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Nom du fichier
1784, 07-08, n. 27-35 (3, 10, 17, 24, 31 juillet, 7, 14, 21, 28 août) (lacunes)
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34.10 Mo
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867
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Texte
MERCURE
=
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
1
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences &les Arts; lesSpectacles ,
les Causes célèbres; les Académies de Paris & de
Provinces ; laNotice desÉdits, Arrêts ;lesAvis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 3 JUILLET 1784
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
í
TABLE
Du mois de Juin 1784.
PIÈCES FUGITIVES . Abrégé Latin de Philosophie ,
Epitre à M. *** , 3
34
A Son A. S. Madame la Colletion des MoralistesMo-
Vers récités à Madamela
Ducheffe de Chartres , 49 dernes , 35
Pre- Almanach des Muſes , 55
fidente du Paty .
ib Histoire de Ruffie , 70
AAilleComrat,
50 Dictionnaire Historique d'EAMme
Ch****** $1
ducation , 80
Epure à MM. de la Société Théâtre d'Aristophanc , 104
Patriotique Bretonne , 97
Les Veillées du Château , 151
Versfur l'Homme, 101 Académie Françoise , 170
Impromptu à Mme de.... ib.
SPECTACLES .
Au Comtede Haga , 145
Vers contre les Vieillards, 146
Imitation d'une Epigramme de
l'Anthologie ,
Concert Spirituel ,
Comédie Italienne,
137
133
149
Charades , Enigmes & Logogryphes
. 7,35 , 102 , 149
NOUVELLES LITLER. |
Recueil de quelques Ouvrages
de M. Watelet , de l'Académie
Françoise ,
VARIÉTÉS.
Chronomètre & Plexichrométre,
85
Extrait du Journal d'un Voya
ge fait de Williamsburg ,
en Virginie , à Petersburg ,
120
9 Suite des Sermons de l'Abbé
Recueil completdes plus beaux Poule , 171
morceaux de Poésies Ita- Annonces & Notices , 41 , 89 ,
hennes , 28, 139, 187
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , rue de la Harpe , pròs S. Come.
Complisets
24009.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 3 JUILLET 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
VERS
AM. le Comte DE HAGA, qui étoit venu
incognito au Collége de Louis le Grand.
PRINCE , ami des Talens , des Vertus &desArts;
En vain vous eſpériez viſiter leur aſyle
Sans que votre grandeur , votre bonté facile
Trahît le favori de Minerve & de Mars.
En vain vous dépouillant de la grandeur ſuprême ,
Vous paroiſſez ſans Cour, fans ſuite, fans faifccaux.
Chacun vous reconnoît; on ſe dit : c'eſt lui- même ,
C'eſtGustave, c'eſt un Héros.
Nous avons cru revoir ces beaux jours où Chriſtins
Battoit les Allemands & chantoit ſes exploits ;
Et plaçant ſon palais ſur la double colline ,
Manioit tour-à-tour la lyre de Corinne ,
Aj
4.
MERCURE
Le compas d'Archimede & le ſceptre des Rois.
Que pour un Souverain il eſt beau de s'inſtruire ,
D'exciter les talens , de connoître leur prix !
Oui , Gustave , il eſt vrai , mérite qu'on l'admire ,
Quand d'un Sénat puiſſant il abjure l'empire ,
Et qu'il venge ſes droits injustement flétris.
Mais quand pour s'éclairer il quitte ſon Royauine ,
Qu'il veut voir par ſes yeux les moeurs de vingt pays ,
Les vertus du Bernois , les monumens de Rome ,
Les talens à l'envi floriſſans dans Paris ,
Il n'étoit qu'un grand Prince , il devient un grand
Homme.
(Par M. Duviquet , Étudiant en Rhétorique
au Collège de Louis-le- Grand. )
ODE.
HORACE ET LYDIE , Traduction fidelle.
TANDIS
HORAСЕ.
ANDIS que ma Lydie approuva ma tendreſſe ,
Et qu'amant préféré dans mon heureux tranſport
De mes bras mollement j'enlaçai ma maîtreſſe ,
Du plus puiſſant des Rois je dédaignai le ſort.
LYDIE.
TANT que ſeule je fis le charme de ta vie ,
Que, fans craindre Chloé , je poſſédai ton coeur ;
Fière de ton amour , la conſtante Lydie
Al'immortalité préféra ſon bonheur.
DE FRANCE.
HORAGE.
Je ſuis tout à Chloé , dont la voix ſéduiſante
Mele aux accords du luth les accens les plus doux :
Pour elle de la mort je braverois.les coups ,
1 10
Si la parque , à ce prix , épargnoit mon amante
LYDIE.
Je ſens pour Calais une flamme nouvelle ;
Calais a ſon tour brûle pour mes appas ;
Et mon cerur chériroit la rigueur du trépas
Si ma mort aſſuroit une vie auſſi belle.
HORACE.
:
MAIS, i l'Amour encor vouloit nous réunir ?....
Si des feux mal éteints dans mon âme attendrie
Faifoient en ta faveur naître le repentir ? ....
Si la blonde Chloé faiſoit place à Lydie ? ...
LYDII.
AH ! bien que Calais ſoit plus beau que l'Amour ,
Et toi plus inconſtant que l'onde &le nuage
Contente, on me verroitpour toi chérir le jour ,
Le quitter pour te ſuivre an ténébreux rivage.
(Par M. Cavellier , Commis des Bureaux
delaMarine.)
Aitf
10 MERCURE
Un oiſeau révéré chez le peuple Romain;
Ce qui du Laboureur ſert à faire le pain ;
Enfin ce qu'un Baveur , que le plaifir réveille ,
Se plaît à célébrer pour le Dieu de la treille .
( Par M. N.... P...... , Abonné. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Discours prononcés dans l'Académie
Françoise,le Mardi 15 Juin 178+ , à la
réceptiondeM. le Marquis de Montesquiou.
A Paris , chez Denonville , Imprimeur-
Libraire de l'Académie Françoiſe , rue
Chriftine , 1784 .
C'EST
EST en empruntant tout de ces Difcours
qu'il faut en faire l'éloge. " Lorſque vous
me faiſiez grâce , dit M. le Marquis de
Monteſquiou , je n'ai pas celle de me
>> faire justice...... Dans ce fanctuaire , les
> vrais adorateurs font admis quelquefois à
> partager les honneurs du facerdoce.
"
2
Le modeſte Récipiendaire ne ſe vante que
de deux titres : l'amour des Lettres , l'amour
de la vertu ; & c'eſt par la tranfition heureuſe
que lui fournit fur-tout ce dernier
ture , qu'il amène l'éloge de ſon prédéceffeur
, M. l'ancien Évêque de Limoges.
*Accoutumé ſi long temps à payer tous
>>les jours avec un nouveau plaifir , le tribut
DE FRANCE. 11
ود
ود
"
de ma juſte vénération à cette âme indulgente
& pure , que l'intrigue ne fouilla
>> jamais , qui , ſupérieure aux foibleſſes humaines
, a porté à la Cour , confervé au
milieu des honneurs , rapporté dans la
>> retraite toute la ſimplicité des moeurs an-
>>> tiques , j'étois loin de prévoir qu'un jour
>> ma voix trembleroit au moment de lui
"
rendre folemnellement hommage. »
M. L'Évêque de Limoges fut appelé à la
place de Précepteur des Enfans de France
par le choix particulier de feu Mgr. le
Dauphin...... " La célébrité qu'il fuyoit , il la
"
"
13
"
dut aux ſoins mêmes qu'il ſe donnoit pour
n'être pas apperçu. Nous vîmes alors le
beau ſpectacle de la vertu près du trône ,
allant au devant de la vertu qui ſe cache ,
» & la forçant de venir purifier par fon influence
, l'air que devoient reſpirer de
>> jeunes Princes appelés aux plus hautes
deſtinées ........ Quel terrible moment.......
» que celui où un Prince deſtiné à régner
ſur une grande Nation , doit être livré
» aux mains qui vont rectifier ou corrom-
- pre l'ouvrage de la Nature! .... Un fiècle ,
"
20
ود
"
১৩
trois générations de vingt millions d'hommes
, devront ils des autels ou des malédictions
à celui qui va devenir en quelque
forte l'arbitre de leur deſtinée ? »
Les grands talens ne ſont pas l'ouvrage
des hommes. Semblables à ces plantes vigoureufes
qui naiſſent & s'élèvent ſans culture,
la Nature ſeule s'eſt réſervé le droit de
A vj
12 MERCURE
رد
"
les créer ; & l'éducation qui favoriſe le développement
du genie , qui peut en accélérer
les progres , if'auroit le pouvoir ni de
le produire ni de l'ercuffer...... " Mais que
>> l'enthouſiaſme ne nous aveugle pas ; &
convenons , Meſſieurs , que la vertu d'un
Souverain eft le plus grand bien de ſon
» Peuple . » C'eſt elle qui pote des limites à
l'amour fi dangereux de la gloire..... Elle lui
rend inviolables les droits de la propriété.....
elle lui montre dans une économie rigoureuſe
le principe de la justice & de la bienfaiſance.
C'eſt elle.... qui lui fait réformer
des Loix barbares , anéantir les reſtes odieux
de la tyrannie féodale , épargner à l'innocent
accufé l'horreur d'habiter la demeure du
crime , rétablir l'ordre dans toutes les parties
de l'Administration .
La modération étoit la baſe du caractère
de M. l'Évêque de Limoges ..... Elle l'a rendu
inacceffible à tout eſprit de parti. Si nous
nous rappelons à combien de pièges ſa Religion
a dû être expoſée dans des temps difficiles;
fi nous réflechiſſons à l'importance
que ſa place à la Cour & fon rang dans
l'Égliſe pouvoient donner à ſes moindres
demarches , nous trouverons ſon plus bel
éloge dans le filence que la poſterité gardera
fur lui , en racontant l'hiſtoire des malheureuſes
diſcuſſions dont nous avons été
• les témoins . »
رد
Il n'appartient qu'à la poſtériré de juger
les Princes; les hommages de leur fiècle , &
DE FRANCE.
13
fur- tout ceux de leur Cour , ſont toujours
ſuſpects de flatterie ; mais , dit M. de Mon-
>> telquiou , fi des lâches ont profane la
- louange , ce n'eſt pas une raifon pour re-
"
ود
fuſer un tribut legitime à la vente , &
pour renoncer au plaisir d'être juſte. »
C'est encore de certe manière adroite &
ingénieuſe qu'il prépare & amène l'eloge du
grand Prince qui honeroit de ſa prefence
cette impoſante Aſſemblée. Les Princes ,
>> ajoute- til , ne vivent plus comme autre-
" fois , à l'ombre de cette etiquette impé-
>> nétrable qui les déroboir aux regards des
homines. Les progrès de la raiſon ont
fait approcher la verite de tous les trônes ;
( du moins s'il y a un moyen de l'en faire
as pocher , c'eſt celui là fans doute ) il s'eſt
établi une poble émulation du bien public ,
qui honore la philoſophie & les Rois. " Un
>> ſpectacle nouveau eſt de nos jours offert
"
"
"
"
à l'Europe ; de grands Souverains ne craignent
point d'abandonner l'enceinte de
leurs palais , de parcourir des pays où l'or-
>> gueil de leur rang n'eſt plus foutenu que
> pat la réputation qui les y a précedés ; &
>> quand , fous nos yeux , le digne héritier
"
"
"
des doux Guſtaves reçoit le témoignage
univerſel de la juſte admiration qu'il a
rencontrée par-tout , les plus honnêtes
gens de fon Royaume feront ils accuſés
de Auterie , lorſqu'ils lui donneront des
» éloges qui ne peuvent être déſormais que
l'echo de l'Univers. »
ود
"
R
14 MERCURE
Nous ne craindrons pas non plus d'être
accuſés de Hatterie en diſant que ce Diſcours
mérite les applaudiſſemens qu'il a reçus ; &
ſi de lâches Journaliſtes ont quelquefois profané
la louange , en exaltant juſqu'aux talens
Littéraires de ceux dont ils ne falloit exalter
que le nom & la naiſſance , le nom & la
naiſſance de M. le Marquis de Monteſquiou
ne doivent pas nous priver du plaifir de
rendre justice à ſes talens Littéraires , dont
ce Diſcours eſt une preuve.
M. Suard , dans ſa réponſe, ajoute encore
d'autres preuves. " Si les Muſes ont des char-
>> mes pour vous , dit il au Récipiendaire ,
> elles ont encore moins de rigueur ; les
» Lettres , où vous n'avez cherché que votre
> bonheur , feroient auſli votre gloire ſi vous
confacriez aux plaiſirs du Public des talens
que vous n'avez deſtinés juſqu'ici juſqu'à
l'amusement de vos amis.
ود
ود
ود
» On connoît de vous , Monfieur , plufieurs
Pièces de vers , Ouvrages de So-
» ciété , nés des circonstances & du mo-
>> ment , & qui ont eu le mérite rare de
>> ſurvivre aux circonstances qui les ont fait
>> naître; des Épîtres & des Contes , où une
>> galanterie toujours ingénieuſe , un badi-
>>nage toujours décent , une imagination
>> toujours raisonnable réuniffent les bienſéances
de la Société & celles du goût ;
des chanſons où l'eſprit & la gaîté ont tou-
>> jours cette grâce naïve & piquante qui
"
DE FRANCE.
15
>> convient à ce genre , je dirois preſque
>> national.
ود
"
>>Tour ce qui eſt échappé de votre plume,
brille fur- tout de cette aimable facilité qui
embellit toutes les productions des Arts ,
>> mais qui n'eſt cependant un mérite que
>> lorſqu'elle n'exclud ni la juſteſſe ni la cor-
>> rection......
33
" Mais votre talent ne s'eſt pas borné à
de petits Ouvrages de Société ....... Vous
>> avez fait des Comédies où vous avez peint
- les moeurs de la Société avec le coup d'oeil
" fin de l'obfervateur & avec l'art du Poëte.
» Les hommes du monde y ont le ton du
• monde ; les paſſions n'y font ni exagérées
>> dans leurs mouvemens , ni traveſties dans
"
"
leur langage; ledialogue en eſt ingenieux
&naturel , & la peinture des travers &
desvices ne ſert qu'à faire mieux ſentir le
>> prix de la raiſon & de la vertu . »
"
M. Suard , qui , comme on voit , donne à
chaque mot des leçons indirectes de goût ,
en paroiſſant ne faire qu'énoncer des faits &
qu'expoſer les titres du Récipiendaire , prend
occaſion decesComédies pour préſenter ſur
la Comédie en général des idées importantes
que des circonstances particulières rendent
même hardies , ce qui eſt toujours un mérite
deplus.
" Molière , dit-il , compoſoit ſes Comé-
>> dies en obſervant le monde ; la plupart
> des Poëtes modernes peignent le monde
• d'après les Comédies.Ni les incidens , ni
:
16 MERCURE
ود
ود
les moeurs , ni le langage de leurs Pièces
ne rappellent l'image de la Société où l'on
>>vit : on prend pour le bon ton un jargon
>> maniéré , ſouvent inintelligible , qui n'a
>>plus de modèle que dans quelques Ro-
" mans ; d'autres prétendent imiter Molière
>> en nous offiant ces intrigues péniblement
>>compliquées , qui furent les premiers ef-
> ſais du genie dans l'enfance de l'art , mais
» qui ne prouvent aujourd hui que le défaut
>> de génie . N'eſt il pas permis de craindre
ود que , par un abus toujours croiffant , on
>> ne voye un jour avilir le Theâtre de la
Nation par des tableaux de moeurs baffes&
corrompues , qui n'auroient pas même le
mérite d'être vraies; où le vice ſans pudeur
ود
ود
ود &la fatyre fans retenue n'intéreſſeroient
» que par la licence , & dont le ſuccès , dé-
>> gradant l'art en bleſſant l'honnêteté pu-
>>blique , déroberoit à notre Théâtre la
>> gloire d'être pour toute l'Europe l'école
- des bonnes moeurs comme du bon goût. »
C'eſt à ceux qui ſe croiront déſignés par
ces traits , à répondre ou à profiter de l'avis ;
nous n'entrons point ici dans la difcuffion
des opinions; tout objet a deux faces , &
peut être diverſement conſidéré , nous diſons
ſeulement que M. Suard , penſant ce qu'il
exprime , ne pouvoit l'exprimer avec une
fermeté plus décente , avec une dignité plus
impoſante & plus convenable au Repréſen
tant d'un Corps illuſtre , au Directeur de
1
DE FRANCE. 17
l'Académie Françoiſe; on peut difputer fur
lereſte.
Maisonneconteſtera pas, du moins raifonnablement
, que ce Difcours ne ſoir au
rang des meilleurs de ce genre , qu'il ne foit
très bien fait , profondément penſe , parfaitement
écrit, d'un ſtyle plein de grâce ,
de nobleſſe , d'elegance & de naturel ; que
chaque mot ne diſe une choſe & ne la dife
très- bien , avec une grande fimplicité d'expreffion&
une grande abondance de ſens ;
beaucoup d'idées nouvelles fans aucun air
de paradoxe; beaucoup de philofophie ſans
aucune prétention à la philofophie; des vies
morales, ſaines & piquantes , jointes à d'excellens
principes & de grands exemples de
goûr. Une foule de maximes , auxquelles nous
ne pouvons conſerver ici le merite qu'elles
ont dans l'Ouvrage , d'être liecs avec coqui
précède& ce qui fuit, & de ſe trouver àleur
véritable place, feront citées ,& feront preverbe.
En voiei quelques unes.
" Le Public, plus ſujet à s'égarer dans ſes
» enthouſiaſmes que dans ſon eſtime.
"
"
"
23
"
>>La plus auguſte fonction dont un Ciroyen
puiffe être honoré , celle d'apprendre
à des enfans à commander à des
hommes.
" L'appareil de l'inſtruction en affoiblit
néceſſairement l'effer. L'indépendance naturelle
de l'eſprit ſe montre dès le berceau.
» L'enfance , plus diſpoſée à ſuivre qu'à
* obeïr , réſiſte au précepte, & cèle fans
18 MERCURE
" effort à l'exemple , elle apprend , fans y
» penſer , la langue qu'on parle devant elle ,
» & ne fait preſquejamais celles qu'on pro-
" digue tant de ſoins & de temps à lui en-
» ſeigner.
>>Tel eſt le charmede la ſimplicité , qu'elle
>> eſt par- tout à ſa place , & qu'elle fe fait
aimer de ceux mêmes qui ne peuvent
- l'imiter.

>>La tolérance tient moins aux principes
>> qu'au caractère ; c'eſt la vertu des âmes
- douces, humaines & généreuſes. Ce dut
>>> être celle de M. l'Évêque de Limoges ,
' comme elle fut celle de Fénelon ..
Les traits ſuivans ne ſont plus des maximes
, ce ſont des morceaux charmans , produit
d'une philofophie profonde & d'une
imagination douce & riante.
M. Suard rend à l'Académie le jaſte &
important témoignage " que nulle part le
picux Évêque de Limoges ne reçut des
>> hommages plus purs, plus perſonnels que
» dans ce ſanctuaire des Lettres & de la
» Philofophie. On y avoit pour lui cette
forte de reſpect que peut ſeule inſpirer
• l'extrême vertu jointe à l'extrême bonté,
» qu'on aime à rendre , parce qu'il honore
" celui qui le rend & le rapproche de celui
» qui en eſt l'objet ; reſpect bien différent de
>> celui qui ne s'adreſſe qu'aux dignités & à
la puiſſance , & qui ne ſemble fait que
pour marquer & même exagérer la diftance
des rangs......
وو
DE FRANCE.. 19
!
Sa longue carrière fut terminée par une
⚫ mort auſſi douce que ſa vie ; elle fut pré-
>> parée par cet affoibliſſement de l'eſprit&
» des organes , qu'on est trop diſpoſe à re-
>> garder comme un malheur & une dégra-
> dation de l'humanité. N'est- ce pas plutôt
>> un bienfait de la Nature , qui , en nous
> retirant de la vie comme elle nous y a fait
» entrer , ſemble imiter , s'il eſt permis de
>>le dire, cette tendre précaution de la juf-
>> tice humaine , qui fait couvrir d'un ban-
> deau lesyeux de ſes victimes , pour leur
> dérober le moment qui va terminer leur
> existence ? »
Nous voudrions pouvoir tranferire ici le
témoignage rendu à M. d'Alembert par M.
l'Évêque de Limoges; témoignage glorieux
pour tous deux , diſons pour tous trois; car
celui qui fait 6 bien ſentir tout le prix de ce
trait , a ſa part à la gloire dont il s'agir.
Nous voudrions tout tranſcrire; mais il
faut nous borner & finir. Le morceau le plus
penſé, le plus fupérieurement écrit , le plus
parfait de tout le Diſcours , eſt celui qui
concerne l'aſſociation des Gens de la Cour
&des Gens de Lettres dans l'Académie , &
ce qu'on appelle le bon ton. Nous n'en pouvons
citer que quelques traits ,& nous finirons
par cette citation.
• Les progrès du goût tiennent à ceux du
langage , & le langage , comme toutes les
> choſes humaines , eſt dans une mobilité
20 MERCURE
:
continuelle qui tend à le perfectionner ou
> à le corrompre.
» Dans une Nation où règne une commu-
>> nication continuelle des deux ſexes , des
» perſonnes de tous les états , des eſprits de
>> tous les genres ; où le premier objet eft
>>l'amusement , le premier mérite celui de
>> plaire ; où les intérêts , les prétentions , les
>> opinions les plus contraires ſont continuellement
en préſence les unes des autres , il
ود
faut contenir ſans ceſſe les mouvemens
>>de l'eſprit comme ceux du corps , & ob-
>> ſerver les regards de ceux devant qui l'on
>>parle , pour afforblir dans l'expreffion de
ود
ſon ſentiment ou de ſa penſée , ce qui
>> pourroit choquer leurs préjugés ou embarraffer
leur amour- propre.
ود
"
"
La politeſſe des manières eſt une bienſéance,
celle de l'eſprit eſt devenue un
talent. Le defir de te diftinguer autant
que le defir de plaire , a appris l'art de
voiler d'une gaze légère ce que les images
& les idées peuvent avoit de trop libre , à
modérer par des formes modeſtes l'em-
» pire même de la raiſon & de la vérité , à
affaifonner quelquefois la flatterie par une
teinte douce de plaifanterie , & la raillerie
par une louange fine & indirecte.
"
"
" a
CE
ود
"
" Deis'eſt formé ce ton du monde,
qui conſſte à parler des choſes familières
- avec nobleſſe , & des choſes grandes avec
>> fimplicité; à ſaifir les nuances les plus
20 fines dans les convenances , à mettre dans
DE FRANCE. 21
" ſes diſcours comme dans ſes manières une
>> gradation délicate d'égards relative au
>> ſexe, au rang , à l'âge , aux dignités , à la
conſidération perſonnelle de ceux à qui
» l'on parle.....
ود
>>Les langues , comme les loix , doivent
être conftamment rappelées aux principes
>> dont elles émanent. La nôtre doit aux ou-
>> vrages du génie ſa force & fon abondan-
" ce; elle doit à la grande ſociabilité de la
>>>Nation , une partie de ſes grâces; mais
>> c'eſt à la communication réciproque des
>> Gens du Monde & des Gens de Lettres ,
> qu'elle doit ſon véritable caractère , &
>> c'eſt à leur aſſociation ſeule qu'elle peut
devoir la conſervation de ces avantages ....
>> Les Gens de Lettres peuvent avoir une
connoiffance plus approfondie des prin-
>>cipes de la langue écrite ; les Gens du
Mondeont ſur la langue parlée un tact que
ود
"
" les connoiſſances ne peuvent fuppléer.
>> C'eſt à eux qu'il appartient de distinguer ,
> dans l'emploi de certaines expreffions ,
>> ce qui eſt de l'uſage d'avec ce qui eſt de
>> mode; ce qui eſt de la langue de la Cour
>> d'avec ce qui n'eſt qu'un jargon de cotre-
>> rie ; à fixer les limites de ce bon ton ,
*
"
"
fi
recommandé , fi peu défini , qui n'appartient
pas à l'eſprit,&ſans lequel un homme
d'eſprit court quelquefois le riſque
d'être ridicule ; qui n'eſt pas le bon goût ,
>> car le bon goût a des principes plus fixes
&une influence plus étendue ; qui paroît
"
22
-:
22
MERCURE
" 11 n'être enfin qu'un ſentiment fin des con-
» venances établies ; qui embellit l'eſprit &
" le goût dans le monde ; mais qui borne-
> roit l'effor des talens , ſi on vouloit fou-
✓ mettre à ſes règles trop fugitives & trop
variables , les .Ouvrages de l'imagination
& du génie. »
ود
"
On pourroit tirer de ce morceau , que nous
oſons dire parfait , une définition exacte du
bon goût & du bon ton , comparés enſemble
; le bon goût eſt un ſentiment fin des
convenances eſſentielles , éternelles , immuables
; le bon ton, un ſentiment fin des
convenances établies. Juſques-là , le bon ton
étoit le mot le plus obſcur de la langue , &
celui dont l'interprétation étoit le plus arbi-.
traire , parce que chacun s'arrogeoit le privilége
excluſif du bon ton; nous ne croyons
pas qu'on puiſſe rien voir de plus précis ſur
cette matière que ce morceau du Diſcours
de M. Suard , & il pourroit au moins faire à
tous les arbitres du bon ton le défi modeſte
que faiſoit Horace à tous les Philoſophes
dans la perſonne de Numicius :
Si quid novifti reſtiùs iftis
Candidus imperti ; fi non , his utere mecum .
DE FRANCE.
23
LA véritable Manière d'inſtruire les Sourds
&Muets , confirmée par une longue expérience,
par M. l'Abbé *** Inſtituteur
des Sourds & Muets de Paris. Prix relié ,
2 liv. 10 fois. A Paris , chez Nyon l'aîné ,
Libraire, rue du Jardiner.
On s'eſt occupé , il y a long temps , dans
pluſieurs pays , des inoyens de rendre à la
Société une claſſe d'hommes d'autant plus
malheureuſe , que la Nature lui a refuſé ce
qui étoit le plus néceſſaire à ſon bonheur
& à ſa conſervation. M. Wallis en Angleterre
, M. Bonnet en Eſpagne , M. Amman ,
Médecin Suiffe en Hollande , avoient conſacré
leurs travaux à cet objet ſi intéreſſant
pour l'humanité. Le Père Sanin , Prêtre de la
Doctrine Chrétienne , M. Péreire , & quelques
autres en France , ont ſuivi la même
carrière avec plus ou moins de ſuccès ; mais
leurs foins donnés à un trop petit nombre
d'individus , n'avoient pas encore produit
une grande ſenſation; & tandis que tant
d'Arts d'agrément & de luxe ont été portésau
plus haut degré de perfection , un Art
auſſi utile qu'intéreſſant étoit demeuré dans
l'enfance. Des Phyſiciens s'étoient plutôt
amuſes qu'occupés d'une théorie infructueuſe;
& fi l'on avoit confié quelques- uns
de ces infortunés aux ſoins d'un Inſtituteur ,
c'étoit moins le foulagement de l'humanité
qu'on paroiffoit avoir en vue , que la dé
24 MERCURE
couverte d'un nouveau ſecret , qui même
après des expériences bornees , mais fatisfaiſantes
, étoit reſte configne dans les Livres
, & n'étoit connu que de quelques
Savans.
M. l'Abbé *** a le premier exécuté le plan
d'un établiſſement national. Trop de perſonnes
ont vû ſes ſuccès pour que nous entreprenions
d'en faire l'éloge. Nous nous
bornerons à dire quelque choſe des moyens
qu'il emploie , & des raifonnemens fur lefquels
il les fonde , pour donner à ceux de
nos Lecteurs qui ne le connoiffent pas, une
idée de fa méthode.
Quelqu'étonnans que paroiffent les faits
cités dans fon Ouvrage , ils font atteſtés par
des Savans de toutes les parties de l'Europe,
&par pluſieurs Souverains qui en ont été témoins
, & qui lui ont donné les fuffrages les
plus authentiques.
Faire entrer dans l'eſprit des Sourds &
Muets ce qui eſt entré dans le nôtre par les
oreilles ; voilà le but.
Les moyens ſont fondés ſur trois principes
qui paroiſſent inconteſtables .
1º. Il n'eſt aucun mot qui ne ſignifie quelque
choſe , il n'eſt aucune choſe , quelque
indépendante qu'elle ſoit de nos ſens , qui
ne puiffe être expliquée clairement par une
analyſe compoſée de mots ſimples , & qui
en dernier reſſort ne puiſſe ſe paſſer d'explication.
2°. Cette analyſe peut ſe faire également
de
DE FRANCE 25
devive voix ou par écrit pour ceux qui ont
les oreilles bien organiſées , parce que , ſoit
en entendant, ſoit en liſant les mots fimples
dont elle est compoſée , ils ſe rappellent les
ſignes qu'on leur a faits depuis leur enfance ,
&fans leſquels ils n'auroient pas plus entendu
les mots qu'on prononçoit eu qu'ils
liſoient, que ſi on les eût prononcés ou lûs
en Allemand , en Grec ou en Hébreu .
3°. Cette analyſe ne peut ſe faire à l'égard
des Sourds & Muets que par écrit ; mais fon
effet eſt également infaillible , parce qu'en
lifant les mots fimples dont elle eft compoſée
, ils ſe rappellent auſſi facilement que
nous la ſignification qu'on leur a donnée de
ces mots,& qui leur est devenue auſſi familière
qu'à nous mêmes , par l'uſage que nous
en faiſons continuellement enſemble.
"Dans quelque langue que ce ſoit , ce
n'eſt point la prononciation des mots qui
fait entendre leur ſignification. En vain dans
lanôtre nous eût on répété cent fois les mots
porte& fenêtre , &c . nous n'y aurions attaché
aucune idée, ſi on n'eûtpas montré en
même temps les objets qu'on vouloit déſigner
par ces noms. Le ſigne de la main ou
des yeuxa été le ſeul moyen par lequel nous
avons appris à unir l'idée de ces objets avec
les ſons qui frappoient nos oreilles ; chaque
fois que ces mêmes ſons ſe faifoient entendre
, ces mêmes idées ſe préſentoient à notre
eſprit , parce que nous nous ſouvenions des
Nº . 27 , 3 Juillet 1784 . B
26 MERCURE
fignes qu'on nous avoit faits en les prononçant.
»
On tient avec les Sourds & Muets une
route abſolument ſemblable ; on leur apprend
d'abord un alphabeth manuel , tel que
celui dont les Écoliers ſe ſervent pour converſer
avec leurs compagnons d'une extrêmité
de la claſſe à l'autre. Onécrit en crayon
blanc ſur une table noire en gros caractère
le mot la porte, & on la leur montre : à
l'inſtant ils appliquent cinq ou fix fois leur
alphabeth manuel fur chacune des lettres
qui compoſent le mot , ils l'épèlent avec
leurs doigts , & en font entrer dans leur mémoire
le nombre & l'arrangement ; auſſi tôt
ils l'effacent & l'écrivent eux - mêmes avec
leur crayon , en caractères plus ou moins
formés, enſuite ils l'écriront autant de fois
que vous leur préſenterez le même objet.
En moins de trois jours , tout Sourd &
Muet qui a quelque activité dans l'eſprit ,
apprend de cette manière plus de So mots.
M. l'Abbé *** parle enſuite des moyens
qu'il emploie pour expliquer aux Sourds &
Muets les différensmois, les articles , les différens
tems des verbes & leurs régimes; il fait
déclamer & conjuguer ſes Élèves ; on fent les
difficultés qu'il doit éprouver , & les erreurs
qu'il a à relever , tant ſur les terminaiſons
des mots que ſur les degrés de comparaifon ,
fur tout pour trouver des ſignes qui expriment
les qualités abſtraites .
DE FRANCE. 27
On conçoit la poſſibilité de leur faire entendre
les nombres , & de leurapprendre à
comprer, en leur montrant des jetons depuis
un juſqu'à mille; mais on eſt étonné de les
voir comprendre dès la première fois la ſigni .
ficationdes mots que M. Reſtaut appelle des
pronoms impropres , comme quelques , plufieurs,
tous , aucun , chacun , cela ſe fait
avec les jetons , ſoit en les réuniffant , ſoit
en les diviſant en leur préſence de diverſes
manières.
Les adverbes, les propoſitions , les con
jonctions , routes les parties enfin de la
grammaire ſont ainſi miſes à leur portée ;
on leur fait même rendre compte avec la
plus grande clarté de leurs idées & des inftructions
qu'ils ont reçues.
Ces inſtructions vont plus loin encores
ſans ſe borner à la connoiſſance d'une langue
, on leur apprend l'art de raiſonner ,
on les initiedans les choſes les plus abſtraites ,
&l'on ne fauroit ſans adiniration être témoin
d'une de leurs converſations métaphyſiques.
On porte l'art juſqu'à leur faire comprendre
ce que c'eſt que d'entendre , auribus
audire.
La ſeconde Partie de l'Ouvrage de M.
l'Abbé *** , contient les moyens de leur apprendre
àparler; ces moyens conſiſtent principalement
à leur faire obſerver & fentir
les divers mouvemens des lèvres , de la langue&
du goſier de ceux qui parlent , & à
Bij
28 MERCURE
les exercer , à les imiter , à développer enfin
leurs organes ; on ſent que l'habitude , le
travail & l'expérience peuvent tout , mais
on eſt étonné des progrès que quelques
Sourds & Muets ont faits entre les mains de
M. l'Abbé *** . Il a rendu ſes moyens publics
pour multiplier , autant qu'il eſt poſſible ,
les écoles. Heureux les Inſtituteurs qui montreront
comme lui autant de connoiſſances
que de zèle !
L'Empereur , à ſon paſſage à Paris , avoit
été témoinde ſes étonnans ſuccès. Ce Prince ,
ami de l'humanité , s'étant empreſſé de faire
dans ſes États un pareil établiſſement , à
fon retour à Vienne , lui écrivit , & lui envoya
M. l'Abbé Storch , pour étudier & pratiquer
ſous lui cet art ſi précieux , afin d'en répandre
les bienfaits au ſein de l'Allemagne .
Une diſpute Littéraire , élevée entre M.
Heinich & M. l'Abbé *** , a donné lieu à
une troiſième Partie. Sans entrer dans cette
difcuffion , il nous ſuffira de dire que les
ſuccès du dernier ſont une grande préſomption
en ſa faveur; & l'exercice public
qu'il a fait ſoutenir à ſes Élèves , le 13
Août 1783 , en préſence de S. E. le Nonce
du Pape , dans lequel ils ont répondu en
François , en Latin & en Italien , à 200
queſtions ſur les principaux myſtères de la
Religion , eft bien fait pour nous perfuader
de l'excellence de ſa méthode,
DE FRANCE. 29
!
L'INFLUENCE de Fermat fur fon fiècle ,
&c. A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
Après la gloire de ſervir ſon pays , en
l'éclairant ſur les dangers qui le menacent
&les maux qui le minent ſourdement , il
n'en eft point de plus douce & de plus fatisfaiſante
à obtenir pour un Écrivain , que
celle de venger le mérite de l'ingratitude &
de l'oubli de fes contemporains.
Tel eſt le ſervice ſignalé que vient de
rendre au Coryphée de la Géométrie , au premier
homme de l'Univers , ſuivant les propresexpreflions
du fameux Paſcal, à l'illuftre
Fermat enfin , ſon nouveau Panégyrifte &
ſon ſavant appréciateur. On doit ſentir aiſement
qu'il n'appartiens qu'à un talent fupérieur
de juger dignement un génie tel que
Fermat.
Il n'en eſt pas des hautes Sciences comme
de la Littérature. Souvent un homme médiocre
en ce dernier genre , mais doué d'un
goût très- cultivé , peut analyſer très bien les
productions de l'eſprit le pius ſublime , tracer
ſes opérations & fa route , & diriger
même ſes élans , ſans être en état de faire
un. pas avec lui; mais pour meſurer la carrière
qu'un Géomètre du premier ordre a
remplie , il faut l'avoir parcourue ; pour
calculer la hauteur à laquelle il s'eſt élevé ,
Biij
30 MERCURE
il faut avoir gravi ſur ſes traces , ſuivi les
mêmes ſentiers , évité les mêmes précipices ,
& être enfin arrivé à ce point d'où l'iminenſe
horifon de ſes connoiſſances s'étend & fe
déploie tout entier.
On fent combien il ſeroit malaiſé de
faire connoître , par un extrait , un Ouvrage
deftiné ſur tout pour les Géomètres tranfcendans
, & dont un très- petit nombre
d'hommes par conséquent eft capable de
fentir tout le prix ; eſſayons d'en offtir en
peu de mots les réſultats.
Quel étoit l'état de la Science de la Géométrie
lorſque Fermat parut ? A quel degré
de perfection l'a t'il portée ? Quelles découvertes
a-t'il menagées par ſes travaux & ſes
ſuccès à ceux qui ſont venus après lui ? Tel
eſt le plan adopté par M. L. G. , & qui forme
les trois parties de ſon Diſcours. Il n'étoit
pas poſſible d'en choiſir un plus heureux ,
& qui pût mettre dans unjour plus évident
le mérite éclatant de Fermat , & faire mieux
fentir l'influence de ſon génie ſur ſon ſiècle
&la poſtérité.
Après un exorde auſſi noble qu'éloquent ,
P'Auteur expoſe le tableau de la ſituation de
la Géométrie à la naifſance de Fermar.
Archimède , chez les anciens , avoit porté
tout à coup cette Science à un degré ſi ſupérieur,
qu'on n'imagina pas après lui que l'eſprit
humain pût aller au- delà .
Huit fiècles de ténèbres , & l'incendie funeſte
de l'immense bibliothèque d'Alexan
DE FRANCE 31
dije, ſembloient menacer toutes les connoiffances
humaines d'un entier anéantiflement.
Les Arabes heureuſement en ſauvèrent
quelques parties; la Médecine & la
Géométrie leur durent ſur tout leur confervation.
Ala fin du douzièine fiècle , les Sarrafins
les tranſplantèrent en Italie. Ce fut
pour elles comme une terre natale , où elles
jetèrent de profondes racines , & fructifièrent
en peu de temps.
Déjà porteur d'un nom fameux illuftré
depuis long temps dans les Lettres , & qui
devoit acquérir encore un nouvel éclat dans
les Sciences , * le Dante , à la fin du quinzième
ſiècle , étonnoit tous ſes contemporains
par la perfection de ſes machines , par
ſes ſuccès ,& fur-tout fon audace dans cet
art qui nous occupe tant aujourd'hui , l'art
de s'élever dans les airs. Nouveau dédale ,
dont il obtint le célèbre ſurnom , il contribua,
autant par ſa gloire que par ſes écrits &
ſes leçons **, à étendre le goût des Mathématiques
dans ſa patrie.
La France eut l'honneur de donner prefqu'en
même temps le jour aux deux hommes
les plus dignes de faire époque dans l'Hif
toire des Sciences, dont ils devoient reculer
bien loin les limites, à Deſcartes & à Fer
mat; mais leur rencontre fut celle de deux
* Il y a eu une foule d'illuftres Mathématiciens
en Italie de ce nom.
** Ii profeſſoit les Mathématiques à Veniſe.
Fiv
32 MERCURE
rivaux jaloux du ſceptre. Il eſt douloureux
pour l'eſprit humain d'ebſerver que l'empire
des Sciences n'eſt pas plus exempt de
paffions &de diſcorde que tous les autres.
Deſcartes , naturellement fier & hautain ,
accoutumé à donner , pour ainſi dire , des
loix à la Nature , &à faire mouvoir les mon
des au gré de ſes ſyſtêmes , ne put voir qu'en
frémiſſant un concurrent qui marchoit au
moins fon égal. Il appela à ſon ſecours des
armes qui devroient toujours être profcrites
, lemépris & l'infulte. Il fe ligua avec
tous ſes admirateurs & ſes amis pour écrâfer
ſon généreux émule , qui , avec un orgueil
mieux entendu , ne répondoit à ſes déclamations
que par de nouvelles victoires , & par
la réſolution des problêmes les plus difficiles.
Pascal , dont l'eſprit , en fait de Géomé
trie, n'étoit acceſlible à aucune prévention ,
Pafcal ne fut point entraîné par Deſcartes ;
il reſta conſtamment fidèle à Fermat ; & à la
vérité , un tel ſuffrage en dit plus que tout
ce qu'on pourroit ajouter. On lira avec le
plus grand intérêt dans cet Ouvrage , l'hiftoire
déraillée de cette grande querelle entre
deux antagoniſtes ſi dignes l'un de l'autre ,
& qui , n'ayant pu ſe vaincre , furent forcés
de poſer les armes , de ſe réconcilier &
de s'admirer. " C'eſt ainſi , dit M. L. G. que
ود
ود
finit ce combat mémorable & digne de
faire époque à la fois dans les annales du
>> génie &dans celles du coeur humain. »
DE FRANCE.
33
Il n'eſt rien de plus inſtructif dans les
Sciences que de comparer les diverſes routes
par leſquelles deux grands Hommes font,
arrivés au même but. Si la palme doit être
adjugée à celui qui y parvient par la voie la
plus courte& la plus facile , on ne ſauroit
la refuſer à Fermat. M. L. G. développe ici
avec beaucoup d'art les avantages de fa méthode
ſur celle de Descartes ; & il prouve
qu'il ne l'a empruntée de perſonne , & qu'il
ne la tient que de ſon génie.
Fermat fortoit victorieux de tous les défis
qui lui étoient propoſés par tous les plus
forts Géomètres de l'Europe. Ce qui étoit
capable d'arrêter long- temps ſes rivaux ,
n'étoit le plus ſouvent qu'un jeu pour lui.
C'éroit alors unuſage entre les plus braves
Athlètes des Mathématiques , de s'envoyer
publiquement des cartels; de ſe provoquer
lesuns les autres par les problêmes les plus difficiles.
L'attention générale étoit fixée ſur ces
nobles concurrens ; la gloire devenoit le
prix de leurs efforts: ils apprenoient ainſi à
ſe connoître ; leurs forces augmentoient
même par la néceſſitéde les employer. Une
victoire devenoit ſouvent le germe d'un nouveau
triomphe.
Quoique dans cet Ouvrage , ſi glorieux
pour ſon Auteur & pour ſon Héros , le
fonds ſoit le grand objet à examiner ; quoique
dans un tel ſujet , le ſtyle & l'éloquence
ne foient que des parties acceſſoires , eiles
n'en ſont pasmoins dignes d'éloges ; & l'on
Bv
36 MERCURE
riez pas de donner des encouragemens aux Élèves :
c'eſt donc avec une extrême ſurpriſe que je vous ai
vu garder le filence ſur l'expoſition qui ſe fait tous
les ans à la Place Dauphine le jour de l'Octave de
la Fête - Dieu. Je ne me diffimule point qu'un
ſyſtème d'indulgence très eſtimable à bien des
égards peut vous avoir engagés à vous taire ſur ce
petit fallon ; car j'avoue de très-bonne foi que le
nombre des productions médiocres que l'on y apperçoit
, est très fupérieur a celui des Ouvrages qui
méritent une diftinction particulière. Je crois pourtant
que faus affliger ceux qui font affez malheureux
pour n'avoir point encore fait preuve de talent , on
peut échauffer l'amour propre & entretenir le courage
des Élèves qui annoncent du mérite. Je vous
adreſſe quelques obſervations que j'ai tracées dans
ces principes ſur l'expofition faite le Jeudi 17 Juin .
Je n'attache aucune importance aux conſeils que je
prendrai la liberté de donner aux jeunes Artiſtes des
deux ſexes dont je vais vous entretenir ; mais je
trouverai une extrême ſatisfaction à louer ceux ou
celles qui me paroiſſent destinés à ſe faire une réputation.
Le genre des portraits eſt fort à la mode aujourd'hui
; auffi en ai - je , d'abord , apperçu un
très - grand nombre. Il feroit difficile de les examiner
en détail ſans ſe permettre une critique
un peu févère ; car cette partie m'a paru la plus
foible & la pus négligée de toute l'expoſition.
Je diftinguerai pourtant Miles Alexandre , Rofemond
, Capet , &c. Cette dernière fur tout mérite
des encouragemens particuliers; ſa touche a de la
fermeté , & fon deſſin de la correſtion ; mais je
voudrois qu'elle donnût à ſes chairs un ton plus
vrai , & qu'elle fondit davantage ſes couleurs. Le
talent qu'elle promet doit engager ceux qui s'intéDE
FRANCE:
37
reffent à elle à la conduire à l'étude de la Nature ,
fans laquelle l'Art n'eſt rien , ou preſque rien.
Trois Tableaux de Mlle le Roulx de la Ville
jeune Artiſte âgée de ſeize ans & demi , & Elève de
Mme Lebrun , ont excité ma curiofité & mon attention.
Le premier eft à l'huile : c'eſt le portrait de
M. ſon père. Il n'eſt pas difficile de s'appercevoir que
ceportrait a été fort travaillé , auſſi y ſent-on de la
contrainte: la couleur des acceſſoires eſt aſſez bonne ;
mais celle de la figure eſt trifte & fombre. Le ſecond
eſt une tête d'étude au paſtel. La phyſionomie a de
la grâce ; elle en auroit même davantage fi la chevelure
avoit plus de vérité , & fi la négligence affectée
qu'on y remarque ne contraſtoit pas fingulièrement
avec le ton foignée des ornemens & des étoffes.
Le fonds de ce tableau m'a auſſi paru trop clair ,
& trop foible pour faire valoir la figure. Le troifième
mérite de grands éloges. C'eſt encore une tête
d'étude au paftel. Celle-ci est dans le goût antique.
La phyfionomie eſt intéreſſante & noble, leton des
chairs a beaucoup de vérité ; la coëffure eſt ſimple
& couronne parfaitement la figure : le ruban qui
attache les cheveux ſe fait ſentir , même ſous les
touffes qui le cachent. En général , le faire de ce tablean
annonce de très-grandes diſpoſitions au talent.
• Je n'oublierai pas de donner à Mile Vaffel, Élève de
M. Chays , les encouragemens qui lui ſont dûs. Son
portrait , peint par elle-même , a une touche ſpirituelle
& animée. Le ton en eſt un peu gris & le fonds
unpeutropprononcé; mais l'un de ces défauts amenoit
l'autre , & fon Maître a trop de talens pour
que je hafarde de lui donner des conſeils qui ne
vaudroient pas la plus médiocre des leçons qu'elle
en recevra .
J'ai vu beaucoup de Payſages , & je n'en ai
diftingué qu'un très-petit nombre qui méritât d'être
cité. Je nevous parlerai que de quelques- uns d'entre-
:
38 MERCURE
eux. Dabord, de celui d'un jeune Amateur ,dont je
n'ai pu ſavoir le nom , * & qui m'a paru d'un effet
très-piquant : enſuite de MM. Duval , dans les compoſitions
deſquels on remarque de l'eſprit ; mais
peut-être un peu de recherche&de prétention ; enfin
de M. de Saint-Martin , qui , en cherchant à imiter
le ton de couleur de feu M. Leprince , ſon Maître ,
paroît avoir pris la Nature pour principal modèle.
Les Marines de M. Cazin ſont d'un bel effet :
elles annoncent le germe du vrai talent. Je me trompe
peut-être. cependant je dirai ce que je penſe. Le
ton de ces Marines m'a fait préſumer qu'elles n'ont
pas été compoſées d'après nature , ou ſur des réminif
cences de la nature obſervé , mais qu'elles ont été
faites de tête & d'après que'ques uns de nos grands
modèles. Si je ne me trompe point , j'engage M.
Cazin à imiter le célèbre Vernet dans ſes études ,
comme il cherche à le ſuivre dans ſes compofitions.
Si je me trompe, je l'exhorte à donner à on faire
une touche plus prononcée , & qui puiſſe faire ſeutic
davantage, que l'Artiſte a ſu ſe pénétrer de l'objetqu'il
avoulu peindre.
Je ne vous entretiendrai point, Meſſieurs , d'une
foulede Deffins de tous les genres que j'ai pu à peine
appercevoir de loin , tant la foule étoit nombreuſe
& peu civile. Je ne vous parlerai que de ceux de
M. le Chevalier de Lorimier , Amateur très eftimable
, & qui , en occupant fos loufirs , marche à
grands pas fur les traces des Maîtres dontil eſt l'admirateur
& l'élève. Ses Deſlins de Expériences
Aéroſtatiques ont de la légèreté. Ils font en général
compliqués ; mais on n'y remarque ni contation ni
déſordre. Ses Payſages font frais & ont de la vérité.
Le choix des sîtes eft heureux. Tout ce qu'on pour .
Cet Amateur etM. du P....
DE FRANCE.
39
soit reprocher à cet Amateur, c'eſt un peu de recherche
& trop peu de variété dans les tons.
Parmi tous lesjeunes Artiſtes qui ont expoſé cette
année, je vous citerai M. Veiſon comme celui qui
annonce le talent le plus décidé. Ses Tableaux repréſentant
la Nature morte promettent un Peintre,
L'imitation eſt exacte & fidelle; les oppofitions des
objets font bien ſentis; le ton de couleur est ferme
&vigoureux , peut-être même un peu trop. Je m'explique.
M. Verſon a réduit l'imitation des objets
qu'il a peints à de très-petites proportions, & il a
confervédans cette imitation la couleur qu'il auroit
employée s'il eût peint les objets tels qu'ils font,
&dans un cadre plus étendu. Je crois qu'il a eu
tort. Ilme ſemble que principalement en peignant
laNature morte , on doit éteindre les couleurs en
proportion de la réduction qu'on fast éprouver aux
objets que l'on repréſente. Au ſurplus , quand ce
principene feroit pas d'une vérité incontestable , je
croisque c'eſt s'intéreſſer à la gloire de M. Voiſen
que de l'engager à ſuivre l'étude du genre qu'il a
adopté , mais en même temps à la continuer dans des
proportions plus vraies &plus faites pour donner de
l'éclat aux reſſources de ſon talent.
Avantde te miner cette lettre, je dois vous dire ,
Meffieurs, quefi la foule & le défaut d'ordre m'ont
empêchéde voir & d'obſerver certains Tableaux , il
en eſt d'autres fur lesquels ma curiofité a été (arisfaite,
&dont je ne vous ai point entretenus. Si je
me fuis perfuadé qu'il étoit prodent de n'en rien
dire , je ne prétends pas faite préfummer à vos lecteurs
que lesjeunes Élèves qui en font les Auteurs
ne puffent jamais acquérir de droits à un éloge
public. J'ai rant vu de jeunes Commençans mal
guid.s, j'en ai tant vû qui étoient cotourés d'amis
perfides; enfin, ils font en général ſi peu inſtruies
detout cequ'on courtde riſque à ſe préſenter dans
40 MERCURE
la carrière des Arts avec de médiocres eſſais,
que je ſuis très - indulgent pour tout ce qui s'appelle
début. On blâme toujours avec trop de facilité;
on n'encourage point avec affez de conftance
: Je voudrois qu'on ſe perduadât bien de cette
vérité , dont l'oubli eſt plus fatal qu'on ne penſe
aux progrès des Arts .
J'ai l'honneur d'être , &c .
SPECTACLES.
L'ABONDANCE des matières nous force à
renvoyer au prochain Mercure le compte
que nous avons à rendre de l'Épreuve Villageoise
, Comédie en deux Actes , mêlée
d'ariettes , repréſentée ſur le Théâtre Italien
le 24 Juin.
Point de nouveautés au Théâtre François .
M. le Comte de Haga a honoré de ſa préfence
la dix - huitième repréſentation du
Mariage de Figaro , & la dernière du
Jaloux. Ces deux Comédies ont été vivement
applaudies.
ANNONCES ET NOTICES.
NATURE des Dieux , 2 vol. in- 12. Prix, ''ss liv.
-Tusculanes, 2 vol. Prix , s liv.-Philipp. de
Demosthènes , & Catilinaires de Cicéron. Prix , 2 liv.
10 ſols. A Paris , chez Barbou, Imprimeur- Libraire ,
rue des Mathurins.
DE FRANCE:
47
Ces troisOuvrages font de l'Abbé d'Olivet , &
leur réputation eſt depuis long-temps établie.
Ontrouve chez le même l'Abrégé de la Grammaire
Grecque , de Clénard , in- 8 °. Prix , I liv.
4 fols; Principes Générauxfur le Grammaire , &c.
in- 89. Prix , 2 liv. 10 ſols; ( ces deux Ouvrages ont
été revus par un Profeſſeur Émérite de l'Univerſité );
un Dictionnaire Grec & Latin , in- 8 °.; un autre
Latin & Grec , in-4°. , & la belle Collection complette
des Auteurs Latins , connus ſous le titre :
Adusum Delphini.
La Petite Thérèse, Eſtampe , peinte par Philippe
Careſme , gravée par J. Couché. AParis , chez lAuseur
, rue S. Hyacinthe , No. 51 .
Cette agréable Eſtampe , dont un Couplet des
Amours d'Été a fourni le ſujet, eſt deftinée à ſervix
de ſuite à la Fuite à deſſein.
INTRODUCTION à l'Histoirede la dernière Guerre
en Allemagne, entre le Roi de Prufſe & l'Impératrice-
Reine&fes Alliés , ou Mémoires Militaires
&Politiques du Général Lloyd , & Hiftoire de la
Guerre , &c. 2 vol. in-4° . de près de 400 pages
chacun , avec cinq planches de Tactique , & fix
Cartes de Frontières dans le premier volume ; & dans
le ſecond, huit places deBatailles enluminées : Ouvragecompoſé
en Anglois par le Major-général H.
Lloy , traduit & augmenté deNotes &d'un Précis
ſur la vie& le caractère de ce Général par un Officier
François. A Londres , & ſe trouveà Bruxelles ,
chez A. F. Pion , Imprimeur-Libraire , rue de l'Impératrice.
Le Profpectus de la Souſcription ſe trouve
aParis , chez M. Thiercault , rue Neuve S. Étienne ,
au coinde celle de la Lune.
L'Ouvrage Anglois dont nous annonçons la Traduction
a obtenu enAngleterre un ſuccès aufli brik
42 MERCURE
/
lant que mérité. Le Traducteur a eu l'avantage ineftimable
d'écrire ſous les yeux de l'Auteur lui même .
qui , avant de mourir , lui a communiqué ſes penſées
&ſes manufcrits. Le premier Volume paroîtra dans
le courant de Janvier prochain ; & le ſecond ſuivra
immédiatement.
OEUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyor , dixième Livraiſon , fixième Volume
des Vies des Hommes Illuſtres , in- 8 °. & in -4°. pap.
double d'Angoulême , d'Hollande & Velin .
Cevolume renferme les Vies de Phocion & Cato
Utique , d' Ag's & Ciémènes , Tiberius & Graius
Démosthènes & Cicero , avec les consparaiſons.
La onzième Livraison , ſeptième & dernier Volume
des Vies des Hommes Illuftres données par
Plutarque , paroîtra dans le courant du mois prochain
avec les Tables Chronologiques , depuis Théféus
juſqu'à Othon.
L'Éditeur continue cette entrepriſe avec une célérité
qui lui en aſſure le ſuccès. Tous les Volumes
font également ſoignés, ſoit pour la partie Typographique
& l'ordre des matières , ſoit pour les papiers ,
qui font toujours les mêmes , ce qui eſt rare dans les
entrepriſes conſidérables , quand les volumes ne paroiſſent
pas tous enfeisble. On ſouſcrit pour cet Ouvrage
à Paris , chez J. Fr. Baftien , Libraire-Éditeur ,
rue S Hyacinthe, place S. Michel , & chez tous les
principaux Libraires de l'Europe. Le prix de la Soufcription
eft de 7 liv. 10 ſols pour chaque volume
in-8 °. que l'on paye en le recevant, de 15 liv. pour
l'in-4°. &c. fuivant les différens papiers & formats.
M. DE COMBLES , Officier d'Infanterie , à Paris ,
hôtel S. Pierre , rue des Cordiers , près la Place
Sorbonne , a mis ſous preſſe le premier de ce mois ,
l'ouvrage ſuivant: Etat de la France, ou les vraie
DE FRANCE
43
i
Marquis, Comtes , Vicomtes & Barons , enrichi de
Gravures. Cet Ouvrage ſera précédé d'un Traité
fur les Dignités Féodales & Politiques , les Dignités
Eccléfiaftiques , & fur celle des Vidames
artachés à l'égliſe , ſur les titres& qualités perſonnelles,
les titres & qualités des Eccléſiaſtiques , les
titres & qualités des Gens de Lettres , &c. Seconde
Partie. Le Prix du vol. de plus de 300 pages , ſera
de 3 liv. 12folspour les Souſcripteurs , & de 4 liv.
12 folspour ceux qui n'auront pas ſouſcrit. On foufcrit
chez l'Auteur , auquel il faut adreſſer tous les
Mémoires ; chez la Veuve Duchesne & Belin , rue
S. Jacques ; Deffeine , au Palais Royal à Versailles ,
chezBlaizot, rue Satory ,& chez tous les Directeurs
des Affiches de Province. On trouvera encore quel
ques exemplaires de la première Partiechez l'Auteur .
FRANCE envingt-trois Feuilles in-4°. toutesfur
la même échelle, par M. l'Abbé Grenet , Profeſſeur
en l'Univerſitéde Paris au Collége de Lisieux , rue
S. Jean-de- Beauvais , pour ſervir de ſuite à ſon
AtlasPortatif,première Livraiſon ,7 feuilles. Prix ,
15 fols pièce.
La Cartede France par l'Académie eſt, ſans contredit,
le plus beau monument Géographique dont
on ait juſqu'ici formé & exécuté le projet ; mais, il
fautenconvenir , un Ouvrage de cette étendue n'eſt
fait que pour les perſonnes riches. C'eſt ce qui a déterminéM.
l'Abbé Grenet a entreprendre ces détails
fur la France en 23 ou tout au plus 24feuilles in-4°.
format le plus commode pour quiconque veut ſuivre
laCarte en lifant l'Histoire. On y trouvera tout ce
qui peut faire connoitre une Province , rivières , fo
rets, montagnes , (les grandes chaînes ſeront rendues
ſenſib'es ) toutes les Villes & les Bourgs. D'après un
principedel'Auteur , en voyant ſur la Carte un grand
nombre de forêts , on en concluera qu'il y a beau-
1
44 MERCURE
,
coupde rivières; enne voyant point de forêts ſur la
Carte on dira qu'il y a peu de rivières , & vice
versa. On y trouvera toutes les batailles & les combats
qui ſe ſont livrés en France. Des ſabres , la
pointe en haut , indiqueront les batailles gagnées par
nos Rois ou leurs Armées ; les batailles perdues ſeront
déſignées par des ſabres , la pointe en bas; &
afin d'éviter au Lecteur la peine d'en chercher les
dates, on les mettra à côté des ſabres .
Toutes ces 23 Feuilles ſerontſur la même échelle,
afin qu'on puiſſe diſtinguer à l'oeil la grandeur relative
de chaqueGouvernement.
Il paroît déjà ſept Feuilles de cet Ouvrage, la première
contient la Picardie , l'Artois & la Flandre ; la
deuxième , la Normandie & le Maine , partie occi
dentale , la troiſième , Idem , partie orientale; la qua
trième , l'Iſle de France; la cinquième , la Champagne,
partie ſeptentrionale; la ſixième , Idem, partie
méridionale ; la ſeptième , la Bretagne. La deuxième
Livraiſon paroît maintenant.AParis , chez l'Auteur ,
au Collège de Lisieux , chez qui on trouve auffi des
Sphères nouvelles à horifon , mobiles entout ſens,&
à lauterne , depuis 54 liv. juſqu'à 600 liv . avec un
petit Traité de la Sphère. Il n'exécute les plus chères
que quand on les commande.
Le Ballon , ou la Phyſicomanie , Comédie en un
Afte & en vers , repréſentée pour la première fois ,
àParis , fur le Théâtre des Variétés Amuſantes. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , rue
Galande.
Le fond de cette Comédie nous a paru affez
mince ; mais ce défaut eſt racheté par des détails
agréables , de jolies Scènes épiſodiques & une verſification
facile .
FABLES nouvelles , fuivies de Poésies fugitives ,
2
21
Γ
DE FRANCE.
45
par M. le Bailly , Avocat en Parlement , du Musée
de Paris. A Paris , à la même Adreſſe que ci-deſſus.
Ce Recueil, dédié aux Enfans de Mgr. le Duc de
Chartres , eft propre à remplir le but que l'Auteur
s'eſt propoſé; il renferme pluſieurs Fables qu'on lira
avec plaifir , même après celles de La Fontaine , de
M. Imbert , de M. l'Abbé le Monnier , &c. Nous
en donnerons l'extrait inceſſamment.
Le Siècle des Ballons , Satyre nouvelle , fuivie
duRivalpar Amitié, Comédie en un Acte & en vers.
ABallopolis , & ſe trouve à Paris, chez le même
Libraire que ci-deſſus , l'an du monde 5784 , & des
Ballens le deuxième.
Cette Satyre , qui eſt précédée d'une Lenre fort
plaiſante , eft dirigée principalement contre les Ballons
&le Magnetiſme animal. Pluſieurs traits répandus
dans cet Ouvrage décèlent l'Auteur qui paroît
vouloir garder l'Anonyme.
NOUVEAU Plan Routier de la Ville & Fauxbourgs
de Paris. A Paris , chez Alibert , Marchand d'Eftampes
, rue Froidmenteau , & ci-devant jardin du
Palais Royal. Prix , 1 liv. 4 ſols en feuille ; 3 liv.
collé ſur toille pour mettre dans la poche , avec ſon
étui ; s liv. coloré à la manière des Ingénieurs.
CePlan contient les augmentations & les nouveaux
changemens,
CAMPAGNE du Roi de Pruſſe , de 1778 à 17793
ornéede planches , dédiée à S. A. S. Mgr. le Prince
de Condé, par M. le Baron de Holtzendorff, an.
cien Prébendataire d'Halberstadt , Officier attaché
au Service de France. Prix , s liv. A Genève , & fe
trouve à Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire ,
quai des Auguſtins.
Cet Ouvrage eſt fait pour exciter l'intérêt ; il y
46 MERCURE
eſt queſtion d'un des grands Monarques qui ayent
exiſté ; & ce qu'on y raconte eſt un des plus beaux
momens de ſa vie.
ASGILL , OU les Désordres des Guerres Civiles
par M. de Mayer. A Amſterdam , & ſe trouve à
Paris, rue &hôtel Serpente.
Le fonds de ce Roman eſt auſſi vrai qu'intéreffant.
Le Petit Joueur de Marionnettes , dédié au goût
de ſiècle , gravé par Pierron , Eſtampe de 10 pouces
&demi de hauteur ſur 8 pouces de large , même
grandeur que pluſieurs de M. Wille , tel que l'Ob-
Servateur diftrait , &c. Prix , liv. to ſols. A Paris ,
chez l'Auteur , rue & près la porte S. Jacques , la
première porte- cochère à gauche , Nº . 164.
L'Auteur s'occupe du pendant, & compte le donner
pour la fin de cette année.
AMUSEMENS Physiques , & différentes Expériences
divertiſſantes , composées & exécutées tant à
Paris quedans les diverſes Cours de l'Europe , par le
Sieur Joſeph Pinetti , Romain. in- 80. des pages .
Prix , 2 liv . 8 fols. A Paris , chez Hardouin , Libraire ,
au Palais Royal , dans le Jardin, ſous les arcades à
àgauche, No. 14 .
OetteBrochure peut être fort agréable à la campagne
par les tours qu'elle explique , & qui font
d'autant plus faciles à exécuter , qu'on s'y paſſe de
compère. On fait combien l'Auteur , qui vient de
quitter Paris , rendoit ces amuſemens agréables au
Public. Il ſe propoſe de publier à fon retour des tours
qui ne se trouvent point là On trouve chez le Libraire
un petit reſſort qui est néceſſaire au tour des
deux canifs , & qu'il donne avec la Brochure,
DE FRANCE. 47
Ariettes de Blaise & Babet , du Droit du Seigneur
& autres , avec accompagnement de Ciftre , terminées
par une Sonate , avec accompagnement de Violon ,
par M. Bernard. OEuvre troiſieme. Prix, 6 liv. A
Paris, chez l'Auteur , rue des Saints Pères , vis-a-vis
celle S. Guillaume , No. 83 ; & Mlle Castagnery ,
rue des Prouvaires.
SIX Duos pour deux Flûtes , par M. J. B. Bréval
, OEuvre XVI. Prix , 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez
l'Auteur , rue Feydeau , maison de M. Jacob.
PREMIER Recueil d'Airs & de Chansons , par
M Leroy , Maître de Chant. Prix , I livre 4 ſols. A
Paris , chez l'Auteur , Marchand de Muſique , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.-Air avec
Accompagnement de Piano-Forte ou Harpe , par le
même. Même Adreſſe.
SONATE pour le Clavecin , Violon & Baffe ,
par M. Ch. Fodor. Prix , 3 livres, formant le
Numéro s du Journal de pièces de Clavecin par
différens Auteurs. Prix de l'Abonnement pour
douze Numéros , 24 livres à Paris , 30 liv. en Province.
A Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des
Petits-Champs , près celle Saint Roch , n°. 83 , &
Mme Lemenu, rue du Roule , à la Clé d'or.
NUMÉRO s du Journal de Clavecin , par les
meilleurs Maîtres , Violon ad libitum. Prix , 15 liv.
pour l'année entière à Paris & en Province franc de
port par la pofte. Chaque Cahier ſéparé 3 livres. A
Paris, chez M. Leduc, an Magaſin de Muſique ,
rue Traverſière-Saint- Honoré.
SIX Concertos à Violon principal . Instrumens
à vent ad libitum , dédiés au Roi , par M. de
48 MERCURE
Meude-Monpas , Écuyer , Gentilhomme de S. M.;
&c. Le doigté de ces Concertos eſt déſigné par des
chiffres, fur-tout dans les endroits où la portion
changeroit l'expreffion. Prix , 4 liv. 4 fols. A Paris ,
chez M. Bailleux , Marchand de Muſique , rue
Saint Honoré , près celle de la Lingerie.
Ces Concertos , qui paroiffent ſucceſſivement ,
font beaucoup d'honneur à l'agréable Amateur à
qui nous en avons l'obligation . Celui que nous annonçons
eſt d'une tournure peut- être encore plus
piquante que les premiers .
ERRATA du No. 25 , Article Spectacles. Page
138 , lignes , Les néceſſaires écrâſent le principal ;
lifez : Les acceſſoires .
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librai
riefur la Couverture.
TABLE.
VERS à M. le Comte de cadémie Françoise , 10
3 La véritable Manière d'inf- Haga ,
Ode, 4 truire les Sourds & Muets ,
Les Vieux Galans du Siècle , 23
Chanfon, 6 L'Influence de Fermat furfon
Mesmer,
Vers pour le Portrait de M. fon siècle ,
Charade, Enigme & Logo- Spectacles
29
8.Variétés , 35
ib. Annonces & Notices ,
40
gryphe, ibid
Discoursprononcés dans l'AAPPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 3 Juillet. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſſion . A
Paris, le a Juillet 1784. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 8 Juin.
N
OS Compagnies maritimes d'Aſie , de
la Baltique & de Guinée ont tenu leur
aſſemblée générale pour la diſtribution des
Dividendes. Depuis le dernier bilan , la premiere
ayant eu un bénéfice de is tonnes
d'or , le dividende a été réglé à 100 rixdalers
par action , payables en deux termes ,
Juin & Décembre.
L'adminiſtration des Finances vient de
ſubir encoredes changemens. Une nouvelle
Direction & un nouveau College ont été
ſubſtitués aux anciens , ainſi que les membres
qui occupent aujourd'hui ces départemens.
En qualité de premier Miniſtre , le
Comte de Bernstorff aura ſéance & fuffrage
dans le College des Finances , toutes les fois
qu'il s'agira d'objets eſſentiels. Succeffivement,
les membres de l'ancienne adminif-
N°. 27 , 3 Juillet 1784 . a
( 2 )
tration ſont éloignés par des emplois ou des
Bailliages hors de cette Capitale.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 31 Mai.
La Cour de Ruſſie a donné ſon avis &
fon projetde médiationau ſujet des différends
entre S. M. P. & la ville de Dantzick. Lanote
remiſe par M. le Comte de Stakelberg , Ambafladeur
de Ruſſieici , au Réſident dePrufle
&auxDéputésDantzickois, contient, s'il faut
en croire le bruit public , les diſpoſitions
fuivantes.
«Que le Roi de Pruffe renoncera , en faveur
de la Ville , à toute participation au commerce
d'exportation de la Pologne ; & afin que ce commerce
ne ſe mêle point avec l'exportation de
productions de la Pruffe Occidentale , dans leur
paſſage par Dantzig, le Magiftrat donnera une
liſte des articles les plus importans pour ſon commerce
, & dont il a le plus grand intérêt que
l'exportation ne ſe faſſe point de ſon port par
les ſujets de S. M. Pruffienne. Ces articles feront
énoncés &détaillés ſpécifiquement dans la convention
qui ſe concluera fur cet objet. Les autres
productions de la Pruſſe , celles des fabriques
qui y ſont établies , & autres articles , qui neſeront
pas expreſſément exceptés par la convention
, paieront à leur paſſage par Dantzig les
mêmes droits de douane auxquels les habitans de
cette Ville ſont aſſujettis pour le tranſport de
ces objets. Pour ce qui regarde l'importation par
mer , les ſujers Pruffiens paieront pour toutes les
productions en général , fans diſtinction , à la
Ville les mêmes droits que ceux de Dantzig
( 3 )
.
paient auxdouanes de S. M. Pruffienne , lorſque
ces marchandiſes paſſent par le territoire pruf.
fien. Les marchandises ou effets pour le compte
du Roi de Pruſſe & pour les perſonnes de fa
Cour , ne feront aſſujettis à aucun droit de
douane dansDantzig , & paſſeront librement fur
le même pied que celles pour S. M. Polonoife ».
Pour ſubvenir aux dépenſes néceſſitées
depuis un an par les conjonctures , la Régence
de Dantzick a impoſé ſur les Habitans
de cette ville une taxe du 25 pour cent
de leur revenu ; c'eſt ainſi du moins qu'on
explique la nature de cet impôt , mis fous
la dénomination aſſez vague du quart pour
cent de tous les biens.
Il eſt peu de contrées en Europe , où
les Juifs fuſſent affermis depuis auffi longrems,
qu'ils l'étoient enPologne, malgré des
loix affez ſéveres. A l'époque où des per.
fécutions de toute eſpece les affligeoient
ailleurs , ils avoient dans la République
un aſyle & des propriétés. Au XVI .
fiecle, ils cultiverent l'Ukraine , pratiquerent
les Arts , étudierent même les Sciences.
Le Cardinal Commendon leur rendit dans
ſesMémoires , ce témoignage honorable &
non ſuſpect. Une grande partie du commerce
de la Pologne étoit reſtée entre leurs
mains,&moins nombreux qu'autrefois , ils
n'avoient rien perdu de leur activité. Il vient
de s'élever ici contr'eux un orage , occafionné
par les plaintes de quelques Bourgeois :
une Ordonnance du Grand-Maréchal de la
22
( 4 )
Couronne enjoint à ces Iſraëlites de quitter.
Varſovie avec leurs familles , dans l'eſpacede
trois ſemaines , terme qui enſuite a été prolongé
juſqu'au 21 Juin.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 8 Juin .
L'indiſpoſition qui , de nouveau , a affecté
les yeux de l'Empereur , a arrêté fon
voyage en Hongrie. Quoique S. M. fort
ablolument rétablie , il n'eſt plus queſtion
de ſon départ. On parle de divers camps
projettés dans le courant de l'Eté , ſans que
le nombre & le lieu foient encore bien déterminés.
Un decret de la Cour a permis l'exportation
en Turquie & en Crimée de toutes les
marchandises manufacturées dans les Etats
héréditaires , moyennant un droit de traite
de cinq douziemes pour cent.
Les Ducats du Pape n'ont plus de cours
ici : on les porte à la Monnoie , où ils font
paiés 4florins & 9 cretzers.
On paroît s'attendre en Hongrie à des
changemens conſidérables. Il a été ordonné ,
dit-on , à la Nobleſſe d'Hermanſtadt , de
produire ſes titres ,& un état de ſes revenus.
Ce rapport eſt aſſez extraordinaire , pour
qu'on n'y donne pas créance à la légere.
La Manufacture Impérialedes glaces établie à
Farafeld , près de Bade , dans labaſſe Autriche ,
fabrique des glacesdepuis huitjuſqu'à cent vingt
pouces de haut , & foixante de large. Une glace
de cent pouces, hauteur & largeur priſes enj
( 5 )
i
ſemble , coûte 276 florins , argent de Vienne ,
où eſt l'entrepôt général de cette marchandife.
Une Lettre de Preſbourg contient la relation
ſuivante d'une belle action des habitans
de Baja. Le bâtiment d'un Négociant de
Comon , chargé d'environ 5000 meſures
de millet& d'avoine , ayant fait naufrage
au-deſſus de Baja, les habitans du lieu ſe
font réunis pour relever le navire & le tirer
au rivage : non contens de ce ſervice , ils
ont fait préſent au propriétaire d'une certaine
quantité debled, &lui ont vendu une
autre partie au-deſſous du prix courant.
La rive du Danube à Semlin étant trèsdangereuſe
à l'abordage , on s'occupe du
projetde creuſer un baſſin , où 70 gros bâtimens
pourront mouiller en sûreté.
Nous venons de voir ici un exemple
frappant de la foibleſſe d'un eſprit fuperititieux.
Une Dame allant à l'Eglise des R. P. Augustins,
ſe mit à genoux près d'un mauſolée orné de différentes
figures en marbre , entr'autres de celle de
mort arméed'une faux.Un petit morceau de cette
faux ſe détacha & tomba dans la coëffe du Manteletde
lajeune Dame. Revenue à la maiſon , elle
conta , comme une choſe indifférente àfon mari ,
ce qui venoit de lui arriver. Saifi d'une terreur
panique, l'époux s'écria : Voilà un préſage de la
mort prochaine de ma chere épouse. Le même jour il
eſt attaquéd'une fievre violente quile force à garder
le lit , & finit par le jeter dans le tombeau .
Son épouse désolée ,a pris tellement cette perte
23
( 6 )
acoeur , qu'elle eft tombée malade,& l'a ſuivi de
près. On a enterré ces deux époux l'un auprès de
l'autre; &leur fucceffion ,très-conſidérable, eft
tombée entre les mains d'héritiers fort éloignés .
DE HAMBOURG , le 10 Juin .
On écrit d'Elbing , que le commerce y
eſt dans la plus grande activité. Depuis un
mois , il eſt arrivé dans le port de cette ville
une quantité immenſe debled de toute efpece.
Toutes les nations maritimes en ont
pris des chargemens ; & il ſe trouve encore
dans la rade 70 bâtimens Anglois , Hollandois
, Danois , Suédois & d'Ooſtfriſe occu
pés à charger.
L'un des articles eſſentiels du commerce
de Ruffie eſt la colle de poiſſon. La meilleure
qui ſe tire du poiſſon , appellé Sewruge
, ſe vend à Aſtracan , 40 roubles le
poud, ou une rouble la livre. La colle d'Efturgeon
eſt du prix de 20à 30 roubles , &
celle de Beluga, de 12 juſqu'à 18 roubles le
poud. En 1781 , on a exporté de la derniere
qualité 3,604 pouds , dont 2,721 ont paffé
en Angleterre. La vente de la colle de Beluga
rend à la Ruſſie environ 80,000 roubles.
L'envoi s'en fait par lafts &pouds.
Il vientde ſe formerà Bilia , près de Prague,
& fous la garantie du Prince Lobkowitz
, un établiſſement de commerce digne
d'être connu. Les principaux objets de ce
commerce ſont les productions de Bohême,
( 7 )
comme grenats bruts & taillés, cau de Seidſchuz
, fels minéraux , magnésie , charbon
de terre , alun, eau- forte, vitriol , ſoufre ,
jaſpe, & autres productions.
DE FRANCFORT , le 15 Juin.
S'il faut en croire des avis de Vienne, les
Evêques Autrichiens feront aſſujettis à n'adreffer
aucun Mandement à leur Diocese ,
ſans avoir été ſoumis préalablement à la
cenfure.
L'Electeur de Mayence actuel, ainſi que
fon prédéceſſeur , ont donné beaucoup de
foin à l'établiſſement des Manufactures dans
leurs Etats. La petite ville d'Hechft a reçu
dans ce but pluſieurs exemptions & privileges.
On vient d'étendre à Aſchaffenbourg
une partie de ces immunités, en faveur des
Entrepreneurs de manufactures de laine :
l'Electeur leur a accordé une exemption
d'impôts pendant dix ans .
On rapporte de Brünn le traitement ſuivant
d'une aſphixie , traitement dont la fimplicité&
le ſuccès font autorité en faveur de
P'inventeur.
M. Kellner , Chirurgien de Neutiſchein,en
fuivant la méthode de M. Harman , Médecin de
feu S. M. le Roi de Pologne , & Membre de
l'Académie de Nancy , vient de rappeller à la
vie un payſan du village de Sedliz qui avoit été
ſuffoqué. Cet homme , âgé de ſoixante-dix-huit
ans , ſe nomme Michel Jacob : on le trouva le
6Avril près des charbons où il avoit paffé la
24
( 8 )
!
nuit: on le crut mort ; cependant en le portan
ſur ſon lit on s'apperçut de quelques foibles
mouvemens ; ce qui fit ſonger à lui donner des
fecours. M. Kellner qui te trouvoit dans le village
, accourut : il trouva le malade fans reſpiration
& fans pouls. Toutefois , connoiffant le
principe de formal , il le fit mettre fur la terre ,
où après l'avoir fait afperger d'eau fraîche pendant
une demi- heure , il commença un peu à
reſpirer , & rendit par la bouche une légere
Ecume. Alors toutes les femmes s'écrierent :
pourquoi tourmenter ce pauvre homme aprèssa mort ?
malgré l'avis de ces commeres , on porta le malade
dans un lit un peu chaud , bientôt il ouvrit
les yeux , & répondit fort juſte aux queſtions
qu'on lui fit. On voulut profiter de ce moment
pour lui donner un Confeſſeur; mais il ſe rendormit
, & perdit la refpiration , ou du moins on ne
pouvoit plus la remarquer , non plus que connoître
fonpouls. Il étoit fix heures du foir , &
M. Kellner recommença ſon opération , quifut
bientôt interrompue par l'arrivée du fils ruſtre &
brutal , qui le menaça de l'aſſommer s'il ne laif
ſoitenrepos ſon pere défunt ; la mere& les parens
ſe joignirent au fils ; ce qui força M. Kellner
de recourir à l'autorité de la Juſtice , dont
quelques membres étoient heureuſement préfens
: ils firent fortir tout le monde , ne laifferent
que les perſonnes néceſſaires pour adminiſtrer
les ſecours ; ſur les dix heures , Michel
Jacob reint à lui , M. Kellner lui tira quatre
onces de ſang à chaque bras , & Jui fit avaler
par cuillerées , un demi-pot de bon vin : le malade
recouvra peu à peu l'uſage de ſes ſens. Le
II il marchoit & ne reſſentoit plus qu'une
grande foibleſſe , & le 15 il ſe portoit parfaisement
bien, & vaquoit à ſes occupations ordinaires.
(و )
Une feuille Allemande a donné le précis
ſuivant ſur le commerce de Hambourg.
*Aucune ville en Europe n'a peut- être un auſſi
grand nombrede fabriques pour raffiner le ſucre .
Il eſt vrai que depuis que les Etats voiſins ont
auſſi établi des raffineries chez eux , & que plufiours
ont défendu l'entrée du ſucre de Hambourg
, cette branche de commerce n'eſt plus
auſſi conſidérable. Cependant on y compte encore
plus de cent cinquante raffineries en acti
vité. Il y a auſſi neufà dix imprimeries d'indienne
qui occupent environtrois cents perfonnes;
les toiles pour ces imprimeries ſont apportéesde
laHollande , de Gothembourg & de Cappenhague.
Les blanchiſſeries de ciredans cette
villefont au nombre de quatorze ; la cire blanchie
eſt exportée pour l'Italie , l'Eſpagne & le
Portugal . Hambourg fait an commerce confidé
rableavecles productions des Colonies Françoiſes;
mais la balance eſt en faveur de la France ; le
cours du change le prouve affez évidemment.
Son commerce avec l'Eſpagne eſt auſli important;
mais celui avec le Portugal l'eſt davantage:
il occupe annuellement trente à quarante bâtis
mens dont les cargaiſons peuvent s'évaluer à 4
millions de marcs .
On parle beaucoup d'une machine hydraulique
à Duſſeldorf, inventée par le ſieur
Prégelman , Négociant de Raitingen . Cette
machine file par jour autant de coton qu'en
fileroient mille ouvriers. On eſpere incefſamment
une deſcription de ce bel ouvrage.
(1) La bonté de l'affinage du ſucre à Hambourg eſt due
àlaqualitédes eaux , & à la perfection de la main d'oeu
vre. Ces deux avantages afſureront long temps,la préfér
rence aux ſucres de Hambourg,
as
( 10 )
DE RATISBONNE , le 1 Juin.
Le to du mois dernier , le Miniſtre Electoral
de Saxe remit à celui de Mayence un
Mémoire , contenant la déclaration des
Etats Evangéliques, pour concilier l'ancien
démêlé toujours exiſtant dans les Colleges
des Comtés de Franconie &de Westphalie.
On dit que les Proteſtans propoſentdans
ce Mémoire , que la voix du College de
Franconie continue d'être portée à la Diete
par un Plénipotentiaire Proteſtant , & que
la voix du College de Westphalie foit portée
par les deux Plénipotentiaires actuels ,
conformément à la propoſition des Etats
Catholiques du 1 Août 1782. Si l'un deces
deux députés vient à mourir , le ſurvivant
reftera ſeul chargé des affaires du College ,
&après ſa mort, les Plénipotentiaires des
deux Religions alterneront.
ITALI E.
DE ROME , le 28 Mai.
Les imputations & les défordres les plus
graves ayant fait pourſuivre juridiquement
un jeune Seigneur de cette Métropole, l'accuſé
s'eſt évadé& réfugié à Naples. Les délits
qu'on lui reproche , & la nature des
foupçons font ſuivre cette affaire avec la
plus grande activité. Tous les domeſtiques
duprévenu ont été appréhendés.
( 11 )
Le cordon établi ſur les côtes arrête avec
la plus grande vigilance tout ce qui débarque.
Une rigoureuſe quarantaine eſt obfervée
dans les ports. Pluſieurs foldats du Roi
de Naples s'étant ſaiſis d'une barque, après
leur déſertion, ont tenté d'aborder aux embouchures
du Tibre : quelques coups de fufil
tirés ſur eux les ont forcés à gagner le
large.
Ameſure que les chaleurs augmentent ,
les rixes perſonnelles ſe multiplient, & finifſent
preſque toujours par effuſion de ſang.
Dans le même jour, on a tranſporté à l'Hôpital
dix perſonnes bleſſées àcoups de couteau.
La fameuſe Sacriſtie de S. Pierre eſt enfin
achevée : elle ſera ouverte au public le 10
de ce mois , & folemnellement conſacrée le
15 par S. S.
DE LIVOURNE , le 4 Juin.
Le Capitaine d'un Bâtiment arrivé dans
ce Port , dit avoir rencontré à la hauteur
de l'iſle de Malthe une partie de l'eſcadre
Vénitienne , qui a appareillé le 10 Mai ,
& qui eſt deſtinée contre Tunis.
Le Juif qui ſe trouvoit à bord du Bâtiment
la Grande-Ducheffe-de- Toscane , eſt arrivé
ici. Il rapporte que les trois Eſclavons
qui ont été exécutés , comme on l'a dit,
avoientéprouvé un genre de fupplice affreux;
les arquebuſes dont ont s'eſt ſervi pour leur
a6
( 12 )
exécution avoient une charge de ſel au lieu
deplomb.
L'on apprend de Milan que le Pape s'eſt
déſiſté en faveur de S. M. I. du droit de
nommer aux Bénéfices de la Lombardie
Autrichiene. L'acte paílé pour cet objet entre
le Saint - Père & l'Empereur est en date du
20 Juin dernier.
DE NAPLES , le 1 Juin.
Le Prince de Raffaldi notre Ambaſſadeur
à la Cour de Madrid ayant obtenu ſes lettres
de rappel ſera remplacé par le Prince de
Caramanica. Le Comte D. Ferdinand Lucheſi
actuellement Miniſtre en Danemark
paſſera en qualité d'Ambaſſadeur à la Cour
de Londres. Il ſera remplacé par le Marquis
de Malaſpine , actuellement Miniſtre à Venife.
On parle auſſi de diverfes autres mutations.
On prétend que le Chevalier D. Tommaſſe
Somma , actuellement Miniſtre à
Vienne , paſſera en qualité d'Ambaſſadeur
en France , & qu'il fera remplacé par le
Marquis Carleto.
S. M. a chargé le Marquis de Grimaldi
de parcourir les deux Calabres , & d'y examiner
l'état actuel de la culture des oliviers ,
& celui des manufactures de ſoye. Ce Seigneur
est autorisé à ſe faire accompagner
d'un étranger verſé dans ces dérails.
Le Marquis de Caraccioli , Vice-Roi de
la Sicile, a obtenu la permiffion de s'abſenter
( 13 )
de fonGouvernement pendant quatre mois
pour aller prendre les bains d'Iſchia , qui
lui ont été ordonnés par ſes médecins. On
prétend que le Lieutenant-Général Eſpagnol
Fonz de Vrela exercera les fonctions
de Vice-Roi pendant ſon abſence.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 28 Mai.
On a débité beaucoup de rapports plus
ou moins controuvés ſur la révolte des Indiens
dans le Pérou. A l'arrivée de chaque
paquebot , ces bruits ſe renouvellent, & récemment
on a inféré dans diverſes Gazettes
étrangeres un récit altéré des circonstances
decette rébellion.
Ce qui eſt certain , c'eſt qu'après le ſupplicedu
premier rebelle, Tupac Amaru, fon
fucceffeur & fon parent , Diego Tupac ,
joint à un autre Cacique , nommé Catari ,
a commis en 1782 les plus grandes dé
vaftations , qu'après avoir exterminé les
Blancs dans pluſieurs Provinces riches en
mines d'or , ces deux chefs Indiens mirent
le blocus devant la ville de la Paz , où la
diſette fit monter les chiens & les chats au
prix detrente piaſtres. Un corps de troupes
Eſpagnoles accourues de Lima firent lever
le ſiege de la Paz à moitié brûlée & faccagée:
15000 perſonnesy ont péri ; mais bien
loin que leGouvernement eût tenté de faire
( 14 )
fubir à Diego le fort de ſon frere, on publia
un pardon général. Diego & fon neveu vinrent
au camp Eſpagnol,&y turent accueillis.
Depuis ces évenemens qui ont eu lieu à
la fin de 1782 , & que nous rapportons d'après
un témoin oculaire , ſi la rébellion a
recommencé , c'eſt ce qui ne paroît nullement
authentique.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 18 Juin.
Débaraſſée aujourd'hui des pétitions &
des debats qu'ont entraîné les élections parlementaires
, la Chambre des Communes
prend ſucceſſivement en conſidération les
divers objets capitaux de gouvernement.
La ſaiſon rend ces aſſemblées très -peu nombreuſes
: à peine ſont elles compoſées de
300 membres : ce vuide a été au point de
forcer une fois l'Orateur d'ajourner la Chambre
; à celle des Pairs , il ne s'eſt trouvé
que 19 aſſiſtans pour opiner ſur une motion
de Lord Effingham en faveur des débiteurs
infolvables ; motion rejettée par les avis du
Chancelier.
On ſent bien que cette indifférence pour
les affaires publiques , n'a point gagné les
principaux perſonnages de chaque parti.
Tandis que le Miniſtere travaille à débrouiller
le cahos des objets arrierés , & à accélérer
les opérations ; la Minorité en embarraſſe de
( 15 )
temps entemps le cours par des motions extraordinaires
, dont la chûte eſt prévûe ,
mais qui foulagent la mauvaiſe humeur , en
ſemant d'épines la carrière de l'adminiſtration.
La plus finguliere de ces motions a été
celle deM. Burke , relativement au diſcours
du Roi: il ne s'agiſſoit pas moins que de
porter la Chambre à une remontrance ſolemnelle
contre cette harangue: celle de M.
Burke a été digne de l'objet.
Cet Orateur débuta par un préambule refpectueux
envers l'Aſſemblée.
Paſſant enſuite à l'examen du Diſcours du Roi,
il ſe plaignit d'y trouver une infinité de traits
qui , fans être des accuſations directes contre
P'ancien Parlement , impliquoient néanmoinsdes
charges très- fortes & même criminelles ; il fit
voir combien il étoit néceſſaire , pour l'exemple
&pour l'intérêt de la juſtice elle-même, d'étab'ir
uneenquête ſur ces charges , afin d'en conſtater
la validité , afin que dans le cas où ces charges
ſetrouveroient fondées , il fût expreſſément déchréque
le dernier Parlement avoit été légalement
condamné, & que la Sentence de diffolutionprononcéecontrelui
étoit ſage&juſte ; mais
qu'au contraire ſi, après un examen ſévere , mais
impartial des opérations du dernier Parlement ,
il étoit prouvé que ſa conduite a été courageuſe
&conftitutionelle; qu'elle n'a été dirigée que
par la loyauté de la Chambre des Communes
pour la Couronne , par ſon reſpect& fon attachementpour
le Peuple , enfin par ſon zele&
fou amour pour la conſtitution , il falloit que ſon
innocence fût reconnue hautement , & que l'on
( 16 )
vengeät ſonhonneur & ſa réputation des calom
niesdont elle a été noircie dans cet infame Libelle
, appellé le Difcours du Roi , & qui n'eft
dans le fait que le diſcoursdes Miniſtres prononcé
par Sa Majesté à l'ouverture de la préſente ſeſ-
Gon M. Burke s'étendit beaucoup fur l'obligation
où étoit le Parlement actuel de donner cette
ſatisfaction à l'ancien , & il aſſura que c'étoit une
choſe ſans exemple de diſſoudre un Parlement
ſans avoir à lui reprocher aucun abus de ſes
droits & de les prérogatives , en un mot la
moindre démarche irréguliere ; mais , au contraire
, pour avoir donné des preuves éclatantes
de ſon intégrité & de ſon attachement aux vrais
intérêts de l'Empire.
Suivant l'uſage moderne ,continua M. Burke,
le Roi a deux Chambres des Communes , l'une
aſſemblée ſous ces voûtes , l'autre diſperſée dans
le Royaume , & qu'il eſt aiſé de trouver dans
les Clubs de la Ville , ainſi que dans les allemblées
des Comtés de différentes Provinces. C'eſt
là que cette derniere Chambre ſe réunit pour
préparer des pétitions & des adreſſes , dès que le
Miniſtre en a beſoin , & qu'elles peuvent ſervir
à l'exécution de quelques projets dela prérogativ,
e Que réſulte t-il de cette double Chambre
des Communes ? C'eſt que celle qui n'eſt pas
oſtenſible eſt toujours prête à cenſurer l'autre à
la moindre volonté de la Couronne ; c'eſt que le
peuple perdra inſenſiblement laportion d'autorité
que lui donne la conſtitution , & que la véritable
Chambre des Communes , après avoir été dépouillée
de ſon indépendance & de ſon pouvoir,
ſera définitivement réduire à rien. La folie des
terns a bouleverſe toute raiſon , & a rendu les
hommes fourds aux propoſitions les plus ſimples
&les plus frappantes.Autrement , tout homme
( 17 )
qui fait lire , ou qui connoit par tradition l'hiſ
toire du genre humain , peut faire connoître au
peuple combienil eſt dangereux pour lui d'appro
cher du précipice,&de chercher la protection
de laCouronne , celle des trois branches de la
législation , qui , quoiqu'elle puiſſe bien ne pas
être oppoſée immédiatement aux privileges du
Peuple , a toujours été conftitutionnellement regardée
comme la plus contraire á ſa liberté. Le
Roi , en uſant de la prérogative de diſſoudre le
dernier Parlement , me paroît avoir pris ſur lui
deremplir l'office de Tribun du Peuple , & la
diſſolution du Parlement me paroît un acte de la
puiſſance tribunitienne. Les Minißres avoient
engagé la parole royale que la derniere Chambre
desCommunes ne ſeroit point diſſoute , & ils ont
enfuite violé cette promeſſe. Leur conduite eſt
d'autant plus criminelle, qu'ils ont prétendu
qu'elle méritoit les éloges du Parlement.
Après être entré dans le détail du bill de la
Compagnie des Indes , qui a fait tant de bruit ,
M.Burke pourſuivit en diſant : cebillprovientde
deux cauſes , d'abord du délabrement des affaires
de la Compagnie au-dehors , occafionné tant
par la négligence coupablede ſes Officiers que
par l'abus qu'ils ont fait du pouvoir du Gouvernement
, & enſuite de la néceſſité où étoit
cette Compagnie de faire banqueroute en Angleterre
, fi elle n'étoit promptement & efficacement
ſecourue. En conséquence , on s'eſt déterminé
à mettre l'adminiſtration des affaires de
laCompagnie entre les mains du Gouvernement,
&pour le bien de la Compaguie , & pour celui
du Public. Al'égard du projet de ce bill , & du
plan propoſé pour ſon exécution , je proteſte ,
de la maniere la plus ſolemnelle , que ni moi ,
ni M. Fox qui l'a propoſe , ni aucune autre per
( 18 )
ſonne alors en place , nous n'avons eu aucunes
vues d'intérêt particulieres. Le bill de M. Grenville
a attiré tout autant de conteſtations que le
bill de l'Inde de M. Fox , & c'eſt agir contre la
conftitution que de faire rejeter par le Roi un
pareil bill , ou tout bill fur quelque ſujet que ce
ſoit , s'il affecte la prérogative , ou même la Perſonne
du Prince. Appuyerune innovationfi dangereuſe
dans la conſtitution , c'eſt vouloir détruire
d'un ſeul coup l'existencede la liberté du
Parlement , & donnerà la Couronne beaucoup
plus de prépondérance qu'aux deux autres branchesde
la légitlation.
Cette partie du diſcours du Roi ,dans laquelle
il a recommandé au Parlement de conſerver les
trois différentes branches de la conſtitution dans
un juſte équilibre , eſt un attentat à la puiſſance
de la Chambre des Communes. Jofe affurer que
jamais la conftitution par ſa nature , n'a exigé
qu'il y eût un juſte équilibre dans ſes parties. Si
l'on admettoit ce principe , il en réſulteroit qu'un
ſeul individu ſeroitplus puiſſant que lePeuple ,
&que la Chambre des Pairs , compoſée de deux
cents Lords, auroit ſeule le droitde gouverner &
de faire les loix fans la participation des Communes
d'Angleterre. On ſe rappelle ſans doute ,
ditM. Burke , du langage d'un des Lords & Pairs
par prérogative , qui derniérement eut la hardielle
d'avancer que les Lords avoient autant de
droit que la Chambre des Communes à paffer un
bill de fubfiles . Et cette doctrine , c'eſt celle
que le Roi reconnoît& veut maintenir. Un fyfteme
fi dangereux ne ſauroit donc être trop tôt
expofé & réprouvé.
M. Burke retraça les progrès de l'influence de
la Couronne , il en rappella les périodes , & il
repréſenta à la Chambre que le Lord North avoit
( 19 )
été la victime de la cabale qui encourageoit&
ſupportoit le Trône . « Ce Lord , dicil , n'at il
pas été infulté &abandonné par cette ligue , ennemie
dela conſtitution dès l'inſtant qu'il s'eſt
ſoumis aux volontés de la Chambre des Gommunes
, & qu'illa refife , en conféquence d'un
de ſesarrêtés , de lever plus long-tems le glaive
contre PAmérique » ? M. Burke fit voir quelle
feroit la fituation des affaires , 6 M. Pitt perdoit
ſa placedans le Divan , ou s'il étoit jamais étranglé
par les Janiſſaires du Cabinet ; mêlanttoujours
ſes plus férieux argumens, d'eſprit , & de plaifanterie.
Enfin il termina ſa harangue parpropoſer
à la Chambre une motion tendante à ce
qu'il fût préſenté au Roi une humble remon
trance , dans laquelle on établiroit les droits de
LaChambre des Communes , & dans laquelle on
cenfureroit la conduitedes Miniſtres qui ont confeillé
à S. M. de manquer à fa parole royale , &
dediffoudre ſon Parlement, après avoir fo'emnellement
promis àla derniere ſeſſion des Communes,
de ne point faire ufage de la prérogative
avant qu'elles euffent terminé l'importante affaire
dont elles étoient occupées ; ainfi que pour
avoir porté S. M. à faire au nouveau Parlement
un diſcours rempli de principes alarmans &
anti-conftitutionels .
Lorſque M. Burke produifit ſa motion par écrit,
onentendit de toute la Chambre un éclat de rire
général , causé par la forme & le volume de la
motion , qui nele cédoit en rienà un des forts
doffiers de la Chancellerie. M. Burke dit en plaifantantque
cet écrit étoitl'oraiſon funebrede feu
ſon ami , le dernier Parlement .
Après avoir lu quelques ſyllabes de cette motion
, pourlaforme , M. Burke la délivra à l'Oraseur,
qui la fit enregiſtrer ſur les journaux ,
( 20 )
quoiqu'elle ne fût point admiſe , & c'eſt là pros
bablement tout ce que defiroit M. Burke.
La motion annuelle de l'Alderman Sawbridge
pour une réforme parlementaire a en
le fort accoutumé d'être traitée de part &
d'autre avec un ſérieux apparent , &de finir
par un réſultat dériſoire. Le réſultat eſt un
renvoi à l'année prochaine. La motion étant
appointée au mercredi 16 , M. Sawbridge
invoqua l'ordre du jour , & après quelques
tiraillemens & oppoſitions préliminaires , fur
l'importunité de la queſtion , il perſiſta à demander
, qu'il fut nommé un Comité pour
fairedes recherches sur l'état préſent de la représentation
à la Chambre des Communes de la
Grande-Bretagne.
Quelque modeſte& radoucie que fût cette
tournure , la motion n'en ſuccomba pas
moins. M. Pitt& fon parti , en l'approuvant
au fond , la jugerent hors de propos , Lord
North&les fiens la trouverent hors de fens.
MM. Fox , Sheridan , Lord Surrey , & tous
les Membres de ce parti voterent fortement
en faveur de la motion. MM. Wilberforce ,
Beaufoy , Martin , & fur-tout le Chancelier
de l'Echiquier , leur Chef, proteſterent de la
maniere la plus explicite de leur voeu pour
cette réforme , &de la ſincérité de leurs opinions
à cet égard. Ils ne s'en accorderent pas
moins à trouver la motion prématurée , peu
propre à être péſée dans les circonstances , &
par conféquent faite pour être remiſe à d'autres
temps. Lord North moins indulgent ,
( 21 )
attaqua cette innovation enhomme d'état&
en Légiflateur. Il parla ſur ce ſujet avec profondeur
, avec force , même avec nobleſſe.
Une particularité aſſez finguliere eſt , que ,
M. Dundas , jadis toujours d'accord avec ce
même Lord North , devenu Tréſorier de la
Marine ſous le miniſtere du Comte Shelburne,&
l'undes défenſeurs de ce miniftere ,
oppoſant décidé à la Coalition , & aujourd'hui
étroitement uni avec M. Pitt , vota
nettementcontre la motion pour laquelle il
déclara fon éternelle antipathie. M. Pitt dans
ſa réponſe à Lord North , étant revenu aſſez
indifcrettement ſur les diſgraces de l'adminiſtration
de cet ancien Miniſtre ; M. Dundas
, en demandant excuſe au Chancelier de
l'Echiquier , défendit Lord North contre ces
imputations , & en particulier contre celle
d'avoir témérairement ſoutenu la guerre
d'Amérique.
Pour terminer ces débats que nous donnerons
ailleurs avec plus d'étendue , Lord
Mulgrave propoſa la queſtion préliminaire ,
c'est-à-direque lamotionne futpastraitée, vû
que pluſieurs jeunes Membresde laChambre
n'avoient pas encore eu le temps de la méditer.
Cet avis fut adopté à la pluralité de
199 voix contre 125.
Le Paquebot le Mercure eſt arrivé des
Indes orientales avec des dépêches de
-M. Hastings , de Lord Macartney & du
Gouverneur de Sainte-Hélene : le contenu
de ces paquets eſt encore ſecret.
( 24 )
deDragons ; mais étant doué d'une figure aima
ble & d'un beau port , il fixa le coeur de la fille
de ſon Colonel , à qui il s'unit par les noeuds de
Thymen. Il obtint ſon congé peu de tems après
ſon mariage , mais il ne put réuffir à réconcilier
ſa jeune épouſe avec ſes amis. Madame Wall
jouiſſant d'un petit revenu , prit le parti de ſe
retirer avec ſon mari à Bath , ou peu de tems
après elle tomba malade & mourut. Avant ſa
mort , elle écrivit à Lord Grey , fon proche
parent, une lettre remplie des expreſſions les plus
touchantes de la fatisfaction qu'elle reſſentoit des
tendres ſoins de ſon époux qu'elle lui recommanda
avec la plus grande chaleur. Après la mort de
Madame Wall , Lord Grey procura à ſon mariun
emploi dans l'Inde qu'il alla occuper ; mais ayant
tué un particulier de Madraſſ , avec qui il avoit
eu un différend , il jugea à propos de repaſſer en
Angleterre , où il obtint une Commiſſion dans
un Régiment d'Infanterie. Son penchant pour
lejeu & pour les folies de toute eſpèce s'accordant
mal avec les finances d'un Officier ſubalterne
en quartierenAngleterre , il demanda au Secrétaire
de laGuerre la permiſſion de changer d'emploi
avec un Officier qui venoit d'être nommé
Enſeigne dans le Corps deſtiné pour la côte
d'Afrique. Il continua ce ſervice , où étant devenu
le plus ancien Olicier par la mort de ſes
camarades , les amis de ſa femme lui obtinrent la
place de Commandant &Gouverneur où il fit une
immenſe fortune . Sa conduite , comme Officier
Commandant, ne lui a point mérité le ſuffrage de
Les inférieurs.
Il vivoit avec eux dans une guerre continuelle,
&l'événement malheureux qui en a été le réſultat
, a décidé le Conſeil privé à donner l'ordre de
P'arrêter.
ETATS-UNIS
( 25 )
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE.
PHILADELPHIE , le 6 Mai.
Nous avons annoncé la réſolution de l'E
tat de Maflachuſett touchant l'Ordre de
Cincinnatus. Rhode'Iſland s'eſt décidé à retirer
à toutes les perſonnes de l'Etat , membres
de cette Société , tous leurs privileges
quelconques , & à les déclarer incapables
d'aucun Office dans leGouvernement.
Ces diſpoſitions ont engagé la Société
des Cincinnati à revenir ſur elle-même , à ſe
réformer, à ſe modifier de maniere à préve
nir des ombrages légitimes , dans un Etat
républicain, Dans une aſſemblée générale
de cetteAffociation , tenue à Philadelphie
le 3 Mai , il a été arrêté de s'en tenir aux
ſtatuts ſuivans :
Section 1. Les perſonnes qui compoſent cette
Société ſont tous les Officiers brevetés de l'Armée
&dela Marine des Etats-Unis , ayant ſervi trois
Années,&quitté le ſervice avec distinction; tous
les Officiers qui étoient enfervice actuel à la fin
de laguerre; tous lesprincipauxOfficiers de l'Etat-
Major de l'Armée Continentale , & les Officiers
quiont été licenciés par les diverſes réſolutions
du Congrès , fur les différentes réformes de l'Armée.
Section II. Seront auſſi admis dans cette
Société les derniers Ministres & les Miniftres actuels
de S. M. T. C. au près des Etats-Unis ;
tous lesGénéraux& Colonels des régiments&des
légions des forces de terre; tous les Amiraux &
Capitaines de vaiſſeaux ayant rang de colonels , qui
No. 27, 3 Juillet 1784.
b
( 26 )
ont coopéré avec les armées des Etats -Unis à l'établiſſement
de leur liberté , & les autres perſonnes
qui ont été admiſes par les aſſemblées d'Etat
reſpectives. Section III. La ſociété aura un
Président , un Vice- Président , un Sécrétaire & un
fous-Sécrétaire . Section IV. La ſociété s'aſſemblera
au moins une fois tous les trois ans le premier
Lundidu mois de Mai , dans le lieu indiqué par
le Préſident. Ladite aſſemblée ſera compoſée
des susdits Officiers ( dont les dépenſes ſeront
ſupportées également par les fonds de l'Etat ] &
d'une repréſentation de chaque Etat. Cette affemblée
générale s'occupera du ſoin de regler la
la diſtribution des reſtans des fonds , de nommer
des Officiers pour les trois années ſuivantes , &
de conformer les ſtatuts des afſſemblées d'Etat
aux objets généraux de l'inſtitution. Section V.
La Société ſera diviſée en Aſſemblées d'Etat.
Chaque aſſemblée aura reſpectivement un Prefident
, un Vice-Président & un Trésorier , qui ſeront
choiſis tous les ans à la pluralité des voix.
Section VI. Les aſſemblées d'Etat ſe tiendront
à l'Anniversaire de l'Indépendance. Elles prendront
les meſures relatives aux projets de bienfaitance
de la Société ; & les diverſes aſſemblées
d'Etat s'adreſſeront en temps convenable à leurs
législatures reſpectives , pour l'octroi des chartes.
Section VII. Tout membre ſe retirant d'un
Etat dans un autre , doit être conſidéré , à tous
égards , comme appartenant à l'aſſemblée où il
réfidera pour lors . Section VIII. L'Aſſemblée
d'Etat ſera juge de la qualification de ſes membres
, réprimandera , & chaffera , s'il est néceffaire
, tout membre qui ne ſe conduiroit pas
comme il convient. Section IX. Le Secrétaire de
aſſemblée d'Etat enregiſtrera les noms des membres
réſidans dans chaque état , & en délivrera
( 27 )
une copie au Secrétaire de la Société. SectionXs
Afin de former des fonds pour le ſoulagement
des membres qui ont beſoin de ſecours , ainſi
que pour leurs veuves & orphelins , chaque
Officiers remettra un mois de ſa paye au Tréſorier
de l'aſſemblée d'Etat. Section XI. Aucune
donation ne ſera reçue que des Citoyens desEtats
Unis. Section XII. Les fonds de chaque aſſembléed'Etat
feront prétés à l'Etat , par permiffion
de la Légiflature , & l'intérêt de ces fonds ſera
appliqué aux projets de la Société ; & fi , par la
fuite des temps, il ſurvenoit des difficultés dans
l'exécution des intentions de la Société , les
Législatures ſeront requiſes de faire les diſpoſizions
qui leur paroîtront les plus équitables ,
&convenir le mieux aux vues primitives de
l'Inſtitution. Section XIII. Les ſujets de S. M.
T. C. , membres de cette ſociété peuvent tenic
des aſſemblées à leur volonté , & faire des reglemens
pour leur police , conformément aux objets
de l'Inſtitution , & à l'eſprit de leur gouvernement.
Section XIV. La Société aura un ordre
qui fera un Aigle-d'or , portant ſur ſa poitrine
les emblêmes décrits ci-après , ſuſpendus à un
ruban bleu-foncé , liſeré de blanc , qui repréſente
l'union de l'Amérique & de la France.
Nous ſupprimons ici les emblêmes & les
deviſes , qui allongeroient cet article ſans
utilité.
Cette aſſemblée & fon réſultat avoient
été précedés d'une lettre circulaire adreſſée
aux différentes aſſociations de l'Ordre par
ſes délégués , & ſignée du Général Was
hington , en ſa qualité de Préſident. Quoique
indifférente à pluſieurs de nos Lecteurs , cette
b2
( 28 )
piece ne'le lera point au plus grandnombre;
c'eſt un monument hiſtorique , finguliérementdigne
d'obſervation .
Nous Délégués des Cincinnati , après les plus
mûres délibérations & ladiſcuſſion laplus approfondie
des principes &des objets de notre Société,
avons jugé à proposde recommander , « que l'in
cluſe inſtitution de la Société des Cincinnati
telle qu'el'e a été réformée & modifiée à leur
> premiere affemblée , ſoit adoptée par notre
Société d'Etat.
Pour que notre conduite en cette occaſion ſoit
connue & approuvée de tout l'univers , pour ne
point encourir le reproche d'obſtination d'une
part, ou de légéreté d'une autre ,& afin que vous
vous déterminiez plus volontiers à effectuer ce
que nous vous recommandons , nous demandons
Ja permiffion de communiquer les raiſons d'après
leſquels nous avons agi.
Avantde vous en rendre compte , nous nous
croyons obligés par nos devoirs envers vous , &
envers nos citoyens , dedéclarer ,& nous prenons
le Ciel à témoin de la véracité de notre déclarazion
, que , dans toute notre conduite à ce ſujet ,
nous avons été dirigés par les principes les plus
purs. Quoique nous ayons ainſi la confcience
tranquille fur la droiture de nos intentions en
établiſſant cette Confrairie , en nous y uniſſant ,
& malgré la perfuafion intime où nous ſommes ,
qu'on trouvera dans votre conduite tant paſſée
que future , la preuve évidente que vous n'avez
été déterminés par aucunsautres motifs , que ceux
de l'amitié du patriotiſme &de la bienveillance.
Néanmoins comme nos vues , à certains égards ,
ont été mal fenties; comme l'acte de notre affociationa
été néceſſairement rédigé à la hate , à
( 19 )
une époqué auſſi extraordinaire qu'elle ſera mé
morable dans les annales du genre humain , où
agités par une foule de ſenſations différentes ,
nous n'avions point la tranquillité d'ame indif
penſable pour examiner attentivement toutes
les circonstances qui avoient rapport à notre
connexion fociale , ou pour rédiger nos idées
dans une forme auſſi correcte qu'on auroit pu
le defirer ; comme l'inſtitution originaire aux
yeux de pluſieurs perſonnes refpectables a paru
comprendre des objets que l'on juge incompa
tibles avec le génie & l'eſprit de la confédération;&
comme dans ce cas , il pourroit ſe faire
que l'effetde cette inſtitution ne remplit pas notre
objet , & produisit des conféquences que nous
n'avions pas prévues : en conſequence , pour dé
truire toute fource de jaloufie , pour expliquet
d'une maniere claire & préciſe le principe fur
lequel nous defirons fonder cette inſtitution , &
pourdonner une nouvelle preuve que les anciens
Officiers de l'Armée Américaine ont le droit
d'être comptés parmi les citoyens les plus fideles ,
nous avons arrêté qu'il y feroit fait les réformes
&modifications importantes que voici : La ſucceffion
héréditaire ſera abolie ; toute interpofition
dans les affaires ceſſera d'avoir lieu ; & les fonds
ſerontplacés ſous la connoiſſance immédiate des
différentes Législatures , qui feront auſſi requiſes
d'ectroyerdes chartes , pour donner d'autantplus
d'efficacité auprojet que nous avons de ſecourir
P'humanité.
En expoſant nos raiſons pour le changement
du premier article, nous devons vous demander
la permition de rappeller à votre ſouvenir la eauſe
primitive qui nous a engagés à nous réunir eu
une ſociété d'amis. Ayant été conftamment unis
par les liens de la plus étroite amitié dans les
b3
( 30 )
différentes révolutions d'une guerrequ'une infinité
decirconſtances rendent remarquable & vraiment
extraordinaire ; après avoir eu le bonheur de remplir
l'objet pour lequel nous avions prislesarmes ;
à l'époque du triomphe & de la ſéparation , parvenus
enfin à la derniere ſcene de notre drame mi.
litaire , dont le dénouement étoit à la fois un
ſujet d'allégreſſe & d'affliction pour nos coeurs,
-D'allégreſſe , parce que nous voyons notre
Patrie en poffeffion de l'indépendance & de la
paix . -D'affliction, parce que nous allions nous
Téparer , & peut-être pour ne nous revoir jamaisa
Dansun moment où tous les coeurs étoient pénétrés
d'afflictions plus aiſées à concevoir qu'àdécrire , on
lemoindre acte de bienveillance&de ſenſibilité étois
encore tout récent dans notre ſouvenir, il étoit impoſſiblede
ne pas deſirer la continuationd'une ami
xié fi douce& fi néceſſaireà nos ames attendries ,
& il étoit très- naturel de ſouhaiter qu'elle pût
être tranſiniſe par notre poßéritéjuſqu'aux fiecles
les plus reculés. Tels étoient , nous le confeffons
naivement ,& nos ſentimens & nosimpreſſions ,
lorſque nous avons figné l'inſtitution.Nous ſavons
que nos motifs étoient irréprochables ; mais plu
Geurs de nos compatriotes , craignant que ce ne
fût tirer contre tout droit , une ligne de ſéparation
entre nos deſcendans & les autres citoyens ,
&bien éloignés nous mêmes de vouloir créer
desdiſtinctions inutiles &déſagrables, nous n'héfitons
point à faire le ſacrificedetout, à l'exception
de nos amitiés peſonnelles dont nous ne pouvons
nous départir , & des actes de bienfaiſance qui ,
ſuivant nos intentions , doivent en être l'effet.
C'eſt avec une intention auſſi pure & auſſi déſintéreffée
que nous avons propoſe de faire uſage de
toute notre influence collective pour défendre le
Gouvernement , & confirmer cette union ,
( 3E )
Pétabliſſement de laquelle nous avons employé
une partie de notre vie. Mais ayant appris de
pluſieurs parts , que l'on eſtimoit nos offres de
ſervicespar crop officieuſes, & même déplacées ; &
que , fi l'on ne nous a pas directement accuſés d'a
voirdes deſſeins dangereux, du moins nous a-t-on
reproché de nous être arrogé le droit de défendre
les libertés de notre patrie; dans ces circonstances,
nous ne pouvions pas , quelque fondés que nous
cruffions l'être , nous oppoſer à l'opinion générale
de nosconcitoyens , ni cauſer des déſagrémens à
ceuxdont il étoit de notre intérêt& de notre devoir
de promouvoir le bonheur.
Paiſons actuellement au point de vue charitable
qui fait la baſede notre Inſtitution. Endé
poſantvos fonds entre les mains de la Légifla
ture de votre Etat, pour qu'elle veille à leur
juſte emploi , vous prouverez l'intégrité de vos
actions,& la rectitude de vos principes. Convaincue
en conféquence de l'innocence & de la géné
roſité de nos intentions , nous ne doutons pas
qu'elle ne protege un deſſein qu'elle ne fauroit
qu'approuver , & qu'elle ne nourriſſe &n'encou
rage les bonnes diſpoſitions où vous êtes d'adop
ter les moyens les plus efficaces & les plus sûrs
pour ſecourir les malheureux. Acet effet , il y
a lieu d'efpérer que l'on obtiendra des chartes en
conféquence des demandes qu'on en doit faire . II
paroît auſſi très-à propos que l'on ſe regle d'après
ces chartes pour l'admiſſion des membres ,puifqu'en
agiſſant ainſi , conformément aux ſentis
mens du Gouvernement , non-ſeulement nous
Juidonnerons une nouvelle preuve de notre con
fiance en lui , mais encorede notre diſpoſition à
oter tout motifde mécontentement concernant
notre ſociété.
Vous aurez ſans doute remarqué , MM. , que
ba
( 32 )
les ſeuls objets dont nous defirons de conferver
le ſouvenir , ſont d'une nature qui ne ſaurait déplaire
à nos concitoyens , ni faire tort à la poftérité
: nous avons en conféquence confervé les
deviſes qui reconnoiffent la maniere dont nous
devons rentrer dans l'état de citoyens , non comme
des marques d'une distinction orgueilleuſe ,
mais comme des gages de notre amitié , &
comme des emblêmes dont la préſence nous empêchera
denous éloigner du ſentier de la veriu.
Il eſt même à propos de rappeller ici que ces décorations
font eſtimées comme des gages précieux
d'amitié , & qu'ils font révérés par ceux de nos
Alliés qui les ont mérités de notre part , en
contribuant , par des ſervices perfonnels , à l'établiſſement
de notre indépendance ; que ces perfonnes
diftinguées & du premier rang , ſoit par
leur naiſſanceou leur réputation , ont eu l'agrément
de leur Souverain pour s'en décorer , &
qu'enfin ceMonarque illuftre regarde cette union
fraternelle comme un nouveau tien propre à ref.
ferrerde plus en plus l'harmonie& la récipro
fitéde bons offices qui regnent déja ſi heureuſe
ment entre les deux Nations.
Lafuite à l'ordinaire prochain.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 23 Juin.
Le Marquis de Maillé a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi & à la Reine par Monſeigneur
Comte d'Artois , en qualité de
Premier Gentilhomme de la Chambre de
ce Prince, en ſurvivance du Duc de Maillé
fonpere.
Le20, Leurs Majestés & la Famille
4
( 33 )
Royale ont figné le contrat de mariage du
Marquis deMaillé , Premier Gentilhomme
de la Chambre de Monseigneur Comte
d'Artois en ſurvivance , avec Demoiselle de
Fitz-James ; & celui du Comte Edouard de
Marguerie , Officier au régiment du Roi ,
Infanterie , avec Demoiselle de Drummond
de Melfort.
Le 27 du mois dernier le Vicomte de la
Bedoyere , qui avoit ci-devant eu l'honneur
d'être préſenté au Roi & à la Famille Royale
, a eu celui de monter dans les voitures de
S. M. & de chaſſer avec elle.
DE PARIS, le 15 Juillet.
!
Les témoignages rendus à la valeur &
la bonne conduite des divers corps , foit de
terre, foit de la marine , qui ont ſervi dans
l'Inde , ont été ſucceſſivement publiés. Ceux
qu'a mérités le Corps Royal ne ſont pas
moins honorables , ni moins authentiques.
Ils font conſignés dans une lettre de M. de
Buſſy à M. de Gribeauval , en date du 6
Janvier dernier; en voici une copie littérale.
M. du Rouil , Monfieur le Comte , qui paſſe
en France pour des affaires de Famille & le rétabliſſement
de ſa ſanté , me fournit une trop belle
occafion de rendre juſtice au Corps d'Artillerie
que vous avez bien voulu joindre à l'expédition
de l'Inde , pour ne pas en profiter . Je ne puis que
me louer de tous ces Meffieurs ; ils ſe ſont conduits
comme je l'attendois , comme vous deviez
P'attendre. M. de Senarmont fur-tout , qui les
bs
( 34 )
commandoit , mérite les graces du Roi. Je me
contenterai de vous nommer MM. de Guiſcard
du Rouil , le Noble , & M. de Fredy , à qui je
portai moi -même , ſur ſon lit de mort , la Croix
de S. Louis , pour le conſoler , autant qu'il étoit
en moi de ſes bleſſures ( 1 ) . Notre artillerie ,
avec cinquante deux bouches à feu ou obuſiers ,
aéteint en partie le feu de quatre- vingt-quatre
pieces que les Anglois avoient ; & environ deux
milledeux cents François & deux mille mauvais
Cipayes ont rompu trois fois les colonnes de l'armée
angloiſe , forte de quatre mille Européens ,
de douze mille bons Cipayes , & dix- huit cents
cavaliers. C'eſt avec la plus grande fatisfaction
qu'après avoir rendu compte aux deux Miniftres
de leur conduite , ſageſſe & bravoure , j'en fais
part à unChef qui rend ſi bienà ſon Corpstout le
luſtre qu'il en reçoit. Permettez-moi de recommander
à vos bontés M. du Rouil , & de vous
aſſurer du très-- fincere attachement avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur le Comte , votre
très-humble & très - obéiſſant ſerviteur.
Signé , Bussy.
La grande Montgolfiere, de 86 pieds de
hauteur , exécutée &conduite par M. Pilatre
de Rozier , a été lancée à Verſailles le 23
de Juin. Il n'y a qu'une voix ſur la beauté
de ce ſpectacle , ſur le bel effet du déploie-
(1) M. de Buffy ayant particulierement diftingué les fervices
de MM..de Fiard , de Mercey , Comite de Guifcard,
&Chevalier de S. Pardoux , au combat de Goudelour
n'a pas attendu l'époque de cette Lettre, pour leur rendre
justice. Brevets d'Officier Superieur, conçus dans
les termes les plus flatteurs&les plus honorables , Croix
de l'Ordre de S. Louis , ou données , ou demandées .
penſions follicitées , telles font les graces dont la concef-
Hon , ou la demande de ſa part avoient précédé cepe
Lenre..
( 35 )
|
mentfucceffifde la Machine, à meſure qu'ori
l'enfloit , ce qui s'opéra en 28 minutes , &
ſur la majeſté de ſon afcenfion. Les deux
Conducteurs , M. de Rozier & M. Proutz
Profeffeur de Chymie , s'éleverent à cinq
heures moinsun quart. Demie heure après ,
on les vit de Paris , à la hauteur de Montmartre
, & un quart d'heure enſuite, ſi du
moins les rapports ſont bien exacts , ils prirent
terre dans la forêt de Chantilly. Les
Voyageurs , à ce qu'on ajoute , font fortis de
la gallerie fans accident : le feu alors avoit
pris au Ballon , & confumé une partie de la
gallerie. N'ayant été témoins ni du départ ,
ni de la defcente , nous ne prenons pas fur
nous d'afirmer aucune de ces circonstances ;
&nous ferons auffi circonſpects pour tous
les faitsde ce genre , que nous n'aurons pu
conftater par nous-mêmes , ou par des témoignages
bien déſintéreſſés , qu'il n'eſt pas
très facile de ſe procurer.
En 40 minutes les Voyageurs auroient
fait 13 lieues. Ils eſtiment s'être élevés à
1900 roiſes; leur thermometre às degrés
au deſſous de la congélation , tandis qu'il
étoit à 14 ſur la terre. Il n'eſt pas étonnant ,
après cela , que par un temps pluvieux , ils
aient vu de la neige dans l'atmoſphere , ainfi
qu'on le rapporte
Ces expériences acroſtatiques ſe multiplient
par tout , fans attein fre encore la
haute deſtinée qu'on avoit préſagée à ces
b6
( 36 )
Ballons dans leur origine. A cette époque ,
où il ne reſte plus que la gloire de les perfec
tionner , &de faire d'une machine à ſpecta
cle une machine utile , on ne fauroit être
trop attentifà ces eſſais , trop circonfpect à
enannoncer le réſultat ,& fur tout trop vé
ridique dans le rapport de leurs fucces oude
leurs inconvéniens. Ce feroit compromettre
la ſcience , ceux qui la cultivent,& la sûreté
même des imitateurs de ces expériences , que
d'endiffimuler les imperfections , comme il
feroit injufte d'en taire la réuſſite. La plupart
des rapports de ce genre ont un caractere
d'enthouſiaſme très naturel, mais contre lequel
il eſt ſage de ſe tenir en garde.
Le procès-verbal de la derniere expérienc
de Dijon a juſtifié les doutes ſur l'efficacité des
moyens de direction employés par le célebre
voyageur de la Bourgogne. La premiere circonſtance
atteſtée par le procès verbal en que le
vent étoit très foible , nord- nord-oueſt ſelon l'eftime
des voyageurs , fud- fud-eſt , ſelon quelques
girouettesde Dijon . Par la carte itinéraire jointe à
ce procès - verbal , on voit qu'à leur départ , à
heures 7 minutes du matin , les voyageurs ont
décrit: une courbe ſud-est , eſt & nord- oueft ;
enfuite ils ont ſuivi cette derniere direction par
untems calme , & après avoir coupé le chemin de
Dijon à Langres , ils ont été portés à l'eſt , puis
fud'ouest , juſqu'au point de leur deſcente , à 9
heures & 46 minutes. Du village où les voyageurs
mirent pied à terre , & qui eſt à quatre
Lieués de Dijon, ils le firent conduire à la remorque
dans leglobe juſqu'à cettederniere ville ,
2où ils arriverent fins accident.
( 37 )
:
-Leursmoyens de direction étoient des rames&
ungouvernail. Ileſt difficile,(ansavoir été ſpectateur,
de bien ſaiſir , d'après le procès - verbal ,
le produit des manoeuvres , & l'action de cet
appareil ; il ſemble que des rames ne peuvent
avoir leur effet que dans un calme à-peu-près
parfait. Quant au gouvernail , celui d'un navire
aide très-foiblement ſa marche , encore faut-il
que l'on ait vent en poupe : hors de là ilnuit à
la vireſſe plutôt qu'il ne la favoriſe. En général,
les marins inſtruits ne peuvent ſe perfuader
de cette analogie entre les moyens de la navigation
& ceuxdes voyages aëriens. Si une pareille
puiſſance motrice peut étre employée avec ſuccès,
on doit tout attendre du zele , des recherches
& des lumieres de M. de Morveau ...
On a auſſi lancé à Nantes un Aëroſtat ,
appellé le Suffren , &dont le ſuccès n'a pas
répondu à un nom de ſi bon augure. Les
détailsde cette expérience ont été auſſi conftatés
par un Procès-verbal.
Notre Aeroſtat, diſent les Voyageurs , trop
chargé de leſt & précipité de l'eſtrade ſur lequel
on l'avoit enflé , frappa la terre avec violence , & ,
rafant la ſurface du jardin , parvint à un arbre
contre lequel il donna; nous jetâmes rapidement
notre left , & nous eûmes la fatisfaction de ſentir
lagondole ſe ſoulever : la conſternation qui avoit
accompagné notre chúte , fit bientôt place à la
joie la plus vive. Malheureuſement tous nos inftrumens
météorologiques , excepté notre hygrometre
, avoient été fracaffés par notre chúre ,
nous ne pouvions eſtimer au juſtenotre hauteur ;
mais nous avons lieu de croire qu'elle étoit au
moinsde 15 à 1800 toiſes. Arriv's à quelque
diſtance de Valette, nous ſentimes que notrema,
( 38 )
thinebaiſſoit avec une rapidité inconcevable;
nousjetâmes notre porte-voix &deuxbouteilles,
c'étoittout cequi nous reſtoitde leſt, nous remontames
un peu , mais laforce qui nouspouſſoit vers
laterre agiſſant toujours , nous famesviolemment
portés contre le ſol . Après différens bonds ſur le
terrein, nous fümes portés contre des chênes trèshauts
, que nous frappions avec une vio'ence
terrible. Vingt fois l'imagede la mort s'eſt préſenté
à nous ; heureuſement notre ſang froid ne
nous a point abandonnés ; notregondole fatiguée
par ces différens chocs , pluſieurs de nos cordons
coupés par les branches , l'amarre de notre petit
grappinrompue , loin de nous décourager , nous
ont fait raſſembler nos forces pour échapper au
danger. Enfin arrivés à Geſté , après de longs
circuits , au bout de 58 minutes à compter du
départ , nous avons ſauté à terre ; & malgré
nos efforts pour l'arrêter , l'Aéroftat , dégagé
de trois cents livres de leſt , s'eſt rapidement enlevé
dans les airs , & a échappé à nos regards en
moins d'une minute & demie. Notre courſe a été
de neuf lieues , en cinquante huit minutes.
Apropos de la citation de Léibnitz , qui
ſe trouve dans le Nº. 24de ce Journal , nous
avons reçu diverſes lettres , & une entr'autres,
où l'on nous ſuppoſe le deſſein d'enlever
àM. deMontgolfier la gloire de ſon invention.
C'eſt aſſurément ce que nous nous ferions
bien gardés de faire, & ce que nous n'avons
pas fait , au contraire , comme l'on peut s'en
affurer. On ajoute que Leibnitzn'a pas étonné
l'Univers par sa hardieſſe à imiter le Messager
des Dieux , plonant dans les airs; c'eſt encorecedontnous
convenonsdebonnegrace ;
( 39 )
le Philoſophe Allemand ne paroît pas s'erre
jamais piqué d'être un perſonnage mythologique.
Dans la même lettre on propoſe d'appliquer
les Ballons à l'uſage ſuivant.
On ſe plaint depuis long-temps , & il eſt d'expérienceque
l'air infecté des hôpitaux contribue
en grande partie à augmenter les maladies , &
empêche l'effet des remedes qu'on yadminiſtre.
Il ſeroitdone avantageux de pouvoir fubftituer à
cet air corrompu un air plus falubre : fi par le
moyen d'un ballon on peut y parvenir , cette
invention auroit une utilité réelle.
Voici mon idéeàce ſujet , ajoute l'Auteur , &
le plan que jem'en forme&que je propoſe. J'éta
blis d'abordun corps de pompes foulantes & afpirantes
qui ſe joignent au même point , pour afpirer
l'air ſupérieur , & le refouler alternativement
;à ce pointde jonction j'adapte un boyau de
ou 600 pieds de long , qui , par ſon autre extrémité
, tient à un ballon aſſez fort pour l'enlever
, ainſi que la corde qui retiendra ce même
ballon, &le long de laquelle eſt appliqué le
boyau , que j'ai ſoin de garnir de quatre pouces
enquatre poucesde petites boucles de léton ou de
corne , afin qu'il ſoit toujours ouvert. Le ballon
enlevé , les pompesattirent un air pur , & le font
entrerdans les fa les des hôpitaux , & purifient à
cemoyen celui quiy eſt.
L'Auteur ignore ſans doute, que dans la
plupart des Hôpitaux , on fait uſage de ventilateurs
qui rendent le même ſervice que la
machine. Quant à l'inſalubrité de ces hoſpices,
elle n'eſt que trop réelle, & ce qui ſeroit
plus profitable que des Ballons pour la
( 40 )
diminuer , ce ſeroit d'imiter ceux de ces éta
bliſſemens où l'on ne voit point une affluence
de mourans & de malades , entaſſés les
uns ſur les autres , vu leur nombre imparfaitement
foignés , &fe communiquant plus
de contagions différentes, que le renouvellement
de l'air ne peut en détruire.
On ſe rappelle l'épreuvefaite l'hiver dernier
au Café du Caveau, d'une eau Styptique , qui
arrêtoit fur le champ les plus violentes hémorragies
: certe découverte très célébrée , a
éte enfuite confirmée par d'impoſans certificats.
Pour conſtater les effets de cette liqueur
, on en a eſſaié l'uſage , Dimanche 20
Juin , chez M. Savalette de Langes , en
préſence de MM. Sue , Vicq d'Azyr , &
autres gens de l'art très expérimentés . Ils
couperent l'artere crurale d'un mouton , enſuite
celled'un veau ; malgré des flots de la liqueur
les deux animaux expirerent, après avoir
perdu tout leur fang. Nous donnons ce réſultat
, comme parfaitement authentique.
DE BRUXELLES , le 20 Juin .
La fédition qui a allarmé la ville de Leyde
eft affoupie , graces aux meſures viriles qu'on
amiſes en uſage ſur le champ. L'animoſité
fincere ou ſuggérée de la multitude pour le
Corps des Volontaires a été la ſource de ces
mouvemens , fur lesquels chaque parti varie
dans ſes récits , comme l'on a dû s'y attendre.
Quelques railleries imprudentes des
( 41 )
Volontaires au ſujet des manoeuvres militaires
d'une Compagnie Bourgeoiſe , commandée
par un Partiſan de la maiſon d'Orange
, paroiſſent avoir occaſionné cette
émeute. Des coups donnésàdes enfans parés
derubans Oranges, l'ont augmentée : l'on
fait des voeux pour que ces commotions, fi
dangereuſes dans les circonstances , ne fe
répetent ni àLeyde , ni ailleurs.
On peut ſe ſouvenir que la Gazette Françoiſede
cette même ville de Leyde étoit impliquée
dans les plaintes de l'Envoié de
Pruſſe contre la licence des Ecrits périodi
ques. La Régence a adreflé àce ſujet aux
Etatsde Hollande une miſſive& un Mémoire
, où elle refuſe ſans détour la ſatisfaction
demandée. Ce refus qu'elle juſtifie par l'examen
du prétendu délit , eſt ſuivi d'une déclaration
qui porte que , >> la Régence eſt
>>dans la ferme confiance qu'on n'exigera
>>>pas d'elle , ſans les raiſons les plus légiti-
>>mes , d'infliger la moindre punition à un
>>>Natif & Bourgeois de la ville de Leyde ,
>> à une perſonne dont le ſéjour n'eſt point
>> indifférent aux citoyens.
Immédiatement après, le Baron de Thulemier
eſt revenu à la charge auprès de Leurs
Hautes Puiſſances , &dans les termes les
plus forts , leur a témoigné ſa ſurpriſe de ce
que >>bien loin que les inſtances du Roi
>> aient produit le même effet , les Follicu-
>> laites accuſés , ſe ſont permis d'évoquer
( 42 )
>> à leur tribunal les démarches de S. M. ,&
>> de juſtifier leur cauſe par des argumens
>> aufli futiles qu'indécens. Après avoir in-
>>>ſiſte ſur une fatisfaction péremptoire , M.
>> de Thulemeyer finit par déclarer qu'un
>>> refus ultérieur mettroit S. M. dans la néceffité
de réclamer une fatisfaction propor .
>> tionnée aux infultes dont elle a lieu de se
>> plaindre » .
Des ecrits , preſque tous anonymes , qui ,
non-fealement tendent à altérer la tranquillité
publique deja mal affermie , mais compromettent
encore la République elle-même
avec des Puiſſances étrangeres, ne tarderont
pas ſans doute à réveiller ſérieuſement l'attention&
le patriotiſme de l'Adminiſtration.
Juſtement allarmés des mouvemens populaires
qui ont eu lieu en pluſieurs villes ,
&qui rappellent , comme nous l'avons dit ,
ceux de 1747, les Etats de Hollande viennentde
rendre la publication ſuivante : elle
avertit du mal; puiſſe-t- elleſervir de remede!
Les Etats deHollande & de West-Friſe , à tous
ceux qui entendront ou verront la préſente , falut:
ayant appris avec un regret extrême & une haute
indignation , que les extravagances exceſſives qui
ſe commettent dans pluſieurs endroits en cette
Province , tant par les diſcours tumultueux &
aſſemblées qui ſe tiennent , qu'en portant des
ma ques &fignes , font montées àun point qu'elles
ont non-feulement éclatté d'une maniere féditieuſe
dans quelques places : mais ſe montrent
aufſide telle nature que , s'il n'y eſt au plutôt
pourvu , les troubles pourroient facilement paf
( 43 )
S
Ierdeplace enplace, le tout tendant àla pertur
bationdu repos public &à interrompre la tranquillité
des bons habitans de cette Province,
C'eſt pourquoi , Nous , par une inclination paternelle
,&précaution fur tout ce qui peut tendre
aubien de ces pays & pour la fûretédes habitans
d'icelle,Nous avons trouvé bon& entendu d'exhorter
bien ſérieuſement par la préſente, un chacun
de ſeconduire comme des habitans paiſibles , avec
ordre exprès de ſe garder ſoigneusement de tous
diſcours tumultueux , mouvemens & attroupemens
, & de tout ce qui paroît ultérieurement
donner occaſion à l'interruption du repos &tranquillité
: défendant à cette fin particulierement de
porter aucune marque ou figne de diviſion ou de
fedition , & bien moins de forcer les autres à en
porter: le tout ſous peine aux contrevenans de
notre plus haute indignation,& d'être rigoureuſement
punis comme perturbateur du repos
pubic.
Ordonnant bien expreffément à notreProcureur-
Général & tous autres Officiers & Juges de
cette Province d'exécuter rigoureuſement la préſentedans
toute ſa forme &teneur, fans diffimulation
ou connivence , à peine de perdre leurs
charges.
Un bataillon du Régiment de Murray,
Infanterie, eſt entré en garniſon à Gand , le
13 de ce mois : ce corps fut ſuivi le lendemain
d'un ſecond Bataillon d'Infanterie ;
d'autres troupes encore ſont attendues , &
en particulier 700 Dragons , pour leſquels
on prépare des logemens fur les frontieres
de la Flandre Hollandaife.
Le Baron de Lynden , Envoyé extraordi(
44 )
naire à la Cour de Stockolm , a été nommé
par lesEtats Généraux , pour paſſer à Londres
en cette qualité.
Articles divers tirés des Papiers Anglois.
Il s'étoit répandu qu'un M. Bowes , marié à la
Comteſſe de Strathmore , avoit enlevé une fillede
ſafemme, du premier lit ,&riche de 70,000 1. ft.;
voici l'origine de ce bruit ſans fondement. Les
tuteurs des filles de la Comteſſe , lui refuſoient
depuis pluſieurs années la viſite de ſes enfans , à
moins qu'ils ne fuſſent accompagnés de leur gouvernante.
Cette conduite affligea Ladi Strathmore
au point d'altérer ſa ſanté , &, pour la rétablir ,
les Médecins lui conſeillerent le climat de la
France Méridionale. Les jeunes Ladis étant venues
prendre congé de leur mere avant ſon départ
, & ayant été allarmées de fon état , l'aînée
âgée de 14 ans, demanda d'accompagner la mere
dans fon voyage. L'offre agréée , la famille partit
pour laFrance, fans confulter les Tuteurs. Ceuxci
ont porté plainte de cette évafion par-devant
leTribunal du Chancelier , en demandant le retour
de la jeune Ladi. Ce Procès ſera inceſſam
ment jugé.
On fait circuler l'anecdote ſuivante très -apocryphe.
Un Négociant Irlandois eut derniérement
Phonneur de diner chez le Comte Temple avec
M. Pitt. Ce Seigneur , ſans doute pour honorer
l'Irlandois , tourna la converſation ſur le commerce
d'Irlande en général, & particulièrement
fur celui de Corke , où le Négociant étoit établi.
Entr'autres diſcours , le Comte demanda à M.
Pitt, fi l'on avoit décidé quelque choſe relarivement
au commerce de Portugal. « Oh ! Non ,
( 45 )
répondit cejeune Miniftre , &je penſe que cela
n'arrivera pas de fitôt; ces Irlandois ſont ſi im-
>>> patiens , & cela pour des bagatelles ſans fin ,
qu'il eſt impoſſiblede les ſatisfaire ».
Autre anecdote auſſi ſuſpecte, racontée ou inventéepar
les PapiersAnti-miniſtériels . Le Receveur-
Général de la taxe des Terres dans Buckingham-
Shire , a eu l'indifcrétion de voter pour
le LordVerney à la derniere élection . En conféquence,
il a perdu ſa place ſans qu'on lui ait
donné aucune autre raiſon de ſa révocation. Il a
eudans cet emploi non pas un , mais deux ſucceſſeurs
, [car la place a été partagée ] l'un &
l'autre amis du Lord Temple , & qui avoient voté
contre le Lord Verney. On dira peut-être que
tous les Miniſtres en auroient fait autant. Peutêtre
le Duc de Portland , par exemple , ne ſe ſeroit
pas permis un acte auſſi évident de corruption&
d'injustice , & en ſuppoſant par impoſſible
qu'il eût eu cette foibleſſe , il n'auroit pas du
moins affiché en même-tems les principes les plus
aufteres,& la conduite la plus pure.
Le Sénat de l'Etat de New-Yorka , dit-on , offert
en préſent à M. Paine , Auteur du fameux
Pamphlet , intitulé le Sens Commun , le choix de
deux Fermes , l'une ſituée à Long- Iſland ,& l'autre
àNew-Rochelle. Vraiſemblablement les autres
branches de la législature , concourront à
donner à M. Payne des témoignages de leur reconnoiſſance
que lui ont mérité les ſervices qu'il
a rendus aux Etats-Unis.
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS.
Instance entre l'Abbé de Raftignac , Abbé Commendataire
de l'Abbaye de S. Mesain de Micylès-
Orléans. Les Prieur & religieux de la
même Abbaye. Et le fieur leNoirdeMai- -
46 )
zières , payeur des rentes & les héritiers Du
chon. -Aliénation faite par un Bénéficier , de
•partie des droits attachés à Son Bénéfice , anmullée
après 170 ans , pour défaut des formalités
requiſes pour l'aliénation des biens d'Eglise , défaut
de cauſe dans l'aliénation , & encore à raiſon
de la nature de pluſieurs objets aliénés àun laïc ,
incapable de les pofféder.
Le temps le plus long ne peut couvrir le
défaut de formes dans la vente de biens d'Egliſe ;
elle eſt toujours mineure , & par conséquent ,
toujours recevable à faire reſcindre les actes dans
leſquels elle a été léſée. Cette cauſe en fournit
un exemple frappant. Le 2 Avril 1611 , Antoine
Roze , Evêque de Clermont , & Abbé de
S. Meſmin , vendit en cette derniere qualité à
Claude Fumet le droit de Châtellenie , droit de
Juſtice haute , moyenne & baſſe de l'Abbaye de
S. Meſmin , en la Paroifſe de S. Avit de Maizieres
, la dixme de tous les grains , vins , laines
, charnages , pois , chanvres de cette Paroiſſe
, le droit de patronage & de préſentation
à la Cure de Maizieres , les cenſives dépendantes
, tant du Baulin , que de la grange des Muida
que l'Abbé de S. Meſmin avoit à prendre audedans
de l'étendue de la Paroiſſe de Maizieres
fur les maiſons , terres , prés , bois , buiſſons ,
vignes , bruyeres , étangs, & généralement tous
droits de Juftice , Seigneurie , Chatellenie , cenfives
, dixmes , meſures , Patronage , & autres
droits ſeigneuriaux , fans toutefois comprendre
en ladite vente les droits de Juſtice , dixmes &
cenſives , appartenans à Jacques Duchon , Seigneur
de Maizieres ſur pluſieurs héritages& territoire
de ladite paroiſſe , ſe réſervant néanmoins
ledit ſieur Roze le droit de Juſtice , de dixmes
de cens ,de profits cenſuels , fur le lien &métai :
( 47 )
Ds
:
rie de Baulin, terres , prés , bois , diangs ex
provenant tant & fi longuement , qu'ils demeureroient
entre les mains des Abbés de S. Mefmin
; à la charge par ledit Fumet de payer ſur
la dixme à lui vendue , dix muids , une mine ,
un boiſſeaude bled-ſeigle , chacun an , au Curé
de Maizieres pour ſon gros; plus , de payer la
ſomme de 300o liv. pour être employées
aux réparations à faire à la maiſon abbatiale.
Le 22 Septembre de la même année 1611 ,
le fieur Duchon de Maizieres cédant , dit l'acte ,
aux prieres & inſtances du ſieur Roze , retira
&acheta du fieur Fumet les droits qui lui avoient
été cédés par l'acte du 2 Avril par le fieur Roze ,
aux mêmes clauſes & conditions : intervient
dans ledit acte , le ſieur Roze , pour promettre
&s'obliger envers le ſieur Marzieres , ſes héritiers
& ayant cauſe , de garantir & défendre de
tous troubles & empêchemens quelconques lefdits
droits & choſes contenues en la vente , &
pourplus grande sûreté , céda , quitta , tranfporta&
délaiſſa la ſomme de 1700 liv. à prendre
par le ſieur Maizieres ſur le plus clair & apparent
revenu de S. Meſmin en deux termes à
un an de diſtance. Le rapprochement de
ces deux actes , & ce qu'ils contiennent , montrent
clairement l'avantage conſidérable que
l'Abbé de S. Meſmin a voulu faire au fieur
Duchon , preſque ſans bourſe délier , de la part
de ce dernier qui acqueroit pour rien des droits
immenfes ; la léſion énorme , que l'abbaye ſouffroit
de ces actes , étoit palpable ; heureuſement
pour les ſucceſſeurs du ſieur Roze , ces actes
n'ont été revêtus d'aucune des formalités requiſes
pour leur validité , formalités qui ſeules auroient
pu leurdonner le ſceau de l'irrévocabilité : auſſi,
Jes différens ſucceſſeurs Abbés Commendataires
de l'Abbaye de S. Meſmin ſe ſont - ils portés
-
( 48 )
à faire reſcindre des actes auſſi préjudiciablef
aux intérêts de leur Bénéfice. - Les ſucceſfeurs
du ſieur Roze ſe ſont élevés contre des
engagemens , deſtructeurs de leurs droits ,& ce
que les premiers n'ont pu faire , ou à cauſe de
leur mort, ou pour autres raiſons , le dernier ,
l'Abbé de Raftignac a eu la fatisfaction de le
voir terminer à l'avantage de ſon Abbaye. -
Arrêt du II Mai 1784 qui , ſans s'arrêter , ni
avoir égard aux demandes non plus qu'aux fins
de non recevoir du ſieur de Maizieres , & des
héritiers Duchon , dont ils ſont déboutés , reçoit
les Prieur & Religieux de S. Meſmin tiers oppoſans
aux ſentences des Requêtes du Palaisdes
28 Juin & 31 Août 1624 , à l'Arrêt confirmatif
d'icelles du 29 Avril 1625. Faiſant droit
ſur ladite oppoſition , déclare les procédures ſur
leſquelles leidites Sentences & Arrêts ont été
rendus nuls & de nul effet , en ce qui touche
l'appel de la Sentence des Requêtes du Palais
de 1692 , ayant aucunement égard aux requêtes&
demandes de l'Abbé de S. Meſmin, ſans
s'arrêter à celle de ſes parties adverſes , non plus
qu'à leurs fins de non recevoir dont elles ſont
déboutées , a mis & met l'appellation , & ce
dont eſt appel au néant ; émendant décharge
l'Abbé de S. Meſmin des condamnations contre
lui prononcées par ladite Sentence ; au principaldéclare
nuls &de nul effet le contrat de vente,
& acte paſſés les 2 Avril & 22 Septembre
1611 , condamne le détempteur actuel des objets
dont eſt queſtion à s'en déſiſter au profit
de l'Abbé de S. Meſmin , condamne l'Abbé de
Raftignac ſuivant ſes offres à rembourſer les
3000 ,prix de l'aliénation de 1611 ; & condamne
le ſieurde Maizieres & les héritiers Duchon ,
entous les dépens envers lesAbbé , Prieur & Ro
ligieux de S. Meſmin.

1
!
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IO JUILLET 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE à M. le Duc DE NIVERNOIS,
pour lui demander une Place au Collége
Mazarin pour un enfant du Comtat.
DANS
Ala campagne,le 2 Mai 1784.
ANS la plus douce oifiveté
Mes jours couloient ſans ſoucis , ſans envie ,
Le tendre Amour & la gaîté
Semoient de fleurs le printemps de ma vie ;
LesMuſes , quelquefois à mon coeur enchanté,
Dictoient des vers ingénus &faciles :
Je chantois , loin du bruit des villes ,
Les charmes de l'égalité ;
Lorſqu'unbeau jour , ou mes regards tranquilles
Examinoient des cieux la brillante clarté ,
Je vis deſcendre en nos ſimples aſyles
Nº. 28 , 10 Juillet 1784.
۱
C
so MERCURE
Un jeune homme dont la beauté
Reſplendit des rayons de l'immortalité.
Il tenoit dans ſes mains le luth touchant d'Horace ;
Et pour former des accords pleins de grâce,
Il marioit ſa voix à ce doux inſtrument .
Une voluptueuſe ivreſſe
S'empare demon âme & captive mes ſens.
Je croyois , au bord du Permeſſe ,
Entendie d'Apollon les ſublimes accens :
Bergère , me dit- il , vous avez vû la roſe
S'épanouir au point du jour ;
Leshabitans de l'air , bourdonnans à l'entour ,
Attendent qu'elle ſoit écloſe.
Eaproie aux vains deſirs de ce volage eſſain ,
Elle renferme dans ſon ſein
Les tréſors parfumés dont l'abeille compoſe
Son nectar le plus précieux.
Horace eft cette fleur , Nivernois eſt l'abeille.
Puis reprenant ce luth harmonieux ,
Dont les accords divins enchantoient mon oreille ,
Il répéta ces vers ingénieux , *
Ces vers où l'amant de Lydie
Exprima de ſon coeur la tendre jaloufie :
Heureuſe feinte , ingénieux détour ,
OùNivernois peignit , du pinceau de l'Amour ,
Les dédains affectés , la molte réſiſtance ,
Les froideurs de l'indifférence
*Dialogue d'Horace & de Lydic.
DE FRANCE.
:
Etles délices du retour.
Aces mots le Dieu du génie ,
(Car c'étoit lui ) s'envole à mes regards ,
Porte au plus haut des airs la céleste harmonie ,
Et mejette , en partant , quelques feuillets épars ;
Je les ramaſſe , interdite , tremblante ;
Mais leplus douxdélire agita mon eſprit ,
Quand j'apperçus cette Ode intéreſſante
Qu'avec l'Amour Nivernois traduifit.
D'un jeune enfant épris des ſons de ma muſette ,
Et que l'on remit à mes ſoins ,
De cet événement les yeux furent témoins ;
Depuis ce jour il pleure , il s'inquiète;
Lesdanſes ſous l'ormeau ne l'intéreſſent plus ,
Il veut quitter ſon antique retraite ;
Et pour l'y retenir, mes voeux ſont ſuperflus.
Dans ces hameaux , que veut on que je faſſe ?
Auprès de vous, dit- il , je ne pourrai jamais
Apprendre à lire cet Horace
QueNivernois parade mille attraits.
Le plaifir de pouvoir comparer l'un à l'autre
Me ſera toujours interdit.
Ici,dit-on, le coeur jouit;
S'il n'eſt éclairé par l'eſprit ,
Le coeur n'est rien , & j'en appelle au vôtre.
N'ai-je pas entendu vanter,
Dans les lieux où j'ai pris naiſſance,
Cette ville , où les Arts unis à la Science ,
Cij
52 MERCURE
Du Souverain font éclater
La gloire & la munificence ?
Ce Mazarin , qui gouverna la France ,
Ce génie étonnant que l'on vit à la fois
Miniftre , Cardinal , Inſtituteur des Rois ,
De ces Rois..... des François la plus chère eſpérance;
Adaigué s'occuper dans ces jours de bonheur ,
Afonder un aſyle où la timide enfance
Pût trouver des ſecours pour l'eſprit & le coeur:
J'ikai m'y préſenter avec cette afſurance
Qu'un ſentiment ſecret vient me faire éprouver.
Vous riez dema confianc'e ,
Vous la blâmez ? - Eh ! puis-je l'approuver ?
Apprends , jeune ingénu , qu'en cet heureux aſyle
Il n'eſt point aiſé d'arriver.
Ce Nivernois , dont l'agréable ſtyle
Séduit nos coeurs & nos eſprits ,
Cet oracle du goût , ce favori des Grâces ,
De ce ſéjour marque les places ,
Et l'étranger y peut ſeul être admis ;
Mais l'eſpoir peut entrer dans ton âme attendric ,
Et conſoler un inſtant tes ennuis ;
Le Royaume des lys ne fut point ta patrie; *
Tu naquis fur ces bords , dans ces climats ſi beaux
Que le Rhône ſuperbe arroſe de ſes eaux ; **
* Les Bourſes du College Mazarin ne peuvent être
données à des Regnicoles.
** Le Comtat d'Avignon .
DE
53
FRANCE.
Pays chéri des Dieux , & que la France envie
Au Souverain Sacré de l'antique Aufonie ,
A cePontifeRoi , ſucceſſeur des Céſars ,
Qui , fièrement aſſis ſur les débris de Rome ,
.
Fait reſpecter ſes Loix juſques dans nos remparts.
O ciel , dit-il , mon coeur palpite!
A Nivernois j'irai m'offrir ,
Il calmera le trouble qui m'agite;
De ſes bienfaits je croisdéjà jouir.
C'eſt ainfi , qu'en nos champs, l'innocence s'exprime.
Mon pupille, fier de ces droits ,
Ofedire tout haut le defir qui l'anime ;
Et pour parler aux Dieux leur langage ſublime ,
Hemprunte ma foible voix.
Que n'ai-je un moment cette lyre
Qui tendrement réſonne ſous vos doigts ?
Que ne puis-je , au milieu du plus charmant délire ,
Pardes vers délicats & d'un tour ſéduisant ,
Charmer l'oreille du Poëre ?
Mais ne pourrois-je, aux fons de ma ſimple muiſette,
Intéreſſer le coeur de l'homme bienfaiſant ?
(Par Madame la Baronne de Bourdic, des
Académies de Nifmes & de Rome. )
*
Cij
54 MERCURE
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Vinaigre ; celui
de l'Enigme eſt Rouet; celui du Logogryphe
eft Logogryphe , où l'on trouve lyre , or,
rôle , pole , gorge , ogre , oie , orge , Orgie.
Мом
CHARADE.
ON premier très-fonvent fait périrmon ſecond;
Et mon tout quelquefois égare la raiſon.

ÉNI
LORSQUE
NIG ME.
ORSQUE je veux bien travailler,
Au lieu d'avancer je recule ;
Je ſuis même ſi ridicule ,
Qu'en avançant ce ſeroit reculer.
POUR
LOGOGRYPH Ε.
Our te mettre , Lecteur , l'eſprit à la torture ,
Je ne veux point me définir ,
Ni t'enſeigner à quoi je puis ſervir ;
Tu ſauras que ſept pieds compoſent ma ſtructure.
DE FRANCE. SS
Onditque l'on me tourne en changeant de parti.
Lequatrième pied ravi ,
Je ne ſers plus qu'au Militaire ;
Untermed'Imprimeur eſt dans un , deux , trois , ſept; "
Un, deux, fix, ſept , l'endroit où Bacchus doit ſe plaire ;
Deux & trois , fort bon au piquet ;
Trois , deux , un , la toile fameuſe
Ou de coups de bâton un barbon fut meurtri;
Un& fix , c'eſt toujours une action honteuſe
Dele montrer àl'ennemi.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Henriade de Voltaire ,nouvelle Édition ,
la plus correcte qui ait encore paru , avec
des Remarques, par M. Paliffor, A Lon
dres ,& ſe trouve à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur- Libr. de laReine , de Madamo
&deMadame la Comteſſe d'Artois , hôtel
de Cluni , rue des Mathurins.
LES Écrivains de tous les genres ont prefque
tous , à la même époque , un air de
reſſemblance. Diſciples des mêmes circonftances
, ils ont les mêmes idées; ils ont ce
que l'on appelle l'eſprit de leur fiècle. Mais
Civ
$6 MERCURE
il s'élève de temps en temps des hommes
Fares& uniques qui ne font qu'eux: ils n'ont
point l'eſprit de leur fiècle; mais leur ſiècle
aleur efprir. Tel parut Corneille à l'époque
duCid. Tel fut Voltaire à la fin du ſiècle de
Louis- le Grand. Élevé chez les Jéſuites . ...
il parut né avec le génie d'un Poëte & la
saifon d'un Philoſophe. Ce qui enchante &
éronne à la fois dans ſes premiers Écrits ,
e'eſt ce caractère de philoſophie , cet amour
de l'humanité qu'ils reſpirent & qu'ils infpirent
. Si la poéfie eſt l'art d'embellir la vérité
par les couleurs de l'imagination , quel
Poëte fut jamais plus grand que Voltaire !
C'eſt ce mérite fingulier que M. Paliffot s'atsache
ſur- tout à faire remarquer dans le
Difcours Préliminaire de cette nouvelle
Édition ; il la publie comme un préſervatif
contre les critiques éternelles qu'on oppoſe
à ce monument national.
LaNation , dit- il, manquoit d'un Poëme
» érique , & c'eſt un jeune homme qui a la
>> gloire d'ouvrir le premier cette carrière....
Cet ellai fut regardé comme un prodige ;
&certe faveur publique , motivée ſur un
événement ſans exemple , n'étoit réelle-
» ment qu'un acte de justice.
ود
"
ود
ود
» Ce qui dut redoubler l'admiration , ce
fut l'époque même où la Henriade parut.
La majesté du ſiècle de Louis XIV s'éroit
> éclipſee dans les dernières années du règne
DE FRANCE. 57
ود
2
"
de cePrince. Des guerres de plume & de..
> controverſe, auxquelles il avoit eu le malheur
de donner trop d'importance , ramenèrent
enfin l'eſprit de perſécution &
de fanatiſme. Delà ces étranges Miffion-
>>naires appuyés par des dragons, les troubles
des Cévennes , & ces diſputes non
> moins animées , quoique moins ſanglan-
> tes , occaſionnées par de nouvelles opi-
ود
" nions ſur la grâce , c'est- à- dire , fur un
>> myſtère inexplicable de l'aveu des deux
>>partis. Ces plaiesde la France ſaignoient
>>encore , lorſque l'Europe vit avec étonne-
> ment unjeune Poëte qui apprenoit à dé-
30
teſter ces fureurs..... Avec quelles acclamations
ne dût-on pas entendre cette voix
» qui s'elevoit pour le bonheur de l'huma-
- nité , & qui diſoit aux Princes :
Eh! périſte àjamais l'affreuſe politique
Qui prétend ſur les coeurs un pouvoir deſpotique ,
Qui veut le fer en main convertir les mortels ,
Qui da ſanghérétique arroſe les autels;
Et fuivant un fanx zèle ou l'intérêt pour guides
Ne fert un Dieu de paix que par des homicides! te
>>Il faut ſe tranſporter au temps où ces
>> vérités furent dites pour la première fois,
» en vers harmonieux ; il faut ſe pénétrer
> des calamités qui avoient précédé cette
> époque de gloire , pour ſentir toute l'admiration
qu'un pareil eſſai devoit inſpi-
Cv
58 MERCURE
» rer. Où ce jeune homme , diſoit on , peut-
>>il avoir pris de vûes ſi profondes ? »
En effet , c'eſt un phénomène à jamais
inexplicable , qu'un Écrivain encore dans
l'adoleſcence foit en France le premier
Auteur d'un Poëme épique , genre que M.
de Montesquieu a voulu ridicuhfer dans les
Lettres Perfannes , mais qui n'en n'eſt pas
moins fait pour honorer non- feulement
le Poëte , mais une Nation entière. Le nouvel
Éditeur cherche les raiſons de cette maturité
précoce, & , pour ainſi dire , ſurnaturelle.
Il obſerve que l'Auteur de la Henriade
la devoit précisément à une perfécution.
On fait qu'il avoit été renfermé à la
Baſtille , & que cette priſon fut le berceau
de la Henriade. « C'eſt là , fans doute
>> ajoute M. Palſſot , qu'il puiſa cette haine
ود
23
,
de la tyrannie& de l'oppreffion , qui devint
en quelque forte l'âme de ſes Ouvra-
>> ges. Son génie, qui pouvoit ſe décourager,
ferabla ſe fortifier au contraire par cette
>> diſgrâce ; & c'eſt l'effet que produit tou-
>> jours la perfecution ſur les grands caractères."
ود
ود
Cette circonstance de la vie de Voltaire
dût ſans doute influer ſur ſa façon de penſer ,
& fortifier la trempe de ſon génie; mais elle
ne lui inſpira pas cet efpuit de tolérance
que reſpire la Henriade d'un bout à l'autre.
Voltaire étoit né pour faire une révolution
dans les mours comme dans les Lettres. S'il
DE FRANCE. رو
avoit vécu dans des ſiècles de barbarie &
d'ignorance , il auroit civiliſe les peuples les
plus grofliers ; comme il a rendu le plus inftruit&
le plus éclairé, le peuple le plus doux
&leplus policé de l'Europe. Je ne prétends
pas néanmoins contredire l'opinion de M.
Paliffot. La raiſon qu'il allègue eſt très plaufible.
J. Jacques attribue à une circonstance
àpeu-près pareille cet eſprit d'indépendance
qu'il a depuis développé dans tous ſes Livres.
La voiei. Las , &inourant de forf & de faim ,
il entra un jour dans la maiſon d'un Payſan.
Celui- ci ne lui ſervit d'abord que du lait
écrêmé& du gros pain d'orge. Mais ayant vû
qu'il avoit affaire à un bon jeune homme
qui n'étoit pas là pour le vendre , il ouvrit
une trappe à cô é de ſa cuiſine , defcendit , &
revint un moment après avec un bon pain bis
de pur froment , des oeufs , du jambon &
une bouteille de vin. " Il me fit entendre ,
ajoute le Philoſophe de Genève , avec cette
énergie qui lui eſt propre , qu'il cachoit ſon
vin à cauſe des Aides , qu'il cachoit fon pain
à cauſe de la Taille , & qu'il feroit un homme
perdu fi l'on pouvoit ſe douter qu'il ne
mourût pas de faim. Tout ce qu'il me dit à
ce ſujet, & dont je n'avois pas la moindre
idée , me fit une impreffion qui ne s'effacera
jamais. Ce fut là le germe de cette haine
inextinguible qui ſe développa dans mon
coeur contre les vexations qu'éprouve le
malheureux peuple , & contre ſes oppref
Cvj
60 MERCURE
feurs. Cet homme , quoiqu'aifé , n'oſoit
manger le pain qu'il gagnoit à la ſueur de fon
front , & ne pouvoit éviter ſa ruine qu'en
montrant la même misère qui régnoit autour
de lui . Je fortis auffi indigné qu'attendri ,
&déplorant le ſort de ces belles contrées ,
à qui la Nature n'a prodigué ſes dons que
pour en faire la proie des barbares publicains.
>>
J'ai cru que le rapprochement des deux
circonftances qui avoient paru influer beaucoup
fur l'eſprit des deux Écrivains qui
avoient eu eux mêmes le plus d'influence for
celui de leur ſiècle, ne ſeroit point ici un
hors d'oeuvre , & pourroit paroître d'autant
plus piquant , qu'on ne ſe laffe pas plus de
reire la proſe de l'Auteur d'Emile , que les
vers de la Henriade. On a reproché au Poëte
d'y avoir ſemé le merveilleux d'une main
trop avare ; il falloit l'en louer : il a bien
connu le goût de ſa Nation. Les endroits purement
hiftoriques font les plus beaux du
Poëme. Voyez la deſcription du maſſacre
des Proteftans , l'aſſaſſinat de Valois , & la
famine de Paris. Si on peut lui faire quelque
reproche fondé , c'eſt de n'avoir pas
affez rempli l'idée que l'Histoire même nous
donnede ſes perſonnages ,&de n'avoir peint
fonHeros que de profil . Le Brun diſoit qu'à
la lecture dHomère , ſes idées s'agrandiffoient
, & qu'alors les hommes lui ſembloient
avoir vingt piés. La Henriade , il
DE FRANCE. 61
!
!
faut l'avouer , ne produit pas les mêmes ſenſations;
mais ony trouve des beautés d'un
autre genre , abfolument inconnues aux anciens.
Enfin c'eſt le Poëme le plus inſtructif
&le plus foutenu qui exiſte ſans aucune ex
ceprion.
CetteEditionoffrequelques variantes nonvelles;
elles ſont de 1755 , année où M. Paliffot
fit à Genève , avec M. Patu , un ſéjour
d'environ trois ſemaines. Il ſuppoſe que
M. de Voltaire négligea d'écrire ces corrections
, faites d'après les obſervations qu'il
avoit pris la liberté de lui ſoumettre. Pour
moi , s'il m'eſt permis de m'en rapporter à
mon goût , je ne doute point que , toutes
réflexions faites , Voltaire n'ait préféré la
leçon qui ſubſiſte dans toutes ſes Editions.
Jugeons en par ce qui ſuit
Beſme , qui dans la Cour attendoit ſa victime ,
Monte, accourt, indigné qu'on diffère ſon crime.
" Ces deux vers , dit M. Paliffor , nous
avoient toujours paru d'une extrême foibleffe.
Befme , perſonnage inconnu , qui ne
reparoît plus dans tout le Poëme , étoit bien
annoncé dans les notes comme un Domeftique
de la Maiſon de Guiſe ; mais rien ne
le caractériſoit dans ces vers. ( Qu'importe ?
en étoit il beſoin ?) La circonstance de le
faire attendre dans la cour, nous ſembloit à
la fois inutile & peu convenable dans un
récit épique. ( Pourquoi inutile? elle est vraie
i
62 MERCURE
& frappante. ) La conſonnance de cour &
d'accourt nous bleſſoit l'oreille. ( J'avois lú
plufieurs fois ces vers , je les ſavois par coeur ;
jenem'étoispas même apperçu de la confonnance.
Elle n'est donc passi choquante.) Enfin
les deux verbes monte , accourt , au lieu de
donner de la rapidité à l'action , nous paroiſſent
la ralentir , parce qu'ils ne préſentent
point une gradation affez ſenſible. ( La
gradation est très marquée ; il monte , & court
enfuite vers Coligny pour le poignarder. Rien
de plus exact. ) Nous primes la liberté de
faire toutes ces remarques à M. de Voltaire ,
qui , après s'en être occupé un moment ,
nous propoſa deux ou trois corrections.
Celle que nous avons ſuivie nous parut la
plus heureuſe. La voici :
Mais des fureurs de Guiſe inſtrument mercenaire,
Befine veut par le crime acheter ſon ſalaire.
La première leçon offre une image pleine de
vie & d'action. C'eſt un tableau animé ,&
que le pinceau peut tranſporter ſur la toile.
La correction efface tout cela , & ne met
rien à la place.
Voici un autre exemple d'une correction
plus heureuſe , dans la deſcription de l'Enfer.
La paix n'habite point ces funéſtes climats;
L'eſpérance eft par-tout , & ne s'y trouve pas.
Ala place de ces deux vers , qui ne ſe trotDE
FRANCE.
63
vent dans aucune des Éditions de la Henriade
, on a toujours lû :
La mort , l'affreuſe mort,& la confufion
Y ſemblent établir leur domination.
Si la mort n'eſt que la deſtruction de tout
ce qui eſt animé , dit M. Paliſſot , comment
peur- elle etablir ſon empire dans des lieux
où Dieu n'a point répandu le germe de la
vie ? Cette objection n'eſt que ſpécieuſe. Si
lamort habite quelque part , affurement c'eſt
dans le ſéjour des morts. J'aimerois donc
mieux lire à la place du premier vers qui eſt
très- foible:
La mort, l'affreuſe morthabite ces climats.
Le ſecond eſt ſubliune. Il rappelle l'infcription
que le Dante ſuppoſe for la porte de
l'enfer. Vous qui entrez ici , déposez l'ef-
> perance. "
L'Éditeur s'eſt encore permis quelquefois ,
mais avec difcrétion , de rétablir une ancienne
leçon, qui lui a paru préférable à une
variante que l'Auteur y avoit fubftituée ,
dans un âge où , par prudence peut- être , il
auroit dû , felon lui , s'abstenir de retoucher
les Ouvrages de la jeuneſſe. Ces petits changemens
ſont à peine ſenſibles. Par exemple ,
dans beaucoup d'Éditions on trouve :
Viens , des cicux enflammés abaiſſe la hauteur.
" Nous liſons ébranlés au lieu d'enflammés,
64 MERCURE
qui ſe trouve deux vers plus bas , remarque
M. Paliffot. »
Viens , deſcends, arme- toi , que ta foudre enflammée
Frappe, écrâſe à nos yeux leur ſacrilège armée !
Cette répétition étoit une tache légère. Mais
l'Auteur l'avoit fait diſparoître depuis par
une correction très heureuſe, & que l'Éditeur
auroit dû ſe rappeler.
Viens, des cieux irrités abaiſſe la hauteur.
Ébranlés manqueabſolument de juſteſſe dans
cette rencontre .
Voici un endroit où je ne balancerois
pas , ainſi que M. Paliffor , à rétablir les vers
de l'Édition de 1723 , comune préférables à
ceux des Éditions poſtérieures.
Ovous qui gouvernez les jours de ſon enfance ,
Vous , Villeroi , Fleurl , cultivez ſous vos yeux
Du plus pur de mon ſang le dépôt précieux.
Conduiſez par la main ſon enfance docile.
Le ſentier des vertus à cet åge eſt facile :
Age heureux , où ſon coeur exempt de patlion ,
N'a point du vice encor reçu l'impreſſion ;
Où d'une Cour trompeuſe , ardente à nous féduire ,
Le ſouffle empoisonné ne peut encor lai nuire ;
Age heureux , où lui-même ignoraut fon pouvoir ,
Vit tranquille & foumis aux règles du devoir.
Ces vers ſent pleins de ſentiment , de grâces
&de cet intérêt touchant qu'un jeune Prince
DE FRANCE. 65
inſpire à ſes Sujers. On les jugera mieux en
les comparant àceux que l'Auteur a ſubſtitués
depuis.
Otoi , prudent Fleuri ,veille fer fon enfance ;
Conduis ſes premiers pas; culive ſous tes yeux
Duplus pur de mon fang le dépôt précieux.
Tout Souverain qu'il eſt , inſtruis -leà ſe connoître.
Qu'il ſache qu'ileft homme, en voyant qu'il eft maître.
Qu'aiméde ſes Sujets ils ſoient chers à ſes yeux.
Apprends-luiqu'il n'eſt Roi , qu'iln'estnéque pour eux.
Sans parler de ces négligences fi rapprochées
les unes des autres , on voit que l'Auteur
a cherché à ſe montrer plus Philofophe
que Poëte: il accumule les pentées , mais il
les préſente avec une forte de ſéchereffe &
une fimplicité trop philofophique. Ce défaut,
fi commun aujourd'hui, ne ſe rencontre
preſque jamais chez M. de Voltaire. L'imagination
la plus brillante embellit toutes ſes
penſées du coloris le plus poétique. Il en
falloit une bien féconde & bien réglée pour
fournir fans ceſſe des chofes nouvelles à
cette condition , & conferver à l'eſprit ſon
caractère créateur. C'eſt ce que M. de Vol
taire a toujours fu concilier.
1
Au furplus , une Édition de la Henriade
commentée par un Homme de Lettres d'un
goût aufli sûr& auffi difficile que M. Paliffor,
ne peut qu'être recherchée par les Amateurs.
Elle est entichie d'une très belle gravure ,
66 MERCURE
de Voltaire peint par l'Argillière à l'âge de
26 ans. Cette gravure a été faite d'après le
deilin de M. Pujos. L'exécution Typographique
est magnifique. Cette Edition eſt
faite avec les caractères de Fournier l'ainé ,
& le papier eft de la fabrique de M. Réveillon.
Elle nous: paru très foignée. Elle doit
faire honneur aux preffes de M. Moutard ,
& figurer avec es belles Editions qui ont
paru depuis peu.
Le prix du papier ordinaire eſt de 6 liv. Il
en a été tiré fix exemplaires ſur papier velin
à 12 liv.
ESSAI d'une Théorie fur laſtructure des
Cryſtaux , appliquée à plusieurs genres de
Substances crystallisées , par M. l'Abbé
Hawy, de l'Academie Royale des Sciences ,
Profeffeur d'Humanités dans l'Univerſité
de Paris. I vol. in 6. avec huit planches
de figures. Prix , 3 liv. broché. A Paris ,
chez Gogué & Née de la Rochelle , Libraires
, Quai des Auguſtins,
La cryſtalliſation eſt , comme l'on fait ,
une opération de la Nature , par laquelle
les molécules des corps , ſuſpendues dans un
Auide , & jouiſſant de certaines conditions
néceſſaires , telles que le temps , l'eſpace &
le repos , ſe réuniſſent en vertu de leurs forces
d'affiniré , & forment par leur aſſemblage
des polyèdres réguliers , auxquels on a donné
DE FRANCE. 67
le nom de cryftaux. Ces polyèdres commen
cent par un cryſtal élémentaire imperceptible
, qui enſuite s'accroît par des additions
de couches fucceflives&concentriques. Une
même ſubſtance peut prendre un grandnombre
de formes diverſes, fuivant que ſes molécules
font dérerminées par les circonstances
à s'arranger entre elles de telle ou telle manière.
Mais d'après l'ingénieuſe théorie de
M. l'Abbé Haiy , chacun des cryſtaux qu'il
appelle fecondaires , doit être confidéré
comme un polyèdre , dans lequel feroit infcrit
un autre polyèdre de forme primitive ,
& qui eft le même pour tous les eryſtaux
d'un ſeul genre , quelle que foit la forme
de ceux ci. La figure du cryſtal primitif eft
facile à reconnoître dans un grand nombre
de cryſtaux affez tendres pour être diviſés ,
par le moyen d'un inſtrument. M. l'Abbé
Haüy a obſervé qu'en enlevant par des coupes
ſucceſſives , dans chacun de ces cryftaux
, une partie des lames qui les compoſent
, on parvenoit à iſoler le cryſtal primitif
infcrit dans le cryſtal ſecondaire ; la netteté
de ces coupes , qui offrent toutes le poli de
la Nature , ne laiſſe aucune équivoque ſur
le réſultat de l'opération. Al'égard des cryftaux
trop durs pour être diviſés nettement ,
les ſtries ou cannelures qu'on apperçoit fur
leur ſurface , indiquent les joints & la pofition
des lames , & conduiſent à déterminer
par analogie la forme du cryſtal primitif.
68 MERCURE
:
,
Ce cryſtal, diviſé pararallèlement à ſes faces ,
donne la figure des molécules. La matière.
circonfcrite autour de la forme primitive ,
n'eſt autre choſe qu'un aſſemblage de lames
compofées de ces mêmes molécules , & qui
décroiffent graduellement , tantôt par leur
bords & tantôt par leurs angles. A chaque
décroiffement il y a une ou deux , ou pluſieurs
rangées de molécules ſupprimées
mais les décroiffemens par une ou deux rangées
font les plus ordinaires. Tous ces décroiffemens
ne pouvant ſe faire que par des
fuites de lames poſées en retraite les unes
fur les autres , laiſſeat néceffairement ſur la
furface du cryſtal une multitude de ſtries ,
fi les lames décroiffent par leurs bords , ou
de petites afperivés , fi les décroiſſemens ſe
font par les angles ; ces inégalités font nulles
pour nos fens , à cauſe de l'extrême petiteffe
des molécules, excepté dans le cas d'une
cryftalliſation moins parfaite , où elles s'obfervent
à l'aide d'une loupe , ſouvent même
à la vue fimple.
Les loix de décroiſſemens dont nous venons
de parler , combinées avec les coupes
que l'on peut faire dans les cryſtaux, ou avec
les inlices de ſtructure qui annoncent la
poſition des lames, fourniſſent à M. l'Abbé
Hauy des movens de calculer les angles des
cryſtaux. Ces évaluations font autant de problêmes
de Géométrie , qui exigent des marches
différentes , ſelon les diverſes données
DE FRANCE. 69
que des obſervations exactes & réfléchies
ont ſuggérées à l'Auteur. Par exemple , il a
remarqué , par les mesures priſes à l'aide
d'un inſtrument , que le grand angle des faces
du ſpath calcaire * à deux pyramides
exaïdres , étoit ſenſiblement égal à celui
du thombe du ſpath d'Iſlande , qui eſt ici la
forme primitive. Delà il conclut d'abord ,
avec beaucoup de vraiſemblance, que ces
deux angles ſont rigoureuſement égaux ,
d'après un principe reçu en Phyſique ;ſavoir,
que quand deux quantités naturelles paroiffent
avoir atteint une certaine limite , enforte
que l'obférvation ne donne à cet égard
aucune différence appréciable , on peut regarder
ces quantités comme parvenues réellement
à la limite. En admettant l'égalité des
angles dont il s'agit , & une loi de décroifſement
par deux rangées de molécules ſur
les bords des lames qui enveloppent le noyau
du cryſtal ſecondaire à douze triangles ſcalènes
, M. l'Abbé Haüy démontre que le
grand angle du ſpath d'Iſlande , & celui des
faces du cryſtal ſecondaire , eſtde 101°, 32' ,
13", ce qui eſt d'accord avec l'obſervation .
Telle est la ſubſtance de l'ouvrage que
nous annonçons ici. C'eſt une théorie dont
les fondemens ſont pris dans la nature ellemême,
& qui fe trouve confirmée dans tous
ſes points par l'accord des calculs avec les
*C'eſt celui qu'on appelle vulgairement dent de
cochon.
70 MERCURE
faits. Nous ne nous arrêterons point ſur les
applications heureuſes que M. l'Abbé Haüy
en a faites à un affez grand nombre de cryftaux
de différens genres. Il faut lire ces détails
dans l'Ouvrage même. Nous ajouterons
ſeulement un mot fur l'article qui le termine.
M. l'Abbé Haüy y propoſe des vûes
neuves ſur l'accroiſſement des cryſtaux , &
en ſuppoſant qu'un cryſtal donné ait commencé
par le plus petit noyau poſſible, il
fuit ce cryſtal dans les différens inſtans de ſa
formation , détermine le nombre des molécules
dont eſt compoſée chacune des couches
ſur- ajoutées au noyau , fait voir que ces
couches font entre-elles comme les termes
d'une ſuite récurrente , & donne une formule
générale pour exprimer algébriquement
la valeur de l'un , quelconque , des termes
de la ſérie. L'Auteur paffe enſuire à la
ſolution d'un problême général , dans lequel ,
en ne ſuppoſant que les décroiſſemens par
une& par deux rangées de molécules , il recherche
de combien de formes différentes
eſt ſuſceptible la matière calcaire. Il trouve
1019 formes poſſibles. Il s'en faut bien que
toutes ces formes ayent été obſervées ; mais
il eſt à préſumer du moins que l'on en découvrira
encore beaucoup par la ſuite. La Nature
eſt comme une mine inépuiſable , dans
laquelle il reftera toujours à exploiter.
2
DE FRANCE.
71
Ies
NES
105
&
il
le
es
es
e-
J
2
,
5
CORRESPONDANCE Rurale , contenent
des Obfervations critiques , intéreſſantes&
utilesjur laculture des terres &desjardins ,
les travaux , occupations , économies &
amuſemens de la campagne , & tout ce qui
peut être relatifà ces objets , par M. de la
Bretonnerie. 3 vol. in- 12 . A Paris , chez
les Marchands de Nouveautés.
La réputation de l'Auteur , dans le genre
dont il s'agit ici, eſt faite depuis longtemps ...
&méritée ; & les Ouvrages qu'il donne ſur
cette matière , peuvent être de la plus grande
utilité auxAgriculteurs. Il a pris la forme épiſtolaire,
qui lui donne la facultéde repoſer l'attention
de ſes Lecteurs , & de revenir même
ſur ſes pas , quand il en a beſoin. Quelquefois
l'Auteur manque de précision dans ſa
marche , & quelquefois on defireroit de plus
grands développemens fur pluſieurs objets ;
mais on reconnoît par tout un homme trèsinſtruit
de la matière qu'il traite , & dont le
raiſonnement eſt appuyé ſur l'expérience.
Loin de chercher à accréditer de vieux préjugés
, M. de la Bretonnerie ſoumet tout à
une ſage critique. Cette précaution eſt d'autant
plus effentielle en agriculture , que les
travaux de la campagne ſont confiés à des
hommes religieuſement ſoumis à une aveugle
routine ; pour qui innover & détruire
font toujours ſynonymes ; & qui repouſſent
toutes les découvertes nouvelles , comme ils
72 MERCURE
voudroient écarter du terrein qu'ils culti
vent , la grêle& tous les fléaux qui peuvent
le dévaſter.
M. de la Bretonnerie met donc ſes Lecteurs
au courant des nouvelles créations utiles
, & de la réforme des vieux préjugés dangereux
ou ridicules ; ce qui lui fournit quelquefois
l'occafion de préſenter des détails
qui corrigent l'atidité des préceptes , & coupent
l'uniformité didactique. C'eſt ainſi qu'il
parle de l'uſage où l'on étoit autrefois dans
preſque toure l'Europe , de donner aux paliſſades
les formes les plus extravagantes . On
leur faiſoit repréſenter des pyramides , des
obéliſques ; on les tailloit même en figures
d'hommes & d'animaux. C'eſt pour fronder
cer uſage abfurde , qu'un Auteur Anglois
imprima qu'il connoiffoit un Jardinier qui
avoit porté cet Art là à ſa perfection. Voici
la lifte qu'il donne des ouvrages que ce Jar-
* dinier avoit à vendre.
« Adam & Eve , en if. Adam un peu gâré
par la chûte de l'arbre de ſcience , dans une
grande tempête: Eve & le ſerpent en trèsbonétat.
La tour de Babel , pas encore finie.
Un S. Georges en buis , ſon bras à peine
affez long , mais qui ſera en état de percer
⚫le dragon le mois d'Avril prochain .
Un dragon de même , avec une queue de
lierte , rampant pour le préſent. Nota. Ces
deux
DE FRANCE.
73
deux pièces ne peuvent ſe vendre ſéparément.
Une ſuite de buftes des Ducs de Normandie
, qui ont été Rois d'Angleterre , en buis ,
d'après des originaux qui le voient en France ,
dans les jardins de l'Abbaye de S. Étienne
de Caën. Celui de Guillaume leConquérant
eſt d'une grande beauté.
Un Ours de laurier thin en fleurs , aves
un Chaffeur de genièvre , maintenant en
fruit.
Un couple de Géans abâtardis , à bon
marché.
Une Reine Éliſabeth en filaria , penchant
tant foit peu aux pâles couleurs, mais dans
fon entier accroiſſement.
Une autre Reine Elifabeth , qui étoit trèsavancée
, mais qui a fouffert quelque dommage
pour avoir été trop près d'un arbriffeau.
Un Bon- Jonſon , * d'une grande beauté
en laurier. Divers illuſtres Poëtes modernes
en laurier femelle , un peu gâtés , mais qu'on
aura pour un fol la pièce.
Un Cochon à racines vives, changé en
porc épi , pour avoir été oublié une ſemaine
dans un temps de féchereſſe.
Un Cochon en lavande , avec la ſauge qui
croîtdans ſon ventre .
L'Arche de Noé , en houx , arrêtée ſur la
* Poëte Anglois , contemporain & rival de
Shakeſpéar.
N°. 28 , 10 Juillet 1784 D
74 MERCURE
montagne ; les côtés ont fouffert quelque
dommage pour avoir manqué d'eau , &c.
PHYSIQUE du Monde , dédiée au Roi ,
par M. le Baron de Marivetz & par M.
Gouffier.
Ce grand Ouvrage eſt bien fait pour mériter
l'attention du Monde ſavant , par la hardieſſe & la
nouveauté de ſon ſyſteme , & l'eſtime des Littérateurs
par la manière dont il eſt rédigé. Quant aux
opinions qui en font la baſe, c'eſt au temps & au
jugement des Savans réunis d'en infirmer ou d'en
conſacrer la preuve. Au lieu de donner ici une
Analyſe froide ou une déciſion téméraire ſur le
quatrième Volume qui vient de paroître nous
allons extraire une partie du Profpectus que les
Auteurs viennent de publier en même- temps .
,
« Nous nous ſommes propoſé , dans cet Ouvrage,
de remonter au premier principe de toutes
les actions de la Nature , de faire connoître la puiffance
du premier agent phyſique de notre Monde ,
de conſidérer comment ſa force ſe diftribue , le mo
difie , foiten raiſon des diſtances , foit en raison des
réſiſtances; de rapporter enfin tous les phénomènes
de la Nature à ce principe primitif qui ſeul les
détermine tous .
Banniſſant toute hypothèſe , le Monde n'eſt pour
nous qu'une machine rigoureuſement foumiſe ,
quant à ſes actions phyſiques , aux loix communes
& invariables de la mécanique. Tous ſes mouvemens
, depuis le premier choc imprimé au grand
reffort par l'Auteur de toute ſubſtance & de toute
action , doivent ſe déduire, ſe ſucéder & fe combiner
ſelon des loix néceſſaires & démontiables .
3
DE FRANCE.
75
Dans l'oeuvre de l'intelligence ſuprême rien n'est
fortuit , rien n'eft arbitraire.
Ce plan de l'édifice de l'éternel Architecte n'avoit
été préſenté par aucun des Savans qui ſe ſont
occupés avant nous de ces fublimes confidérations ;
s'il a été entrevu par l'immortel Deſcartes , ce
grand homme a méconnu la Nature & les propriétés
des moyens par leſquels s'exécute ce mécanisme
univerſel......
Un ſeul principe phyſique , qui n'eſt né d'aucune
hypothèſe, dont la vérité eſt incontestable , la rotation
du ſoleil fur lui-même ; voilà la cauſe détermi
nante de tout mouvement: cet Aſtre eſt le moteur
phyſique ,le grand reſſort de toute la machine que
nous appelons notre Monde. D'autres Soleils remplitſent
dans d'autres Mondes les mêmes fonctions ;
leurs actions ſe balancent , ſe maintiennent , ſe perpétuent
mutuellement. Notre Soleil eſt encore la
cauſe active & déterminante de la lumière & de la
chaleur ; or , la matière , le mouvement , la lumière
&la chaleur , voilà tout notre Monde.
Après avoir établi ce principe unique de toutes
les loix de la Phyfique; après avoir expliqué par ſon
fecours tous les mouvemens planétaires , tous les
phénomènes célestes; après en avoir déduit la théorie
de la lumière & des couleurs , celle de la chaleur,
les cauſes & les effets des grandes variétés de
l'intenfité de chaleur que la terre éprouve pendant
des ſaiſons infiniment longues , & qui ſont ſuivies
de longs refroidiſſemens , ſaiſons dont nous établirons
les preuves , nous expoſerons tous les phénomènes
qui appartiennent à l'athmosphère & aux
fluides,qui ſe forment , ſe confondent & fe combinentdans
cet Océan .
Nous traiterons enſuite des grands mouvemens
des eaux.
Nous paſſerons à la configuration de la Terre , à
Dij
76 MERCURE
l'examen des différentes ſubſtances , des differens
êtres qui s'y forment ; nous considérerons très attentivement
les modifications de leur existence , &
nous tenterons de pénétrer les cauſes de ces modifications
, &c . &c. & c . »
Comme on a rendu compte dans ce Journal des trois
premiers Volumes de cet Ouvrage , nous fupprimons
tout ce qui y a rapport pour pailer à ce qui regarde
le quatrième, & ce qui doit le ſuivre .
>> Le quatricine Volume traite des couleurs; ce
Traité des couleurs eſt précédé d'un Avant propos
& d'une Lettre à M. le Comte de la Cépède fur la
cauſe de l'élaſticité. L'Avant-propos contient quelques
corſidérations philofophiques ſur l'homme
fur la Nature , ſur la manière dont s'opèrent fes
ſenſations La théorie des couleurs , qui font particulièrement
l'objet de la vue , commence par un
Traité de la Viſion. On décrit avec exactitude l'organe
par lequel s'opère cette ſenſation, & on en
expoſe les loix & les phénomènes. On explique auffi
ceux que l'on obſerve dans la chambre obfcure où
ſe peint l'image des objets extérieurs . On expoſe les
opinions des Philoſophes ſur la nature des couleurs
en commençant par celles des anciens , Platon
Épicure , Ariftote. On paſſe enſuite aux opinions
des modernes fur le même ſujet, depuis Defcartes
juſqu'àNewton.
La Théorie du Philoſophe Anglois eſt expoſée avec
clarté. Nous préſentons les argumens les plus forts
en faveur de cette théorie , & nous leurs oppofons
dans la ſuite du Volume des objections que nous regardons
comme décifives , & des expériences nou
velles. Après l'expoſition de la doctrine de Newton ,
nous paffons à celle de Mariotte ; du P. Malbranche ,
àcelle du ſavant M. Euler que nous adoptons en par.
tie. Nous expoſons en faire notre théorie de laquelle
il réſulte que la lumière du Soleil eſt abſolument fans
DE FRANCE.
77
couleur. Nous diviſons ce Traité des couleurs en
quatre Parties ou Sections; dans la première , nous
confidérons les Couleurs des corps opaques que nous
commons Couleurs permanentes , parce qu'elles dé
pendent plus particulièrement de la contexture du
corps coloré; dans la ſeconde , nous traitons des
Couleurs apparentes, des celles qui font produites
par la fraction de la lumière dans les milieux pellucides;
telles font celles de l'arc- en ciel, & celles que
produit le priſme, la troifieme Section traite des Couleurs
accidentelles , qui ſuccèdentà d'autres Couleurs
dont l'oeil a été long temps affecté ; Couleurs qui ,
par conféquert, n'ont d'existence actuelle que dans
Porgare ; enfin , dans la quatrieme ſection nous
confidérons les Couleurs phantastiques , celles que
P'on voit dans les tenebres , Couleurs qui n'exiftent
que dans nos yeux , & qui n'ont d'autre cauſe que
lesmouvemens propres des humeurs de l'oeil , les connactionsde
ſes membranes , les léſions plus ou moins
graves de ces organes ; telles font les Couleurs que
f'on croit veir, même dans l'obſcurité la plus profonde
, lorſqu'un éblouiſſement , ou lorſqu'un coup à
latête, ou une fièvre violente derange les fonctions
des nerfs optiques. Dans ces quatre Sections , nous
avons rapproché & placé à propos les nouvelles découvertes
, les nouvelles expériences des Phyſiciens
noscontemporans , le R. P. Berthier & M. Marat ,
&nous indiquons les rapports qu'elles ont avec notre
théorie , par laquelle ces nouvelles expériences s'expliquent
clairement. De la comparaiſon &de la combinaiſon
de toutes les opinions dont nous avons rendu
compre, réſulte, à ce qu'il nous paroît , une évidencedontla
lumière éclaire cette belle & importante
partie de la Phyfique .
Le cinquième traitera de l'action de la lumière ſur
notre globe , il renfermera lathéorie de la chaleur ,
Dij
78 MERCURE
ant relativement à l'incaleſcence de la terre , que
relativement à la diftribution de la chaleur fur ies
différentes parries de ce globe. Nous préſenterors
des idées tout à fait nouvelles ſur les grandes périodes
de chaleur & de froid dont nous avons parlé
précédemment. Nous conſidérerons toutes les cauſes.
des incalefcences particulières & locales , & nous expliquerons
leurs effets, Le ſixième Volume préſentera
la théorie de l'atmosphère , celle des différens
fluides qui s'y manifeſtent , & la théorie des phénomènes
lumineux. Le ſeptième contiendra la théorie
des eaux & de leurs mouvemens. Dans le huitième ,
nous conſidérerons la configuration paſſée , préſente
& future de la terre. Nous rapporterons toutes les
formes par leſquelles elle a paſté , toutes celles par
leſquelles elle paffera , aux cauſes néceſſaires & toujours
actives qui déterminent toutes les modifications.
Le neuvième Volume commencera l'expofition
de la Phyſique des corps terreſtes ou celle des trois
règnes: le Minéral , le Végétal & l'Animal. Nous
donnerons enfaite la Topographie de la France, &
les tableaux de ſa ſurface à douze différens degrés
d'émerfion .
Defirant de rendre cet Ouvrage élémentaire &
très-facile à entendre , quoique nous nous propofions
, en même temps , de le rendre aufli compler ,
aufli étendu qu'il puiſſe l'étre , nous avons joint à
chaque Volume un Dictionnaire raiſonné des mots
peu uſités compris dans le Volume ; nous ypréfentons
toutes les acceptions dans lesquelles ces mots ont
été cumployés ; nous les rappelons à leur véritable
étymologie; nous en déterminons le ſens exact&
précis , ce'ui dans lequel nous les employons , & nous
donnons une idée claire & fufiomment étendue de
la fabſtance , des propriétés ou des attributs qu'ils
désignent.
1
A

