendu Meffie ,
aujourd'hui enfermé à Spandau , vient
d'avoir un fucceffeur. C'eft le nommé Philippe
- Jacques Bekker , né à Berlin
âgé de 40 ans.
" &
Il apprit dans fa jeuneffe un metier , pas affez
bien pour gagner fa vie ; il fubfiftoit en faisant
des commiffions ( à - peu - près comme les favoyards
de Paris ) , & l'on n'étoit pas toujours content
de lui . Il alloit fouvent chez un vendeur d'eaude-
vie pour prendre un verre de ce confortatif.
Une fille de la maifon , qui le lui apportoit or
dinairement , & qui , à ce qu'il affure , l'avois
toujours regardé avec un air de bienveillance
le toucha un jour en lui adreffant un regard qui
pénétra jufqu'au fond de fon coeur. Dès ce moment
, dit-il , il réfolut d'époufer cette fille
fans fe laiffer arrêter par aucun obftacle . Il fe
déclare , mais fon amour eft dédaigné ; ce qui
étoit affez naturel , attendu qu'il eft borgne &
d'une figure très - défagréable & dégoûtante . Il
fe dit d'autant plus confirmé dans fa réfolution ,
qu'épris par ce regard touchant & énergique
Dieu lui avoit révélé que dès qu'il auroit épousé
cette fille , le monde entier & tous les hommes
feroient délivrés des griffes du diable . Il fe nomme
le Vrai Sauveur du monde , le feul Grand Prophere.
Il dit beaucoup de mal de Jefus Chrift &
du Saint- Esprit ; il déclame auffi contre tous les
gs
( 154 )
D)
autres Prophetes à l'exception de Moyfe qu'il
nomme fon précurfeur & fon frere . Je ne fuis
pas un homme fivant , dit - il , mais un Prophete
immédiatement envoyé de Dieu . Quand on lui
demande les preuves de fa miffion , il répond
qu'il eft convaincu d'être choisi pour le Sauveur
du monde , par des révélations & par fa conviction
intérieure , & qu'il fera dans fon tems
des miracles en foule , mais feulement devant les
Rois & les Grands. Un médecin lui propofa de
le faigner : il le refufa . a Mon fang, dit - il , eft
trop précieux pour être répandu ; une goutte
de ce fang peut être utile à des millions de
» mondes. Il eft paffablement imbécile , à ce
qu'on affure ; il n'a pas du tout l'intelligence
de Rofenfeld. Il a beaucoup lu le vieux Tefta
ment ; mais il ne fait prefque rien du nouveau.
Il parle d'une maniere affez tranquille ; mais dès
qu'on touche à fon amour & à la rédemption ,
il commence à s'échauffer , & entre quelquefois
en fureur. La pareffe , l'amour , qui donne toujours
un peu d'efprit , même aux imbéciles , les
rêveries religieufes fur la grande corruption du
genre humain , fur la rédemption miraculeufe
fur des révélations indécifives, la lecture du vieux
Teftament mal interprété , font fans doute les
caufes de ce nouveau phénomène . • Bekker eft
actuellement arrêté dans la prifon de Berlin , à
caufe du vacarine qu'il a commisdans la maifon
du marchand d'eau- de - vie .
-
L'Empereur a donné à l'Académie Electorale
de Bonn , des Lettres - patentes qui
Férigent en Univerfité , & lui affurent tous
les privileges des autres Univerfités de l'Empire.
Nous avons donné l'état fommaire des
X 1557
forces de terre des Provinces -Unies : ces
forces font réparties de la maniere fuivante :
hommes.
Cavalerie
mes chacun .
-
27 Efcadrons de 84 hom-
· 2,268
Dragons 12 Efcadrons de 24 hommes
chacun .
• 1,008
Infanteris.
Garde Hollandoife , 2 bataillons chacun
de 658 hommes. ·
Garde de la Province de Frife , 1 compagnie.
Garde de la Province de Groningue ,
I compagnie.
Garde Wallone , 3 bataillons .
Garde Ecoffaife , 6 bataillons.
1316
202
75
1,009
2,178
Garde Suiffe , 2 bataillons . 8c0
Troupes Nationales , 60 bataillons chacun
de 363 hommes. 19,780
Régimens Suifles , 10 bataillons de 60
hommes chacun . 6,000
Artillerie 3 bataillons chacun de
600 hommes. 1,800
Mineurs 4 compagnies chacune de
52 hommes. 208
TOTAL. • 36,714.
Les meilleurs Forts & Fortereffes de la République
du côté des Pays - Bas Autrichiens , font
Bergopzom , Breda , Bois- le - Duc , Hult , Sasde-
Gand , Philippine , Axel , Yfendyke , Sluis ,
Lieskenshock , Lillo , Fréderic - Henri , & Kis-
Schantz .
Il faut obferver que l'armée actuelle eft res
loin du pied complet énoncé ci - defius.
L'Officier recruteur du Roi de Pri
g 6
( 156 )
publié ici qu'il avoit reçu l'ordre de recruter
des chaffeurs de profeffion .
Hier au foir , écrit on de Neuftadt fur l'Orla
le 27 Octobre , la Princeffe- Douairiere Sophie-
Eberhardine de Schwartzbourg Sondershaufen .
née Princeſſe d'Anhalt Bernbourg , eft morte ici
dans fa foixante -quinzieme année.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 30 Octobre.
La femaine derniere un bâtiment Génois
, venant de Gibraltar , mouilla dans
notre port. Ce bâtiment avoit à bord 12
canons de fonte , de ceux qui appartenoient
aux batteries flottantes des Eſpagnols. Ces
canons peuvent porter des boulets du poids
de 55 livres , & le métal en eft très beau.
Nous avons reçu avis que l'Efcadre Vénitien
ne , aux ordres du Chevalier Emo , avoit mis à
Ja voile , le 22 Septembre , de Cagliari pour
Biferte , avec le deffein de détruire cette place
& d'endommager divers endroits de la baie de
Tunis ; lorfque l'efcadre mouilla pour la premiere
fois dans le Goulet , un bâtiment Tuni-
Tien , chargé de fel & d'autres effets , s'étant
réfugié fous le canon de la fortereffe , l'Amiral
Vénitien détacha quatre barques armées , ayant
à bord des Esclavons , qui après avoir tué plufieurs
hommes de l'équipage , & avoir forcé les
autres de fe fauver á terre , prirent le bâtiment ,
qui montoit 12 canons , & qui eft évalué 5 mille
Lequins.
DE VENISE , le 30 Octobre.
Le 2 du mois dernier le Sénat a rendu
( 157 )
une proclamation trop remarquable & trop
importante , pour être paffée fous filence.
On fait qu'autrefois les Patriciens de cette
République s'honoroient d'être d'illuftres
négocians , & que Veniſe dut fon éclat à
cette émulation . L'orgueil abfurde de la
Nobleffe & l'efprit de l'Ariftocratie l'emporterent
enfuite fur ces maximes falutaires.
Plufieurs fois on parla d'y revenir , mais on
n'y revint jamais : le Gouvernement n'oſoit
ellayer fes forces contre des préjugés funeftes.
Enfin le moment de les détruire eft
arrivé ; & dans un Etat où le refpect de la
Magiftrature imprime à fes defirs même le
caractere d'une loi , l'invitation que l'on va
lire , ne restera sûrement pas fans effet.
De par le Prince Séréniffime & l'Illuftriffime
& Excellentiffime Inquifiteur des Arts.
L'une des bafes de la puiffance & de la félicité
d'un Etat , eft le Commerce : bien réglé , proté
foutenu par l'induftrie , par le génie & par
l'activité de la Nation , il conduit à perfectionner
Agriculture , les Arts , & la Navigation .
Če principe , qui fut autrefois la premiere
maxime & le fondement de la grandeur de la
République , eft aujourd'hui adopté par toutes
les Nations éclairées . Cependant nous voyons
parmi nous languir cet efprit d'activité ; nous
voyons au contraire s'accréditer un préjugé preſque
général , qui nous perfuade que le Commerce
ternit la Nobleffe & la fplendeur des familles ;
de ces mêmes familles , qui jadis fe réputoient
plus illuftres en proportion des capitaux qu'elles
employoient dans le négoce , & qui ont acquis
peut- être uniquement par cette voie , & les ri
( 158 )
cheffes dont elles jouiffent à préfent , & cette no
bleffe même dont elles font fi jaloufes. Ce préjugé
eft au point , que fi quelque Patricien ou
Noble de l'Etat prend intérêt pour fon avantage
dans les Arts , dans les Manufactures ou dans le
Commerce , il le fait par des voies fecrettes , &
fous un prête - nom , pour ne point s'attirer le
blâme injufte de ceux qui regardent le Commerce
comme une occupation vile & peu décente .
Pour diffuader la Nation de ce préjugé fi pernicieux
à l'Etat , & pour réveiller dans le coeur
de nos Citoyens ces maximes & cet efprit d'induf
trie . qui jadis animoient tous les Sujets de la Ré,
publique , de quelque rang & de quelque condition
qu'ils fuffent ; le Sénat encourage & invite ,
par cette Proclamation , tous les Patriciens , les
Nobles de l'Etat & tous fes Sujets quelconques ,
à prendre part & intérêt , en leur nom & avec leurs
capitaux , felon leur goût & leurs facultés , foit
dans les Arts , les Fabriques , les bâtiffes , l'établiffement
de Maifons de Commerce , ou telles
autres fpéculations de Commerce , ou à encou
rager les découvertes , la culture des productions
de l'Etat , ou toute autre efpece d'induftrie . Ils
doivent être perfuadés que de même que de telles
Occupations n'ont jamais taché ni injurié le caractere
de la Nobleffe ; de même ils ne perdront
jamais rien dans l'efprit du Prince , ni de la Nation
, de l'eftime & de l'honneur qui leur font dûs ;
mais qu'ils feront au contraire agréables aux yeux
du Gouvernement, & qu'ils feront regardés com
me des Citoyens affectionnés á la Patrie , qui defi
rent de fe diftinguer par leur zèle pour le fervice
& l'avantage de la Nation . Le Sénat s'engage à
encourager par des diftinctions , autant que le
permettront les circonstances , ceux qui s'étudieront
à protéger & à perfectionner les découvertes ,
( 159 )
les Arts , l'Agriculture & toutes les entreprises
tendantes au bien , foit particulier , foit général
de l'Etat,
Perfuadé en conféquence que tout le Corps de
la Nobleffe & des Citoyens , feconderont à l'envi
fes maximes & fes encouragemens paternels , il ne
doute point que chaque individu , dégagé de toute
vaine illufion , & infpiré du noble defir d'être
utile à la Patrie, ce grand concours de moyens &
d'efforts , ne faffe de nouveau fleurir ce Commerce
, qui dans les rapports étendus , réunit comme
une racine féconde les intérêts particuliers , avec
l'occupation & l'aliment du peuple , l'opulence de
la Nation & la prospérité de l'Etat .
DE NAPLES , le 22 Novembre.
On annonce comme certaine la fuppreffion
dont on avoit déja parlé , de 13 Couvens de
cette Capitale & des environs , pour for ,
mer un fonds en faveur des filles de militaires
. On a défendu à toutes les Religions
qui avoient des Couvens dans la Calabre
ultérieure , de fe revêtir de leur habit , juſqu'à
nouvel ordre .
Mercredi dernier , une querelle s'étant élevée
entre un Marchand de Chapeaux & un homme du
peuple , des paroles , ils en vinrent aux voies de
fait , & dégainerent contre l'avis du pauvre Chapelier
, qui fut forcé au combat par fon adverfaire
, & auroit été infailliblement bleffé , s'il ne
fe fut pas trouvé- lá par bafard quelques Militaires.
qui féparerent les deux champions . Mais la femme
du Marchand de Chapeaux , connue fous le nom
de la petite Chapeliere de Chiaja , jeune & belie
184
MERCURE
1
mais le fort de cet Ouvrage , il ne peut rien
ôter à l'eftime que fon Auteur a toujours
confervée à tant de titres différens.
( Cet Article n'eft pas du Rédacteur ordinaire . )
ANNONCES ET NOTICES.
}
NOUVELLE Edition Grecque & Françoise des
Euvres complettes d'Homère , Traduction nouvelle
, dédiée au Roi , par M. Gin , Confeiller au
Grand-Confeil.
Cette Édition , en buit Volumes in- 4 ° . papier
fuperfin d'Annonai , grand raitin des Preffes de M.
Didot l'aîné, ne fera tirée qu'à cinq cent Exemplaires
, dont deux cent avec le Texte Grec , auquel
M. Didot confacre les prémices d'un Caractère
Grec, que Firmin Didot, fon fils , déjà connu par fes
Caractères Italiques , doit graver inceffamment.
Elle fera ornée de quarante - huit Eftampes & de
deux Front fpices exéus par les meilleurs Maîtres
fous la Direction de M Ponce , Graveur de Mgr.
Comte d'Artois , & fur les Deffins de M. Bonnieu ,
de l'Académie Royale de Peinture . On y joindra
une Carte Géographique , par M. Mentelle , Hiftoriographe
de Mgr Comte d'Artois . On ne demande
au un fomme d'avance , mais feulement l'engagement
de paver chacun des Volumes à mesure qu'is
paroîtront. On donnera deux Volumes au moins par
année . Les Soufcripteurs jouiront des premières
Épreuves. Le prix de la foafcription eft de 36 livres
par Volume de la Traduction avec Carte & Eftampes
, & de 18 livres en fus pour chaque Volume
qui contiendra le Texte Grec .
La foufcription eft ouverte depuis le premier No
DE FRANCE. 185
veinbre, & ne fera fermée qu'au premier Avril 1785,
chez M. Dido l'aîné, Imprimeur Libraire, rue Pavée-
Saint-André , chez lequel on trouvera des Profpectus
de même format , papier , caractère que l'Édition .
