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1784, 10, n. 40-44 (2, 9, 16, 23, 30 octobre)
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21.70 Mo
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497
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Texte
MERCURE
DE FRANCE.
DÉDIÉ AU ROI ,
23
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; Annonce & Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts; les Spectacles ,,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de
-Provinces ; la Noticedes Edits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c.
234
SAMEDI 2 OCTOBRE 1784.
HATEAL
TEC
PALAIS
ROYAL
L
PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roj
day Start tothom os
KODE QU
SIBI
STOR
TABLE
Du mois de Septembre 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
Vers à M. de Beaumarchais , 3
M. le Comte d'Oels ,
Chanfor ,
Vie du Maréchal Duc de Villars,
49 Le Sylphe
50
54
71
Hiftoire des différens Peuples
97 foumis à la domination des
Ruffes ,
98 Hiftoire du Petit Pompée, 86
AM. le Comte d'Oels ,
Le Jardinier, les Chenilles &
le Papillon ,
76
A Mmela Comteffe de Beau- Telèphe en XII Livres , 103
harnois , 99 Méthode facile de conferver
Les Grains & les Farines ,
118
120
A M. le Duc de N......... ib.
Vers fur M. le Comte d'Oels
& M. de Biron , Catéchifme de Morale ,
Epitre à M. l'Abbé de Lille , Ruth , Eglogue Sainte , 152
146 Le Patriarche , Eglogue , 160
145
164
Académie Françoife, 29
SPECTACLES.
Acad. Roy.de Mufique , 130
Charades , Enigmes & Logo- Afgill ,
gryphes , 5 , 52 , 101 , 149
NOUVELLES LITTER .
Rapportdes Commiſſaires nom
méspar le Roi , pour l'examen
du Magnétifme Animal,
Comédie Françoiſe ,
Comédie Italienne ,
173
178
34 , 182
Les Aventures de Charéas & Lettre au Rédacteur du Mer--
de Callirhoé ,
Voyage en Allemagne &
Pologne ,
22
cure ,
en Nécrologie ,
24
168
122
Annonces & Notices , 41 , 89.
Obfervations de M. l'Abbé Ca )137 , 185
vanilles,
27
Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 OCTOBRE 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE AUX FEMME S.
Vous raffemblez en vous les dons les plus charmans
;
Les Grâces , la Beauté font votre heureux partage ;
Beau fexe , fous vos pas naiffent les agrémens ;
Du printemps vous êtes l'image.
Un feul de vos regards fait charmer tous les yeux;
Un mot de votre bouche eft un arrêt des cieux ;
Lorsque vous paroiffez , tout s'émeut , tout refpire :
Un effaim de flatteurs voltige autour de vous ;
Chacun de vous plaire eft jaloux ;
De la Beauté voilà l'empire.
MAIS il eſt un moyen de captiver les coeurs ,
De fixer des amans la cohorte légère ;
A ij
MERCURE
Ce moyen , c'eft le caractère ,
La raison , l'efprit & les moeurs .
De la Beauté les attraits féduЯeurs
Échappent bientôt à la vûe :
C'est un agréable moment,
Un éclair qui perce la vûe
Et nous éblouit en paffant.
MAIS quels appas , quel charme irréſiſtible .
Même au déclin de fa jeune faifon ,
Offre à nos yeux une femme fenfible
Qui de fleurs orne la raiſon ;
Qui , banniſſant l'art trompeur des coquettes
Les airs , les intrigues fecrettes ,
Veut régner par la vérité ,
Et dont la voix naïve & pure
Sert d'interprète à la Nature ,
Et nous peint fa fimplicité !
AINSI l'on voit l'aimable Hortenfe ,
Dans l'âge brillant du plaifir ,
Charmer fans art , fans qu'elle y penfe ,
Et raifonner fans s'enlaidir.
Sur fon viſage eft le vernis des Grâces ;
Dans fon âme eft le fentiment ;
Tous les coeurs volent fur fes traces ,
Entraînés par un doux penchant ;
Et des amans le Dieu volage
Abjurant l'infidélité ,
DE FRANCE.
Sous fes loix à jamais s'engage ,
Er lui rend le fincère hommage
Qu'il refufoit à la feule Beauté.
IMITEZ-LA , VOUs , à qui la Nature
Prodigua fes dons enchanteurs:
On plaît un jour par l'impolture ;
La vérité fixe les coeurs.
Imitez-la , vous , qu'un deftin contraire
Priva de ces dons précieux :
Il ne vous faut , pour attacher , pour plaire ,
Que fon aimable caractère ,
Son efprit , fon air gracieux.
Il eſt un moment dans la vie ,
Qui fait votre bonheur ou vous donue des fers :
A vivre fous les loix quand l'Hymen vous convie ,
Sur le choix d'un époux ayez les your ouverts.
Ecartez loin de vous les vices de l'uſage ,
L'orgueil & l'intérêt , un caprice infenſe :
Préférez , croyez- moi , l'amant modefte & fage ,
Au galant de nos jours , flatteur , vif, empreflé ;
Mais qu'à ce choix , fur- tout , le fentiment préfide :
C'eſt le coeur qui nous rend heureux ,
Quand la raifon & l'éclaire & le guide;
Sans balancer formez les plus doux noeuds,
Ne craignez point.fous fon aimable empire
Le fombre ennui , le chagrin dévorant ,
A i
MERCURE
Le repentir à l'oeil trifte & mourant ,
Qui lentement nous mine & nous déchire.
POUR conferver l'amour de vos époux ,
Fuyez les tons , les airs de fuffifance ;
Par la plus'tendre complaifance
Prévenez leurs foupçons jaloux.
Les bons amis fouvent font naître les querelles;
N'écoutez point leurs propos féducteurs :
Quand on a des maris fidèles ,
On n'a pas befoin de vengeurs.
( Par M. Miftelet. )
L'HEUREUSE DÉFIANCE , Conte.
QUE Que j'ai de regrets d'avoir été un fat , difoit
Saint - Far à fon ami d'Alviane , Officier
comme lui , fat comme il l'avoit été , mais
qui ne regrettoit rien ! j'aimois Sophie , &
Sophie étoit digne de mon attachement : elle
n'étoit , je l'avoue , qu'une fimple villageoife ;
mais cette fleur des champs fembloit avoir
été dérobée au plus brillant parterre de la
ville : & puis , Sophie étoit belle; & lorf
qu'une femme eft belle , elle eft noble : enfin
Sophie m'aimo ; & je la quittai pour Orphife
, coquette habile , qui vouloit foumettre
tous les coeurs & garder le fien. Je la
fubjuguai , mais bientôt ma conquête me devint
à charge : mon amour propre étoit faDE
FRANCE.
7
tisfait , mon coeur ne l'étoit pas. Je fongeois
déjà quelquefois à Sophie. Un ordre du Roi
fit embarquer le Régiment pour la Martinique.
Nous y voici depuis deux ans ; &
l'image de Sophie m'afliège de plus en plus.
Ah ! mon ami , pourfuivit- il , ceffe d'être ce
que j'ai été. On effleure tout ; on ne pofsède
rien , on ne jouit de rien. On fe prépare
au moins des regrets , fi l'on n'eſt point fufceptible
de remords .
D'Alviane lui répondit par un grand éclat
de rire , perfiffla quelques inftans fon cher
ami , & courut informer de fa converfion
toute la Garniſon de l'Ifle.
Cette Colonie offroit à Saint Far plus d'un
moyen de fe diftraire. La guerre s'étoit allumée.
Il fut de plufieurs expéditions vigoureuſes
, les rechercha toutes , fit fon métier
à merveille ; mais auffitôt qu'il n'avoit plus
rien à faire , il fongeoit à Sophie.
Trois ans s'écoulent. Le Régiment de Saint-
Far reçoit ordre de revenir en France. On
débarque à N....; tous les principaux Citoyens
s'empreffent d'offrir aux Officiers un
logement commode. M. de Valmont , que
fon rang difpenfoit d'en loger aucun , aborde
Saint- Far , occupé dans cet inftant à faire
mettre à terre fes Équipages. Voulez vous ,
Monfieur , lui dit - il d'un air franc & libre ,
accepter un logement chez quelqu'un qui
vous recevra avec la bonhommie qu'exigent
les gens de votre métier , & d'un métier qu'il
a fait lui-même ?
A iv
8 MERCURE
Saint Far reçut comme il le devoit cette
offre obligeante. Il n'héfita point d'accepter.
Il héfita d'autant moins , qu'il avoit trouvé
à fon arrivée un ordre qui défendoit à tout
Officier de quitter la ville. Nul congé , nul
fémeftre à espérer pour le moment. Saint-
Far prend fur le champ fon parti . A peine
inſtalé chez fon nouvel hôte , il trace rapidement
une lettre , & la remet à un de fes
gens dont l'intelligence lui étoit connue.
Pars , lui dit- il , prends la pofte , brûles en
le plus que tu pourras; crêve les chevaux ,
mais arrive promptement chez Sophie : remets
lui cette lettre ; mets à fes pieds ma
fortune , mes regrets , mes hommages . Dislui
que mon devoir ne me permettant pas
de voler auprès d'elle , je l'invite à ſe rendre
ici : qu'elle ne craigne rien , pas même la
médifance. Le fort que je lui prépare la
mettra à l'abri de toute interprétation maligne.
Le Meffager part. Saint- Far s'affligeoit
d'avance de ce que Sophie ne pourroit arriver
au plus tôt que dans quinze jours ; &
il fe difoit à lui même deux heures après le
départ de fon Courrier : le faquin eft heureux
; Sophie eft déja plus près de lui que de
moi !
M. de Valmont reparut. Vous me prévenez
, Monfieur , lui dit Saint- Far. Une expédition
preffée , indifpenfable , m'a forcé de
fufpendre un devoir qui ne l'eft pas moins.
Daignez me préfenter à Mme de Valmont.
DE FRANCE.
Volontiers , reprit fon époux . C'est la meil
leure femme du monde , quoique peut être
la plus vive. Elle a couru les mers avec moi ;
& je les ai courues , moi , pour rétablir ma
fortune , que j'avois épuilée à force d'être
obligeant. Je croyois me faire des amis ; je
In'eus bientôt que des créanciers. Je paifai à
Saint-Domingue. Jy armai un vaiffeau , que
je commandai moi- même. Nous étions en
guerre contre les Anglois ; ils ont payé pour
mes ingrats compatriotes. J'ai réparé mes
pertes , je fuis redevenu riche ; & vous
voyez bien que mes anciens amis me reviendront
quand il me plaira.
Mme de Valmont reçut Saint- Far comme
il devoit être. Où donc eft Hortenfe , demanda
M. de Valmont ? ( Hortenfe étoit le
nom de leur fille . ) Elle s'eft trouvée indifpofée
, reprit la mère ; mais ce fera peu de
chofe. Vous la verrez à fouper , dit M. de
Valmont à Saint Far , & vous avouerez ,
pourfuivit- il avec la franchiſe d'un bon Marin
, vous avouerez qu'elle peut figurer parini
bien d'autres . Saint - Far répondit qu'il n'en
doutoit pas ; & il fortit pour aller s'occuper
de Sophie.
Il est temps d'apprendre au Lecteur , ma's
non à Saint- Far , qu'Hortenfe étoit Sophie.
elle même. Elle étoit au berceau lorfque fon
père & fa mère s'embarquèrent pour l'Amé
rique . On ne voulut point l'expofer aux dangers
, aux fatigues d'un fi long voyage. Elle
fut remife à une perfonne de confiance , qui
Av
10 MERCURE
l'emmenà au fond d'une Province éloignée
de fa Province natale , & quil'éleva fous le
nom de Sophie. On vouloit , pour lui faire
mieux fupporter fa deftinee , lui dérober
jufqu'aux moindres traces de fon origine.
Ce fut dans cette circonftance que Saint-
Far la connut . Tout changea pour elle après
le départ de celui - ci . Elle fut ramenée dans
fa ville natalle , y retrouva les auteurs de
fes jours , le fafte de l'opulence , & le trouva
bien étrangère au milieu de tout cela . Mais
grâce aux foins , aux maîtres de toute efpèce
, & plus encore à fon heureux naturel ,
en moins de deux ans elle fut totalement
régénérée .
Elle avoit reconnu Saint Far fans en être
apperçue , & à l'inftant même qu'il arrivoit
dans la maifon de fon père. Cette vûe lui
caufa une émotion , un faififfement inexprimables.
Ah ! c'eft lui , c'eft lui ! s'écria- t'elle
à part ! Qué vais je faire ? Que vais je devenir
? Hva fans doute habiter la même demeure
que moi ; je le rencontrerai malgré
mici tous les jours ..... Je ne veux point qu'il
puiffe reconnoître celle qu'il a mépriſée.
Elle joua durant deux jours le rôle de malade
. Mais enfin Saint- Far pouvoit demander
à être admis dans fon appartement , & le
négligé d'une malade fe rapprochoit trop de
fon premier coftume . Elle prit un autre
parti , ce fur d'arborer une parure exceffive.
Saint Far , dès le premier inftant , fut étonné
de cette extrême parure , ébloui de la rare
DE FRANCE. IA
beauté d'Hortenfe , & encore plus frappé
de fa prodigieufe reffemblance avec Sophie .
Hortenfe lifoit dans tous fes mouvemens .
Elle voulut dérouter jufqu'à les foupçons ;
elle prit ce ton léger , vif, & même un peu
tranchant , qui ne s'acquiert que dans le
commerce d'un certain monde , eut tout
l'efprit qu'elle voulut avoir , & dit tout
comme on ne s'avife guères de le dire au
village. Saint- Far fut dérouté en effet , c'eſtà
- dire , qu'avant la fin du repas , il perdit
toute idée de Sophie pour ne s'occuper que
d'Hortenfe.
Dès le jour fuivant il chercha les moyens
d'ébaucher cette nouvelle intrigue . Hortenfe
avoit une Femme de Chambre qui , felon
l'ufage , aimoit à caufer. Saint Far crut pouvoir
tirer d'elle quelques éclairciffemens
préliminaires . Pour toute réponse elle pleura .
-
-
Qu'avez vous , belle Agathe ? Pourquoi
ces pleurs ? Hélas ! Monfieur , c'eft que
je ne fais rien : ce n'eft pas à moi que Mademoiſelle
fe confie. A qui donc à fon
père ? Oh! non. Seroit ce à un amant ?
C'est bien pis ! Qui donc enfin ?
C'eft fa mère ; & à ce mot Agathe pleure de
plus belle ; & Saint Far fe difoit tout bas :
la confidente d'Hortenfe n'eft point celle
que je dois prendre pour la mienne.
Cette confidente étoit déjà inftruite de
tout , & des premières liaifons de Saint - Far
avec fa fille , & de fes premiers projets , &
de fon changement fubit ; Hortenfe ne lui
A vi
12 MERCURE
avoit rien caché. Difons tout , Hortenfe fe
eraignoit encore. Elle fentoit au fond de
fon coeur moins de haine que de courroux ;
il étoit irrité , & non guéri. Cependant , elle
décida que , dût il lui en coûter fon repos ,
fon bonheur , Hortenfe devoit venger Sophie.
Sa mère la fortifia dans ce projet , & lui
indiqua les moyens de l'effectuer. Elle ajouta
que Saint- Far ne méritoit aucune eſpèce de
confiance. Il t'a délaiffée , il t'a trahie, quand
il te croyoit condamnée à vivre dans un état
obfcur : il n'aimera que l'éclat de ton fort
actuel . Ma mère a raifon , difoit Hortenfe en
elle même , & en foupirant.
Elle ne put , toutefois , éviter , quelques
jours après , un entretien particulier avec
lui. Il en épioit l'occafion avec tant de foin ,
qu'il faifit la première que lui offrit le hafard.
Hortenfe elle - même , qui ne vouloit
point mettre d'affectation dans fa conduite ,
ne fongea point à s'éloigner. Ils fe promenoient
enfemble fur une terraffe , d'où ils
voyoient ce qui fe paffoit dans la cour de
l'hôtel , & d'où ils étoient vûs eux mêmes
des appartemens. Saint-Far , sûr au moins de
n'être entendu que d'Hortenfe , entra vîte
en matière , & attribua la brufquerie de fa
déclaration à la vivacité du fentiment qui
le dominat. Hortenfe , de fon côté , avoit
pris une réfolution affez propre à défoler
Saint Far , c'étoit de ne jamais rien écouter
férieufement de tout ce qu'il lui diroit. Ce
DE FRANCE. 13
langage , lui répondit elle , doit vous être
aufli familier qu'à vos femblables : Meffieurs
les Militaires croiroient nous manquer s'ils
oublioient de nous parler d'amour.
--
Daignez , reprit Saint - Far , faire une exception
en ma faveur , je la mérite. Le
croyez- vous , ajouta t'elle en fouriant ?
Je fais mieux , je vous prie de n'en point
douter. La Renommée en parle tout autrement.-
La Renommée altère , ou groffit ,
Sou déguife tout. Elle plaint fort une certaine
Sophie qui avoit , dit on , la bonté
de croire à votre conftance ........ Quoi !
ce nom vous trouble ? On ajoute pourtant
que Sophie n'étoit autre choſe qu'une petite
Laitière. La Renommée , reprit Saint-
Far , plus étonné que déconcerté , la Renommée
a dit vrai fur ce dernier point ;
mais elle s'égaie fur les autres ; elle parle trop
gravement d'une fimple diftraction. Je n'a
vois négligé Sophie que pour quelques mo
mens. J'allois y revenir , quand un ordre
du Roi m'obligea de m'embarquer pour
courir des aventures d'un autre genre.
Ah ! j'entends , Sophie eur tort de vous
croire volage. Que ne favoit elle attendre ! ...
Oui , je penfe comme vous ; elle fut la feule
inconftante...... A propos , étoit - elle jolie ?
Elle vous reffembloit complettement .
C'eft bien pen de chofe , & ceci vous
juftifie mieux que tout le refte. Vous me
défolez , reprit Saint -Far en hélitant . Apprenez
donc ce que j'ai fait à mon retour . A
14
MERCURE
-
---
peine mettois je pied à terre, que je fis partir,
fans nul délai , mon Domestique le plus fidèle
& le plus intelligent. Il est allé offrir de ma
part à Sophie tout ce qu'on peut offrir à une
femme qu'on eftime , & même qu'on ref
pecte ..... Comment , interrompit Hortenfe
avec émotion ; eh ! que lui offrez - vous ? —
Ma fortune . - Est -ce tout ? Non ; j'y
joignois de plus ma main. Cette offre
vous vaut mon eſtime. Voici le plus em--
barraffant je crains que ce brouillon de
Comtois ne m'amène Sophie dès demain ,
dès aujourd'hui peut être. Hé bien , il ne
fera qu'exécuter vos ordres . - Hélas ! quand
je les donnai , je n'avois pas encore vû l'aimable
Hortenfe ! Le traître ! dit elle en
s'éloignant ; ma mère ne l'a que trop bien
apprécié !
---
A l'inftant même on entend un grand
bruit dans la cour. Je fuis perdu , dit Saint-
Far à Hortenfe : Comtois arrive , & fans
doute Sophie n'eft pas loin.
4
Hortenfe voulut jouir jufqu'au bout de
cette terrcar panique. J'espère , dit elle à
Saint, Far, que vous ne m'aurez point fait une
demie confidence . Je veux entendre Comtois
; je veux voir Sophie , s'il l'amène : je
ferai plus , elle habitera le même appartement
que moi. Saint - Far frémiffoit ; cependant
il fallut obéir. Comtois eft appelé , il
monte à la terraffe tout botté , & proteſte à
fon Maître qu'il a bien cxécuté fes ordres.
Tanpis ! difoit tout bas ce dernier. Comtois
DE FRANCE. IS
ajouta : j'ai , comme vous me l'aviez ordonné,
brûlé plus d'une pofte ; j'ai pensé tout crever
, les chevaux , les Poftillons & moi. Hé
bien ? lui dit Hortente avec un air d'en pref
fement. Me voilà à la porte de Sophie , reprit
Comtois , je frappe dix , vingt , trente
coups de manière à renverser la maifon.
Perfonne ne répond ; & cela étoit jufte , car
il n'y avoit perfonne. Comment ? ...... Eft il
poflible s'écria Saint Far , tandis qu'Hortenfe
fe détournoit pour fourire . Je m'adref
fai , pourſuivit le narrateur , à fes plus proches
voisins , c'eſt à dire , à ceux qui ne demeuroient
guères qu'à un quart de lieue de
fa maifon ; j'appris qu'une belle nuit la tante
& la nièce avoient délogé à la fourdine , &
qu'on n'a plus entendu parler ni de l'une ni
de l'autre. Après tout , dit Saint Far , d'un
ton de pure compaflion , le fort de Sophie
m'inquiette . Au furplus, va te rafraîchir &
te repofer ; & Comtois difoit , en s'éloignant
& en regardant Hortenfe : notre Maître s'eft
bien refroidi pour le côté d'où je viens , il
pourroit bien s'être échauffé pour celui - ci.
Hortenfe n'en doutoit pas ; mais elle en
étoit peu reconnoiffante. Vous voyez , Mademoifelle
, lui dit Saint Far , que je n'ai pu ni
prévoir ni empêcher la difparition de Sophie.
Elle vous afflige peu , lui dit Hortenfe.
On n'eft pas Militaite pour fe calquer fur
Celadon. Cependant , Monfieur , vous pou
vez retrouver Sophie : que feriez- vous alors ?
J'ai déjà prévu cette objection , lui dit Saint16
MERCURE
Far , j'y ai réponder , j'y réponds encore , que
vous feule avez fait tout le mal dont vous
m'accufez . Hortenfe alloit répliquer ; l'arrivée
de fa mère mit fin à ce dialogue.
Le devoir de Saint Far l'appeloit ailleurs ,
il fortit. Mme de Valmont fut bientôt informée
de tout ce qu'elle n'avoit pu apprendre
plus tôt. C'eft une raifon de plus , ditelle
à fa fille , pour mettre Saint- Far à
l'épreuve dont nous fommes convenues. Le
parti qu'il prendra décidera le nôtre.
Eh ! s'il héfitoit ? reprit Hortenfe en foupirant.
S'il héfite , il ne mérite point tes
regrets. L'inftant devient favorable : demain
ton père s'abſente pour trois jours ; ce délai
nous fuffit ; Agathe même peut nous fervir
dans cette circonftance . Elle aime à caufer :
je fais que Saint- Far la -queftionne fouvent ;
je veux , pour la première fois , la mettre en
état de lui apprendre quelque chofe.
Saint Far dormit peu la nuit fuivante. Le
dénouement de fa nouvelle intrigue l'occupoit
; Sophie elle-même s'offroit à fon fouvenir.
Qu'eft elle devenue ? Que fait- elle ?
Eft ce un amant qui l'enlève ? Eft ce le malheur
qui la pourfuit ? Je la plains , je voudrois
la fecourir. Oui , je fens que j'eftime
Sophie ; mais je fens mieux encore que j'aime
Hortenfe.
Il defiroit ardemment un nouvel entretien
avec elle. Son ufage étoit d'aller tous les
matins faluer Mme de Valmont. Il fe rend à
fon appartement vers les onze heures. Vous
DE FRANCE. 17
·
me voyez , lui dit elle , dans un cruel embarras
: mon mari eft encore abſent pour
deux jours ; ma fille eft fort malade , & je
fuis obligée de congédier fur le champ fa
Femme de Chambre. Saint - Far s'informa
vivement quelle étoit la maladie d'Hortenſe.
Un mal de tête affreux , une fièvre dévorante
, répondit Mme de Valmont. Mais au
moins , reprit Saine Far, il faudroit , dans
cette circonftance , lui laiffer Aga he . -
Agathe eſt déjà remplacée ; j'ai trouvé quelqu'un
qui me convient mieux à tous égards.
J'ai de fortes raifons pour ne point garder
Agathe un jour de plus : à cela près , j'aurai
foin d'el'e aufli long - temps qu'elle aura befoin
de moi.
Saint-Far fortit , & rencontra Agathe qui
fondoit en larmes . Quoi , l'on vous renvoie ,
lui dit- il? -Hélas ! oni , Monfieur. - Eh !
pourquoi ? Je l'ignore. Vous favez qu'on
ne me dit jamais rien. Il eft vrai que j'écoute ,
c'eſt ma méthode ; j'ai entendu qu'on mettoit
à ma place une certaine Sophie , petite
villageoife , qui reffemble à Mademoiselle
comme deux gouttes d'eau . Qu'entends je !
s'écria Saint- Far ; & il s'éloigna brufquement.
Seroit il poffible , difoit il à part , feroit il
poffible que cette Sophie fût celle que j'ai
connue , que j'ai aimée , & que le fort la réduisit
à cet état d'humiliation ? Je veux épier
Tes démarches , la voir , lui parler ; je veux
prévenir fa honte & la inienne.
18 MERCURE
Il chargea Comtois , & un autre Domef
tique affidé , de ſe mettre en faction , & de
l'avertir fi une jeune perfonne de campagne ,
qui reffembloit fingulièrement à Hortenfe ,
fe préfentoit dans la maifon . Il n'attendit
pas long-temps . Un Domestique de Mine de
Valmont venoit de fa part l'inviter à paffer
chez elle , lorfque Comtois entra chez lui ,
en lui criant : la voilà ! Saint Far fe préci
pite ; il est déjà dans l'anti chambre par રoેù
Sophie devoit entrer. Elle paroît. C'eft- elle !
s'écria- t'il , voilà fes yeux , fes traits , toute
fa perfonne , & juſqu'à fon coſtume. Sophie
le regarde avec étonnement , enfuite avec
effroi. Hélas ! c'eft lui , dit - elle d'une voix
gémiffante : pourquoi fuis - je venue ici ?
Pourquoi faut il le revoir encore !
Charmante Sophie , lui dit Saint - Far , re
noncez à vos projets de fervitude. Il vous
refte un ami. Je vous offre , pour vous foultraire
à cet opprobre , tout ce que la fortune
a mis en mon pouvoir.
Et moi je le refufe , lui dit Sophie : gardez
vos richeffes. J'ai rejeté vos offres dans
un temps où je vous croyois fincère. Je vous
connois mieux ; jugez , jugez vous - même fi
je dois les accepter aujourd'hui ?
Voyez , reprit- il vivement , voyez ce que
vous acceptez vous- même ? Quoi ! Sophie
peut le réfoudre à defcendre jufques - là ? Je
ne connois de honteux , répliqua t'elle , que
la mauvaiſe- foi , la trahifon . Vous m'avez
méprifée , après avoir cherché inutilement à
DE FRANCE. 19
me féduire. Vous m'avez fait connoître les
larmes , que je ne connoiffois pas. J'ai payé
bien cher la fatisfaction que je trouvois à
vous voir & à vous entendre. J'ai tant fouffert
que je n'ai plus rien à craindre ; & puis ,
ajouta t'elle en fanglottant un peu , j'espère
que Madame fera bonne Maîtreffe ..
Vous m'accablez , cruelle ! reprit Saint-
Far. Quel mot venez-vous de prononcer ?
Quoi ! vous , Sophie , vous qui m'avez vû
à vos genoux , je vous verrois , je pourrois
Vous voir livrée aux fonctions les plus humiliantes
? Choififfez une retraite , foit à la
ville , foit à la campagne , foit près , feit
loin : commandez- y , je puis dès ce moment
vous en fournir les moyens ; je m'engage
même à ne jamais y paroître fi vous l'exigez.
Là , vous retrouverez le bonheur , le repos.
Ce n'eft point dans la fervitude qu'on le
rencontre.
Mon bonheur , lui dit elle , fera de vous
oublier. Mon repos ..... je l'ai perdu depuis
long- temps ..... Je le retrouverai , peut être..
Adieu , Monfieur le Chevalier , pourfuivitelle
d'un ton touchant & doux , mon nouvel
état peut me préparer quelques chagrins ;
mais je me fens bien forte contre eux ; vous
m'avez accoutumée à de plus grands. A ces.
mots elle entre dans l'appartement de Mme
de Valmont , & Saint- Far défefpéré , rentre
dans le fien.
Il fe fouvient pourtant que Mine de Valmont
l'a fait prier de fe rendre chez elle ;
20 MERCURE
,
mais il s'en excuſe en lui faifant dire
qu'une incommodité fubite le condamne à
refter chez lui.
On pouvoit le difpenfer de cette vifite.
Il avoit rencontré la feinte Sophie , il lui
avoit parlé , c'étoit tout ce qu'on vouloit .
Hortenfe rendit compte à fa mère des details
& du réſultat de cette rencontre. Tu
vois , lui dit Mine de Valmont , qu'Hortenfe
l'emporte encore fur Sophie : tu n'es sûre de
rien , fi Sophie ne l'emporte à la fin fur Hor
tenfe.
De fon côté , Saint -Far étoit violemment
agité , combattu. L'indiſpoſition qu'il avoit
fuppofée étoit devenue réelie. Il fit cependant
un effort , & fe rendit le jour ſuivant
chez Mme de Valmont. C'étoit l'heure de
fa toilette. Que voit il ? Sophie décorée d'un
vafte tablier blanc , un peigne à la main , &
dans tout le coftume d'une Femme de-Cham
bre qui va commencer une de fes fonctions.
Voilà ce que je ne fouffrirai point , s'écriatil.
Quittez , ma chère Sophie , quittez cer
artirail , qui n'eft point fait pour vous ! Quoi ?
Monfieur , lui dit Mine de Valmont , avec
un grand air d'étonnement , vous prétendez
m'enlever ma Female - de - Chambre : Elle
n'eft point faite pour cet emploi , reprendt'il
vivement : Sophie eft née pour commander
, au moins elle en eft digne. De grâce
Madame , renvoyez- la ! ...... Ne l'hamiliez
point , ne m'humiliez pas moi - même ! - En
vérité , Monfieur , je ne conçois rien ni à ce
DE FRANCE. 21
--
que je vois , ni à ce que j'entends . Répondezmoi
, Sophie , & foyez fincère. Connoiffez
vous Monfieur ? Oui , Madame. - Quels
droits a t'il fur vous ? Aucun. - En avoit
il ci devant ? - Peut- être..... ou plutốt , je
l'avoue , il en avoit. Il n'a rien épargné pour
les perdre , & il les a perdus. Elle pleuroit
én achevant cette phrafe. Confultez vous
bien , ajouta Mme de Valmont : êtes vous
parfaitement réfolue de vous attacher à moi ?
Oui , Madame , & pour la vie . Honorez
moi de vos bontés ; vous n'aurez jamais eu
de plus fidelle Domestique.
C'en eft trop ! s'écria de nouveau Saint-
Far , c'en eft trop ! je fuis vaincu , terraffé.
Oui , ma chère Sophie , pourfuivit il en
tombant à fes genoux , j'eus des torts , je les .
avoue , je veux les expier . Une erreur m'avoit
féparé de vous ; j'y revenois : une autre
erreur vouloit m'en féparer encore ; j'y reviens
pour jamais . Mon coeur vous eft rendu ,
rendez-moi le vôtre , & recevez ma main.
Ah ! ma mère , reprit Hortenfe , en le
jetant dans les bras ; que dois je faire ? que
dois - je dire ? Ordonnez ; mais ayez pitié de
votre fille!...Votre mère ! reprend à fon tour
Saint- Far éperdu , hors de lui -même. -Oui ,
Monfieur , Sophie eft ma fille , & Sophie eft
Hortenfe.Que je fuis heureux ! ..... Mais
que dis je le ferai je ?
A l'inftant même entre M. de Valmont,
J'ai , dit- il , terminé mon affaire plus vite que
je ne l'efpérois , & je fuis reparti fur le
22 MERCURE
champ. On aime à fe retrouver avec fa
femme , fa fille & fon ami....... Mais que
fignifie l'air de défordre & d'embarras où je
Vous vois Et pourquoi ce déguisement
d'Hortenſe ?
On lui en expliqua le motif, on lui apprit
bien d'autres circonftances qu'il ignoroit.
Hé bien , qu'en penfez- vous , ajouta Mme
de Valmont ? Faut- il éconduire Saint-Far?
Ce n'eft pas mon avis . Ni le mien , reprit
M. de Valmont : & je crois pouvoir répon
dre que ce n'eft point non plus celui d'Hortenſe.
Hortenfe baifa la main de fon père , celle
de fa mère , & regarda tendrement Saint-
Far. Que je fuis heureux ! s'écria t'il , j'ob
tiens ce que j'aime ; & ce que j'aime ne peut
plus me refuſer ſon eſtime.
Par M. de la Dixmerie. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Porte-feuille ;
celui de l'Enigme eft Envie ; celui du Logogryphe
eft Epouventail , où l'on trouve.
éventail.
DE FRANCE. 23
JE
CHARADE.
E fuis d'un faux témoin l'hiſtoire en abrégé :
Dans ma première , il s'exprime ;
Dans ma feconde, il fait le crime,
Et dans mon tout , il eft jugé. •
(Par M. de V.... )
JE
ÉNIG ME.
E fuis ce qu'en tous lieux bien du monde aime à
faire ;
Mettez ma tête à bas , je fuis tout le contraire.
( Par Mme de V....)
LOGO GRYPH E.
Mon Héros , mon Auteur , cher ami , ne font plus; ON
Mais ne t'exhales point en regrets fuperflus ,
L'un & l'autre vivront à jamais dans l'Hiftoire ;
Et déjà leurs autels , au Temple de Mémoire ,
Reçoivent des François ce doux & pur enceus
Qu'ils accordent toujours aux vertus , aux talens.
Mes huit pieds déſunis vont te faire connoître
Quelques- uns des fecrets que renferme mon être.
24
MERCURE
Les cinq premiers d'abord , faus tranfpofition,
Sont l'origine de mon noin.
A des yeux clair- voyans enfuite je préfente
L'opposé de l'amour ; cette Beauté charmante
Affife fur le Trône à côté de Louis ;
Une des filles de Thémis ;
Ce mont fi renommé dans la Mythologie,
Où l'on fit tranfporter Pâtis
Afin de lui fauver la vie.
F'offre encor un poiſſon ; un fort fot animal ;
Ce mot dont fe fervit un fameux Cardinal
Pour répondre à Maynard , dont la verve importune
S'épuifa vainement pour fixer la fortune ;
Enfin cet Empereur , difant , tout éperdu ,
Incertain de fon fort : Ah ! mon âme où vas- tu ?
Adieu , mon cher Lecteur , je retourne à ma place :
Ou git- elle , dis-tu ? .... Près d'Homère , au Parnaffe.
( Par M. Metge , Receveur des Domaines dy
Roi à Tonneins. )
NOUVELLES
DE FRANCE.
25
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
LES DRUIDES , Tragédie, repréfentée pour
la première fois , fur le Théatre Francois,
le 7 Mars 1772. A Paris , chez Bailly
rue S. Honore , barrière des Sergens .
LA Tragédie chez les Grecs , repréſentée
devant tout un peuple dans des jeux publics
ou des folemnités religieufes , n'étoit qu'une
inftitution politique fon principal objet
étoit d'infpirer l'horreur de l'efclavage à des
hommes libres. Elle leur montroit l'abus du
pouvoir fuprême fous les points de vue les
plus effrayans , des Princes élevés au deffus
des Loix , & punis de leurs excès par la facilite
à s'y livrer ; le courroux des Dieux
frappant un peuple entier pour le crime
d'un teul . Elle ne peut avoir le même ob-
Les Familles d'Edipe & d'Agamemnon ont été
pour les Poëtes Grecs , les fources les plus abondantes
en fujets de Tragédies. Les crimes & les dé
faftres de la première ont fourni trois Tragédies
Sophocle , l'Edipe Roi , l'Edipe à Colonne & l'An
tigone ; une à Efchile , les fept Chefs devant Thèbes ;
& deux à Euripide , les Phéniciennes & les Sup
pliantes. C'eft dans la Maifon d'Agamemnon qu'En
ripide, a pris fes deur Iphigénies & fop Orfte; EG
chile fon Agamemnon maffacré par Clytemnestre,
N°. 40 , 2 Octobre 1784.
#
B
26 : MERCURE
jet chez un peuplé qui n'a aucune part au
Gouvernement , les fpectateurs ne font pas
la Nation , mais un petit nombre de gens
oififs , qui ne veulent que fe fouftraire à
l'ennui par des émotions momentanées . Auffi ,
excepté Corneille , qui , dans Cinna , donna,
aux Rois une leçon de clémence ; Racine ,
qui , dans Iphigénie , donna un exemple des
dangers de la fuperftition ; Voltaire , qui en
donne de la véritable vertu dans Alzire &
l'Orphelin de la Chine ; Crébillon , qui fit
voir jufqu'à quel point les paffions nous
égarent , & quelques autres qui ont ranimé
le vieil amour de la patrie , nous ne trouvons
, dans la plupart des Poëtes , que des
aventures romanefques , fouvent écrites d'un
ftyle plat & bourfoufflé , parce que l'Auteur
n'y eft jamais foutenu par l'importance
du fujet.
Il y a néanmoins des rapports généraux
qui uniffent l'homme à l'homme , indépen
damment de toute inftitution . Il y a des vices
cachés dans les meilleures Sociétés , fur lefquels
les Loix n'ont point de prife. Il y a des
erreurs deftructives de l'humanité; & la Tragédie
peut , en attaquant ces vices & ces.
erreurs , en mettant ces rapports en action ,
ayoir , dans tous les pays , un but moral qui
lui donne une utilité plus générale & plus
durable que celle de la Tragédie Grecque.
les Caphores les Euménides , & Sophocle , fon
Électre.
J
DE FRANCE. 27
C'eft fous cet afpect que M. le Blane a
envifagé la Tragédie dans Manco. Il avoit
mis en oppofition la liberté naturelle & la
contrainte des lois , pour faire fentir les dangers
de l'une & la néceffité des autres pour
le bonheur du genre humain : idée grande ,
& peut être la plus utile qu'on ait jamais
préfentée aux hommes. Par malheur cette
idée , ou le fujer que M. le Blanc y avoit
adapté , étoit peu dramatique. C'est là l'écueil
ordinaire d'un Auteur qui veut faire une
Tragédie d'un grand réſultat de morale ; c'eft
à - dire, qui crée une fable pour l'adapter à une
idée philofophique. Il eft plus facile & plus
naturel de tirer, comme on l'a fait ordinairement
, diverfes moralités d'un fujet tragique
, que d'imaginer un fujer tragique pour
une feule & grande idée morale . Peu de
fables , telle que celle de Mahomet , préfentent
par elles mêmes un de ces grands
réfultats. Cette obfervation n'ôte rien au
mérite de Manco ; mais elle fert à faire voir
la difficulté qu'il y avoit à le traiter.
Le fujet des Druïdes eft l'abolition des
facrifices de fang humain qui ont deshonoré
les premiers âges de prefque toutes les Nations
. Une courte analyfe fera juger de quelle
manière le fujet eft rempli. La Scène eft
dans un bois facré. Émirène , victime d'un
vou fait un jour de bataille , par fon père
Indumar , Roi des Gaulois , eft remife
entre les mains des Prêtreffes pour y être
confacrée au culte d'Héfus. Sa fituation eft
Bij
28 MERCURE
d'autant plus cruelle , qu'elle aime Clodomir,
jeune Guerrier. Tandis qu'Indumar , pour
qui on a fufpendu la loi qui défend à rout
profane de penetrer dans le bois facré , fait
fes derniers adieux à la fille , on vient annoncer
le Grand Druïde Cyndonax , qui arrive
d'Angleterre pour recevoir les voeux dé
la Princeffe. Le Roi & les Prêtreffes vont le
recevoir ; & Emirène , reftée feule , entend
les pas de quelque mortel téméraire qui
viole l'alyle facre , & qui par confequent
s'expofe à la peine de mort , c'eft Clodomir
lui- même , qui , ayant appris que des voeux
éternels vont lui arracher Emirène , pouffe
par l'amour & le defefpoir , brave tout pour
la voir encore. Épouvan ée pour fon ainant,
elle lui reprefente le danger qu'il court , le
preffe de fortir , mais il n'eft plus temps ;
des Satellites le furprennent & l'entraînent
hors de l'enceinte facrée. Tel eft le premier
Acte de cette Tragédie.
Au fecond paroît le grand Druïde Cyndonax
Prêtre vertueux & intrépide , le
Héros de la Pièce , arrivé pour abolir la fuperftition.
Il entre , fuivi des Druïdes & des
Prêtreffes , & ordonnant d'ouvrir les parvis
il continue :
Arbitre des mortels
Permets à tous les tiens l'accès de tès autels ;
Des enfans vertueux , dont la gloire d'eft chère ,
Ont tous un droit égal aux bontés de leur père,
Il refufe les hommages des Draïdes. « Je
DE FRANCE. 29
» ne fuis qu'un homme , leur dit il.
Le Roi , fuivi des Chefs des Gaulois , vient
mettre fon diadême aux pieds du Pontife ,
qui né reçoit point cet honnear faftneuk.
Seigneur , ajouté t'il , vous allez combattre
un peuple fanguinaire qui a long tems
profité de nos divifions.
Mon devoir , mon partage eft de bénir vos armes ,
De préfenter au ciel le tribut de mes larmes ,
Et non de balancer le fouverain pouvoir.
Indumar admire fa vertu. Vous allez , lui
» dit -il , recevoir les voeux de ma fille dès
» ce moment elle n'eſt plas à moi Elle
" eft encore à vous , répond le Dauïde ,
"
jufqu'à ce qu'elle ait prononcé; mais crai-
» gnez d'abufer de votre autorité : Dieu
» demande une âmê pure , & la vent fans
* partage.
On voit que ce perfonnage he podvoit
s'annoncer d'une manière plus digne du
caractère que l'Auteur a voulu lui donner.
C'eft avec la même fageffe & la même modération
qu'il parle à Émirène , dont il ap
perçoit le trouble & l'agitation. Il l'exhorte
à lui ouvrir fon âme ; il peut délier le voeu
du Roi , & il la preffe de lui déclarer fi fon
facrifice eft volontaire. Comme elle eft fur
le point d'épancher fon âme dans le fein du
grand Druide , elle eft interrompue par l'arrivée
d'Emnon , ce Prêcre cruel , dont le fanatifmé
contrafte fi bien avec la noble & tendre
humanité de Cyndonak. Emnon vient
Biij
30 MERCURE
annoncer l'attentat de Clodomir , que la loi
condamne à la mort , pour avoir violé l'afyle
faint ; mais il apprend à Émirène , qu'en prononçant
les voeux , elle a droit de fanver, un
coupable des rigueurs de la loi , ce motif la
détermine , elle prononce fon you , qui devient
la grâce de fon amant.
On apprend dans l'Acte troisième que Clo
domir , délivré , fans le favoir , par le facrifice
d'Emirène , a vaincu les ennemis. Le grand
Druide en rend grâces au ciel ; & après quelques
imprécations contre les Romains , qui
viennent troubler la Gaule , il ajoute :
Et que fur leur ruine il s'élève un empire,
Dont le nom refpectable à cent peuples divers ,
Par fon éclat auguſte étonne l'Univers !
Que la Seine s'élève à la gloire du Tibre ;
Erqu'un Monarque heureux, maître d'un people libre,
Régnant fur les Sujets plus en père qu'en Roi ,
Trouve dans leur amour le garant de leur foi !
Cette prière du grand Druïde , au fortir
d'une victoire , faite avec tranfport , & qui
renferme une prédiction de la grandeur de
l'Empire François , fi heureufement amenée ;
le refus que fait Cyndonax des hommages
outrés des Prêtres & du Roi; fon zèle patriotique
& fa modération qui étoient fi rares dans
les Miniftres d'une fauffe Religion , ont fait
conftainment l'impreffion la plus vive fur les
Spectateurs. On est toujours sûr de plaire à
des François , lorfqu'on leur parle de la granDE
FRANCE. 31
deur de leur Roi , & des droits facrés de fon
Trône. Emnon fe joint à cette prière. Indumar
rend grâces à fa fille d'un fuccès qu'il
attribue aux voeux qu'elle a faits . Cyndonax
demande pourquoi Clodomir ne paroît point
avec les autres Guerriers. Emnon lui repond
que l'entrée du temple ini eft interdite jufqu'à
ce que le grand Druide l'ait purifié de
fon crime. Celui- ci s'ecrie :
J'accepte avec tranfport cet heureux ministère.
Ramener l'homme à Dieu , rendre un fils à fon père ,
Eft le droit le plus cher d'un Minifire de pais.
Emnon , qui a déjà parlé d'un facrifice
humain que la nouvelle Prêtreffe doit of
frir au Dieu des Gaules , dit qu'il eft
temps que chacun dépole fon nom dans
l'arne facrée. Le Grand - Prêtre s'y oppofe .
Cependant on amène Clodomir enchaîné.
Cyndonax le purifie , & lui ôte les fers. Clodomir
découvre fa paflion , & apprend
qu'Emirène s'est dévouée pour lui fauver la
vie , il fort furieux , & prêt à tout hafarder
pour arracher la Princeffe à fes voeux.
Au quatrième Acte le fanatique Emnon ,
qui a féduit le peuple & le Roi lui même ,
profite d'un moment, d'abfence de Cyndonax
pour faire procéder au facrifice malgré lui .
Tous les Gaulois , jufqu'au Roi lui même &
Clodomir , dépofent leur nom dans l'urne .
Emirène , forcée de céder à la violence.
d'Emnon, tire un billet , le regarde , le rejette
dans l'urne, & tombe dans les bras d'Axinoë,
Biv
32 MERCURE
33
30
ود
en s'écriant : Qu'ai je lû , ciel , ô ciel ! »
Cyndonax arrive , il lui demande ce qu'elle
a fait. " C'est vous , Seigneur , lui dit elle en
» ouvrant un oeil mourant ! le crime eft commencé.
Jufte ciel , s'écrie Cyndonax!
Emirène l'affure qu'elle n'a point prononcé.
Le grand Druide l'exhorte à garder le filence.
Emnon s'adreffe à Émirène : « Prêtreffe
, lui dit il , vous vous flattez en vain
» de nous cacher le fort ; il faut parler qu
prendre la place de la victime : telle eft la
" loi d'Héfus. » Cyndonax encourage Emirène
à braver le courroux d'Emnon . Il a obtenu
du Roi que le Confeil Suprême de la
Religion foit affeinblé , pour examiner la
loi qui ordonne les facrifices de fang humain.
Emnon , qui fe propoſe de foutenir
certe loi jufqu'au dernier foupir , fort avec
lui pour aller trouver le Roi , & ordonne à
la Princeffe d'être prête à nommer la victime.
Elle refte feule avec Axinoë. Son trouble
& fon défefpoir annoncent que c'eſt le
nom même de fon amant qu'elle a tiré. En
ce moment Clodomir paroît avec fes Soldats,
l'épée à la main. Il eft venu pour enlever la
Princeffe à force ouverte.Ce deffein avoir déjà
été annoncé. Malheureux , s'écrie Émirène
Malheureux , où viens-tu ?
CLODOM I R.
Je viens brifer tes chaînes.
Marchons.
DE FRANCE. 33
EMIRIN E.
Contre mes voeux !
CLO DO MIR.
Ils n'ont pu t'engaget.
É M N E.
L'autel les a reçus.
CLODOM I R.
Le ciel les défavoue.
É MIRIN E.
Mon père les dicta ; mon devoir m'y dévoue.
CLODO MIR. L
Ils ont été furpris.
É MIRINI.
Ils font facrés pour moi ;
Te fuis aux Dieux.
CLO DO MIR.
Mon coeur avoit reçu ta foi
Avant qu'on t'arrachât cette horrible promeffe.
É MI. RN E.
Ah ! j'en fuis plus à plaindre.
CLODO MIR.
Abjure ta foibleffes.
Nous fommes l'un à l'autre. Oui , ces Tyrans facrés
Abuſent vainement de tes voeux égarés . '
BY
34
MERCURET
Viens fous un ciel plus doux : un Dieu jufte & facile ,
Contre leurs cruautés nous offre un sûr afyle ;
Viens , nous y reprendrons , par les mains du bonheur,
Les premiers droits de l'homme ufurpés par l'erreur.
C'eſt la loi , le devoir , le veu de la Nature ,
Le ferment de con coeur ; tout autre eft un parjure.
É MIRÈNE.
Ciel ! où fuir ! où cacher mon trouble & mes combats !
r
و د
Cruel , s'écrie t'elle ! jouis de ton triomphe
; jouis de ces combats qui font ſi hon-
» teux à ma gloite ; mais crains un Dieu
» vengeur :
Il vient m'encourager à frapper fa victime....
Toi ! fa victime ! .... Et moi .....
CLO DO MIR.
Que dis-tu ?.... C'en eft fair ;
Il faut me fuivre.
É MIREN E.
Eh bien confomme ton forfait.
Émirène embraffe l'autel , & défie fon
amant de l'en arracher. « Ce n'est qu'en
» n'immolant , continue t'elle , que tu peux
» m'obtenir. Clodomir eft étonné de ce
tranfport. Émirène reprend avec nobleffe :
""
Mais non , je connois mieux votre vertu ' ;
le choix de mon coeur eft encore digne de
DE FRANCE.
35
» moi. Quoique feule & fans défenfe dans
» ce bois , ma foibleffe même eft ma force ,
" & vous n'abuferez pas de la vôtre. » Elle
fort. Clodomir refte confondu . Ces derniers
mots fur tout le frappent. « Quel danger ,
» dit - il , peut encore me menacer ? Ah ! fi
" c'eft la mort qui m'attend , je l'obtiendrai
» malgré toi. »
r
Cyndonax, au cinquième Acte, vient d'af
fembler le Confeil des Druïdes pour abolit
un culte fanguinaire ; mais le fanatique
Emnon repréfente ce projet comme un
facrilège , & le fait avorter. Le Roi
& Clodomir arrivent tour à tour , & apprenant
qu'Émirène a refufé de nommer la
victime choifie par le fort , chacun croit
que c'est lui qui doit mourir , ce qui élève
entre eux un combat pour être facrifié. Le
grand Druide voyant qu'il ne pourra jamais
détruire feul le fanatifme & la fuperftition
que rallument fans ceffe les difcours du
fougueux Emnon , fott , va parler aux Gaulois
, les arme en la faveur , ou plutôt en fa
veur de l'humanité , & revient avec eux brifer
des autels déshonorés par le fang humain..
Tels font & la marche & le but moral
de cette Tragédie. On peut objecter qu'il
parot prefque inutile aujourd'hui de s'élever
contre l'ufage monftrucux des facrifices
de fang humain. S'il y a des Peuples foumis
encore à cette horrible fuperftition , ils
ne liront pas la Tragédie de M. le Blanc' ;
mais c'eft un très grand bien que d'infpirer
B vj
36
MERCURE
l'amour de l'humanité , & c'eſt le ſentiment
qui domine dans cette Tragédie. Le ton philofophique
n'y nuit pas à l'effet théâtral , il
y a beaucoup d'action & de mouvement. Le
rôle du grand Druide eft plein de beautés .
fupérieures , & celui d'Emirène eft intéref
fant. Quant à celui d'Indumar il a trouvé
beaucoup de Cenfeurs , & il feroit difficile .
de le juft fier. La critique impartiale eft
forcée auffi de convenir qu'il y a quelquefois
de la déclamation dans le ſtyle , ce qui
'n'empêche pas qu'il n'y ait plus fouvent encore
de la force , de très beaux vers exprimant
de grandes & d'utiles vérités. Ajou-
Fons au peu de citations que nous avons
faites , un fragment de fcène qui fuffiroit
pour faire juger du dialogue de M. le Blanc ,
& de la manière dont il établit & foutient
fes caractères ; c'eft'au moment où Emnon
veut forcer Emirène à fe dévouer malgré
elle en préſence du grand Drulde. Emirène
s'adreffe aux Prêtres :
Et vous , de fes fureurs-les miniftres fanglans ,
Artifans éternels de difcorde & de haine ,
Farouches impofteurs , dont j'ai porté la chaîne ,
Sachez que je réclame , à la face des cieux ,
Contre vos attentats , & vos loix & vos Dieux.
Etre éternel ! qui feul as droit à notre hommage
Reçois le défaveu d'un culte qui t'outrage ,
Dont on te rend complice , & dont l'atrocité ,
Au nom de fon auteur , détruit l'humanité.
DE FRANCE.
37
CYNDONA X à Emirène.
Ah ! ce Dieu yous infpire.
>
EMNON.
Ọ fureur! ô blaſphême !
La Prêtrelle d'Héfus s'arme contre Héfus même !
( A Emirène. )
Vous trahiffez les Dieux que vous avez fervis.
( A Cyndonax. )
Perfide ! C'eft ainfi qu'infectant les efprits .....
CYNDON AX .
C'eſt ainfi , tôt ou tard , que le ciel les éclaire.
EMNO N.
Pontife dégradé , redoutez ſa colère !
CYNDON A X.
Quelle éclate fur moi fi , par ma lâcheté ,
J'autorife jamais ce culte détefté.
A Emirène. )
Non , ne l'efpérez pas . Vous , bravez leur vengeance.
Gardez fur tout de rompre un fi jufte filence ;
Et croyez , fi le ciel prévient les attentats ,
Que ce mystère affreux ne s'accomplira pas.
(Aux Druïdes. )
*
Barbares ! votre Roi prétend qu'à l'heure même ,"
De la Religion le Tribunal Suprême
S'affemble en ce parvis , où , plein d'un juſté effroi ,
Il faut qu'on juge enfin cette exécrable loi .
38
MERCURE
Si la vérité règne en ce Confeil auguste ,
J'irai , j'attefterai ce Dieu clément & jufle ,
Et fon nom que lui - même en nos coeurs a tracé ,
Et que nos loix de fang en ont prefque effacé,
( A Emnon )
Vous , fi contre ma, voix vous ofez les défendre....:
EM NON.
Si je les défendrai ! ... Dieu , qui daignes m'entendre !
Tonne , ouvre fous mes pas les gouffres éternels ,
Si je trahis jamais les droits de tes autels !
CYNDON À X.
Tremblez plutôt , tremblez qu'il ne fe juftifie !
EMNON.
Aux coups du facrilège il peut livrer ma vie ;
Mais men dernier foupir atteftera ma foi.
CYNDON AX.
Qu'il foit donc feul arbitre entre l'erreur & moi.
Marchons.
EM NON à Émirène. ›
Vous , foyez prête à nommer la victime.
Cette Tragédie avoit eu le plus grand fuccès
en 1772 , & elle vient d'obtenir les applaudiffemens
les plus vifs & les plus unanimes.
L'Auteur , à caufe de la faifon , a cru
devoir la retirer pour nous la rendre cet
hiver. Elle n'avoit pas été imprimée dans fa
DE FRANCE. 39
nouveauté ; elle n'a été publiée que depuis
quelques mois.
Le rôle d'Émirène a été rendu par la Dile
Saint Va avec une fupériorité peu coms
mune ; elle y a mis par tout un mêlange
d'énergie & de fenfibilité qui ont excité le
plus vif intérêt .
SPECTACLE. S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a fufpendu les Repréfentations de Na
Diane & Endimion ; il nous refte à parler
des Ballets & des Décorations de cet Opéra.
L'arrivée des Nymphes de Diane au prer
mier Acte & leur exercice de l'arc préfentent
un tableau agréable & analogue au
fujet. L'effet en eût été plus heureux , s'il
n'eût pas contribué à ralentir la marche de
l'action . La Dlle Saunier s'eft diftinguée
dans ce Ballet : fa belle taille , la regularité
de fes traits & la decence de fa phyfionomie
, conviennent parfaitement au
tère d'une Nymphe de Diane , & fon talent ,
qui fe perfectionne de jour en jour , s'y est
montre d'une manière avantageufe. La Nature
lui a donné tout ce qui eft néceffaire
pour la Danfe noble , genre précieux qu'il
importe de maintenir fur ce Theâtre , & qui
demande tout- à la fois une taille élégante
carac40
MERCURE
& élevée , la force & la légèreté , la correction
& la facilité dans les pas , & l'accord le
plus parfait dans tous les mouvemens :
cette réunion auffi rare que difficile , ne
peut s'acquérir que par un travail opiniâtre
& patient , mais fans elle on refte médiocre
dans le feul genre de Danſe où il ne
foit pas permis de l'être . Nous nous en rapportons
aux foins de l'habile Maître qui at
formé & développé fes heureufes difpofitions
, pour les diriger & les perfectionner ,
& fur tour pour modérer cette impatience
trop naturelle de fe montrer , qui prévient
fouvent la maturité du talent , & l'empêche
de parvenir au degré de perfection dont il
eft fufceptible .
Le pas de deux qu'exécutent dans ce
même Ballet Mile Zacharie & te fieur
Veftris a fait le plus grand plaifir . Certe
jeune Élève de M. Veftris le père fe montre
tous les jours plus digne des foins d'un fi
grand Maître , qui l'engagera fans doute à
ne pas exagérer les grâces naturelles de fa
figure par des mou emens de tête & de
corps d'une mignardiſe un peu affectée. Elle
a naturellement tout ce qu'il faut pour plaire;
& fon talent, déjà fort avancé, n'a befoin
que d'être dirigé par le goût & fortifié par
le travail pour en faire un des fujets les
plus intéreffans de fon Art .
Les talens extraordinaires da fieur Vef
tris femblent plaire & étonner tous les jours
davantage. Il n'avoit plus rien à gagner du
DE FRANCE. 41
côté de la légèreté ; mais il a acquis une mollelle
dans les nouvemens , une facilité & ' un
à plomb dans l'execution des chofes les plus
difficiles , qui femblent ne rien luffer à defirer .
La marche & les cérémonies religieufes
dans le fecond Acté nous our paru bien
conçues & bien exécutees . Mlle Guimard
, à la tête des Prêtreffes de Diane , a
offert le contrafte le plus piquant des.
grâces qui lui font habituelles , avec le recucillement
& la feverité du rôle qu'elle
remplir dans le Temple de Diane . Elle
n'a befoin que d'un rôle nouveau pour
donner à fon talent une grâce nouvelle.
Nous avons peu de choſe à ajouter fur le
Divertiffement qui termine cet Opéra. On
en a retranché la plus grande partie dès la
feconde repréfentation , & les entrées qui le
compofoient étoient trop multipliées pour
que le Compofiteur pût donner à chacune
affez de développemens & de variété pour
les rendre intereflantes. On ne peut cependant
refufer les plus grands éloges à
Mlle Guimard & au lieur Gardel dans la
Pantomime d'Orphée , & l'on a regretté
que leurs talens n'euffent pas été employés
fur une action moins déplacée.
Il n'y a rien à dire de la Décoration du
premier Acte. Celle du Temple de Diane ,
au fecond Acte , qui eft d'un excellent ftvle
& d'un bel effet , fait honneur aux talens
de M. Paris , Delfinateur du Cabinet du Roi.
Les Bains de Diane , au troifieme Acte , font
42 MERCURE
d'une exécution mefquine & d'un effet
prefque ridicule. La Décoration qui repréfente
les Jardins de l'Amour & fon Palais ,
nous a paru d'un mauvais goût & d'un plus
mauvais ton. Rien n'aunonce moins le Pa
lais de ce Dieu que le portique rougeâtre
que préfente le fond de cette Decoration ,
& ces grouppes d'A nours fufpendus à des
arbres par des guirlandes de Heurs , méritent
encore plus que dans l'Opéra d'Armide le
reproche que nous leur avons fait d'être
d'une seinte d'un rouge plus foncé que les
1ofes qui les entourent.
Cer Opéra a été mis avec le plus grand
foin & la plus grande magnificence. Toutes
les parties acceffoires en ont ététrès foignées.
ANNONCES ET NOTICES.
MEMOIRE pour fervir à l'Histoire de la Jonglerie
, dans lequel on démontre les phénomènes du
Mefnerifme. A Londres ; & fe trouve à Paris ,
chez Méquignon l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers
, 1784.
L'Auteur avance qu'il a exifté de tout temps &
dans tous les pays des perfonnes fupérieures par
l'efprit , qui ont profité de l'infériorité de celui des
autres pour les tromper. Ces perfonnes font les Jongleurs
; & l'Aateur nous fait paffer en revue la
plupart des moyens employés par eux depuis Mahomet
jufqu'à Mefmer : ce font les nombres , les
poftures , les fons , les affemblées , les penchans de
l'efprit , les paroles , &c..... On lira avec plaifir
DE FRANCE. 4;
dans le fecond Chapitre l'hiftoire des diverfes jongleries.
A l'article des cures opérées par le Meſmerifme
, l'Auteur appelle en témoignage une infinité
de perfonnes connues qui ont été guéries de maladies
qu'elles n'avoient jaunais eues , & quelques
autres qui ont été les apôtres & les victimes du
Mefmerifine : qui pourroit entreprendre de s'élever
contre le témoignage irréprochable des faits ?
Sera-ce, dit l'Auteur , feu M. Court de Gebelin ?
-feu M. Bourgade ? feu M. Cochin ? feu M. L. K?
-feu M. Léchevin , de Versailles feu M. de Ruz.. ?
feu Mme la Ducheffe de Chaulnes & Mme de la
Corée ? feu Mme Poiffonnier ? feu Me dames de
Caquercy, de Saint- Surin, & un foldat paralyt que à
Rochefort ? feu Mine la Marquife de Fleury few
Mie Bullon : & c. & c.
CHEF D'auvres de l'Antiquité far les Beaux-
Arts , Ouvrage orné d'un grand nombre de Planches
en taille douce gravées par Bernard Picart ,
n°. 11. Prix , 18 livres le Cahier. A Paris , chez
l'Auteur , rue Garancière , & chez Lamy, Libraire ,
quai des Auguftins.
Nous avons annoncé le premier Numéro de ce
grand Ouvrage , important par fon objet & par le
burin du fameux Picart. Il ne devoit avoir que
quatre Cahiers ; mais l'abondance des matières ayant
forcé l'Auteur à le diftribuer en cinq , il donnera
le dernier gratis à fes Soufcripteurs. Ceux qui fe
procureront l'Ouvrage juſqu'à la fin d'Octobre prochain
jouiront du même avantage. Après cette
époque on payera cinq Cahiers.
HISTOIRE Naturelle de la France Méridionale,
Tome V, par M. Soulavie , Correfpondant de
l'Académie des Infcriptions , des Académies d'Angers
, la Rochelle , Dijon , Nifmes , Pau , Metz ,
44
MERCURE
Châlons-fur- Marne , & c. A Paris , chez Quillau
rue Chriftine ; Mérigot l'aîné , vis à vis la nouvelle
Salle de l'Opéra ; Mérigot jeune , quai des
Auguftins ; Relin , Libraires , rue Saint Jacques .
L'Auteur , qui continue toujours fon Entrepriſe
avec le même zèle , publié dans ce Volume l'Hif
toire des Diocèles d'Agde , Montpellier , Nifmes ,
l'Hiftoire Naturelle du Rhône , & annonce le Plân
d'une Hiftoire du progrès des Sciences en France
dans le dix- huitième fiècle , qui fera le complément
& la fin de fes Ouvrages phyfiques qu'il doit bientôt
terminer.
On trouve chez les mêmes Libraires : Des
Moeurs & de leur influence far la prospérité ou la
décadence des Empires , Difcours du même Auteur
pour la cérémonie de l'ouverture des États-Généraux
de Languedoc.
SALLE de Spectacle , Salle d'Opéra , projЯée
& deffinée par Jean - Baptifle Collet, Architecte ,
ancien Contrôleur des Bâtimens du Roi , & gråvée
en quatre Planches par N. Ranſonnete , Graveur
ordinaire de MONSIEUR . A Paris , chez Ran-
Tonnette , The Pardue , nº . 6 , Place Maubert.
Cetre Salle à pour objet d'avoir au moins douze
forties commodes & fix efcaliers pour les communications
, non compris les deux pour le fervice du
Théâtre; fa galerie couverte donne la commodité
de prendre les voitures en même temps . Au pourtour
quatre entrées & forties du Parterre. Le fervice
des décorations Te fera derrière le Théâtre.
Cette Salle voûtée , Forme ovale , non - fenlement
contribue à retenir la voix , mais encore l'intérieur
pent brûler fans rien endommager de l'extérieur.
REGE de la Vie des Saints pour tous les jours
de l'année , avec des Réflexions & Prières à la fin
DE FRANCE. 45
de chaque Vie, & des Inftructions fur les Dimanches
& Fêtes mobiles , 2 Yol . in - 12 Prix , 6 livres
reliés. A Paris , chez Charles - Pierre Berton , Libraire
, rue S. Victor , vis -à - vis le Séminaire S. Nicolas
du Chardonnet
Il a paru beaucoup d'Ouvrages de ce genre. Les
Réflexions qui accompagnent chaque Vie donnent
à celui ci un nouveau mérite & un nouveau degré
d'utilité.
Vue du Château de Madrid & du Pavillon de
Bagatelle , près de Paris , gravée d'après L. G. Moreau
, & fous la direction , par Elife Saugrain.
Vue du Pont de Neuilly , par les mêmes. A Paris ,
chez M. Moreau , Deſſinateur & Graveur du Cabinet
du Roi , & de fon Académie Royale de Peinture
& Sculpture
Ces deux Eftampes font honneur, aux deux Auteurs.
Pour un Ouvrage qu'on annonce , le nom de
M. Moreau eft une puiffante recommandation , &
le talent de Mile Saugrain s'annonce fi avantageufement
, qu'elle fe trouveroit recommandée par fes
propres effais. Les deux Vûes font gravées avec
foin & rendues avec efprit.
LE Repos agréable de la belle Amante des
Fleurs , peint par Barbier , gravé par Copia. Prix ,
12 fols chaque. A Paris , chez la Veuve Macret ,
rue des Foilés de M. le Prince , au coin de celle de
Touraine.
DIANE & les Nymphes au Bain , gravée à la
manière Angloife , par Parifer . Prix , a liv . en
couleur. A Paris , chez Alibert , Marchand d'ES
tampes , rue Froidmanteau , près le Palais Royal
Le prix de la même Eftampe en noir , au bistre
& en longe eft de 6 liv.
46
MERCURE
Y ELEMENTA Juris Canonici ad Jurifprudentiam
comitatus Burgundiæ aliarumque regni Provinciarum
accommodata. Vefuntione , apud J. F. Couché ,
Univerf. Reg. Typographum , & apud Steph.
Metoyer , Bibliopolam , in Vico magno .
Nous penfons , comme le Cenfeur de cet Ouvrage
, qu'il peut être utile à ceux qui s'occupent du
Droit Canon.
T
SAINTE Bible traduite en François , avec l'explication
du fens littéral & du fens fpirituel , nouvelle
Edition , Tome IX. A Nifmes , chez Pierre
Beaume , Imprimeur Libraire ; & à Paris , chez
Guillaume Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi
& du Clergé de France , rue Saint Jacques .
C'est avec plaifir que nous voyons avancer rapidement
cette Édition faite avec zèle & même avec
défintéreffement ."
VERBA Chrifti , Gracè & Latinè , ex Sacris
Evangeliis aliifque Novi Teftamenti Libris Col
lecta cum Argumentis , Concordantiis & Notis
Latinis , ac Indice Latino locupletiffimo in quo ad
pracipua Chriftiana Doctrina Capita Chrifti Verba:
referuntur : curâ Laurentii - Stephani Rondet , Sacrarum
Linguarum Interpretis. Vol pet. in 8 ° . de
488 pag, Prix , 4 liv. 4 fots broché Parifiis , excu- I
debat A. M. Lottin , natu major , Regis Biblio- !
Typographus nec non Ordinarius Ædilitiæ Domûst
Viâ S. Andreâ de Arcubus , n ° . 27. Apud Joannem-
Rochum Lottin San Germanæum , Ædilitiæ
Domûs Co Typographum .
Cet Ouvrage a été cenfuré par M. l'Abbé du
Voifin , dont l'approlation eft conçue en ces termes :>
Hanc Editionem Sacrarum Litterarum Studiofis
gratam & perutilem fore cenfeo. Ce jugement , trèscompétemment
rendu eft un préjugé avantageux . 3
DE
FRANCE.
47
ELEMENS de Mufique-Pratique & Solfège nouveau
pour apprendre la Mufique & le goût du Chant ,
par . F. Thiéné , OEuvre V. Prix , 2 livres . A
Paris , chez Mlle
Caftagnery , rue des Prouvaires ; &
à Rouen , chez l'Auteur , rue du Petit- Enfer , & M.
Jacques , Marchand
d'Eftampes , vis à - vis le Pont.
La Préface très - modefte & fort bien écrite eft
faite pour donner l'idée la plus
avantageufe de cette
méthode qu'on ne peut juger
complétement que par
la pratique. Le choix des Leçons nous a paru fait
avec goût.
SOIXANTE DOUZE Airs choifis &
nouveaux ,
arrangés pour un Violon feul, à l'ufage des Commençans
, divifés en neuf Suites , ordonnés de manière
à faciliter l'ufage du doigter de cet Inftrument
, pour tous les tons & les modes les plus unités.
Prix , 6 livres . A Paris , chez Mlle
Caſtagnery , rue
des
Prouvaires.
NUMERO 9 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs. Prix ,
féparément 2 liv.
Abonnement
15 & 18 liv. A Paris , chez M. Bornet l'aîné , Profeffeur
&
Marchand de Mufique , rue des Prouvaires
, au Bureau de Loterie.
SONATE pour le Clavecin ,
Accompagnement de
Violon , par M. Adam . Prix , 3 livres , formant le
Numéro 9. du Journal de Pièces de Clavecin par
différens Auteurs.
Abonnement 24 liv. & 30 livres.
A Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des Petits-
Champs , nº. 83 .
NUMERO 8 du Journal de Violon , ou Recueil
d'Airs nouveaux arrangés pour le Violon , l'Alto ,
la Flûte & la Baffe. Prix ,
féparément 2 liv. 8 fols.
९ MERCURE
Abonnement 18 liv. & 21 livres. A Paris , chez M.
Baillon , rue Neuve des Petits Champs , au coin de
celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique. On s'y
abonne auffi pour le Journal de Guiitare .
R
NUMERO 9 du Journal de Harpe , par les meilleurs
Maîtres , contenant deux Airs du Dormeur
éveillé & un Morceau en variation . Prix , léparément
2 liv 8 fols . Abonnement is livres franc de
port . - Numéros du Journal d'Orgue à l'usage
des Paroiffes & des Communautés Religieufes , par
M. Charpentier , Organifte , contenant quatre
Hymnes. Prix , 4 liv. 4 fols. Abonnement 24 liv.
franc de port . A Paris , chez M. Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière-Saint- Honoré.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
E
TABLE.
PITRE aux Femmes , 3 Les Druïdes , Tragédie , 25
L'Heureufe Defiance , Conte , Aca émie Roy de Mufig. 39
Charade , Enigme & Logogry- Annonces & Notices , 42
phe , 23
AP PROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure e France, pour le Samedi 2 Octobre . je n'y ai
riển tronvé qui puise en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 1 Octobre 184 GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 OCTOBRE 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
A MON PÊCHER.
JE te E te falue , à toi , l'honneur de mon verger,
Arbre chéri que ma main paternelle
A planté dans ces lieux où la rofe nouvelle
Répand un parfum paffager.
Laiffe s'énorgueillir fur fa fuperbe tige
Cette reine des fleurs :
Si Vénus la teignit de fes vives couleurs ,
Ne porte point envie à ce brillant prodige,
Elle a le vain éclat & le fort du plaifir ; -
Un matin la voit naître , un foir la voit mourir.
Non moins beau , ton éclat eft encor plus durable,
O! que j'aime à te voir dans la faifon aimable
Où la terre s'anime & rit de toutes parts.
Flore auffi fe réveille , & fa riche ceinture
N° . 41,9 Octobre 1784.
C
50
MERCURE
Entoure mollement le fein de la Nature.
Eh bien ! toi feul encor tu fixes mes regards.
Arrachez- moi ces fleurs dont l'ambre infupportable
Emouffe , raffafie & fatigue les fens.
Que je refpire au gré de mes defirs preffans
Ce baume , ce parfum non moins doux qu'agréable ,
Qu'exhalent ces grouppes brillans ,
Ces feftons émaillés , dont chaque fleur éclofe
Joint la neige des lis au corail de la rofe.....
Quel changement foudain ! me trompez - vous mes
yeux ?
Des noirs cachots du Nord l'aquilon furieux
Eft accouru : l'horreur a tracé fon paffage.
Ces jardins enchantés n'offrent plus à mes yeux
Que le débris des fleurs & qu'un vafte ravage.
La jacinthe d'azur aux fuaves odcurs
A perdu fans retour fon baume & ſes couleurs ;
La tulipe orgueilleuſe à mes pieds abaiſſée ,
A vû dans un clin- d'oeil fa grandeur éclipfée ;
L'iris regrette encor fes fuperbes velours ;
La renoncule meurt dans la fange avilie ,
Et l'oeillet , détaché de fa tige flétrie ,
Sent mourir au berceau l'efpoir de fes beaux jours.
Et toi , mon arbre auffi , qu'as- tu fait de ta gloire ?
Que font ils devenus ces feftons éclatans ,
Doux charme de mes yeux , parure du printemps ,
Dont la flatteuſe image afflige ma mémoire ?
Et toi , mon arbre auffi , tes beaux jours font paffés.
DE FRANCE.
sa
Hélas ! je foule aux pieds tes reftes difperfés ....
Tout mon coeur fe flétrit . J'oſe lever à peine
Vers ces triftes rameaux un oeil chargé de pleurs ;
D'un plaifir plus durable eſpérance trop vaine !
Les vents ont emporté mès plaifirs & tes fleurs.
Qu'ai -je dit ? Et pourquoi ces injuftes douleurs !
Il va bientôt s'enfuir l'ennui qui me dévore.
Tu renais mes plaifirs s'en vont renaître encore ;
Des fruits délicieux vont remplacer ces fleurs.
Viens , de tes dons charmans , viens enrichirl'automne
Ces jours font arrivés . La féconde Pomone
Sur le fein de la terre entaffe fes tréſors.
A t'en combler Pomone inceffamment afpire ,
Et , courbé fous le faix , elle- même t'admire.
Que des magnifiques bords
Où l'Indus voit les flots fe rompre avec furie ,
Jufqu'aux rians climats de l'antique Heſpérie ,
On vante les riches préfens
Que la Nature étale en ces belles contrées ;
Le piquant ananas & les pommes dorées
Flattent moins mon palais que les fucs raviſſans
Qu'enferme cette peau vivement colorée
A qui cède en éclat la pourpre de Sidon;
Oui , c'eſt le duvet d'Apollon
Sur les rofes de Cythérée.
Ah ! fans doute qu'Hébé de ces fucs précieux
Compofoit le nectar dont s'enivroient les Dieux .
(Par M. Brevet , d'Angers. )
Cij
52
MERCURE
LES CRIMES ET LES CHATIMENS,
Fable.
Pour le repos de l'Univers ,
Enchaînée au fond des enfers ,
Des Crimes la troupe hideufe
Un jour , dit-on , brifa fes fers ,
Et défertant la voûte ténébrenfe ,
D'un vol audacieux s'éleva dans les airs :
Elle fuyoit à tire- d'aîle ,
Et fans ceffe tournoit les yeux derrière foi.
( Les fcélérats font-ils un inftant fans effroi? )
Quand elle entendit après elle .....
Et qui ?... Lecteur ! c'étoit les Châtimens ,
Qui , courbés , fe traînant fur de longues béquilles ,
Agitant en leurs mains de tranchantes faucilles , ·
+
Suivoient les Crimes à pas lents :
« Courez , s'écrinient- ils , fuyez , troupe exécrable ;
Ala justice en vain vous croyez échapper.
Tôt ou tard puniffant votre adreffe coupable ,
» Nous faurons bien vous ratrapper . »
( Par M. Crignon , d'Orléans . }
DE FRANCE. 53
PORTRAIT D'AGLA É.
.P Andante amorofo .
52
1
LE fecret a-jou - te au plai fir ;
L'a-mour heu reux veut
du myf te re : Mais , A- gla-
Ciij
£4 MERCURE
é , pour- quoi fe tai- re , quand
le coeur n'en eft qu'au de- fir ?
Dans le fi- len - ce &
DE FRANCE. 3'5
les
F
a larmes L'A-mour
a trop nour ri mon feu , pour
ne pas ex - cu - Ter l'a - veu
Civ
36
MERCURE
P
Qu'aujourd'hui je fais à tes char-
F
mes , Qu'au-jour- d'hui je fais à
tes char - mes.
DE FRANCE.
57
Je fais trop que , privé d'eſpoir ,
A te plaire on ne peut atteindre ;
Mais du moins eſt - il doux de peindre
Les attraits qu'il eft doux de voir.
De la fable & de l'impofture
Vénus tient toute fa beauté ;
Pour en faire une vérité ,
Je peins d'après toi la Nature.
QU'AVEC grâce Aglaé fourit !
Que fes beaux yeux ont de fineffe !
Mais j'y cherche en vain la tendreſſe ,
Je n'y vois briller que l'efprit:
Plaire , voilà fa deſtinée ;
L'adorer , voilà mon malheur.
Ah ! faut-il que juſqu'à ſon coeur
Tout foit promis à l'Hymenée ?
PAR quel art , Aglaé , dis - moi ,
Sais-tu triompher des plus belles !
On peut être féduit par elles ,
Mais on revient toujours à toi :
1
Cv
18
MERCURE
Tel , en ces lieux où Flore expofe
L'éclat de fes riches couleurs ,
On eft tenté par mille fleurs ,
On revient toujours à la rofe.
( Paroles de M. Damas , mufique de M. Albanèfe. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Parlement ;
celui de l'Enigme eft Prendre & rendre ; celui
du Logogryphe eft Henriade , où l'on trouve
Henri , haine , Reine , Irène ( fille de Jupiter
& de Thémis ; c'étoit une des Heures ) , Ida ,
raie , âne , rien * , Adrien.
* Tous ceux qui font un peu verfés dans la Littérature
Françoife , favent que le Poëte Maynard ,
ayant adreffé au Cardinal de Richelieu des Stances
qu'il terminoit par celle- ci :
« Mais s'il demande à quel emploi
» Tu m'as occupé dans le monde ,
» Et quel bien j'ai reçu de toi ,
» Que veux-tu que je lui réponde ? »
Son Eminence, répondit à ce dernier vers par un rien
prononcé très- brusquement.
DE FRANCE.
59
1
CHARADE.
Mon premier ne finit que fix jours pår ſemaine ;
De mon fecond mon tout abrège bien la peine.
Par Mlle...... Danfeafe à l'Opéra , âgée
& demi. )
JE
de 14 ans
ÉNIGM E.
E fuis fille du temps ainfi que la raiſon ;
Comme elle , je voyage à petites journées.
J'ai traversé le Nord en diverſes années ;
J'y fuis prefque par- tout en vénération.
Depuis un demi- fiècle on me careffe en France.
Tous les fages font mes amis ;
Le fanatifme & l'ignorance
Sont mes plus cruels ennemis.
Dans les États du Sud je n'ofe encor paroître ,
J'attends l'occafion de m'y faire connoître.
J'apporte la concord : j'adoucis les moeurs.
La paix , par mon pouvoir , règne dans tous les coeurs.
Je peuple les États , j'y porte l'abondance .
Tous les Princes du Nord me doivent leur puiffance.
( Par M. F. G. , de Sédan. )
Cvj
60
MERCURE
Ne
LOGO GRYPH E.
É fous un ciel ardent , j'en ai plus d'énergie
Pour aiguifer un mets & réveiller le goût.
Sur deux pieds feulement j'arrofe l'Italie ,
Et fur quatre j'ai peine à me tenir debout.
( Par Mlle Hébert , de Beauvais, )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE de Provence , par M. l'Abbé
Papon , de l'Académie de Marſeille. Tome
III . in- 4° . Prix , a liv. broche . A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur de la Reine ,
rue des Mathurins , hôtel de Cluni.
CE n'eft point ici une de ces entrepriſes
Littéraires qu'un homme obfcur execute fans
fecours , fans le fceau public , fans talent.
C'eft une Hiftoire protégée par l'Adminif
tration Provinciale , & rédigée fous les yeux
des Magiftrats , extraite des Greffes , des
Cartulaires , des Archives de toutes les Com
munautés. Une préference méritée a donné à
M. Papon le droit d'écrite les faftes de fa
Patrie , & de réunir des faits juſques là épars
ou entièrement échappés à fes prédéceffeurs.
Il a rempli fa tâche avec les fcrupules d'un
DE
FRANCE.
61
homme de bien & l'exactitude d'un Savant.
Rien de conjectural , point de penchant vers
le merveilleux , nulle
opiniâtreté pour les
propres opinions. Autant qu'il a pu il a
éclairé les naiffances du flambeau de la vérité ;
autant qu'il a pu il a marqué toutes les origines
utiles , qui font une des richelles de
l'Hiftoire de Provence ; heureux d'avoir écrit
dans un fiècle où l'Hiftorien a fenti que
pour inftruire , il falloit qu'il s'affimilât à
ces Voyageurs qui parlent peu des Cours ,
des Princes , mais beaucoup des Peuples , du
fol, du climat , des plantes , des loix, du com
merce , des moeurs , de la corographie , des
monnoies , & de l'ancienne & de la nouvelle
carte. Un bon Hiftorien développera maintenanttous
ces objets ; & c'est ce que M.Papon
a fair . Sous ce point de vûe , il n'eft aucune
Hiftoire de Province aufli riche , auffi utile ,
auffi importante que la fienre. Arbres , poiffons
, infectes , oifeaux , commerce primitif,
agriculture ancienne , origine de chaque
ville , il a tout dit. Il a mieux fait encore , il
a imité Pythias & Pline ; il a vû avant
d'écrire ; & avant de difcuter le fentiment
d'un antiquaire , il avoit lû fur les lieux
l'infcription dont il rendoit compte. Si l'on
favoit combien d'avantages un Hiftorien né
dans le Royaume , & qui a parcouru les
théâ res des révolutions , á fur celui qui refte
dans fon cabinet , on n'écriroit qu'après avoir
beaucoup voyagé . Celui qui a vû , écrit de
génie , crée , rectifie , juge ; on ne le trompe
62 MERCURE
point. L'autre eft un compilateur fujet à être
la dupe des Écrivains partiaux qui l'ont dévancé.
Les matériaux de l'Hiftoire de Provence
n'étoient point faciles à raflembler ;
M. Papon a été obligé de parcourir les Auteurs
Grecs & Latins , l'Hiftoire de Italie
ancienne & moderne , celle d'Espagne , des
Francs , des Bourguignons , des Goths , les
Vies des Saints , les Contiles & les Antiquaires.
Ce n'eft pas tour ; c'eft en Italie ,
à Rome , à Naples , à Gènes qu'il devoit
chercher des preuves & des éclairciffemens.
Son Hiftoire eft tellement liée à celle du
Royaume de Naples & à celle des Papes
qui ont eu tant d'autorité à Naples , qu'il
ne pouvoit fe difpenfer d'aller confulter les
fources confiées à des mains étrangères..
"
93
Nous avons rendu compte du fecond Volume
, ce qui ne nous permet point de nous
y arrêter long temps. M. Papon y peint la
dégradation d'un peuple qui , après avoir
porté les Sciences & les Arts plus loin.
qu'aucun peuple des Gaules , tombe dans
» la barbarie , & fe civilife enfuite . C'est un
fpectacle digne d'attention , que de voir
plufieurs peuples différens entre eux par
les moeurs , les ufages , les loix & le lan-
" gage , occuper fucceffivement une même
Province , s'unir avec les anciens habitans
, & former par cet affemblage une
» Nation dont on connoît à peine le caractère
primitif. On retrouve dans ce
deuxième Volume toutes les bizarreries de
33
""
DE FRANCE. 63
1
la féodalité & des redevances. On y retrouve
un corps de Citoyens , jouiffant , fous la dénomination
de bourgeoisie , des privilèges de
11 Nobleffe , compofant un état mixte entre
le Noble & l'Artifan , conftituant la cité
la communauté , les municipes . Un ufage
ancien vouloit ( à Arles ) que le plus proche
parent du mort tint l'affaflin pendant l'exé
cution. On avoit introduit la coutume de
réunir dans le même tombeau les corps ou
les cendres de ceux qui s'étoient tendrement
aimés , malgré toutes les raifons contraires
de décence & de meurs. Cabertaing fut enterré
dans la tombe de fa tendre Châtelaine
de Rouffillon , quoiqu'elle fût mariée
à un autre. Ne vir on pas dans l'Ile de France
Héloïfe enterrée fur les cendres du malheureux
Abeilard ? L'amour avoit donc des
droits même après la mort ? Les Provençaux
fe fervoient de léopards à la chaſſe .
Le troisième Volume que nous annonçons
eft encore plus intéreffant . M. Papon y eft
plus fouvent néceflité de montrer cet efprit
de critique dont il eft doué , & une érudition
qui n'eft pas commune . Là , on voit
qu'un homme qui n'auroit eu que le talent
de rapprocher des faits , n'auroit pas pu continuer
fon Ouvrage. Dans bien des époques ,
c'est l'Hiftoire générale du fiècle que M.
Papon préfente , dans d'autres points , c'eft
une Hiftoire Provinciale entièrement neuve .
Ce Volume contient l'Hiftoire de la Maifon
d'Anjou , depuis le départ de Charles Ier
64
MERCURE
pour la conquête de Naples , jufqu'à la réunion
de la Provence à la Couronne de France
, en 148. Cette partie eft créée ; elle eft
tirée des monumens Italiens , & a obligé
l'Hiftorien de faire le voyage d'Italie. Il a
tiré de l'oubli les deux Maifons d'Anjou .
Il faut lire en entier le règne de Jeanne Ire'
Elle eft juftifiée de l'affaffinat d'André. L'irrégularité
de fes moeurs , & la beauté de fon
efprit, de fes traits , & fes talens , font tracés
avec fidélité . Mais il nous a paru que cette
partie de l'Hiftone auroit pu être écrite avec
plus de chaleur & de mouvement. Jeanne
n'intéreffe point . Sa mort eft décrite trop
brufquement.
Jeanne II adoptant Louis III & René ,
fonda les droits que les Rois de France , héritiers
de ce Prince , ont eus fur le Royaume
de Naples , & qui occafionna toutes nos
guerres d'Italie & d'Autriche. René d'Anjou ,
Duc de Lorraine & de Bar , reçut dans la
prifon la nouvelle de fon adoption . La guerre
d'Italie , en 1443 , trop négligée par les Hif- .
toriens François fe retrouve dans l'Ouvrage
de M. Papon . La fecte des Fraticelles ter
mine les recherches hiſtoriques de ce troifième
Volume. Si nous paffons à la peinture
des moeurs ce nouveau travail fait beaucoup
d'honneur à M. Papon. I prouve qu'il
fait dire tout ce qu'il importe de tranfmet
tre à la postérité. Après avoir û des Soldats,
des Princes , des Miniftres , il eft néceffaire
de voir des hommes ; de paffer de la Cour à

DE FRANCE. 65
la ville , & dans la vie privée , qui eft , à dire
vrai , la première bafe de l'architecture légiflative
. Les loix fuivent les moeurs , c'eft .
une vérité inconteftable : les habitudes d'un
peupie , fa fituation locale font tout.
Les Provençaux' , comme les anciens-
Francs , attachoient une grande importance
à la longueur des cheveux ; c'étoit une note
d'infamie que de les faire couper. Les criminels
fe rachetoient à prix d'argent de la
peine de moit , ou de la perte de la liberté.
Cette condefcendance étoit alors une espèce
de loi dans toute l'Europe. Jamais la manie
de la Nobleffe ne fut plus commune qu'en
Provence. Les roturiers qui avoient acheté
des Fiefs fe croyoient nobles . Charles II ordonna
, en 1294, aux Nobles de racheter leurs
Fiefs , & de les retirer des mains des nouveaux .
acquéreurs. Tant que la féodalité fut dans fa
force, la plupart des grands Seigneurs s'attribuèrent
le droit d'annoblir leurs Sujets ,
& de les armer Chevaliers. Les Rois détruifirent
cet abus , en s'attribuant exclufivement
ce droit. Le Roi René fembloit fe faire
un jeu de la Nobleffe , en la prodiguant ;
& cette indifférence s'explique par l'abolition
de la fervitude , qui fut l'ouvrage de ce
bon Roi . Suivant une loi fage , le créancier
ne pouvoit ôter au Gentilhomme ni fon
cheval , ni fes armes , au Roturier , ni fcs .
inftrumens de labour , fes ch : vaux & fes outils.
La Lombardie & la Provence étoient
les connées de l'Europe où les Lettres étoient
66 MERCURE
le plus cultivées. Les Princes , les Gentilshommes
étoient Troubadours . Le goût des
Beaux-Arts & celui de la Poéfie s'éteignirent
quand la Nobleffe fut ruinée par les guerres ,
& quand le Souverain s'établit à Naples.
Les Artiftes , les Littérateurs ne naiffent
qu'avec le luxe , & un pays pauvre n'en a
plus. Delà vient qu'en Provence on n'a plus
retrouvé le même genie poérique depuis fa
réunion à la Couronne. Les Mécènes étoient
à une distance trop éloignée , & la langue
de la Cour devenant celle de la Province ,
il fallut bien fe taire , & venir chercher à
la Cour des maîtres & des modèles. Les
Nobles s'adonnoient au commerce , avoient
apporté de l'Italie l'amour de la Jurifprudence.
I's ne dédaignoient point de remplir
les emplois de judicature. L'état de Notaire
pouvoit être exercé par un Noble ; les titres
de Profeffeur en Droit , de Docteur , de
Maître Rational étoient confidérés ; des Gentilshommes
s'en tenoient honorés. A coup
sûr ua Royaume où la Nobleffe n'abandonne
point aux Roturiers ces profeffions utiles ,
honnêtes & favantes , fuppofe plus de lumières
& une police plus fage . Cette opinion
prouve en faveur de l'adminiftration
de la Provence , où en effet des loix douces
gouvernoient le peuple. Cependant en 1320,
à Nice , fur une Communauté de dix huit
Religieux , feize ne fachant figner , furent
obligés de faire une croix à l'endroit où ils
devoient mettre leur nom. On ne pouvoit
DE FRANCE. 67
1
exercer la Médecine & la Chirurgie qu'en
donnant des preuves de capacité ; les autres
pays furent bien plus lents à prendre cette
precaution. On ne croira point que ce fut
Clément V qui toléra le premier , à Avignon ,
les filles de joie. On regarda comme un défordre
affreux l'établiffement de onze filles
publiques dans cette ville, tandis qu'on n'en
comptoit que deux à Rome . On murniura
contre la Reine Jeanne , qui affigna un quar
tier à ces filles , qu'elle foumit à la difcipline
d'une Abbelle. Cette Reine penfoit qu'en les
réuniffant dans un même lieu , les hommes
rougiroient d'en approcher. Le libertinage
va toujours avec l'impiété , ou tout au moins
avec l'irrévérence ; les Évêques crurent devoir
fe contenter d'exiger qu'au moins un de
la famille feroit tenu d'affifter à la Meffe les
Dimanches & Fêtes. On trouve dans un
mémoire de la dépenfe du Roi René, un
trait qui peint l'irrévérence du temps : Aux
quatre Pagespour fe confeffer , quatreflorins ;
au Maure pour faire fes Pâques , un florin.
Il falloit donc inciter par des récompenfes
à remplir les devoirs du Chrétien.
Ce troifième Volume eft terminé par un
, Mémoire très favant fur les municipes , les
communes & les bourgeoifies en Provence ;
fuivent les monnoies , fignrées avec une
échelle comparative de la valeur ancienne
avec la valeur actuelle. 8
Nous allons donner , d'après M. Papon ,
une idée du Roi René , de ce bon Roi qui a
68 MERCURE
33
"
و و
laiffé à la Provence le doux fouvenir que
Henri IV a gravé dans le coeur des François.
L'ambition d'agrandir fes États n'avoit
plus d'empire fur le coeur du Roi Rene.
Long temps éprouvé par l'inconftance &
» la perfidie des hommes , il avoit conçu
une forte de mépris pour tout ce qui
Aatte l'orgueil des Souverains. Il peignoit
une perdrix quand on lui apprit la
perte du Royaume de Naples . On prétend
qu'il ne difcontinua point fon tra
vail , perfuadé que pour être heureux il
devoit oublier qu'il étoit Roi . Les Arts.
d'agrément occupoient fes loisirs ; il aimoit
beaucoup la Peinture , & l'on
montre encore des miniatures de fa
façon , des tableaux , des figures , peintes
fur le verre dans les voyages. Ce n'étoit
» pas toujours chez un Seigneur ni chez
" un Évêque qu'il alloit loger ; il préferoit
quelquefois l'humble roit d'un particu
» lier. Quand il vouloit mettre le comble à
la faveur , il crayonnoit fon portrait comme
un monument honorable fur la porte ou
fur la muraille , avec ce vers au bas :
93
"
"
39
93
"
Siselidum Regis effigies eft ifta Renati.
Il anima Pindustrie autant qu'on pouvoit
l'animer dans un temps où l'on ne con-
" noiffoit point encore l'art de l'encoura
» ger & de l'étendre. L'Agriculture entra
... autfi parmi les objets de les occupations ;
mais il fe bornoit à la culture des fleurs
DE FRANCE. 69
& des arbres , & à l'art encore informe
d'embellir les jardins. "
René étoit verfe dans les Mathématiques
, fur- tout dans l'Écriture Sainte & la.
Théologie. Son amour pour les Lettres le
lioit avec les Savans les plus diftingues de
France & d'Italie. Il entretenoit une corref- ,
pondance faivie avec le favant Antoine
Marcel de Venife. Il fit des vers que les
meilleurs Poëtes de fon fiècle n'auroient
pas défavoués. Nous avons auffi des preuvesde
fon talent pour la Mufique. On joue
encore des airs de fa compofition à la Pro--
ceffion de la Fête Dieu à Aix. Il entretenoit
un Aftrologue ; il étoit fort liberal ; aufli
fes revenus ne fuffifoient point à fes dépenfes.
Il fut plus d'une fois obligé d'acheter
à crédit & à terme les chofes dont il avoit
befoin ; mais il étoit exact à fatisfaire à fes
engagemens je ne voudrois pas , écrivoit-
il à fon Tréforier, pour quoi que ce
foit au monde , avoir déshonneur à la parole
que j'ai donnée . Il vivoit fans fafte . Dans fa
maifon de campagne ( à Gardane ) , où il
paffoit l'été, ront refpiroit les moeurs antiques.
En lifant l'inventaire des meubles qui
ornoient cette demeure champêtre, on penfe
à la maifon de Fabrice ou de Socrate. La
même fimplicité l'accompagnoit à Marſeille,
où il fe retiroit pendant l'hiver . On le voyoit
fe promener fans cortège fur le port quand
le foleil , prefque toujours beau dans ce climat
, répandoit cette chaleur douce qui ,
70 MERCURE
dans la baffe Provence , ranime la Nature.
lorfqu'elle eft engourdie par tout ailleurs :
delà vient qu'en Provence on appelle encore
l'endroit où l'on le chauffe au ſoleil , la
cheminée du Roi René.
René étoit gai , vif , fécond en faillies :
certes , vous verrez qu'il me demandera à la
parfin mon Comie de Provence , difoit- il
d'un Gentilhomme qui multiplioit fes demandes.
Il étoit fort fobre. On affure qu'il
ne buvoit point de vin . Un jour quelques
Seigneurs Napolitains lui en demandant la
railon ; c'eft , répondit- il , pour faire mentir
Tite- Live , qui a prétendu que les Gaulois
n'avoient palle les Alpes que pour boire
dù vin. On vante beaucoup fon amour pour
la juftice ; & en effet on le vir quelquefois
revenant du combat écouter les plaintes des
particuliers , ou figner des expéditions avant
de quitter la cotte d'armes. Les lettres qu'il
fignoit avec le plus de plaifir étoient les
lettres de grâce ou celles par lefquelles il récompenfoit
les fervices : dans ce fens , il
difoit : la plume des Princes ne doit pas être
pareffeufe. Il difoit auffi , en parlant de
l'attention avec laquelle ils doivent rendre
une prompte juftice , que les longues expéditions
font perdre la bienveillance & l'affection
des Peuples. Ce bon Roi avoit une
dernière reffemblance avec Henri IV . Il
ent , dit M. Papon , pour le fexe une foibleffe
dont il fut l'esclave , même dans fes
vieux jours. Cet amour pour les femmes.
·
DE FRANCE. 78
.
eft en effet commun à toutes les âmes aimantes
& bonnes. Louis XII ne les aimat-
il pas beaucoup ?
Nous n'avons plus rien à ajouter pour
faire juger au Public de l'importance de
cette Hiftoire. Elle doit être diftinguée des
Hiftoires particulières . Rien ne décèle dans
fon Auteur la paflion & la partialité. Son
ton eft celui d'un Savant rempli de franchife
, qui dit la vérité de fang froid , qui
difcute , s'arrête aux preuves les plus fortes ,
& ne fort jamais de fon fujet.
De la Tragédie , pour fervir de fuite aux
Lettres à Voltaire , par M. Clément ,
première Partie. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire de la Reine , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluni , in 5. de 231 pages.