DE FRANCE. 79
Le premier Volume ne contient point de planches ;
prix , avec le Dictionnaire ſéparé.
Le ſecond contient cinq planches ſur
papiernom de Jéſus , enluminées, prix ,
avec le Dictionnaire ſéparé & uni aux
planches.
Le troiſième contient neufplanches ;
prix , avec le Dictionnaire ſéparé.
Prix du quatrième avec fix planches
& le Dictionnaire.
Le prixdes quatre Volumes.
12 liv. br.
I5
18
18
63 liv. br.
On estime que l'Ouvrage aura treize ou quatorze
Volumes , & qu'il coûtera 230 ou 240 liv. Toutes
les opinions des Savans fur les grands phénomènes
de la Nature , font rapportées dans cet Ouvrage .......
Cet Ouvrage peut donc être confidéré , non- feu
lement comme un Traité complet de Phyſique , mais
encore comme une Bibliothèque de cette Science....
CetOuvrage ſe trouve chez Didot le jeune , quai
des Auguftins; Cellot , rue des Grands-Auguftins ;
Quillau , Imprimeur , rue du Fouarre ; Mérigot le
joune, quai des Auguſtins ; Nyon l'aîné , rue du
Jardinet; Barrois le jeune , quai des Augustins ;
Leſclapart , pont Notre Dame ; Onfroy , rue du
Hurepoix ; au Bureau du Journal de Phyſique , rue
&hôtel Serpente , & chez le ſieur Lafoffe , Graveur ,
place du Petit -Carroufel .
Div
MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 24 Juin , on a donné la première
repreſentation de l'Épreuve Villageoise ,
Comedie mêlée d'ariettes en deux Actes &
en vers , par MM. Desforges & Gretry .
Nous avons parlé de Théodore & Paulin ,
Comédie Lyrique en trois Actes & en vers ,
repréſentée fans ſuccès à ce Theatre , les
Mars de cette année. Nous avons dit qu'à
travers une intrigue affez froide , & dont
nous avons donné une notice , paffcient trois
perſonnages comiques.. Une Payſanne
nommée Denife; 2°. le Payſan André , dont
elle éprouvoit la jalouſie; 3. le Domeſtique
la France , dont elle perfiffloit la fatuité.
Nous avons dit encore que ces trois caracс-
tères étoient tracés avec eſprit & gaîté.
L'Épreuve Villageoise , dont nous avons à en
tretenir nos Lecteurs , n'eſt autre choſe que
cette intrigue ſecondaire que nous avons diftinguée
dans Théodore & Paulin, & à laquelle
nous avons donné de juttes éloges. M. Desforges
a prudemment élagué de ſa première
compoſition tous les perſonnages ferieux
qui formoient l'action principale ; il a rap-
1
DE FRANCE 81
proché les autres dans une perite action qui
n'a pas beaucoup d'interet , mais qui eſt
affez gaie , & qui le ſeroit même davantage
fi eile n etoit pas un peunoyée dansdes développemens
inutiles. Telle qu'elle eſt, cette petire
Comedie , dans laquelle il a introduit un
nouveau perſonnage , en donnant à Deniſe
une mère , dont il n'étoit pas queſtion dans
Théodore & Paulin ; telle qu'elle est donc ,
certe petite Comédie n'a point déplu . Ellea au
contraire reçu de très grands applaudiffemens
, &les Auteurs ont été demandés à la
fin de la Pièce : bref , ils ont paru. M. Desforges,
en ſe voyant applaudir après l'Epreuve
Villogeoife , a pu ſe ſouvenir du fort de
Theedore & Paulin. Si cela eft , il a dû être
fort éronne que ce même Public , qui avoit
reçu d'une manière 6 incivile fon premier
Ouvrage , accueillit avec tant de tranſport
une action qui n'en étoit que l'acceffoire , &
que , fans craindre d'être accuſe de néologilme
, on peut appeler une Payfannerie. Il
auroit pu le rappeler , avec raiſon , certe
petite Pièce de vers que fit Voltaire après les
repréſentations de la Princeffe de Navarre ,
qui ſe termine par ces vers :
... Les honneurs viennent pleuvoir ſur moi ,
Pour une farce de la Foire.
La muſique a été très goûtée; elle mérite de
l'être. Le talent de M. Grétry eſt de ſaiſir le
caractère des perſonnages qu'il doit faire
Dv
82 MERCURE
chanter , & de leur donner , par les accens
qu'il leur prête , la phyſionomie qu'ils doivent
avoir & l'eſprit qui leur convient. Cette
nouvelle compolition en eſt une preuve ; le
ſeul perſonnage de la Payſanne Denite fufli -
roit pour en convaincre. Il y a fondu avec
tant d'art la maïveté & la fineffe , que ces
deux nuances qui , au premier coup d'oeil ,
ſemblent beaucoup plus oppoſées l'une à
l'autre qu'elles ne le font réellement , pas
roiffent faites pour ſe rapprocher , & produiſent
un effet très piquant. M. Grérry ,
Compofiteur quelquefois incorrect & fucceptible
de reproches , eſt toujours Poëte
&homme d'eſprit. Combien de Muſiciens
donneroient volontiers deleur ſcience exacte
& régulière , pour un peu de ces qualités
précieuſes , qui font la baſe du premier de
tous ces dons , celui de plaire.
Le Lundi 28 Juin , on a repréſenté, pour
la première fois , le Dormeur Eveillé , Comédie
en quatre Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par M........ , muſique de M.
Piccinni.
Il n'eſt perſonne qui ne connoifſe les Mille
& une Nuits . C'eſt dans ce Recueil de Contes
plaifans , merveilleux , & ſouvent très philofophiques
, que M........ a puiſé le ſujet de
cette Comédie.
Dans une de ſes promenades nocturnes ,
LeCalife Aroun Alraſchid s'est introduit chez
:
:
:
DE FRANCE. 87
unBourgeois nommé Haſſan , ſous le coftume
d'un Marchand de Moffoul. Cet
Haflan , après avoir été long temps la dupe
&la victime de cette cohorte de paraſires
qu'on a quelquefois & même trop ſouvent
la fottiſe d'appeler ſes amis , a réſolu de ne
plus former de liaiſon intime avec qui que
ce foir. Tous les jours il admet à ſa table un
érranger , auquel il prodigue des ſoins égaux
à ceux que peut exiger l'ancienne amitié ;
mais au bout de vingt-quatre heures , il le
congédie pour ne plus le revoir , & pour prodiguer
les mêmes foins à un nouvel Hôte,
Cette manière de vivre, qui n'eft , dans le
fond , que la philoſophie d'un égoïſte ,
'empêche point Haſſan d'avoir un peu
d'ambition; & voici en quei confifte cette
ambition. Il a une mère qu'il reſpecte , une
maîtreſſe qu'il aime , & qu'il a nommee
Rofe-d'Amour. Outre cela , il aime la table
& le vin. Le vin! boiffon profcrite par le
Coran. Un Iman , hypocrite & méchant
comme cela doir être , fait une guerre trèsdure
à tous ceux qui , contre la Loi du Prophère,
uſent d'une liqueur odieuſe à tout
fidèle Muſulman. Haffan ne defire donc que
d'être Calife vingt-quatre heures ſeulement ,
afin de démaſquer l'hypocrifie de l'Iman ,
qui cherche à punirdans les autres une faute
dans laquelle il tombe journellement. Le
Calife, après avoir connu les defirs du Bour
geois; après avoir ſoupé chez Haffan avec
fa mère & fa Rofe d'Amour; enfin , après
D
6
84 MERCURE
avoir été témoin d'une viſite de l'Iman ,
jette dans le breuvage de ſon Hôte un ſoporifique
puiffant ,& le fait tranſporter dans
fon palais , où il fait en même temps conduire
Rofe- d'Amour. Il met celle ci au fait
du projet qu'il a formé d'éprouver Haflan ,
& de ſe donner le plaiſir de le voir Calife;
il la force même à le ſervir dans ce projer, en
lui promettant de tout faire pour rendre
Hallan heureux , ſi elle ſe prête à la plaiſanrerie
qu'il veut faire,& en la menaçant de
la priver pour jamais de fon amant & du
bonheur, & elle eft affez foible pour le tromper.
Haffan ſe réveille , il ſe trouve fur un
lit magnifique , dans un appartement doré,
entouréd'Odaliſques qui le coinblent d'hommages
& de reſpects . Un des principaux Of
ficiers du Sérail , le Viſir , les Grands de
l'Empire viennent à ſes genoux prendre ſes
loix , comme celles de leur maître. On le
conduit au Divan. On ſe figure la ſurpriſe
du Bourgeois. Il ſe rappe'le pourrant le voeu
qu'il a formé , cherche à ſe perfoader qu'il
eſt accompli,& fe prépare à régner du mieux
qu'il pourra. En conféquence , lorsqu'il eſt
fur le trône , & entouré des Grands de fon
Royaume, il parle en bon humain , donne
des loix bien douces & bien bonnes; mais il
ordonne entre autres choses; d'abord , qu'il
fora porté dix mide pièces d'or chez ſa mère ;
enfuite qu'on diftribue cent coups de gaule à
l'Iman & à ſes compagnons ; enfin qu'on
invite à ſouper avec lui un Marchand de
DE FRANCE. 8
!
Moffoul , qu'il défigne tant bien que mal.
Puis il va ſe mettre à table , où un autre
fomnifère le rend au ſommeil, & bientôt ,
par l'ordre du Calife , à ſon premier état . A
fon réveil , il eſt très- ſurpris de ſe retrouver
chez lui avec le coſtume d'Haſſan ; il parle ,
queſtionne, interroge,& n'eſt pas éloigné de
croire qu'il a rêvé. Mais quand il voir chez
lui les dix mille pièces d'or , quand il apprend
la punition de l'Iman; enfin , quand
le Marchand auquel il a confenti , contre
ſes principes ,de donner une ſeconde fois à
ſouper , vient ſe dégager , parce qu'il eſt ,
dir il , invité par le Calife; alors il ceffe de
croire qu'il ait été ſeulement égaré par un
fonge; & malgré les difcours de Roſe , mal.
gré les larmes & les inftances de ſa mère ,
qui le croit devenu fou , il s'obline à foutenir
qu'il eſt en effet le maître de l'Empire ,
&ſe livre à des tranſports dans lesquels il
va juſqu'à outrager ſa mère. Aroun , toujours
ſous le maſque du Marchand , affecte
de croire qu'il ſe trompe ; mais comme il a
donné des ordres pour qu'on le reçût au palais
comme Calife , il l'y conduit ; & tandis
que le pauvre diable va reprendre un coſtume
& une illufion qu'il doit bientôt quitter
encore , il ordonne à Roſe d'Amour , dont
il le fait idolâtre , d'exiger qu'il renonce à la
Souveraineté s'il veut poffeder ſon coeur.
Scène où Roſe , fidelle aux ordres de fon
Empereur, exige du prétendu Calife un facrifice
qui lui paroît dur d'abord , mais auquel
86 MERCURE
il conſent. Hatlan aſſemble donc les Grands ,
& en leur préſence il déclare qu'il defcend
du trône , & qu'il le remet entre les mains
de fon prédéceffeur. On affecte de craindre
que ce prédéceſſeur n'y veuille pas remonter
, & Haflan nomme en ce cas , pour lui
fuccéder , un Marchand de Moffoul , avec
lequel il a foupe la veille ,& qui lui a paru
un honnête homme. A l'inſtant une toile
ſe lève à un ſignal donné , & Aroun paroît
dans tout l'éclat de ſa gloire. Haffan s'écrie
en reconnoiffant le Marchand de Moufloul ;
mais l'inſtant de le déſabufer eſt venu. On
l'inſtruit de tout ce qui s'eſt paffé. Le Calife
affure fa fortune & celle de Roſe d'Amour.
Le fonds de cet Ouvrage nous a paru
très-piqnant & très gai. Nous croyons qu'il
pourroit produire beaucoup plus d'effet
dans une Comédie proprement dite que
dans un Drame Lyrique. Il eſt des ſujets où
les développemens ſi néceſſaires au Théâtre
pour établir l'action & pour mettre les caractères
en jeu, prennent ſous les accens d'un
Muficien , une lenteur qui arrête l'effor de
l'intrigue , qui l'embarraffe , & qui la rend
froide. Ici , par- tout où le Poëte a marché
ſeul , il a plû par la vérité des incidens , par
Fagrément des détails & par la facilité de
ſon ſtyle. Il n'en a pas été toujours de même
Jorſqu'il a voulu que le Muticien marchât
fur la même ligne que lui. Ce n'est pas que ,
même dans cette Comélie, on n'eût pu defiDEFRANCE.
87
rer que Roſe d'Amour annoncée par le
Poëte comme un perſonnage intereffant ,
for tout par la gaîté de ſon caractère , ne
fût moins trifte & moins pleureuſe. Ce n'eſt
pasnonplus que le Muſicien ne mérite de
très grands éloges pour la plus grande partie
des morceaux dont il a enrichi cette compofition
dramatique. Tous ceux qui connoiffent
le talent de M. Piccini , fentent
qu'il ne lui eft pas poffible de ſe laiffer méconnoître
dans aucun de ſes Ouvrages ; mais
on ne peut qu'être ſurpris quand on penſe
que dans unDrame de l'eſpèce du Dormeur
éveillé , M.... a voulu s'embarrafler du
fecours d'un Muſicien , & que M. Piccini
a confenti à travailler ſur un ſujet aride
pour le langage muſical , en ce qu'il ne
parle guères qu'à l'eſprit , peu au coeur , &
qu'il n'étoit ſuſeeptible que momentané
ment de ces effets attachés aux grands mouvemens
& aux grandes paffions. Quelques
airs pleins de charme & de mélodie , un
morceau d'enſemble dans le troiſième Acte ,
rempli de vigueur & d'expreſſion ; ennu la
richeſſe, nous dirions preſque le luxe des
accompagnemens: tout cela ſoffit pour
prouver que par tout où M. Piccini
trouvé des motifs capables d'échauffer fon
génie, ou des reſſources qui puffont faire
briller fon talent, il s'eſt montré digne de
lui- même. S'il s'eſt montré ailleurs un peu
monotone& froid, peut être ne doit en pas
lui en faire de reproches. Cù il n'y a rien ,
a
$8 MERCURE
ou peu de choſe à dire, il eſt difficile de ne
pas s'exprimer d'une manière vague & àpeu
près intignifiante. Le petir air : Viens
ma Rose , eſt plein de grâce & de charmes;
il a été applaudi avec enthouſiaſme.
Le Dormeur éveillé a été mis au Théâtre
avec beaucoup de ſoin. La décoration de la
fin eſt de la plus grande beauté. Le goût &
la richelle s'y font également remarquer .
Au prochain Mercure., les Articles de la
Comédie Françoiſe & la ſuite de ceux de la
Comédie Italienne .
ANNONCES ET NOTICES.
@
UVRES Complettes de l'Abbé Mérastase; quatrième
& dernière Livraiſon. A Paris , de l'Imprimerie
de la Veuve Heriffant , rue Neuve Notre-
Dame, & fe trouvent chez Joulain , Marchand de
Tableaux & d'Estampes , quai de la Mégiflerie ;
Martini Graveur , rue de Sorbonne , paffage S.
Benoît, & Molini, Libraire , rue Mignon , quartier
S. André des Arcs.
Cette Édition , du côté des Gravures & de l'exécution,
eft digne de l'empreſſeinent du Public ; &
le mérite de l'Auteur eſt aſſez reconnu pour juftifier
ce luxe Typographique , & pour nous difpenfer de
faire l'éloge des Ouvrages que renferme ce Recueil.
Ce qui doit ajouter à l'intérêt de cette quatrième Livraiſon
, c'est qu'elle tenferme des Pocfies & des
Lettres de Métaſtaſe qui n'avoient jamais vû le jour.
L'Édition complette forme douze volumes. L'in-
4°., papier d'Hollande, prix 336 liv. brec.; l'in- 8 °. ,
DE FRANCE. 89
papier grand raifin , 132 liv. Pour l'in- 8 °. , papier
grand raifin d'Auvergne , on le donnera au prix de
la Souſcription , qui eft de 98 liv. 8 fols , juſqu'au
mois de Janvier prochain ; après ce terme , le prix
ferade120 liv.
CARTE de l'Amérique en fix Feuilles , diviſée en
Septentrionale & Meridionale , ſubdiviſée en ſes
principales parties , & dreffée ſur les relations les
plus récentes, revûe , corrigée & augmentée parM.
Brion de laTour, Ingénieur-Géographe du Roi , fur
laquelle ſont tracés les limites desÉtats-Unis, ſuivant
le dernier Traité de Paix , ainſi que les routes &
nouvelles découvertes du Capitaine Cook , & des
autres Navigateurs qui ont fait avec lui le tour du
monde.
CetteCarte eſt de la même grandeur des autres
parties du monde , de la Mappemonde & de la
France , qui , par leur grandear & leur exécution ,
fontpropres à orner les cabinets , les bibliothèques
&les ciaſſes cù l'on enſeigne la Géographie & l'Hif
toire. Prix , 4 liv. , & sliv chacune rendue franche
de port. A Paris , chez Deſnos , Ingénieur Géographe
&Libraire du Roi de Danemarck , rue S Jacques .
Le même Libraire ſe charge d'envoyer en Province
tout ce qui concerne la Géographie , comme
Globes nouveaux , Sphères , Atlas , Cartes, &c. aux
perſonnes qui , en lui en faiſant la demande , lui en
feront paffer le montant franc de porr. Il diftribue
gratuitement le Catalogue des Ouvrages de fon
fonds, ainſi qu'une Brochure de 120 pages , contenant
le Précis d'une nombreuſe Collection d'Almanachs
, où l'on donne une idée de chacun pour déterminer
le choix.
LE Sculpteur , ou la Femme comme ily en a peu ,
Comédie en deux Attes & en profe , par Madame de
१० MERCURE
Beaunoir, repréſentée pour la première fois , à Paris ,
fur le Théâtre des Variétés Amuſantes , le Mercredi
14 Janvier 1784. Prix , I liv. 4 fols. A Paris , chez
Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande.
Cette petite Pièce eſt tirée d'un Conte de M.
Marmontel , les Liaisons Dangereuses. Cette Pièce ,.
qui a obtenu un ſuccès mérité , eſt dialoguée avec
grâce & avec intérêt; & les caractères y font bien
établis & bien foutenus. L'Auteur qui , par ſon ſexe ,
mériteroit de l'indulgence , n'a beſoin que dejustice.
,
On trouve à la même adreſſe , le Cabinet des
Figures , ou le Sculpteur en bois , Comédie en un
Acte & en profe , par M. ***** de Saint- Aubin
repréſentée pour la première fois , à Paris , fur le
Théâtre de l'Ambigu- Comique , le 15 Juillet 1782 .
Prix , 1 liv . 4 fols.
L'ANACRION en Belle Humeur , ou le plus joli
Chanfonnie . A Paris , chez Deſnos , Ingénieur-
Géographe & Libraire du Roi de Danemarck , rue
S. Jacques , au Globe.
L'Éditeur de ce Recueil annonce que les douze
Parties promiſes ſont finies. Il invite les perſonnes
qui ſe font fait infcrire pour ce Recueil d'en tirer
les Parties qui leur manquent de l'année 1783 .
Celles qui renouvelleront leur foumiſſion pour 1784 ,
ne payeront chaque Partie que 15 fols au lieu de
20 fols , à mesure qu'il en paroîtra . Les douze Parties
reliées en 3 vol. maroquin 15 liv .
Le même Libraire annonce auſſi que les Étrennes
de Minerve aux Artifles , ou Encyclopédie Economique
, font aclulisment en dix Parties ; les perfonnes
qui n'auroient pas les quatre dernières , font
averties de les faire retir r avant la fin d'Août; paflé
ce temps , on n'en pourra plus trouver de séparée ;
mais des exemplaires en 10 Parties , to liv .
DE FRANCE
وا
TABLEAU Historique de la Nobleſſe Militaire ,
contenant les noms , furnoms & qualités , enſemble
ladate de tous les grades , actions , fiéges , campagnes
, bleffures de MM. les Officiers au Service de
Sa Majefté , tant fur terre que fur mer, & retirés on
employés à la ſuite des Corps & dans les différens
États-Majors des Villes ,tant au-dedans qu'au -dehors
du Royaume , des noms & qualités des Chevaliers
de tous les Ordres exiſtans en Europe ; Ouvrage enrichi
d'un Recueil d'ordonnances Militaires , qui ſe
vend 6 liv. le volume broché , & 7 liv. franc de
portdans tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
M. de Combles , Orficier d'Infanterie , hôtel Saint-
Pierre , rue des Cordiers, près la Place Sorbonne ,
& chez tous les Libraires aſſortis & Correſpondans
enProvince.
C'eſt à l'Auteur que tous les Mémoires , les Obfervations
& Soumiſſions doivent être envoyés franc
deport.
ELOGE de M. Greffet , de l'Académie Françoise
&de celle de Berlin. ABerlin , & fe trouve à Paris ,
chez Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande..
CetÉloge n'a pas été envoyé au concours ; & à plufieurs
égards l'Auteur auroit pu le faire fans témérité.
CARTE des États- Unis de l'Amérique , Suivant
le Traité de Paix de 1783 , dédiée & préſentée à
M. Francklin , gravée par J. Lauré , Graveur ordinaire
du Roi. Prix , 3 liv. lavée; 2 liv. to fols non
lavée AParis , chez l'Auteuurr ,, rue S. Jacques , la
porte-cochère vis-à- vis la rue de la Parcheminerie ,
N°. 20.
On ajoint à cette Catte intéreſſante un Précis des
Evénemens Militaires entre les Américains & les
Anglois,le tout fur une feuille & demie de papier
grand aigle.
92
MERCURE
VOYAGE Pittoresque de la Sicile. A Paris , chez
l'Auteur , M. Houel , cul- de-vac du Coq S. Honoré.
Le treizième Chapitre commence le deuxieme volume
de cet Ouvrage. L'Auteur , après avoir traité
daus les deux Chapitres précédens de ce que les Iſles
de Lipari lui ont offer d'intéreſlant , paiſe à Meffine
, en faiſant connoître la ville de Melazzo , & ce
qu'elie renferme de curieux .
La première planche de ce Chapitre préſente la
Vûe de la Calabre , du Fhare de Merfire & du Cap
Pelore. Au moyen de cette planche , elle fait voir la
fituation d'un grand nombre de villes qui ont éré renverſées
par l'affreux trerablement de terre de Février
1783. La deuxième planche offre le plan du déroit ,
ou canal de Meffine , où l'on voit les pofitions ref
pectives de Caribele & de Scylla , la fituation de
Meſſive , celle du Lac Pertène , du Cap Pélore. La
deuxième figure de cetre planche repréſente une
pêche de coquillages affez curieuse qui fe fait dans
ces Lacs. La troiſième planche fait connoître un beau
bas-relief en marbre, que l'Auteur a vû dans une
des Ég'iſes de Mefline , repréſentant un ſujet trèscurieux
de la Religion des anciens. Dans la quatrième
eſt un autre bas-relief, repréſentant une vandange.
Co morceau antique décore une fontaire de
Mefline. Le ſujet qui occupe la cinquième planche
eſt un fimulacre de l'Afſomption qui ſe fait tous les
ans , & que l'on porte à la Proceffion le is d'oût.
Cette repréſentation a plus de so pieds de haut , elle
eſt portée par plus de cent homines ; elle contient
quarante perſonnes vivantes & en actions. C'eſt une
des plus fingulières produâions de l'eſprit humin
en ce genre. La fixième planche fat voir en grand
la jeune perſonne qui a repréſenté la Vierge dans le
fimulacre de l'Affomption Dans la planche précédente,
on la voit dans l'état où elle eſt près cette
Fête , allant quéter par toute la vilic. L'Auteur l'a
DE FRANCE.
93
deſſinée à l'inftant où elle chante un Cantique , après
avoir donné ſa bénédiction aux perſonnes qui lout
écoutée Dans cetre même plarche , au deſſous te
cert: figure, le trouve le plan du port & de la ville
de Medine. Le texte de ce Ghapitre achève d'expliquer
tout ce que l'on a intéret de connoître pour
avoir une idée exacte des antiquités de Meſſine , &
d'une partie de ſes uſages les plus intéreſſans.
La Prévention Nationale , action adaptée à la
Scène , avec deux Variantes , & les faits qui lui
fervent de bese , par N. E. Retif de la Bretone. Trois
Parties avec figures broch. Prix , 6 liv. A la Haye ,
& ſe trouve à Paris , chez Regnault , Libraire , rue
S. Jacques , vis- à- vis celle du Plâtre.
La fécondité de cet Auteur eft inépuiſable; &
quelques-uns de ſes Ouvrages donnent priſe à la critique
, ily a dans tous des preuves d'un talent réel.
TRAITÉ des Dartres , ſeconde Édition , augmentée
de nouvelles Obfervations fur ces Metudies , &
fur les différens Remèdes les plus efficaces pour les
combattre ; par M. Poupart , Docteur en Médecine ,
&c. in- 12. broché , 2 liv. to fols. A Paris , chez
Méquignon l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers ,
vis-a-vis la rue Haute-Feuille
UnOuvrage bien fait, & qui a pour objet des
maladies auſſi communes & auffi difficiles à guérir
que les Dartres , ne pouvoit qu'être extrêmement
utile& intéreffant au Public, c'eſt pourquoi la première
Édition a été promptement enlevée. L'Auteur
fait connoître l'art de traiter les maladies cutanées
par les ſeuls remèdes externes. Il paroît que ce Médecin
n'a omis aucun moyen curatif applicable aux
divers principes d'entre-eux. Il n'a point oublié les
remèdes qui ont été publiés depuis peu de temps ,
comme ſpécifiques contre les Dartres. Il les preſcrit
94 MERCURE
dans les cas où ces affections cutanées ſont pro
duites par un virus particulièrement dartreux. Il enſeigne
la manière de les préparer & d'en uſer ; il fait
auſſi mention de leurs effets ,&des précautions qu'ils
exigent. La ſeconde Édition de cet Ouvrage , qui eft
écrit avec autant d'ordre que de clarté , n'aura pas
moins de ſuccès que la première , dont il y a eu
deux Traductions Allemandes , & qui a réuni les
fuffrages du Public & des Médecins les plus éclairés.
EUVRES choisies de l'Abbé Prévôt , avec figures.
Sixième Livraiſon , contenant les quatre premiers
vol. de Clariffe. On ſouſcrit pour leſdites OEuvres ,
conjointement avec celles de le Sage , à Paris , rue
&hôtel Serpente, & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
La précieuſe Collection des deux Auteurs formera
53 vol. in 8 ° . ornés defigures , faites ſous la direction
deMM. Delaunay & Marillier; ſavoir , 38 vol. des
OEuvres de l'Abbé Prévôt , y compris l'Hiſtoire de la
Vie de Cicéron , dont on n'avoit pas fait mention
mais qui a été demandée par MM. les Souſcripteurs ,
& 15 vol. des OEuvres de le Sage , qui ſont actuellement
finies. Le prix de la Souſcription eſt de 3 liv.
12 fols le vol. broché. On a tiré 24 exemplaires
fur papier de Hollande à 12 liv. le vol. broché.
ΝυΜέπος 6 & 7 du Journal de Violon ,
dédié aux Amateurs. Ce Journal eſt composé de
différens Airs arrangés pour deux Violons ou Vio-
Joncelles. Chaque Cabier, de huit pages , ſe vend
ſéparément 2 livres. L'abonnement eft de 15 livres ,
& 18 livres pour la Province On s'abonne chez le
fieur Bornet l'aîné , Profeſſeur , & Marchand de
Muſique , au Bureau de Loterie rue des Prouvaires
, près Saint Eustache.
Nous prévenons nos Lecteurs que le Journal de
DE FRANCE.
१९
i
Violon paroît très exactement le premier de chaque
mois, quoiqu'il ne nous ſoit pas toujours poſſible
d'annoncer chaque Numéro dans ſon temps.
Nous dirons la même choſe du Journal de Clavecin
, par différens Auteurs, dont nous annonçors
le Numéro 6 , composé d'un Quatuor pour Clavecin
, Flûte , Alto & Baſſon , par M. Tapray , Organiſte
de 1 Ecole Militaire , OEuvre XIX. Prix , 4 liv.
4fols. Nota. La Flûte & le Baſſon peuvent être
remplacés par un Violon & un Violoncelle. Prix de
l'abonnement , 24 liv . pour Paris , 30 liv. en Province
franc de port. A Paris , chez M. Boyer , rue
Neuve des Petits-Champs , près celle Saint Roch
n°. 83 , & chez Mme Lemenu , rue du Roule , à la
Clé d'or.
Numero 6 du Journal de Harpe , par les
meilleurs Maîtres. Prix , 2 hv. 8 fols. Abonnement ,
15 liv. pour Paris & la Province port franc par la
poſte. A Paris , chez M. Leduc , au Magaſin de
Muſique , rue Traverſière- Saint- Honoré.
PROIS Quatuors concertans pour deux Vio
lons, Alto & Violoncelle , par M. Janſon Paîné ,
Quvre VIII. Prix , 6 livres. A Paris , aux Adreſſes
ordinaires de Muſique.
DOUZIÈME Recueil de Musique pour le Ciftre
ou Guittare allemande , contenant les plus jolies
Ariettes , avec Accompagnement & des Airs variés,
terminés par une Sonate, par M. Pollet l'aîné ,
OEuvre XVI . Prix , 6 liv. A Paris , chez l'Auteur ,
Cloître S. Merry , maiſon de M. Gerbet ; & en
Province , chez les principaux Marchands. Il fait
parvenir toutes ſes OEuvres en Province port franc
par lapoſte au prix marqué fur chaque Exemplaire.
96 MERCURE
La Chafe, quinzième Symphonie périodique à
grand Orchestre , compoſée par J. Hayden. Prix ,
3 liv. A Paris , chez Imbault , rue & vis-à-vis le
Cloître Saint Honoré , maiton du Chandelier ; &
Sieber , même rue , entre celle des Vieilles - Etuves
& celle d'Orléans , nº. 92 .
AIRS choiſis arrangés & variés pour le Décacorde,
dédiés à MADAME VICTOIRE DE FRANCE ,
par M Beflon , Huiflier ordinaire de ſa Chambre ,
&Auteur de ce nouvel Inſtrument , OEuvre I. Prix ,
و liv.-Chansons & Ariettes , dont les Accompagnemens
variés pour le Décacorde ſont compofés par
le même M. Beſſon , OEuvre II . Prix , livres. A
Verſailles , chez l'Auteur , rue Saint Médéric ; & à
Paris , chez M. Lejeune , Luthier , rue Montmartre ,
près celle de S. Licire.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
EPITRE à M. le Duc de'
Nivernois .
Structure des Cryſtaux , 66
49 Correspondance Rurale,
Charade , Enigme& Logogry Physique du Monde ,
phe , 54 Coméate Italienne ,
LaHenriade de Voltaire , 55 Annonces & Notices ,
Essai d'une Théorie fur la
APPROBATION.
71
74
80
88
J'ai la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 10 Juillet. Je n'y ai
tien trouvé qui quiſe en empêcher l'impreſſion . A Paris ,
le 9 Juillet 1784. GUIDI
!
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 18 Juin .
Ntre les perſonnes retirées de cette ville ,
Edepuis le changement dAdminiftrateurs,
on remarque le Général d'Eiſchtad , parti
pour ſes terres de Séelande. Il jouiſſoit du
plus grand crédit ſous le Miniſtere précédent.
On parle auſſi de quelques changemens
dans le Corps diplomatique , entr'autres
du rappel de M. de Dreyer , Envoié de
notre Cour à Londres. Le Comte de Jar'sberg
remplace à la Haye M. de S. Saphorin ,
qui paſſe à Pétersbourg ; le Comte de Reventlau
, ci- devant à Stockolm , remplacera
M. de Dreyer à Londres , le Baron de Guldencrone
réſidera à Vienne , & M. le Comte
de Bondiſſin à Berlin .
Le vaiſſeau de ligne l'Oldenbourg , qui
mouilloit à la rade, a pris ſon équipage ; il
a étéjoint par la Princeſſe Frédérique- Sophie
N°. 28 , 10 Juillet 1784. C
( 50 )
que commande le Contr'Amiral Comte de
Moltke.
Nous avons donné précédemment l'état
ſommaire des bénéfices de la Compagnie
Aſiatique : ceux de la Compagnie de la
Baltique & de Guinée ſont de 700, 000 rixd.
pour l'année 1783.500,000 ont été ajoutées
au fond principal , & les 200,000 reſtantes
forment le dividende , qui eſt de dix rixdalers
par action.
En même temps, cette Compagnie a produit
fon bilan juſqu'à la fin de 1783 : en
voici l'état :
Etat des propriétés de cette Compagnie , en
yertu de l'octroi du premier Mai 1781 .
rixd. marcs . sh.
37 bâtimens . 734,223 5 7
Entrepôt 526,683 4
2
Edifices , Places , &c. 257,164 I
6
Propriétés far laCôte de Guinée 99.252 5
1617324 Γ . 3 m . 15 sh.
La Compagnie a équipé depuis le premier Mai
1781 le nombre ſuivant de bâtimens.
29 ....
Pour la Guinée
Pour les Indes Occ. 13 ....
Pour les Indes Or. 3 ...
cargaiſon pour 1,282,489 rixd.
cargaiſon pour 586,415
cargaison pour 344,024
2,212,928 rixd.
Elle a employé en outre d'autres petits bâtimens
pour le commerce de la Baltique , qui ,
dans cet eſpace de tems ont apporté entr'autres
marchandiſes 88674 tonneaux de bled qui tous
ont été vendus .
Les cargaiſons des vaiſſeaux de la Compagnie
Aſiatique le Rigernes Ochensk & le Friderifnagor,
ferontvendues ici le 11 Août ; elles confiftent
dans unegrande quantitéde marchandiſes de co
( 51 )
ton & autres , en 767,541 livres de ſalpêtre ,
83,925 livres de poivre , 4509 livres de canelle ,
9059 livresde ſchellak , 13,600 livres de borax ,
90,286 livres bois de calitur , 900 paquets de rotting
, 2128 livres de ſoie écrue , & 800 livres de
foie filée.
Hier on avendu à la Bourſe quatre actions de
la Compagnie Afiatiquede 901 à 920 rixdalers
chacune , & quarante-cinq actions de la Compagnie
de laBaltique , de 87 à 95 rixdalers chacune.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 15 Juin.
Quoiqu'il ſe répande que les propoſitions
de la Cour de Ruſſie , relatives à Dantzick
ont paru peu fatisfaiſantes àS. M. P. , on ne
fait rien encore de poſitif ſur les dernieres.
volontés de ce Monarque. Quoique trèséloignés
d'avoir perdu l'eſpoir d'une conciliation,
les Dantzickois ne négligent aucune
meſure de sûreté & d'approviſionnement :
l'on a rempli les magaſins , augmenté les
recrues , précautions que nous nous flattons
toujours de voir inutiles.
La prochaine Diete, qui doit ſe tenir à
Grodno en Lithuanie , verra une nouveauté
àlaquelle nous aurons de la peine à nous
accoutumer : on travaille dans quelques dietines
à faire élire des Diſſidens , en qualité
de Nonces. Le dernier Proteſtant qu'on ait
vu en 1717, en poffeffion de cette dignité ,
ſe nommoit Pietrowski , & l'Ordre Equeſtre
l'exclut des délibérations.
C2
( 52 )
12
Cette excluſion & des peines bien plus
fortes réſultoient des decrets d'Uladiſlas
Jagellon contre les Hérétiques , & de pluſieurs
loix ſubſéquentes portées ſoit par des
Confédérations générales , ſoit par la Diete
elle-même. On fait qu'en 1768 , la Diete de
Varſovie , tenue ſous les aufpices de la
Ruffie , abolit non - ſeulement ces ſéveres
Ordonnances , mais accorda de plus l'égalité
parfaite aux Diffidens : en 1775 ces prérogatives
furent confirmées. L'un & l'autre de
ces traités ayant été regardés par une grande
partie de la nation , comme l'ouvrage de la
violence , on craignoit de réveiller le mécontentement
, en mettant fitôt les Diffidens
en poffelion. En vertu des mêmes loix , ils
pourroient fiéger dans le Conſeil permanent&
dans toutes les Commiſſions fuprêmes
de la République; auffi doit- on s'attendre
à de vives oppoſitions dans les Dietines
&dans la Diete , ſi la Religion dominante
eſt menacée de perdre par le fait , ce qu'elle
a déja perdu par la loi, le privilege exclufif
à la Nonciature.
Pourprévenir l'expulfion dont nous avons
parlé, les Juifs de cette Capitale ont préſenté
une Requête au Roi qui les a reçus
avec bienveillance ; mais leur fort eſt toujours
incertain .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 20 Juin.
L'uſage nouveau de conduire les cadavres
( 53 )
aux Cimetieres externes dans des chariots , a
donné lieu à un inconvénient qu'il étoit
permis de ne pas ſoupçonner. Ces chars funebres
ſont devenus un dépôt de contrebande
: dès qu'on s'en eſt apperçu, on a remédié
à ce ſingulier commerce ; & dorénavant
les foſſoyeurs feront chargés de tramsférer
les morts de leur domicile à leur Paroiffe
, & delà dans le cimetiere général. Le
prix de cette méthode d'enterrement a été
fixé de maniere à ménager la bourſe du
mort, & l'intérêt des foſſoyeurs.
On raconte que , durant les inondations de
l'hiver dernier , le grand pont fur la Moldaw a
Prague , avoit été endommagé au point d'exiger
des réparations diſpendieuſes. Des Députés de la
ville furent en conſequence auprès de l'Empereur
, pour folliciter de ſa munificence une ſomme
de 80,000 florins. Après avoir attentivement
écouté les requérans , le Souverain leur répondit :
Qu'il ſe reſſouvenoit très-bien que ſon aug
guſte mere avoit afſigné , il y a plus de qua-
Tante ans , un fonds de 6000 florins par an , pour
l'entretien du pont de Prague , & il demanda quel
avoit été l'emploi de cette ſomme. Les députés
répondirent que chaque année il avoit été dé
pensé une ſomme de 4000 florins pour les réparations
à faire au pont ; & que les autres
2000 florins avoient été mis dans la caiſſe d'épargne.
Eh bien ! repartit l'Empereur , que me
demandez -vous ? Deux mille florins mis àl'épargne
depuis quarante années font 80000 florins ;
employez cette ſomme à réparer les dommages
que le pont de Prague a éprouvés ; mais avant
tout j'exige que les pieces qui conſtatent l'em
C3
( 54 )
ploides 4020 Horins par an ſoient miſes ſous mer
yeux.
La peine de mort ayant été, non pas abolie
dans les Etats Autrichiens , ainſi qu'on l'a
débité , mais reſtrainte à un petit nombre
de cas; pour les autres , on lui a ſubſtitué
les galeres & les travaux publics. La plupart
des Etats d'Allemagne puniffoient déja do
cette maniere un certain nombre de malfaiteurs
, lous le nom de Forçats de terre. Un
collier de fer qui leur ferre le col , ſoutient
une ou deux chaînes qui lient la jambe ou
le poignet , ſelon le degré du crime. Sous
cette livrée infarmante , & la tête raſe, ſont
arrivés à Peſt en Hongrie , à la fin du mois
dernier , cent criminels , attachés à une galere
, & deſtinés à tirer les waiſſeaux qui remontent
la Save & le Danube. Ce ſpectacle
a fait la plus grande impreſſion ſur les
ſpectateurs. Il réunit les deuxgrands objets
des loix criminelles , l'exemple & l'utilité
dans le châtiment. Parmi ces malheureux ſe
trouvoient des Comédiens , des Valets-dechambre,
un Apoticaire , & d'autres perſonnes
d'une condition , pour qui la mort ,
ou l'emprisonnement ſecret ſeroient une
moindre peine.
DE HAMBOURG , le 12 Juin.
On mande de Roſtock que la Régence
de cette ville vient d'accorder aux Catholiques
le libre exercice de leur culte , & leur a
( 55 )
fait préparer pour cet effet l'une des ſalles de
l'Hôtel-de-Ville.
Une lettre de Dantzick s'exprime ainfi ,
touchant l'état actuel du différend de cette
ville avec le Roi de Pruffe.
Il eſt arrivé ici une eſtafette de nos Députés
de Warſovie , avec la nouvelle que l'Ambaffadeur
de Ruffie leur avoit remis un projet pour
ſervir de baſe à l'accommodement entre le Roi
de Pruffe & la Ville. Ce projet porte que la
Ville demandera pardon au Roi pour les inſultes
faites à ſes Officiers ; que la convention
de 1771 , concernant l'extradition des ſujets
Pruffiens ſera étendue à la Pruſſe occidentale ;
que la navigation dos ſujets Pruffiens par le territoire
de la Ville ſera libre ; que la Ville pourra
prendre pour les marchandises importées par
mer , pour le compte des ſujets Prufſiens , les
mêmes droits de douane que les Dantzickois font
obligés de payer dans les Etats du Roi ; que la
Villeaura ſeule & excluſivementdes ſujets Pruffiens
le commerce d'exportation des productions
de Pologne , & que les effets pour la Cour ſe
ront exempts de tout droit quelconque.
On donne comme exact l'état ſuivant da
commerce de Léipfic. On y compte 166
Régocians , dont 133 maiſons Allemandes ,
20 Françoiſes & 13 Italiennes, 270 Marchands
Merciers , 13 Imprimeries , 192 établiſſemens
de Manufactures , 121 métiers
pour bas de foie&de laine. On y fabrique
auſſi du tabac , des inſtrumens de muſique,
des cartes à jouer , des toiles peintes, le bleu
de Prufle , du papier-tapiſſerie, des bougies,
C4
( 56 )
&c. La population de cette ville eſt eſtimée
de 32,000 habitans .
DE BERLIN , le 20 Juin .
Le 12 de ce mois , le Roi & le Prince
Royal font revenus a Potzdam. S. M. fe
propoſe , felon le bruit public , de paſſer
quelque temps à Sans- Souci .
La Déclaration du Roi du 20 Mai dernier
, portant diminution des droits ſur le
Café en général , & diminution du poids du
Café brûlé vendu par l'adminiſtration , eft
compoſée de 12 articles , dont voici la
fubſtance.
1º. La Compagnie du Commerce maritime
fera chargée excluſivement de fournir le café à
l'Adminiſtration pour le débit du café brûlé ; elle
Je prendra de la premiere main , & fera enforte
qu'elle puiſſe l'avoir à bon marché & en échange
des productions & des marchandiſes fabriquées du
pays.
2°. Cette Compagnie fournira à ladite Adminiſtration
, à un prix fixe , les proviſions de café
dont elle aura beſoin; ce café ſera bonne marchandise.
3°. Le débit du café brûlé continuera d'être
fait par l'Adminiſtration établie à ce ſujet ; le
bénéfice qui en reviendra eſt doſtiné pour l'entretien
de 400 Invalides. La demi- once de café
brûlé ne ſera vendue qu'un pfenning plus cher que
le café en grains. Dans le cas où le bénéfice du
débit du café brûlé ne feroit pas ſuffisant pour
P'entretien de 400 Invalides & des frais de l'adminiſtration
, S. M. y ajoutera le déficit .
( 57 )
49. L'achat du café en grains , & le débit de ce
café pour la confommation dans le pays , conti
nueront d'être faits par les marchands & particuliers
qui en ont obtenu la periniffion ; mais à
compter du i Juillet 1784 , le café acheté par
ces marchands & particuliers , ſera adreſſé à la
Compagnie du commerce maritime , ſous peine
deconfiſcation & autres punitions légales .
5°. La Compagnie du commerce maritime ,
établira dans les principales villes , des Bureaux
pour l'expédition du café arrivé à ſon adreſſe pour
les Marchands , qui feront tenus de rembourſer à
la Compagnie les frais de tranſport , les droits de
douane , &c. & de lui payer en outre les droits de
commiffion en ulage parmi les Négocians.
6°. Acompter du premier Juillet 1784 , la
taxe ſur la livre de café ſera diminuée de 6 grøf
chens , 2 pfennings à 3 groſchens , & 2 pfnnings.
7°. L'Adminiſtration pour le débit du café
vendra au public , à compter du premier Juillet
1784 , la livre de café brûlé pour dix groſchens ;
la demi-once 5 pfennings , &c. Ce prix aura lieu
pendant un an.
8°. Quant au café deſtiné pour le commerce
avec l'étranger , il ſera pareillement adreflé à la
Compagnie du commerce maritime à compter du
premier Juillet 1784. Tout le café adreſſé à cette
Compagnie&deftiné à l'exportation, ſera exempt
desdroits d'entrée , & de tous les nouveaux droits
de fortie, comme le droit de 6 groſchens parquintal,&
d'un groſchen par livre , & il ne paira que
les anciens droits ordinaires de douane & d'accife,
& en outre 2 pour cent lorſqu'il paffera en
Pologne , conformément au Tarif; mais le café
qu'unNégociant étranger ou ſon commiffionnaire,
établi dans cepays , veut faire tranſporter par ce
pays , paiera un droit de tranfit , de 12 pour
cent.
65
( 58 )
9°. La Compagnie du commerce maritime ;
ainfi que ſes Bureaux , ne pourront délivrer à un
Négociant , une certaine quantité de café,deſtiné
à l'exportation , avant quil n'ait été prouvé par
les quittancesdu Bureau d'acciſe , que les droits
d'acciſey ont éte dépoſés réellement; mais auffitôt
que l'exportation ſera prouvée par des certi
ficats , l'Adminiſtration générale reßituera , ſans
délai les droits d'accife déposés. Les Négocians .
pour leſquels la Compagnie de commerce maritime
s'engage à répondre & à prouver l'exportation
du café dans les termes preſcrits par le Réglement
, ferent diſpenſés de la dépoſitiondes
droits d'accife.
109. Le commerce d'exportation du café , ne
jouirades ſuſdits avantages , que lorſque l'exportarionſe
fera ſur les grandes routes , mais dès - qua
l'exportation ſera faite ſur d'autres chemins , le
café ainfi exporte; paiera undroit de tranfit de
12 pour cent.
,
11 °. La Compagnie du commerce maritime ,
ſera tenue d'envoyer à la fin de chaque mois
dans les Bureaux de l'Adminiſtration générale
d'acciſe & de douane , un état exact des quantités
de café qui lui a été adreſſé , & de celles qu'elle
a délivrées aux Négociants , tant pour la confommation
dans le pays , que pour l'exportation.
12. Il ſera livré à l'avenir une nouvelle taxe
additionnelle d'acciſe de deux pfennings par livre
de fucre.
Par des Lettres circulaires du 28 Mai ,
P'exécution des articles 4& 8 de ladite Déclaration
, a été ſuſpendue juſqu'à nouvel
ordre , & ordonné que tout reftera ſur l'ancien
pied , relativement à l'importation &
l'expédition du Café en grains .
( رو (
Dans un autre Etat d'Allemagne l'uſage
même du café a été prohibé ſous des peines
afflictives. Toute injuſte que paroît cette rrgueur
, elle a encore été inſuffifante pour
prévenir les excès ruineux , où le goût de
cette liqueur jettoit le peuple; excès pire que
celui du vin& de l'eau-de vie ailleurs .
Le Baron de Schulenbourg , Miniſtre privé
d'Etat & de guerre , eſt parti d'ici pour
les Etats du Roi en Westphalie.
La claſſe de Mathématiques de notre Académie
vient de propoſer la queſtion ſuivante
pour le prix de 1786. Elle demande une théo
rie claire & précise de ce qu'on appelle Infini
en Mathématiques. L'Académie deſire qu'on
indique un principe sûr, à ſubſtituer à l'Infini,
fans rendre trop difficiles ou trop longues
les recherches , qu'on abrege par ce
moyen. Le prix eſt une médaille d'or , de
so ducats , & les ouvrages doivent être
adreſſés , avant le premier de 1786 , à M.
Formey, Secrétaire perpétuel.
DE FRANCFORT , le 25 Juin.
Les Nouvelliſtes qui faisoient aller lePape
à Paris , l'Impératrice de Ruffie à Cherfon ,
l'Empereur en Hongrie , l'Evêque d'Ofnabrück
à Vienne , & le Landgrave de Heffe-
Caffel à Paris , envoyent aujourd'hui le
Prince Henri de Pruſſe ſur les bords du lac
Léman , & delà en France. On fixe au 28
de ce mois le départ de cet illuftre Voyageur
, ainſi nous ne devons pas tarder à le
voir paroître. C6
( 60 )
On écrit deCologne , qu'à ſon inſtallation
le nouvel Electeur a été requis : 1°. de ſe
faire conſacrer dans la Prêtriſe, pendant le
cours de l'année. 2°. De réſider 6 mois dans
'Electorat. 3 °. De ne rien innover dans les
loix , fur-tout dans le Militaire , fans le conſentement
du Chapitre. 4°. De ne conférer
aucun emploi de Juſtice & de Police à des
Etrangers.
Par une Ordonnance du 3 Mai dernier ,
l'Impératrice de Ruffie a défendu dans ſes
Etats l'uſage des Ballons , pendant 9 mois
de l'année. Comme les trois mois libres font
Décembre , Janvier & Février , & que le climat
rend dans cette ſaiſon les expériences
impraticables , il eſt évident que cette Souveraine
ne veut point chez elle de ces amuſemens
, qui enchantent aujourd'hui tant de
nations différentes.
L'Empereur a élevé à la dignité de Prince
d'Empire le Comte regnant de Neuwied &
ſapoſtérité.
Pour attirer dans la partie baſſe de la
Hongrie , ainſi que dans la Croatie & l'Efclavonie
des artiſans & fabriquans , on a
publié à Preſbourg & dans d'autres villes de
Hongrie une Ordonnance de l'Empereur ,
qui accorde aux artiſans étrangers , fans diftinction
de Religion , qui s'établiront dans
des villes Royales , le droit de Bourgeoifie &
de Maîtrife , fans rien payer, des maiſons
pour un prix raiſonnable , ou des emplace(
61 )
mens& des matériaux pour en conſtruire ,
une exemption de contribution pour 15
ans , & des avances pour les outils néceſſaires.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 10 Juin.
Une Polacre Raguſaine nous a apporté
une nouvelle qu'on s'obſtine à révoquer en
doute. Selon le rapport de ce bâtiment ,
l'Empereur de Maroc a déclaré la guerre à
Alger & à toutes les Puiſſances Barbarefques
: il a fur pied une belle armée , trèsbien
pourvue , & il ne manque plus à ce
Prince formidable, à ce qu'on ajoute, qu'un
Général.
DE MILAN , le 11 Juin.
C'eſt par inadvertance qu'on a imprimé
dans notre dernier Nº. , que la convention
du Très- Saint Pere &de l'Empereur , au ſujet
de la collation des bénéfices en Lombardie
, portoit la date du 20 Juin : cette convention
eft du 20 Janvier ; elle a été adrefſée
2 mois après par la Cour de Vienne , à
l'Archiduc Ferdinand , Gouverneur de la
Lombardie Autrichienne.
Au nom du S. Siege , au droit dont il avoit
joui juſqu'à préſent de nommer aux Egliſes cathédrales
& métropolitaines , Abbayes , Monafreres
, Prieurés & autres dignités clauſtrales ,
Préceptories générales detous les Ordres , commeauxdignités
les plus grandes après les Pom
( 62 )
tificales , dans les Duchés de Milan & de Manm
toue , exiſtant actuellement & réellement ſous
ladénominetion temporelle de Sa Majefté Impériale.
Il cede pareillement la nomination aux
dignités inférieures , Canonicats , Paroiffes &
autres Bénéfices Ecclésiastiques , dans les mois
réſervés au Saint- Siege , fauf les droits des Ordinaires
pour les autres mois , & ceux du Patronat
laïque & mixte. Les Bulles pour les Egliſes
cathédrales & métropolitaines , & autres bénéfices
non Paroiffiaux feront expédiées aux nouveaux
Titulaires comme par le paffé , en payant
les droits & la taxe d'uſage , à l'exception cependant
des Bénéfices conférés au concours, pour
leſquels Sa Sainteté accorde aux Evêques le droit
d'Inſtitution qu'elle a eu précédemment.On nommera
aux Egliſes cathédrales & métropolitaines
les ſujets les plus dignes , qui fubiront à Rome
l'examen accoutumé ; & l'Empereur s'engage à
faire obſerver dans les nominations & les concours
tout ce qui eft preſcrit à ce ſujet par le
Concile de Trente. Cette convention amicale
ſera obſervée invariablement & à perpétuité ,
taut par Sa Sainteté & les ſouverains Pontifes ſes
ſucceſſeurs , que par Sa Majesté Impériale , en
qualité de Duc de Milan & de Mantoue , & par
ſes héritiers & fucceſſeurs aux mêmes Duchés.
DE VENISE , le 4 Juin .
Le vaifſeau la Concorde, de 74 canons , eſt
parti ce matin pour Corfou : il avoit à bord
le Chevalier Arizzo , nommé Provéditeur
général & extraordinaire du Levant.
Los fregates la Fama & la Palma , & trois
barques canonnieres font parties pour join(
63 )
i
dre l'eſcadre du Chevalier Emo, qut amis à
la voile le 10 Mai pour l'expédition contre
Tunis.
Les lettres de Conſtantinople aſſurent le
départ de l'eſcadre , aux ordres du Capitan
Pacha. Elle est compoſée de II vaiſſeaux de
guerre, de 2 chebecs & de 3 galeres. Elle a
quitté le canal le 22 Mai , & a fait route
pour l'Archipel.
Il s'eſt répandu dans l'étranger , que la
maladie épidémique , dont la Dalmatie a été
affligée , s'étoit étendue dans le Frioul. Ce
rapport eſt abſolument taux , ainſi que tous
les bruits exagérés qui circulent loin de
nous à ce ſujet. Dans le nombre de ces
bruits il faut mettre la prétendue plainte
portée à S. S. par notre Ambaſſadeur à
Rome, ſur la négligence avec laquelle les
côtes étoient gardées , négligence qui forceroit
la République à garnir ſes frontieres
d'un cordon.
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 30 Mai.
On vient de déplacer la fameuſe Statue ,
Nossa Senhora del Capo ( Notre-Dame du
Cap. ) Elle a été tranſportée proceffionnellement
dans un Carroſſe de parade , eſcorté
de chars triomphaux , avec des emblêmes
allégoriques. A ſon arrivée au Cap , cet objet
de vénération fut reçu par LL. MM. &
( 64 )
la Famille Royale , aux acclamations de la
multitude . La cérémonie a été terminée par
des illuminations , combats de taureaux &
autres réjouiſſances publiques.
Il ſe répand qu'à la demande du Roi d'Efpagne
, notre Cour enverra deux vaiſſeaux
de ligne & deux frégates à l'expédition contre
Algor , & que cette eſcadre ſera ſous les
ordres du contr'Amiral Ramire Lesquival.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le z Juillet.
De tous les diſcours qu'a occafionnés le
dernier débat fur la réforme du Parlement
dont nous avons parlé , le ſeul vraiment inftructif
& raiſonné a été prononcé par Lord
North. Il eſt entierement , comme la plupart
de ceux de cet ancien Miniſtre , dans le
genre de l'éloquence ſénatoriale , éloquence
délibérative , qui doit conſiſter en preuves ,
plutôt qu'en mouvemens , en argumens &
non en figures , parce qu'elle a pour objet
d'éclairer & de convaincre des hommes inftruits
, & non d'émouvoir une multitude.
Lord North commença par déclarer que quoiqu'il
opinât à faire retirer la motion , il trahiroit
ſes ſentimens, en déſirant qu'elle füt remife
à un autre jour. Mon feul voeu , ajouta-t- il ,
eſt qu'elle ne reparaiſſe en aucun temps , car
j'en regarde le ſuccès comme le coup mortel de
notre conſtitution .
Le digne Alderman , auteur de cette motion
n'a allégué aucune preuve de la néceſſité d'ale
( 65 )
térer la forme de la repréſentation en parlement.
Tantque cette néceſſité ne ſera pas démontrée ,
je regarderai toujours un premier eſſai comme
imprudent & infiniment dangereux. Il n'eſt pas
motivé ſans doute par la crainte de l'extenfion
des pouvoirs de la Couronne : les perſonnes qui
ont engagé cette Couronne à diſſoudre le Parlement
, ne ſont ſurement pas ſérieuſement
effrayées de cette influence.
Eft-il des raiſons plus plausibles de juſtifier
cette altération de loix dont nous avons ſi longtemps
reſſenti les avantages ? Non certainement
: cette Chambre a été inſtituée pour repréfenter
tout le Royaume : la liberté d'ailleurs
a un autre caractere. On est libre , en vivant
dans une contrée où l'on ne dépend que de loix
égales pour tout le monde, grands ou petits, riches
ou pauvres : or , ce précieux avantage eſt aſſuré
àlanation,
Mais, dit-on, Helſtone, le vieux Salisbury, bourgs
miférables , envoyent des membres au Parlement
, tandis que Manchester , Hallifax , Léeds ,
Birmingham , n'ont aucuns repréſentans. Eh
bien! ces villes ont-elles témoigné aucun défir
d'en acquérir ? Quelqu'un s'imagine-t il qu'une
pétition de ces importantes Cités ſansrepréſentans,
fera moins accueillie de cette Chambre , qu'une
petition d'Heiſtone , ou du Vieux Salisbury ? Le
paffé a démontré le contraire , & l'avenir le
démontrera toujours .
Et puis , qu'elle preuve avons-nous des intentions
du peuple touchant cette prétendue réforme?
Lorſqu'elle fut miſe en difcuffion l'année derniere
, un Honorable Membre demanda où étoit
la requête de Birmingham : je fais aujourd'hui
lamême queſtion pour toutes les villes ſuſnommées.
A-t-on quelque information bien authen
( 66 )
tique des vues du peuple àceſujet ?jen'en connois
aucune , & fi cette innovation avoit éré
expreſſément requiſe par nos conſtituans , je
regarde comme indubitable , que le droit , le
devoir de cette Chambre , l'intérêt public dont
elle eft reſponſable , l'autoriſeroientà ſe refuſer à
des projets peu refléchis & à des volontés impropres.
Je ne me fais point ſcrupule de dire ouvertement
que, les membres qui ſuppoſent qu'en
toute occafion leur conduite doit correſpondre
aux inſtructious de leurs conftituans , méconnoifſent
leGouvernement de ce pays. Oui: abandonner
ſes opinions & ſes jugemens à la volonté
droite ou erronnée de ceux qu'on repréſente ,
me paroîtra toujours un acte inconftitutionel.
Nous ne fiégeons point ici , comme les Etats-
Généraux , pour repréſenter telle province ou
diſtrict particulier , ni pour prendre ſoin des intérêts
privés de cette province particuliere ;
nous ſommes envoyés en cette afſemblée , comme
les gardiens des intérêts du royaume entier. Je ne
parle point ici en qualité d'Ambaſſadeur de
Banburi , ni tel autre comme le plénipoten.
tiaire d'Elftone. Au moment où un membre a
pris léance pour un Bourg , il doit ſe conſidérer
lui même , comme repréſentant de l'Angleterre
entiere.
Selon le digne Alderman , cette réforme n'eſt
pointune innovation , mais un retour aux premiers
principes. Bon Dieu ! y a-t-on refléchi ,
en voulant afſocier le retour aux anciens principes
, avec une plus égale repréſentation & un
plus grand pouvoir du peuple ? ſon autorité légiflative
eſt maintenant plus conſidérable qu'elle
ne le fut en aucun temps. Anciennement la légiflature
exiſtoit entiere chez le Roi & chez les
( 67 )
Barons. Les avocats de la réforme ne peuven
s'annoncer comme combattans l'influence de la
couronne & celle de l'aristocratie , & en méme
temps vouloir nous ramener à un période, où ces
deux influences ont été dix fois plus puiſſantes
dans cetre Chambre que ni l'une ni l'autre ne
le font à préſent.
L'Orateur juftifia cette aſſertion par un expoſé
rapide des différentes époques de la conftitution.
Elle a eu la même origine , elle fort
de la même ſource , dit il , que celle de l'Allemagne
, de la France , de l'Eſpagne : le ſeul
génie national , & une infinité de hafards &
de conjonctures ont fait les différences. Il difcuta
enſuite les divers projets des ſpéculatifs
pour effectuer cette réforme , celui d'ajouter
au Parlement cont Chevaliers des Comtés , &
l'idée du Duc de Richmond , que chaque individu
doit avoir fon fuftrage. Le ſtatut de
Henri VI , continua Lord North , a réſervé le
droit d'Election aux ſeuls francs Tenanciers ,
jouiffant d'un revenu libre de 40 ſchelings par
année. Qu'on évalue cette ſomme , qu'on la
compare au tems d'Henri VI , avec ſa valeur
actuelle? Si Pom ſe plaint des défordres & de
la vénalité desElections , ne fera- ce pas dix fois
pire, lorſque le nombre des Electeurs ſera infi
niment accru & encore plus pauvre ?
Après avoir récapitulé avec beaucoup de
force & de netteté les principes de fon diſcours ,
Lord North s'adreſſa au Chevalier Richard
Hill, Partiſan du Miniſtere , & qui avoit attaqué
l'Orateur par un déluge de pointes , de ſarcaſmes
&dereproches.
« L'honorable Baronet , dit Lord North , &
>> plufieurs des amis de l'Adminiſtration ne cef-
>> fent de me harceler & de me reproduire ,
( 68 )
>> comme l'auteur des calamités occafionnées
>> par la guerre d'Amérique. Cette accufation
eſt une fauſſeté. A mon avénement au Mi-
>> niftere ; j'ai trouvé la guerre d'Amérique
commencée ce n'eſt pas moi qui l'ai fait
>> naître , cette guerre intéreſſoit toute la na .
>> tion , & a été le voeu du peuple entier. Un
>> Parlement réformé n'exprimera pas plus clai-
>> rement que le Parlement actuel ne l'a fait
>> l'expreffion du ſens de ſes conſtituans , à ce
>> ſujet . Aink que ces Meſſieurs renoncent à ces
>> éternelles & calomnieuſes aſſertions , ou bien
>> qu'ils me citent en jugement , je ſuis prêt
>> à m'y foumettre; je le demande comme un
,
droit. Certainement on n'a aucune raiſon au-
>>> jourd'hui de me le refuſer : fi j'étois protégé
ci -devant , je ne le ſuis plus . Les Miniſtres
>>>ont toutes sortes de moyens pour faire valoir
>> une perfécution contre moi ; ils ont à leurs
>> ordres la Chambre des Communes pour porter
>> l'accusation , la Chambre des Lords pour me
,
juger ; ils ont en leurs mains tous les écrits
>> qui peuvent dépoſer contre moi. Quant
>>>aux témoins ; ceux qui alors ſe diſoient mes
>> amis ( 1 ) , qui partageoient mes fecrets
>> que j'ai reçus dans ma plus intime confidence,
>> font maintenant dévoués à M. Pitt , & j'ofe
>> dire que leur amour pour la justice & leur zele
>> pour le bien pubic , les rendent en cette occafion
>> des témoins irrécuſables. Cependant c'eſt avec
>> tous ces avantages du Miniſtere accuſateur ,
- Juge , Maître des témoignages écrits & des
>> dépoſitions , que je demande une Cour d'En-
>> quête ; fi elle m'eſt refuſée , j'eſpere qu'on ne
>> reviendra plus à ces indiſcrettes qualifications ,
> qu'on n'a pas le courage de prouver juridiquement
» .
(1) MM. Dundas , Jenkinson , Robinson , &c. &c.
( 69 )
Acedéfi preſſant & noble , quelques amis
de M. Pitt , & M. Pitt lui-même ne répondirent
que par des récriminations injurieuſes
; dans ce débat il faut convenir que la
dignité , la décence & la raifon ne ſe trouverent
pas du côté des Miniſtres .
Le 18 , M. Brett , l'un des Lords de l'Amirauté
, demanda à la Chambre en Comité
de ſubſides , une ſomme de 740,000 1. ſterl.
pour les dépenſes ordinaires de la Marine,
ce qui fut accordé , ainſi qu'une fomme de
1,100,000 liv. fter. pour réparer les différens
chantiers du Royaume.
Ce même jour , & conformément au voeu
d'un certain nombre de Citadins , l'Alderman
Newham propoſa le rappel de la taxe
fur les quittances ; motion qui , après de
courts débats très-ſecs, futrejettée à la pluralité
de 118 voix contre 19. M. Pitt ſe tira
de ce nouveau piege avec rondeur & dextérité,
en exprimant fon voeu pour qu'on pût
ſe paſſer de cetre taxe , mais en même temps
l'abſolue néceſſité de la conſerver.
L'un des jours flatteurs de ce jeune Miniſtre
fut le lundi 21. C'eſt dans cette ſéance
qu'il propoſa ſon Bill pour prévenir la contrebande
du thé , Bill qui renferme une des
plus brillantes opérations de finances , en ce
qu'elle remplit trois objets , de prévenir la
contrebande fans aucuns frais , par la feule
fuppreflion des droits , d'augmenter le revenu
malgré cette fuppreffion , & de le faire
( 70 )
par une taxe nulle pour le peuple , & trèsſupportable
pour les gens aifés .
Selon l'ordre du jour , la Chambre s'étant
formée en Comité pour conſidérer les mefures
à prendre au ſujet de la contrebande , le
Chancelier de l'Echiquier ſe leva & dit :
Qu'il étoit généralement reconnu que l'exceffive
contrebande qui pénétroit dans le Royaume
faiſoit un tort infinià ſon revenu ; que d'après les
rapports préſentés àdivers comités ſur cetobjet ,
il lui paroiſſoit que de tous les articles de commerce
, le thé étoit celui qu'on faiſoit paſſer en
contrebande avec le plus de facilité & en plus
grande quantité ; que s'il étoit poſſible de parvenir
à empêcher la contrebande de cette denrée
, il ne ſeroit pas ſi difficile d'arrêter la contrebande
des autres articles , moyennant les réglemens
qui devoient avoir lieu pour mettre
un frein à la cupidité de tous los contrebandiers
en général , qu'en conféquence ſon intention
étoit depropoſer de diminuer conſidérablement
les droits ſur le thé , de maniere qu'on ne l'achetât
pas beaucoup plus cher que le prix auquel les
contrebandiers le vendent actuellement , ou peuvent
le vendre par la ſuite ; que dans l'exécution
de ce projet la grande difficulté conſiſtoit
à dédommager le revenu public de la perte que
lui occafionneroit la diminution des droits fur
le the; que cette perte pourroit bien aller à
600 livres; qu'il étoit notoire que la quantité
de thé légalement ou illégalement importé dans
leRoyaume montoit à plus de 13 millions ; qu'il
n'y en avoit que 5 millions qui payaſſent les
droits , & qu'ainſi il étoit évident que le revenu
perdoit 800 mille livres ; que dans cet état des
choſes , il étoit à defirer que lesdroits ſur le th
( 71 )
i
fuſſentdiminués au point d'en rendre le commerce
déſavantageux aux contrebandiers , & de dégoûter
les Compagnies des Indes étrangeres d'apporter
du thé en Europe au détriment de notte
Compagnie des Indes & du revenu du Royaume
; qu'il étoit à remarquer que bien que nous
portaffions nos marchandises en Chine à beaucoup
meilleur marché que les autres Nations ,
elles faifoient cependant paſſer leur thé en Europe
à beaucoup moins de frais que nous ; qu'ainfi
il propoſeroit de mettre à l'avenir le thé bohea
à 2 liv. 1 1. vendu par la Compagnie , & à 2 liv.
4f. vendu par les détaillans ;les autresthés àun
prix également modéré , relativement à leur
qualité; que les droits ainh réduits nedonneroient
au revenu que 160,000liv. au lieu de 200,000
qu'il recevoit , moyennant le prix actuel de la
taxe ; que pour remplir ce déficit il mettroit une
nouvelle taxe ſur les maiſons à raiſon du nombre
des fenêtres , ſavoir 3 C. ſur les maiſons où il y a
moins de fept fenêtres , & en augmentant ainfi
ſuivant l'angmentation du nombre des fenêtres
juſqu'au nombre de cent quatre-vingt fenêtres ,
le plus haut qu'il ſoit ſans doute poffiblede trouverdans
les plus vaſtes maiſons du Royaume ;
que les maiſons à douze fenêtres paieroient une
guinée , celles à vingt-quatre fenêtres ; livres
15 ſols; celles à trente fenêtres 5 livres , celles á
quarante fenêtres 7 livres ; ceſles à cent qutrevingt
fenêtres 20 livres , & que toute perſonue
quia plus d'un maiſon paieroit la taxe pour deux
de ces maiſons ; qu'il eſpéroit que cette taxe
produiroit au moins 620,000 livres , & que l'augmentation
du thé légalement importé apporteroit
au revenuune ſomme confidérable ; que la
quantité de the pris annuellement par chaque
perſonne, pouvoit ſe monter à trois livres au
( 72 )
moins , puiſque communément on accordoit aux
femmes domestiques une guinée par an pour leur
thé , ſomme au-deſſous de ce qui leur en coûte
pour cet article ; que le grand avantage que la
compagnie des Indes retireroit de cette nouvelle
opération lui ſerviroit à équiper un plus grand
nombre de vaiſſeaux , & à apporter en Angleterre
une quantité de thé plus conſidérable que
par le paffé ; que pour empêcher la Compagnie
de profiter de ces circonstances pour hauffer le
prix de ſon thé, il ſe propoſoit de faire des réglemens
qui laiſſeroient aux diverſes Compagnies des
Indes étrangeres la permiſſion d'apporter du the en
Angleterre,fi la Compagniedes Indes Angloiſe vouloit
mettre leſien à un prix déraisonnable. M. Pitt
termina ſon Diſcours en propoſant de révoquer
les droits d'acciſe & de douane qu'en paye ſur le
thé & d'établir un nouveau ſyſteme de taxation
fur cet article.
M. Eden obſerva que l'opération propoſée par
M. Pitt ne paroiſſoit pas impoſſible dans l'exécution;
mais qu'elle préſentoit des difficultés ſans
nombre , qui ſuſciteroient beaucoup de fermentation
dans le Public & de longs débats dans la
Chambre. Il s'agit , continua t-il , de révoquer
un ſeul article de taxation qui produit actuellement
700,000 liv. chaque année , & qu'on veut
remplacer par une nouvelle taxe qui affectera toute
l'économie domeſtique du Royaume , & qui peut
opérer des changemens dans le ſyſtême du revenu
de la navigation &du crédit public. Qu'il me ſoit
permis de faire une obſervation , qui ſans doute
a échappé à M. Pitt. Toutes les Compagnies
étrangeres de l'Europe ont importé récemment ,
&importent encore actuellement des quantités
de thé confidérables , & il n'y a point de doute
qu'elles ne cherchent tous les moyens poffibles
de
( 73 )
de faire paffer frauduleuſement en Angleterre le
fruit de toute la rapine exercée dans l'Inde. Cette
quantité immenfe de thé importée ſur le continent
de l'Europe doit occaſionner de l'erreur dans
le calcul de M. Pitt. Ily a peu de conſommateurs
de thé dans le continent , & ce qui ne ſera pas
conſommé paſſera ici frauduleuſement , au prix
le plus bas,& même à un prix beaucoup au-deſſus
de ſa premiere valeur. La diminutionde nos droits
n'empêchera pas cette contrebande ; car enfin il
faudra vendre ce thé , ou le jetter à la mer.
Quant à la propoſition d'admettre les thés étran
gers , dans le cas où notre Compagnie des Indes
voudroit mettre un prix trop cher au ſien , c'eft
une meſure qui , ſelon moi , ne peut produire
l'effet qu'on en attend ; car file plan de M. Pirt
réuffit , lesCompagnies étrangeres cefferont d'apporter
la quantité de thé qu'il leur faudroit pour
arrêter le monopole de notre Compagnie des In
des. Je demande donc que dans l'exécution d'un
plan avantageux pour cette Compagnie , &
diſpendieux pour les individus , il foit paflé un
Contrat , en vertu duquel la Compagnie ſera
forcéede fournir le thé à un prix ftipulé.
Malgré ces objections de M. Eden & de
quelques autres , le Bill n'en fut pas moins
reçu avec unapplaudiſſement à- peu-près univerſel.
Tous les droits d'Excife & de Douane
ſur le thé feront ſupprimés. Ils feront remplacés
par un droit de Douane beaucoup plus
foible , & par la taxe additionnelle fur les fenêtres
: voici un tableau exact de l'une &
de l'autre.
Droits de Douane.
Sur le thé bouy 12 1. 10 f. pr 100 de la vali ...
Souchong 25 ditt. ...
N°. 28 , 10 Juillet 1784.
d
( 74 )
Singlo..... 30 ditt.
-Hyton.
-Congou
.... 15 ditt.
... 40ditt.
:
Taxe additionnelle ſur les fenêtres.
Pr une maiſon, au-deſſous de7 fenêtres , 3 1. f.d.
Maiſon de 7 fenêtres
de 8 fen .
r
..... .. 6
8
10 6
13
de 9 .
de 10.
de 11.
de 12.
de 13 .
de 14.
de25 .
de roo.
de 180.
15 6
• 18
I
I 5
4
10
20
Ne pouvant conteſter ſur le Bill en luimême
, on a conteſté ſur l'Inventeur. On a
diſputé à M. Pitt cette qualité , en attribuant
ce plan à Lord John Cavendish , prédécefleur
de M. Pitt , & à M. Eden lui-même ,
l'un des Hommes d'Angleterre & d'Europe
les plus verſés dans ces matieres. D'autres
remontant plus haut, font avec juftice honneur
de cette idée à feu Lord Kaims , trèsconnu
par ſes vaſtes connoiffances politiques
& littéraires , à qui Voltaire , quelque
part, a adrené des injures , parce que cet
Ecoflois n'avoit pas les mêmes idées que lui.
fur Racine & fur Shakespeare.
Au reſte , comme dans un pays où il eſt
libre à tout le monde de s'inſtruire & d'écrire
fur Josieres d'Etat , il ſe trouve néceſſai(
75 )
fairement des Hommes de génie, le célébre
Philofophe Adam Smith , dans ſon admirable
Ouvrage ſur la Richeſſe des Nations ,
avoit poſé les principes lumineux d'après lefquels
a travaillé M. Pitt. Lorsque la diminution
du revenu, dit le Philoſophe Ecoffois ,
eft l'effet de la diminution de la confommation
, iln'y a qu'un seul remede , celui de modérer
l'impót , même systéme à l'égard de la
contrebande. Le même Ecrivain obſerve
quant aux taxes ſur les fenêtres , qu'elles ont
le très grand inconvénient de l'inégalité , vû
qu'une maiſon de to liv. ſterl. de rente en
province , peut avoir ſouvent plus de fenê .
tres qu'une de soo liv. ſterl. à Londres.
و
L'importation générale du thé en Europe eſt de
18à20 millions de livres. Dans un Ouvrage célebre
ſur le Commerce , on a évalué la conſomma.
tion desAnglois à 12 millions : l'Auteur étoitbien
informé, puiſqueM. Pitt ne differe de lui que d'un
millionadditionnel. La nouvelle taxe ſera plus profitable
qu'onéreuse aux conſommateurs médiocres :
lesdroits étant diminués des trois quarts ; à mettre
laconſommationdomestique , l'une dans l'autre , à
4livres peſant annuellement , la diminution du
prix ſera d'une liv. fterl. &4 T. ou de 6 ſchelings
par livre. Or, c'eſt- là la valeur de l'impôt ſur 13
fenêtres .
Le 23 , M. Dempſter fit ſa motion annoncée
fur l'état des Finances , Pécheries ,
Commerce & Navigation. Ce ſujet promettoit
un cours d'Economie politique ; ces retours
fréquens & généraux de la Chambre
fur l'état de la nation , font d'ailleurs re
d2
( 76 )
marquables , parce qu'ils n'appartiennent
qu'au Parlement Anglois. En louant les réflexions
, les remarques & le patriotiſme de
M. Dempſter , la Chambre s'accorda à penſer
qu'une réviſion de cette étendue devair
être remife à la ſeſſion ſuivante : on ſe borna
à prendre en conſidération les pêcheries
d'Ecoſſe , auxquelles il eſt décidé qu'on va
donner les plus vifs encouragemens.
Dans le cours de ſa harangue , M. Dempster
préſenta le bilannationalde la maniere ſuivante,
Dette fondée au mois de
Septembre 1783 .... liv. fterl. 232,280,349
Dette non fondée en Janvier
1784 , fi, convertie enAnnuités
de 601. à 3 pour 100 . ,,, .
Billets de l'Echiquier. ,
..
38,333,333 .
9,418,564 .
Total de la dette. 1.ft. 280,032,246,
Dépenses annuelles .
Intérêtsdela dette fondée
De la detre non fondée .
Desbillets Hel'Echiquier.
..
.
8,106,793 1
1,150,000 1 .
304,114 1.
Total. ...
...
• 9,560,907 1,
Etabliſſement de paix annuel ,
tel qu'il exiſtoit avant laguerre .. 3,950,000 1.
Like civile. ......... १००,००० 1.
Total deladépenſe annuelle. 14,410,707 1 .
Revenu public .
Produit des ancienne's taxes . 48,005,421 1.
Terres & Malt , en déduisant
100,000 1 , pour la Milice. ... 2,438,572 1.
-Produit des nouvelles taxes
puis la guerre.. 2,573,720 1.
( 77 )
Taxes de 1783 . 568,437 1 .
Total. • ....... 13,586,140 1 .
Déficit à pourvoir . ..... 824,767 1 .
Un million appliqué annuellement à décharger
la dette publique , felon les calculs
de M. Maferes , Baron de l'Echiquiér , dans
fon Traité des paiemens reverfibles , acquitteroientà
75 pr. 100 , 3,17,000,000 en 60
années.
La Cour de l'Echiquier a jugé à Guidhall ,
le procès entre le Commodore Johnstone
& le Capitaine Sutton. Cette cauſe a duré
22 heures , & le rapport des Jurés n'ayant
été produit qu'au bout de 13 heures de délibération
de leur part.
Sir William Burnaby , les Capitaines Pigott ,
Clément & Hands , & pluſieurs autres Officiers
de Marine , ont été interrogés relativement à la
conduite du Capitaine Sutton , & tous ont atteſté
qu'on ne pouvoit abſolument rien reprocher à cet
Officier; & que d'ailleurs le Commodore Johnttone
auroit pû tenir un conſeildeguerre à lamer
s'il l'avoit voulu .
Le Commodore à ſon tour demanda & obtint
de la Cour la permiflion d'interroger ces mêmes
témoins fur pluſieurs points maritimes de la campagne
; mais il eut la mortification d'entendre
des choſes qui l'inculpoient au contraire luimême
, en qualité de Commandant en chef de
l'expédition . Ce que l'on a cependant admiré ,
c'eſt le ſang-froid étonnant que le Commodore a
gardé pendant tout cet interrogatoire. Il demanda
entr'autres queſtions à un des témoins qu'il avoit
d3
( 73 )
forcé à donner ſon ſentiment ſur l'action qu'n
avoit rendue, s'il n'étoit pas vrai que lui (Officier)
avoit dit en conversation , immédiatement après
le combat , que c'étoit l'une des p'us brillantes
affaires qu'il eût jamais vues. L'Officier convint
de ce fait, mais il ajouta que l'après-midi du
même jour , en fe rappellant les manoeuvres de
l'eſcadre, & en examinant les plans & lesjournaux
, il avoit totalement changé d'opinion , &
en avoit conçue une très-mauvaiſe de toute cette
opération. Cela s'appelle changer d'opinion à propos.
Les Jurés ſe retirerent à 7 heures du ſoir après
avoir reçu les inftructions du Lord- Juge , & à
8 heures du matin le lendemain , ils firent leur
rapport par lequel ils condamnoient le Commodore
Johnstone à 5000 1. ft. de dommages envers le
Capitaine Surton.
Le Commodore Johnſtone a perdu encore
dernierement un procès civil affez confidérable
, ſa place au Parlement, & deux
Elections conteſtées en F.coffe. Peu de membres
des Communes auront paié auſſi cherement
leur indépendance& leur maladreſſe
à ne ſe ranger à aucun parti.
Voici le calcul de la dépense que l'on a jugé
qu'occaſionneroit le ſcrutin de Westminster ,
d'après les principes actuels. -L'examen de
trois mille voix , ſur le pied d'une voix par
jour, l'un portant l'autre , en exceptant les Dimanches
, exigera neuf ans & huit mois , & les
frais au taux modéré de so liv. ſterl. par jour
des deux parts , ſe monterom àla ſomme modique
de 300,000 liv. fterl.
( 79 )
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 7. Mai.
Voici la fin de la Lettre circulaire du Général
Waſhington, commencée dans le précédent
Numéro.
Après avoir ainſi réformé tout ce que l'on a
critiqué dans notre Inſtitution originaire , ſans
rien diminuer cependant de la conſidération que
nous nous flattons de conſerver dans l'eſprit du
fiecle préſent & des générations à venir ; après
avoir déféré au ſentiment unanime de nos concitoyens
; après avoir fatisfait à toutes les objections
poffibles que l'on pourroit nous faire relativement
à notre union ſociale , qui doit ſe
perpétuer entre nous juſqu'au dernier foupir , &
après avoir établi ſur un fondement auffi perma
nent & auſſi ſolide qu'il puiſſe l'être , l'article
primitif de notre aſſociation qui regarde les
malheureux; il ne nous reſte plus qu'à confolider
l'édifice de notre inſtitution fur ces deux
baſes originaires , l'amitié & lacharité , & à invoquer
votre libéralité , votre patriotiſme & votre
générofité , ainſi que votre conduite paſſéedans
toutes les occafions qui ſe ſont préſentées , & la
pureté de vos intentions dans la conjoncture préſente
, pour la ratification de nos réſolutions.
Nous attendons également de la juſtice & de
l'intégrité du public, que les réformes & les
modifications que nous venons de faire à notre
Intitution feront très-fatisfaiſantes , & que la
puiſſance légiflatrice paſſera bientôt des actes qui
mettrontle ſceau à votre bienveillance.
Qu'il nous foit encore permis d'ajouter que la
culture de l'amitié & la charité que nous profeffons
feront , à ce que nous eſpérons , des objets
affez importans pour prévenir toute négligence
L
d4
( 80 )
ou relachement dans leur exécution ; de confot
ler& de ſecourir ceux de nos infortunés compagnons
qui ont vu luite pour eux des jours
plus heureux , & qui ont mérité un meilleur
fort; de ſécher les larmes des veuves malheureuſes
, qui , fans notre charitable Inſtitution ,
fe feroient vues réduites , avec leurs enfans , aux
horreurs de l'indigence & du malheur ; de ſoutenir
les orphelins des deux ſexes , de ſouſtraire
d'innocentes filles au vice , d'encourager des fils à
fuivre les traces d'un pere vertueux: telles ſont
Les oeuvres que nous nous propoſons de faire. Le
bonheur des malheureux que nous aurons ſecourus
fera le notre ; & cette idée charmera nos
douleurs , & conſolera nos derniers momens.
Pourſuivons donc avec chaleur ce que nous avons
projeté avec cordialité. Que le Ciel & notre
confcience ratifient notre conduite ; faiſons par
nos actions le meilleur commentaire de nos
idées , & laiſſons pour précepte à la poſtérité que
la gloire des guerriers ne fauroit être complette
que lorſqu'ils favent auſſi remplir les devoirs de
citoyens. Signé par ordre , G. WASHINGTON ,
Préfident.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 4 Juillet.
Le 25 Juin , le Roi , accompagné de
Monfieur & de Monſeigneur Comte d'Artois
, a aſſiſté dans l'Egliſe de la paroiſſe
Notre-Dame , au Service anniverſaire fondé
pour le repos de l'ame de la feue Reine ;
Madame Elifabeth de France y a également
affifté.
Le ſieur de Saint-Germain a eu l'honneur
de préſenter au Roi & à la Reine le Manuel
des végétaux, ou Catalogue latin & françois
( 81 )
de toutes les plantes , arbres & arbriſſeaux
connus ſur le globe de la Terre , rangés ſelon
le Syſtême de Linné, par claſſes , ordres ,
genres & eſpeces , avec les endroits où ils
croiffent : les plantes des environs de Paris
y ſont ſpécialement indiquées avec une Table
françoife.
Le 13 Juin, les fieurs Sarrazin & Jolivet ,
de Lyon, Inventeurs d'une Mécanique nouvelle
pour fabriquer des bas & autres ouvra
ges en Bonneteries, ont eu l'honneur d'être
préſentés à Sa Majeſté par le Contrôleur général
des finances , de travailler & en faire
l'épreuve devant Elle.
Le Roi a paru ſatisfait de l'ouvrage qui
en réſulte , & l'a honoré de fon approbation.
Le 15 , ils ont eu l'honneur d'être préſentés
à la Reine & la Famille Royale : Sa
Majesté a beaucoup applaudi à l'invention.
Le 27, Leurs Majestés & la Famille Royale
ont ſigné le contrat de mariage du Baron
de Damas , Meſtre de camp en ſecond du
régiment de Chartres , Infanterie , avec Domoiſelle,
de Sarsfield , Chanoineſſe d'honneur
& Comteſſe de Neuville ; & celui du
Marquis de Raigecourt , Officier au régi
ment Royal - Allemand , Cavalerie , avec
Demoiselle de Caufans , Dame pour accompagner
Madame Elifabeth de France.
Le même jour , la Comteſſe de Stampa ,
Grande- d'Eſpagne , a eu l'honneur d'être
préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
ds
( 82 )
Royale par la Comteſſe de Teffé , & de
prendre le Tabouret . La Comteſſe Edouard
de Marguerie a auſſi eu l'honneur de leur
être préſentée par la Comteſſe de Briqueville.
L'Abbé de Villers -la Faye , Comte de
Saint- Pierre de Mâcon, Vicaire général du
même diocele, ayant été ci-devant nommé
Maître de l'Oratoire deMonſeigneur Conte
d'Artois , a eu l'honneur d'être préſenté, en
cette qualité , au Roi & à la Famille Royale.
DE PARIS, le 6 Juillet.
On fixe au ro de ce mois le départ de M.
le Comte de Haga ; ce Prince a continué
deparcourir dans cette Capitale tout ce qui
pouvoit flatter ſon goût & fa curiofité : il a
aſſiſté fréquemment aux divers ſpectacles ,
& pluſieurs perſonnes du premier rang ſe
ſont piquées de l'émulation d'amuſer l'illuftre
Voyageur, par des fêtes plus ou moins
ingénieuſes & brillantes.
La foule ſe porte depuis trois ou quatre jours
chez le fieur Meniere , Orfevre- Joaillier , où
font expofés les préſens que le Roi envoie au
Grand Seigneur par fon nouvel Ambaſſadeur
M. le Comte de Choiſeul. Ces préſens confiftènt
, en un ſervice de vermeil compoté de
vingt- quatre petitsplats de formeronde avec leur
couvercle , 2º, d'un ſabre , deux piſtolets & un
fufil garnis en or & d'un travail précieux ; 3 °.
d'une groffe montre deparade enrichie de brillants
( on la porte ſuruncouffin à côté du Sultan ,
dans les cérémonies publiques) ;& deux aiguieres
( 83)
de vermeil & une en argent ; sº. en des caſſolettes
, un aſperſoir que l'on remplit d'eau de ſenteur
; la plupart de ces pieces ſont enrichiesde
diamants; les pipes ſont montées ſur des flacons
deporcelaines du Japon. Le travail de tous ces
objets eſt d'un goût exquis. On voit enſuite pluſieurs
pendules & une quantité prodigieute de
montres , ſoit en or, toit en argent , dont les
heures ſont marquées ſur le cadran pardes lettres
ou chiffres turcs.
Le fort des Ballons , ainſi que celui du
Magnétiſme animal , & de toutes les nouveautés
demode, eſt pareil à celui des effets
publics. Ils baiſſent , remontent , ſe ſoutiennent,
au gré des circonstances : les Sciences
ont auſſi leurs Agioteurs , qui influent ſur le
crédit des découvertes , & il en réſulte une
fluctuation affez naturelle dans les eſpérances
&dans l'opinion: nous devons à celle- ci une
fuitede l'hiſtoire de ces viciffitudes.
Pour la ſeconde fois , on a tenté ſans ſuccès
àStrasbourg une expérience aéroſtatique. Celle
annoncée par les ſieurs Gabriel & Pierre n'a point
occaſionné d'accident , parce que le ballon n'a
pu s'enlever. Il avoit cinquante pieds de diametre
, & les conſtructeurs ledeſtinoient à ſoulever
trois perſonnes . Le Duc de Cumberland &
d'autres perſonnes de distinction avoiert des chevaux
prêts pour ſuivre le cours de l'aéroſtat : il
avoit attiré à Strasbourg le Margrave de Bade
&d'autres étrangers illuftres , qui font repartis
fans avoir pu jouir de ce ſpectacle.
La ſcene a été pire à Avignon. Le Ballon
conſtruit par le ſieur Scanegatty , & fur lequel
on avoit fondé de grandes eſpérances ,
!
d6.
( 84 )
s'éleva le 20 Juin avec un ſeul homme. A la
hauteur de 20 pieds , la galerie heurta contre
un piquet: le contre-coup la fit chanceler ,
& jaillir du réchaud des étincelles qui embraferent
la paille placée dans la gallerie.
Heureuſement , le voyageur eut le temps.
d'en fortir, & la machine en feu ſe conſuma
dans les airs. Ses fragmens enflammés , en
tombant de toutes parts , allarmerent les
ſpectateurs pour leurs habitations ; nouvelaccident
qui confirme les dangers d'une pareille
expérience.
Nos Colonies à ſucre conſtruiſent auffi des
Aeroſtats. On lit dans les Affiches du Cap le détail
de l'afcenfion d'un Ballon , heureuſement
exécutée. L'Auteur du récit eſpère qu'après cela ,
on ne croira plus en France que S. Domingue est
plongé dans la barbarie. Nous defirions , a oute-t-il ,
que la plus belle Colonie de l'Univers fut la première
à répérer dans le nouveau Monde le plus beau de tous
les effais. Pour la fatisfaction dont l'Auteur brûloit
dejouir , M. Beccard s'eſt préſenté , & l'on nous
apprend qu'il a fait ſon expérience le 31 Mars ,
Sans apprêts ni ſans prétention Il eſt affez fingulier
que l'article qui précéde immédiatement dans ces
Affiches, le témoignage de l'amour des Colons
pour la Philofophie , ſoit une liste des Nègres
étampés , fuſtigés , mis en géole , &c. &c. dans
le courant d'Avril .
M. Mercier de Lyon, Inventeur d'un
Ballon aéroſtatique en forme de poiſſon ,
dont on a rendu compte dans l'un de nos
numéros précédens , vient d'en conſtruire
un ſecond dix fois plus grand que le pre(
85 )
mier, auquel il eſt d'ailleurs abſolument
conforme . Un ſpectateur nous écrità ce ſujet:
J'ai vu ce nouveau ballon dans une grande
ſalle dont on avoit ouvert les portes & les fenétres
, fortement pouffé par le vent lorſqu'il étoit
abandonné à lui-même ſuivre enſuite toutes les
directions qu'on demandoit à fon inventeur ,
moyennant un léger changement dans la poſition
de ſes agrêts . Cette machine eſt d'autant plus
ingénieuſe qu'elle eſt de la plusgrande ſimplicité.
En effet, le moyen de la diriger confifte uniquement
dans le jeu de deux ou trois cordons. Avec
l'un on fait mouvoir à droite ou à gauche la
queue du poiffon volant que repréſente la machine
, & qui lui tient lieu de gouvernail : avec
Pautre on promene ſous le ventre du poiffon un
petit poids qui devient le point de réſiſtance
qu'on oppoſe à la force du vent , plus ou moins ,
& juſqu'à l'extrémité des vergues fi le cas le
requiert. Le déplacement de ce poids s'opere
avec la même facilité que l'on ouvre ou que
l'on ferme le rideau d'une fenétre. Au- deſſous
de la nacelle'uſpendue à l'aéroſtat , font accrochés
précisément au centre de gravité , deux
autres poids , dont l'un toujours immobile , ſert
de leſt à toute la machine , & l'autre peut être
retiré en avant ou en arriere , ſelon que l'on
veut retarder ou accélérer ſa marche Le gouveraail
& les deux poids une fois fixés aux points
que l'on a voulu par le moyen des mèmes cordes qui ont fervi à les déplacer , on abandonne
Paéroſtat à lui- même , & fans impulfion aucune ,
fans la moindre ſecouffe , on le voit à l'inſtant
s'acheminer & arriver au but propoté.
M. Mrcier ne manqua pas d'obſerver à tout I emonde qu'il ne faut pasraiſonner de ſamachine
( 86 )
tellequ'il lemontre aujourd'hui , comme de tous
les eſſais enpetit , qui échouent pour l'ordinaire
lorſqu'on entreprend de les exécuter en grand.
It a prouvé par le fait que ſon ſecond ballon ,
conſtruit précisément ſur le modele du premier ,
ou beaucoup mieux que celui-ci , par la ſoule
raiſon qu'il eſt dix fois plus grand;;& il démontre
en quelque forte juſqu'à l'évidence , que
la facilité de conduire les aréoſtats de ſon invention
, ira progreſſivement en raiſon de la plus
grande capacité qu'on leur donnera .
Indépendamment des moyens que cet Artiſte
emploie pour diriger ſa machine en ligne droite
ou latérale , il aſſure en avoir trouvé un inconnu
juſqu'à lui pour élever ou abaiſſer cette même
machine fans jeterde leſt , & fans rien perdrede
l'air contenu dans le ballon. Il dit à qui veut
l'entendre , qu'il lui ſera on ne peut plus facile
de ſuſpendre la principale vertu de l'air inflammable
, c'est-à-dire de lui ôter ou de lui rendre
en un inſtant ou par degré ſon expanfion ; mais
c'eſt ici un ſecret qu'il ſe réſerve in perto juſqu'à
ce qu'il ſoit à même d'en faire publiquement
l'épreuve ſur un grand aéroſtati
Il eſt étonnant qu'après des démonſtrations
auffi palpables , des inventions auffi
importantes , & des moyens ſi ſimples ,
l'Auteur foit obligé de recourir au public
pourune ſouſcription , que l'Académie de
Lyon ne lui décerne pas le prix qu'elle a offert
, & que les amateurs ne ſe préfentent
pas en foule pour réaliſer ce que dit M.
Mercier dans fon Proſpectus , qu'il eft on ne
peut pas plus facile de voyager dans l'air &
de s'y diriger à volonté.
( 87 )
Parmi les exemples de fécondité extraor
dinaire , le ſuivant mérite d'être conſervés
M. le Chevalier d'Ajon de Bugny , Seigneur
deBugny , Hallibray, &c. près Noyon en
Picardie , s'eſt marié à l'âge de vingt-quatre
ans & demi , avec une perſonne âgée de
quinze ans. De cette union ſontprovenus
quinze filles & onze garçons en vingt fix
couches. Le onzedu mois de Juin dernier,
les époux étoient mariés depuis cinquante
ans , &jouiſſaient d'une bonne ſanté. Nous
euilions deſiré que le Chef reſpectable de
cette famille , en nous informant de cette
intéreſſante particularité, nous eût appris
combien il reſte de vivans dans cette belle
poſtérité.
Les Numéros fortis auTirage de la Loterie
Royale de France , ſont : 5 , 30 , 47 ,
$3 , & 21 .
DE BRUXELLES , le 1. Juillet.
Les infinuations tentées à Vienne par le
Comte de Waſſenaër , Envoyé extraordinaire
de L. H. P. pour faire transférer
dans cette Capitale les négociations entamées
à Bruxelles , n'ont pas réuífi. M. le
Comte de Belgiojoſo a témoigné , dit on ,
ſa ſurpriſe de ces démarches aux Plénipotentiaires
Hollandois, en leur remettant le
Mémoire dont nous avons rendu compte.
M. de Reiſchac, Envoyé extraordinaire
de l'Empereur à La Haye , en a remis un
pareil aux Etats -Généraux, dont le Comité
( 88 )
fecret a reçu du Conſeil d'Etat la note des
contre-prétentions de la République.
La petite Efcadre ſtationnée à Fleſſingue ,
&que l'on deſtine à obſerver les embouchures
de l'Eſcaut , eſt compoſée actuellement
d'un vaiſſeau de 64 canons , de deux
de 60 , d'un de so , & de trois frégares.
Selon le bruit public, nos troupes dans les
Pays-Bas , qui conſiſtent en 16000 hommes ,
feront augmentées juſqu'à 40000 mille. Le
rapport eſt affez important pour mériter
d'autres autorités que celle des papiers publics.
Au reſte , cette augmentation de forces
, fi elle a lieu, n'eſt absolument relative
qu'aux mouvements ſur les frontieres dont
les Hollandois ont donné l'exemple .
,
Avant & durant la derniere g terre , plufieurs
Provinces , entr'autres ce'le de Friſe ,
ſe ſont conftamment oppofées aux p ans du
Spathouder , relatifs au rétabliſſement de
l'armée de terre . On démontroit alors dans
des Mémoires voluminens que , vu le fyftême
politique de la République cette
prévovance n'étoit qu'alarmantes & ruineufe.
Aujourd'hui cerre même Province
de Friſe vient de rémoigne , par délibération,
fa furpriſe de la foibl ſe de l'armée ; infistant
de le maniere la plus forte , à ce que
le Sra-boule foit tenu d'expoſer les raiſons
pour lesquelles l'armée de l'Etot ne se trouve
pas à même le pouvoir fotisfrire aux ordres
que pourroit lui donner le Souverain . Criminalifant
enſuite cette négligence , les Etats de
( 89 )
Friſe demandent qu'on recherche qui eft con
pable de ce manque de devoir , afin que co
coupable foit rigoureusement puni fans connivence..
A l'exemple de la Régence de Leyde ,
celle d'Utrecht a abſous le Gazetier de la
Pofte du Rhin , qui avoit occafionné les.
plaintes de l'Envoyé de Pruſſe. La raiſon
de ces Magiſtrats eſt qu'on offenseroit la liberté
civile dans une République , fi l'on empéchoit
le citoyen de développer librement fes
idées sur des affaires relatives à l'intérêt général.
Articles divers tirés des Papiers Anglois.
Le Duc de Gordon a baiſé la main de S. M.
le 23 Juin, étant créé Pair d'Angleterre ſous le
titre de Comte de Norwich , & Baron de Caſtle
Rifing.
Le 15 du courant , le cutter le Rambler attei
gnitun lougre de contrebande , appartenant à
Litt'e Hampton , dans l'iſle de Whigt ; comme il
faiſoit calme , l'équipage du Rambler mit ſa
chaloupe en mer pour aborder le lougre : les
gens de celui -ci étant armés de coutelas ; fuivit
un engagement , où deux des contrebandiers
furenttués ,& leur capitaine Wilſon dangereuſement
bleſſé ; le reſte ſe ſoumit inconti
nent. Ce navire avoit à bord trois cent tonneaux
d'eau-de-vie de génievre , & 75 caiſſes de thé.
• Il paroît très-décidé qu'on reſtituera les biens
confiſqués en Ecoſſe pour crime de haute trahifon,
( Forfeited) aux héritiers de leurs anciens
poffefleurs. Les titres ſeuls reſteront ſupprimés :
quant aux domaines utiles , ils font entre les
mainsdes Fermiers royaux , par conséquent affez
( وه (
:
-
négligés , & l'on ſe promet,de leur reftitution
aux propriétaires , les plus grands avantages
pour l'agriculture de l'Ecoſſe.
L'on prépare au palais Saint- James des appartemens
pour la réception de l'Evêque d'Oinabruck
, & de ſon frere le Prince Guillaume-
Henri.
L'Amirauté a préſenté à la Chambre des Communes
la liſte des vaiſſeaux en commiſſion , à
l'ouverture du nouveau Parlement. Cette lifte
porte 29 vaiſſeaux de ligne , depuis 90 à 64 can .
8 de 50 can. , 36 frégates , 83 sloops , & 24
cutters; en tout , 180 navires de guerre , montés
par 29,876 matelots , foldats de marine compris.
Depuis cet état , 7 vaiſſeaux de ligne ont été défarmés
, & environ 3000 matelots congédiés.
L'on écrit d'Irlande : Difcors concordia rerum .
<<<Nos volontaires s'aſſocient aujourd'hui les perſonnages
de la canaille qui veulent s'enroler ſous
les drapeaux de la liberté. Le ballayeur des rues
laiſſe ſa ratiſſoire pour prendre la bayonnette;
la phrénéſie militaire ſaiſit les garçons cordonniers
, les décroteurs, les colporteurs , les charretiers
, lorſqu'ils entendent des gueuſes ſoudovées
criant dans les rues : Allons , Meſſieurs , un foldar ,
un brave Soldat pour moi ! Heureuſe conſtitution
quieſt éminemment protégée par des défenſeurs
fansprincipe , ſans fortune, ſans éducation ! >>>
On mande de Wallingfort , en date du 12 Juin ,
un fait auffi effrayant que fingulier. «M. Goid'
ney , Médecin de profeffion , poffede , entr'autres,
animaux , un jeune tigre qu'on lui a envoyé des
Indes orientales : il eſt confiné au fond du jardin
dans une cage fermée de barreauxde fer. Les enfans
du Médecin ſe promenant dans le jardin
avec leur gouvernante , celle-ci perdit devue l'un
d'entr'eux âgé de quatre ans. Après une longue.
) وا (
recherche, on le découvrit , à l'effroi des ſpecta
teurs ,à genoux devant la cage , ayant paffé
une de ſes mains au travers des barreaux , & le
tigre , qui peu auparavant avoit donné les plus
grandesmarques de férocité, léchant cette main
affectueulement. Il n'étoit pas aiſé de retirer l'enfant
de cette dangereuſe compagnie , ſans l'expoſer:
on lui cria de retirer doucement ſa main ,
cequ'il fit avec la plus grande tranquillité , &
fans avoir le moins du monde effarouché le
tigre.»
Causs jugée au Cap - François. Extraite du
Journal des Cauſes célebres [1 ].
Jeune Arabe enlevée dans sa patrie , qui réclamoit
Sa liberté au Cap-François.
Cette jeune fille , nommée Ahyila , prit naifſance
parmi les Maures ou Arabes qui habitent
la rive ſeptentrionale du Sénégal , qui diviſe la
Barbariede la Nigritie. Ces peuples , après avoir
envahi , dans le ſeptieme ſiecle , l'Afrique occidentale
, s'y fixerent & y firent bientôt adopter
leur langue , leur loix , leur religion & leurs
moeurs. Uſant du droitde conquête , ils expulferent
quiconque oſa leur réſiſter, & enfin ils
font reſtés maîtres de tout ce que des armes heureuſes
leur avoient ſoumis juſqu'au bord du Ni
ger,qui perd fon nom, lorſqu'en ſe diviſant en
deex ilvient à former la riviere du Sénégal &
celle deGambie. Une vie douce & frugale eſt
conftamment chérie de ces pâtres hofpitaliers ,
diviſés entribus , & qui obéiſſent ſans contrainte
àunGouverneur nommé par l'Empereur de Maroc.
Ce prince n'en exige aucun tribut , & fe
contente ſeulement du droit de faire paſſer fes
troupes pour aller attaquer les Nègres , que des
incurſions fréquentes n'ont point encore déterminés,
comme les autres , à abandonner la partie
( 92 )
feptentrionale du fleuve. Ces notions ne ſont
point étrangeres à cette cauſe , elles ſervent à
fairediftinguer les Maures desNegres. LesArabes
ont été les ennemis des Negres dans l'origine , ils
les achetent encore des autres Negres , foit pour
s'en faire ſervir , ſoit pour les revendre aux Européens
, à l'exception de ceux qui , comme eux ,
ſont ſectaires de Mahomet . D'ailleurs la nature
amis , entre ces deux eſpèces d'hommes , des ca- -
ractères diftin&ifs .
Abyſſa étoit de la tribu de Ou-led arcalapha ;
l'une des plus conſidérables du canton de Ou- lakarabé
, ſitué à 80 lieues , à peu près , de l'embouchure
du Sénégal. Son pere & fa mere , appellés
l'un Hamin , & l'autre Fatomé , y vivoient ,
avec ſix enfans , des reſſources procurées par des
troupeaux nombreux & par le commerce de la
gomme. Contensdans cette heureuſe médiocrité ,
Us ne ſoupçonnoient pas qu'un jour leur fille ,
privée de la liberté , éprouveroit les horreurs de
lamiſere. Un Negre , héritier de la haine originelle
de ſes ſemblables pour les maures , imagina
de prêter ſon ſecours à des navigateurs de la
NouvelleAngleterre, qui alloient traiter le long
du fleuve , ſoit d'un côté , avec les Negres , pour
en avoir des captifs , ſoit de l'autre , avec les
Maures , pour ſe procurer de la gomme , des
bestiaux , des chevaux , &c. Arrivés à Oulakarabé
, ils y furent reçus comme des marchands ,
qui n'avoient d'autre objet que le commerce ;
mais avant d'en partir , ils ſe conduiſirent en
brigands. Sous prétexte de vouloir acheter des
chevaux , ils ſcurent déterminer quelques habitans
à aller à une certaine diſtance pour en faire
venir; & lorſque le ſoir arriva , Aly Samba [ c'étoit
le nom du negre pilote ] les guida dans divertes
maiſons , où l'on s'empara des effets , des negres
( 93 )
1
&de quelques jeunes maures ou moreſques , qui
n'avoient pour toute arme que leur douleur. Celle de Ahyſſa , en ſe voyant ſaiſie par des
brigands qui la chargeoient de liens , ſeroit difficile
à décrire. D'abord étroitement gardée au fond d'une câle infecte , elle n'en fortit qu'après
quelques jours de navigation , quand on ceffa d'appréhender la réclamation , qui ne pouvoit manquer d'être faite; & ce fut à la Grenade , l'une
des Antilles angloiſes du vent, que le yaiſſeau
aborda . On ignore abſolument quel aura été le fortdes pirates qui avoient été donner une preuve debrigandage inconnue au Sénégal , & celui des compagnons d'Ahyſſa. Rendue à terre , elle demeura
livrée au ſieur Caſſarouy , qui avoit par- tagé le crime de ſon enlevement , & qui la plaça
alors dans la ville Saint-Georges , chez une dame
de la Pérouſe. Ahyſſa fut traitée avec cette bonté qui n'eſt pas celledu maître pour ſon eſclave ; elle ne connut jamais ni contrainte ni châtiment Cette infor- tunée, féduite par les ſoins qu'on lui marquoit
alors , oublia peut- être quelquefois ſes parens déſeſpérés
& ſa patrie. Après un ſéjour momentané à la Grenade , le ſieur Caffarouy paſſa à la Martinique , & y amena Ahyſſa , à laquelle il donna alors le nom de Colombe . Un ſecond voyage ſuccéda bientôt au
premier; ilvint au Cap , où il mourut en 1774 . Tant que le ſieur Caſſarouy vécut à la Martinique
ou au Cap , il eut pour Colombe des égards qui ne lui laifferent jamais foupçonner
qu'elle étoit deſtinée aux emplois vils aſſignés
aux eſclaves. Il est toujours pour elle une prédilection
fingulière. Le ſieur Caſſarouy , peu d'heures avant fa mort, ſetrouva dans cette anxiété qui fait gémir
( 94 )
fur l'exifience , & mene même à la regarder
comme un fardeau inſupportable. Abandonné
aux dangereux effets d'une imagination troublée
par une maladie opiniâtre , il voulut attenter à ſes
jours. Déjà , dans ſon délire , il en alloit rompre
le fil , lorſque Colombe l'apperçut. A la
vue de ce danger, ſon courage s'éveilla , Sauter
ſur le ſieur Caſſarouy , & s'emparer d'un raſoir
dont il s'étoit preſque coupé la gorge , ce ne
fut qu'un ſeul mouvement. Envain le ſieur Caſſarouy
oppoſa - t - il toutes les forces d'un homme
furieux; envain le fer meurtrier bleffa- t- il dangereuſement
Colombe , ſur-tout à la main; rien ne
put la porter à renoncer à ſon généreux deſſein ;
&il ne dépendit pasdecelle qui ne devoit confidérer
le fieur Caſſarouy que comme ſon raviſſeur ,
d'être fa libératrice au péril de ſa vie.
Le fieur Caſſarouy , coupable d'un attentat ,
ne fut pas inacceffible aux remords. Sa conduite
conftante avec Colombe montroit qu'ils avoient
commencé preſqu'avec ſafaute. Mais lorſqu'il la
connut capable d'une généroſité peu commune ,
lorſqu'il compara fa honte aux vertus courageuſes
decette infortunée qui l'accabloit de ſoins,
il chercha à foulager ſon ame des reproches dont
elle l'accalloit , & l'on trouva une preuve de ces
fentimens dans un teſtament olographe du 12 mai
1774 , antérieur de quelques mois à l'événement
tragique qu'on vient de rapporter. Voici ce teſtament.
» Au nom du Pere , du Fils & du Saint-Eſprit.
>> Faifant profeſſion de la Religion Catholique ,
•Apoftolique & Romaine , agiſſant de la meil-
>>>leure ſanté & de tout le bon ſens poſſible;je
>> ſouſſigné déclare que voici quelles font mes
>> dernières diſpoſitions, en cas que Dieu viendroit
>> à diſpoſer de moi. Sur les bons & loyaux ſer
) و (
vices qui m'ont été rendus par ma Moresque du
>pays& des environs deGorée , de l'age d'environ
>vingt- deux à vingt-trois ans , que j'avois nommée
Colombe , qui m'avoit été vendue par Madame
>>d'Argenteuil de la Pérouse, habitante à laGreenade
; je donne à madite Colombe ſa liberté ,
>> fans que perfonne puiſſe y prétendre la moindre
>> chofe , faifant pour legs à un de mes frères & à
>>une ſoeur qui me reſtent , ſur ce que je puis
>> avoir, une ſomme de dix fols , argent de Fran-
>> ce , réverſible de cinq fois à chaque ; en foi de
>> quoi j'ai ſigné le préſent de ma propre main
>> pour ſervir & valoir ce que de raiſon. Au Cap ,
> ce 12 Mai 1774. Signé , CASSAROUY «.
Ce teſtament fut déposé auGreffe de la Jurifdiction
du Cap , le 9 Décembre ſuivant.
Malheureuſement le ſieur Caſſarouy n'eut pas
le courage d'être juſte tout à- fait . Forcé , pour
ainſi dire , à rendre hommage à la vertu & à la
vérité , il laiſſe encore cette dernière ſous une
partie du voile dont il l'avoit obſcurci ; & l'on
croit reconnoître , dans ce teſtament , le combat
trop commundu deſir de paroître juſte , avec la
crainte de s'avouer coupable. Le ſieur Caſſarouy
n'ofapas convenir qu'il avoit été complice d'une
ſorte devol; il parle d'une vente à lui faire ; mais
cette mauvaiſe honte , inséparable de l'homme
flétri &déshonoré à ſon propre tribunal , doit devenirun
nouveau moyen pour la victime de ſon
injure.
Il avoit été trop public que Colombe étoit une
Moreſque , dont la liberté devoit être reſpectée ,
&le ſieurCaſſarouy lui-même l'avoit trop ſouvent
répété , pour qu'à ſa mort cette infortunée crût
avoir beſoin de quelques réclamations. Dans
l'ignorance où elle eſt de nos moeurs & de nos
ufages , elle ſe croyoit libre de droit après le
1
( 96 )
décès de celui qu'elle n'avoit pas quitté depuis
fon enlévement au Sénégal , & qu'elle n'avoit
jamais pu conſidérer comme un maître. Mais fon
étonnement fut extrême , lorſqu'on lui fit entendre
qu'elle alloit être vendue , comme l'eſclave
du feu ſieur Caſſarouy. Pour apprécier l'horreur
qu'une ſemblable nouvelle dut cauſer àColombe,
il faudroit connoître l'excès d'amour de tous ceux
de ſa nation pour l'indépendance ; il faudroit
éprouver des ſentimens pris avec l'être , fortifiés
par l'âge , & qui font détester juſqu'à l'apparence
du pouvoir.
Dans la néceſſité d'agir juridiquement , les
plaintes de Colombe , la préſomption favorable
pour elle , tirée du teſtament du ſieur Caſſarouy ,
l'inſpection des caractères qui la défendent contre
l'esclavage , lui procurèrent un appui dans le ſieur
Bourg , nommé ſon curateur. En conséquence,
le 11 Novembre 1774 , il fit , par Exploit , décla
rer au curateur aux ſucceſſions vacantes , que cette
fille étant née libre comme tous les Européens , avoit
été enlevée , en bas âge , à ſa famille ; qu'elle avoit
demeuré avec leſieur Caſſarouy , Sans lui avoirjamais
appartenu ; mais qu'ayant appris que le curateur aux
Succeffions vacantes cherchoit à lafaire vendre comme
l'e clave du fieur Caffarouy , elle jugeoit convenable
de lui dénoncerfa qualité de Moreſque , en confirmation
de laquelle elle prétendoit encore exciper , s'il
etoit beſoin , du contenu au teftament du fieur Caf-
Sarony.
Par Arrêt du Conseil Supérieur du Cap , le
teſtament du ſieur Caſſarouy a été confirmé , &
depuis , la liberté d'Ahyſſa a été ratifiée par une
Ordonnance du Général & de l'Intendant de la
Colonie. Nous regrettons de ne pouvoir pas rapporter
tous les détails de cette Cauſe intéreſſante,
&nous invitons à les lire dans le Journal qui les
contient.
Ja
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 17 JUILLET 1784
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE à M. IMBERT , Auteur du
Jugement de Paris & d'un Recueil de
Contes.
SALUT PALUT au Poëre enchanteur ,
Citoyen fortunedu Pinde & de Cythère ,
Dont tous les vers , goûtés du connoiffeur ,
A l'art d'inſtruire uniffent l'artde plaire.
Quoi! Paris mille foisd'un hommage flatteur ,
Imbert , aura payéles fruits de ton génie;
Paris de tes talens , fidèle.admirateur ,
Pour le nouveau Tibulle a les yeux de Délie :
Et moi, voiſin des lieux où tu reçus la vie ,
Je reſterois pour toi fans force& fans pouvoir!
J'entends la voix de ma Patric ,
Qui , de te célébrer m'impoſe le devoir.
N°. 29 , 17 Juillet 1784. E
:
98 MERCURE
QUEL éclat répandu ſur ta naiſfante aurore !
A peine tu parois , déjà l'on voit éclore
Sous ta plume féconde un chef-d'oeuvre brillant ,
Que tout autre eût voulu produire en fon couchant ,
Lorſque tu nous traças l'hiſtoire
De ce débat fameux que termina Pâris ;
Lorſque de la beauté Vénus reçut le prix ,
Etdeux fois par tes ſoins remporta la victoire ;
Qui n'aſſocia point ton Ouvrage à ſa gloire ?
Ta Muſe partagea la pomme avec Cypris.
Acette couronne éclatante
Que tu ſus conquérir dans ton heureux printemps ,
Chaque jour ajouta de nouveaux ornemens.
Faut- il s'en étonner ? Vénus reconnoiffante ,
Dont tu chantas fi bien la beauté triomphante ,
Elle-même à ton ſtyle a joint ſes agrémens.
LE CONTE a retrouvé ſous ta main ſes richeſſes ;
La Fontaine aimeroit ton naturel piquant :
Plus heureux même encor , ſans doute , eſt le talent
Qui te fit de ſa plume éviter les foibleſſes.
Des Grâces ton pinceau reſpectant la pudeur ,
Eſt conduit par Vénus ; mais Vénus eſt décente.
Si le vice s'enflamme à ſa vûe innocente ,
C'eſt le crime du ſiècle & non pas de l'Auteur.
J'OMETS tous ces croquis , qu'on nomme bagatelle,
Mais où l'on reconnoît toujours la main d'Apelle.
Prodigue de ſes dons, ta Muſe tous les ans
DE
99
FRANCE.
Enrichit ce recueil à nous plaire fidèle ,
Dépouille d'Hélicon les boſquets verdoyans ,
Et ravit au laurier quelque feuille nouvelle.
JE GARDOIS une palme , & c'étoit pour ton coeur.
Qu'il va fur ton portrait réfléchir de lumière !
De la cendre des morts , généreux protecteur ,
Quand l'homme de talent a fini ſa carrière ,
Sur ſa tombe on entend ſoupirer ta douleur ;
Et par toi la Patrie, apprenant ſon malheur ,
Devient l'écho plaintif de ta voix gémiſſante.
Fondé ſur cet eſpoir , le modeſte Écrivain
Nemaudit plus les coups du ſévère deſtin ,
Et ferme fans regret ſa paupière mourante.
Brigueroit-il l'honneur d'un convoi faſtueux ?
Tu lui fais concevoir de bien plus nobles voeur,
Imbert; & quand la mort érend ſon voile ſombre ,
Il eſt sûr qu'un ami conſolera fon ombre.
Que ton rôle eſt divin ! ah ! que le ſentiment
Attache à tes Écrits un charme intéreſſant !
Oui ſentir , du talent eſt pour moi l'afſurance.
Je veux que l'on me touche ; au vers qui m'attendric
Un éloge toujours paya ma jouiſſance.
LE MÊME droit t'obtint notre reconnoiſſance ,
Imbert; à tes travaux ſi le Public ſourit ,
J'ai cru de tes ſuccès découvrir la naiſſance :
La bonté de ton coeur fit aimer ton eſprit.
:
(Par M. de Mont-Clar. )
:
E ij
100 MERCURE
AIR de l'Épreuve Villageoise.
BON Dieu comme hi er à c're Fête
Mondeur d'la France étoit hon-nê te j'crois
ma foi qu'jons fait fa con quê te& je n'favons
pas dé fi ré
-
-
-
An-dré croit qu'ça
m'tourne la tête André croit qu'ça m'cours
ne la tête raffure toi mon cher
M
DE FRANCE.
An-dré mon pauvre André mon cher An-
L
dré Monfieur d'la France eſt ben hon- nê - te
mais mon An-dré mon chet An-dréres ben
plus ai-mable à mon gré t'es ben plus ai-mable
àmon gré.
e-
QUEUX danſeux qu'eſt c'Monfieur d'la Francel
Toujours il m'prenoit pour la dance ,
Et c'n'eit pas lui fur ma confcience ,
Enj
IC2 MERCURE
Ce n'eſt pas lui qu'jons defiré ;
Et qu'est-ce qui ſéchoit d'impatience ? ( bis. )
C'étoit André , mon pauvre André.
Raſſure-toi , mon cher André;
Il danſe fort bien , Monfieur d'la France ;
Mais mon André, mon cher André ,
C'eſt toi ſeul qui danſe à mon gré. ( bis. )
J'PEUX choifir au moins parmi douze ;
De tant chorar queuquefois l'on s'blouſe ;
Mon André , c'eſt ſtila que j'épouse ,
Et c'eſt l'ſeul que j'ons defiré.
Mais auras - tu l'humeur jalouſe ? ( bis. )
Raffure-toi , mon cher André ,
Mon cher André , mon pauvre André ;
Car enfin il faut que j't'épouſe ;
Je t'obéirai tant que j'pourrai ,
Tant que j'pourrai j't'obéirai ;
:
Mais il faut qu'tout aille à mon gré. ( bis . )
(Paroles de M. Desforges , musique deM. Grétry.)
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.:
LE mot de la Charade eſt Vertige ; celui
de l'Enigme eſt Cordier ; celui du Logogryphe
eſt Cafaque , ou l'on trouve casque ,
cafe , cave , as,fac, cu. :
DE FRANCE.
103
Q
CHARADE..
U'UN coup de mon premier opère ton malheur ,
Sers- toi de mon ſecond : c'eſt lui qui te conſole,
C'eſt lui qui de ton ſort adoucit la rigueur ,
Même quandmon tout te défole.
ÉNIGM E.
ON m'offre à la Beauté,
AuxGrâces , aux Talens , aux Vertus , au Génie;
Ace titre on me rend à l'aimable Sylvie :
Alorsje ſuis ſincère , & fur- tout mérité.
C'EST
LOGOGRYPHΗ Ε.
' EST moi , très- cher Lecteur , qui , de tatendre
enfance
Exerce le premier la foible intelligence ;
Également François , & Grec de Nation ,
Je nourris ton eſprit par ma combinaiſon .
Tu n'as qu'à fupputer : fur huit pieds je voyage ;
Je fais dans trois fois huit mon plus grand étalage.
Décompoſes mes huit, tu trouveras d'abord
Cequi dans un combat te donnera la mort ;
Une interjection qui marque la ſurpriſe ,
Eiv
104 MERCURE
Une plante étrangère ; un Ministre d'Églife.
Tu trouveras de plus , tu ne le croirois pas ,
Deux choses que l'on touche en prenant ſes repas.
Diviſés , réunis ? tu formeras encore
Un des noms conſacrés à l'art de Therpficore.
En voyant mon grand tout , fi tu combines bien ,
Tu trouveras mon nom , cher Lecteur , & le tien.
(Par M. Mathieu Durouſſet , Clerc de
Palais , à Lyon. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE du Docleur Sanchez , par M. Vicqd'Azyr
, Secrétaire- Perpétuel de la Société
Royale de Médecine.
DE tous les établiſſemens que le zèle &
Pamour des Sciences ont produits, il n'en eft
peut-être point qui ait eu un éclat plus
prompt & qui ait fait des progrès plus rapides
que la Société Royale de Médecine.
Ses Affemblées publiques attirent un grand
concours d'Anditeurs de tous les états , qui
trouvent dans les excellens Mémoires qu'on
y lit, un genre d'inftruction qui , lorſqu'elle
eſt préſentée avec éclat , intéreſſe tous les
hommes. Ce qui mérite ſur-tout d'exciter
l'attention & l'intérêt de tous les bons ef
:
DE FRANCE
101
prits, ce font les éloges des Membres que
la Société a perdus , & dont la mémoire eſt
vivement célébree par M. Vicq d'Azyr , qui
joint aux connoiſſances les plus profondes
&les plus variées ,un eſprit vraiment philofophique
, & un excellent goût de ſtyle.
Le ſuccès du premier Recueil de ces eloges
, imprimé l'année dernière , a fuffifamment
prouvé qu'il n'entroit ni féduction ni
faveur dans les applaudiſſemens qu'ils ont
obrenus , & qu'ils les doivent au mérite d'un
ſtyle clair , nombreux & varié , au loin d'en
bannir toute eſpèce d'affectation & d'enflure ,
au talentd'y ſemer des idées & des vûes , &
fur tout de les animer par un ſentiment
d'humanité qui y règne par tout. L'hiſtoire
d'un Médecin eſtimé de ſes Confrères , &
chéri de ſes malades , à moins que ſes talens
ne ſe ſoient exercés ſur un grand theâtre&
dans des occaſions importantes , n'eſt que la
vie privée d'un homme utile , & par conféquent
elle offre peu d'aliment à la curiofité,
S'il a écrit , ſes Ouvrages n'étant guère connus
que de ceux qui peuvent les entendie &
en profiter , ſa gloire n'ayant été ni bruyante
ni univerſelle , où trouver un fond plus ins
grat que l'analyſe de ſes travaux , le détail
des récompenfes ou même des perfécutions
qu'ils lui ont attirées ? Il eſt peu ordinaire
que M. Vicq- d'Azyr ne ſoit pas obligé de ſe
créer des reſſources que tout autre n'eût pas
foupçonnées dans ces ſujets Académiques.
La Société Royale de Médecine ne peut
Ev
106 MERCURE
avoir ſouvent à regretter des perſonnages re
commandables dans leur profeffion & hors
de leur profeſſion , dont la vie commence
par être liée à des époques célèbres , & fe
termine dans une obſcurité volontaire; de
qui le nom rappelle en même- temps des ſecours
donnés à l'humanité , & des ſervices
rendus à ceux qui la gouvernent , des titres
accumulés , & la philofophie qui dédaigne
les titres.
C'eſt dans de pareilles circonstances que
M. Vic- d'Azyr ſe montre ſupérieur à luimême
, car le talent , accoutumé à tirer parti
desſujets les moins féconds , apperçoit mieux
les avantages d'un ſujer riche.
L'éloge de M. Sanchez , lû dans la Séance
du 2 Mars 1784 , étoit un de ces ſujets privilégies
. Ce Diſcours , qui n'eſt point encore
imprimé, & qui mérite de l être à part ,
nous a été communiqué manufcrit. Nous
avons cru que ceux qui n'ont pu l'entendre ,
auroient du plaiſir à en voir ici l'extrait.
M. Vicą d'Azyr entre ainſi en matière :
• Un homme d'une conftitution foible &
> délicate , preſque toujours fouffrant , d'un
> caractère timide & doux , qui , plein d'ar-
وم deur pour l'étude , n'a aucun defir de la
• célébrité, qui ne fait nul cas des richeffes ,
&qui fur- tout est très- éloigné de tout ef-
• prit d'affaires & d'intrigues ; cet homine
» entre dans une carrière dont il ne connoît
ni les fatigues ni les dangers; il parcourt
les climats glacés du Nord , y est témoin
:
DEFRANCE. 107
➤ des guerres les plus ſanglantes , s'y diſtin-
: gue par ſes ſervices dans le traitement des
>> epidemies les plus déſaſtreuſes , eſt porté
par ſes ſuccès à une des Cours les plus
brillantes de l'Europe , y eft comble de
ود
"
ود biens& d'honneurs ; & compromis enfin
> dans la querelle des Rois , il perd tout
>> au milieu de la tempête, il tremble même
" pour ſes jours; mais la fortune , qui veut
> plutôt l'inftruire que l'affliger , lui rend
le calme dont ſes revers lui font ſentie
>> tout le prix. Pour cette fois les leçons de
>> l'expérience & du malheur ne font pas
>> perdues. Cet homme eftimable , à l'abri
>> de toute ſecouſſe , vit tranquille , réunit
>> ſes obfervations, les écrit ou les publie ,
" &ne meurt qu'après avoir été long-temps
>>>un modèle de bienfaiſance & de vertu . >>>
Cet exorde , où se trouve rapproché tout
ce qui va faire la matière d'un long Dif
cours , eft fingulièrement heureux , en ce
qu'il place fur le champ l'Auditeur au milieu
du ſujet , & remplit ſon imagination des
objets dont on va l'entretenir.
M. Sanchez , né en Portugal, d'une famille
noble , paſſa ſes premières années dans les
fouffrances , & fon adolefcence fut livrée à
des goûts & à des études qui ſembloient devoir
l'éloigner de la carrière où il ſe diftingua
depuis. Les Aphorismes d'Hippocrate
furent pour lui ce qu'une Ode de Malherbe
avoit éré pour La Fontaine. Ils lui révélèrent
fa vocation ; ils l'arrachèrent aux eſpérances
E vj
168 MERCURE
dune place avantageuſe, aux féductions plus
puiſſantes de l'amour.
Il s'adonna tout entier à l'étude de la Médecine;
& , reçu Docteur à Salamanque , il
fut l'année d'après nommé Médecin de la
ville de Benaventi. " Mais il s'apperçut bien-
D tôt qu'il n'avoit acquis à Coïmbre , &
même à Salamanque , que des connoif-
>> fances incomplettes. Il n'y avoit point
>> trouvé cet enſeignement dont la précition
> peut ſeule fatisfaire un eſprit juſte. Les
ſciences acceſſoires à la Medecine , telles
- que la Chimie , l'Anatomie , l'Hiftoire
► Naturelle, y étoient fur tout très négligées.
Mais on y ſavoit tout ce que les Grecs ,
20
"
ود
les Latins & les Arabes avoient écrit ſur
> ees divers ſujets ,&c. Sil'on y avoit connu
la Nature audi bien que les Livres , M.
Sanchez n'auroit pas cherché ailleurs les
> principes qui lui inanquoient. Comment
> peut on encore ignorer quelque part que
>>les recherches les plus profondes , la lec-
→ tute la plus affidue ne fontque des moyens
d'inſtruction , dont l'application ſeule 20
ת
29
1
fait le métire , & que ſe tourmenter pour
>> devenir érudit , fans avoir d'autre talent
&fans ſe propoſer d'autres vûes , c'eſt ſe
donner une peine tout à fait inutile , c'eſt
>> paſſer fa vie à aiguiſer une arme dont on
- ne doit jamais ſe ſervir? Semblables aux
" vieillards qui racontent avec enthouſiaſ-
> me ce qu'ils ont vû dans leur jeuneffe ,
•& qui refuſent d'apprendre ce que les
DE FRANCE.
109
"
> modernes ont découvert , la plupart des
anciens Corps enſeignans prodiguent des
» éloges aux âges qui les ont précédés , &
>> ſe traînent péniblement après le leur. Eft-
> il donc impoflible de prévenir cette dé-
>> cadence , qui eſt un produit lent , mais
>> afſuré du temps , & dont l'homme fem-
» ble communiquer le germe à tout ce qui
" fort de ſes mains ? Obfervons la Nature ;
>> tonjours jeune , parce qu'elle renouvelle
>> toujours ſes productions , ne femble-
>> t'elle pas nous dire : Mortels , renouvelez-
>> donc auſſi les võtres ,fi vous voulez qu'elles
>> confervent leur gloire avec leur existence?
• Les fondateurs de pluſieurs Républiques
> ont eu raiſon d'exiger qu'elles reviſſent à
>> certaines époques leur Code de Légif-
>> lation , & qu'elles y fiſſent les change-
>> mens preſcrits par les circonstances. Il
devroit en être de même de l'enſeigne-
>> ment; & cependant d'un bout de l'Eu-
R
rope à l'autre , notre enfance eſt gouver
>> née par de vieux uſages , par des loix fu-
>> rannées , qui ont été faites pour d'autres
>> hommes & pour un autre fiècle. »
Ces réflexions engagèrent M. Sanchez à
parcourir les villes de l'Europe où les Sciences
étoient le mieux cultivées. Il commença
par Londres , y ſejourna deux ans , & fe
rendit enſuite en France. Nos Provinces
Méridionales n'étoient pas encore revenues
de l'effroi & de la conſternation où les avoit
plongées la peſte de Marseille. M. Sanchez en
110 MERCURE
vifita le théâtre , s'informa de ſes progrès ,
de ſes caractères , de ſa durée ; mais où il
puiſa des lumières sûres , & qu'il mit à profit
dans la fuite , ce fut dans la converfation
du Docteur Bertrand , exemple inoui de zèle
& de courage pendant cet affreux défaſtre ,
& devenu l'objet de la reconnoiffance publique
après ces jours de calamites.
Ce nouvel ami de M. Sanchez lui fit lire
les Aphorifmes de Boerrhave , dont il n'avoit
jamais entendu parler. Il vole auffitôt
à Leyde , ſe mettre au nombre des Diſciples
de ce grand Homme ; & , par une modeftie
bien rare , il lui laiſſe ignorer trois ans qu'il
a été reçu Docteur , & qu'il a pratiqué la
Médecine. Boerrhave ne l'en diftingua pas
moins dans la foule de ſes Élèves. Il le déſigna
le premier lorſque la Czarine Anne
Ivanowna le pria de lui choiſir trois Medecins.
Placé d'abord à Moscow , M. Sanchez
fut nommé deux ans après Médecin des Armées
Rufles. Ce fut à leur fuite que , fans
perdre de vûe le ſujet de ſes méditations
continuelles , la conſervation des hommes ,
il eut l'avantage d'obſerver les races diverſes
&difgraciées qui ſe partagent les immenfes
folitudes du Nord. Il a enrichi du réſultat
de ces obſervations un Ouvrage immortel ;
&c'eft affez louer M. Sanchez comme, Naruraliſte
, que de dire qu'il a vû ſon travail
adopté par M. de Buffon..
De nouvelles dignités le fixèrent à la Cour;
mais cette Cour orageuſe lui convenoit bien
DE FRANCE.
peu. Témoin , & même victime des troubles
qui agitoient alors la Ruffie , il n'aſpiroit
qu'au bonheur de s'en éloigner. Il obtint
enfin la permiſſion de ſe retirer en France ,
&depuis 1747 , époque de ſon arrivée dans
ce Royaume , il n'a plus ceſſe d'y vivre en
ſage , livré à ſes amis , à ſes goûts , au ſoin
d'augmenter ſes vaſtes connoiffances , ſe dérobant
à la célébrité , occupé de grands fouvenirs
, & heureux par le bien qu'il ſe plaifoità
faire.
M. Vicq - d'Azyr rend compte en peu de
mots des liaiſons & des études du Docteur
Sanchez ; ſes liaiſons comprenoient la plus
grande partie des Savans illuftres ; ſes études
avoient pour objet tout ce qui peut donner
de l'exercice à la penſée.
" Renfermé dans ſon cabinet, il y faiſeit
>> uſage de cette liberté qu'il avoit recon-
- vrée , & qu'il préféroit à tour. H chan
> geoit de travail auffitôt que le tujet ceffoit
20 de lui plaire. Il commençoit ainſi un grand
> nombre d'Ouvrages , & il en finiſſoit peu .
>> Agitant dans le filence & fans contrainte
>> les queſtions les plus délicates , il ſe garda
N bien de publier le réſultat de ſes médita-
• tions , dont le Recueil forme vingt- ſept
manufcrits rédigés avec cet abandon &
> cette vérité qu'on ſe permet , lorſqu'on
> eſt sûr de n'écrire comme on penfe
➤ que pour foi feul. Religion , Morale, Го-
litique , Hiftoire , Phyſique , Médecine ,
> rien ne lui étoit étranger ; il n'y a aucun
د
112 MERCURE
» de ces ſujets ſur leſquels il n'ait profon
>> dément réfléchi , & qui ne foit traité dans
> ſes manuscrits .
• Dans l'un d'entre eux , pourfuit quel-
>> ques lignes plus bas M. Vicq d'Azyr , il
>> rapporte l'origine de la persécution des
>> Juifs , & la manière de la faire ceffer. On
» l'avoit pluſieurs fois accuſe lui - même
- d'être Juif; mais quelle que fut ſa croyan-
>> ce , il avoit raiſon de vouloir qu'on ne
>> perſécutât perſonne..... Il gardoit un ref-
• fentiment profond contre l'Inquifition ,
ود dont quelques unsdeſes parens&de ſes
> amis avoient été les victimes .Unde ſes ma-
> nuscrits eſt intitulé : Pensées fur l'Inqui-
» fition pour mon usage. Sans ce motif, il
> auroit retourné à Lisbonne, au lieu de ſe
ود fixer à Paris , qui doit ſe glorifier ſans
>> doute d'avoir été pluſieurs fois l'aſyle de
» ceux que ce Tribunal a pourfuivis.>>
Ala tête de ſes réflexions ſur les troubles
qui ont mis le ſceptre de Ruifie entre les
mains de l'impératrice Élifabeth , on lie
cette deviſe de Walfingham , Secrétaire de la
Reine Élifabeth d'Angleterre : Video &
Taceo , paroles qu'il ne ſe rappela jamais
fans reffentir une partie de l'effroi qui les
avoit inſpirées.
Il porta auſſi ſes idées ſur l'origine d'un
mal qu'il avoit eu la gloire de combattre
avec l'arme de Van- Swieten , avant que ce
Médecin cût publié l'avantage qu'on en
pouvoit tirer. Son opinion fut que le mal
DEFRANCE. 113
vénérien ne nous avoit point été apporté
d'Amérique , & M. Vicq d'Azyr ajoute : s'il
eft vrai que , loin d'avoir pris naiſſance dans
leNouveau-Monde , cette maladie y ait éré
portée par les Eſpagnols , de combien de
maux les Européens auroient affligé ſes habitans
! Ofons eſpérer qu'une navigation
>> plus heureuſe leur portera enfin ces lu-
>> mières que les Sciences& les Lettres ſeules
>> répandent , dontun rayon éclaire déjà le
" Nord du nouveau continent , & qui ne
>> peuvent apprendre à l'homme à fe con-
>> noître, ſans lui inſpirer leplus grand éloignement
pour tout ce qui peut ledégrader
>> ou l'avilir. „
Des détails encore plus attachans , parce
qu'ils ont rapport à la bienfaifonce & à la
ſenſibilité de M. Sanchez , couronnent dignement
cet Éloge; on a pu , en lifant ce
foible réfumé, entrevoir combien il eſt piquant
par la variété des objets qu'il préſente
tour à tour. Nous n'avons point choiſi les
morceaux que nous avons cités. Par- tout la
puretédu ſtyle eft jointe à la ſageſſe du raifonnement
, & tou le monde fera de notre
avis, lorſque nous aſſurerons qu'il doit ajouter
beaucoup à la répuration que M. Vicqd'Azyr
s'eſt faire en ce genre.
*
*M. Sanchez eſt mort le 14 Septembre 1783 ,
agé de 84 ans; & la place d'Aſſocié Érranger , vacante
par la mort, eft maintenant remplie par
M. Black , Profeſſeur de Chimie à Édimbourg.
114
MERCURE
LES Voyages d'Amour , fils de Vénus , par
M. le Chevalier de Ch- gny , Officier de
Cavalerie. A Paris , chez Th . Barrois ,
Libraire , Quai des Auguſtins.
L'AMOUR ſe met dans la tête de voyager ;
il engage Venus à lui donner des ates ; &
après bien des combats , elle ſe détermine à
lui permettre de partir. L'Amour vole dans
l'Indoſtan ; il voit ſur les bords du Gange
une Bergère dont il ſe rend amoureux , il en
obtient des faveurs , & la mort la lui ravit
au bout de quelques jours. Il la fait enlever
par Zéphyre & Morphée , ſes compagnons
de voyage; & tandis qu'il va l'enſevelir dans
l'Arabie déferte , un orage qui l'effrayes'élève
tout à coup , un nuage s'entrouvre , la foudre
éclate , & fſa maîtreffe, nommée Éva ,
eft enlevée des bras de les Écuyers, devient
un globe lumineux , & va prendre ſa place
parmi les étoiles. L'Amour part , & va com.
mettre avec une femme vénale , nominée
Mifericordia , une infidélité dont il ſe repent
bientôt. Après cela il trouve dans un couvent
unejeune Penſionnaire qui reffemble à
Éva, lui donne rendez vous pour le lendemain
, & la quitte en lui diſant des injures ,
parce qu'il la trouve couchée avec une fem.
me qui porte un bonnet de nuit d'homme;
il retourne chez ſa mère , & la Penſionnaire
àfon couvent.
On peut juger , par ce précis fidèle , de la
DE FRANCE. 115
-
fable que nous annonçons ; qu'on juge du
ſtyle par les citations ſuivantes:- Jouer aux
barres avec les tourterelles Un gazon de
violettes& de giroflées.-Un ruiffeau d'eau
d'oeillet.- Vénus , qui d'ordinaire avoit le
teint plus fleuri qu'un parterre , ne l'avoit
plus que couleur de cire vierge , tant elle
avoit du chagrin . -L'Amour affligé ſe jette
furun monceau de fable , & ſes pleurs travaillent
à en faire un tas de boue.- L'air de
volupté que donne le chagrin des doux ſentimens.
- L'Amour ſur le tombeau de ſa
maîtreſſe chantoit une ariette en forme de
Libera.-Zéphyre jouoit d'un baffon qu'il
avoit fait avec une branche de noiſetier ,
&Morphée les accompagnoit avec une flûte
qu'il avoit fabriquée d'un morceau de bois
ſec qu'il avoit trouvé par hafard.
د
LES Navires des Anciens , confidérés par
rapport à leurs voiles , & à l'usage qu'on
en pourroit faire dans notre Marine
Ouvrage ſervant de ſuite à celui qui a
pourtitre: La Marine des Anciens Peuples;
par M. le Roy , de l'Académie Royale des
Inſcriptions & Belles- Lettres , Profeffeur
& Hiftoriographe de l'Académie d'Architecture
& de l'Inſtitut de Bologne. A
Paris , chez Nyon aîné , Libraire , rue du
Jardiner , 1783. in 8 ° .
Le ſavant Auteur de cet Ouvrage juge
beaucoup plus favorablement que M. Bou116
MERCURE
quer , de la Marine des Anciens; il croit nos
navires inférieurs aux leurs à pluſieurs égards ,
& penſe qu'on pourroit emprunter d'eux
diverſes méthodes qu'il faudroit ſeulement
perfectionner.
C'eſt de la voilure qu'il s'agit dans ce
nouvel Ouvrage; M. Bouguer , qui avoit
déjà fait aux Anciens des reproches trop
généraux , felon M. le Roy , ſur l'imperfection
de leurs très grands navires , quand ils
alloient à rames', s'eſt mépris d'une manière
encore plus forte fur ce qui concerne les voiles;
il a eu tortde croire que les Anciensayent
ignoré l'uſage de la pluralité des mâts & des
voiles . Ce grand Géomètre auroit dû , dit
M. le Roy, rendre plus de justice au plus
grandGéomètre de l'antiquité. Dans le navire
de Hieron , conſtruit fous la direction
d'Archimède , il y avoit trois mâts; Athenée
entre même , ſur ce qui concerne leurs différentes
grandeurs , dans des détails qui ne
laiffent à cet égard aucun doute. D'ailleurs ,
les Anciens nous parlent de la ſituation de
leurs principales voiles , au milieu , à la
pouppe ou à la proue de leurs vaiſſeaux. M.
le Roy examine principalement quel fat , à
différentes époques , le nombre de voiles
que les Anciens mirent ſur leurs vaifeaux ,
quelles furent les formes& les proportions
qu'ils leur donnèrent , & quel eſt l'uſage
qu'on en pourroit faire dans la Marine moderne
en les perfectionnant .
C'eſt ſur- tout par ce grand objet de per
DE FRANCE. 117
fectionner la Marine , de rendre la navigation
plus sûre&les naufrages plus rares, que
l'érudition, & les recherches fur ce qui concerne
la Marine des Anciens , acquierent un
prix inestimable. Appliquons toujours ainſi
l'érudition à des objets utiles, & les objections
légères de la frivolité, les dédains du
bel eſprit ſuperficiel tomberont d'euxmêmes.
L'Hiſtoire approfondie des Sciences
&des Arts des Anciens, peut toujours être
utile aux Modernes , lors même qu'ils ont
éré beaucoup au delà , ce n'eſt pas la gloire
des Anciens qui nous importe , c'eſt notre
utilité; ce n'eſt pas de la reconnoiffance qui
peut leur être dûs qu'il s'agit , c'eſt de notre
intérêr. Ils ont ſongéà eux , ſongeons à nous .
En commençant par ſavoir tout ce qu'ils ont
ſu ,notrehorifon devient plus vaſte, nous partons
d'un point plus élevé, l'efprit d'invention
ne s'épuiſe plus à recréer , à retrouver
des procédés & des méthodes que les Ant
ciens avoient connus , & qu'ils ont confignés
dans leurs Écrirs ; il fait d'autres pas en
avant , il crée ou des méthodes nouvelles ou
de nouveaux dogrés de perfection dans les
méthodes connues . Combien de découvertes
, réputées modernes , n'ont elles pas été
retrouvées après coup chez les Anciens , foit
que les prétendus inventeurs modernes les
y euffent apperçues & en euffent profité ,
foit qu'en effet l'eſprit humain les aiterouvées
pluſieurs fois endifferens temps & ea
différens pays ; de combien d'obſervations ,
118 MERCURE
rapportées par les Anciens , traitées légèrement
de fabuleuſes & d'impoffibles par les
modernes , un examen plus attentif n'a t'il
pas fait reconnoître la vérité ? Concluons
donc que, pendant que l'Académie des Sciences
invente & perfectionne ; les Savans ,
dont l'Académie des Belles Lettres eft compofee
, ne contribuent pas rooins utilement
au progrès des connoiſſances humaines , en
retraçant l'origine , en écrivant l'Hiſtoire des
Arts & des Sciences ; cette étude ſemble
même devoir précéder tout autre travail
puiſqu'elle peut en épargner beaucoup , puif.
qu'elle peut empêcher l'eſprit humain de
faire , pour ainſi dire , un double emploi de
ſes forces & de ſes efforts , puiſqu'on peut
par ſon ſecours partir des bornes du connu ,
pour s'élancer dans l'inconnu & tenter des
découvertes nouvelles.
Quant à la diviſion de cet Ouvrage, elle eſt
fort ſimple; il a deux parties ; la première
traite de la Marine des Carthaginois & des
Romains , depuis leur origine juſqu'à la deſtruction
de Carthage & l'extinction des Pirates
, & de l'uſage qu'on pourroit faire
dans notre Marine des voiles de leurs vaiffeaux.
;
La ſeconde , de la Marine des Romains ,
depuis les expéditions de Céfar dans la
Grande Bretagne , juſqu'à la deſtruction de
l'Empire d'Occident ; & des moyens d'employer
les voiles Latines d'une manière trèsgénérale
ſur nos vaiſſeaux.
DE FRANCE.
119
Chacune de ces parties principales eſt ſubdiviſée
en un certain nombre d'époques ,
qui forment chacune un Chapitre particulier.
L'Auteur rend un compte détaillé des diverſes
épreuves qu'il a faites pour adapter à
la Marine moderne les voiles de la Marine
ancienne. Il n'a épargné ni ſoins ni dépenſes
pour fonder ſa théorie ſur l'expérience.
Son Épître Dédicatoire eſt adreſſée aux
Navigateurs. Il y paye un juſte tribut d'éloges,
non ſeulement à quelques Marins célèbres,
dont il rappelle les exploits immortels
&les malheurs intéreſſans; mais encore à
ceux qui , dans d'autres genres , ſe ſont rendus
recommandables par des ſervices rendus
àla patrie , ou par des établiſſemens utiles à
l'humanité.
Quiquefui memores alios fecere merendo.
Dans ces éloges il ne donne rien à la puiſſance
ni à la faveur ; il ne voit que le mérite
&la vertu.
Son ſtyle eſt ſage & pur , convenable à un
Ouvrage d'inſtruction .
122 MERCURE
ment; cependant, il faut l'excufer , fin on l'abfoudre ,
d'une des plus graves offenfes qu'il ait faires à la faine
philofophie, ſavoir , de la condamnation ie Gatilée.
Aentendre les récits pathériques & les réflexions à
ce ſujet répétées dans mille Ouvrages , le Phyficien
Toftan fe facrifié à la barbarie de ſon fiècle & à
Pineptie de la Cour de Rome ; la cruauté ſe joignir
à l'ignorance pour étouffer la physique à fon berceau,
il ne tint pas aux Inquifiteurs qu'une vérité
fondamentale de l'Aſtronomie ne fût ensevelie dans
le ca,hot de fos premier démonftrateur .
Cette opinion est un Roman. Gallée ne fut point
perfécuté comme bon Aftronome , mais en qualité
de mauvais Théologien. On l'auroit laiflé tranquillement
faire marcher la terre , s'il ne ſe fût point
mêlé d'expliquer la Bible. Ses découvertes lui don-
Dèrunt des ennemis , ſes ſeules controverfes des juges ,
ſa pérulance des chagrins. Si cette vérité eſt ur paradoxe
, il a pour Auteurs Galilée lui-même, dans ſes
Lettres manufcrites , Guichardım & le Marquis Nicolini
, Ambaffadeurs des Grands Ducs à Rome, tous
deux , air fi que les Médicis , protecteurs , diſciples ,
amis zélés du Philoſophe impérieux . Quant à la
barbarie de cette époque , les barbares étoient le
Taffe, l'Arioſte , Machiavel, Bembo , Torricelli ,
Guichardin , Fra Paolo , &c. &c .
Copernic avoit traité le ſyſtêine du mouvement
de laterre avec la fimplicité & le fang froid Teutoniques.
Il s'éroit bien gardé de faire intervenir dans
cette hypothèſe aucun allégation des Livres Saints .
Plus vif, plus differtateur , plas amoureux de renommée
, Galilée ne ſe contenta point d'adopter
cette vérité phyſique , ni de l'établir dans ſes leçons ;
il fit dégénérer ſa théorie en d ſpute théologique ;
c'étoit l'eſprit su temps ; & I an des plus grands génie
de l'Italie , s'échauffa pour mettre d'accord la Bible
& la Phyſique.
DE FRANCE.
123
Il compoſa divers Mémoires manufcrits à ce fujet ,
moins hardis que finguliers. Ils alarmèrent les Jacobins,
très-peu attentifs aux mouvemens des aftres ,
mais éveillés ſur leurs intérêts temporels; Péripaté
ticiens & Inquifiteurs, à ce double titre ils virent de
mauvais coeil les concordances de Galiléc , fans penfer
encore à lui en faire un crime.
Le moment néanmoins leur étoit favorable. La
Tiare repoſoit alors fur la tête de Paul V, de ce
Pontife qui , en 1605 , avoit jeté lan erdit for Venile
, & en 1608 , defendu aur Catholiques d'Angleterre
de preter le forment d'allégeance. « Il ab-
ود horre les lettres, les beaux efprits & les nou-
>> veautés , » écrivoitGuichardin , * alors Ambaffadeur
de Coſme II auprès du Saint-Siège : « Les
>> Savans qui ont du ben ſens cachent leur fience
>>> four ne pas s'attirer de mauvaiſes affaires.»
Malgré ces difpofrions , Galilée , for: de fa renommée,
& defiré à Rome , y arriva en Mars 1611 .
Il y démontra les découvertes; il fit obferver les
taches du ſoleil à la plupart des Cardinaux , Prélats
& Grands Seigneurs ; il en repartit trois mois
après. Les acclamations , les hommages , les fétes ne
l'avoient point quitté durant ſon (éjour ; perfonne
ne fongea à l'accufer d'héréfie , & la pourpre Romaine
ne couvroit alors que fes admirateurs . Viviani
, Disciple & Biographe de Ga'i'ée , c'est-à-dire
fon panégyriſte , convient de cette gloire univer .
felle: comment donc fur- eile troublée ? Par des intrigues
de Moines & par l'effervefcence du Philofophe.
,
Un Jacobin de Florence avoit écrit & diſputé
contre le mouvement de la terre: des argumens on
paffa aux. calomnies ; on tenta de perdre Galilée
* Dépêches de Guichardin , du 4 Mars 1616.
Fij
124 MERCURE
dans l'eſprit du Pape , des Cardinaux & du Grand
Duc. Les Dominicains fouffloient l'orage , les Jéſuites
J'entretenoient à bruit couvert; mais la fermeté de
Coſme II déconcertoit encore toutes ces intrigues.
Galilée juſqu'alors n'avoit rien imprimé qui pût ar.
mer l'Inquifition: il réſolut de l'éclairer lui meune ,
& retourna à Romeen 1615 , ſous l'égide du Grand
Duc , qui le fit loger dans ſon propre palais de la
Trinité du Mont.
Les impreſions défavorables au Phi'ofophe n'étoient
pas bien dangereuſes , puiſque ſa ſeule préfence
les diffipa . On lui prodigua les mêmes témoignages
d'eftime &d'amitié ; ſes ennemis furent confondus
, & dès lors les Jéſuires le carefsèrent.
Après ce triomphe , il ne lui reſtoir plus qu'à revenir
à Florence , qu'à jouir de la liberté philoſophique
qu'on lui accordoit , qu'à développer ſon
ſyſteme par les preuves phyſiques & mathématiques ,
fans les étayer de diſcuſlions très-étrangères au progrès
des Sciences. Le Cardinal del Monte , & divers
Membres du Saint- Office , lui avoient tracé le cercle
de prudence où il devoit ſe renfermer.
Son ardeur , ſa vanité l'emporterent. Il voulut que
I'Inquifition pensât comme lui fur des paflages de
*T'Écriture. « Il exigea , dit Guichardin dans la même
>> dépêche déjà citée , que le Pape & le Saint-Office
>> déclaraffent le ſyſteme de Copcinic fondé fer la
>>>Bible; il afliégea les anti chambres de la Cour &
১১
les Palais des Cardinaux ; il répandit Mémoires
fur Mémoires. Galilée, ajoute l'Ambaſladeur , a
fait p'us de cas de fon opinion que de celle de fes
amis Après avoir perfecaté & laflé plufieurs
>> Cardinaux, ils'eſt jeté à la tête du Cardinal Orfini:
>> Celui- ci , fans trop de prudence , a preffé vivement
... ود
S. S. d'adhérer aux defirs de Galilée. Le Pape fa-
>> tiqué a rompu la converfation ; & il a atrété avec
> le Cardinal Bellarmin que la controverfe de Galilce
DE FRANCE.
125
> feroit jugée dans une Congrégation le 2 Mars......
> Galilée met un extrême emportement en tout ceci ;
>> & il n'a ni la force ni la fageffe de le furmonter....
Il pourra nous jeter tous dans de grands einbar-
>> ras ; je ne vois pas ce qu'il pour gagner ici par un
>> plus long séjour. »
Ces réflexions judicieuſes , & la crainte qu'eut la
Courde Toſcane de nuire , par cette tracafferie , à
l'avancement des deux Princes de la Maiſon de Médicis
, deſtinés au Cardinalat , firent rappeler l'indiſcret
Phyficien. Il quitta malgré lui Rome au commencement
de Juin 1616.
Lui-même , dans ſes Lettres au Secrétaire du Grand
Duc, fait connoître le réſultat de la Congrégation ,
tenue les 6& 12 Mars. « Les Jacobins , dit- il , ont
>> cu beau écrire & prêcher que le ſyſtème de Co-
>> pernic étoit hérétique & contraire à la foi , le ju-
>> gement de l'Eglife n'a pas répondu à leurs eſpé-
>>>rances : la Congrégation a ſeulement décidé que
>> l'opinion dumouvement de la terre ne s'accordoit
>> pas avec la Bible. On a défendu les Ouvrages qui
>> ſoutiennent cette conformité; mais il n'y a à ce
» ſujet qu'une ſeule ſatyre d'un Carme , imprimée
l'année dernière..... Je ne ſuis point intéreſlé per-
>> fonnellement dans l'arrêt.>>
Remarquons qu'avant ſon départ , ce même
Galilée, qui venoit d'affronter l'Inquifition , & de
tout tenter pour en convertir la théologie , cut une
audience très- amicale de S. S. Bellarmin , il est vrai ,
lui fit défenſes , au nom du Saint Siège , de reparler
de ces accords ſcolaſtiques entre le Pentateuque &
Gopernic mais fins lui interdire aucune hypothèſe
Aſtronomique. Cette défenſe fut inférée dans les
regiſtres du S. Office.
Fendant quinze ans Galilée la reſpecta , & quinze
ans ſes ennemis , les Jacobins 3: l'Hoquifition , furent
mucts, Paul y étoit mort ca 1621 ; ſon ſucceſſeur
Fiij
126 MERCURE
Grégoire XV , en 1623 : le Saint Siège fut enfuite
occupé par le Cardinal Barberini , Urbain VIII ,
d'une ancienne Famille Florentine , aimant les Lettres
& les Jéfaites , faiſant des vers & corrigeant des
Hymnes , mais encore plus connu par ſon Népotif
me , qui fit regretter celui de ſes prédéceſſeurs.
Coſme II avoit ſuivi Paul V dans le tombeau ; Marie
d'Autriche , ſa veuve , gouvernoit la Toſcane pendant
la minorité de Ferdinand II . Cette Princeffe
douce, foible & très -dévote , ayant un fils Cardinal
& un autre prêt à le devenir , defiroit faire un Pape
de ce dernier: ce n'étoit pas l'inſtant pour la philofophie
de ſe remettre aux priſes avec la Cour de
Rome& le Saint Office.
Malheureuſement les trois Comètes de 1618
avoient ranimé le zèle de Galilée , vû ſon caractère ,
il étoit difficile que chaque obfervation ne le ramenât
pas à d'anciens démêlés , & qu'il avoiſinât
l'écueil fans le toucher. Un Jéſuite de Savone ,
nommé Horace Graffi , enſeignant les mathématiques
au Colége Romain , s'ét it auſſi mêlé de faire
une theſe fur les Cométes : il fut combattu par Mario
Guidacci , Élève de Galilée. Dans cette lutte trop
inégale , les deux Phyſiciens employèrent des démonstrations
, & le Jéſuite des injures. Les premiers
avoient en leur faveur la faine Aftronomie ,
le fecond , fon Ordre & Bellarmin , encore tout puiffant
à la Cour de Rome ; Galilée brava toutes les
circonstances & les defenfes antérieures , ſes protections
l'enhardirent; il dédia à Urbain VIII une
réponſe au Jésuite , ſous le titre de " Ejayeur ; cufin
il publ a les célèbres dialogues : Delle due maffime
Systeme del mondo , &c . &c .
Ce qu'il y a d'étrange , il ſurprit une permiflion
pour cet Ouvrage J'ai vu cette sdition fameuse de
1632 , avec approbation du Prélat Ciampoli & du
maître du ſacré Palais , mais fans date de licu ni de
DE FRANCE. 127
temps. Cette omiffion prouve de reſte la fuppofition
de l'ordre ; quel étoit donc le crédit de Galilée en
faveur de qui on s'étoit perinis cette fraude urile ,
contre laquelle perſonne même n'oſa réclamer publi
uement ?
Aufli les dialogues ſe répandirent librement Bientôt
ils furent traduits dans toutes les langues: ce
ſuccès acheva d'enivrer le Philoſophe. Il imprima un
Diſcours a treffé en 1615 à Chriſtine de Lorraine ,
où lesgloſes théologiques venoient à l'appui des expériences.
Cette vaine diſpute , cette prétention prohibée
étoient aulli chère à Galilée que l'hypothèſe
même de Copernic. Rome fut inondée de Mémoires
écrits en 1616 , où le Phyficien s'efforçoit de faire
dégénérer en queſtion de degme la rotation du globé
fur fon axe. Ces Mémoires, cet éclat , ce déi ré
veillèrent les précédentes an moſi.és.
Les Jefuites & les Moines fasfirent l'occaſion d'humilier
Ga ilée ; la Cour de Rome ne vouloit ame
prévenir d'ulté icures interprétations des Livres
Saints , confrontés avec la nouvelle Philofophie.
Certainement Galilée étoir repréhentible d'avoir compremis
l'intérêt des Sciences , le Grand Duc fon protecteer
, les Cardinaux fes partiſans , par cette ridicula
désobéillance à l'injonction qui faifoit fa sûreté.
Il ne s'agiflost point de la défense de la vérié, mais
dure querelle honteuſe , mais de fubtilités indignes
d'un vrat Philofophe.
Pour décider Urbain VIII à punir Galilée , les
Jéfuires de fervirent d'un expédient digne d'être rapporré.
Le Pontife faifoit plus de cas d'un joli Sonnet
que des ſyilêmes Aſtronomiques : on oiqua ſajaloufie
& fon amour- propre , en lui repréſentantGa.
lilée comme fon rival en poéſie , rival qui l'avoit
tourné en ridicule ſous le nom de Simplicio .
Nonobſtant ce puiffant grief , le Pase fit parvenir
en ſecret àGalilée les accufations de ſes ennemis;
Fiv
128 MERCURE
&au licu de remettre l'examen de ſon affaire an
Saint Office , il en chargea une Congrégation particulière.
Les efprits étoient prévenus , non par faratiſme
ni par bêtiſe , comme tant de déclamateurs
Font répété ; l'orgueil de ne pas céder allumoit le
différend; && fi cet orgueileft excuſable dans Galilée
, ne l'étoit il pas dans le Pape , dans Bellarmin ,
dans l'Inquifition , dans la Cour de Rome toute ensière,
provoquée pardes imprudences ?
« Il faut traiter cette affaire doucement , écrivoit
>> à ſa Cour le Marquis Nicolini , fucceffeur de Gui-
>> chardin * , plutôt avec les Miniſtres qu'avec le
>> Pape lui-même ; s'il ſe pique , tout eft perdu; il
>> ne faut ni diſputer, ni menacer , ni braver. >>
Les prétextes , les négociations , les excuſes ayant
éré inutiles , Galilée vint à Rome le 3 Février 1633 .
Comment y fot- il traité ? Avec des égards inuités ,
avec des a tertions particulières , avec des ménagemens
qui atteſtoient le reſpect public pour ſon génie.
Ilne fut point logéà la Minerve, domicile du Saint-
Office , mais au palais de 1 Envoyé Toſcan. « J'ai
privilégié Galilée , dit le Pare à cet Envoyé ;
car le fils de Ferdinand de Gonzague , Duc de Mantoue
, non seulemens a été cor.duit en litière jusqu'à
Rome , & a été de plus enfermé au château Saint-
Angejusqu'à l'expédition deſa cause. **
Lorſqu'un mois après , par le conſeil du Grand-
Duc, le captif ſe rendit au Saint - Office , on en
changea l'étiquette en ſa faveur. Diftingué des Évêques
, dos Prélats , des perſonnes de la première
claſſe , qui avoient ſubi cette épreuve , il eut pour
appartement celui même du Fiſcal de l'Inquifition;
la promenade lui fut confervée; ſon Domestique ne
*Dépêche de Nicolini au Secrétaire d'État du Grand
Duc , dus Septembre 1032.
**Dépêches de Nic. du 27 Fév. 1623 .
DE FRANCE. 129
lequitta point; il fut libre de l'envoyer au-dehors , de
recevoir les gens du Marquis Nicolini tans qu'ils
fuffunt invités, &de correfpondre librement avec cer
Ambasadeur.
Après dix-huit jours de détention à la Minerve ,
on le renvoya au Palais Toſcan. Son examen n'étoit
pas fini ; le Commiſlaire Préfident , & le Cardinal
Barberini , prirent ſur eux cet élargiſſement ſans confulter
la Congrégation. Dorant les procédures , on
lui permit de te promener dans les jardins de Rome ,
pourvu qu'il traversat les res en vouure moitié
fermée.
Perſonne n'ignore qu'il eut la liberté de ſe défendre
, & qu'il ſe défendit. Cette apologie , confervée
dansune de tes Lettres manufcrites ,& que je ne peux
tranſcrire ici eſt un véritable galimatias. Ce n'eft
pas la réalité du mouvement de la terre qu'il dé
montre aux Inquifiteurs; it ergote avec eux fur Job
&fur Jofue on ne fait , en lifant ces arguties théologiques
, lequel étoit le plus déraisonnable du Plailofophe
ou de les Interrogateurs,
La fentence rendue , la rétractation exigée , la
prifon commuée en une relégation à l'hôtel de Tof.
cane, font affez connues. Cette lévérité fur purement
de forme : on voulut intimider les autres Catholiques
, tentés de faire auſſi des commentaires &
de déſobéir au Saint- Siege. Le but rempli au bout
de 12 jours , Galilée ſe vit maitre de retourner dans
fa patrie; il avoit ſi poutouffert pendant fa détenton
, que , malgré ſes 75 ans, il fit à pié une partie
dela route de Rome à Viterbe.
Il faut l'entendre lui-même , pour ſe faire une
idée juſte de ces chimériques fouffrances , dont on
ne ceffe de parler dans de prétendus Livres Hiftoriques
Voici ce qu'il écrivoit en 1633 , dans une Lettre
seſtée manufcrite , au P. V. Receneri , fon Difciple.
Le Pape me croyoit digne de ſon elime , quoi
Fv
1:0 MERCURE
>>que je ne ſuſſe pas faire l'épigramme ou le ſonner
>>> amoureux . J'eus mon arrêt dans le délicieux Palais
ود
ככ
د
20
30
de la Trinité du Mont Quand j'arrivai au
Saint-Office , le P. Commiſſaire me prétenta à
l'affeffeur Vitrci; deux Jacobins étoient auprès
de lui. Ils m'intimèrent très-honnêtement de produire
mes raiſons &de faire mon apologie ( Ici la
difcuffion dont nous avons parlé ). Ces difcours
firent hauffer les épaules de mes Juges , ce qui eſt
la refſource des efprits préoccupés. J'ai été obligé
>> de rétracter men opinion en bon Catholique; pour
>>> me punir , on m'a défendu les dialogues , & congédié
après cing mois de féjour à Rome. Coinme
la peſte régnoit à Florence , on m'a affigné pour
demeure le palais de mon meilleur ami , Mgr.
>> Picolomini , Archevêque de Sienne. J'y ai joui
» d'une telle tranquillité , que j'ai démontré une
>> grande partie de ines propoſitions fur la réſiſtance
دد
23
20 des fluides. Aujourd'hui , je ſuis à ma campagne
> d'Arcètre , où je reſpire un air pur , près de ma
chère, Patrie. >>
Comparez maintenant cette férénité avec les lamentations
de tant d'ufurpateurs du martyre , qui
remplitſent l'Univers de leurs brochures & de leurs
clameurs , lorſqu'on leur a défendu un méchant Livre.
Comparez ce récit avec le tableau de fantaiſie tracé
par des Romanciers qui s'intitulent Hiftoriens , &
toujours ſuivis de cirquante plagiaires.
Défions-nous des Ecrivains qui penſent qu'on peut
fuppléer aux recherches & à la critique par des antithefes
& par des réſultats , & qu'on peut faire tour
avee de l'eſprit. Ce n'est pas là ce qui a produit les
Tire-Live , les Muratori & les Robertſon .
(Cet Article eft de M. Mallet du Pan.)
DE FRANCE
131
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi premier de ce mois , on a remis
les Druïdes , Tragédie de M. le Blanc , en
cinq Actes & en vers.
Cet Ouvrage fut repréſenté, pour la première
fois , en 1772 , & il fit une très-grande
fenfation. Le Public , toujours porté à fatisfaire
fa malignité naturelle , toujours
prêt à forcer les vraiſemblances , pour le
plaifir de trouver des allutions & des rapports
entre des faits & des événemens abfolument
oppoſes , le Public affecta de reconnoître
dans les caractères de la Tragédie
de M. le Blanc , des perſonnages allez puiffans
pour forcer au filence l'Écrivain le plus
audacieux , & affez reſpectables pour ne lui
laiffer d'autres ſentimens à peindre, en parlant
d'eux, que ceux de la veneration& de l'amour .
Dela les diſcours , les commentaires , la curiotité
, l'affluence , l'enthouſiaſme , & une
grandepartiedu premier ſuccès des Druïdes.
Lorique cer Ouvrage parut , il en fur
donne dans différens Journaux , & principalement
dinsde Merenre de France, des analyſes
très étendues. Il eſt imprimé depuis
quatre mois ; il est aujourd'hui entre les
mains de tout le monde: ce ſeroit donc un
Fvj
132
MERCURE
travail abſolument fuperflu que celui d'une
analyic nouvelle. Il nous fuffita de dire que
la fille d'un Roi des Carnutes s'eſt conſacre au
culte des autels, pour accomplir un voeu
très- indifcrètement formé par fon père , &
qu'elle immole à ce devoir l'amour violent
que lui a inſpiré un jeune Prince nommé
Clodomir : Que ce jeune Prince , qui a ſauvé
les jours de fon Roi, qui a répandu dans
tout l'Empire l'éclat de la valeur & de fon
nom , qui enfin , dans le cours de l'action ,
remporte une victoire fignalée ſur les Romains
, eft fur le point de ſe voir immolé
fur l'autel d'Heſus . par la main même de ſon
amante: Qu'il ſe ſoumet avec joie à ce ſacrifice,
puiſqu'il a perdu l'eſpoir de devenir
l'époux de fa maîtreſſe; mais qu'il eft arraché
aux fureurs de la ſuperſtition par le Grand-
Prêtre des Druïdes. Cet homme vraiment
religieux , vraiment fage , & doué d'une
intrepidiré rare , appelle les Guerriers au ſecours
de lear maître qui court les mêmes
dangers que Clodomir, & que c'eſt par leur
moyen qu'il vient à bout de détruire le fanatiſme
ſous lequel ont juſqu'alors gémi les
Gaulois.
Il y a long temps que Voltaire s'eſt élevé
avec chaleur contre les dangers cuels de la
fuperftition & du fanatisme. La ſeule Tragédie
de Mahomer eft capable d'inſpirer à
toutes les âmes qui joignent de la fenſibilité
à un peu de philofophie , une horreur invincible
pour deux fléaux , dont l'un eſt le perDE
FRANCE. 133
pétuel tourment des âmes puſillamimes , &
l'autre l'arme tout-à la fois cruelle & facrée
dont s'arme l'ambitieux qui veut preparer&
opérer de grandes révolutions. Tout Ecrivain
Dramatique , dont l'Ouvrage annonce
une grande intention morale , doit preſenter
fon but d'une manière poſitive & diftincte.
Nous ignorons quel eſt celui de M. le Blanc.
Il ne peut avoir pour objet la violence que
les parens font à leurs enfans pour les forcer
à embraffer l'état religieux; car entre une
jeune perfonne , n'importe de quel ſexe , qui
entre en Religion par crainte ou par foiblefle,
& une fille qui ſe conſacre au culte
d'un Dieu pour accomplir un voeu formé
par ſon père , la difference eſt grande. D'un
côré c'eſt la pufillanimité qui obeit à la barbarie;
de l'autre , c'eſt l'obéiflance & la ten
dreſſe qui payent la dette de l'indifcretion.
D'ailleurs , nous ne ſommes plus au temps
où les pères forment de pareils voeux. S'il
en eroit qui fuffent capables d'en former de
tels , le pouvoir législatif les en rendroit vic
time , & leur arracheroit celles qu'une foiblefle
barbare pourroit les engager à immoler.
Quant aux facrifices humains fur les autelsdes
Dieux , il feroit ridicule de croire que M. le
Blanc eûr voulu ſérieuſement s'elever contre
eux. Cependant, à quelle fin nous a t'il donné
ſa Tragedie ? Son fujet n'eſt point hiſtorique ,
il eſt tout entier d'imagination , fi on en excepre
les moeurs Gauloiſes, dui temps de Jules-
Cefar , qu'il a très fidèlement obſervées, Son
134 MERCURE
Ouvrage paroît dirigé contre l'intolérance.
Pourquoi donc s'élève t'il contre un genre de
fuperftition, contre une eſpèce de fanatifme
dont nous n'avens plus rien à redouter. Il
nous ſemble que c'eſt aſſez mal remplir le
grand bur , le bat principal de toute production
theâtrale. Au furplus , & quoiqu'il en
foit , à travers ces longues déclamations des
divers Interlocuteurs , malgré le luxe des inaximes,
des cirades&des idées pompeuſement
philoſophiques , dont les oreilles ſont ſans
ceſſe frappées , on voit que l'Auteur eft affez
fortement ému de l'amour du bien & de l'humanité.
La marche de l'action a de la rapidité
& de l'intérêt; ony diftingue de grands
mouvemens. Le ſtyle , quelquefois un peu
emphatique, a ſouvent de la nobletfe & de
la force; & l'Ouvrage , malgré ſes défauts &
les reproches qu'on peut lui faire , mérite de
l'eſtime. L'Auteur a été demande , il a paru ,
& le Public lui a prodigué les plus vifs applaudiſſemens
. Nous ignorons ſi la philofo,
phie eft compatible avec le petit orgueil de
ſe voir applaudir ſur la même planche où
l'on a fait paffer ſon génie & fon âme dans la
tête d'un Comédien : nous laiſſons à nos
grands penſeurs le ſoin d'examiner & de
prononcer fur cette queſtion.
DE FRANCE. 131