-
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Dames . Cet
Ouvrage, qu'on propofe par foufcription , ne pouvoit
trouver un plus heureux à propos. Les femmes,
pour plaire aujourd'hui dans le monde, ont befoin
d'être plus inftruites qu'autrefois ; d'un autre côté ,
les devoirs de la fociété , les plaifirs mêmes s'étant
multipliés autour d'elles , combien n'est- il pas
effentiel qu'elles foient dirigées fur le choix des
Livres qui doivent former leur Bibliothèque . Sans ce
choix , on fait qu'on peut employer beaucoup de
temps à la lecture pour en retirer fort peu de profit.
+
C'est le motif qui a fait entreprendre à une
Société de Gens de Lettres l'Ouvrage que nous annonçons
, & qui , regardant la plus belle moitié de la
Société , doit par-là même intéreffer la Société entière
. Cette Collection renfermera tout ce que peu-'
vent fournir de connoiffances utiles & agréables,
les Voyages , l'Hiftoire , la Philofophie , les Belles-
Lettres , les Sciences & les Arts,
Quant à la forme des Volumes , on s'eſt décidé
pour celle qui eft la plus portative on a adopté le
format in- 18. On les dé ivrera reliés en veau écaillé ,
avec fi'ets & tranches dorées On veut que cette
Collection puiffe fe tranfporter aifément & fans
embarras dans les plus longs voyages ; on veut encore
qu'elle forme un ornement de fallon , & qu'on
puifle enfin ne s'en féparer jamais.
16
A compter du premier Avril 1785 , il paroîtra
vingt - quatre Volumes par année ou deux Volumes
par mois , qui feront délivrés francs de port à MM.
les Scufcripteurs les premier & 15 de chaque mois.
Les Volumes feront compofés d'environ 300 pages,
188 MERCURE
la Hollande , de l'Allemagne & de la France, en
deux feuilles. Prix , 3 liv. · Carte très - détaillée &
à grana point des environs d'Anvers , d'Hulft, de
Saint Nicolas, d'Axel & du Sas de Gand , compre
nant aufli le Théâtre de la Guerre , enluminée à la
manière Hollandoife . Prix , 3 liv. A Paris , chez
Defnos , Ingénieur - Géographe & Libraire du Roi de
Danemarck , rue S. Jacques , au Globe.
On trouve chez le même , l'Atlas du Théâtre de
la Guerra , contenant , en 18 Cartes très - détaillées ,
les Pays- Bas & les Frontières des Provinces- Unies ,
avec celles de la France. Prix , 20; liv. rendu franc de
port par-tout le Royaume.
On trouve auffi chez le même , la Géographie Familière
, in- 16 . Prix , 1 liv . 10 fois , & les Tablettes
Aftronomiques , par M. Brion , même priz .
LETTRE d'un Médecin de la Faculté de Paris à
M. Court de Gébelin , en Réponse à celle que ce Savant
a adreffée à fes Soufcripteurs , dans laquelle il
fait un éloge sriomphant du Magnétifme Anima!. A
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
Tout ce que l'Auteur de cette Lettre a pu dire pour
prouver que M. de Gébelin n'avoit point été guéri
par le Magnétifine Animal , eft moins concluant que
la mort funefte qui a enlevé ce Savant eftimable ;
mais ce qu'on y lira avec plaifir , c'eft la difcuffion'
des ving:-fept propofitions dans le quelles M. Mefiner
a voulu inférer fa prétendue doctrine ; on y verra que
non - feulement il y a plufieurs affentions qui fe
contredifent , & d'autres qui font du galimatias tout
pur, qu'il eft impoffib'e d'entendre , & que M. Mef--
mer lui-même n'a pu s'entendre en les écrivant.
Le Lever des Ouvrières en Modes , peint à la
gouache par N. Lavreince , Peintre du Roi de
Suède , & de l'Académie de Stockholm , gravé par
DE FRANCE. 189
F. Dequevauviller. Prix , 6 livres . A Paris , chez Dequevauviller
, rue Saint Hyacin he , près la Place
Saint Michel , nº . 47.
Cette Eftampe , qui eft d'un effet agréable , peut
faire faite à deux autres des mêmes Auteurs que
nous avons annoncées avec de juftes éloges.
Les Sabots , peint à la gouache par Lavreince ,
Peintre du Roi de Suède , gravé par J. Couché.
Prix , 3 livres. A Paris , chez J. Couché , Graveur ,
rue Saint Hyacinthe , nº . 51 .
Cette Eftampe , qui a de la grâce , repréſente le
moment de la petite Pièce des Sabots oùì la jeune
.Villageoife mange des cerifes...
L'AMOUR à l'épreuve , Comédie en un Acte , en
vers , repréfentée pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le Vendredi 13
Août 1784. A Paris , chez Prault , Imprimeur du
Roi , quai des Auguftins , & Brunet , Libraire , Place
de la Comédie Italienne.
Lainval , Tuteur de Roſalie , qui avoit d'abord eu
l'envie de l'époufer , apprend qu'elle aime Dorlis . Il
renonce à les prétentions ; mais pour punir Rofalie
du mystère qu'elle lui a fait de fon amour , & pour
inquiéter un peu les deux amans , il fait femblant de
perfifter dans fa pourfuite ; il va même juſqu'à forcer
les deux amans à renoncer mutuellement l'un à
l'autre dans un entretien qu'il leur ménage , &
qu'il écoute fans être vû. Cette Scène , qui auroit
pû être plus fortement motivée , eft au moins fort
bien faite ; elle amufe & intéreffe tout-à- la - fois.
Enfin , le Tuteur , après s'être diverti de leur embarras,
le termine en les mariant,
Cette petite Pièce a joui d'un fuccès mérité. Il y a
de la naïveté, de la grâce & des détails intéreſans ,
1
190 MERCURE
COLLECTION des anciens Monumens d'Architecture.
M. Renard , Architecte , ancien Penfionnaire
du Roi , & qui pendant fon féjour en Italie
' s'eft occupé de deffiner les détails des anciens Monumens
d'Architecture pour les tranſmettre aux Artiftes
, vient de publier la troisième Livraiſon de
cette précieufe Collection , qui eft composée de
cinquante Deffins grand in-folio , & gravés dans la
manière du crayon, Le texte qui accompagne chaque
Livraifon démontre d'une manière fort claire les
beautés & les défauts de ces ornemens , & indique
l'application qu'on peut en faire dans les édifices.
L'Auteur a ajouté des obfervations qui doivent néceffairement
diriger dans le choix à raiſon des occafions
où on peut les y employer.
Cet Ouvrage a été proposé par foufcription , &
fe continuera dans le cours de fon exécution fous
les mêmes conditions ; mais comme l'Auteur a eu
pour principal objet de fe rendre utile aux Artiftes ,
& particulièrement aux jeunes gens qui fe deftinent
à l'étude de l'Architecture , pour leur en donner
une preuve , il confent en leur faveur de leur fournir
les Cahiers à mesure qu'ils paroîtront , en les
prenant chez lui , & en fe foumettant à prendre la
fuite de l'Ouvrage , il leur fera une remife.
On foufcrit chez l'Auteur , au petit hôtel du
Tillet, Fauxbourg Saint Martin , chez Joulain ,
Marchand de Tableaux & d'Eftampes , quai de la
Mégifferie , & chez Cloufier , Imprimeur - Libraire
, rue des Mathurins .
L'Ouvrage fe trouve auffi chez Chéreau
Jombert le jeune , Lamy , Iffabey , Gaugueri , Libraires
& Marchands d'Eftampes.
Il fe vend 72 liv. par foufcription.
NuUMÉROS 33 à 40 du Journal de Guittare ,
DE FRANCE. 191
pour lequel on fouferit chez Baillon , Marchand de
Mufque , rue Neuve des Petits- Champs , au coin de
celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique . Prix , 12 liv.
& 18 liv.
QUATRE Sonates non difficiles pour la Harpe
feule ou Accompagnement de Violon & Violoncelle ,
par M. Krumpholtz , OEuvre XII . Prix , 9 livres . A
Paris , chez l'Auteur , rue d'Argenteuil , Butte Saint
Roch , n° . 14 ; Naderman , Luthier , même rue , &
Coufineau , auffi Luthier , rue des Poulies. Les
Exemplaires font fignés de l'Auteur.
On voit toujours paroître avec plaifir la Mufique
de M. Krumpholtz , dont le talent ne ſe borne
pas à l'exécution .
RECUEIL de Divertiffemens pour la Harpe ,
Violon obligé , par M. Grenier , Organiſte & Maître
de Harpe. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris , chez l'Auteur
, hôtel de Mme la Ducheffe de Villeroy , rue
de l'Univerfité ; Coufineau père & fils , Luthiers
brevetés de la Reine , & Salumon , Luthier , Place
de l'École.
TROISIÈME Concerto pour la Flûte , par M. de
Vienne le jeune. Prix , 4 livres 4 fols franc de port
par la pofte. A Paris , chez M. Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière- Saint-Honoré.
-
NUMERO 11 de la quatrième année du Journal
de Harpe , par les meilleurs Maîtres. Abonnement ,
15 liv. port franc par la pofte ; féparément , 2 livres
8 fols. Numéro 6 du Journal d'Orgue à l'usage
des Paroiffes & Communautés Religieufes , par M.
Charpentier, Organifte de Notre- Dame , S. Paul ,
&c. , contenant une Meffe Royale de Dumont en ré
192 MERCURE
mineur. Prix , 24 livres , & féparément 4 liv . 4 fols
port franc par la pofte. A Paris , chez M. Leduc,
même Adreffe que ci -deffus.
NUMERO II du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pouvant aufſi ſervir à deux Violoncelles.
Prix , féparément 2 liv. On fouferit moyennant 15
ou 18 liv. chez le fieur Bornet l'aîné , rue des Prouvaires
, au Bureau de Loterie , près S. Euſtache.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
VE
TABLE.
ERS pour le Bufte du Prin- Charade , Enigme & Logogry
ce Henri de Pruffe, 145 phe ,
146 fible,
162
166
Envoi à Mme la Comteffe Ga- Delaffemens de l'Homme Senbrielle
de Digoine ,
Le Réverbère & la Chauve- Acad. Roy. de Mufique , 171
Souris , Fable , 147 Comédie Françoife ,
Le Préjugé National détruit . Annonces & Notices ,
Anecdote , 148
175
184
APPROBATION,
J'Alu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercurede France , pour le Samedi 27 Novembre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A Paris ,
le 26 Novembre 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUÈ
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 20 Octobre..
A fanté de l'Impératrice eft affez raffer
Lmie ,pour lui permettre de fonger à un
grand projet de voyage. Cette Souverainé
doit vifiter au Printems , fes nouveaux domaines
vers la Mer - Noire : les préparatifs
font ordonnés, la route fixée , il ne s'agit
plus que de l'exécution fubordonnée à beaucoup
de circonſtances .
Un autre voyage qu'on affure moins volontaire
, eft celui du Général Prince Repnin
, qui va prendre les eaux dans l'étranger
avec fa famille.
DANEMAR CK.
DE
COPENHAGUE , le 4 Novembre.
La Princeffe Julienne - Marie , fille du
Prince Héréditaire , Frere du Roi , eft morte
No. 48 , 27 Novembre 1784. g
( 146 )
dans la nuit du 27 au 28 , à l'âge de 6 mois.
Une lettre de Havnefiord en Iflande
écrite le 14 Septembre , s'exprime ainſi :
•
La partie orientale du pays eft dévastée de plus
en plus par le feu fouterrain . Plufieurs fermes
dans les diftricts de Ragnewald , d'Arnefyffel &
de Skalhoet , ont été renversées par des fecouffes
de tremblement de terre. Trois fecouffes ont été
fi violentes ici , que pendant leur durée , la
cloche alloit d'elle - même comme fi on l'avoit
fonné. La plupart des foins font pourris . Les
pluies continuent toujours , & retardent le chargement
& le départ des bâtimens . Les provifions
de viande & de fuif pour la chandelle ne feront
pas fuffifantes pour l'hiver. Un mouton ſe vend
jufqu'à 4 rixdalers. En un mot , il regne dans
cette Ifle la plus grande mifere que l'hiver augmentera
encore , fur- tout pour ceux qui demetrent
dans l'intérieur de l'Ifle , parce qu'ils ne
pourront rien fe procurer de la mer . - Pour
comble de malheur , un gros bâtiment chargé
de provifions de bouche a fait naufrage .
Il eft à remarquer , que les actions de notre
Compagnie orientale ont contidérablement
baiffé , depuis que le Parlement d'Angleterre
a diminué l'impôt fur le thé.
Le Commerce des Indes Orientales fe fait
par un Compagnie , mais il eft aufli permis
aux autres fujets du Roi de participer à ce negoce
, enpayant à la Compagnie une certaine
rétribution . Autrefois la Compagnie
avoit la propriété des poffeffions Danoifes
dans cette partie du monde , & y exerçoit
toutes les branches d'adminiftration , mais
depuis 1777, époque à laquelle le Roi a re(
147 )
pris la propriété de ces poffeffions & leur
gouvernement , la Compagnie ne fe mêle
que d'affaires de commerce. Elle paie à la
Couronne pour les marchandifes importées
dans les Etats du Roi , & deftinées à y ref
ter 2 & demi pour cent , & un pour cent
de celles qu'elle exporte à l'étranger.
Voici le réfultat des affaires de cette
Compagnie Afiatique :
Certe Compagnie a envoyé depuis 1732 juſqu'en
1772 , 50 vaifleaux en Chine , & autant au Bengale
& à Tranquebar ; ils y ont porté vingt millions
de rixdalers , tant en marchandifes qu'en argent
comptant . Le bénéfice net de cette navi -_
gation , dans le même espace de temps , s'eft
monté à 4,193,800 rixdalers , qui , répartis fur
chaque année , produisent la tomme de 105,000
rixdalers. Le nombre des vaiffeaux expédiés par
la Compagnie , d puis 1772 jufqu'en 1784 , s'eft
monté à 52 , & celui des vailleaux pour le compte
des particuliers, à 42 ; les premiers avoient à bord,
outre les marchandiſes , neuf millions de rixdalers
en argent comptant , & les autres , trois millions.