M. CLÉMENT annonce un deffein trop
marqué de flétrir la gloire dramatique de
M. de Voltaire , il fera fufpect , & manquera
fon objet : à force de vouloir nuire , il n'aura
pas.fu nuire ; un ennemi plus modéré auroit
été plus dangereux ; les mots d'abfurdité ,
de délire , d'extravagance , d'invraisemblance
monftrueufe , & autres femblables fe trouvent
fans ceffe fous fa plume. Eft ce avec de
telles expreffions , eft - ce par un tel emportement
qu'on détruit une réputation auffi
bien établie que celle de M. de Voltaire ,
qu'on fait revenir le Public de fes opinions ,
72
MERCURE
ou même , fi l'on veut , de fes préjugés & de
fes erreurs ? Il faut être jufte , même envers
ceux qui peuvent ne pas l'être . Cet Ouvrage
eft agréable & bien écrit ; il annonce dans
l'Auteur beaucoup d'eiprit & de goût , &
il contient des obfervations auxquelles le
grand Hommé , pour lequel elles arrivent
malheureuſement trop tard , n'auroit peutêtre
répondu qu'en fe corrigeant. Après cet
aveu , l'Auteur doit nous pardonner de ne
pouvoir être de fon avis fur tout ; il nous
femble que plufieurs de fes objections ne
font pas fondées , & que plufieurs de celles
qui préfentent d'abord une apparence d'équi
té, difparoiffent & fe réduisent à rien , lorfqu'on
veut ufer de toute la bonne foi poffible
, & adopter l'interprétation la plus nafurelle
& la plus favorable , ce qui eft un
des devoirs de la critique. Par exemple ,
dans l'expofition d'Edipe , Dimas dit à Philoctère
:
Depuis la mort du Roi .....
PHILOC TÈTE.
Qu'entends- je ? Quoi ! Laïus....
DIMAS.
Seigneur , depuis quatre ans , ce Héros ne vit plus.
PHILOTÈTE.
Il ne vit plus ! & c.
Dans la première Scène du fecond Acte
on dit du même Philoctete :
Il partit ; & depuis , fa defiinée errante
Ramena
DE FRANCE.
73
1
Ramena fur nos bords fa fortune Hottante :
Même il étoit dans Thèbe en ces temps malheureux
Que le ciel a marqués d'un parricide affreux.
Depuis ce jour fatal , avec quelque apparence ,
De nos peuples fur lui tomba la défiance.
Que dis je ? Affez long-tems les foupçons des Thébains
Entre Phorbas & lui flottèrent incertains.
La contradiction , dit M. Clément , eft
évidente. En effet , fi Philoctète étoit à Thèbes
dans le temps de la mort de Laïus , il ne
peut pas avoir ignoré cette mort , ni l'apprendre
quatre ans après par le récit de Dimas.
La contradiction eft même fi forte ,
qu'elle eft impoffible. Seulement il ne faut
pas , preffer trop fort ces termes ; il étoit à
Thèbes en ces temps malheureux , ni leur
faire fignifier que Philoctère fût réellement
à Thèbes au moment précis où on y reçut
la nouvelle de la mort de Laïus . En ces tems
ne fignifie ici que vers ces temps; il fuffit ,
pour faire difparoître toute contradiction.
que Philoctète eût quitté Thèbes un jour
un moment avant qu'on y apprît la mort
de Laïus. Les Thébains alors auront pu le
foupçonner de cette mort par la raifon même
qu'il avoit difparu peu de temps avant
cet événement , & que comme c'etoit un
Chevalier errant, on ne favoit ni ce qu'il faifoit
, ni quels lieux il habitoit , tandis que de
fon côté il ignoroit ce qui fe paffoit à
Thèbes , & les foupçons qu'il infpiroit aux
N°. 41 , 9 Octobre 1784. D
>
74 MERCURE
les
Thébains. Et c'est précisément ainfi que
chofes fe paffent ; car Dimas dit à Philoctète :
A peine vous quittiez le fein de nos États ......
Lorfque d'un coup perfide , une main ennemie
Ravit à fes fujets ce Prince infortuné.
Lorfque le Grand Prêtre accufe dipe
d'être le meurtrier de Laïus , Philoctère dit
à dipe :
Contre vos ennemis je vous offre mon bras ;
Entre un Pontife & vous je ne balance pas .
Quelque temps après il ajoute :
Si vous n'aviez , Seigneur , à craindre que des Rois ,
Philoctete avec vous combattroit fous vos loix ;
Mais un Prêtre eft ici d'autant plus redoutable ,
Qu'il vous perce à nos yeux par un trait refpectable.
Fortement appuyé par des Oracles vains ,
Un Pontife eft ſouvent terrible aux Souverains.
M. Clément trouve une contradiction formelle
entre ces fix derniers vers & les deux
premiers ; il trouve que c'eft faire des offres
de fervice , & fur le champ retirer fes offres
. Sur cela , il traite Philoctère de fanfaron
, qui a voulu d'abord paroître généreux
, & qui emploie enfuite une défaite de
Héros Gafcon. De bonne foi , par où M. de
Voltaire a t'il mérité qu'on eût fur fon compte
de fi baffes idées ? Qui ne voit que les fix
derniers vers font dits dans le même efprit
que les deux premiers , & que Philoctète ,
DE FRANCE. 75
en confirmant fes offres , s'il en eft befoin ,
au lieu de les rétracter , y ajoute encore de
plaindre lipe d'avoir pour ennemis , nondes
Rois , des Guerriers qui fe montrent ,
& qu'on puiffe combattre , mais un Prêtre
impofteur, ( il le croit tel ) qui l'égorge perfidement
avec un fer facré , & contre lequel
la valeur guerrière ne peut rien.
Dans l'examen de la Tragédie de Mérope ,
M. Clément demande où eft la poffibilité
que Mérope ignore entièrement que l'affaffin
de fon époux eft Polifonte ? Quoi !
depuis quinze ans elle n'a pu le découvrir ,
& Narbas , qui en eft inftruit , n'a pù , depuis
quinze ans , le faire favoir à la Reine !
Non , parce que ce n'eft que de ce moiment
que
Mefsène , après quinze ans de guerres inteſtines ,
Lève un front moins timide & fort de fes ruines.
Ce n'est que de ce moment que
La pajx a de l'Élide ouvert tous les chemins .
Jufques là les Mefféniens n'avoient ceffé
de voir
Tous ces Chefs ennemis
Divifés d'intérêt & pour le crime unis ,
li-
Par les faccagemens , le meurtre & le ravage ,
Du meilleur de leurs Rois déchirer l'héritage .
Jufques- là la communication n'étoit pas
bre entre Mérope & Narbas , & il n'avoit
pu parvenir à Mérope qu'un feul biller de
D ij
76 MERCURE
Narbas , où il lui faifoit l'éloge d'Égyſte , &
où il lui difoit :
Efpérez tout de lui , mais craignez Polifonte.
Lui feul pouvoit inftruire Mérope du crime
de ce tyran , il l'avoit vû par hafard porter
fes mains fur Cresfonte ; mais aux yeux de
tout le peuple Polifente avoit vengé le Roi.
Affaffin de Cresfonte il parut fon vengeur.
Et Narbas , voyant que plufieurs de fes lettres
avoient été interceptées , n'avertiffoit
Mérope que d'une manière générale qui pouvoit
s'entendre de l'ambition de Polifonte &
du deffein qu'il avoit de fe faire Roi , &
qui n'annonçoit pas dans Narbas la dange
reufe connoiffance du régicide de Polifonte.
M. Clément prétend qu'Alzire , avant
d'époufer Gufman , ne s'informe pas avec
affez de foin de la deftinée de fon amant.
Eh ! quelles informations pouvoit - elle faire ?
Depuis trois ans qu'on l'a dit tué dans un
combat , il n'a point reparu , perfonne n'en
a entendu parler ; aucun Américain n'a le
moindre doute fur fa mort ; lui - même il
convient qu'on a dû être dans cette erreur:
Le bruit de mon trépas a dû remplir le monde.....
Revois ton cher Zamore échappé du trépas ,
Qui du fein du tombeau renaît pour te défendre
M. Clément demande pourquoi Monteze ,
qui veut que fa fille foit unie à Gufman ,>
DE FRANCE. 77
au mépris de la promeſſe qu'il a faite à Zamore
, vient voir ce même Zamore au moment
de la cérémonie ?
Il ne vient pas le voir , & ne fait pas même
que Zamore vit encore ; il s'avance vers
le lieu deftiné à la cérémonie ; & Zamore ,
qui le reconnoît , fe jette dans fes bras.
«Zamore dit qu'il vient pour fe venger
» de Gufman..... & Monteze a l'imprudence
≫ de dire en fortant , que Gufman commande
>> en ces lieux . »
Il le dit , & ne commet point d'imprudence
; la grande imprudence feroit de laiffer
Zamore aflifter à la cérémonie qui fe
prépare , & que fon défefpoir troubleroit.
Zamore s'attache à le fuivre , & lui dit qu'il
ne le quittera pas . C'eft ce qu'il doit faire &
ce que doit craindre Monteze ; celui ci n'a
de moyen de l'empêcher que de commander
aux Gardes de Gufman , au nom du Gouverneur
, de défendre l'entrée de ce temple
Chrétien aux Américains :
Gardes , empêchez -les de me fuivre aux autels .....
Il ne m'appartient pas de vous donner des loix ;
Mais Gufman vous l'ordonne & parle par ma voix.
« Zamore ne pouvant douter de la tra-
» hifon de Monteze , ne fe doute point que
» la cérémonie dont il s'agit n'eft autre choſe
» que le mariage d'Alzire . »
Eh ! pourquoi s'en douteroit - il ? Pourquoi
un nouveau Chrétien ne pourroit if
entrer dans un temple Chrétien , & en faire
Diij
78 MERCURE
exclure un idolâtre fans
pour ma
que ee fût rier fa fille? N'y
a - t'il de cérémonie
religieufe
que le mariage
? Zamore
a fur cette
cérémonie
toutes
les inquiétudes
, toutes
les
défiances
que fon malheur
& la défection
de
Monteze
doivent
lui donner
.
Ah ! cruel , je ne te quitte pas ;
·Quelle est donc cette pompe où s'adreffent tes pas ?...
J'entends l'airain tonnant de ce peuple barbare ;
Quelle fête ou quel crime eft- ce donc qu'il prépare ?
Mais ces inquiétudes , fort naturelles dans
cetre généralité vague , deviendroient une véritable
divination fi elles alloient juſqu'à lui
perfuader que dans ce moment précis , c'eft
Alzire qui fe marie , & qu'elle époufe Gufman.
Il faut des bornes à tout , & M. de
Voltaire s'eft renfermé dans les bornes convenables
.
Ce peu d'exemples fuffit pour montrer
qu'il ne feroit pas difficile de répondre à la
plupart des objections de M. Clément ; mais
ce feroit un traité à faire , & nous nous contentons
de cette ébauche. Il défend avec beaucoup
d'efprit quelques Tragédies de Corneille
contre le Commentaire de M. de Voltaire
; mais fon Livre en général a le défaut
de certaines apologies des Anciens , où les
Anciens ont toujours raifon & les Modernes
toujours tort ; il employe des raiſonnemens
affez prófonds pour juftifier la conduite de
Cinna envers Augufte , & la propofition que
DE FRANCE. 79
Cléopâtre fait à fes fils d'affaffiner leur maîtreffe
; mais il ne parle point de la propofition
que fait à fon tour Rodogune aux deux
Princes fes amans , d'affaffiner leur mère.
Or , cette propofition eft pour le moins défectueufe
en deux points ; l'un eft qu'un per
fonnage qu'on donne pour vertueux & intéreffant
, ne doit jamais , même par repréfailles
, exiger un parricide ; l'autre eft que
l'intérêt même de la variété exigeoit qu'on
fupprimât ce fecond incident , qui n'eſt
qu'une répétition foible du premier ; c'eft ce
que M. Clément développeroit beaucoup
mieux que nous , fi c'étoit M. de Voltaire
qui eût fait cette faute. Quoi qu'il en dife ,
la plupart des raifons qu'il employe pour
juftifier Corneille , juftifieroient auffi , &
quelquefois avec plus d'avantage , M. de
Voltaire , & il a trop évidemment deux
poids & deux mefures .
Ce qu'il dit fur le Tragique Bourgeois ,
mérite d'être médité , & pourroit peut- être
auffi , à quelques égards , être réfuté. Il voudroit
qu'il y eût un Cenfeur préposé pour
arrêter tout ce qui feroit contraire au bon
goût. Il refteroit une condition à exiger dans
ce Cenfeur , ce feroit qu'il fût infaillible.
Div
80 MERCURE
NOUVEAUX Mémoires de l'Académie de
Dijon , pour la partie des Sciences & des
Arts. A Dijon , chez Cauffe , Imprimeur-
Libraire de l'Académie , & à Paris , chez
Didot le jeune , Imprimeur - Libraire ,
quai des Auguftins. in- 8 ° .
CES Mémoires font la réponſe la plus fo
lide qu'on puiffe faire aux Détracteurs des
Affociations Littéraires . On ne peut douter,
en les lifant , que ces Corps n'ayant beaucoup
contribué à agrandir le domaine des.
Sciences , qui étoit , il y a peu de temps ,
borné à la Capitale. Ils n'ont pu nuire
comme on les en a accufés , ni à l'emploi
des hommes , ni à cette émulation utile qui
les place toujours où la nature & le talent.
les appellent . Le feul reproche qu'on pour
roit peut être faire aujourd'hui aux Sociétés
Littéraires , c'eft de fe livrer trop généralement
aux recherches & aux travaux fcientifiques
, & d'abandonner prefque , ou de
négliger du moins ces Arts agréables qui ont
fait la gloire du dernier fiècle. Les Philo
fophes font la raifon d'une Nation ; mais les.
Poëtes & les Orateurs en défignent le carac
tère ; & la génération qui nous a précédé .
doit peut être plus à Boffuer & à Racine
qu'à Defcartes & à Paſcal . Quoi qu'il en
foit , les objets utiles qui occupent nos Académies
, ne peuvent qu'étendre le goût des
connoiffances & l'ardeur des découvertes ;
DE FRANCE 81
s'ils ne font pas toujours favorifés par le fuccès
, ils -préfentent quelquefois des apperçus
qui peuvent conduire des hommes plus inftruits
ou plus heureux à des réſultats plus im
portans. Les deux Volumes que nous annon
çons contiennent des Mémoires favans , des
obfervations lumineufes des expériences
neuves far quelques parties de Chimie &
d'Hiftoire Naturelle. Nous ne pouvons qu'indiquer
; mais les perfonnes verfées dans ces
fciences , profiteront des travaux de MM. de
Morveau , Maret , Durande , Gauthey , & c.
& trouveront dans les Mémoires fur les
moyens defaturer les eaux mères du nitrefans
perdre de l'alkali , fur la bleude artificielle
ou combinaifon du zinc & du foufre , dans
des obfervations far l'acète de bifmuth & fur
la propriété de l'acide acéteux , d'empêcher la
précipitation du nitre de bifmuth par l'eau
pure , &c. un Chimifte occupé fans ceff des
progrès de la Science à laquelle il s'eft livré ,
& qui, par fes fuccès, donne aujourd'hui à la
France une fupériorité que l'Allemagne &
F'Angleterre font obligés de reconnoître. Le
Secrétaire de l'Académie prouve , par des
Mémoires fur différentes Sciences , & par
fon Hiftoire Nofométéorologique de chaque
année , que les occupations de l'état qu'il
exerce , & des places qui lui font confiées
ne rallentiffent point en lui l'ardeur de favoir
& le defir d'être utile. Tous les Mémoires
de ce Recueil mériteroient fans doute:
DV
82
MERCURE
d'être connus , mais ils le feroient mal par
une analyfe.
""
"
و د
N
L'Hiftorien des Infectes , le Coopérateur
du Pline François ( M. Guéneau de Montbeillard
) dans un Mémoire fupérieurement
difcuté , telève les erreurs des Naturaliftes
fur le ver luifant , efpèce de lampire fi connue
par la lumière qu'elle répand dans les
belles nuits d'été . Il s'eft occupé à completter
l'hiftoire d'un infecte que fa vertu lumineufe
& les conféquences qu'on en peut tirer,
rendent intéreffante. « Le dernier des infectes
, dit l'Académicien Philofophe , appartient
à la claffe animale , & tout animal
eft un grand problême à réfoudre , un
problêmede mécanique vraiment tranfcen
dante ; & s'il eft vrai que ce foit parmi les
plus petits animaux que fe trouvent ceux
» dont l'organiſation eft la plus fimple , ne
fût-ce que par la moindre quantité de matière
, il ne faut point fe laffer de les étudier
, parce que c'eft de- là que doit partir
» tôt ou tard le trait de lumière qui éclai-
» rera les Philofophes fur des organifations
plus compliquées , & en même- temps plus
» importantes. Ceux qui croyent être dans
les fecrets de la Nature , ont avancé que la
femelle du ver luifant qui rampe fur la terre,
n'étoit lumineufe que pour attirer à elle le
mâle qui habite la région de l'air , & que
cet éclat , non de luxe , niais de néceffité , ne
lui avoit été accordé par la mère commune
23
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و د
20
ود
ود
"9
DE FRANCE 83
ود
des êtres , que pour frapper les yeux de ce
mâle voltigeant , & pour l'attirer dans
l'humble retraite de la femelle ; " mais com-
» bien d'efpèces d'infectes fe perpétuent ,
» dont les mâles font ailés , & dont les femelles
ne font ni aîlées ni phofphoriques ?
Ne feroit- il pas plus naturel , pins conforme
à la fimple raifon , d'expliquer par
» les faits cette furabondance de lumière
» dans la femelle ver luifant ? Par exemple ,
de l'expliquer par la propriété que j'ai re-
» connue dans fes oeufs, d'être lumineux par
eux-mêmes ; car ils le font en effet. »
"3
99
??
29
"
Le célèbre Académicien défigne ce qu'il y
auroit encore à obferver pour completter
l'hiftoire de la Lampire , perfonne ne peut
mieux que lui remplir ces lacunes .
M. le Camus , dans une differtation fur
l'origine des gouttes d'eau renfermées dans
les cryftaux de roche & autres corps , cherche
l'origine & la caufe de ces fingularités
de la Nature . Aucun Minéralogifte , excepté
Paliffy , n'avoit parlé de ces gouttes contenues
, non- feulement dans le cryſtal de roche
, mais encore dans la réfine copal , dans
le fel gemme & dans le nitre. L'Académicien
les explique ainsi : « Le cryftal de roche re-
ود
"
tient , comme les autres fels , plus ou
» moins long - temps l'eau de fa cryftalli - ´
fation ; l'air qui entre dans la cryftallière
» par la fiffure , sèche d'autant plus promp-
» tement la matière qui en eft plus près ,
» que les montagnes où le trouvent les cry
D vj
84
MERCURE
ود
99
93.
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و ر
39
tallières font plus élevées , & que l'air y
eft plus pur , telles que celles de l'Obrelande
en Suiffe , de Willach dans le Valais
, & c. Alors , s'il fe trouve quelques
cryftaux nouvellement formés , cet air
qui agit principalement fur l'extérieur , le
sèche promptement , & produit une fuppreffion
de tranfpiration à peu près com--
me fur le corps humain, l'eau , contrainte
» de refluer dans l'intérieur , comme nos.
humeurs , forme ces tumeurs qui , dans.
les cryftaux, font les bulles qu'on y apperçoit
; fi lair les pénètre avec plus de
force , il produit les petits entortillemens
» qui font le plus fouvent veides , parce quel'action
de l'air en a entièrement abſorbé
l'eau. S'il les a agités avec violence , il a
multiplié & blanchi les bulles , ce qui
» forme au milieu de quelques cryftaux ces
reffemblances de végétation que les Mar
chands font paffer pour de l'argent vierge ,.
» & que les ignorans achettent pour tel.
Les gouttes d'eau renfermées dans la réfine
copal , que l'on vend fous le nom d'ambre
jaune , & dans le fel gemme , le font formées
de même ; mais ce qui eft très - remarquable
, c'eft que l'eau qui fond le fel à la
furface , ne l'attaque point dans fon intérieur.
Seroit ce que l'eau n'agit qu'autant
qu'elle eft excitée par l'air , & qu'elle eft
inactive dès qu'elle eft renfermée hermétitiquement?
Cet action de l'eir ne peut avoir
d'effet que fur les matières dures , comme le
ور
2
ور
13
DE FRANCE. 85
cryftal , l'agathe , & c. ou viſqueufes, comme
les gommes , les réfines , les fels ; car fi la
matière eft calcaire , l'eau tranfpire & s'échap
pe. Ce fyftême , tout fatisfaifant qu'il eft ,
paroît fufceptible de quelques objections ;
c'eft aux Naruraliftes , aux Minéralogiftes à
appuyer ou à difcuter les inductions & les
raifonnemens de M. le Camus , qui , dans
cette differtation , montre autant de connoiffance
que d'exactitude dans fes obfervations.
Le fentiment patriotique qui a toujours .
guidé M. Maret dans fes actions & dans fes
travaux , l'a engagé à eftimer la falubrité du
fejour de fa Patrie , par des calculs & des
réflexions fur la durée & les probabilités de
la vie.
D'après les faits qu'il a recueillis & conftatés,
on peut trouver dans la conftitution
des femmes , dans la diverfité de leurs occupations
, dans leurs moeurs les véritables raifons
de la difproportion qu'il y a de leur
longévité avec celle des hommes . Quoique
depuis 14 ans jufqu'à so elles foient expofées
à des dangers dont les hommes font
exempts , elles font dédommagées de ce défavantage
par les bienfaits particuliers qu'elles
doivent à la Nature , aux inftitutions fociales ,
à leur tempérance. Le laborieux & eftimable
Secrétaire fe fort enfuite de fes vaftes connoiffances
dans l'économie animale , pour
trouver les nombreuſes cauſes morales &
phyfiques qui accélèrent chez les hommes le
86 MERCURE
moment de la deftruction , & il termine fon
effai par un calcul des probabilités de la vie
pour les individus des deux fexes ; calcul que
le premier de nos Philofophes & de nos
Écrivains defite que les bons Obfervateurs
multiplient.
Ces Recueils de nos Académies de Provinces
peuvent être confultés , lûs & médités
avec milité comme les Mémoires de l'Académie
des Sciences de Paris ; ils ne le cèdent
qu'au droit d'ancienneté & de paternité . Si
toutes les Sociétés Littéraires fe déterminoient
, comme celles de Dijon & de Montpellier
, à nous communiquer leurs richeſſes ,
nous aurions bientôt fur toutes les branches
des connoiffances humaines un corps d'obfervations
, de recherches , de découvertes ,
de réſultats & de vérités qui accéléreroient
leurs progrès.
VARIÉTÉS.
RÉPONSE de l'Auteur du Poëme des
Danaides à la Lettre de M. CASSABIGGI ,
imprimée dans le Mercure de France ,
N°. 34.
AUX AUTEURS DU MERCURE.
M ESSIEURS
PERMETTEZ MOI de vous adreffer ma réponſe à
la Lettre de M. Caffabiggi , & de vous prier de
DE FRANCE. 87
vouloir bien la faire imprimer dans un des plus
prochains Numéros de votre Mercure.
Je n'entreprendrai point , dans cette réponſe , de
défendre le Poëme & l'Auteur des Danaïdes des
reproches & des critiques de M. Caffabiggi , je
pourrois lui dire que fon Poëme Italien d'Hipermneftre
, eft plein de longueurs , de répétitions
& de redites , de penfées & d'expreffions dont la
délicatele & la chafteté de nos moeurs théâtrales
fercient vivement bleffées ; que par un oubli impardonnable
d'une des principales règles de l'art ,
celle de l'unité de lieu , M. Caffabiggi s'eft permis
plufieurs fois de tranfporter fes perfonnages d'un lieu
à un autre dans le même acte , ce qui détruit toute
vraisemblance , & par conféquent tout intérêt ; que
pour faire difparoitre cette impuiffarce & ce vice
de compofition , il a fallu néceffairement s'écarter
du plan d'Hipermneftre , changer la diftribution
des fcènes , &c. &c.; & qu'après le travail pénible
que ces corrections néceffaires exigeoient , je puis
croire , avec raifon , avoir payé un tribut de reconnoiffance
plus que fuffifant à M. Caffabiggi , en
difant , dans mon Avertiffement , que je me fuis
beaucoup aidé de fon manufcrit ; je pouvois lui dire
encore . ... mais c'eft M. le Chevalier Gluck , c'eſt
ce grand homme , auffi recommandable , auffi ref
pectable par la pureté de fes fentimens , qu'admirable
par la fublimité de fon génie , que je veux
me borner à juſtifier ici des reproches qu'ofe lui faire
M. Caffabiggi .
Il nous dit dans fa Lettre, M. Caffabiggi , qu'ilfitfon
Hipermneftre à la follicitation de M. Gluck& pour lui
complaire , qu'il la lui envoya à Paris , que M. Gluck
en fut enthoufiafmé , & qu'il lui marda qu'il la feroit
traduire pour la donner au Théâtre de Paris . Nous
ne contefterons pas ces faits ; mais nous obferverons
que M. Caffabiggi a oublié d'ajouter à ces détails ,
88 MERCURE
qu'il confentit à l'ufage que M. Gluck fe propofoit
de faire de fon Poëme d'Hipermneftre , qu'il y
eut des conventions faites entr'eux à cet égard ,
que ces conventions ne devoient avoir leur exécution
qu'après que l'ouvrage auroit été donné à Paris ,
& qu'elles ont été remplies avec exactitude par M.
Gluck , quoiqu'il n'eût pas fait la Mufique des Danaïdes
, & qu'elle fût de M. Sallieri . De quoi donc M.
Caffabiggi peut-il fe plaindre ? M. Gluck a ufé du
droit qu'il avoit acquis , de difpoſer du Poëme
d'Hipermnestre.
M. Caffabiggi prétend - t'il , qu'aux termes de leurs.
conventions , M. Gluck auroit dû faire traduire littéralement
fon Hipermneftre , & qu'il n'auroit pas
dû permettre qu'on y fit des changemens ? Mais M.
Caffabiggi fait très-bien que ces compofitions ,
quelqu'ingénieufes qu'elles puiffent être , ne peuvent
être mifes fur notre Théâtre qu'avec de nombreuſes
corrections , qu'avec de grands changemens .
Il ne s'eft pas plaint de ceux qu'on a faits à fon
Alcefte , il les a même approuvés , du moins par:
fon filence , & l'on peut croire aifément qu'il auroit
approuvé ceux qu'on a faits à fon Hipermnestre,
s'il avoit lu le Poëme des Danaides , & qu'il ne fe
fût pas preflé d'en juger fur les fimples extraits qu'on
en a donnés dans le Mercure..
En voilà plus qu'il ne faut , fans doute , pour
juftifier les procédés de M. Gluck. Paflons à l'article
le plus carienx de la Lettre de M. Caffabiggi ,
celui dans lequel il revendique , il réclame l'honneur
de la découverte , de l'invention , de la création de
la Mufique Dramatique , ou du moins celui de le
partager avec M. le Chevalier Gluck. Les titres
triomphans , far lequels M. Caffabiggi appuie cette
prétention tout-à - fair nouvelle & innattendue , méri
tent bien d'être difcntés .
M. Caffabiggi convient de bonne foi qu'il n'eft.
DE FRANCE. 89
pas Muficien , & l'on doit l'en croire ; mais il nous
apprend & il nous affure qu'il eft grand Comédien ,
qu'il lit parfaitement les vers & furtout les fiens :
Je les ai , dit- il , déclamés à M. Gluck , il les a
rendus musicalement avec l'accent le plus vrai , le plus
pathétique , comme moi- même enfin , d'où je conclus
que je fuis le véritable créateur de la Mufique Dramatique.
M. Gluck fait parfaitement l'Italien , je n'en
difconviens pas , dit M. Caffabiggi ; mais ſa prononciation
eft vicieufe , il ne pourroit pas déclamer
de fuite plufieurs Vers fans bleffer des oreilles Italiennes
un peu délicates ; donc il n'a pu rendre en
mufique les pensées , les fentimens , les expreffions
de mes compofitions , quoiqu'il en comprit , quoiqu'il
en fentit toute la force , toute l'énergie , toute la délicateffe.
Donc , conclut M. Caffabiggi , c'est moi
feul qui fuis le créateur de la Mufique de déclamation
comme je l'appelle. ›
C'eft moi feul qui ai nommé cette mufique , Mufique
de déclamation ; donc c'eſt à moi feul à qui:
en appartient l'invention.
C'eft d'après cette manière de raifonner , que M.
Caffabiggi foutient que la Mufique des Danaïdes de
M. Sallieri ne doit rien valoir , ou du moins qu'elle doits
être très-inférieure à celle qu'écrit M. Milico, fous la direction
du grand Comédien M. Caffabiggi ; que M..
Sallieri , quelque réputation qu'il ait acquife par fes
nombreufes compofitions , quelque opinion qu'il nous
ait donnée de fes talens pourla Mufique Dramatique,
par la manière grande , forte , rapide & vraie dont
il a compofé la mufique des Danaïdes , ne peut pas
entrer en concurrence avec le grand Chanteur Milico,
devenu grand compofiteur par la grace de M. Caffabiggi
, puifque M. Sallieri n'a pas été éclairé par ce
grand Maître de déclamation , M. Caſſabiggi , l'ins
venteur , le créateur de la Mufique Dramatique.
90 MERCURE
Et comment M. Gluck lui -même auroit-il pu por-`
ter , comme on le prétend , l'art Dramatique dans
fes deux Iphigénies , à un degré de perfection où
il n'avoit point encore atteint dans les Ouvrages
italiens , puifque fa prononciation françoife eft encore
plus vicieufe que fa prononciation italienne ;
puifque les Auteurs de ces deux Poëmes font de fort
mauvais déclamateurs ; puifque celui d'Iphigénie ent
Tauride ne lui a pas même lu le fien , qui fut écrit
à Paris & mis en mufique à Vienne ; puifqu'enfin
l'Élève , l'Écolier de M. Caffabiggi , M. le Chevalier
Gluck , abandonné à lui -même dans la compofition
de ces deux ouv ages , n'a point été dirigé
conduit , éclairé par M. Caffabiggi , fon maître ,
l'inventeur , le créateur le nomenclateur de la
Mufique de déclamation.
En vérité , M. Caffabiggi , votre Lettre , vos
réclamations , vos prétentions , votre manière de
raifonner , nous autoriferoient fans doute à nous
égayer ici un peu à vos dépens ; mais vous avez
trop d'efprit , d'imagination & de talens pour que
nous nous permiffions de livrer à la rifée publique un
homme de votre mérite .
J'ai l'honneur d'être , Meffieurs ,
Votre très- humble & très - obéiffant
ferviteur , l'Auteurdu Poëme des
Danaïdes.
Paris , ce 3 Septembre 1784.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
PERMETTEZ , Monfieur , que j'emploie la voie de
votre Journal pour répondre à plufieurs Lettres qui
me font adreffées de différentes Provinces , relativeDE
FRANCE. 91
ment à la Partition du Barbier de Séville , qu'on
croit gravée ou prête à l'être . Plufieurs perfonnes
me la demandent fans récitatif, d'autres telle que la
Pièce fe joue à Versailles , &c. J'entrevois en tout
cela une confufion que je crois devoir éclaircir par
un petit hiftorique . M. Paëfiello a mis en mufique
à Pétersbourg , le Barbier de Séville , traduit en
Italien. La Partition en parvint en France l'année
dernière , & je fus chargé d'en parodier les morceaux
de mufique , pour les unir au dialogue de M. de
Beaumarchais. L'Ouvrage fut fini au mois d'Août ;
mais des circonftances particulières empêchèrent qu'il
ne fût repréſenté à Fontainebleau , comme il devoit
l'être. Quelque temps après M. Moline traduifie
cette même Pièce en vers Lyriques avec du récitatif.
Cet Ouvrage , qui ne me concerne en aucune façon ,
étoit deftiné au Théâtre du grand Opéra, mais il n'y
a pas été repréfenté. Je ne fache pas même qu'il l'ait
été ailleurs. Dernièrement ma Parodie , telle que je
l'ai arrangée en Opéra- Comique , m'a été demandée
pour le Théâtre de la Reine à Trianon . Les Comé- .
diens Italiens l'ont apprife fous les yeux de M. de
Beaumarchais , qui a bien voulu donner les foins à
l'étude du dialogue , comme je donnois les miens à
celle de la mufique. La Pièce a été repréſentée devant
Leurs Majeftés le 15 Septembre dernier. Cet
éclairciffement doit fuffire. Les perfonnes qui , en me
parlant de cet Ouvrage , font mention de récitatif,
entendent fans doute l'Ouvrage de M. Moline , &
peuvent s'adrefler à lui . Pour ma Partition , telle
qu'elle a été exécutée à Trianon , elle n'eft point
gravée . L'incertitude du nombre d'Amateurs qui
pourroient la defirer , m'a empêché de m'en occuper;
mais fi d'ici à la fin de l'année il s'en préfentoit affez
pour que je puffe efpérer d'en retirer les frais , je
confentirois volontiers à la donner au Public. En
conféquence , je préviens qu'on pourra ſe faire inſcrire
92 MERCURE
d'ici au premier Janvier, rue Neuve des Petits- Champs,
No. 127 , & chez M, Houbaut , Marchand de Mufique
, place du Théâtre Italien . On ne donnera point
d'argent , mais fimplement une promeffe de prendre
Ouvrage au prix de 24 liv. Si au premier Janvier
la Soufcription eft à peu-près remplie , il paroîtra
fans faute dans le cours du même mois.
J'ai l'honneur d'être , & c. FRAMERY .
ANNONCES ET NOTICES.
LTS
ES Caprices de Proferpine , ou les Enfers à la
Moderne , Pièce Epifodi - Comique , en un 'Acte & en
vers , par M. P..... , repréſentée pour la première
fois à Paris , fur le Théâtre des Variétés Amulantes ,
le 16 Juin 1784 Prix , 1 liv . 4 fols. A Paris , chez.
Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande.
Cette Pièce a eu du fuccès. Proferpine , dans un
voyage qu'elle eft venue faire à Paris , a été enchantée
de nos manières. Nos modes , nos goûts
lui ont tourné la tête. De retour aux enfers , elle
exige de Pluton , qui eft plein de complaifance pour
ellé, qu'on bouleverse tout l'enfer , & qu'on en faſſe
un féjour divin.. Ce cadre a fourni à l'Auteur le
moyen de faire paffer en revue nos modes , nos travers
, les fantaifies du jour. Cette petite Pièce eft
écrite avec facilité ; il y a des traits d'efprit , & la
Scène de l'ombre de Carlin eft intéreffante.
On trouve chez le même Libraire , la Bataille
d'Antioche , ou Gargamelle Vaincu , Tragédie Burlefque
en un A&te & en vers , par M. Sonpré de
Fracanfalle .
Cette Pièce, qui a de la gaîté, eft une eſpèce de Parodie.
RECHERCHES Pathologiques , Anatomiques &
Judiciaires fur les fignes de l'Empoisonnement , ou
DE FRANCE:
93
réponse à cette question : Quels font , dans les Malades
& les Cadavres , les fignes certains d'après
lefquels un Médecin puiffe décider qu'un Homme a
été empoisonné par un corrofif, lorsqu'il lui faut
éclairer les Juges fur ce délit ? Par M. Retz , Médecin
ordinaire du Roi , ancien Médecin ordinaire de
la Marine Royale. A Londres , & fe trouve à l'aris ,
chez Méquignon l'aîné , Libraire , rue des Corde
liers , près les Écoles de Chirurgie.
L'objet de cet Ouvrage eft important , & donne à
fon Auteur des droits à la reconnoiſſance publique.
PHYSIQUE Générale & Particulière , par M. le
Comte de la Cépède , Colonel au Cercle de Weftphalie
, des Académies & Sociétés Royales de Dijon ,
Lyon , Touloufe , Rome , Stochkolm , &c. avec
figures. in- 12 . Tome II . A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR ; & fe trouve chez P. Fr. Didot le jeune ,
Imprimeur- Libraire , Quai des Auguſtins ; Durand
neveu , Libraire , Quai des Auguftins ; Mérigot le
jeune , Libraire , Quai des Auguftins , & Barrois le
jeune , rue du Hurepois.
Le premier volume de cet Ouvrage a obtenu le
fuccès qu'il méritoit ; ce fecond volume eft digne du
-même accueil . En général cet Ouvrage , utile par les
vérités qu'il renferme & par la méthode de l'Auteur ,
doit faire le plus grand honneur à ſon talent & à fes
profondes connoiffances.
BIBLIOTHÈQUE de Campagne. A Reims , chez
Cazin , Libraire , & fe trouve à Paris , chez la Veuve
Valade , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers ; Mé
rigot , Boulevard S. Martin , & fous le veftibule de
l'Opéra ; Bailly , rue S. Honoré , vis- à - vis la barrière
des Sergens; Defenne , Libraire , au Palais Royal
paffage de Richelieu .
Cet Ouvrage fait partie des petits formats qui ont
1
7
94
MERCURE
été bien accueillis du Public. L'Éditeur a raffemblé
fous le titre de Bibliothèque de Campagne , plufieurs
Romans intéreffans , parmi lefquels fe trouve le
charmant Ouvrage de Tom-Jones.
LA Félicité Villageoife , deffinée par S. Frendeberg,
gravée par J. L. Dolignan . A Paris , chez Delaunay,
Graveur des Académies Royales de Paris & de Copenhague
, rue de la Bucherie , No. 26.
Cette jolie Eftampe a été gravée fous la direction.
de M. de Launay ; ce qui forme en fa faveur un
préjugé qui fe trouve juftifié par le talent de fon
Élève. Elle fait fuite aux cinq Eftampes déjà connues
fous le titre de l'heureufe Fécondité.
HOIKH NOIHZIZ , five Gnomici Poeta Graci ;
ad optimorum exemplarium fideme mendavi. Rich .
Franc. Phib. Brunck. Argentorati in Bibliopolio
Academico.
Nous n'avions point d'Édition bien correcte des
Poëtes que renferme ce Volume : on doit de la
reconnoiffance au favant Littérateur qui s'eft occupé
de celle- ci avec autant de zèle que de fuccès.
L'exécution typographique mérite auffi des éloges.
UNE Suite de divers petits Sujets en Médaillon
en deux feuilles au nombre de trente fur chaque
feuille , gravés en couleur par J. B. Morret. Prix ,
3 liv. les deux . · Deux autres , les Buveurs & les
Joueurs , par le même. Prix , 1 livre 4 fols. A
Paris , chez l'Auteur , rue des Deux Portes - Saint-
Sauveur , maifon de M. le Lièvre , nº . 18 .
-
Nova Verfio Graca Proverbiorum , Ecclefiaftis ,
Cantici Canticorum , Ruthi , Threnorum , Danielis
& Selectorum Pentateuchi locorum ex unico S.
Marci Bibliothece codice Veneto nunc primum
DE FRANCE. 95
erecta & notulis illuftrata , a Johanne - Baptiſta Caſpare
d'Anffe de Villoifon , Regiæ Infcriptionum
Academiæ Parifienks , Regiæ & antiquarie Societacietatum
Londinenfium Berolinenfis Goettin-

genfis , Manheimenfis , Jenenfis , Cepfalienfis ,
Haphnienfis , Matritenfis , Cortonenfis , Neapolitanæ
, Arcadicæ , Romanæ , Maffilienfis , &c. &c.
Academiarum Socius. Argentorati , fumptibus Bibliopolii
Academici.
Nous ne nous arrêterons point fur l'éloge des
Ouvrages que renferme ce Volume ; leur mérite
eft inconteftable , & il feroit à defirer qu'ils fuffent
plus connus des jeunes Littérateurs. Les profondes
connoiffances de M. de Villoifon doivent prévenir
en faveur de la nouvelle Verfion qu'il vient de
publier. Que ne doit- on pas attendre d'un Savant
qui dès fon enfance en avoit déjà le titre & le mérite ,
& qui depuis n'a pas ceffé d'augmenter fon érudition
par les efforts les plus conftans & les travaux les plus
fructueux .
DEUXIÈME Recueil d'Ariettes d'Opéras &
Opéras - Comiques arrangées pour le Clavecin ,
Violon ad libitum , par M. C. Fodor. Prix , 7 livres
4. port franc par la pofte. A Paris, chez M. Leduc ,
au Magafin de Mufique , rue Traverfière - S. Honoré.
DEUX Symphonies pour le Clavecin , avec Accompagnement
de deux Violons , Alto & Baffe , les
Cors & l'Alto ad libitum , par M. Tapray , Orga
nifte du Roi à l'École Militaire , &c. Euvre XXI .
Prix, 7 livres 4 fols franc de port par la pofte . A
Paris, même Adreffe que ci - deffus.
NUMERO 9 de la troisième année du Journal de
Clavecin , par les meilleurs Maîtres , Violon ad
libitum. Prix, chaque Cahier féparé 3 liv . Abonne-
96 MERCURE
ment 15 liv. franc de port. A Paris , même Adreffe
que ci- deffus.
LE Berger galant , Méthode contenant les véritables
Principes pour apprendre facilement à jouer
de la Flute à bec , avec des Airs cornus convenables
à l'Inftrument , à une & deux parties , que l'on
pourra apprendre feul au défaut de Maître par le
*moyen des leçons notées & en tablature ; plus , une
Suite de l'Auteur avec la Baffe , par M. Corette.
Prix , 4 liv. 4 fols. A Paris , chez Mlle Caftagnery',
à la Mufique Royale , rue des Prouvaires.
Voyez pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librai
rie fur la Couverture.
A MON Pêcher,
TABLE.
49 De la Tragédie , pour fervir
de fuite aux Lettres de Vol- Les Crimes & les Châtimens ,
Fable,
Portrait d'Aglać,
52
taire ,
53 Nouveaux Mémoires de l'Aca
démie de Dijon ,
71 '
80
59 Variétés , 90
61 Annonces & Notices , 92
Charade , Enigme & Logo
gryphe
HiftoiredeProvence,
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France pour le Samedi 9 Octobre. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 8 Qobre 1984. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 OCTOBRE 1784.
PIECES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
L'Ombre de M. DE GÉBELIN à M. le
Comte D'ALBON. *
SUR les bords du Léthé , quand je porte mes pas ,
Cher d'Albon , que viens-je d'apprendre ?
* M. le Comte d'Albon vient d'offrir l'exemple fublime
& rare d'une amitié qui furvit à celui qui en fut l'objet.
Il a obtenu du Roi la permiffion de donner à M. Court de
Gebelin une fépulture digne de cet homme célèbre. Action
bien recommandable dans le fiècle de l'égoïſme & de l'indif
férence , & qui honore également l'ami fenfible & conftant¸
le Savant qui eft l'objet de fes foins généreux , & le
Monarque, qui fait connoître le prix de la ſcience & de
la vertu. En attendant qu'une plume plus exercée que la
mienne confaere ce fait intéreſſant , j'offre ces vers comme
un hommage à la mémoire de M. de Gébelin , & comme
un tribut de l'admiration qu'a excitée en moi l'action de
M. le Comte d'Albon .
No. 42 , 16 Ottobre 1784. E
98
MERCURE
Un fentiment Adèle & tendre
Dans ton coeur généreux furvit à mon trépas.
Quand, par de vains regrets , l'amitié fi ftérile,
Croit affez honorer celui qui ne vit plus ,
Dans les bofquets de Franconville ,
Beaux lieux qu'autrefois j'ai connus,
Mon ami me donne un afyle !
Sur un fimple gazon couronné d'arbres frais ,
Tes mains dépoferont mon urne funéraire ;
Tes mains planteront le cyprès
Dont tu dirigeras l'ombrage tutélaire ;
Les pleurs du fentiment mouilleront ta paupière ,
Je jouirai de tes regrets.
De ces triftes devoirs mon onibre éft plus charmée
Que de tous les honneurs qu'on promet à mon nom.
Le vain éclat qu'offre la Renommée
Ne féduit point ici notre raiſon.
Les preftiges brillans du Temple de Mémoire
Sønt pour les morts des objets de pitié;
Une larme de l'amitié
Touche plus notre coeur que vingt fiècles de gloire.
Quelquefois égaré fous tes rians bofquets ,
Ton oeil rencontrera mon folitaire afyle ;
L'afpect religieux de cet abri tranquille ,
Ces marbres , ces lauriers enlacés de cyprès ,
Viendront te retracer un fouvenir utile.
Mais quand tu marcheras fur ces débris muets ,
Crois que , fi des enfers le Monarque terrible
DE FRANCE.
99
Aux voeux les plus ardens peut devenir fenfible ,
Je faurai m'affranchir de la commune loi ,
Et qu'alors mon ombre inviſible
Planera fur ta tête & veillera fur toi.
( Par M. Bodard.')
INVITATION de la Loge des Neuf- Soeurs ,
& Mme la Comteſſe DE BEAUHARNOIS.
Lrs Beaux - Arts réunis vous adreffent leurs voeux. ES
Animez le talent , que fous vos yeux il brille.
Daignez , belle Sapho , préfider à nos jeux.
Au milieu des Neuf- Soeurs vous ferez en famille.
ENVO1 d'Hurluberlu à Mlle ÉMILIE
M*** , Danfeufe de la Comédie Italienne ,
qui m'avoit envoyé de jolis vers au fujet de
Turlututu. *
AIR : Chanter , danſez ', amuſez-vous.
CHANTER, danfer , font deux taleus
Qui brillent rarement ensemble;
Avec mille autres agrémens
La Natare en vous les raffemble ;
* Turlututu , autre folie du même Auteur , qui fe vend
chez Royez, Quai des Auguftins , & Lefclapart , Pont
Notre- Dame , 24 fols brochée.
E 1)
100 MERCURE
Vos accens nous portent aux cieux ......
Vous danfez bien..... vous chantez mieux.
D'UNE Danfeufe faite au tour
Vous avez & grâce & foupleffe :
Mais les Danfeuſes , en Amour
pas votre délicateffe. N'ont
Heureux eft l'objet de vos voeux
Vous dansez bien .... vous aimez mieux.
UNI Danfeufe bien fouvent ™
Sait tout au plus parler en profe ;
Former un pas c'eft un talent .....
Tourner un vers , c'eft autre choſe.
Iris , vous favez tous les deux ;
Vous danfez bien.... vous rimez mieux.
CHEZ les Danfeufes quelquefois
Les Livres ne font pas de mife ;
Et , quand on leur fait des envois ,
Ce font envois de bonne prife....
Iris , vous avez d'autres yeux ;
Vous dansez bien..... vous voyez mieux.
2
Par M. Beffroy de Reigny , connu fous
le nom du Coufin Jacques.)
DE FRANCE. ior
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Diamant ; celui
de l'Enigme eft Tolérance ; celui du Logogryphe
eft Poivre , où l'on trouve Po ( fleuve
d'Italie ) , ivre.
CHARA DEPAR
Aux voeux de mille amans Life eſt inexorable ,
Pas un baifer pour eux , mon premier les a tous ,
Et tantôt dans fes bras , tantôt fur fes genoux ,
Il partage avec elle & fon lit & fa table.
Mon fecond au premier fert à parer le coup
Que tenteroit fur Life une main criminelle ;
A la maîtreffe enfin mon premier eft fidèle ,
Et Life, en certain cas , a recours à mon tout.
(Par M. Micro-Mégas. )
ENIG ME.
7507
TRANCHER & divifer, partager & détruire ,
Pour créer , façonner & de nouveau conftruire,
E iij
104
MERCURE
A
Tel eft,de mon favoir l'emploi le plus fréquent.
De mon art deſtructeur l'on s'applaudit ſouvent ;
Mais aufli quelquefois l'on maudit mon ufage,
Sans pouvoir réparer mon terrible ravage.
Tel du trône jadis par moi fut écarté,
A tel autre aujourd'hui j'ôte la liberté.
Un enfant d'lfraël , grâce à mes coups perfides ,
Devint le vil jouet d'un barbare étranger ;
Mais c'eft peu qu'ici bas je puiffe endommager.
Et le Deftin par mes bras homicides ,
Du fond des noirs enfers peut menacer tes jours.
Pour agir au furplus , il me faut ton ſecours ,
Et fans ta propre main , déchu de mon empire
Je ne pourrois jamais te fervir ni te nuire.
( Par M. D ***** D. )
LOGOGRYPH. E.
PAR moi l'on voit revivre & la laide & la belle ,
Les fages & les Rois , le fot & l'ignorant.
Je fais à ces derniers payer cher mon talent ,
Et ne rends point pour rien cette efpèce immortelle.
En me décompofant , fi tu veux y rêver ,
Tu pourras dans mon nom facilement trouver
Ce qui défend la fleur à Vénus confacrée ;
Ce qui rend la raifon inquiette , égarée ;
'
Ce qui fert à cet art qu'un Moine imagina ;
DE FRANCE. 103
Lenéant avec quoi Rocheſter * badina ;
Le pays qui des morts voit le royaume fombre ;
La faiſon où nous plaît l'eau , la fraîcheur & l'ombre ;
L'arbre qui fert à Pan de couronne & de fleurs ;
Ce qui tarit fouvent nos chagrins & nos pleurs ;
Un mot , felon Rouffeau , qui fema la difcorde
Quand la propriété troubla cet Univers ;
Ce que font les amis que le plaifir accorde ;
Rarement ce qu'on gagne à faire de bons vert ;
Ce qui vient du bonheur troubler la gaîté pure ,
Ce qu'il faut au raiffeau pour rendre un doux murmure
;
Poqui
fait
de
l'abf
nce
adoucir
les chagrins
; Ce qui dans maint pays gouverne les humains ;
La prépofition qui fépare les chofes ;
L'image de la vie , & ce que tu compofes.
Et pour finir enfin fans laffer ton efprit ,
Ce qu'on ne trouve plus fi l'on le défunit. "
( Par M. M... d'Harfleur , en Normandie. J
Auteur Anglois qui fit des Stances fur ce mots
E iv
104
MERCURE
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
" NOUVEAU Théâtre
Allemand , par M.
Friedel , Profeffeur en furvivance des Pages
de la grande Écurie du Roi. in 89. Sixième
volume. A Paris , chez la Veuve Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques ; Couturies fils ,
Imprimeur Libraire , Quai des Auguftins;
Durand , Libraire , rue Galande ; & à
Verſailles , chez Blaizor , rue Satory
bab baow, sung of
QUOIQUE la fupériorité de notre Théâtre
fur celui des Anciens & des Étrangers , fo
affez reconnue aujourd'hui par les Littéra
teurs exempts des préjugés de temps & de
lieu , ce feroit pouffer trop loin nos prétentions
que d'attendre cet aveu de la bouche
même des étrangers , de nos rivaux. Mais les
Nations voifines , en fe rapprochant peu- àpeu
de la manière de nos Auteurs Drama.
tiques , nous rendent une forte d'hommage
tacite , qui doit fatisfaire à l'orgueil national ;
les Anglois eux - mêmes , à qui il en coûte
peut être plus qu'à aucun autre peuple pour
nous imiter , n'ont pu marcher vers la perfection
de l'Art fans nous rencontrer en che
min; & chaque progrès qu'ils ont fait a été
marqué par un degré de reffemblance avec
nous. Il s'en faut pourtant bien encore que
fur ce point nous foyons parfaitement d'ac
DE FRANCE. 105
PembePaix univerfelle.

cord avec nos voisins ; un code drámatique
généralement adopté eft peut être auffi chimérique
qu'un
On s'eft battu long- temps pour ou contre la
règle des trois unités ; & c'eft une guerre qui
ne s'éteindra peut - être jamais. Sans vouloir
aujourd'hui nous jeter parmi les combattans
, nous obferverons feulement qu'un Art
refte toujours dans l'enfance , jufqu'à ce
qu'on l'ait foumis à des loix . Outre cette
idée , employée fi fouvent contre les infracteurs
des règles , que les entraves qu'on fe
donne font trouver des beautés qu'on ne
cherchoit point , le génie prend des chaî
nes dès le moment qu'il s'apperçoit qu'en les
portant il a plus de plaifir à procurer & plus
de gloire à acquérir. Sans doute la feule dif
ficulté vaincue n'eft pas un mérite réel; mais
il n'eft point de mérite réel fans la difficulté
vaincue ; & celui qui inventeroit le moyen
de faire avec moins de peine de la poésie &
de l'éloquence , nuiroit à l'Art du Poëte &
de l'Orateur. Il y auroit bien plus de naturel
à compofer des Tragédies en profe , que de
faire parler en rimes des Rois & des Héros;
mais éloignons toujours de la portée du vulgaire
, reculons , pour ainfi dire , jufqu'au
fond du fanctuaire impénétrable aux re
gards profanes , les Arts qui difpenfent la
gloireje& foyons bien perfuadés que l'époque
, fiuelle arrive jamais , où l'on écrira la
Tragédie en profe , fera l'époque de fon
déclin, scopeING 2007
1
6
E v
166 MERCURE
Nous avons dit qu'on fe rapprochoit tous
les jours davantage de nos principes dramariques
, c'eft à dire , de l'obſervation des trois
unités ; nous en trouvons une preuve , ou
rout au moins un exemple dans l'Hôtel Garni,
Fune des deux Pièces que renferme ce Tome
neuvième du Théâtre Allemand. Ce vo-
Jume eft un des plus intéreffans de cette Collection
. Outre la Comédie que nous venons
dé nommer , il contient un Drame intitulé
le Père de Famille , Ouvrage cftimable , &
qui mérite une attention particulière , tant à
caufe de fon mérite , que relativement à la
Pièce que Diderot nous a laiffée fous le même
titre ; c'eft ce qui nous fercera de nous bor.
ner à une courte notice de l'Hôtel Garni ;
l'Auteur eft M. J. C. Braudes. En voici le
fujer.
Le Comte de Werling , dont la fille s'eft
mariée fecrettement malgré lui , a juré de ne
lui pardonner jamais . Le Comte d'Olborn ,
fou ami , tombé dans la difgrace & réduit à
la fuite , n'a pu avoir des nouvelles de fon
fils qui voyageoit. Le hafard fait que ce fils ,
qui a changé de nom à caufe de la difgrace
de fon père , eft précisément le jeune homme
qui a époufé la fille du Comre de Werling ; &
le même hafard fait que le Comte d'Olborn ,
fon père , vient loger fecrettement dans le
même hôtel ou logent auffi les deux époux. Il
y attend que le Comte de Werling , qui fol
licite pour lui , ait obtenu fon rappel.
Ce qui entretient & rallume à chaque inf
DE FRANCE. IC7
tant le reffentiment du Comte de Werling
contre fa fille , c'eft qu'un bas coquin , le
Baron de Thorreck , qui reſſemble au Stukéli
de Beverley , ayant formé des projets ſur la
jeune femme , excite l'indignation du père
par des lettres contrefaites qu'il écrit au nom
du mari. Le Comte d'Olborn , étant logé
dans le même hôtel que fon fils , la reconnoiffance
devient prefque inévitable ; il découvre
le mariage fecret , le fait confimer
par fon ami , le Comte de Werling ; & le
Baron démafqué eft chaffé avec tout le mé
pris qu'il mérite .
Tel eft le fujet de cette Pièce. La vraifemblance
y eft quelquefois un peu forcée ;
mais il y a de l'intérêt & du comique ; le
rôle de Pips , le Maître de l'hôtel , eft plai .
fant ; & la marche en eft fi régulière , qu'il
n'y auroit rien à y changer , quant au plan ,
pour l'adapter à la Scène Françoife .
On ne peut pas en dire autant du Père de
Famille. Il y a des irrégularités ; l'unité de
lieu y eft violée à chaque inftant ; la Scènes
change quelquefois aux momens les plus intéreffans
de la Pièce ; mais nous ofons , &
nous devons le dire , le fujer y eft mieux traité:
que dans le Père de Famille François , quuique
cette dernière Pièce foit très - eftimable ,,
& digne de fon brillant fuccès ..
Le Père de Famille Allemand a trois enfans
; une fille qui eft mariee au Comte de:
Monheim , un fils dans le Service , & un
autre , fon aîné , qui fe deſtine à la Magif
E vj
108 MERCURE
trature. Après un voyage affez long , dans
quel état retrouve - t'il fa famille à fon retour ?
Le plus jeune de fes fils fe dérange & néglige.
fon fervice ; Paîné aime paffionnément une
fiile au- deffous de fon état , dont il eft cenfé
ne pouvoir faire la femme , & qu'il a rendue.
mère , enfin fa fille vit mal avec ſon époux,
qui , aimant ailleurs , demande à être féparé,
d'elle. Le Père de Famille n'apprend tous ces.
malheurs que par degrés ; ce qui fait accroître,
d'Acte en Acte l'intérêt qui arrive enfin jufe
qu'au plus grand pathétique .
Cette fable , qui eft fort bien conçue , &
qui remplit parfaitement le fujer , fe dénoue
tout auffi naturellement. L'aîné épaule fa
maîtrelle , & cette union eft motivée par le
caractère vertueux du père, le cadet fe cor
rige ; & c'eft la fenfibilité noble du père qui
produit ce changement ; enfin les deux époux
fe réconcilient , attendris par une leçon que
le père leur donne , leçon auffi fimple qu'elle
eft fublime & touchante. Mais , nous l'avons
dit , il y a des fautes , des irrégularités dans la
marche ; & ces fautes frappent d'autant plus
qu'ettes fe trouvent mêlées à des beautés du
premier ordre. Lorfqu'au milieu d'un Acte,
l'Auteur coupe brufquement une Scène pour
tranfporter le Spectateur dans un autre lieu ,
fi l'intérêt étoit moinsvif , le goûts indigneroit
bien moins contre l'Auteur. Mais les grandes
beautés qu'on rencontre dans cer Ouvrage ,
plus elles méritent d'eftime , moins elles dif
pofent à l'indulgence ; & ce fentiment eft ,
DE FRANCE 109
d'autant plus jufte , que l'Auteur montre un
talent affez fupérieur pour faire croire qu'il
auroit pu fe foumettre aux règles de l'Art ,
fans diminuer fes reffources dramatiques,
Outre les irrégularités , il y a auffi des
fautes de goût. Dans la Scène où le Père de
Famille interroge fon petit - fils , Frédéric
c'eft une idée heureufe & morale de préfenter
un enfant qui répond fort bien fur.
la Fable & l'Hiftoire , & qui refte embar
raffe , muet , quand on lui demande quel eft
fon pays. On aime à voir relever en paffant
ce vice d'éducation , & montrer combien
il eft ridicule d'apprendre à un enfant
des chofes fouvent étrangères & inutiles ,
& de le laiffer dans la plus profonde ignorance
fur les chofes les plus effentielles de la
vie. Maison eft faché de voir abufer de cette
idée , quand le Père de Famille , après avoir
dit à Frédéric ce qu'il devroit favoir , qu'il
eft Allemand , ajoute : dis- moi à préfent com
bien il y a de Dieux , & que l'enfant répond
, trois. On ne s'attend pas à cette quef
tion de catéchifme , & le goût ne peut fe
réfoudre à la pardonner.
On eft faché auffi , quand Louife envoie,
une lettre à fon amant , de l'entendre dire
qu'elle l'a écrite avec fes larmes. Nous ignorons
fr c'est au Traducteur qu'il faut repro
cher cette faute ; mais ce qu'on doit évi
demment reprocher à l'Auteur , c'eft d'avoir
prodigué quelquefois de longs raifonnemens
, dans le moment où un vif intérêt
MERCURE
fait defirer de voir marcher l'action. Par
exemple , le Père de Famille , dans la cinquième
Scène du troisième Acte , ſe propoſe
de parler à fon fils aîné d'un amour qui a
déjà vivement intéreffe ; & il lui trace trèslonguement
un plan de conduite pour l'état
qu'il vient de choifit. Cette differtation auroit
de plus grandes beautés encore , qu'elle
nuiroit toujours à l'intérêt ; dans la Tragé
die, plus le coeur eft attendri , plus il demande
à l'être ; & ce qui sèche les laimes
du Spectateur , le rend inattentif & fourd
pour des beautés qu'il applaudiroit ailleurs.
Mais fi nous ofons exercer la rigueur de
la critique fur ce qui nous a paru défectueux
dans cer Ouvrage , nous devons à l'équité
de dire que les beautés qu'on y remarque
fercient honneur aux meilleurs Poëtes Dramatiques.
On a dû voir , par notre courte
analyfe , que le Père de Famille eft le centre
où vient fe raffembler tout l'intérêt de cette
Pièce , ce n'eft ni la fille ni les deux fils qui
en font les Héros , & c'eft en quoi elle diffère
de l'Ouvrage de M. Diderot. Au refte ,
fans entreprendre de louer l'un aux dépens
de l'autre , ces deux Pièces , comme nous
Favons dit , fe reffemblent fi peu , qu'il eft
impoffible de les comparer. a
La plupart des Scènes du père , dans la
Pièce que nous annonçons, ont de grandes
beautés. On pourroit prefque citer au hafard.
Le Père de Famille a prenant que fon
fils aime la fille d'un Peintre, va voir cet ArDE
FRANCE.. III
tifte , qui ignore les amours de fa fille chérie.
LE PÈRE DE FAMILLE,
" Vous êtes donc réellement heureux ?
LE PEINTRE.
» Comme Artiſte , je le fuis , vous le fa-
» vez ; & , grâces à Dieu , je le fuis davanencore
dans ma maison.
» tage
LE PÈRE DE FAMILLE,
» Vous avez une fille ?
"
LE PEINTRE.
Oui , Monfieur , ma plus grande richeſſe.
LE PÈRE DE FAMILLE.
Fille unique ?
LE PENTAR I..
3
" Ma feule enfant : fa'naillance a coûté la
» vie à ma pauvre femme. Je fuis feul
» fur la terre ; il ne me refte que ma fille ; je
» ne fais même fi je pourrois aimer quelqu'autre
perfonne : elle feule remplit tout
"
mon coeur.
LE PÈRE DE FAMILLE.
!
" Encore fi le bonhear d'être père n'étoit
pas mêlé de tant d'amertumes !
3:0
LE PEINTRE.
Heureux qui peut l'être ! croyez- moi ,
112
MERCURE
» les fouffrances de l'homme font prefque
» toujours bien compenfées .
LE PÈRE DE FAMILLE.
» Avant de mettre une fille à l'abri de la
féduction & de tous les dangers.....
ALE
PEINTRE.
" Ah ! Monfieur le Comte , fa piété pour
» fon père , fes principes , fon coeur ...... h
LE PÈRE DE FAMILLE.
» Un coeur noble est toujours fenfible ; &
» la fenfibilité , le feu d'une jeuneffe .....
#
LE PEINTRET
" C'eft à Dieu , qui a formé fon coeur , à
" le conduire. D'ailleurs , je n'ai jamais em
ployé envers elle la gravité , l'autorité
d'un père : nous fommes amis ; & je fuis
perfuadé que ma fille me confiera fes pre-
32
mières amours. ""
Cette fécurité du Peintre eft intéreffante
pour le Spectateur , qui fait que fa fille porte
dans fon fein le fruit d'un amour malheureux
. Le Père de Famille , plus inftruit , commence
à inquiéter fon coeur paternel , quand
il continue ainfi :
LE PÈRE DE FAMILLE.
Vous connoiffez mieux , ce me femble;
» l'extérieur de l'homme que les abymes du
» caur humain. Croyez que fur un point
DE FRANCE. 113
» auffi delicat
» être inême....
jamais jeune fille - ou peut-
LE PEINTR
» Nous parlions de peinture; comme la
» converfation a tout - à - coup changé !
LE PÈRE DE FAMILLE.
Puifque nous fommes fur ce chapitre,
dires moi , par exemple , fi un homme de
» condition venoit demander la main de
» votre fille , que feriez- vous ?
LE PEINTRE.
1 :
L
„ Je » lui refuferois ma fille ; non que je
croie ma fille digne d'un Roi , mais parce
que l'inégalité des conditions a prefque
» toujours des fuites funcftes ; & favoir ma
Louife malheureufe ! Monfieur , dirois je
au Grand Seigneur qui la demanderoit , fi
c'étoit un homme ordinaire , votre or &
vos honneurs ne rendront pas ma fille
heureufe. S'il étoit digne de mon eftime ,
» je le plaindrois de fa haute naiffance ; mais
il n'auroit point ma fille. Sur ma foi , je
" ne la donnerois pas même à votre fils....."
ود
0.
C'est une idée grande & vraiment dramatique
, que celle de la Scène quatrième du
quatrième Acte. Louife , dans un moment
de délire , a écrit à fon amant qu'elle s'étoit
furpriſe un inftant dans l'affreux projet
d'étouffer dans fon fein le fruit de fon
amour. En la préſence , fon père , qui ne fair
114 MERCURE
rien de fa fituation , montre à fon amant lur
même des deffins , où il repréfente une mère
au déſeſpoir , qui fait périr un fils né d'un
amour illegitime. On fent dans quelle hor
rible fituation fe trouvent alors , & l'amant
qui voit le deffin , & la fille qui entend l'explication
qu'en fait tonti haut fon père dans
les termes les plus énergiques.
L'idée de ramener deux époux prêts à fe
féparer , par le moyen d'un enfant qui ne veut
quitter ni l'un ni l'autre , eft fi fimple , qu'il
femble que tout le monde l'auroit trouvée.
Elle n'a pas moins fourni une Scène des plus
neuves & des plus attendriffantes.
Quant aux caractères , quoiqu'on defire
des motifs plus nobles dans la conduite du
fils aîné , & plus d'intérêt dans celle de , fa
four , les perfonnages en général ont une
phyfionomie très- marquée. Une chole, encore
à obſerver , & qui mérite les plusus grands
éloges , c'eft qu'il n'y a jamais dans cette
Pièce ni emphafe , ni fauffe chaleur , rous
les refforts de l'action font vrais , naturels ;
& l'Ouvrage eft de nature à plaire à ceux
même pour qui le genre du Drame eft le
plus antipathique.
C'eft une de ces Pièces qui font le plus regretter
que les principes Dramatiques des
Auteurs Allemands he foient pas plus analo
gues à ceux du Théâtre François...
( Cet Article eft de M. Imbert. ')
DE FRANCE.
is
LES Hochets Moraux , ou Contes pour
l'Adolefcence , dédiés à Son Alteffe Sérés
niffime Mademoifelle , par M. Monger.
Seconde Partie . A Paris , chez Lambert ,
Imprimeur - Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme.
CB Volume fait fuite à un autre qui a
paru fous le titre de Contes pour la première
enfance, & dont on a parlé avec éloge dans
ce Journal. Cer Ouvrage eft eftimable par
fon objet , & peut être utile à l'éducation de
la jeuneffe . Un Auteur eft d'autant plus
louable de travailler dans ce genre là , qu'il
a befoin, pour y réuffit , d'une fomme de ta
lens qui , tournée vers d'autres objets , obtien
droit plus d'éloges fans en mériter davantage
.

Dans le nouveau Volume qui vient de
paroître , on remarquera une différence fenfible
dans le ton qu'a pris l'Auteur ; c'eft
qu'ayant affaire à l'adolefcence , le ton qu'il
avoit pris d'abord en parlant à la première
enfance , devenoit trop puéril. Il n'y a pourtant
rien qui ne foit à la portée de la claffe
des Lecteurs qu'il veut inftruire en les amufant.
On peut en jager par celui que nous
allons tranfcrire.

L'Ingratitude , Conte
SUR l'animal le plus féroce ,
On fait le pouvoir des bienfaits ,
116 MERCURE
1
Hélas! il eft une âme atroce
Qu'ils encouragent aux forfaits.
C'eft l'âme de l'Ingrat . Enfant de la baffeffe
Et de l'orgueil tout-à -la- fois ,
L'Ingratitude échappe au glaive de nos Lois.
Gémiffons ; mais qu'au moins la haine vengereffe ,
De l'Univers trahi rétabliffe les droits .
Et vous , dont ce monftre perfide ,
Souvent glace & ferme les coeurs ,
Ah! He réfiſtez point au penchant qui vous guide ;
Et , même d'an ingrar foyez les Bienfaiteurs.
Vorzz le bon Bernard , il protège Valère :
Fils ingrat du plus, tendre père ,
On croit que ce Valère avoit cauſé fa mort;
Et cependant Bernard fe charge de fon fort.
Viens , lui dit- il , fuyons cette maudite plage
Où je perds mon ami , toi , ton père & tes biens.
Allons fur un autre rivage
Doubler , par ton travail , & partager les miens..
Mon navire eft tout prêt ; la voile déployée
Nous appelle au Miſſiſſipi :
Et ne plains pas ta peine , elle eft bien employée
Alors qu'on y trouve un ami.
Partons. Les voilà donc , Bernard & fon Pupille.
Livrés au caprice des flots .
Pour un fi bon Patron tout deviendra facile
A fes fidèles Matelots.
Bravant les Forbans & l'orage ,
DE FRANCE. 117
Déjà de deux combats il eft forti vainqueur ;
Mais gravement bleffé , voyez fon Équipage ,
Par les plus tendres foins , exprimer fa douleur.
Tout occupé d'une fortune
Que dévorent déjà les avides regards
Valère indifférent , dans l'alarme commune ,
N'a pourfon Bienfaiteur que quelques froids égards..
Crains plutôt pour les jours , ingrat ! un Dieu propice ,
S'il permet quelquefois le vice ,
Aux vertus garde auffi leur prix ;
Il doit rendre Bernard aux yeux de fes amis .
Toi- même auras encore un père
Pour t'aimer, pour dompter tes coupables defirs.
Cependant le vaiffeau vogue au gré des Zéphirs.
Soudain l'on entend crier terre ,
Et chacun fe livre aux plaifirs.
QU'ELLE cft touchante l'alegreffe
De ces momens délicieux !
Sur le rivage tout s'empreite :
Et le coeur plus prompt que les
yeux ,
Dans les tranfports de fon ivreffe ,
A franchi l'efpace envieux.
Qui lui dérobe encor l'objet de fa tendreffe.
Enfans & vieillards profternés
Béniffent le moment qui finit leurs alarmes ;
窿Et ces rivages fortunés
Sont preflés de leurs bras , arrofés de leurs larmes.
Enfin , le bon Bernard a vû ces toîts chéris ,
118 MERCURE
Dont le travail & l'induſtrie
De fes Nègres nombreux , devenus fes amis ,
Ont fu lui faire une Patrie.
Ce brave homme n'eft point de ces Maîtres cruels ,
Qui , méprifant les droits de l'Humanité ſainte ,
Préfèrent aux foins paternels
Le trifte empire de la crainte.
Auffi , tout réuffit au gré de ſes ſouhaits.
Les Efclaves , pour lui , ne font que des Sujets ,
Qui , recueillant en paix tout le fruit de leurs peines ,"
D'un bon Roi , chaque jour , angmentent les Domaines.
TEL eft le doux afyle où Valère accueilli
Par l'épouſe de fon ami ,
Et leur unique enfant, l'innocente Fanni ,
Loin d'aimer en bon fils fa nouvelle famille ,
Vient, de la défiance & des triftes foupçons ,
Et fur la mère & fur la fille ,
Et fur les Nègres même , épandre les poiſons.
Tout s'aigrit, Mais bientôt l'oeil du père & du maître ,
En rappelant la paix , eut démaſqué le traître,
Le voilà donc le prix de mes foins généreux ,
Ingrat ! lui dit Bernard. Vois tu fur la montagne
Ces grouppes d'Efclaves heureux ?
Ils ont fait d'un défert une riche campagne.
Ceft là que , loin de nous , maître de leurs travaux ,
Tu peux , en ménageaut leur peine & leur repos ,
De tes foins amplement recueillir le falaire,
I
DE FRANCE. 119
Mais ils font mes enfans ; deviens autfi leur père.
Adieu. Ne croyez pas que ces lages avis ,
Par l'imprudent jeune homme auront été ſuivis ;
Hélas ! non. Les fuccès le rendant plus avare
Il double le travail. Cruellement traités ,
Indignés de leurs fers , fes Nègres révoltés ,
Dans le fang d'un mattre barbare ,
>
Alloient venger des maux trop long-temps fupportés.
Bernard accourt , & fa préſence
Fait tomber les poignards. Valère , cette fois
Vaincu par tant de bienfaiſance ,
Sur fon coeur à la fin en reconnoît les droits .
Aux pieds d'un fi bon père , effaçant dans les larmes ,
De toutes les erreurs , le trifte fouvenir ,
Aimable Fanni ! tous vos charmes
Seront peut-être un jour le prix du repentir.
L'AUTOMATIE des Animaux , fuivie de
quelques Réflexions fur le Mahométifme
& l'Agriculture , par un Partifan de Defcartes.
A Conftantinople , & fe trouve à
Paris , chez Cailleau , Imprim.- Libraire ,«
rue Galande.
PARLER de ce qu'on n'entend pas , vouloir
expliquer ce que perfonne n'entend , par
des argumens faux ou inintelligibles ; employer
l'autorité de la révélation & des Pères
de l'Eglife dans des difcuffions phyfiques , &
120 MERCURE
entremêler tout cela d'une vaine déclama
tion : voilà ce qu'a fait l'Auteur de cet Ouvrage.
Nous convenons que fes vûes font
bonnes ; mais nous croyons que la lecture
de fon Ouvrage ne convertira , n'éclairera
perfonne, & qu'elle feroit plus propre à confirmer
dans leurs opinions les adverfaires
qu'il a prétendu combattre .
Les animaux ne fentent rien , fuivant l'Auteur;
un coup d'éperon donné à un cheval ,
un coup de fouet donné à un chien leur fonti
bien produire les mouvemens qui font les
effers de la douleur ; mais le cheval ne fuit
& le chien ne erie que parce que le Créateur
a établi une correfpondance qui s'exécute
par les impreffions faites dans le cerveau &
dans les nerfs de l'animal , puis par le mou
vement des efprits animaux & des muſcles qui
correfpondent à ces premières impreffions.
"
"
"La fuppofition d'une âme dans les bêtes ,
» dit- il , renferme l'existence d'une chofe
inconcevable , & dont nous ne fautions.
» avoir d'idée qui nous la repréſente , &
» par conféquent elle eft fauffe. Qu'on
tranfporte à l'homme ce raifonnement de
l'Auteur ; s'il étoit jufte , où en ferions nous ?
Voici comment l'Auteur répond au ſyſtême
des démons unis aux corps des animaux :
« On voit dans l'Évangile que les démons
chaffés du corps d'un poffédé , demandent
» à Jefus- Chrift la permiffion d'entrer dans
» les corps des pourceaux ; puifqu'il faut ,
» ajoute
DE FRANCE. I2I
ajoute l'Auteur , un miracle pour leur ac
» corder certe demeure , donc elle ne leur
» étoit pas naturelle .
» Les bêtes ont été créées pour nos befoins
& pour nos plaifirs , die Auteur , nous
pouvons tout fur elles , leur faire & les
voir fouffrir la captivité & la mort , .
» parce qu'elles ne fentent ni plaifir ni
» peine ; 2. parce qu'elles ont été créées
pour cela. Ainfi je brife mon violon dèsqu'il
ceffe d'être charmonique j'envoie.
» mon cheval à l'écorcheur quand il a la
jambe caffée , & je noie mon chien quand
» il eft galeux , parce qu'alors je ne retire
plus d'utilité de toutes ces fortes d'inftru-
""
39
"
» mens.w-
Nous ne dirons rien du ftyle ni da ton
qui règne dans l'Ouvrage. Quant aux plaifanteries
ingénieufes qu'il contient , en voici
qui nous ont paru joindre le bon goût à la
délicareffe. L'Encyclopédie eft une vraie tour
de Babel: - Un Concile Encyclopédique n'eft
point un Concile Ecuménique. L'Auteur fair
plus , il s'enflamme , il eft infpiré , il lit dans
l'avenir , & annonce qu'avant un demifiècle
le Dictionnaire Eucyclopédique fervira
à meubler les boutiques des Épiciers . Nous ef
pérons que, pour l'honneur de la Littérature
& de la Philofophie , l'Ouvrage que nous
annonçons n'aura pas le même fort , & qu'il
ira d'âge en âge fervir à l'inftruction & au
bonheur des hommes ; nous le defirons d'au
tant plus , que deux petites differtations qui
Nº. 42 , 16 Octobre 1784. F
722
MERCURE
fuivent celle de l'Automatie , rendent ce Recueil
encore plus intéreffant , comme on va
le voir.
91
"
La première eft fur la Religion Mufulmane
; comme cet objet eft un peu loin de
nous , nous nous bornerons à une citation.
" Le Mahométifme
eft une Religion bef-
» tiale , qui permet ici bas les plus fales vo
luptés ; c'eft une extinction totale de la
foi , un vrai antichriftianiſme
; c'eſt le
prélude du règne de l'ante- chrift ; c'eft un
dont
répertoire de fables & de minuties ,
l'indécence va jufqu'à preferire les règles
de propreté ; c'eft un arfenal d'impiétés.
le
O combien eft fatal l'aveuglement
que
péché originel a répandu fur l'efprit des
» hommes !
و د
"3
» Le démon , qui eft le finge de la Divi-
» nité , voulant s'oppofer au chriftianifme ,
confidéra que l'idolâtrie étoit un ftratagême
ufé , & il inventa le mahométiſme
,
» & c. &c. »
"
"
La feconde differtation traite des avantages
de l'Agriculture. Nous nous bornerons ,
comme pour la précédente , à rapporter une
forte de péroraifon qui donnera une idée de
l'enthoufiafime de l'Auteur .
" Voulons nous rétablir l'ordre , recou-
» vrer le bonheur , relever la fplendeur de
» l'État ? Rien n'eft plus facile. Que MM.
» les beaux efprits , enflés de leur fcience ,
qui ont déjappris jufqu'à celle du catéchifme;
ces efprits forts, qui n'ont pas la force
"
DE FRANCE. 123
"3
de rendre à Dieu leurs hommages , pren-
» nent des biens à ferme ; ils éleveront des
beftiaux , & ne tueront plus les âmes ;
que nos libertins s'adonnent à l'agricul-
» ture , & leur front endurci commencera
à rougir de leur turpitude ; que nos Écri-
» vailleurs à la journée travaillent à la cam-
"
"
"
pagne au lieu de barbouiller du papier ;
» que nos Auteurs Dramatiques étudient
» tout ce qui concerne l'Agriculture. La
claffe trop nombreufe de nos Poëtes fe-
> roit bien mieux de s'occuper à d'utiles défrichemens;
que nos Marchandes de Modes
» exercent leurs talens dans les champs , que
» tous ces gens adonnés aux jeux de hafard
» que ces filles qui font l'opprobre de l'humanité
, & qui font aux gages du diable , mènent
à la campagne une vie laborieufe :
" vous tous , gens défoeuvrés , mélancoliques
, hypocondriaques , évertuez - vous
» un peu au labourage , & vous aurez une
âme forte au- deffus des revers , un coeur
libre & dégagé de paffions , & c. »
"
و د
Après avoir lû cette differtation , on fe
fera sûrement cette queftion : l'Auteur travaille
t'il à la campagne , & paffe - t'il fa vie
aux champs ? Si cela n'eft pas , il a grand
tort d'après les principes ; fi cela eft , pourquoi
trouble t'il fon repos & le nôtre , en
compofant des Livres inutiles à l'Agriculture
? Malgré ce raifonnement , on doit lui
favoir gré de celui ci ; & ce feroit une ingratitude
, après s'être autant diverti à la lec-
Fij
124
MERCURE
ture d'un Ouvrage , de faire un reproche à
F'Auteur de l'avoir publié.
LA Promenade de Province , Nouvelle , avec
les Voyages d'Oromafis dans l'Ifle de la
Bienveillance & dans la Planète de Mercure,
par Mlle P.... A Paris , chez Delalain
Ï'aîné , Libraire , rue S. Jacques.
UN Philofophe cabalifte étoit en commerce
depuis long- temps, avec une aimable
Silphide qu'il avoit immortalifée , & goûtoit
dans cette fociété mille charmes inconnus au
refte des mortels . Une maifon de campagne
à quelques lieues de R ... , ville confidérable ,
étoit le lieu qu'il avoit choifi pour fe retirer
du monde. Un foir la Silphide mène Oromafis
, c'eft le nom du Philofophe , dans la
promenade de R.... , où étoit affemblé tout
ce qu'il y avoit de plus aimable & de plus
intéreffant ; invifibles l'un & l'autre , ils
écoutent les diverfes converfations ; & la
Silphide explique à fon compagnon les noms ,
les caractères , les vices & les vertus de chaque
perfonnage. Ce cadre n'offre rien de
piquant ; la Silphide conduit enfuite le Philofophe
dans la Planète de Mercure . C'eft
dans cette Planète que viennent fe réfléchir,
& fe peindre , fuivant le fyftême de l'Auteur
, tous les defirs & toutes les imaginations
des hommes ; ces agréables fonges que
l'on fait en veillant , ces projets, ces châteaux
que l'on fait en Espagne ; un homme imagine
DE FRANCE. 125
pour s'amufer qu'il eft Monarque ; il donne
audience à des Ambaffadeurs ou marche à la
tête d'une armée ; foudain tout cela eft repréfenté
dans Mercure ; la perfonne vivante ,
parlante , ira s'y peindre au milieu d'une
Cour brillante , ou à la tête d'une armée ,
enfin dans la même pofition où elle s'imaginera
être. Croit on prononcer un difcours ,
on le récite réellement dans Mercure à voix
haute & intelligible . Si l'on s'imagine l'inftant
d'après être dans un jardin , l'armée difparoît
, & des oeillets & des tulippes prennent
la place des Soldats. Ceffe t'on d'imaginer
, tout s'efface , & la place refte vuide.
Ce Voyage eft précédé de la relation de
l'Ifle de la Bienveillance , où l'on trouve -des
deſcriptions agréables , & d'une Anecdote
intitulée les Charmes du Caractère , qu'on
At avec intérêt . Ce volume eft terminé par
quelques Lettres , qui refpirent partout
l'a sour de l'ordre, de la bienfaifance , & de
toutes les vertus qui peuvent concourir au
bonheur de la Société. L'Auteur , qui eft
Mlle P.... , n'a pas eu d'autre vûe en compofant
ce Recueil ; elle avoue que l'amour
de la gloire n'a jamais été fon faible ; le defir
d'être utile à fes femb'ables , l'a feul décidée
à fe poduite au grand jour : la beauté morale
, ajoute Mbe P.... , eft la véritable grandeur
, la véritable nobleffe de l'homme . Se
faffe admirer qui pourra , ajoute- t'elle , pour
Thoi je ferai contente fi , après m'avoir lûe
les hommes fe fenient plus difpofés à fe ché
>
Fiij
126
MERCURE
rir mutuellement . Rien de plus lonable qu'un
fentiment auffi défintéreffé ; & nous croyons
devoir ajouter à l'éloge qu'il mérite , celui .
qui eft dû à un Ouvrage fans mauvais goût ,
dont le ftyle n'offre rien de répréhensible, &
qui doit faire honneur à un fexe qui devient
d'autant plus intéreffant , qu'il cherche à nous
faire aimer la vertu.
·
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Nous ous avons annoncé le fuccès éclatant
du premier Début de Mile Dozon , dans
le rôle de Chimène. Elle a reparu deux autres
fois dans le même rôle , & y a excité
le même étonnement . & les mêmes
tranfports qu'à la première. Il feroit difficile
de n'être pas vivement frappé de la
réunion de talens & de difpofitions précicules
que cette jeune Débutante a développées
dans un premier cflai & dans un
feul rôle.
Sa voix eft étendue , flexible & fonore ;
du plus beau timbre dans les cordes aigues
& moyennes ; d'une égalité & d'une jufteffe
précieufes , & fufceptible , fur tout dans le
haut , des inflexions les plus brillantes à la
fois & les plus fenfibles.
DE FRANCE. 127
Sa manière de chanter n'eft point de pure
mémoire ni d'imitation ; on voit que les
bons principes du chant lui font familiers.
Aucun ornement fuperflu ne lui fait jamais
altérer le véritable caractère d'un air , & le
fentiment de la mefure & du rhythme fe
fait toujours fentir , foit dans les paffages ,
foit dans les mouvemens d'expreffion dont
il eft fufceptible.
On lui a appris l'art trop peu connu de
phrafer avec intelligence le récitatif , de le
varier par les nuances de piano & de forté,
& de le renforcer par les accens declamatoires
qu'il exige , en s'alferviffant fidèlement
aux intonations , telles que le Compositeur
les a écrites.
Ce qu'on doit louer fur tout en elle , c'eft
une prononciation toujours franche & diftincte
, qui même dans les airs de mouvement
ne laiffe pas perdre une feule fyllabe
des paroles. Cette attention on cette qualité
précife eft trop rare ; faire entendre
les fons d'un air fans en articuler diftinctement
les paroles , ce n'eft pas chanter ; c'eft
jouer d'un inftrument , auquel on dérobe ce
qui le rend fi fupérieur aux autres inftrumens
la propriété d'attacher aux fons des fentimens
& des idées. On ne fauroit trop le répéter
, c'eft l'union de la mélodie à la parole ,
qui produira toujours les grauds effets de la
mufique , & qui en fait le plus puiflant
comme le plus aimable de tous les Arts .
Fiv
128 MERCURE
.
Mais ce qu'il y a de plus étonnant dans le
talent de cette jeune Debutante , qu'une première
éducation n'avoit point préparée aux
études du Théâtre , c'eft l'intelligence & la
fenfibilité profonde , la variété & la vérité
des détails qu'elle a mifes dans fon jeu. Sa
phyfionomie , d'une extrême mobilité , rend
avec une égale facilité toutes les impreffions
du plaifir & de la peine , de l'efpérance &
de la crainte , de la fureur & de la tendreffe ;
its geftes , conftamment vrais , ne font ni
prodigués ni exagérés ; & fa voix lui fournit
fans effort les accens que la fituation & les
paroles lui commandent.
Nous ne modifierons ces éloges par aucune
obfervation critique. Il y en auroit fans
doute à faire ; mais il nous paroît trop dur ,
pour un Sujet qui nous donne beaucoup plus
que nous n'avions droit d'atendre , de lui
reprocher ce qui peut lui manquer. La Nature
, en prodignant à Mile Dozon des dons
précieux , ne lui a pas tout donné , & l'art ne
lui a pas encore tout appris. Mais il n'y a
rien qu'on ne doive attendre de les étonnantes
difpofitions , perfectionnées par les
habiles Maîtres qui ont concouru à les développer
& à les diriger. La rapidité des progrès
qu'elle a faits dans le chant & dans l'action
théâtrale , prouve d'une manière éclatante
l'utilité de l'École de Chant , de Danfe & de
Déclamation ,que le Miniftrea fondée au com .
mencement de cette année , ainfi que le bon
DE FRANCE. 129
choix dés Sujets qu'on a mis à la têre de
cette établiflement , defiré depuis fi longpar
tous ceux qui aiment l'Opéra , & s'inté
reffent aux progrès des talens qui le compofent.
C'eft vers le milieu du mois de Juin dernier
, que Mlle Dozon a été préſentée à
l'École de Chant. Les différens Maîtres qui
firent l'ellai de fes difpofitions furent promp
tement & vivement frappés des efpérances
qu'on devoit en concevoir , & concoururent
à l'envi à les développer &les mettre en valeur.
Son zèle , fa docilité naturelle & ume extrême
facilité ajoutoient encore à l'intérêt qu'elle
leur infpira. Les leçons de danfe qu'elle recevoit
de M. Deshayes , étoient fuivies de
celles de M. Donadieu , qui formoit fon
corps à des mouvemens plus libres , plus
faciles , plus affortis à la Scène. M. Molé ,
chargé de lui enfeigner les principes de la déclamation
& de l'action théâtrale , a prouvé ,
par le fuccès de fes foins, tout ce qu'on doit
atrendre d'un grand Comédien qui réunit l'ef
prit au talent , & la réflexion à l'expérience.
L'art deffaifir le caractère d'un rôle , d'en marquer
toutes les nuances & d'en conferver l'unité
; de phrafer le récitatif; de refpirer à propos
; de placer les accens déclamatoires fur les
mots & les fyllabes indiqués par les paroles ;
de diftinguer dans une Scène ce qui eft
action ou fimple détail ; de donner aux
différentes affections de l'âme la modifica-
F v
10 MERCURE
tion d'organe qui lui eft propre ; de favoir
écouter , d'être toujours à la Scène , & de
conferver dans les filences cette impreffion
de chaleur & d'intérêt qui lie dans le dialogue
ce qui précède à ce qui fuit ; de bien placer
& de varier les geftes fans les prodiguer ; de
mettre enfin de l'harmonie dans tous les
mouvemens du corps , du vifage & de la
voix ; cet Art fi compliqué , trop peu connu
au Théâtre même , qui doit en offrir les
inodèles , l'eft encore bien moins au Théâtre
Lyrique , où il n'eft qu'acceſſoire . La facilité
avec laquelle on applaudit fi fouvent
des mouvemens & des tons faux lorfqu'ils
font exagérés avec art , prouve combien le
Public , aina que les fujets de l'Opéra , a
befoin d'être éclairé fur les principes de la
bonne déclamation ."
Mais la déclamation propre à la Tragédie
récitée , n'eft pas celle qui convient à la
Tragédie chantée ; c'étoit aux Maîtres chargés
d'enfeigner aux Élèves l'art d'affocier le
Chant à l'action théâtrale , à modifier les
principes généraux , & à apprendre à Mile
Dozon à exécuter en chantant ce que M.
Molé ne pouvoit que lai indiquer. MM. de
la Suze & Pillot ont été chargés de ce
foin, & s'en font acquittés avec le même zèle.
Le premier , l'un des Maîtres du Théâtre à
l'Opéra , eft de la plus grande utilité à ce
Spectacle par fon zèle , fon expérience & fes
talens ; le fecond , ancien Penfionnaire de
DE FRANCE. 131

l'Opéra , s'y eft diftingué autrefois dans les
premiers rôles de haute- contre . Mais les fecours
que Mlle Dozon a trouvés dans l'Académie
Royale de Mufique , avoient été précédés
& préparés par les leçons de M. Laïs ,
qui , le premier , a connu & développé les
rares difpofitions de cet étonnant Sujet : il
lui a non-feulement appris les élémens de la
Mufique , mais elle lui doit auffi le bon goût
de Chant qu'elle a montré , & depuis deux
ans entiers il lui a donné des foins affidus qui
méritent la reconnoiffance de l'Académie
Royale de Mufique.
Nous invitons cette jeune & intéreffante
Actrice à profiter de tant de fecours
réunis , à ne pas fe laiffer enivrer par les
applaudiffemens flatteurs qu'on lui a prodigués.
Si le Public s'enthoufiafine volon-
-tiers pour les talens nailfans qui lui promettent
de grands plaifirs , il fe refroidit
aifément pour eux quand ils ne rempliffent
pas les efpérances qu'ils ont données : l'éclat
même de fon fuccès doit l'engager à redoubler
de travail & d'efforts ; car ce n'est que
par des progrès marqués qu'elle pourra
non feulement augmenter , mais même
foutenir l'opinion qu'on a conçue de fes
moyens & de fes talens.
F vj
132 MERCURE
2
VARIÉTÉ S..
LETTRE aux Rédacteurs du Mercure.
MESSIEURS ,
Voici quelques Recherches fur la Vie & les
Ouvrages du célèbre Métaftafe , de l'Édition duquel
vous venez d'annoncer la dernière Livraison . Lorfqu'un
Écrivain mérite notre admiration , nous ne
fommes pas fâchés d'apprendre quelque chofe de
fon Hiftoire; & pour peu que la Préface d'un Livre
contienne quelques particularités de ce genre , j'ai
toujours vu qu'on les lifoit avec autant d'intérêt que
de curiofité Vos Lecteurs ne peuvent manquer de
s'intéreffer aux détails les plus minutieux , quand ils
ont pour objet un homme tel que Métaftafe , dont
les Écrits font connus depuis Lisbonne juſqu'à Pétersbourg
.
Pierre Bonaventure Trapaffì , né à Rome le 3
Janvier 1698 , eut le bonheur d'être admis fort
jeune encore dans la maifon de Gravina , célèbre
Jurifconfulte & Littérateur éclairé . Il lè dut à fes
difpofitions précoces & furnaturelles pour la Poéfie.
Il nous l'apprend lui - même dans une Lettre au
Comte Algarotti . « Vous me demandez quelques-
» uns des vers que j'improvifois dans ma pre-
» mière jeuneffe . Comment vous obéir ? Je ne dif-
* Elles font tirées d'une Brochure fur Métaftafe écri ca
Allemand par M. J. Retzer.
DE FRANCE. 133
conviendrai pas que j'ai montré un goût particu-
» lier & un talent décidé pour l'harmonie & la ver-
» fification dans un âge affez prématuré , c'eſt- àdire
, entre dix & onze ans , & que cette espèce
de phénomène frappa tellement mon Maître, qu'il
» me regarda & me chérit dès - lors comme une
plante digne d'être cultivée par des mains auffi
habiles. Jufqu'à feize ans il me fit toujours parler
d'impromptu fur toutes fortes de fujets , comme
» le pratiquoit Gorgia Léontino . Dieu fait com-
» ment je m'en acquittai , Rolii , Vanini & le Chevalier
Perfetti , tous gens d'un âge mûr , furent
» les plus diftingués de mes interlocuteurs. »
A
ג כ
Gravina , qui dès - lors lui tint lieu de père , au
lieu du nom de Trapaffi , lui donna celui de Métaftafe
, qui, en langue Greque, a la même fignihcation ;
mais il ne s'en tint pas à cet ufage de fon temps ;
il le familiarifa avec cette Langue , comme la première
fource du bon goût & de la bonne Littérature.
Cependant il le deftinoit à la Jurifprudence ,
penfant , d'après fa propre expérience , que fon
Élève pouvoit acquérir dans cette carrière de la
célébrité & une existence honnête ; mais Trapaffi ,
fans négliger abfolument cette Science , fe livra à
fon penchant pour la Poéfie , impulfion irréſiſtible
quand elle provient du génie , & bien différente
de celle qu'on voit naître trop fouvent d'un amourpropre
déraisonnable. n'avoit encore que quatorze
ans lorfqu'il , compofa la Tragédie intitulée :
Il Giußino , an ſujet de laquelle il s'exprime ainfi
dans une Lettre à un de fes Éditeurs. ec J'aurois
fouhaité qu'on n'eût pas inféré dans l'Édition de
Paris quelques morceaux qui ſe reffentent trop
» de ma première jeuneffe , fur-tout la Tragédie
× de Giufiino , que j'ai compofée à l'âge de quatorze
ans , lorfque , guidé , par l'autorité de mon
134 MERCURE
לכ
» illuftre Maître , je n'ofois m'écarter en rien de fa
plus fcrupuleufe imitation des Grecs . » Ce jeune
Poëte étoit né pour créer , pour s'élever de luimême
, & non pas pour fe traîner fur les pas de fes
prédéceffeurs.
לכ
-30
ל כ
En 1717 , Gravina l'inftitua fon héritier par fon
teftament conçu en ces termes : « Je lègue à ma
» mère , Anne Lombarde , tous les biens que je
pofsède en Calabre , & tous les autres à Pierre
Trapaffi , dit Métaftafe , jeune homme de la
plus grande efpérance , & mon Élève , & c. » Par
cette fucceffion Métaſtaſe , à dix- neuf ans , âge où la
plupart des gens à talent , tourmentés par l'inquiétude
de leur fubfiftance , ſe croyent trop heureux
de facrifier une partie de leur vie pour mettre
l'autre à l'abri de l'indigence , fe trouva dans un
état d'aifance qui lui permit de s'abandonner tout
- entier à fon goût pour la Poéfie.
*
C'eft par la Didone Abandonnata , repréſentée
pour la première fois à Naples en 1724 , avec la
mufique de Sarro , qu'il commença une carrière
qui devoit lui acquérir tant de gloire. L'Opéra , à la
perfection duquel tous les Arts femblent concourir
à l'envi , malgré la protection & la munificence des
divers Princes d Italie , m'étoit , depuis 1600 , temps
auquel Rinuccini paffa pour en être l'inventeur ,
qu'un fpectacle difpendieux où pour citer deux
vers ignorés ,
Les Vers , la Danfe & la Mufique
Formoient de cent plaiſirs un ennui magnifique.
C'étoit , felon l'expreffion de Saint Évremond , un
travail bizarre de Poésie & de Mufique , où le
Poëte & le Muficien également gênés l'un par
l'autre , fe donnoient bien de la peine pour faire un
mauvais Ouvrage. Mais pour l'homme de génie, it
DE FRANCE. 135
n'eft point de genre qui ne foit fufceptible de perfection
, & les Tragédies de Métaftafe femblent
avoir porté celui de l'Opéra à fon plus haut degré.
Ces Pièces , dit M. de Voltaire , font pleines de cette
Poéfie d'expreffion & de cette élégance continue qui
embelliffent le naturel fans jamais le charger. La
belle Scène entre Titus & Sextus , & le Monologue
qui la fuit dans la Clemenza di Tito, prouvent qu'un
grand Poëte peut mettre même dans un Opéra les .
plus grandes beautés. Ces deux Scènes , felon M.
de Voltaire , font dignes de Corneille quand il n'e
pas déclamateur , & de Racine quand il n'eft pas
foible.
En 1729 , il fut appelé à Vienne. Apoftolo Zeno
n'y contribua pas peu ; il fe démit même volontairement
du titre de Poëte Impérial. Loin d'être fufceptible
de cette baffe envie qui fait regarder un
Concurrent dans la carrière Littéraire comme un
ennemi déclaré , dont le mérite eft un crime impardonnable
, il propofa Métaftafe pour fon fucceffeur
, procédé qui lui fait peut- être autant d'honneur
que tous les Ouvrages. Malgré fes talens & fa répu
tation , Métaſtaſe , méconnu dans fa patrie , où il ne
put obtenir un Bénéfice qu'il follicitoit , s'attacha à
l'Empereur , qui lui accorda en 1730 une penfion de
quatre mille florins . Il fe logea à Vienne , chez M.
Martinès , Maître des Cérémonies de la Nunciature
, dans la familie duquel il a vécu pendant cinquante
trois ans.
A cette époque , entièrement voué au fervice de
Charles VI , il ne fe donna point de fêtes à la Cour
qu'il ne les embellit de quelques-uns de fes Ouvrages
; & malgré leur extrême magnificence , on
ne le fouvient aujourd'hui de toutes ces fêtes que
par les vers de Métaſtaſe .
La Cour de Vienne & celle de Madrid s'empref
sèrent à l'envi de le combler de préfens. Il a ton136
"MER CURE
A
jours joui d'une faveur diftinguée auprès de
Charles VI & d'Elifabeth . Les dons fréquens de
Marie- Thérèfe , accompagnés de témoignages écrits
d'une véritable eftime qui en relevoient la valeur ,
démontrent affez combien la Princeffe apprécioit
les talens du Poëte. Il en reçut une preuve très- flatteufe
lorfqu'il eut compofé le joli Drame Gli Affetti
Generofi , qui devoit être chanté par les Archi-
Ducheffes , mais dont la repréfentation fut empêchée
par la mort de la première époufe de l'Empereur.
Après la mort de François I , lorfqu'il fit les
Stances intitulées : I Voti Pubblici , il reçut une
tabatière garaie de diamans , fur laquelle étoit le
portrait de la Souveraine , avec un billet très gra ..
cieux , dont la fin étoit l'affignation d'une penfion
de douze cent florins au- delà de fes appointemens.
Quand une indifpofition l'obligea de faire préfenter
à l'impératrice- Reine , par M. Martinès fon
ami , les vers fur Schombrunn , S. M. donna à
celui- ci une bague de brillans avec fon chiffre , &
envoya à Métaftafe une tabatière ornée auffi de fon
chiffre en brillans , dans laquelle étoit renfermé un
petit billet qui marquoit la part qu'elle prenoit au
rétabliffement de la fanté de fon ancien Maître.
A l'occafion des deux Opéras Il re Paftore &
Eroe Cinefe , qui furent repréfentés tous deux par
des Seigneurs & des Dames de la Cour , l'Impératrice
lui fit porter un chandelier d'or à écran , en lui
recommandant gracieuſement de s'en fervir pour
-conferver fes yeux.
Pour la Felicita Pubblica , il reçut de S. M. un
porte- fe ille de chagrin avec fon propre nom garni
sen diamans , furmonté d'une couronne de laurier
garnie auffi en diamans. Au bout du porte- crayon
-étoit attaché un fort gros brillant.
- Le Roi d'Espagne , Ferdinand VI , admirateur
DE FRANCE. 137
paffionné de Farinelli , envoya à Métaftafe une
caffeute garnie de tout ce qu'il faut pour écrire ,
mortée en or , avec le portrait & le nom du Poëte
placés deffus dans un écuffon du même métal ; &
en 1752 ce Prince lui fit remettre par fon Ambaffadeur
à Vienne , une grande boete d'or & quatre,
pareilles en argent , dont chacune contehoit envi-
Ion quinze livres de tabac d'Espagne , en reconnoiffance
de l'Opéra l'Ifola Difabitata , compolé
exprès pour S. M.
Jofeph II , qui a hérité de fon augufte Mère du
defir infatigable de rendre fes Peuples heureux ,
fembloit aufli avoir hérité d'elle de fon eftime pour
Métaitafe. Ce paffage d'Horace ,
Principibus placuiffe viris non ultima laus eft ,
peut lui être appliqué à tous égards. Les circonftances
lui procurèrent l'honneur de recevoir dans
fes derniers momens une vifite du grand Duc de
Ruffie , qui, par fon amour pour les Arts & pour les
Sciences , fe montre le digne Fils d'une Souveraine
qui , de la même main dont elle terraffe fes ennemis,
élève dans fon Empire des Monumens à Pierre- le
Grand & à Voltaire.
Métaftafe conferva jufqu'à l'âge le plus avancé
l'ulage de tous fes fens ; il lifoit & écriveit fans
luneties. I n'eut jamais de maladie grave . Cepen
dant , depuis 1741 , il fe plaignit fouvent dans fes
lettres de tiraillemens de nerfs & d'attaques d'hypocondrie
, qui néanmoins n'ir fluèrent pas fur la gaîté
naturelle Il dut la fanté la plus longue & la plus
conftante , au train de vie le plus réglé . Il obfervoit
toujours la même heure pour fon lever , fes repas
& fon coucher. La précifion & l'ordre étoient pouffés
jufqu'au fcrupule dans toutes fes actions Il'avoit
coutume de dire en riant qu'il ne craignoit l'enfer
que parce que c'étoit un lieu , ubi nullus ordo , fed
138 MERCURE
fempiternus horror inhabitat . Il avoit des heures
réglées pour écrire fes lettres & faire des vers , heures
qu'il obfervoit ponctuellement.
Il paffoit toutes fes foirées dans la même maifon
; il alloit voir tous les jours Mme la Comteffe
Althaan , née Princeffe Pignatelli . Il avoit auffi
une étroite liaiſon d'amitié avec M. le Comte de
Canal & le Baron de Hagen.
Son goût pour les Anciens s'accrût avec la folidité
de fon efprit , & dura jufqu'à la mort. Il en
recommençoit la lecture par ordre chronologique à
mefure qu'il les avoit lûs . Il avoit une mémoire heureufe,
& ne la perdit point dans fa vieilleffe . Il récitoit
encore prefque tout Horace par coeur ; c'étoit
fon Auteur favori.
Il apportoit à l'exercice de fes devoirs chrétiens
la même exactitude qu'à fes autres actions ....
Vrai Philofophe dans fa conduite , il ne fit jamais
fervir fa gloire littéraire à s'acquérir des diftinctions
civiles. Lorfque Charles VI lui offrit de
le créer Comte , Baron , ou Confeiller de la Cour, il
Jui demanda la grâce de refter toujours Métaftafe ;
& lorfque depuis , Marie - Thérèſe lui fit demander
s'il lui faifoit plaifir de porter la petite Croix de
S, Étienne , il s'excufa fur fon âge , qui ne lui permettoit
pas d'atlifter aux Fêtes ni de jouir des prérogatives
de l'Ordre .
Par un prodige inoui en Littérature , il a obtenu
pendant quatre - vingt ans une eftime fi univerfelle
, qu'aucun Critique n'ofa jamais attaquer fa
gloire , de forte qu'il a paffé fes jours dans un calme
continuel , & que , d'après le fouhait d'Horace , il a
joui de la vieilleffe la plus heureufe.
Frui paratis , & valido mihi
Latoë, dones ; ac precor , integra
Cum mente nec turpem fenectam
Degere , nec citharâ carentem.
DE FRANCE.
་ 39
Enfin , le 2 Avril 1782 , il fut attaqué d'une fièvre
qui pendant huit jours le priva de l'ufage de la raifon
; il la recouvra néanmoins pour remplir avec
toute la préfence d'efprit poffible les derniers
devoirs d'un Catholique ; & le mal augmentant toujours
, il inourut le 12 Avril âgé de quatre- vingtquatre
ans & trois mois , fans donner aucun figne de
douleur , comme il arrive communément dans an
âge auffi avancé.
J'ai l'honneur d'être , &c. DE SAINT - ANGE .
ANNONCES ET NOTICES.
PETITE
ETITE Bibliothèque des Théâtres , Nº . 11. A
Paris , au Bureau de la Bibliothèque des Théâtres ,
rue des Moulins , butte S. Roch , Ѻ. 11 .
Ce volume renferme quatre Opéras de Quinault :
les Fêtes de l'Amour & de Bacchus , le premier
Opéra qu'ait fait repréfenter Lully , après avoir eu
de l'Abbé Perrin le privilège de ce fpectacle , que
ce dernier avoit obtenu en 1669 ; Cadmus &
Hermione , le premier Opéra que Lully ait mis
en mufique ; Alceste , qui a été fouvent repris ,
& Théfée , l'un des meilleurs Ouvrages de fon
Auteur . A la fin de chaque Opéra , les Rédacteurs
ont fait graver quelques airs ; enfin on ne fauroit
montrer plus de zèle pour perfectionner une entre
prife uile. A la tête de chaque Pièce , on recueille
avec foin les anecdotes relatives à la Pièce même ou
à l'Auteur. Par exemple , au fujet des Fêtes de l'Amour
& de Bacchus , on raconte que le Roi , qui avec toute la
Cour, devoit danfer dans cet Opéra , s'impatientoit de
ce qu'on n'étoit pas prêt à commencer ; il envoya plufieurs
ordres pour qu'on fe hâtât ; & enfin on vine
140 MERCURE
dire à Lully que le Roi étoit fort en colère de tant de
lenteur. Lully , plus occupé de fes apprêts qu'effrayé
de cette menace , répondit avec beaucoup de flegme :
« le Roi eft le maître , il peut attendre tant qu'il lui
» plaira. »
HISTOIRE Naturelle , Phyfique & Médicinale
de l'Homme, 4 vol. in- 8 ° . feconde Edition , par M.
Buc'hoz , Auteur de différens Ouvrages Économię
ques. Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , la
première porte-cochère au-deffus du Collège d'Harcour,
Le Recueil des Ouvrages de M. Buc'hoz eft im-
-menfe , & plufieurs font fouvent réimprimés .
MEMOIRES fur les différentes manières d'adminiftrer
l'Electricité; & Obfervations fur les effets
qu'elles ont produits , par M. Mauduyt. Extrait des
Mémoires de la Société Royale de Médecine ; imprimé
par ordre du Roi. A Paris , de l'imprimerie
Royale , & fe trouve chez P. Théophile Barrois le
jeune , Quai des Auguftins .
L'objet de cet Ouvrage eft très - utile ; la réputation
de M. Mauduyt denne un préjugé favorable fur la
manière dont il eft traité , & ce préjugé eſt juſtifié
par la lecture de l'Ouvrage même.
QUATRE Eftampes , représentant les Quatre
Saifons , delfinées par Dardel , gravées par Legrand,
A Paris , chez l'Auteur , rue du Plâtre S. Jacques ,
No. 13 .
Ces quatre Gravures fe vendent 6 liv, en couleur ,
& 3 liv. en rouge.
LE Prendra- t'elle ? Eftampe gravée d'après C. G.
Erneft , par Mlle Papavoine. A Paris , chez l'Au
DE FRANCE. 141
teur , rue Baillif , au coin de celle des Bons- Enfans ,
à côté du Vitrier.
PORTRAIT de M. Blanchard , premier Auteur du
Bateau Volant , né à Andely , en Normandie , le
4 Juillet 1763. Prix , 12 fols . A Paris , chez Mile
Noël , Marchande d'Eftampes , rue Dauphine , près
pont
le neuf.
Ce Portrait eft dans la manière noire.