COMÉDIE ITALIENNE.
LE Vendredi 2 du même mois , on a représ
ſenté les Coufines Rivales , Comédie en un
Acte & en vers.
Cette Comédie auroit pu être nommée
P'Orgueilleuse : c'eſt ſans doute par modeftie
que l'Auteur s'eſt interdit ce titre. Au refte ,
le Public ne lui a tenu aucun compre de
cette modeftie , & il a fort maltraité fon
Ouvrage.
:
Trois filles font à pourvoir. Il ſe préſente
deux amans . L'aînée, déjà ſur le retour du pre
mier âge, refuſe la main de l'un deux, homme
riche & bon , mais bourru , deja vieux ,
d'un caractère affez bizarre. La troiſième
eft aimée& reçoit avec plaiſir les hommages
de l'autre, jeune homme d'un caractère trèsagréable.
Quant à la ſeconde , elle n'a encore
aimé perſonne; & lorſque , ſur le refus de
fon aînée, le vieillard vient lui faire ſa cour,
elle apperçoit en lui des qualités qui le lui
font eſtimer , & accepte fon coeur & fa for
tune. L'aînée fait des réflexions , & veut
revenir ſur ſes pas , mais il n'eſt plus temps ;
le vieillard eſt décidé , & il la rend téinoin
du triomphe de ſa ſeconde ſoeur.
Nous connoiffons dejà une Comédie dont
l'intrigue eſt toute ſemblableà celle ci, qui a
pour titre: La Fille de trente ans ,& qui a été
imprimée chez Ruault il y a dix ou douze ans.
136 MERCURE
Cette Pièce avoit été préſentée à la Comédie
Françoiſe & refuſée. Malgré l'humeur qu'en
marqua, dans le temps , un Journal que nous
ne nommerons point , elle ne méritoit pas
d'être reçue , parce que le fonds en eſt trop
foible , & qu'il n'eſt ſuſceptible d'aucune efpèce
d'interêt. Nous ignorons ſi les Coufines
Rivales font une imitation , une traduction
ou une réminiscence de la Fille de trente
ans ; mais elles n'ont pas plus de mérite que
leur original , quoiqu'elles ſoient écrites en
vers. On dit que l'Auteur de ce dernier Ouvrage
eſt un homme d'eſprir , qui occupe ſes
loiſirs par des efſais de Littérature , auxquels
il n'attache aucune prétention. Nous lui confeillerons
d'en avoir une , celle de plaire aux
gens de goût. Nous lui conſeillerons encore
ne pas céder à la foibleffe de préſenter à des
juges ſévères & exigeans , des productions que
l'amitié éclairée condamneroit , ſi on la mettoit
dans la confidence.
1
ANNONCES ET NOTICES.
LA Neuvième Livraiſon de l'Encyclopédie fera en
vente le 19 de ce mois. Cette neuvième Livrarſon eſt
compofée du Tome troisième des Planches , du Tome
premier des Finances, par M. R. D. S. , ancien premier
Commis des Finances, & Centeur Royal, & du Tome
premier, ſeconde Partie de l'Histoire .
Le Volume des Finances , qui fait partie de cette
Livraiſon , eft preſque abſolament neuf, & d'aurant
plus intéreſſant, que tous les eſprits paroiffent tour
DE FRANCE.
137
nés vers les objets qui ont le plus de rapport avec la
profpérité des Nations , & parmi leſquels la Finance
tient un des premiers rangs. L'Auteur la conſidère
fous trois rapports principaux ; dans fa burſalité ;
dans ſon utilité pour la Police du Gouvernement
civil , dans ſa liaiſon avec la Politique Sous ce triple
point de vûe, le Dictionnaire des Finances eſt trèsérendu.
On y a raſſemblé tous les mots en uſage
dans chacune des Diviſions de cette Science , de
façon que cet ouvrage devient à-la-fois un Vocabulaire
pour la Tail'e , la Capitation & le Vingtième ;
pour les Aides, pour les Gabelles , pour le Tabac,
pour les droits des Traites , pour les Rentes, enfin
pour tout ce qui concerne l'Adminiſtration générale
des Finances , & la langue particulière à chacune
des parties qu'elle comprend.
CetteEncyclopédie des Finances eft précédée d'un
Diſcours préliminaire , ou effai hiſtorique , dans
lequel on a corfidéré l'état des Finances chez les
Nations les plus anciennes & les plus célèbres. On a
fait'enfuite le Tableau des nôtres , depuis la for.
mation de la Monarchie juſqu à nos jours .
L'Auteur rend compte , dans un Averriffement ,
des fecours qu'il a reçus pour la compofition de cet
Ouvrage, & des fources dans lesquelles il a puiſé
Les plus confidérables font les Economiques , 3 vol .
in 4° . , attribué à M. Dupin , Fermier - Général . Il
n'existe qu'un petit nombre d'exemplaires de cet
Ouvrage , dont il n'a jamais été vendu un ſeul; les
Mémoires concernant les impofitions & les droits
qui ont licu en Europe & en France, 4 vol. in- 4 ° .
Imprimerie Royale , par M. de Beaumont, Intendant
des Finances. Cet Ouvrage préſente particulièrement
des renseignemens ſur les Finances de la
plus grande partie des Nations Européennes , il n'en a
été répandudans le Public que deux cent exemplaires.
Cetté Encyclopédie des Finances comprendrai
138 MERCURE
vol. , & on publiera les deux derniers dans l'eſpace
de deux années .
Le prix de cette neuvième Livraiſon eſt de quatante-
deux livres broché , & de quarante livres dix
fols en feuilles.
La Souſcription de cette Encyclopédie eſt toujours
ouverre ,& elle eſt du prix de 751 liv .
On peut s'adreſſer pour ſoufcrire , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , N ° . 17 ; & chez les Li
braires de France& Etrangers.
Avis fur la Traduction Françoise du troiſiène
Voyage de Cook , actuellement fous preſſe , avec
Privilége du Roi,
LaGéographie de la moitié du Globe étoit couverte
de ténèbres , lorſque l'immortel Cook a commencé
ſes Voyages autour du Monde. Les découvertes
fans nombre de ſes deux premières expéditions
font connues de l'Europe entière ; la troilieme
peut- être été plus heur ufe encore à cet égard,
L'intréside Navigateur qui l'a dirigée , a relevé une
vaſte érende de la terre de Kerguolen , il a achevé
la rece nnoffance des Isles des Artis , & il a souvé
une multitude d'ifles nouvelles qui dépendent de ce
gruppe: il a découvert entre les Ifles de la Société
& l Amérique , plufieurs Ifles , & entre autres un
Archipel très- vafte , qu'il a appelé Iſles de Sandwich ,
& qui par la poſition , ſon étendue & ſes productions
, peut dever, ir d'une extrême utilité aux Navigateurs
Européens ; il a reconnu & relevé , de la
manière la plus exacte , vingt fix degrés de la côte
occidentale de l'Axiérique , depuis la Californie julqu'aux
montagnes glaces qui ferment le paffage
au Nord, & ces vingt fix degrés contiennent environ
douze cent lieues de terrein ; il a déterminé la
pofition de l'extrémité Nord-Est de l'Afic , & il
de
DE FRANCE
139
nous a procuré la connoiffance d'une partie de la
côte des Tschusky ; il a fixé le guſement des Ifles
fituées entre le Kamchatka & l'Amérique , & diſſipé
les erreurs de toutes eſpèces , dont les Cartes des
Ruffes font remplies ; il a à-peu près réſolu l'importante
queſtion du paſſage au Nord- Eft. Les Capitaines
qui ont pris le commandement des vaiſſeaux
après la mort , pleins de ſon courage & de fon efprit
, ont exécuté le reſte de ſes grands projets; ils
ont fait une ſeconde campagne au Nord , & eſſayé
de revenir en Europe par le côté ſepterional de la
Sibérie , mais ils ont rencontré les glaces au même
point que l'année précédente , c'est- à-dire , à 74
degrés de latitude ; ils ont prouvé que de grandes
terres , telles que celles de Gama , Staten Island ,
& la grande Ifle de Jeſo , marquées ſur les Cartes au
Nord du Japon , n'existent pas.
La poſition de chacune des terres anciennes ou
nouvelles, auxquelles les deux vaiſſeaux de l'expédition
ont abordé , est déterminée avec une exactitude
merveilleuſe: il fuffira de dire ici, par exemple
, que celle de Tonga-Taboo eſt le réſultat de plus
de mille obſervations Aftronomiques. On apperçoit
àchaque page du Livre dopt on anronce la traduc
tion , un zèle , une ardeur &une conſtance que les
dangers , les beſoins des équipages , ou la ſatiéré des
découvertes ne ralentiſſent jamais .
La hardieſſe des manoeuvres qu'on y décrit étonne
les Marins les plus courageux; M. Cook paffe quetquefois
fur des écueils ou des rochers pour arriver
plus tôt , & lorſqu'on ſonge qu'il déploie une parcille
audace à l'autre extrémité du Globe & dans les Mers
où le naufrage ne laiſſe aucun eſpoir , de fi grands
prodiges ſemblent au-deſſus des efforts humains.
Ce qui n'est pas moins extraordinaire , il eſt venu
àbout de prévenir le ſcorbut , & dans un voyage
de plus de quatre ans , il n'y a pas eu ſur ſon vai140
MERCURE
ſeau un ſeul homme atraqué de cette maladie.
Sa générofité & ſa bienfaiſance ajoutent encore à
l'intérêt de ce troisième Voyage ; car on le voit tranfplanter
, avec des peines & des ſoins infinis , des
chevaux, des boeufs & des vaches , des chèvres , des
moutons , des volailles , & les plantes les plus utiles
de nos jardins dans les terres de la Mer du Sud ;
enfin on ne lit pas fans un attendriſſement profond
lesdétails de la mort de ce grand Homme , aſſaffiné
pardes Sauvages, qui d'abord l'avoient adoré comme
anDieu.
,
La partie relative aux moeurs des diverſes contrées
qu'il a parcourues , n'eſt pas ſeulement amuſante
elle est digne de toute l'attention des Philoſophes.
Ces tableaux ,fi variés & fi curieux , des uſages &
du caractère des Infulaires de la Mer du Sud ou des
Habitans de la Côte d'Amérique , offrent une mul- -
itude d'obſervations précieuſes. Pour n'en citer que
deux, les Peuplades fans nombre de l'Océan Pacifique
parlent des idiomes de la même langue , & il
n'y a pas fur le Globe de Nation plus étendue. M.
Cook a été rémoin d'un ſacrifice humain à O- Taiti ,
&tout annonce que ces facrifices abominables fontcommuns
& répandus ſur les autres terres , d'où l'on
pourra conclure , avec affez de fondement , que les
hommes ſont plus ou moins corrompus à toutes les
époques de la vie ſauvage & de la civiliſation.
L'Amirauté d'Angleterre , fatisfaite de la verſion
&de l'Édition Françoiſe des deux premiers Voyages
de Cook , a bien voulu nous envoyer les Cartes , les
Planches & les Feuilles du troiſième , à mesure
qu'elles forroient de la Preffe; & M. Demeunier s'eſt
occupé de la traduction long - temps avant que la
traductior parût à Londres.Au moment où l'on écrit
cet avis , il y en a plus de la moitié d'imprimé , &
les Graveurs de Paris travaillent aux Cartes & aux
Planches depuis unan.
DE FRANCE. 141
L'Édition originale a été miſe en vente à Londres
, le 4 du mois dernier , & épuiſée en quinze
jours. Les exemplai.cs ont fur le champ doublé de
prix. Cette Édition contient 87 Planches , ou Cartes
plus magnifiques encore que celles des deux premiers
Voyages. Celles de la traduction ne feront pas
inférieures , & on y trouvera de plus l'Eſtampe de
la mort du Capitaine Cook , qui ſe vend ſéparément
à Londres , & qui coûte 36 liv. Les perſonnes qui
defirent ſe procurer cet Ouvrage , doivent ſe faire
inferire à l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins
Nº. 17 , & elles feront sûres d'avoir les premières
épreuves.
La traduction paroîtra à la fin d'Octobre.
ISABELLE & Fernand , ou l'Alcade Zalamea,
Comédieen trois Ates , en vers , mêlés d'Ariettes ,
repréſentée par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le 8 Janvier 1783 , & remiſe au Théâtre le
12 Juia 1784. Prix , I livre 10 fols. A Paris , chez
Prault , Imprimeur du Roi , quai des Auguftins ; &
Brunet , Libraire, Place de la Comédie Italienne.
Cette Pièce eſt tirée d'une Comédie de Calderon ,
qui offre des ſituations intéreſſantes. L'Auteur François,
obligé par le genre de ſon Ouvrage de ne faire
ſouvent qu'eſquifer ce qui demandoit à être développé
, a dù facrifier beaucoup du côté de l'intérêx.
On a pourtant applaudi à des détails agréables.
OEUVRES de M. le Camus de Mézières , Architecte.
A Paris , chez l'Auteur , rue du Foin- Saint-
Jacques ; & chez Benoît Morin , Imprimeur-Libraire,
rue Saint Jacques.
Ces utiles & eftimables Ouvrages forment
5Volumes in - 8 , dont voici les titres : Le Guide
de ceux qui veulent butir , Ouvrage dans lequel on
142 MERCURE
-
donne les renſeignemens néceſſaires pour réuffir
dans cet Art, & prévenir les fraudes qui pourroient
s'y gliffer , 2 Volumes , avec un ſupplément
dedeux feuilles . Le génie de l'Architeture , ou
l'analogie de cet Art avec nos fenfat ons , ſujet
preſque neuf. Traité de la force des Bois , Ouvrage
effentiel qui donne les moyens de procurer
plus de folidité aux édifices , de co noitre la bonne
cu mauvaise qualité des Bois , & c. Cet Ouvrage
remplit ſon titre dans toute ſon étendue , & c'eſt
une des plus uriles productions dans ce genre.
Enfin la Defcription des Eaux de Chantilly , qui ſe
trouve aufli chez Belin , Libraire , que S. Jacques.
-
SUPPLÉMENT à l'Instruction fur les Bois de
Marine& autres , où l'on annonce , 18. une manière
économique de s'approviſionner des bois de
conſtructions navales ; 2" . comment on peut ſe
procurer à Paris des bois de chauffage ; 3 ° . des
choſes intéreſſantes far l'orme dit pyramidal &
autres ; par M. Tellès d'Acoſta, Grand- Maître des
Eaux & Forêts de France , ancien Intendant de
feue Madame la Dauphine , Mère du Roi , Seigneur
de l'Étang , Paroiffe de Marne. A Paris, chez
Cloufier, Imprimeur Libraire , rue de Sorbonne ; la
Veuve Eſprit , au l'alais Royal ; Jombert le jeune ,
rue Dauphine ; Deſenne, Libraire , Paffage de la
rue de Richelieu .
Nous avons rendu un compte avantageux &
mérité de l'Inftructionfur les Bois. Ce Supplément
eſt digne des mêmes éloges .
L'ABC , ou le Jeu des Lettres de l'Académie
des Enfans & du Recueil de leurs Etudes , par
Pierre Freſneau , leur Inſtituteur , nouvelle Edition .
A Paris , chez l'Auteur , Place de l'Ecole , près le
Pont-Neuf; la Veuve Hérifſant , Imprimeur-LiDE
FRANCE.
143
braire, rue Saint Jacques ; Savoye , Libraire , rue
Saint Jacques ; & à Verſailles , chez Blaizot ,Libraire,
rue Satory.
Le Cahier qui vient de paroître fait Supplément
au premier , & contient un perit Abrégé Chronologique
& Historique des Rois de France , orné de
leurs Médaillons.
INSTRUCTION ſur la nouvelle Machine inventée
par MM. Launoy , Naturaliste , & Bienvenu ,
Machiniste Phyficien.
CetteMachine a été annoncée dans le Journal de
Paris le 19 Avril 1784. Pour la faire connoître &
inſpirer l'envie de la voir il ſuffit de dire que par
fon moyen un corps contre ſa propre tendance
monte dans l'athmosphère avec une vitefle qui
égale le vol de l'oiseau , & eſt ſuſceptible de pour
voir être dirigé à la vo onté de l'homme ſans le
fecours de la Phyſique ni du Ballon. Les Curieux
pourront la voir gratis chez M. Bienvenu , rue
de Rohan , nº. 18 , aux anciens Quinze-Vingts ,
moyennant l'acquifition de la Brochure que nous
annonçons , & qui ſe vend i livre 10 fols .
-
NUMÉRO 5 : Air de Chimène arrangé pour le
Clavecin, Violon obligé, par M. Poureau , Organifte
&-Maître de Clavecin. Prix , I livre 4 fols .
Numéro 6: Air de la Caravane , idem par le
même. Prix , t liv. 4 fols. A Paris , clez M. Bouin ,
Marchand de Muſique , rue Saint Honoré , près
Saint Roch , & Mlle Castagnery , rue des Prouvaires .
,
NUMÉRO 18 : Ariette & petits Airs arrangés
pour le Clavecin ou la Harpe , par M Dreux le
jeune, Maitre de Clavecin , dédiés à la Reine. Prix ,
zlivres 8 fols. L'Abonnement pour vingt- quatre
Cahiers eſt de 48 liv. en Province; à Paris , 36 liv.
144
MERCURE
Chez Mlle Girard , Marchande de Muſique , rue de
laMonnoie , à la Nouveauté ; & chez l'Auteur , au
College de Navarre , montagne Sainte Geneviève.
QUATUOR de petits Airs variés & dialogués
pour deux Violons , Alto & Baffe , par J. B. Feray ,
OEuvre I. Prix , 6 liv. A Paris , chez l'Auteur, rue
Poultier , Ifle S. Louis , la première porte-cochère à
gauche en entrant par le quai d'Anjou.
QUATRE Sonates pour le Clavecin , avec Accompagnement
de Violon , par M. L. C. Ragué ,
OEuvre III . Prix , 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez Coufineau
, Luthier de la Reine , rue des Poulies ; &
Salonon , Luthier , Place de l'Ecole.
Les productions de cet Amateur font généralement
remplies de goût ; celle- ci en eſt une nouvelle
preuve.
:
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Libraiviefur
la Couverture .
TABLE.
EPITRE à M. Imbert , 98 Les Voyages d'Amour , 114
Air de l'Epreuve Villageoise Les Navires des Anciens , 115
Charade , Enigme & Logo Droits , &c .
gryphe
100 ExamenHistorique des Offices,
120
103 Variétés , 125
131
104 Annonces & Notices , 136
Eloge du Docteur Sanchez , Comédie Françoise ,
J'AI lu
,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 17 Juillet. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion. A
Paris, le 16 Juillet 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 26 Avril.
LCapitanBacha
Aflotte Ottomane , commandée par le
en perſonne , a mis àla
voile le 12 du mois dernier. Elle conſiſte en
effet en 11 vaiſſeaux de guerre , comme nous
l'avons rapporté à l'article Venise , l'Ordinaire
dernier. La deſtination de cet armement
eſt incertaine. Les uns l'envoient punir
la Régence d'Alger , & exiger la reſtitution
d'un navire Autrichien , enlevé & gardé
contre les ordres de S. H. D'autres probablement
mieux inſtruits , veulent que le Capitan
Bacha foit uniquement chargé de lever
les tributs annuels dans les iſles de l'Archipel.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 26 Juin.
On aſſure que l'Empereur ne paſſera que
No. 29 , 17 Juillet 1784 . e
( 98 )
15 jours au château de Laxembourg. Celui
de Schonbrun eſt diſpoſé pour la réception
du Grand-Duc & du Prince héréditaire de
Tofcane. Ce Prince commencera ſes voyages
aufli-tôt après le départ de ſon auguſte
Pere : le voyage de l'Empereur en Bohême
ſera aufli ſuſpendu juſqu'à cette époque.
On attend inceſſamment un orare de la
Cour , qui aſſujettira tous les vins étrangers
àun droit d'entrée de 60 pour cent.
Dernierement on a publié dans la Province
de Gallicie , un Reſcrit de l'Empereur
, compoſé de 3 articles , en date du 8
Mars 1784. Voici le préambule & la fubftance
de ce Reſcrit :
Nous , Joſeph II , avons appris avec mecontentement
que pluſieurs Seigneurs & leurs fermiers
s'aviſent d'exiger des vaſſaux plus de devoirs
qu'il n'eſt juſte de prétendre : co procédé
étant abſolument contraire à nos intentions ,
nous avons jugé à propos , pour le foulagement
de nos ſujets , d'ordonner ce qui ſuit :
1º. La liberté du commerce de ſel étant établie
, il ſera défendu aux Seigneurs territoriaux
de forcer leurs vaſſaux de prendre de leurs employés
ou fermiers , de l'argent pour en acheter
du ſel des greniers des Seigneurs .
2°. Il ſera défendu auxdits Seigneurs de prendre
de leurs vaſſaux des rétributions pour le blanchiſſage
des toiles crues.
2. Les vaſſaux qui auront perdu leurs fermes
par accident, les vaſſaux infirmes , ou âgés de
Toixante ans , les enfans qui ſont à la table de
leurs pere & mere , & de leurs beau-pere &
belle-mere , les invalides non poſſeſſionés , & les
( وو (
ſoldats abſens par congé , ne pourront nullement
étre obligés à faire des corvées ſeigneuriales :
nous voulons qu'ils en ſoient exempts , & qu'ils
ne puiſſent êtreaſſujettis à ces corvées qui ſeront
toujours proportionnelles , que lorſqu'ils feront
parvenus à lapoſſeſſion d'une maiſon , d'une terre
ſujette à la corvée , ou d'un autre terrein ſei,
gneurial.
On parle toujours de trois camps à former
, l'un à Minckendorf, de 22000 hommes
, un ſecond en Moravie de 25000 hommes
, & le troiſieme en Bohême de 50000
hommes. Comme la multitude d'ouvriers
emploiés aux fortifications dans cette derniere
Province , a exigé des approviſionnemens
, on y a fait paſſer 30000 meſures de
farine.
Les lieux conſacrés aux pélerinages font
enveloppés dans la réforme générale : on en
enleve ſucceſſivement les offrandes qui y
étoient dépoſées , & l'on aſſure qu'il ne ſera
plus expoſé aucune relique à la vénération
publique.
Dans la haute Autriche on a ſupprimé les
riches Abbayes des Bénédictins de Gleink ,
des Bernardins à Baumgarten , &des Céleftins
àSteyer.
L'Archiduc Maximilien eſt attendu ici
àla fin de ce mois. On a calculé le revenu
que ce Prince tire de ſes nouveaux Etats de
la maniere ſuivante ; l'Archevêché de Cologne
lui rapporte , dit-on , un million de florins
, & l'Évêché de Munſter , douze cent
e2
( 100 )
mille Aorins. La Grande Maîtriſe de l'Ordre
Teutonique vaut au même Prince quatre
cent mille florins .
DE HAMBOURG, le 25 Juin .
Des lettres de Pétersbourg contiennent le
récit d'un événement tellement ſingulier ,
qu'il inſpire beaucoup de doutes ſur l'authenticité
de ſes circonstances.
Il s'étoit répandu que le Grand Duc étoit dans
l'intention de fonder une ville dans ſa terre de
Katſchina , & de procurer aux ſujets Ruſſes qui
s'y établiroient , non-ſeulement l'affranchiſſement
de l'eſclavage , mais encore de quoi fournir à leur
entretien. Ce bruit , quoiqu'abſolument faux , excita
parmi le peuple & les ſerfs des principaux de
la Nobleſſe , une ſigrande fermentation , qu'un
grand nombre abandonnerent la campagne &
leurs maîtres , & ſe rendirent à Katschina , dans
l'idée d'y trouver la liberté & l'aiſance. Son Alteſſe
Impériale ne ſachant rien de cela, & faifant
avec quelques-uns de ſes courtiſans un tour
depromenade de Czarko-Zelo à Katſchina , rencontra
ſur le chemin , non loin de ſa terre , une
troupe nombreuſe de ces fugitifs qui , au moment
qu'ils apperçurent S. A. , s'approcherent de lui ,
l'environnerent , & ſe jetterent à ſes pieds. Le
Grand Duc fut d'abord ſurpris à la vue de ces
gens là. Il demanda d'où ils venoient , & quel
étoit leur deſir ? Ils répondirent qu'ils étoient venus
peupler la ville qu'il alloit bâtir. S. A. Imp.
leur répondit , qu'il n'avoit jamais pensé à fonder
une ville , qu'il n'avoit pas besoin d'eux , & qu'ils
euffent à retourner chez eux. LeGouvernement a
depuis rendu une publication pour contredire ce
bruit , & faire des recherches fur ceux qui en ſons
( 101 )
i
les auteurs. Pluſieurs des fugitifs font retournes
àteurs domiciles reſpectifs ; mais la plupart , les
! Tur- tout , craignant le courroux de leurs
maitres à leur retour , ſe tiennent cachés daris les
bois ; & l'on craint que le beſoin ne les porté à
quelque entrepriſe déſeſpérée.
La fréquence des courriers qui ſe ſuccédent
dans les Cours du Nord rendent les
Politiques attentifs ſur tous les mouvemens
de cette contrée. En les rapprochant des
ordres donnés par la Cour de Ruffie pour
raiſembler un corps de troupes & des magaſins
en Livonie, on conjecture que les négociations
concertées entre les deux Cour's
Impériales , donnent lieu à cette activité extraordinaire.
Le Comte Rafumowski , Miniſtre de la
Czarine à Naples, paſſe à Naples , en qualité
d'Envoié à Copenhague.
Les papiers ont fait mention des augmentations
de troupes en Danemarck , & les ont attribués
au changement récent qui s'y opere dans
le miniftere. Mais quoique le fait ſoit vrai , la
cauſe qu'on en a donné eſt deſtituée de fondement.
Voici ce qu'il en eſt de cette augmentation.
UneOrdonnance du Roi, du 20 Juin 1778 ,
a fixé le complet de toute l'armée à 78,015 hommes,
& preſcrit en même tems que pour parvenir
à cet établiſſement de troupes , on feroit des
augmentations ſucceſſives . Depuis ce tems on en
a fait tous les ans , & on continuera à en faire
juſqu'à ce que l'armée ſoit portée au nombre
d'hommes indiqué. D'après le plan de l'Ordonnance,
la cavalerie de Danemarck ſera compoſée
de deux eſcadrons de gardes , en tout 161 hom
e3
( 102 )
mes, de huit régimens chacun decinq eſcadrons,
ou de 622 hommes , dont 250 cavaliers ſont milices
, & de dix eſcadrons de huſſards , ou en
tout 1200 huſfards. L'infanterie danoiſe ſera
compoſée de la garde à pied , de cinq compagnies
, ou de 486 hommes , de ſeize régimens ,
dont douze auront chacun 765 hommes enrőlés
& 980 hommes milices , & les quatre autres
chacun 764 hommes enrôlés de garniſon , &
490 hommes milices. Il ſera créé en outre pour
chacun de ces ſeize régimens un troiſieme bataillon
, de 420 hommes chacun , & cinq compagnies
de garniſon. - La cavalerie de Norwege
fera compoſée de quatre régimens dedragons
, en tout 4473 hommes , & l'infanterie de
deux régimens de troupes entőlées , chacun de
1376 hommes , de treize régimens nationaux ,
ou milices , chacun de 1916 hommes , de cing
compagnies de garniſon , & d'un corps de chaſ--
feurs .
Le corps du Génie & l'Artillerie ſera fort de
5109 hommes.
font
La fituation des Royaumes de Danemarck & de
Norwege n'exige qu'une armée défenſive , &
c'eſt ſous ce point de vue qu'il faut conſidérer
l'Ordonnance des armées du Roi. On auroit tort
deles comparer aux armées du Roi de Pruſſe ou
de l'Empereur , qui , par rapport à la ſituation
de leurs Etats obligés dedonnerune autre
formation à leurs troupes , & de ſuivre des principes
tout différens d'établiſſement militaire. Les
deux tiers de l'infanterie Danoiſe , & les trois
quarts de la cavalerie ſont des ſujets du Roi. Les
milices , ou troupes provinciales ſont des hommes
robuſtes & grands ; à la moindre infirmité,
ils font réformés , & le pays ou le Bailliage et
obligé d'en fournir d'autres ; ils ſervent lesuns
( 103 )
pendant fix années , les autres pendant douze
ans, & ne fe trouvent annuellement aux Régimens
auxquels ils font attachés que pendant
trois ſemaines , & paſſent le reſte de l'année dans
leur famille. Les régimens enrôlés font toujours
ſur pied , & maintenus dans la diſcipline & l'exer .
cice comme les troupes des autres Puiſſances .
Dès qu'un ſoldat a paſſé l'âge detrente- fix ans ,
il eſt réformé. La cavalerie Danoiſe eſt établie
fur les mêmes principes que l'infanterie. Les
chevaux ſont excellens; on paſſe aux chefs pour
un cheval 70 à 80 rixdalers. Les cavaliers audeſſus
de trente- fix ans , & les chevaux de douze
ans font réformés. L'infanterie & la cavalerie de
Norwerge ont le même établiſſement que les
troupes Danoiſes. Au premier ordre de marcher ,
ce Royaume pourra fournir 36,000 hommes de
bonnes troupesde défenſe. Les fortereſſes de la
Norwege font en bon état , & amplement pourvues
d'artillerie& d'autres munitions de guerre.
L'arfenal de Frédéric-Stadt eſt un des plus beaux
&des mieux arrangés de l'Europe. Dans chaque
compagnie des régimens d'infanterie , il y a
quatre hommes riflemens , ou arquebufiers , qui
fontexercés dans ce genre de tirer , & chaque
régiment diſtribue annuellement un prix de zo
écus aux meilleurs tireurs. De cette maniere on
forme des chaſſeurs ou arquebufiers qui au befoin
pourroient étreaſſemblés en corps. Ily a à
Chriſtiania une Ecole royale des mathématiques.
L'artillerie danoiſe eſt très bien ordonnée : le
GénéralHutth en eſt le chef. Ily a des arſenaux
&des écoles d'artillerie à Coppernhague & à
Redsbourg. L'artillerie en général eſt diviſée en
trois brigades , l'une eſt à Coppenhague , l'autre
à Redsbourg , & la troiſieme à Fridéricſtadt. On
doit encore aux foins du Général de Hutth un
1
e 4
( 104 )
1
bel établiſſement à Coppenhague , c'eſt une Académie
militaire pour les Officiers d'infanterie &
de Cavalerie , ils peuvent y faire gratuitement
des cours de fortification , de défenſe & d'attaque
, de tactique & d'autres ſciences milizaires.
Les Hollandois ont expédié 43 bâtimens
pour la pêche de la Baleine. 25 font partis
d'ici , 3 d'Altona, 5 de Gluckſtadt , & 3 de
Brême pour la même pêche.
Le nombre des bâtimens arrivés à Roſtock
dans le courant de 1783 , eſt de 640 , &
celui des bâtimens qui en font partis , de
531.
DE FRANCFORT , le 2 Juillet.
On vient d'afficher à la porte de l'Univerfité
à Vienne un ordre de S. M. I. , qui interdit
la réſidence dans cette Capitale à tout
Prêtre féculier, étranger au diocele. Le motif
de cette excluſion eft , à ce qu'on rapporte,
deprévenir les infinuations des eſprits
inconſidérés contre les nouveautés paffées &
préſentes.
Les mêmes lettres annoncent la fuppreffion
de la Chapelle de Lorette chez les
RR. PP. Auguſtins. On a aſſigné du tréſor
de cette Chapelle 10000 florins , pour en
reconſtruire le Maître Autel .
S'il faut ajouter foi au bruit public , les
Religieufes de Sainte-Elifabeth ont refuſé à
( 105 )
l'Empereur le ſervice des malades dans le
grand Hôpital , à moins qu'on ne leur laifsát
leurs vêtemens monaftiques. Cette condition
a été refufée; & ces Religieuſes réduites
comme les autres ſupprimées , à la penfion
ordinaire.
Peu de jours après l'arrivée d'un eſtafette
de Berlin à Vienne , on a arrêté à Léopoldſtar,
un Seigneur décoré d'une étoile , & qui
enfuite a été conduit ſur les frontieres de la
Pruffe.
Les Lottos tombent par- tout avec autant
de rapidité qu'ils ont été établis. Cette dangereule
invention fut portée d'Italie en Allemagne
par divers aventuriers , donneurs de
projets , & qui infatuerent de cette reſſource
une infinité de petites ou grandes Souverainetés.
Les malheurs & les crimes qui ont
ſuivi ces inſtitutions , ont enfin attiré les regards
de l'autorité. Proſcrits à Coblentz, à
Liege , ces établiſſemens viennent d'être fermés
à Bonn , par une Ordonnance du nouvel
Electeur , en date du 21 Juin. Les Collecteurs
feront à l'avenir condamnés à une
amende de 100 florins d'or , & ce qui paroît
moins juſte , les joueurs eux-mêmes ſupporterontune
amende de moitié.
Ces fuppreffions rappellent que dans une repré.
ſentation faite aux Magiftrats de Geneve en 1773
contre la diſtribution de ces lottes , les Citoyens
démontrerent mathématiquement , par une analyſe
arithmétique de ces jeux , que les joueurs
e4
( 106 )
par extraitsfimples, mettoient àune loterie de 17
mauvaisbillets contre un bon .
Parambes , loteriede 399 mauvaisbillets contre
un bon .
Par ternes , loterie de 11747 mauvais billets
contre un bon , &c .
ITALI Ε.
DE NAPLES , le 21 Juin.
Outre une nouvelle frégate de 40 canons,
on conſtruit actuellement 2 galéaſſes dans
notre chantier , & on continue à Caſtellamare
les conftructions du nouveau vaiſſeau
de74 canons.
Deux chebecs de S. M. ſont rentrés dermierement
dans ce port, après avoir achevé
leur croifiere. Les deux chebecs qui ont conduit
le Général Pignatelli dans la Calabre ,
font rentrés ici hier. Ce Général a fait publier
à Monteleone , lieu de ſa réſidence , le
BrefPontifical dont nous avons fait mention.
, & qui ordonne la féculariſation de
rous les Moines de la Province : ce Bref a
été reçu avec docilité par la pluralité des
Religieux. Dans la Calabre ultérieure on a
reſſenti de nouveau quelques ſecouſſes de
tremblement de terre.
DE LIVOURNE, le 23 Juin.
L'Archiduc François , accompagné de fon
Auguſte Pere , notre Souverain , ett parti de
Florence , le 21 de ce mois, pour ſe rendre
Vienne..
( 107 )
L'Eſcadre Angloiſe , aux ordres du Chevalier
Lindſay , a mis à la voile , le 12 de
ce mois , pour ſe rendre à Naples.
On a reçu ici la nouvelle que quelques
chebecs& frégates de l'armement Eſpagnol ,
qui croiſe dans les parages d'Alger , pour ent
bloquer le port , ſe ſont emparés de deux
gros bâtimens chargés de vivres & de munitions
de guerre, à bord deſquels ſe trouvoient
plus de cent-cinquante Turcs , qui
ont éré faits prifonniers , ainſi que les Capi
taines & Commandans.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Juin.
L'armement contre Alger qu'on raſſem
ble à Carthagene , eſt compoſéedes vaiſſeaux
ſuivans. Le Foudre, de 80 can.; le S. Sébaftien,
le S. Firmin , de 74; le Septentrion, de
64 ; de 15 frégates , depuis 40 juſqu'à 18
can. , de quelques brigantins , d'un grand
nombre de chaloupes bombardieres& cap
nonnieres; le tout formant 101 navires de
guerre.
Ils feront renforcés de l'eſcadre de Naples,
de celle de Malthe & de Portugal , &
des vaiſſeaux Eſpagnols actuellement en
croifiere ſur les côtes d'Afrique.
Sans tremblement de terre, ſans exploſion
fouterraine , la Place publique de la Forte
( 108 )
reſſe de Ronda , dans le Royaume de Grenade
, a croulé avec toutes les maiſons qui
l'avoifinoient. Les Savans Grenadins attribuent
cette catastrophe aux pluies abondantes
qui ont dû miner le roc, tandis que d'autres
s'en prennent à la féchereſſe.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 15 Juillet.
L'inſtant de criſe annuellepour le Miniſtre
des Finances , eſt cette fameuſe ſéance de
l'ouverture du Porte-feuille. Il faut mettre
fous les yeux du Parlement & de toute la
Nation qui l'écoute , la balance du compte
public , réparer les vuides du paffé , pourvoir
au préſent & à l'avenir , juftifier le choix
de ſes moyens , & dans la néceffité de demander
beaucoup d'argent , l'obtenir en
quelque forte du conſentement général; enfin
, paroître populaire encore en preſſant la
bourſe des citoyens. Si depuis long-temps
cette opération eſt devenue embarraſſante ,
qu'est-ce aujourd'hui où la multiplicité des
taxes en augmente les déficits , où il faut
fuffire à des intérêts énormes , les accroître
par de nouveaux emprunts , & trouver des
objets de contribution qui aient échappé à
la ſagacité des Financiers antécédens ?
C'eſt le 30 Juin que M. Pitt a préſenté fon
budget à la Chambre des Communes formée en
grand comité. A la ſuite d'un préambule de
1
( 109 )
circonstance , ce Ministre offrit l'état des be
ſoins de l'année , montant à 11,593,310 liv.
Aerl. , auxquels il falloit ajouter quelques dépenſes
additionnelles pour réparations publiques ,
encouragemens &gratifications , ainſi que deux
millions circulans en billets de l'Echiquier ,
dont le paiement pouvoit être retardé d'urg
année. D'après cela , le total des dépenſes , ajouta
le Miniſtre , ſera de 14,773,715 liv. ſterl .
Le revenu public n'étant pas égal à une pareille
ſomme , le Miniſtre annonça un emprunt
de fix millions , dont il déduiſit les conditions:
elles conſiſtentà donneraux ſouſcripteurs , y compris
l'eſcompte, 103 liv. ſterl . 14 (. 4den. &demi
pour chaque 100 liv. payées au Gouvernemens.
De 14 millions de dettes non fondées , tant
de la Marine que de l'Artillerie, le Ministredéclara
fon intention d'en fonder fix millions &
fix cent mille livres ; il eût même fondé la
dette entiere , ſans la crainte de trop multiplier
le nombre des effets publics en mouvement.
Pour payer les intérêts de l'emprunt & ceux
de la dette non fondée , M. Pitt demanda un
lecours de 900,000 liv. terl. Cette fomme devoit
réſulter de taxes nouvelles , calculées , ditil
, fur deux principes , ceux de la justice & de
la certitude dans le produit.
Le Miniſtre entra enſuite dans le détail de chacune
de ces taxes , dont voici le tableau abrégé.
Sur les chapeaux , à fix deniers par chapeau de
feutre& 2 ſch. par caſtor , ....
Rubans & gazes ,
L'impôt ſur les rubans ,proportionnel
à leur largeur, c'est-à-dire , depuis
un ſou ſurdouzeverges ,juſqu'àun fou
par verge.
Charbon deterre , c'est-à-dire , ex
150,0001.
120,000
( 110 )
tenfionà toute la Grande-Bretagne,
de l'impôt de trois ſchelings , particulier
juſqu'ici à la ville de Londres
, 150,000
Chevaux inutiles , ſavoir, de carroffes
, de ſelle , de courſe , de poſte
& de cabriolets , à to ſchellings par
cheval , 100,000
Toiles & foieries peintes , 120,000
Chandelles , un demi ſou par livre , 100,000
Permiffions aux Marchands ſoumis
aux réglemens de l'excife , ৪০,০০০ ...
Briques & tuiles , • ८०,०००
Permiſſion de chaſſe , à une guinée
par Chaffeur , • 30,000
Taxe additionnelle ſur le papier , 18,000
Idem ſur les fiacres , à cing ſchelings
par ſemaine pour chaque fiacre , 12,000
930,000 1 .
Ce plan de ſubſides donna lieu à beaucoup
d'objections , dont la plupart cependant
eurent pour objet particulier l'impôt
fur le charbon, & celui ſur les chandelles.
M. Pitt juſtifia ce dernier , en aſſurant , d'après
information exacte, que chaque famille
pauvre ne confommoit pas plus de dix liv.
de chandelles par année , &qu'ainſi ſa contribution
ne ſeroit que de cinq pences ( 10
fols tournois .
Le lendemain de cette ſéance , M. Gilbert
ayant rapporté à la Chambre en corps les
réſolutions de la veille ſur les taxes & l'emprunt,
elles furent agréées par une pluralité
de 144 voix contre 4; ſavoir, celles de Lord
( in )
Surrey , du Chevalier Cunningham , de
MM. Huſſey & Stanley.
Le 2 Juillet , M. Pitt entama les affaires de
l'Inde ; il déclara que toutes les réſolutions qu'il
propoſoit au Parlement ſeroient établies ſur le
rapport du comité que le Parlement avoit
chargé de l'examen des affaires de la Compagnie
des Indes , & il annonça qu'il diviſeroit en trois
points principaux les objets qu'il avoit le deſſein
de ſoumettre progreſſivement au Parlement. Le
premier de ces points doit concerner les dettes
dues par la Compagnie des Indes au publicpour
les droits qu'elle a négligé de payer & qui
s'étoient accumulés . M. Pitt obſerva qu'il falloit
accorder à la Compagnie du délai &ne pointtrop
la preffer de s'acquitter.
Ce ſecond point doit concerner les traites de
l'Inde fur la Compagnie , une partie de ces
traites eſt déja acceptée , mais il en reſte encore
un grand nombre qui ne le ſont point , &
il eſt queſtionde ſavoir ſi le Parlement autoriſera
Ja Compagnie à les accepter. M. Pitt obſerva
que cet objet étoit très-délicat , & qu'il le ſoumettoit
entiérement à l'examen de la Chambre.
Le troiſſeme point concernera le dividende
que la Compagnie dans l'état actuelde ſes affaires
doit déclarer.
M. Pitt après avoir ainſi diviſe les ſujets des
différens Bills qui ſeroient ſucceſſivement préfemés
au Parlement, s'étendit ſur la fituation ac.
tuelle des affaires de la Compagnie des Indes.
Il fit voir qu'elle n'étoit point auſſi critique qu'on
Je prétendoit , qu'à la vérité la Compagnie ſe
trouvoit actuellement très-embarraſſée , qu'elle
avoit une dette de cinq millions dans l'Inde ,
mais que la paix que l'on avoit l'eſpoir de voir
( 112 )
bientôt établie dans cette partie du monde
que les encouragemens que l'on alloit donner
à son commerce en diminuant les droits ſur le
the , & que les délais que le Parlement lui accorderoit
, probablement pour payer ce qu'elle devoit
au fiſc , mettroient les affaires de cette
Compagnie dans la ſituation la plus riante. Ces
confidérations , ajouta M. Pitt , juſtifieront la
conduite de la Chambre , ſi elle ſe détermine
à autoriſer la Compagnie à accepter les traites ,
qui ne feront encore acceptées & qui ſe montent
à quatre millions.
Lorſque M. Pitt eut achevé ſon difcours ,
&fait fa motion pour obtenir la permiffion
de préſenter un Bill pour régler les affaires
de l'Inde , Sir Francis dont on ſe rappelle le
dévouement à M. Fox, ſe leva , & parla avec la
plus grande chaleur contre le projet que venoit
d'inanuer M. Pitt , de faire autoriſer la
Compagnie des Indes par le Parlement à
accepter les lettres de l'Inde tirées ſur elle.
Ce ſeroit , obſerva - t - il , rendre le Parlement
l'endoſſeur des effets de la Compagnie
, & compromettre la sûreté de ſes
créanciers.
M. Francis fit enſuite ſentir que tous les raifonnemens
de M. Pitt ſur la proſpérité future
de la Compagnie, étoient établis ſur la ſuppoſition
que la paix alloit régner dans l'Inde ;
mais rien, ſelon lui ,n'annonçoit un événement
auffi heureux. Les dernieres nouvelles de l'Inde
apprennent que Tippo -Saib avoit rappellé l'Ambaſſadeur
, qu'il avoit envoyé à la Cour de Poonah
pour négocier la paix; ainſi ce Prince
au lieu de ſe préparer à ſigner la paix , ſe prê-
,
( 113 )
pare à de nouvelles hoftilités;& les diſportions
qu'il a déjà faites , ont forcé la Préſidence de
Madraſſ de mettre ſon armée en campagne.
Tout ceci , s'écria M. Francis , at-il l'air de la
paix ! On me répondra ſans doute que ſi la
guerre en effet reprend une nouvelle vigueur ,
elle ne durera point long-tems ; que le Traité
de paix enleve à Tippo-Saïb ſes plus chers alliés;
que toutes les puiſſances de l'Inde ſe reuniront
pour accabler ce Prince Indien , & qu'il
ſera obligé de céder à la multitude de ſes ennemis
; mais loin d'admettre ces argumens , qui
font jettés par M. Hastings , & que M. Pitt
adopte , je les regarde preſque comme des chi
meres.
M. Fox fut de l'avis de M. Francis. Il ne
confidéra point la paix dans l'Inde comme prochaine
, & il dit qu'il ne falloit point croire
que la France , ſcrupuleuſement fidelle aux conditions
de la paix , ne donneroit aucune eſpece de
ſecours à fon ancien allié. Il ajouta qu'il n'avoit
fûrement point le deſſein d'imputer à la France
le projet de renouveller la guerre avec l'Angleterre
, en faiſant paſſer des ſecours à Typpo-
Saib ; mais que cette Puiſſance pouvoit fans ſe
compromettre trouver mille manieres d'aider
fon ancien allié. La préſence ſeule d'une armée
françoite dans le voisinage des poffeffions de
Typpo - Saïb , obſerva M. Fox, n'eſt-elle point
déja un ſecours ? M. Fox convint qu'il étoit pofſible
que la guerre nedurât point long-tems ,
parce qu'elle étoit contraire aux intérêts apparens
de Typpo-Saïb ; mais il pria la Chambre
de peſer mûrement toutes les interprétations que
l'on donneroit aux affaires d'un pays auſſi éloigné
que celui dont le Parlement alloit s'occuper.
La Chambre ſe ſépara à 11 heures du foir ,
( 114 )
7
:
&M. Pitt obtint la permiſſion de préfenter
fon bill pour régler le Gouvernement de l'Inde.
Laſituation de cette contrée érant aujourd'hui
le vrai thermometre de la proſpérité de
la Compagnie , toutes les nouvelles qui ſe
débitent, font plus ou moins ſuſpectes ; mais
la lettre de M. Haſtings , qu'a reçu cette
Compagnie, fixe tous les doutes , & préſente
un état exact des affaires dans ce payslà.
Cette lettre , très-intéreſſante par la netteté
, par la préciſion & par la fermeté qui la
caractériſent , eſt de la teneur ſuivante .
Pendant un espace de cinq années , nous avons
foutenu une guerre vive & continue dans toutes
les parties de l'Inde . Nous avons maintenu toutes
vos autres Préfidences , non par des fecours tardifs&
infuffifans , mais en prévenant tous leurs
beſoins. Nous avons ſecouru le commerce de
la Chine ; & le Bengale a fourni plusde remiſes
dans cettepériode qu'en aucune de celles qui ſe
ſont ſuccédées depuis ſon établiſſement.
Pour rendre tous ces ſervices , nous n'avons
demandé à la Compagnie que de légers ſecours
d'argent. Ne voulant pas ajouter aux embarras
domeſtiques de nos honorables commettans , nous
avons évité de tirer ſur vous dans pluſieurs ocса-
fions , pour des beſoins qu'il nous auroit été facilede
juſtifier. Dans toutes ſes entrepriſes ; il en
a faitde grandes & avec ſuccès, ce Gouvernement
ne s'eſt ſervi quede ſes propres reſſources.
Véritablement ces reſſources ne ſont pas actuellement
auſſi entieres qu'elles l'étoient au commencement
de nos difficultés ; mais , à confidérer
la multitude des objets auxquels elles ont été
appliquées , elles ne font que légérement enta
( 115 )
mées ,&ne demandent qu'un court intervalle de
paix , pour reprendre leur premier état de vigueur
&d'abondance.
J'ai l'honneurde vous envoyer ci- inclus nº. 1 ,
l'état de notre caiſſe en ce moment , par lequel
vous verrez que toutes nos dettes , fondées en
obligations , montent en cemoment à un peu
plusd'un crore & ſoixante lacksde roupies . Je ne
parle pas de l'emprunt de remiſe ( remittance
loan ) á4 pour cent, le gouvernement n'en étant
plus chargé ; d'ailleurs j'en confidere le paiement
comme remplipar tes fortes remiſes qui font actuellement
en route pour l'Angleterre .
Vous trouverez ci-inclus , nº. 2 , l'état de nos
recettes &débourſés jusqu'à la fin d'Avril prochain
, par lequel onvoit que toutes les demandes
courantes de ce gouvernement feront payées
dansune courte période , excepté environ 12 lacks
de roupies. Dans cet état , les débourſés ont éτε
calculés à leur derniere valeur , & les recettes
portées fant celles qui , ſelon toute probabilité ,
feront réalifées; mais comme il peut ſurvenir
des dépenſes néceſſaires qu'on ne peut prévoir à
préſent , il eſt poſſible que les demandes courantes
de ce gouvernement excedent à la fin
d'Avril 1784 les ſommes auxquelles elles ont
été portées; mais en les évaluant , contre toute
probabilité , à 30 lacks au lieu de 12 , elles peuvent
être complettement remplies avant le mois
de Décembre 1784 ; dans lequel cas , ce gouvernement
n'aura plus d'autres dettes quelconques ,
que les dettes par obligations ou contrats , montans
, comme je l'ai établi ci-deſſus , àenviron un
crare& 65 lacks; ſomme qui ne va pas au tiers du
revenu annuel de cepays .
Je ne me hafarde pas à vous le promettre ; je
puis aller trop loindans mes eſpérances ; maisje
: ( 116 )
fuisperfuadé , & vous voyez sur quels fondemens,
quenous ferons en état de commencer dès cette
période ,l'acquittement de nos dettes fondées ſur
des obligations.
Le n°. 3 ci-inclus , préſente un tableau des remiſes
(investments) réaliſées par ce gouvernement
dans un eſpace un peu plus long que le cours de
la préſente année , renfermant une période de 13
mois , à prendre depuis le premier de Décembre
1782 , juſqu'au premier de Janvier 1784. Parcet
état , vous verrez que la valeur de toutes les cargaiſons
montent dans leur coût actuel , non compris
les taxes des marchaliſes , à environ deux
crores 65 lacks de roupies. Ces cargaiſons produiront
indubitablement une ſomme plus que ſuffilante
pour remplir touts les effets tirés ſur vous
&pour nous aider en outre à délivrer nos honorables
commettans des difficultés momentanées
que peuvent éprouver leurs affaires en Europe. Je
dois appliquer à cette occafion la remarque que
j'ai déja faite , que ces amples retours de richeſſes
ont été envoyés en Angleterre dans un tems que
toutes les poffeffions de la Compagnie dans l'Inde
faiſoient leurs efforts pour foutenir le Bengale
contre les natifs & les Européens ſes ennemis.
Les ſommes accordées pour la proviſion des remiſes
de cette année , ſe montent à un crore de
roupies , à laquelle ſomme nous avons permis à
la Société de Commerce d'ajouter 50 lacks de plus ,
afin de pouvoir acheter des marchandises payables
, fur des effets , par la Trésorerie , & pour
nous mettre en état de garantir ceux que nous
avons annoncés que nous tirerons ſur vous , ces
effets devant être délivrés en Février 1785 , payables
dans un an ou dans deux avec intérét . Cette
meſure a été priſe afin de pouvoir expédier tous
les vaiſſeaux qui reſtoient dans l'Inde.
( 117 )
Nous avons déja écrit au gouvernement du fort
S. George pour preſſer le renvoi des troupes que
nous envoyâmes au ſecours de cet établiſſement ;
& le Colonel Charles Morgan a fait quelques
progrès dans ſa marche vers ces Provinces , avec
ledétachement denos troupes employées de l'autre
côte de l'Inde.Quand ces détachemens arriveront
, le voeu général ſera probablement pour une
réduction des troupes , proportionnée à l'accroif
ſement de force que cet établiſſement recevrapar
cette addition. Une telle réduction paroitra ,
j'en ſuis perfuadé , très-compatible avec la ſûreté
de ces provinces , & produira une épargne de
50 lacks au moins dans les dépenſes annuelles.
Sur le tout , je n'hésite pas à vous aſſurer que
quelques années de paix ſuffiront pour mettre ce
gouvernement en état (s'il eſt ſoutenu &conduit
comme il doit l'être ) , de faire face à toutes ſes
dettes , &de puiſer des richeſſes aux mêmes fources
qui ont déja rempli ſes caiffes ; qui ont , même
dans des tems de proſpérité générale, été augmentéesd'un
million delivres ſterling , comme il
paroît par maminute enregiſtrée au département
des revenus , le 20 de Décembre 1782 .
Des raiſonnemens ſur ce qui doit arriver ne
peuvent être fondés que ſur le cours ordinaire des
choſes ,& font par conséquent ſujets àdes variations
; il arrive toujours quelque mal qu'on ne
pouvoit prévoir. Ainſi les grandes pluies que nous
avons eſſuyées dérnierement ont répandu l'alarme
parmi les habitans , & occafionnéun reſſerrement
ſubitdans les eſpeces ; mais de promptes meſures
ont remédié à ce mal. Un comité , composé de
vos ſerviteurs des plus habiles , a été chargé du
foin ſpécial d'en prévenir les progrès ; & comme
on a toute rede croire , tant d'après le ſuccès
de leurs recherches , que d'après l'expérience des
( 118 )
années précédentes , qu'il ſe fait toujours dans
ces provinces une proviſionde grains égale à la
consommation de chaque année ; & comme les
réglemens qui exiſtent ſont particulièrement dirigés
contre les projets de ceux qui voudroient
faire le monopole de ces grains , je n'ai aucune
crainte pour l'avenir. Je dois ajouter que la ſechereſſe
qui a déſolé une partie de ces provinces
afait les plus grands ravages dans lapartie occidentalede
l'Indoſtan ; j'ai eu le bonheur , tandis
que la famine por oit la déſolation & la mort dans
tous lesEtats qui nous environnent , que le pays
que je gouverne a ſeul joui d'une tranquillité &
d'une abondance foutenues.Puiſſe un pareil avantage
marquer tout le cours de ma vie publique !
Je n'ai jamais trompé votre honorable aſſemblée
par aucun expoſé infidele ou exagéré de vos
affaires. Je me perſuade en conféquence que quelqu'oppoſition
que ce rapport trouve dans d'autres
repréſentations , ou dans vos propres craintes ,
vous me trouverez au moins fincere , & fortement
convaincu des vérités que je vous communique.
Je dirai ſeulement , relativement à l'état de
vos affaires politiques , que la paix qui a été conclue
avec les Marates a été établie ſur une baſe ſi
ſolide qu'il n'eſt pas poſſible qu'e le foit enfreinte
de pluſieurs années , & que la ceſſation des hoſtilités
, entre rous & Tippa-Saib dans le Carnate,
ſera probablement ſuivie d'une paix durable , malgré
quelques apparences d'une nouvelle guerre.
Legouvernement de Bombay nous a informés
qu'il a été obligé d'envoyer des renforts de troupes
à Onore & à Mangalore , ainſt que de nouvelles
provifions. Ces places ayant beaucoup
ſouffert par la perfilie de Tippoo-Saïb , qui les
a empêchées de recevoir les ſecours qu'il s'étoit
( 119 )
expreſſément obligé de laiſſer paſſer tant que dureroit
la tréve. Mais quoiqu'il eût pu compter
fur notre patience , il n'est pas probable qu'il
préfere de nouvelles hoſtilités avec nous , s'il réfléchit
aux périls& aux difficultés qu'il a eſſuyés ;
& s'il confidere l'accroiflement de force qui peut
réſulter de la réunion de tous nos efforts ;l'incertitude
de ſon autorité ; l'épuiſement de les premieres
reſſources ; la conjuration formée contre
lui par tous ſes voifins qui étoient auparavant ſes
co-belligérans ; la perte de ſes alliés Européens
&la détection de ſes propres troupes mécontentes
&fatiguées d'un tong ſervice.
L'état de vos relations politiques avec vos
deux premiers alliés , le Nabab Affoful Dowlah ,
&le Nabab Wallah Jah , ne peut entrer dans
un rapport ſuccinct ; cependant je ſuis trop fenſible
à leur pofition pour n'en pas dire un mot.
Tous les deux gémiſſent ſous le joug de l'eſclavage
le plus oppreſſif; ce qui n'eſt pas moins
contraire à vos intérêts prétens & permanens ,
qu'injurieux à votre réputation de fidélité & de
justice. J'ai effaye, mais inutilement , tous les
moyens de les ſecourit. Je renvoie pour les détails
de cette affaire , aux informations plus amples
que le Conseil & moi-même avons envoyées
par leNerbuddan & les paquebots qui l'ont
foivi.
Le Shooner le Nerbuddan qui a été envoyé exprès
avec les dépêches les plus importantes & les
plus étendues à votre honorable aſſemblée , renvoya
fon pilote le 17 du mois dernier. Des duplicata&
triplicata de ces dépêches , avec d'autres
avis , ont été depuis envoyés à bord du Rodney,
du Worcester&du Wincerton , qui laiſſerent leur
pilove entre le premier&le dix de ce mois .
J'ai l'honneur d'être , &c.
Signé , Warren Hastings.
( 120 )
Quoique l'on s'accorde à louer l'opération
deM. Pitt, relative à la contrebande du thé,
la nature de la taxe qu'il a ſubſtituée à celles
qui exiſtoient fur cette feuille Aſiatique ,
trouve de nombreux contradicteurs.
En général , diſent-ils , les maiſons de Londres
&Westminſter ſontbâties ſur le même plan ,
avec le même nombre de fenêtres . La principale
différence entre une maiſon de 20 liv. de rente ,
&une de 200 liv. , eſt dans l'agrément de la ſituation
, & dans la dimenſion des appartemens. De
forte que l'habitant d'une maiſon de 20 liv. dans
une cour obfcure , payera autant, ſelon le plan de
M. Pitt , pourboire de mauvais the bouy , que le
particulier bien logé à l'occident de la ville , pour
s'abreuver de ſon effence de thé hyon .
Le Jugement prononcé à Guildhall , dans
le procès du Capitaine Sutton , contre le
Commodore Johnstone , que nous avons
rapporté , vient d'être aneanti comme irrégulier.
Le Tribunal avoit fondé la condamnation
du Commodore fur ce qu'il avoit
malicieuſement mis aux arrêts de Capitaine
Sutton. Sur l'appel du Procureur Général à
la Cour de l'Echiquier , les Barons qui compofent
ce Tribunal, ont prononcé à l'unanimité
, que n'exiſtant pas de preuve de malice
dans la conduite du Commodore , il
falloit procéder à un nouveau Jugement.
On nomme ce Commodore , ou l'Amiral
Alexandre Hood , comme déſignés pour
commander dans les Indes. Sir Edouard
Hughes revient en Europe avec une fortune
de 200,000 liv. fterl .
De
( 121
De nouveau l'on débite que Lord Cambden
a accepté la place de Garde du Sceau
privé , dont il prendra poſſeſſion à fon re-
Tour d'Irlande. Il eſt auſſi queſtion de rétablir
le Bureau du Commerce & des Plantations ,
mais fur un autre plan .
A lire tout ce que rapportent les Gazetres
étrangeres ſur les diſpoſitions de l'Irlande , tant de
réſolutions , de propos , de projets , de liſtes d'armemens
& de phraſes ſonores ſur la liberté , on ne
ſe douteroit gueres de la profonde indifférence qui
regne enAngleterre ſur l'état de l'Irlande. Aucun
papierpublicne daigne même en parler; perſonne
n'y donne la moindre attention , & les ſuccès de
Miſtriff Siddons à Dublin , font plus de ſenſation
à Londres, que toutes les rodomontades des Volontaires.
Leur accroiſſement journalier eſt la
principale ſource de la miſere de ce pays- là , où
T'homme du peuple ne veut plus travailler , ſoit
parce qu'il eſt doux d'être nourri en portant un
fufil , foit parce que l'héroïsme d'un pareil métier
eft jugé incompatible avec les travaux du commerce
& de l'induſtrie .
Les lettres de la Floride contiennent l'avis
ſuivant.
Le Gouverneur de la Floride de l'Eſt a fait
ſavoir aux habitans , qu'à compter de l'expiration
du terme fixé dans le cinquieme article du
traité de paix définitif entre la Grande Bretagne
& l'Eſpagne , à moins qu'ils ne réſident réellement
dans cette Province & ne profeſſent
publiquement la religion catholique , ils feront
abſolument tenus d'abandonner leurs poffeffions.
-L'entrée des Ports de cette Province ,
après le terme convenu , ſera refuſée aux Vaifſeaux
anglais & les productions des biens des
Nº. 29 , 17 Juillet 1784 .
J *
( 122 )
habitans qui réſideront dans le pays devront être
envoyées en Eſpagne. Quant à ceux qui ſe retireront
dans la Floride Occidentale , ils vivront
dans la même religion & feront foumis aux
mêmes loix pour tout ce qui concernera le droit
de propriété.
ETATS - UNIS DE L'AMÉRIQUE.
PHILADELPHIE , le 15 Mai.
Le Congrès a adopté & paſſé en loi le
plan de Gouvernement proviſoire , propoſé
pour les dix nouveaux Etats, formés dans
les contrées entre le lac des Bois , & le con-
Auent de l'Ohio & du Miſſiſſipi , contrées
appellées Territoire occidental.
Ce plan de Gouvernement eft contenu
dans le rapport du Comité chargé de ce travail
par le Congrès. Après avoir déterminé
les limites des dix Etats nouveaux , le Comité
ajoute :
Sur la requête de ceux qui s'établiront dans
aucuns deſdits Etats , en vertu de l'ordre du Congrès,
les hommes libres de ces Etats , leſquels
auront l'âge compétent , feront munis par le
Congrès du pouvoir de s'aſſembler dans le lieu
& an tems défignés par le Congrès , à l'effet
d'établir un Gouvernement proviſoire , d'adopter
JaConſtitution & les Loix de l'un des Etats -Unis
(de telle maniere cependant que la Législature
ordinaire des nouveauxEtats puiſſe faire des changemens
de ces Loix ) & d'ériger des Comités ou
Diſtricts de Villes pour l'élection des Membres de
Jeur Légiflature , qui jouira également du droit de
fairedeschangemens à cet égard.
Un tel Gouvernement proviſoire ne reſtera en
vigueur dans un Etat quelconque , que juſqu'à
ce qu'il ait 20,000 habitans libres , & alors en
( 123 )
fourniflant au Congrès la preuve convenable de
ce nombre d'habitans libres, il ſera muni par le
Congrès du pouvoir de convoquer uneAffemblée
de Repréſentans ( laquelle Aſſemblée ſe tiendra
dans le lieu& au tems déſignés par le Congrès ) ,
àl'effet d'établir pour ce qui le concerne , unGouvernement
permanent.
Mais les Gouvernemens , tant proviſoirs que
permanens, auront pourbaſe les principes ſuivans.
1°. Lerdits Etats formeront à perpétuité une
partie desEtats-Unis de l'Amérique.
2°. Ils feront aſſujettisdans la perſonne de leurs
habitans , dans leur propriété & territoire , au
Gouvernement des Etats Unis aſſemblés en Congrès
, & aux articles deConfédération , pour tous
les cas dans lesquels les Etats créés originairement
y font aſſujettis.
3°. Ils feront afſujettis à payer une partie des
dettes fédérales qui ont été ou feront contractées .
& leur quote-part ſera fixée par le Congrès ,
ſuivant lamême règle & proportion , d'après laquelle
les quotes-parts des autres Etats feront
déterminées .
4°. Leurs Gouvernemens reſpectifs auront une
forme républicaine , & aucune perſonne jouiſſant
d'un titre héréditaire , ne pourra être au nombre
desCitoyensde l'un de ces Etats.
5º. Après l'année 1800 de l'Ere Chrétienne , il
n'y aura ni eſclavage , ni ſervitude involontaire
dans aucundeſdits Etats , finon pour punitionde
crime que l'accuſé aura été dûment convaincu
d'avoir commis en perſonne.
Lorſque l'un deſdits Etats aura auſſi grand
nombre d'habitans libres qu'il y en a dans l'un
des treize anciens Etats , quel qu'il foit , & fut- il
le moins peuplé , de tels Etats ſeront admis à ſe
faire repréſenter par leurs Délégués en Congrès ,
*
f2
(124 )
* -
i
fur le même pied que leſdits Etats créés originairement;
après quoi , le conſentement des deux
tiers des Etats-Unis aſſemblés en Congrès fera
requis pour tous les cas dans lesquels , en vertu
des articles de la Confédération , le contentement
de 9 Etats est actuellement requis. Mais pour
qu'une telle admiſſion ſoit valable , il faudra ,
conformément au onziéme Article de la Confédération
, que o Etats y ayent confenti. En
attendant que les nouveaux Etats foient admis
à ſe faire repréſenter enCongrès par leurs Délégués
, chacun deſdits Etats , après l'établiſſement
de leur Gouvernement proviſoire , ſera
autorité à faire fiéger un nombre en Congrès ,
lequel nombre aura le droit de délibérer , mais
non de voter.
Puis vient la dénominatión de ces divers
Etats , ſous les noms ſuivans, moitié Grecs
& moitié Iroquois. Sylvania , Michigania ,
Cherfonefus , Arfenispia , Metropotamia ,
Illinoia , Saratoga , Washington , Polypotomia
& Pelifypia .
BOSTON , le 30 Avril.
L'Aſſemblée générale de l'Etat de Vermont ,
qui a commencé à tenir ſes ſeſſions à Bennington
le troifiéme Mercredi du mois de Février , s'eſt
ſéparée le 9 de Mars . Pendant cet intervalle , elle
a réſolu que les 200 hommes que l'on avoit votés
enO&obre dernier pour défendre la partie inférieure
du Comté de Windham des invaſions des
Yorkois (1) , feroient réduits à 20 hommes feulement
.
On apprend qu'un parti de Yorkois , d'environ
50 hommes , marchant à la découverte pendant
lanuit , a rencontré un corps de Vermontois , qui
(1)Habitans de la Nouvelle-Yorck.
( 125 )
après l'avoir falué pluſieurs fois , fans en recevoir
de reponſe , fit enfin feu ſur lui. Le parti
Yorkois eut un bieffé , qui mourut peu de tems
après. On a appris de ſabouche que ſes compagnons
ont reçu pluſieurs balles dans leurs chapeaux,
fans cependant effeier d'autre dommage.
Cemalheureux étoit de l'Etat de Maffachuffett ;
mais ſe trouvant avoir tranfgreffé ſes devoirs en
prenant part à une querelle que les Vermontois
ne partagent qu'avec l'Etat de New-York , nous
ne pouvons nous empêcher , d'un côté , de re
gretter ſa mort comme compatriote , & de Pautre
, de conſidérer que cette récompenſe eſt celle
que méritent tous ceux qui épousent une cauſe
fondée ſur des motifs de partialité & d'injustice.
aux
Le Gouverneur de l'Etat de Maffachuffet a
publié une proclamation , par laquelle il eſt défendu
habitans de cet Frat de ſe meter en
aucune façon , des différends ſurvenus entre les
Yorquois & les Vermontois , ſous peine d'en
répondre à leurs rifques & périls .
TRENTON , le 8 Mai.
Les affaires relatives à l'impôt demandé par
le Congrès pour éteindre les detres publiques ne
font point encore terminées. Les villes de Wrentham
& de Medway ont propoſé à la ville de
Boſton d'entrer en confédération pour s'oppofer
à l'acte de l'Etat de Maſſachuſſet qui donne au
Congrès le pouvoir de lever pendant 25 ans un .
droit des pour cent , mais la ville de Boſton
leur a répondu qu'au lieu d'entrer dans leur
confédération , elle en condamnoit les principes
, que pour devenir une nation reſpectable ,
il falloit néceſſairement que les Amériquains
donnaffent au Congrès des fonds ſans lesquels
cette tête fédérative feroit forcée de faire banf3
( 126 )
queroute, & n'éprouveroit que du mépris de la
part de toute les puiſſances. -
L'Etat de Newyork n'a point fait de difficultés
pour fournir ſon contingent. Il a déja fixé le
tarifdes droits qu'il a mis fur les importations.
La Caroline méridionale à délibéré long-temps
avant d'accorder le fien , mais enfin une majorité
de 87 voix contre 27 a fait terminer cette
affaire , le 16 mars , conformément à la réquifition
du Congrès . Onn'attend plus maintenant
que la décifion du Connecticut , de la Virginie
&dela Caroline Septentrionale.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 8 Juillet.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de S. Prix ,
Ordre de S. Benoît , dioceſe de Noyon ,
Abbé de Gouvernet , Vicaire général de
Mâcon. Le ſieur Pierres , Imprimeur ordinaire
du Roi , qui avoit eu l'honneur , le 7
Mai dernier, de préſenter à S. M. un modele
de Preffe d'Imprimerie de nouvelle conftruction,
furlequelelle voulutbienelle-même
tirerune epreuvel'a fait exécuterpar les ordres
du Roi , & a eu l'honneur de le lui remettre le
2de ce mois. Le 4, la Marquiſede S. Hérem
&la Marquife de Raigecourt ont eu l'honneur
d'être préſentées à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale; la premiere par la Marquife
de Montmorin, & la feconde par la
Princeſſe de Liſtenois. Le Vicomte de Polignac
, Ambaſſadeur du Roi en Suiſſe , ayant
prié S. M. d'agréer ſa démiſſion de cette place
, le Roi en a diſpoſé en faveur du Marquis
de Vergennes , ci-devant fon Ambaſſa-
:
( 127 )
deur près la République de Veniſe. S. M. a
nommé , pour remplacer le Marquis de
Vergennes, le Comte de Chalons , ci devant
fon Miniftre plénipotentiaire près l'Electeur
de Cologne; & pour remplacer ce dernier ,
S. vl. a nommé le Comte de Maulevrier-
Colbert. Le Marquis de Vergennes & le
Comte de Chalons ont eu , aujourd'hui ,
Thonneur de faire leurs remercimens au Roi ,
étant préſentés à S. M. parle Comte de
Vergennes, Chef du Confeil royal des finances
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires étrangeres.
DE PARIS , le 16 Juillet .
S'il faut en croire les rapports publics , le
Prince Henri de Pruſſe ne viendra point
dans cette Capitale; ce Voyageur qui a mérité
par une carriere éclatante le nom de
Héros, fi légerement prodigué de nosjours , a
eneffetquittéBerlin vers la fin dumois dernier.
Il a traverſé la Suiſſe , eſt arrivé le s Juillet à
Geneve, oùse trouvoit leDucde Glocefter,&
reprendra la route d'Allemagne , à ce qu'on
affure , par Lyon, Dijon& la Lorraine.
Le 2 de ce mois , le corps de M. Court de Ge
Velin a été exhumé du cimetiere deſtiné aux Proteſtans
, & a été tranſporté le même jour à Franconville
, où il a ſa ſépulture dans les jardins
de Madame la Comtelle d'Albon .
Cette notice circulaire qu'on nous a priés
de rendre publique , répond aux bruits indécens
qu'on s'eſt permis dans quelques papiers
publics. Le ſavant diftingué auquel on
f4
( 128 )
vient de rendre ces triſtes & inutiles honneurs
, fut un nouvel exemple de la funeſte
influence des grandes Capitales ſur l'exif
tence d'un Philoſophe , exemple ſuffifant
pour dégoûter à jamais de la culture des
Lettres, tout homme de mérite qui aura le
malheur inappréciable d'être obligé de s'en
faire une reſſource. M. de Gebelin auroit pu
de livrer à ſes travaux dans l'heureuſe obſcurité
d'une Province , comme au milieu des
bores de Paris. Le genre de ſes études n'exigeoit
point ce ſéjour où s'épure le goût , &
trop ſouvent où s'énerve le génie : l'érudi--
tion de M. de Gebelin ſe fut aisément
paffée des rafinemens du luxe littéraire.
Apparemment , le beſoin de confulter de
gran les Bibliotheques , & celui de tirer un
parti utile de ſes vaſtes connoiſſances , le
rapprocherent de la Capitale, Les deux premiers
volumes de fon Monde Primitif étonnerent
le petit nombre de ſes lecteurs. Depuis
long- temps , on étoit fi deshabitué de
cetre efpece de critique &de littérature , que
ledébut de l'Aurear , & fur- tout fon projet.
firent fenfation. Elle fut momentanée ; le
goût du fiecle & la tournure des elprits ne
promettoient gueres un fuccès étendu : il fe
réduifir à procurer à l'Auteur une eſtime
d'opinion , qui , en d'autres circonstances. ,
auroit fuffi à ſes defirs. Les Anglois & les
Allemands , plus curieux de connoiffances
que d'efprit , rendirent à l'immenfe travail
de M. de Gebelin une juſtice méritée : en
( 129 )
France on en parla beaucoup , on le lut peu ,
& ce monument de ſcience qu'il avoit fallu
s'abaiſſer à propoſer par ſouſcription , menaçoit
d'écraſer ſon Architecte. Il avoit accepté
de l'Académie Françoiſe une gratification,
fous le titre de Prix annuel, qui
fut conſacrée en entier aux frais rongeurs
de ſon entrepriſe. Victime de ſa candeur
&de fa bonhomie , M. de Gebelin ſe laiſſa
entraîner enſuite à préſider l'un de ces établiſſemens
, connus ſous le nom de Musées ;
M. de Gebelin eût été plus fait pour le Portique
ou pour les jardins d'Académus. Cette
nouvelle dignité fut le dernier coup à fon
repos : il en réſulta pour cet excellent homme
une ſuite d'embarras & de chagrins ,
qui n'ont fini qu'avec ſa vie. Apôtre enthou
ſiaſte du Magnétiſme animal , il en prouvoit
la doctrine par une guériſon imaginaire ,
&crut enſuite à ſa guériſon par zele pour la
doctrine : cette foibleſle le conduiſit enfin à
aller expirer au pié même de l'Autel dont
il avoit préconisé le culte.
On a inféré dans le ſupplément de la gazette
d'Utrecht , du 16 Janvier 1784 , relativement
au canal de Provence , une note qui eſt un tiſſu
d'erreurs. La ſeule vérité qu'elle préſente , c'eſt
qu'on s'occupe ſérieuſement de cette importante
entrepriſe , dont l'entiere exécution n'eſt pas
éloignée. M le Maréchal de Richelieu n'eft
point , comme on l'a avancé fans ſon aveu &
à fon infu , propriétaire de l'une & l'autre rive
du canal. Cette propriété n'est jamais fortie des
mains de la Compagnie. L'Auteur de la note
fs
(130)
abien peu de connoiffance du projet , puiſqu'il
ſuppoſe que le canal fera navigable , tandis qu'il
neſervira qu'à arroſer les terreins qu'il parcourra.
Il a encore moins de connoiſſance de la fituation
du canal , lorſqu'il dit que la priſe d'eau
dans la Durance ſera au rocher de Canteperdix ,
un peu plus loin que la Chartreuſe d'Avignon.
Il n'y a point de Chartreuſe à Avignon ; celle
de Bonpar eft à deux lieues de cette ville , & à
plus de dix de Canteperdix. MM. les Adminiftrateurs
de la Compagnie actuelle du canal de
Provence, ignorent quel a été le but de l'Auteur
de cette note infidelle : ils n'en auroient
point relevé les erreurs , fi elles ne leur fourniffoient
l'occafion de prier le Publie de ne pas
s'en rapporter aux notions peu exactes que voudroient
lui donner de cette entrepriſe des hommes
mal infruits ou peut- être mal intentionnés.
Les perſonnes qui defireront en avoir des renfeignemens
fürs , pourront s'adreſſer tous les jeudis
, excepté les fêtes , depuis 11 heures du matin
juſqu'à 1 heure après midi , au Bureau de
P'Administration , qui vient d'être tranſporté de
la rue Montmortre dans la rue Coq - Héron ,
ancien Hôtel de Bullion , vis-à-vis l'Hôtel du
Parlement d'Angleterre. Les lettres adreffées à
PAdmniniſtration doivent être affranchies .
Nous avons vu un Lyonnois conſtruire
une carpe volante ou fautante, merveille qui
n'étoit connue encore que dans les mystifications
de feu Poinfinet. Pour aider les Amateurs
inquiets de la meilleure forme à donner
aux Ballons , alias Aëroſtats aliàs
Montgolfieres , nous devons leur communiquer
les idées analogues d'un Libraire de
la Fleche qui nous a écrit la Lettre ſuivante.
( 131 )
La forme ſphérique qu'on a donnée juſqu'ici
au Ballon , prouve qu'on n'a point encore fait
réflexion à fon rapport phyſique avec la veſſie
du poiſſon. Il falloit modifier le principe qui l'éleve
, conformément à cette veſſie double &
même triple , & chercher dans la méchanique
unmoyende ſuppléer à l'égalité& à la force impulſive
, tant de la queue que des nageoires ,
pour parvenir à pouvoir diriger l'aéroſtat. Tant
que la Machine ne fera point en tout , rames ,
gouvernail , voiles , ailes , canons tirés à poudre
ſeulement , ou avec boulet enchaîné , refforts
même , tout ne peut que lui imprimer de
faux mouvemens , la faire dévoyer ou pirouetter
, ou avancer en reculant ..... Ce n'eſt point
ainſi que le poiſion ſuit , traverſe & remonte
même le courant des eaux. Vous en avez imité
La veffie : l'air raréfié de l'aéroſtat eſt àl'air commun
, ce qu'eſt cet air à l'eau. Achevez d'imiter
la nature; allongez votre veſſie, qu'elle reffemble
à un vaſte ſac clos par les deux bouts , de
toiles taillées à peu-près en coeur , & partagé
même en trois par deux toiles ſemblables , de
forte que la partie du milieu puiffe être un peu
plus grande ; que ce tuyau formé de trois planches
excede d'un bout de quelques pieds , afir
d'y pouvoir appliquer de chaque côté un triple
reffort qui fafle mouvoir une double queue , foit
ſéparément , ſoit conjointement , à volonté
ſelon le beſoin ,& cela par le moyen d'une roue
dentée qui tende les refforts , & qu'on fera tourner
du centre même de la Machine , avec une
forte manivelle. A ce tuyau ſoit ſuſpendue ſolidement
comme la carcaſſe d'une chaloupe en
bois de treillage finement fait , avec les nervures
néceſſaires pour la folidité , & qu'elle ſoit
revêtue d'une toile cirée , de maniere qu'elle
,
f6
( 132 )
puiſſe ſe ſoutenir dans l'eau. Le tuyau ſera percé
de pluſieurs trous , avec ſoupapes , pour diſtribuer
dans la veſſie l'air inflammable qui y ſera
introduit par un tuyau cylindrique adapté au
fourneau Comme le poiſſon fléchit un peu la
tête du côté qu'il veut aller , on fermera comme
la partie ſupérieure de la tête du poiffon , avec
des toiles , de maniere que cette tête ſoit mobile
à volonté. On peut ajouter des deux côtés
du ventre des nageoires qui puiſſent ſe déployer
quant on le jugera àpropos , ſoit d'un côté ,
foit d'un autre , ou des deux à la fois.
Tant qu'on n'aura point fait différens eſſais
d'après cette idée , en obfervant que l'impulfion
faite par le jeu ſec & rapide de la queue , ſoit
parallèle au centre du poids de l'aéroſtat , tant
qu'on n'aura pas eſſayé d'autres formes , fi celleci
ne produiſoit pas tout l'effet qu'on s'en promet;
on ne peut prononcer ſur l'impoffibilite
de diriger utilement cette Machine vraiment
au-deſſus de toutes les merveilles des feux d'artifices
très-diſpendieux & certainement non ſufceptibles
d'autre utilité que l'amusement.
Mais ſi l'on parvenoit , comme il y a lieu de
l'eſpérer, à voyager à fon gré dans les airs , que
d'avantages ne résulteroient pas de cette fuperbe
invention. Je vois les ordres du Roi paſſer prefque
dans l'inftant juſqu'aux extrémités du Royaume
, &c . , les infirnes , les gens preffés font
tranſportés doucement & rapidement où leurs
affaires , où leurs plaiſirs les appellere ..... Ces
poiffons , ces fruits délicats qui ne peuvent foutenir
le tranſport , parviendront fains & faufs à
Paris. Dès le commencement même du Carême ,
les poids verds de Provence , d'Italie viendront
ycharger les tables des riches , &c. , & qu'on
ne diſe pas qu'il y auroit des abus à en craindre.
( 133 )
Une pareille Machine ne peut s'abaiſſer dans
aucun enclos , ſans être vue ; ſi même elle y
pouvoit entrer , de la façon qu'on propoſeici , &c.
On objectera à l'Auteur de cete Lettre ,
que l'Aréoſtat ne ſera jamais un poiſſon proprement
dit , mais un cétacée , qui aura fouvent
beſoinde prendre ſa reſpiration, Quant
à l'analogie des moyens , on ne peut la révoquer
en doute : il ne s'agit plus que d'artacher
le grelot. L'Auteur qui paroît avoir
beaucoup plus d'eſprit qu'il n'en faut pour
rêvet ſur la navigation atmosphérique , obſerve
qu'en cas de réuſſite , les voyageurs
aëriens ne ſeroient plus des Argonautes , ni
des Ganymedes , mais des Arions portés ſur
desdauphins.
On nous a communiqué une relation envoiée
par M. le Marquis de Chatellier à
M. de Cypierre , Intendant d'Orléans au ſujet
d'un acte de courage & d'un accident ,
dontles circonstances font très-intéreſſantes.
A cette relation étoient joints un certificat
du Chirurgien , & l'état des remedes em-.
ployés à cette occaſion. La ſcene a eu lieu
àSavigny dans le Bas Vendomois.
Le 9 Mai , arrivé chez le Marquis du Châtellier,
une mere éplorée , femme de fon Charpentier,
& conduiſant fon p'us jeune fils horriblement
maltraité par un chien enragé.
Lepremier objet qui ſe préſente à ſes yeux eſt
fon autre fits couvert de fang , qu'elle apprend
avoir été mordu par le même chien. Quelle ſituation
pour cette bonne mere ! quel ſpectacle pour
les aflitians ! Le plus jeune des bleffés , âgé
( 134 )
de 17 ans , & d'une conſtitution foible , raconte
avec allez de fang-froid & de tranquillité , que
ſes moutons étant entrés dans une piece de bied
lorſqu'il les menoit aux champs , il les avoit ſuivis
pour les en faire ſortir ; qu'étant repaſſé dans le
chemin à travers une haye , il s'étoit couché fur
le ventre pour y paffer auffi & les ſuivre de plus
près ; que , dans cette poſition , un matin , qu'il
reconnut pour être enragé, ſe jeta lur ſon bras.
Dans l'inftant il prend ſon parti, ſaiſit de ſes deux
mains la mâchoire inférieure de l'animal , le renverſe
, & appelle à ſon ſecours. A une diſtance
affez conſidérable étoit un de ſes freres , âgé de
trente ans , & privé d'une main ; il arrive aux cris ,
armé ſimplement d'un petit bâton ; il voit fon
frere , preſque épuisé de laffitude & de douleurs ,
aux priſes avec le chien : fur le champ , de peur
que l'animal n'échappe , & ne pouvant faire
mieax, il lui met le pied ſur une jambe & la lui
caffe avec ſon unique main , il lui caſſe de même
les trois autres ; l'animal faiſant encore effort pour
ſe lever , il lui creve les yeux avec ſon bâton , &
le frappe juſqu'à ce qu'il le voie ſans mouvement.
L'enfant alors lâche ſon ennemi ; mais quelles
douleurs n'avoit- il pas fouffer pendant plus d'un
quart-d'heure qu'avoit duré ce combat , exposé à
toute la fureur d'un animal doz les propres ſouffrances
redoubloient la rage!
On donna aux deux freres les remedes de précaution
d'ufage dans le pays ; au bout de dixjours,
les plaies de l'ainé , environnées de rougeur ,
n'étant pas encore guéries , on lui fit faire des
frictions mercurielles une fois dans les 24 heures
pendant douze jours . Depuis trois ſemaines ,il a
repris ſes occupations ordinaires ; il eſt vrai que
ſes morſures aux deux cuiſſes , quoique profondes,
avoient été faites dans un intant,& que les dents
( 135 )
de l'animal s'étoient eſſuyées en traverſant la cu
lotte.
Aucontraire , celles du cadet étoient déchirées,
mâchées,& avoient baigné plus d'un quart d'heure
dans la falive du chien; néanmoins elles furent
promptement cicatrifées , mais on lui remarqua
pendanttoute la temaine un air fombre , inquiet ,
quelque confolation qu'on lui donnât , au lieu que
fon frere avoit toujours été très- tranquille fur fon
état.
Le neuvieme jour des bleſſures , les accidens
fe manifetterent ; l'enfant eut des maux de tête &
de la fievre , avec des douleurs dans tous les
membres ; ſes yeux étoient hagards , fa refpirationgênée
& convulsive. Son état inquiétoit de
plus en plus ; cependant on ne l'attribuoit qu'a la
chaleurdu jour , à celle qu'avoient pu occafionner
les doubles remedes qu'il avoit pris, & aгих
fots & ridicules propos qu'on lui avoit tenus
la veille à l'iſſue de la Grand'Meffe.
Un Prêtre & le Chirurgien mandés arriverent
le lendemain : le derniervoyant l'enfant fans violence
, manger , boire fans averfion , n'oſoit décider
qu'il fût attaqué de la rage. Cependant ces
ſymptômes n'étant pas indifpenfables , il lui fit
adminiſtrer le remede ſuivant .
Prendre de deux en deux heures douze gouttes
d'alkali volatil fluor dans un demi-gobelet d'eau
cinq fois pendant le jour ; c'est-à-dire , foixante
gouttes dans dix heures.
Pour la nuit , dans une infaſion d'une once de
quinquina faite avec vingt quatre cuillerées d'eau
réduites àmoitié par la cuiffon , verler , lorſqu'elle
fera refroidie , cinquante gouttes d'eau de Luce ,
au lieu d'alkali - volatil fluor , dont on craignoi
demanquer , lequel il ſuppoſoit d'un tiers
plus fort que l'eau de Luce , & faire prendre de
( 136 )
cettemixtion une cuillerée d'heure en heure , се
qui fait douze heures.
De plus lui faire reſpirer de quatre en quatre
heures , jour & nuit , de la fumée de vinaigre ,
pendant une demi-heure à chaque fois , la tête
étant bien abritée.
La nourriture ne fut que d'un bouillon à l'oſeille
& au beurre , dans lequel on délaya une
cuillerée de panade auſſi au beurre , de trois en
trois heures .
Ce traitement fut continué juſqu'au mardi 25 ,
que le Chirurugien trouvant tous les accidens
ceffés , réduifit les remedes à prendre tous les
matins pendant huit jours , un gros de quinquina
en poudre dans un verre d'eau , & augmenta la
nourriture.
La peſanteur de tête a diminué peu à peu , les
forces font revenues de même ; & aujourd'hui
17 juin , il eſt preique dans ſon état naturel .
Ce jeune homme , foible pour ſon âge , d'un
caractere doux & tranquille avec aſſez d'eſprit , a
un courage fingulier. On lui a caché & à fes parens
, ainſi qu'à tout le monde , quelle étoit ſa
maladie , de peur d'occaſionner quelque fâcheuſe
révolution . Loríqu'il fut guéri , le Chirurgien lui
annonça que c'étoit la rage ; il n'en fut pas plus
ému , & répondit fur le champ : on en guérit
donc ? Hébien , ſi je voyois quelqu'un dans l'embarras
, il n'y teroit pas long - temps , le chien
n'en mordroit jamais d'autre.
M. du Chatellier ayant inftruit M. l'Intendant
de laction courageule du jeune homme , M. de
Cypierre lui a accordé une gratification de cent
livres , un habillement complet (uivant fon état ;
& ce qui a été bien plus flatteur pour l'enfant ,
il lui écrit une lettre de fa propre main
pour le féliciter ; il l'exhorte à être honnête,
1
( 137 )
&lui promet ſa protection , ainſi qu'à ſa famille.
Il eſt très-vraiſemblable , ſans être certain
cependant , que le chien étoit enragé : les
ſymptômes de l'hydrophobie ſe manifeftent
ſouvent plus tard que dans ce cas- ci ,
où ils ne paroiſſent qu'imparfaits. Quelque
puiſſant que foit d'ailleurs , dans cette affreaſe
maladie , l'uſage d'un anti ſpaſmodique ,
comme l'eau de Luce , baptifée du nom chymique
d'alkali volatilfluor , il ne paroît point
encore le vrai ſpécifique de la rage , même
joint aux frictions mercurielles . L'infuffifance
de ce traitement eſt prouvée par pluſieurs
exemples. Dernierement on a eſſaié en Italie
un remede auſſi hardi que fingulier contre
la morſure des viperes , & qui feroit également
applicable à l'hydrophobie. Ce remede
conſiſte à injecter dans les veines de l'efprit
de corne de cerf; mais les guériſons ne
font ni affez nombreuſes , ni allez conſtatées
, pour ſe flatter encore d'un effet certainde
ce traitement dans tous les cas.
Dimanche , 11 de ce mois , un concours nombreux
de ſpectateurs , parmi leſquelsM.le Comte
deHaga , étoient raſſemblés au jardin du Luxembourg.
Moyennant ſon argent , le Public devoit
voir s'enlever de cette enceinte un Ballen extraordinaire
, de roo pieds de haut, auſſi ſimple
qu'immense , deſtiné à des expériences ſavantes
dans l'atmosphere , muni d'un trou latéral pour
faire fix lieues par heure , en érant dirigé , &
monté par quatre perſonnes , MM. l'Abbé Miollan
, Janinet , le Marquis d'Ariandes & Bredin.
( 138 )
Non- feulement cette machine ne s'éleva
ni ne s'enfla même pas à midi , ainſi qu'on l'avoit
promis ; mais à deux heures & demie , malgré
tous les efforts poſſibles , & un feu foutenu , l'expérience
avorta entierement. Le Ballon , après
avoir donné quelques foibles ſignes de développement
, ſe rabaiſſa ſur lui-même , on le chauffa
plus fortement pour le foutenir ; cette chaleur
enflamma une portion de toile , & les ſpectateurs
eurent congé. La populace , qui n'avoit perdu ni
ſon temps, ni fa ſouſcription , pilla enſuite & incendia
tous les débris de la machine , qui le lendemain
auroit pu ſervir àde nouvelles tentatives.
Cette diſgrace eût inſpiré encore plus de compaffion
en faveur des Inventeurs , s'ils s'étoient
moins preſſés d'aſſembler le Public , pourle rendre
témoin , à l'ardeur du ſoleil , d'un eſſai aufli
malencontreux. Leur zele étoit irréprochable ,
mais les murmures ne le ſont pas moins.
DE BRUXELLES , le 10 Juillet.
Deux diviſions du Régiment d'Arberg-
Dragons ſe ſont portées à la fin du mois
dernier ſur les places frontieres de la Flandre,
à Beveren & lieux circonvoifins . Point
encore de mouvemens ultérieurs : les conjectures
à ce ſujet ſont peut - être hafardées
, ainſi que le bruit répandu depuis
peu , que M. de Crumpipen a fait à la Régence
de liege , au nom de l'Empereur ,
des demandes dont perſonne ne fait ni ne
rapporte le contenu.
Nous n'avons pas plus de certitude d'une
démarche attribuée à M. de Reiſchach , Mi
( 139 )
niſtre de S. M. I. à la Haie , à l'occafion des
pourſuites & libelles contre le Duc de Brunf
wick. Il s'eſt répandu en Hollande , que
l'Empereur demandoit juſtice pour ce Feld-
Maréchal , à défaut de quoi il le, rappelleroit
à ſon ſervice. Ou cette rumeur est une
invention des ennemis du Duc , qui ne pourroient
lui rendre, dans la circonstance , un
plus mauvais ſervice , que de le ſuppoſer
publiquement ſous la protection de S. M. I. ,
ou bien , ſi cette démarche a réellement eu
lieu , elle paroît deſtinée à épargner auDuc
deBrunswick , par un ordre de rappel , les
déſagrémens ultérieurs que les circonstances
luipréparent.
Le Traité de paix définitif entre la G. B.
&les Provinces-Unies , eſt une ſimple confirmation
des Articles Préliminaires. Ce
Traité , fi remarquable par la durée de ſa
rédaction , eſt de la teneur ſuivante :
i
Art. 1. Il yaura une paix chrétienne &géné
rale , & l'amitié fincere & conſtante ſera rétablie
entre Sa Majefté Britannique , Etats & Sujets ,
& LL. HH . PP. les Etats Généraux des Provinces-
Unies , leurs Etats & Sujets , de quelque
qualité ou condition qu'ils foient fans exception
de lieu ni de perſonnes enforte que les Hantes
Parties Contractantes apporteront la plus grande
attention à maintenir entre Elles & leurs Etats
&Sujets cette amitié & correſpondance réciproque
, fans permettre dorénavant que de part ni
d'autre on commette aucune forte d'hoſtilités par
mer ou par terre , pour quelque cauſe ou ſous
quelque prétexte que ce puifle être ; & on évi
( 140 )
teraſoigneuſement tout ce qui pourroit altéter à
l'avenir l'union heureuſement rétablie : s'attachant
au contraire à ſe procurer réciproquement
en toute occafion tout ce qui pourroit contribuer
à leur gloire , intérêts & avantages mutuels ,
fans donner aucun ſecours ou protection , direc
tement ou indirectement , à ceux qui voudroient
porter quelque préjudice à l'une ou l'autre defdites
Hautes Parties Contractantes. Il y aura un
oubli général de tout ce qui a pu être fait ou
commis , avant ou depuis le commencement de
la guerre qui vient de finir.
II . A l'égard des honneurs & du ſalut en mer ;
par les vaiſſeaux de la République vis- à- vis de
ceux de Sa Majeſté Britannique, il en ſera ufé
reſpectivement de la même maniere qui a été pratiquée
avant le commencement de la guerre qui
vient de finir.
La ſuite à l'ordinaire prochain.
Taleb-Omar-Job , Ambaſſadeur de l'Empereur
de Maroc à la Haie , a pris congé le
28 Juin de LL. HH. PP. &du Stathouder.
Un vaiſſeau de 60 can. le conduira àTanger
, avec les préſens deſtinés à ſon Maître ,
& qui confiftent en 30 pieces de can. de
fer , & 20 de fonte , la voilure & les agrêts
de 3 frégátes , des montres & autres bijoux.
Le compliment d'adieu de cet Envoié fort
abſolument du ſtyle de protocole en uſage
dans cette occafion; il eſt terminé de la maniere
ſuivante :
Il ne me reſte plus , à cette Audience d'adieu
, Hauts & Puiffants Seigneurs , que de demander
un bon & prompt retour en Barbarie ,
avec les vaiſſeaux qui font chargés pour l'Empereur
, & de remercier encore une fois V. H.
:
(141 )
P. , ainſi que S. A. S. & les principaux Membres
d'Etat de ce bon Pays , pour tous les avantages
que j'y ai goûtés pendant mon ſéjour ; me recommandant
à l'honorable amitié & ſouvenir de V.
H. P. , dans l'eſpoir que ma conduite emportera
le ſuffrage de cetrès-ſageGouvernement , mon
defir ardent étant que cette fameuſe République
puiſſe encore long-tems fleurir & proſpérer parmi
les Nations du Monde , par la ſage adminiftration
de V. H. P. , auxquelles il defire , ain
qu'à S. A. S. , toutes proſpérités perſonnelles
durant une longue vie , aſſurant en même-tems
que l'Empereur n'enverra plus d'Ambaſſadeur
ſans la connoiſſance préalable & le conſentement
decetEtat.
Le Baron de Horſt , ancien Miniſtre des
-Finances du Roi de Pruſſe , eſt attendu en
Hollande inceflamment. Son voyage à Paris
&dans les Provinces-Unies , occafionné par
des affaires particulieres , a donné lieu à une
infinité de ſpéculations , dont aucune n'avoit
le moindre fondement.
Caufe extraise du Journal les cauſes célebres .
QUESTION D'ÉTAT ſur la capacité civile des
Chevaliers de l'ordre de Malthe.,
Cette Question qui vient d'être jugée par le
Parlement de Paris eſt très importante par ſes
rapports avec les Privileges d'un des ordres les
plus illuftres de l'univers. Voici les faits qui ont
donné lieu à cette conteſtation,
M. l'abbé Garnier , pourvu du Prieuré de
S. Etienne de Beaugency , le réſigna , le 7 mars
1782 , en faveur de l'abbé de Bréchainville. La
procuration ad refignandum , fut fouferite par
deux témoins , dont l'un eſt M. de Pimodan ,
chevalier profès de l'ordre de Malte. Cette réfignation
fut adıniſe en cour de Rome le 17 mars ,
(142 )
&l'abbé deBrechainville prit poſſeſſion du béné
fice , le 15 mai , après avoir rempli les formalités
néceflaires.
Le réſignant mourut dans le courant du mois
d'avril, mois affecté aux gradués . En conséquence
dom Baudin , religieux de la congrégation de
Saint Maur , obtint des proviſions de M. l'évêque
de Soiffons , collateur du bénéfice , en qualité
d'abbé de Vendôme ; & ces provifions furent
accordées à ce religieux comme licentié ès loix ,
& gradué , nommé par l'univerſité de Poitiers ,
fur l'abbaye de Vendôme.
Il pric potſeſſion le 18janvier 1783 , l'abbé de
Bréchainville , appella comme d'abus de ces proviſions
; il fut queſtion de ſçavoir , lequel des
deux contendans auroit la créance .
Par arrêt du 12 avril ſuivant , dom Baudin fut
autoriſé , par provifion , à recevoir , par forme
de dépôt , & à lacaution de ſes ſupérieurs majeurs
, les revenus du bénéfice.
Au fond, la prétention de ce religieux n'étoit
appuyée que ſur un ſeul moyen; ſçavoir , que
l'un des témoins qui avoient ſouſcrit la procuration
ad réſignandum , eſt chevalier de l'ordre
deMalte. Or, la déclaration de 1737 défend , à
peine de nullité , d'admettre les novices & profès
pourtémoins de ces fortes d'actes .
La Question ſe réduit donc à examiner quel
eft l'état des chevaliers de Malthe. Si , à quelques
égards , ils reſſemblent à quelque religieux , ils
en ſont ſi différens à d'autres égards , qu'ils ne
fontjamais compris dans les loix relatives aux religieux,
s'ils ne ſont expreſſément nommés.
On voit , dans les faſtes de l'hiſtoire
ordre fans ceſſe occupé de la défenſe de la religion&
del'état, &les monumens de notre légifla-
-tionoffrent, d'âge en âge , les témoignages les
plus éclatans de la faveur qu'il a méritée de la
,
cet
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 24 JUILLET 1784 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A ROSALIE.
Tous ous les plaiors que vous donnez,
Belle & charmante Roſalie ,
Tous ceux auſſi que vous prenez
Avec tranſport je les envie.
Vraiment près de vous je défie
Qu'à la campagne l'on s'ennuie ;
Avec les jeux vous y menez
D'Amours une troupe choiſie ;
Vous y menez la bonhommie ,
Compagne de la vérité ;
)
Et cette aimable liberté
1.
Qui , ſur les chagrins de la vie,
Jette des rayons de gaîté.
De la froide mélancolie
No. 30 , 24 Juillet 1784. G
146 MERCURE
Vous fuyez le ſouffle empeſté;
Et le grelot de la folie
Sous vos doigts ſans ceffe agité ,
Appelle ſur l'herbe fleurie ,
Sur le tapis des verds coteaux ,
Aglaé , Cloris , Égérie ,
Et les Pasteurs & les Troupeaur.
Loin de vous les pâles flambeaux
D'une fombre philoſophie ;
Loin de vous les affreux lambeaux
De la Nature enfevelie
Sous les voiles du noir chaos .
Qu'une Belle un peu rembrunie
D'Young viſite les tombeaux
Et qu'à ce ténébreux génie ,
Dans un accès d'Anglomanie ,
Elle prodigue ſon encens.
Que d'une fublime harmonie
La lugubre monotonie
Dans l'ivreſſe ait jeté ſes ſens ,
Contre les maux qui l'ont aigrie ,
Qu'elle redouble ſes efforts ;
Que , cédant à ſes noirs tranſports ,
Trop laſſe du poids de la vie ,
Elle oſe d'une main hardie
Remuer la cendre des morts ,
Le cyprès ombrage la tête.
Vous , fous un front toujours ſerein ,
DE FRANCE.
147.
Même au milieu de la tempête,
Vous avez l'air du Dieu malin ,
Lorſqu'en ſes plus beaux jours de fêre
Souriant au plus doux larcin ,
Il s'applaudit d'une conquête.
(ParM. A.... )
VERS à Madame DE FLAUX ,
furfon Mariage.
C
Ejour , de tes jours le plus beau ,
De Mirthe t'a donc couronnée ,
Chère Juſtine , & l'Hymenée ,
Empruntant de l'Amour les traits & le flambeau ,
Vient de fixer ta deſtinée ?
Sans contrainte aujourd'hui , tu peux ſuivre la loi
Bu tendre penchant qui t'inſpire ;
Tu peux aimer , tu peux le dire ;
L'Amour même devient une vertu pour toi.
La fſe , laiſſe gronder ces cenſeurs intraitables
De l'Hymen & de ſes douceurs.
Us ont beau répéter que des liens durables
Ont plus d'épines que de fleurs :
Si l'Hymen eſt gênant, ſi ſes loix ſont cruelles ,
C'eſt aux âmes qu'Amour refuſa d'afſſortir ,
Etqui ne ſavent auprès d'elles
Gij
148 MERCURE
L'appeler ni le retenir.
Jeune épouſe , veux-tu dans le nooead qui t'engage
Arrêter cet enfant volage ?
Compte pen fur ces traits charmans ,
Cette fraîcheur , ces agrémens
Qu'on admire fur ton viſage..
Pour inſpirer un feu conftant
Il ne ſuffit pas d'être belle ,
C'eſt à la Beauté qu'on ſe rend ;
Mais c'eſt au coeur qu'on eſt fidèle :
C'eſt à l'accord intéreſſant
D'un eſprit doux & ſage , & d'une âme ſenſible ,
Qu'eſt attaché le ſecret infaillible
De fixer un époux & d'en faire un amant,
Du ciel qui te chérit tu reçus en partage ,
Juſtine , ces aimables dons.
Ah! mieux que moi , l'Amourt'en apprendra l'uſage ,
Et je te livre à ſes leçons.
(Par Mme Verdier , Alut , d'Uzès , en Languedoc. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Déboire ; celui
de l'Enigme eſt Hommage; celum du Legogryphe
eſt Alphabeth , où l'on trouve bale ,
ch! thé, Abé ,plat , table , balet.
DE FRANCE. P 149
CHARADE.
S'IL eft
' IL eſt bienmonpremier , quel bonheur il annonce !
Qu'il eſt charmant mon tout ! mais en ruſes fécond
J
Souvent l'être qui le prononce
Fortjoliment fait mon ſecond.
(ParM. le Marquis de Fulvy.)
ÉNIGME.
E ne ſuis point Evêque , &j'ai pourtant lacroſſe.
Je ne ſuis point Berger , j'ai néanmoins un chien ;
Une baguette encor, ſans être Magicien.
Garde-toi bien , Lecteur , de ma fureur atroce.
LOGOGRYPΗ Ε.
LEE
nombre de mes pieds pourroit- il t'amufer ?
Je puis , Lecteur , en nombrer onze.
Ton goût te porte t'il à me décompofer ?
Je vais t'offrir alors le Dieu qu'adore un Bonze ;
La ville qui ſoutint un ſiège de dix ans ;
Un chef-d'oeuvre de mécanique;
Une plaine foumiſe aux bouraſques des vents ;
L'organe de la vie; une fête bachique ;
L'en froit où préſide Vulcain ;
Un attribut de la Folie ;
Giij
150 MERCURE
Un doigt du pied ; l'habit Romain ;
Des malheureux mortels l'implacable ennemie;
Le ſynonyme d'équateur ;
Deux cruels animaux des forêts la terreur ;
Le point de l'horiſon où ſe lève l'autore ;
Un mélange odorant tiré du ſuc des fleurs;
La jeune Déïté que le Zéphyr adore ;
Le joug qu'un Dieu cher aux NeufSoeurs
Impoſe aux Candidats du Pinde;
Le fruit d'un arbriſſeau qu'on cultive dans l'Inde;
Un inſtrument d'acier ; un morceau de métal;
Un vaſle Empire avoiſinant la Chine ;
Un ornement pontifical ;
L'Homère des Anglois ; un terme de marine ;
Des couleurs la plus fombre; un poiffon, un oiſeau;
Un piège, un arbre ; un livre ; une ville ; un château;
Une mer avancée; une rivière; un fleuve ,
Etl'habitant des Petites Maiſons.
ER- ce tout?-Non , Lecteur , j'en vais donner la
preuve.
Je t'offre encor deux fruits ; du blé de deux façons...
Mais c'eſt affez mettre à l'épreuve
Ta parience ; terminons.
On me critique, on me lone , & j'attire
Une foule de curieux 3
Mais laiſſant à l'écart aboyer la fatyre ,
Je m'élève dans l'air & plane dans les cieux.
(Par M. Agniel de Valabrix.)
DE FRANCE. 151
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
THEATRE Moral , ou Pièces Dramatiques
nouvelles, par M. le Chevalier de Cubières
de Palmezeau . Tome premier , contenant
un Effaifur la Comédie, le Concours Académique
, Comédie en cinq Actes & en
vers , & l'Ecole des Riches , en treis
Actes & en profe. A Paris , chez Belin ,
Libraire , rue S. Jacques ; la Veuve Duchefne
, rue S. Jacques , & Bailli , rue
S. Honoré, près la barrière des Sergens.
M. LE CHEVALIER DE CUBIÈRES ſe propoſe
de publier à meſure le Recueil de ſes
Pièces de Théâtre. Le Volume qui a paru en
contient deux : le Concours Académique &
l'École des Riches. Il a mis à la tête un Effai
fur la Comédie. Il a prouvé par là qu'il ne
cultive pas l'Art Dramatique ſans l'avoir
médité; & il veut rendre ſes méditations
utiles à ceux qui ſe deſtinent à la même carrière;
c'eſt donner le précepte & l'exemple
tout- à- la- fois. Quand on a lû les Ouvrages
de M. le Chevalier de Cubières , on l'eſtime
allez pour ofer lui faire entendre la vérité;
&la vérité peut lui être utile , & lui devient
néceſſaire dans une carrière où il ne fait que
d'entrer. Tel eſt au moins le but des obſer
Giv
PS2
MERCURE
vations que nous allons hafarder ſur ce premier
Volume de ſon Théâtre. Ce ſont des
doutes que nous ſoumettons à ſon propre
jugement; & nous nous flattons que s'il ne
foufcrit pas à nos critiques , il rendra juſtice
à nos intentions. Commençons par l'Effai
fur la Comédie.
Voici les deux propoſitions qui le diviſent.
M. de Cubières a voulu , prouver que notre
Théâtre eſt des plus corrompus ; 2°. indiquer
les moyens del'épurer. Il prouve facilement
que nous avonsdes Piècestrès immorales,
telles que le Légataire , la Femme Juge &
Partie, &c. Sans examiner ſi ce n'eſt pas une
affertion trop rigoureuſe que de dire que
notre Théâtre eſt des plus corrompus , nous
conviendrons avec M. de Cubières , qu'un
Théâtre ne doit pas être corrompu ; mais
nous demanderons , ( & ce ſera difcuter à la
fois les deux propoſitions de cet effai ) s'il eft
abfolument néceſſaire que la Comédie foit
morale ? Philofophiquement parlant , il vaut
mieux qu'une Comédie ait une moralité ;
littérairement parlant , ne peut- elle pas ſe
paffer d'en avoir une ? On doit louer une
bonne Comédie d'être morale; doit- on la
blâmer de ne l'être pas ?
A mérite égal , une Comédie morale l'emporte
ſur une autre Comédie qui ne l'eſt pas ,
comme une bonne action l'emporte ſur un
beau difcours. Mais nous le demandons à
M. de Cubières lui-même; quand on a dit
une choſe agréable dans un cercle , ne trous
DE FRANCE.
113
veroit on pas ridicule qu'il ſe levât un cenſeur
du milieu de l'aſſemblée , pour vous
dire: Monfieur , au lieu de dire une jolie
choſe, il vaudroit mieux que vous fitliez une
bonne action; & ce cenſeur auroit pourtant
raiſon. Il y a plus de vertu ſans doute à avoir
fait un Ouvrage moral; il n'y a pas toujours
plusdegloire. On fent combien cetre phrafe
peut donner lieu àde belles & intereffantes
déclamations ; mais il n'en eſt pas moins
vrai que gloire & vertu , même priſes toutes
deux en bonne part , ne font pas toujours
ſynonymes. Il eſt plus vertueux de donner
aux pauvresun écu, que d'avoir fait une bonne
Comédie fans but moral, même une Comédie
de Molière; mais cette Comédie rapporte &
doit rapporter plus de gloire à ſon Auteur ; &
vous trouveriez ridicule l'homme qui , pour
avoir donné cet écu , voudroit ſe placer audeffus
de Molière. Si une Comédie eſt évidemment
contre les moeurs , condannez la ,
non parce qu'une Comédie doit être morale ,
mais parce qu'on ne doit approuver aucun
Ouvrage qui ſoit évidemment contre les
moeurs.
Corneille (on peut s'en convaincre par la
lecture de ſes diſſertations ſur l'Art Drainatique
) , ne croyoit pas que la moralité fût
effentielle aux Pièces de Theatre. D'autres
Maîtres avant lui avoient penſé comme lui.
Auſſi n'avons nous pu partager l'indignation
de M. de Cubières , quand il ſe plaint amèrement
qu'aucun des Législateurs de la Scène
Gv
154
MERCURE
n'ait enſeigné à rendre la Comedie morale.
Nous croyons qu'enſeigner à faire des Comédies
morales , ce n'est pas enſeigner à
faire de bonnes Comédies ; & il nous ſemble
que la doctrine dramatique pourroit
s'exprimer ainti : foyez d'abord comique, &
moral enfuite , fi vous pouvez .
Mais , nous dira ton , fi vous convenez
que la morale eſt un bien , pourquoi ne pas
vouloir qu'on en fafle une des règles du
Théâtre ? C'eſt que plus on approfondit l'art
dramatique , plus on fent combien ce rigorifme
philofophique peut nuire à ſes progrès.
Le rire eſt l'apanage de la Comedie ;
& en la forçant d'être morale , on court
rifque de l'attrifter. C'est trop fouvent aux
dépens du comique qu'on reuffit à moralifer
fur la Scène ; delà , par exemple , le goût du
drame , genre que nous ne profcrivons point ,
mais que nous jugeons très- inférieur à la
Tragedie & à la Comedie ; genre qui , en
s'accreditant , doit nuire aux deux autres ,
parce qu'il eſt plus facile , & que , de deux
fuccès egaux , il eſt naturel à la pareſſe humaine
de chercher celui qui eſt le plus facile
à obrenir.
Le ſyſteme Dramatique de M. de Cubières
eſt louable par ſon notif; c'eſt l'amour de
l'humanité & le besoin d'être utile. Ce fentiment
eft refpectable , même dans ſes excès ;
mais il fait tellement illufion à la logique de
M. de Cubières , que , foit dans ſes eloges ,
ſoit dans ſes critiques , pour établir fon
DE FRANCE. 155
opinion, il peut ſouvent être combattu avec
ſes propres armes. Par exemple , dans le
Diftrait, de Regnard , un neveu dit à ſon
oncle avec affez d'irrévérence :
C'eſt un étrange cas! faut-il que la jeuneſſe
Apprenne maintenant à vivre à la vicilleſſe ?
Etqu'on trouve des gens avec des cheveux gris ,
Plus étourdis cent fois que nos jeunes Marquis.
Sans prétendre juſtifier ce manque de refpect
, nous croyons que M. de Cubières ne
le combat pas avec les raiſons qu'il devroit
employer. " Une pareille apostrophe , dit-il ,
رد
eſt elle ſupportable dans la bouche d'un
>>jeune homme qui paſſe ſa vie au cabaret ,
&dont tout le mérite eſt de ſavoir chan-
» ter , danſer , & ſe tenir les nuits ſous les
fenêtres des jolies femmes , pour faire
>> croire aux fots qu'il n'eſt point de Belle
dans la ville qui ne l'adore , & ne lui
>> donne des rendez- vous ?
"
"
Eh, fans doute ! c'eſt dans la bouche d'un
perſonnage pareil qu'une telle apostrophe eſt
plus excuſable. Ce qu'on ne devroit jamais
pardonner à un Auteur, ce ſeroit de rendre
ſi peu reſpectueux envers ſes parens , un
perſonnage honnête & vertueux d'ailleurs.
Mais cet oubli des bienfeances n'étonne
point , & ne peut faire autorité de la part
d'un fot & d'un étourdi. Le Tyran d'une
Tragédie prononce ſans ſcandale les maximes
les plus ſcandaleuſes.
Gvj
156 MERCURE
1
Plus loin , M. de Cubières , pour appuyer
fon fentirent ſur des exemples , s'exprime
ainfi: " Pourquoi le Tartufe , l'Avare ,
ود
ود
ود * Cet
l'École des Maris préſentent ils des réful-
> tats fi philoſophiques & fi utiles au genrehumain
? C'eſt ſans doute parce que Sganarelle
perd ſon Iſabelle ; Harpagon , la
caffette , & Tartufe , ſa liberté.
expoſé n'eſt pas juſte quant à l'Avare. Il eſt
vrai qu'il perd d'abord ſa caſſette, mais on
la lui rend enſuite ; bien plus , il gagne
par- deſſus un habit neuf, qu'il demande pour
la noce; & malgré cela , quel eſt celui des
Spectateurs qui , dans ce moment, voudroit
reffembler à l'Avare ? C'eſt que l'avarice
d'Harpagon eſt peinte avec des couleurs
peu propres à inſpirer le defir de l'imiter. Et
c'eſt ainſi que le Poëte Comique peut faire
entrer la morale dans ſes productions , c'eſtà
dire , qu'il doit la cacher avec ſoin.
M. de Cubières eſt encore trompé par fon
amour exceffif pour la morale , quand il
trouve une fublime moralité dans les derniers
mots de la Comédie de Turcaret,
prononcés par Frontin : Voilà le règne de
M. Turcaret fini , le mien va commencer.
Voilà le règne de M. Turcaretfini , eft réel-
Jement moral , & c'eſt fur cetre idée qu'il
falloit arrêter l'imagination du Lecteur ; il
eft moral , parce qu'il rappelle un intrigant ,
un fourbe puni ; mais le mien va commencer
eft une immoralité évidente , parce qu'il pré
DE FRANCE.
157
ſente à l'imagination un fourbe qui va profpérer.
Il eſt encore bien douteux que la manière
dont M. de Cubières veut mettre l'amour
au Théâtre , foit en effet la plus morale. Y
a- t'il réellement moins de danger pour les
moeurs à repréſenter l'amour intereffant
noble , touchant , tel que le veut M. de Cubières,
qu'à le montrer toujours ridicule
comme Molière l'a fait ? Car il faut obferver
que les amoureux de ce grand Comique
font toujours rire à leurs dépens , au
lieu que les amoureux qu'on met aujourd'hui
au Théâtre , attendriffent toujours en leur
faveur. A parler en moraliſte, l'amour, cette
paffion fi naturelle à l'homme , fi facile à
s'allumer , a- t'il beſoin d'être attiſé encore
par des peintures fi intéreſſantes ? Plus on le
peint intéreſſant , plus on erhardit la jeuneſſe
à s'en approcher , à le chercher même ;
&le ſoin qu'a pris le Poëte de le montrer
de loin dans le filence des ſens , n'empêche
point que de près la Nature ne les faffe
parler. Ainfi , le moyen propoſé pour épurer
l'amour , ne fert ſouvent qu'à le rendre plus
dangereux.
Quant à la méthode employée dans cet
Effai fur la Comédie , M. le Chevalier de
Cubières déclare qu'il n'a point voula s'affervir
à un ordre bien rigoureux ; c'eft paffer
condamnationſur une très longue digreffion
fur la paffion de l'amour. Nous ferions tentés
de croire que ce morceau a été fait ſéparé158
MERCURE
ment , & que l'Auteur ne l'a placé qu'après
coupdans cette differtation.Ceſt une Anecdote
,une eſpèce de Roman affez extraordinaire
, dans lequel un époux , patlionnement
amoureux, même après la mort de ſa femme,
la remplace par ſon image qu'il a fait faire en
cire, & qui reçoit ſes tendres ſoins , ſes adorations
, ſes hommages. C'eſt le fruit d'une
imagination trop exaltée , & le ſtyle en eft
trop foavent emphatique. A la fin de cet
effai , l'Auteur , après un juſte éloge de la Métromanie
, parle ainſi à Piron : « Où fuir ?
Où me cacker , pour me ſouſtraire à ton
immortel Ouvrage ? Je me roule par terre ,
» & voudrois n'avoir jamais ſu fire. » Un
autre Écrivain , avec autant d'eſtime que lui
pour ce bel Ouvrage , mais plus modéré dans
ſon ſtyle , diroit à M. de Cubières: « Il ne
ود
ود
"
ود
faut jamais ſe rouler par terre ,& je ſerois
fâché de n'avoir jamais ſu lire ; car je
» n'aurois pas eu le plaifir de lire la Métro-
>> tromanie. »
Au reſte , il y a dans cette même differ
tation des morceaux d'un très - bon ſtyle ,
pleins de véritable chaleur & même d'intérêt.
Nous allons parler des deux Comédies
, en regrettant que l'étendue que nous
avons déjà donnée à cet article , ne nous permette
pas d'en parler plus longuement.
Le ſujet de l'École des Riches , fur laquelle
nous nous arrêterons encore moins
que fur le Concours Académique , eſt un
Duc fort riche, qui craint de ne devoir qu'à
DE FRANCE.
159
ſon rang & à ſon opulence les ſentimens
qu'on lui témoigne & les hommages qu'on
Jui rend. Pour le guerir de cette eſpèce de
maladie , on apoſte un Laſtituteur & un
Valet, qu'on introduit chez lui comme deux
grands Philofophies , & qui , en lui prêchant
le mépris des richeſſes , l'engagent à s'en
défaire , le débatraffent de tous les bijoux ,
de ſa bourſe , & lui enlèvent juſqu'aux boucles
de ſes ſouliers en plein theatre. On voit
que cette exageration eſt plus que dramatique,
elle amène un moment intéreſſant &
moral ; il s'offre au Due une occaſion de
ſecourir des malheureux , & il regrette alors
fes richeffes. Cet état de pauvreté volontaire
lui fait connoître les fentimens d'une Marquiſe
qu'il aime , & dont il avoit ſuſpecté
le coeur dans ſon état d'opulence. Mais enfin ,
comme fon appauvriſſement n'est qu'une
plaifanterie qu'on lui a faite , on lui rend
toutes fes richeſſes , dont il jouit avec plus
de ſecurité. Paffous au Concours Académique.
Mufoman , ridicule métromane , met ſa
nièce au concours ; il la promet à celui qui
remportera les deux Prix de l'Académie
Françoife. Damon , l'amant aimé , a concouru
anonymement par deux Ouvrages qui
obtiennent la double couronne. Mufoman ,
qui en eſt inſtruit avant la diftribution , en
lui accordant ſa nièce , le prie de lui céder
Phonneur de ſa victoire, c'est - à- dire , de
fouffrir qu'il paſſe pour l'Auteur des deux
Ouvrages couronnés ; & le jeune homme
160 MERCURE
ſouſcrit à cette propoſition , facrifiant fa
gloire à fon amour. Le cinquième Acte prétente
les Academiciens aſſemblés pour donner
les Prix , & l'on couronne Mufoman ,
qui montre le manufcrit des deux Ouvrages.
Alors un Militaire , amoureux auſſi de la
mièce , reproche à Muſoman d'avoir choi
d'avance pour gendre celui qui feroit cou
ronné , & de preferer enſuite Damon , qui
ne l'eſt pas , puiſque c'eſt Muſoman qui eft
déclaré l'Auteur des Ouvrages qu'on couronne.
Muſoman, ne pouvant réfurer cette
objection , aime mieux renoncer à ſa gloire
ufurpée , & déclare que le véritable Auteur
eſt Damon, ce qui ne laiſſe plus aucun obttacle
au bonheur des deux amans.
L'Aſſemblée des Académiciens François
eſt une choſe au mois haſardée ſur la Scène;
mais ce qui est bien plus déplacé , c'eſt de
faire difcuter dans la même ſalle, & en préſence
des mêmes Académiciens , le mariage
de Damon & de la nièce de Muſoman.
: On peut teprocher aufli beaucoup de longueurs
à cet Ouvrage. Quant à l'idée que
l'Auteur donne à Muſoman , de mettre ſa
nièce au concours , elle nous a bien moins
choqué que nous ne l'avions cru , d'après les
critiques qu'on en a faites . C'eſt un projet
fou ſans doute ; mais celui qui le forme eſt
un perſonnage extravagant. Cette idée n'a
peut- être d'autre défaut que d'avoir fourni
De ſujet d'une Pièce en cinq Actes en vers.
Elle ne convient peut être pas au ton &
DE FRANCE . 161
l'étendue de cet Ouvrage ; & elle eût paru
plus naturelle dans une Pièce plus courte
&bien gaie.
Le ConcoursAcadémique ne manque pourtant
pas de gaîté , ni même de comique ; &
nous ſommes loin de croire que l'on doive
éloigner l'Auteur de la carrière du Théâtre.
La verſification de cet Ouvrage doit auſſi lui
faire beaucoup d'honneur. C'eſt un éloge
qu'on pourroit justifier , en citant même au
hafard. Dans le premier Acte , Muſoman ,
faiſant lire unde ſes Ouvrages par Damon ,
lui donne des conſeils pour les faire valoir
par une lecture avantageuſe. Lifez , lui
ditil;
De ce ton féducteur qui flatte , qui réveille ,
Et s'avre juſqu'à l'âme un chemin par l'oreide.
Le ſtyle marche-t'il d'un pas précipité ?
Que votre voix l'imite en ſa rapidité.
Que plus ſouvent encor , majestueuſe , lente ,
Elle traîne avec grâce une phrafe brillante ,
Et laiſſe à l'Auditeur un long étonnement.
Eſſayé-je de peindre un tendre ſentiment ?
Hâtez-vous de ſaiſir ces inflexions douces
Par qui l'ante eſt en proie aux plus vives ſecouſſes.
Pienez l'accent du coeur , ſoupirez même.
Voici comment Damon plaide la cauſe
des Lettres:
Vous y verriez , Monfieur , tout ce qui vous honore.
Vousyverriez (quelhomme , exceptévous , l'ignore?)
162 MERCURE
Que les talens , par vous mépriſes & haïs ,
Furent par-tout aimés. Que dans plus d'un pays
L'encens fuma jadis ſous les ſaintes ſtatues
Quede Chantre d'Achille à bon droit avoit eues ;
Que des Rois avec por pe envoyoient leurs vaiſſeaux
Chercher dans ſes foyers le vieillard de Théos ;
Que de Pindare ſeul le fougueux Alexandre
Reſpecta la maiſon quand il mit Thèbe en cendre ;
Que le grandCicéron , d'abord fimple Orateur ,
Devint Conſul de Rome & ſon libérateur ;
Que l'Empereur Auguſte , en un réduit tranquille,
Soupoit avec Mécène entre Horace & Virgile ;
Que Pétrarque inclina ſon front ſous les lauriers ,
Aux lieux , aux mêmes lieux où de fameux Guerriers
Avoient reçu le prix de leur noble vaillance.
Vous y verricz , Monfieur , qu'aufſi cher à la France ,
Pour loyer de ſes vers alors très- ſéduifans ,
Ronſard fut accablé d'honneurs & de préſens ;
Qu'épris du vieux Corneille aux jeux de Melpomène ,
Tout un peuple attendoit ce père de la Scène ,
Se levoit en filence à ſon auguſte aſpect ,
Et devant lui courboit le front avec reſpect.
Vous y verriez un Roi craint de l'Europe entière ,
Solliciter lui-même un tombeau pour Molière.
On ne lira pas avec moins de plaiſir cette
énumération des portraits expoſes dans l'une
des falles de l'Académie :
Les grands Rois en tout temps ont honoré les ſages.
DE FRANCE. 163
Voyez ici d'abord le grave Deſpréaux ,
Dont la raiſon toujours a guidé les pinceaux.
Quinault avec bonté de loin le confidère ,
Comme pour adoucir ſon humeur trop ſévère.
Cotin ſemble pâlir à ce terrible aſpect.
Inclinez-vous : voici le moment du reſpect.
Celui que vous voyez eſt l'aîné des Corneilles ,
Quebalance Racine en ſes ſublimes veilles.
Regardez & tremblez , c'eſt le noir Crébillon :
Et celui que je baiſe eſt le doux Fénelon.
Quoi ! le bon La Fontaine au temple de mémoire !
Écoutez: de Joconde il vous conte l'Hiſtoire.
Admirez cet oeil d'aigle , il vous peint Boffuet.
Saluez enpafſant le facile Greffer.
Cherchez- vous Monteſquieu ? le voilà ce grand
Homme ,
Législateur du monde & le Feintre de Rome.
Cehui de la Nature eſt offert à vos yeux ;
C'eſt Buffon . Approchez pour le contempler mieux.
Deux pas encor. Venez au fond du ſanctuaire ,
Et tombez à genoux devant le grand Voltaire.
Son génie eſt par-tout répandu dans ce lieu;
A genoux , avec moi: du temple c'eſt le Dieu.
On nous difpenfera de faire l'éloge des
vers que nous venons de citer;& nous avons
peine à nous pardonner de n'en pas citer
davantage.
( Cet Article est de M. Imbert. )
164 MERCURE
د
PRÉCIS Historique de la Maiſon Impériale
des Comnènes , où l'on trouve l'origine , les
moeurs & les usages des Maniotes , précédé
d'une filiation directe & reconnue par
Lettres Patentes du Roi , du mois d'Avril
1782 , depuis David , dernier Empereur de
Trébifonde, jusqu'à Démétrius Comnène ,
actuellement Capitaine de Cavalerie en
France. A Amſterdam , & ſe trouve à
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
CET Ouvrage , peu volumineux , préſente
au Lecteur Philofophe un grand objet de
médiation. L'illustre Maiſon dont elle offre
l'Hiſtoire, a été connue ſous les divers noms
de Silvia , de Julia , de Flavia , & enfin de
Comnens . Elle paſſa en Grèce l'an 329 ,
avec i Empereur Conſtantin le Grand , leur
parent.
Cette Famille a régné long -temps dans le
monde par ordre de ſucceſſion; elle a donné
des Princes à l'Europe & à l'Afie ; ce Précis
hiſtorique ne préſente que la fuire des Empereurs
de Conſtantinople & de Trebifonde
qui en font fortis. Le premier des Empereurs
de Conſtantinople eſt Ifaac Ier , fils
de Nicéphore Ier, Prince d'Aſtracanie ,dans la
Médie, les autres Alexis Ier ; Jean II; Manuel
Ier; Alexis II , & Andronic; ceux de Trébifonde
font : Alexis III ; Alexis IV; Jean
III ; Alexis V ; Bafile Ier ; Jean IV; Bafile
11 ; Alexis VI; Jean V, avec Alexan
DE FRANCE. 165
dre , fon frère , & David, qui fut appelé
David II , à cauſe d'un Empereur du même
nom qui avoit régné à Héraclée de Pont .
Ce David II fut le dernier Empereur de
Trébifonde. Mahomet II , après la priſe de
Conftantinople , en 1453 , attaqua Trebifonde,
où régnoit David , qui fut forcé de
ſe rendre au vainqueur. David fut conduit à
Conſtantinople ; & le cruel Mahomet , qui
s'étoit engagé par la capitulation à lui conferver
un apanage conſidérable , lui propoſa
de renoncer à ſa foi , ſous peine d'être maffacré
avec ſes fils. Ce malheureux Prince
aima mieux mourir que d'apoſtalier. Mahcmet
, pour ajouter aux horreurs de ſa mort ,
le rendit témoin de la circonciſion de l'un
de ſes fils , qui ſe ſauva en Perſe , & enfaite
à Mania , dans la Laconie ; ce Prince fugitif
s'appeloit Nicéphore ; les Maniotes le déclarèrent
Protogeros , c'eſt-à dire , premier Sénateur
, dignité qui demeura héréditaire dans
fa famille , & qui fut tranſmiſe à ſa poftérité.
Ce n'eſt pas le ſeul Prince qui ait trouvé
un aſyle chez les Maniotes. Ce peuple fingu
lier eſt iſſu , ou plutôt eſt un reſte des anciens
Spartiates. Quand le luxe & les richeffes
eurent amolli la célèbre Lacédémone , &
détruit la force de ſes loix , elle perdit ſon
bonheur , ſa gloire & fa liberté. Quelques
Citoyens qui avoient échappé à la corruption
des moeurs , voulurent ſe ſouſtraire à
l'eſclavage. Ils ſe retirèrent ſur le Mont
166 MERCURE
Taigete ; & c'eſt là l'origine de cette nation
fobre , fière & infatigable , reſte intrépide
d'un peuple dégénéré , rivale & vistorieuse
de Nations puiffantes ; qui , n'ayant jamais pu
mettre fur pied plus de vingt mille combattans,
a repouſſe les plus formidables armées ;
&qui feule , parmi les Grecs , a réhſté pendant
pluſieurs fiècles aux armes des Muſulmans.
,
C'eſt au milieu de ce peuple que les Comnènes
ſe ſont diftingués par leur courage &
d'autres vertus héréditaires. Le dernier
Constantin IV, termine la notice de ceux
dontl'Auteur de ce Précis fait une mention
fi honorable. Conſtantin IV éprouva dans
" le terme d'une courte vie , de continuelles
>>contrariétés qui lui donnèrent une forte
> d'averſion pour ſon origine illuſtre : il
وو n'en parloit jamais , & fouffroit encore
> moins qu'on lui en parlât. Le Marquis de
• Saint-Pernes , Lieutenant- Général , faifant
l'inspection à Wormes du Régiment
>> Royal Corſe , Cavalerie , ou de Vallière ,
» dans lequel Conſtantin étoit Capitaine ,
" fut frappé de ſon nom ; & prévenu par
ſon maintien , il s'efforça de vaincre ſa
>> répugnance à ſe montrer à la Cour : il
"
ود offrit de l'y conduire&de l'y préſenter
» lui- même , & l'aſſura d'avance que le Roi
>> auroit égard à ſon mérite perſonnel , &
>> aux malheurs de la race illuftre dont il
» étoit forti. Conſtantin répondit à ce Géné
» ral , peut être avec trop d'âpreté , que
DE FRANCE. 167
"
ود
>>
➡ le Roi l'avoit chargé de faire l'inſpection
de ſes Troupes , & non de lui faire des
offres& des complimens ſur ſon origine ,
» quiétoit pour lui une ſource intatiſſable
d'humiliations ; que, fatisfait de jouit de
l'existence ordinaire de la Nobleſſe Françoife,
il avoit appris à renoncer à toute
ambition. Il porta en effet fi loin ce dé-
>> goût , qu'il forma le deſſein d'éteindre ſa
>> branche , en dévouant à l'Égliſe deux fils
» qu'il avoit. »
"
"
ود
Enfin il eſt reſté de lui deux fils , pour
ajouter aux grands exemples des viciffitudes
humaines. De cette race illuftre , qui a produit
onze Empereurs , un Curopalate , deux
Sébastocratores & dix Protogérondes , tous
Princes Souverains & indépendans , il refte
deux rejetons , dont l'un eſt actuellement
Capitaine à la ſuite de la Cavalerie , au Service
de France , & l'autre , Prêtue dans la
Paroiſſe de S, Gervais , à Paris .
VERSfur la Paix, par M. l'Abbé Duviquet;
du Collège de Lonis le Grand. De Pace
Carmen , par M. l'Abbé Luce de Lancival,
idem.
J'AI cru devoir raſſembler ſous le même
ritre deux Pièces compoſées à la méme occafion
par deux jeunes Étudians dans le
même Collége , d'autant mieux qu'il s'agit
d'encourager les premiers eflais de leur
Muſe, bien plus que d'en rendre un compte ,
168 MERCURE
dont les Pièces de ce genre ne ſont pas fuf
ceptibles.
Ambo florentes atatibus , arcades ambo ,
Et cantarepares .
Il y a une forte d'équité , comme je l'ai déjà
dit ailleurs , à parler d'un Ouvrage qui , ſans
être bon , & fans avoir affez d'importance
pour mériter l'attention du Public, annonce
néanmoins quelques diſpoſitions ,& un goût
pour la Littérature qui ne peut être blåmable
, pourvu qu'il ſoit bien dirigé , &
que loin d'être exclufif , il ne ſerve qu'à nous
éclairer ſur les devoirs de la profeffion que
nous avons embraffée. Il n'y a que des ta
lens bien ſupérieurs & bien rares qui puifſent
excufer un jeune homme qui ne voudroit
avoir d'autre état que celui de bel
eſprit. Voilà ce qu'on ne peut trop rappeler ,
aujourd'hui que tant de jeunes têtes font infatuées
de la manie des vers , & que la maladie
de la rime eſt devenue ſi contagieuſe.
On n'a jamais vû tant d'Auteurs de toute
eſpèce , & fi peu de Gens de Lettres. Ces
réflexions néanmoins ne doivent pas empêcher
d'entrevoir les premières diſpoſitions
du talent , & de les encourager. D'ailleurs ,
les Écrivains novices ſont intéreſſans aux
yeux d'un vrai Littérateur par une qualité
bien précieuſe , c'eſt qu'ils font enthouſiaſtes
de bonne foi , & qu'ils ne connoifſent
pas l'eſprit de parti. Aufſi , les vers de.
M. l'Abbé
DE FRANCE. 169
M. l'Abbé Duviquet ſur la Paix , n'ont- ils
été pour lui qu'une occafion de rendre hommage
à un Homme de Lettres qui , par la
fécondité de ſon eſprit& la variété de fes
talens , ſembleroit deſtiné à remplacer Voltaire
, fi l'on pouvoit eſpérer que ce génie
univerſel , qui n'a point eu de prédéceffeur ,
pût jamais avoir un fucceffeur. M. l'Abbé
Duviquet annonce du goût & de la facilité ;
mais il a beſoin d'apprendre à méditer fon
fujer pour mieux l'approfondir& pour fécon
der ſa penſée. Le génie même de l'expreffion
lui manque. Si dans ſa Pièce je n'ai point
remarque de vers très- repréhenſibles , je n'y
en ai point trouvé non plus un ſeul vraiment
louable. Voici l'endroit qui m'a paru le plus
digne d'être cité. L'Auteur apoftrophe la
Paix:
C'eſt toi qui réunis
L'épouſe à ſon époux ,& la mère à ſon fils.
Moi-même je te dois la fin de ma misère.
C'eſt par toi que je vois & que j'embraſſe un frère.
Toi feule, après cinq ans d'ennuis & de chagrins ,
Par ton retour heureux, rends mes jours plus fereinss
Hélas ! c'étoit en vain que fonjeune courage
Sept fois l'avoit ſauvédes fers &du carnage ,
En vain le Dien des Mers & le Dieu des Combats
Eût reſpecté ſes jours arrachés au trépas ;
Ade nouveaux dangers l'amour de la patrie
Bientôt ſansta préſence cut expoſe ſavie.

-N°. 30, 24 Juillet 17841 H
170
MERCURE
On me verroit peut- être , entouré de cyprès ,
Sur ſa eendre en pleurant exhaler mes regrets.
Ces vers ne ſont ni durs , ni incorrects :
voilà tout ; mais ils ne ſont ni affez penfes ,
ni affez ſentis ; ils n'expriment rien. La note
que l'Auteur y joint ſe lit avec plus d'intérêt
, parce qu'elle dit davantage. " Il eſt
>>rare qu'à dix-sept ans on ſe ſoit jamais
"
30
trouvé expoſé à tant de dangers que mon
frère en a courus dans les dernières cam-
>>pagnes. Monté d'abord ſur le vaiſſeau le
Duc de Bourgogne, il ſe trouva à ſept
combats conſecutifs ſous les ordres de M.
de Graffe , M. de Barras & M. de Pernay.
34
ور
ود Il étoit de la malheureuſe journée du 12
» Avril. Sur la fin de 1781 , M. de Cham-
>> martin , ſon Capitaine de Vaiſſeau , ayant
دم été transféré ſur la Bourgogne , daigna
» l'emmener avec lui. Ce ne fut que pour
>> eſſayer trois mois après un des naufrages
م
"
les plus affreux dont on ait jamais entendu
parler. Les Journaux en donnèrent
dans le temps le triſte détail. M. de Cham-
>> mattin , un Aumônier & les deux tiers de
» l'Équipage y périrent. Les autres ne durent
ود leur ſalut qu'à l'intrépidité d'un jeune
Officier François , nomméM. Pinſun , qui ,
>> ayant eu le bonheur d'arriver à terre , fit
م àpié preſque nud , dans un climat brû-
> lant , cinquante licues en vingt - quatre
heures , & leur envoya du fecours de
• Porto - Pello. Je n'ai pas beſoin de dire
:.
DEFRANCE.
171 1
>> avec quelles actions de grâces il fut reçu
ود
ود
"
des malheureux naufragés , du nombre
>> deſquels étoit mon frère; mais ce que je
ne dois pas laiſſer ignorer , c'eſt que fon
action n'a point échappé à la bienfaiſance
>> attentive du Roi &de ſes Miniſtres . Que
- ce brave Officier me permette de lui té-
>> moigner , en particulier , ma reconnoifſance;
& tandis qu'il reçoit les hommages
" de la France , qu'il ne dédaigne pas de re-
> cevoir ceux de la Nature. »
M. l'Abbé Duviquet eſt en Rhétorique
ſous M. Hérivault ; cet Élève fait honneur à
ce Profeffeur célèbre , qui , dans ſa claſſe ,
ne développe pas avec moins de ſoin les
beautés de nos bons Écrivains, que celles
des Auteurs Grecs & Latins .
Le Poëme de M. l'Abbé Luce de Lancival
n'offre guères non plus que des lieux
communs ſur la Paix. Cette Déeſſe apoſtrophe
tour à tour les Puiffances Belligerantes ,
&les exhorte à n'avoir plus d'autre ambition
que celle du bonheur des Peuples , de
la culture des Arts & de l'accroiſſement du
Commerce ; mais , grâces à la langue Latine
, plus poétique & plus harmonieuſe
que la nôtre, il ſemble que l'on ſoit en
quelque forte diſpenſé d'avoir des idées &
de l'eſprit. Les meilleurs Poëmes de la latinité
moderne ſeroient à peine ſupportables
s'ils étoient écrits en François. Il est bon
néanmoins qu'un jeune homme ſe familiariſe
à parler la langue de Virgile pour en
Hij
172 MERCURE
:
F
1
mieux ſentir les beautés. Parmi les Gens de
Lettres , on a obſervé de tous temps une
difference prodigieuſe entre ceux qui font
verſes dans les langues anciennes , & ceux
qui ne les connoiffent que ſuperficielle
ment; à peu- près comme entre les Peintres
qui font allés étudier à Rome les tableaux
de Raphaël , du Dominicain , du Corrège ,
&ceux qui ſe ſont bornés à l'École Françoiſe.
Au furplus , il y a deux ans que M.
l'Abbé Luce de Lanceval , étant en ſeconde
fous M. Selis , auſſi avantageuſement connu
dans la Littérature que dans l'Univerfire ,
publia un Poëme Latin ſur la mort de l'anpératriceReine
de Hongrie. Cette Pièce lui
métita des félicitations & des encouragemens
. M. d'Alembert , & habile à entrevoir
les premiers germes du talent , & fi zélé à
contribuer à leurs développemens , lui fic
alors obtenir une gratification du Roi de
Pruffle. On ne pouvoit s'annoncer dans la
Littérature fous de meilleurs aufpices.
, MIS MAC REA , Roman Uistorique
parM. Hilliard d'Auberteuil , petir 12.
Prix , I liv. 10 fols broché. A Philadelphie
, & ſe trouve à Paris , chez Grangé,
Libraire , rue de la Parcheminerie , & au
Cabinet Littéraire , Pont Notre Dame.
La fonds de ce Roman eft vrai , les détails
appartiennent à l'Auteur. Outre l'intérêt du
fujet & du genre de l'Ouvrage , on y trouve
DE FRANCE. 173
celui qui doit réſulter de la peinture des
moeurs Américaines.
Mac Rea , fille d'un riche Négociant de
New Yorck , au milieu des horreurs des
guerres civiles , voit un jeune Anglois à la
têre d'autres Guerriers , entrer dans ſa maifon
les armes à lamain. Le jeune homme
eſt déſarmé par la beauté de Mас- Кеа. Се
farouche Guerrier n'eſt plus qu'un tendre
amant qui conſole ,& à la terreur qu'il avoit
inſpirée d'abord ſuccède le plus doux ſentiment.
Cet amour mutuel eſt traverſe par les
circonstances; & les deux amans ſont obligés
de ſe ſeparer. Enfin Mac Rea ayant quitté
l'habitation paternelle pour aller dans le
camp Anglois épouſer ſon amant , eſt ren
contrée&maſſacrée par des Sauvages.
On lira avec plaiſir ce Roman , qui eſt
écrit d'un ſtyle vif, rapide & vrai . Voici un
morcean qui fera juger du fyle de l'Aureus.
Nathaniel , père de Mac Rea , malgre fa
vicilleſſe , veut aller combattre pour ſa Patrie.
Il ſe met à la tête de ſes Laboureurs &
des jeunes gens du canton , &leur adreflece
Difcours: Mes amis, quoique l'hiver des
ans ait blanchi mes cheveux , il n'a point
glacémon courage ; je veux marcher à votre
tête , & vous monter le chemin du devoir
& de l'honneur. Eh quoi ! ſera t'il dit que
des mercenaires , le rebut de l'Europe , des
hommes vendus à nos tyrans triompheront
de nous ? Les Anglois ont bien fait d'engagerdes
Serfs Allemands pour nous exter-
Hüj
174 MERCURE
miner; ceux- ci ne ſavent ce que c'eſt que la
liberté ; voilà ce qui les enhardir à nons
combattre ; montrons leur ce que peut
l'homme quand il eſt animé par l'amour
du bonheur de la Patrie. N'entendez- vous
pas les gémiſſemens que pouſſent vos femmes
& vos filles', en apprenant les revers
qui accablent nos frères dans le nouveau Jerfey
! Eh bien , chacune des larmes qu'elles
répandent , eſt un ordre qu'elles vous donnent
de partir , & de les défendre juſqu'à la
derrière goutre de votre ſang. Voyez ces
arbres que vous avez plantés! leurs fruits
feront-ils pour les vainqueurs ? Et ces enfans
, objets de vos délices , Dieu ne les ac
corda t'il à votre amour que pour être des
eſclaves ? Ne leur laiſſerez- vous d'autre héritage
que des fers ? »
LEÇONS Élémentaires de Mathématiques ,
contenant les Principes de l'Arithmétique ,
de la Géométrie , de l'Astronomie , des
Météores , de la Mécanique & de l'Atgèbre,
par M. P. D. L. F. , de l'Académie
des Sciences , Arts & Belles - Lettres de
Châlons fur-Marne , & de la Société des
Antiquités de Caffel . 2 vol. in 8 ° . A Paris ,
chez la Veuve Ballard & fils , Imprimeurs
du Roi , rue des Mathurins.
- L'UTILITÉ des Mathématiques eft fuffifamment
reconnue , il eſt encore vrai que
l'étude de cette Science a de grands attraits
DE FRANCE. 175
-pour ceux qui la cultivent avec ſuccès ; mais
l'abord en eſt difficile, & fur tour effrayant.
l'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
s'eſt propoſé d'étendre la connoiffance d'une
Science auffi utile ; & pour engager lesjeunes
gens às'en occuper, il avoulu en rendre l'étude
facile & agréable. Il falloit pour cela ne pas
donner à ce Traité l'étendue effrayante qu'a
ordinairement un cours de Mathématiques.
Mais en lui donnant moins d'étendue , il
falloit lui conſerver un degré de clarté néceffaire
pour parvenir à l'intelligence parfaite
de cette Science. Voilà le but de
l'Auteur ; voilà les difficultés qu'il avoit
à vaincre ; & ſon ſuccès a été tel qu'il ne
laiſſe rien à defirer. Son Ouvrage peut être
mis au nombre des Livres Claſſiques les plus
utiles à l'éducation. On ſent bien que la
Géométrie , par exemple , auroit paſſe les
bornes de l'Ouvrage entier ; mais M. de la
F. s'eſt reſtreint aux propoſitions utiles ; &
ceux qui auront bien compris ce qu'il dit de
la Géométrie , pourront comprendre tout
ce que les Auteurs les plus ſavans en ont
écrit.
La forme du dialogue eſt celle qui répon
doit le mieux aux vûes de l'Auteur , c'eft
auſſi celle qu'il a adoptée , excepté pour
l'Algèbre , dont l'article termine le ſecond
Volume. La raiſon de cette exception , c'eſt
que cette Science étant fort abſtraite , &
exigeant un eſprit plus rompu au calcul &
au raiſonnement , les jeunes gens que doit
Hiv
176 MERCURE
inftruire cet Ouvrage , en arrivant à cet article,
ſont déjà préparés & fortifiés par d'autres
études.
Un inconvénient attaché aux Ouvrages qui
traitent des hautes Sciences , c'eſt qu'ils ont
ſouvent beſoin d'être rectifiés ou augmentés ,
àmeſure que les nouvelles découvertes détruiſent
de vieux préjugés , ou ajoutent à la
maſſe de nos connoiſſances. L'Auteur de ces
Leçons aimant& cultivant les Sciences , met
toujours ſes Élèves au niveau de leurs progrès
actuels .
Nous devons à M. de la F** pluſieurs autresOuvrages
utiles à l'éducation de la jeuneffe.
Il est beau de conſacrer ſes travaux à
l'utilité publique ; il eſt plus rare encore d'y
conſacrer ſes loiſirs , quand on eſt occupé
par des places importantes qui affu étiffent
au travail & expoſent à la diſſipation.
VARIÉTÉS .
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
Le fort des inventions dans les Sciences, reſſemble
aujourd'hui à celui des hommes dans la Société. Sans
cothurne , fans tréteaux , fans éclat extérieur, ceuxci
n'obtiennent qu'avec difficulté l'eſtime & la renommée.
Produiſez de même une découverte qui
occupe l'intelligence ſans frapper les fens , fon AuDE
FRANCE. 177
eear fera trop heureux de n'être pas généralement
dédaigné.