Dans cette époque de 12 ans , cette naviga
tion a produit un bénéfice net de 5,068 000 rixdalers
qui , répartis par année , préfentent un gain
de 422,000 rixdalers . On ne comprend pas dans
ce comp e les dix vaiffeaux dont on attend le retour
de la Chine & du Bengale.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 13 Novembre.
Depuis les réfolutions occafionnées par les
g2
( 148 )
affaires des Pays - Bas , les conjectures , les
inventions , les propos de toute efpece fe
multiplient chaque jour. Ceux qui avoient
envoyé l'Empereur à Pétersbourg , le conduifent
aujourd'hui dans le Brabant : ce
départ , difoit- on , étoit fixé au premier de
ce mois , la fuite de S. M. nommée , & quatre
chaffeurs deſtinés à l'accompagner. Si ce
voyage a été projetté , l'époque en eſt incertaine
, & il n'en eft plus queſtion depuis
quelques jours .
Il fe confirme que le Général Langlois
fera nommé Général en chef de l'armée des
Pays- Bas , & Feld Maréchal , & qu'il.com :
mandera fous le Duc de Saxe - Tefchen.
Sur les repréſentations extrêmement vives
& réitérées des Hongrois , la Confcription
militaire fe réduira à une fimple énumé
ration des maiſons , & fera regardée comme
une fimple meſure de police , dans laquelle
le Militaire ne pourra s'immifcer ;
l'opération étant confiée aux Officiers civils
des Comitats. La réfolution du Souverain
à ce fujet a été communiquée au Confeil
aulique de guerre : elle appaifera le mécontentement
d'une nation qui n'a point perdu
le fouvenir de fon ancienne liberté , & obftinément
attachée à fes uſages & à ſes privileges.
S. M. s'eft fait repréfenter la lifte de Confcription
depuis 26 ans , afin de s'afſurer du nombre
d'hommes à lever chaque année. Avant leur
départ , elle a fait diftribuer 62 chevaux de fes
149 )
tcuriès aux Officiers des régimens de Teutscha
meifter & Preiff , dont toute la fortune eft dans
leurs appointemens. Auçun de ces chevaux n'eft
au-deffous du prix de 30 ducats. Ces deux régimens
font en marche depuis le 5 , & auront été
joints à Lintz par le régiment de Tillier. Les
événemens n'ont rien pris fur la gaîté de notre
Monarque , auffi foutenue qu'auparavant .
Le Réquifitoire aux Princes d'Empire du
Cercle de Franconie , pour leur demander
le paffage de nos troupes , eft en ces termes :
JOSEPH II.
- Très chers Coufins , Princes & Dévoués.
Ayant réfolu de faire paffer par Eger dans nos
provinces de Luxembourg & de Limbourg dans
les Pays -Bas , le régiment de Kobourg Dragons ,
confiftant en 3 divifions de 1439 hommes , le
régiment de wurmfer, confiflant en cinq divifions
& un efcadron de réſerve , faifant en tout
2240 hommes , & d'envoyer en outre dans les
nêmes Pays -Bas par Pilfen , 600 Uhians , 143
mineurs & 90 fapeurs , nous vous en donnons
avis par les préfentes , & vous prions de laiffer
paffer librement ces troupes par le cercle de
Franconie , & de faire toutes les difpofitions qui
peuvent faciliter leur paffage . Nous payerons
argent comptant toutes les dépenfes qu'occafionnera
ce paffage , & nous vous affurons de notre
affection , efpérant que vous nous accorderez
notre demande . Vienne , ce 23 Octobre.
Jofeph , & plus bas , le Comte de Colloredo.
Trente mille hommes pafferont en deux détachemens
; l'un par Ratisbonne & le Haut-
Palatinat , l'autre par la Baffe Baviere , tous
deux par Mergentheim où ils s'embarqueront
fur le Mein. Un troifieme détachement
है
€ 3
( 150 )
de 6 régimens prendra fa route par le Tyrol
& la haute Souabe , & s'embarquera fur le
Necker.
L'abbé Maximilien Hell , Aftronome de la
Cour Impériale & Directeur de l'obſervatoire impérial
& royal à Vienne , a reçu une lettre de la
Commiffion Angloife , pour trouver la longitude
fur mer, par laquelle il apprend que cette Commiffion,
établie par acte du Parlement, l'a infcrit , ainfi
que l'obfervatoire aftronomique I. & R. à Vienne,
au nombre de ceux auxquels elle a réfolu de faire
préfent de tous les ouvrages précieux qu'elle a
fait & fera imprimer. M. l'abbé Hell avoit déja
reçu de la même Commiffion plufieurs de ces
livres d'un grand prix , puifqu'ils contiennent les
obfervations , découvertes & calculs les plus importans
, qui le font dans toutes les parties du
monde pour l'avancement de l'Aftronomie , Géographie
& Navigation .
DE FRANCFORT , le 17 Novembre.
Le Baron de Stein , Capitaine au dépôt
des recrues à Worms , s'eft rendu ici pour y
lever deux Corps de Volontaires impériaux,
chacun de 1800 hommes. Cette nouvelle
eft plus sûre que celle des 10 mille Heffois ,
engagés au fervice de la Hollande , & des
30 mille Suiffes que doivent lui fournir les
Cantons , felon des relateurs , qui ne connoiffent
la Suiffe que fur la Carte géographique.
Il faut mettre encore au nombre de ces
bruits courans la demande d'un Nonce apoftolique
, faite à S. S. par le Roi de Pruffe
( 1st )
on va jufqu'à déligner , pour remplir ce
pofte , M. Calepi , Auditeur de la Nonciature
à Vienne.
On écrit de Hanovre le trait fuivant.
Il y a quelques jours , le Prince William Henri
rencontra une femme avec un petit enfant fur
fes bras , & qui en conduifoit un autre , âgé de
3 ans la figure très- intéreffante de ce dernier
frappa le Prince , qui demanda quel étoit le pere
de cet enfant ; la mere répondit, en pouffant un
profond foupir , qu'il étoit allé à Minorque ,
qu'il y avoit été tué pendant la guerre , & qu'elle
étoit veuve avec 10 enfans ; je prends cet enfant
, dit le Prince , menez -le au château ; lorf
qu'il y
fut , il lui donna 10 ducats , & lui dir ,
donne les à ta mere ; qu'elle f'achete ce dont
tu as befoin ; & quand elle n'aura plus d'argent ,
tu n'as qu'à revenir , j'aurai foin de toi , jufqu'à
ce que tu puiffes toi meine pourvoir à tes befoins.
On fait que le miel & la cire font un
objet confidérable du commerce de la Moldavie
. Un Auteur très eftimé affure que la
dixme des mouches à miel , produit au Prince
environ 200,000 écus par an . Ce revenu
ne paroît pas exagéré , s'il eft vrai , comme
on le dit , qu'il y a des Boyars dans cette
Principauté, qui ont jufqu'à 13,000 ruches.
La Compagnie d'affurance de Breme , compofée
de 60 Actionnaires , a effuyé des malheurs
confidérables. Ses affaires , fi brillantes dans le
commencement , font défeſpérées. Chaque actionnaire
eft obligé de fournir une nouvelle fomme de
12,000 écus , pour faire face aux engagemens de
la Compagnie. Comme la plupart des intéreffés
84
( 152 )
font des gens riches , & que d'ailleurs tous les
intéreffés fe font engagés folidairement à remplir
les contrats de la Compagnie ; les perfonnes ,
qui ont eu affaire à elle , n'ont rien à rifquer.
On attribue le dérangement de cette Compagnie
aux imprudences de fon Directeur , qui a fait
des entrepriſes trop hafardées. Il est même arrivé
que la Compagnie d'affurance de Hambourg
a fait réaffurer à Breme , & que de cette maniere
elle s'eft affurée un bénéfice sûr , fans courir le
anoindre rifque .
On rapporte , à l'occafion de l'établiffement de
cette Compagnie , une anecdote qui mérite d'être
connue , parce qu'elle renferme une grande leçon .
On avoit propofé au Prédicateur à la Cathédrale
de Breme , homme très - riche , de prendre
part à cette Compagnie , mais il s'excufa
en difant qu'il n'avoit pas les connoiffances néceffaires
pour ces fortes d'affaires . Quelque temps
après , on lui fit de nouvelles inftances ; alors il
répondit à ceux qui vouloient l'engager à prendre
une action , qu'un grand ami l'en avoit diffuadé .
On en rit , & on le permit de taxer lentement
les connoiffances de cet ami , dont on defiroit
'de - favoir le nom . L'honnête Pafteur leur dit
enfin que ce grand ami étoit Jefus , fils de Sirach
, qui dit dans fon Ecclefiaftique , ch . XI , v.
10. « Mon enfant , ne te mêle pas de beaucoup
daffaires , car fi tu en entreprenois beaucoup , tu
n'y gagnerois rien ; & quoique tu filles de grands
efforts , & que tu réparaffes par - ci par -là les fau .
tes qui peuvent t'être échappées , tu ne réuffiras
pas , & tu t'embrouilleras fans pouvoir fortir
de l'embarras ».
Quelqu'un a énuméré les béatifications
faites depuis 20 ans. Selon lui , il n'en eft
aucune pour l'Allemagne , mais 12 pour la
( 153 )
t
France , 26 pour la Pologne , 78 pour l'Ef
pagne, 112 pour le Portugal , 3 pour Naples
, & 162 pour le refte de l'Italie .
Je donnerai un jour au Public l'hiſtoire
détaillée du fameux Rofenfeldt , qui n'eſt
connue encore que par les notices erronnées
des Gazettes. Ce prétendu Meſſie ,
aujourd'hui enfermé à Spandau vient
d'avoir un fucceffeur. C'eft le nommé Philippe
- Jacques Bekker , né à Berlin , &
âgé de 40 ans.
?
"
Il apprit dans fa jeuneffe un metier , pas affez
bien pour gagner fa vie ; il fubfiftoit en faifant
des commiffions ( à - peu - près comme les favoyards
de Paris ) , & l'on n'étoit pas toujours content
de lui . Il alloit fouvent chez un vendeur d'eaude-
vie pour prendre un verre de ce confortatif.
Une fille de la maiſon , qui le lui apportoit or
dinairement , & qui , à ce qu'il affure , l'avoit
toujours regardé avec un air de bienveillance
le toucha un jour en lui adreffant un regard qui
pénétra jufqu'au fond de fon coeur. Dès ce moment
, dit-il , il réfolut d'époufer cette fille ,
fans fe laiffer arrêter par aucun obftacle . Il fe
déclare , mais fon amour eft dédaigné ; ce qui
étoit affez naturel , attendu qu'il eft borgne &
d'une figure très -défagréable & dégoûtante . II
fe dit d'autant plus confirmé dans fa réfolution ,
qu'épris par ce regard touchant & énergique ,
Dieu lui avoit révélé que dès qu'il auroit épousé
cette fille , le monde entier & tous les hommes
feroient délivrés des griffes du diable . Il fe nomme
le Vrai Sauveur du monde , le feul Grand Prophere.
Il dit beaucoup de mal de Jefus Chrift &
du Saint- Efprit ; il déclame auffi contre tous les
g S
( 154 )
autres Prophetes à l'exception de Moyfe qu'il
nomme fon précurfeur & fon frere . Je ne fuis
pas un homme fivant , dit- il , mais un Prophete
immédiatement envoyé de Dieu . Quand on lui
demande les preuves de fa miffion , il répond
qu'il eft convaincu d'être choisi pour le Sauveur
du monde , par des révélations & par fa conviction
intérieure , & qu'il fera dans fon tems
des miracles en foule , mais feulement devant les
Rois & les Grands . Un médecin lui propofa de
le faigner il le refufa . a Mon fang , dit- il , eft
trop précieux pour être répandu ; une goutte
de ce fang peut être utile à des millions de
mondes. Il eft paffablement imbécile , à ce
qu'on affure ; il n'a pas du tout l'intelligence
de Rofenfeld. Il a beaucoup lu le vieux Teftament
; mais il ne fait prefque rien du nouveau.
Il parle d'une maniere affez tranquille ; mais dès
qu'on touche à fon amour & à la rédemption ,
il commence à s'échauffer , & entre quelquefois
en fureur. La pareffe , l'amour , qui donne toujours
un peu d'efprit , même aux imbéciles , les
rêveries religieufes fur la grande corruption du
genre humain , fur la rédemption miraculeufe
fur des révélations indécifives, la lecture du vieux
Teftament mal interprété , font fans doute les
caufes de ce nouveau phénomène . Bekker eft
actuellement arrêté dans la prifon de Berlin , à
caufe du vacarme qu'il a commisdans la maifon
du marchand d'eau- de- vie .
-
L'Empereur a donné à l'Académie Electorale
de Bonn , des Lettres - patentes qui
Férigent en Univerfité , & lui affurent tous
les privileges des autres Univerfités de l'Empire
.
Nous avons donné l'état fommaire des
7155 9
forces de terre des Provinces - Unies : ces
forces font réparties de la maniere fuivante :
27 Efcadrons de 84 hom- Cavalerie
mes chacun .
hommes.
-
Dragons
2,268
12 Efcadrons de 24 hommes
chacun .
· 1,008
Infanterie.
Garde Hollandoife , 2 bataillons chacun
de 658 hommes.
Garde de la Province de Frife , I compagnie.
Garde de la Province de Groningue ,
19316
202
I compagnie. 75
Garde Wallone , 3 bataillons. 1,009
Garde Ecoffaife , 6 bataillons. 2,178
Garde Suiffe , a bataillons .
800 .