SUPPLÉMENT Qux différentes Editions du Dictionnaire
Hiftorique , ou Hiftoire Abrégée de tous
les Hommes qui fefont fait un nom par des talens
des vertus , des forfaits , des erreurs , &c. depuis le
commencement du mondejuſqu'à nos jours , par une
Société de Gens de Lettres. Extrait de la cinquième
Édition , revue , corrigée & augmentée de deux
volumes. 2 vol. in 8. Prix , 8 liv . en feuilles . A
Caen , chez G. Leroy , Imprimeur du Roi , rwe
Notre- Dame & à Paris , chez Belin & Delalain le
jeune , Libraires , rue S. Jacques ; Lejay , rue Neuve
des Petits-Champs ; Hardouin , arcades du Palais R. ,
& les autres Libraires de Paris ; à Versailles , chez
Blaizot , & chez les principaux Libraires de la Province.
On fait que ce Disionnaire Hiftorique a toujours
eu le plus grand fuccès . Le débit qui s'en eft fait ,
& la nature même de l'Ouvrage ont néceffité les réimpreffions
& lés changemens. L'Imprimeur a cru devoir
donner un Supplément , qui devient abſolument
néceffaire à ceux qui n'ont pas la nouvelle ,Édition ;
il eft digne du corps de l'Ouvrage , & ne peut
qu'ajouter à fon fuccès & à fon utilité.
LETTRE à M. Deflon. A Glafcow , & fe trouve à
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
142 MERCURE
·
M. le Comte de Fontette Sommery , Auteur
de cette Lettre , entreprend non-feulement de juftifier
MM. Mefmer & Deflon de leur refus de publier
leur fecret , mais même il veut accorder enſemble &
la fcience de M. Deflon & les proteftations de M.
Meſmer; nous croyons tout cela bon dans un petit
Écrit où l'on ne cherche ni à établir des principes , ni
à les développer , & auquel on ne met d'autre prétention
que de rendre hommage à une invention nouvelle
dout on a reffenti ou dont on croit avoir reffenti
de bons effets ; ce que l'on trouvera au moins de
très-flatteur pour MM. Mefiner & Deflon , c'eft de
fe voir comparer à Newton & à Léibnitz : ils ont
bien dû dire l'un & l'autre , en lifant cet Écrit:
Ami , c'eſt un excès de gloire
Auquel je ne m'attendois pas.
OEUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot , douzième Livraiſon , douzième
Volume de la Collection , & premier Volume des
Cuvres mêlées in 8 ° . & in- 4 ° . , papier double
d'Angoulême , de Hollande & vélin.
Les Vies des Hommes illuftres font entièrement
imprimées , & forment les fept premiers Volumes :
les Morales forment les quatre fuivans . Les OEuvres
mêlées formeront trois Volumes , dont nous annonçons
le premier, & dont le fecond paroîtra dans le
cours du mois prochain.
On foufcrit pour cet Ouvrage ( toujours auffi
bien foigné & auffi bien exécuté ) à Paris , chez
J. Fr. Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe , Place S.
Michel , & chez tous les principaux Libraires du
Royaume.
LE Baifer ou la bonne Fée , Comédie en trois
Actes & en vers, repréfentée au Théâtre Italien le
26 Novembre 1781 , mife en mufique par M. ChamDE
FRANCE. 143
pein. Prix , 12 livres. Les parties féparées 2 livres. A
Paris , au Bureau du fieur Lawalle- Lécuyer , Marchand
de Mufique , Cour du Commerce , Faubourg
Saint Germain .
C
Des paroles écrites avec grâce , de la Mufique
d'un bon ftyle diftinguent cette production . On n'a
point gravé la Partition complette , mais feulement
le premier Violon , le Chant & la Baffe. Si d'un
côté les curieux de Partitions y perdent un moyen
d'étude , de l'autre , le plus grand nombre y gagne
T'avantage du bon marché, puifqu'on a pour 12 liv.
un Opéra en trois Actes. Les parties féparées complettent
l'Ouvrage.
-
-
-
TROIS Sonates pour le Clavecin , par M. Muzio
Clementi , Euvre X. Prix , 4 liv, 4 fols. Six
Sonates pour le Clavecin, avec Accompagnement de
Violon , par M. Gueft . Prix , 9 liv . Six Sonates
pour le Clavecin , avec Accompagnement de Violon ,
par M. Bertoni . Prix , 7 livres 4 fols. Trois
Sonates pour le Clavecin , avec Accompagnement de
Violon , par M. Schulthéfus. Prix , 4 liv. 4 fols. A
Paris , chez Imbault , rue & vis-à - vis le Cloître
Saint Honoré , maifan du Chandelier , & Siéber ,
rue Saint Honoré , entre celles d'Orléans & des
Vieilles- Étuves , nº . 92.
DEUX Duos : le premier pour deux Harpes , le
feccnd pour Harpe & Violon obligé , par M. Mayer.
Prix , 7 livres 4 fols . A Paris , chez l'Auteur , -rue
Neuve des Capucins , Chauffée d'Antin , hôtel de
Choifeul , & Naderinan , Luthier , rue d'Argenteuil
, Butte Saint Roch .
Six Duos dialogués pour deux Violons , par M.
de Beauclair , Muficien ordinaire de la Mufique du
144
MERCURE
Roi , OEuvre III . Prix , 7 liv . 4 fois . A Paris , chez
Leroy , Marchand de Mufique , Place du Palais
Royal , au Café de la Régence .
-
SONATA, &c. pour le Clavecin & Violon obligé,
par M. Albertini. Prix , 2 livres 8 fols. Ariettes
& Romances , avec Accompagnement de Guittare ,
par M. Salivas. Prix , 4 livres 4 ſols . A Pans , chez
Cornouailles , rue Saint- Julien - le-Pauvre , n° . 3 ; &
à Lyon , chez Caftaud , Libraire & Marchand de
Mufique , Place de la Comédie.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Mufique & des Livres nouveaux
Couvertures..
> voyez
les
TABL E.
L'Ombre de M. de Gébelin Les Hochets Moraux 115
97 L'Automatie des Animaux , 119
La Promenade de Province ,
99
Invitation de la Loge des Neuf
Soeurs ;
Envoi d'Hurluberlu , ib.
Charade , Enigme & Logogry
phe ,
ΙΟΙ
124
Académie Rey . de Mufiq. 126
Lettre aux Rédacteurs du Mercure
,
Nouveau Théâtre Allemand , Annonces & Notices ,
132
139
1941
J'AI la
AP PROBATION.
I la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Octobre, de n'y ai
rien trouvé qui paille en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 15 Octobre 1784. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI
23 OCTOBRE
1784
.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. le Comte DE LA TOURAILLE.
JEE venois chez vous réclamer
Le don d'une Épître charmante ,
Où votre Art fait nous faire aimer
Cette raison qui nous tourmente.
Vous avez répandu des fleurs
Sur un fujet affez aride ,
Et réuni pour vos Lecteurs
Le brillant avec le folide.
Vous n'imitez point les Auteurs
Qu'un caprice ignorant décide
A nous confier leurs fadeurs
Sans avoir connu les Neuf- Soeurs
N°. 43 , 23 Octobre 1784. G
146 MERCURE
Ni la fontaine Aganippide ;
Mais avec vos talens flatteurs ,
Si l'on avoit vos moeurs aimables ,
On verroit parmi nos Rimeurs
Moins d'impertinens raisonneurs
Et plus d'Écrivains raisonnables,
( Par un Abbé.)
COUPLET chanté
par
CAROLINE ,
à Mme P *** , fa Maman , le jour de
fa Fête.
AIR de Florine : Ce fut par la faute du fort.
Deux jeunes Plantes , en ce jour
Que leur rend fi cher la Nature ,
Voudroient bien payer ton amour
Des foins donnés à leur culture.
Pauline eft déjà fleur , dit-on ,
Je ne fuis pas encore éclofe ;
Mais ne faut-il pas un bouton
Pour donner du prix à la roſe ?
Tiré de l'Ami de l'Adolefcence. Il en paroîtra inceffamment
trois Cahiers à la fois , que la liaiſon des matières n'a
pas permis de féparer.
DE FRANCE. 147
L'ANATOMISTE Dupé , Conte.
NAGUÈRE un Profeffeur en l'Art Anatomique ,
Marchandoit en prifon certains gaillards Anglois ,
Défignés par Thémis , pour prix de leurs beaux faits ,
A figurer fous peu dans la place publique...
On
peut fe vendre alors , c'eft la mode chez eux.
Lé Docteur méfoffroit ; ils étoient loin de compte.
Vingt fchellings Ah ! Docteur , n'avez-vous pas
» de honte ?
CC
-33
-
Quel eft celui de nous qui ne vaut trois fois mieux ?
» Meffieurs , les temps font durs..... Après mainte

réplique :
» Docteur , dit l'un d'entre eux , tenez , achetez-moi ;
93
"
ɔɔ
ود
La potence eft pour
Ipour tous , & chacun eſt foi
Comptez vos vingt (chellings , vous aurez ma pra-
30
tique.
Les voilà . Marché fait , il falloit vous tenir
Lui dit-on en chorus ; vous êtes un faux- frère ,
" Vous auriez eu le double , on le voyoit venir ;
» C'eft gâter le métier. Fi ! pour une misère
>>
*
Un garçon comme vous , bien nourri , bien muſclé,
Vingt- fchellings ! .... Taifcz- vous , dit l'autre avec
» mystère ,
» Taifez-vous ; c'eft tout gain , je dois être brûlé. »
( Par M. Dorfeuille. )
Gij
143 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
mor
E mot
de
la
Charade
eft
Chiendent
;
celui
de
l'Enigme
eft
les
Cifeaux
; celui
du
Logogryphe
eft
Peintre
, où
l'on
trouve
épine
,
ire , nitre
, rien
, Épire
, été , pin
, pinte
,
tien
, pinter
, rente
, peine
, pente
, Epitre
Reine
, entre
, être
(verbe
) , être
( fubftantif
) ,
entier.
Dis
CHARA D E.
ès que Janus ferme fon temple,
Les Héros courent mon premier.
Blanchard avoit promis qu'il feroit mon dernier.
Mon tout lui donne un bel exemple.
(Par M. le Marquis de Fulvy. )
ENIGM_E.
DANS ma prifon toutes les Belles
Fortent avec plaifir leurs fers pendant le jour ;
Je contiens jufqu'aux plus cruelles
Et ne fuis pourtant pas l'Amour ;
Car ces charmantes prifonnières
Me déteftant dès qu'il eſt nuit ,
DE FRANCE. 349
Pour fortir du cachot en forcent les barrières
JE
Et me laiffent aux pieds du lit.
LOGOGRYPHE.
E fuis un , je fuis trois , je fuis fix , je fuis plus ;
Selon que l'on voudra je ferai davantage ;
Jamais je ne caché mon âge,
Ou jeune ou vieux ; le pourrois-je au furplus ?
Il eft écrit fur -mon vilage.
Comme on me dit forti d'endroit obſcur ,
Je ne chercherai pas à vanter ma naiffance,
On ajoute d'ailleurs que je fuis un peu dur ,
C'eft le défaut de la Finance ;
Mais je vanterai ma puiffance .
Quiconque m'a , peur tout , Lecteur ; & je fuis sit
Que malgré mes défauts tu chéris ma préfence.
Combien de gens , traités en bons amis ,
Ont abuſé de moi , fe font cru tout permis.
Ce font des foux que j'abandonne.
Ne m'ont ils plus ? Ils ne trouvent perſonne ;
Ils font chaffés , ils font honnis.
Malgré mon grand pouvoir , je ſuis des pois petits ;
Je n'ai que trois pieds ; mais mon frère ,
Supprimant de fon baptiftaire
L'augufte nom qu'il poſsède aujourd'hui ,
N'en a que deux , à moi pourtant on le préfère.
Si , pour me rendre égal à lui ,
Giij
150 MERCURE
Tu m'en retranchois un , prends - y bien garde , &
fache
Qu'il faut qu'à tous les yeux à l'inſtant je me cache.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS qui a obtenu l'Acceffit au
jugement de l'Académie des Sciences, Belles
Lettres & Arts de Befançon, en 178 ,, fur
cette queftion : Le Luxe détruit- il les moeurs
& les Empires? par M. P. N. Duvignau ,
Avocat & Procureur au Parlement de
Bordeaux.
LA queftion propofée par l'Académie de
Befançon , eft fans doute une des plus belles
que la Philofophie puiffe agiter, & malheureu
fement une des plus difficiles que les Philofophes
puiffent réloudre. Il y a plus d'un demifiècle
qu'on la difcute tous les jours dans les
Ouvrages , & cependant le luxe fait tous les
jours de nouveaux progrès chez les Nations :
par tout l'induftrie des particuliers & l'activité
des Gouvernemens s'occupent à étendre , le
commerce, à perfectionner les Arts agréables,
dont l'effet naturel eft d'étendre & de multiplier
les jouiffances du luxe. On croit voir
des malades qui demandent avec inquiétude
fi l'opium eft un poifon , & qui en prennent
chaque jour de plus fortes dofes , en attenDE
FRANCE. 151
dant que les Médecins décident fi l'opium
donne la vie ou la mort.
On a beaucoup parlé du luxe dans l'antiquité
; mais fes influences n'y ont guères été
le fujet d'un problême. Là , les Moraliftes le
condamnoient , les Légiflateurs le profcrivoient
, les Peuples le redoutoient ; & lorfqu'on
ne pouvoit s'en défendre , on s'y livroit
comme à un vice , fans fonger à en faire
l'apologie. Prefque toute l'antiquité a parlé
comme Caton , dans le Difcours fublime
fur la Loi Oppia ; Tibère même , en s'oppopolant
aux Edyles qui demandoient des Loix
contre le luxe , n'ofa point en faire l'eloge
dans ce Sénat où , au milieu de tous les vices
du fiècle , le fouvenir de la pauvreté de Fabricius
étoit encore facré; il en parla comme
d'un mal néceffaire. Il difoit : Nous devons
jouir des richeffes de l'Univers ; comme il
eût pu dire : nous devons nous perdre.
Les Modernes , dans la Morale comme
dans les Arts & dans les Sciences , n'ont penfe
long temps que d'après les Anciens . Ils ont
long temps répété , fans trop les comprendre
, les difcours éloquens , les belles fentences
de l'antiquité contre le luxe : le Difcours
fur la Loi Oppia eft tourné & retourné
de cent manières différentes dans les cahiers
de nos États généraux , dans les mercuriales
des Gens du Roi de nos Parlemens . On ne revient
pas de la furprife lorfqu'on voit dans
Fontanon les Ordonnances de nos Rois contre
le luxe, devenir à chaque règne plus nom
Giv
1525 MERCURE
breuſes & plus févères , & le luxe faire fous
chaque règne de plus grands progrès : on fe
demande qui font donc ces Rois qui ont
dans les mains une autorité prefqu'abfolue ,
& que ne favent pas fe faire obéir ? Quel eft
donc ce peuple qui vante fans ceffe fa fou-.
miffion à fes Monarques , & qui méprife
leurs plus faintes Loix ?
L'Hiftoire explique très bien ce mystère.
Le luxe profcrit par les Loix , comme funefte
aux Peuples , étoit confervé dans les Cours .
comme une diftinction honorable des Grands
& des Rois. Il devenoit une décoration de
l'autorité même qui vouloit le détruire ; on
le voyoit régner , pour ainfi dire , fur le trône
avec les kois qui vouloient le bannir ; &
dans ce combat des Loix de nos Monarques.
& de leurs exemples , leurs exemples étoient
fuivis.
Les Anciens avoient des chofes admirables
dans leurs Loix & dans leurs Moeurs : pour
profcrire les richeffés , ils honoroient la pauvreté
, les belles âmes l'ambitionnoient com .
me la gloire : leurs plus grands Hommes ont
été pauvres.
Les Modernes ont eu quelquefois dans la
bouche les mots fublimes des Fabricius , des
Ariftides ; jamais ce fentiment n'a été véritablement
dans leur coeur. On ne le trouveroit
pas dans les Cantons les plus reculés & les plus
démocratiques de la Suiffe ; on ne s'y plaint
pas de la pauvreté , mais certainement on
n'y fonge pas à en jouir , à s'en honorer .
DE FRANCE.
153
En France , la morale n'ofa plus attaquer
le luxe , lorfque le luxe fe montra protégé
par le Génie des Arts & par la puiffance de
Louis XIV ; il n'y eut plus que la Religion
Chrétienne & Fénelon qui eurent ce cou
rage.
Le luxe , dans ce règne , avoit été affocié à
de trop belles chofes , pour ne pas trouver
bientôt des Apologiftes.
L'Effaifur le Commerce de Melon parut
d'abord, & il fit une grande fenfation. On vit
unefprit fage qui plaçoit l'éloge du luxe au milieu
de plufieurs vûes nouvelles fur le commerce
, fur l'induftrie , fur les finances. L'apo
logie du luxe , établie fur des calculs , eut
dès lors pour tout le monde l'évidence , l'au
torité du moins des vérités géométriques .
Voltaire , dans le même temps , mettoit
les maximes de Melon dans les vers charmans
du Mondain : on ne vit plus dans les
ennemis du luxe que des efprits fombres &
chagrins , ennemis des Arts , des grâces , des
plaifits & du bonheur. Ceux qui avoient la
prétention d'être profonds difoient :
Et fongez bien que le luxe enrichit.
Un grand État s'il en perd un petit .....
Le pauvre vit des vanités des Grands ,
Et le travail gagé par la molleffe
S'ouvre à pas lents la route à la ficheffe.
Ceux qui n'avoient que la prétention d'être
aimables difoient :.
Gr .
2154 .
MERCURE.
Ce temps profane eft tout fait pour mes moeurs
J'aime le luxe , & même la mollefle.
L'éloge de l'Opéra fervoit à décider une
queftion de morale & de politique :
Il faut fe rendre à ce palais magique ,
Où les beaux vers , la danfe , la mufique ,
L'ait de tromper les yeux par les couleurs ,
L'art plus heureux de féduire les coeurs
De cent plaifirs font un plaifir unique.
>
Nos Cuifiniers même , & les foupés
de Paris , furent élevés au nombre des
diges & des bienfaits du luxe :
Allons fouper : que ces brillans ſervices ,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu'un Cuisinier eft un mortel divin !
Cloris , Égié me verfent de leur main
D'un vin d'Aï , dont la mouffe preffée
De la bouteille avec force élancée
Comme un éclair fait voler le bouchor.
Il part; on it, il frappe le plafond ,
De ce vin' frais l'écume pétillante -
De nos François eft l'image brillarte.
>
pro-
Ces vers , faits par un homme qui dînoit
fort peu , & qui ne foupoit jamais , avoient
trop de gaîté , de grâce & de poeſie pour ne
pas faire bien plus d'impreffion encore que
Je Livre de Melon . Les Gens d'Affaires &
les Gens de Plaifirs furent tous partifans &
DE FRANCE.
ASS
défenfeurs du luxe , c'eft à dire , à peu près
toute la France .
Dans le même tems à peu près s'élevoient
en France des Philofophes qui ne croyoient
point que les calculs du commerce & de la
finance fuffent les principes de l'adminiftration
des États , qui ne penfoient point qu'on
dûr juger de la profpérité d'une Nation par
les foupés d'une Capitale.
>
Montefquien ne s'expliquoit pas très - nettement
là deffus . Dans les Lettres Perfannes,
il avoit parlé à peu près comme Melon ; &
dans une ou deux Lettres affez courtes il
avoit porté les vues de Melon beaucoup plus
loin, Dans l'Esprit des Loix , le génie du Légiflateur
des Nations devint plus auftère. Il
enveloppe encore fon opinion fur cet objet ,
dans fes diftinctions fur la nature & fur les
principes des divers Gouvernemens . Mais du
fein des nuages fort avec éclat cette vérité
effrayante : le luxe change les Républiques en
Monarchies , & les Monarchies en defpotifme.
Helverius a traité cette queftion avec étendue
dans les deux Ouvrages ; & les deux
morceaux font des modèles parfaits de l'analyfe
qu'il faut porter dans les problêmes de
morale & de Légiflation. Mais Helvétius fe
trouvoit dans un affez grand embarrás : né
au fein des richeffes , il avoit le goût & Thabirude
des plaifirs que le luxe procure : né
avec un efprit uès philofophique , trèsétendu
, & une âme libre, élevée , il déteftoit
la tyrannie , il adoroit les vertus & la liberté
G vj
186 MERCURE
qui naiffent & fe confervent dans les moeurs
fimples ; il voyoit dans toute l'hiftoire des
Nations les traces des ravages du luxe ; les
goûts que lui avoit donné la fortune ont jeté
quelqu'incertitude dans les principes qu'il
devoit puifer dans fon âme & dans fon génie.
Deux fois il a approfondi la queſtion ,
& ne l'a jamais décidée ; mais il a la gloire
d'avoir imprimé le premier ce qui a jamais
été écrit de plus net & de plus étendu fur
cette importante matière.
Rouffeau n'a jamais voulu croire que la
queffion du luxe fûr un problêine. Dès qu'il
traite cet objet , il s'indigne , il fe révolte
contre le luxe , contre les richelles , contre
les riches. Ce n'eft plus un Philofophe , c'eft
un Orateur abandonné tout entier à fes paffions
& à fon éloquence. Et quel empire le
grand talent donne fur les âmes ! Rouffeau
déclamoit avec cette violence contre les
plaifirs qui nous font les plus chers , & il ne
paroiffoit auflère à perfonne. C'eſt qu'en
attaquant nos goûrs , nos arts & nos plaifirs
, il nous préfentoit fans ceffe le tableau
des paffions naturelles , & que ces paffions
recevoient encore un nouveau charme fous
fon pinceau. I élevoit & attendrifoit les
âmes , & aucun facrifice ne coûte à l'âme
lorfqu'elle eft attendrie & élevée ; tous les
plaifirs enfemble ne valent pas ces deux émotions.
Quelle eft , par exemple , la femme un
peu fenfible , qui , au milieu même d'une
maifon opulente , où elle raffemble tous
DE FRANCE.
י ל ל
les arts & tous les plaifirs de Paris , ne donnetoit
pas encore la préférence à cette vie
domeftique dont Rouffeau trace le tableau
raviffant dans le troisième voluine de l'Héloife
?
L'Abbé de Condillac a écrit fur le laxe
après tous ces grands Écrivains. A peine pa
roît il traiter la queftion , & c'est peut être
celui de tous qui l'a le mieux réfolue. Son
Ouvrage fur le Commerce , a eu le tort de
paroître lorfque le Public étoit déjà un pra
fatigué de tant d'Ouvrages qui avoient paru
fur les matières économiques ; mais qu'on
jette les yeux fur le Chapitre du Luxe ,
& fur les Chapitres fuivans ; on ne verra
peut être pas fans quelque furprife , avec
quelle préciſion & quelle facilité eft fixé le
fens de ce mot luxe , que tant de grands
Philofophes avoient trouvé fi difficile à définir.
Là , on verta encore comment , fous le
régime de l'adminiftration , même la plus fage,
les Arts & le Commerce doivent tomber né.
ceffairement , ou du moins décroître fous le
poids, pour ainfi dire , des richeffes qu'ils ont
accumulées ; comment ils doivent paffer
d'une Province à une Province , d'une Nation
à une Nation ; comment le luxe accélère
par- tout ces élévations & ces chûtes alternatives
; comment les plus grandes jouiffan
ces pourroient être connues tour- à tour de
toutes les Nations , tandis que le luxe leur
feroit toujours inconnu. Ces idées font
grandes & neuves , & ne frappent pas dans
158
MERCURE
l'Abbé de Condillac ; c'eft qu'il fe contente
de les rendre très- claires , & que la lumière
ne frappe pas.
L'Académie de Befançon qui , après tant
de morceaux célèbres fur cette queſtion du
luxe , la propofee encore , a penſé fans
doute qu'elle n'étoit pas affez éclaircie , ou
que les lumières difperfées dans un grand
nombre d'Ouvrages differens, avoient befoin
d'être raffemblées dans un feul Ouvrage &
fous un même point de vue .
Je ne connois point le Difcours de M. le
Gentil qui a remporté le prix ; mais je fuis
éporté à en prendre une très bonne idée fur
le mérite de celui de M. Duvignau , qui n'a
obtenu que l'Acceffit.
Le plan du Difcours de M. Duvignau a de
la netteté & de l'étendue. Divife en deux
parties , dans la première il confidère des
effers du luxe fur les organes phyfiques , fur
l'efprit , fur les moeurs , fur le caractère , fur
le bonheur d'un individu dont le luxe s'enpare
dès le berceau , pour ainfi dire , & qu'il
accompagne jufqu'au tombeau. Dans la feconde
Partie , confidérant les effets du luxe
fur la chofe publique , il veut démontrer que
fous fon empire toutes les claffes de la fociété
doivent être également corrompues ,
& qu'un État ne peut avoir ni des Guerriers
toujours infatigables , ni des Magiftrats toujout
intègres , ni des Législateurs toujours
éclairés & amis de l'humanité.
Le mérite de ce plan eft fenfible , fur- tout
DEFRA NIC E. 8159
dans la première Partie. L'éducation de
P'homme , difoit Platon , doit commencer
avant la naiffance & dans le fein même de
la mère, M. Duvignau femble avoir été éclairé
apar cette idée fublime de Platon , lorfqu'il a
2 vû que le luxe devoit agir fur un enfant auffitôt
qu'il a reçu la vie. Les effets du luxe fur
diverles époques de la vie de l'homme amennent
auffi des tableaux variés , où l'on voit
l'homme & la fociete dans leurs rapports les
plus intéreffans. Dans ces tableaux différens ,
mais tous également tracés avec chaleur , on
voit tour-à tour l'enfance corrompue par le
luxe , l'âge mûr énervé & tourmenté , la
vieilleffe dégradée & dédaignée. Mais il faut
entendre M. Duvignau lui - même.
99
Dès fa naiffance , parmi nous , l'homme
focial devient la victime du luxe ; en for-
» tant du fein de fa mère il fe feroit attaché
à fes mamelles ; il auroit fucé lelait
falutaire que la Nature y avoit préparé
pour lui ; mais un monftre vient en arracher.
Foible & fans appui , il l'enlève à
» fa famille , le porte dans les bras d'une
femme étrangère , l'abandonne à ſes ſoins
» mercenaires ...... Ce monftre cruel , c'eft le
luxe. Oui , Meffieurs , fans le luxe toutes
les mères nourriroient leurs enfans ; mais
» aujourd'hui la plupart des jeunes perfonnes
» ne trouvent dans l'hymen que le bonheur
d'échapper à l'autorité paternelle , & de
pouvoir fe livrer fans réferve à tous les
plaifirs du monde ; plaifirs que le luxe

IGO MERCURE
ע
» feul fait naître , & que lui feul renouvelle
chaque jour. Les premières années de leur
» mariage le confument dans les fpectacles ,
les foupés , les promenades , les jeux & les
» fêtes. Les jours , les nuits font à peine fuffifans
pour le produire dans tous les rendez-
" vous de l'ufage , de la mode & de la fusrilité.
Dans ce flax & reflux des paffions
» auffi emportées que bizarres ; dans cette
agitation continuelle de l'efprit & du
» corps , une jeune femme ne voit pas Tans
inquiétude les marques de fa fécondité. Sa
" groffeffe , qui la fatigue & l'importune ,
» ne lui paroît qu'un obftacle à fes voeux &
à fes plaifirs ; enfin devenue mère , à peine
elle à acquis ce doux titre qu'elle fe hâte
» de le perdre. Une femme du peuple étoit
gagée , elle arrive , l'enfant malheureux
» lui eft livré. »
ود
937
30
33
33
Voilà de la chaleur fans déclamation . Ce
monftre cruel , c'eft le luxe. Ce mouvement
qui interrompt tout à coup des idées qui fe
fuccédoient avec tranquillité , produit , ce
me femble , beaucoup d'effet. Il n'y a rien
dans ces idées qui n'appartienne à tout le
monde; l'Auteur fe les approprie par les fentimens
qu'il fait y répandre ; & c'eft là une
des marques du vrai talent.

Cependant le moment arrive où cet en-
» fant rentre dans fa famille : au lieu de ces
» bontés ordinaires & naturelles qu'il de
» vroit attendre d'une mère , il en reçoit les
» empreffemens qu'on prodigue les pres
» miers jours à un étranger auquel on veut
DE FRANCE. 161
199
"
fe rendre agréable ; première leçon de
» fauffeté. Bientôt on le charge d'atours , de
dorures , de colifichets , on l'agite , on lé
promène , on le montre ; premières leçons
de goûts frivoles & de fotte vanité. Bien-
» tôt enfin les careffes & les égards dimi-
» nuent ; fes cris inportunent , on l'éloigne ;
» les bals , les jeux , les fpectacles repren
» nent leur cours : à peine reçoit- il de temps
» en temps quelques careffes paffagères ;
premières & funeftes leçons de froideur
» & d'infenfibilité. »
Il feroit difficile de ne pas convenir que
ces effets du luxe font faifis avec fagacité &
rendus très vivement.
M. Duvignau fuit cette victime infortu
née du luxe dans les mains des Domeſtiques ,
qui lui donnent tous leurs vices ; dans celles
des Inftituteurs , qui lui laiffent tous les dé
fants & toute fon ignorance. Il confidère
enfuite un jeune homme qui a reçu cette
éducation du luxe au moment où il entre
dans le monde.
A quelle école a - t'il appris à diriger fa
marche dans la route périllenfe de la vier
Eft- ce donc dans celle du luxe , au milieu
» de fes défordres & de fes excès ? ..... On ne
» fit paffer dans fon âme aucune verta ; il
» deviendra la proie de tous les vices . Il pa
" roît , la fureur du luxe s'empare de lui ;
و د
il aura des équipages magnifiques , & il
» renverfera dans fa courfe rapide le inal
heureux qui adreffoit vers lui les cris de
la misère & du défefpoir. Il aura des La162
MERCURE
?
quais ; & de ces hommes vigoureux dont
il dépeuple les campagnes , il fera de lâches
efclaves & de vils
complaifans. Il
» aura des chevaux , & vous le verrez paroître
dans des courfes publiques , fuivi
d'une foule d'oififs & de libertins , s'efforçant
d'avoir l'air & les talens d'un parfait
poftillon . Il aura des habits fomptueux &
les bijoux les plus fuperbes ; mais pour
" fatisfaire à ce luxe ruineux , il fe ravalera
jufqu'à la prière , il engagera fes biens
& peut- être fa perfonne ; il aura des petites
maifons , & un feul
appartement
laura coûté plus d'or qu'il n'en faudroit
» pour enrichir vingt familles ; & les bains
» & les boudoirs , tapiffés des peintures les
plus obfcènes , retraceront l'hiftoire fcan-
» daleufe de fes plaifirs ; il aura des femmes
» à la mode , & il les choifira parmi celles
» qu'une éducation pernicieufe aura corrompues
comine lui ; parmi celles à qui la
fureur de paroître , de briller & d'acqué-
» rir un nom , aura coûté la modeftie, la for
tune & l'honneur ; il prendra des filles publiques
, & il en aura plufieurs , non par
befoin , mais par ton ; non pour lui , mais
pour les autres il en fera fa fociete , il
» bravera la honte & le mépris attachés à
de pareilles liaiſons ; il donnera des fêtes
» qui deviendront des orgies fcandaleufes ,
» & il y perdra le repos , l'honneur & la
fanté, »
420
33
*
Cette peinture , pleine d'énergie, qui ſemble
être quelquefois une Traduction de JuDE
FRANCE. 163
vénal , paroîtra violente fans doutre , & peutêtre
l'eft elle trop , quoiqu'elle attaque les
vices , & quoique chaque détail , comme le
dit l'Auteur , pût être juſtifié par de grands
exemples. On a vû ces excès dans nos moeurs ;
mais ils ne forment pourtant pas nos meurs.
Il eût été plus piquant , plus neuf, quoique
moins oratoire , peut être , de peindre dans
les moeurs que le luxe nous a données , ce
mélange d'excès & de prudence , de voluptés
& de lumières , qui impoſe la continence
à la débauche même , & montre fouvent la
fageffe où l'on ne voit aucune vertu . On n'a
pas aujourd'hui de meilleures moeurs qu'autrefois
; mais on eft un peu défabufé des vices
, on n'y cherche plus fon bonheur. Il eft
affez commun aujourd'hui de voir des convives
très fobres autour des tables fervies
avec toutes les recherches de la délicateffe
& de la magnificence , des gens qui ne boivent
que de l'eau au milieu de tous les vins
de l'Afie , de l'Afrique & de l'Europe , &
dans des foupés fplendides des gens qui ne
foupent point. Les jerons de M. de Fontenelle
ont paffé dans beaucoup de mains , &
on les voit quelquefois avec furpriſe dans
celles même de la jeuneffe . Le nombre des
hommes qui vivent avec les filles publiques
seft plus grand , & le nombre des hommes
qui fe ruinent pour elles eft plus petit enfin
il paroît très vrai que fi nous n'avons perdu
aucun de nos vices , nous avons retranché au
moins de nos vices beaucoup de fottifes &
beaucoup de folies. J'entends Rouſſeau qui
164
MERCURE
s'écrie : Vantera qui voudra la prétendue fo
briété des Sages du temps ; four moi je
n'y vois qu'un raffinement
d'intemperance
auffi indigne de mes eloges que leur artifi
cieufe modeftie. Je ne la va te pas , je l'obferve
, & la phrafe même de Rouffeau prouve
qu'il l'a auffi obfervée.
Ce que je dis ici auroit pu frapper encore
davantage M. Duvignau au moment où
il peint les funeftes influences du luxe fur les
hommes publics . Voici fons quels traits il
repréfente le Légiflareur d'un Empire livré
Sau luxe.
"Nourri dans la molleffe , fon corps fans
» vigueur fera incapable d'un travail long
& pénible..... Ses vûes feront petites , fon
» efprit étroit , fon âme fans énergie. Il
» n'aura qu'une espèce de génie de détail
» d'une ville très - bornée, Dela rien de
» créé ni d'imaginé ; delà le vil refpect pour
les ufages , même abufifs ; delà enfin , nul
" courage pour les réformes hardies , ni માં
» pour les grandes inftitutions.
و د
S'il n'y avoit qu'un feul exemple à oppofer
à M. Duvignau , je ne l'indiquerois point ;
mais il y en a plufieurs que la Nation fe
rappelle fans doute, & qu'elle ne peut oublier
fans ingratitude . S'il faut avoir le courage
de dire les vérités qui attaquent fon
fiècle, il faut avoir auffi le courage de publier
celles qui l'honorent ; & quoique le
blâme ait je ne fais quel air
d'indépendance
& de fierté , il faut quelquefois une âme
plus libre & plus fière pour louer que pour
DE FRANCE, 165
de
blâmer. C'eft de nos jours que dans la fcience.
de l'adminiftration & de la légiflation on
s'eft le plus élevé au deflus de toutes les
routines de l'ufage ; qu'on a détruit toutes
les erreurs lorfqu'on ne pouvoit detruire,
tous les abus ; qu'on a le plus créé, le plus
imaginé de plans fur les principes éternels
de la morale , de la nature de l'homme &
de la nature des fociétés : c'eſt de nos jours.
qu'on a vû appeler à une des premières places
l'Adminiftration un homme qui, après avoir,
fait lui-même fa fortune , dédaignoit toutes
les jouiffances qu'elle donne , & n'ambitionnoit
que les travaux par lefquels il pouvoit
faire la fortune de l'État , & avant lui , un
Magiftrat Philofophe qui , oubliant les paffions
des hommes , nos antiques ufages
nos éternels préjugés , avoit cherché les véritables
loix fociales dans les pures conceptions
du génie ; & de même que Newton
avoit lancé les mondes dans un vuide parfait
pour épargner toutes les réfiftances à leurs
mouvemens , vouloit établir les mouvemens
des corps politiques dans un ordre où ils
n'auroient jainais rencontré les frottemens
des paſſions & des erreurs. Au moment oùje
rends compte de l'Ouvrage de M. Duvignau ,
une autorité éclairée & bienfaisante permet
à plufieurs villes du Royaume de commercer
librement avec les deux mondes , elle affranchit
des ports qui étoient efclaves au milieu
de l'Océan ; & fans doute il m'eft permis de
bénir des lumières & des loix qui vont ren-
3:
166
MERCURE
dre la vie & l'abondance à des lieux où j'ai
reçu le jour , & où je n'ai vu en naiſſant que
la dépopulation & la pauvreté.
Les grands projets , les projets fublimes
même ne font pas rares dans les fiècles de
lumière & de luxe ; mais il eft rare de les
exécuter , parce que les mêmes caufes , lés
mêmes progrès de chofes qui étendent &
agrandiffent les efprits , énervent les âmes.
Celle de M. Duvignan , qui a confervé
toute fon énergie , combat par- tout le luxe"
avec la même véhémence ; mais fon âme fe
repofe auffi fouvent fur les images touchantes
des vertus & de la félicité domeftiques ;
il a l'air d'écrire entre fa femme & fes
enfans , & fon ftyle reçoit alors des teintes
plus douces. Il ne prononce pas les noms de
père , de fils , de femme & de mari fans attendriffement
; & ces noms ont beau fervir
fouvent à nos plaifanteries , ils feront tou-"
jours ceux qui nous donneront les émotions
les plus douces & les plus puiffantes.
M. Duvignau ne fe contente pas d'honorer
fa profeffion par fes talens , il veut la relever
encore dans l'eftime publique en la faifant
mieux connoître. Nous rendrons compte bientôt
d'un Ouvrage qu'il a publié fur la Profef
fion de Procureur. On y verra , comme dans
le Difcoursfur le Luxe , une logique vive &
preffante , des connoiffances étendues, & un
ftyle toujours animé par une âme énergiquet
& fenfible.
(Cet Article eft de M. Garat. )
DE FRANCE. 167
LE Criminelfans le favoir , Roman Hiftorique
& Poétique. A Paris , chez Moutard ,
Imprimeur Libraire de la Reine , rue des
Mathurins , in- 12.
Le fujet du Roman que nous annonçons
a été pris fur un maufolée qui exifte dans
l'Églife Paroiffiale d'un Bourg de la Normandie
, & fur lequel on lit l'épitaphe
fuivante ;
Ci-git l'enfant , ci- gît le père ,
Ci-git la four , ci-gît le frère ,
Ci-git la femme & le mari ,
Et fi ne font que deux corps ici.
L'Auteur , après avoir affuré la vérité du
fonds , n'a fait , dit il , que le revêtir d'une
forme qui puiffe plaire & intéreffer.
Robert , Comte de la Hogue , iffu d'une
des plus anciennes Familles de Danemarck ,
habitoit un grand Fief en Normandie. Il eut
de fa femme , fille du Duc de Sommerlet ,
un fils qui réuniffoit toutes les qualités des
plus illuftres Chevaliers : ce fils devint
amoureux d'une Demoifelle attachée à fa
mère , & lui fit l'aveu de fa paffion . La Demoifelle
, en craignant les fuites , s'imaginant
fur tout que cela déplairoit à la Comteffe
, demanda fa retraite , & enveloppa fes
motifs d'un voile dont l'Auteur avoit befoin
pour faire la bafe de fon Roman ; &
16.S MERCURE

nous croyons que c'eft un défaut qui , comme
on pourra le voir , nuit à la vraisemblance.
La Comteffe étoit jaloufe , & cette jaloufie
n'eft point allez morivée. Sur une confidence
amoureuse que lui fait fa Demoiselle
d'honneur , elle croit tout d'un coup que
c'eft du Comte , fon mari , qu'on lui parle ;
elle l'engage d'écrire à fon amant , & à lui
affigner un rendez vous dans fon appartement
pour la nuit prochaine . La Demoi-
Telte obéit , le jeune la Hogue s'y rend
trouve la porte ouverte & fa belle endormie
; il fe couche fans bruit , fans lumière ,
& vraisemblablement fans parler ; il eft heureux
, & reconnoît un quart d'hence après
fa mère, qui avoit cru recevoir dans fes bras
un mari infidèle. Ce mari lui même ne trouvant
pas la femme dans fon lit , court dans
tous les appartemens , l'appelle , la demande,
& enfin la découvre , apprend ce qui vient
d'arriver , & meurt quelques heures après
de douleur & de défefpoir. La Comteffe
vouloit auffi fe priver de la vie ; mais elle
fentit bientôt qu'elle portoit dans fon fein
un être que la Nature deftinoit à voir le jour.
Elle ne furvécut que peu de jours à la
naillance. Avant de mourir , ayant configné
dans une caffette le fecret de cette aventure
tracé de fa propre main , elle envoie fa fille
Marſeille à Mme de Sommerfet , foeur de
fon père , & confie la caffette à un Domef,
tique , à qui elle ordonne de ne la remettre
qu'au Comte, fon fils, s'il reparoît jamais. :
à
Ce
DE FRANCE. 169
Ce malheureux , au fortir des bras de fa
mère , abandonne le château , court dans les
forêts , fe meurtriffint le fein à force de
coups , ne vivant que d'herbes & de racines
teintes de fon fang. Au bout d'un certain
temps , il va trouver , fer les confins de la
Hongrie , Godefroi de Bouillon , veut confacrer
les jours , qui lui font odieux , au fervice
de la Religion , & part pour la Terre-
Sainte ; il y fait des prodiges de valeur ,
s'empare d'un pont qui décidoit le fort d'une
journée , tue dans un combat fingulier Kilidge
, le plus fier , le plus grand & le plus
fort des Sarrafins , & partage la gloire des
armes de d'Estaing , de Montmorency & de
Tancrède. Au bout de dix ans , des Chevaliers
arrivés de France l'inftruifent du fort de
fa famille , & réveillent en lui le defir de revoir
fa patrie. Il s'embarque pour Marſeille ,
& y devient amoureux d'une jeune perfonne
* qui réuniffoit tous les charmes & toutes les
vertus ; il l'épouſe , retourne au château de
la Hogue , & reçoit de la main du Domeftique
la fatale caffette, qui lui apprend que
fa femme eft fa foeur & fa fille ; ils fe retirent
l'un & l'autre dans un cloître , le voyent
quelquefois , & donnent aux pauvres le produit
de leurs biens qu'ils ont vendus .
Il y a dans ce Roman de l'intérêt ; mais il
manque de développemens ; les événemens
font trop preffés ; l'épifode des croifades fe
fait lire avec plaifir ; mais celui de Mile de
Grez & du Chevalier de Valincourt ne fait
Nº . 43 , 23 Octobre 1784.
H
170
MERCURE
guères que fufpendre un récit intéreffant.
Enfevelis dans la même tombe après leur
mort , on y a gravé l'épitaphe que nous avons
rapportée plus haut , & dont on remarquera
la préciſion & la juſteſſe .
LE Siècle des Ballons , Satyre nouvelle
avec cette deviſe :
Me pedibus delectat claudere verba
Lucili ritu
A Ballo - Polis , & le trouve à Paris , chez
Cailleau , Impr. Libraire , rue Galande ,
& chez les Marchands de Nouveautés .
ON convient que la Satyre eft de tous les
genres d'écrire le plus hafardeux , celui qui
exige le plus d'art , qui expofe le plus à la
critique des Lecteurs. Si on s'y montre fupérieur
, on fe fait des ennemis irréconciliables
: fi on y eft médiocre , on excite la
pitié du Public autant que fa mauvaiſe humeur.
Boileau même ne fut pas exempt de
perfécutions ; & s'il goûta dans fa vie quelques
momens de tranquillité , on fait qu'il
les dût à la protection marquée dont l'honoroit
le Monarque. En général on confeillera
toujours aux jeunes Écrivains la plus
grande circonfpection en fait de Satyre ; &
ils feront fagement , quelle que foit l'impulfion
de leur génie , de fe défier de la manie
de fatyrifer.
L'Ouvrage que nous annonçons n'a point
DE FRANCE. 171.
l'amertume de certains Écrits de ce genre ;
en général il eft d'un affez bon ton , & la
gaîté y répand de l'intérêt. Nous n'en citerons
qu'un paffage , à peu près choiſi au hafard
, pour donner une idée du talent de
l'Auteur , déjà connu par d'autres poéfies
goûtées du Public.
D'amis approbateurs une foule ennemie
Sur vos productions fans ceffe s'extafie ;
Et , dès que votre Muſe accouche d'un quatrain ,
De cent bravos menteurs vous chante le refrain.
Et moi , qu'injuftement votre amour- propre accufe ,
Je cherche à diffiper l'erreur qui vous abuſe.
Je rappelle chez vous le goût & la raison .
Je dis tel eft un aigle , & tel autre un oiſon.
Et quand certain Auteur , dans fa folle manie ,
Convient de bonne - foi qu'il eft plein de génie ,
Rougiffant de le voir dupe de fon orgueil ,
Je difsèque fes vers , j'épluche fon Recueil.
Il apprend à quel taux il doit prifer fa verve ;
Et d'un ton plus modefte il prône fa Minerve.
Nous ferions fâchés que l'Auteur confacrât
à la Satyre un talent dont cet échantillon
ne donnera pas une mauvaiſe idée au Lecteur.
Au furplus , il eft étonnant que dans
un Ouvrage fur les Ballons , il n'y foit prefque
pas queftion de Ballons ; mais le titre
donnoit à entendre qu'en parlant du fiècle
des Ballons , on auroit bien d'autres chofes
à paſſer en revue que les Ballons .
Hij
172 MERCURE
L'Auteur critique perfonnellement peu
d'Écrivains. Tout le monde ne fera pas de
fon avis au fujet de quelques uns d'entre
ceux qu'il attaque. Mais il aura certainement
bien des partifans au fujet du magnétifme
animal , & d'autres découvertes analogues au
génie du fiècle des Ballons.
SERMONS de M. Hugh Blair , Docteur en
Théologie, Miniftre de l'Eglife Cathédrale,
& Profeffeur de Belles- Lettres dans l'Univerfité
d'Edimbourg , traduits de l'Anglois'
fur la onzième Edition , par M. B. S.
Froffard , Membre de la Société Royale
de Montpellier , de l'Académie de Villefranche
, de la Société d'Émulation de
Bourg en Breffe , & de la Société Philofophique
& Littéraire de Mancheſter. 2 vol.
in- 8°. A Lyon , & chez les principaux'
Libraires de Paris & de la Province.
Le Docteur Blair paffe pour avoir porté
l'Eloquence de la Chaire à un degré de per
fection qu'aucun Orateur n'avoit atteint
avant lui en Angleterre. Les Sermons dont
nous annonçons aujourd'hui la Traduction ,
ont eu le plus grand fuccès chez cette Nation
éclairée . Vingt - quatre mille exemplaires y
ont été contommés en fix ans. Nous n'y
avons point trouvé de ces tableaux pompeux .
dont les Orateurs modernes fe font un fi.
grand mérite , & dont ils affectent l'étalage ;
de ces grands mouvemens qui font la gloireDE
FRANCE. 173
de ces Orateurs , ou du moins leur réputation
; mais une morale aimable & naturelle
; des motifs puifés dans la vérité , dans
le devoir , dans l'intérêt public & particulier
, dans le bonheur temporel & éternel ;
en un mot , l'Auteur parle à l'efprit & au
coeur autant qu'à la raiſon.
Quoique ce foit l'Ouvrage d'un Proteftant ,
ces Difcours ne contiennent aucune réflexion
qui puiffe bleffer les autres Communions
Chrétiennes , ce n'eft point à foutenir les
dogmes dont il fait profeffion , ni à fronder
ceux qu'il rejerte , que le Docteur Blair confacre
fes talens , il les dirige vers un objet
plus important : il emploie fon éloquence à
développer les principes des actions humaines
; à détruire les fophifmes des paflions ; à
démafquer le vice ; à réformer le coeur , à
nous rendre meilleurs Chrétiens , meilleurs.
fujets , meilleurs citoyens , meilleurs pères ,
époux , enfans , &c.
Cette Traduction , qui eft d'un ftyle fini
ple , & quelquefois élégant , a été foumise à
l'examen du Docteur Blair , qui a encouragé
M. Froffard à la publier , ce qui prouve la
fidélité du Traducteur.
Hij
174
MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE
Lundi
E Lundi
4 Octobre
, on a donné
, pour
12 première
fois , Corneille
aux
Champs
Elysées
, Comédie
Épifodique
en un Acte
& en vers , pour
la Centenaire
de Pierre
Corneille
.
Mercure vient prévenir Thalie qu'Apollon
veut que Corneille foit couronné , & qu'il
viendroit lui même placer la couronne fur
fa tête , fi le Dieu du Jour pouvoit pénétrer
dans les Royaumes fombres.Thalie en inftruit
Melpomene , qui réclame l'honneur de couronner
fon favori. Quelques Ombres , dont
celle d'un Gafcon Poëte Comique , celle d'un
Pocte Tragique & celle d'un Dramaturge ,
viennent propofer aux deux Mufes de célébrer
la Centenaire de Corneille. Cès trois
Êtres ridicules prennent la fuite à l'afpect de
l'Auteur de Cinna qui s'avance , comme le
hibou fuit au retour du foleil. Voltaire ef
préfenté à Corneille par Melpomène . Nous
ne dirons rien de cette Scène , dans laquelle
il eft queftion des Commentaires fur Corneille
, qui ont valu à l'Auteur de Mahomet
tant d'éloges & tant d'injures. Il faut la
lire avant de la juger. Enfin fous les yeux des
DE FRANCE. . 175
principaux Tragiques Grecs & François
Corneille eft couronné par la main de Melpomène.
Il ne faut point examiner à la rigueur la
marche de cette petite Comédie , dont les
Scènes , quoiqu'épifodiques , ne font pas
très- adroitement attachées. Le but de l'Auteur
étoit de louer Corneille ; il l'a loué
quelquefois d'une manière foible , mais fou
vent auffi avec de l'énergie & de la nobleife.
Le principal mérite de cet Ouvrage confifte
dans des détails que nous ne pouvons citer
, mais que nous nous ferons un plaifir
de faire connoître dès qu'il fera imprimé.
En attendant , nous croyons pouvoir rap---
porter ici , pour ceux de nos Lecteurs qui
ne font pas très familiers avec les OEuvres
de Racine , le jugement que cet illuftre Tragique
a porté de fon célèbre prédéceffeur ,
dans le Difcours qu'il prononça à l'Académie
Françoife , lors de la réception de Thomás
Corneille , qui fuccédoit à fon frère.
ود
ود
" ..... En quel état fe trouvoit la Scène
Françoife lorfqu'il ( Pierre Corneille ) com-
» mença à travailler ! Quel défordre ! quelle
irrégularité ! Nul goût , nulle connoiffance
» des véritables beautés du Théâtre ; les Au-
» teurs auffi ignorans que les Spectateurs ; la
plupart des fujets extravagans & dénués
» de vraisemblance ; point de moeurs , point
"
de caractères ; la diction encore plus vi-
» cieuse que l'action , & dont les pointes
» & de miférables jeux de mots faifoient le
Hiv
176 MERCURE
20.
39
*
principal ornement ; en un mot , toutes
» les règles de l'Art , celles même de l'honnêteté
& de la bienféance par tout violécs.
Dans cette enfance , ou, pour mieux dire ,
» dans ce chaos du Poëme dramatique par-
» mi nous , votre illuftre frère , après avoir
quelque temps cherché le bon chemin ,
» & lutté , fi je l'oſe ainfi dire , contre le
mauvais goût de fon fiècle ; enfin infpiré
d'un génie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , fit voir fur la Scène
la raifon , máis la raifon accompagnée de
toute la pompe , de tous les ornemens
dont notre lingue eft capable , accorda
heureufement la vraisemblance, & le merveilleux
, & laiffa bien loin derrière lui
tout ce qu'il avoit de tivaux , dont la plupart
, défefpérant de l'atteindre, & n'ofant
plus entreprendre de lui difputer le prix ,
» fe bornèrent à combattre la voix publi-
» que déclarée pour lui , & effayèrent en
vain , par leurs difcours & par leurs frivoles
critiques , de rabaiffer un mérite
qu'ils ne pouvoient égaler. La Scène re-
» tentit encore des acclamations qu'excitè-
» rent à leur naiffance le Cid , Horace ,
Cinna , Pompée , tous ces chef d'oeuvres
repréfentés depuis fur tant de Théâtres ,
» traduits en tant de langues , & qui vivront
à jamais dans la bouche des hommes. A
» dire le vrai , où trouvera t'on un Poëte
» qui ait poffédé à la fois tant de grands
talens , tant d'excellentes parties , l'art ,

39
1
"
"
31
39 la
DE FRANCE
177
"
93
force , le jugement , l'efprit ? Quelle no-
» bleffe quelle économie dans les fujets !
quelle véhémence dans les paffions ! quelle
" gravité dans les fentimens quelle dignité
» & en même temps quelle prodigieufe va-
» riété dans les caractères ! Combien de
" Rois , de Princes , de Héros de toutes Na-
» tions nous a - t'il repréfentés toujours tels
"
"
" >
qu'ils doivent être , toujours uniformes:
» avec eux mêmes , & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ? Parmi tout cela ,
une magnificence d'expreflions propor-
» tionnée aux maîtres du monde qu'il fair
fouvent parler , capable néanmoins de
» s'abaiffer quand il veut , & de deſcendre
jufqu'aux plus fimples naïvetés du comi-
" que , où il eft encore inimitable . Enfin
» ce qui lui eft fur tout particulier , une
» certaine force une certaine élévation
qui furprend , qui enlève & qui rend juſqu'à
fes defauts , fi l'on lui en peut repro-
» cher quelques uns, plus eftimables que les
vertus des autres : perfonnage véritablement
né pour la gloire de fon pays ; comparable
, je ne dis pas à tout ce que l'an-
» cienne Rome a eu d'excellens Tragiques ,
puifqu'elle confeffe elle même qu'en ce-
» genre elle n'a pas été fort heureufe , mais.
aux Efchyles , aux Sophocles , aux Euripides
, dont la fameufe Athènes ne s'ho
more pas moins que des Thémiftocles, dess
» Périclès , des Alcibiades qui vivoient dans
le même temps qu'eux...... Lemême fiècle:
39
N
"3 .
و د
HV
178
MERCURE
23
22
qui fe glorifie aujourd'hui d'avoir produir
» Augufte , ne fe glorific guères moins d'avoir
produit Horace & Virgile. Ainfi
lorfque dans les âges fuivans on parlera
» avec étonnement des victoires prodigieu-
» fes & de toutes les grandes chofes qui ren-
» dront notre fiècle l'admiration des fiècles
à venir ; Corneille , n'en doutons point ,
» Corneille tiendra fa place parmi toutes
» ces merveilles. La France fe fouviendra
» avec plaifir que fous le règne du plus
grand de fes Rois a fleuri le plus grand de
fes Poëtes , & c . »
33
Nous doutons qu'on puiffe ajouter des
éloges à ceux que nous venons de tranfcrire ;
nous doutons encore que dans l'état actuel
de notre Littérature il exifte un Écrivain ,
foit Poëte , foit Profatenr , qui foit capable
de louer plus dignement Corneille.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 12 de ce mois , on a repréſenté,
pour la première fois , la Brouette du l'inaigrier,
Drame en trois Actes , & en profe
par M. Mercier.
M. de Lomer , riche Négociant , eft fur
le point de marier fa fille à un M. Jullefort ,
homme qui cherche plutôt une dote qu'une
feme , calculant toujours pour l'augmentation
de fa fortune , & ne s'occupant jamais
de ce qui peut rendre un mariage heureux.
DE FRANCE 179-
Mlle de Lomer n'aime point M. Jullefort ;
elle eft amante aimée d'un certain Dominique
, Commis de confiance du Négociant ;
mais ce Dominique eft le fils d'un Vinaigrier ;
& quoiqu'il foit fort au deffus de fon état ,
tant par l'éducation qu'il a reçue & les connoiffances
qu'il a acquifes , que par tous les
avantages qu'il doit à la Nature ; néanmoins
le modefte jeune homme & fa timide
amante ne fe flattent point de vaincre. la répugnance
de M. de Lomer pour une union
que les préjugés & l'ufage rendent fi difproportionnée.
Cependant la fanté du jeune Dominique
s'affoiblit ; M. de Lomer qui l'aime,
& le père Dominique , cherchent à en découvrir
la caufe. Le jeune homme ouvre fon
coeur à fon père. Celui ci le conſole ; &
après quelques inftans de réflexion , lui dit
très - affirmativement , en parlant de Mĺle de
Lomer: Tu l'auras , Dominique , tu l'auras.
Sur ces entrefaites , M. de Lomer éprouve
une banqueroute qui anéantir la fortune.
Le jeune Dominique fe promet de mettre
tout en oeuvre pour fervir le père de ſa maîtreffe
, & fur- tout pour lui conferver l'honneur
; mais dès que M. Jullefort a appris la
ruine du Négociant , il renonce fur le champ
au mariage qu'il s'étoit propofé de faire . Le
père Dominique s'eft occupé du bonheur de
fon fils ; en conféquence il arrive chez M.
de Lomer , conduifant devant lui un petit
barril fur une brouette de Vinaigrier. C'eft
en vain que les Domeftiques s'obftinent à
H vj
189 MERCURE
l'empêcher d'entrer dans l'appartement avec:
fa brouette ; il perfifte , en déclarant qu'il a
fes raifons ; fon fils n'en obtient pas davantage
: enfin M. de Lomer fe trouve feul avec
lui. C'eft alors qu'il lui déclare fes projets ,
qu'il lui demande la main de Mlle de Lomer
pour Dominique ; qu'il apprend la ruine du
Négociant , qu'il ignoroit encore , & que
dans l'excès de fa joie il défonce le barril ,
& lui préfente fix facs de douze cent livres
& trois mille fept cent foixante dix huit louis
d'or en rouleaux. M. de Lomer , étonné de
tant de générofité , rougit du moment d'or
gueil qui l'avoit ému d'abord , & conſent au
mariage des deux jeunes gens .
Nous pourrions demander à M. Mercier
compte de quelques défauts très - frappans
que l'on remarque dans la conduite de fon
Ouvrage. Nous pourrions defirer de favoir
pourquoi l'expofition fe fait par le ministèred'un
M. Dufaphir, qui paroît dans la première
Scène pour ne plus reparoître dans le cours de
la Pièce ? Pourquoi il a donné un caractère fi
révoltant à fon M. Jullefort ? S'il nous répondoit
que c'eft pour le mettre en oppofition
avec Dominique fils , nous pourrions
Ini répliquer que c'eft un bizarre contrafte
que celui du blanc au noir , & que ce n'eft
pas là fondre les couleurs , mais les brifer.
A quoi ferviroient toutes ces obſervations ?
M. Mercier , qui n'aime point les poétiques ,
s'en eft fait une à fonusage ; il eft à préfumer
qu'il continuera de la préférer à toutes les
DE FRANCE. 181

autres. Quant à nous , nous le prions de
trouver bon que nous préférions aux fiens les.
préceptes d'Ariftote , d'Horace & de Boileau..
Ainfi , point de conteftation fur cet objet ,
laiffons - lui fes opinions , & gardons les nôtres.
Nous ne pouvons pourtant pas nous
difpenfer d'obferver que dans toutes les productions
dramatiques de M. Mercier , nous
avons trouvé un but moral quelconque , &
que nous en avons vainement cherché un
dans celle ci. En effet , quelle moralité peuton
tirer de ce qu'an Négociant ruiné , qui
voit un prétendu gendre, uniquement guidé
par l'intérêt , refuſer la main d'une fille qu'il
feignoit d'adorer , confente à marier cette
même fille au fils d'un Vinaigrier riche , furtout
quand ce jeune homme a des talens &
qu'il eft l'amant préféré ? Si M. Mercier avoit
préfenté les fuites d'une union forcée par l'or
gueil du rang , tout ce qu'elles entraînent
fouvent de chagrins , d'amertume & de malheur
, il auroit préfenté une vérité morale ,
quoique généralement connue ; mais en trai
tant fon fujet comme il l'a fait , il ne préfente
aux Spectateurs aucune leçon utile..
Nous direns plus : il n'y a rien de fi dangereux
que l'exemple des méfalliances ; & f
elles font quelquefois indifpenfables , cela
eft fi rare , que c'eft toujours un tort de les
approuver publiquement . M. Mercier mérite
donc le reproche d'avoir manqué aux
grands principes qu'il a tant prêchés luimême
, & fur lefquels d'ailleurs nous avons
182 MERCURE
la même façon de penfer que lui . Nous devons
pourtant dire que la Scène dans laquelle
Dominique le père propoſe fon fils à M. de
Lomer , eft véritablement intéreffante. La
bizarrerie des idées de cet Écrivain rend
chaque Ouvrage qu'il donne fufceptible de
beaucoup de critique ; mais elles n'empêchent
pas qu'on ne lui doive auffi fouvent des éloges
, parce que dans toutes fes productions
il n'eft pas difficile de diftinguer un Auteur
animé par l'amour du bien , de la vertu &
de l'humanité.
VARIÉTÉ S.
DANS le Journal de Bruxelles , du 25 Septembre ,
j'ai rapporté le double fuicide de deux Amans qui ,
en Hongrie , ont renouvelé la ſcène terrible & touchante
dout Lyon fut le théâtre il y a quelques années.
Il existe un troisième exemple de ce défeſpoir ,
encore plus extraordinaire par fes circonftances.
Vers la fin du fiège de Gibraltar , les papiers
publics racontèrent que , des lignes Efpagnoles , on
avoit apperçu fur la montagne un homme & une
femme qui s'étoient embraffés après quelques momens
d'entretien , qu'on avoit vû enfuite la femme
Le poignarder , & l'homme l'imiter après l'avoir enfevelie.
Rien de plus vrai que cet événement myſtérieux. '
Il m'a été confirmé & expliqué par des Officiers
même de la garnifon de Gibraltar ; on en a configné
l'abrégé dans un Journal de ce fiège , publié en
Anglois très récemment. L'Auteur d'une Hiftoire de
ce même fiège , imprimée en François il y a deux
DE FRANCE.
183
ans , avoit auffi parlé de cette anecdote , mais en y
joignant des épisodes & an ftyle romanefques dont
cette tragédie n'avoit pas befoin.
Un jeune Officier de la Marine Angloife , nommé
le Chevalier Woender , faifant fes études à Oxford ,
prit une violente paffion pour une jeune perfonne
du voifinage . Ces fentimens furent réciproques.
Miff Allawa devint auffi tendre que fon amant
étoit paffionné. Inftruit de cet attachement contraire
à fes vûes , le père du jeune Étudiant mit tout
en ufage pour l'étouffer. Les follicitations , les
droits paternels , les larmes , les menaces n'ayant
produit aucun effet , Woënder fut enfermé. Au bout
d'un an il fortit de fa priſon auffi incurable qu'auparavant.
Séparé de fon amante , il n'étoit pas difficile de lui .
en impofer fur le fort de cette infortunée . Un de fes
amis , gagné par fa famille , après avoir de nouveau
& fans fuccès épuifé les remontrances , crut le guérir
en le trompant ; il lui écrivit que Miff Allawa
l'avoit trahi , & qu'elle étoit morte d'un excès de
' danfe. On fe fervit de la même fupercherie auprès
de la jeune Angloife. C'étoit les défoler tous deux
fans fermer leurs bleffures ; cependant les ordres de
fon père & la perfuafion où elle étoit de la mort de
fon amant firent confentir Miff Allawa à épouſer
M. Broock , vieux Capitaine du cinquante-fixième
Régiment. De fon côté Woënder , confommé de
mélancolie & inacceffible aux confolations , fe mit à
voyager. Il revint auffi malheureux du Continent ,
entra dans la Marine , & alla porter en d'autres climats
l'image toujours vivante au fond de fon coeur .
En 1782 , il cft chargé d'efcorter à Minorque un
convoi d'avitaillement. Chemin faifant il apprend la
reddition de cette forterefle , revire de bord , &
conduit les fecours à Gibraltar. En parcourant la
Place il rencontre cette femme adorée , cette Allawa
184
MERCURE
pleurée chaque jour , auffi inconfolable que lui , enchaînée
par le mariage à des noeuds horribles pour
tous deux. Depuis cette fatale union le Régiment du
Capitaine Broock avoit été envoyé à Gibraltar. Ce
vieillard avoit amené la jeune épouſe au milieu des
fléaux réunis contre les défenfeurs de cette Place .
Si la reconnoiffance étoit deuce , les momens qui
fuivirent furent bien cruels . Épouſe d'un Officier
plus que fexagénaire , amante d'un jeune homme
auquel elle avoit donné fon coeur , en jurant d'être
toujours à lui , Allawa écouta plus fes premiers
fermens que fes Bouveaux devoirs ; elle rendit
Woënder heureux , & ne tarda pas à porter dans fon
fein un fruit de leurs amours.
A cette époque, le deftin de Gibraltar alloit être
décidé. 400 bouches à feu devoient tonner fur cette
fortereffe ; un appareil auffi immenſe que nouveau
fe développoit chaque jour pour l'attaque & pour la
réfiftance : un feul fentiment préoccupoit tous les
efprits , celui d'une victoire ou d'une mort prochaine.
Le fracas non interrompu de l'artillerie , des
éclats de bombes , des magafinis détruits , des nuits
éclairées par l'incendie ou par le feu de quelques batteries
, l'image continuelle de la deftruction , tel étoit
le fpectacle des habitans de la fortereffe , dans l'attente
d'un affaut décifif. C'eſt au milieu de ces horreurs
, qu'une femme abforbée par une paflion malheureufe
, médite une fcène encore plus lugubre.
Agitée par les remords , trop fenfible à la honte
de fa foibleffe , tourmentée peut être de ne pouvoir
appartenir librement à celui qui en étoit l'objet ;:
quelques jours avant l'attaque , Miff Allawa con--
duit fon amant vers une anfractuofité de la montagne.
Là , cette infortunée , enceinte de fix mois , lève
les yeux au ciel , porte d'une main fon mouchoir fur
fon vifage , fe poignarde de l'autre , & expire dans les
bras de lon amant , fur les bords d'une tombe qu'elle
DE FRANCE. 185
s'étoit creusée. Teint d'un fang auffi cher , Woënder
s'évanouit . Revenu à lui , il ranime fes forces pour .
exécuter le voeu finiftre qu'a formé fon défefpoir.
Sûr de la fidélité de fon Domeſtique , il le met dans
fa confidence ; après trois jours de follicitations , il
le détermine à devenir le miniftre de fes dernières
volontés , & le témoin de fes derniers momens. Alors
il le conduit à l'afyle où le corps de fa maîtreffe
étoit étendu fur le rocher , il en achève le tombeau ,
il couvre de fable ces reftes chers & inanimés , & fe
perce le fein fur ce catafalque , éternel monument de
T'héroïfine de l'amour.
Le fidèle Domestique rendit à fon Maître les der-
' niers devoirs ; c'eft de fa bouche que le Général
Elliot apprit cette catastrophe. Aucun Poëme n'en
renferme d'auffi touchante. Les paffions humaines
iront toujours plus loin que l'imagination des Ro
manciers.
( MALLET DU PAN. )
LETTRE fur la Veftale de Legros , adreffée
au Rédacteur du Mercure , par M. de
Lalande , de l'Académie des Sciences , le
S Octobre 1784.
J'At vi avec plaifir , Monfieur , que la Lettre de
M. Grolley , inférée dans votre Mercure du 25 Seprembre
, page 168 , avoit rappelé l'attention des
Parifiens fur une des plus belles ftatues qu'il y ait
aux Tuileries , & peut- être même en France ; mais
puifque ce Savant paroît ne s'être pas rappelé dans
quel endroit de l'Italie il avoit vût l'original , qu'il
me foit permis de le renvoyer au Voyage d'un Franfois
en Italie , imprimé en 1769 à Paris , chez la
Veuve Defaint, & dont on fait actuellement une nou❤
186 MERCURE
velle Édition très augmentée . Dans le Tome IV ,
page 26 , où l'Auteur décrit la Villa Medici , il
parle de fix grandes figures qui font dans le veſtibule
, ou portique ouvert du côté du jardin .
>> a , dit-il , une Matrone qui a été copiée par M.
Legros. L'attitude de cette figure eſt belle , ainfi
» que l'ordonnance de fa draperie ; mais l'exécu
20
ور
« lly
tion en eft sèche , les plis en font égaux , fans va-
» riété , le caractère de tête en eft dur & fans aucun
» agrément, quoique grand ; les cheveux droits & fecs;.
les pieds en font chauffés de fandales , dans lefquelles
il y a un bas ; elle a la tête & le bras levé ,
» & la main qui tient fa draperie eft reftaurée ;
» celle de M. Legros eft plus belle que l'original
» même ; il l'a rendue plus gracieufe fans lui rien
» ôter du grand caractère qui s'y trouve ; il a con-
* fervé la difpofition des plis , & les a feulement
» tenus plus larges . Il a auffi mieux traité les cheveux
. "
En examinant la figure des Tuileries , on ne peut
y reconnoître ni une Veftale ni une Vénus du Mont-
Liban ; elle a l'air penfif, mais non trifte , la main
droite près de fon vifage & le coude appuyé fur fa
main gauche ; elle n'a point de voile ; fa draperie
laiffe voir le fein gauche , qui eft d'une belle proportion
; elle eft coiffée en cheveux , & d'une trèsbelle
phyfionomie . Elle a les jambes croifées , elle eft
chauffée avec de fimples brodequins ; mais on ne
voit que le bout du pied.
Quoique je ne trouve rien dans cette figure qui
annonce la Vénus de Macrobe , qui pleure la perte
de la fécondité de la Nature , je ne doute pas que
cet emblême ne puiffe fe trouver ailleurs . Vénus &
Adonis , ainfi que tous les Dieux du Paganifine ,
font certainement des allégories phyfiques & aftro
nomiques , ainfi que M. Dupuis , Profeffeur de Rhé-
Lorique au Collège de Lifieux , l'a prouvé d'une maDE
FRANCE. 187
nière convaincante , dans fon Mémoire fur l'origine
des Conftellations & des Fables , Mémoire auffi curieux
que favant , inféré tout entier dans le quatrième
volume de mon Aftronomie , & qui fe trouve
féparément chez la Veuve Defaint , rue du Foin.
Jamais une idée plus neuve , plus curieufe , plus
fatisfaifante n'avoit été développée par un Savant.
M. Dupuis a ouvert une carrière bien digne d'être
fuivie par M. le Baron de Sainte- Croix , que M.
Grofley cite dans les Recherches fur les Myftères du
Paganisme.
ANNONCES ET NOTICES:
NATOMIE de la Langue Françoife , ou Examen
Philofophique & Analytique , 1 ° . des principes méchaniques
qu'elle obferve dans fa formation ou fon
étymologie , auffi bien que dans fon orthographe ou
fa prononciation ; 2 ° des principes métaphyfiques
fur lefquels fe trouve établie la Syntaxe ou fa conftruction
A Paris , chez l'Auteur , rue du Roule
No. 8 , au magafin de MM. Windfor père , fils &
Compagnie , Fabricans de Papiers peints ; & chez
Laporte , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers , &
Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue S. Jacques .
>
Ce grand & favant Ouvrage , honoré du fuffrage
de Voltaire & de M. Court de Gébelin , & propofé
par Soufcription , a été fait originairement en Anglois
, & il eft traduit maintenant en François par
le même Auteur. Il eft prêt à paroître ; & dès aujourd'hui
on peut en voir des feuilles imprimées chez
M. Windfor , qui pourront faire juger du caractère
& du papier qu'on a choifis. On ne pouvoit trouver ,
pour la publicité de cet Ouvrage , d'époque plus favorable
que celle où l'Académie de Berlin couronne
788 MERCURE
un Difcours fur l'Univerfalité de la Langue Frangoife
; puifque les titres de la prérogative accordée à
notre idiome, font le fujet de l'Ouvrage que nous
annonçons . Le but de l'Auteur eft d'en faire fortir.
deux vérités importantes ; la première , que la langue
Françoife n'offre dans fon orthographe qu'une combinaifon
mathématique , auffi sûre qu'une propofition
d'Euclide ; & que le reproche qu'on lui fait d'une
redondance inutile de lettres qu'on ne prononce
point , ne vient que de l'ignorance où l'on eft communément
des vertus érectives & deftruifives , dont ,
en fait de puiffances orales , les lettres Françoiſes
font refpe&ivement douées , fuivant les différentes
pofitions dans lesquelles elles fe trouvent les unes à
l'égard des autres. La feconde vérité , c'eft que dans
fon étymologie ou fa dérivation , d'où procèdent
fes noms , les verbes , les adjectifs , &c. elle fuit la
marche la plus régulière , comme elle obferve auffi
le procédé le plus conforme à la plus faine philofophie
& à la meraphyfique la plus pure , dans la conf
truction de fes phrafes fimples , auffi bien que dans
la combinaifon des plus compliquées. 2
Cet Ouvrage formera huit volumes in - 8 ° . carac
tère Saint-Auguftin neuf , fur Carré fin d'Auvergne,
dont il ne fera tiré que soo exemplaires . On en tirera
100 exemplaires pour les curieux , en grand
Raifin fin d'Auvergne , que l'on donnera en deux
Livraiſons , de quatre volumes chacune. Les quatre
premiers font actuellement fous preffe , & paroîtront
en Mars prochain. La Soufcription est ouverte jul
qu'au premier Mai fuivant. Le prix des huit volumes
in-8 . en feuilles fera de 40 liv . pour le papier or
dinaire , dont on payera , en foufcrivant , 12 liv.;
en recevant les 1 2 3 & 4 vol. , premiers Mars ,
12 liv.; en recevant les S 6 7 & 8 vol. , premier
Juillet , 16 liv. Pour le grand papier , 56 liv. , dont
on payera , en foufcrivant , 18 liv.; en recevant les
,
DE FRANCE 189
1 , 2 , 3 & 4 , premier Mars , 18 liv.; en tecevant
les 5 , 6 , 7 & 8 , premier Juillet , 20 liv.
On en fera auffi une Édition en quatre volumes
in - 4 . , imprimée fur grand Raifin , pâte fine de
Montargis , dont il ne fera tiré que 200 exemplaires ,
& dont la moitié eft déjà retenue par les anciens-
Soufcripteurs de cet Ouvrage , depuis la publication
du premier Profpectus , & feulement 12 exemplaires
en papier vélin d'Annonay , de la fabrique de MM.
Montgolfier , fans vergures ni pontuſeaux , pour les
riches Amateurs , dont il y a déjàs exemplaires de
retenus. On payera pour le papier grand Raifin ,
128 liv.; en foufcrivant , 36 liv .; en recevant les:
deux premiers volumes , en Mars prochain , 36 liv . ;
en recevant les deux derniers , en Juillet fuivant ,
16 liv. On payera pour le papier vélin d'Annonai
192 liv.; en foufcrivant , 60 liv. ; en recevant les
deux premiers , 60 liv. , & en recevant les deux
dernier , 72 liv.
N. B. Toute l'Édition in- 4º . , & les 100 exem-,
plaires in 89. en grand papier fur grand Raiſin fin
d'Auvergne feulement , feront ornés du portrait de
l'Auteur & d'une autre eftampe emblématique .
M. le Chevalier de Saufeuil propofe auſſi la Traduction
des Tranfactions Philofophiques , Ouvrage
plus eftimé que connu , & dont le titre feul fuppofe
un éloge. Cet Ouvrage fera imprimé en beau papier
& en beau caractère Cicéro neuf ; & la comparaiſon
des Tranfactions avec les Mémoires des autres Académies
d'Europe , fera placée en forme de notes
dans chaque page fous le texte en petit Romain . On
s'arrangera pour être en état de livrer régulièrement
trois volumes in-4° . au Public par année , chacun ,
defquels volumes fera de 75 feuilles , faifant 600
pages d'impreffion , fans compter les planches &
gravures qui y feront jointes toutes les fois qu'il
s'en trouvera dans l'original ; & l'on fuivra pour
190
MER CAURE
#
l'ordre des matières celui de l'Encyclopédie métho
dique. Le prix de la Soufcription entière fera de
45 liv . par année pour Paris , & 51 liv. pour la Province
, franc de port par tout le Royaume , avec les
planches & gravures , que l'on payera en foufcrivant.
Pour la commodité du Public , les trois volumes
fufdits fe délivreront en cinquante-deux Numéros ,
c'eft-à- dire, tous les Jeudis de chaque femaine pen
dant toute l'année , à raifon de quatre feuilles par
femaine , faifant 208 feuilles par an ; & les dix fept
feuilles reftantes pour compietter les trois volumes
feront réparties dans le courant de l'année dans différens
Numéros.
La première Livraifon ne fe fera pas avant le
Jeudi 16 Avril 1785 , attendu la réfolution que les
Auteurs ont prife de ne faire aucune Livraiſon au
Public avant d'avoir dans leur magaſin la valeur
d'un volume taut imprimé & prêt à livrer .
On foufcrit à Paris , aux mêmes Adreſſes que cideffus.
ON prévient MM. les Soufcripteurs de l'Encyclo
pédie par ordre des Matières , qu'on leur délivrera
Lundi prochain , vingt-cinq courant , la onzième
Livraiſon de cet Ouvrage. Cette onzième Livraiſon
eft compofée du Tome quatrième , première Partie
de la Jurifprudence ; du Tome premier , deuxième
Partie de la Marine; du Tome troifième , première
Partie du Commerce , & du Tome deuxième
deuxième Partie de l'Hiftoire Naturelle , contenant
la fin des Oifeaux , les Ovipares & les Serpens.
Le prix de cette onzième Livraiſon eft de vingtquatre
liv. brochée, & de vingt-deux liv . en feuilles.
REPERTOIRE Univerfel & Raifonné de Jurif
prudence , Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes , mis
en ordre & publié par M. Guyot; nouvelle Édition
DE FRANCE: 191
%
corrigée & augmentée . A Paris , chez Viffe , rue de
la Harpe , & chez les principaux Libraires de France.
Le Tome IV de cet Ouvrage paroît actuellement,
& le Tome V paroîtra le mois prochain. On continue
de foufcrire fur le pied de 168 liv . diftribuées en
treize payemens , le premier de 24 liv. , & les autres
de 12 liv. en retirant chacun des 12 premiers volumnes.
Les cinq derniers volumes feront livrés gratis
aux Soufcripteurs ; & lorfqu'on les publiera , le prix
de l'Ouvrage complet fera de 192 liv. , non compris
la relieure ou la brochure,
HISTOIRE des Villes de Cahors ', de Montauban ,''
& généralement de toute la Province du Querci ,
depuis fon origine jufqu'à préfent , par M. de Cathala
Coture , Avocat en Parlement. Propofée par Soulcription
, en 3 vol . in - 8 °. Dédiée à M. de Trimond ,
Intendant de la Généralité de Montauban . Prix ,
12 liv brochés . A Montauban , chez Cazaméa ,
Libraire , place de la Paroiffe. En foufcrivant on
payera 3 liv.; en recevant le Tome premier , en Décembre
prochain , 4 liv. 10 fols ; en recevant le
Tome fecond , en Février prochain , 4 liv. 10 fols ;
en recevant le Tome troisième & dernier , en Avril ,
rien. La Soufcription fera ouverte jufqu'au premier
Novembre prochain . Ceux qui n'auront pas fouferit
à cette époque , payeront l'Ouvrage 16 1. , & en outre
les frais de brochure.
On trouvera à la fuite un détail très - circonftancié
du fiège de Montauban , un des événemens les plus
remarquables du Querci , dont on n'a retracé que les
principaux faits dans le cours de l'Histoire de cette
Province.
Mon cher André , Air de l'Épreuve Villa
geoife , arrangé pour le Clavecin avec Violon
obligé par M. Pouteau , Organiſte & Maître de
192 MERCURE
Clavecin. Prix , 1 livre 4 fols. A Paris , chez M.
Bouin , Marchand de Mufique , rue Saint Honoré ,
près Saint Roch , & chez Mile Caftagnery , rue des
Prouvaires.
On fera peut-être fâché de ne pas retrouver dans
l'accompagnement de ce charmant petit Air, la Baffe
ni l'intention naïve & originale de l'Auteur.
PREMIER Recueil de fix Duos pour deux Violons
, par M. Prot , Muficien de la Comédie Françoife,
avre III . Prix , 6 liv . A Paris , chez l'Auteur,
rue Saint Honoré , maifon de M. Roblâtre ,
Épicier , près la rue S. Nicaife , & à la Comédie
Françoife pendant le Spectacle , chez M. Bérault ,
Marchand de Mufique , près l'ancienne Comédie
Françoife , &c.
Ces Duos ont été compofés exprès pour des Commençans.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librai
rie fur la Couverture .
TABLE. -7
VERS à M. le Comte de la Le Criminelfans leſavoir, 167
Coupler ,
L'Anatomifte Dupé, Conte 147
Touraille, 145 Le Siècle des Ballons , 160
146 Sermons de M. Hugh Blair
172.
174
178
182 , 185
187
Charade , Enigme & Logo Comédie Françoiſe ,
gryphe 148 Comédie Italienne ,
Difcours qui a obtenu l'Accef Variétés ,
fit aujugement de l'Acadé- Annonces & Notices ,
mie de Besançon , 150
APPROBATION:
AT lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 23 Octobre . Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 22 O & obre 1784. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
1 A
SAMEDI 30 OCTOBRE 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. le Comte D'OELS.
Si la Mythologie au rang de fes Héros
A placé le vaillant Hercule ,
Grand Prince , ô toi , fon noble Émule ,
ཞ་ སཱཾ ཏ
Le même honneur t'attend pour les mêmes travaux ?"
Sous l'ancien nom de Mars, que le Dieu qu'on révère
Soit connu déformais fous le nom de Henri ,
Comme aujourd'hui , le Dicu des neuf Muſes chéri ,
Apollon , eft connu fous le nom de ton Frère.
( Par M. le Comte de la Platière. )