Au moment fur-rout d'un tranſport général pour
des expériences regardées comme furnaturelles , combien
parcitra froid un Mécaniciendans le lilence du
cabinet ? Qui lui tiendra compte de tes refforts , de
ſes leviers , de ſes ſourapes , en ſortant d'admirer
un vaiſſeau de 100 pieds de diamètre porté dans
les airs avec fes Inventeurs , un Nécromancien
arméd'une baguette, tous laquelle la terredevient per
méable, & les fources fouterraines un ſujet de divination;
des convulfions fubites & variées , communiquées
par la ſeule approche d'un Magicien gefticulant
; miile prodiges enfin , d'autant plus éblouif
fans que la cauſe en eſt occulte ,& l'effet certain fur
l'imagination ?
Il faut attribuer à cet amour du merveilleux , maladie
d'un ſiècle où l'on préterd ne plus croire au
merveilleux , le demi-ſuccès des automates pailans
de M. l'Abbé Mical. Rien de plus certain que cette
affertion paradoxale en apparence. La nature du
problême mécanique qu'avoit à réfoudre l'inven .
teur , ſes difficultés , la ſolution dont il étoit fufcep
tible, les limites &les défaurs de cette ſolution out
été foiblement ſentis par le Public.
L'art de tranſporter à la matière non orgarisée le
donde la parole, a enfanté ure multitude d'efforts &
de preſtiges , même dans la plus haute antiquité. Au
milieu des fables de la mythologie & des artifices de
la théocratie, on découvre l'ancienre opinion qu'on
pouvoit animer l'airain , en en failant un organe
vocal. Sans entrer dans les ridicules interprétations
de quelques Auteurs &des Scholiaftes , rouchant le
mécanisme des Oracles de Dodone , de Delphes ,
&c &c. on ne peut guères douter que l'artifice de
cesimpoftures ne conſtat à rendre la voix humaine
furnaturelle , par fon paſſage dans un corps réfon
Hv
178 MERCURE
nant. Le Philoſophe Tacite n'a pas craint de dire , en
parlant de la fameuſe ſtatue de Memnon , qu'elle
prononçoit des paroles lorsqu'elle étoit échauffée des
rayons du foleil. Annal. Lib II.
Après les tuyaux , les trépieds , les chénes & le
foleil , font venus des Mécaniciens. Ils ont tenté de
remplacer l'illufion par la réalité. Tandi que des Saltimbanques
faifoient journellement parler des marionnetres
, & étonnoient le Public par des ſortilèges
plas ou moins groffiers , des Artiſtes diftingués ont
fait dujeu des automates l'un des chef d'oeuvres de
la mécanique moderne. Celui de ces Inventeurs qui ,
juſqu'à M. l'Abbé Mical , a pouflé le plus loin l'imitation
des mouvemens de l'homme pat des machines ,
eſt M. de Kempelen. Joſqu'à lui , les ſeules actions
matérielles de notre espèce avoient été reproduites
par des automates ; il leur donna la forme d'êtres
penfans. On vir une ſuite de perceptions & d'idées
rès-composées ſe développer ſous les doigts d'un
Mannequin en habit Turc , ce Mannequin correfpondre
avec un être animé & penfant, le combattre
au plus difficile de tous les jeux de combinaiſon , ſe
mouvoir comme lui , fubordonner ſes mouvemens à
la volonté& àla marche de cet étre animé , gagner ,
perdre & diriger toute ſa partie d'échecs, ſouvent de
manière à fairehonte au Joueur le plus intelligent.
On a accuſé d'artifice M. de Kempelen : On lui a
fait dire à je ne ſais quel Prince , que fon fecret
n'étoit rien. Ces ſuppofitions paroitront aufſi fauſſes
qu'abſurdes àceux qui , depuis douze ans , ont ſuivi
enAllemagne cette machine étonnante L'Inventeur
en a laiſſe voir la ſtructure intérieure , fouiller la
caiffe, les tiroirs , les vêtemens ; on y a vû des leviers ,
des poids & des cylindres : &fi ce phénomène de
mécanique est l'effet de l'adreſſe , il faut convenir
que la charlatanerie ne ſe met pas ſouvent en pa--
reille dépenſe de contractions factices , & que ecue
DE FRANCE.
179
adreffe feroit encore plus inexplicable que le mécaniſme
même du Joueur d'échecs .
Mais , fans doute , ce ſeroit une illuſion d'imaginerqu'aucune
puiſſance mécanique ait pu communiquer
le don de la penſée. Quelqu'intelligentes
que foient les opérations du Joueur d'échecs , il n'en
eſt pas moins un agent aveugle & paflif. L'art a fu
lui faire repréſenter des conceptions ſans lui en donner
une; il obéit à des mouvemens déterminés , & '
fa force motrice agit fans aucune ſpontanéité. Par
cela ſeul , le plus ſavant automate refte toujours un
million de fois au-deſſous du finge .
Il nous eft impoffible d'animaliſer la matière; nos
forces font réduires à lui faire imiter les mouvemens
extérieurs des êtres ſenſibles & intelligens : le ſentiment
ni la penſée ne fortiront jamais des atteliers
du Mécanicien; c'eſt le feu créateur, aucun Prométhée
ne le dérobera .
conftruc-
L'extrême des efforts de l'art paroîtdonc ſe réduire
à organiſer la matière de manière à en tirer des
fons articulés. Cette faculté réſervée, ainſi que le
rire, à l'eſpèce humaine, réſultante d'ane
rion d'organes très - compliqués & très- délicats ,
peut cependant être tranſmiſe à des corps inanimés ,
il s'agit de les transformer eux- mêmes eninſtrumeur
vocal. Or , quiconque a étudié l'anatomie de la
parole , ne s'étonnera point que ce problême ait fair
juſqu'à préſent le déſeſpoir des Mécaniciens. J
M. de Kempelen regarde ſon Joueur d'échecs
comme un joujou , comparativementà un automate
parlant. Il a tenté ce dernier eſſai . On a vû de lui
ane boîte fermée, dans les trous de laquelle l'Amiſte
iuſéreit ſes doigts , & d'où l'on entendoit fortir des
paroles. Pluſicurs perſonnes rapportens avoir our
diftinctement quelques mots de différentes langues ,
machine n'étoit qu'une ébauche à côté
de têtes parlantes de M. l'Abbé Mical, têtes inven
mais cette
Hvj
180 MERCURE
tées bien des années avant que laboîte de M. de
Kempelen eut vú le jour.
Trop de perſonnes ont oui , &l'on a déjà trop
aralyté ces fameuſes têtes , pour entrer dans aucun
détail à ce ſujet; ce qui ferot inconcevable par- tout
ailleurs qu'à Paris , c'est qu'elles puiffent être un
objet de conteftation c'eſt que l'un dénigre , l'autre
admire ce grand Ouvrage; c'eſt que la ſalle de
M. l'abbé Mical contienne autant d'oreilles différentes
, les unes fourdes , les autres bien frappées
aux intonations fyllabiques de ces deux têtes; c'eſt
enfin qu'on puifle varier autant fur le rapport d'une
ſenſation fample , qui n'exige ni étude ni conformation
exquiſe dans l'organe auditif. Prévention ou
mauvaiſe- foi , voilà , fans doute , la cauſe de ces
Variantes.
Sans accufer les ſens de perfonne, je n'ai aucune
raiſon de me défier des miens. D'après leur témoignage,
je ne puis révoquer en doute la faculté articulative
des automates de M. l'Abbé Mical. De tous
les Audneurs , préſens en même-temps que moi ,
aucun n'a reçu une ſenſation équivoque ; aucun , il
eft vrai , ne cherchoit à l'éluder ou à en diffimuler
l'aveu. Étrangers la plupait, nous ignotions qu'il
fallût confulter des Savans , écouter des détracteurs ,
&ſavoir ce qu'on penſoit dans tel café ou dans telle
cotterie, pour entendre parler un automate. Le buffer
de M. l'Abbé Mical ne nous paroiſſoit point l'Opéra
ni la Comédie , où l'onva juger ſur parole Chanteurs
& Acteurs.
Ces têtes articulent; c'eſt un fait indifputable.
Sont-elles au terme de leur perfection ? Non , ſans
doute ; ce n'eſt point-là la prétention de leur ingé
nieux & modefte Inventeur. L'enfant a beſoin d'un
long exercice de ſes jeunes organes pour les former
au jeu de la parole: des figures mécaniques ont,
àce queje crois , encore plus besoin d'éducation.
DEFRANCE.
Mais le problème est réſolu : il l'a étépar les
feuls moyens qu'employera un Phyſicien judicieux :
c'eſt en étudiant les organes de la parole , leur
contexture , leur action mutuelle , & en appliquant
à la matière une conformation ſemblable ,
que M. l'Abbé Mical en a obtenu les mêmes effets .
Aufli, dans le rapport des ſept-Commiffaires nommés
par l'Académie des Sciences pour examiner ces
machines , trouve-c'on qu'elles peuvent augmenter
nos lumières fur le mécanisme de l'organe vocal.
Oneſpéroit ſi peu ſe rapprocher du modèle vivant
, ainſi que l'a fair M. l'Abbé Mical , qu'en
1779 , l'Académie de Pétersbourg publia un programme
pour la formation des voyelles , au moyen
des tuyaux d'orgue qui en imiteroient les fons. Je
ne connois point le Mémoire de M. Kratzenstein ,
Profeſſeur de Phyſique à Copenhague , qui remporta
le prix: il eſt plein , dit-on , de recherches profondes
ſur le mécanisme des tons naturels & fur les
vibrations ſonores de l'air ; mais combien eſt foible
cerapport de l'orgue à l'instrumentde la parole ,
&quelle diſtance de la formation d'une voyelle à
cel'e d'une fyllabe !
Si la voix tient de la nature des inſtrumens à
vent , elle ne participe pas moins à celle dos inftrumens
à cordes; ' onflez dans la trachée d'un animal
mort , vous obferverez les fibres de la glotte frémir
comme les cordes d'une vicle. Voilà déjà une machire
très composée, & ce n'est pas le tout : l'air
chaffé des poumons &devenu ſonore par la compreffion
au paffage de la glotte, deviendra voix fans
être encoreparole. L'arti ulation qui la forme dépend
du palais , de la langue & des muſcles de la face
kumaine : encoreun mécanisme prodigieux à imiter ,
au défaut duquel vous obtiendrez niille fons ſans en
avoirun ſeul d'articulé.
Ceue analogie , déjà fi bornée , de l'instrument
182 MERCURE
vocal avec l'orgue ou le hautbois , ceſſe entièrement
dans le principe fondamental de leurs effets . Ils réfultent
dans les inftrumens à vent de l'inſfufflation de
l'air extérieur ; mais fi les poumons en s'élevant
reçoivent cet air de la trachée-artère , il faut enfuite
qu'ils l'expirent en s'abaiſſant, pour le chaſſer dans le
même canal qui lui a donné paſſage: double monvement
exécuté dans l'homme par un jeu d'organes fr
admirable , qu'il confond l'Obfervateur le plus indifférent.
Si cependant l'art eſt parvenu à repréfenter
ce fuperbe appareil par des viſcères , par des
muſcles , par des fibres imitatifs ; fi du diaphragme
juſqu'aux lèvres , le Mécanicien s'eſt aſſocié
ainſi dire , à la création de ce grand ouvrage de la
parole , l'Artifte peut dire hardiment, au milieu de
tous nos faiſeurs de prodiges , c'est moi qui fuis le
Peintre.
, pour
Il ne l'a pas dit. Sa candeur & fa mod.ſtie ont
nui à tes ſuccès. Ce n'étoit pas le tout d'étre Mécanicien
habile , il falloit encore être charlatan audacieux.
Faute de cetre utile politique , M. l'Abbé Mical
a prêté le flanc à mille objections.
* Pourquoi , lui a-t'on dit , ces têtes bronzées
* ne rendent- elles pas les fons harmonieux d'une
> Cantatrice ? Pourquoi votre métal ne charme-t'il
>> point l'oreille au lieu de la ſurprendre par des
>> tons âpres & ſauvages ? Pourquoi n'est- ce pas la
> voix humaine qui fort de ces lèvres colofiales
fur lesquelles nous ne voyons ni les grâces ni le
> coloris de l'expreffion Lorqu'un fameux ſtatuaire
, en imprimant le dernier coup de ciſeau fur
le marbre qu'il venoit de figurer , lui dit , parle, on
conçoit cette extaſe du gérie pour l'oeuvre de ſes
mains ; mais quel Spectateur auroiroféfaire du filence
de la ſtatue une preuve de ſon imperfection ? Ce
n'est pas l'homme que j'ai formé , répondra M.
Fabbé Mical , c'eſt fon imitation : prenez-vous-en
DE FRANCE 183
àla MAIN DIVINE , ſi la matière brute n'a ni la filexibilité,
ni la foupleſſe , ni l'élaſticité des organes de
la parole humaine. Ce quej'admire le plus ici , dit à
PInventeur un Anglois très-judicieux , c'est quejen'entends
point la voix de l'homme , preuve certaine que
votre art a toutfait fans lefecours d'aucun prestige.
N'entendant point de fons humains , les Auditeurs
venus chez M. l'Abbé Mical dans cette illufion,
conchient que les têtes ne parlent point. Enfuite leur
voix eft fi rauque, fi énorme , fi inattendue , que
dans un pays où il faut plaire , même en démontrant
le quarré de Thypothénuſe , tout ce qui manque cet
effet perd la moitié de ſon prix . Puis l'inventeur eft
ſans emphaſe comme ſa machine ſans myſtère : les
refforts font à découvert : on voit un afſemblage
mécanique qui ne laiſſe rien à dire à l'imagination .
Si les téres euffent été voilées dans un antre , & que
ces articulations rocailleuſes fuffent forties des ténèbres
, ou plutôt ſi elles avoient été ſurmontées d'un
polichinelle , dont la pantomime eût diverti les yeux ,
la foule ſe ſeroit portée chez M. l'Abbé Mical.
L'eſprit dejuſtice qui inſpire nos obſervations, ne
doit pas faire diſſimuler les côtés foibles de cette
grande production. Le plus généralement ſenti eſt
cette réfonnance qui ſe prolonge d'un mot à l'autre ,
qui en voile légèrement l'articulation , & lui ôte ce
premier mérite , rare même parmi les hommes
d'etre claire & diftincte. Enveloppées de ces vibrations
fonores , les ſyllabes ne ſe détachent point
avec cette netteté qui permet de les diftinguer ſans
effort. Aufli , à certaine diſtance , & avant d'être
familiarifé avec cet organe furnaturel , on eft porté
à en comparer l'effet au bruit de voix conſuſes qui
ſe font entendre au loin. Ce défaut peut être corrigé,
mais il fera difficile de le faire diſparoître entièrement.
, Les conſonnes f, d, b, échappent en partie des
154 MERCURE
fyllabes dont elles forment la première lettre. Le fon
n'enest peut-être ni afiez ſec ni affez ferme pour
bien marquer le mot
Ensuite , combien de modifications ne reçoivent
pas les voyelles , fuivant les nuances d'une voix
Aexible & délicate ? Ces gradations , ces paſſages
font à peu - près nuls ici l'organe mécanique n'eſt
fufceptible que d'une exact tude monotone. Il parle
comme lit un enfant.
L'harmonie d'une langue , de nombreuſes inflexians
très- prononcées , aidert, finon la parole même,
du moins l'orgare qui l'écoute . Si l'automate doit articuler
dans un idiôme plein de fons mue's, fans profodie,
fans accens , quel défavartage joint à l'imperfection
naturelle de l'inftrument ! Analyſez ies
deux premières phrafes que prononcent les têtes ;
fur vingt fyllabes , vous en trouverez huit de muettes.
LeRoi donne la paix à l'Enrope ,
La paix couronne le Roi de gloire.
Des automates Latins, Grecs ou Eſpagnols ſcroient
àcoup sûr plus intelligibles .
Plus une langue est douce , moins ſes intonations
exigent de l'organe vocal. De tous les mots articulés
par les tétes , ceui de peuples m'a paru , & à trente
repriſes confécutives, le plus deſtinct. N'est- ce point
l'effet de la corforne labiale p & de la tingnate 1,
dontla douceur faciline l'exercice de la parole ?
Nous ne dirons point de ces automates que c'eſt
l'enfant qui vient de naître, mais qu'ils fontdes étrangers
à qui le Maître de Langues est néceffaire. Les
utiles modifications qu'ils pourront recevoir de leur
favent Auteur , ajouteront à ſa g'oire dans l'eſprit
du vulgaire. La difficulté qu'il a vaincue lui a déjà
alfuré l'admiration des gens de l'art & celle des obfervateurs
impartiaux ,
Lorſque M. Diderot defiroit , dans ſes Opufcules
DE FRANCE. 195
Mathématiques , 'une machine fur laquelle on pit
jouer un Sermon comme une pièce de muſique, il
ne s'attendoit güères à voir ce ſouhair réalisé de ſon
vivant. M. l'Abbé Mical va ſubſtituer à ſon cylindre
un clavier général , ſur lequel on pourra faire exécurer
aux têtes un volume entier à volonté. Cette
nouvelle opération n'eſt plus qu'un jeu après celles
qui l'ont précédée, pourvu toutefois que l'Auteur
ne s'abandonne point au découragement qu'inſpire
àl'homme de mérite les petiteſſes de la jalouſie , &
la vanité des jugemens humains.
J'ai l'honneur d'être , Mallet du Pan.
ANNONCES ET NOTICES.
GEOGRAPHIE Ancienne ,,
par M. de Vaugendy ,
Géographe ordinaire du Roi , du feu Roi de Po-
Jogne, Duc de Lorraine & de Bar , de la Société
Royale de Nancy , & Cenfeur Royal. En 4 vol.
in-8°. Propoſés par Souſcription. A Paris , chez
Froullé. Libraire, Quai des Angustins, au cria de
la rue Pavée , on l'on pourra foufcrire, à commencer
du premier Août 1784,juſqu'au premier Février 1785 .
Le prix total de la Souſcription fera de 24 liv.
'Savoir: 15 liv. pour les 4 vol. de Discours, & 9 liv.
pour l'Atlas. On payera 9 liv. en fouſcrivant , 6liv.
enrecevant les deux derniers vol. , & 9 liv. en recevant
l'Atlas. Ceux qui n'auront point foufcrit ,
payerom pour les 4 vol. 20 liv. , & pour l'Atlas
12 liv. , le tout en feuille.
REPERTOIRE Univerſel & raisonné de Jurifprudence,
Ouvrage de pluſieurs Jurifconfultes , mis
en ordre& publié par M. Guyot , Ecuyer , ancien
Magittrat. A Paris , chez Viſſe , rue de la Harpe , &
chez les principaux Libraires des Provinces.
186 MERCURE
Le premier Volume de la nouvelle Edition in
4°. de ce grand & important Ouvrage vient d'être
publié. Le ſecond Volume paroîtra le mois prochain,&
fucceffivement il en paroîtra au moins un
Volume chaque mois. On ſera admis à ſouſcrire jufqu'au
dernier Septembre prochain incluſivement. Les
conditions de la ſouſcription ſont inférées dans le
Profpectus , qu'on peut ſe procurer gratis à Paris ,
chez le fieur Viſſe , & dans les Provinces chez les
principaux Libraires .
EPHEMERIDES des mouvemens céleftes ,
Tome VIII , contenant les huit années de 1785 à
1792 , par M. de la Lande , de l'Académie des
Sciences , Profeffeur Royal d'Astronomie , &c. A
Paris , rue Saint Jacques , chez la Veuve Hériſſant ,
Imprimeur du Roi , Volume in - 4 °. de 420 pages ,
avec figures. Prix , 15 liv. broché.
Depuis l'année 1700 l'Académie des Sciences a
publié tous les dix ans un Volune d'Ephémérides.
M. Deſplaces & M. de la Caille ont été chargés
long-temps de ce travail , & M. de la Lande les a
remplacés depuis 1775 , & ſe propoſe de finir le
ſiècle. Indépendamment des calculs aſtronomiques
de cet Ouvrage, il renferme un grand nombre de
Recherches , de Tables & d'Obſervations qui ne
font point ſujettes à devenir inutiles au bout de huit
ou dix ans; l'on y trouve un Tableau de l'état
actuel de l'Aſtronomie &de tous les bons Ouvrages
qui ont paru ſur cette Science dans toutes les parties
de l'Europe depuis quelques années; les Nouvelles.
Aftronomiques les plus intéreſſantes comme l'Hiftoire
de la Planète de Herſchel , dont les Aftronomes
font occupés depuis trois ans; un grand Catalogue
deprès de trois mille étoiles ; des Tables pour les
Planètes; une détermination nouvelle & rigoureuſe
de tous les clochers do Paris par rapport à la MériDEFRANCE.
187
dienne de l'Obſervatoire , d'après des Obſervations
exactes de M. de la Caille & de M. de la Lande,
mais dont les calculs ont été faits par M. de Lambre ,
de même que beaucoup d'autres , qui donnent la
plus grande idée des talens de ce nouvel Aftronome ,
qui avoit négligé juſqu'ici de ſe faire connoître .
L'Auteur cite aufſi avec éloge M. Lepaute d'Ageht ,
Profeſſeur à l'Ecole Militaire , M. Carrouge , M.
Lévêque , ancien Notaire à Breteuil , Madame du
Pierry , qui n'étoit connue que par ſon talent pour
la Muſique & par des vers agréables qu'elle a
publiés dans notre Mercure , mais qui étoit également
propre aux Sciences abſtraites , ainſi que
Mme Lepaute , Auteur d'une partie des calculs de
ces Ephémerides. M. Duvaucel , Correſpondant de
l'Académie à Evreux , M. Lemery , Dom Monniotte
, Bénédictin , y ont auffi coopéré. On n'avoit
pas encore de Table du lever & du coucher du
Soleil calculé avec la préciſion des ſecondes de
temps; on en trouve une ici calculée par Mme du
Pierry.
Les deux Tuteurs , Comédie en deux Actes , en
proſe , mêlée d'Ariettes , repréſentée pour la première
fois à Fontainebleau , devant Leuis Majestés ,
le 11 Octobre 1783 ; & à Paris , au Théâtre Italien
, le 8 Mai 1784. A Paris , chez Brunet , Libraire
, rue de Marivaux , Place du Théâtre Italien.
Cette Pièce a obtenu un ſuccès mérité. Il ya
de la gaîté & du talent comique.
RECUEIL de Réglemens & Recherches concernant
la Municipalité , par M***, Avocat , Par
ties 1 , 2 & 3. Prix , 3 livres 12 fols reliées. A
Paris , chez Prevoſt , Libraire , quai des Auguftins ;
&Méquignon jeune , Libraire , grande Saile du
Palais. L
188 MERCURE
CetOuvrageeſt d'autant plus utile par ſon objet ,
que les Perſonnes qu'on porte aux Places municipales
ne devant y retter qu'un temps , y arrivent
ordinairement ſans être inſtruites des devoirs qui y
font attachés , & ont beſoin par conféquent d'un
guide qui détermine leurs jugemens & leurs actions.
DE Pracipuis morborum mutationibus & converfionibus
, tentamen Medicam , auctore A. C.
Lorry. D. M. P. Editionem poft auctoris fata
curante J N. Hallé D. M. P. Prix, 3 liv. 12 fols
relić. Parifiis , apud Méquignon natu majorem ,
Bibliopolam , via Fratrum Franciſcanorum , prope
Scholas Chirurgicas.
CetOuvrage jouit d'une eſtime méritée.
On trouve chez le même Libraire le Traité de la
Phtisie pulmonaire , par M. Raulin.
TOILETTE & Laboratoire de Flore en deux
Parties in - 12 , par M. Buc'hoz , Docteur en Mé
decine. A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , la
première porte-cochère après le College d'Harcour.
Ce Volume eſt un Eſſai ſur les Plantes qui peuvent
ſervir à l'ornement des Dantes , & qui ſont
utilesdans la diſtillation.
FASTES Juifs Romains & François , ou Elémens
d'Histoire du Collège Godran de Dijon , précédés
d'un Abrégé de Géographie , deux très gros
Vo'umes in 8 ° . A Dijon , chez l'Auteur , Place
Saint Fiacre , r ° , 989 , & L. N. Frantin , Imprimeur
du Roi ; & ſe trouve à Paris , chez Théophile
Barrois jeune , Libraire , quai des Auguſtins ; &
Moutard, Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins.
L'utilité de cet Ouvrage ne ſe renferme pas dans
le Collége pour lequel il a été fait; & l'on doit
ſavoir gré à l'Auteur d'avoir communiqué au Public
DE FRANCE. 189
untravail qui peut fervir beaucoup à l'éducation,
LE'S Confeffions d'une Courtisanne devenue Philofophe.
A Londres ; & ſe trouve à Paris , chez
Couturier , Imprimeur- Libraire , quai des Auguftins,
L'Héroïne de ce Roman cherchant le bonheur
parmi les faux plaiſirs eſt punie par leur jouitſance
même. Elle revient à la vertu , & cette feconde
partiede la vie doit inſtruire aux bonnes moeurs ,
parce qu'on la voit recueillir le fruit de ſa bonne
conduite, comme on l'a vûe d'abord punie de ſes
déſordres. Le fonds de ce Roman n'eſt pas neuf;
mais lebut en eſt moral.
APPERÇU d'un Citoyen fır la réunion des deux
Marines en France , nouvelle Edition , augmentée
d'uneRéponſe à la Lettre anonyme adreffée à l'Auteur.
A Amſterdam; & ſe trouve à Paris , chez
Grangé, Imprimeur - Libraire , rue de la Parcheninerie
, & au Cabinet Littéraire , Pont Notre-Dame,
Nous avons rendu compte avec des éloges méri
cés de la première Edition de cet Ouvrage. Il repa
roît fans aucun changement ; mais l'Auteur ya
jointune Réponſe à une Critique qu'on lui avoir
adreſſée. Il prouve que dans la première Partie il
étoitd'accord avec ſon Cenſeur , puiſqu'ils ont voulu
prouver tous deux l'impoffibilité de réunir les deux
Marines,& qu'il n'avoit cherché qu'à les rapprocher.
Quant àla troiſieme Partie de ſon Ouvrage , il
ydiſcure les objections qui lui ont été faites ,& nous
invitons nos Lecteurs à lire ſa défenſe, qui eſt auſſi
raifonnable que modérée.
EMILE & Sophie , ou les Epoux défunis ,Mé
lodrame , par M***. De l'Imprimerie de N. Η.
Nyso, Imprimeur du Parlement. Prix, 18 fols. A
190 MERCURE
Paris , chez J. G. Mérigot le jeune , Libraire , quai
des Auguftins.
Peut- être le ſujet de cette petite Pièce demandoit-
il trop de développemens pour être traité en
Mélodrame ; elle est très- agréablement imprimée .
Le Tribut du coeur à l'occaſion de la Paix ,
Scène Lyrique fur des airs connus , préſentée aux
Comédiens Italiens ordinaires du Roi , par M.
Payen. Prix , 12 ſols ; en France , & à Paris , chez
les Marchands de Nouveautés.
L'Auteur de cette petite Piece , condamné par les
Comédiens Italiens , en appelle au Public ; nous ne
conſeillerons à perſonne d'acheter ce procès-là .
:
LES Numéros , troisième Édition , augmentée
June quatrième Partie. A Amſterdam ; & fe
trouve à Paris , rue & hôtel Serpente.
Nous avons annoncé cet Ouvrage avec des
éloges que la vente de deux Éditions ont juftifiés.
Quoique la nouvelle Partie qui vient de paroître
nous ait paru ſouvent inférieure aux précédentes ,
l'Ouvrage en total doit plaire aux Lecteurs qui
aiment la morale ſans rudeſſe , & la raiſon ſans
pédanteric.
L'EXISTENCE réfléchie , ou Coup- d'oeil moral
fur leprix de la vie , in- 12. Prix, 2 livres 8 fols
broché. De l'Imprimerie de la Société Typographique;
& ſe trouve à Paris , chez Belin , Libraire , rue
Saint Jacques , & Deſenne , au Palais Royal.
Cet Ouvrage eſt le réſultat des lectures d'une
perſonne qui , par ſon ſexe, n'auroit pas ſemblé deſtinée
à lire & à retravailler un Livre auſſi ſombre
que les Nuits d'Young. C'eſt pourtant ce Poëte
moraliſte qui paroit ici reſſerré , élagué & ſous des
formes plus ſimples , plus naturelles , & par confé
DE FRANCE.
191
quent plus profitables. Le defir d'être utile peut
ſeul avoir inſpiré l'Auteur de cette forte d'Abrégé ;
il a fait taire ſon amour propre , & l'Ouvrage eſt
rédigé avec aſſez de goût pour faire croire qu'il a
écouté une véritable modeltie , & non le ſentiment
de fon impuiſſance.
CINQUIEME Recueild' Ariettes tirées des Opéras
de MM. Dezède , Grétry , Martiny , Piccini ,
Sacchini , Salieri , &c. avec Accompagnement de
Harpe , par M. Tiſſier , Maître de Chant & de
Harpe, Ouvre XVIII. Prix , livres. A Paris, chez
l'Auteur , rue du Fauxbourg Saint Denis , la quatrième
porte cochère à droite ; chez Couſineau , Luthier,
rue des Poulies , & Salomon , place de l'École.
TROIS Symphonies à grand Orchestre , par M.
Davaux. Les Inftrumens à vent ne font obligés que
dans la première Symphonie , OEuvre XI. Prix ,
7 liv. 4 fols. A Paris , chez M. Bailleux , Marchand
de Muſique , rue Saint Honoré , près celle de la
Lingerie.
Les Ouvrages de M. Davaux n'ont pas beſoin
d'éloge pour que le Public ſoit prévenu en leur
faveur. Cet OEuvre offre une particularité , c'eſt que
le mouvement des morceaux y est déterminé par
le Chronomètre annoncé par l'Auteur lui-même. Il
eſt bien à defirer que cet Inſtrument , fait pour
ajouter un nouveau degré de perfection à la Mu
fique, foit enfin généralement adopté. Le plus sûr
moyen d'y réuſſir eſt , comme le fait M. Davaux
d'en afſocier les premiers eſſais à de bons Ouvrages'
JOURNAL d'Orgue à l'usage des Paroiſſes &
des Communautés Religieuses , par M. Charpentier
, Organiſte de Notre-Dame, de Saint Paul &
de Saint Victor. Numéro 1 , contenant une Meſſe
192
MERCURE
+
co mi mineur. Prix , 4 liv. 4 ſols port fiane par la
pofte. L'Abonnement eſt de 24 livres pour tout le
Royaume. A Paris , chez M. Leduc , au Magafin de
Muſique , rue Traverſière- Saint - Honoré.
Numéro 2 contient fix Fugues.
- Le
NUMÉRO 6 du Journal de Clavecin , par les
meilleurs Maîtres. Prix , 3 livres ſéparément. A
Paris , chez M. Leduc, même Adreſſe.
ERRATA. La Correſpondance Rurale par M. de
la Bretonnerie , annoncée dans le Numéro 28 du
Mercure de France chez les Marchands de Nouveautés
, ſe vend ſeulement chez Onfroy , Libraire ,
quai des Auguftins , chez lequel ſe trouve auſſi
l'Ecole du Jardin Fruitier, du même Auteur , Ouvrage
fait pour ſervir de ſuite à l'école du Jardin
Potager deM. de Combles.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure .
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE
ARofalie, 145 Versfur laPaix, 167
Vers à Mme de Flaux, 147 MilfMac-Rea , Roman Hif-
Charade, Enigme& Logogry- sorique , 172
149 Leçons phe, Elémentaires de Ma-
ThéâtreMoral , 151 thématiques ,
Précis Historique de la Mai- Variétés,
fon Imperialede Comrènes , Annonces &Notices ,
174
176
185
164
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 24 Juillet. Jen'y si
rien trouvé qui vuiſſe en empêche l'impreſſion. A Paris ,
le 23 Juillet 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
:
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 12 Juin.
ous avons vu arriver ici dernierement ,
Nle premier bâtiment Impérial , nomnie
Dominique , venant de Cherfon , où il avoit
porté des marchandises d'Allemagne , &
chargé enfuite du bled pour une maiſon Allemande
de commerce établie dans cette
ville. Un autre bâtimentde Trieſte eſt entré
dans notre port; il va prendre en Crimée un
chargement de bled.
La peſte défole de plus en plus les échelles
du Levant. Dans lifle de Scio , à Rhodes
, à Magnéfie , la mortalité eſt effrayante :
à Smyrne , 3 ou 400 perſonnes meurent
journellement : les habitans aifés ont fui
dans la campagne , mais la contagion y eſt
également répandue. Pluſieurs bourgs &
villages font abſolument dépeuplés ; la difetteaugmentecette
calamité,& l'on craint de
manquer de bras pour la prochaine récolte.
N° . 30 , 24 Juillet 1784. g
( 146 )
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 15 Juin .
Dans le nombre des grands projets de
notre Souveraine , celui de rétablir &
d'affines pour l'avenir notre commerce avec
la Peste , n'a jamais été perdu de vue.
Pierre le Grand s'en étoit occupé , & même
de rouvrir par la mer Caſpienne & par la
Bactriane , l'ancienne route du commerce
de l'Inde. Durant les troubles de la Perſe , ce
bruce s empara de Derbent & des Provinves
de Shirvan & de Ghilan, La Czarine
Anne les reſtitua enſuite en 1736 , ſous la
condition d'une entiere liberté de commerce
pour ſes ſujets, fur les côtes de la Cafpienne
&dans la Perſe entiers. Juſqu'ici les troubles
continuels de ce Royaume , les vexarions
des Kams fubordonnés , & les brigandages
de quelques nations à l'occident de la
mer Caſpienne , n'avoient point permis de
fuivre ce commerce avec sûreté.
Aujourd'hui il paſſe pour certain que notre
Cour a conclu un nouveau Traité avec
le Shah de Perfe. Par ce Traité , nous avons
obtenu le droit d'établir deux forts dans la
province de Mafanderan , & un troiſieme
dans celle d'Anzeli. Cet arrangement nous
foumer prefque tout le conimerce de la mer
Cafpienne : celui des belles foies de Ghilan
va nous appartenir exclufivement. Il ne paroît
point qu'on veuille le réſerver à une
Compagnie , tous les Négocians pourront
y prendre part.
(147)
On peut juger de l'importance de ce trafic
, par les détails fur ces Provinces , que
renferme le voyage du célebre Profeficur
Gmelin. Dans le Maſanderan , le poud du
coton le plus fin ne ſe vend qu'un rouble &
demi: le rizy eſt excellent & en abondance ;
toutes les marchandises de l'Inde & de la
Perfe y font à bon marché. Il eſt aiſé de fe
faire une idée de l'étendue que peut acquérir
un jour cette branche de commerce, ſi elle
n'eſt pas contrariée par trois puiſſans obſtaeles
, la nature du gouvernement de la Perſe ,
l'inexpérience dans la conduite des affaires ,
&les pirateries des Hordes limitrophes de la
mer Cafpienne.
DANEMARC К.
DE COPENHAGUE , le 26 Juin .
Le 19 de ce mois , le vaiſſeau de ligne la
Wagrie est allé en rade , & les gabarres Françoites
en relâche ici, ont fait voile pour la
Baltique.
Le 1 Juillet , la Reine Douairiere partira
d'ici pour le château de Frédériſbourg , où
elle paſſera l'Eté.
La Compagnie d'Aſie vient de recevoir
l'agréable nouvelle que les bâtimens le Konprinz
, & la Princeſſe Sophie Magdelaine devoient
faire voile du Cap , le 13 Avril , pour
revenir ici , & que les bâtimens le Difco & le
Tranquebar , allant à la Chine & aux Indes
Orientales , étoient heureuſement arrivés au
Cap , au mois d'Avril dernier.
g 2
( IAS )
-POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 24 Juin.
On écrit de Pérembourg , que l'Impératrice
a fait préſent au Prélat Archetti , Amballadeur
du S. Siege, d'une Croix Epifcopale
, montée en diamans , & évaluée à
10,000 roubles; d'une peliffe de Zibeline ,
&de so peaux de Z beline ; & au Secrétaire
d'Ambaſſade , d'une tabatiere d'or , garnie
enbrilians.
Les Négocians de Dantzick & d'Eibingue
ont reçu tant de commiſſions pour
achat de bleds , qu'ils auront de la peine à
trouver les quantités demandées. Ils ont
déja paffé beaucoup de contrats pour la
moiſſon prochaine. Mais une partie confidérable
du bled de Podolie & de Volhynie
fera envoiée à la mer Noire.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le v Juillet.
Il ſera impoſé , dit on , une ta e annuelle
de 40 creuzers fur chaque caroſſe de particulier
, les caroſſes des Miniſtres étrangers exceptés
; le produit de cette taxe , conſidérable
, fera emploié à entretenir en bon état le
chemin qui conduit au Prater & à l'arrofer
deax fois par ſemaine pendant l'Eté.
Le Couvent des Récollets de Stokerau
eft fupprimé. Les édifices feront deſtinés à
un magaſin de lainede pour l'Economie
Militaire.
149 )
Il eſt queftion d'un projet d'échange entre
S. M. I. & le Prince de Schwartzenberg.
Celui ci códeroit à l'Empereur fon palais &
tes jardins près le Belvedere, contre le château
& les jardins de l'Augarten .
Le camp de Laxembourg aura lieu dans
le moisd'Aoûτ.
Queiques Gazettes ont rapporté le procédé
fuivant , pour faire éclore des vers à
fole, avec de la viande de veau .
Prenez 10 à 12 liv. de veau dans lequel il
n'y ait pas d'os , & des Pinſtant quid est dépouillé
, it faut hacher cette viande auffi menue
qu'il eſt poſſible , & la mettre dans un pot de
acrre neuf , obfervant d'abord de mettre au fond
du pot un lit de feuilles de meurier , enfuite
une petite portion de la viande hachée , & procéder
de cete maniere juſqu'à ce que tout foit
dans le pot : obſervant que le dernier lit doit être
de feuilles de meurier. On prend enfuite une
Nieille chemiſe d'un journalier , dans laquelle il
aura ué , on la met dans le por , que l'on ferme
le mieux qu'il eſt poflible : on le inet dans une
cave chaude , on l'y laiſſe 4 ou 5 ſemaines , jufqu'à
ce que la viande ſe change en vers , ce qui
arrive plutôt ou plus tard ſelon la qualité du
lieu où l'on a mis le pot. On prend de ces
vers à volonté , on les met tur des feuilles fraîches
de meurier. On les voit manger , te changer
en vers à foie , filer , & produire d'autres vers.
Il eft raifonnable de ſe défier du prétendu
ſuccès de cette expérience. Toutes les mouches
qui dépofent leurs oeufs fur la viande,
tous les vers qu'engendre la fermentation
putride, ſeroient autant de vers à ſoie : or la
g3
( 150 )
chenille qui file ce précieux excrément , n'a
certainement aucun rapport avec les nymphes
à mouches. Probablement l'expérience
citée s'eft taite en ſemant de la graine de ver
de foie fur le mélange indiqué , & que la
chaleur aura fait éclore.
Le Chapitre de S. Polten , qui d'abord
devoit être transféré à Neustadt, vient d'être
fupprimé. On continue les tranſports de
groffe artillerie pour la Bohême.
L'Empereur ayant reçu la nouvelle de
l'arrivée aux frontieres , du Grand-Duc de
Tofcane & de l'Archiduc François , eſt parti
de Laxembourg , pour aller au -devant de
ces illuftres Voyageurs , que S. M. a ramené
avec elle le lendemain à Laxembourg , &
qui d'un moment à l'autre ſont attendus
dans cette Capitale.
L'Evêque d'Oſnabruck ne tardera pas à
yarriver : ce Prince qui voyage ſous le nom
de Comte de Hoya , eſt en route depuis la
findu mois dernier.
DE HAMBOURG , le 30 Juin.
On fait que le Roi de Suede s'eſt occupé
depuis fon avénement au Trône de l'augmentation
de ſes troupes & de fa marine.
Actuellement l'armée Suédoiſe eſt compofée
de 24,417 hommes de troupes nationalcs
, & de 9060 hommes de troupes enrô .
lées , de 2957 hommes d'artillerie , en tour
de 36,434 hommes d'Infanterie , & de
10,154 hommes de Cavalerie.
L
( 151)
Les Officiers & les Gardes du corps n'y
font pas compris.
La marine, dit - on , a aujourd'hui 25
vaiſſeaux de ligne en bon etat. Tous les ans
on conſtruit à Carlſcrone 2 vaiſſeaux de
guerre, pour lesquels les fonds font faits.
L'état ſuivant du commerce d'exportation
des villes de Stockolm & Gothenbourg
en 1783 , paſſe pour exact.
DE STOCKOLM ,
184,710 Schifpfund .
..
463
7,559
5,074
2,661
3,432
315 .........
3,347
1,992 ....
167
..........
..
..
de fer en barre .
Ancres.
Can. de fer & Boul .
Autres eſp. de fer.
Acier.
• Cuivres.
Cuivre monoyé.
Laiton.
35,503
Tonnes de fel .
1,142 ............
68,347
7,362
................
Alun.
Vitriol .
Harengs.
Poix.
Gaudrom
34,897 Douzaines de planches.
660 Pieces de poutres.
Et pour 23,643 rixda'ers d'autres marchandiſes .
DE GOTHEMBOURG ,
87,726 Schifpfund de fer de fonte.
9,799 ....... ferforgé.
920 ....... Liſpfund & dix mares d'acier.
31,947 Douzaines de planches.
92,595 Tonnes d'harengs .
:
$4
( 152 )
Marchandiſes des IndesOrientales pour la va-
Jeur d'un million 495,416 rixdalers & 14 ſchelling
; il a été exporté de ces marchandises à Philad
iphie pour 69,139 rixda ers & 10 ſchellings.
Exporté pour les Indes Occidentales .
621 Schifpfund & 16 Lifpfund de gros fer.
389
....
119 ....
...
II ....... de fer forgé.
3 ........ ...
80 Douzaines de pianches.
2,073 Tonnes d'harengs .
d'acier.
Et pour 41,419 rixdalers 27 ſchellings de marchandites
des indes Orientales.
Il a été exporté en outre de ce port :
46 Schifpfund 10 lispfund & g marcs de
4
cuivre en plaques.
... 0 ...
963 ... 8 ...
345 ... 13
675 ... 2
...
...
00
16
00
00
..
...
...
...
2,783 Tonnes de goudton.
de cloux de cùiv.
de clouxde fer .
d'alun.
dechanvre.
759 Tonnes de poix.
2,758 Tonnes d'harengs fumés.
541 ...... d hareng: falés.
11,99 Tonneaux d'huile d'harengs.
1,885 Aunes de toile.
27,795 Aunes de toi e pour voiles .
1,040 Tonnes de graines de genievre.
2,041 Schifpfund, 2 lifrfund & 16 marcs de
moulle de montagne.
301 Ohms de vin.
2,566 Tonneaux d'eau -de- vie d'Eſpagne & de
France.
363,553 Schalpfund de tabac en feuilles , de
Virgine.
Quoique ces notices paroiſſent arides à
un certain nombre de lecteurs , elles ne feront
pas dédaignées par ceux qui cherchent
( 153 )
à s'inſtruire de la firuation civile &politique
des différentes nations : ce n'est même que
par des détails de cette nature qu'on apprend
àles connoître.
Par un dénombrement fait en 1782 dans
la Pomeranie Suedoife , & dans l'ifle de Rugen,
on a trouvé que leur population étoit
de 104,188 habitans. En ajoutant à cet état
le Mintaire , & r's, odo perfonnes environ
que renferme la ville deWiſmar , on peut
ethuner la population torale des poffeffions
de la Saede en Allemagne à 116,030 ames .
DE FRANCFORT , le 5 Juillet.
Il a été queſtion affez vaqueinent de l'ntervention
des deux Cours Impériales , relative
aux Hoſpodorats de Valaquie & de
Moldavie En inſtallant ces deux Princes ,
la Porte s'étoit toujours réſervé le droit de
juger des plaintes qui pourroient s'élever
contr'eax , & de les dépofer. Aujourd'hui ce
droit fera fabordonné à un examen préalalable
des deux Cours Impériales. Dans ce
bat, lears Miniftres ont remis à la Porte la
déclaration fuivante.
>>>Que leurs Cours eſpéroienteque la Sublime-
Porte'eroitattentive à ne pas multiplier , comme
ci-devant , les, cauſes de dépofition ; & qu'en
général à chaque vacance defdires dignités , elle
voudroit bien en donner une connoiffance amicale
aux denx Cours : cependant fans autre vue ,
finon qu'afin on pût prendre les arrangemens
néceſſaires pour que les ſujets des deux Cours
85
( 154 )
ne ſouffriſſent pas dans leur commerce à cette occafion
, & qu'on eût le temps de conſidérer ,
fſi la perſonne défignée par la Porte à la dignité
d'Hoſpodar , poſſédoit des qualités qui putſent
Jui mériter la confiance des Cours limitrophes&
de leurs ſujets.
ITALIE.
DE BERGAME , le 12 Juin.
Le Gouvernement de Veniſe vient de
donner aux ex-Jéſuites le College de Mariano
ou de la Miféricorde : ils ont obtenu
la permiffion d'y élever la jeuneſſe. Ce n'est
pas une moindre ſingularité , que cette Republique
d'où les Jéſuites furent profcrits au
moment de leur proſpérité , & où leur in-
Quence a toujours été nulle , foit la premiere
en Italie , à donner l'exemple du rétabliſlement
de leurs Ecoles.
DE NAPLES , le 28 Juin.
Le 13 de ce mois , toutes les boutiques
furent fermées. Le Roi avoit ordonné des
prieres publiques en l'honneur de S. Antoine
de Padone; S. M. Catholique ayant choifi
ce Saint pour protecteur de l'Eſcadre deſtinée
contre Alger. On préfumoit ici que
D. Barcelo auroit commencé le même jour
le bombardement de cette place; mais l'expédition
n'étoit pasfiavancée. Quant à la nouveile
répandue , que l'Empereur de Maroo
( 155 )
avoit livré avec ſuccès une bataille ſanglante
aux Algériens , elle n'a pas trouvé beaucoup
de créance.
Le Conſeiller Corradini a préſentéun plan économique
, qui a pour but de ſupprimer tous les
droits qui genent la circulation intérieure des
denrées , & de les réduire à un ſeul. S. M. défirant
qu'il foit mis à execution , a ordonné à tous
les Barons de produire les titres en vertu deſquels
ils perçoivent des droits dans leur Baronie. On
préſume que les droits qui ne font étayés d'aucun
feront tous ſupprimés , & que les autres feront
incorporés à ceux qui appartienent à S. M.
On parle de divers changemens dans notre
Miniftere. S'il faut en croire les bruits
qui courent à cet égard , D. Carlo de Marco
qui a le département de la Juſtice & des
graces , fera remplacé par le Duc de Saint-
Niccola. Le Marquis della Sambuca aura ſa
retraite , & fera nommé Préſident de la
Junte de Sicile. Il aura pour ſucceſſeur le
Général Acton , qui conſervera néanmoins
le département de la Marine. Le Général
D. Franceſco Pignatelli ſera nommé Miniftre
de la guerre; le Prince della Scalca ,
Grand Majordome de la Reine , ſera remercié
, & il ſera remplacé par le Marquis Caracciolo
, Viceroi de Sicile , dont la place
fera donnée au Comte Michel Pignatelli ,
actuellement Ambaſſadeur en France.
En conséquence de la ſuppreilion des
Couvens & Monaſteres de la Calabre , il est
arrivé à Salerne deux bâtimens ayant à bord
une partie des Religieux de cette Province
g 6 ;
( 156 )
ils feront répartis dans les autres Monafteres
de leurs Ordres refpectifs.
Le Roi prend ſouvent le divertiflement
de la pêche. Il a pris dernierement un eſturgeon
énorme, dont il a fait préſent à fon
AuguſteEpouse.
Le 15 au foir, l'eſcadre Angloiſe venant
de Livorne, mouilla dans cette rade. Le
lendemain matin le Roi l'alla viſiter à bord
de fon paquebot. Il fut falué par l'artillerie
de l'efcadre , & reçu à bord avec les plus
grands honneurs.
C
DE ROME , le 26 Juin.
S. S. s'eſt enfin déterminée à tenir le Conſiſtoire
ſecret , dont on a parlé précédemment.
Entr'autres affaires, on devoit agiter
celle de l'Archevêché de Milan. Des dépêches
apportées dernierement par une Garde-
Noble Hongroiſe, a fixé l'irréſolution du
S. Pere , fur le parti à prendre à cet égard.
Ce Confiftoire ſecret a été tenu hier 25 ;
S. S. y a propoſé divers ſujets pour lesArchevêchés
& Evêchés vacans. Monſeigneur
Filippo Visconti , Protonoraire Apoftolique
honoraire , eft indiqué pour occuper le ſiege
Archiepifcopal de Milan .
Le Gonnétable D. Filippo Colonna a été
chargé par: fa Cour, de preſenter la Haquenée,
que le Roi de Naples eſt dans l'uſage
delui donner tous les ans en ſigne de vaſſalité.
Cette cérémonie aura lieu laveille de
la fête de S. Pierre.
( 157 )
-
Les ſauterelles ont fait beaucoup de dégats
dans l'Erat Eccléſiaſtique ; & particulierement
dans les territoires de Bagnorea &
d'Orvieto. On a fait des Procelions en divers
endroits pour exorcifer ce fléau , qui
regne aufli en Hongrie & dans le Levant.
La confecration de la Sacriftie de l'Egliſe
S. Pierre s'est faite le 13 de ce mois à huifclos.
Il n'y a que le Sacré College qui ait
aflifté à cette Cérémonie.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 12 juillet.
Pour fe faire une idée nette de l'enſemble
de l'établiſſement de finance anniel en Angleterre
,& particulierement de celui expoſé
dans le Budget de M. Pirt, il fuffit de confulter
le tableau ſuivant, parfaitement exact.
SUBSIDES ACCORDÉS.
Marine.
26,000 matelots , compris 4493
foldats de marine , ...... 1.A .... 1,352000 .
Dépenſes pour vaiſſeaux en magafin
, & demi pales .
Conſtructions de vanſeaux , chan-
...
tiers ,
Total . .......
Artillerie.
Reſtant de 1783 , .............
Dépenſes de 1784 , ..........
Total ...... .......................
701,069.
1,100,000 .
3,153869 .
-
181,141.
429,008.
610,149.
( 158 )
Armée.
Total des diverſes dépenses , .... 4,064593 .
Non valeur & déficit ſur les différends
fonds & branches du revenu
en 1783 , ... ....... 1,676647.
Services divers .
Pour la Compagnie du levant , ... 4000.
Pour le Muſæum britannique , .... ३००० .
• Ponts & chemins dans le nord du
Royaume , .. 4,830.
Adreſſes des Communes , 120,000.
Pour les bâtimens du Palais de
Sommerſet , .. 25,000.
;
Pourles colonies d'Amérique , 1. ft . 9,150.
Fortsen Afrique , ........ 10,000.
: Remboursement de billets de l'Echiquier
, .
2,500000 .
Remboursement de dits accordés en
1781 pour le renouvellement de la
ha rte de la banque , ..........
2,000000 .
Total des ſubſides , .......... 142181,238 .
Voies & Moyens .
Taxes fur les terres & fur la dreche , 2,7500০০.
Billets de l'Echiquier , .......... 2,500000 .
Dits avancés par la Banque d'Angleterre
, ..... 2,000,000.
Epargnes à la Tréforerie , ... 99.935 .
423,780 . Dittes ſur le ſervice de l'armée , ...
Fonds d'amortiſſement pour 1784 , 1,000000 .
Emprunt de 1784 , ..... ........... 6,000,000.
Total des voyes & moyens , ..... 14,773,715 .
Excédant fur les ſubſides , ....... 592,472 .
( 159 )
I'on attendoit avec impatience le Bill
annoncé par M. Pitt , relatif au gouvernement
de l'Inde. Le 9 , ce Miniftre en fit la
premiere lecture à la Chambre des Communes
, ſous le titre ſuivant : <<Bill pour mieux
régler l'adminiſtration des affaires de la
>>>Compagnie des Indes Orientales & des
>>>poffeffions Britanniques dans cette con-
>> trée , & pour établir une Cour de Judica-
› ture, chargée de juger avec plus d'efficace
>> & de promptitude les perſonnes accuſées
>>>de délits publics , commis dans leſdites
>>Indes Orientales. >> Après lecture , il fut
ordonné que le Bill feroit imprimé & lu
pour la feconde fois , mardi 13 , puis remis à
un comité de la Chambre des Communes.
Cejour-là ſeulement les débats feront véhémens
: l'Oppoſition yfera uſage de toutes
ſes forces , très- infructueuſement employées
juſqu'ici à attaquer l'emprunt, les nouvelles
taxes& toutes les démarches du Miniftere.
Dans la converſation qui eut lieu à la premiere
lecture du bill de l'Inde , M. Wraxall,
fi fameux par ſes portraits politiques , & l'un
des Actionnaires de la Compagnie , dit :
Qu'il se trouvoit heureux de voir la fermeté
qui caractériſoit le Bill préſenté par le miniftre
, & particulièrement l'idée d'augmenter &
de raffermir l'autorité du gouvernement de Ber
gale. Tous ceux , ajouta-t- il , qui ont étudié
I'histoire de l'Inde depuis dix ans , ainſi que les
transactions dont on va s'occuper, admettrontlindifpenfable
néceſſité d'étendre le pouvoir fupréme
du Gouvernement général de Bengale fur
( 160 )
tous nosdomaines de l'Inde , dans toutes les grandes
affaires de la guerre , de la paix & de gous
vernement. La ſubite obéiſſance du Confeil de
Bombay , durant la guerre des Marartes , aux
ørdres du Gouvernement général , rapprochée
des refus infultans & defpectueux qui s'eſt permis
à Madraff, Lord Macaroney, en réponse aux
in onctions du Conſeil de Bengale , a dû nous
faire ſentir la néceſſué d'armer celui-ci d'un po
voir ſuffifant. M. Wraxall preſſa ensuite leMiniſtre
de s'occuper des moyens d'établir une
correſpondance plus prompte , plus fixe , plus
régulière avec les Indes : al finit par l'éloge de
M. Hastings ,dont il célébra la capacité , l'inrégrité
& les reſſources , n'imaginant point d'ailleurs
qu'il fût be oin de demander aux Miniftres ,
s'ils fongeoient à rappeller un bomne auffi effentiel
au fetvice de l'Etat.
On a reproché au Miniftere d'avoir rempli
le nouveau Parlement d'Intéreffés dans la
Compagnie des Indes : cette accufarion n'eſt
pas légitime; la Chambre des Cominanes a
précisément le même nombre de ces Intéreffés
que ci devant; la ſeule différence eft ,
quefur 30 de ces membres , 18 voterent pour
M. Fox & 8 pour M. Pitt , & qu'aujourd'hui
ce Miniftre en a 13 de plus en fa favear.
Vingt-deux Banquiers ou Négocians ont
foufcrit à eux ſeuls l'empruntde fix millions ,
& ont dei verſé dans la Banque leur premier
pavement de 15 pour cent.
M. Pitt ne s'eſt point roidi contre les objections
judicieuſes par leſquelles on a combattu
la taxe fur le charbon de terre. Le
( 161 )
8 elle a été révoquée , & le Chancelier de
l'Echiquier en propofera un autre. L'impôt
fur les chandelies a été auſſi difcuté trèsvivement
, & il eſt à croire qu'il fubira
quelque modification , afin que ce fardeau
quoique léger ne retombe point ſur le bas
peuple. Le plus clairvoyant des Murmurateurs
contre ces taxes nouvelles eſt l'Editeur
d'un papier public , qui a vu dans l'impôt
fur le papier un attentat caché du Gouvernement
contre la liberté de la prefle.
Il paroit certain que Lord Cornwallis a ac
cepté le Commandement des forces Britanniques
dans les Indes. Tant que ce général a vu
Pimpoſſibilité de remédier aux abus exiſtans &
d'en prévenir de nouveaux , il s'eſt refute à toutes
les inſtances . Le nouveau Bill , à ce qu'on
affure, a vaincu ſes ſcrupules. Les amis de M.
Hastings travaillent fortement à faire rappeller
Lord Macartney ; ils ſont ſoutenus par quelquesMembres
de l'Adminiſtration , mais la démarche
eſt délicate. Lord Macartney , beau- frere
du Comte Bute , ades partiſans dans le Cabinet
, parmi les Directeurs de la Compagnie &
dans l'Oppoſtion.Avant un mois , dit-on , fon
fort ſera abſolument décidé. On parle du rap
pel de quatre Régimens d'Infanterie actuellement
dans l'Inde , ordonné par le Gouverne
ment.
Dernierement , écrit-on de Portsmouth ,
un artiſte eſt arrivé de Londres ſur un floop ,
dans l'intention de viſiter le RoyalGeorge ,
Sonpetit Bîtinient eſt mouillé par le trave s
du vaiſſeau naufragé. Cethomme eſt aidé de
quatre ouvriers & au moyen d'une machine
( 162 )
de cuir garnie de tuyaux flexibles , il reſte
ſouvent des heures entieres fous l'eau. L'un
des tuyaux lui ſert à renouveller l'air qu'il
refpire , l'autre à donner des ordres aux
ouvriers du floop , à bord duquel ils gouvernent
une machine de fer très-puiſſante , avec
laquelle ils font en état de retirer leur canons
& autres agrets &c. L'invention & l'entrepriſede
cethomme ſont étonnantes. Tout ce
qu'il retire eſt à ſon profit.
Il ne ſeroit pas honnête , dit l'un de nos Ecrivains
publics , de refuſer à l'adminiſtration actuelleles
éloges qu'elle mérite pour les arrangemens
qu'elle a pris relativement aux poffefſions
qui nous reſtent ſur le continent américain; mais
en même-tems il faut rendre aux Minißres précédens
la juſtice qui leur eſt due , & faire faveir
à la Nation que le plan de partager la nouvelle
Ecoſſe en deux gouvernemens a été donné par
Lord North , &laiffé par lui dans les bureaux.
Le plan de cet Ex Miniûre étoit plus étendu , &,
autant que nous en pouvons juger , les Anglois ,
ainſi que les Loyaliſtes , en auroient retiré beaucoupplus
d'avantages que du plan qui vient d'être
adopté. Le projet de Ird North étoit de mettre
toutes nos poffeffions de l'Amérique ſeptentrionale
fous un Gouverneur général qui auroit fait
fa réſidence à Québec. Le Canala devoit être diviſé
de la même maniere que la nouvelle Ecoffe ,
& il y auroit eu un Lieutenant-Gouverneur qui
ſe feroit établi dans quelque lieu voiſin des territoires
du Congrès , tant pour arrêter les empiétemens
des Etats-Unis , que pour attirer quelques
malheureux Loyaliſtes dans une partie du Canada
aujourd'hui entierement négligée. Le plan du
( 163 )
Lord North contenoit beaucoup d'autres réglemens
, ten lans tous à engager les aventuriers à
aller s'établir dans les parties intérie res de la
Province ; mais il eſt inutile de faire mention
de ces réglemens , puiſqu'aucun d'eux n'a
étépris en confidération . Lord North avoit donné
le nom de nouvelle Irlande au nouveau gouvernement
de la nouvelle Ecoffe , & le Roi n'avoit
pas déſapprouvé le projet de cet établiffement.
Depuis le chargement du miniſtere la
nouvelle colonie a reçu un ſecond baptême. Le
vieux nomde notre foeur, l'Irlande, a été effacé
de nos archives , & l'on y a fubritué celui de
Bruntwick. Ce ſecond baptême a été confirmé
dans le cabinet , avec un fourire d'approbation
de la part de Sa Majelé .
Un membre du Parlement , ſans doute
novice encore , avoit ſouvent entendu prononcer
de brillans diſcours , qui avoient attiré
les plus vifs applaudiſſemens à leurs auteurs.
Inſpiré du défir de moiſſonner par ſon éloqence
de ſemblables lauriers , il éploit depuis
long-temps l'occaſion de prendre ſon eflor.
Elle ſe préſenta enfin, Il s'agiſſoit d'une motion
tendante à renforcer l'exécution de
quelques ftatuts , & portant la parole , notre
nouveau Cicéron , après avoir touſſé deux
ou trois fois , s'écria : >> M. l'Orateur , avons
>> nous des loix , ou n'en avons nous pas ? Si
>> nous avons des loix , & que ces loix ne
>>>foient pas exécutées , à quel effet avons
>>>nous donc des loix ? >> Il s'aſſit auſſi tôt ,
rempli d'une vraie fatisfaction de ſes talens
oratoires. Mais bien-tôt un des Membres ſe
leva & dit :: cc M. l'Orateur , l'honorable
( 164 )
>>Membre qui vient de parler atil oan'a til
>>point parlé à propos ? S'il n'a point parlé à
>> propos , à quel propos à-t- il donc parlé, >>
Ce qui produifit dans la chambre un éclat
de rire général , qui ralentit dans le jeune
Orateur , le defir d'eſſayer ſes forces de
nouveau.
Lejour de la S Jean , écrit-on d'Oſtende , les
habirans de cette ville ont joui du ſpectacle d'une
proceffion de nouvelle eſpece. Une ſociété de
Francs-Maçons , ſous le titre de Loge impériale
de la Fiandre autrichienne , ayant inſtallé , en
qualité de Maire de cette Loge , le Conful de
Sa Majeßé Britannique en ce port , elle entendit
le Service divin à la Chapelle proteftante , où le
Heur Trevor fit un fermon très bien adapté à la
circonstance . Pendant le ſervice on exécuta en
muſique une hymne franc-maçonne , compofée
pour le jour. La ſociété précédée d'une troupe
de muficiens , marcha en proceffion vers le port ,
où une grande chaloupe montant pavillon Impérial
, les attendoit. Elle s'y embarqua aux ac
clamations réitérées d'un grand concours de peuple,
& alla diner au village de Saas, de l'autre
côté du port. Le foir , la ſociété revint dans le
même ordre à Oſtende , où elle trouva un ſplendide
ſouper chez le Chevalier John Peter; & l'on
yporta pluſieurs fantes francs- maçonnes . Quoi
que la Chapelle &les avenues qui y conduiſoient
regorgeaſſent de monde , il régna le plus grand
ordre pendantle Service divin& pendant'a proceffion.
L'argent provenant de la quête fai e ce
jour là à la porte de la Chapelle fat deſtiné à
fecourir des Franc:-Maçons dans le beſoin.
( 165 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 14 Juillet.
Le Roi a nommé , le 27 du mois dernier , le
dame de Bertrand de Poligny , Religieute de la
Communauté d'Orian , Ordre de Fontevrauld ,
à la Coadjurorerie de l'Abbaye de Charenton ,
Ordre de S. Benoit, diocele de Bourges fur la
préſentation de Mr. le Comte d'Artois , en vertu
de ton apanage
Le Roi a nommé à la Coadjutorerie de l'Archevêché
d'Alby , l'Eveque d'Apolionie ; à l'Abbaye
de Saint Eloi , Ordre de S. Bencit , diocele
de Neron ,le Coadjuteur & Or éans ; a celle de
la Peyroute , Ordre de Citeaux , diocèle de Périgueux
, l'Abbé de Saint - Sauveur , Vicaire Geral
de Narbonne à celle de Saint- Jean des-
Prés , Ordre de S. Augntin , diocele de Saint-
Malo , l'Abbé de Boitrouvray , Vicaire General
de Vanmes ; à celle d'Artoux , Ordre de Pémontré
, diocèse d'Acqs , 1 Abbé d'Haraneder , Chanoine
de Bayonne , à celle réguliere de Wadgratte,
meme Ordre , dioceſs de Merz , Dom
Bordier , Reigieux de la meme Abtaye.
Le Chevalier de Stytres-Caumont , chargé des
affaires du Roi à Matte , eut l'honneur le 10 de
ce mois , de prendre congé de Sa Majefté , à
laquelle il fut présenté par le Maréchal de Caftries,
Miniſtre & Secretaired Ftat ayant le département
de la Marine.
Le 11 , le Comte de Treve'ec , après avoir eu
Phonneur de faire fes remerciemen au Roi pour
la charge de Guidon de la Compagnie des Chevaux
Legers de fa Garde ordinaire , a eu celui
d'care preſenté à la Reine & à la Famille royale
( 166 )
en cette qualité. La Vicomteſſe de Caſtellane a
eu , le même jour , l'honneur d'etre préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille royale par la Marquiſe
de Caſtellanne.
Le ſieur Robert de Heſſeln , que Leurs Majeftés
ont honoré de leurs ſouſcriptions pour la no
velle Topographie de la France , a eu l'honneur de
leur préſenter ladeuxieme édition de la Région
du Sud , une des neuf Cartes qui préſentent le
premier degré de la ſuperficie du Royaume.
DE PARIS , le 22 Juillet.
Jeudi 15 , MONSIEUR a tenu à l'Ecole
Militaire un Chapitre des Ordres Royaux
de N. D. du Mont-Carmel & de S. Lazare ,
où S. A. R. a nommé neut nouveaux Chevaliers
des deux Ordres unis , & trois Chevaliers
de l'Ordre de N. D. du Mont-Carmel .
Les lettres d'Eſpagne nous apprennent
que l'armement ſous les ordres de D. Barcelo
, a mis à la voile de Carthagene le 29
Juin. La réunion des eſcadres Eſpagnole ,
Napolitaine & Maltoiſe a porté cet armement
à 130 navires de différente grandeur.
Atous les rapports ou entierement faux ,
ou erronés , qui ne ceſſent de circuler dans
les converſations , & dans les bulletins , il
faut joindre celui que nous avons hafardé
dans le pénultieme Nº. au ſujet des riches
bagatelles expoſées chez le ſieur Méniere.
Il n'eſt point vrai que ces bijoux de commerce
fuflent des préſens deſtinés par le Roi
au Grand- Seigneur.
( 167 )
On a été inſtruit du premier eſſai fait à
Cherbourg, au commencement de ce mois ;
les détails de cette hardie & ingénieuſe tentative
font trop curieux , pour refter ignorés .
Nous les tirens d'une lettre authent que qui
nous a été adreſſée de Cherbourg , le lendemain
de l'opération.
La rade de Cherbourg , qui a 32 à 40 pieds
de hauteur d'eau dans les baſſes marées , & 50 à
60 dans les hautes marées , ne pouvoit être fermée
par une jetée pleine ſans une dépenſe confidérable.
M. de Ceſſart , Inſpecteur Général des
Ponts & Chauſſées , déja connu par la conftruction
du pont de Saumur , par le rétabliſſement
du petit pont de Trépoſt , & par les intéreſſans
travaux du port de Dieppe , &c . propoſe de former
une jetée à claire voie , avec des cônes
tronqués , dont l'enveloppe conſtruite ſur la
plage , ſeroit remplie après leur échouement ,
avec des pierres d'un pied cube d'échantillon.
Cette idée auſſi ingénieuſe qu'économique fut
adoptée , & l'on en ordonna l'exécution, L'enveloppe
de la caiſſe ſur le chantier fut élevée à
60 pieds de hauteur perpendiculaire , au moyen
de 80 montants inclinés ſur un angle de 60 degrés
, qui eft celut du talus de pierres abandonnées
à elles-mêmes ; ces montans entretenus dans
toute leur hauteur par 6moiſes extérieures & 18
intérieures , forment un cône tronqué terminé par
ſa derniere moiſe de 60 pieds de diametre. Le
détail de cette conſtruction auſſi ſolide qu'étonnante
, annonce les reſſources de ſon auteur.
Elle a été totalement achevée les de Juin :
il s'agiffoit de la faire flotter ; pour y parvenir ,
après avoir formé dans l'intérieur avec des cables
une eſpece de parquet dont l'objet étoit de réunir
11
1
( 168 )
tous les piedsdes montans vers le centre , on actacha
à la baſe de la machine , & à 14 pieds eviron
du patin ſur lequel elle repoſoit ,47 tonnes
& 4vers le milieu : au cercle de cables qui terminoir
le parquet , on atracha en outre 49 autres de
ces tonnes , à l'extérieur , & à la meme haureur
que celles de l'intérieur ; chacune de ces tonnes
faiſoit un effort de 20 milliers : ontre ces go , on
en ajout 31 autres petites , dont l'effort étoit
d'environ 400 milliers : de façon que par leur
Tabmerfion totale , elles devoient mettre en équi
Ibre un volume pefant 2100000 ; celui de toute
la machine n'étoit que de 1846608 , ainfi il y
avoit pour le flottage un excédentde forced'enyiron
500000,
Auſſi aujourd'hui , à huit heures du matin, la
totalité des tonnes n'étant guere qu'aux deux
tiers fubmergée , la caiſſe , au grand étonnement
de tous les ſpectateurs pour la plupart in crédules ,
Te mit à flot av chuit pieds & demi d'eau , de
façon qu'à toute marée il y aura toujours affez
d'eau pour en placer une ; il ne reſtera qu'à choiſfir
un rems favorable.
La caffe miſe a flot fut remorquée par pluſieurs
chaloupes canonnieres , au moyen d'une parre
d'oie arrachée à une ceinture qui l'entouroit. M.
delaBretonniere , Capitaine des vaiſſeaux du Roi,
commandoit cette partie de l'opération. La machine
marchamajestueuſement au milieu des applaudiſſemens
de tous les ſpectateurs , juſqu'a la
diſtance d'environ 120 toiſes; un cable de la patte
d'oie s'étant embarraffé dans les rochers, fit craindreque
cette ſuperbe expérience , fi bien commencée
, ne parvint pas a ſa parfaite réuflite : enfin ,
aprèsune heure & demie d'efforts inutiles pour
dégager le cable, on le détermina à le couper ,
&à en ſubſtituer un autre. Elle recommença ſa
route
( 169 )
route avec autant de facilité qu'auparavant , &
parvint à quatre heures du ſoir , c'eſt à- dire huit
heures après ſon départ , à 1800 toiſes de fon
point de partance ; il eſt à remarquer que des
quatre pontons qu'avoit établi M. de la Bretonniere
pour, au moyen de cabeſtans fort ingénieux,
lui faire vaincre les courans qui pouvoient ſe rencontrer;
le premier ſeul a ſervi ,elle marchoit
avectant de facilité, conduite par les chaloupes
canonnieres , que l'on n'employa pas les autres.
A quatre heures environ , la caiſſe arriva fur
fur labouée , qui fixoit la place de ſon échouement
, diſtante de4 ou 500 toiſes de l'iſle Pelée ,
on fit agir ſucceſſivement les haches , qui , lachées
de haut , abandonnées à leur poids & entretenues
dans leur direction par le prolongement
de leur marche dans un couliſſeau , couperent les
cables des tonnes qui avoient ſervi à la faire
flotter ; elle s'enfonça progreſſivement de 3 pieds
qui , avec les 9 pieds environ d'eau pris pour la
flottaiſon , ontdonné 52 pieds d'eau à l'endroit de
fon échouement .
Cette partie de l'opération n'étoit pas la moins
délicate , le jeu incertain des coûreaux , les ſacades
que devoit éprouver la caiſſe en s'enfonçant,
faifoient preſque douter que l'échouement
pût avoir lieu ſans danger; il ſe fit cependant ,
au grand étonnement de tout le monde ; & la
caiffe fut parfaitement placée en moins d'une
demi-heure. Les mouvemens violens qu'elle eſſuya
dans ſon plongement, ne ſervirent qu'à conflater
la ſolidité de la machine , l'excellent choix de
conſtruction qui avoit été adopté , le courage &
la confiance des Ingénieurs propoſés au jeu des
coûteaux , & les ſûres combinaiſons de l'Inventeur.
Aumoment où la caiſſe toucha le fond , partit
N°. 30, 24 Juillet 1784. h
( 170 )
1
de la galerieun cri de vive le Roi qui fut répondu
detous les bâtimens qui couvroient la mer, &de
toure la plage, & le canon annonça à la ville que
cette fuperbe expérience avoit eu ſa parfaite
réuffice.
Cette alegreſſe futun inſtant altérée par unaccident.
Chacun veguoit vers la machine pour monter
à la galerie , s'aſſurer par ſes yeux de ſon état
&de ſa poſition ; M. le Duc de Beuvron , M. le
Comte d'Harcourt , M.le Marquis de Praſlin ,
toute la fuite de M. le Duc d'Harcourt , qui depuishuit
heures du matin avoient ſuivi la machine,
allerent la viſiter, & monterent ſur la galerie;
un autre canot montéde ſeize perſonnes, dont huit
Ingénieurs des Ponts & Chauffées , & huit matelots
, allerent de l'autre côté chercher l'échelle
qui conduiſoit à la galerie : au moment où ils
touchoient la caiſſe , une tonne , qui fans doute
n'avoit pas parfaitement cédé au coûteau , ſe détacha
, prit le canot par-deſſous , le brifa , & fubmergea
les ſeize perſonnes qui s'y trouvoient.
Les prompts ſecours qui furent apportés fauverent:
tout lemonde. M. de Ceffart courut auſſi tốt au
ſecours de ſes camarades , il eut le bonheur d'en
fauver un , &c.
Je ſuis, &c.
D'HERBELOT , Ingénieur des Ponts& Chauffées.
L'on dit aujourd'hui que dans la nuit du 6
au 7, la feconde caiſſe conique a été coulée à
fond avec le même ſuccès; ainſi ces deux eſſais
fortifient fingulierement les eſpérances ſur la
réuffice totale de cette grande entrepriſe.
Une troiſieme caiſſe du même diametre fera
encore placée dans le courant de l'année , &
Ton ſe flatte qu'en 1789 , ce grand ouvrage.
fera achevé.
( 171 )
Dernièrement on faisoit fauter une mine a
Breft ; des morceaux de bois qui en foutenoient
une partie , ont été lancés en flan mes fur le
magaſin à poudre , où ils ont mis le feu. Malgré
la promptitude des ſecours , il s'eſt communiqué
au magaſin des toiles à voiles qu'il a bruulé auſſi.
M. de Lamothe Piquet , par ſon activité , a arrêté
l'incendie , & fauvé le magaſin général &
le port , pour lesquels on a craint un moment .
Perſonne n'a péri dans cet accident ; quatre ouvriers
ſeulement ont été conduits à l'hôpital , &
leurs bleſſures neſont pointdangereules .
C'eſt ſans doute un fingulier ſpectacle que
celui d'un ſiecle de lumieres , où toutes les
Sciences ont été perfectionnées , & la plupart
d'entr'elles fondées ſur des principes exacts ,
& qui cependant regorge de philoſophes
hermétiques , cabaliſtiques ,théoſophes, propagant
avec fanatiſme toutes les anciennes
abfurdités de la Theurgie , de la Divination,
de l'Aftrologie , &c. Les eſprits foibles qui
ſe livrent à ces doctrines , ignorent qu'elles
ne font autre choſe que de vieilles erreurs ,
ils les regardent comme autant de découvertes
du génie : c'eſt leur rendre ſervice , que
de les déſabuſer de ce préjugé. Ce but falutaire
a dicté un Ouvrage récent, ſous le titre
de Recherches & doutes fur le Magnétisme
animal , par M. Thouret , Docteur-Régent
de la Faculté, & Membre de la Société
Royale de Médecine. Ce livre peut fervir
de Catéchifme du bon ſens , & d'antidote
contre tous les efforts , pour nous engager à
renoncer à ce ſens commun. L'Auteurprou
h2
( 172 )
ve par des citations littérales & multipliées
l'origine de la Médecine Magnétique , dont
la théorie , précisément conforme à celle
deM.M,, ſe rencontre endix ouvrages des ſiecles
précédens : on y retrouve les mêmes
moyens, les mêmes effets,les mêmes expériences,
juſqu'à cel es de l'épée &de la bague , qui
ont tourné& tournent encoretantde têtes ſufceptibles.
Ces deux tours fameux font exactement
décritsdans l'ouvrage ſurl'ArtMagnétique
par le favant P. Kirker , publié ilyaplus
d'unfiecle. LaSociété Royale deMédecine, en
approuvant l'écrit auſſi ſavant que philofophique
de M. Thouret , dit avec raiſon , que
ces recherches ferviront beaucoup à résoudre
une question , fur laquelle l'intérêt public exige
qu'en prononce auplutót.
La nouvelle expérience aëroſtatique de MM.
les freres Robert a eu lieu dans le Parc de Saint-
Cloud le 15 de ce mois ; leur Ballon , chargé d'air
inflammable , étoit du diamêtre de 32 pieds ſur
52de longueur. Conformément à l'ingénieuſe
idée de M. Meunier , on avoit inféré dans ce
Ballon un globe moindre , à remplir d'air atmofphérique
, & qui devoit ſervir de leſt , en ſe chargeant
plus ou moins de cet air commun, La plus
brillanteConipagnie étoit accourue à ce ſpectacle
qui a rempli & même ſurpaffé l'attente des Amateurs.
L'Aſſemblée elle-même , diſpoſée en amphithéâtre
, & dont une partie s'agenouilla pour
Jaiffer la vue libre , ajoutoit à l'éclat du tableau
général. LeGlobe s'éleva avec rapidité , bientôt
ſe perditdans les nuages , & retomba , une
demie-heure après , dans le Parc de Meudon , à
peu de diſtance du lieu de ſon départ.
( 173 )
Nous avons reçu la lettre ſuivante de
Doie près Luzarches ; elle contient des détails
authentiques encore ignorés ſur la detcente
du grand Ballon, lancé de Verſailles ,
le 23 du mois dernier.
CeBallon, écrit le Spectateur, eſt arrivé ici à s
heures & un quart préciſes , du Mercredi 23. Lorfqu'il
afallu dépaſſer la plaine & remonter au-deſſus
de la haute forêt , il a été battu d'un grand coup
de vent , qui l'a fait toucher contre les arbres .
Cette même ſecouffe ayant ſans doute crevé ſa calote
, & dérangé le foyer , a occaſionné ſa chûte
deux minutes après , à cent pas de l'endroit où il
avoittouché. Il eſt tombé sur un chaume : auffi-tôt
rous avons vu fortir une fumée très-épaiſſe ; à
l'inſtant après une flamme conſidérable.
Je ſuis arrivé au moment où M. Pilatre de Ro
fiere & fon Compagnon de voyage venoient de
fauter heureuſementde leur voiture. J'ai fait porter
tous les ſecours poffibles par mes ouvriers , &
autres gens du pays , afin de ſauver des Aammes
les débris de cette ſuperbe Machine. L'on eſt
parvenu à en conſerver les deux tiers , que j'ai
fait tranſporter , & qui font encore chez moi ,
en attendant les ordres de M. P. de R.
Le poſſeſſeur de l'eau Styptique , dont
nous avons annoncé l'épreuve faite chez
M. Savalerte de Langes , en confirmant
l'exactitude de notre récit, nous a priés de
rendre publique la lettre qu'il nous écrit à ce
ſujet : il feroit injuſte de ſe refuſer à ſa demande.
M. Quelques perſonnes , par un zèle , bien
ou mal entendu , mais abſolument fans ma participation
, ont donné de la publicité à une exh3
( 174 )
,
périence faite au caveau avec une Eau du ſecret
delaquelle je ſuis ſeul poſſeſſeur; pluſieurs autres
expériences ayant encore réufli , ont été auffi conſignées
dans votre Journal. N'étant Chymiſte ,
Phyficien, Médecin , Chirurgien ni Charlatan
je n'ai point voulu me donner comme poſſédant
la Pierre philoſophale , la Panacée univerſelle ,
ni prétendu opérer des miracles ; j'ai vu faire
avec plaifir l'effai de mon Eau par des gens de
l'art , ſur différentes bleſſures, j'ai mis à même
par ma facilité à la communiquer , de renouvel-
Jer les opérations : mais en citant l'expérience
du 20 Juin dernier , vous détruiſez abſolument
Jes réſultats des premières , & pour avoir d'abord
crop vanté ma Liqueur , vous finiſſez par la réduire
à rien ( 1 ) .
On a cru que , parce qu'on avoit guéri quelques
animaux , on pourroit reſſuſciter des morts ;
en conféquence , on a pris un veau & un mouton,
àqui l'on a iſolé &coupé tranfverfalement l'artere
crurale ; on a verſé par flots la Liqueur ( pour me
ſervir de vos expreffions ) & Ton paroît étonné
d'avoir vu mourir veau & mouton après une telle
épreuve. On a mal entendu , M. , les perſonnes
qui ont parlé avec avantage de cette Liqueur :
je vous ſupplie de vouloir bbiien faire ſçavoirau
Public que l'intention de mes amis & la mienne
n'a été de préſenter une découverte , que je tiens
duhafard, que comme le moyen le plus prompt ,
le plus sûr , connu juſqu'à préſent , pour arrêter
Je ſang ( pourvu qu'il ne ſoit pas celui des groſſes
arteres coupées transverfalement ) , rapprocher
(1) Nous faifirons cette occafion de prévenir toutes les
perſonnes qui poſſedent des fecrets, remèdes ſpécifiques,
&c.&c. , que nous ne ferons aucun uſage de leurs annonees;
ils prendroient une peine inutile en nous envoyant ces
ayis qui ne font nullementdu reffortd'un Journalpolitique.
( 175 )
Ies chairs & les cicatrices promptement ; que fa
propriété ſe réduit là ; qu'en voulant l'étendre ,
c'eſt la rendre nulle , & c'eſt comme tel que je
vous prie cette fois en mon nom de l'annoncer au
Public.
M. le Duc de Villeroy ,Gouverneur de Lyon,
ayant envoyé à l'Académie de Lyon l'énoncéd'une
queſtion de Phyſique & une médaille d'or de
300 liv. , à décerner , en 1785 , au meilleur
Mémoire ſur la queſtion propoſée ; l'Académie
publie ce Problême , tel qu'il lui eſt adreſſé :
Les expériences ſur lesquelles Newton établit la
différente refrangibilité des rayons hétérogènes ,
font elles déciſives ou illuſoires ? Les Auteurs doivent
envoyer leurs Ouvrages , franc-de-port ,
àM. de laTourette, Sécretaire perpétuel, avant
le 1 Août 1785.
La Société d'Emulation de Bourg-en-Breſſe a
tenu une Séance publique le Samedi 24 Février .
M. Riboud , Secretaire perpétuel , y a rendu
compte des travaux de la Société en 1783 .
M. de la Béviere , Directeur , a fait enfuice
lecture d'un Mémoire fur la culture des prés en
Breffe , & les moyens de la perfectionner.
M. l'Abbé Rizet a lu une Piece de versſurles
progrès de l'efprit humain. Cette lecture a éré ſuivie
de celle d'un Mémoire de M. le Baron de
Bohan , Colonel de Dragons ,fur les dangers de la
foudre pour les ballons aérostatiques , & la maniere
de les en préſerver. Les raiſonnements de ce Savant
font fondés ſur les principes admis par tous
les Phyſiciens fur l'électricité ,& ils font appuyés
furdes expériences ſimples & ingénieuſes faites
avec pluſieurs ballóns de cuivre de différens diametres
, qu'il plonge de diverſes manieres dang
une atmosphere électrique. Il établit qu'il fuffit
h4
( 176 )
d'empêcher que la tranfmiffion du ſtuide électri
quepuiſſe ſe faire par explosion , &de l'obliger ,
au contra ire à s'opérer doucement & continuellement
, comme dans l'expérience de l'homme ifolé
qu'on électriſe par bain. On fait qu'armé d'une
pointe à chaque main ;il reçoit le fluide par l'une,
& le laiife échapper par l'autre, fans qu'il ſe faffe
aucune explofion for lui , quoiqu'il ſoit ſaturé
d'électricité . M. de Bohan conclut que pour préſerver
le ballon aéroſtatique , il faut l'armer de
pointes diametralement oppoſées , pour que le
fiside électique ne priſſejamais être reçu nilaché
par l'enveloppe de cette machine , mais circuler
toujours , foit en entrant, foit en fortant,
par les pointes , dont la propriété eſt de produire
un écoulement continuel.
M.Riboud a lu après ce Mémoire une diſſertation
fur les veſtiges d'une caftraméta ion romaine ,
plocie ſur lamontagne de Cuiron en Breffe.
La Séance a été terminée par la publication du
Programe, par lequel la Société propoſe le Prix
dont nous avons parlé, pour le curage de lariviere
deReiffoufeen Breffe.
Depuis la publication de ce Programe , les
Synlics de la Nobleſſe ont augmenté de trente
louis les fonds faits par M.le Comte de Montrevel.
MONSIEUR , Protecteur des talens &
des arts utiles , ayant ordonné la fondation d'un
Prix dans l'Académie Royale des Sciences &
Beiles- Letores de la Ville d'Angers , il confiftera
dans une Médaille d'or de 400 liv. , qui ſera
donnée à celui qui , au jugement de l'Académie
, aura fait le meilleur Mémoire ſur une
queſtion relative au bien général , à l'Agriculture ,
au Comme ce aux Arts & Manufactures ; & Son
ALTESSE ROYALE s'étant réſervé de faire con,
( 177 )
noître la queſtion à propoſer pour la premiere
diſtribution de ce Prix , elle a indiqué le ſujet ſuivant:
Quelsferoient les moyens les plus fimples
&les moins diſpendieux , d'empêcher les débordemens
de l'Authion , &stagnation de ses eaux , même de
rendre cette Riviere navigable dans une partie de fon
cours ?-Cette Médaille ſera délivrée à l'Affem- /
blée publique que l'Académie tiendra à la Fête-
Dieu 1785. Indépendamment de ce Prix , elie
diſtribuera une autre Médaille d'or de 300 liv. ,
à la Séance publique de la Saint- Martin 1785 ; le
ſujet du Mémoire qu'ellepropoſe fera :-Quels
Jon les moyens les plus convenables & les moins difpendieux
de pourvoir , dans les Provinces , à la con-
Jervation desEnfans trouves , & de leur donner l'éducarion
la plus uile à l'Etat ?- Les Ouvrages qui
concourront feront adreſſés , francs de port , à
M. DE NARCÉ , Secrétaire de l'Académie , posr
le premier Prix , avant le mois de Février ; &
pour le ſecond, avant le premier Avril 1785 .
On a rapporté , dans une feuille publique , une
Lettre relative à la vaiſſelle du ſieur Doucet
qui eſt crû en le louant , on invite cet artiſte à juftifier
la falubrité de ſa compofition. Il lui faffit
pour cela , de renvoyer aux nombreux certificats
qui atteſtent l'innocence de ſa vaiſſelle ,
&un rapport de la Faculté de Médecine en 1779 .
Perſonne n'a porté encore la moindre plainte
des uſtenciles fournis par le ſieur Doucet.
Cet artiſte fondeur , de la ville de Laigle , en
Normandie , eſt plus connu dans les arts utiles
par l'habileté avec laquelle il travaille les mo .
deles en cuivre pour les fournaux des groſſes
forges , tant pour les vaſes d'utilité que d'ornement
pour les jardins.
* Le genre de travail qui fait ſon occupation
طر
( 178 )
la plus ordinaire , depuis plus de 40 ans , lui
a mérité ſucceſſivement la confiance de tous les
Maitres de Forges des Provinces voiſines.
On trouvedans ſes magaſins des marmittes ,
des chaudieres , des fourneaux ronds & des mortiers
de toutes grandeurs , & autres vafes , tels
qu'on les peut déſirer. Il offre à tous les Maîtres
de Forges du Royaume de leur faire de parei's
établiſſements , parce que l'on peut fabriquer ces
marchandiſes par-tout où il yde la mine de fer ,
du charbon & de l'eau .
Les ſieurs Doucet prient ceux qui leur feront
l'honneur de leur écrire d'affranchir leurs Lettres.
On écrit de Picardie , que le célébre Peintre
la Tour eſt revenu à l'âge de 81 ans à
S. Quentin , ſa patrie. Cette ville où il a
formé pluſieurs fondations charitables , &
qui amême placé fon Buſte dans la Salle de
'Hôtel de-Ville , l'a reçu avec acclamation.
Il a été viſité par une députation de tous
les Corps, on a illuminé ſa maifon , & tant
d'hommages ont été galamment terminés
-par un éloge en vers.
Des Certificats de perſonnes reſpectables ,
notamment de M. le Comte de Begaſſon à Rennes
, ayant conftaté l'efficacité de la Méthode de
M. de la Baſtays , pour guérir les humeurs dartreuſes
& éréſipélateuſes , ce Médecin ſe fera un
plaiſir dedonner des documens néceſſaires à ceux
qui auront beſoin de ſes ſecours. Son traitement
ne confitte point en moyens inconnus & étrangers
à la Médecine: les fondans , les ſudorifiques ,
les balfamiques & les adoucifſſans en font la baſe,
L'adreſſe de M. de la Baſtays eft , rue Plarriere
maiſon de M. Venant , Marchand Mercier.
( 179 )
LesNuméros fortis auTirage de la Loterie
Royale de France , font: 40,57,62 ,
81 , & 82 .
DE BRUXELLES , le 17 Juillet.
Quelques papiers publics ont annoncé
comme très-prochaine l'arrivée de l'Ultim1-
tum de l'Empereur , touchant ſes demandes
à la Hollande. A peine cetre République
a t-elle eu le temps de répondre à l'expofé
de ces demandes ; il n'eſt donc pas à croire
que le dernier mot de S. M. I. anticipe ſur
les négociations même. Quant aux répétitions
a faire valoir ſur l'Etat de Liege , le
Mémoire qui les contient , paroît en effer
avoir été remis à la Régence de cette Principauté.
L'on écrit de la Haye , qu'une Députation
des Etats de Hollande s'eſt rendue , il y
a quelques jours , auprès du Stathonder : elle
a expoſé à ce Prince , à ce qu'on ajoute , que
le voeu de la NATION étant que le Duc de
Brunswickfoit remercié de ſes emplois , S. A.
vexille bien PERSUADER au Feld- Maréchal de
demander luimême ſa démiſſion : le Prince de
Naſſau n'a diffimulé ni fa peine, ni fon erabarras
; mais il s'eſt borné à demander du
temps pour réfléchir ſur la réponſe qu'il doit
faire.
Cette épineuſe entrepriſe à peu près terminée
, l'on a recommencé celle de l'examen
h6
( 180 )
des cauſes qui , dans le temps , retarderent
l'armement deſtiné pour Breft .
Suite du Traité de Paix.
III. Tous les prifonniers faits de part & d'autre,
tant par terre que par mer , & les ôtages enlevés
ou donnés pendant la guerre , qui n'ont point
encore été rendus , en conféquence du Traité
préliminaire , feront reftitués fans rançon ; chaque
Puillance foldant reſpectivement les avances
qui auront été faires pour la fubfiftance & l'entretien
de ſes prifonniers par le Souverain du
pays où ils auront été détenus , conformément
aux reçus & états conſtates , & autres titres zu-
*thentiques qui feront fournis de part & d'autre ;
il ſera donné réciproquement des sûretés pour
le paiement des dettes que les prifonniers auroient
pu contracter dans les Etats où ils auroient
été détenus juſqu'à leur entiere liberté , & tous
les vaiffeaux tant deguerre que marchands , qui
auroient été pris depuis l'expiration des termes
convenus pour la ceſſation des hoftilités par mer ,
feront pareillement rendus de bonne foi avec
tous leurs équipages & cargaiſons ; & on procédera
à l'exécution de cet article immédiatemen
après l'échange des ratifications de ce traité
définitif.
IV. Les Etats Généraux des Provinces-Unies
cedent & garantiffen,t en toute propriété à Sa
Majesté Britannique la ville de Negapatnam avec
les dépendances d'icelle : mais vu l'importance
queles Etats Généraux des Provinces- Unies atfachent
à la poffeffion de la ſuſdite Ville , le Roi
delaGrande-Bretagne , pour marque de ſa bienveillance
envers les ſuſdits Etats , promet , nonobſtant
la ſuſdite ceſſion , de recevoir , &de trai(
181 ) ter avec eux pour lareſtitutionde la fuſditeville, encas que les Etats auroient à l'avenir quelque
équivalent à lui offrir. V. Le Roi de la Grande-Bretagne reſtituera aux Etats-Généraux des Provinces- Unies Trinconomale
, ainſi que toutes les autres villes , forts, havres , & établiſſemens qui , dans le cours de la guerre préſente ont été conquis dans quelque partie du monde que ce ſoit par les armes de S. M. B. ou par celles de la Compagnie des Indes- Orientales Angloiſes , & dont il ſe trouveroit
en poſſeſſion , le tout dans l'état où ils ſe trouveront.
VI . Les Etats-Généraux des Provinces- Unies
promettent & s'engagent à ne point géner la na- vigation des Sujets Britanniques dans les mers
Orientales. VII . Comme il s'eſt élevé des différends entre
la Compagnie Africaine Angloife, la Compa-. gnie des Indes Orientales Hollandoiſe , relasivement
à la navigation ſur les côtes de l'Afri- que , ainſi qu'au ſujet du Cap Appollonia: pour prévenir toute cauſe de plainte entre les Sujets. des deuxNations ſur ces côtes , il eſt convenu
que de part & d'autre on nommera des Commif
faires pour faire à ces égards des arrangemens
convenables
.
VIII. Tous les pays & territoires qui pour- roientavoir été conquis, ou qui pourroient l'être , dans quelque partie du monde que ce ſoit , par les armes de Sa Majesté Britannique , ains que par celles des Etats -Généraux , qui ne fontpas com- pris dans les préſens Articles , ni à titre de ceffions , ni à titre de reſtitutions , feront rendus
fans difficulté , & fans exiger de compenfation. IX. Comme il a été fixeun terme par l'Article IX duTraité préliminaire pour la reſtitution ou
( 182
pour l'évacuation des villes , places ou territoires
dont les armes d'une ou de l'autre des hautes
parties contractantes pourroient s'être emparées ,
&qu'elles poffederarent effectivement , non com
pris cequi a été cédé, & que le terme fixé par
le ſuſdit article ſetrouve déja écoulé , les hauts
Contractans s'engagent de part& d'autre à obſerver
de bonne foi les arrangemens preſcrits; &
en cas que par quelque accident ou autrement
les évacuations & reſtitutions qui s'y trouvent
déterminées n'euſſent point encore eu lieu , d'expédier
inceſſamment les ordres néceſſaires , afin
de prévenir tout retardement dans l'exécution de
cesmeſures.
X. S. M. B. & LL. HH . PP. les ſuſdits Etats-
Généraux promettent d'obſerver fincérement &
de bonne foi tous les Articles contenus & établis
dans ce préſent Traité définitif , & Elles ne
fouffriront pas qu'il y ſoit fait de contravention
directe ou indirecte par leurs Sujets reſpectifs : &
les ſuſdites hautes Parties contractantes ſe garantiſſent
généralement & réciproquement toutes
les ftipulations des préſens articles.
XI. Les ratifications des préſens articles définitifs
, expédiés en bonne & due forme , feront
échangées en cette ville de Paris entre les hautes
Parties contractantes , dans l'eſpace d'un mois , ou
plutôt ſi faire ſe peut , à compter du jour de la
fignature du préſent Traité .
En foi de quoi , nous ſouſſignés leurs Ambaſſa
deurs & Plénipotentiaires , avons figné de notre
main , en leur Nom , & en vertu de nos pleinspouvoirs
, le préſent Traité , & y avons fait appoſer
le cachet de nos armes .
Fait à Paris , le 20 Mai mil ſept cent quatrevingt-
quatre.
Signés, L. S. L'Eſtevenon de Berkenrode. L. S.
Brantfen, L. S. Daniel Hailes .
( 183 )
L'on a actuellement des copies authentiques
du Jugement rendu par le Conſeil de
guerre à l'Orient. Cette Sentence eſt imprimée
en petit in-folio de 37 pages : en voici
le prononcé exact : la marquet déſigne les
Officiers déchargés de toute accufation.
Ordre des Vaiſſeaux & Frégates , tels qu'ils étoient
dans laligne de bataille le 12 Avril 1782 .
L'HERCULE. Le Chevalier de Coatlès , qui prie
la place de M. de Laclocheterie. Le Conſeil le love
pour ſa conduite ; mais pour n'avoir pas fait tout
ce qui étoit poſſible de faire pour rallier la Ville
de Paris , après le ſignal d'ordre de bataille fait
des 4 heures du ſoir , le condamne pour être
mandé à la Chambre du Conſeil , pour y être admoneſté
en préſence du Tribunal aſſemblé.
Le Sr de Ruat , Lieutenant ſur ledit Vaiſſeau t.
Le NEPTUNE. De Renaud d'Alcius , admoneſté
pour la même cauſe.
Le SOUVERAIN. De Glandèves , t.
Le NORTHUMBERLAND. De Saint - Cifaire , ſa
mémoire louée , ainſi que celle du ſieur de Iamete
trie , Capitaine en ſecond , leſquels ont combattu
vaillamment. De Combaud de Roquebrune , † , &
ſuſceptible de mériter les graces du Roi ; il avoit
pris le commandement du Vaiſſeau après la bleſffure
du Capitaine & la mort du ſecond.
L'AUGUSTE. De Bougainville , Chef d'Eſcadre ,
irréprochable juſqu'à midi de la journée dudit jour
12 Avril ; mais ce Chef d'Eſcadre n'ayant dans
l'après midi particulariſe ſes ſignaux & fait manoeuvrer
fon Efcadre pour le plus prompt ralliement
poffible au corps de bataille , le condamne
àétre mandé , &c. pour y être admonellé.
t
( 184 )
De Castellan , Capitaine du Pavillon ; & de
Tragnet , Lieutenant de Vaiſſeau , t .
L'ARDENT. De Gouzillon , déclaré irréprochablejuſqu'au
moment où il a amené ſon Pavillon;
mais pour n'avoir pas prolongé la réſiſtance autant
qu'il eût pû le faire, interdit pendant trois mois
de ſes fonctions.
Le Grand , Lieutenant de Vaiſſeau , & 5 Enſeignes
, t.
Le SCIPION. De Clavel , loué ; quoique,trèsmalade
, il ſe fit tranſporter ſur ſon pont , où il
combattit très - bien le matin ; mais trop foible
pour ſon état de maraſme , pour s'occuper enſuite
des manoeuvres qui auroient été convenables à
l'exécution des fignaux & à fon ralliement , fur
l'accufation contre lui intentée , met les Parties
hors de Cour.
Le BRAVE . Le Comte d'Amblimont & le ſieur de
Rubrans , Lieutenant , chargé des fignaux , t .
Le CITOYEN . D'Ethy , ſa conduire & fes manoeuvres
louées unanimement , t.
L'HECTOR . Delavicomté , ſa mémoire louée en
ce qu'il a défendu ce Vaiſſeau avec la plus grande
bravoure juſqu'à 4 heures un quart , heure à laquelle
il fut tué.
Debeaumanoir , Lieutenant , qui prit le commandement
de ce Vaiffeau , loué pour avoir continuéle
combat pendant un quart d'heure , malgré
le délabrement où se trouvoit réduit le Vailleau à
cette époque , t.
Le ConſeildeGuerre juge les Officiers de Terre
&de Mer , embarqués ſur ce Vaiſſeau , ſuſcepribles
des graces du Roi & de l'eftime de la Nation ,
ainſi que l'Equipage .
Le CÉSAR. De Marigny , fa mémoire louće
pour avoir combattu avec la plus grande valeur
jusqu'à neuf heures du matin qu'il a été bleflé
mortellement.
( 185 )
Laub , Capitaine en ſecond , loué , ayant cont
battu ſans interruption juſqu'à trois heures &
demie , avec la plus grande opimâtreté , & fait
la plus belle défenſejuſqu'au moment où il a été
forcé de céder aux forces ſupérieures , n'ayant
plus que 36 coups de canon à tirer de tous calibres
, & ayant ſes voiles en lambeaux & ſes mats
hors de ſervice. En conſequence , t.
Loue auſſi les Officiers de Terre & de Mer ,
embarqués ſur ce Vaiſſeau,& les juge ſuſceptibles
des graces du Roi & de l'eſtime de laNation pour
avoir combattu avec autant de valeur , de fangfroid
, & fait une ſi belle réſiſtance , ainſi que
l'Equipage.
Le DAUPHIN ROYAL. De Montperroux , t .
Le LANGUEDOC . Le Baron d'Arras , Mateloc
d'avant de la Ville de Paris , †. Tous Mémoires ,
Lettres & Ecrits , en ce qu'ils contiennent d'attentatoire
à ſon honneur & à la réputation , ſup
primés.
LAVILLE DE PARIS. Lavil'e- Léon , Capitaine
de Pavillon , ainſi que deux autres Capitaines ,
deux Lieutenans& quatre Enſeignes , embarqués
fur ce Vaiſſeau .
LA COURONNE . De Mithon , Matelot de l'ar
rivée de la Ville de Paris , t. Les Mémoires contre
lui fupprimés dans les mêmes termes que pour
M. d'Arras.
L'ÉVEILLÉ. Le Gardeur de Thilly , t .
Le SCEPTRE. Le Comte de Vaudreuil , t.
Le GLORIEUX. Le Conſeil de Guerre témoigne
ſes regrets ſur la perte de M. le Baron d'Efears ,
Commandant de ce Vaiſſeau , & loue fa mémoire ,
ayant fait une vigoureuſe défenſe juſqu'à neuf
heures du matin , époque à laquelle il a été tué ,
ayant été ſucceſſivement combattu par l'Amiral
(186)
Anglois & fon Matelot d'arriere , qui ont laiſſe ſon
Vaiſſeau fans mats quelconques.
De Trogoff, Lieutenant , qui prit le commandement
de ce Vaiſſeau , t. Sa conduite louée dans
la défenſe dudit Vaiſſeau, fa réſiſtance , ſa valeur ,
ſes reſſources & fa réſolution , ſont des titres qui
lui méritent les graces du Roi , & lui aſſurent
l'eſtime du Corps.
Loue pareillement la conduite des Officiers de
Terre&deMer , qui l'ont fi bien ſecondé dans
ſadéfenſe, ainſi que l'Equipage , &c.
Le DIADÊME . De Monteclair, t. Loue la mémoire
de ce Capitaine , décédé dans le cours de
l'inſtruction .
Le DESTIN. Du Maitz de Goimpy , to
Le MAGNANIME. Leb gue t. Lui enjoint d'être
à l'avenir plus circonspect dans ſes termes &
expreffions qu'il ne l'a été dans fon journal &
ſon compte rendu au Miniſtre , à l'occaſion du
combat duditjour 12Avril.
LE REFLECHI . De Médine t.
Le CONQUERANT. De la Grandiere t..
Le MAGNIFIQUE. De Macarty de Mactaigne t.
& loué de ſa valeur dans le combat , & de fon
activité tant dans l'exécution des manoeuvres de
ſon vaiſſeau , que pour rallier avec le Commandantde
ſon Eſcadre la Ville de Paris , & de ſen
attention à ſe porter de maniere à conſerver fon
poſtede Matelor du Triomphant.
LE TRIOMPHANT. Le Marquis de Vaudreuilt.
Sa conduite lavée dans toutes les circonstances
de la journée , tant comme Commandant dudit
vaiſſeau , que comme Général -Commandant la
deuxieme Eſcadre .
Toutes lettres , mémoires & écrits , en ce qu'ils
contiennent d'attentatoire à ſon honneur & à fa
réputation , ſupprimés.
( 187)
Despeytes, fon Capitaine de pavillon t. Lá memoire
du Chevalier du Pavilion auquel il a ſuccédé
, & tué dans le combat , louée .
La BOURGOGNE . De Charité t. Loué de ſes
manoeuvres pendant cette journée.
LeDUC DE BOURGOGNE. Coriolis d'Espinoufe.
Admonefté pour s'être trop occupé dans l'aprèsmidi
du danger de démáter , au lieu de faire tout
fon poffible pour ne pas s'éloigner de ſon Efcadre.
De Champmartin , ſon Capitaine de pavillon t.
LEMARSEILLOIS. Caftellane Majaſtre † Loué
de ſa fermeté & de ſon attention la plus ſuivie
dans l'exécution des mouvemens généraux de
fonEfcadre, & de ceux particuliers de ſon vaifſeau.
Le PLUTON. D'Albert de Rioms t. &loué pour
fa conduite dans ladite journée.
La. Fregate l'AMAZONE. De Martignan. t.
Loue lamémoire de M. de Montguyot dont il pric
laplace.
La Frégate l'AIMABLE. DeSufannet t.
Le Cutter LE CLAIRVOYANT. Le Vicomte d'Achét.
Loué pour ſa conduite dans ladite journée.
La Frégate LAGALATÉF. Du Roquart. t.
La Corvette LA CERÈS. Le Baron de Puroy. t.
La Frégate LE RICHEMNONT. Le Vicomte de
Mortemart. Le Conſeil de Guerre loue ſa mémoire,
ayant été infiniment utile dans ledit
jour par ſes manoeuvres hardies & diftinguées ,
en prenant le Glorieux à la remorque , qu'il a
conſervé avec opiniâtreté ſous le canon de l'ennemi
, ne l'ayant abandonné qu'après les ordres
réitérés de M. de Troyoff, qui voyoit que cette
frégate alloit être entourée. Cette action hardie
&valeureuſe juſtifie les regrets que le Corps
conſerve d'avoir perdu ce brave Militaire.
( 188 )
DeCanillac ,en ſecond ſur cette Frégate f.
Sur le ſurplus des demandes des Parties , les met
hors de Cour & de procès. Jugé en laditeChane
bre du Conſeil à l'Orient , ce 21 Mai 1784.
:
Articles divers tires des Papiers Anglois.
Quelques Marchands de Vienne , à ce qu'on
rapporte , ſe plaignoient à l'Empereur , du tort
que faiſoit à leur commerce la ſuppreſſion des
jours de gala. Cependant , leur répondit S. M. I.,
quand je vais au Prater , ou à l'Augarten , je vous
vois vous livrer à tous les plaisirs , plus que je
ne le fais moi-même : vos femmes font parées des
étoffes les plusfraîches & les plus à la mode ; comment
puis-je croire que votre commerce eft enfouffrance?
Le Commodore Johnstone eſt de nouveau fur
les rangs pour une place au Parlement. Il a
offert les ſervices à la ville de Glocheſter , dont
l'un des Repréſentans eſt venu à manquer. Le
Commodore Affleck qui repréſente auſſi cette
Ville , où il a une très grande influence , porte
vivement M. Johnstone , & l'on ne doute point
que cet Orateur ne reparoiſſe bientôt ſur une
ſcène, dont il n'eſt pas , à beaucoup près , un
Acteur indifférent. C'eſt le ſeul homme , dans
cette Aſſemblée , redouté de M. Fox , dont il
ne ſe pique nullement de captiver les bonnes
graces.
Dans le courant d'un mois , on a remarqué
àLondres vingt-deux morts prématurées .Deux
perſonnes incendiées , une morte d'un tranſport
au cerveau ſubit , une ſuffoquée , onze noyées ,
une pendue de ſes propres mains , trois péries
par des chûres de cheval , & , ce qui est encore
plus rare & plus étonnant , treis aſſaffinées.
Les papiers Irlandois ne tariffent point en
( 189 )
hiſtoires pour ridiculiſer le Gouvernement.
Ily a deux mois environ , diſent-ils , que par
mépriſe , la mort de M. Nehemiah Donnellan ,
Gouverneurde Carrickfergus , fut annoncée dans
les Gazettes de Dublin , & crue généralement.
M. Orde écrivit en conféquence au Comte de
Granard , pour l'informer que la mort de M.
Donnellan fourniſſoit au Ducde Rultand une occaſion
favorable d'avancer le Major Doyle ſon
ami , en le nommant au gouvernement vacant .
LeMajor fit ſes remerciemens , reçut les complimens
de ſes amis , & foutint courageuſement
l'adminiſtration pendant le reſte de la ſeſſion ,
en votant pour elle dans la Chambre des Communes.
Mais , hélas ! que la félicité ſublunaire
eſt de courte durée ! Un des jours de la ſemaine
dernière , M. Nehemiah Donnellan , in propria
perſonna , s'eſt préſenté vivant & bien portant ,
au château pour rendre ſes devoirs à M. Orde.
LeCongrès s'eſt ajourné , dit- on , le 26 d'Avril
au 3 Juin , & ila pris la réſolution de s'afſembler
de nouveau le 30 Octobre à Trenton , lieu qu'a rendu mémorable la défaite & la reddidion
d'un corps de troupes Heſſoiſes ſous le Général
Raal , le 26 Décembre 1776 , par un parti
denos troupes encorenovices , mais commandées
par S. E. le Général Washington . Le Congrès nommera un comité à l'effet de
fiéger pendant. ſon ajournement. GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
Cause en la Grand Chambre entre Mgnr. le Comte
d'Artois, Frere du Roi , les créanciers dufieur
Forien , &le Marquis deCourtomer. Cette cauſequi tient à notre Droit public & aux loix fondamentales du Royaume , eſt une
des plus importantes qui aient été plaidéesde
(190 )
puis long-tems au Parlement de Paris ; voici
ce qui ya donné lieu. - La terre de Montreuil-
Bouin , ſituée en Poitou , & l'une des principales
Châtellenies de ce Comté , avoit été vendue en
1774 par le Marquis de Courtomer au fieur Forien
, Receveur des Tailles de Poitiers . Celui- ci
ayant fait banqueroute , ſes créanciers ſo ſont
emparés de fes biens ; la vente en a été annoncée
parune affiche publique, & la terre de Montreuil-
Bouin a été conmprite dans cette affiche comme
poſſédée patrimonialement par le fieur Forien.
Mgnr. le Comted'Artois , s'eſt d'abord oppofé à
ce qu'on vendit cette terre comme patrimoniale ;
il a foutenu qu'elle n'étoit qu'un domaine engagé.
Il adéclaré enſuite qu'il entendoit en exercer
le retrait domanial , & a offert d'en payer la
finance ſuivant l'évaluation qui en feroit faite en
tre les Parties. Les créanciers ont défendu à ce
retrait , & mirent en cauſe le Marquis de Courtomer
leur vendeur, qui en avoitreçu 203,000 liv.
en 1774 du ſieur Forien , &qui avoit promis de
rendre cette ſomme dans le cas où ſon acquéreur
ſeroit troublé par le faitdu Roi , ou de ceux qui
pourroient avoir ſes droits. La cauſe s'eſt
donc engagée entre toutes les Parties , & les
principales queſtions agitées ont été de ſavoir
Les
-
la terre de Montreuil-Bouin étoit domaniale en
1423 , & fi , en admettant qu'elle le fût alors ,
elle avoit pu ceſſer de l'être. -La diſcuſſion de
ces deux points a été précédée d'un hiftorique
très - intéreſſant. Anglois avoient fait
prifonnier , en 1415 , à la bataille d'Azincourt ,
Ie Comte d'Eu , Princedu Sang Royal,-
rent Vernon , Gentilhomme Ecoſſois , prit prifonnier
, à la bataille de Baugé , donnée peu de
tems après , le Comte de Sommerset , Prince de
BaMaiſon d'Angleterre. - Charles VII qui
Lau(
191 )
monta ſur le Trône en 1422 , defira de traiter
en 1423 , avec Laurent Vernon , de la rançon de
fon priſonnier , afin de l'échanger avec le Comte
d'Eu. Cette rançon fut fixée à 40000 écus d'or ;
& le Roi Charles VII convint dans des lettrespatentes
expédiées à cet effet en 1423 , qu'en
paiement des 15000 écus , faifant partie des
40000 , il donneroit en pleine propriété à Laurent
Vernon la terre de Montreuil- Bouin . Le furplus
du prix devoit être payé en argent , & àdes
époques convenues. L'état des finances de CharlesVII
ne lui permettant pas de payer au mois de,
Décembre 1723 2000 écus d'or qui étoient alors
exigibles , il donna à Laurent Vernon , auſſi en
pleine propriété une autre terre ſituée en Poitou ,
& voiſine de Montreuil Bouin , pour demeurer
quitte de ces 2000 écus d'or. -Les Edits émanés
de Charles VII , de Charles VIII , de François
premier , & detous leurs fucceffeurs Roisde
France , relativementà la rentrée dans les do-,
maines, ont mis tes héritiers de Laurent Vernon
dans le cas de ſolliciter des lettres de confirmation.
Ils en ont obtenude Charles VIII en 1483 ,
de François premier en 1532 & 1543 , pour les
deuxterres de Montreuil- Bouin & de Craffai ; mais
il paroît que dans le cours du ſeizieme hecle , la
terre de Craffai rentra dans la main du Roi ,
puiſqu'il n'en eſt plus parlé dans les lettres de
confirmation poſtérieures , & qu'elle fait conftamment
aujourd'hui partie du domaine de la
Couronne. - La terre de Montreuil Bouin est
paſſée des Vernon aux Lanoue , & des Lanoue aux
Courtomer , qui l'ont poſſédée juſqu'en 1774 , &,
qui ont obtenu en 1612 , en 1657 & 1762 , des
lettres de confirmation , même des lettres-patentes
enregiſtrées au Parlement. Les dernieres de
( 192 )
1762 portent , que la terre de Montreuil- Bouin
n'eſt point domaniale ; mais que le Marquis de
Courtomer la poſſede patrimonialement. -Le
motifde l'aliénation ,les lettres de confirmation ,
les lettres-patentes de 1657 & de 1762 , la longue
poſſeſſiondes repréſentans Laurent Vernon, ont
formé autant de baſes de la défenſe du Marquis
de Courtomer , qui a pris le fait & cauſe des créanciers
Forten . Mgr. le Comte d'Artois a foutenu que
laterre de Montreuil-Bouin étoit originairement t
undomaine de la Couronne , & qu'elle n'avoit pu
ceſſer ,de l'être d'après la loi inviolable de l'inaliénabilité
du domaine ; que les lettres patentes
de 1423 ne prouvoient point que la terrede
Montreuil Bouin eût été donné à titre de récompenſe
à Laurent Vernon ; qu'elle ne l'avoit pas été
non plus pour la rançon du Comte de Sommerset ;
mais en paiement d'une partie du prix auquel
cette rançon avoit été fixée ; que ces lettres ,
en fuppofant qu'elles ne fuſſent pas fuffisamment
claires, étoient expliquées par toutes celles qui
les avoient ſuivies , & prouvoient que Laurent
Vernon n'avoit fixé la rançon du Comte de Sommerſet
qu'à 40,000 écus d'or. Enfin on a conclu
dela part deMgr. le Comte d'Artois , que la terre
de Montreuil-Bouin étoit encore domaniale aujourd'hui
, nonobſtant toutes les lettres de confirmation
, lettres-parentes & Arrêts d'enregiſtrement
que le Marquis de Courtomer avoit pu ob .
tenir. - Arrêt du 26 Juin 1784 , rendu fur
les conclufions de M. l'Avocat-Général Séguier ,
qui a envoyé Mgr. le Comte d'Artois en poffeſſion
de la terre de Montreuil - Bouin , jugée doma.
niale.
:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 31 JUILLET 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
ROMANCE
Sur l'Air du Cantique de Joſeph : Permettez
qu'avec franchiſe je vous diſe , & c. *
D'
UNE aventure effrayante
Ettouchante ,
Je vais faire le récit.
Puiſſent les pères & mères ,
Trap ſévères ,
En faire un jour leur profit,
Une jeune & belle fille
De famille,
* Le Cantique de Joſeph eſt fort connu dans nos Provinces
Méridionales ; c'eſt le chef- d'oeuvre de Laurent
Durand , Prêtre du Diocèse de Toulon , Auteur d'un
gros Volume de Cantiques.
No. 31 , 31 Jui.let 1784. I
194
MERCURE
Brûloit pour fon jeune amant;
Mais ſon inflexible père ,
Homme auſtère ,
Rompit cet engagement.
Un Couvent eſt votre affaire ;
Votre père
Vous l'ordonne abſolument.
Voilà donc l'infortunée
Condamnée
A ſoupirer vainement.
Le nouveau noeud qui la lie
Pour la vie ,
N'adoucit point ſon tourment ;
Elle ſoupire ſans ceffe ,
Et ne ceffe
De ſonger à ſon amant.
Un coffre eſt à notre porte :
Qu'on le porte
Chez moi , dit-elle , ma Soeur;
Payez les porteurs , tourière ,
La prière
Me retient encore au cheoeur.
La jeune Religieuſe ,
Moins picuſe
Quepleine de ſon amour ,
Court , vole, ſe précipite ,
DE
19f
FRANCE.
Etbien vîte
Gagne ſon triſte ſéjour.
On avoit , ſoit par mépriſe
Ou fottiſe ,
Pofé le coffre debout.
Adorons , louons fans ceffe
La ſageſſe
De celui qui règle tout.
SON amant eſt dans ce coffre ,
Etnes'offre
Que poſé la tête en bas.
Cette poſture gênante
Etfouffrante
Avoit cauſe ſon trépas.
O MALHEUR que je déteſte !
Sortfunefte!
Mon fidèle amant n'eſt plus.
Voilà donc le fruit horrible
Etterrible
De mes deſirs ſuperflus.
Tor , pour qui je brûle encore ,
Que j'adore ,
Vois l'effet de ma douleur.
Cette fenêtre entr'ouverte
M'eft offerte
Pour terminer inon malheur.
Iif
196 MERCURE
Er toi , dont la politique ,
Père inique ,
Nous a ſéparé tous deux ;
Père injuſte , par ma chûte ,
Reſte en butte
Aux remords les plus affreux.
ACES mots elle s'avance ,
Et s'élance
La tête en bas dans la cour,
Tel fut l'effet effroyable
Etcoupable
D'un fol & cruel amour.
CETTE aventure , auffi rare
Que barbare,
Remplit tout d'étonnement.
Le père , dans ſa furie ,
Pleure , crie ,
Et ſe tue en blasphémant.
1
CHER Lecteur , Dieu nous regarde ,
N'ayons garde
De rejeter ſon appui :
Déteſtons toute penſés
Inſenſée ,
Et n'ayons recours qu'à lui.
(Par M. Valette , Maître de Mathématiques ,
à Montauban. )
DE FRANCE.
197
İMPROMPTU au Commodore PAULJONES
, affis au rang des Mujéens à la
Séance publique du 14 Juillet.
0UI , Paul-Jone auMuséeà les droits de Confrère.
Si le clairon de Mars éterniſe ſon nom ,
On fait que quelquefois la lyre d'Apollon
Réſonne ſous ſa main guerrière.
(Par M. de Saint-Ange. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
د
Lemot de la Charade eſt Sentiment ; celui
de l'Enigme eſt Fufil; celui du Logogryphe
eſt Montgolfier , où l'on trouve Fô , Troie ,
montre mer , oeil , orgie , forge , grelot ,
orteil toge, mort , ligne , lion & tigre ,
Orient, mmiiel , Flore , rime , girofle, lime ,
lingot , Mogol , mitre , Milton , fret , noir
lote, linot , filet, orme , tome , Rome , If ,
(château près du port de Marſeille ) , golfe ,
Loire , Nil , fol , melon & limon , froment
& orge.
M
CHARADE.
on premier ne vaut rien , mon ſecond eft utiles
Et fans mon tour on voit rarement une ville .
Linj
198 MERCURE
ENFANS
ÉNIGM E.
UNFANS d'un père malheureux ,
Enfans de l'air , eſprits de flamine ,
Notre fort eſt bien rigoureux ,
Puiſque la douleur eft notre âme.
Médecins des coeurs amoureux ,
Nous préſentons un faux dictame
Contre le trait qui les entamme
Et contre les coups dangereux.
Inconſidérés interprètes
Des paffions les plus ſecretres ,
Nous diſons ce qu'il faut céler ;
Mais pour expier notre offenſe ,
Et pour nous apprendre à parler ,
Nous mourons à notre naiſſance.
(Par une Société de Gens de Lettres de le
plaine de S. André , près d'Évreux. )
LOGOGRYPH Ε..
E fuis quelquefois incommode ,
Sur- tout à la fleur de vos ans ;
Mais je ſuis le terme à la mode
Qui flatte le plus les galans .
Heureux qui peut s'entendre dire
Qu'il eſt la terreur des maris ;
DE
199
FRANCE .
Et que dans l'ardeur qu'il inſpire ,
Du ſexe qui pour lui ſoupire,
Il eft ..... Eh quoi ! ..... ce que je ſuis.
Au Lecteur qui s'impatiente
J'offre dix pieds à combiner ;
Et pour l'aider à deviner ,
Je me partage , & lui préſente
La priſon de l'être emplumé;
Le chantre amourenx du village ;
L'endroit où la jeune Zulm
Arêver ſe plaît davantage )
Ceque le François ne craint pas
Lorſqu'à combattre il ſe haſarde ;
Une Nymphe fort babillardes
Ce qui fait ſavoir le trépas ;
Une monnoie; une rivière ;
Ge que l'on voit dans mainte affaire ;
Un des quatre Écrivains ſacrés
Par tout fidèle révérés;
Ce qui , ſuivant un vieux proverbe ,
Chaſſe l'autre dans ſon chemin ;
Le nom d'un animal ſuperbe ,
Que je n'exprime qu'en latin ;
Une voiture par fois lente
Dans laquelle , las de rimer ,
Je cours bien vite m'enfermer
Si j'ai fatisfait votre attente .
(Par M. NoëlP..... de Châlons ſur- Saone. )
I iv
200 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES de Milady *** , fur l'influence
que les Femmes pourroient avoir dans
l'éducation des Hommes . Deux Parties
in- 12 . Prix , 3 liv. broch. A Amſterdam
& ſe trouve à Paris , chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques .
EST- IL bien vrai , comme le dit l'Auteur
de cet Ouvrage , que la véritable éducation
des hommes ne commence qu'au moment
où ils entrent dans le monde ? N'eſt il pas
plus vrai de dire qu'à cette époque , l'éducarion
des hommes n'eſt fufceptible que
d'être perfectionnée ou réformée , c'eſt àdire
, qu'alors , ou leur éducation a été défec .
tueuse , & l'on peut dans ce cas effayer de
la réformer , ou elle a été bien dirigée , &
l'on peut travailler à la perfectionner.
C'eſt à cette époque qu'on doit veiller à ce
que les jeunes gens ne perdent point le fruit
des leçons qu'ils ont reçues ; n'est- il pas trop
tard pour commencer à leur en donner ? S'ils
ont alors quelque ſcience à acquérir , eſt ce
celle du coeur & de l'eſprit ? Et n'eſt ce pas
plutôt celle du ſavoir vivre & des manières ?
N'eſt ce pas alors que l'étude des talens doit
commencer ; ne doit- on pas être exercé auDE
FRANCE. ΣΟΥ
S
3
paravant dans celle des vertus ? Continuons
de propoſer des doutes ſur le ſyſteme de
l'Auteur.
• Les enfans des Princes , dit- il , paffent
de la main des femmes dans celles des
>> hommes; je voudrois que les particuliers
"
" ſuiviffent la route oppoſée. » Il croit qu'au
moment où lejeune homme ſort des mains
de fon Gouverneur, les femmes ſeules penvent
le diriger ; & il exige que ce foient des
femmes encore en état de plaire , ſans doute ,
afin de faciliter ſon éducation par cet attrait
établi par la Nature entre les deux ſexes ,
qui doit rendre le maître plus indulgent &
l'elève plus docile.
On ne doute point qu'une femme vertueuſe
ne puiſſe influer beaucoup & heureuſement
ſur le coeur d'un jeune homme ;
qu'elle ne puiffe modifier ſon âme , lui en
créer, pour ainſi dire , une nouvelle. Mais ſi
certe femme eft encore jeune , en état de
plaire , n'eſt il pas dangereux de lui confier
l'emploi de diriger les paffions , lorſqu'elle
peut encore en éprouver le delire ? N'étant
pas encore maîtreffe de ſon propre coeur ,
comment pourra t'el'e maîtriſer celui d'autrui?
Et fi par fon âge e le eſt à l'abri des
paffiors , alors ſon ſexe n'influera en rien ſur
l'education de ſon élève; ſa Gouvernante
alors ne fera plus que ſon Gouverneur ; les
vertus qu'elle voudra lui iuſpirer ne brilleront
plus que de leurs propres attraits ; elles
n'emprunteront rien de l'organe qui les lui

Iv
262 MERCURE
tranfmettra ; & s'il reçoit une excellente éducation
, ce ne fera point parce qu'il aura eu
pour Gouverneur une femme , mais parce
que la femme qui aura veillé ſur ſon éducation
, raffembloit toutes les qualités d'un
ſage Gouverneur. Nous ne croyons pas
qu'un pareil Inſtituteur ſoit impoffible à
trouver; il aura même un avantage particulier
, la douceur qui eſt naturelle à fon
ſexe ; mais ce n'eſt pas là ce que l'Auteur
vouloit prouver .
Quand les doutes que nous venons de
lui propoſer ſeroient admis rigoureuſement
comme des objections victorieuſes , cet Ouvrage
n'en feroit pas moins une production
utile & eftimable , puiſque ſon objet eſt de
perfectionner l'éducation des femmes pour
concourir à celle des hommes ; or , ce bu: eft
très marqué , & développé dans les deux
Volumes.
L'Auteur a adopté la forme épiſtolaire.
C'eſt une Lady qui écrit à un jeune Militaire
qu'elle a choiſi pour ſon élève. C'eſt avec lui
qu'elle diſcute & raiſonne l'influence que
les femmes pourroient avoir ſur l'éducation
de notre ſexe. Elle entreprend de prouver
que les femmes ſont ſuſceptibles d'une éducation
plus ſolide, & l'on trouve dans fes
principes peude nouveauté , mais une raiſon
ſage , éclairée , & ſouvent même aimable &
intéreſſance.
Lady prouve que c'eſt ſur tout l'instruction
qui manque aux femmes ; & elle conſeille de
DE FRANCE. 203
les former dans l'étude des Belles Lettres &
de la Philofophie morale; mais il ne faut
pas lite pour lire , il faut méditer ſes lectures;
il ne faut pas parcourir rapidement
Pope & la Bruyère , comme Cléveland ou
Clarice , il faut craindre en un mot de méri
ter le reproche de Montaigne , quand il dit
de ceux qui écoutent les fermons ſans ſe les
appliquer : au lieu de les coucherſurſes moeurs ,
chacun les couche en fa mémoire.
"
ود
ود
ود
ود
"
" L'inſtruction , dit l'Auteur , eſt nécef-
>> faire , même à celles qui veulent bien fe
réduire au petit rôle de femmes ſimple-
> ment aimables.On les entend ſouvent ſe
>> plaindre d'avoir été trompées en amour
par les hommes dont elles avoient conçu
la meilleure opinion. Voici la confolation
que je leur offrirois : vous méritez le mal-
>> heur qui vous arrive; car ſi jamais vous
n'avez lû ni médité aucun traité ſur la connoiffance
du coeurr ,, ſi de votre vie vous
» n'avez réfléchi ſur les illuſions que nous
> font nos propres paſſions & celles des
>> autres , quelle auroit pu être votre règle
pour diftinguer le ſéducteur perfide de
l'homme véritablement épris , ou pour
> vous affurer que l'amour que vous Ini
• avez ſuppoſé n'eſt point une chimère de
>> votre vanité? Que de femmes ont été fé-
>> duites par elles- mêmes , & qui ſe plai-
>> gnent de celui qui n'a fait que profiter
d'un bonheur qu'il ne cherchoit pas ! Nous
> ſuppoſons ſouvent dans les autres nos
2
"
«
I vj
204 MERCURE
:
>> propres paflions , & voulons enfuite les
>> rendre refponſables de nos erreurs de cal- ود
ود
ود
"
cul. Tous les bons Livres de Philofophie
morale , tous les hommes qui ont médité
fur l'abîme du coeur humain, vous attef
tent que rien neft plus difficile que d'en
>> pénétrer les replis , &jamais il n'a été le
> ſujet de votre attention. Cependant vos
>> mépriſes troublent à chaque inſtant votre
"
bonheur; elles expofent votre gloire , au
> moins par des imprudences , fi ce n'eſt par
des fautes réelles . Vous vous embarquez
hardiment , fans boutſole , ſur une mer
>> orageufe , & vous êtes tout étonnées d'y
faire naufrage ! votre malheur s'accroît
>> encore par le peu de reſſource que vous
ود
30
33
"
וכ
trouvez en vous mêmes pour le réparer ou
>> pour le dépouiller de ce qu'une imagination
fans frein y ajoute de chimérique.
Vous ne vous doutez donc pas que cette
>> galanterie , qui occupe une partie de votre
vie, ce jeu li frivole , & fouvent ti funefte
à votre repos , que les François décorent
du nom d'amour , n'eſt point fans règles
& fans combinaiſons . Voyez quel defavantage
vous avez à le jouer avec un adverſaire
qui en connoît les finelles ! tous
vos coups font jetés au hafard , & les fiens
font calcules , &c. »
ود
ود
ور
ور
"
C'eſt encore au défaut d'inftruction que
l'Auteur attribue pluſieurs de leurs ridicules :
• A Dieu ne plaiſe , dit- il , que je veuille
» leur enlever cette fleur de fentiment qui
DE FRANCE. 205
>> les rend ſi aimables : je voudrois ſeule-
> ment, pour leur repos , pour leur bon-
> heur , que cette exceflive ſonſibilité ne
ود s'étendît pas , fans difcernement, à toutes
>> fortes d'objets , & qu'elles ne fullent pas
» autli déſeſpérées par la mort de leur moi-
>> neau , que par celle de lenr mari. D'où
> vient cette etrange confufion , fi ce n'eft
>> de ce qu'elles n'ont jamais fu comparer
- ces deux objets d'affection , de ce qu'elles
" n'ont point effayé d'examiner le degré de
> leur valeur réelle , & n'ont jamais réfléchi
à la néceſſité de régler ſur ce calcul
la fomme d'attachement qu'elles doivent
» à l'un & à l'autre ? Affervies fans réflexion
"
"
" àcette eſpèce d'inſtinct qui nous fait ai-
» mer tout être ſur lequel nous exerçons un
- empire deſpotique , ſouvent elles le pré-
ود fèrent à l'homme eſtimable avec lequel,
» &c. »
Cette obſervation tient à la connoiſſance
du coeur humain , ainſi que la reflexion fuivante
: " N'avons nous pas d'ailleurs , dans
ود le coeur un autre beſoin aufli impérieux
» que celui d'aimer ? C'eſt celui de com-
" mander , d'avoir à diriger un être quel-
>> conque. Un enfant veut un moineau à fes
>> ordres ; un mendiant adopte un chien ,
" pour lui faire faire fes volortés , autant
- que pour lui ſervir d'objet d'affection.
L'homme qui n'a rien à aimer , perſonne
à commander , peut- il ſupporter la foli-
>> tude où il ſe trouve ? Et fans doute , c'eſt-
"
"
206 MERCURE
:
ود là une des raiſons qui attachent le père
aux enfans , il a beſoin d'aimer & de
> commander : heureux s'il s'aine affez lui-
ود même pour ufer de ſon empire avec les
>> attentions qui peuvent le rendre cher à
> ceux fur leſquels il l'exerce ; c'eſt alors
>> qu'il reçoit la plus douce récompenſe des
» peines que le mariage a pu lui cauſer ,
&c.» ود
Ces citations peuvent donner une idée du
ſtyle de cet Ouvrage . Quant à la méthode que
l'Auteur a ſuivie , nous l'aurions deſirée plus
régulière & plus préciſe. L'Ouvrage pourroit
être refferré,&gagneroit beaucoup à l'être . La
forme épiſtolaire que l'Auteur a adoptée a ſes
avantages ; elle peut ſervir à développer
'un ſyſtème , à éclaircir des principes : mais
elle a ſes dangers auſli; elle expoſe au défaut
de méthode & de préciſion.
Il a voulu couper l'uniformité des préceptes
par des digreffions & des anecdotes. Mais
ces anecdotes ont en général ou trop peu
d'étendue ou trop peu d'intérêt , & elles ne
fervent qu'à interrompre & à embarraſfer la
marche de l'Auteur. Parmi les anecdotes , il
y en a une contidérable qui a de l'originalité
, & qui eſt racontée fort gaîment. C'ek
Thiſtoire d'une pêche à l'étang de Genève.
Lady, en procurant ce plaisir à ſon père &
à ſa compagnie , veut leur donner une fête
qui devient grotesque , ſaus néanmoins man .
quer d'intérêr. Ils font obligés d'établir leur
falle à manger dans la grange ,d'où l'on avoit
DE FRANCE. 207
délogé un ane & une chèvre. On fent le contraſte
du lieu de la ſcène & des perſonnages.
Mais ne voilà r'il pas qu'en arrivant ils apprennent
que la femme du Meûnier , leur
hôte, vient d'accoucher ; ce qui va procurer
à la fêre un nouvel incident. Le nombre des
convives augmente; & au moment de fe
mettre à table , Lady s'apperçoit qu'elle a
oublié de ſe pourvoir de fièges pour s'y placer.
On ne trouve pour cela que des bancs
de bois , des ſacs de farine & des bottes de
paille, que le beſoin & la gaîté convertiſſent
aux yeux de ces grandes Daines en fauteuils
délicieux.
L'un des convives , ( c'eſt un Médecin
fort peu grave & nullement trifte ) ſous prétexte
de voir ſi tout va bien , diſparoît un
inftant ; & voilà qu'au ſon de quelques inftrumens
, artive un mets couvert ſous le
nom d'un énorme brochet qu'on avoit pêché.
On pric Milord , devant qui on l'a placé
majestueuſement, de vouloir bien le découvrir.
Mais quelle eſt la ſurpriſe de la brillante
affemblée , quand au lieu du poiſion
qu'on attendoit , on apperçoit le nouveauvé
de la Meûnière , qui , frappé par l'air extérieur,
ſe met à mêler ſes cris à l'orcheſtre
qui l'avoit accompagné. On fent que cet
événement n'attrifte point les convives affez
diſpoſés à la joie. Voici la fin de cette fête
follement gaie , telle que l'Auteur la raconte
lui même.
" Le jour baiſſoit, & nous n'attendions
:
208 MERCURE
> plus perſonne à dîner , lorſque nous vîmes
- entrer deux nouveaux convives . Or , de.
>> vinez , Monfieur le Comte , qui ce pou-
» voit être , je vous le donne en dix ...C étoit
- l'âne & la chèvre , qui , au jour tombant,
>> rentroient des champs dans leur gîte or-
> dinaire. Le nègre voulut les effrayer avec
>> ſa ſerviette; nous ſentimes tous que ce
>> ſeroit manquer aux droits de Thofpita-
>> lité que de chaffer de chez eux ceux qui
>>vouloient bien nous y fouffrir ; qu'il fal-
> loit au contraire ſe montrer très- recon-
>> noiſſans par beaucoup de politeffes. En
>> confequence , on s'empreſſa de leur offrir
>>du pain, & ils ne tardèrent pas à ſe fami-
>> liarifer. C'etoit une choſe à peindre , que
>> de voir la tête difforme de l'âne à côté de
> la jolie Comteſſe de..... qui lui paſſoit fon
>> beau bras fur le col , tandis que de mon
> côté je tenois la chèvre par la barbe , pour
>> lui faire manger des biſcuits..... »
On voit que ce Livre de morale n'eſt pas
toujours trifte. Mais , encore une fois , les
digrellions que l'Auteur à voulu mêler à ſes
préceptes , ne fervent bien ſouvent qu'à diftraire
l'attention du Lecteur. Il auroit dû en
faire tout-à- fait un Roman , en mettant fon
ſyſtême en action , ou , ce qui valoit mieux ,
réduire ſon Ouvrage à moitié , & en compoſer
un traité, qu'on auroit rangé dans la
cliffe de nosbons Ouvrages de morale . L'objet
en valoit la peine ; & l'Auteur montre
allez de talent pour faire croire qu'il auroit
DE FRANCE. 209
réuffi. En vain pour justifier la méthode qu'il
a ſuivie , nous diroit- il que voulant être lû
par les femmes , il avoit beſoin d'égayer ſon
Ouvrage. Ce n'eſt pas aux femmes qu'il faut
s'adreſſer pour améliorer l'éducation des
femmes ; quand on veut innover dans quelque
claffe de la fociété , c'eſt à la fociété
même qu'il faut perfuader la néceffité d'y
concourir.
Il y a pourtant un éloge à faire du plan
même de cet Ouvrage; c'eſt que la Milady qui
écrit , ou qui eſt ſuppoſée écrire , en prouvant
combien les femmes , avec une meilleur
éducation , pourroient être utiles à celle
des hommes , parvient à réformer en effer
celle du Comte , ſon correſpondant & fon
élève. Cela donne à l'Ouvrage l'intérêt du
Roman ; & cet intérêt devient affez vif à la
fin pour laiſſer quelques regrets au Lecteur ,
quand on voit que Milady n'épouſe point ſon
élève , qui le defire& le ſollicite .
Au refte, l'Auteur n'a examiné & difcuté
que le beſoin d'améliorer l'éducation des
femmes , fans s'occuper du plan qu'il faudroit
ſuivre pour cela; & il laiffe à décider
cette queftion : juſqu'à quel point on devroit
leur laiffer approfondir l'étude des Lettres
&de la Philofophie .
4
210 MERCURE
J
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
E vis à la campagne , Monfieur , mais ce n'eſt
pas pour oublier Paris ; c'eſt au contraire pour
mieux m'occuper de ce qui ſe paſſe de fingulier ou
d'intéreſſant dans cette Ville. Je me tiens à une
certaine diſtance du tableau pour mieux l'obſerver
&le connoître. Un Ouvrage nouveau est dans ma
folitude preſque aufſitôt que chez les Marchands de
Nouveautés ; il n'y a pas un Journaliſte qui ne me
compte parmi les abonnés ; je n'ai pas voulu en
excepter même celui qui , chaque année, écrit à toute
la France , par une Lettre circulaire , que lui feul
défent la cause abandonnée du bon goût & de la
Religion. Cette ſeule phraſe peut amuſer affez un
Solitaire pour lui payer le prix de ſon abonnement.
A En faveur de mon eſtime & de mon amour pour
les Journaux , permettez , Monfieur , que je faffe
imprimer dans le vôtre quelques réflexions ſur deux
Ouvrages qui m'ont occupé deux ou trois jours dans
ma retraite. Ce ſont les Dialogues de M. l'Abbé de
Mably fur la manière d'écrire l'Histoire , &le Supplément
à la manière d'écrire l'Histoire. Je n'ai pas
oublié l'Extrait piquant que vous avez donné du
premier ; mes réflexions auront ſur-tout pour objer
lefecond.
Les Dialogues de M l'Abbé de Mably fur la manière
d'écrire l'Histoire , ont attiré de grands repго-
ches à cet Ecrivain. Il a parlé de l'Abbé de Vertot
avec admiration , de Voltaire avec mépris , de Hume
& de M. Gibbon avec dédain , des Philoſophes en
général avec humear & dénigrement. On a cu peine
DE FRANCE. 211
2
àcroire, malgré l'eſtime qu'on a pour ſon caractère
, qu'il y eût beaucoup de ſincérité dans toutes
ces opinions exprimées ſouvent dans un ſtyle plein
d'aigreur & de colère. Beaucoup de gens ont penfé
qu'ilvou oit punir ſon ſiècle , qui fait plus de cas de
l'Introduction à l'Histoire de Charles-Quint , que
des obfervations ſur l'Histoire de France , qui lit
rarement le Traité du Droit public de l'Europe , &
très- ſouvent l'Eſſai fur l'Histoire générale.
Cette humeur , ces plaintes & ces petites ven.
geances littéraires n'ont pas paru dignes d'un homme
qui a toujours écrit ſur la morale, ſur les loix & ſur
ladeſtinée des Empires.
On eût voulu qu'un homme tel que M. l'Abbé de
Mably , eût été affligé de ce que les Peuples de l'Europe
ne réformoient pas leurs conftitutions , & non
de ce qu'ilsne liſoient pas aſſez ſes Ouvrages.
Il paroiſſoit donc néceſſaire d'avoir une réfutation
d'un Ouvrage dont preſque tous les jugemens
ont été dictés par l'humeur.
Le Supplément à la manière d'écrire l'Hiſtoire en
eſt une critique violente. Estelle jufte & impartiale
? L'Aûteur du Supplément paroît il bien connoître
les Anciens & les Modernes , qu'il juge aurement
que M. l'Abbé de Mably ? Confidère-t- il les
devoirs &les talens de l'Hiſtorien ſous des points de
vûe plus vrais , plus utiles ?
J'examinerai, non pas tout ſon Livre, mais quelques
unes de ſes opinions.
L'Auteur dit d'abord , d'après Lucien , que te
premier devoir de l'Hiſtorien eſt de n'embraffer aucun
parti, de ne tenir à aucun corps; & cela feroit
incontestable quand Lucien ne l'auroit pas dir.
-Mais deux pages après on trouve ces paroles dans
le Supplément : La Grèce étoit divisée en Sectes
philosophiques ,la France l'est auffi ; j'ai étudié à
l'Ecole de ces grands Hommes que l'Europe admire ,
212 MERCURE
& que cenfure votre Instituteur. L'Auteur a penſe
fans doute que les devoirs de l'Hiſtorien ne regardoientpas
celui qui écrit ſur l'Hiſtoire. Il avoue franchement
qu'il tient à un parti , à une ſecte. C'eſt un
moyen de faire prôner ſa Brochure par ce parti ;
mais ce n'eft pas un moyen peut- être de s'attirer la
confiance de ſes Lecteurs : on n'en, donne pas communément
beaucoup à un Sectaire.
Où font donc en France ces Écoles , ces Sectes
philoſophiques ? Où ſe tiennent - elles ? J'ai entenda
dire quelquefois qu'il y en avoit , mais c'eſt aux
ennemis de la Philoſophie : comment leur langage
a-t- il paſſé dans la bouche de l'un de ſes Élèves ?
C'eſt faire unetrop cruelle injure à la Philoſophie.
Les Philoſophes Grecs étoient diviſés en Sectes ,
parce qu'ils voulcient deviner la Nature au lieu de
l'obſerver. La Philoſophie fondée ſur l'obſervation
adétruit heureuſement les Sectes & les Écoles .
M. l'Abbé de Mably conſeille à fon.Elève d'ef
fayer en quelque forte ſon talent en épiant l'effet que
produiront fur lui les différens Ouvrages de Salluſte,
de Tite- Live, de Plutarque ; leCritique juge
ce confeil très - mauvais , & il trouveroit fort bon
pourtant qu'un homme d'eſprit qui voudroit faire
un Roman , effayat ſon goût en lifant Gilblas ou
Clariffe. J'ai peine à comprendre comment ce qui
feroit fi bon pour le Romancier , ne vaudroit rien
pour l'Hiſtorien . C'eſt très bien dans tous les genres
de ne chercher le caractère de ſon talent que dans
fon âme ; mais les impreſſions que les grands Ecrivains
font fur notre âme , nous la font mieux connoître
à nous- mêmes.
M. l'Abbé de Mably exige fur- tout de l'Historien
qu'il ait profondément étudié le coeur humain
, que tous les ſecrets des paffions lui ſoient
connus , qu'il fache quel eſt le bonheur auquel
l'homme doit aſpirer ; qu'il ait découvert par ſes
DEFRANCE.
213
propres réflexions ou par la lecture des Philoſophes,
quelles font les formes de Société & de Gouvernement
les plus propres à affurer à l'homme
ce bonheur. Alors , dit M. l'Abbé de Mably ,
P'Hiſtorien rapportera tous les Gouvernemens &
toutes les Loix à ce modèle parfait dont il s'eſt
tracé l'image immuable ; en voyant combien ils s'en
rapprochent ou s'en éloignent , il prononcera fans
imprudence ſur la ſageſſe & la deſtinée des Nations
; ſes jugemens ne flotteront pas au gré des
événemens de la fortune ou des opinions des Peuples;
il craindra des proſpérités preſque toujours
funeftes aux vertus , & bénira des revers qui feront
mieux fentir le beſoin des bonnes loix & des bonnes
moeurs ; il verra tous les événemens de l'Hiftoire
fortir comme de leur ſource , des inſtitutions
des paílions & du caractère des Peuples ; L'avenir
dans ſes récits naîtra toujours du préſent , la chaîne
des événemens, toujours apperçue d'avance, ſera plus
facile à faifir , l'Histoire , toujours un peu confufe
par les petits détails & la multitude de faits, preudra
par-tout de l'unicé & de la grandeur ; tous les fiècles
ſerviront de témoignage aux vrais principes de la
légiflation & de la morale , & l'eſprit recevra ſans
effort les lumières les plus utiles , tandis que l'âme
fera toujours émue par l'intérêt des tableaux & des
événemens.
Ces vies & ces principes me paroiſſent pleins de
raiſon ,&je les crois neufs; je ne me ſouviens pas
du moins de les avoir vûs dans rien de ce qu'on a
écrit fur la poéique de l'Hiftoire .
Voulez- vous ſavoir , Monfieur , ce que voit l'Autear
du Supplément dans un Hiſtorien dont le
talent feroit dirigé par ces principes ? Un Régent
chargéde erier àfes Ecoliers : foyez ſages, & fongez
que tels & tels ont été fustigés pour avoir manqué
aux devoirs de la claſſe.
214
MERCURE
Mais ce n'eſt pas là une critique , c'eſt une paro
die , & la parodie d'un Ouvrage n'en eſt pas it
Supplément.
Que doit donc être l'Hiſtoire, ſuivant le Cenſeur
de M. l'Abbé de Mably ?
Le tableau de
l'humanité. A merveille. Mais ce
mot d'humanité a un ſens bien étendu pour n'être pas
très-vague. Donnons - lui plus de précifion ; nous
verrons que le tableau de l'humanité ne peut être
autre choſe que le tableau des
Gouvernemens , des
Loix , des paſſions & des événemens des Peuples.
C'eſt donc dire la même choſe , & ſeulement mettre
un terme très- abſtrait à la place d'un
développement
plein de détails lumineux & ſenſibles. Voilà
fingulière manière de ſuppléer à un Ouvrage.
une
Mais l'Histoire est morale par elle-même ; ſans
doute elle l'eſt par elle-même ; mais ce que fa merale
ade plus utile & de plus grand , ne ſe laiſſe pas
voir de lui- même à tout le monde. En liſant Suétone
même , j'aimerois mieux être Caton qui ſe déchire les
* entrailles, que Céſar triomphant; mais cette morale
particulière qui fort d'elle- même des faits , n'eſt pas
celle qui fait de l'Histoire l'école des Peuples &
des Légiflateurs. Les cauſes de la grandeur & de la
décadence des Romains étoient dans leur Hiſtoire.
Montesquieu ſeul les y a vûes. Il falloit pour cela
rapprocher des faits ſéparés ſouvent par des fiècles ,
lier les événemens qui ſont dans l'Histoire aux
cauſes qui ſontdans le coeur humain : c'eſt-là l'ouvrage
du génie qui médite , & la plupart des Lecteurs
, ce me ſemble , ne font pas humiliés qu'on
veuille les diſpenſer de ce travail.
M. l'Abbé de Mably a imprimé que , fans une
étude profonde du Droit naturel, l'Hiſtorien ne s'élevera
pointjusqu'à connoître les devoirs du Citoyen
& du Magistrat.
Ces deux titres , lui dit ſon Cenſeur , ne font pas
DE FRANCE. 215
Ca
M
du Droit naturel , mais du Droit civil , & cette
leçon eft donnée à M. l'Abbé de Mably au nom de
l'Ecole que l'Europe admire.
C'eft dans le Droit naturel que Locke a cherché
le fondement légitime de toutes les puiſſances ;
que Rouſſeau a trouvé les vrais principes du contrat
ſocial; que Beccaria a découvert les juſtes
rapports des délits & des peines. Depuis que le
Droit civil & le Droit politique ont été traités par
ces grands Hommes , on fait qu'ils ne peuvent
être que le Droit naturel écrit. Quand on parle
des Loix , & qu'on veut abſolument être d'une
Ecole, il faudroit tâcher d'être de l'Ecole de Locke
&de Beccaria.
Le Critique, dans la même page, fait une chicane
plus inexcuſable encore.
M. l'Abbé de Mably distingue deux politiques ,
l'une fondée ſur la juſtice & la raiſon , l'autre fur
les paffions & l'artifice. Il a parlé comme tous les
Philoſophes , comme toute la terre. Son Critique rejeue
cette diftinction , veut abſolument qu'il n'y ait
qu'une politique , celle qui veille au bonheur des
hommes, &, toujours au nom de l'Ecole , donne au
jeune Abbé de Mably une leçon ſur l'art de définir
les mots. Hélas ! je voudrois bien auſſi qu'il n'y cût
qu'une politique; mais par malheur j'en ai trouvé
deux en moi , ſuivant que je me ſuis laiſſé diriger
par ma raiſon , ou égaret par mes paffions ; par
malheur j'ai lu quelquefois les Philoſophes , &
quelquefois l'Histoire , & j'ai vu que dans le même
temps où Platon débitoit à Athènes ſa politique ,
qui n'étoit qu'une morale fublime , Philippe de
Macédoine dans la Grèce , & Denys le Tyran à
Syracuſe, en exerçoient une autre qui n'étoit que l'art
de tromper & d'opprimer les hommes. Henri VIII
avoit une politique , Thomas Morus en avoit une
autre , & les principes de l'Utopie ne ſont pas les
216 MERCURE
mêmes que ceux qui firent monter ce vertueux Chancelier
fur l'échafaud; les maximes de Fenélon far
l'art de gouverner les Empires,n'étoient pas ceux de
Louvois ; j'ai vû quelquefois le même Écrivain donner
les préceptes de deux politiques dans deux différens
Ouvrages. Machiavel conſeille aux Princes de
fonder leur pouvoir fer la diffimulation, le poifon
& le meurtre , & aux Républiques ſur la ſagefie ,
le reſpect des fermens , les bonnes moeurs & les
vertus. C'eſt le même homme, & il a tantôt la
politique de Catilina , & tantôt la politique de
Caton. L'Auteur du Supplément atfirine qu'il n'y en
a qu'une , celle de rendre les hommes heureux: &
les malheurs de tous les fiècles & de toute la terre
atteſtent que les hommes n'ont preſque jamais
counu que celle qui les opprime. Les langues font
des témoins irréculables de la façon de penſer des
Peuples ; dans toutes les langues de l'Europe, la première
idée que réveille le mot de politique , eſt celle
de l'art compliqué du menfonge & de la perfidie
employé en faveur de l'ambition &de l'avarice.
C'étoit bien la peine de donner une leçon à M.
l'Abbé de Mably pour contefter une vérité fi inconteftable.
Le Critique de M. l'Abbé de Mably confeille
d'autres études préparatoires à l'Hiſtorien. Cherchez,
lui dit - il, comment tant de Nations ont paffé
de la vie fauvage à la vie nomade , & de la vie des
Peuples pateurs à celle des Peuples agricoles. Certe
connoiſſance est bonne pour tout le monde ; elle
feroit néceffaire au Philoſophe qui traceroit l'Hiſtoire
générale de la formation & des progrès de la Sc
ciété civile, comme on aſſure que Ferguffon l'a fait.
Mais l'Hiſtorien des Peuples & des grands Hommes
n'en a preſque jamais beſoin ; quand l'Histoire
commence , il y a déjà long-temps que la vie agricole
eſt établie. Elle eût été inutile à-peu-près à
Thucid:de
DE FRANCE. 217
Thucidide pour écrire la guerre du Péloponèſe , à
Tite - Live pour l'Histoire de Rome. Tacite n'a eu
occaſion de s'en fervir qu'un moment, dans le morceau
fur les Germains.
« Soyez calculateur ; l'École Angloiſe & des
>> Philoſophes François nous ont convaincus qu'on
peut foumettre également au calcul & le ſyſtême
>> aſtronomique de l'Univers,& le ſyſtême politique
>>> des Etats. »

Il y a bien peu de philoſophie à vouloir foumettre
au calcul les Etats mus par les paffiors & les
opinions des hommes , comme les planètes aſſujéties
aux mouvemens réguliers & uniformes de la matière.
L'autorité de deux Ecoles n'est pas ſuffisante
encore pour perfuader une pareille ineptie. Vous
faurez par le calcul combien de Nations Xerxès
traînoit à ſa ſuite , quelles étoient les richeſſes de
fon camp , combien les Grecs avoient peu d'argent
&peu de troupes ; mais vous en rapporterez-vous à
ce calcul pour meſurer les forces de l'Afie & de la
Grèce? ou foumettrez - vous également au calcul
la folie de Xerxès , la lâcheté de ſes eſclaves , la
paflion des Grecs pour la liberté & pour la gloire ?
Evaluerez- vous avec des chiffres le génie de Thémistocle
& la vertu d'Ariftide ? C'eſt aſſez pour
T'honneur de cette Science d'avoir fervi à découvrir
les loix de l'univers phyſique , d'avoir été le principal
inſtrument du génie de Newton , d'être indifpenſable
à toutes les Sciences naturelles , d'avoir
donné à l'eſprit humain, dans tous les genres, le fil qui
leconduit à la vérité: elle peut être utile aux Etats ,
mais n'en fera jamais la deſtinée. L'Hiſtorien n'en
auroit peut- être jamais beſoin s'il n'étoit forcé à s'en
ſervir par les détails compliqués de l'adminiſtration ;
c'eſt la multitude des impôts & les embarras de leur
levée qui ont rendu le calcul fi important pour les Etats
N° . 34 , 31 Juillet 1784 . K
28 MERCURE
& pour leurs Hiſtoriens. Voulez- vous ſavoir ce qu'il
faut en penſer ? Je ne prendrai point mes autorités
dans les Ecoles des Philoſophes. J'ai le bonheur d'en
trouver fur un Trone ; je citerai l'exemple d'un
jeunePrince , qui , forcé par les circonstances à ſe
fervir un inſtant de ces moyens..
déclaré qu'il ne les employe que pour ſe mettre en
état de les profcrire à jamais , & fonder l'adminiftration
de ſon Empire ſur des reſſforts plus fimples
&plus durables.
2
Avec les quatre règles que ſavent nos Commis
de boutique & nos Marchands forains , on feroit
aifément tous les calculs qui ſont dans Thucidide,
Tite-Live & Tacite.
Mais ces grands noms n'en impoſent guères plus
au Cenſeur que le nom de M. l'Abbé de Mably.
Modeſte diſciple des Philoſophes , il juge les
grands Hommes de l'antiquité avec une hauteur
dont on peut être tenté de rire.
Il s'étonne d'abord qu'aucun Grec n'ait écrie
l'Hiftoire d'Athènes , ni celle de Sparte , ni celle de
Corinthe , ni celle de la Grèce tant qu'elle a été
libre. Il n'y a pas là de quoi s'étonner ; les intérêts
&les événemens de toutes ces Républiques étoient
liés enſemble , on ne pouvoit guères écrire l'Hiftoire
d'une Ville fans écrire celle de toutes les autres ;
les Hiftoriens ent donc pris le parti d'écrire à lafois
celle de toute la Grèce, en ſe bornant à certaines
époques. Hérodote & Thucidide , ces deux
Hiftoriens dont le ſecond commence à-peu- près où
finit le premier , embraſſent dans leurs Ouvrages
les plus beaux temps des vertus , des talens & de la
gloire de toute la Grèce. Là je trouve à-la-fois
* Louis XVI.
DE FRANCE. 219
Athènes , Sparte & Corinthe , tout le continent de
la Grèce , & cette multitude d'Iſles ſemées dans les
deux Archipels Ce n'est que de nos jours que chaque
Ville a eu la vanité d'avoir une Hiſtoire particulière;
il en a fallu ure à Toulouſe , à Amiens ;
Sparte & Athères ont été plus modeſtes.
Pour celle de Sparte , ajoute le Critique , ouje
me trompefort , ou elle n'ajamais tenté aucun Écrivain
de l'antiquité. Je conſens qu'on n'aime pas le
brouet noir, qu'on prononce que c'étoit un mauvais
ragoût , même ſans en avoir goûté en ſortant de
l'Eurotas * ; je veux bien qu'un père tendre frémiſſe
à l'idée de voir ſon fils fouetté juſqu'au ſang
devant la ſtatue de Diane; mais ſi quelque chofe
m'a jamais étonné , c'eſt d'entendre dire que la
patrie de Callicratidas , de Léonidas & des Héros
desThermopiles ne méritoit pas un Hiſtorien. Quel
que foit le genre de ſon talent, quel ſujet plus digne
de tout le gérie d'un Ecrivain ? L'Hiftorien a-t- il
un peu de philoſophie ? It peut déſapprouver les
inftitutions de Lycurgue , mais où trouvera- t- il un
plus grand phénomène politique , un exemple plus
encourageant dela puiſſance des loix &del'éducation,
que l'exemple d'un Peuple entier qui , pendant cinq
ou fix cent ans, ne fent, ne penſe & n'agit que
comme il a plû à un ſeul homme ? L'Hiftorien a t il
de l'imagination , cherche-til des moeurs fingulières
& pittoreſques ? Quel ſujet plus intéreſlant
pour ſes pinceaux que le tableau d'un Peuple où la
vérité hiſtorique a tous les charmes du merveilleux ;
où rien ne reſſemble àce qui s'eſt vû ailleurs dans
*On fait qu'un Roi du Pont entendant vanter beaucouple
brovet noir, voulut en goûter , fit venir un Cuisinier
de Sparte méme , & trouva le ragoût fort mauvais. Prince ,
lui dit le Cuiſinier , pour le trouver bon il faudroit avoir
traversé l'Eurotas à la nage. Ce Cuisinier parloit cominc
Licurgue.
Kij
220 MERCURE
l'Univers ; où l'on voit d'autres vertus & d'autres
vices que ceux de l'humanité , d'où les prodiges des
Arts font bannis , mais où les hommes façonnés
fans ceſſe par les loix , font eux-mêmes de bien
plus grands prodiges ; où la vie ſociale eſt un enchaînement
continuel de ſpectacles une ſuite de fêtes
auſtères tout enſemble & voluptueuses , dans lefquelies
de jeunes Vierges danſent toutes nues aux
yeux des jeunes gens , tandis que les vieillards aufli
puiſſans , auſſi ſaints que les loix , font offerts aux
regards de la patrie comme les ſtatues des Dieux.
Dans les Hommes illuftres de Plutarque, eft il beaucoup
de vies plus fécon des en événemens héroïques ,
en mots fublimes , en grands caractères que celles
des eing Spartiates qu'on y trouve , de Lycurgue ,
de Léandre , d'Agéfilas , d'Agis & de Cléomène ? Je
ne remarque point la petite contradiction de ſe
plaindre de ce qu'aucun Hiſtorien Grec n'a écrit
' Hiftoire de Sparte , & d'affurer le moment d'après
que cette Hiftoire ne pouvoit tenter aucun Ecrivain.
Iln'y a , dit- il , que les Orateurs d' Athènes qui ,
pour faire des Sermons aux Athéniens , ayent beaucoup
toué les Spartiates.
Il eſt facheux que cette affertion tranchante &
cette connoiffance fi intime des intentions les plus
fecrettes des Orateurs d'Athènes, foient démenties par
tous les faits de l'antiquité. Platon & Xénophon
n'étoient pas des Orateurs , c'étoient des Philofophes,
diſciples tous les deux du plus ſage des hommes,
de Socrate. Lorſque le premier voulut tracer le
tableau idéal d'une République parfaite , il ſuivit pas
à pas les inſtitutions de Lacédémone , & l'imagination
de Platon ne put aller au- delà de ce qu'avoit
exécuté Lycurgue. Platon , qui devoit être un affez
bon juge de goût , d'eſprit & d'éloquence , admiroit
l'éloquence , l'eſprit & le goût des Sparriates.
Xénophon , eſtimé de tous les ſiècles pour la
DEE FRANCE. 225
ſageſſe de ſon eſprit autant que pour l'élégance de fon
talent , Xénophon né dans Athènes , devint citoyen
de Sparte par ſon admiration pour les loix de cette
Ville; & lorſque parmi'tant de Philoſophes qui faifoient
leur roman de législation, il voulut auſſi tranf
mettre à la poſtérité un modèle d'inſtitutions ſociales,
il n'en chercha point dans ſon génie , il ne fit que
recueillir celles de Lycurgue. Les Lacédémoniens
avoient pour leurs loix & pour eux - mêmes une
haute eſtime qu'ils témoignoient à chaque inſtant
par des mots piquans & énergiques. Sparte étoit
louée à Sparte comme dans Athènes ; en un mot ,
Orateurs , Poëtes , Hiftoriens , Philoſophes , Rois
& Peuples , tout chez les Anciens admiroit les
Spartiates & leurs loix , & l'antiquité entière retentic
encore de leurs éloges .
Pour l'Auteur de la Brochure, il ne voit en eux
que des Moines armés.
Le premier qui a dit ce mot étoit certainement
un homme d'eſprit ; mais il y a dix ans qu'on le
répète , & il y a dix ans qu'il n'y a plus d'eſprit à le
répéter. Si d'après ce que je viens de dire de Sparte
&de fon Légiflateur , on voyoit en moi un de ces
enthouſiaſtes de Lycurgue qui propotent férieuſement
ſes inſtitutions aux Peuples actuels de l'Europe
, on comprendroit mal mes 'opinions. Mon
coeur n'a jamais pu donner ſon affentiment à des
loix qui détruiſoient l'homme preſque tout entier
pour former le citoyen ; qui étouftoient la piécé
filiale dans les enfans , & , ce qu'on croiroit,impoffible
, la tendreſſe maternelle dans le coeur des
femmes ; je n'aurois pas voulu vivre dans un pays
où je n'aurois jamais connu le ſouvenir que je conſerve
de l'auteur de mes jours ; où je n'aurois
vû la beauté que dépouillée de la pudeur , fon
-plus doux charme & ſon plus grand empire ; d'où
l'amour étoit banni comme les tyrans , où le plaifir
Kiij
222 MERCURE
n'étoit que le plaiſir : d'ailleurs tout eſt changé dans
legenre humain depuis tant de ſiècles , & celui qui
eſt digne d'admirer le génie de Lycurgue , doit femir
que les Peuples doivent être menés par un autre
génie.
L'Autzur du Supplément ne traite pas les Hiſtoriens
anciens avec plus d'indulgence que l'Histoire
de l'antiquité. Tite- Live lui paroît bien avoir quelque
talent, mais il lui reproche les omiſſions les plus
graves,&dreſſe ſur la conſtitution de Rome une
liſte de queſtions auxquelles il prétend que cet Hiftorien
ne répond jamais. Ces queſtions , que l'Auteur
ajugées ſans doute très-profondes , font au
moins très - curicuſes .
Demandez- lui comment deux Confuls peuvent
gérer les affaires d'une auffi grande République ?
Quand on a lù Tite-Live, on ne s'aviſe point de
Jui faire une pareille demande , parce qu'on a va
dans Tite Live même,& preſque à chaque page, que
les Confuls ne géroient pas toutes les affaires de la
République. Le Corps entier du Sénat, qui étoit une
eſpèce de Ministère perpétuel , les Ediles, les Prêseurs
, les Chevaliers ,lesCenſeurs en géroient beaucoup
plus encore que les Confuls.
Comment des Magistrats, amovibles & changés
tous les ans avoient aſſez d'inſtruction & d'expérience
pour traiter tout d'un coup d'auffi grandes affaires ?
Celui qui a lů Tite- Live ne peut pas lui faire
cette queftion , parse qu'il y a vû preſque à chaque
ligne que les Confuls ne traitoient pas ces grandes
affaires tout d'un coup ; que Sénateurs avant d'être
Confuls,ils les avoient vu traiter , qu'ils les avoient
traitées eux mêmes dans le Sénat; que portés ſucceffivement
à toutes les charges avant d'être él vés
au Confulat , ils avaient étudié les affaires de la République
dans les fonctions d'Edile , de Pontife , de
Préteur.
DE FRANCE. 223
Comment la jalousie du Succeſſeur détruisant fouvent
ce qu'avoit fait le Prédéceſſeur , Rome cependant
réuffit dans toutesses entrepriſes comme fi elle
avoit été gouvernée par des Rois ?
Lorſqu'on a lû Tite-Live, on ne l'interroge pas
de cette étrange manière , parce qu'on y voit à
chaque inſtant que les Confuls n'étoient que les
exécuteurs des deſſeins du Peuple & du Sénat , &
que les deffeins da Peuple&du Sénat , dont on a
remarqué l'opiniâtreté &la permanence , ne changeoient
pas tous les ans comme les Confuls.
Après avoir embarraſfé , comme on voit , Tite-
Live par ces ſavantes queſtions , l'Auteur de la Brochure
paffe à Tacite , qui ne fatisfait pas non plus
fa curiosité. Il lui demande donc pourquoi le Peuple
s'affligea de la mort de Néron. Tacite répond parce
que le Peuple étoit habitué aux jeux du cirque. Ce
n'est pas là une raiſon , dit la Brochure , qui faffe
regretter un Maitre féroce , un Printe fanguinaire ,
un fils parricide. Cette raiſon n'est pas digne de
Tacite.
UnEmpereur qui prodiguoit les richeſſes de l'Empire
dans les jeux du cirque , qui multiplioit ſine
gulièrement ces jeux , qui s'y donnoit lui-même en
ſpectacle & fervoit de ſa perſonne aux plaiſirs de la
multitude , devoit être regretté par un Peuple affez
avili pour n'exiger plus de ſes Maîtres que du pain
& les jeux du cirque (panem & circenfes. ) Qu'importoit
à cette populace lâche & féroce , que Néron
fut un fils parricide ? Néron étoit un bon cocher.
Étrangère aux révolutions du Palais , que lui importoit
que le ſang des Princes , des Sénateurs &
des Citoyens y coulât ſans ceſſe, pourvu qu'il vit
couler dans le cirque le fang des tigres , des léopards
& des gladiateurs ? Cette raiſon eſt digne de
Tacite; car c'eſt le trait le plus profond par lequel
on aitjamais peint l'aviliſſement d'un Peuple eſclave.
Κιν
224 MERCURE
L'Auteur qui veut louer Tacite , dit qu'il eſt moralifte,
éloquent , & qu'ilfait pâlir le Lecteur.
Pourquoi un honnête homme pâliroit- il en lifant
les Annales ? Pourquoi celui qui ne craint pas fa
confcience craindroit- il Tacite ? Je conçois que ſon
nom ſeul devoic faire trembler Borgia , Louis XI &
Ferdinand le Catholique ; mais l'homme de bien
qui vit dans des Sociétés , où il voit des loix foibles
&des hommes tour puiſſans, ſe raffure& ſe conſole
en lifant Tacite , comme en fongeant à cette justice
éternelle à laquelle les tyrans ne peuvent échapper.
Lorſqu'à la table des matières de cette Brochure ,
on lit de Tacite , on court vite aux pages indiquées ;
on s'attend à quelques unes au moins de cette foule
d'obſervations de goût & de morale que ce nom
ſeul doit faire naître. Qu'est ce qu'on y trouve ?
Que Tacite étoit un Moraliſte éloquent & profond ,
&qu'il a donné une mauvaiſe raiſon de l'amour du
Peuple Romain pour Néron ; pas autre choſe. On
m'aſſure que parmi les Juges de notre Littérature , il
en eft qui , dans les ſujets les plus abondans , approuvent
& louent cette eſpèce de brièveté : cela va
vite , diſent- ils ; cela est court ; il eſt vrai ; mais il
feroit encore plus court de ne rien dire du tour , &
ce ſeroit à peu-près la même choſe. Sans être ni
Juge ni Prophête , on peut prédire peut- être que ces
jugemens , qui annoncent des eſprits uſés& fatigués ,
annoncent auffi que nous n'aurons plus bientôt de
talens féconds & créateurs .
Velleïus Paterculus , on ne fait pourquoi , a trouvé
grâce aux yeux du Cenſeur de Tacite & de Tite-
Live; c'eſt peut être parce que M. l'Abbé de Mably
en parle avec affez de mépris. Quoi qu'il en ſoit , il
entreprend de justifier , de pallier au moins la bafſeſſe
de cetHiſtorien, qui a déshonoré fon talent par
des éloges prodigués à Séjan & à Tibère ; & fa raifon
, c'eſt que Paterculus étoit un Soldat , & qu'un
:
DE FRANCE. 225
Soldat devoir admirer Tibère , qui avoit fait la
guerre avec ſuccès contre les Germains. C'eſt bien
pour le coup qu'il faut dire : Ce n'est pas la une
raifon . Il s'en faut bien que tous les Soldats ayent eu
la même admiration pour Tibère ; avant même que
ce monſtre ait commis aucun crime , les légions de
la Pannonie ſe révoltent , & celles de la Germanie
veulent donner l'Empire à Germanicus. Un Hiftoriende
ce mérite d'ailleurs pouvoit- il juger avec des
préventions qui n'auroient été excufables que dans
un obfcur Légionnaire Paterculus n'eſt pas ſeulement
un bel eſprit, comme le prétend M. l'Abbé de
Mably , il obſerve & peint les hommes en Philofo
phe. Il diffère beaucoup de ces Hiftoriens , qui ne
voientdans chaque caractère qu'une ſeule paſſion ,
une ſeule vertu ou un ſeul vice , parce que cela eft
plutôt vũ & plutôt peint. Ce qui le diftingue particulièrement
, c'eſt l'art de démêler avec eſprit ,
mais fans affectation ces traits oppolés ces
nuances indéciſes qui compoſent ſouvent les vrais
portraits des hommes. J'en trouverois pluſieurs
exemples dans ce petit volume de Paterculus fi tronqué,
ſi mutilé par le temps ; je prie feulement les
Amateurs de la Littérature ancienne de jeter les yeux
ſur le portrait de Pompée. On est d'abord tenté de
croire que l'Hiftorien abuſe de ſon efprit pour trouver
des traits fins & déliés ; après y avoir bien ré
fléchi , on voit que c'eſt le réfultat le plus vrai & le
plus profond de la vie entière de Pompée. Eſt ce
donc un eſprit de ce genre qui eût pu confondre de
bonne- foi les talens d'un Général d'Armée & les
vertus d'an Souverain ? Séjan eſt loué par Velleius
autant que Tibère , & je ne ſache pas que la gloire
d'aucun triomphe ait couvert les vices infâmes de
Séjan. La vérité eſt que ce lâche Écrivain , qui péric
avec Séjan , avoit vendu ſon eſprit à la fortune de ce
Miniftre.
, ,
K
226 MERCURE
Je me ſuis arrêté ſur cet objet , parce qu'il me
paroît dangereux , en général , d'affoiblir l'autorité
de l'Histoire , & qu'il faut fur-tout qu'elle flétrifle
ceux qui ont voulu la rendre elle-même l'organe de
la flatterie& du menſonge.
M. l'Abbé de Mably loue ſouvent les moeurs des
premiers Romains. Ces éloges des vertus anciennes
fatiguent le Cenſeur , qui admire apparemment la
pureté des moeurs du ſiècle ; & pour prouver que
Rome a toujours été corrompue , il cire l'enlèvement
de quelques filles publiques , qui fut la cauſe de
l'élection du premier Dictateur ; l'uſure des Patriciens
qui força le peuple à quitter Rome , & amena
l'inſtitution des Tribuns ; l'Hiſtoire de Virginie , qui
délivra la République de la tyrannie des Décemvirs;
celle de Papirius , qui produifit des changemens
confidérables dans le Code des Loix Civries . L'Auteur
n'a pas ſoupçonné que chez un peuple dont les
mcurs font corrompues , on laiſſe les víces & les
crimes un peu plus tranquilles; par un malheur affez
fingulier , il n'a pas rencontré un fait qui n'ait produit
une grande révolution. Quelqu'un a fort bien
remarqué qu'il ne manquoit à cette lifte que l'Hif
toire de Lucrèce , pour démontrer que le viol n'avoit
rien qui indignât les Romains. Remarquez tous ces
faits , ajoute cependant le Cenſeur de M. l'Abbé de
Mably, & vous verrez s'il y a quelque vérité dans
ces paroles del'Abbé. « Après la destruction de Car-
>> thage , la République n'étant plus contenue par
>>>une Puiſſance rivale , ce ne fur pas peu-à-peu ,
>> mais precipitamment que les vices ſuccéderent
>> aux vertus. » Son triomphe paroît fi complet au
Cenſeur , qu'il veut le chanter , pour ainſi dire ; &
dans une difcatſion ſur les bonnes moeurs , il s'écrie
avec un vers de la Pucelle :
Puis, ficz -vous à Meſſieurs les Savans.
DE FRANCE 227
Je ſuis fâché de le troubler un peu dans la joie de ſa
victoire , en lui apprenant que ces paroles ne font ni
de l' Abbé , ni de M. le Savant. Elles ſont la tradu :-
tion littérale du commencement du ſecond Livre de
ce Velleius Paterculus , dont lui - même a pris ſi généreuſement
la défenſe.
Puis , fiez -vous à Meſſieurs les Savans .
Ce n'eſt pas le ſeul exemple où l'érudition du
Cenſeur ſe trouve en défaut. Il dit , page 85 :
פכ
•L'Abbé de Mably s'emporte beaucoup contre
le Père d'Orléans , qui , dans ſes révolutions d'An-
>> gleterre , ne l'entretient pas aſſez de la grande
Chartre ; & il ne blâme pas l'Abbé de Vertot ,
qui , dans ſes révolutions Romaines , parle bien
>>>moins encore de la Loi des douze Tables , cette
> grande Chartre des Romains , ce fondement de
>> toutes leurs Loix . "
D'abord l'Abbé de Mably reproche formellement
à l'Abbé de Vertot de n'avoir point du tout parlé des
affaires & des Loix de la République Romaine ; en
ſecond lieu , il n'y a rien de commun entre la grande
Chartre des Anglois , fur laquelle repoſent leur
liberté & leur conſtitution , & la Loi des Douze
Tables , qui n'eſt pas une grande Chartre , dont la
publication faillit à être fi funeſte à la conftitution
& à la liberté Romaine , & qui n'est qu'un Recueil
de Loix civiles , preſque toutes bientôt abolies par
les Édits des Prêteurs.
LesModernes font mieux appréciés que les Anciens
dans ce Supplément , & l'Auteur paroît les
connoître mieux , ce qui eſt en effet plus facile. 11
défend avec avantage Voltaire , dont le génie a fait
une révolution dans l'Hiſtoire , comme ſur le Théâue
, comme dans tous les genres il loue avec connoiffance
M. Robertfon , M. Gibbon , M. l'Abbé
Reynal, M. de Buffon, qui, ſeal Hiſtorien de la Na.
Kvj
228 MERCURE
1
ture , entre tous ces grands Hiſtoriens des Empires,
Fobſerve avec la Philofophie des Modernes , & la
décrit , la peint avec les couleurs des Anciens. Cependant
lors même que M. l'Abbé de Mably a tort,
l'envie de le contrarier en tout , fait que fon Cenſeur
a tort encore avec lui .
M. l'Abbé de Mably a reproché à Voltaire d'avoir
tranſporté dans l'Hiſtoire les plaiſanteries de la Comédie
& du Roman , d'avoir fait rire ſur les maux
de l'humanité.
Je n'examine point ſi le principe qui bannit le ridicule
de l'Hiſtoire est bon , ni fi le reproche fait à
Voltaire est fondé.
Mais l'Auteur du Supplément cite à ce ſujet une
Épigramme d'Ariftophane ſur les cauſes de la guerre
du Péloponnèſe ; & en bonne logique , une épigramme
d'Aristophane , qui étoit un farceur , не
prouve rien ſur le ſtyle & le ton qui conviennent à
toHiftorien.
Il cite encore l'exemple du Préſident de Thou
qui raconte que le jour même de la S. Barthélemi
les Femmes de la Cour fortirent du Louvre , & allèrent
au travers des cadavres entaſſés dans les rues ,
vifiter le corps du Baron de Pont , & examiner s'il
coit impuiſſant; mais le grave Préſident de Thou
ne plaiſante pas ſur la curiofité de ces Dames. Les
faits de cette nature , dans une Hiſtoire qui conferve
la gravité du genre , doivent faire horreur , & ne
doivent pas faire rire. Tacite en raconte ſouvent de
la même eſpèce; & on ne trouveroit pas , je crois
une ſeule plaiſanterie dans Tacite.
Voltaire a tant de choſes admirables , qu'on eſt
fans excuſe lorſqu'on emploie de petits fophifmes
pour défendre un fi grand Homme.
Il eſt avili beaucoup queſtion dans le Supplément,
de l'Hiftoire de Louis XI , par Monteſquier ,
qui fut jetée au feu par une mépriſe cruelle,&de
DE FRANCE.
229
bien
celle de Duclos , qu'on ne lit guères plus que fi elie
avoit été brûlée. L'Auteur paroit mettre ces deux
Philoſophes à peu- près au même rang ; ( deux des
Philoſophes qui ont le mieux ſervi l'humanité ) s'il
convientque Montesquieu étoit un penſeur plus pro
fond , pour rétablir la balance , il ajoute que Duclos
avoit un caractère plus ferme ; il ne témoigne que
peu de regrets fur la perte de l'Ouvrage deMontefquieu,
&trouve celui de Ductos bien penfé&
écrit. Erudimini , qui judicatis terram. Voilà des jugemens
qui auroient ſeuls exigé un Supplément à la
manière d'écrire l'Histoire ; car , à coup sûr , perfonne
n'étoit en état d'y ſuppléer. On peut être furpris
pourtant de voir affimiler les ſervices que
Montesquieu & Duclos ont rendus à l'humanité.
Quant aux Ouvrages qu'ils ont écrits ſur le même
fujer , les Gens de Lettres regrettent l'Hiftoire de
Louis XI , par Monteſquien , comme on regrette
ces Livres de Tite - Live & de Tacite , perdus
dans les ruines de l'antiquité; & je n'ai jamais vû
perſonne qui en eût été conſolé par cette Hiſtoire de
Duclos , qu'on nous aſſure aujourd'hui être bien
pensée& bien écrite. J'ignore comment une Hiſtoire ,
qui devoit faire naître naturellement tous les grands
principes de la morale des États & du Citoyen , eft
bienpensée lorſqu'elle n'offre que des moralités triviales;
& comment eſt elle bien écrite lorſque ,
également dépourvue de couleur , de nobleſſe &
d'harmonie , elle est d'un bout à l'autre dans ce ſtyle
àcourtes phrafes , qui n'est pas proprement un ſtyle ,
& qui , convenable tout au plus aux anecdotes des
foyers,doitpar cela même dégrader toute la majesté de
P'Histoire. C'eſt un tifft dépigrammes ; & un Hiftorien
ne punit pas les tyrans par des épigrammes ,
mais en dévoilant oute leur âme.
On ne reprochera pas de même à l'Auteur du Supplément
d'avoir beaucoup admiré l'Hiſtoire de M.
210 MERCURE
Gibbon; on peut lui reprocher, pourtant d'avoir
beaucoup exagéré cette admiration. Ce n'eſt pas que
le mérite de l'Ouvrage ſoit diminué à mes yeux par
lepeu de ſuccès qu'il a eu parmi nous , quoique tra
duit par M. de Sept-Chênes avec beaucoup d'exactitude&
d'élégance. Jamais la Philofophie n'a mieux
rafſemblé peut-être les lumières que l'érudition peut
donner ſur les temps anciens , & ne les a diſpoſéesdans
un ordre plus heureux & plus facile. Mais on
devoit remarquer , pour être juſte , que M. de Gibbon
, qui s'eſt laiſſé féduire par la grandeur de l'Empire
Romain , par le nombre de ſes légions , par la
magnificence de ſes chemins & de ſes Cité's , a tracé
un tableau faux de la félicité de cet Empire, qui
éc âſoit le monde, & ne le rendoit pas heureux. Que
ce tableau même , il l'a pris dans Gravina , au Livre
de Imperio Romano.Gravina étoit excufable , parce
qu'il étoit égaré par une de ces grandes idées dont
le génie fur- tout eſt ſi facilement la duppe: comme
Léïbnitz , il étoit occupé du projet d'un Empire unique
, formé de la réunion de tous les Peuples_de
l'Europe , ſous les mêmes Loix & la même Puiſſance
Souveraine ; & il cherchoit un exemple de cette Monarchie
univerſelle dans ce qu'avoit été l'Empire Romain
deruis Auguſte.M. deGibbonn'avoit point cette
idée il écrivoit une Hiftoire & ne faifoit point un
ſyſteme. On devoit lur reprocher encore l'eſprit général
de fon Ouvrage , ou fe montre à chaque inf
tant l'amour & l'eſtime des richeffes , le goût des
voluptés ,& l'ignorance des vraies paſſions de l'homme;
l'incrédulité ſur-tout pour les vertus Républicaines.
J'énonce ici mon opinion for cet Écrivain
Anglois avec la franchiſe qu'autoriſent les morurs
&les Loix de ſon pays; je parle dans le Mercure de
France comme j'aurois le droit de parler dans le
Morning Poft ou le Review Critic. En parcourant
'Hiſtoire du Bas-Empire de M. Gibbon, on pou
DE FRANCE. 231
voit deviner que fi l'Auteur ſe montreitjamais dans
les affaires publiques de la Grande-Bretagne , on le
verroit , prêtant ſa plume aux Miniſtres , combattant
fes droits des Américains à l'Indépendance , &
faiſant un crime à un jeune Monarque de l'appui
généreux qu'il a prété à des hommes libres qu'on
vouloit affervir. C'eſt en effet le rôle que M. Gibbon
a joué en Angleterre. Auſſi je n'ai jamais pu lire
fon Livre fans être étonné qu'il fût écrit en Anglois.
A chaque inſtant , à peu près comme Marcel ,
j'étois tenté de m'adreſſer à M. Gibbon , & de lui
dire : vous , un Anglois ! non , vous ne l'êtes point.
Cette admiration pour un Empire de plus de deux
cent millions d'hommes , où il n'y a pas un ſeul
homme qui ait le droit de ſe dire libre ; cette philoſophie
effeminée , qui donne plus d'éloges au luxe
&aux plaiſirs qu'aux vertus , ce ſtyle toujours élégant
, & jamais énergique , annoncent tout au plus
l'eſclave d'un Électeur d'Hanovre.
L'Auteur du Supplément , comme vous voyez ,
Monfieur , n'a preſque jaunais raiſon contre M.
l'Abbé de Mably, qui , pourtant , a très-ſouvent
tort: cela est malheureux; mais ce qui eſt inexcufable,
c'eſt le ton qu'il a pris avec un Écrivain dont
il devoir eftimer les Ouvrages & reſpecter les prin.
cipes , dont l'âge ſeul impofoit des égards & des
ménagemens. C'eſt à chaque inſtant l'Abbé , M.
l'Abbé; on ne traiteroit pas autrement un petit
Abbéqui , forrant du Séminaire ou du Collége, croiroit
y avoir acquis le droit de régenter le monde. Si M.
l'Abbé de Mably a traité avec autant de ſuffifance
& de mépris M. de Gibbon , & même Voltaire ,
ce n'étoit pas une raiſon de l'imiter en le blamant.
Des torts de ce genre ne peuvent être excuſés par
le mérite réelde pluſieurs morceaux du Supplément à
la manière d'écrire l'Histoire, j'en ai indiqué quelques-
uns comme la défenſe & l'éloge des Hiftoriens
222 MERCURE
Modernes. Un morceau ſur les ſyſtêines oppofé
qu'ont fait naitre les origines de notre Monarchie ,
&un autre fur le fanatiſme, valent mieux encore;
quoiqu'il ne ſoit pas vrai que le fanatiſme ait fait
autant de mal aux Peuples que les mauvaiſes moeurs
&les mauvais Gouvernemens. On voit que l'Auteur
aime l'étude , qu'il eft capable de méditation , qu'il a
réfléchi fur l'artd'écrire ; & que le bien&le mal qu'on
fait aux hommes , ne laiſſent pas ſonâme indifférente.
Mais pour obtenir ce titre de Philoſophe qui lui
paroît fi beau , il ne faut pas entrer dans une ſecte ,
parce que toute ſecte rétrécit les idées & étend les
paffions , ce qui n'eſt pas du tour philofophique ; il
ne faut pas fe contenter des premières vües qui ſe
préſentent ſur un ſujet , mais en chercher de neuves ,
d'étendues & de profondes , au riſque de fatiguer
les eſprits parefleux , & de paroître obſcur à ceux
qui ne comprennent rien de ce qui va un peu au-delà
de leurs conceptions; il faut oſer donner l'effor à
fon âme & à fon talent , fans ſonger jamais aux jugemens
de ces Hommes de Lettres qui ont eu quelque
talent autrefois ; mais qui , ayant paffé l'âge où
l'on peut ajouter à ſa réputation , ne jettent que des
yeux inquiens ſur les réputations qui peuvent croître
tous les jours , ne protègent que les Écrivains qui
montrent peu d'ambition , & ne loueat que les qualités
avec leſquelles on leur refte inférieur. Il faut ſe
créer ſon ſtyle comme ſes idées , & ne pas croire que
la perfection de l'art d'écrire confifte dans cette
élégance commune qui fait le charme des eſprits médiocres
, & devenue fi facile dans une langue caltivée
depuis deux fiècles par le génie & par le goût ;
on doit ſe garder ſur- tout de penfer que le plus grand
mérite, le mérite le plus difficile , ſoit d'aller vite&
d'étre rapide; principe qui n'est vrai qu'en partie dans
les Ouvrages même d'imagination , & qui a produit
en Philofophie des Ouvrages qui font pitié , quoique
DE FRANCE
233
vantés quelquefois par des ſectes . L'eſſentiel n'eſt
pas qu'un Livre ſoit bientôt lû , mais qu'il ſoit lû
avec intérêt.C'eſt un voyage dont le but eſt de trouver
un grand nombre de beautés dans la route , &
non pas d'arriver promptement au terme. Mortefquieu
, quoique précis & court , n'est jamais rapide ;
ſon expreffion vous arrête , pour ainſi dire , ſur chaque
phrafe , pour vous laiſſer le temps d'en pénétrer
les profondeurs ; c'eſt lorſqu'il développe avec le
plus d'étendue ſes penſées & ſes ſentimens , que
Roufleau répand le plus d'énergie & le plus de charme
ſur ſon éloquence ; les derniers Ouvrages de M.
Thomas ne font pas courts , mais c'eſt la richeffe
de l'eſprit& des connciſſances , c'eſt la multitude des
beautés qui en fait l'étendue. Quelle puérile prétention
dans un Écrivain,que celle de parcourir rapidement une
multitude de choles fans en approfondir aucune , de
les paffer , pour ainſi dire , au lieu de les traiter !
Cet efprit léger & mobile , diſoit un Écrivain qui a
aurant de charme que de profondeur : Cet efprit
qu'ils croientfi aimable , eſt ſans doute bien éloigné
de la Nature , qui ſe plaît à se repoferfur lessujets
qu'elle embellit , & trouve la variété dans la fécon
ditédeses lumières bien plus que dans la diverfité de
fes objets.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c .
AF. aux R.,près la Foſſe à Bazin ,
*
234 MERCURE
ANNONCES ET NOTICE S.
D
ISCOURS fur l'Homme Public , prononcé aut
Etuts de Languedoc en 1783 , par M. l'Abbé
Cayre deMirabel. A Touloute , chez D. Deſclafſan
, Imprimeur.
Après avoir établi que le pouvoir vient de Dieu ,
Orateur diviſe ſon Difcours en deux Parties :
qualités de l'Homme Public , devoirs de l'Homme
Public: ne rien ignorer de ce qui est relatif à ſes
fonctions , ſavoir ſe gouverner foi même , être intègre
, ferme , laborieux forme le ſujet de ſa première
Partie ; craindre Dieu , honorer le Roi , aimer
ſes frères,formele ſujet de la ſeconde. M. l'Abbé de
Mirabel a mis de la fimplicité dans fon Difcours ; il
a amené affez adroitement l'é oge des Membres des
Etats devant qui il parloit , & il a rempli cette tâche
que l'uſage lui impoſoir,en ne donnant à chacun de
cesMembresque les éloges qu'il méritoit.
MORALE de Mahomet , ou Recueil des plus
pures maximes du Coran , in- 12. Prix , papier ordinaire
, 2 liv . 8 ſols, papier d'Annonay, 4 liv. On
en a tiré quelques Exemplaires ſur velin, dont le
prix eſt de 96 livres , par M. Savary. A Conſtantinople;&
ſe trouve à Paris , chez Lamy , Libraire ,
quai des Auguſtins.
L'Auteur avertit qu'on ne trouvera dans cet
Abrégé que des penſées propres à élever l'âme , & à
rappeler à l'homme ſes devoirs envers la Divinité ,
envers foi-même & envers ſes ſemblables. On ne
peut qu'être de ſon avis en le lifant, & l'on doit lui
DE FRANCE. 135
favoirgré d'avoir fupprimé tout ce qui reſpire l'efreur
ou peut inſpirer l'intolérance. On defireroit que
lamorale que renferme ſon Livre fût pour nous un
peumoins commune. Voici une des maximes dont la
tournure eſt la plus ſaillante : « Ne marchez point
>> orgueilleuſement ſur la terre ; vous ne pouvez
> ni la partager en deux , ni égaler la hauteur des
montagnes. »
RECUEIL amusant de Voyages en vers & en
profefaits pardifférens Auteurs , auquel on a joint
un choix des Epitres , Contes & Fables moraux qui
ont rapport aux Voyages. Tomes Ill & IV. A
Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire, rue du tardinet.
Nous avons annoncé les deux premiers Volume
de ce charmant Recueil. Ces deux derniers méritent
les mêmes éloges. On y trouve des Réfle
xions de J. J. fur les Voyages ; un Voyage de Rutilius
Numatien, Gaulois ae naiffence , traduit du
latin par M. le Franc de Pompignan ; la Lettre d
Stanislas , Roi de Pologne , fur fon départ d
Danizic, deux Lettres de Ganganelli fur l'Italie
&des Réflexionssur la Vie religieuse ; un Extrai
des Lettresfur la montagne , de J. J.; la Relation
du Voyage deMmeGodin par le Fleuve des Ama
zones; le Voyage de Laponie , par Regnard ; une
Lettre critique sur le Voyage de M. Smolett en
France; des Obfervations du Marquis de Pefai;
la néceſſité des Voyages pour l'Homme public ; un
Abrégé du Voyage de Brydonne ; le Précis HistoriquefurMenzicoff,
que M. de la Harpe a mis à la
tête de ſa Tragédie de ce nom ; un Précis Hiftoriquefur
Christophe Colomb , par M. le Chevalier
de Langeac; la Conversation du Père Canaye , par
Saint Evremont, & les Voyages de Scarmentado ,
avec le Voyage au Ciel, par Voltaire. Nommer
tous ces morceaux , c'eſt nous diſpenſer d'en faire
236 MERCURE
l'éloge , & c'eſt avoir fait celui de l'Editeur de ce
Recueil , M. Couret de Villeneuve.
LES Flamands en belle humeur & la Faiſeuse de
Galette, deux Eſtampes faiſant pendans , gravées
en couleur par J. D. Morrct , d'après an Frvacch.
Prix , I liv. 16 ſols les deux. A Paris , chez Morret,
Graveur, rue des Deux- Portes- Saint-Sauveur , maifon
de M. le Lièvre , nº . 18 .
L'Auteur prépare une ſuite à ces deux Gravures.
LES premier , deuxième & troisième Volumes
in - 89 . de la nouvelle Hiſtoire du Berry , par M.
Pallet , Avocat en Parlement , de la Société Royale
de Phyſique , d'Hiſtoire Naturelle & des Arts d'Orléans
, font actuellement en vente au prix de 1s liv.
brochés. A Paris , chez Monory , Libraire , rue de
la Comédie Françoiſe; Legras, Libraire , quai de
Conti , en face du Pont-Neuf, & Leſclapart , Libraire
de MONSIEUR , Pont Notre-Dame; à Orléans
, chez Couret de Villeneuve , Imprimeur du
Roi ; à Bourges , chez l'Auteur , & chez J. B. Prevoſt
, Libraire , Place des Carmes , & chez tous les
Libraires des Provinces .
NOUVELLES Conſidérations ſur l'Ufure & le
Prêt à intérêt. A Bordeaux , chez Gintrac , Libraire
, rue Saint Pierre. De l'Imprimerie de Pierre
Beaume , Imprimeur- Libraire , à Niſmes .
L'Auteur de cette Brochure propoſe fort modeftement
fon opinion ſur l'intérêt de l'argent qu'il
juftifie , avec des modifications.
RAPPORT fait à l'Académie des Sciences ,
Belles- Lettres & Arts de Lyon fur l'Expérience de
Aréostat faite le 19 Janvier 1784 , in 4° . A
DE FRANCE.
237
Paris , chez Delalain le jeune , Libraire , rue Saint
Jacques.
On a joint à ce Rapport une Differtation faite
par quelques Académiciens ſur le Fluide , principe
de l'afcenfion des Machines Aéroſtatiques développées
par l'action du feu.
ESSAI fur le Traitement des Dartres , par M.
Bertrand de la Grefie , Docteur en Médecine & en
Chirurgie de la Faculté de Montpellier , Correfpondant
de la Société Royale de Médecine de Paris , &
de la Société Royale des Sciences de Montpellier ,
&c. in - 12. Prix, 2 livres broché. A Paris , chez
P. Fr. Didot le jeune , Imprimeur-Libraire , quai
des Auguſtins , & Méquigron l'aîné , Libraire, rue
des Cordeliers.
L'Auteur oppoſe ſur-tout à cette maladie l'extrait
dela douce - amère , dont il démontre l'efficacité par
diverſes obſervations .
:
RECHERCHES & Observations fur les Loix
féodales,fur les anciennes conditions des habitans
des Villes , & de leurs poffefſſions & leurs droits , par
M. Doyen , Avocat , in- 8 ° . de 396 pages. Prix ,
4 liv. broché , & s liv . relié .
Rien de fi connu que l'expreffion de féodalité;
rien de plus obfcur que l'origine & l'hiſtoire des
loix féodales , & l'on doit ſavoir gré à l'Auteur des
recherches qu'il a faites pour porter la lumière dans
cette partie importante de notre Hiftoire.
ESSAI fur la Minéralogie des Monts - Pyrénées,
in-4 °. A Paris , chez Didot jeune , Imprimeur-
Libraire , quai des Auguftins.
Cet Ouvrage est très - important par fon objet , &
près- eſtimable par la manière dont il eſt rédigé.
238 MERCURE
MÉMOIRES de M. de Berval, in-12. A
Paris , chez Volland , Libraire , quai des Auguſtins.
Ce Roman ne préſente ni événement ni caractère.
Il n'eſt point de Particulier qui , en écrivant ſa
vie privée , n'eût à offrir un tableau plus intéreſſant.
On annonce dans les premières pages des Perfonnages
qui paroiſſent devoir jouer un rôle , & dont il
n'eſt plus queſtion ; & l'on en voit arriver à la fin de
nouveaux , dont la préſence ne produit rien. Style
commun. L'Héroïne du Roman , Mile de Serville ,
aimoit les animaux , parce qu'ils nous reſſemblent ,
dit l'Auteur , quoique d'une manière imparfaite ;
elle avoit adouci la férocité du chat , dont les
égratignures même , ajoute l'Auteur , m'auroient
fait plaifir.
PROJET fur l'établiſſement des Trottoirs pour la
fûreté des rues de Paris & l'embelliſſement de la
Ville. A Paris , quai de Gêvres .
Tout le monde a ſenti , il y a long-temps , le
danger des carroffes & les inconvéniens des rues
étroites ; le defir d'y remédier a produit bien des
Mémoires qui, juſqu'à préſent , ſontreftés ſans effet,
L'Auteur de celui que nous annonçons a fait un travail
dont on doit lui ſavoir gré; il a entr'autres
choſes meſuré les rues actuelles qui font fufceptibles
de recevoir des Trottoirs , & ceMémoire ne peut que
plaire aux Amateurs de l'ordre public.
ESSAI fur la Doitrine du Doute univerſel , la
dans une Affemblée particulière du Musée de Paris ,
par M. Brunel , Avocat du Roi au Bailliage &
Siège Préfidial d'Amiens. A Paris , chez Cailleau ,
Imprimeur- Libraire , rue Galande.
On pourroit compoſer de gros Volumes fur le
Doute; & après les avoir compofés , lûs & difcuDE
FRANGE. 239
tés , peut- être ne feroit- on pas p'us d'accord. Ainfi il
ne faut point s'attendre qu'un ſimple Eſlai donne
là-deſlus de grandes lumières ; auffi l'Auteur de
celui que nous annonçons ne paroît mettre à ſon
Ouvrage que la prétention qu'il mérite ; quelques
fragmens( ce ſont ſes paroles ) quelques pensées à
demi développées , voilà ce qu'on préſente au Lec,
teur. Après avoir parlé de Socrate , de Démocrite ,
de Pyrrhon , d'Arcéfilas & de Carneade , l'Auteur
vient aux Sceptiques modernes , & tente de laver du
ſoupçon de ſcepticisme Montaigne & menme Bayle.
NUMÉRO S du Journal de Violon , ou Recueil
Airs nouveaux pour Violon , Alto , Flûte &
Baffe. Prix ſéparément , 2 liv. 8 fols. On ſouſcrit à
Paris , chez Baillon , Marchand de Muſique , rue
Neuve des Petits - Champs , au coin de celle de
Richelieu , à la Muſe lyrique.
SYMPHONIE concertante du Ballet de Mirza
pour Violon , Flûte & Alto récitans , avec Violons ,
Alto, Baffon , Baffe, Haut-Bois & Cors ad libitum
, par M. Goffec. Prix , 4 liv. 4 fols. A Paris ,
chez M. Bailleux , Marchand de Muſique , rue Saint
Honoré, près celle de la Lingerie.
On ſe rappelle que cette Symphonie eſt une de
celles de l'Auteur qui a fait le plus de plaifir , & c'eſt
beaucoup dire.
RECUEIL d'Airs Italiene des meilleurs Compofiteurs
, traduits , gravés en partition , avec les Par
ties ſéparées . Numéros 1 & 2. Prix, 4 livres 4 fols
chacun . A Paris , chez Imbaut , rue & vis-à-vis le
Cloître Saint Honoré , maiſon du Chandelier , &
chez Sieber , même rue , près celle d'Orléans , maiſon
de l'Apothicaire , no . 92 .
230
MERCURE
L'exécution typographique de ce- Recueil eft
fuperbe , & c'eſt un mérite qu'on peut remarquer
quand le choix d'ailleurs eſt auſſi bien fait Ces
Numéros contiennent une Scène de Majo conſacrée
par tous les Virtuoſes & une de M. Piccini , trèsdigne
de ſa réputation , & capable de faire celle
d'un autre.
RECUEIL des Airs de l'Epreuve villageoise ,
avec Accompagnement de Harpe, par M. Coufineau
fils , OEuvre III . Prix , 6 livres . A Paris , chez MM.
Couſineau père & fils , Luthiers de la Reine , rue
des Poulies , & M. Salomon , Luthier , Place de
P'Ecole.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librairiefur
la Couverture .
TABLE.
ROMANCE , 193
Impromptu au Commodore
l'influence que les Femmes
pourroient avoir dans l'édu-
Paul-Jones , 197 cation des Hommes , 200
Charade, Enigme & Logo- Variétés , 210
gryphe , ibid. Annonces & Notices , 234
Lettres de Milady *** , fur
APPROBATΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 31 Juillet. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 30 Juillet 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES
.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 18 Juin
IES travaux dans les chantiers de
laMarine
le pourſuivent avec autant d'activité
qu'à l'approche d'une guerre. On répare &
l'on conſtruit des bâtimens de difference
grandeur, &, à ce qu'on ajoute , d'après la
forme adoptée en Europe. Les places ſur
la mer Noire ne font pas négligées : on
s'occupe à les mettre en bon état de défente :
ainſi l'on eſpere que nous ne ferons plus furpris
par les événemens, comme nous l'avons
été par le paffé.
Le ridicule conte de la Flotte Turque
envoyée contre Alger , eſt abfolument tombé.
Cette flotre croiſe dans l'Archipel , fans
qu'on lui voie un but bien déterminé : elle viſite des ifles , & féjourne dans quelques
ports. On eſt ſurpris que le Capitan Pacha
commande en perſonne un armement, en
No. 31 , 31 Juillet 1784.
i
:
( 194 )
apparence ſi peu important : quelques intrigues
de Cour paroiſſent être la caufe de
cette fingularité : le Grand Vifir , dit on ,
n'a pas été faché d'éloigner pour quelque
temps un perſonnnage aufli accrédité.
Les nouvelles du Serrail ſe réduiſent à
des mariages. Sa Hauteſſe vient de fiancer
dernierement une de ſes couſines , fille de
Mustapha III , avec le Pacha d'Alep. Pour
préſent de nôces , on a ôté à cet époux le
Gouvernement d'Alep , en lui donnant celui
de Salonique , moins important.
:
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 30 Juin.
La nature a réuni dans peu de contrées
autant de facilités qu'en Pologne pour l'établiſſement
des canaux de communication .
Sans compter un grand nombre de moyennes
rivieres , déja navigables , ou qui pourroient
le devenir, cette République eft arroſée
de ſept à huit fleuves , correfpondans à
la Baltique , ou à la mer Noire. La Warta ,
la Viftule, le Bug ſervent à la Grande Pologne:
le Niemen & la Duïna ſfont communiquer
le Grand Duché de Lithuanie avec
la Baltique ; enfin ,le N'eſter , Hypanis,
appellé le Bog , le Borifthene & le Pri.
petz qui s'y jette , rapprochent une partie
de cette même Lithuanie , ainſi que la
( 195 )
petite Pologne,de la Beſſarabie& du Pont-
Euxin.
Pour joindre cette derniere mer à la Baltique
, la Républ que avoit projetté un canal
entre la riviere de Pina , qui ſe jette dans
le Pripetz , & celle de Monchawetz qui
tombedans le Bug; ce dernier ſe réunit à la
Viſtule, &le Pripetz au Boriſthene , après
un cours de 60 lieues .
En 1767 on s'occupa de nouveau de cette
jonction , mais fur un autre plan. Le feu
Comte Oginski , Grand - Général de
Lithuan'e fut chargé de cette entrepriſe : il
établiſloit le canal entre le Pripetz & le
Sczara , qui ſe jetre dans le Niemen : c'étoit
ouvrit fur une étendue immenfe , une communication
non interrompue entre la Balti .
que & la mer Noire. La funeſte révolution
de Pologne & les malheurs du Comte
Oginski retarderent les travaux. On affure
aujourd'hui , que non - feulement ils font
achevés , mais qu'un bâtiment venu de Cherſon
à Pinsk , par le Boriſthene , eſt entré
dans le canal Oginski , & a continué fa route
par eau juſqu'à Koniſberg , lieu de ſa deſtination.
Les difficultés de cetre navigation paroifſent
néanmoins en balancer les avantages :
les cataractes du Borithene &les pirateries
des Haydamaques vollins du fleuve font les
principales : mais le deſſéchement d'un grand
nombre de marais qu'on a fait écouler dans
i 2
(196)
le nouveau canal , l'auront toujours rendu
très -utile à l'agriculture des Provinces qu'il
arrofe.
Le plan proposé par la Ruſſie pour l'arrangement
des démêlés entre le Roi de
Pruffe & Dantzick , n'a pas été entierement
goûté de S. M. P. , puiſque ſon Réſident
ici , M. Buchlotz , a remis un nouveau projet
d'accommodement à l'Ambaſſadeur de Ruffie.
Cerre Note conciliatrice eſt compoſée
des neuf articles ſuivans .
PAR LE I. « La Ville de Dantzig ou le Magiftrat
au nomdela Ville,demande pardon d'avoir
offense S. M. &ſes Sujets, &promet de ne plus
donner à l'avenir lieu à desplaintes.
Parle II . & Elle s'engage de laiſſer traverſer
par le Diſtrict de la Ville, tant par Terre que
par Eau , les Sujets Pruffiens , & laiſſer paffer
librement & Cons obſtacle , ce qu'ils voudroient
tranſporter d'un endroit à l'autre des Pays du
Roi; & de faire ouvrir en particulier le Chemie
& la Navigation ſur le Ganzeburg , & d'en ouvrir
le paſſage anx Sujets du Roi ; mais que s'il
ſe rencontre quelque obftacle là où le Chemin
eſt trop près des Remparts , qu'on y mette des
Barrières , afin qu'il reſte fermé depuis le lever
juſqu'au coucher du Soleil. Les Droits de paſſage
fur ce Chemin , ou tout autre du Territoire de
la Ville , ne feront pas plus forts pour les Sujets
du Roi que pour les Habitans de Dantzig.
Dans le III . « On abandonne , excluſivement
à la Ville de Dantzig , le Commerce d'Exportation
Polonoiſe , autant qu'il paſſe ſur la Viſtule
par la Ville, Le Roi promet d'enjoindre à ſes
Sujets de s'abſtenir de tout Commerce par
( 197 )
Dantzig à travers le Fahrwasfer : Il fera également
recommandé de la manière la plus rigou
reuſe à la Douane de Newfahrwaſſer, de ne per
mettre aucune Sortie par Mer aux Sujets Pruffiens.
En revanche , il leur fera libre de tirer
- leurs Productions & Vivres d'où & quand ils le
jugent bon , & de les conduire par le Territoire
de la Ville , fans qu'elle puiſſe leur prendre
des Droits plus conſidérables qu'à ſes propres
Habitans.
Dans le IV. « Il eſt ſtipulé que l'Importation
& le Commerce ſeront également libres aux
deux Parties ; mais le Roi permet que la Ville
puiſſe retirer des Droits de Douane & de Tranfit
des Marchandiſes des Sujets Pruſſiens qui entreraient
dans le Newfahrwaſſer, pourvu qu'ils ne
foient pas plus hauts que les Droits Pruffiens.
Dans le V. « La Ville promet de laiſſer paſſer
fans obftacle & francs de toute Impoſition , tous
les Effets appartenans en propriété au Roi , comme
le Sel de Cuiſine , la Porcelaine , le Fer & le
Tabac , les Proviſions des Pauvres , ainſi que
le Sel de la Compagnie du Commerce Maritime ,
ayant des Paſſeports du Ministère Prufſien.
Dans le VI. « Les deux Parties déclarent que
l'accord conclu entre elles le 8 Janvier 1771 ,
(Suivant lequel aucun Sujet Pruſſien ne fera admis à
Dantaig fans permiſſion du Ministere&des Regences
du Pays) aura auffi lieu pour la Pruffe-Occidentale.
D'après le VII. « Sa Majeſté rendra pareillement
toutes les perſonnes , réclamables du Territoire
de Dantzig .
Dans le VIII. « La Ville promet de traiter
les Juifs protégés par le Roi , ſur le pied des
autres Juifs Allemands ; mais ils doivent ſe conformer
auxLoix de Police & s'abſtenir d'un Commerce
prohibé.
>
1
(198)
Dans le IX. & Le Roi promet d'oublier tout
le paflé , de favorifer le Commerce de Dantzig
de toutes les manières poffibles, & de lui laiffer
décider les Griefs fondes . S. M. défend auffi à
fes Sujets toute vexation ſur les
Dantzicois &
leur
Commerce » .
Ce projet a été envoyé à Pétersbourg. On
ſe flatre qu'ily ſera agréé , & qu'il fervira de
bafe à
l'accommodement prochain entre le
Roi de Pruflè & la ville de Dantzick.
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG , le 8 Juillet.
Il ſe répand que le Baron de Herbert a
remis à la Porte une Note , par laquelle
S. M. I. invite cette Puiſſance à lui céder
quelques diſtricts de la Croatie & de la
Bofnie, ainſi que les forts d'Orfowa. La démarcation
des limites étant alors fixée par
les rivieres , en deviendroit plus naturelle
& moins litigieufe. Par ce léger ſacrifice ,
Tharmonte entre les deux Cours
deviendroit
preſqu'inaltérable ; combien de brigands
d'ailleurs infeſtent ces frontieres! On leur
couperoit les vivres par ce nouvel arrangement.
On ajoute qu'il a été préſenté d'une
mantere ſi perfuafive, que la Porte a nommé
des Bachas , pour travailler à cette nouvelle
fixation des limites , de concert avec les
Commiſſaires Impériaux. Beaucoup de perſonnes
n'ajoutent pas foi à cette extrême
condefcendanсе.
( 199 )
Quelques Gazertes expoſent de la maniere
ſuivante un établiſſement formé à Czarko-
Zelo pour l'inftruction des peuples & pour
l'encouragement de leur induſtrie. C'eſt une
eſpece d'Académie diviſée en fix départemens.
Le premier eſt deſtiné à rechercher les meilleurs
principes pour l'agriculture , & à en inftuire
gratuitement le public Il est composé de
6 Profeffeurs , & il lui a été aſſigné une ferme
où il pourra faire ſes expériences. Un 7e. Profeffeur
fera occupé ſeulement à faire des voyages
pour recueillir des notes ſur l'agriculţure des
différens pays. Le ſecond collége eſt chargé de
l'examen de tout ce qui est relatif à la navigation
maritime , & à la confection & direction des
canaux. Le troiſieme a pour objet de ſes études
tout ce qui a rapport à la mécanique. Le département
du quatrieme concerne la Botanique , &
12 Profeſſeurs font chargés de voyager , pour
prendre des inſtructions fur cette partie si étendue
&fi effentielle. Le cinquieme a la Minéralogie
dans ſon département ; i! a auffi des Profeffeurs
qui voyagent. Le fixeme eſt deſtiné à perfectionner
l'art de l'architecture , & doit avoir principalement
pour but , de trouver les moyens les plas
avantageux pour la conſtructiondes fermes & des
édifices deſtinés aux manufactures . L'Impératrice
a confacré 150 mille roubles , par année , pour
fubvenir aux fraix de cet établiſſement.
Des obſervateurs révoquent en doute
l'efficacité de toutes ces belles inftitutions
Académiques. Ils prétendent que par tout
où le peuple n'a aucun intérêt d'être inſtruit,
ni aucun profit à perfectionner ſos connoif-
۱
i 4
( 200 )
fances pratiques, des théories de college &
des differtations de Profeſſeurs ne rendront
jama's ce peuple agriculteur , commerçant ,
induſtrieux. Le Gouvernement d'Angleterre
n'a jamais fait d'établiſſemens de cette nature
; le gén e national & la liberté y ont
ſuppléé : il n'eſt pas aiſé de remplacer l'un
&l'autre.
On apprend de Pétersbourg , que to
vaiſſeaux de guerre , revenus de Revel a
Cronstadt , ne feront point déſarmés ; même
un tiers de l'équipage reſtera à bord de ces
vaiſſeaux : le reſte a obtenu un congé , ſous
condition de ſe trouver dans le port au premier
ordre. Indépendamment de ces vaifſeaux
, il y en a encore 6 autres armés dans
le même port.
La Cargaiſon du bâtiment Jean & Marie , ar
rivé des Indes Orientales à Copenhague , ſera
miſe en vente le premier Septembre prochain.
Elle conſiſte en 225,000 livres de Salpêtre ,
43,000 livres de Poivre , 30,000 livres de bois
de Coliatur , 860 livres de Filoſelle, 400 livres
de Fil de coton , 200 paquets de Rotting , &
une quantité d'Etoffes des Indes.
On a reçu à Stockolm la nouvelle de l'arrivée
à Gothenbourg, des 3 vaiſſeaux venant
des Indes Orientales , le Gustave III ,
la Sophie Magdelaine & l'Adolphe-Frédéric.
On voitun état exact des naiſſances , des
morts & des mariages dans le Duché d'Efthonie
, pendant l'année 1783. Le nombre
(201 )
des naiſſances y eſt porté à 7,397 , dont
3,644 garçons , & 3,753 filles ; celui des
morts à 6,862 , dont 3,547 hommes , &
3,315 femmes ; & celui des mariages à
1,598. On a obſervé que dans cette année
les fievres malignes & la dyſſenterie avoient
enlevé beaucoup de perſonnes.
DE VIENNE , le 6 Juillet .
On aſſure que le GrandDuc de Toſcane
ne ſéjournera que 15 jours dans cette Capitale.
C'eſt au 16 Août prochain qu'aura lieu
le camp de Laxembourg , fort de 20,000
hommes.
Ou a commencé le tranſport des archives
de la Chambre des Domaines , de Prefbourg
à Bude : le château de la premiere de
⚫ ces villes eft maintenant diſpoſé à l'uſage
d'un Séminaire général , & il s'y trouve déjà
424 Séminariſtes.
On écrit de Freyſing, que le 24 Juin ,
dans un orage terrible , le tonerre eſt tombé
fur le clocher de la Cathédrale , & y a mis
le feu , qui auroit fait des ravages conſidérables,
ſans le courage intrépide d'un Cavalier
du Régiment de Taxis , nommé Dellis .
Ce ſoldat s'eſt jetté dans l'endroit le plus
dangereux , a rompu quelques poutres , & a
arrêté par ce moyen le progrès du feu. On
voulut le récompenfer pour ce ſervice important
, mais il a refuſé noblement la gra
is i
(202 )
tification qui lui a été offerte, diſant qu'il
n'avoit fait que ſon devoir.
On évalue à 54 le nombre des Communautés
Luthériennes , dans les Comitats de
Hongrie au delà du Danube , & la plupart
d'entr'elles ontdes Paſteurs. Ici l'on compte
au moins 40000 Calviniſtes , dont le Sur
intendant ou premier Paſteur a 1200 florins
d'appointement.
DE FRANCFORT , le 20 Juillet.
On écrit de Vienne, que 30 maiſons religieuſes
viennent d'être ſupprimées en Moravie
: de ce nombre est la riche Abbaye des
Bénédictins à Pruck , dont le revenu annuel
monte à 90,000 florins.
On peut juger de l'horreur qu'ont les
payſans de Hongrie pour le Service militaire,
par la terrible Ordonnance qu'on vient .
de publier à Peſt. Elle condamne à dix années
de prison ceux qui ſe ſeront volontairement
mitilés , pour ſe rendre incapables de
fervir. La rigueur de la peine annonce la
fréquence du délir.
Du même Royaume l'on écrit qu'on a
conduit à la fortere le de Kuffſtein enTyrol ,
un Comte turbulent qui tyrann ſoit ſes fujets&
ſes voiſins : on l'a réduit à is creutzers
parjour pour ſa nourriture, & fon fils a été
inveſti de ſa fucce lion.
Une lettre de Trieſte contient les détails
ſuivans.
( 203 )
Avant- hier , l'on reçut ici de Vienneun Edit
de l'Empereur : Il eſt composé de 22 Articles
par leſquels S. M. défend très-rigoureuſement
d'importer dans ſes Etats Héréditaires , à commencer
du premier Novembre prochain , toutes
productions ou marchandiſes de manufactureétrangère.
Sa Majeſté voulant qu'on confomme ou employe
de préférence celles du crú & des fabriques
de ces Pays. Sous ſes productions l'Edit
comprendlesHuiles, le Poiſſon frais , ſalé ou ſec ,
le Sel, les Fruits ſecs , particulierement les Raifins
, & parmi les marchandises étrangères , les
ouvrages de laine & de foie & tous ceux de
cette eſpèce. Aufſi-tôt qu'on a reçu ici copie de
cetEdit, la Ville a envoyé à Vienne deux Dépu
tés, pour repréſenter à l'Empereur , notre Souverain
, qu'une telle prohibition portera préju
dice au Commerce de notre Place , où ces marchandiſes
font importées en grande quantité , &
où l'on manque abſolument de quelques-unes.
Toutes celles en attendant , que nous avons ici ,
doivent être dépoſées dans les magaſins publics ;
&l'on doit tenir note de celles qui feront ven
dues juſqu'au mois de Novembre prochain. A
cette époque ce qui en reſteroit devroit être
expédié hors du Pays.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le I Juillet .
:
Il eſt arrivé dans ce port un bâtimentAnglois
, venant d'Alger & de Tunis , dont le
Capitaine rapporte que les Algériens attendent
avec un courage incroyable l'eſcadre
Eſpagnole; qu'ils ont déja lancé à l'eau 60
i6
( 204 )
chaloupes canonnieres ; qu'ils en ont 20 autres
fur les chantiers , & qu'ils ont élevé une
nouvelle batterie de 100 pieces de canons ,
de 36 liv. de balle , à fleur d'eau : il ajoute
que malgré la vigilance des chebecs Eſpagnols
, qui croiſent dans les eaux d'Alger ,
trois bâtimens Hollandois & un Suédois ,
chargés de poudre , de balles & autres munitions
de guerre , ſe ſont introduits dans le
port. Les Eſpagnols ont cependant arrêtéun
bâtiment François , avec un chargement
d'huile, que le BeydeTunis envoie tous les
ans en préſent au Bey d'Alger. Si ces rapports
font vrais , il eſt à préſumer que les
Eſpagnols auront à ſouffrir avant de mettre
àfin leur entrepriſe.
DE VENISE, le 6 Juillet.
Après avoir dépaſſé les côtes d'Iſtrie , notre
efcadre , ſous les ordres du Chevalier
Emo , a fait route vers Cattaro. On fera
bientôt inſtruir du véritable objet de cet
armement. Comme il paſſe pour certain
qu'à la demande de la Régence de Tripoli ,
celle de Tunis a relâché les deux navires
Vénitiens, qui avoient occaſionné une rupsure
entre les deux Puiſſances , on ſuppoſe
aujourd'hui une autre deſtination à notre
efcadre.
On écrit ſérieuſement de Bologne , qu'un
ex-Jéfuite Florentin, paſſe en Chine , devenu,
Mandarin , qui pis eft , & Secrétaire d'Etat
( 205 )
de S. M. Chinoiſe , en a obtenu le libre exercice
du Catholiciſme dans l'Empire : libre
à tout Chinois , & même aux Mandarins de
ſe convertir. Un Moine Italien , devenu Miniftre
d'Etat à Pekin, eſt une choſe trèsextraordinaire;
mais ce Moine changeant les
coutumes inaltérables d'un Empire comme
la Chine , tient du merveilleux. Tous les
papiers publics cependant répétent cette
belle relation.
DE NAPLES , le 6 Juillet.
Parmi les objets qui ont occupé depuis
peu la Junte , chargée de réformer les abus
qui exiſtent dans l'Ordre eccléſiaſtique , un
des plus importans eſt celui de ſouſtraire les
Réguliers à l'obéiſſance de leurs Généraux
reſpectifs , qui ſe trouvent hors du Royaume.
Après pluſieurs ſéances , les avis ayant
été partagés , le Roi a ordonné à la ſuſdite
Junte, de ne point faire pour le préſent aucune
innovation à cet égard.
Le Général des Chartreux qui réſide à
Grenoble , a deſtitué de ſes fonctions le
Prieur du Monastere de S. Martin , & il a
autoriſé les'Religieux de cet Ordre à élire
un nouveau Prieur. C'eſt pour la premiere
fois dans cet Ordre , que l'élection ſe fait
par les Religieux.
Le Général Pignatelli continue de fupprimer
divers Monafteres & Couvens dans la
Calabre; il congédie tous les Freres , &
1
( 206 )
prend poſſeſſion de leurs effets au nom de
Sa Majefté.
Notre Souveraine ſe trouve enceinte de
nouveau , & avance heureuſement dans fa
groffeife.
Dans la matinée du 24 Juin dernier , leurs
Majeftés ont fait l'honneur au Chevalier Lindſay ,
Commandant l'eſcadre Angloife ,de ſe rendre à
bord de ton vaiſſeau le Truffy. Elles ont été
reçues avec tous les honneurs dûs à leurs rangs ,
& on leur a fervi un ſuperbe ambigu. Le Roi
s'eſt tranſporté enſuite à bord de tous les autres
bâtimens , compoſant ladite eſcadre , & après
éare revenu fur le vaiſſeau Commandant , leurs
Majeſtes ſe ſont rendues au jardin de la Reine
Platamone , où elles ontadmis à diner avec elles
le Chevalier Lindſay , & les cinq Capitaines. Le
Général Acton , Ministre de la Marine ; Mylord ,
Tilney , la Princeſſe della Torella , dame de
compagnie , le Duc de Gravina , les Princes de
Marfico , &de Miliano & les Marquis del Vaſto
&d'Altavilla , ont eu auſſi l'honneur d'étre admis
à la table de leurs Majestés , qui étoit compoſée
de ſeize couverts , & le ſoir la Cour s'eſt rendue
de nouveau à l'opéra.
Le ſamedi 26 , dans la matinée , le Roi à fait
pluſieurs tours ſur mer à bord de ſon lougre ,
ſuivi de ſes chaloupes. Il a invité de nouveau le
Chevalier Lindſay à diner ſur ſon bord , & la
Reine s'v eft rendue accompagnée d'une ſuite
nomoreuſe , compoſée des perſonnes les plus dif
tinguées de la Cour.
Le Dimanche 27 , le Chevalier Linday a
donné à dîner à bord de ſon Vaiſſeau aux Minif
tres dEtat & étrangers. Leurs Majestés ſe ſont
rendues à Poſilipo , &dans la ſoirée on a ouvert
( 207)
Ja promenade publique à Chiaja , qui étoit fuperbement
décorée & illuminée , où la Cour eſt
venue après l'opéra , & où il s'eſt trouvé un
nombre prodigieux de Nobleſſe & d'Etrangers.
Onapprend par le dernier courier d'Eſpagne ,
que notre efcadre étoit heureuſement arrivée à
Palma , dans l'iſte de Majorque , d'où elle viendra
à Carthagene , pour ſe joindre à l'eſcadre Eſpagnole.
1.es grands changemens dans le Miniftere
que l'on avoit annoncés comme prochains ,
ne font que des bruits vagues , deftitués de
fondement. Les ſeuls changemens qui aient
eu lieu , font la démiſſion honorable du Marquis
de Fofcaldo , de la charge de Régent
du Vicariat , à laquelle a été nommé le Duc
de San Niccola , ancien Miniſtre de S. M.
auprès de la Cour de Ruffie ; & la nomination
du Conſeiller Faverio Simonetti à la
place.de Chef de Rote de la Chambre du
Roi.
Les travaux d'Exploitation dans les mines de
Nitredécouvertes à Malfetta , continuent toujours,
&on en reconnoît tous les jours de plus en
plus l'utilité. Le Nitre ſe trouve quelquefois
dans une parfaite criſtalliſation dans les Grostes ,
&il abonde dans les pierres communes de la
mine. Les terres que l'on a exploitées , il y a
fix mois, ont déjà produitde nouveau Nitre. On
eſtimeà so mille meſures la quantité qu'on en
atirée juſqu'ici.
DE MILAN , le 4 Juillet.
Un Gentilhomme de la Valtelline s'étant
( 208 )
fortementépris en cette ville d'unejeune&jolie
perſonne , de l'âge de 19 ans, la demanda
enmariage à fes parens. Ceux- ci conſentirent
ſans peine à une alliance auſſi avantageuſe
pour leur fille , vu le nom &la fortune du
jeune homme; mais ils exigerent de lui des
papiers qui juſtifiaſſent ſon célibat & le conſentement
de ſon pere.
Au bout de quelques ſemaines ,le jeune homme
ſe préſenta avec ſes papiers à l'archevêché &
on lui diſpenſa en conféquence la permiftion
de ſe marier. Les jeunes Epoux vécurent dans
une parfaite union pendant quelques mois , au
bout deſquels le jeune homme s'abſenta , avec
promeſſe de revenir bientôt , pour régler , diſoitil
, des affaires d'intérêt dans ſa patrie. Son abſence
ayant bientôt inquiété ſon Epouſe , elle
lui écrivit vainement pluſieurs fois : ayant perſiſte
à l'importuner par ſes lettres , elle reçut ,
vers le commencentent de Juin , une réponſe
par laquelle ſon mari lui donnoit avis de ſa
réſidence à Côme , & la prioit de l'y venir trouver
, pour enſuite s'en retourner enſemble chez
lui. La jeune épouſe n'hésita pas un moment ,
& partit avec unde ses frères. Elle y trouva ſon
mari ; fort contente de cette réunion , elle paſſa
avec lui quatre jours. Au cinquieme il diſparut
encore ; toutes les recherches furent vaines , &
la pauvre malheureuſe en conçut le plus grand
déſeſpoir . Elle réſolut alors de continuer ſon
voyage juſqu'à la Valtelline , où elle comptoit
apprendre de ſon beau-pere l'explication de ce
myſtere : s'étant préſentée à ſa famille , quel dat
être ſon deſeſpoir , d'entendre ce bon vieillard lui
dire , que ſon fils étoit un malheureux , qu'il l'avoit
trahie ; qu'elle étoit la troiſième femme qu'il
( 209 )
avoit épouſée ; que la premiere & légitime
s'étoit rétirée chez lui & habitoit dans ſa maifon ,
&que la ſeconde étoit à Napies , & avoit eu de
lui deux enfans ? Lajeune femme s'évanouit à
ce récit. Revenue à elle - même , elle s'éloigna
de cette fatale maiſon & s'en fut partager la
douleur avec ſon pere à Milan : ce dernier fut
fi frappé de toute cette aventure , qu'il en eut une
at taque d'apoplexie , qui en peu d'heures l'emporta
au tombeau.
:
:
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES, le 17 Juillet.
Le Parlement expédie un ſi grand nombre
d'affaires plus ou moins importantes ,
qu'il feroit auffi difficile qu'ennuyeux de le
fuivre dans ce détail. Peu de Seſſions auront
été mieux remplies durant ce court intervalle.
Beaucoup moins , il est vrai , de ces
jeux d'éloquence polémique , de ces déclamations
intéreſſées , de ces éclats de l'ambition
que recherchent les étrangers dans le
journal des Communes Britanniques ; mais
qui intéreſſent l'Etat infiniment moins qu'un
ſimple Bill pour ouvrir un canal ou réparer
unchemin.
Les dernieres ſéances ont été occupées
par des lectures préparatoires des différents
Bills au ſujetdes taxes , de la contrebande ,
&autres objets ſur leſquels le Parlement a
porté ſon attention. C'eſt le 13 que fut lû
pour la feconde fois le Bill de M. Pitt ſur
(210 )
l'adminiſtration de l'Inde : la troiſieme lecture
ſe fera après que le Bill ara paffé au
Comité. Pluſieurs Membres de l'oppofition
ne l'ont pas attendu pour faire connoître
lears ſentimens : M. Francis , chargé d'engage:
les hoftilités , a reparu ſur la ſcene avec
des objections , ainſi que M. Eden. Ce dernier
prétendit que le Billfappoit les Loix de
l'Angleterre à leur racine , & juftifia fon affertion
par la clauſe relative aux pouvoirs
d'une nouvelle Cour de Juſtice , pouvoirs
qui lui donnoient ledroit de prononcer, fans
s'arrêter aux formes ordinaires , fans intervention
de Jurés , fans audience de témoins
fous ferment ; mais ſimplement fur les écrits
envoyés de l'Inde aux Directeurs de la Com
pagnie.
Nous ne nous arrêterons point à ces obſervations
préalables qui reparoîtront avec
plus d'étendue dans les débats ſuivans : d'aillears,
il faudroit connoître le Bill lui-même
pour en apprécier l'attaque ou l'apologie ,
&juſqu'à ce jour, on n'en a rapporté que des
extraits peu authentiques.
D'avance on peut prononcer que fon éloge
fera dans la réprobation de la Compagnie
des Indes . Son intérêt , & celui de l'Etat ,
les menagemens qu'on doit à cette fociété &
ceux qu'il faut la forcer de reſpecter envers
les Afiatiques foumis à ſa domination , font
trop oppofés , pour qu'il foit facile d'accorder,
fans occaſionner de murmures , un ré
( 211 )
gime de juftice&d'humanité , avec l'abuſive
autorité dont la Compagnie a été maitreſſe
juſqu'à ce jour. M. Pitt court riſque de lui
déplaire autantque M. Fox lui a deplu. Dans
une aſſemblée qu'elle a tenue le 15 , les déli
bérations ont reſpiré l'humeur ; quelques
actionnaires ont été juſqu'à accuſer le nouvean
Billd'être pire que l'ancien proposé par
M. Fox. Ce mécontentement occaſionne des
conférences avec le Miniſtre; on attend, pour
le juger , de voir ſi la crainte de perdre des
partiſans l'emportera chez lui ſur le cri de ſa
confcience & fur le bien public. Quoi qu'il
en foit , ſa poſition devient très délicate ; il
n'eſt pas aiſé , en pareille occurrence, d'allier
l'adreſſe avec la fermeté.
Onmet en ayant une nouvelle répétition
contre cette même Compagnie des Indes ,
dans le deſſein évident d'en éxagérer la détreſſe
: voici ce qu'on rapporte au ſujet de
cette dette inconnue juſqu'ici .
Après la priſe des Etabliſſemens Hollandois de
Trinquemale & de Négapatnam par les forces
Angloiſes ſous le commanden.ent du Chevalier
EdwardHughes ,l'argent trouvé dans cesPlaces
&qui ſe montoit à 90,000 liv. fterl. , fut envoyé
àMadraff & prêté à la Compagnie à un intérêt
de dix pourcent par année. Quoique cette ſomme
faſſe partie des dettes de la Compagnie , elle n'a
pas encore été compriſe dans l'Etat qui en a été
donné. Il eſt difficile de concevoir la raiſon de
cette omiffion ,d'a tant que les Capteurs qui font
arrivés de cette partie du Monde vont former une
demande légale pour le recouvrement de leurs
(212 )
parts reſpectives. M Fox a judicieufement obfervé
que juſqu'à préſent il n'avoit point été produit
d'Etat exact de ce que devoit la Compagnie , &
de ce qui lui étoit dû , & que d'un autre côté on
aveit mis un prix trop haut à différens articles , &
fait , relativement à d'autres , des omiffions de la
plus grande conféquence.
Lesvaiſſeaux de cette Compagnie arrivent
ſucceſſivement: le Général Coote à Dunnoze ,
le Francis,le Morse , le Stormon& le Général
Elliot à Portsmouth. Les vaiſſeaux de la
Chine & du Bengale ont dû mettre à la voile
de Ste Helène le 13 Mai dernier. Selon les
dépêches apportées par un Navire Danois ,
tout étoit tranquille dans le Bengale au 2
Avril. L'Amiral Hughes ſejournoit encore à
Bombay. Les vaiſſeaux qui reſtent ſous ſes
ordres font le Sultan de74 can. la Défiante
74 , l'Eglé 64 , le Worcester , le Bristol 50 ,
&deux frégates.
D'après les mêmes nouvelles l'on débite
que Tippo-Saib ayant préſenté à M. Hastings
un diamant, d'un poids très -conſidérable ,
M. Haſtings s'excuſa d'accepter pour luimême
un préſent de cette valeur; il dit au
Prince Indien , qu'il ſeroit auſſi flatté de cette
marque d'honneur , s'il vouloit lui permettre
d'en faire hommage de ſa part à la Reine de
la Grande - Bretagne. Le Prince rendit le
diamant à M. Haſtings , enyjoignant quelques
pierres précieuſes d'un moindre prix ,
&à fon retour , le Gouverneur du Bengale
remettra lui -même ce préſent à la Reine.
( 213 )
Les pouvoirs donnés au Roi d'Angleterre par
leParlementpour régler le Commerce de l'Amérique
, étant fur le point d'expirer , M. Eden demanda
à M. Pitt , le 15 de ce mois , dans la
Chambre des Communes , s'il avoit le deſſein de
propoſer avant la fin de la Seſſion quelque nouveau
plan pour cet objet. M. Pist répondit à
M. Eden , que dans peu de jours il fixeroit l'attention
du Parlement ſur le Commerce de l'Amérique
, mais que la Seſſion touchoit trop à ſa
fin pour qu'il proposât cette année un nouveau
ſyſteme de Commerce . M. Pitt ajouta , que peutétre
ſe borneroit- il à demander la prolongation
des Bills paſſes dans le dernier Parlement ; que
peut-être auffi , propoſeroit-il un nouveau Bill
proviſionel , dans lequel il modifieroit ſimplement
les Bills qui ſubſiſtent actuellement.
La nouvelle Ecoſſe , ainſi que nousl'avons
rapporté l'ordinaire dernier , devant être partagée
en deux gouvernemens différens , celui
de New- Brunswick , a été donné au Colonel
Carleton , frere du Général de même
nom. Ses inſtructions portent , à ce qu'on
dit, d'accorder, fans aucunes cenſes ni rétribution,
à tous les Officiers réformés qui
ont ſervi dans l'un des Corps provinciaux
durant la derniere guerre dans le nord de
l'Amérique , l'étendue ſuivante de terrein , foumiſe au bout de dix années ſeulement
aux mêmes redevances que les autres terres
cédées dans la nouvelle Ecoſſe. Toute
perſonne ayant rang d'Officier- Major , recevra
trois mille acres , chaque Capitaine
(214 )
deux mille , & tout fubalterne mille. Les
Officiers de Marine feront traités dans la
même proport on .
Un meurtre , fur-tout accompagné de vol ,
peut etre regardé à Londres comme un événement.
Rien de fi rare , dans cette Capitale &
dans tout le Royaume , ſi l'on en excepte l'Irlande
, que cette eſpece d'attentats : ceux commis
fur la bourſe y ſont très fréquens ; mais la
leg ſlation pénale , en diftinguant le châtiment
de ces deux genres de crimes , a épargné aux
voleurs la néceſſité de ſauver leur vie par l'affarfinat
des perſonnes qu'ils dépouillent. Un Muficien
, nommé Linton , ayant été récemment
volé & tué de nuit , près de Coventgarden , par
deux voleurs auxquels il avoit donné deux guinées
& demi , & qui lui diſputoient ſa montre ,
le Roi a envoyé à ce ſujet un meſſage au duc
de Northumberland , Lord- Lieutenant du Comté
de Midle'ex. En conséquence, Sa Grace a mandé
auprès de lui les divers Magiſtrats chargés de la
Policede Westminster. On a arrêté , dans cette
Affemblée , de nouvelles précautions pour la sûreté
publique ; entr'autres d'augmenter le nombre
des gardes de nuit, &de ne les employer
qu'après un mûr examen de leur conduite &de
leur capacité.
L'une des plus utiles des nombreuſes fondations
charitables de cette Capitale , & qui
ſe ſoutiennent uniquement par la voie de
ſouſcription , eſt l'établiſſement pour procurer
les ſecoure gratuits de l'accouchement
aux femmes mariées & néceſſiteuſes , ſans
qu'elles foient obligées de recourir aux hô(
215 )
pitaux. L'année derniere , cette reſpectable
Société a délivré 4200 femmes , & depuis
ſon inſtitution en 1757 , 77000. Moyennant
une guinée par année , chaque fouicripteur
peut recommander huit ſujets à la bienfai-
Tance de la Société.
Le Prince de Galles ayant été vivement
indiſpoſé dernierement , les Médecins de
Son Altefle Royale lui ont conſeillé les
bains de mer , & le Prince doit ſe rendre
inceſſamment à Brightelmſtone.
Le 14de ce mois , entre une & deux heures
du matin , quelques jeunes Gens de ce méme
Port de Brighte softone fortoient d'un Bal particu'ier
, & reconduiſoient les Dames , avec
Jeſquelles ils avoient danſé. En regardant par
haíard du côté de la mer , ils apperçurent une
jeune femme preſque nue ſur les roches. Ils
allèrent à elle , & lui ayant demandé ce qu'elle
vouloit faire en cet endroit à une heure auffi
indue , elle répondit d'abord que c'étoit ſa coutume
de choiſir ce tems pour ſe baigner ; mais
ayant été interrogée de nouveau , cette femme
fondit en larmes , s'arracha les cheveux , avoua
qu'elle avoit pris la réſolution de ſe noyer , &
que a elle n'avoit pas été ſurpriſe au moment
d'exécuter ſon deſſein , elle ſe ſerait précipitée
dans lamer. Elle ajouta qu'elle étoit native d'East .
bourne , qu'elle avoit deſobéi à tous les ordres &
mépriſe les avis de ſa mère ; que s'étant-abandonnée
enſuite à la proſtitution , elle s'étoit vue
réduité au dernier degré de misère & d'abandon .
Ses libérateurs prirent pitié de fon état , & fe
conièrent afin de pourvoir à les beſoins les plus
preffans.:
( 216)
« M. Caſſini , Mathématicien françois ,
>> a préſenté , diſent nos papiers , un Mé-
>>>moire par la voie de l'Ambaſſadeur de
>>France à Londres , dans lequel il demande
>> que quelque Aftronome veuille bien ſe
>> charger de tirer des triangles de Green-
>> wich à Douvres , afin que l'on puiſſe dé-
>> terminer de Calais l'exacte diſtance entre
>>> les obfervatoires de Paris &deGreenwich.
>>Sa Majesté , toujours prête à favoriſer les
>>>plans utiles aux progrès des ſciences , a ac-
>>>cordé aufſi-tôt mille livres ſterlings pour
>> effectuer cette opération dont le Général
>>Roy a été charge».
M. de Lo'me , citoyen deGenève , auteur du
livre intitulé Conſtitution de l'Angleterre , auquel
il vient de faire 60 pages d'augmentation , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le 14 de ce mois ,
un exemplaire de la nouvelle édition de cet ouvrage
, que Sa Majené a recueilli très-gracieuſement.
Ce traité ſur la Conſtitution Britannique , originairement
écrit en françois , a eu deux éditions
dans cetre langue , dont la dernière en
1778 , chez Van Hararrreevveelltt àAmſterdam. L'Auteur
a depuis traduit lui-même ſon ouvrage en
anglois , & il en eſt à ſa troiſieme édition. C'eſt
le plus fage , le plus profond , le plus exact de
tous les écrits politiques ſur le Gouvernement
anglois. Aucun livre n'eſt plus propre à donner
des idées juſtes de la compofition & de la balance
des pouvoirs dans les Etats libres ; c'eſt que
l'Auteur na quit , fut élevé , a écrit & vécu da-s
une République. Les Anglois ont mis ce livre
au-deſſus même de Blackstone , & le regardent
comme
( 217 )
comme le meilleur de leurs claſſiques politiques.
Des déclamateurs , ſortis des Monarchies pour
aller faire des phraſes infipides , & débiter à Londres
des lieux communs ſur la liberté , ont actaqué
derniérement l'ouvrage de M. de Lo'me
qu'aſſurément ni eux ni leurs pareils n'ont jamais
compris.
IRLANDE.
DE DUBLIN , le 7 Juillet.
,
Encore un manifeſte , une pétition dans
lemême ſtyle que les précédens . Quelque
faftidicuſes que foient ces répétitions emphatiques
de griefs exagérés ou imaginaires , &
d'arrêtés plus ou moins violens ; cependant
commenombrede gens dans l'étranger prennent
ſérieufement au pié de la lettre ces menaces
& ces déclamations , il faut en ſuivre -
le Journal. Voici la pétition des Citoyens
de Dublin , arrêtée dans leur affemblée du
21 Juin dernier.
Très- gracieux Souverain , vos loyaux & fideles
Sujets , remplis de la plus profonde vénéation
pour la perſonne de V. M. ainſi que
pour ſa famille & fon Gouvernement , vous
ſupplientde leur permettre d'approcher du trône
*pour mettre à vos pieds un grief national qui
intéreſſe autant votre Couronne & vorre dignité
, que les libertés & les propriétés de votre
peuple d'Irlande.
Ce grief eſt la repréſentation illégale & non
proportionnée du peuple de ce Royaume dans
le Parlement ; illégale , parce que les élec-
Nº . 31 , 31 Juillet 1784. k
( 218 )
tions des membres pour les Bourgs ne font
pas conformes aux chartes accordées pour cet
objet par la Couronne ; & non proportionnée,
parce qu'il y a autant de membres élus pour
chacun de ces Bourgs par un petit nombre
d'élections , que pour chaque Comté ou Ville
de ce Royaume.
Les Supplans , nés dans un pays , où dès leur
plus tendre enfance on leur enſeigne à croire
que les loix d'après leſquelles ils font gouvernés
reçoivent leur ſanction à la Chambre des
Communes élue par le peuple , ſont dans la
perfuafion que leurs libertés ſont établies ſur la
baſe la plus ſolide : mais affligés de voir pafler
des loix auſſi préjudiciables , tant à votre couronne
qu'à leurs privileges , i's ont cherché à
découvrir la cauſe de ce mal ; & ils ont reconnu
qu'il prenoit ſa ſource dans la maniere
inſuffiſante dont la nation eſt repréſentée actuellement
, & dont la longue durée du Pariement
, qui rend preſque independans de leurs
conftituans le peu de membres qui ſont élus
conftitutionellement. En conféquence ils repréfentent
humblement à V. M. que des gens ainfi
élus ne peuvent jouir d'aucune confidération auprès
devotre peuple.
C'eſt à l'exceffive influence aristocratique ,
jalouſe, comme toute uiſſance déſordonnée
doit l'etre de tout ce qui tend à ébranler fon
établiſſement , & aux fauſſes idées qu'on a ſuggérées
à V. M. relativement à ſes fideles tujets
d'Irlande , que nous attribuons les procédés
grbitrires & allarmans qui ont eu lieu dans la
derniere ſeſſion de notre Parlement,
On a refuſé un bill pour une repréſentation
plus égale du peuple , bill qui faisoit l'objet
desyoux de plusieurs millions de vosſujets, on s'elt
(219 )
même oppofé à ce que cette affairefût diſcutée
dans notre Parlement.
On n'a point voulu donner à notre commerce &
à nos manufactures encore au berceau , la protection
que l'Angleterre croit néceffaire d'accorder a
Son commerce & ses manufactures qui font au plus
haut point de vigueur & de maturité.
On a vivement attaqué la liberté de la preſſe ,
ce ſupplément aux loix , ce palladium de la
liberté , & qui ne peut effrayer que les tyrans
&les Apoſtats.
L'acte concernant le Bureau de la Poſte a
mis des reſtrictions allarmantes à la communicarion
mutuelle & commerciale des ſujets
de V. M.
On a adopté unſyſtème général de prodigalité ,
dans l'intention de gêner notre commerce , &
d'anéantir tout eſprit d'induſtrie , meſure en
conféquence de laquelle l'émigration s'eſt trouvée
encouragée , & portée à un point dangereux.
On a tranfgreffé d'une maniere manifeſte les
chartes les plus anciennes & les plus facrées de la
Capitale de ce Royaume ; & , au lieu de continuer
à juger d'après des principes conſtitutionnels
les procès par Jurés , on a établi un nouve u
Tribunal dont on ne peut pas appeller.
C'eſt avec un regret infini que nous nous
voyons dans la néceſſité d'ajouter , que les Miniſtres
du V. M. dans ce Royaume ont contribué
àétablir toutes les mesures , au ſujet deſquelles
nous ofons lui faire cette humble pétition ; circonſtancesd'autant
plus extraordinaires que V. М.
aderniérement jugé néceſſaire d'en appeller au
Corps des Electeurs en Angleterre , contre la
puiſſance aristocratique , & que le premier Miniſtre
deV. M. enAngleterre s'eſt vertueuſement
k2
( 220 )
:
déclaré le partiſan de cette meſure eſſentielle
qui en Irlande a été rejetée , ſavoir , une plus
grande égalité parmi les Repréſentans du Royaume
, convaincu qu'une aristocratie dominante eſt
auſſi contraire aux libertés des ſujets des prérogatives
de la Couronne.
Nous ſupplions V. M. denous donner ſon agrément
pour révoquer cette partie du Code des
loix pénales , qui opprime encore nos compatriotes
les Catholiques Romains , & qui tend à
reſtreindre certains privileges , à proſcrire l'éducation
, l'induſtrie , l'amourde la liberté & le patriotiſme.
Profondément affectés de ces calamités nationales
, nous , les fideles Sujets de V. M. la tupplions
très-humblement de daigner exercer fa
puiſſancepour révoquer le Parlement actuel , perſuadés
que vous ne nous refuſerez point la même
protection paternelle que vous avez accordée récemment
à vos Sujets Britanniques , particuliérement
après la promeſſe ſolemnelle que V. M. a
daigné faire d'accéder à tout ce qui vous paroîtroit
être conforme aux deſirs de la Nation.
Que V. M. jouiſſe du plus parfait bonheur ,
& d'un long & glorieux regne , ſur des Sujets
heureux & fideles , & que vos Deſcendans confervent
à perpétuité toutes vos poffeffions; tel
eſt&tel fera toujours le voeu ardent que nous
faiſons. Signé par ordre. Alexandre Hirkpatrick ,
Benjamin Smith.
Le Duc de Rutland , à qui cette adreſſe a
a été préſentée pour être envoyée à S. M. ,
a répondu aux Sheriffs de Dublin.
ceMeſſieurs , en me rendant à vos defirs ,
>> c'est-à-dire , en faiſant paſſer à S. M. un
>> papier figné par vous ſous le titre dePé
( 221 )
>> tition des Francs-tenanciers de Dublin , je
>> l'accompagnerai d'une déſapprobation for
>> melle de ma part , comme plein de ré-
>> flexions injuſtes ſur les loix & fur le Par-
>> lement d'Ir ande ,& attentatoires à l'autoritéde
tous les deux »,
En attendant l'effet de cette Requête , la
populace commet tousles jours de nouveaux
excès : elle infulte le Vice- Roi, elle goudronneceuxqui
portentdes étoffes angloiſes ,
elleperd ſon teins en farces populaires , &
puis ſe plaint de la mifere & du manque
detravail.
:
FRANCE.
DE VERSAILLES , le24 Juillet.
Le Comte de Trévelec , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préſenté au
Roi , a eu, le 15 de ce mois , celui de monter
dans les voitures de Sa Majefté & de la
ſuivre à la chaſſe. Le 18 , le Comte de Vanvineux
, Capitaine de Cavalerie , a prêté ferment
entre les mains de Sa Majesté, en qualité
de Lieutenant-de-Roi du haut & bas
Maine. Le même jour, la Duchefſe de Coflé
a eu l'honneur d'être preſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Ducheſſe
de Coffé douairiere , & de prendre en même
temps le Tabouret. La Comteſſe de
Bruyeres -Chalabre a eu celui de leur être
préſentée par la Maréchale de Lévis .
Le Roi de Suede , qui étoit ici ſous le
k3
( 222 )
titre de Comte deHaga, eſt parti le 19 de
ce mois pour retourner dans ſes Etats. Les
témoignages d'amitié que cet illuſtre Voyageur
a reçu de Leurs Majestés & de la Famille
Royale , & l'empreſſement que le Public
amis à ſe porter dans tous les endroits
où ce Prince s'eſt trouvé, font des preuves
non équivoques du plaiſir qu'a fait éprouver
à la Nation ſon ſéjour en France.
Dom Coutans , Bénédictin de l'Abbaye
de Lagny-fur- Marne , a eu , le 14 , l'honneur
de préſenter à Leurs Majeſtés & à la
Famille Royale la 12e. Feuille de fa Topographie
des environs de Paris , contenant
Coulommiers , la Ferté, Rozoy , Jouy , & c .
Le 18 de ce mois, la Marquiſe de Goetlogon
a eu l'honneur d'être préſentée au Roi & à la
Reine par Madame Comteſſe d'Artois , en qualiré
de Dame pour accompagner cette Princeſſe,
Le 20 , Dom Précheur , Religieux Bénédictin
, Procureur-Général de la Congrégation de
Saint-Vannes , a eu thonneur de préſenter au
Roi , des chiens de chaſſe &des faucons , au nom
de l'Abbaye de Saint-Hubert des Ardennes. Ce
préſent , que l'Abbé eſt dans l'uſage de faire annuellement
à Sa Majesté , fut reçu par le Comte
de Vaudreuil , Grand-Fauconnier de France , &
par le Chevalier de Forget , Capitaine du Vol
du Cabinet du Roi.
Le 21 , l'Evêque de Nimes , l'Evêque de Sains
Papoul , l'Evêque de Digne , l'Evêque d'Angoulême
, l'Evêque d'Alais , & l'Evêque de Senez ,
ont prêté , pendant la Meſſe , ſerment de fidélisé
entre les mains du Roi,
( 223 )
L'Abbé Proyart , Principal du College Royal
du Puy, a eu l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale , l'Histoire de Stanislas
1, Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar ,
ouvrage dont le Roi avoit daigné agréer la dédicace.
DE PARIS, le 25 Juillet.
Selon les lettres de Carthagene , c'eſt dans
la nuit du 26 au 27, que la flotte Eſpagnole
avoit mis a la voile pour Alger : les vents
contraires la forcerent de rentrer le lendemain
; le 30 elle a levé l'ancre de nouveau
par un tems favorable. Les 130 bâtimens
qui compofent cette eſcadre combinée , portent
824 canons , & 14176 hommes d'équipage
, 12,000 bombes 20,000 boulets ,
20,000 quintaux de poudre ont été chargés
fur cette Hotte.
,
M. Pilarre de Rozier a mandé à un Académicien
les circonstances de ſon dernier
voyage aërien , dans une lettre que nos lectears
de Province nous farmont gré de leur
faire connoître. On pourra en comparer la
conclufion avec le rapport dont nous avons
rendu compte l'Ordinaire dernier.
« La Montgolfière s'élevoit très- lentement&
décrivoit une diagonale , en offrant un ſpectacle
tout à la fois agréable & majestueux ; comme un
vaiſſeau qui s'eſt précipité du chantier dans les
eaux , cette étonnante machine ſe balançoit ſuperbement
dansl'air qui ſembloit l'arracher de la
main deshommes. Ces mouvements irréguliers
k4
(224)
intimiderentun inftant une partiedes Spectateurs
qui , craignant qu'une chûte prochaine ne mit
leur vie en danger , s'éloignerent à grands pas.
Après avoir allumé mon fourneau , je ſaluai les
Spectateurs qui me répondirentde la maniere la
plus flatteuſe; j'eus le tems d'obſerver ſur quelques
vi ages un melange d'intérêt , d'inquiétude
& de jole. Encontinuant ainfi notre marche af
cenfionnelle , je m'apperçus qu'un courant d'air
ſupérieur oppole au notre faiſoit pencher la Montgolfiere
; voulant éviter le feu , j'engageai M.
Prout à marcher huit à dix minutes horizontalement
; puis , augmentant la chaleur , nous nous
élevámes ; le volume des objets diminuoit fenfiblement
& nous mettoit en état d'apprécier
affez exactement notre éloignement ; alors la
Mongolfiere fut diftinguée de la Capitale & des
environs. L'élévation à laquelle nous étions déja
parvenus , faiſoit croire au plus grand nombre
que nous planions ſur leur sète . Arrivés dans
les nuages , la terre diſparut entièrement à nos
yeux ; un brouillard épais ſembloit nous envelopper
, puis un espace plus clair nous rendoit la lumiere
; de nouveaux nuages , ou plutôt des amas
de neige , s'amonceloient rapidement ſous nos
pieds, nous étions environnés de toutes parts ;
une partie tomboit perpendiculairement ſur les
bords extérieurs de notre galerie qui en retenoit
en aſſez grande quantité ; une autre ſe fondoiten
pluie fur Verfailles & fur Paris ;le barometre
avoit defcendu de neufdegrés , & le thermometre
de ſeize. Curieur de connoître la plus
grande élévation à laquelle notre machine pouvoit
atteindre , nous réſolûmes de porter au plus
haut degré la violence des flammes , en foulevant
notre brafier , & foutenant nos fagots ſur la
pointe de sos fourches. Parvenus aux plus hautes
( 225 )
deces montagnesglacées ,& ne pouvant plus rien
entreprendre , nous errâmes quelque tems fur ce
théatre plus que fauvage ; theatre que des hommes
voyoient pour la premiere fois, Iſolés , & fé
parés de la nature entiere , nous n'appercevions
fous nos pas que ces énormes maſſes de neige
qui, réfléchiſſant la lumiere du ſoleil , éclairoient
infiniment l'eſpace que nous occupions ; nous
jeſlames huit minutes fur ces monts elcarpés ,
à 11732 pieds de terre , dans une température de
cinq degrés au-deſſus de la glace , ne pouvant
plus juger de la viteſſe de notre marche , puiſque
nous avions perdu tout objet de comparaiſon.
Cette ſituation agréable ſans doute pour un Peintre
habile , promettoit peu de connoiſſances à
acquérir au Phyſicien , ce qui nous détermina
dix-huit minutes après notre départ , à redef
cendre au- deſſous des nuages pour retrouver la
terre. Apeine étions-nous fortis de cette eſpece
d'abime , que la ſcene la plus riante fuccéda à la
plus ennuyeuſe. Les campagnes nous parurent
dans leur plus grande magnificence. Tout étoit f
éclatant que nous crûmes que le ſoleil avoit diſſipé
l'orage ; & , comme ſi en eût tiré le rideau
qui cachoit la nature , nousdécouvrimes aufli-tôs
mille objets divers répandus ſur un eſpace dont
notre oeil pouvoit à peine meſurer l'étendue.
L'horizon ſeulement étoit chargé de quelques
nuages qui paroiſſoient toucher la terre. Les uns
étoientdiaphanes , d'autres réfléchiffoient la lumière
ſous mille formes différentes ; tous en général
étoient privés de cette teinte brune qui porte
àla mélancolie. Nous paſsames dans une min, de
l'hiver au printems ; nous vimes ce terrein incom.
menfurable couvert de villes & de villages , qui
en ſe confondant , ne reſſembloient plus qu'à de
beaux châteaux iſolés & entourés de jardins. Lex
ks
( 226 )
:
1
tivieres qui ſe multiplioient & ferpentoient de
toutesparts, n'étoient plus que de très- petits ruifſeaux
deſtinés à l'ornement de cesPalais, les plus
vaſtes forêts devenoient des charmilles ou de imples
vergers, en un mot les prés & les champs
n'avoient que l'enſemble des verdures & des gazons
qui embelliffent nos parterres. Ce merveilleux
tableau, qu'aucun Peintre ne peut rendre,
nous rappelloit ces métamorphofes miraculeuſes
de Fées ; avec cette différence que nous voyions
en grand ce que l'imagination la plus féconde
n'avoit pu créer qu'en petit , & que nous jouifſions
de la réalité de ce qu'avoit enfanté le menfonge
; c'eſt dans cette charmante poſition que
l'ame s'élève , que les penſées s'exaltent & ſe ſuccèdent
avec la plus grande rapidité. Voyageant à
cette hauteur , notre foyer n'exigeoit plus de
grands ſoins , & nous pouvions facilement nous
promener dans la galerie. Mon ardentCoopérateur
changea pluſieurs fois de poſte; nous étions auffi.
tranquilles fur notre balcon que fur la terraſſe
d'une maiſon , jouiſſant de tous les tableaux qui
ſerenouvelloient continuellement , fans nous faire
éprouver de ces étourdiſſemens qui effrayent une
infinité de perſonnes. L'action que j'avois portée
dans mes travaux ayant caffé ma fourche , j'allai
au magaſin m'armer de nouveau. Nous nous rencontrâmes
avec M. Prouſt , mais la Montgolfière
étant très bien leftée , ne s'inclina que d'une manière
preſqu'inſenſible, d'où nous conclûmes qu'il
falloit attribuer à la mauvaiſe conſtruction ou à la
frayeur des Voyageurs , les accidens annoncés avec
tant de pompe dans quelques Journaux. Les vents ,
quoique très-conſidérables , emportoient notrebåtiment
ſans nous faire éprouver le plus léger roulis,
nous n'appercevions notre marche que par la
viteſſeavec laquelle les villages fuyoient ſous nes
( 227 )
pieds; enforte qu'il ſembloit , à la tranquillité
avec laquelle nous voguions , que nous étions entraînés
par le mouvement diurne ; pluſieurs fois
nous cherchâmes à nous approcher de la terre ,
juſqu'à diftinguer les acclamations qu'on nous
adreſſoit& auxquelles il nous eût été facile de répondre
à l'aide d'un porte-volx , en un mot tout
nous amuſoit. La ſimplicité de nos manoeuvres
nous permettoitde parcourir des lignes horizontales
& obliques , de monter , deſcendre , remonter
& redefcendre encore&auſſi ſouvent que nous
lejugions néceſſaire. Parvenus enfin à Luzarche ,
nous nous déterminâmes d'y mettre pied à terre :
déja le peuple témoignoit la fatisfaction la plus vive;
la foule augmentoit; une partie tendoit les bras
pour rallentir notre chûte , tandis que les animaux
detoutes eſpècess'enfuyoient épouvantés , comme
s'ils euffent pris notre Montgolfière pour un animal
vorace. Mais appréciantbientôt par la viteſſe
de notre marche que nous ferions portés ſur les
maiſons , nous ranimâmes notre foyer ; fautant
alors avec la plus grande légéreté par-deſſus les
édifices , nous échappâmes à ces premiers hôtes
qui reſtèrent interdits. Pourſuivant enſuite notre
route , nous découvrîmes cette forêt immenſe qui
conduit à Compiègne . Connoiſſant peu la topographiede
ce canton ; ne voyant dans l'éloignementaucune
place favorable à notre deſcente ,&
craignant d'ailleurs que nos provifions ne ceffaffent
avant d'avoir traverſe les bois , je crus qu'il
feroit plus ſage de mettre pied à terre dans le dernier
carrefour diftant de 13 lieues de Verſailles
que de s'expoſer à terminer cette Expérience par
l'embråſement de la forêt. Les veffies qui fai
foient refforts fous notre galerie, rendirent rotre
descente fi douce , que mon compagnon me demanda
fi nous arrivions bientôt à terre. Jemem
,
k 6
( 228 )
paraide notre pavillon (1) , puis je volai ſervie
d'Ecuyer à M. Prouſt; nous débarraſsames notre
vaiſſeau des combustibles qui reſtoient; nos habits,
nos inſtrumens , tout fut mis en sûreté.
Vingt minutes après notre deſcente , le vent,
ainſi que je l'avois annoncé àM.le Contrôleur-
Général , en préſence de la Reine & de M. le
Comtede Haga , ſouffla fortement le haut de la
Montgolfiere , qui , dans ſon renverſement , entraina
la galerie & le réchaud qui y adhéroit ; la
flamme s'échappant alors par la grille de ce fourneau,
ſe porta fur quelques cordages de la galerie;
les toiles en étoient très éloignées, nous cherchâmes
à les ſéparer par une ſection ; malheureu
fement nous reſtâmes ſeuls pendant plus d'une
demie-heure , travaillant ardemment avec un
très mauvais couteau; le tems étoit précieux , je
craignois que le feu , en ſe propageant , n'occafionnat
un embrâſement général ; mon inſtrument
ne fatisfaiſant point à mon impatience , je le rejettai;
déchirant alors la laine , je l'écartai des
Lammes ; mais parvenu aux cordages qui retenoient
notre galerie , l'ufage du couteau me devint
indiſpenſable ; je le cherchai inutilement ;
le tems s'écouloit , le feu avoit gagné les cordages,&
bientôt la galerie ; ſa ſubſtance étoit trèscombustible,
il n'y avait plus un inſtant à perdre,
il falloit fauver les pièces effentielles , Lacalotte
& le cylindre étoient neufs; nous ſéparâmes auſſitôt
ces deux parties, la curiofité fu accourir deux
hommes , dont j'animail'ardeur par l'eſpoir d'une
récompenfe ; réſolu de ſacrifier le cone de la
Montgolfière , qui avoit beaucoup ſervi aux Expériences
de Verſailles & de la Muette , nous
tranſportames au loin les objets garantis. Les
(1 ) Nous avons fait hommage de nowe pavillon
Mie Contrôleur-Général,
( 229 )
Seigneurs des environs arrivoient de toutes parts;
le peuple s'approchoit en foule , je diftribuai la
partie du cone pour arrêter le déſordre & fatisfaire
les déſirs. M. de Combemale , qui ne tarda
pas à contenir la foule , s'empreſſa de me feconder;
à ſa voix tout le monde béit , & on conduifit
laMontgolfière dans un Château voiſin
pluſieurs perſonnes nous offrirent leur maison ;
nous montames à cheval pour nous rendre chez
M. de Bieuville , accompagné de M. le Préſident
Molé & de M.de Nantouillet. S. A. S. Mgr. le
Prince de Condé, ayant jugé , d'après le vent ,
quenous ferions portés dans ſes domaines , avoit
ordonné de placer à midi un Obfervateur ſur les
combles du Château ; dès qu'il eut apperçu la
Montgolfière , il nous expédia quatre Piqueurs ,
qui nous cherchèrent dans la forêt ; le Prince
voulut bien auffi monter en voiture , ainſi que
Mgr. leDuc d'Enguien &Mile de Condé. Lepremierdes
Piqueurs que nous rencontrames m'ayant
fait part des diſpoſitions favorables de S. A. S.
je priai M. de Bieuville de nous permettre d'accepter
cette marque de bienveillance ; ce jeune
Militaire ſe prêta à nos déſirs avec toute l'honnêteté
poffible ; il porta même la complaiſance
juſqu'à nous accompagner au rendez - vous de
chaſſe , appellé la Table. Le Prince n'y étant
point encore arrivé , j'oſai me faire conduire au
Château de Chantilly. "
La Société Royale d'Agriculture de Lyon , à
adjugé le prix fur la construction d'un Four, où l'on
ne brûlera que du charbon de Terre , à M. la
Noix, l'un de ſes aſſociés. M. Tierens , Archirecte
à Saint Omer , & M. Barlenſchlag , Capitaine
lieutenant au ſervice de France , ont parragé
l'Acceſſit. La Société a prorogé à l'année
1785 , le prix qu'elle avoit pour le Rouiffage die
Champre. Les Mémoires devront être envoyés
(230 )
avant le premier Mars 1785 , à M. l'Abbé de
Vitry , Secrétaire perpétuel de Société Royale
d'Agriculture , à Lyon. Dans la vue de prévenit
ladiſettedu bois ; la même Société propoſe pour
le prix de 1786 , de trouver le moyen d'augmenter
d'un tiers environ , au Thermometre deRéaumur ,
la chaleur d'un appartement produite par une cheminée
ou par un poële , en ne conſommant que lamême
quantité de bois. Le prix ſera de 600 livres. Les mémoires
ſeront adreſſés avant le premier de 1786 ,
à M. l'Abbé de Vitry.
On a cité dans tous les Journaux l'Ordonnance
de l'Empereur qui défend de fonner
les cloches en temps d'orage. Cette
précaution fait auſſi l'objet d'un Réglement
émané du Bailliage de Langres , & confirmé
par le Parlement. Aujourd'hui quelques perſonnes
, fut-tout nombre de Communautés
affectent de révoquer en doute les dangers
auxquels on a voulu remédier. On nous a
adreſſé pluſieurs lettres à ce ſujet , dont une
entr'autres, écrite par un Médecin d'Auvergne,
contient les raiſonnemens ſuivans.
Comment , demande l'auteur , un mouvement
d'ondulation , ſujet lui-même à être tranſporté
par les vents , pourroit- il rompre des nuages
affemblés par des vents contraires ? Comment pourroit-
il accélérer la fermentationdes vapeurs fulphureuſes
, & diriger leur chûte vers le foyer
méme des ondulations ?
Ce qui arrive dans les appareils des Phyſiciens
électriſans , arrive également dans l'athmosphere ,
en temps d'orages. Si un nuage qui ne contient
que ſa quantité naturelle de matiere électrique ,
on qui en contient moins que fa quantité na(
231 )
1
turelle , vient à paſſer dans le voiſinage d'un
autre nuage , qui s'en trouve ſurchargé ; cette
matiere alors , qui tend toujours à ſe mettre en
équilibre , ſe jette tout-à-coup ſur le premier ,
&ſediftribuedans toute ſa maſſe ,&delà l'éclair ,
&le coup foudroyant.
Si les corps élevés à la ſurfacede notre globe:
fi le comble des grands édifices , la pointe des
cloches, le ſommet des grands arbres ,ſe trouventplongés
dans la ſphere d'activité d'un naage
furchargé de la matiere du tonnerre , ils ſoutirent
alors ſa matiere foudroyante du nuage , ils
excitent ſa détonation , & font eux -mêmes pé
nétrés , brifés , renversés le plus ſouvent par
cette même matiere.
Cette matiere , ainſi que le démontre Fobſervation
, attaque de préférence ſes ſubſtances métalliques
; & fi ces ſubſtances lui préſententune
furface mouſſe& obtuſe , elle les pénétre avec
bruit & détonation ; ſi elles luioffrent une pointe
aigue, elle les ſaiſit alors tacitement& fans bruit ,
&ſe rend par leur conduite , qui lui convient
mieux que toute autre, dans le réſervoir commun :
qu'on n'impute donc pas aux cloches , la chute
de la foudre ſur les clochers ; qu'on l'impute à
l'immerfion des clochers dans les nuages élec
triques ; qu'on l'impute aux fléches , aux girouettes,
aux boules métalliques , qui les ſurmon+
tent , & qui placées dans la ſphere d'activité des
nuages , foutirent la matiere du tonn rre , & la
font paffer avec explosion à travers les cloches
d'où ſuit néceſſairement la ruine de ces édifices ,
&la perte des Sonneurs.
L'Auteur finit par conſeiller d'adapter à
tous les clochers des Conduleurs , qu'on s'eſt
mis à appeller, en France du nom de Para
1
( 232 )
tonnerres, quoiqu'ils neſervent point à écarter
la foudre , mais à la diriger.
Comme il ne s'agit point ici d'une queftion
indifférente de Phyſique , on devroit
être circonſpect à faire des ſyſtêmes ſur
cette matiere. S'il n'eſt pas démontré que la
chûte du tonnerre ſur les clochers doit être
excluſivement attribuée à l'action des cloches
en mouvement , il l'eſt encore moins
que cette action ſoit nulle : dans le doute ,
&en bonne logique , il eſt donc imprudent
de blâmer les défenſes de fonner : le pire réſultat
, eſt que les accidens ſe perpétuent ,
comme ci-devant. Il est vraiſemblable que
le mouvement vibratoire , imprimé à l'air
par le ſon des cloches , ne parvient pas à la
nuée électrique : quelques Phyficiens ont
même ſoumis cette vérité au calcul; mais
ils ont obſervé en même temps , que les cloches
ébranléesdurant l'orage , s'électrifoient
affez fortement pour produire des éclairs
ſenſibles : ſoit que ce phénomene ait ſa cauſe
dans les courans électriques attirés par le
mouvement ondulatoire , foit plutôt que ce
mouvement les électriſe, en les approchant
des pointes métalliques , chargées elles-mêmes
du fluide électrique de la nuée, il n'en
eſt pas moins certain par mille expériences
funeſtes , que la perte du ſonneur est prefque
toujours la ſuite de cette meſure imprudente.
M. Mentelle , Hiſtoriographe de Mon
( 233 )
ſeigneur le Comte d'Artois , nous a adreſſé
la note ſuivante , qui peut intéreſſer la Marine
& le Commerce : elle a été apportée
d'Amérique à M. Mentelle , & certifiée authentique.
INDICATION-donnée par Thomas KNOX , Pilote
ordinaire des Vaifſſeaux du Roi à BoSTON .
Direction pour entrer& fortir de la baie de Bof
ton , venant du cap Hod&du cap Ann à la Tour
du Fanal.
La Tour du Fanal eſt placée ſur une petite
ifle au N. de l'entrée du canal ; elle eſt élevée d'environ
65 pieds ( anglois ).
La route du cap Cod au Fanal eft O. N.O.
Lorſque vous êtes à une lieue N. de diſtance du
cap Cod , vous êtes à environ ſeize lieues du
Fanal.
Du cap Ann au Fanal la route eſt S. O. , dif
tante de dix lieues. Lorſque vous appercevez le
Fanal , & que le vent eſt bon , vous pouvez gou
vernerdeſſus juſqu'à ce que vous ſoyez à deux
encablures de diſtance. Si le tems eſt mauvais
&que vous ne puiſſiez pas avoir un pilote au Fanal
, après avoir convoyé au-dedans de lui julqu'à
l'amener au Noun quart N. E. , vous pouvez
courirO. un quart S.O. environ un mille &demi,
ou une demi -lieue ; & là vous pouvez mouiller
en ſûreté de cinq à fix braſſes d'eau dans ladite
rade appellée Nantasket. Pour manoeuvrer dans
la baie de Boſton , vous pouvez courir au S. jufqu'à
relever leFanal à l'O . N. O. , & dans la partiedu
nord juſqu'à le relever à l'O. S. O. , jufqu'à
ce que vous soyez à une lieue de diſtance ,
alors il ne faut gouverner que juſqu'à être à
I'E. un quart S. E, du Fanal , & au S. juſqu'à en
êtredans l'Eft..
( 234 )
N. B. Vous pouvez mouiller en fûretédans la
baie, i le vent vient du large..
Les fimaux du capAnn ſont ſur une petite ifle
appellée Tatcher's Island ces deux tours font S. S.
O. 3º. fud ; & Ν. Ν. Ε. 3. N. l'une & l'autre.
Pour paſſer au -dehors du Londonien , ou du rivagede
Thatch r's Island , il faut ſe tenirà une
lieue de dinance du fanal..
DE BRUXELLES , le 24 Juillet.
M. de Schulenbourg , Miniſtre d'Etat du
Roi de Pruffe , après avoir viſité le Duché
de Cleves , & les autres Etats de S. M. dans
la Gueldre , eft retourné à Berlin , d'où fon
abfence n'a pas été longue.
Nous avons annoncé par mépriſe , que le
•Prince Henri de Pruſſe étoit arrivé en Suiſſe
les de ce mois. Il n'eſt parti de Berlin que
le 30 Juin , ſous le nom de Comte d'Oëls.
Ce Prince voyage accompagné des deux
Comtes de Podewills , des Barons deWrech
&de Taunzien.
On ſoupçonne qu'il s'eſt élevé quelques
nuages entre les Cours de Madrid & de Naples
, au ſujet du double mariage projetté en
Portugal par la premiere de ces Cours. Le
rappel de l'Ambaſſadeur des deux Siciles à
Madrid a été attribué à cette cauſe , ainfi
que les changemens dans le Miniftere , dont
il a été queſtion dans les papiers publics.
• Il s'eſt paſſé quelques mouvemens populaires
à Rotterdam , l'une des villes où le parti du
Stathouder paroît dominant. Une CompagnieBourgeoife,
connue ſous le nomdeDrapeau
d'Orange , a été attaquée par le peuple ,
qui vouloit s'emparer du Drapeau, endifant ,
puisque les Etats ne veulent pas nous souffrir
-
-
( 235 )
des rubans Orange , nous ne souffrirons pas
non plus qu'on monte la garde avec un Drapeau
de la méme couleur. Quelques partiſans
de l'Ariftocratie ont faiſi cette occafion de
compromettre la Régence de Rotterdam ,
en affectant de recourir aux Etats de Hollande
pour le maintien de la súrsté. Ceux- ci
ont demandé des informations aux Magiftrats
de Rotterdam , dont la réponſe n'eſt
pas énigmatique.
Il paſſe pour certain que le Srathouder
s'eſt abſolument refuſé à engager le moins
dumonde le Duc de Brunswick àdonner ſa
démiſſion. Le bruit court en conféquence , que
le Souverain ( c'est-à-dire , les Etats de la
Province particuliere de Hollande , ) voyant
l'impoſſibilité de réuſſir par des voics DOUCES
& AMICALES , ufera de fon outorité légitime
pour redemander au Duc les emplois dont la
NATION ne voit pas avec fatisfaction qu'il
refte chargé. Telles font les expreffions & la
prophétie de la Gazetted'Amſterdam , n° .58 .
Il s'est glissé dans le dernier Journal une faute
confiderable relativement àM. le Marquis de Vaudreuil.
Voici comme ce qui le concerne doit être énoncé.
LE TRIOMPHA . Le Marquis de Vaudreuil t.
Sa conduite louée dans toutes les circonstances
de la journée , tant comme Commandant dudit
vaiſſeau , que comme Général Commandant la
deuxieme Eſcadre ..
Articles divers tirés des Papiers Anglois.
Conformément à l'ordre du jour , M. Pitt ayant
demandé que la Chambre ſe formât en Comité
général , pour examiner le bill de l'Inde , &
qu'en conféquence l'Orateur quittât la Chaire ,
cette motion occaſionna un long débat : MM.
( 236 )
Francis & Fox d'une part , MM. Pitt & Dum
day de l'autre , parlerent très-long-tems; enfin ,
la motion de M. Pitt l'emporta à la pluralité de
271 voix, contre 60. Le 20 , la Chambre étoit
encore occupée de ce bill , dont le ſuccès ne pas
rut plus incertain.
Dans le cours des débats , M. Dempſter dit ,
que a vû l'extrême difficulté de gouverner d'auffi
>>>loin nos poffeffions dans l'Inde , il propoſoit
>> de folliciter S. M. d'y envoyer l'un des jeu-
>> nes Princes de la Famille Royale , en qua-
>> lité de Roi de l'Inde : il gouverneroit ſesEtats
avec prudence , & formeroit des alliances uti-
- les aux intérêts de laGrande-Bretagne , La
Chambre s'étant miſe à rire , M. Dempſter
ajouta « qu'on pouvoit rire tant qu'on voudroit ,
>mais que ce plan lui paroiſſoit le ſeul préfé
>>> rable ».
Le Laſcelles , autre vaiſſeau de la Compagnie
des Indes , eſt arrivé à Douvres.
S. A. Mgr. le Prince de N..... paſſant par
Choczim avec d'autres compagnons de voyage
pour ſe rendre à Conſtantinople , a été accueilli
par le Pacha avec la plus grande diftinction.
Ayant été invité à dîner par ce Gouverneur , il
lui a donné après le repas un ſpectacle encore inconnu
dans ces contrées , en faiſant élever un
ballon aéroſtatique de 32 pieds de diametre , d'après
le procédé de M. de Montgolfier. Ce globe
aérien, conſtruit à la hate , a cu le plus heureux
ſuccès. Il s'eſt élevé à 700 toiſes de hauteur , & a
étonné , tranſporté le Pacha, ainſi que tous les
Turcs préſens , quelqu'indifférens qu'ils foient à
toutes les nouveautés.A la beauté du ſpectacle
que formoit l'aſcenſion du globe , ſe joignit un
accident qui le rendit encore plus majestueux. Le
feu prit au ballon , ce qui le transforma en un
C
1
( 237 )
globeenflammé dans les airs. Il vint enſuite defcendre
par hasard , & achever de ſe conſumer ſur
les croiſées du Pacha, qui prit cela pour une galanterie
du Prince de N..... , & qui l'en remercia
dans les termes les plus polis & les plus affectueux.
Le bon Musulman ne pouvoit contenir ſa
joie& fon enthouſiaſme, ſans ſonger que le ballon
enflammé auroit pû mettre le feu à la ville.
L'aſſemblée étoit nombreuſe & brillante. Parmi
une foule de Dames Polonoiſes que la curiofité
avoit attirées ici , on diſtinguoit fur-tout Madame
deWitte, fi célebre par ſa beauté , & qui a fait
particulièrement l'admiration de tout Paris & de
Versailles , &c . [ Courier du Bas- Rhin , No. 58. ]
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Cause entre leſieur Boulin de Diencourt , & autres
Héritiers des propres duſieur de la Vieuville.
Et lesLégataires univerſels du ſieur de la Vieuville.
Effet du cumul des qualités d Héritier&de Légataire.
De quelle nature ſont des immeubles réels ou
fictifs , qu'un frere héritier préſomptifde ſa ſoeur ,
ſeul de ſon degré , & ſon Légataire univerſel ,
arecueilli ſous cette double qualité ? font - ils
propres ou fimples acquêts dans ſa ſucceſſion?
Iont- ils ſujets à la diſtraction des quatre quints
en faveur des héritiers des propres , ou peuvent-
(1) Les premieres f willes du dix- huitieme tome de la Ga
zette des Tribunaux paroîtront au commencement d'août
de la préſente année.
Cet ouvrage dont M. MARS , avocat au Parlement de
Paris , eſt l'Auteur , paroît rous les jeudis depuis neufans
fans interruption. Chaque feule est compofée de ditferens
articles , entr'autres des notices de Caufes civiles &
criminelles de tous les Parlemens , avec les jugemens qui
les ont décidées , de queſtions de Jurisprudence & de réponſes
à ces queſtions , &c. Cene Gazette annonce audi
avec exactitude les Arrês du Conſeil , les Edits . Ordonnances
& Déclarations du Roi , les Arrêts des Parlemens
&autres Cours souveraines , &c.
Le prix eft de 15 liv. par an.
(238 )
ils tomber dans le legs univerſel , fait par le der
nier poffeffeur ? - Telle eſt la queſtion que
cetteCaule avoit fait naître. Elle a été très-bien
diſcutée dans les différens Mémoires des Parties ,
faits par M. deBonnieres pour les Légataires univertels
, & M. de la Malle pour les Héritiers des
propres. Et fur les Conclufions de M. l'Avocat-
Général Séguier , Arret eſt intervenu le 26 Août
1782 , qui a mis l'appellation& ce au néant , en
ce que la Sentence du Châtelet avoit ordonné
les immeubles entreroient dans la maſſe du partage
, comme faiſant partie du legs univerſel.
Emendant quant à ce , a ordonné ſur iceux la
diſtraction des quatre quints , en faveur des Héritiers
des propres. Et a condamné les Legataires
aux dépens.
que
REQUÉTES DU PALAIS.
Causeentre lefieur Daullé , Curé de la Paroiſſe de,
* la Chapelle d'Abbeville. - Et les Prieur &
•Religieux de la Chartreuse de la même ville.
-Chartreux peuvent administrer les Sacremens
& donner la Sépulture aux Domestiques de leurs
Maisons.
L'Ordre des Chartreux a toujours joui depuis
qu'il exiſte , de ce privilége , dont l'uſage introduit
pour de juſtes cauſes & autoriſé par les Supérieurs
Eccléfiaftiques , n'a jamais produit d'inconvéniens
, ni éprouvé de contradiction de la part
des Curés des Paroiſſes où les Chartreux font
ſitués. La conteſtation préſente , élevée par un
Curé d'Abbeville , contre les Chartreux de cette..
ville, vient encore d'être décidée en leur faveur.
-La Chartreuſe d'Abbeville , fondée en 1305,
ſe trouveaujourd'hui dans l'étendue de la Paroiſſe
de la Chapelle , qui eſt un des fauxbourgs de la
ville. Soigneuſe de conſerver l'exercice de tous
les droits & priviléges qui lui appartiennent , elle
en jouit depuis la fondation , ſans chercher à les
( 239 )
étendre. Ces priviléges confſtent dans l'exemptionde
dimes ſur d'anciens Domaines , & l'exercice
des droits curiaux ſur leurs Domeſtiques
demeurans dans leur intérieur. Chaque jour ils
les raffemblent dans une Chapelle qui eſt dans
l'intérieur de la Clôture , mais diſtincte de l'Egliſe
principale des Religieux , qui eſt dans un
intérieur plus retiré. C'eſt dans cette Chapelle
que les Chartreux inſtruiſent leurs Domeſtiques ,
leur font entendre la Meſſe , leur adminiſtrent
les Sacremens& leur donnent la Sépulture. --Tel
étoit l'état des choſes ,lorſque le 17 Juin 1782 ,
le ſieur Daullé , Curé de la Chapelle , a fait affigner
les Chartreux en la Sénéchauffée d'Abbeville,
pour voir dire qu'il prenoit pour trouble
dans l'exercice de ſes fonctions curiales ,l'inhumation
qu'ils avoient faite le 3 Avril précédent
du corps d'Antoine Rimbaut , l'un de leurs Domeſtiques
( leur Boulanger ); qu'il ſeroit maintenu
dans l'exercice de ſes fonctions dans toute l'érenduede
ſa Paroiſſe ; qu'en conféquence , défenſes
ſeroient faites aux Chartreux , 1º d'avoir une
Chapelle diftincte de celle où ils font leurs Of--
fices particuliers, avec ouverture en dehors ; 2°. d'y
faire l'Eau bénite & diſtribuer le Pain béni le Di
manche ; 3 °. d'adminiſtrer les Sacremens , notamment
la Communion Pafchale , & la Première
Communion aux Domestiques qui habitent dar's
l'extérieur de leur Monastère ( le Curé appelloit
extérieur le premier intérieur , diſtinct de celui
des Religieux , qui est néanmoins compris dans
la clôture générale du Couvent ) ; ainſi que de
leur donner laSépulture après leur mort : & pour
l'avoir fait, qu'ils fuſſent condamnés en 3000 liv,
dedommages& intérêts & aux dépens. Les
Chartreux ont fait renvoyer cette demande en
vertude leur committimus aux Requêtes du Palais ,
où ils ont foutenu que le fieur Daullé devoit être
déclaré iurement& fimplement non-recevable ,
( 240 )
ou en tous cas débouté. Sentence du 25Mai
1784 , qui a débouté le ſieur Daullé de ſes demandes
, & l'a condamné aux dépens.
PARLEMENT DE BRETAGNE.
Viſites des Commis des Fermiers des devoirs de
Bretagne , ne doivent être faites chez les Marchands
de Vins en gros , à l'heure de laBourse.
C'eſt là ce qui réſulte d'un Arrêt du 12 Mai
1784 , rendu en faveur des ſieurs Albert & Moizan
, Marchands de Vins en gros à Nantes , Appellans,
contre Thomas - Auguſtin de Meule ,
Fermier -Général des droits de la Province de
Bretagne. Les Commis étoient entrés , vers
l'heure de la Bourſe , dans les Magaſins des fiturs
Albert & Moizan , & avoient pris note de l'état
des vins de ces Marchands ; il s'agiſſoit de porter
cet apurement ſur leurs livres de vinaterie , &
fur le portatif des Commis. Le ſieur Albert s'y
refuſa pour le moment , attendu ſes affaires à la
Bourſe , l'heure de s'y rendre étant déja avancée :
il avoit congédié les Commis , en leur propoſant
de revenir à quelque heure que ce fut , après la
levée de laBourſe , finir leur exercice; ils prirent
cette déclaration pour refus de viſite ,& le même
jour firentdeſcendre le Juge ; il ne trouva point
de fraude , &fon apurement fut conforme à celui
queles Commis avoient rapporté dans leur Procèsverbal
du matin. -Néanmoins , par Sentence
dus Décembre 1782 , les ſieurs Albert & Moizan
furent condamnés aux frais de la deſcente. -Mais
comme on l'a vu , l'Arrêt en décida autrement.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts;les Spectacles,
les Causes célebres; les Académies de Paris & de
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 7 AOUT 1784.
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brever du Roi.
TABLE
Du mois de Juillet 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
Vers à M. le ComtedeHaga,
Horace & Lydie , Ode ,
3
La Henriade deVoltaire . 55
Effai d'une Theorie fur la
Structuredes Cryſtaux , 66
4CorrespondanceRurale.
Les VieuxGaluns du Siècle, Phyfique du Monde ,
Chanfon ,
Vers pour le Portrait de M.
Epure à M. le Duc de Ni- Les Navires des Anciens , 115
71
74
6 Eloge du Doleur Sanchez ,
104
Mesmer, 8 Les Voyages d'Amour , 114
vernois. 49 ExamenHistorique des Offices,
Epitre à M. Imbert , 97
Airde l'Epreuve Villageoise.
Droits , &c.
ThéâtreMoral ,
120
100 PrécisHistorique de laMai-
A Rofalie , 145
147
164
Romance,
167
VersàMme de Flaux ,
fon Imperialede Comnène
192 Versfur la Paix ,
Impromptu au Commodore MillMac-Rea, Roman Hif-
197 Paul-Jones ,
Charades , Enigmes & Logogryphes
, 8 , 54 , 103 , 149,
torique , 172
Leçons Elémentaires de Mathématiques
,
Lettres de Milady *** 197
NOUVELLES LITTÉR .
Discoursprononcés dans l'Académie
Françoise ,
La véritable Manière d'inftuire
les Sourds & Muets ,
13
174
,fur
l'influence que les Femmes
pourroient avoir dans l'éducationdesHommes
,
SPECTACLES
200
Comédie Françoise, 131
23 Comédie Italienne, 80 , 135
L'Influencede Fermat furfon Annonces &Notices,40,88 ,
fiècle , 29 136, 185,234
A Paris, de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 7 AOUT 1784 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMITATION du Sonnetdel'AbbéPARINI ,
fur les Voyages de l'Empereur en Italie.
SANS fafte & fans orgueil , César régit le monde;
Sur toutes les vertus ſon Empire ſe fonde :
Voyez- le avec ardeur cherchant la vérité ,
Ou du haut de ſon trône enſeignant l'équité,
Tantôt d'un fier voiſin réprimer la vaillance ,
Des opprimés tantôt embraſſer la défenſe ,
Et donnant le premier l'exemple du devoir ,
En rendant l'homme libre , affermir ſon pouvoir.
Sous ſes coup's redoublés , ici la fraude expire ;
Du pouvoir monachal il borne enfin l'empire ,
Et ſur ſon trône antique établit la raiſon.
Tels Alcide , Théſée , Ofiris & Jaſon ,
Qui, dans les cieux affis , reçoivent notre hommage ,
A1)
MERCURE
Sur la terre autrefois des Dieux offroient l'image :
De l'Univers , comme eux , & l'honneur & l'appui ,
Céſarnous les rappelle , ils revivent en lui.
(ParM. le Chevalier de Cubières, )
ÉPITRE à M. DE MONVILLE ,
Ancien Grand- Maître des Eaux & Forêts
de Normandie , Seigneur de Retz , près
S. Germain - en - Laye , créateur en cet
endroit du lieu charmant connu sous le
nom du Déſert.
QuUI trouve accès à ton Déſert ,
Eft tenté de s'y faire Hermite :
Cent faux- fuyans , où l'on ſe perd ,
Ont mis le bonheur à leur fuite.
Dans ces détours , ces ſinuoſités ,
Les végétaux , les arbres exotiques ,
Ont des deux mondes habités
Réuni les parfums , les vertus balfamiques.
Sous tes lambris , s'il eſt par fois
Près des ſophas , à l'aventure ,
Tableaux charmans , jolis minois ,
Ce font chef-d'oeuvres de peinture ;
L'âme en repoſe mieux en paix :
Le beau cryſtal d'une eau limpide ,
Gazons verds & bocages frais
Yfont aimer la Thébaide,
DE FRANCE.
Les Arts s'y plaiſent exilés :
Grâce à ton goût , ton induſtrie ,
Les trouvant-là tous raffemblés ,
On ſe croit au Déſert en pays de féerie ;
L'on n'a point aſſez des cineg ſens
Pour ſuffire au plaiſir de la tour enchantée ;
Sur la porte eſt l'Amour.... Mais il ſemble en dedans,
Prendre plus d'une forme & devenir Protée.
ENLACES en feſtons , mille grouppes de fleurs
Juſques ſur les gradius , * en ce bel hermitage ,
Fixent bien moins les yeux qu'ils n'enchaînent les
coeurs.
Qui de la volupté ne chérit l'eſclavage ?
Tous les oiſeaux , vers ce ſéjour ,
Ont pris à la fois leur volée ;
Leur chant joyeux eſt une hymne à l'Amour :
Heureux qui le matin l'entend ſous la feuillée !
Pour agrandir l'eſpace il faut le varier ;
L'ennui naquit , dit- on , de la monotonie.
*Depuis le bas de la tour enchantée , que l'on voit
au Défert , juſques au haut , ſous la main d'appui de
l'escalier , font très-artiſtement fixés plus de deux eent
pors de fleurs , ( qui ſe renouvellent ſucceſſivement ſuivant
les ſaiſons ) lesquels forment toujours l'effet le plus
délicieux.
L'intérieur de ce charmant local reſpire également partout
la volupté , & juftifie le goût le plus exquis de la part
de M. deMenyalle.
Aiij
6. MERCURE
ری
En tes boſquets à l'oeuvre on connoît l'ouvrier;
Toujours un nouveau site annonce ton génie.
Achaque pas on trouve le cachet
Du Dieu du Goût, qui dans ce lieu préſide.
S'il ne t'eût , comme ami , révélé ſon ſecret ,
Croiroit- on au Déſert être aux jardins d'Armide ?
(Envoyée au retour du Défert , parM. P. D. R.)
LE SINGE ET LE RENARD , Fable.
LE Singe un jour dit au Renard :
Admirez-vous , mon frère , avec quel art
J'imite ce que je vois faire ?
Ami , c'eſt un talent que je n'eſtime guère ,
Répondit celui-ci ; je ne puis admirer
Un pantalonqui n'a que de laides grimaces.
Il faut , fi tu veux plaire , imiter avec grâcos ,
Et ne pointt'amuſer à tout défigurer.
Lapreuve, ſelon moi , de ton peu de mérite ,
G'est que perſonne ne t'imite.
Auteurs , qui n'avez pas le talent d'inventer ,
Aycz au moins celui d'embellir vos modèles.
En eft- ce trop ? Eh bien! que vos crayons fidèles
Saififfent au moins l'art de les bien imiter.
(Par M. Crignon , d'Orléans. )
DE FRANCE. 7
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Fauxbourg ;
celui de l'énigme eſt les Soupirs ; celui du
Logogryphe eſt Coqueluche , où l'on trouve
coque, coq , couche , choc , Echo , cloche
écu, Ouche,louche , Luc,clou , leo , coche.
CHARADE.
Sur l'Air du Vaudeville de Figaro.
ALLEZ , vous dit la Sageſſe ,
Mon premier toujours en main;
De mon ſecond le nom bleſſe
Les oreilles d'un Dandin :
Juge de comique eſpèce ,
Je vous dis avec ſuccès :
Dieu vous garde des procès.
ÉNIGME.
SANS Ecouterj'entends tout dire 3
Ce que j'entends , je le redis :

Quelqu'un auprès de moi vient- il pleurer ou rire ?
Avec lui je pleure & je ris .
:
A iv
S MERCURE
Mais ce qui doit paroître une étrange merveille,
C'eſt que je ſuis ſans langue& fans oreille.
JE
LOGOGRYPΗ Ε.
Efuis un terme bas , avili , méprifé ,
Qu'avec dériſion chacun ſouvent prononce.
De quatre pieds , Lecteur , ſeulement compoſe ,
Al'eſtime publique à jamais je renonce.
Mais ſi mon tout paroît à tes yeux mépriſable,
En me coupant la queue , en revanche ſoudain ,
Je te plais , je t'enchante ; & toujours délectable ,
La ſource des plaiſirs découle de mon ſein.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PLAN'de Lecture pour une jeune Dame ,
&c. & c. A Paris , chez Prault, Imprimeur .
Libraire , quai des Auguſtins , & chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
DES Philofophes chagrins ont interdit
aux femmes toute eſpèce d'inftruction. Des
Philofophes plus juſtes les ont appelées dans
ce fiècle au partage des lumières. Elles doivent
en effet cultiver les talens qui leur prêtent
des charmes nouveaux . Ne leur défendons
pas même des connoiſſances plus éle
DE FRANCE. -9
vées. Elles s'interdiront bientôt , ſans les
vains conſeils des Moraliſtes , toutes les études
qui nuiroient à leur première deſtination
, qui eſt de plaire & d'aimer. Puifqu'elles
font afſociées à nos malheurs , n'efte
il pas juſte qu'elles le ſoient aufli aux conſolations
que donnent les Arts & les jouifſances
de l'eſprit ?
Pluſieurs Écrivains modernes défendirent
leurs droits , & quelques uns leur tracèrent
des plans d'éducation. Rouſſeau raffembla
toutes les vertus & tous les attraits diſperſés
dans leur ſexe aimable , pour en parer
le beau modèle qu'il leur offrit dans ſon
admirable Sophie. Roufſeau ne les flatra jamais
, & cependant il fit naître leur enthoufiafine.
Eh! comment n'aimeroient- elles pas
un Écrivain qui , même en leur adreſſant
des vérités dures , les fait aimer davantage ?
Cet Orateur , qui recula les bornes de ſon
Art , en donnant à l'Éloge de Marc Aurèle
tout l'intérêt d'un Drame attendriſſant ou
fublime ; M. Thomas a répandu , dans un
Eſſai ſur les Femmes , ſes idées, ſon eſprit
&fon éloquence. Enfin M. de la Harpe ,
dont les talens ſupérieurs obtiennent de plus
en plus le ſuffrage des juges équitables , célèbre
dans ce moment la plus intéreſſante
moitié du genre humain. C'eſt au goût ſans
doute à chanter la beauté.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
embraſſe un plan moins étendn. Il ne
veut que tracer aux femmes celui de leurs
ל
4
Av
10 MERCURE
2
lectures. C'eſt ainſi qu'il s'explique àla tête
d'une Préface trop modeſte.
" L'homme de bon ſens lui même eft
» quelquefois forcé d'augmenter le deluge
➤ des écrits inutiles. Il s'en afflige & cède à
>> la néceffité. Mais il feroit très peiné fi l'on
> penſoit qu'il attache quelque importance à
>> des feuilles tracées ſans travail , & qui ne
> contiennent rien de neuf. Celles ci n'au-
>> roient jamais été écrites ſi elles n'avoient
» été demandées , &c. &c. »
Une Littérature étendue , un goût pur , des
jugemens précis , un ſtyle élégant , & furtout
le courage de louer, en pluſieurs endroits,
le merite vivant , ſont des qualités
très-neuves aujourd'hui , & cet exemple ne
peut être inutile. Enseigner aux femmes à
vieillirfans humeur & fans ennui , feroit le
plus grandfervice qu'on pourroit leur rendre,
dit très agréablement l'Auteur , & nous
croyons qu'il y réuffira , s'il peut écrire fouvent
pour elles. Laiffons ledonc parler luimême.
ود
"C'eſt par une étude un peu aride qu'elles
» ( les femmes) doivent commencer. Celle
>> de leur propre langue eſt abſolument néceffaire
........ Nos grammaires Françoiſes
font obfcures , difficiles , embarrallées :
la meilleure , parce qu'elle est la plus
> courte & la plus claire , cſt celle de l'Abbé
• de Condillac, On doit la préférer , i on
>> ne prend le parti beaucoup plus fage de
> joindre l'étude d'une autre langue à celle
33
DE FRANCE. t
> de ſa langue maternelle. Loin d'ajouter
>> aux difficultés , ce ſera trouver un moyen
>>de les diminuer. Les phrafes qu'on enten-
3 dra ne feront point illufion , & ne force-
>> ront point à croire qu'on faifit des règles
>> abſtraites que ſouvent on ne conçoit qu'im-
>> parfaitement. D'ailleurs , l'attention fera
>> foutenue par la néceſſité des efforts , pour
>>> apprendre ce qu'on ne pourra ſe diſſimuler
qu'on ignote ; & les progrès mieux mar-
>> qués animeront le defir d'en faire de nou .
>> veaux. On s'affocie à l'Auteur qu'on pé-
» nètre , & on lui trouve plus de mérite,
20 par la raiſon ſeule qu'on jouit de celui
- d'avoir furmonté la difficulté de le com-
>> prendre . >>>
Le meilleur eſprit a dicté ces obſervations.
La dernière eſt pleine de juſteſſe. L'Auteur
conſeille aux femmes de choiſir l'Italien , a
cauſe de ſa molleſſe & de ſa douceur. D'autres
raiſons doivent les y engager. C'eſt
dans cette langue qu'elles liront les deux
Poëmes enchanteurs où elles ſont le plus
célébrées. Ils les tranſporteront à cette brillante
époque de la chevalerie , qui fut celle
de leur empire & de leur gloire. D'ailleurs ,
avec quel plaiſir ne doivent elles pas étudier
une langue où ſont compoſes preſque tous
ks.chef- d'oeuvres de la muſique , cer Art
charmant , qu'elles doivent tant aimer , puif.
qu'il les rend plus belles & plus ſenſibles !
Continuons d'analyſer le plan que leur
offre un ami de leur bonheur; pour les y
Avj
12 MERCURE
conduire sûrement , il les rappelle à leurs
veritables devoirs .
" Les devoirs de l'homme envers Dieu ,
>> envers lui- même , envers les autres hom-
» mes , ne fauroient être trop médités. La
> femme qui ponſe ſe livrera à ces impor-
> tans objets. Mais contente d'avoir des
>> principes qui fixent ſon opinion , & la
ſoutiennent dans les orages des paflions ,
elle ne ſe jetera point dans les labyrinthes
>>de la théologie. Un Dieu que toute la Na-
>> ture manifeſte , que notre raiſon nous
> prouve , que notre coeur nous commande
>> d'aimer, doit il être l'éternel ſujet des dif
ود cuffions des Théologiens & des Philo-
>> ſophes ?
Fénelon fans doute ne parloit pas autre
ment des vérités éternelles aux femmes dont
l'education l'occupa quelque temps.....
« Plus une femme ſera ſenſible , plus fon
>> eſprit ſera grand , ( c'eſt l'Auteur qui
>> parle ) plus la Bible aura pour elle d'attraits.
C'eſt dans ce Livre qu'on trouve
>> ce que la ſimplicité a de plus aimable &
ود de plus touchant, ce que la raifon a de
» plus fage, ce que le ſentiment a de plus
» onctueux , ce que l'eloquence a de plus
fort & de plus élevé , ce que la poéfie a
>> de plus gracieux on de plus fublime , &
- qu'on voit raffenblé dans un ſeul corps
> d'ouvrage, dont toutes les parties ont une
>> liaiſon intime, des beautés bien ſupérieures
DE FRANCE . 13
• à celles que les plus puiſlans génies ont
fermées dans les Écrits, que les hommes de
>> tous les temps ont le plus admires.
"
Les opinions énoncees dans les Lectures ,
font celles d'un eſprit très eclaire & très impartial.
Quelques unes , inais en petit nombre
, font fufceptibles de diſcuſſion. Voyons
comme on y apprecie Paſcal .
" Le grand athlette du Chriftianiſme,celui
» qu'on ne peut vaincre ni ebranler , c'eſt
Paſcal. Il tient l'homme en ſa puiſſance ;
» tantôt il l'élève aux célestes régions , &
ו נ
tantôt il le plonge dans l'abyme de fa
>> propre misère. On n'a de lui que quelques
>> penſees ſur la Morale & la Religion ; &
>> ces penfees , qui n'étoient pour lui que
و د
des matériaux imparfaits d'un très grand
» Ouvrage , nous prefentent les traces du
>> génie le plus vaſte & le plus puiſſant ; fi
> elles ne renferment pas des vérités impor-
>> tantes , il n'y a point de vérités pour la
>> terre . ”
........
On ne peut fentir & peindre plus vive
ment le génie de Paſcal.. .... Au
reſte , l'enthouſiaſine pour Paſcal eſt bien
excufab'e. Vauvenargues , un des meilleurs
eſprits de ce ſiècle , ne l'a pas moins loué
dans un merceau plein de verve , mais quel
quefois vague , &, ce me femble, inſuffifant.

L'Auteur apprécie Maffillon avec grâce ,
Boffuet avec force , Fléchier avec eſprit , &
paye un juſte tribut d'éloges à l'Abbé Poule,
14
MERCURE
1
:
ledernier de nos grands Orateurs Chrétiens.
On eſt ſurpris que M. Marmontel , qui
vient d'enrichir la nouvelle Encyclopédie
d'excellens articles de Littérature , n'en ait
point parlé dans celui de la chaire.
Les Livres de morale ſuccèdent aux Livres
Religieux. Il faut ſe borner à un petit nombre
, tels que les Offices de Cicéron , les Caractères
de la Bruyère , la Connoissance de
l'Esprit Humain , par Vauvenargues , Ouvrage
( dit l'Auteur) bien plus profond, bien
plus philofophique que lafatyre de l'homme ,
mise en maximes par le Duc de la Rochefoucaud.
Cette courte liſte ſe termine par
Montagne , qui , dans un ſtyle vieilli , &
que les partiſans de la naïveté gauloiſe ont
peut être un peu trop regtetté , a laiſſe l'empreinte
d'une imagination vive , abondante ,
originale , qui ne vieillira jamais , & qu'on
ne peut trop admirer.
On doit voir avec plaiſir que Vauvenargues
obtient de jour en jour plus d'eſtime.
Quand il parut , il fut à peine remarqué , &
les éloges de Voltaire ne purent lui donner
la célébrité qu'il méritoit. Ceux de l'Auteur
du Plan de Lectures étoient dûs à la connoiffance
de l'eſprit humain. Long temps il a
partagé l'éclat que les talens de Vauvernaġues
ont répandu fur les Corps Militaires ,
dont il étoit membre , & il eſt digne d'y
ajouter une nouvelle gloire. Puiffent de tels
exemples répandre de plus en plus parmi les
DE FRANCE.
15
Officiers François , l'amour des Lettres &
des lumières !
L'étude de l'Hiſtoire ſoit l'étude de la
Morale.
Il ſemble que les Poëtes devroient être
placés à la tête des Moraliſtes & des Hiſtoriens.
Ils ont été en effet les premiers Hiſtoriens
des peuples , & ils font encore leurs
premiers Moraliſtes. Mais l'Auteur n'a point
voulu tout épuiſer. Il ſuppoſe que nos
grands Poëtes font affez connus pour qu'il
ſe diſpenſe de les indiquer.
La partie la plus importantede cette petite
Brochure eſt , ſans contredit , celle de l'Hiftoire.
Les réflexions qui la précèdent ſont
d'un ton noble & convenable.
« L'Hiſtoire , qui fait revivre tous les
• ſiècles , qui nous préſente le ſpectacle
ſucceſlif des viciffitudes qui , ſi ſouvent ,
> ont changé la face du monde , mérite bien
>> d'occuper une partie des loiſirs d'une fem
> me qui veut s'inſtruire ; quelques jours
>>>lui fuffiront pour planer fur les ruines des
- empires. Elle apprendra à connoître l'hom
> me dans ce mélange de crimes & de ver-
> tus , dont le tableau lui ſera ſouvent re-
> tracé. Si fon coeur s'afflige en voyant de
"
quels forfaits il eſt capable , il fera con-
>> folé en trouvant quelquefois des âmes
fublimes & tendres , qui ſemblent n'avoir
> exiſté que pour la gloire & le bonheur de
> l'humanite; elle verra que ce ſont les fem-
» mes qui ont dirigé les moeurs dans tous
16 MERCURE
>>les empires , & que c'eſt lorſqu'elles aban-
>> donnent la décence & la veitu , que les
hommes ſe livrent aux plus coupables
> excès.
D'après cette dernière obſervation , fi on
jette les yeux fur quelques états modernes ,
on jugera que les femmes ſont un peu coupables.
,
Les Hiſtoires des différens Empires ſont
rapidement indiquées. Joſephe , Rollin
Fleury , Hume , Robertson , &c. & c. font
appréciés avec leur vrai caractère. Par-tout
on retrouve le juge équitable , le bon critique
& le Philoſophe Citoyen , qui rejette
également toute eſpèce de fanatifme. Cette
intéreſſante énumération finit par Boffuet&
&par Voltaire.
La lecture de l'Hiſtoire amène celle des
Romans , qui ſont eux-mêmes l'hiſtoire du
coeur humain.
Avant de paffer à cette dernière partie du
Plan de Lectures , on peut obſerver qu'on
n'y fait aucune mention d'Ouvrages de Méthaphyſique
& de Phyſique. L'Auteur dit
dans ſa Préface , que les premiers font inutiles
aux femmes , & je crois de plus qu'ils
le-font aux hommes. Mais pourquoi ne permet
il pas aux femmes de prendre quelques
notions d'Histoire Naturelle ? Elles ſervi
roient à détruire pluſieurs préjuges nuiſibles
à leur repos. L'éducation des hommes leur
eſt confiée dans le premier âge. Il faut donc
qu'une mère de famille ne ſoit pas totale
DE FRANCE . 17
ment étrangère aux connoiſſances néceffaires
à fon fils. Ne foyons pas plus févères que
notre grand Comique , qui , après avoir joué
le pédantiſme & les prétentions des Philaminte
& des Baliſe , ajoute cependant :
Je conſens qu'une femme ait des clartés detout.
Preuve incontestable qu'il ne vouloit pas
la condamner à Kignorance abfolue , comme
on l'a dit avec ſi peu de réflexion.
Nous arrivons enfin aux Romans , eſpèce
d'Ouvrages qui plaît le plus engénéral à l'imagination
fenfible des femmes , & dans laquelle
plufieurs ont excellé.
1
On s'attend bien que Télémaque , le pre
mier des Romans , que ceux de le Sage , de
l'Abbé Prévot , font cités & caractériſes tourà-
tour. Voici des traits fur Duclos & fur
Marivaux , dignes d'être remarqués.
" Duclos , ſouvent ſec & toujours ingé-
- nieux ; Marivaux , ſouvent froid à force
d'eſprit , mais toujours étonnant par fa
fingulière fagacité , ont porté quelques
lueurs dans l'obscurité du coeur huwain .
Le dernier fur tout en découvre les plus
fecrets fentimens , en pénètre les refforts.
les plus cachés ; ſes Écrits font les meilleurs
tableaux de l'âme , quand elle n'eſt
>> agitée que par des mouvemens & des in-
>> térêts communs. En le lifant , on est tout
و د
و د
و د
ود
و د
"
à-la- fois forcé de le condamner & de
Papplaadir; on le blâme fans pouvoir s'em
>> pêcher de lui ſourire , & l'on ne quitte
:
18 MERCURE :
• Mariane& le Payſan Parvenu qu'avec le
> regret de n'avoir plus à lire. »
En parlant des Romans, on n'a pas oublié
ceux des la Fayette , des Tencin , des Graffigny
, de Madame Riccoboni , &c. &c.
c'étoit entretenir les femmes de leur gloire.
Écoutons l'Auteur lui même.
"Dans les ſujets, ſur-tout, qui demandent
» de la fineſſe dans les pensées , de la dou-
- ceur , de la delicateſſe & du naturel dans
>> l'expreffion , & qui permettent certe heu-
>> reuſe & molle négligence , qui a tant de
>> charmes , les femmes ont des ſuccès aux-
>> quels les hommes voudroient en vain prétendre.
Madame de Sévigné, par de ſim-
* ples Lettres de Société, eſt devenue un
modèle preſque inimitable ; & , comme "
" La Fontaine , ſans y penſer , elle s'eſt ren-
> due immortelle.
22
>>Mais c'eſt à notre ſiècle qu'il étoit réſervé
d'offrir dans une femme le plus éton-
>> nant exemple de la ſupériorité du talent.
• Dans le premier rang de la Société , avec
>> tous les charmes de la figure , tous les
- avantages que procurent les Arts enchanteurs
, elle aadaigné conſacrer aux enfans
les fruits du génie le plus fécond , le plus
aimable & le plus heureux, & , croyant
- peut être travailler pour eux ſeule neat ,
elle a inftruit, fait les délices de tous les
âges , & le déſeſpoir de l'envie......... "
Vient enfuite un éloge fort bien fait des
ود
ود
"
Lettres fur l'éducation.
DE FRANCE. 19
Nous ne pouvions mieux terminer cet
Ouvrage, deſtiné aux femmes , qu'en rendant
hommage à un talent qui les a ſi fort honorées.
Au reſte , l'Édition du Plan de Lectures
fait honneur aux preſſes de M. Prault. M.
Didot donne une émulation louable à ſes
Confrères. Ceux qui ont imprimé dernièrement
l'Épictète Grec , & la Fable de l'Aigle
&duHibou , ſont les plus dignes d'être ſes
rivaux.

Le Décaméron Anglois ,ou Recueil des plus
jolis Contes , traduits de l'Anglois par
MufMary Wouters . 3 , 4 & 5 Parties.
A Londres , & ſe trouve à Paris , chez la
Veuve Ballard & fils , Impr.- Libraires ,
rue des Mathurins; la Veuve Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques; Mérigot l'aîné ,
Libraire , vis à vis l'Opéta , & Renault ,
Libraire , rue S. Jacques , 1784.
On trouvera une certaine variété dans les
Contes que nous annonçons ; quelques -uns
font touchans , d'autres critiques. Parmi les
allégories qui y font mêlées , on remarquera
ſans peine l'apothéoſe de Mlle St- Huberti ;
nous aurions deſiré que l'Auteur eût un peu
plus foigné ſon ſtyle , & qu'il eût évité ſurtout
un très grand nombre de fautes qui
font ſoupçonner qu'il a peu d'uſage de la
langue Françoiſe , ces fautes étant jointes ,
fur-tour , à beaucoup d'autres d'impreſſion ,
4.
20 ' MERCURE
rendent la lecture de cet Ouvrage pénible.
Nous en citerons un exemple , page 142,
dans le Conte d'Aurélie Saunders : " L'état
>> où je ſuis eſt ſuite de mes déſordres ; mais
» je mourrerai tranquille ſi les remords ne
» vinſſent troubler mes derniers momens. »
Dans la page ſuivante on trouve encore
mourrerai pour mourrois ; c'eſt preſque partout
des terminaiſons de futur pour celles
de l'imparfait ; les régimes ne ſont preſque
jamais obſervés. Même Conte , page 148 :
* Le frère de la Demoiſelle eut le temps de
l'arracher de ſon vil raviſſeur... " ود
UnConte entier eſt conſacré à l'éloge de
MM. Montgolfier , Charles & Robert . En
général , quoiqu'il y ait à reprendre dans ce
Recueil , il y a auſſi des détails intéreſſans.
Il faut encore rendre juſtice à la décence
qui règne dans ces Contes; ils ne ſemblent
écrits que pour faire aimer la vertu ; la perſonne
la plus auſtère peut les lire ſans crainte
& avec plaifir.
CAPRICES Poétiques, par M. Daillant de
* la Touche , in 16. A Londres , & ſe trouve
à Paris , chez Clouſier , Imprimeur Libr. ,
rue de Sorbonne; Guillot, rue S. Jacques ,
&chez tous les Marchands de Nouveautés.
Il a paru l'année dernière du même Auteur
, un Recueil de Contes , dont on a fait
dans ce Journal un éloge mérité. De jolis
Contes font un préjugé favorable pour des
1
DE FRANCE. 21
Poéſies fugitives; mais ce préjugé ne peut
pas être érigé en preuve. Dans des Contes,
la négligence du ſtyle eſt quelquefois un des
principaux agrémens; les Pièces fugitives exigent
une verſification plus correcte ; ainſi ,
ſans prétendre comparer ces deux genres ,
on pourroit exceller dans l'un fans réuffir
dans l'autre. M. de la Touche nous paroît
propre à réuffir dans tous les deux. Son ſtyle
adu naturel & de la grâce ,& un tour heureux.
La plupart des Pièces renfermées dans ce
volume ſont compoſées de très peu de vers ,
comme ce ſixain , qui eſt intitulé : La bonne
foi , & qui remplit bien ſon titre :
On demandoit à Lyſimon
Quelles gens voyoit Émilie.
Jen'en fais rien, dit- il. Brouillé pour tout de bon ,
>> Je m'informe peu de la vie.
- Mais la Belle voyoit mauvaiſe compagnie
Quand je fréquentois ſa maiſon.
Cette ingénuité eſt piquante , & heureuſement
exprimée. On ne ſera pas fâché de
connoître le ton de l'Auteur dans un Pièce
de plus d'étendue. Voici une partie de celle
qui a pour titre : La Promenade.
Dela montagne ſourcilleuſe ,
Mon fils , deſcendons à pas lents ;
C'eſt regarder allez long- temps
Cette ville tumultucuk
22 MERCURE
4
Que nous avons quittée au retour des Zéphyrs.
D'une vie obſcure & champêtre ,
Puiffiez - vous aimer les plaifirs !
G'eſt aux champs qu'on apprend à régler ſes defirs,
Améditer , à ſe connoître,
La Nature eſt un livre ouvert àtous les yeux.
Examinez ce vallon ſolitaire ;
Quelles leçons ! quels conſeils précieux !
Cedoux ruiſſeau , dont l'onde claire ,
Atravers les gazons fuit par mille détours ,
De notre vie est une image ;
Comme lui paſſeront nos jours.
Vous ne le croyez point , ôjeuneſſe volage!
Mais j'eus vingt ans auſſi , mon fils ;
Voyez mes cheveux blancs , mes pas appeſantis,
Et plutôt que moi , ſoyez ſage.....
L'eautombant goutte à goutte a percé ce rocher ;
Car tout cède à la patience.
Travaillez : de votre conſtance ,
Dans les mêmes ſentiers ſi vous voulez marcher ,
Vous trouverez la récompenſe.....
On peut relever ce roſeau
Qu'ont inſulté les enfans d'Orithie:
Mais ils ont arraché ce vigoureux ormeau;
Sa racine eſt coupée & ſa tête flétric.
Aimez toujours la médiocrité,
C'eſt du bonheur la compagne fidelle :
Le vtai ſage trouve près d'elle
DE FRANCE.
23
}
La joie& la ſécurité.
CeBerger eft conſtant; du ſon de ſa muſette
Il fait retentir les coteaux :
Quels ſont ſes biens ? Une houlette ,
Un chien , peut-être deux agneaux.
Ne croyez pas que le bonheur s'achette.
Voyez ce roſſignol ; il chante tout le jour ,
Tandis que ſa moitié chérie
Couve ſes oeufs & procure la vie
Aux tendres fruits de ſon amour ;
Pour la déſennuyer , il fredonne , il varie
Les accens de ſa douce voix ;
Ainsi , mon fils , de l'hyménée
Quand vous aurez ſubi les loix ,
Pour être heureux , gardez la foi donnée:
Soyez fidèle , aimable , &c.
Nous aurions beaucoup de petits Contes ,
d'Épigrammes à citer; mais il y en a un certain
nombre dont la gaîté outrepaſſe un peu
celle qui nous eft permife. Un Poëte doit
écrire ſelon le genre qu'il traite ; mais
tous les genres ne vont pas au ton de plufieursOuvrages
Périodiques; enfin il eſt permis
d'écrire , & meine déceminent , ce qu'il
n'eſt pas toujours permis à un Journaliſte
de citer.
Les Épigrammes ſont en affez grand nombre
dans ce petit Recueil; mais nous devons
ajouter que la malignité qui y règne ſe mêle
une ſimplicité aimable , qui annonce en24
MERCURE
core plus d'aménité dans les moeurs que de
malice dans l'eſprit ; & c'eſt ce qui attache
une eſpèce de charme à la lecture de ces
Poéfies.
VARIÉTÉS.
FIN des Sermons de l'Abbé Poule, comparés
à ceux de Bourdaloue & de Maſſillon.
APRÈS ce long examen des grands Maîtres dans
l'éloquence de la Chaire , me permettra- t'on de
m'arrêter encore quelques momens fur les principes
qui peuvent rendre à cette éloquence quelques-uns
de ſes bons effets & lui conſerver toute ſa gloire.
Deux cauſes paroiſſent avancer inceſſamment ſa
décadence , l'épuiſement des ſujets & les progrès de
l'incréduhté.
Dans preſque toutes les carrières , on ſe plaint de
l'épuiſement des ſujets. Voyons ce qu'il y a de vrai
&de faux dans cetre idée ; & fur-tout en meſurant
les maux , cherchons les reſſources.
Les Sciences &les Arts ont pour objets la nature ,
la ſociété & l'homme ; les Sciences , pour les approfondir
; les Arts , pour les peindre.
La nature eft immenfe , &jamais l'intelligence de
l'homme ne ſuffira pour l'embraſfer.
La ſociété & l'homme , quoique des objets moins
vaſtes , offriront toujours de nouvelles découvertes.
D'ailleurs , ils ſe modifient ſans ceſſe; & en ſe reproduiſant
fous d'autres formes , ils préſentent de
nouveaux rapports à comparer.
Les Sciences n'ontdonc pas de bornes dans leurs
recherches.
II
DE FRANCE. 25
Il n'en eſt pas de même des Arts; deftinés à peindre&
à embellir les objets que les Sciences méditent
, la meſure des choses qu'ils peuvent faifir &
des effets qu'ils doivent produire eſt bien moins
étendue.
Comme c'eſt pour Thomme & fur l'homme que
lesArts travaillent, c'eſt lui ſur- tout qu'ils doivent
connoître & repréſenter. Or , les principales notions
fur l'homme , les ſentimens prédominans de ſon
coeur , les traits les plus frappans de ſes moeurs peuvent
être bientôt enlevés par une ſucceſſion un pen
nombreuſe d'hommes de génie.
•Ce ne font pas ſeulement les idées &les ſentimens
qui s'épuiſent dans les Arts , ce ſont encore davantage
les formes & les moyens.
Les impreffions des Arts ne tiennent pas ſeulement
aux choſes qu'ils préſentent , mais encore à la manière
dont ils les embelliſſent; il faut à la poéſie da
fituations , des caractères , des images ; à l'éloquence,
ane marche de diſcours , des attitudes , des mouvemens
, & voilà ce qui ne peut beaucoup ſe multiplier;
il faut néceſſairement à cet égard tomber dans
des reffemblances ou des bizarreries.
Aces cauſes générales ſe joignent des raiſons particulières
, pour que les refſources diminuent dans
l'éloquence de la chaire à proportion que les chef-.
d'oeuvres augmentent. L'ordre civil varie de ſiècle en
fiècle , de pays en pays ; il offre ſans ceſſe de nouveaux
objets à méditer , à comparer ou à combiner.
La morale religieuſe eſt plus bornée , par la raiſon
qu'elle a plus de fimplicité &de préciſion. Elle a
fur-tout l'heureux avantage d'être invariable Donnée
par Dieu même , elle est telle aujourd'hui qu'elle
futdans les premiers temps. Lorſque des hommes
d'une grande inftruction , d'un beau génie l'ont déjà.
traitée , que peuvent- ils laiſſer à leurs fucceffeurs ?
D'un autre côté , dévouée à la Divinité , parlant
Nº. 32 , 7 Août 1784. B
26 MERCURE
dans ſes Temples , en fon nom & fous ſes regards,
l'éloquence chrétienne ne peut pas employer , dans
la gravité & la pureté qui doivent la caractériſer ,
pluſieurs motifs qu'elle réprouve , pluſieurs paffions
qu'elle voudroi: anéantir , & qui font de puiſſans
moyens pour l'éloquence profane.
des talens.
Gardons-nous cependantde déſeſpérer des Arts &
D'abord il n'en eſt point où l'on puiffe dire qu'on
foit arrivé à leurs dernières limites.
Enſuite il eſt de la nature des chofes que les Arts
&les talens trouvent ſans ceſſe à inventer, ou du
moins à perfectionner. Ils acquièrent tout ce que
l'accroiffement des Sciences & les révolutions journalières
leur découvrent ; & les plus petits changemens
dans la poſition des choſes où des hommes
appellent à d'autres vues , préparent d'autres tableaux.
Remarquons encore que les objets qui appartiennent
à l'âme , ont fur elle une puiſſance éternelle.
Vous pouvez toujours compter ſur ſes émotions,
pourvu qu'en reproduisant les mêmes objets ,
vous leur donniez l'empreinte particulière de votre
imagination .
N'eſt - il pas d'ailleurs pluſieurs moyens infpirés
par la raifon & juftifiés par l'expérience , de varier
léstravaux des Arts , fans les dénaturer ?
Il ſuffit ſouvent de mêler pluſieurs gentes d'idées
pour les forrifier , d'appliquer une ſcience à une
autre pour la renouveler & l'agrandir. Si toutes les
paſſions principales ont été peintes , tousdeurs mouvemens
ont ils été ſaiſis ? Combien elles ſont étendaes
, mobiles , fécondes ! A côté des grands traits ,
ity a des nuances délicates; à côté des grandes
penſées , il y a des apperçus fins. Lorſque Thomme
univerſel eſt connu, il reſte à repréſenter l'homme
de chaque gouvernement , de chaque ſiècle , de
DE FRANCE. 27
chaque état de ſociété, l'homme de toutes ces fituations
qu'amène la variation des événemens.
Je fais que ces recherches fi fines ont des inconvéniens
, des dangers ; aufli ne doivent - elles jamais
remplacer les grandes vûes , les grands effets ; mais
elles peuvent s'y mêler heureuſement , & fouvent les
fuppléer.
Que pouvons - nous conclure de ceci ? Que les
Arts, en tempérant l'audace par la ſageſſe , doivent
fans ceffe amener de nouveaux objets dans leur ancien
domaine ; & que pour ſe ſoutenir à la même
élévation, ils demandent, avec un talent égal , uné
plus grande étendue , une plus grande variété d'idées
&de connoiffances .
Les formes des Arts, auxquelles font attachés plufieurs
des effets dutalent, offrent tout-à la fois un
plus grand épuiſement & moins de refſources.'Cependant
chaque objet nouvellement apperçu ou autrement
modifié indique , inſpire naturellement à
l'Écrivain , à l'Artiste qui le fa fit tout entier , qui
s'en pénètre vivement, une manière particulière de le
produire & de le développer. Cherchez donc de
nouvelles idées , portez votre efprit dans de nouveaux
rapports , exercez votre âme par de nouvelles
impreſſions ; chacune de vos penſées originales
ſe revêtira d'une expreſſion qui tui fera propre.
Mais j'avoue que ces formes nouvelles riſquent d'être
à-la fois moins faillantes & moins heureuſes
que cequi devient de plus en plus difficile , c'eſt de
marquer ſes productions à un grand coin d'origipalité.
,
&
On ne peut ſe diffimuler que la carrière de l'floquence
chrétienne ſe rétrécit de jour en jour par le
grand nombre des chef d'oeuvres qu'elle poſsède
déjà, & par la nature des objets & des moyens où
elledoit ſe renfermer .
Il s'en faut bien cependant qu'elle n'ait encore à
Bij
28 MERCURE
*
ſa diſpoſition de grandes richeſſes. Si elle n'a que
les mêmes objets àtraiter , elle peut en faire une application
nouvelle relativement aux révolutions qui
font arrivées dans nos idées & dans nos meoeurs. Une
foule de choſes ont changé & changent ſans ceſſe
autour de nous & dans nous-mêmes. Nos premiers
penchans font modifiés par des goûts nouveaux. Il
eſt certaines vûes qui nous frappent davantage , certains
ſentimens auxquels nous sommes plus ouverts ,
certains intérêts qui nous touchent plus vivement.
Pour nous ramener à la Religion & à la morale ,
yous contenterez-vous de nous y appeler uniquement
par les anciens motifs , & fans des raiſons appropriées
à nos moeurs actuelles ? Avec de pareils
tableaux & de pareilles leçons , vous refterez dans
des généralités ſans intérêt ; perſonne ne voudra ſe
reconnoître dans vos peintures; chacun trouvera des
prétextes pour ſe ſouſtraire à vos leçons. Ayant toujours
de grands & d'auguſtes objets , vous pourrez
encore y fignaler votre talent; mais vous n'aurez
jamais la vraie éloquence , celle qui perfuade , qui
entraîne , qui tire ſes plus beaux triomphes de ſes
plus heureux effers. Vous ne paroîtrez qu'un eſprit
faux en morale, qu'un déclamateur en éloquence.
Voulez-vous couronner votre talent par la plus belle
gloire ?Ne permettez pas ainſi à nos ceoeurs d'échapper
si à votre cenſure ni à vos impreffions Gardezvous
fans doute d'altérer , d'affoiblir les loix & les
devoirs que vous nous annoncez . Mais cherchez
tous les moyens nouveaux qui peuvent nous y préparer
, nous y attacher. Entrez dans la diſcuſſion de
nos moeurs, de nos principes , de nos affections.
Cherchez dans le fond de nos conſciences tous les
fophifmes par leſquels nous nous défendons , tous
les motifs , tous les penchans par leſquels on peut
nous prendre & nous conduire. Ne laiſſez rien de
bon ou de mauvais dans notre âme, ſans le remuer.
DE FRANCE. 29
C'eſt ainſi que la morale & l'éloquence peuvent ſe
féconder enſemble , & que vous trouverez de neavelles
beautés dans de nouvelles vûes.
Une ſeconde cauſe bien plus puiſſante encore qui
s'oppoſe aux triomphes de l'éloquence chrétienne , ce
font les progrès de l'incrédulité. Elle a gagné dans tous
les états, dans tous les rangs; elle est le fonds des moeurs
&des principes qui règnent aujourd'hui . L'éloquence
de la Chaire , en devenant ſi impuiſſante contre l'incrédulité
, devoit perdre de ſes droits fur nos eſprits &
notre goût. Aufli on remarque que , parmi nos bons
Écrivains , ceux qui font moins lûs de jour en
jour, ce ſont les Orateurs ſacrés. Mais il fera toujours
au pouvoir de l'éloquence de triompher de ce
refroididement. Par une fingularité qui appartient
aux temps éclairés & corrompus , les talens peuvent
encore obtenir toute leur gloire , lors même qu'on a
abandonné les objets pour lesquels ils combattent.
Un grand Prédicateur ſe verra encore fuivi & ad.
miré par des hommes bien déterminés à ne le croire
& à ne lui obéir en rien. Nous avons ſubſtitué à
l'ancienne foumiſſion de l'eſprit une grande foupleſſe
d'imagination. On ſe prête aux idées religieuſes
, comme au merveilleux de la poéfie. L'eſprir
ne ſe rend pas , mais il meſure la force de celui qui
l'attaque. Le coeur ne reçoit pas une émotion réelle ,
-maisil ſe livre à l'effet oratoire. Hélas ! c'eſt en tour ,
dans la morale comme dans la Religion , que la vérité
& la vertu ne nous trouvent plus fenibles que
de cette manière. Un beau ſentiment est toujours
applaudi dans nos ſpectacles. Mais qui eft-ce qui le
recueille dans ſon coeur pour en faire la règle de fa
conduite On ne s'eſt laiſſe toucher que de la
beauré poétique. Toute la reſſource de nos Prédicateurs
eft dorc aujourd'hui dans notre goût pour
l'éloquence. Eh bien , oferai je leur dire , profitez
Bij
१० MERCURE
de cette paſſion , que votre génie nous inſpire. Dans
un bon Gouvernement , on ſe ſert des vices même
pour faire le bien , & dans les révoltes publiques ,
les Loix accordent quelque choſe aux caprices des
peuples , pour les faire rentrer dans l'obéiffance.
Nous nous attendons à trouver en vous des hommes
uniquement occupés de votre gloire , comme nous
ne le ſommes que de vos talens. Montrez-nous des
coeurs vivement touchés , qui ne déſeſpèrent pas encore
de la puiſſance de leur ministère. Nous ſommes
prêts à vous admirer , à vous honorer ; nous nous
attendons à toutes les impreflions , hors à celles d'une
éloquence qui ne veut rien pour elle- même , qui ne
veut vaincre ſes Auditeurs que pour les rendre à la
Religion , à la vertu Cette, ſurpriſe où vous nous
jererez , ſera déjà une difpofition favorable à votre
deffein.
Peut- être faut- il encore plus ici un zèle éclairé
qu'un zèle ardent. C'eſt un fullime & auguſte emploi
pour l'éloquence que de défendre & de venger
la Religion. Mais dans un ſiècle qui a tourné fon
efprit& fes lumières contre cet objet ſacré , l'éloquence
elle-même pourroir compromettre cette belle
cauſe, fi elle ne choiſiſſoit bien ſes moyens. Confondez
l'Impie par les choſes ſur leſquelles il croit
avoir le plus d'avantages. Il a voula ôter aux pafſions
de l'homme le frein de la Religion; montrez
combien ce frein leur est néceſſaire. Il reproche à la
Religion d'impoſer à l'homme des devoirs trop févères
, de lui faire ure deſtinée trop triſte , trop humiliée
; montrez qu'elle ſeule le conſole & l'élève ,
en prolongeant ſes deſtins dans l'éternité. Il lui reproche
d'ifo'er home de la ſociété , de lui pref
crire des vertus inutiks au monde. Montrez que la
Religion est le meilleur appui de la morale , qu'elle
affermit l'ordre civil , & qu'elle cut toujours la plus
grande part dans les vertus & le bonheur des Na
DE FRANCE
. 31 tions. Mais pour cela , peignez la Religion telle qu'elle doit être , & non telle qu'on le la figure , & qu'elle fut quelquefois. Attaquez vous-mêmes le fa- natifme & la fuperftition , comme ce qui peut le plus latroubler & la déshonorer. Livrez à ſes propres anarhêmes tous les abus qu'elle est encore forcée de tolérer. Tâchez de l'épurer, de la rendre encore plus conſolante pour Thomme , plus utile à la fo- ciéré , plus digne de ſon origine & de ſa fin. C'eſt ainſi que vous la réconcilierez
avec votre ſiècle . Ah ! l'homme eft naturellement
religieux ;il eſt né pour la crainte & l'eſpérance ; il a beſoin de croire & d'aimer.
Mais le plus puiſſant moyen de rendre , ou plutôt de conſerver à l'éloquence de la Chaire des ſuccès vraiment utiles & glorieux , réfukera toujours du reſpect perſonnel qu'inſpirera l'Orateur . Les talens devroient inſpirer une certaine décence de moeurs , une certaine fierté de ſentimens; ceux qui les cultivent ne devroient pas defcendre au-def- fous de leur gloire; ils devroient fentir que l'effet de leur génie demande quelque conformité dans leurs moeurs avec les maximes qu'ils profeſſent. Je ſuis loin de me rendre ici l'organe detous les repro- ches que l'on fait aux Gens de Lettres; ce ſont les hommes les plus obſervés , les plus févèrementjugés ; on est très porté à l'injustice envers eux , & l'on n'exagère rien davantage que leurs vices. Il en fut toujours , il en eſt encore dont la conduite & le ca- ractère méritent autant de vénération que que leurs talens ont obtenu de célébrité. Et fans doute les vertus de quelques-uns honorent plus cet état , que les vices de quelques autres ne peuvent l'avilir. Le reſpect qu'il mérite eft en sûreté. Ne craignons donc pas d'avouer que trop fouvent les homines de talent dé- truifent eux - meme cette autorité que leur mérite perfonnel donneroit à leurs Écrits. En ſe livrant an
Biv
32 MERCURE
monde & à la ſociété , ils ont perdu de grandes
qualités, pour en acquérir de petites. Sur ce nouveau
théâtre , ils ont connu d'autres intérêts , d'autres pafkons.
Avec la noble & légitime envie d'effacer ſur
eux toute prééminence , de donner au mérite de
l'eſprit ſon véritable rang au milieu des avantages
des richeffes&dela nnaaiiſſfſaance , ils onttrop cherché
àjouir de l'eſpèce de ſupériorité qui leur appartient.
Séduits par les fuccès de ſociété, qui n'inſpirentque
des choſes dégradantes , ils les ont ſouvent préférés à
la gloire , qui n'en inſpire que d'élevées . Jaloux à
l'excès de la répuration de talent, pluſieurs négligent
l'eſtime perfonnelle , & ils ſe l'enlèvent les uns aux
autres. Il leur arrive même quelquefois d'adoptér en
fecret l'immoralité des hommes & des ſociétés
parmi leſquels ils vivent. De-là ſouvent nul reſpect
d'eux-mêmes,uulle folidité dans leur conduite & leur
commerce. Heureux encore s'ils n'ajoutent pas à une
vie fans dignité, le ſcandale des querelles & la bafſeſſe
des actions ! Delà ſouvent encore quelque choſe
de pufillanime , de rampant & de corrompu daus
leurs Écrits , qui perdent de leur majesté & de leur
vigueur; car ſi le génic ne ſuppoſe pas toujours la
vertu , il eft certain au moins qu'il s'agrandit par
elle. Comment alors leurs plus beaux Ouvrages
pourroient - ils faire une iinpreffion profonde
& efficace? On est averti par leurs moeurs qu'il y a
beaucoup à rabattre ſur ces grands ſentimens , ees
nobles maximes qu'ils enſeignent. En paroiffant ainfi
ſe jouer de leurs leçons de vertu , ils avancent euxmême
ce dernier degré de la corruption dans un
peuple, de juger ridicule dans les moeurs ce qu'on
trouve beau dans les Livres .
Iln'eſt aucun talent qu'une conduite irréprochatle
, qu'une bonne réputation ne ſoutienne & n'embelliffe
; mais elle est néceffaire à ces talens graves
qui s'occupent des grands intérêts de l'homme & de
DE FRANCE.
33
la ſociété ; & , parmi ceux- ci , elle l'eft fur- tout à
l'Orateur facré. Ce n'est pas ſeulement ſa morale
qu'on juge , c'eſt encore ſa perſonne, elle eſt ſous les
regards publics. Pour peu que ſa perſonne réveille
des idées qui ne lui ſoient pas favorables , elles arrêtent
l'émotion , la conviction , elles démentent , elles
fouillent ce qu'il dit de meilleur. H ne vient pas
ſeulement réveiller le goût naturel de la vertu , en
préſenter le tableau , en développer les règles ; il
demande bien davantage;il vent des effets actuels ,
il preffe , il follicite pour que , dès ce moment , vous
renonciez à un mauvais penchant , à un mauvais
deſſein , que vous ne différiez pas une bonne action
qu'il vous propoſe. Il faudroit donc que tout
concourût en lui pour de fi grands , de ſi ſaints
effets , la voix , ſa figure , for maintien , fur tout ſa
bonne renommée. Comment un homme ofe-til , en
fortant de tout le faſte , de toute la molicife , peutêtre
de toute la corruption de ſon ſiècle , venir prêcher
les rigueurs de la pénitence , ſe conftituer le
Cenſeur des vices , l'Avocat des pauvres ? Si jamais
la dépravation arriveit à cet excès, qu'on homme qui
ne maſqueroit pas même la honte de ſa vie , ou qui
ne la couvriroit que de la vile exagération d'une
vertu de parade , osât monter dans cette chaire de
pureté & de vérité : à travers les faux élans d'un zèle
hypocrite , & la douceur contrefaite de ſon viſage ,
on appercevroit encore fur ſon front la groffièreté &
l'impudence du vice; en vain quelque talent obtiendroit
de l'attention pour ſes Diſcours: on ne fortiroit
de l'entendre qu'avec une plus grande indifférence ,
un plus grard éloignement pour les faintes vérités
que la bouche auroit profanées. Homme désho
noré, retire- toi, ne vois-tu pas que ta honte éclare
au milica de tes ſuccès! Chaque fois que tu prononce
le nom de la vertu , ta mauvaiſe réputation
crie contre toi. Si tu réuſſiſſois àla peindre , tes Au
Bv
34 MERCURE
diteurs en ſeroient indignés. Retire- toi , fais place a
T'honnête homme , au faint Prêtre , qui n'a point af
fecté de ſignaler ſa vie par des vertus d'éclat , content
de ce reſpect que l'on doit à l'homme jufte &
bon; qui a peut-être devant Dieu le mérite des plus
belles actions , ſans en avoir la gloire devant les
hommes , qui eft digne au moins qu'on le ſoupçonne
du bien qu'il n'a pas eu le bonheur de faire ;
dont la figure noble & modeſte confi me la bonne
renommée , ou en reçoit l'honorable caractère : il
n'a jamais qu'un zèle fage, parce qu'il n'a qu'un
zèle pur ; fon éloquence , pleine de courage &
d'onction , eſt toujours umple & vraie , comme ſa
vie; on ne peut ni s'en défier ni lui réſiſter . Ce n'eft
point un anachorète , un ſolitaire , il vit parmi les
hommes qu'il doit cenfurer & diriger ; ce n'eft point
un hommehériffé de ſcrupules, effrayant de ſévérité :
c'eſt onhomme ſenſible& indulgent , dont le coeur
ſe révolte contre les vices & pardonne aux foibleffes;
c'eſt l'ami des Arts & des Talens, fans ceffer
d'être l'ennemi du luxe & de la corruption. Voilà
1'Orateur qui peut relever l'antique honneur de l'éloquence
chrétienne par une véritable influence ſurles
moeurs de fon fiècle. C'eſt à lui que le peuple viendra
offrir ſon repentir & ſes larmes ; c'eſt lui qui foutiendra
la Foi chancelante , qui fera renaure quelques
vertus parmi les riches & les grands; c'eſt lui
qui obtiendra de l'autorvé juſques dans les cours ,
où il pourra épargner des crimes aux Rois , des malheurs
aux Nations .
Ky a pluſieurs bons Écrits ſur l'éloquence de la
Chaire, dont les deux plus récens font peut- être les
meilleurs; je parle du Traité que M. l'Abbé Maury
a publié fur ce ſujet ,Ouvrage plein de bonnes vues ,
de bonnes difcuffions & de beaux morceaux , & d'un
excellent article de M. Marmontel, dans la nouvelle
DE FRANCE,
35
!
Encyclopédie Littéraire; cet article eſt un code des
meilleurs principes dans ce genre d'éloquence. Il est
digne de l'Ouvrage dont il fait partie , & qui , par
l'étendue des connoiſſances , la fagacité & la jufteffe
des critiques , la philofophie des idées , la vigueur
& l'élégance du ſtyle, ſera undes meilleurs monu
mens de notre Littérature. Si mon eſprit ne s'étoit
pas porté vers d'autres idées , je n'aurois pas écrit cet
Article.
(Ces Articlesfont de M. L. C.)
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
:
IL ſe répand une Brochure très-récemment imprimée
à Yverdun , en Suiſſe , ſous le titre de Ré.
créations,&c . où se trouve une Lettre à M. le Comte
de F *** , fur la Vie & les Ouvrages de Galilée .
par M. le C. de P. L'opinion que j'ai établie dans le
N°. 29 du Mercure de France , touchant la perfécutiondu
Phyſicien Toſcan , eſt appuyée dans cette
Lettre des memes documens dont j'ai fait uſage ;
auſſi les réſultats de l'Ameur & les miens font- ils
parfaitement conformes. Comme depuis plus de fix
mois , Monfieur , mon article étoit dans votre portefeuille
, je pourrois réclamer la priorité , & même
fur un titre plus ancien. Au mois de Décembre 1782 ,
j'imprimai dans mes Mémoires Hiftoriques fur l'état
de l'Europe , Tome 4 , page 464 , l'abrégé des
vérités que j'ai développées dans le Mercure. D'un
autre côté , M le C. de P. n'a eu certainement aucune
connoiffance de mon manuscrit; mais l'un&
l'autre avons puiſé nos preuves dans la même ſource;
je tiens les miennes d'un ami du célèbre Abbé, F. de
Milan , poffefleur des deux Lettres originales & ma
Bvj
36 MERCURE
nuftritesde Galilée. Les bornes du Mercure ne m'ont
pointpermis de rapporter ces Lettres en entier , nen
plus que les dépêches des Ambatfadeurs Toſcans. M.
le C. de P. a ſuppléé en grande partie à cette omiffion
forcée.
Cette nouvelle autorité que me procure lehafard,
ſervira à détruire les doutes élevés ſur l'authenticité
de mes citations. Quant au reproche que me
fait une claſſe de Lecteurs , d'avoir juſtifié l'inquifition
, ma réponſe ſera courte.
Il ſeroit paſſablement fingulier que l'apologie du
Saint Office ſe trouvât ſous la plume d'un Genevois ;
mais qu'on ſoit de Rome ou de Genève, il ne faut
jamais taire une vérité historique , à moins qu'elle
ne bleſſe l'intérêt des peuples.
Cet intérêt exige qu'on ne brûle perſonne en cérémonie
pour des erreurs de Religion ou pour des
vérités phyſiques.. Or, la certitude des imprudences
deGalilée ne rallumera pas des bûchers éteints : une
victime rayée du catalogue des Martyrs de l'Inquifition
, ne ſuffit point pour en effacer la trace enfanglantée.
Voltaire a nié quelques - uns des crimes
d'Alexandre VI ; il n'a point prétendu par-là faire de
se Pape un galant homme.
Il n'y a ni utilité , ni gloire , ni courage à répéter
aujourd'hui , dans une profonde sûreté , ce qu'on a
écrit pendant deux ſiècles & demi contre un Tribunal
jadis cruel , & à frapper les poſſeffeurs d'une maiſon
puiné avec les débris de l'édifice .
Si l'équité s'allioit toujours avec l'eſprit philoſophique
, on cût obfervé que de tous les lieux où le
Saint Office s'eſt établi , celui de ſa naiſſance a éré
le moins fouillé par ce caractère abſurde & fanguinaire
qui a fait abhorrer cette inſtitution. En 1244 ,
c'ett Frédéric II qui publie ces Édits de Pavie , où
l'on ordonne aux Juftices féculières de faire périr
Phérétique dans le bûcher.
DE FRANCE. 37
Ce n'eft point la Cour de Rome qut imagina de
brûler vifs Jean Hus & Jérôme de Prague dans le
Concile de Conſtance , préſidé par un Empereur.
Aucun Pape ne perſuada à Ferdinand & à Iſabelle de
tortuer cent mille Maures , Hébreux ou Grenadins ,
&d'en jeter fix mille au milieu des flammes. Jamais
les Juifs ne furent perfécutés dans les États Apoftoliques.
Paul IV tenta d'armer l'Inquifition d'un pouvoir
dangereux; les Satellites du Tribunal furent lapidés,
le cadavre du Pontife irfulté , ſa ſtatue miſe en
pièces. Si cer exemple n'empêcha pas Pie IV de faire
brûler trois Théologiens Hétérodoxes , il ne s'enfuit
point qu'on doive calomnier ſes ſucceſſeurs qui ne
l'ont pas imité.
J'ai l'honneur d'être , Mallet du Pan.
Paris, ce 27 Juillet 1784 .
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
ON a donné Vendredi 23 Juillet , la première
repréſentation de la reptile d'Armide ,
Opéra en cirq Actes , paroles de Quinault ,
muſique de M. le Chevalier Gluck .
Il y a quatre ans que le Public n'avoit
revu ce chef d'oeuvre de l'immortel Quinault
, embelli par la muſique fublime du
celèbre Aniſte à qui ce Théâtre doit une
nouvelle vie , ou plutôt ſa ſupériorité fur
tous les Théâtres Lyriques de l'Europe. Le
38 MERCURE
*
:
Public s'eſt porté en foule à cette première
repréſentation ; & peu de repriſes ont offert
l'exemple d'une fi grande affluence.
La manière dont la Demoiselle Levaffeur
a joué le rôle ſi important d'Armide , lui
affure un rang parmi le petit nombre des Actrices
qui ont illustré cette Scène. Le ſeur
Lainez a rendu celui de Renaud avec autant
de nobleſſe que de vérité. Le fieur Larrivée a
eu dans le rôle du Chevalier François , les
applaudiſſemens qu'il y a toujours obtenus
& mérités. La Dlle Duplan a très bien rendu
celui de la Haine ; & le ſieur Chéron s'eft
véritablement diftingué dans celui d'Hidraot.
L'exécutionde la première repréſentation de
cet Opéra a laiſſé peu de choſe à defirer; &
l'on doit fur- tout à l'Orcheſtre les plus
grands éloges .
Les Ballets , l'une des pluseffentielles portions
de ce bel Ouvrage , ont fait le plus
grand honneur aux talens de M. Gardel
L'ainé. Celui du ſecond acte eſt très pittoreſque
, & l'effet en eſt ſéduisant. Ceux du
quatrième Acte ont le caractère de volupté
qui convient aux Génies mis en action par
Armide , pour ſeduire les Chevaliers qui
viennent lui enlever ſon amant ; & ceux du
cinquième font bien faits pour faire oublier
à Renaud les peines de l'abſence. Après
avoir rendu à ce Compofiteur plein de zèle ,
d'intelligence & de goût, la justice qui lui
eſt dûe , nous oferons lui obferver que
le Ballet de l'Acte de la Haine nous a aiffé
DEFRANCE.
39-
beaucoup à defirer. Peut être ce reproche
tient-il effentiellement à l'impoſſibilité de
remplacer aujourd'hui un Danſeur qui , lors
de la première miſe de cet Ouvrage , anima
cette importante Scène pardes mouvemens
énergiques & variés qu'il ſavoit imprimer
aux divers grouppes dont il étoit environné.
Nous obferverons encore à M. Gardel que
l'air de danſe emprunté de l'Opéra d'Écho ,
eſt au moins inutile ; & nous l'inviterons à
ne plus céder à des confiderations qui ſeules
ont pu l'engager à introduire dans ce divertiſſement
un pas de deux , qui ne fert qu'à
prolonger l'immobilité de la fituation de
Renaud. L'idée d'offrir aux regards de Renaud
, éloigné d'Armide , le tableau d'un
amant qui cherche avec inquiétude celle qu'il
adore,& fait éclater ſon bonheur quand il la
retrouve , nous a patu très heureuſe. Sculement
nous aurions defiré que M. Gardel
n'eût point fait ſervir à cette pantomime un
menuet , dont le caractère majestueux &
impofant n'a pas paru convenir à l'eſpèce
d'action qui caractériſe ce divertiſſement.
Ces obfervations , qui peut être paroîtront
un peu ſévères , mais qui au fond doivent
donner -encore plus de prix à nos éloges ,
ne diminuent rien du mériteréel que préſenre
la compoſition de ces divers Ballets ; & leur
enſemble , plus fait peut être que ceux de
tout autre Opéra pour honorer le talent d'un
Compofiteur de Ballets , ajoute encore à
40 MERCURE
:
l'idée avantageuſe qu'on avoit du talent de
M. Gardel l'aîné.
Mlles Guimard , Dorival , Gervais , Coulon
, Zacarie , Saulnier & Deligni , ont embelli
ces fêtes charmantes par les grâces de
leurs talens divers. Mlle Guimard y eſt toujours
elle-même. Mlle Saulnier , dans le cinquième
Acte , ajoute encore à nos eſpérances.
Le ſieur Nivelon a danſé dans cet Opéra
avec cette grâce aimable & facile qui diftingue
eſſentiellement ſon talent , & que
nous l'invitons à ne jamais abandonner. Le
fieur Gardel le cader a déployé dans le cinquième
Acte toute la nobleſſe d'un gente de
danſe qui , ſans lui , auroit peut - être déjà
diſparu de notre Théâtre Lytique . Nous l'exhortons
à n'en jamais oublier les principes ,
& à offrir toujours , ainſi qu'il l'a fait dans
cer Opéra , cet enſemble ſi rare , fi difficile
à obrenir , & qui devient de plus en plus
précieux , du plus grand à plomb , d'une
force continuellement modifiée par la grâce ,
& d'une facilité que règlent toujours la correction
& le parfait accord de tous ſes mouvemens.
L'Adminiſtration de l'Opéra a remis cet
Ouvrage avec un ſoin, dans le coftume &
dans les décorations , digne de l'importance
de ce fublime enſemble. Les décorations
du ſecond & du cinquième Aste meritent
les plus grands éloges. Nous obſerverons feulement
que le tableau , anti féduifant que
DE FRANCE. 41
pittoresque , qu'offre au ſecond Acte cette
foule d'Amours ſuſpendant des guirlandes
de fleurs , & grouppés dans les airs d'une
manière fi heureuſe , produiroit encore un
effet plus aimable ſi leur couleur n'étoit pas
d'une teinte trop vive& trop reffemblante à
celle des rofes qu'ils foutiennent & qui les
entourent .
L'on doit d'autres éloges à cette même
Adminiſtration ; & ils paroîtront aufli juſtes
que mérités à tous ceux qui connoîtiont les
*détails & les ſoins qu'exige la miſe d'un
-ſeul Opéra. L'Académie Royale de Muſique
a donné, pendant le fejour de M. le
Comte de Haga à Paris , dix Opéras divers.
On a fait voir fucceflivement à cet illuftre
Voyageur , Iphigénie en Aulide , Iphigénie
en Tauride,Armide , Didon , Atis , Renaud ,
Chimène , la Caravane , Castor & Pollux ,
&le Seigneur Bienfaifont. Les foins éclairés
de l'Adminiſtration, & le zèle des nombreux
Sujets qui compofent ce Spectacle , ont offert
à ce Souverain , dans l'eſpace de moins d'un
mois , ces chef - d'oeuvres divers des plus
grands Maîtres dont s'honore l'Europe , &
dont l'Italie, pendant le ſéjour bien plus confidérable
qu'il y a fait , ne lui a préſenté ni la
variété, ni la pompe, nile grand enſemble qui
diftinguent particulièrement notre Théâtre
Lyrique.
42 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
LA première repréſentation du Duc de
Bénévent , Comédie Héroïque en trois Actes
& en vers , n'a eu qu'un ſuccès équivoque.
Beaucoup de négligence de la part de quelques
Acteurs , des longueurs , des details
froids , des développemens qui , ſans éclairer
beaucoup l'action , en rallentiffoientla
marche : telles font les cauſes de l'indifférence
avec laquelle on a reçu cet Ouvrage.
Comune nous ſavons que l'Auteur a profité
du temps que lui donne l'indiſpoſition d'un
Asteur chargé d'un des perſonnages de fa
Comedie , pour y faire des corrections conſidérables
, nous attendrons la ſeconde repréſentation
pour en rendre compte. La docilité
&la modeſtie nous paroiſſent mériter
autant d'indulgence , que la médiocrité orgueilleuſe
mérite de ſévérité.
Nous parlerons dans le prochain Mercure
de Léandre Candide , Comédie - Parade en
vaudevilles , en proſe & en deux Actes.
Cette Pièce n'a encore eu qu'une repréſentation
au moment où nous écrivons ; &
quoiqu'elle ne foit qu'une Parade nous
avouerons que nous avons beſoin de la revoir
avant d'en donner notre avis.
DE FRANCE.
43
ANNONCES ET NOTICES..
HERACLITE , ou le Triomphe de la Beauté ,
Comédie en un Aite & en vers , repréſentée pour la
premièrefois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le 12 Décembre 1783 , par M. Lauquil-
Lieutaud. Prix , I livre 4 fols. A Paris , chez
Lejay , Libraire , rue Neuve des Petits Champs , au
coinde celle de Richelieu.
Héraclite , retiré dans une folitude avec ſon
fils qu'il veut féparer pour jamais du monde , paſſe
ſa vie à fe facher contre le genre- humain.. Un
fonge lui annonce la viſite d'un Dieu dans le moment
où fon ami Trazéas , qui voudroit humanifer
le Philoſophe , amène ſa fille avec lui ſans la lui
montrer d'abord. Le fis qui la voit par hafard , la
prend pour le Dieu dont fon père atend la viſite ;
il tombe à les pieds par amour , croyant que c'eſt
par reſpect, & il court bien vite raconter cette
nouvelle à fon père. Celui- ci veut voir le Dieu qui
s'eſt caché dans une grotte; mais on lui annonce
qu'il exige de lui auparavant qu'il abjure ſa
haine pour le genre-humain. Heraclite obéit ;
mais au lieu du Dieu , c'eſt la jeune Céphiſe qui lui
apparoît. Honteux d'avoir été dupe à la fois d'un
enfant& d'un rêve, il renonce à ſa triſte philofophie.
On voit que le ſujet de cette Pièce eſt le triomphe
de la Beautéſur l'ignorance de l'enfance&fur la Philofophie;
on a trouvé que l'Auteur avoit allez rajeuni
fonds bien ufé au Théâtre. Comme on dit que
c'eſt un jeune homme, nous croyons devoir l'averrir
que fociété eſt de quatre ſyllabes , que par
corféquent ce vers eft faux :
La Société fur lui , fur vous même a des droits .
44
MERCURE
Et qu'en parlant d'une choſe qui vient de ſe paſſer ,
on ne dit point ce matin j'apperçus mais ce matin
i'ai apperçu.
MANUEL duMinéralogiſte , ou Sciagraphie du
Règne Minéral , diſtribué d'après l'analyse chimique
, par M Torbern-Berg Man, Chevalier de
'Ordre de Wafa , &c. miſe au jour par M. Ferber ,
Profeffeur de Chimie à Mittaw, & traduite & augmentée
de Notes , par M. Mongez le jeune , Chanoine
Régulier de Sainte Geneviève , Auteur du
Journal de Phyſique , & Membre de pluſieurs Académies.
Prix , 4 liv. broché , s liv, relić. A Paris ,
chez Cuchet , rue & hôtel Serpente.
Ce Manuel est un excellent Ouvrage d'un des
plus ſavans Chimiſtes de nos jours. Il ne pouvoit ,
pour être traduit , tomber en de meilleures maius
que dans celles de M. Mongez. La bonté de l'Ouvrage
en lui- même, & ce que le Traducteur y a
mis du Gen, lui donnent droit également aux éloges
&à la reconnoiffance du Public."
RAMEAU , Ballet allégorique en un Acte, pour la
oentenaire de fa naiſſance ,ſuivi de Réflexions fur la
Poífie Lyrique , & d'un Oratorio intitulé la Mort
d'Abel, par M. Lefebvre , Maître de Compoſition .
AParis , chez les Marchands de Nouveautés.
Ce Ballet allégorique n'a pu obtenir les honneurs
de la repréſentation ; on en appelle au
jugement du Public. L'Auteur nous diſpenſe de
prononcer ſur ſon Poëme quand il dit dans ſes Réflexions
ſur la Poéſie Lyrique , que les meilleurs
Poëtes font des juges très- incapables en cette matière
tant qu'ils ne font pas Compositeurs. Il récule
encore pour juger le Bel-Esprit , l'Homme de
Lettres. Nous laifferons donc les Muficiens décider
6 M. Lefebvre eft bon Poëte. Au reſte , il y a
DE FRANCE. 45
dans ſes Réflexions des idées qui nous ont paru
pouvoir être utiles aux gens de l'Art.
PRINCIPES de Géographie , ſuivis d'un Traité
du Globe & de l'exposition du Systéme de Copernic ,
dédiés àMgr. le Duc d'Enguien , par M. Lemoine ,
Avocat & Inftituteur de la jeune Nobleſſe. A.
Paris, chez l'Auteur , rue Neuve de Berry , au bout
des Champs - Élysées , près de Chaillot ; Bélin , Libraire
, rue S. Jacques , Nyon , Libraire , rue du
Jardinet.
Ce Traité de Géographie eſt fait avec ordre&
précifion . L'Auteur s'élève dans ſa Préface contre la
méthode en demandes & en réponſes & celle des
vers techniques. Ce qui diftingue principalement
fon Ouvrage, c'eſt que l'Auteur a donné dans des
Notes le précis des événemens fameux qui ſe ſont
paffésdans les lieux dont il parle, & celui de la vie
desHommes célèbres qui font nés dans les Villes
qu'il décrit, par cette méthode les jeunes gens , en
Etudiant la Geographic , apprennent en même-temps
une partie effentielle de l'Histoire ; il y a auſſi quelques
Notes intéreſſantes ſur les différentes Religions
, & fur quelques parties de l'Hiſtoire Naturelle.
BABY - BAMBOU, Histoire archimerveilleuse ,
publiée par M. D. de S. in- 16. A Chimérouville ;
&ſe trouve à Paris , chez Brunet , Libraire , rue de
Marivaux.
Quand l'imagination n'a point de bornes , que
l'on peut à fon gré parcourir l'eſpace en un clind'oeil
, évoquer les morts & bouleverſer les élémens
, on exige d'un Auteur un bur moral ou criique,
ſans quoi ſon Ouvrage eſt relégué dans la
Flaſſe de ces contes de Fées faits pour amuſer ou pour
pouvanter l'enfance. Celui - ci ne pourroit pas
45 MERCURE
Y
inême ſervir à cet ufage à cauſe de la liberté de
quelques peintures qu'on y rencontre. Nous ajourerons
qu'on y trouve quelquefois des choſes du plus
mauvais goût , comme un géant qui ſe nétoye les
dents avec une paliſſade , &c. Malgré ces défauts ,
nous donnerons des éloges au ſtyle , qui nous a
paru affez vif & affez élégant pour faire lire jufqu'au
bout), avec un certain plaiſir , un Roman de
féerie dans lequel on ne trouve ni événemens nouveaux
ni ſituations bien intéreſſantes.
PREMIERE, Suite de la Description des Expériences
Aérostatiques de MM. de Montgolfier, & de
celles auxquelles cette Découverte a donné lieu , par
M. Faujas de Saint-Fond. A Paris, chez Cuchet ,
rue & hôtel Serpente , in- 8 ° .
Il faudroit être bien peu amateur de la Phyſique
pour n'avoir pas lû avec intérêt le premier Volume
du Recueil de M. Faujas de Saint Fond , qui a paru
peu de temps après l'Expérience Aéroſtatique faite
aux Tuileries par MM. Charles & Robert ; le
Volume que nous annonçons eſt fait pour exciter
auſſiune vive curioſité par le rapport détaillé qu'on y
trouve des diverſes Expériences tentées à Paris , au
Champ de Mars , à Lyon , à Milan, à Londres , à
Windfor , à Turin , à Montpellier , à Grenoble
Château de Piſançon , à Franconville , à Mâcon , à
Alicante , à Montreaux , à Dijon ; tous ces rapports
font fondés fur des pièces authentiques , & les Mémoires
qui y ſont joints relatifs aux différentes parties
de cette nouvelle Découverte rendent ce Recucil
auſſi intéreſſant que curieux.
au
LE Faux Lord , Comédie en deux Actes , repréſentée
devant LL. MM. & à Paris le 6 Décembre
1783 , mise en muſique par M. Piccini. Prix , 24 liv.
AParis , chez Brunet, Libraire , rue de Marivaux ,
DE FRANCE. 47
Place du Théâtre Italien , & chez le Suiſſe de l'hôtel
deNoailles , rue Saint Honoré.
La Muſique de cet Ouvrage a cu un ſuccès
aufli brillant que mérité. On y a diſtingué particulièrement
un petit Air nocturne à deux caractères,
d'untrès-joli effet sun fort bel Air de bravoure,
&preſque tous les morceaux d'enſemble. La plupart
des morceaux ſont bien en ſituation & coupés
pourla Muſique avec adreffe. Les paroles de cette
Pièce font de M. Piccini fils ; cette réunion de
talens dans la même famille ajoute à l'intérêt que
l'Ouvrage doit inſpirer.
:
CINQUIÈME Recueil d'Aricites tirées des
Opéras de MM. Dezède, Grétry , Martini , Piccini
, Sacchini , Salieri , & c . avec Accompagnement
de Harpe , par M. Tiffier , Maître de Chant
&de Harpe , OEuvre XVIII. Prix , 9 liv. A Paris ,
chez l'Auteur, rue du Fauxbourg Saint Denis , la
quatrième porte - cochère à droite ; Coufinean &
Salomon , mêmes Adreſſes que ci-deſſus.
NUMÉRO 7 du Journal de Pièces de Clavecin
, par différens Auteurs. Prix , 24 liv. & 36 liv.
pour l'année , composé d'un Concerto pour le Clavecin
à grand Orchestre , Cors ad libitum , par M.
Hayden. Prix ſéparément 6 liv. A Paris , chez M.
Boyer , rue Neuve des Petits Champs , près celle
Saint Roch , nº. 83 , & chez Mme Lemenu , rue du
Roule, à la Clé d'or.
,
NUMÉRO 8 de la nouvelle Suite de Pièces
Harmonie contenant des Ouvertures & Airs
d'Opéras pour deux Clarinettes , deux Cors & deux
Baffons , par M. Ozy , Muficien de Mgr. le Duc
d'Orléans. Prix , 6 liv. A Paris , chez M. Boyer &
Mme Lemenu , aux mêmes Adreſſes que ci- deſſus.
48 MERCURE
Douze Leçons progreſſives pour le Forte-
Piano , à l'usage des Commençans, par Th. Giordani
, OEuvre XXV. Prix , 6 liv. A Paris , chez M.
Bailleux. Marchand de Muſique, à la Kègle d'or ,
rue Saint Honoré , près celle de la Lingerie.
La gradation ſouvent promite eſt ici véritablement
obfervée , & les morceaux nous ont paru
agréables.
NUMÉRO 6 du Journal de Violon , on Recueil
Airs nouveaux arrangés pour le Vioion , l'Alto ,
la Fiûte & la Baffe. Prrx , 18 livres & 21 livres,
ſéparément 2 livres 8 fols. A Paris , chez Baillon ,
Marchamdde Muſique , rue Neuve des Petits-
Champs , au coin de celle de Richelieu , à la
Muſe Lyrique.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE
IMITATION du Sonnet de Le Décaméron Angiois , 19
l'Abbé Parini , 3 Caprices Poétiques , 20
Epure à M. deMonville, 4. Variétés 24,35
Fable, 6Académ. Royalede Musiq. 37
Charade, Enigme& Logogry- Comédie Italienne , 42
phe,
Plande Lecture,
7 Annonces & Notices , 43
8
APPROBATION.
J'ai lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 7 Août. Je m'y ai
rien trouvé qui puiſſe to empêcher l'impreſſion.AParis ,
le 6Août 1784. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES .
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 24 Juin.
Ο
N eſpere qu'à fon retour , le Capitan
Pacha trouvera quatorze vaiſſeaux de
guerre préparés depuis ſon départ. Cinq
mille canonniers , dit on , ſont en chemin
pour les places frontieres : les autres troupes
font exercées journellement. En attendant
les effets falutaires de cette activité , elle
épuiſe nos finances : le tréſor public , à ce
qu'on rapporte , eſt vuide au point, qu'il a
éré impoflible de payer 73 mille piaſtres au
Capitaine Smith , de qui nous avons acheté
une frégate conftruite en Angleterre.
Si les fruits de l'Imprimerie ont été de
rendre les hommes meilleurs , plus libres &
plus heureux, on a raiſon de nous féliciter de
l'adoption de cet art parmi nous. Notre
nouvelle imprimerie eſt en exercice , & l'on
verra bientôt fortir de la preſſe une eſpecs
Nº. 32 , 7Août 1784. 2
( 2 )
de Gazette de Cour, depuis 1723 juſqu'en
1750 , compoſée ſous le titre d'Annales de
l'Empire.
Il s'eſt répandu que le Prince Salomon de
Circaffie avoit été tué dans une bataille contre
le Sultan de Carduel en Georgie. D'autres
rapports font tuer par les Turcs le fils de
Prince Salomon : c'est-à-dire , quetoutes
ces nouvelles font encore très-hafardées.
ALLEMAGNE.
ce
DE VIENNE , le 13 Juillet .
Le Grand-Duc de Toſcane & le jeune
Archiduc fon fils , ont viſité les édifices &
les établiſſemens publics de cette Capitale.
Les Nouvelliftes ont déja arrangé le temps
du ſéjour de cés Princes à Vienne , des
voyages à venir de l'Archiduc qu'ils font
aller en Hongrie , à Pétersbourg , à Peſt , &c.
La nature de ſes talens , les qualités de ſes
Gouverneurs, les progrès qu'il ne manquera
pas de faire dans les études , & ceux qu'il a
déja fait ne leur ont point échappé . On
ajoute que le Prince eſt blanc, blond , &
grandpour fon âge. Ainſi le Public eſt auſſi
bien informé que la Cour de Vienne de
tout ce qui regarde l'Archiduc François .
Pendant fa route le Grand-Duc ne s'eſt
arrêté qu'une ſeule nuit par le manque de
chevaux. Un marchand Croate qui avoit vu
le Prince , il y a huit ans , s'obſtina à le méconnoître
, & paria mille ducats avec un
Officier préſent , que le perſonnage n'étoit
point le Grand-Duc. Pour décider la ga(
3 )
geure, on s'adreſſa au Prince , qui donna
gain de cauſe à l'Officier , affez généreux
pour refuſer ſon paiement.
M. Stuever, Phyficien de cette ville, a fait
partir dernierement un Ballon aëroſtatique :
on payoit 20 cretzers ( environ 14 fols de
France ) pour l'entrée ; & la journée a rendu
6586 florins , ce qui a encouragé M. Stuever
à travailler encore au progrès de l'Art , & à
renouveller ſon expérience dans peu de
jours. L'Empereur a payé 100 ducats fon
billet d'entrée.
La Comteſſe Douairiere de Patachi a fait
graver for le marbre, au frontiſpice de fon
château, l'inſcription ſuivante.
« Dédié à Jofeph II, le Prince qui a le mieux
connu l'étendue de ſes devoirs , Pere de ſes
Sujets , de l'Agriculture & du Commerce ,
>>>Protecteur de l'innocence opprimée , qui a
réprimé l'abus du pouvoir & empêché qu'un
>>Ennemi puiſſant nepénétratdans ſes Etats méridionaux
, à qui nous devons l'abondance dans
>>> la difette , la communication entre les Pro-
>> vinces , des Ponts ſur les Rivieres & des Chauf-
» ſées , & qui par lui même a voulu tout voir
& tout entendre. La Dame de ee Château
>érige ce monument pour perpétuer la mémoire
>de la viſite dont l'Empereur l'a honorée en
» 1783. "
Si cette inſcription énumérative eſt un
monument de reconnoiffance, il n'en eſt pas
un de briéveté.
Depuis pluſieurs années , on avoit déterré de
tems àautre , entre Klagenfurt & Saint Vire , des
Antiquités romaines , comme monnoies .Hatues,
a 2
( 4 )
4
infcriptions , farcophages , &c. On préfume qu'il
y avoit dans cet emplacement une Ville ou Colonie
romaine. Actuellement l'Archiducheſſe MarieAnne
fait fouiller aux environs , & prefque
chaque jour on trouve des pieces remarquables.
Depuis peu on a déterré deux piertes avec
les inscriptions ſuivantes :
Victoriæ Ag . ( Auguſtæ ) profa'ure L. (Lucii )
Ly:aci Honorati L. ( Lucius ) Lyd. [ Lydacus )
Ingenuus II vir I. [ Juridicando ] D. Et Ruffir
Severa parentis V. S. L. M. [ vot's fuis lezarunt
monumentum ) .
Quietus Pr. [ Prætor ] Sabine Ser [ Serviliæ ]
v. f. [ vivus fuit'] & Creffentinæ ay. [ uxori ] 5
Svaraino fratri.
DE FRANCFORT , le 27 Juillet.
Le 9 de ce mois font arrivés à Stade les
deux bataillons d'Infanterie Hanovrienne ,
le Prince Ernest & le Comte de Taube : ils
étoient ſortis des ports d'Angleterre depuis
12 jours. Leur abſence a été de neufans révolus;
l'on vient de les renvoyer dans leurs
anciennes garniſfons à Zell & à Lamebourg.
L'élection du nouvel Evêque Prince de
Liege eſt terminée depuis le 25 de ce mois.
Le choix du Chapitre eſt tombé fur César-
Constantin François , Comte de Hænsbræch ,
dont on célèbre la capacité & les vertus.
Les émigrations de ce côté & fur-tout dans
l'Electorat de Mayence , ſe multiplient chaque
jour. On voit paſſler des troupes de centperlonnes.
La plupart de ces Emigrans font des Laboureurs
&des Artiſans , qui quittent leur patrie ſous prétexte
de ne plus y gagner l'entretien dont ils ont
beſoin pour eux & leurs familles. On dit que l'E(
5 )
lecteur , pour remédier à la déſertion de ſes ſujets
ſe propoſe de faire publier de nouveaux reglemens
plus féveres que les précédens contre l'émigration.
Les Couriers de diverſes Puiſſances ſe ſuccédent
à Vienne très rapidement , mais rien ne
tranſpire de leurs dépêches.
On parle publiquement des articles du Traite
d'alliance entre l'Empereur & la Ruffie.
ITALI Ε.
DE ROME , le 12 Juillet.
Sa Sainteté a bien voulu donner par un
Brefparticulier , à la terre de Trevi le titre
de ville, qu'elle avoit perdu pendant les factions
des fiecles derniers. S. S. a chargé
Monſignor D. Romualdo Oneſti , Majordome
des facrés Palais Apoftoliques , actuellement
protecteur de cette terre , à la
place du feu Cardinal Jean-Baptifte Rezzonico
, de l'examen d'un nouveau plan de
réforme pour le Confeil & la Police de ladite
ville, qui ſoit plus convenable à fon titre.
DE FLORENCE , le 12 Juillet .
Il est arrivé dernierement un bien triſte
accident dans l'un des plus anciens édifices
de cette ville. Le fameux Temple danoble
Monaftere des Bénédictines de ſaint Pierre ,
que l'on récrépiffoit à neuf, &dont le célébre
peintre Giarré peignoit l'entablement ,
s'eſt écroulé , à trois heures après midi ,
avec toute la voûte du Temple , & a ente .
veli ſous ſes ruines quelques ouvriers. L'épou
a3
(6 )
vante& la conſternation des Religieuſes ont
été extrêmes; mais les troupesde la ville &
le peuple érant accourus , on a retiré les
malheureux ouvriers , dont trois , dit- on ,
ont été écrafés.
Hier , écrit-on de Livourne en date du 9,
une Polacre Raguffienne venant d'Alexandrie
& chargée ſur ſon left a jetté l'ancre
dansceport. Ilyavoit à bordde ce bâtiment
un Turc qui a été ci-devant Douanier au
Caire. On aſſure que cet homme , après
avoir fait paffer dans différentes villes des
ſommes affés conſidérables appartenantes à
laDouane dont il étoit Directeur , s'eſt ſauvé
à Alexandrie où il a fretté la ſuſdite polacre
pour ſe retirer ici.On aſſure également
qu'il a fait partir en même temps fur bâtiment
Vénitien , fon fils qui étoit Tréſorier
de la même Douane.
Onmande d'Ancone que l'Eſcadre vénitienne ,
qui faisoit route dans leGolphe adriatique pour
Tunis , a été aſſaillie dans la nuit du i de ce mois
d'une tempête furieuſe qui a ſéparé tous les vailſeaux
qui la compofoient , & les a obligé de relicher
en fort mauvais état dans ce port ; mais ce
Bruit n'a d'autre fondement encore qu'un rapport
rès incertain .
ESPAGNE.
DE MADRID , le 10 Juillet.
LaGazette,d'aujourd'hui contient la lettre
ſuivante du Lieutenant- Général Don
Antonio Barcelo, Commandant de l'expédition
contre Alger , au Miniſtre de la Ma-
:
( 7 )
rine, en date de la baie d'Alger, le 12 Juil
let 1784.
Après être forti de Cartagene le 28 du mois
dernier , ainſi que j'eus l'honneur d'en informer
V. E. , les vents , qui régnoient du N. N. E au
N. E. joli frais , m'obligerent de croiſer avecmes
vaiſſeaux du premier rang ſur la côte. Je donnai
ordre aux Chebecs & autres petits bâtimens de
s'abriter dans la rade de la Subida , & j'envoyai
dans le port la Galeaffe & la Conceprion , dont la
grande antenne s'étoit brifée dans un roulis. Le
30 le vent ayant paffé au S. O. , & tous les
vaiſſeaux & bâtimens étant réunis , excepté trois
brûlots , qui n'avoient pas pu doubler le Cap de
la Subida , je fis route la même nuit pour la
côte d'Afrique, que je découvris dans l'aprèsmidi
du jour ſuivant , quoique le vent eût tourné
au N. E.
Les vents ſe ſoutinrent dans cette partie jufqu'au
4 , qu'ils paſſerent à L. E. , la mer étanc
alors très-grofle . La Galere, Capitaine de Malte ,
reçut des avaries dans ſa grande antenne , & ne
voulant point expoſer l'eſcadre aux inconvéniens
qui s'en ſeroient ſuivis, ſi j'avois continué
àtenir le plus près du vent ,jeréſolus d'arriver
vent arriere à 10. La même nuit , étant à
10 lieues au large d'Arceo , le temps changea
totalement ; le vent ſe calma entierement , avec
apparence de vouloir paſſer au point oppoſé de la
bouffole. En effet , il s'éleva du N. O. avec plus
de force encore que le vent d'E. que nous venions
d'éprouver : il ſe calma cependant pendant
la nuit , & nous permit de porter ſur la
baye d'Alger.
Tous les jours ſuivans les vents regnerent de
P'Eſt au Sud, petit vent, & je parvins enfin le
8 à m'acculer ſur la pointe del Peſcado , à
a4
( 8 )
lieues de diſtance. Le vent varia toute la journée&
la nuit; mais le 9 nous eûmes vent d'Est
& d'E. S. S.; & pendant la matinée , au moyen
des courans qui m'étoient favorables , je paſſai -
au vent de la baye d'Alger avec toute l'Efcadre.
Le vent de S. E. fraichiſſoit de plus en plus ,
&dans la crainte d'être forcé d'arriver malgré
moi , je mouillai.
Quoique l'eſcadre , vu le mauvais temps ,
n'eût point mouillé dans le lieu que j'avois
choiſi pour la placer avantageuſement , elle ſe
forma cependant dans le meilleur ordre poſſible,
conformément aux inſtructions qui avoient été
données aux différens Commandans , pour la
plus grande fûreté des tranſports & autres perits
bâtimens. En attendant une meilleure occafion
pour choisir un mouillagu plus avantageux &
plus propre à faciliter mes idées d'attaque , je
donnai les ordres néceſſaires pour que l'eſcadre
fût en fûreté ; je fis réger les rondes pendant
la nuit; je fis placer des vaiſſeaux en avant , &
je recommandai que l'on employât toute la vi
gilance qu'exigeoit le voiſinage de l'ennemi .
Pendant que l'eſcadre mouilloit , & pendant
tout le reſte de la nuit , la place ennemie ne fit
d'autres mouvemens que de tirer trois coups de
canons en hiſſant ſes pavillons ſur les fortificasions
, comme en réponſe du coup de canen
que j'avois tiré pour aſſurer mon pavillon.
On prit pendant la nuit toutes les diſpoſitions
néceſſaires pour aſſurer les chaloupes canonieres ,
les bombardes & les obuſieres , & leur fournir
des munitions & tout ce dont elles auroient beſoin
pour agir , aufſi- tôt que la mer & le vent
(N. E. ) ſeroient calmés. Enfin l'ordre fut donné
pour commencer l'attaque le lendemain 10 , fi
letemps le permetoit.
) و (
Au point du jour on reconnut que les Algériens
avoient formé , tout proche de la terre ,
une ligne de 55 chaloupes , depuis la pointe
du môle juſqu'à la batterie converte du rocher.
La lame venoit toujours du N. E. , quoique le
vent eût paffé au S S.; & il fut impoſſible de
commencer la premiere attaque , qui fut remiſe
au jour ſuivant. Pendant la nuit le vent repaſſa
au N. E. ben frais , & l'eſcadre ne ſongea qu'à
amarrer les petits bâtimens & les tranſports.
:
Toute la journée du 11 la lame vint du N. Ε. ,
&le vent foufla du N. O. bon frais . La lame
s'abaiſſa , & le ciel nous promit du beau temps
pour le len temain.
A 4. h. & demie de ce jour , je fis fignal à
Feſcadre de ſe préparer à l'artaque , &de prendre
les poſtes qui avoient été délignés pour tirer fur
les chaloupes ennemies. As heures la place tira
un coup de canon , & l'on découvrit bien clairement
ſes chaloupes , formées dans l'ordre dont on
afait mention. Je donnai ordre de former la ligne
&d'avancer. 1
A6 heures & demie , tout étant préparé & les
chaloupes ſous l'aviron , je m'embarquai avec le
Major-Général D. Joſeph-Lorenzo de Geycochea
, & les Adjudans dans d'autres chaloupes ,
pour veiller à la formation de l'eſcadre & à fa
diſpoſitiondans les poſtes reſpectifs ; ce qui s'exécuta
à ma fatisfaction .
Dans cette diſpoſition , l'efcadre porta fur la
place , qui avoit formé toutes les chaloupes canonieres
, bombardes & galiotes , au nombre de 67 ,
depuis le Fort de Babafon par le Sud , juſqu'au
Môle du N. Je plaçai ma ligne de chaloupes
le plus au Sud qu'il me fut polible , vu que les
fortifications ennemies étoient foibles de ce côté.
La place tira alors une bombe qui dépaſſa notre
as
( 10 )
ligne de plus de 100 toiſes ; ce qui me prouva
que nous étions à portée de tirer avec effet , &
me diſpenſa de faire l'épreuve que j'avois projettée.
Ahuit heures paſſées je fis ſignal de commencer
le feu , & la ligne répondit avec toute
l'ardeur poffible a mes ordres , qui étoient répétés
par mon Major. Mais à 10 h. 20 m. les
chaloupes ayant conſommé toutes leurs munitions,
je leur fis fignal de ſe retirer en bon ordre .
L'action fut auſſi bienfoutenue par notre ligne
que favoritée par les galeres de la Religion de
Malte , par la galiote le Saint -Antoine , &les
bélandres , chebecs & brigantins Eſpagnols &
Napolitains qui couvroient les ailes de droite &
de gauche. Toute l'armée a montré une ſérénité&
un courage particulier dans cette attaque ,
álaquelle a concouru le Chevalier Forteguerni ,
Major général des forces de S. M. Sicilienne ,
combinées avec l'Eſcadre du Roi .
Pendant l'attaque on a obſervé les bons effets
de notre feu , & ils nous ont été enſuite con-
Armés , tant par les ruines que l'on découvrit
dans la ville , que par un incendie que l'ennemi
ne put éteindre que vers les 4h. du foir. Quarre
des chaloupes ennemies ont ſauté pendant l'actron.
Voici les pertes que , de notre côté , nous
avons effuyées . Dans la bombarde nº. 2;, la
fufée d'une bombe ayant pris feu trop tôt , la
bombe a crevé à bord , & a tué un Quartiermaitre
& 3 matelots, & en a bleſſé 6 autres , dont
4 très -gravement. Dans la chaloupe-obufiere ,
no, to , un éclat de bois a bleſſé légérement le
Lieutenant d'artillerie , D. Ignacio Mugnoz &
un mouffe. Un artilleur a été bleſſé à bord de la
bombarde n°, 19. - Les vaiſſeaux n'ont éprou
( 11 )
vé aucune avarie , ni aucune perte ; enfin dans
l'une des chaloupes canonieres , aux ordres des
Officiers Napolitains , deux matelots ont été tués
par l'explofion d'une cartouche qui prit feu en
chargeant le canon .
Le nombre des coups tirés par l'ennemi eſt de
202 bombes & de 1164 coups de canon. De
notre côté nous avons tiré 600 bombes , 260 gre
nades & 1440 coups de canon.
Je fis auffi-tôt renouveller les munitions des
chaloupes , & donnai ordre de répéter l'attaque
l'après-midi ; mais le vent d'Eſt ayant fraîchi ,
elle n'a pas pu s'effectuer ; en conféquence nous
eſpérons la renouveller demain , ſi le temps ſe
calme ſufiſamment. Les vents durs , irréguliers ,
&variables que nous éprouvons , font tres - extraordinaires
& peu communs dans cette ſaiſon
de l'année.
Cette après midi nous avons eu le malheur de
perdre la chaloupe canoniere nº. 27 , commandée
par les Officiers Napolitains D. Joſeph Rodriguez
& D. Carlos de Arfand, dont le premier
eſt Enſeigne de vaiſſeau , & le ſecond Enſeigne
de fregate. Cette chaloupe a ſauté , ſans doute
par quelque accident qui aura mis le feu aux
poudres. Ces deux Officiers ont péri ; juſqu'à
préſent il ne s'eſt ſauvé que 6 hommes de l'équipage
,&l'on ignore le nombre exact des morts .
Les deux vaiſſeaux & les frégates de S. M.
Très- Fidele ont mouillé dans cette baie vers
Is fix heures du ſoir ».
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 24 Juillet.
Nous avons annoncé de vifs débats dan's,
la Chambre des Communes, le 16 , jour où
il fut propoſe de ſe former en comité ſur le
a 6
(12 )
Bill de l'Inde. Nous avons auffi rapporté
que cette queſtion fut décidée en faveur da
Miniftre par une majorité de 211 voix ; fuperiorité
de favorable augure pour le ſuccès
dubill en lui-même.
Juſqu'à ce jour , il n'eſt connu que par
les difcuffions dont il a été l'objet. Sans
Pavoir fous les yeux, on ne peut fuivre ces
difcuffions avec intérêt,,ni les apprécier , ni
même les comprendre parfaitement. Nous
épargnerons donc ànos Lecteurs ce commentaire
d'un texte encore indéterminé ,
puiſque chaque jour, il reçoitdes changemens.
Les deux antagoniſtes les plus animés contre
le Bill , ont été M. Francis &M. Fox.
Le premier fut du Conseil de Bengale ,
il y a dix ans , &donna des dégoûts à M.
Haftings , & en reçur, fit un tableau affreux
de la geſtion & de l'état des affaires de la
Compagnie , & de retour en Europe , a agi ,
parlé constamment d'après les mêmes principes,
ou les mêmes reſſentimens (1 ).
Ilattaqua dans ſondifcours non-feulement
le Billde M. Pitt, mais encore le Chancelier,
M. Haftings & Lord Delaval : digreflions
offenfantes qui lui attirerent des repréfailles .
M. Fox le ſuivit dans ſes objections , & il eſt
inutile de dire qu'auteur aufi d'un bill ſur l'Inde
rejetté , il décria un bill ſur l'Inde prêt à devenir
M.
(1) On trouve des détails intéreſſans ſur ces démêlés dans
unOuvrage récentdu Major Scott,intituléAnarrative of
the transactions in Bengal during the administration of
Hastings. Nousen cirerons quelques fragmens hitboriques
parla fuiţe,
( 13 )
loi. Il déclara que ſes idées ſur leGouvernement
de l'Inde différoit de celui de M. Pitt toto cæla .
Le ſyſteme , qu'après mûre conſidération il avoit
imaginé, ſeul capable de réaliſer les espérances du
ſuccès , étoit diamétralement oppoté à celui que
recommardoit à la Chambre l'honorable Membre
auteur du bill .Ce ſyſtème confiftoità créer ungouvernement
puiſſant & énergique en Angleterre ,
& àabandonner le patronage aux Chefs du pouvoir
exécutif dans l'Inde . M. Fox diviſa enfuite
lebill en 3 chefs , plan d'adminiſtration de l'Inde
dans la Métropole , réglemens pour l'Inde ſur
les lieux , & jugement des coupables à leur retour
en Angleterre. Il compara enſuite ſon propre
bill avec eelui ſur le tapis, dans toutes les
parties , dégradant l'un , exaltant l'autre , & en
général M. Fox fut moins brillant, moins vigoureux
, moins preſſant qu'il n'a coutume de l'être.
: M. Dundas , qui le premier a traité les
affaires de l'Inde avec étendue il y a quelques
années , en parla en ſénateur maitre de
ſamatiere. Il réfura les diverſes objections de
MM. Fox & Francis. Lord North parla
enfuite pour ſe mocquer de Lord Delaval ,
du Chancelier , du Procureur général &de
M.Hastings, avecl'ironie gaie qui lui eſt particulière.
Ce débat fut terminé par M. Dempfter
, qui , ainſi que nous l'avons rapporté
Pordinaire dernier , propoſa d'envoyer l'un
des jeunes Princes du fang fonder un Empire
fur le Gange, tirer les ſujets de l'oppreſſion
, & former enſuite une confédération
avec la Grande Bretagne.
En général ce débat& les perites alterca
( 14 )
tionsdesjours ſuivansn'ont pas eu la chaleur
ni l'acrimonie qu'on avoit lieu d'attendre :
le Miniſtre , il est vrai , a prévenu une oppofition
plus opiniatre par ſes ménagemens
&par la condeſcendance. Il ne s'eſt point
roidi contre les objections : il a laiſſé décompoſer
& modifier fon Bill avec docilité.
Content d'en maintenir & d'en faire agréer
les principes , il l'a abandonné dans les
détails aux obſervations du Comité & aux
changemens jugés néceſſaires. Par ſa prudence
, M. Pitt s'eſt procuré l'agrement
du Cabinet , de la Compagnie des Indes &
des Communes. Reſte à ſavoir fi le Bill en
vaudra mieux , & fi l'Inde en ſera mieux
gouvernée. Avant d'envoyer à la Chambre
Hauté ce Bill paſſé àla filière du Comité
des Communes , on en fera une ſeconde
copie , on la relira pour la forme , puis il ſera
remis avec toutes ſes modifications à l'examen
de la Chambre formée en comité.
Cette reviſion occupera encore plufieurs
ſéances , & vû la nature & le nombre des
affaires gui reſtent à traiter , on préſume que
la ſeſſion ſera prolongée juſqu'au 1 Septembre.
Dans la féance du 16 , le Major Scott
s'étendit fur des détails affez peu connus.
Il attaque d'abord toutes les affertions de M.
Francis. La Chambre , dit- il , voudra bien ſe ſouvenir
que vingt-cinq jours après ſon débarquement
a Calcutta , en 1774 , M. Francis tran-mit
aux Directeurs la mélancolique peinture qu'il
vient de tracer à cette affemblée. En vingt cinq
( 15 )
jours , il avoit trouvé le Bengale dépeuplé , les
revenus pillés , chaque jour des meurtres dans les
villes ; cette deſcription étoit auſſi fabuleuſe que
celle d'aujourd'hui . L'honorable Membre a vu
lui-même plufieurs années floriſſantes auBengale
depuis 1774 , & ilavoue que dans l'eſpace de dix
ans , il auroit pu envoir davantage . Quant aux
déclamations de M. Fox contre M. Haſtings , il
eſt inſtamment prié d'articuler une charge contre
ce Gouverneur. Il a parlé vaguement de déſobéiſſance
aux ordres ; le très-honorable Membre
-voudra bien avoir la bonté de deſcendre au niveau
des mortels ordinaires , & de ſpécifier un ſeul
cas de cette déſobéiſſance .
Quant aux funeftes conféquences qu'on ſemble
craindre de l'augmentation dans cette Chambre
du nombre desMembres au ſervice de la Compagniedes
Indes , & de leur influencedans la contrée
, je raſſurerai la Chambre& le public par un
ſeul fait , fimple , & tranchant contre d'abfurdes
affertions. Quant àM.Haftings , on fait qu'il n'a
pas plus de connexions avec le Miniftere aquel
qu'avec le précédent ,& ce papier contient l'état
exact de tous les Employés civils de la Compa .
gniedans le Bengale depuis vingt-deux ans. Ils
font au nombre de 508 , deſquels 37 uniquement
ſont revenus en Angleterre, 150 font morts,
&321 vivent actuellement dans l'Inde , à ce que
j'eſpere . Ici M. Scott dépoſa la liſte détaillée année
par année , des 508 Employés dont il venoit
de parler , & appella de ſa véracité au témoignage
même de M. Francis.
Il n'y a pas moins de mépriſes , continua M.
Scott, daus P'idée exagérée des énormes & nombreuſes
fortunes faites auBengale. Des 37 Employés
revenus au pays , pas un ſeul n'eſt revenu
opulent : pluſieurs avec moins de 20,000 liv. ft. ,
&quelques uns fans un ſchelling. De leur nom(
16 )
bre entier ,deux feulement fiegent dans cette
Chambre. Les fortunes des Officiers militaires ,
dansces vingt-deuxannées ſont encore moins comfidérables
.Environ 1200 ont été employés dans le
Bengale durant cet eſpace de tems ; à peine 30 en
font revenus avec quelque fortune : deux ſeuls ,
le Capitaine Watheerton &moi ont l'honneur
d'être Membres de cette Aſſemblée.Dans ce nombre
j'en connois uniquement cinq qui ont apporté
environ 20,000 1. ſt.,pluſieurs 5000. Environ 30
de ces Officiers ſont revenus ruinés , perclus de
bleſſures , & tirant leur ſubiſtance du fond militaire
fourni par lordClive. M. Scott narra enfuite
les époques des fortunes les plus éblouiſſantes,
&prouva que ces conjonctures extraordinaires
étoient & feroient trop rares , pour qu'on dise -
en conclure un retour habituel des mêmes profpérités.
Obſervons bien que dans ce dénombrement,
il ne fut queſtion que des Emploiés
civils ou militaires dans le Bengale , & non
dans l'Inde entiere.
Un Papier public a donné l'Etat ſuivant
des revenus de la Compagnie des Indes ,
qu'on a raiſon de croire aſſez juſte.
L'idée que les Revenus de la Compagnie des
Indes font de prèsde cinq millions Gerl. eſt portée
trop loin: le RevenuTerritorialdu Bengale n'a pas
encore renduun million ; il eſt vrai que ce million
ſetriple par le Commerce ; & comme c'eſt leBengale
qui eſt la ſource des avantages que retire la
Compagnie de fes Echanges , on le regarde , avec
raifon, comme la ſource des richeſſes de la Compagnie:
les Riz& les Salines du Bengale fournifſent
un revenu qui augmente tous les jours: laCôte
de Coromandel eſt nourrie par les vaiſſeaux que ce
Gouvernement expédie ; l'île de Sumatra eſt dans
( 17 )
lemêmecas , & prend en échangede ſespoivres,
caffés, &c. , non ſeulementdu riz , mais des toilesbleues
que la Compagnie tire du Coromandel ,
pour les rizqu'elle yenvoie. La plus grande partie
du poivre tiré de Sumatra va& reſte à la Chine, &
fert à payer preſque tous les thés , porcelaines &
foies crues que rapportent les vaiſſeauxAnglois. II
eſtprobable,de cettemaniere,qu'y compris les pillages
particuliers , les revenus du Bengale & les
profits qu'ils occafionnent aux Commerçans , approchent
de cinq millions ſterl.: ces avantages
augmentent tous les jours.
Dans toutes les difcuffions relatives , foit
aux taxes , foit au Bill de l'Inde , les parriſans
du Ministère ne ſe ſont point piqués
d'une foi implicite dans ſes opérations. Plufieurs
les ont débattues aſſez vivement: d'autres
les ont rejettées. M. Dempster entr'autres,
adonné de nouvelles preuves de la candeur
&du patriotiſme vraiment antique qui le caractériſe.
Le Chevalier Richard Hill, dont
l'eſprit facétieux , déſigné en Angleterre par
le mot Humour, eſt très-connu , s'écarta auffi
de l'Adminiſtration , au ſujet de la taxe ſun
les briques : il ouvrit ſon Budget particulier ,
& propoſa une multitude de taxes bifarres ,
dont la feule énumération rempliroit une
feuille de ce Journal , entr'autres , une taxe
fur les épingles de cheveux de femmes . Une
oppofition plus remarquée, eſt celle du Lord
Mahonà M. Pitt, à qui il reprocha deſe laiſſer
conduire par desCharlatans; fortie un peu
étrange dans la bouche du jeune Lord , &
qui luiattira delapart de ſonTrès-Honorable
( 18 )
Parent le Chancelier de l'Echiquier , un perfiflage
mérité.
Un Papier miniſtériel vient de publier la
note ſuivante des gages qu'il conſeille à la
Coalition de donner aux Ecrivains qui lui
feront vendus.
Pour tout Paragraphe contre
le Miniftère.
Pour chaque douzaine de
menſonges
ſch. 6 den.
Pour tout déguisement de faits.
Pour une bonne , vigoureuſe
&poſitive diffamation
Pour une pointe
Pour un vaudeville
Pour un impromptu
Etpour tous les articles
I
2
4
I
3
rien.
d'eſprit , de génie, de gaieté , cætera defunt.
On écrit de Salisbury que l'Orestes, Sloop de
guerre, commandé par leCapitaine Ellis , mouil-
Jant dans la rade de Cowes , eut avis que deux
vaiſſeaux contrebandiers étoient à la pointe de
Chrift-Church , à l'embouchure de l'Avon ; ils
étoient partis de Jerſey & Guerneſey avec une
cargaiſon de thé , d'eau-de-vie , &c. Le Capitaine
Ellis feignitde cingler à l'Eſt , & arriva inopinément
à Chriſt-Church dans la ſoirée ; mais les
contrebandiers avoient déja débarqué leurs cargaiſons
, 300 d'entr'eux s'étoient répandus dans
le voisinage. Quand l'Orestes fut près de la côte,
il envoya deux chaloupes pour ſommer les contrebandiers
de ſe rendre. On répondit à la ſommation
par une décharge de mouſqueterie qui blefſa
pluſieurs matelots de l'Orestes , & à ce qu'on
:
( 19 )
rapporte , le maître d'une des chaloupes fut tué.
Le bruit ramena vers la côte les contrebandiers
qui étoient à terre : Orestes pointa ſes canons
fur eux , pour les empêcher de gagner leur bord,
ce à quoi quelques-uns parvinrent, malgré la vi
vacité dufeu. L'action dura depuis fixjuſqu'àneuf
heures du ſoir , que la victoire reſta à la Marine
royale. Elle a emmené les deux navires contrebandiers
, eſtimés 4000 liv. fterl. , & les longues
chaloupes queleurs équipages avoient coulées à
fond , dans l'eſpérance de les conferver.
IRLANDE.
DE DUBLIN , le 18 Juillet.
Les affaires politiques de cette iſle approchent
dejour en jour du point de maturité.
Il ne tardera pas à être décidé s'il y a ou non
un gouvernement en Irlande , ſi la licence
doit l'emporter ſur la Loi , & la populace
fur le Parlement. Pour guider le jugement
du lecteur , dans ces diſſenſions ,& fur le caractere
des hommes qui les fomentent, nous
lui préſenterons les obſervations ſuivantes.
Depuis fix cents ans , l'Irlande eſt aſſujettie à
l'Angleterre. L'un des Tyrans auxquels elle étoit
livrée , appella Henri IIà ſon ſecours , en lui
promettant foi & hommage : cinq cents hommes
firent la conquête. Le peuple , à cette époque ,
étoit un amas de Sauvages aſſervis à des Chieftains
, ou Chefs de Tribus , vaſſaux eux-mêmes
de petits Souverains tous diviſés , tous belligérans
, tous oppreſſeurs. Bien loin d'avoir aucune
part , ni aucune influence directe ou indirecte
dans lalégislation, le peuple n'en avoit pas même
à lapropriété , il vivoitdans la miſere & dans la
( 18 )
Parent le Chancelier de l'Echiquier , un perfiflage
mérité.
Un Papier miniſtériel vient de publier la
note ſuivante des gages qu'il conſeille à la
Coalition de donner aux Ecrivains qui lui
feront vendus .
Pour tout Paragraphe contre
le Ministère.
Pour chaque douzaine de
menſonges
fch.
Pour tout déguisement de faits.
Pour une bonne , vigoureuſe
&poſitive diffamation
Pour une pointe
Pour un vaudeville
Pour un impromptu
Et pour tous les articles