Troupes Nationales , 60 bataillons chacun
de 363 hommes. 19,780
hommes chacun.
Artillerie
600 hommes.
Régimens Suifles , 10 bataillons de 60
3 bataillons chacun de
Mineurs 4 compagnies chacune de
• 6,000
1,800
52 hommes.
208
TOTAL . • • 36,7147
Les meilleurs Forts & Fortereffes de la République
du côté des Pays - Bas Autrichiens , font
Bergopzom , Breda , Bois- le - Duc , Hult , Sasde-
Gand , Philippine , Axel , Yfendy ke , Sluis ,
Lieskenshock , Lillo , Fréderic - Henri , & Kis-
Schantz.
Il faut obferver que l'armée actuelle chèsloin
du pied complet énoncé ci - deflus.
L'Officier recruteur du Roi de Pru
g 6
( 156 )
publié ici qu'il avoit reçu l'ordre de recruter
des chaffeurs de profeflion .
Hier au foir , écrit on de Neuftadt fur l'Orla ,
de 27 Octobre , la Princeffe-Douairiere Sophie-
Eberhardine de Schwartzbourg Sondershaufen
née Princeffe d'Anhalt Bernbourg , eft morte ici
dans fa foixante - quinzieme année .
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 30 Octobre.
La femaine derniere un bâtiment Génois
, venant de Gibraltar , mouilla dans
notre port. Ce bâtiment avoit à bord 12
canons de fonte , de ceux qui appartenoient
aux batteries flottantes des Efpagnols. Ces
canons peuvent porter des boulets du poids
de ss livres , & le métal en eft très beau.
Nous avons reçu avis que l'Efcadre Vénitienne
,
"
aux ordres du Chevalier Emo , avoit mis à
Ja voile , le 22 Septembre , de Cagliari pour
Biferte , avec le deffein de détruire cette place
& d'endommager divers endroits de la baie de
Tunis ; lorfque l'efcadre mouilla pour la premiere
fois dans le Goulet , un bâtiment Tuni-
Tien chargé de fel & d'autres effets , s'étant
réfugié fous le canon de la fortereffe , l'Amiral
Vénitien détacha quatre barques armées , ayant
à bord des Esclavons , qui après avoir tué plufieurs
hommes de l'équipage , & avoir forcé les
autres de fe fauver á terre , prirent le bâtiment ,
qui montoit 12 canons , & qui eft évalué s mille
Lequins.
DE VENISE , le 30 Octobre.
Le a du mois dernier le Sénat a rendu
( 157 ).
une proclamation trop remarquable & trop
importante , pour être paffée fous filence.
On fait qu'autrefois les Patriciens de cette
République s'honoroient d'être d'illuftres
négocians , & que Venife dut fon éclat à
cette émulation. L'orgueil abfurde de la
Nobleffe & l'efprit de l'Ariftocratie l'emporterent
enfuite fur ces maximes falutaires.
Plufieurs fois on parla d'y revenir , mais on
n'y revint jamais : le Gouvernement n'ofoit
eflayer fes forces contre des préjugés funeftes
. Enfin le moment de les détruire eft
arrivé ; & dans un Etat où le refpect de la
Magiftrature imprime à fes defirs même le
caractere d'une foi , l'invitation que l'on va
lire , ne reftera sûrement pas fans effet.
De par le Prince Séréniffime & l'Illuftriffime
& Excellentiffime Inquifiteur des Arts.
L'une des bafes de la puiffance & de la félicité
d'un Etat , eft le Commerce : bien réglé , proté
gé , foutenu par l'induftrie , par le génie & par
l'activité de la Nation , il conduit à perfectionner
Agriculture , les Arts , & la Navigation .
Če principe , qui fut autrefois la premiere.
maxime & le fondement de la grandeur de la
République , eft aujourd'hui adopté par toutes
les Nations éclairées . Cependant nous voyons
parmi nous languir cet efprit d'activité ; nous
voyons au contraire s'accréditer un préjugé prefque
général , qui nous perfuade que le Commerce
ternit la Nobleffe & la fplendeur des familles ;
de ces mêmes familles , qui jadis fe réputoient
plus illuftres en proportion des capitaux qu'elles
employoient dans le négoce , & qui ont acquis
peut- être uniquement par cette voie , & les ri
( 158 )
cheffes dont elles jouiffent à préfent , & cette no
bleffe même dont elles font fi jaloufes . Ce préjugé
eft au point , que fi quelque Patricien ou
Noble de l'Etat prend intérêt pour fon avantage
dans les Arts , dans les Manufactures ou dans le
Commerce , il le fait par des voies fecrettes , &
fous un prête - nom , pour ne point s'attirer le
blâme injufte de ceux qui regardent le Commerce
comme une occupation vile & peu décente .
Pour diffuader la Nation de ce préjugé fi pernicieux
à l'Etat , & pour réveiller dans le coeur
de nos Citoyens ces maximes & cet efprit d'induf
trie. qui jadis animoient tous les Sujets de la République
, de quelque rang & de quelque condi
tion qu'ils fuffent ; le Sénat encourage & invite ,
par cette Proclamation , tous les Patriciens , les
Nobles de l'Etat & tous fes Sujets quelconques ,
à prendre part & intérêt , en leur nom & avec leurs
capitaux , felon leur goût & leurs facultés , foit
dans les Arts , les Fabriques , les bâtiffes , l'établiffement
de Maifons de Commerce , ou telles
autres fpéculations de Commerce , ou à encou⭑
rager les découvertes , la culture des productions
de l'Etat , ou toute autre espece d'induftrie. Ils
doivent être perfuadés que de même que de telles
Occupations n'ont jamais taché ni injurié le caractere
de la Nobleffe ; de même ils ne perdront
jamais rien dans l'efprit du Prince , ni de la Nation
, de l'eftime & de l'honneur qui leur font dûs ;
mais qu'ils feront au contraire agréables aux yeux
du Gouvernement , & qu'ils feront regardés com
me des Citoyens affectionnés á la Patrie , qui defirent
de fe diftinguer par leur zèle pour le fervice
& l'avantage de la Nation . Le Sénat s'engage à
encourager par des diftin&tions , autant que le
permettront les circonstances , ceux qui s'étudieront
à protéger & à perfectionner les découvertes,
( 159 )
les Arts , l'Agriculture & toutes les entreprises
tendantes au bien , foit particulier , foit général
de l'Etat.
Perfuadé en conféquence que tout le Corps de
la Nobleffe & des Citoyens , feconderont à l'envi
fes maximes & fes encouragemens paternels , il ne
doute point que chaque individu , dégagé de toute
vaine illufion , & infpiré du noble defir d'être
utile à la Patrie , ce grand concours de moyens &
d'efforts , ne faffe de nouveau fleurir ce Commerce
, qui dans fes rapports étendus , réunit comme
une racine féconde les intérêts particuliers , avec
l'occupation & l'aliment du peuple , l'opulence de
la Nation & la profpérité de l'Etat .
DE NAPLES , le 22 Novembre.
On annonce comme certaine la fuppreffion
dont on avoit déja parlé , de 13 Couvens de
cette Capitale & des environs , pour for ,
mer un fonds en faveur des filles de militaires.
On a défendu à toutes les Religions
qui avoient des Couvens dans la Calabre
ultérieure , de fe revêtir de leur habit , juſqu'à
nouvel ordre .
Mercredi dernier , une querelle s'étant élevée
entre un Marchand de Chapeaux & un homme du
peuple , des paroles , ils en vinrent aux voies de
fait , & dégainerent contre l'avis du pauvre Chapelier
, qui fut forcé au combat par fon adverfaire
, & auroit été infailliblement bleſſé , s'il ne
fe fut pas trouvé- lá par bafard quelques Militaires.
qui féparerent les deux champions . Mais la femme
du Marchand de Chapeaux , connue fous le nom
de la petite Chapeliere de Chiaja , jeune & belie
( 160 )
voyant de fa fenêtre le danger dont fon mari eff
menacé , & fans faire attention qu'elle eft fans
corps & toute décolletée , fe faifit d'un fabre ,
defcend dans la rue , attaque l'adverfaire de fon
mari , le combat , le met en fuite , & demeure
glorieufement maitreffe du champ de bataille ,
au milieu des bruyans applaudiffemens de la populace
.
Après les deux fecouffes.de tremblement
de terre que l'on a reffenties , le mont Véfuve
a commencé le 17 au foir , à jetter une
fumée très -épaiffe , & enfuite beaucoup de
flamme ; tous les fignes précédens font
craindre une éruption confidérable.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 26 Novemobre.
Le Baron de Lynden , Ambaffadeur des
Provinces Unies , eft arrivé ici le S de cé
mois. Le 7 , il eut une conference avec le
Secrétaire d'Etat des affaires étrangeres , &
elle donna lieu à un Confeil qui le tint le
même jour. Depuis fon arrivée, ce Miniftre
a reçu déja deux ou trois couriers.
Le voeu général des Négocians paroît
être , que le Miniftere obferve la plus ftricte
neutralité, & qu'il procure au commerce par
cette fage conduite les avantages dont les
Hollandois ont joui pendant toutes nos
guerres.
Il s'eft répandu que la méfintelligence regnoit
entre les membres du Cabinet ; mais ces bruits
( 161 )
n'ont pas le plus léger fondement au contraire ,
jamais l'union de vues n'a été plus parfaite. 11
eft vrai qu'il y aura bientôt quelque changement
dans le Miniftere ; mais il doit fe faire d'un commun
accord.
Le Chevalier John Jervis qui va remplacer
le Chevalier Edouard Hughes dans l'Inde
, fera élevé au grade de Contre -Amiral ,
avant d'appareiller pour fa ftation .
!
L'Amirauté a mis en commiſſion 6 váilfeaux
de ligne. Cet armement , dit- on , n'a
d'autre objet que celui de former une eſcadre
d'obfervation qui croifera dans la
Manche.
?
D'après le plan arrêté par l'Amirauté , les
vaiffeaux de garde ne refteront en commiffion ,
que pendant deux années. Les vaiffeaux qui fe
trouvent actuellement à Port (mouth , à Plymouth
& dans la Tamife , feront retirés de commiffion
& remplacés par d'autres. Les croiſeurs resteront
en commiffion pendant 3 années , excepté dans
les cas où ils éprouvetoient des accidens qui rendroient
leur réparation néceffaire .
Il paroît que l'on deftine au Lore Shelburne
une des places de Secrétaire d'Etat , en l'élevant
au titre de Marquis le Comte de
Gower , felon les mêmes conjectures , fera
fait Duc. Quant à Lord Cambden , il eft
incertain s'il rentrera en place ; mais il eſt
toujours fermement attaché au parti miniftériel
, ainfi que fon fils M. Pratt, qui jouit
d'une des quatre charges lucratives de Receveurs
de l'Echiquier.
« La paix & la tranquillité étant parfaitement
» rétablies dans l'Inde , & la Cour étant intinie,
( 162 )
» ment perfuadée qu'elle doit principalement cet
avantage aux fages mefures & à la bonne con-
» duite du Gouverneur Général & du Confeil
Suprême de l'Inde ; 99
» Arrêté unanimement , que Warren Haftings ,
Ecuyer , recevra les remercimens de la Cour
» du zele conflant & infatigable qu'il a montré
pour affurer la paix avec les différentes Puif
fances de l'Inde ;
" Que le Confeil Suprême recevra également
» les remercimens de la Cour pour les mouve
mens qu'il s'eft donnés de fon côté dans le même
» but ;
Que le Gouverneur Général & le Confeil
» auront ordre de marquer à M. David Anderfon
» la fatisfaction de la Cour , des talens qu'il a
» déployés en négociant avec les Marates , & de
l'affurer qu'il fera mis au nombre de ceux qui
auront des droits à fa protection la plus in-
» time ;
» Que l'honorable Lord Macartney recevra éga-
» lement les remercîmens de la Cour , du zele
» & de l'activité avec laquelle il a fervi la Compagnie
, & de la part qu'il a eue à la paix . »
>>
Les Directeurs avoient encore arrêté que l'on
engageroit M. Haftings à rester encore un an dans
' Inde aprés l'arrivée de fon fucceffeur ; qu'au
bout de ce terme il quitteroit le Gouvernement ,
& s'occuperoit auffi - tôt du foin de faire des réformes
dans tous les Départemens : mais cette
réfolution a été rejettée d'après les confidérations
fuivantes ; que les Directeurs n'ont point pas
eux-mêmes le pouvoir de rappeler ce : Officier ,
& que fi M. Haftings eft jugé plus propre qu'au
cune autre perfonne à réduire leurs établiffemens ,
pourquoi limiter fon pouvoir à un an ? dans le
cas contraire , pourquoi l'étendre à un auffi long
terme ?
( 163 )
Le Parlement d'Irlande qui devoit s'af
fembler le 2 Novembre , eft prorogé au 14
Décembre.
Le Miniftere travaille dans ce moment à
des opérations relatives au commerce de
l'Irlande. On efpere que les différends furvenus
entre l'Angleterre & l'Irlande vont fe
terminer , & que l'on verra bientôt s'établir
entre ces deux royaumes des liaifons intimes
d'amitié & de commerce.
Le bruit de la retraite de M. Pitt , dit un
papier de l'oppofition , paroît être actuellement
prématuré. Il a pris naiffance dans une fauffe
opinion que ce jeune homme avoit quelque étincelle
du caractere de fon pere , lorfque la formation
de Rockingham fut renvoyée pour la révocation
de l'acte du timbre , on détermina le
Lord Chatham , au moyen d'une pairie & d'une
penfion , à préter fon nom au Ministre qui fuccéda
à Milord Rockingham , & tant que fon nom
fat néceffaire , il dirigea fes opérations ; mais
dès que le Miniftre fe fentit en état de pouvoir
fe maintenir fans le lord Chatham , celui - ci
perdit fon influence dans le Cabinet , & il réfigna
fa place avec cette véritable grandeur d'ame qui
le caractérifoit . Que fon fils compare la fermeté
de cette conduite avec fa condefcendance à agréer
que le Lord Shelburne rentre dans le Miniftere. ›
Il eft fortement queftion , de faire entrer
au Confeil le Chevalier Jofeph Yorck , autrefois
Ambaffadeur à la Haye.