N°. 44 , 30 Octobre 1784. I
194
MERCURE
COUPLET à Mme la Comteffe DE C ***
Sur l'Air : Des Galans de la Ville.
ENTRE la brune & la blonde ,
Quand l'Amour étoit flottant ,
Vous n'étiez pas de ce monde ,
Comme aujourd'hui , l'ornement :
L'incertitude eft finie
Depuis qu'on voit vos attraits ;
Pour le temps de votre vie
La brune perd fon procès.
י ר
( Par M. le Comte de Viermes. )
A Madame la Comteffe DES *** , fur
fon Chapeau.
AIR: Nous fommes Précepteurs d'Amour,
AH! que ton chapeau te fied bien ;
Il rend l'Univers ta conquête ;
Et je n'ai plus beſoin du mien :
Car tu m'as fais perdre la tête.
( Par le même. )
DE FRANCE. 195
ESS AI de Traduction du Diftique Latin de
M. l'Abbé BoscoVITZ .
IRARUM oblita flamma hic confpirat & unda :
Civibus optatas ipfe dat ignis aquas.
Ici , chers Citoyens , par un accord nouveau ,
Vos voeux font exaucés : le feu vous donne l'eau .
( Par M. de la Place. )
Pour le Bufte de Mlle SOPHIE ARNOULT,
ci-devant première Actrice de l'Académie
Royale de Mufique , fous l'habillement
d'Iphigénie , par M. Houdon.
JALALOUX d'offrir les traits d'Iphigénie
Aux yeux du François enchanté ,
Quel Artiſte l'auroit tenté
Si fur la Scène il n'eût pas vû Sophie ?
( Par le même. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEEmot de la Charade eft Cerfvolant ; celui
de l'Enigme eft les Souliers ; celui du Logogryphe
eft Ecu ( frère de louis d'or. )
I ij
196 . MERCURE
JUSQU'ICI
CHARADE.
USQU'ICI ma première unit le double monde ;
Mais on cherche aujourd'hui plus ſublime chemin ;
Au cerveau des chercheurs ſouhaitons ma feconde ;
Mon tout eft minéral , ou fe trouve en ta main.
(Par M. Couret de Villeneuve , Imprimeur
du Roi à Orléans. )
ÉNIGME à tête , pour répondre à l'Enigme
à queue du N°. 27 du Mercure.
JE fuis un meuble avec ma tête ;
Je fuis un chiffon fans ma tête ;
Tel que je guide avec ma tête ,
Rougiroit de moi fans ma tête ;
Le Grand me fuit avec ma tête ;
Le gueux me traîne fans ma tête ;
La nuit je brille avec ma tête ;
Je me cache au jour fans ma tête .
(Par un Étudiant au Collège de Laon . )
LOGO GRYPH E.
DE mille êtres divers merveilleux affemblage ,
Mon père en me formant ne fe mit pas en frais ;
DE FRANCE. 197
Car le vilain qu'il eft , il n'employa jamais
Que ce qu'autre que lui n'eût pas voulu , je gage ,
Toucher du bout du doigt. On m'aime cependant ,
Et fouvent on me cherche avec empreffement.
Mon défaut eft de boire ,
Et ma vertu de tout fouffrir.
Mais , cher Lecteur , je vais t'offrir ,
De peur de fatiguer trop long- temps ta mémoire ,
Les différens objets que renferme mon fein.
Tu remarques d'abord le Pontife Romain ;
Du Laboureur actif l'efpoir & la richeffe ;
Ce que nous demandons au créancier qui preffe;
Un petit inftrument tout hériffé de dents ;
Un autre qui répand un fort, vilain encens ;
L'oifeau jafeur au blanc & noir plumage ,
Et qui rend les gens fourds par fon aigre ramage ;
Le Dieu qui des oifeaux garantit ton jardin ;
Une pomme très - fine ; & , pour tout dire enfin ,
Si je fais bien compter , des notes la feconde .
Croirois -tu néanmoins , pour porter tant de monde ,
Que fix pieds feulement forment tout mon avoir ?
Tu me tiens , cher Lecteur ; adieu , jufqu'au revoir.
(Par M. de Rofeaujube , Abonné , de Dombes . )
I iij
198 MERCURE
RÉPONSES A LA QUESTION :
29
Lequel eft le plus offenfant en amour :
» trop defécurité ou trop de jaloufie.
L'AMOUR
I.
'AMOUR jaloux ne tyrannife
Qu'en mettant un grand prix à la fidélité ;
L'Amour qui dort dans la félicité ,
Feroit croire qu'il la mépiife .
I I.
( Par un Abonné. )
L'AMOUR chez le jaloux eft plus fort que l'eſtime ;
Et l'eſtime chez l'autre eft plus forte à ſon tour.
Or , l'eftime elle - même en amour eft un crime ,
Dès que ce fentiment eft vainqueur de l'Amour.
(Par M. Theveneau. )
I I I.
TROP de fécurité touche à l'indifférence ,
Et par ce fentiment l'amour- propre eft bleffé :
Par trop de jaloufie Amour eft offenfé ;
Or , beau fexe ( cela foit dit fans médifance )
Chez vous , fi je m'y connois bien ,
L'Amour pardonne tout , & l'amour- propre rien .
(Par le même. )
DE FRANCE. 199
I V.
AMOUR trop vif fe livre à trop de jaloufie ;
Trop foible amour fait voir de fécurité.
trop
L'un , malgré fes foupçons , plaît plus qu'il n'humilie;
Tiédeur de l'autre offenfe amour & vanité.
( Par M. Leboux du Morier , l'aîné, )
V.
SÉCURITÉ , dans un objet épris ,
Avec l'eflimè a reçu la naiffance ;
En l'interprétant mal , elle eft indifférence.
La jaloufie accufe d'inconstance ;
En l'interprétant bien , elle eſt un vrai mépris.
V I.
LA fécurité de Thémire
(Par M. Ducancel. )
Prouve la fierté de ſon coeur.
Églé , dans un jaloux délire ,
Prouve l'excès de fon ardeur.
Si l'une outrage la tendreffe ,
L'autre bleffe la vanité ;
Et j'aime mieux dans ma maîtreffe
Trop d'amour que trop de fierté.
(Par M. le Vicomte de Melignan. )
VII.
FROIDS ou jaloux , les amans d'aujourd'hui ,
Au même point , vont offenfant leurs Belles :
Iiv
200 MERCURE
L'amant froid
compte trop
fur lui ,
L'amant jaloux trop peu fur elles.
(Par M. Defportes , Avocat en Parlement . )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
" Eft- ce une jouiffance plus douce pour
» un coeur bien amoureux , d'enrichir fa
» maîtreffe , ou de tenir d'elle fa fortune ? »
و د
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
1.
EUVRES de M. le Marquis de Pompignan.
4 vol . in- 8 ° . A Paris , chez Nyon l'aîné ,
Libraire , rue du Jardinet , Quartier
S. André des Arcs.
EN rendant compte des OEuvres de M. de
Pompignan , il faut d'abord fe défendre foi
même , & défabufer le commun des Lecteurs
de quelques préjugés que des Satyres
plaifantes & accueillies ont répandus dans
le Public. A commencer par les Poéfies facrées
, dont le premier volume de ce Recueil
eft compofé , ily a peu de gens du monde ,
il y a même affez peu de Gens de Lettres ,
qui , fur la foi d'une plaifanterie , laquelle a
paffé de bouche en bouche, ne croyent que
c'eft un Livre abandonné ; & en conféquence
on l'abandonne. On ne confidère pas que
DE FRANCE. 201
c'eft l'injuftice même de cette plaifanterie
qui en a fait le prodigieux fuccès. Dites d'un
Ouvrage reconnu pour mauvais & pour
ignoré , que perfonne n'y touche , vous ne
ferez rire perfonne. Il entre prefque toujours
de l'efprit d'oftracifme dans l'accueil
qu'on fait à la Satyre . Pourquoi les diatribes
de l'Abbé Desfontaines & de Fréron , contre
M. de Voltaire , étoient elles , de toutes les
Satyres un peu lourdes , celles qui réuffiffoient
le mieux ? C'eft qu'elles s'adreffoient à M.
de Voltaire. Pourquoi de toutes les Satyres
plus vives & plus piquantes que M. de Voltaire
s'eft trop fouvent permiſes , celles qui'
attaquent M. de Pompignan ont elles le plus
porté coup ? C'eft que M. de Pompignan
avoit & méritoit une grande réputation.
Il faut donc que nous ofions dire , parce
que c'eft la vérité , qu'après le peu de Poéfies
Lyriques facrées que nous ont laiffées les
Racine & les Rouffeau , il n'y a pas de plus
beau monument poétique de ce genre dans
notre langue que les poéfies facrées de M. de
Pompignan . Égalent elles en mérite celles de
Rouffeau ? C'eft ce qu'un Critique de beau-.
coup d'efprit & d'une fenfibilité bien vive a
prétendu ; mais peut- être aujourd'hui n'aimons-
nous plus affez ni la poéfie mi les chofes
facrées . Peut- être auffi le retour fréquent
des mêmes idées & des mêmes images , quoique
corrigé par la variété des mefures & des
mouvemens , peut- il paroître fatigant à la
longue ? Iv
202 MERCURE
Quoi qu'il en foit , on trouvera dans ces
Poéfies facrées des modèles de tous les caractères
qui diftinguent l'original : majefté , fublimité
, onction , énergie. Il ne faut pas cependant
comme le Critique , ou plutôt comme
l'Admirateur dont nous venons de parler
, fe récrier , après avoir cité une ftrophe
affez touchante : « Le Lecteur à qui les
» larmes ne viendront pas aux yeux après
» ces vers , ne doit pleurer que d'un coup
" de poing. "
Il ne faut pas non plus dire que ces poéfies
font fentir un friffon comparable aux approches
du néant.
C'eft peindre trop vivement & trop peu
noblement une fenfibilité exceffive . On veut
aujourd'hui un goût plus raifonné , plus juſtifié
. L'enthouliafme qui n'entraîne point
nuit à fon objet .
Le Pfeaume : Super flumina Babylonis ,
& c. eft , parmi les Pleaumes , ce que ce que l'Ode
d'Horace: Donec gratus eram tibi , & c. eft
parmi les Odes profanes ; c'eft le plus intéreffant
des Poëmes Lyriques , c'est celui que
les Poëtes modernes fe font le plus empreffés
de traduire . M. Racine le fils en a traduit
plufieurs verfets dans le Poëme de la Gráce.
Frès de l'Euphrate affis , nous pleurons fur fes rives :
Une jufte douleur tient nos langues captives.
Et comment pourrions- nous, au milieu des méchans,
O célefte Sion , faire entendre tes chants !
DE FRANCE. 203
Hélas ! nous nous taifons : nos lyres détendues
Languiffent en filence aux faules fufpendues.
On reconnoît bien là ces trois verfets :
Super flumina Babylonis , illic fedimus &
flevimus , cùm recordaremur Sion.
Quomodò cantabimus camicum Domini
in terrâ aliena ?
In falicibus , in medio ejus , fufpendimus
organa nofira.
Racine le père a imité auffi quelques verfets
du même Pleaume.
Si oblitus fuero tuí , Jerufalem , oblivioni
detur dextera mea.
Adhareat lingua mea faucibus meis , fi non
meminero tuî;
Si non propofuero Jerufalem : in principio
latitia mea.
Sion , jufques au ciel élevée autrefois ,
Jufqu'aux enfers maintenant abaiffée ,
Puiffé- je demeurer fans voix ,
Si dans mes chants ta douleur retracée ,
Jufqu'au dernier foupir n'occupe ma pensée !
M. de Pompignan les a tous traduits ; mais
nous ne citerous que les vei fets traduits auffi
par MM. Racine , afin que le Lecteur puiffe
comparer ces deux Traductions & entre elles
& avec l'original ; c'eft même le motif de la
préférence que nous donnons ici à cette Ode ,
qui ne nous paroît d'ailleurs ni une des moins
bonnes ni une des meilleures du Recueil.
I vj
204
MERCURE
CAPTIFS chez un peuple inhumain ,
Nous artofions de pleurs les rives étrangères ,
Et le fouvenir du Jourdain
A l'afpect de l'Euphrate augmentoit nos misères.
Aux arbres qui couvroient les caux ,
Nos lyres triftement demeuroient fufpendues ,
Tandis que nos Maîtres nouveaux
Fatiguoient de leurs cris nos tribus éperdues………..
AH ! dans ces climats odieux ,
Arbitre des humains , peut-on chanter ta gloire ?
Peut- on , dans ces funeftes lieux ,
Des beaux jours de Sion célébrer la mémoire
De nos aïeux facré berceau ,
Sainte Jérufalem , fi jamais je t'oublie ,
Si tu n'es pas jufqu'au tombeau
L'objet de mes defirs & l'eſpoir de ma vie;
REBELLE aux efforts de mes doigts ,
Que ma lyre fe taife entre mes mains glacées ,
Et que l'organe de ma voix
Ne prête plus de fons à mes triftes penfées..
La Préface ou Difcouts Préliminaire placé
à la tête de ces Poéfies facrées , eft un
bon morceau de Littérature , où , à travers les
idées relatives au fujet , on voit éclater un
zèle ardent contre les incrédules , & percer
un reffentiment affez excufable de certaines.
injures Littéraires.
DE FRANCE.
205.
Les Odes profanes font dignes des Odes
facrées ; la plus belle ftrophe d'Ode peutêtre
qui exiſte dans la langue , eft cette strophe
célèbre de l'Ode fur la mort de Rouffeau
:
Le Nil a vû fur les rivages
De noirs habitans des déferts ,
Infulter par leurs cris fauvages
L'aftre éclatant de l'Univers.
Cris impuiffans ! fureurs bizarres !
Tandis que ces monftres barbares
Pouffoient d'infolentes clameurs ,
Le Dieu pourfuivant fa carrière
Verfoit des torrens de lumière .
Sur les obfcurs blafphémateurs,
Tout le monde fait cette ftrophe ; feulement
quand on veut fe la rappeler , on eft
quelquefois arrêté au cinquième vers :
Cris impuiffans ! fureurs bizarres !
On eft imperturbable fur tout le refte ; c'eft
que ce vers eft le feul qui n'ait pas la même
plénitude de fens que les autres , le feu ! que
la critique puiffe accufer d'être oifeux . D'ail
leurs , cris fauvages , cris impuiffans , infolentes
clameurs , il y a là une redondance ,
que la fuppreffion de cris impuiffans , au cinquième
vers , feroit difparoître ou affoibliroit
confidérablement.
205 MERCURE
Dans cette Édition , il y a évidemment
une faute d'impreffion . On lit :
Crimes impuiffans ! fureurs bizarres !
La mefure feroit rompue ; mais le Poëte vou
droit-il qu'on lût au fingulier :
Crime impuiffant ! fureurs bizarres !
Crime feroit peut- être une expreffion un peu
forte pour le fait dont il s'agit , mais le mot
cri ne feroit pas répété. D'ailleurs , rien de
plus beau , rien de plus impofant que l'image
qui termine cette ftrophe , & rien de plus
noblement philofophique que l'allégorie cachée
fous cette image.
L'Auteur , dans une courte Préface , parle
de blafphêmes littéraires ; il peut y avoir des
erreurs , & elies tombent d'elles - mêmes ;
mais il n'y a point de blafphêmes littéraires ;
il importe aux progrès du goût que tout foit
dit , que tout objet foit envifagé fous toutes
fes faces. Quand le Temple du Goût parut,
tous les jugemens qu'il contient furent des
blafphêmes littéraires , aujourd hui ce font
des opinions confacrées ; & cependant fi
quelqu'un venoit aujourd'hui les combattre
par des raifons nouvelles , il faudroit encore
l'écouter.
Nous pourrons le punir , mais il faut l'écouter.
Les Épîtres , les Poéfies diverfes qui , avec
les Odes profanes , rempliffent le fecond
volume , ont auffi le mérite qui leur conDE
FRANCE. 207
vient ; le Voyage de Languedoc & de Provence
, en profe & en vers , a eu de la réputation
, même après celui de Bachaumont &
Chapelle , & il en mérite.
Le troifième volume offre plufieurs Opéras
; le Drame affez connu des Adieux de
Mars ; la Tragédie très connue de Didon
qui n'eft pas plus , qui n'eſt pas tant de Métaftafe
que la Mérope Françoife n'eſt du
Marquis Maffei. Et quelle gloire l'Auteur de
la Mérope Italienne n'a- t'il pas laiffée à moiffonner
à l'Auteur de cette Mérepe Françoife !
Le quatrième volume contient des Traductions
& Imitations en vers d'Héfiode , de
Virgile , d'Ovide , d'Horace. L'Ouvrage le
plus confidérable de ce volume , & même du
Recueil entier , c'eft la Traduction en vers
des Géorgiques . M. de Pompignan , dans un
excellent Difcours fur cet Ouvrage , préſente
différentes idées économiques , dignes d'être
méditées , fur l'agriculture , fur la conftruction
des chemins , fur & contre la corvée ,
fur la falfification des vins , fur l'abus de
trop étendre la culture de la vigne , fur les
funeftes effets du luxe , relativement à tous
les genres de culture , fur l'utilité des grands
établiſſemens monaftiques , relativement au
même objet ; quant à l'objet Littéraire , il
parle de la Traduction en profe de l'Abbé
Desfontaines , & ne dit rien de la Traduction
en vers de M. l'Abbé de Lille . C'eft bien le
cas du Prafulgebant , & c. de Tacite , dont
on a fait tant d'applications. Un ancien Lit208
MERCURE
térateur , tout plein de la Littérature dont -
fa jeunelle a été occupée , fait moins d'attention
à la gloire moderne des jeunes talens :
que fa vieilleffe voit briller. D'ailleurs , il
étoit difficile à un Poëte content de fa Traduction
, puifqu'il la publie , de parler de
celle d'un autre Poëte . Que dirons - nous de .
cette intéreffante rivalité ? Eft- ce ici le combat
où le vieil Entellus , ranimant fes forces ,
triomphe du jeune & vigoureux Darès ? Eftce
le duel de Bérénice , où , felon l'expreffion
de Fontenelle , la victoire demeure au plus
jeune ? C'est ce que nous nous garderons
bien de décider :
Comparer des Auteurs vivans ,
N'eft pas une petite affaire.
Laiffons les Athlètes combattre fous les yeux
du Lecteur ; offrons - lui des morceaux correfpondans
de divers genres , afin que l'un'
des combattans puiffe reprendre dans un'
genre l'avantage qu'il peut avoir perdu dans
un autre. Que le Lecteur voye & qu'il juge.
Tantùm , vicine Palamon ,
Senfibus hac imis , res eft non parva reponas .
La Traduction de M. de Pompignan
ayant paru la dernière , quoiqu'elle ait été
commencée long temps avant celle de M.
l'Abbé de Lille , nous la citerons la dernière .
Variété des Terreins.
Nonne vides croceos at Tmolus odores ,
India mittit ebur , molles fua thura Sabai ;
T
DE 209
FRANCE.
At Chalybes nudi ferrum , virofaque Pontus
Caftorea , Eliadum palmas Epirus equarum.
M. l'Abbé de Lille.
"
Le Tmole eft parfumé d'un fafran précieux ;
Dans les champs de Saba l'encens croit pour les Dieux;
L'Euxin voit le caftor fe jouer dans fes ondes ;
Le Pont s'énorgueillit de fes mines fécondes ;
L'Inde produit l'ivoire ; & dans fes champs guerriers
L'Épire pour l'Élide exerce fes courfiers.
M. de Pompignan.
De bouquets de fafran le Tmole eft couronné ;
Aux bords du Thermodon le fer eft façonné ;
Le caftor boit les eaux qui baignent la Colchide ;
L'Épire a des courfiers pour des chars de l'Élide ;
L'Inde abonde en ivoire , & fous les plus beaux cieux
Dans les champs de Saba l'encens croitpour les Dieux.
Defcription de la Charrue.
"
Continuò in fylvis magnâ vi flexa domatur
In burim & curvi fo mam accipit ulmus aratri.
Huic à ftirpe pedes temo protentus in octo ,
Bina aures , duplici aptantur dentalia dorfo..
Caditur & tilia ante jugo levis , altaquefagus ,
Stivaque qua currus à tergo torqueat imos :
Et fufpenfa focis explorat roborafumus.
M. l'Abbé de Lille.
D'abord il faut choisir pour en former le corps ,
210 MERCURE
Un ormeau que l'on courbe avec de longs efforts.
Le joug qui t'affervit ton robufte attelage ,
Le manche qui conduit le champêtre équipage ,
Pour foulager ta main & le front de tes boeufs ,
Du bois le plus léger ferent formés tous deux .
Le fer , dont le tranchant dans la terre fe plonge ,
S'enchâffe entre deux coins d'où fa pointe s'allonge ;
Aux deux côtés du foc de larges orillons ,
En écartant la terre exhauffent les fillons.
De huit pieds en avant que le timon s'étende ;
Sur deux orbes roulans que a main le fufpende ;
Et qu'enfin tout ce bois éprouvé par les feux ,
Se durciffe à loifir fur ton foyer fumeux.
M. de Pompignan.
Au fein de vos forêts vous chercherez d'abord
Pour former la charrue un orme droit & fort.
Qu'il en forte un timon , courbé dans fa ftructure ;
Huit pieds , de fa longueur donneront la meſure .
Au bas , que deux tronçons , avec art rapportés ,
Du fep garni de fer défendent les côtés.
Le hêtre & le tilleul font d'un facile ouvrage ,
Pour le manche & le joug préférez - en l'uſage ;
Et qu'avant tout le bois , jamais trop attendu ,
Dans la flamme durciffe aux foyers fufpendu .
Prodiges arrivés à la Mort de Céfar.
Ille etiam extinéto miferatus Cafare Romam ,
Cùm caput obfcurâ nitidum ferrugine texit ,
DE FRANCE. 211
Impiaque aternam timuerunt facula noćłem.
Tempore quanquam illo tellus quoque & aquora Ponti,
Obfcoenique canes , importunaque volucres
Signa dabant. Quoties Cyclopum effervere in agros ,
Vidimus undantem ruptis fornacibus Æthnam ,
Flammarumque globos , liquefactaque volvere faxa ?
Armorumfonitum toto Germania coelo
Audiit : infolitis tremuerunt motibus Alpes .
Vox quoque per lucos vulgò exaudita filentes
Ingens , & fimulacra modis pallentia miris
Vifa fub obfcurum noctis : pecudefque locuta ,
Infandum ! fiftunt amnes , terraque dehifcunt ,
Et mafum illacrymat templis ebur , araquefudant.
Proluit infano contorquens vortice filvas
Fluviorum rex Eridanus , campofque per omnes
Cum ftabulis armenta tulit : nec tempore eodem
Triftibus aut extis fibra apparere minaces ,
Aut puteis manare cruor ceffavit , & altè
Per noctem refonare , lupis ululantibus , urbes.
Non aliàs cælo ceciderunt plura fereno
Fulgura : nec diri toties arfere Cometa.....
Scilicet & tempus veniet , cum finibus illis
Agricola , incurvo terram molitus aratro ,
Exefa inveniet fcabrâ rubigine pila :
Autgravibus raftris galeas pulfabit inanes ,
Grandiaque effoffis mirabitur offa fepulcris.
M. l'Abbé de Lille.
Lorfque le grand Céfar eut terminé fa vie ,
212 MERCURE
Tu partageas le deuil de ma trifte patrie ;
Tu refufas le jour à ce fiècle pervers ;
Une éternelle nuit menaça l'Univers.
Que dis-je ? tout fentoit notre douleur profonde ,
Tout annonçoit nos maux , le ciel , la terre & l'onde ;
Les hurlemens des chiens & le cri des oifeaux .
Combien de fois l'Etna , brifant fes arfenaux ,
Parmi des rocs ardens , des flammes endoyantes ,
Vomit en bouillonnant fes entrailles brûlantes !
Des bataillons armés dans les airs fe heurtoient ;
Sous leurs glaçons tremblans les Alpes s'agitoient ;
On vit errer la nuit des fpectres lamentables ;
Des bois muets , fortoient des voix épouvantables ;
L'airain même parut fenfible à nos malheurs;
Sur le marbre amolli l'on vit couler des pleurs ;
La terre s'entrouvrit , les fleuves reculèrent ;
Et pour comble d'effroi .... les animaux parlèrent.
Le fuperbe Eridan , le fouverain des eaux ,
Traîne & roule à grand bruit forêts , Bergers , troupeaux
;
Le Prêtre , environné de victimes mourantes ,
Obferve avec horreur leurs fibres menaçantes ;
L'onde changée en fang roule des flots impurs ;
Des loups hurlans dans l'ombre épouvantent nos
murs ;
Sans ceffe l'éclair brille & le tonnerre gronde ,
Et la comète en feu vient effrayer le monde.....
Un jour le Laboureur , dans ces mêmes fillons
I
DE FRANCE. 213
Où dorment les débris de tant de bataillons ,
Heurtant avec le foc leur antique dépouille ,
Trouvera fous les pas des dards rongés de rouille ,
Entendra retentir les cafques des Héros ,
Et d'un oeil effrayé contemplera leurs os.
M. de Pompignan.
Dans ce jour- fi fatal pour Rome & pour le monde ,
Nous vîmes les effets de fa douleur profonde ,
Et l'Univers craignit que pour venger Céfar ,
Dans la nuit éternelle il n'engloutît fon char.
De triftes hurlemens , des cris d'oiseaux funeftes
Accompagnoient l'horreur des préfages céleftes.
Far- tout ils étoient vûs , ces fignes abhorrés.
Combien de fois alors de fes flancs déchirés ,
L'Etna dégorgea t'il dans fes plaines brûlantes
Et des flots de bitume & des roches ardentes !
Le Germain dans les airs entendit des combats ;
Les Alpes fecouoient leur glace & leurs frimats ;
Des fantômes affreux dans la nuit fe montrèrent ,
Et pour comble d'effroi les animaux parlèrent ;
Les bois retentiffoient de lugubres clameurs ;
Des temples ébranlés l'airain verfa des pleurs.
Des fleuves tout-à-coup l'onde étoit arrêtées
La terre avec fracas s'ouvroit épouvantéc ;
L'Éridan furieux entraînoit dans ſes eaux
Les gerbes , les fillons , les toits & les troupeaux ,
Et fous le fer facré les entrailles livides
N'annonçoient que des Dieux vengeurs des parricides.
214
MERCURE
Des fontaines de fang nailloient de toutes parts ;
Les loups durant la nuit hurloient dans nos remparts.
Jamais du haut des cieux tant d'éclats de tonnerre ,
Pendant des jours fereins , n'ont effrayé la térre ;
Les comètes jamais , aux mortels frémiſſans ,
N'ont fi fouvent montré leurs flambeaux menaçans...
Un jour le Laboureur , dans ces champs de carnage,
Heurtant avec le foc l'airain rouillé par l'âge ,
Trouvera plein d'effroi des cafques & des dards ,
Et des Soldats Romains les offemens épars .
Quelques traits tirés de la defcription des
amours des animaux nous fourniront un
troiſième rival à mettre en parallèle avec les
deux autres.
Pafcitur in magnâ ſilvâformoſa juvenca :
Illi alternantes multâ vi prælia mifcent
Vulneribus crebris : lavit ater corpora fanguis ,
Verfaque in obnixos urgentur cornua vaſto
Cum gemitu , reboant ſylvaque & magnus Olympus.
Nec mos bellantes unà ftabulare ; fed alter
Vitus abit , longèque ignotis exulat oris :
Multa gemens ignominiam , plagafquefuperbi
Victoris ,tùm quos amifit inultus amores
Et ftabula afpectans , regnis exceffit avitis.
Ergò omni curâ vires exercet , & inter
Durajacet pernox inftrato faxa cubili ,
Frondibus hirfutis & carice paftus acutâ :
Et tentat fefe, atque irafci in cornua difcit
DE FRA N C E. 215
Arboris obnixus trunco , ventofque laceffit
Ictibus , & fparfà ad pugnam proludit arenâ.
Poft , ubi collectum robur , virefque recepta ,
Signa movet , rursùfque oblitum fertur in hoftem.
La Fontaine á vifiblement imité ce mor
ceau dans fa Fable des deux Coqs.
Plus d'une Hélène au beau plumage
Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.
Il alla fe cacher au fond de fa retraite ,
Pleura fa gloire & les amours ;
Ses amours , qu'un rival tout fier de fa défaite
Poffédoit à fes yeux . Il voyoit tous les jours
Cet objet rallumer fa haine & fon courage.
Il aiguifoit fon bec , battoit l'air & fes flancs ,
Et s'exerçant contre les vents ,
S'armoit d'une jalouſe rage.
Cette imitation n'a pas échappé fans doute
à M. l'Abbé de Lille ; on en peut juger par
l'idée d'Hélène , qui ne lui a pas été fournie
par Virgile , mais par La Fontaine.
Une Hélène au combat entraîne deux rivaux :
Tranquille , elle s'égare en un gras pâturage ;
Ses fuperbes amans s'élancent pleins de rage ;
Tous deux , les yeux baiffés & les regards brûlans ,
Entre- choquent leurs fronts , fe déchirent les flancs :
De leur fang qui jaillit les ruiffeaux les inondent.
A leurs mugiffemens les vaftes cieux répondent ;
Entre-eux point de traité ; dans de lointains déferts
216 MERCURE
Le vaincu défolé va cacher fes revers ,
Va pleurer d'un rival la victoire infolente ,
La perte de fa gloire , & fur - tout d'une amante ;
Et vers ces bords chéris tournant encor les yeux ,
Abandonne l'Empire où régnoient fes aïeux .
Mais l'Amour le pourſuit jufqu'en ces lieux fauvages :
Là , dormant fur des troncs , nourris d'amers feuillages
;
Furieux , il s'exerce à venger fes affronts ;
De fes dards tortueux il attaque des troncs ;
Son front combat les vents, fon pied frappe la plaine ,
Et fous fes bonds fougueux il fait voler l'arène.
Mais c'en eft fait , il part , & bouillant de defirs ,
De l'orgueilleux vainqueur va troubler les plaifirs.
M. de Pompignan.
Dans le bois cependant elle paît fans alarmės ;
Tous deux brûlans d'amour fe difputent fes charmes
Furieux , l'un de l'autre ils déchirent le flanc ; '
Leur corps percé de coups eft inondé de fang.
Le prix de la conquête augmente leur courage ,
Et le ciel retentit des efforts de leur rage.
Ils ne fauroient enſemble habiter déformais.
Le vaincu porte ailleurs fa honte & fes regrets.
Il contemple de loin , d'un oeil plein de triſteſſe ,
Les lieux où fon rival poſsède fa maîtreſſe.
Errant , bleffé , confus , & déteſtant le jour,
Il mugit de douleur , de colère & d'amour,
Toutefois il médite une horrible vengeance ;
Dans
x8
DE FRANC E. 217
>
Dans l'infortune même un coeur vit d'espérance.
Dormant fur les rochers , nourri d'herbage amer
Il attaque des troncs , bat du pied , frappe l'air;
Sous les coups redoublés écarte la pouffière ,
Et prépare au combat fa corne meurtrière .
Mais c'en eft fait , il part , il court avec ardeur
Dans les bras de l'Amour furprendre fon vainqueur,
Pour achever de citer des morceaux de
tous les caractères , citons encore ces trois
vers fi tendres de l'Épifode d'Orphée.
Ipfe cavâ folans agrum teftudine amorem ,
Te dulcis conjux , te folo in littore fecum ,
Te veniente die , te decedente canebat.
M. l'Abbé de Lille.
Son époux s'enfonça dans un défert fauvage :
Là , feul , touchant fa lyre, & charmant fou veuvage ,
Tendre épouse , c'est toi qu'appeloit fon amour ,
Toi qu'il pleuroit la nuit , toi qu'il pleuroit le jour."
M. de Pompignan.
Le nom ,
Il chantoit vainement pour charmer fon fupplice ,
le nom chéri de fa tendre Eurydice ;
Les accords de fa lyre exprimoient fes douleurs,
Et le jour & la nuit renouveloient ſes pleurs.
M. de Pompignan joint aux Georgiques
la traduction auffi en vers du fixième Livre
de l'Énéïde ; nous espérons qu'il aura encore
far ce morceau M. l'Abbé de Lille pour
rival . Nous citerions des fragmens de ce
Nº. 44 , 30 Octobre 1784. K
21S MERCURE
fixième Livre ; mais c'est trop citer de vers ,
& il eft temps de finir cet extrait ,
On retrouve ici une traduction très célèbre
autrefois , de la troifième Elégie du premier
Livre des Triftes d'Ovide. C'est la relation
de fon départ de Rome , lorfqu'il fut
exilé. Cette relation eft touchante dans l'original
, elle l'eft dans la copie , & celle ci eft
pleine de beaux vers : elle a été inférée autrefois
dans les feuilles de l'Abbé Desfontaines
avec beaucoup d'éloges & de critiques.
Le Voyage d'Horace à Brindes
Egreffam magnâ me excepit Aricia Româ.
eft traduit ici en vers libres & d'un ten pour
le moins aufli familier que l'original.
1
La traduction des vers dorés des Pythagoriciens
, fur lefquels nous avons un Com-.
mentaire de Hiéroclès , termine ce Recueil ,
qui confirme l'opinion que les gens fages
ont toujours confervée des vaftes connoiffances
de M. de Pompignan & de ſes grands
talens.
La traduction des Tragédies d'Efchyle , un
mêlange de traductions de différens Ouvrages
Grecs , Latins & Anglois , fur des matièresde
Politique , de Littérature & d'Hiſtoire ,
& un mélange de Traductions de différens
Ouvrages de Morale , Italiens & Anglois ,
par le même Auteur , ont été imprimés féparément
, & fe trouvent chez le même
Libraire.
DE FRANCE. , 219
VARIÉTÉ S.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
LA SOCIÉTÉ ROYALE
ET
A SOCIÉTÉ ROYALE DES SCIENCES
ARTS DE METZ , Monfieur, me prie de vous envoyer
le Programme de fes Prix adjugés & propofés
. Cette Compagnie Littéraire a adopté un genre
de fujets fingulièrement utile & intéreffant , elle
paroît difpofée à tourner fucceffivement les méditations
des Gens de Lettres & Pattention du Public
fur tous nos préjugés nationaux . Elle ne pouvoit
commencer par un préjugé dont les conféquences
fuffent plus funeftes & les rapports plus étendus que
celui qui fiétrit la famille de l'homme qui a fubi les
punitions infamantes de la loi . Ce fujet n'étoit pas
moins beau qu'utile ; il tient de toutes parts aux
plus grandes queftions de l'ordre moral & politique.
Il demandoit particulièrement d'être bien
énoncé; plus un objet eft vaſte , plus il importe de
le bien circonfcrire. L'Académie s'étoit acquittée
de ce foin avec la fagacité la plus heureufe . Tous
les bons juges avoient remarqué dans fon Programme
, que vous avez imprimé l'année dernière ,
combien la queftion étoit fagement pofée , & combien
les vûes & les réflexions qui l'accompagnoient
étoient propres à en bien expliquer & à bien lier
toutes les parties . Je ne me diflinule pas combien
j'ai de penchant à rendre un hommage aux juges
des Sciences & des Arts dans ma patis ; mais je ne
puis être féduit , en rendant compte d'une opinion
publique d'ailleurs , ayant moi- même traité ce
fujet, j'ai pu mieux qu'en autre obferver combien
le Programme fervoit à bien dinger Peipit des
1
Kij
220 MERCURE
Écrivains. Il eft arrivé dans ce Concours deux circonftances
qui ne fe rencontrent pas fouvent. Il y á
eu un grand nombre de Difcours ou Mémoires ( 22 ) ;
& il s'en eft trouvé huit que l'Académie a cru devoir
diftinguer par des Prix , des acceffit & des mentions
honorables. On peut le promettre de ces huit
Difcours un fonds d'idées précieuſes à acquérir fur
un objet fi important . L'importance de l'objet a
fait prendre à cette Compagnie une délibération extraordinaire
dans les Sociétés favantes & littéraires.
Elle n'eft point annoncée dans le Programme que
je vous envoye , mais je penfe qu'elle ne peut être
indifférente au Public , & qu'il me faura quelque
gré de la lui faire connoître d'avance. Les Acadé
mies laiffent communément aux Auteurs la liberté
& le foin de donner eux- mêmes leurs Ouvrages au
Public . Celle de Metz a cru devoir publier ellemême
ceux qu'elle a couronnés , pour y joindre un
extrait raisonné de toutes les vûes & de tous les
morceaux qui lui ont paru dignes d'attention dans
les autres . Ĉet extrait fera peat-être la partie la plus
précieuse de ce Recueil . En effet , un grand nombre
de vûes éparfes , rangées ſuivant un ordre lumineur ,
examinées , difcutées , étendues ou rectifiées , rédigées
par des Écrivains qui fauront tour-à - tour employer
des idées bien écrites , & bien écrire celles
qui ne manquoient que de ce mérite , formeront un
Écrit bien capable de fuppléer à tout ce qui doit
manquer dans les Difcours couronnés , pour l'inf
truction complette du fujet . Il me femble que l'Académie
de Metz , par ce travail qu'elle s'eft impofée , a
achevé de bien mériter du Public.
Le fujet qu'elle propofe pour l'année 1786 eft
auffi très - utile , & obtiendra fans doute auffi un
grand intérêt. Il m'a infpiré quelques réflexions que
j'oferai propofer ici , & à l'Académie & au Public .
Quels feroient les moyens compatibles avec les
DE FRANCE. 221
bonnes moeurs, d'affurer la confervation des bâtards ,
& d'en tirer une plus grande utilité pour l'Etat ?
Peut être a t on eu des raifons particulières de
réduire la queſtion à ces termes ; & réduite à ces
termes , elle est encore fort importante : d'ailleurs ,
fon énoncé n'interdit pas la liberté d'embraffer
d'autres queſtions qui touchent de trop près à celle ci
pour ne devoir pas y être liées. Je m'arrête un moment
pour développer ma penfée.
Il y a dans la Société deux efpèces de bâtards.
Tous nés hors du mariage , les uns cependant ont
des pères & mères connus , les autres les ignorent
abſolument , les uns vivent des fecours & des bien-,
faits de leurs parens ; les autres n'ont de relfources
que dans l'adoption de l'État.
Leurs intérêts font différens ; mais ils doivent
cependant être réglés par les mêmes principes . Il
faut toujours commencer par favoir quels font les
droits des uns & des autres dans la Société.
Ainfi , en embraffant les deux claffes de bâtards ,
l'intérêt public veut qu'on fixe leur fort de trois manières
: d'abord , par les loix , qui doivent déterminer
leurs droits fur leurs parens , & enfuite leur
rang dans la Société ; en fecond lieu , par les moeurs
& les opinions , qui peuvent les traiter avec trop de
faveur ou trop de dureté ; en troisième lieu , par les
ftatuts de l'ordre civil & politique, qui doivent pourvoir
à la deftinée de la claffe la plus étendue des
bâtards , de ces enfans envers qui la Nature a violé
fes propres loix ; qui n'ayant jamais connu de parens
, ont été confiés à l'humanité publique tout en
arrivant à la vie , font devenus citoyens en mêmetemps
qu'hommes.
La Société , telle qu'elle est établie fur toute la
terre , eft une collection de familles . L'état de famille
eft donc la base de l'ordre focial ; il devoit donc
dépendre des loix . L'union de l'homme & de la
Kiij.
222 MERCURE
femme , qui eft la fource de l'état de famille , une
fois réglée par elles , doit aufli en être protégée. Il
doit y avoir des avantages particuliers pour les enfans
qui naiffent des mariages légitimes , des défavantages
bien marqués pour ceux qui naiffent des
unions illicites.
Cependant ces derniers ne font coupables de
rien ; ils ne font que malheureux , ils peuvent devenir
des citoyens utiles ; leur inégalité avec les autres
citoyens ne doit donc pas excéder ce qui eſt néceffaire
pour la protection des mariages ; elle ne
doitt pas aller fur- tout jufqu'à les priver des fervices
qu'ils peuvent rendre.
Quant à ces enfans , nés fans reffources , comme
fans noms , que l'on appelle Erfans- Trouvés , l'État
leur doit un afyle , parce qu'ils font hommes & miférables
; il leur doit l'éducation , parce que
l'homme, dans la Société , n'eft rien fans elle , & que
par elle , il peut lui de venir très-préci ux.
Mais , d'un autre côté , en rempliffant , à leur
égard , les devoirs de la paternité, il en acquiert les
droits ; il les réunit à ceux de la fouveraineté
qu'il a fur tous les citoyens . En adoptant ces malheureux
enfans , il doit donc remplir tous ces
devoirs envers eux , fans abufer de fes droits , entendre
affez bien fes intérêts , pour chercher beaucoup
plus à relever leur fort, qu'à le dégrader.
En partant de ces principes éternels & univerfels ,
on peut encore trouver dans les reffources & les intérêts
particuliers des différentes natures de gouvernement,
des raisons de tendre à ce double but, & des
moyens plus ou moins faciles d'y arriver .
S'il eft particulièrement utile de tracer le plan des
chofes à faire & des chofes pratiquables , il eft bon
auffi de développer toutes les vues qui doivent préfider
à ces inftitutions : & pourquoi ne pas réunir ces
deux objets ? En les traitant enfemble , n'eft on pas
DE FRANCE. 223
plus sûr d'avoir des idées plus juftes fur l'un & für
l'autre ?
Si l'Académie de Metz n'eft pas enchaînée par les
motifs particuliers qui paroiffent l'avoir décidée à
diminuer l'intérêt de fon fujet , en n'en préfentant pas
toutes les queftions , j'ofe lui foumettre ces obfervations
, & lui demander , s'il ne feroit pas utile d'ajou
ter plufieurs points à l'énoncé de fon Programme ,
& de préfenter à peu près ainfi la queftion :
Quel est le fondement jufte & raisonnable des
rigueurs des loix & de l'opinion envers les bâtards ?
Ny auroit il rien à réfo, mer à cet égard dans notre
législation & dans nos moeurs ? Quels font en particulier
les devoirs & les droits de l'Etat envers les
Enfans Trouvés ? Et quels feroient en France les
meilleurs moyens de leur affurer plus de bonheur , en
les rendantplus utiles à l'Etat ?
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
Paris , ce 6 Septembre.
(
LACRETELLE.
PRIX propofés par la Société Royale des Sciences
& des Arts de Metz , pour les années 1785 &
1786.
LA SOCIÉTÉ ROYALE n'avoit pas été pleinement
fatisfaite des Mémoires qui lui avoient été
adreffés pour le Concours de l'année dernière fur
ce fujet :
Quelle est l'origine de l'opinion qui étend fur
tous les individus d'une même famille , une partie de
la honte attachée aux peines infamantes que fubit un
coupable ? Cette opinion eft eile plus nuifible qu'utile ?
Et dans le cas où l'on fe décideroit pour l'affirmative ,
quels feroient les moyens de parer aux inconvéniens
qui en résultent ?
La Société s'étoit déterminée à remettre le Prix
Kiv
224 MERCURE
au Concours de cette année , en indiquant plus fpécialement
les points fur lefquels elle defiroit que les
Auteurs portaffent leur attention . Elle n'a eu lieu
que de s'applaudir du parti qu'elle a pris. Elle a en
effet reçu un grand nombre de Mémoires fur cette
queftion intéreffante , parmi lefquels il s'en eft
trouvé plufieurs dont le mérite a long temps balancé
les fuffrages. Enfin la comparaifon de ces divers
Ouvrages a fait décerner unanimement le Prix au
No. 12 , portant pour épigraphe cette Loi du Code :
Peccata fuos teneant autores , nec ulteriùs progre
diatur metus , quàm reperiatur delictum , & dont
l'Auteur eft M. Lacreielle , Avocat au Parlement de
Paris.
La Société Royale regrettoit de n'avoir pas deux
Médailles à diftribuer , pour en décerner une à
l'Auteur du Mémoire No 17 , portant pour épigraphe
ce paffage de l'Éncide
Quod genus hoc hominum , quave hunc tam barbara morem
Permittit patria?
·
Mais le Citoyen * qui , les années précédentes
avoit fait les fonds du Prix proposé pour le Concours
de cette année , fur la queftion de l'influence
du Canal qui joindroit la Meufe à la Seine par la
Bar , l'Aifne & l'Oife , fur le commerce actif; paffif
& d'entrepôt de toutes les parties de la Province ,
ayant appris qu'il n'avoit été préfenté aucun Mémoire
fur ce fujet , avoit laiffé à la Société la liberté
d'en difpofer. Elle n'a pas cru pouvoir en faire un
meilleur ufage qu'en décernant auffi une Médaille de
la même valeur à M. de Robespierre , Avocat à
Arras , Auteur de ce Mémoire Nº . 17.
La Société a accordé l'Acceffit à trois Ouvrages
* M. Ræderer , Confeiller au Parlement , & Membre de
la Société.
DE FRANCE. 2.25
qui, par la profondeur des vûes & la jufte fie du
railonnement , ont le plus approché du mérite des
deux Mémoires couronnés. Le premier de ces Ouvrages
, fous le N ° . 19 , porte pour épigraphe ces
mots d'Horace : Adfit regula peccatis. Le fecond ,
fous le N °. 20 , a pour devife cette Loi du Code :
Sancimus ibi effe foenam , ubi & noxià eſt ; & le
troifième , fous le N°. 7 bis , eft défigné par ces
mots d'Horace : Tollite barbarum morem ; l'op
obſervera que ce Mémoire eft différent d'un autre
venu de Libourne, portant la même épigraphe , &
qui n'a pu être admis au Concours , parce que
l'Auteur s'eft nommé dans une lettre d'envoi .
La plupart des autres Ouvrages que la Société a
reçus , contiennent en général des vûes utiles ; mais ,
ou la queſtion n'y eft pas traitée fous tous les
points de vue indiqués , ou plufieurs des Ameurs fe
font livrés à des difcuffions éloignées du fujet , ou
d'autres enfin pèchent trop contre le ftyle.
8
La Société à néanmoins diftingué dans ce nombre
cinq Mémoires qui ont des parties dignes d'éloge
& des idées intéreffantes qu'elle pourra faire connoître
à la fuite Ces Mémoires font , 1 ° . le N °. 6,
ayant pour devife ce paffage d'Horace Hic murus
ahenus efto , nullâ pallefcere culpâ. 2 ° . Le Nº . 10 ,
fous cette devife : Nox abiit , nec tamen orta dies ,
d'Ovide. 3 °. Le No. 12 , ayant pour épigraphe :
Haud fcio an poffit ullum pejus induci inftitutum ,
quàm fi nec malos è bonis genitos fequitur poena , nac
honos habebitur bonis qui ex malis parentibus nati
fnt. Philo de pietate . 4 °. Le N °. 15 , portant pour
devife : Quis honorem , quis gloriam , quis laudem ,
quis illud decus tam unquam expetit , quam ut ignominiam,
infamiam , dedecus fugiat ? Cic. de orat.
5 ° . Le No. 18 , dont la devife eft : Non debet aliquis
alicujus odio prævagari.
La Société avoit auffi propofé en 1782 , pour le
K v
225 MERCURE
Prix ordinaire de 1784 , de donner l'état des différentes
branches du Commerce actif, paffif & d'entrepôt
de la Ville de Metz & du pays Meffin , & d'en
établir la balance ; mais n'ayant reçu aucun Mémoire
fur ce fujet , elle a déterminé de kabandonner,
& en conféquence elle annonce que celui du
Prix qu'elle diftribuera le jour de Saint Louis 1786 ,
eft conçu en ces termes :
Quels feroient les moyens compatibles avec les
bonnes moeurs d'affurer la confervation des Bâtards,
& d'en tirer une plus grande utilité pour P'Etat.
L'on croit devoir rappeler que le fujet propolé
l'année dernière , pour le Prix qui devoit être diftribué
le jour de Saint Louis 1785 , eft de :
Déterminer laforme la plus avantageufe à donner
à un Preffoir ; de le compofer de façon qu'il occupe
le moindre efface poffible , qu'il produife le plus grand
effit, & qu'il n'exige qu'une force médiocre pour le
mettre enjeu.
1º. On demande une Machine fimple & d'une
exécution facile , dont on indiquera toutes les dimen
fions dans un Mémoire auquel feront joints des
plans & élévations.
2º. Les Auteurs détailleront les expériences d'après
lefquelles ils auront déterminé la force de la nouvelle
Machine , & ils feront connoître les avantages
fur les anciennes le plus en ufage.
Le Prix pour chacun des fujets propofés fera une
Médaille d'or de la valeur de 400 liv.
Toutes perfonnes , excepté les Membres de la
Société Royale , feront reçues à compofer pour ces
Prix.
Les Auteurs. mettront leur nom dans un billet
cacheté , attaché au Memoire qu'ils enverront ; &
fur ce billet fera écrite la Sentence ou Devile qu'ils
auront mife à la tête de leur Ouvrage. Ils auront
attention de ne fe faire connoître en aucune maDE
FRANCE. 227
nière , fans quoi leurs Mémoires ne feront pas admis
au Concours.
´Les Mémoires feront adreflés , francs de port , au
Secrétaire perpétuel , avant le premier jour de Juin
de chacune des années pour lefquelles les queftions
font propofées.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a donné pour la première fois , le
Jeudi zi de ce mois , Richard- Coeur de Lion, \
Comédie en trois Actes & en profe , mélee
d'ariettes , par M. Sedaine , mufique de M.
Gretry.
Cette Comédie eft tirée d'un Recueil de
Fabliaux, publié, il y a trois ou quatre ans , par
M. le Grand d'Auffi . Dans un de ces Fabliaux ,
on fait honneur de la délivrance de Richard-
Coeur de Lion , détenu prifonnier en Allemagne
, à un certain Blondel , fon Meneftrel. Ce
Blondel , en courant le monde & en chantant ,
(par tout il rencontre des tours qui femblent
renfermer des Prifonniers d'État ) une certaine
romance , de la compofition de Richard
, vient à bour , par cet artifice , de fe
faire entendre par fon Maître , de le reconnoître
& de lui procurer la liberté. M. Hume ,
dans fon Hiftoire d'Angleterre , ne dit pas un
mot de ce Blondel , & raconte que Richard ,
K vj
228 MERCURE
arrêté par les ordres du Duc d'Autriche
Léopold , fut remis enfuite par ce même Duc
à l'Empereur Henri V1 ; qu'il fut jeté dans un
cachor & chargé de fers , & obligé de comparoître
devant la Diète de l'Empire , affemblée
à Worms ; que toute la Chrétienté
prit part à cette affaire , & c. &c. Enfin ,
qu'après un an , fix femaines & trois jours
dé captivité , il fut remis à ſa mère Éléonore ,
qui apporta fa rançon. Ainsi , la Comédie de
M. Sédaine eft une fable , dont nous allons
tâcher de rendre compte , & le plus fidèlement
qu'il nous fera poffible.
Richard Coeur de Lion , Roi d'Angleterre ;
Floreftan , Gouverneur du Château où eft
renfermé ce Prince ; une Princeffe Marguerite
, Comteffe d'Artois & de Flandre , &
maîtreffe de Richard ; Williams , Gentilhomme
Anglois réfugié ; une fille de ce
Williams , aimée du Gouverneur , Blondel ,
& un enfant qui lui fert de guide. Tels font ,
à peu près , les principaux perfonnages de ce
Drame , très fingulièrement conçu , comme
on va s'en convaincre .
Acte Ier . La Scène repréfente une forêt .
On voit dans le fond un château , & une mai
fon fur le devant ; c'est celle de Williams.
Pendant l'ouverture , des Payfans traverſent
le Théâtre , en portant des bottes de paille.
Arrivent après d'autres Payfans & Payfannes
qui chantent de petits couplets , & deux cinquantenaires
qui veulent renouveler leur
Inariage. Ce font comme autant de tableaux
DE FRANCE. 229
de lanterne magique qui fe fuccèdent les uns
aux autres. Enfuite furvient Blondel , travefti
en aveugle , conduit par un jeune enfant. Il
's'affied , envoie l'enfant chercher un gîte , &
ne tarde pas à fe faire connoître , en ôtant
fa barbe , & en difant tout fimplement au
Public , qu'il ne contrefait l'aveugle & le
vieillard que pour chercher , fans fe rendre
fufpect à perfonne , Richard , fon Maître ,
oublié en ce moment de toute la terre , &
condamné peut- être à périr dans un cachot.
Après cette expofition , Williams fort de fa.
maifon , en repouffant un Domestique du
Gouverneur , à qui il a arraché un lettre deftinée
à fa fille . Il eft fort embarraffé de favoir
ce que contient cette lettre , car il ne
fait pas lire . Il s'adreſſe à Blondel , qui lui
déclare qu'il eft aveugle ; mais qu'un enfant ,
fon conducteur , & qui fait fort bien lire ,
pourra le tirer de peine. L'enfant revient &
lit Rien de fi naturel , fans doute , dans les
temps où M. Sédaine a placé fon action ,
que de rencontrer un Gentilhomme ne fachant
ni lire ni écrire ; mais il ne l'eft pas
qu'un enfant du commun fût plus inftruit
qu'un Gentilhomme , même dans ces tempslà.
La lettre apprend au Gentilhomme que
le Gouverneur aime fa fille , & qu'il le pro- ,
pofe d'aller la voir de nuit , le feul temps
pendant lequel il puiffe quitter un Prifonnier
dont la garde lui eft confiée. Blondel
demande quel eft ce Prifonnier ; mais Williams
ne lui donne aucun éclairciffement fur
230 MERCURE
cet article. Blondel implore l'hofpitalité
pout prix du fervice qu'il a rendu , l'Anglois
ne peut la lui accorder , parce que fa maiſon
eft retenue pour une Princefle qui voyage ,
pour Marguerite , Comteffe de Flandre &
d'Artois. A ce nom , Blondel eft étonné.
Marguerite eft la maîtreffe de Richard-
Coeur de Lion. Qui peut l'amener ? Quel eft
le Prifonnier que on garde avec tant de
foin ? Il conçoit des foupçons qu'il fe détermine
à éclaircir , & Williams le quitte. Alors
la fille de l'Anglois vient demander à Blondel
ce que lui a dit fon père : celui- ci ne lui diffimule
rien ; elle lui fait à fon tour l'aveu
de fon amour pour le Gouverneur , & fe
retire. La Comteffe de Flandre fe préfente
avec toute fa fuite ; elle cherche fon cher
Richard par monts & par vaux. Blondel lui
joue fur fon violon un petit air qu'elle connoît
bien , & qui l'attendrit : il lui demande
l'hofpitalité dans la maifon qui lui eſt deſtinée
; elle la lui accorde , à cause du petit
air , & le laiffe avec fes gens , qu'il amufe
par des chanfons , pendant que ceux - ci lui
verfent à boire.
Acte II . Le Théâtre repréfente une tour ,
une efplanade & des fortifications . Après
beaucoup d'allées & de venues qui fervent à
placer des Soldats en faction , le Prince def
cend fur l'efplanade , fuivi du Gouverneur ,
qui lui dit qu'il peut prendre l'air pendant
une heure , après laquelle il viendra le reprendre.
Richard fe livre à tout fon défefDE
FRANCE. 231
poir , & Blondel paroît dans le fond du
Théâtre , mais dans un endroit d'où il ne
peut voir le Prifonnier , ni en être vû . Il
chante la Romance da Prince : celui ci la
continue , & tous deux fe reconnoiffent fans
s'appercevoir. Cette Scène eft charmante ; il
eft même naturel de préfumer que l'Ouvrage
n'a été fait que pour elle . Cependant
les Factionnaires ont entendu le petit concert
de l'Aveugle & du Prince ; ils fe faififfent de
Blondel , qui ne fe déconcerte pas , & demande
à être préfenté au Gouverneur . Celuici
paroît & l'interroge ; mais dès que Blondel
lui parle de fa maîtreffe , & dit qu'il
vient de fa part , le Gouverneur fait retirer la
Garde . Blondel , qui fait le contenu de la lettre
que Floreftan a écrite à la fille de Williams ,
lai dit que la petite l'attend le foir à une
fête qui fe donne chez fon père . Le Gou- ,
verneur , enchanté de fa bonne fortune , &
qui ne fe méfie plus de Blondel , lui rend la
liberté .
2
Acte III , Dans cet Acte , Blondel quitte
fa barbe , & ceffe de contrefaire l'aveugle ,
ce qui n'eft ni prudent ni néceffaire , & fait ou
tâche de faire croire qu'il eft guéri de fa cécité ,
guérifon à coup sûr très - miraculeuſe & difficile
à perfuader, même aux efprits de ce temslà.
Il fait part de fa découverte à la Princeffe.
On n'a pas de peine à gagner Williams , qui
aime fincèrement fa Patrie & fon Roi , &
qui n'a fui l'Angleterre que pour ſe fouftraire
aux fuites d'une affaire malheureufe.
232 MERCURE
Il n'eft plus queftion que de gagner le Gouverneur
, qui doit fe rendre la nuit chez
Williams , pour y entretenir la fille . Blondel
propofe de donner fur le champ une fête , &
d'y inviter tout le village . La fête fe donne ; le
Gouverneur y vient, & entretient fa maîtreſſe
`en particulier. Williams trouble le tête à tête ;
& pour prix de fon confentement à l'hymen
de la fille avec le Gouverneur , il exige de lui
qu'il délivre le Prifonnier confié à la garde.
Blondel & la Comteffe de Flandre arrivent
fur ces entrefaites , apprennent au Gouverneur
quel eft fon Prifonnier. Après une refiftance
affez foible fur ce que le devoir lui
ordonne , Floreftan promet de rendre la liberté
à Richard , & demande à tous les affiftans
le plus grand fecret. Il les quitte après
qu'ils lui en ont fait la promeffe , & les laiffe
dans la plus grande inquiétude . Ils craignent
d'avoir été joués ; mais bientôt ils font agréa
blement détrompés. Malgré le fecret qu'il
leur avoit recommandé , il revient accompagné
de tous les Gardes , il leur remet fon
Prifonnier , & la Pièce finit par un divertif
fement général .
Le rôle du Roi Richard eft prefque nul . Il
paroît un moment fur l'efplanade , & arrive
au dénouement. Celui de la Comteffe n'eft
guères plus important. Les amours de Floreftan
& de la fille de Williams ne produifent
aucun effet . Blondel feul eft de quelque
importance dans les deux premiers Actes ;
mais il ne fait rien dans le dernier. Tout le
DE FRANCE. 233
monde s'abandonne indifcrètement au Gouverneur,
& cette indifcrétion n'eft pas moins
condamnable , quoique dans le fait , vû l'ordonnance
de la Pièce , le Gouverneur puiffe
feul mettre Richard en liberté . L'arrivée de
Blondel & de la Comteffe d'Artois en Allemagne
, au même jour , à la même heure
& pour le même motif, eft un de ces événemens
que le bafard produit par fois , mais
elle n'en eft pas moins romanefque . Le tout
eft chargé d'épiſodes étrangers au fujet ; ce qui
produit un effet affez bizarre , & ne fert pas
peu à embarraffer l'intrigue . Malgré toutes ces
taches , la Pièce a eu du fuccès . Les démarches
de Blondel , fes tentatives ingénieufes dans
les deux premiers Actes , pour parvenir juſqu'à
fon Maître , leur Scène de reconnoiffance , par
le moyen fimple, mais neuf au Théâtre, d'une
Romance familière à tous deux ; tout cela
avoit occupé agréablement & l'on avoit comp
té fur des refforts auffi ingénieux de la part de
ce Troubadour, pour parvenir à opérer la déli
vrance de fon Maître , mais toutes ces espéran
ces ont été déçues au troifième Acte . La Pièce
fe dénoue d'une manière sèche , & peut être
le fonvenir des deux premiers Actes a t'ilfeul
arrêté la rigueur avec laquelle on pouvoit
juger le troisième .
Quant à la mufique , elle eft d'un genre
facile & agréable . On a entendu avec plai ir
& applaudi avec tranfport une foule de peti -s
airs , de rondes , de vaudevilles écrits d'un
ftyle gracieux & piquant . Quelques grands
234
MERCURE
morceaux richement & largement compofés
, ont fait reconnoître le Mulicien célèbre
à qui nous devons ce nouvel Opéra Comique.
On a demandé les deux Auteurs ; ils n'ont
point paru . Leurs Confrères fuivront ils cet
exemple ? Ainfi foit - il.
ANNONCES ET NOTICES.
FANTA ANFAN & Colas , ou les Frères de Lait , Comédie
en un Acte & en prafe , par Mme de Beaunoir , repréfentée
, pour la première fois , à Paris , par les
Comédiens i aliens ordinaires du Roi , le Mardi 7
Septembre 1784 Prix , 1 liv. 4 fois. A Paris , chez
Calleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande .
Une jolie Fable de M. l'Abbé Aubert , a fourni
le fujet de cette Piece , qui jouit , meme encore , dufuccès
le plus brillant & le plus mérité , tant par le
jeu des Acteurs , que par le talent vrai qui règne
daus l'Ouvrage. Fanfan & Colas font deux frères de
lait mais Fanfan eft né riche , & Colas n'eft qu'un
Payfan ; & ils diffèrent encore plus par le caractère
que par le rang & la naiffance . Fanfan eft ce qu'on
appelle un enfant gáté. Tous fes Domestiques font
les martyrs de fes caprices , & fes efpiegleries vont
jufqu'à la méchanceté. Aufli quand Colas vient le
voir , il le reçoit avec dédain , & va même jufqu'à le
frapper. Sa mère , malgré fa foibleffe , ne peut fe
diffimuler les torts de Fanfan , & le Précepteur de
ce dernier profite de ce moment pour lui faire donner
les mains à un ftratageme imaginé pour corriger
fon fils. On perfuad : à Fanfan que fa Nourrice a
fait un échange criminel qu'elle vient d'avouer , &
DE FRANCE. 235
que par cette funefte nouvelle il fe trouve fils d'un
Paylan. En même temps on donne à Colas fes beaux
habits , & on le couvre lui- même des groffiers vêtemens
de Colas . Cette métamorphofe le fait rentrer
en lui-même , développe ſa ſenſibilité , & le corrige
entièrement. Après cette épreuve falutaire , on lui
rend fon premier état ; & il devient bon maître ,
enfant docile & rendre ami.
Cette Pièce eft fort bien faite , d'un ſtyle ſain , naturel
, d'un bon dialogue , & a le degré de fenfibilité
qui convient au fujer . Elle donne une idée très - avantageule
du talent de fon Auteur.
LA Colère de Xantippe , ou l'Edit des deux
Femmes , Poëme Dramatique , par M. M .... , Secrétaire
ordinaire de MONSIEUR , Frère du Roi , &c.
Prix , 1 liv. 10 fols A Athènes , & le trouve à Paris ,
chez Guillot , Libraire de Monfieur , rue S. Jacques ,
vis- à vis la rue des Mathurins.
L'Auteur de cette Pièce a voulu représenter le fage
Socrate aux prifes avec les caprices & la méchanceté
de fa femine Xantippe . Pour mettre en action la
‘jaloufie de celui - ci , il a fait ufage d'une Anecdote
rapportée par les Hiftoriens ; il introduit dans fa
Comédie le Mégation Euclide , qui fe traveftit en
femme pour venir philofopher la nuit avec Socrate.
Cette précaution du traveftiffement , néceffitée
par la haine des Athéniens contre les Mégariens ,
qui ne pouvoient paroître à Athènes fans danger de
mort , trompe Xantippe , qui accufe fon mari de
libertinage . Voilà une moitié de l'action de cette
Pièce. L'autre moitié , c'eft que Socrate a chez lui
une jeune perfonne dont il eft Tuteur , Myrto ,
petite- fille d'Ariftide le Jufte , amoureufe d'Alcibiade,
mais irritée contre l'inconduite de ce dernier. Comme
dans cette circonfiance l'Aréopage , pour l'intérêt &
le befoin de la population , a donné un Édit qui or236
MERCURE

donne de prendre deux femmes , Myrto en profite
pour propofer la main à Socrate , à condition pourtant
qu'ils vivront comme frère & four ; fon but
eft plutôt d'éprouver fon amant que de le punir.
Cette propofition excite encore l'emportement , les
fureurs de Xantippe. Cependant le traveftiffement
d'Euclide fe découvre ; Alcibiade fe réconcilie , &
fon mariage avec Myrto termine cette Comédie ..
Tel eft le fujet de la colère de Xantippe. Quant
au ftyle , on peut en prendre une idée d'après ces
vers-ci :
Je porte donc au compte à peu-près ce qu'il faut
Pour avoir eu chez moi votre argent en dépôt.
Enfin , pour le donner , la coutume autorife
De certains frais caufés par la forme requife ;
Ainfi ces frais divers , comptés & rabattus ,
Il me teftoit à vous de net , fans tien de plas ,
Telle fomme comptant en eſpèces , laquelle ,
Comme vous le voyez , eft préciſément colle
Qui fe trouve employée en la donation .
On dit à Alcibiade , qui fe vante de quelques
bonnes fortunes achetées :
Mais ces femmes vicieuſes ,
Je ne faurois penfer qu'elles foient ført nombreuſes.
ALCIBIADE.
Nombrénfes ? Il en pleut , il en plout , il en pleut ,
Et pour de la monnoie on en a tant qu'on veut .
Le même Alcibiade , après avoir prédit aux Gaulois
qu'un jour ils cultiveront tous les Arts avec
fuccès , ajoute :
Mais votre goût léger , mais votre humeur mobile ,
Même dans ces fuccès , ne fera pas tranquille ;
Vous imaginerez d'autres bons , d'autres beaux ;
Nuls bons ne feront bons chez vous que les nouveaux , & c.
DE FRANCE. 237
LA Fille Bourrue , Comédie en un Acte & en profe ,
par M. de Valigny. Prix , 25 fols . A Paris , chez l'Auteur
rue des Moulins , butte S. Roch ,, & chez les
Marchands de Nouveautés.

C'est une fingulière fille , que cette fille Bourrue ,
à qui l'Auteur a donné le doux nom d'Angélique.
Elle parle à coups de poing. Il eft vrai que fon père
lui dit dans un moment de colère : « Choififfez un
cloître , c'est ma volonté , entendez- vous ? Je fors ,
» car je pourrois bien te roffer à mon tour. » Si le ri
dicule eft la fource du rire , rien n'eft fi comique que
cette Comédie.
TABLEAU Hiftorique & Héraldique de la Nobleffe
Militaire ; contenant les Noms , Surnoms &
Qualités , enfemble la date de tous les Grades , Actions
, Sièges , Canpagnes , Bleffures de MM. les
Officiers au Service de Sa Majesté , tant fur Terre
que fur Mer, & retirés ou employés à la fuite des
Corps & dans les différens Etats- Majors des Villes ,
tant au-dedans qu'au- dehors du Royaume ; des Noms
& Qualités des Chevaliers de tous les Ordres exiftans
en Europe ; Ouvrage enrichi d'un Recueil d'Or
donnances Militaires , pour lequel la Soufcription
paye d'avance à raifon de 6 liv . le vol . broché ,
& 7 liv. franc de port dans tout le Royaume , in- 8 °.
caractère de petit texte ; par M. de Combles , Offic.
d'Infanterie . A Paris , chez l'Auteur, rue des Cordiers ,
No. 4, près la place Sorbonne.
fe
On trouve le premier & fecond volume de cet Ouvrage
chez l'Auteur , & chez Cloufier , Imprimeur-
Libraire , rue de Sorbonne. Ceux qui en feront la
demande , au prix ci - deffus , feront fervis Courier
par Courier , pourvu qu'on en ait envoyé le prix
franc de port.
UVRES Choifies de l'Abbé Prevoſt , avec
238 MERCURE
Figures , huitième Livraifon , contenant les deux
derniers Volumes de Grandiffon & le Monde Moral,
un Volume.
On fouferit pour lefdites OEuvres conjointement
avec celles dé le Sage , à Paris , chez Cuchet , rue
& hôtel Serpente , & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
1
Le prix de la foufcription eft de 3 liv. 12 fols le
Volume brosé . On a tiré vingt- quatre Excmplaires
fur papier de Hollande à 12 liv. le Volume
broché .
LeE Duc de Bénévent , Drame Héroïque en trois
Actes & en vers , repréſenté pour la première fois
par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi , le 15
Juillet 1784 , par M. Rauquil Lieutaud . Prix , 1 liv.
10 fols . A Paris , chez Vente , Libraire des Menus-
Plaisirs du Roi , rue des Anglois .
On n'a pas, vu fans plaifir cette Pièce , qui eft
tirée d'un Conte de Voltaire ; mais il étoit difficile de
renfermer dans trois Actes ordinaires les développemens
néceffaires à l'action ; auffi la marche de ce
Drame eft - elle faccadée ; le ftyle en eft facile , mais
fouvent négligé. La Scène où le Miniftre paroît enchaîné
avec fon valet qui fe moque de lui a fort
amufé.
CATALOGUE Raifonné d'une très belle Collection
de Tableaux des Ecoles d'Italie , de Flandre & de
Hollande , qui compofoient le Cabinet de M.le Comte
de Vaudreuil , Grand Fauconnier de France , dont
la vente le fera le 24 Novembre prochain. Les perfonnes
qui defieront voir cette Collection , & les
Étrangers qui voudront le procurer des Tableaux ,
pourront s'adreffer à M. le Brun , Auteur du Catalogue
, rue de Cléry , hôtel Lubert , à Paris .
DE FRANCE.
239
LE Corbeau & le Renard , Fable de la Fontaine
, avec Accompagnement de Clavecin , mife en
mufique par M. Ducray. Prix , 1 livre 16 fols . A
Paris , chez l'Auteur, Place Maubert , à côté de
l'Orfèvre , M de Roullède , rue Saint Honoré ,
entre celle des Poulies & l'Oratoire , & Bachelier
Luthier , rue du Pourtour Saint Gervais.
C'eft une idée affez extraordinaire , exécutée dans
un ftyle qui l'eft beaucoup moins.
QUATRE Sonates pour la Harpe , avec Accompagnement
d'un Violon , par M. L. C. Ragué OEuvre
II . Prix , 9 liv. A Paris , chez Coufineau , père &
fils , Luthiers de là Reine , rue des Poulies .
M. Ragué Amateur diftingué dans plus d'un genre
, annonce un mérite particulier pour les Ouvrages
deflinés à cet inftrument.
NUMERO 9 du Journal de Violon , ou Recueil
d'Airs nouveaux pour le violon , l'Alto , la Flûte
& la Baffe. Prix féparément , 2 liv . 8 fols ; abonnement
, 18 liv. & 21 liv . A Paris , chez Baillor
Marchand de Mufique , rue Neuve des Petits-
Champs , au coin de celle de Richelieu.
>
NUMERO 10 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs . Ce Journal , compofé d'Airs nouveaux
peut auffi convenir à deux Violoncelles Prx féparément
, 2 liv .; abonnement , 15 & 18 liv. A Paris ,
chez le fieur 3ornet l'aîné , Marchand de Mufique
rue des Prouvaires , au Bureau de Loterie , près Saint-
Euftache.
>
BEAUME de Vie du fieur Lelièvre , Apothicaire
du Roi , rue de Seine , Fauxb. S. Gerinain , ancienne
maifon de fon père.
M. Lelièvre apprend que fon ftomachique , fi
240
MERCURE
connu & employé depuis quarante ans , eft contrefait
par des perfonnes qui fe prétendent , pour la
plupart , chargées feules du débit . Comme ces contrefactions
peuvent être auffi dangereufes pour le
Public , qu'elles font préjudiciables au Poffeffeur de
ce Remède , il croit devoir prévenir qu'il n'exifte
& qu'il n'a jamais exifté à Paris d'autre Bureau
de débit que le fien , tue de Seine. Le plus sûr
eft de s'adreffer directement à lui ; indépendamment
de ro pour cent qu'il fait de remife aux perfonnes de
la Province & de l'Etranger , il recevra en payement
& à des termes raiſonnables , des effets fur de bonnes
maifons de Paris.
FAUTE à corriger au Nº, 40 , page 47. Elémens
de Mufique Pratique , par M. Thiémé ,prix 12 liv. ,
au lieu de 2 liv.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
196
AM. le Comte d'Oels , 193 ] Charade , Enigme & Logogry-
Couplet à Mme la Comteffe de
C ***
A Mme la Comteſſe Des *** ,
ibid.
194
phe ,
Euvres de M. le Marquis de
Pompignan,
200
Lettre aux Rédacteurs du Mer-
Effai de Traduction d'un Diftique
latin ,
cure,
195 Comédie Italienne ,
Arnoult,
ibid.
Pour le Bufte de Mlle Sophie Annonces & Notices ,
AP PROBATION.
219
227
234
J'AI lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure
de France , pour le Samedi 30 Octobre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher
l'impreffion
. A Paris ,
le 29 Octobre
1784. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 8 Septembre.
E mois dernier , il a été ordonné de faire
Lannuellement un dénombrement exact
des habitans de cette capitale , afin de connoître
l'étendue de l'approviſionnement né-
* ceffaire .
Le Roi a nommé les Confeillers privés
de Schimmelman & de Reventlaw , Direc
teurs de la Compagnie Royale du commerce
de Groenlande , d'Iflande , de la Finmarche
& de Faroë.
4
bâtimens font arrivés de Groenlande ,
avec des cargaifons entieres de baleines.
Le 2 , le vaiffeau la Julienne Marie , Cap .
Davidſon , eft arrivé ici de Bengale , chargé
de marchandifes des Indes Orientales pour
le compte de particuliers.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Septembre.
Le commerce d'exportation . de Pétersbourg &
N°. 40 , 2 Octobre 1784.
a
2 )
.
de Cronstadt a occupé , en 1783 , 614 hommes ,
dont 62 étoient ruffes , & 552 étrangers . Ces bâtimens
avoient à bord pour 10,098,797 roubles
de marchandifes . Voici la deftination & la répartition
de ces bâtimens ; favoir , 59 font partis
pour Lubek ; 57 pour le Sund ; 54 pour le Danemarck
; 38 pour Amfterdam; 35 pour Stettin ;
32 pour la Suede ; 15 pour la France ; 10 poar
l'Eſpagne ; 11 pour Roftok ; to pour le Portugal ;
5 pour Dantzick ; 4 pour l'Italie ; } pour Hambourg
; pour Breme ; 3 pour Nibourg ; 2 pour
Oftende ; I pour Riga ; 1 pour Revel & 1 pour
Boston . Le nombre des bâtimens étrangers
arrivés dans ces ports , étoit de 17 ) ; favoir
270 anglois ; 14 hollandois ; 44 de Lubek ; 8 de
Breme ; 7 de Hambourg : 68 danois ; 42 fuédois ;
39 pruffiens ; so de Roftok ; 8 portugais ; 3 Eſpa
gnols ; françois ; 1 vénitien ; 4 de Dantzick;
10 impériaux & 9 d'Oldenbourg. Les marchandifes
apportées par ces bâtimens & les bâtimens
nationaux , étoient de la valeur de 11,674,120
roubles. Les droits de douane ont produit la
fomme de 2,966,188 roubles . Le total de
l'or & de l'argent en lingots & en monnoie étrangere
, entrés à Pétersbourg , s'eft monté à la
lomme de 164,183 roubles.
On écrit de Lithuanie, que le Palatin de
Polocz , en exerçant les troupes au feu , a
reçu un coup de balle , dont il eft mort fubitement.
La tenue de la prochaine Diete
attire beaucoup de monde à Grodno.
BERLIN , le 11 Septembre.
Le 9 de ce mois , le Roi a dîné dans cette
Capitale chez la Princeffe Amélie . Il exami(
3 )
na les nouveaux édifices qu'il fait conftruire
à la place des Gens d'armes , & devant la
Porte Royale. Le lendemain , S. M. a paſſé
en revue le Corps de l'Artillerie.
Cette
Monarchie a déjà offert en plus
d'un genre les fingularités les plus extraordinaires
; mais le Projet de Code , dont nous
avons parlé
l'Ordinaire dernier , en est une
dont l'Europe moderne n'a pas encore offert
d'exemple. On n'a point vu de Souverain
de Grand - Chancelier
foumettre le travail
d'une Légiflation civile à l'examen du Public,
interroger l'opinion , la fageffe , les lumieres
des particuliers , au lieu de leur dicter
des volontés toutes préparées dans le
Cabinet , & dans une
Monarchie, ramener le
pouvoir de ftatuer fur les intérêts des fujets ,
aux formes
démocratiques qui
confultent
des citoyens . Voilà cependant ce que vient
de faire M. le Baron de Carmer, Grand-
Chancelier de Pruffe , dans le Préambule de
fon Projet de Code . On eft fi ennuyé , fi
accablé de tous ces prix
journellement propolés
avec une emphaſe puérile , qu'on verra
avec refpect &
reconnoiffance cette invitation
au concours pour mieux rédiger un
Systéme de Loix. M. de Carmer s'exprime de
cette maniere.
D'après
l'inftruction du Monarque , je me fuis
fervi des confeils & de l'affiftance d'hommes verfés
dans ces matieres ; mais elles ont pour objet
les plus grands intérêts du Public ; il eft donc
jafte de raffembler les voix. Il fe trouve dans
2 2
( 4 )

le pays & chez l'étranger des gens de mérite
des Lonnoiffances defq els je voudrois profiter.
Ja fupplé S. 1. de ine, permettre de ne publier
d'abord l'ouvrage que comme un fimple
projet , & de raffember les opinions ainfi que
les remarques du Public. Le Roi a trouvé cette
propofition conforme à fa (ageffe & à la follicitude
paternelle pour le bien - être de fes fujets .
Le cor, s des loix de Juftinien devant nous fervir
de bale , on n'attend point des obſervations fur
les paffages de ce projet de Code , pris du droit
romain fans altération , excepté dans le cas où
les obfervateurs montreroient qu'on a eu tort de
conteryer des fatuts qui , par des raifons prépondérantes
, auroient mérité d'être abolis ; on reẹ
jette également les remarques uniquement relatives
aux loix & conftitutions provinciales , la
collection & l'arrangement de ces loix étant un
Quvrage entiérement différent de celui ci ; mais
on fouhaite que le Public éclairé dirige fon attention
fur les points fuivans : 1 ° . Sur les aberrations
du droit romain admifes dans ce projet : 2° . Sur
les réglemens par lefquels on a voulu lever des
antinomies dans le droit romain , remplir dis
lacunes qui fe trouvent dans le Tyfleme de ce
droit , ou preferire des regles à certaines efpeces
d'affaires qui font une invention des loix modernes
, & furent par conféquent inconnues aux
Législateurs romains..... ; 3 ° . Si ce Code eft
complet , & quelles omiffions il a pu nous échapper
: 4° . La clarté & la propriété des expreffions
eft une condition fondamentale d'un bon Code ;
il importe donc beaucoup de favoir fi ces qualités
manquent à ce projet , & dans quels paffages on
rencontre des obfcurités , des expreffions équi
voques ou méme des contradictions. Des JURISCONSULTES
PHILOSOPHES font ceux dont je de(
5 )
4
Are fur-tout de recevoir les jugemens' ; & quant mens
au troifieme point , le travail des Juriftes - pratiques
pourra in'être utile . Les remarques , la
cenfure des hommes qui , fans être proprement
dits Jurifconfultes , fe font adonnés à l'étude
d'une véritable Philofophie pratique , & même de
ceux qui , fans appartenir a ce qu'on nomme
PEtat des Gens de lettres , ont cependant recueilli ,
par la lecture , par la reflexion & par leur expérience
dans les affaires de la vie civile , des connoiffances
inûres , me feront très - agréables . Des
perfonnes telles que j'en fouhaite pour juges &
pour critiques , trouveroient fans doute un motif
Luffifant d'émulation dans l'idée de contribuer à
la perfection d'un ouvrage fi important pour une
nation entière. Cependant , comme il peut s'en
trouver qui enleveroient les heures qu'ils donneront
à l'examen de ce projet à d'autres occupa
tions utiles à leur fubfiftance , il eft équitable de
leur offrir un foible dédommagement . On propofe
donc un double prix pour ceux qui font difpolés
à s'occuper d'un examen folide du préfent
projet le premier d'une médaille d'or de
cinquante ducats , eft deftiné à celui qui , fur le
premier volume , envifagé fous le quadruple point
de vue ci -deflus indiqué , enverra lés obfervations
les plus folides & les plus complettes . Le
fecond prix , d'une médaille de vingt- cinq ducats
, fera décerné au meilleur examen d'un feul
titre de ce volume , fous le quadruple point de
vue indiqué ci- deffus. On reçoit les differtations
-jufqu'au premier décembre de cette année , ſous
mon adreffe. Le prix fera adjugé au commence.
ment de l'année prochaine , par une députation
particuliere.... Les Auteurs des pieces qui rèmporteront
le prix , conferyeront la difpofition de
leurs manufcrits.
"
a 3
-
√ ( 6 )
DE VIENNE , le 14 Septembre.
De la part du Souverain on a publié l'avis
que les domeftiques ou autres pauvres malades
, hors d'état, pour raifons quelconques ,
de fe tranfporter à l'Hôpital , pourront fe
préfenter tous les matins chez le Docteur
F. Steininger , qui les écoutera gratis , &
leur fera même des vifites , s'ils font trop
foibles pour fe tranfporter chez lui.
L'entreprise d'envoyer en Hongrie les criminels
, deftinés à tirer les vaiffeaux , n'eft pas fans inconvénient
: un affez grand nombre de ces forçats
fe fout réfugiés fur le territoire Turc . L'Edit
prohibitif des marchandifes étrangeres ne tardera
pas à être imprimé , nonobftant les remontrances
des Négocians de Triefte , à qui cette
défenfe fera un très-grand tort momentané. On
peut juger de la fàcheufe fenfation de cette mefure
fur les places de commerce des autres états ,
habitués á verfer le produit de leurs fabriques
dans les Etats Autrichiens. ).
Après une chaleur exceffive , il eft furvenu
en Carinthie une pluie , fuivie du froid
le plus inufité en cette faifon . Il est tombé
deux pieds & demi de neige dans les Alpes :
les beftiaux qui paiffoient dans les vallées
ont beaucoup fouffert : il en eft péri un grand
nombre au milieu de la Canicule.
Quelques Feuilles publiques ont parlé
d'une maniere inexacte de la mort de quelques
enfans dans la riviere de Raab , où ils
fe baignoient. Tous , à l'exception d'une
( 7 )
fille de to ans , étoient des adolefcens ; fl
s'y trouvoit même des femmes mariées : 15
de ces malheureux baigneurs ont péri , &
entr'autres, une femme enceinte dont le
fruit a été également perdu. Ce n'eſt point
un ouragan , mais une imprudence qui a
caufé cet accident.
>
L'Empereur ayant trouvé que la défenfé de
faire des établiffemens pour cuire du fel dans le
plat pays & les villes ouvertes des Pays- Bas autrichiens
, étoit nuifible au commerce , permet ,
par une déclaration du 2 Aoûr , de multiplier
par - tout ces établiffemens , excepté à un mille
de diſtance des frontieres qui féparent la Flandre
de la Hollande . A l'imitation des Anglois , on
doit enterrer dorenavant nos morts enveloppés
dans des facs de drap . On a auffi défendu les
couronnes qu'on avoit coutume de pofer fur les
bieres des perfonnes des deux fexes mortes en
odeur de virginité. En Tranfylvanie on a
pris , de chaque régiment des confins , deux cens
hommes , pour faire chaffe contre les troupes
nombreuses de voleurs qui inquiétent le pays.
Pour le bien du commerce , l'Empereur
vient d'abolir les péages fur les frontieres entre
Ja Hongrie & la Tranfylvanie : les commerçans
pourront trafiquer dans tous les pays héréditaires ,
& n'auront à payer les péages que fur les frontieres
des pays étrangers.
Dans le but d'exciter l'induftrie & le zele
des cultivateurs , S. M. I. a fait promettre
à ceux de la Gallicie les récompenfes fuivantes.
1°. Tout fujet , qui muni d'une atteftation du
Juge dé fon endroit , certifié par deux voifins
a 4
( 8 )
réputés honnêtes gens , pourra prouver qu'il a
tiré d'un terrein égal à un autre , plus de fruit
que fon voifin , & qu'il ne doit cet avantage
qu'à fa culture , recevra pour chaque mesure de
plus qu'il s'en fera procuré , 1 florin Polonois ;
de plus on fera connoître dans tous les pays les
noms de ceux qui auront obtenu de pareilles récompenfes.
2 ° . Celui qui produira une atteftation
, foit des Commifaires des limites , foit des
Juges de fon endroit , certifiant qu'il a les plus
beaux beftiaux de la Communauté & qu'il les a
lui-même élevés , recevra pour la paire de boeufs,
jugés les plus beaux , 16 florins Polonois ; pour la
plus belle vache , 8 florins Polonois ; & pour le
plus beau taureau , 20 florins Polonois .
L'Empereur a fait tenir en fon nom fur
les fonts de batême le premier né dans la
maifon des Enfans trouvés : l'enfant préſenté
par le Grand - Ecuyer a été nommé Jofeph ,
& fa mere , qui eft une femme de chambre,
a reçu 100 ducats.
Toutes les femmes publiques vont être
expulfées de cette capitale ; le Gouverne
ment ayant donné une férieufe attention à
cette plaie honteufe des grandes villes .
Un foldat femefirier , écrit - on de Bude , alloit
fe marier avec la fille d'un Bourgeois , lorfque
fubitement les parens de la fiancée refuferent leur
confentement à cette union . Les deux amans fe
rendirent à l'Eglife , revinrent á la maifon en l'abfence
des parens , fe jurerent á genoux une foi
mutuelle , échangerent leurs chapelets pour gage
de leurs fermens , & fe promirent de mourir enfemble
, puifqu'il ne leur reftoit que ce moyen
d'être unis. Après cette fcène , le foldat perce
( و )
fon amante de fon couteau , s'en frappe lui -même
á plufieurs reprifes , & tombe mort fur le
cadavre de fa maitreffe .
Le Comte d'Edling , Archevêque de Gortz ,
ayant renoncé entre les mains du Pape à fon
Archevêché , l'Empereur l'a fupprimé & attribué
la plus grande partie de fon Diocèfe à l'Evê
ché de Triefte , dont le Siége fera transféré à
Gradifca. Il fera érigé un nouvel Archevêché à
Griez en Styrie , qui aura pour Suffragans les
Evêques de Triefte , de Laibach , de Lavant , de
Gurk & ' de Sellau .
I Le i de ce mois il eft arrivé ici un courrier
de Pétersbourg , avec des dépêches relatives
à l'affaire des limites à régler entre la
Cour de Vienne & la Porte Ottomane .
L'Ambaffadeur de Fuffié a déclaré , dit on ,
publiquement que fa Souveraine appuyeroit
de toutes fes forces l'Empereur dans fa réclamation
concernant les limites , & qu'elle
avoit expédié à ce fujet des inftructions à fon
Miniftre à Couftantinople.
Le Confeil Aulique de guerre a envoié
dans les Pays- Bas un certain nombre de
boulangers pour le fervice des troupes.
S. M. I. a permis d'exporter de fes étais une
certaine quantité de bled , pour le Grand -Duché
de Tofcane , où cette denrée a manqué cette
année.
On affure que l'Empereur , avant ſon départ
pour Brinn , a décidé que les revenus d'un Archevêché
feront fixés à 20,000 florins , & ceux
d'un Evêque à 10,000 ; & qu'ils jouiront en
outre les uns & les autres de sooo florins pour
les vifitations.
as
( 10 )
" DE FRANCFORT , le 20 Septembre.
Huit payfans , députés d'une Communauté
du Margraviat de Bade , arriverent ici le
22 du mois dernier : ils acheterent une voiture
, la plus riche qu'ils purent trouver chez
le célébre carroffier Wagner , & le payerent
fi largement , qu'il fe crut obligé de leur
donner un feftin en remercîment. Leur communauté
deſtine cette voiture au Margrave
fon Souverain , comme une foible marque
de la reconnoiffance de fes fujets pour fes
bienfaits journaliers.
Nous avons parlé de l'établiffement futur
d'un impôt unique & territorial, de 40 pr. 100
du revenu des fujets del'Empereur en Autriche
, en Bohême , en Lombardie , & peutêtre
en Hongrie. Il eft curieux de connoître
l'expofé des principes fur lefquels cette opération
économique eft fondée : voici cet
expofé , qu'on attribue au grand Prince luimême
, occupé d'une innovation fi importante.
Lorsqu'on veut déterminer une choſe d'une maniere
certaine & inébranlable , & qu'on veut empêcher
qu'il y foit apporté aucun changement ,
on ne peut y parvenir qu'en pofant des principes
fondamentaux , & en mettant au jour la nature de
la chofe , fans s'affujettir à des ufages féculaires ,
devenus généraux , & qui font peut - être des préjugés.
Un impôt , clair & décidé , eft certaine
ment le plus grand bonheur d'un Etat . C'eſt par-là
feulement qu'on obtient le vrai moyen de raffembler
le revenu de l'Etat d'une maniere jufte & fim
ple , & qu'on eft à même de lui faire tout le bien
poffible. Les biens- fonds que la nature a deſtiné à
l'entretien de l'homme , font la feule fource d'où
vient tout , & où tout retourne , & leur existence
eft malgré le tems toujours la même. Par cette raifon
, on peut établir la vérité inconteftable , que
c'eft fur les biens - fonds feuls que doit porter l'im
pôt, & par une juftice naturelle , il ne doit y avoir
aucune différence parmi les propriétaires , de
quelque qualité qu'ils foient. Il s'enfuit naturelle .
ment qu'il ne doit y avoir aucune différence entre
le Seigneurial , le Ruftical , le Cameral , & les biens
Ecclefiaftiques , & que ces biens ne doivent être
claffés que d'après leur étendue , leur fertilité &
leur fituation . S'il y a des loix & des établiffemens
oppofés à ceci , ils ne peuvent pas affoiblir du
moins la vérité & la certitude , que le falut de
P'Etat rend ce principe indifpenfable. N'eft-ce pas
un préjugé déraisonnable de croire que les Supé
rieurs ont poffédé le pays comme une propriété ,
avant qu'il y eût des Sujets , & qu'ils ont donné,
leur propriété à ces derniers à de certaines conditions
? Ne feroient - ils pas forcés par la faim de'
s'en aller , fi perfonne ne cultivoit la terre ? Cela
feroit auffi abfurde qu'à un Prince de croire qu'un
pays lui appartient , & que lui n'appartient pas au
pays ; que des millions d'hommes fuffent créés
pour lui , & non lui fait pour le ſervice de ces millions.
Mais de même que les befoins de l'Etat ne
doivent pas être connus publiquement , de même
ils ne doivent pas étre exagérés.
Dans tous les cas , le Prince , par devoir & par
honneur,en doit compte a Public . De ce que nous
venons de dire , réſulte la néceſſité d'introduire unt
nouveau fyflême de contributions , établi de maniere
que toutes les terres forent impofées égale
ment , ſans diſtinction de propriétaire . Cet-impôt
аб
( 12. )
doit porter fur tous les biens -fonds quelconques ,
terres labourables , prairie , forêt , étang , & c.,
d'après les proportions géométriques Afin que l'égalité
foit parfaite , la mesure doit être la même.
L'on peut même trouver dans le produit une proportion
qui rend la rétribution égale a tant pour
cent , en ét bliffant tant par an , après avoir confidé
é le rapport de dix ans,femences déduites . De
cette maniere.chaque terrein ſera tinpofé d'après
fa f ruilité, & il ne reftera à confidérer que le plus
ou moins de diftance des Marchés pour la vente.
Les prix s'étabiront facilement par les proportions
de dix ans des prix du marché . Ceci étant en
ordre , on peut le flatter d'être preſque amis , au
point de ne plus fe tromper , parce que les vignobles
font prefque tous mesurés & appréciés. En
conféquence de cet impót , l'Etat doit tirer tout
fon revenu des fonds de terre . Je pofe donc le cas
que chaque propriétaire ait à payer d ' près la répartition
ci-deffus mentionnée , 40 pour 100. Et
pour éviter les difficultés & la lenteur d'un calcul
particulier , on ne feroit que mesurer l'étendue de
chaque Commun uté ; on eſtimeroit à-peu- près fa
fertilité , abandonnant la répartition des individus
à la Communauté même , en lui enjoignant d'y
comprendre également le terrein. ruftical & feigneurial
D'après cet arrangement ,
il reste au
propriétaire 60 pour 100 ; mais comme les Seigncurs
ont befoin d'étrangers pour cultiver les
terres , font chargés de l'adminiftration intérieure
de la justice en premiere inftance , l'équité
exige que leurs Sujets leur paient pour leur protection
une certaine rétribution , mais elle ne doit
pas porter fur les terres ; ce doit être au contraire
une espece de Capitation payable par famille
qui monteroit à- peu - près à la moitié de
l'altre impôt ; c'eft à - dire , à 20 pour 100. J
( 13 )
faudroit en même-tems fixer le prix d'une corvée
avec des chevaux ou des boeufs pour un jour ou un
demi- jour , les corvées de manoeuvre , de chaffe ,
de pêche &c . ; ce qui fait fans doute un des points
principaux d'une Seigneurie. Il faut pour cet effet
rechercher & examiner avec foin dans une
Seigneurie camerale, quel eft le jufte milieu où le
Seigneur & le Sujet trouvent leur avantage. Ceci
une fois établi , on peut par la regle de trois &
une proportion géométrique faire la même chofe
dans les Provinces:
"
Il feroit libre aux Seigneurs & aux fujets de
faire des arrangemens , comme d'acquitter les
dettes par le travail , ou de payer en argent cu
en productions. Il feroit libre auffi aux Seigneurs
de vendre leurs Fermés , de les louer ou de les
faire valoir. D'après ces principes , il ne reftroit
aux paysans que quarante pour cent pour
tenir leur maison , & cet impôt général fuffifant
pour faire face aux befoins de l'Etat , tous
les autres droits , fur- tout ceux fur le fel , &
autres objets de confommation feroient ôtés . On
Steroit de même toutes les entraves du commerce
intérieur . Il feroit libre à tout le monde
de faire fabriquer & vendre fans maîtriſe ni
privilege , à la ville comme à la campagne
toutes les productions de la nature , fans condition
même de poids & de mefures. Chaque
payfan auroit un livre , dans lequel feroit d'abord
le toifé de fes terres , fait par la communauté
, la claffe dans laquelle il fe trouve , les
vingt pour cent qu'il auroit à payer à fon Sei- .
gneur , & le prix de toutes les corvées. D'a - ´
près cette mefure , il pourroit contracter avec
fon Seigneur , & lorfque la fomme mentionnée
dans fon livre feroit remplie , il fauroit que fes
fervices feroient finis pour l'année . Un pareil ar(
· 14 )
rangement qui laifferoit le champ libre à l'induf
trie, ne pourroit que donner finguliérement de
reffort à la nation . Mais il faudroit que ce fyftême
fût introduit uniformément dans toutes
les provinces , toutes les douanes intérieures cefferoient
, & la libre circulation s'établiroit entre
vingt millions d'hommes . Avant que cette affaire
effentielle foit décidée , & avant que cet
ouvrage foit commencé , il faut que les terreins
foient mefurés & eftimés , afin qu'on puiffe favoir
à peu près , à quoi monteroit le produit
de l'impôt , & ce qu'on mettroit à la place des
droits exiftans pour faire face aux affaires , parce
qu'un tel arrangement ne pourroit être fait parpetits
effais , mais devroit avoir lieu par - tout en
même tems. Il eft vrai qu'on pourroit obſerver
que les provinces qui font actuellement un com->
merce avantageux de grains & de vin feroient
minés , parce qu'elles ne pourroient plus foutenir
la concurrence , mais on pourroit remédier à cela
par des primes : & comme la terre ne rapporte pas
uniquement des grains & du vin , on embrafferoit
d'autres branches , d'autant plus que les douanes
des frontieres mieux garnies , empêcheroient davantage
l'importation étrangere ; mefure qui fomenteroit
néceffairement l'induftrie nationale .