6den.
I
2
4
I
3
rien.
d'eſprit , de génie, de gaieté , cætera defunt .
On écrit de Salisbury que l'Orestes, Sloop
guerre , commandé par leCapitaine Ellis , mou
Jant dans la rade de Cowes , eut avis que de
vaiſſeaux contrebandiers étoient à la pointe
Chrift- Church , à l'embouchure de l'Avon :
étoient partis de Jerſey &Guerneſey avec u
cargaiſon de thé , d'eau-de-vie , &c. Le Capit
Ellis feignit de cingler à l'Eſt , & arriva inopi
Chrift-Church dans la ſoirée; mais
contrebandiers avoient déja débarqué leurs r
gaiſons , 300 d'entr'eux s'étoient répandus
le voisinage. Quand l'Orestes fut près de la co
il envoya deux chaloupes pour ſommer les cor
bandiers de ſe rendre. On répondit à la fom
tion par une décharge de mouſqueterie quit
ſa pluſieurs matelots de l'Orestes , & à ce q
ment à
:)
rappone, lemaitre
agent ni laliberté pour
Le bruit ramen
veracun
fait , après avoir
qaiment == ... ortir quarante mille
for eat, your ite
former la générace
a quoqueta
'égorger cinquante
vachesufesligion
, n'étoit pas
heures du in
royale. Elle
fut un champ de
voit choifi ton dola
derniere
extré-
Taniſme l'ayantemprofcriptions
, l'Ires
deGeorge I & de
:s'occupade l'intérêt
du commerce , de
Hé par la ſage adminif
du Duc de Dorfet ,
bandiers,
chaloupefondy
tam
terre avec ſes colonies ,
de dans quelques têtes ,
Grande-Bretagne &
ent. Le même parti qui
triotisme en cenfurant
da les eſprits en Irlande
ffés en Amérique : les
imprimés , les prometvoit
mis alors à la tête
Pun des Seigneurs les
ntréepar ſes alliances &
but d'ailleurs déterminé ,
r le Ministere Anglois .
int au ſens de ces manoeuarras
par des conceffions
quelles on ne voyoit plus
de former des deux Ifles
Biftincts .
de fat affranchi de toute
1
( 20 )
ſervitude:on ne peutdire leſquels étoient les plus
barbares des maîtresou des ſajets. :
L'incertaine domination de l'Angleterre fur
cete contrée ne ceſſa d'être troublée 1 les révoltes
des grands Feudataires. Jusqu'auregne de
Jacques 1, l'hiſtoire de l'Irlande n'offre qu'une
anarchie enfanglantée , que des brigandages , des
alfaffinats , des moeurs belliqueuſes , mais atroces,
pas une idée juſte dans le Gouvernement Angiois
pour remédier à cette barbarie , pas une trace de
légiflation raiſonnée , ni de liberté , d'induſtris
dans la mation .
Jacques Ientreprit de la civiliſer , & réuffit du
moins à en adoucir la condition , On ſubſtitua
les loix angloiſes aux coutumes ſous lefquelles
l'Irlande gémiſſait. Juſqu'alors , la Nobleſſe
avoitjoui du droit d'aſſaffiner impunément,
moyennant une foible amende pécuniaire. On
peut jugerde l'eſprit qui gouvernoit cette contrée
par la réponſede Lord Maguire, l'un des Seigneurs
les plus turbulens & les plús accrédités. Le Viceroi
Fiz - williams lui manda qu'il envoyok
un Sherif dans ſon Comté pour y adminiſtrer
lajuſtice. Votre Sheriffera bien reçu , lui répondit
Maguire ; mais commencezparl'evaluer , afin quefi
Punde mes gens lui coupe la tête,je puiſſe impojer
furleComtelafomme qu'elle vaut.
Jacques I ne ſe borna point à tirer l'Irlande de
cette fauvage groffiéreté, il améliora encore le
fortdu peuple, il limita les redevances exigées
par les Seigneurs , & réprima leurs exactions; il
introduifit la connoiſſance des Arts , de la Police
&de l'Agriculture ,&c.
Mais à chaque occaſion les moeurs primitives
ont repris leur afcendant: pas un regne où les ré
voltes particulieres n'aient recommencé; & ne
perdons pas de vue qu'aucune de ces infurrec(
21 )
:
rionsn'eut le peuple pour agent ni laliberté pour
objer . Cromwel , comme chacun fait , après avoir
dompré les rebelles , en fit fortir quarante mille
du Royaume , & vouloit en réformer la génération
entiere. Celle qui venoitd'égorgercinquante
mille proteftans par haine de religion , n'étoit pas
en effet fort à regretter.
à forcede
Sous les Stuarts , l'Irlande fut un champ de
carnage : la guerre civile y avoit choifi ton domicile
,& ne I abandonna qu'à la derniere extré
mité. Les Wigs &le Presbyterianiſme l'ayantemporté
combats& de proſcriptions , l'Irlande
fat paiſible ſous les regnes deGeorge I& de
fon fucceffeur. LeParlement s'occupade l'intérêt
national , des manufactures , du commerce , de
Pagriculture : il fut fecondé par la ſage adminiſ
tration du lord Carteret & du Duc de Dorfet ,
Vicerois fucceffivement.
A'a rupture de l'Angleterre avec ſes colonies,
onvit fermenter en Irlande dans quelques têtes ,
les idées politiques que la Grande- Bretagne &
l'Europe entiere diſcutoient. Le même parti qui
ñe ceſſoitde vanter ſon patriotiſme encenfurant
celui du miniſtere , échaufia les eſprits en Irlande
comme il les avoit échauffés en Amérique : les
haitons ,les intrigues , les imprimés , les prometfes
commencerent. On avoit mis alors à la tête
des infurgens Irlandois l'un des Seigneurs les
plus puiffans dans la contrée par ſes alliances &
par fa fortune. Aucun but d'ailleurs déterminé ,
fauf celui d'embarraſſer le Miniſtere Anglois.
Celui ci neſe méprit point au ſens de ces manoeuvres;
il ſe tira d'embarras par des conceffions
fucceſſives , au-delà deſquelles on ne voyoit plus
qu'un pas à faire , celui de former des deux Iſles
deux Erats abſolument distincts .
: Le Parlement d'Irlande fat affranchi de route
( 22 )
fabordination à celui de la Grande-Bretagne ,
& ſon pouvoir législatif déclaré indépendant ,
ainſi que les Tribunaux du Royaume : tous ſtatuts
contraires furent révoqués : des privileges
de commerce contre leſquels tous les Fabricans
anglois ſe récrierent , furent accordés ; l'union
cimenteé par ces largeſſes parut devenir inaltéra
ble.
M. Grattan le plus zélé & le plus éloquent
desdéfenſeurs deſa nation , tous les Citoyens ſages
, qui penſoient comme lui , ne virent audelà
de ces demandes obtenues , que des chicanes
inutiles , des prétentions illuſoires , milledangers
pourunavantage; mais les mains qui avoient allumé
lepremier incendie , prirent ſoind'en entretenir
les étincelles. Les volontaires furent confervés;
les pétitions recommencerent , tantôt pour
un objet , tantôt pour un autre , & quelquefois
contradictoirement. Le Parlement d'Irlande s'étant
refuſé à toutes ces noveautés indiſcrettes, les
mécontens envelopperent dans leur animadveſion
leGouvernement ,le Parlement , & tous les Patriotes
, tels que M. Grattan , fatisfaits desprécédentes
conceffions.
Voilàpar quels dégrés les choſes en ſont venues
au point où nous les voyons. Quelques meneurs
ambitieux , quelques déclamateurs hardis , aidés
de l'Oppoſition Britannique , ſont les refforts de
ce mouvement : mais les trois quarts de la nation
n'y attachent , ni ne peuvent y attacher le moindre
intérêt. En effet , que ſigniſſent ces griefs ?
LesVolontaires ſe diſentEsclaves ſi la repréſentationauParlement
n'eſt pas changée , & fi ce Parlement
ne devient pas annuel : les Angloisſeroient
donc auſſi eſclaves par la même raiſon .
Mais ces réflexions nous meneroient trop
loin. Il ſuffit d'obſerver que , vu l'eſprit de
( 23 )
turbulence , d'infubordination & de violence
généralement repandu dans le Royaume;
une pareille levée de boucliers nepouvoit
long tems être fage & méthodique. Ce
ne ſont plus les Chefs , ni les Délégués qui
agifient; c'eſt la canaille : c'eſt la canaille
qui eſt maîtreſſe juſqu'à ce qu'on la reprime :
c'eſt elle qui multiplie les excès , pendant
que ſes Moteurs travaillent desphraſes oratoires
; c'eſt elle enfin , qui perdra le parti
qui l'amiſe en mouvement ,&dontles agns
ne feront nullement jaloux de la ſuivre dans
une carriere qui aboutit à un précipice.
Les dernieres lettres de Dublin contiennent
de nouveaux détails des folies & des
inſultes de la populace. Le Duc de Rutland
eſt le principal objet de ces emportemens :
on l'a fifflé & hué en plein ſpectacle. Son
château eft affiégé par la multitude , & chaque
jour eſt marqué par de nouveaux tumultes.
Cette animoſité contre le Viceroi eft
non-feulement gratuite& fcandaleuſe , mais
encore le comble de l'injustice. Le Duc &
ſon épouſe n'ont donné , depuis leur ſéjour à
Dublin , que des exemples de bienfaiſance
&dedouceur : un grand nombre de familles
ont éprouvé les effets de leur généroſité : le
Viceroi d'ailleurs , n'a déployé ni hauteur ,
ni dureté , ni donné lieu à la moindre plainte
légitime durant ſon adminiſtration. Il a refufé
, il est vrai , ſon approbation à l'adreſſe
des habitans de Dublin; mais la conduite
4
( 24 )
qu'ils fe permettent ſuffiroit ſeule pour prouver
combien ce refus eſt raiſonnable.
Ces fureurs , au reſte, s'exercent indiffé
remment ſur gens de tout parti. L'un des
Shérifs de Dublin , M. Kirokpatrick , qui a
ſigné l'Adreſſe au Roi , a failli être aſſaffiné
par la canaille. Elle s'étoit emparée , le 4 ,
d'un Marchand de draps nommé Plowman ,
ſoupçonné de vendre des marchandiſes Anglaiſes
: après l'avoir goudronné & emplumé
, elle alloit faire pis , ſi le brave Sherif
n'étoit accouru pour le délivrer : fans reſpect
pour l'âge du Magiftrat , pour ſa dignité,
pour la cauſe même dontil'eſt l'un des adhérens
, on tira le fabre contre lui , on le renverſa
, on le foula aux pieds ; & il ſeroit péri
ſi l'un des Aldermans ne fut ſurvenu à ſon
fecours avec des foldats. Les Députés du
corps des volontaires du Comté de Dublin
ont été ſi indignés de cet attentat , qu'ils ont
pris les réſolutions ſuivantes le 16 du courant.
Résolu unanimement , qu'avec un attachement
qu'aucune entrepriſe ou influence ne peuvent altérer,
nous ne nousécarteronsjamais de cesgrands
principes de norre inftitution ; ſavoir la défenſe
denotre pays, le ſoutiende ſesloix , la liberté de ſa
conſtitution & le progrès de ſes manufactures & de
fon commerce .
Résolu unanimement , que l'outrage fait contre la
perſonned'un desShérifs de cette ville , le 14de ce
mois,demande hautement l'entremiſe de tousceux
qui reſpectent la dignité de la Magiftrature , & qui
attachent un prixà la tranquillité du pays.
Réfolu
( 25 )
Résoluunanimement,que nous regardons comme
notre devoir , & que nous ferons diſpoſés en tous
tems à aſſiſter les Magiſtrats de la ville dans l'exécution
convenable des loix , & que nous nous attacherons
particulièrement à réprimer la conduite
licentieuſe& tumultueuſe de gens mal aviſés &
trompés , qui en ſe portant àdes actes d'outrage
contre des individus , détruiſent l'effet des vertueuſes
réſolutions de leurs Concitoyens.
Résolu unanimement , qu'une copie des réſolutions
ſuſdites , ſignée du Préſident , ſera envoyée
au très-honorable Thomas Green, Lord Mairede
la ville de Dublin .
De tant de réſolutions unanimes priſes jufqu'à
ce jour , enfin il eſt heureux d'en avoir
une en faveur de la ſûreté & de la paix publiques.
Ces tumultes font peu dangereux en
Angleterre , où le dernier des Citoyens eft
tellement frappé de reſpect pour la loi &
pour les Magiftrats chargés de la maintenir ,
qu'il fuffit d'en préſenter le fimulacre pour
adoucir les mutins. Si le Marchand de vin
Kennet , Lord- Maire de Londres en 1780 ,
avoit fait ſon devoir en promulgant lui-même
, la loi martiale , en cérémonie & fans
délai , la ſédition eutété appaiſée en quelques
heures ; mais la populace Irlandoiſe
n'eſt pas ſi ſcrupuleuſe ; l'exemple du Shérif
en eft la preuve.
Pendant que les Volontaires ſe mettent
aux priſes avec la multitude , il vient de naître
parmi eux un autre divifion bien plus
férieure. Le Comte de Charlemont , leur
Général , s'eſt oppofé formellement à ce que
Νο. 32,7 Αοΐι 1784. b
:
( 26 )
:
les Catholiques votaſſent jamais dans les
élections. Il a ſignifié ſa déclaration aux
Délégués de l'armée des Volontaires , après
l'avoir paſſée en revue à Balfaſt le 12 & le
13 Juillet. Voici les termes de ſon difcours.
Meſſicurs , je me ſuis toujours fait un plaifie
&un honneur de penſer comme vous , mais
permettez qu'aujourd'hui je differe de votre
opinion , relativement à votre adreſſe. De ce
que vous déſapprouvez les bornes actuelles du
droit de fuffrage , je dois conclure que vous
deareriez communiquer le privilege électif à
nos Compatriores catholiques. La diſcuſſion de
cette affaire eſt bien épineuſe , bien délicate ,
& après avoir mûrement peſé tout ce qui a été
dis & écrit à ce ſujet , je ſuis fâché de vous
avouer que j'ai fur ce point un avis diamétralement
oppofé au vôtre. Mon deſſein n'eſt pas
detraiter à fond cet objet dans ce moment- ci ,
je vous dirai ſeulement que quoique je ne me
laiſſe entraîner par aucun préjugé , & que je
fois , on ne peut pas mieux intentionné pour le
très- reſpectable corps des Catholiques Irlandois ;
je vois les choſes autrement que vous ne les
avez envisagées. Et ne croyez pas que parmi
les vrais amis de la réforme ,je fois le ſeul de
mon avis : ſi je l'étois , je ſerois peut- être moins
ardent à vous conjurer d'abandonner une idée
qui ne peut qu'arrêter l'exécution de notre
projet favori. Rejetez tout projet qui doit amener
, ou plutôt qui amenera infailliblement la
déſunion. Votre force , votre honneur, tous vos
avantages dépendent de l'eſprit de concorde
qui ne ſera jama's mieux foutenu que par une
parfaite conformité de ſentimens. Je me félicicerai
toujours de l'ardeur militaire de monpays
ainſi que de la continuation &de l'accroiſſement
( 27 )
des afſociations volontaires , tant qu'elles adhéreront
ſtrictement aux principes , ſur leſquels
elles ont été créées , & tant qu'elles conſerveront
leur forme primitive , par rapport aux membres
dont elles ſont compoſées. Pourquoi l'armée civile
d'Irlande s'eſt- elle tant fait reſpecter du
Public ? Pourquoi a - t - elle été auffi efficace ,
auſſi heureuſe dans ſes opérations, que falutaire
dans ſes conféquences ? C'eſt qu'elle eſt peutêtre
la ſeule armée du monde, dont chacun des
individus jouiffe d'une propriété dans le pays
qu'il eſt deſtiné à défendre. Une pareille armée
eft eneffet bien fingulière & bien reſpectable :
puiſſe t-elle ne jamais rien perdre de ces deux
qualités?
ne
Je me joindrai toujours à vous pour obtenir
une repréſentation plus égale du Peuple , fans
laquelle , la conſtitution eſt certainement trèsimparfaite
; mais en vous faiſant cette promeſſe
dans toute la ſincérité de mon cour , & en approuvant
la fermeté de vos principes , je dois
vous conjurer de reſtreindre dans les bornes
d'une ſage modération cette ardeur , qui , confidérée
dans la cauſe dont elle provient ,
-peut pas abſolument paſſer pour repréhenſible ,
mais qui , fi elle n'eſt mitigée par la prudence ,
dont juſqu'ici les Volontaires ne ſe ſont point
encore écartés , tendroit à empêcher l'événement
déſiré que la persévérance, la circonfpection
& le tems peuvent amener , & à plonger
le pays dans les calamités les plus funeſtes.Non ,
mes chers & vertueux Compatriotes , ne permettez
pas que l'imprudence de quelques-unes
des dernières meſures produiſent , par votre
faute , des conféquences pires que les griefs
dont vous voulez obtenir le redreſſement. Soyez
prudens , modérés & fermes comme vous l'avez
b2
(.28.)
1
toujours été. Votre courage ne peut jamais être
révoqué en doute, il eſt l'atribut des Irlandois;
mais la modération a toujours été votre caractère
diſtinctif : c'eſt cette modération qui vous
a rendus célèbres dans toute la Nation ; c'eſt
par elle que vous avez obtenu ,& que vous obtiendrez
tout ce que vous deſirez obtenir. La
précipitation ſeule peut nous déshonorer &préjudicier
à la cauſe que nous avons tant à coeur ,
que les affociations volontaires ſoient toujours
comme elles l'ont été juſqu'à préſent , un inf
trument de bien pour le pays. Que le nom des
Volontaires puiſſe parvenir à la dernière poſtérité
! Qu'ils aient la gloire d'avoir afſuré la liberté
de l'Irlande , & d'avoir contribué à ſon
bonheur& à fon aggrandiſſement ! Signé CHARLEMONT.
Le 14 Juillet 1784 .
Quatre mille ouvriers ſont emploiés à
creuſer le canal de l'Irlande , dont les travaux
font pouffés avec laplus grande activité.
Tout bon patriote , dit l'Auteur d'un
Papler public , qui réfléchit ſur la ſituation
actuelle de ceRoyaume , ne peut que gémir
des troubles qui l'agitent, & defirer ſincerement
que le peuple , ceſſant de s'agiter par
des diviſions inteſtines , quadruple le nombre
de ces ouvriers, afin de terminer avec
encore plus de célérité une entrepriſe , dont
le commerce de l'Irlande doit retirer les plus
grands avantages .
Ceux qui connoiffent parfaitement la Géogragraphie
intérieure de l'Irlande affirmeront , Cans
balancer , avec nous , que , de tous les pays qu'embraffe
la Domination britannique , il n'en eſt
point de plus heureuſement ſitué , ni de plus propre
à devenir une ſource féconde de richeſſes
( 29 )
ſous lamain bienfaiſante des arts & de l'induftrie.
Avec une dépenſe très-modique , en com -
paraiſon des avantages immenfes qui en réſulteroient
pour le commerce , il eſt hors de doute
que la navigation intérieure pourroit être rendue
praticable dans toute l'Irlande ; ce Royaume
eſt arrofé de toutes parts par un nombre infini de
grandes &de petites rivieres. Outre ces rivieres ,
les marais & les lacs offrent encore de très grandes
reſſources qui contribueroient au ſuccès de
cette entrepriſe. Au nord nord- ouest , vers le
Shannon , la nature a placé les lacs à des diftances
ſi peu éloignées de cette riviere , & qui
ont tant de rapport entr'eux , que le plan d'une
navigation du nord au fud , & de l'eſt à l'ouest
eſt déja tout naturellement tracé , de maniere
qu'il ne faudroit que fort peu de temps pour le
mettre à exécution .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 28 Juillet.
Sur la recommandation de Monſeigneur
Comte d'Artois ,le Grand- Maître de Malte
a décoré de la Grande Croix de fon Ordre
le Chevalier duTillet, Maréchal des Camps
&Armées du Roi.
Le 25 de ce mois, le fieur de la Verpilliere
a prêté ferment entre les mains de Sa
Majesté, en qualité de Lieutenant de-Roi de
la province de Guyenne.
Le même jour , le Comte de Maulevrier-
Colbert, que le Roi a nommé fon Miniftre
plénipotentiaire près l'Electeur de Cologne ,
a eu Thonneur de faire ſes remercimens à
Sa Majefté , lui étant préſenté par le Comte
b3
( 30 ) .
de Vergennes , Chef du Conſeil royal des
finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
ledépartement des Affaires étrangeres.
Le ſieur Feydeau de Marville a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi par le Garde
des Sceaux de France , comme Doyen des
Conſeillers d'Etat ordinaires. Le Roi a
nommé le fieur d'Agueſleau de Freſne à la
placede Conſeiller d'Etat ordinaire, vacante
par la mort du ſieur d'Agueſſeau ; & à la
charge d'Avocat général du Parlement de
Paris , vacante par cette nomination , le
fieur de Saint Fargeau : l'un & l'autre préſentés
par le Garde des Sceaux de France ,
ont eu l'honneur de faire leurs remercîmens
à Sa Majeſté .
DE PARIS, le 4Août.
On n'a pas de nouvelles du Comte de
Haga depuis fon départ. Seulement , on ſait
que ce Prince ne ſe ſera point arrêté juſqu'à
Roſtock , lieu de ſon embarquement. En
partant d'ici , il a viſité le tombeau de J. J.
Rouſſeau à Ermenonville.
Les lettres d'Italie amplifiées encore par
les échos de cette Capitale , font voyager la
peſte d'un canton à l'autre à chaque Ordinaire;
felon les Nouvelliſtes , ce n'eſt plus la
Dalmatie , ni l'Iſtrie, ni le Frioul, qui font
aujourd'hui attaqués de la contagion ; c'eſt
la Sicile. Sur le bruit qui s'eſt répandu , on
ajoute que le Gouvernement de Rome a ordonné
de former un cordon de troupes , depuis
Terracine juſqu'à Orbitello.
( 31)
Le ſieur Partenay Dupleſſis , Commif
faire aux Claſſes deTreguier, en conféquence
des ordres qui lui avoient été adreflés par
M. le Maréchal de Caſtries , Miniſtre de la
Marine , a fait la remiſe à M. le Comte du
Rumain , de la part du Roi , de trois mortiers
en fonte , comme monumens de la va
leur du fea Chevalier du Rumain ſon frere ,
Capitaine de yaiſſeau , qui de 1779 à 1780 ,
prit les ifles S. Martin& S. Vincent , monta
à l'aſſaut de la Grenade , commanda les galeres
& l'artillerie au ſiege de Savanah , &
qui le 10 Août 1780, fut tué dans le combat
de la frégate la Nymphe, de 23 canons , qu'il
commandoit, contre la frégate Angloiſe la
Flora , de44 canons.
Un Arrêt du Conſeil d'Etat , en date du
21 Juillet , exempte de droits à l'avenir les
Eaux-de-vie exportées , & rend la libertéde
diſtiller les lies & les marcs de raiſin. Les
motifs bien ſenſibles de cette exemption &
de cette liberté , font exprimés de cette maniere
dans le Préambule.
Le Roi étant informé que les droits qui ſe perçoivent
ſur les eaux-de-vie à la ſortie du Royaume,
nuiſent à leur exportation & en rendent le
commerce languiſſant dans les Provinces dont
il eſt la principale richeſſe , on a cru devoir ſacrifier
à l'intérêt de ſes peuples une perception
deſtructive de l'objet même ſur lequel elle eſt
aflife. S. M. a conſidéré en même temps que
les anciennes défenſes de diſtiller les lies & les
baiſlieres de vin , ainſi que les mares de raiin
, avoient eu pour principe l'opinion où on
b4
( 32 )
étoit que l'uſage des eaux-de-vie qui en proviendroient
ſeroit préjudiciable au corps humain :
mais que leur fabrication avoit depuis été permiſe
, ſans aucun inconvénient , dans pluſieurs
Provinces ; qu'il avoit même été conſtaté par
les expériences des gens de l'art , qu'elles ne
Lont pas plus nuiſibles à la ſanté que les autres
eaux-de-vie de vin , & qu'elles font d'ailleurs
très-convenables à la fabrication des vernis. En
conféquence , S. M. a reconnu qu'il ſeroit auſſi
juſte qu'utile de rendre aux Propriétaires la liberté
de mettre à profit toutes les productions
de leurs vignes. Elle a de plus enviſagé
que les droits auxquels ce nouveau genre de
diſtilation donneroit lien , compenferoient en
partie la diminution réſultante de la fuppreffion
de tous droits de traites & de ſortie fur
les eaux-de-vie deſtinées à l'étranger. Par la réunion
de ces diſpoſitions , S. M. remplit deux
objets égalementdignes deſes ſoins , celui d'éten
dre les relations du commerce extérieur , &
celui de multiplier les produits de l'agriculture
dans fon Royaume .
A tous les droits deTraites fupprimés ,
on en ſubſtitue un uniforme de cinq fols
pour un muid d'Eau-de-vie , à ſa ſortię du
Royaume.
Il n'est queſtion dans l'Univers depuis
quelques jours , que du troiſieme Voyage
aërien , fait par M. Blanchard , au deſſus de la
vafte étendue de l'Univers , pour emprunter
ſes expreffions. Ce n'eſt pas tout-à-fait le
troiſieme voyage de Cook, mais il en approche
; & comme on va le voir , le ſtyle de
M. Blanchard eſt bien au-deſſus de celui du
Navigateur Anglois .
( 33 )
Cette merveilleuſe relation ayant 16pag.
in -4° , nous ne pouvons en donner que la
ſubſtance : elle conſiſte en Procès -verbaux ,
pour la regle , en Signatures , &en obfervations.
Procès - verbal de l'appareil & de l'opération
pour remplir le Balion ; Procès-verbal
du départ; Procès- verbal de la defcente; autre
Procès -verbal ſans titre , &c. &c. Jamais
expérience phyſique n'a fait autant verbalifer.
En tout comptant , il ſe trouve 85 fignatures.
Ce fut às heures 15 minutes, que le Ballon
s'enleva de la cour des anciennes Cafernes
à Rouen , avec M. JEAN-PIERRE BLANCHARD
& M. DOMINIQUE-BERTRAND-JOSEPH
BOBI , Greffier au Parlement. M. Blanchard
apprend au Public , qu'en s'élevant, ils ne
cefferent de Saluer les ſpectateurs avec leurs
chapeaux ; un petit vent s'étant fait ſentir ,
M. B. lutta contre ce courant , en lui préfentant
la convexité de ſes aíles , qu'ilfaisoit agir
avec véhémence : cette nouvelle méthode de
dompter les vents , ayant fait tourner M.B. d
l'ouest , il tourna enfuiteſes aîles à l'envers , &
toujours en les agitant ; tournoyement dont
on ne nous dit pas le fin; quant aux aîles à
Tenvers , elles n'étoient connues juſqu'ici que
par laDunciade.
La force afcenfive vouloit toujours faire
Son effet , pourfuit M. B.; mais comme je
frappois en raison de cette énergie , nous reftâmes
un moment stationnaires . En voyant
aller , virer , s'arrêter le Relateur , toujours en
bs
!
( 34 )
frappant l'air , les détracteurs feront forcés
de lui citer le mot de la Comédie :
S'il ne tient qu'à frapper , Monfieur , tout est à vous .
Pendant ce temps , le Compagnon de
M. B. lui avouoit qu'il ne voyoit plus lafurface
de la terre , que comme un niveau fuperbe
qui enchantoitson ame. Après avoir dit
ensemble quelque chose d'à-peu près semblable
Sur la grandeur duſujet , M. B. travailla à ſa
defcente.
Après la de cente , on remonta : les voyageurs
ayant contemplé la beauté des nuages
roulans , seféliciterent d'étre leurs voisins , &
éprouverent dans ce calme des délices qu'ils ne
peuventpeindre.
N'ayant rien de mieux à faire , M. B. tira
unpapier defa poche ; nous crumes , dit- il ,
que c'étoit une chanson ; nous en cherchâmes
l'air tour-a-tour , nous reconnumes bientôt que
c'étoit de charmans vers.
Après cette ingénieuſe récréation , on ſe
remit à la beſogne ; elle n'étoit qu'un jeu
pour M. B.: de quel côté voulez-vous tourner?
dit -il à M. Boby , avec cette aiſance qui fied
au génie; au Nord. Auſſi-tót agiſſant d'une
aîle à-peu près tournée ſur le 45e. degré , nous
tournames au Nord. Le 45me , degré fait trèsbien
dans la circonstance , & il eſt clair que
maître de ſes mouvemens , comme des courans
de l'atmoſphere , M. B. , à volonté, s'eſt
porté où il l'a voulu.
Pour tourner au Nord, il faut l'action
( 35 )
d'une aîle tournée ſur le 45me, degré; mais
pourgravir dans les nuées , il faut agiter les
quatre aîles horisontalement avec force , &
auſſi-tôt l'on monte. Rien de plus facile à
comprendre & de plus aiſé.
SelonM. B. le barometre deſcendit alors
à 20 pouces : ſans doute , c'étoit un barometre
de Ramsden , ſur l'échelle duquel on
peut compter. Comme il étoit à 28 pouc.
fur la terre , il s'enfuit que les voyageurs ſe
trouvoient àune élévation de 1300 toiſes au
moins ; ainſi il étoit tems defrapper l'air àSens
contraire , &defaire céder laforce d'afcenfion.
Chemin faiſant , on rencontre la ville de
Neufchâtel : j'y ai des amis , dit M. Boby,
jeferois charmé de leur dire bonjour en paf-
Jant : très -facile , répond M. B. Or, comme
il n'eſt rien de tel pour s'approcher de ſes
amis fur terre , que de s'élever le plus haur
poſſible dans les nuages , M. B. monta de
toutes ſes forces ; le barometre à 20 pouces
6 lignes. M. B. , il est vrai , avoit ſon but ,
celui de diftinguer la mer, qu'on ne diſtingue
jamais mieux , que depuis 1200 toiſes
dehauteur.
En ce moment , continue le Narrateur ,
la condensation eut lieu , & cette condenſation
ft que l'air raréfié donna appétitàM.
Boby : il mangea ; il demanda à boire : le vir
de la premiere bouteille ne se trouva pas bon ,
il en choisit une autre ; M. B. prit la bouteille
répudiée , & la jetta débouchée : après quoi
ils la perdirent de vue , ce qu'on n'a pas de
peine à croire. b6
( 36 )
Planerà tire-d'aîles au-deſſus de Neufchatel,
en ſaluer les habitans quifaisoient retentir
dans les airs le nom du Voyageur, remonter
plus haut quejamais, furent des bagatelles
, voici le merveilleux.
Le barometre deſcend à 20 pouces , & de
cette élévation M. B. découvre la mer : if
diftingue un petit point noir ; & ce petit
point noir eſt reconnu pour un vaiſſeau. Reconnu
de 1300 toiſes de hauteur , & de
hauteur non perpendiculaire , mais à DEUX
LIEUES DE DISTANCE DE LA MER ! Les voyageurs
aëriens ſont des lynx aſſurément : fans
avoir été dans unBallon ,je me ſuis trouvé à
une élévation encore plus conſidérable audeſſus
du niveau de laterre ; mais en vérité ,
jamais ni moi , ni aucun coureur de montagnes
, n'a découvert un point noir à deux
fieues de diſtance , & à 1300 toiſes de hauteur.
Cen'eſt pas le tout. Ecoutons M. B.
,
Il s'agit de voir , lui dis - je encore , fi nous
entreprendrons ce paffage ? Je le veux bien
me dit- il avec la plus grande fécurité , je vous
Laiſſe le maître ; vous avez bien dû voir , pendant
tout notre voyage , combien j'ai eu de confiance
dans vos manoeuvres ; je me refere entierement
à votre volonté , & votre déciſion ſera
la mienne. Sa conſtance auroit augmenté ma
réſolution à entreprendre ce trajet ; nous n'étions
alors qu'à deux lieues de la mer ; mais avant
que de me décider à cette traverſée , je fis les
obſervations que la prudence me ſuggéroit ,
j'examinai notre leſt qui étoit encore conſidérable
; le baromettre nous afſuroit une grande
élévation ; la bouſſole nous promettoit aufſi un heus
( 37 )
1
reux paffage ; mais l'heure me fit craindre que
cette entrepriſe ne fût téméraire ; je balançai ,
mais , tout conſidéré , je crus devoir deſcendre ;
M. Bobi ſe conforma à toutes mes volontés.
Après tant d'aventures , il étoit temps de
deſcendre , c'eſt ce que firent les voyageurs.
Les payſans du canton, qui ſavent tous la
Mythologie , & connoiffent les expreſſions
poëtiques , s'agenouillerent , & faiſis d'un
reſpect religieux , s'écrierent : étes-vous des
Dieux , étes- vous des hommes ? Enfin faitesvous
connoître.
Il ne feroit pas moins intéreſſant , après
avoir célébré le courage de M. Boby, de faire
mention de ſa prudence , & du ſage conſeil
que cet intrépide voyageur qui la veille,
vouloit traverſer la mer , donne à M. B. le
lendemain , en le diſſuadant de retourner à
Rouen dans le globe , crainte de la mer.
Mais il faudroit copier les 16 pages entieres,
pour ne rien omettre de ce qu'elles contiennent
de neuf& d'étonnant.
Nous regrettons de ne pouvoir ſuivre les
demi Dieux dans les opérations ſuivantes ,
ni de pouvoir dire comment , après tant de
fatigues , M. B. fe coucha , comment ilfurveilla
plus d'unefois aux événemens que pouvoit
encourir le vaisseau , & comment le lendemain
il trouva le tout dans le meilleur état.
Dans fon voyage au champ de Mars ,
M. Blanchard n'ayant pas ſes aîles, cita fon
gouvernail ; aujourd'hui le gouvernail n'en-.
tre pour rien abfolument dans les manenvres.
On dit que M. Fitz Maurice, fils de
( 38 )
Lord Shelburne , préſent à l'expérience de
M. Bianchard , a emmené cet Artiſte en Angleterre
, d'où ils reviendront enſemble, en
traverſant la mer dans le Ballon. Ils font attendus
ſur le continent avec impatience.
Ces expériences ont tellement renverſe
les têtes foibles , qu'il n'eſt pas de jour ſans
projet plus ou moins extravagant, que l'on
cite , que l'on accrédite , & fur leſquels les
Amateurs ne veulent fouffrir de perſonne
la moindre défiance. La Gazette d'Avignon
rapportela lettre ſuivante , qui lui a été adreſfée
d'Embrun , le 10 Juin.
«M. , je vous prie d'annoncerdans votre feuille,
que le 20de ce mois,je me propoſe d'aller à Briançon
( diſtant d'Embrun de 7 lieues ) par le ſeul
fecours de deux aîles de toile , foutenues par du
fil d'archal , & d'un gouvernail fait en forme
d'oiſeau attaché à mes reins. Au moyen d'une
certaine méchanique , je ferai mouvoir à volonté
& fans beaucoup d'efforts mes ailes. Les
expériences que j'ai déja faites me font eſpérer
du ſuccès ; entr'autres , jeudi 8 , je m'élevai à
la hauteur de 70 pieds ; puis , faiſant uſage de
ma queue , je planai ſur Embrun aux grands
applaudiſſemens de tous les ſpectateurs ; je defcendis
à un quart de lieue de l'endroit d'où j'étois
parti. J'aurai ſoin de vous annoncer l'effet de
mes aîles audacieuſes , qui fera taire la jalous
fie , on me compare déja à Icare ; heureuſement
que la cire n'entre pas dans la compofition
de mes ailes ; & que les rayons du ſoleil
ne pourront pas me faire éprouver le ſort du
malheureux fils de Dedale ».
Les Miroirs de verre en uſage pour les Expériences
d'Optique & les Inſtrumens de Caz
( 39 )
toptrique , ont toujours une double réflexion.
Les Miroirs à ſurface paralleles n'en ſont pas
exempts.
Les Miroirs métalliques ſe terniſſent aiſément
àl'air; ils font rarement bien plans , bien blancs
& exempts de piquûres ; leur poids eft incommode
& leur cherté en reſtreint l'uſage .
Il ſeroit précieux de compoſer des Miroirs
avec une matière qui n'eût les inconvéniens ,
ni du verre , ni du métal ,& qui cependant
réunît les avantages que ces deux eſpèces de
Miroirs procurent. Les Inſtrumens d'Optique ,
d'Aftronomie&de Marine acquerroient une grande
perfection par le ſecours de ces nouveaux Miroirs.
La Société Royale des Sciences de Montpellier
propoſe une Médaille d'or du poids de cent
écus au Sçavant qui indiquera un procédé peu
diſpendieux pour faire des Miroirs , qui n'offri
ront qu'une ſeule image bien nette & parfaite
ment terminée. Il faut que ces Miroirs foient
d'un poli vif& durable , & qu'ils ſoient propres
à être employés dans les Chambres noires , Microſcopes
folaires &Télescopes : il en ſera remis
des échantillons &des épreuves du procédé indi
qué , avec les Mémoires qui feront préſentés au
Concours.
Ceux qui compoſeront , ſont invités à écrire
en françois ou en latin.
Carte Topographique & très - détaillée du
Diocèse de Coutances , en 4 feuilles , nouvellement
revue & augmentée des nouvelles routes ,
ainſi que de plusieurs qui ne font que projettées .
L'on a figuré ſur la même Carte la conſtruc
tion& les travaux qui doivent conſtituer le nouveau
Port de Cherbourg , pris depuis l'île Pelée ,
juſqu'à la pointe de Querqueville, dans laquelle
étendue ſe trouve marquées les trois différentes
paſſes quidoivent ſervir d'entrée& de fortie pour
( 40 )
•le Port , avec une Obſervation abrégée ſur fa
nouvelle conſtruction .
Par Dézauche , Géographe , Succeſſeur des
Sieurs Delifle & Philip . Buache , premiers Géographes
du Roi , ſeul chargé de l'entrepôt général
des Cartes de la Marine de Sa Majesté.
AParis , chez l'Auteur , rue des Noyers. Prix 5 1 .
Les Numéros ſortis au premier Tirage
d'Août , de la Loterie Royale de- France ,
font : 18,86 , 1 , 59 , & 49 .
DE BRUXELLES , le 2 Août.
,
Onparle de nouvelles inſtances du Baron
de Reiſchach auprès des Etats-Généraux
pour en obtenir enfin une déciſion quelconque
au ſujet des demandes de l'Empereur.
C'eſt apparemment à la ſuite de ces inſtances
que la République aura envoié fon contre-
Mémoire , arrivé ici depuis quelques jours.
On ne ſait ſur quelle autorité quelques
Gazettes Allemandes ont annoncé que le
Roi de Pruſſe mettoir en ſéqueſtre tous les
biens de l'Evêché de Munſter ſitué dans ſes
Etats , & que 24 mille Autrichiens étoient
partis de Bohême pour les Pays-Bas .
Ce ne font point les Etats de Hollande
qui ont député de leurs membres au Stathouder
, au ſujet de la démiſſion du Duc de
Brunswick . Cette démarche a été particuliere
aux villes de Dort, Harlem &Amfterdam.
Le Prince ayant prié les porteurs de
parole , de confirmer par écrit ce qu'ils ve
(41 )
noientde lui déclarer , ils envoierent à S. A.
la note ſuivante , infidelement rendue dans
les Gazettes Hollandoiſes , ainſi que la réponſe
du Stathouder.
Mrs. les Députés des villes de Dort , Harlem &
Amſterdam ont déclaré à Son Alt. Mgr. le Prince
Stadhouder héréditaire , que l'intention des régens
deſdites villes étoit de vouloir de bon coeur concouriraubut
contenu dans la lettre circulaire que
S. A. a fait parvenir le 26 Avril dernier auxConfédérés
reſpectifs ; mais que leſdits régens avoient
compris l'impoſſibilité d'en pouvoir attendre un
effet defiré , auſſi long-tems que Mgr. le Duc de
Brunswick ne ſeroit pas éloigné du territoire de la
République ; que ces régences , par cette conviction
avoient déja arrêté cet éloignement ; mais
avant que de faire uſage de cette réſolution dans
l'aſſemblée de L. N. &G. P. & d'inſiſter ſur ſon
exécution abſolue , elles avoient , par égard pour
S. A. Mgr. le Prince Stadhouder, bien voulu entrer
en conférence avec lui là- deſſus , pour , s'il étoit
poſſible , concerter à l'amiable , des moyens propres
à exécuter cette meſure , d'ailleurs déja arrêtée,
avec le moins d'éclat , & de la maniere qui ſeroit
la plus agréable à S. A. , afin que leſdites villes
puſſent agir en coníéquence dans l'arrangement
decette affaire.
Le 15 de ce mois , le Prince d'Orange a
remis aux mêmes Députés ſa réponſe conque
en ces termes :
>>> Quelque convaincu que je fois qu'il n'ya rien
de plus néceſſaire pour l'avancement du bien- être
de la patrie , que le rétabliſſement de l'harmonie
&d'une confiance mutuelle ; & quelque diſpoſé
que je puiſſe être à y contribuer de tout mon pouvoir,
je me trouve cependant obligé de déclarer,
( 42 )
qu'après avoir mûrement peſé la propofition que
Mrs. les Députés des villes de Dort , Harlem &
Amſterdam m'ont faite , d'abord de bouche &
enſuite par écrit , je ne puis pas trouver que le
rétabliſſement de l'harmonie , ſoit ou puiſſe être
attaché à l'éloignement deS. Alt. Mgr. le Feld-
Maréchal Duc de Brunswick , du territoire de la
République. Je penſe , que dans aucun cas on ne
peut exiger de moi , de concourir à faire prendre
une réſolution contre qui que ce ſoit , que je
ne trouverois pas conforme à l'équité , & particuliérement
pas à l'égard d'un Prince auquel j'ai
tant d'obligations , & auquel je dois tant de reconnoiſſance.
Je ſuisd'opinion , que rien ne peut
avoir des ſuites plus dangereuſes & être plus en
oppofition avec lanature d'une conſtitution républicaine
, que quelqu'un , fút- il le dernier des habitans
, ſoit démis d'un emploi qui lui a été légalement
conféré , & foit éloigné du territoire
de l'Etat par une réſolution politique , ſans qu'on
lui ait donné occaſion de pouvoir ſe juſtifier de
ce qu'on avance à ſa charge. Ainfi je ne me
trouve en aucune façon en droit de concourie
àune pareille réſolution à l'égard deMgrleDuc;
car après tout ce qui s'eſt paffé , & fur- tout après
Ja réſolution de Mrs. les Etats de Frife, les affai
res ſont portées aux termes , que l'éloignement
de Mgr. le Duc ne peut plus avoir lieu , ſans
un éclat , par où ſa réputation ſeroit léſée , de
la maniere la plus ſenſible , quand même on voudroit
y apporter tout l'adouciſſement qu'on pour
roit imaginer. Si j'étois convaincu queMgr. le
Duc eût mérité par quelque mauvaiſe conduite
tous les déſagrémens qui doivent réſulter du
foupçon qu'on manifeſte contre lui , je ne le
ſoutiendrois en aucune façon ; mais étant convaincu
du contraire , je ne faurois me réſoudre
(43)
à fatisfaire aux deſirs manifeſtés par Mrs. les DEL
putés , au nomdes Seigneurs leurs principaux. >
» Au reſte , je réitere ici l'aſſurance , que rien
au monde ne me ſera plus agréable , que de voir
rétablies la tranquillité & l'harmonie dans le pays,
ſur des fondemens ſolides ,& conformes aux principes
de la conftitution ,& que je ferai toujours
diſpoſé à y concourir par les moyens les plus
efficaces ; mais que je ſuis convaincu que l'éloignement
de Mgr. le Duc ne peut ſervir de moyen
pour rétablir l'harmonie tant defirée. » Fait à la
Haic, ce 15 Juillet 1784. G. Pr. d'ORANGE.
La veille , la Régence de Rotterdam avoit
faitune démarche pour le même objet , mais
dans une forme très-différente. Le Prince
d'Orange a répondu de la même maniere à
cette députation qu'à celle des trois villes
fuſnommées.
Comme le Duc de Brunswick formellement
accuſé a demandé des preuves & des
Juges , il paroîtroit peu régulier de lui ôter
fes emplois , ſans l'avoir condamné. Les
Etats de Hollande peuvent fans doute ſe
croire maîtres de retirer une dignité contérée
par la République entiere , mais ils ne le
font pas de l'honneur d'un Seigneur étranger
, qui a bien voulu dans le tems accepter
le commandement des armées de la République.
Ainſi raiſonnent les eſprits ſimples
&impartiaux.
Une Gazette Hollandoiſe, qui ne mérite
pas une foi entiere , à beaucoup près , dans
les relations de parti , rapporte l'anecdote
ſuivante , qu'on eſt tenté de croire bien exa
gérée.
( 44 )
" Un Miniſtre Proteftant de Lair , nommé Langerack
, s'étoit rendu au Château de Nettelhonft
dans leComté de Zutphen , pour faire fon complimentde
félicitation à la Dame du lieu , qui venoit
d'accoucher. Mais il fut bien mal récompenſe
de ſa politeſſe. Quatre Gentilshommes qui
1e trouveient au Château , entre lesquels on
nomme MM. Wolff , Solnor & le Baron de
Heekeren d'Overlaar , lui commanderent de boire
à la ſanté du Duc de Brunswick : ils prononcerent
cet ordre d'un ton fi impérieux & avec
des menaces ſi violentes , que le Miniſtre en fut
révolté : il refuſa de ſe prêter à ce commandementdeſpotique.
Alors les quatre nobles Champions
tomberent fur lui , le renverſerent , l'accablerent
de coups , fouillerent dans ſes poches
&menacoient de l'étrangler ; mais il fut heureuſement
délivré par les Domeſtiques , qui le
firent fortir de la maiſon. Ce Miniftre n'est pas
encore rétabli de ſes bleſſures; mais il a fait
dreffer un procès - verbal ; & il a porté ſes plaintes
aux Etats de la Province. Cette affaire est
entre les mains de la Juſtice de Gueldre ; & l'on
apprend que le Plaignant , déterminé à le faire
une ſatisfaction proportionnée au délit , a déja refuſé
un accomodement amiable ».
: Il vient de voler à Arnheim une étincelle
de l'incendie qui s'allume dans les têtes de
plus en plus. Ce ne ſont pas ſeulement les
cocardes , ni les brochures, ni les Gazettes
qui fervent à manifeſte l'eſprit de parti. Dan
la révolution de 1747, l'armée& les partifans
de la maifon d'Orange adopterent de
certains airs de muſique militaire , prohibés
depuis le rétabliſſement de l'harmonie. A
l'heure de la retraite , les troupes d'un Régi
( 45 )
ment en garniſon à Arnheim ont fait retentir
la Place d'armes de cette muſique défendue
: le peuple eſt accouru ; le lendemain
14, exhortation du Magiſtrat à la tranquillité
, & défenſe aux fifres & trompettes d'échauffer
les eſprits .
Pour les calmer , on vient de châtier à
Leyde cinq des Auteurs réels ou ſuppoſés de
la derniere fédition : quatre ont été condamnés
à quatre ans de travaux dans une
maiſon de force , & le cinquieme à quelques
jours de priſon. En même tems on a diſtribué
des médailles à ceux qui s'étoient montrés
les plus ardens à étouffer l'émeute. Y
Ces châtimens , ces récompenfes , ces
mouvemens qui éclatent de toutes parts ,
ſont des indices affez clairs des diſpoſitions
du peuple. La Régence de Rotterdam s'eſt
trouvée offenfée , comme nous l'avions préſumé
, de la Requête préſentée aux Etats de
Hollande par quelques marchands de la
ville. Cette Régence s'en eſt plainte aux
Etats , en déclarant que les diviſions dans
leur ville devoient leur origine à la licence
des papiers périodiques , & en demandant
de la milice pour maintenir la tranquillité
publique. La Requête des marchands vient
d'être appuiée par un Capitaine & par quelques
Cadets de la Bourgeoifie.
Le Roi de Pruſſe ne perd point de vue
les affaires intérieures de la République. Il a
fait rémettre à Berlin à M. le Baron deReede,
( 46 )
Envoié extraordinaire de Leurs Hautes-Puilfances,
un nouveau Mémoire, qui a été lu
à leur aſſemblée , le 23 Juillet.
Les nouvelles de Paris contiennent l'anecdote
ſuivante , dont nous ne garantiſſons
aucuns dérails.
Ily a environ quatre ou cinq mois qu'ontrouva
, aubord de la mer , ſur les côtes de Normandie
, unjeune homme de quatorze ou quinze ans ,
dont le langage étoit inconnu , & qui parut ne
pas comprendre aucune des principales Langues
de l'Europe qu'on lui parla. Ce jeune homme fut
conduit à Caen où quelques perſonnes prirent
ſoin de lui. Il reſta trois mois dans cette ville ſans
qu'on pût découvrir ce qu'il étoit, ni d'où il venoit
; il faiſoit entendre qu'il avoit été ſur un
vaiſſeau , même témoin d'un combat; car il expliquoit
aſſez bien par ſes ſignes les effets du
canon. Du reſte, ſa figure n'a rien d'étranger :
il a la tête , les traits d'un Européen , & ſes cheveux
font blonds. On imagina avec raiſon à
Caen que Paris raſſemblantles gens de tous les
pays, ou du moins des Savants qui ont quelque
teinturede toutes les Langues du monde , c'étoit
dans la Capitale ſeule où il pourroit être reconnu;
en conféquence on l'envoya ici : leMagiftrat
l'ayant fait interroger, & ne pouvant avoir
aucune lumiere ſur ſon pays & fur fon état , alloit
l'envoyer dans un des aſyles deſtinés aux orphelins&
aux enfans délaiſſés , lorſqu'une dame ,
femme du Marchand de Galons de la rue du
Roulle s'en chargea & le prit chez elle. Un des
principaux Acteurs de la Comédie Françoiſe ,
qui eut occafion de le voir , s'intéreſſa vivement
pour lui , & en parla avec tant de chaleur dans
l'aſſemblée de la Comédie , que ſes camarades ſe
( 47 )
cottiſerent & lui firent une penſion de 900 liv.
Le voilà donc penſionné & bien choyé chez la
Marchande de galons , où tout le monde peut le
voir. Il n'eſt pas Indien cer tainement , rien dans
ſa figure , rien dans la couleur de ſa peau ni
dans ſes traits ne dénotent un habitant de l'Indoftan
, ou un Chinois , ou un Malabar , &c.; fon
langage eſt fort doux , & n'a preſque point de
conſonnes; il paroît avoir reçu une éducation
un peu plus diſtinguée que celle qu'on donne au
peupledans tous les pays , &même il n'a jamais
paru étonnéde nos uſages & de nos manieres ,
&il ſe fait ſervir avec autant d'aiſance que fi
toute ſa vie il avoit été environné de valets .
On s'attend bien que nos Académies & nos Savants
dans les Langues étrangeres l'ont interrogé;
mais non-ſeulement ils y ont perdu leur
latin , mais encore leur arabe , leur chinois , leur
finlandois , &c. Perſonne nepeut comprendre cet
enfant , ni le caractere qu'il trace . L'Académie
cependant ne s'eſt pas découragée , elle a chargé
particulièrement M. le Comte de
l'homme qui poſſede le plus de Langues vivantes,
de l'examiner chaque jour , afin de découvrir
l'énigme qui nous le cache . Comme on a beaucoup
de difficulté à lui faire prononcer notre
ch& Ir , ceux qui ſavent que ces conſonnes ne
ſont pas dans la Langue Othaïti ſoupçonnent
qu'il pourroit bien être de cette ifle. Il ſera aifé
de vérifier cette préſomption, M. de Bougainville
étant ici ; il entend affez la Langue des
Othaïticiens pour décider la queſtion . Quoi qu'il
en ſoit , ce jeune homme met ſouvent M. de...
en défaut, & il ſe pourroit bien que ce ne fût
qu'un Bas -Breton qui ſe joue de nous &de nos
Savans.
.....
( 48 )
Articles divers tires des Papiers Anglois.
Une Lettrede Dublin en date du 12 Juillet
porte que depuis deux mois il eſt arrivé en
cette Ville un plus grand nombre d'étrangers
qu'on n'en voyoit ci devant en pluſieurs années.
Divers de ces étrangers font des perſonnes de
marque , & l'on ſoupçonne qu'elles ſont employées
à exciter les mécontentemens populaires
contre l'Adminiſtration. [Morning Poft. July 21.1
La grande faute reprochée au Duc de Rutland
par l'Oppoſition Irlandoiſe , eſt de n'avoir
pas cherché , à l'exemple de ſes prédéceſſeurs ,
àen défarmer les Cliefs par des penſions & des
honneurs . Si ce Viceroi revient en Angleterre ,
ce qui est encore douteux , on lui donne l'un
des quatre ſucceſſeurs ſuivans ; le Comte de
Lonsdale , le Comte de Grosvenor , le Comte
d'Hillsborough , ou le Vicomte Sackville. L'expérience
de ces deux derniers , & leur crédit en
Irlande , les feront ſans doute préférer.
On parte de quelques changemens dans le
Cabinet. Il eſt ſur du moins que le Vicomte
Stormont a dine & a aſſiſté à une conférence
chez le Chancelier Lord Thurlow. Le Public
déſigne ce même Lord Stormont & le Vicomte
de Weymouth pour Sécretaires d'Etat. Lord
Sydney auroit alors le ſceau privé , & le Marquis de
Carmarthen feroitGrand- Maître de laGarderobe.
Le 25 , M. Pitt a propoſé les nouvelles taxes
à ſubſtituer à celle du charbon ; elles conſiſtent
en un droit additionnel ſur les ports de
lettres , en limitant la franchiſe des Membres du
Parlement , un autre droit additionnel pour les
permiffions de chaſſe; un droit additionnel ſur
la vaiſſelle d'argent & l'orfévrerie en or , ſur les
licences des Débitans d'Aile , & un droit ſur le
plomb exporté. Le bill de l'Inde , avec ſes amendemens
, à été lu pour la teconde fois le 26.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 AOUT 1784 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
A DEUX AMIES.
ANS CO ſiècle pervers , où l'on ne ſacrifie
Qu'aux plaiſirs ſcandaleux , qu'à l'amour criminel,
De la fainte amitié dont la chaîne vous lie ,
Reſſuſcitez le culte antique & folemnel .
Tendres Beautés , amour de la Nature ,
Malgrél'envie oſez vous rapprocher..
Pourquoi l'amitié la plus pure
Craindroit- elle de s'épaucher?
D'une innocente ſympatie
Les plaiſirs font- ils défendus ?
La confiance & l'harmonie
Ne font-elles plus des vertus ?
Sans crainte à l'amitié faites des facrifices;
Le crime ſeul doit en être effrayé.
N°. 33 , 14 Août 1784. C
:
So
MERCURE
Quand on est acceſſible à la ſage amitié ,
L'on eſt impénétrable aux vices.
(Par M. l'Abbé Ferrand. )
:
Aun SÉNATEUR , qui s'abaiſſoit au rôle
d'Épigrammatiste Anonyme.
Vous
ous croyez donc que c'eſt par honte
Que je ne réponds point à vos lâches Écrits ?
Eh! n'est- ce rien , Monfieur l'Archonte ,
Que le filence du mépris ?
(ParM. Ber... )
ZÉPHIRIN , Conte.
ZELPÉHPIHIRRIINN DE SAINT-LÉGER éroit né avec une
mémoire facile, un eſprit vif & pénétrant, une imagination
fouple, active & féconde. La fortune ſem.
bloit promettrede couronner de fi belles eſpérances ,
en lui donnant des parens dont le plus tendre defir
étoit de cultiver dans leur fils les heureuſes difpofitions
qu'il tenoit de la Nature. Une promptitude
extrême à faifir les élémens des premières connoif
fances , l'avoit avancé de très - bonne heure ; & il
brûloit déjà de joindre des talens agréables à ſon
inftruction .
Un jour qu'il étoit allé voir un de ſes camarades,
it le trouva occupé à deſſiner une tête Romaine
dont le grand caractère le frappa vivement. A me.
fure que fon ami en formoit les traits ſur ſon deſſin
Zéphirin les ſentoit s'animer dans ſon imagination,
DE FRANCE.
SI
La vûe de quelques morceaux du même genre , dont
le cabinet étoit tapiffé , acheva de le pénétrer d'un
enthouſiaſine tel que Raphaël dut le ſentir la première
fois qu'on lui donna des crayons.
Il revint en courant au logis , & ayant rencontre
ſon père ſur l'eſcalier , il ſe jeta à fon cou , en le
priant de redefcendre , pour aller tout de ſuite lui
chercher un Maître de Deſſin. Son père , enchanté
de l'ardeur qu'il témoignoit , ſe rendit fans peine à
ſes inſtances. Ils allèrent enſemble chez le plus célèbre.
Zéphirin auroit bien voulu que le Maître cûr
abandonné tous ſes Élèves pour ne s'occuper que de
lui ſeul depuis le matin juſqu'au foir. Comme il ne
put le décider à ce ſacrifice , ilinſiſta du moins pour
que la leçon fût de deux grandes heures par jour. Il
ne pouvoit concevoir comment on n'empisyoit pas
chaque inſtant de ſa vie entière à cultiver un art fi
p'ein degénie.
Son Maître ne devoit venir que le lendemain. Je
ne vous dirai pas combien il avoit tracé de figures
avant la fin de la ſoirée. Tous ſes cahiers étoient
déjà couverts de têtes de caractère. Vous lui pardonnerez
ſaus doute de n'y avoir pas mis du premier
coup cette correction qui décèle une longue pratique,
Il y avoit par exemple un grand coeil pour répondre à
un petit. Le nez partoit quelquefois du milieu du
front, & l'oreille venoit écouter la bouche , ou la
bouche alloit mordre l'oreille à travers la rondeur
de la joue; mais à ces petits défauts près , ſon trait
avoit toute la pureté qu'on pouvoit en attendre.
Il avoit préparé lui - même un cahier énorme da
plus grand papier qu'on cût trouvé dans la ville.
Bientôt cet eſpace ſe trouva trop érroit pour loger
le nombre d'yeux , d'oreilles , de bras & de jambes
qu'il figuroit ſous ladirection de ſon Maître. L'hôtel
des Invalides y auroit trouvé d'excellens modèles
pour ſe remonter de tous les membres qui manquent
Cij
12 MERCURE
àſes reſpectables habitans. Son impatience naturelle
étoit un peu contrariée par la monotonie de ces premières
études , auxquelles on le teneit rigoureuſement
aſſervi dans ſes leçons , pour aſſurer ſa main.
Auſſi dès qu'il étoit ſeul , s'affranchiſſoit - il de la
lenteur de cette marche , en cherchant déjà dans ſes
idées à former de grands tableaux On venoit de
récrépir les murs du grenier , il imagina d'y retracer
l'Hiſtoire Romaine , dont il avoit achevé la lecture.
En effet , au bout de huit jours il y cut charbonné
une très belle ſuire de têtes de Tribuns , de buſtes
de Confuls , de Dictateurs en pied , d'Empereurs à
cheval , & je ne doute pas que ſi les noms euſſent
été ſous les figures pour les rendre tout- à- fait refſemblantes
, un Antiquaire n'eût trouvé le ſecret de
compofer fur cette galerie une foule de Mémoires
fort intéreſſans .
Il ſe propoſoit de tracer dans le même eſprit les
progrès de l'Hiſtoire de notre Monarchie , lorſqu'il
trouva un jour fon Ouvrage effacé par les Domeftiques
, qui prétendoient que ces Héros Romains
faifoient peur aux chats , & n'intimidoient point les
fouris. Cette infortune avoit un peu rallenti fon
penchant; le dépit de ſe voir encore fi loin de fon
ami , qu'il s'étoit flatté de ſurpaffer dès les premières
tentatives , aliéna encore plus fon goût Il craignit
bientôt de alir ſes doigts avec ſon crayon , &
d'ébrêcher ſon canif à le tailler. Son Maître , qui
avoit_eu d'abord tant de peine à modérer fon ardeur
, en éprouvoit maintenant bien davantage à la
faire renaître. En vain il lui racontoit les effets merveilleux
de la Peinture , & les anecdotes intéreſſantes
de la vie des grands Artiſtes. Il lui avoit amené un
jeune Élève qui revenoit de Rome , pour l'entretenir
des ſuperbes tableaux qu'il avoit étudiés en Italie,
Celui-ci , en exprimant ſon admiration , employoit
des mots Italiens, felon qu'ils lui ſembloient plus
DEFRANCE. 53
prompts ou plus heureux pour rendre ſa penſée. Ces
fons nouveaux pour l'oreille de Zéphirin l'eurent
à peine frappé , qu'il jugea tout de ſuite qu'il
étoit bien plus agréable de parlerune langue vivante
quede faire des têtes , qui , toutes expreſſives qu'elles
fuflent , ne parleroient jamais. Il courut faire part
de cette réflexion à ſon père , qui le vit avec peine
renoncer à un talent agréable qu'il avoir defiré avec
tant de paffion ; mais il ne voulut point contrarier
se nouveau goût ; & le jour d'après Zéphirin eat
un Maître de Langue Italienne pour remplacer le
Maître de Deffin .
Je lui dois publiquement cette justice , que ſes
progrès furent dans les premiers jours auffi foutenus
que ſa conſtance. Toutes les difficultés de la grammaire
cédoient à la facilité de ſa pénétration. Il
raffoloit d'un langage ſi plein de douceur & d'harmonie.
On l'entendoit fans ceſſe le parler à tous les
gens de la maiſon ſans s'inquiéter s'ils pouvoient le
comprendre. Il appeloit Vostra Signoria la Cuiſinière
, & Cor mio le Portier. La traduction Italienne
de Télémaque commençoit à lui devenir preſque
auſſi familière que l'originale En cherchant un Livre
plus difficile dans la bibliothèque de fon papa , un
Don Quichotte Eſpagnol lui tomba ſous la main.
Don Quichotte! l'ami de ſes premières lectures !
Oh! quel plaiſir de pouvoir goûter les admirables
proverbes de ſon naif Écuyer , aſſaiſonnés de tout
le ſel de leur langue naturelle ! Les graves Diſcours
de Mentor valoient-ils les plaiſantes réparties de
Sancho ? Et Calypso abandonnée par Ulyffe , malgré
les plaiſirs de ſon Ifle enchantée , pouvoit-elle
inſpirer autant d'intérêt que l'incomparable Dalcinée,
pour qui ſon amant alloit conquérir des Royaumes?
Cette entrepriſe demandoit du courage. Il falloit
batailler fans cefle contre les mots , comme le
Chevalier de la trifte figure contre les troupeaux &
C
4
MERCURE
vous le
lesmoulins. Il ſetira cependant avec autant degloire
que lui de cette première campagne. Mais
dirai je avant la ſeconde ſonie da Héros de la
Manche , Zéphirin étoit déjà ſorti de l'Eſpagnol
pour entrer dans l'Anglois , qu'il abandonna bientôt
pour l'Allemand. Enforte qu'au bout de l'année il
parloit déjà quatre langues vivantes, mais ſi peu de
chacune , & les mêlant de telle manière dans ſes
discours , qu'il auroit fallu lui compoſer un auditoire
de députés de ces quatre Nations , pour s'interpréter
l'un à l'autre ce que chacun auroit pu faifir
par lambeaux dans le découſu de ſes périodes.
L'adreſſe dans les exercices du corps ſemble prêter
an nouveau charme à la cu'ture de l'eſprit; & les
connoiffances les plus variées ne peuvent , aux yeux
de la ſociété , faire pardonner les gaucheries. Zéphirin
en avoit fait une épreuve affez défagréable.
On avoit donnéun petit bal le jour de la fête de fon
papa , où , malgré fon érudition , il avoit brouillé
toutes les danſes. Il voalat s'inftruire à y figurer fuivant
les principes de l'art ; mais à peine commençoit-
en à lui montrer les pas du menuet , que les
entrechats lui tournerent latête. Ce qu'il defiroit le
plus vivement d'apprendre dans chaque leçon , étoit
précisément ce qu'on ne devoit pas encore lui enleigner.
Toujours avide de ce qu'il ignoroit , & mécontent
de ce qu'il avoit appris , rien ne pouvoit s'arranger
dans ſa mémoire. Il s'aviſoit quelquefois de
vouloir faire des chaffés dans les rondes. Un rigaudon
ne lui coûtoit rien à figurer pour un pas grave ,
ni un baiancé quand il étoit queſtion du moulinet ;
& il n'avoit jamais beſoin que le violon changeât
d'air pour commencer à lui ſeul un pot- pourri ; ce
qui le rendeit inſupportable à toutes les jeunes Denoifelles.
Pour ſe remettre un peu dans leur eſprit , il mit
dans le ſien d'apprendre la muſique , afin de pou
DE FRANCE.
voit les accompagner dans leur chant ou à leur clavecin.
Mais par quel inftrument commencer ? A l'en ,
croire , rien n'étoit ſi aiſé que de s'exercer ſur tous
à la fois. Néanmoins fon pere ne jugea pas a- propos
d'en riſquer l'épreuve , & ne lui laiſſa que la
liberté de choifir. Au milieu de ſes incertitudes , il
crut devoir prendre par forme d'eſſai le violon ; &
il ne ſe décida pour la faire que fix mois après ,
lorſqu'il commençoit paſſablement à connoître fon
manche& àmanier légèrement ſon archer.
Cependant l'inſtabilité de ſes idées & l'inconſtance
deſes goûts donnoient de vives alarmes à ſon père ,
quoique l'aveuglement d'un coeur paternel ne lui fit
attribuer ces défauts qu'à la ſeule jeuneſie de fon
fils. Dans la vue d'en avancer plus promptement la
maturité par l'obſervation & l'expérience , il réſolut
de lui faire viſiter une partie de l'Europe. Zépbirin
ne demandoit pas mieux que de ſe déplacer. Les relations
des Voyageurs avoient toujours été fa lec
ture favorite ; & ſon imagination l'avoit mille fois
tranſporté dans les contrées qu'ils avoient parcourues.
Le réciequeje lui avois fait à mon retour d'Angleterre
, de l'accueil gracieux que j'y avois reçu
les tableaux que je me plaiſois par reconnoiflance à
lui retracer de ce pays célèbre par ſa culture , ſes fabriques&
fon commerce , où l'on jouit du ſpectacle,
fi touchant de voir toutes les Vertus royales & humaines
affiſes ſur le trône , avec la Beauté , la Jeuneſſe&
les Grâces à l'entour ; les lettres que je lui
offrois pour mes dignes amis , Mde de la Fite , мм.
de Luc , Wilkes & Hutton , & pour la famille de
Burncy , * fi favorisée de la Nature par la réunion
*On ne fera peut- être pas faché d'apprendre que la
maiſon habitée autrefois par Newton , & dans laquelle
on voit encore fon obſervatoire , eft occupée aujourd'hui
Civ
56 MERCURE
des qualités aimables & des grands talens ; enfin les
voeux ardens qu'il m'entendoit former pour voir cette
Nation & la nôtre , unies aujourd'hui par la paix ,
ajouter à ces noeuds une étroite alliance pour s'enrichir
mutuellement par un libre échange de leurs productions
& de leurs lumières , & forcer au repos ,
par l'image de leur bonheur autant que par la terreur
de leurs forces , le reſte de la terre ; toutes ces
peintures & ces ſentimens enflammant fon enthoufatme
naturel, lui firent deſirer de commencer par
cette Ifle fameuse le cours de ſes voyages ; & ce fut
avec une joie difficile à vous exprimer qu'il vit arriver
le moment fixé pour ſon départ , ſous la conduite
d'un Gouverneur ſage , &plein de dévouement pour
ſa famille.
Il faudroit avoir parcouru ees belles routes du
Comté de Kent , ſemées de jolis villages , & bordées
de terres en riche culture , ou de jardins délicieux,
pour ſe former une idée de l'impreffion que
cette vue produiſit fur notre jeune Voyageur. La
rapidité de ſes pensées ne pouvoit ſuffire à tout ce
qui le frappoit dans cette ſucceſſion de tableaux inséreffans.
Le noble ſpectacle du travail & de l'indufuie
élevoit ſon eſprit , autant que les douces images
par Miff Burney , Auteur d'Evelina & de Cécilia. Cette
demeure ſemble être le temple du Génie , d'où , après nous
avoir éclairés ſur les myſtères des grands mouvemens de
l'Univers , il revient , après cent ans , nous éclairer d'une
auſſi vive lumière ſur les mouvemens les plus profonds du
cosur humain .
M. le Docteur Burney , père de Miff Burney , eft connu
dans toute l'Europe ſavante par une excellente Hiftoire de
laMusfique ancienne & moderne , où les agrémens du ftyle &
Pintérêt des anecdotes ſe trouvent réunis à des idées ingenieuſes&
à des vûes utiles.
DE FRANCE.
17
de l'aiſance & de la fertilité attendriſſoient ſon âme .
Une extale continue le conduiſitjuſqu'aux portes de
Londres , où il entra vers la nuit pour jouir d'un
coup- d'oeil encore plus raviſſant pour fon age , dans
le concours nombreux du peuple, la largeur impofante
des rues & l'éclat de leur illumination. Il employa
les premiers jours après fon arrivée à parcou-
Tir les différens quartiers de cette ville ſuperbe. La
magnificence des places publiques qui l'embelliffent
à l'une de ſes extrémités , la multitude innombrable
de vaiffeaux raſſemblés à l'autre fur la rivière majeftueule
dont elle eſt baignée , la maſſe fière des
ponts qui la traverſent pour abcutir à des dehors
d'un aspect enchanteur; dans l'intérieur , la décoration
brillante des boutiques , ces larges trottoirs ,
où vous rencontrez toujours en foule autour de vous
les deux objets les plus intéreſſans de la Nature animée
, de beaux enfans & de belles femmes , parés de
la fraîcheur & de la propreté d'un habillement fimple
, mais élégant; quedes ſenſations toutes ces beautés
réunies durent produire dans leur premier effet
fur une âme ardente & facile à s'exalter , puiſqu'elles
ont été pendant plus d'un an le ſujet continuel de
mon admiration , & qu'elles ſe repréſentent encore
fous des couleurs ſi vives à mon ſouvenir !
Leur impreffion ne fut pas d'une fi longue durée
fur Zéphirin. Son avide curioſité une fois fatifaite ,
il n'éprouva plus que de la langueur& de la ſatiété.
Son Gouverneur s'en apperçut , & lui propoſa de
viſiter les endroits les plus remarquables des Provinces.
Zéphirin, dans l'excès de ſa joie , ne lui répondit
qu'en le preſſant d'envoyer arrêter des chevaux
de pofte pour le lendemain.
Jene les ſuivrai point dans toute l'étendue de leur
courſe , de peur de vous fatiguer. Je ne m'arrêtérai
un inſtant avec eux qu'à Richmond & à Windfor
parce que ces deux noms feront un jour précieux à
Cv
13 MERCURE
.
votre mémoire , par les vers admirables qu'ils inf
puèrent à deux grands Poëtes ( Thomſon & Pope )
qui les ont célébrés. Ils ont encore un charme de
plus pour la mienne , en me rappelant un bon Roi ,
Fami éclairé de toutes les Sciences&de tous les Arts ,
qui a formé les rians jardins du premier de ces beaux
lieux ,& une Reine auguſte , qui paſſe la plus grande
partie de l'annéedans le ſecond , occupée à couronner
par ſa tendreſſe la félicité de ſon époux , & à
mériter par ſes ſoins maternels , ſes vertus & la bienfaiſance
, les adorations de ſes enfans & de tout un
peuple qui fait apprécier le bonheur de la poſféder.
Des tableaux auſſi intéreſſans que ceux qui avoient
tant charmé Zéphirindès ſon arrivée, ſe retraçoient
bien toujours devant lui : partout il retrouvoit des
objets auffi dignes de remplir ſon eſprit que de captiver
fes regards; mais il étoit dans ſon génie de ne
defirer jamais que ce qui étoit hors de ſa portée , &c
de ne ſe plaire que dans les lieux dont il étoit éloigné.
Cequi l'occupoit leplus vivement en Angleterre
étoit , ainſi qu'il s'extafioit à la nommer, la
séleſte Italie. Il n'avoit cherché que le Capitole au
milient de la Tour de Londres: il poursuivoit maintenant
la Calabre dans le Comté de Cornouailles. Son
Gouverneur avoit épuiſe toutes ſortes demoyens pour
le guérir de cette inquiénde : il craignit bientôt que
fonÉlève ne gagnât à ces remèdes que la confomption
; & il appuya ſes inſtances auprès de ſon père,
pour en obtenir la permiſſion de courir après cette
Italie ,devenue le dernier terme de ſes voeux , comme
autrefois de ceux des Troyens fuguifs.
Al'exception de la traverſée du pas de Calais
toutes les courſes de Zéphirin s'étoient faites fur la
terre ferme , & ily avoit près de deux mois qu'il arpentoit
les grands chemins. C'en étoit affez pour
que les voyages ne lui préſentaffent plus d'agrémens
que dans la navigation. Son Gouverneur fondant
DE FRANCÉ
e
quelques eſpérances fur cette épreuve pour dompter
un peu fon caractère , fcignit de trouver autant de
raiſon que lui dans cette nouvelle fantaisie ; & ils
s'embarquèrent enſemble ſur un vaiſſeau qui faifoit
voile vers la Toſcane.
Zéphirin paſſa le premier jour ſur le tillac, fans
pouvoir détacher ſes yeux de la mer , dont les vagues
mollement agitées , ſembloient venir ſe jouer autour
de ſon navire. Le lendemain il étoit encore fi fier à ſes
propres yeux d'avoir ofé tenter cette expédition , que
l'orgueil de fon courage le ſoutint affez bien contre
les premières ſurpriſes de l'ennui. Mais dès le troifièmejour
, & le profond raviffement où l'avoient
plongéles beautés de la mer , & fon noble enthouſiaſme
de lui même l'abandonrèrent. Ilne ſentit que
les dégoûts de ſon entrepriſe ; il appeloit la terre de
tous les cris de ſon coeur. Malheureuſement elle ſe
trouvoit alors trop éloignée pour ſe prêter à ſes caprices;&
ceux de l'Océan , un peu plus reſpectables
que les ſiens , étoient les ſeuls dont s'accupoient les
matelots . Il lui fallut donc prendre patience , ou
plutôt s'impatienter de toutes les manières juſqu'au
débarque ment.
Heureux pouvo'r de l'imagination , qui , dans les
dous preſtiges de l'eſpérance nous dérobe le ſouvenir
de nos maux ! Zéphirin oublia tous les ſiens ſur le
rivage. Il venoit enfin de l'aborder certe contrée fameuſe
, tréſor detoutes les richeſſes de la nature &
des Arts. Après deux jours de repos à Livourne , it
partit pour Florence. Il ſavoit que la célèbre galerie
decette villeyprolongeoit involontairement le ſéjour
des voyageurs : on lasmontroit des curieux qu'elle
retenoit depuis fix mois , en dépit des belles réſolutions
qu'ils formoient chaque jour de s'en arracher .
Unetelle conduite ne lui parut pas si étrange au premier
coup-d'oeil qu'il jeta fur cette ſuperbe collection
de chef-d'oeuvres. Peut-être même auroit il confervé
Cvj
60 MERCURE
cette opinion juſqu'au bout de la galerie , ſans l'image
qui vint tout- a- coup s'ofirir à fon eſprit , de Saint
Pierre de Rome , & de la bibliothèque du Vatican.
Ces deux objets le tourmentèrent toute la journée en
s'aggrandiflant ſans meſure dans la tête. Afin de
ſavoir à quoi s'en tenir ſur leurs juſtes dimenſions ,
il preſſa dès le ſoir ſon Gouverneur de les aller vérifier
eux- mêmes. Qu'on ne me par'e point de ces
obfervateurs éternels , auxquels un fiècle pourroit à
peine fuffire pour l'examen de chaque merveille.
Zéphirin au bout de trois jours étoit sûr de n'avoir
laiffé rien échapper de tout ce qu'il y a de remarquable
dans l'ancienne capitale du monde ; encore
avoit- il trouvé dans les intervalles le tems d'arranger
fort proprement ſa valiſe pour Naples , où il brûloit
déjà de ſe rendre. Ce n'étoit point cependant les
beautés particulières de cette ville qui tentoient le
plus vivement fa curiofité. Il avoit traverſé tant de
cités magnifiques depuis quelques mois ! mais toutes
celles qu'il avoit vues juſqualors étoient élevées
fur le niveau de la terre. Herculanum & Pompeia le
trouvoient au contraire enfevelies dans ſes entrailles .
Desvilles fouterraines étoient déſormais les ſeules qui
puſſent l'intereffer. La fécondité romaneſque de fon
imagination lui faifoit arranger de mille manieres
l'événement terrible qui les avoit réduites à cet état..
Il fut furpris , en y defcendant, de s'ètre paſſionnné
pour un amas de ruines & de décombres , car il n'y
* vit alors rien de plus, malgré les beaux reftes que le
temps en a confervés. Un autre auroit au moins
trouvé quelques motifs de confolation en adınirant,
àNaples , un des plus beaux ports de l'Europe. Mais
Zéphirin ne pouvoit le voir ſans lui oppoſer auffitôtdans
ſa penſée les ports d'Amſterdam , de Bordeaux
& de Conftantinople , à qui leur éloignement
faiſoit prendre l'avantage dans ſes comparaiſons.
Quant à cette montagne brûlante qui domine la ville ,
DE FRANCE. 61
& qui ajoute tant d'intérêt à ſa ſituation pittoresque ,
en la menaçant fans ceſſe de la couvrir des cendres
& des feux qu'elle vomit , n'étoit-il pas reconnu , de
l'aveu de tous les voyageurs , que l'ema l'emporte
debeaucoup fur le Véſuve ? & les funtes défaftreuſes
de ſa dernière éruption , ne réuniſſoient-elles pas fur
lui feul tous les ſentimens divers d'admiration &
d'effroi qu'un volcan peut exciter ? Ainfi dans cette
belle contrée qu'il avoit fi vivement defiré de parcoutir
, Zéphirin u'avoit plus qu'une feule ville dont
l'aspectputle dédommager des fatigues de fon voyage.
C'étoit la fingulière Venife , s'élevant dufein des lagunes
avec fes cinq cent ponts , les canaux & fes gondoles.
Il est vrai que poury parverir , il lui falloit
traverſer l'Italie dans preſque toute ſa longueur; mais
fon imagination , dont l'audace applanifioit tous les
obitacles , le fervoit auffi bien par fa mobilité pour
rapprocher toutes les diftances ; & il ne prit que le
temps de faire fon paquet , pour fixer le moment
de fe meure en ronde vers l'Etat Vénitien .
Je crains , mes chers amis , que vous n'ayez peutêtre
déjà foupçonné fon Gouverneur d'une lâche
complaiſance , en le voyant céder avec tant de foiblefle
à toutes les boutades de fon élève. Je me
vois réduit , pour le juftifier , à vous révéler ici un
fecret de famille , dans la confiance que je prens en
votre difcrétion.
Pendant tout le cours de ſes voyages , Zéphirin
avoit écrit régulièrement à fon fère; & celui - ci avoit
toujours remarqué que ſes lettres étoient pleines d'expreſlions
de dégoût , au fujet des lieux d'où elles
étoient datées , & d'enthousiasme pour ceux qu'il
étoit prér à viſiter. De cette manière il étoir clair
que chaque pays , après lui avoir préſenté de loin.
des eſpérances agréables , ne lui avoir offert pendant
le féjour que des ſujets de mécontentement &
d'ennui. Ces obſervations , jointes à celles qui ve62
MERCURE
noient de la part du Gouverneur , & qui en confirmoient
la juſteſſe , ainſi que vous ſeriez prêts ſans
doute à le témoigner vous-mêmes , d'après ce que
vous venez de lire , lui donnèrent à juger que fou
fils n'étoit pas d'un caractère , ou dans une difpofitionpropresàlui
faire recueillir un grand fruit de fes
voyages. Cependant il ne vouloit point , en le rappelant
bruſquement auprès de ſa perſonne , lui fournir
le prétexte deſe plaindre unjour que ce rappel
eût fait manquer l'objet d'inſtruction qu'on s'étoit
propoſé. Seulement il avoit recommandé au Gouverneur
de ne point contratier les caprices de ſon fils
qui tendroient à le ramener vers ſa patrie. C'eſt ainfi
que Zéphirin , après avoir vu en courant Veniſe ,
Turin , la Suiſſe & la Hollande , toujours avec la
même précipitation & la même légèreté , n'aſpiroit
plus , par un nouveau trait d'inconftance , qu'à retourner
auprès de ſes foyers avant le terme qu'il
avoit demandé lui-même pour ſes courſes.
Un père est toujours père. C'eſt vous dire affez
combien celui de Zéphirin s'émut en le revoyant.
Mais pourquoi n'ai- je pas à vous peindre ces tranfports
, cette ivrefle de joie d'un coeur paternel , au
moment où lui eſt rendu un enfant digne de ſa plus.
vive tendreſſe ? Pourquoi n'ai-je pas à vous les repréſenter
dans les bras l'un de l'autre , muets de
raviſſement , & ſe baignantde leurs larmes confondues
, le père orgueilleux des nouvelles perfections
qu'il reconnoît dans ſon fils , celui-ci tout fier de les
étaler aux yeux de ſon père, comme un gage de
reconnoiſlance pour ſon amour ? Que j'aurois été
heureuxde vous offrir cette ſcène touchante , même
avec le regret d'en affoiblir la peinture ! & pour vos
parens&pour vous, quelle ſource d'émotions délicieuſes
, d'y retrouver l'expreſſion naïve des ſentimens
dont vous êtes mutuellement pénétrés ! Il ne tenoit
qu'à Zéphirin de nous procurer à tous ce bonheur ,
DEFRANCE. 63
enprofitant mieux des ſoins prodigués à ſes premières
années . Que lui auroit-i manqué dans ſon éducation
pour cultiver ſes talens , & perfectionner les
connoiflances , s'il avoit eu le courage de chercher
àvaincre l'inquiétude de ſon caractère , & de s'affujétir
à une application plus conſtante & plus ſoutenue
? Au lieu de ces goûts volages , qui , le portant
d'études en études , le forçaientde dévorer les difficultés
attachées à leurs principes , ſans lui laiſſer jamais
letempsdefertirdans aucune le charme de ſes progrès;
au lien de ces illuſions menſongères qui ne décoroient
fi magnifiquement à ſes yeux les objets éloignés,
quepour lui repréſenter les objets préſens ſous
des couleurs plus fombres; au lieu de ces mécontentemens
& de ces dégoûts qu'il devoit éprouver
fans cefle , en ne voyant de près que fous des
traits affoiblis , les images qu'il s'étoit exagérées
dans la perſpective , quelle foule de plaifirs purs &
de jouiflances délicieuſes , auroit pu remplir fon
eſprit&fon coeur ! Sans parier de cette fatisfaction
fi douce qu'un enfant bien né goûte à ſurpaffer les
eſpérancesde fa famille, ne conſidérons que la félicité
perſonnelle qui auroit été ſon partage , puifqu'aufli
bienle ſentiment le plus profond & le plus
conſtant de la nature , en eût fait la félicité ſuprême
pour fon père.
Vous l'avez vu dès l'enfance , également avide
d'inſtruction & de talens aimables , ſe livrer à leur
pourſuite avec une ardeur effrénée , & croyant
tout emporter du premier effort , après avoir lutté
courageu ement contre les difficultés les plus décourageantes
, leur céder au moment où il étoit près
d'entriompher. Aidé de ſes diſpoſitions naturelles
foutenu par les éloges de ſes parens , avec un peu
plus d'empire ſur lui-même, il auroit fucceffivement
acquis tout ce qui pouvoit contribuer à répandre
le charme le plus doux fur le reſte de ſa vie, Sa
,
64 MERCURE
raiſon mûrie de bonne heure par l'étude , & le goût
qu'il auroit pris à des délaſſemens agréables , auroient
préſervé ſa jeuneſſe des inquiétudes qui la
tourmentent , & des enruis qui la dévorent dans ſa
fleur. Les principes qu'il ſe feroit formés fur les
Beaux -Arts , joints à l'habitude de les cultiver, ne
lui auroient laiflé rien voir avec indifférence dans ſes
voyages. Les chef-d'oeuvres de tout genre étalés à
ſes regards , en fatisfaiſant ſa curioſité, lui auroient
donné de nouvelles lumières. Son eſprit auroit pris
plus d'étendue en voyant un plus grand nombre
d'objets , plus de juſteſſe en étudiant leurs différences
&leur rapports , une connoiffance plus profonde des
hommes , en obfervant leurs moeurs & leurs caractères
en diverſes contrées. Accueilli par les étrangers ,
fi flattés de l'empieffement qu'un jeune homme inftruit
de leur langage , témoigne à viſiter leur patrie ,
fon pailage dans chaque pays lui auroit attiré des
prévenances flatteuſes,&les égards les plus touchans.
Adinis en des ſociétés diftinguées , il y auroit puiſé
cette politefle infinuante , & ces manières affables ,
qui , par leur réunion à des qualités eſſentielles, déſarment
l'envie , & favent concilier le tendre intérêt de
la bienveillance , avec le reſpect de la confidération.
Il ne feroit rentré dans ſa patrie , qu'en laitſant
par-tout for fes traces des regrets de fon éloignement
, en faiſant naître dans le coeur de ſes amis la
joie la plus vive de fon retour , & dans celui de fes
parens , les eſpérances les mieux fondées ſur ſa fortune.
Combien Zéphirin ſe trouvoit alors éloigné de
cette pofition brillante où ſembloit devoir le porter
fi naturellement ſa deſtinée! Dans toutes les villes
qu'il avoit parcourues à tire-d'aîles , il n'avoit eu de
relation qu'avec les hôtes chez leſquels il étoit allé
ſe repoſer un moment des fatigues de fon vol . Ses
concitoyens n'avoient rien à ſe promettre des foiDE
FRANCE
. 65 bles connoiffances qu'il avoit recueillies: fon père voyoit toutes ſes vues trompées: & fes amis ? - Mais fon inconftance lui avoit-elle jamais permis de s'en attacher ? Zéphirin n'avoit point d'amis. Le malheureux , que je le plains , en ſongeant, ô mon cher Garat , que ce fut dans un âge auſſi tendre que fe forma entre nous cette amitié qui ne s'eſt jamais altéréeun ſeul inftant , & qui nous porteroit aujour d'hui , comme dans la première chaleur de ſa naif- fance , à confondre nos fortunes & nos vies pour les partager par une égale moitié ! Que j'aime à me les rappeler ces doux momens de notre jeuneſſe , où les mêmes goûts & les mêmes ſentimens rapprochoient
nos coeurs par tous les points qui pouvoient les unir ! Avec quelle rapidité s'écouloient les journées entre nos confidences & nos études ! Point de plaiſirs ou de peines qui ne fuflent communs à tous les deux. Voifins
àlavill ville , voiſins à la campagne , pendant huit années , il ne fut preſque pas un ſeul jour où le beſoin d'être enſemble ne nous portat l'un vers l'autre. Com- bien de larmes nous couta notre séparation ! En te précédant dans la Capitale , avec quelle ardeur t'y appeloient mes voeux ! & quelle fut au bout de trois ans la joie que nous éprouvámes à nous y réunir ! Aujourd'hui dans nos entretiens , fi quelque circonf tance nous ramène à ces charmantes promenades que nous faifions fi ſouvent le long d'une belle rivière , à ces haures collines où un Gefiner , en Thomfon , un Saint-Lambert à la main , nous jou.flions a la fois de tous les charmes de l'amitié, de la poéfie & de la nature ; quelle douceur de nous retrouver toujours dans les mêmes fentimens , & de nons repo'er fur la ferme confiance qu'ils ne s'éteindront que dans notre
tombe! O vous, mes jeune Lecteurs, devant qui ion âme
vient de ſe répande , vous me pardonnerez cet épan- chement que je n'ai pu retenir. Ah ,fi vous aviez un
66 MERCURE
ami comme le mien ! fi vous l'aimiez , fi vous en
étiez aimécomme moi ! Et puis , n'ai-je pas quelques
droits à vous parler de ce qui m'intéreſſe? Seroit-ce
en vain que vous auriez attaché à ma perſonne le
titre ſous lequel je vous ai préſenté cet Ouvrage ?
Non, rien de ce qui peut toucher l'un de nous, ne
fauroit déſormais être indifférent à l'autre. Nous
fommes unis par des nooeuds qui ne ſeroient rompus
de votre part ou de la mienne , que par une ingratitude
bien coupable. Si les ſoins que je prends deformervotre
efprit&votre coeur , font de quelque prix
àvesyeux , ne vous dois-je pas à mon tour la plus
tendre reconnoiſſance ? Des bergers , des amans
plaintifs avoient bien juſqu'ici peuplé ma retraite ;
mais à ces objets touchans , vous en êtes venusjoindrede
plus intéreſſans encore. Grâces à vous , je ne
vois plus rienque de frais & de riant dans la nature.
Queje me plais à m'entourerde vos douces phyſionomies
, où ſe peignent avec une expreſſion ſi gracieuſe
lagaité , l'innocence & la candeur ! C'eſt vous que
monimagination raffamble ſans cefſeàmescôtés.C'eſt
de votre bouche que je recueille ces traits naïfs qui
vous font fourire,& ces ſentimens tendres ougénéreux
qui font couler vos larmes , ou qui impriment
à vos jeunes penſées un caractère de nobleſſe &d'élévation.
Venez , que je vous préſente à la Patrie ,
hui portant chacun dans vos mains une fleur d'eſpé
rance. Son attente ne fera pas trompée. Non , vous
ne ferez vas méchans comme ces hommes dontj'ai lu
P'hiſtoire. Ils n'avoient point d'ami pour les mever
au bien par la voie du plaiſir , & vous en avez un qui
fait de ce devoir tout le bonheur de ſa vie. Souvenezvous
donc toujours de lui ; mais pour vous en fouvenir
comme il le defire , que fa mémoire ſe lie à
vos vertus. Il me ſemble déjà la recevoir
récompenfe Hartzufe. Je vous entends aajvard i
répétermon nom dans vos jeux; je vous entends
corte
DE FRANCE. 67
dans l'avenir l'apprendre à vos enfans allis fur vos
genoux , & je vous vois careffer vos petits- fils qui
viennent vous le bégayer dans votre vieilleſſe.
(Par M. Berquin. )
Cette pièce est tirée de l'Ami de l' Adolefcence. Le
premier volume ne paroîtra que dans quelques jours ,
àcau'e des nouveaux arrangemens qu'il a fallu prendre
pour une diſtribution plus commode & plus agréable.
On en rendra compte à la tête du premier v٥-
lume.
ÉPIGRAMME.
LAA
s de traîner une robe au Palais ,
Dans un café , fur Queſnay , la Rivière,
Graves Auteurs qu'il n'entendit jamais ,
Maître Damon braille ſans honoraire.
Damon reſſemble à ce tonneau qui fuit ,
Plus il eſt vuide & plus il fait de bruit.
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mor de la Charade eſt Bride oifon;
celu de l'énigme eft Écho; celui du Logogryphe
est Quin , où l'on trouve oui. ر
68 MERCURE
CHARADE.
MONON premier a ſept foeurs,&chacune a fon tes;
Peu de choſe & trois riens déſignent mon ſecond;
Moins mon tout eſt nouveau, plus il a de renom.
J
(ParM. Micro-Mégas.)
ÉNIGM E.
QUOVIOQIQUU''OONN me trouve en tous les lieux
Je ſuis un être inconcevable;
L'un me met au nombre des Dieux ,
L'autre ſeuvent m'appelle un diable.
En voltigeant de coeurs en cooeurs ,
Dans le monde entier je voyage ,
Ainſi qu'un papillon velage
Qui s'abat fur toutes les fleurs,
LOGOGRYPΗ Ε.
Ebrille aux yeux, Leeteur, par plus d'une ouverture;
Mille ſujets compoſant ma ſtructure ,
Fendus & refendus , fixés en ſens divers ,
Pour me former portent des fers.
J'imite des jardins la riante verdure ,
la relève encor par le ſecours des Arts ;
DE FRANCE. 69
1
Je le diſpute à la Nature ,
Et j'embellis les plus beaux boulevarts.
Intéreſſez- vous à mon être ,
Muſes ; fervez à me faire connoître
Par votre nombre & par un inftrument
Que vous montez facilement ;
Sur quatre pieds je le donne avec grâce
Aquiconque des vers vous inſpirez l'ardeur.
Sur ſept pieds je deviens ma ſoeur ;
Ne me cherchez point au Parnaſſe ,
Dignement j'occupe une place
Aux guinguettes , dans les hameaux.
J'offre ſur quatre encor le plus cruel des maux.'
(Par M. R..... de Narbonne , Ancien Capitaine
Aide-Major au Régiment de Bourgogne . )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE de M. d'Alembert , lû dans
l'Assemblée publique de l'Académie des
Sciences , le 21 Avril 1784. A Paris
chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluni .
,
LA célébrité de M. le Marquis de Condorcet
, dans un genre même d'Ouvrages que
l'un de ſes prédéceſſeurs a rendu fi difficile ,
a bien pu augmenter quelquefois l'intérêt
70 MERCURE
que l'on prend à la mémoire des hommes
qui ont parcouru la carrière des Sciences-&
des Lettres ; mais lorſque l'Académicien
dont il parle , étoit un Savant du premier
ordre , un Écrivain celèbre , un Citoyen Philoſophe;
lorſque ſa perte a fait un vuide
immenſe que l'étendue de tout un ſiècle ne
pourra peut être remplir , dès lors cet intérêt
redouble ; & M. de Condorcet , par
la nature ſeule de l'Ouvrage , doit exciter la
curioſité des Savans , des Philofophes & des
vrais Gens de Lettres. Tel eſt l'effet qu'a dù
produire l'Éloge que nous annonçons. Digne
par ſes vaſtes connoiſſances de célébrer la
mémoire de M. d'Alembert , M. de Condorcet
pouvoit, ſans doute, ſe promettre de
le montrer dans tout l'éclat de ſa gloire ;
mais en compoſant cet Éloge , une nouvelle
difficulté devoit quelquefois arrêter ſa penſée
, il falloir qu'il ſe défiât de ſon coeur ;
car il avoit à louer tout à la fois fon maitre
&fon ami. Nous ne penfons pas qu'à cet
égard on ait aucun reproche à faire à M. de
Condorcet , il a loué M. d'Alembert comme
il méritoit de l'être ; perfuadé que la vérité
doit fur- tout faire le principal caractère d'un
Éloge Académique , il l'a peint par les fairs;
&c'eſten nous faiſant connoître la perſonne
&l'Auteur , qu'il a dignement juftifié la réputation
de ce grand Homme.
M. de Condorcet nous retrace d'abord
l'hiſtoire de la naiffance & de l'enfance de
M. d'Alembert ; mais il ne lève point le veile
DE FRANCE .
71
dont le nom de ſes parens a été couvert pendant
ſa vie : « Et qu'importe , s'écrie M. de
• Condorcet , ce qu'ils ont pu être ? Les vé-
>> ritables aïeux d'un homme de génie , ſont
» les Maîtres qui l'ont précédé dans la car-
- rière , & ſes vrais deſcendans ſont des
> Élèves dignes de lui. »
M. d'Alembert fit ſes études au Collége
des Quatre - Nations d'une manière brillante......
Ses Maîtres étoient du parti qu'en
appeloit alors Janfeniste.... Un Commentaire
fur l'Épitrede S. Paul aux Romains , que fit
le jeune Élève dans ſa première année de
philofophie , fit concevoir une haute idée de
ſes talens , & dès- lors on ſe flatta que M.
d'Alembert rendroit au parti de Port Royal
une portion de ſon ancienne gloire , & qu'il
feroit un nouveau Paſcal. Pour rendre la ref
ſemblance plus parfaite , on lui fit ſuivre des
leçons de mathématiques; mais bientôt on
s'apperçut qu'il avoit pris pour les Sciences
une paffion qui décida du ſort de ſa vie . En
vain ſes Maîtres cherchèrent à l'en détourner
, en loi annonçant que cette étude lui
deflécheroit le coeur , ( ils ne ſentoient pas
fans doute toute la force de l'aveu que renferme
cette expreſſion ) M. d'Alembert fut
moins docile que Paſcal ; jamais on ne
put lui faire regarder l'amour..........
des vérités certaines & claires , comme une
erreur dangereuſe ou comme un penchant
dela nature corrompue. En fortant du Collége
, il courut chercher un afyle auprès de
72 MERCURE
ſa Nourrice. Il y vécut près de quarante années
, & cacha ſi bien fa célébrité & ſa gloire
, qu'elle ne s'apperçut jamais qu'il fût un
grand Homme..... Vous ne ferez jamais
qu'un Philofophe , lui diſoit- elle. Et qu'est- ce
qu'un Philosophe ? c'est un fou qui ſe tourmente
pendantsa vie pour qu'on parle de lui
lorſqu'il n'y fera plus ......
En 1741 , M. d'Alembert entra dans l'Académie
des Sciences. Iln'avoitque vingt quatre
ans , & déjà il avoit appris à relever des fautes
échappées à un Géomètre célèbre , daus
un Ouvrage que la France regardoit alors
comme un Livre Claflique.
Nous ne ſuivrons pas ſcrupuleuſement
M. de Condorcet dans l'expoſé qu'il fait des
Ouvrages de Mathématiques de fon illuftre
Maître; il nous ſuffira de dire avec lui que
-M. d'Alembert mérita dans les Sciences le
titre de créateur , qu'il ajouta aux découvertes
de- Newton , & qu'il répara par-là
l'honneur de la France, ou plutôt du continent
, qui , juſqu'alors , n'avoit rien eu à op
poſer à la gloire de ce grand Philofophe.
M. de Condorcet voulant fans doute ré
pandre de la variété dans ſon Ouvrage , interrompt
l'énumération des travaux mathé .
matiques de M. d'Alembert; il nous appread
que ſon ami , tant qu'il ne fut que Géomètre ,
fut à peine connu dans ſa Patrie ; il fallut
qu'un Roi , dont les bienfaits vinrent chercher
cet homme célèbre , avertit la France
qu'elle avoit un grand Homme de plus .....
M. d'Alembert
DE FRANCE. 73
M. d'Alembert s'étoit lié depuis ſa jeuneſſe
avec Voltaire , dont M. de Condorcet
trace un magnifique & fidèle portrait. Cet
Écrivain célèbre aſſocia à ſon projet M.
d'Alembert , qui donna , peu de tems après ,
le Diſcours Préliminaire de l'Encyclopédie ,
Diſcours qu'il faut mettre au nombre de
ces Ouvrages précieux , que deux ou trois
hommes tout au plus dans chaque ſiècle ſort
en état d'exécuter. Nous invitons nos Lecteurs
à lire l'analyſe que M. de Condorcet a
faite de ce Diſcours. Elle prouve qu'il pofsède
le rare talent de renfermer dans un
très-petit eſpace la ſubſtance d'un Ouvrage
qui embraſſe , pour ainſi dire , tout le ſyſtême
des connoiſſances humaines.
Juſqu'ici nous n'avons vû dans M. d'Alembert
que le Géomètre & l'Écrivain. M. de
Condorcet le conſidère enſuite comme Philoſophe.
Il trace d'après les converſations
&d'après les Ouvrages de ſon illuſtre ami ,
le tableau des principes de ſa philofophie.
Il diſcute avec ſagacité les reproches qu'on a
pului faire ſur ſes opinions ; & il ne diffimule
pas qu'il pouvoit y en avoir quelquesuns
de fondés. Il n'appartient qu'à un Diſciple
auſſi éclairé que M. de Condorcet , de
parler de ſon Maître avec cette noble franchiſe
qui inſpire la confiance , & qui prouve
que l'amour de la vérité chez les vrais Philoſophes
, l'emporte toujours ſur les égards
qui ſemblent exiger au premier coup d'oeil
deux ſentimens que M. de Condorcet con-
N°. 33 , 14 Août 1784. D
74
MERCURE
noît fi bien , l'amitié & la reconnoiſſance.
Une guerre Littéraire qui s'éleva lors de .
la publication de l'Encyclopedie , entre des
hommes bien pen faits pour s'entendre ,
compromit le repos de M. d'Alembert. Le
Roi de Pruſſe lui fit les offres les plus brillantes
& les plus honorables. Il les refuſa ,
» & préféra ſa Patrie, où il étoit pauvre &
>> perfécuté , à la Cour d'un Roi , qui , dé-
>> pouillé de l'éclat du Trône , eût encore
» mérité qu'un homme de génie recherchât
ود
ود
ود fon fuffrage&ſa ſociété. Parlant avec fin-
>> gularité de ſes ſuccès, de ſes revers , de
ſes dangers , de ſes refſources , & même
>> de ſes fautes , il comparoit la gloire d'avoir
fait Athalie à celle de ſes victoires , &
vivoit avec le Philoſophe François dans
> cette égalité qui , malgré la difference des
>> rangs , s'établit néceſſairement entre les
"
ود
وم hommes de génie. » Peu de temps auparavant
, M. d'Alembert avoit refuſe une
offre encore plus brillante. Nous parlons de
la propofition qui lui fut faite par l'Impératrice
de Ruffie , de le charger de l'education
de fon fils , & de l'en charger ſeul. Les
titres , les récompenfes , tous les avantages
qui cuffent flatté ou féduit un homme ordinaire
, étoient prodigués ; mais fidèle à ſes
principes , le Philofophe François refuſa cet
honneur , comme il l'auroit accepté ſans
orgueil & fans oftentation.
M. de Condorcet revient aux Ouvrages
Mathématiques de M. d'Alembert; & en
DE FRANCE.
75
"
ود
expoſant les avantages que peuvent retirer
les Géomètres des Opufcutes qu'il a publiés ,
il pète fur le calcul des probabilités. " Si ce
calcul , dit il , s'appuie un jour fur des
bafes plus certaines , c'eſt à M. d'Alembert
qu'on en aura l'obligation. « Qu'on
nous permetre de nous arrêter ici quelques
momens fur une queſtion intéreſſante pour
tous les hommes , & qui pendant long- tems
a exercé l'eſprit de nos plus grands Philofophes.
On verra que M. de Condorcet
ajoute aux idées de ſon illuftre Maître , en
affociant to ours 1 eſprit philoſophique aux
objets qu'il difcute .
Dans l'application du calcul des probabilités
à l'inoculation , M. d'Alembert fait
ſentir que s'il eſt facile de prouver combien
cette opération eſt utile pour la Société en
général , le calcul de l'avantage dont elle peut
être pour chaque particulier , exige d'autres
principes. M. d'Alembert n'a pas donné la
vraie ſolution de ce problême. Elle dé- 、
وم
ود
"
pend , dit M. de Condorcet , d'une méthode
d'évaluer la vie, ou plutôt de l'ap-
>> précier ; ( car ſa durée ne doit pas entrer
ſeule dans le calcul ) & il feroit bien difficile
de trouver pour cette méthode des
>> principes dont tous les hommes même
raiſonnables vouluſſent convenir , ſoit
>> pour eux- mêmes , ſoit pour leurs enfans. >>
C'eſt principalement dans cette dernière hypothèſe
que la queſtion devient difficile , &
qu'elle peut être importante. " En pronon-
ود
Dij
76 MERCURE
» çant ſur notre propre danger , ajoute M.
>> de Condorcet , nous pouvons ſuivre no-
>> tre volonté , nos penchans ; & après avoir
balancé nos intérêts , nous décider pour
ود celui que nous préférons. » En prononçant
ſur le ſort d'autrui , la juſtice la plus
levère doit nous conduire. Le droit que
nous avons ſur l'existence d'un autre , n'eſt
fondé que ſur l'ignorance qui l'empêche de
juger par lui - même ; c'eſt donc ſur ſon
avantage réel , & non ſur notre ſeule opinion
, que notre volonté doit ſe régler. Il ne
fuffit point de croire qu'il ſoit utile pour lui
de l'expoſer à un danger , il faut que cette
utilité ſoit prouvée. On chercheroit vainement
à éluder la difficulté , en décidant
qu'alors l'intérêt général doit l'emporter. Ce
patriotiſme exagéré n'eſt qu'une illuſion dangereuſe
, capable d'entraîner à des injuftices ,
& même à des crimes , les hommes ignorans
& paſſionnés . « Sans doute , pourſuit
M. de Condorcet , il eſt des circonstances
>> où l'on peut devoir au bonheur public le
ſacrifice volontaire de ſes droits , mais jamais
celui des droits d'un autre ne peut
être ni juſte ni légitime. »
"
20
En 1772 , M. d'Alembert fut nommé
Secrétaire de l'Académie Françoiſe , dont il
étoit Membre depuis 1754. Dès- lors il s'engagea
à écrire la vie de tous les Académiciens
morts depuis 1700juſqu'en 1772. Toutes
les difficultés qui auroient pu arrêter un
Écrivain moins zélé que lui pour la gloire
DE FRANCE. 77
de l'Académie , ou moins sûr de les vaincre ,
ne firent qu'exciter fon ardeur ;& dans l'efpace
de trois ans , près de ſoixante- dix Éloges
furent achevés.
On fait que l'article Éloge , dans l'Encyclopédie
, eſt de M. d'Alembert , & qu'il
contient d'excellens préceptes ſur les éloges
hiſtoriques. " Ces préceptes , dit M. de Condorcet
avec une modeſtie qui accompagne
toujours les grands talens , " ces préceptes ,
"
"
"
dictés par la raiſon & par le goût , font
ſentir toute la difficulté de ce genre d'Ouvrages
, & doivent décourager ceux qui ,
honorés de cette fonction par une Com-
>> pagnie ſavante , fentent combien ils ref-
>> tent au-deſſous , & des leçons que leur
ود
" donne M. d'Alembert & des exemples
» qu'il leur a tracés. Si M. de Condorcet
pouvoit entendre la voix publique , lorſqu'il
prononce l'éloge de quelqu'un de ſes Con.
frères , il n'ignoreroit pas qu'elle le place
depuis long- temps au rang des Biographes
les plus célèbres ; & s'il est vrai , comme on
l'a dit , que l'illuſtre Corps dont il eſt l'organe
doive aux Éloges de Fontenelle une
partie de fa réputation , pourquoi ne dirionsnous
pas que M. de Condorcet en augmentera
la gloire ?
Parmi les Éloges que M. d'Alembert a
faits pour l'Hiſtoire de l'Académie Françoiſe
, il en eſt où il s'eſt permis plus de ſimplicité
, de familiarité même. Le Public ,
apive ir encouragé cette liberté par des
Diij
79 MERCURE
applaudiſſemens multipliés , parut enſuite la
defapprouver. M. de Condorcet juftifie M.
d'Alembert de ce reproche; & ce morceau
n'eſt pas un des moins piquans de fon Ouvrage
, par la fineſſe avec laquelle il fait voir
que dans une ſuite conſidérable d'Éloges ,
M. d'Alembert devoit néceſſairement chan
ger fa manière , & qu'il pouvoit quelquefois
, en s'abandonnant à tous fes mouvemens
, traiter ſes Lecteurs plutôt comme
des amis que comine des juges .
Après avoir conſidéré ſon illuſtre Maître
comine Géomètre , comme Écrivain & comme
Philofophe , après l'avoir loué comme
autrefois Fontenelle loua Leibnitz & Newton ,
M. de Condorcet conſacra le reſte de ſon
Éloge à parler de la perſonne même de M.
d'Alembert. Il nous peint ſon caractère , fon
âme & les vertus ſociales ; il juge de fon
caractère par la liſte de ſes amis. * Sa répu-
* Si M. de Condorcet avoit pu , dans un Ouvrage
dont le fonds éroit fi riche, parler plus au long des
amis de M. d'Alembert, il auroit fans doute nommé
un vieillard que des qualités rares dans tous les
ſiècles , font chérir & refpecter de tous ceux qui le
conroiffent , dont l'âme pure & généreuſe n'éprouve
d'autres fentimens que ceux qu'inſpirent Thoranité
, la bienfaisance & la vertu , pour qui le defir
d'être utile eſt un devoir de justice , & le bonheur
d'y réaffir une néceflité ; un homme coin qui , par
l'étendue de ſes lumières , un goût sår & délicat ,
mérita d'être l'ami de Fontenelle , de Voltaire & de
d'Alembert
DE FRANCE.
79
tation , fans doute , portoit ſur une baſe
trop ſolide pour qu'il craignît d'aſſocier ſa
gloire à celle des hommes les plus celèbres.
Ami conſtant de Voltaire pendant plus de
trente ans , il s'occupoit avec un foin prefque
ſuperſtitieux de multiplier les hommages
que ce grand Homme recevoit de ſes
compatriotes. Il ne parla de l'illuſtre Euler à
un grand Roi que pour lui en faire fentir le
merite.... Confulté par ce même Prince
pour remplacer ce Géomètre qui retournoit
en Ruffie , M. dAlembert lui propoſa de
réparer cette perte, en appelant à BerlinM.
de Lagrange , & ce fut par lui ſeul qu'un
Souverain qui l'eſtimoit , apprit qu'il exiſtoit
en Europe des hommes qu'on po: voit regarder
comme ſes égaux. " Son amitié étoit
» active , & même inquiète ; les affaires de
ود
...
ſes amis l'occupoient , l'agitoient, & fou-
>> vent troubloient ſon repos encore plus
ود que le leur; il étoit etonné de l'indiffé-
>> rence, de la tranquillité qu'ils montroient ,
leur en faifoit des reproches ; & quelque- "
ود fois fon intérêt étoit li vif , qu'il les for-
>> çoit de detirer le ſuccès pour lui , plus en-
> core que pour eux mêmes..... Il ne croyoit
"
"
pas qu'il fût permis d'avoir du fuperflu
>> lorſque d'autres hommes n'ont pas même
le néceffaire ...... Son zèle pour le progrès
des Sciences & la gloire des Lettres , ne
ſe boinoit pas à y contribuer par les Ou-
>> vrages , il devenoit le bienfaiteur , Tapani ,
>> le conſeil de tous ceux qui , dans leur jeu
ود
Div
80 MERCURE
>> neſſe , annonçoient du talent ou mon-
>> troient du zèle pour l'étude ; ſouvent il
>> a éprouvé de l'ingratitude ; mais l'amitié
• qu'il a trouvée quelquefois pour prix de
» ſes ſervices & de ſes leçons , le confo-
> loit , & il ne ſe croyoit pas malheureux
» d'avoir fait cent ingrats pour acquérir un
» ami . »
Encore quelques traits de ce portrait fi
bien fait & fi reſſemblant..... " Son caractère
>> étoit franc , vif & gai ..... Il s'irritoit faci-
> lement dans ſes dernières années , mais
>> revenoit plus facilement encore , cédoit à
>>un mouvement de colère , mais ne gar-
>> doit point d'humeur..... Après avoir de-
» meuré près de quarante ans dans la mai-
ود
ſon de ſa Nourtice , ſa ſanté l'obligea de
» quitter le logement qu'il occupoit chez
>> elle , & l'âge de cette femme reſpectable
> nelui permitpasde le ſuivre. Tant qu'elle
>> vécut, deux fois chaque ſemaine il ſe ren-
>> doit auprès d'elle , s'aſſuroit par ſes yeux
>>des ſoins qu'on avoit de ſa vieilleſſe , cher-
" choit à prévenir , à deviner ce qui pou-
>> voit rendre plus douce la fin d'une vie fur
>> laquelle ſa reconnoiſtance & fa tendreſſe
>> avoient répandu l'aiſance & le bonheur . »
Remercions M. le Marquis de Condorcer
d'avoir mis ſous nos yeux un tableau fi intéreſſant.
Qu'il eſt doux de laiſſer repoſer
ſon coeur fur ces détailsde la vie d'un grand
Homme , & de le voir deſcendre de la hanteur
où ſon génie & des méditations ſubliDE
FRANCE. 81
mes l'avoient élevé , pour ſe livrer quelquefois
aux mouvemens de ſon âme , & ceder
fans effort aux plus délicieux ſentimens de
la Nature !
Achevons , & retraçons les derniers traits
que M. de Condorcet ajoute au portrait de
ſon ami. Illuftr,e par pluſieurs grandes dé-
>> couvertes ; digne par ſa modération , fon
>> déſintéreſſement , la candeur & la nobleſſe
» de ſon caractère , de ſervir de modèle à
- ceux qui cultivent les Sciences , & d'exein-
>> ple aux Philoſophes qui cherchent le bonheur;
ami conftant de la vérité & des
hommes ; fidèle juſqu'au ſcrupule , aux
>> devoirs communs de la morale , comme
>> aux devoirs que ſon coeur lui avoit pref-
>> crits ; defenfeur courageux de la liberté &
"
ود de l'égalité dans les Sociétés Savantes ou
Littéraires dont il étoit Membre ; admi-
>> rateur impartial & ſenſible de tous les
"
ود vrais talens ; appui zélé de quiconque
» avoit du mérite ou des vertus ; aufli eloi-
> gné de toute jaloufie que de toute vanité ;
ami affez tendre pour "
ود
20
.....
que la ſupériorité de ſon génie , loin de
refroidir l'amitié en bleſſant l'amour .
propre , ne fit qu'y ajouter un nouveau
charme plus touchant : il a mérité de vi-
>> vre dans le coeur de ſes amis comme dans
la mémoire des hommes.»
ود
ود
ود
Ce portrait , que la haine & l'envie trouveront
peu fidèle , frappera par la reffem
Dv
82 MERCURE
b'ance tous ceux que le grand Homme qu'il
peint honoroit de fon eſtime & de fon amitié.
Nous avions le bonheur d'être compré
dans ce nombre , & nous ofons affurer qu'il
n'en est aucun parmi eux qui voulut en effacer
un ſeul trait.
En finiſſant M. de Condorcet annonce
que M. d'Alembert a fait des difpofitions
qu'il a confiées à trois de ſes amis;
il donne d'abord aux deux premiers des éloges
qu'a juſtifié la voix publique ; il parle
enfuite de lui même. Je n'ai pu, dit- il
"
ود
ود
"
ود
avoir d'autre titre pour être placé dans
>>cette lifte honorable , que l'amitié même
>>de M. d'Alembert , amitié que men zèle
pour l'étude m'avoit méritée dès ma jeuneffe
, que pendant plus de quinze ans
>>j'ai regardée comme un des premiers biens
de ma vie , & dont le ſouvenir doux &
cruel ne ss'affoiblira jamais dans mon
» coeur ; car il eſt des pertes qui ne peu-
>> vent s'oublier , parce qu'elles ne peuvent
ور
ل
"
ſe réparer; & lorſque l'ami qui nous a été
enlevé étoit un de ees hommes rares que
>> pluſieurs générations ne remplaceront
>> point , lorſque ſon amitié tendre , active ,
courageuſe , éclairée , étoit unique comme
lui-même; lorſqu'on étoit uni avec lui par
les rapports d'opinions , de goûts , de
>> ſentimens , par cet attrait naturel qui ren.
droient irréparable la privation même
✓ d'un ami qui n'auroit point d'autres titres
وي
39
DE FRANCE S
ود
33
ود
ود
ànos regrets , il ne doit reſter à ceux qui
ont éprouvé de telles pertes , & qui les
ont vûes ſe renouveler en peu d'années ,
que la triſte & douloureuſe conſolation
de n'avoir pas vécu ſans connoîtie le
bonheur. رد
Voilà le langage ſumple & touchant que
parle la véritable amitié. Ce morceau peint
la ſenſibilité de l'âme de M. de Condorcet &
toure la vivacité de ſes regrets , avec une vérité
dont nous ferions garans ſi l'on pouvoit
jamais ne pas ſentir ce qu'on exprime fi
bien.
Nous ne finirons pas cet extrait ſans répondre
à deux obſervations critiques que
nous avons entendu faire , en parlant de
l'éloge dont nous venons de rendre compte.
Dans la première , on reproche à M. de
Condorcet de n'avoir pas mis affez de mouvement
dans ſon ſtyle, & de ne lui avoir
pas donné affez d'élévation. Cette remarque
ne nous paroît pas juste. On n'a pas ſongé
fans doute en la faiſant , que l'Ouvrage dont
il s'agit , eſt un Éloge purement hiſtorique ,
que tels doivent être les Éloges en ufage
dans l'Académie des Sciences , qu'il faut les
regarder comme des Mémoires pour ſervir
à l'Hiſtoire des Lettres , & que les réflexions
philoſophiques doivent fur tour être
l'âme de ces fortes d'Ecrits. Quant à l'élé
vation du ſtyle , veut on parler de ſa nobleife
ou de ſa ſublimité? ( car beaucoup de
gens confondent ces trois choſes. ) Si l'on
Dvj
$4 MERCURE
parle de la nobleſſe , nous oſerons dire que
le reproche n'eſt pas fondé ; ſi c'eſt de la ſublimité
, nous répondrons que le ſtyle fublime
ne fauroit, ſans bleſſer les règles du
goût , entrer dans un Éloge hiſtorique ; que
trop ſouvent on prend un amas de phraſes
ou de mots harmonieux , mais infignifians ,
pour ce genre de ſtyle , & que le vrai talent
d'écrire n'eſt pas l'art d'employer des termes
pompeux & vagues , & d'arrondir des périodes
, mais celui de rendre clairement ſes
idées , & de prendre un ton convenable au
ſujet que l'on traite. La ſeconde remarque
porte ſur la longueur de l'Ouvrage & des
détails géométriques. Cette objection nous
paroît tout auſſi peu ſolide. M. de Condorcet
avoit à parler devant une Affemblée de
Savans , d'un homme qui avoit reculé les
limites des Sciences , & dont la ſupériorité
en géométrie étoit une des plus belles por- .
tions de ſa gloire. Pouvoit- il ſe permettre
de ne pas parler de tous les Ouvrages mathé
matiques de M. d'Alembert , qui , la plupart,
annoncent l'inventeur & une révolution
dans l'Histoire de la Géométrie ? Enfin
on a répété que Fontenelle avoit rendu la
place de Secrétaire dans l'Académie des
Sciences très - dangereuſe à occuper. Nous
l'avouons ſans peine; mais plus nous ſentons
cette vérité , & plus nous ſommes convaincus
qu'il falloit après lui , pour la remplir
avec honneur , un homme , qui , comme M.
de Condorcet , eût l'art de faire valoir , par
DE FRANCE. 85
de bonnes analyſes , les Ouvrages de ſes
Confrères , & qui fût tout- à- la- fois un Savantdu
premier ordre, un Philofophe profond
& un grand Écrivain.
(Cet Article est'de M. de Villars . )
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 27 Juillet , on a donné , pour la
première fois , Léandre - Candide , ou les
Reconnoiffances , Comédie- Parade , en deux
Actes , en profe & en vaudevilles.
La Scène eſt en Turquie. Acte Icr. Le
Théâtre repréſente un Caravanferail. Léandre
Candide & Martin Caffandre ouvrent
la Scène. Le premier , toujours persécuté
par le fort , eft fur le point de renoncer à
l'optimiſme ; le ſecond cherche à prouver
à fon jeune ani que , dans ce monde ,
tout eft au pis. On amène à Léandre un Efclave
qu'il a rachete fans le connoître ; cet
Efclave eftle Docteur Pangloff, qui , après
avoir reconnu fon Élève, lui raconte ſes malheurs.
Recir, qui don e lieu à quelques débats
entre Martin & Pangloff, fur le ſyſteme que
chacun d'eux a adopte. Un Efclave Turcles
interrompt. Cet E cave eſt Pietror , ancien,
Valet de Lear die. Celui ci le reconnoît , ſe
faiſit de lui , & lui demande ce qu'il a faitde
ſa fortune & de ſa maîtreffe. Pierrot s'excuſe
86 MERCURE
affez mal fur ce qu'il a fait de l'argent ; mais il
force fon maître à tout oubher, lorſqu'en lui
parlant de fa maîtreſſe il dit: Elle est ici. En
effet elle est en Turquie ; mais elle eſt Eſclave
du Pacha Usbeck, qui , juſqu'a ce moment, a
vainement tenté de lui faire partager l'amour
dont il brûle pour elle. Léandre veut la racheter,
Pierrot Pen détourne: il lui apprend qu'Uf.
beck l'envoye à ſa maiſon de campagne ,
qu'elle va s'arrêter au Caravanſérail pendant
que fa litière relayera. Léandre ſe cache dans
un cabinet avec Pangloff. Après que la
chambre dans laquelle on doit faire repoſer
Iſabelle a été affez légèrement examinée par
le Chef des Gardiens du Sérail , & que Léandre
, ainſi que Pangloff, ont cru reconnoître
dans ce Chef le Baron , frère d'Iſabelle , on
introduit la favorite d'Usbeck , & la vieille
Colombine ſa ſuivante. Dans cette Scène
Iſabelle parle beaucoup de fon amour pour
Léandre , & du deſir qu'elle a de lui reſter
fidelle ; mais Colombine cherche à lui prou
ver qu'elle doit ceſſer d'être conſtante , &
qu'il le faut. Iſabelle ſent bien qu'il faudra
céder , & elle dit :
Pour réſiſter , trop timide ;
Fidelle,je ne me rendrai
Qu'en pensant à mon cher Candide.
Après quoi elle fort pour ſe remettre en
route. Pierrot conſeille à fon Maître , à
Pangloff & à Caſſandre de la fuivre promp
DE FRANCE
. 87 rement , afin de l'enlever pendant l'abfence
d'Usbeck
. Acte IIF. Le Théâtre repréſente les jardins extérieurs du Sérail. Colombine
promet à Pierrot de ſervir Léandre dans ſes projets , à une condition fur laquelle Pierrot lui pro- met qu'elle fera fatisfaite. Il en fait part à Léandre , à Caffandre & à Pangloff. Co- lombine veut être épousée. Mais qui ſera ſon époux ? Caffandre, Panglof & Pierrot la re- fufent tour à tour ſous différens prétextes. Le dernier propoſe de s'en remettre aufort , entirant à la courte paille. Le fort tombe fur Pangloff , qui s'y ſoumet ſans beaucoup
d'effort . Cependant les Voyageurs ont fait favoir au Baron que des étrangers defiroient
lui parler ; il vient: & delà deux Scènes , dans la première deſquelles le Baron recon- noît le Docteur , comme il reconnoît enſuite Léandre dans la ſeconde. Colombine
a été Adelle à ſa parole; dès qu'elle a éré sûre d'un époux, elle a cherché à ſervir Léandre . Elle con- duit Iſabelle dans les jardins; la jeune eſclave croit y rencontrer Usbeck ,elle reconnoît enfin Léandre , & tous deux s'abandonnent
aux tranſports de deux amans qui ſe retrouvent
après une longue ſéparation. Le Chef des Gardiens , témoin par hafard de ces tranf- ports , le Baron , en un mot, qui garde ſa foeur ſans la reconnoître , & fans en avoir été reconnu , vient avec des Gardes , & vent faire arrêter Léandre. Celui ci le prie , le
preſſe ,lui propoſe même de l'argent; com
88 MERCURE
me rien ne peut toucher le Baron , on lève
le voile d'Iſabelle; & le Baron , reconnoifſant
ſa ſoeur , veut faire éloigner, les Gardes.
Ceux- ci ſe refuſent à lui obéir. A l'inſtant
Pierrot arrive , il annonce la mort d'Usbeck ,
à qui le Sultan a envoyé le cordon ; il apporte
en même temps ſon teſtament , par
lequel Iſabelle demeure propriétaire du Sérail&
de tous les Eſclaves. Iſabelle donne la
liberté à ceux ci , & promet à Léandre de
l'épouſer le lendemain .
On a imprimé que , fans être pédant , on
ne fauroit juger cet Ouvrage avec fevérité.
Il eſt bien certain qu'il ne faut pas regarder
du même oeil une Comédie de caractère ou
d'intrigue , & une Comédie parade ; c'est - àdire,
un Ouvrage capable de donner de la
gloire à fon Auteur , & une production
éphémère dictée par la folie, & accueillie ,
pour ſa gaité, par les oiſifs & les déſoeuvrés.
Néanmoins lorſqu'un Auteur s'aviſe d'aller
puifer dans un Roman très philofophique la
matière d'une Comédie parade ; lorſque ,
ſemblable à un Souffleur qui , après avoir mis
en fuſion de l'or monnoyé, écarteroit l'or pur,
pour ne recueillir que l'alliage , il met de
côté le fonds moral de l'Auteur dont il a
pris la fable , pour ne porter fur la Scène
que ſes gaîrés , fes licences & ſa folie ; l'obſervateur
doit- il garder le filence , & ne
peut il s'élever contre un pareil abus fans
paſſer pour un pédant ? Malgré l'eſpèce d'anathême
lancé contre tout Critique trop fé
DE FRANCE 89
vère pour Léandre- Candide , nous oferons
dire que c'eſt faire un mauvais uſage de ſon
eſprit que de l'employer à raſſembler dans
un petit cadre toutes les gravelures , toutes
les plaiſanteries qu'un Philoſophe aimable&
gai a répandues dans un Ouvrage moral , &
que c'eſt deshonorer les ſources dans lefquelles
on puiſe, que d'abuſer ainſi des brins
de clinquant qu'on y ramaſſe , pour défennuyer
des Amateurs de parades , & plaire à
quelques eſprits libertins. Lorſque Voltaire
traça Candide , il voulut être utile; il voulut
que la gaîté jetât de l'agrément fur les leçons
qu'ilalloit donner; en conféquence ila couvert
ſa morale des fleurs de fon imagination brillante
, & quelquefois il a fait marcher la
folie de front avec la ſageſſe; mais certainement
s'il vivoit encore , il feroit bien furpris
de voir ſon Candide traveſti en Léandre,
ſon Martin enCaſſandre, ſa Cunégonde
en Iſabelle , &c. Nous croyons qu'un pa
reil traveſtiſſement a dû déplaire à tous ceux
qui, non- feulement ont conſervé pour Voltaire
le reſpect qui lui eſt dû , mais qui refpectent
encore davantage les Ouvrages moraux
faits pour être utiles aux hommes en
les éclairant. Au reſte , après avoir vû porter
fur le Théâtre de la Comédie Italienne l'Hiftoire
de France , dramatiquement découpée
en madrigaux , il n'eſt pas étonnant d'y voir
traveſtir les Adages d'un Philoſophe , en farcaſmes
ſouvent graveleux juſqu'à l'indé
cence.
१०
MERCURE
Conſidérée ſimplement comme Ouvrage
de fantaitie , cette production a plu à quelques
Spectateurs. L'Aureur a été demandé ,
il n'a point paru ; un Acteur a déclaré qu'il
étoit inconnu. La Pièce eſt fort agréablement
jouée. M. Trial , dans le rôle du
Baron , devenu par accident Chef des Gar
diens du Sérail , eſt très piquant & très-original.
Les vaudevilles ſont coupés avec facilité
, & même avec une certaine grâce qui
fait regretter que l'Auteur ne ſe livre pas à
un genre plus fait pour être généralement
avoué , que celui qu'il paroît avoir adopté.
ANNONCES ET NOTICES.
DISCOURS fur le Défintéreſſement , prononcé à
l'ouverture de l'.Affemblée Provinciale de la Haute-
Guienne , le 7 Septembre 1780 , par M. l'Abbé de
Saint Géry , Chanoine , Théologal & Vicaire-Génésal
de Montauban. A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , 1784 .
Prouver que le déſintéreſſement est la vertu la plus
propre à contribuer à la proſpérité & à la gloire
d'un Empire, c'eſt ce que M. l'Abbé de Saint Géry a
faitdans les deux Parties de ſon Diſcours: & il l'a
fait avec la noble fimplicité qui doit être un des caractères
diftinctifs de l'éloquence facrée. On lira ce
Diſcours avec intérêt; & les éloges qui y font donnés
par l'Orateur aux Chefs d'une Adminiſtrarion
Provinciale, ſe font remarquer par le ſage milieu
qu'ils tiennent entre une modeſtie aveugle , & une
exagération qui n'eſt que trop commune dans les
Difcours de ce genre.
DÉ FRANCE.
91
Le Retour de mon pauvre Oncle , ou Relation de
fon Voyage dans la Lune , écrite par lui même , &
mise au jour par fon cher Neveu. ABallomanipolis ,
& ſe trouve à Paris , chez Lejai , Libraire , rue
Neuve des Petits-Champs.
Mon pauvre oncle , comme on fait, ayant déjeûné
après s'être vivement querellé avec pluſieurs de ſes
amis , fut attaqué d'une colique violente; & au lieu
d'un clyſtère émolliant qu'on vouloit lui donner ,
on introduifitde l'air inflammable dans ſes entrailles';
mon pauvre oncle s'élève , paſſe par la fenêtre , &
s'envole à la lune. La relation de ce qu'il y a vû fait
le ſujet de la petite Brochure que nous annonçons :
on y trouvera une critique de nos moeurs aſſez juſte ,
mais peu piquante. Le Lecteur trouve rarement ce
qu'il attend , & quelquefois il est étonné de trouver
ce qu'il n'attend pas ; telle eſt ane fortie fort longue
contre la Tragédie de Macbeth , dans laquelle l'Auteur
rappelle tous les défauts que l'on a reprochés à
cettePièce , & ne cite pas une feule des beautés qu'on
yaremarquées.
La Mefmériade , ou le Triomphe du Magnétisme
Animal, Poëme en trois Chants , dédié à la Lone,
A Genève , & ſe trouve à Paris , chez Couturier ,
Imprimeur- Libraire , quai des Auguftins .
Avant de faire un Poëme , l'Auteur de la Mefmériade
auroit dû apprendre les règ es de la verfification ;
peut-être feroit on grâce toutefois aux vers faux ,
aux mauvaiſes times & aux foiléciſmes qu'on y
trouve , fi d'ailleurs il y avoit quelque choſe d'utile
ou d'agréable : Au refte , l'Ouvrage eſt dédié à la
Lune.
ELOGE de Fontenelle , par M. l'Abbé de Flers . A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur - Libraire rue
92 MERCURE
Galande , & chez Prévôt , Libraire , rue de la
Harpe.
Vouloir louer en vingt pages un homme dont
les talens ont été preſque univerſels , & qui, pendant
un fiècle , a vû les lauriers s'accumuler fur fa
tête, eſt une entrepriſe un peu hardie. Les Ouvrages
de Fontenelle font claſſes il y a long-temps , & fes
dialogues , ſes entretiens & ſes éloges tiennent une
place diftinguée dans la Littérature Françoiſe. Un
Diſcours , dans lequel on attend peut- être de nouvelles
difcuffions , & où l'on voudroit ſur tout voir
apprécier l'homme dans Fontenelle , dont on a dit
beaucoup de mal & de bien , eſt d'autant plus difficile,
que l'Académie Françoiſe, dans un Concours
peut-être nombreux , n'en a pas trouvé un ſeul qui
méritât d'être couronné. Celui de M. l'Abbé de Flers
n'auroit pas vraiſemblablement fait changer l'Académie
d'opinion, ainſi qu'il le dit dans ſa Préface. On
eft fur- tout fâché de trouver ſouvent dans cet Éloge
unſtyle de mauvais goût.-Comme la Naturedéfail
lante qui ſouſtrait un homme à l'Univers.- L'efprit
deFontenelle avoit trop d'activitépour nefaire d'explosion
qu'à sa mort.- Ses jolies pensées qu'il se
plaifoità careffer étoient des fautes d'habitude. L'Auteur
trouve M de Fontenelle plus inventeur que Defcartes.
Il ſemble que M. l'Abbé de Flers ſe ſoir plu
à affecter en louant Fontenelle , le ſtyle vicieux qui
gâte les Ouvrages de la jeuneſſe , & qu'on lui a reproché
avecraiſon. C'eſt faire encore plus fentir les
défauts de l'homme dont on entreprend l'apologie ,
que de les imiter ſoi-même.
PRÉCIS d'Obfervationsſur la Nature, les Cauſes,
les Symptômes & le Traitement des Maladies Epi.
démiques qui règnent tous les ans à Rochefort , &
qu'on obferve de temps en temps dans la plupart des
Provinces de France, avec des confelisfurles moyens
DE FRANCE.
93
de s'en préſerver , préſenté au Roi par M. Retz ,
Médecin ordinaire du Roi , &c. A Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers , & à
Verfailles , chez Blaifot.
CetOuvrage eſt comme la ſuite des obſervations
de l'Auteur , recueillies dans un Volume qui a remporté
en 1778 le Prix de l'Académie de Bruxelles;
ce n'est que d'après une expérience ſuivie de pluſieurs
années que l'Auteur prononce ſur les maladies
épidémiques de Rochefort ,& il eſt difficile de ne
pas ſentir en le liſant l'exactitude de ſes raiſonnemens
&de ſes obſervations. L'Ouvrage eſt diviſé en
cinq Parties : la première traite de la nature de l'épidémie;
la deuxième , de ſes cauſes; la troiſième ,
des ſymptômes qui la caractériſent; la quatrième ,
du traitement , & la cinquième expoſe les moyens
préſervatifs. Chacune de ces Parties eſt traitée avec
clarté & avec méthode ; & l'Ouvrage eſt terminé par
les formules les plus uſitées , & pour ainſi dire les
ſeules néceſſaires dans le traitement de l'épidémie.
MOYEN de diriger le Globe Aérostatique , nouvellement
découvert par M. D. L. N. A Paris , chez
Lejai , Libraire , rue Neuve des Petits-Champs , &
chez les Marchands de Nouveautés.
MM. de Montgolfier , à qui nous devons la découverte
qui occupe l'Europe entière , cherchent les
moyens de diriger le Globe Aéroſtatique ; & ils ont
la-deſſus quelques eſpérances que le temps peut réaliſer
ou démentir. L'Auteur du Mémoire que nous
annonçons paroît nous offrir un moyen certain , du
moins ſi l'on en croit ſes paroles , nous laiſſons aux
Phyſiciens le ſoin de diſcuter ce moyen , & penſons
qu'il eſt prudent d'attendre pour y croire que l'expérience
en ait montré l'efficacité.
MEMOIRE& Observationsfur un nouveau moyen
94
- MERCURE
deprévenir & éviter l'aveuglément qui a pour cause
la cataracte , par M. Marchan , Oculiſte de la Ville
de Niſmes , ancien Chirurgien de l'Hôpital Militaire
de Rochefort. A Niſmes , de l'Imprimerie de
Beaume.
Le ſu'er de ce Mémoire eſt trop intéreſſant pour
que les Gens de l'Art ne s'occupent point d'en faire
l'expérience, & fur-tout de vérifier les cures quiy font
rapportées . Les travaux de M. Marchan ſont d'un
augure bien favorable ; & on ne peut que l'exhorter
àchercher tous les moyens poſſibles de perfectionner
ſa découverte.
Del'honneur des deux Sexes , & Principes géréraux
fur les differentes espèces de Rapts , de Séduction
, de Subornation & de Violence , par M. Ménalfier
de l'Eſtre , Avocat au Parlement. A Paris , de
l'Imprimerie de Nyon , Imprimeur du Parlement ,
rueMignon.
Ce Mémoire eſt le réſultat des réflexions occaſionnées
par la lecture du Traité de la Séduction par
M. Fournel. C'eſt une critique honnête ; & en
nous abſtenant de prononcer ſur le fonds de l'Oavrage,
nous dirons que c'eſt une production eftimable
& digne d'éloge.
ELOGE Funèbre de Meſſire Pierre Pillas , Bachelier
de Sorbonne , Curé - Doyen de la Ville de
Réthel Mazarin , Conseiller Clerc au Préfidial de
Sédan , prononcé par le R. P. Dehaye , Ex- Provincial
des Miniſmes de Champagne. A Charleville ,
chez Guyot , Imprimeur; & ſe trouve à Réthel ,
chez Migny , Libraire , place de la Halle.
L'Auteur de ce Diſcours a ſu intéreſſer en faveur
de celui qui en eſt l'objet , & qui a réuni le Sacerdoce
àlaMagiftrature; heureux l'homme dont on
DE FRANCE.
95
peut dire: Delectus Deo & hominibus cujus memoria
in benedictione eft . Eccl . 45 , I.
Le Supplice d'une Vestale , Eſtampe dans la manière
noire , peint & gravé par Bonnieu. Prix , 1 liv.,
4 fols . A Paris , à la Bibliothéque du Roi , & all
portique du Palais Royal , No. 29 , au deuxième
étage.
Le tableau d'après lequel cette Eſtampe eſt gravée ,
avoit été expoſée au Sallon l'année 1779. La gravure
rend tout l'effet du tableau ; elle est faite avec
force , & fait doublement honneur à M. Bonnieu.
NUMÉROS 17 à 24 du Journal de Guittare , intitulé:
la Muse Lyrique. Prix , 6 fols la feuille. Abon- .
nement , 12 liv. , & 18 liv. pour quatre feuilles par
mois. A Paris , chez M. Baillon , Marchand de
Muſique , rue neuve des Petits -Champs , au coin de
celle de Richelieu. Il envoie toute forte de Muſique ,
port franc , au prix marqué.
AIRS de l'Epreuve Villageoise , accompagnement
de Harpe ou Piano-forte , par M. Leroy , Maître de
Chant. Buvre cinquième. Prix , 4liv. 4 ſols. AParis ,
chez Leroy , Marchand de Muſique , place du Palais
Royal , au Café de la Régence.
Le ſuccès de cette Muſique doit faire recevoir
avec avidité tous les arrangemens qu'on en fera.
RECUEIL d'Ariettes avec accompagnement de
Harpe; Violon ad lib . précédé de deux couplets pour
Leurs Majestés , par M. Rabouin. Prix , 7 liv. 4 fols .
A Paris , chez M. Naderman , Luthier , rue d'Argenteuil,
Butte Saint-Roch.
HUITIĖME Recueild' Airs d'Opéras- comiquespour
trois Flûtes , par M. Muffard , Maître de Flûte.
96 MERCURE
Prix 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez l'Aureur , rue
Aubri le Boucher , maiſon du Marchand de Vin , à
côté du Pâtiſſier.
NUMERO 7 du Journal de Clavecin , par les meilleurs
Maîtres. Prix , 3 liv. , abonnement 15 liv. pour
tout le Royaume.-Numéro 3 duJournal d'Orgue ,
par M. Charpentier , Organiſte de Notre - Dame ,
de S. Paul , &c. contenantdeux Magnificat , l'un en
Solmajeur , l'autre enfol mineur. Prix de l'abonnement
, 24 liv. auffi port franc par la poſte. A Paris ,
chez M. Leduc, au magaſin de Muſique , rue Traverſière
S. Honoré,
NUMÉRO 7 du Journal de Harpe , par les meilleurs
Maîtres. Prix , 2 livres 8 fols. Abonnement
Is livres. A Paris , chez M. Leduc , au Magafin de
Mufique , rue Traverhere-Saint-Honoré.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librairiefur
la Couverture.
TABLE.
A
DEUX Amies,
A un Sénateur ,
Zephirin ,
491 gryphe , 68
So ElogedeM. d'Alembert , 69
ib. Comédie Italienne , 85
Epigramme, 67 Annonces & Notices ,
Charade, Enigme & Logo-
APPROBATION.
१०
J'AAIl lIaN , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 14 Août. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris, le 13 Août 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUIE.
DE
CONSTANTINOPLE , le 2 Juillet.
L'Empire , comme
Acontagiondes révoltes ſe propage dans
la peſte. L'Égypte , à
ce qu'on dit, eft appaiſée pour le moment;
mais les Druſes ſont foulevés. Une diviſion
de la flotte du Capitan Pacha eſt allée en
Syrie, afin d'appaiſer ces nouveaux mouvemens.
Les Monténégrins remuent auffi , &
le Pacha d'Albanie ſe prépare à aller les foumettre.
Les Circaſſes ne font pas plus fideles;
il ſe confirme que le fils du Prince Salomon
leur Chef, a été tué dans une rencontre avec
les Ottomans.
Durant cette anarchie intérieure , on s'occupe
avec conſtance de tous les moyens de
sûreté pour cette Capitale. On vient d'élever
ſur un rocher, à l'embouchure du canal,
du côté de la mer Noire, de nouvelles batteries
qui couvrent le paſſage.
No. 33 , 14Août 1784. C
( 50 )
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Juillet.
Le 8 de ce mois, on a lancé un vaiſſeau
de ligne de 64 can., nommé le Mars. C'eſt
la Compagnie Aſiatique qui l'a fait conftruire
pour la Marine du Roi. Nous avons eu
ici deux frégates Ruſſes qui alloient à Archangel.
Il s'eft vendu à la Bourſe des Actions de
la Compagnie d'Afie pour 1001 rixdalers ,
des Actions des Indes Occidentales pour
251 , & de la Baltique pour 80 .
Par une Ordonnance Royale du 7 de ce
mois , le Gouvernement a affranchi de tout
droit quelconque , & de la retenue ordinaire,
tous les effets mobiliers , de quelque nature
qu'ils foient, qui ſeroient tranſportés
du Dannemarck & de la Norwege , dans le
Sleſwick , & autres Provinces d'Allemagne ,
foumiſes à S. M. D.
La difette a fait périr en Iſlande beaucoup
deperſonnes & de beſtiaux. Les chevaux de
tranſports étant montés à un prix exhorbitant
, les ſecours qu'on a fait paſſer dans les
districts les plus néceſſiteux , ou n'y font
point parvenus , ou font arrivés trop tard.
L'ifle volcanique , fortie depuis peu du fond
de la mer , a diſparu , mais les éruptions
continuent en Iſlande de tems à autre.
( 51 )
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 21 Juillet .
Les nouvelles de Dantzick n'annoncent
pas encore comme immédiate la ſolution du
démêlé de cette ville avec le Roi de Prufſe .
Les négociations directes entre la Cour de
Berlin & la Ruſſie font eſpérer fans doute
un arrangement prochain : cependant , il
peut être fubordonné aux affaires générales
de l'Europe en ce moment. Les travaux des
fortifications n'ont point diſcontinué.
Un Cutter Suédois , à bord duquel font
15 Cadets de marine , a fondé dernierement
les parages voiſins de l'embouchure de la
Viftule , pour rectifier les erreurs qui peus
vent s'être gliſſees dans les Cartes marines.
Le Porte-feuille hiftorique , Journal Allemand
qui s'imprime à Berlin , contient les
détails fuivans fur les nouveautés qui s'exécurent
dans les troupes de Ruilie.
Depuis quelque tems on eſt occupé de pluſieurs
changemens dans l'armée , qui méritent d'étre
connus. On a donné une nouvelle forme à des anciensRégimens;
pluſieurs nouveaux Corps en ont
été tirés & comp'ettés par des Recrues . La Cavalerie
, qui étoit très-lourde , eſt devenue légere.
Mais les changemensà l'exécution deſquels ontra.
vaille à préſent , font plus importans encore. On
affure que le Prince de Potemkin en eſt l'auteur.
Laderniere Ordonnance pour les Troupes , donnée
, il y a 18 ans , avoit accordé trop de pouvoir
c2
( 52 )
aux Colonels , pouvoir dont il a été fait ſouvent
abus aux dépens des Soldats , quelquefois même
des Officiers. Il étoit permis aux Chefs des Régimens
de faire,de leur propre mouvement , & fans
confulter perſonne , des changemens arbitraires
dans leurs Corps; les fonds qu'ils recevoient pour
J'entretien de ces Corps étoient conſidérables; ils
pouvoient faire là-deſſus de gros bénéfices ; mais
l'envie des Colonels d'augmenter ces bénéfices ,
& la vanité d'avoir de beaux Régimens de parade
coûterent quelquefois cher aux pauvres Soldats.
On les obligeoit de ſacrifier au luxe une partie de
leur folde, qui, non compris les rations de bouche,
n'excédoit pas la ſomme de ſept roubles par an , &
d'en acheter de la poudre , des couleurs pour les
bandoulieres , &c. , des manchettes , des culottes
pour l'été ,& autres choſes ſuperflues au militaire.
Si l'on ajoute à cette dépenſe celle pour le blan
chiſſage& pourdes articles néceſſaires aux Soldats,
on comprendra aiſément que leur ftuation étoit
des plus malheureuſes . On raconte que le Prince
de Potemkin a éprouvé le déſagrément de voir à
l'armée des Régimens dont les Soldats portoient
des ananchettes , étoient bien frilés & bien poudrés
, avec des armes polics proprement, mais fans
bas ni chemiſes . Les manchettes étoient couſues
auxmanches de l'habit , & ils mouroient de faim,
puiſqu'ils s'étoient vus forcés de vendre leurs rationsdebouche
pour en acheter des manchettes(1 ),
C'eſt ainſi qu'un luxe déplacé & fuperflu avoit rendu
le Soldat incapable du ſervice. Quelques Colonels
avoient fait faire les Uniformes ſi étroits ,
que le pauvre Soldatpouvoit àpeine ſeremuer.On
(1)Cen'eſtpas en Ruffie ſeulemen , où l'on peut être té
moin de cette déplorable pénurie. J'ai vu chez un Prince
d'Allemagne , qui entretient 15000 hommes au moins,
desOficiers même monter la garde fans chemifes.
( 53 )
asoute que le Prince indigné de la conduite de plat
fieurs Colonels envers leurs Soldats , les fit deſtituer
; exemple de ſévérité qui fut falutaire pour
les autres Régimens.
Apréſent on travaille à rédiger une Ordonnance
plus avantageuſe aux Troupes. Le Soldat
n'aura à l'avenir plus beſoin ni de poudre , ni de
manchettes , ni de couleur , &c. Il montera la
garde fans étre poudré , & les cheveux coupés
courts autour de la tête. Juſqu'à préſent , on
voyoit dans certains Régimens 40 à 50 Perruquiers
; mais dorénavant on n'en aura plus befoin.
Les bandoulieres , &c . feront faites de cuir
noir , & le Soldat ne ſera plus dans le cas de les
peindre. Les fufils , fans être polis , feront en.
tretenus proprement. Le Corps d'Artillerie à Péterſbourg
fut le premier qu'on vit en cheveux
courts & fans être poudrés. Cette nouveauté
frappa d'abord le ſpectateur & lui parut bifarre ,
mais il ſe fit bientôt à cette habitude. Les anciens
Uniformes , trop incommodes , feront auffi changés
; on donnera des habits courts , mais ailés , &
unmanteau àmanches , d'une longueur & largeur
proportionnées , & fuffifante pour garantir le Soldatcontre
le froid, ſans le gêner dans la marche;
la culotte ſera aiſée&deſcendra juſqu'au mollet;
les fouliers feront auſſi réformés & on leur ſubſti,
tuera de petites bottes -Il y aura auſſi du chan.
gementdans les armes. On aſſure que toute l'armée
portera des ſabres courts , & que les Carabiniers
feront armés & montés comme les Huffards.
On préſume auſſi que le pouvoir des
Colonels ſera limité ; mais rien n'eſt encore dé
cidé à cet égard.
On écrit de Revel qu'il y a été publié
un Ukaſe de l'Impératrice , par lequel il
1
C3
( 54 )
eſt enjoint aux divers Tribunaux du Duché
d'Eſthonie d'adminiſtrer la juſtice gratuitement.
Le nombre des bâtimens que les Hollandois
ont expédié cette année pour la pêche
du hareng , ſe monte à 166. 49 bâtimens
Hollandois font allés en Iſlande. Ainsi les
Hollandois ont fait partir cette années bâtimens
pour la pêche du hareng , & 8 pour
l'Iſlande , plus que l'année derniere. Tous
ces bâtimens ont fait voile le 15 Juin.
DE VIENNE , le 22 Juillet.
L'Empereur a fupprimé la place de Commandant
général de la haute Autriche &de
'Autriche antérieure. Les affaires militaires
du Tyrol & de Voraflberg ont éré attribuées
au Commandant pour l'Autriche intérieure ,
& celles de l'Autriche antérieure au Commandant
pour la baſſe Autriche.
Il étoit plus aiſé de réformer des Monafzeres
, que d'en vendre les poſſeſſions. Une
partie de ces domaines reſte ſans acheteurs :
ils vont être affermés , ce qui fait craindre
un prompt dépériſſement dans la culture de
ces terrains , & occaſionne des murmures de
la part de leurs cultivateurs .
On écrit de pluſieurs endroits de la Principauté
de Tranſylvanie , que les orages y
ont fait des dégats conſidérables. Le 17
Juin il est tombé aux environs de la montagne
de Korintſchiſch & dans le diſtrict de
( 55 )
Rodna, une prodigieuſe quantité de grêle &
de neige , ce qui a produit un ſi grand froid ,
qu'on a trouvé z garçons , l'un de 15 , &
l'autre de 13 ans , morts gelés ſur un grand
chemin.
M. le Comte Doblill , Bourgrave de Znaim
& le dernier de cette illuſtre famille , vient de
mourir d'une maniere bien tragique à l'âge de 63 .
ans : le 21 du mois paſſé , il étoit allé chaffer.
dans ſes terres ; s'étant éloigné des autres charſeurs
, un braconier vint à lui , l'attaqua bruf
quement , lui porta pluſieurs coups ſur la tête ,
lui coupa la main d'un coup de fabre & le renverſa :
le fang , qui couloit de toute part , n'attendrit
pas l'affaffin , il voit une bague de diamans que
le Comte portoit au doigt , il veut s'en emparer
, elle réſiſte , l'aſſaffin coupe le doigt , &
prend auffi-tôt la fuite : le malheureux cavalier
a été trouvé , environ une heure après nageant
dans ſon fang & prêt à expirer : il n'a ſurvécu
que cinq heures pendant leſquelles il a conſervé
aſſez de préſence d'eſprit pour donner le fignalement
de ſon meurtrier , qui n'apastardé àêtre
arrêté & mis en priſon ;c'eſt un déſerteur , appellé
Schwarzinger.
L'Empereur a donné au Comtede Kinsky
la place de premier Gouverneur de l'Archiduc
François , qu'avoit juſqu'à préſent le
Comte de Colloredo .
Le Comte de Breuner , Miniſtre de l'Empereur
à Turin , remplace à Veniſe le Comte
du Durrazo , qui a demandé ſa démiſſion ,
& le Marquis de Gerardini eſt nommé pour
aller àTurin.
Le 11 , l'Ambaſſadeur de Ruffie a reçu
C4
( 56 )
des dépêches de ſa Cour, relatives , à ce que
l'on prétend , à certaines meſures à prendre
dans les Duchés de Livonie & d'Eſthonie .
Il attend un ſecond courrier , qui doit lui
apporter la derniere réſolution de l'Impératrice,
au ſujet des affaires de Dantzick.
Le Commerce du Bannat commence à devenir
plus actif depuis que l'Empereur a diminué les
droits de ſortie pour les productions &marchandiſes
des Etats héréditaires , en les réduisant à
cinq douziemes pour cent , &que la Porte-Ottomane
laiſſe paſſer librement dans le Territoire
Impérial divers articles , comme ris , raiſins de
Damas , figues , amandes , café , limons & autres
comeſtibles ; les Sujets de l'Empereur qui
voyagent en Turquie ne payent rien pour les
marchandises qu'ils auront avec eux, lorſqu'elles
ne font pas conſidérables .
La Couralla hier jufqu'à Molek , au- devant de
P'Evêque d'Osnabrück , qui eſt arrivé daus cette
Capitale, accompagné du Général Grenville &
du Chevalier Keith, Miniſtre Plénipotentiaire de
S. M. Ce matin le Grand-Duc de Toscane eſt
reparti pour ſes Etats , l'Empereur l'ayant acy
compagné juſqu'à Neustadt.
DE FRANCFORT , le 2 Août.
Le 20 du mois dernier eſt mort à Hanau ,
à l'âge de 12 ans , le Prince Frédéric , fils
aîné du Prince héréditaire de Heffe- Caffel ,
Comte de Hanau .
On écrit de Vienne qu'il paroîtra inceffamment
un ordre pour la ſuppreſſion des
trois Abbaies les plus opulentes de la Moravie,
entr'autres de celle de Hraſdiſch . En
Bohême , on commence à ôter aux Curés les
( 57 )
dixmes & les terres attachées aux Paroiſſes ,
& ày fubftituer des appointemens convenables.
Sous le regne de Maximilien II , qui accorda
la tolérance aux l'roteſtans de ſes Etats , il paroît
qu'on fit un dénombrement de tous les Couvens
& Monastères qui exiſtoient alors ( en 1563 ) dans
l'Autriche , la Styrie , la Carinthie , la Carniole ,
laGoricie. Les Mémoires conſervés dans la Chancellerie
Impériale , portent qu'il y avoit à cette
époque 122 Couvens des deux ſexes , 436 Religieux
, 160Religieuſes , & 697 Affiliés. Le total
de leurs revenus étoit de 300,018 flor. , celui de
leurs dettes de 740,60 , & celui de l'argent qu'ils
avoient en caiſſe de 22,090. 2,347 meſures de via
étoientdans leurs caves , tandis que chez les ſeuls ,
ChartreuxdeGemingen on en a trouvé , à leur
ſuppreffion , 4632 .
On écrit de Ratisbonne , que les Erats
des deux Religions font enfin convenus de:
l'arrangement ſuivant , au ſujet de la repréſentation
à la Diete du College des Conites
de Westphalie ; ſavoir , qu'à l'avenir , ce
College feroit repréſenté par deux Miniſtres ,
l'un Catholique, & l'autre Proteftans , que
ces Miniſtres alterneront felon les matieres ,.
&que chacun ſeroit chargé particulierement
es affaires qui regardent fa religion. Cet
accommodement ſera porté inceſſamment à
la Dictature de la Diete.
des
Le Prince Evêque de Ratisbonne vient
de défendre dans fon dioceſe de ſonner les;
cloches , à l'approche d'un orage.
Une Lettre de Conftantinople, du 15 Jain,.
CS
1
( 58 )
porte qu'un Négociant François y a lancé le ro,
fur un grand pré , une Montgolfière de 16 pieds
de diametre. Ce ſpectacle nouveau aattiré une
foule de monde.Le Ballon s'eſt élevé à une hauteur
prodigieuſe , s'eſt ſoutenu dans l'air pendant
10 minutes ,& eſt venu tomber à terre à quelques
lieues de l'endroit du départ. On ajoute que quoique
ce ſpectacle ait fingulièrement diverti les
Muſulmans ,le Grand- Vifir craignant les accidens
du feu , dans un pays où la plupart des
maiſons font conſtruites en bois a fait déſenſe
de le renouveller .
ITALI Ε.
DE MILAN , le 23 Juillet.
Les Gazettes Italiennes ont parlé pluſieurs
fois de la découverte ingénicuſe du ſieur
Marco Barbaro , Vénitien; elle conſiſte à
laiffer fermenter le grain , avant que de le
femer , afin d'en obtenir une récolte plus
abondante. Les eſſais qu'on a fait dans cette
branche d'économie ont eu tout le ſuccès
poffible. Un écrit publié ici en donne les détails
ſuivans.
La récolte du froment mis en fermention ,a
été très heureuſe. Les épis étoient touffus &
grenés plus qu'ils ne le font lorſque la ſemence
eft faite ſuivant les procédés ordinaires. La réuffire
des ſeigles a été en quelque forte plus furprenante
encore que celle des autres grains. On
aadmis la groffeur de leurs tiges & la longueur
de leurs épis qui font biens grénés , peſans &
en grand nombre. Les Fermiers , qui ont été
témoins de l'abondance de la récolte , fe font
tranſportés chez l'auteur de cette découverte pour
l'en féliciter , & ils l'ont prié inſtamment de leur
donnes de fon grain pour leurs futures ſemailles.
( 39 )
L'auteur a fait préſent aux principaux habitans
de cette ville & à tous les départemens de
quelques unes de ſes plantes dans l'état de maturité.
On a vu ſortir d'un ſeu-l grain une tige
majestueuſe , chargée de 60 épis , & on auroit
des preuves encore plus ſurprenantes de l'utilité
de cette découverte , ſi des gens envieux ne
s'étoient pas introduits furtivement dans le jardin
de l'auteur , & n'en avoient enlevé les plus
belles tiges dont quelques-unes portoient plus
de 170 épis. Ces perſonnes mal intentionnées
ont fait de plus grands dégats encore dans
les terreins non enclos où l'on avoit ſemé de ce
grain.
M. Marco Barbaro a fait auſſi un autre eſſai ,
il a ſemé du riz dans un terrein ſec. Ce riz ,
préparé de la même maniere que les autres
grains promet de venir à maturité. Il eſt déjà
très-élevé.
Il eſt facile de rendre raiſon de la différence
remarquable qui ſe trouve entre le grain ſemé
dans les champs , & celui qui avoit été ſemé
dans le Jardin de l'auteur. Ce dernier , outre
qu'il eſt plus iſolé & plus diviſé , eſt d'ailleurs
préparé avec un acide plus actif , plus fort &
plus diſpendieux que ne l'eſt celui qui eſt ſemé
enpleine campagne. On ne doit donc pas s'étonnerque
le pprreemmiieerr qui eſt préparé avec un acide
plus actif & qui eſt ſitué plus avantageuſement ,
produiſe le double & ſouvent le quadruple de
P'autre.
Une lettre de Turin contient le rapport
ſuivant.
On a tenu dernierement en cette ville un Conſeil
, dans lequel on a examiné la propofition
faite au Gouvernement , par un négociani Amé
c6
( 60 )
ricain , établi dans l'ifle de Sardaigne depuis urt
an. Il propoſe de faire des expériences fur l'agriculture
du tabac , du caffé & du ſucre. Affuré
du ſuccès le plus complet, il demande au Gouvernement
des terreins ſuffiſans pour la culture
de ces denrées , & fe charge de faire enſuite
tout le reſte à ſes frais. On n'a pas jugé à propos
d'acquiefcer à ſa demande : on l'a ſeulement
invité à faire l'établiſſement qu'il propoſe en
terre ferme , particulierement ſur le territoire
de Nice , & on lui a offert pour cela toute affiſtance.
L'on préſume que ce négociant n'acceptera
point ces offres , le climat , ni le terrein
de Nice n'étant favorables à cette culture. Le
refus d'un plan fi avantageux , fur-tout dans un
pays qui rend auſſi peu que la Sardaigne , donne
lieu à nos politiques de ſe raffermir de plus en
plus dans leur opinion , que notre Cour a deſſein
d'échanger la Sardaigne avec quelque Puiſſance.
Nous croyons beaucoup plus aisément à
un projet chimérique, rejetté par une Cour
fage, qu'à ces prétendus échanges .
DE GENES , le 18 Juillet.
Il s'eſt répandu ici un bruit, dénué de toute
vraiſemblance & d'authenticité ; ſavoir ,
que l'eſcadre Eſpagnole a moins pour objet
de détruire la Régence d'Alger , que de la
forcer à reconnoître la domination Eſpagnole
: dans ce but , ſelon les mêmes rapports
, le Général Barcelo a été chargé des
pouvoirs de Plénipotentiaire.
On prend ici les plus grandes précautions pour
empêcher l'entrée de ce port à tous les bâtimens
venant du Levant & des pays ſuſpects ou attaqués
de contagion. Les deux rivieres font gare
( 61 )
dées jour & nuit , & perſonne ne peuty abor
der , pas même ceux du pays , ſans la patenter
de ſanté du Bureau de Genes. La République.
a fait partir , jeudi paffé , deux de ſes galeres
pour croiſer dans les deux rivieres ; elles ont
ordre de faire paſſer tous les bâtimens ſuſpects qui
pourroient être deſtinés pour Gênes , au lazareth
de la Spezia , où le Gouvernement a envoyé le
Noble Etienne Carrega pour ſon Commiſſaire-
Général. L'embouchure du port eſt auffi gardée .
jour & nuit par deux felouques qui ſe relevent ,
pour en défendre l'entrée aux bâtimens qui n'ont
pas fait preuve de ſanté.
Le Chevalier Martelli , Tréſorier de la
Caifle Civile à Plaiſance , a fait marcher fur
la route de cette ville, une voiture conftruite
fous ſa direction. Sans le ſecours de
chevaux , & à force de bras ſeulement , cetre .
voiture a fait en neuf heures de temps un
trajet de 36 Milles. Elle porte fix perſonnes
ſans le manoeuvrier ; & le mécanisme en eft
très- ſimple : il conſiſte en une roue à 30
dents, qui étant mue , au moyen d'une autre
roue à 6 dents , meut à ſon tour la voi--
ture elle même.
DE NAPLES , le 15 Juillet.
S. M. voulant obvier aux accidens qui
arrivent fans ceſſe dans la navigation , a ordonné
qu'à l'avenir aucun bâtiment ne fortiroit
des ports du Royaume , fans avoir à
bord un Cadet , ou un Officier , qui rende
compte de la navigation. Acet effet on a
( 62 )
choiſi un nombre de ſujets inſtruits , auxquels
on a afligné 18 ducats par mois , outre
la nourriture qui leur fera fournie par les
marchands , ou propriétaires des bâtimens.
On peut ſe ſouvenir que les méſalliances
furent proſcrites dans ce Royaume, il y a
quelques années , ainſi que les mariages
clandeſtins. La premiere de ces défenſes a
nuià la ſeconde; il n'étoit pas difficile de prévoir
qu'on ſe marieroit en ſecret, toutes les
fois qu'on voudroit ſe méſallier.
1
On vient de découvrir encore le mariage d'un
jeune Noble avec la fille d'un Mercier, quoiqu'il
foit provenu un fils de cette union , & que la
jeune épouſe ſoit encore enceinte , la Secrétairerie
de la guerre a ordonné au S. Targianni ,
Chef de Justice , d'examiner la validité de ce
mariage & de donner à ce ſujet ſon avis , afin
de ſtatuer ce qu'il appartiendra.
CC
Cette Jurisprudence nous rappelle une
anecdote authentique de Tavant - derniere
guerre. Le Comte de la Lippe , Commandant
des troupes auxiliaires en Portugal ,
reçut un jour la lettre ſuivante d'un jeune
Enſeigne fous ſes ordres. Monfieur le
>> Comte , je ſuis malheureux. Ma jeuneſſe
>> m'a égaré ; j'ai pris avec la fille de mon
>> hôte, de baſſe condition , des libertés il-
>> légitimes : elle ſera bientôt mere. J'ab-
>> horre la conduite que ſe permettroient
>>mes camarades en pareil cas. Mon fort
>>dépend de V. E.: mais rien ne m'empê-
>>chera d'épouſer la fille que j'ai desho-
>>>norée».
( 63 )
La réponſe du Général fut : « Mon cher
>>>Enſeigne , vous faites votre devoir ; il eſt
>>juſte que je faſſe le mien. Vous êtes Lieu-
>> tenant , & je me charge de votre équi-
>>page» .
DE ROME , le 24 Juillet.
Monſeigneur Filippo Visconti , nouvel
Archevêque de Milan , a fixé à demain le
jour de fon départ. Il a déja pris congé du
facré College & des principaux membres de
laNoblefle.
Un Garde-Noble Hongrois eſt arrivé ici
le 10 de Vienne , après avoir remis des dépêches
au Cardinal Herzan. Il a continué
fon voyage pour Naples.
Dans la matinée du 20 du mois dernier ,
M. Georgio Protopſatti , Conful - Général de
l'Impératrice de Ruffie en cette ville , fit placer
avec beaucoup de pompe les armes de ſa
Souveraine au -deſſus de la porte de ſon hôtel.
Le Capitaine d'un vaiſſeau ruffe qui se trouvoit
dans notre port , pavoiſa ſon vaiſſeau àcette
occafion , & fit une décharge de toute fon artillerie.
Pluſieurs bâtimens grecs , vénitiens &
autres de différentes nations firent auffi pluſieurs
décharges qui furent répétées pendant toute la
journée. Le ſuſdit Conful donna le s du préſent
mois une fête ſplendide à laquelle furent invités
les Confuls des Puiſſances étrangeres , &
pluſieurs perſonnes de la Nobleſſe. Il y eut une
fuperbe illumination: les bâtimens qui étoient
mouillés dans le port firent une décharge de
toute leur artillerie , nor- ſeulement en mé
( 64 )
moire de la défaite de l'eſcadre ottomane qui
fut réduite en cendres par celle de l'Impératricede
Ruffie , mais auſſi pour célébrer la naiſſancede
cette Souveraine & de leurs Alteſſes Impériales
le Grand-Duc & la Grande-Ducheffe de
Ruffie..
ESPAGNE.
DE MADRID, le 24 Juillet..
L'on a tranſporté ici d'Aranjuez le jeune
François , qui a failli perdre la vie dans l'expérience
aëroſtatique que nous avons citée.
11. eſt de Bayonne , & ſe nomme Boucher :
ſa convalefcence eſt avancée ; & l'on ne
craint plus rien pour ſes jours.
On conferve la mémoire de Pic de la
Mirandole , de Baratier , & autres ſujets célèbres
par la précocité deleurs connoiffances:
mais cesphénomènes ſi vantés n'approchoient
pas de celui dont nous ſommes témoins ici ..
C'est un femme, une Princeſſe , une Princeffe
à l'âge de neufans ,l'Infante Charlotte-
Joachime , fille du Prince des Afturies , qui
renouvelle l'exemple de ces prodiges , ou
plutôt , qui en eſt un elle-même , tel que
les fiecles n'en reproduiront pas un ſecond.
Le 8 de Juin on afait fubir à cet illuftre
Enfant des examens qu'on peut appeller encyclopédiques.
Nous ne parlerons pas de ſa
ſcience des vérités de la Religion &de l'Hiftoire
Sacrée ; elle répondit à toutes les queftions
ſur ce ſujet , de maniere à étonner les
( 65 )
auditeurs; mais les jours ſuivans , elle fou .
tint des épreuves plus difficiles : elle répon
dit à tout ce qu'on lui demanda ſur l'Hiftoire
ancienne de l'Eſpagne & du moyen
âge , fur les révolutions de la Langue Čaftillane
, fur les Auteurs en cette langue
qu'elle analyſa en Grammairien conſommé.
Vinrent enfuite la Géographie & la Sphère ,
&les problêmes les plus difficiles : à l'ouverture
du livre, cette Savante preſqu'aux lifieres
, expliqua les Commentaires de César , les
Offices , les Paradoxes , les Traités de la
Vieillesse & de l'Amitié , de Cicéron : de l'Efpagnol
elle traduifit ces mêmes Auteurs-en
Latin ; & ne fut pas plus embarraſſée du
Français & de nos Auteurs , qu'elle ne l'avoit
été de la langue des Romains .
L'on fait que l'Infant Dom Gabriel , oncle
de la jeune Princeſſe , dont nous venons
d'ébaucher la capacité , a traduit
Salluste . Il est rare de trouver dans la même
Famille Royale autant de connoiſſances littéraires,
&portées à un pareil degré.
Il eſt queſtion à Lisbonne d'arracher ,.
après les vendanges prochaines , tous les
vignobles qui ne ſont pas plantés ſur des
collines . L'Ordonnance qu'on prépare à ce
ſujet , a pour but d'augmenter la culture
des grains. Cette opération n'eſt rien moins
que nouvelle. Le célébre Marquis de Pombal
avoit déja donné un réglement pour
l'extirpation des vignobles médiocres ou
inutiles; &de plus , ce Miniftre l'avoit fait
( 66 )
exécuter. Enſuite , on accuſa le Marquis
d'avoir tenté de favorifer par-là le monopole
de la Compagnie d'Alto Duero , dans laqueile
il étoit intéreſſé. On doute beaucoup
que le nouvel Arrêt projetté ſoit jamais en
vigueur.
S. M. C. a donné, le 24 Juin dernier , une
nouvelle Ordonnance , ſervant de ſuite à
celle du 19 Septembre 1782 , par laquelle
elle prend de nouvelles meſures pour mettre
un frein aux défordres de tout genre que les
Bohémiens commettent dans le Royaume,
mais particulierement en Andaloufie. Cette
claſſe de vagabonds dangereux , non contente
de voler ſur les grands chemins , fait
auſſi la contrebande ; & pour parvenir à les
diſperſer totalement , le Roi a établi un
corps de troupes , deſtiné à les pourſuivre &
à les arrêter.
:
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES, le 31 Juillet.
Entre les demandes faites par le Miniſtre
à la Chambre des Communes, on a été un
peu furpris d'en voir paroître une nouvelle ,
relative à la liſte civile, à cette même liſte
civile qu'on croyoit abfolument libérée ,
& que l'exécution du bill de M. Burke devoit
, ce ſemble , avoir beaucoup allégée.
Cette penſion viagere , aſſignée à la Couronne,
ſe trouve encore en arriere de 60,000
( 67 )
liv. ſterl. Le vuide eſt réſulté principalement
des changemens fucceffifs d'Adminiftrateurs
&d'Envoyés. M. Pitt l'a imputé un peu légerement
à ſes prédéceſſeurs. De cette imputation
eſt né un débat très - animé &
abfolument perſonnel, dont le réſultat a été
qu'il falloit liquider la dette ; en conféquence
le parlement a adhéré à la demande
du Miniftere.
En deux mots, le Chevalier Aftley trancha
les diſcuſſions , en citant le vers d'Horace
:
Quidquid delirant Reges plectuntur Achivi.
Quels que foient les Miniftres, ajoute-t-il,
qui ont contracté la dette , elle exiſte , &
il faut que la nation la paie. Sous d'autres
regnes & en d'autres tems , on eût été moins
coulant: cette facilité eſt le plus bel éloge
d'un Roi citoyen , & une preuve honorable
de la confiance publique.
Le même jour (23 Juillet) le Chancelier
de l'Echiquier propoſa les taxes à ſubſtituer
à celle fur le charbon, & au droit des licences
pour cultiver le houblon. Nous en
avons donné le précis l'ordinaire dernier ; en
voici l'état & le produit.
Droit additionnel ſur les ports
de lettres d'un fou par lettre fimple,
Modificationde la franchiſe defdits
ports pour les Membres de la
Chambre baffe ,
100,0001.
. . 20,000
:
( 68 )
Qualifications ou permiffions de
ء ا
chaffe, 10,000
Vaiſſelle d'or ...
d'argent , } ... 25,008
30,000
15,000
200,0001.
Licences pour les Marchands
de bierre ,
Exportation du plomb ,
Le Miniſtre propoſa enſuite d'ajouter à
la taxe primitive ſur les chevaux dont nons
avons fait mention , un droit d'une guinée
pour tout cheval de courſe. Lord Surrey
faiſiſſant cette ouverture , conſeilla un droit
decinq guinées ſur tout cheval de courſe qui
remporteroit un prix de so liv.ſterl . M. Pitt
adopta cette idée ſans balancer ; mais il eſt
revenu enſuite ſur ſa précipitation.
Dans la féance du 28 juillet , après qu'on eut
examiné différentes taxes , M. Pitt. offrit auComité
des modifications pour cette taxe. «Depuis
quelques jours , dit le Miniſtre , j'ai converféàcette
occafion avec plus d'amateurs de courſes,
que jamais je n'aurois ofé m'en flatter. Ces Meffleurs
ont été fi allarmés de cet impôtdes liv.
ſterl . qu'ils s'accordent tous à dire que , fi on
perſiſte à admettre la taxe fur ce pied , la courſe
tombera totalement , que la race des chevaux
en ſouffrira au détriment des revenus publics ,
vu l'effet que cette décadence , dans la race
des chevaux , produiroit ſur une quantité d'autres
taxes. Mais je dois ajouter qu'ils ſe ſont offerts
de payer leurs plaiſirs , & de contribuer au
foulagement des beſoins publics , plutôt que de
renoncer à cet amusement , auquel ils font fort
( 69 )
attachés , & qu'ils regardent comme très-utile
à l'Etat. Ils prétendent qu'en impoſant la taxe
d'une autre maniere , elle produiroit tout auzutant
; & quoiqu'ils n'aient point précisément
indiqué quelle pourroit être cette nouvelle difpoſition
, je crois devoir propoſer au Comité
d'impoſer une taxe de deux guinées fur chaque
cheval hongre , cheval entier , ou jument qui
entrera en courſe pour concourir à un prix quelconque
, d'une certaine valeur ».
M. Eden dit que: Suppoſé que l'on établit
cette taxe , & qu'elle n'affectat en rien la race
des chevaux , il la verroit avec plaifir ajouter au
produit de la taxe générale ſur les chevaux , qui
étoit inſuffiſante par elle-même. Cette derniere ,
dit-il , a été eſtimée à 100,000 liv. ſterl . fur le
piedde 10 shellings par cheval ; d'où il faut
conclure que 200,000 chevaux paieront la taxe.
Or , on fait que la taxe des Domeſtiques ne produit
qu'à raiſon de 400,000 Domeſtiques , par
conféquent la proportion entre ces deux taxes ,
ſera de cing chevaux pour un Domeſtique ; mais
cette eſtimation eſt , on ne peut plus , invraiſemblable
, & ne mérite point de réfutation. On ne
peut point m'objecter non - plus que cette taxe
ſera perçue avec plus d'exactitude que celle des
Domeſtiques , puiſqu'elle ſeroit volontaire , &
compriſe dans la direction du Burean du timbre.
Enfin , juſqu'à ce que ces taxes ſoient d'obligation
, en laiſſant aux perſonnes taxées le ſoin
de juſtifier leur paiement , elles produiront toujours
beaucoup moins qu'on ne les a eſtimées .
Je peux citer l'exemple de la taxe ſur les voitures.
J'ai le malheur , dit - il , d'être Membre du
Comité chargé d'examiner cette taxe , mais je
penſe que toutes les modifications qu'on pourra
Îui donner feront inutiles , juſqu'à ce que le Pare
( 70 )
lement,veuille ordonner que toutes les voitures
aient un timbre apparent , & que toutes celes
qui ne feront point marquées , aient à payer aux
barrieres des grandes routes , toutes les fois qu'elles
palleront , ( turn - pikes ) le double du droit
ordinaire , dont la moitié ſera appliquée au profit
dès rev nus publics , & moitié à celui du Receveur
de la barriere.
M. Rofe dit que M. Eden étoit mal informé
du produit de la taxe fur les Domeſtiques . Elle
a rendu originairement , dit - il , à raiſon de
63,000 Domestiques ; mais depuis qu'on en a
retiré la régie du Bureau de l'acciſe, il est vrai
que cette taxe a donné beaucoup moins. Le nombre
des Domeſtiques payans , ſe monte cependant
actuellement de 47 à 48,000. Quant à la
proportion que M. Eden a établie entre la taxe
des chevaux & ceile des Domeſtiques , elle ne
me paroît pas juſte. Si l'on confidere , ajouta- til
, les perſonnes qui ont des chevaux , & celles
qui n'en ont point , on verra qu'il eſt des gens
qui nourriffent trois & quatre chevaux , & qui
n'ont point de Domeſtiques .
Le 27 , il fut queſtion du bill pour régler
le commerce de l'Angleterre , & ſpécialement
des Antilles , avec les Etats-Unis.
M. Pitt ſe leva & dit : Je me flatte que les avis
ne feront point partagés ſur la queſtion que j'ai
àpropoſer en ce jour, Je penſe au moins qu'il eſt
inutile de la discuter préſentement , dans le cas
même , où contre mon attente , quelque Membre
lajugeroit ſuſceptible d'objections. Mon deſſein
étoit de fixer l'attention de la Chambre ſur un
objet très- important , afin d'être en état , après
mûr examen de ſa part , de préſenter un Bill relatifà
cet objet dans le courant de la Seffion ac(
71 )
tuelle. C'eſt de la ſituation de nos Colonies à ſucre;
relativement à leur commerce avec l'Amérique
dont je veux parler. On fait que ce commerce ſe
faitpréſentement ſous la fanction des proclamations
de S. M. , étant en fon Conſeil , & que ces
proclamations ont été autoriſées par un Acte provitoire
du Parlement , lequel Acte munit S. M. de
certains pouvoirs , à l'effet de régler le commerce
avec l'Amérique & les liaiſons entre nos l'es à
fucre& les Etats- Unis. Le Difcours tenu par S. M.
à l'ouverture de la Seſſion , indique cet objet comme
l'un de ceux dontla Chambre devoit s'occuper,
& je l'ai moi-même déſigné ouvertement plus
d'une fois , ayant le deſſein , comme je l'ai déja
dit,de le foumettre à l'examendu Parlement avant
ſa prorogation. J'ai été guidé par pluſieurs motifs.
En premier lieu ,je penfois que cet objet étoit aſſez
important pour qu'on s'en occupâtdebonne heure;
en ſecond lieu , j'avouerai franchement que je
n'aime pas voir les Miniſtres de S. Maj. munis de
pouvoirs extraordinaires , & qui d'ailleurs ne s'accordent
pas ftrictement avec l'eſprit de notre
Constitution .Pluſieurs raiſons m'ont engagé néanmoins
à changer d'avis & à confentir que la difcuffionde
cette affaire fût remiſe à la Seſſion prochaine.
Entr'autres raiſons eſt le grand nombre
d'objets importans qui ont exigé l'attentionde la
Chambre , & qui n'a pas permis qu'elle s'occupât
de celui- ci , vu qu'il demande une très-longuedifcuffion
; mais ce qui m'a engagé principalement
à prendre un nouveau parti à cet égard eſt la lectured'unMémoire
qui a pour titre : « Expoſé des
griefs & preuves alléguées , & de l'avis donné par
desNégocians & autres perſonnes au Comité du
Conſeil privé de S. M. , lequel Expoſe eſt extrait
du rapport dudit Comité, en date du 31 Mai 1784,
dreſſé en conféquence de l'ordre de S. M. , du 8
( 72 )
Mars de la préſente année , ſur la repréſentation
des Négocians & Planteurs des îles , laquelle tendoit
à prouver que l'ordre émané du Conſeilde
S.M. le 2 Juillet 1783 , avoit réduit nos Colonies
à ſucre à un état de détreſſe , & qu'il étoit néceffairede
permettre un commerce libre fur des BâtimensAméricains
entre lesdites Colonies à ſucre
& les Etats- Unis. >>>
Ce Mémoire qui a été mis ſous les yeux de la
Chambre , prouve au moins que la ſituation de
nos iles à ſucre n'eſt pas tellement défaſtreuſe ,
qu'on doive craindre en remettant l'examen de
cette affaire à la prochaine Seffion , qu'il en réſulte
quelque fâcheux inconvénient. Le Mémoire dont
jeviens de lire le titre renferme , il eſt vrai , des
aſſertions plus fortes que celles que j'ai annoncées,
mais comme je penſe qu'il ſeroit très-mal d'anticiper
la déciſion d'une queſtion qui eſt de la plus
grande importance pour le commerce ,il me ſuffit
que ceMémoire prouve qu'un court délai ne peut
produire aucun inconvénient d'une naturegrave.
Cette ſeule conſidération m'engage à propoſer
qu'on renouvelle lebill de commerce avec l'Amérique
, bill qui a été déja renouvellé tant de fois ;
je penſe qu'il vaut mieux prendre ce parti , que
de chercher un tempérament dans cette affaire :
J'avois eu le projet de préſenter un bill relatif
à cet objet , lequel n'auroit pas été décisif ,
mais ayant réfléchi que les diſpoſitions d'un tel
bill pourroient être regardées en quelque forte
comme renfermant la déciſion d'une queſtion
ſur laquelle on ne doit prononcer qu'après le
plusmûrexamen , j'ai renoncé à ce projet . M. Pitt
finit par propoſer qu'il fût permis de préſenter
un bill à l'effet de prolonger les pouvoirs accordés
par un acte de la 23º année de S. M. relative
ment au commerce de l'Amérique.
M
( 73 )
M. Eden prit alors la parole. Je donne avee
joie , dit il , mon fuffrage à la propofition de
T'honorable Membre , laquelle a pour objet de
munir le Conſeil privé de certains pouvoirs.
Je le ſupplie de prolonger la durée de ce bill jufqu'au
1 Mars de l'année prochaine , afin qu'on
ait le temps de procéder à l'examen de cette
affaire au commencement de la prochaine ceſſion.
On m'accufera peut- être de partialité pour ce
bill dont je tuis l'Auteur ; je me flatte cependant
de l'avoir envisagé ſous un vrai point de vue
puiſqu'il a été adopté & renouvellé ſous différentes
adminiſtrations ; je crois d'ailleurs trouver
ma juftification à cet égard dans le rapport du
Comité du Conseil privé. Cebill , à mon avis ,
a mérité des ſon origine la faveur dont il a
joui depuis. Il avoit pour objet de prévenir toute
déciſion précipitée ſur des points douteux & de
la plus grande importance pour le commerce&
la navigation du Royaume ; il muniſſoit de pouvoirs
illimités certaines perſonnes auxquelles on
pouvoit les confier fans crainte , & cela , jufqu'au
moment où l'affaire ſeroit ſaiſie dans toute
ſon étendue. Quelques perſonnes d'ailleurs refpectables
ont conçu de vaines allarmes dans la
ſuppoſition qu'il y avoit du danger à confier de
tels pouvoirs , mais la ſeule objection qui m'ait
paru un peu ſolide eſt celle qui portoit ſur le danger
auquel les iſles à ſucre ſeroient expoſées
de manquer de proviſions , & le rapport du Confeil
me raſſure à cet égard , & la fatisfaction
que j'en reſſens eſt d'autant plus vive , que
cet objet intéreſſoit eſſentiellement les ifles , 1
Canada , la Nouvelle - Ecoſſe , l'Irlande & 1
Grande-Bretagne. Il paroît d'après ce rapport
1 ° . que nos Colonies à fucre , ſuivant les nouvelle
les plus récentes , n'éprouvent en ce momen
N°. 3 ?, 14 Août 1784.
d
a
( 74 )
aucune détreffe , mais qu'elles ont au contraire
des proviſions en abondance : 2º. que les provifions
, qui leur ont été fournies juſqu'ici par les
Américains , peuvent , s'il est néceſſaire , etre ti .
rées d'autres endroits : 3°. que les bâtimens peu
vent ſe rendre de la Grande Bretagne au continent
de l'Amérique ſeptentrionale , & de-la aux
ifles , & revenir enſuite dans la Grande Bretagne ,
&qu'une telle navigation nous feroit très-avantageuſe
; & enfin , que les planteurs de nos Co-
Jonies à fucre ont toujours trouvé juſqu'à préſent
des débouchés à leurs productions. La maniere
dont ce rapport peint la ſituation de nos
ifles ne s'accorde guere , comme l'on voit , avec
les pétitions qui ont été préſentées ; mais ce n'eſt
pas á moi à rechercher la cauſe de la différence qui
Te trouve entre ces deux expoſés .
M. Taylor annonça à la Chambre que lorſque
l'affaire feroit priſe en confidération , il prouveroit
par la dépoſition de témoins irrécuſables ,
que les griefs énoncés dans la pétition des négocians
intéreſſés dans le commerce de nos ifles ,
étoient fans fondement.
On alla enfuite aux voix , & la motion de
M. Pitt fut agréée.
Dans la féance du 29 , M. Atkinson revint
encore à ce bill fi important , & dit :
Qu'il ne s'oppoſoit pas à ce qu'on mit ce
bill en Comité ſuivant l'ordre du jour , mais
qu'il deſiroit qu'il eût été poſſible de prendre
en conſidération la requête des Négocians &
Planteurs des iſles dont la diſcuſſion avoit été
différée par l'attente du rapport du Conſeil-
Privé; que ſi cette requête eût été examinée ,
'on auroit reconnu que les Négocians étoient autpriſés
à demander plus de fecours qu'ils n'en
( 75 )
4
avoientobtenus . Cependant, ajouta-t- il , comme
la ſeſſion du Parlement eſt déjà fort avancée ,
& qu'à peine avons- nous connoiffance du rap
port du Conſeil , qui ne vient que de paroître ,
il n'eſt pas naturel d'eſpérer qu'une queſtion de
cette importance puiſſe être décidée avant les
vacances , attendu la multiplicité des affaires
qui reſtent à être terminées par la Chambre , &
men opinion eſt de paſſer un bill qui donne
aux Miniſtres de Sa Majesté le pouvoir d'accor-
-der aux Négocians les ſecours qui paroîtront les
plus urgens.
M. Pitt répondit que , d'après le rapport du
Comité du Conſeil , il paroiiloit qu'en remettant
l'examen de cette affaire à la ceſſion prochaine
, elle ſeroit diſcutée beaucoup plus amplement
; & que ce retard ne feroit aucun tort
eſſentiel aux Négocians des Iſles .
Juſqu'au premier Mars prochain, les Américains
font donc encore écartés des poffefſions
de l'Angleterre en Amérique.
Le même jour 29 le bill de l'Inde fut lù
pour la troiſieme fois. M. Burke qui , aux
deux premieres , s'étoit renfermé dans une
filencieuſe oppoſition , attaqua le bill , ou
plutôt ſes Auteurs , par des farcafmes en .
core plus amers que plaiſans. Il fit le plus
grand éloge des rapports du Comité fecret
fur les affaires de lInde durant la derniere
feffion. Cet éloge l'amena à la ſatyre de M.
Dundas, l'un des principaux Membres de ce
Comité, & dont le langage alors , felon M.
Burke , étoit très-différent de celui qu'il a
tenu depuis. « Le ſavant Gentilhomme, dit
d2
( 76 )
>> il , avoit dépouillé cette femme incompa-
>>> parable , la Compagnie des Indes , dans
>> le deſſein d'en découvrir les vices ſecrets ;
>> mais quand il vit dans leur nudité ſes
>> charmes irréſiſtibles , il ne put jamais
>> croire qu'une auſſi belle perſonne pût être
>>> incontinente» .
Une heure entiere , M. Burke diſcourut fur
ce ton là ; puisil fit la motionpour que le rapport
du Comité ſecret fût pris en confideration;
motion rejettée ſans aller aux voix.
Le lendemain , M. Dundas , accompagnéde
quelques autres Membres des Communes ,
préſenta le bill à la Chambre haute , où il
fut lu pour la premiere fois , après quoi le
Chancelier , ſuivi des Pairs , ſe rendit an
cérémonie à l'Abbaye de Westminster. L'Evêque
de Saint-David y prêcha le Sermon
d'actions de graces pour la paix. La Chambre
des Communes entendit le ſervice à l'Eglife
Sainte-Marguerite , & le Corps Municipal
préſidé par le Lord Maire , à Saint-
Paul.
Dans ſes lettres très - connues , adreſſées
à Lord Carlifle , M. Eden a prouvé par un
calcul exact que la ſuppreſſion entiere de la
franchiſe des ports de lettres formeroit un
objet de 70,000 liv. ſterl. par an pour le
revenu public.
Unpapier miniſtériel prelente les queſtions
&les réponſes ſuivantes.
1
D. Qu'est-ce qu'un véritable Whig ?
R. C'eſt un homme qui a reçu ton éduca(
77 )
tion dans un Séminaire de Torys , qui pendant
longues années s'eſt joint aux individus
les plus abandonnés de cette ſecte ,jufqu'à
ce que les effets ſiniſtres de leur conduite
& de la fienne propre , l'aient forcé
de laiſſer là ſes amis , & de prétendre à avoir
changé de principes. C'eſt le même homme
uni ci -devant avec une cabale pour perfuader
au Souverain d'envahir la liberté de
ſes ſujets , & coaliſé enſuite avec une bande
de confpirateurs contre les droits du Souverain
( Lord North. )
D. Qu'est- ce qui conſtitue un Patriote ?
R.C'eſt de changer de principes comme
de coeffure , & de n'avoir jamais marqué de
conſiſtance qu'en un ſeul point , c'est -à-dire ,
dans l'attachement à ſon intérêt perſonnel ;
d'avoir ſoutenu d'abord la prérogative contre
la liberté , enſuite la liberté contre la
prérogative, de s'allier aux Whigs , puis aux
Toris , & de les combattre tous , s'il le faut ,
plutôt que de céder à qui que ce soit l'honneur
& les émolumens des places. ( M. Fox. )
D. Quelles qualités forment un bon premier
Miniſtre ?
R. D'être ſans grande propriété & habileté
, de ſervir d'inſtrument àune faction ,
& dans un rang très élevé , d'avoir moins
d'autorité que le dernier homme du parti. ( Le
Ducde P. )
D. Qu'est-ce qui conftitue un bon membre
du Parlement ?
R. C'eſt de n'avoir pas une ſeule acre en
d 3
( 78 )
propriété , mais oui bien 70, 000 liv.ft.
de dettes ; d'avoir étudié la Politique en
courant en cabriolet , & d'avoir acquis du
patriotiſme dans les banques de Pharaen &
dans les bagnos .
D. Quelle doit être la profeſſion de foi
d'un Whig fincere ?
R. Que toute la prudence & l'habileté
nationales réſident en M. F.
Que juſqu'à ce qu'il foit premier Miniſtre ,
& Miftreff Rb-n , Dame d'honneur de la
Reine , l'Angleterre ſera écrasée de fond en
comble. Que M. Pitt n'est pas aſſez déréglé
dans ſa morale & dans ſa conduite , pour
être à la tête de l'Etat , &c.
Onvient de découvrir , dit-on , an Poëme
manufcrit du célébre Dryden , d'environ
600 vers : il paroît être l'ouvrage des dernie.
res années de ce Poëte ; c'eſt une ſatyre des
moeurs du tems , & de quelques caracteres
éminens. On recopie actuellement ce manufcrit
très-raturé ,qui ne tardera pas à voir
le jour.
La lettre ſuivante a été écrite & adreſſée
à ſa femme par le nommé Keenan , jeune
homme, & fameux voleur, condamné à être
pendu pour la fixieme fois , & enfin exécuté
la ſemaine derniere , en face de la prifon
de Kilmainham en Irlande.
« Ma chere Polly , je touche à ma derniere
heure. Je dois maintenant ſonger à la mort ;
Préparez une chemiſe de Hollande pour votre
pauvre John , c'eſt la derniere qui doit lui fer
( 79 )
vir; dites à Harry d'envoyer un cercueil hon.
nête fait du meilleur bois de chene , & de vous
payer ce quim'eſt dû du derniertatler ; la ſomme
ſe monte à 15 shinners. (guinées) Thomas me doit
12 pieces de notre derniere capture à Bray. Je
me fuis toujours conduit avec lui en ami généreux
, & n'ai jamais reculé dans les occaſions
cù j'ai pu lui être utile , c'eſt pourquoi j'efpere
qu'il vous paiera. Mon ami à Harold's-
Croff a entre ſes mains une taſſe , deux montres
& fix estampes qui m'appartiennent.
Je vous conſeille de l'épouſer afin d'avoir votre
part du butin : vous ne manquerez jamais de
rien avec lui , tant qu'il aura poudre & plomb .
Je lui légue ( comme un gage de mon eſtime
pour lui , & afin qu'il foit encore mieux en
état de ſubvenir à vos beſoins) mes deux fideles
bulldogs , qui n'ont jamais manqué d'aboyer quand
il le falloit. Ne vous affligez point , je puis
vous revoir encore fi la corde caffe. Adieu ,
ma plus tendre amie. Votre John Keenan .
Les nouvelles reçues , ou plutôt débitées
ſur l'Inde depuis peu, portent que la négociation
entamée entre les Vackeels ( Agents)
de Tippo - Saïb , & les Emploiés de la Compagnie
, n'eſt pas encore à beaucoup près
terminée. On craint en général, que ce Chef
entreprenant ne ſaiſiſſe la premiere occafion
pour recommencer les hoftilités.
Cesmêmes nouvelles ajoutent que Meer Mohud
Cawn Général , favori de Tipoo , eſt toujours
à Colipaske , & que les Soldats ont commis plu .
ſieurs actes d'hoſtilités ; fur les plaintes qui en
ont été portées à Meer Mohud , il les a fait pu
nir très- ſevérement.
M. Johnson , Réſident auprès du Nabab
( 80 )
Nizam - Ally - Cawn a donné , par des lettres
écrites de Hucknou au Gouverneur - Général ,
l'avis le plus fatisfaiſant des intentions amicales
du Nabab pour le Gouvernement Anglois , &
il ajoute que ſon defir le plus ardent étoit d'unit
ſes forces à celles de la Compagnie & des
Marattes contre Tipoo.
On apprendde Bombay que les garniſons
Angloiſes de Carnate & d'Onore ont été
miſes à l'abri de la difette , que leur avoit
fait éprouverla rareté des grains , par l'arrivée
de plufieurs vaiſſeaux Portugais qui y ont
débarqué une grande quantitéde proviſions
detoute eſpece.
Il n'eſt pour ainſi dire plus queſtion des changemens
que la derniere adminiſtration ſe propoſoit
de faire dans l'établiſſement de nos troupes
de terre. Le quarante deuxieme régiment ,
qui est composé d'Invalides , ſera ſupprimé , &
le nombre d'hommes qui compoſent chaque
régiment ſubſequent , ſera changé. Cette opération
empêchera la ſuppreſſion du ſoixantecinquieme
Régiment commandé par le Comte
de Harington , qui deviendra pour lors le 64 .
C'eſt aſſurément s'en tenir ſtrictement à la
lettre du premier plan , quoiqu'il foit évident
: que l'on s'écarte de ſon eſprit. Chercher à
maintenir dans le ſervice un auſſi excellent Officier
que Lord Harrington , c'eſt ſans consredit
une opération très-louable , & qu'aucune
Adminiſtration ne pourra cenſurer ; mais c'eſt
porter trop loin l'eſprit de conciliation dans un
temps où le bien de la Nation exige des retranchemens
dans chaque département.
Le 13. Régiment de Dragons eft venu
renforcer la garniſon de Dublin. La popu
( 81 )
lace eût préféré que cette ville fût gardée
uniquement par les Volontaires .
La ville de Belfast a dreſſé une Requête
au Roi , par laquelle elle ſupplie tout fimplement
S. M. de caſſer le Parlement , & de
conſidérer le Congrès qui doit s'aſſembler
àDublin , comme le véritable corps des
repréſentans de la Nation. Ainfi parloient les
Applaniffeurs , les Indépendans , les Hambden ,
les Cromwel. D'autres tems , d'autres effets .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 4 Août.
Le premier de ce mois , le Roi & la Famille
Royale ont ſigné le contrat de mariage
du Comte d'Orçay , premier Maréchal-deslogis
de Monfieur, avec la Princeſſe Marie-
Anne de Hohunlohe & Waldembourg-Bartenſtein
, Chanoineſſe d'Eſſein. La Baronne
de Damas a eu l'honneur de leur être préſentée
par la Vicomteſſe de Damas.
Le même jour, les Députés des Etats de
Corſe ont été admis à l'audience du Roi.
Ils ont été préſentés par le Maréchal de
Ségur , Miniftre & Se réraire d'Erat ayant le
départementde la Corſe , & conduits par le
fieur de Watronville , Aide des Cérémonies .
La Députation , composée pour le Clergé
de l'Evêque de Sagone , qui porra la parole,
du ſieur Colonna de Cefari - Rocca pour
la Nobleffe , & du ſieur Arrighi le Cafanova
, Gentilhomme , hourle Tiers Erat , a
auſſi eu audience de la Famille Roya'e.
ds
( 82 )
DE PARIS , le II Août.
Le 23 & le 24 du mois dernier, le Prince
de Condé , Gouverneur de Bourgogne , a
poſé , au nom de S. M. , en préſence des
Elus -Généraux des Etats , à Châlons- fur-
Saone, à S. Jean de Loſne & à S. Symphorien,
la premiere pierre de la premiere écluſe
de chacun des trois canaux, de Charolois ,
de Bourgogne & de Franche-Comté.
Le port de la ville d'Agde en Languedoc ,
très intéreſſant par ſa ſituation , à cauſe du Canal
royal de cette Province , qui fait la jonction de
Ja Méditerranée avec l'Océan , ſe combloit en
partie depuis quelques années à ſon embouchure,
par l'affluencedes ſables que la mer y apportoit .
Les Etats de la Province, veillant fans ceſſe à
tout ce qui intéreſſe le commerce & le royaume ,
envoyerent l'année derniereſur les lieux le fieur
Groignard , qui a donné des preuves éclatantes
de ſes talens & de ſon génie dans le port de
Toulon ; cet habile Ingénieur décida , d'après
ſes obſervation , qu'il falloit prolonger lesjetées
de l'Eſt & de l'Oueſt ; & fur le plan qu'il donna
au ſieur Poncet, Conſtructeur du Roi , chargé
de l'exécution, on a fait une caiſſede 25 toifes
de longueur ſur 4de large à ſa baſe , 3 dans le
haut , & de 12 pieds de hauteur ; les approches
de la belle ſaiſon n'ont pas permis d'en faire
davantage cette année. Le 9 du mois de Juin
dernier , l'Evêque d'Agde , malgré le dérangement
de ſa ſanté , ſe rendit avec tout ſon Clergé
à l'embouchure du port , où , au bruit de l'artil-
Jerie. il benit cette caiſſe , ſur laquelle on avoit
arboré le pavillon de la province , & au centre
( 83 )
de laquelle on avoit ſuſpendu une couronne ;
elle fut enfuite lancée à l'eau dans l'eſpace d'une
minute & demie , avec tout le ſuccès poſſible .
On le doit au bon ordre que les ſieurs Poncet
& Pierre Arnaud , autre CCoonnfſttrructeur , firent
donner , à l'arrangement des échelles & autres
outils , ainſi qu'à la célérité que les Travailleurs
mirent à l'exécution. Il y avoit 9 à 10 mille
ſpectateurs , qui firent retentir l'air de leurs accla
mations , de leurs voeux pour le Roi , auxquels
ils joignirent les témoignages les plus flatteurs
de fatisfactionpour les Etats , l'Evêque d'Agde ,
le Comte de Caraman , & le ſieur Groignard.
Cette caiffe qui a été garnie en maçonnerie àla
fin du mois de Juin , a dû être placée à la fin de
Juillet , par les ſoins du ſieur Groignard , en
préſence des Etatsde la province ; l'année prochaineon
en conſtruira deux autres , & fucceffivement
le nombre néceſſaire , juſqu'à 200
toiſes en avant dans la mer. Ces travaux procureront
à l'embouchure du port 17 à 18 pieds
d'eau de profondeur ; & lors de l'entiere éxécu
tion du plan général , cette embouchure fera
avancée à 600 toiſes dans la mer , & à la ligne
parallele au cap d'Agde ; ce qui donnera un
fond invariable de 38 pieds d'eau.
Le port d'Agde , au moyen de ces travaux
ordonnés par les Etats de Languedoc , & que
l'on vient de commencer , ſera remis en bon état .
pour la navigation , & il ne ſera pas comblé
comme l'ont dit il y a deux ans quelques Papiers
publics ; il importe à tous les Négocians , tant
nationaux qu'étrangers , d'être inſtruits que ce
port ſera toujours en état de recevoir les Vaifſeaux
qui auront beſoin d'y aborder , pour économiſer
les frais de tranſport des marchandiſfes
apportées de la Méditerranée & de l'Océan.
d6
( $4 )
Le Prince Henri de Pruſſe arrivé à Baße
le 11 de Juillet, a continué ſa route en Suifle
par Soleurre , Berne, Neufchâtel où il a ſéjourné,&
Laufanne , où il a dîné, à ce qu'on
rapporte , chez un Ecrivain célébre , avec le
Prince Frédéric-Auguſte de Brunswick. De
Geneve , le Prince Henri eſt paſſé enſuite à
Lyon , où il étoit ilya quelques jours.
i
Le 20 Mars dernier , le Roi a confirmé
l'établiſſement d'une Société formée à Orléans
, depuis 1781 , ſous le titre de Société
Royale de Phyſique , d'Hiſtoire naturelle &
desArts. Lapremiere ſéance de cette Société
a eu lieu le 8 Juin dernier .
M. MASSUAU DE LA BORDE , Vice- Préfident
de la Société , a ouvert la Séance par annoncer
que cette Compagnie ne s'empreſſoit d'y communiquer
l'objet & le fruit de ſes travaux au
Public , que pour répondre aux vues de S. M.
& fit fixer l'opinion de ſes Concitoyens ſur l'uti
lité de fon établiſſement.
Cettederniereidée a étédéveloppéeparM.BEAUVAISDE
PRÉAU , Secrétaire perpétuel,dans un difcours
fur l'institution & les travaux de la Société.
M. HUET DE EROBERVILLE alu , en l'absence
de M. DEFAY- BOUTHEROUE , Vice - Directeur ,
une Differtation sur quelques Antiques trouvées en
1780, dans une fouillefaitepourjetter lesfondemens
d'un mur ,fur la Paroiſſe de Bou , village Stué à
trois lieues & à l'Est d'Orléans.
Les monumens découverts à Bou , & dont
M. Defay eft propriétaire , font antérieurs à
l'établiſſement du Chriftianiſme dans notre Prevince.
Parmi eux ſe trouvent des inſtrumens de
facrifice, des ornemens conſacrés par la ſuperſ
( 85 )
tition & des effets utiles à l'économie domefti
que. M. Defay ne laiſſe rien ignorer ſur leur
nature & leur origine.
M. PROZET lut enſuite un Mémoirefur les causes
de la préférence que l'on donne au ſucre des Raffineries
d'Orléans fur celui des autres Fabriques du
Royaume ; & il a prouvé que la ſupériorité des
ſucres d'Orléans ne dépend pas des Artiſtes
qui le fabriquent. Elle eſt due au rapprochement
plus grand de la liqueur qui tient le ſucre en
diſſolution , & fur- tout à l'attention que l'on
apporte dans nos Raffineries à troubler ſa cryftalliſation
: le plus ou le moins de cuite , l'agitation
que l'on donne à la liqueur pendant ſon
refroidiſſement , telles ſont les deux cauſes de
la dureté qui diſſinguent le ſucre d'Orléans ; ſa
blancheur inférieure à celle des ſucres de pluſieurs
Fabriques du Royaume eſt une ſuite néceſſaire
de la manipulation qui lui procure cette
dureté.
Une Corneille emmantelée , blanche , trouvée
en Sologne pendant les neiges de l'hiver dernier
, fait le ſujet de la Differtation qu'a lue
M. COURET DE VILLENEUVE , qui y a cherché
Ja cauſe de cette altération , & en a fait voir
l'influence dans les troisRegnes de la Nature.
M. BEAUVAIS DE PRÉAU a traitédans ſa Defcription
topographique & médicale de la Ville &
des environs d'Orléans , de la ſituation de cette
Ville , de la nature du ſol ſur lequel elle est
affite , de fa grandeur & de ſon étendue , du
nombre des habitans qu'elle renferme , de la
diſpoſition de ſes rues & de ſes maiſons , de
celledes fauxbourgs qui en dépendent , des différentes
profeffions qu'on y exerce , & de la diftributiondes
individus qui s'en occupent . Les eaux
qu'on y boit ont fixé fon attention , ainſi que
1
( 86 )
l'air qu'on y reſpire , les maladies épidémiques
quiyregnent , les vins qu'on y recueille &c , &c
M. MAIGREAU , dans ſes Recherches fur les
précautions à prendre contre lesdangers des exhumations
, en rendant compte du projet qu'ont
MM. les Officiers Municipaux de cette Ville ,
d'écarter les cimetieres hors de l'enceinte de ſes
murs , a dit qu'il ne croyoit pas pouvoir mieux
entrer dans les intentions de ces ſages Magiftrats
, qu'en préſentant au Public un Expoſé exact
des précautions récemment priſes à Dunkerque ,
pourun travail en ce genre , beaucoup plus conſidérable
& plus dangereux que celui qu'on ſe
propoſe d'exécuter à Orléans ,& qui a été ſuivi
du plus grand ſuccès. Il a ajouté à l'utilité des
moyens qu'il a empruntés des Phyſiciens chargés
de l'exhumation de Dunkerque , en les rendant
fufceptibles d'étre adoptés au déplacement
des cimetieres qu'on médite pour notre Ville.
La Séance a été terminée par la lecture d'un
Programme de M. HUET DE FROBERVILLE , concernant
l'admiffion dans la Société d'une claſſe
d'Expectans par la voix du concours. La publicité
que la Compagnie a donné au Programme en
le faiſant imprimer , rendroit ſuperflu un Extrait
quinediſpenſeroit pas les perſonnes qu'il intéreſſe
particulierement de le lire en entier.
Dans le Journal de Paris , dus de ce
mois , on trouve une lettre à M. Pilatre de
Rozier , & fignée Combemale , où l'on déſavoue
une autre lettre inférée dans le N°. 30
du Mercure , & qui contenoit un récit de la
deſcente des deux Voyageurs. Les contradictions
qu'on y étale , dit M. C. , prouvent
qu'elle doit plutót étre attribuée à la malignité,
&c. Pour toute réponſe , nous nous contenterons
de renvoyer M. C, à la lettre par
( 87 )
faitement authentique de ſa main , qu'on
nous a communiquée , & à ſa propre confcience.
Laiſſant à part toute réflexion ſur ſon
procédé, nous obſerverons ſeulement , que
lorſqu'on n'a pas le courage de foutenir la
vérité de ce qu'on a vu & écrit , mieux vaudroit
fermer les yeux , & ne rien écrire. Pour
nous , qui n'entendons rien à cette politique ,
&très- indfférens àtoute diſpute ſur ces amuſemens
aëroſtatiques , nous ne déguiſerons jamais
la vérité, par la même raiſon que nous
ſommes incapables de l'altérer. Le ſeul tort
que nous ayons à nous reprocher , eft d'avoir
laiſſé imprimer dans cette lettre chaume
pour chéne , erreur typographique , dont
nous remercions M. C. de nous avoir fait
appercevoir.
Les Gazettes d'Italie & d'autres papiers publies
enfuite ont détaillé la fabrication du ballon
aéroſtatique fait à Milan par M. le Marquis
Andriani. Il a pris une toile deRouen la plus fine
& la plus ſerrée : il l'a fait couvrir en-deffus &
en deſſous du papier à lettre le plus fin de Milanez,
& enduit de pluſieurs couches d'alun
préparé. Il en a formé ſon enveloppe aéroſtatique ,
dans laquelle il a intercalé intérieurement des
cerceaux qui la foutenoient , étant de la même
étendue que ſa circonférence , & fuivant ſes
proportions. Ce moyen fimple& cette ingénieuſe
précaution l'ont préſervé des atteintes de la
flamme ,& l'ont empêché de s'écrouler trop précipitamment
ſur le foyer , quand la dilatation
a. ceffé. Le réchaud porte ſur un pivot à la
Cardan , tels que ceux employés pour les bouffoles
, qui ſe trouvent toujours perpendiculairement
& au niveau aſſiſes , malgré les toulis
(88 )
des navires. Ce fourneau repoſe en équilibre
dans une eſpece de coupe repréſentantune roue.
Cette coupe en tôle reçoit les étincelles & le
furplus du brafier , que le fourneau ne peut contenir.
Elle eſt portée par des fils de fer , aboutiſſant
au filet qui coeffe l'aéroſtat. A 15 pieds
du ballon eſt appendue la nacelle entourrée de
cordes qui la ſoutiennent , & qui forme une efpece
de grillage autour des voyageurs. De la
gondole s'éleve juſqu'au réchaud une échelle
en fil d'archal . C'eſt par là qu'on monte pour
attiſer & alimenter le foyer avec du farment
enduit de graiſſe préparée avec de la poix réfine,
& de cette même poix toute pure enfer
mée dans des veſſies que l'on déchire , & que
l'on vuide enſuite en ſaupoudrant ſur le brafier.
Relativement aux directions tentées avec
des ailes ou des rames , nous citerons les obſervations
ſuivantes , qu'on nous a adreſſées
de Dijon , elles ne feront pas déſavouées
par les vrais Phyſiciens.
M. de *** faiſant attention à la maniere dont
un Batelier conduit ſon batteau ſur une riviere ,
a penſé qu'on pouvoit en tirer avantage pour
voyager dans les airs ; mais s'il eût réfléchi à
l'extrême différence qu'il y a entre les denſités
de ces deux fluides , il auroit néceſſairement reconnu
l'inſuffisance d'un pareil point d'appui :
d'ailleurs , où le confidere-t- il ? eſt ce l'air qui
environne la Gondole ? ou n'est-ce pas plutôt
celui ſur lequel repoſe le Ballon ? c'eſt donc ce
dernier qu'il s'agit de frapper avec force , & le
déplacera-t on en manoeuvrant à dix ſept pieds
au-deſſous de lui ? Quel effet produiroit un Batelier
, qui placé à dix - ſepr pieds au-deſſous de
fon batteau , frapperoit l'eau qui l'environne ,
( 89 )
=
i
au - lieu d'agir immédiatement ſur l'eau qui end
veloppe le batteau , en réſulteroit - il un mouvement
pour pouſſer le batteau en avant ? M. de
Morveau fait dépendre le mouvement du Ballon
de celui de la Gondole , & c'eſt précisément le
contraire. Déplacez le Ballon , la Gondole le ſuivra
; mais ſi vous déplacez la Gondole , le mouvement
ne ſe communiquera pas fenſiblement
au Ballon.
L'expérience confirme ce que je viens de dire.
Suſpendez un corps à un point qui ait la facilité
de gliſſer , pour peu qu'on le pouſſe , il eſt certain
qu'en agiſſant ſur ce point ſelon une direetion
horizontale , vous lui imprimerez du mouvement
, que ce nouvement ſe tranſmettra au
corps , ils iront donc de compagnie ; mais fi
vous frappez le corps ſuivant la même direction ,
le corps ſe portera en avant , ſans pour cela que
le point de ſuſpenſion ſoit ſenſiblement déplacé ;
&ce corps , en vertu de fa peſanteur , reviendra
ſur ſes pas en faiſant pluſieurs oſcillations , dès
que la force ceſſera d'agir ſur lui. Il eſt à remarquer
que ſi la force qui pouſſe le corps n'étoit
pas dirigée vers ſon centre de gravité , alors
le corps , outre le mouvementdont nous venons
de parler , en auroit un autre de rotation autour
de ce centre.
Cela poſé , lorſque le Ballon a perdu ſa force
d'aſcenſion , ce qui arrive , lorſqu'il eſt parvenu
dans une région cù ſon poids , celui de laGondole
&de ce qu'elle contient , eſt égal au poids du
volume d'air dont il occupe la place , on peut le
conſidérer ( 1 ) , ou plutôt ſon centre de gravité ,
(1) Je ſuppoſe le Ballon dans une ſtabilité parfaite , ou
cequi revient au même , la vîteſſe du vent nulle : ce qui eft
lecas le plus favorable pour la direction, lorſqu'on veus
aller contre le vent,
( وه (
comme lepoint auquel laGondole eſt ſuſpendue.
Il fuit donc de ce qui précéde , qu'en appliquant
la force motrice à la Gondole , elle ne produira
aucun effet ſenſible fur le Ballon, & que le feul
mouvement que prendra la Gondole , ſera un
mouvement d'oſcillation & quelquefois de rotation
, fi la force n'agit que par intervalle ; mais
fi elle agit continuellement , elle ſera toute employée
à tenir laGondole un peu écartée de la
verticale qui paffe par le centre de gravité du
Ballon. Que fera ce donc , fi le vent chaſſe le
Ballon ? La Gondole ſera tranſportée avec une
viteſſequi rendra nulle le petit mouvement que
Jes rames tendent à produire en ſens contraire.
Il faut convenir , M. , qu'on riſque toujours de
ſe tromper , lorſqu'on ſe preſſe d'annoncer des
expériences & d'en raiſonner avant que d'avoir
pris le tems d'y réfléchir.
:
Le 31 Juillet dernier , les Lettres ont
perdu M. Denis Diderot , né à Langres en
1714.
DE BRUXELLES , le 11 Août.
La ville d'Alkmaar , à ce qu'on apprend
deHollande , vient de ſe diftinguer par un
acte de tolérance , qui rend aux Catholiques
Romains la faculté de parvenir aux emplois
d'Officiers dans les Milices Bourgeoiſes
,& aux petites charges des Corporations
deMétiers.
,
La Régence de Rotterdam ſemble réfifter
à l'intervention des Etats de Hollande ,
dans les tumultes de cette Municipalité. Cela
occaſionnera encore un débat de compé427
)
و ا
( tence: d'un autre côté , la portion de la
Bourgeoifie de Rotterdam , d'un parti op- poſé à celui de la Régence , a refufé de ſe
concilier avec elle pour le rétabliſſement de la tranquillité , & veut que les Etats prêtent
main forte à cet effet.
Au milieu de ces interminables
démêlés ,
qui naiſſent l'un de l'autre journellement , on vient de jetter encore un calmant , pro- bablement peu efficace : c'eſt le nouveau Mémoire du Roi de Pruſſe dont nous avons
parlé : conſervons certe piece que les circonftances
pourront rendre un jour très-remarquab'e.
Le Roi s'étoit flatté que LL . HH. PP. les Etats-Généraux des Provinces-Unies feroient
quelque attention à la lettre que S. M. leur a écrite le 19 Mars , en faveur du Séréniflime
Stadhouder , qu'elles prendroient à la fin des meſures efficaces pour ſe mettre en régie avec ledit Séréniffime Prince pour lui procurer la tranquillité & le maintien de ſes juſtes droits & prérogatives , que tout citoyen d'un Etat peut exiger : pour faire ceffer la licence des nouvelliſtes & autres Ecrivains , & pour réta- blir par ces moyens l'union , la concorde & le bon ordre dans la République , qu'elles recon- noiſſent elles-mêmes être interrompues
à tant d'égards & en tant de manieres différentes les unes plus odieuſes que les autres. Cette juſte attente n'a été remplie juſqu'à préſent dans au- cune partie ; depuis quelques jours on laifſe ſans réponſe une lettre très-amicale du Roi & plu- ſieurs mémoires que ſon Miniſtre le ſieur de Thulemeyer a remis à LL. HH. PP. fur les
( 92 )
memes objets ſi intéreſſans à leur Etat. Co
pendant en permet aux rédacteurs des Gazettes
& autres écrivains particuliers , de critiquer
d'une maniere auſſi indécente que facile à réfuter
, ſi l'importance de l'objet permettoit de
ſe commettre avec des gens ſans vocation ,tant
la lettre du Roi que les mémoires de ſon Miniltre
, & de s'ériger ainſi en juges & cenſeurs
de transactions & pieces publiques qui ne peuvent
pas être de la compétence d'un particulier
, & ſur leſquelles leur Souverain n'a
pas encore déclaré ſon ſentiment & ſes intentions
: on a même fait imprimer ſans autorité
publique une prétendue apologie des rédacteurs
de la Gazette de Leyde , dans laquelle ils tâ
chent de ſe juſtifier avec amertume &d'une façon
peu convenable contre les plaintes que le
feur de Thulemeyer s'eft vu dans le cas de
porter à LL. HH. PP. Pendant qu'on laiſſeainh
le champ libre aux écrivains particuliers de fomenter
& d'entretenir par leurs écrits licencieux
la déſunion malheureuſement trop enracinée
parmi la nation, le Séréniſſime Stadhouder
refte continuellement expoſe tant à leurs
avanies qu'aux attaques multipliées de ſes ad
verſaires contre ſa perſonne; ainſi que contre
fa dignité & ſes prérogatives ; & quoique ce
Prince ait fait , par ſa lettre circulaire adreſſée
aux Etats des différentes Provinces , & par d'autres
démarches qui prouvent également ſa prudence&
fes ſentimens patriotiques , tout ce qui
a été en ſon pouvoir pour ſe rapprocher de
ceux dont les ſentimens lui ſont contraires , &
pour rétablir par-là l'union & la bonne harmonie
auffi defirables pour tout l'Etat , on ne voit
pas que la République ait pris de fon côté des
meſures efficaces& fuffiſantes pour un but auſſi
( 93 )
21
falutaire & effentiel fur - tout dans la ſituation
où elle ſe trouve.
Le Roi ne pouvant plus être indifférent à tout
ce que nous venons d'expoſer ; & fon Miniſtre
àla Haye n'ayantpu rien obtenir juſqu'à préſent
par ſes repréſentations réitérées , nous ſommes
chargés par les ordres particuliers de S. M. de
témoigner à M.le Baron van Reede , Envoyé
extraordinaire de LL. HH. PP. les Etats-Généraux
des Provinces Unies , combien elle croft
avoir lieu d'être ſurpriſe de ces procédés qui paroiffent
auſſi peu convenables aux véritables intérêts
de la République , qu'ils répondent mal
àla confiance & à l'amitié ſincere , ainſi qu'aux
bonnes intentions que S. M. a manifeſtées à
LL. HH. PP. par fa lettre & par les Mémoires
du ſieur de Thulemeyer.
Le Roi defire ardemment que les Etats-Généraux
veuillent enfin prendre en conſidération
férieuſe & ſuivie , tout ce que Sa Majefté leur
a repréſenté en voiſin & ami qui prend un intérêt
véritable & fincere à leur bien être , &
qu'ils ſe portent une fois avec vigueur à dos
meſures juſtes , efficaces & fatisfaiſantes , pour
réprimer la licence des nouvelliſtes & autres
écrivains particuliers , & fur- tout pour s'arranger
avec le Séréniffime Prince d'Orange
d'une maniere juſte & ſtable , ſur tout ce qui
a été juſqu'à préſent en conteſtation avec lui ,
pour aſſurer audit Prince la tranquille jouiſſance
de ſes droits & prérogatives , & pour ramener
&rétablir ainſi le calme , l'harmonie & le bon
ordre dans le corps de la République. Leurs
Hautes Puiſſances ſont trop éclairées pour ne
pas ſentir combien Sa Majesté doit prendre intérêt
à tous ces objets qui ſont d'une fi grande
importance , tant pour un Prince qui lui ap
( 94 )
partient de près , que pour la République même,
comme étant un Etat contigu aux fiens , & combien
le parti que les Etats Généraux prendront
à cet égard devra naturellement influer fur les
fentimens & fur la conduite de S. M. envers les
Provinces- unies.
Nous requérons donc Monfieur l'Envoyé Extraordinaire
de faire parvenir ce Mémoire à ſes
illuûres Commettans , & de l'appuyer de toutes
les conſidérations qu'il croira les plus propres
à les faire entrer dans les vues ſalutaires
&amicalesde Sa Majesté , pour les convaincre
de l'amitié fincere & véritable qui a dirigéjuſqu'ici
ſes démarches envers la République , &
qui a auſſi dicté le contenu du préſent Mémoire.
ABerlin , le 17 Juillet 1784 .
Signé , FINKENSTEIN , HERTZBERG .
Quelques Gazettes Hollandoiſes , & ſpécialement
celle d'Utrecht , Nº. 61 , rapportent
ainſi les circonstances qui ont donné
lieu à l'emprisonnement de deux Grenadiers
des Gardes Hollandoiſes à la Haie.
Deux Grenadiers des Gardes Hollandoiſes ,
de ſervice à la Maison- du-Bois , ayant été empriſonnés
l'un des premiers jours de ce mois ,
il courut auffi - tôt diverſes verſions ſur cet événement
, dont un trait d'humanité de la part de
S. A. S. M. le Prince Stadhouder a été la cauſe
premiere. Voici le fait : Une pauvre femme ſe
promenant ſous les fenêtre de la Maiſon du-Bois,
le Prince l'ayant apperçue , & jugeant , comme
il étoit vrai, qu elle attendoit quelque aumône ,
tire ſa bourſe & lui jeste quelque monnoie par
la fenêtre de l'appartement où il étoit. Quatre
ducats échappent de la main de Son Alteſſe
Séréniffime ; la bonne femme les ramaſſe avec
( و )
le reſte. L'intention du Prince n'étant pas de
de lui donner autant , on appelle cette femme
qui fans difficulté remet les quatre pieces d'or.
SonAlteſſe ſéréniſſime, touchée de cette prompte
obéiſſance , ordonne qu'on les lui laiſſe. Les
deux ſoldats en queſtion , témoins de l'événement
, en conçoivent de la jaloufie , & répan
dent mystérieuſement le bruit que la fameuſe
Kant Moffelde Rotterdam eft venue à la Maiſondu-
Bois , qu'elle a parlé au Prince , & qu'ele
en a reçu une poignée de ducats. Cette méchanceté
ayant été vue , on a mis en priſon les
deux calomniateurs , qui , pour punition , pafſeront
inceſſament par les verges .
Le Gouverneur du Cap de Bonne-Eſpé
rance , M. le Baron de Plettenberg , ayant
généreuſement fecouru durant la guerre ,
l'équipage d'un navire Anglois naufragé ſur
les bordsde la Caffreire , le Gouvernement de
Bengale lui a envoié une bague de diamans ,
de 5 à 6000 rixdalers , avec une lettre de remercimens.
Les conjectures haſardées par quelques
papiers publics , ſur les cauſes d'un réfroidiſſement
entre les Cours de Madrid & de
Naples , n'auront pas fait d'impreſſion fur
ceux qui connoiſſent les loix d'Eſpagne& la
Pragmatique de Philippe V, touchant l'ordrede
fucceffion. Ces aflertions contrarient
également l'hiſtoire &le bon ſens : s'il exiſte
des mécontentemens entre les deux Cours ,
ils ont une ſource très différente de celle
qu'on leur attribue.
Les mêmes Gazettes contiennent le rap
( 96 )
port ſuivant, que nous tranſcrirons, ſans le
garantir.
Dans un ouvrage ſur lesEtabliſſemens des Européens
dans les deux Indes , l'Auteur avoit répandu
des idées ſur le commerce que les Efpagnols
pourroient faire avec les Indes Orientales.
Ces idées viennent de ſe réaliſer aujourd'hui.
M. Cabarrus , puiſant dans la ſource que nous
venons d'indiquer , a formé le projet d'une
Compagnie Espagnole des Indes Orientales ; &
Vendredi il s'eſt tenu une aſſemblée où ce plan
a été examiné : il a d'abord rencontré quelque
oppoſition; mais elle a été d'autant plus inutile
que M. de Galvez , Secrétaire d'Etat , ayant le
département des deux Indes , étoit porteur d'un
ordre du Roi pour l'approuver & l'adopter. Le
contenu du projet n'eſt pas abſolument public
encore. Beaucoup d'Espagnols croient que ce
Banqnier , que nous venons de nommer , en est
l'Auteur; mais du moins il eſt évident que l'ouvrage
ci-deſſus lui en a fourni les principaux
matériaux. A en croire cetAuteur & les partifans
de M. Cabarrus , l'entrepriſe doit avoir la
réuſſite la plus complette.En effet , fi l'on confidere
le débit immenfe , qui ſe fait de Mouf
felines & de toiles des Indes dans ce Pays-ci ,
il eſt à croire que , quand même la Compagnie
ſe borneroit à fournir excluſivement ces marchandises
à l'Espagne , elle auroit par ce moyen
ſeul le ſuccès le plus brillant , puiſqu'elle pourroit
les vendre à un prix fort au-deſſous de ce
qu'on en paie , lorſque , malgré toutes les défenfes
, elles font importées en contrebande. Les
Compagnies de Caracas , de la Havanne , des
Gremois & autres , formeront enſemble cette
nouvelle Compagnie , & fourniront la majeure
partie des fonds néceſſaires.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI
ر ا
I 21 AOUT 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à Mademoiselle G.... , à quijavois
donné des leçons , & qui prétendoit me
devoir tout fon avancement.
SOOUUVVEENNTT à la ficur qu'on cultive
On doit preſque tous ſes ſuccès ;
Et la main la plus attentive
Ne peut embellir un cyprès ;
Mais fans foins nous voyons fleurir
La violette à peine écloſe ;
Etc'eſt le ſouffle de Zéphyr
Qui fait épanouir la roſe.
N°. 34 , 21 Août 1784. E
MERCU28RE:
Paroles priſes du Roman de Galatée, mufique
du très -jeune Amateur de Dreux.
VOULEZ-VOUS étre heu reux a.
mant? So
yez gui- dé par
le myf -
te- re , Ce- lui
qui
DE FRANCE.
99
fait le mieux fe tai
En amour eft le
vant ; Pour être ai -
re ,
plus famé
ſo- yez dif-
Afogato.
Eif
109 MERCURE
cret; La clef des coeurs,c'eſt le ſe-
Affogato. Affo ato.
--
cret; Pour être ai mé foyoz
dif - cret La clefdes
NC
DE FRANCE. fur
coeurs , c'eſt le fe - cret
La clef des coeurs, c'eſt le fe
cret.
EN VAIN de l'Amour on me dit :
Le ſecret épure la flamme ;
L'Amour elt la vertu de lâme
Eiif
101 MERCURE
Quand le myſtère le conduit.
Pour être aimé , &c .
SOUVENT un ſeul motpeut ravir
Le prix d'une longue conſtance ;
Cachez juſqu'à votre ſouffrance
Pour ſavoir cacher le plaifir.
Pour être aimé , &c.
NE CONFIEZ qu'à votre coeur
Vos fuccès& votre victoire ;
Tout ce que l'on perd de la gloire
Retourne au profit du bonheur.
Pour être aimé , &c.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Famille ; celui
de l'énigme eſt l'Amour; celui du Logogryphe
eſt Treillage , où l'on trouve lyre ,
treille& rage.
DE FRANCE. 103
TEL
CHARADE.
qui fait monpremier fait alors mon ſecond,
Et fi fort embrouille l'affaire ,
Qu'afin de la faifir un examen profond
Amon tout eft bien néceffaire.
(ParM. le Marquis de Fulvy. )
ENIGME.
ON me prononce tendrement
Je ſuis un verbe à l'actif;
Quand on m'a dit en ſoupirant ,
On voudroit me dire au paffif.
3
(Par M. de W. )
A
LOGOGRYPΗ Ε.
UTREFOIS nom ſacré, nom profane aujourd'hui ,
Mâle jadis ,& maintenant femelle ,
Dans mon deſtin quelle face nouvelle !
Mais , ô prodige encor plus inoui ,
En dépit de la vaine gloſe!
Autrefois mâle je parlais ,
Femelle aujourd'hui je me tais.
Sous une autre métamorphoſe
Je puis encore , Lecteur , te préſenter mes traits;
Eiv
104
MERCURE
A l'objet de ton culte autrefois je ſervois
Et fers encor ; mais pour ne te rien-taire,
Culte& fervice, tout diffère.
Pour toi , fuis- je encor un myſtère ?
De mes fix pieds prends les quatre premiers ,
Ates yeux auffitôt, & fans que tu combine ,
Se préſente mon origine
Antique autant qu'illuftre , & paſſant les quartiers
De toute Nobleſſe de France ,
Quoique ce beau pays m'ait donné lanaiſſance.
En cherchant dans mes autres piés ,
Tu verras , des mortels de tout temps , de tout âge ,
Leplus cher, las ! & plus frele apanage,
L'aſyle des Amours & fouvent leur tombeau ,
Séjourde paix ou de déreſſe;
Le reſte impur d'une liqueur traîtreffe
Qu'écartent d'eux les buveurs d'eau.
Me tiens- tu ? Nen. Eh bien , pour te tirer de peine ,
Quand l'éclat de la majesté ,
Dar lesGrâces voilé relève fa beauté,
Ofe porter ton regard fur la Reine.
Par elle je foumis à ma Loi ſouveraine
La France & l'Étranger, & de ſa volonté
Dépend ma ſouveraineté.
(Par Madame de C ***. )
DE FRANCE.
105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
De l'Électricité des Végétaux ; Ouvrage
dans lequel on traite de l'Electricité de
l'atmosphèrefur les Plantes , defes effets
furl'économie des végétaux , de leurs vertus
médico & nutritivo électriques , & principalement
des moyens de l'appliquer utilement
à l'Agriculture , avec l'invention d'un
Electro- végétomètre , avecfigures ; par M.
l'Abbé Bertholon , Profefleur de Phyſique
Expérimentale des États- Généraux de la
Province de Languedoc , Membre de plufieurs
Académies. vol. in ১০. A Paris ,
chez Didot le jeune , Imprim.- Libraire ,
Quai des Augultins.
Nous avons fait connoître en Novembre
1782 , le Traité de l'Électricité du Corps humain
en état defanté & de maladie , Ouvrage
qui a été accueilli des Savans , & traduit
dans pluſieurs langues . En nous donnant aujourd'hui
l'Électricité des Végétaux , M.
l'Abbé Bertholon complette Télectricité des
corps orgarifes. Cet Ouvrage , rempli de
recherches fur les rapports des végétaux ,
foit avec l'électricité de l'atmosphère , ſoit
avec la portion de ce fluide foumiſe à l'homme
, préſente des moyens d'employer cer
Ev
166 MERCURE
agent fi étendu & fi actif, à fertiliſer la terre,
à féconder les végétaux , & à multiplier des
productions ſi neceſſaires & fi propres à fatisfaire
des beſoins toujours renaiſfans.
Les recherches nombreuſes que M. l'Abbé
Beatholon a faites ſur cette matière , toujours
guidé par l'experience & l'obſervation , demanderoient
un extrait des plus etendu ;
c'eſt une ſcience nouvelle qu'il développe ;
il faudroit analyſer chaque Chapitre , fi
l'on vouloit faire connoître les idees du
Phyficien , la marche qu'il a ſuivre , les
preuves multipliées qu'il a obtenues , les
conſequences qu'il en tire , pour demontrer
l'influence atmoſpherique fur les plantes.
Nous ſommes forces malgré nous d'indiquer
au lieu d'analyſfer ; mais ce que nous dirons
engagera fans doute les Phyſiciens à méditer
un Ouvrage neuf,&àrépéter des expériences
deſtinées à donner aux vûes de l'Académicien
, & au ſyſtême qu'il veut établir , la
folidité d'une démonstration.
Après avoir montré dans la première
Partie lexiſtence du fluide électrique , M.
l'Abbé Bertholon en établit l'influence fur
les plantes , par un enchaînement de preuves
aufli ingénieuſes que bien préſentées ; il
étend enfuite ſes recherches ſur les nombreux
effets de cette électricité. Cette ſeconde
Partie contient le développement de toute
l'économie végétale, de la germination , de
la production des feuilles & des branches ,
DE FRANCE.
107
de celle des fleurs & des fruits , de leur multiplication
conſidérée dans les lieux & dans
les temps favorables à l'électricité. L'infuen
ce de cet agent , qu'on pourroit appeler l'ami
de la Nature , ſur la fluctuation de la sève ,
fur la nutrition , l'accroiſſement , les ſecrétions
& la reproduction des plantes , fur
leurs mouvemens effentiels & accidentels ,
généraux & particuliers , fur leurs qualités
differentes , comme l'odeur , la faveur , les
couleurs , & fur les matières conftituantes
des végétaux , enfin fur la terre vegetale ;
font les objets qu'on difcute dans cette partie
intéreſſante du volume.
Les effets de l'électricité atmoſphérique
ſur la vegetation , font des dépendances de
ces loix génerales que la Nature a établies ,
& par letquelles elle gouverne l'Univers &
les êtres qui l'habitent ; mais on apperçoit
quelquefois dans ſon régime , comme dans
les inſtitutions des hommes , des erreurs , &
même des ecarts ; c'eſt à la raifon & à l'induſtrie
à les corriger & à en triompher. Si
l'influence électrique a des avantages bien
reconnus , elle peut avoir quelques effets
nuiſibles, mais ils ne font pas nombreux.
M. l'Abbé Bertholon s'eſt occupé à les découvrir
, & a été affez heureux pour trouver
, dans l'électricité même , les moyens
d'y remedier , ce qui fait de la dernière Partie
de ſon Ouyrage un traité entièrement
neuf. Il a examiné avec l'oeil de l'obſerva .
tion , le fluide électrique fixe des végétaux ,
Evj
108 MERCURE
l'electricité négative dans les plantes, leurs
vertus électrico nutritives & medico électriques
, fur tout relativement aux maladies
qui dépendent d'une plus ou moins grande
quantité de fuide electrique , & il a trouvé
lemoyen de rétablir l'équilibre dans les prodections
végérales , comme la Médecine
cherche à l'établir dans les liqueurs pour
nous donner la fanté. Il a inventé un électro
végétomètre , qui, égalifant la furabondance
du fluide électrique , que tantôt la terre,
tantôt l'atmoſphère peuvent contenir , favoriſe
l'accroiffement & la multiplication des
végétaux , & les préſerve des maladies qui
les attaquent & des infectes qui les déttuifent.
Cet appareil ingénieux, & que nous ne
pourrions faire connoître ſans le ſecours des
figures , raflemblera à volonté le fluide
* électrique répandu dans l'air , le conduira
ود
رو
20
ود
fur la furface de la terre dans le temps
où il y en aura le moins , où la quantité
>>ne fera pas foflifante pour la végétation ,
>>à plus forte raifon dans ceux où , quoique
fuffifante , e'le ne fera pas affez grande
pour obtenir des effets multiplies & des
>> productions nombreuſes. De cette façon
» on aura un excellent engrais qu'on aura ,
>> pour ainſi dire , été chercher dans le ciel ;
» & cet enerais ne ſera nullement difpendieux
, car après la conſtruction de cet
inftrument , il n'en coûtera rien pour
>>l'entretien ; il ſera le plus efficace qu'on
>>pourra employer ,puiſqu'aucune fubſtance
"
DE FRANCE.
109
> ne peut être auffi active , auſſi pénétrante ,
>> auſſi relative à la germination , à l'accroif
> ſement , à la multiplication & à la repro-
" duction des végétaux. Cet engrais eſt celui
> que la Nature employe fur toute la furface
de la terre , & dans ces lieux que
>> nous appelons en friche , parce qu'ils ne
ود
ود
font fecondés que par les agens qu'elle
> fait fi bien mettre en oeuvre. Il ne man-
>> quoit peut être , pour mettre le complédécouvertes
utiles qu'on faites ود
33
ment aux a
fur l'électricité , que de montrer l'art i
>> avantageux de ſe fervirdu fluide électrique
>> comme engrais. Il faut lire dans l'Ouvrage
même la manière dont on fait uſage
de l'électro-végétomètre , & les effets utiles
qu'il a produits; nous invitons les vrais Phyficiens
, qu'on doit bien diftinguer des Profefleurs
de Phyſique , à répéter les expé
riences de M. l'Abbé Bertholon ;, & à confirmer
les avantages de fi découverte.
Si le fluide électrique eſt ſi utile aux planres
, il influe également fur la naiflance&
la multiplication des infectes ; on a obſervé
que les aimées où la végération eſt plus vigoureuſe
, les ennemis de nos campagnes
font plus multipliés ; on a cherché des moyens
de s'oppoſer à la dévaſtation qu'ils occafionnent,
mais en vain ; M. l'Abbé Bertholon
croit que l'électricité peut remédier à une
partie des ravages dont on n'a pu fe
préſerver juſqu'ici. On a ſouvent remarqué
que pluſieurs eſpèces de vers ou de larves
I10 MERCURE
d'inſectes ſe trouvent dans le coeur des rameaux
, des branches , & même des tiges
&des troncs d'arbuſtes & d'arbres de divers
genres.On n'est averti de leur préſence que
par le mal qu'ils font ; en vain chercheroiton
ce frêle & terrible animal fur les feuilles ,
entre l'ecorce , il eſt dans l'arbre même; on
ne pent le détruire qu'en coupant , & ce
moyen eſt un remède égal au ravage; le Phyficien
obſervateur croit pouvoir attaquer
l'ennemi & le detruire dans ſa retraite impénétrable
, par le moyen de l'électricité.
L'expérience de Leyde , par la force de ſa
commotion , qu'on peut augmenter graduellement
, peut tuer non ſeulement des lapins
&des pigeons , mais encore des taureaux ,
lorſqu'on ſe ſervira des batteries electriques
de grand volume ; elle pourra donc être employée
avec de petits appareils pour tuer la
larve délicare qui , pour ſe dérober aux impreffions
de l'air , habite l'intérieur des arbres
; lorſqu'elle manifeſtera ſa préſence par
la flétriſſure des feuilles , il ſuffira de faire
la chaîne électrique avec doux fimples fils de
fer, & de mettre entre deux la partie de
l'arbre où il paroît qu'eſt l'inſecte ; l'Auteur
explique ſon procédé par une planche ,&
endémontre l'utilité par ſes ſuccès.
Le dernier Chapitre de cer excellent Traité
eſt deſtiné aux maladies des végétaux , aux
moyens d'en guérir pluſieurs par l'électricité ,
&à la méthode de les électrifer. L'économie
vitale & le ſyſtême organique font à
DE FRANCE. 111
peu près les mêmes. Cette reſſemblance a
été prouvée par M. Duhamel & par M.
l'Abbe Teillier , dans ſon Traité des Maladies
des Grains. On ne doit donc pas regarder
comme un ſyſteme les rapports qu'on
trouve entre les maladies qui affligent les
végétaux & celles qui tourmentent les animaux
: fi ceux- ci ont des plethores , des hémorrhagies
, des inflammations , des ulcères ,
&c. il y en a également parmi les vegétaux;
il est vrai qu'elles ne font pas fi nombreuſes
que celles de l'homme , parce qu'ils n'ont ni
ces maladies de lâme , ni les travers de l'efptit
qui influent fi fort fur notre ſanté &
fur notre bonheur. M. l'Abbé Bertholon
place ici un tableau de ces affections végétales
, qu'il diviſe en accidentelles & en
proprement dites. Lorſque les maux font les
mêmes que dans les individus , les remèdes
ſemblables doivent être employes : voilà
pourquoi M. l'Abbé Roger Schabol a ofé
propoſer de pratiquer la ſaignée ſur les planres;
fi cette eſpèce de phlebotomie végetale
ne ſuffit pas , electricité procurera l'évaporarion
des liquides ſurabondans , & diminuera
la plenitude des vaiſſeaux ſeveux.
L'electricité feroit nuiſible dans les extravafions
& les hémorrhagies ; mais l'épaiffiffement
des humeurs , les obſtructions , la paralyfie
végétale trouveront un remède actif
&pénétrant dans l'agent électrique . La méthode
d'électricité pour les plantes ne diffé
rant point de celle qui eſt pratiquée pour
112 MERCURE
les animaux , M. l'Abbé Bertholon renvoie
à fon Traité de l'Electricité du corps humain.
L'Ouvrage que nous délignons aux amareurs
de la bonne Phyſique , préſentele caractère
de toutes les productions du ſavant
Auteur, la clarté , la préciſion ,la méthode ,
une dialectique établie fur des principes certains
, des recherches favantes , des vûes
neuves & des expériences bien faires. La lecture
de ce volume fera defirer la publication
de l'Electricité des Minéraux , qui doit compléter
un Traité de l'Électricité appliquée aux
trois règnes de la Nature.
LE CRI D'UN CITOYEN , Satyre ,
par M. Clément. AAmſterdam , 1784 .
IL eſt fâcheux que le cri d'un Citoyen
ſoit une fatyre ; mais on peut dire qu'alors
ce n'eſt pas la faute du Citoyen Satyrique.
Quand on n'a que des ridicules à décrire ,
la Satyre d'Horace ſuffit ; quand ce ſont des
vices qu'on veut attaquer , il faur celle de
Juvenal ; car rien n'eſt plus dangereux que
de badiner avec les vices , & plus d'un vice
s'eſt fortifié par les traits mêmes qu'on lui
avoit lances en riant. C'eſt au luxe principalement
, & à tous les defordres qu'il entraîne
, que M. Clément en veut dans cette
Satyre ; & c'elt en effet au ton de Juvenal
qu'il paroît vouloir ſe monter. Le luxe , ditil
, a corrompu tous les États ,
Letrafiquant obſeur , le fuppôt de Thémis ,
-
DE FRANCE. 113
L'artifan mereenaire , & l'infolent Commis;
Le ruftre qui laiſſa ſon champ héréditaire,
Et le foc innocent pour la banque ufuraire ;
L'intrigant Médecin , des femmes ſi vanté ,
Qui ſoigne leurs plaifirs bien mieux que leur ſanté,
Et l'élégant Abbé , tout rayonnant de vices ,
De boudoir en boudoir courant les bénéfices , &c.
En indiquant aux riches un emploi plus
utile de leur fortune que des dépenſes de
luxe , l'Auteur parle de l'abus que des ſoins
bienfaifans ont déjà conſidérablement diminué
, celui d'entaffer les malades dans un
même lit :
C'est ici qu'une avare & dure charité
Fairhair les ſecours de l'hoſpiralité.
Si on dit que c'eſt aux Rois à réparer ces
maux ,
X
Réparentils des maux qu'ils ne connoiffent pas ?
Répond l'Auteur.
N'enviez point aux Roix le faix de la puiſſance;
Mais ſoyez Rois auſſi par votre bienfaiſance.
On voit qu'il y a de beaux vers dans cet
Ouvrage. Il faut qu'il y ait dans tout ce
qu'écrit M. Clément , quelque trait contre la
Philofophie moderne ; c'étoit , diſoit M.
d'Alembert , le couplet des Procureurs. Il y a
ici un trait ſemblable; nous le laiſſerons
dans toute la généralité que l'Auteur lui a
114
MERCURE
donnée , &nous ne le particuliferons point
parune application qu'il pourroit deſavouer ;
maisn'est- ce pas principalement pour avoir
élevé contre les moeurs du fiecle le Cri du.
Cuoy en ; n'est- ce pas pour avoir rendu triviales
les verites utiles rajeunies fans danger
dans cette Satyre nouvelle , que certains Phi
lofophes ont tant déplu à de certaines gens
auxquels M. Clement ne voudroit peut être
pas déplaire ?
VOYAGE dans les Parties Intérieures de
l'Amérique Septentrionale , pendant les
années 1766, 177 & 768 , par J. Carver;
traduit fur la troisième Édition Angloife,
par M. C., avec des Remarques & quelques
Additions du Traducteur. in - 8 °. de
500 pages. Prix, s liv. broché. A Paris ,
chez Piſſot , Libraire , quai desAuguſtins.
LORSQUE la guerre entre la France &
l'Angleterre fut terminée par le Traité de
Paix de 1763 , M. Carver , Capitaine d'une
Compagnie de Troupes Provinciales du Canada
, chercha les moyens de rendre utile à
ſa Patrie l'acquifition du vaſte pays qui venoit
de lui être cédé; il commença par voyager
dans les parties les plus reculées de ces
immenſes régions ; & il n'épargna ni ſoins
ni dépenſes pour parvenir à des connoifſances
qui puſſent être avantageuſes à fon
pays. Tout ce qu'il a vû depuis le fort de
DE FRANCE.
115
Michillimacknac juſques en remontant le
Miffittipi , à la rivière de S. François , eſt
affez curieux , & raconté avec beaucoup
de clarté. Cette rivière de S. François a été
le terme de ſon voyage ; & il affure qu'aucun
Européen n'a jamais été plus loin. De
retour à Londres, il préſenta au Roi ſesMémoires;
il fut renvoyé aux Lords Commiſ
faires du Commerce & des Plantations , à
qui il offrit les réſultats de ſes obſervations ,
&les témoignages les plus authentiques &
les plus propres à conſtater fon mérite à tous
égards; mais il fut négligé , & le rôle de
folliciteur convenant peu à ſon caractère ,
onn'eut aucun égard à ſes travaux pallés , &
aux offres qu'il faifoit , de former dans les
pays qu'il avoit parcourus , un établiſſement
National , qui auroit été très utile au commerce
de l'Angleterre.
Sa ſanté ſouffrit dans ce temps là quelque
dérangement;&fon défaut de fortune ,
&même la dérreſſe, le forcèrent d'accepter
en 779 le chétif emploi de Commis d'une
Loterie; mais les chagrins altérèrent abſolument
ſa ſanté; & il_perit peu de temps
après d'une fièvre puttide.
L'Ouvrage que nous annonçons eft diviſé
en quarre Parties; la première contient le
Journal du Voyage ; la deuxième traite de
l'origine , des uſages , des moeurs , de la Religion
& du langage des Indiens; la troiſième
, des animaux , arbres & plantes de
l'Amérique Septentrionale ; la quatrième
116 MERCURE
contient deux Supplémens , un de l'Auteur ;
Pautre du Traducteur .
La deuxième Partie commence par cette
queſtion ,ſi ſouvent& fi long temps diſcutée
: comment l'Amérique at'elle reçu fes
premiers habitans ? On rapporte diverſes
opinions; & malgré ſes conjectures , l'Auteur
finit par nous laiffer à cet égard dans la
même incertitude. On trouve dans le courant
de cette Partie des choſes très curieuſes.
La manière des Indiens de calculer les
temps& les diſtances , nous a paru afflez ingénieuſe.
Ils comptent les dernières , non
par milles ou par lienes, mais par journées
de merche, une journée équivaut à peuprès
à o milles Auglois. Ils calculent le nom
bre d'années par hivers ou par glaces ; & ils
diviſent l'espace d'un hiver à un autre en
douze lunes , obſervant après to d'en mettre
une furnuméraire , qu'ils appellent la lune
perdue. Chacune de ces lunes tire fon nom
de la température. Par exemple , le mois de
Mars, qui est le premier de l'année , &qu'i's
commencent à la nouvelle lune qui fuit immédiatement
l'équinoxe du printemps , eſt
nommée par eux la lune des Vers , parco
qu'alors les vers quittent leurs retraites où
ils s'étoient cachés pendant l'hiver. Le mois
d'Avril eft appelé le mois des Plaimes; Mai ,
le mois des Fleurs ; Juin, la lune Chaude ;
Juillet , la lune du Chevreul ; Août , la lune
des Elturgeons , parce qu'ils en prennent
beaucoup à cette époque ; Septembre , la
DE FRANCE. 117
lune du Blé; Octobre , le mois des Voyages;
Novembre , la lune du Caſtor ; Décembre ,
la lune de laChaffe ; Janvier , la lune Froide ;
Février, la lune de la Neige.
Lorſqu'une Nation en a vaincu une autre ,
&lui a accordé la paix ſous la condition de
bui être ſujette , il eſt d'usage que les Chefs
de la Nation vaincue n'affſiſtent à l'aſſemblée
des vainqueurs qu'en portant des jupons ,
comme un témoignage qu'ils font dans un
État de fujétion , & doivent être rangés
parmi les femmes .
Les enfans des Indiens portent toujours
les noms de leurs mères. Si une femme ayant
eu pluſieurs maris , a eu des enfans de chacun
, ils font tous nominés de même d'après
elle. Ils donnent de cela deux raifons ; les
enfans , difent- ils , font l'ouvrage du père
quant à l'âme , & de la mère quant au
corps. D'ailleurs , ajoutent- ils , leur origine
de la mère eſt toujours certaine, tandis qu'il
y a quelquefois desdoutes ti le père putatif
left réellement.
On lira avec plaifir , & nous renvoyons
pour cela à l'ouvrage , la manière dont les
Indiens traitent leurs morts ; l'Auteur a répandu
beaucoup d'intérêt dans ce Chapitre ,
qui a par tout l'empreinte du talent.
Après ces juſtes éloges , il nous fera permis
de remarquer , comme fera tout Lecteur
judicieux , qu'il a peu reſpecté la mémoire
de M. de Montcalm. Il a ſans doute
cru trop légèrement aur apport de quelque
118 MERCURE
Anglois aveuglé par un patriotiſme excellif,
il eſt malheureux , quand on s'eſt
montré juſques là autfi juſte &aufli raifonnable
, de contrarier ainſi les idées reçues de
deux Nations. Ce defaut de l'Auteur a été
très bien remarqué & relevé par le Traducreur,
à qui nous croyons devoir donner des
éloges pour quelques notes ſages & utiles
dont il a énrichi l'Ouvrage de M. Carver.
La troiſièine Partie nous a paru inférieure
aux autres , & tout ce qu'on y dit fur
'Hiſtoire Naturelle , ſe trouve à peu près
dans tous les Ouvrages de ce genre.
Quant aux Supplémens qui terminent
POuvrage & forment la quatrième Partie ,
ils ajoutent peu au mérite de cet Ouvrage ,
qui , en général , eſt fait pour être lû avec
plaifir , pour intéreſſer en faveur de M. Carver
, & pour faire regreter que ſes projets
n'aient point été accueillis dans ſa Patrie.
LE Comte deGleichen , Nouvelle Historique ,
par M. d'Arnaud. Prix , 3 liv. broché. A
Paris , chez la Veuve Ballard & fils , Imprimeurs
du Roi, rue des Mathurins .
En travaillant à l'intéreſſant Ouvrage des
Délaſſemens de l'Homme Sensible , M. d'Armud
continue ſes Anecdotes Historiques ,
qu'il écrit toujours avec le même intérêt , &
qui font toujours lûes avec le même empreſſement.
Celle que nous annonçons eſt la
DE FRANCE 119
feconde du Tome III . Elle offroit des ſituations
bien propres à développer le talent de
l'Auteur pour exprimer les mouvemens du
coeur , pour peindre les orages des paflions.
Nous allons tranſcrire un article de Moréri ,
qui en a fourni le ſujet. " Gleichen , pris
dans un combat contre les Turcs , travaillant
à la terre , fut abordé & queſtionné ,
un jour , par la fille du Roi ſon maître , tandis
qu'elle ſe promenoit; il lui plut , elle
promit de le delivrer & de le ſuivre , pourvu
qu'il l'épousât. J'ai une femme & des enfans ,
luidit- il : cela n'y fait rien, lui répond-t'elle ;
la coutume de Turquie eſt qu'un homme ait
pluſieurs femmes. Le Comte acquiefce à ces
raiſons ; il engage ſa parole ; ils s'embarquent;
ils arrivent à Veniſe : le Comte y
trouve un de ſes gens qui rôdoit par - tout
pour apprendre de ſes nouvelles : il fut de
lui que ſa femme & fes enfans ſe portoient
bien ; il va trouver le Pape , lui raconte ingénuement
ſes aventures , & obtient la permiffion
de garder ſes deux épouſes. La femme
du Comte fit beaucoup de careſſes à la
Dame Turque , qui étoit la cauſe que fon
mari étoit délivré; la Turque fut ſtérile , &
aima les enfans que la légitime faifoit à
foifon. »
Cette citation , qui nous diſpenſe d'une
analyſe , ne contient guères qu'une aventure
fingulière; M. d'Arnaud en a fait une
Anecdote très-touchante. Qu'a t'il fait pour
féconder ce ſujet ? Il a jeté dans la narration,
120 MERCURE
des mouvemens , des beautés dramatiques;
& il a créé des détails qui , en multipliant
les fituations , ont rendu les perſonnages
plus intéreſlans. Il fait partirZelide & Glerchen
ſans que celui ci ait déclaré à Zélide
qu'il a déjà en Europe une femme & des
enfans. Mais quel puiflant motif ne lui
donne t'il pas ? On perfuade à Gleichen que
le Soudan a réſolu de faire périr tous les efclaves
Chrétiens , & on le rend reſponſable
de leur perie , s'il rejette le ſecours de Zélide
, qui veut les délivrer tous avec lui.
Enfin , s'il y a quelque choſe dans ce procédé
qui bleſſe la delicateſſe , l'Auteur a ſu en rejeter
le blâme ſur des confidens qu'il a
donnés à ſon Héros; & il le rend intéreſſant
par la réſiſtance qu'il oppoſe ,& les combats
qu'il éprouve avant & après fon départ.
Après avoir ajouté à l'intérêt du perfonnage
de Gleichen , il ne manquoit plus que
d'en faire autant pour les deux rivales ; &
c'eſt ce qu'a fait M. d'Arnaud en prêtant ,
non pas à Gleichen , mais à ſa propre femme ,
l'idée d'aller ſe jeter aux genoux du Souverain
Pontife , pour avoir la permiſſion de
partager fesdroitsdd''eépouſe aveccetteZélide ,
à qui elle doit la liberté de ſon mari. Enfin
M. d'Arnaud a ſu animer le tout par un ſtyle
plein de chaleur & de ſenſibilité. « Ah !
ود
"
cruel ! s'écrie Zélide à Gleichen , qui veut
ſe refufer à fon amour par délicateffe , tu
> veux m'empêcher de me débarraffer d'une
- vie qui m'eſt odieuſe: Eh ! ta perfidie ne
"me
DE FRANCE. 121
SD
:
19
"
ود
me poursuivra t'elle point , ne m'affaffinera-
t'elle pas à chaque inſtant , en tous
lieux ? Que je vive! c'eſt pour me faire
fouffrir davantage , pour me déchirer le
- coeur...... Tu as raiſon , tu as raifon d'y
porter les fupplices , la mort : il n'eſt que
>> trop coupable ! il eſt plein de toi , ingrat ;
&tandis que je t'adore , que je meurs de
ton amour , que je t'ai immolé ma répu-
> tation , mon honneur , mon père , que je
me fuis miſe à ta place d'eſclave , tu cours
dans les bras d'une rivale! ....... Laiſſe moi
donc rejeter une affreuſe cxiſtence ; ou fi
>> cette épouſe ſi fortunée , qui ſera ſi glorieuſe
de ma douleur , te permet un ſentiment
de pitié , promets moi de me per-
» cer ce ſein , d'où je ne pourrai jamais
bannir ton image....... Helas ! en expirant
de tes coups , je bénirai mon trépas ; ce
ſera la ſeule marque de reconnoiffance
» que tu m'auras donnée.
ود
ود
ود
"
"
"
"
ود
"
Ainsi , le ſtyle donne la vie à tour. C'eſt le
ſtyle qui marque la limite entre le bon & le
mauvais ; ſi l'on eût voulu faire dire les
mêmes choses à Racine & à Pradon , Pradon
n'auroit écrit que des ſottiſes,& Racine auroit
toujours été fublime.
Νο. 34 , 21 Αoût 1784. F
122 MERCURE
DES Maladies des Créoles en Europe , avec
la manière de les traiter , & des Obfervationsfurles
Gens de Mer, &fur quelques
autres plusfréquemmen, obfervées dans les
climats chauds , par J. J. de Gardanne ,
Docteur- Régent de la Faculté , Médecin
de Montpellier , Cenſeur Royal , Affocié
& Correſpondant de pluſieurs Académies.
Volume in 12. A Paris , chez la Veuve
Valade , Imprimeur - Libraire , rue des
Noyers.
On a de la peine à concevoir comment
l'Auteur de cet Ouvrage peut concilier le
travail du cabinet avec la Médecine pratique
qu'il exerce depuis long temps avec ſuccès
dans cette Capitale. Nous avons déjà remarqué
, en annonçant ſon Mémoire fur la
Colique des Gens de Mer , que ſa plume
s'étoit exercée ſur différens points de l'art de
guérir , & que toujours fon travail avoit
mérité l'attention du Gouvernement & la
reconnoiſſance des Citoyens . Ce nouvel Ouvrage
jouina ſans doute du même droit. Il eſt
écrit de manière à ſe faire lire par tout le
monde; l'utilité des vûes de M. de Gardanne
réveillera l'attention des gens de l'art; & la
folidité des préceptes fixera celle des Créoles ,
qu'il intéreſſe d'une manière plus particulière.
Né dans une ville maritime , comme il
nous l'apprend , & habitué depuis longtemps
à voir des Créoles , principalement
DE FRANCE .
123
dans cette Capitale , où pluſieurs fois il a
eu occaſion de les traiter dans leurs maladies
, ce Médecin a fortifié ſes connoiffances
par la lecture des Ouvrages qui traitoient
des affections les plus communes dans les
climats chauds. C'eſt ſur cette double baſe
qu'il a établi le ſien.
Après avoir donné une idée générale des
fonctions du tiffu cellulaire , ou corps mu
queux , & démontré l'activité de cet organe
, M. de Gardanne prouve , par les comparaiſons
les plus juſtes & le tableau le plus
frappant du caractère des Créoles , de leur
genre de vie , tant dans l'etat de ſanté que
dans les maladies qui les affectent dans leur
pays , qu'ils ont la fibre extrêmement irritable,
que leur tempérament langain dans
le premier âge , devient bientôt ſanguin bilieux
, & qu'au milieu de leur carrière la
bile prédomine entièrement chez eux ; ce
qui lui fait regarder le foie comme le centre
& le foyer de toutes leurs affections.
La deuxième Partie de cet Ouvrage offie
des détails non moins intéreſſans. M. de
Gardanne y fuit les Créoles depuis leur départ
des Colonies juſqu'en Europe. D'abord
il examine l'impreſſion qu'ils peuvent recevoir
du changement de climat , foit en allant
reconnoître les côtes de la Nouvelle-
Angleterre , ſoit en dépaſlant les Tropiques ,
& les inconvéniens qui réſultent de ſe trop
nourrir à meſure que la tranſpiration diminue;
enſuite il leur donne les conſeils les plus
1
Fij
124 MERCURE
ſages , tant pour écarter les cauſes des ma
ladies, que pour ſe garantir de celles des Gens
de Mer qui les menacent à chaque inſtant.
Delà il prend occaſion d examiner la nature
& le traitement de ces dernières affections ;
& quoiqu'il en réſerve le développement
pour un autre Ouvrage , des vûes neuves fur la
cauſe du ſcorbut , fur celles de la colique des
Gens de Mer , ſur les moyens de prévenir
la fièvre putride , & fer ceux d'éloigner à
jamais la petite vérole , ſont des connoiflances
qui prouvent que l'Auteur , plein de fon
fujet , l'a profondément médité.
La troiſième Partie de cet Ouvrage n'eſt
pas traitée avec moins de ſoin ; les Créoles ,
pris au moment où ils arrivent en Europe ,
font prévenus de tous les dangers qui les
menacent ; les ports qui conviennent le
mieux à leur fanté , nté le régime & le gewre
de vie le plus néceſſaire leur font indiqués.
L'Auteur entre enſuite dans le détail des affections
qu'ils apportent en Europe , & des
variations qu'ils éprouvent , même dans les
maladies communes auxEuropéens; il s'étend
fur-tout fur la cauſe des dartres, des hémorroïdes
, des dévoyemens ſouvent pris pour
diffenteriques , & de pluſieurs autres maladies
chroniques ; & par- tout indiquant des
remèdes dont l'expérience a confirmé le ſuccès
, on le voit raiſonner avec ſes malades ,
& combattre avec avantage les erreurs que
les gens à fecret cherchent à leur faire adopter.
L'analyſe de quelques remèdes ſecrets
DE FRANCE. 125
qui font fort accrédités dans nos Colonies ,
& des Notes très- étendues ſur quelquesunes
des maladies qui y règnent , notamment
fur le mal de mâchoire, terminent cer
Ouvrage , qui , pour nous fervir des propres
expreffions du Cenſeur : renferme des principes
certains , offre des vues neuves , & contient
une pratique confirmée par les obfervations
& les expériences des Auteurs qui ont
traité avec leplus deſuccès les maladies de
ce genre , avantages qui l'ont rendu digne de
l'impreffion.
RECHERCHESfur l'Art de Voler depuis la
plus haute antiquité jusqu'à ce jour pour
fervir de Suppliment à la description des
Expériences dérostatiques de M. Faujas de
Saint - Fond , par M. David Bourgeois.
A Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Ser
pente.
On retrouve dans les Fables de la plus
haute antiquité, que l'idée de s'elever dans
les airs & d'y naviguer, a toujours occupé
les hommes. L'Auteur de l'Ouvrage que nous
annonçons nous préſente un tableau fucceflif
&hiſtorique de tous les perſonnages qui ont
fait des eſſais en ce genre , depuis Abaris
juſques à MM. de Montgolfier; il a fu difcerner
avec ſageffe tout ce qui n'eſt que fabuleux;
il préſente de bonnes vûes , & il a
fur- tout attache à chaque objet le degré de
probabilité qu'il mérite. Nous croyons que
Faij
126 MERCURE
cetOuvrage eft néceſſaire pour completter
l'hiſtoire de l'Aéreſtat, & qu'il doit précéder
ceux que M. Faujas de Saint Fond nons a
déjà donnés ſur cette matière.
On lira avee plaiſir , à la page 103 , le
parti qu'on pourroit tirer pour le commerce
de terre d'un Aéroſtat de 100 toiſes ou 600
pieds de diamètre , lorque toutes les conditions
attachées à la perfection requiſe de la
machine feront obtenues.
L'Auteur nous préſente avec ſageſſe &
avec franchiſe les eſpérances que l'on peut
former ſur la direction des globes; il eſt
loin , comme quelques enthouſiaſtes , de
nous affirmer un fait auffi douteux; mais il
ne dit pas , comme quelques détracteurs ,
que la choſe eſt impoſſible ; il faut laiſſer
faire le temps & l'expérience.
On verra avec plaifir un paſſage d'un bon
homme nommé Fleyder , qui , en 1627 ,
prononça une differtation ſur l'Art de Voler.
* Telle eft , dit- il à l'Académie de Tubinge ,
» en préſence du Magiſtrat , la condition
>> des mortels , que tous les Arts dans ce
> ſiècle ſe ſont ſouveraineinent perfection-
>> nés. Combiende choſes manquent à l'hom
» me à ſa naiſſance ! jeté dans l'amphi-
ود
théâtre de ce monde , ſans bec pour mor-
> dre , ſans dents pour ronger , ſans cornes
pour frapper , ſans ongles pour déchirer ,
il lui manque auffi des aîles pour voler.
Il répare toutefois par l'art & par la pru-
وو
ود
"
» dence tout ce que la Nature lui refuſe
DE FRANCE. 127
ود
"
ود
ود
&il pourvoit par le ſecours de ſes mains
à tous les inftrumens qui lui font refuſes
> par elle ; il déchire , il frappe , il met en
>>pièces , il nage & il volera . Puiſqu'il lui eſt
donné de jouir de l'odorat du vautour ,
de l'ouie du renard , du goût de la poule ,
de la vûe de l'aigle , du tact des limaçons
» & des huitres , de la courſe du lièvre &
de l'art de nager du poiffen , pourquoi ,
s'écrie Fleyder , l'art du vol de l'oiſeau lui
manqueroit - il ? Enfin , ajoute-t'il très-
>> dévotement , n'avons- nous pas les ailes
» de la foi , par leſquelles nous pouvons
ود
ود
>>
ود voler au ciel ?,
Onconnoît quelques tentatives pour voler
faites à Paris pardes particuliers , une furtout
depuis affez peu d'années , pour qu'il
exiſte encore bien des gens qui en ont été les
témoins ; on eſt fâché que M. Bourgeois
n'en faſſe pas mention.
On trouve à la fin de l'Ouvrage un extrait
de Lana , Auteur Italien , & un autre latin
du célèbre Borelli , que les détracteurs ont
réclamés comine Inventeurs de la nouvelle
découverte : on y verra avec évidence que
MM. de Montgolfier ne doivent rien à cet
égard ni à Lana , ni à Borelli , ni à Architas ,
ni à Kircher , ni à aucun de ceux qui les ont
précédés.
Fiv
128 MERCURE
VARIÉTÉS .
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
J'AI lû dans vos Mercures du mois de Mai ,
Numéros 18 , 19 & 20 , tout ce que vous avez publié
fur la Tragédie Lyrique d'Hypermneftre ou des
Danaïdes , qui a paru au Théâtre de l'Opéra le 26
Avrildernier.
L'analyſe que vous en faites , les défauts que vous
obſervez dans ſon plan , vos obſervations fur fon
effet théâtral , tout m'a paru juſte , & digne de l'attention
de ceux qui s'occupent de l'Art Dramatique.
Dans vos trois Extraits , Monfieur , on re voit
qu'une ſeule fois mon nom , fur lequel on glifle fort
Jégèrement. Les Traducteurs , Rédacteurs ou Co.
pilles de mon Drame; ( car il paroît qu'ils ont été
deux ) ont à peine daigné me nommer dans un petit
coin de l'Avertiſſement. Je n'y figure que dans le
Jointain. N'eft- il pas juſte que je me place dans mon
véritable point de vûe ? Permettez donc queje faffe
ufage d'un de nos proverbes , qui vient ici fort à
propos : Non ho buoni vicini ; bisogna pero che mi
lodi da me. Je le dois d'autant plus, que même en
me nommant , on a cette petite
gloriole , un homme , célebre à la vérité , M. Noverre
, qui , je l'avoue , mérite des éleges par ſes
Pantomimes , les plus beaux que je connoiffe
, mais qui me ſemble placé ici fort gratuitement
. C'est le Deus in machina , qu'on fait defcen
pris foind'affocier à
DE FRANCE. 129
dre de l'Olympe , pour détourner les yeux qui
pourroient s'attacher (ur un perſonnage effentiel. II
n'y avoit pas de néceffité d'employer ce moyen
tragique. Peut - être auroit-il été plus convenable
d'avouer qu'on avoit traduit mon Poëme preſqu'en
entier. Mais commençons l'hiſtoire lamentable de
mes Danaïdes . Ce fut en 1778 , & après le grand
ſuccès de mon Orphée & de mon Alceſte ſur votre
Théâtre , que M Gluck voulut ,
Iterum antiquo me includere ludo.
Il m'engagea par de grandes promeſſes à faire pour
lui un nouveau Drame. J'écrivis une Sémiramis ,
que je lui fis parvenir. J'ignore fon fort; mais peutêtre
cette aînée court-elle auſſi le monde comme fa
cadetre.
M. Gluck l'approuva beaucoup d'abord; mais il
s'apperçut enfuite qu'elle ne s'adaptoit point aux
Acteurs qui brilloient alors fur la Scène Lyrique. Je lui
avois parlé autrefois d'une Hypern neftre ; il me follicita
ſi vivement de l'écrire , que je réfolus de lui
complaire; il eut cette pauvre Hypermneftre à Paris ,
où il étoit , au mois de Novembre de la même année
, il en fut enthouſiaſmé , il me manda qu'il la
feroit traduire pour la donner au Théâtre; c'eſt la
tout ce qu'il m'en apprit.
Après un filence de plus de quatre ans , ce n'eſt
qu'au mois de Février de cette année qu'il m'eſt revenu
que M. Gluck alloit mettre inceflaminent mon
Hypermnestre au Théâtre de Paris ; & que n'ayant pû
lui même en achever la mutique , il y avoit employé
M. Salliéri , qui y avoit travaillé ſous fa direction.
Dans l'intervalle , comme on retouche ſouvent à
ſes Ouvrages , j'avois fait des changemens à ma
Pièce. Je les aurois communiqués ſi on avoit daigné
Fv
1: 0 MERCURE
me confulter , mais j'étois cublié. On ne vouloit
que beaucoup s'aider de mon Drame. On n'a pas
même dit de qui on le tenoit. Cette reticence m'a
paru fingulière, M. Gluck , qui feul au monde a cu
mon manufcrit , peur ſeul aufli en ſavoir la raiſon.
Je m'étois amusé l'année dernière à faire mettre
en muſique quelques Scènes de mon Hypermnestre,
d'apres les idées que j'ai depuis long-temps ſur la
muſique Dramatique. J'y employai M. Millico, non
moins célèbre Chanteur qu'excellent Compoſiteur.
Sa muſique excita la curioſité de pluſieurs grands Perfonnages
On voulut l'entendre a la Cour , tandis
que S. M. l'Empereur étoit à Naples , & on la trouva
admirable.
Corame on avoit diſpoſé de ma Tragédie à inon
infu , je craignis qu'on ne la fit imprimer de même,
& fans mes corrections. Je me déterminai donc à la
publier au mois de Février dernier , à l'occafion
d'une Aſſemblée où il en avoit été exécuté une partie
en préſence de S. M. le Roi de Suède , par les meilleures
voix de notre grand Opéra , chez S, E. Mgr .
le Comte de Razoumousky , Envoyé de S. M. l'lmpératrice
des Ruffies .
Voilà , Monfieur , dans la plus exacte vérité, les
aventures de ma vagabonde Hypermneftre Je vous
prie maintenant de ſuivre dans ma Tragédie Italienne
, dont je vous envoie un exemplaire imprimé ,
le plan que j'avois fuivi .
Quel que foit le ſujet que j'entreprends de traiter
en Drame , ma première étude eſt d'en tirer de
grands tableaux propres à frapper , à émouvoir les
Spectateurs. Je les diftribue dans les Actes ſuivant la
marche de la Pièce ; le dialogue ne me fert que pour
y amener les perſonnages qui doivent y figurer. J'ai
parlé amplement de cet arrangement de mes plans
tragiques dans une lettre en Italien au Comte AlDE
FRANCE. 131
-
fiéri , ſur quatreTragédies qu'il publia l'année dernière.
Je ne fais fi je vois bien ou mal ; mais c'eſt d'après
cette idée ſinon borne , du moins neuve , à ce qu'il
me ſemble , que j'ai diſpoſé par tableaux le plan de
mes Danaïdes .
Vous verrez , Monfieur , qu'à quelques obfervations
près , le plan de ma Tragédie eſt exactement
le même que celui que vous annoncez vous verrez
que les fautes que vous avez juſtement relevées dans
la copie , ne font point dans l'original .
Vous dites qu'à la fin du deuxième Acte , le fort
d'Hypermuestre eſt tellement décidé , qu'il ne peut
plus changer. Il s'en faut de beaucoup qu'il le ſoit
ainfi dans ma Pièce ; & en tout cas , ce défaut lui
feroit commun avecbien d'autres Tragédies ſimples .
La vertu d'Hypermneſtre , ſes prières , ſes larmes , le
combat qu'elle éprouve dans ſon âme, partagée entre
la Nature & l'Amour;ſon projet de fauver fon amant
fans trahir ſon père ; fes efforts pour perfuader à
Lyncée la néceſſité d'une ſéparation cruelle , varient
ſa ſituation à chaqe Scène, & un eſpoir, foible ſi vous
voulez , mais enfin un eſpoir tient continuellement
le Spectateur en ſuſpens. L'intérêt n'eſt donc point
détruit ſi l'on fuit la marche du Drame , comme on
le doit, ſans faire attention à la catastrophe que la
Fable nous a tranfmife .
On oublie chez le Traducteur , Hypermneſtre &
Lyncée au troifième Acte , Scène première , au milicu
des danſes: faites attention , Monfieur , qu'il
n'en est pas de même dans mon Drame. Une ſeule
entrée de danſe rapide , & mêlée aux chants du
choeur , doit être placée entre le commencement de
la fête & le départ précipité d'Hypermneſtre ; ſi l'on
en a misdavantage, c'eſt contre mon intention , contre
la vraiſemblance. La fête entière doit être à la
fin de la Scène , & alors Hypermneſtre , Lyncée &
Danaus n'y font plus.
F vj
132 MERCURE
Vous pourrez obſerver aufli que bien loin de
réunir, pour ainſi dire , les adieux de Lyncée & d'Hypermneſtre
avec l'entrée des Danaïdes en Bacchantes ,
je les éloigne autant qu'il eſt poffible. Après les
adieux , Hypermneftre eſt agitée par la crainte que
fon époux ne ſoit furpris , trahi , arrêté dans ſa
fuite. Ce monologue eſt , ſelon moi , très-intéreſfant.
Danaüs furvient pour aflafiner Lyncée, ſedoutant
bien que fa fille n'a pas voulu ſe fouiller de ce
forfait. Hypermneftre le voyant paroître le fer à la
main , les yeux étincelans de fureur , s'imagine que
ſon époux n'eſt plus. Raſſurée par les recherches de
Danais , ſa frayeur ſe change en hardiefle; & fon
père , irrité & confondu , la fait charger de chaînes.
ſesGardes l'entraînent. Danatis vole à la pourſuite de
Lyncée. Suit encore la Scène du maſſacre qui termine
le quatrième Acte. Le cinquième s'ouvre ; la
décoration charge. Danais paroit ; des cris éclatans
frappent fon oreille , & voilà ſes filles en Bacchantes.
C'eſt au Traducteur à dourer ſes raiſons pour avoir
retranché tout cela. L'entrée des Danaïdes , ainfi
qu'il l'a placée , eſt abſurde ; vos remarques à ce
fujet ſont ſans réplique . M. Gluck ne devoit point
permettre ces mutilations , ou du moins il auroit dử
m'en avertir.
A l'égard du dénouement que vous reprenez ,
Monfieur, parce que Danaiis eft poignardé par fon
Capitaine des Gardes, cet Orficier eft mis en jeu
par mon Traducteur. C'eſt par des Soldats ou par le
Peuple en fureur que je fais périr le Tyran , & il eft
tué dans la couliſle; nul en un ſujet fi terrible n'enfanglante
la Sène dans ma Pièce; c'eſt un Poëте
pour le Théâtre Lysique , & non une Tragédie proprement
dite. J'ai exprefément évité de rappeler
l'Oracle que vous citez , & de faire mourir Danais
par la main de Lyncée , afin que fa vertueuse épouſe
DE FRANCE.
133
ne foit pas forcée de le haïr Vous peſerez mes raifons
, Monfieur , & me jugerez .
Voilà tout ce que j'ai cru devoir vous dire ſur le
plan & la conduite de mon Drame. La lecture vous
fera connoître qu'on a pris toutes mes pentées ,
preſque tous mes vers , hors quand on a voulu me
mutiler. C'eſt au Public équitable à prononcer fi cela
s'appelle beaucoup s'aider d'une pièce
Vous dites dans votre Extrait , Nº . 20 , que l'Auteur.....
a prouvé qu'il entend ſupérieurement la
coupe & la marche Dramatique qui conviennent au
Théâtre Lyrique , & qu'on en peut juger parfa première
Scène qui préfente un tableau irrofint &
vrai , où le récitatif , le chant meſuré & le choeurfont
unis de la manière la plus heureuse . Je crois devoir
revendiquer cet éloge, il n'appartient qu'a moi. Si je
n'avois pas , par hafard , fait imprimer ma Tragédie
il y a cinq mois , M. Gluck , que j'avois voulu obliger
, in'auroit mis dans le cas de paffer pour plagiaire
, & de jouer le rôle ridicule de la Corneille
de la Fable :
Furtivis nudata coloribus .
J'aurois fini ; mais j'ai encore quel que autre chofe
fur le coeur , il faut que je le ſoulage. En parlant de
la muſique des Danaïdes , vous obſervez qu'on a reconnu
aisément dans l'efprit général de la compoſition ,
cette matière grande , forte , rapide & vraie qui caractérise
le ſyſtême du créateur de la musique Dramatique.
Voici ce que j'ai à dire à ce ſujet.
Je ne fuis pas Mufcien mais j'ai beaucoup étudié
la déclamation. On m'accorde le talent de réciter
fort bien les vers , particulièrement les Tragiques ,
&fur- tout les miens .
J'ai pensé , il y a 25 ans , que la ſeule muſique
134
MERCURE
convenable à la poéſie dramatique , & fur-tout pour
le dialogue & pour les airs que nous appelons
d'azione , étoit celle qui approcheroit davantage de
la déclamation natuselle , animée , énergique ; que
la déclamation n'étoit elle - même qu'une inufique
imparfaite: qu'on pourroit la noter telle qu'elle eſt ,
i nous avions trouvé des fignes en affez grand nombre
pour marquer tant de tons , tant d'inflexions ,
tant d'éclats , d'adouciſſemens , de nuances variées ,
pour ainſi dire , à l'infini , qu'on donne à la voix
en déclamant. La muſique , ſur des vers quelconques ,
n'étant done , d'après mes idées , qu'une déclamation
plus ſavante , plus étudiée , & enrichie encore
par l'harmonie des accompagnemens , j'imaginai
que c'étoit là tout le ſecret pour compofer de la mufique
excellente pour un Drame; que plus la poéfie
étoit feride , énergique , paſſionnée , touchante , harmonicufe
, & plus la muſique qui chercheroit à la
bien exprimer , d'après ſa véritable déclamation
ſeroit la muſique vraie de cette poćfie , la muſique
par excellence.
,
C'eſt en médicant fur ces principes que j'ai cru
découvrir la ſolution de ce problême . Pourquoi y at'il
des airs comme se cerca , se dice , de Pergolèſe
dans l'Olimpiade, Mifero Pargoletto , de Leo , dans
le Démephoon , & tant d'autres dont on ne fauroit
changer l'expreffion muſicale ſans tomber dans le
ridicule , fans être forcé enfin de revenir à celle que
ces grands Maîtres leur ont donnée ? Et pourquoi
aufli une infinité d'autres airs admettent-ils des variations
, quoique déjà notés par plufieurs Compofiteurs
?
La raiſon en eſt ( ſelon moi ) que Pergolèſe ,
Leo & d'autres ont rencontré pour ces airs la vraie
expreffion poétique, la déclamation naturelle , de
manière qu'on les gâte en voulant la changer; & s'il
y en a d'autres qui font encore fufceptibles de chan
DEFRANCE.
135
gement , e'eſt que nul n'a rencontré juſqu'ici leur
véritable muſique de déclamation .
J'arrivai à Vienne en 1761 , rempli de ces idées.
Un an après , S. E M. le Comte Durazzo , pour lors
Directeur des Spectacles de la Cour Impériale , &
aujourd'hui ſon Ambaſſadeur à Veniſe , à qui j'avois
récité mon Orphée , m'engagea à le donner au
Théâtre. J'y confentis , à condition que la muſique
en feroit faite à ma fantaisie . Il m'envoya M. Gluck ,
qui , me dit- il , ſe prêteroit à tout.
M. Gluck nétoit pas compré lors , ( & à tort
fans doute ) parmi nos plus grands Maîtres . Haiſe ,
Buranello , Jommeki , Pérés & d'autres occupoient
les premiers rangs . Nul ne connoiſſoit la muſique de
déclamation , comme je l'appelle ; & pour M. Gluck ,
ne prononçant pas bien notre langue , il lui auroit
été impoſſible de déclamer quelques vers de fuite.
Je lui fis la lecture de mon Orphée , & lui en
déclamai pluſieurs morceaux à pluſieurs repriſes , lui
indiquant les ruances que je mettois dans ma déclamation,
les fufperfions , la lenteur , la rapidité ,
les fons de la voix tantôt chargés , tantôt affeiblis
& négligés dont je defirois qu'il fit uſage pour ſa
compofkion. Je le priai en méme- temps d'en bannir
i paffoggi , le cadınze , i ritornelli , & tout ce
qu'on a mis de gothique , de barbare, d'extravagant
dans notre mufique. M. Gluck entra dans mes
vûes.
Mais la déclamation ſe perd en l'air , & ſouvent
on ne la retrouve plus; il faudroit être toujours
également animé , & cette ſenſibilité conſtante &
uniforme n'existe point. Les traits les plus frappans
s'échappent lorſque le feu , l'enthousiasme s'affoibliffent.
Voilà pourquoi on remarque tant de diverſité
dans la déclamation de differens Acteurs pour le
même morceau tragique dans un même Acteur ,
d'un jour à l'autre, d'une ſcène à l'autre. Le Poëte
136 MERCURE
lui-même récits ſes vers , tantôt bien , tantôt mal.
Je cherchai des fignes pour du moins marquer les
traits les plus faillans. J'en inventai quelques-uns ;
je les plaçai dans les interlignes tout le long d'Orphée.
C'eſt ſur un pareil manufcrit, accompagné de
notes écrites aux endroits où les fignes ne donnoient
qu'une intelligence incomplette , que M.
Gluck compoſa ſa muſique. J'en fis autant depuis
pourAlcefte. Cela eſt ſi vrai que le ſuccès de celle
d'Orphée ayant éré indécis aux premières repréſentations
, M. Gluck un rejetoit la faute fur moi.
A l'égard de Semiramis & des Danaïdes , ne
pouvant déclamer à M. Gluck ces Tragédies , ni
employer mes ſignes que j'ai oubliés & qui lui
font reftés avec mes originaux , je me ſuis borné à
Jui envoyer d'amples inftructions par écrit. Celles
pour Sémiramis rempliſſent ſeules trois feuiles entières.
J'en ai gardé une copie, ainſi que de celles
pour les Danaïdes. Je pourrai bien les publier un
jour.
J'eſpère que vous conviendrez , Monfieur ,
d'après cet expoſé , que ſi M. Gluck a été le créateur
de la Muſique dramatique , il ne l'a pas créée
de rien . Je lui ai fourni la matière ou le chaos fi
vous voulez ; l'honneur de cette création nous eft
donc commun .
Les Connoiffeurs ont été enchantés de ce nouveau
genre. De cette approbation générale je tire
une conféquence qui me paroît juſte , c'eſt que la
Mutique faite par M. Millico ſur mes Daraïdes
doit être infiniment ſupérieure à celle qu'on donne
à Paris fur la copie de mon Drame .
L'Auteur de cette Muſique ( quel qu'il ſoit, puifque
j'apprends que M. Gluck la défavoue ) n'a pu
fuivre ma déclamation que j'ai faite à Vienne , au
lieu que M. Millico , en compoſant la fienne , me
voyoit tous les jours , & déclamoit même avec moi
DE FRANCE. 137
les morceaux qu'il en avoit ſous la main. Si je ne
craignois de vous prendre inutilement un temps précieux
, je vous ferois paffer mes inſtructions , mes
notes fur le feul monologue d'Hypermneſtre ,
Acte IV , Scène I. Pour peu que vous le defiriez
je vous les drefferai .
Aufli , Monfieur , il n'y a qu'une voix fur l'excellence
de la Muſique de M Millico j'espère qu'elle
paroîtra quelque jour. lofe me Aitter que le Public
penſera à cet égard comme l'éite de la Nobleffe
Napolitaine & étrangère qui l'a entendue chez M.
le Comte Razo imousky .
J'ai l'honneur d'être , avec la conſidération la
plus diftinguée , Monfieur ,
Votre très-humb'e & trèsobéiffant
Serviteur ,
DE CASSABIGI , Confeiller
Honoraire de S.
M Impériale Royale
Apostolique.
ANaples, le 25 Juin 1784.
ΑΝΝΟΝCES ET NOTICES.
REPERTOIRE Univerſel & raisonné de Jurispru
dence , Ouvrage de plusieurs Ju ifconfultes , mis en
ordre & publié par M. Guyot. in 4 ° . A Paris , chez
Viffe rue de la Harpe , & chez les principaux Libraires
de France.
On vient de publier le Tome ſecond de cet Ouvrage.
Le Tometroiſième paroîtra le mois prochain ,
& les autres fucceſſivement de mois en mois. La
Souſcription ſera fermée à la fin de Septembre ,
138 MERCURE
comme l'annonce le Profpectus , qu'on peut ſe pr
curer gratis chez les Libraires.
MÉMOIRE fur l'équilibre des Machines Aéroftetiques
, fur les différens moyens de les faire monter
& descendre , spécialement fur celui d'exécuter les
manoeuvres fans jeter de left & fans perdre d'Air in
flammable , en ménageant dans le Ballon une capacité
particulière , destinée à renfermer &Air armofphérique
; préſenté àl'Académie le 3 Décembre 1783 ,
par M. Meufnier , Lieutenanten Premier au Corps
Royal du Génie , & de l'Académie des Sciences.
Parmi toutes les perſonnes qui ont écrit fur
l'Aéroftar , M. Meunier ſe diftingue aifément; il
paroît que dans le Ballon lancéà S. Cloud par Mм.
Robert, on a appliqué la théorie de ce Mémoire, qui
eft fondée fur des raiſonnemens dignes d'un Membre
de l'Académie. L'Auteur a ajouté une Note que
nous nous empreſſons de tranfcrire , nous ayant paru
d'une grande utilité pour éviter dans bien des cas
des diſputes Littéraires , & pouvoir quelquefois prononcer
fur des réclamations .
<<La conſervation des dates , qui s'obſerve très-
>> exactement à l'Académie , eſt un objet d'autant
>> plus digne d'attention , qu'on doit en quelque forte
>> regarder comme public ce qui ſe lit dans ſes Af-
>> ſemblées , toujours très-nombreuſes , tant par les
>> Académiciens qui les compoſent,que par les étrangers
que différentes circonstances y amènent très-
> fréquemment. »
ORAISON Funèbre de Mgr. Ch. de Beaumont ,
Archevêque de Paris , prononcée en préſence de
l'Affemblée du Clergé, le 20 Décembre 1782 , dansl'Eglife
de S. Roch , par M. l'abbé Ferlet , Chanoine
de S. Louis du Louvre, A Paris , chez MouDEE
FRANCE.
139
tard , Imprimeur- Libraire de la Reine , rue des Mathurins.
Ce Diſcours doit faire beaucoup d'honneur à fon
Auteur ; on ſera far-tout content de la ſeconde
Partie.
NOUVEAU Compte Rendu , ou Tableau Hiftorique
des Finances d'Angleterre , depuis le règne de
Guillaume III jusqu'en 1784. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez l'Auteur , rue Montmartre ,
N°. 35 , & chez Couturier , Imprimeur- Libraire ,
quai des Auguftins .
L'Auteur de cet Ouvrage , qui paroît avoir
puiſé dans de bonnes ſources , dit que ce fut
Guil'aume III qui , pour éviter la lenteur des verſemens
que les Sabfides produiſoieut dans les coffres ,
imagina & employa la voie des emprunts , qui faifoient
rentrer tout d'un coup les ſommes que la Nation
ne devoit payer qu'en un certain nombre d'années
, ce qui a néceſſairement accrú la dépenſe par
les intérêts qu'il falloit payer. Ces intérêts ont été
portés dans l'origine à fix , &même à dix pour cent.
Au commencement du règne de George Premier ,
le numéraire manquant , on établit le Sinking fund ,
ou la Caiſſe d'amoriſſement ; & c'eſt par les facilités
qu'elle a procurées dans les opérations , que
s'eft formé dans cent ans en Angleterre le ſyſtême des
Finances le plus étendu , le plus ſolide& le plus fimple
qui ait jainais exifté parmi les Nations. L'Ouvrage
que nous annonçons eſt tout en tableaux , &
&il en réfu'te que la totalité de la dette Nationale
ſe monte à environ deux cent quarante raillions
ſterlings , & l'inté ét annuel , en yjoignant les frais
de régie , à huit millions quatre cent mille livres
environ .
JOURNAL du Roulage & du Commerce de l'Eu-
1
140
MERCURE
rope , Ouvrage périodique , dont la première feuille
paroîtra le premier Septembre prochain , & les auies
ſucceſſivement une fois par ſemaine.
Ce Journal doit renfermer dans une feuille de
quatre pages tous les renſeignemens qui peuvent
faciliter les opérations du Commerce dans l'intérieur
du Royaume & dans toute l'Europe. Il ſera
diviſé en deux Parties; la première comprendra les
prix courans de toutes les marchandises & de tous
les commeſtibles en gros dont les principales Villes
de l'Europe fout commerce ; la deuxième annencera
l'arrivée , le départ & la deftination , 1º. des
Vaiſſeaux marchands dans les principaux ports de
France & de l'Europe , avec les prix du fret par
tonneau , & les primes d'affurance ; 2 ° . des Voitures
, par terre de tous les Rouliers , avec le prix du
tranſport ( par cent livres poids de marc ) d'une
Place à l'autre ; les lieux de leur chargement, & le
temps de leur arrivée à leur deſtination .
L'abonnement pour ce Journal , qui peut devenir
fort utile , eſt de 24 liv. pour Paris , & de 30 liv.
pour la Province & les Pays étrangers franc de
port jusqu'aux frontières. On foafcrit à Paris , au
Bureau général , rue de Richelieu , vis - à vis celle
Traverfière , & dans les principales Villes de l'Europe
aux Adreſſes qui feront inceffſamment indiquées.
ARISTE , Comédie en cing Actes , représentée
pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi, le Marai 9 Mars 1784 , par M.
Dorfeuille. A Paris , chez Couturier , Imprimeur-
Libraire , quai des Auguftins .
Le fonds de cet Ouvrage, que M. Dorfeuille a
tiré d'un vieux manufcrit qui lui avoit été confié,
c'eſt un fils placé entre un père trop rude & une
DEFRANCE.
141
mère trop indulgente. Cette idée eſt aſſez dramatique
, & la Pièce , quoiqu'elle ait été jouée pluſieurs
fois , méritoit peut- être plus de ſuccès qu'elle n'en a
eu. Ily a du ſtyle , du naturel dans le dialogue , &
des ſcènes qui décèlent le talent comique. Les caractères
du père & de la mère ſont bien établis & bien
foutenus. On ſera moins content de celui du fils ,
qui est très- foiblement tracé. D'ailleurs , pour semplir
fon but moral , l'Auteur devoit lui faire faire
plus de fotuifes ; il auroit mieux fait reſſortir le danger
de ſa mauvaiſe éducation , au lieu que le jeune
homme eft fi bon enfant , & fi peu coupable , qu'il
met preſque ſes parens à l'abri de tout reproche au
moins par l'événement.
LEANDRE CANDIDE , ou les Reconnoiffances ,
Comédie - parade en deux Actes , en profe & en vaudevilles
, repréſentée pour la première fois par les
Comédiens Italiens ordinaires du Roi , le Mardi
27 Juillet 1784. Prix , I livre 10 fols. A Paris ,
chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien.
Cette petite Pièce a eu du ſuccès. Preſque tous les
Perſonnages font ceux du charmant Roman de
Candide. La Pièce eſt écrite gaîment , & les
couplets en général fout bien faits. Nous nous
contenterons d'en citer un fort gai . Il faut pour
l'entendre ſavoir que le Baron eſt eunuque du
férail :
LEANDRE , Air : Des Bergères du Hameau.
Je veux me faite un devoir
De répater cet outrage ;
Oui , pour fortir d'eſclavage ,
Diſpoſez de mon avoir.
142 MERCURE
LE BARON.
Je ſens d'une âme attendrie
Un procédé ſi délicat ;
Mais quand on a pris mon état ,
Mon ami , c'eſt pour la vie.
On trouve chez le même Libraire Aucaffin &
Nicolette , ou les Moeurs du bon vieux temps , Comédie
remise en trois Actes & en vers , dont une
partie est en musique , repréſentée pour la première
fois devant Leurs Majestés à Versailles , le 30 Décembre
1779 , par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , & à Paris le 3 Janvier 1780 , & repriſe le
7 Juin 1782 , paroles de M. Sedaine , muſique de
M. Grétry.
Un Fabliau charmant a fourni le ſujet de cette
Pièce , qui fut d'abord jouée en quatre Actes , &
qui , remiſe en trois actuellement , paroît reſtée an
Théâtre. M. Sedaine n'a pas pu conſerver tous les
détails heureux de ſon original ( fur tout devant des
Spectateurs dont la délicateſſe eſt affez ſouvent exa .
gérée ) ; mais il en a créé d'autres qui ajoutent à
Pintérêt.
ESSAI fur les bornes des connoiffances humaines ,
par M. G .. Vicaire de V... A Lauſance ; & fe
trouve à Paris, chez Mérigot le jeune , Eugène Onfroy
, Barrois le jeune , Libraires , quai des Auguſtins.
La Raiſon & la Révélation ſont faites pour conduire
parallèlement 1 homme , l'une au bien - être de
cette vie , l'autre à une félicité qui lui a été promife
'au delà. Les impies & les incrédules ont cherché à
les mettre en contradiction , & ont cru y avoir
réufli , voilà ce que poſe d'abord l'Auteur de cet
DE FRANCE.
143
Ouvrage , qui entreprend de démontrer que ces
deux lignes ne doivent jamais ni s'atteindre ni ſe
couper , parce que la raiſon & la foi ont chacune un
territoire qui leur eſt propre , & des limites qu'elles
ne franchiront jamais tant que l'homme ne cherchera
qu'à s'éclairer.
La douceur qui règne dans cet Ouvrage , & les
ſentimens que l'Auteur témoigne contre les Théologiens
qui n'ont cherché qu'à embrouiller la matière
& à élever des diſputes, ne peuvent que lui concilier
l'eſtime publique. Heureux le troupeau confié
à un Pasteur qui paroît réunir la ſcience , le bon
eſprit , la bonne foi & la modération !
,
NOUVEAUX Airs de différens ſtyles , avec accompagnement
de Gu'ttare , fuivis de quelques badinages
pour cet instrument feul , par M. Porro. OEuvre troiſième.
Prix 7 liv. 4 ſols , franc de port. A Paris
chez M. Baillon , Marchand de Muſique , rue neuve
des Petits -Champs , au coin de celle de Richelieu
à la Muſe Lyrique. On trouve chez le même ,"
les Etrennes de Guittare du même Auteur.
NUMÉRO 8 du Journal de Pièces de Clavecin ,
par différens Auteurs , contenant une Sonate avec
Flûte obligée , par M. Devienne le jeune. Prix ,
ſéparément 3 liv. Abonnement 24 liv. & 30 liv.
A Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des Petits
Champs , no . 83 .
JOURNAL de Violon , dédié aux Amateurs ,
nº. 8 , contenant pluſieurs Airs très - jolis à deux
Violons , & pouvant s'exécuter ſur deux Violoncelles.
Prix , ſéparément 2 liv. Abonnement is liv.
& 18 liv. A Paris , chez M. Bormet l'aîné , Maître
,
144
MERCURE
de Violon , rue des Prouvaires , près Saint Eustache,
au Bureau de Loterie.
RECUEIL d' Airs Italiens des meilleurs Compofiteurs
, traduits , gravés en partition & parties icра-
rées , nº 3 Prix , 4 liv. 4 fols , & n°. 4. Prix ,
3 liv 12 fols . A Paris , chez Imbault, rue & vis-àvis
le Cloître Saint Honoré, maiſon du Chandelier ,
& Sieber , meme rue , chez l'Apothicaire , nº. 92 .
Le Numéro 3 contient une Scène de Paifiello
Mentre ti lajčio , chantée avec le plus grand ſuccès
par Mme Todi & d'autres Virtuofes. Le Numéro 4
eft une Scène de l'Armide de Jomelli. Ce choix ,
ainſi que l'exécution typographique répondent aux
deux premiersNuméros.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure;
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
VERS àMlle G... ,
Air,
97 Le Comte de Gleichen , noa
98 velleHistorique , 118
Charade, Enigme& Logogry- Des Maladies des Créoles en
phe, 103 Europe, 122
De l'Electricité des Végé Recherchesfur l'Art de Voler ,
τα ιχ , 105 125
Le Cri d'un Citoyen , 112 Variétés, 18
Voyage dans l'Amériqne Sep- Annonces &Notices , 137
zentrionale , 114
APPROBATION.
J'ai la, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux,le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Août. Je n'v ai
rien tro vé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. AParis ,
ie 28Août 1784. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 27 Juillet.
U
NE lettre de Langore en Iſlande, datée
du 12 Juin , porte ce qui ſuit :
» Le feu qui a ravagé la ſurface de la terre
dans la partie occidentale du diſtrict de Skaptefield
, commença le 7 Juin 1783 dans la montagne
de Skapta-Glaver , s'étendit à Sud Sud-
Oueſt vers Bydgt entre Skapta-Tunge & Liidu
& vers la Paroiſſe de Laudbrott , ce qui fait
dix milles de long ſur deux milles de large ,
& ne s'éteignit qu'à la fin d'Avril de cette
année. Les endroits où il brûloit étoient un
mélange d'ancienne lave & de terre de marais.
Huit Fermes ou petits Villages furent entiérement
détruits par le feu ; de ce nombre ſont
les Villages de Keichenfelder , de Holmeſahle
&de Skaul , & 22 autres Fermes ſont devenues
inhabitables. Les places où étoient le feu ſont
de couleur rouge de cuivre. La riviere de
Skaplac , qui , dans quelques endroits , avoit
7 à 8 braſſes d'eau , eſt entiérement deſſéchée.
Le feu qui a ravagé la partie occidentale com-
Νο.34, 21 Αοût 1784. c
( 98 )
mença à ſe manifeſter preſqu'à la même époque
dans la riviere de Hvervioffiodl , ſe dirigea
du Sud à l'Eſt dans la longueur de 8 à 9 milles
vers la mer , & endomagea 4 grandes fermes .
Ces deux feux étoient éloignés l'un de l'autre
environs milles , & cet eſpace de terrein eft
encore habité , mais les habitans ont beaucoup
ſouffert des évaporations fulphureuſes &
des pluies de cendre & de fable , & preſque
tous leurs beftiaux ont péri. Le feu oriental n'a
brûlé que dans la largeur d'un demi mille ,
mais il étoit toujours très-vif& ne s'eſt éteint que
dans le mois de Mai de cette année. Avant
l'extinction de ce feu il s'en manifeda un autre
à la montagne de Broydemerkar dans le voifinage
du fen occidental. Le feu ſe ſoutient
encore & s'étend vers l'Eſt ; il eſt terrible &
fait de grands ravages lorſqu'il rencontre des
montagnes de glace dans lesquelles ſe trouvent
des parties nitreuſes & fulphureuſes .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 30 Juillet.
Le camp de Mickendorf aura lieu le mois
prochain : les troupes qui le formeront , s'y
rendent journellement. Une foule d'Officiers
étrangers , fur-tout d'Anglois , ſe ſont rendus
ici pour être témoins des manoeuvres.
On prépare de nouveaux réglemens relatifs
à l'importation des marchandiſes étrangeres
, & l'on affure que toutes celles qui
n'auront pas été tranſportées ſur des navires ,
ou ſur des chariots du pays, feront prohi
( وو (
bées. Nous nous flattons de n'être bientôt
plus tributaires de l'étranger pour deux ar
ticles eſſentiels , les vins & la foie. On ne
fervira plus à l'avenir ſur les tables de la Cour
que des vins de Hongrie & de l'Autriche ,
qui valent bien ceux que nous tirions de
France ou du Rhin . Quant à la foie , la Lombardie
& la Toſcane nous en fourniront
abondamment , & celle qu'on achetera de
l'étranger, ne pourra entrer dans les Etats
héréditaires , que ſur des navires de Trieſte
ou de Livourne.
Ifmaël Bey , nouveau Pacha de Belgrade,
a fait ſon entrée dans cette place le 4 de ce
mois. Il paffe pour un homme de téte &
très opulent, qui s'eſt enrichi dans les deux
poftes de Reis -Effendi &de Pacha de Morée.
DE FRANCFORT, le و Août.
La cérémonie de l'Introniſation de l'Archiduc
, nouvel Electeur de Cologne , a
eu lieu les de ce mois. Les bourgeois de
Cologne étoient ſous les armes , & bordoient
la haie ſur le paſſage de l'Electeur ,
qui fit fon entrée au bruit du canon , & au
fon des cloches. Le Chapitre ſe rendit enfuite
au Palais , poury complimenter S. A. E. ,
& pour le conduire à la Cathédrale , où le
Doyen lui préſenta l'eau bénite. Après avoir
prêté le ferment d'uſage , & avoir entend
la Meſſe , l'Archiduc retourna au Palais , où
il admit toute la Nobleſſe.
e2
( 100 )
On donne la liſte ſuivante des Couvens
qui feront encore ſupprimés dans les
Etats de l'Empereur; ſavoir , les Chanoines
-Réguliers d'Olmuz, de Sternbourg &
de Fuldeſt ; les Auguſtins de Gerviz & de
Fratting ; les Servites de Weſching & de
Jaromirz : les Paulains de Worzytz & de
Wramau; les Citeaux de Pirniz & de Welrad
; les Dominicains de Loskowiz , de
Schonberg , de Prun, d'Iglan & de Troppau;
les Minimes d'Olmuz; les Récollets de
Cremſter , de Wischan, de Rikelsbourg , de
Gayn , de Brunn , de Tribau , de Znaym &
de Troppau ; les Capucins de Brunn , de
Nanienz , de Znaym & d'Iglan , & les Prémontrés
d'Oberwiz , d'Hradisch & de Bruk .
On écrit de Vienne qu'il a été envoié à
Peterwaradin 500,000 forins pour réparer
les fortifications de cette place.
Le nombre des familles Hongroiſes qui
doivent faire preuve de leur Nobleſſe devant
une Commiſſion, eſt , dit-on , de 8,000 .
ITALIE,
DE MILAN, le 1 Août,
Il vient de paroître un Edit qui contient
en ſubſtance les diſpoſitions ſuivantes.
1º. Toute perſonne eccléſiaſtique , de quelque
rang& condition qu'elle ſoit , qui poffede
des fiefs , ſera tenue , ſous trois mois , à compter
du jour de la date du préſent Edit , de
( IOI )
préſenter au Bureau des Economats les inveſtid
tures & titres afin qu'on en puiſſe reconnoître
la légitimité.
2º. Après que la légitimité de ces titres
aura été reconnue les ſuſdits Eccléſiaſtiques
feront tenus de demander le renouvellement
de leurs inveſtitures reſpectives & de prêter le
ſerment de fidélité , ſoit en perſonne ou par
Procureur , en cas de légitime empêchement,
de la maniere & dans les formes preſcrites
pour les fiefs qui ſont poſſédés par des laïques.
3°. Paffé le ſuſdit temps, les poſſeſſeurs des
fiefs qui n'auront pas produit leurs titres refpectifs
, ou ceux qui , les ayant produits &
justifiés , n'auront pas demandé le renouvellement
de l'inveſtiture , & offert de prêter le ſerment
uſité , feront regardés [ fans qu'il foit beſoin
à cet effet d'aucune autre Déclaration de Juge
ou Tribunal ] comme déchus de leurs fiefs ,
qui feront réunis au Domaine.
Cet Edit eſt en date du 27 Juin 1784 .
ESPAGNE.
DE MADRID , le 31 Juillet.
L'Académie Royale de S. Ferdinand a
tenu le 17 de ce mois ſa ſéance publique
pour la diſtribution des prix généraux. Le
Comte de Florida Bianca, fon protecteur , a
préſidé à cette féance. L'Académie , dans le
cahier qu'elle a coutume de publier , indiquera
les ouvrages , les noms & les claſſos
des ſujets qui ont été couronnés. Ces ouvrages
, ainſi que ceux qui ont été envoyés der
€3
( 102 1
nierement par les penſionnaires , que S. M.
entretient à Rome , feront expoſés pendant
quinze jours dans les falles de l'Académie ,
où le Public aura la liberté de les voir.
La Compagnie Royale de Caraque , préfidée
par le Miniſtre de l'Amérique , a tenu
ici fon aſſemblée générale, depuis le 3 jufqu'au
10 de ce mois. Elle a afligné un Dividende
de 10 pour cent à ſes intéreſſés. En
outre, la Direction ſe propoſe de travailler à
rembourſer dans les années ſuivantes , le revenu
arriéré pendant trois ans.
La Gazette de cette ville , du 30 Juillet,
& celle du 3 Août , contiennent la ſuite du
Journal de D. A. Barcelo . La premiere rend
compte des 6 nouvelles attaques tentées
contreAlger par ce Général, après celle du
12 Juillet , & la feconde de la dépêche de
D. A. Barcelo , datée en mer , au large d'Alicante
, le 25 Juillet. Voici le précis de l'une
&de l'autre.
Le 15 à minuit , le vent s'éleva du ſud, & le
Commandant ayant bientôt après donné ordre de
ſe préparer à l'attaque ſur lemême plan que celle
du 12. Il s'embarqua au point du jour dans fa
chaloupe , & renforça les extrêmités de ſa ligne
de 4 chaloupes obuſieres , & le centre de 3 , afin
que l'on pût repouſſer les 69 chaloupes ennemies
qui étoient déja formées depuis le Fort de Babaſon
, juſqu'à celui de Bitel , dans le cas où elles
auroient chargé notre ligne pendant ſa retraite;
moment où elle ſe trouveroit avoir conſommé
toutes ſes munitions ; mais les Algériens corrigés
par les pertes qu'ils avoient eſſuyées le ra ,
( 103 )
changèrent de ſyſteme ; & à peine notre ligne
fur-elle avancée , que fans attendre qu'elle fut
même à la portée du canon de la place , ils commencerent
à diriger leur feu à 6 heures 13 mi.
nutes fur notre aile droite qui étoit un peu plus
avancée.
Notre ligne ne commença le ſien qu'à 6 heures
& demie , lorſqu'elle ſe trouva à demi portée
du canon de la place. A 8 heures 59 minutes,
ſes munitions étant conſommées , elle ſe
retira ſous la protection du vaiſſeau el Rayo , &
du chebec le Catalan , qui obligerent les chaloupes
canonnieres , & les bombardes ennemies qui
s'étoient avancées d'aſſez près d'eux, à ſe retirer
ſous les fortifications de la place.
Dans cette attaque , la chaloupe canonniere
n°. 5 , reçut un coup de canon à fleur d'eau , mais
la voie d'eau ayant été bouchée ſur le champ ,
ſon Commandant Dom Miguel Irigoyen , continua
ſon feu juſqu'à extinction de munitions. L'o
bufiere n°. 2 , a reçu auſſi un coup de canon dans
la même partie. A 10 heures un petit vent d'eſt
ayant diffipé la fumée qui nous déroboit la vue de
l'ennemi , on s'apperçut que les merlons de la
batterie du rocher avoient été démolis par notre
feu.
Le 16 à 4 heures du matin , le Major ayant
commencé àdiſpoſer la ligne d'attaque , on fut en
état à 5 heures 25 minutes , de diriger le feu ſur
la place , & fur 55 des chaloupes ennemies , qui y
répondirent par une vive canonade. Le ſuccès de
la chaloupe obuſiere nº. 1 , qui fit un feu de grenade
très- foutenu , les obligea bientôt cependant
de ſe retirer en déſordre , par le trouble où les
jetta l'incendiequi s'alluma à 6 heures , à bord
d'une des chaloupes de leur centre , & à terre
dans la batterie du rocher. Notre feu ceſſant à
e 4
( 104 )
7 heures, nos chaloupes ſe retirerent.
La quatrieme attaque étant diſpoſéeà 3 heures
de l'après- midi , 55 chaloupes ennemies s'avancerent
vers le nord à demi- portée de canon de leurs
fortifications , & à 4 heures 41 minutes elles commencerent
leur feu de concert avec la place. Nos
bombardes du nord s'avancèrent auſſi juſqu'à l'endroit
d'où elles crurent pouvoir diriger avec effet
leurs bombes fur la lanterne & les autres fortificationsde
laplace le long de la mer, mais elles n'y
réuffirent cependant point. Le Commandant , en
conféquence , donna ordre aux chaloupes de la
gauche de s'avancer auſſi au ſud , & aux bombardes
de cette partie de commencer leur feu. A 5
heures 40 minutes les bombardes ſe retirerent ,
&les chaloupes canonnieres de la gauche , occuperent
alors la place qu'elles venoient de quitter ;
la galiorte S. Antoine n'y parvint qu'à la voile
& à l'aviron . A 6 h. 35 min. nos bombardiers
étant entierement aſſurés , le Général rappelia
à leur tour les chaloupes - canonieres & autres
vaiſſeaux.
De 55 chaloupes de l'ennemi on n'en compta
que 53 qui voguoient vers leur baffin , parce
que la chaloupe générale ennemie coula à fond
à 5 heures & demie , & ſe fit remorquer vers la
place. La chaloupe de notre Commandant D.
Antonio Barcelo venoit d'avoir le même fort ,
ſans qu'il en eût réſulté d'autre accident que la
mort d'un matelot qui avoit perdu la jambe &
la bleſſure légere d'un autre matelot. Le Commandant
s'embarqua à bord d'une des chaloupes
qui étoient accourues , & il continua à reconnoître
la ligne, après avoir fait remorquer la
chaloupe auprès du vaiſſeau Amiral el Rayo.
Le 17 au point du jour , une forte brume em
pêcha juſqu'à 6 heures & demie , de diſpoſer
( 105 )
la cinquieme attaque. Mais enfin la ligne étant
formée avec le Général à ſon avant-garde , elle
s'avança vers la place , devancée par les bombar.
des du centre , qui étoient commandées par le
Major. Vingt-une chaloupes ennemies s'étoien
détachées pour s'oppoſer à la marche des bombardes
, & pour faire diverſion vis-à-vis de nos
chaloupes de la gauche ; le reſte des chaloupes
ennemies s'étantdirigé vers le nord , & ſe trouvant
à 8 h. 22 m. toutes à la portée du canon de
notre ligne , & àdemi-portée de leurs fortifications
, elles commencerent leur feu. Nos bombardes
ſuivirent , &, ſur les 9 heures juſqu'à la
portée de la place , elles commencerent leur feu .
Le Général le fit foutenir par les chaloupes canonieres
du ſud , qui s'avancerent pour faire retirer
celles des ennemis qui nous incommodoient
par leur mitraille , & en conféquence le Major
qui étoit du côté droit , ordonna aux chaloupes
canonieres de cette partie d'attaquer , & l'on
parvint à contenir les ennemis qui continuoient
d'avancer.
Le 18 à 5 heures &demie , on donna le ſignal
pour la fixieme attaque , & les ennemis ayant
pris leurs poſtes , le Général D. Antonio Barcelo
& le Major occuperent auſſi leurs poſtes
refpectifs , & à 7 h. 15 m. toute la ligne marcha
juſqu'à ce que les bombardes ayant été placées
par le Major , de maniere a pouvoir jetter routes
les bombes dans la place. Le Général fir fignal
pour faire commencer le feu . & ce ſignal fur répéré
à 8 h. 24 m. par D. Baltafar Cineros , & D.
Antonio Boneo , Commandans des bombardes &
des chaloupes canonieres. Les bombardes commencerent
leur feu à , h , foutenues par les cha.
loupes canonieres du nord , quis'avancerent pour
faire retrograder celles des ennemis , qui étant à
e5
( 106 )
unedemi-portée de nos bombardes , les incommo
doient vivement par un feu de mitraille. En effet ,
on les mit en déſordre , & elles commencerent
à ſe retirer à 9 h. 36 m. Auſſi - tôt le Général
ordonna à nos chaloupes canonieres de commencer
leur feu.
L'action devint générale, notre ligne ayant
fait le feu le plus vif & le plus égal , & toutes
nos bombes ayant produit l'effet qu'on en attendoit.
Le vent , qui à midi devint N. N. O. , amena
une groſſe mer , & empécha de renouveller l'attaque
dans l'après -dinée. Trois bombardes ſe trouverentdans
la néceſſité d'être eſpalmées ; ce que
le Commandant fit exécuter avant la matinée du
lendemain.
Dans la matinée du 19 , le vent s'éleva avee
violence du N. O.; mais à 3 heures 30 minutes
il ſurvint un vent de terre , avec lequel la ligne
ſe prépara pour la ſeprieme attaque. LeGénéral
étant à ſon avant- garde , s'avança pour reconnoître
ſi dans le lieu de l'attaque il y avoit de
la levée , & il rencontra l'eſclave Eſpagnol Pedro
Primo , qui , excédé de nager depuis minuit
, étoit ſi défaillant , qu'il ne put donner
aucun renſeignement. On l'envoya à bord du
vaiſſeau le Rayo , pour y recevoir du ſecours.
Les chaloupes ennemies étoient déjà à leurs
poſtes : & à 7 h. 45 min. , avant même que notre
ligne fût à portée de la Place , elles commencerent
leur feu , & elles étoient ſi avancées ,
qu'elles ne ſe ſervoient que de mitraille.
Le Général D. Antonio Barcelo voulut profiter
de cette occafion pour s'en emparer ou les
couler bas; il ordonna à nos chaloupes canonieres
& à nos bombardes de ſe retirer , afin
que celles des ennemis s'avançant de plus en
( 107 )
plus, & ſe mettant hors de la portéede la Place,
elles ſe trouvaſſent entre deux feux , & puffent
être coupées ; mais les Galeres de la partie du
Sud voyant avancer les ennemis , & n'ayant point
connoiſſance de l'intention du Général , elles
firent feu fur l'ennemi , qui ſe retira lentement ,
fans ceſſer le ſien; & alors ( à 8h.53 min . ) le
Général donna ordre que nos chaloupes canonieres
du Sud commençaſſent leur feu ſur les
chaloupes ennemies , & que celles du nord avançaſſent
pour les battre en flanc .
Celles- ci exécuterent cet ordre à 8 h. 45 min .;
mais à 9 h. 10 min. le Général voyant que les
62 chaloupes ennemies ſe retiroient , & que ce
ſeroit combattre inutilement , il fit ſignal aux
nôtres de ſe retirer , le feu continuant de part &
d'autre juſqu'à 9 h. 53 min .
Le vent s'éleva le 20 dans la baye d'Alger , de
la partie du N. O. avec force , & groſle mer ,
ainſi que le temps l'avoit promis la veille : &
quoique le vent s'appaiſa dans la nuit, il paſſa au
S. le matin , & amena une très- forte brume ,
qui empêcha le Général d'exécuter une attaque
qu'il avoit projettée , ſans faire de fignaux ni de
mouvemens qui puſſent être apperçus par l'ennemi.
A7 h. & demie la brume s'étant diſſipée , on
diftingua 26 chaloupes ennemies très- avancées ,
qui ſe porterent avant 8 heures au nombre de
67, formées ſur la ligne du N , mais très- ſerrées
au centre vis- à- vis de nos bombardes , tandis que
d'autres cherchoient à faire diverſion à nos chaloupes
canonieres du Sud.
Lorſque notre ligne eut achevé de ſe former
&qu'elle ſe fut miſe en marche pour placer les
bombardes à une diſtance convenable pour faire
effet , le Général ordonna aux chaloupes cano
e 6
( 108 )
nieresde la gauche de s'avancer. A8 h. 36 min.
lorſque les ennemis furent à la portée de notre
ligne , ils commencerent lentement leur feu ,
pour empêcher nos chaloupes d'avancer ; mais
celles ci marcherent toujours en bon ordre.
A9 h. 31 m. leGénéral donna ordre aux chaloupes
du nord de s'avancer ; & quelque temps
après ces chaloupes ayant eſſayé la portée de
leurs canons en même temps que les obuſiers de
la droite , quelques unes de nos bombardes commencerent
mal à propos leur feu , & bientot
toutes les autres ſuivirent leur exemple , croyant
fans doute qu'on leur en avoit fait le fignal , &
que la fumée épaiſſe qui nous entouroit étoit la
feule cauſe qui les avoit empêché de le diftinguer.
Le Général voyant que ſes chaloupes commençoientleurbombardement
fans être à une diſtance
convenable , fit tous ſes efforts pour ſuſpendre
leur feu ; mais les chaloupes canonieres , qui
étoient à portée de mitraille des ennemis , &
qui leur répondoient par un feu très-vif, empêcherent
les bombardes de prendre connoiſſance
des intentions du Général .
Le feu ceſſa des denx parts à 11 h. 3 minutes ,
&nos chaloupes s'emprefferent de reprendre leur
mouillage.
Dans l'après- midi de ce jour , D. Ant. Barcelo
convoqua tous les Généraux & les Commandans
, tant nationaux qu'alliés , pour délibérer
s'il étoit convenable de continuer les
attaques . On opina unanimement que , vu la
fupériorité avec laquelle les ennemis s'étoient
oppofés à celles de nos forces qui avoient pu agir
dans les différentes attaques, la prudence demandoit
que le Général ne hafardat point de nouvelle
attaque , & encore moins qu'il s'exposat à
s'embarquer dans une bombarde , comme il en
( 109 )
1
3
2
avoit le deſſein , afin de pouvoir diriger le bom
bardement &donner les fignaux néceſſaires pour
une attaque générale & vigourcufe.
En conféquence , le Général réſolut de faire
fortir l'armée de la baye d'Alger le plutôt poffible
; mais le vent du N. O. ſoufla toute la journée
du 22 .
Le 23 le vent d'eſt fraichit conſidérablement
&fit chaſſer ſur leurs aneres le vaiſſeau -amiral
&pluſieurs autres. Les cables du Chebec le
Catalan ſe rompirent , fur quoi le Commandant
fit fignal à toute l'Eſcadre de lever l'ancre &
demettre à la voile. A s heures du ſoir elle avoit
déjà décapé & elle faiſoit route pour Cartagene.
Le Capitaine-général du département de Cartagene
, écrit en date du 27 Juillet , que le
vaiſſeau de Dom Antonio Barcelo étoit à la vue
de ce port & que toute l'expédition y étoit
entrée à l'exception de deux galéres , un Brigantin
& huit Chaloupes qui font reſtés en crois
fiére.
Suit un état des munitions conſommées ,
&des morts & bieffés dans les 6 nouvelles
attaques. Le nombre des morts eſt de 10 ,
ſelon la Gazette, celui des bleſſés , de 34.
GRANDE-BRETAGNE,
DE LONDRES , le 7 Août.
La Chambre Haute a accepté le Bill de
l'Inde avec ſes divers changemens , malgré
les objections des Lords Carlifle & Stormont.
Ce dernier Pair contredit affez longtemps
le Chancelier avec beaucoup de force
( 110 )
&avec des ménagemens perſonnels qui lui
furent rendus par LordThurlow .
Ce grand acte du corps législatif de la
Grande-Bretagne eſt d'une telle importance
, il influera d'une maniere ſi déciſive ſur le
fort à venir des poſſeſſions Angloiſes dans
l'Indoftan , & fur leurs habitans ; enfin , il
eſt ſi étroitement lié à l'affermiſſement ou à
la chûte de cette grande Puiſſance commerçante
, qu'il est néceſſaire de le connoître &
de le conſerver dans toute son étendue. C'eſt
le gouvernement de plus de 12 millions
d'hommes; ce font les plus grands intérêts
de l'Angleterre & de l'Indoſtan qui ſont réglés
par ces ſtatuts.
Bill pour m'eux régler & gouverner les Affairesde la
la Compagnie des Indes &despoſſeſſions Britanniques
dans l'Intoſtan ; & pour l'établiſſement
d'une Courde Justice , pour connoître plus promptement
& plus efficacement des délits commisdans les
Indes Orientalės.
Article premier. Il eſt arrêté que , pour le
meilleur gouvernement & la plus grande sûretéde
'Inde , Sa Majesté & ſes deſcendans , de l'avis
& du confentement des Lords ſpirituels & temporels
, & de ſes Communes , aſſemblés en Parlement
, pourront déſormais nommer , en vertu
d'une commiſſion ſcellée du grand ſceau , telles
perſonnes qu'ils jugeront à propos de choiſir dans
le Confeil privé , n'excédant pas le nombrede
fix , pour Commiſſaires des affaires de l'Inde , dont
un des principaux Secretaires d'Etat de Sa Majefté
& le Chancelier de l'Echiquier ſeront toujours
deux Membres nés .
II . Il ne faudra pas moins de trois deſdiss
( III )
Commiffaires pour former un Conſeil pour exés
cuter , ordonner , & c .
III . Le Secretaire d'Etat ſufdit , en ſon abfence
leChancelier de l'Echiquier , & en l'absence de
celui-ci , le plus ancien Commiſſaire , fiégera
comme Préſident de ce nouveau Conſeil , & aura
le maniement & la furintendance des affaires de
l'Inde , tant en ce qui regarde les poffeffions territoriales
, que les affaires mercantiles de la
Compagnie.
IV. En cas de diviſion dans les opinions, le
Préſident aura la voix prépondérante.
V. Le Roi caſſera , révoquera & réformera
toutes fois qu'il le jugera à propos , la ſuſdite
Commiffion , dont l'un des principaux Secretaires
d'Etat & le Chancelier de l'Echiquier feront toujours
deux Membres , & dont les Commiſſaires
n'excéderont jamais le nombre de fix dans aucun
cas.
VI . Le Conſeil de l'Inde ſera autoriſé à connoître
de tous les actes , opérations , &c . relatifs au
gouvernement civil & militaire de la Compagnie.
VII. Le Secretaire d'Etat choifiraun Sécretaire
particulier , & tel nombre de commis & autres
perſonnes qu'il i gera néceſſaires pour faire le
ſervice du Bureau ; & lesdites perfornes pourront
être renvoyées à la volonté deſdits Commif.
faires : tout ce qui ſe paſſera dans leurs aſſemblées
ſera enrégifré dans des livres à ce deſtinés
par leſdits Secretaires employés , &c. qui recevront
tel ſalaire qu'il plaira àS. M. d'ordonner par
un ordrede fa main.
VIII. Avant de procéder à aucune affaire , les
Membres du Bureau feront le ferment ſuivant :
« Je .... promes fidélement & affirme avec
>> ferment , qu'en ma qualité de Commiſſaire
( 112 )
ou Membre du Bureau établi pour les affaires
>>de l'Inde , je donnerai de mon mieux mes avis
»& mon affidance pour le Gouvernement des
>>poffeffions de la Compagnie ; que j'exercerai
>> les pouvoirs qui m'ont été délégués le mieux
>qu'il me ſera poffible , felon mon jugement ,
>>fans faveur ni affection, préjugé ou malice
>>>contre qui que ce ſoit ».
Lequel ferment peut être adminiſtré par deux
Membres du ſuſdit Conſeil ,& fera enregiſtré par
le Secretaire , comme tous autres actes duditBureau
; & ſera duement ſigné & atteſté par les
Membres , lorſqu'ils prêteront & s'adminiſtreront
reſpectivement ledit ferment.
IX. Il eſt également obſervé que les divers
Secretaires , Commis & autres perſonnes attachés
au Bureau , prêteront également , pardevant lefdits
Commiſſaires , le ferment de garder les ſecretsqui
leur feront confiés , outel autre ferment
qu'il plaira au Bureau d'exiger.
La ſuite à l'ordinaire prochain.
Les Communes ont pourſuivi leur travail
fur les taxes & autres oblets entamés précédemment:
le Bill pour aſſiſter la Compagnie
des Indes a paſſé , après beaucoup de propos
& de répétitions de toutes les charges
contre cette Compagnie. On lui accorde un
délai pour les 923,573 liv. 5 fols qu'elle doit
à l'Etat , fans être tenue aux intérêts de cette
ſomme pendant l'eſpace du renvoi. En mêtemps
ſon dividende eſt fixé à 8 pour 100.
On fait que les côtes d'Ecoſſe font les
plus avantageuſes à la pêche des harengs.
En qualité de voiſins ,les Hollandois s'étoient
à peu près emparés de cette branche
I
( 113 )
importante de commerce , à laquelle les
Ecoſſois parurent long- temps avoir renoncé ;
mais les yeux ſe ſont ouverts , & l'activité
s'eſt ranimée . Depuis quelques années les
Ecoſſais envoient beaucoup de bâtimens à
la pêche du hareng : celle du ſaumon n'eſt
pas moins abondante à l'embouchure de divers
fleuves. Pour donner à ces différentes
pêcheries & aux travaux qui en réſultent ,
l'émulation & l'étendue dont ils ſont ſufceptibles
, M. Pitt a propoſé un Bill , qui a
étélu pour la premiere fois ,& qui ne tardera
pas à obtenir l'aveu unanime de la Chambre.
Ce ſeul article peut doubler les richeſſes
de l'Ecoffe.
Par une ſuite de la même attention pour
ce Royaume, le Parlement , à l'unanimité ,
a arrêté la reſtitution des biens confiſqués en
1745 aux perſonnes condamnées pour haute
trahifon. ( Forfeited estates.) Cette motion
honorable a été faite par M. H. Dundas ,
ancien Lord Avocat d'Ecoffe , aujourd'hui
Tréſorier de la Marine. Il a traité la caufe
des héritiers de ces domaines , avec la chaleur&
la force de raiſon propres au ſujet : il
a fait voir que cette cauſe étoit en même
temps celle de l'Etat , & que d'immenfes
avantages réſulteroient de cet acte d'équité.
Acette occafion , l'Orateur célébra les vertus
, le dévouement & la rare intrépidité des
Montagnards d'Ecoſſe , dont l'illustre Chatham
avoit déja fait le même éloge. M. Dundas
obſerva avec juſteſſe, que ce brave peu
( 114 )
ple, ſi long-temps attaché aux Stuarts , avoit
effacé le ſouvenir de ſes rébellions , par fon
zele, & par ſes ſacrifices pour le Roi actuel;
dans les deux dernieres guerres, les Montagnards
ont verſé leur ſang fans leregretter:
il étoit temps de voir diſparoître les dernieres
traces du châtiment infligé à leurs ancêtres.
Voici le nom des Seigneurs ( Nobleman ) ou
Gentilshommes condamnés en 1745 , dont les
Terres vont être rendues à leurs héritiers
l'exception du premier , déja rentré en poffeffion..
Simon , Lord Lovat.
à
Lord John Drummond , frere du Comte , com.
munément appellé Duc de Perth .
George, Comte de Cromartie.
Archibald , Mac-Donald , fils du Colonel de ce
nom.
Donald , Cameron de Lochiel.
Charles Stewart & Ardshiel .
Don . Mac- Donald de Kenlock Moydart .
Evan , M'Pherson de Clunie.
FrancisBuchanan d'Araprior.
D. M'Donald de Lochgary.
Allen Cameron de Monaltry.
Alexandre M'Donald de Keppoch .
Ily eut un bien plus grand nombre de rébelles
condamnés ; mais comme ils appartenoient
àdesFamilles royaliſtes , leursbiens
paſſerent à leurs freres , neveux , ou parens
quelconques. On accuſa même les grandes
Maiſons de s'être ainſi diviſées de partis ,
afin de ſauver leurs biens , quelque fût l'événement:
ce qui fit dire au feu Duc d'Ar(
115 )
gyle , que ſes compatriotes avoient fait un
calcul politique & une étude de la révolte.
Lord Macleod eſt fils & héritier du Comte
de Cromartie. La plupart de ces poſſeſtions
confiſquées au profit de la Couronne étoient
en ferme ou en régie, par conféquent trèsnégligées
, & ne rendolent pas annuellement
6000 liv. ſterl. de revenu.
Nous avions raiſon de nous défier de
tous les bruits inventés , & copiés erſuite
par toutes les Gazettes touchant l'état des
affaires de l'Inde. A l'inſtant où l'on affirmoit
que les négociations avec Tippoo-
Saib alloient ſe rompre , que M. Fox traitoit
d'abfurde l'opinion d'une paix prochaine
, & que M. Francis , fi bien informé , difoit-
il , faifoit ſemblant d'en regarder le moment
comme très-éloigné , un Exprès , arrivé
de Bombay par Baffora , en a apporté la
certitude. CeTraité a été conclu le 11 Mars
dernier : ainſi M. Haſtings & le Major Scott
avoient annoncé juſte. Voici le précis des
articles arrêtés entre les Commiſſaires de la
Compagnie, & le Prince Indier .
Art. I. La paix & un commerce d'amitié auront
lieu immédiatement entre le Sultan Tippoo
& les Ang'ois , & leurs alliés reſpectifs : aucune
aſſiſtance ne ſera donnée à l'avenir par aucun
parti auxEnnemis de l'autre .
Art. II. Auffitôt que le Traité ſera ſigné , Tippoo
s'engage à évacuer le Carnate , & à relâcher
les prifonniers Anglois & Indiens qui ſont entre
ſes mains , dans l'eſpace de 30 jours : les Anglois
relâcheront pareillement les priſonniers faits fur
cePrince.
( 116 )
Art. III. Aufſfitôt que le Traité ſera figné,
on rendra à Tippoo toutes les places qu'on a
priſes ſur lui .
Art. IV. Quand les priſonniers ſeront rendus ,
alors lesAnglois évacueront le fort & le diftrict de
Cananore; & Ambour &Satgur leur ſeront remis
par Tippoo .
Art. V. Tippoo ne formera plus à l'avenirde
réclamations ſur le Carnate .
Art. VI. Tous les natifs du Carnate enlevés par
Tippoo Saïb pendant la Guerre , auront la liberté
de revenir chez eux : les Sujets de Tippoo enlevés
de la même maniere , pourront retourner dans
leur pays.
Art. VII. Ce jour étant un jour de reconciliation
générale , le Nabab Tippoo Sultan Bahader
conſent à pardonner aux Rajah & Zemindars , ſes
voiſins ou tributaires , qui ont favoriſé les Anglois
pendant la Guerre; il le fait pour prouver à cette
Nation l'amitié & l'eſtime qu'il lui porte .
Art. VIII. Le Sultan Tippoo confirme tous les
privileges commerciaux accordés ci-devant aux
Anglois.
Art. IX. Tippoo reſtituera aux Anglois la Factorerie
de Calicut , & les diſtricts aux environs de
Tillichery.
Art. X. Ce Traité ſera ſigné & ſcellé par les
Commiſſaires , &delà envoyé au fort St. George
pour être confirmé, ſigné& renvoyé ſous un mois,
ou plutôt , s'il eſt poſſible. Il ſera ratifié enſuite
par le Gouverneur-Général & par le Conſeil du
Bengale , & renvoyé dans l'eſpace de trois mois ,
ou plutôt , s'il eſt poſſible. Signé le 11 Mars 1784.
ANTHONY SADLEIR , G. D. STAUNTON , JOHN .
HUDDLESTONE. TIPPOG SULTAN BAHADER.
Les lettres d'Amérique contiennent les
plus triſtes détails ſur le ſort desEmigrans.
( 117 )
Une perſonne reſpectable écrit de Philadelphie
qu'il venoit d'arriver un bâtiment ayant
àbord des Allemands & des Irlandois. On
avoit abuſé ces pauvres malheureux au point
de leur faire croire qu'à leur arrivée , ilsn'auroient
autre choſe à faire qu'à prendre pof
feffion des domaines confifqués aux Loyaliſtes.
Ils ont été cruellement déſabuſés : un
Marchand de denrées , Negre de nation ,
a achetédeuxjeunes Irlandois , nouvellement
débarqués ,& les emploie à crier des choux &
des fruits dans les rues. Ainfi ces mêmes
Irlandois qui ne parlent que de leur émancipation
en Europe , s'en vont en Amérique
être les eſclaves d'un Noir. Quiconque
cependant arrive en Amérique avec beaucoup
d'argent & des recommandations , eſt
très-bien reçu : les femmes ſur-tout y reçoivent
un accueil très- favorable. Pluſieurs des
aventuriers qui étoient paſſés ſur ce continent
dans l'eſpoir de la fortune , en font déjà
revenus avec des regrets amers de leur légèreté.
Les Marchands Anglois ſe défiant par
expérience du paiement de leurs remiſes ſur
l'Amérique , refuſent de ſe prêter aux demandes
, & dernierement pluſieurs vaiſſeaux
américains ont quitté la Tamiſe , ſans avoir
la moitié de leur chargement.
Des 30,000 liv. fterl. qu'accorde le Parlement
aux besoins des Colonies de la nouvelle
Ecoffe , 12,816 liv. font deſtinées à
( 118 )
couper & à éclaircir les forêts dont cette
contrée est couverte.
Le Colonel Carleton , qui a accepté leGouvernement
de New Brunswick , a eu la promeſſe
duGouvernement du Canada , qui vaut 8000 liv.
ſterl . par an , au cas que leGénéral Haldimand
vienne à mourir , à être rappellé , ou à donner ſa
démiffion. On dit que le ColonelMuſgrave ſuccédera
au Colonel Carleton dans leGouvernement
de New-Brunswick ; cependant d'autres prétendent
qu'il a refuſé, depuis quelque tems , cette
place , ainſi que le Colonel Fox.
La Compagnie des Indes a dans ce moment
64 vaiſſeaux en mer ou en chargement,
en comptant les 19 qui ſont arrivés
en Angleterre durant l'été,
Deux de nos vaiſſeaux Groenlandois , ſavoir le
North Star & la Princeſſe de Ga'les , viennent
d'arriver à Dunbar , le premier avec 6 baleines.
Au commencement du mois ils ont vu l'Eudeavour
, ayant 3 baleines , & ils ont appris que le
Rodney en avoit une. Lorſque ces vaiſſeaux ont
été débarraſſés de la glace , le brigantin le Leith
avoit une baleine. Ils n'ont rien appris du Borrowſtouneſſ,
ils l'ont ſeulement apperçu au mois
de Mai , faiſant fignal d'une baleine.
On lit dans le Mercure de Northampton
un trait de probité ſi rare , qu'il ne peut manquer
d'intéreſſer nos lecteurs. Le voici tel
qu'on l'y trouve en forme d'avis. « Je fouf-
>> ſigné , Guillaume Hall, Boucher , tandis
>> que je demeurois à Southill, ai fait ban-
>> queroute il y a environ 20 ans. Le di-
>> vidende de mon billan étoit de 8 fch .
>> par liv. ſterlings , c'eſt à- dire 40 pour
( 119 )
> 100. Je demeure actuellement à Eaton
>>> Cotton , & je donne avis par les prefen-
>> tes à mes créanciers que voulant leur
>> payer le reſte des ſommes que je leur de-
» vois , je les invite à cet effet tous à diner
>> le 30 de ce mois à l'auberge du Faucon ,
>> où je ferai charmé de les voir raflemblés
>> à une heure après midi » . Signé, &c,
Une lettre d'un paſſager à bord du vaifſeau
la Roue de Fortune , Capitaine Belfour ,
deftiné pour Dantzig , contient un récit curieux
écrit en mer le 28 Juillet dernier.
>> Le Bâtiment étant ſous voile dans la paſſe
appellée le Sleduay , au large d'Harwich , près
des rochers de l'Oueſt , il ſurvint un orage terrible.
Les coups de tonnerre & les éclairs étoient
effrayans . Nous entendons un coup affreux , l'éclair
part & la foudre torabe à bord , elle fend
entierement notre grand mat de perroquet ,
depuis la tête de la girouette juſqu'au pied , briſe
le grand mât d'hune , & fracafle le grand mat
dans plufieurs endroits. Du grand mat , le tonnerre
éclate avec un bruit étonnant ſur le pont
à bas-bord , le fracaſſe en pluſieurs endroits
& leve trois des bordages du pont à 2 pouces
hors des chevilles. Heureuſement tout l'Equipage
étoit dans ce moment à l'arriere & à l'avant
du Vaiſſeau , excepté un jeune homme ,
malade du mal de mer , qui s'étoit couché le
long de la chaloupe ſur la grande écoutille . Le
tonnerre l'étourdit & lui déchira ſon chapeau.
*O*n le croyoit mort du coup ; mais il ſe remit
affez bien pour pouvoir parler au bout d'une
heure. L'étambord & tout l'arriere de la chaloupe
furent fracaſſés , & le chantier de chêne
( 120 )
fur lequel elle étoit amarrée fut briſé en pieces
fous elle. Les entre-ponts & tout le Navire
étoienttellement remplis de fumée &d'une forte
odeur ſulphureuſe que nous crûmes que le feu
avoit pris à bord. Le Capitaine a montré beaucoup
de préſence d'eſprit, & c'eſt ſans doute la
précaution qu'il a priſe , qui a ſauvé le bâtiment
; dès le commencement de l'orage il fit
êter les verges des pompes & en fit couvrir
l'orifice avecdes nattes de cordes ; attention trèsutile
& ſans laquelle il y a lieu de croire que
ces verges auroient ſervi de conducteurs au tonnerre
pour ſe porter dans la calle.
Tout l'équipage a éprouvé une ſecouſſe plus
ou moins violente. Quant à moi ,je reſſentis un
effet ſemblable à celui qu'auroit produit l'exploſion
d'un mortier tout près de moi. Le coup
me rejetta à quelques pieds en dedans de la
chambre à la porte de laquelle je me trouvois
alors. Et le Capitaine , mon fils , & moi nous
reſtâmes étourdis & aveuglés pendant près d'une
minute. Le Capitaine reſſentit une ſenſation
ſemblable à celle produite par un grand coup
fur les jambes.
Le Capitaine en ſecond reçut une forte ſecouſſe
ſur l'eſtomac , un autre Officier fut renverſé
ſur le gaillard d'arriere , le boſſeman fut
repouffé avec violence entre la roue du gouvernail
& le mât d'artimon , enfin deux matelots
furent jettés á terre. Une circonstance remarquable
c'eſt qu'un grand & vigoureux chien de
Terre-Neuve , que nous avions ábord au moment
de l'éclair , ſe précipita dans la chambre de ſon
maître & ſe cacha ſous le lit , d'où on ne put
le tirer par forse ni par douceur que lorſque
la tempête &l'orage furent entièrement appaiſés.
Le Capitaine , pour fatisfaire aux craintes de
l'équipage
( 121 )
l'Equipage , conſterné par ces accidens, s'eft déterminé
á relacher á Londres pour réparer fes
pertes & ſes avaries .
Pluſieurs papiers publics donnent l'anecdore
ſuivante comme très-authentique.
<<Peu de jours avant que le meſſage de
>> Sa Majefté , relativement aux dettes de
la liſte civile , eût été préſenté à la Cham-
>> bre des Communes , un jeune homme en-
>> voya demander à fon pere un entretien
১১
לכ
ود
১১
ככ
-
fecret touchant une affaire particuliere.
» On convint de l'heure , & le lieu du
rendez - vous fut donné à Saint - James,
La converfation roula fur les dettes accumulées
d'une certaine maiſon d'un certain
Prince , & fur le defir qu'on avoit
de les liquider. Voici à peu près la ré-
>> ponſe qui fut faite. Monfieur, la pen-
>> fion accordée pour ſoutenir la dignité
d'un Prince à C-H- excede de quef-
>> ques mille livres par année celle que j'ai
>> toujours reçue , lorſque j'étois Prince de
>> G. , & encore mes ferviteurs étoient exac-
>> tement payés, fans qu'il fût néceſſaire de
>> charger la Couronne de ce fardeau. Si
>> par de folles dépenſes vous avez anticipé
ود
و د
و د
fur votre revenu , il faut réparer cet inconvénient
par une ſage économie. Je
>> ne chargerai point mon peuple pour foutenir
les déréglemens diſpendieux.
Nous apprenons par une Lettre de Péterfbourg
que M. Charles Cameron , Architecte
Ecoſſois, a trompé environ 150 ſujets Anglois
Νο. 34 , 21 Αοût 1784. f
( 122 )
en les engageant á ſe rendre dans cette Capi
tale de la Ruffie, ſous le prétexte de les employer
à quelques nouveaux Edifices qu'il étoit
chargé de faire bâtir pour l'Impératrice à Czarfkozelo.
Cet homme inſenſé a imprudemment
fait quitter l'Angleterre à ces malheureux , qui
ont emmené avec eux leurs femmes & leurs
enfans , pour les attirer dans un climat bien plus
rigoureux que le leur, où ils font réduits à endurer
le froid & la faim. Les bâtimens ne font
point encore commencés & vraiſemblablement
ne le feront jamais. Ces émigrans ont pour
toute reſſource l'hoſpitalité d'un individu
homme dont l'imagination eſt plus élevée que
la condition , car il eſt ſeulement Maitre de la
Taverne Angloiſe à Pétersbourg. Il eſt impoffible
de conjecturer quelle ſera la deſtinée de
ces pauvres gens. Ils font tous Ecoffois & de
profeffion différente; il y a parmi eux des Ser-
Turiers , des Mâçons , des Charpentiers , &c. Ils
ne font point engagés au nom de l'Impératrice,
&ils n'ont par conféquent rien à eſpérer de ſa
commiferation. -L'année derniere , cinquante
Volontaires , Maîtres d'Equipages & Lieutenans
de la Marine d'Angleterre , ont été enga.
gés de la même maniere par le S. A. Baxter
pourſe rendre à Pétersbourg , où ils n'ont pas eu
un fort plus favorable. Ils furent reçus dans la
maiſon de M. Farell , propriétaire de la Taverne
dont il vient d'être parlé , où on a fouffert
qu'ils demeuraſſent & qu'ils fiſſent des dépenſes
conſidérables , n'y ayant point eu de proviſions de
faites pour les recevoir. Ils furent aſſujettis au
service le plusdur & aux lo'x les plus tyranniques ,
&le tout pour rien. Tel eſt en genéral le fort
des émigrations.
Pluſieurs témoins dignes de foi ſe réunif(
123 )
fent à atteſter un fait bien extraordinaire.
Sarah - Woods , âgée de 38 ans , ſe trouva enceinte
ſans être mariée en 1770. Elle vint
auprès de Révérend M. Capper , & prêta
ſerment qu'elle devoit ſa ſituation à un nommé
John Whayman. En conséquence celuici
fut obligé à un billet d'indemniſation
pour la Paroiſſe de Franlingham , dans le
Comtéde Suffolk, à laquelle Sarah Woods appartenoit.
Environ à Noël 1770 , cette femme
, preſſée des douleurs de l'enfantement ,
demanda le Chirurgien qui la trouva avec
tous les ſymptômes ordinaires , & ne la
quitta point pendant 4 heures; mais à ſon
grand étonnement , plufieurs jours s'écoulerent
ſans que Sarah fût délivrée. Elle déclara
cependant qu'elle avoit fenti remuer
fon enfant , qu'elle étoit aux deux tiers de
fon terme , mais qu'elle attribuoit ſa ſituation
préſente à des efforts violens qu'elle s'étoit
permis pour foulever un tonneau de
bierre. Trois ſemaines après , tous les ſymptómes
d'accouchement diſparurent , mais
Sarah Woods groſſit prodigieuſement , & n'a
ceflé d'augmenter de volume que l'année
derniere. Elle a actuellement deux verges
moins quatre pouces d'épaiſſeur , & n'en
eſt pas moins active qu'auparavant. Dans le
temps même qu'elle ale plus ſouffert , elle
travailloit avec beaucoup d'aiſance. Elle eft
actuellement dans la maiſon de filatures à
Franlingham.
Le géant Irlandois , Byrne , eſt mort à
fa
( 124 )
Londres dernierement. Il avoit 8 pieds anglois
& 2 pouces. Cornelius Magarth , mort
en 1760, étoit de 7 pieds 8 pouces; Edouard
Malone , autre Irlandois , de 7 pieds 7 pouces,
& à peu près égal en ſtature au géant
fuédois Daniel Cardanus. Le célebre Anatomiſte
Chefelden parle d'un ſquelette découvert
dans un camp romain,près de S. Albans
, qu'il jugeoit de 8 pieds 4 pouces.
Goliat avoit 6 coudées qui, felon l'Evêque
Cumberland, répondent à 11 pieds anglois.
L'Empereur Maximin étoit haut de neuf
pieds.
Les excès de la populace font entiérement appaiſés
à Dublin , & les manufacturiers ſont contenus
par les Volontaires. Mais , quoique par leur
conduite ces aſſociations armées aient rétabli la
tranquillité intérieure dans cette Capitale de
l'Irlande , elles n'en confervent pas moins la
plus grande averſion pour l'Adminiſtration , &
elles font déterminées à pourſuivre avec efficacité
le grand objet de la réforme parlementaire.
L'opinion du Comte de Charlemont , laquelle
a pour objet de ne point admettre les Catholiques
Romains à voter pour l'élection des membres
du Parlement , ne produira vraiſemblablement
aucune divifion , les Catholiques Romains
eux-mêmes ayant , d'après des principes
généreux , approuvé le Comte de Charlemont
d'avoir donné ſon avis avec tant de franchiſe.
Si la queſtion eſt ſoumiſe à la Légiflsture , il
neſt point douteux que beaucoup de perſonnes fe
trouveront être du ſentiment du Comte de Charlemont.
Tels font les rapports & les conjectures
( 125 )
des papiers publics. Chacun fait le degré de
foi qu'il faut avoir dans ces paragraphes.
La rivalité nationale perce dans les petits talens
commedans les grands. Un François eſt venu
à Londres défier un célebre Perruquier du
Strand , nommé Sewell ; il s'agiſſoit dans ce duel
d'arranger en huit minutes la friſure complette
d'un Gentilhomme du bon ton. Sewell ayant
accepté le gand d'honneur ; les parties avec
Jeurs amis ſe ſont rendues dans une maifon de
Piccadilly , la gageure étoit de cent guinées.
Sewell ayant été choiſi par le ſort pour operer
le premier , en fix minutes la beſogne. fut achevée.
Son concurrent attéré de cette diligence
s'exécuta de bonne grace , s'avoua vaincu ,& dé
livra la ſomme du pari.
L
FRANCE.
DE VERSAILLES, le 13 Août.
Le 8 de ce mois , Leurs Majestés & la
Famille Royale ont figné le contrat de mariage
du ſieur de Lamoignon de Baſville,
avec Demoiselle d'Angerville - Daurché.
Le fieur de Lafoſſe , Graveur , que Leurs
Majeſtés & la Famille Royale ont honoré
deleurs ſouſcriptions pour le Voyage pittoresque
de l'Italie , a eu l'honneur de leur
préſenter les cinq premieres livraiſons du
Ve, volume de cet Ouvrage , & la partie de
Diſcours qui complette le III . volume.
DE PARIS, le 18 Août.
Par une Déclaration du Roi , donnée le 8
f3
( 126 )
Juillet , & regiſtrée enParlement le 3 de ce
mois , le bois de chauffage , de premiere
qualité , a été renchéri de deux liv. dix fols
neuf deniers par voie, & la qualité inférieure,
d'une liv. quatorze ſols quatre deniers. Le
prix de chaque voie de charbon de bois eſt
auffi augmenté de trois fols neuf deniers ;
mais les droits fur le charbon de terre font
réduits de huit livres à trois. Il faut eſpérer
que cette réduction encouragera à préférer
ce précieux combustible , ſi toutefois les ridicules
préjugés , qui en combattent l'uſage,
ne s'y oppoſent pas encore.
Le Roi defirant encourager lataille ,tant des
pierres fines que de celles de compofition , &
pour procurer auxArtiſtes quiſe ſerontdiftingués
par la ſupériorité de leurs talens en ce genre ,
la facilité de l'exercer , a , par ſon Arrêt du
Confeil du 13 Juillet 1783 , ordonné , pendant
le cours de fix années , un concours au Bureau
de la maiſon commune des Orfevres , auquel feront
admis tous Lapidaires , même étrangers ,
fans distinction ; ils y trouveront tous les outils
& uftenfiles néceſſaires , même les matieres premieres.-
Les ouvrages qui ſeront établis pendant
ce concours , après les formalités requiſes
par la loi , jugés dans une afſemblée à laquelle
préſidera M. le Lieutenant Général de Police.
Les deux Artiſtes qui feront trouvés les plus
experts , l'un dans la taille des pierres fines , &
l'autre dans celle des pierres de compofition , ſeront
admis à exercer leur profeffion librement
pendant le cours de trois années , à l'expiration
duquel temps , fi ils ont notoirement exercé
leur art , chacun dans leur genre , ils feront
i
( 127 )
gratuitement , fans frais , ni faux frais, reçusdans
Le Corps des Marchands Orfevres .
Ceux qui voudront être admis audit concours ,
ſont invités de ſe préſenter au Bureau des Orfevres
pour y être enregiſtrés.
Nous nous empreſſons de répandre un
Arrêt important du Parlement de Grenoble ,
en date du 30 Juillet dernier. Il a pour objet
la vente des poiſons , ſur laquelle nous
fixâmes dernierement l'attention de nos Lecteurs.
Souhaitons que cet exemple ne tarde
pas à être imité dans tout le Royaume.
LA COUR , de l'avis des Chambres , confidérant
le danger de laiſſer à toutes fortes de perſonnes
la faculté de vendre l'arſenic , le réalgal ,
l'orpiment & le fublimé- corroſif, voulant prévenir
lesaccidens& les crimes qui font cauſés par cette
Jiberté trop étendue , ordonne que l'Edit du mois
de Juillet 1682 , & la Déclaration du 14 Mars
1780 , ſeront exécutés felon leur forme & teneur ;
&cependant , ſous le bon plaiſir du Roi , que dans
la quinzaine après la publication du préſent Arrêt,
lesApothicaires de chacune des villes & bourgs
de Grenoble , Vienne , Valence , Orange , Montelimar
, Romans , Saint- Marcellin , Creſt , Die ,
Saint-Paul-Trois-Châteaux , le Buis , Bourgoin ,
Gap , Embrun & Briançon , nommeront l'un
d'entr'eux pour vendre & débiter excluſivement,
dans leſdites villes , l'arſenic , le réalgal , l'orpment&
le fublimé-corrofif : Ne pourront leſdits
Délégués vendre leſdits minéraux & poiſons
qu'aux ſeuls Médecins , Chirurgiens , Apothicaires
&Artiſtes qui ſont dans la néceſſité de s'en
ſervir , ſur des Récépiſſés par eux écries & fignés.
Seront tenus leſdits Délégués de conſerver leſdits
Récépiſſés ,pour les repréſenter lorſqu'ils en feront
4
( 128 )
requis; leſdits Délégués auront un Regiſtre qui
fera coté & paraphé à chaque page par le Juge
des lieux , fans frais , dans lequel ils inſcriront
lés qualités & la quantité deſdits minéraux & poifons
qu'ils auront vendus , les noms & qualités des
perſonnes auxquelles ils les auront remis , & enverront
tous les trois moisun Extrait duditRegiftre
au ProcureurGénéral du Roi. Enjoint à
tous les autres Apothicaires , Marchands Droguiſtes
, Colporteurs & àtous autres ,de remettre
ou faire remettre dans le délai d'un mois après
la publication du préſentArrêt, à peine de 300
liv. d'amende , qui ne ſera réputée comminatoire ,
&même de punition corporelle , ſuivant l'exigencedes
cas ,tout cequ'ils pourront avoirdeſdits
minéraux& poifons , entre les mains defdits Délégués
,leſquels ſeronttenus de leur rembourfer
le prixd'emplette ,droits& tranſports ſeulement,
&defermer leſdits poiſons dans des lieux sûrs ,
dont ils garderont eux -mêmes les clefs. Fait
inhibitions &défenſes à toutes perſonnes , autres
que celles qui feront déléguées , de vendre &
débiter de l'arſenic , du réalgal , de l'orpiment
& du ſublimé corrofif, fous les mêmes peines.
Ordonne que le préſent Arrêt ſera lu & publié
àl'Audience publique , & enregistré au Greffe
de ladite Cour , pour être exécuté ſelon ſa forme
&teneur; que pluſieurs copies collationnées , &c.
Nous croyons que lalettre ſuivante intéreſſera
les perſonnes, dont les plaiſirs de la
mondanité, n'ont pas encore altéré les moeurs.
Au moment où tout en France ſemble fixer
ſes regards ſur une nation , qu'il eſt ſouvent
de notre gloire de combattre , & toujours de
notre équité d'eſtimer , il ne ſera peut- être pas
hors de place d'offrir à nos Lecteurs le détail
( 129 )
de faits relatifs à quelques-uns des individus qui
la compofent , & qui par la nature des engagemens
qu'ils ont contractés parmi nous , nous
font incorporés d'une manière irrévocable. En
les conſidérant ſous ce point de vue , on ne peut
qu'être touché de voir éclater de leur part une
recounoillance auſſi vive qu'elle eſt pure , &
dégagée de toute prétention , puiſque le centre
de ſon activité ne fut autre que le ſecret d'um
cloître.
Les Dames Religieuſes Chanoineſſes Angloiſes
de Notre-Dame de Sion, établies en 1633 ,
rue des Foflés Saint-Victor , ſe firent toujours
un devoir de célébrer à chaque cinquantieme
année, ce qu'elles appellent le jubilé de leur
Maiſon. Cette fète s'ouvrit donc le lundi au
foir 19 avril , par le ſon de la cloche unique
réuni à celui de différentes clochettes . Ce même
jour elles avoient régalé les pauvres au nombre
de 36, elles ſont dans l'uſagede leur faire diftribuer
journellement dans leur tour des alimens,
mais dans cette circonſtance , elles ajouterent le
plaiſir de les ſervir elles- mêmes , & de leur partager
quelque argent. Il eſt fingulier comment
cette Communauté environnée d'une multitude
de pauvres , trouve le moyen, fans être opulente,
d'en ſecourir un très-grand nombre ,
cela avec une charité non moins induſtrieuſe que
diſcrette , qui ne permettroit pas qu'on fût inf
truit d'aucunes de leurs bonnes oeuvres , fi les
malheureux qu'elles ſoulagent n'étoient quelque
fois infideles à la loi du Glence impoſe.
2
&
Le mardi 20 , la ſonnerie de la veille fut ré
pétée , les quatre aîles du cloître furent ornées
de verdure , entremêlées de fleurs & de noeuds4
compoſés de bandes de papier de différentes couleurs,
ce qui formoit un fort joli coup-d'oeil
fs
(130 )
::
La piece où ſe tient le noviciat avoit été ornée
, ainſi que le tour du dedans , pour honorer
par cette forte d'hommage la maitreffe des
Novices , & l'une des Dames Tourrieres , fa
foeur , qui l'une & l'autre ont déja aſſiſté à ſemblable
fête ; l'imagination s'étoit épuisée pour
embellir l'appartement de Madame la Supérieure ,
on y avoit même ſuſpendu une couronne de
fleurs , aud-eſſousde laquelle ſa modeſtie ne lui
permit pas de ſe placer.
Le réfectoire fut décoré de guirlandes de fleurs
artificielles ſur un fonds de toile couleur de roſe,
un cordon de fleurs naturelles régnoit autour de
toutes les tables . La Communauté invita les Dames
Penfionnaires , dont aucunes ne font nourries
par laMaiſon , àvenir la voir ſur le ſoir; quel fut
leur étonnement lorſqu'aulieu d'affifter au repas
des Dames Religieuſes , ainſi qu'elles le comptoient,
ces Dames leur firent occuper toutes les
tables , où se trouvoit une collation compoſée
de différentes pâtiſſeries tant angloiſes que françoiſes?
Il ſeroit impoſſible de rendre les chofes
touchantes qui accompagnerent cette collation.
Les Religieuſes ne pouvoient ſe laſſer d'exprimer
leur reconnoiſſance envers une nation dont
le ſouverain leur accorde un aſyle pour ſe confacrer
à Dieu.
Pendant la derniere guerre , on avů ces dignes
Religieuſes , partagées entre l'amour de la pazrie,
ſi vifdans tous les individus de leur nation,
&ce qu'elles croient devoir à la nôtre , chanter
nos victoires en verſant des larmes ſur des pertes
cheres à leur coeur , & élever leurs mains pures
au Très-Haut pour célébrer nos triomphes , en
même tems que leur ame étoit accablée par la
douleur.
Le mercredi 21 , il y eut une meſſe ſolemnelle
( 131 ).
célébrée par M. l'Abbé Godeſcard , Supérieur de
la Maiſon , aſſiſté de douze Eccléſiaſtiques . Le
Domine Salvum fut chanté en muſique , & le Te
Deum par le Choeur , pendant lequel on tira des
boîtes ; le ſoir , ainſi que la veille , illumination
au clocher , ſur la terraſſe de Madame la Supérieure
, & à toutes les cellules des Dames Religieuſes.
Les Dames Penſionnaires , dont les croiſées
donnent ſur le jardin , s'empreſſerent de les
imiter, & bientôt la clarté s'y répandit de toutes
parts .
Une fête auſſi intéreſſante par ſon motif, &
auffi agréable par ſa ſimplicité , méritoit , ſans
doute , d'avoir une octave . Les Dames Penfionnaires
qui le defiroient , ſe réunirent pour prier
Madame la Supérieure de permettre qu'elies offriſſent
à la Communauté un petit repas , uniquement
pour elle , ſans vouloir abſolument s'y trouver,
dans la crainte de la gêner par leur préſence ,
Madame la Supérieure , qui à force d'inſtances
avoit été obligée d'y confentir , invita les Dames
Penſionnaires à un déjeûné à l'Angloiſe & à la
Françoiſe : les Dames Re'igieuſes en firent les
honneurs avec autant d'aiſance que de cordialité ;
les Dames Penſionnaires qui defiroient ſe réunie
le ſoir avec la Communauté , avoient prié Madame
la Supérieure de dîner dans la ſalle d'aſſemblée
, afin que le réfectoire leur fût entiérement
abandonné; elles y firent diſpoſer une collation
où vers le ſoir tout le monde ſe réunit ; une douce
gaiété, & des témoignages d'affection réciproques,
firent le charme de cette fête : on la termina
en paſſant dans la ſalle de Communauté ,
où les Demoiſelles de la claſſe , que leurs familles
envoient en France pour perfectionner leur éducation
, danſerent au ſon du clavecin.
4 La pureté , la ſimplicité de moeurs , reléguées
f6
( 132 )
:
Aujourd'huidans les drames &dans les romans, fe
trouve véritablement dans cette Maiſon , avec l'avantage
d'y être élevée à une forte dhéroïsme ,
qu'inſpire toujours la religion , lorſqu'elle eſt vue
engrand, ainſi qu'elle doit néceſſarement l'étre
par des perſonnes d'une nation qui n'eut jamais
rien de minutieux dans le caractere .
Al'occaſion de nos remarques précédentes
fur l'emploi del'alkali-volatil- Fluor, pour
la guériſon de la rage , nous avons reçu une
lettre du Bureau de Charité de Châteauroux.
MM. les Adminiſtrateurs nous font part de
Ieur ſuccès dans le traitement de la rage avec
ce remede. Nous sommes très-loin de conteſter
ces heureux effets, précédés de beaucoup
d'autres du même genre , mais qui ne
fuffiſent point encore , ce nous ſemble , pour
affirmer que l'alkali-volatil-fluor eſt le vrai
ſpécifique de l'hydrophobie. Au détail des
cures opérées à Châteauroux , MM. les Adminiſtrateurs
ont joint celui non moins intéreſſant
de l'origine &de la nature de leur
reſpectable Société : cet établiſſement ne
fauroit être trop connu &trop imité.
Il doit ſon exiſtence à quelques Citoyens de
Châteauroux , qui , touchés de voir leur ville
déſolée par les pauvres & les mendians , s'appli
querent , en l'année 1778 , à en diminuer le
nombre ; i's n'imaginerent rien de mieux que de
former entre eux un Bureau de Charité. Ce Bureau
qui reçoit les aumônes & les dons volontaires
des habitans , & qui n'a point d'autres fonds ,
veille à la nourriture des pauvres vraiment néceffiteux
, & pourvoit à leurs beſoins ; il les fait
foignerdans leurs maladies , les fournit de linge,
( 133 )
leur faitdes avances , leur procure de l'ouvrage
dans les tems calamiteux ; il ſoulage les priſonniers
, prend ſoin des Orphelins & des Enfans
trouvés au-deſſus de ſept ans ; il s'eſt attaché furtout
à découvrir ces quêteurs incommodes &dangereux
, & il a réuſſi ; de plus de 1200 men
dians , qui en 1778 dévaſtoient la ville & fes
environs , il n'en reſte pas un ſeul , tous ſont
occupés.
Les travaux des Adminiſtrateurs , connus dans
les autres villes de la province , ont été imités
par pluſieurs d'elles ; aujourd'hui même , la Société
Littéraire de Périgueux s'occupe à former
un ſemblable Etabliſſement ; déja elle a donné
dans ſes Mémoires des détails qui font l'éloge de
fesconnoiſſances , de ſes talens &de fon humanité.
Nous ne devons pas oublier de vous dire , M. ,
que si nous sommes parvenus à diffiper la mendi
cité , nous le devons principalement aux Ecoles
de filature que nous avons formé ; les jeunes fi les
y ſont inſtruites dès leur plus tendre enfance dans
l'art de filer la laine ; cet exercice , en les ac
coutumant de bonne heure au travail , les empêche
de ſe livrer à la fainéantiſe & à l'oiſiveté,
&les éloigne conféquemment de la mendicité;
il ne nous manque , M. , pour couronner pleine
ment nos fuccès que de créer en faveur des
jeunes garçons une Ecole d'Agriculture , &nous
en aurions bien le defir , mais les moyens nous
manquent.
,
3
Nous terminerons , M. , en vous rapportant
une Lettre de Mgr. le Comte de Vergennes ,
qui ſera dans tous les tems pour nous un motif
bien cher de reconnoiſſance. Ce Miniſtre écrivoit
au Bureau le 15 Mai 1783 .
« J'ai reçu avec votre Lettre du 8de ce mois
> le Tableau d'Administration de votre Bureau
( 134 )
ر
>> de Charité ; j'y vois avec la plus grande fatis-
>> faction les effets de votre ſageſſe & de votre
." zèle; vous devez compter ſur la protection du
>> Roi , en rendant des ſervices auſſi eſſentiels à
>l'humanité. »
L'Univerſité de Paris a fait les de ce
mois , la diſtribution générale de ſes Prix.
Le ſieur Jacques -André Formantin , de Paris
, du College du Pleſſis-Sorbonne , a eu
le Prix d'honneur.
Les Affiches de Metz , dus de ce mois ,
contiennent l'extrait ſuivant , que perſonne
ſans doute ne prendra au ſérieux.
ya
<<On mande de Strasbourg , que le 12 Juillet
>> dernier, le ſieur Enflin , Mechanicien
>>>lancé un ballon d'une eſpece nouvelle : il
>> avoit figuré une ſtatue de femme en baudruche
, vêtue d'une robbe d'indienne , tenant
>dans ſes mains une guirlande de fleurs , &
>> ayant pour coëffure , un globe aréoſtatique.
Auſſi-tôt qu'elle fut gonflée d'air inflammable ,
elle s'éleva lentement & majeſteuſement dans
>> les airs , aux acclamations d'une foule innom-
>> brable de perſonnes accourues pour la voir .
Elle fit pluſieurs tours à droite & à gauche ,
en ſe balançant mollement dans l'atmosphere ,
>>>avant de diſparoître. On eût dit que , ſenſible
>> aux applaudiſſement qu'on lui prodiguoit , elle re-
>> mercioit en faluant les Spectateurs. Elle est allée
>> tomber en Allemagne de l'autre côté du
>> Rhin , environ à trois quarts de lieues de
>> Strasbourg ».
,
•Des lettres authentiques de Warſovie ont
confirmé la mort tragique du Comte de la
Porte d'Anglefort: Voici de quelle maniere
on raconte cet événement.
( 135)
L'on fait que le Prince de Naſſau a paflé à
Conſtantinople. En faiſant ce voyage , il a voulu
rechercher en perſonne ſi le Nieſter étoit navigable
depuis Kaminiec juſqu'à la Mer - Noire.
A cet effet il s'embarqua lui - même avec ſa
ſuite , parmi laquelle ſe trouvoit le Comte de
la Porte d'Anglefort , ſon ami , ſur un navire
qui devoit aller dans la mer Noire. Tandis que
ce voyage par eau , en examinant exactement
par-tout la largeur & la profondeur du fleuve ,
avançoit lentement , quelques uns, de la ſuite
du Prince fe rendirent à terre, pour longer le
fleuve à pied pendant quelque temps. Ils arriverent
ainſi tous le ſoir à 10 heures à un endroit
nommé Cekinowka. Le Seigneur du lieu , nommé
Kalinski , les reçut amicalement & les retint
à ſouper. Il envoya auſſi quelqu'un de ſes
gens pour s'informer ſi le bâtiment étoit déjà
arrivé & où il ſe trouvoit. Le domeſtique vint
rapporter qu'il étoit à un mille au-deſſus du village
, & que le Prince de Naſſau les avertiſſoit
qu'il partiroit le lendemain à 3 heures. Ils ſe
rendirent donc à l'auberge pour s'y repoſer quelques
heures , & ſe leverent le lendemain de grand
matin. M. Kalinski les ayant fait prier de venir
prendre le caffé chez lui , deux d'entr'eux ſe
rendirent à ſon invitation. Mais le Comte de la
Porte , ne buvant point de café , prit les devants
pour ſe rendre au vaiſſeau . Ses deux compagnons
le ſuivirent , après avoir pris le café chez
M. Kalinski ; arrivés au navire , ils furent trèsſurpris
de n'y pas trouver M. de la Porte .Le
Prince de Naſſau n'en fut pas moins alarmé
qu'eux. Il envoya d'abord quelques-uns de ſes
gens pour chercher le Comte le long des bords
du fleuve, & il écrivit ſur le champ au Géné
Fal Witte , Commandant de Kaminiec , qui dés
( 136 )
pecha quelques Coſaques pour battre la cam
pagne. Ceux-ci ont rapporté qu'après avoir longtemps
cherché , ils avoient trouvé un étranger
qui ,ſelon toutes les apparences , étoit leComte
de la Porte. Ils avoient couru à lui ; mais cette
précaution même , priſe pour le ramener à ſes
Compagnons , a été la cauſe de ſa perte. Se
voyant pourſuivi par des hommes armés, & n'ensendant
pas leur langue , il les prit pour des
Haydamaques ou bandits. Il courut donc à toutes
jambes , franchiſſant pierres , ronces & épi
nes pour gagner le borddu fleuve ; & y voyant
une petite ifle ſabloneuſe , il traverſa la riviere
à gué & crut s'y mettre en ſûreté. Malheureuſement
, les Coſaques ſe diſpoſant à l'y joindre ,
il ſe déshabilla , laiſſa ſes habits & ſes piſtolets
fur le fable , & ſauta dans l'eau , eſpérant ſans
doute de gagner à la nage le bord oppoſé ; mais
les forces lui manquerent , & il périt à la vue
de ceux mêmes qui avoient été envoyés pour
le ſauver.
Le Comte d'Anglefort ſembloit deſtiné à
périr de mort violente ; à Cancale , il ſauva
une Frégate du Roi & fut dans le plus grand
danger; il ſe diftingua à l'attaquede Jersey;
àl'Orient, un foldat le perça de part en part
d'un coup de bayonnette ; il étoit à Gibraltar
ſur l'une des batteries flottantes , & pour
eſſayer des périls de tous les élémens , cet
hyver il monta dans le Ballon de Lyon.
Le 12 de ce mois , les Ambaſſadeurs de
Leurs Hautes Puiſſances ont préſenté à M. le
Bailli de Suffren , & au bruit des boëtes ,
l'épée que lui avoient deſtiné les Etats-Généraux.
La poignée , enrichie de diamans ,
eft eſtimée 50,000 écus.
(137 )
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France, le 16de ce mois,
font : 8,34,43,55 , & 19 .
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Août .
Une partie de l'eſcadre Hollandoiſe , qui
acroiſé dans la Méditerranée , eſt de retour
àFleſſingue; &le 2 de ce mois , l'eſcadre
qui la remplace, a fait voile du Texel. Cette
derniere , commandée par le contre-Amiral
deKingsbergen , eſt compoſée du Jupiter,
de 74 can.; du Tigre , de 44 can.; de la
Pallas , de44, & du cutter le Brak, de 20
canons.
L'on attend au premier jour la réſolution
des Etats de Hollande, au ſujet du renvoi
du Duc de Brunswick : douze villes, dit- on,
ont déja donné leur avis à ce ſujet. Une
Feuille publique a rapporté une anecdote
inſtructive dans la circonstance. En 1739 , le
Stathouder croyant avoir à ſe plaindre de
M. deMunckaufen , Lieutenant-Colonel de
ſes Gardes , voulut l'obliger à donner ſa démillion
; l'Officier ayant demandéunConſeil
de guerre, les Etats de Friſe l'appuyerent ,
en alléguant qu'il étoit inoui de renvoier du
ſervice, malgré lui , & fans cauſe prouvée ,
un Officier quelconque. M. de Munckaufen
reſta enplace juſqu'à l'inſtant où il trouva
convenable de réſigner.
Encore un tumulte , & malheureuſement
( 138 )
drfang verſédans la ville d'Arnheim. Chaque
parti variedans ſes relations , car toutes
les fois qu'il eſt queſtion departis quelque
part, l'impoſture s'y trouve auſſi . Voici le
récit de la Gazette la plus circonſpecte , &
ordinairement la plus véridique, ſavoir celle
delaHaye.
delamuraille
Vers la findu mois de Juillet quelques Bourgeois
de cette Ville préſenterent une Requête,
conçue en termes aſſez indécens au Magiftrat ,
pour demander encore quelques changemens à
l'égard de la conſtrution d'unCCi
metiere conteſté ,& inſiſterent ſur uneréponſe ultérieure
: mais avant que le Magiſtrat eût eu le
temps de délibérerconvenablement à cet égard,
une multitude de peuple trouva à propos Lundi
dernier , vers les 10 heures du matin , de renverſer
avec violence & tumulte la muraille , les
barres de fer & piliers que l'on étoit occupé à
placer à l'entour dudit Cimetiere. Toute cette
journée du Lundi ſe paſſa en troubles ; à la nuit
les gardes furent doublées , & des patrouilles
eurent ordre de parcourir fans diſcontinuer la
Ville , afin d'y maintenir la tranquillité ; mais
au moment qu'une patrouille militaire paſſa devant
la garde Bourgeoiſe , placée dans une ſalle
à 30 pieds de haut au deſſus du marché , cette
derniere fit feu &tira pluſieurs coups de fuſils
fur la patrouille militaire : un grenadier fut tué
fur la place , l'Officier & pluſieurs foldats ont
été bleſſés. Cette violence inattendue excita la
colere des,foldats , qui à leur tour en ſeroient
venus à des excès , voulant maſſacrer la garde
Bourgeoiſe , ſi l'exacte diſcipline que le Colonel
de Quradt , Commandant de la Ville , fuit obferver
à ſon Régiment , n'eût retenu l'ardeur de
( 139 )
leur vengeance; certainement c'eſt par ſes ſoins
que lesdits Bourgeois ont été ſauvés : ce digne
Commandant ayant ſu d'un mot maintenir l'ordre
parmi ſon monde ; la mutinerie n'en continua
pas moins. Le lendemain , 3 Août , le Magiſtrat
s'aſſembla à fix heures , & au moment
qu'on s'y attendoit le moins , les Bourgeois entourerentlaMaiſon-
de-Ville, &déclarerent qu'ils
ytiendroient les Magiftrats bloqués , &n'y laifferoient
entrerni ſortir perſonnejuſqu'à ce qu'on
leur eût accordé tout ce qu'ils vouloient ; fur
quoi M. le Colonel Quaadt , à la requifition
du Magiftrat , fit mettre un bataillon ſous les
armes & charger à balle : les Bourgeois voyant
ces préparatifs prirent la faite , en jettant leurs
drapeaux par terre , pluſieurs même briſerent
Jeurs fufils.
On en a'arrêté pluſieurs qui ont été conduits
dans les priſons de la Cour; maintenant le calme
paroît rétabli,
Le Profeſſeur Sonnenfels ,très-connu par
divers ouvrages , a été nommé Inſtituteur de
l'Archiduc François : en lui conférant cette
importante fonction , l'Empereur lui dit :
Faites que mon neveu devienne bon Souverain ,
& continuez d'employer avec lui se zele , dont
vous n'avez cessé de me donner des preuves , depuis
que vous étes auprès de moi.
Tous les fix mois le Congrès d'Amérique
revient avec la liſte de ſes dettes , & de nouvelles
inſtances aux Etats-Unis , pour ſemet
tre enfin à la raiſon. Pluſieurs d'entr'eux jul
qu'à préſent, n'ont pas voulu entendre parler
de contribution ,& ont déclaré net , que
'il falloit fupporter de nouveaux impôts ,
( 140 )
mieux auroit valu ne pas enfanglanter A
mérique , pour s'affranchir des anciens.
D'autres ont donné des à comptes , & ont
promis le reſte: c'eſt pour leur rafraîchir la
mémoire de ces promeſſes , que le Congrès
leur a préſenté à la fin d'Avril une réquifition
, avec l'état ſuivant de la dette nationale.
«Les Etats-Unis aſſemblés en Congrès ont
pris enconſidération le rapport du grand comité
nommé pour préparer& rapporter àcette affemôlée
le montant de ce qui ſe trouve dû des inté
rêts de la dette nationale , avec les dépenſes pour
l'année 1784 , depuis le premier juſqu'au dernier
jour d'icelle incluſivement : ainſi qu'une demandede
fonds pour les dépenſes de ladite année ,
qui , ayant éprouvé quelques changemens , furent
lus par le Secrétaire , & font de lateneur
Luivante:
« Arrêté , qu'il faudra pour les arrerages de
la dette nationale, & pour le ſervice de lapré-
Sente année 1784 , les ſommes ſuivantes rendues
en dollars , dixiemes &centiemesde dollars...
Pour le département de la liſte
Pour le département militaire , 200,000
civile , 107,525 33
Pour celui de la marine , 30,000
Pour l'acquifition des territoires
dépendans des Indiens&dépenses ac
:
ceſſoires , 60,000
Pour dépenſes caſuelles , 60,000 T
Dettes contractées & non encore
payées pour le ſervice des
années 1782 & 1783 , 1,000,000
٠٠٠٢
:
0% 15457,525 33
( 141 )
Intérêts des Dettes étrangeres ratifiées par le Con
grès.
!
1782 Déc. 31. Intérêts de 3 années
pour l'emprunt d'Eſpagne de
150,000 dollars , à 5 pour 100 ,
122,500
1783 Déc. 31. Intérêts du même
emprunt , 7,500
Aux Fermiers Généraux de
France 846,7105, 7,840
1784 1er. Juin. Emprunt de Hol- :
lande de 1,800,000 florins à s
pour 100 , 45,000
Sept. 3. Emp. de 24,000,000
liv. à 4 pour 100 , 222,000
Novembre 5. Emprunt de Hollande
de 10,000.oco de liv . garanti
par la France , 74,074
Déc. 31. Emp. d'Eſpagne , 7,500
Intérêt de ce qui eſt dû aux Fer
miers-Généraux de France . 7,840
384,254

DETTES DOMESTIQUES
1782 Déc. 31. Dette principale 11,473,802 26
Intérêts.
à 6 pour 100 1,180,176
Reſtant de la dette liquidée 701,404
à 6 pour 100. 21,042
Dettes de l'armée , 5,635,618 ,
6pour ICO . 676,271
1,877,489
( 142 )
Réquifition du 4 Septe. 1772 , 1,700,000
1783 , 581,49
Déc. 31. Par le Bureau d'emprunt
( loan office ) ,
Dette liquidée ,
749,050
42,084
Les dettes liquidées ſont
portées à 8,000,000 dollars ;
on ſuppoſe qu'un cinquieme
d'icelles eſt actuellement liqui-
:
dé , 160,000
Autre article relatifà l'armée
, 338,136
Total .... 3,670,760
-
Des lettres authentiques de Carthagene
rapportent que la flotte Eſpagnole, ſous les
ordres de D. Barcelo , eſt rentrée dans ce
port le 23 du mois dernier. Les vents contraires
, & les circonstances l'ont forcé d'abandonner
Alger , auquel on a fait effuyer
9 canonades , dont le détail eſt encore inconnu.
On ne s'efl pas apperçu depuis ledépartde
laflotted'aucun dommage viſible dansAlger.
Dans la derniere canonade, ſelon les mêmes
rapports , 67 chaloupes ennemies en joignirent
34Eſpagnoles , qui ſouffrirent beaucoup
dans ce combat. L'eſcadre , ajoute-t-on, n'a
que 150 hommes tués ou bleſlés.
Articles divers tires des PapiersAnglois.
Madame Haſtings a reçu dans ſa route de Plymouth
à Londres des honneurs peu différens de
( 143 )
ceux attachés à la Royauté orientale .-Trois
couriers la précedoient dans ſa marche , pour ordonner
les préparatifs néceſſaires dans tous les
endroits où elle mettoit pied à terre. Sa table
étoit ſervie auſſi ſplendidement que le temps &
les autres circonstances pouvoient le permettre.
Son équipage , qui confiſtoit en huit voitures ,
étoit ſuivi par 24 eſclaves Indiens ; & toutes les
fois qu'elle vouloit repofer , quatre femmes de
chambre la berçoient & l'endormoient aux fons
ſoporatifs de deux Eunuques Aſiatiques .
Il ſeroit ſuperflu de prévenir que ce tableau
eſt une charge angloiſe.
Le Chevalier Hugh Palliſer , Directeur de
l'Hôpital de Greenwich , eſt certainement en
pour-parlers avec le Gouvernement , pour aller
relever le Chevalier Edward Huhges dans le
commandement de l'Eſcadre , aux Indes Orientales.
Les vaiſſeaux dont cette Elcadre eſt maintenant
compoſée , reviendront tous en Europe
avec le Chevalier Hughes , & celle qui fera
voile d'Angleterre pour l'Afie , vers la fin d'octobre
, confiftera en deux vaiſſeaux de ligne ;
un vaiſſeau de 50 canons , trois frégates , deux
floops& un cutter. Le Gouvernement doit laiſſer
au Chevalier Palliſer le choix des vaiſſeaux , des
Capitaines , & même du Capitaine en ſecond.
Mais de toutes les difficultés qui s'oppoſent au
départ de ce Vice-Amiral , & qui balançent
quant à préſent ſa nomination , la principale
eſt de décider , s'il réſignera ſa préſidence de
Hôpital. Selon toute vraiſemblance , cette
queſtion ſera bientôt réſolue.
Un Correſpondant anonyme aſſure , que la
Chambre des Pairs fera des changemens effen
( 144 )
ciels au Bill de ſecours de la compagnie des
Indes , qu'aulieu d'un Dividende de huit pour
cent qu'offroit cette Compagnie , elle ſera autoriſée
ſeulement à en accorder un de dix
pour cents.
Le Chevalier Edward Hughes étoit à Bombay
àla fin du mois de Mars , avec cinq vaiſſeaux
de guerre. Il montoit le Sultan de 74 canons
il n'étoit point queſtion alors qu'il dût quitter
cette ſtation. Il y avoit pareillement à la côte
de Malabar cinq vaiſſeaux de la Compagnie ,
qui devoient mettre à la voile inceſſamment pour
ſe rendre en Europe.
Depuis la fignature des Traités définitifs entre
l'Angleterre & la Hoilande , on a repris , dit-on ,
la négociation relative à la reddition deNégapatnam.
Elle avoit été entamée pendant le cours de
laGuerre par l'Amiral Edward Hughes& par le
Chevalier Hector Munro. Lorſque cette affaire
ſera un peu débrouillée , & qu'on aura fixé un
équivalent pour l'objet qui doit être rendu , le
tout ſera ſoumis à la conſidération du Parlement
qui ſelon les apparences pourra s'en occuper dans
la Seſſion prochaine.
M. le Marquis de la Fayette eſt parti ces jours
derniers pour l'Amérique ſur un paquebot de
l'Orient : on ne fait que conjecturer de fon
voyage auprès des Etats-Unis , mais on penſe
qu'il y va pour des objets importans & relatifs au
Léjour que les troupes de France y ont fait,
(Gazette de la Haye , nº. 90.)
Le 6 de Juillet eſt mort à Czarsko- zelo le
Lieutenant Général Landskoy , Aid-ede-Camp
général de S. M. &c. &c. & âgé de 16 ans. L'lmpératrice
a donné de vifs regrets à cet Officier
qu'elle honoroit de fon eſtime particuliere.
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 28 AOUT 1784.
RIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
A M. l'Abbé CROUZET , Profeffeur de
Troisième au Collège de Montaigu , à
l'occaſion du Discours fur la Paix qu'il
a prononcé à la diftribution des Prix de
l'Université. *
DE
s Vainqueurs du Lycée agréable Orateur ,
Quand tu peins cette Paix , le bonheur de la France ,
Chaque Auditeur , charmé de ta vive éloquence ,
Croit voir revivre en toi le pinceau féducteur
Des grands Hommes fameux qu'en ce genre on encenfe.
* Le jeune Profeſſeur , en prononçant ce Difcours , où il
trace les événemens les plus glorieux de la dernière guerre ,
étoit interrompu à tout moment par des applaudiſſemens
mérités.
Ν°. 33 , 28 Αcût 1784. G
146 MERCURE .
2
L'un te compare à Cicéron ,
L'autre en toi croit voir Démosthène.
Pour moi , je crois qu'ils ont tous deux raiſon ......
Pour completter l'illuſion ,
Il ne manquoit que le lieu de la ſcène.
Caractère de la Galanterie Françoise.
Lorsqu'un objet fait réſiſtance ,
L'Anglois fier & vain s'en offenſe ,
L'Italien eſt désolé ,
L'Eſpagnol eſt inconfolable ,
L'Allemand ſe conſole àtable,
Le François eſt tout conſole.
ÉPITRE à l'Éditeur d'un Recueil
de Poéfies.
RÉDACTEUR ÉDACTEUR l'un charmant Pamphlet ,
Juge que l'on dit trop ſévère ,
Si ma Muſe a droit de te plaire ,
Quemon coeur ſera ſatisfait!
Je vois le palais de la gloire
S'ouvrir au bruit de ines accens;
Et mes Émules pâliſſans
Quand ils apprendront ma victoire.
Jeme rappelle encor ce jour
DE FRANCE.
147
Où , me croyant un grand Poëte ,
Je te préſentai tour- à- tour
Épître , Conte , Chanfonnette ;
Et ces vers dictés par l'Amour ,
Que l'on nomme vers de toilette.
Comme j'étois bouffi d'orgueil !
Oui , fans penſer à ma foibleſſe ,
Armé de ton joli Recueil ,
Je devois dans ma folle ivreſſe
Briguer les honneurs du fauteuil.
Je reliſois mes opuſcules ;
Am'entendre tout étoit beau.
J'étois ſurpris que mon pinceau
Traçât des ombres ridicules
Qui défiguroient mon tableau.
N'importe : mon âme inquiète
Atrend le retour du verſeau.
Le Recueil paroît , je l'achette .....
« O ciel ! .... ô caprice nouveau! .....
>>>Sans reſpect pour mes vers ſublimes ,
>> Il me préfère trente Auteurs
>> Qui , dans leurs vers moins ſéducteurs ,
>> N'ont pas l'audace de mes rimes.
>> Berquin a-t'il fait comme moj
>> Une Épître à la jeune Aglaure ?
>>>Mon Conte valoit bien , je croi ,
>> Tout ce qu'a fait Blin-de- Sainmøre. >>
C'eſt ainſi que ma vanité
Gij
148 MERCURE
Oſoit t'accuſer d'injustice ;
Et ſans voir ma témérité,
Quand tu m'éloignas de la lice ,
Foible Poëte , Auteur novice ,
Je publiois de tous côtés
Que jedevois à ton caprice
Des refus ſi peu mérités.
Je n'épargnois point les outrages ;
J'inſultois Cubières , Berquin ,
Imbert , Parni , toi-même , enfin ;
Je blâmois tout.... hors mes Ouvrages.
Un jour laffé de ma furenr ,
Je les ſoumis à la critique
D'Alidor , vieux Littérateur ,
Illuſtre dans la République
DontApollon eſt Gouverneur.
Je reconnus qu'un beau menſonge
Avoit trop tôt ſéduit mon coeur ,
La raiſon termina mon ſonge ,
Etje revins de mon erreur.
Puiffe un confident véridique ,
Sans craindre le courroux des ſots ,
Fronder la Muſe narcotique
Des orgueilleux Poëtereaux.
Unjeune homme que l'on admire
Dans des cercles trop indulgens ,
Doit quelque jour , à les dépens .
Armer l'implacable fatyre.
DE FRANCE. 149
Je m'adreſſe à vous , débutans ;
Soyez inſtruits par mon exemple ,
Craignez les diſcours féduiſans
De l'ignorance qui contemple.
Adix-huit ans l'on s'applaudit ;
Mais apprenez par mon exemple
Que ſouvent à vingt l'on rougit.
( Par M. Duchofal, Avocat en Parlement.)
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eſt Parlement ; celui
de l'Enigme eſt J'aime ; celui du Logogryphe
eſt Lévite, où l'on trouve Lévi , vie ,
lit& lie.
CHARADE.
Ncroitlemonde à foi quandon eſt monpremier;
Mon ſecond quelquefois eut la même manic ;
Mon tout , en ſe joignant à l'art de Montgolfier ,
Ramène le ballon qu'élève ſon génie.
( Par M. le Marquis de Fulvy.)
Giij
MERCURE
ÉNIGME.
Si je n'ai pas le bonheur de vous plaire ,
Leeteur , je n'en suis pas surpris;
Vous avez beau dire & beau faire ,
Je ne ſerai jamais de votre avis ;
Même en me renverſant , je vous en avertis ,
Vous ne me feriez pas changer de caractère.
(ParM. C...... )
LOGOGRYPHE
A une Dame âgée de quarante ans.
PLACÉE CO LACÉE en une main habile ,
Je guide un aninnal auffi fier qu'indocile.
Mon chef àbas , fille du tems
Je mets en fuite les amans....
Mais n'en redoutez rien , trop aimable Glycère ,
La dent cruelle de mon père
Ne peut rien ſur l'eſprit , les grâces, les talens;
Vous tenez d'eux votre art de plaire ;
Etquand on plaît, on eſt toujours dans ſon printems.
(Par un Officier de Cavalerie. )
DE FRANCE.
AVIS.
On n'a jamais reproché à ce Journal l'in
ſertion très - exacte d'une énigme & d'un
Logogryphe à chaque Numéro . Outre que
cet article eſt toujours une ſoite d'exercice
d'eſprit , & qu'il amuſe les loiſirs d'une claſſe
de Lecteurs plus nombreuſe qu'on n'imagine
, il occupe d'ailleurs ſi peu d'eſpace ,
qu'il y auroit de la pédanterie à le condamner.
Si loin de trouver des cenfeurs , cet
uſage a été depuis adopté dans d'autres Ouvrages
Périodiques , on nous pardonnera , on
nous faura même gre fans doute d'y ajouter un
article qui ne ſera pas fans agrément , &
qu'on ne jugera pas avec plus de rigorifme.
Les fouilles qu'on a faites dans nos vieux
Romans & dans nos anciens Fabliaux , ont
ajouté aux richeſſes de la Littérature moderne.
L'eſprit humain gagne ſouvent à revenir
ſur ſes pas; il retrouve des vérités qu'il
avoitperdues enchemin. Combien d'objets renouvelés
font honorés comme des inventions
nouvelles ; les plus belles découvertes ne font
bien ſouvent que des réſurrections ; & au
fond il eſt plus d'une fois auſſi utile pour le
Public de rajeunir que de créer. Il n'y a pas
juſqu'à l'art de guérir qui ne rétrograde quelquefois
, & qui ne croie le faire avec fuccès ,
Giv
152 MERCURE
quoiqu'il foit à préſumer que les maladies
changent moins de nature , que les Médecins
ne chargent de ſyſtême.
Ce qu'on fait tous les jours pour des choſes
d'utilité , nous croyons pouvoir le faire
four un objet d'agrément ,& dans la vue de
vatier les plaiſis de nos Lecteurs. Les Cours
d'Amours , affez connues aujourd'hui , qui
ehez nos bons aieux ont fait naître tant de
queſtions d'amour cude galanterie , nous or t
donné l'idée de propofer aufli de temps en
temps des queſtions d'amour ou même de
morale , qu'on pourra réfoudre en quatre ,
fix ou huit vers . Il eſt évident que ces queftions
, qui occuperont bien moins de place
que l'Enigme & le Logogryphe ,& qui n'auront
lieu qu'une fois par mois , auront un
degré d'utilité de plus. Elles fourniront l'occafion
de s'exercer dans l'art d'écrire; car
parmi les réponſes qui nous feront envoyées ,
nous n'admettrons que celles qui auront du
tyle; ou du moins ce font celles ci qui , à
mérite égal , obtiendront la preference ; &
tandis qu'il ne faut que calculer pour cxpliquer
un Logogryphe , il faudra penfer , ré
fléchir pour repondre à nos queſtions , qui
deviendront une conte leçon de Logique
pour ceux qui chercheront a les refoudre.
Atin d'en donner une idée , en voici deux
avec l'explication :
ec
QUESTION.
Peines d'amour valent elles mieux
» qu'amour fans peine ? »
DE FRANCE.
153
RÉPONSE.
On n'eſt point malheureux de répandre des larmes ,
Quand l'eſpoir ſoutient le defir ;
Les peines d'amour ont leurs charmes ;
L'amour ſans peine eſt ſans plaifir.
AUTRE QUESTION.
-
« L'amitié est- elle préférable à l'amour ? »
RÉPONSE.
Bien plus que l'amitié l'amour ſauroit me plaire ,
Si de ce ſentiment Life étoit de moitié ;
Mais elle ne permet qu'une tendre amitié;
C'eſt l'amitié que je préfère.
Nous ferons fur ces deux jolies Pièces
qui nous ont été données par un de nos
Poëtes les plus agréables , une obſervation
qui ne touche point à leur mérite. Nous defiretions
que les réponſes qu'on nous adreffera
joigniffent au mérite de ces deux - ci ,
celui de renfermer une propoſition nonſeulement
développée , mais prouvée. Ce
dernier quatrain, par exemple , affirme , en
vers bien tournés , que l'Auteur préfère l'ami
tiéà l'amour; mais il ne prouve point qu'elle
foit préférable. En voilà fans doute affez pour
faire entendre notre idée. Voici maintenant
la première queſtion que nous propoſons:
Gv
154
MERCURE
QUESTION.
" Lequel de ces deux malheurs est le plus
>> cruelpour un amant : la mort où l'infidélité
» de ce qu'il aime ? »
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Thébaïde de Stace , Traduction nouvelle
, par M. l'Abbé Cormiliolle :
.... Nec tu divinam Æncida tenta ;
Sed longè ſequere , & veftigia femper adora.
Théb. Lib . XII .
A Paris , chez Hardouin , Libraire , rue
des Prêtres S. Germain- l'Auxerrois. ; vol .
in-12. 1783.
UNE bonne Traduction de Stace étoit un
Livre qui nous manquoit. Ce Poëte eft plus,
célèbre que connu , plus eſtimé que lû ,
Et franchement , quoiqu'un peu cenſuré ,
J'aime encor mieux être lû qu'admiré.
diſoit Rouffeau.
Stace a plus de talent que de charme; fes
vers font bien faits, ils font même beaux ,
&on ne les retient point ; leur couleur eſt
DE FRANCE.
155
terne & monotone. Son Poëme de la Thébaïde
a de l'intérêt , ſon ſtyle n'en a point ;
il n'a que de la poéfie : il fait ſentir toute
l'utilité de ce précepte d'Horace :
Necfatis eft pulchra eſſe poemata , dulciafunto ,
Et quocumque volent , animum auditoris agunto .
Voilà ce que Virgile fait fi bien faire ; c'eſt
ainſi que , par une variété toujours riche &
heureuſe , par la juſteſſe , la propriété précife
, la convenance toujours parfaite de fon
expreffion , par un ſentiment exquis de l'harmonie
dans tous les genres , il attache roujours
& remplace par le charme des détails
ce qui manque quelquefois à l'intérêt du
fond. Il y a certainement beaucoup moins
d'intérêt dans les fix derniers Livres de l'Éncide
que dans quelque Livre de la Thébaïde
qu'on veuille choiſir ; mais dans ces Livres,
même défectueux , de l'Énéïde , on fera
beaucoup plus attaché par le mérite intéreſfant
des détails que dans laThébaïde entière.
Cette différence ſe fait ſentir dans les endroits
même que Stace imite de Virgile , &
ces endroits font nombreux. Comparez , par
exemple , dans le troiſième Livre de la Thebaïde,
les regrets d'Idée , mère de deux Guerriers
tués par Tidée , & les regrets de la mère
d'Euryale , dans le neuvième Livre de l'Énéïde;
aux mouvemens ſi vrais , ſi paflionnés
de celle ci , à cet abandon , à cet épanchement
du coeur d'une mère, vous reconnoîtrez
la Nature, & vous ne pourrez res
Gvj
846 MERCURE
tenir vos larmes ; la douleur d'Idée , quoi
qu'exprimée avec eſprit & en beaux vers ,
vous laiflera froidement obſerver & estimer
l'art du Poëte imitateur; encore trouverezvous
cet art en défaut & bien inférieur à
celui de Virgile ; car Virgile , avant d'expofer
à vos yeux la mère d'Euryale , vous a fait
aimer fon fils , & vous a fait comprendre
combien une mère devoit l'aimer. Ce généreux
enfant s'étoit dévoué pour les concitoyens
, il mouroit pour la cauſe la plus noble
& la plus intéreſſante; en partant il
avoit déjà fait cou'er vos larmes par la
piété tendre avec laquelle il avoit recommandé
fa mère à Afcagne :
Hanc ego nunc ignaram hujus quodcunque pericli eft
Inque falutatam linquo ; nox & tua teftis
Dextera , quòd nequeam lacrymas perferre parentis
At tu , oro , folare inopem , & fuccurre relifte
Hancfine mefpemferre tui. Audentior ibo
In cafus omnes.
Vous avez pleuré Euryale avant que ſa mère
fût inſtruite de ſon ſort, vous avez preſſenti
avec douleur & avec effroi le moment où la
nouvelle de la perte d'un tel fi's parviendroit
aux oreilles d'une telle mère.
Mais les deux fils que pleure Idée ne font
que de vils aſfaſlins , appoſtés par un tyran
pour égorger un Ambaffadeur; leur cauſe eſt
odienfe & infâme; ils ſuccombent dans un
combat inégal où ils ſout cinquante contre
DE FRANCE. 157
un ; tout l'intérêt eſt pour leur vaillant ennemi
, Tidee , qui en tue quarante neuf , &
n'en laiſſe vivre qu'un , pour porter à Thèbes
la nouvelle de ce combat. Idée eſt mère , on
fouffre fa douleur , mais on ne la partage
pas , parce que ceux qu'elle regrette ne font
pas intéreſſans. On pourroit même faire de
cette obfervatien une eſpèce de règle , &
mettre en principe que pour que la douleur
en pareil cas foit intereſſante , il faut & que
l'objet qu'on regrette & que l'objet qui regrette
ſoient intereſſans; fi l'un des deux ne
F'eſt pas , la pitié eſt nulle , ou du moins foible.
Lauſus eft vertueux , il meurt pour fon
père; Mezence eft malheureux fans doute de
perdre un tel fi's; mais Mezence eft, pour
ainſi dire , indigne de le pletirer. Mezence eſt
un ſcélérat &un impie; Virgile n'a pas même
fongé à rendre fa douleur touchante , il a
donné à cette douleur le caractère de la fureur
, qui étonne , mais qui n'attendrit pas.
Voyez au contraire combien eſt touchante
la douleur d'Évandre , qui , dans cette même
guerre, perd fon fils Pallas ; c'eſt qu'Évandre
&Pallas font tous deux vertueux & intéreffans.
Nous ne devons pas diſſimuler ici que
ce charme attirant & attachant de Virgile ,
qui nous paroît manquer à Stace , ce dulce
que nous lui refufons , en lui accordant le
pulchrum , eft précisément le mérite que pa
roît louer en lui Jevénal, qui devoit s'y con
noître mieux que nous , & qui en général
158 MERCURE
n'étoit pas diſpoſé à prodiguer ni à exagérer
la louange. Voici le jugement qu'il porte de
Stace dans la Satyre huitième :
Curritur ad vocemjucundam ac carmen amica
Thebaidos , latamfecit cum Statius urbem
Pomifitque diem tuâ dulcedine captos
Afficit ille animos , tantâque libidine vulgi
Auditur.
Nous répondrons , i . que Juvenal parle
peut être en général du ſuccès des lectures
de la Thébaïde , & du plaifir que paroiffoit
faire ce Poëme , plutôt qu'il ne veut caractériſer
avec préciſion la nature de ce plaifir
& du mérite de l'Ouvrage .
2º . Que Juvenal étoit peut- être l'ami de
Stace, dont il étoit certainement le contemporain
, & qu'il voyoit peut-être dans l'Ouvrage
de ſon ami un mérite qui n'y étoit pas.
3. Nous ne prétendons pas refuſer entièrement
à la Thébaïde le mérite dont il
s'agit; mais tant que nous aurons des objets
de compataifon , tels que l'Eneide & les
Métamorphofes, nous dirons toujours que
Stace, avec des beautés continues , n'a pourtant
ni le charme de Virgile , ni l'agrément
infini d'Ovide.
Quant à l'éloge que Grotius fait de Stace,
en diſant qu'il laiſſe la victoire incertaine
entre Virgile & lui :
Ambiguam magno palmam fotura Maroni
Carmina,que docto Statius ore dedir...
DE FRANCE. 159
C'eſt l'exagération d'un Panegyriſte , qui ,
voulant louer l'Éditeur du Stace , com
mence par louer Stace outre meſure. D'ailleurs
l'autorité de Grotius ne ſeroit toujours
que celle d'un moderne , qui n'a point de
titre pour juger mieux que nous des anciens.
Rapportons- nous en à Stace lui-même :
Nec tu divinam Eneida tenta ,
Sed longefequere , & veftigia femper adora.
L'opinion de Nicolas de Clemangis , célèbre
Docteur des quatorzième & quinzième
fiècles , eft plus modérée & plus juſte que
celle de Grotius; il donne à Virgile ſur Stace
une ſupériorité incontestable , mais il ne la
donne qu'à lui.
Omnium inter Heroicos , uno excepto Virgilio
, graviffimus , ſtudioſiſſimáque Virgilit
imitatione , alter quafi Virgilius.
Si on place Ovide parmi les Poëtes Héroïques
, il faudra encore une exception en
fa faveur.
Jules Céfar Scaliger appelle auſſi Stace :
Heroicorum Poetarum , fi Phænicem illum
noftrum Maronem eximas , tum Latinorum
tum etiam Gracorumfacilè princeps.
On a reproché à Stace de l'enflure , Scaliger
réfute ce reproche. Il l'examine fur tout
dans le début de ces deux Poëmes : la Thébaïde
& l'Achilleïde. Il prouve ailément que
le début de la Thébaïde n'eft qu'exact , &
n'eſt point enfié .
Fraternas acies alternaque regna profanis
160 MERCURE
Decertata odiisfontesque evolvere Thebas
Pierius menti calor incidit.
Peut- être ne faut il pas ſe vanter d'une chaleur
poétique ; mais enfin les deux premiers
vers expoſent le ſujet avec juſteſſe & fimplicité.
Le début de l'Achilleïde paroît d'abord
avoir quelque choſe de plus enflé :
Magnanimum Æaciden formidatamque Tonanti
Progeniem , & patrio vetitamfuccedere cælo ,
Diva, refer.
Ce trait , formidatam Tonanti progeniem ,
feroit la plus ridicule des hyperboles Afiati
ques , s'il n'avoit pas ici un ſens particulier
très raiſonnable. Jupiter avoit craint d'être
père du fils de Theris , parce que l'Oracle
avoit déclaré que le fils de cette Déeffe feroit
plus grand que ſon père , ce qui fut vérifié à
l'égard de Pélée. Le reproche d'enflure paroît
donc encore injufte à cet égard , &
nous ne voyons pas trop non plus de quoi
le fonderdans les détails de ces deux Peëmes ;
en quoi nous ſommes moins ſévères que le
Traducteur même. Ce reproche eſt quelques
fois plus juſte à l'égard de Lucain; mais les
beaurés de Lucain nous paroiffent avoir un
plus grand caractère , une énergie plus originale
que celles de Stace , qui font plus
égales & plus continues.
Nous ne préférerions pas non plus Stace
à Silius Italicus , ſans quelque restriction
DE FRANCE. 161
l'égard de certaines beautés de ce dernier
Poëte , qui nous paroiſſent ſupérieures à
tout : tel eft , par exemple , ce morceau où
il nous montre Annibal entouré des journées
glorieuſes de Cannes , de Trebie , de Thraſymène
, & l'ombre du grand Paul Émile ſe
tenant debout devant lui par reſpect , prête
à défendre elle même ſon vainqueur contre
ceux qui voudroient violer dans ce grand
Homme la majeſté de la victoire.
Tot bellis quafita viro , tot cadibus , armat
Majestas aterna ducem ; fi admoveris ora
Cannas & Trebiam ante oculos Thrafymenaque bufta ,
Et Paulistare ingentem miraberis umbram.
«Je ne parle point de Lucain ni de Silius
>> Italicus , dit le Traducteur, » ils n'ont
fait que des Poëmes purement hiſtoriques.
Tant mieux , ils en ſont plus intéreſfans ; le
Traducteur , qui montre beaucoup de goit
&dans ſa Préface & dans ſa Traduction ,
paroît croire , comme l'ont cru beaucoup
d'anciens Rhéteurs , qu'un Poëme hiſtorique
n'eſt pas un Poëme épique , & que ce ſont
les fictions & le merveilleux qui conftituent
eſſentiellement l'épopée. Oferons nous lui
dire que ce n'eſt là qu'un vieux préjugé démenti
par la reflexion & par l'expérience ;
que les Poëmes hiſtoriques ſont les plus intéreſſans
des poëmes épiques , & que dans
les Poëmes même où règnent ces fictions
qu'on voudroit regarder comme effentielles
à l'épopée, c'eſt toujours la partie hiſtorique
162 MERCURE
qui fait le plus d'effet. Voyez les beaux vers
hiftoriques de la Henriade , la relation du
Maſſacre de la Saint Barthélemi , de l'Affaffinat
de Henri III , de la Bataille d'Ivry , du
Siège de Paris , les Portraits du Duc de
Guiſe,de Catherine de Médicis , de la Reine
Élisabeth ; comparez ces morceaux qui gravent
l'Hiftoire dans l'imagination en caractères
ineffaçables , avec ces allégories ingénieuſes
, mais froides , de la Difcorde & de
la Politique. Voyez dans l'Énéïde la Defcription
du Sac de Troye , les Amours d'Énée &
deDidon; que Junon vienne rendre à Vénus
un petit piége dans lequel elle eſt priſe ellemême
; que vous importe ? Qu'est ce qui
vous entraîne , qui vous enflamme ? C'eſt
l'amour de Didon , c'eſt ſa douleur tendre,
ſa fureur éloquente , fon déſeſpoir , fon
courage. L'action des Dieux eſt toujours aux
dépens de celle des hommes , ou plutôt elle
eft toujours froide & inutile; ce font les
hommes , ce font leurs paſſions qu'on veut
voir en mouvement dans la Thebaïde . C'eſt
Étéocle & Polinice. C'eſt la haine furieuſe
de ces deux frères; c'eſt le vaillant Tidée ,
c'eſt le hardi Capanée qu'on veut voir agır ;
mais que Jupiter envoye Mars animer à la
guerre les peuples de la Grèce; que Vénus
éplorée aille retarder la courſe de Mars ; que
Mars , après avoir eſſayé de la conſoler ,
pourſuive ſa route par l'impoſſibilité d'obéir
à Jupiter , tout est froid , tout languit ;
que Tidée foulève le conſeil d'Adraſte par
DE FRANCE. 163
le récit du crime auquel il a fu échapper;
que Capanée entraîne les peuples à la guerre
au mépris des terreurs religieuſes d'Amphiaraus
& de Mélampe , tout s'anime , tout
s'enflamme. Comparez au ſeptième Livre les
diſcours de Jupiter & de Bacchus avec ceux
de Jocaſte & de Tidée dans le camp de Polinice
; quelle différence !
Telle eſt engénéral notre opinion ſur Stace;
elle diffère en divers points de celle du Traducteur
, ainſi qu'on peut s'en convaincre
en lifant ſa Préface , où nous reconnoiffons
cependant qu'il montre une Littérature choifie
, une érudition éclairée , un goût ſain &
pur, formé ſur les chef- d'oeuvres de l'antiquité;
il ne le dément pas , comme font tant
de Savans , par un mépris barbare pour les
modernes ; il loue indiſtinctement ce qui
eft bon en toute nation & en toute langue ,
preuve certaine d'un goût vrai , d'un goût
naturel , qui ne s'eſt point laiſſé corrompre
par des principes de convention , ni par cet
eſprit de parti qu'on paroît avoir transféré
aujourd'hui des matières de Théologie aux
matières de Littérature.
La Traduction nous a paru preſque partout
fidelle , élégante , animée , poétique ;
l'Ouvrage ſemble avoir été penfé & compófé
en François , ce qui marque qu'on a
bien ſu conferver l'eſprit de l'original. Nous
n'en cirerons point de morceaux particuliers
, parce qu'ils ne prouveroient rien de
plus ni de moins les uns que les autres , &
164 MERCURE
que le mérite de cette Traduction demande
d'être ſenti dans l'enſemble plus que dans
les détails; quant aux imperfections dont
elle n'eſt ſans doute pas exempte , elles font
ſi peu nombreuſes , ſi pea ſenſibles , il faudroit
les chercher avec une ſi trifte diligence ,
que nous nous diſpenſerons de ce ſoin pénible
& fuperflu.
NOUVEAUX Proverbes Dramatiques ,
ou Recueil de Comédies de Société, par
M. G **. A Paris , chez Cailleau , Impr.-
Libraire , rue Galande.
CES Proverbes ont , pour la plupart , orné
le Mercure il y a quelques années , & ils
ont mérité la distinction flatteuſe d'y être
remarqués par les gens de goût. On a été
frappé dans le temps , de l'heureux choix
des ſujets , du naturel du dialogue & de la
vérité des caractères . Ces petites Pièces réunies
en collection , au nombre de dix neuf,
toutes variées par le fond&par la manière
de les traiter , offrent un traité de morale en
action à la portée des enfans. On y obſerve
une gradation toujours proportionnée à l'intelligence
de ceux qui en ſont l'objet. Ces
Drames ont d'ailleurs l'avantage de pouvoir
être joués par des enfans , & c'eſt une grande
reſſource dans les châteaux ou maiſons de
campagne. En même temps que cette occupation
leur inſpire des principes vertueux ,
orne leur mémoire & exerce leurs organes ,
DE FRANCE. 165
elle procure aux parens un amuſement aufli
honnête qu'agréable.
L'écueil le plus à craindre dans ces fortes
d'Ouvrages , devenus tant à la mode depuis
quelques années , eſt de leur donner trop ou
trop peu d'étendue , & l'Auteur du nouveau
Recueil a eu l'art d'obſerver la juſte meſure
néceſſaire au développement d'une action &
à la peinture des caractères pour en former
untout intéreſſant , dont le réſultat préſente
naturellement une moralité frappante. Il a
encore eu l'adreſſe d'éviter la monotonie en
entremêlant ces Proverbes de ſujets tantôt
comiques & tantôt touchans. Une courte citation,
priſe au haſard dans plus d'un genre ,
fuffira pour donner à nos Lecteurs une idée
avantageuſe de ce Recueil .
L'une eſt tirée du petit Drame intitulé le
Paffe- Dix ; l'Auteur s'y eft propoſe de mon
trer que preſque toujours il faut attribuer à
la négligence des Inſtituteurs , la diffipation
&rinfubordination des Elèves. L'Abbé Dur
mint , Précepteur du petit Dorville , ſous
prétexte de punir celui ci de ſon ardeur pour
le jeu , le condamne à être enfermé tout le
jour. Le véritable motif du Gouverneur est
de pouvoir ainſi ſe livrer plus librement à
ſes amuſemens. Le petit Dorville enfermé
ſeul , & déſeſpéré de ne pouvoir jouer ,
prend ſon dictionnaire , le jetre de toutes ſes
forces contre la porte , & exprime fon mécontentement
dans le monologue ſuivant.
Va , maudit Abbé , tu n'oublies rien
166 MERCURE
:
دد pour me faire enrager; mais ſi jamais je
» puis te rendre la pareille....... ne compte
pas avoir affaire à un ingrat.-( Ilse lève ود
ود &fe promène dans la chambre. ) Que vais-
>> je done faire ? Il eſt pourtant bien en-
> nuyeux de paſſer ici la ſoirée. Il n'a
ل
ود
sûrement pas oublié de fermer la porte à
>> double tour. ( Il va à la porte, &fecoue la
» ferrure avec colère. ) Chien de pedant, je
• te déteſte ! - ( Il retourne à sa table. )
Auflimon papa eſt bien fingulier de me
donner un Précepteur à mon âge ; il doit
» pourtant ſavoir qu'à douze ans on n'eſt
>> plus enfant , & qu'un grand garçon comme
moi eſt bien capable de ſe conduire luimême.
( Ils'affied. ) Mon Dieu , comme
>> je m'ennuye ! ...... Je m'en vais faire ma
• verfion , peut- être cela me défennuyera.
» ( Ilfeuillette un livre. ) Oh ! quelle lon-
>> gueur ! copier tout cela , & du latin en
>> françois encore ! ..... Je n'en aurai jamais
ود
le courage ; & puis M. l'Abbé ſeroit trop
>> content. Non; pour le faire enrager , je
>> n'ectirai pas un ſeul mot. >>
Il nous ſemble que la mutinerie d'un
jeune Écolier diſſipé eſt peinte avec vérité.
Le ſujet de l'autre Proverbe , dont on va
tranferire un paſſage , eſt tiré d'un Conte de
M. d'Arnaud , dans lequel un jeune garçon
va ſe faire ſaigner pour de l'argent , afin de
donner du pain à ſes parens qui ſouffrent la
faim . Dans le Proverbe , M. Doramel , Peintre
, ne reçoit point le prix de ſes ouvrages ,
DE FRANCE. 167
& il eſt forti pour folliciter fon payement.
Sa femme , ſa fille & deux de ſes fils attendent
impatiemment ſon retour pour avoir
du pain. Dans le deſſein de diffiper leur ennui
, ils s'occupent à quelques petits travaux.
Le petit Dormel , âgé de fix ans , n'a pas
mangé depuis la veille ; il dit , en interrompant
fon ouvrage :
« Maman , voilà trois heures qui ſonnent;
• eſt- ce que nous ne dinoms pas aujourd'hui ?
"
Mme DORMEL , Sévèrement.
>>Dormel , qu'est- ce que cela veut dire ?
Votre père & votre frère ſont ſortis ; eſt
> ce que vous voudriez dîner ſans eux ?
:
Le petit DORMEL.
Oh ! non , maman...... Mais ...... ils ont
>> peut être dîné ; nous ne ſavons pas où ils
> ont été enfin .......
Mme DORMEL.
» Eh bien ! dans cette incertitude , dîneriez-
vous tranquillement ?
Le petit DORMEL.
» Oh ! non , maman ..... Mais..... c'eſt qu'il
eſt bien tard...... & il pourroit ſe faire
» que .......
Mme DORMEL.
> Taiſez- vous. Ils font à jeun aufli bien
> que vous. D'ailleurs , ne voyez vous pas
168 MERCURE
» que j'attends , moi ; votre foeur en fait
>> autant & votre frère....... N'êtes vous pas
>>plus en état de ſupporter le beſom que
lui ? Il ne ſe " plaint pas cependant.
Le petit DORMEL.
" Oni , maman.... Mais.... c'eſt que.... j'ai
bien faim. ( Il dit ces dernières paroles en
>> pleurant de toutesses forces. )
"
Mme DORMEL , allant à lui les larmes
auxyeux .
>> Mon enfant , mon cher enfant , tran-
> quilliſe- toi.... Allons.... quelques efforts ....
>> Ton père va rentrer; il nous apportera de
» quoi dîner ; crois queje ſouffre autant que
א toi de ta peine.
Le petit DORMEL l'embraſſe en effuyant
fes larmes.
» Oh ! non, maman , ne ſouffrez pas , je
>> vous en prie; car je ſouffrirois bien davan-
>> tage, moi. Tenez , je ne pleure plus : voilà
>> qui eſt fini. Eſt- ce que je ne peux pas me
> paſſer de dîner auſſi bien que vous ? Que
>> je me veux de mal d'avoir pleuré , mais
ود c'eſt malgré moi.... Je vais travailler ſi fort
» qu'il faudra bien que j'oublie que j'ai
faim. ( Ilse remet à l'ouvrage , & travaille
>> avec plus d'ardeur. ) "
"
Il eſt difficile , ſelon nous , d'exprimer
avec plus de naïveté & le beſoin preffant de
la faim , & le bon naturel d'un enfant pour
2
DE FRANCE. 162
ſa mère. Nous delirerions pouvoir faire connoîte
le Drame intitulé Brunon , & tire de
la Vie de Marianne, par Marivaux. C'est un
des plus touchans de ce Recueil ,& il eft impoilible
de le lire ſans la plus vive émotion.
Nous ne pouvons qu'exhorter l'Aureur à cul
tiver des talens qui s'annoncent avec tant
d'avantages pour la carrière dramatique.
:
DISCOURS en vers à la louange d: M. de
Voltaire ,fuivi de quelques autres Pofies ,
& précédé d'une Lettre de M. de Voltare
à l'Auteur , par M. de Ximerès. Prix ,
1 liv. 4 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue
Ste Anne , N° . 05 , & chez Piauit ,
Impr.- Libraire , Quai des Auguftins.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que M. le
Marquis de Ximenes paroît dans l'arêne
poétique. Depuis longtemps il a prouvé
que ſes loiſirs ne reffemblent point à
l'oitivere ; que né dans le tourbillon da
monde , il fait s'y dérober pour goûter des
plaiſirs dans l'étude des Lettres , & que fes
plaifirs deviennent des tirres de glone. Le
Recueil que nous annonçons doit foutenir
l'opinion qu'on avoit de ſon talent pour la
poéfie.
Le premier Ouvrage qui le compoſe eſt
un hommage à Voltaire , qui avoit donné
publiquement à M. de Ximenès des témoignages
de fon eſtime. Il eſt doux de faire un
acte de juſtice en acquittant un devoir de
N°. 35 , 25 Αοût 1784. H
170 MERCURE
reconnoiffance. Ce Poëme eſt écrit avec autant
de nobleſſe que d'harmonie poétique.
Cette dernière tirade peut en donner une
idée :
Confommez ſon triomphe, immortelle Uranic !
Diſputez à vos Scoeurs l'emploi de fon génie.
C'en est fait. Il s'élance aux rives d'Albion ;
Dans le char du ſoleil il monte avec Newton :
Interroge après lui l'Auteur de la lumière,
Etdes ſecrets du ciel inſtruit la terre entière.
Hélas! il paya cher ce dangereux honneur !
J'ai vû de près ſa gloire , & non pas ſon bonheur.
Quelle foule de Rois ! quel immenſe édifice !
Les ſiècles , à leur ſuite , amènent la justice.
Les faſtes de Clio n'ont plus d'obſcurité,
L'homme dans tous ſes droits rentre avec dignité;
LeConquérant troublé connoît une autre gloire.
L'oppreffeur s'épouvante ,& fuit l'ecil de l'Hiſtoire,
Sur ce dépôt ſacré , veille , ô peuple François ,
Dont Voltaire ſe plut àchanter les ſuccès !
Toi, ſi grand par les ſiens ! .... ſouffres- tu qu'on l'offenſe?
Où ſont les monumens de ta reconnoiſſance ,
Tandis que la Neva , ſur ſes bords glorieux ,
S'emprefie d'honorer ſes reftes précieux ,
Et que fon ombre errante , aujourd'hui conſolée ,
Des mains de Catherine attend un mauſolée ?
La ſeconde Pièce eſt un hommage à un
grand Miniftre , dont les heureuſes négocia
DEFRANCE. 171
tions ent ſi bien ſecondé les bienfaiſantes
vûes de notre jeune Monarque. Ces vers
avoient paru avec ſuccès dans le Journal de
Paris. Ils font ſuivis de deux imitations d'Horace;
on lira fur tout la ſeconde avec plaiſir ,
ainſi que ce quatrain, qui renferme un éloge
ſi mérité :
Impromptufur une Épée de Henri IV .
Aurrefois dans les mains d'un Roi victorieux ,
Je lui rendis ſon trôneufurpé par Mayenne ;
Il eſt juſte que j'appartienne
A qui lui reſſemble le mieux.
Après une Lettre à M. le Comte de
Thyard, vient un Poëme qui avoit concouru
pour le Prix de Poéſie à l'Académie Françoiſe
, ſous ce titre : Les Lettres ont autant
contribué à la gloire de Louis XIV, qu'il
avoit contribué à leurs progrès. Voltaire fit
imprimer cetOuvrage parmi ſes immortelles
productions en 1773 ; nous n'avons rien à
ajouter à cet éloge.
Parmi les Ouvrages qui compoſent ce Recueil
, on remarquera des imitations d'Homère
, qui ont de la vivacité & de la verve.
L'Auteur , frappé des beautés dramatiques
dont l'Iliade eft remplie, en a tiré trois Scènes
dialoguées , qu'il a liées enſemble pour leur
conſerver une unité d'intérêt. Voici la fin de
la troiſième Scène.
ACHILLE.
Tu n'es plus, cher Patrocle! .... &j'endure la vie!
Hij
172 MERCURE
Et mon ſeul déſeſpoir ne me l'a point ravie!
Je n'avois qu'un ami , je le perds. Juſte ciel !
Je te rends grâce au moins de m'avoir fait mortel,
Mon coeur ne connoît plus la gloire ni la honte ;
Ulyffe , je perds tout ..... & la mort la plus prompte,
Terminera des jours que je ne puis ſoufhir.
Achille ne doit point pleurer ; il doit mourir.
ULYSSE.
:
: Oui; mais il doitjouir d'une longue mémoire ;
A ce fuperbe Hector arracher la victoire ;
Paroître tel qu'Alcide * ou le Dieu des combats ,
Et ſe rendre immortel , comme eux , par ſon trépas.
Comptable aux Grecs d'un ſang que vous voulez répandre
,
Allez venger Patrocle , & mourez fur fa cendre.
ACHILLE,
Oui, je le vengerai . Mon coeur trop abattu
Au cri de la vengeance a repris ſa vertu.
(Ilprend la lance d'un deses Theſſaliens ,
& prononce les derniers vers en marchant à
L'ennemi. )
Troyens énorgueillis du long repos d'Achille ,
Plus de pitié pour vous , plus d'eſpoir , plus d'aſyle.
Je voue à votre race un éternel courroux.
Patrocle en périſſant vous extermina tous.
*G'eſt par mépriſe qu'on a imprimé dans l'Ouwrage
même: paroître tel qu' Achille.
DEFRANCE. 173
GrandsDieux! le ſangd'Hector peut ſeulme fatisfaire.
Qu'il meure. Je n'ai plus d'autres voeux à vous faire.
Ce morceau eſt écrit avec rapidité , & d'un
ton vraiment dramatique. Une Lettre qui
vient après , de Cefar au Sénat Romain ,
mérite le même éloge.
En général ces Poëſies , outre le talent qui
les diftingue , annoncent un Écrivain familiariſé
avec la bonne lirterature. Ce ne for
pas de ces petits vers que l'eſprit ſeul enfante
ſi facilement aujourd'hui ; on y voit un homme
qui aime la poéſie pour elle- même , &
qui cultive un Art qu'il eſtime.
VIES des Écrivains Étrangers , tant Anciens
que Modernes , accompagnées de divers
morceaux de leurs Ouvrages , traduits par
l'Auteur de leurs Vies , Locman & Pilpay ,
fuivis d'un Éloge de Métaftafe , par M. le
Prevoſt d'Exmes. A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &
Royez , à la defcente du pont neuf, Quai
des Augufti..s. *
M. le Prevoſt d'Exmes avoir publié , il y
a quelques mois , deux volumes d'un Oavrage
intitulé : Trésor de Littérature Etrangère
, qui devoit avoir douze voluines. Cet
* Chaque Brochure qui paroîtra de cet Ouvrage
ſe vendra 1 liv. 10 fols. On ne recevra point de
Souſcription.
Hiij
174 MERCURE
Ouvrage devoir être diviſé en troisParties.La
première auroit contenu les Pièces traduites
ou imitées des langues étrangères ; l'autre auroitétéhiſtorique,&
la troiſième eût fait connoître
les Ouvrages d'où l'on auroit turé les
Pièces que l'Éditeur auroit recueillies. Tel
étoit leplan conçu d'abord par M. le Prevoſt
d'Exmes; le filence desJournaux, &le confeil
ſans doute de quelques amis , l'ont dérerminé
à le changer. Le nouveau plan nous a
paru préférable en effet. Il conſiſte à fondre
dans la vie même des Écrivains étrangers ,
Jes imitations qu'on en a faites , & les reflexions
de l'Auteur fur leurs Ouvrages.
Il n'a peut- être jamais été plus utile qu'au
jourd'hui de remettre devant les yeux des
Littérateurs les modèles que nous offre l'antiqué
; dans un moment où tous les genres
ſemblent ſe confondre , il eſt effentiel de
remonter aux principes.
Le premier Cahier qui vient de paroître
contient lesVies de Locman & de Pilpay ,
avec un extrait d'un Éloge intérefſfant de
l'Abbé Métaftafe, par M. Piccini fils.
On croit communément que le ſage
Locman étoit né en Perſe , d'une famille
Joive, & qu'il fut élevé dans la Religion des
Juifs. Quelques Écrivains affurent qu'ayant
été affranchi , il s'attacha à Salomon , qui
fut charmé de ſa ſageffe. M. le Prevoſt d'Exmes
, d'après quelques anecdotes , & en
comparant les Ouvrages de Salomon & de
Locman , n'est pas ſurpris qu'on foit tenté
DE FRANCE. 175
de croire que ces deux Écrivains ne font
qu'une même perſonne , il conclut que Salomon
a fourni aux Arabes le modèle de
leur Locman , comme celui- ci a fourni aux
Grecs & aux Indiens le modèle de leur
Pilpay & de leur Ésope , ce qui prouveroit
que l'invention des Fables & des Apologues
appartient aux Hebreux , & non aux Orientaux;
& il combat l'opinion de ceux qui
penſent que Locman , Pilpay & Ésope ne
font qu'un.
Après avoir fait connoître Locman &
Pilpay , l'Auteur parle de leurs Ouvrages ,
& ayant indiqué ce qu'en ont imité des
Écrivains modernes , il traduit en proſe
ce qui eft reſté dans leur langue originale.
On voit que cette méthode eſt doublement
utile aux jeunes Poëtes , en ce qu'elle leur
indique de bons modèles , & qu'elle leur
offre de quoi exercer leur talent , en leur
faiſant connoître ce qui n'a pas encore paffé
dans les idiomes modernes .
Locman a laiſſe aux Arabes cent proverbes.
En voici quelques uns :
• Le ſavant connoît l'ignorant, parce qu'il
>> a été ignorant lui- même ; mais l'ignorant
» ne connoît pas le ſavant , parce qu'il ne
» l'a jamais été.
ود
>>L'eſpérance ne ſort de l'âme que lorf-
>> que le corps entre dans le tombeau.
>>On trouve deux ſortes d'hommes qui font
infatiables : les Philoſophes & les Avares.
» Il vaux mieux avoir des ſujets affection-
Hiv
176 MERCURE
ود nés & foumis , que beaucoup de troupes
- pour les contenir.
>> Il n'eſt point d'amis pour les Rois , point
de repos pour les envieux , point de con-
>> fiance pour les menteurs.>>
Il y a quelques- uns de ces proverbes de
Locman qu'on peut accufer de manquer de
juſteſle; celui- ci , par exemple :
• Ily à trois fortes de pe fonnes dont trois
> autres ne peuvent tiver aucun parti : la po
>> pulace eſt inutile à la Nobleſſe , le fcelerar
» àl'homme de lien , le fou au ſage. »
On ne conçoit pas comment la populace
eft inutile à la Noblefle, ni même comment
le fou eſt inutile au ſage.
On en trouve quelques uns qui ont une
tournure originale , tels que les ſuivans :
• Le monde est un cadavre; ceux qui s'y
>> attachent font des bêtes voraces.
>>Le ſavant qui ne met pas ſes oeuvres au
>> foar , eft comme un nuage fans pluie . >>>
En voici un auquel il faudroit donner
force de loi dans le code Littéraire :
Louer une mauvaiſe action , c'eſt la
>> commettre . "
'M. le Prévoft d'Exmes , après avoir indiqué
les Ouvrages de Pilpay qui ont été traduits
, cite ceux qui ne l'ont pas encore été.
Parmi ces derniers , nous allons tranfcrire
la Prière du Tyran.
" Un Tyran demandoit à un Derviche ,
>> quelle étoit la meilleure des Prières. La
>> meilleure pour vous , répondit le Der
DE FRANCE. 177
viche , eſt de dormir durant la moitié du
>>> jour; du moins vos ſujets refpiteront pen-
> dant votre ſommeil. Moralité. Il eſt des
hommes qu'il vaut mieux voir dormir ود
» que veiller. »
Le travail de M. le Prévoſt d'Exmes mérite
d'être encouragé. Il peut être utile à la Littérature
Françoife .
LES Phyſionomies , Poëme , par M. l'Abbé
de Lavalette . Prix , 1 fols. A Paris ,
chez Mérigot jeune , Libraire , Quai des
Auguſtins , & chez les Marchands de
Nouveautés.
IL eſt certain que le ſujet de ce Poëme ,
fujet neufpour la poéfie , pouvoit & devoit
être plus développé. Il eſt encore certaini
qu'onytrouve ſouvent de l'improprieté dans
fes expreffions, & un ſtyle qui n'eſt pas affez
fondu. Mais l'Auteur eſt jeune , c'eſt un premier
Ouvrage , & il annonce un vrai talent,
Ses fautesmêmes font d'un Écrivain qui aime
& fent la poélie. On voit qu'il s'attache à
peindre par ſes épithètes , & qu'il cherche &
connoît tout-à la fois cet heureux acconplement
de mots qui forme le langage de la
poélie. On en jugera par quelques morceaux
que nous allons citer :
Loin ces traits réguliers & ſans âme & fans vie ,
Deſſinés par la main de la monotonic ;
Cettebeauté fans grâce , & ces grands yeux muets ,
Hv
173 MERCURE
Ce port noble & glacé, ce beau teint ſans attraits.
Ainſi que la fortune, un bandeau ſur les yeux,
La Nature répand ſes tréſors précieux.
En formant la beauté, de l'heureux don de plaire
Elle prive ſouvent cette fleur éphémère :
Elleunit plus ſouvent la grâce à la laideur ;
Elle a ſoin d'embellir l'inſenſible froideur ,
Et l'on voit , en riant , cet enfant fi terrible
Dansun corps contrefaitplacer un caoeur fenfible.
Nous allons ajouter à cette citation un
morceau d'un autre genre , où l'on trouvera
une teinte de ſenſibilit:é Le Počte parle de
l'expreſſion des yeux :
Dans ceux-ci , très-ſouventpar les pleurs embellie,
Soupire la tendreſſe & la mé'ancolie.
Mais quelquefois j'ai vu la ſenſibilité ,
Et la mélancolie & la douce gaîté ,
Nuancer dans les yeux la joie &la triſteſſe :
Tels ces jours que jadis imploroit ma tendreffe ,
Quand un rayon douteux, dans la nue expirant ,
Colore des vapeurs le voile tranſparant.
Jours heureux! couvrez- moi de vos ombres paiſibles
Les cieux vous ont crées pour les âmes ſenſibles.
Venez , jours conſolans , venez dans ma douleur
Unir votre triſteſſe à celle de mon coeur.
Ah! fi de mes douleurs s'irrite la bleſſure,
Naime à voir à mes maux compatir la Nature.
DE FRANCE
179
Les eaux , les cieux amis , les bois confolateurs ,
Trifles comme mon âme , adouciſſent mes pleurs.
Nous exhortons M. l'Abbé de Lavalette ,
ou plutôt le temps & ſes réflexions lui apprendront
à féconder un ſujet par plus de
penſées & d'images qui lui appartiennent.
Un jeune homme entraîné par l'amour des
vers , toujours plein de ce qu'il a lû , parce
qu'il lit avec paſſion, eſt ſujet à répéter plutôt
qu'à créer. Impatient de jouir & de
compter les vers qu'il a faits , il préfère prefque
toujours à ce qu'il faudroit arracher par
le travail à ſon imagination , ce que lui fournit
ſans peine ſa mémoire. Telle eſt I hiſtoire
de tout jeune Poëte ; mais quand il eſt né
avec du talent , à mesure qu'il médite ſur
fon Art , il apprend que rien n'eſt bon que
ce qui coûte ; il maîtriſe ſon impatience; ce
n'eſt plus ſa mémoire qui parle , c'eſt fon
propre talent qui ſe développe , qui vole de
ſes propres aîles , & qui ſe montre tel qu'il
eſt . Voilà ce que nous attendonsde M. l'Abbé
de Lavalette , & ce que promet fon premier
effai.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du 15 a été très- brillant,Mime
Mara , de retour de Londres , y a été en-
Η vj
180 MERCURE
tendue avec le plus grand plaifir. Elle a
chanté trois airs d'un caractère diferent, avec
use egale fuperiorité ,&de façon à augmenfer
, s'il avoit éte poſſible, la reputation
éclatante qu'elle s'eſt acquiſe. M. Crosdill ,
celebre Violoncel e de Londres , a joué deux
Sonates. Une intonation d'une juficile &
d'une précifion étonnantes , un beau développement
d'archet , une forte & fuperbe
qualité de fon , prouvent en lui un talent fini
&précieux. S'il a excité un peu moins denthouſiaſine
dans ſa ſeconde Sonate que dans
la première , c'eſt au choix de la compofition
qu'il faut s'en prendre , il n'a pas eu mains
de metire dans Pexécution. M. Gervais a
joué un Concerto de M. Viotti. Ce gente de
muſique eft allez différent de celui qu'il eſt
dans l'habitude de jouer; il l'a rendu cependant
de façon à prouver que fon talent eft
fufceptiblede ſe plier àtoutes les manières ,
&à augmenter les eſpérances qu'il a Jonnées.
On a exécuté auffi un nouvel Oratoire de
M. l'Abbé Lepreux. C'eſt un air de mouvement
d'un fort bon effet,& que M. Cheran
a chanté parfaitement bien.- Sera t'il permis,
dans un article de Concert , d'obferver
que le titre d'Hyérodrame qu'on avoit
donné à ce morceau , ne fauroit convenir à
un Solo. Ce mot, compofé de deux mots
grecs , qui fignifient Dramefuere, comporte
une idée de dialogue & de ſcène. On ne doit
pas donner le nem de Drame à un Monologue.
DE FRANCE. 181
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 19 Août , Mile de Saint - Renéa
dchute dans l'emploi des Jeunes Princeffes ,
par le rôle d'Iphigenie , dans la Tragedie de
Racine.
-Nous ne parlons ici du Début de cette
Actrice, dont il ſeroit indifcret d'apprécier
les talens fur un premier efflai , que pour
répondre à une phrafe que nous avons remarquée
dans un Journal , où l'on rend
compte du ſuccès que cette Debutante a obtenu
dans le rôle d'Iphigénie en Aulide. On y
dit, aveè raifon que ce rôle eſt un des
>> plus dificiles de l'emploi des jeunes Prin-
23 coffes : » & en ajoute que , depuis Mite
>> Gauffm , on neſeſouvient pas d'avoir vû
>> une Actrice y produire l'effet dont il pa-
" roît fufceptible. » Parmi les Comédiennes
qui ont paru dans ce perſonnage depuis environ
quinze ans , plusieurs ont merité des
fuccès , quoiqu'elles y ayent laiffe quelque
choſe à defirer; mais il en eft une qui s'y eſt
preſentée d'une manière véritableinent fupérieure
, & qui a rendu , avec toutes les
nuances qui lui font propres , le caractere
d'Iphigénie. Cette Actrice eſt Mile Suinvat
l'ainéc. Un débit ſimple , per & noble ; un
pathétique doux & touchant; des geftes faciles
& vrais ; l'accord heureux de ces elans
involontaires , de cet abandon intereffant ,
fuite néceffaire d'un amour bien fenti , avec
182 MERCURE
la timidité& la décence d'une fille ſoumiſe
aux ordres des Dieux &de ſon père , &d'une
Princeſſe réſignée au fort cruel qui l'attend :
tels font les traits que cette Actrice employa
pour peindre le caractère de la fille d'Agameninon.
Lorſqu'elle ſe propoſa de paroître
dans ce rôle , on regarda ſon entrepriſe comme
téméraire ; & en effet , la figure de Mile
Sainval l'aînée , ſuſceptible des grandes expreffions
tragiques & d'une fierté impoſante ,
paroiſſoit devoir être un obstacle à ſon ſuccès
, dans un rôle où les grâces de la jeuneffe
& la candeur touchante d'une phyſionomie
aimable , ſemblent des qualites indifpenſables.
Le vrai talent ſurmonte tous les
obstacles. Mlle Sainval l'aînée obtint dans
Iphigénie un ſuccès d'autant plus prodigieux ,
qu'on attendoit moins d'elle. Les applaudifſemens
du Public , qui n'atteſtent pas toujours
le mérite , furent accompagnés des ſuffrages
de ceux des Comédiens François qui
honoroient alors le Spectacle de la Nation:
quelques-uns vivent encore , jouiflent encore
de l'eſtime générale ; & nous ne craignons
pas de dire que s'il falloit les nommer
, nous le ferions avec d'autant plus de
liberté , que nous ſommes certains qu'ils affirm
roient ce que nous avançons. L'érat
d'un Comédien fibrillant& fi flatteur à beaucoup
d'égards , eſt preſque toujours entouré
de déſagrémens cruels; & lorſqu'un Sujet ,
après avoir long temps fait les plaiſits du
Public , ſe trouve en butte à de grands à de
DE FRANCE. 183
longs chagrins , il eſt juſte au moins qu'il en
foit dédommagé par le ſouvenir des ſuccès
qui atteſtent ſes droits à une réputation non
équivoque. Il faut obſerver qu'au moment
où Mlle Sainval l'aînée parut avec tant d'avanrage
dans le rôle d'Iphigénie en Aulide , elle
n'étoit point encore familiariſée avec les
rôles de l'emploi des Reines , rôles où elle a
été ſi ſublime malgré les nombreux défauts
qu'on pouvoit lui reprocher , & que depuis
elle y a reparu d'une manière finon très mé
diocre , au moms indigne d'un talent tel que
le ſien. Les rôles des Reines exigent une force
, des éclats , un abandon abſolument étrangers
à l'emploi des jeunes Princeffes. L'habitude
de donner à ſes accens , à l'expreſſion
de ſa phyſionomie , à ſa gefticulation un
caractère ferme & prononcé , ne permettoit
plus àMile Sainvall'uſage facile de ce maintien
modeſte , de ces modularions attendriffantes
qui charment d'abord l'oreille , pour
feduire le coeur d'une manière plus sûre.
Elle étoit devenue l'épouſe du Roi des Rois ,
elle n'étoit plus l'intéreſſfante Iphigénie.
Exemple frappant pour ces Acteurs audacieux
qui , dans les accès de leur miférable
vanité , ſe croient habiles à repréſenter
tous les genres , à peindre tous les carac-.
tères ,& qui , en effleurant tout en général,
fans rien approfondir en particulier, jouiffent
pendant quelques inftans d'une réputation
ufurpée , & arrivent à la fin de leur carrière
pour mourir tout entiers. Les Lekain , les Pré184
MERCURE
ville&les Molé font des mortels privilégiés.
La Nature n'en eſt pas prodigue. Elle en préſente
de temps en temps comníe pour prou
ver ce qu'elle peut faire; enſure elle ſe
repoſe avant d'en produire de pareils, comme
pour atteſter qu'il lui faut du temps &
des efforts pour créer des ſujets d'un mérite
aufli diftingué & aufli univerſel.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEEMercredi 11
Août , on a donné, pour
la première fois , le Rendez- vous , ou les
deux Rubans , Opéra Comique en un Acte
& en vers mête d'ariettes ; par M. Pariſau ,
mufique de M. de Blois.
Juſtine , fille d'une Payſanne nommée
Mathurine, eſt aimée par deux Villageois. Le
premier eſt un avare ,& il ſe nomme Lucas.
Le ſecond , qui n'eſt pas riche , & qu'on appelle
Colin , aime Juſtine pour elle-même.
Le Billi , qui ne veut que le bonheur de
Juſtine , ſe propoſe d'éprouver les deux
amans. En confequence il envoie à chacun
d'cux une lettre qui contient un ruban , &
par laquelle une prétendue Villageoiſe , riche
dejeune, leur propoſe ſa main& fa forrune.
Colin ne balance point , il donne à Juftine
le tuban qu'on lui a envoyé, & lui factifie
volonters la nouvelle amante. Il n'en est
pas de méme de Lucas. Il balance. Riche &
belle , voilà deux points capitaux pour un
avare qui veut prendre femme. Il ſe trouve
DE FRANCE 1°
au rendez - vous , où Juſtine arrive voilée;
mais il apprend avec douleur que la richeſſe
de l'inconnue n'eſt qu'une chimère , & il ſe
propoſe de retourner à Juftine , ainſi que de
revenir à l'inconnue & Juftine refuſe ſa main.
On lui découvre bientôt le moyen qu'on a
mis en oeuvre pour l'éprouver , & Colin
épouſe Juſtine.
Cette petite Pièce eſt écrite avec facilité.
On y remarque ce qui fait le caractère dif
tinctif de tous les Ouvrages de M. Pariſau ,
un eſprit brillant & original qui donne aux
moindres détails une grâce toure particulière.
L'intrigue eſt un peu nue , mais cette nudité
eſt rachetée par des développemens très-piquans
& par des incidens qui , dans l'oprique
de la Scène, produifent un effet trèsagréable.
La muſique fait honneur à M. de Blois.
Le ſtyle en eſt proportionne à l'état des per-
Tonnages. De la ſimplicité,de la facilite , un
chant doux : voilà les qualites que nous y avons
remarquées. Ce Compofitear développera
ſans doute, dans des Ouvrages plus importans
des moyens plus fermes , & la touche y fera
plus vigoureuſe. Nous l'eſpérons , & nous
l'invitons à fuivre une carrière dans laquelle
ſes premiers pas ont prouvé qu'il étoit digne
de l'encouragement & du fuffrage des Connoiffeurs.
Nous rendrons compte,dans le prochain
Mercure de l'Amour à l'Épreuve & du Duc
de Bénévent , dont la ſeconde repréſentation
186 MERCURE
:
1
eft annoncée à l'inſtant où nous écrivons ces
articles.
ANNONCES ET NOTICES.
LA
en Adixième Livraiſon de l'Encyclopédie fera
venteLundi prochain 30 de ce mois. Cette dixième
Livraiſon eft compoſte de deux Parties nouvelles ,
du Teme premier des Mathématiques , far Mм.
l'Abbé Boffut , d'Alembert , de Condorcet & de la
Lande , &c. du Tome premier , première Partic de
l'Art Militaire ; & du Tome troiſième , première
Partie des Arts &Métiers mécaniques.
Ilya , à la tête du Tome premier des Mathématiques
, un Difcours Préliminaire , par M. l'Abbé
Bofſut, dans lequel il indique les principales découverres
qui ſe ſont faites dans cette Science. Il les rapporte
à quatre Périodes ſucceſſives: la première
s'étend depuis leur origine juſqu'au temps des Arabes;
la ſeconde juſqu'au feizisme fiècle ;la troiſième
juſqu'à la naiſſance de l'analyſe infinitéſimale; la
quatrième juſqu'à nos jours.
L'Art Militaire , par M. de Kéralio, Major d'Infanterie
, de l'Académie des Inſcriptions & Belles-
Lettres, &c. eſt auſſi précédé d'un Difcours Préliminaire,
où l'Auteur préſente le ſyſtême encyclepédique
dans lequel il a conçu & raſſemblé toutes
les parties de l'Art Militaire 11 aſſigne enſuite la
place que cer Artoccupe dans le ſyſtême général des
connoiffances humaines , & il rend compte de la manière
dont il a traité cette partie de l'Encyclopédie
méthodique .
Les Antiquités Militaires ſeront traitées en détail
dans le Dictionnaire des Antiquités; la Médecine
Militaire, dans celui de Médecine : c'eſt là que les
DE FRANCE. 187
Lecteurs doivent les chercher. L'Art de l'équitation ,
celui de l'Eſcrime , & l'Art de Nager , formeront
des Parties ſéparées dans ce Dictionnaire Militaire.
Le prix de cette dixième Livraiſon eſt de vingttrois
livres dix ſols brochée , &de vingt-deux livres
en feuilles .
La Souſcriptionde cette Encyclopédie eſt toujours
ouverte,&elle eſt du prix de 751 liv.
On peut s'adreſſer pour ſouſcrire , hôtel deThou ,
rue des Poitevins , No. 17 ; & chez les Libraires de
Fran e & Etrangers.
4
On trouve à la même Adreſſe , l'Histoire Naturelle
des Minéraux , de M. de Buffon , Tome II.
Prix , 15 liv. en feuilles ; 15 liv. 10 ſols broché , &
17 liv. relié.-Le même , Tomes III , IV in- 12 ,
prix , 6 liv, en feuilles ou broché , 7 liv. fols relié.
-OEuvresComplettes de M. le Comte de Buffon ,
Quadrupedes , Tome III , prix 21 liv. en feuilles ,
21 liv. 10 ſols broché , & 24 liv. relié. Ce Volume
ne peut ſervirque pour l'édition in-4°. ſans la Parrie
Anatomique.- Le Vingt- quatrième Cahier des
Quadrupedes , enduuninés , prix 7 liv. 4 fols.
TRAITE des Principes généraux de la Grammaire
Françoise. A Paris , de l'Imprimerie de
J. Ch. Defaiat , rue Saint Jacques .
CeTraité n'a rien d'effrayant pour la mémoire;
car il est très-peu volumineux. La préciſion ne s'y
trouve pourtant pas aux depens de la clarté, & il
offre tout ce qu'il est néceſſaire d'apprendre pour
s'inſtruire des Principes de notre Langue.
CORRESPONDANCE d'un jeune Militaire , ou
Mémoires du Marquis de Luzigni & d'Hortense de
Saint - Just, seconde Edition , 2 Vol. in 12. Prix ,
2 livres 8 fois brochés, A Yverdun; & ſe trouve à
188 MERCURE
Paris , chez Regnault , Libraire , rue S. Jacques,
vis-à-vis celle du Plâtre .
Ce Roman eſt écrit d'un ſtyle quelquefois né
gligé, mais toujours naturel & vrai , & la lecture en
eft attachante .
PETITE Bibliothèque des Théâtres , contenant
un Recueil des meilleures Pièces du Théâtre François
, Tragique , Comique , Lyrique & Bouffon,depuis
l'origine des Spectacles en France juſqu'à nos
jours , Numéros 9 & 10. A Paris , & l'on ſoufcrit
au Bureau , rue, des Moulins , Butte Saint Roch ,
1º. 11 ; chez Belin , Libraire , rue Saint Jacques ,
& Brunet , Libraire , rue de Marivaux , Place du
Théâtre Italien .
Nous avons vû dans le Numéro précédent la
jolie Comédie du Cercle par Poinfinet; le neuvième
renferme du même Auteur deux Pièces à
Ariettes , le Sorcier & Tomes-Jones, toutes deux
miſes en muſiqué par M. Philidor. Le Sorciet eſt la
première Piece de ce Théâtre qui fit demander l'Aц-
teur , comme Mérope au Théâtre François. Poinfinet
& M. Philidor parurent fur la Scène , où ils furent
vivement applaudis.Yom-Jones fut repréſenté d'abord
fans fuccès ; mais il reprit faveur,& elle est restée
au Théâtre,
Les deux dernières Pièces du neuvième Volume
font de Baurans , la Servante- Martreffe &le Maitre
de Musique. La Mufique Italienne apportée en
'Fran e par les Bouffons n'avoit på y réutlir : ce fut
Baurans qui fut lui couclier la faveur publique en
parodiant la Servante Maitreffe , qui cut le plus
grand fuccès , aufli bien quele Maître de Muſique.
Le dixième Volume renferme trois Fragédies ,
Polixène & Manlius , toutes deux de Lafofit. La
dernière est restée au Théâtre , & c'est un Ouvrage
très-climable. La dernière Pièce de ce Volume est
1
DE FRANCE. 189
le Coriolan de M. de la Harpe , dont il a été fait
mention dans ce Journal . Les Rédacteurs de cette
intéreffante Collection ont acquis le droit d'y inférer
cene Tragédie , ce qui prouve qu'ils ne négligent
aucun inoyen pour remplir l'attente , & même pour
prévenir les defirs de leurs Souſcripteurs .
Le Bienfait rendu , ou le Négociant , Comédie
en cinq Actes en vers , repréſentée pour la première
fois fur le Théâtre François , le 18 Avril
1763 , nouvelle Édition , conforme à la repréſentation
. Prix , I livre 10 fols. A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques.
* Cette Pièce a éré remite pluſieurs fois au Théâtre;
elle eſt do genre mixte entre le Drame & la
Comédie. Le ſtyle en eft fort négligés la fable en
eſt faite raiſonnablement , & mérite des éloges.
OEUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot, onzième Livraiſon , ſeptième &
dernier Volume des Vies des Hommes illuftres ,
avec les Tables Chronologiques depuis Théſéus
Jusqu'à Othon , in 8 °. & in-4°. papier double
d'Angoulême , d'Hollande & vélin .
Ce Volume contient les Vies de Démétrius &
"Antonius , Artaxerxes & Dion , M. Brutus & Aratus ,
Galba & Othon .
Les OEuvres morales , 4 Vol. , font imprimées,
&font les Tomes 8 , 9 , 10 & 11. La douzième
Livraiſon , premier Volume des OEuvres mêlées ,
paroîtra dans le courant du mois prochain .
Nous ne pouvons rien ajouter aux éloges que
nous avons donnés précédemment à tous les Volumes
de cette Édition , ou à mesure qu'ils ont paru.
L'Éditeur, toujours animé du même zèle & du même
foin, ne néglige rien pour fatisfaire à ce qu'il a promis
au Public , dont il a rempli l'attente & par la
190 MERCURE
promptitude & par l'exécution qu'il avoit annoncées.
On ſouſcrit pour cet Ouvrage à Paris , chez
J. Fr. Baftien , Libraire & Éditeur , rue S. Hyacinthe
, Place Saint Michel , & chez tous les principaux
Libraires du Royaume.
RECUEIL de Généalogies pourfervir de Suite ou
de Supplément au Distionnaire de la Nobleffe de
M. de la Chenaye Desbois , in -4 ° . Tome XIV ou
Second des Supplémens , de 700 pages , beau caractère.
A Paris , chez M. Badiez , Éditeur & Continuateur
de cet Ouvrage, rue Saint André des Arcs, près
celle des grands Auguſtins, vis-à-vis M. Brichard ,
Notaire. Prix , Is liv. broché en carton , & 13 liv.
12 fols en continuant la ſouſcription , pour laquelle
il ſera délivré une reconnoiſſance ſignée du Gontinuateur.
CetOuvrage eſt d'un mérite & d'une utilité aflez
connus. Les Souſcripteurs , ainſi que les perſonnes
qui en ont une partie , ſont invités à retirer, le plus
tôt poſſible, les deux premiers volumes de ces Supplémens
, qui forment le treizième & quatorzicine
Tome de cette Collection intéreſſante.
CARTE Topographique & très- détaillée du Diocèsede
Coutances , en quatre feuilles; nouvellement
revue& augmentée des ouvelles Routes , ainſi que
decelles qui ne font que projetées; parM.Dezauche,
Géographe , Succeffeur des fieurs Delifle & Philippe
Buache, premiers Géographes du Roi , ſeul chargé
de l'Entrepôt général des Cartes de la Marine de
Sa Majeſté. A Paris , chez l'Auteur rue des Noyers.
Prix , sliv.
L'on a figuré ſur cette Carte intéreſſante la conftruction
& les travaux qui conſtituent le nouveau
Port de Cherbourg , pris depuis l'Iſle Pelée juſqu'à la
Pointe de Querqueville , dans laquelle étendue ſe
DE FRANCE. 191
trouvent marquées les trois différentes paffes pour
l'entrée & fortie du Port , avec une Obſervation
abrégée qui eſt relative à ſa nouvelle conſtruction.
- DEUX Symphonies pour laHarpe ſeule ou avec
accompagnement de deux Violons , une Flûte , deux
Cors & Baffes , dédiées à Mme Krumpholtz , &
exécutées par elle au Concert Spirituel ; compoſées
par M. Krumpholtz. OEuvre XI . Prix , 12 liv. A
Paris , chez l'Auteur , butte S. Roch, hôtel de la
Prévôté, Nº. 14 , & Naderman , rue d'Argenteuil
S. Roch.
Ces Symphonies ſont compoſées tant pour les
Harpes à ſept pédales que pour celles à ſourdines ,
nouvelle invention du ſieur Naderman ,
BLAISE & BABET , ou la fuite des Trois For
miers , Comédie en deux Actes , par M. Monvel ; repréſentée
devant LL. MM. le 4 Avril , & à Paris ,
le 30 Juin 1783 , parles Comédiens Italiens; muſique
de M. D Z. Prix , 24 liv.; les parties ſéparées ,
12 liv. A Paris , chez M. Verdun , au coin des rues
de Tournon & du Petit- Bourbon , No. 17 ; Gaspard ,
Marchand de Muſique ſur le Boulevard du Théâtre
Italien , & Deroullede , rue S. Honoré , près celle
des Poulies.
Le fuccès de cet Ouvrage , tout prodigieux qu'il
eſt, n'eſt point étonnant ; l'action de la pièce eſt
fimple, peut être même commune , mais remplie de
détails de ſentiment très-agréables , & que le ralent
diftingué de l'Actrice qui jouoitBabet , rendoitplus
piquans encore. On n'a peut-être pas affez publiquement
rendu justice à la manière dont elle étoit
ſecondée par l'Acteur qui jouoit Blaiſe; mais il n'en
réſultoit pas moins un enſemble délicieux . Parmi ces
cauſes de ſuccès, la muſique de cet Ouvrage doit
être comptée pour beaucoup.On fait quelle tournure
192
MERCURE
agréable & originale M. D. Z. fait donner à ſes
petits airs ; il y en a beaucoup dans cette Pièce , & ,
grâce aux Pirates Lyriques , ils font déjà tous dans
la Société ; mais on fera fans doute fort aife de les
retrouver en partirien & de les avoir felon l'intention
native de l'Auteur. Mais le talent de M. D Z.
ne ſe borne pas à ce genre de mérite ; il entend trèsbien
la Scène , & preſque tous les morceaux d'enſemble
de cet Ouvrage font charmans. Il nous ſemble
que cette Partition doit justifier l'opirion avantageuſe
que les repréſentations en ontdonnée.
Fautes à corriger dans le N°. 33 .
Article Eloge de M. d'Alembert , page 74, ligne
12 , où il eſt queſtion du Roi de Praffe , an licu de
parlant avec fingularizé , lifez : fimplicité ; & à la
page précédente , au lieu de Voltaire , lilez: Diderot.
,
Voyez,pour les Annonces des Livres de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librairiefur
la Couverture.
TABLE.
AM.PAbbi Creuzer, 1451 tiques, 164
Carattère de la Galanteric Difccurs en vers , 169
Framgife , 146 Vies des Ecrivains Eiras gers ,
Epère à l'Editeur d'un Re- 173
cueilde Poésies , ih. Les PhyConomies , Poëme, 177
Cherade, Enigme & Logo Concert Spirituel , 179
grypke, 149 ComedieFransoife , 181
La Thébaidede Stace , 154 Comédie Itulienne , 184
Nouveaux Proverbes Drama- Annonces & Notices , 186
APPROBATΙΟΝ.
J'at tu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 28 Acût. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empécher l'impreſſion. A
Paris , le 27 Août 1784. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 30 Juillet .
'Eſcadre de Cronſtadt, compoſée de 7
Ivaiſſeaux de ligne& de 4 frégates , eſt
en mer depuis trois ſemaines. Le vice-Amiral
Boriffow , qui la commande, doit ſe borner
, dit on , à des évolutions dans la Baltique:
DernierementsRégimens ſe ſont mis
en marche pour la Livonie. Le Comte
Alexandre Woronzow , Préſident du College
de Commerce , & le Sénateur Prince
Dolgorouki , ſe ſont rendus dans la même
Province. Rien d'aſſuré encore dans les conjectures
fur cette miſſion & fur cet envoi de
troupes vers les frontieres.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 2 Août.
Les vaiſſeaux de ligne l'Olderbourg & le
No. 35 , 28 Août 1784 . g
(146 )
Dithmar ont fait voile pour la Baltique, le
24 de ce mois , & viennent d'être ſuivis par
la Sophie-Frédérique. Une eſcadrille de 10
Yachts du Roi, commandée par le contre-
Amiral Fiſcher eſt auſſi en mer depuis le 21 ,
pour exécuter dans la baie de Kioga diverſes
évolutions devant le Prince Royal.
On a vendu à la Bourſe 11 Actions de la
Compagnie de la Baltique , à 84 rixdalers
chacune , & deux Actions de la Compagnie
pour le raffinage du ſucre , à 253 & 260
rixdalers.
Le i de ce mois , l'eſcadre Ruſſe , ſous les
ordres du vice-Amiral Tchitschagof , qui
avoit hiverné à Livourne, eſt arrivée ici: elle
eſt compoſée des vaiſſeaux de ligne & de 2
frégates.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 31 Juillet .
L'on annonce aujourd'hui comme définitivement
réglé , le différend entre la Cour
de Berlin & la ville de Dantzick ; l'Impératrice
de Ruffie ayant agréé le contre projet ,
remis par S. M. P. Quoique cet accord ne
ſoit point encore public , on ne l'en regarde
pas moins comme certain ,& l'ou en attend
bientôt la ratification. Le commerce de
Dantzick a peu fouffert de ce démêlé; celui
de la Baltique eſt plus actif que jamais : il
eſt entré plus de 1200 navires dans le ſeul
port de Pillau depuis quatre mois,
( 147 )
Le ſieur de Buchlotz , Réſident du Roi de
Pruſſe, en a reçu l'ordre de ſe rendre à la
Dietede Grodno.
Les provinces Ruſſes limitrophes de la Lithuanie
ont porté des plaintes à la Cour contre
les juges établis de la part de la République ſur
les frontieres. On reproche àces juges de ne point
tenir les jugemens aux époques fixées , & de ne
pas adminiſtrer aux ſujets Ruſſes la justice à laquelle
ils ont droit de prétendre. On ſe plaint
encore , qu'au lieu de rendre les Ruſſes fugitifs
qui ſe retirent clandeſtinement de leurs demец-
res , on les accueille ſur le territoire de la République
, & que , lorſqu'ils font réclamés , on
les cache , & on leur fournit les moyens de s'enfuir
ailleurs. Pour prévenir ces menées à l'avenir
, le comte de Stackelberg , ambaffadeur de
Ruflie , a remis depuis peu à notre miniftere une
note très remarquable , dans laquelle il demande
, que la République y pourvoie d'une maniere
efficace. On penſe qu'il en pourroit réſulter
qu'à la diete prochaine il fut fait une conſtitution
pour autoriſer le Roi & le confeil permanent à
finir déformais de pareilles affaires , fans que les
miniſtres étrangers ſoient dans la néceſſité de s'adreffer
aux tribunaux ordinaires , où elles font
ordinairement trainées en longueur.
ALLEMAGNE.
:
DE HAMBOURG , le 2 Août.
On apprend de Calfcrone , qu'on y a lancé
le mois dernier , un vaiſſeau de ligne , de
60 can . & une frégate de 40 can. Deux bâtimens
de même force ont été mis fur les
chantiers.
,
g2
( 148 )
On fait que le port de Gothenbourg fait un
commerce conſidérable avec l'huile de hareng.
L'année derniere elle en a exporté 11,991 ton.
neaux. -Voici quelques details ſur ce commerce.
On peche annuellement dans les pariges
deGothenbourg , environ 600,000 tonnes
de harengs , dont untiers eſt ſalé , & les deux
autres tiers ſont emploiés pour en tirer de l'huile.
Ces deux tiers en donnent 20 à 22,000 tonneaux.
Cette huile eſt blanche, liquide & à meilleur
matché que l'huile de navete. A la cuiffon elle
fait moins de fumée que l'huile de navere , &
fon odeur est moins déſagréable que celle de
Thuile de baleine; mais il feroit à dearer qu'elle
füt un peu plus épaiſſe , & qu'elle ne figeât pas
trop vite au froid. On pourroit peut-être corriger
cet inconvénient , par la diftillation, qui ſépareroit
les parties groſſieres des parties fines ,
&rendroit ainſi cette huile plus propre à la pré-
*paration du cuir & à l'uſage de la lampe. Cette
huile vaut une mine d'or aux négocians de Gothenbourg
, qui en vendent une année dans l'autre,
près de 18,000 tonneaux ; une grande partie
paſſe dans les Etats du roide Pruiſe. Les travaux
de la cuiſſon commencent dans le mais
d'O&obre , & ſont continuesjour & nuit. Dans le
commencement on ne ſe ſervoit que du col &
des boyaux du hareng pour en faire de l'huile ,
mais le débit conſidérable de cette marchandise
a engagé les négocians à facrifier tout le hareng,
pour en tirer de l'huile. La tonne de hareng
donne 5 ou 5 & demi pots d'huile ; mais
quelquefois on n'en tire que ; & demi juſqu'à 4
pots, &vers la fin de Décembre ſeulement 1 ou
un pot &demi. Une tonne de harengs compriſe
dins l'autre , depuis le commencement juſqu'à
la fin de la pêche , peut cependant produire 3
:
149 )
juſqu'à 3 pots & demi d'huile , de forte que pour
remplir un tonneau d'huile de 60 pots , il faut
cuire 20 juſqu'à 23 caques d'harengs. On ne peut
point déterminer avec exactitude la quantité
d'harengs qu'on fait annuellement à Gothenbourg
; cela dépend de l'abondance de la pêche
du hareng , mais il eſt certain , que dans l'année
1780 on en a fait entre 25 & 27 mille tonneaux ,
&dans l'année 1781 entre 20 & 22 mille. L'automne
dernier , la pêche du hareng n'a pas été
fi abondante que les années précédentes ; le mauvais
temps en étoit la caufe. Auſſi n'a-t-on pas
fait la moitié d'huile que les autres années ; &
près de la moitié des harengs a été falée l'année
derniere. La plupart des établiſſemens pour
l'huile d'harengs appartiennent aux négocians
deGothenbourg , qui emploient une année dans
-l'autre environ 400,000 caques d'harengs frais
pour en faire de l'huile.
"
DE VIENNE , le 2 Août.
La Régence de la Baſſe-Autriche vient de
rendre une Déclaration pour encourager la
découverte des mines de charbon de terre.
Le Gouvernement promet une forte récompenſe
à tous ceux qui réuſſiront dans cette
recherche , & en a motivé l'utilité par la diminution
des bois de chauffage. La même
Déclaration encourage les habitans à faire
uſage du charbon de terre , attendu qu'il eft
très-reconnu qu'il n'eſt nullement nuifible à la
Santé.
Par une Ordonnance également fage du
12 Juillet , l'Empereur a rendu abſolument
3
( 150 )
: libre le commerce du bois à brûler dans
cette Capitale. Permis à chacun d'amener &
de vendre du bois, ſans payer aucunes taxes ,
ni dépendre des caprices & des extorſions
des Inſpecteurs préposés à ce commerce
pour le tyrannifer.
Le premier de Juillet, il eſt tombé beaucoup
de neige aux environs d'Ypf & de
Scheibs en Autriche : divers particuliers ont
même fait des parties de traîneaux , pour
confacrer la mémoire de ce phénomene.
Pendant pluſieurs jours le vent a été aufli
froid qu'à la fin de Novembre , & une grande
partie des vignes a été gelée. Le 8 , un
orage terrible , accompagné de grêle , a
abîmé les campagnes aux environs d'Alberfberg.
Une lettre de PleiſſenBohème porte que
preſque tout le mois de Juin on a été obligé
de chauffer les chambres , & que le 3
Juillet il étoit tombé une grande quantité
deneige.
L'on a appris de Semlin, qu'un bâtiment
Impérial, chargé à Vienne de draps du pays,
de porcelaines & d'autres marchandiſes des
Etats héréditaires , & deſtiné pour Cherfon ,
yeſt arrivé ſans accident , puis acontinué ſa
route pour lamer Noire.
Le 2 de ce mois ,le Prince-Evêque de
Paderborn a reçu l'inveſtiture Impériale ,
ayant été repréſenté àla cérémonie par leBar
( 151 )
ron de Hompſch, Chanoine du Chapitre.
Commele moment de la tranflation de l'Univerſité
de Bude à Peſt s'approche , on vient de
faire connoitre aux differents membres qui la
compofent , pluſieurs décrets de S. M. relatifs
à l'education & à l'inſtruction de la jeuneſſe ,
1°. Il eſt défendu de tenir des congrégations ,
des exercices ſpirituels : choſe qui avoit eu lieu
juſqu'à prétent. 2°. Il ſera permis à la jeuneſſe
de fréquenter les ſpectacles & autres lieux publics
dans lesquels on peut participer à des divertifſemens
honnêtes & permis. 3°. On conſeillera
& invitera la jeuneſſe à s'approcher ſouvent du
Sacrement de la pénitence ; mais il ne ſera plus
permis , comme il étoit ci devant en uſage ,
de forcer les jeunes gens à aller chaque mois
àconfeffe. 4°. Ceux qui fréquenteront les Facultés,
feront libres d'aller les jours de Dimanches
& de Fétes , au ſervice divin , dans telle
Eglife qu'ils jugeront à propos ; il eſt ſeulement
enjoint aux peres & meres ou maîtres de penfion
d'avoir ſoin qu'ils rempliffent leur devoir
à cet égard. Quant à ceux qui feront encore
dans les baſſes claſſes , ils ſeront conduits à l'office
divin par leurs régens ; après la meſſe , ils ſe rafſembleront
tous dans une des ſalles du college
où un Prêtre leur lira l'Evangile & leur en fera
J'explication . 5°. Pendant trois ans , toutes les
Sciences , excepté la Théologie , leur feront enſeignées
en langue allemande ; quiconque ne la
ſaura point , ne pourra être promu à aucun grade,
pas même en Théologie. On indique quels ſont
les livres & auteurs dont chaque profeſſeur doit
faireuſage.
La nuit du 30 du mois dernier , la garniſon
de cette ville s'eſt rendue au camp de
g4
( 152 )
Minkendorf , où elle a été ſuivie par les Régimens
d'infanterie , cantonnés dans la haute
&baffe Autriche, ainſi que par le Régiment
de Cavalerie Czartoriski. Les manoeuvres
commenceront le 10 ; & l'Empereür ſera au
camp le 12 , accompagné du Prince-Evêque
d'Onabrück.
S. M. I. fut menacée l'autre jour à la chaſſe
d'un accident très-dangereux. Un certbleſſé
d'un coup de fufil, ſe jetta fur elle , mais
heureuſement n'atteignit dans ſa courſe qu'un
boutde la veſte.
Le Général Fel- Maréchal , Lieutenant de
Brown, qui eſt mort ici le 27 Juillet , a laiſſé
une fucceſſion de 189,000 florins ; il en a
légué 64,000 florins à ſes parens & amis , &
donné le reſte à l'établiſſement pour les pauvres.
On lit à cet égard le paragraphe ſuivant
dans ſon teſtament: Je ſuis entré pauvre
au ſervice de S. M. 1 , j'y ai épargné
cette ſomme pendant 66 ans ; &il eſt juſte
que je la laiſſe de préférence aux pauvres
des Etats Autrichiens .
Dans pluſeurs endroits de la Hongrie & furtout
dans ceux habités par des Vallaques & des
Raiziens on étoitdans l'uſage dene point travailler
, les uns le jeudi , & les autres le vendredi.
L'Empereur informé de cet abus nuifible à
l'induſtrie , l'a ſupprimé & enjoint aux Juges
& au Clergé de veiller à ce que les travaux ne
ſoient point interrompus pendant leſdits jours.
,
Le 24 Juillet on a notifié aux Récollets
du Couvent de Neubourg le décret de la
fuppreffion de leur maiſon.
( 153 )
DE FRANCFORT , le 16 Août.
L'Electeur Palatin a accordé aux habitans
de la ville de Mulcheim , ruinés par les derniers
débordemens du Rhin , une exemption
de tout impôt pendant 18 ans.
La liberté de confcience dans les Etats
Autrichiens a fait exercer celle de la Preffe .
Un obfervateur a compté 1172 ouvrages
fur ces matieres , publiés à Vienne dans l'efpace
de 18 mois : de ce nombre 879 lui ont
paru mauvais , & 293 raiſonnables . On ſeroit
fort heureux , par-tout où la démangeaiſon
d'écrire eſt naturaliſée , de pouvoir
obtenir toujours la même proportion.
Le nouveau Pacha de Belgrade , écrit-on
de Vienne , eſt âgé de 70 ans : il jouit d'une
conftitution robuſte , malgré 25 femmes qui
compoſent ſon ferrail. Ce cortege a précédé
de deux jours l'arrivée du Pacha , & 50
mulets richement chargés l'accompagnoient.
L'Empereur , pour témoigner à M. le Général-
Lieutenant , Comte de Kinski , combien il
étoit fatisfait des ſervices qu'il lui avoit rendus
dans ſa direction de l'Ecole royale militaire établie
à Neustadt , a envoyé à ce Seigneur une
ſomme de 10,000 ducats qu'il emploiera de la
maniere qu'il jugera la plus utile à cet établiſſement
: elle étoit accompagnée du billet ſuivant,
écritde la main de l'Empereur.
J'ai tant de confiance , mon cher Comte , dans vos
lumieres & votre zele pour mon service , que je ne
penſerai jamais à vous demandercompte de l'emploi de
cettesomme. 85
( 154 )
Selon un inventaire , publié par M. Bufching
, les Jéſuites poſſédoient 12 Colleges ,
tant en Pologne qu'en Lithuanie. Leurs propriétés
mobiliaires & foncieres montoient à
32 millions de florins de Pologne , (environ
15,600,000 liv. tournois. ) Les ornemens
d'Eglife , Saints , Oſtenſoires , &c. fondus à
la Monnoie de Varſovie ont rapporté
366,129 florins.
L'Electeur de Mayence eſt un des Souve
rains qui a le plus fait en Allemagne pour la
réforme des études. Celles du Clergé étoient
fort au deſlous de celles qu'exigent un état ,
où les lumieres font aufli néceſſaires que les
vertus . Après avoir mis le Séminaire de
Mayence fur un pied reſpectable , l'Archevêque
a aftreint tous les Eccléſiaſtiques à
y recevoir leur éducation , avant de pouvoir
entrer dans les Ordres & dans les Chapitres
. L'attention éclairée de l'Electeur s'eſt
portée ensuite fur l'Univerſité. Pour y atta-
Ther des Savans de mérite, il a hauffé les
appointemens des Profeffears; trois Monafreres
fupprimés ont ſervi à accroître les fonds
néceffaires. M. le Baron d'Erthal , frere de
S. A. E. , animé du même zele pour les
connoiffances utiles , a fait don à l'Univerfité
d'une précieuſe collection de tableaux.
Les nationaux ſeuls n'ayant pu occuper
toutes les chaires , ony a appellé des étrangers
, tirés des Univerſités de Cologne
Heidelberg , de Gottingue. L'Electeur , en
,
( 155 )
même tems, ſe prépare des ſujets propres à
enſeigner les Sciences , en les envoyant
s'inftruire dans l'étranger : quatre membres
de l'Univerſité de Mayence font actuellement
à Paris .
L'étude de la Philoſophie dure trois ans :
on l'a dégagée de toutes les vaines ſpéculations
de la Méraphyſique : la Théologie
a été également purgée de tout le fatras
ſcholaftique ; l'hiſtoire eccléſiaſtique & les
langues Orientales l'ont remplacé : trois
ans font confacrés à ce genre de connoiffances
, qu'on enſeigne dans l'Univerfité
fur le même plan adopté en Autriche.
L'étude de la Littérature ancienne
celle du Droit naturel& civil & de toutes
les branches de la Juriſprudence ont été perfectionnées
, & toutes celles de la Médecine
font en chemin de l'être. Les leçons ſe font
enAllemand : fauf celles de Théologie & de
Médecine théorique; elles ſont ouvertes à
tout le monde , & fréquentées chaque jour
par le Curateur & le vice-Curateur de l'Univerſité.
,
Le nouveau tarifde douane , écrir- on de
Vienne, aura lieu le 1 Novembre prochain.
Le principe fondamental de ce tarif eſt de
reftreindre le plus que l'on pourra l'exportation
du numéraire dans l'étranger. Ainfi
tout commerce défavantageux à l'Etat ſera
ou profcrit entierement , ou impoſé de taxes
confidérables.
g
( 156 )
ITALI Ε.
DE MILAN,le 4 Août.
Par une Ordonnance du 15 Juillet der.
nier , l'Empereur a établi une Junte , chargée
d'adminiſtrer les revenus des fondations
pieuſes.
Il vient de paroître un Edit, portant défenſe
à tout Militaire, au ſervice de S. M. I.,
de jouer à des jeux de hafard , tant en public
qu'en particulier , ſous peine, pour la
premiere fois , d'une amende de cent écus ,
&en cas de récidive , d'une amende au gué
du Gouvernement , laquelle ſera paiée par
le joueur & par le banquier , ou maître de
lamaiſon, où ſe tiendront ces jeux de hafard.
On ſe promet les plus grands avantages
de ce Réglement.
DE LIVOURNE, le 28 Juillet.
Le 17 de ce mois , la Médée , frégateHollandoiſe
, commandée par le ſieur Vaillant ,
montant 40 canons & 270 hommes d'équipage
, a mouillé dans cette rade. Cette frégate
eft venue de Smirne en 43 jours. Elle
fait actuellement fa quarantaine.
Le 18 , la frégate Angloiſe le Phaëton ,
de 38 can. & 250 hommes d'équipage , &
commandée par le Chevalier Colpoys , eſt
arrivée en ce port, venant de Gibraltar. Sa
traverſée a été de20 jours.
( 157 )
Il ſe confirme que l'eſcadre Vénitienne ,
après avoir eſſuyé une tempête affrenfe , qui
aduré quatre heures , eſt entrée à Corfou ,
où elle a été rejointe par deux chebecs qui
s'étoient réfugiés dans le port d'Ancone. Aucun
bâtiment n'a péri.
DE ROME , le 30 Juillet.
S. S. voulant encourager les manufactures
a rendu un Edit, par lequel elle abolit le
privilege exclufif dont jouiffoit un particulier
dans les provinces de Romagna , de la
Marca , de l'Ombrie , & de l'Etat d'Urbin
pour la fabrication des verres. Elle a ordonné
en outre , qu'on prit les meſures convenables
pour procurer aux verreries qui font
déja établies dans ces provinces , & à celles
qu'on y établira par la fuite , des débouchés
avantageux , & la facilité d'avoir les matieres
qui entrent dans la compoſition du
verre. A cet effet , elle a défendu , fous des
peines très - rigoureuſes , l'exportation des
verres caffés , & l'importation des verres
étrangers , qui ſont d'une qualité ſemblable
à ceux fabriqués dans les ſuſdites verreries.
Il eſt arrivé à Civita Vecchia un bâtiment
François , ayant à bord une ſomme que
S. M. Catholique a fait paſſer à fon Tréſorier
en cette ville , pour payer les penſions
des ex-Jéfuites Eſpagnols qui ſe trouvent
dans l'Etat Eccléfiaftique.
On aſſure qu'il va être mis un impôt fur
( 158 )
lesboucles d'argent , parce qu'on a reconnu
que cet objet de luxe détournoît des fommes
confidérables de la circulation.
DE NAPLES , le 31 Juillet.
En conféquence d'une Ordonnance de
S. M. , toutes les Provinces de ce Royaume
vont être affiujetties àun nouvel impôt, dont
le produit eſt deſtiné au paiement des troupes
qui forment le cordon établi fur nos
côtes.
Le plan de réforme relatifaux Gardes-ducorps
, vient de paroître. Leur nombre eft
fixé à 120. On a également diminué le nombre
des Exempts & Cadets , tant titulaires
que furnuméraires.
Les nouvelles reçues hier de la Calabre
annoncent que les craintes , conçues par les
habitans de ce pays , ſont entierement diffipées.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 6 Août.
Eu égardau mérite & aux ſervices du Duc
d'Almodovar , Ambaſſadeur extraordinaire
auprès du Roi de la Grande-Bretagne , S. M.
lui a accordé la place de Conſeiller d'Etat.
Le 15 de Juillet, une députation du Protomédicat
, composée des Docteurs D. Joſeph
Lafarga , Proto Médecin de S. M. ,
D. Jofeph Garcia de Burunda , Médecin de
la Chambre , & D Cafimiro Gomez Ortega
, premier Profeffeur du Jardin Royal_de
( 159 )
Botanique , a eu l'honneur de préſenter à
S. M. & aux Princes & Infans de la Famille
Royale , les deux tômes du Complément d.
La Flora Fſpagnola de D. Joseph Quer ; ou
vrage dont S. M. & leurs Alteſſes Royale
ont daigné marquer leur fatisfaction ,
dont le tribunal du Proto-Médicat a pri
connoiffance par ordre du Roi. La Députa
tion a eu enfuite à cette occafion l'honneu
de baifer la main de S. M. & de leurs Al
teſſes Royales .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 14 Août .
Le9 de ce mois , le bill pour l'adminiftration
de l'Inde a reçu fa fanction finale dans
la Chambre des Pairs , où il fut lu pour la
troifieme fois , & agréé avec quelques amendemens.
Cing Membres de la Chambre , les
Lords Portland, Carlifle,Devonshire , Cholmondeley
& Northington proteſterent contre
ce bill comme etant faux , injufte & anticonſtitutionnel
: faux , parce qu'il n'apporte
aucun remede efficace aux vices qu'on a defſein
de corriger; injufte, en ce qu'il force
toutes les perſonnes revenant de l'Inde à
fournir contr'elles-mêmes des motifs d'accuſation;
anti -conftitutionnel enfin ,parce qu'il
établit un nouveau tribunal où font admis
des témoignages incompétens , & qui prive
les ſujets d'être jugés par Jurés. Nous avons
( 160 )
déjà vu tous ces reproches examinés à la
Chambredes Communes; maisles cinqPairs
oppoſans ont voulu ſe conformer au ſtyle
de Protêt. Ni Lord Mansfield, ni Lord Loughboroug
n'ont aſſiſté aux ſéances relatives
aux affaires de l'Inde & de la Compagnie.
Le 10 , le Général Burgoyne parut à la
Chambre baſſe , en confirmant la détention
dans l'Inde de fon parent le Chevalier Burgoyne
, Major - Général de l'armée. C'eſt
Lord Macartney qui a pris fur lui cette violente
meſure , ainſi que de mettre à la tête
de l'armée un ſimple Colonel préféré à des
Oficiers -Généraux. Le Général Burgoyne
expoſa un long détail hiſtorique de cette
détention & de ces injustices , en demandant
qu'on remît à la Chambre toute la correſpondance
du Gouverneur & du Conſeil
de Madraff fur cette affaire, afin que la
Chambre l'examinât. M. Dundas & la plupart
des Membres qui parlerent à cette occafion,
ayant conſeillé au Général Burgoyne
de retirer ſa motion , vu que le Gouvernement
s'occupoit des plus férieuſes recherches
fur les cauſes de ce démêlé , le Général
fut fatisfait, & fe conforma au voeu de
l'aſſemblée.
Elle reprit le même jour l'examen du
bill qui ſubſtitue une taxe additionnelle fur
les fenêtres aux anciens droits fur le thé; examen
qui fut accompagné d'une diſcuſſion
contradictoire très-animée. M. Dempfter furtout
preſſa l'injuſtice réſultante de l'inégalité
1
( 161 )
de la nouvelle taxe , d'autres la rejetterent
comme onéreuſe à la pauvreté. Au milieu de
ces argumens ſérieux , M. Courtenay intervint
avec le perfiflage ſuivant , dirigé contre
le Miniftre & contre les approbateurs
du bill.
Je m'oppoſe à la nouvelle taxe , dit M. Courtenay
, en qualité de zélé & chaud partiſan de
la préſente adminiſtration ; cet impôt augmen
teroit trop le diſcrédit où l'a jetté tout fon
ſyſtème de taxation , & fa conduite durant la
ſeſſion aquelle. Toujours est - il fûr que le Cham
celier de 1 Echiquier vient de donner une mar
que ſignalée de ſa gratitude envers la Compa .
gniedes Indes , & que cette taxe additionnelle
fur les fenêtres rendra univerſelle la conſommationdu
thé. La raiſon en eſt ſolide & fimple : cha .
que citoyen ſe voyant taxé maintenant pour le
privilege de prendre du thé, qu'il en boive ou
qu'il n'en boive pas , n'hésitera plus à en faire
uſage , par le motif très-raiſonnable d'emp over
une denrée pour laquelle il eſt chargé , aw lieu
de payer ſans s'en être ſervi. Par ce moyen ,
tout le monde prendra du thé , & le monopole
de la Compagnie ſera auſſi fructueux que bien
établi.
Un honorable Membre ( M. Brook Watson )
vient de dire que ſes conftituans, les citoyens
de Londres , ne formoient aucune objection cone
tre cette taxe , parce qu'ils n'étoientpas des contrebandiers.
Je ſuis charmé d'apprendre fur une
aufli bonne autorité , que la Cité de Londres ne
mérite plus l'imputation qu'on lui faisoit dans
le dernier fiecle : un de nos Auteurs Comiques
introduifit fur la ſcene un Alderman avec l'épithete
caractériſtique de ſa profeßion : l'Alder
( 161)
:
man contrebandier. Je ne rappelle co trait que
pour prouver l'ancienne opinion publique fut
ce pont , & non pour contredire l'allégué de
l'honorable Membre; bien au contraire , je le
félicite de la converfion récente de ſes confti:
tuans.
Je me bornerai à peu d'obſervations ſur le prin
cipe de la taxe elle même. Elle ſemble empruntée,
non d'aucune impofition ufitée juſqu'ici
dans le pays , mais de celle des Gabelles dans
un Royaume voiſin , où tout le monde est obligé
de prendre &de payer une certaine quantité de
fel , qu'il en ait beſoin ou non. La préſente
adminiſtration a ambitionné la gloire de mettre
l'Angleterre fur le même pied. Je ne doute point
que le peuple n'en ſoit très-flatté , & ne lereconcilie
avec un impôt dont il doit l'idée à une
nation fi hautement célebre par ſa ſupériorité
dans les arts , dans les armes , dans les ſciences ,
& ſpécialement dans la conduite des ballóns.
Cette imitation aura les meilleurs effets , &préviendra
tous les murmures ; quel Anglois pourroit
ſe plaindre d'être afſimilé à la plus polie
&la plus diftinguée nation de l'univers ?
M. Courtenay finit par defrer ardemment que
le fardeau,dont on accabloit l'Angleterre , füt
porté avec ſoumiſſion , vu qu'il étoit néceſſaire
au Miniſtre & à la Compagnie des Indes, pour
les mettre en état de payer leurs créanciers
les propriétaires de billets de marine , &c.
Une lettre de Portsmouth , en date du 4
Août, rapporte en ces termes la fameafe
tentative fur le Royal-George.
Nous devons à l'habileté de M. Braithwaire &
àcelle de ſes fils la fatisfaction devoir la maitrelle
( 163 )
ancre du Royal-George qu'ils viennent de dépoſer
dans le Chantier du Roi. Cette ancre peſe 9,800 1.
&c'est vraiſemblablement la plus forte qui exifte
dans le monde connu. Cequi rend ce ſuccès encore
plus ſurprenant ,c'eſt que l'ancre a été retirée par
un feul homme, tant eſt prodigieux le degré de
force de la machine dont on ſe ſertdans ce travail ,
-MM. Braithwaite peuvent reſter ſous l'eau autant
qu'ils le veulent , fans qu'il en réſulte pour
euxleplus léger accident. Ilsyont paffé fréquemmenttrois
ou quatre heures de ſuite. L'ancre étoit
à foixante pieds ſous l'eau , & il a fallu la dégager
decing cablesde leize à vingt quatre pouces dont
s'étois fervi M.Tracey, quand il eſſaya de relever
le Royal-George. Ces cables avoient été pareillemert
retirés , & on avoit coupé l'étalingure d'un
cable de vingt quatre pouces qui traverſoit l'anneau
de l'ancre. D'après quelques entretiens que
j'ai eus avec Mrs. Braithwaite , nous pouvons epérer
de voir la rade de Portsmouth dégagée de
cette maſſe énorme dont elle eſt obftruée ; & pour
peu que le Gouvernement le defire , ils ne font
aucune difficulté de relever le Royal George , d'autant
que leur machine les met en état de faire fous
l'eau tous les préparatifs néceſſaires pouraſſurer le
ſuccès de cette opération ».
Le nouveau plan de M. Palmer pour le
tranſport des malles de la poſte aux lettres ,
adopté par le Gouvernement , eſt en activité
& promet le plus heureux ſuccès. Ces
malles font portées par des voitures légeres
que montent également des voyageurs , &
qui gagnent cinq heures fur feize. Lorſque
ce nouvel établiſſement ſera général , ce qui
ne tardera pas , les Négocians feront obli
gés d'avancer d'une heure ou deux l'heure
de la Bourſe.
( 164 )
:
M. Smith , Etudiant en Médecine à l'Univerſité
d'Edimbourg , vient d'acheter pour
la fomme de 900 guinées, le Muſeum particulier
, & toute la Bibliotheque du célébre
Linnée , dont la vente publique devoit ſe
faire à Upfal. Ainſi cette précieuſe collection
paſſera bientôt en Angleterre.
Dernierement on a trouvé dans unchamp
labouré, près de Glasgow , une médaille de
l'Empereur Othon, parfaitement confervée;
l'on fait combien ce coin eſt eſtimé des Antiquaires.
La Société de ceux d'Edimbourg ſe propoſe
de rechercher avec ſoin toutes les antiquités
Galliques. Pour cet effet , ils ont établi
à Perth , une branche de leur fociété ,
chargée de l'inveſtigation des manufcrits ,
qui feront renvoyés au Comité d'Edimbourg
avant d'être mis ſous preſſe. Quelques- uns
des membres de cette ſavante Société font
occupés à raſſembler des matériaux pour
une Biographic Ecoſſaiſe, ſur le plan duDictionnaire
de Bayle.
Les différens endroits où l'on prend les Eaux
offrent cet été le tableau de la plus profonde trifteffe.
Cet incident eſt attribué à la trop longue
Seſſion du Parlement. Il fut un tems où toute la
Nobleffe en général prenoit le plus grand plaifir à
venir habiter ces lieux pendant la belle faifon ;
mais il paroît aujourd'hui qu'elle les a tout-à- fait
abandonnés. Quand Bath,Bristol , Hor-Wells &
Tunbridge étoient à leur plus haut point de gloire,
on s'y rendoit de toutes parts. Mais depuis que
Scarborough , Harrowgate , Margate, Ramsgate,
( 165 )
Brighthelmſtone , Southampton , Weymouth
Lynn , Deal , Dover , Eastbourne , &c . , ont aufli
la réputation de poſſéter des Eaux minérales , la
Société s'eſt tellement ſéparée, qu'à moins de quelque
nouveauté ou de quelque agent puiſſant qui
ait la vertu d'attirer une affluence de curieux , les
gens à la mode , concentrés à peine dans une ou
deux villes , rendront toujours les ſaiſons des Eaux
bien moins intéreſſantes. Cet événement peut
néanmoins ramener à leur origine les Eaux minérales
qui n'avoient d'abord été établies que pour
les infirmes . Il faut avouer cependant que nos
modernes buveurs d'Eau ſont tout auffi malades
de corps que d'eſprit.
Un Chevalier **** , que tous les papiers
diſent Français , excepté la Gazette
Anglo-Françoiſe , qui le dit Suiffe , quoiqu'il
n'y ait point de Chevaliers en Suifle ,
s'eſt aviſé de vouloir enlever un Ballon à
Chelſea.
Cette expérience devoit avoir lieu le 10 Août ,
comme l'Auteur l'avoit annoncé. Les curieux ſe
rendirent en foule pour voir ce ſpectac'e ; mais le
Chevalier prétendit qu'ils avoient eu tort de ſe
mettre en route , parce que ſon avertiſſement
portoit que ſi le tems étoit humide ou venteux ,
l'expérience n'auroit pas lieu. Le lendemain ,
le tems étant plus favorable , pluſieurs coups de
canons , tirés à diverſes heures & de différens endroits
, attirerent à Chelſea une foule innombrable
de perſonnes de tout état , de tout âge & de
tout ſexe. A trois heures de l'après - midi , tout
étant prêt pour remplir l'aeroftat qui avoit 60
pieds de haut & 120 de circonférence , & qui
étoit fait de groſſe toile peinte en bleu céleste ,
avec beaucoup d'ornement , le Chevalier mit le
( 166 )
feu à de la paille pour faire entrer l'air inflammable
dans ſon ballon. Cette opération parut lui
donner beaucoup de peine & prit bien du tems.
Commela machine aeroſtatique étoit plus qu'à
moitié remplie , le Chevalier *** eut l'adreſſe
ou plutôt la ſageſſe de ſe dérober furtivement aux
yeux des Spectateurs. Le Public impatient , ne le
voyant plus, coupa la corde qui retenoit le ballon,
mais le ballon , bien loin de s'enlever , s'abattit à
terre. Alors l'aeroſtat , le theatre , tout fut détruit
, brûlé , ou déchiré , & mis en pieces.
La relation fuivante concernant un fol qui
a recouvré l'ufage de la raiſon , quoique fort
extraordinaire , eſt de la plus grande authenticité.
Il y a fix ans environ qu'un Marinier , dont
la raiſon s'étoit aliénée , fut reçu à l'hôpital deſti.
né pour les fous à York. Cinq ans & demi ſe
font écoulés , ſans que cet homme ait jamais demandé
à manger , & on lui donnoit la même
nourriture qu'aun enfant.LesDomeſtiques étoient
obligés de l'habiller&de le deshabiller. Il ne parloit
jamais; il ſe tenoit conſtamment courbé pendant
toute la journée , & ceux qui en prenoient
foin le regardoient comme un animal preſque
converti en végétable. Mais vers le milieu du
mois de Mai de l'année derniere , il ſurprit ſoudain
tout le monde en prononçant ces mots :
«Bon jour à vous tous », Il remercia alors ceux
qui avoientpris ſoin de lui,& il parut avoir parfai
tement recouvré la raiſon Peu de jours après , il
écrivit à ſa femme une lettre fort touchante &
pleine de jugement. Enfin , il lui fut permis le
le 28 Mai de cette année de quitter l'Hôpital , &
de retourner dans ſa famille. Il commande maintenantun
vaiſſeau faisant le commerce de la Bal(
167 )
tique ,& il eſt parfaitement ſainde corps &d'efprit.
Ce fait fingulier eſt atteſté par le Docteur
Hunter , dans une lettre qu'il a écrire à ce ſujet
au Docteur Percival , & par les Administrateurs
&les Domeſtiques de l'Hôpiral des fous a York.
D'après le rapport des Voyageurs , nouvellement
revenus de l'Inde , nos papiers
décrivent de la maniere ſuivante , les amuſemens
de la Cour de Tippoo -Saib. Ce tableau
eſt abſolument conforme à celui qu'on
trouve dans les Mémoires ſur Ayder Aly, &
aux récits des Voyageurs .
LaCour de Tippoo-Saib eſt maintenant la plus
brillante de l'Inde. Sa troupe de Comédiens n'a
point d'égal dans cette partie du monde , nonſeulement
pour ſes richeſſes , mais auſſi pour les
Bayaderes qui font les femmes auxquelles Tippoo
donne la préférence. Ce Prince étant ſouverain
d'une partie du Viſapour , a toute facilité de fe
procurer , parmi cette claſſe de femmes , celles
qui font le plus remarquables par leur beauté
&leurs talens .
La troupe des Comédiens de la Cour n'eſt
compoſée que de femmes. La Directrice , qui
eſt chargée en même temps de pourvoir cette
troupe de ſujets , choiſit & achete les plus belles
d'entre les jeunes filles de l'âge de quatre ou cinq
ans ; elle les fait inoculer , & enfuite elle leur
donne des maîtres de danſe & de muſique. On
leur procure tous les talens & toutes les perfections
qui peuvent inſpirer au Prince & à ſa Cour
l'amour de la volupté. Elles ſont ſi ſavantes dans
cet art , & leurs ſuccès ſont tels , qu'elles parviennent
même à toucher& à ſéduire les hommes
les plus inſenſibles. Elles commencent à paroître
en public à l'âge d'environ dix ou onze
( 168 )
ans. Elles ont engénéral les traits fort délicats ,
de grands yeux noirs , les plus beaux ſourcils ,
la bouche petite& de ſuperbes dents. Leurs joues
ont la forme la plus gracieuſe , & leurs cheveux
noirs treffés avecgrace tombentjuſqu'à terre . Leur
teint eſt d'un brun clair , non pas tel que celui
des femmes mulâtres que la nature n'anima jamais
de ſon coloris vermeil , mais ſemblable à celui
d'une jeune payſanne annonçant une ſanté vigoureuſe
, qui a conſervé les roſes après avoir
Hétri les lys . Celles-ci ſont les femmes jaunes
que les Orientaux préferent à toutes les autres.
Elles ſe donnent elles - mêmes cette teinte en
peignant leurs joues avec une couleur jonquille ,
de même que les Françoiſes ſe peignent le viſage
avec du rouge. Ce qu'il y a de plus étonnant ,
c'eft qu'on s'habitue bientôt à cette couleur &
qu'on la trouve très agréable. Les Bayaderes font
toujours vêtues d'une gaze fine , garnie d'une
riche broderie d'or , & elles sont couvertes de
bijoux. Leur tête , leur col , leurs oreilles , leur
gorge , leurs bras , leurs doigts , leurs jambes
&leurs orteils ſont ornés de joyaux ; elles portent
même à leur nez un petit diamant qui
leur donne un air de fineſſe tout-à-fait réduifant .
Les Comédies que les Bayadères jouent font
toutes Piéces d'intrigues. Elles repréſentent ou
des femmes qui ſe liguent pour duper un marijaloux
, ou de jeunes filles qui confpirent pour
tromper leur mère. Il eſt impoffible de jouer
avec plus d'art ou avec une facilité plus naturelle.
Leurs chanſons ſont gaies & agréables.
Celles qu'elles chantent à une ſeule voix font
preſque toujours la complainte de quelque amant.
Mais celles qu'elles chantent en choeur ſont de
la plus grande gaieté.
Lesdanſeutes tont ſupérieures dans l'exécution
aux
( 169 )
aux Comédiennes & aux chanteuſes. On peut
meme aſſurer qu'elles feroient le plus grand plaifir
fur le Théâtre de l'Opera de Paris. Tout eſt
expreſſion quand ces jeunes filles danſent. Leurs
têtes , leurs yeux , leurs bras , leurs pieds & tout
leur corps ſemblent ſe mouvoir ſeulement pour
exciter l'étonnement & l'admiration . Elles ont
une force &une légéreté infinie dans les jambes ;
elles tournent ſurun ſeul pied & s'élancent immédiatement
après avec une agilité ſurprenante .
Elles mettent tant de préciſion dans leurs mouvemens
, qu'elles accompagnent les inſtruments
avec des ſonnettes qu'elles ont à leurs pieds , &
comme elles ſont douées de la figure la plus
aimable & de la ſtature la plus élégante , leurs
geſtes ſont naturellement pleins de graces &
d'agrémens. Les Bayaderes de la Cour du Prince
n'ont pas plus de dix-sept ans. Paffé cette âge,
elles font renvoyées ; alors elles voyagent dans
les Provinces ou s'attachent à des Pagodes ( 1 ).
La Directrice de cette Troupe eſt payée par
le Prince , mais il eſt impoffible d'évaluer les autres
émolumens qu'elle retire de ſa place. Elle
a toujours un certain nombre de Pieces répétées
pour être jouées au premier ordre. Quoiqu'il
y ait tout lieu de croire qu'elle est bien récompenfée
par Tippoo pour les plaiſirs qu'elle lui
procure , les profits qu'elle reçoit des riches
particuliers lui font encore infiniment plus avantageux.
Quand un homme de conſidération donne
un grand fouper , on joue ordinairement une
Comédie mêlée de chansons & de danſes. On
paye à la Diretrice de la Troupe du Prince cent
roupies pour chaque Actrice qui joue , chante
(1 ) Chaque Pagode entretient un certain nombre de
Bayadères, dont les charmes affurent un revenu confidé
rable au Bramine,
N° . 35 , 28 Août 1784. h
( 170 )
ou danſe. Le nombre de ces Actrices ſe monte
ſouvent à plus devingt, non compris la muſique
inftrumentale.
Si quelqu'un donne à ſouper à pluſieurs de ſes
amis particuliers , il fait venir auffi des Chanteuſes
& des Danſeuſes pour chacune deſquelles
il paie également cent roupies. On leur donne
en outre à ſouper , & on leur fert des fruits en
abondance , des confitures detoute eſpece & du
lait chaud. Si les amis font retenus à coucher
(comme cela arrive ſouvent dans les maiſons
où l'on donne plus volontiers des ſoupers d'amitié
que de cérémonie ) ils choiſiſſent chacun
une compagne pourla nuitparmiles Comédiennes,
pour chacune deſquelles la Directrice reçoit également
une centaine de roupies ; & le maître
de la ma ſon doit préſenter ſon ami avec quelques
bijoux ou pieces d'étoffe dont on fait préfent
le matin à la jeune fille quand on la
renvoie.
Outre la Troupe du Prince, il y en a encore
pluſieurs autres dans la Ville où la Cour ſe
raſſemble , & même dans les armées. Quelquesunes
ne ſont compoſées que d'hommes ſeulement
; mais les perſonnages les plus diſtingués de
la Cour ne fréquentent que la Troupe du
Prince,
A onze heures ou à minuit environ tout
le monde ſe retire , hormis ceux qui ſoupent
avec le Nabab , leſquels , excepté les jours de
grandes Fetes , font toujours fes parens ou fes
amis.
Le Gouvernement porte une ſérieuſe attention
fur les établiſſemens qui lui reſtent
au Nord de l'Amérique. Il ſe flatte que ces
Colonies feront en état de fournir aux An(
171 )
tilles le bois & autres proviſions analogues
qu'on feroit obligé de tirer des Etats-Unis .
L'établiſſement de New- Brunswick paroît le
plus propre à remplir ce but important : le
Comité des Réfugiés dans cette contrée
s'exprime ainſi dans une lettre écrite aux
Agens des Loyaliſtes.
و
>> Nous avons la fatisfaction de vous informer
5 que la grande baie de Paffamaquoddi , renfer-
>>>me une affez grande quantité de bois de tra-
>>>vail , pour pouvoir en fournir en peu de tems
>> aux beloins de nos iſles Occidentales , ainſi que
>> des mat, & autres munitions navales pour les
>>>marchés d'Europe. Quoique les premiers réfu
>>>giés ne foient arrivés ici qu'en Octobre der-
>>>nier , nous avons déja envoié des cargaiſons
>> aux iſles & en divers ports de la Nouvelle-
>>>Ecofle , & dès qu'on aura multiplié les mou.
lins à ſcie , le nombre de nos exportations accroîtra
rapidement.
>>Nous detirons tous que le Corps législatif
>> de la Grande -Bretagne penſe à continuer à ces
>>>nouvelles Provinces , le privilege exclufifd'ap .
> provifionner nos ifles de bois & de poiſſon ,
>> méme à accorder des gratifications pour encou-
>>rager l'exportation de ces articles .
On ne peut douter que cette politique ne
dirige en effet le Cabinet de S. James , &
qu'elle ne ſoit la cauſe des délais apportés
au Traité de commerce avec les Etats Unis.
Tous les emplois de cette Colonie du New-
Brunswick font réſervés aux Loyaliftes ,
excepté les places de Gouverneur &de Lieutenant
Gouverneur.
Les Nouvelles d'Irlande n'annoncent rien
h2
( 172 )
aux
moins que la tranquillité. On va prendre
juſques dans leurs lits, les Artiſans ſoupçonnés
d'employer des matieres premieres venues
d'Angleterre. Rien de plus inſenſé que
ces actes d'oppreſſion réitérés ; car tout en
prêchant la liberté , on exerce la tyrannie
individuelle la plus criante : l'Irlande d'ailleurs
ne peut point ſuppléer à ces articles tirés
d'Angleterre ; que prétendent donc les
brûleurs de ce pays là ? Le Docteur Swift ,
qui le connoiffoit bien , a tracé à fon égard
un plan de régime adopté par le Ministere ,
c'eſt qu'il faut abandonner les Irlandois
conféquences de leur propre conduite. Ils
voudroient être de grands Manufacturiers &
de grands Négocians en un clin d'oeil , fans
la moindre gradation. C'eſt avec des moufquets
& des bayonnettes qu'ils veulent parvenir
à établir le crédit de leur commerce ,
àformer leurs correſpondances , à confolider
leurs capitaux , & à régler les paiemens ;
mais l'expérience devroit leur avoir appris ,
que ces fortereſſes-là ſe prennent uniquement
par les approches régulieres de la frugalité
, de l'induſtrie, du travail , de la fobriété&
d'une bonne conduite.
L'étourderie de quelques Officiers vient
d'occaſionner à Dublin une ſcene très-défagréable
pour le Gouvernement dans les circonftances.
Voici le récit qu'en font les
Gazettes Irlandoiſes .
Le 2 de ce mois , vers les onze heures du
foir, quelques officiers , la plupart Aides-de-Comp
( 173 )
du Duc de Rutland , étant , dit on , pris de vin ,
entrerent dans la Boutique d'un marchand ,
nommé Flattery , ſur le quai d'Ormond , près
du pont d'Eifex , ſous prétexte de demander de
la liqueur maltraiterent un garçon qui ſe tenoit
fur la porte. Ils y étoient à peine reſtés quelques
minutes que deux d'entr'eux , inſulterent avec
la derniere indécence la maîtreſſe de la maiſon .
Flattery , attiré par les cris de ſa femme , accourut
áſon ſecours , mais les Officiers le traiterent
avec violence , & d'une façon peu convenable'á
leur rang. L'un d'eux s'apperçevant même que
Flattery , portoit un col de Volontaire , s'écria :
ah ! ah ! vous êtes donc volontaire , n'est ce pas ?
& lá deſſus il le tira par le nez. Flattery avoit
le ſang trop Irlandois , pour ſupporter pariemment
ces inſultes perſonnelles , après celles que
ſa femme avoit éprouvées : il faiſit l'agreſſeur &
le renverſe. Toute la troupe ſe jette auflitor fur
lui , l'épée nue , & l'oblige á ſe retirer pour le
moment. Il revient à l'inſtant d'après , armé d'un
fuſil qui n'avoit point heureuſement de bayonette
; &à l'aide de deux jeunes gens qui étoient
dans la maiſon, il eut bientôt chaſſe de ſa boutique
toute la troupe tumultueuſe. Les Officiers
revinrent cependant á la charge , & voulurent
entrerde force, mais ils furent vai lamment repou
ſés. L'und'eux avoit tiré dans la boutique un coup
de piſtolet à balle , qui par bonheur n'atteignit
perfonne. Les Officiers voyant le peu de ſuccès
qu'ils avoient , demanderent àcompoſer , & ayant
infidieuſement entouré Flattery ſous ce prétexte,
ils le défarmerent& jetterent ſon fufil par- deſſus
le parapel dans la riviere. On revint lá deſſus aux
priſes , mais un Volontaire qui paſſoit près du
lieu de la ſcène , armé ſeulement de ſa bayonette ,
ſe rangea du côté du Bourgeois inſulté. Ce ſecours
h3
( 174)
inattendu fit tourner la balance , les Officiers
furent mis en fuite : mais avant qu'ils puſſent ſe
faire un chemin á travers la foule qui s'étoit
raffemblée autour des combattans , ils furent
aſſaillis d'une pluie de pierres , qui en bleſſa
quelques uns. L'un deux , à la vérité , voulut
en impoſer á la populace , en diſant qu'il étoit
Pair d'Angleterre , mais elle fit très-peu de cas
de ce titre , il ne ſervit qu'à l'indigner davantage
de voir qu'un homme de ce rang ſe conduiſit
ſi indécemment. Les Officiers qui s'étoient
échappés mirent, l'allarme dans tous les corpsde-
Garde , raffemblerent tous les ſoldats qui
n'étoient point en ſentinelle , & revinrent avec
une troupe confidérable chez Flattery pour ſe
venger.
Le Sheriff Smith , inſtruit de ce dangereux
tumulte , ſe rendit au grand Corps-de- garde , &
n'y put raffembler que cinq gardes , pour repréſenter
la puiſſance civile , & rétablir le bon ordre
dans la ville. Sa prétence cependant mit fin pour
le moment aux troubles de la nuit , & le lendemain
matin Flattery porta ſes plaintes au
Magiftrat.
Le Duc de Rutland eſt arrivé hier du Comté
de Westmeath , en conféquence des avis qu'on
lui avoit fait pafler , concernant les troub'es du 2.
On a expédié hier au ſoir un exprès au Roi ,
pour lui rendre compte de cet événement. Le
Vice-Roi déclare que justice ſera faite , & qu'il
ne defendra point les coupables .
Les lettres particulieres repréſentent cerre
poliffonnerie fous des couleurs moins noires :
il n'eſt pas conftaté que des Aides - de-camp
duGouverneur, ni aucun Pair Anglois aient
étémêlés dans cette querelle , dont le fond
( 175 )
ſeul eſt vrai , & à laquelle l'eſprit de parti ,
ſelon l'uſage , a mis l'enluminure .
On dit qu'il a été enjoint au Secrétaire ordinaire
de faire des informations ſur la nature &
les circonftances de ce déſordre , & fur la conduite
des Officiers qui ont fouffert que les foldats
, ſous leur commandement , ſe comportaſſent
comme lls l'ont fait depuis cet événement , des
détachemens du Corps des Volontaires montent
la garde toutes les nuits à Dublin pour y maintenir
le bon ordre , & l'on a placé des ſentinelles à
la porte de M. Flattery. Il n'y a point moins de
douze corps de garde dans Dublin.
Voici la ſuite du Bill pour l'inde , commencé
l'Ordinaire dernier.
X. Il eſt ordonné par ledit acte que tous les
papiers de la Compagnie , comptes , lettres ,
ordres, réponſes , &c. &c. feront dans tous les
tems acceſſibles aux Commiſſaires; qu'il leuren
fera fourni des copies , extraits , &c. toutes les
fois qu'ils le requereront , & que la Cour des
Directeurs ſera obligée de mettre ſous les yeux
des Commiffaires les minutes de tout ce qui fe
paſſera dans les aſſemblées des propriétaires ,
ainſi que toutes les dépêches qu'ils recevront de
l'Inde, ou qu'ilsy enverront , ſoit relativement
au gouvernement civil & militaire de l'Inde
foit relativement aux poffeffions territoriales de la
Grande-Bretagne dans l'Indoſtan .
,
XI. Et dans l'eſpace de quatorze jours , après
avoir reçu ces copies de lettres , inſtructions , &c .
elles feront renvoyées avec l'approbation foufcrite
par trois Commiſſaires , ou les raiſons qui
les empêchent de les approuver, avec des inftructions
de la part deſdits Commiſſaires aux Directeurs.
Après quoi les Directeurs feront obligés
h4
( 176 )
d'envoyer ces lettres , ordres & inftru&ions ainfi
approuvés ou corrigés , à leurs ferviteurs dans
l'Inde , ſans aucun délai. - A moins que fur
les repréſentations des Directeurs , le Bureau
n'ordonnât des changemens dans leſdites lettres ,
ordres & inſtructions : aucune lettre , ordre , &c .
ne feront , ſous aucun prétexte , envoyés dans
l'Inde ſans une communication préliminaire .
XII . Pour plus grande célérité , il eft ordonné
que , dans le cas où les Commiſſaires né
gligeroient de tranſmettredans l'eſpace de quatorze
jours , après en avoir été requis , les dépêches
qu'ils doivent envoyer dans l'Inde , alors
leſdits Commiſſaires pourroient expédier quels
ordres il leur plairoit, pour les préſidences de
l'Inde , concernant legouvernementcivil & militaire
; & leſdits Directeurs ſeroient obligés de
les tranſmettre , à moins que ſur leurs repréſentations
, les Commiſſaires ne jugeaſſent à propos
d'y fairedes changemens.
XIII. En cas que le Bureau envoyât des ordres
que les Directeurs ne trouvaſſent point relatifs an
Gouvernement civil & militaire de la Compagnie,
dans ce cas ils auront le droit de préſenter
une requête à Sa Majesté dans ſon Conſeil ,
qui décideroit cette queſtion , & la ſuſdite déciſion
ſeroit finale .
XIV. En cas où le Bureau des Commiſſaires
croiroit eſſentiel de garder le ſecret d'une opération
, il lui ſeroit permis d'envoyer des ordres
directs dans l'Inde ; ſoit pour faire la paix ou la
guerre , ſoit pour négocier & traiter avec aucun
des Souverains de l'Inde ; alors & dans ce cas il
fera légal que ledit Bureau envoie ſes ordres
fecrets & fes inſtructions au Comité ſecret de la
Cour des Directeurs , qui , ſans le révéler aux
autres Directeurs , tranſmettroit leſdits avis dans
( 177 )
Pinde: les différens Gouvern eurs des Préſidences
de l'Inde obéiront fidélement à ces ordres , & y
répondront ſous une enveloppe particuliere , ſcellée
de leur ſceau , & adreſſée au Comité ſecret ,
qui communiquera leurs réponſes au Bureau.
XV. Il eſt ordonné, envertu de l'autorité royale
&de celle des Lords & Communes affe mblés en
Parlement , que les Directeurs auront le droitde
choiſir , parmi eux , certains Directeurs n'excédant
pas le nombre de trois , pour former un
comité ſecret , -lequel comité ſecret , après
avoir reçu les dépêches & inſtructions relatives à
une déclaration de guerre , ou un traité de paix ,
communiquera ces dépêches au Bureau des Commiſſaires
établis pour le Gouvernement de l'Inde,
& répondra aux diverſes Préſidences qui feront
tenues de ſe conformer à leurs ordres , comme s'ils
procédoient immédiatement de l'aſſemblée générale
des Directeurs .
XVI. Il eſt expreſſement ſtipulé par ce bill que
ſes pouvoirs ne s'étendent pas juſqu'à donner aux
Commiſſaires le droitde nommer aux emplois ,
ou révoquer les nominations faites par les Directeurs
de la Compagnie .
XVII . Si , par mort , révocation , ou réſignation
, aucune des places de Conſeiller du Fort
William , dans le Bengale , venoit à vaquer , excepté
celle de Commandant en Chef, les Directeurs
n'y nommeront point , & le nombre defdits
Confeillers ſe trouvera réduit à trois , outre
leGouverneur Général , & le Commandant en
Chefdes forces de la Compagnie , qui aura ,
par la ſuite , voix dans le Conſeil , après le Gouverneur
Général.
XVIII. Le Gouvernement du Fort William ,
celui du Fort S. George , & celui de Bombay ,
confifteront , en vertu de cetacte , en un Préſi
hs
( 178)
dent&trois Confeillers , dont le Commandant
enCheffera toujours un Membre : il aura la précédence
dans le Confeil , comme dans la préſidence
du Fort William dans le Bengale , à moins
que le Commandant en Chefdes forces de l'Inde,
ne ſe trouvât dans cette préſidence : auquel cas le
CommandantGenéral ſera un deſdits Conſeillers,
àla place du Commandant particulier de cette
Préſidence ; & pendant cetems le Commandant
particulier aura droitde ſéance ſeulement , mais
n'aura pas voix dans le Conſeil.
Lafuite à l'ordinaire prochain.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 25 Août.
Le 1s de ce mois , fête de l'Aſſomption
de la Vierge , Leurs Majestés & la Famille
Royale affifterent , dans la Chapelle du
Château , à la grand'Meſſe célébree par l'Evêque
de Senez , & chantée par la Muſique
du Roi. La Baronne de Damas fit la quére.
L'après -midi , le Roi & la Famille Royale fe
rendirent à la Chapelle , & alliſterent à la
Proceſſion qui a lieu tous les ans pour l'accompliſſement
du voeu de Louis XIII .
Ce jour, le fieur Charbonnet , Recteur
de l'Univerſité de Paris , accompagné des
quatre plus anciens de la même Univerſité ,
a eu l'honneur de remettre , ſuivant l'ufage ,
au Roi , à Monfieur & à Monfeigneur
Comte d'Artois , la diftribution qui a été
faite des Prix pour cette année.
DE PARIS , le 25 Août.
Les Ballons &le Magnétiſme animal , le
Magnétifine aninial & les Ballons , voilà le
( 179 )
cercle où nous ſommes renfermés : ſi l'on
veut cependant des traits de bienfaifance ,
en voici un , dont les auteurs font trop accoutumés
à de pareils actes de vertu , pour
fouffrir que nous en faiſions l'éloge. Contentons-
nous de le rapporter , tel qu'il nous eft
tranſmis dans la lettre ſuivante .
Le feu a pris le 14du préfent mois , fur les
huit heures du matin,dans la maifon d'un pauvre
particulier à Avernes , entre Magni & Meu-
Jan, terre appartenante à M. le Prince de Tingry ,
où il vient tous les ans paſſer la belle ſaiſon . Sitốt
que le Prince a été informé de ce funeſte
accident , il s'eſt tranſporté au lieu de l'incendie
avec toute ſa maiſon ; Officiers , Femmes- de-
Chambre & autres joints aux domeſtiques de M.
le Prieur d'Avernes qui étoit à leur tête , tout
le monde s'eſt empreffé de travailler à éteindre
le feu ; le Prince y auroit mis la main luimême
, ſi on ne l'en eût empêché. Les uns ont
eu leurs cheveux brûlés , les habits des autres
ont été déchirés ou endommagés par le feu ;
mais les ſecours ont été portés avec tant d'activité
& d'intelligence , que le feu a été éteint en
peu d'heures . Il n'y a cu que cette maiton brûlée
en partie avec deux autres chaumieres contiguës
; au lieu que fans ces ſecours prompts&
adminiſtrés , tout le quartier auroit été la proie
des flammes , tous les habitans d'Avernes étant
àcette heure dans les champs occupés aux travauxde
la moiſſon. M. le Prince de 'Fingry s'eſt
empreffé de conſoler ces pauvres gens avec cette
bonté d'ame qui fait la baſe de ſon caractere ,
& cette affabilité qui le fait aimer de tous
fes vaſſaux. Il a pourvu fur le champ à leurs
beſoins préſens & à venir , occafionnés par ce
h6
( 180 )
triſte événement , & pris des meſures pour faire
réparer promptement le déſaſtre. Signé , Le.
BLANC , Curé de Frémainville.
Nous avions parlé d'un Ballon Carpe , ou
poiſſon aëroſtatique , conſtruit à J.yon. II
eſt étonnant , difions-nous , qu'après les démonſtrations
de l'Inventeur , & malgré la
ſimplicité, comme l'évidence de ſes moyens ,
il foit réduit à folliciter une ſouſcription ,
& que l'Académie de Lyon , les Amateurs ,
le Public ne ſe préſentent pas pour réaliter
cet axiome, qu'il est on ne peut pas plusfacile
de voyager dans l'air , & de s'y diriger. II
eſt juſte d'entendre l'Auteur , qui , pour
éclaircir nos doutes , nous écrit ce qui ſuit :
Rien de ſi naturel , rien de ſi judicieux , au
premier apperçu , que votre obſervation. C'eſt
parce que je ſens tout l'effet qu'elle peut produire
ſur l'eſprit des perſonnes qui n'ont pas
vu mon aréoſtat que je prendrai la liberté de
vous obſerver : 1. que ma fortune ne me
permettant pas d'exécuter cette machine engrand
à mes fraix, il eſt tout naturel que j'aie recours
au Public pour une Souſcription.
2°. Que de toutes les perſonnes qui ont vu
mon aéroſtat , il en eſt peu qui ne m'ayent dit
avec toutes les démonstrations du plus grand
empreſſement , que je pouvois les compter d'avance
au nombre de mes Souſcripteurs . Malgré
cette afſurance , j'avois cru devoir , avant
que d'ouvrir ma Souſcription , en demander la
permiffion au Gouvernement ; je l'attendois
d'un jour à l'autre , lorſque le Prince, qui fait
à ſi juſte titre l'admiration de l'Europe , a daigné
venir voir ma'machine, Une preuve nou
( ISI )
équivoque de la fatisfaction qu'elle lui a caufé,
c'eſt que lui ayant montré le projet de ma Soufcription
, il a bien voulu s'y inſcrire le premier.
Pluſieurs perſonnes ſe ſont offertes d'ailleurs ,
tout récemment , pour m'avancer les ſommes
dont je puis avoir beſoin , ne demandant d'être
rembourſées qu'après le premier effai de mon
aéreoſtat , tant elles ontde confiance en ſa réuſſite.
3°. Enfin , que le Prix propoſé par l'Académie
de Lyon ne doit être adjugé qu'à la
fin de Septembre. Par conséquent , mon aéroftat
fût-il dix fois plus parfait qu'il ne peut
être , ce ne ſeroit pas une raiſon ſuffiſante
pour qu'elle devanças l'époque de ſon jugement.
Ajoutez à cela que je ne lui ai point encore
préſenté de Mémoire , & qu'il eſt au moins fort
douteux que je lui en préſente un, par la raiſon
que tous ſes Membres , tant en général qu'en
particulier , ayant vu& examiné ma carpe , elle
leur a parlé on ne peut plus éloquement en ma
faveur. Une carpe parler ! Oui , Meſſieurs ;
je n'examine point ici ſi le cas eſt nouveau. La
vérité eſt que la mienne parle , & qu'elle dit
trés-diftinctement en fon langage , plus facile de
voyager dans l'air & de l'y diriger à volonté !
J'ai pour garant de ce fait le témoignage de
la majeure partie des perſonnes qui ont fait à
ma carpe l'honneur de venir la voir.
Eh ne croyez pas , Meſſieurs , que ce ſoit ici
le ſeul traitqui la diftingue de l'anguille ou plutôt
de la fole du Libraire de la Flêche .
Pour vous convaincre , Meffieurs , qu'il n'y a
aucune forte d'analogie entre mon aéroftat & celui
du Libraire de la Flêche , vous n'avez qu'à confronter
la defcription que vous donnez de l'un
&de l'autre dans vos N°. 28 & 29. Vous verrez
que dans le mien il n'eft queſtion ni de refforts
-1
( 182
ni de roue dentée, ni de forte manivelle. Il s'éleve
& ſe dirige pour ainſi dire de lui-même , ſans
que je lui imprime aucun mouvement. J'apofe
ſeulement , par le moyen de deux grandes toiles
placées & fixées horisontalement à chacun de
ſes deux flancs , une réſiſtance à la ligne d'aſcenfion
, ce qui le détermine à parcourir , en s'élevant
une diagonale d'environ 24 degrés , &
lorſqu'il s'abaiſſe , il ſuit une diagonale oppoſée
de 146 degrés. J'ai pluſieurs moyens également
prompts & sûrs pour faire cette double manoeuvre
fans jeter de leſt , comme ſans perdre de gas.
C'eſt en la répétant que mon poiffon fera route ,
à l'exemple à peu près des grands oiſeaux.
De ma nacelle , qui eſt ſuſpendue en eſcarpolette
ſous le ventre de la carpe , je tire
cordon à l'inſtar du pontonnier qui du milieu
de la riviere , veut amener ſon bac à l'une ou
à l'autre rive , & à l'aide de ce ſeul cordon ,
je déplace à volonté ladite nacelle ; je change
par conséquent le centre ou gravité de toute la
machine & en le tenant plus ou moins àdroite
ou à gauche , je coupe le vent à angle droit ,
je tourne où je défire , ſans donner même aucune
inflexion à mon gouvernail , enfin , dans l'eſpace
de trois ſecondes , je puis de tribord me mettre
à bas bord.
un
me
Sij'ajoute, Meſſieurs , qu'après être reſté longtemps
en l'air dans mon aéroſlat , je prendrai
terre où je voudrai , de moi-même , lans
faire remarquer , & fans éprouver aucune ſecouffe
en y arrivant : que j'ai trouvé un enduit ,
qui , ſans rien ôter de ſa ſoupleſſe au taffetas ,
le rend élastique , électrique & abſolument imperméable
à tout fluide, excepté au magnétique :
que pour tenir mes toiles toujours étendues ,
j'ai un moyen auſſi facile que naturel pour faire
( 183 )
des vergues de toutes longueurs , plus fortes
que les vergues ordinaires & quatre fois plus
légères & qui , par parentheſe , pouvoient trèsbien
s'adapter à la conſtruction des vaiſſeaux.
Si j'ai en outre la facilité d'éxécuter par moimême
tout ce que j'avance ici , ſans le ſecours
d'aucun ouvrier , vous ne ſerez pas ſurpris que
j'oſe m'offrir pour attacher le grelot.
Je ſens parfaitement , Meſſieurs , qu'il ſeroit
plus beau & beaucoup mieux de réaliſer toutes
ces choſes avant que de les annoncer. Mais le
puis-je avec la modicité de ma fortune ? Placez
donc , je vous prie , la démarche que je
fais aujourd'hui au rang de celles auxquelles le
plus galant homme poſſible s'engage quelquefois
bien malgré lui. Tout ce que j'avance eſt
de mon invention. Je n'ai copié perſonne , it
ſera facile ſans doute de m'imiter & plus aifé
encore de me furpaſſer , & je le verrai avec
grand plaifir. Quoi qu'il en arrive , ayez , je
vous prie, la complaiſance d'inférer ma Lettre
dans votre Journal. C'eſt une ſorte de juſtice
que je vous demande.
Quant au Meſmériſme , foit Magnétifme
animal , il eſt tems que l'Auteur faſſe un miracle
, pour prouver la vérité de la doctrine.
Elle eſt dans un accès de paroxiſime bien
dangereux. L'ouvrage de M. Thouret , dont
nous avons parlé , a ébranlé tous les Baquets ;
une foule de profanes y portent tous les
jours une main deſtructive ; mais il en paroît
une qui vient de figner une terrible déclaration
, imprimée dans la Gazette deſanté;
l'Auteur de cette piece importante, M. Bertholet
, de la Faculté de Médecine de Paris
( 184 )
& de l'Académie des Sciences , s'exprime
ainfi:
Après avoir fait plus de la inoitié du Cours
>> de M. Meſmer , du mois d'avril 1784 , après
>> avoir été inſtruit de la pratique du Magnétiſme
>>>animal par M. Meſmer , après avoir été admi
>> dans les ſalles des traitemens &des criſes où j
>>>me ſuis occupé à faire des obſervations & des
expériences ,je déclare n'avoir pas reconnu l'exif-
>>>tence de l'agent nommé par M. Mesmer Magne
>> tiſme animal , avoir jugé la doctrine qui nous
>> a été enſeignée dans le cours , dementie par les
→ vérités les mieux établisſur le ſyſtème du monde
&fur l'économie animale , & n'avoir rien apper-
>> çu dans les convulfions ,les ſpaſmes, les criſes ,
>> enfin qu'on prétend être produit par les procédés
>> magnétiques ( lorſque les accidens avoient de la
réalité ) , qui ne dût être entièrement attribué àl'i
>> magination , à l'effet méchanique des frictions fur
>>>des parties très nerveuses , & à cette loi reconnue
>>>depuis long-temps , qui fait qu'un animal tend à
>> imiter & àse mettre même involontairement dans
>la même pofition dans laquelle se trouve un autre
>> animal qu'il voit ; loi de laquelle les maladies con-
>> vulsives dépendentſi ſouvent. Je déclare enfin que
>> je regarde la doctrine du Magnétiſme animal ,
>>>& la pratique à laquelle elle fert de fonde-
>> ment , comme parfaitement chimériques ; & je
confens qu'on faſſe dès ce moment , de ma
>>>déclaration , tel uſage qu'on voudra ». Ce 2
Μα 1784 .
Le rapport des Commiſſaires de la Fa
culté & de l'Académie des Sciences , concernant
le Magnétiſme animal vient de
fortir de preſſe , il eſt abſolument contraire
aux prétentions de M. M. Ce Méde-
,
1
( 185 )
cin , à ce qu'on affure , a établi à 6 lieues
de Paris un Baquet végétal , ſous un grand
arbre magnétiſé , d'où pendent des cordes ,
dont les malades s'entourent le corps. De
20 lieues à la ronde on court à ce Baquet ,
qu'on a comparé à la Piscine de Jérusalem.
L'Impératrice de Ruſſie , comme on fait ,
avoit acheté la Bibliotheque de M. Diderot
, en lui en laiſſant la jouiſſante. Cette
bibliotheque , dit-on , va être tranſportée à
Petersbourg , où ſe trouve déja celle du
plus fameux de nos Ecrivains. Il eſt triſte
de voir ainſi paſſer dans une terre étrangere
des dépouilles , dont l'uſage a contribué à
illuftrer la Nation : c'eſt au milieu d'elle que
ces monumens devroient ſe conſerver. La
naiſſance de M.Diderot fut obfcure , mais fon
génie l'illuſtra. On a célébré ſa philoſophie ,
parce qu'il avoit écrit ſur la métaphyſique des
ouvrages inintelligibles , où les principes refpectés
dans tous les âges , & chez toutes les
nations policées , étoient mis en problême ;
on a peu parlé de ſes vaſtes connoiſſances ,
dont l'Encyclopédie eſt un dépôt ; enfin
l'on affecta de mépriſer ſa littérature , tandis
que ſon drame du Pere de Famille arrachoit
des larmes ſur tous les théâtres de l'Europe ,
& qu'il compoſoit ſur l'Art dramatique un
ouvrage plein de génie; ſupérieur peut être à
toutes nos poëtiques. Il s'étoit donné , il y
a quelques années , le tort affreux d'anticiper
fur de prétendus outrages contre lui,
qu'on diſoit renfermés dans les Confeffions
,
( 186 )
1
deJ. J. Rouſſeau:il repouſſa par une diffamation
formelle des accuſations qui n'exiftoient
pas ; enfin , il avoit attendu la mort
du Philoſophe Genevois , pour graver cet
opprobre fur fa tombe. Après une amitié
très étroite , ces deux Ecrivains s'étoient ſéparés
: un de leurs Correſpondans communs
conſerve de l'un & de l'autre , à ce ſujet ,
des lettres qui pourroient fixer le jugement
de la poſtérité ſur le caractere de ces deux
Ecrivains, L'on y voit, ainſi que dans leurs
ouvrages , que Diderot avoit dans la têre
toute la chaleur que J. J. Rouſſeau portoit
dans ſon ame.
On voit actuellement la 4º. Livraiſon des
Eſtampes pour les oeuvres de Voltaire in-8°.
Elle ſe vend , comme les précédentes , chez
l'Auteur , M. Moreau , Deſſinateur & Graveur
du Roi, rue du Coq S. Honoré. Cette
livraiſon , dédiée au Prince Royal de Pruſſe ,
conſiſte en huit Eſtampes & deux Portraits ;
l'un de Louis IV, d'après le Brun , l'autre du
Prince de Pruſſe , avec des acceſſoires allégoriques.
La tête de Frédéric - Guillaume
annonce une perſonne de so ans , & d'une
corpulence fort au- deſſus de la réalité. Quant
aux détails , ils font traités avec le goût & la
délicateſſe du burn de M. Moreau. Des
huit Eftampes , trois ſerviront de frontiſpice
aux Tragédies d'Olympie , de Trancrede &
de Catilina ; deux aux Comédies de l'Ecoffaiſe
& de la femme qui a raiſon ; les trois
dernieres à Zadig & à Memnon. Le choix du
( 187 )
fujet de ces tableaux eſt heureux en général :
celui de Tanérede en particulier fait honneur
à l'intelligence autant qu'au talent de l'Artiſte:
malheureuſement , & nous fouhaitons
de nous tromper , la plupart des figures de
cette Collection nous paroiffent n'avoir pas
de caractere affez diftinctit , & manquer en
conféquence l'expreſſion qui leur eft propre.
Les deux eſtampes de Zadig & celle de
Memnon , font faites avec eſprit , & beaucoup
d'agrément , quoique deux de ces ſujets
ne paroiffent pas affez féveres pour une Collection
de cette importance.
Le 13 de ce mois , à 9 heures & demie du matin
, le feu s'eſt manifeſté dans la maiſon abbațiale
de l'Abbaye de Beaumont- lès- tours , pendant
que l'Abbeſſe Madame de laGuiche , &les
Religieuſes étoient au Choeur. Quoique cetteAbbaye
ſoit éloignéed'un quart de liene de la ville
de Tours , les pompes font arrivées , & ont été
établies avant 10 heures , ſous la direction des
Officiers Municipaux , du Lieutenant de Police ,
&de l'Ingénieur en Chef de la Province , & fous
les yeux de M. d'Aine , Intendant , qui s'y étoit
rendudès le moment qu'il avoit été averti ; mais
la moitié du pavillon abbatial étoit déjà la proie
des flammes , un détachement du régiment de
Salis-Grifons a porté les ſecours les plus actifs &
les plus efficaces , ainſi que le Prévôt de la Maréchauffée
& la troupe & les compagnies de bourgeoifie
; mais les puits que la féchereſſe de la
ſaiſon avoit taris , ont bientôt été inutiles , l'on
n'a plus eu de refſource que dans un vivier ſitué
à l'extrémité des vaſtes jardins de l'Abbaye , & à
plus de 400 toiſes de diſtance ; cet inconvénient
( 188 )
:
Le ſervice des pompes n'a ceſſé que paſſé 8
heures du ſoir. La communication du feu a été
interrompue ; mais la moitié du bâtiment abbatial
& le pavillon qui y tient , que Madame de
Vermandois s'étoit plu à décorer , eſt devenu la
proie des flammes ; on ne peut encore évaluer
la perte des effets mobiliers.
ace
M. l'Archevêque qui ſe rendoit à Tours , revenant
d'une autre partie de ſon Dioceſe , a
hàté ſa marche ſur la nouvelle de cet incendie
qui lui parvint à 7 lieues de la ville ,, il a donné
aux Religieuſes les confolations néceffaires , &
a concerré avec les Officiers Municipaux & de
Police , & Officiers du régiment de Salis , les
précautions pour l'ordre intérieur pendant la
nuit. Madame de la Guiche , qui a conſervé dans
cet événement la plus grande fermeté s'eft
oubliée elle même , n'a ſongé qu'à la füreté
de ſes Religieuſes &penſionnaires ,
que rien ne leur manquât , à faire faire des diſtributions
de pain &de vin àla multitudede ceux
appellés au ſecours , excédés par le travail &
la chaleur du jour. Un Couvreur a péri précipité
du toît par la chûte d'une cheminée. Quatre autres
Ouvriers ont été bleſſés; l'on a été obligé
de faire de nouveau uſage des pompes pendane
la nuit, un feu concentré dans les débris du bå
timentincendié, ſe ranimant chaque fois que l'air
éprouvoit quelqu'agitation , & l'on continue de
répandre de l'eau juſqu'à ce que le déblaiement
de ces matériaux embraſés ſoit entiéres
ment achevé .
4
1
( 189 )
k
$
.. PAYS - BAS.
DE
BRUXELLES , le 23 Août .
Une lettre de
Conſtantinople , en date du
16 Juillet dernier , parle d'une révolte à Nicoſie,
dans l'ifle de Chypre , révolte où le
Gouverneur a perdu la vie.
« Suivant ce rapport , la Porte y avoit envoyé
un Commiffaire pour examiner les plaintes que
les habitans avoient contre lui au Gouvernement.
Le Lendemain de ſon arrivée , il avoit
tenu un Lit - de - Justice , auquel étoit cité le
Gouverneur qui , pour quelques raiſons , refuſa
d'y comparoître , en priant cependant le Commiſſaire
de venir à ſon Palais , lui communiquer
les ordres dont il étoit le porteur. Cet
Officier , par condeſcendance , s'y tranſporta ,
ſuivi des Evêques , des gens de Juſtice & d'un
grand nombre d'habitans. Le Gouverneur les
reçut au mieux. Il avoit lui-même aſſemblé fon
Divan. On procédoit déja à l'examen de fa con
duite , lorſque tout-à- coup la Salle s'enfonça ,
bleſſa ou enfevelit ſous ſes ruines plus de 3 c
perſonnes. Le pendent en un autre , & enc
verneur , ze il poſtule pour les Parties : & a
vantenſemble, & s'entr'aidant ils ſe renvoi
la pelote , ou , pour mieux dire , la bourſe 1
>>> à l'autre , comme larrons en foire.
> Secondement , quand ils ſeroient gens
>>> bien ( ce qui arrive aſſez rarement ) , cef
>> gens non lettres , ni expérimentés , qui ,
>> prétexte d'un peu de routine qu'ils ont ap
>> étant records de Sergens , ou clercs de Pro
>> reur , accommodent ce qu'ils favent à to
cauſe , docti cupreffumfimulare , & inftruifer
mal les procès , que bien ſouvent , après qu
( 190 )
,
pour empêcher
, de concert avec le Magiftrat
, la fource & le remede
des troubles
de
cette ville. Comme
cette réſolution
& ce
Commiſſariat
extraordinaire
pourroient
donner
ombrage
à la Régence
de Rotterdam les Etats ont déclaré que la miſſion de leurs
Députés
ſe borneroit
à des informations
politiques
ſur les différends
. Par le même acte ,
il a été décidé de prier le Stathouder
de faire marcher
un corps de troupes
à Rotterdam
,
corps dont le Commandant
ſera ſous les ordres
des Commiſſaires
& des Bourgmeſtres réunis. Les Députés
de Rotterdam
& ceux
de la ville de Hoorn
ont refuſé
leur con- cours
à cette réſolution
.
Caufe extraite du Journal des cauſes célébres. Vigneron
condamné
injustement
par un Juge de
Village. Après la miſere qui n'accable
que trop ſouvent es Ouvriersont été bleſſes,ce qui s'oppoſe
le faire de nouveau uſage des pomité ordinaire nuit, un feu concentré dans les débris duba
nentincendié
, ſe ranimant chaque fois que l'air rouvoit
quelqu'agitation
, & l'on continue de
pandre
de l'eau juſqu'à ce que le déblaie- ent de ces matériaux
embrâfés
foit entière
nt achevé
.
L
( 191 )
d'une émigration a été occafionnée par ce fléau,
plusfuneſte aux campagnes que l'intempérie des
Laiſons. « Ces mangeurs & fangſues de village
(dit Loiſeau avec ta naïveté pleine d'énergie )
> ſavent allonger pratique ; mais voici le comble
>> du mal , c'eſt que non-feulement la Juſtice eſt
>>>longue & de grand coût aux Villages ; mais
>> far-tout eile y eſt très mauvaiſe & ce pour trois
>> raiſons principales.
>>La premiere, parce qu'elle eſt rendue pargens
>> de peu de bonne-toi , ſans honneur , fans conf
>>>cience,gens qui,dès leur jeuneſſe, n'ayant appris
>> à travailler , ont fait état de vivre aux dépens de
>> la miſere d'autrui ; ou qui , ayant confommé
>>> leurs moyens , tâchent à ſe recourre ſur leurs
>>>voiſins , par la chicanerie qu'ils ont appriſe
>>>en la plaidant : gens accoutumés à vivre en
>> débauche aux tavernes , où ils s'habituent à
>> faire toutes fortes de marchés : gens qui s'a-
>> lient enſemble pour courir les villages & les
>>> marchés , & changent tous les jours de perſon-
>>>nage , parce que celui qui eſt aujourd'hui
>>>Juge en un village , eſt demain Greffier , &
>>>après demain Procureur de Seigneurie en un
>>>autre , puis fergent en un autre , & encore
>> en un autre il poſtule pour les Parties : & ainſi
>> vivantenſemble, & s'entr'aidant ils ſe renvoient
>> la pelote , ou , pour mieux dire , la bourſe l'un
>>> à l'autre , comme larrons en foire.
>> Secondement , quand ils ſeroient gens de
>> bien ( ce qui arrive aſſez rarement ) , ce ſont
>> gens non lettres , ni expérimentés , qui , ſous
>> prétexte d'un peu de routine qu'ils ont appris
>> étant records de Sergens , ou clercs de Procu-
>>>reur , accommodent ce qu'ils favent à toute
cauſe , docti cupreffumfimulare , & inſtruiſent &
>>>mal les procès, que bien ſouvent , après qu'ils
( 192 )
1
>ont traînéun an ou deux devant eux , quand
>>>ils ſont dévolus , par appel, devantun Juge ca-
>>pable, il eſt contraint d'en recommencer l'inf
>> truction .
>> En troiſieme lieu , la justicedes villages ne
>> peut qu'elle ne ſoit mauvaiſe, parce que ces
>>>petits Juges dépendent entiérement du pouvoir
>>d>eleurGentilhomme, qui les peut deſtituer à
>> ſa volonté , & en fait ordinairement comme de
>>>ſes valets , n'oſant manquer à ce qu'il commande
» .
Malgré les juſtes déclamations du Juriſconſulte
philoſophe que l'on vient de tranſcrire , les mêmes
abus qui excitoient ſon indignation exiſtent
encore. On en trouve un exemple récent dans
cette cauſe. Un malheureuxVigneron qui avoit
déplu au Procureur Fifcal de la Juſtice du lieu où
il habitoit, a été attaqué par cet Officier , ſous
prétexte qu'il avoit malfaçonné la vigne de ſon
Seigneur. L'infortuné afoutenu qu'il avoit eu le
plus grand ſoin de cette vigne ; maisle Procureur
Fifcal , pour l'accablerde frais , a fait faire
trois viſites d'Experts ; il a enſuite noirci pluſieurs
rames de papier , & enfin , après avoir
épuiſé toutes les reffources de la chicane , il a
faitcondamner le Vigneron à livrer à ſon Seigneur
deux pieces debon vin pour réparation de
la négligence , & fur- tout aux dépens. Le Vigneron
, pour fauver ſes meubles de la fureur de
Ion Adverſaire , a interjetté appel au Châtelet ;
mais n'ayant pas d'argent pour trouve desDéfenſeurs
, la Sentence du Juge de village a été
confirmée par défaut. Heureuſement pour cet
infortuné , un Défenſeur généreux s'eſt chargé
de ſa cauſe su Parlement de Paris , & ce Tribunal
auguſte , par Arrêt du 6 Mars 1784 , a déchargé
le Vigneron des condamnations prononcées
contrelui.


UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06541 8868
( 192 )
1
>ont traîné un an ou deux devant eux , quand
>>>ils ſont dévolus , par appel, devantun Juge ca-
>>>pable , il eſt contraint d'en recommencer l'inf
>> truction .
>> En troiſieme lieu, la juſtice des villages ne
>> peut qu'elle ne ſoit mauvaiſe, parce que ces
>>>petits Juges dépendent entiérement du pouvoir
>>d>eleur Gentilhomme, qui les peutdeſtituerà
>> ſa volonté , & en fait ordinairement comme de
>> ſes valets , n'oſant manquer à ce qu'il commande
» .
Malgré les juſtes déclamations du Juriſconſulte
philoſophe que l'on vient de tranſcrire , les mêmes
abus qus excitoient ſon indignation exiſtent
encore. On en trouve un exemple récent dans
cette cauſe. Un malheureux Vigneron qui avoit
déplu au Procureur Fiſcal dela Juſtice du lieu où
il habitoit, a été attaqué par cet Officier , ſous
prétexte qu'il avoit mal façonné la vigne de ſon
Seigneur. L'infortuné a ſoutenu qu'il avoit eu le
plus grand ſoin de cette vigne ; maisle Procureur
Fifcal , pour l'accablerde frais , a fait faire
trois viſites d'Experts ; il a enſuite noirci pluſieurs
rames de papier , & enfin , après avoir
épuiſé toutes les reſſources de la chicane , il a
fait condamner le Vigneron à livrer à ſon Seigneur
deux pieces debon vin pour réparation de
la négligence , & fur- tout aux dépens. Le Vigneron
, pour fauver ſes meubles de la fureur de
Ion Adverſaire , a interjetté appel au Châtelet ;
mais n'ayant pas d'argent pour trouve desDéfenſeurs
, la Sentence du Juge de village a été
confirmée par défaut. Heureuſement pour cet
infortuné , un Défenſeur généreux s'eſt chargé
de ſa cauſe su Parlement de Paris , & ce Tribunal
auguſte , par Arrêt du 6 Mars 1784, a déchargé
le Vigneron des condamnations prononcées
contre lui.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le