Des lettres de la Jamaïque , en date du 26
Septembre dernier , apprennent que les récoltes
dans cette ifle ont été très - ma uvaiſes , & que les
habitans euffent été expofés à la famine , fi le
( 164 )
Gouvernement n'avoit encouragé le commerce
des Etats Unis . Les fecours apportés à tems de
l'Amérique , ont rendu le courage aux habitans
confternés.
Un Correfpondant bien informé nous apprend
que la derniere exportation du hareng
d'Angleterre pour la Ruffie , faite par
les Hollandois , a monté à 1500 lafts , qui
ont été vendus 27,000 liv . , & qu'il en a été
exporté 6000 lafts pour Hambourg , Bremen
, Embden , Stode & l'Elbe. Nous en
avons vendu environ 100 lafts à Rouen , &
les Hollandois soo pour 10,000 liv.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 17 Novembre.
La Reine , qui eft arrivée au terme de quatre
mois & demi de fa groffeffe ; jouiffant d'une fanté
qui ne laiffe rien a defirer , fut faignée le 8 de
ce mois , pour la feconde fois.
Le Comte de Luppé- Garané , le Marquis de
Biffeulh , le Chevalier de Boiffeulh , le Chevilier
de Saint- Tropez , le Marquis Montlezun-
Campagne , le Comte de Cugnac , le Comte de
Murat , le Vicomte de Vargemont , le Baron
de Gauville , le Marquis de Montaignac , le
Comte de Dion , le Comte de Thy , le Marquis
d'Anferné du Pont Belangé , le Chevalier d'An
ferné du Pont - Belangé , le Chevalier de Rooth ,
le Commandeur de Marnefia , le Comte d'OCmont
& le Comte de Pou'pry , ont eu , le 12 de
ce mois , & le Comte d'Aux , le 16 , l'honneur
de monter dans les voitures Sa Majefté & de la
fuivre à la chaffe , ayant eu précédemment celui
de lui être préſentés,
1
( 165 )
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Verteuil';
Ordre de Saint - Augustin , diocefe de Bordeaux ,
l'Abbé de Boifboiffel , Comte de Lyon , Vicaire
général de ce diocefe ; & à celle de Franque-
Vaux , Ordre de Citeaux , diocefe de Nîmes
l'Abbé de Rey , Confeiller- Clerc au Parlement
de Toulouse . 2
Le Roi a accordé les entrées de fa chambre
au Comte de Sayn .
DE PARIS, le 24 Novembre
On a cru long - temps perdu en mer
M. d'Efpinaffy, Colonel , commandant l'Artillerie
des Ifles de France & de Bourbon . Sa
famille , M. de Suffren , témoin de fes fervices
& bien fait pour les apprécier , le Régiment
d'Auxonne , auquel il appartenoit
pleuroient la perte de cet Officier , auffi diftingué
par fes talens militaires , qu'eftimable
par fon mérite perfonnel. Au mois de Juillet
dernier , des lettres de M. d'Eſpinally ont
raffuré fa famille , juftement alarmée , comme
on en jugera par le récit des traverſes , auxquelles
ce brave Officier a été en butte.
Malgré le délabrement de fa fanté ruinée au
Canada , & ne confultant que fon zèle pour le fervice
du Roi , il partit en 1778 pour l'lfle dè
France , où il devoit commander l'Artillerie. De
cette Colonie , il paffa aux Indes avec M. dé
Suffren , en qualité de Commandant de l'Artille
rie de l'Armée ; le trouva à deux combats maritimes
, & fut obligé de quitter Trinquemale pour
revenir à l'Ile de France , dans un état affreux ,
& avec une jambe prefque paralytique. Voici un
( 166 )
abrégé de la relation de fon déplorable voyage ;
qu'il a fait paffer à fa famille : nous la tenons d'un
homme de condition , à qui nous en faifons nos
remercîmens publics , perfuadés du vif intérêt
qu'elle infpirera aux Lecteurs même fimplement
curieux . Perfonne ne regrettera , à ce que
nous espérons , l'étendue de ce morceau , dont
nous fupprimons à regret quelques détails moins
importans.
-
M. d'Efpinay s'étoit embarqué le 10
Juillet 1783 , fur un méchant navire de Bordeaux
, nommé le Bien - venu , qui au bout de
quelques jours , faifoit 32 pouces d'eau par
heure : le Capitaine , fans connoiffance des
parages où l'on pouvoit relâcher, n'avoit pour
guide qu'une Carte de M. d'Après, à trèspetits
points : avec cette reffource , on projetta
de fe rendre à la côte d'Achem pour y
prendre un Pilote , & fe faire conduire à
Malacca. Ecoutons M. d'Efpinafly.
Nous arrivâmes le 17 Juillet à Achem , & n'y
trouvâmes aucun fecours : le Roi d'Achem étoit
en guerre avec un de fes voisins , & auroit plutôt
defiré des blancs que de nous donner des noirs ;
il demanda des armes qu'on lui vendit ... Il vint
à bord un espece d'Interpete , qui parut defirer
avec ardeur que je fuffe à terre. Son empreffement
trop vif me déplut : je ne jugeai point à
propos de me laiffer aller à fes follicitations . Je
ne me fouciois point d'être choifi pour commander
l'artillerie du Roi d'Achem ... Nous apprîmes
que nous ne pouvions nous radouber à Malaca ;
on réfolur d'aller au Pegu ; on renouvella les
amarrages autour du vaiifeau ; on y appliqua de
nouveaux emplâtres ; nous obtinmes un Pilote
( 167 )
maure , au moins auffi ignorant que les nôtres ,
& nots partinies le premier Août pour notre
nouvelle deftination . Nous trouvâmes une mer
affez dure vers les Illes Audaman & Nicobars : le
vaiffeau recommença à faire de l'eau abondamment
; tout le monde étoit fur les dents. Enfin
nous mouillâmes le 7 dans un endroit très - dangereux
, le Pilcte maure ayant pris une terre où
on ne jette jamais l'ancre , pour l'autre qui fe
nomme la Pointe de l'Eléphant ; c'eſt de ce dernier
endroit qu'on envoye chercher les Pilotes
qui doivent entrer les bâtimens dans la riviere.
Il en arriva un le 10 , & nous mouillâmes le 12
dans le port de Rangon , prêts à couler bas . Je
mis à terre le 15 , après m'être affuré d'un logement
; mais nous n'étions pas au bout de nos
inquiétudes. Le vaiffeau exigecit une dépense
- très -forte ; c'étoit prefque un bâtiment à refaire.
Le Capitaine n'avoit pas un fol , dans toute l'étendue
du terme ; nous étions dans un pays dont
nous ne connoiffions ni la langue , ni les ufages ;
heureuſement nous y trouvâmes cinq ou fix François
il y en eut un qui fe chargea de la dépenfe
du vaiffeau. Nous étions affez tranquilles le 9
Septembre 1784 , & nous attendions que le baffin
fût prêt pour recevoir notre bâtiment , lor que
fur les fix heures du foir , étant fur ma terraffe
je vis paffer plufieurs gens armés de lances , de
haches , &c. Je fis fermer exactement portes &
fenêtres , n'imaginant pas ce que ce pouvoit
être ; un inftant après , je vis le feu à l'extrémité
de la Ville : je crus que c'étoit un effet du
hazard , & ne fus cependant pas fans inquiétude
, les maiſons n'étant que de bambou , couvertes
de feuillage , & je craignois que le vent
ne portât le feu de mon côté . Il s'éteignit peu
après ; mais toute la nuit j'entendis un bruit con(
168 )
fidérable fur la rivicre , occafionné par des gens
qui fuyoient de toutes parts . Le 9 , à fix heures
du matin , je fus inftruit que les Péguans s'étoient
rendus maîtres de Rangon ; qu'ils avoient égor
gé le Mion ou Prince du fang royal , qui y commandoit
; qu'ils forçoient le peu de Barremens
qui n'avoient pu s'évader à prendre parti pour
eux , coupant le cou à ceux qui refufoient de
les joindre , & qu'ils apelloient les Capitaines
de vaiſſeaux étrangers pour boire l'eau de ferment
, ou , ce qui eft la même chofe , leur prêter
ferment de fidélité ; je fus auffi informé qu'ils
avoient expédié quelques ballons ( 1 ) , pour aller
chercher du fecours , étant encore en nombre
trop peu confidérable pour exécuter tous leurs
projets ; ils commencerent à mettre la place en
état de défenfe fuivant leurs principes , & nous
fûmes prévenus que fi la réfolution duroit feulement
cinq à fix jours , les Barremens revenant
en force , tout ce qui refleroit en vie auroit le
cou coupé , l'ufage de ces Peuples étant de maffacrer
de fang froid tout ce qui ſe trouve fous les
armes contr'eux .
Le 9, un des Chefs Péguans fe fit proclamer
Roi. Pendant tout ce tems , j'étois chez moi malade
fans pouvoir me remuer ; les nouvelles
qu'on me donnoit n'étoient pas capables de me
rétablir cependant l'ordre fut fi bien obfervé ,
qu'il n'y eut aucun pillage . Une partie des habitans
qui s'étoient fauvés le 8 au foir & dans la nuit ,
s'étoient raffemblés fecrettement derriere une
fameufe Pagode , qui eft à une lieue d'ici ; le
Reoun ou Commandant en fecond de cette Place
(1 ) Ballons eft une espece de chaloupe ou bateau dif
ferent de la forme des nôtr s , fort en ufage chez les
Indiens ; il y en a de très - agnifiques pour le Roi & fa
Cour : ils ne fervent que fur la riviere."
( 169 )
t
on ramaffa mille à onze cens ; maisils n'avoient
point d'armes. Ce Chefqui ne manque ni de hardieffe
, ni de courage , ordonna aux gens dont il
étoit le plus sûr , au nombre de trois ou quatre
cens , de refter dans Rangon comme des gens qui
venoient de boire l'eau de ferment des Péguans ,
prendre parti pour eux , fe munir d'armes & luź
faciliter l'entrée des paliffades lorfqu'il paroîtroit;
il arma le refte de fes gens comme il put ; des haches
, des lances & des bâtons de bambou , pointus
& durcis au feu , étoient tous ce qu'ils avoient. Le
10 , à dix heures du foir , j'entendis un bruit
effroyable à la paliffade peu diftante de la maifon
que j'occupois ; c'étoit le Reoun qui l'attaquoit &
en fut maître en peu de tems , au moyen de l'in
trigue qu'il avoit formée dans la Ville , Les Pé
guans étoient trop foibles pour fe défendre par
tout ; il y eut pourtant deux combats affez vifs ,
à peu près en même tems, l'un auprès de Rondeiye,
maifon où les Chefs s'affemblent pour tenir confeil
, & l'autre fur le pont , auprès de la porte
marine , pour favorifer la retraite du Roi Péguan ,
& lui donner le tems de fe fauver dans un ballon .
Les coups de fufils ne cefferent qu'entre einq à fix
heures du matin , quoique l'affaire fût décidée
avant quatre heures en faveur des Barremans. On
fe battoit affez loin de chez moi , cependant il a
paffé deux balles qui n'ont caufé aucun mal. Je
paffai toute cette nuit habillé & fort inquiet ; à
trois heures du matin , il vint chez moi dix à
douze Barremans demander de la poudre, j'eus
bien de la peine à leur faire comprendre que je
n'en avois , ni ne pouvois en avoir ; ils me pafferent
une corde au cou pour me lier & me conduire
apparemment à leur Chef; je parvins à me
débarraffer , & à force de me débattre & de m'expliquer
le moins mal que je pouvois , un noir qui
No. 48 , 27 Novembre 1784. h
L
( 170 )
Ceavoit un peu de Portugais , & qui leur fervoit
d'Interprété , les détermina à me laiffer tranquille
; ils fortirent en me ſouhaitant une bonne
nuit , & me faifant entendre par fignes que tous
les Péguans avoient le cou coupé ; j'étois feul &
fans armes , mon Caffre s'étoit lauvé & avoit fauté
plus de vingt pieds de haut , pour aller dire à un
Officier , paffager comme moi , que j'étois maffacré;
il eft vrai qu'il m'avoit vu entouré , & que
j'avois un fabre fur le ventre & un fur la tête ;
cette fcene défagréable a duré un quart d'heure.
Ils ne font point entrés chez d'autes étrangers; ils
ont été feulement taxés , ainfi que toute la Ville ,
à une fomme qu'il a fallu payer : aucun Etranger
n'a pris part à la querelle . J'ai vu cette Ville prife
d'emblée une fois en deux fois vingt- quatre heures
; les effets publics ont été respectés . Le 11 ,
après midi , il parut neuf ballons Péguans , char
és de huit à neuf cens hommes ; ils ont été reçus
coups de canons , & prefque tous ont péri ; plus
de 1200 perfonnes, même des femmes & des enfans
, ont eu le cou coupé , fans compter ceux
qui ont péri dans le combat ; le Roi Péguan , &
tous les Chefs ont été pris & envoyés à Ava , après
avoir eu le tendon d'Achille coupê : ce Roi les a
tous fait mourir. Ma fanté avoit beaucoup fouffert
de toutes ces révolutions , & principalement
faute de fubfiftance ; je n'avois ni pain , ni vin , &
ne pouvois foutenir les alimens du pays . M.Geflin,
Capitaine de Brûlot , envoyé ici par MM. de Buffy
& de Suffren , pour fe carener & faire du bois ,
eft
heureusement pour moi arrivé le 7 Octobre. IL
m'a trouvé dans un état de foibleffe effroyable ; il
eft venu à mon fecours , en me fourniffant toutes
es douceurs qui ont été en fon pouvoir ; je puis à
jufte titre l'appeller mon fauveur. J'efpere .
grace
à ces foins , pouvoir être transféré à l'ile de
( ( 171 )
France , où fi j'arrive jamais , ce ne fera pas fans
avoir éprouvé bien des contrariétés & des événemens
défagréables. De Rangon , ce 20 Octobre
1783.