La Gazette d'Erlang donne l'état relatif
de la confommation de Vienne , Paris &
Londres. Cette derniere Capitale , vu fa plus
grande population & le genre de vie de fes
habitans , l'emporte de beaucoup fur les
deux autres , dans ce combat de profufion .
"
En 1782 , on a conſommé à Vienne , 40,029
boeufs , 1,110 vaches , 65,856 veaux , 212736
moutons , brebis ou agneaux ; 90,452 cochons ,
gros on petits , 40,256 meſures de pois , feves &
( 15 )
lentilles , 119,613 mefures de feigle & bled ,
88,002 mefures d'orge , $ 31,081 mefures d'a
ンvoine , 723,990 melures de farine , 194,711 de
feigle , 972,518 d'efpiote , 19,658 d'épautre ,
20,660 chariots de foin , 1,263,180 bottes de
paille , 20,940 livres de fuif, 291,133 cordes de
chauffage , 483,250 mefures de vin du pays , 11,793
de vins étrangers , 447,574 mefures de bierre.
On évalue la confommation de Paris , année
commune , à 77,000 boeufs , 120,000 veaux
$40,000 moutons , 32,400 cochons , 900 maltres
de fel , 12,800 maltres de bled , 33,978 morues,
32,560 tonneaux de hareng , 3,260 tonnes de faumons
falés , 1,340 tonnes de maquereaux falés
41,35 maltres de charbon , entre 4 à 500,000
cordes de bois de chauffage , 3,212 maltres d'avoine
, 10,200,000 bottes de foin & de paille ,
4,004,519 livres de fuif.
La confommation de Londres eft de 90,979
boeufs, 195,000 veaux,666,000 moutons, 238,000
cochons , 16 millions de beurre , 21 millions de
livres de fromage , 115,000 tonnes d'huitres
4 mill. de maquereaux , 976,217 tonneaux de
bierre le tonneau à 144 pintes : ce n'eft que la
bierre de Londres feulement , fans comprendre
celle qu'on y conduit des environs ; 50,000 tonneaux
de vin , 20,000 d'eau- de vie , 800,000¨™
chaldrons de charbons de terre , le chaldron pefant
3000 livres.
Nous avons déjà parlé des fouilles entreprifes
par l'ordre de l'Archiducheffe Marie-
Anne , dans le Saalfeldt. Les travailleurs débarraffent
aujourd'hui de terre & de décombres
un grand édifice , que l'on juge être un
Temple élevé à Jupiter. Une pierre d'ex voto
porte ces deux mots abrégés , CIVI : SAL.
( 16 )
On préfume qu'autrefois , il exiftoit dans ce
lieu une ville nommée Sala ; les endroits
voifins ayant confervé , comme par tradition
, les noms de Saalfeldt , & de Maria-
Saal.
L'Electeur de Mayence a jugé à propos
d'ordonner , que les Freres laïcs dans les
Couvens ne porteront plus l'habit des Religieux
, mais qu'ils paroîtront en habit fécu
lier , & que l'émiffion de leurs voeux ne fera
valable que pour deux ans.
Le 6 au foir , écrit- on de Prague , l'Empereur
eft arrivé au Camp d'Hlaupietin , accompagné
du Comte de Hoya . Le lendemain matin , S. M.
a fait la revue de fes Troupes , & dans l'aprèsmidi
, les manoeuvres particulieres ont commencé .
Les grandes manoeuvres auront lieu le 11 & le 13 .
On prélume que notre Monarque , fe propofant
de vifiter les Fortereffes de Konigfgraerz , de
Pleff , & de Théréfienftadt , ne reviendra ici que
dans le mois prochain .
Dans la nuit du 5 au 6 , à 1 heure 2 minutes
du matin , on a reffenti à la Fortereſſe de Rhinfels
, deux fecouffes de commotion fouterraine ,
accompagnées d'une forte explosion , femblable
à un coup de canon . Heureulement , il n'en eft
réfulté aucun accident .
La nouvelle fortereffe que le Roi de
Pruffe fait conftruire près de Graudenz ,
eft prefque finie ; on a déjà commencé à y
tranfporter de l'artillerie. On affure que les
fortifications de Memel , de Pillau & de
Fredericsbourg feront démolies , & qu'on
fortifiera Tilfit , Goldapp & Paffenheim .
Le 13 de ce mois , la Princeffe hérédi
( 17 )
taire de Bade eft heureufement accouchée
d'un Prince.
ITALI E.
DE MILAN, le 9 Septembre.
par
En attendant le nouveau plan de Jurif
prudence civile & criminelle , ordonné
S. M. Empereur , on vient de publier ici
une réfolution de ce Monarque , fur le mode
à fuivre , relativement à la peine de mort.
S. M. en oint de la réferver pour les feuls cas
jugés les plus énormes & les plus dangereux
au falut de l'Etat , par la faine Jurif
prudence & par l'opinion univertelle. Jamais
cette peine de mort ne pourra être in- i
Aligée fans l'approbation préalable du Souverain.
Quant aux délits que les loix or- ,
donnent de punir capitalement , mais dont
la nature moins atroce peut permettre une
tranfmutation de châtiment , tel que celui
de la prifon ou des travaux publics , le Tribunal
aggravera ces dernieres peines felon
les circonstances , afin de les rendre plus
exemplaires . Il pourra y ajouter ou la fuftigation
publique , ou la nourriture au pain
& à l'eau , ou la condamnation des coupa- .
bles à des travaux plus pénibles & plus hu--
milians .
Quant aux malfaireurs étrangers , S. M.
voulant pourvoir à ce que leur nombre ne
furcharge pas les prifons de sûreté, ordonne
à la Juftice d'abréger le temps de leur captivité
, en les foumettant à une peine corpo(
18 )
relle plus confidérable , telles que le fouet
la marque , la baſtonade , une priſon rigoureuſe
pendant long temps , & autres , felon
la nature & les circonftances du délit.
1
Le 29 du mois dernier , Mgr D. Philippe
Visconti , notre nouvel Archevêque , fit fon entrée
publique en cette ville; cette cérémonie fut
accompagnée de la pompe la plus majestueufe ;
le nouveau Prélat fut complimenté , dans le couvent
des Peres Dominicains , par les députés de
tous les tribunaux . Il fe rendit enfuite à l'Eglife
métropolitaine ; il étoit à cheval , en habits pontificaux
, fous un dais de la plus grande richeffe.
Toutes les écoles . les confréries , le clergé régulier
& féculier , le chapitre de la cathédrale , &
trois gonfaloniers à cheval le précédoient ; feize
cavaliers portoient le dais , & il étoit eſcorté par
un grand nombre de gardes. Erant arrivé à la
porte principale de l'Eglife , il fut reçu par le
chapitre , qui le conduifit à l'autel , où , après
avoir rempli les auguftes fonctions qui font d'ufage
, il prit poffeffion de l'autel & du trône archiepifcopal.
La mufique exécuta alors un Te
Deum : le nouvel archevêque admit enfuite au
baifer de paix les premiers officiers , les chanoines
ordinaires , & c.; il donna fa bénédiction au peuple
, & publia une indulgence de 40 jours . De
retour à fon palais , il complimenta la nobleffe
qui avoit été invitée. Les habitans de la ville
témoignerent en cette occafion toute la joie qu'ils
reffentojent : les hautes qualités du nouvel archevêques
furent exaltées dans les inferiptions dont
on avoit décoré les arcs de triomphe .
Après deux ou trois jours d'une très forte
pluie , écrit -on de Ravens fur le lac Majeur
nous eumes dans la nuit du 22 Août une ef(
19 )
pece de déluge. La riviere qui paffe près de
Germignaga , éprouva une crue fi confidérable
qu'elle déborda , & fes eaux s'étant
portées avec impétuofité contre les maiſons
fituées fur fes rives , enfoncerent les portes
& entraînerent des pierres d'une groffeur
énorme. Les habitans faifis d'effroi eurent
à peine le temps de fe retirer avec leurs femmes
& enfans , dans le haut de leurs maifons
, où ils pafferent toute la nuit en proie
à la terreur & à la défolation. On n'a pas pu
encore évaluer le dommage caufé par le dégât
des terres , la mort des beftiaux & la
perte des effets.
DE ROME, le 7 Septembre.
Les Sbirres , commandés par un de leurs
Caporaux , ont arrêté en plein jour , au milieu
de Rome , le poftillon chargé de la
malle de Milan , & vouloient enfoncer les
cadenats , quoique le poftillon leur préfentât
fa Patente de l'Empereur. Ils eurent l'audace
de le conduire enfuite au Gouver
neur , qui lui rendit fa liberté , fit mettre aux
fers le Caporal, & le condamna à être pendu
le même jour. Le Miniftre Impérial ayant
follicité fa grace , il en a été quitte pour
l'eftrapade. La moitié de Rome étoit préfente
à cette exécution , & en a témoigné la
fatisfaction la moins équivoque. Le motif
du Caporal étoit, de refaifir le courier com(
20 )
me un bandit échappé des galeres du Pape.
On écrit de l'Abbraze , qu'il s'eft formé
dans la terre d'Antrodacqua, une conjura
tion de plus de cent bandits , qui ont publié
qu'ils donneroient 4 ducats a milieu de
chaque mois , & la nourriture , à quicon +
que s'enrôleroir parmi eux. Cet encourage,
men a confidérablement augmenté la compagnie
, & le Gouverneur de la Province a
demandé des troupes à la Cour de Naples ,
pour appaifer cette infurrection naiilante .
DE NAPLES , le 8 Septembre.
Notre efcadre , dont on croyoit le retour
très prochain , a reçu ordre , dit- on , de
S. M. C. de fe rendre avec l'efcadre Efpagnole
fur les côtes d'Alger , pour y établir
une croifiere , qui a pour objet de protégerles
bâtimens du commerce actuellement en
mer , contre l'eflaim , de pirates , qui probablement
va infefter ces parages.
Le département de la guerre a communiqué
à M. Bali de Borras , Commandeur général de la
marine , une dépêche par laquelle notre Souveraine
ordonne de notifier à tout le corps de la
marine la vive fatisfaction que S. M. C. a éprou
vée , en conféquence du rapport favorable que le
Général Barcelo lui a rendu de la conduite & de
la bravoure que les individus de notre Efcadre
ont montrées dans les diverfes attaques livrées
à la place d'Alger ; & que S. M. C. , guidée par
ces fentimens , recommandoit à fon augufte fils
( 21 )
tous les fujets de ladite Efcadre. Le Roi ayant
égard à cette recommandation , a ordonné que
les femmes des défunts jouiroient leur vie durant
du même traitement que leurs maris , & que
tous les bleffés qui ne feroient plus en état de
fervir , conferveroient la paie entiere ; S. M. fe
réſervant en outre d'accorder des graces aux
femmes de tous ceux qui ont eu le malheur de
fauter en l'air avec la galiotte à bombe , dès
que leurs noms lui feront connus . Cette dépêche
a déjà été communiquée au corps des volontaires
de la marine.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 21 Septembre.
Lundi dernier , l'on a reçu de Quebec des
dépêches du Général Haldimand , Gouverneur
du Canada, apportées par le Céfar, Cap.
Millan. Au départ de ce vaiffeau , tout étoit
parfaitement tranquille dans cette Colonie ;
nonobftant les bruits contraires répandus
depuis quelque temps. Si l'on n'étoit familiarifé
avec l'audace de nos papiers publics ,
on fe récrieroit contre les calomnies répandues
fur le compte du Général Haldimand.
On a pouffé cet excès d'impofture , jufqu'à
accufer ce Gouverneur d'avoir gagné cent
mille liv . fterl. au Canada . Cent mille 1. ft. au
Canada ! Par ce trait on peut juger des autres
le crime de M. Haldimand eft d'être
´étranger ; crime qu'on ne lui pardonne içi
pas plus qu'au Sauveur de Savannah.
( 22 )
On a auffi reçu le 11 des dépêches du."
Général Elliot. Le Sloop de guerre le
Kings' Fisher , de feize canons , Capitaine
O'Way , étoit parti de Gibraltar peu de
jours avant la datte de ces dépêches , pour
porter les ordres de l'Amirauté au Chevalier
John Lindfay , Commodore de l'Efcadre
Angloife dans la Méditerranée , qui doit fe
trouver à Livourne . On continue à rebâtir.
la Ville de Gibraltar. On a déjà formé trois
rues nouvelles , & l'on a conftruit des boutiques
de toutes efpeces. Le Gouverneur a
foumis les Juifs à de nouveaux réglemens.
Tout Juif convaincu de friponnerie fera
puni corporellement , & enfuite banni à
perpétuité de la Garnifon. Il eft arrivé d'Angleterre
deux Bâtimens chargés de matériaux
propres à bâtir , d'autant plus néceffaires
, que toutes les provifions du même
genre étoient épuifées .
Des lettres de Portsmouth , en date du 11 du
mois , portent qu'un vaiffeau Danois , ayant la
Pefte à bord , mouille actuellement devant Guer
nefey. Il eft déjà mort plufieurs hommes de l'équipage.
D'après le rapport d'un de nos Confuls
il paroît que ce vailleau , portant des raifins de
Corinthe , a été frété par quelques Juifs à Zante ,
dans le deffein de les paffer frauduleufement en
Angleterre , & comme cette ville eft actuellement
infeftée de la Pefte , les Juifs fe font procurés
de faux billets de fanté d'un port Espagnol.
A fon arrivée à Guernesey , le vaiffeau Danois
a été mis en quarantaine , & plufieursperfonnes
de l'ifle qui ont eu l'indifcrétion de paffer à fon
( 23 )
bord , ont ordre , fous peine d'être fufillées fur le
champ , de ne point rentrer dans l'ifle . Le Gouvernement
a envoyé un Exprès à S. M. pour demander
des inftructions fur la maniere dont il
doit fe conduire dans une conjoncture auffi allarmante.
L'Amirauté a donné ordre de faire fortir de
Porfmouth plufieurs frégates pour protéger la
pêche des côtes de l'Ecoffe contre les empiétemens
des Hollandois , des François & des Flamands
qui , depuis quelques années , enlevent
aux Ecoflois le bénéfice de cette pêche , & les empêchent
d'approvifionner les marchés de Londres.
Les 4 frégates qu'on équipe à Portsmouth ,
pour le fervice de la Manche , afin d'arrêter les
bâtimens contrebandiers , font le Phénix , la
Minerve & l'Aréthufe de 36 canons , & le Brillant
de 32. On a mis auffi en activité à Woolwich.
pour le fervice de la Méditerrannée , le Guardian
vaiffeau neuf de 44 canons.
Il eft , dit - on , décidé que l'on enverra dans
l'Inde un Officier de pavillon pour commander
les forces navales dans cette partie du monde.
On nomme à ce commandement le Chev. Jarvis
& on affure que l'on fera paffer dans l'efpace de
fix mois , quelques vaiffeaux de ligne à cette ftation
.
On écrit de Dublin , que 6 Matelots , faifant
partie de l'équipage du Terreneuvier François
Aimable Marie , qui péri en mer à 200 lieues
du Cap Clear , font arrivés aux Blafques fur la
côte de Kerry , dans leur chaloupe , après bien
des fouffrances ; le Capitaine , le refte de l'équipage
& 8 Matelots ont péri .
Nous apprenons , par un particulier arrivé depuis
peu d'Irlande , que ce qui a particuliérement
aigri les efprits contre l'Angleterre , c'eft le trai
24 )
.C

accordé
à
tement que nos Miniftres ont fait effuyer aux
Marchands par rapport à leur commerce avec le
Portugal. Leurs marchandifes qui ne venoient
pas directement d'Angleterre avoient été faifies
dans le port de Lisbonne comme contrebande.
Cela eft arrivé peu de tems après que ce que
nous appellons commerce libre a
l'Irlande . La Chambre des Communes d'Irlande
s'eft occupée de cette affaire , & il a été donné
des ordres à notre Ambaffadeur de demander une
fatisfaction & la reftitution des marchandifes confifquées.
Les chofes ont été arrangées entre les
Cours , mais les Marchands de Dublin ont perdu
une fomme confidérable d'argent fur les marchan
difes qu'ils avoient envoyées , & ils penfent aujourd'hui
que le Miniftere Anglois s'eft fervi de
fon influence auprès de la Cour de Lisbonne pour
' obtenir une prohibition d'entrée de marchandifes.
Irlandoifes en faveur du Marchand Anglois.
Le Prince de Galles ayant appris qu'un fils
naturel du Roi George II étoit dans l'infortune
, vient de lui affigner une penfion
de deux cent liv. fterling. Tous les fils naturels
du Roi George II dans l'Electorat
d'Hanovre avoient été dotés , excepté celuici
, négligé par une fuite de circonftances
fingulieres. On l'avoit envoyé fort jeune
fervir fur un Vaiffeau de guerre. Il refta
dans la Marine quelques années en qualité
de fimple Officier. Enfuite il devint Enfeigne
dans la Milice du Hampshire , & c'eſt
dans ces circonftances que quelque perfonne
bienfaifante l'afait connoître au Prince
de Galles .
M. Lunardi , Maltois de nation , & ancien Secrétaire
( 25 )
crétaire de l'Ambaffadeur de Naples , a fait ici le
15 Septembre une Expérience aëroftatique . C'est
le Docteur George Fordyce qui en a dirigé les
travaux. Le Voyageur devoit emmener avec lui
un Anglois , nommé Biggins ; mais à l'heure indiquée
pourTafcenfion de la Machine , elle ne s'eft
point trouvée affez remplie de gaz pour enlever
deux perfonnes. En revanche , M. Lunardi prit
avec lui un chat & un chien pour obferver les
effets que pourroit faire les différentes régions
de l'atmosphere fur ces animaux. A deux heures
précifes , M. L. s'eft enlevé aux acclamations
d'vne multitude innombrable. L'aéroſtat redef
cendit d'abord vers la terre , mais le Voyageur
ayant jetté du left , il s'éleva fans retour.
M.Lunardi fut porté au nord- oueft , mais bientôt
on le vit changer de route & obéir à difféfens
courans d'air. Après avoir voyagé trois heures
40 min. , il eſt deſcendu à Standon-green- end ,
tout près & fur la gauche de la route de Cambridge
, à quatre milles de la Ville de Ware dans
Je Hertfordshire. Le Ballon a paſſé en route fur
Highgate & Barnet. Le Voyageur a été reçu à
fa defcente par plufieurs Seigneurs qui l'avoient
fuivi de Londres à cheval. Il rapporte qu'il a
éprouvé un fi grand froid , que de l'eau qu'il
verfa dans un verre fe gela au bout de deux minutes.
Il reffentit dans les hautes régions de l'air
une forte envie de dormir , & le chien & le chat
s'endormirent. En defcendant , le Ballon balança
quelque tems & heurta contre un arbre , heureufement
fans accident pour le Voyageur. Son apparition
épouvanta une jeune fille qui fe trouvoit
dans un champ voifin ; mais le Voyageur lui
ayant demandé fon fecours , elle l'aida à jetter
fes grapins & à deſcendré de ſa voiture. Le Ballon
No. 40 , 2 Octobre 1784. b
( 46 )
' a point été endommagé , & il a ététranſporté
à Londres en bon état.
Le Prince de Galles a donné à M. Lunardi ,
avant & après fon expérience , des marques de fa
bienveillance & de fon eftime.
Ce Voyageur eft fort loin d'avoir recueilli de
fes travaux une récompenfe proportionnée aux
rifques qu'il a courus & aux foins qu'il s'eft donné.
On affure qu'il n'eft entré qu'environ 500
perfonnes dans l'enceinte où s'eft faite l'expérience.
Toutes les maifons du voisinage étoient
au contraire chargées de monde , & les places
fe louoient jufqu'à une demie guinée , Des plaifans
ont oblervé qu'à cette occafion les proprié
taires ont rouvert des fenêtres que la nouvelle
taxe de M. Pitt leur avoit fait condamner.
Par les lettres du Bengale qu'a apporté le
Warren Haftings , on apprend que le Gouverneur
général s'étoit transporté de Cal+
cutta à Linknow , le 16 de Février dernier.
Il arriva le 25 à Boolepere , à 300 milles
de Calcutta ; & il eut la fatisfaction d'apprendre
que le Vifir d'Oude avoit acquitté
les 8 laks de roupies dont il étoit arriére
pour le paiement des troupes de la Compagnie
à fon entretien . Le Vifir & fon Minifre
fe propofolent de vifiter M. Haftings à
Linknow, & l'ont fait affurerque les paiemens
feroient à l'avenir très-réguliers. C'eft cetre
dette que M. Fox repréfenta en Parlement
comme abfolument défefpérée. M. D.
Anderfon , négociateur de la paix avec les
Marattes , alloit repaffer en Europe , mais a
( 27 )
la requifition de M. Haftings , qui à défiré
l'avoir avec lui dans fon voyage à Linknow
il s'est décidé à refter dans l'Inde encore une
année.
Un de nos Ecrivains politiques préſente
les confolations fuivantes a la nation .
• Sans doute , dit - il , un rapport de Commerce
avec l'Amérique eft le feul moyen d'établir avec
elle , du moins une alliance , fi ce n'eft une parfaite
union ; mais il faut que l'Angleterre , dans l'emploi
de ce moyen , confulte la puiffance & fa dignité.
Nos dépenfes pendant la guerre Américai
ne ont été immenfes , mais les coffres de nos En
nemis ont été également épuifés . La ticheffe des
Nations n'eft que comparative ; fi nous fommes
ruinés , la France , l'Espagne & la Hollande ne
le font pas moins. Jettons les yeux fur l'avenir
nous y trouverons des objets capables de vivifier
notre courage. Nous fommes débarraffés d'un
pefant fardeau , celui d'entretenir les treize Etats-
Unis. Nous avons fur nos côtes des pêchèries qui
feront pour nous des richeffes plus abondantes que
ne le font le Mexique & le Pérou pour l'Espagnol
indolent. C'eft cette même pêche qui a élevé le
Batave au degré d'opulence où il s'eft trouvé.
Quelle pépiniere de marins plus abondante que
notre pêche dans la mer du Nord ? N'est- il pas
honteux de laiffer d'autres Nations tarir ces fources
de richeffe ? Que la Patrie forme donc des
Compagnies pour former les pêcheries ; qu'elle
leur donne tous les encouragemens poffibles ;
qu'elle leur accorde des primes abondantes , &
alors nous aurons une Flotte de bateaux pêcheurs
qui nourriront des matelors propres á équipper
au befoin- les Vailleaux du Roi , & qui préviendront
les émigrations continuelles de nos Marins,
& de nos Charpentiers.
(( 28 ))
On écrit de Charlestown, dans la Caroline
méridionale , en date du 14 Juillet , que les
diffenfions politiques & particulieres con
mencent à s'appaifer , & qu'on s'applique
particule ement au commerce qui y fleurit
plus qu'en aucune autre partie de l'Améri
que. On y trouve en peu plus d'argent que
l'année dern ere , & Tor Anglois y eft préféré
à toite autre monnole. Les denrées
font pas
exceffivement cheres , mais tout
ce qui fert à l'habillement ou à la parure eft
d'un prix exorbitant. Un habit compler
coûte izl. fterl . , une paire de fouliers 9 sh. ,
un gros chapeau , une guinée , &c . Le prix
de la main d'oeuvre eft excellif. La même
cherté regne à Newyorck.
n'y

Le paquebot l'Antelope , Cap. Wilfon
fit naufrage dans la mer du fud , le 10 Août
1783. Un paffager de ce vaiffeau vient d'écrire
la relation de ce défaftre. Ce navire
ayant donné fur des rochers à fix leues
d'une terre nommée Paline
l'équipa
ge tenta de débarquer , au rifque de fe
mettre à la merci des Sauvages. Le débar
quement s'effectua avec perte d'un feul
honime, fur cette petite ifle qu'ils crurent
inhabitée. Au bout de 3 jours , les Naturels
les découvrirent , & les approcherent dans
le deffein de les faifir , comme ils en avoient
ufé avec des Malaïs , naufragés dix mois auparavant
, au même lieu ; mais à la vue des
fufils qu'heureufement les Anglois avoient
fauvé , ils n'oferent les attaquer . Les Malais
( ~291)
prifonniers apprirent aux Sauvages , l'ufage
que ces étrangers ne manqueroient pas de
faire de ces armes redoutables . Deux jours
après leur Chef revint avec environ 2000
hommes : il confidéra les Anglois avec
étonnement , puis fe retira , laiffant auprès
d'eux une partie de fon monde , qui toute la
nuit , effraya l'équipage fauvé , par des
chanfons de guerre.
Le lendemain le Chef revint , & fit
des difpofitions hoftiles. Le Capitaine Wilfon
fit mettre fes Anglois fous les armes ;
contenance qui en impofa aux Naturels.
le Chef les ayant harangué , envoya un
Malais au Capitaine Wilfon , pour
, lui
demander s'il étoit ami ou ennemi, Sur
les proteftations pacifiques qu'on fit au
Député , le Chef propofa aux Anglois de
l'accompagner , & de fe battre contre fes
ennemis. On étoit en fon pouvoir : on ne
pouvoit fe procurer d'eau fans fa permiflion
, & le nombre ds Sauvages auroit accablé
l'équipage ; il fallut agréer la condition
on fuivit le Chefdans 4 batailles fan.
glantes, où les ennemis périrent en grand nombre.
Point de quartier aux prifonniers , mis
à mort incontinent , de la maniere la plus
cuelle. Les Anglois furent témoins de plufiers
de ces exécutions fanglantes. Pour
prix des victoires qu'ils avoient affurées aux
infulaires amis , le Chef leur permit de conftruire
un bâtiment avec les débris , les fer-
:
b 3
((130 ))
2
Tailles & les agrêts fauvés de Antelope.
Treize femaines après leur défaftre , les Anglois
parvirens à fe donner une barque , qui
les conduifit heureufement à Macao , en 18
jours , & qu'ils vendirent 700 dollars partagés
entre les gens de l'équipage. Le Walpole,
vaiffeau de la Compagnie des Indes , étant
arrivé peu de temps après , fe chargea de les
conduire à la Chine. Le chet Indien a en
voyé un de fes parens en Angleterre , où il
eit arrivé fur le navire le Morfe , il demeure
à Rotherhite , chez le Capitaine Wilſon.
L'anecdote fuivante eft l'exemple d'une élévation
auffi finguliere que fubite . On l'affure
vraie dans tous les points . Il y a deux hivers
que par un jour très rigoureux , une pauvre fille
demandoit la charité à la porte d'un Particulier ,
wifez âgé , dans un Village des plus riches des
Onvirons de Londres , & au inoment où les domeſiques
étoient à dîner. Le maître de la mai-
Son apperçut la mendiante honteufe , appella un
domestique & lui fit donner à manger. Tandis
qu'elle étoit dans la rue , il commença à tomber
beaucoup de neige , le charitable vieillard dit au
domestique de la faire entrer à la cuifine . La fille ,
après avoir pleinement fatisfait à fes befoins ;
alloir fe retirer , lorfque le maître de la maifon ,
qui voyoit un orage fe former , lui permit de paf
fer la nuit chez lui . Le lendemain matin , les do
meftiques eurent ordre de lui donner des habits
& bientôt , croyant avoir épuifé toute la charité
de fon bienfaiteur , elle parut devant Monfieur
en le remerciant de ſes bontés . Mais au- lieu de
la renvoyer , il la fit refter & l'inftalla parmi fes
( 31)
domestiques. Enfin cette fille fe conduifit à bien
& fut tellement gagner la confiance de fon mái
tre , qu'il lui donna le foin de fa maifon. Un an
après il tomba malade , fa gouvernante augmenta
fes foins , de maniere qu'il ne vouloit rien recevoir
que de fa main. Sa derniere heure
venue , il fit fon teftament en fa faveur & lui
laiffa tout fon bien . Cette fille fe trouva maitreffe
d'une fortune honnête , fe maria très
avantageulement & elle roule actuellement
carroffe .
Suite du Bill de l'Inde.
étang
Art . XLVI. Il eft expreffément défendu
qu'après une fentence ou un jugement d'aucune
Cour compétente contre aucun des ferviteurs
civils ou militaires de la Compagnie , pour extorfion
, ou aucune autre faute , ladite Compagnie
fi les coupables font condamnés à aucune amen
de , prenne fur elle de tranfiger , traiter , faire
des remifes , & c. & c . ou les emploie jamais à fou
fervice , dans quelle capacité que ce foit , après
qu'ils en auront été renvoyés par le jugement
d'un Tribunal ayant droit de les juger.
Art . XLVII . Pour remédier aux abus qui ont
prévalu jufqu'ici dans la collection & la recette
des revenus de la Compagnie des Indes , il e
ordonné que tout home , né fujet de la G. B. ,
qui fera nommé pour faire cette recette , prêtera .
le ferment & foufcrira la formule dont copie
fuit : lequel ferment fera prêté pardevant le premier
Juge de la Cour Souveraine du Bengale .
ou aucun des autres Juges affiftans de ladite
Cour , ou pardevant le Maire , ou tout autre
Magiftrat d'aucune autre Préfidence ladite formule
de ferment fera enregistrée dans les minutes
de la Cour fuprême du Bengale , ou dans
*
1
b 4
32 )
celles defdites Cours provinciales des Préfidences
& Etabliflemens particuliers .
« Je fouffigné promets , fous ferment , que je
remplirai fidelement , autant que cela dépen
පා de moi , l'office qui m'a été confié de
Collecteur des revenus de la Compagnie des
Indes ; & que je ne demanderai , ni ne recevrai
directement ou indirectement , aucun préfent
» ni par moi , ni par les mains de qui que ce
foit , pour mon compte , ni de la part d'au
cun Rajah , Zémindar , Polygar , Talookdar ,
rentier ou autre perfonne payant des tributs ,
redevances ou impôts à la compagnie , m'engageant
également à ne recevoir aucun. effet
» de valeur en forme de don , préfent ou autre-
» ment , au deffus du tribut annuel , cu de la
rente ou impôt que je fuis autorifé de percevoir
pour le compte de ladite Compagnie , &
que je veux juftement , & avec vérité , en
rendre compte à la fufdite Compagnie. » Ainſi
que Dieu me prenne en garde ! So , help me,
God ! )
Art. XLVIII . 11 fera permis au Gouverneur,
du fort William du Bengale d'adreffer un ordre,
figné de lui ( warrant à tous les Officiers de
juftice , pour faire arrêter toute perfonne ou per-
Tonnes foupçonnées , médiatement ou immédia
zement , d'entretenir aucune correfpondance illicite
, qui put être dangereuse pour la paix ou
la sûreté des Etabliflemens & des poffeffions
Britanniques dans l'Inde ) avec aucun des Princes
, Rajahs , Zémindars ou autres perfonnes
quelconques , ayant quelque influence dans l'Inde
, ou avec les Commandans , Gouverneurs ou
Préfidens d'aucunes fattoreries établies dans les
Indes par aucun pouvoir Européen , contre les
regles & les ufages de ladite Compagnie : après
i
( 3 )
l'examen affermenté , pris par écrit , des perſonnes
ainfi arrêtées par ordre du Gouverneur Général
, ledit Gouverneur eft autorifé , par des
préfentes , à les faire emprisonner , pourvu que
dans l'efpace de cinq jours après leur détention ,
il foit remis aux accufés une copie de Paccufa
tion, à laquelle il leur fera permis de répondre
par écrit , en donnant une lifte des témoins qu'ils
jugent à propos de faire éxaminer : fi toutefois
après l'examen de cette défenſe , il paroifoit encore
au Gouverneur & au Confeil , qu'il y eût
des raifons fuffifantes pour juftifier la détention
des accufés , jufqu'à ce que leur procès fût fais
dans l'Inde , ou qu'ils fuffent envoyés en Angle
terre à cet effet ; dans ce cas , copies des procé
dures devroient être envoyées aux Directeurs par
le Gouverneur - Général , ou fes repréfentans ,
qui profiteroient de la premiere occafion favora
ble de les faire partir pour l'Europe , à moins
que la fanté des accufés ne leur perinît pas d'en
faire le voyage.
Art. XLIX . Il eft ordonné par le préfent ace ,
que les Gouverneurs des diverfes Préfilences de
Inde feront revêtus des pouvoirs , dans leur
Prefidence refpective , qui font conférés par les
préfentes au Gouverneur- Général du fort William
du Bengale .
Art. L. Pour mieux empêcher , ou faite plus
aiſément punir la mauvaiſe conduite des fervireurs
de la Compagnie des Indes , employés à
faire les affaires de ladite Compagnie , en leur
faifant découvrir l'érat de leer fortune , à leur
retour en Angleterre , il eft expreffèment ordon
né par cet acte , que toure perfonne qui le trouve
aujourd'hui , ou fera à l'avenir au fervice de ladite
Compagnie , remettra dans l'efpace de deux
mois , après fon retour en Angleterre , un comp,
bs
( 34 )
3
re affermenté pardevant le premier Baron de l'E
chiquier , ou deux autres Barons de la même
Cour , ( qui font autorifés à recevoir ces états ).
Le duplicata d'un état fidele de fes poffeffions ,
tant en contrats , terres , billets , pargent , que
bijoux , meubles précieux , dettes actives , &c.-
Spécifiant les objets de leur fortune , qui n'ont pas
zété acquis ou achetés en conféquence de leur réfidence
, & des gains qu'ils ont fait dans l'Inde.
Comme auffi , s'ils ont difpofé d'une partie de
leurs poffeffions , de déclarer en faveur de qui,
comment , pour quel prix , ou en raison de quoi
ils ont fait ces difpofitions.
La fuite à l'Ordinaire prochain.
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE.
PHILADELPHIE , le 30 Juillet.
Le Congrès , avons nous dit dans unde nos
Numéros précédents , a fixé les pouvoirs du
comité , chargé des affaires pendant la féparation.
L'acte légiflatif à ce fujet eft de la teneur
fuivante.
• Arrêté. Que le Comité des Etats , qui fera
nommé en vertu de l'Article 1X de la Confédésation
de l'Union perpétuelle , pour fiéger pendant
les vacances du Congrès , & tranfiger les
affaires des Etats - Unis , fera revêtu de tous les
pouvoirs que peuvent exercer fept Etats affemblés
en Congrès ; mais qu'il fera affujetti aux
reftrictions fuivantes ; favoir : Que ce Comité ne
pourra point envoyer aucun Ambaffadeur ,
niftre , Envoyé , Réfident ni Agent dans les
Cours ou Pays étrangers : décider de le légalité
des prifes faites fur mer ou fur terre par les
"
Mi(
433 )
3
Armées au fervice des Etats - Unis , ni difpofer
en aucune maniere defdites prifes : établir des
Tribunaux compétens pour recevoir & juger
définitivement les caufes par appel , en cas de
prifes , ni pour décider les différens ou les difficultés
qui pourroient s'élever entre deux on
un plus grand nombre d'Etats ; ni enfin fixer
un Etalon pour les poids & les mesures des Etats-
Unis qu'il ne pourra point changer le taux
fixé pour le port des Lettres ou Pacquets qui
paffent par les Bureaux de Poftes établis par le
Congrès révoquer ni contrevenir à aucune des
Ordonnances où des Actes paffés en Congrès ;
ni enfin nommer aux emplois civils ou mili
taires , à moins que ce ne foit pour remplacer
tels Officiers que ce Comité pourra interdire
dans les Etats - Unis à raifon d'inconduite , ou
pour remplir les places qui viendront à vaquer
dans les Etats - Unis , par décès , résignation ou
autres caufes , après les vacances , avec cette
condition cependant que les perfonges nommées
par le Comité , ne pourront plus fervir un mois
après l'ouverture du Congrès , qui a lieu au
mois de Novembre tous les ans , à moins que
leur nomination ne foit confirmée par le Cons
grès. Aucune queftion , excepté celle pour ajourner
d'un jour à un autre , ne fera décidée fang
la concurrence de neuf Etats .
Le Comité fe nommera un Préfident.
Les Officiers du Congrès feront tenus d'exé
Keuter les ordres qui leur feront donnés par le
Comité .
Le Comité tiendra un Jourpal de fes tranfac
tions , qui fera mis fous les yeux du Congrès
& dans ce Journal , qui devra être publié rous
les mois , & envoyé aux différens Etats , on en
régiftrera les oui & les non des Membres , toutes
b 6
(~36 )
les fois que l'an d'eux exigera cette formalité ,
avant que l'on propose une motion, 22
S'il arrive que l'un des Etats - Unis n'ait point
de Repréfentans en Congrès au moment où
l'on élira le Comité des Etats , ou fi le Congrès
n'élit point de Délégués pour cet Etat particulier
, alors cet Etat ou Etats , pourra être repréfenté
en Congrès par l'un de fes Délégués ,
& les Membres de la délégation , d'un des Etats
quelconques , pourront fe remplacer les uns les
autres , ainfi qu'ils en conviendront entre eux
ou ainfi que leur Etat refpectif l'ordonnera.
S'il furvenoit quelque affaire très- importante
& inattendue , d'où le Comité jugeât que pûc
dépendre le bonheur ou la paix des Etats - Unis ,
il fera de fon devoir de fixer , pour l'affemblée
du Congrès , un jour antérieur à celui auquet
il fe fera ajourné lui - même , & d'en donner
avis aux Représentans des différens Etats , afin
que les Délégués puiffent fe rendre à l'affemblée
du Congrès.
Le Comité fera autorifé à conférer avec les
Miniftres Etrangers ; mais il fera tenu de mettre
le résultat des conférences fous les yeux du Congies
lorfque ce Corps s'affemblera, & il ne pourra
zien terminer avec eux , à moins d'en avoir reçu
Je pouvoir par des actes particuliers du Congrès.
Le Comité des Etats eft autorifé & chargé par
les préfentes de rédiger & de présenter au Congrès
un plan d'arrangement pour la Trésorerie ,
& un mémoire dans lequel il refignera les bor
nes que devront avoir les pouvoirs de cette
Tréforerie , ainfi que d'examiner l'inflitution des
Bureaux des Affaires Etrangeres & de la Guerre,
& de propofer les changemens qu'il jugera
néceffaires.
(3 )
Arrêté. Enfin, que S. E. Thomas Mifflin re
cevra les remercimens du Congrès pour la ma
niere diftinguée dont il a rempli les devoirs de
Préfident.
FRANCE.
DE PARIS, le 17 Septembre.
Nous avions dit , d'après les papiers Anglois
, que la maitreffe ancre du Royal-
George , du poids de 9000 liv, étoit vraiſem
blablement la plus forte qui eût exiſté. M.
Jullien pere , Contrôleur des Forges du
Roi , nous a détrompés par la notice
fuivante.
Dans les forges du Roi , fituées à Cofne fur
Loire , il a été fabriqué 5 ancres du poids de
10050 1. à 1015o 1. chacune , poids de març .
+
Cette fabrication n'y eft point confidérée
comme extraordinaire , mais feulement comme
exigeant plus de temps , plus de matieres , &
fujette à plus de déchets & à plus de précautions
de la part des ouvriers qui y travaillent , & de
ceux qui les gouvernent.
Tous les mouvemens de ces forges , étant
fupérieurs en force à celle exigée pour des ancres
de 10000 liv. , on y en exécutera de 12000 liv. &
plus quand il plaira au Gouvernement de les ordonner.
M. de Crancé , Seigneur de Balham fur
Aifne , nous a fait part de la guérifon d'un
de fes vaffaux , noyé depuis un temps affez
confidérable , & fauvé par un traitement
fimple , qu'il feroit utile de voir imiter dans
les villages , où les pratiques ufitées en cas
pareil ne font pas connues,
( 38 )
Un pauvre Manouvrier , âgé de 70 ans , traa
vaillant à faire des carreaux fur le bord de ma
riviere , y est tombé en cherchant à puiſer de
l'eau . Cet homme étoit feul , & l'on ignore l'inf
tant précis de fa chûte. Un Vigneron paffant
fur cette rive , voit furnager un fceau ; un preffentiment
fecret le fait regarder plus attentive
ment , il apperçoit fous un oferaye des bouts de
doigts fon premier mouvement eft de couper
un petit frefne , & d'effayer de le mettre dans
la main qu'il apperçoit , mais il n'y avoit plus
de fenfibilité ; le Village n'eft pas éloigné ; plufieurs
perfonnes accoururent aux cris du Vigneron
. Il montre la place où le corps avoit diſparu ,
& perfonne ne favoit plonger ; il fallut retourner
au Village chercher un crochet. Le crochet arrivé
, on fonde à plufieurs repriſes , on attrappe
la chemife de cet homme , on le retire , & on
fe difpofe à le fufpendre par les pieds. t
J'arrivai dans ce moment au bord oppofé ;
je me récriai contre cette pratique meurtriere ,
& par malheur regardée au Village comme la
feule utile ; tout ce que je pus obtenir , fut qu'on
m'attendroit , graces à ma qualité de Seigneur du
lieu J'avois plus d'un demi - quart de lieue à faire,
pour gagner l'autre bord ; j'arrive enfin , & je
trouve un infortuné fans poulx , fans mouvement
, le vifage bouffi , le corps glacé , en un
mot , complettement noyé. Je le fais tranfperter
à la premiere maifon , je le fais mettre nud à,
plat fur le côté devant un feu modéré , & avec
des peaux de mouton imbibées d'eau-de - vie ; on
le frictionne vigoureufement .
"
On m'obéifloit avec répugnance ; à quoi bon ?
difoit - on , c'eft un cadavre ; cependant au
bout d'une demi - heure de travail , le mort fit
un mouvement ; je ne puis vous rendre , M. , la
( 39 )
furpriſe de mes habitans & l'ivreſſe de ma joie ;
oui , je puis le dire , ç'a été le plus doux moment
de ma vie , mais fa durée pouvoit n'être
que d'un inftant. Sans aucun fecours de l'arti
je n'ofois me flatter d'un heureux fuccès ; cependant
je redoublai d'activité dans mon traite,
ment , je fis balancer le noyé avec douceur ,
fa
tête un peu plus baffe que le corps , & toujours
fur le côté ; j'en obtins un léger vomiffement ,
je lui fis alors paffer dans l'eftomach par le moyen
de deux pipes , beaucoup de fumée de tabac ,
ce qui le fit touffer , puis vomir abondamment .
Quand l'eftomach fut dégagé , le poulx revint ;
je crus qu'il étoit tems de le faire faigner , pour
éviter un dépôt trop commun dans ces circonftances.
Ce ne fut cependant qu'à force de pref
fion que l'on tira deux palettes de fang. Alors
le Payfan ouvrit les yeux , me reconnut , & fe
plaignit d'être gelé . Ce traitement duroit depuis
cing quarts- d'heure ; je crus pouvoir hafarder de
lui faire prendre un demi- verre d'eau- de-vie qu'il
a gardé ; je l'ai fait enfuite transporter dans un lit
bien chaud , & l'ufage des frictions qu'on n'avoit
point interrompu , a rétabli au bout de trois heu
res la circulation & la chaleur. Le malade n'a eu
que peu de fievre & une grande laffitude dans
tous les membres ; je l'ai nourri deux jours de
bons bouillons & de vin vieux ; le furlendemain
il achevoit les carreaux , & s'eft toujours bien
porté depuis.
L'Académie Royale des Belles- Lettres , Sciences
& Arts de Marſeille , tint fa Séance publique
le 25 Août , jour de S. Louis , dans fa grande
falle de l'Obfervatoire Royal de la Marine.
M. Martin , Prévôt de l'Eglife de Marseille en
l'abfence de M. de S. Jacques , Directeur , ou
vrit la Séance par un Difcours fur les avantages.
( 40 )
da caractère d'aménité dans les gens de lettres.
M. le Chevalier de Villeneuve fit la lecture ,
d'une piece de Vers adreffée à M. Demolin , Mé
decin du Roi .
M. Joyeuse lut l'Eloge de feu M. Sereu , Avocat
du Roi en la Sénéchauſſée , Membre de l'Académie.
7
M, Demande lut des Stances , dans lesquelles .
il fait le portrait de la belle Laure.
M. Bernard termina la Séance par la lecture de
quelques fragmens qui doivent fervir de préface
à un ouvrage fur l'Hidraulique.
L'Académie a réſervé le prix deſtiné à un Ode
ou Poëme fur l'Electricité , elle redonne le même
fujet pour l'année 1785 .
Elle a également réfervé le prix d'Eloquence
deftiné à l'Eloge de Co k , elle relonne auffi le
même fujet ; le prix fera double , & la fomme de
300 liv. en fus que Madame la Princeſſe de Linange
a fait remettre à l'Académie pour cet objet.
L'Académie a annoncé que le nouveau fujet
d'Eloquence pour 1785 , étoit l'Eloge de Nicolas
Claude de Fabry de Peyrefe , Confeiller au Parlement
de Provence , dont Sahendi a écrit la vie,
Le fieur Lafontaine , Mécanicien privilegié du
Roi , demeurant à Paris rue Grenier S. Lazare , a
inventé un mouvement qui peut s'adapter aux ferrures
ordinaires pour les transformer en ferrure
de combinaiſon , fans qu'elles fortent de la claffe
des ferrures ordinaires quand on le defire . Il fuffic
de tourner une vis en dedans de la chambre ou
du meuble , la clef étant combinée auffi bien que
la ferrure , tient lieu de memento ; ce n'eft donc
pas une affaire de mémoire , il fuffit d'avoir là
clef pour ouvrir de nuit comme de jour . Comme
il· peut arriver qu'on ne foit pas en fûreté , même
chez foi, il y a une vis en dedans de la chambre
pour fixer le pêne après la porte , en forte qu'il
(641 ))
များ
eft abfolument impoffible d'ouvrir en dehors.
(L'on a cru faire plaifir aux amateurs en donnant
ici une idée du mécanisme de cette ferrure. I
paroît , à l'extérieur de la porte , une broche en
veloppée d'un canon , cette broche paffe dans
une roue & le canon dans une autre , en forte
que ces roues font placées l'une fur l'autre en
dedans de la ferrure ; chacune de ces roues porte
une entaille dans laquelle vient ſe retirer une
piece de fer qui s'oppofoit à la rentrée du pêne
lorfque ces entailles n'étoient pas enſemble ; le
pêne étant rentré , la broche & le canon , par
le moyen d'un encliquetage , tournent fans em↓
mener leurs roues , ce qui n'a pas lieu quand le
pêne eft forti , alors fi l'on tourne les canons
on tourne auffi les roues ; il eft aifé de voir que
pour ouvrir il faut remettre la broche & le ca
non comme ils étoient avant de fermer. C'eft
par le moyen de la clef qu'on leur redonne
cette même pofition. Ces plaques font divifées
en 50 parties égales , & elles peuvent être placées
de 2500 manieres différentes ) On foufcrit chez
l'Auteur pour 36. liv , dont on paie moitié en
foufcrivant. Cet ouvrage , qui a mérité l'approbation
de l'Académie , a été préfenté au Roi &
à la Famille Royale qui a daigné foufcrire.
Le port de Tréport , fitué à cing lieues de
Saint-Vallery fur Somme , & à fix lieues de
Dieppe , le trouvant , au moyen de l'éclufe faite
aux frais de Son Alt. S. Mgr le duc de Penthievre
, & des travaux que l'on a fait & que
l'on continue aux jettées , et en état de recevoir
des bâtimens marchands de 250 tonn . & plus,
L'on avertit le commerce qué plufieurs négo
cians armateurs y font les armémens pour la morue
blanche en baril , façon hollan doife , lequel
contient marc , 260 de poiffon & 40 de fel ; qu'ils
yɛont envoyé cette année quatre navires , depuis
(642 )
90 jufqu'à 140 tonneaux ; qu'il y a en outre 18
à 20 bateaux , tant grands que moyens & petits
faisant les pêches journalieres , ainfi que celles
des harengs & maquereaux , dont partie des bateaux
falent à la mer , & l'autre partie apporte
fon poiffon à terre pour l'y faler. Le påcage des
harengs y eft foigné avec le plus grand foin ; lè
baril pefant 300 marcs , le fût compris. Les conf
tructions n'ont pas difcontinué dans le port depuis
la paix , tant en navires qu'en bateaux , &
l'on y fait les efforts les plus grands pour lui
donner l'ancienne réputation qu'il avoit autrefois
parmi les ports principalement attachés aux pê
ches. L'on peut s'adreffer , pour toutes fortes de
falines , ainfi que pour tous les objets du crû &
de fabrique du Comté d'Eu & de fes environs ,
à M. Rabion . Négociant à Eu , armateur à Trés
port de plufieurs bâtimens & bateaux pêcheurs
qui fait auffi la commiffion en tout genre ; ainfi
qu'à MM. Bamer & Boucher , armateurs à Tréport.
PARYS- BA S.
DE BRUXELLES , le 25 Septembre.
L'on apprend de Hollande que le Traité
de cette République avec la France , a reçu
l'acceffion de fix des Provinces Unies : ceile
d'Overyffel , dont les affemblées font interrompues
par un différend entre fes membres
, n'a pu y concourir.
La Compagnie des Indes Orientales , dans
un état de détreffe qu'elle n'avoit pas connu
encore , vient d'obtenir des Etats de Hollande
un million de florins , pour l'aider à
expédier à Batavia quatre de fes vaiffeaux ,
maintenant au Texel.
Très-peu fatisfaite que les réformes projettées
( 43% )
à l'égard dell'influence Stathoudérienne , ne fer
vent qu'à accroître les prérogatives des Régences
ariftocratiques , la Bourgeoiffe d'Utrecht avoit re
demandé fes anciens privileges , fon ancienne
influence fur la nomination des places , & fur le
Gouvernement. Neuf Commiffaires des Etats
ayant dreffé ce plan de réformes , le mécontentement
général a éclaté , & la Bourgeoifie demande
aujourd'hui qu'il foit furfis au changement
annuel de Régence , qui doit avoir lieu le 12
Octobre prochains"
M. le Duc de Brunfwick s'eft en effet
adreffé par une Lettre circulaire aux Etats
des cinq Provinces , Gueldres , Utrecht , Zéer
lande Groningüe & Overy fel , qui ne fe font
point encore expliquées fur l'affaire de ce
Feld Maréchal.
Il repréfente à LL. HH. PP. , que les Privileges
de ce Pays , qui font en tout fens conformes
à la conftitution d'une République indépendante,
accordent inconteftablement qu'aucun citoyen ,
depuis le premier jufqu'au dernier rang, ne puiffe
être jugé fans avoir été entendu ; ni démis via
facti de fes droits & poffeffions légitimement acquifes
: mais qu'au contraire , en conformité de
toutes les juftes notions de liberté & d'un Gou
vernement Républicain toute perfonne doit
avoir le droit de fe défendre d'une maniere lé
gitime contre les accufations portées à fa charge
& de mettre au jour leur invalidité ; dans cette
confiance équitable , ajoute M. le Duc , VV.
NN. PP. , avant de jetter leurs regards fur les
accufations portées contre moi , ou de concourir
à la Généralité , en aucune maniere , pour me
donner ma démiffion ou éloignement du terri
toire de la République " me procureront une
Occafion fufhfante & la plus propre à la nature
( 44 )
des chofes , pour porter mes intérêts & défenfes
contre ces accufations , & me juftifier de tout
le blâme dont on m'a chargé .
M. le Duc rappelle enfuite aux Etats qu'en
1750 , c'eſt aux importunités de la République
pour l'obliger à entrer à fon fervice ,
qu'il a facrifié fa patrie , fon avancement , &
toutes fes efpérances qui l'attendoient à la
Cour de Vienne, qu'en 1756 , ce fut encore
par les inftances de LL. HH. PP. qu'il fe
refufa à l'offre du Roi
d'Angleterre , qui le
prioit d'accepter en Allemagne le comman
dement en chef de l'armée alliée.
La déclaration verbale de M. le Comte
de Belgiojofo , dont nous avons rendú
compte l'Ordinaire dernier , a fait en Hol
lande affez de fenfation , pour que les Etats-
Généraux ayent envoyé des ordres précis au
Commandant de Lilo & au vice- Amiral
Reynft , d'être prudens , d'ufer des plus
grands ménagemens , & de ne fournir matiere
à aucune aggreffion par aucune hoftilité.
+
« On e rôle dans cette Ville , écrit - on de
Cologne , & dans les environs , un grand nombre
de Boulangers pour le fervice des Troupes Impésiales
qui fe trouvent en Brabant ; & leur Engagement
eft de 3 ans. Si l'on peut en croire des
Lettres de Vienne , le Confeil aulique de guerre
a aufli fait partir pour les Pays- Bas Autrichiens
une grande quantité de Boulangers ; & ceux des
Officiers en garniſon dans ces Provinces-là , qui
fe trouvoient ici , ont eu ordre d'aller rejoindre
inceffamment leurs Corps refpectifs . On n'entend
pas dire que l'on ait encore fait marcher- des Rét
gimens pour les renforcer.
( 45 ( ) 45
Des lettres de Groningue parlent d'un
voyage fecret fait dans cette Province par
l'Archiduc Electeur de Cologne . S. A. R.
avoit déjà vifité tous les magalins de la ville ,
avant d'être reconnue.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 )
Parlement de Par's. --
-
Demande en réduction de
legs pieux.
Si les fentimens d'humanité & de bienfaiſance ,
qui portent à fonder des établiffemens pour les
pauvres , font lovables , ils doivent être néanmoins
regardés comme un zele indifcret , lorf
qu'ils dépouillent des héritiers indigens , qui doi
vent être les premiers bjets d'une libéralité bien
entendue. Marguerite Martin , vieille fille
décédée à Sens dans la commencement de l'année
1783 , ayant douze héritiers dans le befoin , leur
a laillé , par fon teftament , une ſomme de 6000 1.
à partager entr'eux , en même temps elle a inftitué
les Dames Religieufes de la Congrégation
des Orphelines de Sens , fes légataires univerfelles
du furplus de fa fucceffion , évaluée à
180co liv. , avec charge de payer une penfion
viagere de 140 liv. à fa domeftique , & après
l'extination de ladite penfion , de prendre , nourrir
& entretenir , élever & inftruire deux pauvres
orphelines de pere & de mere , choifies dans la
famille de la teftatrice de préférence , s'il y a
licu , finon parmi les filies de la paroifle de
( On fouferit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de is liv . par an , chez M, Mars , Avocat, rue
& Hôtel de Serpente,
( 46 )
Ste-Colombe de Seus. Les héritiers , à titre
d'indigens , ont demandé la nullité de cette dif
pofition , ou au moins fa réduction . Sentence
du Bailliage de Sens , qui réduit le legs au quart.
Appel en la Cour. Arrêt du 17 Juillet
1784 , qui met l'appellation & ce au néant ,
réduit la difpofition faite en faveur des Religieufes
, au capital de la rente de 140 liv . , à la
charge de payer à la domeftique la rente viagère
ftipulée , & après fa mort , d'élever une orpheline
, felon les intentions portées au teftament
a adjugé le furplus de la fucceffion aux héritiers ,
dépens entre les parties compenfés .
Caufe extraite du Journal des caufes célébres
Une fille qui a eu plufieurs foibleffes peut - elle ,
après avoir tranfigé pour une fomme qu'elle a reçue
de celui qu'elle accufoit d'être le pere du dernier de
Les enfans , former une nouvelle demande contre ce
particulier , foit en fon nom , foit en celui de fon
enfant.

Marie-Jeanne- Pierrette Lajou , couturiere
demeurant en la paroiffe de Saint - Thierry , diocele
de Sens , avoit déja eu une premiere foibleffe
, lorfque , dans le courant de l'année 1775 ,
elle s'apperçut qu'elle alloit devenir mere pour
la feconde fois. Des rapports de voifinage , &
quelques affiduités d'un nommé Sotan , mar
chand de beftiaux , garçon aifé , qui avoit placé ,
chez la file Lajou , une de fes nieces en appren
tiffage , favorifoient le projet que cette fille
Lajou pouvoit avoir de faire une déclaration de
groffeffe fur fon compte. Le feur Sotan , jaloux
d'arrêter le cours des propos injurieux à la réputation
, qui pourroient nuire a fes intérêts &
fon commerce , & que la fille Lajou répandoit
dans le public , pour impoſer filence abſolu , luj
( 47 )
fit propofer des moyens de conciliation . Des mé
diateurs communs mettant à prix fon honneur
lui offrirent , de fa part , 400 livres . Elle accepta
cette fomme ; & , le 8 décembre 1775 , fut paffé
pardevant notaire royal à Sens , un acte par lequel
la fille Lajou défapprouve les bruits publics
fur fes liaiſons avec Sotan ; renonce à toutes
prétentions contre lui ; promet de ne le point res
chercher ni inquiéter , déclare même renoncer à
faire baptifer , fous le nom de Sotan , l'enfant
dont elle étoit enceinte. ΣΕ
Le 29 février, 1776 , la fille Lajou accouche
d'une fille , baptifée fur les fonts de la paroiffe
de Brannoy , comme fille d'elle , & d'un pere inconnu
. En 1778 , la fille Lajou , qui avoit tiré
parti de Sotan , réfolut de le mettre à contribu
tion de nouveau. Elle renouvelle les bruits fur
fon compte , au fujet de l'enfant dont elle eft
accouchée en 1776. Sotan , pour les faire ceffer
, la fait affigner devant le juge de S. Vallery,
pour avoir réparation des injures proférées contre
lui ; demande l'exécution de l'acte du 8 dé
cembre 1775 , & 3000 liv, de dommages -inté
rêts. Alors la fille Lajou foutint directement en
juftice la vérité des propos débités dans le pu
blic fur Sotan ; elle déclare qu'il eft le pere de
l'enfant né en 1776 , & demande , contre lui ,
une condamnation de dommages - intérêts , &
qu'il foit tenu de fe charger de l'enfant , & condamné
à lui payer une penfion alimentaire . Sentence
du juge de Vallery , qui décharge Sotan du
fait de groffeffe dont il étoit prévenu , & condamne
la fille Lajou en jo liv . de dommages- intérêts
, dépens , impreffion , affiche de la fentence
: appel au bailliage de Sens : ſentence con
firmative , le 1 juillet 1779 sh
La fille Lajou , au lieu d'interjetter appel au
( 48 ) ..
parlement préfente une requête au juge de
Brennai , pour faire nommer un tuteur à fa
fe naturelle. Ce juge la nomme tutrice , &
Pierre Lajou , fon frere , fubrogé tuteur, Alors ,
en fa qualité de tutrice , elle fait affigner Soran
devant les juges de Nemours , & forme la même
demande dans laquelle elle avoit fuccombé
à Sens ; conclut à ce que la penſion alimentaire
qu'elle demandoit pour la fille naturelle , lui fåt
payée par avance , à compter du 29 février
1776 , jour de la naiffance de l'enfant . Sentence
de Nemours , du 4 août 1981 , qui la déclare
non recevable en fa demande , la condanine aux
dépens. Cette file , voyant qu'elle ne réuffiroit
jamais en fon propre nom , fait affembler de
nouveau les parens & amis , pour procéder à l'és
lection d'un tuteur ad hoc de fa fille naturelle , &
pourfuivre fur l'appel , l'infirmation de la fentence
de Nemours. Pierre Lajou fut nonimé tuteur
; il a pris , fur l'appel , les mêmes conclu
fions que la fille Lajou avoit prifes , & à Sens , &
à Nemours.
Par arrêt du 14 décembre 1782 , conforme
aux conclufions de M. Joly de Fleury , avocat
général, la fentence de Nemours a été confir
mée, le tuteur condamné aux dépens.
Par cet arrêt , le parlement de Paris a donné
une nouvelle preuve de fon attention conftante à
prévenir les fpéculations du vice , & à empêcher
que l'édifice des moeurs , qui ne reçoit , chaque
jour , que trop d'atteintes , ne tombe entere
ment en ruine.
Fautes à corriger l'Ordinaire dernieras
Art. d'Angleterre , L'armée qui a fervi au Mas
labar : lifez au Guzarate.
Art. Rome , arrivant de l'Amérique , lifez de
l'Adriatique.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Août..
Obou
N conftruit dans le Détroit , entre l'entbouchure
de la Mer Noire & Bujukdere ,
deux nouveaux forts capables de fe prêter un
fecours réciproque : d'après le plan tracé par
un Ingénieur François , il y fera auffi établi
un môle , qui fervira au ſtationnement continuel
d'une efcadre qui , au cas de befoin ,
bloquera le Détroit , & le tiendra fermé :
on bâtira enfin dans une petite ifle fituée au
milieu du même Détroit , une tour qu'on
garnira de plufieurs canons . Toutes ces nouvelles
fortifications , jointes à 12 forts &
châteaux , que l'on compte depuis l'embouchure
de la Mer Noire jufqu'à Conftantinople
, font regardées comme fuffifantes pour
mettre l'entrée de ce côté ci à l'abri des atques
des flottes les plus formidables .
Nº.
. 41 , 9 Octobre 1784. с
( 50 )
Notre efcadre dans Mer Noire a été aug
més juſqu'à 13 vaiffeaux de guerre ; ce qui la
peu - près égale aux forces navales que les
ntretientient dans la Mer d'Afoph. La
Shone - Porte fait d'ailleurs renforcer toutes les
gavifons de ces contrées . L'Aga député des Janmeures
vient de partir pour l'Afie , afin d'y lever des recrues dans les Provinces fournifes à
Sa Hauteffe . Grand nombre d'Ingénieurs François
font depuis peu de tems entrés à fon fervice.
Leur foin principal fera de veiller aux
fortifications des places fituées fur la frontiere
de Hongrie . Le Capitan - Pacha ou Grand Amiral
de la flotte Ottomane , a préfentement 30
vaiffeaux de guerre en commiffion , dont 13 de
60 jufqu'à 88 canons . En Bulgarie , il y a 38000
Turcs dans les garnisons refpectives : un nombie
femblable eft réparti dans la Moldavie ,
ALLEMAGNE
.
DE HAMBOURG
, le 19 Septembre .
Le célébre Géographe Bufching a publié
dans fa Feuille hebdomadaire
les obfervations
générales de M. Forfter, concernant
les ifles & les infulaires de la mer du fud.
La population des Ifles de la Mer du Sud dimi
nue à mesure que ces Ifles s'éloignent
de l'équa- teur ; elle augmente dans celles fituées entre les
Tropiques ; & parmi ces Ifles , celles - là font les plus peuplées , dont les habitans font les mieux
civilifés La population
des Iles de Tahiti , d'Ei- meo , de Société , des Marquefas , d'Amitié , des nouvelles Helrides , de nouvelle Calédonie , & de nouvelle Seelande , peut monter à environ

A
1
un million d'ames. Ces Infulaires différent fin¬
guliérement de couleur , de figure , de confor
mation & de caractere. Les habitans de Tahiti ,
des Ifles de Société , des Marquefas , d'Amitié ,
de nouvelle Zélande , & de l'Ile de Pâques ,
font une autre espece d'hommes que ceux de
Ja nouvelle Calédonie , & des nouvelles Hebrides.
Cette différence ne paroît être fondée que fur
des caufes phyfiques. Il faut croire que , lorsque
des hommes d'une couleur claire , & d'autres
d'une couleur foncée , après s'être arrêtés dans
leurs émigrations un tems plus confidérable dans
des pays chauds que dans d'autres , s'établiffent
enfuite dans un pays du même climat ; les deux
efpeces d'hommes confervent une empreinte du
climat qu'ils ont quitté en dernier lieu. Ce principe
explique l'origine des Infulaires de la Mer
du Sud , & fait voir que les deux efpeces qu'on
y trouve , y font parvenues par différentes routes
, & qu'avant leur émigration dans ces Ifles ,
elles étoient même de diverfes Tribus . Les cinq
peuplades de l'efpece blanche , paroiffent avoir
une origine commune avec les Malaies , & être
parvenues dans la Mer du Sud de Malana par
Borneo ; les Manilles , & les Ifles des Larrons &
de Caroline ; l'efpece #aire paroît defcendre des
premiers habitans noirs des Moluques , qui à
l'arrivée des Malaies fe font retirés dans l'intérieur
de leurs Ifles. La langue de ces deux ef
peces confirme cette conjecture en quelque
maniere ; car les 5 peuplades de l'efpece bianche
, parlent des idiômes d'une langue, originaire
& commune , dans lefquels ils mêlent plufieurs
mots malaies ; les trois peuplades de l'efpece
noire parlent chacune une langue particuliere ,
& ces langues n'ont aucun rapport avec aucune
des langues des peuples qui habitent les côtes
occidentales de l'Amérique.
1
-C 2
( 54 )
Plus les Illes s'approchent des pôles , moins
leurs habitans font heureux . Mais comme les habitans
des Ifles de la Mer du Sud , fituées plus à
l'ouest , he jouiffent pas des mêmes avantages
que les Tahitiens , malgré le rapport de leurs
climats , il est évident que le climat n'opere pas
feul la félicité d'un peuple ; mais que l'éducation
y contribue beaucoup . L'accroiffement des
habitans dans les Illes de moyenne grandeur a
rendu leur union néceffaire , afin de pouvoir mieux
fe défendre , & les a portés à des établiffemens
d'état dont le gouvernement eft defpotique. Dans
les peuplades où la polygamie n'a pas lieu , le
mariage eft refpecté & a des droits facres , & là
ou la polygamie eft établie . H paroît que le nom
bre des enfans femelles eft plus confidérable que
celui des enfans måles . On n'a trouvé d'exemples
de polyandrie que dans l'Ile de Pâques .
Les Infulaires de la mer du Sud tranſmettent à
la postérité par des vers les noms & les actions de
leurs grands hommes ; ils ont quelques connoil
fances de la poésie , de la mufique , de la danfe
& de la médecine ; ils guériffent la lêpre & la
maladie vénérienne , qui font leurs principales
maladies , mais il eft deftitué de fondement que
les Européens les ont infectés les premiers de
cette derniere maladie. La géographie , l'aftronomie
& la navigation leur font prefqu'entiérement
inconnues. Ils admettent plufieurs divinités
, mais ils prétendent qu'il n'y en a qu'une
feule qui ait le pouvoir fuprême , & c'eft à l'honneur
de cette divinité qu'ils facrifient les meilleurs
fruits. Les Tahitiens reconnoillent l'ame
pour un être diftin&t du corps , & croyent une
vie heureuſe après la mort ; leurs dogmes religieux
ont beaucoup de conformité avec ceux des
habitans de l'Afie orientale . - Les plus mal(
53 )
heureux des Infulaires de la mer du Sud , font
les habitans de la Terre de Feu ; les habitans
de la nouvelle Zélande feptentrionale ont un
peu plus de reffources pour le procurer les befoins
de la vie ; la condition des habitans de la
nouvelle Calédonie , & des nouvelles Hebrides
eft meilleure encore , parce qu'ils cultivent la
terre. La culture des terres eft parvenue à un
certain degré de perfection aux ifles d'Amitié ;
mais ces Infulaires font tourmentés par un gouvernement
de potique. Les habitans des Marquefas
ont quelques connoiffances de la culture ;
le gouvernement de ces Ifles eft modéré . Les
plus heureux de tous ces Infulaires font les Ta
hitiens , & leurs voifins les habitans des Illes de
Société ; ils ne manquent ni de comeſtibles de
toute efpece qu'ils fe procurent avec peu de peine ,
ni de vêtemens ni d'habitations.
On apprend de Pétersbourg que l'Impératrice
, pour encourager le commerce de fes
fujets avec les Etats du Roi de Sicile , a di
minué de moitié les droits de fortie pour les
marchandifes exportées à Naples fur des
bâtimens Ruffes.
Les 11 & 12 , écrit . on d'Helfingor , un ouragan
de nord - ouefl a rendu la mer très - agitée ; on
craint qu'il n'ait occafionné beaucoup de dommage
; un paquebot a été renversé dans le Sund ,
mais le vaiffeau de garde eft venu affez à tems
pour le relever & fauver l'équipage . 65 bio
rimens de diverfes nations venant de la mer du
Nord font entrés dans le Sund .
-
Une Feuille publique a fait le relevé des
maifons de commerce à Amfterdam. Il s'y
trouve actuellement 208 ; favoir , 43 pour
c 3
( 54 )
les commiffions , 91 pour le commerce d'Europe,
55 pour le commerce des autres parties
du monde , & 19 négociaus Juifs.
DE BERLIN , le 21 Septembre.
La Police vient de défendre par un Réglement
en date du 11 de ce mois , à tous
marchands , fourniffeurs , commiſſionnaires ,
d'acheter du bled , du foin & de la paille ,
pour les revendre enfuite , fous peine d'une
amende doble du prix de la denrée .
Hier les régimens d'infanterie de Bornftaudt
& de Braun , les Gardes du Corps en
garnifon dans cette ville , les Gens - d'armes ,
& les Huffards de Ziethen font partis pour
Potsdam , pour y faire les manoeuvres d'Automne
ordinaires , avec les Régimens qui y
font déja raffemblés .
On perfifte à croire que le Duc de Courlande
prolongera fon féjour ici.
En 1782 , un Grenadier Pruffien , nommé
Saal , eut le bras fracaffé , & fut envoyé à l'hôpital
de Neiff. Après fa guérifon , on le déclara
incapable de fervir , en lui confervant fon traitement
jufqu'à ce qu'il pût être placé à l'hôpital
des Invalides. Il continua de foigner fon bras , &
de tems en tems , effaya de manier fes armes :
enfin , il fe fentit aflez de force encore & d'adreffe
pour fervir . De ce moment , il fit fa déclaration
au Major , & redemanda de l'emploi ,
préférant les fatigues & les dangers de l'état militaire
à une fubfiftance affurée qu'il regardoit
comme achetée par un menfonge.
DE VIENNE , le 22 Septembre.
Le Général Noftitz a diftribué 300 flór.
( ss )
de la part de S. M. I. , entre les foldats &
bas officiers du régiment de Tofcane ; & il
a fait aux Officiers des préfens en effets d'or
& d'argent. Le Prince Czarftorinsky tient
table ouverte tous les jours pour les Officiers
de fon régiment pendant le tems qu'ils feront
à faire leur fervice. Il donne à chaque
foldat une augmentation de paye par
jour , & leur a fait en fus donner à chacun
une capotte. Plufieurs officiers civils , qui
fous le prétexte d'indifpofitions , avoient
demandé d'être exempts pour un temps de
leurs fonctions , ayant eu la mal - adreffe de
fe trouver à des fêtes publiques , ont donné
lieu à une commiffion de médecins chargés
par S. M. d'examiner fi ces Meffieurs ont été
réellement malades.
La nouvelle taxe pour la Douane eſt défavantageufe
, fur-tout pour les marchands
de Nuremberg, qui perdront par an plus
de 100,000 flor. D'un autre côté les amateurs
de caffé ont lieu de fe réjouir : car les
droits fur le fucre , le café & le cacao font
diminués de beaucoup ; ci - devant l'on paioit
42 flor. de droit pour le cacao , & pour le
café 17 maintenant pour le premier article
on payera 18 flor. & pour le fecond 11 ..
Quantité de jeunes gens de l'Académie militaire
viennent d'être placés en qualité de Porteenfeignes
dans différens régimens ; ils ne payent
rien dans les voitures publiques pour aller joindre
leurs régimens , & ils ont un florin par jour
pour leur dépenfe . En arrivant au régiment en
€ 4
( 567
leur paye 90 flor. pour le procurer une tente , une
écharpe , &c. Ils recevront par mois 12 flor. &
jouiront du rang de Porte - enfeigne jufqu'à ce
qu'ils aient une commiffion de Lieutenant.
Le Confeil de Venife a dépêché un courier
à Londres , relativement aux différends
qui fe font élevés entre cette République &
celle de Hollande. M. le Chevalier Fofcarini
, Ambaſſadeur de Venife à Vienne , a
reçu des dépêches du Sénat dont il a fait
part au Comte de Waffenaer avec les affurances
que la République de Venife n'avoit
rien tant à coeur que de voir terminer à l'a
miable , & à la fatisfaction des deux parties ,
les différends furvenus ; & qu'à cet effet le
Sénat alloit envoyer un Minikre Pléniporentiaire
près la République de Hollande
pour arranger les affaires .
Les Montenegrins manquant d'argent , ne peu
vent fe procurer des Alliés , & conféquemment
fe trouvent dans l'impuiffance de réfiiter au Baffa
de Scutari . Ils fe font adreffés à la Cour Impériale
pour avoir des munitions ; mais on leur a
répondu qu'en vertu du dernier traité avec la
Porte il n'étoit pas poffible de leur fournir aucun
fecours ; que néanmoins les ports de Triefte
& de Fiume leur étoient ouverts , & qu'ils pouvoient
y acheter au comptant ; là - deffus ils ont
envoyé deux Députés en Ruffie , pour folliciter
la protection de cette Puiffance , & la médiation
de les bons offices près de la Porte Ottomane.
L'expérience de la transfufion du fang a
été fouvent tentée , & inutilement. On vient
de la renouveller ici chez M. le Baron de
( 37 )
Dietrichstein : vrai ou faux , voici le rapport
de cet effai .
}
On prit un mouton & un veau , l'un & l'autre
furent liés & mis fur une table ; on ouvrit au
mouton l'artere du col ; on laiffa couler le fang
jufqu'à ce que les Médecins & les fpectateurs convinffent
qu'on ne pouvoit remarquer aucun figne
de vie dans le mouton on coupa enfuite la
même artere au veau vivant qui étoit près du
mouton mort ; & au moyen d'un tuyau de plume ,
on fit couler le fang du veau dans le corps du
mouton ; au grand étonnement de toute l'affem .
blée , le mouton commença à reprendre vie &
peu à peu fe remuer ; lorfque l'on crut que le
mouton avoit reçu affez de fang , on lia l'ar
tere , on le mit en liberté ; il commença à cou
rir & à manger de l'herbe , & fe réunit au troupeau
qui étoit dans le pré ; ce qui furprit beaus
coup tous ceux qui avoient été témoins de l'opé
ration.
Parmi tous les projets que l'on préfente
chaque jour à la Cour , il faut diftinguer celui
de M. de Trattner , qui voyant que toutes
les marchandifes étrangeres font prohibées
, vu qu'elles font fortir l'argent hors du
pays , propofe d'imprimer tous les livres
étrangers qu'on lit daus le pays , fi l'on veut
lui accorder un privilege exclufif : fa demande
lui a été refusée.
On écrit de Hongrie , qu'un très habile ou
vrier vient de bâtir un moulin à poudre , comme
l'on n'en a encore peut - être jamais vu depuis
l'invention de cette compofition Tout y eft en
fer ; les pilons , les mortiers , toutes les vis ; il
y a très - peu de cuivre , crainte des accidens
c5 .
( 58 )
jamais on n'auroit penfé qu'il für poffible de conftruire
un moulin de ce métal ; & cependant on ya
déja fabriqué 12 quintaux de poudre ; cette ufine
qui a fort peu d'eau ne laiffe pas de faire aller 12
pilons.
On parle d'établir dans l'Académie Théréfienne
, neuf co Répétiteurs avec une penfion
de 60 florins , de plus 3 maîtres de
langue Françoife , autant de langue Italienne
, & un d'Efclavon . Ils feront choifis fans
aucune diftinction de religion : leur capacité
feule décidera de leur admiffion.
La Manufacture de velours de coton établie en
cette ville par le fieur Antonio Pezzana , a reçu
ordre derniérement de faire paffer 450 pieces de
velours à Conftantinople. Ce manufacturier a fu
réunir la beauté & la force avec la légèreté dans
Les étoff s. C'eſt en raison de ces avantages que
les Turcs les préférent aujourd'hui aux velours
d'Hollande & de Francfort. Le fieur Pezzana a
confidérablement augmenté fa manufacture depuis
fix ans , qui aujourd'hui fe porte à 70 métiers
. En général toutes les fabriques de cette
capitale acquérent tous les jours plus de réputation
• tant dans le Royaume qu'au dehors.
L'Empereur a fupprimé l'ancienne divifion de
la principauté de Tranfylvanie , & a ordonné de
la répartir en 11 Comitats , dont voici les noms ;
favoir , de Huniad , de Hermanstadt , de Weilfembourg
, de Kukoel , de Fogarafch , de Haromzck
, de Udwarhel , de Thord , de Kolofwar
, de Szolnok & de Spolnok S. M I. a auffi
nommé ſur le champ les Gouverneurs des ces
Comitats.
"
DE FRANCFORT , le 27 Septembre.
A Monsheim , dans le Palatinat , vit un
( یو )
Anabaptifte , nommé Mélinger , qui n'avoit
que 350 flor. lorfqu'il a commencé à
travailler , & qui , pendant 40 ans d'économie
, de foin & d'activité , a amaffé de quoi
donner à fes enfans , qui font au nombre de
quatre , à chacun 80000 fl. & il fe réſerve
pour lui une pareille fomme. Il mérite
auffi d'être connu fous un autre afpect ;
c'eft un homme plein d'humanité , & trèscharitable.
Il y a quelques jours que le
feu prit à la grange d'un Meunier près de
Monsheim : Mélinger , âgé de 70 ans , fut
un des premiers à courir au fecours avec
deux de fes fils & leurs gens : leur fecours
ne fervit à rien , la grange fut brûlée , ce qui
cauſe au Meunier une perte de 2000 flor.
Melinger lui donna cinq louis d'or , & en
outre lui fit remife d'une fomme de 150 A.
qu'il lui devoit ; de plus il lui promit gratuitement
autant de thuiles qu'il en faudroit
pour couvrir fa grange.
On affure que le commerce de Cherfon n'eſt
pas auffi foriffant qu'on avoit voulu le faire
croire . La pefte y a diminué confidérablement la
population ; il n'y a plus qué 7 à 8 bonnes maifons
de commerce . Les étrangers qui y apportent
des marchandifes fe plaignent beaucoup des
exactions qu'on leur fait for ffrir . Le Gouverne➡
ment n'a pas encore pu s'occuper de tous les objets
qui méritent fon attention , & il paroir qu'il
a été plus facile de faire la conquête de la Crimée
que d'en profiter Les Turcs for tout ce
qu'ils peuvent pour attirer le commerce à OU
zakof , & pour ruiner celui de Cherten .
( 60 )
On écrit de Ratisbonne , qu'on a remis
l'arrangement final de l'affaire des Comtes
de Franconie à la rentrée de la Diete , qui fe
fera le 15 Novembre prochain. A cette occafion
il fut notifié au Miniftere des Comtes
Catholiques , que fi d'ici à ce temps fes
conftituans ne faifoient point de réponſe cathégorique
, on prendroit les mefures les
plus efficaces pour faire ceffer l'inactivité de
la Diete , occafionnée par la divifion qui
regne dans le College de ces Comtes.
·
On mande de Vienne le trait fuivant , qui mérite
d'être connu . Un ` particulier très riche
nommé Reiffenftein , fit , avant de mourir , un
teftament, par lequel il laiffa à chacun de 4 de
fes enfans 40,000 florins , & au cinqueme feulement
10,000 . Un des fils ayant été préfent à
P'ouverture & à la lecture de cette dernière dif
pofition , fe rendit fur le champ chez fes cohériers
, & après leurs avis , dit que leur pere
avoit défavantagé quelqu'un d'entr'eux ; il leur
propofa de s'arranger fraternellement , & de
partager de bon gré la fucceffion en 5 portions
gales. Cette propofition fut acceptée d'autant
plus volontiers , qu'on faveit que celui qui la
faifoit avoit été aimé particulierement de leur
pere commun , & que chacun craignoit qu'il
ne fût le défavantage. L'arrangement figné , il
leur déclara que c'étoit leur foeur qui ne devoit
avoir que 10,000 florins , à cauſe de ſon mariage
, duquel leur pere avoit été mécontent.
L'Empereur ayant eu connoiffance du trait
défintéreffé du jeune Reiffenftein , lui a fait expédier
un Brevet dans lequel S , M. I. , en donmant
des éloges à fà maniere noble de penfer
( 61 )
& d'agir , lui a aſſuré de l'avancement à la pre⇒
miere occafion qui fe préfenteroit .
ITALIE.
DE VENISE, le 12 Septembre.
Nous attendons d'un moment à l'autre
des nouvelles de l'expédition contre Tunis.
On ne doute point que le nom feul du Chevalier
Emo , dont le courage & la bravoure
font déja très- connus de tous les pirates de
la mer Adriatique , n'ait répandu l'épouvante
parmi les Tunifiens. Si l'expédition des
Efpagnols contre Alger n'a pas eu un fuccès
auffi heureux qu'on le défiroit , on le
flatte qu'il n'en fera pas de même de la nôtre
, attendu que les ennemis ne font ni préparés
à une vigoureufe défenſe , ni pourvus
des chofes néceffaires pour faire la guerre.
Indépendamment d'une nombreuſe artillerie
, & de beaucoup de troupes , notre Commandant
a encore à bord de groffes fommes
en or , pour faciliter encore plus fes entrepriſes.
Nous apprenons en outre qu'il eft
forti des ports de notre République deux autres
divifions de vaiffeaux de guerre , avec
ordre de fe joindre à l'efcadre du Chevalier
Emo pour le même objet.
DE ROME , le 14 Septembre.
On affure que le Saint Pere donnera le
( 62 )
mois prochain le chapeau de Cardinal d
Monsignor Don Romualdo Brafchi Onefti ,
neveu & Majordome de Sa Sainteté. Ce
Prélat a même déja fait faire tous les préparatifs
néceffaires à cette cérémonie.
Le bruit court que Sa Sainteté va inceffamment
faire rouvrir le caveau de la vigne
de fancta fanctorum , où l'on efpere trouver
d'autres monumens précieux d'antiquité.
DE NAPLES , le is Septembre.
S. M. a chargé le Prince de Tarfia de
faire conftruire , près de S. Leuci , un bâtiment
propre à recevoir la Manufacture de
toiles & de mouffelines fines qui vient d'être
établie par un François , & qui promer le
plus heureux fuccès . On fait également fabriquer
toutes les machines qui y feront néceffaires.
Le Roi a ordonné de fonder aux dépens
de la Cala Sacra , dans la Calabre ultérieure ,
trois maifons pour les orphelins , & trois
hôpitaux pour les enfans -trouvés , dont le
nombre s'eft confidérablement accru depuis
les défaftres qui ont défolé cette Province ,
& dont un très petit nombre confervent la
vie , faute des fecours de premiere néceffité .
Le Roi , après avoir pris , le premier de ce
mois , le divertiffement de la chaffe aux faifans
dans l'ifle de Procida , a été le lendemain à la
rencontre de l'Efcadre qui revenoit d'Alger.
Lorfqu'il l'eut jointe , il monta à bord du vail(
63 )
feau Commandant , & voulant donner fur le
champ des marques de fa fatisfaction , il fit venir
tous les Officiers & les Gardes Marines
& félicita chacun d'eux fur la bonne conduite
qu'ils avoient montrée dans cette expédition ,
ainfi qu'il en avoit la preuve dans une Lettre
de fon Augufte Pere , que S. M. daigna même
lire publiquement. L'Eſcadre rentra dans le port
au bruit d'une falye continuelle d'artillerie tirée -
des Forts & des Vaiffeaux . La réunion de
tant de Vaiffeaux , le bruit continuel des
canons , le grand nombre de chaloupes & de
barques , remplies de Seigneurs qui étoient venus
au- devant de S. M.; enfin le nombre
confidérable de fpectateurs fur le rivage , formoient
le fpectacle le plus brillant & le plus
martial.
Le 28 du mois dernier , vers les 3 heures
après minuit , un bâtiment François , que le
Colonel du régiment de Siracufe , D. Francefcó
Bencinforte , avoir fretté pour les Préfides
de Porte- Longone , voulut fortir du
port , en mettant un grelin à bord d'un bâtiment
venant de Meffine , qui fe trouvoit
ici en quarantaine. Les felouques de Santé
qui étoient de garde s'oppoferent à cette
manoeuvre mais le Cap. François ayant
voulu faire réfiftance , il s'éleva entre fon
équipage & celui des felouques une difpute
fi vive , qu'il y eut des bleffés de part &
d'autre. La Députation de Santé a fait fes
repréfentations au Roi à ce fujet , & on attend
les ordres ultérieurs de S. M. fur cette
affaire .
( 64 )
DE LIVOURNE , le 13 Septembre.
On a reçu la fâcheufe nouvelle qu'une
des plus grandes galeres de Malthe , a été
attaquée par trois corfaires Algériens ,
& qu'après un combat des plus opiniâcontre
ces Barbarefques , la galere
Malthoife s'eft vu obligée de fe rendre. Le
Chevalier d'Efpierty , qui la commandoit ,
a été tué dans le combat , ainfi que quelques
perfonnes de l'équipage , & tout le
reſte a été maſſacré. On dit que fe Dey d'Alger
a donné ordre , depuis le dernier bombardement
, à tous les commandans des corfaires
, de ne faire aucun quartier aux Efpagnols
& aux Malthois , ni même aux fem
mes & enfans qni pourroient fe trouver à
leur bord.
· On mande de Porto Ferraio , que la goë .
lette le Cerf, commandée par le Lieutenant
Borfi , a de nouveau remis en mer fur la nouvelle
qu'on a reçue de l'apparition de bâtimens
Barbarefques dans ces environs . On apprend
encore que les Algériens ont repris la courfe
dans différens endroits , trois de leurs Chebecs
ayant été rencontrés dirigeant leur route vers
les côtes d'Italie , & d'autres vers celles d'Efpagne
.
Une lettre de Tunis porte qu'on y a
équipé par ordre du Bey deux nouvelles galeres
, montant chacune 350 hommes . Ces
deux galeres jointes à douze autres bâtimens
de guerre , font deſtinées à s'oppofer à l'ef(
(65 % ))
cadre Vénitienne. On parle néanmoins d'un
accommodement entre la République de
Venife & cette Régence , par l'entremiſe de
la Porte Ottomane.
cc
La fanté du Souverain Pontife , à ce qu'on
écrit de Rome , eft affez chancelante , mais cela
ne paroît pas avoir influé fur fa gaîté naturelle .
On raconte , à ce fujet , ce qu'un certain Amanzio
Lepri , que Sa Sainteté avoit comblé de préfens
, à la recommandation du feu Secretaire
Nardini , vint un jour s'adreffer à lui pour lui
raconter , que ledit Secretaire lui avoit apparu
en fonge la nuit précédente , tout en feu, chargé
de chaînes , & qu'avec une voix effrayante , il
lui avoit dit : qu'il fe trouvoit en Enfer parmi les
Damnés , pour avoir confeillé qu'on luifit ce préfent ;
& qu'enfuite il étoit difparu avec un fracas épouvantable
». Le Pape ne put entendre ce récit
fans fourire. Ce Pontife finit par confeiller au
rêveur de fe faire faigner , pour prévenir les
fuites d'un fang trop échauffé.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 28 Septembre.
Le 22 de ce mois on a célébré , felon
l'ufage , l'anniverfaire du couronnement du
Roi. Entre les perfonnes qui furent à S. James
ce jour-là , fe trouva le Génétal Paoli ,
qui préfenta à Leurs Majeftés fon neveu ,
Officier dans l'armée britannique , & prêt
à faire un voyage fur le Continent. M. de
Dreyer , Miniftre de Danemarck en cette
( 66 )
Cour , a pris congé du Roi , & doit partir
dans peu de jours. Le Chevalier Harris ,
notre Envoyé à la Haye , n'a point encore
quitté cette Capitale ; retard attribué à des
motifs politiques , & peut - être fans fondement.
"
que
C'est notre tour d'être électrifés par les
ballons. Il étoit naturel qu'à l'inftant où ce
divertiffement perdroit en France de fon premier
éclat , il eût ici un afyle & des enthoufiaftes
. L'exaltation de nos têtes froides
égale au moins , fi elle ne furpaffe pas ,
celle de nos voisins . Le voyageur Lunardi ,
foible im tateur d'effais bien plus brillans
le fien , eft aujourd'hui l'objet d'une espece
de culte. Il a été préfenté à la Cour : les Shériffs
l'ont invité à leur dîner de cérémonie ;
une ample foufcription fe leve en fa faveur ;
fon portrait gravé par Bartolozzi , va enrichir
fa relation , & fe vendra au prix modefte
des fchell.; enfin de toutes parts on lui
adreffe des vers & de la profe ; le vertige eft
au dernier période en réfultera -t- il des expériences
utiles il faudra voir.
Le Comte Temple , fur le décès duquel
quelques- uns de nos papiers avoient déjà fpéculé,
eft heureuſement rétabli d'une maladie
dangereufe de quelques femaines. Il eft affez
bien pour être revenu ici fans incommodité
de la terre du Comte Nugent , fon beaupere
, où il étoit tombé malade.
Depuis quinze jours , les ſouſcripteurs de
3
( 67 )
l'emprunt de fix millions , levé pour le fervice
de cette année , ont verfé dans la Banque
leur troifieme paiement du 15 pour 100
du capital .
Les contrebandiers continuent à faire une
guerre malheureufe ; s'ils jouent de leur refte ,
ce n'eft pas avec fuccès. Le floop l'Orefte ,
Cap. Ellis , a déjà pris 5 de leurs bâtimens .
dont le dernier avoit une cargaifon de fix
mille caiffes de liqueurs , & près de trente
tonneaux de thé , renforcés par 24 canons
de fix & de neuf.
Jeudi dernier , dit une Lettre de Plymouth
du 7 courant , à 10 heures du matin on a tranfporté
à terre le corps du Chevalier Eyre Coote,
Chevalier de l'Ordre du Bain , au bruit d'une
décharge de 21 coups de canons , tirés du vaiffeau
le Chateau de Bombay ( Bombay Caftle ) .
Toutes les troupes fe mirent fous les armes à fon
paffage , pour lui rendre les honneurs militaires.
Le corps a été déposé dans la Citadelle où le
Capitaine Campbell , Lieutenant du Gouverneur,
l'a reçu avec toute la folemnité poffible . Les
deux bataillons d'artillerie ont formé la parade
& les grenadiers avec l'infanterie légere ont efcorté
le corps jufque dans la Chapelle . Pendant
la cérémonie on a tiré dix-neuf coups de canons
de minute en minute . La quantité innombrable
de fpectateurs qui a affifté aux obfequés de cet
Officier prouve l'idée avantageufe qu'on avoit
de fes grands talens , & les regrets qu'à laiffé
fa perte.
Aucun Seigneur en Europe ne poffede
une auffi grande propriété en maiſons , que
( 68 )
4000
le Duc de Bedford . Outre le très- grand
nombre de celles qui lui appartenoient déjà ,
les nouveaux bâtimens autour du quarré de
Bedford, rapporteront au Duc plus de
liv . fterl. par année ; fomme qui , par les conditions
des baux , s'élevera à 30000 liv. fterl
dans l'efpace de foixante ans. Les champs
voifins de cette partie de Londres appartiennent
également au Duc de Bedford , & il
peut les louer aux entrepreneurs de conftructions
, tant que durera l'aggrandiffement
de la ville.
Les efprits turbulens qui ont allumé les premiers
feux de la fédition en Amérique , & qui
plus récemment ont femé la difcorde en Irlande.
dit un papier ministériel , travaillent aujourd'hui
à jetter l'Angleterre dans un nouvel abîme. La
méfintelligence qui regne entre les Puiffances
du Continent fournit un prétexte à l'exécution
de ce projet infernal. En conféquence on ne
parle plus que de la néceffité de rétablir l'équilibre
du pouvoir , que du danger de laiffer
trop agrandir aucune des parties en conteftation ,
& de la conduite criminelle de la Grande - Bretagne
, fi en cas de rupture elle reftoit neutre ,
Il n'y a pas de doute que les murs de la Chambre
des Communes ne retentiffent de tous ces propos,
dès que les principaux agens auront occafion de
faire entendre leur voix fur ce théâtre. En attendant
ils cherchent à préparer les efprits de la
Nation fur les grands projets qu'ils méditent ,
mais il faut espérer qu'elle fera trop raisonnable,
& qu'elle n'oubliera pas affez fes propres intérêts
pour le prêter à des mefures , dont les fuites
ne peuvent que lui être fi funeftes . Dans notre
( 69 )
pofition actuelle cù nous ne fommes liés par
aucune espece d'engagement ou de reconnoif
fance , le feul parti que nous ayons à prendre ,
eft de ne nous point mêler des querelles de nos
voifins & de ne fonger qu'à rétablir nos finances
& notre commerce.
Le premier jour que fe fit la vente du thé ,
M. Pitt allarmé de ce haut prix où il étoit porté ,
fe rendit à l'Hôtel de la Compagnie . Informé
que cet événement inattendu provenoit des manoeuvres
de perfonnes intérellées dans le commerce
de contrebande , & qu'il y avoit actuellement
á Oftende des acquereurs d'immenfes quantités
de Thé qui attendoi . nt l'occafion favorable
de les introduire dans ce Royaume avec la certitude
de faire un bénéfice confidérable tandis
qu'ils maintiendroient le prix de ce pays à un
taux énorme ce premier Miniftre convint avec
les Directeurs de la Compagnie qu'il feroit permis
aux marchands de renvoyer les thés qu'ils
avoient achetés & qu'ils en feroient remboursés fur
le pied de l'achat . Cette propofition fut acceptée
avec plaifir , fur l'affurance que donna M. Pitt ,
qu'au commencement du mois de Novembre les
Directeurs feroient une déclaration de tous les thés
qu'ils pourroient avoir & les feroient porter fur
les marchés , & que fi cette meſure ne produifoit
pas l'effet qu'on en attendoit , le Miniftere s'adrefferoit
au Parlement pour demander qu'il fût
permis à la Compagnie d'infpecter des thés de
tous les endroits qu'il lui plairoit , fe flattant que
par ce moyen les thés fe vendroient en Angle
terre à auffi bas prix que par- tout ailleurs ,
car en Hollande le thé fimple ou the commun
verd fe vend depuis 1 f. 11 d jufqu'à 2 f. 10 d. ,
tandis qu'en Angleterre le même thé fe payoit
à la derniere vente depuis 3 & 4 d. jufqu'à 6 &.
( 70 )
8 d. fans y comprendre le droit de douze & demi
pour cent.
} Si le Parlement permet à la Compagnie d'importer
des thés de tous les endroits quelconques ,
elle pourra , en s'adreffant aux Compagnies
étrangeres , fournir ce païs au même prix que
par tout ailleurs .
En conféquence de la déclaration faite par
M. Pitt , le prix des thés a baiffé le lendemain
d'environ 15 pour 100.
Voici le tableau comparé des prix en Hollande
& en Angleterre.
Prix des Thés en Hollande.
f. d. f d.
Bouh I •
Single an verd commern • • I 11 à 2 IQ
Hyfon 2 7 à 3 6
En Angleterre.
Bouh 3
6
Singlo 3 4 à 6
Hyfon
6 à 8
M. Pitt a écrit la lettre fuivante à M. John
Campbell, Vice-Préſident de l'Affemblée de
Belfaſt.
« Il y a quelque temps que j'ai reçu une lettre
de Vous , comme Préfident de l'Affemblée
des habitans de Belfalt , accompagnée d'une Requête
que cette Aſſemblée defiroit que je préfentaffe
á S. M. »
« Je fuis très-fâché que la multiplicité des affaires
dont j'étois alors furchargé ne m'ait pas
- permis de vous répondre plutôt . Comme en préfentant
cette Requête on auroit pu en inférer
que j'approuvois ce qu'elle contenoit , je fuis dans
la néceffité de me refufer á cette démarche &
de rendre raifon des motifs qui me font agir
Mainfi , La demande qu'on fait dans cette Requête
) 71 (
me paroit provenir de ce qu'on y fuppofe que
la conteftation actuelle eft aujourd'hui diffoute ,
& qu'il faut que le Roi ufe du pouvoir illimité
de donner un nouveau plan au Parlement , ce
qui , felon moi , eft totalement incompatible
avec la fûreté de la liberté publique.
« J'ai été fans contredit , & je ferai toujours
le partifan le plus zélé d'une réforme dans le
Parlement ; mais permettez - moi d'ajouter que
mes principes fur cet objet font bien différens
de ceux qu'on adopte dans cette pétition , Les
moyens qu'on y propofe me paroiffent devoir
produire des maux encore plus funeftes que ceux
que les amis de la réforme veulent guérir ou
prévenir. C'eft avec regret que relativement à
cette affaire , je fuis d'une opinion diamétralement
oppofée á celle d'un Corps de Citoyens
qui déclarent n'être guidés que par des motifs
de loyauté & de refpe& pour la Conftitution .
Mais guidé moi - même par les mêmes motifs ,
& defirant fincérement la propriété & la liberté
de chaque partie de l'Empire Britannique , j'ai
cru ne pouvoir me difpenfer de vous expofer
mes fentimens avec autant de clarté que de fran.
chife , & je vous prie de les communiquer aux
perfonnes qui vous ont fait écrire. » Je fuis , &c.
Les habitans de la Grenade ont voté une
fomme de 20000 liv. fterl. pour joindre
par un canal le Lagoon au Havre de Saint-
George. Cet acte de l'efprit public demande
l'affiftance du Miniftere. Lorfqu'il fera fini ,
le port de S. George pourra contenir
vaifleaux de ligne avec autant de frégates,
& les mettre parfaitement à l'abri . Le Géné
ral Mathæus a pris toutes les peines poffibles
pour mettre cette ifle dans le meilleur état
34
( 72 )
·
de défenfe aux deux côtés du Havre , il
fait élever deux forts qui rendront la Grenade
un fecond Gibraltar.
Vrais oufaur , dans tous les cas , sûrement
amplifiés par l'efprit de parti , les détails fuivans
fe trouvent dans une lettre de Glasgow.
Les Manufacturiers en coton & en mouffelines
, de cette ville & des environs , ont pris la
réfolution de fe joindre aux Manufacturiers de
Mancheſter , pour demander au Parlement , dans
la prochaine Seffion , d'être libérés des taxes qui
ont été impofées par un mauvais fyftême de taxation
fur les Manufactures naiffantes de ce paysci
, & que M. Pitt a obftinément refufé d'abolir
malgré les repréſentations réitérées qui lui
ont été faites. Ce qui aggrave cette affaire , c'eft
que les Manufacturiers en mouffelines fe regardent
comme un Corps au moins auffi digne de
l'encouragement & de la protection du Gouvernement
, que toute autre Société ou Compagnie
publique , chargée d'importer ces mêmes marchandifes.
Ils ont cependant la mortification de
fe voir gréver de fortes taxes tandis que la
Compagnie des Indes orientales , dans ce moment-
ci , eft aidée aux dépens du public , de près
d'un million fterling , fans in érêt ; lequel inté.
rêt eft prefque équivalent au produit fur les cotons
.