Nous fommes partis de Rangon, notre vaiffeau
étant bien radoubé , le z Janvier 1784. Ma ſanté
eft meilleure depuis que je fuis en mer & que j'ai
eu un peu de nourriture.
le 15
A l'Ile de France , Février 1784.
Le refte de notre traversée a été heureufe ,
quoique longue ; je fuis arrivé ici le 12 de ce
mois , bien portant & capable , après un peu de
repos , de reprendre mon travail ; je commence à
me fervir de ma jambe , j'ai été accueilli avec la
plus grande fatisfaction ; on me regarde comme
un autre Thésée venant des Enfers ; les lettres que
j'avois écrit du Pégu ne font point arrivées : bien
des gens ne comptoient plus fur moi.
M. Brugiere fils , Adjoint à la direction
des Poftes de Tartas en Gafcogne , nous
apprend qu'on voit des débris de molaique
, fur un chemin diftant d'une demi-lieue
de S. Sever , entre cette ville & le bourg de
Touloufette. S'étant rendu fur les lieux , M.
Brugiere apperçut un foffé creufé à l'entour
d'une mofaïque , dont le bord feul étoit à
découvert : il pouffa fes recherches , dont il
a eu la bonté de nous faire paffer le réfultat
fuivant.
J'en fis découvrir une furface d'environ 4
pieds , & quoiqu'elle eût été ternie par le long
féjour de la terre & par l'humidité , je diſtinguai
cependant des fleurs & des feuillages . Comme
on fe difpofoit dans ce moment à enfemencer
le champ, cette circonftance ne me permit pas
de continuer la fouille pour pouvoir juger du
h 2
( 172 )
deffin en grand , & de fa régularité.
Cette mofaique eft pofée fur quatre couches
de différentes matieres. La premiere & fur laquelle
toutes les autres repofent , eft de gros
cailloux , la feconde de mortier pour les affermir
; la troifieme de ciment , & la quatrieme
d'un maftic , ou enduit d'une compofition trèsblanche
qui fert à lier les morceaux de ftuc.
Je détachai quantité de petits quarrés de ftuc dont
elle eft compofée , que je nettoyai à mon retour ,
afin d'en difcerner les couleurs . Le peintre n'en
avoit employé que trois , le blanc, le bleu & le
rouge..
Le particulier à qui elle appartient , & qui
paloit alors dans cet endroit le tems de la vendange
, me dit qu'elle occupoit un affez vafte
efpace de champ. Il ajouta que, plufieurs années
avant qu'il eût acquis ce fonds , on y avoit
trouvé deux médailles d'or & de cuivre frappées
au même coin , dont les légendes étoient
effacées , & leur effigie mieux confervée paroiffoit
être d'un Empereur Rómain.
Il y a lieu de croire que les Romains lors de
Ja conquête des Gaules , éleverent dans cet emplacement
un temple auquel cette mofaïque
fervoit de pavé , & qu'elle devoit être tout à
fait ifolée , parce qu'il n'existe dans les environs
aucun veftige de vieux mur, La proximité de
la ville de St. Sever rend mon opinion vraifen
blable.
་
Nous avons rapporté la lettre d'un Religieux
, à qui la pratique du Magnétifme
animal a donné affez de célébrité. Il circule
à fon fujet une autre lettre de Bordeaux , du
5 Octobre , qui peut- être n'eft qu'une invention
, mais dont les faits , du moins
font faciles à démentir ou à vérifier.
( 173 )
1
J'avois offert un logement dans ma maifon
au pere Hetvier , qui m'a voulu imprégner
de fubftance magnétique , pendant plufieurs mois ,
fans m'avoir feulement foulagée . Il a joui de la
vogue jufqu'à la publicité du rapport des Com-¬
miffaires, qui ont levê le voile . Comme perfonne
ne s'est trouvé guéri , on s'eft gendarmé contre
le bon religieux , quand on a été éclairé par les
rayons de lumiere , partis de la capitale , la
premiere à s'engouer de forfanterie , & la premiere
à reconnoître fes erreurs. Les magnéti- t
fés font veuus trouver le pere magnétifeur ,
chacun demande reftitution . Celui - ci ne veut
rien rendre. Les fcenes fcandaleufes répétées
tous les jours , m'ont fait prendre le parti fage
d'éconduire poliment de mon hôtel le bon Auguf
tin , qu'on timpanife du matin au foir. Il affure ,
très bénignement , qu'une partie de fa recette
lui a fervi à payer un carroffe de remife , qui le
voituroit chez les malades , & que l'autre portion
a été très - exa &ement diftribuée aux affligés
difetteux. Ses patiens lui intentent aujour
d'hui procès ; ils l'ont affigné en reftitution .
Cette affaire originale fera plaidée à la rentrée
du Parlement. Quoique vous foyez à Paris,
je ne crois pas que vous fachiez que cinq Médecins
Bordelois ayant acheté du Docteur Mefmer
le fecret de magnétifer , ils ont voulu établir
ici des baquets , qui n'ont pas réuffi . Ils
ont écrit une lettre comminatoire au Docteur
Allemand , qui leur a reftitué leurs 500 louisd'or,
auffi-tôt après la réception de leur miffive . »
Plufieurs Feuilles publiques ont rapporté
le trait fuivaut de générofité , que le défaut
d'efpace nous a empêché de publier plutôt.
M. Roberjot de Lartigue , Tréforier du Port
I
d3
( 174 ) N
au Prince , avoit vendu huit jours avant l'incendie
un magafin à M. Giraud , fon ami , pour une
fomme de 180, 000 liv. Les conditions de cette
vente étoient 60000 liv. payables comptant , &
les 120,000 liv. reftant payables en trois années.
Elles avoient été remplies : les 60000 1. comptées
& l'acte paffé en bonne forme.
« L'acquéreur & le vende ur étoient l'un &
l'autre fpectateurs de l'incendie ; le premier,
voyant combien les progrès en étoient rapides
fe plaignoit & difoit que cet événement le ruinoit.
Confolez- vous , mon ami , lui dit le vendeur
; vous êtes pere de famille , & je vous ſuis
attaché ; en vous vendant mon magafin , je vous
ai laiffé le nître des conditions , & , avec raiſon ,
vous avez cru faire une bonne affaire . Voici un
événement auquel nous ne nous attendions ni l'un
ni l'autre , & qui dérangerait beaucoup votre
fortune; maisje ne me confolerois jamais d'avoir
été l'auteur de la ruine d'un pere de famille
mon ami ; fi le magafia eft préfervé , ce marché
tiendra , & il fera d'autant meilleur pour vous
s'il eft incendié , il fera pour mon compte. Un
moment après , le feu s'y porta & le détruifit entiérement.
A fept heures du matin , M. Roberjot -
de Lartigue a envoyé chez fon ami les 60000 liv .
& le marché a été annullé ».
L'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts de Rouen tint fa féance publique ,
le 4 Août dernier.
Elle continue pour la partie des Belles . Letrres
, à laiffer le concours ouvert à l'égard de
la queftion fuivante , fujet du Prix extraordinaire
; favoir :
4
Quels font les moyens de porter l'Ency-
>> clopédie à fon plus haut degré de perfection.
( 175 )
Mais elle change le Programe de fon pri
ordinaire , & tel eft celui qu'elle propofe pour
1785 , en demandant ....
» Pourquoi le plus grand nombre des mé
dailles trouvées dans la Normandie , & particuliérement
dans la Baffe , font - elles des
Antonins ?
Ces deux prix font chacun une médaille d'or ,
de la valeur de trois cents livres .
L'Académie avoit prorogé à cette année , le
concours à un prix extraordinaire , deftiné par
un Amateur des Sciences , á quiconque établi
roit le plus exactement , « les caracteres diftinctifs
entre les diverſes terres vitrifiables »
L'Académie fe croit obligée de laiffer fubfifter
jufqu'àl'année prochaine , & fon programme
& les invitations.
Un autre Prix extraordinaire , offert par um
des Académiciens , à l'Auteur d'une defcription
de l'Hiftoire - Naturelle , Phyfique & Médicale de
la Normandie , n'a provoqué aucun Mémoire ,
& , malgré l'utilité du fujet , le donateur a confemi
qu'il fût changé au gré de la Compagnie.
Son zele patriotique & le defir de féconder
celui des Magiftrats , l'engagent à propofer pour
le nouveau fujet de ce Prix , la Perfectibilité
des Cidres & des Paires.
« Une méthode certaine & facile pour faire
• du cidre & du poiré , de la meilleure qua
» lité ».
Chacun de ces Prix fera une Médaille d'or
de la valeur de trois cens livres , ou la même
fomme en argent.
Le Prix ordinaire des Sciences avoit pour objet...
« les moyens de refferrer le canal de la
Seine, depuis Villequier jufqu'à la mer , afin
» de creaſer ſon lit , & de la débarraffer des
14
( 176 )
bancs changeans , qui s'oppofent à la navi-
>> gation ».
Entre trois Mémoires admis au Concours
l'Académie a diftingué celui dont l'Epigraphe
eft.....
c Naturam expellas furca , tamen uſque recur-
Horat. >> ret.
Mais l'Auteur eft engagé à fixer les données
de fon article cinquieme , & à mieux indiquer
la poffibilité de leur exécution. La Compagnie
en conféquence a doublé le Prix , en ajoutant
une fomme de trois cens livres à la Médaille d'or
déja propofée , & laiffera le Concours ouvert
jufqu'au premier jour de Juillet 1785 .
Les Mémoires ou les Supplémens , iifiblement
écrits en françois , ou en latin , feront admis
jufqu'au premier jour de Juillet 1785 , adreffés
( francs de port ) à M. Haillet-de - Couronne ,
Secrétaire pour les Belles - Lettres ; & à M. L.
A. Dambourney , Négociant , Secrétaire pour
les Sciences.
4
PROVINCES-UN IE S.
· LA HAYE, le 19 Novembre.
Nous ne nous trompions pas , lorfque
nous avons annoncé la retraite future du
Prince de Naffau -Weilboarg , beau-frere du
Stathouder, Lieutenant Général & Gouverneur
de Maftricht. Le 10 de ce mois , il a
demandé , par Requête aux Etats - Généraux ,
la démillion de toutes fes charges militaires
au fervice de la République. Cette détermination
a étonné quelques perfonnes , de
la part d'un Militaire , depuis 20 ans aux
appointemens de la République.
Nos Plénipotentiaires à Bruxelles font de
( 177 )
retour ici , où l'on attend avec affez d'impatience
le Chevalier Harris , Envoyé de Sa
Majefté Britannique.
Outre le corps de 1785 hommes de troupes
Fégeres , que doit nous fournir le Rhingrave de
Salm , le Colonel Bigot va lever un régiment de
Huffards dans les Etats du Prince d'Orange en
Allemagne il fera compoté de 4 efcadrons
chacun de 119 hommes. Point d'autre négocia
tion pareille encore terminée avec d'autres Princes
.
L'affaire de Lillo fe réduit aux circonftances
fuivantes , qui paffent ici pour les
feules avérées .
Le commandant de Lillo , d'après les ordres
reçus de Leurs Hautes- Puiffances , a formé , le
7 au foir , avec beaucoup de fuccès & tranquillité
, les inondations à l'entour des forts fur l'Ef
caut , trois jours après que 700 hommes de troupes
Autrichiennes , avec quelques pieces de campagne
, marchant le fufil fous le bras , vers la
. contrefcarpe , s'étoient portés , fans qu'on les eût
apperçus , derriere les éclufes. L'inondation s'eft
auffi exécutée le même foir , fans la moindre
eppofition , au fort de Frédéric -Henri & à Liefkenshoek
; mais au fort Kruifchans , la tranquillité
n'a pas été auffi complette. Le lieutenantcolonel
Nahuis ayant commencé à former l'inondation
, vers les 4 heures de l'après - midi , avoit
placé trois fentinelles à la barriere d'Anvers , &-
deux à celle de Koudeftin pour garder le chemin
couvert ; on apperçut deux foldats Autrichiens
arrêtés auprès de l'éclufe ; on leur fignifia de fe
retirer , mais loin de le faire , ils vinrent fe placer
devant la barriere de Koudeftin , où le trouvoit
pofté un enfeigne avec un piquet de quel
hs
Ꮒ S.
D
( 178 )
ques Hollandois , placés là pour empêcher que
perfonne ne vint troubler l'inondation. Il fut
une feconde fois fignifié aux Autrichiens de fe
retirer ; ils répondirent qu'ils étoient fur le territoire
de l'Empereur ; l'enfeigne répliqua qu'on
ne le refpectoit plus en ce lieu , & renouvella
l'ordre de ne pas fe rifquer fous la portée du
canon , à quoi ils obéirent. Le lieutenant qui
avoit la garde de la barriere d'Anvers , appergut
auffi un bas - officier & quatre foldats Autrichiens
qui d'abord le retirerent ; mais à huit
heures & demie du foir , le , commandant du fort
eut avis qu'on entendoit tirer vers les deux digues
; il fic auffi tôt fortir le fous - major & neuf
hommes pour foutenir les fentinelles : & l'obf-
´curité empêchant qu'il ne fût au jufte de quoi
il étoit question , il fit tirer le canon ; il fut
enfuite infruit qu'une des fentinelles appercevant
du monde près des éclufes , avoit crié trois
fois : Qui vive ? & que ne recevant point de
réponſe cathégorique , elle avoit tiré , après avoir
encore averti qu'on fe retirât , à quoi l'on n'avoit
répondu que par quelques groffieretés. Le
coup de feu de la fentinelle fut fuivi de quelques
coups du côté des Autrichiens en dedans
de la digue d'Anvers. Le même cas eut encore
lieu à la barriere de Koudeftin , où , fur l'avertiffement
de la fentinelle , ayant été de même
répondu quelques infolences , elle fit également
feu. Le commandant de Lillo ayant entendu le
canon de Kruifchans , s'imagina que ce fort étoit
attaqué , & donna les coups de fignaux , auxquels
la frégate le Pollux répondit . Comme il
faifoit fort obfcur , le commandant fit lancer quelques
pots à feu & boulers à lumiere , dans le
deffein d'obferver ce dont il s'agiffoit ."
1.es Bourgeois d'Utrecht & les Colleges
( 179 )
d'Etat de cette Province , font d'avis , à ce
qu'on dit généralement , que le moment actuel
eft le plus propre à entreprendre une
réforme dans la direction du département
de la guerre , c'est - à-dire à nous livrer à de
nouvelles conteftations intérieures . Les mêmes
Colleges vont infifter auffi , à ce qu'on
ajoute , pour faire armer tous les habitans de
la République , fans en excepter un feul ,
fait dans les villes , foit dans la campagne ,
depuis l'âge de 18 ans jufqu'à 60. Cette
prife d'armes univerfelle ramenera les rems
du 16. fiecle ; & fans doute elle en ramenera
l'efprit , car la ville de Gouda a déja
fait la même propofition aux Etats de Hol
Jande.
M. Bauman , Secrétaire privé de M. le
Baron de Reifchac eft parti le 13 pour
Bruxelles .
>
L'Ajax, un de nos cutters , vient de périr
à la hauteur de Douvres , le Capitaine
Peterfon ayant tardé à abandonner fon
bord , a coulé à fond avec le vaiffeau. Da
75 hommes , 30 , dit - on , ont été fauvés.
Les Etats de Hollande viennent de publier le
plan d'une négociation de huit millions , à 4
pour 100 , mais qui ne rendra que 2 & demi
d'intérêt libre . Un autre emprunt de 900 mille
florins à 3 pour 100 , eft auffi ouvert par la
province d'Utrecht.
Suite de la Lettre Circulaire de Laurs Hautes
-Puiances.
Qu'en effet , pour remplir cet engagement
;
4
i
h 6
( 180 )
་
( l'exécution du Traité des Barrieres ) il a été
nommé, quoique quelque tems après , des Commiffaires
qui ont eu entr'eux plufieurs conférences
à Anvers , juſqu'à ce qu'elles ont été interrompues
par la mort de l'Empereur Charles VI de
glorieufe méinoire , arrivée en 1740, les Commiffaires
Impériaux n'ayant pas été pourvus de nouveaux
pleins pouvoirs , quoique les Miniftres de
LL. HH. PP. attendiffent affez long- tems pour
qu'on les envoyât.
Que dans la Guerre de fucceffion qui s'enfuivit,
LL.HH.PP. rempliffant les engagemens qu'elles
avoient pris pour le maintien de la fufdite Sanction
pragmatique , ont affifté la Maiſon d'Autriche
de toutes leurs forces ; mais qu'il en a réſulté
pour Elles la fuite malheureuſe , que prefque
toutes leurs places barrieres ont été ruinées , &
la République elle-même a été entraînée fur le
bord de fa ruine :
Que dans la fuite les Conférences qui s'étoient
terminées fans effet à Anvers , ont été repriſes à
Bruxelles en 1751 ; mais n'ont eu non plus un
meilleur fuccès ; de forte qué les Commiffaires de
LL. HH . PP. , après y avoir fait un séjour auffi
long qu'infructueux , ont enfin été rappellés
pour attendre que les affaires priffent un tour plus
favorable :
Que la fuite de tous ces faits a éré , que nonfeulement
lefdites Places barrieres n'ont pas été
convenablement rétablies , excepté uniquement
la ville & le château de Namur , dont la dépenfe a
été portée par LL. HH . PP.; mais qu'il a même
été mis dans les Pays- Bas Autrichiens diverſes impofitions
& levé divers droits , d'une maniere di
rectement contraire audit Art. XXVI du Traité
de Barriere , jufqu'à ce qu'enfin , pour ne pas
parler ici de moindres griefs , en l'année 1781 &
( 181 )
lorfque cette République fe trouvoit malheureu
fement impliquée dans une guerre ruineuse avec
le Royaume de la Grande - Bretagne , il a plu à
S. M. l'Empereur des Romains actuellement régnant
, de démolir entiérement toutes les fortifications
des Places barrieres , Namur feul excepté
, & d'exiger que cet Etat en retirât les troupes
qu'il y tenoit en garnison.
Qu'auffi -tôt qu'il eut été fatisfait à ce defir , la
même requifition a été faite à l'égard de la ville &
du château de Namur même :
Que la République y ayant encore eu égard , il
luia fufcité auffi - tôt diverfes querelles , pour avoir
fait ufage des environs de ces forts fur le même
pied que cela s'étoit conftamment pratiqué auparavant
, fpécialement à l'égard du Village & du
Polder du Doel , dont la fouveraineté pleine &
entiere avoit été expreffément cédée à LL. HH.
PP. , dans les termes les pius clairs , par l'art .
XVII du Traité de barriere , & par l'Art. Ier de
la Convention ultiérieure du 22 Décembre
1718 :
Que S. M. I. ne s'en tenant pas encore à cela
a enfuite jugé à propos , au mois de Novembre
1783 , de fe mettre , même par voie de fait , fans
le moindre avis ni plainte préalable , en poffeffion
, entr'autres du fort de S. Donat , quoique ce
fort eût été cédé par, ledit Traité de 1715 , &
par la Convention fubféquente , en termes exprès
, à LL. HH. PP . , en pleine propriété & fouveraineté
, & quoique fpécialement dans ce moment
même , il fût effectivement occupé par un
détachement de Troupes de l'Etat :
Que , pour paffer fous filence diverfes autres injuftices
& prétentions auxquelles LL. HH. PP.
onr répondu chaque fois avec la plus grande facilité
poffible , il a encore été exigé de la même
( 182
maniere , au mois d'Avril de l'année courante , de
la part de S. M. I. , que le Navire de garde de la
République , qui , depuis la conclufion de la paix
de Munfter , en 1648 , & par conféquent depuis
plus de 136 ans , avoit conftainment été en ftation
devant Lillo , fans la moindre conteftation
en fut retiré fur le champ , vu qu'entr'autres
S. M. prétendoit à préfent que le Bas- Elcaut
jufqu'à Saftingen , appartenoit auffi à fa Souve
raineté :
Que pour éviter encore toutes entrepriſes par
voie de fait , LL. HH. PP. ont préféré de démontrer
á Sadite Majefté leur bon droit , pour y tenir
pareil Navire de garde , mais de le retirer , en
attendant l'effet de cette démonftration , jufques
devant le territoire , qui jufqu'alors n'avoit pas
été conteſté à LL. HH. PP.; ſavoir , devant
Saftingen :
Que dans l'intervalle , des Commiffaires ayant
été nommé par LL. HH. PP. , à la priere & fur
les inftances de S. M. I. , pour terminer tous les
différends qui pouvoient fubfifter entr'Elles , if
fut remis à ces Commiffaires , le 4 Mai de l'année
courante , une Piece intitulée : Tableau des prétentions
formées de la part de S. M. I. à la charge
de la République :
Que là-deffus il fut arrêté , par réſolution de
LL. HH . PP . , en date du 13 Juillet , & remis immédiatement
au Gouvernement des Pays - Bas
Autrichiens , une répon fe convenable , où l'on
démontra , de la façon la plus évidente , la nouveauté
& le peu de fondement notoire de prefque
toutes les prétentions , & où l'on expofa en même
tems plufieurs contre-prétentions notables , qui
pouvoient être formées à très -jufte titre de la part
de LL. HH. PP. , le tout néanmoins en donnant
en même tems les preuves convaincantes de la
( 183 )
condefcendance non interrompue , que LL. HH.
PP. vouloient continuer , autant qu'il leur feroit
poffible , d'obferver dans tous leurs procédés
Que pendant la durée même de ces négocia
tions , & en contravention directe de ce qui avoit
été expreffément ftipulé par l'Art. V du Traité
de Vienne , il a été conduit dans le port d'Oftende
cinq navires revenant des Indes Orientales , fans
qu'il eût même été montré d'aucune façon quelconque
, de la part de S. M. I. , qu'elle formoit
aulli à cet égard quelques prétentions , ou qu'elle
vouloit foutenir quelques raifons à ce fujet :
Qu'enfuite il a été remis le 11 Août aux Miniftres
de LL. HH. PP. à Bruxelles , une replique,
à ladite réponse de LL. HH. PP. pour appuyer
ultérieurement les prétentions de S. M. I ; ré
plique néanmoins dont le mérite peut s'apprécier
le plus évidemment poffible , par la feconde réponſe
de LL. HH. PP . en date du 28 O&obre
dernier :
8.
Mais que cinq jours après , favoir le 23 du
même mois d'Août , & fans laiffer ainfi à LL
HH. PP. le tems néceffaire pour examiner la
dite replique , il fut remis , de la part de S. M. I.
aux Miniftres de LL. MH. PP. un Mémoire ul
térieur , par lequel , fous des proteftations multipliées
d'amitié & d'affection pour cette République
, l'on propofe à LL. HH. PP. , comme
un plan d'arrangement , la remite de plufieurs
droits & poffeffions de cet Etat , fur lefquels
jufqu'alors il n'avoit pas été formé la moindre
prétention par qui que ce fut , & de plus , l'ouverture
de l'Escaut , & la libre navigation aux
Indes des ports des Pays - Bas Autrichiens , en
ajoutant , que S. M. Impériale ne doutoit point
que LL. HH. PP . n'acceptaffent avec empref
» fement cet arrangement , comme une marque
5
«
( 184 )
particuliere de fa bienveillance ; & que de plus ,
Elle avoit jugé à propos de tenir dès- lors la
riviere de l'Escaut pour ouverte , & de déclarer
la navigation fur icelle libre , avec menace
» qu'au cas qu'il fe fit , de la part de la Répu
blique , quelque infulte au pavillon Impérial ,
S. M. le regarderoit comme une déclaration de
» guerre , & comme un acte d'hoftilité formelle
» .
Que fur cela , LL. HH. PP , conformément
à leur réfolution du 30 Août , en témoignant
combien elles étoient fenfibles aux affurances
réitérées de l'affection de S. M. & de fa bienveillance
pour la République , lui ont fait repréſenter
que, fe repofant fur la fincérité de ces affurances ,
elles ne pouvoient s'attendre que l'intention véritable
de Sadite Majefté fût d'exiger de LL, HH.
PP. , au lieu des prétentions qu'Elle avoit formées
ci -devant , à la charge de cette République ,
& qui après tout ne pouvoient nullement être regardées
comme liquides , la ceffion de poffeffions
& de droits qui leur appartenoient inconteftablement
, fur lefquels la fûreté & l'indépendance de
la République étoient fondées , & auxquels Elles
ne pouvoient par conféquent renoncer , fans fe
rendre indignes de l'eftime & de la confidération
de Sadite Majefté Elle- même ; que fans entrer,
dans la difcuffion de plufieurs arrangemens ulté
rieurs , propofés par le fufdit Mémoire , & dont
il pourroit être traité ultérieurement fous le bon
plaifir de S. M. , l'on devoit indubitablement confidérer
entr'autres comme telle l'Ouverture de
PEfcaut , des fuites de laquelle il ne dépendoit rien
moins que la confervation ou la perte de la Republique
entiere & la sûreté des Citoyens :
Que pour cette raiſon , la paix de Munſter en
1648 , n'avoit été conclue avec le Souverain aus
( 185 )
quel les Pays- Bas appattenoient alors , & dans
fadite qualité , finon à la condition expreffe , que
ladite riviere feroit tenue fermée de la part de LL.
Hi. PP.; qu'ainfi LL . HH.PP. fe promettoient de
la magnanimité & de l'équité de S. M. I. , qu'elle
voudroit bien ne pas infifter davantage far ce
point , dont de ce côté ci l'on ne s'êtoit départi ,
ni ne pouvoit fe départir jamais ; que pareillement
pour ce qui regardoit la libre navigation des
Pays- Bas vers les Indes , l'on devoit rappeller à
S. M. I. qu'en 1732 LL. HH . PP. s'étoient laiffé
perfuader à accéder au Traité de Vienne du 16
Mars 1731 , conclu pour maintenir la Sanction
pragmatique , relativement à la fucceffion de la
Maifon d'Autriche , pat l'Empereur Charles VI &
le Roi de la Grande- Bretagne , en vertu d'un atticle
féparé ajouté aadit Traité , dans l'attente
de l'anéantiffement de la Compagnie des Indes
Orientales établie à Oftende , & fur ce que , par
l'article V dudit Traité , il avoit été expreflément
promis , tant au Royaume de la Grande- Bretague
qu'à cette République , que tout commerce & navigation
, particuliérement des Pays- Bas Autrichiens
vers les Indes Orientales , ceffervient entiérement &
pour toujours.