Les Ecoffois ne fe plaignent point des Impôts
néceffaires ; mais fi on leur impofe des taxes pour
fervir la Compagnie des Indes , & pour encou
rager les productions étrangeres , en opprimant
les Manufactures de l'Angleterre , d'après un fyl
tême pernicieux qu'on avoit évité jufqu'à nos
jours , alors il en résultera que nos Manufacturiers
pafferont en Irlande , où l'on accorde fagement
( 73 )
ment des gratifications aux Manufactures de coton
& de mouffelines , loin de leur imp fer des
taxes onéreufes , pour favorifer une troupe de
monopoliftes magnifiques & trop puiffans. Les
Réfolutions font déjà fignées & publiées par ordre
de l'Affemblée générale des Manufacturiers
de Glafcow & des environs . Le Lord - Prévôt
d'Irlande concourt , dit - on , à cette oppofition .
Voici une autre amplification hiftorique ,
venue de la même contrée , mais dont le
fond n'eſt pas un roman.
Un nommé Scot • tonnelier dans la ville
d'Aberdeen , fe mit en tête tout à - coup de devenir
Prédicant , cette métamorphofe lui attira
tant d'ennemis parmi les voifins , qu'il fe détermina
à quitter fa patrie . Son deffein ne fut pas
plutôt connu , que deux ou trois perfonnes ,
pour s'en débarafler , lui propoferent de lui payer
fon paffage , s'il vouloit s'embarquer pour l'Amérique.
Cet homme accepta la propofition , &
partit . Deux ans après fon départ , tout le monde
fut furpris de le voir reparoître à Aberdeen avec
les habits les plus magnifiques , & annonçant
la plus grande opulence . Il étoit chargé de commiffions
de la part des Marchands , des Planteurs
&c. , pour encourager l'émigration , & leur procurer
toutes fortes d'Artifans , de Manufacturiers
, d'ouvriers &c. Il remplit fa miffion avec
un tel fuccès , que bientôt il fréta un vaiſſeau ,
& fit voile pour l'Amérique avec un grand nombre
d'Emigrans , parmi lefquels fe trouvoit une
jeune fille nommé Lucy Grefin , âgée de dixneuf
ans , & douée d'une rare beauté. A fon
arrivée à Philadelphie , elle fut achetée par un
Marchand , garçon , & jouiffant d'une grande
fortune. Il fut fi frappé des charmes de l'Ecof
No.41 , 9 Octobre 1784. des
( 74 )
faife , que bientôt il s'unit à elle par les noeuds
de l'hymen. Après avoir paffé quelque temps en
Amérique , cette jeune perfonne ayant défiré
de revoir les patens & fa patrie , fon mari le lui
permit , & fréta en conféquence un vaiffeau pour
Glafgow fur lequel elle s'embarqua. Elle refta
huit ou neufmois à Aberdeen , & elle y vécut
pendant tout ce temps avec une telle magnificence,
qu'elle fit tourner la tête à toutes les filles
qui voulurent aller tenter également fortune en
Amérique. Telle eft l'origine des émigrations
qui ont eu lieu en Ecoffe. Elles ont été trèsexagérées
; mais l'on eftime qu'il eft forti de ce
Royaume plufieurs centaines des bras les plus
utiles , dont la privation eft fenfible dans les
Arts & les Manufactures .
"
Le Général Matthews , écrit on de Cariogua
accompagné de MM . Luth , Williams & autres
perfonnes , eft arrivé dans cette île où le Pavillon
Anglois a été arboré de nouveau à la grande fatisfaction
des habitans . Son Excellence a adopté
plufieurs mesures effentielles pour encourager les
Colons , & mettre cette ile à l'abri des infultes
des Cofaires , dans le cas où il furviendroit une
nouvelle guerre . On cultive dans cette île le
vrai coton de Surate , & on fe flatte qu'on en
recueillera une affez grande quantité pour approvifionner
Manchefter de cet article qui eft fi
effentiel pour la principale manufacture . Le
coton de Surate dans l'Inde a fi peu rendu pendant
plufieurs années , qu'on a été certainement
dans le cas de faire de grandes falfifications dans
cette denrée , pour fournir aux demandes de
l'Angleterre , ce qui a caufé un préjudice confi.
dérable aux négocians de Manchefter. Cariogua
eft appellée le Montpellier des Indes , à caufe de
la falubrité de l'air , Le coton eft la principale
( 75 )
production de cette ifle , & on en retire un revenu
annuel de près de 100,000 liv. Le Général
Matthews a déterminé les habitans à conftruire
une Eglife proteftante , & à entretenir un Miniftre
de la même croyance . Il n'y avoit auparavant
qu'une feule Eglife Romaine.
La côte de Malabar fut , il y a 15 ans , le
théâtre d'un événement qu'on rapporte de
cette maniere .
Lorfque Hyder Ali conquit le royaume
de Calicut, une veave Indienne , d'environ
30 ans , brava en perfonne tous fes efforts.
Elle avoit dans fes terres , près des confins
de Canara , un miférarable fort , appellé
Bailary , dans lequel elle fe retira avec 1200
hommes , fes laboureurs & fes vaffaux , réfolus
de périr avec elle . Elle foutint deux affauts
vigoureux ; & dans tous deux elle fit
une fortie fur l'ennemi avec beaucoup d'avantage
, mais une incurfion des Marattes
obligea enfin Hyder Ali à fe retirer , & à
abandonner le fiege. Cette héroïne Indienne
a montré autant de reconnoiffaece que
de courage. Un jeune négociant Irlandois ,
appellé Brown , l'avoir allité avec ardeur
pendant la longue défenfe qu'elle fit . Après
la retraite d'Hyder-Ali , la reconnoiffante
Indienne a comblé de bienfaits ce jeune
homme , qui revenu dans fa patrie , jouit
actuellement d'une fortune acquife par fon
courage & par fa bonne conduite.
Vers les deux heures , Dimanche derniér .
écrit on de Dublin le 14 de ce mois , la garnifon
reçut avis aux cafernes que l'on avoit coupé
d 2
( 76)
les jarets à un foldat du vingt - fixieme régiment
d'infanterie. On envoya auíli -tôt à fon fecours
un Sergent & un piquet , qui le trouverent en
effet dans l'état le plus déplorable , avec deux
contufions à la tête. Le bleffé dépofa qu'il avoit
été attaqué par trois perfonnes , qui d'abord
l'avoient maltraité , & lui avoient enfuite coupé
les jarets. Tandis qu'on le préparoit à le tranf
porter à l'hôpital , le Sergent fuivit les traces du
fang de ce malheureux , & trouva à environ 20
pas de là , un couteau enfanglanté. Il le releva
fans plus de recherche ; mais étant arrivé aux cafernes
, il donna ordre aux foldats de la Chambrée
auquel appartenoit le bleffé , de tirer leurs
couteaux ; on les produifit tous , à l'exception
d'un feul . Le Sergent leur ayant demandé s'ils
reconnoîtoient le couteau qui manquoit , ils l'aflu,
rerent que oui. Alors il tira celui qu'il avoit trouvé
, & les foldats le reconnurent pour être celai
du bleffé. Il y eut , il y a environ trois femaines
un foldat à qui on coupa réellement les jarets ,
& les habitans de la ville ont bien payé leur
faute ; mais quant à ce foldat- ci , la prévoyance
judicieufe du Sergent a fait découvrir que ce
malheureux s'eft mutilé , dans l'espérance d'obtenir
une gratification . Par un acte de la derniere
feffion du Parlement , cetre indemnité pour les
foldats eftropiés , confifte en une annuité de 201 ,
fterl. payée par la Paroiffe fur laquelle le crime
a été commis. On a peine à concevoir un pareil
artifice de l'avidité ; cependant on affure qu'un
foldat du 66. régiment a reçu dernierement
500 coups d'étrivieres pour s'être permis cette
criminelle fupercherie.
Le 7 Décembre prochain , on expoſera
en vente publique à Gibraltar , les pieces de
canon des dix batteries flottantes , qui one
( 77 )
coulé bas devant ce port. On en a retiré
300 pieces de divers calibres , dont so trèsbelles
en fonte , de 26 livres de balle , fondues
en 1778 & années fuivantes jufqu'en
1781 à Barcelonne & Seville : 150 aufli en
fonte , fort peu endommagées , & le refte
en fer , de diverfes grandeurs , outre quelques
vieilles pieces du calibre de 42 , 26 &
18. De plus une grande quantité de bombes
, boulets & ancres. Le prix de ces ventes
fera partagé entre les régimens qui étoient
en garnifon dans cette place pendant le
fiege ; ils ont encore 30 mille livres fterl. à
partager du produit des prifes.
FRANCE...
DE PARIS , le 4. Octobre.
Nous avons déclaré , & nous déclarons
encore , qu'à moins d'avoir été nous -mêmes
témoins des événemens , nous ne garantiffons
aucun des articles qui entrent ordinairement
dans ce Journal , fous le titre de
Paris . Si la vérité eft quelque part hors de
la portée humaine , c'eſt dans cette Capitale,
où d'un inftant à l'autre , elle paroît fous
50 formes différentes , & défigurée par mille
intérêts divers . Ne pouvant donner le tems
deftiné à la rédaction de ce Journal , à courir
de lieu en lieu , pour conftater les récits
journaliers , nous fommes forcés d'en taire
d 3
( 78 )
la plupart : le Public nous faura gré de cette
difcrétion , en apprenant l'efpece de foi qu'il
faut avoir aux rapports , en apparence le's
plus avérés.
C'eft fur une lettre fignée , fignée par un
Eccléfiaftique , que nous avons racontée l'anecdote
du nommé Garnier , de Montbard.
Nous apprenons aujourd'hui par des informations
irrécufables , que l'abfence de ce
Garnier n'a point eu les motifs qu'on lui
fuppofe , & qu'en ceci , comme en tant
d'autres cas du même genre , on la rendit
coupable , à fon infch , & dans une bonne
intention , d'une hypocrifie de bienfaifance ,
malheureufement trop ordinaire de nos jours ,
Dans le N° 37 du famedi 11 Septembre , on
a mal énoncé un fait relatif à la vifite de M. le
Comte d'Oels dans les différentes Chambres du
Parlement , où il fut accompagné de M. le Premier
Préfident. Voici comme ce fait doit être
rapporté.
A la vue fortuite d'accufés qui alloient
» être jugés à la Chambre de la Tournelle , ce
Prince témoigna à M. le Premier Préfident
qu'il defireroit pouvoir être utile à ces infortunés
, dont la jeuneffe l'intéreffa à leur
fort ".
5)
M. le Premier Préfident promit d'écrire , &
a écrit en effet à Mgr . le Garde des Seaux
pour obtenir de S. M. que leur peine fût com
muée .
>
La Société Royale de Médecine a tenu ,
le 31 Août , fa Séance publique au Louvre ,
dans l'ordre fuivant.
( 79 )
Le Secrétaire a dit :
La Société avoit propofé dans fa Séance tenue
au Louvre le 11 Mars 1783 , pour fujet d'un Prix
de la valeur de 600 livres , fondé par le Roi , la
question fuivante : Déterminer quels font les
rapports qui exiftent entre l'état du foie & les malades
de la peau , dans quels cas les vices de la bite qui
accompagnent souvent ces maladies , en font la caufe
ou l'effet ; indiquer en même- tems les fignes propres
à faire connoître l'influence des uns fur les autres ,
& le traitement particulier que cette influence exige.
Ce prix devoit être décerné dans la Séance que
la Société Royale tient aujourd'hui ; mais aucun
des Mémoires envoyés au Concours n'ayant rempli
fes vues , elle eſt forcée d'en différer la diftribution
. La Société prévient les Concurrens
. qu'ils doivent fe borner à l'examen des maladies
chroniques de la peau , caractériſées par les fymptômes
qui accompagnent ordinairement les maladies
dartreufes , éréfipélateuſes , & autres trèsanalogues
; ce font les vices de cette nature qu'ils
doivent comparer avec ceux de la bile . Ce
Prix fera diftribué dans la Séance publique de la
Fête de Saint Louis en 1786. --- Les Mémoires
feront envoyés avant le premier Mai 1786 ; ce
terme eft de rigueur.
La Société avoit propofé dans fa Séance publi
que , tenue le 11 Mars 1783 , pour ſujet d'un Prix
de la valeur de 600 livres , dû à la bienfaifance
d'un Particulier qui n'a pas voulu fe faire connoître
, la queftion fuivante : Quels font en France les
abus à réformer dans l'éducation physique , & quel est
le régime le plus propre à fortifier le tempéramment &
à prévenir les maladies des enfans , eu égard aux ufages
& aux différentes températures . Parmi les
Mémoires envoyés aux Concours , la Société en a
diftingué trois , entre les Auteurs defquels elle a
d4
( 80 ).
partagé le Prix.
- Elle a décerné
Médaille d'or de la valeur de 300 liv. à M MUNNIKS
, Docteur en Médecine à Groningue
2º. Une Médaille d'or de la valeur de 200 liv. à
M. BRET , Docteur en Médecine à Arles.
3°. Une Médaille d'or de la valeur de 100 liv . à
M AMOREUX , Fils , Docteur en Médecine de
Montpellier.
La Société avoit publié dans la même Affemblée
, le 11 Mai 1783 , pour fujet d'un Prix , le
Programme fuivant : La maladie connue en
Ecoffe & en Suéde fous les noms de Croups ou d'Angina
membranacea feu polypofa , & qui a été décrite
par les Docteurs Home en 1765 , & Michaelis
en 1778 , exifte-t - eile en France ? Dans quelles Provinces
a - t- elle été observée ? Par quels fignes diagnofties
la diftingue ton des autres maladies analogues
; & quelle méthode doit - on employer dans fon
traitement ? Cette queftion intéreſſante a été
traitée dans un grand nombre de Mémoires , parmi
lefquels trois ont été remarqués. 1º. La
Société Royale a décerné une Médaille d'or de la
valeur de 100 liv . à M. VIFUSSEUX , Docteur en
Médecine à Geneve . 2 ° . M. DUREUIL , Chirurgien
à Etampes , a remis un Mémoire fur le
même fujet dont la Société a été fatisfaite . Elle
lui a décerné une Médaille de la valeur d'un jetton
d'or.
-
La Société a annoncé qu'elle diftribueroit des.
Prix aux Auteurs des meilleurs Mémoires fur la
Topographie Médicale ; elle s'eft fait rendre compte
de ceux qu'elle a reçus depuis la derniere Affemblée
publique. Trois ont fixé fon attention , & elle
leur a décerné des Prix dans l'ordre fuivant :
1º. Une médaille d'or de la valeur de 100 liv. à
M. POMA, Docteur en Médecine à S. Diez en Lorraine.
2º. Une Médaille d'or de la valeur d'un
( 81)
à Cliffon en Bretagne.
jetton d'or à M. du RoUEIX, Docteur en Médecine
3º. Une médaille d'or
de la même valeur a M. DESFARGES , Docteur en
Parmi les Mémoires en-.
W
Médecine à Meymac.
voyés fur les maladies des animaux , trois ont paru
mériter des encouragemens à leurs Auteurs ; en
conféquence , la Société a adjugé : 1 °. Une
médaille de la valeur d'un jetton d'or à M.SIMEON ,
WORLOOCK , réfident au Cap - François . 2 °.
Une médaille en argent , de la même forme que
celles que la Société fait frapper en or pour les
grands Prix , à M.HUSARD , Artifte Vétérinaire ,
réfident à Paris . · 3º . Une médaille en argent,
de la même valeur , à M. BARRIER , Artifle Vétérinaine
à Chartres.
La Société propoſe pour fujet du prix de la váleur
de 600 liv. fondé par le Roi , la queſtion fuivante
: compactions·Déterminer quels font les caracteres des
maladies ne veufes , proprement dites ; telles que l'hyf.
Léricijme & l'hypochondriacifme , &c. ( HISTERIA ,
HYPOCHONDRIASIS ) , juſqu'à quel point elles différent
des maladies analogues, telle que la mélancholie;
quelles font leurs caufes principales & les indications
générales que l'on doit fe propofer dans leur traiten.en !?
La Société propofe pour fujet d'un fecond Prix
la queftion fuivante : Déterminer quelles font ,
relativement à la température de la faifon & à la nature
du climat , les précautions àprendre pour conferver
après une campagne , la fanté des Troupes qui rentrent
dans leurs quartiers , & pour prévenir les épidémies
dont elles yfont ordinairement sy. attaquées ?
Ce Prix de la valeur de 400 liv . fera diftribué dans
la Séance publique du Carême 1786 , & les Mémoires
feront envoyés avant le premier Janvier de
la même année .
Ponr faire fuite aux Programmes annoncés fur
les maladies des enfans, la Société propofe la quef(
82 )
-
tion fuivante : Déterminer par l'obfervation
quelle eft la caufe de la difpofition aux calculs , & autres
affections analogues auxquels les enfans font fujets
; fi cette difpofition dépend des vices de l'offification
; & quelles font les moyens de la prévenir , ou
d'en arrêter les progrès ? Ce Prix de la valeur
de 600 liv . fera diftribué dans la Séance publique.
du Carême 1786. Les Mémoires feront envoyés
avant le premier Janvier de la même année .
-
pic.com
Les
La Société propoſe pour fujet d'un Prix de Phyfique
Médicale , la queftion fuivante : Déterminer
quels avantages la Médecine peut retirer des
découvertes modernes fur l'art de reconnoître la pureté
de l'air , par les différens eudiomètres ? Ce Prix
de la valeur de 360 liv . fera adjugé dans la Séance
publique de la Fête de S. Louis 1785.
Mémoires feront envoyés avant le premier Juillet
de la même année . Ce terme eft de rigueur.
Les Mémoires qui concourront aux Prix , feront
adreffés francs de port , à M. VicQ D'AZIR , Secretaire-
perpétuel de la Société , & feul chargé de
fa correspondance , rue des Petits - Auguftins
Nº. 2 , avec des Billets cachetés , contenant le
nom de l'Auteur , avec la même Epigraphe que
le Mémoire. La Société invite les Perfonnes
de l'Art à continuer de lui faire parvenir leurs
Obfervations ou Mémoires fur les épidémies , fur
les épizeoties , fur les maladies endémiques de
chaque canton . Tous les Mémoires feront rélervés
pour l'année 1786 , dans laquelle une fomme
de 4000 liv. fera diftribuée , comme il a déja été
annoncé , en Médailles d'or de différentes valeurs ,
aux Auteurs qui fe feront le plus diftingués dans
cette correspondance.
-
Le Secretaire ; ' après l'annonce & la diftribution
des Prix , a lu , 1 ° . le jugement porté par la
Compagnie, d'après l'examen & le rapport de fes
( 83 )
Commiffaires fur la nature des Eaux fournies par
la Machine à feu de M. Perrier , qu'elle a déclarées
très falubres. 2º. M. du Fourry a lu un
Mémoire fur la nature intime de la fibre charnue ,
ou mufculaire , & fur le fiege de l'irréatibilité ,
fuivi des réflexions relatives aux maladies des
mafcles. 3°. Le Secretaire a lu l'Eloge de
M. Gerod , Affocié, Regnico'e , au zele duquel
on doit l'établiffement de l'inoculation dans les
campagnes de la Franche- Comté . 4° . M
Chambon a lu des réflexions fur le véritable carac
tere & le traitement d'une maladie particuliere
aux enfans , connue fous le nom de Croups ou Ef- qu'nancies membraneufes. ·5° M. Hallé a fait la
lecture d'un Mémoire fur les effets du camphre
donné à haute dofe , & fur les avantages que l'on
peut en retirer en l'employant comme correcif
de l'opium . 6°. Le Secretaire a terminé la
Séance en lifant l'éloge de M. Lorroy , Aſſocié or- dinaire .
Le fieur Grandval , ancien Acteur du
Théâtre François , qui a joui d'une aſſez
grande célébrité , vient de mourir dans un
age très-avancé : il avoit du Roi une penſion
de 1000 liv . qui , dit- on , paffe au fieur la
Rive, Comédien non moins eſtimę.
Voici ce qu'on débite en ce moment fur
les défaftres de S. Domingue.
L'Incendie du Port - au - Prince , l'Inondation
de l'Arlebonite , n'étoient pas les feuls malheurs
que l'Ile de Saint -Domingue devoit éprouver
cette année. Un tremblement de terre est encore
venu la dévafter. Un navire arrivé au Havre a
été témoin de ce bouleversement ; il étoit en
rade du Port-au - Prince , où 5 maifons ont été
renverséee. Un fecond bâtiment qui eft venu
d6
( 84 )
mouiller à Bordeaux , venant du Cap a pú donner
de plus grands détails . Ce fut le 29 Juillet que
ce tremblement fe fit fentir ; le Cap n'a eu que
12 maiſons renverfées , mais Léogane a beaucoup
fouffert , & Goave eft totalement détruit . Au
départ de ce bâtiment on n'avoit pas encore de
nouvelle de l'intérieur ni du bas de la côte.
Le 30
Août dernier , on a trouvé dans le
fauxbourg du pont de la ville d'Iffoire en
Auvergne , plufieurs urnes antiques , dont
un Amateur nous a fait paffer la defcription
en ces termes .
M'étant transporté , avec M. Seguin , Lieutenant-
Général de la Prevôté royale d'Iffoire ,
dans cette cour , pour y examiner ces morceaux
d'antiquité , je reconnus que ces urnes étoient
en terre cuite , blanches au dehors & rouges
dans l'intérieur , fans bafe d'affette , de trois
pieds & deux pouces de hauteur , fur dix pouces
& un tiers de diametre , à peu près de dix lignes
d'épaiffeur , le col d'environ quatre pouces de
diametre , & à peu près de la longueur de la
moitié de l'urne : l'embouchure de fix pouces
& fix lignes de diametre ; d'où partent deux anfes
oppofées & plartes qui viennent ſe repoſer fur
le principe du ventre de l'urne ; & la baſe aigue
ayant deux pouces de maffif ; ayant au bas
de chacune des anfes des caracteres hiérogliphes;
fçavoir une dont s'eft emparé Monteigneur l'Evêque
Du Puy, J. D. R.; & une autre au même
endroit refervée par M. Bret , Curé de S. Paul
'Ifoire, ceux-ci HH L'embouchure de ces urnes
étoit bouchée par la terre , & au dedans il y
avoit un fediment blanc .
M. le Lieutenant - Général & moi eumes l'attention
de fouiller dans le terrein extrait des
( 85 )
fondations & nous trouvames onze bafes pointues
de pareilles urnes.
On fait qu'Yfloire eft très - ancienne , qu'elle
fut établie fur les ruines d'un Bourg nommé
Fluvia ; que Bituitus , Roi des Auvergnats , érigea
ce Bourg en Ville à la priere de Dorus fon fils ,
& que ce jeune Prince forma le nom de cette
nouvelle Ville , de celui de la Déeſſe Iſis & du
fien que cette Ville a effuyé deux Sieges , l'un
en 1577 , & l'autre en 1590 , occafionnés par
des troubles de la Religion & de la Ligue : on
voit encore des traces de ces Sieges à la tour du
clocher des RR . PP . Bénédictins de la Congré
gation de Saint -Maur qui font établis en ladite
Ville & dont la fondation eft très ancienne ,
par les réparations & repriſes faites poſtérieurement
& très-apparentes.
Une Feuille publique , diftinguée par le
choix des articles qui la compofent , vient
de rendre compte d'un fait bien extraordinaire
, contenu dans une lettre écrite de la
Voulte en Vivarais.
ས Vous favez , Monfieur , l'hiftoire du Bafilic :
cet animal , dit- on , provient de l'oeuf d'un vieux
coq; & fon regard fuffit pour donner la terreur
& la mort. Toutes ces abfurdités , dit M. d'Aubenton
, n'ont été que trop répétées par les Naturaliftes
; & de pareils contes ne méritent pas
d'être rapportés plus au long : il a raiſon fans
doute ; je rejette , comme lui , tout le merveilleux
de cette hiftoire ; mais je fuis intimement
perfuadé qu'un ou plufieurs faits pareils á celui
dont je viens d'être le témoin , ont donné naiffance
à cette tradition , & confirmé l'exiftence
de cet animal , prétendu fabuleux.
Une poule pond un oeuf dans la maison ; it
( 86 )

:
eft enlevé fur le champ encore tout chaud ; on
le fait cuire dans l'eau ; ma mere l'ouvre ; &
en fuçant pour en tirer le blanc , il lui vient
dans la bouche un corps menu & long qu'elle
rejette avec précipitation fur la table je vois
une espece de ver de 18 lignes de longueur , &
de la groffeur d'une chantrelle de violon ; je
l'examine à la louppe , & je reconnois avec furprife
dans cet animal , une organisation parfaite
les deux extrémités finiffoient en pointe
très-aiguë , à peu près comme celles des afca- .
rides . Les anneaux qui fervoient fans doute à lui
donner un mouvement progreffif , étoient trèsapparens
, ainfi qu'un vuide qui régnoit intérieurement
d'un bout à l'autre. Il me fut impoffible
de douter à cette vue que ce ver n'eût pris un
développement confidérable , fi l'oeuf qui le renfermoit
eût été foumis à l'incubation ; & avec
d'autant plus de raifon , que la poule étoit privée
du coa depuis très - long - temps , & que le petit
animal auroit pu vivre de la fubftance de l'oeuf
même , & croître jufqu'à ce que les propres forces
ou le hafard l'euffent tiré de fa prifon . Alors
l'étonnement & la prévention n'auroient pas
manqué de donner à cet être fingulier , les ailes ,
les griffes , & toutes les qualités nuifibles qu'on
lui attribue communément.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France , le 1 de ce mois ,
font : 40 , 80 , 72 68 , & 50 .
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 4 Octobre.
Le Gouvernement général vient de faire
publier ici au nom de S. M. I. , le Réglement
fuivant contre le péculat ou malver
fation dans la régie des deniers publics. "
( 87 )
ART. I. Nous déclarons que , par déniers publics
, on doit entendre , non - feulement ceux de
nos domaines , aides , fubfides & autres branch es
quelconques de nos revenus , ainſi que ceux des
provinces , villes , communautés & autres Adminiftrations
municipales ; mais auffi ceux des églifes
, confreries , hôpitaux , maifons d'inyalides ,
de pauvres & d'orphelins , & d'autres fondations
qui ont trait au public.
II. Les Receveurs ou autres Employés des déniers
publics , qui en auront détourné , diverti
ou retenu une partie , pour leur propre uſage ou
autrement , de quelque manière que ce foit , feront
poursuivis criminellement , & condamnés
felon les circonflances , aux peines ftatuées ciaprès.
III. Tous autres , à qui des deniers publics auront
été remis comme tels , d'une maniere ou
de l'autre , foit qu'ils leur aient été spécialement
confiés ou non , & qui en auront détourné , diverti
ou retenu quelque chofe , feront ſujets aux
mêmes peines.
IV. Quoique la modicité de l'objet ne rende
pas moins criminelle toute infidélité commife par
un Receveur ou autre Employé fermenté , nous
voulons bien cependant que , lorſque la fomme
détournée , divertie ou retenue n'excédera pas
les quinze florins , que ce fera la premiere fois ,
& que d'ailleurs il n'y aura pas de circonstances
aggravantes , la punition du coupable foit bor
née à la deftitution de fon emploi , & à une peine
civile.
V. Si la fomme détournée , divertie ou retenue
, foit par un Receveur ou Employé de caiffe
fermenté , foit par tout autre , excède 15 florins ,
mais ne monte pas à deux cens , le coupable fera
expofé publiquement á la honte & condamné aux
travaux publics , ou à une détention dans une
( 88 )
Maifon de Force ; ou , s'il n'eft pas en état de
travailler , à une prifon , & cela pour les termes
d'années , felon la gradation fuivante : favoir
entre quinze & cinquante florins pour un an
entre cinquante & cent florins pour deux ans ,
entre cent & cinquante florins pour quatre ans ,
& entre cent cinquante & deux cens florins pour
huit ans ; & il fera depuis , dans tous les cas ,
deftitué de fa charge , & déclaré inhabile à toute
autre.:
VI. Mais fi la fomme eft de deux cents florins
, ou au deffus , le coupable fera puni de
mort.
·
VII. Lorsque l'infidélité aura été commise par
un Receveur ou autre Employé fermenté , les Juges
ne pourront avoir aucun égard à ce que le
Délinquant voudroit ou pourroit reftituer la fomme
, ou qu'il auroit été d'intention de le faire ;;
mais ils devront prononcer rigoureusement la
peine qui écherra , d'après ce qui eft ftatué cideffus
, le fait devant , à caufe du parjure , être
conſidéré comme un vol qualifié , & la reftitution
devant d'ailleurs être prife , dans tous les cas ,
par préférence fur les biens du condamné , en
tant qu'ils peuvent y fuffire.
VIII. Si le délinquant eft une perfonne non
fermentée , relativement à la Caifle ou à la garde
des deniers , & que la reftitution ait été faite
entiere , il ne fera puni que de la moindre des
peines ftatuées articles ; mais fi la reftitution
n'a été faite qu'en partie , il fera puni , en proportion
de la fomme qui n'aura pas éte reftituée
fur le pied porté par le même articles ; & en
conféquence , fi ce qui n'aura pas été reftitué .
atteint ou furpaffe la fomme de deux cens florins ,
le coupable fera condamné à la peine de mort ,
flatuée article 6.
( 89 )
Les Seigneurs du Corps Equeftre &
des Nobles ont protefté contre la réfolution
des Etats de Hollande , au fujet de
M. le Duc de Brunfwick. Ce protêt eft
écrit avec une clarté & une énergie peu ordinaires
dans les pieces de ce genre , nous
n'en citerons qu'un feul paragraphe ſervant
de preuve & de conclufion .
Que MM. du Corps Equeftre ne peuvent admettre
en aucun point la manière dont la démiffion
dudit Seigneur Duc a été proposée &
arrêtée par cette Réfolution , & moins encore
fon éloignement du territoire : mais la confidérant
au contraire comme abfolument incompatible
avec la conftitution de cette République ,
& offrant des conféquences dangereufes pour la
liberté de fes habitans & la prospérité du pays ;
la regardant comme une forme de Régence def
potique , faifant dépendre l'honneur & la prof
périté des Bourgeois de la maniere arbitraire de
penfer de quelques perfonnes , fous le voile de
raifon d'état. Qu'ils déclarent pour cet effet
Ouvertement & de la manière la plus forte ,
de n'y point vouloir prendre part , ni ne vouloir
refter refponfables à la poftérité des fuites
malheureufes qui devront profluer d'une pareille
maxime d'état en cette République.
Que les Seigneurs du Corps Equefire font
également d'opinion , qu'il eft abfolument incompatible
avec les fondemens de l'Union ,
qu'un des Membres de ladite Union puiffe ôter
les appointemens à des Officiers au fervice de
la Généralité , accordés avec pleine unanimité
& couchés pour cet effet fur l'état de guerre ,
& cela uniquement parce que le paiement de ces
Officiers eft affigné fur la cote d'une telle Pro(
90 )
vince laquelle chofe doit avoir encore beaucoup
moins lieu à l'égard de la perfonne du Seigneur
Duc , d'autant qu'il eft entré au fervice
de cet état , fur les conditions de recevoir les
appointemens ftipulés .
Il fe répand que l'affaire de Dantzick
eft finalement arrangée , le Roi de Pruffe
ayant accédé aux trois points fuivans .
« Sa Majefté Pruffienne accorde par cet acte
aux Dantzikois exclufivement le Commerce
→ d'exportation par le port , & l'exclufion aux
» Pruffiens de cette navigation , en confentant
que la ville entretienne un Commiffare au
Fahrwaffer , pour veiller fur cet objet , ce qui
étoit le fond de la conteftation .
·59-
"
2
" Quant à l'importation , les Dantzikois auront
la liberté de lever des droits fur les matchandifes
appartenantes aux fujets Pruffiens
» & qui font tranfportés par le territoire de la
ville , à condition que le taux de ces droits ne
paffera pas celui que l'on perçoit dans les
» Douanes de S. M. Pruffienne .
Sa Majefté le Roi de Pruffe s'engage à
5 retirer de la ville le détachement qu'Elle y
a entretenu le Magiftrat s'oblige de laiffer
paffer librement & fans lever des droits quel
conques , tous les effets royaux ſpécifiés & qui
» feront munis de paffeports "..
cou-
Quant aux négociations relatives aux demandes
de S. M. I , elles en font à des
riers d'Etat expédiés de la Haye à Bruxelles
& à Verfailles , avec des réponses de Leurs
Hautes Puiffances au Gouvernement général
des Pays-Bas , & au Mémoire de la Cour
de France , qui elle - même a déja répondu à
LL. HH . PP . à ce fujet.
( 91 )
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres [ 1 ] .
Arrêt du parlement de Douay , qui ordonne que le
Jupplément au n ° 70 des feuilles de Flandres .
fer lacere & brulé par l'exécuteur de la haute
juftice.
Nous avons rendu compte difoit M. Defeffarts
dans notre volume du mois de mai dernier ,
du procès & du fupplice du parricide de J. B.
Lacqueman, condamné , depuis peu , par le parlement
de Flandres , à être rompu & brulé . Nous
nous fommes bornés à rapporter les circonstances
qui ont précédé , accompagné & fuivi le forfait
commis par ce monftre. Un anonyme a profité
de cette occafion pour faire inférer une lettre
à notre adreffe , dans les feuilles de Flandre .
Nous ne connoiffons cette production dangereufe
que par la jufte profcription que le parle .
ment de Douay en a faite ; & nous ne pouvons
mieux marquer notre furprife de ce qu'on ait
ofé mettre notre nom à la tête de cette lettre ,
& notre indignation contre l'anonyme qui en
eft l'auteur , contre ceux qui ont donné de la
publicité à ce monument d'impiété , d'audace , &
de déraifon , qu'en inférant , dans notre ouvrage
, le réquifitoire de M. le procureur général
du parlement dé Flandre , & l'arrêt rendu par
cette cour contre la feuille qui contient cette
lettre.
[1 ] On fcuferit en tout temps pour le Journal des
Caufes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rye Dau
phine , Hôtel de Mouy , chez Mérigot le jeune , Libraire , &
Quai des Auguftins . Prix , 18 liv . pour Paris , & 24 liv.
pour la Province.
( 92 )
Extrait des registres de la cour du parlement de
Flandre.
9
Sur le réquifitoire du procureur-général du Roi,
contenant qu'il vient de lui être dénoncé une
feuille imprimée à Lille , le mardi 30 mas 1784 ,
ayant pour titre : fupplément au nº 70 des feuilles de
Flandre , où fe trouve une lettre portant date du
21 février dernier , adreffée à M. des Effarts ,
membre de plufieurs académies , auteur du journal
des caufes célèbres , par M. *** avocat de
la réfidence de Douay , au fujet du parricide
commis , au mois de janvier dernier , par le
nommé Jean - Baptifte Lacqueman , habitant du vil.
lage de Beuvry , jurifdiction, de Marchiennes ;
ladite letre commençant par ces mots : Monfieur
, je faifis cette occafion &c. & finiffant par
ceux- ci le pouvoir de aifcerner la caufe que je
cherche. Je fuis &c.
Que fi l'auteur s'étoit borné à rendre compte
des circonftances qui ont précédé , accompagné
& fuivi le parricide , dont le nommé Lacqueman
s'est rendu coupable , & dont l'ordre public a
été vengé par l'arrêt de mort , prononcé en la
cour , & exécuté à Marchiennes le 31 janvier
dernier , le remontrant ne fe feroit pas élevé
contre les inexactitudes du détail ; mais cette
lettre contient des principes auffi hardis que révoltans
, & l'auteur y fubftitue ouvertement ,
la morale que nous profeffons , le matérialiſme
le plus effréné .
à
Que , difciple de ces auteurs impies & licencieux
, il en retrace les idées fi fouvent profcrites
, & qui paroiffent avoir germé profordément
dans fon caur ; il forme un plan de
féduction plus dangereux , qu'en défavouant les"
principes relâchés de Montefquieu , il chercher
( 93 )
à capter la bienveillance de fes lecteurs , pour
leur faire goûter , avec plus de confiance , le
poifon qu'il diftille : il ne croit pas , dit- il , avec
T'auteur de l'efprit des loix , que le crimefoit l'effet
du climat , mais qu'il fuit une carriere infiniment
plus dangereute , celle qui avoit été tracée ,
avant lui , par les auteurs des livres , de la nature
& de l'efprit. L'auteur de cette lettre met pour
principes , que c'eft à la feule organiſation ,
à la conftitution phyfique & particuliere de
» chaque être , qu'il faut rapporter la caufe des
» grands vices , comme des grandes vertus ; que
» le tempérament eft le principe créateur des
facultés morales » ; & que , faiſant , de fuite ,
l'application de ce principe déteftable , il ne craint
pas d'avancer « que , fi Jacques Clément , fi Ravaillac
, f Robert Damiens avoient été faignés
» une heure avant leurs exécrables forfaits ,
ils
n'euffent pas fouillé leurs mains facrilèges du
fang de nos Rois ; fi Jean-Baptifte Lacqueman
» avoit eu ce fecours , il n'eût pas affaffiné fon

53
pere ".
Que les conféquences impies & révoltantes
qui divifent ces principes odieux & fi fouvent
réprimés , font fenfibles ; l'auteur n'a pas craint
de les tracer : Il eft donc vrai , dit-il , que c'eft
l'habitude du phyfique , la difpofition du corps
qui , dans tous les pays & dans tous les climats ,
fait les grands hommes , comme elles font les
>> grands fcelérats » ; qu'ainfi l'homme eft enchaîné
, dans tout ce qu'il fait , par des loix
auxquelles rien ne peut ' e fouftraire ; il obéit
forcément à la preffion d'une force motrice &
irrésistible , qui ne peut être arrêtée ni modifiée
par les vertus , dont la main de l'Eternel
a placé le germe dans fon coeur , ni par la
volonté ou le franc - arbitre , dont l'être ſuprême
( 94 )
l'a rendu dépofitaire , ni par l'éducation qu'il a
reçue ; qu'ainfi les actions de l'homme , les
mouvemens de fon coeur , font auffi des effets
naturels , & des fuites néceffaires de fon méchanifme
, de fon organiſation , & de la conftitution
phyfique & particuliere de chaque être toutes fes
idées , toutes les volontés ne font plus que des
effets néceffaires & momentanés de la difpofition
du corps & de l'habitude du phyfique.
Que telle est la doctrine horrible à laquelle
l'auteur tente de nous initier ; mais ignore- t-il ,
de bonne foi , ou feint -il d'ignorer que l'homme
eft né libre ? qu'il renferme dans fon coeur le
germe des vertus ; qu'il a la connoiffance du -
bien & du mal , le pouvoir de faire l'un , & d'éviter
l'autre ; que la religion l'invite & le conduit
à la pratique des vertus , par l'efpérenced'une
autre vie , & par la crainte des jugemens
-de Dieu ? S'il viole les droits de la nature
s'il répand le poifon de fes vices & de fes erreurs
, s'il oublie fes devoirs , il les connoît
néanmoins ; ce n'eft ni ſon méchaniſme , ni une
force irrésistible qui l'ench înent & le conduisent
malgré lui au crime ; ce font fes paffions ou la
dépravation de fes moeurs ; & dès - lors il ne fait
le mal que d'après la volonté , & il fe condamne
lui-même.
1
Que la diverfité des organiſations des difpofi--
tions du corps , des conftitutions particulieres dechaque
être , ainfi que les caufes phyfiques , font
communes ; mais qu'il eft révoltant , ou , pour
mieux dire , il eft impie d'attribuer uniquement
à ces caufes , aux combinaiſons de la matiere ,
aux modifications du cerveau , au méchaniſme , à
l'organisation , & au temperament de chaque étre ,
les vertus & les vices , les grandes actions &
les forfaits les plus odieux : ne peut- on conve
( 95 )
nir que les différentes qualités du tempérament ,
que la difpofition plus ou moins parfaite des
organes influent fur les opérations de l'ame ?:
Qu'il peut y avoir de la différence entre la conftitution
naturelle d'un imbécille , & celle d'un
homme d'efprit ; entre les inclinations d'un
homme fage , & les actions fougueufes d'un infenfé
& d'un fcélérat , fans en former un principe
, d'où découlent les conféquences dangereufes
, ineptes & allarmantes , que l'auteur préconife
, & dont il fe déclare l'apôtre.
Que rapporter tout à la feule organiſation ,
à la conftitution phyfique & particuliere de cha-.
que être ; ne voir dans l'homme que des combinaifons
diverfes de la matiere qui l'enchaî
nent , & le forcent à devenir , malgré lui , coupable
& fcélérat ; c'est non feulement un excès
contre lequel la religion réclame , mais c'eft
attaquer toutes les vérités qui forment le lien
de la fociété & la confolation du genre humain ;
c'eft arracher les bornes éternelles qui féparent
le vice d'avec la vertu : qu'il n'eft perfonne
qui ne le fente le maître de réfifter à une palfion
, comme d'y fuccomber ; & la confcience ,
qui accufe & pourfuit le méchant , & qui réjouit
l'homme vertueux , eft un témoin irréprochable
qui dépofe contre le matérialiſme : que ne
voir dans l'homme qu'un être vertueux fans mérite
, un fcélérat fans volonté , c'eft proclamer
la fatalité d'une immuable deftinée ; c'eft outrager
l'être fuprême ; c'eft renverfer les loix qui
doivent affurer le repos de l'humanité ; c'eſt accufer
les fouverains de la tyrannie .
Et en effet , que deviennent les loix qui puniffent
le crime , & quelle récompenfe eft due
à l'homme vertueux , fi l'homme n'eft pas le
maître de ſes actions ? Si fa conftitution phyfique
( 1966)
eft la puiffance exclufive qui le détermine au
mal , il eft vertueux fans gloire , ou coupable
involontaire ; l'un n'a plus droit aux récompenfes
; l'autre eft à l'abri des punitions ; les loix
criminelles font fans action ; & le magiftrat ,
organe de la volonté du fouverain qui en ordonneroit
l'exécution , ne feroit plus qu'un prévaricateur
, qui auroit fait répandre le fang innocent.
Qu'ainfi , tout ce qui tient aux moeurs , ce
garant des vertus , la tendreffe des peres , la
fubordination des enfans , l'union des époux ,
la décadance & la bonne foi , tous ces liens primitifs
qui compofent l'harmonie fociale , fontdonc
diffous .
Qu'ainfi , cette mere tendre , au milieu de
fes enfans . qui les fuit & les couvre de fes regards
, qui les veille durant leur repos , & les
obferve durant leurs veilles qui , par fon
exemple , fa piété , fa fageffe & fes vertus , prépare
le bonheur de fa famille , fe livre donc à
des foins fuperflus .
>
Que l'on voit où conduit le fiftême qwe ledit
remontrant dénonce , & que telles font les affreufes
conféquences qui en résultent ; le matérialifme
fubftitué à la morale ; toutes les preuves
de la vérité & de la religion renversées
le fcélérat impuni & triomphant , affis à côté
de la vertu , fans mérite comme fans récom .
pence ; mais que , fans s'appéfantir fur ce dépôt
de menfonges & d'impiété , que la religion réprouve
, que le fens intime défavoue , ledit
procureur général du Roi croyoit devoir le li
vrer à la profcription des loix .
A ces caufes , &c .
Par arrêt du 16 juillet 1784 , le Parlement de
Douai a ordonné que la lettre ſeroit lacerée &
brûlée par l'Exécuteur de la haute Justice.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES .
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 18 Septembre.
ES nouvelles d'Iflande du 20 Août por-
Ltent que le 14 , à 3 heures de l'aprèsmidi
, on reffentit à Langoëre une fecouffe
de tremblement de terre , qui dura quelques
minutes. La nuit fuivante , on compta fept
autres fecouffes , moins fortes que la premiere.
Le 15 , à 4 heures de l'après - midi on
éprouva une, nouvelle commotion qui s'eſt
renouvellée dans la nuit. Le 16 , on reffentit
encore une autre fecouffe très - violente.
On a appris aujourd'hui que 30 grandes fermes
ont été renverfées par ces commotions.
fouterraines.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 26 Septembre.
Les conditions précifes de l'arrangement
No. 43 , 16 Octobre 1784. e
( 98 )
provifionnel entre la Cour de Berlin & la ville
de Dantzick font aujourd'hui publiques ; elles
confiftent dans les dix points fuivans , qui
tranchent au moins les dernieres difficultés .
1. Le Magifirat de la Ville de Dantzick avoue
que de la part de ladite Villé , foit par erreur ,
mauvaise humeur , ou préjugés , les chofes ont
été portées contre Sa Majesté Pruffienne & ſes ſujets
, au point qu'ils ont été infultés par quelques
habitans de la Ville . En conféquence , ledit Magif
trat demandera , au nom de la Ville , pardon à Sa
Majefté , & promettra de fe conduire dans la fuite
vis -à - vis de Sa Majesté & de fes fujets , de maniereà
ce qu'il ne foit point donné aucun fujet de
plainte.
II. Comme il eft furvenu principalement des
différends fur la queftion fi les fujers du Roi peuvent
librement naviguer & négocier par le territoire
de la Ville : le Magiftrat de Dantzick s'engage
& déclare par la préfente au nom de ladite
Ville & des maîtrifes , que puifque Sa Majesté
Pruffienne accorde aux habitans de Dantzick le
libre paffage par la Viftule & par fes Etats , de
même les fujets de Sadite Majefté auront la liberté
de paffer par le territoire de Dantzick , tant fur
terre que fur l'eau , par les deux bras de la Viftule ,
de paffer avec navires & chariots , & de tranſpor
ter tout ce qu'ils jugeront à propos d'une partie à
l'autre des Etats du Roi , librement & fans empêchement.
La Ville s'engagera encore en particu
lier à rouvrir entiérement le chemin & la Navigation
fur tout le Krug, coinme libre paffage pour
les fujets de Sa Maj . Pruffienne ; mais néanmoins
avec cette reftriction , que la Ville fe réſerve , d'éloigner
le chemin dans les endroits où il approche
trop des fortifications de ladite Ville , où fi cela
( 99 )
n'eft
pas praticable , de le pourvoir de barrieres
qui feront fermées la nuit depuis le coucher jufqu'au
lever du foleil : comme auffi que les fujets
de Sa Majefté Pruffienne qui pafferont par le territoire
de Dantzick , paieront l'argent de paffage
réglé , mais non davantage que ce que paient les
habitans mêmes de la Ville .
III. Sa Majefté Pruffienne étant férieufement
d'intention de conferver à laVille de Dantzick fa
profpérité , & en particulier le commerce de la
Pologne , S. M. s'engage de céder à ladite Ville
d'une maniere exclufive l'exportation des marchandifes
de la Pologne , pour autant qu'elles defcendront
de la Viftule, jufqu'à Dantzick ; de façon
que les feuls habitans de ladite Ville auront le
droit de négocier par mer avec les marchandiſes
qui viennent de la Pologne le long de la Viftule
à Danrzick , & delà au Fahrwaffer. Et pour que
cela foit obfervé exactement , Sa Maj . fera nonfeulement
publier la plus rigoureufe défenfe
qu'aucun des fujets de fes Etats faffe ledit Commerce
, mais accordera de plus que le Magiftrat
de Dantzick établiffe un Agent près du Nouveau
Fahrwaffer pour veiller à ce que cet article foit
exactement obfervé , & à ce qu'il ne foit rien
exporté par mer , foit marchandifes Polonoifes ,
foit Pruffiennes .
Afin qu'il ne furvienne point de méfintelligence
avec cet Agent , il ne fera point autorité de
vifiter les Navires Pruffiens , & il fera tenu de fe
garder foigneufement de toutes querelles avec
les Employés de la Douane Pruffienne , & le
contentera fimplement , lorsqu'il fera exporté des
marchandifes par mer , par des fujets Pruffiens ,
& ainfi agi contradictoirement à cet article , d'en
donner connoiffance à la Douane Royale , & enfuite
, s'il n'y eft mis ordre au Magiftrat de Dant
费e 2
( 100 )

zick , qui pour lors pourra demander fatisfa &tion
de cette contravention au Réfident du Roi , &
même au Minire , laquelle fatisfaction fera accordée
fans difficulté ni retard , fi elle est fondée .
La Ville de Dantzick obtenant par- là toute sûreté
poffible contre l'exportation des marchandifes parmer
de la part des ſujets du Roi , ceux - ci reſteront
par contre libres de chercher toutes les chofes néceffaires
à la vie , denrées & productions , où &
chez qui ils trouveront bon , & de les tranſporter
par le territoire de la Ville de Dantzick .
La Ville acceptant maintenant
noiffance , l'affurance de ladite défenfe portée par
S. M. , s'engagera de fon côté à n'exiger de toutes .
les denrées , fruits , marchandifes & effets que les
fujets du Roi tranfporteront par ledit territoire le
long de la Viftule , ou par terre , aucuns autres
droits que ceux payés par les habitans mêmes de
la Ville .
avec recon-
IV. L'importation des marchandifes par mer ,
par le Nouveau Fahrwaffer , refte libre & ouverte
des deux côtés.
Afin qu'il foit obfervé une égalité raisonnable ,
Sa Maj . Pruffienne approuve que le Magiftrat de
Dantzik leve far toutes les marchandifes appartenant
à des fujets Pruffiens , & transportées par
Je Nouveau Fahrwaffer , tels droits de tranfit qu'il
croira convenables , mais qui néanmoins ne devront
point furpaffer les péages Pruffiens , Par
contre le Magiftrat de Dantzick promet de lever
ces péages , non auprès du Blokhuis , mais dans
les barques & navires Pruffiens ne
feront point forcés de décharger ou de fe rendre
dans la Ville , & que les paffeports Pruffiens feront
confidérés par lesCommis de Dantzick comme des
documens légitimes , fans vifiter ultérieurement
Ces navires ,
la Villes
( ~ 101 )
Dans le cas où le Magiftrat auroit de fortes
raifons de foupçonner que dans de tels paffeports
tout n'a point été déclaré , & qu'ainfi il y a erreur
ou fraude , il lui fera libre alors de faire vifiter
les navires au Blokhuis ; mais cela n'aura lieu
qu'après qu'il en aura été donné connoiffance au
Réfident du Roi à Dantzick, pour qu'il puiffe affif
ter en perfonne , ou par un exprès de la part ,
à ladite vifite , afin de prévenir tout defordre
violences ou partialité dans ces vifites .
V. Le Magiftrat de Dantzick s'engagera auffi de
faire paffer librement & fans obftacle toutes marchandifes
& effets qui appartiennent en propriété
à S. M. Pruffienne , comme fel , porcelaines , fer ,
tabac , tout ce qui eft néceffaire aux troupes ,
comme montures, armes , poudre , plomb , & autres
fortes de munitions de guerre , fur l'exhibi
tion de paffeports fignés par le Miniftere Royal
Piuffien , & le tout fans paiement d'aucuns droits.
VI. Comme il eft furvenu du mal -entendu à
l'égard de la Convention conclue le 8 Janvier
1771 entre S. M. Pruffienne & la Ville , par la
quelle le Magiftrat a réfolu. de ne point laiffer des
meurer de fujets Proffiens dans la Ville deDantzick,
fans avoir obtenu à cet effet la permiffion du Miniftere
ou Régence de Pays de S. M.: elle fera
déformais applicable aux anciennes Provinces de
S. M. , & Provinces acquifes depuis dans la Pruffe
Occidentale , à partir de la date de la fignature
de la préfente Convention ; & il fera déclaré par
leMagiftrat de Dantzick qu'il promet au nom de la
Ville & des habitans que ladite antérieure Convention
fera obfervée en tous les points , tant à
l'égard de la Pruffe Occidentale qu'à l'égard des
autres Pays appartenans à Sa Majefté .
VII. Par contre , S. M. defirant donner une
nouvelle marque de fon affection pour la Ville ,
e 3
( 102 )
rendra , à partir du jour de la fignature de la préfente
Convention , les gens & individus qui fe font
injustement fouftraits à la Jurifdiction de Dantzik ;
& pour foulagement ultérieur de la Ville , S. M.
en retirera pour toujours le cominandement d'enrôleurs
qu'il y a eu jufqu'à préfent.
VIII. Les Juifs Pruffiens feront traités dans
la Ville de Dantzick & Juriſdiction , comme les
autres Juifs Allemands ; par contre lefdits Juifs
feront obligés de s'abftenir de tout Commerce défendu
par la Police de Dantzick.
IX. Le Magiftrat de la Ville de Dánzick aù
nom de la Ville & habitans , fous approbation
particuliere de S. M. le Roi de Pologne qui ratifiera
ladite Convention , s'engagem de faire &
d'obferver ladite Convention , S. M. Prudienne
pardonnera & mettra en oubli tout ce qui s'eſt
paffé pendant cette conteftation , promettant en
outre de favorifer le Commerce de la Ville de
Dantzick dans toutes les occafions , d'annuller
toutes les difficultés qui pourroient fe rencontrer ,
& de défendre à fes fujets , de la maniere la
plus forte de porter aucun obftacle à fondit
Commerce.
X. Pour plus d'éclairciffement des fufdits articlés
& sûreté , ainsi que pour le parfait rétabliſſe
ment de la bonne intelligence entre Sa Maj , & la
Ville de Dantzick , il eft convenu que tout ce qui
fera ftipulé dans ces cas par les Plénipotentiaires ,
aura la même force que s'il avoit été inféré mot
pour mot dans cette Convention ,'
Ladite Convention a été fignée & revêtue du
fceau par les Commiffaires refpectifs , munis des
pleins -pouvoirs convenables ; & Sa Maj . Imp. de
Ruffie promet , avec confentement des deux parties
, la garantie de cette Convention , & des
points y inférés. Ainfi fait à Varsovie le 7 Septembre
1784.
( 103 )
Ladite Convention a été aujourd'hui , ad interim
, juſqu'à l'arrivée des pleins-pouvoirs des
Députés , approevée formellement de la part de
S. M. Pruffienne . ( Signé ) L. v . BUCHHOLTZ.
Hier à 3 heures de l'après - midi le feu prit
ici dans un magaſin rempli de combustibles ,
mais par de prompts fecours , on eft parvenu
à arrêter le progrès des flammes qui commençoient
à fe communiquer de maiſon en
maifon. Cet incendie a confumé le magafin
, 6 maifons & plufieurs boutiques ; d'autres
édifices ont été endommagés.
Le 6 , écrit-on de Varfovie , les fiançailles du
Prince Louis de Wirtemberg , Major Général au
fervice de Pruffe , & de la Princeffe , fille ainće
du Prince Czartorisky , Général de Podolie , ont
été célébrées folemnellement à Pulawy. Le ma
riage doit fe faire le 24 de ce meis. La dot
de la Princeffe eft , dit -on , très confidérable ; outre
l'argent & les effets & meubles précieux qu'elle
apportera en mariage , elle aura encore la riche
Seigneurie de Wolzien. On eftime la part d'héritage
, qu'elle aura par la fuite , á 6 millions de
Acrins de Pologne.
Le 13 , l'Ambaffadeur de Ruffie partira d'ic
pour fe rendre à Grodno.
Les lettres de la Crimée atteftent que l'ancien
Khan , Sahim Gueray , qui jufqu'à préfent
avoit féjourné dans l'ifle de Taman , a
été conduit fous une forte garde dans l'intérieur
de la Ruffie.
La conftruction de vaiffeaux à Carlfcron eft
pouffée avec activité. Le 28 Août on a lancé
l'Aeran de 60 can . & la Thetis de 40 ; on avoit
pofé les quilles de ces vaiffeaux le 6 Juillet. On
€ 4
( 104 )
travaille actuellement à un autre vaiffeau de
ligne & à une frégate de la même force .
BERLIN , le 28 Septembre.
Les manoeuvres d'Automne font terminées
depuis quelques jours Le Roi en a été.
extrêmement content , ainfi que les Officiers
étrangers : la plupart venoient d'affifter aux
revues de l'Empereur : ainfi ils auront pu
comparer la fcience refpective des deux armées.
On fcait que le miniftere des Avocats eft
interdit ici dans les Tribunaux : quelques
perfonnes fe font plaintes des inconvéniens
de cette fuppreffion , inconvéniens inévita
bles , & qui prouvent feulement qu'on eft
malheureux d'avoir des procès. L'effentiel
eft d'en diminuer la ruine , & d'en abréger
la durée : or , ce but falutaire a été rempli .
Par un relevé de la caiffe des épices , il eft
prouvé que , feulement dans les Tribunaux,
fupérieurs , l'Adminiftration actuelle de la
Juftice coûte annuellement au Public & à
l'Etat , deux cent mille écus , ( 750000 liv.
tourn. ) de moins qu'auparavant. Une caufe
jugée par toutes les Inftances coûte à peine
le tiers de ce qu'elle coûtoit autrefois . L'ineftimable
bienfait de la nouvelle procédure
fans Avocats , eft encore rendu fenfi
ble par le dénombrement des procès annuels.
Ci-devant il en étoit porté aux Tribunaux
fupérieurs de toutes les provinces 18 à
( 105 )
19000 par année en 1783 ce nombre eft
tombé à 12470. 145 feulement n'ont pas été
terminés dans l'année , & 394 ont paffé à la
troifieme Inftance. Cependant le recoars
n'eſt pas plus difficile qu'autrefois.
Ha paru à Br flu , fous la date du 26 Août ,
un Réglement du Roi , qui ordonne que les Sujets
du Duché de Siléfie & de la Comté de Glatz , furtout
les habitans & communes du plat pays , qui
veulent porter leurs plaintes fur les difpofitions des
Colleges de Juftices , immédiatement devant S. M.
ne doivent point le faire avant d'avoir préfenté
leurs griefs à l'Inftance du pays , & après cela au
Miniftre de Justice de S. M. en Siléfie . Ainfi ,
chaque Plaignant doit ajouter à fa Supplique la
derniére réfolution du Miniſtre de Juſtice de S. M .;
fans cela , il doit s'attendre qu'on regardera fon
grief comme mal fondé , au moins comme porté
fans ordre & avec trop de précipitation , & que
lui- même fera regardé & puni comme un inquier
chicaneur.
DE VIENNE , le 29 Septembre .
L'Ordonnance prohibitive des marchan
difes étrangeres vient d'être publiée dans la
Gazette de cette ville du is de ce mois.
Elle eft datée du 27 Août dernier : voici les
principales fanctions de cet Edit fi important
pour l'induftrie nationale , fi défavantageux
pour celle des nations , accoutumées à
porter fur nous l'impôt de leurs fabrications
& de leurs denrées :
Nous Jofeph II , &c , & c. Pour augmenter le
débit des fabriques nationales , encourager l'in
es
( 106 )
duftrie & procurer plus d'aifance à la claffe la
borieufe de nos fujets , nous avons réfolu de
charger de taxes additionnelles les marchandifes
étrangeres non néceffaires , afin d'en rendre l'éntrée
plus onéreufe , & d'engager nos fujets à tirer
de nos Erats les marchandifes dont ils auront
befoin . Mais notre intention étant uniquement
de profcrire ces marchandites du commerce dans
nos Etats , nous ne voulons pas en défendre abfolu →
ment l'entrée ; nous entendons feulement le borner
en faveur des particuliers qui defireront d'en
faire venir pour leur propre ufage , à condition
cependant qu'ils paient de ces marchandifes les
taxes nouvelles , fixées dans le tarif qui eft annexé
à la préfente ordinaire . Le produit de ces
taxes fera verfé dans une caiffe particuliere , &
fervira à l'encouragement de l'industrie nationale
& à l'amélioration des manufactures du pays .
Art. I. A compter du 1 Novembre prochain ,
il fera défendu , en général , d'emporter dans
nos Etats héréditaires d'Allemagne & de Hongrie
& dans la Gillicie , les marchandifes étrangeres ,
détaillées dens le tarif annexé , pour y être vendees
.
Art . II. De la défenfe fufdite , font exceptées
les productions de la Tofcane , les vins Montepulciano
, Artiminio , Chiauti Verdea , Carminiano
, Aleatico & Mufcatello ; les productions
des Duchés de Milan & de Mantoue ; les mar
chandifes des fabriques , les confitures & les fromages
du Tyrol ; les pro factions des Pays Bas
& les marchan lifes des fabriques de Hongrie ,
destinées à la conſommation dans nos Etats héréditaires
d'Allemagne , ou dans la Gallicie.
Les marchandifes fuivantes feront cependant
comprises dans la défenfe générale , favoir : les
bas , rubans & mouchoirs de foie , & les vins
( 107 )
communs de Tofcane ; les étoffes & marchandifes
de laine , les coutils , draps de coton &
autres marchandifes tiffues de coton , les rubans
de foie ; les poiffons féchés & falés , & les confitures
venant des Pays- Bas , à l'exception cependant
des camelots de Bruxelles , mêlés de foie &
de fil d'Angora , & des draps,
Art. III . Les marchandiſes , dont l'entrée eft
permite fans reftriction par l'article précédent ,
paieront les anciens droits fixés dans le tarif
général , & s'il s'en trouvoit qui ne fuffent point
nommées , elles n'acquitteront que le fixieme
des droits du nouveau tarif annexé .
Art. IV. Pour jouir des avantages accordés
par l'art. 3 , il faudra prouver que ces marchandifes
font véritablement deſdits Etats . La ma-
\ niere d'établir cette preuve fera indiquée inceffamment
par une nouvelle patente de Douane .
Art. V. Les marchands dans les villes & à la
campagne qui , à la fin du mois d'Octobre prochain
, auront encore dans leuts boutiques ou magafins
des marchandifes que nous venons de profcrire
du commerce , feront tenus de dépofer le
refte de ces marchandifes non vendues dans des
entrepôts qui leur font affignés dans les Capitales
des Provinces. La garde de ces entrepôts
fera confiée à des employés nommés par le fifc
qui auront foin de les garantir du feu & des vols
à effraction . Les clefs des magafins dans ces entrepôts
, dont l'ufage fera gratuit , feront remifes
aux marchands depofans , lefquels veilleront auffi
eux- mêmes à leurs marchandifes , & les y vendront
comme bon leur femblera .
dans
Art , VI. Les marchandifes prohibées que l'on
trouvera après le 1 Novembre ailleurs
les fufdits entrepôts , feront confifquées .
que
Art. VII. Il fera libre aux particuliers de faire
( 108 )
venir à leur ufage les marchandiſes que nous
avons jugé à propos de profcrire du commerce
en obtenant à ce fujet de nos Régences des permiffions
& des paffeports , & en dépofant au Bu
reau principal de la Province le montant des
droits.
Art . VIII. Les paffeports ne feront valables
que pour fix mois ; ainfi , lorfqu'à l'échéance du
terme les marchandiſes demandées ne font point
arrivées au Bureau principal , les droits déposés
feront confifqués irrévocablement.
Art IX. Les palleports pour les marchandifes
à faire entrer dans la Hongrie feront demandées à
la Chambre royale , & ceux pour la Tranſylvanie
à la Trésorerie. Les marchandifes venant
des Duchés de Milan & de Mantoue , des Pays-
Bas , du Tyrol & de Hongrie , qui jouiffent des
fuldits avantages , feront également transportées
à la Douane principale de chaque Province cu
elles font definées pour acquitter les droits ordimaires
fixés au tarif général .
La nouvelle taxe fur les marchandifes
qu'il eft libre aux particuliers de fe procurer
, eft de 60 pour 100 de leur valeur.
Voici la liste de celies prohibées dans le
commerce , mais foumifes à l'impôt , lorfqu'elles
entreront pour le compte & pour
Tufage des Individus.
Fard , rubans de foie , futaine , marchandifes
de coton , mouffelines des Indes , fer - blanc & de
tôle, plomb , peluche de poil de chevre & de laine ,
harengs , cabeliaux , morue , folififth , lieux ,
marchandifes de mode & de bijouterie , galons
#reffes & cordons d'or & d'argent , fins ou faux ,
chapeaux , caftor & demi - caftor , cuivre , toile
linge , huile de Provence & autres huiles étran
( 109 )
geres , poudre à canon , étoffes de foie , velours ,
bas , bonnets & gants de coton , faits au métier
bas , bonnets & gants de foie ; draps & demidraps
, tarines , molerons ; pendules & montres
vins d'Espagne , de France , du Cap , du Rhin ,
de la Mofelle , du Necker & de Franconie ; indiennes
, pertes , mouchoirs de mouffeline & de coton ,
velours de coton , blondes , linon & gaze d'Italie
poiffons féchés & falés , marchandiſes d'acier
nappage , toile cirée , liqueurs , mouchoirs de foie ,
cire , ouvrages d'Eperoniers.
Un Réglement du 30 Août , compofé de
15 articles , ordonne que les marchandifes
nationales , qui pourroient reffembler aux
marchandiſes étrangerés prohibées , feront
timbrées.
On dit que la Chancellerie de Hongrie
follicite le rétabliffement de la peine de
mort , fous prétexte que la fécurité publi
que eft menacée , fi l'on continue à abandonner
fur cet objet le pouvoir illimité aux
Comitats.
La ville de Botzen en Tirol , a envoié ici.
Je plan d'une ftatue qu'elle va ériger à l'Empereur
, für la place principale. Cette ftatue
repréſente le Monarque , & vis - à- vis de lui
un Mercure lié & garotté. Le Dieu du commerce
fupplie qu'on le délivre de fes chaî
nes , un aigle les brife avec fon bec.
L'attention du Monarque , ainfi que fa
perfonne fe porte en tous lieux , & voit tous
les abus. S. M. I. ayant trouvé les chemins ,
très -négligés en Bohême , a ordonné des
( 110 )
recherches contre les Infpecteurs , & de les
punir de cette négligence.
300 filles de mauvaile vie ont éré arrêtées ces
jours derniers , & 8 d'entr'elles conduites à
l'Hôpital . Pour purger efficacement la ville de
cette lie , on a renvoié chez leurs parens celles
de ces malheureufes nées dins la ville , avec
injonction de continence ; les étrangeres & celles
déja reprifes par la police , ont été bannies du
pays ; enfin à la 3. récidive , elles font condam
nées à tems à la maifon de correction .
On débite l'hiftoriette fuivante fur le feu
Général Brown.
Il étoit chargé de la perception des appointemens
des Officiers invalides , & d'en faire la diftribution
; quinze jours avant la mort , il prit
des billets de banque pour 6000 fl . & les mit dans
la poche de fon fur- tout ; ce jour même il tomba
milade pendant fa maladie , il ordonna à fon
valet de chambre qu'au cas qu'il vînt à mourir ,
on ne lui mit d'autres vêtemens que fon fur tour.
Il avoit sûrement perda de vue les billets de
banque ; il mourut & fat enterré comme il l'avoit
demandé . On ne trouva point dans fa fucceffion
les 6000 A. , & ce ne fur qu'après bien du temps
qu'on fut où ils étoient ; on trouva le cadavre nud,
& l'argent des billets de banque chez les foffoyeurs .
Le 24 de ce mois , l'Empereur eft parti
de Prague , pour fe rendre à Thérélienstadt
& à Bude. Le Comte de Hoya eft auffi en
chemin depuis le 21 , pour Drefde , Leipfick
& Berlin .
Pour l'encouragement du commerce maritime
de Hongrie , & pour augmenter les avantages qui
pourront en résulter ponr les autres Etats héréditaires
, l'Empereur a ordonné que les marchandi(
Fri )
fes , fpécifiées dans le tarif de 1775 , fous le nom
de marchandifes des manufactures de Triefte & de
Fiume , jouiront , à leur importation en Hongrie
& les Provinces y incorporées , des mêmes avantages
dont elles jouiffent en entrant dans les Etats
héréditaires d'Allemagne,
Nous fommes ici , dit une lettre d'Infpruck
, depuis 8 jours, dans la plus grande
confternation . Le mont Saint- Martin s'eft
enflammé ; le feu eft terrible , & a déjà confumé
plus de 30,000 cordes de bois. Plufieurs
milliers d'hommes travaillent jour &
nuit pour arrêter les progrès de l'incendie.
DE FRANCFORT , le 4 Octobre.
:
Dans l'Electorat de Mayence , non-feulement
les Freres- laïs font affujettis à ne faire
de voeux que pour deux ans , comme nous
l'avons rapporté , mais les Religieufes le font
également à ne s'engager que pour une
année à 50 ans feulement , elles feront libres
de faire des voeux éternels. Depuis le
mois de Février dernier , il eft auffi permis
aux Juifs d'envoyer leurs enfans aux Ecoles
Chrétiennes ; avantage dont ils ont déjà
commencé à profiter. Si l'Electeur , dont la
fanté eft affez languiffante , venoit à mourir
, on préfume qu'il ferit remplacé par le
Baron Dalberg , actuellement Gouverneur
d'Erfort. C'eft un Seigneur d'un mérite diftingué
, & dont l'adminiftration feroit époque
dans l'hiftoire de l'Electorat.
( 12 )
On a remarqué que M. Pitt , fecond fils de
Lord Charam , eft né en 1759 , époque remar
quab'e par le haut période de la gloire de fon
pere & de l'Angleterre. Lord Chatam lui fit faire
fes études à Cambridge , attachée aux Whigs ,
plutôt qu'à Oxford . On affure que ce Miniftre
célebre déja dans une fi grande jeuneffe , eft
d'une humeur peu agréable dans fon domestique .
On lur attribue une espece de répugnance pour
le beau fexe ; mais il allie avec une figure mâle
& agréable , un organe mufical , & de la dignité
dans fon maintien : fi l'on en excepte le mouvement
trop uniforme de fa tête , les coudes fingulierement
faillans , & un ufage trop fréquent
de les mains , il eft un des Orateurs les plus
agréables du Sénat Britannique.
L'Empereur a fait Evêque des Valaques
non-unis , M. G. Mikitics , ci -devant Archimandrite,
en lui affignant un revenu de 4000
flor. Le trait fuivant donnera une idée des
moeurs de ces Valaques. L'un d'eux étoit marié
depuis quelques années fans avoir d'enfans,
Aufli généreufe que Sara , fa femme lui dit un
jour , le Seigneur m'a renduftérile ; allez chez ** .
Le mari obéit , & de ce nouveau commerce
naquirent trois enfans , que fa femme reçut
chez elle , & foigna avec une bonté maternelle
. Elle a également pris fur elle la
fubfiftance de la concubine , logée à l'extrémité
du village Quant aux enfans , elle les
regarde comme les fiens propres , & leur
deftine fa fortune affez confidérable. "
Dans la même contrée , un Valaque fe préfenta
, il y a quelque temps , chez le Commiffaire
de la Confcription militaire , le Lieutenant
Colonel de Heidendorf, pour fe plaindre , qu'é(
113 )
tant dans l'intention de fe marier , fon Poppa
( Prêtre ) refufoit de bénir fon mariage. Le
Commiffaire fit appeller l'Eccléfiaftique pour
s'informer de fes raifons . Cet homme , répondit
le Poppa , a quatre femmes à la fois dans les villages
d'alentour ; l'une d'elles eft morte il y a
quelques femaines ; il veut fuppléer à cette per
te , pour avoir toujours fon Harem complet.
préc
On obferve de bien grands changemens
en Hollande , en comparant l'Almanach de
la Cour de cette année avec celui des années
précédentes. Point de Confeil de guerre :
les 3 régimens Ecoffais abolis ; plus de Gouverneurs
ni de Commandansà Namur,Tournay
, Ypres , & c. & c . Selon cet Almanach,
l'armée Hollandoife confifte en 3,274 cavaliers
, avec les gardes & dragons , 33,430
hommes d'Infanterie , y compris 1452 foldats
de marine , 1,089 Wallons , & 6,800
Suiffes. L'artillerie eft de 1800 hommes..
300 environ mineurs & ingénieurs. La Marine
eft de 8 vaiffeaux de 70 can.; 24 de 60,
11 de 50 , 15 de 40 , 13 de 36 , & c. & c.
On écrit de Naples , que le Roi a réſolu d'établir
dans fes Etats le lyfteme des Ecoles Normales
, tel qu'il exifte dans les Etats Autrichiens
Le Céleftin , P. Gentili , doit faire un voyage
à Vienne pour s'inftruire de la difcipline & de la
méthode de ces Ecoles , & fera enfuite chargé
de leur direction dans le royaume de Niples.
L'Impératrice de Ruffie a déjà commencé à inzroduire
chez elle ce fyftême , qui eft la méthode
des Jéfuites fous un autre nom . Les membres.
de cet Ordre en Baviere ont tenu dernierement
onze conventicules à Munich dans des maifons
( 111144 )).
connues ; aſſemblées , dont le but , à ce qu'on prétend
, eft de recouvrer l'inftruction de la jeuneffe.
Par un décret du 21 Août , l'Empereur
a enjoint aux Supérieurs des Couvens dans
fes états , d'effacer dans les regles ou conftitutions
de l'Ordre tous les paffages qu
pourroient être contraires aux Ordonnances
& Réglemens de S. M. I.
On fe flatte à Vienne que , par la nouvelle
convention de limites à conclure avec la Porie ottomaue
, la Cour impériale obtiendra une partie
de la Bofhie , ce qui facili eroit beaucoup le commerce
de Hongrie . Selon les mêmes avis ;
malgré la malheuren tentative commerciale de
la Compagnie de Willeshofen , & le peu de fuccès
qu'a es celle du Baron de Tauffeur dans les Etats
Ottomans , il fe forme dans cette Capitale une
nouvelle Compagnie qui veut effayer de nouveau
cette branche de commerce.
a
ITALIE.
DE FLORENCE , le , 20 Septembre...
Chaque jour eft marqué par de nouveaux
traits de l'Adminiftration paternelle du Grand-
Duc. S. A. R. voulant étendre à toutes les
parties de fes Etats les encouragemens déjà
donnés à quelques - unes , vient d'ordonner ,
que tous les Laboureurs en poffeflion d'un
terrein fitué dans le Pifantin , dans le territoire
de Volterre & autres , qui entreprendront
de conftruire une nouvelle maifon ru-
- rale , ou d'en réparer de détruites & d'aban(
115 )
données , jouiront pendant 6 ans d'une gratification
égale au quart des dépenfes faites ,
au-deffus de 400 livres.
Le Grand - Duc vient d'abolir les Peres
Théatins de S. Gaëtan de cette Ville , &
les Peres Minimes de S. François de Paule,
qui habitoient le Couvent de S. Jofeph. Les
Individus , parmi ces derniers , qui voudront
fe fécularifer , auront 50 écus de penfion
par an.
Le Sénateur Prieur , Thomas Piccolomini
Chambellan de S. M. I. & R. Apoftolique , Directeur
du Département d'Etat pour les Affaires
étrangeres , en mort en cette ville âgé d'environ
70.abs.
DE ROME , le 21 Septembre.
M.J.Staderini , natif d'Empoli en Tofcane
, & Négociant domicilié dans cette Ville ,
vient d'acheter la célèbre Villa Negroni , appartenante
au Marquis Négroni , Patricien de
Genes . Cette acquifition eft de 49 mille ecus
romains, outre la charge d'un Procès pendant
pour la rupture d'un acquéduc. Cette campagne
, d'une étendue confidérable , eft entourée
de murs ; elle renferme deux Palais
outre les Fermes ; les eaux y font abondantes,
les fontaines magnifiques ; elle eft enrichie
de ftatues précieufes & d'un grand nombre
de très - beaux arbres.
Le P. Montegazzi , Barnabite & Miffionnaire
apoftolique , eft arrivé en cette ville du Royaume
d'Ava en Afie , après un voyage de 20 mois. Il
( 116 )
a amené avec lui deux Prêtres idolâtres qu'il a
convertis à la Religion catholique , & qui font
déja baptifés . Ils font accompagnés de trois jeunes
Maures qui feront auffi baptifés , & enfuite
envoyés au College de la Propagande.
Le favant Abbé Cuccagni , Recteur di
College Irlandois , eft revenu dans cette Capirale
, après une abfence de quelques mois.
Pendant la tournée qu'il a faite dans différentes
Villes de l'Etat de l'Eglife , il a raflenblé
beaucoup de Médailles rares , Etrufques ,
Grecques & Latines , ainfi que quelques -unes
Chrétiennes , avec diverfes petites Idoles de
bronze , & quelques Livres très - rares
de
l'impreffion du cinquieme fiécle.
DE NAPLES , le 22 Septembre.
Quatre Chébecs du Roi & deux Frégates
mettront à la voile au premier beau temps ,
pour croifer dans les mers de Sicile & de
la Calabre , & les mettre à l'abri des incur
fions des Pirates Algériens , & de ceux des
autres Nations Barbarefques.
Il a été ordonné par une dépêche du Roi
à la Chambre Royale de Sainte Claire , de
délibérer fur le nombre de Couvens de Filles
qui peuvent être fuffifans pour cette Ville , &
fur ceux d'entre eux qu'on pourroit fupprimer
, vu le petit nombre de Religieufes qui
les occupent.
La Manufacture que l'on conftruit pat
ordre du Roi , avec la plus grande célérité fu
( 117 )
le terrein du Château qui avoifiné la fontaine
dite des Miroirs , eft prefque achevée. Elle
fera employée par la Fabrique des armes de
nouvelle invention propofée au Roi par le
Comte Gentile , Major du Régiment d'Agrigente
, qui a vu travailler lefdites armes
a Paris dans l'Arfenal du Roi ; vu les
talens de cet Officier , on efpere retirer le
plus grand avantage de cette nouvelle Manufacture.
Le bruit fe répand qu'inceffamment il fera
publié un Edit , par lequel S. M. déclarera
le port de Melline port franc.
Le Roi a accordé à la merè de féu Don Carlo
de Stefano une penfion de 20 ducats par mois ,
dont jouiffoit cet Officier , lequel commandoit
lo Bombarde qui a fauté en l'air pendant le fiege
d'Alger. S. M. a accordé auffi aux freres de
Rodriguez , qui étoit à bord de cette bombarde ,
la paie qu'il avoit , & dont ils jouiront en
commun leur vie durante. Le foldat , qui a eu
un bras d'emporté d'un boulet de canon.> aura
double paie , & il portera une médaille d'argent :
fur laquelle font gravés ces mots : Agroto , &
forti Militi
DE MILAN, le 29 Septembre .
Le 11 de ce mois , on a envoié aux deux
Monafteres du Rofaire & de Sainte Febronie
l'ordre de leur fuppreffion . L'Ordonnance
rendue pour les autres Communautés
Religieufes fupprimées
fervira égale.
ment pour celles- ci , & les Penfionnaires du
( 118 )
1 Couvent du Rofaire feront traitées comme
celles de Sainte Catherine des Orphelins .
Un Avocar , nommé Cafati , qui , dans le courant
de ce mois , devoit époufer la fille du Sénateur
Mofchevi , aprés avoir entendu trois mef "
fes dans l'Eglife de Sainte Marie près de Saint
Celfe , s'enferma Vendredi dernier dans fa cham-*
bre , & ayant fait d'abord , à ce qu'on préfume
, une incifion à deux veines de fes pieds
fe décharna les tendons , fe fit enfuite quatre blef
fures dans le ventre , & enfin le coupa l'éfofage
& les deux veines voifines des temples. Son abfence
obligea d'entrer de force dans fa chambre ,
& on trouva fon corps fur le carreau , & baignant
dans fon fang.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le S Octobre.
Les papiers de l'Oppofition ne fachant
plus quels farcafmes ou quels reproches
adreffer à M. Pitt , s'occupent aujourd'hui
à le marier. Ils lui deftinent généreufement
une des plus riches héritieres de l'Angleterre
, Miff Pulteney , fille de M. Pulteney
, frere du Commodore Johnstone
& qui a pris le nom de famille du Comte
de Bath , en héritant de fa fortune. Jufqu'ici
ce mariage n'a d'autre ,fondement que ces.
conjectures du public.
Le nombre des vaiffeaux de ligne , de
garde pendant la paix , eft réduit à 17 ; on
les répartit de la maniere fuivante , 7 à Ply
( 119 )
, 7 mouth , 7 à Portſmouth , 2 à Châtam , 1 à
Sheerneff: ils feront montés de 9427 matelots
; foldats de marine , Officiers , domeftiques
compris.
Inceffamment on lancera à Deptford deux
magnifiques vaiffeaux de 90 can. , le Windfor
Castle , & Impregnable. La longueur de
leur quille eft de 144 pieds , & celle du tillac
de 177.
La Garnifon de Gibraltar est maintenant
totalement changée. Deux bataillons Hanovriens
, reſtés de l'ancienne , viennent d'arriver
aux Dunes , & font embarqués pour
repaffer dans l'Electorat. L'établiffement militaire
de cette fortereffe eft aujourd'hui de
6400 hommes , en comptant le corps de
l'artillerie , porté à 1200 maîtres effectifs
felon le plan du Général Elliot.
Ces jours derniers , on débitoit un rapport
fans authenticité , & qui paroît abfolument
fabuleux, Tippoo- Scib , difoit- on , s'étant
fait amener le Général Matthews , detenu
prifonnier contre la foi de la capitulation
, lui avoit parlé avec beaucoup de
hauteur. Le Général Anglois , peu fait pour
entendre de fang-froid un pareil ton , avoit
reproché à l'Indien fa perfidie irrité de ce
courage , Tippo - Saïb tirant fon fabre , avoit
fendu en deux le Général. La Compagnie
des Indes n'a pas la moindre nouvelle de
cette violence du Sultan.
Madame Haftings a fait préfent d'un lit
très remarquable à la Reine , qui fera la Prin(
120 )
ceffe d'Europe la plus magnifiquement couchée.
Ce lit , manufacturé aux Indes , eft
d'une espece de gaze en coton , travaillée
avec des fleurs & des oifeaux d'après nature.
Elle eft recouverte d'un réfeau en paillettes
or & argent : la doublure eſt d'un taffetas
des Indes lilas , garni de paillettes d'argent.
Au pavillon font les armes de la G. B.;
les rideaux , relevés en feftons élégans , recouvrent
les colonnes du lit : les glands en
foie & en coton font noués avec des cordons
or & argent ; les franges de même. Cé
meuble élégant a été porté au château de
Windfor , où la Reine eft actuellement.
Nous avons ici un Négre , étudiant en
Théologie , fous la direction d'un des Prédicans
Méthodistes les plus eftimés. On le
deftine à prêcher un jour la religion aux Négres
d'Amérique , & à aider les Quakers
dant leur projet bienfaifant d'établir des
Ecoles pour les enfans de ces Africains . Un
particulier qui a converfé avec ce Théologien
, couleur de fuie , lui a trouvé de la
figure , de la bonté , de la fenfibilité & du
mérite. Il fe promene habituellement , dans
le coftume d'un Eccléfiaftique , habit noir,
boucles d'argent , perruque ronde , une petite
canne à la main. Dans plufieurs endroits
& cafés de la ville , il eft très- connu , & on
l'appelle le Noir Purfon.
" Samedi dernier , il arriva un accident bien
extraordinaire dans Gtub Street. La fille
d'un
( 121 )
d'un Marchand , âgée de neuf ans , avoit
dans fa poche quelques fchellings , fur lefquels
fa mere la queftionna : elle répondit
qu'elle les avoit trouvés. Cette négative
n'ayant point fatisfait la mere , elle menaça
l'enfant , fi elle perfiftoit dans fon menfönge
, de la faire battre par fon pere. A ces
mots , la fille effrayée alla fe jetter dans le
cabinet d'aifance , où an bout de trois heures
, on la trouva à demi fuffoquée . Ce n'eſt
qu'avec les plus grands fecours qu'on eft
parvenu à lui fauver la vie.
·
On a démenti , dit un de nos Ecrivains périodiques
, dans quelques Papiers publics , les émigrations
nombreuses qui ont eu lieu pour l'Amérique.
Cependant , la Gazette de Penfylvanie
du 28 Juillet , contient les notices fuivantes , à
l'article de Philadelphie . « Le Bâtiment l'Alexan-
» dre eft arrivé ici de Londonderry , d'où il étoit
» parti le premier de Juin , avec 600 paffagers
» en bonne fanté .
» Le Sénaut la Marie , avec 250 , & le Vaiffeau
le Volontaire Iriandois , avec 500 paffagers.
Le Blodhoun de Londres nous a amené 100 Al
» lemands. »
Ces malheureux font mis en vente à leur arrivée
; on en fait autant d'Esclaves , ou d'Engagés
d long terme. C'eſt un fait indiſputable. Ce n'eft
pas , qu'en le rapportant , nous prétendions décourager
les Volontaires d'Irlande de paffer en
Amérique , où ils trouveront un état de chofes
très - conforme à leur goût de licence , & trèsdeftructif
de toute fubordination ; mais nous remarquerons
, que la maxime générale des Américains
eft , que la fin fanctifie les moyens. C'e
No. 42 , 16 Octobre 1784. f
( 122
pourquoi ils ne craignent pas en Europe de promettre
aux émigrans de meilleures terres , moins
de taxes , un admirable Gouvernement fous un
Congrès , c'est- à- dire , Républicain . Une fois débarqués
, ces pauvres dupes fe trouvent réduits
à la fervitude pour quelques années , & au mérier
de miférable manoeuvre , s'ils recouvrent leur
liberté.
Le défaut abfolu d'argent , des banqueroutes
multipliées , des engagemens violés
fans fcrupule ont dégoûté entierement nos
Négocians du commerce d'Amérique . Ils
n'y voyent aucune suneté. Ils accufent les
Américains de fe faire un jeu de leurs promeffes
pécuniaires ; d'acheter , & de ne point
payer , & de trouver ce commerce fi fructueux
, qu'ils ont promis dans le Connecticut ,
franchife abfolue , à quiconque importeroit
pour 3c00 liv . fterl. de marchandifes étrangeres,
La Société des Libraires de Charles Town
a fait inférer dans la Gazette de la Caroline
méridionale un arrêté de fa façon , trop
burlefque pour être paffé fous filence . On fe
rappelle que le célebre Philofophe Ferguſon
fut Secrétaire de la Commiffion conciliatrice
envoyée à Newyorck en 1778. Les Colporteurs
de Charles - Town pefant dans leur balance
M. Ferguſon ; ont prononcé ;
« Que ledit Adam Fergufon , du Royaume
» d'Ecoffe , avoit fait un Traité fur la Société
» civile , qui luiavoit mérité une juſte vénération;
mais qu'en 1778, en violation des droits
( 123 )
לכ
» de la nature humaine , par une dégradation
» du génie & de la fcience , & par une prof-
>> titution de l'honneur d'un Gentilhomme
» ledit Ferguson s'étoit foumis au Miniſtere
>> britannique , & étoit venu en qualité de Se-
» crétaire en Amérique , pour fubjuger trois
» millions de Citoyens libres ; qu'en confé-
» quence , afin de témoigner à l'Univers leur
» mépris pour ce traitre , ils réfolvent que
» l'ouvrage dudit Ferguſon fera brûlé dans
» cette ville de Charles Town par la main du
» Boureau » .
Journellement , écrit - on de Dublin , il s'é-
·levé des querelles entre les Volontaires & les
Officiers de la Garnifon. Les períonnes de la
fuite du Lord Lieutenant ne fortent plus du
Château fans être infultés par la populace .
Elle s'eft emparée la femaine derniere d'un
marchand Drapier , foupçonné d'importer
des laineries angloifes ; arraché de ſa maiſon ,
on l'a traîné fur une place , appellée le Parc
de Tenter , près des Franchifes de Méath , on
l'a lié à un poteau , fouetté jufqu'à ce qu'il fe
foit évanoui de douleur , puis gaudronné , emplumé
, & traîné fur le pavé de rue en rue. II
eft à l'agonie , & l'on eft fans espérance qu'il
en réchappe. Voilà ce qu'on appelle la liberté
dans le dix -huitieme fiècle.
Ces horreurs approchent de leur terme ,
ainfi que le dénouement de la grande piece.
On apprend par des lettres de Dublin en date
du
fu 21 , que le 19 , jour fixé par le grand Shérif
de Dublin pour l'affemblée des habitans de cette
f 2
( 124 )
ville , à l'effet d'élire cin Délégués pour les
repréfenter dans le Congrès national. Tous les
habitans fe raffemblerent de très- grand matin ;
les deux Sherifs arriverent tard , ce qui caufa
beaucoup de murmures : mais le Sherif kpatrik ,
enentrant dans l'aflemblée , demanda la permiffion
de lire une lettre qu'il venoit de recevoir du Procureur
Général du Roi , & qu'il croyoit néceffaire
de rendre publique. Plufieurs perfonnes s'oppoferent
vivement à la lecture de cette lettre , &
infifterent pour que l'on procédât aux élections .
Cependant , après de longs débats , la lettre fut
lue. En voici la toneur ; » M. j'ai lu avec la plus
» grande furprife , un ordre figné par vous , en
qualité de grand Sherif , lequel enjoint aux
» habitans du Bailliage de Dublin de s'affembler
le 19 , à l'effet d'élire cinq Délégués , qui doi-
» vent , y est - il dit , représenter la ville de
Dublin dans le Congrès national . Je dois vous
informer qu'en fignant cette fommation , vous
» vous êtes rendu coupable du plus grand crime ,
» & que , fi vous procédez à cette élections, je
ferai obligé de vous pourfuivre au banc du Roi.
Signé, FITZ GIBBON, Le 16 Septembre 1784.
Lorfque cette lettre fut lue , chacun éleva la
voix pour dicter au Sherif la conduite qu'il devoit
tenir. Les uns difoient qu'il falloit faire brûler la
lettre du Procurenr- Général par la main du boureau
; d'autres , qu'il falloit la renvoyer fans y
répondre ; mais il fut arrêté que l'on confulteroit
les gens de loi. L'affemblée en conféquence fut
rompue & s'ajourna .
Les différens Corps de Volontaires de Dublin
& des environs ont campé le 19 près de
Finglas avec deux pieces de campagne.
Après diverfes manoeuvres , ils ont entre le
foir dans la ville , ayant laiffé des détachemens
de chaque Corps pour garder le camp,
où ils fe propofent de faire pendant toute la
femaine des évolutions militaires . Les exercices
militaires que font actuellement tous
les Volontaires Irlandois pour leur plaifir ,
prouvent avec quel zele ils fupporterolent les
fatigues de la guerre , fi le bien commun le
requéroit.
Lord Sidney a préfente au Roi l'adreffe du
Haut Sherif , & du Grand Juré du Comté d'Antrim
, laquelle a été accueillie favorablement de
S. M. & porte en fubftance , que les Sujets de
ce Comté font très reconnoiflans de l'affection
paternelle de S. M. pour fon peuple d'Irlande ,
ainfi que du rétabliffement de leurs droits légif
latifs , & de l'attention donnée à la perfection de
leur commerce ; qu'ils font indignés des procédés
violens qu'on s'eft permis dans la Métropole ; que
pour eux , ils fe félicitent de pouvoir allurer S. M.
que le bon ordre & la foumiffion aux loix ont
toujours régné dans le Comté d'Antrim , & qu'ils
jurent folemnellement de foutenir de tout leur
pouvoir le Gouvernement de S. M. & l'exécution
de leurs excellentes loix.
Les Franes - Tenanciers du Comté de King ,
qui avoient été duement convoqués par leurs
Sherifs , ayant décidé que le droit de fuffrage
appartenoit (eulement aux Proteftans du Royaume
d'Irlande , ont refufé en conféquence d'envoyer
des Délégués au Congrès.
Le Grand Sherif de Corke a refufé d'affembler
les Francs - Tenanciers de fa Jurifdiction , quoiqu'il
en ait été vivement follicité par un Corps
très nombreux de Francs- Tenanciers. On affure
que ceux ci tiendront leur affemblée fans le ·
f z
( 126 )
Sherif , & , qu'à l'inftar de leurs concitoyens ,
ils nommeront des Délégués pour délibérer
conftitutionellement dans un Congrès national s
relativement au falut de l'Irlande .
Les demandes extraordinaires de bois de
construction ont été fi prodigieufes pendant
la derniere guerre , & cet article eft devenu
firare dans le Nord , que le prix en eſt conefidérablemnt
augmenté. Il s'eft même vendu
dernierement auffi cher dans les ports de
la Baltique qu'il l'étoit il y a fept ans. Cette
augmentation provient des achats que font
actuellement dans le Nord toutes les Puiffances
maritimes , pour approvifionner leurs
chantiers.
Suite du Bill de l'Inde.
Art. LI. Il eft ordonné , par cet acte, que le
premier Baron ou les autres Barons de la Cour
de l'Echiquier , à qui on aura remis l'inventaire
affermenté des poffeffions , effets , & c . appartenant
aux perfonnes qui , en conformité au réglement
prefcrit par ce bill , l'auront déposé entre
les mains defdits Barons , auront foin , auffi tôt
qu'ils l'auront reçu , de remettre le duplicata
dudit état au Greffier de ladite Cour de l'Echiquier
pour y être cotté , liaflé & confervé
comme un titre public ; l'autre duplicata fera
remis à la Cour des Directeurs de la Compagnie
des Indes , pour y être déposé & gardé parmi les
archives & papiers de ladite Compagnie , pour
l'inspection des Membres & propriétaires ; & en
cas que , dans l'espace de trois ans après la remife
de cet inventaire , il foit fait des plaintes
par les Commiffaires prépofés pour diriger les
affaires de l'Inde , ou par la Cour des Directeurs
( 127 )
de la Compagnie , ou par dix Membres ou Propriétaires
de ladite Compagnie , dont les intérêts
, réunis dans fes fonds , fe trouvent au moins
portés au montant de 10,000 liv. fterl.; & qu'il
1oit préfenté une requête à la Cour de l'Echiquier
ou fait une motion par un Avocat dans ladite
Cour , qui établiffe que cet inventaire eft faux ,
incertain , équivoque op infuffifant , & qu'il ne
donne pas un détail exact de la fortune de celui
qui l'a remis ; ces plaintes paroiffant fondées à
la Cour de l'Echiquier , foit par l'inſpection de
cet inventaire , ou l'affidavit de quelques perfon .
nes faites pour être crues , démontrant que ledit
inventaire ne donne pas un détail exact des poffeffions
appartenant à la perfonne qui les aura
remifes , felon l'intention de cet acte. Dans ce
cas , il fera légal pour ladite Cour de l'Echiquier
d ordonner que l'accufé fe rende pardevant fon
Greffier , pour y être examiné fous ferment fur
tous les chefs fur lefquels il plaira au Greffier de
l'interroger ; & la Cour aura , fi elle le juge néceffaire
, le droit de faire arrêter cette perfonne
par le Sherif, & de la faire emprisonner , jufqu'à
ce qu'elle ait répondu aux interrogatoires
d'une maniere fatisfaifante .
>
Art . LII. Il eft ordonné en outre , que toute
perfonne qui aura été requise de remettre l'état
de fa fortune , & qui aura négligé de le faire
dans le temps limité , ou qui fe fera rendue coupable
d'aucun faux volontaire aura caché ou
fouftrait de fon avcir , ou donné de faux comptes
, aŭ montant de 2000 liv . flerl. , fes terres ,
maifons , héritages , argent , contrats , dettes
actives , mobilier & effets précieux , de toute efpece
& de toute nature , feront confifqués de
droit la moitié de ladite confifcation fera an
profit du Roi , fes héritiers & fucceffeurs , & l'au
£
4
( 128 )
T
tre moitié au profit de la Compagnie des Indes ;
lefdits effets , terres , & c. étant fujets aux déduc
tions qui feront ci - après fpécifiées en faveur de
ceux qui auront découvert le faux . En outre def
dites confifcations , le délinquant fera emprifonné
pour le temps que la Cour jugera à pro
pos de l'ordonner .
&
Art. LIII. Pourvu toutefois ( & cela eft expreffément
déclaré par les préfentes ) que ce qui ef
erdonné par la claufe précédente , n'ait aucun
effet fur les perfonnes qui arriveront en Angle
terre avant le premier de Janvier 1787 .
Art. LIV. ILeft fpécifié , que fi , par raifon de
maladie , les perfonnes revenant de l'inde , ne
pouvoient pas , dans l'efpace de deux mois après
leur arrivée en Angleterre , fournir l'inventaire
de leurs effets ; en ce cas , le Cour des Barons de
l'Echiquier pourroit leur accorder , de temps
autre , un délai , & le renouveller auffi fouvent
qu'elle le jugeroit néceffaire .
Art. LV. Et comme il peut arriver que des
perfonnes faifant le commerce , & réfidant dans
P'Inde , foient obligées par maladie d'en partir
avant d'avoir pu mettre ordre à leurs affaires , &
conféquemment ne puiffent pas donner un état
de leur fortune deux mois après leur arrivée , il
eft entendu par cet acte , que , fur la preuve qui
en fera adminiftrée aux Barons de l'Echiquier ,
ils feront les maîtres d'accorder le temps qu'ils
jugeront néceffaire pour fournir ledit inventaire
felon la nature des circonftances .
Art. LVI. Il eſt en outre ordonné par cet acte
que toute perfonne qui , dans l'efpace de trois
ans après la remife de l'inventaire , dont il eft
queftion dans les articles précédens , viendra volontairement
pardevant le premier Baron de
l'Echiquier , ou aucun des autres Barons de la(
129 )
die Cour , & prêtera ferment qu'aucune partie
des effets de la perfonne qui a remis cet inventaire
, n'a été fouftraite à la connoiffance de la
Cour , & n'a été découverte dans aucun examen
fubféquent dans le cas de conviction , il fera
payé dix pour cent de la valeur deidis effets ,
( foit qu'ils foient en terres , mailons , contrats ,
bijoux , &c. ) au dénonciateur , lefquels lui feront
payés d'après l'eftimation des effets qu'il
aura découverts & fait découvrir .
Art. LVII. Il eft en outre ordonné , que les
terres , maifons , héritages , effets , contrats ,
&c. que l'on recouvreroit , & qui , en vertu de
cet acte , pourroient être confiiqués , foi par
négligence , refus ou infidélité à remplir les
conditions ci- deffus prefcr ies , feront vendus par
ordre & par autorité de ladite Cour de l'Echiquier
, & que les fommes qui en proviendront ,
feront employées , fous l'autorité de ladite cour ,
pour l'ufage des perfonnes qui y auront droit ,
felen l'efprit & l'intention de cet acte.
Art. LVIII. Il eft ordonné par cet acte , que
toute perfonne qui auroit pu ci- devant être nom.
mée à aucun emploi dans l'Inde , par le feul
choix des Directeurs de la Compagnie , feroit
inhabile à être appointée de nouveau à aucun
emploi , de quelle nature qu'il foit , après s'être
abfentée de l'Inde , & avoir réfidé en Europe
pendant l'espace de cinq ans à moins qu'elle
ne prouvât , à la fatisfaction des Directeurs &
des Commiffaires prépofés pour gouverner conjointement
avec eux , que cette réfidence en Eu- ,
rope a été occafionnée par le mauvais état de fa
fanté dérogeant à cet égard à tous ufages &
loix à ce contraires .
>
» Pourvu toutefois que la claufe qui précede ,
ne s'étende pas fur les perfonnes qui auroient
£ s.
( 130 )
» été choifies par la Cour des Dire&eurs , avec
le confentement de l'Affemblée générale des
» Propriétaires » .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
ETATS - UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 10 Août.
On doit préfenter à la premierè affemblée
de la Société Philofophique américaine n
jeu de la nature bien extraordinaire , & qui appartient
à un François , nommé M. de Valois ,
arrivé dernierement de S. Domingue . C'eft
un enfant negre , parfaitement noir , mais trèsblanc
dans diverfes parties du corps , tacheté
en quelques autres endroits comme un Lécpard
, & portant des marques curieufes qui
reffemblent à des conftellations. Il y a auffi
un enfant mulâtre , blanc en quelques erdroits
, & tacheté ailleurs .
Dans cinquante , dans cent ans d'ici , on
pourra peut-être favoir quelque choſe de vrai
fur les véritables caufes , fur la légitimité , fur
l'utilité de la derniere révolution d'Amérique.
En écrire l'hiftoire , lorfqu'à peine les événemens
font écoulés , & sûrement bien étrangement
défigurés par les récits des parties intéreffées
, n'eft pas un projet d'Ecrivain judicieux .
Cependanton nous promet bientôt cette compilation
.
Sur le rapport du Comité chargé d'examiner la
requête du Docteur Gordon , dans laquelle il
repréfentoit que le defir de déployer fon amour
pour la liberté lui ayant fait raffembler à grands
frais des matériaux propres à compofer l'hiftoire
( 131 )
3
de la révolution , il fupplioit le Congrès de lui
donner , fous certaines reftrictions , accès des
documens & des dépôts confervés dans les archives
du Congrès , & particuliérement des papiers du
dernier Commandant en chef des forces américaines.
Arrêté Que le Secrétaire du Congrès communiquera
au Docteur Gordon tous les papiers ou
recueils qu'il defirera , excepté les inftructions
des Miniftres des Etats Unis en pays étrangers,
les correfpondances de ces mêmes Miniftres ou
d'autres Miniftres étrangers , & en général tous
actes ou papiers regardés jufqu'ici comme fecrets.
Le Congrès connoiffant la prudence du dernier
Commandant en chef , ne s'oppofe en aucune
façon à ce qu'il communique au Docteur Gordon
tels papiers qu'il jugera pouvoir être actuellement
foumis aux yeux du Public.
Le Marquis de la Fayette, Major Général,
eft arrivé ici le 9 de ce mois dans l'après midi .
Un certain nombre de fes anciens camarades,
Officiers de l'armée américaine , & ceux de la
milice allerent au - devant de lui à dix milles
de cette ville ; ils l'accompagnerent chez le
Préfident , & de- là à la taverne de la ville . On
fe rappella avec plaifir , dans la Société qui fe
trouvoit réunie , les différentes actions où l'on
s'étoit trouvé. Les cloches ont fonné depuis
l'entrée du Marquis dans la ville , jufqu'à dix
heures du foir. Il y avoit un concours infini
de monde dans les rues , aux portes & aux
enêtres pour le voir , & l'air retentiffoit
de cris de joie par tout où il paffa.
Hier (11 ) un Comité des Officiers de l'arf
6
( 132 )
mée réformée de Penfylvanie lui a préſenté
une adreffe de compliment , à laquelle il a répondu
ainfi qu'il fuit.
Meffieurs , mes fouhaits les plus ardens font
remplis , puifque j'ai le bonheur de me voir
réuni en ce jour avec mes chers freres les Offciers
. Je m'eftime tellement heureux , & je fuis
fi vivement pénétré , & de l'accueil gracieux qu'i
daignent me faire , & de leur adreffe fi touchante
que les expreflions me manquent pour leur faire
connoître toute l'étendue de ma jote & de ma
félicité. Mais , MM. mon coeur vous éft ouvert
depuis long - temps , & vous devez juger par le
gage que je reçois en ce moment de votre eftime
>
de votre amitié quels doivent être les fentimens
de mon affction & de ma reconnoiffance .
Ce fera déformais la gloire & le bonheur de ma
vie d'avoir été avec vous un des premiers défenfeurs
de la Liberté Américaine . Mais tandis qu'à
certe époque glorieufe où vous êtes arrivés , je
me félicite avec vous d'avoir partagé vos miferes
dans ces temps orageux qui défoloient l'Amérique
, je dois auffi vous offrir mes remercimens
pour les obligations particulieres que je vous ai ,
lefquelles , foit comme Officier - Commandant en
Virginie , foit comme frere, Soldar , & ami zélé
m'attachent pour toujours aux Officiers de l'armée
de Penfylvanie.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Octobre.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Nifors
Ordre de Citeaux , diocefe de Comminges ,
fAbbé de Laftic , Vicaire général de Rieux ;
à celle de Loc Dieu , même Ordre , diocefe
de Rhodès , l'Abbé de Melfort , Vicaire gé
133 )
néral du même diocefe ; à celle de Monfort,
Ordre de Saint- Benoît , diocefe du Mans ,,
la Dame le Paulmier de la Livardiere , Religieufe
profeffe de la même Abbaye , fur la
nomination & préfentation de Monfieur ,
Frere de Sa Majefté , en vertu de fon apanage.
Le Marquis de Sainte Croix , Miniftre
plénipotentiaire du Roi près le Prince-
Evêque de Liége , qui eft de retour en cette
Cour , a eu l'honneur , à fon arrivée ici ,
d'être préfenté à Sa Majefté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeil royal des
finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le 27 du mois dernier , le fieur du Perron , des
Académies royales de Rouen & de Caen , & la
dame yeuve Pallouis , Artifte Lyonnoife , En-.
trepreneurs de la Fabrique royale de la foie vraie
galette de France , & des étoffes de Paris , ont eu
T'honneur de préfemer à Leurs Majeftés & à la
Famille royale , une étoffe dont le fond , la texe
ture & la couleur font trois chofes nouvelles &
de leur invention ; 1º . le fond ou la matiere
premiere de l'étoffe , eft la foie vraie galette de
France , dont ils ont feuls le procédé de la fabrication
, & qui a été filée dans la plus grande perfection
par les femmes pauvres de Compiégre ,
Roval lieu , & c . 2° . la fórine ou tiffu de l'étoffe
eft la prunelle en foie qu'ils ont fabriquée les
premiers , & qu'ils continuent de faire fabriquer,
dans leurs ateliers à l'hôtel des Arts , grande
rue du fauxbourg Saint - Martin ; . la couleur
eft la fleur de grenade ou l'ancienne écarlate du
feu fieur Gobelin , dont ils viennent de décou(
134 )
vrir le procédé fur la foie , & dont le fecret a
échappé aux recherches des plus habiles Chimiftes
de l'Europe.
Le Maréchal Duc de Mouchy , de retour de
fon Commandement de Guyenne , a eu l'honneur
, le 2 de ce mois , de faire fa révérence à
Leurs Majeftés & à la Famille royale..
Le 3 , Leurs Majeftés & la Famille royale ont
figné le contrat de mariage du Vicomte de la
Luzerne , Capitaine réformé de Dragons dans le
régiment de la Rochefoucault , avec demoiſelle
de Montmorin de Saint - Hérem .
'DE PARIS, le 11 Octobre.
Le Magnétifme & les Ballons avoient fait
diverfion quelque temps à un autre objet de
curiofité furnaturelle , que MM . de la Lande
& de Morveau ont réduit à fa jufte valeur ;
cet objet eft le fourcier Bleton , qui revient
aujourd'hui fur la fcene , avec divers prodiges
opérés incognito . Selon fes admirateurs ,
il a fait trouver de l'eau par-tout , chez M.
le Duc de Villequier , chez M. d'Harvelay ;
plus de 40 châteaux ont vu des fleuves
d'eaux rouler fur leurs potagers arides. On
pouvoit mettre dix mille , au lieu de 40 ;
car en cela , comme en tant d'autres chofes ,
il n'y a que le premier pas qui coûte .
L'académie de Touloufe avoit proposé , pour
le fujer du Prix double de 1784 , d'aligner les
effets de l'air & des fluides aériformes , introduits
ou produits dans le corps humain , relativement à
L'économie animale. Elle propofe encore le même
fujet pour le prix de 1787 , qui fera de cent piftoles
.
L'infériorité des poteries qui fe font à Tou7135
loufe , & les atteintes lentes , fourdes , peu ap
parentes , mais d'autant plus dangereufes , dont
le vernis de plomb qui les recouvre affecte l'économie
animale , ont déterminé l'Académie à
s'occuper d'un objet auffi important. Elle propofe
en conféquence , pour le prix ordinaire de
la même année 1787 , qui fera de so livres ,
1°. D'indiquer dans les environs de Toulouse &
dans l'étendue de deux ou trois lieues à la ronde
une terre propre à fabriquer une Poterie légere
& peu coûteufe , qui refifte au feu , qui puiſſe
Servir aux divers befoins de la cuifine & du ménage,
& aux opérations de l'Orfevrerie & de la
Chimie.
2°. De propofer un vernis fimple pour recouvrir
la Poterie deftinée aux usages domestiques , fans nul
danger pour la fanté.
Le fecond fujer propofé pour l'année 1783 ,
étoit de déterminer les moyens les plus avantageux
de conduire dans la ville de Toulouse une quantité
d'eau fuffifante , fait des fources éparfes dans le
territoire de cette ville , foit du fleuve qui baigne
fes murs, pour fournir en tout tems , dans les
différens quartiers , aux befoins domestiques , aux incendies
& d l'arrofement des rues , des places , des
quais & des promenades.
9
Les vues de la Compagnie n'ayant pas été
remplies , elle le propofe de nouveau pour
l'année 1785 , en avertiffant les Auteurs qui
voudront concourir ; que les Ouvrages pour
ce Prix devront être remis par tout le mois de
Janvier de l'année 1785 , & que le terme eft de
rigueur.
L'Adminiftration municipale de cette Ville ,
pénétrée de l'importance de ce dernier fujet , &
du peu de proportion qui fe trouve entre les travaux
qu'il exige , & une fomme de mille livres
( 138 )
que l'Académie peut affigner pour ce Prix ,
délibéré d'y ajouter cent louis ; de maniere que
le Prix total fera de trois mille 400 livres .
L'Académie propofe pour le fujet du Prix
qu'elle diftribuera en 1786 , de déterminer les
moyens de conferuire un pont de charpente de 24
pieds de voie , & d'un feul jet , c'est - à- dire , Jans
piles , fur une riviere de 450 pieds de largeur , dont
les rives font fupérieures d'environ 2spieds au niveau
des eaux ordinaires .
Quant au Prix de 1785 , qui fera de 500 liv. ,
l'Académie annonça en 1782 qu'elle propofoit
d'expofer les principales révolutions que le Com
merce de Touloufe a elluyées . & les moyens dé
Panimer , de l'étendre & de détruire les obftacles
foit moraux , foit phyfiques , s'il en eft , qui s'oppofent
à fon activité & à fes progrès.
Les Auteurs adrefferont leurs Ouvrages á
M. Caftilhon , Avocat , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , ou le lui feront remettre par quelque
perfonne domiciliée à Touloufe.
On connoît l'appareil avec lequel fe fait
en public , fur la place S. Marc , la Thériaque
de Venife. Cette folemnité ayant auf
lieu ici depuis long temps , vient de fe res
nouveller dans la grande Salle du College
de Pharmacie.
Là s'eft faire l'ouverture de l'expofition pu
blique des fubftances qui entrent dans la theriaque,
M. Duhaunte , Profeffeur de Pharmacie
aux Ecoles de Médecine , M. Laborie , Membre
du College de Pharmacie , prononcerent chacun
un Difcours relatif à la circonflance ; & M. Taxil,
l'un des Prevofts , fit la démonftration hiftorique
des nombreux affemblages des fubftances que
préfente cette expofition . Pendant 15 jours qu'elle
( 137 )
a duré , pareilles démonftrations ont continué
d'être faites deux fois par jour , par différents
Maîtres. Le jeudi , 30 Sep embre , MM . les Magiflrats
& MM . les Députés de la Faculté de
Médecine , fe font rendus de nouveau au College
, pour affifter à la pefée des fubftances , à
l'effet de procéder enfuite á la confection de la
poudre de la thérique ; quand elle fera faite ,
une troifieme féance le tiendra pour le mélange
général ; dont la ferimentation , entretenue pendant
deux ans achevera la thériaque , en donnant
aux differentes parties de ce comolé l'elaboration
& l'enfemble dont il tient fes grandes
proprietés.
>
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 11 Octobre..
M. de Martfeld , Général Major d'Artillerie
au fervice de Hollande , eft allé à
Maftricht à la fin du mois dernier , pour
infpecter les deux Compagnies d'Artillerie ,
qui y font en garnifon , & préfider à leurs
manoeuvres. On a formé un Polygone près
de la porte de Bois-le-Duc , pour y exercer
les canonniers.
Le 20 du mois dernier , un Officier apporta
l'ordre à la garnifon de Breda , de fe
procurer dans l'espace des femaines les
tentes néceffaires pour une campagne.
Comme on l'avoit prévu , la méfintelligence
s'eft gliffée entre la Régence de Rotterdam
& les Commiffaires des Etats. On
n'eft d'accord fur rien ; la Régence prétend
au droit exclufif de faire des Enquêtes ; les
Commiflaires veulent y participer , & ca
( 138 )
débat de compétence eft ajouté aux autres
divifions .
La province de Zélande a confirmé la réfolution
des Etats de Hollande , concernant
M. le Duc de Brunswick . Le difpofitif de
cet Arrêté , eft conçu du moins , avec les
ménagemeus de l'honnêteté : les Etats de
Zélande ne prétendent point attenter en rien
à l'honneur & à la bonne réputation du Seigneur
Duc. Ils concluent.
Que néanmoins , fi ledit Seigneur Duc fe rend
avant la fin de cette année 1784 hors des Provinces-
Unies & territoire dudit Etat , & s'en tient à
l'avenir éloigné , fans , par confeils ofou effets
>
caufer le moindre dé- fervice audit Etat , & s'il
remez en fus entre les mains d'une Commiffion à
nommer à cet effet par LL. HH . PP. tous les
Papiers Chartres & Documens concernant la
Régence , les Finances & fortifications de cette
République , avec ferment de n'en réserver aucuns
, LL. NN. PP. font prêtes à concourir avec
les autres Confédérés à lui affigner un traitement
convenable à fa haute naiffance & à fon rang.
Dans le rapport des Bourgmestres d'Utrecht
, fur l'acte de Confultation entre le
Stathouder & le Duc , ces Magiftrats opinent
à rejetter la demande de l'Accufé d'être
entendu , parce que cela ne ferviroit qu'à
faire trainer l'affaire en longueur, par les chicanes
de la pratique.
Ces jours derniers , M. de Thulémeyer ,
Envoié de Pruffe , a eu avec quelques membres
de l'Adminiftration , une nouvelle conférence
dont l'objet n'eft pas encore connu.
Une lettre de Paris contient les détails du
( 139 )
fupplice de deux jeunes gens exécutés la femaine
derniere . L'un & l'autre , effentiellement
vicieux , avoient été enfermés à l'Ab- .
baye Saint Germain , d'où ils tenterent de
s'échapper à force ouverte. Emprifonnés enfuite
à la Conciergerie, ils fe procurerent des
armes , aflaflinerent l'un des Guichetiers ,
en blefferent un autre prefque mortellement,
& furent condamnés par le Bailliage du
Palais , ainfi qu'un de leurs complices , à
être rompus vits. ,
La Chambre des Vacations , dit cette lettre ,
ayant confirméla fentence du Bailliage , les trois
révoltés furent exécutés merdi dernier. La nature
de leur crime , le fupplice terrible qu'ils fubirent
, l'état , la jeuneffe de ces malheureux , tout
a rendu leurs derniers momens intéreſlans , &
pendant trois jours ils ont feuls occupé le Pu
blic. Defaignes , le principal acteur du complot ,
ne fubit point la queftion à laquelle il fut condamné
, parce que la veille il nomma la perfonne
qui lui avoit apporté les armes . Le complice
foldat fut exécuté le premier ; il mourut avec
affez de réfignation. Les deux autres étoient
pendant ce temps à l'Hôtel de Ville , où ils
étoient montés en arrivant fur la Greve. On
leur confronta un autre foldar qui avoit bien été
du complot , mais qui ne prit aucune part à fon
exécution. On fit venir auffi la fille qui avoit
fourni les armes : Defaignes perfifta à la nommer ,
& s'en tint à fa premiere déclaration. Son camarade
, appellé de Forges , jeune homme de 22 ans ,
paroiffant fort bien élevé , parlant avec facilité
& bien , d'une très belle figure , ayant cinq pieds
9 à 10 pouces , & fait au tour , montroit plus de
-
( 140 )
,
courage & de fermeté que Defagnes ; il ne s'exhala
point en plainte contre la rigueur des Jagess.
mais il fit venir fa maîtreffe. La pauvre malheureufe
fe trouva mal en entrant dans la Chumbre
criminelle ; de Forges la rafura , & lui dit
qu'il ne l'appelloit que pour la voir encore une
fois avant de mourir , il ajouta qu'il lui avoit
deftiné une bague de diamant , pour qu'elle la
portât comme une foible marque de fon attathe
ment &de fon fouvenir ; il pariu de cette maniereà
La maitreffe pendant long- temps , au point que le
Confeffeur & le Juge lui- même furent obligés de
lui rappeller que ce n'étoit point le moment de
s'occuper de femblables attachemens . Il étoit
alors 6 heures , & il y en avoit plus de deux que
ces jeunes gens étoient dans la Chambre criminelle.
Allons donc , puifqu'il le faut , dit alors
de Forges , en s'acheminant au fupplice . Sa contenance
étoit affurée , & il fembloit plutôt confoler
ceux qui l'entouroient , que d'en recevois
lai même des confolations. Il continua de marcher
avec la même fermeté , & il monta fort
leftement fur l'échafaut , regardant tout le monde
avec affurance. Après plufieurs fanfaronnades,
que quelques gens ont appellé de la Philofophie,
il foufirit fon fupplice avec affez de courage.
Defaignes parut demi - heure après , & montra
moins de fermeté.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 )
PARLEMENT DE PARIS. TOURNELLE CRIMI
NELLE .
Accufation d'ufure.
Nous avons indiqué , à la page 30 du tom 18
de la Gazette des Tribunaux , une Confultation
(1 On foulerit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de 15 liv , par an , chez M. Mars , Avocat, rue
& Hôtel de Serpente,
( 141 )
de M. BOSQUILLON , fouferite de MM. Dutert
Emalleville, Clemen , Dandafne , Vermeil , Martineau
, Blondel , Treitkond Coquebert , Fournel &
Thilorier , pour le fieur Winnelier d'Annet , contre
Lefranc , Ecuyer , Valer chambre du Roi .
Il s'agilloit dans cette afire , ainfi que nous
l'avons obfervé , d'une accretion d'ufore , que
le fieur Pannelier avoit intente , au Châtelet ,
contre le fieur Lefranc ; laquelle avoit donné lieu
à un décret d'affigné pour dire oui , lancé contre
ce dernier . Un Arrêt de la Cour vient de le
juſtifier pleinemem : en voici la difpofitif.
NOTREDITE COur reçoit la Partie de Bofquillon
, le fieur Pannelier (&Annol ) oppofante à
l'exécution de l'Arrét par défaur ; failant droit
fur l'appel de la Partie de Hardouin ( le fieur
Lefranc met l'appellation & ce dont et appel
au néant : émendant , évoquant le principal , &
y failant droit , décharge ladite Partie de Hardouin
des plaintes & accufations contre elle intontées
à la requête de ceile de Bofquillon ; fait
défenfes à ladite Partie de Boquillon de plus à
l'avenir en intenter de pareilles ; la condamne
en trois cens livres de dommages & intérêts envers
celle de Hardouin , appliquables , de fon
confentement , au pain des prifonniers de la
Conciergerie du Palais ; laquelle fera remife à
Defpeignes , receveur charitable defdités prifom ;
condamne ladite partie de Bofquillon en tous les
dépens des caufes principales d'appel & demandes
envers celle de Hardouin ; ordonne que le préfent
Arrêt fera imprimé au nombre de deux cens
exemplaires , & affiché au nombre de quatorze ;
favoir , dix en cette ville , & quatre en celle de
Verfailles le tout aux fraix & dépens de la
Partie de Bofquillon . Sur le furplus des demandes
refpectives des Parties , les met hors de Cour.....
( 142 )
Fait & donné en notredite Cour de Parlement ,
le onzieme jour d'Août 1784.
PARLEMENT DE BRETAGNE.
·Grand'Chambre.
Négociant en faillite , condamné depuis dix années
comme banqueroutier frauduleux , par jugement
de contumace , exécuté en effigie , envoyé hors
d'accufation.
Le fieur François Chancerel du Coudray , cidevant
négociant à Nantes , eft cet infortuné citoyen
, trop effrayé de l'état de fes affaires ; il
s'étoit dérobé par la fuire aux contraintes prochaines
que lui annonçoit le terme de fes engagemens.
Condamné fous les plus légeres apparences
, comme banqueroutier frauduleux , on a
fini par lui trouver plus de biens & de reffources
que de dettes ; il vient enfin de réuffir contradictoirement
avec le Miniftere public , à faire
infirmer les fentences & décrets lancés contre
lui , & toute la procédure qui l'a fait gémir fi
leng-temps ; & à fe faire pleinement décharger
des condamnations intervenues , & des acculation's
intentées contre lui . C'eft avec une vraie
fatisfaction que nous publions l'arrêt qui vient
de lui rendre fon êtat civil , fa patrie , fa famille
& fa liberté . A la tête d'une fortune
confidérable de fon chef & de celui de fa femme,
il n'étoit plus négociant depuis 1768 , qu'à
raiſon d'une ſociété , dont il laiffoit toute la conduite
à fon aſſocié , pour fe livrer fans réſerve à
des péculations difpendieufes , tournées vers
des acquifitions , des défrichemens , des améliorations
& embelliflemens de terres. Quatre terres
en Bretagne dont une , & la moitié d'une autre
étoient acquiles à fonds perdu , dévoroient fon
aifance ; les biens d'Amérique , augmentés auffi
par des acquifitions femblables , lui coûtoient
( 143 )
---
18000 liv . de rente viagere. Pour foutenir tant
de clrarges & de dépenfes , il fit des emprunts
multiplies , qui fe groffiffant par des intérêts réunis
en capital , formerent bientôt une maffe
confidérable . Les revenus de fes habitations tarderent
à fe réalifer , & l'échéance prochaine de
nombre de billets exigibles par corps , jetta l'épouvante
dans l'ame du fieur Chancerel , qui fe
trouvoit fans moyens , pour fatisfaire dans le
moment fes créanciers Il s'abandonna à ſes
allarmes , & difparut le 23 Mars 1772 , n'emportant
avec lui que fes hardes & les fecours néceffaires
pour fa fubfiftance & fes frais de route.
-Les regiftres de la fociété , les fonds de caiffe
tenus par l'affocié du fieur Chancerel , fe font
trouvés parfaitement en regle ; lui-même avoit
laiflé avec fidélité tous les papiers , tous fes
effets , & fes titres de propriété. Cependant une .
partie de les créanciers , qui d'abord avoient
tous pris la voie civile , s'éleve & prétend le
transformer en banqueroutier frauduleux ; pour
premiere plainte on dit que l'abfent n'a pas dépolé
avec ion état fes livres & papiers : on ajoute
que l'accufé ne les a pas tenus en bon ordre,
D'autres plaintes ont fuivi ; & pour ranimer l'accufation
expirante , on fubftitua aux imputations
détruites , une imputation plus grave. On
conjectura que l'abfent avoit remonté de date
une note au pied de fon contrat de mariage ,
afin de fuppofer à fa femme un crédit hypothécaire
de 86000 liv. Enfin les Juges de Nantes
le condamnerent à la plus rigourenfe des
peines afflictives & infamantes , qu'on puiffe
infliger à un banqueroutier frauduleux. Ce jagement
du 2 Septembre 1774 , fut incontinent
publié ; & exécuté par effigie. Dirigée par
de fages confeils , l'époufe du fieur Chancerel
--
( 144 )
n'a pas ceffé de travailler avec un zele & un
courage qui honorent l'humanité , à lui préparer
les moyens d'une juftification complette. H
feroit infini de rendre compte de toutes les pro--
cédures qu'elle a foutenues avec une égale conf
tance à Nantes à Rennes , à Paris ,
au Confeil
du Roi , & de cette multitude de Mémoires &.
de Confultations qu'elle n'a celé de publier pour
fauver l'honneur. & la fortune de fon mari & de
fes enfans , elle a commencé en 1781 à voir
réaliſer fes espéran.es. A cette époque il a
été reconnu , par une tranfaction , que fi d'un
côté les créanciers avoient eu une jufte caufe de
poursuivre , & d'aflurer leurs paiemens , de l'autre
le fieur Charcerel avoit été à plaindre de n'avoir
pas bien comp é avec lui -même , & d'avoir
trop compté pour les dépenfes d'agriculture , &
d'acquifition de terres , fur les rentrées toujours
incertaines de fes revenus d'Amérique . Au moyen
des conventions portées dans ce traité , qui laiffe
au débiteur plufieurs de fes biens , fur partie
defquels fon époufe pourra exercer les reprifes ,
le Geur Chancer eft déchargé de toutes les
-créances chirographaires , & toutes actions , inftances
& conteftations civiles & criminelles entre
les fieur & dame Chancerel & les créanciers du
mari , font déclarés , éteintes & terminées fars retour.
- Le Miniftere public étoit venu au fecours
de l'innocence reconnue : M.le Procureur :
Général s'étoit rendu appellant par appel fimp'e
, & non à minimâ , de la Sentence du 2 Sep-
-ptembre 1774 , du décret de prife - de- corps quil'avoit
précédée. Le fieur Chancerel , de re
tour dans le Royaume en 1778 , joignit la réclamation
à celle déja formée par le Miniſtere
public. Enfin rapport du procès , par M. Picquet
de Montreuil , le 17 Mars 1784 , qui met les
appellations , & ce dont a été appel au néant , &c.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 10 Septemb
L'Ufage des Gazettes , lecture inutile , de
venue indifpenfable à l'oifiveté des Européens
, étoit heureufement inconnu dans cet
Empire. Nous nous paffions fort bien de
ces rempliffages politiques fans politique , où
la vérité eft aufli maltraitée , qu'elle doit l'être
dans un recueil de bruits courans , où le
coup d'oeil jufte des événemens eft toujours
déguifé. Jufqu'ici les Hofpodars de Moldavie
& de Walaquie faifoient paffer à la Porte
les nouvelles de l'Europe;aucune Feuille pu
blique ne traverſoit les frontieres. Cependant
depuis quelque temps , il s'étoit introduit ici
- une Gazette en Grec moderne , compofée à
Vienne , lue par les Francs & par les Arméniens
de nos Provinces. Soit que le Gazetier
ait commis quelque indifcrétion , foit qu'on
ait vu des inconvéniens à la laiffer circuler ,
elle vient d'être interdite , ainfi que toutes
les feuilles publiques en langues étrangeres.
No. 43 , 23 Octobre 1784. g
( 146 )
Le Capitan Pacha eft attendu avec fa
flotte d'un jour à l'autre. On prétend que
cette expédition ' a fervi à foumettre les Mainottes
, & à lever les tributs de l'Archipel ,
deux opérations néanmoins complettement
ignorées jufqu'à ce jour.
On continue à citer des merveilles fur
J'éducation que reçoit notre armée. Il paroît
que la difcipline n'y eft pas encore bien affermie,
puifque le Topichi Bacha , ou Chef
des Canoniers vient d'être dépolé , pour
avoir négligé , pendant le dernier incendie ,
de maintenir la fubordination. Le Stambout
Effendi , ou Provéditeur Général a auffi
perdu fa place pour des négligences dans
J'approvifionnement de cette Capitale.
Le 24 Août il eft arrivé ici deux bâtimens
Vénitiens , frétés par le Commandant des vaiffeaux
Espagnols. Entr'autres marchandites ils
avoient 3000 quintaux de poudre à canon , pour
les magafias de cette Capitale .
Deux bâtimens Anglois ont également
apporté ici de la poudre , des mortiers & des
canons.
On a fait partir d'ici plufieurs détachemens de'
Canoniers pour les Places de frontieres , dans
lefquelles on a aufli envoyé des tranſports confidérables
de poudre à canon . On travaille
plus que jamais à mettre ces places en bon état
de défenfe , & à les pourvoir de toutes les manipions
de guerre néceffaires,
RUSSIE.
DE PETERSBOURG , le 21 Septembre.
Après une indifpofition qui avoit donné
( 147 )
des inquiétudes , l'Impératrice eft revenue
bien portante le 10 de Czarkozelo en cette
ville. Le Comte de Tchernichef eft mort
dans fon Gouvernement de Mofcou , où il
eft remplacé par le Comte Bruce , Aide- de-
Camp général de S. M. I. & Gouverneur de
Novogorod.
L'efcadre de la Méditerranée , commandée
par l'Amiral Tfchitgagof , eft de retour
à Cronstadt depuis quelques jours .
Le Comte de Woronzow , Préfident du
College du Commerce , eft auffi arrivé de la
Livonie oùil avoit éré envoyé à la tête d'une
Commiſſion pour y appaifer les troubles parmi
les payfans. Il a eu la fatisfaction de tranquillifer
les efprits , & de ramener dans cette
province le bon ordre & la tranquillité.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le 14 Octobre..
L'apparition de deux frégates Ruffes devant
les ports de Carlfcron & de Gottembourg
avoit donné lieu à des fpéculations
très hafardées. Ces frégates étoient deſtinées
à remplir les vues concertées entre les Cours
de Pétersbourg & de Stockolm , pour perfetionner
la connoiffance des parages de la
Baltique .
Le Roi de Suede ordonna , il y a quelque
temps , au fieur Klint , Major de fa Marine , d'aller
faire des obfervations aftronomiques & géographiques
fur les côtes orientales de la Baltique ;
la Cour de Ruffie chargea enfuite deux Frégaes
des obfervations qui reftoient à faire pour
1
1
g 2
( 148 )
achever un ouvrage suffi utile à tous les Naviga
teurs. Les deux Cours , prévenues fur l'objet de
ces Expéditions , fe font empreffées réciproque .
ment de faire donner à leurs Frégates , dans
leurs Ports refpectifs , toute l'affiſtance dont elles
pourroient avoir beſoin . C'eſt ce qui a été oblervé
fcrupuleufement des deux côtés , & en dernier
lieu , de la part du Commandent de Carlscrona ,
Jörfque la Frégate Ruffe , employée à lever la
Carte des côtes fe trouva obligée d'entrer dans
le Port pour s'y rafraîchir.
Il eft mort dans le Slefwick une perfonne
qui avoit fervi long- temps fur un vaiffeau,
en qualité de matelot. Après fon décès on
a reconnu fon fexe , c'étoit une femme. Elle
étoit mariée ; fa prétendue époufe eft arrivée
après l'enfeveliffement , & paroît n'avoir
jamais été dans le cas de s'appercevoir
de la fupercherie,
L'Auteur du Journal Allemand d'où ce fait
eft tiré , dit poffeder l'extrait des actes du procès
d'une femme qui avoit fervi trois Seigneurs
différens , en qualité de foldat , puis s'étoit mariée
avec une bourgeoile d'Halberstad. Longtemps
après la confécration du mariage , la fiancée
prit connoiffance du fexe de fon prétendu
mari : cette Pfeudonyme fut enfuite décapitée
Cen 1721 .
Un papier public s'énonce de la maniere
fuivante , relativement au Duché de Courlande
: il eft plus que probable , que le Duc
actuel de Courlande renoncera à fon Du-
: » ché , & que le Prince de Potemkin l'ob-
» tiendra. L'affaire fera décidée à la Diete de
Grodno.
(
149
149
)
Ainfi qu'on l'avoit prévu , un grand nombre
de Négocians Autrichiens font mécontens des
reglemens & tarifs de commerce ; ils fe propofent
des Rémontrances à S. M. I. où ils foutiendront
que les Fabriques du pays ne font pas .
encore en état de fournir affez de marchandifes
pour la confommation intérieure , & qu'elles ne
peuvent pas donner autant de crédit qu'il eft néceffaire
dans le commerce ; ce qui ruineroit
inévitablement beaucoup d'entr'eux
Le bled , écrit on de Varfovie , a bien
réuffi dans la Podolie & la Volhynie. La
moiffon n'eft pas entierement finie , une
grande quantité de cette denrée paffera fur
le Niefter & le Dnieper , en Ruffie & dans
ler Provinces Ottomanes.
Depuis quelques années il exifte en Bohème &
dans l'Autriche , des fabriques où l'on fait du
Cobalt artificiel. Il s'en trouve une à Glokniz
à environ dix milles de Vienne ; cette manufacture
reçoit de la Stirie les matieres pour cette
fabrication. On prétend que ce Cobalt eft le
produit de l'antimoine cobaltique , que la cou
leur eft plus belle que celle du Cobalt ordinaire
& qu'en le mêlant avec du Cobalt commun
celui- ci en devient meilleur.
DE VIENNE , le -99 Octobre.
L'Ordonnance fur les fépultures , eft en
fix paragraphes.
2
10. Le feul but dans l'enleveliffement des cadavres
étant de les abandonner à la diſſolution
naturelle des parties qui les compofent , ils feront
enveloppés dans un fimple drap , & fans had
bits. 2°. On peut les porter au tombeau dans une
bierre , qui ne doit point être enterrée avec eux,
3°. Chaque Paroiffe aura un certain nombre de
g 3
tes cercueils qu'elle fournira gratis : permis cea
pendant de fe fervir des cercueils de famille
4°. Tous les morts devront être portés hors des
endroits habités . Cependant , on pourra les con➡
duire à l'Eglife , pour faire fur eux les prieres
accoutumées , mais fans y être eufuite enfevelis.
5. Les convois funebres du même jour devront
être réunis , & les morts enterrés dans la même
tombe , de la profondeur de fix pieds & de la
largeur de quatre , en la rempliffant de chaux.
6°. Les monumens ne feront plus pofés fur les
tombes , mais fur la muraille des cimetieres.
Quelques Médecins à préjugés ont témoigné
des craintes fur ces nouvelles fépultures
, dont l'ufage de la chaux fuffit à détruire
l'infalubrité. Un decret de la Cour du
23 Août étend ce Réglement à la ville de
Prague.
Durant fon féjour dans cette Capitale de
la Bohême , l'Empereur en a vifité les établiffemens
publics. En examinant les prifons
, ce Monarque a déclaré qu'il ne falfoit
pas augmenter la mifere des malheu
reux , déja affez punis par la captivité , en
les retenant dans une prifon obfcure & malpropre
, & qu'on devoit fonger à conferver
la fanté de ces prifonniers , en rendant leurs
demeures plus fpacieufes. S. M. a auffi af
fifté aux Ecoles Normales , entr'autres à un
examen où elle eut la patience d'écouter les
moindres écoliers.
Un des quatre Surintendans Luthériens en
Hongrie , regardé comme une grande lumiere
par fes paroiffiens , envoya , l'année paffée , une
Lettre circulaire à tous les Eccléfiaftiques de
fon Diocèfe , pour leur marquer fon mécontens
( 151 )
tement de ce que quelques Prédicateurs s'apa
pliquoient à des fciences profanes , comme les
Mathématiques, la Phyfique ; l'Hiftoire naturelle.
aux dépens de la Logique & de la Métaphyfique...
S'ils regardent, difoit -il, comme une chofe
indifpenfable de fe procurer , par des amuſemens
algébriques , la faveur de leurs Seigneurs , ils ne
devroient cependant pas pouffer ces études f
loin , qu'elles leur fiffent négliger celles des Stese
Ecritures , de la Logique & de la Métaphyfique ;
il finiffoit par les avertir de fe tenir prêts à la
prochaine vifitation , à lui répondre fur toutes
Tes queftions qu'il leur propofera , & de Logique
& de Métaphyfique.
Dans toutes les Univerfités Autrichiennes
, il y aura
une Faculté
de Théologie
, à
l'ufage
des Proteftans
, vu qu'il
eft défendu
de fréquenter
les Univerfités
étrangeres
.
ya à Semlin une troupe de Comédiens qui
jouent des Piéces allemandes ; ils attirent nonfeulement
les Allemands & les Grecs , mais les
Turcs même s'y portent en foule , & paroiffent
prendre beaucoup de plaifir à ce divertiffement.
On parle de conftruire un théâtre plus vafte .
Semlin qui , il y a vingt ans , n'avoit pas 6 maifons
bien bâties , s'aggrandit de jour en jour
depuis qu'on cherche à y favorifer le commerce
; & cette ville va probablement s'élever au
rang des villes les plus floriffantes.
Point encore de nouvelles parfaitement
sûres de la route actuelle de l'Empereur : on
continue à dire qu'il s'arrêtera quelques jours
à Peft & à Bude.
Un Courier de Berlin eft arrivé ici . dernierement
avec des dépêches , fur le champ
expédiées à S. M. I.
£ 4
( 152 )
On a publié dans la Principauté de Tranfylvanie
un Décret de l'Empereur , qui permet aux
gens connus fous le nom de Bohemiens , de fe
racheter de la fervitude moyennant un florin &
de fe choifir des endroits pour s'y établir . Ceux
qui renonceront à la vie vagabonde & feront des
établiſſemens , recevront des encouragemens ,
& jouiront pendant 3 ans de l'exemption de touzes
les contributions .
Un Négociant Autrichien , qui eft actuellement
à Philadelphie , ayant écrit à fes correfpondans
, que les marchandifes des fabriques
Autrichiennes pourroient être vendues
avec avantage en Amérique , il s'eſt formé
une Compagnie qui veut entreprendre directement
ce commerce.
Le Prince de Colloredo , vice- Chancelier
de l'Empire , eft dangereufement malade.
DE FRANCFORT , le 14 Octobre.
Les émigrations des environs du Rhin ne
'difcontinuent point , foit pour les nouveaux
Etats de l'Empereur en Pologne & pour la
Hongrie , foit pour l'Amérique. Des Négocians
Allemands qui ont fait fortune dans
cette derniere contrée féduifent leurs compatriotes.
On obferve que ces émigrans appartiennent
tous à de petites principautés ou
feigneuries les inondations de l'hiver dernier
contribuent fans doute à cette expatriation
:mais il eft peu réfléchi de quitter l'une
des contrées les plus heureufes de l'Europe ,
pour un fort très -incertain . Peut - être la
crainte de perdre leurs fujets produira de
bons effets fur les Souverains de ces pays ,
( 153 )
dont quelques - uns gouvernent cependant
avec paternité.
-
Le P. Muska Jésuite , Provincial en Hongrie ,
eft mort dernierement. On a élu à fa place le
P. Paul Mako , connu par plufieurs ouvrages mathématiques
: c'eft un homme très actif & trèsfin.
Les Jéfuites font en Hongrie leurs démarches
prefque publiquement, Leur parti y eft
très confidérable , & beaucoup de gens qui leur
étoient contraires , les foutiennent en les voyant
s'accréditer. Un P. Jéfuite , député de Mohilow
voyage en Hongrie avec les pleins pouvoirs de
l'Archevêque de Mohilow , pour vifiter la Province
des Jéfuites . On dit que leur Général actuel
réfide à Turin . Ils font très nombreux à Mohilow.
On raconte que le fameux Lavater , connu
par fes querelles avec le favant & judicieux
Mofès Mendelhfon , & par un ouvrage
bizarre fur les Phyfionomies , fit un jour
le voyage de Strasbourg , pour y admirer le
Thaumaturge Caglioftro : l'enthoufiafte Zurickois
n'en put tirer que les mots fuivans :
Si vous êtes plus inftruit que moi , vous
» n'avez pas befoin de moi : fi je le fuis plus
» que vous , je n'ai pas befoin de vous .
Le lendemain matin , Lavater lui demanda
laconiquement en quoi confiftoient fes connoiffances
: la réponſe fut , in verbis , in herbis,
in lapidibus.
Dernierement un garçon barbier de Vefel ,
endetté de 14 écus , & ne fachant comment s'acquitter
, écrivit une lettre au Diable , & la dépoſa
dans fa chambre. Voici la teneur de la dépêche,
Moi , Chrétien Philippe-Joſeph Kreib , W
g S
( 154 )
fais ferment ici , que fi tu me procures de l'ara
" gent , je m'engage à toi pour 40 ans , ce que
j'attefle de mon fang. Velel , ce 15 Août 1784.
P. S. Si tu veux faire accord , marque - le moi
>> ci- deffous . » Le pere ayant trouvé la lettre , y
répondit par une vigoureufe batonade , qui a
dégoûté le fils de fes correfpondances.
On écrit de Vienne que les Secrétaires
de la- Chancellerie de guerre , emploient
fouvent la nuit pour les expéditions de ce
département , qu'on travaille avec activité
dans les arfenaux , & que le Duc Louis de
Brunſwick doit retourner au fervice de l'Empereur.
Le Comte de Hoya eft arrivé à Leipfick ,
le 29 Septembre , & en eft reparti le fendemain
pour Brunſwick.
L'Electeur de Treves a permis à deux Négocians
Proteftans d'établir à Coblentz une
maifon de commerce.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Octobre.
Quoique les papiers anti - miniftériels aient
annoncé des diffenfions dans le cabinet; quoiqu'ils
aient deviné que Lord Cambden avoit
refufé la place de Garde du fceau privé ,
offerte enfuite par M. Pitt au Comte Gower ,
par équivalent de celle de Préſident du Confeil
, qu'il eût remife au Lord Cambden :
quoiqu'enfin on ait allégué l'oppofition du
Chancelier à cet arrangement , ces romans
de l'efprit de parti n'ont aucune confiſtance .
Nous entendrons bien d'autres contes, pour
Kiss F
peu que le Miniftere actuel conferve encore
l'adminiftration .
Le Chevalier de Pollon , qui remplace ici
le Marquis de Cordon , en qualité d'Envoyé
extraordinaire du Roi de Sardaigne , a été
préfenté au Roi par le Secrétaire d'Erat du
département étranger, Le Chargé d'Affaires:
d'Espagne a auffi rendu vifite & préſenté
fes lettres de créance à S. M.
La nomination du Général Campbell au
commandement général de l'Inde , feroit
honneur certainement à la prudence & aur
zele des nouveaux Commiffaires des affaires
afiatiques . Cet eftimable Officier a réfidé
dans l'Inde très long- temps , & y a rempir
avec diftinction l'emploi d'Ingénieur en chef
du Bengale . Il eft par conféquent très-connu
dans cette partie du monde , dont il a profondément
étudié la fituation . Le voeu public
paroît le partager entre M. Campbell &
le Chevalier Guy Carleton , qui réunit les ta--
lens militaires , littéraires & commerciaux .
Quoiqu'on ait derniérement affirmé que le:
premier de ces Officiers avoit fixé le choix
de l'Adminiflration , il n'y a point encore de
Commandant en chef de nommé..
Les eaux de Tunbridge ont bien raffermi
la fanté de Lord Mansfield. Ce vénérable:
Magiftrat reprendra fes fonctions au banc
du Roi : il eft attendu le 16 de ce mois à fa
campagne de Can -Wood.
La publication de l'Edit qui crée une caiffe:
d'amortiffement en France , a fait fur le champ
& G
(~ 156 )
monter à 55 les 3 p. qui étoient à 54. Chacun
a conclu que , pour afferinir cette opération , il
étoit de l'intérêt de la France que la paix de
' Europe ne fût point troublée , & que , par
conféquent , le Cabinet de Verfailles feroit tous
fes efforts pour rétablir l'harmonie entre les deux
Puiflances du continent , prêtes à en venir aux
mainɛ.
Le Prince Evêque d'Ofnabruck ne viendra
plus à la Cour de Londres qu'en qualité de
voyageur ; dorénavant fa réſidence ſera fixée
à Hanovre , où il a le grade de Général & de
Seigneur de la Régence. On lui donne
40,000 liv. fterl, de revenu ( évaluation trop
foible ) avec lequel il foutient fon rang fans
contracter de dettes exemple qu'il feroit
bon de voir imiter par certains Gencilshommes
illuftres d'Angleterre.
On ne fait point encore fi le Miniftere s'oppofera
par la force à l'affemblée du congrès national
, convoqué á Dublin ; en attendant , les Volontaires
s'exercent . Ils rétabliffent des fonderies
de canons , & les villes choififfent leurs Délégués.
Le temps apprendra fi . l'on a agi avec
prudence en laiffant auffi long- temps fermenter
l'efprit de rébellion & d'indépendance chez un
peuple qui a toujours détefté le joug de l'Angleterre.
Les exportatious de l'Angleterre pour la
Ruffieaugmentent tous les jours. Cette Puiffance
fait des demandes confidérables de
cuivre , d'étain , de plomb & de draps. Les
foins que l'on donne à l'exploitation du curvre
dans le Flintshire ont étendu confidérablement
cette branche de commerce.
( 157 )
Tous les Ouvriers extraordinaires ont été de
puis peu renvoyés des Chantiers de Portsmouth
& de Plymouth , & l'on s'occupe actuellement
des réductions qui peuvent être faites dans les
Chantiers de Chatam , Wolwich , Sheerneff &
Deptford. La fituation des affaires du Royaume
exige que l'on s'occupe de tous les moyens d'économie
compatibles avec le bien - être & la sûreté
de la nation . Il y auroit cependant de la
folie à porter trop loin l'économie dans les affaires
maritimes. Ce n'est qu'en entretenant des
forces impofantes , que le commerce du Royaume
peut le foutenir.
Le 7 de ce mois , jour de fête pour les
Juifs , des enfans de cette nation s'étoient
raffemblés fur une place , où ils tiroient des
fufées , & s'amufoient très - innocemment :
leur joie fut interrompue par un Marchand
d'eau de-vie du voifinage , qui doit aux Juifs
fon établiſſement. N'ayant pu obliger ces
enfans , à force de menace , de ceffer leurs
amuſemens , il monta chez lui , & de fa fenêtre
, tira un coup d'efpingard au milieu de
cette multitude , & à l'inftant où 2000 Juifs .
alloient à la fynagogue. Deux des enfans ont
été b effés à mort , & trois autres très dangereufement
bleffés. L'affaflin' a été emprifonné.
Richard Ruffel , Juge de paix dans le Comté
de Surrey , vient de mourir célibataire , après
avoir tefté de la maniere fuivante . Entr'autres
legs , il laiffe 3000 liv. fterl . à l'Hôpital de la
Magdelaine , autant à celui des Inoculés , 3000
livres à celui des femmes en couche , 500 livres
fterlings à l'Hofpice de Surrey, 2000 liv. ferl.
( 158 )

pour un monument qu'on lui érigera dans PEglite
de S. Jean , au fauxbourg de Southvark
cent livres au Docteur Groſe , qui écrira ſon épitaphe
; tout le refte de fa fortune montant
16000 liv. fterl. à l'Afyle des jeunes Orphelins
de la paroiffé de Lambeth.-
On voit dans le Glocestershire , deux productions
végétales très - remarquables ; un
ormeau de 18 verges de circonférence , &
un chêne de la même groffeur : l'un & l'autre.
mériteroient d'être deffinés par de bons ob
fervateurs.
yag
9 Un Gentilhomme des Ifles Weſternes traverfé
dans une inclination , vendit fes biens , il
a deux ans , en tira 7000 liv . qu'il employa
charger deux bâtimens à Glafcow de toutes
fortes de provifions néceffaires pour bâtir un fort
& établir une colonie . Il s'embarqua pour la nouvelle
Zélande avec folxante vaffaux qui voulurent
partager la fortune . Son intention étoit dé
remonter la riviere à laquelle le Capitaine Cook a
donné le nom de nouvelle Tamife , & d'y chercher
un abri sûr pour y mettre les navires à
couvert . Il a embarqué avec lui une grande quantité
de bétail , & des femences de toute espece..
Cet entreprenant voyageur étant d'un caractere
auffi doux , qu'il eft prudent dans fa conduite ,
il n'eft pas douteux qu'il ne fe concilie l'affection
des naturels du pays , par les fervices qu'il
fera en fon pouvoir de leur rendre : s'il parve
noit à réuffit dans fon projet , il deviendroit ,
avant peu d'années , le chef fouverain de ce féjour.
Si , contre toute apparence , il échouoit
dans cette tentative i emporte les matériaux
néceffaires pour conftruire des bâtimens pour
fon retour, La pauvreté des Zélandois provient
( 159 )
de leur ignorance de l'agriculture ; mais lorf
que le chef de cette nouvelle colonie aura pu
faire dans leur langage affez de progrès pour fe
faire entendre , il lui fera aifé de leur faire fentir
l'utilité qu'ils retirercient en s'adonnant à des travaux
dont le résultat leur procureroit des jouiffances
qui leur font abfolument inconnues. II.
leur donnera l'exemple du travail , & les initiera
par degré dans les arts européens , ayant ,
parmi ceux qui l'ent fuivi , des gens de toutes
fortes de métiers. Un de fes amis , qui eft dans
de fervice maritime , lui a promis d'aller lui rendre
, dans trois ou quatre ans ? une vifite dans
fa nouvelle colonie , & de s'y fixer , s'il appercevoit
que l'établiffement prît une forme ftable .
L'intention de ce nouveau fondateur eft d'épouſer
une fille du pays , pour s'attacher davantage
l'affection de ces peuples , & pour leur prouver
la droiture de fes intentions , en s'établiſſant
parmi eux..
L'on préfente comme très - authentique le
tableau fuivant des forces militaires de la
Hollande tableau auquel la circonftance
donne un nouvel intérêt .
Chaque Province entretient un auffi grand
nombre de troupes que fes facultés le lui per- ,
mettent ; mais les Régimens Suiffes font foldés
par les Etats - Généraux . Les forces de terre , en
temps de paix , y compris les différentes garnifons
, excèdent rarement 40,000 hommes , &
fouvent elles ne montent pas à ce nombre . Ordinairement
la République , quand elle eft en guer.
re , emprunte des troupes à différens Princes Allemands
, mais elle ne les entretient que pendant
la guerre. Le commandement des troupes eft
remis , par la nature de la conftitution , à la pet(
160 )
fonne du Stathouder , mais la puiffance exécu
trice eft généralement confiée á un Feldt - Maréchal
Général. Les Fortereffes de la République
font toujours en bon état. Aucune Nation ne peut
équipper une Efcadre plus formidable qu'elle.
Toujours elle a fes chantiers & fes magafins .
pourvus de charpentes & d'autres matériaux propres
à la conftruction ; & elle pofféde un nombre
infini de charpentiers & de marins . Sa marine
paroît être en affez mauvais état , par la longue
tranquillité dont elle a joui . La lenteur que met
ce peuple à commencer des hoftilités , a toujours
décrédité , aux yeux de fes ennemis , les talens
militaires. Il n'entreprend rien légerement , &
l'hiftoire prouve que quelquefois fa prudence a
été juftifiée par l'événement. Ce vice , fi c'en eft
un , eft amplement compenfé par la folidité &
par la prévoyance de fes mefures , & ceux de fes
ennemis qui ont pris cette prudence pour une
foibleffe , fe font enfuite repenti de leur témérité
.
Une lettre de Shrewsbury , du 2 de ce
mois , contient le détail que voici d'une fête
intéreffante .
Il y a quelques jours que Sir Richard Hill ,
Baronnet , a célébré, à fa Terre d'Haukftone ,
l'abondance des récoltes de cette année , d'une
maniere qui rappelle l'idée de l'hoſpitalité patriarchale
de nos ancêtres . De bonne heure
l'après midi , les domeftiques & tous les ouvriers
de la terre furent appellés pour affifter dans la
Chapelle au fervice divin , en actions de graces
de l'extrême abondance des récoltes des différentes
productions de la terre. Le Miniftre fit
chanter une partie du Picaume 65 , comme particuliérement
adapté au fujer. Après l'Office ,
tous les ouvriers , les moiffonneurs , laboureurs ,
( 161 )
&c. de Sir Richard , fe rendirent à une collation
qu'on leur avoit préparée . Elle confiftoit en 5
moutons , dont deux rotis tout entiers , plufieurs
quartiers de boeufs , une quantité de pâtés de
plumb- puddings , &c. &c. Cette petite fête champêtre
a été conduite avec tant de régularité que
la tempérance & Phofpitalité fe font trouvées
réunies , circonftance affez rare dans ces fortes
d'occafions.
Les convives , malgré leur nombre , fe conduifirent
avec toute la décence poffible , & fe
rendirent de bonne heure au lein de leurs familles
, fans la moindre apparence de défordre
ou d'excès. La Fête fe termina de leur part par
trois cris en l'honneur de leur Maître , auffi
aimable que généreux.
Dans les temps de fa profpérité , & avant
que les Employés de la Compagnie des
Indes l'euffent réduit à l'état de vagabond
dans fes propres Etats , le Grand - Mogol
changeoit fes Miniftres prefqu'auffi ſouvent
que S. M. régnante. Un Nabab qu'il avoit
nommé à l'un des départemens les plus importans
de l'Etat , pénétré de l'inconftance
ridicule qui régnoit dans toutes les mefures
de fon Souverain , en montant fur fon éléphant
aux portes de Dehti , pour commencer
fon miniftere , fe tourna la face vers la queue
de l'animal, Cette rifible pofition , fi peu
convenable à la dignité du perfonnage , excita
l'étonnement & la curiofité de la multitude.
L'un de fes favoris lui ayant demandé
la raison de cette conduite ; il lui répondit
féchement, qu'il cherchoit déjà à reconnoître
fon fucceffeur parmi les afliftans.
( 162 )
FRANCE.
DE PARIS , le 20 Octobre.
Le départ de M. le Comte d'Oëls , à ce
qu'on rapporte , eft fixé au 6 du mois prochain.
On a remis à l'Opera quelques ouvrages
defirés par ce Prince , tels que les
Danaides , Caftor & Pollux.
Les Etats de Provence ont remis à M. le
Bailli de Suffren la Médaille qu'ils lui avoient
décernée.
Ele préfente d'un côté le portrait de M. let
Bailli de Suffren avec ces mots : Pierre- André
de Suffren St. Tropez , Chevalier des Ordres du
Roi , Grand'Croix de l'Ordre de St. Jean- de-
Jérufalem , Vice - Amiral de France.
Au revers une couronne de lauriers fermée
avec les armes de la province , contenant cette
inſcription :
T Le Cap protégé.
Trinquemal pris ;
Goudelour
délivré ;
L'Inde défendue ;
Six combats glorieux .
Les Etats de Provence
ont décerné
cette médaille .
MD CC LXXXIV.
Notre âge , affurément , court de merveille
en merveille . L'ordre de la nature
femble dérangé exprès pour exercer l'éloquence
& le bel efprit des relateurs de ces.
prodiges. A peine les converfations fur les
Aeroftats & fur le Magnétifme , s'étoient rallenties
; que fans perdre de temps , un nouvel
objet vient de s'emparer de la Capitale.
Ce n'eft rien moins qu'un . monftre nou(
163 )
veau , qui occupe en ce moment la Cour &
la ville ; monftre trouvé dans l'Amérique
Efpagnole , & qui paroît de la même famille
que celui des environs de Mycènes
dont l'immortel Racine nous a laiffé la defcription.
Oui , trait pour trait , c'eft exactement
,
Un monftre furieux ,
Son front large eft armé de cornes menaçantes ,
Tout fon corps eft couvert d'écailles jauniffantes
Indomptable taureau , dragon impétueux ,
Sa croupe le recourbe en replis tortueux.
t
Voila le curieux animal , homme , aigle
lion , dont on voit circuler de toutes parts
la deſcription fuivante :
Ce monftre a été trouvé au royaume de Santafé
au Pérou dans la Province de Chily ; fur le
lac de Fagua qui eft dans les terres des Proper-
Voften : il en fortoit la nuit pour dévorer les
cochons ; les vaches & les taureaux des environs.
Sa longueur eft de 12 pieds , la face eft
peu près celle d'un homme, fa bouche eft auffi large.
que la face, elle eft garnie de dents de deux pouces.
de longueur , il a des cornes de 24 pouces de long ,
pareilles à celles d'un taureau ; fes cheveux , ou
plutôt fes crains , pendent juſqu'à terre , fes oreilles
ont quatre pouces , & reffemblent à celles d'un
âne , il a deux aîles comme celles d'une chauve
fouris ; les cuifes & les jambes ont 25 pouces de
long , & les ongles huit pouces. Il à deux queues ,
l'une très- flexible en anneau ; molle comme la
trompe d'un éléphant , & dont il fe fert pour
faifir la proie , l'autre dure & terminée en dard ,
lui fert à la tuer.
Tout fon corps est couvert d'écailles . Ce monfire
a été pris par une troupe d'hommes qui avoient
( 164 )
tendu des piéges dans lefquels il tomba ; il fut
environné de filets & conduit vivant au Vice-
Roi qui parvint à le nourrir avec un boeuf, vache
ou taureau par jour qu'on lui donne avec trois
ou quatre cochons dont il eft friand . Comme il
faudroit une trop grande quantité de bétail pour
de nourrir pendant la traverfèe qui eft de ou
6 mois , & peut- être plus longue pour paffer le
cap de Horn . Le Vice -Roi a déjà envoyé des
ordres fur toute la route par terre pour qu'on
ait l'attention de pourvoir aux befoins de ce
monftre , en le faifant marcher par étape juſqu'au
golphe de Honduras, d'où une frégate commandée
par M. de Galvez , le conduira à la Havane. Il
débarquera à Cadix , on le menera à petite
journée à la famille royale à Madrid ; on croit
que c'eft une harpie , efpece que l'on croyoit fabul:
ufe.
On a gravé cette production Américaine ,
& elle eft expo fée à la curiofité publique ( * ) .
Il exifte bien des variantes dans l'hiftoire de
fa faifie , de fon voyage , de fa friandife ,
& de fon naturel ; nous avons choifi la
defcription la plus unie. Les papiers Efpagnols
n'en font encore aucune mention ; ainfi
fon exiſtence n'eft rien moins que conſtatée.
Si , fans émouvoir la colere & l'intolérance
de ceux qui ne fouffrent aucuns doutes , il nous
eft permis d'en expofer quelques - uns , nous di
rons que les Relateurs ne font pas des Géographes
exacts. Le Chili n'eft point dans le Pérou ;
il n'y a point de Royaume de Santa - Fé , mais
une ville fur le Parara , & une Province de ce
nom dans le Royaume de Grenade . Nous obfer-
* Elle eft en vente chez Boutelou , Graveur , rue faire
Hyacinthe. Prix , a liv . 4 fols.
( 165 )
verons enfuite que le trajet par terre du Chili au
Honduras ef en ligne droite , de 8 à 900 lieues
au moins , & que les circuits & les montagnes
doublent au moins cette dimenfion . C'est une
affez jolie courfe pour le Montre & pour fes conducteurs
, à qui , fans doute , on avoit ménagé
des troupeaux de diftance en diſtance pour nour
rir l'animal. On nous a dejà fait tant de contes
de cette efpece , & on ſe joue avec tant de fuccès
de notre crédulité , qu'il eft prudent d'attendre
avant d'ajouter foi . Le monftre pourroit bien
n'être qu'un ferpent monftrueux , tels qu'on en
trouve fréquemment dans les parties inondées
de l'Amérique. Quoiqu'il en foit , il feroit trifte
pour les Poëtes , que les Hippogriphes , les Har
pies , les Sphinx, les Dragons , les Syrènes , &
la Chimère , fuffent des réalités .
W
La lettre fuivante , écrite de Canton , le
9 Février , à bord de l'Hippopotame , Cap.
Balguerie , nous a été communiquée par le
Particulier de Nantes , qui l'a reçue , & à
qui nous en témoignons notre reconnoif
fance.
Nous fommes grillés , barrés , cadenaffés dans
le petit efpace que nous occupons. Il y a visà-
vis des hangs ( maifons ) européens , des partes
qui font ouvertes le jour & fermées la nuit . A
l'entrée des deux rues qui aboutiffent à notre quai
font des efpeces de corps-de gardes.
Le commerce européen eft livré exclufivement
à une Compagnie , dite le Con - hang , compo
fée de dix Prévaricateurs , qui ont le droit de
nous voler , & qui en ufent avec une audace
dont il eft impoffible de vous donner d'idée .
Ils ont coupé la tête à une poule & ont juré
dans les Pagodes fur la tortue & les Pouffa de
me pas fe définir. Ceux qui manquent aux fta(
166 )
tuts de l'affociation font condamnés à des amendes
pécuniaires . Un Marchand qui n'eft pas de la
clique paya l'année derniere 6000 Taëls ( 45000
liv. ] pour avoir contrevenu aux ordres des Man-,
darins .
Il faut convenir que ce défordre provient en
partie du peu d'accord qui regne entre les Nations
européennes. Il leur eft dû par plufieurs
Banqueroutiers des fommes confidérables . Voici,
la conduite que les Anglois ont tenue en leur
particulier pour fe tirer d'affaire . Le Gouverneur
de Madraff envoya ici la frégate le Sea Horfe
demander le payement des créances britanniques .
Les Mandarins & les Marchands rirent comme,
à leur ordinaite . Cependant la ſaiſon ſuivante le
Sea-Horfe revint & M. Penton qui le comman
doit , parla en ces termes : » Un tel , tel , &c.
doivent tant. S'il ne peuvent pas payer , il faut
que ce foient les autres marchands ; ou bien
» les mandarins ; & à défaut , l'Empereur » . Ce
raiſonnement , accompagné de menaces , a produit
l'arrangement que voici . Il a été arrêté
que les Anglois feroient payés en dix ans à raifon
de fix cents milles taëls par an , & que pour
y parvenir on augmenteroit les marchandifes du
pays de 25 à 30 pour cent de façon que
toutes les Nations contribuent à faire rentrer les
créances angloifes & ne retirent rien des leurs.
Il eft auffi venu confécutivement depuis 3 ans
de petites frégates Angloifes , adreffées feulement
au Comité fecret de leur Nation . Leur deftination
particuliere dans ces mers ci a été expliquée
par le rapport qu'ont fait les habitans de
la côte orientale , d'avoir vu deux bâtimens occupés
fonder les approches de terre ; car on ne
peut douter que ce ne fuflent les mêmes , chargés
d'appuyer par ces obfervations préliminaires
( 169 )
Tes menaces que l'on faifoit à Canton . D'ailleurs ,
un troisieme de ces bâtimens , parti l'année derniere
de Macao , après y avoir fait un très-long
féjour , en dépit des Chinois , s'eft perdu fur
une Ifle dans l'Eft . [ les fuites de ce naufrage
de l'Antelope font rapportées ici , telles qu'elles fe
trouvent dans notre Journal du 2 de ce mois ].
Les Chinois avoient autrefois un grand éloignement
à quitter leur patrie. Aujourd'hui ils vienment
nous prier de les emmener ailleurs. L'année
derniere il en eft paffe beaucoup à l'Ile de France
, & il fe trouvoit parmi ces émigrans des
Agriculteurs , des Cordonniers , & autres ouvriers
, fans parler des matelots . Quelques uns
font revenus cette année & ont donné l'envie
à leurs compatriotes d'aller voir un pays où les
Mandarins ne leur prenoient point leur argent
& ne leur faifoient point donner la Houpade .
On ne peut en effet rien concevoir de plus.
abominable que les véxations des Mandarins. Le
Houpou [Intendant ] de Canton , vient pourtant
d'être difgracié . L'Empereur envoye aufli
un Ta- gine ( Grand Homme ) pour juger une
affaire relative au fel . On a cru d'abord qu'a
ce fujet le Tfong- ton [ Vice-Roi ] , le Fou
yenne [Gouverneur de la Ville ] & c . auroient
la tête tranchée , ainfi que le grand Mandarin
de fel de la Province , dont les concuffions
montent à 15000 taëls mais on prétend aujourd'hui
que le Grand Homme a accepté les
préfens du concuffionnaire ; conféquemment la
juftice eft faite.
:
Un Religieux , Prédicateur très connu ,
a été à Bordeaux l'un des plus ardens Miffionaires
de M. Mefmer. Cet Apoftolat lui
a attiré des contradictions & des épigram-.
mes. En prenant le parti de la retraite , il
( 168 )
s'eft adreffé en ces termes dans une lettre aux
habitans des bords de la Garonne.
Meffieurs , Je fuis venu prêcher l'Evangile au
milieu de vous . La fublime découverte du Magnétisme
animal m'a procuré le bonheur de vous être
utile dans un autre genre. Je voulois me borner
à la prédication , vous m'avez forcé à devenir
votre Médecia . Les fuccès les plus heureux ont
encouragé mon zele & augmenté vos defirs.
Seul poffeffeur dans votre ville du fecret de
la nature le plus important pour l'humanité
j'ai été tout à la fois l'objet des plus glorieux
empreffemens & des plus noires perfécutions. Je
m'y attendois ; & une fois ma détermination prife
de guérir publiquement vos malades , je me fuis
affermi contre les féductions de la flatterie , & les
terreurs de la contradiction .
L'évidence des vérités , dont je fuis le dépofitaire
, a fortifié ma confiance & nourri mon
intrépidité.
Les bienféances de mon état m'ont engagé,
dans la fuite à m'éloigner de la foule qui fe précipitoit
fur mes pas avec trop d'impétuofité. Je
me fuis retiré à la campagne , pour céder à des
impreffions refpectables . Je n'ai reparu de temps
en temps que pour donner les plus preffans fecours
à des malades dont je m'étois chargé.
Dès que j'ai fu que des Médecins , inftruits
par le Docteur Mefner , pouvoient me rempla
cer , j'ai voulu abandonner la Médecine de la nature
, pour reprendre les fonctions de mon état .
Des perfonnes diftinguées , que j'avois eu le bonheur
de retirer des portes de la mort, ont defiré que
je les accompagnaffe aux eaux de Bagneres; je n'ai
pu me refufer à leurs voeux .
Maintenant qu'une nouvelle Ecole de Phyfique
& de Médecine eft établie dans votre ville
conte nt
( 169 )
content d'y avoir contribué , je vais rentrer dans
la folitude , d'où le bien de l'humanité m'avoit fait
fortir pour un temps. Je voudrois y retourner
avec la douce fatisfaction , non - feulement de
vous avoir été utile , mais , s'il étoit poffible ,
agréable à tous.
Si quelqu'un croit avoir des raifons de fe plaindre
de moi , je fuis prêt à lui faire juftice , & à lui
prouver les nobles fentimens qu'il exigera. Je
n'ai pu répondre à tous les honneurs dont vous
m'avez comblé , je fuis affuré de votre indul
gence , fi vous faites attention aux circonftances
fingulieres qui n'ont environné . Je n'ai pas
été le maître de fuivre le penchant de mon coeur.
De tous les reproches qu'on m'a faits dans les
lettres anonymes , libelles & chanfons , je n'en
connois qu'un qui exige une répone .
La foif de l'or deshonore un Prêtre ; la Médecine
eft un Sacerdoce qui demande prefqu'autant
de défintéreſſement que celui des Autels . On
m'accufe d'avoir fait une fortune immenfe en
l'exerçant dans votre ville . Je puis , comme St.
Paul , vous prendre tous à témoin , que j'ai re--
fufé de la plupart un falaire honnête ; & fi quelqu'un
regrette la reconnoiffance dont il m'a honoré
, je fuis difpofé à lui rendre le prix qu'il
a daigné mettre à mes foins . Je n'ai accepté de récompenfe
que pour être en état de multiplier.
mes fecours , en me faifant tranfporter plus
promptement chez les malades , & pour fournir
aux befoins de ceux qui manqucient du néceflaire.
Lepu qui me refte fervira à cet ufage , fi on ne
le réclame pas dans la huitaine . Je rentrerai dans
mon cloître les mains pures & nettes , avec la fatisfaction
de vous avoir fait tout le bien qui étoit
en mon pouvoir . J'ai l'honneur d'être , avec le
plus profond reſpect , Meffieurs , votre très - hum-
N°. 43 , 23 Octobre 1784. h
( 170 )
ble & très obéiflant, terviteur , F. HERVIER , Bibliothécaire
des Grands Auguftins , à Paris ,
A Bordeaux , chez Mime la Préfidente de Ver
tam ont le 30 Septembre 1784 .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France , le 16 de ce mois ,
Lont : 67 , 42 , 1. 4, & $ 1.
PAYS- BAS.
4
DE BRUXELLES , le 18 Octobre.
Le démêlé entre l'Empereur & les Provinces
Unies au fujet de la liberté de l'Ef
caut , ayant malheureufement déja entraîné
des voies de fait , il importe de recueillir
toutes les pieces relatives à une auffi férieufe
difficulté .
Les intentions de S. M. I. abfolument
conformes à fes premieres déclarations
n'ont point changé depuis la réponſe de
LL. HH. PP . Celle de M. le Comte de Belgiojofo
, remife le 7 du mois dernier aux
Plénipotentiaires de la République , étant
reftée inconnue jufqu'ici , nous nous empreffons
de la faire connoître à nos lecteurs ,
dont elle peut guider le jugement & les
conjectures fur l'avenir.
Les arrangemens indiqués dans le mémoire
remis à Mrs. les plénipotentiaires de L. H. P. le
23 août , font manifeflement l'ouvrage de la modération
& du défintéreffement de S.. M. ainfi
que de fon affection pour la rép. Ils font fi évidemment
& à tous égards, à l'avantage de la rép.
qu'on devoit s'attendre que les Etats Généraux
fe feroient empreffés à faifir le moyen propofé
par la générofité de l'Empereur , & à ne confulter
que le mouvement julle & naturel de là
( 171 )
reconnoiffance . Mais au lieu de cela , ils ont
préféré de prendre , avec une précipitation qui¹
n'a point d'exemple , & qui eft inconciliable
d'ailleurs avec ce qui , dans toutes les occafions
a été dit de leur part , & par leurs miniftres ,
fur les formes de la conftitution de la rép. ,
une réfolution très - peu mefurée , & qui alléguant
vaguement , fans apparence de fondement
ou de réalité , que la sûreté & l'indépendance
de la rép. tiendront à l'art. 14 du traité du 30
janvier 1648 , affecte même des doutes inconcé
vables fur l'étendue de la déclaration que contient
le mémoire du 28 août relativement à ₫
navigation de l'Efcaut , & en parle comme d'un
objet dont il n'auroit feulement pas été fait
mention jufqu'ici . Cet objet ne pouvoit cepen .
dant pas être , & n'étoit_certainement pas nouveau
pour les Etats- Généraux : la réplique
délivrée le 10 août a défigné clairement le droit
& le fyftême de l'Empereur à cet égard , & ce
qu'elle porte là deflus , n'eft même que le ré.
fultat de ce que le plénipotentiaire de S. M. a
dit & témoigné à Mrs. les plénipotentiaires de
Ja rép. dans toutes les conférences & dans toutes
les occafions , même dès le principe de l'ouverture
de l'Efcaut , eft difpofée à donner des preuves
non équivoques du contraire. Ses fentimens pour
la conciliation l'ont portée à fubordonner les
intérêts & fes droits les plus certains & les plus
pofitifs , fur des objets de la plus grande importance
pour la république , à l'indépendance ,
à la confidération , & même à la convenance de
la république ; & ce n'eft certainement pas
dans le moment où l'Empereur faifoit des efforts
de générosité , en fe bornant à ce qui tient
à fa confidération & à fa dignité , que S. M.
pouvoit s'attendre à une oppofition , & beaucoup
h 2
( 172 )
moins à l'expreffion d'une équivoque fur la nature
de l'objet d'une déclaration qui porte clairement
& vifiblement fur une navigation entierement
& abfolument libre & ouverte fur l'E
caut dans tout fon cours ; & qui étoit d'ailleurs
d'autant moins fufceptible de doute apparent ,
ou moins raisonnable , que les Etats - Généraux
ne pouvoient pas de bonne foi fe diffimuler que
ce n'étoit qu'à une navigation prife dans le fens
que dellus , que S. M. pouvoit deftiner des facrifices
auffi confidérables , que ceux que fa
modération extrême lui a fuggérés . Cependant
puifque les E. G. ont cru pouvoir fuppofer &
articuler une interprétation différente auffi éloignée
de l'efprit de conciliation , que des égards
dûs à la dignité de l'Empereur , & même de
'ordre de la juftice ; vu d'un côté l'évidence
des droits de S. M. , & de l'autre les contraventions
& infractions multipliées & foutenues
de la rép. à nombre d'articles du même traité
du 30 Janvier 1648 , le plénipotentiaire de
' Empereur perfiftant dans la déclaration que con,
tient le mémoire du 23 août , croit devoir répéter
ici , que la condition relative à l'Escaut
& fous laquelle S. M. veut bien fe prêter aux
renonciations & arrangemens indiqués , porte fur
ane navigation entierement & abfolument libre
ouverte fur l'Escaut , dans tout fon cours ;
dans l'enfemble des circonftances S. M. , qui
fait ce qu'elle doit à fa dignité , & à la gloire
de fon règne , comme au bien de fes fujets , doit
s'attendre , que le raifon , la juftice , l'intérêt bienvu
de la rép . l'emporteront fur l'obftination des
vains préjugés , auxquels feuls on croit pouvoir
attribuer l'allégué du motif infubftant du falut
de la rép ,; & que L. H. P. ayant mieux pefé
& combiné l'ensemble , fe rendront acceffibles à
Ja conciliation , au bien être démontré de la

( 173 )
tep.; & que conduits par la prudence , comme
par la justice , elies agiront de manière à prévenir
tous les événemens qui pourroient réfuk
ter d'une oppofition deftituée de toute apparence
de fondement , & qui déceleroit un fiaême diamétralement
oppofé aux affurances d'égards &
aux difpofitions conciliatoires , prodiguées fi fouvent
de leur part : difpofitions , que de fon côté
S. M. , par des arrangemens indiqués dans le mémoire
du 23 août à réalisées d'avance avec un
défintéreffement qui ne peut manquer que de lui
attirer l'admiration de l'Europe.
Le plénipotentiaire de l'Empereur ne fait au
refte pas de difficulté de déclarer que moyennant
ce que porte le mémoire relativement à
la navigation de l'Efcaut & aux limites de la
Flandre on confentira volontiers du côté de
S. M. à faire rentrer le furplus des arrange
mens y mentionnés , dans les conférences ultérieures
de la préfente négociation . Fait à
Bruxelles le 7 Septembre 1784. ( figné ) Louis ,
Comte de Barbano de Belgiojofo.
La derniere Réponse des Etats Généraux
à ce Mémoire , expédiée à Bruxelles à la fin
de Septembre , porte que :
Les Etats ont feuls le droit de décider de
ce qui importe plus ou moins à leur confervation
& fécurité ; qu'en conféquence L. H. P.
efperent qu'on ne leur prendra pas en mauvaife
part , que s'en tenant aux lumieres & aux fentimens
de leurs ancêtres , elles regardent ain
qu'eux la fermeture de l'Efcaut , comme
des bafes fondamentales de l'indépendance & de
la sûreté de la rép. , & qu'ainfi elles font obligées
de perfifter dans leur refus conftant d'en
laiffer la navigation libre , ainfi , & non plus , qua
celle aux Indes demandée également par S. M.
une
h3
( 174 )
Imp. Enfin que d'après cette formelle déclaration
, L H. P. fe croient déchargées de tout
reproche d'aggreffion & d'hoftilités , s'il furvenoit
des fuites auxquelles elles n'ont en aucune
maniere donné lieu .
De toutes manieres , cette réponſe de
M. le Comte de Belgiojofo démentoit évidemment
les bruits contraires,hafardés dans le
Public, en faifant préfager, que Sa Majeſté
Impériale perfifteroit , comme elle l'a fait
dans une réfolutiou mûrement pefée , &
qu'après avoir de nouveau demandé à la
Hollande une réponſe prompte & décifive ,
on donneroit des ordres aux bâtimens Im
périaux de franchir le fleuve.
Deux couriers arrivés de Vienne à la
Haye le 4 de ce mois , l'un adreffé à M. le
Baron de Reifchac , Miniftre Impérial , &
l'autre à LL. HH. PP. de la part de leur
Envoié à Vienne , M. le Comte de Waffenaër
apporterent des dépêches , dont l'importance
a été indiquée par les événemens des jours
fuivans.
Ce qu'on fait de conftant jufqu'à cette
heure , c'eft qu'un navire Impérial , deſcendu
d'Anvers , a été arrêté à l'embouchu
re par trois frégates de la République. Le
Capitaine Volbergen Commandant de
ces vaiffeaux , fit , à ce qu'on ajoute , tirer
deux fois à poudre fur સે le bâtiment Impérial
qui avança toujours . Alors , continue t- on ,
on lui lâcha un boulet qui brifa fon pavil
lon , & le fit amener.
2 navires Impériaux, dit une feconde lettre ,
de .
( 175 )
voient parcourir l'Efcaut en même temps : le Louis
d'Anvers , Cap . Van Ifenghem , mit à la voile le 6 ,
avec une cargaifon, pour Dunkerque , d'eau- de - vie
& de Genievre. Deux Commiffaires , qui l'atten
doient au paffage , monterent à fon bord à faint-
Philippe. L'autre bâtiment venant d'Oftende dans
P'Efcant , étoit chargé , de bois . Peu importe
Jequel des deux a donné lieu à l'incident fatal ,
qu'on vient de raconter. L'on dit qu'on avoit
affuré à Anvers 36 mille livres aux enfans du
Cap. Ifenghem , en cas qu'il fût tué dans le
trajer.
D'après les dépêches du Cap. Volbergen ,
les Etats Généraux ſe font aſſemblés à l'extraordinaire
le 9 de ce mois , à onze heures
du foir , ainfi que le Confeil d'Etat & les
Amirautés. Le Prince d'Orange a afliſté aux
délibérations . M. le Baron de Reifchach a
remis à LL. HH. PP. un dernier Mémoire
définitif , où l'Empereur , comme nous l'a
vons dit , demande une réponfe cathégorique.
Un courier Impérial qui avoit paffé par Anvers
la nuit du 3 au 4 de ce mois , allant å
la Haye , eft repaffé le 6 à 3 heures de l'aprèsmidi
, fe rendant en toute diligence à Bruxelles ,
& chargé de dépêches de S. Exc. M. le Baron
de Reifchach pour le Gouvernement - Général.
Il eft aufli paffé par la même ville deux Cou
riers , allant également à la Haye : favoir
un expédié par les Miniftres - plénipotentiaires
des Provinces - Unies à Bruxelles , lequel a paflé
ici dans la nuit du 5 au 6 ; & l'autre venant
du même endroit , qui a traversé la ville le
6 au foir , pour la même deſtination .
Un Supplément extraordinaire de la Ga-
"
b 4
( 176 )
zette de cette ville , en date du 14 Otobre ,
contient le détail circonftancié & officiel de
ce qui s'eft paffé fur l'Elcaut , avec un préambule
de la teneur fuivante :
L'Empereur ayant fait déclarer par fon Ultimatum
remis aux Plénipotentiaires Hollandois en
cette Ville , que d'après les infractions multipliées
que les Etats - Généraux avoient faites à
toutes les Stipulations du Traité du 30 Janvier
1648 , qui étoient avantageufes à nos Provinces,
il les tenoit dégagées du joug odieux , révoltaat
& contre nature que l'Article 14 de
ce Traité leur avoit impofé par une fuite des
circonftances malheureufes du tems , en fermant
pour elles l'embouchure de l'Escaut , quoique
reflée commune , comme pleine Mer , par ce
Traité , qui dans aucucun point n'en attribue la
Souveraineté à la République ; que cependant
pour prouver fon défintéreffement & fon defir
de vivre en bonne amitié avec la République ,
S. M. vouloit bien renoncer à fes droits évidemment
établis & incontestables fur la Ville
de Maestricht , le Comté de Vroenhoven & le
Pays d'Outremeufe Hollandois , ainfi qu'à dif
férens autres importans qui font en conteftation
avec la République , fi de fon côté celle-
Ici vouloit feulement reconnoître l'ouverture &
la liberté abfolue de lá Navigation maritime de
l'Escaut mais qu'en attendant S. M. entendoit
provifionnellement ufer de fon Droit à cet égard
en rétabliffant inceffamment cette Navigation ,
& qu'elle regarderoit la moindre infulte qui feroic
faite à fon Pavillon comme une déclaration de
guerre, & un acte formel d'hoftilité de la part de
la République , ce qui a été pofitivement réitéré
par un Mémoire remis aux Plénipotentiaires
Hollandois le 17 du mois dernier en réponſe à
celui du 7 , par lequel les Etats - Généraux ont
*
( 177 )
refufé d'accéder à des propofitions fi jufe: & fi
modérées fous le prétexte abfurde & recherché ,
que le falat , la sûreté & l'indépendance de la
République dépendoient de la clôture de l'Escaut ;
S. M. a ordonné à fon Gouvernement Général
des Pays - bas d'exécuter ce qu'elle avoit fait déclarer
fur cet objet à la République ; & en conféquence
le Brigantin Impérial le Louis , Capitaine
Lievin Van Iffeghem , qui étoit depuis
quelque tems à l'ancre au port d'Anvers & def
tiné pour Dunkerque ou Oftende , s'étant préfenté
le 8 du mois fous le Pavillon de l'Empereur**
-au paffage de l'Efcaut Occidental , dit le Hent
& après que par une inhumanité fans exemple
les Hollandois eurent fait enlever à fon approche
toutes les balifes indiquant les bancs de fable
& les écueils , pour le faire échouer , le Cutter
Hollandois , le Dauphin , armé de 14 pieces de
canon & dépendant de l'Efcadre du Vice- Amiral
Reynst ftationnée devant Fleffingue , arrêta ce
navire marchani qui alloit à pleines voiles dénué
de toute défenſe , en lui lâchant fucceffivement
& avec précipitation, toute fa bordée , dont les
derniers coups à mitrailles , que le Capitaine &
l'équipage du navire & le Capitaine Ingénieur
au fervice de S. M. , De Lannoy , qui étoit à
bord, par ordre du Gouvernement , effuierentavec
une bravoure qui leur fait le plus grand
honneur , fans qu'il y eût d'autre accident qu'unes
légere bleffure que reçur au vifage le Capitaine
du navire par un éclat de bois qui fauta des agrets
endommagés par la canonade . Comme le public
fera curieux fans doute de connoître au vrai las
circonstances de cette expédition , nous tranfcrirons
à la fuite de cet article les Procès - Verbaux
authentiques qui en ont été tenus de part
& d'autre qui s'accordent parfaitement en fubf
tance .
hi
( 178 )
. Cette violence pouflée , comme on le voit ,
jufqu'à l'atrocité , & à laquelle les Etats Généraux
ont cru pouvoir fe porter malgré ies
confeils fages & falutaires que la Cour de Ver
failles leur a donnés de ne rien faire qui puiffe bloffer
la dignité & la considération de S. M. l'Empereur
, ne peut que fixer les yeux de l'Europe
entiere fur les fuites qui en doivent néceffairement
résulter.
Nous n'avons point de nouvelles encore de l'authe
Brigantin impérial , qui doit avoir fait voile
d'Oftende pour remonter l'Efcaut jufqu'à Anvers
,,
& nous fommes curieux de voir s'il fera
reçu plus honnétement par l'Efcadre du Vice-
Amiral Reynt qui l'attend à l'embouchure de
PEfcaut.
Voici l'extrait du Journal du Brigantin le Louis
commandé par le Capitaine Lieven van Iffeghem ,
natif d'Oftende , allant fous pavillon impérial &
royal du port d'Anvers à la mer.
A onze heures du foir nous avons levé l'ancre
& fait voiles jufqu'à vis- à vis le fort de Cruys.
Schantz , d'où l'on a crié Werda lorfque nous
y mouillâmes, à quoi nous n'avons rien répondu ,
il étoit alors une heure après minuit.
Le Vendredi & Octobre 1784 , nous fimes
voile , & nous paflames avant fept heures visavis
le fort Lillo , d'où l'on n'a rien dit.
Un quartavant 8 heures et venu un petit canot,
ayant à bord 7 hommes , dont le chef nous a
demandé où étoit le Capitaine ; fur quoi le Capitaine
qui étoit fur le pont , lui a répondu c'eſt
moi , le Hollandois lui a demandé alors où il
alloit , fur quoi le Capitaine lui répondit , nous
venons d'Anvers & nous allons à la mer , le Hollandois
repartit , vous devez déclarer , le Capitaine
lui dit alors qu'il avoit ordre exprès de
( 179 )
S. M. l'Empereur & Roi JOSEPH II . de ne
SEPH
s'arrêter ni faire aucune Déclaration aux Douanes
ou vaifleaux de la République des Provinces
-Unies. Alors le canot s'éloigna de notre
vailleau & fit un fignal .
+
A huit heures du matin nous paflames devant
un Brigantin á l'ancre portant pavillon Hollan
dois vis -à -vis de Saftingen il nous tira de loin
un coup de canon à poudre , en hiffant un fignal
de pavillon blanc & flamme Hollandoife ; étant
vis-à - vis de lui , il nous demanda d'où nous venions
& où nous allions ; le capitaine lui répon
dit que nous venions d'Anvers & que nous allions
à la mer ; il nous ordonna alors de mettre en
panne , le Capitaine répondit de la maniere qu'il.
avoit répondu ci - devant au canot ei - deffus mentionné
; l'on nous rira un coup de canon à balle
en l'air ; nous fuivimes toujours notre route : l'on
nous tira alors deux coups de fuite à balle à feur
d'eau & fort près de la proue de notre navire :
le Capitaine en montrant le décrèt de S. M.
Imperiale & Royale dont il étoit muni , étant
alors à la portée du piftolet du brigantin Hol
landois , demanda fi c'étoit par ordre exprès
qu'on tiroit fur notre vaiffeau , mais les Hollan
dois n'y firent pas d'autre réponſe , que de nous lâ
cher trois autres coups de canon à balle & mitrailles
dont notre vaiffeau fut endommagé à un
cap de mouton , rides & grand hauban du grand
måt à tribord : les éclats ont frappé le Capitai
ne à la tempe droite , fans danger ; la marmi
te qui fe trouvoit fur le pont près de la cam
bufe á cuifine , a été frappée de mitrailles
en deux endroits , la grande voile d'état de
hune a plufieurs marques de brûlure de cartouche.
Après cette bordée , le Capitaine Van Iffeghem
h 6
11807
voyant fon vaifleau en dommage , fit carguer les
voiles , & dans le même moment l'on nous cria du
Brigantin Hollandois , que fi nous ne mettions pas
en panne, l'on nous couleroit à fond, fur quoi nous
jettames l'ancre environ une demie heure après
un Canor de la frégate Hollandoife , le Pollux ,
commandée par le Capitaine Wolfsberghen , nous
aborda , trois Officiers Hollandois vinrent à notre
bord , ils demanderent au Capitaine Van Iffeghem
d'où il venoit & où il alloit , le Capitaine leur fitla
même réponse que ci - devant au Canot & au
Brigantin ( que nous avons appris être le Dauphin
commandé par le Capitaine Cupieres ) ils tui deman
loient pourquoi il n'avoit pas amené au premier
coup de canon , il leur répondit qu'il avoit
ordre exprès de S. M. l'Empereur & Roi , de ne
pas s'arrêter , & leur montra le Décret de S. M.
qui leur fut lu & expliqué en Langue Flamandes
le Capitaine leur dit qu'ils pouvoient garder ce
Décret pour leur information ; ils répondirent
qu'ils acceptoient comme une politeffe de notre
part , mais que nous ne pafferions pas outre , &
que nous n'avions qu'à retourner far nos pas : nous
répondimes que nous ne le pouvions pas ; le Capitaine
Van Ifleghem leur demanda s'ils avoient à
leur chaloupe d's gens pour amarrer fon vaiffeau ,
à quoi ils répondirent que non , que leur intention
n'étoit pas de nous prendre , mais de nous empêcher
à coups de canon de paffer outre : nous avons
demandé à ces trois Officiers fi c'étoit par ordre
exprès que l'on avoit tiré fur notre vailleau ; ils
répondirent unanimement que c'étoit par ordre
exprès , le Capitaine Van Iffeghem leur reprocha
qu'onavoit tiré à mitraille fur notre vaiffeau : l'un
des Officiers répondit qu'il n'en favoit rien , mais
l'un d'entr'eux convint que cela fe pouvoit ; cette
réponſe a été entendue par le Capitaine , le fe(
181 )
cond & l'Ecrivain : ces trois Officiers Hollandois
fe font retirés , difant qu'ils alloient faire leur
rapport.
" Comme l'endroit où nous avions été forcés de
jetter l'ancre fe trouvoit trop près de la Côte de
Flandre , le pilote nous fit obferver qu'il conviendroit
pour la fûreté du Vailleau , d'encrer
plus au large ; en conféquence l'on envoya le
Canot , avertir le Brigantin Hollandois que nous
allions changer de place : on lui répondit que nous
pouvions ancrer où nous voulions , pourvu que
nous ne dépaffions pas le Brigantin , ou que nous
ne nous miffions pas à fon côté. Le Brigantin
Hollandois nous a fait dire depuis , de ne pas
placer notre Vaiffeau hors de la portée du portevoix.
Le Capitaine Van Iffeghem ne peut que fe
louer de fes Officiers & de la fermeté de fon équipage
durant le péril du feu. Le Capitaine Lieu .
tenant du Corps de Génie , De Lannoy , qui a été
fpectateur fur le pont près de la Barre penfe de
même , & a figné le préfent Journal comme témoin.
Fait à bord du Brigantin le Louis , vis- àvis
de Saftinghen fur l'Efcaut , le 8 Octob . 1784 ,
étoient fignés A. de Lannoy, Capitaine Lieutenant
& Ingénieur , R. F. Peeters , Ecrivain , L. J. Van
Ieghem , Capitaine , Cornelis Divoorts fecond ,
Paulus Artfens , Pilote.
SUITE du Vendredi 8 Octobre 1784.
L'apres- midi nous avons mouillé plus au large
& affourché le navire devant nos deux grandes
ancres ; au quart avant fix heures une chalouppe
armée de la frégate le Pollux nous aborda , le premier
Lieutenant , un Officier & leur Pilote font.
venus à notre bord nous ordonner de la part
du Capitaine de ladite figate , de lever nos
ancres & de venir nous acer fous le feu de
ladite frégate ; le Capitaine Van Iffeg hem leur
( 182
répondit , qu'ayant été forcé par le brigantin le
Dauphin , à jetter l'ancre dans l'endroit où il fe
trouvoit , avec menace d'être coulé à fond , s'il
tentoit de le depaffer , il refufoit de bouger :
fur quoi le premier Lieutenant déclara qu'il alloit
lui même faire lever nos ancres par l'équi
page de fa chaloupe & conduire notre vaiffeau
en l'endroit ordonné : en effet tous les gens de
la chaloupe monterent à notre bord & commencerent
à lever nos ancres , mais par leur
mauvaiſe manoeuvre , ils mirent notre vaiſſeau
far un banc de fable à la côte de Flandre à Safringhen
, où il demeura toute la nuit en grand
danger d'être rompu ; les Officiers Hollandois
& leur équipage confiftant en feize hommes , ›
font refiés conftamment à notre bord & y font
encore aujourd'hui famedi 9 Octobre 1784 ; à
onze heures du matin notre vaiffeau n'étant pas
encore dégagé , la marée ayant monté , notre
vaiffeau fut mis à flot & les Hollandois l'ont
affourché à peu près dans le même endroit où
nous avions été forcés de jetter l'ancre ; pendant
l'après- midi les Hollandois ont changé &
renouvellé le monde qui étoit à notre bord.
Vers les fix heures du foir arriva un expres
porteur, d'ordres du Gouvernement Général des
Pays Bas , en conféquence defquels le Capitaine
Van Iffeghem s'adreifa au premier Lieutenant
de la frégate le Pollux qui étoit fur notre
bord , en lui deman lant s'il perfiftoit à empêcher
que notre vaiffeau feroit voile vers la mer ce
Lieutenant répondit , que fes ordres n'étoient
pas changés & qu'il falloit s'adreffer au Capitaine
de la frégate le Polur ; là deffus le Capitaine
Van Ileghem est allé à bord de la fif
dite fregare & a demandé , par ordre de S. M.
P'EMPEREUR ET ROI an Capitaine comman
( 183 )
le"
dant ladite frégate , s'il vouloit, laiffer paffer
vers la mer notre vaiffeau arrêté ce Capiraine
lui demanda s'il avoit fait la déclaration
à Lillo , fur quoi le Capitaine Van Iffeghem
qui répondit qu'il avoit ordre exprès de ne reconnoître
aucun domaine de la république des
Provinces Unies ni fes vailleaux , le Capitaine
de la frégate déclara alors qu'il ne pouvoit pas
laiffer paffer notre vaiffeau , & qu'il feroit rapport
de cette demande à fes maîtres : nous nous
préparâmes alors à quitter le vaiffeau pour nous
rendre à Bruxelles , felon les ordres reçus ; le
Capitaine Van Iffeghem chargea fon fécond &
l'Ecrivain qu'il a laiffé à bord avec tout l'équi-
-page , de fe conformer aux inftructions reçues
ce même jour au moment de notre départ ,
premier Lieutenant de la frégate le Pollux demanda
au Capitaine Van Meghem le nom de fon
vaiffeau & celui du propriétaire , la grandeur
de fon vaiffeau , le nombre de l'équipage , l'endroit
d'où il venoit & où il alloit , ce lieutenant
inféra le tout dans les rubriques d'une tablette
imprimée ainsi que le nom d'Auguftin
de Lannoy comme paffager. Lorfque nous abandonnâmes
le vaiffeau , il s'y trouvoit à bord le
Lieutenant de la frégare le Pollux & un autre
Officier Hollandois avec vingt quatre hommes
deftinés à y paffer la nuit , lefquels étoient venus
fur trois chaloupes armées. La partie du
préfent Journal qui eft poftérieure à onze heures
du matin du famedi 9 Octobre 1784 , n'eft pits
inférée au livre de Lok du Brigantin le Louis ,
ayant été rédigée à Bruxelles le matin du Dimanche
10 Octobre 1784 , ayant été preffés
par la marée de nous mettre en route . Etoit
figné L. J. VAN ISSEGHEM , Capitaine , A. De
LANNOY , Capitaine Lieutenant & Ingénieur,
( 184 )
La réfolution de LL . HH. PP . prife le
9 octobre à onze heures du foir , fait préfager
des événemens de la plus grave importance
, comme on en jugera par cette
piece intereffante.
Son Altele ayant comparu à l'aſſemblée a
rapporté à LL. HH . PP. qu'il avoit reçu ce
même foir une Lettre du Capitaine Volbergen ,
écrite à bord de la Frégate la Pollux , le 8 du
préfent à une heure & demie après - midi , étant
á l'ancre devant Saftingen , contenant que le
même jour à midi & demi il avoit reçu les ordres
refpectifs de S. A. S. du 7 précédent .
Que S. A. S. devoit , á 1on regret , donner
connoiffance que le même matin un Bricq , fous
Pavillon Autrichien , étoit deſcendu d'Anvers ;
que le Lieutenant Cuperus qui étoit à l'ancre
a la diftanse d'une demi- portée de canon audeffus
de lui , avoit envoyé vers le Bricq une
Chaloupe avec un Officier , & avoit fait exhorter
le Capitaine á le mettre à l'ancre , ce qu'il avoit
refufé de faire ; fur quoi le Lieutenant Cuperus
lui avoit ordonné de s'approcher ; mais que voyant
qu'il continuoit à faire voile , il avoit fait lâcher
un coup de canon á poudre , tequel , ayant´été
fans effet fur le Capitaine , fut fuivi d'un coup
á boulet , & enfuite accompagné d'une entiere
décharge , vû que le Bâtiment perfiftoit toujours
dans fa marche. Qu'alors le Capitaine Autrichien
s'étoit approché , & avoit pris le parti
de mettre à l'ancre , où il fe trouvoit encore au
départ de la Lettre.
Que S. A. S. avoit jugé le contenu de ladite
Lettre d'une trop haute importance pour différer
de la communiquer d'abord à LL. HH. PP . afin
qu'Elles puffent délibérer für cela comme Elles !
jugeroient le plus convenable pour le plus grand
bien du pays.
( 185 )
Sur quoi ayant été délibéré , & entendu le
rapport de MM. de Linden , de Hemmen , &
autres Députés de LL. HH . PP . pour les affaires
maritimes; ladite Lettre ayant encore été examinée
devant l'affemblée , & ayant été pris les
confidérations & avis des Colleges refpectifs de
l'Amirauté fe trouvant ici ; ayant été enfuite auffi
en conférence avec quelques Seigneurs Commités
du Confell d'Etat , & enfin pris fur le tout
les confidérations & lages avis de S. A. S. , il
a été trouvé bon & entendu :'
Qu'il fera écrit & ordonné au Capitaine Volbergen
de relâcher d'abord le Bâtiment defcendu
d'Anvers , quoiqu'il puiffe être regardé en contravention
à l'égard du fait de paffer devant le
fort de Lillo fans y avoir pris un paffe - port par
devant le College de l'Amirauté de Zélande ,
pour cette fois , & d'en retirer la garde , fi l'en
y en a fait mettre une , á condition que le Ca
pitaine dudit Bâtiment retourne d'abord á Anvers,
ou s'engage par écrit â ne point continuer fon
voyage par l'Escaut . Et qu'il fera envoyé Copie
de cet ordre á M. le Vice Amiral Reynft pour
-fon information,
Qu'enfuite il fera écrit á MM. les Miniftres-
Plénipotentiaires de LL. HH . PP. á Bruxelles
de porter au plutôt plainte , en termes mefurés
mais avec tout le férieux néceffaire , auprès de
M. le Comte de Belgiojofo , fur ce qu'hier 8
du mois courant , un Bricq fcus Pavillon Autrichien
étoit venu á defcendre d'Anvers ; que
non-feulement il avoit paffé le Comptoir de
Lillo , derniere garde du côté de la République
fans prendre de paffeport , chofe directement
contraire au droit de LL. HH. PP. á l'égard
de la recette des droits par eau qui s'y levent ,
mais même qu'il avoit encore voulu paffer de la
même maniere un des Bâtimens de l'Etat ou Vail,
>
( 186 )
feau de garde pofflé devant Saftingen , fans vouloir
s'arreter , malgré l'ordre exprès remis au Capitaine
par un Lieutenant au fervice de l'Etat ,
fans même vouloir s'approcher , fur ce qui lui
fut dit de la part du Lieutenant Cuperus , Commandant
le bâtiment de l'Etat , ni fur le coup
fuivant tiré á poudre , ni fur le coup enfuite tiré
à plomb , jufqu'a ce qu'enfin il ait fallu lui lacher
la bordée entiere.
Qu'une telle marque de mépris des ordres d'un
Officier de l'Etat , fur le territoire inconteſtable
de LL. HH. PP. ne fourniroit point matiere á
leurs plaintes , mais à être réprimé d'abord par
Elles , fi Leurs Puiffances n'avoient oblervé que
M. le Comte de Belgiojofo avoit déclaré le s
de ce mois aux Miniftres Plénipotentiaires
de la République , qu'un tel Bâtiment defcendroit
PEfcaut par ordre exprès de S. M. I.
Que LL. HH PP. comprennent que cet ordre
de l'Empereur auroit été donné avant que S. M. I,
ait été ou ait pu être convenablement inftruite de
J'importance dont l'ouverture de l'Escaut eft regardée
en ce pays , & avant que LL . HH. PP.
aient fait voir , par leurs Réfolutions du 30 Août
& 24 Septembre dernier , à S. M. 1. & à M. le
Comte de Belgiojofo , qu'il étoit de toute impof-
Abilité de retirer les ordres , qui depuis le Traité
de Munſter ont toujours eu lieu pour tenir l'Efcaut
fermé. Que 1.L. HH. PP. croiroient manquer
à la magnanimité de S. M. I. , fi elles penfoient
jamais qu'Elle voulût foutenir des prétentions
fur la République , qui ne feroient point cen
formes à la justice & à l'équité , que par cette rai
fon , LL. HH PP. ne peuvent s'attendre à un tel
foutenu à l'égard de la Navigation libre fur l'Efcaut
de la part de S. M. I. Confidérant que par le
Traité de Munfter ce droit de tenir l'Efcaut fermé
du côté de LL. HH . PP . avoit été reconnu en
( 187 )
même tems que l'indépendance de laRépublique ;
que ni le Roi Philippe IV, avec qui ledit Traité a
été conclu ni fes fucceffeurs dans le temps
> 2
n'avoient jamais porté aucune atteinte à ce droit ;
que le Roi Charles II en particulier n'avoir poffédé
les Pays Bas que fur ce pied ; qu'à l'occasion de
la grande alliance de 1701, il n'avoit point été fait
d'autres limitations à cet égard ; que les fufdits
pays avoient été livrés, fuivant le Traité de la Barriere
en 1715 à feu l'Empereur Charles VI fur le
même pied , & poffédés de niême par les fucceffeurs
jufqu'à ce jour ; que dans les conférences tenues
à Anvers & à Bruxelles , où tout ce qui étoit
litigieux à l'égard des Pays - Bas Autrichiens avoit
été traité , il n'avoit point été porté la moindre
plainte contre la fermeture de ladite Riviere , &
que même encore par leTableau du 4 Mai de cette
année , qui devoit contenir toutes les prétentions
de S. M. I. à la charge de la République , il n'en
eft pas queftion d'un feul mot.
Que leurs Hautes- Puiffances confidèrent que
S. M. I. avoit regardé l'ouverture ou fermeture
de l'Efcaut comme une affaire de peu d'impor
tance pour la République , & Favoit , par cette
raifon , propofée comme une marque de fa mo
dération & affection , ainfi que S. M. I. a bien
voulu s'exprimer , & comme un moyen d'arran
gement par où l'on pourroit mettre fin à d'aus
tres prétentions plus importantes felon fadite
Majefté Que LL. HH. PP , fuppofoient aufli
de même qu'il étoit uniquement à attribuer ledig
ordre , à la perfuafion pofitive dans laquolle Sa
M. I. paroilloit être , qu'Elles n'hefiteroient
point à embraffer cet ar angement comme une
preuve convaincante de la bienveillance : mais
que Leurs Hautes Puiff. , fuivant leur devoir
devant juger des intérêts de la République felon
leurs lumières & celles de leurs prédeceffeurs ,
( 188 )
regardoient l'ouverture de l'Efcaut comme de la
derniere conféquence pour l'Etat , & étroitement
liée avec le maintien & la fureté du pays ;
de maniere qu'il ne leur eft point permis de s'en
départir. Que Leurs Hautes Puiff. s'étoient déjà
expliquées de cette maniere par leurs Réfolutions
du 24 Septembre , mais qu'Elles avoient appris
à regret que , par accident , le contenu de cette
Réfolution n'avoit pu être communiqué avant le
5 de ce mois à M. le Comte de Belgiojolo ; par
où il peut être réſulté que les ordres pour le départ
du fufdit bâtiment , n'avoient pu refter hors,
d'exécution.
Que Leurs Hautes Puiff. fe confioient néanmoins
que comme Elles avoient donné les preuves
les plus convaincantes de leurs égards pour
S. M. I. , entr'autres par l'évacuation de Namur
& autres villes de la Barriere ( quoiqu'elles n'euffent
accedé à la grande alliance de 1701 , & fait ,
une guerre fi ruineufe , que pour obtenir ladite
Barriere ) ainfi qu'en retirant provifionnellement
le Vaiffeau de guerre de devant Lillo , quoique
ce Vaiffea y eut refté fans conteftation de puis la
paix de Munfter jufqu'à la prefente année. Que.
ce même efprit de conciliation & d'égards , avoit
auffi éclaté de la maniere la plus claire par leur
Réponse au tableau des prétentions de S. M. I.;
& comme il confteroit encore par tout ce qui feroit
remis ultérieurement en main fous peu de
temps à M. le Comte de Belgiojofo , pour répondre
à ce qui eft pofé dans le Mémoire de replique
remis le 23 Août aux Miniftres de la République.
Que la même maniere de penſer de LL. HH
PP . étoit encore manifeftée dans le déclaratoire
fait par leur Réfolution du 30 Août dernier , de
condefcendre en fubftance , à l'égard de toutes les
prétentions de S. M. I. énumérées dans ledit T2-
bleau , à tout ce qui fotoit raisonnable , & d'ap
( 189 )
porter quant au rèfle toute facilité paffible , en s'en
rapportant au jugement des Puiffances étrangeres.
Que LL. HH. PP. ne pouvoient donc point"
aftendre de la nobleffe connue des fentimens de
l'Empereur , qu'il voudroit exiger autre chofe de
plus de cet Etat , qui fouvent avoit trouvé dans
fon illuftre Maifon de la protection & des fecours,
& qui auffi pour l'aggrandiffement & le fervice de
cette même Maiſon , avoit fouvent employé fes
forces bien moins encore pouvoient - elles atten-,
dre qu'il feroit exigé d'elles un facrifice qui au
moins dans la fuite devroit entraîner immanquablement
la ruine totale de la République.
Que LL. HH. PP. efperent au contraire que
S M. I. , fuivant fa fagefle connue , fa magnanimité
, & fa bienveillance déclarée , laiffera la République
dans la poffeffion tranquille de fon droit.
légitimement acquis de tenir l'Efcaut fermé , afin
de prévenir pour la fuite tout ce qui pourroit don
ner occafion à quelque difcuffion à cet égard. Qire
LL. HH. PP. pour preuve furabondante de leur
confidération inaltérable pour S. M I. , avoient
donné ordre que dans le paffage devant Lillo ,
dans le cas où l'on n'y prendroit pas les paffeporis
néceffaires , il ne fût employé la moindre
violence ; qu'auffi les ordres ordinaires pour lef-,
quels les bâtimens de l'Etat , ou navires de garde
étoient placés fur la Riviere , avaient été exécutés
avec tant de ménagement , que le Capitaine
Autrichien avoit été d'abord bien expreflement
prié , par un Officier envoyé vers lui , de fe mettre
à l'ancre ; qu'à fon refus , cette réquifition
avoit été répétée par l'Officier- Commendant , &
que ce n'eft que fur le refus obftiné du Capitaine
, qu'il a été ufé de voie de contrainte , ainfi
qu'il a lieu à l'égari de tous autres bâtimens , de
nation ou pavillon quelconque , qui fe mettroient
dans le cas .
( 190 )
Que LL.HH. PP . continuant & perfifiant dans
le meme efprit , ont ordonné au Capitaine Volbergen
que , quoique tous navires , fans diftinction
de nation , qui paffent la derniere garde fans
yprendre des paffeports , foient condamnables par
devant le College de l'Amirauté , il relâchât cependant
pour cette fois le Bricq , & en útât la
garde , s'il y en avoit une , moyennant qu'il s'en
retournât , ou s'engageât formellement à ne point
defcendre plus loin Efcaut.
Une grande partie des troupes formant
les garnifons des Pays - Bas Autrichiens , s'eft
mile en mouvement , pour fe rendre , à ce
qu'on dit , à S. Gilles , près d'Anvers , & visà-
vis de Hulft ; dans les environs de Santuliet
, il a été ordonné des quartiers pour
2000 hommes. De leur côté, LL. HH. PP .
ont arrêté une augmentation dans l'armée ,
de 14000 hommes , & l'on fortifie de quelques
bâtimens de guerre l'efcadre ftationnée
daus l'Efcaut.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Caufe entre lejour Charpentier , Me Tapiflier.
EÉtt les Marquis de Ch... & de Laub...
Delit.
-
Quifi
Le quafi Delit donne à celui qui en eft laª
vidime contre celui qui en eft l'auteur , même
involontaire , une action en dommages & intérêts
, pour réparation du préjudice fouffett . Ce
principe eftinconteftable. Le Sieur Charpentier,
Me Tapiflier , pere de famille , dont le travail
faifoit le foutien , privé d'une jambe par l'effet
d'une imprudence qui paroiffoit ommune au
fieur Marquis de Ch... & de Laub..., réduit,

( 191 )
par cette mutilation , à l'impuillance prefque,
abfolue de travailler dans fon état , avoit droit,
fans doute , de demander une indemnité aux auteurs
de fon accident , & , fuivant toutes les apparences
, elle ne pouvoit manquer d'étre confidérable
; mais devoit-elle être prononcée foli
dairement contre tous deux ? Les premiers Juges
l'avoient penfé: ainfi ; fe font ils trompés ? L'in
demnité qu'ils ont adjugée étoit - elle trop confidérable
? Tel étoit l'objet de l'inftance jugée
en la Cour ; voici le fait : Le 21 Septembre
1773 , le Sieur Charpentier étant allé , pour af
faires de fon état , aux villages de Viry & de
Savigny , accompagné des Sieurs Leclerc , Ebénifte
, & Viard , arriverent fur les deux hures &
demie à l'Auberge de la Belle Epine , entre Ju
vify & Ville-Juif, ils y commanderent leur diner.
Les:Sieurs: Marquis de Ch... & de Laub... , fon
beaufrere , après avoir chaffé dans le Canton
faifoient halte dans la même Auberge. Les fu
fils des Chaffeurs étoient chargés & armés ; &
ils étoient placés debout fur le paffage de la
porte cochere. Le dîner des Sieurs Charpentier,
Leclerc & Viard fini , ils fe difpofoient à s'en
retourner à Paris. A peine le fieur Charpentier
cut-il mis le pied fur le feuil de la porte de
la falle , que plufieurs des fufils , amoncelés par
les gens des Marquis de Ch ... & de Laub... , vin
rent à gliffer l'un fur l'autre . Un des fufils tomba ,
fe déchargea, & le coup , dont la direction tendoit
au dedans de la falle , fracaffa la jambe
droite du Steur Charpentier. Les cris répandent
l'allarme dans l'Hôtellerie . Chacun accourt's
& on porte le bleffé fur un lit: Le Sieur Viard ,
ami du Sieur Charpentier , amaffe les os & la
moële de la jambe fracaflée , qui étoient reftés
dans la baie de la porte , & les préfente aux
( 192 )
-
Marquis de Ch... & de Laub. , . ; qui émus par
ce ípectacle affreux , envoyent chercher le Chirur
gien de Thiais. Le bleffé fut penfé , & , quelques
heures après , tranſporté à Paris fur un brancard ,
accompagné du Chirurgien. Quatre Chirurgiens
de Paris déciderent que la bleffure étoit
incurable , & qu'il n'y avoit point d'autre parti
à prendre que de couper la jambe ; ce qui fut
exécuté. Le fieur Charpentier fut quatre jours
en danger & dut à la force de fon tempéramment
le bonheur de guérir , & de pouvoir , après quatre
mois , fe foutenir à l'aide d'un bâton & d'une
jambe de bois . Quelques amis du Sieur Charpentier
folliciterent inutilement les Marquis de
Ch... & de Laub .. de lui donner un dédommagement
confidérable. Le Sieur Charpentier luimême
n'ayant pu rien obtenir , lorsqu'il fut en
état de fortir & de fe traîner chez les délinquans ,
ils ont été affignés , à la requête , au Châtelêt
les 23 Juin & 7 Juillet 1774 , pour le voir
condamner folidairement à lei payer 42000 1.,
favoir , 12000 pour dépenfis pour la maladie ,
& 30000 1. pour dommages & intérêts. Le
-
--
18 Décembre 1778 , Sentence intervint , qui
condamna les Marquis de Ch ... & de Laub .. folidairement
à payer au Sieur Charpentier la fomme
de 20000 1. pour dommages intérêts & frais
d: maladie. Les Sieurs Marquis de Ch ... &
de Laub... ont interjetté appel de cette Sentence .
Arret du 12 Juillet 1784 , au rapport de
- M. Noust qui , en infirmant la Sentence du Châtelet
, décharge le Marquis de Ch .. des condamnations
contre lui prononcées , dépens compenfés
; condamne le Marquis de Laub... à payer
120001. au Sieur Charpentier , favoir 10000 liv.
pour dommages & intérêts , & 20co 1. pour frais
de maladie , & aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 11 Octobre.
O
N peut juger des progrès du Commerce
de la Ruffie par le produit des Douanes .
En 1763 , elles rapporterent trois millions
de roubles ; aujourd'hui , elles en rendent
plus de cinq millions . On s'occupe toujours
de perfectionner la navigation du Niéper ;
elle procurera d'immenfes avantages en faifant
baiffer le prix des marchandiſes . Le
chanvre de Ruffle exporté par Taganrok fur
lá Mer Noire , fera près de so pour cent
moins cher que celui qui vient par Petersbourg
& par Riga.
Pendant le féjour du Roi de Suede dans
l'étranger , il fut queftion cet Eté d'éclairciffemens
demandés par la Cour de Péterfbourg
à celle de Stockolm , au fujet de quelques
changemens dans l'adminiftration des
forces militaires de la Suede. Le Comte de
No. 4 , 30 Octubre 1784.
i
( 194 )
Creutz, premier Miniftre , donna au Réfident
de l'Impératrice une réponſe ignorée
jufqu'à ce jour, dont le contenu eft digne
d'obfervation. Le Miniftre Suédois écrivit
en ſubſtance :
» Que rien n'étoit plus généreux ni plus conforme
au caractere élevé de S. M. l'Impératrice
que la inaniere ouverte & amicale , dont Elle
avoit ordonné à M. de Ruckmann d'entretenir le
Miniftre Suédois fur les bruits venus à la connoiffance
de Sa Majeflé , comme s'il le faifoit des
préparatifs de guerre en Suède & fur les Frontieres
que M. de Creutz étoit trop bien informé
des fentimens dont le Roi fon Maître étoit animé
envers fon augufte Souveraine , pour ne pas s'affurer
que S. M. Suédoife trouveroit dans ce procédé
de nouveaux motifs d'amitié & d'attachement
envers S. M. Impériale ; que des éclairciffemens
finceres étoient le meilleur moyen de dif
fiper des ombrages conçus & d'effacer des impreffions
erronnées , auxquelles des rapports faux
& exagérés avoient pu donner occafion : que ,
quoique M. de Creutz ne fût pas en état de don
ner une réponſe miniftérielle en forme , avant
que l'affaire eût été mife fous les yeux du Roi ,
il étoit néanmoins affez inftruit de fes vues , &.
des arrangemens qui fe faifoient par les ordres
fur la flotte & dans l'armée , pour qu'il pût avoir
l'honneur dinformer provifionnellement M. de
Ruckmann , qu'il n'avoit été fait ni ne le faifoit
dans les Ports de Suède ni dans aucun endroit fur
les Frontieres , des préparatifs de guerre ; qu'il
ne fe raffembloit point de troupes en Scanie ; &
qu'à Carelserona l'on ne formoit d'autres magafins
que ceux qui , fuivant le nouveau Réglement
étoient deflinés à l'entretien de la Marine ; ">
( 195 )
Que M. de Creutz ne pouvoit cacher que
S. M. en agiffoit comme il convenoit à un Gouvernement
fage & a&tif; que le Roi régloit fon
fyftême militaire & défenfif , de façon à pouvoir
toujours le tenir fur le même pié : que fa flotte
n'étant pas dans le meilleur état , il rétabliffoit.
fa Marine avec économie : que les Places Frontieres
dans la Scanie étoient tombées en décadence
; qu'en conféquence S. M. avoit donné ordre
de les réparer que fon artillerie fe gardoit
dans la Capitale ; qu'elle y étoit inutile à préfent ,
puifque le Roi étoit affuré de l'amitié de l'Impé
ratrice ; qu'ainfi il la faifoit diftribuer dans fes
Places Frontieres , à la défenſe defquelles elle
appartenoit , & où elle devoit refter naturellement
:
כ כ
Que c'étoit là tout ce qui s'étoit paffé , non
pas en fecret , mais ouvertement & fous les yeux
du Public que les forces nombreuſes qui , fuivant
les bruits publics , avoient été raffemblées
en Scanie , confiftoient en 2000 hommes , partagés
aux travaux de Chriftianstadt & de Landskroon :
Que ces arrangemens n'indiquoient pas les moin-.
dres vues hoftiles ; & qu'au contraire c'étoient des
mefures pacifiques , qui tendoient au maintien de
cette tranquillité , par laquelle le Gouvernement
du Roi étoit devenu fiprécieux à fon Peuple . »
M. le Comte de Creutz finiffoit fa réponſe ,
en affurant , » que le Roi fon Maître , fenfible
aux preuves réitérées , qu'il n'avoit ceffé de recevoir
de l'amitié de S. M. l'Impératrice , ne
fouhaitoit rien davantage que de lui donner des
preuves réelles de fon amitié réciproque ; & que
S. M. confidéroit la bonne intelligence qui fubfiftoit
entre Elle & l'augufte Souveraine de Ruffie ,
comme le trait le plus heureux & le plus glorieux
de fon régne. »
i 2
( 196 )
On mande de Stockolm , que dans le
cours de l'année , on finira les deux vaiffeaux
mis fur les chantiers de Carlfcrone ,
& qui porteront la Marine Suédoife , au
nombre de 24 vaiffeaux de ligne.
Le Roi de Suede , felon les mêmes lettres
, a nommé le Baron de Wankuf, Gouverneur
de l'ifle de S. Barthelemi : la frégate
le Gripen doit l'y conduire.
BERLIN , le 12 Octobre.
Le Roi a affigné aux pauvres de Potsdam
an capital de 10,000 rixdalers , qui fera placé
folidement , & dont les intérêts feront
employés pour leur foulagement.
S. M. a ordonné de conftruire à fes frais
40 nouvelles maifons dans cette Capitale ,
& d'en bâtir auffi à Spandau & à Potſdam ,
où l'on élévera en même temps quelques
nouvelles cafernes. Les fonds que S. M. a
affigné pour les édifices à bâtir dans les villes
de Siléfie fe monte à 170,000 rixdalers .
La Gazette de cette ville du 9 courant , défayoue
la convention du Roi avec la ville de Dantzick
, telle qu'on l'a publiée dans les Journaux &
Papiers publics ; elle ajoute qu'elle n'eft point
conforme à l'original écrit en langue Allemande ,
& que la publication authentique de cette piece
fe fera auffi -tôt que la convention fera ratifiée .
DE VIENNE , le 16 Odobre.
Les innovations , les Ordonnances , les
travaux , les entreprifes relatives au commerce
fe multiplient ici au même inftant ,
( 197 )
avec tant de rapidité , qu'à peine a -t - on le
temps de s'en inftruire . En Croatie , ce font
des ponts ordonnés pour faciliter tes communications
; en Tranfylvanie , c'eſt la riviere
d'Aetflus qu'on veut rendre navigable ,
& dont plufieurs Ingénieurs dirigent les travaux
; à Lemberg , c'eft une promeffe Impériale
promulguée , de protéger efficacement
les exportations fur le Niefter des productions
de la Province ; ici , des
encouragemens
aux filatures de laine & aux fabriques
de draps , en affurant une prime de trente
creutzers par chaque quintal de laine filée
ou d'étoffes de cette matiere , exportées à
l'étranger. Toutes ces opérations influeront
peut-être fur l'induftrie , qui a encore de
grands pas à faire , avant de fervir aux befoins
de
l'étranger.
Quelques - uns des Réglemens nouveaux ne
font pas exécutés , ou fe trouvent fufpendus par
l'expérience de leurs inconvéniens . Il a fallu rendre
aux Seigneurs , ainfi que nous l'avons rapporté
, les Juftices féodales ;
l'impofition du 40
pour cent excite de grands murmures ; l'établiffement
de la
confcription militaire en Hongries
rencontre une oppofition des payfans , telle qu'ils
ont
à ce qu'on débite , tué plufieurs Ingé- ,
nieurs ; l'ufage de la langue Allemande dans le
même Royaume n'y rencontre pas moins d'obf→
tacles ; enfin , les remontrances au fujet des nouveaux
cercueils , viennent de produire la fufpenfion
du Réglement jufqu'au retour de S. M. I.
La Requête des Négocians contre le nouvel
Edit de commerce , reftera fans effet.
1
i3
( 198 )
Ils ont follicité en Corps , le Comte de Zinindorf
de les appuyer auprès de l'Empe
reur ; mais ce Miniftre leur a répondu que ,
fi le nouvel ordre de chofes eût dépendu de
lui , il l'eût mis en exécution depuis vingt
ans. On peut regarder ce Seigneur , trèsverfé
dans l'économie politique , comme
l'un des auteurs principaux de toutes les réformes
commerciales. Un nouveau regne a
dû y préparer les fujets , puifque du vivant
de l'Imperatrice , ces matieres avoient déjà
occupé le cabinet & les Politiques , & qu'on
avoit fondé des chaires pour développer &
enfeigner publiquement les principes de
cette branche d'adminiftration.
*.
Entre les Ordonnances contre l'émigration
, publiées dans plufieurs Monarchies ,
en Pruffe , dans le Margraviat de Bade , &
ailleurs , on diftinguera celle que vient de
rendre notre Cour. Les voyages même y
font foumis à tant de gênes , qu'on ne fera
gueres tenté de paffer les frontieres pour y
rentrer. Voici les principales fanctions de cet
Edit , dont le préambule eft dicté par la
faine politique,
Nous JOSEPH II . &c. Il feroit inutile de parter
des loix contre les émigrations , & de vouloir les empêcher
par la rigueur , fi tous les fujets étoient convaincus
des obligations qu'ils ont à l'état , fous les
loix duquel ils trouvent de la protection pour leurs per
Jonnes , leurs familles , leurs biens & leur induftrie ,
E qu'il n'y en eût pas parmi eux qui , après avoir joui
de toutes ces prérogatives , oublient par des vues indirectes
ou quélques avantages apparens , ce qu'ils doi
( 199 )
vent à leur patrie . Afin donc que les tranfgreffeurs
des loix fi fouvent renouvellées ne puiffent prétexter
caufe d'ignorance , nous raffemblerons , par l'édit
fu vant , tout ce qui a été ordonné fucceffivement &
tant à l'égard des émigrations , que des autres objets
qui yot rapport , tels que les enrólemens faits par
des étrangers , les enlevemens par rufe ou par force
, &c.
I. De l'émigration . §. 1. Il faut confidérer comme
émigrant tout fujet qui fort de nos pays hérédi
taires pour aller s'établir chez l'étranger & ne plus
retourner dans fa patrie ; un tel detlein fe manifefte
d'abord , ou par l'action même du fugitif ,
ou par le tems de fon abfence. -
§ 2. Les actions qui prouvent de la part de l'é
migrant , l'intention de ne plus retourner chez
lui , font ; 1º . lorsqu'il exerce en pays étranger
quelque emploi civil ou militaire ; 2 °. qu'il y eft
entré dans une communauté religieufe ; 3 °. qu'il
eft allé habiter une contrée où il n'avoit ni terres
, ni maifen commerçantes ; 4°. quand une
perfonne du fexe fe choifit un époux en pays
étranger.
§. 3. Le deffein formé de ne plus retourner dans
fa patrie , fe manifefte par le tems de l'abfence
1º. quand un fujet , qui s'eft retiré fans la permiffion
du magiftrat , refte pendant 3 ans en pays
étrangers ; 2. lorfqu'après avoir demandé la
permiffion de s'abfenter , il a laiffé écouler le
terme preferit , fans en folliciter la prolongation ;
3. toutes les fois qu'ayant été cité édictalement ,
il néglige de comparoître ou d'alléguer des raifons
folides pour justifier fon abſence.
S. 4. Conime il importe moins à l'état de punir
l'émigration que de l'empêcher , il eft enjoint
Spécialement aux régences , directeurs des cercles
, magiftrats & fupérieurs , d'obvier , autang
i 4
( 200 )
qu'il fera poffible , à tout ce qui pourroit engager .
les fujets à s'expatrier , & d'avoir l'oeil ouvert fur
ceux , dont la conduite décéleroit un deffein prémédité
de quitter leur pays.
S. 5. Le prétexte principal de ceux qui s'expatrient
étant , que dans leurs pays ils manquent de
moyens de pourvoir à leur fubfiftance , les régences
, &c. veilleront à ce qu'il ne foit point
mis d'entraves à la bonne volonté des fujets ;. il
faudra au contraire qu'on leur facilite les voies
de fe procurer du travail , & qu'on augmente
s'il en eft befoin , dans les provinces , le nombre
des filatures de lin , de chanvre , de laine , &c.;
l'oifiveté en fera bannie , & l'on obligera par
force les fainéans à s'occuper honnêtement pour
fe procurer de quoi vivre.
§. 6. Quoique les voyages puiffent fouvent fervir
de prétexte aux fujets qui voudroient s'expatrier
, il ne fera cependant pas défendu aux commerçans
de fe rendre en pays étrangers pour leurs
affaires ; mais il faudra toujours , qu'avant de
partir, ils en demandent la permiffion aux régences
refpectives. Dès que les jeunes gentilshommes
auront atteint la vingt- huitieme année de leur
âge , ils feront libres de voyager , mais avant
cette époque , ils n'en obtiendront la permiffion
qu'en alléguant des raifons importantes & approuvées
par la Cour. Les négocians & autres fujets
non militaires demanderont les paffeports à leurs
magiftrats refpectifs qui devront les leur délivrer
fans délai , ni difficulté .
S. 7. Tous nos autres fujets qui voudront ,
pour quelque raifon que ce foit , aller en pays,
étranger , ou même dans quelques-uns de nos
états , tels que les Pays Bas , l'Italie , le Haut-
Brifgau & la Suabe- Autrichienne , où l'on ne fauroit
fe rendre , fans paffer fur des territoires
((2014)
étrangers , devront en demander la permiffion à
leurs magiftrats , qui ne pourront l'accorder que
de l'avis des directeurs de cercles & des commandans
militaires .
§. 8. Quant à nos pays héréditaires , la nobleife
, les commerçans & toutes les perfonnes
qui ne dépendent pas du militaire , feront libres
d'y voyager. Les fujets ne devront fe munir de
paffeports , que lorfqu'ils fe rendront d'un cercle
ou d'une province à l'autre.
$ 9. Les artifans étrangers qui voyageront
dans nos états héréditaires , auront la liberté d'en
fortir quand bon leur femblera. Les artifans natifs
qui voudront aller travailler en pays étranger
, n'en obtiendront la permiffion que lorfqu'ils "
auront donné des preuves d'une habileté particu--
liere , & qu'on fera fondé à croire qu'ils voyageront
avec fruit . ( La même reftriction a lieu en
Pruffe , & c. &c. )
On commence à être très- mécontent de
l'établiſſement pour les pauvres , dont on
avoit fait d'abord les plus grands éloges :
la mendicité eft auffi commune qu'auparavant
; & jufqu'ici les feuls Directeurs , qui
coûtent 24000 florins , ont profité de l'inſtitution
: fon étendue eft fon principal vice ;
au lieu de réunir & de mettre tout en maffe ,
il importeroit de divifer.
L'Imprimeur & Libraire de la Cour ་
Trattner avoit vendu les Patentes fur les
marchandifes défendues , au prix de vingt
creutzers ; un ordre de l'Empereur l'a obligé
d'en reftituer 14 aux acheteurs.
DE FRANCFORT , le 21 Octobre."
L'Empereur vient d'établir une nouvelle
is
( 202 )
chaire de Poefie , Eloquence & Belles- Lettres
dans l'Univerfité de Fribourg en Brifgaw
, & M. Jacobi , d'Halberstad , poëte
Allemand diftingué , y a été appellé : il eſt
Proteftant.
On a publié à Vienne un nouveau Réglement
pour la Banque , qui , en laiffant fubfifter l'intérêt
de 4 pour 100 pour les capitaux de 50,000
florins , le réduit à z pour cent , lorsque le capital
furpaffera cette derniere fomme . On préfume
que le but de cet arrangement eft d'engager
les gros capitaliftes à retirer leurs fonds de la
Banque , & à les employer à l'établiffement des
fabriques.
M. Czaki , Grand - Echanfon de la Coironne
en Pologne , et célébre depuis long- temps -par
fon zele pour ce qu'il appelle la Religion . On
fait avec quelle vigilance les Ruffes le garderent
durant les derniers, troubles , pour le garantir de
fon enthouſiaſme . Il portoit la dévotion fi loin ,
qu'il avoit toujours une corde autour du cou , à
laquelle étoient fufpendus des os de Saints i
n'étoit jamais cette amulette. Il vient de donner
une nouvelle preuve des mêmes fentimens. Un
Evêque de Kiov , nommé Samuel Orga , mourut
à Lemberg , dans le temps que cette ville appartenoit
encore à la Pologne , & il fut enfeveli
dans l'Eglife des Jéfaites , en odeur de fainteté .
Depuis que Lemberg eft fous la domination Autrichienne
, le dévot Echanfon craignant que la
tombe de l'Evêque ne fût profanée , a pris la
réfolution , malgré fon âge très - avancé & des
dépenfes confidérables , d'aller chercher les os
du Saint , de les transporter à Zytomirsy dans la
Cathédrale , qu'il a bâtie , & de célébrer de
nouvelles funérailles. Les Infcriptions du Catafalque
font une fuite de paffages oftéologiques tirés
des livres faints.
( 203 )
Un Voyageur très éclairé s'exprime de la
maniere fuivante
כ כ
9
relativement au commerce
d'Altona : » Le commerce de cette
» ville , dit-il , bâtie dans la vue de nuire au
» commerce de Hambourg , eft cependant
toujours dépendant de cette derniere place.
Prefque toutes les affaires d'Altona
font faites à la bourfe & par la banque de
» Hambourg. Il eft vrai qu'on a auffi établi
» une bourfe & une banque à Altona , mais
» l'expérience a prouvé que ces fortes d'éta-
» blifemens font la fuite d'un commerce
» & qu'ils ne créent point , ni n'étendent ce
2 commerce » .
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 4 Octobre.
Hier , dit une Lettre de Livourse du 22 Sep
rembre , une polaère Françoiſe arrivée de Biferte
en Afrique dans ce port en fix jours de navigation
, nous a rapporté que l'efcadre Vénitienne ,
confiftant en trois vaiffeaux de ligne , deux frégates
, deux chebecs , deux bombardes & une barque
, étoit arrivée devant Tunis le 1er de ce mois ;
& que le Dey avoit envoyé un de ſes Officiers vers
le Chevalier Emo , Chef de l'efcadre , à qui ili
doit avoir tenu le difcours fuivant. Le Dey , mon/
Souverain , m'a envoyé vers vous pour vous in--
fornier que le différend furvenu entre ce pays &
Votre République s'accommodera , fivous voulez
defcendre à terre pour vous aboucher avec lui.
Pour ce qui regarde le bâtiment reclamé , les
Marchands établis ici en fixeront la valeur & on
s'en rapportera à leur décifion . Je vous averti's que
le premier coup de canon tiré par votre efcadre ,
i. 6
( 204 )
fera regardé par mon Maître comme une déclaration
de guerre ; & qu'il rendra impoffible tout
accommodement dans la fuite. L'Officier ayant
rempli fa commiffion fe retira ; & le Chevalier
Emo étant peu fatisfait de cette ouverture , &
voyant une barque Turque & plusieurs autres bâtimens
marchands qui mouilloient dans la rade ,
ordonna qu'on fe faisît de cette barque ; ce qui
répandit la terreur parmi les équipages qui avoient
quelque fujet de craindre qu'on ne fit feu fur eux
de la fortereffe. Les chofes en étoient là , lorfque
Fe 13 une tartane Françoife mit à la voile de Goette
& apporta une fupplique au Chevalier Emo ,
qui n'y répondit pas dans toute la journée , ayant
retenu le Capitaine à fon bord. La matinée fuivante
, l'efcadre Vénitienne fit voile pour le port
de Biferte , où elle a féjourné deux jours, & après
avoir reçu de nouvelles dépêches de Tunis , elle
a mis , dit- on , à la voile pour retourner devant
le même port .
Une lettre de Tunis , du 14, confirme
en ces termes la rencontre de deux frégates
Angloifes avec l'efcadre Vénitienne.
« L'efcadre Vénitienne arriva dans le goulet
le Septembre ; elle s'y arrêta cinq jours , fans
pouvoir after avec cette Régence le différend
qui faifoit l'objet de fon voyage ; le Dey , toujours
ferme , a réfolú de ne faire la paix avec les
Vénitiens qu'aux conditions propofées au commencement
de la querelle : comme ils ne paroiffent
guères difpofés à s'y foumettre , leur efcadre
leva l'ancre le 6 ; fa direction fit croire qu'elle
alloit attaquer Biferte , mais après avoir croifé
fx ou fept jours à la hauteur de Porto- Farina ,
elle cingla vers la Sardaigne , dans la vue , à
ce qu'on fuppofe , d'y faire de l'eau elle en
manquoit , ce qui paroîtra fort extraordinaire ,
( 205 )
vu le peu de temps qu'elle a mis à venir ici de
Corfou enfin les opérations des Vénitiens nous
paroiffent bien fingulieres , & il eft impoffible
de fe former une idée de ce qu'ils ont en vue
de faire. L'Amiral avoit laiffé à l'embouchure de
cette baye un vaiffeau de ligne & un chébec ,
chargés de vifiter tous les bâtimens qui arriveroient
, mais non pas de les empêcher d'entrer ;
deux frégates Angloifes la Thétis & le Sphynx
s'étant préfentées le 8 , le vaiffeau de ligne leur
tira cinq coups de canon , elles jetterent l'ancre ,
& le Commandant Anglois envoya auffi tôt parun
de fes Officiers , au Chef d'efcadre Vénitien une
lettre , pour favoir fi les Anglois étoient enguerre
ou en paix avec fa République , & demander fatisfaction
de l'infulte ; celui - ci prétextant d'ignorer
la langue Angloife , fit paffer la lettre au Chevalier
Emo , par le moyen d'un chébec : ce bâtiment
n'étant pas revenu le lendemain , le vaiſſeau de
ligne mit à la voile ; les Anglois croyant.qu'il prenoit
la fuite , le pourſuivirent & lui tirerent deux
coups de canon ; dès - lors il jetta l'ancre , les Anglois
en firent autant , & au moment qu'on le
difpofa au combat , on vit arriver le chébec : peu
après le Chef d'efcadre Vénitien envoya à bord
du Commandant Anglois pour lui faire les excufes
& demander une entrevue , mais on lui répondit
qu'il étoit trop tard : le lendemain matin les deux
frégates Angloifes entrerent dans la baye . Ce
qu'il y a de fingulier dans cette affaire , c'eſt qu'à
la hauteur de Porto- Farina , le Chevalier Emo
avoit affuré le Capitaine Anglois que le port de
Tunis n'étoit point bloqué ; reste à voir com
ment fe terminera cette affaire ».
FERRARE, le 30 Septembre.
On apprend de Rome, que dans un Con(
206 )
fiftoire tenu le 20 de ce mois , le Pape a créé
& déclaré Cardinal Monfeigneur Archetti ,
Noble Vénitien , Nonce extraordinaire près
Impératrice de Ruffie. S. S. a créé aufli un
autre Cardinal , mais dont la nomination
elt in petto.
L'Inquifition vient de promener fur une
âne , écrit- on de Bologne , & de condamner
à trois ans de travaux dans une fortereffe
, un vieillard de 60 ans , détenu dans les
fers depuis 9 mois . Ses délits , felon la Sentence
, étolent fuperftition , fortilege & pate
avec le Diable. Les conditions de ce traité.
lui avoient fans doute été défavantageufes ,
car il traînoit la vie la plus miférable, en faifant
le métier de Potier d'étain .
Le feur Louis Berretta a mis en vente à Rome
une Statue de marbre , retrouvée dans le jardin
du Marquis Cornovaglia , fitué fur le Mont Celio.
Cette Statue reprétente l'Idole du Temple de
Troye , détruit par les Grecs , felon la Mythologie
; jufqu'à préfent , on n'avoit encore découvert
aucun veftige ou mémorial de ce Temple ,
dont parlent feulement Homere & Virgile , &
qui, comme on le voit par l'Infcription , eft le
ieul ouvrage du célebre Minofante.
DE NAPLES , le 29 Septembre.
Les nouvelles de mer portent que deux
bâtimens de tranfport Napolitains , qui fe
rendoient dans les ports de la Pouille, pour
y faire des chargemens de grains , ont été attaqués
par des Corfaires Barbarefques. Mais
les Cadets du bataillon de Royal -Ferdinand
qui fe trouvoient à leur bord, ayant con
( 207 )
traint la Chiourme à prendre les armes , la
défenſe fut fi vigoureufe , que les Corfaires
fe retirerent dans le plus grand défordre.
Hier ( 27 ) , un Caporal d'Artillerie , embarqué
, lors de l'expédition contre Alger , fur le
Vaiffeau le Saint Jean , vola dans la fainte Barbe
une certaine quantité de poudre , & la cacha dans
divers coins du vaiſleau. Etant deſcendu enfuite
avec une chandelle allumée pour emporter fon
vol , une étincelle tomba fur la poudre , qui prit
feu à l'inftant . Bientôt tout le vaiffeau fut embrafé
, au point que perfonne n'ofa hafarder de
Je fauver. Ce vaiffeau étoit défarmé , & il n'y
avoit de garde à bord que trois ou quatre perfonnes.
Le vent foufflant alors du midi , le porta
hors du mole , & il fut entierement confumé ,
fans qu'on en ait rien pu retirer. Le Caporal &
un de fes compagnons ont beaucoup fouffert des
Bammes. Ils ont été tranfportés à l'Hôpital ,
ils font en danger de mort . La Sentinelle qui
étoit fur ce vaiffeau s'étant précipitée dans la
mer, eft tombée fur une petite barque , où elle
s'eft griévement bleffée ; elle a été également
transportée à l'Hôpital.
cu
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 19 Octobre.
Le 14 de ce mois M. Loftus , membre du
Parlement d'Irlande , a rendu vifite à S. M.
en lui préfentant une adreffe du Corps de
Volontaires , qui y expriment leur fidélité ,
& une adreffe des Catholiques d'Irlande qui
follicitent le privilege de voter dans les élections.
Le peuple de Dublin s'attendoit le 27 Septembre
à la nomination des Délégués au Congrès ;
( 208 )
mais les Shérifs , après avoir manifefté l'opinion
du Confeil , refulerent de préfider l'Affemblée
& l'affaire n'a pas eu lieu. On dit que les Shérifs
ayant confulté fur cet objet un célebre Jurifconfulte
( le Confeiller Whittingam ) , celui - ci lear
a répondu verbalement qu'il croyoit qu'une Affemblée
de cette nature n'étoit pas légale.
Dans beaucoup de villes les réfolutions
des grands Jurés font diamétralement oppofées
à l'admiffion des Catholiques Romains
, aux privileges des Francs -Tenanciers.
Le 1 de ce mois , le Duc de Rutland a paffé
en revue toute la garniſon de Dublin .
I
Le Gouvernement a nommé un comité
des membres du Confeil privé d'Irlande ,
pour veiller fur les intérêts du commerce
dans ce Royaume , & prendre à l'égard des
droits impofés , des arrangemens qui feront
foumis au Parlement. Ce comité eft compofé
du Chancelier , des Lords Miltown ,
Howth, Roden, Clanwilliams , Muskerry , &
de MM. Thomas Conolly , Cary , & Orde
Secrétaire du vice - Roi.
On apprend par une Lettre de la Jamaïque ,
du 31 Juillet , que les Commiffaires Espagnols
& Anglois , nommés pour marquer les limites
du territoire accordé aux Anglois fur la côte de
la baye de Honduras , pour la coupe du bois de
campêche & d'acajou , ont terminé cette affaire
importante à la fatisfaction des Parties. L'honnêteté
& la franchiſe qu'ont montrée les Commiffaires
Espagnols , leur fait le plus grand honneur.
Les limites ont été marquées d'une maniere
favantageuse pour les Anglois , que les Commillaires
de cette Nation ont obtenu une quan➡
( 209 )
tité de terres plus confidérable qu'ils ne devoient
l'efpérer.
Tous les Négocians de Londres défirent
que l'Empereur parvienne à faire ouvrir l'Efcaut
, & à rétablir le commerce d'Anvers.
L'Empereur n'ayant point de marine , feroit
forcé d'employer un grand nombre de vaiffeaux
Anglois ; cela eft fi vrai , que plufieurs
maifons d'Oftende & de Bruxelles ont déjà
pris des engagemens éventuels avec les propriétaires
de vaiffeaux , qui ont fervi comme
tranſports pendant, la derniere guerre .
On a plufieurs relations plus ou moins
exagérées de l'ouragan , qu'a reffenti la Jamaïque
le 30 Juillet. Une lettre authentique
de cette ifle rapporte les particularités fuivantes
, comme avérées .
Vendredi 30Juillet, fut un très beau jour , d'une.
chaleur forte , où le foleil avoit para plus rouge
qu'à l'ordinaire , & les montagnes dégagées des
nuages qui les enveloppent ordinairement . Vers
les cinq heures du foir , le ciel offrit un aspect
menaçant ; la mer , dans le havre de Kingſton ,
amoncela fes vagues , fans aucune caufe apparente
, le vent étant très- foible ; le foleil étoit
couleur de fang, & quand la lune , à - peu - près
à fon plein , lui fuccéda , fon difque obfcurci
nous préfagea ce que nous avions déjà éprouvé
plus d'une fois . A fept heures le vent s'accrut
les vaiffeaux dans le havre de Kingston & dans
celui de Port-Royal, prêts à mettre à la voile furent
contraints de refter au port , & leurs Capitaines ,
qui étoient à terre , fe hâterent de regagner leur
bord. A dix heures , l'orage groffit encore ; les
batteaux & barques furent jettés fur la côte : cette
( 210 )
tempête fut au comble vers le minuit, les nuages
extrêmement noirs & bas verfoient des torrens
de pluie. A deux heures du matin , on reffentit
une légère fecouffe de tremblement de terre ,
qui fit fortir les habitans de leurs lits ; plufieurs
gagnerent la campagne quelques minutes
après vint une nouvelle fecouffe moins forte que
la premiere quoiqu'accompagnée d'un bruit pareil
à celui du tonnerre , & qui augmenta graduellement
environ quatre minutes . Vers les 4 heures
l'ouragan fit d'affreux ravages dans Kington , il
biffa á fix & à neuf heures ; le temps étoit affez
calme pour permettre aux batteaux d'aller en
mer. Le jour nous découvrit l'étendue du défafire
des débris des vaiffeaux , quelques -uns à l'ancre
& démâtés , entr'autres la frégate la Flora de
44 canons , Capitaine Montague , qui avoit été
obligé de jetter fes canons & de couper fes mâts.
Heureufement le Janus , de 44 canons , vaiffeau du
Commodore Packenham, fe trouva fur une barret
qui le préferva de la violence du vent. A notre
grande furprife , ni les navires de Port Royal ni
les autres n'ont fouffert autant qu'on devoit s'y
attendre : Quelques maifons ont été renversées à
Spanishtown & à New - Genwich , dans la Paroiffe
de Saint- George ; á Crawford le dommage eft
terrible ; & fept perfonnes y ont péri . Quatre
vaiffeaux font perdus à Portmorant , deux à Manchincel
, & une infinité de barques : le plus grand
mal cependant eft à la paroiffe de Thomas , qui
eft le point de l'iffe le plus au fud- eft . Lo
nombre d'habitans péris eft de 170 , & ce défaftre
coûte à l'ifle au moins cinq cent mille l
fterlings.
T.
Une autre lettre de Sainte - Marie à la Jamaïque
, en date du 20 Juillet , parle en ces
termes , dictés fans doute par la premiere
( 211 )

frayeur , d'un foulevement dont on a été
menacé dans cette partie des Plantations.
« Nous avons été pendant 15 jours dans des
alarmes continuelles au fujer d'une révolte
qu'avoient projetté les Nègres de ces habitations :
elle fut heureufement découverte la veille de
P'exécution. Le Chef a été BRULÉ VIF ces jours
derniers au Port Marie ; un autre a été pendu
l'on a enfuite jetté fon corps au feu & expolé
fa tête à la vue des Nègres dans fon habitation ;
enfin , trois autres ont été rudement châtiés. Le
complot fit découvert par le Negre BAULE VIF.
Ayant reçu avis que plufieurs Nègres d'une habitation
voifine devoient entrer dans la confpiration
, il les alla trouver. En chemin il rencontra
deux Nègres qui n'étoient inftruits de rien , &
leur ayant communiqué fon projet , les deux
autres l'arrêterent. On dit que ces deux Nègres
auront leur liberté & qu'on leur fera une penfion.
Nous fommes toujours dans l'inquiétude , y ayant
tout lieu de croire que les Nègres des habitations
voifines fe font ligués ».
« Her , dans une Affemblée des Flanteurs ,
il a été décidé que l'on fouilleroit toutes les maifons
des Nègres de cette Paroiffe à la même heure,
pour faifir les armes dont ils pourroient être munis.
La Milice en quatre ans de temps a eu deux
fois de nouveaux fufils , & cependant la moitié des
Miliciens en manque. Il fut aufli arrêté que l'on
donneroit la liberté à tous les Nègres qui découvriroient
des armes. On a été fort alarmé de
la dépofition d'un des coupables Il a déclaré qu'un
des Nègres marons lui avoit promis de lui fournir
des armes & des munitions , s'il vouloit commencer
le foulevement . Nous n'ofons pas trop parler
de cette affaire aux Nègres marons mais nous
prenons toutes les mefures les plus propres
déconcerter leurs tentatives »..

( 212 )
Ce défaftre de la Jamaïque a fait prendre
au Gouverneur des mefures temporaires ,
dont une lettre de Kingfton rend ainfi
compte :
« Je ne vous fatiguerai point de détails du dernier
ouragan. Vos Papiers publics ne tarderont
pas à vous en donner des relations , puifque vos
Négocians y font les premiers intéreflés , par le
nombre de bâtimens naufragés Mais j'ai lieu de
croire que vous prendrez part à notre joie , lorf
que vous faurez que cet ouragan de quelques
beures a fait plus pour les habitans de cette
ifle & ceux de l'Amérique , que toutes les négociations
entamées , relativement au commerce des
Américains. Notre Gouverneur , en confidération
de la difette générale qui nous menaçoit , a ouvert
nos ports à toutes les Nations pour l'efpace de
quatre mois. Vos Politiques , qui infioient fi
vivement en Parlement pour que les denrées de
l'Amérique ne fuflent tranfportées dans nos ifles
que fur des bâtimens Anglois , conviendront , je
penfe , que cet événement doit nous faire fortir
de la règle. Nous fommes perfuadés que quelque
chofe que les partians de l'acte de navigation.
puiffent imaginer , M. Pitt aura affez de bon fens
& de prudence pour profiter de cet avis , & pour
ne point nous refufer un commerce libre dont nous
avons tant de befoin » .
Un autre Correspondant mande « que le Gouverneur
a jugé à propos , d'après l'avis du Confeil
du Roi , d'acquiefcer à la demande des Magiftrats
& des principaux habitans de cette ville , qui follicitoient
pour un certain temps la fufpenfion, del'Ordonnance
de S. M. , qui défend tout commerce
avec les Etats - Unis de l'Amérique , excepté fur
des bâtimens Anglois. En conféquence de cetteréſolution
, il eft permis à tous bâtimens , de
( 213 )
quelque dénomination qu'ils foient , foit Anglois
ou Américains , d'importer des denrées & des
bois dans l'ifle de la Jamaïque , pendant l'eſpace
de quatre mois ».
Il eft impoffible de fe refufer à l'extrême
néceffité : mais quand il s'agit de l'acte de
navigation , un befoin urgent peut feul juftifier
une mefure qui tend à le détruire . Vu
la diftance d'ici aux Colonies , il ne nous eft
pas poffible de juger de la portée de fes befoins.
Mais nous espérons cependant que
l'amour feul du bien public a pu étendre
cette permiffion aux bâtimens Américains.
Le danger imminent qui nous menaçoit
par le peu d'expérience de nos Miniftres , a
été heureufement prévenu , par les avis donnés
fort à propos par Lord Sheffield , M.
Chalmers , M. Irwin , & particulierement
par le Confeil privé. C'eft pourquoi nous
efpérons qu'aucun Gouverneur foit du
parti de M. Atkinfon ou de tout autre , ne
fe laiffera dominer par des follicitations
particulieres. La difette exifte vraisemblablement
, l'ouragan a sûrement exigé des
fecours du dehors ; mais il faut efpérer que
l'on examinera avec foin cet objet , & que
l'on veillera à ce que l'on ne profite point
de cette calamité pour nous en attirer une
plus grande-
"
Dans tous les Cafés américains de Londres
il y a beaucoup d'affiches de vaitieaux pour divers
endroits de l'Amérique , auffitôt que les Armateurs
fe feront procurés du frét , ce qui ne fe
fait pas promptement , parce que les Négocians
( 254 )
feront très lents à expédier , juſqu'à ce que leurs
remifes deviennent un peu plus sûres . Quoi qu'il
en foit , il eft aité de voir dans quelle partie de
l'Amérique eft le centre des liaiſons britanniques.
Sur 65 vaiffeaux environ , nous en avons 4 pour
Bolton , 2 pour Philadelphie , & 6 pour New-
York. Tous les autres font deftinés pour les Etats
du Sud , la Virginie , le Mary land , les Caroli
nes & la Georgie. Il réfulte de - là que les François
, les Hollandois , & c. , ont envahi le commerce
des Etats du Nord , ou que ces Etats font
dans une bien triste pofition.
La belle maifon du Chevalier Grégoire
Page Turner , achetée pour le fervice de l'Ecole
maritime de Wolwich , & qui devoit
être reconſtruite , fervira, dit on , de domicile
au Prince Guillaume Henri , qu'on s'attend
à voir un jour Grand Amiral d'Angleterre.
Son Alteffe Royale a été envoiée hors
du Royaume , pour l'écarter de la corruption
de principes & des débauches de nos
jeunes Nobles. Par la même raiſon , on ſe
propofe de fuivre le même parti à l'égard
du Prince Edouard Augufte. Il fera beau de
lire dans notre Hiftoire, que le feul moyen
d'élever convenablement un Prince Anglois,
a été de le faire fortir de fon pays natal .
Le beau lit d'ivoire , envoyé à la Reine
par M. Haftings , & dont nous avons décrit
la garniture , a été travaillé par des artiſtes
de Murshidabad , dans le Bengale , très - habiles
à employer cette matiere. M. Haftings
a auffi fait pafler au Roi un jeune cheval &
une jeune jument Arabes , qui ont été dé(
215 )
barqués des vaifleaux de la Compagnie ,
l'Atlas & le Besborough.
Il y a quelques jours , dit un de nos papiers
publics, qu'une compagnie de Fermiers dinoient
enfemble avec leurs femmes dans une taverne
de Norvich. Au deflert , les efprits s'echaufferent,
la converfation tomba fur les nouvelles taxes ;
& les convives ayant prié une des femmes de
donner un toast ou un fentiment , elle en propofa
un fort naturel , en difant ; « Puiffent les
auteurs des taxes fur le favon & fur les chandelles
, porter toujours du linge fale , & s'aller
» coucher fans lumieres ».
On a dernierement découvert à Oftende
une friponnerie , pratiquée par les Chinois ,
dans la vente de leurs thés. On a trouvé , en
examinant la cargaifon d'un vaiffeau des
Indes Impérial , que les deux tiers des caiffes
étoient remplies de mauvais thé , qui ne valoit
pas 4 fols la liv. On les a déposés foigneufement
, dans le deffein de les renvoier
en Chine , où l'on portera des plaintes au
premier Mandarin de Canton. Il y a plufieurs
années que la même chofe arriva
mais les Directeurs renvoyerent les thés , &
obtinrent juftice des Mandarins , ce qui eſt
un peu difficile à croire.

Le Parlement , qui étoit prorogé juſqu'au
15 de ce mois , l'eft jufqu'au 2 de Décem
bre , par ordre de S. M.
FRANC E.
DE VERSAILLES , le 20 Octobre.
Le 10 de ce mois , le Prince de Carama(
216 )
·
nico , Ambaffadeur extraordinaire de la Cour
de Naples , eut une audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il remit fes lettres
de créance à Sa Majefté ; il fut conduit à
cette audience , ainfi qu'à celle de la Reine
& de la Famille Royale , par le fieur Tolozan
, Introducteur des Ambaffadeurs ; le
fieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs
précédoit.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du Marquis
d'Escoubleau de Sourdis , Lieutenant en fecond
d'Artillerie , avec demoiſelle d'Avaray.
DE PARIS, le 27 Octobre.
On nous a appris l'heureuſe arrivée de
l'Ambaffadeur du Roi à Conftantinople , &
l'on raconte à ce fujet les détails fuivans.
En entrant dans le canal , M. le Comte de
Choiseul rencontra le Capitan Pacha qui précédoit
fa flotte fur une fimple corvette. L'Amiral
Turc envoya reconnoître le vaiffeau françois , &
apprenant qu'il portoit le nouvel Ambaffadeur , il
le falua de 11 coups de canons qui lui furent
rendus. Il s'approcha enfuite à la portée de la
voix , & témoigna le defir qu'il avoit de venir à
bord de ce vaiffeau françois. M. le Comte de Choifeul
s'excufa de recevoir cet honneur a caufe de la
pefte qui avoit régné fur la flotte turque. L'Amiral
n'infifta pas ; il demanda alors quel étoit le
jeune homme qui , de la chaloupe , répondoit à
fes queftions en un langage fi pur. On lui ré- 、
pondit que c'étoit Ifach Bey. Ce jeune Turc
que
( 217 )
3
que M. de Choifeul ramenoit à Conftantinople ;
avoit demeuré près d'un an à Paris ; il y avoit
ou 4 ans qu'il voyageoit ainfi dans les différentes
Cours de l'Europe. Ayant fervi dans la marine
il étoit fort connu du Capitan Pacha.
La convention provifoire pour fervir
d'explication à la Convention préliminaire
de Commerce & de Navigation , du 25.
Avril 1741 , entre le Roi & le Roi de Suede
a été conclue à Verfailles le premier
Juillet 1784 par M. le Comte de Vergennes
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , & le Baron
de Stael de Holftein , Chambellan de
Sa Majesté Suédoife , & fon Ambaffadeur
auprès du Roi ; elle contient les articles
fuivans :
Ier . La Convention préliminaire conclue let
25 Avril 1741 , entre la France & la Suède ,
touchant la navigation & le commerce , continuera
d'être obfervée ſuivant la forme & teneur
dans tous les points & articles auxquels il n'aura
pas été dérogé par la préfente Convention provifoire
, & ils ferviront de baſe avec les articles
nouvellement convenus au Traité définitif que
les deux Souverains s'engagent de conclure le
plutôt que faire le pourra.
II. En conféquence de cette affirmation générale
de la Convention préliminaire de 1741 ,
les Sujets refpectifs continueront de jouir , dans
les ports de l'une & l'autre domination , de toutes
les franchifes , faveurs & exemptions qui leur
ont été affurées par les articles I & II de ladite
Convention. 4
III. Comme en vertu de l'article III de la
Convention de 1741 , les Sujets de Sa Majefté
Très-Chrétienne ont dû jouir dans la ville , port
44, 30 Octobre 1784.
N°.
k
( 218 )
& territoire de Wilmar , à l'exclufion de toutes
les autres Nations , du privilege de ne payer pour
les effets & marchandifes qu'ils y porteroient par
leurs propres vaiffeaux , que trois quarts pour
cent de la valeur deſdits effets ou marchandifes
pour tous droits de douane ou autres , quels qu'ils
puiffent être , fait que lesdites marchandifes s'y
confommaflent , foit qu'elles fuffent exportées ,
& ce , ainfi qu'il eft réglé pour les Sujets mêine
de Sa Majefté Suédoife , & qu'il a été reconnu
que cette conceflion , vu la nature & la poſition
du port de Wilmar , ne rempliffoit en aucuns
maniere le but qu'on s'étoit propofé de la part
de la Cour de Suède ; Sa Majefté Suédoife
confent à fubftituer auxdites franchiſes atrachées
au port de Wilmar , la liberté d'entrepôt dans
le port de Gothenbourg , en la forme & aux
chaufes & conditions fuivantes ,
IV. Les Sujets de Sa Maj té Très Chrétienne
auront à perpétuité le droit d'entrepofer dans le
port de Gothembourg , dans le lieu & avec les
précautions qui feront déterminées , toutes les
denrées , productions & marchandifes , foit de la
France , foit des Colonies en Amérique , chargées
fur des Bâtimeps français , de quelque port
de France qu'ils viennent , fans qu'à raifon de
leur introduction , elles puiffent être afſujetties à
aucune forte de péage , impofitions ou autres droits
quelconques. Il leur fera parcillement libre de les
en réexporter , fi bon leur femble , foit fur leurs
propres Navires , foit fur des Bâtimens fuédois
à telle autre deftination que ce foit , fans qu'il
en puiffe être exigé , à raifon de cette fortie &
& réexportation , aucuns droits de douane ou
autres quels qu'ils puiffent être , & fous quel .
que nom qu'ils puillent être défignés ; & dans
le cas de l'introduction & de la réexportation ,
( 219 )
les Bâtimens françois ne leront pas tenus à de
plus forts droits que ceux qu'acquittent les Navires
fuédois.
V. Ledit entrepôt n'ayant point d'autre deftination
, que de faciliter aux Commerçans français
le débit de leurs denrées & marchandifes ,
loit dans les Etats de Sa Majefté Suédoife , foit
dans ceux des autres Puiflances du nord , les
objets qu'on y dépofera feront confiamment
cenfés être à bord des Bâtimens qui les auront
apportés ; par conféquent ils ne pourront être
foumis à aucune vifite jufqu'au moment où
l'on voudroit les faire fortir dudit entrepôt
pour les emporter dans le Royaume de Suède.
VI. Les denrées & marchandifes qu'on fortira
de cet entrepôt , pour les faire entrer , en
acquitteront fur le lieu , ou au premier bureau
de ce Royaume où elles fe préfenteront , tous
& chacun les mêmes droits qui font actuellement
établis fur elles , ou qui pourront l'être
par la fuite , de la même manière & à la même
quotité qu'elles auroient dû les acquitter , fi elles
euffent été importées directement dans ledit
Royaume , fans paffer par l'entrepôt de Gothembourg.
VII. Le Roi Très- Chrétien donnera les ordres
les plus précis à ceux de fes fujets qui voudront
profiter dudit entrepôt de s'abftenir de toutes
pratiques repréhenfibles , foit en abufant euxmêmes
de fa franchiſe pour faire entrer en fraude
leurs denrées & marchandifes dans le Royaume
de Suède , foit en favorilant des manoeuvres
illicites de la part des Sujets de Sa Majesté
Suédoife , ou des étrangers qui fréquentent le
port de Gethembourg.
VIII. En échange , & par forme de compenfation
des avantagee réfultans de l'établiffek2
( 220 )
ment & de la conceffion de l'entrepôt de Gothembourg
, pour le commerce & la navigation
de la France , le Roi Très- Chrétien cede à perpétuité
au Roi & à la Couronne de Suède , en
Loute propriété & fouveraineté , l'Ile de Saint-
Barthélemi aux Indes Occidentales , avec toutes
les terres , mer , ports , rades & baies qui en
dépendent , auffi bien que tous les édifices qui
s'y trouvent conftruits , avec la fouveraineté ,propriété
, poffeffion , & tous droits acquis par
traités ou autrement , que le Roi Très - Chrétien
& la Couronne de France ont eus jufqu'à préſent
fur ladite Ifle , fes habitans & fes dépendances ;
Sa Majefté Très - Chrétienne cédant & tranfpor
tant le tout audit Roi & à la Couronne de
Suéde , de la maniere & dans la forme la plus
ample , fans reſtrictions ni rêſerves.
IX. La préfente ceffion ne préjudiciera en
rien aux droits de propriété ou de poffeffion ,
appartenans aux habitans français & autres , qui
jufqu'ici ont été fujets du Roi Très - Chrétien en
ladite Ifle ; ils continueront à en jouir fous la
fouveraineté Suédoife , conformément à leurs
titres & aux loix & ufages reçus dans ladite
Ifle , fans que , fous prétexte où par une fuite de
çe changement de domination , il puiffe leur
être caufé auçun trouble , gêne ni dommage
dans leur fortune particuliere , ou dans les droits
dépendans de leur propriété.
X. Sa Majefté Suédoife promet & s'engage
de conferver à jamais aux habitans de l'Ile de
Saint-Barthélemi , la liberté la plus illimitée de
la Religion Catholique , d'en protéger le culte ,
& de ne rien faire ni permettre qu'il foit rien
fait pour en gêner ou reftreindre l'exercice ,
XI. Les Habitans françois ou autres , qui
ont été fujets du Roi Très- Chrétien dans l'Ifle
221 )
de Saint Barthélemi , & leurs defcendans , pour
ront en tout temps fe retirer , en toute sûreté
& liberté , en tel endroit de la domination du
Roi qu'il leur plaira , & pourront vendre leurs
biens & transporter leurs effers , ainfi que leurs
perfonnes , fans être gênés dans leur émigration
, fous quel prétexte que ce foit , hors le cas
de dettes ou de procès criminels & il ne fera
jamais rien exigé d'eux à titre de droit de détraction
, ni autres quelconques .
"
XII. La remife de l'Ile de Saint- Barthélemi ,
à perfonne qu'il plaira au Roi de Suède de
commettre pour en prendre poffeffion , fera
effectuée quatre mois après l'échange des ratifications
que Leurs Majeftés Très- Chrétienne
& Suédoife donneront fur la préſente Convention
provifoire. Les Commiffaires , qui , de part ,
& d'autre , feront nommés pour cet effet , feront
munis des inftructions les plus précifes pour
conftater , confirmer & conferver les droits des
habitans de ladite Ifie , & pour affurer leurs
poffeffions. Ils feront auffi chargés de dreffer des
procès- verbaux , concernant les effets appartenans
au Roi Très Chrétien , s'il s'en trouve
aucun dans ladite Ifle , & qui demeureront à
la difpofition de Sa Majefté Très- Chrétienne .
XIII. Les articles ci - deffus ne devant être
confidérés que comme un fupplément & une
explication de la Convention préliminaire du
25 Avril 1741 , feront inférés mot à mot dans
le traité de navigation & de commerce qui fera
conclu entre Leurídites Majeftés. En attendant
ils auront leur plein & entier effet , & feront
pour le bien & l'avantage des fujets refpectifs ,
exactement obfervés fuivis & exécutés de pare
& d'autre immédiatement après l'échange da
leurs ratifications.
K3.
( 222 )
XIV. La préfente Convention provifoire
fera ratifiée par les deux Souverains ; les lettres
en feront expédiées en bonne & due forme ,
échangées dans l'espace de fix femaines , ou
plutôt , s'il eft poffible , à compter du jour de
la fignature.
Cette convention a été ratifiée par le Roi
à Verſailles , le 26 Juillet 1784 , & par le
Roi de Suede , à Drottningholm , le 10
Août fuivant.
Une Feuille de Province cite , d'après une
lettre de la Capitale , un fait fi fingulier ,
qu'on a peine à l'adopter fans de violens
doutes.
Au milieu d'un baffin qui contient des cygnes ,
eft pratiquée , pour leur retraite , une loge entotrée
d'une planche à fleur d'eau . Vers le midi d'un
beaujour , unjeune poiffon fauta deffus , & n'ayant
pas la force de rentrer dans fon élément , il refta
à l'air libre , expofé aux rayons du foleil. Ce
petit animal palpitoit de douleur , quand un dés
cygnes l'apperçoit , nage avec la plus grande cẻ
Jérité , arrivé , prend légérement le poiffon , & le
dépofe dans le baflin , avec le témoignage du contentement
qu'il reffentoit d'avoir rendu la vie à un
de fes compatriotes . Ce trait dans un oiſeau , pour
animal d'une claffe & d'un genre différent , m'a
pénétré d'admiration j'aurois defiré qu'il fût
plus familier & vint fur la terre , afin de lui
prodiguer mes careffes , & je n'ai quitté qu'avec
peine ce lieu où un cygne vient d'y donner un
fi bel exemple.
t
L'invention des lampes à Cylindre eft une
de ces découvertes , uniquement propres au
fervice du luxe , & par conféquent d'une
utilité bien circonfcrite , aux yeux d'un Phi(
223 )
lofophe ; mais l'on n'en doit pas moins d'élogès
au talent de l'Inventeur."
23 Déjà , nous écrit - on , ces lampes éclairent à
Paris & les falles de fpectacle , & les Palais des
Grands , même les maifon de plufieurs particuliers
. Ces lampes , bien conftruites & entrete-
>> nues , donnent une lumiere douce , vive , fans
→ on lulations ni fumée femblable à celle
d'un jour ferein . Si l'obfcurité infpire la trif
teffe , l'éclat & la pureté de cette lumiere infpirent
la gaieté .
" Pour mieux faire fentir le prix de cette im-
» portante découverte , il faudroit développer la
théorie & le méchanifme de ces lampes ; démontrer
auffi les proportions relatives de leurs
parties , & fur-tout la jufte application du cylindre
; il faudroit rendre fenfibles le concours &
la circulation de l'air qui en eft un des principaux
agens ; en un mot , réfoudre les queftions
qui fe préfentent naturellement fur les effets de
» la combuſtion , fur l'intensité & la propagation
de la lumiere de ces lampes.
» C'eſt une tâche délicate que nous n'entrepren
drons pas de remplir. Nous renvoyons à l'Auteur
5 même , M. l'Ange de Villeneuve , qui s'en ac-
» quire avec la facilité qu'il doit à fes recherches
ên Phyfique & Chymie , auxquelles il confacre
» tous les momens de loifir que lui laiſſe ſon état.
C'est dans dans fon cabinet qu'il faut voir
toutes les modifications qu'il a données à cette
as lumiere. En effet , on y trouve une de ces lam-
» pes qui éclaire quatre fois plus que celles ac-
» tuellement en vogue , & qui confume moitié
» moins d'huile. Si l'entretien journalier de ces
lampes à cylindre exige quelques foins ; s'il faut
de temps en temps renouveller fur tout dans les
» petits appartemens l'air qui pourroit trop s'ék4
( 224 )

chauffer en circulant à travers la flamme ; s'il
faut fcrupuleuſement obferver la pofition refpective
du cylindre & de la meche pour ménager
& faciliter les courants d'air qui ani
» ment & moderent la flamme , & qui lui font
ဘ abforber la fumée ; s'il faut employer pour
» alimenter ces lampes , de l'huile fupérieure aux
huiles communes , dont les parties hétérogenes
s'opposent à la combuftion , & répandent tou-
» jours une odeur & vapeur désagréables. Enfin
» fi une de ces lampes nouvelles confume plus
d'huile qu'un autre , on eft bien dédomagé de
» ces legers inconvéniens par tous les avantages
de certe belle lumiere qui fufifle plufieurs heures
de fuite , fans être obligé de toucher aux mêches
; & nous ofons dire , par l'economie qui s'y
trouve , lorsqu'il eft befoin de beaucoup de lumieres,
en effet , quatre de ces lampes bien faites
, & convenablement difpofées , équivalent
à quarante bougies ».
M. de la Lande a donné dans le Journal
des Savans , une notice exacte de tous les
voyages aëroftatiques , entrepris jufqu'à ce
jour. Cette récapitulation ne fera pas fans
prix pour les Amateurs.
Premiere Expérience , le 21 Novembre 1783 ,
dans une Montgolfiere ; Voyageurs , MM. Pilatre
de Rozier & le Marquis d'Arlandes . Départ de la
Muette à 1 heure 54 minutes ; la durée du
voyage a été de 20 à 25 minutes .
Seconde Expérience . Premier Aéroftat à air
inflammable. Départ des Tuileries le 1er Décembre
1783 , à 1 heure 40 minutes ; Voyageurs ,
MM. Charles & Robert ; defcente , à 3 heures
45 minutes ; durée du voyage , 2 heures 5 mi
( 225 )
nutes. Le même jour , M. Charles feul ; la
durée a été de 35 minutes.
Troifieme Expérience. Grande Montgolfiere de
Lyon; Voyageurs , MM. Jofeph Montgolfier ,
Pilatre de Rozier , le Comte de Laurencin , le
Comte de Dampiere , le Prince de Ligne , le
Comte de la Porte , Fontaine , partis le 16 Janvier
1784. Le voyage a duré environ 15 minutes .
Quatrieme Expérience. A Milan , le 25 Février
1784; Voyageurs , MM. le Comte d'Andreani ,
Auguft . Gerli , Ch . Jof. Gerli ; durée du voyage ,
environ 20 minutes.
Cinquieme Expérience . Aéroftat à air inflammable.
Départ du champ de Mars , le 2 Mars
1784 ; Voyageur , M. Blanchard ; parti à midi
30 minutes , & defcendu à r heure 45 min. Durée
du voyage , 1 heure 15 minutes.
Sixieme Expérience . Le 13 Mars , M. le Comte
Andreani , de Milan , s'eft élevé , avec deux
autres perfonnes , à 850 toifes , & a fait fept mille
en l'air.
Septieme Expérience. Le 25 Avril 1784 , à
મે
Dijon. Départ à 4 heures 48 minutes ; defcente ,
à 6 heures 25 minutes ; Voyageurs , MM. de
Morveau & Bertrand. Durée du voyage , 1 heure
37 minutes.
Huitieme Expérience. A Marfeille le 8 Mai.
MM. Bonin & Mazet fe font élevés avec un
Aéroftat de 50 pieds de diametre , appellé le
Marfeillois ; font restés 7 min . en l'air & defcendus
à un quart de lieue du départ.
Neuvieme Expérience. A Strasbourg le 15 Mai.
Aéroftat monté par deux perfonnes . Le voyage
a mal réuffi , & a été tenté une feconde fois fans
fuccès.
Dixieme Expérience. Le 23 Mai 1784 , à
Rouen. Départ , à 7 heures 20 minutes ; deſcente,
ks.
( 126 )
à 8 heures zo min.; Voyageur , M. Blanchard ;
durée du voyage , 1 heure.
Onzieme Expérience . Marſeille , le 29 Mai .
MM. Mazet & Bremont recommencerent l'Expérience
qui eut à peu près le même fuccès , fi ce
n'eft que le globe s'éleva plus haut Les Voyageurs
, defcendus de la galerie au bout de fept
heures 8 minutes , abandonnerent le globe , quí
s'enflamma.
Dougieme Expérience. A Lyon le 4 Juin, lors
du paffage du Roi de Suede. Montgolfiere de
70 pieds de diametre vertical , montée par M.
Fietrant & madame Tible , Lyonnoife : cette
dame eft la premiere qui ait monté des Aéroflats.
Voyage , 45 minutes ; diſtance , trois quarts de
Heue.
Treizieme Expérience . En Eſpagne , le 5 Juin
M. Bouche , jeime Peintre François , avoit fait
un Globe par ordre de l'Infant Don Gabriel ;
il le monta fans précaution & malgré le Prince.
L'effroi que lui caufa le feu , qui prit à une toile ,
le fit fe précipiter de la galerie.
Quatorzieme Expérience. Le 12 Juin 1784 , à
Dijon ; Voyageurs , MM. de Morveau & de
Virly. Darée du voyage , 1 heure 2 minutes.
Quinzieme Expérience. L'Aéroftat, le Suffren ,
pari de la Maifon des orphelins de Nantes , le
13 Juin 1784 , à 6 heures 10 minutes ; defcendu
à Gefté; Voyageurs , MM. Gouftard de Maffi
& Mouchet . Durée du voyage , 58 minutes.
Seizieme Expérience. Le 16 Juin 1784 , à Bordeaux
. Voyageurs , M. Darbelet , des Granges &
Chalifour . Durée du voyage , 1 heure 15 minut.
Dix-Septieme Expérience , Grande Montgolfiere
parti , de Verfailles le 23 Juin 1784 ; départ , à
3 heures 45 min. ; defcente , à 5 heures 32 minu
( 227 )
tes ; Voyageurs , MM . Pilatre de Rozier & Prouft.
Durée du voyage , 47 min .
On pourroit placer à la fuite l'Expérience du
11 Juillet par MM . Miollan & Janinet . Expérience
qui avoit très -bien réuffi le 3 Juin à l'Obfervatoire
, où neuf perfonnes furent élevées avec
7001. de left , mais dont un concours de circonftances
a empêché le fuccès le jour où elle devoit
avoir lieu .
Σ
Dix-huitieme Expérience. Aéroftat de S. Cloud ,
le 15 Juillet 1784 ; Voyageurs MM . Robert , Durée
du voyage , environ 45 min.
Dix- neuvieme Expérience , le 18 Juillet 1784 , à
Rouen. Départ , à 5 heures 9 min ; defcente , à 8
h.; Voyageurs , MM. Blanchard & Boby. Durée
du voyage , 2 h. 55 min .
Vingtiem: Expérience . A Bordeaux , le 26 Juillet
, par les mêmes Voyageurs que dans la feizieme
Expérience . Ils ont traversé la Garonne & la Dordogne
, & font defcen lus à Airac , diftant de plus
de fix lieues de Bordeaux .
Vingt-unieme Expérience , le 6 Août , par MM.
Carny & Louchet , Profeffeurs de Rodez . Ils ont
fait fept milles ; le voyage a duré 35 min .
Vingt-deuxieme Expérience , le 6 Septemb. 1784 .
Second voyage de l'Aréoftat le Suffren , partide la
Maifon des Enfans orphelins de Nantes , a midi 35
minutes ; defcendu à 3 heu. 7 min . ; Voyageurs ,
MM . Couftard de Maffi & Deluynes. Durée du
voyage , 2 heures 32 min .
Vingt -troisieme Expérience , le 14 Sept. , à Londres
, Voyageur , M. Lunardi , italien ; durée du
voyage , 3 heures 20 min. ; eft deſcendu à 25 milles
du point du départ .
મે
Vingt quatrieme Expérience ; le 19 Sept. 1784. á
Paris ; Voyageurs , MM. Robert & Hulin , partis
k 6 .
( 228 )
au Jardin des Tuileries à midi. Durée du voyage }
6 b. 20 min.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 25 Octobre.
Un Patriote Hollandois a préfenté à ſes
concitoyens un examen du commerce d'Anvers
, d'où il réfulte que , du moins la ville
d'Amfterdam a peu à craindre pour le moment
la concurrence d'une nouvelle place
fur l'Escaut.
L'Auteur attribue l'ancien commerce d'Anvers
à fa fituation avantageufe fur l'Escaut & à la
chûte de celui de Bruges , ruinée par l'Empereur
Maximilien en 1487. Il rapporte que depuis cette
époque jufqu'à l'an 1584 , on a compté plufieurs
fois jufqu'à 2500 vaiffeaux dans le Port , & dans la
Ville une population de 200 , 000 ames , dont la
confommation ordinaire rendoit par ſemaine aux
revenus de l'Etat 50000 florins.
L'Auteur remarque avec raiſon , qu'il faut attribuer
la fource de cette grande prospérité aux
privileges dont jouiffoient les habitans & qui faifoient
des Villes du Brabant & de la Flandre , des
efpeces de Républiques qui fouvent dictoient la loi
à leurs Souverains. Mais les perfécutions religieufes
, les guerres civiles , & pour comble de
malheur , le long fiége & fur- tout la reddition de
cette Ville en 1585 , porterent un coup mortel à
fon induftrie. Les Belges- Confédérés étant reftés
maîtres du Bas- Efcaut & de l'embouchure de ce
fleuve , fe trouverent dans la pofition d'en fermer
la navigation , tandis que les plus riches habitans
Anvers , forcés par la capitulation de s'expatrier »
( 229)
porterent leurs talens , leurs richeffes & leurs cora
refpondances en Hollande . Depuis cette époque , la
République a non -feulement attiré à elle les principales
branches du commerce d'Anvers , mais fes
conquêtes dans les Indes - Orientales & Occidentales
y ont encore dopné un immenfe accroiffement.
D'ailleurs Anvers , fituée trop avant dans les terres
& par- là expofée à toutes les invafions hoftiles ,
dont les Pays- Bas- Aulrichiens ont été le théâtre
depuis plus de deux fiécles , ne fauroit offrir un
afyle auffi affuré pour le commerce que les Villes
de Hollande & de Zélande , que leur fituation rend
à-peu- près inabordables à des armées ennemies.
L'Auteur obferve encore que l'ouverture de l'Efcaut
ne feroit aucun tort à Amfterdam , puifque
les Villes fituées fur la Meufe , comme Dort &
Rotterdam , n'ont jamais pu , malgré la fupériorité
du climat & de la fituation , faire aucun tort
au commerce d'Amfterdam .
La plus grande partie des troupes cantonnées
dans les Pays- Bas , eft déjà , ou va
fe mettre en mouvement. La garniſon d'Anvers
fera confiderablement augmentée : on
y a publié l'ordre pour les livraiſons des
fourrages ; & l'on travaille en toute diligence
à mettre la ville en état de défenſe .
"
Vendredi 15 , les Etats - Généraux , le
Confeil d'Etat & les divers Colleges fe font
affemblés à l'extraordinaire , à onze heures
du foir , pour délibérer fur les mouvemens
actuels des troupes Autrichiennes aux envi
rons de Lillo ; le Commandant de ce fort
ayant envoyé un courier pour demander du
renfort. On croit que les troupes de la République
formeront un cordon , commandé
( 230)
par le Général-Major Grenier , du pays de
Vaud , & Chef du 3me. Bataillon Wallon .
LL. HH. PP . ont accordé pour le 30 un
convoi aux navires marchands de la République
, deftinés pour la France & l'Angleterre
, & l'on a mis en commiffion l'Alkmaar
de so can. l'Entckhuifen , & 2 cutters.
Le Duc de Brunſwick vient de mettre
fin à toutes les difcuffions , les délibérations
& les infultes dont il a été l'objet , en envoyant
fa démiffion à LI.. HH. PP. auxquelles
il a écrit de la maniere fitivante.
Hauts & Puiffans Seigneurs ! Comme j'ai eu
l'honneur de fervir ces pays dans diverfes hautes
Charges militaires , pen lant 34 ans , & que je
fuis pleinement convaincu de m'y être conduit
avec tout le zele & la fidélité poffible , au point
que j'ai éprouvé les marques les plus éclatantes
d'approbation & d'affection de V. H. P. & de
toute la Nation , dans des temps de repos & d'union
; la postérité aura de la peine à croire ,
qu'on ait pu le porter aux outrages extrêmes
qu'on m'a fait effuyer depuis quatre ans . Ce s
orages continuels m'ont fait fonger depuis longtemps
à partir de ce pays ; mais je croyois qu'il
ne me convenoit pas de le faire , avant d'avoir
été juftifié convenablement contre la calomnie .
J'ai toujours efperé & attendu , malgré les réfolutions
fi douloureufes pour moi de quelques
Provinces , dobtenir cela de L. H. P. , ou de
pouvoir être entendu dans ma défenfe ; ce que
j'avois demande d'une maniere auffi refpectueufe
que preffante dans mi Lettre aux Seigneurs Etats
des cing Provinces qui ne s'étoient pas encore
jointes à ces réfolutions . Mais les circonfiances
préfentes des chofes , & la défiance ouverte que
quelques Provinces ont manifeftée & fait éclater
contre moi , m'ont déterminé à ne pas différer
plus long- temps mon départ.
Sur quoi , faifant ufage du droit que je me fuis
réfervé expreffément en entrant dans ce fervice ,
de pouvoir , dans tous les temps , prendre ma
démiffion du fervice de ce Pays , lorfque je le
trouverois bon , ie reméts par la préfente , dans
des mains de V. H. P. toutes mes Charges mili-
(taires au ſervice de l'Etat , en déclarant que dèsà-
préfent , je me regarde comme hors du ferment
& du fervice de ce Pays ; & je donne en
même- temps connoiffance à V. H. P. que j'ai
remis fans aucune rélèrve à S. A. S. le Seigneur
Prince d'Orange , comme Capitaine de l'Union ,
tous les papiers , cartes , & autres Plans , concernant
l'état & la défente de ces Pays , lefquels
étoient entre mes mains dans mes relations précédentes
; & que de plus , j'ai remis le commandenvent
de la Garnison de cette ville au Général-
Major & Commandant Douglas , & qu'en mêmetemps
j'ai mis entre fes mains tous mes plans &
papiers , relatifs à ce Gouvernement . Sur quoi ,
après avoir fouhaité asVos Hautes Puiffances les
plus précieufes bénédictions du Ciel , pour les
plus grands bonheur & proſpérité de ces Pays.
J'ai l'honneur d'être , & c.
M. le Duc eft parti de Bois- le-Duc ,, immédiatement
après ; ainfi la République , à
la veille d'une guerre , fe trouve débarraffée
de fon Feld-Maréchal , dont la réputation
Imilitaire eft fuffifamment connue.
A l'inftant , nous apprenons que le bâtiment
l'Attente , Capitaine Pietenhove , parti
d'Oftende pour Anvers , a été faili & con(
232 )
duit à Fleffingue par l'efcadre Hollandoife .
Un bataillon du Régiment de Vierfet
s'eft rendu de Bruges à Dendermonde , &
un bataillon du Régiment de Ligne à
Gand. La garnifon d'Anvers eft actuellement
de 4500 hommes : on l'a déjà fortifiée d'un
Régiment , & le Prince de Ligne , qui s'y
eft rendu , en eft nommé Gouverneur ; on
ajoute que , concurremment avec le Comte
d'Arberg , ce Prince commandera un camp
de 6000 hommes.
On défigne déjà les fucceffeurs du Duc
de Brunſwick dans fes différens emplois.
Son Régiment des Gardes Hollandoifes eft
donné au Prince Héréditaire d'Orange , âgé
de 12 ans .
Hier , dit une lettre de Bois- le-Duc , du 16
Octobre , on apprit que S. A. S. Mgr . le Duc
de Brunswick avoit pris la réfolution de quitter
cette ville , que fon départ étoit fixé à ſept heures
du matin , & que les Officiers de la garniſon
avoient été priés de ſe rendre à fept heures &
demie au Gouvernement. A onze heures avant
midi , le commandement de la ville fut remis
par fadite Alteffe à M. Douglas , Général
Major , avec les Clefs. S. A. en donna enfuite
connoiffance , ainfi que de fon départ , au Préfident
de la ville . Entre midi & deux heures , S. A..
fe rendit en caroffe chez les divers Membres de
la Régence pour prendre congé : l'après midi le
Magiftrat réfolut d'aller rendre le compliment,
d'adieu à S. A. , lequel lui devoit être proféré
par le Penfionnaire de la ville ; mais fon S. A.
s'excufa de les recevoir , alléguant que fa trop
grande fenfibilité ne lui permettoit pas de les
entendre , qu'il n'oublieroit jamais la Ville ni les
( 233 )
Magiftrats , dont il avoit reçu tant de marques
d'affection >
& qu'il ne ferviroit jamais contre
eux , les remerciant au furplus de leur attention
& de leurs fouhaits.
Monfeigneur le Duc eft parti ce matin à huit
heures , après avoir pris congé de la Garnison,
( laquelle étoit affemblée au Gouvernement , )
dans une voiture ouverte , à fix chevaux , dans
le deffein de fe rendre à Aix-la- Chapelle .
M. de Torniello , Envoyé de Veniſe , eſt
arrivé à la Haye , d'où M. de Lynden part
inceffamment , comme Envoyé extraordinaire
à la Cour de Londres.
Un Supplément extraordinaire à la Gazette
de cette ville vient de nous donner à
l'inftant les détails de la rencontre du vaiffeau
d'Oftende avec l'efcadre Hollandoife.
Ce Navire ayant mis à la voile le 12 pour fa deftination
, a été arrêté à l'embouchure de l'Escaut
par l'Eſcadre du Vice- miral Reynft , dont il s'eft
trouvé entouré ; ainfi c'eſt toujours la force ouverte
que les Hollandois ont oppofée au paffage
de ce Navire dans le Hont , quoique cette partie de
J'Escaut doive à tous égards être réputée & confidérée
comme pleine mer ; & la violence dont ils
ont ufé à l'égard de ce Navire , n'en eft pas moins
caractérisée , quoiqu'ils ne l'aient pas canoné
comme le Brigantin le Louis , qui avoit été expé
dié d'Anvers : ce dernier Navire eft revenu le 17
à la Philippe , où il a jetté l'ancre ; mais il n'a pris
ce parti , conformément aux ordres du Gouvernement
, qu'après y avoir été contraint par la menace
que les Hollandois lui ont faite de le couler
à fond , s'il ne rétrogradoit . Le Brigantin de Verwachtinge
arrêté fous le canon du Vaiffeau Amiral
Hollandois devant Fleffingue , a également ordre"
( 234 )
du Gouvernement de ne point rétrograder, quand
même les Hollandois voudroient le relâcher , à
moins qu'il n'y foit contraint par la force. Le Sous-
Lieutenant du Régiment de Murray , Van Gulpen ,
qui étoit à bord de ce Navire par ordre du Gouvernement
, & les fieurs Wielant & Bouyet qui s'y
trouvoient comme chargés de la Commiffion Mercantile
, l'ont quitté après que les Hollandois s'en
furent emparés.
Le Journal du Capitaine porte en fubftance
ce qui fuit :
Jeudi le 14 , notre Navire mit à la voile à onze
heures , le tems devin: orageux & la tempête nous
empêcha de pafier le Deurloo , dans lequel nous
fumes forcés de mouiller á trois heures."
A trois heures & demie , un Brick armé vint
fur nous , nous liéla , & fur la demande d'où nous
venions , le Capitaine répondit , d'Oftende, C ux
du Brick Hollandois demanderent pour quel endroit
, & la réponse du Capitaine fut pour Anvers
par ordre de S. M. TEMPEREUR ; fur quoi
le Brick mouilla auprès de nous.
Un autre Brick & un Pinque armé pafferent
devant nous , fans nous parle : & furent joindre les
autres vaiffeaux à la pointe de l'ile de Walckeren.
Vendredi 15 , le tems étoit beau , le vent teujours
contraire , mais foible , nous mîmes à la voile
à neufheures & demie du matin , le Brick Hol- ,
landois qui étoit reſté conſtamment à notre côté
mit auffi à la voile & fuivoit toutes nos bordées ; à
deux heures de l'après midi , un Cutter des Etats
vint nous béler , á la hauteur du premier final
près de Fleffingue , & fit les mêmes demandes que
ceux du Brick ; les réponſes de notre Capitaine
furent les mêmes que celles données au Brick ; fur
quoi on nous cria du Cutter , d'aller jetter Pancre
entre le Vaiffeau Amiral & la Ville ; qu'il venoit
( 235 )
donner cet ordre de la part de l'Amiral Reynft ;
nous continuâmes notre route vers la bouche de
l'Efcaut. Le Cuiter nous aborda une feconde fois ,
& répéta l'ordre d'aller fous le canon de l'Amiral ;
le Capitaine Van Pittenhove répondit , qu'il favoit
les ordres de l'Empereur. A trois heures & demie ,
au moment , où le courant ne nous permettoit
plus d'avancer & que nous nous préparions à jetter
P'ancre à l'entrée de l'Escaut , une Chaloupe nous
aborda avec deux Officiers , dix Rameurs & un
fireht Maître , les deux premiers monterent à bord ;
sau Capitaine les queftions d'où il venoit & où nous
allions ; fur la réponſe d'Oflende à Anvers , its de-.
manderent fi nous avions une déclaration , le Capitaine
leur fit voir le Décret de S. M. l'Empereur ,
& pendant qu'il s'entretenoit avec eux , le Navire
fut abordé par quatre autres Chaloupes , chacune
avec deux Officiers & dix à douze Rameurs ; tous
Officiers & Rameurs , furent à l'infant fur le pont.
Nous fignifiâmes à ces premiers le Décret mentionné
& demandâmes à continuer notre route ;
ils demanderent (i nous avions une lettre de Declaration
, nous leur dimes , qu'en vertu du Décret,
nous n'en avions point à faire.
Ils nous prierent de refter à l'ancre où nous
étions , juſqu'à de nouveaux ordres de l'Amiral ,
Je Capitaine répondit que dès que le temps deviendroit
favorable , il ne pouvoit que fuivre fa
route , & qu'il exécuteroit les ordres qu'il avoit
de le rendre à Anvers , ils firent la même demande
plufieurs fois , & voyant que nous perfiltions
dans la réſolution de continuer notre route ,
zils nous arrêterent de la part de l'Amiral & nous
donnerent ordre de refter à l'ancre où nous
étions , ils mirent deux Officiers de garde fur
' notre vaiffeau , avec dix huit hommes ; nous
leur demandâmes là deffus s'ils fe rendoient mai(
236 )

tres du navire , & ils répondirent que oui : for
quoi nous tous Capitaine , fecond & autres Officiers
, proteftàmes au nom de Sa Majesté l'Empereur
, de la violence qu'on nous faifoit .
A fept heures , il revint une chaloupe avec
un Patron , dix Rameurs & deux Officiers , qui
fauterent tous ſur le navire , & nous dirent être
chargés des ordres de l'Amiral , pour conduire
notre vaiffeau fous la batterie du fien , & qu'aucun
de nous ne pouvoit quitter le bord ; ils firent
prendre à leur monde poffeffion des manoeuvres,
& les Officiers firent porter des pipes , du tabac
& du vin dans la chambre , & ſe mirent fans autre
cérémonie à boire & à fumer , en nous exhortant
de ne pas nous gêner & à être de leur
partie . A dix heures, une de leurs chaloupes nous
quitta ; trois Officiers qui étoient reftés , firent
lever l'ancre par leur monde , à onze heures , &
nous conduisirent eux-mêmes fous le canon du
vaiffeau Amiral , où ils jetterent l'ancre ; leur
Pilote refta à bord avec les matelots & deux
Officiers .
Samedi 16 , à fept heures & demie , une Chaloupe
vint de la part de l'Amiral Reynft , avec
un Officier , & demanda à conduire M. Van
Gulpen feul. Il fe rendit à bord de l'Amiral , en
fur reçu très-honnêtement ; mais fur la demande
qu'il fit de la liberté , de retourner en vertu de
fon Paffeport , qu'il lui 6gnifia , il ne put enobtenir
que la confirmation , que ni lui , ni perfonne
ne pouvoit quitter notre bord , qu'aucun
de nous ne devoit avoir aucune communication
avec qui que ce foit , & il promit d'avoir tous
les égards que fes ordres & notre pofition per
mettoient.
A cinq heures , le Fifcal de la Flotté vint à
bord de notre Navire , déclara que les Paffagers
( 237 )
toient libres ; fur quoi nous réfolumes de partir ,
& donnâmes ordre au Capitaine de refter jufqu'à
ce qu'il reçoive d'autres ordres de la part de M.
le Comte de Proli.
A bord, à cinq heures & demie , le 16 Octobre
1784. Etoit figné Michel Van Pittenhove ,
Barem Hoeman , Joannes Petrus Cattuyler , Jofephus
De Keyfer Loodt van Oftende , Van Gulpen
, premier Lieutenant de Murray , Auguſte
Wieland , C. Bouyet.
Le Stathouder va partir pour Breda & autres
places frontieres , où il infpectera les
arrangemens qu'on preffe avec activité pour
la sûreté de l'Etat.
,
Je fuis arrivé le 6 à Luxembourg , écrit un
Particulier de Sedan , on y étoit dans la plus pro
fonde tranquillité , lorfque le même foir , M.
Woglfeng , Commandant de la Place , reçut un
courier extraordinaire , chargé d'une dépêche
Impériale , portant l'ordre le plus preffant de
faire rejoindre tous les fémeftriers , & de tenir
prêt pour partir le 11 & fe rendre à Bruxelles
, le Régiment de Kaunitz , qui , á fa deftination
, recevra des ordres ultérieurs. Il ne
refte dans la Citadelle de Luxembourg que deux
compagnies de Grenadiers du Régiment de
Kaunitz un bataillon de Namur viendra relever
ce détachement , qui rejoidra fon corps . Toute
la ville eft en mouvement pour les préparatifs
des Officiers & foldats très- contens de leur départ.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
Grand'Chambre.
Caufe entre le Vicomte de Choifeul , & le tuteur des
enfans de Madame la Princeffe de Guémenée
Teftament ab irato.
La demande en nullité du Teflament de
( 238 )
Madame la Duchelle de Praftin , a déjà fait un
grand éclat aux Requêtes du Palais , où elle a été
jugée le 2 Avril 1784 fur l'appet : elle a été
plaidée avec une folemnité qui fera époque dans
les faltes de la Juftice . Un Prince . un Héros ,
un grand Homme enfin á afſiſté aux audiences
de cette caufe , défendue par MM. Freilhard &
de Bonnieres , & dans laquelle M. Seguier a
perté la parole. Que de circonftances pour en
éternifer la mémoire ! Nous avons rendu
compte de cette affaire , lorfqu'elle a été plaidée
devant les premiers Juges ; comme les Parties
ont appuyé leur défenſe en la Cour , fur less
moyens dont elles avoient déjà fait ufage ; que
d'ailleurs , dans un ouvrage deftiné à donner des
indications fommaires , nous ne voulons point
tomber dans des redites inutiles , nous renvoyons
nos Lecteurs à la page 164 du tome XVII de
ce Journal , pour prendre une idée des moyens
employés , foit pour foutenir la validité du Teftament
dont il s'agit , feit pour établir , au contraire
, qu'il a été le fruit d'une haine peu commune.
Nous obferverons feulement que la Sentence
des Requêtes du Palais , ci - deffus, datée ,
qui avoit caffé le Teftament de Madame la
Ducheffe de Praflin , vient d'être confirmée , par
Arret de la Cour du 3 Septembre 1784. Les
Orateurs n'ont pas oublié , dans cette circonf
tance , d'exprimer les fentimens de la Nation
pour le Prince qui les écoutoit. M. Treilhard
, dont le plan de défenfe étoit d'établir ,
pour le tuteur des enfans de Madame la Princeffe
de Guémenée , que le Teftament de Madaine
la Ducheffe de Praſſin étoit conforme à la
Loi , obfervoir , par une conféquence naturelle ,
que les motifs qui avoient déterminé la tefta
trice , étoiens fans doute légitimes , & que le
( 239 )

D
Magiftrat ne pouvoit préiumer autrement que la
Lot. « Loin de nous , ajoutoit-il , ces foppotions
, ces conjectures , ces combinaitons for-
» cées , ces difcuffions fubtiles , fous le quelles
» l'intérêt & la pathon chercherent , dans tous
» les temps , à étouffer la Loi : le Magistrat fut
toujours inacceffible à ce langage , juger
» comme la Loi ; ne porter fur le Tribunal ni
des adouciflemens , ni des rigueurs arbitraires
; voir autour de foi toutes les paffions
conjurées , & n'en ép ouver cependant aucune
: dreffer au fond de fon coeur un fanctuaire
éternel & incorruptible à la Loi , n'entendre
, ne connoitre qu'elle ; lui immoler
tout , même les applaudiffemens du vulgaire ;
préparer ainfi , fans fafte & fans crgueil , le
36 bonheur des fiecles à venir , en rendant juftice
à la génération préfente : voilà le devoir,
la gloire & l'héroïfine du Magiſtrat » .
Le portrait de véritable Magiftrat a été mis en
oppofition avec celui du Héros guerrier , dont le
Public a fait aufli tôt l'application à M. le
Comte D'OLLS. Nous avons retrouvé le premier
dans un Précis que M. Treilhard a fait imprimer
pour fa Partie: nous regret ons qu'il n'y ait pas
auffi inféré le fecond . M. de Bonnieres ,
qui a défendu M. le Vicomte de Choifeul , a rapproché
, dans fa replique , celles des difpofitions
du Teftament de Madame la Ducheffe de
Praflin , qui caractérisent la haine qu'elle avoit
conçue contre toute fa poftérité ; il a terminé fon
difcours par le compliment que voici . « Si le
» Teftament de Madame la Ducheffe de Praflin ,
pouvoit ne pas être anéanti , quelle idée ,
» Mellieurs , remporteroit de la Légiflation
·
Françoife , un Prince qui vient être témoin
» de la fageffe de vos Oracles ! Son coeur a
( 240 )
Et
paru s'êmouvoir en faveur d'une famille en
» tiere , dépouillée par celle-là même à qui elle
» doit le jour. Sa fenfibilité s'eft manifeftée.
» Qu'il ceffe de s'en défendre : elle eft l'appanage
des grandes ames : elle eft le plus beau
préfent que le ciel ait fait aux Héros.
comment n'auriez - vous pas rencontré ces
fentimens dans un Prince , l'émule d'un Roi ,
> dont la gloire franchiroit , s'il étoit poffible ,
les bornes de l'Univers , qui , plus d'une fois ,
étonna l'Europe par fes grandes entrepriſes ,
» chez qui , toujours , la fageffe du Philofophe
modéra l'ambition du Conquérant , qui , après
avoir fubjugué les peuples par la force de fes
armes , a afluré leur bonheur par la fageffe
de fes Loix ? Le tumulte des combats ſemble
lui rendre plus précieux le filence de l'étude
on diroit qu'il commande à Mars auffi facile-
> ment qu'il obéit aux Mufes , & que les Arts ,
>> fiers de fon appui , le plaiſent à fleurir au mi-
» lieu même de fon camp. Offrons à de fi
grands Hommes le tribut d'hommages qui
» leur eft dû. C'eft dans le Temple de la vérité
qu'il convient de faire leur éloge ; victorieux
pendant la guerre , Législateur pendant la
paix; leur génie vafte embraffe tout , & chacune
de leurs actions , marquée au coin de la
juftice , couvre d'une lumiere immortelle le
» nom de FREDERIC , & celui de HENRI » .
Cette Caufe a été terminée par le plaidoyer de
M. Seguier; & dire que ce Magiftrat a porté la
parole dans une affaire importante , devant un
Prince digne d'être célébré par toutes les Nations
, c'eft annoncer que l'Orateur n'a pas été
un feul instant au- deffous de fon fujet.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le