Qu'ainfi il étoit tout- à - fait jufte que , la fucceffion
de la Maifon d'Autriche ayant été effectivement
maintenue depuis cette époque , entr'autres
par la République & à fes dépens , l'on remplit
également la condition réciproque ; de forte que
l'on devoit attribuer uniquement aux égards que
LL. HH PP. avoient témoignés en tant de cas ,
& qu'elles témoigneroient volontiers & toujours
pour S. M. I. , autant qu'il leur feroit poffible ,
qu'Elles avoient differé jufqu'alors leurs plaintesfi
fondées , que , pendant les négociations actuelles
fur tous les griefs , & fur les prêtentions de la
Cour de Bruxelles , & fans que dans ces négocia◄
( 186 )
tions il eût été queftion d'un feul mot relatif
cette négociation des Indes Orientales , il eût été
conduit dans le port d'Oftende , en violation de la
lettre fi claire & fi exprelle du fufdit Traité , cinq
Vaiffeaux revenans des Indes Orientales , & que mème
un de ces vaiffeaux , qui avoit chaffé fur fes
ancres , & avoit été jeté dans un état dangereux
devant les ports de la République , avoit été aidé
ici & pourvu du néceffaire ; de forte que c'étoit à
fes fecours qu'il avoit dû prefqu'entiérement ſon
falut : qu'à ces caufes , LL. HH. PP. eſpéroient
auffi qu'on leur prendroit en bonne part , qu'au
lieu d'accepter les arrangemens qui venoient de
leur être offerts , & qui avoient certainement été
préfentés à S. M. I. fous un jour tout- à - fait différent,
Elles préféraffent d'examiner ultérieurement
ce qui avoit été avancé dans le Mémoire de réplique
, remis récemment pour la juftification des
prétentions de Sadite Majefté , LL. HH. PP. proteftant
que, pour autant que par cet examen El-
Jes pourroient être convaincues de l'équité d'au
cune de ces prétentions , Elles y condefcendroient
d'abord , & que pour le refte Elles perfifteroient
dans le même efprit de facilité & de condefcendance
qu'Elles avoient déja manifefté fi évidemment
à cet égard , tandis qu'Elles s'affuroient en
même tems que , par rapport à tels autres points
auxquels LL. HH . PP. croiroient ne devoir condefcendre
, S. M. I. voudroit bien , conformément
à fa façon de penfer magnanime & équitable , préférer
d'attendre les fentimens d'autres Puiflances
neutres, pour lefquels LL. HH. PP. montreroient
auffi , dans l'occurrence préfente , toute la défé
rence qui leur étoit due :
Qu'au furplus , LL. HH . PP. étoient fermement
perfuadées que la déclaration faite par S. M.
relativement à POuverture & àla libre navigation de
rEfcaut dès-à - préfent , devoit s'entendre en cour
( 187 )
cas ne s'étendre pas plus loin qu'aux eaux qu'Elle
foutenoit appartenir à fa Souveraineté , & nullement
aux eaux & parages connus fous le nom
d'Efeur Oriental & de Hond ou Eftaut Occidental ,
dont la Souveraineté appartenoit indubitablement
à LL. HH. PP. , & ce d'autant plus non -feulement
parce que dans le Tableau qui avoit été remis
, & qu'on devoit cenfer contenir toutes les
prétentions de S. M. fur cette République , auffi
peu que dans aucune autre Piece quelconque , il
n'avoit été avancé la moindre prétention fur ces
eaux ; mais auffi parce que les droits de LL. HH,
PP. par rapport ces eaux fe fondoient autant
fur le droit des gens que fur des traités & des conventions
reconnus avec les Seigneurs , dans les
droits & obligations defquels S. M. a accédé à l'égard
des Pays-Bas:
Que pour ces raifons , LL. HH. PP. ne pouvoient
par conféquent s'imaginer qu'aucuns des
fujets de S. M. voudroient , en interprétant mal
cette déclaration , contrevenir aux ordres qui
avoient toujours eu lieu à cet égard dans ce pays,
envers qui que ce foit fans diftinction , & dont
l'exécution ne fauroit être arrêtée , que LL.
HH. PP. pouvoient encore moins s'attendre que
l'exécution immanquable de tels ordres anciens &
ufités feroient attribués dans un pareil cas qui ar◄
riveroit contre tout efpoir , à quelque vue offenfive
de la part de LL. HH. PP. , beaucoup moins
qu'elle feroit fuivie de l'exercice d'hoftilités , auxquelles
l'on dévoit d'abord répondre par le devoir
de défenſe propre , tandis que par ce moyen l'on
couperoit actuellement toutes voies de conciliation
, l'on feroit tort à la grandeur & à la générofité
de S. M. 1. , & l'on terniroit la fplendeur de
fon regne glorieux.
Que LL. HH. PP. ayant de plus eu connoiffance
le 10 Septembre de cette année , qu'il avoir
P
( 188 )
été déclaré à leurs Miniftres à Bruxelles , que le
coup qui feroit tiré de Lillo fur les vaiffeaux Impériaux
qui pafferoient devant , feroit regardé par
S. M. pour une déclaration de guerre , ont de
nouveau immédiatement trouvé bon , afin qu'en
confidération de ce que les vaiffeaux qui paffent
devant Lillo , & qui doivent y payer des droits.
puffent , en cas de néceffité , y être contraints dans
un des autres comptoirs ou gardes de la Républi
que , afin d'empêcher , s'il étoit poffible , une plus
grande animofité , & tout ce qui pouvoit donner
quelque prétexte à commettre des hoftilités du
côté des Autrichiens , de faire défendre aux Officiers
de Lillo d'exercer la moindre violence contre
un des vaiffeaux Impériaux qui ne voudroit pas
en paffant , fe laiffer vifiter de bon gré , ni payer
les droits dus ; mais dans un tel cas d'en donner
auffi- tôt connoiffance , afin que là - deftus il fût
pris telles mefures que l'on jugeroit convenable.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 23 Novembre.
Par un Refcrit daté du 11 de ce mois
notre Gouvernement a exempté de tous
droits d'entrée & de déclaration , les chevaux
qui feront introduits de l'étranger dans
les Pays Bas Autrichiens.
•
Les Gazettes de Hollande , de plus en
plus offenfantes pour toutes les Nations,
avec lefquelles la République a eu , ou peut
avoir quelque différend , fe font permifes le
paragraphe fuivant.
On affure que l'Empereur , en faifſant demander
aux divers Princes de l'Empire le paffage à
travers leur territoire , a demandé le même paf
fage au Prince d'Orange par les Etats de Naffau.
( 189 )
On dit que S. M. I. l'auroit menacé de faire
occuper ce pays. là par la voie de force en cas
de refus . On ajoute que S. A. S. a fait porter
cette lettre à la Diete de Ratisbonne , en fai
fant remarquer la maniere defpotique dont l'Empereur
traitoit les Princes libres de l'Empire.
Cette affertion eft abfolument fauffe , autant
qu'abfurde, dans tous fes points ; les
troupes de l'Empereur n'ayant jamais dû
paffer: fur le territoire du Prince de Naffau
Orange.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
Caufe entre la veuve Defaint , Libraire :
ي ف
les fieurs & demoiselles Denizart. Formalités
à obferver pour vendre le privilege d'un livre
appartenant à des mineurs . Eft - il meuble ou immeuble
? Etant prouvé meuble , peut - on prendre
la voie des lettres de refcifion contre la vente qui
en a été faite?
Un traité fait avec la veuve Denizart , en fon
nom comme commune en biens , & en qualité
de tutrice de fes enfans avec le feu fieur Defaint
, Libraire , pour la ceffion d'un nombre
d'exemplaires des Euvres de Me Denizart , &
du privilege de les imprimer , doit - il être déclaré
valable , ou doit - il être annullé ? Tel
étoit l'objet de cette caufe : fa décifion dépendoit
de plufieurs points de droit . Quelles font
les perfonnes qui ont traité ? Quelles font les
loix fur la ceffion des objets dont il s'agit ? A-'
t-on enfreint quelques-unes de ces loix ?
Tout le monde connoît le travail de Me Dea
nizart , Procureur au Châtelet. Il formoit deux
ouvrages , la Collection des Décifions Nouvelles ,
& le Recueil des Actes de Notoriété du Châtelet .
11 avoit fait imprimer le premier en 1754 &
1756 , d'abord in - douze , enfuite , en 1757 &
( 190 )
C
1765 , in- quarto. Les actes de Notoriété furent
imprimés en 1759. L'Auteur s'étoit chargé de
tous les frais , & vendoit lui - même fon ouvrage
mais par l'entremise d'un Libraire. En 1757
le fuccès de l'ouvrage étant décidé , Me Denizart
obtint pour 15 ans de nouveaux privileges
pour la Collection des Décifions nouvelles , &
pour les Actes de Notoriété. · Il est décédé
le 4 Février 1765 , laiffant une veuve & cinq
enfans mineurs , quatre filles , dont l'aînée avoit
18 ans , un fils âgé de 13 ans , & une fucceffion
embarraffée de quelques dettes : les principaux
effets qu'il laifla furent fa charge de Procureur
au Châtelet , le privilege de fon ouvrage
, & nombre d'exemplaires dudit ouvrage
reftant à vendre. Dans la pofition où fe
trouvoit alors cette famille défolée , il falloit
néceffairement le fecours d'un Libraire , foit pour
acheter les volumes exiftans avec le Privilege,
foit pour fe charger du foin de la vente , pour
le compte de la fucceffion , moyennant un intérêt
convenable . Entre ces deux partis , le
premier fut choifi , fur les offres que fit le fieur
Defaint ; l'opération fut prompte , & l'inventaire
étoit à peine achevé , qu'on s'occupa de conclure
le traité de vente des exemplaires des
deux ouvrages & des deux privileges : ils avoient
été eftimés par l'inventaire 14700, liv.; le fieur
Defaint en offrit 36000. Ces offres féduifirent
la veuve , qui , d'elle- même , fans recevoir les
encheres d'autres Libraires , fans confulter la
famille , ni le faire autorifer par Juftice pour
la vente de la part appartenante à fes mineurs ,
paffa le 3 Avril 1765 , deux mois après la mort
de fon mari , un traité avec le fieur Defaint ,
dont voici les principales claufes . La veuve
Denifart vend , tant en fon nom comme commune
en biens avec fon défunt mari , que comme
tutrice de les enfans mineurs , tous les exem
-
( 191 )
plaires , tant de la Collection de Jurifprudence ;
que des Ades de Notoriété , au nombre de 3700
volumes in- quarto détachés , avec les deux privileges
accordés à fon mari , pour l'impreffion
& diftribution defdits Ouvrages ; pour , par le
feur Defaint & fes ayant- caufe , jouir , faire
& difpofer en toute propriété , tant defdits exem◄
plaires que des deux privileges , lui tranfmettant
tous les droits fans aucune réſerve , moyennant
le prix & fomme de 36000 liv, payables ;
favoir , 6000 liv. en retirant les exemplaires ,
ce qui a été exécuté le lendemain , & le furplus
en billets payables , le premier au mois de
Janvier 1766 , les autres de trois mois en trois
mois . Ils ont été tous acquittés à leur échéance,
Le fieur Defaint , devenu propriétaire des
deux ouvrages dont il s'agit , après avoir completté
les exemplaires qui manquoient à la Collection
de Jurifprudence , l'a livrée , pour ainfi
dire, à l'impétuofité du Public , qui l'attendoit
avec la plus vive impatience ; enfin quatre éditions
fe font fuccédées depuis la mort de l'Auteur
jufqu'en 1771. Le fieur Defaint fit faire
auffi une nouvelle édition des Actes de Noto
riété du Châtelet. Depuis la mort de ce
Libraire , il paroît que fa veuve a joui paisible.
ment des acquifitions faites par fon mari . Cependant
en 1778 , les enfans Denifart devenus
majeurs , & ayant perdu leur mere , comparerent
les bénéfices immenfes que les éditions multipliées
de l'ouvrage de leur pere avoient rapporté
, avec le prix modique que leur mere en
avoit reçu , & crurent devoir faire tous leurs ef
forts pour faire anéantir un traité qu'ils regardoient
comme onéreux en conféquence ils
firent affigner la dame veuve Defaint au Châ
telet , pour le voir condamner à leur rendre &
reftituer le prix provenu de la vente des diffé
( 192 )
rentes éditions des ouvrages de Denifart jufqu'
ce jour ; qu'à cet effet elle fut tenue de rendre
compte , d'après les Régiftres - Journaux , des :
bénéfices que fon mari & elle ont retirés de
l'exploitation des privileges dont il s'agit ; à en
payer le réſultat avec intérêts , fous la déduction
des frais , avances , débourfés & droits de
commiffion ; & , en attendant la liquidation ,
qu'elle fût condamnée en 30000 liv. de provi❤
fion envers chacun defdits enfans Denifart.
----
La dame Defaint a laiffé prendre contr'elle fen
tence par défaut . Sur l'appel qu'elle en a interjetté
en la Cour , elle a fait fignifier le traitê
fous feing - privé , du 3 Avril 1765. Alors les
enfans Denifart ont pris des lettres de refcifion
contre ce traité dont ils ont demandé l'enthé
rinement , ainsi que la confirmation de la Sens
tence du Châtelet . Arrêt du 25 Mai 1784
qui a mis l'appellation & ce au néant ; émendant
, fans qu'il foit befoin de lettres de refcifion
, a déclaré le traité fous feing - privé , du 3
Avril 1755 paffé entre la veuve Denifart & le
fieur Defaint nul & de nul effet ; a condamné
la veuve Defaint à compter à l'amiable , fi faire
fe peut , finon par- devant un de MM. Commif
faires de la Cour , nommé à cet effet , fur la
repréſentation de les Régiftres - Journaux , des
bénéfices que fon mari & elle ont retiré de l'exploitation
des privileges des Euvres de Denifart
, fous la déduction des frais , avances , dé
bourfés , enfemble de la fomme de 36000 liv.
par elle payée ; de rapporter tous les exemplaires
des différentes éditions , & de fe purger , par
ferment , qu'elle n'en retient aucun , pour ledit
compte fait & rapporté , être par la Cour ftatué
-ce qu'il appartiendra ; & a condamné la veuve
Defaint aux dépens.
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en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
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On aura foin auffi de joindre à la Lettre d'avis
le reçu du Directeur des Poftes auquel on remes
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce recu , હ
nonfur la Lettre d'avis , que Pon peut le recevoir
au Bureau des Poftes de Paris.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Décembre fons
priés de renouveler de bonne heure leur Abonnement,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères