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1784, 03, n. 10-13 (6, 13, 20, 27 mars)
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Texte
ERCURE
E FRANCE
DIÉ AU ROI,
NE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
200
nal Politique des principaux événemens de
les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
en profe ; Annonce & Analyse des
ges nouveaux ; les Inventions & Décou
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
ufes célèbres; les Académies de Paris & del
nces ; la Notice des Edits, Arrêts ; les Avis
liers, &c. &c.
MEDI 6 MARS 1784.
By
A PARIS
ANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
BRARY
TABLE
Du mois de Février 1784.
Fragment d'un Poëme fur le Elégies de Tibulle ,
• PIÈCES IECES FUGITIVES .
Printemps,
A M. de la Harpe ,
Saint Ange ,
56
M
D
L'honneur François ,
13
L'Apothéofe moderne , SAM
Differtation fur Perfe , 49
SI fible ,
731
106
Réponse aux Vers de M. de Délaſſemens de l'Homme Sen-
Stances ,
118
Les Attributs de l'Amour , Obfervations fur la Manipu
lation & la Propriété de
52 l'Huile de Faine , 121
Effai fur les Révolutions du
droit François ,
Almanach Littéraire ,
Vers aux Dames reçues Affociées
Honoraires du Musée
de Paris ,
Ode contre le Jeu ,
Chanfon du Droit du
gneur
pitre à M Berquin ,
Wers à M. de la Harpe ,
Chanfon à Madame L.
157
PIE
EN
53 165
97
Sei- Nécrologie ,
13
24
TERS
102 Académie,
76,132
| Variétés , de M.
145
SPECTACLES ,
147
V. Concert Spirituel ,
81
& B
83,124 , 181 D
42 UIS-1
184
NOUVELLES LITTÉR . Annonces & Notices , 44 , 89
Maisqu
136,185
Le
vrai
Je
remp
Taime
D. T. , 148 Acad. Roy. de Mufique , 32,
D'un Paffagefur les Juifs, 149
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne ,
gryphes , 6 , 54 , 104 , 155 Anecdotes ,
Leçons de Géographie,
Et
ERCURE
E FRANCE.
MEDI 6 MARS 1784.
ECES FUGITIVES
VERS ET EN PROSE.
- pour être mis au bas du Portrait
*** , de l'Académie des Infcriptions
lles - Lettres.
E efpérer de vivre au temple de Mémoire? ...
mporte après tout ? Dans le fiècle où je vis ,
râces au ciel , tout le bien que je puis ,
ien , peu connu , peu vanté dans l'Hiftoire.
is mes devoirs , je règle mes defirs ,
gloire enfin plus que les vains plaifirs ,
a vertu plus que la gloire.
Par feu M. l'Abbé Blanchet , Auteur des
Variétés Morales & Amulantes , & qui a
laiffe plufieurs autres Ouvrages , dont il
eft vraisemblable que fes héritiers ne priveront
pas le Public.
A ij
DE
MERCURE
REMERCIMENS d'une pauvre Veuve du
Village de N. *** , à la REINE.
ENTRE quatre vieux murs, ſous la neige enterrée,
Depuis un mois , hélas ! fans feu , fans cau , fans pain ,
Par la faim , par la foif fans ceffe déchirée ,
A la Nature , au Ciel je demandois en vain
D'abréger de mes maux la trop longue durée.
Par le froid dans mon fein mon lait emprisonné
M'ôtoit le feul plaifir que peur dans la misère
Goûter encore une fenfible mère.....
Un pauvre enfant , mon nouveau né ,
Faifoit retentir ma chaumière
De fes cris déchirans que répétoit fon frère,
Laffe enfin de nous voir languir ,.
La mort dans un coin de la terre
Alloit tous trois nous réunir 100
1
Dauvre à vos
De mesenfan
Lapremiers
aigue épui
Telpoir de
Nousver
Linfatigable
efert
poure
Ele plaifir al
(Par
Amon R
AM
Je t'a
Cou
Το ν
Serv
Atte
: 4019 (SIV & J
Cro
Sur
L
C'eft dans ce moment même , & Reine bienfaifante ,
Que votre âme compatiflante ,
Qui fur les malheureux fait fi bien s'attendrir
A fait promptement fecourir
L'humanité fous le chaume fouffrante ,
Et ces fecours nous ont empêché de mourir.
Jugez combien nous devons vous bénir! …...
Si de mes pieds glacés je recouvre l'ufage ;
ا ن أ ا
Oui , toute foible que je fuis ,
D
Q
DE FRANCE.
re à vos genoux je porterai l'hommage.
es enfans à mes baifers rendus ,
remiers pas feront pour ce voyage.
ue épuifés , nous ferons foutenus
oir de tomber aux pieds de notre Reine.
ous verrons de nos propres yeux
gable main dont notre Sonveraine
pour effuyer les pleurs des malheureux ,
Lifir alors paflera bien la peine.
Par M. l'Abbé le Gris , Chanoine de Sens. )
on Rival , ágé de foixante- deux ans.
MANT plus que fexagénaire ,
t'ai donc auffi pour rival!
Ouvert d'un bonnet Doctoral ,
vas aux genoux de Glycère
rvir en fimple volontaire ,
tendre fon heureux fignal.
ois-tu marcher d'un pas égal
r le grand chemin de Cythère ? T
âge eft un écueil fi fatalismom
ans cette plaifante carrière
ue tu voudrois encor courir :
ans tes fens ufés le defir
' eft qu'une lueur paffagère ;
We glace donc plus les Amours
ar ta fatigante chimère ;
impios
MERCURE
I
Le plaifir lit ton baptiſtère
Charles, ah
Et te réforme pour toujours."
Ec bon
QUAND l'inévitable vieilleſſe
Viendra , par fa caducité,
Ridiculifer ma tendreſſe ,
Je diſtinguerai la beauté ,
Mais je n'aurai plus de maîtreffe.
L'amitié remplira mon coeur
Le charmant voile de l'erreur
Sera levé par la fageffe ;
C'eft le temps où l'on peut jouir
En paix de fes dons ineffables ,
Douceurs alors trop peu durables.....
L'homme eft au moment de mourir
En quittant le pays des fables.
( Par M. le Comte de Rofières. )
Explication
du
Log
LE
mot
de
l'Enign
eftLivre
PAROD
Si tudisu
Si tunedi
Situ
plaid
A M. CHARLES.
Tor qui fembles rougir de partager le fort
Des vils mortels attachés à la terre ;
Toi qui, dans un ballon pris gaîment ton effor
Pour t'élever , fublime téméraire ,
Loin des brouillards groffiers de notre humble
atmosphère.
QUA
Un
Sauv
Son
règ
Dans
no
DE FRANCE. 7
es , ah ! que tu dois bénir , remercier
Ec bon Monfieur de Montgolfier !
elle sbad Par un Provincial. )
cation de la Charade , de l'Enigme &
Logogryphe du Mercure précédent.
mot de la Charade eft Pantalon ; celui
nigme eft Veau ; celui du Logogryphe
vre , où l'on trouve ivre , lyre.
CHARADE.
un heureux détour , par un fimple artifice ,
s un feul mot , je t'offre mon premier ;
e dis pas vrai , je t'offre mon dernier ;
aides , enfin , je te rends la juftice.
( Par M. * , de Beaumont- le-Vicomte.
ÉNIGM E.
ND Décembre en nos champs a ramené la
arglace ,
vage velu vient ufurper ma place ;
me n'eft pas long , je l'éclipfe à mon tour.
ps champs émaillés quand Flore eft de retour ,
fon amant , comme lui peu fidèle ,
après les fleurs & moi de belle en belle
8
D
MERCURE
Je pourſuis mon deftin plus fêté chaque jour; '
La bouche de Chloé fans ceife me rappelle
Sur fon beau fein je bats de l'aile ;
Mais je fuis fans plaifir ainfi que fans amour.
LOGOGRYPHE.
ON père eft chez les morts , Lecteur , & vos
regrets ,
Vos éloges fans doute honorent fa mémoire ;
Moi qui vivrai toujours , je naquis pour fa gloire ,
Son nom comme le mien ne périra jamais.
Je marche gravement fur douze pieds portée ;
Si quelqu'un les divife , il trouverà dans moi
D'un Philofophe ancien l'école respectée ;
Ce qui des fcélérats fera toujours l'effroi
Le théâtre où les Preux fignaloient leur vaillancet 12
Un Prince à vingt- deux ans le foutiel de la France ;
Un Héros qui vainquit dans les champs de Roccoi;
Ce qui défend en vain la rofe printannière
Quand , pour l'offrir à Life , Alain pique fes doigts;
L'attrait le plus puiffant du plus charmant minois ;
Une femme pudique , éloquente & guerrière ,
Qui , dédaignant fon fexe , e tronpant tous les yeux!
Au Barreau , dans les Canips , fe fit un nom fameux
Un Prêtre refpectable , animé d'un faint zèle s
Caellement
Trument
Cequi foure
The vertu
Tapetit Di
Unfuperbe
Loriqu'en
Etpour
Undig
NOU
DE I
Lei
an
Av
àl
LE
Cha
mie
tem
tur
tra
DE FRANCE.
llement puni de fa témérité;
trument glorieux que chérit la Noblete ;
ui fouvent nous tient fous un joug accablant;
vertu qui charme , un vil défaut qui bleffe ;
petit Dieu bouffi qui va toujours foufflant ;
uperbe animal dont on craint fort la griffe
qu'en certains déferts on fe trouve engagé
t pour finir ce très long Logogryphe ,
Un digne Orfévre au Paradis logé.
( Par M. Louvet. )
OUVELLES LITTERAIRES.
Ela Monarchie Françoife , ou de fes
Loix , par Pierre Chabrit , Confeiller
an Confeil Souverain de Bouillon, &
Avocat au Parlement de Paris . A Bouillon ,
à la Société Typographique.
E Volume que publie aujourd'hui M. de
nabrit , ne traite que des Loix de la preère
& de la feconde race. Ce font les
mps barbares de notre Monarchie.
M. de Chabrit ne dit rien ni de la naare
de fon fujet , ni des Écrivains qui l'ont
aité avant lui. Qu'on nous permette de
ter un coup d'oeil fur les travaux qui ont
écédé les fiens , ce fera un moyen de
ieux apprécier fon Livre. Nous n'avons
10 MERCURE
pas la prétention d'ajouter quelque chofe à
fon Ouvrage , nous voulons feulement écrire
quelques lignes qui manquent peut être à fa
Préface.
11 eft de bons efprits qui font peu de cas
des recherches qui remontent à ces antiquités
reculées . Qu'eft ce que des Hordes
Sauvages , fortant à peine de leurs forêts ,
difent - ils , à des
peuvent apprendre , difent - ils
Nations polies & éclairées ? Les règnes de
Charles le Chauve & de Childebert fontils
faits pour offrir des exemples utiles aux
fucceffeurs de Louis XIV : Après être fortis
avec tant d'efforts & de peines de ces fiècles
d'ignorance & de barbarie , faut il employer
nos lumières à les étudier ? C'eft de notre
bonheur qu'il eft queftion , de nos befoins.
& de nos reffources , & non pas de ceux
des générations qui depuis près de mille ans
ne font plus fur la terre.
C'eft à peu près ainfi que raifonnoit Fontenelle
dans un morceau fur l'Hiftoire , dont
les fophifmes même font des vues très philofophiques.
D'un autre côté , les Beaux - Arts repréfentent
toujours le génie de la barbarie , la
hache & la flamme à la main , couvert de
fang , & entouré de ruines. Ils l'ont dénoncé
au genre humain comme le fléau des empires
& le deftructeur des hommes , parce
qu'il a mutilé des ftatues & renverfé des
colonnes.
memes
fiècles f
Ces b
comme
n'ont r
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peuples
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plus
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lift
être
gif
du
ces
em
DE FRANCE. 11
les fous des couleurs bien différentes.
Ces barbares , difent- ils , qu'on nous peint
me les fléaux des peuples & des empires ,
at renverfé que des empires qui étoient
s leur décadence , n'ont détruit que des
ples qui l'étoient déjà par leurs vices.
and les Sociétés ont vieilli dans la mole
& dans le luxe , c'eft la barbarie qui
at rajeunir le genre humain & lui rendre
forces. Ce font les barbares qui élèvent
la terre les Cités & les Royaumes ; aue
Nation illuftrée dans l'Hiftoire n'a eu
peuples civilifés pour fondateurs. Ces
itutions faintes , qui enchaînent & enliffent
tous nos befoins & tous nos dequi
, en donnant à la beauté le charme
a pudeur & de la modeftie , ont créé les
Gions & les bonnes moeurs , font des loix
barbares , prefque toujours détruites pat
ivilifation. C'eft dans ces Sociétés encore
s l'enfance , que le Légiflateur découvrira
nieux les formes les plus naturelles & les
s légitimes des Gouvernemens. Ce font
paflions des barbares , toujours impéufes
& ardentes , qui laiffent échapper
t le coeur humain aux yeux du Morae.
Le tableau de leurs moeurs peut donc
e à la fois l'école du Moralifte & du Léateur.
Il peut l'être encore du Peintre &
Poëte : l'imagination des barbares a créé
prodiges de la mythologie & de la féerie ,
bellis enfuite par le génie d'Homère &
l'Ariofte. Les Héros d'Homère font des
12 MERCURE
DE
barbares ; & ces mêmes hommes , qui ont
détruit fi fouvent les chef- d'oeuvres des Arts ,
en ont été prefque toujours les plus beaux
modèles. Auffi tout ce qu'il y avoit de grands
talens chez les anciens , dans les fiècles les
plus éclairés , tournoient fans ceffe leurs regards
vers ces fiècles de la barbarie. Hérodote
& Trogue Pompée peignoient avec
autant d'intérêt le Scythe errant autour des
Palus Méotides , que l'habitant de Memphis
& d'Ecbatane. Horace cherchoit chez les
Germains des images , & Tacite des vérités
morales. Poëtes , Orateurs , Philofophes
tous les Écrivains de l'antiquité embelliffoient
fouvent leurs productions de mots
échappés à la bouche des barbares . Enfin ,
nos moeurs , nos opinions , nos loix , nos
arts même , tout a pris naiffance chez eux ;
nous fentons encore avec leur goût , nous
penfons avec leur efprit , nous obéiffons encore
à leurs inftitutions : il faut les étudier
& les connoître pour ne pas nous ignorer
entièrement nous- mêmes ; & malgré notre
orgueil , ils feront toujours placés à la tête
de l'hiftoire du genre humain. 13 lug
Nos Hiftoriens , le Gendre , Mézerai ,
Daniel , qui copioient les chroniques , on fe
copioiem les uns les autres , n'en favoient
pas affez pour étudier nos origines dans les
monumens de nos premières loix ; ces monumens
ne font même raffemblés & recueil
lis que depuis peu de temps.ins
ans cette
routes differe
quepour le
Le Comte
premier , ma
Tenebres.Rie
e
Boulainy
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douzeàtr
Caules
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yeux. Il re
devantlui;
denouer. P
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& des de
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dignités ,
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Livre de
Ch***
les
Conf
idée;
qu'elle
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exigeu
paroitro
de
ceux
DE FRANCE.
13.
is cette nuit profonde , y ont pris des
différentes , & ne fe font rencontrés
ur le combattre.
Comte de Boulainvilliers y entra le
, mais il ne fe crut point dans les
s. Rien ne parut plus facile au Comte
lainvilliers que de nous apprendre
nt tout s'etoit palle précisément il y
à treize fiècles , lorfque l'empire des
palla des Romains aux Francs nos
I renverfe les obftacles qui s'élèvent
lui ; il coupe les noeuds qu'il ne peut
. Plein de toutes les idees qui ont
haut l'âme de cette première noà
laquelle il tenoit , il ne voit que
hofes dans nos origines , des victoires
défaites. Les vainqueurs prirent
our eux , les terres , la nobleffe , les
s , la puiffance ; les vaincus furent enà
la terre , aux travaux , à la fervivoilà
toutes nos origines ; il ne lui en
ette vûe que le Comte de Boulainvilliers
- nos origines eft devenue générale dans le
e la Félicité publique. M. le Chevalier de
ne voit que des Capitulations dans toutes
ftitutions . On eft d'abord étonné de cette
n l'eft enfuite de la multitude de preuves
femble trouver dans l'Hiftoire , mais elle
ne difcuffion particulière qui feroit ou qui
it ici déplacée. Ce Livre en général eft un
qui fait le plus penfer fur l'Hiftoire. Il eft
e chofes neuves , & il peut en faire trouver.
14
MERCURE
faut pas davantage
pour expliquer
l'état des
shofes & l'état des perfonnes
. Dans fon
ftyle , plein d'une franchife
& d'une fimplicité
guerrière
, on croit prefqu'entendre
un
compagnon
de Clovis qui raconte les chofes
qu'il vient de voir & celles qu'il a exécutées
.
Cet Ouvrage
d'un homme du monde , offre
cependant
une érudition
qui feroir honneur
à un homme de Lettres . De notre Hiftoire &
de nos Loix , dit Montefquieu
, il en connoiffoit
bien les principales
chofes.
compliquée
L'Abbé Dubos femble n'avoir écrit fur
le même fujet un Ouvrage en trois Volumes,
que pour combattre l'opinion du Comte de
Boulainvilliers. Dans le fyftême du Comte ,
l'épée a tout fait , & les vainqueurs ont impofé
les Loix ; dans le fyftême de l'Abbé
les Francs victorieux fe font foumis l'épée à
la main aux Loix & à la Religion des vaincus.
On eft tenté d'abord de conclure que tout ce
que prouvent leurs opinions opposées , c'eſt
que l'un étoit Éclefiaftique & que l'autre étoit
Gentilhomme. Mais tous les deux avoient
trop de lumières pour prendre leurs idées
dans les préjugés de leur érat. Accoutumé ,
pour ainfi dire , à vivre dans l'antiquité ,
dont il connoiffoit très bien les Hiftoriens ,
les Poëtes & les Orateurs , l'Abbé Dubos
voit par tout les anciens , & ne peut
foudre à quitter Rome & Bizance . Au fortir
des forêts , nos premiers Rois , felon lui , ont
1
71. ! Λ
ornemens
nos premie
desConful
bos avoit
& Ripuai
hires , les
gors & de
toujours
les Loix
donna un
a
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de
Boulai
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Mon
Ouvrag
tous
les
foire ,
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de
l'E
fe rébares
mond
DE FRANCE.
15
iquée des Romains ; il les revêt des
ens des Magiftrats de l'Empire ; de
emiers Monarques , il en fait prefque
nfuls & des Proconfuls. L'Abbé Duvoit
fous les yeux le Code Salique
ouaire , nos Chartes , nos Capitu-
, les Loix des Lombards , des Wifides
Bourguignons , & il cherchoit
rs le Gouvernement François dans
pix de Juftinien . Cette opiniâtreté
un peu d'humeur à Montefquieu , qui
battu à la fois les opinions du Comte
lainvilliers & celles de l'Abbé Dubos.
cette humeur rendit feulement la difplus
vive & plus piquante ; elle lui
rrer la gaîté d'un efprit aimable au
des Loix féodales , & lui infpira une
ude de ces traits faillans par lefquels
rit fupérieur renverfe d'un mot les foes
d'un Volume.bdeh mis is no
ntefquieu qui , dans prefque tous fes
ges portoit les vues de fon efprit fur
es âges & fur tous les peuples de l'Hif
a parlé fouvent des barbares. Dans
uvrage fut les Romains , il les trouve
lin de cette puiffance , & fon pinceau ,
être un peu affoibli dans la décadence
Empire fe ranime à l'afpect des barqui
fe précipitent des bornes du
e où ils étoient adoffés , & redevient
me pour peindre Attila recevant dans
ifon de bois les Ambaffadeurs d'Orient
Occident. Il avoit tracé le plan d'une
16 MERCUREA
Hiftoire de toutes les Monarchies barbares ,
& on ignore fi ce plan a été exécuté en tour
ou en partie ; mais on jugera fans doute que
la gloire des peuples de l'Europe eût reçu un
nouvel éclat ,fi leurs antiquités avoient eu pour
Hiftorien un homme tel que Montefquieu .
Dans l'Esprit des Loix , la fin du Livre
où il traite des Loix dans leur rapport avec la
nature du terrein , le Livre entier de l'origine
& des révolutions des Loix civiles en France ,
& les deux Livres fur les Fiefs , quoique
féparés par les vûes de l'Auteur , & placés
dans des Volumes différens , peuvent être
regardés cependant & lûs de fuite comme
un Ouvrage fur les antiquités de notre Mos
narchie ; c'est même ainfi qu'il faut les lire
pour bien les comprendre.
nous rel
rien fran
cellaire
de Mon
l'eft
jam
fonge ja
pole qu
Un mel
barbare
Cette partie du Livre immortel de l'Efprit
des Loix , eft la feule contre laquelle la
critique femble avoir confervé quelqu'avantage.
Parmi les gens de goût , il en est peu
qui aient eu le courage de la lire , & ceux
qui l'ont lûe fe plaignent de n'avoir pu l'entendre.
On ne difconviendra point que la
marche ordinaire de l'efprit de ce grand
Homme n'ait de grands inconvéniens dans
des matières auffi difficiles & auffi obfcures.
Il falloit conduire pas à pas le Lecteur dans
les routes ténébreufes de ces fiècles reculés ,
lier tous les faits , expliquer tous les mots
de ces Loix dont on n'entend plus la langue ,
fuppléer aux monumens qui manquent par
chee's ;
taires p
forte
tant. D
d'un gr
harche
homme
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objets,
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à la pr
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biendi
rage de
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nous
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loin,d
fait fi
lameda
DE FRANCE. 17
reflent ; il ne falloit tien fupprimer ,
Franchir : cette methode , qui étoit nére
, étoit oppofée à la nature du génie
contefquieu. Occupé à découvrir , il ne
amais à démontrer : on diroit qu'il ne
jamais qu'on doit le lire ,ou qu'il fupque
tous fes Lecteurs ont fon génie.
mêlange continuel de fragmens de Loix
ares , & de penfées courtes & détade
textes obfcufs & de commenprofonds
, fatigue l'attention la plus
& fait fermer le Livre à chaque inf-
Dés traits lumineux , des expreffions
grand éclat vous avertiffent que vous
hez dans ces ténèbres à la fuire d'un
me de génie , mais rien n'eft éclairé : il
la lumière , & ne la répand pas fur les
softi u
elle eft l'impreffion qu'on doit recevoir
première lecture de ces recherches de
rit des Loix fur nos origines. Mais à
première impreffion en fuccèdent de
différentes pour ceux qui ont le coude
refter quelque temps avec Montef
adans ces obfcurités.
a s'apperçoit d'abord que, le premier , il
taigué parmi nos anciens monumens ,
qu'il faut interroger , ceux qui peuvent
apprendre quelque chofe ; & qu'on eft
de pouvoir lui faire le reproche qu'il a
fi juftement à l'Abbé Dubos , dans le
ge des Aftronomes , d'avoir ignoré le
able lieu du foleil. 116 115 211
18 MERCURE D
Le Comte de Boulainvilliers & l'Abbé
Dubos , qui ne cherchoient dans nos antiquités
que leur fyftême , n'y ont guère vû
autre chofe ; & après les avoir lus , on ne
connoît prefque rien de nos antiquités. Monttefquieu
, dont l'imagination brillante auroit
pu fi aifément élever un vafte fyftême
fur une courte érudition , ne forme aucun
fyftême , & parcourt un à un , pour ainfi
dire , les groffiers monumens de ces fiècles ,
les Codes , les Chartes , les Capitulaires.
On est touché de voir un efprit fi rempli de
grâces & de délicateffe fe condamner à des
recherches qui pourroient effrayer un Érudit
; facrifice que le goût & le talent font fi
rarement au bien public . C'eft un fpectacle .
curieux & intereffant de voir un homme
fupérieur aux Platon & aux Ariftote , de
voir le Légiflateur des fiècles les plus éclairés
, enfeveli dans les ruines de ces temps
d'ignorance , confumer une partie de fon
génie à commenter les Ordonnances de
Gontran & de Chilpéric , l'Édit de Pifte ,
& les formules de Marculfe. En admirant
fon courage , on prend celui de le méditer
affez pour le comprendre. Bientôt on commence
à voir ce qu'il a vû lui- même dans
les fragmens des Loix qu'il cite ; ces commentaires
fi ferrés fe développent , l'obfcurité
des textes fe diffipe , ces paragraphes
& ces chapitres , que rien ne paroiffoit lier
enfemble , s'uniffent par la lumière qui
one à t
faire fur l
prefqu'effa
ce chaos
Comment
quelles fo
les dignit
T'enrichif
Gran is ,
cette cla
de détail
le gout
enfees,
cet efp
neur &
ractère
on lit
trouv
les
Char
trace
paru
Quie
des
211
fec
tel
di
DE FRANCE. 19
à toutes les queftions qu'on peut
ur le Gouvernement de ces temps ,
' effacés de l'Hiftoire : du milieu de
aos s'élève un empire , & l'on fait
ent & par qui la juftice y eft rendue ,
s font les troupes qui le défendent ,
gnités qui le décorent , les fubfides qui
chiffent : on voit quel eft le fort des
is , de l'homme libre & de l'efclave. A
clarté , on apperçoit encore une foule
tails fublimes & charmans , fur lefquels
ût fe repofe. Dans ces antiquités res
, Montefquieu voit déjà commencer
fprit chevalerefque, ces principes d'hon-
& de galanterie qui compofent le care
du François ; & dans le Livre des Fiefs
it alors des pages qui pourroient fe
ver dans le Temple de Gnide. C'eft dans
mêmes Livres qu'on voit le portrait de
rlemagne, le plus beau qui ait jamais été
é : jamais le Peintre & le Héros n'ont
1 tous les deux fi grands ; & Montefeu
, au milieu des Écrivains qui ont parlé
Loix féodales , reffemble à Charlemagne
milieu des Rois de la première & de la
onde race,or any
M. l'Abbé de Mably fuivit de près Monquieu
dans le même fujet , & il l'érucomme
s'il y étoit entré le premier. Il
- le même courage , & plus de pance;
il fouilla dans les Loix & dans
Chroniques , il étudia les vieux momens
; on peut croire feulement qu'ils
20 MERCURE
•
étoient moins barbares & moins obfcurs depuis
que Montefquieu les avoit touchés .
M. l'Abbé de Mably combat rarement fes
opinions de Montefquieu ; fouvent il les
confirme: ce que Montefquieu a vû , M.
l'Abbé de Mably le prouve . Il a déterminé,
avec plus de précision la nature , les rapports
& les differences des benefices de la
première race & des fiefs de ia teconde ; il
a mieux marqué dans la fuite des temps les
époques où les bénéfices furent donnés à vie,
où ils devinrent héréditaires , en ligne di
recte en ligne collatérale ; où transformés
enfiefs , ils changèrent les propriétés en Souverainetés
, & firent de tous les hommes ,
fans en excepter le Monarque , des efclaves
d'un côté & des defpotes de l'autre. M.
l'Abbé de Mably a eu des vues qui lui appartiennent
plus particulièrement , & qui
répandent plus d'intérêt fur ces fiècles barbares
, il a placé à l'origine de la Monarchie
Françoife une de ces Conftitutions libres ,
qui ne femblent pouvoir être que l'Ouvrage
des fiècles éclairés . Il nous fait voir au commencement
de la feconde race un plus grand
phénomène ; c'eft Charlemagne Montef
quieu l'a peint avec des traits fublimes ; M.
l'Abbé de Mably , qui n'a pas le même pinceau
, en fait un homme plus furprenant encore.
Dans fon Ouvrage , Charlemague , defpote
abfolu de la plus belle partie de l'Europe
, tandis qu'il peut tenir à fes pieds les
Nations enchaînées , les appelle auprès de
Ini pour
fon trône
Valerius
devant l
voir de
quant le
en faire
hors de
voir un
fois, n
puiffar
prendi
ou Ar
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feoda
de N
en a
vail
le re
fyft
ne
TÉ
des
ho
ne
er
d
DE FRANCE. 21
our leur rendre la liberté , il abaiffe
ône devant fes Sujets affemblés , comme
ius Publicola faifoit baiffer les failceaux
tles Comices. Il leur remet le pou
de faire des Loix , en leur communit
les lumières dont ils ont befoin pour
Lire de bonnes ; il fe tient avec refpect
de leurs affemblées , de peur d'y faire
un Prince ; ou s'il y pénètre quelquen'y
laiffe entrer avec lui de toute fa
fance , que fon génie. Ce tableau , qu'on
droit pour le rêve d'un Philofophe Grec
Anglois , eft par tout foutenu de textes
Loix barbares.st
Dans le temps même où le gouvernement
dal eft dans toute fa vigueur , M. l'Abbé
Mably y découvre les caufes qui doivent
amener la chute. Cette partie de fon tra-
I nous a paru toujours fupérieure à tout
efte , parce qu'auffi neuve elle eft moins
tématique , & que les doutes du Lecteur
s'élèvent jamais devant les preuves de
crivain. Tout fon Livre refpire l'amour
s loix & de la liberté ; c'eft l'Ouvrage d'un
mme de bien , qui ne fouille dans les ruies
des fiècles que pour en retirer les droits
fevelis des Peuples , qui ne font guères
on plus que des ruines . On lui a reproché
avoit trop choifi les textes qui conveoient
à fes vues , d'avoir donné des fens
op étendus à ceux qu'il cite ; mais il n'a pû
voir que le tort d'avoir interprêté les droits
bfcurs des Peuples par les droits évidens
22 MERCURET D
& inconteftables de l'humanité. On eft
étonné de ne point trouver dans fon ftyle la
fierté & l'élévation des principes qu'il a
portés dans l'Hiftoire. Son ftyle eft clair &
fage ; mais avec les fentimens & les idées
des Anciens , on regrette qu'il n'en ait pas
plus fouvent le langage . S'il eût donné plus
de hardieffe à fes expreffions , il eût été plus
critiqué, mais plus lû.
Le plaifir que nous venons de goûter
en rendant ce témoignage public de notre
eftime à M. l'Abbé de Mably, augmente
notre furpriſe fur ce qu'il s'eft refufé la
même fatisfaction en parlant de l'Intro-
"duction à l'Hiftoire de Charles - Quint , par
M. Robertfon.
་
Je n'ai rien trouvé , dit M. l'Abbé de
-Mably, dans cette Introduction fi vantée.
Il faut croire que M. l'Abbé de Mably y
a cherché ce que M. Robertfon n'a pas
voulu y mettre , & que les chofes que M.
Robertfon y a mifes , M. l'Abbé de Mably
ne s'eft pas foucié de les voir. Tout confirme
cette idée.
Quand on a parcouru avec quelqu'attention
les Ouvrages de M. l'Abbé de Mably ,
on a vû que dans l'Hiftoire entière du genre
• }humain il a été frappé d'une feule chofe ,
- des Conftitutions des Empires. Chez tous
les Peuples anciens & modernes , c'eft leur
Conftitution qu'il cherche ; tous les Auteurs
dont il parle , c'eft d'après ce qu'ils ont
dit des Conftitutions qu'il les eftime ou les
T
daigne : i
gee , c'eft
une belle
feal bonhe
dansune
Je lens,
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ne faut
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&les Ect
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rien .
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de n
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end
de
les
de
DE FRANCE.
23
e : il n'y a , felon lui , qu'un feul
c'eft- celui qui conçoit & exécute
elle Conftitution ; il n'y a qu'un
nheur , c'eft de vivre & de mourir
he Conftitution libre.
ens , j'aime & je refpecte tout ce qu'il
vrai dans cette grande idée ; mais il
t pas croire qu'avec une feule idée
He bien juger les fiècles , les Peuples
Écrivains.
l'Abbé de Mably , en ouvrant l'Intron
à l'Hiftoire de Charles - Quint , a
é tout de fuite , il le dit lui - même , le
que prenoit M. Robertfon entre les
ons oppofées de lui , M. l'Abbé de
y , de Montefquieu , de l'Abbé Dubos
Comte de Boulainvilliers fur les Conftis
de nos deux premières Races , & fur
liffement des fiefs en France. M. Roon
ne prend point de parti , & les cite
M. l'Abbé de Mably en a conclu que
Introduction ne dit rien , n'apprend
ne décide rien .
a mal vû cette Introduction . L'objet de
Robertfon n'étoit pas de tracer le tableau
os Conflitutions , mais le double tableau
a barbarie féodale & de la civilifation
s toute l'Europe ; de faire voir par quel
haînement de caufes toutes les Nations
l'Occiden , foumifes mais éclairées par
Romains,perdirent par degrés leurs loix,
rs moeurs , leurs arts & leurs lumières,
ir tomber dans cette nuit profonde dour..
24 MERCUR ‡ Ø
les ténèbres s'épaithrent , toujours jufques
vers la fin du onziging , fiecle , comment à
cette époque une fuire de circonstances, pref
que par tout les mêmes,imprimant un mouvement
contraire à toutes ces Nations à - ia
fois, leur fit fentir des befoins & des defirs
qu'elles ne pouvoient fatisfaire fans fortie
de l'ignorance & de la fervitude , étendit
leurs idées par le commerce & même par la
guerre , fit renaître fucceffivement tous les
Arts , adoucit les moeurs , forma le goût, &
des ruines de la féodalité fit fortir ces Conf
titutions mixtes , ces Républiques , ces Mo
narchies dont les inftitutions font différentes,
& le fort à peu près le même , & qui toutes
au moins embelliffent l'Europe. Dans ce
double tableau , où l'on voit à la - fois comment
la lumière de la raifon peut s'éteindre
au milieu des Nations , & comment elle
peut reprendre fa force & fa clarté, dans ce
plan fi vafte & fi magnifique , la nature des
Confitutions n'étoit qu'une partie fifubor
donnée de l'Ouvrage , il ne falloit en par
ler que pour faire voir comment leurs différentes
formes avoient contribué à retarder
ou à accélérer la civilifation.Ne voulant point
approfondir les inftitutions particulières de
chaque Peuple, objets de fontes les dif
putes , mais embraffer ce qu'il y a eu de
commun chez tous ces Peuples à la fois
les faits contentieux étoient exclus natu
moins
univerf
plus d'e
à
cette
s'eft tr
toutes
pures.
placé a
il en e
monde
juftice
qui, ch
vérités
l'intérê
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& la m
ben
d'évén
bre, &
quente
fans e
Volun
toutes
Cet
mais
quenc
DE FRANCE.
25
s conteftés , parce qu'ils ont été plus
erfels ; il a pris de la folidité en prenant
d'étendue & de grandeur ; en s'élevant
te généralité de vûes , M. Robertfon
trouvé , pour ainfi dire , au- deffus de
es les difcuffions & de toutes les dif-
5. Si M. l'Abbé de Mably fe fût ainfi
au vrai point de vue de ce vafte tableau,
eût fans doute apperçu comme tout le
de & admiré la beauté ; il eût rendu
e à cette raifon calme mais attachante ,
cherchant toujours dans l'Hiftoire des
Es & jamais des émotions , remplace
rêt des événemens par celui des lumièce
coup d'oeil heureux qui , dans un
= de faits obfcurs & barbares, rencontre
urs ceux qui éclairent davantage ; à
t profond & facile de les claffer, de
Ere que la place que leur affigne l'ordre
méthode,paroît toujours choifie par le
goût ; qu'une multitude accablante
nemens va fe réduire en un petit nomque
malgré des répétitions affez frées
, il mène de front fans confufion &
embarras , il renferme dans un feul
me les Hiftoires les plus inftructives de
s les Nations de l'Europe.
re manière n'eft pas celle des Anciens ;
fi quelque chofe peut valoir l'Eloce
de Tite Live , c'eft cette Philofophie.
and un Auteur a fait un Ouvrage , il
it pas lui reprocher de n'en avoir pas
In autre , mais voir feulement s'il a
26
MERCURE
bien fait celui qu'il a voulu faire.
Pour juger avec équité les Écrivains , il
faut favoir fortir de fon efprit & entrer
dans celui des autres.
Nous ne craignons point que ces réflexions
puiffent offenfer M. l'Abbé de Mably
; elles feroient bientôt effacées fi nous
avions cette crainte. Nous croyons avoir
affez témoigné notre eftime pour un Écrivain
dont les Ouvrages nous ont fervi quel
quefois de guide dans l'étude de l'Hiftoire *,
& dont les principes ont toujours Hatté un
des fentimens les plus chers de notre â ne.
Nous ne parlons ici que des Écrivains
qui ont porté des fyftêmes ou des vûes &
des conjectures fur le Gouvernement & fur
les Loix de nos premières Races ; s'il eût été
queftion de ceux qui ont le plus éclairci les
obfcurités de notre Hiftoire , il eûr fallu
peut être citer avant tout l'Auteur des
Origines, & les excellens Mémoires publiés
dans le Recueil de l'Académie des Infctiptions
& Belles- Lettres.
Nous nous tairons également fur ces Ou-
Le dernier Volume du Cours d'Education de
l'Infant Duc de Parme, la manière de lire l'Hiftoire,
n'eft pas de l'Abbé de Condillac , mais de fon
frère M. l'Abbé de Mably. Cet Ouvrage peu connu
nous paroît bien fupérieur à la manière d'écrire
l'Hiftoire du même Auteur . Nous croyons même
que la première Partie de ce petit Ouvrage eft ce que
Ṁ l'Abbé de Mably a jamais imprimé de plus neuf
"
vrages de
trace la
toire des
Princes à
ceffequ'
Après
encore u
dans
tou
Politique
les
Loix
d'Écriva
connoic
verné la
qui fût
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Tel
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LES C
fugi
br..
brai
IL
l'Aute
Foefie
peut
foin.
n'a b
DE FRANCE. 27
s de fervitude & de menfonge , où l'on
la morale des Rois en falfihaut l'Hifdes
Nations ; où , pour apprendre aux
es à être juftes , on leur prouve fans
qu'ils font abfolus.
rès tous ces Ouvrages , il en manquoit
e un qui réunît les verités difperfées
tous les autres , qui joignît aux Loix
ques dont tous les Écrivains ont parlé,
Dix Civiles & Criminelles dont peut
vains ont voulu s'occuper ; qui fit
ître à la fois & des Loix qui ont goula
Nation , & celles qui l'ont jugée ;
it d'un Philofophe , mais en mêmes
d'un Jurifconfulte.
1 eft l'objet de l'Ouvrage important
M. de Chabrit publie aujourd huile pre-
Volume. (Cet Article eft de Mi. Garat. )
La fin à un autre Mercure.do
Chartreux , Poëme , & autres Pièces
gitives , par M. le Chevalier de R ***
de 32 pages , à Paris , chez les Liires
qui vendent les nouveautés .
a éré déjà fait mention avec éloge de
eur de ce petit Recueil. En lifant les
es qu'il vient de publier , on fent qu'il
faire mieux, en écrivant avec plus de
Sa manière eft quelquefois ferme , elle
foin que d'être plus foutenue ; cette
vation regarde fur - tout la première
28 MERCURE
Il y a dans l'Epître à Madame la Marquife
de *** des vers heureux , tels que
celui ci fur un Nouvellifte , fur tout le
dernier :
·
Battons- nous les Anglois ? fon front s'épanouit ;
Mais fi Rodney triomphe , il s'indigne , il frémit ,
Déchire la gazette , & croit venger la France .
Parmi d'autres Pièces agréables , on diſtinguera
avec une Epître fur la Suiffe , qui a
paru dans l'Almanach des Mufes de l'année
dernière , les regrets d'un amant , & l'ennui
& le plaifir, Conte , inférés dans l'Almanach
de cette année. On lira fur- tour avec plaifir
cette dernière Pièce : en voici quelques vers
qui donneront une idée de la gracieuſe facilité
avec laquelle elle eft écrite.
Dans fa voiture magnifique ,
L'ennui voyageoit tristement ,
Et bâilloit à chaque moment.
Les fleurs , les fruits & la verdure ,
L'immenfité du firmament ,
Ses couleurs , fa lumière pure ,
Ne le touchoient que foiblement :
Son oeil mort voyoit froidement
·
Les merveilles de la Nature.
Quelquefois un Livre il prenoit ,
Et foudain il le refermoit.
Am
En
Ou
Pre
Le
Au
Et
Son
AC
LAS
Février
de Ch
aété d
minen
fortes
nouve
de cél
placer
dans l
M.
M. d
acade
brilla
le
do
rateu
qui
mádi
a
DE FRANCE. 29
A mesure qu'il cheminoit ,
En tout fens il fe retournoit ,
Ouvroit vingt fois fa tabatière ,
Prenoit du tabac & dormoit.
Le moindre choc , la moindre pierre ,
Au même inftant le réveilloit ,
Et nonchalamment il rouvroit
Son humide & lourde paupière.
CADÉMIE FRANÇOISE.
Séance publique de l'Académie du 26
er , pour la réception de M. le Comte
Choifeul- Gouffier, & de M. Bailly ,
des plus brillantes . Deux motifs déterent
toujours le degré d'intérêt de ces
es d'affemblées ; le cas que l'on fait des
eaux récipiendaires , & le plus ou moins
élébrité des Académiciens qu'ils rement
; ces deux motifs fe trouvoient réunis
la circonftance actuelle.
que
. le Comte de Choifeul a parlé de
' Alembert , dont il prenoit la place
Emique , d'une manière auffi folide
ante. Après l'avoir dignement loué fous
ouble afpect de Géomètre & de Littér
, il a choifi dans fa vie une circonftance
uroit effrayé l'éloquence d'un Écrivain
Locre ; il l'a repréfenté triomphant par
talens de l'obfcurité d'une naiffance
youée ; il a prouvé par l'exemple de
35 MERCURE
M. d'Alembert , qu'un homme célèbre fait
fortir une partie de fa gioire d'un hafard que
cache toujours avec foin l'amour-propre de
P'homme vulgaire , il a relevé ce detail en
orateur philofophe , l'a exprimé en homme
fenfible, & par- là il a fu tout à- la- fois donner
un ton de nouveauté à fon éloge , & jeter.
plus d'intérêt fur la vie de fon Héros.
M. Bailly a loué M. le Comte de Treffan
fon prédéceffeur , du ton dont il devoit être
loué, la grace avoit toujours animé les ouvrages
de cer Académicien ; la grâce l'a célébré
par l'organe de fon fuccefleur , qui a femé fon
éloge de traits aimables & ingenieux. Enfin
M. Bailly n'a fait que confirmer par ce
difcours une vérité déjà connue & prouvée
par fes autres ouvrages , que fi les Sciences
ont enrichi fon efprit , elles n'ont point
defféché fon imagination , & que ſon érudition
a toujours un ſtyle piquant & animé.
de mérit
trouve
louer to
Apres
ment ap
la Litte
celleur
Secreta
7 prixext
&qui
à
parei
valeur
eloge el
M. le Marquis de Condorcet , alors Directeur
, a répondu aux deux nouveaux
Académiciens. On a dû defirer d'entendre
Péloge de M. d'Alembert dans la bouche de
fon plus digne élève & de fon ami. M. de
Condorcet a parfaitement répondu à l'attente
des fpectateurs , que la circonftance avoit dû
rendre exigeans. Il a fait partager fa douleur
fur l'ami qu'il a perdu , & il a apprécié fes
talens en homme qui les pofsède lui- même
Il a jeté auffi quelques fleurs fur la tombe
de M. le Comte de Treffan ; & la manière
Frages
Janvie
Librai
Ap
s'eft d
fur l'i
jours
eco
avec
Le m
d'ha
des
ture
"
M.1
Sci
lem
des
DE FRANCE. 31
mérite ont droit à fes éloges , & qu'il
ve dans fon ' efprit des relfources pour
er tous les genres de talens.
près ces quatre difcours , qu'on a vivet
applaudis , M. de Marmontel , en qui
Litteratue voir avec fatisfaction le fuceur
de M. d'Alembert dans la place de
étaire perpétuel , a lu le programme d'un
extraordinaire propofé par un anonyme ,
ui doit être diftribue l'année prochaine
reille époque . C'eft une medaille de la
ur de 600 liv. & le fujet du prix eft un
e en profe , de M. d'Alembert. Les ouges
doivent être envoyés avant le premier
vier , au fieur Demonville , Imprimeurcaire
de l'Académie , rue Criftine.
près cette annonce , M. l'Abbé de Lille
difpofe à lire un morceau d'un Poëme
l'imagination . Il a éprouvé que c'eft tous
avec le même intérêt qu'on le prépare
couter les vers , & que c'est toujours
un plaifir nouveau qu'on les entend.
morceau qu'il a lu a paru plein de poélie ,
monie & de pompe. La defcription
Monumens de la Grèce , l'a conduit naellement
à l'éloge du bel ouvrage de
le Com e de Choifeul , fi précieux aux
Ences & à la Littérature , & l'on a égaent
applaudi à l'à- propo & à la beauté
vers.
*
Ces Difcours foot imprimés, & paroiffent chez
nonville , Imprimeur - Libraire de l'Académie
çoife , rue Chriftine.
32 MERCURE
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
ONSIEUR ,
Mo
L'Auteur des Vûes Patriotiques fur l'éducation du
Peuple , veut bien que le Peuple fache lire ; mais il
né fe foucie pas qu'il fache écrire. S'il lui permet un
peu d'Arithmétique & de Géométrie pratique , il defre
qu'on l'enfeigne par routine & fans démonftration
; & il infifte fur cette idée. J'en ai conclu que
l'Auteur ne vouloit pas que le Peuple fûr inftruit.
Mais , dit M. Philotête , l'Auteur , page 13 , dit en
propres mots : Je confens que le Peuple foit inftruit ,
&c. vous l'avez donc calomnié. Heureufement , en
lifant le paffage cité , on voit que c'eft feulement
une conceffion oratoire , & que l'Auteur ne confent
à l'inftruction du peuple , qu'en donnant à ce mot
un fens différent de celui qu'il a dans l'acception
ordinaire .
L'Auteur , ajoute M. Philotête , eft de l'avis de
Montagne , de M. le Comre d'Argenfon & de M. de
la Chalotais .
Rouffeau a cité auffi Montagne , comme s'étant
rapproché de fon avis fur le danger & l'inutilité
des Sciences. Mais qu'on fonge à l'état des Sciences
dans le temps où Montagne a écrit , à ce qu'on
enfeignoit alors dans les Ecoles les plus célèbres ;
qu'on réfléchiffe que Montagne n'avoit aucune idée
des découvertes récentes faites dans les Mathématiques
& dans l'Aftronomie ; on verra que fon autorité
doit fe borner à bien peu de chofe.
git , ace q
être fr
T'empreffen
riche ou u
fon état, J
de répandr
fe font tro
rance abfo
J'ajoute
Hoitre pe
cette opin
princ fes
peut être
meurcon
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9
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La
de l'éd
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la troi
cation
La
les ce
du dr
de l'
conn
la G
de l
DE FRANCE. 33
ce que je crois , ) & M. de la Chalotais ont
e frappés des inconvéniens qui naiffent de
effement avec lequel tout payfan un peu plus
ou un peu plus inftruit , cherche à fortir de
at. Je crois que le feul remède à ce mal eft
andre l'inftruction parmi le peuple , & qu'ils
at trompés en propofant le régime d'une ignoabfolue.
nold streely
outerai même que j'ai eu l'honneur de conperfonnellement
M. de la Chalotais ; que
opinion n'étoit pas d'accord avec fes idées &
incipes de philofophie & de politique. Aufli
tre faut-il l'attribuer à un mouvement d'hucontre
un Corps de Réguliers qui paroiffoit vouemparer
de l'éducation du peuple en Bretagne.
erois-je dire un mot à M. Philotête fur l'infon
, au hafard de paroître un peu pédant. Je
gue trois fortes d'inftructions ; celle qui eft nére
à tous les hommes , celle qui eft néceffaire
is les individus d'une même profeffion , celle
qui diftingue les hommes éclairés dans la fogénérale
ou dans l'état qu'ils ont embraffé.
première efpèce d'inftruction doit faire partic
Education de tous les hommes ; la feconde doit
' objet de l'éducation particulière à chaque états
áfième feroit déplacée dans toute espèce d'édun
générale.
première efpèce d'inftruction doit embraffer
onnoiffances élémentaires du droit naturel &
roit public , de la conftitution , de la légiflation ,
adminiſtration du pays où l'on vit ; enfin , la
oiffance aufli élémentaire de l'Arithmétique, de
éométrie,de l'Hiftoire Naturelle des trois règnes,
Phyfique générale ; non-feulement parce que
connoiffances font uriles dans la conduite de la
mais parce qu'elles préfervent des préjugés & des
34 MERCURE
Le Peuple eft destiné à l'Agriculture & aux Arts
mécaniques , il faut donc ajouter à Ton éducation
l'application des principes des Sciences aux différentes
claffes de métiers & de travaux ruftiques en
afage dans la Province qu'il habite.
L'instruction du Peuple eft d'autant plus néceffaire
, que la divifion des travaux , fi utile en ge
néral , bornant chaque bomme à un petit nombre
d'opérations qu'il répète fans ceffe , le Peuple pourroit
tomber, fi on négligeoit de l'inftruire , dans
une ftupidité d'autant plus grande , que la Société
feroit de nouveaux progrès. Voyez l'excellent Ou
vrage de l'illuftre Smith.
LETTRE du Rédacteur de l'Hiftoire dans
l'Encyclopédie Methodique , à MM. les
Auteurs du Mercure.
A L'ARTICLE Agathocle , page 123 du nouveau
Dictionnaire d'Histoire dans l'Encyclopédie Méthodique
, article qui étoit dans le Supplément de l'ancienne
Encyclopédie , & qui a été confervé dans la
nouvelle avec le nom de l'Auteur, on, attribue par
erreur à cet Aga hocle le fameux Traité de Gélon
avec les Carthaginois , par lequel les facrifices humains
font interdits à ces derniers . Plutarque a rapporté
ce fait , & M. Rollin & M. de Montefquien
l'ont célébré d'après lui. « Le plus beau Traité de
» Paix dont l'Hiftoire ait parlé , dit l'Auteur de l'EC
» prit des Loix , Livre 10 , Chap. 5 , eft , je crois ,
» celui que Gélon fit avec les Carthaginois. Il vou-
35 dition 0
» tiruloit
Malheu
de Saintedes
Colon
ne fe trou
qui ont ét
Temblable
affaires de
D'ailleurs
Gelon , A
dant ce
des
enfar
quelque
bles, pa
des
Dieu
thagino
fage c
fans
ex
Mais
Agach
demi,
Cett
Errat
Meffie
C
DE FRANCE.
ion qui n'étoit utile qu'à eux , ou plutôt il
uloit pour le genre humain. »
alheureufement , comme l'obferve M. le Baron
inte - Croix, dans fon Traité de l'état & du fort
olonies des anciens Peuples , cette condition
trouve point parmi cel es de ce même Traité ,
nt été rapportées par Diodore de Sicile , vraiablement
mieux inftruit que Plutarque des
es de la Sicile & de Syracufe ou régnoit Gélon.
eurs, cert foixante- dix ans après ce Traité de
, Agathocle fit le fiège de Carthage , & pence
fiège les Carthaginois immolèrent encore
ofans ; car c'étoit lorfqu'ils étoient menacés de
que danger, qu'ils offroient ces facrifices horripar
lefquels ils croyoient appaifer la colère
Dieux . Si donc le Traité de Gélon avec les Carnois
leur preferivoit en effet l'abolition de cet
cruel , il paroît certain que ce Traité eft refté
exécution .
ais enfin ce Traité eft de Gélon , & non pas
athocle , poftérieur au premier d'un siècle &
tte faute avoit été corrigée dans un Erratas
ata s'eft égaré à l'Imprimerie ; permettez
ieurs , que cette Lettre y fupplée.
dins
SPECTACLE S.
OMÉDIE FRANÇOISE.
EPUIS la première repréfentation de
cbeth , M. Ducis a fait à ce Drame
changemens confidérables. Ils ont été
36 MERCURE
fort bien accueillis ; & l'on peut préfumer
que l'Ouvrage fera bientôt en état de devenir
public par la voie de l'impreffion . Nous
n'attendons que ce moment pour remplir la
promeffe que nous avons faite à nos Lecteurs
, de comparer la Tragédie de Shakefpéar
avec celle de M. Ducis. Au furplus ,
file Macbeth François tardoit trop à être
imprimé , nous ne fatisferons pas moins à
l'engagement que nous avons publiquement
contracté. L'attention que nous avons donnée
aux repréſentations de cette Tragédie ,
& le fecours d'une mémoire affez heureufe ,
nous peuvent mettre en état de faire le parallèle
que nous avons annoncé , avec la certitude
de ne pas nous tromper. Quelques
Lecteurs nous demanderont peut- être pourquoi
nous ne faifons pas un plus prompt
ufage de ces moyens, afin de répondre plus tôt
sta leur impatience : nous n'avons qu'un
mots à dire. La cenfure , quelque honnête
qu'elle foit , eft toujours un peu chagrinante :
fi dans le commerce ordinaire de la vie , la
vérité déplaît & fatigue , en Littérature elle
rafflige: un Écrivain Périodique ne fauroit
donc chercher trop fcrupuleufement à établir
les motifs de fa critique , & ce n'eft pas là le
cas de dire avec le Pyrrhus de Racine :
Trop de prudence entraîne trop de foins.a
Dom Japhet d'Arménie , Jodelet Maitre
for
a
na
fo
de
ell
Ο
Ja
n
M
DE FRANCE. 37
nt les Ouvrages que la Comédie Françoife
choifis pour repréfenter pendant le Carval
; temps de délire , où la Folie règne en
uveraine , & pendant lequel on lui paronneroit
peut- être d'éclipfer la raifon , fi
le n'éloignoit pas trop fouvent la décence. /
omment paffer de cette expreffion à Doin
phet d'Arménie ? Quelle tranfition pourra
ous y conduire un peu naturellement ?
Mauvais goût , mauvais ftyle , détails dégoûans
, plaifanteries groffières ; tout cela , loin
e fe rapprocher de la décence , n'eft pas
même de la gaîté. Pourquoi donc remet- on
ette bizarre Comédie tous les deux ou troisns
? Parce que c'eft un ufage reçu ; parce
que Dom Japhet a confervé fa réputation
ans l'efprit d'une certaine claffe de Specateurs
, parce qu'il y a encore des gens que
cela fait rire ; enfin , parce qu'il n'eft pas
urprenant qu'on applaudiffe aux ordures que
débite l'Arménien, dans un temps où la vefte
de Janot a fixé la bonne compagnie de la Capitale
pendant trois cent repréfentations.
Nous pouvons nous arrêter à cette réflexion.
Sans y fonger , elle nous a fait réfoudre une
queftion facile , & qu'au premier coup d'oeil
nous avions regardée comme un problême.
Il y a loin de Dom Japhet à Jodelet Maitre
& Valet , quoique celui- ci ne foit pas exempt
de groffes & ridicules plaifanteries ; mais on
y trouve fouvent des fituations d'un bon comique
, des fcènes adroitement filées , & un
ton généralement affez bien fait pour faire.
38
MERCURE
préfumer que fi Scarron avoit écrit plus tard,
il auroit mérité de la réputation comme Auteur
Dramatique. L'eloge eft fort . Oui , fansdoute
; mais nous nous en rapportons aux
connoiffeuis . Les Ouvrages de ce fingulier
Écrivain font prefque tous puifés dans la
Littérature Efpagnole . Au temps où il écrivoit,
nos Auteurs ne prenoient guères que là
leurs modèles. Le grand Corneille lui même
lui a dû plufieurs de fes premiers Ouvrages.
Il n'eft donc pas étonnant qu'un homme tel
que Scarron fe foit laiffé entraîner au goût
dominant , qu'il ait trouvé de l'intérêt dans
la complication , nous dirions prefqu'inextricable,
des refforts nombreux qui font marcher
l'action de fes Drames : refforts qui fe
nuifent mutuellement , qui fatiguent l'attention
& qui dégoûtent de la curiofité. Mais
ce que Scarron n'a puifé nulle part que dans
fon génie , c'eft fa gaîté; talent naturel , mais
rare , & maintenant plus que jamais. La vé
rité comique ne lui étoit pas tout à fait étran
gère. Il eft certain qu'il l'a plutôt entrevue
qu'il ne l'a connue ; il eft encore certain qu'il
l'a quelquefois défigurée par des caricatures ;
néanmoins , on peut dire que , malgré les
reproches qu'il mérite, il a fait un grand
pas , quand fes contemporains marchoient
timidement & fans force ; & des yeux clairvoyans
ne fauroient fans injuftice lui refufer
quelque eftime. D'ailleurs , n'oublions
jamais
ديمسلا nous voulons inger u
P
P
Ы
fo
fo
fo
DEFRAIN CE. 3.9
a
temps dans lequel nous fommes mais
our celui où il a vécu : c'eft le feul moyen
'être juste. Que de gens qui parlent
e Scarron avec dédain , qui paffent pour
es gens d'efprit , parce qu'on s'eft occupé
endant deux fiècles à leur faire celui
u'ils ont aujourd'hui , & qui n'auroient pas
ême été ad nis dans la fociété du Malade
e la Royne ? bang dalhora ,
Citer le Bourgeois Gentilhomme , &
ommer fon Auteur , c'eft annoncer fuffamment
l'énorme diftance qui exifte entre
et Ouvrage & ceux dont nous venons de
arler. Les trois premiers Actes font affez
-leins , affez vrais , affez marqués du grand
aractère comique , pour faire excufer la
ouffonnerie des deux derniers . Toutes les
ois que nous voyons reprefenter cette Comédie
, nous examinous le principab pere
onnage , nous jerons enfuite les yeux fur
quelques individus de la fociété, & nous
ifons voilà des enfans de M. Jourdain ; le
onds eft le même , le coftume feul a changé.
De tous les Auteurs Dramatiques de
oures les Nations , un feul jufqu'ici a peint,
même dans fes facéties , l'homme de tous les
emps : Cet Écrivain , c'eft Molière.
COMÉDIE ITALIENNE.
40 MERCURE
ФОИ АЯЛ ЗА
feulement très-dur , mais même prefqu'infupportable.
Quelques riches bienfaifans
ont retranché de leur fuperflu , & font venus
au fecours des infortunés. On a ouvert , au
Bureau du Journal de Paris , une foufcription
de bienfaifance ; des Sociétés particulières
, & qui ont pour but de s'occuper des
objets les plus avantageux à l'humanité ;
différens Corps , en un mot prefque tous
les Ordres de l'Etat qui peuvent réunir
la poffibilité au defir de faire le bien , ont
coopéré au foulagement du malheureux.MM .
les Comédiens Italiens ont fuivi cet exemple
intéreffant ; ils ont annoncé pour le famedi ,
21 Février , une Repréfentation au profit
des Pauvres. Le Spectacle a été compofé de
Blaife & Babet , & du Droit du Seigneur ,
deux Comédies en trois Actes , mêlées d'ariettes.
La recette eft montée à 9162 liv.
Quelque confidérable qu'elle ait été , elle
auroit pû l'être d'avantage , fi la falle avoit pú
contenit la foule qui s'eft préfentée . Ce trait
d'humanité , qui fait infiniment d'honneur
à MM. les Comédiens Italiens , fera imité
par nos autres Théâtres . L'action fera louable
fans doute ; mais la Comédie Italienne aura
l'avantage d'avoir fait le premier pas , &
tous les coeurs honnêtes lui en tiendront
compte , parce que celui qui non- feulement
a fait , mais qui encore a donné l'exemple du
bien mérite une double confidération.
A
225
C
boro
M
Par
Ca
20
tet
an
A
D
DE FRANCE, 41
NNONCES ET NOTICES.
lus
HURCHILL Amoureux , ou la jeunele de Mal
ough , Comédie en deux Actes & en profe , par
Guillemain , repréfentée pour la première fois à
is , fur le Théâtre des Variétés Amufantes , le
oût 1783. Prix , 1 livre 4 fols . A Paris , chez
illeau , Imprimeur- Libraire , rue Galande.
Churchill étant au fervice de France , aime éperement
une ouvrière en dentelles qui appartient
les parens pauvres , mais vertueux Son protecr
le Duc de Montmouth, fils naturel de Charles II,
i l'a blâmé d'abord , croyant que l'objet de fon
hour étoit vil & méprifable , le furprend dans la
aifon de Marianne fa maîtreffe; & tout ce qu'il
it & tout ce qu'il entend ennoblit à fes yeux
paffion de fon ami. C'eft Marianne elle même
1 exhorte fon amant à la quitter pour fon devoit
i l'appelle à l'armée. Churchill part , mais après
voir affuré à Marianne une penfion viagère de
Eux cent livres fterling. bros
Il y a d'heureux détails ly dans cette Comédie's
mais on peut reprocher à l'Auteur d'avoir pris
uelquefois un ftyle trop à prétention & déclamapire
, & de n'avoir pas confervé à chaque Perfonage
le ton qui convient à fon état ou à fon caactère.
On eft d'autant plus en droit de le lui reproher
qu'il a prouvé plus d'une fois qu'il ne tient
qu'à lui d'être piquant fans ceffer d'être vrai & nazurel
.
On trouve chez le même Libraire : A bon Vin
point d'Enfeigne , Comédie- Proverbe en un Acte ,
repréfentée pour la première fois fur le même Théâ
tre en 1781.
42 MERCURE
SPECIMINA Eloquentia Ciceroniana , hoc eft , ea
qua magis eminent in Ciceronis orationibus ; iis
prafertim , qua in fcholis legi non folent ; cum argumentis
& notis Freigii , ad ufum auditorum in
fecundo vel tertio ordine. Parifiis , apud Lottin juniorem
Bibliopolam , via San- Jacobad.
Cicéron rousa laiflé cinquante - fept Oraifons.
Dans les Claffes de Seconde , de Troifième & de
Rhétorique , on n'a guères le temps d'en faire expliquer
aux Écoliers plus d'une douzaine ; le refte
de ces précieux modèles d'éloquence eft comme
perdu pour eux. L'Auteur du Recueil que nous annonçons
a pris dans tous des morceaux cheifis , dont
vil a fait un Volume ; nous croyons que cet Orvrage
fera accueilli , & qu'il peut être utile dans les Colléges.
Tam
DISSERTATION fur la Roge , qui a remporté le
premier Prix de la Société Royale de Médecine de
Paris , le 11 Mars 1783 , par M. le Roux , Chirur
gien- Major de l'Hôpital Général de Dijon , Allocié
de l'Académie Royle des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de la même ville , & Cerrefpondant de la
Société Royale de Médecine de Paris . in- 8 . de 88 p.
A Paris , de l'imprimerie de Ph. D. Pierres , Intprimeur
du Roi & de la Société Royale , rue S. Jacques.
Quelques progrès que nous avons faits dans les
Sciences , la Nature humaine eft encore expeée à
des fléaux auxquels elle n'a pu oppofer jufqu'ici que
des remèdes impuiffans. De tous ces fléaux la rage
étant le plus effrayantfans doute, on doit les plus grands
éloges aux Savans & aux Médecins qui s'efforcent
de trouver des armes pour la combattre , & aux
gens en place qui encouragent leurs efforts . L'idée
de la queftion traitée dans ce Difcours joftement
de ce
gloir
Bant
tarif
furc
bes
den
"
pie
CO
C
DE FRANCE 43
cette Capitale , & qui par-là doit participer à la
pire de l'Auteur à qui le Prix eft accordé.
TRAITE général de la Mefure des Bois , content
celui de la mefure des Bois quarrés avec le
if de la réduction en pieds cubes celui de la mere
des Bois ronds , avec la réduction en pieds cu-.
s ; celui de la mefure des Måts & de leurs excéns
, avec le tarif de la réduction en pieds cubes ;
lui de la mefare du feiage des bois , avec le tarif
la réduction en pieds quarrés ; enfin celui de la
cette des Bois avec le tarif de l'appréciation des
èces de conftruction , & les figures desdites pièces ;
er M. Segondat , Commiffaire des Ports & Arfenaux
Marine. Nouvelle Édition , revue , corrigée &
onfidérablement augmentée par l'Auteur. 2 vol.
189. A Rochefort , chez Bonhomme , Libraire &
Compagnie , & fe trouve à Paris , chez Jombert le
eune , Libraire , rae Dauphine , & chez les prinpaux
Libraires du Royaume, insec
La première Édition de cet Ouvrage , connu fous
titre de Tarifpour cuber les Bois de Conftruction ,
' ayant pas été faite fons les yeux de l'Auteur , il s'y
toit gliffe beaucoup de fautes celle ci a été revue
ved foin & les augmentations que M. Segondatly
faites l'ont obligé de mettre l'Ouvrage en deux
Volumes no ano suparipo
MEMOIRES la dans la Séance publique du
Burenu Académique d'Écriture en préfense de M.
Lenoir , Confeiler d Etat ordinaire , Lieutenant-
Général de Police , & de M. de Flandre de Brunville
. Procureur du Roi au Châtelet , Préfidens du
Bureau , le 2 Novembre 1783 , par MM. Harger ,
Membre & Secrétaire , Dautrepe , Guillaume &
Bédigis , Membres . A Paris , de l'Imprimerie de
d'Houry , Imprimeur- Libraire , rue Hautefeuille.
44
MERCURE
noncé
Le premier de ces Mémonies ou Difcours a été pro
par M. Harger, qui ouvrit la Séance. Il y traite
avec intérêt de l'Art d'écrire, & prouve l'impoffibilité
de contrefaire parfaitement l'écriture d'autrui, c'eft- àdire
, que la fraude dans ce genre ne peut tromper
les regards des vrais Connoiffeurs. Le fecond Dif
cours traite des calculs à . l'ufage de la Finance ,
du Commerce & de la Banque, & par une digreffion
qu'on ne pourroit blâmer fans humeur, l'Auteur,
M.Dautrepe, a fait valoir les avantages nombreux que
le Commerce procure aux Nations. M. Guillaume, Au
teur du troifième Mémoire, a confidéré l'Écriture fous
divers rapports d'utilité. On a remarqué ce qu'il a dit
fur l'Art d'écrire auffi vite que la parole . Enfin, le Difcours
de M. Bédigis , qui termina la Séance , traite
des Caractères gravés & manufcrits. Tous ces Mémoires
, qui ont été applaudis par des Auditeurs
nombreux , le feront fans doute par les Lecteurs.
Tous les fujets qui y font traités le font d'une manière
fatisfaifante.
L'ART de gouverner les Abeilles , & de fabriquer
le miel & la cire fans méprifes , ou courtes
Inftrudions propres aux gens de la campagne pour
tirer des Abeilles tout le profit poffible , avec un
Abrégé de ce que ces Infestes offrent de plus curieux ,
in 12. Prix , 1 livre 16 fols. A Paris , chez Lamy ,
Libraire , quai des Auguftins.
•
L'objet de cet Ouvrage eft d'une grande utilité;
& les préceptes que donne l'Auteur ont le double
avantage d'être économiques & faciles à fuivre.
2
ATLAS Hiftorique , dédié au Roi , par M.
Serane , deuxième Livraison . A Paris , chez l'Auteur
, rue des Fontaines , n ° . 15, & chez M. Tronc ,
rue Neuve Saint-Pierre , au Marais.
premie
les be
fecond
mière
fane ,
prem
Co
C
fidera
fiers
Tab
ceux
teur
par
1
201
P
m
D
DE FRACNE. 45.
nière Livraifon de ce grand Ouvrage fait d'après
beaux Deffins de M. Lebarbier l'aîné. Cette
onde Livraiſon eft compofée , comme la prere
, de deux Tableaux , l'un facré , l'autre proe
, la Fondation de Rome & la Mort d'Abel. La
mière Eftampe nous a paru fupérieure à l'autre.
Comme la fuite de cette Collection eft trop conérable
, foit pour la fortune de plufieurs Particu-
Es , foit pour le local qu'ils peuvent deftiner à ces
bleaux , l'Éditeur s'eft décidé à donner féparément
x qu'on lui demandera , & qui feront payés
liv. au lieu de 12 livres que payent les Soufcripars.
GLOBE Aéroftatique , deffiné par Bel , & gravé
ar Denis , Sculpteur , dédié à M. Charles. Prix ,
liv. 4 fols. A Paris , chez Baffet , rue S. Jacques ,
a coin de celle des Mathurins. Cette Eftampe reréfente
le Globe s'élevant pour la feconde fois au
ilieu de la prairie de Nefle , où M. Charles veoit
de defcendre accompagné de M. Robert , & en
réfence de Mgr. le Duc de Chartres , de M. le Duc
e Fitzjames & de M. Farer , Gentilhomme Anglois.
4. Robert préfente le Procès- verbal à figner aux
Curés d'Hédouville & de Nefle.
ÉLOGE de Nicolas Pouffin , Peintre ordinaire
du Roi , Difcours qui a remporté le prix à l'Académie
Royale des Sciences , Belles- Lettres & Arts de
Rouen , le 6 Août 1783 , lû à l'Affemblée de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture au Louvre, le
4 Octobre fuivant , par M. Nicolas Guibal , ancien
Penfionnaire du Roi , premier Peintre & Directeur
de la Galerie du Duc de Wurtemberg , &
Teck , &c. &c. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
Le célèbre Pouffin eft bien célébré dans ce Difcours
, & encore mieux apprécié, Le jufte enthou46
MERCURE
fiafme de M. Guibal n'a point fermé les yeux aux
défauts de fon Héros , & il a mêlé à fes éloges une
critique qui leur donne plus de prix.
RÉPONSE à l'Examen de la Phyfique du
Monde de MM . le Baron de Marivetz & Gouffier.
A Paris , chez Didot le jeune , Imprimeur-Libraire ,
quai des Auguftins ; Cellot , Imprimeur - Libraire ,
rue des grands Auguftins ; Mérigot le jeure , Libraire
, quai des Auguftins ; Nyon l'aîné , Libraire ,
rue du Jardinet ; Onfroy , Libraire , rue du Hure
-poix ; Barrois le jeune , Libraire , quai des Auguftins
; au Bureau du Journal de Physique ruc &
hôtel Serpente ; Lafoffe , Graveur , Place du petit
Carroufel . Prix , 2 liv. 8 fols.
Cette Réponse eft imprimée dans le même format
que la Phyfique du Monde, & peut être jointe
à cet important Ouvrage.
F IDEES fur la Navigation Aérienne & fur la
Conftruction d'une Pirogue Aéroftatique , Brochure
de 23 pages A Paris , chez Bailly , Libraire , Barrière
des Sergens , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
0 %
L'Auteur de cette Brochure , perfuadé qu'on ne
pourra jamais conduire une Machine Aéroftatique
hors de la direction du vent , fi elle n'oppoſe au
fluide, dans lequel elle eft portée, une furface plane,
propofe de conftruire une Pirogue dont il donne la
defcription. Il s'occupe enfuite des moyens de la
diriger à volonté. En nous abftenant de prononcer
fur l'efficacité de ces moyens , nous ne ferons qu'imiter
la fage retenue de l'Auteur qui les expofe
avec la défiance la plus modefte.
GABRIEL Senac de Meilhan , Intendant du Haipleffis
Yeur
Ce
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plus s
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M
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N
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DE FRANCE.
47
fis. Prix , 12 liv. A Paris , chez Aliamet , Graur
du Roi , rue des Mathurins.
Cette Eftampe doit être accueillie des Connoifrs
; elle annonce le plus grand talent. On fera
étonné de la perfection du travail qui y règne
and on faura que l'Auteur n'a que vingt ans. M
PREMIERE Vue d'Oftende prife du bord de la
reque Gauweloofe , près du fort de Slyckena
in: par L. J. Mafquelier , d'après Lemay A Brulles
, chez les Soeurs Lemay , Libraires & Marandes
d'Eftampes , rue du Loxum ; & à Paris ,
ez L. J. Mafquelier , Graveur , rue des Francsourgeois
, Place Saint Michel.
Il y a du foin & de la correction dans cette Efmpe,
dont la compofition eft heureufe.
Six Trios concertans pour Flute , Violon &
affe ou Alto , par M. Canal. Prix , 7 livres 4 fols.
Paris , chez M. Muffard , rue Aubry- le- Boucher ,
haifon du Marchand de Vin , à côté du Pâtiffier.
bo pisos yos
SIX Duos concertans pour deux Quintes , par
4. Cambiny. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez M.
Soyer , au Magafin de Mufique , rue Neuve des
Petits- Champs , près celle Saint Roch , no. 83 , &
Ame Lemenu , rue du Roule , à la Clé d'or.
JOURNAL de Harpe , par les meilleurs Maîtres ,
contenant deux Airs du Droit du Seigneur & un de
M. Aubert ; les Accompagnemens par MM. Lamaière
, Aubert & de Leplanque. Prix , 2 livres 8 fols ,
A Paris, chez M. Leduc , au Magafin de Mufique ,
ue Traverfière- Saint Honoré. L'abonnement pour
douze Cahiers eft de 15 livres franc de port à Paris
x en Province.
CONCERTO pour le Clavecin on Forte - Piano ,
deux Violons , Alto & Baffe , rar M. Rigel. Prix ,
48 MERCURE
3 liv. 12 fols. Sonate avec Violon ad libitum , par
M. J. Wanhall. Prix , 2 liv. 8 fols , faifant le premier
& le fecond Numéros du Journal de Pièces de
Clavecin par différens Auteurs , contenant des Sonates
avec ou fans Accompagnement , Duo , Trio ,
Quatuor , Symphonies & Conceito . Prix de l'abonnement
pour les douze Numéros , 24 livres pour
Paris , 30 liv. pour la Province franc de port. A
Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des Petits-
Champs , près celle Saint Roch , nº . 83 , & Mme
Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or..
Le foin que l'Editeur donne à ce Journal doit en
affurer le fuccès..
ERRATA. Dans le dernier N. page 148
premier vers de la Chanfon , dans , lifez : en.
Au deuxième Couplet , lignes , par fes mépris ,
lifez :par mépris.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
M
S
R
TABLE
VERS pour le Portrait de _phe
***
Remercimens d'une
Veuve à la Reine ,
A mon Rival,
A M. Charles ,
7
3Dela Monarchie Françoife , 9
pauvre Les Chartreux , Poëme , 27
4 Variétés ,
Comédie Françoise ,
6 Annonces & Notices ,
Charade, Enigme & Logogry-
APPROBATION.
32 , 34
35
41
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Mars. Je n'y ai
rien trouvé qui duiffe en empêcher l'impreffion . A Paris.
vil
MERCURE
direa slip , omnidy sa
DE FRANCE.
AMEDI 13 MARS 1784.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
al ob M
ÉPONSE aux Vers inférés dans le
No. 3 du 17 Janvier.
LONG- TEMPS jouet de mes defirs ,
J'ai , par une ardeur infenfée ,
Changeant d'erreurs & de plaifirs ,
A leur choix borné ma penfée.
Je faifois alors des fouhaits
Beaucoup moins heureux que les vôtres ,
Hors feulement qu'ils étoient faits
Comme eux pour le bonheur des autres.
POUR moi , qu'aurois-je fouhaité?
J'avois tous les biens du bel âge :
Santé , force , amour & gaîté ;
Peut- on defirer davantage ?
ALL
dot
NO 12 Mars 1784 C
so
MERCURE
" J'avois rencontré le bonheur
Entre les bras de ma Bergère ;
Rien n'en corrompoit la douceur.
Que la crainte de lui déplaire .
J'IGNOROIS les pièges cruels
Où la vanité , l'avarice
Entraînent les foibles mortels ,
En favorifant leur caprice.
SANS réfléchir à quel tourment
Pourroit m'expofer ma franchiſe ,
Je difois mal- adroitement
La vérité que l'on déguiſe.
Si d'un encens injurieux ,
L'infidieufe flatterie
Leurroit par fois ma bonhomie ;
J'y croyois , & j'étois heureux.
Je n'ai plus ce charmant délire
J'
L
A
E
Qui m'enivroit de volupté ;
Je le regrette & je ſoupire ,
Affligé par la vérité.
DANS les beaux jours de ma jeuneſſe ,
Aveuglé par les paffions ,
Je prêtois mes illufions
A mes amis , à ma maîtreſſe.
PAR l'un & l'autre tour- à-tour
Thi Jane me douleur amère
Ex
cel
Lo
I
Ly
DE FRANCE.
SI
LaioveT
J'ai dit : Ah ! femblable à l'Amour ,
L'amitié n'eft qu'une chimère !
ob ticemet
AIGRI par ce double malheur , alph
Et n'ayant plus d'ami fincère
Qui fut partager ma douleur ,
Je me trouvai feul fur la terre .
CEPENDANT , le befoin d'aimer
Fit renaître la confiance;
Mon coeur , facile à fe calmer ,
S'ouvrit encore à l'efpérance.
A QUELQUE OBJET t
toujours lié ,
味
Soit qu'on le trompe ou qu'on l'oublie ,
Il eft, malgré la calomnie ,
Fait pour l'amour & l'amitié.
( Par M. François , Peintre. )
plication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Parlement ;
i de l'Enigme eft Eventail ; celui du
gogryphe eft Encyclopédie , où l'on trouve
cée , loi , lice , Condé , épine , ail, Déon
Chevalier ) , Léon ( 1er du nom ) , Pline ,
e , lien, décence , licence , Éole , lion &
py.
Cij
MERCURE 52
Simon
CHARADE
.
I mon chef décore un parterre ,
Ma eft l'honneur de nos champs ;
queue
Mon milieu vient de la grammaire ,
Et mon tout brille chez les Francs.
ÉNIGM
E.
J'AI quatre foeurs , dont je fuis la feconde ;
Et cependant je fuis la dernière du monde.
(Par M. Finot , Avocat à Dijon . )
LOGO
GRYPH
E.
ANIME,
·
NIMÉ , je pourfuis les timides oiſeaux ;
Inanimé , je prends les habitans des eaux.
Mon être cependant
eft pour toi lettre cloſe.
J'ai huit pieds bien comptés , cher Lecteur, décompofe
.
Tu trouveras d'abord ce qui pendant la nuit
Charme ou, trouble tes fens , t'effraye ou te féduit ;
Ce qui refferre un fleuve en fa courſe rapide ;
Ce dont s'arme le bras du Guerrier intrépide ;
Un oifeau fort connu , babillard & voleur ;
. Ce qui dans la campagne , aux yeux du Laboureur,
De la blonde Cérès déploye les richeffes ;
Cefta
Tu pe
NO
D
1
DE FRANCE.
53
trop me dévoiler , Lecteur , affurément
peux fans trop d'effort me connoitre aifément.
(Par M. L..... , au Collège des Q. N. )
OUVELLES LITTÉRAIRES.
ISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Jeudi 26 Février 1784
la Réception de MM. le Comte de
Choifeul - Gouffier & Bailly, à la place
de M. d'Alembert & de M. le Comte de
Treffan. A Paris , chez Demonville
Imprimeur- Libraire de l'Académie Françoife,
rue Chriftine.
LE Public fe fouviendra long - temps de
ntérêt & du bonheur de cette Séance , où ,
jugement d'une des plus impofantes Afmblées
, quatre excellens Difcours ont eu
es fuccès égaux & différens ; ils ont éré fuis
d'un Poëme fur l'Imagination , dont il
ffit de nommer l'Auteur ( M. l'Abbé de
ille ) pour faire juger des applaudiffemens
u'il a dû recevoir & mériter.
Le Difcours de M. le Comte de Choifeul
ft confacré tout entier à l'éloge de M.
'Alembert. Cet éloge , il n'ofe l'entreprenre
, il craint , comme Horace ,
Laudes egregii viri
54 MERCURE
Touchant à tes lauriers , craindroit de les flétrir.
" Raffurez - vous , dit- il , Meffieurs ; fes
» manes ne feront point privés du jufte tri-
» but d'éloges qui leur appartient ; fa mé-
» moire fera célébrée par celui qui lui fut
» lié de l'amitié la plus rendre ; qui , confident
de fes penfées , eft encore dépofitaire
des monumens de fou génie ; par fon plus
» digne élève , que le fort a nommé pour ce
devoir funèbre , comme les amis de M.
» d'Alembert l'euffent eux mêmes choifi.
و د
23
95
» Telle fut la renommée , telle eft l'éten-
» due de fa gloire Littéraire , que , laiffant
» à la fois de juftes regrets aux Sciences &
» à la Littérature , il ne peut être loué que
par l'Orateur , qui , deftiné à faire fon
éloge en deux Académies , parle également
» la langue de l'une & de l'autre , & faura
faire entendre fa douleur dans tout l'empire
des Lettres. »
n
ور
Après avoir loué l'un par l'autre, avec cette
juftice & cette adreffe , M. d'Alembert &
M. le Marquis de Condorcet , M. le Comte
de Choifeul ne voit plus que fon prédéceffeur
; il s'occupe de lui , & de lui feul à chaque
page , à chaque ligne , comme emporté
par les mouvemens de fon coeur : tel eft l'art
principal qui nous paroît préfider à ce Difcours
. M. dAlembert feul en eft l'objet ; les
autres éloges ne font qu'incidens à celui- là ;
& on pourroir appliquer à ce portrait de
ingén
33
de
l'e
fe
P
chan
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33 1
33
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le
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L
DE FRANCE.
génieufement de fon mérite. « Ifolé , féparé
de tout , il en paroît plus grand ; rien ne
l'entoure , mais rien ne le cache ; il eft
feul , mais il eft lui -même. L
Plufieurs autres traits nobles , fins & touans
, ou féparément ou à la fois , fourcont
ainfi à l'application , fe graveront à
mais dans la mémoire , & feront proverbe.
Tel eft , par exemple , ce mot fur les pro .
ès de l'efprit de M. d'Alembert. « Pour
remplir l'attente du Public , il faut la furpaffer.
"
Et celui ci , fur les reffources de fa bienfance
: « Les malheureux ne furent jamais
qu'il n'avoit que le fimple néceffaire , &
il n'en vit jamais un feul fans fe croire
riche. Il regardoit toute efpèce de luxe
comme un crime contre la Société , tant
qu'il existe un feul homme dans le befoin.
Et cet autre encore : « Le fentiment peut
fe fatisfaire , & non pas s'acquitter par
des dons. ".
Chacun de ces traits , qui auroit déjà tant
prix comme penfée détachée ; a de plus
mérite que nous ne pouvons pas lui conrver
ici , d'être parfaitement à fa place.
Mais ne nous arrêtons point à des traits ;
- pour mieux faire connoître tout le talent ,
ute la richeffe de l'Orateur , offrons à nos
ecteurs de grands morceaux où ces traits
trouvent réunis & placés. ole esime
L'Encyclopédie ne pouvoit être oubliée
ans l'éloge de M. d'Alembert.
Civ
$6
MERCURE
ود
ود
و ر
"2
" Sur les fondemens pofés par l'immortel
» Bacon , s'élevoir cet Ouvrage qui , par fon
» étendue , par la feule audace de l'entreprife
, commande , pour ainfi dire , l'ad-
» miration , même avant de la juftifier ; qui
» ajoute toutes les connoiffances de notre
âge à celles des âges précédens , & les alfure
aux âges à venir ; qui , depuis les
procédés les plus ufuels des Arts , depus
les pratiques les plus vulgaires de l'induftrie
, jufqu'aux Sciences les plus abftraites
, jufqu'aux fpéculations les plus fu-
» blimes , raffemble tous les trésors de l'efprit
humain; qui , par l'ordre dans lequel
» il difpofe toutes les richelles , ou trop
ifolées ou trop accumulées jufqu'alors , en
fait mieux jouir leurs poffeffeurs ; qui ,
" montrant aux Arts la connexion qui exifte
» entre eux , révèle aux Artiftes les fecrets
» les uns des autres , les étonne fouvent de
ود
و د
leur voifinage mutuel , les avertit de leur
» fraternité , enfin leur apprend qu'ils ont
ود
tous une patrie commune , ou plutôt
" femble la créer pour eux : monument im
» mortel que nous avons vu , aux acclama-
» mations de l'Europe entière , terraffer l'en-
» vie..... & qui , par un avantage unique ,
dans fon imperfection même , affocie dès
» ce moment fes Auteurs à la gloire de la
perfection qu'il doit obtenir un jour.....
Tous ces mérites divers , ces contraftes
2de talens multipliés fe réuniffent avec plus
و د
DE FRANCE. 17
" neux , dans ce Difcours Préliminaire , ou
» le génie , planant fur toutes les pasties de
» l'entendement humain, & embraffant d'un
" conp d'oeil toute fon étendue , trace rapidement
l'hiftoire de l'homme & de la fo-
» ciété , celle des Sciences , des Lettres &
» des Arts , pofe les principes d'après lef-
» quels plufieurs font nés en même temps ,
les loix d'après lefquelles plufieurs font
" nés les uns des autres , & enfin établit
» l'ordre philofophique dans lequel ils font
>> tous enchaînés.getE
Après avoir rapporté tous les fuccès de.
M. d'Alembert , tous les honneurs dont il
fut comblé , les offres fi féduifantes que lui
firent les Souverains les plus éclairés de
l'Europe , & qu'il eut la gloire de refufer.
Quel étoit cependant , dit M. le Comte
de Choifeul , cet homme dont la réputation
avoit rempli l'Europe ?... Vous m'en-
» tendez , Meffieurs ; & ce qu'il eft honnête
de fentir , pourquoi craindrois je de l'ex-
→ primer ? Pourquoi , par un filence pufil-
.lanime , priverois je fa mémoire du tribut
of touchant qu'obtiennent de toutes les
• âmes nobles la vertu dans l'infortune &
le génie dans l'obfcurité ? Quel étoit il ?
- Un malheureux enfant fans parens , fans
- berceau , & qui ne dut qu'aux apparences
• d'une mort prochaine & à l'humanité d'un
Officier Public , l'avantage de n'être point
58
MERCURE
rendus à la vie pour s'ignorer toujours
» eux- mêmes.
14 33
J'afflige votre fenfibilité , Meffieurs ;
» mais je n'ai point dû ravir à M. d'Alem-
» bert une partie de fa gloire.
On fent combien il y a de goût dans ces
contraftes fi habilement ménagés , & dans ces
précautions oratoires , qui non - feulement
permettent de tout dire , mais convertiffent
tout en beautés. Suivons celles qui naiffent
en foule de ce mêlange d'infortune & de
gloire dans la deftinée de M. d'Alembert.
" Bientôt la Nature , excitée par la vanité,
» jette un cri pour le rappeler dans fon fein ;
» mais il n'étoit plus temps : il avoit adopté
و د
93
ود
pour mère celle dont les foins maternels
» lui avoient été prodigués. Sa vie entière eft
» confacrée à payer la tendreffe affectueufe
de cette femme fimple & fenfible , il ne
fait plus s'en féparer : c'eft auprès d'elle
qu'il compofe ces nombreux Ouvrages qui
répandent fa renommée dans l'Europe ;
c'eft près de fa nourrice qu'il médite
» Newton , qu'il traduit Tacite , qu'il analyfe
Montefquieu .... C'eft- là que lui.par-
» viennent ces Lettres , par lefquelles des
» Souverains l'appellent dans leurs États ,
celles par qui Voltaire lui communique
» fes penfées ...... Vous l'avez vû jufqu'à les
» derniers jours retourner avec une affiduité
» filiale dans cette fimple demeure , où fa
» préfence étoit le plus doux de fes bien-
و د
و ر
33
13
ע ן
33
39
12
"
21
ม
33
de
20
P
DE FRANCE 59
›
mée , mais de fes fentimens ; où il a toujours
laiffé ignorer qu'il fût un grand
Homme , mais où l'on n'oubliera jamais
qu'il fut bon, reconnoiffant & généreux ...
J'ignore fi c'eft à M. d'Alembert ou à vous ,
Meffieurs , à qui je rends un hommage
plus pur , en obfervant que l'homme dont
la mémoire appelle ici une Affemblée impofante
, eft pleuré dans ce moment même
par les enfans obfcurs d'un obfcur artifan
que la vertu a faits fes frères. »
C'eft par de douces larmes qu'on loue
ignement une fenfibilité fi touchante , une
délicateffe fi noble & fi aimable.
M. le Marquis de Condorcet , accoutumé
aux plus grands fuccès dans l'art de louer
philofophiquement les Talens , les Sciences
les Vertus , a foutenu , & par conféquent
ugmenté fa réputation par fes deux répones.
Pour ne pas entretenir toujours nos Leceurs
du même objet , nous ne rapporterons
rien de l'éloge qu'il fait de M. d'Alembert ,
éloge où l'amitié anime encore fon éloquence
naturelle. Voici ce qu'il dit à M. le Comte
de Choifeul Gouffier. Dès la première ligne
on reconnoît un vrai Philofophe.
" Vous avez offert un grand exemple, aux
jeunes gens à qui le fort a fait le préfent
dangereux d'une grande fortune. Dans un
âge où le goût de la diffipation obtient
facilement l'indulgence , & la mérite peut-
-être, où l'on appelle fages ceux qui s'ocde
leur
60 MERCURE
» intérêt ; amateur ardent , mais déjà éclairé ,
» de l'antiquité & des Arts , vous avez tout
» quitté pour aller en étudier les débris au
» milieu des ruines d'Éphèfe & d'Athènes ,
» & interroger les monumens de ce peuple
" fi aimable & fi grand , à qui nous devons
tout , puifque nous lui devons nos lu-
» mières.
» On vous a vû entouré des paifibles inf-
» trumens des Arts , vifiter les mêmes con-
» trées que vos ancêtres n'avoient parcourues
qu'en pélerins conquérans ; vous êtes
revenu chargé de dépouilles plus pré-
» cieuſes aux yeux de la raifon , que celles
qu'ils ont obtenues pour prix de leurs
exploits......
و ر
"
ور
ور
1
ور
Tous ceux que les Lettres & les Arts
occupent ou intéreffent , ont lû avec avidité
ce voyage où la Géographie a puiſé
» de nouvelles lumières; où les Cartes ma-
» rines font perfectionnées ; où tant de mo-
» numens font décrits avec précifion & deffinés
avec goût ; où les moeurs , obfervées
fans enthoufiafme & fans humeur , font
peintes avec tant de vérité. Un heureux
emploi de l'Hiftoire Ancienne de la Grèce
y offre fans ceffe des rapprochemens inf-
» tructifs ou des contraftes piquans . Ce ftyle
fimple & noble , fi convenable à celui qui
parle de ce qu'il a vû & raconte ce qu'il
» a fait ; une exactitude fcrupuleufe fans
longueurs & fans minuties ; de la philofophie
fans déclamation & fans ſuſtêmes :
ور
ود
,,
و د
"
13
و د 03
2
3 DE FRANCE. 61
Si tels font les caractères de cet Ouvrage.
2001 L'Auteur y paroît conftamment animé par
29 l'amour de l'humanité , par un fentiment
295 profond de l'égalité primitive des homsiqua
mes , qu'il eft fi doux de trouver dans ceux
enovo, qui , s'ils n'avoient qu'une âme commune
Jul2 & des talens ordinaires , auroient tout à
33
و د
» perdre par la deftruction des préjugés .....
Onia Une nouvelle carrière s'ouvre devant
o vous. Ces mêmes peuples , qui vous ont
Lovû avec étonnement deffiner les monu-
» mens antiques que leur indifférence foule
aux pieds , vous reverront trop tôt pour
elis nous , honoré de la confiance d'un Prince ,
us leur fidèle & généreux Allié. La politique
de l'Europe ( du moins celle qu'on avouoit )
A fut long- temps dirigée contre cet empire ,
ys alors redoutable , & aujourd'hui celle de
» plufieurs États femble chercher à le fouem
و د
و د
و د
هد
tenir ou à le défendre ; mais ce qui doit
honorer & notre pays & notre fiècle ,
belle ne veut employer que des moyens
avoués par la juftice & conformes à l'inol
térêt général de l'humanité. Menacé par
» des Nations puiffantes & éclairées , le
» trône des Ottomans ne peut fubfifter s'ils
» ne fe hâtent d'abaiffer les barrières qu'ils
» ont trop long-temps oppofées aux Scien-
> ces & aux Arts de l'Europe. Cette vafte
» domination , qui embraffe tant de belles
contrées , qui renferme tant de peuples
jadis fi célèbres , qui , s'étendant des four-
93
ces du Nil aux rives du Pont . Euxin réunit
62
MERCURE
"3
tous les climats , & devroit réunir toutes
les productions , ne peut plus appartenir
» qu'à une Nation qui connoiffe le prix des
» lumières. Les lumières font le fecours le
plus efficace que cet Empire puiffe rece-
" voir de fes Alliés ; & l'art des négociations ,
» qui a été fi long temps l'art de tromper
» les hommes , fera dans vos mains celui de
» les inftruire & de leur montrer leurs véri-
" tables intérêts . "
Il nous femble que voilà le plus parfait
modèle de l'éloquence philofophique.
Le Difcours de M. Bailly eft plein d'efprit
, de fineffe & de grâce ; on y fent refpirer
par tout la douceur aimable de fon
caractère on y voit briller les couleurs
d'une imagination riante , que le goût choifit
& embellit encore ; il rend intéreffante ,
refpectable & fur tout aimable la vieilleffe
de M. le Comte de Treffan :
Son talent maîtrifoit l'âge & la mala-
» die. La gaîté avoit alors le même effet
» que le ftoicifme.... Il peignoit les hauts
faits d'armes , comme un François qui
» fent qu'il eft né pour s'y diflinguer ; il
peignoit l'amour , comme un homme qui
» fe plaît à s'en fouvenir.
و ر
ינ
C'étoit un mélange de la délicateffe Anacréontique
, de la naïveté Gauloife & de la
grâce Françoife. molol heb
" Toutes nos compofitions , dit M. Bailly,
DE FRANCE. 63
» fujets ; elle y porte ou fa grandeur ou fes
foibleffes & malheur à l'Ecrivain de qui
» on n'affignera pas le caractère fur les Ou-
» vrages ! 291 291 291imulu
Si cette réflexion s'applique naturellement
à M. le Comte de Treffan , elle s'applique
auffi avec avantage à fon Panégyrifte. p
و د
ود
ور
Il en eft des ftyles comme des hommes :
» beaucoup d'individus & peu de caractères
, c'eft l'hiftoire de la Société ; beaucoup
d'Ecrivains , & peu d'Ecrivains originaux
, c'eft l'hiftoire de la Littérature .
» Combien d'Auteurs , affociant & bigarrant
les ftyles , redifent les phrafes de nos
bons Ecrivains , comme les Modernes
compofent en Latin avec les expreffions
» de Cicéron & de Térence !! ", )
En détaillant les Ouvrages de M. de
Treffan , M. Bailly s'exprime ainfi
ود
ود
ور
و د
" Il ufa d'une fupercherie dont il doit
être loué , en préfentant pour un Extrait
rajeuni un Roman tout neuf , où il eut
» l'art de tromper & le bonheur de plaire.
" La première partie de ce Roman eut un
" fuccès prodigieux. Il s'agiffoit d'un Enfant
» élevé dans une caverne par une Ourfe :
le fait eft pcut être hors de la vraifemblance
; mais il faut bien qu'on y croie ,
puifqu'il intéreffe. Teleft l'art de l'Ecri-
" vain : il crée à volonté les faits , il les
>> pare des couleurs de fon imagination , il les
» rend vrais par la vérité des détails . Ces
و د
32
و د
dérails font le no! ngiffens le
64
MERCURE
و د
mieux , & ce qui nous touche davantage ;
on juge comme l'Auteur le veut , quand
» on eft ému , & il force la croyance par
» la fenfibilité. »
ود
Ce morceau en rappelle un , analogue ,
qui s'applique à M. Bailly lui- même , dans
la réponſe de M. de Condorcet , & qui eft
le trait le plus faillant de cette excellente
réponſe. Nous le placerons ici , fans quitter
M. Bailly , dont nous avons encore befoin
pour préfenter à nos Lecteurs des idées trèsbelles
& très- philofophiques :
ود
66
Vos Lettres fur l'Atlantide , ont eu un
» avantage réfervé prefque uniquement aux
» Romans & aux Pièces de Théâtre , celui
» d'avoir pour Lecteurs tous ceux qui favent " da
» lire. Vous y établiffez votre opinion avec
" tant d'adreffe , vous l'avez tellement em-
» bellie par des détails ingénieux , qu'on a
» de la peine à s'empêcher de l'adopter.
» On eft de votre avis tant qu'on a votre
Livre entre les mains , & il faut le quitter
» pour avoir la force de fe défendre contre
» vous. En interprétant Platon , vous l'avez
» imité dans l'art heureux de faire aimer les
» opinions que vous voulez établir ; & fi
» votre fyftême a jamais le fort qu'ont éprou
» vé tant d'autres opinions , & dont le nom
» ou le génie de leurs Auteurs n'ont pu les
préferver , votre Ouvrage fera plus heu-
» reux , & la poftérité vous pardonnera
» votre Peuple Hyperboréen , comme elle
DE FRANCE. 65
" Tourbillons à l'Auteur illons à l'Aut de la Pluralité des
» Mondes. »
Il eft poffible même que ces fyftêmes ,
» mêlés avec art à des vérités importantes ,
» aient quelquefois une utilité réelle. Ils
» peuvent infpirer le goût de l'inftruction
» à ces efprits que l'incertitude , le doute'
» lá méthode lente & rigoureufe des Scien-
» ces exactes fatiguent ou rebutent. On a
» dit qu'il falloit des fables aux hommes
» pour leur faire fupporter la vérité , & ces
opinions fyftématiques font peut être la
» feule Mythologie qui convienne à des
fiècles éclairés. »
ود
Nous n'avons pu que faire entrevoir les
idées de M. Bailly fur le ftyle ; elles ont autant
de profondeur que d'agrément . Une
autre idée très-féconde , très - heureufe &
très- bien développée dans ce difcours , eft
celle qui concerne les rapports des Sciences
& des Lettres. Nous ne pouvons encore en
offrir ici que le précis. « Cette féance , dit
» M. Bailly , offre une circonftance très- re-
» marquable. M. d'Alembert & M. de
» Treffan étoient
> que vous regrettez ,
tous deux de l'Académie des Sciences ; j'ai
l'avantage d'appartenir à cette Compa
gnie , & celui d'être reçu dans la vôtre.
» par un de mes Confrères , aujourd'hui
» votre digne organe.
ود
ود
و د
ود
» Ce concours eft peut-être unique dans
» votre hiftoire ; c'eft un effet de l'union
qui doit fubfifter entre deux Corps illufe
66 MERCURE
" tres , & une preuve des rapports intimes
>> que
les Sciences ont avec les Lettres....
» On a porté dans les Sciences la fineffe
» de l'efprit , les graces de l'imagination ;
» & les Sciences vous ont donné Fonte-
» nelle . On a fait le dénombrement de nos
connoiffances , expofé dans un langage
clair & méthodique , développé par une
Philofophie fage & lumineufe ; & les
» Sciences vous ont donné d'Alembert.
Enfin , on a été éloquent , magnifique ,
» varié comme les chef d'oeuvres du Mon-
» de Phyfique ; & les Sciences vous ont
donné l'Hiftorien & le Peintre de la Na-
» ture , qui laiffera une grande copie auffi
» vivante & auffi durable que fon modèle. »
ود
و د
و د
Dans cette même Seance , une autre Académie
très illuftre , Soeur de l'Académie des
Sciences , & fa Soeur aînée , donnoit auffi
un de fes Membres , M. le Comte de
Choifeul- Gouffier , à l'Académie Françoife ;
& c'est ce qu'exprime M. de Condorcet ,
quand il dit à M. de Choifeul : « Une
Compagnie favante , l'Académie
Françoife s'honorera toujours d'avoir vu
» naître dans fon fein , a cru ne pouvoir
récompenfer votre entreprife d'une ma-
» nière digne d'elle & de vous , qu'en ou-
» bliant tout ce qui vous étoit étranger ,
» pour ne couronner que vos travaux litté→
>> raires. >>
33
ود
و ر
que
0.11
DE FRANCE. 67
les lumières ; ce Corps , l'Oracle des Savans ,
qu'on ne doubleroit pas dans le refte de
l'Europe , ni par conféquent dans le monde
entier , pour l'étendue , la variété , da fûreté ,
la folidité des connoiffances ; qui joint à une
érudition auffi éclairée qu'immenfe , un goût
antique & pur ; qui , par une application
courageufe & infatigable à l'étude des Langues
, des Monumens de l'Hiftoire en tout
gente , des grands modèles de l'Antiquité ,
conferve le dépôt facré de la faine Littérature
, & oppoſe la plus forte barrière aux
ravages du bel efprit faux & frivole , qui
perd tout dans les Lettres , comme le luxe
dans les Etats ; ce Corps , d'ailleurs , qui
produit le mérite fous toutes les formes ,
qui offre des Hommes d'un grand caractère
& d'un grand courage , des Savans précoces ,
nommés avant le temps par la voix publique ,
des Littérateurs vertueux & fimples , des Philofophes
fans fafte, des Beaux- Efprits brillans
& modeftes ; l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres , en un mot , a pris naiffance
dans l'Académie Françoife , comme elle le reconnoît
dans fes Mémoires , par l'organe de
fon premier Secrétaire & de fen Hiftorien .
Compofée d'abord de quatre Académiciens
François , puis de huit , puis enfin devenue
par le temps un Corps trop nombreux
pour n'être qu'une Colonie d'un autre
Corps ; mais , dans toutes fes viciffitudes ,
toujours plus rapprochée que l'Académie des
Sciences de l'Académie Francoife par les
63 MERCURE
objets mêmes de fes travaux , elle lui a toujours
fourni de plus abondantes recrues ;
elle s'en glorifie dans l'éloge de tous ceux
de fes Membres qui étoient parvenus à l'Académie
Françoife : & c'eft en effet un honneur
que la vérité réclame pour elle..
Nous devons aufli à l'Académie Françoife
le témoignage que , comme elle n'invite à
aucun objet par préférence , & qu'elle prend
indiftinctement dans tous les états & dans
tous les genres de Littérature ceux qui s'y
diftinguent par le talent d'écrire , elle n'a
jamais reçu aucun Membre de l'Académie
des Belles Lettres que pour des travaux du
genre de cette Académie . Tant elle eft loin
de détourner de ces travaux !
An refte , cette affinité des Sciences & de
l'érudition avec les Belles Lettres , que MM.
Bailly & de Condorcet mettent ici dans un fi
beau jour , n'a point été inconnue à leurs
Prédéceffeurs. Voici ce que difoit M. de Foncemagne,
dans fon Difcours de réception à
l'Académie Françoife :
" Seroit il permis à l'Académie des Belles-
» Lettres d'oublier que les recherches les
» plus profondes & les découvertes les plus
» intéreffantes empruntent leur principal
و ر
mérite de l'Art qui les met en oeuvre , de
» cet Art précieux qui fait arranger avec
» choix , expofer avec clarté , orner avec.
fageffe , en un mot , de l'Art d'écrire ,
ود
و د
DE FRANCE. 69
gloire d'en donner des modèles ? Pour-
»eroit- elleignorer que la Langue dont elle fe
» fert pour traiter les différentes matières de
» fon reffort , eft devenue, par un effet nécef
»> faire de vos judicieufes obfervations , capa-
» ble de fe plier à tous les ufages , à tous les
befoins:Que l'on ne reproche plus à la Langue
Françoife fa prétendue difette. Depuis
» que par d'exactes définitions, vous avez fixé
» le fens de tous les termes ; depuis que , par
" des diftinctions délicates, vous avez démêlé
» les nuances de ceux qui avoient en appa-
» rence la même valeur , la Langue exprime
39
avec précifion tout ce que l'efprit a conçu
» avec netteté; & de l'abondance que vous
lui avez affurée , non en lui prêtant des
richeffes étrangères , mais en développant
», celles qui étoient cachées dans fon fein; non
» en multipliant les mots , mais en nous enfeignant
la propriété de ceux que nous
» avions , eft née cette merveilleufe jufteffe
» qui fait le caractère particulier de la Lan-
" gue Françoife . "
و د
Voici la Réponse de M. l'Abbé de Rothelin
, Directeur de l'Académie Françoife :
Quoique , dans fon origine , l'Académie
» des Belles - Lettres fe bornât uniquement à
» confacrer fur le marbre & fur le bronze
» les faits héroïques de fon Fondateur , on
99
prévoyoit fans peine que , dans peu , outre
» cette noble occupation , elle embraffe-
» roit encore par fon travail Hiftoire &
la Littérature de tous les terups & de tous 22
70 MERCURE
و ر
les pays..... La loi de n'écrire qu'en Fran-
" çois , loi que jamais elle n'a tranfgreffée ,
» obligea tous ceux qu'elle adoptoit à faire
» de l'étude de notre Langue une de leurs
» plus férieufes occupations. Ces hommes ,
» d'un goût fûr & délicat , s'appliquèrent à
» la cultiver , en poffédèrent aifément tou
» tes les graces , qu'ils ont depuis fait paffer
» dans leurs Ecrits. C'eft ainfi que , dans le
» fein même des Mufes Grecques & des
» Mufes Latines , il s'eft formé pour l'Aca-
» démie Françoife des Sujets qu'elle prife
» d'autant plus, qu'ils font en état de l'enrichir
de tous les tréfors d'Athènes & de
" Rome. "
ود
ود
Il parle enfuite du Recueil des Mémoires
de l'Académie des Belles Lettres : « Recueil
» précieux que la renommée a rendu cé-
» lèbre au delà même des bornes de l'Europe.
C'eft dans ce Code de la Littérature ,
» dont vos Differtations , Monfieur , font
» un des plus grands ornemens , que la 110-
» bleffe & l'élégance accompagnent toujours
l'exactitude de la méthode, la jufteffe de la
critique & la profondeur de l'érudition . »
Ajoutons que M. Marmontel , fuccédant
à M. de Bougainville dans l'Académie Françoife
, parle ainfi du moment où la Traduction
de l'Anti - Lucrèce & le Difcours
Philofophique placé à la tête , avoient fait
entrer M. de Bougainvililllee ddaannss ll''Académie
des Belles Lettres.
33
ور
DE FRANCE. 71
و و
و د
» les fuffrages d'une Académie qui doit
Meffieurs , fa naiffance à la vôtre , & qui
« foutient avec tant d'éclat la gloire de fon
" origine ; Société favante & laborieufe ,
» que l'on croit voir , le flambeau à la main,
» errant fur les débris du monde , lutter
» fans ceffe contre le temps , pour lui arracher
la vérité qu'il s'efforce d'enfevelir. "
C'eft ainfi qu'un véritable Homme de
Lettres parle des Lettres & de ceux qui les
cultivent ; c'eft ainfi que MM. Bailly & de
Condorcet , Confrères rivaux , ont pris plaifir
à fe combler de juftes éloges.c
Voilà le vrai mérite. Il parle avec candeur ;
L'envie eft à fes pieds , la paix eft dans fon coeur.
Qu'il eft grand , qu'il eft doux de fe dire à foi-même :
Je n'ai point d'ennemis , j'ai des rivaux que j'aime !
Je prends part à leur gloire , à leurs maux , à leurs
biens ; haboso crush 50
Les Arts nous ont unis , leurs beaux jours font les
Laurmmieinse. ns.bela 296
Les Arts uniffent les Académies , & elles.
doivent fur - tout fe refpecter les unes les.
autres ; elles ont un même Protecteur , le
Roi ; elles tendent au même but , le progrès
des Lettres & de la raifon : elles doivent
s'entr'aider , s'encourager , s'appuyer
les unes fur les autres. Ceux qui pourroient
vouloir femer entr'elles la divifion , entendroient
bien mal les intérêts des Lettres.
Dii meliora piis , erroremque hoftibus illum.
72
MERCURE
VARIÉTÉ Sonder
DICTIONNAIRE des mots , termes &
noms grecs fimples ou compofés , naturalifés
François , & adoptés par l'Académie,
extraits des Dictionnaires approuvés par
elle.
C'EST le titre , non d'un Ouvrage mis au jour ,
mais d'un Ouvrage que defire & que voudroit voir
publierun Amateur recommandable par fes titres mili
taires & par fon goût, mais ignorant le grec, ou s'intéreffant
à ceux qui l'ignorent. Il a bien voulu s'adreffer
à nous pour communiquer fon idée aux Gens de
Lettres , & pour engager quelqu'un d'entre eux
à l'exécuter. Il voudroit que pour la facilité de
ceux qui ont oublié ou qui n'ont pas étudié la Langue
grecque , on fît un nouveau Dictionnaire qui
donnât & qui expliquât de la manière la plus claire
& la plus précife la vraie fignification de cette foule
de mots & de noms grecs dont notre Langue a fait
l'acquifition. Comme ils font en très- grand nombre
, quoiqu'on fache communément à - peu-près ce
que la plupart fignifient en gros , cette façon de les
entendre ne lui paroît pas fuffifante pour l'homme
qui voudroit les employer en connoiffance de
caufe. Les Dictionnaires qui exiftent n'en donnent
guères que des explications fommaires & trop laconiques
; d'ailleurs , comme chaque Auteur a expliqué
ou négligé tel ou tel mot , il réfulte qu'en fuppofant
qu'on ait donné l'explication de tous ceux
DE FRANCE. 73
tionnaires : or, tous les Lecteurs ne font pas en état
de pofféder des Bibliothèques. Il faut ajouter que la
plupart de ces mots font compofés , & que les Auteurs
les plus exacts fe contentent de les expliquer en gros
fans faire connoître les termes qui entrent dans leur
compofition Par exemple, fi au mot Antropophage on
apprend par l'explication que ce mot fignifie un
homme qui fe nourrit de chair humaine , on eft
inftruit du fens à la rigueur ; mais on ignore les
divers membres dont ce tout eft compofé ; & cette
ignorance peut donner lieu à diverfes méprifes quand
on emploie ce mot dans le monde. Voici donc la
forme qu'on defireroit à ce nouveau Dictionnaire.
On voudroit que la page fût compofée de trois ,
colonnes. La première préfenteroit le mot fimple ou
compofé ; la feconde en donneroit l'explication ,
décompofition & définition ; & la troifième l'exacte
fignification de la totalité du mot ou nom grec
rendu en François . Par exemple , après avoir cité
dans la première colonne le mot Antropophage , on
iroit dans la feconde , mot compofé de antropos ,
homme & de phagos , mangeur ; & dans la troifième
, fignifie qui fe nourrit de chair humaine , en
obfervant , comme nous venons de le faire , d'écrire ,
es mots grecs en caractères Françeis. Voilà pour
les mots compofés ; quant aux fimples , on metroit
, par excle , première colonne , acolyte ,
deuxième coloane, mot fimple , qui fignifie , troiième
colonne , fervant ou acolyte , ainfi de tous
es autres mots. Nous avons cru devoir donner de
a publicité à cette idée , qui peut faire naître un
nouvel Ouvrage utile à nombre de Lecteurs .
* Depuis que nous avons rédigé cet Article , nous avons
ppris que l'Ouvrage eft fait , & qu'il s'imprime actuel
Ement chez Michel Lambert.
No. 11 , 13 Mars 1784.
D
74 MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Lundi premier de ce mois, on a donné
une repréſentation de Caftor & Pollux au
profit des Pauvres, Cet Opéra , qu'une partie
du Public revoit toujours avec plaisir , a été
remis avec le plus grand foin , & exécuté
avec beaucoup de zèle & de fuccès par les
premiers Sujets. La répréfentation a produit
11,563 liv. Le Lundi 8 , on en a donné une
feconde repréfentation pour la capitation
des Acteurs .
Les repréfentations de Chimène continuent
d'obtenir les plus grands applaudiffemens.
Nous allons foumettre à nos Lecteurs quelques
obfervations générales fur la mufique
de cet Ouvrage.
Ceux qui croyent que la grande puiffance de
la mufique réfide dans les Airs, & qui n'appré
cient le mérite d'un Opéra que par le plus
ou le moins de beaux, airs qui s'y trouvent ,
ne peuvent guère refufer à Chimène le premier
rang dans ce genre de beauté ; nous
n'en connoiffons aucun où il y ait autane
d'airs d'une belle compofition , d'un chant
agréable , pur & fenfible , d'un effet d'harmonie
plus niquant & plus neuf. Le pres
DE FRANCE. 75
La première cavatine de Chimène : Pardonne
à ces lâches combats , eft d'un caractère
doux , tendre , fimple & vrai . Le récitatif
qui fuit, le coupe d'une manière qui n'eft
pas heureufe : l'air reprend enfuite , mais en
fuivant une autre modulation ; & l'effet en
eft beaucoup moins agréable que celui de la
première partie. L'air : Pardonnez , mon coeur
vous offenfe , eft d'un chant délicieux , avec
un accompagnement d'une belle expreffion.
On eft étonné feulement qu'il ne finiffe pas
dans le ton où il a commencé. ma
L'air , Vousfavez qu'à ma foi , eft précédé
par une phrafe de récitatif d'un accent vrai
& fenfible fur ce vers : Jamais mon lâche
coeur ne l'aima davantage. Le chant de l'air
eft d'une fimplicité touchante , animée par
l'expreffion de l'accompagnement. La dernière
phrafe : Mon efpoir s'eft éteint & mon
amour me refle , eft d'une grâce & d'une fenfibilité
charmante. L'air fuivant : Je vois dans
mon amant, a de la chaleur & de l'effet ; nous
croyons que le mouvement en eft trop vif
pour le fentiment qu'il exprime , & que la
prononciation précipitée de la parole qui
réfulte de ce mouvement, eft peu compatible
avec la nobleffe & l'élégance ; mais cet
air eft fi conftamment & fi vivement applaudi
, que nous fentons le peu de poids de
notre critique.
L'air du Roi , dans le premier Acte , De
mes États le Comte fut l'appui , eft d'un
caractère brillout ani
76 MERCURE was sad &
phrafes d'un accent doux, amenées avec art.
Le duo entre Chimène & Rodrigue eft du
plus bel effet. Le premier mouvement largo
eft d'une expreffion de plainte douce & ren--
dre ; l'accompagnement à demi-jeu femble
y répondre par des foupirs & des gémiffemens
; on eft ému fans être agité : une entrée
de cors , d'un effet charmant , vient animer
un peu & varier cette première partie jufqu'au
morceau d'enfemble , Ciel ! quel deflin,
où un mouvement beaucoup plus vif donne
au chant une expreffion pleine de chaleur &
d'accens pathétiques , embellie par des traits
d'harmonie très brillans. Nous croyons que
ce beau duo auroit encore plus d'effet fi l'on
abrégeoit les répétitions de la feconde partie.
Nous connoiffons peu d'airs d'un chant
plus naturel & en même-temps plus élégant
& plus fenfible , que la cavatine de Rodrigue,
Tout ce qui dut me rendre heureux ; l'expreffion
fe développe très naturellement , &
l'air fe termine par une phrafe de chant
pleine de grâce & de douceur.
L'air de Don Diègue : Bannis un cruel
défefpoir, eft d'un chant auffi naturel que
fentible ; l'accompagnement en eft brillant
& varié , il y a dans le chant & dans
l'orchestre une gradation de chaleur qui
ajoute infiniment à l'effet , & qui ne laifferoit
rien à defirer fi une reprife inurile de
la première partie ne venoit refroidir l'impreflion
qu'on a reçue.
DE FRANCE
77
à beaucoup près , autant à louer dans le iecond
Acte. Il n'y a que deux airs que nous
en puiffions citer ; le premier eft celui du
Hérault qui vient faire le récit du combat.
Cet air eft naturellement préparé par le réciratif
accompagné qui le précède. Il femble
que le chant mefuré exprime la progreffion
naturelle du femtiment à mefure que le récit
devient plus intéreffant . Non - feulement le
chant en eft d'un bean caractère & d'un
mouvement jufte ; mais il eft encore trèsbien
phrafé , & plein d'accens vrais . L'accompagnement
en eft riche , étincellant de
traits fpirituels & variés , qui embelliffent
l'expreffion fans la contrarier jamais . C'eft
dommage que l'effet en foit gâté par la répé
tition de la première partie , répétition qui
préfente un contrefens difficile à juflifier.
Il eft trop étrange que ce Hérault, après avoir
raconté la fin du cen bat , fe mette à recommencer
le détail des préparatifs de ce même
combat. M. Sacchini eft trop fupérieur à la
routine de fon art , pour y facrifier ainfi
des vérités fi fimples , & des convenances fi
effentielles.
L'air du Roi , d'un fi brillant fuccès , &c.
eft d'un chant très agréable & d'un effet
charmant , mais d'une tournure bien légère
& bien ornée pour le caractère d'un Roi.
L'air de Chimène au troifième Acte : Sans
l'offenfer , non , tu ne peux le croire , eft d'un
caractère vrai & d'un mouvement animé &
ferme Is Compofireur a donné à ce ders
78
MERCURED
nier vers : Il n'a pu même avoir mon père
pour vainqueur , une expreffion douce qui
n'eft peut- être pas celle qui convient le mieux
aux paroles.ne
L'air de Rodrigue: On dira qu'épris de
Chimène , eft d'une belle compofition , d'un
chant doux & naturel; mais il nous femble que
le rhythme cn eft un peu langoureux pour le
caractère de Rodrigue ; les répétitions multipliées
de ces mots : On dira , en affoibliffent
l'effet; & la repriſe fuperflue de la première
partie le font paroître d'autant plus long ,
qu'il arrête gratuitement le mouvement de
la Scène.
L'air fuivant de Chimène : Cruel , veux tu
que ton amante , eft d'une belle & grande
expreffion ; il n'eft préparé que par un trait
d'orchestre qui en annonce tout le caractère ;
l'accent pathétique de ces deux vers : Veuxtu
que de ton fang fa main encore fumante
s'uniffe à ma tremblante main , eft fortifié
par l'accompagnement le plus expreffif , &
par un crefcendo d'harmonie dont l'effet
eft admirable. Le mouvement allegro qui
fuit fur ces paroles : Combats pour fouftraire
Chimène , ne nous a pas paru d'un fi beau
caractère ; mais dans une des répétitions de
ce vers: A des noeuds qui lui font horreur , il
y a un paffage où la voix montant par demitons
s'arrête fur un ton qui étonne l'oreille ,
& donne à la parole une expreffion auffi
frappante que vraie .
Law fuivant : Toi qui feul veux lire en
DE FRANCE. 79
mon coeur , eft très bien fait , quoiqu'il ne
nous paroiffe avoir rien de remarquable que
l'expreffion de ce dernier vers : Qu'aucun
des deux ne foit ni vaincu ni vainqueur ; l'accent
de la déclamation eft très - heureufement
confervé dans le chant.
Le rondeau de Chimène eft d'un chant
doux , aimable , fenfible ; mais cet air eft
tellement déplacé dans la Scène , qu'il eft
impoffible de ne pas defirer qu'on le tranfporte
ailleurs.day
En écoutant avec attention la mufique de
M. Sacchini , on ne peut s'empêcher d'y reconnoître
une manière qui lui eft propre ,
& qui le diftingue fenfiblement des autres
grands Compofiteurs. Nous laiffons aux Maîtres
de l'Art , & à ces Écoliers qui parlent
plus haut que les Maîtres , à fixer les traits
qui caractériſent fa manière , à en apprécier
le mérite & l'originalité ; nos prétentions &
nos lumières ne s'étendent pas jufques - là ;
nous nous permettrons feulement quelques
remarques , que nous foumettons à l'impartialité
des vrais Amateurs de l'Art.
Le caractère le plus général & le plus marqué
des compofitions de M. Sacchini eft , à ce
qu'il nous femble, une fenfibilité exquife, qui
doit le porter plus particulièrement aux expreffions
douces , tendres , plaintives & pathétiques
; dans les airs mêmes qui ont un
autre caractère , il ne laiffe pas échapper un
trait qui peut lui offrir une expreffion fenfible.
Secaire font en général d'une compofition :
80 MERCURE
régulière & élégante ; fes chants ont du naturel
, de la grâce , de la variété. Labmodulation
en eft riche , variée , fouvent
même hardie , & n'etonne jamais l'oreille.
Ses motifs en fe développant ne font pas
affervis dans leur progreflion à cette routine
adoptée par de grands Maîtres , de
répéter fervileinent une première phrafe
en la tranfportant feulement du ton à fa
dominante. Ses finales font encore moins
monotones ; mais ce qui frappe fur tout
dans fes airs c'eft la beanté particulière &
l'inépuifable fécondité de fes accompagnemens.
Il fe foumet rarement , comme la
plupart des Compofiteurs, à faire fuivre
la voix par un premier inftruments, & à
ramener promptement le fentiment & le
rhythme du motif dans le cours de l'accompagnement,
lorfque des traits & des em
belliffemens acceffoires en ont diftrait quelqnes
momens l'oreille . M. Sacchini a une
marche plus libre & plus animée ; fouvent
il abandonne dès les premières mefures la
phrafe du motif. Il femble s'attacher furtout
à donner de l'effet aux feconds Violons,
qui , au lieu de foutenir fimplement la voix
en chantant fur le même rhythme , contraftent
fouvent avec le chant pour en fortifier
l'expreffion. Prefque jamais il ne s'arrête
long temps fur un trait , quelque brillant
qu'il foit ; d'autres auffi piquans le remplacent
& font remplacés avec rapidité.
Tout eft en mouvement dans fon orchef
DE FRANCE. 8:
tre; tout eft animé , les parties moyennes ,
qui dans les autres compofitions ne font
trop fouvent que des parties de rempliffage ,
font prefque toujours intéreffantes dans les
fiennes. Perfonne n'emploie avec plus de
goût les inftrumens à ven . Il feroit difficile
de trouver dans fes accompagemens cette
unité de mélodie tant recommandée par
J. J. Rouffeau ; peut être qu'on y pourroit
definer plus de fimplicité , & des repos
plus fréquens ; mais on ne fauroit réunir
plus de feu avec plus de grâce ; plus de
clarté avec autant de mouvement ; une harmonie
plus fuave avec plus de variété de
nodulation . On peut aimer une manière de
compofer plus fimple & plus large; mais il
nous paroît impoffible de n'être pas enchanté
& étonné de l'éclat , de la richeffe , du piquant
de celle de M. Sacchini.
Si nous revenons à la mufique de Chimène
, & que nous la confidérions relativement
à l'effet dramatique , nous y trouverons
beaucoup à defirer. M. Sacchini a bien
fenti qu'il ne devoit pas le livrer dans la
mufique vraiment théâtrale à toutes ces redondances
, à ce luxe d'ornemens que les
Compofiteurs Italiens fe permettent dans
leurs airs , où ils ne cherchent que le plaifir
de l'oreille , & non ces convenances dramatiques
dont leurs Opéras n'ont pas befoin.
Il s'eft permis peu de rirournelles , & les a
fait courtes ; mais tel eft l'empire de l'habitude
an'il n'a pu éviter d'en donner encore
821 MERCURE
à des morceaux qui n'en comportoient pas;
telle eft celle qui précède le récit du Hérault
au deuxième Acte , & qui , en fufpendant le
récit fans néceflité , refroidit la Scène.
Quoiqu'on voie bien qu'il s'eft interdit
fouvent les répétitions gratuites des premiè
res parties d'un air; ces rabachages faftidieux
d'une même phrafe ; ces formules parafites
dans les finales des airs , que prodiguent
les Compofiteurs Italiens ; il a pu s'appercevoir
aux repréfentations que l'effet de plufieurs
morceaux charmans étoit affoibli
& même détruits par quelques - unes de ces
inutiles répétitions.
Son récitatif eft en général naturel , clair ,
rapide , fouvent coupé par des phrafes chantantes
bien placées; mais nous croyons que
le rhythme n'en eft pas affez varié , que les
accens n'ont pas toujours l'énergie ou la
vérité qu'exigent les paroles. Cette difcuffion
demanderoit des détails étrangers à un Article
du Mercure.
Les beaux Choeurs qu'on avoit applaudis
dans Renaud , faifoient efpérer que cette
partie fi effentielle à la Mufique Dramatique
,
feroit traitée avec plus de foin &
d'effets qu'on ne l'a trouvée dans Chimène.A
l'exception du Choeur qui termine le premier
Acte , tous les autres font d'un effet
au deffous de ce qu'on avoit droit d'attendre.
Nous ne citerons que celui qui ouvre le fecond
Acte . Une multitude qui arrive en défordre ,
de l'invafion fubite d'une armée
DE FRANCE. 8
ennemie , venant inonder les portiques du
Palais , en invoquant la protection du Ciel
& les fecours de fon Roi , pouvoit former
une Scène auffi intéreffante par l'effet mufical
que par la fituation. Nous laiffons à
M. Sacchini à juger s'il a donné à ce tableau
toute la vigueur de deffin & la chaleur de
coloris dont il étoit fufceptible.
Il peut juger , par le beau mouvement de
Rodrigue au troisième Acte , lorfqu'animé
par un mot de Chimène , il défie fes Rivaux ,
qu'une fimple phrafe de récitatif , lorfqu'elle
tient à une fituation intéreffante & qu'elle
eft rendue avec un fentiment vrai , peut
avoir au Théâtre un effet fort fupérieur à
celui du plus bel air lorfqu'il eft dépla cé ,
ou qu'il n'a pas l'expreflion ou le mou vement
convenable.
COMÉDIE FRANÇOISE, A
ON a donné , le Mardi 3 de ce nois , la
première repréfentation de Coriolan , Tragédie
nouvelle de M. de la Harpe . Ce Mardi
fut un de ces jours qui fe renouvellent fouvent
à Paris , qui offrent plufieurs grands
objets , plufieurs jouiffances à la curiofité
publique. Le matin , on étoit allé voir l'expérience
d'un Mécanicien , qui annonçoit avoit
trouvé ce qu'on avoit cherché en vain jufqu'à
lui , l'art de diriger un ballon aérofta -
tique ; le foir on venoit juger un Aureu r
célèbre , qui effayoit de faire réuffir fur la
D vj
84
MERCURE
Scène Françoife on fujet qui, jufqu'alors, y
avoit à peu près échoué. Un accident in.
prévu ayant privé de fes aîles le Mécanicien ,
il n'avoit pu faire fon effai tel qu'il l'avoit
promis ; ainfi c'eft à recommencer, s'il veut
prouver qu'il a trouvé l'art précieux de diriger
l'aréoftar. Pour M. de la Harpe , aucun
accident n'a coupé les ailes à fon genie , &
fa tentative a été plus heureufe ; ainfi nous
ne dirons pas que ce font deux expériences
à remettre ; mais nous nous permettrons
quelques obfervations fur fon Ouvrage , en
attendant que la Pièce imprimée donne lieu
à un examen plus étendu.
Le fujet de Coriolan avoit été fouvent mis
au Théâtre , & jamais avec un fuccès décidé.
On en a conclu que la Scène le rejetoit abfolument
, & qu'on ne l'y feroit jamais réuf
fir. Il paroît que M. de la Harpe a trouvé
cette conclufion trop rigoureufe , & nous
foinmes de fon avis; mais voyons en peu de
mots fi nous ferons auffi d'accord avec lui
fur la manière dont il a confidéré fon fujet.
On n'y avoit vû jufqu'aujourd'hui qu'une
feule Scène , parce qu'on avoit toujours fait
commencer l'action à l'époque où Coriolan ,
dirigeant les armes des Volfques , avoit déjà
puni par plufieurs victoires l'injuftice du
peuple Romain à fon égard , au moment où
Rome , accablée du poids de fa vengeance
n'avoit plus rien à efpérer que de la clémence
du vainqueur. M. de la Harpe , voyant
on'on ne trouvoir qu'une Scène en prenant
DE FRANCE. 85
le fait hiftorique vers la fin , a cru , comme
de raifon , qu'on devoit en trouver plufieurs
en remontant à fon origine. D'après cela ,
voici comment il a diftribué fa matière. Au
premier Acte , Coriolan cft cité par les Tribuns
; au fecond , il eft condamné , banni ;
au troisième , il paffe chez les Volfques , &
remporte un avantage contre les Romains ;
atau quatrième , le Conful Volumnius , fon
ami , vient l'implorer vainement en faveur
de la République ; & au cinquième , il eft
fléchi par fa mère , & affaffiné par les
Volfques. cod . aug ni ska
Voilà bien en effet de quoi faire plus
d'une Scène ; mais qu'en nous permette de
propofer un doute à M. de la Harpe. Cette
divifion , qui femble faite un peu par Cha
pitres , en refferrant toute l'action dans l'efpace
de vingt quatre heures , ne lui ôre t'elle
pas fa vraifemblance & fon plus grand intérêt
? Il nous femble que ce qui atrache dans
ce fair hiftorique , ce qui doit au Théâtre
lui donner un caractère impofant , c'eft de
voir le fier Coriolan exercer contre Rome
une vengeance progreffive & implacable ;
c'eft de voir un feul homme faire expier un
feul affront par une chaîne de calamités ;
c'eft de voir un Guerrier offenfé punir la fu
perbe Rome , la réduire au dernier foupir,
forcer fon orgueil à l'humiliation , à la
prière , faire tomber à fes genoux certe Reine
du monde. Mais quand je vois Coriolan
quitter la Scène vers la fin du troifième Acte,
86 MERCURE
pour aller combattre les Romains , & que
dès le quatrième , Rome envoie un de fes
Confuls pour lui demander grâce , rien ne
m'intéreffe ; plus d'illufion . Comment me
perfuaderat on qu'une vengeance auffi implacable
que celle de Coriolan , foit déjà
affouvie , qu'un orgueil auffi indomptable
que celui de Rome , foit abaiffé ? Avant que
je conçoive Rome aux genoux d'un citoyen
rébelle , il faut qu'on m'ait fait voir fes
murs prêts à s'écrouler , il faut enfin que
j'aye vû fa deftruction prête à fe confommer
pour croire à fon abaifferent.
Il est bien certain que M. de la Harpe, en
prolongeant la durée de fa fable , a dû néceffairement
y mettre plus d'action , & que
forcé par là de la refferrer, il a dû éviter les
longueurs ; ainfi il a peut être trouvé le
moyen de réuffir ; mais M. de la Harpe, par
fon talent & par fa réputation , n'eft pas fait
pour prétendre feulement à obtenir un fuccès
, il eft fait pour prétendre à faire un ben
Ouvrage. 1g y
Nous ne dirons rien de l'affaffinat de Coriolan
; le Public a témoigné combien ce dénouement
lui a paru brufque & peu préparé ;
mais nous croyons pouvoir obferver à l'Auteur
que fon fujer eft efquiffe plutôt que
rempli ; que fon action eft plutôt indiquée
que développée ; & cette réflexion en
amène une autre que nous allons communiquer
à nos Lecteurs , & dont nous laiffeDE
FRANCE. 87
lui faire. On a pu obferver que nos Auteurs
modernes fe hâtent trop d'expofer.
leurs productions au grand jeur de la Scène ;
il en refulte qu'ils font obligés d'y retravailler
à mefure durant le cours des repréfentations
, de façon qu'on eft fort heureux
fi la Pièce eft bonne à être repréſentée au
moment où on la retire du Théâtre. D'après
cette donnée , il feroit peut être plus commode
de ne préfenter d'abord au Public
qu'une espèce de canevas qu'on rempliroit
enfuite d'après fes indications ; par - là on
ne s'expoferoit pas au danger d'avoir perdu
fon temps en terminant avant la repréfentation
ce qu'il faudroit refaire enfuite ; en
un mot , ce feroit un moyen d'éviter les
double - emplois.
Nous fommes fâchés que ce foit particulièrement,
en parlant d'une des Tragédies de
M. de la Harpe , que nous ayons à faire cette
réflexion ; mais en matière de goût , c'eft en
citant de grands exemples qu'on peut produire
de grands effets ; & nous croyons que
cette efpèce de dénonciation fera peut - être
plus utile à l'Art qu'elle ne fera de peine à
l'amour- propre de M. de la Harpe , qui
d'ailleurs trouvera dans fon talent affez de
reffources pour effacer ce reproche , & pour
en détruire les effets . Mogal
Nous fommes fâchés encore que ce foit
lui qui ait donné l'exemple de violer une
des principales règles du Théâtre en tranfles.
Volfques
88 MERCURE
-
après l'avoir montré au milieu de Rome,
Voilà deux unités à la fois , celles de
temps & de lieu , violées par un des Hommes
de Lettres qui ont le mieux défendu le
bon goût par le précepte & par l'exemple.
M. de la Harpe fait mieux que nous que fi
les règles font des chaines , le propre du
génie n'eft pas de les buifer , mais de les porter
avec l'aifance de la liberté , & d'en faire
l'inftrument de fa gloire.
La franchife de nos critiques rendra plus
croyables fans doute les éloges que nous
croyons devoir à cette nouvelle production .
C'est avec raifon que le Public a applaudi à
la rapidité de la marche , & à des traits
d'énergie & de caractère dans le principal
Perfonnage . La première partie nous a paru
d'un fort bon ftyle . Il y a des cris de l'âme,
tels que celui de Veturie , qui , à l'étonnement
de fon fils , vous , ma mère , à mes
pieds ! répond ce mot fublime, j'y refterai ,
barbare , & des vers de fenfibilite , tels que
celui que Coriolan adreffe à la mère en parlant
des Romains :
Les cruels m'ont ravi jufqu'à votre tendreffe .
Nous ne finirons point fans rappeler que
cette repréſentation a été donnée au profit
des Pauvres, & que M. de la Harpe a re
noncé à fa part d'Auteur. Nous l'eftimons
affez pour croire que ce facrifice , quelque
réel qu'il foit , n'a pas dû lui coûter ;
DE FRANCE. 89
lui en faire compliment , que pour le félici
ter de la double fatisfaction qu'il a goûtée le -
même jour : il a fu tout-à la fois acquérir à
fon talent un nouveau titre de gloire en
exerçant un acte de bienfaifance.
On doit auffi des éloges aux Comédiens
François, qui ont montré le plus grand zèle ;
c'eft par de femblables argumens qu'il feroit
beau de réfuter les objections contre les
Spectacles * .
M. de la Rive a joué le Rôle de Coriolan
avec le plus brillant fuctes : il y a mis cette
force tragique que la nature lui a donnée ,
& qu'il perfectionne tous les jours.
Madame Veftris , quoiqu'affez férieufement
malade pour pouvoir fe difpenfer ,
pour le faire même un devoir de ne pas
jouer de quelque temps , n'a pas voulu retarder
la repréfentation d'une Pièce dont le
produit devenoir l'héritage des pauvres ; &
elle a joué le Rôle de Véturie. Malgré fa
foibleffe , elle a développé , dans la Scène.
principale du cinquième acte , la plus profonde
intelligence , & cette éloquence entraînante
& énergique qui a dû animer la
mère de Coriolan pour triompher de la
haine endurcie de fon fils.
Si les talens de certe Actrice doivent la
* La Recette s'eft montée à la fomme de
10.383 livres. MM. les Gardes- Françoifes n'ont
voulu recevoir aucune eſpèce d'honoraire.
90 MERCURE
rendre chère au Public , elle vient d'acquérir
de nouveaux droits à fon eftime par fa
conduite envers Mlle Sainval , qui , en annonçant
la retraite , avoit attrifté le Public ,
jaloux de conferver ces deux talens à-lafois
. Quoique Mademoiſelle Saiuval eût
écrit à fa Société qu'elle fe défiftoit de
toute prétention d'alternative ou de partage
avec fon Ancienne , & qu'elle refteroit à fa
place de Double , Mme Veftris a perfifté
dans l'abandon de fes droits , & elle a expliqué
à fa Société a manière dont elle entendoit
effectuer cet abandon , & mettre
Mlle Sainval à portée d'en jouir autant
qu'elle le defirera. Tous leurs Camarades
ont applaudi à leurs procédés mutuels ; & le
Public doit fe féliciter d'une réconciliation
qui ne peut qu'influer fur fes plaifirs .
( Cet Article n'eft pas du Rédacteur ordinaire. )
ANNONCES ET NOTICES.
MÉMOIRES pour fervir à l'Hiſtoire univerſelle
de l'Europe depuis 1600 jufqu'en 1716 , avec des
Réflexions & Remarques critiques , par le Père
d'Avrigny , de la Compagnie de Jefus , 2 Vol . in.
8°. Nîmes , 1783 , ,en feuilles 7 livres , & 9 livres
reliés proprement.
"
Cet Ouvrage contient un tableau intéreffant de
tous les mouvemens & de toutes les révolutions auxquelles
les démélés des Couronnes ont donné lieu en
Europe dans ce période de temps. Le Père d'Avrigny
ne s'eft pas propofé dans cet Ouvrage de recueillir
Grenlement des dores des fairs mais de les unir
DE FRANCE. 91
-
entre-eux par la chaîne du temps , de les difcuter , &
de fupprimer tous les détails inutiles , toutes les circonftances
fauffes ou fuppofées , dont l'ignorance ,
la prévention ou la mauvaife foi out de tout temps
furchargé l'Hiftoire de tous les Peuples. Cet Ouvrage
fe vend à Nîmes , chez Pierre Beaume , Imprimeur
Libraire ; à Paris , chez Desprez , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , & chez tous les
Libraires du Royaume. On trouve également à
Nimes , chez le même Imprimcar fur même caractère
& même format que l'Édition de Fleury , la Collection
complette des Euvres de Meffire Efprit Fléchier
, Évêque de Nîmes , & l'un des Quarante de
l'Académie Françoife , revue fur les manufcrits de
l'Auteur , augmentée de plufieurs Pièces qui n'avoient
jamais été imprimées , & accompagnée de
Préfaces , d'Obfervations & de Notes fur tous
les endroits qui ont paru en avoir befoin.
10 Volumes in , 8 ° . , 40 liv. reliés très - proprement.
Les OEuvres de cet illuftre Prélat font ici
réunies pour la première fois. Cette Collection eft
dûe aux foins de M. l'Abbé Ducreux , Chanoine de
l'Eglife d'Auxerre , & Chapelain de MONSIEUR ,
Frère du Roi. Il a mis à la tête une Préface générale ,
fuivie d'un Difcours fur la Perfonne & les Ecrits de
M Fléchier.
On doit des éloges au zèle & au courage de M.
Beaume , qui a toujours mieux aimé employer fes
Preffes à reproduire les grands Ouvrages , qui font
comme les monumens des Lettres Françoifes, que les
futiles productions de la mode ; & qui par - là femble
faire marcher l'intérêt de la Littérature avant les calculs
de fortune.
PETITE Bibliothèque des Théâtres , contenant
un Recueil des meilleures Pièces du Théâtre Fran
cois tragique comique Jurique & bouffen dequie
2 MERCURE
f'origine des Spectacles en France jufqu'à nos jours ,
Numéro 5. A Paris , au Bureau , rue des Moulins ,
Butte Saint Roch n ° . II , où l'on foufcrit , de
même que chez Belin , Libraire , rue Saint Jacques ,
& chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , Place
du Théâtre Italien .
C'eft Philippe Poiffon qui fait les honneurs de ce
Volume. Il feroit difficile de trouver une famille
qui fe foit rendue plus célèbre au Théâtre François.
Deux hommes & une femme s'y font diftingués
» comme Auteurs , & cinq hommes & trois femmes
» comme Acteurs . Philippe Poiffon n'a fait que
des Comédies , quoique fon emploi , comme Acteur,
fût de jouer la Tragédie. Les quatre Pièces que
renferme ce Voluaic font l'Impromptu de campagne,
les Rufes d' Amour , Alcibiade & le Mariage fait
par lettres de change. Ces deux dernières font peu
connues.
30
VOYAGE dans les parties intérieures de l'Amé
riquefertentrionale pendant les années 1766 , 1767
& 1768 , par Jonatham Carver , Écuyer , Capitaine
d'une Compagnie de Troupes Provinciales pendant
la guerre du Canada entre la France & l'Angleterre
Ouvrage traduit fur la troifième Edition Angloife
par M. de C... , avec des Remarques & quelques
additions du Traducteur . A Paris , chez Piflot , Libraire
, quai des Auguftins.
Cer Ouvrage qui , dans fa langue originale , a eu
beaucoup de fuccès , doit intéreifer fur- tout dans la
circonftance actuelle : nous en rendrons compte
quand l'abondance des matières nous le permettra.
ALMANACH de Meaux , année 1784. A
Meaux , chez Charles . Libraire & à Paris , chez la
Veive Ducheine Libraire ne Saint Iscones : &
DE FRANCE.
53
Belin , Libraire , rue Saint Jacques. Prix , 12 fols
broché.
Cet Almanach a commencé en 1773 , & n'a été
interrompu qu'une année , en 1776 .
EUVRES Choifies de l'Abbé Prevoft , avec
figures , troisième Livraifon , contenant le Doyen.
de Kilerine, 3 Vol. in- 8 °.
On fouferit pour lefdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , rue & hôtel Serpente
, & chez les principaux Libraires de l'Europe.
La Collection des deux Auteurs formera 49 Vo'."
in 8. ornés de figures faites fous la direction de
MM. Delaunay & Marillier. Les OEuvres de le'
Sage font actuellement achevées , & contiennent
15 Volumes. Le prix de la foufcription eft de 3 liv.
12 fols le Volume broché , on a tiré vingt - quatre
Exemplaires fur papier de Hollande , à 12 livres le
Volume broché.
PREPARATION antimoniale de Jacquet . Cere
Préparation a toujours trouvé des approbateurs . Elle
combat les maladies occafionnées par répaiffiffement
de la lymphe , tous vices dartreux , fcrophuleux
, vénériens , toutes les maladies de la peau. Ce
remède avoit été approuvé en 1762 par la Faculté
de Médecine de Paris , & depuis il l'a été en 1780
par la Société Royale. C'eft alors qu'il a été ordonné
par le Miniftre de la Marine que ce remède
feroit compris dans le nouvel état des médicamens
qui s'embarquent pour les Équipages . En conféquence
il a été fourni de cette Préparation aux Ports.
de Breft , Rochefort & l'Orient, MM les Directeurs
de la Compagnie des Indes en ont fait paffer
auffi dans leurs Établifferens. La demeure du fieur
94 MERCURE
>
Bourgeois, n . 56. Le prix de la boëte eft de 24 liv.
ETAT des Cours de l'Europe & des Provinces
de France pour l'année 1784 , par M. Poncelin de
la Roche- Tilhac , Ecuyer , Confeiller du Roi à la
Table de Marbre. ix , liv. broché. A Paris , chez
l'Auteur , rue Garancière ; Lamy & Mérigot le
jeune , Libraires , quai des Auguftins , & chez tous
les principaux Libraires de la France & de l'Étranger.
Cet Ouvrage a paru pour la première fois &
avec fuccès l'année dernière ; il reparoît aujourd'hui
avec plus de foin & d'exactitude , & plus digne par
conféquent de l'attention du Public,
TABLEAU du Commerce & des Poffeffions des
Européens en Afie & en Afrique , Ouvrage deftiné
à fervir de fuite à l'Almanach Américain ; par l'Auteur
de l'Ouvrage précédent , & même adrefle .
Prix, 4 liv. 4 fols les deux Volumes brochés.
Le fuccès qu'avoit eu & que devoit avoir l'année
dernière l'Almanach Américain a engagé l'Auteur à
donner celui - ci , qui fait connoître deux autres Parties
du Monde , l'Afie & l'Afrique. Il a lieu d'efpérer
le fuccès de cette nouvelle production , pour
laquelle il a puifé dans les meilleures fources.
PORTRAIT du Comte de Saint - Germain , célebre
Alchimiste , gravé par N. Thomas . Prix , 6 liv.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Boulangers , vis-àvis
les Angloifes.
Le Public doit accueillir le Portrait de ce célèbre
Comte de Saint Germain , dont il eft également
difficile d'admettre & de réfuter l'existence
telle qu'on la fuppofe. Cette Gravure doit faire
DE FRANCE. 95
VIE pieufe & exemplaire du Serviteur de Dieu
Benoit - Jofeph Labre , de la Paroiffe Damette de
Boulogne en Picardie , mort à Rome en , odeur de
fainteté le 16 Avril 1783 , A Paris , chez Baffet,
rue S. Jacques , au coin de celle des Mathurins.
Ce font huit petites Eftampes qui repréfentent fept
époques de la vie du Saint & le miracle de la guérifon
d'une femme paralytique opéré fur fon tombeau.
NUMERO 1 du Journal de Violon , ou Recueil
Airs nouveaux arrangés pour le Violon , l'Alto ,
la Fiûte & la Baffe. Le prix de l'année entière pour
douze Cahiers eft de 18 livres pour Paris , & 21 liv.
pour la Province, Chaque Cahier féparé 2 livres
8 fols. On s'abonne en tout temps pour ce Journal
& celui de Guittare chez Baillon , Marchand de
Mufique, rue Neuve des Petits - Champs , au coin
de celle de Richelieu , à la Mufe lyrique .
une
Ce Numéro contient la Marche des Circaffiens
de Renaud , un Air de la Sorcière par hafard ,
Allemande variée , le premier Air de Blaife &
Babet , Marlborough , quel doux penchant , & deux
Airs de Colinette à la Cour.
RECUEIL Contenant deux Sonates , un Air
varié , un Pot-Pourri & quatre Airs de Chant
avec Accompagnement de Harpe , par M. Coulineau
fils. Prix , 9 liv. A Paris , chez Coufineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies,
SIX Sonates pour Forte - Piano ou Clavecin ,
avec Accompagnement de Violon , par M Val.
Nicolai . Prix , 9 liv. A Paris , chez Coufineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies , & Salomon 2
Luthier , Place de l'École.
Le titre eft en Anglois fur l'Ouvrage . Si un titre
Italien eft ridicule fur de la Mufique publiée en
еб MERCURE
France , un titre Anglois l'eft encore plus fans
doute , étant à la porte de moins de perfonnes.
L'Ouvrage en a t-il plus de mérite , & ne pardonnera-
t- on jamais à notre Langue de fe trouver
avec de la Mufique ?
POT-POURRI pour Forté Piano ou Clavecin ,
par M. Dreux le jeune . Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris ,
chez Mlle Girard , Marchande de Mufique , rue de
la Monncie , à la Nouveauté. Numéro 16.
Ariette de la Frafcatana , & petits Airs de Fleur
d'Epine & de Blaife & Babet , arrangés pour Clavecin
ou Harpe , par M. Dreux le jeune. Il paroît
deux Cahiers par mois de ces Recueils , l'un dans le
goût de celui- ci , l'autre de petites Pièces de Clavecin
par M. Lafceux. Irix de l'abonnement , 36 liv.
pour Paris , 48 livres pour la Province . Même
Adreffe que ci - deffus.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABL E.
REPONSE aux Vers inférés cadémie Françoise ,
dans le N°. 3, 49 Variétés ,
52 Comédie Françoife ,
53
72
Charade, Enigme & Logogry Aca émie Roy. de Mufiq. 74
phe ,
Difcours prononcés dans l'A- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
JAT lu 3 par
83
90
ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
pour le Sameti ra Mars Te n'y
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 MARS 1784.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à un Poëte Tragique , qui ne met de
Chapeau que depuis quelque temps .
Das hivers le plus rigoureux ES
Ta rangé fous la loi commune ,
Et fous un feûtre épais tu caches trois cheveux ,
Qui pour toi font encor une bonne fortune .
Je craignois que ton chef pelé
Par un pire accident ne fe vit immolé ,
Et que du haut des airs un aigle au vol agile ,
Revoyant la tête d'Efchyle
A nud dans les frimats s'échauffer du cerveau
Ne prît pour un rocher cette tête chenue ,
Et ne s'avisât de nouveau
D'y laiffer choir une tortue.
(Par M. de la Louptiere. )
$8
MERCURE
VERS A MON A MI E.
Q
UAND on plaît , on eft toujours belle :
Toute la vie eft un printemps.
Ne crains rien : l'amour & le temps
Te prendront pour une immortelle ;
Peut-être un jour , jaloux de mon bonheur ,
Les Dieux voudront , ô ma Thémire ,
T'arracher de mes bras , & non pas de mon coeur ,
Pour te faire changer d'empire.
( Par M. Manuel. )
IMPROMPTU au Bal de l'Opéra , à Mme de
Th ** , qui venoit de fe démafquer.
QUIUI croyoit que ce mafque étrange
Me cachoit un minois divin ?
Sous la forme d'un vrai lutin
Je viens de rencontrer un Ange.
( Par M. le Ch. Dupuy des Iflets. )
A Mile MINETTE DE SAINT- LÉGER
Auteur d'Alexandrine.
AIR: Philis demande fon Portrait.
Vous qu'à nos jeunes Romanciers
་་་
>
DE FRANCE,
99
Et qui couronnez de lauriers
Un front fait pour la rofe ;
Sur le choix d'un nouveau Roman
Souffrez que je vous guide ;
Vous ferez un tableau charmant
D'une efquiffe timide.
PEIGNEZ une jeune beauté
Senfible & féduifante ,
Qui fans art & fans vanité ,
Soit jolie & favante ;
Qui , faite pour donner des loix
Au Pinde comme à Gnide ,
Soit rivale tout- à la-fois
De Corinne & d'Ovide.
CETTE Beauté ne répondra
Qu'au doux nom de Minette ;
Sur fa harpe elle chantera
La chanfon qu'elle a faite ;
Mais nous touchons au dénouement ,
Et déjà l'on devine
Que vous ferez de ce Roman
L'Auteur & l'Héroïne.
( Par M. Hennet. )
*
Eij
100 MERCURE
LE MULOT ET LE RAT , Fable.
LE Mulot dit au Rat : camarade , fouvent
Je te vois grignoter , ronger maint & maint Livre ;
Et tu n'en es pas plus favant.
Qu'importe ? dit le Rat : je ne cherche qu'à vivre.
( Par M. le Bailly , Auteur d'un Recueil de
Fables qu'il va publier inceffamment. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Fleur de Lys ;
celui de l'Enigme eft la voyelle E ; celui du
Logogryphe eft Épervier , où l'on trouve
rêve , rive, épée , Pie, père.
CHARADE.
UN article fait mon premier ;
Mon fecond, qui fait mon dernier ,
Eft ce qu'une jeune Bergère
A fouvent la témérité
De prendre pour lit en été .
Ou dans la faifon printanière.
Mon tout du fexe feminin
DE FRANCE. ΙΘΙ
Tantôt par fon efprit malin
Une intrigue eft bien concertée ;
Tantôt chéri par un Sultan ,
Du caprice il offre l'image ;
Et puis du champêtre langage
Il prend le jargon féduifant.
Enfin à la Cour , au Village
Il fait admirer fon talent
Et réunit chaque fuffrage.
( Par M. Regnault , de Niort. )
ÉNIG M E
Nous fommes trois de même qualité ,
De même accord , quoique femelles.
Nous volons de nos propres aîles
Toujours cherchant la vérité ;
Toutes trois nous avons fait le bonheur fuprême
De la moitié du genre humain ;
Et tel qui dira non , foit capfice ou fyftême ,
Quand il nous connoîtra , fur- tout fi fon coeur aime ,
Avouera franchement que le fait eft certain ,
Et pour le jour & pour le lendemain ;
Mais il ne tient qu'à lui qu'il foit toujours le même.
Veux-tu , Lecteur , apprendre notre nom ?
Ne nous fépare pas ; ta recherche amenée
Devant ta belle Dulcinée ,
Demandes-lui mais d'un modefte ron
102 MERCURE
Un doux baifer , l'énigme eft devinée
Si la belle ne dit pas non.
LOGOGRYPH
E.
JE fuis très inutile au monde
Si l'on me condamne au repos.
Lecteur , je fuis toujours difpos
Et d'une humeur fort vagabonde ;
Je fers à ton amuſement
Si l'on me met en mouvement.
Six pieds compofent ma ftructure .
Je t'offre un divertiſſement
Qui favorise la parure
Ou permet le déguisement ;
Certaine note de mufique ;
Des Banquiers un confentement ,
Ou du Monarque un agrément ;
Un cri public & juridique ;
Un adjectif au féminin
Que le beau fexe n'aime guère ,
Il ne peint que le caractère ,
Aufli je le dis en latin ;
Ce qui fauve une répugnance ;
Encore un mot indéfini ,
Mais n'y donne point ta croyance.
Tu me tiens , Lecteur , j'ai fini .
DM D Jo Narbonne Abonné au Mercure.)
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTERAIRES.
HISTOIRE Ancienne , ou première Partie
de l'Hiftoire des Hommes , XXIV . Vol.
contenant l'Hiftoire générale & particulière
de la Grèce. A Paris , chez les Auteurs
& Éditeurs , chez M. de la Chapelle ,
maifon de M. Buhot , rue Baffe , porte
S. Denis.
ON ne peut s'empêcher , en rendant
compte de cet eftimable Ouvrage , de commencer
par une obfervation critique for le
titre de l'Ouvrage même. Pourquoi choifir
un intitulé fi vague , fi emphatique ? Pourquoi
ne pas fe borner à l'énonciation fimple
du fujer ? L'Auteur de cette nouvelle Hif
toire eft - il donc le feul qui faffe connoître
les événemens des Nations & les moeurs des
hommes? Les autres Hiftoires auroient- elles
donc oublié de parler des hommes ? Il y a
des efprits faciles à fe révolter , qui jugent
de tout d'après leur première impreffion .
Qu'on fe les figure ouvrant des Livres de
morale & d'hiftoire , & y trouvant à leur
tête ces bizarres dénominations : Philofophie
de la Nature , Hiftoire des Hommes . Daigneront-
ils entreprendre la lecture de ces Ou-
ا م م ه ل ص م س م ت ل ع
104
MERCURE
fur tout le dernier , méritent une véritable
attention & une grande eftime.
Il a encore réfulté du mauvais choix de
l'Auteur dans le titre de fon Livre , un défaut
qui fe fait fouvent fentir dans l'Ouvrage.
Il fe croit obligé d'accorder fon plan & fes
réflexions avec fon titre . Delà cette formule :
L'Hiftoire des Hommes ne doit pas s'occuper
de ceci , &c. L'Hiftorien des Hommes ne doit
pas dire cela , &c. Le Roi de France donne
des Brevets d'Hiftoriographes de France à
deux Hommes de Lettres ; mais le genrehumain
n'adopte perfonne de préférence
pour écrire fes annales. Tous ceux qui s'enmêlent
, même ceux qui s'y rendent ridicules ,
font également fes Hiftoriens .
La partie de ce grand travail que nous
annonçons ici , eft une Hiftoire entière de
la Grèce . Indépendamment des Ouvrages des
anciens qui nous reftent , & qui nous ont
conierve une partie des annales de ce beau
pays , nous avions déjà plufieurs Hiftoires
fur la Grèce , d'un grand mérite.
Le plus confidérable de tous , eft l'Hiftoire
Ancienne de Rollin. Elle a joui long temps
de la plus grande célébrité ; elle a eu fur- tout
l'heureux avantage d'être la lecture favorite
de la jeuneffe , à laquelle elle avoit été deftinée
. Depuis une trentaine d'années , la
France & l'Angleterre ont produit des Hifen
vues & en fiyle à
DE FRANCE.
Toy
lièrement décriée . Elle ne méritoit
Ni cet excès d'honneur ni cette indignité.
Son Auteur , qui a été fi utile , & qui a
fait tant d'honneur à l'Univerfité , qui a joui
de toute la confidération qu'une Nation fenfible
& aimable fait accorder aux vertus &
aux talens , n'étoit ni un efprit élevé ni un
Écrivain éloquent . Auffi ce ne font pas les
grandes chofes , mais les bonnes chofes qu'il
faut chercher dans fes Écrits ; il n'a pas de
quoi fe faire admirer , mais il fait fe faire
goûter & chérir. Son Traitédes Études eft un
Ouvrage plein de raifon & de goût ; les fentimens
d'un homme de bien , qu'on y trouve
par tout à côté d'une foule de beaux morceaux
des anciens heureufement traduits ,
annobliffent l'âme du Lecteur en perfectionnant
fon efprit , & la rempliffent d'une profonde
vénération , d'une tendre reconnoiffance
pour l'Auteur du Livre. Cette utilité &
cet intérêt fe retrouvent dans 1 hiftoire ancienne.
On apperçoit à chaque inftant que le
plan de l'Ouvrage auroit pu être plus fortement
médité , plus habilement divifé , qu'il
exigeoit une critique & des difcuffions qu'on
n'y rencontre pas ; qu'au lieu de ces grands
apperçus , de ces beaux réfultats qui , non
moins qu'une narration noble & riche , caractérifent
les Hiftoriens de génie , ce Livre
n'offre que des réflexions longues , froides
& fouvent puériles , que la marche en eft
106
MERCURE
gance commune , c'eft à dire , celle qui évite
les défauts fans atteindre aux beautés. Mais
d'un autre côté on y retrouve, avec un intérêt
qui ne s'affoiblit pas , l'honnête homme , le
bon citoyen , un ami de la jeuneffe , un grand
partifan des anciens , qui pofsède tout ce
qu'ils ont écrit , qui ne fait rien mieux que
d'employer leur ftyle & leurs idées , & qui
a l'art d'amener leurs citations avec autant
de difcernement que d'abondance. Il faut encore
ajouter que plufieurs parties de cette
Hiftoire font compofees d'une manière trèsfatisfaifante.
En général , Rollin s'entendoit
parfaitement à extraire & à rapprocher des
Auteurs ; il fait éviter dans ce travail la féchereffe
& la diffufion . L'Hiftoire Ancienne
fera toujours un bon Livre , & ce bon Rollin
, que quelques Écrivains Modernes fe
font plu à couvrir de ridicule , reftera toujours
au nombre de ces hommes à qui il ne
Fut pas donné de s'ouvrir de nouvelles voies
dans les Sciences & les Arts , mais de travailler
utilement fur les penfées des autres.
Un autre Écrivain de ce fiècle ( M. l'Abbé
Millor ) qui a travaillé aufli pour la jeuneffe,
a donné une Hiftoire Ancienne. Écrivant
dans un temps où l'on avoit plus perfectionné
l'art de compofer un Livre , & celui de renfermer
dans des bornes heureufes les objets
de nos études , il a fu réunir dans deux Volumes
tout le précis de l'Hiftoire Ancienne ,
en évitant l'obfcurité & la féchereffe. Son
murnce oft rédigé avec autant de goûr do
DE FRANCE. 107
fimplicité que celui de Rollin ; il a de plus
une bien meilleure diftribution des matières ,
une très bonne critique , une marche rapide,
& toute la philofophie du fiècle tempérée
par un efprit fans enthoufiafme .
Le premier & le meilleur Métaphyficien
de ce fiècle , & le plus grand Orateur du
fiècle précédent , ont auffi écrit fur l'Hiftoire
Ancienne , chacun dans des vûes & avec une
manière différentes .
L'Abbé de Condillac a voulu porter dans
l'Histoire cette lumière qu'il avoit répandue
fur les parties les plus difficiles de la Métaphyfique
, il a cherché auffi à en faire fortir,
pour l'appréciation des hommes & des peuples
, ces réfultats vaftes & fimples vers lef
quels fon efprit tendoit fans ceffe. Son génie
ne l'a pas trahi dans cette partie ; toutes les
fois qu'il raifonne , qu'il difcute , qu'il étudie
la morale & la politique au travers de toutes ,
les révolutions , il eft fupérieur , & à cet
égard fon Livre eft un des meilleurs du
fiècle. Mais pour tracer avec grandeur &
intérêt le riche & vafte tableau d'une Hiftoire
générale , il eût fallu deux qualités qui
lui manquoient , la fenfibilité & l'imagination.
Sa narration eft foible , sèche & commune.
Boffuet a ofé embraffer d'une feule vûe
toute l'Hiftoire Ancienne , en développer &
en juger tous les objets . Il a fait un Ouvrage
admirable ; il en eût peut-être fait un par-
AT
00
--
109 MERCURE
fane , il les cût au contraire foigneufement
féparés . Alors le peuple Juif, auquel fe rapportent
tous les événemens de la Religion ,
mais qui a eté à peine connu des autres peuples
, ne fe trouveroit pas au centre de l'hiftoire
du monde ; & des difcuffions théologiques
ne prendroient pas la place des difcuffions
politiques & morales qu'amenoit le
fujet , & qui exigeoient le génie de Boffuet
tout entier.
L'Auteur de la nouvelle Hiftoire de la
Grèce n'a pas été effrayé par tous ces Ouvrages
que je viens de parcourir. Il a cru
qu'il étoit encore une nouvelle manière de
traiter & d'écrire l'Hiftoire Ancienne. En fe
bornant à l'Hiftoire de la Grèce , il a fenti
qu'il falloit l'envifager avec plus de profondeur
, la développer avec plus de méthode ,
& l'éclairer de toutes les lumières qui fe font
développées dans notre fiècle. Ceux qui liront
fon travail , verront avec fatisfaction qu'il
puife toujours dans les fources originales ;
qu'il difpofe fon fujet en homme qui en a
bien combiné toutes les parties ; qu'en rapprochant
fans ceffe les différens Écrivains ,
il apperçoit & explique , quand on le peut ,
leurs contradictions ou leurs erreurs , qu'il
les combat fouvent les uns par les autres ,
qu'il apprécie toutes leurs affertions par les
poflibilités phyfiques & les vraifemblances
morales ; qu'en un mot il fe conduit dans
l'Hiftoire comme un Juge inftruit & févère.
A ces qualités folides de l'Hiftorien , il ioint
DE FRANCE. 109
toutes les qualités piquantes d'un Écrivain
qui n'oublie pas le foin de plaire . Dans les
recherches même de l'érudition , il conferve
une manière brillante & légère ; il paroît
avoir plus cherché l'agrément que l'on fait
porter aujourd'hui dans les matières les plus
difficiles , que la majefté naturelle des objets
graves & importans. Il feroit trop long de
donner ici une idée de tout ce qui eft contenu
dans un Ouvrage en 12 Volumes ; il
fuffit d'avoir indiqué les caractères qui le
diftinguent des Hiftoires qui l'ont précédé. Il
eft toujours avantageux au Public de voir les
bons Ouvrages fe multiplier fur ces éternels
objets de fes études & de fon admiration.
Ce que l'on peut le plus faire connoître
dans un Hiftorien , c'eft fa philofophie dans
fa manière d'apprécier les grands événemens,
& fon ftyle dans fa manière de peindre les
grands Hommes. Pour ajouter à l'intérêt des
morceaux que je vais citer , je placerai à la
fuite du premier de ces morceaux le même
tableau par un autre Écrivain .
L'Auteur de la nouvelle Hiftoire de la
Grèce ouvre fon récit de la guerre du Péloponèfe
, par des réflexions fur l'état actuel de la
Grèce , & par le parallèle d'Athènes & de
Lacédémone qu'on va lire.
" La Grèce avoit connu le fecret de fes
forces , par fes triomphes fur les Perfes ; mais
cette expérience lui devint fatale ; la paix
avec l'Afie ne put enchaîner qu'un moment
A1
MERCURE
dre ; ne trouvant point d'ennemis loin d'elle
à combattre , elle s'en créa fur fes foyers ,
c'étoit un feu terrible qui , faute d'alimens ,
fe dévoroit lui- même. »
"Deux Puiffances dominantes partageoient
à cette époque l'empire du Peloponèfe ,
Athènes & Lacédémone ; après s'être obfervées
de l'oeil pendant un demi - fiècle, comme
deux athlètes dans la carrière , elles s'élancèrent
l'une fur l'autre pour commencer an
combat. à mort ; ce combat dura vingthuit
ans , & c'eft ce qu'on appelle la guerre
du Péloponéfe. »
" On le doute bien que les deux Républiques
rivales n'en vinrent pas à une rupture
ouverte , fans avoir fondé , chacune de leur
côté , ceux des Alliés qui pouvoient entrer
dans leur confédération . La Grèce prefque
entière , fe partagea entre ces deux Puiffances
, fuivant les vûes particulières de la politique
de chacun de fes peuples . »
" Il étoit évident que cette guerre féconde
en défaftres , épuiferoit à la longue les deux
partis ; car l'un n'ayant que des armées de
terre , fans marine , & l'autre une marine
fans armées de terre , il ne pouvoit y avoir,
entre des ennemis deftinés fi rarement à fe
rencontrer , aucune action décifive ; Lacédémone
devoit le contenter de défoler beaucoup
de campagnes , de brûler beaucoup.
d'édifices , de tuer beaucoup d'hommes au
fein de l'Attique , & Athènes d'ufer de reDE
FRANCE. III
manière de combattre tue à la fois les individus
& les États ; auffi elle prépara la Grèce
à recevoir le joug d'Alexandre. »
On regrette que l'Auteur n'ait pas étendu
ce parallèle de toutes les idées qu'il a répandues
dans d'autres parties de fon Ouvrage fur
le même objet. Elles auroient peut- être fait
ici plus d'effet. Quoi qu'il en foit , voici le
même parallèle de la main de Boffuet.
" Parmi toutes les Républiques dont la
Grèce étoit compofée , Athènes & Lacédémone
étoient fans comparaifon les principales.
On ne peut avoir plus d'efprit qu'on
en avoit à Athènes , ni plus de force qu'on
en avoit à Lacédémone . Athènes vouloit le
plaifir ; la vie de Lacédémone étoit dure &
laborieufe. L'une & l'autre aimoit la gloire
& la liberté ; mais à Athènes , la liberté tendoit
naturellement à la licence ; & , contrainte
par des Loix févères à Lacédémone , plus elle
étoit réprimée au- dedans , plus elle cherchoit
à s'étendre en dominant au - dehors . Athènes
vouloit auffi dominer , mais par un autre
principe. L'intérêt fe mêloit à la gloire. Ses
Citoyens excelloient dans l'art de naviguer ;
& la mer , où elle régnoit , l'avoit enrichie,
Pour demeurer feule maîtreffe de tout le
commerce , il n'y avoit rien qu'elle ne voulût
affujétir , & fes richeffes , qui lui infpiroient
ce defir , lui fourniffoient le moyen de le,
fatisfaire. Au contraire , à Lacédémone ,
l'argent étoit méprifé. Comme toutes les
112 MERCURE
rière , la gloire des armes étoit le feul charme
dont les efprits de fes Citoyens fuffent
poffedés. Dès la naturellement elle vouloit
dominer ; & plus elle étoit au deffus de l'intérêt
, plus elle s'abandonnoit à l'ambition. »
Lacédémone , par fa vie réglée , étoit
ferme dans fes maximes & dans les deffeins.
Athènes étoit plus vive , & le peuple y étoit
trop maître. La Philofophie & les Loix faifoient
à la vérité de beaux effets dans des naturels
fi exquis ; mais la raifon toute
feule n'étoit pas capable de les retenir. Un
fage Athénien , & qui connoiffoit admirablement
le naturel de fon pays , nous apprend
que la crainte étoit néceffaire à ces
efprits trop vifs & trop libres , & qu'il n'y
eut plus moyen de les gouverner , quand la
victoire de Salamine les eut raffurés contre
les Perfes. »
" Alors deux chofes les perdirent , la gloire
de leurs belles actions , & la sûreté où ils
croyoient être. Les Magiftrats n'étoient plus
écoutés ; & comme la Perfe étoit affligée par
une exceffive fujétion , Athènes , dit Platon ',
reffentit les maux d'une exceffive liberté. »
" Ces deux grandes Républiques , fi contraires
dans leurs moeurs & dans leur conduite
, s'embarraffoient l'une l'autre dans le
deffein qu'elles avoient d'affajétir toute la
Grèce ; de forte qu'elles étoient toujours
ennemies , plus encore par la contrariété de
DE FRANCE. 113
« Les villes Grecques ne vouloient la domination
ni de l'une ni de l'autre ; car , outre
que chacune fouhaitoit pouvoir conferver
fa liberté , elles trouvoient l'Empire de ces
deux Républiques trop fâcheux . Celui de
Lacédémone étoit dur. On remarquoit dans
fon peuple je ne fais quoi de farouche. Un
Gouvernement trop rigide & une vie trop
laborieufe y rendoient les efprits trop fiers ,
trop auftères & trop impérieux : joint qu'il
falloit fe réfoudre à n'être jamais en paix
fous l'empire d'une ville , qui , étant formée
pour la guerre , ne pouvoit fe conferver
qu'en la continuant fans relâche. Aing , les
Lacédémoniens pouvoient commander , &
tout le monde craignoit qu'ils ne commandaffent
, "
" Les Athéniens étoient naturellement
plus doux & pius agreabies , !! n'y avoit rien
de plus délicieux à voir que leur ville , où
les feftins & les jeux étoient perpétuels ;
où l'efprit , la liberté & les paflions donnoient
tous les jours de nouveaux fpectacles.
Mais leur conduite inégale déplaifoit à leurs
Alliés , & étoit encore plus infupportable
à leurs fujets . Il falloit effuyer les bizatreries.
d'un peuple flatté , c'eft- à dire , felon Platon ,
quelque chofe de plus dangereux que celle
d'un Prince gâté par la flatterie . »
« Ces deux villes ne permettoient point à
la Grèce de demeurer en repos . On a vû la
guerre du Péloponèfe , & les autres , toujours
caufees. ou entretenues par les jaloufies
114 MERCURE
de Lacédémone & d'Athènes . Mais ces mêmes
jaloulies qui troubloient la Grèce , la foutenoient
en quelque façon , & l'empêchoient
de tomber dans la dépendance de l'une ou
de l'autre de ces Républiques. "
" Les Perfes apperçurent bientôt cet état
de la Grèce. Ainfi tout le fecret de leur politique
étoit d'entretenir ces jaloufies & de
fomenter ces divifions. Lacédémone , qui
étoit la plus ambitieufe , fut la première à les
faire entrer dans les querelles des Grecs. Its
y entrèrent dans le deffein de fe rendre maîtres
de toute la Nation ; & foigneux d'affoiblir
les Grecs les uns par les autres , ils n'attendoient
que le moment de les accabler tous
enfemble. Déjà les villes de la Grèce ne regardoient
dans leurs guerres que le Roi de
Perfe , qu'elles appeloient le grand Roi , ou
le Roi par excellence , comme fi elles fe fuffent
déjà comptées pour fujettes . Mais il
n'étoit pas poffible que l'ancien efprit de la
Grèce ne fe réveillât à la veille de tomber dans
la fervitude & entre les mains des barbares. "
" De petits Rois Grecs entreprirent de
s'oppofer à ce grand Roi , & de ruiner fon
empire. Avec une petite armée , mais nourrie
dans la difcipline que nous avons vue , Agéfilas
, Roi de Lacédémone , fit trembler les
Perfes dans l'Afie mineure , & montra qu'on
les pouvoit abattre. Les feules divifions de
la Grèce arrêtèrent fes conquêtes. La fameufe
retraite des dix mille Grecs , qui , après la
mort du ienne Cyrus , malgré les troupes
DE FRANCE. IIS
victorieufes d'Artaxerze , traversèrent quelque
temps auparavant en corps d'armée
tout l'Empire des Perfes , & retournèrent
dans leur pays : cette action , dis je , montra
à la Grèce plus que jamais , qu'elle nourriffoit
une Milice invincible à laquelle tout
devoit céder , & que fes feules divifions la
pouvoient foumettre à un ennemi trop foible
pour lui réfifter quand elle feroit unie. »
" Nous verrons dans la fuite comment
Philippe , Roi de Macédoine , profitant de
ces divifions , vint à bout à la fin , moitié
par adreffe & moitié par force , de fe rendre
le plus puiffant de la Grèce , & comment
il obligea tous les Grecs à marcher
fous fes étendarts contre l'ennemi commun.
Ce qu'il n'avoit fait qu'ébaucher , Alexandre
fon fils l'acheva ; & montra à l'Univers
étonné ce que peuvent l'habileté & le courage
contre les armées les plus nombreufes
& l'appareil le plus terrible. »
Parmi les grands Hommes d'Athènes
on cherche fur- tout Ariftide. L'Auteur de
la nouvelle Hiftoire a raffemblé , ainfi que
Rollin , plufieurs traits de fon hiftoire
dans un parallèle de lui & de Thémiftocles.
" Le fiècle dont l'Hiftoire nous occupe ,
eft fécond en grands Hommes ; il faut l'attribuer
à l'invafion des barbares , qui , en doublant
les dangers de la réfiftance , ne pouvoit
que l'ennoblir ; à la liberté , qui fait
naître tant d'idées générenfes : aux convul116
MERCURE
qui ajoutent un nouveau reffort au courage ,
& étendent la carrière de la gloire , en mettant
tout le monde à portée d'en jouir. L'Hif
toire d'Athènes eft , fur tout à cet égard ,
l'Hiftoire des Hommes par excellence. »
" Ariftide , ou l'homme jufte , car ces deux
mots font devenus fynonymes dans les annales
de l'antiquité , fut élevé avec Thémiftocles
: le caractère de ces deux hommes ,
qui devoient fe rencontrer toute leur vie fur
la route de la gloire , ne fe rapprochoit par
aucun point de contact. Thémiftocles , fouple
, fécond en rufes , exercé à tout le manège
de la politique , d'ailleurs hardi à tout
entreprendre & à tout exécuter , cherchoit
le bien général , mais faifoit quelquefois le
mal pour y arriver plus rapidement : fa patrie
, pourvu qu'elle l'honorat , avoir tout
droit à fes fervices ; mais malheur à fes rivaux
, s'ils vouloient partager l'honneur de
fa confiance ! malheur à la patrie même , fi
elle prétendoit être fervie fans retour ! Héros
dangereux , parce que fon génie conduifoit
fon coeur , & qu'il n'employoit la vertu
qu'autant qu'elle lui fervoit d'échelon pour
atteindre à la célébrité. »
« Ariftide avoit des principes plus auftères
; il vouloit que toutes les paffions individuelles
pliaffent au gré de l'intérêt national
; perfuadé qu'il n'y avoit point de
contrat particulier entre la patrie & chaque
Citoyen , il penfoit qu'un Héros devoit aller
à la gloire fans prétendre à d'autre reconDE
FRANCE. 117
noiffance qu'à celle des fiècles à naître. Ce
défintéreffement fublime fut la bafe de toutes
fes actions ; & fi la vertu eft réellement un
grand facrifice , perfonne ne mérita plus le
titre de vertueux que ce grand Homme.
G
On fent que Thémiftocles , avec fon
fyftême , étoit plus fait que fon rival pour
dominer dans une République ; en effet , il
avoit un parti puiffant , avec lequel il menoit
fes Concitoyens. Pour Ariftide , il marchoit
feul dans la carrière de l'adminiftration
; auffi , quand il réuffiffoit dans fes prcjets
patriotiques , il recueilloit une double
gloire , parce qu'il avoit eu à lutter à la fois
contre les hommes & contre les abus. >>
" Les intrigues de Thémistocles empêchèrent
long temps la vertu d'Ariftide de jouir
d'un autre prix que de fon propre fuffrage ;
mais enfin Athènes fut jufte envers lui comme
il l'étoit envers elle , & un jour il en reçut
un témoignage bien flatteur. On jouoit fur
le Théâtre les fept Chefs devant Thèbes , un
des chef- d'oeuvres d'Efchyle . Lorfque l'Acteur
en vint à ce trait fur Amphiaraus : Il
ne veut pas paroître homme de bien , mais
l'être , tout le peuple fe retourna avec attendriffement
du côté d'Ariftide , & s'applaudit
de compter parmi fes Concitoyens
un fecond Amphiaraus. »
Il étoit impofible qu'Ariftide , devenu
par le fpectacle de fa vertu, le cenfeur tacite
de fes Concitoyens , ne devint , à la longue ,
odien à tout ce qui n'étoit pas tenté de le
118 MERCURE
prendre pour modèle. Quand cette haine ,
à force de fermenter dans des âmes abjectes ,
fat parvenue à fon comble , on fouleva contre
lui le peuple , qui le condamna à l'Oftracifme.
Ce grad Homme , au moment même
où on cabaloit pour fa profcription , eut un
témoignage bien flatteur de la haute idée
qu'Athènes avoit de fa vertu : comme il
s'avançoit vers la place publique , vêtu avec
toute la modeftie de l'âge d'or , un habitant
de la campagne , qui le prit pour un homme
du peuple , s'approcha de lui , & , lui avouant
qu'il ne favoit ni lire ni écrire , le pria de
mettre le nom d'Ariftide fur fa coquille
d'Oftracifne : Mon ami , lui dit le fage , fans
doute que cet Ariftide t'a fait quelqu'injure.
-Point du tout; mais je fuis bleffé de l'en
tendre nommer par- tout le jufte par excellence.
- Ariftide , fans repondre un feul
mot , prend la coquille , & y écrit le nom
dujufte par excellence. »
-
Le jour qu'Ariftide partit pour fon exil ,
tournant fes regards attendiis vers fa patrie ,
qu'il croyoit voir pour la dernière fois :
Ciel , qui vois mon coeur , s'écria t'il , fais
qu'Athènes , toujours heureufe , n'ait jamais
befoin de me rappeler dans fon fein. Le
ciel vouloir venger Ariftide , & ce Sage ne
fut point exaucé. »
-
Parallèle d'Ariflide & de Caton d'Utique.
DE FRANCE. 119
elle repouffoit la domination des Perfes par
tant de prodiges de vertu & de courage .
Dans cette époque des grands événemens &
des grands Hommes , je remarque un Héros
& un Sage qui , fans paroître le premier de
fes contemporains , en fut le meilleur & le
plus utile. Il me femble qu'en obfervant
l'influence de fes actions & de fes exemples
, on en voie découler une partie de cet
que la Grèce a fait de bon & d'illuftre dans
ce beau fiècle : c'eft le jufte Ariftide . Que ne
puis-je ici développer fes vertus avec cette
noble modeftie qui les embellit encore dans
fon hiftoire !
Dès que l'Hiftoire nous le montre , c'eft
au milieu des affaires de fon pays. Mais
tous les moyens de le fervir ne lui conviennent
pas ; il n'appartient à aucune faction
de peur d'avoir des amis ou des ennemis
aux dépens du bien public. Jamais ni intérêt
mi reffentiment ne fouillent fon coeur
pur & généreux. On l'accufe devant fes
Concitovens. Sa juftification couvre d'opprobre
fon accufateur , & foulève contre
lui la haine publique. L'homme de bien
ya être vengé , mais l'homme de bien ne
fouffrira pas que les mouvemens de la paffion
viennent alterer en fa faveur la fevère impartialité
de la Juftice. Plus on s'indigne ,
plus il s'afflige. Il devient le protecteur de
fon ennemi , il l'amène aux Juges , il les
120 MERCURE
39
و د
てら
ود
pardonnet. Un jour qu'il eft affis lui - même
fur le Tribunal , un Citoyen lui dit : Arif
tide , l'homme que je pourfuis t'a fait affi
beaucoup de mal. Dis celui qu'il t'a fait ,
car je fuis ici pour te rendre juffice & non pas
à moi. Sa douce & fincère éloquence a
propofé un Decret que le peuple va confacter
par fes fuffrages Mais tout à coup
éclairé par les contradictions de fes Adverfaires
: Arrêtez , Citoyens , s'écrie t il , je
» me rétracte : écoutez ceux qui vous confeillent
bien , & non pas ceux qui fe
" trompent. » Themiftocles , fon rival &
fon antagoniste , joint des vertus à de plus
grands talens : fouvent il eft utile , quelquefois
il eft dangereux. Dans les Affembléts
du Peuple , Ariftide eft pour lui un cenfeur
vigilant ; dans l'Armée , il eft fon plus fidèle
foldat. Qu'il eft beau de le voir arriver la
nuit fous la tente du Général pour apporter
à fon ennemi un avis qui lui affure la couronne
du vainqueur ! Faut il toujours rencontrer
l'ingratitude des peuples dans la vie
des grands Hommes Ariftide eft fur le point
d'être exilé : c'eft dans ce moment qu'on
apperçoit tout enfemble ce que le coeur
humain peut renfermer de plus vil & de
plus grand ! Voyez ce payfan de l'Atrique,
qui l'aborde , en le priant d'écrire pour lui
le nom qu'il vient dévouer à la profcription
, & il lui prononce celui d'Ariftide :
DE FRANCE. 121
même pas ; mais il me fâche de l'entendre
fans ceffe appeler le jufle. Le jufte remplit .
paifiblement la demande de cet obfcur ennemi
de la vertu ; & levant les yeux vers le
Ciel Faffent les Dieux , dit il , que les
mauvaifes affaires des Athéniens ne les forcent
pas de rappeler Ariftide ! O combien la
vertu eft augufte dans ces généreux mouvemens
, dans ces attitudes paflionnées, qui font
la beauté particulière des moeurs antiques !
Repréfentons nous Ariftidea ce moment où,
Capitaine général des Athéniens , il lui eft
échu de combattre les Grecs qui fe font
vendus à la caufe des Perfes. Son coeur ,
en qui l'amour de la patrie eft un fentiment
religieux , s'épouvante du combat
qu'il va livrer. Il s'élance entre les deux
Ármées , & , le vifage baigné de larmes ,
les mains tendues vers les Cieux , de
cette voix facrée de l'homme de bien dans
les magnanimes infpirations de fa confcience
, « O
il s'écrie : O Grecs , fouvenez-
» vous de votre pays ; voyez qui vous allez
combattre; fauvons nous tous de ce cri-
» me d'arrofer de notre fang les champs de
» la Grèce , en préfence de fes Dieux. » Les
temps où il vécut étoient dignes de lui , &
cette fois feulement il ne fut pas écouté.
Beaux jours de Marathon , de Salamine &
de Plattée , c'eft dans vos faftes que je lis
la vertueufe déférence des Athéniens aux
faints confeils d'Ariftide. La République
وو
و د
122 MERCURE
la guerre , eft follicitée par le Roi des Perfes
d'abandonner les autres Grecs , dont il lui
promet l'Empire. Lacédemone alarmée lui
offre , pour la retenir dans la Ligue commune
, tout ce qu'elle peut offrir , des vivres
pendant la guerre. Ne craignons pas
pour l'honneur de ce Peuple , la vertu d'Ariftide
eft , dans ce moment , fon génie tutélaire.
Voici le Décret qu'il fait prononcer :
Les Athéniens pardonnent à un Roi Barbare
d'avoir cru toutes chofes vénales ; mais ils
fe plaignent des Lacédémoniens , qui, ne confidérant
que leur détreffe préfente , oublient
leur fidélité & leur courage. Ce Peuple réuniffoit
alors toutes les efpèces d'héroïlme ; magnanim
edans la paix comme dans la guerre.
Thémistocles annonce aux Athéniens qu'il
a un projet d'une grande importance , mais
qui ne peut être expliqué publiquement.
Quel autre qu'Ariftide méritoit d'être l'arbitre
des deffeins du Vainqueur de Salamine ?
Il écoute cetre confidence ; enfuite , s'adreffant
au Peuple : « rien de plus utile , mais
» tien de plus injufte que le projet de Thé-
» miftocles. » On crie à celui- ci de fe défifter
de fon projet. Ainfi , un Peuple entier ,
fur la foi d'un feul homme , renonce à de
grands avantages qui lui font promis , & ,
comme un fage & vertueux Magiftrat , n'adopte
pour règle que l'équité. Les Nations
aflemblées ont- elles des récompenfes qui
DE FRANCE. 123
fon coeur. Dans ces Jeux naiffans du Théâtre
, où affiftoit toute la Grèce , on trace le
portrait du véritable homme de bien , de
celui qui ne fonge pas à paroître vertueux ,
mais à l'être. Le Spectacle s'interrompt , &
dans le recueillement de l'amour & du refpect
, tous les regards s'arrêtent fur le jufte
Ariftide. Il eft vrai qu'il fut exilé ; mais l'exil ,
dans fa patrie , étoit pour les grands hommes
un malheur & un honneur en quelque forte
établi par la loi. Il eft vrai auffi qu'il vécut
& mourut pauvre ; mais il avoit fait de fa
pauvreté la fauve- garde & la décoration de
fa vertu ; & nous devons en penfer comme
fes Concitoyens. Il avoit un parent riche
qui fut accufé en Juftice pour avoir laiffé
dans l'indigence le plus vertueux des Athéniens.
Il vint lui - même rendre témoignage
de fes refus d'être enrichi ; & tous les Athé
niens fe retirèrent en difant : il vaut mieux
être pauvre comme Ariftide , que riche comme
Callias. Mais s'il étoit honteux d'être riche
comme Callias , il étoit beau de l'être comme
le grand & le généreux Cimon . Quelle majeftueufe
fimplicité dans les moeurs de ce temps !
Quel touchant contrafte dans la vie de deux
grands Hommes de la même époque & de
la même Nation ! Cimon ne fortoit de fes
foyers qu'environné d'amis chargés de prévenir
les demandes timides par des libéralités
honorables ; & fa maifon , fes domaines
étoient ouverts , comme une propriété pu
124
MERCURE
ficence d'un Roi ; dans fes moeurs , c'étoit
la frugalité d'un Spartiate. La plus humble
demeure , le plus chétif vêtement fuffifoient
à Ariftide ; & il fit à fa patrie cet honneur
de lui laiffer fes funérailles à payer & fa fille
à doter.
Je ne puis me refufer aux réflexions qui
fe préfentent ici à mon efprit. Le fiècle &
le pays de l'homme dont je viens de tracer
la vie , étoient diftingués par la fimplicité
énergique des moeurs , & par la franchife gé
néreufe des fentimens. Mais cette énergie des
mours étoit mêlée de cette rudeffe primitive
d'un peuple qui ne donne encore aux devoirs
de la fociété qu'une foumiffion inquière
& ombrageufe , & cette élévation de
fentimens tenoit plutôt des affections faines ,
mais fougueufes de la nature , que des principes
encore peu développés de la morale.
Le caractère d'Ariftide étoit fingulièrement
propre à tempérer & à diriger heureuſement
Ice courage indocile & cette civilifation
groffière. De tant de douceur unie à tant
de perfection , il fortoit une onction prefque
divine , qui épuroit & ennobliffoit les vertus
de cet âge , de même que les religieufes
inftitutions de Numa polirent le génie féroce
des premiers Romains . Mais les vertus des
grands Hommes n'obtiennent cet empire que
dans ces commencemens de la deftinée des
Nations. Lorfqu'elles font parvenues au derDE
FRANCE. 125
ce , les vices & les défordres , profondément
enracinés dans la conftitution publique , en
deviennent eux-mêmes les principes & les
refforts , & tout l'ordre moral & politique
fe refufe aux vertueux deffeins des hommes
auftères . La vertu alors adopte une marche
plus impétueufe , des formes plus fières ,
& fouvent elle ne parvient qu'à donner au
monde un grand exemple.
Dans les derniers temps de la République
Romaine , il parut un mortel que le Ciel
femble avoir accordé àla terre pour ajouter
à la dignité de la nature humaine , & pour
montrer une fois jufqu'où pouvoit aller la
vertu . Citoyen de l'Univers encore plus que
Romain , & , quoique Romain , nourri
dans les préceptes ftoïques , qui ne fe trouvèrent
jarnais au - deffus de fes moeurs , il
vit que la deftinée des Nations étoit attachée
au fort de la patrie , & que fa patric
alloit perdre fa liberté & fes vertus , & pendant
toute fa vie , plus actif pour le bien public
que ne l'étoit Céfar pour fa fortune
attaquant dans le Sénat toutes les idées funeftes
, calme & inflexible au milieu du tumulte
populaire , follicitant les charges
pour les enlever aux méchans , il ofa lutter
feul contre la pente des moeurs & le cours
des événemens qui entraînoient l'Univers, Il
femble encore deftiné à venger la vertu auftère
de cet outrage qu'on lui a toujours fait de la
juger inhabile à gouverner les états & les
126 MERCURE
hommes. Quel autre Romain de fon temps
avoit mieux connu les vrais remèdes de la
fituation déplorable de fon pays ? Il ne prétend
pas allier dans Rome l'ancienne égalité
des Citoyens & la domination du monde.
Pour conferver libre fa patrie , il voudroit
affranchir les Nations. Quel autre encore prévenoit
mieux les maux préfens , prévoyoit
de plus loin les maux à venir ? Il s'oppofe
à cet excès de puiffance que le Sénat confie
à Pompée ; à cette faveur populaire que fe
ménage Cefar ; il interpofe entre eux le
crédit de Craffus ; il s'effraye moins de leur
difcorde que de leur réunion . Il démêle tous
les projets du plus habile de ces ennemis
publics ; il le dénonce au Peuple , au Sénat ,
à fes rivaux ; il le traverfe dans fa gloire ,
comme dans le plus puiffant moyen de fon
ambition . On croit voir aux prifes pour la
dernière fois , dans ces deux hommes , le bon
& le mauvais génie de la République . On
ne le crut pas , & la liberté Komaine périt ;
'mais le Sénat lui rendit au moins cette juftice
que toujours lui feul avoit bien confeillé fa
patrie. Privé des premières Magiftratures ,
toujours malheureux dans fes entrepriſes ,
& ne faifant jamais rien pour la gloire , tout
paroît lui enlever même les honneurs ordinaires
de la vertu : voyez cependant quel
empire la fienne obtient dans cette Rome qui
recueilloit tous les vices , ainfi que toutes les
richeffes de l'Univers foumis ; on ne peut
plus le récufer dans les ingerens fans dé
DE FRANCE. 127
crier fa caufe ; fon afpect inattendu interrompt
les Spectacles infâmes des Romains ,
& ceux qui l'entourent le proclament le
feul fage , le feul invincible , au moment
où il fuit devant le vainqueur de Pharfale.
Le plus intrépide des hommes , il en eft
encore le plus fenfible & le plus doux ,
quand il peut l'être fans démentir le rôle
qu'il fe croit départi par les Dieux. Jamais ,
dans fa jeuneffe , il n'avoit pris le repas de
fa journée qu'avec fon frère. Durant la guerre ,
civile , il est toujours couvert de deuil , un
grand foin l'occupe encore au moment où
il a réfolu de mourir , celui de pourvoir
au falut de fes amis ; il mêle cette tendre
inquiétude aux penfées de l'immortalité du
Jufte dans le calme de fa nuit dernière ;
enfin il fort de la vie comme un homme
à qui il ne refteroit rien à faire , & qui retourneroit
fatisfait & tranquille vers celui
qui l'avoit envoyé.
( Cet Article eft de M. D. L. C. )
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
MLLE Caftelnau a débuté fur ce Théâtre ,
le Dimanche de ce mois par le rôle de
128 MERCURE
cette Actrice avec l'intérêt qu'infpirent les
grâces de la jeuneffe , unies aux avantages
d'une taille élégante & d'une jolie figure. Sa
voix a du timbre , de la flexibilité & des
tons fenfibles . Son jeu n'a aucun défaut que
l'habitude de la Scène & l'étude des bons
modèles ne puiffent bientôt faire difparoître ;
mais elle a befoin qu'un travail affidu , dirigé
par une bonne méthode , lui donne la
jufteffe d'intonation , l'art de conduire fa
voix , la sûreté & la précifion dans le chant
qu'exigent les premiers rôles auxquels elle
femble appelée par les avantages qu'elle a
reçus de la Nature.
Mlle Saunier , qui n'a pas encore 15 ans ,
a danfé , pour la première fois , le Mardi 9
de ce mois , dans le Baller du fecond Acte
de la Caravane. Une taille auffi noble qu'élégante
, une figure intéreffante & agréable ,
de beaux développemens , un grand accord
entre tous fes mouvemens , beaucoup d'àplomb
& une exécution déjà très - vigoureufe
, ont valu à cette jeune Débutante les
plus grands applaudiffemens & les encouragemens
les mieux mérités. Elle fe deftine à
la Danfe noble , & la Nature lui a donné
tous les moyens de s'y diftinguer. Nous ne
doutons pas qu'elle ne cultive , par le tra-
& own lea
DE FRANCE.
129
mettent bientôt en état de nous confoler , de
la perte que nous regretons encore , dans un
genre de Danfe fi difficile , fi intéreffant , &
d'autant plus précieux , que c'eft un genre
national , & dans lequel les Danfeurs de notre
École n'ont point eu encore de rivaux .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Mardi 9 de ce mois , M. Gérard a
débuté par le rôle d'Arnolphe , dans l'École
des Femmes , & c.
Cer Acteur a joui d'une réputation affez
brillante fur le Théâtre de Rouen : il étoit
fort eftimé à Touloufe , qu'il vient de quitter
pour débuter à Paris. Les Spectateurs de la
Capitale ne lui ont pas fait un accueil auffi
favorable que les Amateurs des deux villes
que nous venons de citer; mais ils l'ont vû
avec quelque fatisfaction , & n'ont pas dédaigné
de lui donner quelques encouragemens.
Que conclure de cet expofé fidèle pour
le talent de M. Gérard ? Rien . Sans vouloir
ici outrager les Connoiffeurs Provinciaux ,
nous oferons dire que depuis qu'ils ont arboré
exclufivement l'étendard de l'Opéra-
Comique , ils font devenus d'affez mauvais
juges en talens Dramatiques. Il n'existe plus
ce temps heureux où les Théâtres de Rouen
& de Lyon fouraiffoient à ceux de la Capitale
les Sujets dont ils avoient befoin. Nous
ne voyons plus ces deux Scènes nous envover
2ño ous
130 MERCURE
comme autrefois , des Kecrues Comiques ,
parmi lesquelles on diftinguoit des Preville ,
des Beauménard , des Molé , des Brizard ,
&c. Non. C'eft au Drame Lyrique , c'eft au
Poëte Lyrique , c'eft à l'Acteur Lyrique que
s'adreffent toutes les préférences , tous les
hommages , toutes les faveurs. Thalie &
Melpomène font éclipfées par le Vaudeville,
& par une Mufe moderne qui ofe quelquefois
ufurper le nom de Polymnie. A peine
brûle- t'on fur leurs autels un grain de cet
encens qu'on leur a prodigué fi long- temps ,
& fi à jufte titre ; & le culte des Rois eft
oublié pour celui des Tyrans. Voilà pour la
Province. De Paris , de fes Amateurs , qu'en
dirons-nous ? Hélas ! l'ennui du beau , pour
nous fervir d'une expreffion du premier de
nos Lyriques , leur fait aimer le laid. Des
caractères outrés , des intrigues échafaudées ,
des vers bourfoufflés , de la profe emphatique,
des Tragiques exaltés , des Comiques entourés
de bouffonnerie & de caricature
voilà ce qu'il faut aujourd'hui pour entraîner
les fuffrages de la Capitale. Avec un
talent fimple , vrai , naturel exempt de
toute la charge comique qui fait à préfent
les fuccès , M. Gérard n'a donc pu que plaire
très médiocrement à des Spectateurs dont
le goût blâfé n'eft plus fufceptible d'éprouver
les impreffions que donne la fimple naof
hear
DE FRANCE. 131
du talent eft préférée au talent même , & où
frapper fort vaut mieux que de frapper
jufte , comme l'a fi bien obfervé Voltaire ;
car nous aimons à citer nos Maîtres. On peut
cependant reprocher à M. Gérard des défauts
effentiels , quoique fufceptibles d'être
au moins atténués. Son mafque n'a pas toujours
affez de mobilité, fon gefte eft uniforme
, fon débit a quelquefois de la monotonie
, & l'on peut encore defirer qu'il parvienne
à donner à fon organe , naturellement
agréable & rond , un peu plus de nerf
& de fermeté. Nous ne parlerons point de
l'air embarraffé , gêné , inquiet qu'il montre
quelquefois à la Scène , tout cela eft à peuprès
inféparable des effais d'un Débutant.
Nous l'inviterons feulement à refpecter la
mefure des vers & à étudier la profodie , fi
quelque événement heureux, ( car tout eft de
hafard ou à peu près , ) le fixe fur la Scène
Françoife. Il peut gagner beaucoup en y reftant
; & dans l'état actuel de l'Art du Théâtre ,
il ne fauroit déplaire nulle part.
LE Jeudi 11 du même mois , on a donné
la première repréfentation du Jaloux , Comédie
en cinq Actes & en vers libres , par
M. Rochon de Chabannes.
A l'inftant où nous écrivons cet article ,
132 MERCURE
de l'Ouvrage , nous parlerons fimplement ici
de l'effet qu'il à produit , & de la manière
dont on l'a jugé. D'abord , des détails brillans
, des caractères bien préfentés , un ftyle
plein de grâces , ont excite les plus vifs applaudiffemens
jufqu'à la moitié du fecond
Acte. Tout-à coup une plaifanterie fur les
globes aéroftatiques , des développemens un
peu longs , une fortie fur les Journaux , &
quelques gaîtés peut- être un peu hafardées ,
quoique placées dans la bouche d'unValer , ont
tellement indifpofé le Public, qu'il eft devenu,
par une fingularité très-commune aujourd'hui ,
févère à outrance , & même impitoyable ;
& la Pièce , d'abord applaudie avec ivreffe ,
a été fur le point de ne pas être achevée. Le
courage , la prudence & le talent de M. Molé
ont arrêté tout- à coup les éclats tumultueux.
Cet Acteur a demandé refpectueufement au
Public h on lui ordonnoit de fe retirer : l'acclamation
générale a répondu par la négative,
& la Pièce , continuée , tantôt au milieu des
plus bruyantes clameurs , tantôt avec les plus
vifs applandiffemens , a été jufqu'à la fin .
A t'elle été jugée ? Non. M. de Chabannes
doit avoir fenti tout ce qui , dans fon Ouvrage
, eft fait pour déplaire généralement.
Avec le talent qu'on lui connoît, il doit avoir
affez de courage pour s'exécuter fur quelques
obiets qui déparent fa nouvelle production .
DE FRANCE. 133
nd
J'appelle en Auteur foumis , mais peu craintif,
Du Parterre en tumulte au Parterre attentif. *
Avant la repréſentation de la petite
Pièce , on a demandé M. Molé ; il a paru ,
& on l'a reçu avec tranfport. Cet hommage
lui étoit bien dû ; car il feroit dif
ficile à un Acteur de donner plus de preuves
de talent , d'annoncer plus de reffources , en
un mot , d'être plus vrai & plus attachant
que M. Molé dans le rôle du Jaloux , furtout
dans le quatrième Acte , où il nous a
paru fupérieur à lui même.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Samedi 6 Mars , M. Amiel a débuté
par le rôle de Wefternn dans Tom- Jones à
Londres , & par celui de la Fleur dans les
Événemens imprevus.
Cet Acteur a obtenu de grands fuccès à
Fontainebleau & à Verfailles . Nous ne parlons
que de ceux- là , parce que nous n'a-
La feconde & la troifième repréfentation de cette
Comédie , données de fuite le Samedi 13 & le Dimanche
14 , ont obtenu le plus grand fuccès. Nous
n'en fommes point furpris. 1. parce que l'Auteur
s'eft courageufement exécuté ; 29. parce que le Public
a été jufte. Nous entrerons dans de plus grands dé134
MERCURE
vons pas été temoins de ceux qu'il a pu obtenir
ailleurs . Peut être l'a- t- on beaucoup
trop vanté. Quelquefois nous l'avons entendu
comparer au célèbre Piéville dans la
Comédie , & certes la comparaifon a dû
nuire à M. Amiel. On l'a auffi beaucoup
trop déprimé ; car des Comédiens connus
l'ont ravalé au- deffous du médiocre . C'eft
entre ces deux excès qu'il faut juger M.
Amiel. Il a de la propenfion aux grimaces
& à la charge ; nous defirons qu'il n'en ait
pas contracté une habitude incurable : s'il
peut la vaincre , au moins en partie , il
peut mériter des fuccès à Paris . Nous lui
avons fouvent vû de la vérité , du naturel ,
de l'intelligence , des éclairs de bon comique,
& tous ces moyens donnent des efpérances
. Nous avons dit des éclairs , & nous
appuyons fur cette expreffion. En effet , M.
Amiel donne d'abord un caractère au rôle
qu'il joue , puis tout à coup il l'abandonne ,
y revient , le reprend & le quitte encore.
D'où viennent ces variations ? D'un defir
immodéré d'exciter les applaudiffemens qui
le jette trop fouvent hors de fon perfonnage ,
& ne montre que le Comédien qui s'efforce
d'être agréable. Il eft beau de chercher à méri
ter les fuffrages ; mais c'eft à ceux des gens
de goût qu'il faut s'attacher , & non aux acclamations
des amateurs de la parade.
Gaîté fans excès , comique fans caricature ,
abandon fans licence , voilà les premières ,
les plus indifpenfables qualités d'an Comé
DE FRANCE. 135
dien qui veut honorer fon état & plaire à
Les Juges.
9 LE Mardi du même mois , on a joué ,
pour la première fois , Arifte , ou les Écueils
de l'Education , Comédie en cinq Actes &
en profe.
M. Argante a élevé fon fils Damis avec la
plus grande dureté. Mme Argante a pour lui
la plus grande foibleffe ; de forte que le
jeune homme eft un de ces êtres capricieux ,
vains , légers , inconféquens , emportés , dont
Paris abonde , & à qui on pardonneroit de
punir leurs inftituteurs de leur mal - adreffe ,
s'ils n'étoient pas en même- temps les fléaux
de la fociété. M. Argante veut que Damis
époufe fa Pupille Ifabelle ; mais celui ci a
fauvé Julie de la brutalité de quelques infolens
, il s'eft même battu pour elle , & il
l'adore. Cette même Julie , fille bien née ,
mais fans fortune , fe préfente chez Mme
Argante en qualité de Femme de Chambre ;
y eft admife; y retrouve fon amant ; en eft
obfédée , veut facrifier fon amour à fon.devoir
; défefpère le fougueux jeune homme ,
excite de nouveaux troubles dans fon
coeur comme dans fa tête ; met à l'épreuve
la complaifance de Mme Argante ; enfin ,
remplit le père de fureur & d'indignation.
Un frère de M. Argante , homme fenfé ,
.ami de la paix , entreprend de ramener tous
T11 CUL
136 MERCURE
Comte de Gerval , fon ancien ami ; & , d'après
cela , n'a pas de peine à tout pacifier. Les
deux amans font unis.
Voilà tout ce que nous pouvons faire connoître
de l'intrigue très-obfcure & très - compliquée
d'Arifte. Il feroit difficile de deviner
comment on a voulu remplir le fecond titre
de cet Ouvrage : les Écueils de l'Éducation ;
car le réfultat des extravagances de Damis
n'a rien d'effrayant , au contraire. Il aime fans
la connoître , il eft vrai , une fille de condition
; mais après bien des traverfes , il triomphe
; & la fin de toute l'intrigue prouve qu'il
a eu raifon d'aimer Julie qui , par la naiffance ,
fes vertus & fa fortune, eft faite pour prétendre
à une alliance diftinguée. Mais abrégeons
les réflexions , puifque ce Drame n'a point
eu de fuccès , & que fa morale ne fauroit
être bien dangereufe . Cette Comédie n'eft pas
très-moderne. Elle fut mife entre les mains de
feu M. Saurin , qui fe propofa de l'arranger
pour le Théâtre, & qui bientôt y renonça, foit
parce que le fujet lui déplut , foit parce qu'il
ne fut pas curieux de travailler fur le fonds
d'autrui . Il a pourtant fait les Mours du tems ,
& cette petite Pièce n'eft qu'une imitation
de l'Ecole des Bourgeois , de l'Abbé Delainval
. Quoi qu'il en foit , l'Ouvrage a été tiré
du porte- feuille de M. Saurin & porté dans
celui de M. D... , qui , échauffé par quelques
fituations heureufes , ébloui par le caractère
DE FRANCE. 137
difficulté abandonnée par un Membre de
l'Académie Françoife . On peut lui favoir
gré de fes efforts ; mais on doit l'engager
auffi à chercher dans fon génie des fujets
propres à mettre au Théâtre , & à renoncer
pour jamais au vain efpoir de donner une
exiftence à des enfans morts nés.
ANNONCES ET NOTICES.
ES Les Siècles Payens , ou Dictionnaire Mythologique
, Héroïque , Politique , Littéraire & Géographique
de l'Antiquité Payenne , depuis l'origine du
Mondejufqu'à la fin du fiecle d' Augufte , pour fervir
à l'interprétation des Auteurs anciens , & à celle
des Auteurs modernes qui traitent de l'Antiquité ;
par M. l'Abbé S *** de Caftres , 9 Vol. in- 12 . Prix ,
27 liv reliés & 22 livres 10 fols brochés. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins
, hôtel de Cluni.
୨
L'étude de la Mythologie eft indifpenfable pour
l'intelligence des Auteurs & de l'Hiftoire de l'Antiquité.
C'eft une vérité qui n'a pas befoin d'être prouvée
; elle a été fentie de tous les temps ; auffi divers
Écrivains ont- ils effayé de nous familiarifer avec le
Code Mythologique , d'autant plus difficile à développer
, que fes meilleurs Hiftoriens fe contredifent
plus d'une fois. Mais les Ouvrages que nous avons fur
cette matière font pour la plupart ou des Abrégés infuffifans
; ou des Recueils fautifs , dans lefquels on ne
montre d'autre exactitude que celle de copier les erreurs
d'autres Hiftoriens ; ou enfin de laborieufes
compilations dont les Auteurs , pour adapter tous les
faits à un fyftême particulier , en donnent à chaque
29
235
138 MERCURE
inftant des explications forcées & de fauffes interprétations.
L'Auteur de l'Ouvrage utile que nous annonçons a
vû tous ces défauts, & n'a rien négligé pour s'en garan
tir. Il a donné la plus grande étendue à fes Faftes Mythologiques;
il les a préfentés fous la forme alphabétique
pour en faciliter l'ufage ; & en puifant dans les
fources primitives , il s'eft mis dans le cas de relever
nombre d'erreurs , même chez nos Auteurs le plus en
crédit. Le foin qu'il a pris de citer fes autorités , met
en évidence les recherches qu'il a faites , & fournit à
tous fes Lecteurs le moyen de vérifier fon exactitude.
ÉTABLISSEMENT NOUVEAU. Quai & près
des Auguftins , à la defcente du Pont - Neuf, Royez ,
tient Affortiment de Livres les plus utiles aux Étrangers
, &c. Nouveautés agréables en plufieurs genres ;
Cartes même & Eftampes ; Voyages , Defcriptions ,
Curiofités de France , de Paris & autres Pays ; Itiné
raires , Poftes , &c . les meilleurs Ouvrages fur la
Mufique , fur les Arts en général & le Commerce ;
enfin Dictionnaires , Élémens , Livres de plufieurs
Langues.
Il tient auffi le Cabinet de Lecture , le premier &
le feul qu'on ait formé de tous les Papiers publics
nationaux & étrangers , François , Anglois , Allemands
, Italiens , Efpagnols , & c. L'Auteur de cet
Etabliffement a réuni à tant de fecours littéraires
une Collection complette des Affiches de ces mêmes
Provinces , où l'on trouve tout ce qui arrive journellement
d'intéreffant , événemens , ventes , hypothèques
, changes , prix des denrées , départ & arrivée
des navires des Villes maritimes , &c. enfin leur
Littérature & leurs Avis qui peuvent être utile même
à la Capitale. Il y a joint les papiers Américains , &
DE FRANCE. 139
Outre ces avantages , on trouve chez lui la jouiffance
defesmagafins de Librairie au premier & au fecond,
avec la liberté d'y faire les extraits dont on aura
befoin , & l'on y trouvera pour cela tous les fecours
néceffaires, grands Livres & Dictionnaires à confulter.
Cet Etabliffement nous a paru d'une très- grande
utilité , & mérite des encouragemens.
- On trouve à la même adreffe : Recueil des
Mémoires fur la fabrication & la formation dufalpêtre
, approuvés par l'Académie , 1 Volume in 89.
Prix , 5 livres broché. Goûts & Génies différens
des François & des Anglois dans leur vie privée ,
le luxe , les femmes , les Sciences , les Arts & le
Commerce , 1 Volume in- 12 . Prix , 3 liv. relié.
Hiftoire des premiers temps du Monde d'accord
avec la Phyfique & l'Hiftoire de Moyfe , 1 Volume
in-12 . Prix , 2 liv. 10 fols relié.
EUVRES de Plutarque , traduites du Grec ,
par Amyot, Tome II . A Paris , chez Jean - François
Baftien , rue Saint-Hyacinthe , la première portecochère
à droite en entrant par la Place S. Michel.
C'eft la huitième Livraison de ce grand Ouvrage
. On a donné de juftes éloges à l'exactitude de
l'Éditeur ; il vient de prendre de nouveaux arrangemens
pour mettre encore plus de rapidité dans fes
Livraiſons.
REPONSE à un Jeune Poëte de mes Amis , qui
m'avoit écrit une Lettre galante , pendant quej'étudiois
la Théologie ; Pièce qui a concouru pour le
Prix de l'Académie des Jeux Floraux par
M. l'Abbé Caftan de la Courtade , Prébendier du
Chapitre Saint- Aphrodife , & l'un des Profeffeurs de
Réthorique du Collége Royal de Beziers.
Cette Épître , qui annonce du talent pour la Poéfie ,
eft écrite avec beaucoup de facilité. Cette facilité va
140
MERCURE
fouvent jufqu'à la négligence ; mais l'Auteur a le
talent de phrafer , de jeter fes vers avec la plus
grande liberté. Nous allons en citer quelques uns.
Comme l'Auteur , en faifant cette Épître , étudioit la
Théologie , il repréfente les Docteurs , Cafuiftes ,
&c. qui viennent chaffer de fa Bibliothèque les Poëtes
qui l'embelliffoient.
E
1eurs.
Le hardi Tournely , qui précédoit Collet , (1)
Terraffa fans pitié , de fa main furieufe ,
De l'aimable Gefner la lyre harmonieuse ,
Quife cachoit en vain fous un berceau de fleurs.
Du feul Baronius l'haleinc vigoureufe
De l'Auteur de Joconde a fast des
Du redoutable Arnaud la plume impetterie
Du fublime Molière a brifé les crayons ,
La flûte de Berquin , le chalumeau ruftique
Des Segrais , des Racans , des Mofchus , des Bions ,
La lyre de Rouffeau , la trompette héroïque ,
Que le Taffe emboucha pour chanter les Bouillons ,
Et de Clément Marot ( 2 ) le flageolet antique ,
Qui, fous François Premier, mêloit fon ton gothique
Au bruit tumultueux des fuperbes clairons .
MERCURE & les Ombres , Pièce épifodique en
vers , repréfentée fur le Théâtre de l'Ambigu comique
, le 22 Décembre 1782. Prix , I livre fols A
Paris , chez Brunet , Libraire , près du Théâtre
Italien .
4.
Le fujet de cette Pièce eft une Fable de Lamothe, dans
laquelle Mercure confole des morts qu'il conduit aux
enfers , en leur difant que leur trépas n'a pas caufé les
regrets qu'ils croyent laiffer dans l'autre monde , &
qu'on y a déjà oublié leur perte . La Pièce , comme onle
Continuateur de Tournely.
Francois Premier à la guerre
DE FRANCE, 141
penfe bien , eft compofée de Scènes épifodiques. On
y a trouvé des traits d'efprit & des vers heureux.
Notre Journal entre pour quelque chofe dans les
vers du dénouement ; c'eft Mercure qui parle aux
Spectateurs :
Je répands fous mon nom le Journal des François ;
J'offre au Public & les Effais
Et les Triomphes des Poëtes :
Mercure annonce les fuccès ;
Mais , Meffieurs , c'est vous qui les faites.
PROSPECTUS d'un Pont de fer d'une feule ar
che, propofé depuis vingt toifes jufqu'à cent d'ouver
ture, pour être jeté fur une grande rivière , préfenté
au Roi les Mai 1783 , par M. Vincent ,de
Montpetit . A Paris , chez l'Auteur , rue du gros
Chenet , près celle de Cléry , n° . 3.
La néceffité de former de plufieurs arches les ponts
des grandes rivières augmente les dangers de la navigation
. Il eft important de leur donner le plus
d'étendue poffible. Le fer , qu'on a déjà proposé plufieurs
fois , eft la matière la plus propre à ce procédé,
comme la plus forte & la plus indeftructible
dont on puiffe faire ufage. L'Auteur de ce Profpectus
a dreffé le plan d'un Pont de cette efpèce qui
doit être auffi folide & moins coûteux. Il follicite
des expériences qui puiffent faire juger fi fon plan eft
utile & praticable ; & en effet c'eft à- peu-près le feul
moyen de fe inettre en état de prononcer là- deffus .
ESSAI fur la poffibilité d'une Machine à ofcillations
croiffantes , par M. Barbot Dupleflis , Secrétaire
du Roi , Greffier en Chef de la Maîtrife des
Eaux & Forêts du Duché d'Orléans , Membre des
Sociétés d'Agriculture & de Phyfique de la même
Ville. A Paris , rue & hôtel Serpente.
142 MERCURE
L'Auteur de cette Brochure prétend prouver qu'on
peut faire une Machine dont le mouvement foit un
vrai mouvement perpétuel méchanique , en mêmetemps
qu'une Machine à ofcillations croiffantes.
Cette Brochure eft digne d'être lûe , & l'idée qu'elle
renferme mérite l'attention des Phyficiens ; mais
nous devons imiter la fageffe du Cenfeur de
cet Ouvrage , qui n'a pas ofé prononcer fur le fonds
d'une queftion auffi délicate.
LES Devoirs de l'Homme , Difcours en vers.
A Orléans , chez Julien- Jean Maffot, Libraire , rue
de Recouvrance ; & fe trouve à Paris , chez Guillaume
Debure , Libraire , quai des Auguftins , &
chez les Marchands de Nouveautés.
La Morale de cet Ouvrage eft faine , mais les vers
en font très - peu poétiques. L'Auteur connoît les
Devoirs de l'Homme , mais il ne remplit pas encore
bien ceux d'un bon Poëte .
SUPPLEMENT à l'Effai fur l'Hiftoire générale
des Tribunaux des Peuples tant anciens que modernes
, ou Dictionnaire Hiftorique & Judiciaire , contenant
des Anecdotes piquantes & les Jugemens
fameux des Tribunaux de tous les temps & de toutes
les Nations ; par M. des Effarts , Avocat , Membre
de plufieurs Académies , Tome VIII . A Paris , chez
l'Auteur , rue Dauphine , à l'hôtel de Mouy , près le
Pont-Neuf, Durand neveu , Libraire , rue Galande;
Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardinet ; Mérigot
jeune , Libraire , quai des Auguftins.
Dans les fix Volumes d'Effai qu'avoit publiés M.
des Effarts , fa partie la plus intéreffante , celle qui
renferme l'Hiftoire des Tribunaux étant reftée inparfaite
, il étoit à préfumer que le Public verroit
avec plaifir des Additions à plufieurs articles qui en
DE FRANCE. 143
qui l'a précédé. Quoique ce tableau foit trifte , il
n'en eft pas moins attachant pour l'homme fenfible ,
& il offre un objet d'étude & de méditation au Philofophe.
Ajoutons à ces motifs d'éloge que l'homme
étant malheureufement peu porté à aimer la vertu
par elle- même , on a befoin , pour l'éloigner du
vice, de lui en préfenter le châtiment. C'eft ce qui.
rend la lecture de cet Ouvrage tout-à -la - fois intéreffante
& inorale.
QUATRE Sonates en Quatuor pour le Clavecin
, avec Violon & Baffe ad libitum , par M. Edelmann.
Prix , 9 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue du
Temple , au coin de la rue Paftourelle.
Tous les Ouvrages de M. Edelmann font depuis
long- temps en poffeffion de plaire , & chaque nouvelle
OEuvre lui aflure un nouveau fuffrage.
LES Fêtes de la Ville , Marche à grand Or
cheftre , fuivie d'un Andante & d'une Allemande ,
par l'Auteur de l'Amant infortuné. Prix , 1 livre
16 fols . A Paris , chez Mme Béraud , Marchande
de Mufique , rue de l'ancienne Comédie Françoife ,
Fauxbourg Saint Germain.
SOLFEGE , ou nouvelle Méthode de Mufique
divifée en deux parties . La première contient la
théorie de cet Art ; la feconde les Leçons avec la
Baffe , & les gradations néceffaires pour parvenir
aux difficultés , dédié à la Reine par Rodolphe , Muficien
du Roi. Prix , 15 livres. A Paris , chez Houbaut
, Marchand de Mufique , rue de Marivaux ,
Place du Théâtre Italien , & Leroy , Graveur &
Marchand de Mufque , Place du Palais Royal , près
le Café de la Régence.
La première partie de cet Ouvrage qui traite de
ast
144 MERCURE
c'eft- à- dire , des premiers principes de la pratique de
cet Art, eft expofée avec clarté & fimplicité par
demandes & par réponfes. La feconde , qui contient
les Leçons , nous a paru bien graduée , &
d'un chant fouvent agréable.
SECONDDE Symphonie concertante pour deux
Violons & grand Orchestre , par M. Criftiano
Stumpff. Prix , 4 livres 4 fols . A Paris , chez M.
Michaud , rue des Mauvais- Garçons , près celle de
Buffy, chez l'Herborifte.
r
PARTITION du Carmen Seculare. La Soufcription
propofée pour cet Ouvrage n'ayant point été
remplie à l'époque indiquée par l'Auteur , il prie les
Perfonnes qui ont foufcrit de vouloir bien faire retirer
les fommes qu'elles ont dépofées chez M.
Raffeneau de Lifle , Notaire , rue Montmartre ,
où elles leur feront rendues en rapportant la quittance
qu'elles ont reçue .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
VE
TABLE.
ERS dun Poëte Tragique , Charade , Enigme & Logo-
A mon Amie ,
A Mile de Saint- Léger,
97
98 Hiftoire Ancienne ,
gryphe , ib.
103
ib. Académ Royale de Mufiq. 127
ib. Comédie Françoife , 129
133
137
Impromptu ,
Le Mulot & le Rat , Fable , Comédie Italienne ,
100 Annonces & Notices ,
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Mars . Je n'y ai
rien trouvé qut puifle en empêcher l'impreffion. A Paris ,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27
MARS 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à M. DE LA HARPE
fur fa Tragédie de Coriolan.
JE l'ai vu ce fameux banni
Dont le Sénat craignit les armes ;
Toutes les mains ont applaudi ,
Tous les yeux ont verfé des larmes.
Reçois le prix de tes travaux ;
Que manque- t'il à ta victoire ?
Quand , prévenu par neuf rivaux ,
Ils n'ont écrit que pour ta gloire.
Pourfuis. Du Théâtre François
* Il y avoit déjà neuf Tragédies au Théâtre intitulées :
Coriolan.
No Mar
146 MERCURE
Ranime la fplendeur mourante.
Afpire à de nouveaux fuccès;
D'une touche fière & favante
Deffine encor d'autres portraits ,
Méprife l'impuiffante envie
Et le fiel de fon encrier ;
Elle aime à flétrir le laurier
Qui couvre le front du génie.
(Par M. Bodard , du Mufée de Paris. )
A Mile DE PRÉMOISANT , à l'occafion
d'un Bal qu'elle a donné à Argentan , en
faveur & au profit des Pauvres , à caufe
de l'extrême rigueur de l'hiver.
DE la Meffagère à cent voix
'J'entends retentir la trompette.
Du couchant à l'aurore elle annonce une fête
Qui dut charmer le riche & le pauvre à la fois.
Chez toi la volupté s'ennoblit & s'épure.
Tu raffembles les Ris , les Jeux
Pour venir au fecours de tant de malheureux ,
Victimes des rigueurs d'une faifon trop dure.
Les Grâces , les Amours fe cotifent pour eux.
Vénus même offre fa ceinture
Pour effuver les pleurs qui coulent de leurs veux
DE FRANCE. 147
Fait naître des plaifirs de la fociété
Le bonheur de l'humanité.
Tu fixes tous les voeux , ô ma charmante amie !
Jouis de ton triomphe , il eft bien mérité.
VERS fur le Papier nouveau de Langlée,
près Montargis.
LE fiècle de Louis , comme celui d'Auguſte ,
Dans le fein de la paix fera fleurir les Arts ;
Et fous l'empire heureux du Prince le plus jufte ,
Cent prodiges nouveaux naîtront de fes regards.
Montgolfier, à fes yeux , vers la voûte azurée ,
Avec l'air & le feu , rend la route aſſurée.
le Globe aérien ,
L'Anglois feul , en voyant
Prononce avec humeur , qu'il n'eft utile à rien .
Si l'on vante Annonay , dont la Papeterie
Vit naître en Montgolfier un homme de génie ,
Son rival en fon Art, & fon admirateur ,
Delifle , dans Langlée , aux talens fait honneur.
Son coeur n'eft pas jaloux , il n'a point la manie
D'exciter les fifflets des ferpens de l'Envie :
Pour chanter fon Émule , un papier tout nouveau
Naît de l'herbe qui croît ſous le cryſtal de l'eau ,
*
* N. B. Ce Papier eft uniquement fait d'herbe . L'invention
en eft dûe à M. Delifle , Directeur de cette fa
perbe Manufacture. Ces vers nous ont été envoyésfur un
échantillon de ce nouveau Papier.
Gij
148 MERCURE
En le formant , fa main donne un sûr témoignage
Qu'à fon heureux confrère il rend un jufte hommage.
Ainti , les vrais talens font unis. par l'amour ;
Et fi de l'Univers les veux placent un jour
Montgolfier & fon Globe au Temple de Mémoire ,
Sur ce papier , Delifle en écrira l'Hiſtoire .
' IMPROMPTU fait à Table à Mlle D E
en lui fervant une pomme.
On dit que le Berger Pâris ,
Qu'ici mon emploi me rappelle ,
Pour la pomme offerte à Cypris ,
Eut trois baifers de l'immortelle ;
Aux voeux d'un jeune audacieux
Accordez le même partage ;
Et pour un don moins précieux
Je recevrai bien davantage.
***
( Par M. le Baron de Ginnedele. )
DE FRANCE. 149
AIR DE LA CARAVANE ,
chanté par Mlle Joinville.
Andave.
J'AB - ~ JU - RE la haine cruel - le Qui
dé- vc -roit mon coeur ja - lonx , Qui dé- voroir
mon coeur ja loux : Rendons une ¿--
pou- fe fi del- le Aux voeux de fon fidel
époux. Loin de ces lieux • qu'elle
ref- pi re Au fein de la fé .
licité ; Son dé- part m'af-fu-
Giij
150
MERCURE
re un em pi- re , m'affure un em- pi- re Que
m'eût en-le- vé fa beauté , Que
m'eût en le vé ·
fa beau- té. Rea - dons
· une é pou fe fi del le Aux
voeux de fon fidelé
Four;
Son dé- part m'aflure un em- pi-re
m'affu
re un em-pi- re Que m'eût en- levé
fa beau-té , Que m'eût en leDE
FRANCE. 151
vé fa beau- té.
(Paroles de M. ** , Mufique de M. Gretry. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Mme Dugazon ;
celui de l'Enigme eft le mot Oui ; celui du
Logogryphe eft Ballon , où l'on trouve bal
( paré ou mafqué ) , la (note de musique) , bon
(pris fubftantivement) , ban , bona, bol & on.
JE
CHARADE.
•
Mon premier eft très -impoſant ;
Mon fecond un fardeau pefant ,
Et mon tout eft fort amufant.
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
ÉNIGM E.
E fuis petit petit , n'allant pas juſqu'à l'once ;
On me rencontre à chaque pas ;
1
J'ai tout vû , j'ai tout fait ; mais fouvent ce n'eft pas.
Et tel qui l'affure & l'annonce
Se trouveroit dans l'embarras ,
Si tu lui montrois pour réponſe
Mes pieds en haut , ma tête en bas.
Giv
152
MERCURE .
А мо
LOGO GRYPHE.
AMON utilité je dois mon origine ;
On m'emploie aujourd'hui beaucoup pour l'agrément ;
Du beau fexe fur-tout , agréable ornement ,
J'embellis les attraits de la jeune Rofine.
Tantôt grand , tantôt court , tantôt blanc , tantôt
noir ,
Chacune fur les traits reconnoît mon pouvoir ;.
De la mode contraint à ſuivre l'inconſtance ,
Je change affez fouvent de forme & de grandeur ;
L'on me place fuivant mon prix & ma couleur ,
Près d'un groupe de fleurs ou fur une éminence ;
Je m'abaiffe toujours en préſence d'un Grand ;
Chez le fexe en ce cas je refte dans mon rang.
Pour me trouver plus tôt , connoiíTez ma ftructure ;
J'ai fept pieds feulement , & leur combinaiſon
Vous donnera des mots de diverſe nature.
Vous trouverez d'abord l'arbre qui nous procure
La liqueur dont l'excès fait perdre la raiſon ;
Vous y verrez auffi le lieu qui la renferme ;
Un animal à corne utile en une ferme ;
Deux villes de la France ; une herbe ; an élément ;
Un ornement d'Églife ; un habit de voyage ;
Ce que rarement dit un ivrogne en buvant ;
Et l'habit qui nous couvre en tout temps , à tout âge.
(Par M. Reverony fils . )
DE FRANNCCEE.. 153
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
CORIOLAN , Tragédie en cinq Actes & en
vers , repréfentée pour la première fois à
Paris , par les Comédiens François , le
2 Mars 1784 , & à Versailles , devant
Leurs Majeftés , le 11 du même mois , par
M. de la Harpe , de l'Académie Françoife.
A Paris chez Belin , Libraire , rue
S. Jacques , & chez Brunet , rue de Marivaux
, près du Théâtre Italien..
POURQUOI
,
OURQUOI donc , a- t'on dit cent fois
vouloir mettre au Théâtre le fujet de Coriolan,
qui n'a jamais pu y reuflir ? C'est parce
qu'il n'y a jamais réufli , qu'on eft tenté encore
de l'y reporter . On ne s'en occuperoit
plus , fi on l'avoit traité une fois avec un
fuccès décidé. Mais on juge , avec raifon ,
que ce caractère à toutes les qualités théâtrales
; on fe flarte de furmonter les difficultés
que préfente l'action : éclairé par les
fautes des Auteurs qui y ont échoué , on elpère
, en les évitant , mériter un fort plus
heureux ; & l'on s'efforce de foumettre à la
règle de nos trois unités l'hiftoire de ce fameux
profcrit. Il a paru de nos jours deux
Coriolans qui ont joni d'un fuccès d'eftime :
Fun de M. Balze, imprimé en 1776 , & non
repréfenté ; l'autre , de M. Gudin de la Bru-
G v
154
MERCURE
nellerie , repréfenté & imprimé la même
anneé. M. de la Harpe vient encore d'en
donner un , qui , jufqu'à préfent , attire
des Spectateurs , & réunit de nombreux
fuffrages. Chargés d'analyfer cette nouvelle
production , tâchons de rendre profitable
à l'Art l'examen qu'on attend de nous .
Si la critique ne fervoit qu'à prouver à tel
Auteur qu'il s'eft trompé , ou à louer
tel autre d'avoir bien fait , le petit bien
qu'elle produiroit alors , ne compenferoit
pas les dangers qui l'accompagnent ;
car enfin on ne peut pas fe diffimuler qu'elle
ne foit trop fouvent l'inftrument de la flatterie
ou l'arme de la malignité. Il faut donc ,
pour la rendre plus utile que dangereufe ,
qu'en difcutant un Ouvrage , elle puifle répandre
des lumières fur l'Art qui l'a produit.
Ce n'eft pas que nous penfions qu'un
Critique , fe croyant fupérieur au génie dès
qu'il a fu découvrir en lni quelques taches:
légères , doive donner fes décifions comme
on fait enregistrer une Loi ; mais s'il foumer
fes opinions aux connoiffeurs défintéreffés ,
comme l'Auteur leur a foumis fon Ouvrage
, il peut toujours le flatter d'être
- utile parce qu'en rappelant les principes
de l'Art , il fournit l'occafion de les
méditer avec fruit , & que par-là les erreurs
mêmes peuvent ouvrir la route de la vérité.
,
Ce befoin d'une fage difcuffion eft devenu
plus urgent que jamais ; il eft peutêtre
plus néceffaire de rappeler les bons
DE FRANCE. 155
principes , au moment où ils commencent à
être oubliés ou dédaignés , que de les faire
connoître , à l'époque où ils font encore
ignorés ou peu connus , parce qu'il eft peutêtre
plus difficile de rectifier le goût que de
le former.
Nous ferons précéder l'examen de la nou
velle Tragédie , de quelques réflexions générales,
fur le fujet , & fur la manière dont
il avoit été jufqu'alors enviſagé ; mais il eſt
bon , avant tout , de rappeler en peu de
mots l'hiftoire de Coriolan : ce fera autant
de pris fur la longueur de l'analyſe.
Né avec la fermeté qui rend les vertus
utiles , Coriolan manquoit de cette grâce qui
les rend aimables ; courageux , mais fier &
emporté ; fouvent libéral , mais jamais populaire
; en acquérant par fes fervices des
droits à la reconnoiffance du peuple Romain
, il s'attira fa haine par fon caractère
altier & inflexible. Cité par les Tribuns ,
abandonné par le Sénat , qui ne pouvoit le
defendre fans expofer la République , il fe
voit condamné au banniffement. Réfugié,
chez les Volfques , qu'il excite à faire la
guerre aux Romains , il venge (on injure en
combattant contre fa Patrie , dont il a juré
la perte. Après plufieurs villes prifes , & fon
territoire ravagé , Rome qui voit fes murs
prêts à être livrés aux flammes , lui députe
pour l'appaifer , d'abord fes Confuls , enfuite
les Prêtres ; l'implacable vainqueur
G vj
156 MERCURE
répond à leurs prières par des menaces &
des imprecations . Enfin on lui envoie fa
mère à la tête des Dames Romaines ; & Coriolan
fe laiffe fléchir. Mais à peine a - t'il
pofé les armes , qu'il eft affaffiné par Tullus ,
le Général des Volfques , qui , après l'avoir
accueilli & avoir partagé avec lui le commandement
de l'armée , étoit devenu jaloux
de fa gloire. Telle eſt, d'après les anciens Hiftoriens
, l'hiſtoire de Coriolan ; & on ne faus
roit nier qu'elle n'offre au moins un perfonnage
très-dramatique.
Jetons maintenant un coup- d'oeil rapide
fur les diverfes Tragédies qu'il a fait naître ,
non pour les analyfer & les juger , ce qui
nous meneroit beaucoup trop loin ; mais
pour remarquer feulement ce que chacun
des Auteurs a de particulier dans fa manière
d'adapter ce fait au Théâtre ; voyons
comment on l'avoit confidéré juſqu'ici ,
avant de voir comment M. de la Harpe l'a
traité.
Nos premiers Poëtes Dramatiques s'en
emparèrent. Hardi & Chapoton , en le traitant
, fuivirent pas à pas les Hiftoriens avec
une fidélité bien digne de leur ignorance .
N'étant gênés par aucune règle , n'étant guidés
par aucun goût , ils firent entrer dans
leurs Pièces toute l'hiftoire de Coriolan .
Sakeſpear , qui paroît l'avoir traité avant
eux , s'étoit encore donné plus de carrière .
Non -feulement il avoit préfenté fon Héros
DE FRANCE 157
cité par les Tribuns , banni , réfugié chez
les Volfques , vengé par une guerie défaftreufe
, inexorable aux fupplications de
Rome , defarmé par fa mère , & égorgé par
le peuple Volfque ; on le voit même combattant
encore pour la patrie ; on remonte
jufqu'à l'époque où il avoit acquis par fa
valeur le furnom de Coriolan. C'eft à peuprès
ainfi que l'a vu un Aureur Italien , le
Docteur Modonèfe , dont le Drame ou le
Roman n'eft remarquable que par fon extravagante
prodigalité d'incidens.
Chevreau , qui avoit écrit en France longtemps
avant ce Docteur , avoit été plus fobre
que lui. Rome eft déjà alliégée , elle a déjà
fait de vaines démarches pour défarmer le
vainqueur , quand l'action de la Tragedie
commence.
Après ces Pièces irrégulières , l'Abbé
Abeille a fu faire du même fujet une Tragédie
dans les règles du Théâtre , & contre
toutes les règles de la vraifenblance & du fens
commun. Au lieu de placer fon Héros entre
la vengeance & l'amour de la patrie , il le
fait s'agiter entre une maîtreffe qu'il aime &
une autre dont il eft aimé ; aux approches
du dénouement Coriolan s'enfuit du
camp des Volfques pour ne pas déplaire
à fa maîtreffe , qui l'a menacé de le quitter
pour époufer le Général desVolfques; car l'Au
teur n'a pas manqué de donner Tullus pour
rival à Coriolan . Voilà de la galanterie bien
,
118
MERCURE
placée ! Il y a quelque chofe de plus ridicule
encore que l'Ouvrage , c'eft fon fuccès ; il
fut joué dix-fept fois . Et Racine avoit déjà
donné la plupart de les chef d'oeuvres !
Depuis l'Abbé Abeilles on a fait commencer
& finir l'action de Coriolan dans le
camp des Volfques.
Dans le Coriolan de Richer , ce Héros
avoit promis fa fille à Appius avant fon banniffement
; mais depuis fon arrivée chez les
Volfques , il veut la donner à Tullus ; & fa
fille qu'il fait venir de Rome , refuſe de lui
obéir. Alors l'intérêt du fujet aifparoît fous.
cette intrigue amoureufe ; alors Coriolan
défarmé ne paroît plus qu'un incident , tandis
que ce doit être l'action principale ; il
n'eft point le Héros de la Pièce ; Tullus en
fait prefque feui l'action & le dénouement
; fon amour noue l'intrigue & produit
la catastrophe. De ce défaut , il réfulte
un avantage qui ne peut pourtant pas le
compenfer ; c'eft que par là l'affaffinat de
Coriolan s'identifie davantage avec le fujer ,
& qu'on n'eft pas même étonné d'y trouver
11 mort de Tullus lui-même , tué par Appius
, pour venger Coriolan.
Après R cher , Mauger a traité au le
mêmefujet. L'action eft chez lui fort avancée.
Son Héros a déjà repouffe la prière des Ambaffadeurs
& celle des Prêtres de Rome.
Peu de dignité dans le ton . On vient dès le
premier Acte annoncer en ces termes l'arrivée
de Véturie :
DE FRANCE. 159
J'ai des preuves certaines
Qu'on députe vers vous quelques Dames Romaines
Quelles expreffions ! voilà le talent de rape
tiffer par le ftyle les plus grands objets . Véturie
, arrivée avec la femme de Coriolan ,
lui remet le foin de défarmer fon époux ;
parmi les confeils qu'elle lui donne pour
cela , elle lui dit de s'affliger moins :
Rejetez ces alarmes ;
Trop de douleur peut -être obfcurèiroit vos charmes .
C'est- à- dire , votre mari vous trouveroit moins
jolie. Quelles pauvretés ! dans un fujer auffi
grand , auffi auftère ! Mais ce qu'il y a de remarquable
dans cette Tragédie , ( & c'eft
pour cela qu'il entroit dans notre plan d'en
faire mention ) c'eft qu'elle eft fans amour.
Le Coriolan de M. Balze paffe pour avoir
des détails d'un grand effet , de beaux vers ,
de grands mouvemens . C'eft- là qu'on trouve
cette belle exclamation qui eft restée dans
la mémoire de tous les Amateurs de l'Art
Dramatique :
VETURI E.
Au nom de la Patrie.....
•
CORIOLA N.
Un banni n'en a pas.
Mais ce qui eft particulier à M. Balze , &
ce que nous devons par conféquent remarquer
ici , puifque ce coup d'oeil jeté fur les
160 MERCURE
diverfes Tragédies de Coriolan n'a d'autre
objet que de remettre fous les yeux de nos
Lecteurs les diverfes manières dont on a vû
ce fujer , c'eft qu'il a marié fon Héros à la
fille de Tullus.
Enfin le dernier Coriolan qu'on ait vû
avant celui de M. de la Harpe , c'est celui
de M. Gudin. Sans prétendre juger cette
Tragédie , nous croyons pouvoir dire que
l'Auteur y montre des intentions vraiment
dramatiques & morales ; qu'il a cela de particulier
, qu'en donnant de la fierté à Coriolan
, il lui donne auffi de la fenfibilité ; que
ce Héros y paroît évidemment malheureux ,
& par l'injure qu'il a reçue , & par la vengeance
qu'il en tire ; que l'Auteur l'a rendu
intéreffant fans diffimuler fes fautes ; & que
fa mort , qui eft regardée comme un des
vices naturels du fujet , y eft fauvée autant
qu'elle peut l'être , par la manière rapide &
pourtant préparée avec laquelle elle s'exécute
, & par la noble précifion dont elle eft
annoncée. Et mon fils , s'écrie Véturie ?
Minutius ne lui répond que par ces mots :
Rome eft libre. Et plus bas , c'est - à- dire , aux
derniers vers de la Pièce :
VETUR I E.
De mon fils apprenez- moi le fort.
MINUT I US.
Les Dieux ont difpofé des jours de ce grand homme.
DE FRANCE. 161
VETUR I E.
Ah ! j'ai perdu mon fils.
MINUTIUS ,
Vous avez fauvé Rome.
Les autres Coriolans écrits en François
ou en langues étrangères , n'offrant rien de
particulier dans la manière dont leurs Auteurs
ont confidéré le fujet , ne doivent pas
entrer dans cette difcuffion. Après avoir
ainfi expofé clairement cette action , après
avoir préfenté les diverſes manières dont elle
a été mife au Théâtre , il n'eft aucun de nos
Lecteurs qui ne puiffe nous fuivre dans les
différentes obfervations que nous fournira
la nouvelle Tragédie de M. de la Harpe ,
& qui ne foit en état de les réfuter , ou de
fe répondre de leur jufteffe.
?
La grande railon de ceux qui excluoient
ce fujet là du Théâtre , c'est qu'il ne comporte
qu'une Scène. Qu'a fait M. de la Harpe
, quand il a voulu le traiter ? Il a dit ce
qu'il a écrit dans fa Preface : pourquoi le
fujet de Coriolan n'a t'il jamais réuili au
Théâtre c'eft que tous ceux qui l'ont effayé
n'ont faifi qu'un feul moment de cette grande
action , & qu'aucun ne l'a embraffée en entier.
D'après ce raifonnement , il a embraffé
l'action dans fon entier ; il a pris fon Héros
au moment où il eft cité au Tribunal , l'a
conduit chez les Volfques , & ne l'a quitté
qu'à la mort. Mais il eſt évident que ceux
·
162 MERCURE
qui ne voyoient dans ce fujet qu'une feule
Scène , n'ont pu raiſonner ainsi qu'en fuppofant
que l'action de la Tragédie doit le
paffer en entier dans le camp des Volfques ,
c'eſt- à - dire , en fuppofant que l'Auteur fe
conformera à la règle des unités de temps &
de lieu ; car il y auroit de la folie à dire
qu'en prenant l'action de Coriolan à fon
origine , qu'en préfentant ce Héros d'abord
à Rome , & enfuite chez les Volfques , on
ne peut y trouver que la matière d'une feule
Scène. S'il y a donc quelque chofe de nouveau
dans le plan qu'a conçu M. de la Har
pe , ce n'eft pas d'avoir vaincu les difficultés.
de fon fujer , mais de s'être fouftrait aux
règles de fon Art. Il ne peut pas même regarder
comme une découverte qui lui foit
propre la difpofition de fa fable ; car on
vient de voir que Hardy & Chapoton avoient
vú le même fujer de la même manière ; &
fi les Auteurs qui ont précédé M. de la
Harpe , n'ont pas travaillé d'après ſon plan ,
c'eft qu'ils l'ont jugé défectueux. Ce n'eft
donc point de ce côté qu'il peut prétendre
aux éloges des connoiffeurs ; & il réſultè que
Chapoton & Hardy , qui travailloient dans
l'époque de l'enfance du Théâtre , ont embraffe
l'action de Coriolan dans fon entier ;
qu'à mesure que l'Art s'eft perfectionné ,
les Auteurs ont cru devoir n'en faifir qu'un
feul moment ; & que la nouvelle conception
de M. de la Harpe fe trouve
être par hafard l'ancien plan d'après lequel
1
DE FRANCE. 163
ont travaillé nos vieux Poëtes , à l'époque
où le Théâtre étoit encore dans la barbarie.
Sans prendre fur nous de juftifier l'opinion
de Voltaire , qui voyoir dans Coriolan
trois Tragédies , il nous fémble que M. de
la Harpe ne l'a pas combattue victorieufement.
Il penfe que la feule manière de
traiter ce fujet , c'eft de lier ces trois faits.
و د
و د
"
ود
و د
hiftoriques ( le banniffement de Coriolan ,
» fon arrivée chez les Volfques & fes combats
contre Rome ) , de manière que
» n'étant plus que les parties fucceffives &
» néceffaires d'une même action , naiffant
» du caractère & des paffions d'un même
perfonnage , elles puffent , dans l'espace
prefcrit , arriver au même but , qui eft la
décifion de la querelle entre Rome &
» Coriolan . Mais fi le but de cette Tra
gédie eft la décifion de la querelle entre
Rome & Coriolan , la mort de ce dernier eft
donc un fait indépendant de l'action ; car
enfin , quand une fois Coriolan a mis bas les
armes à la prière de fa mère , qu'il vive ou
qu'il foit affaffiné , la querelle entre Rome
& lui nien eft pas moins décidée. Il nous paroît
difficile de répondre à cette objection.
و ر
19
Nous n'oferions pourtant déclarer intraitable
le fujet de Coriolan ; (perfuadés que fi
le grand Corneille eût parlé d'avance du
projet de mettre Cinna au Théâtre , peut être
n'y auroit on vû qu'une feule Scène , celle du
pardon ) mais au moins ce fujer eft il affez
difficile pour laiffer des doutes , juſqu'à
164
MERCURE
ce qu'un plein fuccès ait détruit l'indé
cifion ; car malgré fa réuffite , M. de la
Harpe ne l'ayant pas traité conìme on l'entendoir
, il n'a fait qu'éluder la queſtion fans
la décider.
Peut- être ce fait eft il du nombre de ceux
qui , pour être trop brillans dans les annales
de l'Hiftoire , ne peuvent guère être portés
fur la Scène fans perdre de leur éclat , car le
Poëte Dramatique , toujours efclave des règles
de fon Art , emprifonné dans un lieu
étroit & dans un court efpace de temps , eft
obligé de facrifier une partie de fon action ,
tandis que l'Hiftorien peut la développer en
entier , parce que tous les temps & tous les
lieux lui appartiennent. Il eft certain que
l'Hiftoire de Coriolan , telle qu'on nous l'a
tranfmife , émeut fortement l'imagination.
du Lecteur. On a reproché dans ce Journal
même à M. de la Harpe , d'avoir ôté à fon
action l'intérêt qu'elle a chez les Hiftoiriens ,
en la refferrant dans l'efpace de vingt- quatre
heures ; & nous avouons que nous fommes
du même avis. En effet , dans l'intervalle
d'un Acte , ( ce qui dans la proportion de
la durée d'une action dramatique , peut
être évalué à cinq heures environ ) eft- il
vraisemblable qu'un peuple , tel que le peu.
ple Romain , foit affez changé , non par fes
remords , mais par fes malheurs , pour tomber
aux pieds d'un Citoyen qu'il vient de
bannir ? Rome n'étoit pas encore la Reine
du monde ; mais elle étoit bercée éternelleDE
FRANCE. 165
ment de l'efpoir de la devenir ; mais fes Rois
& fes augures ne ceffoient de lui promettre
la fouveraineté univerfelle ; mais elle avoit
chaffé les Tarquins ; mais elle étoit illuftrée
par des victoires , & l'exil même de Coriolan
annonçoit déjà l'orgueil d'un peupleroi.
C'eft à cet orgueil que fait allufion M.
de la Harpe lui - même dans fa Tragédie ,
quand il dit :
Et dans un fi grand jour prodiguant les miracles ,
Démentir des Romains les orgueilleux oracles.
Et plus bas :
O vous dont les Oracles
Ont au peuple de Mars promis tant de miracles !
Et , quelque Peuple que ce fût , un abaiſſement
auffi prompt feroit toujours invraifemblable.
Aufli , dans la vérité hiftorique
Rome ne s'humilie telle qu'après avoir vû
ce Héros qu'elle a banni armer les Volfques.
contre elle , piller fon territoire , marcher
rapidement le fer & la flamme à la main ,
& s'avancer à travers douze Cités conquifes
, jufqu'aux pieds de fes murailles
qu'il menace de réduire en poudre.
,
Ainfi quand cette démarche ne feroit
pas invraisemblable par le peu de
durée qui la précède , elle auroit toujours
perdu fon plus grand intérêt , parce qu'elle
n'eft pas juftifiée par des revers affez multipliés
, affez accablans ; le Spectateur
n'a pas vû s'écouler allez de temps pour
166 MERCURE
l'admettre , ni vû affez d'infortunes pour la
pardonner , pour s'y intéreffer. Quelle différence
enfin entre le Coriolan de l'hiftoire
, qui s'enfuit chez les Volfques pour
les armer contre fa patrie , & le Coriolan
de la Tragédie , qui , aufli tôr après ſon banniffement
prononcé , paffe dans un camp
ennemi affis au pied de fes murailles , pour
y combattre les Romains , & qui ne fait que
fe mêler à une guerre déjà avancée ! Ce dernier
rappelle trop un déferteur qui , au moment
d'une bataille , paffe d'une armée à
l'autre ; le premier eft un grand homme opprimé
, qui foulève une Nation entière pour
venger un affront qu'il a reçu .
Croire que tout cela foit facile à adapter
au Théâtre , ce feroit tomber dans le ridi
cule de ces gens à belle imagination qui ,
pour réfuter en caufant un plan long temps
médité , vous en donnent de fort beaux ,
impromptu , dont ils ne rempliroient pas
une demi- Scène ; mais il n'en eft pas
moins vrai qu'en ferrant trop les événemens
, M. de la Harpe a étouffé fon action.
D'ailleurs , fi un Poëte Dramatique n'eft pas
obligé de tirer un très grand parti d'un fujet
qui n'en eft pas fufceptible , rien ne l'oblige
auffi à traiter un fujet dont il eft impoffible
de tirer un grand parti. Le Spectateur est en
droit de penfer qu'il ne l'a choiſi qu'après
avoir vu le moyen de le féconder ou de le
maîtrifer ; & il eft d'autant plus fondé à
être exigeant , que l'autorité même de l'Hif
DE FRANCE. 167
toire ne fauroit juftifier les invraisemblan
ces de l'Auteur Dramatique.
Nous venons de voir que M. de la Harpe a
rendu fon fujet moins vraisemblable pour le
rendre plus facile à traiter ; voyons maintenant
fi avec plus de facilité pour bien faire ,
il a réellement beaucoup mieux fait ; en un
mot , après avoir vû ce qu'il a fait perdre à
l'intérêt hiftorique , voyons ce qu'il a fuppléé.
Au premier Acte , l'action eft bien expofée
, & le caractère de Coriolan bien
établi . Peut- être l'Auteur auroit- il dû éviter
de montrer au Spectateur Véturie exhortant
fon fils à comparoître devant les Tribuns qui
doivent le condamner. Notre doute eft
fondé fur deux motifs. Le premier , c'eft que
les moyens qu'elle employe pour déterminer
Coriolan , doivent affoiblir l'effet de ceux
qu'elle renouvelle au dénouement , pour le
fléchir en faveur de fa patrie. Cela occafionne
deux Scènes qui fe reffemblent encore
affez pour que l'une nuife à l'intérêt de l'autre.
Notre fecond motif , c'eft qu'on eft faché
que ce foit la mère de Coriolan qui lui confeille
une démarche qui doit le perdre. Coriolan
feroit prefque fondé à lui en faire le
reproche quand elle vient le trouver dans le
camp des Volfques ; & dans la grande Scène ,
le Spectateur craint à chaque inftant d'entendre
fon fils motiver & juftifier la réſiſtance
, en lui difant : Ma mère , c'est pour
vous avoir cru que j'ai été banni de Rome.
168 MERCURE
Le moment où Volumnius revient accompagné
du Sénat qui veut escorter Coriolan
prêt à comparoître devant les Tribuns ,
eft plein de nobleffe ; & ce n'eft pas fans
un fentiment d'admiration qu'on entend ce
même Volumnius dire à Coriolan en lui
montrant les Sénateurs : --
Quel accufé jamais eut un plus beau cortège ?
Nous aurions defiré que ce ton de grandeur
& de pompe eût dominé davantage dans
certe Tragédie.
On peut reprocher encore à cet Acte d'être
un peu vide , ainfi que le fuivant ; mais on
voit prefque toujours dans l'un & dans l'autre
, Coriolan qui occupe & attache le Spec- .
tateur , & qui par l'exploſion d'une douleur
profonde & menaçante , ne quitte la Scène.
qu'en faifant preffentir à quel excès peut le
porter fa vengeance .
Le troisième est le plus beau des cinq ;
& nous remarquons cela d'autant plus volontiers
, que nous croyons que dans la nature
du Poëme Dramatique , le troisième
Acte doit l'emporter fur tous les autres fans
en excepter le dernier , parce que c'eft à
cette époque que l'action doit être le plus
fortement intriguée ; & que paffe ce moment-
là , elle doit tendre infenfiblement à
fe dénouer. Les Ouvrages conçus dans ce
principe ne font pas les plus propres à obtenir
ce qu'on appelle le fuccès , dans ce mo
ment
DE FRANCE. 169
ment fur-tout où un brillant dénouement
eft regardé comme le fceau du génie , &
peut faire réaffir quatre Actes d'abfurdités ;
mais ils font faits pour mériter à leurs Auteurs
l'eftime des véritables gens de goût.
L'arrivée de Coriolan chez les Volfques
eft belle , noble , & d'un caractère vraiment
antique. Dans l'Hiftoire , il entre chez Tullus
d'un air fombre , taciturne , & va s'af
feoir auprès de fon feyer ; dans la Tragédie
de M. de la Harpe , qui , par la difpofition
de fa fable , ne pouvoit pas lui faire fuivre
tout à fait la même marche , il va s'appuyer
contre un autel qui remplace heureuſement
le foyer domeftique , & qui retrace avec la
même fidélité les moeurs & le coftume des
anciens.
Au quatrième Acte , Volumnius , Conful
Romain , & ami de Coriolan , député par
Rome auprès de lui , fait parler vivement
la patrie & l'amitié ; mais fon entrée ek
froide ; il devroit au moins paroître accompagné
, fe montrer avec plus d'appareil.
Pourquoi d'ailleurs M. de la Harpe n'a t'il
pas profité de la Scène que lui fourniffoit
I'Hiftoire , qui dit que Coriolan reçut les
Ambaffadeurs Romains fur une espèce de
trône : C'eft un fpectacle vraiment dramatique
, que de voir un banni de Rome , déployer
devant fes Ambaffadeurs prefque
l'appareil de la fouveraineté , au milieu
d'une armée étrangère. Cette Scène auroit
produit un double effet théâtral , elle au
No. 13 , 27 Mars 1784.
H
170 MERCURE
roit annoncé la fierté du caractère de Coriolan
, & auroit montré en lui le defir de
favourer la vengeance . M. Gudin a fait uſage
de ce moyen ; mais dans le moment où il
l'emploie , peut être fa Pièce n'eft- elle pas
affez avancée ; la Scène feroit peut être plus
d'effet fi elle étoit plus préparée , c'eſt à - dire , fi
le Spectateur avoit eu le temps de s'intéreffer
à l'action.
•
Après la Scène troisième , dans laquelle
Tullus vient de faire connoître la jaloufie ,
& l'envie de perdre Coriolan auprès des
Volfques , s'il a l'air de pencher vers les Ro
mains ; nous avons remarqué un beau détail
que nous ne pafferons pas fous filence .
Au moment où il dit à Volumnius , qu'il
ne peut l'entendre qu'en préſence des Volfques
, Tullus l'interrompt , & lui dit :
Coriolan , aſſuré de ton zèle ,
Ce Peuple que tu fers met fa caufe en tes mains ;
Tu peux entendre feul l'Envoyé des Romains.
Ce trait eft d'autant plus heureux qu'il pro
duit divers effets ; en même temps qu'il
honore Coriolan par l'apparence au moins
d'une confiance méritée , il fert le projet de
Tullus qui vient de témoigner le defir d'éprouver
Coriolan , & prépare par - là le
dénouement de la Pièce.
I Au milieu de la Scène de Coriolan & de
Volumnius , l'entrée de Procule qui vient
rompre leur entretien , n'a pas paru heuDE
FRANCE. 171
reufe. Probablement l'Auteur a regardé
comme un moyen dramatique l'idée de
rappeler Coriolan à fa vengeance en lui
faifant annoncer devant Volumnius que les
Volfques l'ont choifi feul pour leur Général
à l'exclufion de Tullus lui-même. Mais on
fait parmi les Volfques que Coriolan a un
entretien fecret avec l'Envoyé des Romains ;
& il n'eft pas vraiſemblable qu'on choififfe
ce moment - là pour aller lui annoncer fa
nouvelle dignité. Il falloit au moins , fi l'Auteur
vouloit en faire un reffort théâtrale , lui
donner un motif, & mettre le Spectateur
dans la confidence.
-
Quelques uns ont paru mécontens de
voir Volumnius refter feul après cet entretien
. Il femble en effet que ce n'eft pas
lui qui doit occuper la Scène dans ce moment
- là. Il vient parler à Coriolan de la
part des Romains ; après fa réponſe il doit
repartirs on voit trop que l'Auteur le garde'
pour mettre dans fa bouche un monologue
oifeux , & lui faire venir l'idée d'employer.
auprès de Coriolan le pouvoir de Véturie.
Cette manière a paru froide & mefquine.
Même obfervation à peu près à faire dans
la Scène fuivante , la première du cinquième
Acte. Coriolan artive avec les Chefs des
Volfques , pour leur dire qu'il accepte le
commandement de l'armée. Mais il a quitté
la Scène pour cela ; il eft naturel qu'il le leur
ait dit à l'endroit même où il les a trouvés ;
& il ne l'eft nullement qu'il les ramène fur
Hij
172 MERCURE
la Scène pour cela. Il eft vrai que ce bout de
Scène fait un peu de fpectacle ; mais ce fpec
tacle eft déplacé , & l'Auteur n'en a point
mis dans les endroits où le Spectateur en aut
roit defiré le plus. Les gens de l'Art favent
que ce font ces attentions de détail , en apparence
minutieufes , qui forment l'illufion ,
c'est-à- dire , le charme de la Tragédie.
Autre négligence qui étoit facile à réparér.
Volumnius fe trouve encore au cin
quième Acte dans le camp des Volfques. Et
pourquoi ? Parce que l'Auteur veut qu'il foit
témoin du dénouement. Mais comment les
Volfques le fouffrent - ils ; ou comment au
moins ne lui demandent-ils point la raifon
de ce féjour prolongé qui doit leur être fufpect
?
Nous voici arrivés à la grande Scène , qui
feule à féduit tant de Poëtes Dramatiques.
Peut-être l'attente des Spectateurs , dont
l'imagination s'exalte à l'approche de cette
Scène , la rend - t'elle plus difficile à traiter
& lui donne t'elle des juges plus févères
plus exigeans. Quoi qu'il en foit , M. de la
Harpe y a pourtant produit de l'effet
quoiqu'on en eut defiré davantage. J'y ref
terai , barbare , a entraîné tous les Spectateurs.
M. de la Harpe a profité dans cette
Scène de plufieurs beaux morceaux que lui
fourniffoient les Hiftoriens anciens ; & l'on
ne peut que l'en louer ; car il l'a fait en
Écrivain qui fent leurs beautés , & qui eft
capable de les rendre , comme il l'a prouvé
DE FRANCE. 173
par fon Philoctete . Mais cette Scène donne
lieu à quelques obfervations critiques.
Peut être , comme nous l'avons déjà dit ,
auroit on pu y mettre une éloquence plus
attendriffante. Cependant , le cri de fenfibilité
qui échappe à Véturie au moment où
elle tombe aux genoux de Coriolan , doit
emporter le coeur de fon fils , à qui elle a
toujours été chère .
Chevreau , dans la même fituation , fait
tomber auffi Véturie aux pieds de Coriolan.
Celui - ci la relève ; & elle répond auffi comme
la Véturie de la nouvelle Tragédie :
Non , non , je veux mourir embraffant vos genoux.
Mais combien cette phrafe eft lente auprès
du mot employé par M. de la Harpe ! combien
le mouvement qu'il exprime eft entraînant
!
Nous fommes fâchés que Coriolan ait
l'air de vouloir rajfonner fa conduite.
Eh ! quel honneur vaudroit celui qu'on me prépare?
Au parti que je fers je fais paffer l'Empire , &c.
Coriolan ne doit faire entendre ici que le
cri de la vengeance ; c'eft la feule paffion
qui doive remplir fon âme. Le defir d'être
utile aux Volfques ne peut être qu'un prétexte
pour lui ; il ne veut pas fervir les Volfques
; il ne veut que punir les Romains.
C'est pour cela qu'il nous a paru fort étrange
, qu'après avoir cédé aux pleurs de fa
Hiij
174
MERCURE
mère , il fe propofe d'aller dire au Confeil
des Volfques :
Qu'une honorable paix vaut mieux qu'une victoire.
La maxime cft belle & vraie ; mais il nous
femble qu'elle doit avoir affez mauvaiſe
grâce dans la bouche de Coriolan . Commaent
les Volfques , qui favent pourquoi il
s'eft armé , & pourquoi il quitte les armes ,
l'entendront ils debiter cette morale ?
Le meurtre de Coriolan a paru brufque ,
fur tout à la première repréfentation. M. de
la Harpe y a ajouté un bout de Scène , dans
laquelle Véturie , entendant du tumulte ,
s'alarme pour fon fils , & envoie fa confidente
pour en apprendre des nouvelles.
Mais outre qu'on peut objecter à M. de la
Harpe qu'il feroit plus naturel qu'elle y
allât elle - même dans un moment où il s'agit
pour elle d'un intérêt fi cher , nous
croyons que cette Scène ne détruit pas
entièrement ce qu'il y avoit de répréhenfible.
Par cette petite addition ce meurtre
eft un peu moins brufque , mais il
n'eſt pas plus préparé ; & le défaut qui refte
vaut bien celui qu'on a fait difparoître.
M. de la Harpe auroit pu fupprimer la
dernière Scène , où fon Héros expirant eft
apporté par des foldats. Outre que ce dénouement
est devenu aujourd'hui trop commun ,
Coriolan ne vient que pour prononcer ces
vers :
Ne vous reprochez point la mort qu'ils m'ont donnée.
DE FRANCE. 178
Ah ! je la méritois.... J'ai trahi mon pays.
2
J'ai voulu m'en venger , & les Dieux m'ont appris .
Qu'ils ne pardonnent point cette vengeance impie....
Je l'avois abjurée , & món trépas l'expie.
Heureux , en fuccombant fous de barbares mains ,
Que mon fang ait encor coulé pour les Romains !
Trop heureux en mourant de fauver ma patrie !
Ces vers- là pourroient fe trouver dans le réque
Volumnius veut faire de la mort de
Coriolan. Il eft vrai qu'on auroit peut- être
perdu les fuivans , qui font beaux & de
cit
caractère :
Vous que j'ai tant chérie ,
Vivez , ma tendre mère ! ... Et vous , Volumnius ,
Ne craiguez plus le Volfque.... Il n'a plus Marcius.
Son infâme attentat a fouillé ſa victoire ,
Et j'emporte avec moi fa fortune & fa gloire .
Ce meurtre de Coriolan , fans lequel il eft
difficile de finir cette Tragédie , fera toujours
embarraffant. On le regardera toujours
comme une action épifodique & indépendante
de l'action principale. Nous hafarderons
ici une réflexion qui ne donnera pas le
moyen de remédier à ce défaut , mais qui
peut faire naître quelques difcuffions utiles,
à l'art ; peut- être le meurtre de Coriolan ne
nuiroit- il point à l'unité d'intérêt , s'il pouvoit
mourir affaffiné par les Romains ou par
l'ordre des Romains ; au lieu que Coriolan
affaffiné par les Volfques , fort du fujet ; &
Hiv
176 MERCURE
cela par la raifon que la querelle entre Rome
& Coriolan , eft le fujet de la Tragédie , &
non ce qui fe paffe entre Coriolan & les
Volfques. Si cette réflexion paroît jufte ,
elle fervira à prouver que le goût , en y réfléchiffant
, peut découvrir la raifon de tout
ce qui le bleffe , & que fi cette raiſon paroît
quelquefois impoffible à trouver , c'est tou
jours faute de l'avoir cherchée par la réflexion
.
Il est temps de nous réfumer en peu de
nots. De ce que M. de la Harpe a entaffé
plufieurs événemens , il réfulte qu'il a fort
peu développé , tant l'action de fa Tragédie
que les caractères de fes perfonnages. Čelui
du Conful Volumnius eft foible , & celui
de Véturie n'eft tracé qu'à demi ; elle eft
quelquefois mère ; elle n'eft prefque jamais
Romaine. Tullus , dont le rôle fera toujours
embarraffant à deffiner , a peu de phyfionomie.
Enfin , pour épuifer les traits de notre
critique , cet ouvrage paroît avoir été conçu
pour être exécuté vîte & facilement , & pour
démentir ceux qui difoient qu'on ne feroit
pas réuffir le fujet de Coriolan , mais
non ceux qui foutenoient qu'on n'en
feroit pas une bonne Tragédie. Il fe peut
bien que M. de la Harpe aime , en bon
père , fon Coriolan , parce qu'il a été applaudi
, & que même il a dû l'être ; mais
nous gagerions hardiment que ce ne fera
jamais celle de fes Tragédies qu'il eftimera
le plus.
DE FRANCE. 177
Au refte , nous n'avons pas entrepris ( &
nous n'eſpérerions pas y réuflir ) de prouver
que cette pièce , d'après la manière dont
l'Auteur a voulu la faire , ne mérite pas des
éloges. On a pu s'appercevoir dans le cours
de cette difcuffion , que nous avons été frappés
des beautés qui s'y rencontrent , que
nous avons eu même du plaifir à les relever ;
& c'eft avec la même fatisfaction que nous
ajouterons à nos louanges , que le caractère
de Coriolan eft fortement tracé , & qu'il étoit
fait pour réuffir au Théâtre , quand il n'auroit
pas été étayé du talent de l'Acteur qui
l'a rendu avec tant d'énergie ; que dans tous
les Actes on trouve de beaux , de très beaux
détails ; que le troifième fur tout doit faire
beaucoup d'honneur à M. de la Harpe .
Nous avons du regret que notre difcuffion
nous ait menés auffi loin ; nous aurions cité
des vers des tirades même , qui annoncent
l'Écrivain & l'homme de goût ; mais
nous n'aurions rien prouvé de nouveau : c'eft
une vérité que M. de la Harpe a déjà confir
mée par plus d'un ouvrage .
Nota. M. de la Harpe nous a adreffé une
réponse à l'article du Mercure dans lequel
on a annoncé la repréſentation de fa Tragédie
; nous la communiquerons à nos Lecteurs.
( Cet Article eft de M. Imbert. )
Hv
178 MERCURE
LA MORALE en action , ou Élite de Faits
mémorables & d'Anecdotes inftructives
propres à faire aimer la Vertu , & à
former les jeunes gens dans l'art de la
narration. Ouvrage utile à MM. les Élèves
des Écoles Militaires & des Colleges
dédié à M. de Barentin , Premier Préſident
de la Cour des Aydes , par M. B. P. D. R.
Se trouve à Paris , & à Lyon , chez les
Frères Périffe. Vol. in - 12 . de 100 pages.
Prix , liv. 10 fols broché.
LE College d'Orléans est un de ceux du
Royaume qui font le plus diftingués par le
choix & le mérite de fes Membres, M. Métivier
, qui en ek le Principal , a traduit en
vers Latins l'Hymne au Soleil ; fes Profeffeurs
de Philofophie ont obtenu des diftinctions
& des couronnes dans les Sociétés Savantes
& Littéraires. Nous avons rendu plufieurs
fois hommage aux talens du Profeffeur
d'Eloquence ; & quelques autres de fes
Confrères font , ou méritent d'être connus
par d'excellens Livres élémentaires . Heureufe
la ville qui peut confier à de tels hommes
le foin de l'éducation des Citoyens !
Pourroit- elle manquer de les chérir & de les
honorer ?
C'est à l'un de ces fages Inftituteurs que
nous devons l'Ouvrage urile que nous annon
çons aujourd'hui. Le titre en indique l'objet.
L'Auteur , qui s'eft dévoué par zèle à un
DE FRANCE. 179
genre de travail trop peu confidéré parmi
nous , a cru , avec raifon , qu'une des meilleures
manières de rendre la morale intéreffante
, & fur tour de la mettre à la portée
de l'enfance , étoit de la lier à une action ,
& de fubftituer ainfi l'exemple au précepte.
Ses narrations , tirées tour à tour de l'Hiftoire
Sainte , de l'Hiftoire Ancienne & de
l'Hiftoire Moderne , foir Françoiſe , ſoit
Étrangère , font toujours puifées dans les Auteurs
qui ont fu les écrire avec élégance &
avec intérêt. Ces Hiftoires , difoit un Magif
trat célèbre par fes malheurs & par fon elcquence
, fervent en même temps à former
le coeur & l'efprit des enfans. On pourroit y
faire entrer une morale entière à leur portée ,
non en établiffant par des principes abftraits
les règles du jufte & de l'injufte ; mais en
excitant ce fentiment , qui eft affez vif chez
eux , & qui le feroit également chez tous les
hommes , s'il n'étoit pas étouffé par les préjugés
& par l'intérêt.
On pourroit ainfi les accoutumer de bonne
heure à juger les hommes & les actions ; on
leur infpireroit l'humanité , la générofité , la
bienfaifance , foit par l'éloge des hommes
généreux & bienfaifans , foit par la comparaifon
des grands exemples de vertus ou de
vices , de Cicéron & de Catilina , de Néron
& de Titus , de Sully & du Maréchal d'Ancre.
Plus il y auroit de Volumes d'Hiftoires
bien faites, plus la Société & les Familles
feroient inftruites , plus les études feroient
H vj
180 MERCURE
préparées ; elles ferviroient aux mères , aux
enfans & à toutes les générations. Duché en
fit pour Saint- Cyr , dans le dernier ſiècle ;
l'Abbé de Choify , pour Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Elles font agréables ;
mais ces Ecrivains , comme plufieurs du
fiècle paffé , avoient peu de philofophie dans
la tête.
M. B. s'eft fur tout attaché , dans ce Recueil
, à rapporter les Anecdotes où les jeunes
gens eux- mêmes font Acteurs , fans doute
pour piquer l'émulation de ſes jeunes Lecteurs.
Il cite de préférence les traits qui font
aimer nos Héros François ; & fon Livre doit
avoir un intérêt de plus pour tous les coeurs
patriotiques. Enfin il a jeté çà & là des réflexions
pleines de jufteffe & de bon fens fur
l'honneur , fur le duel , fur l'éducation , fur
le patriotifme , fur la paffion du jeu , fur les
procédés , fur la délicateffe des fentimens ,
& fur le bonheur de l'homme vertueux.
Nous ne pouvons rapporter ici des Anecdotes
d'une certaine étendue , qui d'ailleurs
n'offriroient peut être rien de bien neuf à la
plupart de nos Lecteurs , nous nous contenterons
de citer quelques traits plus piquans ,
pris au hafard dans cet eftimable Ouvrage.
En 1585 , des Troupes Portugaifes , qui paffoient
dans les Indes , firent naufrage. Une
partie aborda dans le pays des Caffres , &
l'autre fe mit à la mer fur une barque , conftruite
des débris du vaiffeau. Le Pilote s'appercevant
que le bâtiment étoit trop charge ,
DE FRANCE 181
avertit le Chef Édouard de Mello , que l'on
va couler à fond fi on ne jette dans l'eau une
douzaine de victimes . Le fort tomba , entreautres,
fur un Soldat , dont l'Hiftoire n'a pas
confervé le nom . Son jeune frère tomba aux
genoux de Mello , demandant avec inftance
de prendre la place de fon aîne. " Mon frère ,
dit il , eft plus capable que moi ; il neurrit
mon père, ma mère , mes fours ; s'ils le
perdent , ils mourront tous de misère ; con--
fervez leur vie , en confervant la fienne , &
faites moi périr , moi qui ne peux leut être
d'aucun fecours. ». Mello y content , & le
fait jeter à la mer. Le jeune homme tuit la
barque pendant fix heures , enfin il la rejoint ;
on le menace de le ruer s'il rente de s'y introduire
l'amour de la vie triomphe de
la menace ; il s'approche ; on veur le
frapper avec une épée qu'il faifit , & qu'il
retient jufqu'à ce qu'il foit entré. Sa conftance
touche tout le monde , on lui permet
enfin de refter avec les autres , & parvient
ainfi à fauver la vie & celle de fon frère.
L'antiquité nous a donné des exemples
de la force guerrière , bien dignes de nos
éloges & de notre admiration ; mais feronsnous
infenfibles à ceux de nos Concitoyens ?
On a vu un Roi de France , aufli célèbre par
fa piété que par fa valeur , foutenir tout feul
dans Taillebourg , fur un pont , l'attaque
d'une Armée entière. Une pleine victoire ,
fruit d'une action fi héroïque , força le Roi
d'Angleterre à repaffer une feconde fois la
182 MERCURE
-
mer en fugitif. M. de Turenne défendit ,
durant trois heures entières , la barricade du
pont levis de Fargeau , fur lequel les ennemis
auroient pu paffer la Loire , & furpren-.
dre la Cour à Gien , où Louis XIV étoit
avec Mazarin. On a vû à Senef , dans la
plus grande horreur du combat , M. de
Villars foutenir lui feul l'effort d'un bataillon
ennemi , bleffé & abftiné à perdre tout fon
fang plutôt que fon pofte . Ces trois hommes
ne font ils pas comparables à cet Horace ,
dont l'Italie & la Grèce avoient regardé le
courage comme l'étonnement de l'Univers ?
---
Quel courage , quelle grandeur d'âme
dans le jeune Brienne ! ayant le bras fracaffé
au combat d'Exiles , il monte à l'escalade ,
en difant : « Il m'en reste un autre pour mon
Roi & pour ma Patrie. » Ne pouvant plus
faifir de fes mains bleffées & fanglantes les
paliffades des retranchemens ennemis , il
meurt en les arrachant avec fes dents . Brienne ;
ne vaut il pas bien un Cynégire ? Le --
jeune Boufflers , à l'âge de dix ans , a une
jambe caffée dans la journée de Bettingue ;
il la fait couper fans fe plaindre , & meurt
de même. Le Marquis de Beauvau , dans
le fiège d'Ypres , eft percé d'un coup mortel ;
accablé de douleurs intolérables , & entouré
de Soldats , qui fe difputoient l'honneur de
le porter, il leur difoit d'une voix expirante :
" Mes amis , allez combattre , & laiffez- moi,
» mourir. Ces Guerriers n'égalent - ils pas
Épaminondas , tirant le fer de fa plaie mor
13
DE FRANCE. 183
telle ? Un Capitaine Turc fut pris par un
des vaiffeaux de la Flotte de M. du Quelne ,
lorfqu'il alloit bombarder Alger , & rendu
fix femaines après , pendant une négociation
qui s'ouvrit , mais qui ne procura point la
paix. Quelque temps après M. le Comte de
Choifeul fut pris par des chaloupes Algériennes
: M. du Quefne fait d'inutiles efforts
pour obtenir la liberté ; le Capitaine Turc ,
pris avant le bombardement , par le vaiffeau
fur lequel fervoit M. le Comte de Choifeul ,
& rendu par M. du Quefne , fe jette anx
pieds du Roi d'Alger , offre fa fortune pour
fauver M. de Choifeul , mais inutilement.
On l'attache au canon ; le Capitaine défefpéré
l'embraffe étroitement ; & s'adreffant au
Canonier : Feu, lui dit il , puifque je ne
puis fauver mon bienfaiteur , je mourrai
» avec lui. » A ce fpectacle le peuple fe
calme , & la reconnoiffance conferve M. de
Choifeul.
"
De tout temps on a remarqué dans les
François un amour fingulier pour leurs Maîtres
; ce n'eft pas feulement une fidélité , un
attachement réfléchi & fincère , c'eft une paffion
réelle , capable des plus grandes chofes.
Nos annales en offrent des preuves fans
nombre. A la bataille de Pavie , Jean le
Sénéchal , Gentilhomme de la Chambre ,
voyant un Arquebufier vifer fur un Prince ,
fe jeta au devant du coup , & fut tué . C'eftlà
que François Ier vit toute fa brave Nobleffe
expirer à fes côtés. Philippe- Augufte
184 MERCURE
ne dut fa confervation à Bovines, qu'au zèle
prodigieux de ceux qui l'environnoient . Le
Chevalier qui portoit l'étendard Royal ayant
fait connoître quel étoit le péril du Roi , ce
fignal ranima l'ardeur des Troupes ; ce n'étoit
plus feulement des Soldats , c'étoit des lions.
D'Estaing voyant le Roi démonté , faute de
fon cheval , le lui donne , & ne ceffe de com-i
battre qu'il n'ait mis fon Prince en sûreté.
C'eft depuis ce temps - là que la Maifon d'Eftaing
porte les armes de France au chef d'or.
On peut voir,par les divers morceaux que
nous venons de rapporter , que cet Ouvrage
doit fe faire lire avec plaifir & avec fruit.
D'ailleurs , il refpire à chaque page l'amour
de la religion & des bonnes moeurs , & ce
nouveau mérite doit le rendre encore plus
cher aux Écoles Militaires & aux Colléges
auxquels il eft deftiné.
HISTOIRE de Marguerite de Valois , Reine
de Navarre ; par Mademoifelle de la
Force. 6 vol. in 12. prix 30 liv. br. à
Paris , chez Didot l'aîné , rue Pavée
Saint André- des - Arcs.
Nous avons annoncé avec de juftes éloges
une collection de Romans fur l'Hiftoire de
France , avec des remarques & éclairciffemens
pour rétablir la vérité historique
& une notice fur les perfonnages qui y
font cités . Nous avons applaudi à l'heureuſe
idée d'un ouvrage entrepris pour ôter à ce
DE FRANCE. 185
genre de Roman le feul inconvénient qu'on
pût lui reprocher. Par ce travail , qui étoit
devenu plus néceffaire que jamais , le Roman
ne peut plus être confondu avec l'Hiftoire ,
& l'on retrouve la vérité fans rien perdre
des charmes de la fiction ; c'eft , en un mot ,
donner à ce genre d'ouvrage un objet d'utilité
, fans lui ôter aucun de fes agrémens .
Les fix volumes qui viennent de paroître ,
forment le fecond ouvrage de cette précieufe
collection . L'hiftoire de la Reine de Navarre
eft accompagnée , fuivant le plan de l'ouvrage
, d'une notice fur les perfonnages qui
y font nommés . On lira fur tout avec plaifir
ce qu'on y dit de cette Princeffe elle- même ;
on yverra que fa qualité de Reine , & l'eftime !
qu'on avoit pour les qualités perfonnelles ,
n'empêchèrent point la malignité d'interpréter
les goûts: On prétendit que le talent
de Marot lui avoit infpiré un fentiment
plus tendre que l'admiration ; & en effet
diverfes Pièces de ce Poëte, dans lesquelles il
eft queftion de cette Princeffe , & que le
Rédacteur de cette collection à remis fous
les yeux de fes Lecteurs , ne font guères
propres à réfuter cette affertion .
On y trouve auffi un précis hiftorique ;
fort bien fait , de la vie de François I ; &
ce qui ne contribue pas peu à rendre cet
article intéreffant , c'eft un recueil de quelques
Poéfies de ce Monarque , tiré d'un
manufcrit qui a appartenu à M. de Cangé,
& qui eft maintenant à la bibliothèque
186
MERCURE
du Roi. On nous faura gré d'en citer ìci
un des plus agréables.
Dixain à Mademoiselle de Heilli , depuis
Ducheffe d'Etampes.
Eft-il point vrai , ou fi je l'ay fongé ,
Qu'il m'eft befoing m'efloigner & diftraire
De notre amour, & en prendre congé ?
Las ! je le veulx , & fi ne le pais faire.
Que dis-je ? veulx , c'eft du tout le contraire :
Faire le puis , & ne le puis vouloir ;
Car vous avez là réduit mon voulloir ,
Que plus tafchez ma liberté me rendre ,
Plus empêchez , que ne la puiffe avoir ,
En commandant ce que voulez deffendre.
Nous voyons avec plaifir que cet ourvrage
eft auffi bien exécuté qu'heureufement
conçu ; & pour ne rien laiffer à defirer
c'eft M. Didot l'aîné qui a été chargé de
l'exécution typographique. Cette collection,
qui eft imprimée fur papier fuperfin de
la fabrique d'Annonay , a commencé par
l'hiftoire fecrette de Bourgogne , du même
Auteur , Mademoiſelle de la Force.
DE FRANCE. 187
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LUNDI IS de ce mois , on a donné pour
la capitation des Acteurs , à la fuite d'Iphi
génie en Aulide , la première repréſentation
de l'Acte de Tibule , tiré des Fêtes Grecques
& Romaines , par Fuzelier , & remis en mufique
par Mile Beaumenil.
Le Poëme eft écrit avec efprit & avec
élégance ; l'action en eft très fimple , & n'eft
pas fufceptible de beaucoup d'intérêt ; mais
elle eft relevée par des acceffoires & un
divertiffement agréables ; la mufique a été
fort applaudie ; on y a trouvé une tournure
de chant facile , agréable , & des accompagnemens
d'un effet piquant . Les airs de
danfe y ont du caractère , de la grâce , &
ont été généralement goûtés . Ce petit Ouvrage
fait honneur à Mlle Beaumenil , qui ,
après avoir fait les plaisirs du Public fur ce
Théâtre par les grâces de fa figure & de fon
jeu , veut l'enrichir encore par un talent
plus rare & plus durable .
Cet Acte a éré très bien exécuté , fur tout
par Mlle Saint Huberty , qui a joué le rôle
de Délie avec cette fupériorité d'intelligence
& de talent qu'on lui connoît.
Le divertiffement , compofé par M. Gardel,
eft très-bien conçu & très bien exécuté ;
i83 MERCURE
1
on a fur- tout fort goûté & généralement
applaudi la pantomime exécutée par Mlles
Guimard & Gervais , & les fieurs Nivelon
& Laurent,
L'Article des Comédies Françoife & Italienne
au prochain Numéro.
ANNONCES ET NOTICES.
ON vient de mettre en vente à l'Hôtel de Thou ,
-
- Le
Le
' rue des Poitevins , le neuvième Volume grand infolio
des Oifeaux enluminés. Prix , 30 liv. 1dem.
Le neuvième Volume , petit in-folio , 24 liv.
même , avec 109 Planches enluminées ; prix , 92 liv .
3 fols en feuilles , & 95 liv . ; fels broché.
dixième & dernier Volume eft fous preffe. Ceux qui
n'ont pas eu l'attention de completter leur exemplaire
des Planches des Oifeaux enluminés , foit
les Cahiers , qui font au nombre de quarante- deux ,
foit pour les Volumes , font priés de retirer ce qui
peut leur manquer , s'ils ne veulent pas courir les
rifques de ne pouvoir pas le faire en attendant plus
long-temps.
pour
AH! s'il s'éveilloit ! Eftampe gravée en manière
Angloife , par N. F. Régnault , & fe trouve à Paris ,
chez Delalande , Grayeur , maifon de l'Auteur , rue
de Montmorency , No. 22. Prix , 3 liv .
Cette jolie Eftampe réunit à un effet piquant des
expreffions vraies & finement rendues , mérite rare
en gravure. Les Anglois jufqu'à préfent avoient
trouvé des Copiftes ; mais ils n'avoient point rencontré
d'imitateurs ; la manière brillante dont M.
Regnauit débute , & le prix modique que fa modeſtie
lui a fait mettre à fon Ouvrage , doit faire ef
DE FRANCE 189
pérer à nombres d'Amateurs qu'ils n'auront plus à
reculer devant les prix énormes des productions de
nos voisins en ce genre . L'Auteur a de plus le double
méiitè d'avoir gravé d'après un tableau peint par luimême
; il s'occupe actuellement du pendant qui paroîtra
inceffamment.
> NOUVEAU Recueil des meilleurs Contes en vers
faifant fuite à celui imprimé en 1774. A Genève , &
fe trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire ,
rue S. Jacques.
Ce Recueil fait fuite à un autre Volume , qui s'eft
vendu chez le même Libraire , & qui étoit remarquable
par un très - bon choix . Celui - ci mérite le
même éloge par le goût qui a préfidé à ſa rédaction
.
LES. Après-Soupers de la Société , petit Théâtre
Lyrique & Moralfur les Aventures dujour. XXI ,
XXII & XXIIIe Cahiers.
Les nouveaux Cahiers qu'on vient de publier de
cette Collection intéreflante , font partie du Tome
VI , qui doit être le dernier.
ABREGE de l'Hiftoire du Théâtre François ,
depuis fon origine jufqu'au premier Janvier 1783 ,
dédié au Roi , par M. d'Origny , Confeiller à la
Cour des Monnoies , de plufieurs Académies , 4 Vol.
in- 8 ° . A Paris , chez Jorry , rue de la Huchette ;
Mérigot jeune , quai des Auguftins ; Lefciapart ,
Pont Notre Dame , Bleuet , quai de Gêvres , & la
Veuve Elprit, Libraire , an Palais Royal.
Les trois premiers Volumes de cet Ouvrage font
de M. le Chevalier de Mouhy.
ENNCYCLO
CLOPEDIE
, ou Abrégé de toutes les Sciences
, à l'ufage des Enfans. Nouvelle
Édition ,' refondue
, augmentée
& corrigée
dans contes fes parties , afin de la rendre propre à l'ufage des Écoles
190 MERCURE
des Pays Catholiques . I vol . 12. avec figures!
Prix , 2 liv. 10 fols relié . A Bruxelles , & fe trouvé
à Paris , chez Mérigot père , Libraire , Quai des
Auguftins.
Cet Ouvrage utile , réimprimé fouvent chez l'étranger
, a été attribué à M. Formey , Secrétaire Perpétuel
de l'Académie de Berlin. Outre le foin qu'on a
cu , en travaillant à cette nouvelle Édition , de mettre
plus d'exactitude dans les dates & les faits ; comme
cet Ouvrage avoit été fait primitivement dans les
principes du proteftantifme , il a fallu refondre tout
ce qui concerne la Religion , pour le rendre propre
à l'inftruction des enfans Catholiques. On y trou
vera auffi des additions confidérables , notamment
une continuation de l'Hiftoire Moderne juſqu'en
1781 , & une notion des Cartes Géographiques ,
avec la manière de les enluminer.
:
On trouve chez le mêine Libraire une Brochure
de 222 pages , intitulée Véritable politique des
perfonnes de qualité, fuivie des infcriptions employées
dans la maifon d'une perfonne de qualité. Prix
2 liv. 8 fols reliée.
NOUVELLE Méthode de traiter les maladies
qui attaquent l'articulation du coude & du genou ,
par M. Park , Chirurgien de l'Hôpital de Liverpool
, Ouvrage traduit de l'Anglois , Brochure in-
12. Prix , 12 fols. A Paris , chez Méquignon l'aîné ,
Libraire , rue des Cordeliers.
On n'a connu jufqu'à préfent que l'amputation
pour les maladies qui attaquent l'articulation du
coude & du genou. M. Park vient d'imaginer que
dans certaines de ces maladies on pourroit réuflir
en fciant les extrémités articulaires des os attaqués
de carie , & conferver par- là le membre du malade.
C'eft ce qui a donné lieu à l'Ouvrage que
DE FRANCE. 191
nous annonçons , & nous penfons , avec le Traducteur
, qu'il mérite d'être lû.
NOUVELLE Découverte pour l'humanité , ou
Effai fur la Maladie de Cythère , dans lequel on
trouve un précis des différentes méthodes qui ont été
connues jufqu'à préfent pour le traitement de la maladie
dont il s'agit , avec un choix raifonné de tous
les moyens qui ont été mis en ufage afin d'en détruire
la caufe & les effets ; par M. Laugier , Docteur en
Médecine , Membre & Profeffeur du Collège de
Marſeille. A Paris , chez l'Auteur , hôtel S. Louis ,
rue Git-le Coeur , près S. André des Arcs,
L'Auteur de cet Ouvrage , auquel nous croyons
avoir rendu juftice dans fa nouveauté , Y a fait des
augmentations confidérables ; après l'expofition &
l'explication de fon remède , il y difcute plusieurs
queftions relatives à l'objet de fes recherches.
NUMERO 3 du Journal de Violon , dédié aus
Amateurs. Ce Journal eft compofé d'Airs de tour
genre arrangés par les meilleurs Maîtres pour deux
Violons ou Violoncelles . Le chant étant tout entier
dans le premier Deffus , ils peuvent fe jouer à une
feule partie. Le prix de l'abonnement pour douzer
Cahiers eft de 15 livres , & 18 livres pour la Province
. Chaque Cahier féparé 2 liv. A Paris , chez
le fieur Bornet , Marchand de Mufique , au Bureau
de Loteries , rue des Prouvaires , près S Euftache.
Ce Journal , qui fe continue avec fuccès , nous
paroît arrangé avec beaucoup de goût. Il n'offre de
difficultés que ce qu'il en faut pour donner de l'intérêt
aux morceaux fans effrayer les jeunes gens encore
foibles.
SONATE à quatre mains pour le Forte-Piano ,
par Herkel , forment le troisième Numéro du Jour192
MERCURE
nal de Pièces de Clavecin par différens Auteurs .
Prix 3 liv. 12 fols. Celui de l'abonnement , contes
nant des morceaux de différens genres , eft de 24 liv.
pour douze Cahiers , & 30 liv. en Province . On
foufcrit à Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des
Petits Champs , près celle Saint Roch , n ° . 83 , &
chez Mme Lemenu , rue du Roule , à la Clé d'or.
Le nom de Sterkel ne peut qu'ajouter au fuccès
que mérite ce Journal , fait avec foin & variété .
ERRATA du Mercure du 20 Mars.
C'eft par erreur que dans l'Extrait de l'Hiftoire
de la Grèce on n'a pas féparé de l'Extrait le parallèle
d'Ariftide & de Caton, qui fait un Article à
part.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librai
rie fur la Couverture.
TABLE.
VERS à M. de la Harpe , phe
145 Coriolan , Tragédie ,
Mlle de Prémoifant , 145 La Morale en a lion ,
ISE
153
178
Sur le Papier nouveau de Hiftoire de Marguerite de Va
Langlée , 147 lois , Reine de Navarre, 184
Impromptu ,
Air de la Caravane , 149 Annonces & Notices , 188
Charade , Enigine & Logogry !
148 Académie Roy. de Mufiq. 18
APPROBATION.
J'AI lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Mars. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 26 Mars 1784. GUIDI.
JOURNAL
POLITIQUE
t
DE BRUXELLES.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 2 Février.
ES nouvelles conftructions continuent
Linfenfiblement dans nos chantiers , où
conformément aux intentions du Roi , qui
a fait les fonds néceffaires pour cet objet ,
on mettra tous les ans deux vaiffeaux de
guerre ; à la fin de l'année prochaine , nous
en aurons 30 les vues du Roi depuis fon
avénement au trône , & qu'il s'occupe à réalifer
, font de former une marine néceffaire à
toute Puiffance , placée comme la Suède , &
qui s'occupe de la navigation .
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 2 Février.
LES Députés de la ville de Dantzick
pour recommencer ici les négociations avec
Le Miniftre du Roi de Pruffe, ne font point
No. 10 , 6 Mars 1784. a
( 2)
encore arrivés . Le Magiftrat & la Bourgeoifre
fe font , dit- on , aflemblés pour cette
nomination , mais ils n'ont rien décidé
quoiqu'ils aient reçu deux courriers d'ici ,
chargés d'ordres au Comte d'Uunrhue , de
prefier le départ de ces Députés avant la fin
de Février , le prétexte de ce délai eft , diton
, que la Cour de Ruffie ayant d'abord
arrêté, que les négociations fe tiendroient à
Dantzick , on ne pouvoit s'écarter de fes
ordres , jufqu'à ce qu'elle en eût ordonné
autrement.
Les troupes Ruffes occupent toujours"
leurs cantonnemens dans les Provinces du
Royaume , depuis le Bog jufqu'au Niefter ;
elles continuent de payer argent comptant
toutes les livraiſons de munitions de bouche
& de fourrage; on ne voit encore aucun
mouvement qui annonce de leur part un
changement auffi prochain qu'on fembloit
devoir s'y attendre depuis la fignature de la
convention préliminaire entre l'Impératrice
de Ruffie & la Porte .
Toutes les lettres des environs de la mer
Noire portent qu'on remarque la plus gran
de activité dans les ports que la Ruffie pof
fede à préfent fur cette mer.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 12 Février.
LA vente faite jufqu'à préfent des ornei
( 3. )
5
mens & des meubles divers des Eglifes &
des Monafteres fupprimés dans la Baffe-
Autriche a produit 280,000 florins . On
n'a pas compris dans cette vente , les vafes
factés & quelques autres articles qui ont été
donnés aux 260 nouvelles Paroiffes que l'on
a formées . Au commencement du Carême
prochain on recommencera ces ventes , qui
continueront vraisemblablement toute l'année
, parce qu'outre la fuppreffion qui vient
d'être faite des Trinitaires , il eft queſtion de
celle de plufieurs autres Couvens.
30
Suivant les lettres de Florence , l'Empereur
qui s'étoit rendu le 24 , de cette ville à
Pife , y étoit encore le
du même mais.
Les mêmes lettres confirment que le Prince
Charles -Edouard Stuart eft très -dangereufement
malade ; la Gazette de cette ville préfente
à ce fujet les détails fuivans que nous
tranfcrirons.
* Le pretendant d'Angleterre , connu fous
le nom de Comte d'Albany , & qui , depuis quel
ques années fait fon féjour à Florence , fe trouve
fi mal que l'on défefpere de fon rétabliffement.
Ce Seigneur fouffroit depuis long - temps d'une
véritable éléphantiafis, à la jambe gauche ; & l'acreté
qui accompagne ordinairement cette maladie
ayant été repouffée vers la poitrine & la tête par
des bains foufreux & calcineux , il étoit déja à
la mort en 1783 , lorfque M. Palucci , Chirurgien
du Corps de S. M. I. , Docteur en
Médecine , qui , dans ce temps là fe trouvoit à
Florence fut appellé à fon fecours ; il fit d'abord
placer les jambes du malade dans un bain
a 2
( 4. ))
compofé de lait & d'eau. Après ce ba'n qu'on
répétoit deux fois par jour , il lui fit appliquer
des emplâtres veficatoires au gras des jambes
& lui fauva la vie par ces remedes. Ce Profeffeur
eft à préfent de retour à Vienne ».
Un des principaux Jouailliers de cette Capitale
vient de mettre la derniere main à un
bijou précieux ; c'eft le portrait de l'Empereur
, entouré de diamans , & fous lequel eft
enchaffée une montre dont le diametren'eft
que d'un demi pouce ce bijou eft ,
dit-on , deſtiné à l'Hofpodar de Valachie.
DE HAMBOURG , le 13 Fevrier.
LA convention conclue à Conftantinople
a paru dans plufieurs papiers ; elle ne
contient rien de plus que ce que nous en
avons déja donné déja dans un de nos précédens
Numéros. Il n'y eft en effet queftion
que des intérêts des Ruffes & des
Turcs ; il n'y a rien de relatif à d'autres intérêts
qu'on croyoit exiger auffi des ftipulations.
Le Public jufqu'à préfent continue de
fe livrer à des conjectures. Les papiers publics
qui les recueillent , annoncent une
nouvelle convention pour régler ces derniers
intérêts , & par laquelle la Porte confent
à payer une fomme confidérable pour
dédommager des armemens immenfes qui
ont été faits pour la décider à fatisfaire
la Ruffie , & que fa lenteur & fes incertitu
des ont prolongés & rendus plus frayeux.
( 5 )
Mais tout ce qu'on dit à ce fujet eft bien
vague ; & ces nouvelles , au moins hafardées
, n'ont été donnees que par des Négocians
de Conftantinople à leurs correfpondans
, des comptoirs defquels elles ont paflé
dans nos Gazettes . Elles s'accordent toutes
maintenant à ne plus annoncer de facrifices
territoriaux de la part des Ottomans ; Belgrade
, qu'elles difoient devoir finir par
changer de maître , leur reftera , parce qu'il
eft de l'intérêt des contrées voifines , & de
l'Empire en général , de laiffer cette place
entre leurs mains ; c'eſt une barriere contre
les excurfions de la pefte.
Parmi les motifs qu'on donne à la Porte ,
pour fe décider aux facrifices qu'elle a faits ,
on fait toujours valoir l'indifcipline de fes
troupes , leurs mutineries fréquentes , les diviſions
inteſtines & les révoltes prêtes à écla→
ter. On en vient auffi aux défordres qu'on
dit exifter en Egypte , à l'état de guerre dans
lequel font les Beys qui la gouvernent , &
qui la déchirent ; peut-être tout ce qu'on
débite eft-il fans fondement ou exagéré. Aut
refte , les troubles fans ceffe renaiffans dans
cette contrée , l'infuffifance de l'autorité du
Grand - Seigneur , ramenent trop fréquemment
l'attention fur ce Royaume autrefois fi
célebre , pour que quelques détails fur for
gouvernement actuel ne foient pas agréables
à nos lecteurs. Nous les puifons dans l'ouvrage
de M. Capper , Colonel au fervice de
a 3
( ૪6 ))
la Compagnie Angloife des Indes , qui
Confeillé dernierement , pour fe rendre en
Afie, une nouvelle route qu'il a faite plufieurs
fois, & qui en féjournant à diverfes repriſes
en Egypte, y a fait quelques obfervations ,
dont plufieurs font curieuſes.
« L'Egypte eft divifée en 24 provinces , dont
chacune eft gouvernée par un By ou Sangiacks.
la plupart de ces 24 Beys féjournent au Caire
, ou toujours une fois par femaines , & quelquefois
plus fouvent , ils s'affemblent pour tenir
conteil ; & ces aflemblées s'appellent Divan .
Le Scheich Bellel eft le Président de ce Confeil
& le membre exécutif du Gouvernement.
Son emploi et en quelque forte femblable à
celui du Doge de Venite , mais avec plus d'autorité
; il eft vrai que cela depend de plufieurs
circonstances , & entr'autres s'il a des talens &
de la fermeté , s'il a un grand parti parmi fes
Collegues , & s'il eft bien ou mal avec le Ba
cha. Quand je fus au Caire , ajoute M. Capper
le Scheick Belled étoit un homme foible , &
il ne devoit fa fureté qu'à la jaloufie de deux
Beys rivaux prefque égaux en pouvoir , qui afpiroient
à fa place . Le Bacha eft envoyé par la
Porte & eft une espece de Vice Roi de la part
du Grand- Seigneur. Lorfqu'il peur réuffir à fe ,
mer la division entre les Beys , & s'attacher '
fecrettement lui- même au parti le plus fort ,
pendant qu'il femble obferver la plus parfaite
neutralité , il acquiert quelquefois plus d'influence
que le Scheick Belled lui-même. Mais il doitagir
avec beaucoup de prudence & de circonfpection
; car fi fes intrigues étoient découvertes
& que le parti oppofé triomphât , il feroit
obligé de quitter le pays, La maniere ,
$
(7).
fui
dont on le renvoie , caractériſe les procédés ar
bitraires & ténébreux de cette République orien
tale. Les Beys ayant réfolu de le renvoyer ,
envoyent du Divan même un Carracourouck
qui le rend à fa maifon. Il s'approche de l'endroit
où le Bacha eft affis , leve en filence un
coin du tapis , y place deffous le papier qui contient
fon ordre, en en laiſſant ſortir un petit bout,
afin qu'il foit apperçu , & fe retire fur le champ
fans avoir proféré un feul mot. Le nom de Carracourouck
fignifie un meflager noir , parce qu'il
eft vétu de cette couleur. Le Bacha ne fonge
jamais à s'opposer à cet ordre ; il fait que la
réfiftance lui coûteroit probablement la vie . Il
fe retire en conféquence le plutôt qu'il lui eft
poffible à Baclako , qui eft à deux milles du Caire';
& quand il fuppofe un violent degré de reffentiment
contre lui , il va à Rofetto , & de - là par
la premiere occafion en Chypre , où il reste jufqu'à
ce qu'il ait reçu des nouvelles de Conftantinople.
Le Divan ou le Confeil des Beys ,
pour garder les apparences avec la Porte , dépêche
un Meffager exprès à Conftantinople , avec des
plaintes fur la conduite du Bacha. Le Grand-
Seigneur qui fait qu'il ne peut foutenir fon Of
ficier , ne compromet point fa dignité , & ne
prend aucun autre parti dans cette affaire que
d'envoyer un autre Bacha ; & fouvent il condamne
à une amende celui qui a été difgracié
Les enfans des Beys n'héritent ni du rang
ni des biens de leurs peres ; ils ne peuvent même
être élevés à aucun des emplois convenables à
un Bey. Il eft vrai que le Divan après la mort
d'un Bey , difpofe d'une portion de fes biens pour
l'ufage & l'entretien de fa famille , mais le
refte paffe avec fon titre à fon Cashuf ou Lieutenant
qui généralement fuccede à son rang &
a 4
( 8 )
à fa fortune. Ces Cashufs font des eſclaves Geor:
giens ou Circaffiens , que les Beys ont achetés
adoptés dans leur enfance , élevés avec autant
de foin que de tendreffe , dans la vue d'af
furer en eux des protecteurs à leurs enfans . Cette
foi finguliere paroît avoir été dictée par l'horreur
de la Monarchie & une prédilection pour
le Gouvernement républicain ; mais furement
elle n'a pu être faite que durant l'Adminiſtration
de quelque Chef qui n'avoit point de poſtérité ;
fans cela la voix de la nature auroit étouffé celle
d'une politique inhumaine ».
La communication nouvelle , établie entre
la Tranfylvanie & la Buckowine , par la
grande route , à laquelle l'Empereur fait travailler
, & qui , en partant de Biſtricz , &
paífant par Bog , conduit dans cette derniere
Province , a facilité les moyens de pénétrer
dans toutes les parties de ces contrées
, & fur-tout dans les montagnes qui
étoient , pour ainfi dire , inacceffibles.
Depuis long- temps , écrit -on de Vienne , les
'états de la confcription militaire n'avoient point
été changés , & ils étoient encore tels qu'ils
avoient été arrêtés il y a plufieurs années ; les
Officiers qui en font chargés , ont profité de
l'occafion & des facilités que leur offre cette
route pour pénétrer dans ces montagnes , les
examiner & faire une nouvelle confcription.
Ils les ont trouvées fi peuplées , qu'en ne marquant
que les hommes au- deffus de 15 ans &
au deffous de 40 , ils ont pu y former un corps
de 1046 ; il fera raffemblé au befoin , & fous
les ordres du Commandant en fecond des Garnifons
voisines . Les Officiers , pendant le voyage
& le féjour qu'ils ont fait dans ce pays pour
y faire leur travail , ont fait quelques remarques
fingulieres fur les moeurs groffieres & les ufages
de ces Montagnards , qu'on peut regarder
en quelque forte comme un peuple nouveau
pour nous ; leurs coutumes fimples & fauvages
offrent un tableau piquant ; la polygamie eft prefque
générale ; mais c'eft un ufage plutôt qu'un
effet du libertinage ; ils portent , du moins la
plupart, le nom de Chrétiens fchifmatiques grecs;
mais ils pratiquent en effet le judaifme , &
circoncifent leurs enfans. Leur ignorance
ne leur permet pas de faire la différence
des deux Religions , & il faut qu'elle foit
fingulierement étrange. Les voyageurs ont
été frappés dans un endroit d'un fpectacle plus
touchant ; c'eſt un tableau de l'ancienne vie &
du Gouvernement des Pattiarches ; une famille
entiere compofée de 200 individus vivant fous
la conduite de fon chef qui eſt un vieillard qu'ils
nomment Dodoska , âgé de 109 ans , qui réunit
fous les loix toute fa nombreuſe poftérité , &
dont l'autorité refpectée par tous eft celle du
pere commun ; il leur fert de Roi , de Pontife
& de Légiflateur. Depuis un an il a perdu la
vue , mais il a confervé de la force , & fous
la conduite de fes enfans qui guident fes pas ,
il agit encore & vaque à fes fonctions civiles
& religieufes. Cette famille a des troupeaux qui
fournillent à fes befoins ; fi elle cultive ´la
terre , elle le fait avec négligence , & s'en fait
plutôt une exercice qu'une occupation dont elle
puiffe tirer parti. Le lait eft fa principale nourriture
, & elle le préfere au fruit qu'elle arrache à
la terre.
"
L'Electeur-Archevêque de Treves vient
d'accorder la tolérance civile & religieufe
as
( 10 )
aux Proteftans de fes Etats ; il leur a permis
de faire venir des Miniftres de leur Religion ,
pour adminiftrer le Baptême , le Mariage ,
& c. On fait des voeux dans bien d'autres
Etats , pour qu'on adopte ces mêmes principes.
« C'eft l'exemple de l'Empereur , écrit -on de
Cologne's qui paroît avoir décidé l'Archevêque
Electeur de Treve ; il en eft réfulté que la plupart
des maifons libres à Coblence , fe font
vendues fur le champ le double de leur valeur
, il feroit à fouhaiter qu'on eut fait de
même dans les Etats voisins ; les citoyens
éclairés forment ici ce veu , & fur-tout que
nous ne foyons pas des derniers à profiter des
avantages qui enrichiffent nos voisins ; nous
avons payé cher la profcription de nos freres
auxquels il feroit important de rouvir les bras.
Leur expulfion nous a fait décheoir du rang
où notre fituation nous plaçoit parmi les principales
villes commerçantes de l'Europe ; il eft
tems qu'ouvrant les yeux , nous rappellions dans
nos murs la population , l'induſtrie & les richeffès
que nous en avons fait fortir →
& qu'Elberfeit
Crevelt , Mulheim nous rendent une partie de
celles que nous leur avions malheureuſement
abandonnées dans d'autres temps .
ITALI E.
DE NAPLES , le 24 Janvier.
A l'occafion de l'accommodement des
différends furvenus entre cette Cour & la
République de Ragufe , le Roi a adreffé
( 11 )'
·
cette dépêche au Marquis de Cavalcanti &
au Prince de Cimitelli .
« La République de Ragufe ayant reconnu par
un acte formel & refpectueux , le droit incontefta
ble que les Souverains de ce royaume ont exercé
depuis long temps , & fans interruption d'envoyer, ‹
& de tenir à Ragule un, Gouverneur d'armes , &
ayant en conféquence accepté & admis le Capisaine
Pafchal de Boraginé, que S. M. a nommé en
cette qualité, les fujets de déplaifir & de mécontentement
caufés par les difficultés & les oppofitions
du Gouvernement de Ragufe ayant ceffé ainfi ,
S. M. veut bien rétablir dans fa faveur & dans les
avantages de fa protection la République & les
fujets Ragufois ; elle confent qu'ils rentrent dans
tous les priviléges & exemptions dont ils jouif
foient dans fes Etats avant ces différends . Elle ordonne
en conféquence de lever fur le champ le
fequeftre, mis ci-devant fur les biens & effets qu'ils
poffedent dans le royaume, & que cet ordre s'exé
cute par- tout & fans frais. »
Le Roi , par une dépêche , en date du 27
Décembre dernier , a ordonné aux Evêques
de veiller au rétabliffement & à l'obfervation
de la difcipline dans les trois Ordres
mendians de S. François. Cette dépêche.
étoit accompagnée d'inftructions , en forme
de Réglement fur ce fujet , au nombre de
10 articles. Ces Religieux ont cru devoir
faire des repréſentations fur ces difpofitions ,
& on les examine à préfent.
DE. GENES , le 28 Janvier.
\
Selon quelques lettres de Lisbonne , le
a 6
( 12 )
Fifcal de la Couronne a enfin préfenté à la
Régence fes doutes fur la fameufe Sentence .
du 12 Janvier 1759 ; on attend à préfent la
détermination ultérieure & décifive qui fera
prife fur cette importante affaire.
On croit , ajoutent ces lettres , que tous les
ex-jéfuites portugais font à la yeille d'obtenir
une penfion alimentaire fuffifante ; il a été du
moins préſenté à la Cour , par le miniftre plénipotentiaire
de S. M. T. F. , au nom du S. Siége ,
un mémoire à ce sujet , & on affure que M. Pagliarini
, agent de la Cour de Portugal à Rome ,
a reçu ordre de faire une lifte exacte de tous les
ex -jéfuites portugais vivant dans l'Etat Eccléfiaftique
& dans d'autres endroits de l'Italie .
Il paroit auffi qu'on longe en Efpagne à
adoucir le fort de ces Religieux , dont les
individus, iſolés actuellement , ne fauroient
être à craindre , & ont au moins des droits
à des foulagemens & aux moyens de foutenir
leur exiſtence .
Les ex-jéfuites retenus ici , lit - on dans quelques
lettres de Madrid , & vivans dans des couvens
de différens ordres , d'où il ne leur étoit
pas permis de fortir fans être toujours accompagnés
d'un religieux , commencent à jouir d'un
peu plus de liberté ; on a accordé à quelquesuns
la permiffion de fortir feuls , tant dans la
ville que dehors , mais avec la condition expreſſe
qu'ils ne s'en éloignent jamais de plus de deux
lieues on croit que la même grace fera accordée
à tous. Cette condefcendance du gouverne .
ment pour les individus , la faculté qui leur a
été donnée , par une cédule royale , de pouvoir
répéter la moitié du produit des biens de fa(
13 )
mille qui peuvent leur écheoir par héritage ,
font préfumer qu'il y aura peut- être encore quelqu'autre
changement dans le fyftême qui a prévalu
fi long- temps.
Les lettres de Venife portent qu'on y
arme dans ce moment , pour fe mettre en
meſure contre les repréfailles , dont les Hollandais
ont menacé la République .
On équipe dans notre arfenal , difent - elles ,
les vaiffeaux le Saint - Charles , de 60 canons ;
le Marco , de 40 ; le Doge , de 32 ; la Venezella,
de 26 ; la Madona & la Roma , de 24. M. Milo
Darle aura le commandement de cette efcadre..
Les marchands de Corfou , d'Iftrie , &c. arment
auffi plufieurs galeres pour protéger le commerce
du Levant , qui a augmenté confidérablement
dans le cours de ces quatre dernieres années.
On efpere cependant que ce différend n'aura
pas de fuites , & que quelques puiſſances amies
interpoferont leur médiation.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 20 Février.
Il a été envoié à M. Tonyn , Gouverneur
de la Floride orientale , ordre de prendre ,
lorfqu'il évacuera cette province , qui doit
être rendue aux Efpagnols , dans le courant
du mois de Mai prochain , une note exacte
de tous les Negres & effets des propriétaires
qui ne réfident pas fur les lieux , avant
de permettre qu'ils foient embarqués pour
d'autres endroits. Il joindra à cette note celle,,
de toutes les propriétés qui pourront être
( 14 ) .
"
vendues foit à des Efpagnols , foit à des Anglois
qui voudroient continuer leur féjour
dans ce pays , & y vivre fous les loix Efpagnoles.
Ces liftes , revêtues de toutes les
formes légales , feront enfuite apportées en
Angleterre , avec les papiers qui appartiennent
à l'Adminiftration de cette Province...
Nous venons de voir arriver ici , lit - on dans
une lettre de New Yorck , l'équipage infertuné
du bâtiment de Clyde la Fanny , Capitaine M'
Farlane , qui fit naufrage le 18 Septembre dernier
fur la côte de Mayguana , l'une des ifles
de Bahama , dans fon paffage de la Jamaïque à
Terre-Neuve. Le vaiffeau toucha contre des ro
chers , & au moment du choc un matelot & un
paflager qui étoient fur le pont tomberent dans
la mer & fe noyerent . Ce malheureux événe-
-ment eut lieu le foir ; l'équipage paffa la nuit
fur le bâtiment fracaflé , tremblant à chaque
inflant qu'il ne s'ouvrit tout- à- fait , & que la mer
ne l'engloutit ; on peut fe peindre leur fituation
pendant cette nuit défaftreufe , & combien elle
leur parut longue ; il tint heureuſement juf .
qu'au jour , qu'on s'occupa à couper les mats ,
à détacher quelques pieces de bois de différentes
parties du vaiffeau , on en fit un radeau fur lequel
on gagna la terre ; l'eau qui étoit entrée dans
le corps du bâtiment , ne permit pas de prendre
des provifions , & les malheureux échappés à la
faillirent à fuccomber à la faim fur la terre ;
des racines , des coquillages furent leurs feuls
alimens pendant 13 jours; ils ne fouffrirent pas
moins de la foif, n'ayant trouvé qu'une eau
faumâtre , à quelque diſtance de la côte , dont
ils n'oferent pas s'éloigner , parce qu'ils n'avoient
d'autre efpérance d'être tirés de cette ifle que
mer,
( IS )
par quelque vaiffeau qui pafferoit à la portée ;
ils en apperçurent enfin un Américain , qui les
reçut à bord , & les conduifit à New-Providence
d'où ils font venus ici ..
Les lettres des ifles ne contiennent qué
des plaintes fur la langueur qu'éprouve encore
le commerce , & en particulier fur la
proclamation qui en écarte les bâtimens
Américains. Les braş manquent dans la plupart
des plantations où l'on a befoin de Negres
, où l'on enleve à leur arrivée tous ceux
qui arrivent d'Afrique , & où l'on attend
avec impatience les bâtimens qui en font
chargés.
Sir Richard Hughes a arboré fon pavillon
à Antigues fur le Léander de so canons ;
on dit que l'intention du Gouvernement eft
de former un arſenal dans cette ifle , & d'en
augmenter les chantiers , de maniere à pouvoir
y conftruire des vaiffeaux de ligne, ainfi
que les Efpagnols le font à la Havane.
Les Médecins , lit- on dans la Gazette de la
Jamaïque , qui ont foigné quelques Négres mordus
par des chiens , ont rapporté que plufieurs
étoient morts avec tous les fymptômes de la
rage ; cet avis allarmant a décidé le Magiftrat
à ordonner de tuer partout ces animaux dangereux
, & on l'exécute avec beaucoup de rigueur ;
malheureuſement ceux qui en font chargés
n'ont pas mis dans cette execution la prudence
& la circonfpe &tion néceffaire , & il vient d'arriver
un accident funefte ; au moment qu'un de
cés gardes couchoit en joue un chien vers un
détour , il fe préfenta de ce côté un négre libre ,
( 16 )
qui reçut le coup déftiné au chien , & qui mourut
fur la place .
Les divifions actuelles continuent avec la
même vivacité ; & le fpectacle ſcandaleux
qui a eu lieu dernierement à Weftminſter, a'
encore des fuites . Les deux aſſemblées tenues
le 14 font publier leurs réſolutions contradictoires
dans tous les papiers , & chacune
s'attribue la majorité , & l'avantage d'offrir
les véritables fentimens des Electeurs.
Le 16 , les partiíans de M. Fox prirent en
confidération ce qui s'étoit paffé le 14 ; on avoit
placé fur la chaife de leur chef un paquet de dro
gues , dont l'odeur l'incommoda beaucoup ainfi
que les perfonnes qui fe trouverent dans le voi- ,
finage , & le forca de fe retirer . Un apothicaire
préfent déclara que ces drogues étoient un poifon
; il en apporta l'analyse le 16 ; & il fut arrê
té que l'on feroit des recherches fur l'auteur out
les auteurs de cette infulte . On autorifa ceux
qui en furent chargés à offrir 200 liv. fterling ,
de récompenfe à celui qui les feroit connoître.
Il paroît que l'on renonce à tout eſpoir
de conciliation ; l'affociation formée pour
travailler à l'union , n'a encore rien exécuté.
Dans la derniere affemblée , fes Commiffaires
lui ont rendu compte de leur démarches auprès
de M. Pitt , pour l'engager à defcendre de fa place ,
afin de pouvoir entrer en négociation , quoique.
le parti oppofé eut confenti de la maniere la plus
amicale à plufieurs de fes conditions . Sa premiere
objection étoit qu'il ne ſe réfoudroit jamais à coa- ¡
lifer avec le Lord North ; & le Lord North avoit
déclaré qu'il étoit décidé à fe contenter de l'état
de particulier. La feconde étoit qu'il ne pouvoit
( 17 )
approuver tous les compromis qu'occafionnoit
la deuxieme propofition du bill de l'Inde de M.
Fox , & celui- ci a dit qu'il étoit prêt à modérer les
claufes de fon bill . Enfin le Miniftre a déclaré
que fa confcience ne lui permettoit pas de réfigner
fa place , dans la vue de faciliter un raccommodement
, & qu'ancune réfolution de la
Chambre ne le forceroit à une telle démarche ;
mais ce point , de l'avis des Commiffaires , étoit de
nature à pouvoir être cédé , par quiconque eft
attaché au bien de fon pays ; cet avis , tourné en
réfolution , paffa à l'affemblée qui s'ajourna fine.
die.
Le Bill de l'Inde , la grande fource des
divifions actuelles , s'oppofe encore , comme
l'on voit , à une réunion ; en attendant ,
l'adminiftration Angloife dans ce pays refte
la même ; & les changemens qu'on juge
fi néceffaires font fufpendus. Parmi les détails
que les papiers du jour préfentent pour
prouver combien il feroit important de s'en
occuper , nous citerons la lettre fuivante
écrite par un de nos Oficiers , en date de
Calcuta , le 31 Décembre 1782. Cette date
eft peu récente , mais la lettre peut piquer la
curiofité.
« Nous fommes arrivés dans l'Inde le 19 Octobre
1782 , après une tempête & des mauvais
temps qui ont endommagé tous les vaiffeaux
dans la route. Nous avons eu pendant un féjour
de 11 jours , le fpectacle le plus affreux
pour des hommes fenfibles. La famine défole
& ravage ces pays ; les pauvres naturels en
font les victimes ; 20 ou 30,000 chaffés de leurs
maiſons par Hyder Aly , font venus ici demi
( 18 )
muds , & on affure qu'un tiers au moins de èe
nombre a péri de faim dans les environs &
-même aux portes de Madras ; j'en ai vu moimême
des centaines morts ou mourans fur les
grands chemins. Ce fpectacle horrible , leurs
cris , le défeſpoir des uns , les fanglots des autres
ne fortiront jamais de mon fouvenir ; quelles
font donc les horreurs de la guerre , puifqu'elies
dénaturent ainfi le plus riche & le plus bean
pays de l'Univers ! Quelle exécration ne méritent
pas ceux qui y ont porté la défolation
& la mort ! Graces à Dieu j'ai quitté ce théâtre
pénible & douloureux , & me voici dans un endroit
où regne l'abondance , où les peuples paroiffent
contents & vivans dans l'aifance . Ce font
de pauvres êtres cependant ; leur croyance religieufe
refferrant autour d'eux les objets qui
pourroient fatisfaire leurs befoins , les voue à la
frugalité au milieu de l'abondance & des fuperfluités
; & la difette eft inévitable après une récolte
que l'inconftance des faifons a pu faire
manquer ; ils meurent au milieu des troupeaux
dont ils n'oferoient fe nourrir ; & en fuccombant
à la faim avec tous les moyens de s'en préferver
ils verront avec horreur les repas
fanglans & féroces des Européens , & péri
ront plutôt que de les partager. Nos Anglois
ne font pas plus capables de les imiter. Au milieu
de ces créatures fobres & douces par excel
lence , ils étalent tous les excès de l'intempé
rance & du luxe. Leurs maifons font magni
fiques , ce font des efpeces de Palais dont l'architecture
eft dans le ftyle grec , & les meubles
riches ; rien n'eft plus commun qu'un train
nombreux de domeftiques , de voitures & de
chevaux . Mais tout cela fe procure aux dépens
des naturels ; ce font leurs travaux , leurs
>
( 19 ))
fueurs
qui
nous
enrichiffent
, & l'avidité
eft
telle
qu'on
leur
envie
& qu'on
leur
arracheroit
encore
ce qu'il
eft abfolument
néceffaire
de
leur
laiffer
pour
leur
nourriture
, & que
leur
fobriété
naturelle
réduit
à bien
peu
de choſes
.
Quel
pays
! Et quel
parti
on pourroit
en tirer
s'il
étoit
bien
adminiftré
? quelle
fource
inépuifable
de richeffes
? Je n'exagere
point
en
difant
qu'elles
nous
mettroient
en état
de payer
la dette
nationale
, toute
énorme
, toute
pefante
qu'elle
eft , que
ce grand
ouvrage
feroit
moins
Jen: qu'on
ne l'imagine
, que
nous
pourrions
le voir
terminer
avant
de defcendre
au tombeau
; mais
il faudoit
bien
des réformes
, & on doit
en déſeſpérer
».
Les partifans de l'ancienne Adminiftration
ne manquent pas de faire valoir tous
ces détails ; & il n'y auroit rien a dire , fi en
faifant des voeux pour la réunion des partis ,
ils employoient la modération convenable ,
& fe défendoient les injures qui ne rendent
jamais une caufe meilleure ; leurs pamphlets
en attirent en réponſe , & les amis des nouveaux
Miniftres ne font pas exempts de ce
reproche.
La conduite de ceux qui prêchent la coalition
, eft , difent-ils , une des plus artificieuſes
qu'on ait vu dans ce pays ; ils fçavent que le
peuple eft contre elle ; & que les deux principaux
noms qui font à la tête font réprouvés
par les trois quarts des fujets du roi , qui font
bien convaincus que leur ambition ' eft leur principal
objet . Si cela n'étoit pas ainfi , pourquoi
repéteroient -ils fans ceffe qu'il faut rétablir l'ancien
miniftere. N'y a- t- il pas d'autres perfonnes ,
( 20 )
que ces chefs , capables de prendre les rênes ;
fi M. Pitt les quitte , le Gouvernement feroit
envahi par une faction que le peuple condamne ,
& le Roi feroit forcé d'accepter pour Miniftres
des hommes qui attaquent journellement fon
pouvoir , qui l'outragent & qui tentent d'en impofer
à la Nation par un prétendu zele pour
l'honneur de la Chambre des Communes ; car
c'eft par-là qu'ils cherchent à aveugler le peuple
& à lui faire oublier la premiere caufe de
leur oppofition actuelle. Et quelles raisons oppofent-
ils pour fonder la néceffité du renvoi des
miniftres actuels ? Voici pourquoi le Roi doit s'en
défaire : 1º. parce que ces miniftres ont été nommés
par le choix libre de S. M. & non jettés
autour d'elle & malgré elle comme les précédens
l'avoient été ; 2°. parce que la haute opinion qu'a
S. M. des talens & de l'intégrité de M. Pitt a
une fecrete influence fur fon ame royale ; 3 ° . parce
qu'un homme du caractere de M. Pitt peut devenir
un favori du Roi comme il eft déjà celui
de la Nation , & que cela eft contraire aux intérêts
de la coalition ; 4° . parce que les miniftres
actuels fe font "oppofés à un bill nouvellement
calculé pour foulager le Roi du poids de la fouveraineté
; 5 °. parce que la confervation de leur
place ne fe concilie pas avec les intérêts de la
coalition , & que les intérêts de celle - ci font
la même chofe que l'honneur de la Chambre
des Communes ; 6°. parce que jufqu'à ce que
les miniftres actuels foient déplacés , il eft diffi- -
cile de récompenfer le Lord N. de fa glorieufe
& longue adminiftration , & de fa reconnoiffance
envers fon Souverain ; 7°. parce que les profits
de la banque de pharaon font précaires.
On revient aux bruits de diffolution piochaine
du Parlement ; & peut être devien-'
-( 21 )
dra-t- elle néceffaire . Le parti extrême , fufpendu
jufqu'à prefent par la néceffité de faire
fixer auparavant les fubfides , fera , à ce que
l'on préfume, pris tôt ou tard .
Un Pair indépendant & qui n'a de liaiſon
avec aucun des partis , fe propofe , dit un de nos
papiers , de présenter à S. M. fon humble avis ,
qui eft celui ci. Le Roi , dans la circonstance
critique actuelle , informera fes fideles Communes
, qu'il eft embarraflé dans la conduite qu'il
doit tenir pour le bien général de fes fujets . Les
adreffes qu'il a reçues de toutes les parties de fon
Royaume lui paroiffent abfolument contraires
aux fentimens exprimés dans les réfolutions de
la Chambre ; pour s'aflurer quelle eft la véritable
opinion de fes peuples , fi elle fe trouve dans
les adreffes ou dans les réfolutions de leurs repréfentans
, il fe décide a faire ufage de fa prérogative
royale ; il diffoudra le Parlement , &
donnera une occafion sûre à la nation de développer
les véritables fentimens dans l'élection
des membres qui compoferont le nouveau ; mais
avant d'en venir à cette mefure , il recomman
dera inftamment à fes fidelles Communes de
paffer les bils qui font d'une néceffité indifpenfable.
Il eft certain , ajoute ce papier , que ce
moyen eft le feul qui puiffe faire connoître l'opinion
du peuple en général ; fi l'oppofition a
raifon de dire que fa voix eft celle de la nation ,
elle eft très- sûre d'avoir part aux nouvelles élections.
Si elle fe récrie contre l'adoption de cet
avis , elle fe condamne elle - même.
Les cours des débats au Parlement n'annonce
pas encore que l'oppofition foit près
de perdre fa prépondérance.
Le 18 la Chambre des Communes ajourna
( (22 )
Mardi 24 le comite des voies & des moyens de
fubfides , ainfi que celui fur l'état de la nation .
Conformément à l'ordre du jour , M. Pitt pro
pofa de s'occuper du rapport des eſtimations de
Partillerie . M. Fox , avant d'entamer cette matiere
, lui demanda s'il n'avoit rien à commu→
niquer à la Chambre ; on attendoit en effet l'opinion
du Roi fur les réfolution qui lui avoient
été préfentées . Cette réponſe fut faite ; mais elle
ne contenoit pas autre chofe , finon que S. M. ,
vu l'état des affaires , n'avoit pas renvoyé (es
miniftres , qui de leur côté n'avoient pas demandé
leur démiffion . M. Fox trouva cette réponſe
inouie ; elle ne contenoit rien moins qu'un>
refus décidé d'avoir aucun égard à l'opinion des
Communes , & le deflein de traiter les réfolu➡
tions avec indifférence & mépris . Il pouvoit afiurer
que depuis la révolution , ou du moins depuis
l'acceffion du roi au trône , les rois avoient toujours
répondu favorablement à la Chambre des
Communes ; il trouva , dans le procédé nouvellement
adopté la conftitution en danger , la
Chambre compromife & hors d'état de remplir-
Jes fonctions qui lui étoient confiées . Dans ces
occafions elle avoit un parti à prendre , celui de
retirer les fubfides ; it pouvoit paroître violent
& fujet à des inconvéniens ; mais ces derniers
étoient moindres que le danger qui menaçoit ,
la conftitution. A cette occafion il rappella les
principes qu'il avoit expofés précédemment tur ),
les prérogatives de la couronne ; elles n'étoient
point accordées à la perfonne du roi , mais au
principal magiftrat , pour le bien général & à
caufe de la néceffité indifpeniable de former une,
adminiftration qui eût la confiance de la Chambre.
Cela amena un tableau fans doute chargé
du miniftere actuel , après lequel il s'empreffa
( 236)
lui- même de déclarer que M. Pitt n'étoit pas
un des hommes de l'efpece de ceux qu'il avoit
peints , mais qu'il y en avoit plufieurs parmi fes
amis , & il en étoit la dupe : cependant il ne crut
pas devoir propofer de retirer les fubfides ,
fe borna à propofer de remettre au 20 le rapport ;
fur les estimations . Cette motion fut fecondee par
M. Powis & plufieurs autres membres , les débats
ramenerent les voeux pour l'union . On voulut
favoir quels étoient les obftacles qu'elle éprou- ,
voit ; & M. Pitt déclara que le duc de Portland ,
à qui le roi avoit propofé une conférence avec
quelques miniftres , avoit refufé de s'y prêter ,
à moins qu'ils ne fe démiffent de leurs places
auparavant ; il déclara de nouveau qu'il ne quitteroit
point la fienne , que fon refpect pour la'
Chambre ne l'y détermineroit point , que fon honneur
& l'intérêt de fon pays lui faifoient une lois
de la garder jufqu'à ce que S. M. la lui ôtât. ,
M. Fox ne voulut pas laiffer le duc de Portland
chargé de l'accufation de s'opposer à l'union ; il
dit que fon refus étoit une fuite de l'obligation !
où il étoit de conferver la dignité de la Chambre ,
& que d'ailleurs c'étoit avec le roi qu'il devoit
traiter , & non avec un tiers . Cette digreffion
ne fit pas perdre de vue la motion ; le folliciteur
général défapprouva le fondement que lui avoit
donné M. Fox , & prétendit qu'il s'étoit trompé ,
en difant que depuis la révolution il n'y avoit
point eu d'exemple d'une pareille diviſion entre
le Roi & la Chambre en 1701 , dit - il , des
Communes demanderent le 13 mai l'éloigne-.
ment des Lords Orford , Saumers & du Comte
de Portland ; mais après cela elles , ne futpendirent
point les fubfides , & le lendemain elles
en voterent un pour les gardes & les gainifons.
On obferva à l'honorable membie que M. Fox
( 24 )
avoit bien dit , depuis la révolution , mais qu'il
avoit reftreint fon affertion en ajoutant : ou du
moins depuis l'acceffion de la maison de Brunſwick
au trône. Sa motion , après les débats , paffa , &
elle eut une majorité de 12 voix.
La Vice- Royauté d'Irlande , deſtinée d'abord
au Comte Temple , qu'on diſoit l'avoir
acceptée , a été donnée au Duc de Rutland
; & le même Comte Temple , qui n'avoit
pas gardé fa place de Secrétaire d'Etat ,
a pris le fceau privé que laiffoit vacant la
nomination du Viceroi d'Irlande . Ce dernier
eft parti le 16. Ses équipages avoient
pris les devans. On dit qu'ils ont été attaqués
par des voleurs fur leur route ; mais
que les gens du Duc ont fait une fi bonne
contenance , que les brigands n'ont rien pu
enlever.
La coutume barbare qui prévaut fur les côtes
'de ce Royaume , écrit-on de Dublin , de piller
les cargaifons des vaiffeaux naufragés , eft le,.
comble de l'inhumanité & de l'injuftice . Le naufrage
arrivé derniérement à Bray eft une preuve.
de l'exiftence de cette pratique horrible . Le
vaiffeau L'amitié , de Briſtol , venant d'Oporto ,
chargé de fruits , d'huile , & c. , évalué à 4000
liv. fterl. , échoua à environ un demi mille de
Bray. Le Capitaine & l'équipage furent fauvés"
heureuſement , ayant quitté ce vaiffeau avant la
nuit ; mais ce vaiffeau & la cargaifon furent pillés
pendant cette même nuit , & il ne reftoit plus rien
le lendemain à fix heures du matin . Les habibitans
de la ville & de la campagne avoient enlevé
tout jufqu'aux planches du batiment.
Parmi les faits finguliers , véritables ou
fuppofés ,
( 25 )
fuppofés , qu'on trouve fouvent dans nos
papers , nous en faifirons quelques uns.
La Favorite de l'Empereur actuel de Maroc eft
une Angloife dont l'hiftoire eft affez finguliere &
mérite d'être rapportée. Son nom eft Seagood ;
fon mari étoit un Tifferand du Devonshire , qui
ayant mal fait fes affaires , prit la réfolution de
fe rendre en Amérique , pour effayer de les rétablir
. Il fit tout ce qu'il put pour engager fa
femme à refter en Angleterre pendant qu'il iroit
former fon nouvel établiffement, avec promeffe dé
revenir la chercher . Elle voulut abfolument par ›
tir avec lui , & ils s'embarquerent ensemble ; le
vaiffeau fur lequel ils étoient fut pris par un Corfaire
de Salé fur les côtes d'Espagne . Le Corfaire
, en faisant paffer l'équipage fur fon bord
fut frappé des charmes de Miftriff Sengood , qui
avoit alors vingt ans , & qui étoit en effet une de
plus belles femmes du monde , & la deftina fur le
champ à l'Empereur . Il l'envoya à Méquinez .
Elle captiva dès la premiere vue le coeur du Souverain
, dont elle eft la maîtreffe favorite depuis
cinq ans , & à qui elle a donné trois enfans ; le
mari fut vendu , & par ordre de la Cour , éloigné
dans l'intérieur du pays ; on n'en a pas entendu
parler depuis ; & la beauté de fa femme lui a vraifemblablement
couté la vie , ou ce qui eft pis , l'a
condamné à un esclavage perpétuel .
Nous ne nous arrêterons pas à caractérifer
le fait fuivant , & à differter fur fes caufes
faut- il les chercher dans l'amour , la
jaloufie ou la vanité ? nous nous bornerons
à le rapporter.
13
Un homme du peuple s'étoit marié ; fa femme
étoit aimable ; elle paroiffoit l'aimer , & il lui
paffa par la tête d'éprouver enfuite fes fenti-
No. 10 , 6 Mars 1784 . b
( 26 ).
mens ; il fit une partie avec plufieurs de fes amis .
pour aller paffer une ſemaine à la campagne ; il
laiffa fa femme feule ; il lui fit dire enſuite
qu'en fe promenant par la campagne il étoit
tombé dans une carriere de charbon , & qu'il
étoit mort. Sa femme reçut cette nouvelle avec
beaucoup de douleur ; elle en donna des fignes
fi vifs , fi conftans , que le mari , perfuadé qu'il
en étoit réellement aimé , ſe hâta de la faire raf
furer. Mais ce jeu cruel eut des fuites fâcheuſes ;
fa femme ne voulut point croire à ſa réſurrection ;
elle tomba dans un accès terrible lorfqu'elle vit
fon mari , qu'elle prit pour un revenant , & depuis
ce temps elle est malade.
Une Compagnie équipe un vaiffeau à Dept.
fort pour faire des découvertes au Pole . Il doit
partir avec la premiere flotte du Groenland , &,
après avoir vifité cette mer , aller au N. O. de
la baie d'Hudfon , où l'on croit qu'il eft poffible
de découvrir un paffage à la mer de l'Inde . Ces
navigateurs auront la fanétion de l'Amirauté
mais l'entreprise ne fera nullement aux frais du
Gouvernement , à moins qu'on ne parvienne à
rouver le paffage fi defiré , & en ce cas les
navigateurs auront une récompenfe propor
sionnée à leur découverte. Les matelots & toutes
les autres perfonnes néceffaires à cette expédition
ont déjà pris des engagemens , & le départ
eft fixé au commencement du mois de Mars , fi
le temps le permet. Le vaiffeau eft de conftruction
hollandoife , & approvifionné comme il
convient.
FRANCE.
DE VERSAILLES, le 2 Mars.
LE Roi a pommé à l'Evêché de Nîmes
( 27 )
l'Evêque d'Alais ; à celui d'Alais , l'Abbé de
Beauflet , Vicaire Général de Digne ; à celui
de Digne , l'Abbé de Mouchet de Ville-
Dieu , Vicaire Général de Nevers , Maître
de l'Oratoire de Monfeigneur Comte d'Ar- :
tois ; à l'Abbaye de Foncaude , ordre de
Prémontré , diocefe de Saint-Pons, l'Abbé
de Lifle , Vicaire Général de Nevers ; & à
celle du Pré Benoît , ordre de Cîteaux , diocefe
de Limoges , l'Abbé d'Omingon , Vicaire
Général de Montauban.
DE PARIS , le 2 Mars.
ON s'attendoit à la publication des dépêches
que M. le Comte de la Marck a apportées
de l'Inde, elle n'a point été faite encore ,
& peut- être elle n'aura pas lieu , parce que
dans ce moment , où la paix eft faite on attache
moins d'importance à des nouvelles de
combats , dont l'effet ne peut plus influer
fur les arrangemens qui ont précédé. Mais
ces détails appartiennent à l'hiftoire , & ont
des droits à la curiofité. Nous nous emprefferons
en conféquence de placer ici un précis
de la derniere campagne de l'Armée
Françoife dans l'Inde.
>>
Les 4 Vaiffeaux & le Convoi qu'ils efcortoient
, partis de Breft le 11 Février 1782 , portoient
dans l'Inde une partie de l'armée de M. le
Marquis de Buffy & les munitions dont elle avoit
befoin. Cette flotte arriva dans 99 jours au Cap
de Bonne Efpérance , y féjourna deux mois &
demi , & en repartit pour l'Ile de France ,
b 2
( 28 )
leaux
où elle arriva après 47 jours de traverfée . A
l'époque de fon départ de l'Ile de France pour .
l'Ile Bourbon (le 1 Décembre 1782 ) , le Rég
ment de la Marck avoit perdu , foit à la mer ,
foit à terre , 680 Soldats & 19 Officiers ; le Ba
taillon d'Aquitaine , 92 Soldats , point d'Officiers
; le Détachement de Royal Roufilon ,
102 /Soldats & 7 Officiers ; l'Artillerie , 72 Canoniers
& 2 Officiers . La flot e appareilla , le
24 Décembre , de Bourbon , fut toucher à Achem
où elle croyoit trouver M. de Suffren , qui en
étoit parti ; elle fit voile vers Ceylan , & mouilla
le 9 Mars 1783 à Trinquemale où elle joignit
Les Vailleaux , car elle en avoit laillé un hors
de fervice à l'Ile de France , aux 12 Vaiffe
& 3 Frégates de M. de Suffren. Les troupes de
M. de Buffy, embarquées fur la flotte , en partirent
le 16; & le 17 au matin , leur débarquement
étoit exécuté à Porto- Novo ; ce même jour
elles marcherent fur Goudelour ; le 18 e' es
établirent leur camp à Mangicoupan; le Quartier-
Général & l'Artillerie entrerent à Goudelour..
Le 12 Avril la flotte Angloife , forte de 18
Vaiffeaux de ligne & 5 Frégates , paffa à la vue
de Goudelour , faifant voile vers Madras . Le
27 Avril M. le Comte d'Offelize rejoignit l'armée
de M. le Marquis de Buffy avec les refles
de celle de M. Duchemin , L'armée fut divife
en deux Brigades la premiere , composée de
deux bataillons du Régiment d'Auftrafie & d'environ
300 hommes de Royal Rouffillon ; la feconde,
du fecond Bataillon d'Aquitaine & du refle.
des deux Bataillons de la Marck. Chaque brigade
étoit de 1 à 1200 hommes , & avoit 8
pieces de canon de 4. L'avant -garde fut formée
d'un détachement du Régiment de l'Ife
de France , des débris des volontaires étrangers
( 29 )
& des volontaires de Bourbon , & de quelqués
cipales , avec trois pieces de 3. Quatre bataillons
-de cipaies formerent la referve . Le parc d'artil
derie , in'ayant pas reçu celle qui étoit partie de
France ; & qui étoit néceffaire à fon expédition,
raflembla , avec autant d'intelligence que de
peine , gratre pieces de 24 , deux de 18 , de
fer , quatre de 12 , huit pieces de 8 , dont 5
de fer , huit pieces de 6 , quatre pieces de 4 ,
un obuzier de 6 , un de cinq & demie , & un
de quatre & demie , total 33 bouches à feu.
où
un
L'armée Française , totalement dénuée de cavalerie
, manquoit auffi de tous les moyens de
fervir & de conduire fon artillerie ; il ne lui
reftoit qu'environ trois canoniers par piece , &
elle n'avoit point de barufs dans un pays
canon de 24 a quelquefois befoin d'un attelage
de 160 de ces animaux , & où l'on en emploie
d'ordinaire 14 à trainer une piece de 4 , qu'en
France on peut atteler de deux chevaux . M. le
Marquis de Buffy ordonna de lever un corps de
sco Indiéns pour ce fervice ; mais ce corps n'étoit
pas même complet à la fin de Juin , & ne
pur être formé que de Coulis , les plus faibles
& les plus lâches des Indiens ; il fit également
lever 500 boeufs au compte du Roi , & Tipo-
Sultan , fils d'Hydet- Ali , lui en envoya bientôt
1200 autres , avec 3500 cipaies de les troupes ,
& 8 pieces de canon . L'armée , dans une telle
fituation , ne pouvoit que fe préparer à entrer
en campagne ; elle ne fit donc que de petits
mouvemens au- delà de fon camp. Cepent
dant les Anglois , infiniment fupérieurs en forces
& en moyens de toute efpece , Souverains des
plus vaftes Etats dans cette partie du monde
informés que Tipo Sultan , occupé d'appaifer
des diffenfions inteftines furvenues dans fes Etats
b 3
( 30 )
à la mort d'Hyder Ali fon pere , ne pourroit
venir au fecours des Français fes alliés que vers
le mois de Septembre fuivant , réfolurent d'enrer
en Campagne , d'obliger les Français de fe
renfermer dans Goudelour , & de tacher de les
y forcer avant l'arrivée de Tipo - Sultan . Leur
Hotte eut ordre de fe tenir dans les parages de
cette ville , & leur armée fortit de Madras ; elle
étoit compofée de 4600 blancs de troupes angloifes
& Hanovriennes , de 4 Régimens de Cavalerie
, dont un blanc , de 13000 Cipaies , de 800
canoniers blancs & 1700 Indiens ; fon artillerie
étoit composée de 84 pieces de canon ou obu
fiers , dont 18 du calibre de 18 ; & le refle de
12 , 9 , 6 , & feulement huit pieces de 3 atta
chées à leurs quatre Régimens de Cavalerie. Des
chevaux menoient ces dernieres pieces des
boeufs toutes les autres , & des Eléphans fuivoient.
pour les dégager au befoin . Le Général Stuart
commandoit cette armée. Si l'on a remarqué que
le Général Anglois qui s'eft le plus diftingué
dans cette dernière guerre avoit fait l'apprentif
fage de cet art en France , à PEcole d'Artillevie
de la Fere , Stuart en offroit un nouvel
exemple. En effet , cet Officier a étudié & ap .
pris en France l'art militaire ; il fuivoit en 1751
& 1752 les exercices de l'Ecole d'Artillerie de
Metz , & le fort des Français étoit de trouver
à la tête de leurs ennemis , & de combattre
fur les bords du Gange , un de leurs difciples ,
comme ils venoient d'en trouver & d'en combattre
un autre aux Colonnes d'Hercule . Le
pays entre Madras & le Tanjaour ayant été entiérement
dévafté par Hyder-Ali qui avoit tranfporté
dans les Etats prefque tous les habitans du
Carnate , les Anglois ne pouvoient que marcher
arès -lentement , étant obligés d'établir des maga
3
M
fins & de fortifier les principaux Ports , précé
demment détruits par ce Nabab , Sachant d'ail
leurs que les François avoient beaucoup de malades
, étoient fans cavalerie , manquoient de
boeufs, n'avoient que le feul dépôt de Goudeloar ,
à la Côte dont ils ne pouvoient s'éloigner , ils
étoient sûrs de n'être pas troublés dans leur
marche. Parvenus à la hauteur de Pondicheri
ils réuffirent fans peine , par des marches éloignées
, à tourner par la gauche l'armée Françaife
qui n'avoit aucun moyen de les éviter, -La
nuit du 6 au 7 leur armée fe porta au fud de
Goudelour , la droite appuyée à la riviere de
cette ville , fa gauche à un côteau , des fommités
duquel elle étoit maîtreffe . Le 7 matin
Farmée Françoife appuyant la gauche à la même
riviere , & fa droite à une grande riziere défechêe
qui aboutit au même côteau , campa
entre l'ennemi & Goudelour . La Riziere fut OCcupée
par les 3500 Cipaies de Tipon Sultan ,
leur droite s'appuyoit au prolongement du cô
teau ci-deffus , & une pointe de ce côteau faillante
dans la riziere , étoit un peu en avant
d'eux. L'armée Françoife alors le trouvoit
réduite , par les maladies , à 2300 blancs &
500 Cipaies. Les 8 , 9, 10 , 11 , 12 , furent
employés par les Anglois à préparer leur attaque ,
& par les Français à déterminer les emplacemens
des batteries de pofition , & les pofitions , em
échellons , propres à favorifer une retraite , on
traça quelques retranchemens qu'on n'eut pas le
temps d'achever . Pour affurer la pofition des
troupes du Nabab , on plaça , le 11 , fur la
pointe du côteau qui couvroit leur droite , deux
pieces de canon aux ordres de M. de Saint-
Pardoux , foutenues par un Lieutenant ,
blancs , & 190 Cipaies , on fe propofa même
P
30
b 4
( 32 )
d'y former une redoute ; mais le temps de la
conftruire manquant , on fe contenta de renforcer
ce pofte de 350 blancs , grenadiers & chaffeurs
; on porta également en avant de la gauche
des troupes du Nabab deux pieces de 18 dans
un pofle , dont la défenfe fut confiée à M. Bint ,
Lieutenant- Colonel d'Infanterie ; enfin ayant reconnu
fur la croupe du cô : eau qui flanquoit la
droite des troupes du Nabab ', un espace propre
à difpofer une baterie bien razante , on y fit
marcher quatre pieces de 6 & deux de 4 aux
ordres de M. de la Gourgue ; c'étoit le 13 , &
dès trois heures un quart du matin on favoit
que les Anglois devolent attaquer par le côteau ;
ils avoient pendant la nuit précédente monté à
bras d'homme dans un bois de palmiers , fur ce
côteau , quatorze pieces de 18 & fix de 12 ;
au point du jour ces pieces & plus de foixante
repandues fur le refe de leur front commencerent
à tirer & à faire un feu très- foutenu , tandis
que leur armée , formée fur fix colonnes , marchait
pour attaquer l'armée Françaiſe. Au premier
coup de canon les troupes du Nabab tournerent
le dos , abandonnant cinq de leurs pieces
fans tirer les deux pieces Françoifes , placées
fur le côteau , qui couvroient leur droite , furent
auffitôt enveloppées & prifes ; & les fix pieces.
aux ordres de M. de la Gourgue , ainsi que les
grenadiers & chaffeurs qui couvroient la droite
des troupes du Nabab eurent beaucoup de peine
à regagner la droite des Français , que la fuite
des Cipaies avoit entiérement découverte . Il ne
de ces fix pieces , en rejoignant cette droite , tomba
dans un ravin , & y fut laiffée ; les autres
remifes en batterie fur la droite de l'armée Françaife
, n'y putent , quoique dans une pofition bien.
chuifie , tirer que quelques corps ; le feu ayant
રે
;
( 33 )
pris à un de leurs caillons , les conducteurs indiens
s'enfuirent avec les autres caiflons & les
avant-trains. Le canon de la Brigade d'Auftrafie
vint promptement pour les fuppléer , & fur
huit pieces on en eût bientôt cinq de démontées.
-Les Anglois profitant de l'avantage que leur
donnoit la déroute totale des troupes du Nabab ,
& les accidens furvenus à la droite des François
, firent marcher par leur gauche trois colonnes
, compofées d'Européens & de quelques
Sypahis , avec du canon & de la cavalerie ; ils
parvinrent au bout de trois heures à s'emparer du
camp de notre droite , des retranchemens qui le
couvroient , du pofte de M. Bint qui y fut tué ,
de 2 pieces de 18 & de 3 de 8. Cette attaque
& ce fuccès leur coûta beaucoup de monde par
le feu bien dirige & bien foutenu de 4 pieces
de 8 aux ordres de M. de Mercey , de 2 de 18
à ceux de M. Maillard qui y reçut 2 coups de
fufil , & de 4 pieces de 6 à ceux de MM . le Noble
& Chevalier de Frédy , lequel ayant eu la
cuiffe emportée eft niort de fa bleffure le 19 ,
après avoir reçu la Croix de S. Louis de la main
de M. le Marquis de Buffy. La Brigade d'Auftrafie
obligée de fe retirer en arriere du terrein
qu'elle avoit occupé apres la fuite des troupes
du Nabab , yoyant l'ennemi maître des retranchemens
le chargea la bayonnette au bout du
fufil , & le chaffa fort loin . Pendant cette charge
vigoureufe une autre colonne angloife s'emparoit
de fon camp en l'attaquant par derriere ,
Auftrafie revint fur elle avec furie , & joint à
300 hommes de la Marck , la chargea la bayonnette
au bout du fufil avec le même fuccès , &
la pouffa jufqu'à la batterie des 2 pieces de 18 ,
où les Anglois s'étoient établis en force . M. de
Villeneuve, Lieutenant - Colonel d'Auſtrafie , fut
bs
( 34 )
-
tué pendant cette charge intrépide & M. le
Comte de la Marck bleffé . Pendant ces mouvemens
fur la droite des François , deux colonnes
angloifes , fuivies de leur cavalerie & de leur canon
, marchoient fur le cenre, de l'armée françoife.
4 pieces de 24 , aux ordres de M. le Comte
de Guifcard , les battant d'écharpe , & une bat--
terie d'obufiers , aux ordres de M. de Fyard , les
battant de front , foudroyerent ces colonnes de
maniere à leur faire perdre l'envie d'avancer.
Au bout d'une demi - heure ces deux colonnes
n'en formant plus qu'une , que foutenoit une
batterie de gros calibre , que M. le Comte de
Guilcard éteignit promptement , fe préfenta
pour enlever la batterie de M. de Fyard , mais il
la reçut avec tant de bravoure & de fuccès ,
qu'elle difparut pour toujours il y reçut un coup
de fufil à la jambe. 3 batteries de pofition
des calibres de 18 , 12 & 9 établies par les Anglois
contre la gauche de l'armée françoiſe , tirerent
dès le point du jour. Une batterie de 4
pieces de 12 , aux ordres de MM . du Rouil & de
Furiney , placée fur le front de cette gauche &
à la lifiere du bois du Tombeau des Fakirs , leur
démonta en 4 minutes 2 pieces de 18 , leur tua
28 canoniers , zoo hommes d'infanterie , & le
Colonel qui commandoit cette attaque . Ces pieces
démontées ayant été remifes en état , furent
démontées de nouveau & ne tirerent plus le
refte de la journée. Cependant une colonne angloife
de 400 blancs , foutenue de leur cavalerie ,
menaçant toujours d'une attaque la gauche des
François , & deux batteries angloifes continuant
Jeur feu , 4 pieces de & , aux ordres de M. de
Guerineau , & 4 pieces de 4 de la Brigade d'Aquitaine
étant venues appuyer le feu des batteries
de M. du Rouil , en impoferent tellement
y
( 35 )
aux Anglois , que pendant le refte du jour ils ne
tirerent que de loin en loin , & n'oferent attaquer
la gauche des François , qui pendant longtemps
n'avoit été garnie que de 100 hommes
d'infanterie. Cette journée glorieufe pour
les François , & particuliérement pour leur artil
ledie , fe termina par leur laiffer occuper le ter
rein qu'ils occupoient la veille , excepté le poſt e
de M. Bint, oi l'ennemi s'étoit porté en force ,
& dont l'attaque fut remife au point du jour. Les
troupes fe rafraichirent pendant la nuit ; l'artillerie
fe trouva en meſure dès 1 heure du matin ;
M. de Buffy fe détermina , fur de nouveaux avis ,
à donner ordre à 2 heures & demie de rentrer à
Goudelour , ce qui fut exécuté par un très - beau
clair de lune , dans le meilleur ordre & fans voir
l'ennemi. Cette retraite feule put caractéri
fer la perte de la bataille , puifque les François
quittoient leur camp & abandonnoient 12 pieces
de canon prifes tant au pofte de M. Bint , qu'à la
droite des troupes du Nabab. Les Anglois ayant
reçu depuis leur départ de Madras 800 hommes
des vaiffeaux de Bickerton , avoient au moins
19030 hommes , ils en ont perdu de 11 à 1200 ,
dont 67 Officiers. Les François avoient 7300
hommes , dont 2300 blancs. Les 3500 fypahis du
Nabab ayant fui au 1er coup de canon , l'armée
françoiſe reftant à 3800 hommes , combattit une
armée angloife cinq fois plus nombreuſe , & n'a
perlu que 50 à 400 blancs , tués ou bleffés , &
35 à 40 Officiers . La flotte angloife étoit pendant
le combat devant Goudelour , où les Fran
çois n'avoient laiffé qu'un bataillon de Typahis ;
en rentrant dans cette ville ils comptoient y être
affiégés fur le champ , mais l'armée angloiſe ne
fongea qu'à fe retrancher & à former des abbatis
pour fe mettre à l'abri d'une attaque de leur parts
b: 6
( 36 )
Le 14 la flotte françoife , forte de 15 vai
feaux , dont 7 feulement doublés en cuivre , &
de trois fregates , parut dans l'après - midi devant
Goudelour. Afa vue l'Amiral Anglois , avec 18
vaiffeaux , tous doublés en cuivre , & 5 fregates ,
appareilla & s'efforça de gagner le vent . M. de
Suffren le conferya par la fupériorité de fes manoeuvres
, & parvint enfin le 20 , à 4 heures du
foir , à forcer l'Amiral Hughes au combat à la
vue de Goudelour & de l'armée angloife . La
flotte angloife vigoureufement attaquée par M.
de Suffren a conftament arrivé , & la fupériorité
de marche de vaiffeaux doublés fur ceux des
François qui ne l'étoient pas , lui permit de s'éloigner
durant la nuit . M. de Suffren qui pendant
le combat montoit la fregate la Cléopâtre ,
ayant cherché en vain la flotte ennemie , mouilla
la nuit du 21 dans le N. E. de Pontichery , L'Amiral
Hughes l'y ayant apperçu le 22 au point
du jour , s'enfuit toutes voiles dehors vers Madras
, laiffant l'armée angloife prefque fans vivres.
Le 22 M. de Suffren revint mouiller devant
Goudelour. La nuit du 25 au 26 M.
le Chevalier de Damas , Colonel en fecond d'Aquitaine
, fortit de Goudelour avec 800 blancs ,
soo fypahis & 20 canoniers aux ordres de M. de
Saint - Pardoux pour reconnoître , infulter les retranchemens
des Anglois & enclouer leur canon.
Cette fortie n'eut pas le fuccès defiré . M. le
Marquis de la Rochethalon fit à la vérité enlever
deux drapeaux de fypahis anglois , & reçut un
coup de fufil , ma's 4 autres Officiers furent tués ,
bletés ou pris , & M. de Damas fut du nomb.e
de ces derniers : on ne parvint pas aux pieces.
Les Anglois cependant perfectionnoient leurs retranchemens
, faifoient des amas de fafcines &
de galions , les François le préparoient à fou(
37 )
tenir un fiege , & avec les fecours qu'ils pouvoient
tirer de leur flotte s'occupolent des moyens
d'attaquer les Anglois dans leur camp , lorsque
le 29 Juin la fregate angloife , la Médée , avec
pavillon parlementaire , apporta les nouvelles de
la paix de la part du Confeil de Madras , avec
'des Commiffaires Anglois pour traiter de la ceffation
des hoftilités au 9 Juillet . Les Commiffaires
ne s'étant pas crus autorités à acquiefcer
aux demandes de M. le Marquis de Buffy , ce
Général envoya le 3 Juillet M. de Launay à
Madras vers le Confeil qui accorda tout. Les
deux armées communiquerent auffi - tôt ; le Général
Stuart vint diner chez M. le Marquis de
Buffy , & s'embarqua le même jour pour Madras.
L'armée angloife retourna dans le Nord ,
& l'armée françoife à Mungi-coupan ..
Le dégel commencé le 20 de ce mois
avec la nouvelle Lune , s'eft foutenu , & le
tems eft toujours fort doux ; il a commencé
lentement , & prévenu les dangers qu'on
auroit eu à craindre , s'il avoit été plus fubit,
& fi le froid n'eût pas été affez long pour
pénétrer dans la terre , malgré la quantité
de neige qui étoit tombée. La riviere qui
avoit d'abord diminué dans le commencement
du dégel , a grofli depuis , & vraifen
blablement groffira encore davantage.
Le pauvre peuple commence à refpirer , le
bois arrive par terre de tous les côtés , & aufftôt
que la riviere fera libre & navigable l'abondance
renaîtra. Si cet hiver fera fameux par fa
rigueur & la durée , il ne fera pas moins remar
quable par l'empreffément de tous les ordres de
P'Etat à fuivre l'exemple du Roi qui eft venu at
( 38 )*
fecours des malheureux : tous les jours des fom
mes confidérables étoient verfées entre les mains
de M. le Lieutenant- Général de Police , & des
Curés de Paris pour fubvenir aux befoins les plus
preffans des malheureux . Les Comédiens Italiens
ont donné une repréſentation au profit des Pauvres
, dans un de leurs plus beaux jours , de deux de
leurs nouvelles pieces les plus fuivies. Cette repré
fentation a rapporté 9162 liv .; la recette auroit
été double & triple fi la falle avoit pu contenir
tous ceux qui fe font préfentés . Les Soldats aux
Gardes Françoifes ont donné à cette occafion
l'exemple d'un défintéreffement bien louable , ils
ont voulu avoir part à l'oeuvre de charité , en
faifant gratis ce jour- là leur fervice accoutumé.
L'Opéra a donné hier un Spectacle dont le produit
à le même objet ; & les Comédiens François
en donnent aujourd'hui un. Cet exemple eft
imité par les Spectacles Forains ; dans plufieurs
Villes de Province , & particulierement à Lille
en Flandres , à Rouen , & c, on s'eft empreffé de .
faire fervir les Spectacles à des actes de bienfai
fance & de charité .
Dans plufieurs provinces on a vu pendant
la rigueur du froid les loups fortir en troupes
des forêts , & attaquer les paffans ; on
parle de quelques malheurs arrivés en Alface
, en Lorraine , &c. Un papier public
rapporte à cette occafion , fur la foi d'un
voyageur , un moyen qu'on emploie dans
le Nord , pour fe préferver des atteintes de
ces animaux voraces.
En Finlande , dit- il , où les hivers font fi âpres
& la terre toujours couverte de neige , les per
fonnes obligées de s'expofer dans les campagnes ,
ent imaginé de traîner après elles une corde lon
( 39 )
gue de 4 ou 5 toifes. C'eft ainsi que les traîneaux ,
les hommes & les rennes bravent au milieu des
forêts & fur la neige la préfence menaçante de
ces animaux furieux , dont le naturel eft timide ,.
mais que la faim rend audacieux & terribles , fuivant
par centaines une proie que le mouvement ,
le bruit & l'afpect de la corde leur font craindre
& respecter.
On ne s'entretient depuis quelque tems ,
que d'un fait affez extraordinaire , peut-être
left-il moins qu'on ne le raconte ; le merveilleux
faifit d'abord ; les récits des témoins.
oculaires fe reffentent de cette premiere impreffion
; ils trouvent toujours des efprits
difpofés à les recevoir , & à les exagérer encore
, en en rendant compte eux mêmes ; ce
n'eft qu'après que le premier enthouſiaſme
eft paffé , qu'on revient fur fes pas , & qu'on
examine. Ceux dont nous tenons l'article
fuivant , n'en font pas encore là ; en
atten .
dant , nous donnerons leur premiere relation
; & tôt ou tard nous pourrons en donner
une feconde , qui ne lui reffemblera
vraisemblablement pas.
« Un homme qui court l'Europe avec un
Elixir de fa compofition , étant ces jours derniers
au Café du Caveau , affuroit qu'avec une petite
goutte de fon aume , il guériffoit toute forte de
bleffures de quelque efpeee qu'elles fuffent ,
pourvu que la mort ne fut pas inftantanée , ne
pouvant pas , difoit- il , reffufciter les morts . Il offrit
d'en faire fur le champ l'expérience ſur un animal
fous les yeux de 40 perfonnes qui l'entouroient a
on chercha un chien , un chat , & c . on n'en
trouva point ; mais on fut achetter un corbeau
( 40 )
qui étoit dans une boi tique voifine . On l'apporta,
& M. le Marquis d'Arlindes fe chargea de faire
l'opération. Après avoir bien débattu quelle
partie on choifiroit pour y faire une profonde
bleffure fans que l'ofcau expirât für le champ ,
on fe décida pour le cerveau ; en conféquence
M. le Marquis d'Arlandes le perçi d'outre en
outre avec un canif , & fit fur la tete une duverture
longitudinale ; on vit la cervelle , du fang , & c .
le pauvre animal fe débattit un peu : il alloit
expirer ; alors l'homme verfa dans la pl ie quelques
gouttes de fon baume , il frotta de même
le deffous de la tête , l'oifeau reprit fa premiere
vigueur au grand étonnement de tous les fpectateurs
, & 16 minutes après , il mangea comme fi
rien ne lui étoit arrivé. Voilà ce que 40 perfonnes
ont vu ; on peut être certain qu'il n'y a
point eu d'efcamotage ; cet homme opére de
même fur les boeufs , les brébis , &c .
Un papier public nos fournit le trait fuivant
, qui intéreffera les ames fenfibles .
« Une jeune perfonne le préfenta dernierement
chez un perruquier en lui difànt : combien
me donnerez vous de mes cheveux ? je veux me
les faire couper. C'eft grand domage , répond t
le perruquier ; ils font très - beaux ; mais je n'en
donnerois que 3 liv. Hélas ! 3 liv. ! c'eſt fi
peu de chofe , & encore il faut faire les fraix de
les envoyer à mon pauvre pere qui eft en Angleterre
; il ne lui reviendra prefque rien .
Ah ! puifque c'est pour une auffi bonne action
j'en donnerai fix francs. Six, francs foit ,
allons coupez- les . »
Les effets funeftes de l'ufage des champignons
que cueillent fouvent des perfonnes
qui ne favent pas diftinguer les bons des
mauvais , ont beau fe multiplier , ils ne cor(
41 )
rigent pas les imprudens . On ne fauroit
trop répandre , & faire connoître les préfervatifs
, & c'eft pour cette raifon que nous
citerons ici celui que M. Necker , Botanifle
de l'Electeur Palatin a indiqué dans un Mémoire
fur les champignons .
сс
Lorfque l'on aura à préparer des mets dans
lefquels entrent différentes fortes de champi
gnons comestibles , il faut prendre un oignon
blanc dépouillé de fa membrane extérieure , que
l'on fera cuire dans la même cafferole . Si la couleur
de l'oignon s'alteré , en devenant bleuâtre ,
ou bien d'un brun tirant fur le noir , c'eſt une
marque certaine que parmi ces champignons il
s'en trouve quelques- uns contenant un principe
malfaifant & peut - être mortel ; ainfi l'on doit
bien le garder de manger de ce ragoût . Și au contraire
après une coction convenable , l'oignon
conferve exactement fa couleur blanche on
peut manger ces champignons fans craindre
d'accident.
Le concours des acheteurs à la vente de
la fameufe Bibliotheque du Duc de la Valliere
ne fe rallentit point. Les premieres éditions
qui fe rapprochent de l'origine de
l'Imprimerie , y font vendues à des prix exceffifs
, quoiqu'il y en ait un très grand
nombre.
·
Nous avons annoncé la Bible latite impriméé
fur Velin à Mayence en 1467 , par Fuft &
Schoyiler , en 2 vol . in fol . adjugée à 4085 liv .
( c'est par erreur qu'on a mis 4685 ) On s'eft
auffi mépris en annonçant Porta- Cali pour deux
mille livres , c'eft Joannis balbi de Janua fumma
quæ vocatur Catholicon Moguntie 1468 , 2 vol..
( 4 )
in- fol. imprimés fur velin. It eft vraisemblable
que ce prix auroit été beaucoup plus haut s'il n'y
avoit pas eu deux autres exemplaires fur papier
de cette même édition . Virgilii opera , Romæ,
1469 , a été vendu 4200 liv. quoique ce ne foit
qu'un petit in-fol. de 191 feuillets. Il feroit fus
perflu de citer une multitude d'articles payés
au- deffus de cent piftoles ; mais nous ne pafferons
pas fous filence les heures de François premier ,
Beau manuſcrit in 4°. orné de douze (uperbes miniatures
, adjugées à 301 2 liv. & le Bréviaire de
Salisburi pour 5000 liv. il a pour titre : Brevia
rium fecundum ufum farum five ecclefiæ Sarifburienfis,
manufcrit fur velin de 72 feurilets in- 4°. orné
de beaucoup de miniatures d'un fin parfait. Ce
Bréviaire fut exécuté par les ordres du Duc de
Bedford , Régent de France , lors de l'Invaſion des
Anglois ; la mort de ce Duc, arrivée à Rouen en
1435 , empêcha qu'ilne fut terminé. On y trouve
plufieurs notes chronologiques intéreifantes pour
T'hiftoire du tems ; auffi ce précieux manuſcrit a
été acheté pour la bibliotheque du Roi, La vente
des livres rares dont le catalogue donne 5668 articles
, fe continuera jufqu'au mois de Mai , enfuite
on donnera le catalogue des autres livres , it
excédera vingt-fix mille articles ; on ne peut que
regretter qu'une collection auffi rare , auffi éten
due , & d'une fi belle condition , ne fe foit pasconfervée
dans fon intégrité.
Nous avons annoncé dans le temps la perite
Bibliotheque des Théatres. Il en paroît réguliérement
un volume tous les mois ; les Editeurs en
ont déja publiés ; & on eft en état de juger maintenant
du choix qui préfide à cette collection intéreffante
, & de la maniere dont les ouvrages font
diftribués. Nous avons fait connoître les matieres
des deux premiers volumes. Le 3e. offre les pieces
( 43 )
}
de Delille : Arlequin fauvage , Thimon le mifan-
Trope , & le Faucon le 4e préfente le Venceslas de
Rotrou ; & la Mariamne deTriftan l'Hermite ; & le
se. quatre Comédies de Philippe Poiffon, Alcibiade,
PImpromptu de Campagne , le Mariage par lettrede-
change & les Rufes d'amour. Chaque recueil eft
précédé de la vie des Auteurs , des jugemens des
pieces , & des anecdotes piquantes , auxquelles
elles ont donné lieu , & qu'on aime à fe rappeller.
Un des mérites précieux de cette collection , ce
fera de procurer au Public des Ouvrages qu'on ne
réimprime plus , qu'il eft difficile à préfent de fe
procurer , & qui font cependant recherchés. La
petiteffe du format le rend très commode , & l'élégance
typographique ne laiſſe rien à defirer ( 1 ).
Le 26 Janvier dernier , il eft mort à l'Hôtel
royal des Invalides un Soldat âgé de 101 ans.
Il le nommoit Jean-Martin Hein , étoit né à Breflaw
, capitale de la Siléfie Pruffienne , & avoit
fervi en France 34 ans , dont 12 dans le Régiment
du Perche , & 22 dans celui d'Alface , où il obtint
les Invalides au mois de Février 1749. Il étoit
Chamoiſeur- gantier de fa profeffion ; à l'âge de
100 ans il travailloit fans lunettes ; il racontoit
qu'à l'âge de 30 ans , fa vue étant foible , il
avoit été obligé de s'en fervir ; qu'à 60 , fon
tempéramment s'etant entiérement formé , fa vue
le fortifia , & qu'il en quitta l'ufage. Son pere
avoit vécu 104 ans & il difoit fouvent à fes
camarades qu'il parviendroit au même âge.
"
Les Numéros fortis au Tirage de la Lorerie
Royale de France, font : 35 , 82, 68,
49, & 10.
(1 ) Elle fe - trouve au Bureau , rue des Moulins , Buite
S. Roch
( 44 )
DE BRUXELLES , le 2 Mars.
UNE nouvelle violation du territoire des
Pays- Bas Autrichiens , a donné lieu à de
nouvelles plaintes de la part de ce Gouver
nement aux Etats-Généraux des Provinces
Unies.
Le 16 Février , écrit -on de la Haye , le Ba
ron de Reifchach a été en conférence avec le
Président de femaine , & lui a dit que nonobftant
les défenſes connues de l'Empereur , un bas Officier
avec 5 recrues ayant paffé fur le territoire
autrichien , le Gouvernement les avoit fait arrê
ter & demandoit fatisfaction de cette nouvelle .
infulte. Il a témoigné en même tems ſa ſurpriſe
de ce que la république n'avoit pas encore nome
mé les Commiffaires chargés de régler les li
mites réciproques. On croit qu'ils vont l'être inceffamment
, & les Etats de Hollande , qui conjointement
avec ceux de Zélande , ont naturellement
cette nomination paree que ces deux
provinces font les plus voifines des Pays- bas Au
trichiens , y vont procéder fans doute en reprenant
leurs affemblées .
La paix a diminué partout le commerce
des Etats neutres , qui avoit reçu de fi
grands accroiffemens pendant la guerre ; on
en a fait l'épreuve à Oftende , où il à diminué.
confidérablement, puifqu'en 1783 il n'y
eft entré que 1694 vaiffeaux , tandis qu'il y
en étoit arrivé 2636 en 1782. Malgré cette
diminution , il eft encore plus floriffant
qu'autrefois , & il fe foutient avec le Nord
& la nouvelle République Américaine ."
PRECIS DES GAZETTES ANGL .
On a dit que l'administration actuelle avoit
(( 43 )
montré de la foibleffe en ne mettant pas :1fin au
Parlement , au moment cù la coalition fut ren- :
verfée. Mais fi cette meſure eut été effectuée ,
le Lord N. , en conféquence de fes liaifons avec
les bourgs , entretenues par une pratique de 12
ans , auroit tourné les chofes contre M. Pitt ,
qui eft fans doute très - neuf dans les affaires de
ce genre , que la politique actuelle a rendues
fi importantes. Les lignes de communication entre
les premiers Miniftres & les agens de la corruption
font remplies par de nombreux inftrumens qui
craignent de fe compromettre avec de nouvelles
connoiffances. Il faut du temps pour fe les concilier.
La coalition le favoit , &, c'eft pour cela
qu'elle a pouffé les mesures avec vivacité. C'eft
le temps feul qui peut la détruire , & le coup
qui produira cet effet n'arrivera jamais aufli tốt
que les bons citoyens le défireroient .
*s
Un des principaux obftacles qui s'eft oppofé
jufqu'à préfent à la diffolution du Parlement,
c'eft que le tréfor eft fermé. Cet obftacle étoit
d'un fi grand poids & fi embarraffant pour l'adminiftration
qu'il a fait juger une coalition néceffaire;
c'eft d'après cette opinion que lon s'eft
prété aux rues des perfonnes qui fe chargeoiert
de négocier la rapprochement des partis . On a
va l'oppofition paroître le défirer. La déclaration
faite par M. Pitt qu'il ne confertiroit jamais à
former une coalition avec le Lord North , &
ceile de ce dernier de confentir à ne point rentrer
en place facilitoient à M. Fox le parti
qu'il avoit à prendre de rompre les anciennes
lidifons avec ce Lord pour en former de nou
velles avec M. Pitt. Pendant quelques jours cette
espérance a prévalu , & on a fait dans un papier
la plaifanterie fuivante. On dit que M. Fox
trouvant la femme, trop vieille , & ne jouiffant
pas d'une trop bonne réputation , a follicité &
( 46 )
obtenu le divorce avec permiffion de fe remas
rier. L'objet de fon nouveau choix eſt une jeune
perfonne de 25 ans , très-aimable , très - eftimée ;
& on efpere que de l'union de ce couple it
naîtra des enfans qui feront l'honneur de leurs
parens & le bien de la Nation.
On a découvert dernierement le feu dans les
appartemens d'un très - grand perfonnage ; il a
été bientôt éteint ; mais dans la confufion & le
défordre inféparable de ces circonftances , un
tableau d'une valeur inestimable a diſparu ;
il en eft réfulté des foupçons , & plufieurs domef
tiques ont été renvoyés.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
GrandChambre.
Caufe entre les Curé & Marguillers de l'oeuvre &
fabrique de la Paroiffe de Saint-Germain- l'Auxerrois
, à Paris . Et le fieur Durier , Marchand
Orfevre & Marguillier de la Paroiffe , &
la dame fon épouse. Demande en réduction
d'un legs univerfel fait par un Curé aux pauvres
de fa Paroiffe.
Si l'on propofoit comme une difficulté à réfoudre,
la queftion de favoir : quel ufage on devroit
faire de l'argent , après le décès d'un particulier
qui auroit déclaré en mourant , que ces
deniers ne font que le produit d'un dépôt confié
à fes mains pour ſecourir les malheureux : qui
ne regarderoit comme un crime l'idée de détourner
de fa defination cette fource devenue
facrée ? Telle eft la queftion qu'a préfentée
cette cauſe. Il ne s'agit pas feulement ici d'exécuter
les dernieres volontés d'un fimple parti
culier , d'un laïc , mais celles d'un Miniftre de
la religion , d'un Paſteur. Ce n'eft point une fucceffion
qu'il laiffe , il le dit lui- même ; c'eft le
patrimoine des pauvres dépofé dans fes mains ,
accru , par les foins , fes économies & les épar
( 47 )
-
gnes d'une vie fimple & frugale , qu'une parente
éloignée de fa famille , de laquelle il ne
tenoit rien , à qui il ne devoit rien , réclame
aujourd'hui , & dont elle veut que la Juftice
accroiffe fa fortune. Entrons dans le détail des
circonftances. M. Chapeau n'ayant aucun bien
de patrimoine , entré de bonne heure dans l'état
eccléfiaftique , après avoir paffé fucceffivement
dans différentes cures obrint celle de Saint-
Germain-P'Auxerrois , qu'il a poffédée pendant
plus de 20 ans ; mort au mois d'Août 1781 , il
a laiſſé un teſtament olographe , en date du 31
Juillet 1780 , qui contient entr'autres les difpofitions
fuivantes : il legue 275 liv. de rente à
fes fucceffeurs Curés de Saint - Germain - l'Auxerrois
, pour fournir par eux le pain à de pauvres
enfans de la Paroiffe , garçons ou filles en
apprentiffage. Il légue plufieurs rentes viageres
de 400 liv. chacune , à deux de fes nieces ,
reverfibles fur la ſurvivante ; autant à la dame
Chapeau , fa belle -foeur , & deux de 300 liv. ,
à fa cuifiniere & à une orpheline infirme. -Enfuite
il fait un legs univerfel à la fabrique , dong
il ordonne ainfi l'emploi ; 200 liv. de rente à la
fabrique , pour reconnoiffance de l'adminiftration
du tout ; 1000 liv. de rente au Curé , pour payer
Goo liv, à deux Prêtres de la Paroiffe , qui confefferont
les pauvres & les enfans , & vifiteront
les malades de jour & de nuit , & les 400 livres
reftantes , à deux Clercs habitués ; du furplus du
legs univerfel , il veut que moitié du revenu foit
remile au Curé , pour être par lui diftribuée aux
pauvres honteux , l'autre moitié remiſe en deux
portions égales , aux deux compagnies de charité
de la Paroiffe. Le teftateur expofe ainfi les motifs
qui ont déterminé ces difpofitions : « Il m'a paru
être dans l'ordre de la charité , même de la jufice
, de placer en oeuvres pies , pour le falur
$
( 48 )
des ames , le foulagement des pauvres & le fervice
de l'Eglife , le bien que j'ai reçu d'elle ; à
quoi il ne pourroit être contrevenu qu'en faifant
tort à ma mémoire & à mes intentions :
d'où il réfulte que tout le bien que j'ai , foit en
fonds , foit en mobilier , ne venant que des ac
quêts faits uniquement par moi & de mes épar
gnes , à deffein d'être tant foit peu utile pendant
ma vie , je devois , dans les mêmes vues ,
l'être auffi après ma mort » . Sa fucceffion s'eft
trouvée monter à une fomme de 120715 liv .
Il laiffoit pour héritieres trois nieces à la
mode de Bretagne , dont deux qu'il avoit pourries
, logées & entretenues de fon vivant, &
qu'il avoit fait fes légataires de 4co liv. de rentes
viageres , qui s'en font tenues à leurs legs ; &
la dame Durier , qui n'ayant rien par le tefta-.
ment , a cru devoir demander la réduction du
legs univerfel . La caufe plaidée contradictoirement
au Châtelet , Sentence y eft interve
nue le 30 Janvier 1783 , qui a fait délivrance ,
à la fabrique de Saint Germain l'Auxerrois ,
du legs porté au teftament du feu fieur Chapeau
Curé , lequel demeurera réduit aux deux tiers
de la fucceffion , & fera ledit legs chargé de
toutes les charges & dettes de la fucceffion : cer
faifant , a fait diftraction au profit de la dame
Durier du tiers franc des biens compofans la fuc
ceffion , fans aucunes charges , dépens compenfés.
La fabrique a interjetté appel de cette
Sentence. Sur l'appel , la caufe des pauvres a été
confiée à Me Gerbier , celle de l'héritiere a été
plaidée par M. Hardouin de la Beyneric . Arrêt
du 5 Février 1784 , qui fait délivrance aux
pauvres de la Paroiffe de Saint - Germain- l'Auxerro's
du legs univerfel porté au teftament du
feur Chapeau , dépens entre les parties com
penfes,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PETERSBOURG , le 27 Janvier.
Lucce
ES
courriers
de Conftantinple
fe font
fuccédés
rapidement
depuis
le commencement
de ce mois. On ignoroit
la nature
- des nouvelles
dont
ils étoient
porteurs
; &
on ne jugeoit
de l'état
des négociations
que
par les mouvemens
qu'on
voyoit
faire , &
les préparatifs
de départ
prochain
que faifoit
le prince
Potemkin
, fembloient
annoncer
que la guerre
étoit
inévitable
. Un
nouveau
courrier
, arrivé
hier , nous
a appris
que rien n'interromproit
la paix , que le
Divan
avoit
confenti
aux demandes
de notre
Cour
, & qu'il
avoit
été figné
un traité
en conféquence
, par lequel
il avoit
tout accordé
fans
reſtriction
.
L
Le 29 du mois dernier , le Prélat Archetti ,
Ambaffadeur du S. Siége en cette Cour , a donné ,
le Pallium au nouvel Archevêque de Mohilow.
Cette cérémonie par laquelle il a rempli un des
No. 11 , 13. Mars 1784. C.
( 40 )
principaux objets de fa miffion , a eu lieu dans
la nouvelle églife catholique ; l'Archevêque a officié
pontificalement , les Miniftres des Cour : catholiques
y ont affifté ; les autres y font venus
auffi , ainfi que la principale nobleffe de cette
Cour. La mufique de la Meffe & du Te Deum
qui a été chanté enſuite , ' étoit de M. Paifiello &
a été exécuté par les muficiens de l'Impératrice.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 12 Février.
Auffitôt qu'on a été inftruit du nouveau
Traité , par lequel la Ruffie a obtenu de la
Porte tous les facrifices qu'elle en exigeoit ,
le comte de Stackelberg , Ambaffadeur de
l'Impératrice , a dépêché un courrier au Feld-
Maréchal , Comte de Romanzow . On s'attend
que tout ce qui refte à régler entre les
Puiffances intéreffées directement ou indirectement
à cette grande affaire , ne tardera
pas à être terminé.
La Princeffe de la Tour & Taxis , mariée
au Prince Jérôme de Radziwil , vient de
quitter ce Prince , & de fe retirer fur le territoire
Pruffien. Le Prince a marché fur fes
pas avec une fuite de 40 chevaux ; mais il
n'a pu l'atteindre , que lorfqu'elle a été ſur
le territoire étranger. Lorfqu'il y eft arrivé ,
l'Officier Pruffien qui y commande , lui
déclaré qu'il pouvoit s'en retourner , puifque
fon époufe étoit maintenant fous la proction
de S. M. Pruffienne.
a
( st )
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 18 Février.
LE Danube eft encore tout couvert de
glaces ; & depuis 30 ans ce fleuve n'a pas
été fermé auffi long tems , que cette année
à la navigation . Les affaires de plufieurs des
nouvelles Compagnies , qui fe font formées
pour faire le commerce fur ce fleuve , ont
beaucoup fouffert de ce dérangement , &
quelques- unes ont déja ceffé de payer.
On craint que le dégel n'entraîne de grands
inconvéniens , en caufant des débordemens ;
la police de cette Capitale s'occupe à prendre
des arrangemens pour diminuer le danger
, autant qu'il fera poffible , & pourvoir
en même tems au fecours des habitans.
Suivant les derniers avis de Pife , l'Empereur
en a dû partir le 13 de ce mois pour
Lerici , où il fe propofe de s'embarquer pour
Gênes.
On a annoncé dans le temps que le bâti
ment impérial commandé par le Capitaine Ke
ring, pris par un Corfaire d'Alger , avoit été
rendu à la requifition de la Porte ; on doit ajouter
aujourd'hui que , comme on a refufé à ce
Capitaine le dédommagement qu'il étoit en droit
d'exiger , la Cour Impériale a chargé fon Miniftre
à la Porte de demander que ce dédon magement
foit donné par la Régence ou par S. H.
conformément à la convention fignée l'année
derniere entre la Cour de Vienne & la Porte.
C 2
( 52 )
DE HAMBOURG , le 21 Février.
DEPUIS la fignature de la convention
conclue entre les Rifles & les Turcs , on
n'a point de nouvelles directes de Conftantinople
, nos papiers n'en préfentent que d'après
quelques lettres de Vienne : elles portent
, dit -on , qu'il y a de fréquentes conférences
entre l'Internonce de cette derniere
Cour & les membres du Divan , auxquelles
interviennent fouvent les Miniftres de France
& de Rafie. On croit qu'elles ont pour objet
les arrangemens qu'on juge indifpenfables
après les grands préparatifs qui ont été
faits pendant la durée de la conteſtation "entre
la Ruffie & la Porte , & qui fans doute
ont contribué à effectuer leur accommodement.
Quoi qu'il en foit , on ignore encore
comment cet accommo·lement a été reçu
par le peuple Ottoman. Tout ce que l'on
fait , fe réduit à ce paffage de la Gazette
de Vienne même , placé immédiatement
après la traduction de la convention Ruffo-
Turque da 8 Janvier.
Les lettres de Conftantinople que nous avons
reçues font du 24 Janvier. Elles ajoutent à ce
que l'on a dit de la derniere convention , des
obftacles qu'elle avoit femblé éprouver , & qui
faifoient croire encore le 24 Décembre que l'on
ne parviendroit pas à la conclure , les détails
fuivans relatifs à fa fignature. Le Capi an Backa
qui , comme on fait , jouit de la plus haute
( 53 )
confidération dans tout l'Empire Ottoman , s'é
tant trouvé indifpofé au moment où l'on alloit
figner le traité , fe retira , & crut pouvoir , par
cette circonftance , éviter de mettre fon nom au
bas d'un acte auquel il s'étoit d'abord fi vigoureufement
oppofé , & auquel il n'avoit enfin confenti
qu'en cédant à une néceffité dont il gémilloit
mais le traité , après avoir été figné par les
Miniftres qui étoient réftés , fut porté dans
fa maison avec une forte de pompe , pour y
recevoir auffi fn nom & fon fceau. Ces
Jettres parlent encore d'une révolte qui eut lieg
parmi les Janiffaires , l'avant veilie de cette
époque ; elles n'en donnent point de détails particuliers
; eiles fe contentent de dire que dans
la nuit qui la fisivit , 60 rebelles furent exécutés .
A ces détails les mêmes lettres en ajoutent
quelques uns , qui prouvent que tout fujer
de mécontentement avec la Porte eft détruit
, ou à la veille de l'être , puifque le 14
de ce mois un courrier dépêché d'Italie , a
apporté à Vienne l'ordre de féparer l'armée
affemblée fur les frontieres , & de faire rentrer
les régimens qui la compofent dans leurs
quartiers refpectifs.
Selon quelques papiers on a paffé en revue
les troupes du Prince d'Anhalt Zerbſt ,
qui
à leur retour d'Amérique ont paffé au
fervice de l'Empereur ; il ne s'y eft trouvé ,
dit- on , que 140 hommes en état de fervir ;
& la plupart des Officiers ont été congédiés.
Les mêmes papiers ajoutent qu'on fait
des levées d'hommes dans le Landgraviat
de Heffe - Caffel. On préfume qu'elles feront
c3
( 54 )
1
"
encore cédées à quelque puiffance étrangere.
Les chronogrammes étoient fort à la mode
autrefois , ils le font redevenus depuis
quelque tems dans le Nord ; au commencement
de la derniere guerre entre les Ruffes
& les Turcs on les multiplia , & il y en
avoit peu qui n'annonçaffent le triomphe
des premiers, la chûte des derniers , & furtout
celle de Conftantinople .
En 1770 il en parut un , conçu ainfi , & qu'on
'difoit avoir été trouvé dans le mur de la facriftie
d'une Eglife de l'ifle de Malthe Conftant Inopo-
LIS à VrCIS DIV poffeffa reDIt aD TVjos.
Les lettres numéraires de cette phraſe expriment
l'année 1770 , qu'on fixoit pour cette révolution.
Les grands mouvemens , les fermentations
exercent de même les imaginations dans le Nord.
On donne la feconde comme l'infcription qui fe
trouve autour de l'Aigle de l'Empire , dans les
armes de l'Empereur Frédéric III , qui , comme
l'on fait d'ailleurs , aimoit beaucoup le myftérieux
, les anagrammes , les chronogrammes &
toutes les chofes de ce genre. aql'Ila eze Chlel Is
terræ nara eft In Cal Is VoLat ILLa sine Meta
qVo neC papa neС propheta penetravIt ALtIVs.
Cette prétendue infcription qui renferme l'année
1784 , eft relative aux circonftances actuelles
dans les états de l'Empereur.
On compte dans le royaume de Bohême
33 communions Proteftantes , dont 25 de
la confeffion Helvétique , & 8 de celle
d'Augsbourg.
On affure que l'Empereur a fait fifpendre jul
qu'à fon retour les opérations ultérieures , com-
Bernant le clergé régulier. On ajoute auffi que
( 55 )
S. M. I. a ordonné de remettre aux Chapitres de
Salzbourg & de Paffau , les biens qui avoient
été fequeftrés dans fes états , à condition cependant
, que le Chapitre de Paffau payera annuellement
une certaine ſomme à l'Evêque de Lintz .
Les biens de l'évêché de Salzbourg , fitués dans
la Stirie & la Carinthie , ont été rendus , parce
qu'il a été vérifié qu'ils n'étoient pas des biens
diocéfains , mais de véritables propriétés achetées
par les Princes -Evêques de Salzbourg , &
que , comme telles , elles faifoient partie de la
Principauté.
à
S. M. I. , lit - on dans quelques lettres , a jugé
propos de fupprimer dans la baffe Autriche le
Directoire des Etats ; elle a nommé les députés
de la Nobleſſe , membres du Confeil du Gouvernement
, & a fait déclarer à ceux du Clergé
que lorfque le Souverain auroit befoin de leur
avis dans des affaires d'adminiftration , ils feront
invités à le donner.
ITALI E.
DE NAPLES , le 6 Février.
LE Roi de Suede eft arrivé ici la nuit du
30 au 31 du mois dernier ; le 31 au matin il
alla de bonne heure au Palais faire une vifite
au Roi & à la Reine , qui étoient revenus la
veille de Preffano ; le même jour il dîna avec
İ.L. MM. Ce Prince vifite tout ce que cette
Capitale & fes environs offrent de remarquable.
Le Roi a défendu précédemment de recourir
à Rome , comme on le faifoit autrefois , pour
C.4
( 56 )
obtenir des difpenfes de mariages entre parens à
certains degrés prohibés , & ordonné à fes fujets
de s'adreffer à leurs Evèques. Celui de Capri
eft le premier qui ait eu l'occafion de mettre
cette loi à exécution . Il vient d'accorder des dif
penfes de ce genre à trois couples parens au
quatrieme degré. Ils avcient fait ci- devant des
démarches auprès du S. Siége , pour les obtenir ;
mais hors d'état de payer le prix de ces difpenfes
, ils en avoient en vain follicité l'exemption
& enfuite la réduction .
La fête de S. Mathias , Apôtre , tombant
cette année le Mardi Gras , & la veille le
lundi , S. M. a ordonné aux Evêques d'ufer
de leurs pouvoirs , fans recourir au S. Siege ,
pour la remettre à un autre jour.
La Chambre Royale , occupée de la réduction
du nombre des individus dans plufieurs Monaftères
, a fini fon travail fur ceux de la regle de
Saint François ; on ne compte pas moins de
13000 , tant Capucins qu'Obfervantins , & réformés
dans ce royaume ; il a été réglé qu'il n'y en
auroit plus à l'avenir que 3000 ; c'eft infenfiblement
qu'ils éprouveront cette réduction , & pour
l'opérer , il leur a été défendu de recevoir des
novices ni d'admettre à la profeffion les fujets
qui peuvent être à préfent au noviciat .
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 29 Janvier.
IL circule ici une lifte des forces navales
de ce royaume , qui a été dreffée à la fin de
l'année derniere ; elles confiftent dans les
vaiffeaux fuivans,
( 57 )
•
Vailleaux de guerre prêts à mettre à la voile.
La Noftra Senhora da Conceifam , de 80 canons ;
la Noftra Senhora da Pifar , de 74 , de 36 liv .; le
San- Antonio , de 64 , du même calibre ; la Noftra
Senhora de Bon Succeffo , de 64 , de 24 livres ; la
Noftra Senhora de Ajuda , de 64 , de 24 livres ; le
San-Sebaftian , de 64 , de 36 livres ; la Noftra
Senhora da Belem ; de 50 , de 24 livres. Vailfeaux
qui ont befoin de reparations . Le San Joze e
Naffa , & la Nofra Senhora des Praezeres , l'un &
l'autre de 64 , de 36 livres de balles.Frégates .
La Noftra Senhora de Nazareth , le San - Joao , la
Cifne , le Triton , la Noftra Senhora da Gracia , de
40 canons , de 12 livres ; la Princeffa da Brefil ;
le Golfinho , de 38 , de même calibre. Ce qui
fait neuf vaiffeaux de lignes & fept frégates. If y
a encore fur le chantier un vaiſſeau de 70 canens ;
tous ces navires , excepté la Noftra Senhorade
Belem , deftiné pour Angola , & la frégate la
Noftra Senhona da Gracia , qui fe trouve au Bréfii
, peuvent être encore armés en peu de temps.
L'ufage ici eft d'enlever les Matelots des navires
marchands pour le fervice de la Marine
Royale.
Il a été publié un ordre , en vertu duquel
tous les Religieux , de quelque Ordre qu'ils
foient , fans diftinction , doivent fe laiffer
croître la barbe.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 2 Mars.
Nos papiers ont rendu compte des féjouiffances
faites à New-Yorck , lorfque les
troupes Américaines ont pris poffeffion de
( 58 )
cette ville , & de celles qui ont eu lieu à
Philadelphie , au retour du Général Wafhington
: mais ils n'ont rien dit d'une fête
encore plus impofante & plus chere à ces
nouveaux Républicains , qu'ils ont appellée
la fête de la Liberté.
On avoit placé dans la grande falle où le Corps
légiflatif étoit affemblé , un fauteuil élevé ſur une
eftrade & fous un dais ; on y avoit mis le Livre de
la loi ou les conftitutions de l'Amérique ; une
couronne garnie de joyaux couvroit ce Livre refpectable
. Ce fut dans cette féance que le Général
Washington fe démit folemnellement du commandement
dont il avoit été honoré , & qu'il avoit
employé avec tant de gloire au bonheur général.
Lorfque cette cérémonie fut terminée , il alla
prendre la couronne fur le Livre de la loi ; &
montant fur un balcon au bas duquel étoit raffemblée
une foule prodigieufe , il la montra au peuple
, la brifa devant les yeux , & lui en jetta toutes
les pieces. L'antiquité , dans l'hiftoire des anciennes
républiques , n'offre peut-être rien de comparable
à la grandeur de cette ſcene.
L'on s'occupe toujours dans les Etats-
Uunis , des difpofitions néceffaires pour établir
une bonne adminiftration & la foute- .
nir ; l'article des finances eft celui qui va
avec le plus de lenteur ; ce n'eft que depuis
peu que l'état de Penfylvanie a accordé pour
20 années , la feconde partie de fon contingent
, qui doit confifter en un fubfide annuel
de 16900 liv. fterl. Il fera perçu fur les
biens des citoyens de l'Etat , & employé par
le Congrès , à la liquidation des dettes publiques.
( 59 )
Les antilles , lit on dans quelques lettres , font
affamées depuis que les proclamations britanniques
font en vigueur; & il y a eu des troubles trèsvifs
à Antigue , auffi - tôt qu'on a vu dans cette iſle
que fon commerce ne pouvoit plus fe faire que
par des Anglois & fur des bâtimens anglois. Les
Négocians , les Planteurs , toute la Colonie s'affembla
le 6 Octobre , & rédigea nne adreffe par
laquelle elle repréfente que depuis que les réglemens
reftrictifs font en vigueur dans cette ifle , le
commerce languit , les provifions manquent , tout
a renchéri de 40 pour 100 , & le frêt des vaiffeaux
a doublé. Cette adreffe fut remife le 8 au Gouverneur
, qui n'y fit qu'une réponſe négative qui
n'a fait qu'augmenter les mécontentemens .
Les mêmes lettres portent qu'ils ont été
augmentées encore par une démarche finguliere
du Gouverneur , qui a donné lieu à
la proclamation fuivante du Commandant
François de S. Chriſtophe.
Ayant remarqué certain Article , inféré dans
la Gazette Angloife , qui porte pour titre : Antigua-
Chronicle , du 31 Octobre dernier , conçu comme
il fuit. « Antiga. S. E. le Gouverneur
juge à propos de notifier par la Préfente à tous
François & autres Etrangers , qu'ils doivent fur le
champ quitter cette Ifle , & que ceux d'entre eux
qui négligeroient de fe conformer à ce bon plaifir
de S. E. feront faifis & mis en priſon , juſqu'à ce
qu'on trouve une occafion convenable pour les
renvoyer hors de l'ifle : Et S. E. requiert les Ma
giftrats de cette Ifle , ainfi que les Connétables &
autres Officiers publics , qu'ils faififfent ou faffens
faifir toutes les Perfonnes , compriſes dans l'ordre
ci-deffus , qu'on trouveroit en ville ou dans le pays,
& qu'ils; les envoient au Sous - Prévôt-Maréchal ,
C 6
( 60 )
fous la garde duquel ils refieront jufqu'à ce qu'ils
quittent l'lfle. Et comme nous ignorons
abfolument le motifs , qui ont donné lieu à un
ordre de cette espèce , & que nous n'en pouvons
pas même comprendre l'intention , nous jugeons ,
qu'il eft de la prudence de prendre des précautions
pour ce qui regarde ledit ordre : Et ne voulant
pas exerc.r néanmoins la même rigueur , dont
S. E. le Gouverneur d'Antigua nous a donné
l'exemple , avant d'être mieux informés , nous
ordonnons feulement : 1 °. Que tous les Sujets de
S. M. B. , de quelque condition ou qualité qu'ils
puiffent ê re , actuellement réfidans dans les fles
de S. Chriftophe & de Nevis , qui n'ont pas preté
le ferment requis par les Capitulations defdites
Ifles , lorfqu'elles ont été conquifes par les Armes
de S. M. T. C. , fe tiennent prêts à quitter lefdites
Ifles au premierordre qu'ils en recevront , & qu'ils
fe préfentent dans un délai de 6 jours , à compter
de la date de la préfente Proclamation , à l'Hôtel
de notre Gouvernement , pour y faire enrégiftrer
leurs noms & leurs demeures au Bureau de notre
Secrétaire , fous peine de défobéiffance aux ordres
de S. M 2 ° . Nous requérons les Juges de Paix &
autres Officiers publics de s'informer des différen
tes Perfonnes de la claffe ci - deſſus , qui réfident
dans leurs Paroiffes refpectives ; & nous les renons
refpontables au Roi de l'exécution de l'Arti
cle précédent , pour ce qui regarde l'enrégiſtrement
des noms & des demeures defdites Perfonnes .
3º. Nous rendons auffi reſponſables envers le Roi
toutes Perfonnes , comprifes fous la Capitulation
deflites Ifles de S. Chriftophe & de Nevis , lefquelles
garderont dans leurs maiſons aucunes defdites
Perfonnes , qui ne fe feront pas foumiſes à la dif
pofition du er. Article , concernant l'enrégiftrement
de leurs noms & de leurs demeures. 4° . Nous
( 61 )
•
voulons que , jufqu'à ce qu'il ait été donné contreordre
, aucun Habitant des Ifles de S. Chriftophe
& de Nevis ne puiffe s'embarquer pour aucune
Colonie Angloife , fans une permiffion particulière
de nous , laquelle ne fera accordée que pour des
raitons valables : Voulons auffi , qu'aucun Paſſager
, venant d'aucune des Ifles Angloifes , ne foit
admis en cette Colonie , fans une permiffion expreffe
de nous . 5º . N'ayant aucune intention de
déroger au Confentement que S. M. T. C. a.donné
, que les Navires Anglois , venant d'Europe ou
des Ifles Anglcifes , foient admis dans les Rades
des Ifles de S. Chriftophe & de Nevis , ni aux ordrés
que S. E. le Vicomte de Damas , Commandant en
chef des Iles Françoifes du Vent , nous a envoyés
à ce fujet, il fera donné permiffion aux Capitaines
& Equipages des Navires Marchands Anglois de
débarquer leurs Cargaifons & d'en difpofer ,
pourvu qu'ils fe conforment aux Réglemens de
Police obfervés dans lefdites Rades.
Ce qui fé pafle dans ces ifles mérite fans
doute l'attention du Gouvernement qui ne
fauroit trop tôt mettre fin à ces fujets de mécontentemens
qui peuvent avoir des fuites ,
confidérer les plaintes des colons , & s'emprefler
de remplir leurs voeux , qui font partagés
par les citoyens de la Métropole , qui
commercent avec eux , & qui voient leurs
affaires éprouver des obftacles , & leurs intérêts
vifiblement léfés. Mais malheureufement
ce moment- ci n'eft pas favorable ; les
divifions actuelles occupent toute l'attention
de l'adminiftration , & l'empêchent de
la porter fur une infinité d'autres objets qui
la réclament.
( 62 )
La fermentation qui regne entre les trois
branches de la légiflation , ne paroît pas
prête à ceffer. Nos papiers ne préfentent aucun
efpoir de la voir diminuer ; ils ne contiennent
que des obfervations rédigées par
les deux partis , & qui annoncent encore
trop d'aigreur , pour faire croire à la poffibilité
d'un rapprochement prochain . De part
& d'autre on prodigue les injures , & l'on
s'attache plus à prévenir le public qu'à l'éclairer
.
"
Le grand argument en faveur de l'adminiſtration
actuelle , & qui n'eft certainement
pas le moins puiffant , eft celui que l'on tire
de la quantité d'adreffes qui font préſentées
journellement au Roi contre les anciens
Miniftres. Elles paroiffent prouver en effet
que la voix du peuple eft pour les nouveaux
, & que les membres du Parlement ,
qui votent dans ce moment pour l'oppofition
, agiffent contre le voeu de leurs commettans.
C'eft ainfi que quelques - uns de
nos papiers eſſayent de les juftifier , en citant
des exemples qui ne prouvent peut- être
rien , parce qu'ils ne s'appliquent pas aux
circonftances , mais qui rappellent des faits
qui font curieux.
» Il n'eft peut- être pas inutile , difent - ils , d'obferver
dans la crife actuelle qu'à l'acceffion du Roi
Jacques II au trône , il y a maintenant à peu près
un fiecle , le courant de la faveur populaire étoit
entièrement pour la Cour. Il lui vint de toutes
les parties du Royaume des adreffes remplies non(
63 )
feulement de témoignages les plus forts d'amour ,
de refpe&t & de fidélité , mais encore des expreffions
de la plus baffe adulation : d'après ces affurances
, Jacques II , malgré les' efforts violens du
parti qu'il avoit contre lui , fe crut parfaitement
certain de l'attachement du plus grand nombre de
fes fujets. Mais rien ne prouve plus combien peu
l'on doit compter fur les affections du peuple, que
le fort qu'il éprouva , & qu'il ne méritoit pas ,
puifqu'on ne peut lui reprocher que de l'imprudence
& quelques faux principes . Quand Richard
Cromwel , en 1658 , fut reconnu protecteur
après la mort de fon pere , il reçut les plus fortes
affurances de la fatisfaction de la nation & de fon
appui ; cependant quelques mois après il ne vit
pas une feule voix s'armer pour lui , ni un feul
bras s'armer en fa faveur lorfqu'il abdiqua «.
Quoiqu'il en foit de l'opinion du peuple
, la Chambre des Communes perfifte
dans la fienne ; & on n'y a apperçu aucune
variation dans les derniers débats , dont
nous allons préfenter la ſuite.
La remife des délibérations de la Chambre
des Communes fur les eftimations de l'artillerie
au 20 de ce mois , arrêtée le 18 , donna lieu
à des reproches faits à la Chambre , de retirer
les fubfides : ces reproches occuperent une partie
de la féance du 19 , qui fe paffa à les répéter
d'une part , & à y répondre de l'autre . Le parti
ministériel & celui de l'oppofition s'accuferent
réciproquement du défordre & de la conffion
-qui régnoient actuellement. Le 20 la Chambre
fut très - nombreufe ; M. Powis avoit annoncé une
-motion qui fixoit la curiofité , & à laquelle il
prépara par un difcours dans lequel il effaya de
juflifier ce qui pouvoit paroitre étrange dans
( 64 )
"
fa conduite. On devoit être étonné de le voir
dans l'oppofition , malgré fes liaifons avec M
Pitt , après l'appui qu'il avoit donné d'abord à
fon adminiſtration ; il fit l'éloge du Minifire ,
il en vanta les talens ; mais il jugea que le
bien de la paix , le rêtabliffement de l'union
exigeoient qu'il quittât la place ; à l'éloge
de M. Pitt , il joignit celui de M. Fox ; ces
deux hommes étoient faits , felon lui , pour por
ter au plus haut degré la gloire de la nation
s'ils le réuniffoient , ou pour l'anéantir , s'ilsteſtoient
divifés. Si les chofes ne changeoient
pas , fi rien ne pouvoit les concilier , il pen
foit que plutôt que de voir le pays dans l'état
où il étoit depuis quelque temps , il feroit peutêtre
à propos de porter un bill qui les exclût
l'un & l'autre d'un Etat que leur divifion pouvoit
ruiner. Son difcours , qui fut très- étendu , fut
terminé par la motion de l'adreffe fuivante au Roi.
Vos fideles Communes , convaincues de l'attention
paternelle de V. M. pour le bien de fes
peuples , portent aux pieds de votre trône les expreffions
de leur confiance en votre fageffe ; elles
ne doutent point qu'écartant tout obftacle à la
formation d'une adminiſtration telle que la Cham
bre a déclaré convenir à la fituation critique
actuelle des affaires , V. M. ne daigne prendreles
mesures qui peuvent tendre à remplir le voeu
que vos fidelles Communes ont déjà fait préfenter
à V M. -- Cette adreffe ne paffa pas ,
fans de longs débats ; M. Eden s'éleva , non
pour s'opposer à la motion , mais pour propofer
un amendement.qu'il jugea devoir être approuvé
par M. Powis . Il examina la fituation du
Miniftere , & prouva qu'il n'avoit pas la confiance
de la Chambre , en montrant que dans
neuf occafions où elle s'étoit divifée , il avoit
( 65 )
eu huit minorités & une majorité ; & cette der
niere , à l'occafion de la taxe des quittances .
On n'a ceffé de répéter , ajouta -t- il , que le Mi
niftere avoit la voix du peuple , mais je crois
que cette voix n'eft pas toujours infaillible , &
fur- tout qu'elle ne l'eft pas dans le cas préſent.
La guerre américaine l'à montré::: un voeu qui
eft en faveur de la fecrete l'influence , le
montre encore ; on peut le voir , en remontant
, dans ce qui fe paffa en 1682 contre
la cité de Londres ; la meture de la Cour menaçoit
toutes les autres cités & corps privilégiés
du pays ; il vint des adreffes de toutes parts ,
remplies de remerciemens au Roi de ce qu'il
avoit ufé de les droits ; la -gazette ne fut remplie
que de pieces de ce genre. On peut juger
de celles qui ont été préfentées à l'occafion du
bill de l'Inde , en confidérant que la Compagnie
eft un corps vaite , riche , & ayant par
conféquent beaucoup d'influence. Celfes fur la
taxe des quittances ne viennent que des perfonnes
intéreffées ; il eft à préfumer qu'à préfent
que les Miniftres ont foutenu cette taxes on ne
recevra plus de requête contre elle . M. Eden
fut très- févere contre M. Pitt , parce qu'il méprifoit
la majorité de la Chambre ; il lui confeilloit
de quitter fa place , & il lui parloit en
ami ; fon ennemi feul pouvoit lui confeiller de
la garder. L'adreffe paffa ainfi que la motion de
la faire préfenter au Roi par la Chambre entiere
, ayant fon orateur à la tête.
Le 23 le Lord Hinchimbrocke annonça à la
Chambre que le Roi avoit fixé le 25 à 2 heures
après midi pour recevoir l'Adreffe ; l'attente de
ce qui fe pafferoit à cette occafion , l'efpoir
d'une réponſe favorable influerent fur les débats
de ce jour. On differa au retour du Palais le
( 66 )
comitté des voies & des moyens , aiñfi que celui
fur l'état de la Nation ; on ordonna qu'on préfenteroit
à la Chambre un état de la dette de
la Marine , une liste des matelots employés l'année
derniere ; on remit à 8 jours le bill de l'Inde
de M. Fox ; dans un comitté de ſubſide on réſolut
de pourvoir au payement & au vêtement de
la milice pour cette année 1784 , & on fixa le
rapport de cette réfolution au 26 ; on fit la feconde
lecture du bill de l'armée , & on le renvoya au
comité pour les du mois prochain . Le Lord
Beauchamp fit enfuite une motion pour qu'on
mit fous les yeux de la Chambre un tableau du
nombre de jours ou du temps qui s'écoule entre
l'expédition des écrits pour la convocation d'un
Parlement , & le retour de ce Parlement. Il ne
jugea pas à propos de s'expliquer fur le motif
de cette motion qu'on pouvoit fuppofer , & qui
ne paroît être que quelque nouvelle mefure à
prendre relativement aux bruits de diffolution
prochaine , & que la réponse que le Roi devoit
faire le 25 accréditeroit ou détruiroit ; & l'ordre
en fut donné en conféquence ; il fut auffi arrêté
que M. Rigby , ancien Trétorier , donneroit fes
comptes jufqu'au 10 Novembre dernier .
L'attente de l'effet que produiroit l'adreffe de
la Chambre au Roi , inflva fur les débats du 24 ,
où l'on ne s'occupa que du bill pour naturalifer
les enfans nés en pays étrangers de meres
angloifes , & qui fut rejetté , parce que ces enfans
font réellement étrangers comme leurs pe
res , & que leurs meres , en paffant fous la puiffance
de leurs maris , ont perdu le titre d'angloifes.
Le bill de la taxe des quittances fut lu pour
la feconde fois . L'alderman Newenham fut au
nombre de ceux qui lui refuferent leur voix parce
que leurs conftituans le défapprouvoient ; il dit
( 67 )
même qu'il circuloit des bruits & des papiers
qui annonçoient que Monfieur Pitt étoit contraire
à cette mefure ; ce qui paroiffoit trèsfingulier
, puifque lui -même venoit d'y donner
fa voix. On ne manqua pas de l'interpeller de
fe déclarer formellement , & il dit que la Chambre
ayant rejetté la motion faite pour annuller
cet acte , il foutiendroit celui qui devoit le ren.
dre plus productible ; cette réponſe parut encore
contournée , & donna lieu à différens reproches .
Le 25 la chambre fut très- nombreuse , la curiofité
, l'intérêt & l'efprit de parti avoient attiré
beaucoup de Membres pour être préfens à la
préfentation de l'adreffe. La Chambre ajourna
au Vendredi 27 le comité des voies & des
moyens , celui fur l'état de la nation ; après quoi
elle fe rendit à S. James , où l'adreffe fut préfentée
; le Roi y fit la réponſe fuivante -- » Meffieurs,
je fens très - vivement combien ilimporte à l'honneur
de ma Couronne & au bien de mon peuple ,
qui fera toujours l'objet le plus cher à mon coeur ,
que les affaires publiques foient conduites par
une adminiſtration ferme , efficace , unie & étendue
, qui , ayant droit à la confiance de mon
peuple , puiffe mettre fin aux malheureuſes divifions
de ce pays . J'ai fait depuis peu des efforts
pour réunir dans le fervice public fur un pied
égal ceux dont les foins me paroiffent les plus propres
à produire cet heureux effet ; mais ils n'ont
pas eu un fuccès conforme à mes voeux ; ils
feront toujours de prendre toutes les mesures les
plus propres à conduire à cet objet ; mais je ne
vois point qu'il puiffe être procuré par le renvoi
des Miniftres qui font maintenant à mon
fervice. J'obferve en même temps qu'il n'y a
ni plaintes , ni charges contr'eux , qu'on ne leur
oppoſe aucune objection férieuſe ; que quantité
( 68 )
de mes fujets m'ont exprimé de la maniere la
plus forte leur fatisfaction des derniers changemens
que j'ai fait dans mes Confeils . Dans ces
circonstances je me flatte que mes fideles Commu
nes ne defireront pas que les places les plus effentielles
du Gouvernement exécutif , foient va
cantes jufqu'à ce que je voie qu'on puiffe réellement
effectuer le plan defiré qu'elles me re
commandent & qu'elles ort indiqué z.
« M. Pitt & les Miniftres étoient auprès du
Roi lorfque l'adreffe dirigée contreux lui fut
préfentée par la Chambre. Ceux qui veulent
que le Souvetain foutienne fes droits & fes Miniftres
, difent que fa réponse étoit telle que la
prefcrivoit fa prudence ; d'un autre côté l'op
pofition répand dans toutes les gazertes que la
conftitution n'exige point que l'on ait des char
ges à former contre les Miniftres pour defirer leur
retraite & s'opposer à leurs opérations juqu'à ce
qu'on l'ait obtenue ; que c'eſt déjà un grand grief
que de ne pouvoir leur donner la confiance ; que
d'ailleurs il eft aifé de voir dans la réponſe du
Roi un defir fecret de changer la conftitution
en un Gouvernement abfolu. C'est ainsi que
l'efprit de parti qui divife la nation , imagine
des maux , les exagere , & cherche à infpirer des
alarmes.
La féance du 27 , qu'on attendoit avec impa
tience ne s'ouvrit que tard . parce que le Miniftre
qui les attendoit n'arriva qu'à cinq heures. Le
Lord Beauchamp , qui avoit ajourné la Chambre
à ce jour , fe leva pour fe féliciter d'un parti
que l'inquiétude que lui donnoit la réponse qu'on
recevroit , & qu'il prévoyoit ne devoir pas être
favorable , lui avoit infpiré ; il avoit fenti que
dans ce cas , il falloit laiffer aux efprits qui feroient
révoltés le temps de fe calmer , & de met(
69 )
tre dans leurs délibérations un fens froid qu'ils
ne pouvoient avoir , s'ils les avoient reprifes au
fortir du Saint James. Il propofà de les fufpendre
encore & de les remettre au 1 Mars ; ce qui
fut approuvé. Il fit enfuite une motion pour ajourner
la Chambre au même jour . Elle fut longtemps
débattue pour & contre . Mais enfin elle
palla à une majorité de 7 voix ; elle ne fut pas
plus confiderable , parce que plufieurs membres
de l'oppofition étoient abfens & il s'en fallut de peu
que le Ministère actuel n'eut cette majorité qui
femble lui être actuellement étrangere ; on croyoit
que les négociations , pour une réunion , auroient
quelque effet ; mais la féance d'hier a prouvé
qu'elles n'ont pas eu plus de fuccès que les précédentes.
Hier M. Fox , conformément à l'ordre du jour ,
fit lire la réponſe du Roi à l'adreffe des Communes
; il s'attacha enfuite à montrer que cette
rêponſe n'étoit rien moins que favorable ; qu'elle
étoit la premiere qui fut émanée du trône depuis
l'acceffion de la Maiton de Brunſwick , que
la Chambre eut reçue d'une nature auffi peu Tatisfifante.
Il voyoit avec douleur , dit - il , que
ceux qui l'avoient confeillée avoient agi comme
les Confeillers de Charles II. en faifant adopter aú
Roi le langage d'on parti. Il infifta fur les motifs
qu'avoit la Chambre de refufer fa confiance aux
Miniftres ; mais il n'en donna que de vagues &
que ceux qui ont été répétés 20 fois . Après cela
il propofa une nouvelle adreffe au Roi , « exprimant
la fatisfaction qu'éprouvent les fidelles Com.
munes des affurances gracieufes qu'elles ont re
ques de S. M. , qu'elle penfe comme elles qu'il
importe à l'honneur de fa Couronne & au bien
de fes peuples que les affaires foient conduites
par une administration qui jouiffe de leur con(
700)
fiance , & qui puiffe mettre fin aux divifions .
actuelles ; leurs remerciemens de la bonté paternelle
de Sa Majefté dans fes efforts pour
effectuer l'objet de leurs dernieres repréfentations
refpectueufes ; le regret qu'elles auroient
que le peu de fuccès de ces efforts de S. M.
put être confidéré comme un obftacle final à
l'accompliffement d'un but fi falutaire ; celui
qu'elles ont auffi que Sa Majefté n'ait pas
été confeillée de faire encore un pas plus
avant pour réunir dans le fervice public ceux
dont les talens réunis lui ont paru les plus
propres à produire cet heureux effet ; la per-,
fuafion où eft la Chambre qu'elle a le droit , &
que c'eft fur tout fon devoir , d'avertir humblement
S. M. dans l'exercice de fa prérogative
inconteſtable , relativement au choix de
fes Miniftres , quand ceux qu'elle appelle, à fon
ſervice , n'ont pas la confiance de la Chambre ,
fans être obligé d'expofer des raifons de fon
opinion ; & l'humble efpérance à laquelle elle
fe livre encore , que fur une confidération ultérieure
de la derniere adreffe , un plan d'union
que S. M. a defiré , & que la Chambre a indiqué
, peut encore par l'éloignement des Miniftres
actuels être effectuée » . Cette motion
entraîna de longs débats , dans lesquels M. Pitt
parla avec beaucoup de force , & paffa enfin
à la pluralité de 201 voix contre 189. Cette
nouvelle adreffe a été rédigée , & elle tera préfentée
par toute la Chambre .
Tel eft jufqu'à préfent l'état des chofes ,
qui fixe de plus en plus la curiofité ſur l'iffue
qu'elles auront , & qui fait préfumer toujours
, que l'on fera forcé de finir par une
diffolution du Parlement. En attendant ,
( 7 )`
l'affaire des fubfides va avec lenteur. Cette
prérogative de la Chambre peut quelquefois
embarraffer le Gouvernement. M. Fox
obferva déja le 20 , que fi l'on ne devoit pas
fe preffer d'en faire ufage , on ne tarderoit
pas à y être forcé , fi l'efpece de mépris qu'on
montre pour les réfolutions de la Chambre
continue.
Une caufe qui a fait beaucoup de bruit ,
& qui , dans les circonftances préfentes étoit
faite pour en produire , vient d'être jugée à
la Cour du Banc du Roi , préfidée par le
Lord Mansfield. Les pieces fuivantes , qui
furent citées par le plaignant , en feront
connoître le fond.
Le 18 Mars 1783 , M. Hodgson , Marchand de
cette ville , écrivit la lettre fuivante au Lord Grantham
, l'un des principaux Secrétaires d'Etat de
S. M.
« Milord , quoique je n'aie pas l'honneur
de vous être connu perfonnellement , j'ef
pere que vous accueillerez cette adreffe fur un
fujet qui peut compromettre votre honneur &
votre caractere. Je fuis un des Marchands qui , en
conféquence de la fignature des articles prélimi
naires , fe font adreffés à vos bureaux pour des
paffeports , conformement à ce qui avoit été convenu
entre les Puiffances belligerantes . J'ai été
fort étonné quand mon Commis m'a informé que
l'un de vos bureaux a exigé & reçu 30 liv. ft .
& 14 fchelings de droits fur les paffeports néceffaires
pour un feul vaiffeau . J'ai écrit à Paris
pour favoir ce que l'on y exigeoit pour de pareils
paffeports. Hier j'ai reçu une lettre de S. E. le
Docteur Franklin , dans laquelle il m'affure qu'ils
y font délivrés gratis. S. E. m'inftruit en même-
3.
( 72 )
tems que 200 de ces paflèports ont été échangés s
Vous voyez par là , Milord , que vos Commis ont
levé fur les Marchands de cette ville la fomme
énorme de 6000 guinées . Eft - ce un droit Milord,
& eft- il équitable ? Je fuis für que vous ferez révolté
d'une pareille avidité dans des hommes libéralement
payés pour faire le fervice public.
Vous voudrez bien confidérer qu'il convient d'en
ordonner la reftitution . Je pense que vous recevrez
volontier Pavis refpectueux qui vous fournira l'oc
cafion de prendre des mesures pour reprimer ces
vexations. Je ne puis vous cacher , Milord , que
s'il n'y a point de réparation à attendre , je fuis
déterminé à porter cette affaire devant les tribunaux.
J'éviterai , fi cela eft poffible , & fi mon
confeil ne le juge pas abfolument néceffaire , de
faire ufage de votre nom ; c'eft un menagement
que m'inspire mon refpe&t pour votre caractere ;
fi vous defirez des éclairciffemens ultérieurs , je
fuis à vos ordres Milord ». Le 24 Mars , le Lord
Grantham lui répondit ainfi : » M. , j'ai reçu vo
tre lettre du 18 , & je vous remercie de vos expreffions
& de vos égards : vous me rendez juftice
en me croyant ennemi de toute innovation & de
toute extorfion . J'ai fait des recherches für le fujetde
vos plaintes ; & j'ai trouvé que les droits qu'on
a reçus fur les paffeports font les mêmes qui fe
font payés en pareille circonftance en 1719 , 1748
& 1763 ; les regifires des bureaux en fourniffent
la preuve je defire que vous puiffiez avoir toute
fatisfaction fur ce fujet , & je vous ferai donner
toutes les inftructions ultérieures que vous pourrez
defirer ». M. Hogdfon fit la réplique fuivante
: « Milord , je vous rends mille graces
de la peine que vous vous êtes donnée de faire.
faire des recherches fur ce qui s'étoit paffé précédemment
à l'égard des paffeports ; comme vous
établiffez
( 73 )
établiffez un ufage femblable établi depuis 1719,
je préfumé que vous en concluez que l'ufage juf
tifie vot Commis dans cette occafion . Si c'eft
votre opinion , Milord , j'en fuis faché ; je mė
flattois de vous avoir fourni une belle occafion de
vous faire beaucoup d'honneur & d'ajouter à
votre réputation , en corrigeant un ancien abus.
L'extortion , Milord , ne ceffe point d'être une
extorfion , parce qu'elle a été pratiquée long
tems avec impunité. Il me femble que ce feroi
une occafion de plus de l'arrêter ; c'eft pour y
parvenir que je me vois dans la néceffité de recourir
aux Tribunaux ». - En effet , la cauſe a
été jugée le 20 en faveur de M. Hogdfon.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Mars.
S. M. a rappellé à fon Régiment des Gardes-
Françaiſes , le Comte de Mathan , Lieutenant
Général , ancien Capitaine audit Régiment
, pour y remplir la place de Lieutenant-
Colonel, vacante par la démiffion du
Marquis de Rochegude , Lieutenant - Général.
Le 7 de ce mois ,, L. M. & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du.
Vicomte de Vibraye , Brigadier des Armées
du Roi, & fon Miniftre-Plénipotentiaire àl
Cour de Dreſde avec Mademoiſelle de
Blangis ; & celui du Marquis de Chavagnac,
fous -Lieutenant au Régiment du Roi , Infanterie
, avec Mademoiſelle de Montecler.
T
2
DE PARIS , le 9 Mars:
Aux détails que nous avons donné ſur
les dernieres campagnes de l'Inde , nous
No. 11 , 13 Mars 1784.
a
·( 74 )
joindrons ici ceux - ci , qu'on a publiés d'a
près les dépêches arrivées dernierement.
-
Les dépêchés du Bailli de Suffren , apportées
par M. Dupéron , Capitaine de vailleau , Commandant
la fregate l'Hermione , confirment ce
qu'on a vu dans le Supplément à la Gazette de
France du 6 Janvier 1784 ( & dans le n° . de ce
Journal , page 73. Le Bailli de Suffren ajouté
feulement que ce combat n'a commencé à quatre
heures & demi , qu'à caufe de la mauvaiſe mat
che de quelques - uns de fes vaiffeaux qui n'a pas
permis à l'armée du Roi de joindre plutôt les ennemis.
L'engagement a été général. Le trop
d'ardeur à caufé quelque défordre dans notre
arriere garde ; mais il a étébientôt réparé . Le
22 Juin , au matin, le Bailli de Suffren découvrit
encore l'Efcadre Angloife faifant route pour
Madras . Son premier mouvement fut de lui done
der chaffe; mais défefpérant de pouvoir la joindre
, il fit réflexion que cette manoeuvre l'ens
traîneroit fous le vent de Goudelour , & qu'il ne
pourroit être d'aucune utilité à cette place ; ce
qui le détermina à y venir mouiller , pour remettre
à M. de Buff , les douze cent hommes,
qu'il lui avoit prêtés , auxquels il en joignit
1206 provenans de fes vaiffeaux. Le Bailli de.
Suffren rend les comptes les plus avantageux de
la diftinction avec laquelle fe font comportés les
Capitaines & les Officiers dans le combat ; les
équipages ont marqué la plus grande bravoure ,
& ont paru augmenter de courage , en voyant
le nombre fuperieur des ennemis qu'ils avoient
à combattre il fait fur- tout l'éloge du Chevalier
de Peynier, Capitaine de vaiffeau, montant le
Fendant, de 74 canons , & commandant l'avantgarde
qu'il a conduite à l'ennemi avec la plus
grande difinction , & qui a combattu avec avan(
75 )
tage le Gibraltar , un des plus forts vaiffeaux , de
80 canons , qu'il y ait en Europe. Il y a eu dans
ce combat 102 hommes tués & 369 bleflés .
Officiers tués. MM. Dupas de la Manceliere ,
Capitaine de vaiffeau , commandant l'Ajax. De
Salvert , Lieutenant de vaiffeau , commandant le
Flamand. Robinot , Enfeigne de vaiffeau fur.
l'Annibal. Dieu , Capitaine de brulot fur le Sé-
Vere. Dumoulin , Lieutenant au Régiment de
Forez, fur le Fendant. L'Iffelée , Officier auxi
liaire fur le Petit Annibal. Officiers bleffés. De
Saint Félix , Capitaine de vaiffeau fur le Fendant.
Ravenel , Lieutenant de vaiffeau & de port fur .
le Héros. Groignard , Capitaine de brulot , fur
Ajax. Poniac de Bonnevie , Enfeigne de vaiffeau
fur le Vengeur. De Than , Enfeigne de vaiffeau
fur le Fendant. De Villiome , Lieutenant au
Régiment de Royal Rouffillon , fur l'Annibal.;
D'Egmont , Lieutenant de Cipayes , fur le
Sphinx. De l'Efquin , Idem. De Gouardun , Of
ficier auxiliaire , fur le petit Annibal. De Leffegues
, Idem, fur le Sphinx. Flantin , Officier de
Cipayes , fur Idem.
On trouve dans la nouvelle Encyclopé-,
die , par ordre des matieres , tom. II . 2 °. par
tie du Commerce , un article bien piquant ,
qu'à l'exemple d'un Journal accrédité , nous
nous emprefferons de recueillir dans celui- ci .
Ceft le relevé général du produit net , efcompte
à 10 p. 100 déduit , des marchandifes
des Indes , de la Chine , & des ifles de France
& de Bourbon , provenant du commerce particu
lier , depuis la fufpenfion du privilege exclufif
de la compagnie des Indes de France , & dont la
vente s'eft faite publiquement au port de l'Orient
, dans les années 1771 , 1772 , jufques &
d
( 76 )
compris l'année 1778. Le produit total dans ces
huit ans a été de 149, 272 , 588 1. 3. f. 4 den .
Savoir 86, 111 , 642 l . 16 f. 4 den. , de marchandifes
de l'Inde , qui font année commune , pour
chacune des huit , 10 , 763 , 956 1. 2 f. de marchandifes
de la Chine , $ 6, 098 , 963 1. 15 f. 4 d.
année commune , 7 , 012 , 370 l . 9 f. 5 d. , & de
marchandifes des ifles de France & de Bourbon ,
7,061,975 1. 11 f. 8 den,, année commune ,
882 , 746 l. 18 f. 11 den. Obfervez , ajoute
l'auteur de ce relevé pour l'inftruction future des
oitoyens qui fe laiffent fouvent tromper au ton
dogmatique des partifans des privileges , que ja
mais en aucun tems la Compagnie privilégiée
n'avoit fait une plus forte importation . En effet ,
on fait voir dans une autre tableau , que depuis
1725 , jufqu'à 1770 , inclufivement , dans un
espace de 46 ans le total du prix des ventes en
France , a été de 636 , 363 , 557 1. 13 f. 10 den.
dont il faut défalquer le prix d'achat , les fraix ,
les droits payés aux fermes générales , ce
qui réduit confidérablement ce total , qui n'offre
plus pour tout bénéfice de l'achat à la vente ,
que 292 , 867, 823 1. 12 f. 11 den, fur lesquels
doit fe fait encore la déduction des fraix & des
droits.
L'expérience de M. Blanchard a eu lieu
le 2 de ce mois au champ de Mars : mais
diverfes circonstances ont nui à fon fuccès ;
il n'y a pu en tenter la partie la plus intéreſfante
,
celle qu'il avoit annoncée au Public ,
& qui fixoit l'attention générale , de diriger
fon vaiffeau volant à volonté , & contre le
vent . L'enthouſiaſme d'un jeune homme qui
voulut monter abfolument avec lui , qui s'é-
•
( 77 )
toit élancé dans le bâtiment , qu'on fut obligé
d'en arracher de force , fit brifer les aîles ,
les inftrumens que l'auteur avoit préparés.
Lorfqu'il s'éleva , il fut à une hauteur prodigieufe
; les fpectateurs remarquerent qu'il
alloit quelquefois contre le vent , foit qu'il
eut trouvé un courant oppofé à celui qu'on
éprouvoit fur la terre , foit qu'avec fon gou-.
vernail qui lui reftoit , il ait réuffi à en rompre
les efforts. Nous ne pouvons rien ajou
ter là - deffus au compte très -précis qu'en a
rendu M. Blanchard lui-même..
J'ai commencé à midi un quart à vouloir effayer
mon départ avec Dom Pech , mon compagnon
de voyage ; mais la perte d'air que mon
Ballon avoit éprouvée , par le fâcheux événement
dont on a rendu compte , nous a fait defcendre
prefqu'auffitôt. Je l'ai engagé à fortir de la Machine
, ce qu'il a fait à très-grand regret . - Je
fuis parti feul , à midi & demi à ma montre ; j'ai
été élevé à une hauteur que je n'ai pu eftimer ,
puifque dans le nombre des dommages que m'a
fait éprouver la faillie d'un jeune homme qui s'eft
élancé dans mon vaiſſeau , la perte de mes inftrumens
qui ont été tous brifés , doit y tenir le premier
rang. Je ne me ſuis déterminé à partir , ainfi
dénué de tout , que pour la feule fatisfaction du
Public , fous les yeux duquel j'étois dans ce moment.
Un courant m'a conduit fur Paffy. Là , j'ai
éprouvé un calme parfait , & fuis resté ftationnaire
environ 14 minutes . J'ai repaffé enfuite la riviere,
& dans ce paffage , les nuages m'ont paru au -deffous
de moi . Dans ce moment j'ai reffenti ardemment
la chaleur des rayons du foleil , & je me fuis
trouvé dans un calme femblable au précédent , qui
d3
( 78 )
-
-
a duré environ 15 minutes. J'ai paffé vivement
dans un autre courant qui a beaucoup agité mon
Ballon ; j'y ai reffenti un froid exceffif , ce qui m'a
obligé de me couvrir d'un manteau ; ce courant
m'a fait revirer quatre fois fur moi même ; enfuite
un autre courant , moins violent que les précédens
, m'a dirigé fur Montrouge , & je fuis refé
immobile environ 15 minutes. Ayant alors vp
mon Ballon diminuer par l'agitation véhémente
que j'éprouvois , occafionnée fans doute par la
contrariété de deux vents oppofés qui le comprimoient
, j'ai jetté 4 livres de left , ce qui m'a fait
remonter. J'ai été alors très- vîte dans la derniere
direction d'où j'étois parti ; mais en traversant de
nouveau la riviere , je me fuis apperçu que je def
cendois fenfiblement. Pour éviter de tomber
dans l'eau , je me fuis encore débarraffé d'une portion
de mon left , ce qui a prolongé ma courfe
jufques dans la plaine de Billancourt, où j'ai longé
la terre environ 200 pieds : mais comme le tersein
étoit très-raboteux , j'ai pris le parti de jetter
le refte de mon left & des débris de ma Machine ;
ce qui m'a fait defcendre légèrement fur la terre.
Plufieurs perfonnes font accourues , ont fixé
mon vaiffeau fur terre à une heure trois quarts ;
ce qui fait au total cinq quarts d'heure de route .
Je dois ajouter que dans ce court eſpace de
tems , j'ai éprouvé fucceffivement le chaud , le
froid , la faim , & une exceffive envie de dormir.
Comme il s'agit , dans ce moment , d'un
point fort important , c'est- à- dire , de la puiffance
de diriger les Machines Aéroftatiques , je me vois
obligé de ne rien diffimuler , & de faire mention
& de mes intentions & de mes manoeuvtes . Quoi
que dénué de mes ailes , je n'avois pas cependant
perdu entièrement l'efpoir de me diriger fur la
Villette où je lavois être attendu avec impatience.
( 79 )
Il me reftoit mon gouvernail & mon appendice
je me fuis fervi de l'un & de l'autre , & je ne puis
m'empêcher de croire que c'et à leur ufage que je
dois d'être parvenu tantôt à éviter la trop grande
rapidité des courans dans lefque's je me fuis trou
vé , tantôt enfin à aller contre ces mêmes courans .
Il me paroît du moins difficile d'attribuer à une
autre caufe le fait que vous m'apprenez avoir été
remarqué du plus grand nombre des Spectateurs ;
fait qui m'eft perfonnel , & que n'ont point éprouvé
mes Prédéceffeurs , qui eft d'avoir en effet vogué
long- tems contre le vent .
On attend avec impatience les détails de
l'expérience de Dijon ; ils ne tarde ont fans
doute pas à arriver ; en attendant, nous placerons
ici les deux bulletins fuivans.
Du 28 Février à 3 h . après midi. Le 23 Février ,
à une heure trois quarts après midi , deux boîtes
ont annoncé au Public le premier tonneau de gas
tiré des pommes de terre , qui a paffé dans le
Ballon. Les Cornues qui avaient été coulées exprès
en fonte , fe font trouvées fondues en plufieurs
endroits , ce qui a obligé à différens tâtonnemens
, pour les faire fervir ; en les lutant
de diverfes manieres on eft parvenu à en tirer
parti ; on s'eft muni d'ailleurs d'acide vitriolique ,
de maniere à fournir , avec le zinc & le fer , tous
le gas néceffaire . Le Ballon a quitté terre de lui.
même , chargé de fon cercle équatorial , vers les
neuf heures du matin de cejourd'hui 28..
›
Du 29 à 5 h. après midi. Le Rallon fe trouvant
gêné fous la tente , a été tranſporté dans le jardin
; le Public ayant paru defirer qu'on le laiífât
s'élever de lui-même , on a laîffé filer quatre cor-,
des de cent vingt- cinq pieds , qui ont fuffi pour
le ramener au point d'où il étoit parti , & on va
d 4
( 80 )
"
travailler à le remplir ; il lui manque encore en
viron un tiers on a profité de cette afcenfion
pour tendre également les cordes qui porteront
la Gondole , & effayer le filer & le cercle équatorial.
Le dégel furvenu prefque partout, a occafionné
des débordemens confidérables.
On mande d'Amiens les détails fuivans.
Le 23 du mois dernier le nommé Lieffe , Courier
de la malle d'Amiens à Abbeville , trouva
en arrivant dans la vallée de Flixecourt , la chauf
fée couverte d'eaux par le débordement de la riviere.
Elles rouloient des arbres qu'elles avoient
déracinés , des débris de bâtimens , & c. Ce fpec
tacle effrayant , & les confeils des habitans , arrêterent
un inftant le zéle du Courier qui étoit
accompagné d'un Commis aux aides ; mais l'im
portance de fon fervice , le defir de le remplir ,
l'eurent bientôt décidé à effayer de vaincre cet
obftacle. Il crut que le poids de fa voiture & la
précaution qu'il prit d'y ajouter un troifieme che-:
val , le mettroient en état de réfiſter au torrent .
A peine parvenu au milieu de la chauffée , la
voiture & les hommes font jettés hors de la route ;
le Commis s'accroche au premier arbre , tandis
que le Courier , fidéle à ſon dépôt , emploie toutes
fes forces pour le conferver , mais ne pouvant réfifter
au torrent qui l'entraîne , ainfi que fes chevaux
, il ſe trouve forcé d'abandonner la malle.
Les habitans volent au fecours du Commis ; ils
pratiquent une espece de pont avec des voitures ,
lui jettent une corde à laquelle il s'attache , & le
retirent ainfi du danger ; Le Courier , déja fort
éloigné , alloit périr lorfque le nommé Thuillier.
garçon meûnier , prend un cheval dans l'écurie
de fon maître , le montę & s'élance à travers le
torrent , parvient auprès du courier , lui recom
( 81 )
mande de s'attacher à la queue du cheval , & le
ramene à terre aux acclamations répétées des
fpectateurs , partagés entre la crainte de les voir
périr , l'efpoir de leur falut , & l'admiration de
l'intrepidité du garçon meûnier. Doux des chevaux
du Courier ont été noyés , & la malle a été
retrouvée le lendemain .
Les défaftres caufés par les inondations
n'ont peut-être été nulle part plus effrayans ,
& plus confidérables qu'à Evreux ; M. de
Bonneville en a préfenté ainfi les détails .
2
•
» On vient de me communiquer une Lettre
d'Evreux , où je fuis né. Toutes les perfonnes
fenfibles partageront ma douleur , & me fauront
gré d'attirer dans ce moment leurs regards &
leur commifération fur cette malheureufe Ville ,
prête à périr. Evreux eft fitué dans un fond
fur les bords de l'lton & au- deffous de l'Eure.
Il eft furvenu , depuis quelques jours , une fonte
de neige fi confidérable & fi fubite , qu'elle y
a caufe le plus affreux débordement dont il y
ait d'exemple. L'hiver avoit déjà fait plus de
malheureux dans ce pays que dans tout autre
proportion gardée , & le froid y a été plus fort
de quatre dégrés. Il y a peu de commerce le
peuple difperfé aux environs travaille dans les
forges , dans les forêts , dans les chantiers : une
gr nde partie feroit morte de froid & de befoin
depuis trois ou quatre mois , fans les aumônes
abondantes du digne Prélat qui gouverne ce Diocèfe
; c'est dans de telles circonftances qu'un nouveau
fléau vient de mettre le comble à fa mifere,
Imaginez les digues des forges voisines rompues ;
fur buit Paroiffes , cinq inondées ; les eaux montant
jufqu'au premier étage , les maifons s'enfonçant
en quelques endroits ; les moulins fubmergés
ds
82 )
ou arrêtés , prefque aucun bateau ; plus de la
moitié des habitans manquant de pain . On ignore
le nombre des victimes ; on n'auroit même encore
aucune nouvelle de ce défaftre , fi une pauvre
femme , qui avoit une revente de fel , n'eût été
noyée , & qu'une autre n'eût écrit pour l'obrenir.
Voilà dans quelle fituation fe trouvent mes
compatriotes , mes amis , mes parens . Une vingtaine
de perfonnes de la même ville font en ce
moment chez moi , & , dans leur défolation , me
preffent de vous écrire..
P. S. Il y a au - deffus d'Evreux un petit village
, qui eft également inondé , & dont on
n'a pas encore vû une feule perſonne.
La fituation malheureufe des habitans de
cette ville a été expofée par M. de Bonneville
au Gouvernement , qui s'eft empreffé
de venir à leur fecours ( 1 ) .
L'Académie Royale d'Architecture , dans
fa féance du 23 Février dernier , a reçu M.
Raymond Architecte du Roi , d'après le
choix de S. M.
Nous avons donné , d'après les papiers
Anglois , l'anecdote affez finguliere des 4
mariages de Jean Adlam , contractés depuis
1780 , qui a perdu fes trois premieres femmes
des fuites de leurs couches , & qui
a porté la même perruque , la même canne
( 1 ) M. de Bonneville eft im des Auteurs du Théâtre
Allemand . Cet ouvrage , qui mérite fon fuccès , fait
connoître un théâtre neuf pour la plupart des lecteurs
& dans lequel ils ont trouvé un intérêt & des beautés
qu'ils n'attendoient pas . Le Tome VIII , qui vient de
paroître , fe trouve , ainfi que les autres , chez Barrois
le jeune , quai des Auguftine,
( 83 )
& le même habit à fes 4 noces. Le fait fuivant
, plus extraordinaire , peut lui fervir de
pendant.
Sur dix mariages faits à Caudebet , diocefe
d'Evreux , le Mardi Gras dernier, l'un offre une
particularité affez finguliere . Le nommé Grimorin
obtient des difpenfes pour épouser fa niece ;
cette difpenfe arrive le famedi ; le lendemain dimanche
on publie les bans ; le lundi on les fiançe
; on les marie le mardi ; le mercredi on baptife
leur enfant ; on adminiftre la mere le jeudi ;
le vendredi elle meurt , & elle eſt enterrée le famedi.
Ce fait eft affurément fingulier , en voici
un autre que nous pouvons placer à côté.
Je célébrai le 15 Janvier , dans ma Paroiffe ,
un mariage qui offre des circonstances & des
époques fingulieres . J'ai cru que le détail n'en
feroit point déplacé dans un Journal , qui , pour
fatisfaire les différentes claffes de Lecteurs , doit
réunir l'utile à l'agréable. Le nombre de 15 joue
un rôle intéreffant dans ce mariage ; & il reparoît
fi fouvent que l'on feroit tenté de croire que c'eft
un conte fait à plaifir , fi le tout n'étoit pas étayé
par des actes & des registres publics , que chacun
peut confulter. En 1715 , le 15 Janvier , nåquit
Jean L....; 15 ans après il perdit fon pere
& fa mere dans l'efpace d'un mois , ( ou deux fois
15 jours ) , Son pere mourut le 15 Janvier 1730 ,
& fa mere le 15 Février. En 1745 , 15 ans
après , âgé par conféquent de deux fois 15 ans ,
il époufa , le 15. Septembre , Catherine D.... qui
avoit 15 mois de moins que lui , & qui étoit née.
le 15 Avril. Cette femme eft accouchée tous les
15 mois ; elle a fait 15 enfans , dont quatre
étoient jumeaux . Ils vinrent tous au monde ou
furent baptifés le 15. jour du mois ; les 14 prez
d 4
( 84 )
miers font totous morts , felon Fordre
de leur nailfance
, à 15 mois de diftance
l'un de l'autre . Leur
mere
eft morte
en couche
de fon 15
enfant
ayant
précisément
45 ( ou trois fois 15 ans . )
•
Le feul refté de cette famille finguliere
nommé Martial L.... né le 15 Avril 1761 , épouſa
hier 15 Janvier , Léonarde P.... née le 15 Janvier
1769 , & par conféquent âgée de 15 ans. Les
parens de la fille , qui font de bons & riches laboureurs
, vouloient lui donner pour dot 1800l.,
argent comptant ; mais Jean L....fon beau - pere ,
a voulu , pour la fingularité du fait , que fon fils
ne touchât que quinze cents liv. & les cent écus
reftans ont été placés auffitôt au denier cinq, pour
former une rente de 15 liv.
M. Houel , Auteur du Voyage de Sicile , vient
de publier le dixieme Chapitre de cet Ouvrage
dans lequel il nous donne les plus intéreffans détails
fur les reftes des édifices de la ville de Tindare
, dont il a traité dans fon Chapitre précédent
; parmi ceux qu'il décrit , il parle d'un
théâtre qu'il a trouvé encore affez bien confervé
pour en donner des plans , des coupes , des élévations
& des profils , ce qui nous fait bien
connoître cette belle partie de l'Architecture des
Anciens , dont les détails intérefferont toujours
par les belles idées qu'elle préfentent. La qual
trieme planche de ce Chapitre nous offre les
plus beaux fragmens d'Architecture & des figures
qu'il a recueillies dans les ruines de cette
ville. Il a paffé delà aux Ifles de Lipari , & fait
une defcription poétique du trajet de mer qu'il
traverſe pour arriver à la capitale de ces Ifles
où il trouve le fujet de la fixieme planche ; elle
repréfente une étuve antique très curieufe , dont
il donne le plan & l'élévation perfpective ( 1 ).
( Cet ouvrage inteffant fe trouve chez l'Auteur
sue du Co S, Hompre
( 85 )
8
"
On a annoncé qu'après avoir fourni une longuen
carriere & s'être fingulierement diftingué
dans fon art , M le Bas avoit fuccombé fous les
efforts d'une maladie opiniâtre , qui depuis longtemps
arrêtoit le cours de plufieurs de fes entreprifes.
Celle qui fixoit le plus Pattention du Public
, & qui l'emportoit fur toutes les autres par fon
importance , eft la foufcription pour les Figures
de l'Hiftoire de France , d'après le plan de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Garnier. Cette entrepriſe
confidérable s'eft trouvée en vente dans la fucceffion
de M. le Bas ; & comme elle eft , à peu de
chofe près , entierement exécutée d'après mes deffins
, j'ai cru qu'il importoit aux Soufcripteurs
eux-mêmes & à moi , que j'en fille l'acquifition .
Je prie de vouloir bien prévenir MM . Íes Soufcripteurs
, que je fuis actuellement feul propriétaire
de l'entreprife ; qu'elle fera terminée conféquemment
dans le même efprit , que je remplirai
très- fcrupuleufement le projet que nous
મ avions , M. le Bas & moi , de faire de cet Ouvrage
un monument national , en fuivant dans
les deffins les coffumes le plus exactement qu'il
me fera poffible. Je dois prévenir en outre MM.
les Soufcripteurs , que M. le Bas avoit difpofé
cet Ouvrage par livraifon de dix- huit Eftampes
in-4°. avec le texte gravé au bas de chaque fujet;
mais que m'étant apperçu que l'exécution
de dix-huit Planches ne pouvoit être que trèslongue
; je ne compoſerai les Livraiſons que de
douze. Il en résultera deux avantages ; les jouiffances
feront plus fouvent renouvellées , & je ferai
, par ce moyen , dans peu en état de fournir
une nouvelle livraiſon . Cette fuite d'Eftampes
eft juſqu'à ce moment au nombre de cent quarante-
quatre ; ce qui fait douze livraiſons á raiton
de douze Eftampes par chacune d'elles. L'Efsampe
coûtera 20 fols. On foufcrit , & on déli(
86 )
vre chez moi , rue du Coq Saint Honoré
près le Louvre. Signé MOREAU le jeune , Dellinateur
& Graveur du Cabinet du Roi & deJon Académie
de Peinture & Sculpture .
La collection des Poëtes & autres auteurs en petit
format, entreprife & continuée par M. Cazin ,
Libraire à Reims , jouit depuis long - tems des fufrages
du public , par la commodité du format , le
choix & la variété des ouvrages , la réunion d'une
quantité confidérable formant une jolie petite bibliotheque
, occupant très -peu d'efpace & fi fa
cile , fi commode à tranfporter. M. Cazin vient de
l'enrichir des chef- d'oeuvres de Corneille dẻ
ceux de Saint - Réal , des oeuvres de Madame de
Graffigny , d'un recueil piquant de chanfons
choifies , formant 5 volumes , dont un eft compofé
des airs notés , de l'art d'aimer d'Ovide
nouvelle traduction en profe , & de Genevieve
de Cornouailles & le Damoifel fans nom , ro
man de Chevalerie par M. de Mayer ; &c . L'éditeur
s'attache à réunir les meilleurs ouvrages ,
& les plus piquants ; & fon receuil eft le plus
intéreffant , le plus agréable & le plus varie
qui ait paru depuis longtems.
M. Renaud , dont nous avons annoncé l'entre.
prife importante , & qui ne peut qu'intéreffer les
Artiftes & les Amateurs , de publier des copies
fideles des plus beaux monumens d'architecture ,
qu'il a été à portée de voir & d'étudier pendant
un long séjour en Italie , vient de publier la feconde
livraison de cette collection précieufe. Elle
contient 6 planches comme la premiere , avec
leur explication in folio. Le nombre des planches
fera de 30 ; le prix de la feufcription eft de
72 liv. , dont on paye 36 en foufcrivant , 24 au
mois de Novembre prochain , & 12 en recevant
la derniere livraifon. On foufcrit chez M. Clou
fier , rue de Sorbonne , & M. Jaillon , quai de
la Mégifferie.
( 87 )
M. ,votre zéle à inftruire le public de tout ce
qui peut intéreffer le bien de l'humanité , me
fait efpérer que vous voudrez bien inférer , dans
votre plus prochain numéro , ma derniere réplique
aux attaques vifiblement intéreffées que le
fieur Chroaré multiplie contre moi & monreméd .
Quelques foient les motifs & l'acharnement de
cet Apoticaire à faire fufpecter l'ufage de ma
poudre , le résultat de l'analyfe qu'il dit en
avoir faite , les conféquences qu'il en tire , fort
fi oppófées aux épreuves multipliées faites par
ordre du Gouvernement , à la foule de guérifors
extraordinaires qui en ont été la fuite , à celles
qui s'operent journellement à Paris & dans toute
la France , fous la conduite des Médecins & Chirurgiens
, folemnellement vérifiées fous les yeux
de M. le Maréchal, Duc de Broglie , dans fon gouvernement
; aux expériences non moins décifives.
faites en Angleterre , aux fuccès étonnans obtenus
dans les Colonies , & conftatés par les Intendans
, &c. qu'on ne peut ajouter foi aux opérations
& aux affertions chimiques du fieur Chroaré
: n'y eût - il d'ailleurs aucun doute fur les connoiffances
& les contradictions de ce Pharmacien
en fait de chimie , déférées au public par un habile
Médecin de la Faculté de Paris ** , je ne déférerai
point à mon tour les intentions , ni fes
anciennes pratiques , pour furprendre de moi la
compofition d'un reméde dont l'ignorance fait
tout fon défefpoir. « Gardez - vous , me dit - il ;
lorfque je lui fis connoître l'extrême defir que
j'avois de préfenter à l'Académie Royale des
Sciences le mercure purifié à ma maniere , &
dont il admiroit lui-même de bonne foi la beauté
& la pureté gardez- vous bien de montrer aux
(1 ) M. Mithié : lifez pag. 49 , fon ouvrage , qui a pour
titre Suite de l'Aitiologie , 1781 , chez Didot jeune
quai des Auguftins .
:
( ૪૪ ' )
Chimiftes de cette compagnie ce procédé unique
ils ne vous pardonneroient pas d'avoir trouvé un
fecret qu'ils cherchent en pure perte depuis fi
long-tems. J'aurois démontré alors , & j'obferve
aujourd'hui au fieur Chroaré , que ce reméde eft
de telle nature qu'on ne peut l'analyfer fans l'altérer
& le corrompre ; que toute action du feu
le vicie , puifque l'opération de cet élement eft
également contraire & étrangere à ma compofition
; qu'il y a une grande différence entre notre
eftomach & les fourneaux du fieur Chroaré ; que
fi celui-ci étoit de bonne foi il n'auroit pas dû
éluder la folution du problême que je lui ai propofé
par ma premiere réponſe inferée dans le
Mercure n° 51 , du mois de Décembre 1783 ;
que des farcafmes ne font pas des raifons ; que
des faits valent mieux que des raifonnemens
des guérifons que des analyfes , qu'il ne fuffit
pas , quand on ne peut nier ni combattre les effets
, de calomnier la caufe ; que la pharmacie
n'eft fouvent que l'art d'opérer les effets les
plus falutaires par les caufes les plus alarmantes ;
que ce fecret de l'art confifte dans un point unique
de modification ; que ce procédé unique , cette
heureuſe modification d'une caufe féconde, en
grands effets , je l'ai trouvée . Elle affure à mon
reméde des fuccès en tout genre qui feront mieux,
fon apologie que tout ce que je pourrois répondre
áu fieur Chroaré ; il analyfera & je guérirai ;
voilà déformais ma réponfe. J'ignore le procès
& la fociété que cet apoticaire prétend que
j'ai eu avec un de fes confreres qu'il ne nomme
pas ; quand il l'indiquera , je fçaurai lui rendre
juftice. Que le fieur Chroaré la rende lui- même
une fois à l'homme , ami de l'humanité , qu'il
ofe taxer de monopole , tandis qu'il ne peut ignorer
que tous les malheureux , avec un certificat
(189 )
de leur Curé , ou d'une perfonne en place
trouvent chez moi mon reméde gratis .
Le Chevalier DE GODERNAUX .
DE BRUXELLES , le 9. Mars.
EN conféquence des plaintes portées par
ce Gouvernement aux Etats- Généraux d'une
nouvelle violation du territoire de l'Empereur
, il a été rendu en Hollande une Ordonnance
pour empêcher de pareils fujets
de plaintes à l'avenir ; il eft défendu fous des
peines rigoureufes , à tous bas - Officiers ,
foldats , dragons , &c. de la République ,
de paffer fur le territoire Autrichien , & enjoint
aux Gouverneurs , Commandans &
Majors de place , de tenir la main à l'exécution
.
Les divifions ne femblent pas près de finir
dans cette Republique , écrit- on de la Haye ; le
Confeil d'Etat a préfenté aux Etats généraux des
plaintes contre la prétention des Etats de Hollande
de le mêler des fortifications des frontieres
qui appartiennent exclufivement au Confeil . Cette
affaire va occafionner de nouvelles difcuffions ;
& avant qu'elles foient terminées , il s'en éleve
une autre par la mort du Comte Amiral van')
Doe ;
elle a donné lieu à la queftion de favoir à qui
appartient la nomination des Officiers de pavillon
dans le reffort des Colleges d'Amirauté d'une
Province. Les Etats de Hollande & de Weft-
Frife font occupés à préfent à délibérer fur cette
queftion ; & ils en ont prévenu le Stadhouder ,
en lui fignifiant qu'ils s'attendoient que jufqu'à
ce qu'ils euffent pris une réfolution décifive , if
voudroit bien fufpendte provifionnellement tou
tes les nominations de certe efpece dans fa Province.
( 20 )
I
L'affaire de l'Enfeigne de , Witte & du
jardinier van Brakel a été renvoiée à la juftice
ordinaire ; les Etats de Hollande & de
Weft Frife ont dit que le premier étoit fufceptible
de grace ,
mais que le fecond ne
l'étoit point.
་
Un Edit récent , écrit- on de Madrid , accorde
à la Nation françoife un commerce libre
avec les habitans de l'Ile efpagnole de la Trinidad
, pendant l'efpace de dix années . Le but
principal de ce privilege eft l'encouragement de
la population & du commerce de cette ifle. En
effet , les individus de toutes les nations y font
également accueillis , pourvu qu'ils faffent prod
feffion de la Religion catholique : il eſt accordé
à tous ceux qui veulent s'y établir une certaine
portion de terrein dont ils doivent jouir librement
pendant 10 ans ; à l'expiration de ce terme
ils paieront pour 100 de tous les fruirs & productions
; & c'eft fous cette condition de 5 pour
10c, qu'il eft permis aux fujets colons de S. M. C.,
de charger leurs navires de productions frança fes
pour la Colonie, & de porter en retour dans les,
ports de France des productions de la Colonie «.
6
Selon une lettre d'Amfterdam , le vaiffeau
de guerre l'Amiral Piet Hein , venant
d'Angleterre avec des prifonniers , toucha le
23 Février fur le Morder Haaks pendant
une brume ; on lui envoya du Texel & du
Vlie les fecours néceffaires , & il arriva le
24 au Texel.
Une lettre écrite à bord du Prince Guillaume
, dans la rade de Toulon , le 10 Février
, contient les détails fuivans.
« Le 3 Février , à 3 lieues de Toulon , nous
( 2 )
avons effuyé une tempête terrible , qui en moins
de 3 minutes a démâté toute l'Efcadre dont le
Prince Guillaume faifoit partie. Après avoir paffé
une nuit affreuſe entre la vie & la mort , nous découvrîmes
un brifant . Notre vaiffeau étoit alors
fans voiles & fans gouvernail au milieu des rochers.
Nous fumes faifis d'effroi ; plufieurs fois
nous fumes fur le point de périr en voulant jetter
l'ancre. Nous reftâmes une feconde nuit dans cette
fituation terrible ; heureuſement le vent fe relâcha.
2 barques arriverent à notre fecours , mais
elles n'oferent approcher . Une brife s'étant élevée
à 2 heures du matin , nous faisîmes cette occafion
de quitter la pofition périlleufe où nous nous
trouvions , & le 9 nous fommes arrivés à l'entrée
du port de Toulon « .
ཧཱུྃ།
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL.
-
On lit dans quelques- uns de nos papiers que
l'Imperatrice de Ruffie voulant former une nouvelle
branche de commerce , a offert à l'Espagne
36 millions tournois , & de lui fournir à perpétuité
5000 tonnes de chanvre par an , fi elle vous
loit céder l'ifle de Minorque. Le Miniftere , ajoutent-
ils , eft difpofé à accepter ces offres , mais le
Roi feul les refufe. Cette nouvelle paroîtra
pour le moins hafardée à ceux qui favent que l'ELpagne
n'aime guere à fe défaire de fes poffeffions ,
fur-tout de celles qui avoifinent fes plus belles.
Provinces . D'ailleurs , le traité qu'elle vient de
faire avec la Porte Ottomane , & qui peut devenir
fi avantageux pour fon commerce , l'empêcheroit
d'entendre à aucune propofition de cette efpece
faite par les ennemis naturels des Turcs .
Ceux qui favent à quelle occafion le fiege de
Mahon fut réfolu , ne fe perfuaderont jamais
que la Ruffie ait fait une pareille demande , puifque
la feule crainte que l'on eut qu'elle ne traitât
( 92 )
de cet objet avec l'Angleterre , fut la feule caufe
de l'occupation & de la conquête de Minorque.
La fermentation politique qui regne à préfent
a produit des phénomenes affez finguliers. Les
Lords Bute , Mansfield & Stormont , font dans la
lifte des perfonnes oppofées à la Cour; & le fils &
le gendre du feu Comte de Chatham, le Comte
' Effingam , & M. Jean Wilkes , font regardés
comme les foutiens de la ſecrete influence.
Le 20 le Comte Temple eut une entrevue avec
M. Pitt ; c'eſt la premiere qui a eu lieu depu.s
deux mois: il eft certain que lorfqu'il donna fa
démiffion, le furlendemain de ía nomination à une
place de Secrétaire d'Etat , il différoit d'opinion
avec les Miniftres . Il fut foupçonné pendant quelques
jours de leur être contraire. Lorsqu'il a enfin
vu M. Pitt , il a été conduit par M. Grenville,
& it a refté 3 quarts d'heure avec lui.
Parmi les bijoux que le Duc de Rutland emporte
en Irlande , on compte une étoile de dia
mans très- beaux ; elle eft eftimée 3000 1. fterl . On
obferve que de nos jours ces fortes de décorations
font très- rares ; outre le Roi , & le Prince de
Galles ; il n'y a que deux ou trois de nos princi .
paux Seigneurs qui en aient .
CAUSE extraite du Journal des Caufes célébres [ 1 ].
HOMICIDE commis par un jeune fille. >.
Jacques Sauvan de Vacheres en Diois , étoit
famé dans ce lieu , & par fa force extraordinaire ,
qui lui avoit fait donner le furnom de Mille-
Hommes , & par fon tempérament ardent &
brutal . A l'âge de 55 ans , il étoit encore la
[ 1 ] On fouferit en tout temps pour ce Journal intéres
fant , chez M. Des Effarts, Avocat , rue Dauphine , hôtel
de Mouy , qui nous a fourni cer extrait , & chez Mérigor
le jeune , Libraire , quai des Auguftins , Prix , 13 ).
pour Paris , & 24 liv . pour la Province .
( 93 )
terreur de la jeuneffe du hameau. On le voyoit,
couvert des haillons de l'indigence , courir après
les filles du village , employant tour à tour la
rufe & la violence ; la nature & les loix n'avoient
point posé de bornes que fa fureur refpectât.
Cette espece de monftre regardoit comme
fa proie future , Françoife Tiers , jeune payſanne
âgée de 15 ans. Il la pourfuivoit par - tout ; mais
elle n'avoit fans doute pas beſoin de fa vertu
pour lui réfifter ; le dégoût naturel qu'infpiroit
ce fuborneur en cheveux blancs , devoit l'armer
, autant que fon honnêteté , contre fes féductions
; & l'exemple de quelques victimes redoubloit
fa vigilance. La réfiftance allumant de
plus en plus la fougueule paffion de Sauvan
il épia les momens de la trouver feule , & tenta
d'en abufer; mais toujours fervie par la vertu
par fes dédains & par les hafards , elle avoit
triomphé de fes inftances & de fes entrepriſes ;
& cette lutte duroit depuis 4 ans. Mais comment
échapper toujours à un ennemi fi voifin
fi acharné , & capable de marcher au vice par
le crime ? Let28 avril 1782 , Françoife Thiers,
alors âgée de 19 ans , étoit allée à Boue , village
à une lieue de celui qu'elle habite après
avoir affifté aux offices de l'Eglife , fe difpofant
à s'en retourner , Sauvan vint la prier de recevoir
fur fon âne un double panier qu'il venoit
d'acheter. Son premier mouvement fut de refufer
ce ſervice ; mais follicitée par le nommé
Bernard , qui avoit vendu les paniers
s'en chargea par l'affurance qu'il lui donna
qu'il alloit boire avec Sauvan , & qu'ainfi
elle n'avoit pas à craindre fa compagnie,
Elle part feule & hâte fon retour ; mais
les paniers l'embarraffoient & retardoient fa
marche , elle les dépofa aux Combes , hameau
elle
( 94 )
fitué à la moitié de fon chemin : arrivée chez
elle , elle vaque aux foins domeftiques ; à huit.
heures du foir , au moment où elle venoit de faire
manger les beftiaux , & qu'elle fermoit la porte
de l'étable , paroît Sauvan , portant les paniers
fur fa tête , qu'il pofe à terre , en difant , les
voilà pourtant , quoique tu n'aies pas voulu les apporter
jufqu'ici. Et auffi- tôt prenant une hache
qu'il trouve fous fa main , il en décharge un
grand coup fur les paniers , en jurant qu'il
lui en feroit autant , fi elle faifoit des façons.
En même temps il la faifit , & lui jettant deux
écus de 6 livres dans le fein , il l'affure qu'il
lui feroit inutile de vouloir réfifter , qu'il avoit
publié par tout qu'il étoit au mieux avec elle ,
& qu'il le feroit ; il accompagna cela de geftes
brutaux. La fille effrayée & indignée de
l'outrage , recueille fes forces ; dans le trouble ,
l'ardeur de fa défenſe , pour faire lâcher priſe à
cet homme féroce , elle lui porte quelques coups
d'une barre courte fur le derriere de la tête.
Un de ces coups fut mortel : Sauvan bleffé chancelle
, tombe & expire au même inftant . Qu'on
juge de l'effroi de cette jeune fille en le voyant
mort à fes pieds. Elle fuit le premier mouvement
de la peur , qui eft de chercher à cacher
fon délit involontaire : affiftée de fon jeune frere ,
enfant de 11 ans , qui la voyant tarder plus qu'à
l'ordinaire dans l'écurie , étoit venu en favoir
la caufe , elle fait rouler le cadavre par la prai
rie contigue à fon étable , & dont le penchant
eft rapide. Le cadavre va s'arrêter de lui-même
dans le trou d'un four à chaux qui fe trouvoit
au bas. Ele fuit fon objet , & l'idée que lui
infpire ce lieu ; elle le déshabille , & afin qu'il
fût plutôt confumé, elle le couvre de chaux & de
terre ; & va cacher fes habits dans un coin de
T
( 95 )
Petable , tant il eft vrai que l'innocent agit
quelquefois comme le coupable , parce que la
crainte des fuites femblables fuggere les mêmes
précautions ? Cependant Sauvan manque , fon
abfence donne des inquiétudes à fa famille. Le
lendemain , fes parens vont à fa recherche :
ils s'arrêtent auprès de la maifon de Tiers , fur
ce qu'ils avoient appris que la veille on avoit
cru entendre du bruit , & même des cris du
côté de cette maifon. François Tiers pere , qui
étoit revenu de Boue , où il avoit paffé le jour
& la nuit précédente procura une lumiere pour
lés éclairer dans leur recherche . Bientôt on trouva
les habits. La jeune fille , qui entendoit & fon
pere & les autres former des conje Aures & foup-
Conner des innocens , s'avance , & leur dit :
Vous cherchez Sauvan , il n'eft pas ici ; je l'ai
fué , lorfqu'il vouloit me violer , & enfuite je
Pai enterré dans le four à chaux. Ainfi ne foupçonnez
perfonne ; j'étois toute feule , & c'eft
moi feule qui lui ai donné la mort , fans le vouloir
d'un coup de la barre de la porte » Auffitôt
elle fut arrêtée , & fon pere & fes jeunes
freres , & tous furent enfermés dans les écuries
du Seigneur. La juftice du lieu , de Soubroche ,
en fut avertie , & s'y tranſporte le 1 Mai . Le
lendemain le juge procéda à la levée du cadavre.
On entendit feize témoins , qui n'avoiens
rien vu , & le rapport du Chirurgien . François
Tiers , pere , fut décrété d'ajournement perfonnel
, & Françoife Tiers & ton jeune frere dé
11 ans , de prife de corps ; ils furent conduits
dans les prifons de Dye . On procéda enfuite à
deur interrogatoire , conforme à ce qu'on a lu.
Le Juge convaincu par l'information & par la
connoiffance des lieux , de l'alibi & de l'inno
cence du pere , le fit élargir ; mais voulant
( 96 )
épargner des frais au Seigneur , ill arrêta là la
procédure , & fe hâta d'envoyer la jeune fille
dans les prifons de Valence pour y être jugée
par les Officiers de la Sénéchauffée. Là , éloignés
de 20 lieues de leur famille & de leur
patrie , renfermés dans leurs cachots , ne pouvant
que fe plaindre & non fe défendre & s'expliquer
dans un idiome inintelligible pour ceux qui
n'étoient pas de leur canton , fans reffource &
fans appui , ces jeunes infortunés pourtant furent
fecourus par une ame fenfible , par un défenfeur
généreux & gratuit , qui leur prêta fa
voix & fon miniftere , & fuppléa par fon travail
& fes lumieres , à la cruelle parcimonie des
Juges du Seigneur , qui avoient négligé de recueillir
les dépofitions & les preuves les plus
précieufes à la juftification des accufés . Il expola
les principes qui diftinguent l'homicide involontaire
, produit par la réfiftance d'une défenfe
légitime , du crime injufte & réfléchi. II
peignit , d'après le témoignage des perfonnes
défintéreflées du lieu , du Curé , des voifins , la
paffion brutale & les inclinations perverfes du miférable
, qui avoit fini par en être la victime :
oppofa fur la même notoriété , le caractere
& les moeurs de la jeune Payfanne. Craignant
les fuites d'une inftruction judiciaire , le défenfeur
des accufés préfenta un mémoire au Chef
de la Magiftrature. Cette démarche eut le fuccès
qu'il en attendoit. Les accufés obtinrent le 18
Septembre 1782 des lettres de rémiffion , & leurs
chaînes furent auffi tôt brifées.
ERRATA. L'auteur de l'éloquent difcours prononcé
dans l'Affemblée générale des actionnaires
de la Caiffe d'Efcompte , en faveur des pauvres ,
tranfcrit dans le Journal du 28 du mois dernier
ne s'appelle pas M. de Linon comme on l'a
imprimé , mais M. de Lixon.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 31 Janvier.
LE feu ayant pris ces jours derniers aut
grand hôpital de terre & de mer , ce
vafte édifice a été entierement réduit en cendres
; & on apprend que quelques perfonnes
& fur- tout des malades ont péri dans les
flammes , malgré les fecours qu'on leur a
portés.
» M. Laxman , Confeiller de Cour & Profeffeur
, écrit - on d'Irkutsk en Sibérie , chargé
par l'Impératrice de faire un voyage dans les
parties les moins connues de fes Etats , pour en
examiner le fol , les productions , & en étudier
plus particulierement l'hiftoire naturelle , eft arrivé
ici . Il fe propoſe de pouffer fa route jufqu'au
Kamtfchatka , d'examiner les volcans voifins de
cette partie de l'Océan ; delà il compte vifiter les
ifles Kuriles & Aleutes , & pénétrer , s'il eft
poffible , jufqu'à la côte de l'Amérique qui borde
cet Océan à l'Occident . Pour lui faciliter les
moyens de remplir l'objet de fa miffion , S. M. I.
No. 12 , 20 Mars 1784.
98. )
lui a conféré le titre d'Ifpannouk, c'eft- à- dire ,
de Gouverneur de Province . Tous ceux qui s'intéreffent
aux progrès des connoiffances humaines.
font des voeux pour le fuccès de fon expédition
».
POLOGNE.
DE VARSOVIE, le 15 Février.
Les députés de Dantzick ne font point
encore arrivés dans cette capitale , où ils font
toujours attendus. Cependant on affure que
le Roi de Pruffe a donné les ordres néceffaires
pour faire relacher les navires Dantzickois
qui avoient été arrêtés depuis le mois
d'Août dernier.
On dit depuis l'accommodement des
Ruffes & des Turcs , que ceux des Seigneurs
Polonois qui ont des terres dans la Wolhynie
, la Podolie & l'Ukraine , fe propofent
de faire vendre à l'avenir leurs productions
aux Ruffes , dont ils efperent en tirer plus de
parti. On prétend auffi qu'on va travailler
nettoyer le Niefter , pour faciliter la navi
gation fur ce fleuve.
A
ALLEMAGNE
DE VIENNE , le 28 Février.
Les avis d'Italie portent que l'Empereur a
du partir le 13 de Livourne pour Lerici
d'où il doit fe rendre à Genes , & delà à Mi(
99 )
lan. Le bruit fe répand , que pendant le féjour
de S. M. I. à Florence , il y a été projetté
un mariage entre le duc d'Aoft , fils
puîné du Roi de Sardaigne , & l'Archidu
cheffe Marie Thérèſe , fille aînée du Grand-
Duc. On croit que les chemins qui font
devenus prefque impraticables, retarderont le
retour de l'Empereur jufqu'au 10 du mois
prochain.
1
1
On dit que les difficultés qui s'étoient éle
vées , au fujet de la nomination de M. Vifconti
à
l'archevêché de Milan , ont été applanies
dans un entretien de S. M. I. avec
fe Pontife, L'Empereur conferera déformais
tous les évêchés , abbayes & bénéfices de fes
Etats , & les expéditions s'en feront à Rome,
DE FRANCFORT , le 2 Mars.
Des lettres de Berlin portent que le Prince
Henri de Pruffe fe difpofe à faire un
voyage à Peterſbourg. On ignore quel en eft
le motif; & les papiers
Allemands fe
mettent à ce fujet quantité de
fpéculations
perdont
aucune n'eft peut être fondée .
De tous côtés on n'entend parler que des
ravages caufés par les débordemens de la
Meufe & du Rhin. Ils ont été cruels à Cologne
, & dans les environs , à une diſtance
confidérable ; on compte 100 maiſons détruites
à Boul , & dans les villages voilins ,
160 à
Mulheim ; les habitans d'un village
fitué à 2 lieues de
Cologne , furpris tout-àe
2
100
coup par les eaux , ont péri , dit- on , en
grand nombre. L'étendue des pertes n'étoit
point encore connue au départ des lettres ,
& l'unique efpérance que l'on a , c'eft qu'elles
önt été exagérées .
Les alarmes que les grandes eaux ont caufé ,
écrit - on de Manheim , ont ceffé ; nous espérons
que nous en fommes quittes pour la peur , le
dégel ne paroiffant pas prochain & les eaux ayant
beaucoup diminué. L'Electrice ne veut pas nous
abandonner ; elle difoit l'autre jour : Si nous périffons
, je périrai avec mes bons habitans de Manheim;
je ne veux pas leur furvivre . La difette de
bois a été affreufe. Une des principales conditions
du contrat de ceux qui en ont le monopole ,
eft de fournir plufieurs villages autour de cette
ville , & que les magafins de la ville foient approvifionnés
pour deux ans ; mais ils ne doivent de
compte à perfonne. Dejà depuis Noël on commençoit
à craindre que le bois ne pût fuffire
pendant tout l'hiver ; en moins de quinze jours
tout fut épuisé : les ouvriers & les pauvres n'ont
pu en avoir , même ceux qui avoient donné de
f'argent d'avance : auffi la déſolation a été à fon
comble .
DE BERLIN , le 21 Février.
Le célébre Buſching vient de publier dans
fon Journal Hebdomadaire un nouvel effai
de dénombrement de la population de l'empire
d'Allemagne. Voici fes données.
La Mo-
La Bohême , 2,100,000 ames,
ravie , 1,000,000. La Siléfie Autrichienne,
200,000. La haute & baffe Luface , 380,000 .
Le Cercle d'Autriche , 4,150,000. Le
-
/
( 101 )
Cercle de Bourgogne , 1,600,000 . La Baviere
, comptoit en 1771 fans le Clergé & les
Troupes , 1,148,438 .
bourg , 250,000 .
L'Evêché de Salz-
Le Duché de Wür
temberg , en 1782 , 565,890 . Les Margra
viats de Bade , 200 , 000.- La Ville d'Augs
Les Evêchés de Bamberg bourg, 40,000.
& de Wurzbourg , 480,000 .
La Ville de
Nuremberg & fon District , 70,000.
--
Les
Duchés de Juliers & de Bergue , 260,000 . L'Evêché de Munter , 130,000 . L'Evêché
d'Ofnabruck, en mil fept cent foixante-douze,
116,664. Les Pays de Pruffe , dans le Cercle
de Weftphalie , en 1782 , fans les Troupes ,
550,699. Les Pays de Naffau , Dillenbourg ,
Siegen , Diez & Hadamar , 74,000 .
Le Duché
d'Oldenbourg, en mil fept cent foixante - neuf,
79, 071. — L'Electorat de Mayence , 314,000 .
Le Palatinat du Rhin , en 1779 , 289 , 614 .
-Les Landgraviats de Heffe - Caffel & de Heffe
Darmstadt , & le Comté de Hanau , 700,000. L'Evéché
de Fulde , 70,000. La ville
de Francfort - fur - le- Mein , 42,600, Les
Pays de la Saxe Electorale , dans les Cercles de
haute-Saxe & de Franconie , en mil fept cent foixante-
quinze, 1,326,041 . La Poméranie Suédoife,
en 1781 , 100,549. La Poméranie Pruffienne, en
mil fept cent quatre-vingt- deux, fans le militaire, 462, 970. La Marche de Brandebourg
, en
1782 , exclufivement
du militaire , 1,007,232.0
-La Principauté de Gotha , en 1780 , 77,898 .
Le Comté de Schwarzbourg , 100 , 000 .
Le Duché de Magdebourg & le Comté de
Mansfeld, enmil fept cent quatre -vingt-deux ,fans
le militaire , 271,461.- La Principauté d'Halberftard
& le Comté de Hohenvein , en 1782 , fans
les troupes , 130,761 . Les Pays de la
€ 3
( 102 )
maifon Electorale de Brunswick & de Lunebourg
, en 1756 , 750,000. Le Duché
de Brunfvick , en 1775 , fans le militaire.
166,340. • Le Duché de Holftein , 300,000. GDAGAN
Les Pays de Meklenbourg , 220,000. — La
Ville de Muhlhaufen & fon Diftrict , 13,000...
Cet état de la population des principaux Etats
de l'Allemagne , forme un total de près de 21
millions d'ames je m'abftiens , ajoute M. Buf
ching , de prononcer fi le refte des autres Etats
renferme 3 ou 4 millions , pour completter les
25 millions d'ames dont on évalue la population
de l'Empire.
DE HAMBOURG , le 29 Fevrier.
Les anciens démêlés qui exiftoient entre
Ja Livonie en général & la ville de Riga en
particulier , & le duché de Courlande , tant
par rapport aux limites , que par rapport au
commerce , ne fubfiftent plus aujourd'hui.
Tout a été arrangé à l'amiable par une convention
fignée le 21 Mai 1783 , par les com
miffaires de l'Impératrice de Ruffie , ceux
du duc & ceux des Etats de Courlande & de
Semigalle. Cette convention contient 12
articles.
10. Les hommes ferfs , transfuges des Pro
vinces de Ruffie , dans le Duché de Courlander.
feront arrêtés par l'ordre de la Régence de Court.
lande , & remis au Miniftre de Ruffie . Les Prot
priétaires de Terres feront tenus , à l'avenir
de faifir & d'envoyer à ladite Régence tous les
fujets Ruffes qui , fans être munis de paffeports
fe feront retirès dans leurs terres , & dans le
( roz )
cas où ils auroient négligé de le faire dans
l'efpace de deux mois , ils feront mis à une
amende de 200 rixdalers , dont la moitié fera'
pour le Propriétaire du transfuge , ou pour le
Gouverneur général de Riga , & l'autre moitié
pour le dénonciateur. Il fera procédé de même
avec les transfuges Courlandois . 2. Pour
faciliter le commerce réciproque de la ville de
Riga & des Courlandois , ainfi que le tranſport
des marchandifes & productions de Lithuanie ,
le Duc & les Etats de Courlande s'engagent
à entretenir dans un bon état les chemins qui ,
de Pologne , de Samogitie & de Lithuanie ,
conduisent à Riga ainfi que les ponts , bacs &
paffages. Le Duc promet en outre de fupprimer'
dès à préfent les droits perçus jufqu'à ce mo
ment fous le nom de droits de pontonnage
de port & d'entretien de chauffée , & il renonce
par la préfente convention au droit de tranfit
& en général à tous les droits quelconques pour
les marchandifes venant de Riga , ou y allant,
3. L'exercice du droit barbare de Varech
ceffera entierement dans la Courlande. Les
habitans de la côte , qui donneront du fecours
à un vaiffeau ou bâtiment en détreffe ou naufragé
, foit en allant dans un port Ruffe , foit
en revenant , recevront , favoir chacun de
ceux qui le mettront dans des bateaux pour
aller porter du fecours , un rixdaler pour le
travail du jour , & autant pour celui de la nuit
& la moitié de cette récompenſe fera allouée
à chacun de ceux qui feront employés par terre
à fauver les effets naufragés. Les Propriétaires
des terres fur la côte , dans le diſtrict defquels
un vaiffeau ou Bàtiment a fait naufrage , fe
ront tenus , dès qu'ils feront inftruits d'un pareil
malheur , non feulement d'établir des gar
e.4.
( 104 )
diens pour que rien ne foit diverti des effets
fauvés , mais auffi d'en donner la nouvelle à
Riga , & d'en informer encore le Miniftre de
Ruflie réfidant à Mittau , ou l'un ou l'autre des
Confuls Ruffes établis à Libau & à Windau .
Les frais pour cet objet feront remboursés aux
Propriétaires de terres , lefquels ne pourront jamais
empêcher leurs vaffaux d'aller porter du
fecours à un vaiffeau en danger ou naufragé.
Les bâtimens Courlandois jouiront en pareil cas
des mêmes avantages dans les états de S. M. I.
de Ruffie. 40. Comme il arrive ſouvent
que le vent porte fur les côtes de Courlande
des pieces de bois de charpente & autres avec
lefquels on avoit commencé à charger des bateaux
dans le port ou à la rade de Riga , il a été convenu
à ce fujet que les perfonnes munies de
certificats de la Douane de Riga feront autorifées
à ramaffer les pieces de bois portées par le
vent fur la côte de Courlande , & à les reconduire
à Riga , ainfi que les chaloupes qui pourront
avoir été portées également fur cette côte ,
fans qu'on en puiffe exiger aucuns droits. Ceux
qui voudront empêcher ce travail ou qui s'aviferont
de divertir quelque chofe de ce bois ,
feront punis & condamnés parune juſtice prompte
à des dommages & intérêts. 5 ° . Le réglement
du Duc de Courlande fait le 13 Mars
relativement aux naufrages fur la Duna eft
confirmé par la préfente & regardé comme
obligatoire par les états de Courlande . En conféquence
, & dans le cas du naufrage d'un bâ
timent., les Propriétaires des terres fur le ri
vage & la Duna feront enforte qu'il fera éta
bli des gens sûrs qui veilleront aux effets fau
vés. Les débris d'un bâtiment naufragé & les
marchandifes & effets fauvés ne pourront jamais
( 105 )
être réclamés par le fifc , mais fi dans l'efpace
de 6 femaines , aucun Propriétaire légitime ne
fe préfente , tout fera délivré au Gouvernement
général de Riga , & laiffé entierement
à fa difpofition . Le réglement ducal du 15 Avril
178 ; eft pareillement ratifié par la préfente ,
accepté par les états . 6° . La convention
faite en 1615 entre le Duc de Courlande & là
ville de Riga eft confirmée & renouvellée par
la prefente dans tous fes points. En conféquence
il eft défendu itérativement aux habitans des
Duchés de Courlande & de Semigalle , & nommément
à ceux de Jacobftadt & de Fréderichstadt
d'aller au-devant des marchandifes tranfportées
de la Lithuanie à Riga , & de les acheter avant
qu'elles y foient arrivées. 7°. Le Duc &
les Etats de Courlande & de Semigalle recon .
noiffent pour véritables limites de la Livonie
celles arrêtées par le traité de 1648 entre le
Roi Guftave Adolphe de Suede & le Duc Fréderic
de Courlande & confirmées enfuite par le
traité d'Oliva , favoir , tout ce qui eft entre la
riviere de Bulderaa & le lac de Salzmunde jufqu'à
la mer & encore le bailliage de Dahlen avec
fon ancien diftri &t & les terres qui touchent le
bailliage de Baldohn S. M. I. fera occuper ces
diftricts auffi-tôt après la fignature de la préfente
convention . La Livonie & la Courlande
ayant des poffeffions refpectives fur les
deux rives de la Duna , dont les limites ne
font point déterminées , il a été convenu que
ces poffeffions feront mefurées & réglées par des
Commiffaires , & échangées d'une maniere con
venable aux deux pays. 48°. Les Négocians &
Marchands ruffes qui font établis ou qui s'établiront
par la fuite à Mittau , ou dans d'autres
villes de Courlande , auront la permiffion d'y
-
es
( 1061 )`
"
faire le commerce en gros & en détail avec
toutes les productions brutes & ouvrées de Ruffie,
de les acheter , vendre & tenir librement en
boutique ; il leur fera permis de fréquenter les
foires du pays , & ils pourront acquérir des
maifons , jardins & boutiques , mais dans ce
dernier cas ils feront affujettis aux mêmes taxes
& impofitions que payent les Courlandois ; on
ne pourra pas les forcer malgré eux de fe faire
recevoir membres d'aucune corporation , & d'en'
payer les taxes. Ils feront fous la protection du
Miniftre & des confuls de Ruffie ; toutes les
plaintes contre eux feront portées devant ce
Miniftre ou ces Confuls , qui les feront juger
par les tribunaux ordinaires du pays ; mais quant
au criminel ils feront affujettis aux loix du
pays , le Miniftre & les Confuls de Ruffie devant
feulement faire attention qu'ils ne foient
pas condamnés injuſtement. 9º. Les Ouvriers
ruffes qui , munis de Paffeport , travaillent
dans la Courlande , ne feront plus foumis
à la jurifdiction des nobles ; ils feront fous la
protection du Miniftre & des Confuls de Ruffie ,
lefquels , en cas de plainte , les feront juger ,
comme il eft dit dans l'article précédent .
10°. S. M. I. de Ruffie , voulant donner au
Duc & aux Etats de Courlande & de Semigalle
une nouvelle preuve de fon affection , fe defifte
du droit accordé en 1615 par le Duc de Courlande
à la ville de Riga , au moyen duquel la
ville devoit exporter exclufivement toutes les
denrées & bleds de Courlande. En conféquence
elle accorde par la préſente au Duché de Courlande
, & nommément aux ports de Libau &
de Windau une entiere liberté d'exportation &
d'importation fur le pied établi actuellement
à condition cependant qu'outre les ports actuels
( 107 )
>
de Libau & de Windaux , il ne fera plus établi
& ouvert de nouveaux ports fur la côte de
Courlande. Comme S. M. I. a déja donné plu
fieurs encouragemens aux habitans de Courlande . «
pour les encourager à commercer avec la ville
de Riga , elle exige que les Paroiffes qui
jufqu'à préfent , avoient coutume de porter leurs
productions dans la ville de Riga , & nommément
celles de Dunaburg , d'Uberlauz de
Selburg , de Nerft , d'Aafchcrad , de Bauske
d'Ekau , de Neugutfch , de Baldon , de Mitau
, de Seffau , de Grenzhof & de Dobblen
continuent de faire le commerce avec ladite
ville de Riga , comme il a été établi jufqu'à
ce moment ; mais les poffeffeurs de terres dans
les autres Paroiffes jouiront de la pleine liberté
de tranfporter leurs productions , foit à Riga ,
foit dans lefdits ports Courlandois de Libau &
de Windau. 11°. Les traités de convention
faits entre S. M. I. , & le Duc , & les
Etats de Courlande & de Semigalle , & les anciens
traités entre les Ducs & la ville de Riga
fubfifteront dans tous les points , dans lefquels
il ne leur a pas été dérogé par la préſente convention.
120, Aufli - tôt après la fignature
de cette convention par les Commiffaires refpectifs
le Duc & les Etats feront enforte qu'elle
foit mife à exécution . Ils feront auffi tenus d'en
envoyer un certain nombre d'exemplaires im
primés dans
les diverfes villes & Paroiffes des
Duchés de Courlande & de Sémigalle pour y être
Jus & affichés.
-
4
L'attention générale eft maintenant dirigée
du côté du commerce; par tout les fouverains
s'empreffent d'augmenter le leur , &
leurs efforts paroiffent avoir par - tour du
fuccès.
( 108 )
Le commerce maritime des Etats héréditaires
de la maifon d'Autriche , commence à devenir
très -important. S'il continue ainsi , comme il y a
lieu de le préfumer , il fera dans peu d'années
plus confidérable que celui de terre . Déjà il
procure aujourd'hui un bénéfice net de 3,500 000
florins , & on compte plus de 2000 bâtiments
Autrichiens qui font employés actuellement fur
la mer & fur les rivieres navigables. Une partie
des bâtiments de commerce eft armée ; & il y en
a qui font percés pour 24 , pour 30 & même pour
60 canons . On a établi , de tous côtés , des
liaifons mercantiles. On voit maintenant des
factoreries Autrichiennes fur la côte d'Afrique ,
le golfe du Bengale , les côtes du Malabar & de
Ja Perfe. Le commerce de cette puiffance fur le
Danube commence à fleurir , & en général
S. M. I. prend toutes les mesures propres à
l'élever dans fes états & à combiner fagement
celui de terre avec celui de mer. La compagnie
de Triefte fait conftruire dans ce moment
un bâtiment qui fera nommé l'Aigle Impérial;
il fera de 1000 tonneaux , armé de 36 canons &
monté par 180 hommes. Auffi - tôt qu'il fera
achevé on l'enverra à Fiume où il chargera du
cuivre , du fer & du plomb ; de là il ira à Marfeille
où il complettera fa cargaiſon & mettra
à la voile pour Canton en Chine.
-
*
Le bruit fe répand depuis quelques jours .
que
les Dantzickois viennent de fe mettre
fous la protection immédiate de l'Impératrice
de Ruffie , & qu'ils ont élevé fur les limires
de leur territoire, des poteaux avec
les aigles Ruffes . Plufieurs papiers répétent"
aujourd'hui cette nouvelle , mais elle a encore
befoin de confirmation .
( 109 )
La rigueur perlévérante de la faifon , lit-on
dans une lettre de Munich , en date du 21 Janvier
, caufe de véritables maux dans ce pays - ci.
La terre y eft couverte de plus de quatre pieds &
demi de neige , & il ne ceffe d'en tomber ; les
villages fitués dans les bas-fonds fe diftinguent
à peine quelques - uns même font déferts , le
payfan craignant d'être écrafé par le toit de fa
maifon , trop foible pour foutenir le poids. Les
chemins , devenus impraticables , ajoutent encore
à la mifere des habitans de la campagne ,
par la difficulté qu'ils trouvent à approvifionner
les marchés publics des endroits principaux à leur
portée : auffi le bois & les denrées qu'ils font dans
P'ufage de tranfporter journellement dans cette
Réfidence électorale , y font - ils d'une rareté &
d'une cherté exceffives. Le froid , qui le 15
de ce mois a été ici , à cinq heures du matin
à 17 degrés au -deffous du point de congélation ,
le plus rigide qu'on y eût encore reffenti , diminue
conftamment depuis cette époque , & il
paroît qn'on touche à celle du dégel , qui fait
redouter de fortes inondations. Pour en préferver
cette ville , le Gouvernement en fait enlever &
dépofer hors de fes remparts , la majeure partie
de la neige , qui y eft, amoncelée au point que
les gens ne peuvent fortir à pied qu'en fuivant ,
d'étroits fentiers , frayés pendant le jour & comblés
la nuit, le long des maifons . Un chien
enragé , échappé de l'endroit où il avoit été conduit
pour être affommé , a répandu ici les plus
vives alarmes . Avant qu'on ait pu parvenir à ſe
défaire de cet animal furieux , dix- huit perfonnes
en ont été mordues . Les remedes les plus connus
comme propres à prévenir les fuites du malheur
dont elles étoient menacées , leur ont été adminiftrés
fur le champ , & peu de jours après elles,
Lang
( 116 )
font parties pour l'Abbaye de Saint- Hubert en
Ardennes , où l'Electeur a ordonné qu'elles fuffent
transférées avec tout le foin & le plus commodément
poffible. Le Chirurgien qui les accom
pagne vient d'écrire que l'un des ces infortunés
étoit mort dans les convulfions , à Canftadt ; que
la mélancolie la plus noire s'étoit emparée des
autres , & que les fymptômes qui ſe manifeſtoient
Jui laiffoient peu d'efpoir de les conduire juſqu'au
lieu où ils vont chercher leur guériſon . Pendant
huit jours confécutifs des patrouilles de foldats
de cette garnifon ont parcouru la ville , & tué
tous les chiens , fans exception quelconque ,
qu'ils ont rencontrés. -
ITALIΕ.
DE FLORENCE , le 18 Février.
La partie du Clergé vouée à l'inftruction
des habitans de la campagne , & à y remplir
les fonctions de paſteurs , ne jouit prefque
nulle part d'un revenu proportionné à ſes
befoins. Le Grand-Duc a deſtiné à l'amélioration
de leur fort une portion des biens
des couvens fupprimés ; & fur ce fond il a
accordé des fupplémens de traitemens aux
miniftres de la Religion , pourvus de Cures
de collation libre , & que les Evêques ont
jugé en avoir befoin . S. A. R. a porté également
fon attention fur les Cures de patronat
eccléfiaftique , & adreffé les difpofitions
fuivantes aux Evêques de ce grand Duché.
Le Grand-Duc a vu avec déplaifir , y eft- il dit ,
que la plupart des cures dépendantes des chapi
( 111 ).
tres, abbayes , lieux pies , couvents , monafte
res, & c. manquent pour la plupart de portion
congrue , & que le traitemunt affigné aux pafleurs
n'eft pas même fuffifant pour affuter leur fubfiftance
, quoique le devoir indifpenfable de leurs
patrons , foit d'y pourvoir , de maniere à les
débarraffer de tout autre foin , pour qu'ils puiffent
s'occuper plus affiduement & plus efficacement
de leurs fonctions. S. A. R. veut que toutes cures
de cette efpece foient à l'avenir inamovibles ,
afin que les pafteurs libres de toute dépendance
vis- à- vis de leurs patrons , ne foient plus obligésde
fubir, de peur d'être licenciés , les loix fouvent
dures que leurs patrons veulent leur impofer.
Tous ceux contre l'habileté defquels les évêques
n'auront aucune objection , font dès ce momentconfirmés
dans leurs places par l'autorité fuprême
, & ne pourront être révoqués par leurs
patrons. Leurs revenus feront augmentés de la
maniere qui fera indiquée , & jufqu'à une fomme
qui feta fixée dans le réglement qui fera publié
inceffamment . Ces augmentations feront à la
charge des patrons qui les tireront de leurs biens,
dont partie a été d'abord deftinée par les fondateurs
, à payer les fonctions curiales ; & pour y
faire face , les chapitres , abbayes , lieux pies &
couvents , fupprimeront chez eux les fêtes de
luxe & toutes celles qu'on peut juger fuperfues ;
ils diminueront auffi le nombre de leurs canoni
cats & de leurs chapellenies.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 9 Mars.
Les lettres que nous recevons des Ifles
1
1
( 112 )
nous ont été apportées par la Réfiftance ,
frégate de 44 canons , arrivée le 1 de ce mois
à Portſmouth. Elle nous annonce le retour
prochain de l'Amiral Rowley , qui monte
le Preſton , de so carions , avec lequel , elle
etoit partie de la Jamaïque le 19 Janvier ,
& dont elle a été féparée un mois après . Si
la tempête qu'il a éprouvée , ne lui a pas
caufé de grands dommages , il ne tardera
pas à arriver.
Les lettres des Ifles qu'a apportées la Ré
fiftance , nous apprennent que le 6 Janvier
les François évacuerent & remirent entre
les mains des Commiffaires Britanniques
l'ifle de S. Chriftophe , & les autres conquêtes
qu'ils avoient faites pendant la guerre.
On y éprouve les effets de la derniere proclamation
, relativement au commerce des
bâtimens Américains , qu'elles ont écarté de
toutes nos ifles , où l'on fouffre beaucoup,
de leur abfence , & où l'on en fouffrira encore
davantage par la fuite , fi l'on ne la révoque
pas
·La legislation de Maryland paffa en Décembre,
dernier une loi pour établir un impôt de s fchelings
courans , ou 3 fchelings fterl . fur chaque
tonneau des vaiffeaux Anglois; & un autre droit
de 2 pour 100 , au - deffus de ce qui eft payé par
les citoyens de cet état , fur toutes les marchandifes
, manufactures & autres produits de la G.
B. , ou de quelqu'un des pays de fa domination ,
exporté fur un bâtiment appartenant en entier
ou en partie à un fujet britannique . Cet impôt fur
les marchandifes angloifes n'eft point payable , fi
( 113 )
elles font la propriété d'un citoyen des Etats -Unis,
& fi elles font importées avant le mois de juillet
prochain. La même loi défend d'accorder des permiffions
à tout vaiffeau appartenant en entier ou
en partie à un Anglois. Les délégués de Maryland
au Congrès , font autorifés par la même
loi à confentirà tout article par lequel le Congrès
pourra défendre les importations des biens étrangers
dans des vaiffeaux qui ne feront pas reconnus
être la propriété des fujets des Etats- Unis.
Il eft probable que tous les autres Etats paf
feront des loix femblables . On peut obferver que
celui de Maryland , immédiatement après la reception
des traités provifoires , avoit paffé une
autre loi autorifant les fujets britanniques à avoir
jufqu'aux trois quarts de la propriété des vaiffeaux
frétés par les américains , & leur accordoit
les mêmes privileges & exemptions dont jouiffent
les citoyens de l'état. Ainfi voilà une guerre de
commerce commencée , & qui peut être funeſte
aux deux pays .
On a reçu des nouvelles de l'Inde par le
Sea Horfe , parti de Madraff le 2 Octobre
dernier, & arrivé à Portſmouth le 27 Février.
Elles nous apprennent que le confeil de cette
Préfidence a démis de fon commandement ,
& fait arrêter le Général Stuart , le même,
qui , lorfqu'il n'étoit que Colonel , eut une
part principale à la fubverfion du gouvernement
du lord Pigot. On l'accufe d'avoir
confpiré également contre celui du lord
Makartney ; toutes fes mefures étoient , diton
, prifes ; & la plus grande expédition
pouvoit feule en prévenir l'éxécution ; on
s'affura de fa perfonne , au moment même
( 414 )
où il expédioit aux troupes , qu'il vouloir
employer à cet effet , les ordres néceffaires.
Cet événement , felon les lettres particulieres
, a donné lieu à une multitude d'obfer
vations contradictoires dans l'Inde ; & on
ne manquera pas d'en adopter plufieurs ici.
C'est ainsi que l'on expofe quelques- uns des
faits relatifs à cette affaire.
Au mois de décembre 1781 , le Nabab Maho
met Aly Cawn confentit à affigner au lord - Macartney
, tous les revenus du Carnate , pour fou
tenir la guerre, mais à certaines conditions . Il
Le plaignit enfuite que ces conditions n'étoient
pas obfervées par le Lord; & il s'adreffa au
Confeil- Supérieur , qui , après mûre délibération
, preffa le Lord & fon Confeil de délivrer
au Nabab ce qui lui étoit affigné , puifque de fa
part il s'étoit engagé à payer une fomme (péci
fique , tous les mois , à la Compagnie. Cette
rélolution fut pafféé en mars 1783 , & envoyée
à Madras par Sir Eyre- Coote qui mourut deux
jours après fon arrivée. Lord Macartney & fon
Commité ayant reçu des ordres de la Cour des
Directeurs , approuvant leur conduite , ne ſe déterminêrent
pas à obéir au Confeil- Suprême ; &
en mai 1783 , ils envoyerent au Confeil du Bengale
, une lettre dans laquelle ils expofoient diffé
rentes raifons de leur défobéiflance , & la principale
étoit l'ordre de la Cour des Directeurs, Le
Suprême Confeil , concevant que les Directeurs
n'avoient approuvé cette mesure qu'autant
que le Nabab y confentoit , conclut que leurs
ordres portoient expreffément ce qu'il avoit
arrêté , le Nabab ayant formellement demandé
ce qui lui étoit dû ; & le 15 avril il renouvella
Les premiers ordres qui ne furent pas mieux
(forts) )
écoutés . Telles étoient , dit - on , les chofes , le 10
feptembre. On dit que le Général Stuart
étoit d'un autre avis que le Lord Macartney &
fon Confeil , fur le degré d'obéiffance dû au
Confeil- Suprême, On fuppofa qu'il avoit deſſein ,
de concert avec le Nabab , de renverser le Gouvernement
de Madras ; & fa démiffion fut jugée
en conféquence , un acte néceffaire pour la fûreté
de l'Etat . On faura fans doute bientôt juſqu'où
ce foupçon étoit fondé , mais l'hiftoire fuivante
a circulé à Madras lorſque le Général fut arrêtéž
le Confeil Suprême avoit chargé , dit - on, le
Général de fufpendre le Lord Macartney & ceux
de fon Confeil qui refuferoient d'obéir à fes
ordres envoyés le 15 avril ; & ce fut pour parer
ce coup que le Lord réfolut de faire arrêter le .
Général. Il paroît cependant que cela n'a aucua
fondement. Au départ du Séa-Horſe , tout étoit
tranquille à Madras , & le Général Stuart devoit
s'embarquer dans peu pour l'Angleterre.
Ce qui fait préfumer que le lord Macart
ney & fon confeil ont eu raifon dans certe
circonftance , c'eft que la cour des Direc
teurs a approuvé leur conduite , & confirmé
la démiffion du Général , qui au départ du
Sea Horfe , fe difpofoit à s'embarquer pour
revenir en Angleterre. Pak Bot .
Il ne reftoit à Madras , au départ de cette
frégate , que 2 vaiffeaux de 74,22 de 64 ,
2 de so , un de 32 & un de 28 canons , fous
les ordres de l'Amiral Hughes ; des deux divifions
qui doivent revenir les premieres en
Europe, celle du Commodore King étoit au
Cap de Bonne-Efpérance , où le Sea Horfe
l'a laiffée ; celle du Commodore Bickerton
( 116 )
:
avoit été fe réparer à Madras , avant d'entreprendre
le voyage.
Les divifions entre la Chambre des Communes
& le Miniftere continuent toujours ;
& on ignore encore comment elles fe termi
neront. Le club de l'union n'a fait jufqu'ici
que de vains efforts , & voici où en font fes
négociations.
MM. Mac Farlane & Powis défirant amener le
Duc de Portland & M. Pitt à une entrevue
obtinrent que le Roi enverroit au Duc un meſſage
pour lui témoigner combien il défiroit cette
conférence à l'effet de former une adminiſtration
fur une baſe étendue à des conditions équitables
& égales. Les expreffions de ce méffage ont donné
lieu à de nouvelles difficultés . Le Duc de Portland
n'avoit aucune objection contre le mot équita
ble, parce que dans la conférence on pouvoit difcu
ter ce qu'on entendoit par ce mot; mais le mot éga
le , lui paroiffoit plus limité ; il vouloit avant tout
qu'on l'expliquât; M. Pitt a refufé de le faire , & le
Duc de Portland a déclaré qu'il ne pouvoit con→
fentir à une conférence perfonnelle fur un meffage
préliminaire , dont l'auteur ne vouloit pas
expliquer les termes. Le Club de l'union à qui
l'on fit ce rapport , arrêta que c'étoit le fentiment
de l'affemblée , que dans les circonstances
préfentes , où une union large & étendue étoit
déclarée hautement néceffaire , les parties de
part & d'autre_ne devoient pas fouffrir que des
objections verbales , des difficultés de cérémonie
& d'explication , les empechaffent de s'entendre ;
qu'il ne feroit coûteux ni à l'un ni à l'autre de
faire quelques conceffions fur de pareils objets ,
& que l'affemblée fe déclareroit pour celui des
deux qui montreroit le plus de bonne volonté
( 117 )
pour faire de pareilles conceffions. Cetto
réfolution leur fut communiquée ; mais il ne
paroît pas que de part & d'autre elle ait fait aucune
impreffion .
En attendant que ces grands démêlés finiffent
, nous fuivrons le précis du Journal
de la Chambre des Communes.
Le 2 de ce mois le bill pour prévenir les ma
noeuvres frauduleufes aux élections , a été lu pour
la premiere fois , ainfi que celui relatif aux coupables
convaincus , enfermés dans différentes
prifons ; le folliciteur général , qui l'avoit préfenté
, infiftant fur la néceffité qu'il y avoit qu'il
ne fût pas différé , propofa de procéder tout de
fuite à la feconde lecture , qui fut faite encore.
Après cela la chambre s'étant formée en
comité , prit en confidération l'acte qui impoſe
une taxe fur les quittances. M. Huffey propofa
une claufe pour exempter de l'impôt les billets
tirés fur des banquiers demeurans à deux milles
de diftance des tireurs ; le Lord Nugent s'y oppofa
: le feul moyen de rendre la taxe productive
, dit-il , étoit de fupprimer les exemptions ;
& peut- être auroit - elle éprouvé moins d'oppofitions
de la part du peuple , fi elle avoit été pofée
plus généralement & plus également . M. Ewer ,
Gouverneur de la Banque , qui répondit au difcours
qu'il prononça à cette occafion , lui fit voir
qu'il confondoit les billets à ordre avec les billets
au porteur , qui devoient être diftingués . Il obferva
que quand un homme payoit une dette par
un billet fur fon banquier ou par un billet de
banque , il en tiroit une quittance ; cette quittance
paie les droits fi l'ordre ou le billet de banque
y étoient auffi foumis , l'impôt feroit payé deux
fois pour le même objet ; ce qui ne feroit pas
:
(/118
1
jufte. La claufe en conféquence paſſa ; on en prož
pofa fur le champ une feconde , pour exempter
également les promeffes pour toute fomme au
deffous de 40 fchelings , & une troisieme pour.
étendre cette exemption aux marchands , pour ce
qu'ils paient aux Commiffaires des revenus. Tou
tes ces claufes furent approuvées , & il fut réfolu
que ce bill pafferoit avec tous les amendemens.
M. Beaufay fe leva alors , pour fe juftifier d'avoir
voté en faveur de cette taxe fous l'adminiftration ,
actuelle , tandis qu'il avoit été contre fous la
précédente : il fut arrêté que le bill feroit envoyé
le lendemain à la Chambre- Haute.
Le 3 le bill des Ele&ions fut lu pour la feconde
fois , & fa confidération ultérieure remiſe à un››
comité. La Chambre s'étant formée enfuite en
comité de fubfide , arrêta que la fomme de
701,869 liv. feroit accordée pour défrayer les
dépentes de l'ordinaire de la marine pendant l'année
actuelle , y compris la demi-paie des officiers
& matelots. M. Huffey, qui avoit préfenté les
eftimations , entra dans quelques détails , pour
montrer l'importance & la néceffité de chacun
des articles dont la totalité faifoit cette fomme.
Il fut réſolu auffio
I que les fonds pour payer la
milice & l'habiller , feroient pris fur le produit
de la taxe des terres : le rapport de ces réfolu
tions fut remis au lendemain & les comités.
ajournés au´´5 . Dans le cours de cette féance le
Lord Hinchinbroke rapporta que le Roi avoit
fixé le 4 à trois heures & demi après midi , pour
recevoir l'adreffe de la Chambre.
"
Ce fut le 4 que la Chambre fe rendit à
S. James , pour préfenter fon adreffe au
Roi : elle étoit conçue dans les termes qu'avoit
propofés M. Fox , lorfqu'il en avoit fait
la motion : S. M. y fit la réponſe fuivante.
MM. je vous ai déjà fait connoître que je fuis
convaincu des avantages qu'on peut attendre d'u
· ne adminiſtration telle que l'indiquent vos rélolutions
unanimes ; je vous ai affuré que mes defirs
étoient de prendre tous les moyens qui pourroient
me faire parvenir à la former ; je fuis tou
jours dans les mêmes fentimens ; mais je perfévere
dans l'opinion que cet objet ne peut
être
effectué par le renvoi de mes Miniftres actuels.
Je vous obferve de nouveau que je ne vois
dans votre adreffe aucune accufation , aucune
plainte fpécifique. S'il y avoit des raifons plaufibles
pour les renvoyer , ces raifons s'oppoferoient
à ce qu'ils fiffent partie de l'adminiftration
unie & étendue que vous m'aflurez être néceffaire.
Je ne regarde point le défaut de fuccès
des efforts récens que j'ai faits comme un obf
tacle abfolu à l'accompliffement de l'objet que
j'avois en vue , fi l'on peut l'atteindre par des
principes de franchife & d'égalité , fans lefquels
il ne peut être honorable pour les perfonnes qui y
font intéreffées , ni devenir la bafe d'un gouvernement
affez fort & affez ftable pour que les avantages
en foient permanens ; je ne vois que ce
moyen qui puiffe en effet écarter les obftacles qui
s'oppofent à certe fin defirable. Je n'ai ja
mais prétendu difputer à mes fideles Communes.
le droit de me donner leurs avis dans toutes les occafions
fur l'exercice de quelque branche que ce ?
foit de mes prérogatives ; je ferai difpofé dans tous
les temps à les recevoir & à les pefer avec la
plus grande attention . Mon Parlement me trouvera
toujours attaché aux vrais principes de la
conftitution , & difpofé à adopter les mesures qui
peuvent
--
Petribuer à la fatisfaction
& à la
profpérité de mon peuple.
( 120 )
1
La Chambre fe raffembla au retour du Palais .
de Saint James ; M. Fox fit la motion de remettre
les délibérations fur la réponſe de S. M.
an 8 de ce mois , ce qui pafla unanimement ; -
M. Eden ayant propofé enfuite l'examen des
rapports relatifs à la Compagnie des Indes ,
Al . Welbore Ellis obferva que la réponse que
venoit de recevoir la Chambre exigeoit fon attention
avant tout , & qu'il convenoit de fuf
pendre toute autre affaire jufqu'à ce qu'on fe fút
occupé de celle-là ; il fit fuivre cette obſervation.
de la motion en forme d'ajourner la Chambre au
8. M. Fox feconda cette motion ; mais M. Pitt
s'étant plaint qu'on cherchoit encore à furprendre
la Chambre , on convint de s'affembler le lendemain
fur le bill de l'armée , auquel la Chambre
doit peut -être l'avantage d'exifter encore ; fon
importance , fa néceffité , femblent être ce qui s'est
oppoféjufqu'à préfent à la diffolution du Parlement.
Le 5 on s'attendoit à voir la Chambre délibérer
fur le bill de l'armée , conformément à
l'ajournement de la veille ; mais M. Fox propofa
de le remettre après qu'on auroit examiné la
réponſe du Roi ; & cette propofition , contre laquelle
plufieurs voix s'éleverent , paffa , à une
majorité de neuf voix ; ce délai n'eft pas un
refus de paffer ce bill ; ce n'eft que le 14 de ce.
mois que
le bill expire , & on a le temps de le
renouveller ; on ne fait pas cependant encore
s'il a fait un objet de la féance du 8 ;
les détails de cette féance ne foot pas
connus ; on n'en fait que ce que les papiers.
en ont publié d'après divers récits ; car le public
n'a point été témoin de ce qui s'y eft paflés
il s'étoit rendu une multitude de perfonnes au >
Parlement pour affifter aux débats qui roulent:
fur l'unique objet qui fixe actuellement la curiofité
( 121 )
riofité publique ; quelques membres jugerent
propos de vouloir qu'on les fit fortir , & ce ne
fut que quand la falle fut déblayée que M. Fox
qu'on étoit fi curieux d'entendre fit une motion
fur ce fujet ; il propofa de faire une repréſentation
au Roi pour lui exprimer les fentimens qu'infe
pirent à fes fideles Communes la réponse qu'on
lui avoit confeillé de faire à leur derniere
Adreffe ; en reprenant cette réponſe par paras
graphe , il établit les privileges de la Chambre ,
fon droit de confeiller S. M. dans l'exercice
de fes prérogatives , de donner fon opinion , fon.
approbation ou fon mécontentement relativement
aux Miniftres qu'elle a choifis , de s'adreffer
au trane pour en obtenir le renvoi . Depuis la ré
volution jufqu'à préfent , obferva -t -il , il y avoit
toujours eu une correfpondance cordiale entre la
Couronne & la Chambre ; c'eft leur égard mu
tuel pour leurs droits réciproques qui ont affermi
la conftitution , l'ont élevée au degré où elle
eft. Les individus qui ont confeillé à S. M. cette
réponſe , ont changé la pratique fuivie pendant
un fiecle , & renouvellé les temps défaftreux
de troubles. Ce fut par des avis pareils que la
maifon de Stuart fe perdit & fe fit chaffer du
Royaume. La Chambre a le droit de retirer
les fubfides quand elle n'a point de confiance
aux Miniftres ; & forcée d'embraffer ce parti
elle n'eft arrêté que par la confidération de la
néceffité des circonftances , & par fon defir de
ne pas porter les chofes à l'extrêmité à laquelle
les Confeillers du Roi femblent la pouffer. On
affure que cette motion n'a eu que la majorité
d'une voix ; & que la réfolution ayant été redigée
, il a été arrêté qu'elle feroit préfentée au
Roi par tes membres de fon Confeil privé.
Ce n'eft qu'à la premiere féance de la
No. 12, 20 Mars 1784. f.
( 122 )
1
Chambre qu'on faura pofitivement ce qui
s'eft paflé hier ; en attendant les bruits de
diffolution fe foutiennent , & il eft à préfumer
qu'elle ne tient plus qu'au bill de l'ar--
mée. La fermentation eft toujours très - vive ,
& on ignore quand elle finira .
Ce fut le 28 du mois dernier que fe fit la
cérémonie de la réception de M. Pitt à la bourgeoifie
de la Cité ; cette fête , comme toutes celles
de cette efpece , confifta dans un grand repas
que lui donna le corps des Epiciers ; on en
évalue les frais à plus de 1000 livres fterling ,
ce qui eft fans doute bien cher , mais cette
Communauté a l'honneur de compter le Miniftre
au nombre de fes membres. La populace ,
qui s'étoit attelée à fa voiture , pour le conduire
dans la Cité , s'empraffa de le reconduire
de la même maniere. Il falloit s'attendre à
quelques tumultes , & il y en a eu. On a voulu
faire illuminer les mailons , & on a brifé les
vitres de toutes celles qui ne l'étoient pas ; le
Palais du Prince de Galles lui-même ne fut
pas plus refpecté . Le tumulte fut porté au comble
quand le cortege paffa dans 3. James Street.
Il y a dans cette rue un club compofé de plufieurs
membres de l'oppofition . Le Colonel North
qui s'y trouvoit s'avança avec plufieurs autres
fur un balcon , & porta ce toaft Fox à jamais.
en déclarant qu'il n'illumineroit pas , ce qui
fut fuivi d'une grêle de pierres . La Maiſon de
M. Fox ne fut pas mieux traitée il fe trouva
deux partis crians , les uns Pit& la conftitution
les autres Fox & un Gouvernement populaire . On
en vint aux coups , le parti Fox l'emporta
& força l'autre à la fuite ; la garde arriva dix
minutes après tout étoit tranquille. Les parti123
)
fans de M. Pitt eurent tort de vouloir forcer
d'illuminer ; ceux de M. Fox en eurent un égal
d'oppofer de la réfiftance . On peut regarder cela
comme un jeu d'enfans ; mais ces fortes de jeux
peuvent avoir des fuites , & la prudence devoit
empêcher de s'y prêter .
Ce qui s'eft paffé dans cette circonftance
a empêché M. Pitt d'accepter les autres repas
qui lui ont été offerts il s'en eft excufé
en alléguant les affaires dont il eft furchargé ,
& fa véritable raifon eft la crainte d'une
nouvelle émeute.
Le Chirurgien général de l'ifle de Gorée &
deux autres Officiers , arrivés il y a peu de jours
avec le Régiment d'Afrique , à bord du tranfport
le Willington , ont été mandês par le Confeil
privé , qui les a interrogés fur la conduite du
Capitaine Wall , qui commandoit dans cette ile ;
il a paru , par un grand nombre de témoignages
réunis , qu'un fergent , un caporal & un foldat
font morts en juillet 1782 , des fuites d'un châtiment
qu'il leur avoit fait , infliger . Un des
meffagers du Roi eut ordre de l'arrêter ; il a
trouvé le moyen de fe fauver ; & S. M. , par
une proclamation , vient de donner ordre qu'il
foit faifi par-tout où on le rencontrera , & livré
à la juftice.
Le 13 de ce mois il "
y eut un duel près
de Chelſea entre un Capitaine de vaiffeau &
Capitaine du Corps royal d'Afrique ; on en
raconte ainfi la caufe & les détails. Ils fe trouverent
dans une auberge où le Marin 's'amuloit
des grimaces d'un Juif pantomine , qui contrefait
affez bien les perfonnages qu'il connoît ,
& à qui le Capitaine avoit demandé la caricature
de M. Fox . Cet amufement n'en fut pas
£ 2
( 124 )
un pour les perfonnes préfentes , l'hôteffe fe
pria de le coffer & de renvoyer le Juif ; elle
lui dit même qu'elle avoit un malade , que ce
bruit incommodoit ; le marin peu complaifant
l'envoya promener , ainfi que fon malade , &
ceux qui ne goutoient pas fon divertiffement
On ne répondit rien à cette groffiereté. L'Offi- ·
cier de terre attendoit fon diner ; voyant que
le marin s'étoit emparé de la table à laquelle
il comptoit s'affeoir , & fur laquelle il avoit
déja placé fa cane & fon chapeau , il les porta
fur une autre ; le marin voulut la lui difputer ;
enfin l'Officier , avec toute fa modération , ne
put prévenir une difpute ; la conduite du Marin
fut fi vive , que les perfonnes préfentes fu.
rent obligés de le contenir. L'Officier lui écrivit
le lendemain , pour lui demander une excule
ou fatisfaction ; ce fut cette derniere qu'on
lui donna , & il tua le brutal. Il a pour lui le
témoignage de tout le monde , & en attendant
que fon affaire s'arrange , il a paffé fur le Continent
. Cette circonftance retardera le procès
du Capitaine Mackenfie qui a tué un Sergent
en Afrique , & cù fon témoignage eft néceffaire.
Le Marin avoit 25 ans , il a fervi avec
diftinction dans l'Inde , où fes manieres groffieres
lui ont occafionné de fréquentes affaires
qui ne l'avoient pas corrigé , parce qu'il s'en
étoit toujours mieux tiré que' de la derniere .
FRANCE.
- DE VERSAILLES , le 16 Mars.
M. de Cheyflac , Grand- Maître des Eaux
& Forêts , au département de Languedoc ,
( 125 )
nommé par S. M. à la place de Grand - Maîtré
des Eaux & Forêts du département de
Paris , vacante par la mort de M. du Vaucel
, a eu l'honneur d'être préfenté au Roi le
7 de ce mois , par M. le Contrôleut - Général
des Finances , & de faire fes remercîmens
à S. M.
DE PARIS , le 16 Mars .
Dans les détails qu'on a donnés des défaftres
efluyés à la Rochelle , par l'ouragán du
17. Janvier dernier, il paroît qu'il y a eu de
f'exagération c'eft toujours l'effet des premieres
relations , écrites dans un moment ,
où l'ame encore effrayée , eft difpofée à groffir
les objets , on peut en juger par la lettre
fuivante que nous avons reçue.
Il eft fingulier , MMoonnffiieeuurr , l'acharnement
que l'on a eu à tout détruire & tout bouleverfer
à la Rochelle le 17 Janvier dernier ; le coup
de vent a été fans doute très - violent , mais fans
tonnerre ni tremblement de terre on a compté
60 cheminées de renversées dans la direction du
vent , le toit de la Collégiale endommagé ainfi
que celui de l'Hôpital militaire , mais fans un
mur de renverfé ; il y a eu une trentaine de bâtimens
jetés à la côte , mais dont 25 fe font relevés
le lendemain , & ont continué leur route ;
les 5 perdus font des barques de cabotage , dont
la perte , leur cargaifon ayant été fauvée , ne
peut pas être évaluée à plus de 30 à 35000 liv,
Il eft vrai qu'il s'eft noyé 25 perfonnes , dont.
7 de la patache , qui eft tout ce qu'elle contenoit
, trois marins , deux paffagers & deux filles,
f }
( 126 )
mais qui n'étoient point embraffées par leur pere
qui n'y étoit pas . D'ailleurs l'on n'a point vu de
bois à la mer , & l'on n'a point appris de naufrage
le long des côtes ; fans la perte des homjamais
ouragant n'a fait moins de dégât.
J'ai l'honneur d'être , &c.
mes ,
La Seine , après avoir été jufqu'à la hauteur
de 23 pieds , qui eft prefque celle de
la grande crue de 1740 , a diminué confidérablement
& s'abaiffe tous les jours ; leprovifions
arrivent de toutes parts , & l'augmentation
ci - devant ordonnée fur le prix du
bois à brûler , a été fupprimée.
Toutes les rivieres des provinces voifines
ont auffi débordé , & les inondations ont
caufé de grands ravages au Mans , à Tours ,
à Compiegne , &c.
9.
Il n'y eût peut- être jamais d'exemple , écriton
de Sainte -Menehould en date du 28 Février ,
du ravage effrayant que vient d'occafionner ici
la fonte des neiges . Depuis minuit jufqu'à deux
heures du matin de cette nuit , la crue des eaux
a été telle que les arches du pont principal de
la ville ne fourniffoient plus à l'écoulement ,
ce qui eccafionnait un frémiffement fourd qui
portoit l'épouvante par- tout où il étoit entendu ;
les maifons voifines de la riviere ont été innondées ,
& ceux qui les habitent n'ont trouvé d'azile que
dans leurs greniers ou une mort certaine les attendoit
, fi des hommes courageux ness'étoient
expofés pour aller les recueillir , les uns après.
les autres ; un petit cabinet de plaifance a été
enlevé & rafé par les eaux du moment ou cinq.
amis qui y avoient foupé, venoient de le quiiter ;
le fauxbourg des Prés n'a bientôt plus offert
(' 127.
-
qu'une furface d'eau , le meunier dans fon gre .
nier avec fa famille tiroient les larmes des yeux
par les cris que le péril leur arrachoit ; trente
hommes à cheval fe préfentoient bien jufqu'au
pont du moulin pour les fecourir ; mais les
glaces & le ravage des eaux l'avoient retourné ,
& ce bouleversement n'annonçoit qu'une mort
inévitable à ceux qui hafarderoient de le paffer ;
cependant l'amour a vaincu ces obftacles , un
jeune homme qui recherche une des filles du
meunier a franchi le pont ; d'abord il enleve fa
maitreffe , & bientôt il revient à l'eau jufqu'aux
épaules fur un cheval haut & fort emporter fon
beau- pere futur & toute fa famille. - Ce qui
fe paifoit à l'autre bout de la ville du côté de
Metz n'étoit pas moins affligeant , fix cents '
perfonnes toutes une lanterne à la main , s'étoient
portés , dans l'horreur de la nuit , auprès
du pont qui fépare la ville du fauxbourg pour
favoir ce que deviendroit une armée de glaçons
accumulés devant ce pont , lorfque tout à coup
le pont s'eft ouvert par le milieu avec un fracas
horrible , ceux qui avoient eu l'imprudence de
s'avancer jufqu'à l'endroit de ce goufre ont été
tués ou éventrés par les glaces & par la chûte
du pont ; on ne fait pas encore aujourd'hui le
nombre des malheureufes victimes de cet événement.
M. V. & fon domestique avoient été
jettés fur une pointe de terrein qui divife les
eaux en deux bras ; vainement on leur avoit
tenda des cordes pour les ramener à bord ; une
barque dirigée par des cables , alloit les prendre
tous deux , lorfqu'une poutre & une glace de
20 pieds en quarré font venus les renverfer dans
l'eau. Trois de nos fauxbourgs font encore
à l'emprunt d'un afile & de leur nourriture ;
on s'attend à voir enlever à chaque inftant les
*
Copy
f 4
( 128 )
maifons qui avoifinent la riviere , toutes minées
par les eaux qui les entourent ; nous n'avons
plus de communication avec perfonne , & Sainte-
Menehould reffemble à un défert où les grains ,
la farine , la viande , & le pain manquent.
On mande de Provins qu'il y a eu trois
ponts rompus , des murailles renversées ,
l'Hôtel - de - ville ébranlé , quantité de marchandifes
& de meubles gâtés ; on évalue la
perte à 20,000 liv. , fomme trop confidérable
pour une ville qui a perdu l'année derniere
un dixieme de fes habitans par une
mortalité fans exemple ; les propriétaires du
canal royal ont éprouvé par cette inondation
, une perte de plus de 40,000 liv.
Tous ces malheurs , & bien d'autres qu'on
pourroit y joindre , ne font cependant pas
confidérables , en comparaifon de ceux
qu'on a fouffert , & .qu'on fouffre encore en
Allemagne , où nous apprenons que la fonte
des neiges & des glaces caufe les inondations
les plus défaftreufes ; on peut en juger
par ce que l'on nous apprend de la frontiere.
» Nous avons été menacés , vendredi dernier
écrit- on de Sarrelouis , en date du 3 de ce mois ,
du défaftre le plus affreux. Une infinité de glaçons
accumulés les uns fur les autres dont toute
la plaine étoit couverte , fe font arrêtés au pont
de la Sarre , y ont fait une barriere & nous ont
donné 3 pieds d'eau dans toute la ville. Heureufement
les glaces ont pris tout à coup une autre.
direction ; elles ont emporté 3 ponts , 2 de Rodem
, & un de l'autre village attenant cette ville .
( 129 )
Toute communication eft interrompue avec ces
villages par les glaces qui font entaffées les unes
fur les autres fur les deux routes , ainfi que dans
toute la plaine qui nous avoifine . C'eft un fpertacle
affreux à voir ; on ne peut mieux comparer
l'afpe&t qu'offre cette plaine qu'à la Calabre .
On a compté jufqu'à oɛze enfants noyés & un
homme. Le village de Relin a fait une groffe
perte ; mais on n'en fait point encore les détails .
On apprend de Saarbruck , que le 28 du
mois dernier , le beau pont de cette ville a été em
porté vers les 4 heures du matin , & on dit que le
courier qui eft parti pour Deux- Ponts, n'a pû aller
qu'à Rohrback; & que Deux Ponts étoit dans l'eau.
On devoit s'attendre aux inondations &
aux défaftres qui en ont été la fuite , après
un hiver , tel que celui que nous avons
éprouvé. A la rigueur du froid s'eft joint
dans plufieurs provinces un autre fléau : les
loups fortis des forêts pour fe répandre dans
les campagnes , où la terre couverte de neige
, ne leur offroit rien pour fe nourrir , ont
pénétré jufques dans les villages , où ils ont
attaqué les hommes. On apprend que les
Officiers des chaffes de Monfeigneur Comte
d'Artois , ainfi que divers gentilhommes qui
fe font réunis fur les limites de l'Angoumois
& du Poitou , en ont tué plus de 60 .
Au milieu des récits des défaftres que caufent
les inondations , nous faifirons ce fait
qu'on mande de Compiegne , & qui intéreſfera
les ames fenfibles.
Сс
ر ج
On a vit flotter fur la riviere d'Oife , à peu
de diftance de cette ville , un berceau , jouet
( 135 )
$
a
des vents & des flots ; j'ignore fi ce berceau a
été jetté fur la riviere , ou fi quelque marinier
charitable a été le chercher. On y a trouvé un
enfant tenant dans fa main un morceau de pain ,
& qui , affez heureux pour ignorer fon danger ,
fourioit à ceux qui venoient le regarder on
ignore à qui il appartient. L'Abbeffe de Royal-
Lieu s'eft chargée de veiller à fa confervation
& de le faire élever. Je ne puis diffimuler que je
prends le plus vif intéret à cette petite créature ,
qui éprouve à fon entrée dans le monde un événement
auffi extraordinaire ; je fens qu'on n'en
peut rien conclure pour fa vie future , mais je
me plais à croire qu'il n'a pas été ainfi confervé
pour végéter enfuite comme la plupart des
hommes ; & je voudrois être à portée de le
fuivre , pour m'aflurer de fa'deftinée ».
Le 8 de ce mois , M. le Baron de Breteuil , accompagné
de M. Le Noir , Lieutenant- Général de
Police , & du Bureau de l'Adminiſtration , fe rendit
aux Thuileries pour la diftribution annuelle des
grands prix de l'école gratuite de deffin . M. Bachelier
, Directeur , ouvrit la Séance par un Difcours.
Les grands prix furent adjugés aux Srs . Trucherom ,
Fontaine , Villard , Moufle l'aîné , & Menage ,
qui furent embrafés par le Miniftre . On donna
aufli 12 Acceffit & 96 Prix.
On lit dans un papier public le trait ſuivant.
Le nommé S. Jean Z... , apprend qu'un de
fes parens , domeftique depuis plufieurs annéeschez
M. *** , a fait un vol trop confidérable pour
n'être pas poursuivi criminellement fur le champ ;
il court chez le maître de fon parent , le fupplie
en pleurant de ne pas dénoncer le coupable à la
juftice , & lui préfente fa bourfe ; comme elle ne
contient pas affez pour fatisfaire au tort qui a été
(/ 131 , -).
fait , il offre defervir avec fidélité autant d'années
qu'il en faudra pour que le vol de fon coufin
foit totalement réparé . Ce trait de défintéreffement,
de générofité & de délicateffe étoit faitpour
attendrir ; il a eu l'effet qu'il devoit avoir ;
le maître volé a refufé l'argent qu'on lui offroit ,
gardé le filence & s'eft intéreffé pour procurer
une place au jeune homme honnête qui annonçoit
de pareils fentimens.
On nous mande du Pleffis - Meriot l'anecdote
fuivante.
Anne Millet , fille forte , agée de 22 ans , ti
rant de l'eau dans un puits de 80 pieds de profondeur,
ayant pofé fa main fur le pivot du tour
en mouvement , gliffe par- deffous , perd ſon équilibre
; elle faifit pour fe retenir la corde du puits
gui lui déchire les mains , & elle tombe au fond.
Au mouvement extraordinaire du tour, & au
bruit , quelques voifins accourent ; en un moment
toute la paroiffe eft affemblée ; on écoute , on
entend les cris de la fille ; on attache à la hâte
un petit bâton à la corde , Anne Millet s'en faifit ,
yappuve les pieds , on la retire ; elle étoit déjà
élevée près du bord du puits ; on lui tendoit les
les mains pour la recevoir , tout à coup le bâton
rond gliffe fous elle , & elle retombe ; au bruit
de fa nouvelle chute , tout le monde eft confterné;
en la croit morte , on s'approche , on regarde ,
on écoute on l'entend appeller fon pere , fes
voifius , on defcend un fceau dans lequel elle remonte.
Elle affure n'avoir perdu la tête que dans
les momens de fes chutes ; elle dit auffi ávoir été
plufieurs fois à fond , & qu'il y a environ 8 pieds
d'eau ; outre les mains écorchées elle n'a eu
qu'une playe au fommet de la tête , qui n'a rien
de dangereux.
"
?
f6
( 132 )
On n'a point encore publié à Dijon le
procès - verbal des expériences de la machine
aéroftatique ; il n'a été préfenté qu'à l'Académie
; la publication ne s'en fera qu'après
les grandes expériences qui n'ont été
fufpendues, que par le retard de l'arrivée des
matieres.
Deux Académiciens de Dijon viennent
d'ouvrir à Paris une foufcription pour la
conftruction d'un vaiffeau aërien , dans lequel
10 ou 12 perfonnes pourront voyager
en s'élevant & s'abaiffant à leur gré , fans
aucune déperdition de gaz , ni de left , & fe
conduire dans une direction plus ou moins
différente de celle du vent.
« Cette machiné , difent-ils , étant deftinée à
des expériences multipliées & à des voyages de
long cours , fera néceffairement fort grande.
Mais nous avons penfé qu'il étoit à propos de là
conftruire telle , afin de pouvoir conitater par
une expérience importante, l'utilité dont une pa
reille invention doit être , d'abord pour le Gouvernement
, en fecond lieu pour le Commerce &·
pour les Sciences : nous nous fommes affurés auffi
par différentes recherches , de procédés économiques
, qui nous permettent de lui donner la
grandeur fuffifante fans augmenter beaucoup les
frais de fa conftruction. La foufcription fera de
24 liv. Il fera délivré à chaque Soufcripteur 4
Billets , avec lefquels 4 perfonnes pourront affifter
au fpectacle du 1er. enlevement du vaiffeau ;
& à une 2de expérience qui en fera faite quelque
emps après , avec les changemens & les modifications
qui auront paru néceffaires. Les perfonnes
qui auront pris le nombre de 3 foufcrip(
133 )
〃
tions , feront en outre invitées aux expériences
préliminaires ; & leurs noms feront placés à la
tête du Journal qui fera imprimé après les ex`
périences & les voyages , & dont il leur fera remis
un exemplaire . Ces foufcriptions feront reçues
par M. Brunot , Agent- de- change , rue des
Bons-Enfans , n° . 36 , lequel ne fera autorifé à
nous en délivrer le montant , que lorfqu'elles excéderont
la fomme de 1000o I , dont nous avons
befoin pour pouvoir exécuter notre Machine ,
qui fera en état de partir dans le courant du
mois de Mai prochain , pourvu toutefois que le
nombre des foufcriptions néceffaires pour former
lad. fomme de focco liv. foit rempli avant
le 31 Mars , époque à laquelle , dans le cas
contraire , MM. les Soufcripteurs feront priés de
faire retirer leur argent «.
M. Vincent de Montpetit préfenta le 3
Mai de l'année derniere au Roi , le profpectus
d'un pont de fer , d'une feule arche ,
depuis 20 toifes jufqu'à 100 rture ,
pour être jetté fur une grande riviere il
vient de publier ce dont nous
Profpeer
extrairons les détails fuivans qui peuvent
donner une idée de cette méchanique & de
fes avantages.
2
Les avantages de ce Pont font fenfibles. 1. Il
ne fera obftacle ni au cours de la riviere , ni à la
navigation ; il le favorifera au contraire , parce
qu'en fupprimant le maffif des piles néceffaires à
un pont de pierre , qui rétréciffent le lit de la
riviere en le divifant , on a la facilité de le refferrer
par les culées , pour en rendre la profondeur
plus égale & le courant de l'eau moins tortueux
, fans former aucun de ces écueils dange(
134 )
reux qui environnent ordinairement les piles des
ponts. 2 °. En ménageant un petit quai le long
des faces des culées , les chevaux attelés à la remonte
des batteaux , pourront paffer fous le
pont , de maniere que le tirage ne fera point interrompu
par une manoeuvre qui caufe ordinairement
beaucoup de rerard & d'embarras , furtout
quand il faut interrompre des files de voitures
qui montent & defcendent , un pont. 3 °. Le
tems des glaces & des innondations ne caufera
aucun dommage , & même dans le cas où un dé.
bordement extraordinaire parviendroit à groffir
la riviere jufqu'au point de toucher aux reins des
grandes arches , ce pont ne rifqueroit rien , en
ce qu'étant tout à jour & n'ayant point de piles ,
il oppoferoit moins de réfiftance à l'impétuofité
de l'eau. 4 °. L'ordonnance de ce pont eft c
eft diftribuée
de façon qu'on peut parcourir fon intérieur
par des galeries de fix pieds de hauteur fur trois
& quatre de largeur ; cette commodité donne la
facilité de vifiter cet édifice dans toutes les par
ties, & d'y faire toutes les réparations néceffaires ;
car il eft compofé de maniere que chaque piece
peut être enlevée , changée & replacée à volonté
fans que l'enfemble en fouffre Ces galeries peuvent
même (ervir de paffage couvert pour les
gens de pied dans les temps de foule & d'embarras.
5 ° . Ce pont , dans fa conftruction , a un agrément
que n'ont pas tous les autres , en ce que
toute fa méchanique fe montant . à vis & à clavertes
, elle peut être fabriquée en différens lieux
éloignés , amenée par partie à fa deftination ,
montée enfuite par ceintres qui feront placés fucceffivement
tout d'une piece , de maniere que les
- culées une fois faites la riviere eft libre ; & les
travaux, après les premiers arcs ou arrêtes pofés
, fe continueront pour ainfi dire en l'air , fans
( 135 )
› ni
aucun appui qui gêne le cours de la riviere , ni
qui interrompe la navigation , en forte que l'Entrepreneur
pourroit s'engager à n'arrêter le paffage
des grands bateaux que pendant quelques
jours. 5. De plus , cet édifice peut être augmenté
& diminué à volonté , dé 20 pieds de largeur
il peut être porté à 30 , 40 & au- delà , fans le
décompofer ni en interrompre la liberté
celle du cours de la riviere . Pour le rétrécir il
n'y a qu'à déviffer les arrêtes extérieures , & rapprocher
les balustrades ; & pour l'élargir il n'y a
qu'a ajouter une ou plufieurs galeries ; de même
s'il étoit néceffaire de le transporter ailleurs , il
feroit très -facile de le démonter par partie ; & en
en forgeant de nouvelles , il pourroit être alongé
par la continuation de fon arc fans en être endommagé.
7. A tous ces avantages , ce pent
réunit encore celui de coûter moins qu'un autre.
Sur les proportions du deffin donné pour 400
pieds de longueur fur 40 de largeur , le fquelette
de l'enfemble , avec tous les ornemens & accelfoires
en fer , peut pefer environ 17 à 1800
milliers au plus fort ; on fait ce que peut coûtter
le cent pefant de gros fer forgé rendu fur les
lieux , & tel prix qu'on y mette felon la propertion
de fon poids & de fa façon , la fomme
qui en réfultera fera toujours bien inférieure à
celle que coûteroit un pont de pierre qui auroit
les mêmes dimenfions. • Malgré tous ces
avantages , & quelques avantages , & quelque
féduifante que foit l'idée d'un pont d'une feule
arche , jeté avec autant de hardieffe que de majefté
, fur une grande riviere , & malgré tout
Je merveilleux d'un tel édifice , qui contribueroit
à la gloire d'un Etat , & à la magnificence
d'une ville ; il eft des circonstances où la dépenfe
, quoique de beaucoup inférieure à celle d'un
( 136 )
pont de pierre , pourroit être encore trop forte
"relativement aux fonds destinés à cet ufage ;
car pour accomplir l'enſemble de cette conftruction
, felon le deffin donné , il faut qu'il foit açcompagné
des acceffoires & ornements qui contribuent
à la commodité & à fa beauté ; l'apperçu
de cette dépenfe pourroit être un obftacle à l'exécution
d'un pareil projet. Il eft des cas cependant
où un pont eft abfolument néceffaire ,
& où , faute de moyens , on eft réduit à une
fimple conftruction en bais , dont les inconvénients
font encore plus conféquents que ceux d'un
pont de pierre , puifqu'il faut également divifer
la riviere par des palées qui forment autant d'écueils
, & qui étant continuellement exposées à
l'action de l'air & de l'eau , ne peuvent être de
longue durée ni réparées qu'à grands frais . Pour
lever ces difficultés , ne faire qu'une dépenfe
proportionnée aux moyens , & néanmoins fe préparer
la jouiffance du pont de fer dont eft queftion
, il n'y a qu'à conftruire fimplement partie
du fquelette méchanique qui conftitue la force
& la folidité de cet édifice , enfuite faire les
acceffoires en bois , en attendant qu'on foit en
état de les changer en fer ; par ce moyen on
pourra , par fucceffion de temps , achever l'entiere
construction de ce pont , en employant pour
cer objet la dépenfe qu'exigeroient les grandes
réparations d'un pont de bois. Il n'y a donc ,
pour cet effet , qu'à entreprendre feulement un..
nombre d'arrêtes ou arcs fommiers avec leurs
galeries , le tout en fer , felon les proportions
données , fur lefquelles on établira des madriers
avec des balustrades de bois , ou gardes fous en
barres de fer , & c. de cette maniere la dépenfe
ne fera pas la moitié de celle que couteroit l'entier
étabiiffement de cet édifice métallique , peut(
137 ):
être même même feroit-elle inférieure à la dépenfe
totale qu'exigeroit celui en bois.
L'artifte auquel on doit l'eftampe de
P'Antropophage , que nous annonçâmes il y
a quelques mois , vient d'en publier une
nouvelle , d'après un tableau de M. Frágonard
: elle a pour titre , le Temps orageux ;
elle eft de l'effet le plus pittorefque ; on connoît
les talens du Peintre & ceux du Graveur.
Cette belle eftampe eft dédiée à M. le
Comte de Choi feul - Gouffier , Ambaſſadeur
du Roi près la Porte Ottomane ( 1 ). -
La Dame Joffe , Marchande de Rouge de la
Cour , eft parvenue à rendre le rouge végétal
& le blanc , qu'elle compofe , aufli beau &
auffi agréable à l'oeil que les couleurs naturelles
, au moyen d'un corps gras , légerement
aromatife ; ce rouge , quoique plus fin , n'eft
fujet à tomber comme les autres , & a
pas
de plus
l'avantage conftaté par l'Approbation de nourrir & conferver la
peau , ainfi qu'il eft
,
en
de la Société royale de Médecine . La dame
Joffe demeure à Paris , rue Coquilliere
face de la porte du Roulage de France , à côté
Pune marchande de nodes. Elle envoie en
Province , & les lettres , qu'on lui écrir , doivent
être affranchies .
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France, font : 36 , 39, 47,
35, & 3.
DE BRUXELLES , le 16 Mars,
On a publié ici la déclaration Impériale
fuivante , en date du 9 du mois dernier.
(1 ) Son prix eft de 6 liv. Elle fe trouve chez M. Maté
thieu , rue des Francs - bourgeois , porte S. Michel ; vis - àvis
la rue de Vaugirard , maifon du caffé de la nouvelle
Comédie.
( 138 )
que
S. M. informée qu'il exifte dans plufieurs end
droits des difpofitions qui reftreignent & forcent
le nombre d'ouvriers que les maîtres reçus dans
quelques corps de métiers peuvent employer , &
voulant faire ceffer une entrave auffi préjudicia
ble à l'induftrie contraire à la liberté civile
a de l'avis de fon Confeil privé , révoqué &
aboli toutes ordonnances , réglemens , ftatuts &
difpofitions quelconques de cette nature ; déclare
en conféquence S. M. qu'il eft & fera toujours
libre à tous maîtres reçus dans quelque métier
Ou corps d'artifans , de prendre & employer tel
nombre d'ouvriers qu'ils voudront , &c.
Le dégel s'eft annoncé prefque par-tout
d'une maniere terrible. Malines , Louvain ,'
Maftricht & Liege ont le plus fouffert de la
débacle. On évalue le tort fait à Louvain à
une fomme confidérable , que quelques calculs
portent à plus d'un million.
« Le parti zélé pour la réforme des abus que le
malheur des temps avoit introduit dans la Répu
blique , écrit on d'Amfterdam , gagne tous les
jours du terrein. La démarche faite par les Etats
de Hollande & de Weftfrile au fujci de la négligence
à maintenir les places frontieres , vient de
recevoir une approbation formelle. La Confeil
d'Etat lui -même , après s'être plaint de cette démarche
, eft revenu fur fes pas ; il vient de prendre
une réfolution où il rétracte en partie lalettre
qu'il avoit écrite faux Etats- Généraux pour lui
porter des plaintes à ce fujet ; il autorite même
par cette réfolution les Généraux du Moulin &
Martfeld à donner à L. N. & G. P. toutes les ouvertures
qu'elles pourroient demander dans l'exa→
men de l'état des frontieres , à la charge par eux
de lui faire parvenir chaque fois un rapport des
demandes & des réponses.
( 139 )
1
Le différend furvenu entre notre République
& celle de Venife , ajoutent les lettres , paroît
prendre une tournure favorable à un accommodement.
L'Ambaffadeur Vénitien à Vienne a ,
dit-on , fait des ouvertures à celui de Hollande ,
& les Etats - Généraux viennent d'autoriſer ce dernier
à entrer en négociation ; ils ont même fufpendu
l'effet de la réfelution du 9 janvier , fe réfervant
une décision définitive àcet égard , lorf
qu'ils feront plus amplement informés .
*
Meffieurs du Chapitre de l'Eglife Cathé
drale de S. Omer ont un des douze bénéfices
de leur Eglife actuellement vacant ; ils
le conféreront les premiers jours du mois de
Mai prochain. Les qualités requifes pour
l'obtenir , font d'être actuellement prêtre ,
encore jeune ou de moyen âge , d'avoir une
forte voix , baffe contre , ou au moins baffetaille
, de fçavoir parfaitement la mufique
ou le plain chant. Ceux qui afpireront à ce
bénéfice , auront foin , ea fe rendant à Saint-
Omer , de fe munir de témoignages non
équivoques de leur bonne conduite & de
leur exactitude à remplir leurs devoirs.
PRECIS DES GAZETTES ANGL.
Une lettre particuliere de la Jamaïque porte
que l'affemblée de cette Ifle a voté une fomme
de 1000 liv. fterl. pour faire les fraix de la ftatue
de l'Amiral Rodney ; elle fera en marbre , &
placée devant l'hôtel-de - ville , à Spanishown.
Elle a voté en même- temps 200 liv. fterl. pour
une épée deflinée au Capitaine Direm.
On publie , & on croit affez généralement ,
que fi la Chambre refufoit de paffer le bill de
( 140 )
l'armée , S. M. , en conféquence de fa préragative
pourroit garder l'armée affemblée en
évoquant la loi martiale ; mais c'eft une des erreurs
vulgaires du temps . La loi martiale n'eft fondée
für aucun principe établi par la conftitution ;
elle eft entiérement militaire dans fes décifions ,
ou comme un grand Jurifconfulte l'a définie
elle eft la fufpenfion de toute loi ; le préambule
du bill de l'armée déclare que les armées fur
pied font inconftitutionnelles.
Dans le temps que M. Fox s'oppofoit au Lord
North , il l'appelloit le Miniftre fommeillant.
M. Burke faififfant cette expreffion, un jour qu'il
apperçut le Lord endormi fur le banc de la Tréforerie
, au moment où la Chambre l'appelloit ,
il dit gravement : Mon frere Lazare n'eft point
mort , il eft feulement endormi . Cette plaifanterie
eut l'effet qu'on en devoit attendre ; toute la
Chambre éclata de rire. Si ce fommeil eût été
éternel , nous n'aurions pas perdu l'Amérique ,
ni la Nation fa fplendeur.
Deux jours après la fête donnée par les Epiclers
à M. Pict , & le tumulte qui en a été la
fuite , le Comte D. rencontra le Lord S. dans la
rue ; après le falut & les complimens ordinaires
le Comte demanda au Lord comment il avoit pû
refter tranquile dans fon caroffe en voyant les
fenêtres du Prince de G. rompues par une populace
effrenée. Que dites - vous- là , repliqua celuici
; il n'eft rien arrivé de semblable : cependant ,
lui dit le Comte , je le tiens de quelqu'un qui
eft infiniment refpectable , & ce qu'il y a de
plus , qui doit être mieux informé qu'un autre
du fait. Quel qu'il foit , répondit le Lord ,
je puis vous affurer qu'il ne fait ce qu'il dit ;
comment peut - on faire d'auffi fots contes que
celui - la ; en vérité , je voudrois en être inftruit
pour lui repeter à lui -même qu'il en a menti :
en ce cas , vous pouvez faire ce compliment , fi
( 141 )
vous le voulez abfolument , au Prince lui - même,
car c'est lui qui n'a fait ce conte- la .
• Les vols & les excès de toute efpece qu'une
police bien ordonnée , peut feule prevenir dans
une grande ville , fe multiplient ici à un point
qui fait défirer que l'on parvienne à perfectionner
cette partie dell'adminiftration Le dix - neuf
du mois dernier une troupes de brigands répandus
fur les principales avenues du Pantheon
, où l'on donnoit un bal , difpofés de
maniere à fe prêter des fecours mutuels , &
trop bien armés pour craindre les connétables
& les gardes de nuit , arrêterent à leur retour
toutes les perfonnes qui fe retiroient chez elles.
Il n'y a prefque point de voitures ni de chaifes à
porteurs qui leurs échapperent. Le 21 , la même
bande renouvella fes déprédations à la fortie de
l'opéra , & malgré la précaution que l'on prit de
faire marcher un détachement des gardes pour
appuyer les officiers de la police , on ne put en
arrêter que deux ; les autres échapperent aux
embuches avec leur butin .
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
·PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre les Confreres Pelerins , fe difant propriétaires
, Patrons & Fondateurs de l'Eglife &
Hôpital Saint - Jacques de Paris . Le fieur
Denoux , Curé de la Magdeleine en la Cité , fe
difant nommé à la Trésorerie de ladite Eglife .
Et les fieurs Huvet & Merbait , fe prétendant
nommés à deux places de Chapelains de la même
Eglife . Les Directeurs & Adminiftrateurs de
l'Hôpital général & des Enfans - Trouvés de Paris.
M. l'Archevêque de Paris & M. le Procureur
Général.
OPPOSITION à l'enregistrement des Lertres-
patentes , portant fuppreffion de
l'Hôpital Saint- Jacques de Paris.
( 142 )
La manie des pelerinages du 13e fiecle donna
lieu , au commencement du 14e , à la fondation
d'un Hôpital dans cette Capitale , deftiné à recevoir
des pelerins de Saint Jacques , lorsqu'ils
feroient infirmes & malades ; l'emplacement fut
choifi rue S. Denis , le terrein acheté , & les bâtimens
néceffaires conftruits , avec une Eglife ,
connue fous le nom de S, Jacques de l'Hôpital .
Il paroît que cet établiffement fut autorité par
le concours des deux Puiffances , pour adminiſtrer
aux pelerins les fecours fpirituels : on fonda
quatre places de Chapelains fujets à réfidence,
furveillés par un Chef , ayant le titre de Tréforier
, qui , à la garde de tout ce qui étoit néceffaire
au Service divin , joignoit les fonctions curiales.
Les Adminiftrateurs de l'Hôpital S. Jacques
préfentoient à ces places , qui recevoient la
collation & l'inftitution , le Tréforier de l'Evêque
de Paris , & les Chapelains du Tréforier.
En 1672 , on reconnut les inconvéniens de
ces voyages , auxquels la pareffe & le libertinage
avoient plus de part que la piété. Des loix fages
les rendirent moins fréquens ; & le nombre des
Confreres Pelerins fe trouva tellement réduit ,
que l'Hôpital devint inutile. Plufieurs Edits le
fupprimerent , & en réunirent les biens à l'Ordre
de S. Lazare : ces Edits furent enfuite révoqués ,
& on ordonna un fequeftre des biens & revenus
de cet Hôpital qu'on fe propofoit de rétablir, &
de ramener aux vues de fa fondation : l'adminif
tration en fut confiée aux Subftituts de M. le
Procureur Général. En 1743 , un furfis fut ordonné
rélativement à la nomination de tous les
Bénéfices alors vacans , & qui viendroient à vaquer.
Enfin en mai 1781 , le Roi , par des
Lettres patentes enrégiftrées au Parlement le 15
du même mois , unit & incorpore les biens &
( 143 )
Jdroits
utiles de cet Hôpital à celui des Enfans-
Trouvés ; ordonnant que les titres , papiers &
reufeignemens de propriété , ainfi que les revenus
échus & fequeftrés depuis 1744 , fuffent remis aux
Adminiftrateurs de l'Hôpital général de Paris &
des Enfans-Trouvés . Quatre particuliers
les nommés Troulle , Rivet , Orry & Minette ,
fe prétendant Adminiftrateurs de la Confrairie
des Pelerins de S. Jacques- de -l'Hôpital , & en
certe qualité propriétaires , Patrons & Fondateurs
de l'Hôpital, ont formé oppofition à l'Arrêt d'enrégiftrement
des Lettres patentes . Ils avoient
nommé le Sieur Denoux , Curé de la Magdeleine
en la Cité , à la place de Tréforier , & les
fieurs Huvet & Merbail à deux places de Chapelain
. M. l'Archevêque ayant refufé au fieur
Denoux des provifions de Tréforier , à cauſe du
furfis ordonné en 1743 , celui- ci ne put également
en donner de Chapelains aux fieurs Huver
& Merbail ; cela donna lieu à des appels comme
d'abus de refus de provifions. Les prétendus
-Pelerins formerent auffi oppofition à l'Arrêt d'enrégiftrement
des Lettres- patentes . Arrêt du
27 Janvier 1784 , qui , fans s'arrêter à l'oppofition
à l'Arrêt d'enrégiftrement des Lettres patentes
de 1781 , ordonne que ledit Arrêt fera exécute
felon fa forme & teneur. En tant que
touche l'appel comme d'abus du refus de provifion
, dit qu'il n'y a abus ; condamne les appellans
en l'amende , & aux dépens .
Parlement de Douay.
Procès entre le fieur A *** Officier de *** , & la
Dame ſon épouſe , adultere.
L'Arrêt rendu dans cette caufe juge une quef
tion importante pour les maris qui ayant le malheur
d'avoir des femmes qui les déshonorent ,
( 144 )
=
veulent éviter les frais & les longueurs d'un procès
en adultere. Les fieur & Dame A ***
étoient convenus par acte paffé devant Notaire ,
de ne plus habiter enfemble. Le mari laiſſoit fa
femme en poffeffion d'une maifon meublée qu'il
avoit occupée jufqu'alors à C ... , & lui abandonnoit
les revenus échus & à écheoir. Deux
années après cette féparation volontaire , le fieur
A *** apprend que fa femme eft plongée dans le
plus affreux defordre ; qu'elle a entiérement
fpolié fa maifon , & qu'elle en a fait un lieu
de débauche. Au lieu de rendre plainte en
adultere , & de conclure à ce que fa femme fût
authentiquée , il préfente aux Juges de C ...une
fimple requête , par laquelle il demande qu'il foit
informé de l'inconduite de la Dame A ***, pour
enfuite être ordonné qu'il lui fera libre de la faire
arrêter & fequeftrer au Couvent de la Providence
de Douay. Information qui conftate tous les
faits -Conclufions du Miniftere public , & Sentence
qui autorife par provifion le fieur A *** à
faire fequeftrer fa femme au Couvent de la Providence
de Douay, ou en tel autre endroit qu'il
jugera mieux convenir ; & avant de ftatuer définitivement
fur la fequeftration , ordonne que l'information
fera continuée . Cette Sentence eft
mife fur le champ à exécution . Appel de la part
de la Dame A ***** Arrêt du 18 Novembre
1783 , rendu en la deuxieme Chambre , qui met
fur l'appel les Parties hors de Cour fans dépens ;
& faifant droit fur la demande en provifion de la
Dame A *** , autorife fon mari à emprunter
fur les biens de ladite Dame une fomme de 400
liv. dont il demeurera dépofitaire , & qu'il remettra
au Procureur d'icelle à fur & à mesure que
les états des frais , vacations & débourſés lui fen
ront préfenrés bien & duement taxés .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 16 Février,
• A Majefté Impériale , à l'occafion de
l'heureux arrangement , conclu le 8 du
mois dernier à Conftantinople , a fait les
promotions , & accordé les graces fuivantes.
Elle a nommé Préfident du Collège de guerre
avec les appointemens & les honneurs d'un Gé
néral en chef, Gouverneur de Catharinoflow ,
de Tauriela Crimée qui reprend fon ancien
nom ) , & Chef des Gardes Chevaliers , le
Prince Potemkin ; le Vice - Chancelier , Comte
d'Offerman , a reçu le cordon de S. André ,
& 60000 roubles ; le Prince de Galitzin , en-
Toyé à Vienne , a été revêtu du caractere d'Am.
baffadeur extraordinaire , avec 20000 roubles
d'appointement . Le Procureur- Général , Prince
Wafemskoy , & le Prince Nicolas -Wafiliewitz-
Repnin , ont reçu l'an une gratification de
100,000 roubles ; l'autre les marques de l'Ordre
de S. André, garnies de brillans ; le Lieutenant-
Général , Prince Potemkin , a été fait Gouverneur
Général du diftrict de Saratow & de la con-
No. 13 , 27 Mars 1784.
4
10
( 146 )
trée voiline du Caucafe . Le Général Besborodko
Confeiller privé & Chevalier de S. Alexandre de
Newski , ainfi que le Prince Bararinski & M.
de Simolin , envoyés de l'Impératrice à Paris ,
& à Londres ; le Miniftre à Conftantinople , M.
de Bulgakoff a été fait Ckevalier , de S. Wolodimir
, de la feconde claffe , & M. de Markoff,
Chevalier de la troiſieme , M. Bakunin a été fait
Confeiller privé & gratifié de quelques terres ;
& le Comte de Soltikoff, & M. Lanskoy , ont
été nommés Aides de Camp Généraux de S.
M. I.
DANNEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 17 Février."
1 .
S. M. en ordonnant une collecte en faveur
des malheureux habitans d'Iflande , a
fait publier la relation fuivante du défaftre
qu'ils ont effuyé.
« Après quelques fecouffes de tremblement de
terre qui augmenterent fucceffivement au point
que les habitans furent obligés de paffer la nuit
fous des tentes , on remarqua enfin les 8 Juin
1783 plufieurs éruptions aux montagnes quibordent
la partie occidentale d'Iflande , nommée
Skaptefells- Syffel , au- deffus des diflricts de Side,
de Landbrod , de Medalland , de Skaptaarund
& d'Aperar, Les éruptions furent fuivies d'un
grand nombre de colonnes de feu & de fumée
qui s'éleverent en plufieurs endroits de ces monagnes
; cette fumée obfcurcit , depuis le mjaf→
qu'au 14 Juin , une étendue de terrain de plus
de 16 milles, Au moment où le feu s'étendit le
coursdu grand fleuve Skaptaa , qui borne la partie
pccidentale , étoit d'une rapidité extraordi
"
( 147 )
>
naire ; mais une lave enflammée l'ayant couvert
peu après , on n'y vit plus d'eau : la lave qui entraînoit
des rochers brûlans d'une groffeur énorme,
ayant rempli plus de cing milles d'étendue dans le
lit du fleuve , alla fe répandre fur les campagnes
les moins élevées & les habitations ; elle s'éten
dit enfuite plus de 2 milles à l'Eft, vers le diftria
de Siden jufqu'à Kirkebay , & delà àt plufieurs
milles du côté du fud- oueft , fur les diftricts de
Medalland. Cette lave étoit environnée d'une
quantité immenfe de pierres fondues & d'autres
matieres qui , en avançant , firent un bruit épous
vantable, 13 Fermes & z Eglifes , qui en furent
Couvertes furent converties en rocs brûlés :
les habitations endommagées font en plus grand
nombre. Les premieres colonnes de feu & de fumée
cauferent dans l'air un froid très vif qui fut
fuivi en plufieurs endroits d'une quantité de
neige extraordinaire ; en d'autres diftricts , il grêla.
fi fort , que face temps eût duré quelques inftans
de plus , tous les beftiaux auroient été écrasés :
d'autres Provinces furent défolées en même
temps par de groffes pluies qui cauferent des
éboulemens & des torrens qui entraînerent des
maſſes énormes jufqu'au milieu des plaines. Cette
cau avoit une odeur de foufre des plus désagréables
; elle étoit en outre falée & d'une acrété
fenfible aux mains & au vifage . Les vents ayant
changé, à melure que les éruptions continuoient,
plufieurs endroits fort éloig és ont été couverts
fucceffivement d'une immenfe quantité de foufre,
-de pierre- ponce & d'autres matieres volcaniques ;
toute l'atmoſphere en étoit obfcurcie , au point
que l'on avoit de la peine à lire en plein jour ;
les perfonnes foibles pouvoient à peine refpirer ,
tant l'odeur du foufre leur étoit infupportable :
Les cendres ont fais des dégats horribles dans les
7
9
g 2
(( 248 ))
campagnes : elles s'y font répandues à demi brû
lantes , accompagnées de pierre ponce & de matieres
enflammées , qui ont détruit tous les végé
taux qui promettoient la récolte la plus abon
dante.
34 POLOGNE
DE VARSOVIE , le 21 Février. ***
Le comte de Stackelberg , ambaffadeur
de Ruffie , a reçu les inftructions de fa cour ,
relativement aux différends entre le Roi de
Pruffe & la ville de Dantzick ; les conféren
ces commencerent aufli- tôr que les députés
de laville feront arrivés ; M. Buccholtz ayant
également reçu les pouvoirs néceffaires de
la cour de Berlin .
Les Turcs répartis le long des frontieres
de l'Empire , commencent à défiler pour regagner
leurs foyers ; ce, qui fait efpérer que
tout ce qui refte à régler entre la Porte & less
autres Puiffances qui ont pris part aux lon
gues divifions qui ont fait craindre fi longtemps
une rupture , fera terminé à l'amiable.
ALLEMAGNE
DE VIENNE , Leles Mars,
Le dégel a occafionné la plupart des mal
heurs que l'on craignoit , & on ne les con
noît pas encore tous.
Le 25 Février , le temps a commencé à fe ra
doucir , ce qui joint aux pluies des 25, 26 & 27
( 149 )
&
a occafionné un dégel fi violent , que la Vienne &
Afterbach déborderent le 26 & le 28 ; il ſe trouva
près de 4 pieds d'eau fur la place de Laxembourg.
Toute la plaine en étant couverte , le pont de
Schwecher fe rompit le 28 à 5 heures du matin ; 'ik
s'éleva un vent d'oueft très - violent , qui continua
toute la journée ; un peu après midi la débacle du
grand Danube eut lieu , & le foir il y eut 7 arches
du grand pont emportées , & S du pont du milieu.
Le 29 , la débacle fe fit un peu avant midi fur le
bras de la riviere qui fépare la ville du fauxbourg
de Leopolftadt ; il charia jufqu'à 5 heures & demie
quantité de glaces ; elles s'arrêterent tout- à-coup
& l'eau déborda de tous côtés ; elle étoit en quel
ques endroits de la chauffée de l'Augarten à 5 pieds
de haut ; & dans la plupart des fauxbourgs on n'alloit
plus qu'en batteaux ; le 29 , les glaces du
Fahnenflangen - Waffer reprirent leur cours , &
2 arches du pont qui en porte le nom furent em
portées. Dans les endroits ou les eaux ont le plus
de rapidité , les glaçons avoient , le 19 , 2 pieds
2 pouces d'épaiffeur; le r de ce mois , ils étoient
réduits à pied 1 pouce ; ceux qui étoient le plus
près du rivage , en avoient depuis 2 & demi jufqu'à
3 & demi , & dans quelques endroits où ils s'étoient
accumulés , ils avoient près d'une toife . Par les
poutres qu'on voit flotter fur le Danube , on juge
qu'il y a eu beaucoup de ponts emportés. Malgré la
quantité étonnante de glaces que les eaux du Da
nube ont charié , nous ne fommes point encore af
furés que la débacle s'eft faite dans la haute Autriche
; & les glaçons de la riviere , depuis Erdberg:
jufqu'au grand Danube font encore comme ils
étoient, il y a 8 jours . La débacle eut lieu le 28 à
Lintz ; 19 arches du pont de cette ville ont été
emportées ; Presbourg elt inondé ; les eaux font à
une hauteur prodigieufe à Fifchament, & dans uni
83.
150 )
village voifin , 40 maiſons ont été renverfées ;
fans qu'il ait été poffible de porter aucun fecours
aux habitans. Prague eft fous l'eau.
On n'eft pas encore raffuré ici , parce que
les glaçons chariés par le Danube , fe font
accumulés vers les ponts qui joignent la
ville aux fauxbourgs ; la bienfaifance du
gouvernement & la charité des particuliers
Le réuniffent pour porter des fecours aux
victimes infortunées de ces défaftres.
1
1
Dans une ville de l'Autriche , où ſelon les derwiers
Réglemens de l'Empereur , on a transféré les
Cimetieres hors des murs , un Prélat , dit- on , ne
croyant pas que fes cendres duffent être confondues
avec les cendres vulgaires , a fait demander
à S. M. I. qu'il lui plût d'indiquer un lieu où feroit
à l'avenir la fepulture des Evêques. On prétend
que l'Empereur a fait cette réponſe : J'efpere que
mes Sujets , ainfi que moi , nous ferons tous enterrés
hors de la ville ; & il eft jufte que le Pafteur
repofe auprès de fon troupeau.
DE HAMBOURG, le 7
Mars...
Les lettres de Conftantinople ne font
mention d'aucun trouble excité par le traité
conclu le 8 Janvier avec la Ruffie ; mais la
mifere du peuple , difent- elles , y eft à fon
comble; de 30,000 maifons réduites en cendres
par les incendies de 1782 , il n'en a été
encore rebâti que 2000 & les emprunts
dans cette ville fe font à 1s pour 100.
to
Il n'eft pas queftion dans ces lettres des
négociations qui doivent naturellement fui- ~
vre celles qui ont été terminées par le traité
151 1
du 8 Janvier. Celles de l'Autriche portent
que la confcription militaire y a toujours
lieu , & que le corps d'artillerie , quoique
complet , a ordre de recruter ; on marque
auffi dans le plat pays les chevaux néceffaires
pour le fervice de l'armée. Cependant
l'Empereur a levé la défenfe faite de laiffer
fortir des grains de fes états , pour les tranf
porter en Turquie.
CC
3
L'Impératrice de Ruffie , lit-on dans une
lettre de Riga , ayant formé le deffein d'introduire
dans fon vafte Empire une adminiftration
uniforme , s'eft auffi propofée de l'exécuter dans
fes Provinces de Livonie & d'Estonie ; mais comme
ces Provinces jouiffoient de loix & de pri
vileges conftitutifs , il a fallu y adapter le plan de
S. M. I. , en conféquence elle a ordonné , pas
un Ukafe du 3 Juillet dernier , qu'il fera établi
un gouvernement général de Riga & de Revel ,
dans lequel on fera la répartition des départemens
& emplois prefcrite par le réglement général ;
mais que les loix , les privileges , l'état de la
nobleffe , le college du confeil provincial , feroient
maintenus comme auparavant ; cependant
ce réglement général fera obfervé dans l'élection
des Maréchaux des Gouvernemens & des Cercles
, & dans l'établiffement de corps de Magiftrats
dans les endroits où il n'y en avoit pas ene
core. Le Magiftrat de Riga & des autres villes
continuera d'exifter comme auparavant ; mais ces
magiftrats feront fubordonnés au Confeil du Gouvernement
général. Les réglemens & les autres
établiffemens eccléfiaftiques fubfifteront invariablement
; les départemens économiques conti
mueront d'avoir lieu jufqu'à un nouvel arrange
ment général. Les ifles referont à chaque Gour
418
4
6 552 )
vernement auquel elles appartiennent les expéditions
du Confeil du Gouvernement général
feront faites en langue Ruffé & Allemande ; les autres
Tribunaux pourront le fervir de la langue
Allemande feule , excepté le bureau du tréfor , &
à Riga ; les apointemens fe paieront en écus éva
Jués a un rouble & 25 copeiks. Cette Ordony
nance ayant applani toutes les difficultés qui pro
venoient de la conftitution primitive de ces Provinces
, il fut pourvu au fond des nouveaux éta ,
bliffemens & des nouvelles villes qui devoient
être bâties. Le Gouvernement de Riga eft reparti
en 9 Cercles , Riga , Wolmars , Wenden
Pernau , Fellin , Dorpt , Kirrumpa-Koikel
& Oefel. Celui de Revel eft des Cercles ,
Revel ou Harre , Battis- Port , Wierlande ou
Wefenberg , Jerwen ou Weiffenftein & Wick
ou Hapfal. Pour les former on a échangé quelques
Paroiffes , & érigé quelques bourgs en
villes. La création du Gouvernement de Riga
s'eft faite le 29 Octobre dernier. L'entretien
du Gouvernement , y compris le commandement -
militaire , eft porté anuellement à la fomme de
372,748 roubles 57 & demi copeiks ; mais cette
fomme eft infuffifante , puifqu'il faut bâtir plu
fieurs édifices publics & même des villes entieres .
Le Gouvernement de Revel n'eft pas encore
établi, L'état de fon entretien annuel , non compris
le commandement militaire , ni l'établiffe
ment des nouvelles villes , forme un total de
107,693 roubles . On a fait dernierement le dés
nombrement des mâles dans ce Gouvernement,
il monte à 99,642 , dont 825 2 hommes libres , &
91,390 ferfs
Il a paru dans les papiers publics une
longue analyſe de la differtation du Baron
de Hertzberg , fur la meilleure forme de
( x530)
gouvernement , lue à la derniere féance pùblique
de l'Académie de Berlin ; cette analyfe
a paru dans une infinité d'autres papiers:
mais on remarque qu'elle ne fe trouve dans
aucun de ceux qui s'impriment dans des
pays dont l'adminiftration eft républicaine ;
on n'en fera pas étonné , fi l'on confidere
que c'eft à la monarchie qu'on donne la préférence.
Peut - être l'apologie des républiques
ne s'imprimeroit - elle pas également
dans d'autres états ; & de part & d'autre on
feroit fondé en raifon ; on fera bien aife de
trouver ici quelques - uns des principaux raifonnemens
de l'homme de lettres , miniftre
d'un grand Roi.
:2
« Il ne feroit pas difficile de prouver par l'hiftoire
, que le gouvernement républicain , furtout
l'ariftocratic , dégénere plus fouvent en defpotifme
que la monarchie , que fes époques font§
ordinairement les plus brillantes quand il fe rapproche
du gouvernement monarchique . Celui- ci
eft fans contredit le plus ancien & le premier qui
a uni les fociétés Les Patriarches , les premiers
chefs de famille étoient leurs Monarques Tous
les anciens Etats de la Greces & de l'Italie qui
font enſuite devenus Républiques , ont commencé
par avoir des Rois , Combien de Rois n'y avoitil
pas au fiege de Troye Ces Rois de la Grece
furent chaffés enfuite pour quelques abus , ou
par l'inquiétude ou l'ambition de quelque particulier.
Solon , Licurgue , & les Décemvirs ,
créerent à Athenes , à Sparte & à Rome , des
formes de gouvernement bifarres , qui après avoir
varié cent fois font pourtant toujours rentrées
enfin dans la Monarchie. Une Monarchie hé-
S
( 154 )
réditaire, tempérée par de bonnes loix fondamen.
tales , qu'on adapte au local du pays & au caractere
de la nation , est , à mon avis , la forme
de gouvernement le plus propre à produire & à
effectuer le bonheur des hommes , des fociétés &-
des nations. Comme le pouvoir réſide dans la vofonté
d'un feul Souverain héréditaire , il a pour
kui la plus forte précomption qu'il n'en fera ufage
que pour le bonheur de fon peuple , parce que
fa gloire , fa puiffance , fa tranquillité , fa confervation
même , font inféparablement attachées
an bonheur de fes fujets. L'expérience la plus
générale , & furtout celle de notre fiecle , juftifie
cette préfomption & la convertit en certitude morale
. D'un autre côté , comme dans un Gouvernement
républicain le pouvoir réside dans un
grand nombre de citoyens , il eft impoffible , par
la nature de l'efprit & du caractere des hommes ,
& il efl conftaté , par une expérience générale ,
que les volontés d'un grand nombre de citoyens
ne fe réuniffent jamais pour le bien public fur
un feul point. S'il y a parmi eux quelques Ariftides
ou quelques Epaminondas,des Timoleon , des
Curius , des Cincinnatus, des Scipions , des Doria,
des Sully , qui ne travaillent qu'à conferver la République,
& qui fe retirent après l'avoir fauvée, il
y aura toujours parmi eux un plus grand nombre
de Pericles , de Thémistocles , d'Appius , de
Gracques , de Sylla , de Céfar & de Cromwell ,
qui afpirent & qui parviendront même au defpotifme
par la fubverfion totale de la République
& l'affujériffement de leurs Concitoyens. L'expérience
de tous les temps fair auffi voir que les Mo-
<narchies fe confervent dans une longue fuite de
fiecles, & preſque toujours dans leur forme monarchiques
quand même elles fouffrent desirévo-
-Lutions intérieures & paffageres dans la fucceffion
( 155 )
ou dans l'étendue. La Chine , l'Indoftan , la Perfe ,
la Turquie , l'Allemagne , la France l'Angleterre
, l'Espagne , la Suede , le Danemark font
toujours des Monarchies depuis qu'on les connoît ,
malgré le grand nombre de leurs révolutions momentanées.
Aucune République ne fauroit fe van,
ter d'une durée auffi longue. Les deux plus gran
des Républiques que le monde ait vues , Rome &
Carthage , n'ont pu foutenir leur gouvernement
républicain pendant peu de fiecles , que pour fuccomber
enfuite à un defpotifme affreux. Les jours
les plus brillans que ces Républiques aient eu ,
font les époques dans lesquelles elles ont eu des
Dictateurs. Hammon , Amilcar , Annibal , Afdrubal
, étoient , comme Généraux & Dictateurs ,
les véritables Monarques de Carthage . Les Camille
, les Fabius , les Flaminius , les Scipion , les
Métellus , les Paul-Emile , les Marius , les Pompée
, les Céfar , les Auguftes ont été fous le nom
de Dictateurs les véritables Monarques de Rome.
Si nous avons encore quelques Républiques modernes
en Europe , elles fe confervent moins par
la bonté intrinfeque de leur Gouvernement , que
par la fituation , la jaloufie de leurs voisins .
Le temps des Républiques paroiffoit entierement
paffé, notre fiecle nous offre ce nouveau phémene
dans la naiffance de la République Américaine
, qui ne doit fon origine qu'aux fautes
du Gouvernement Britannique , & à la jalousie
politique & commerciale des Puiffances voisines.
Il faut attendre du moins un demi- fiecle , pour
voir fi & comment cette nouvelle République
ou ce Corps confédéré confolidera la forme du
Gouvernement; elle ne fait pas du moins jufqu'ici
preuve en faveur de la forme républicaine . Les
deux Monarchies Républicaines de l'Europe , la
Pologne & l'Angleterre , n'en font pas une meil
8.6
( 156 )
leure preuve , malgré tout ce que Montefquieu
& d'autres Panégyriftes nous difent pour la pré.
conifer. I paroit décidé par l'expérience que les
Monarchies étant beaucoup plus propres à attaquer
& à fe défendre que les Républiques
leur existence eft beaucoup plus allurée. Rome,
Carthage & Angleterre ne font point exception
à cette regle ; elles ont prefque toujours attaqué,
non en Républiques , mais en Monarchies , par
des Dictateurs & des Géneraux abfolus. Si la
Monarchie emporte la balance du côté de l'adminiftration
militaire & externe elle peut le
difputer également du côté de l'adminiftration
civile. Un Monarque , même d'un génie mé
diocre , peut donner , plus aifément que la Ré
publique l'activité & la force néceffaires à tou
tes les parties du Gouvernement intérieur; il a
plus de facilité à diriger vers le bien public , la
juftice , la police , les finances , l'agriculture &
le commerce ; il lui eft moins difficile d'écarter
les abus & les cabales ; & il le fera toujours
s'il entend fes intérêts. La tranquillité interne
qui fait le fond du Gouvernement Monarchique
, empêche même par fa nature , tous les
efforts qui caufent fouvent dans les Républiques
des fcenes éclatantes , mais la plupart funeftes
Les différends qui s'étoient élevés entre la
cour de Vienne & l'évêché de Paffau font :
terminés : voici la convention qui a été conclue
, & qui confifte en trois articles . lo
L'Evêque renonce aux droits d'océfains qui
ont été exercés jufqu'à préfent dans diverfes
parties de l'Autriche 2PEvêque de Paffau
s'engage à payer annuellement à la Cour Impériale
une fomme de 50,000 florins : 30. la Cour
Impériale rend à l'Evêché les Seigneuries & les
rentes qu'elle avoit fait fequeftrer. d
( 137 ).
DE FRANCFORT , le 10 Mars
On a parlé dans plufieurs papiers de la
dame Polonaife qui s'eft réfugiée fur les terres
du Roi de Pruffe ; une lettre de Rachniz
contient fur ce fujer les détails fuivans.
*
Hier ( 25 Janvier ) il arriva ici une jeune
Dame dans un traîneau de Payfan , laquelle ,
quoique bien enveloppée dans une fourrure de
zibeline , étoit prefque morte de froid. Elle étoit
accompagnée de deux Allemands , Officiers de fa
maifon de deux laquais polonois & d'une petite
femme turque. Elle a fant en trente- fept heures
un chemin de foixante quinze miles d'Allema
gne . Elle découvrit fon état & fes motifs de fuite
au Capitaine de Huffards , qui commandoit au
corps-de- garde ; il la prit fous fa protection , &
l'accompagna dans fon quartier. Une heure après
l'époux de cette Dame arriva ici accompagné
de deux Officiers ; il avoit laiffe aux frontieres.
trente de fes Uhlans. Il effaya d'abord de gagner
fon épouse par la douceur , & de la perfuader de re
tourner avec lui ; mais lorsqu'elle lui répondit
qu'elle aimeroit mieux mourir que de retourner ,
il changea de ton , & voulut la forcer de l'accompagner.
Mais l'Officier Commandant s'y oppofa
, lui confeilla de ne point commettre de
violences , & fit conduire la Dame , fous bonne
efcorte , à Tilfil , où réfide le Général Com➡
mandant. Son époux l'y fuivit ; il y fit de nou
veaux efforts pour l'engager à retourner avec
lui ; mais elle l'en remercia par écrit , & prit
congé de lui pour jamais. Le Commandant fit
accompagner cette Dame par deux Officiers &
un détachement de Huffards qui l'escorterent à
6
( 158 )
Konigsberg , où elle fut reçue avec les honneurs
dus à fa paiffance ; elle récompenfa les Officiers ,
l'un dune belle montre d'or , & l'autre d'une bague
, & continua enfuite fa route pour Berlin .
On apprend de Warfovie que le Prince
Jérôme de Radzivil , Grand- Chambellan de
Lithuanie , a dépêché deux Couriers , l'un à
Berlin , & l'autre à Ratisbonne ,
De tous côtés on n'entend parler que de
défaftres occafionnés par les débordemens
d'eau.
«Les glaces du Haut-Rhin , écrit- on de Cologne
, fe font détachées fucceffivement , & paſſent
de temps à autre devant cette ville fans y faire
de ravages ; les inquiétudes qu'elles nous cau-
#foient fe diffipent , mais un autre motif entretient
nos allarmes . Trois maiſons du marché au
foin fe font écroulées fubitement le 5 de ce mois
à 8 heures du matin , & ont enseveli fous leurs
ruines plufieurs perfonnes , que l'on retrouve
P'une après l'autre , en fouillant dans les décombres.
Ce funefte événement a répandu ici une
nouvelle confternation ; on eft occupé , fur- tout
dans les quartiers bas de cette ville , à étayer
les anciens bâtimens , & cette précaution paroit
d'autant plus néceffaire , que l'eau dont les caves
font remplies , ne font point écoulées , quoique
le fleuve foit defcendu au-deffous de leur
niveau.
Parmi les détails que l'on reçoit de divers
endroits , nous citerons ceux- ci qui fe lifent
dans une lettre de Manheim , en date du 2
de ce mois.
Depuis 5 à 6 jours , nous fommes bloqués dans
l'enceinte de nos murs , & toute communication
avec le dehors a été fermée pendant près de 24
( 159 )
J
::
"
heares les Couriers nous ont manqué pendant
toute la femaine derniere. -Les dégats que
les eaux ont caufé font effrayants , cependant
bien moins dans la ville que dans la campagne ,
fur les deux rives du Rhin & du Necker ; les fortifications
nous ont garantis. Si le baltion qui
couvre le château n'eut pas réfifté , nous étions
perdus ; le bas de la ville , da côté du Necker ,
a eu de l'eau jufqu'au toît des maiſons beaucoup
de pauvres gens ont perdu le peu d'effets qu'ils
poffédoient , les eaux s'étant portées avec une
viteffe & une violence qu'à peine on a eu le
temps de fonger à fauver la vie. La ville de
Heydelberg a beaucoup fouffert , & le pont fur
le Necker a été emporté , ainfi que so maifons
qui font rafées : Le village de Neckerhaufen eft
abſolument détruit ; il n'y refte que 5 à 6 maifons
; c'étoit un des plus beaux de la contrée.
Les habitans en furent enlevés fur d'énormes
maffes de glace ; plufieurs ont péri ; d'autres
ont fait quelques lieues de chemin de cette maniere
; il eft arrivé ici une femme qui a été pendant
36 heures fur un glaçon , voyant périr autour
d'elle pere , mere , frere & foeurs nos baateliers
l'ont fauvée , en courant les plus grands
dangers : il n'eft guere poffible d'évaluer encore
les pertes occafionnées par cette affreuſe inondation
; mais elles doivent être immenfes , &
combien de familles réduites à la mendicité ! -Sur
la rive gauche du Rhin , toute la contrée de
Franckendal , & d'Oggersheim eft fous l'eau par
le débordement du fameux canal : les eaux ont
tellement bouleverfé la terre dans la partie qu'elles
commencent à abandonner , qu'on ne retrouve
plus les traces de la fituation des champs : la Faifanderie
, le parc , tous les ponts du jardin d'Oggersheim
, font ruinés ; le corps- de- garde qui eft
( 180 )
en face du château a été emporté : un demi- pied
d'eau de plus , elle entroir dans les appartemens.
Sur la rive droite , la chauffée de Schwetzingen
, & la campagne
dans cette partie font couvertes
d'énormes
montagnes
de glaces ; le Necker
s'y eft ouvert des débouchés , & coule par trois
endroits différents : on ne peut encore
favoir
continuera
à couler dans les canaux qu'il s'eft
ouvert , ou s'il rentrera dans fon lit. On n'entend
parler que de morts & de malheurs. Le froid
recommence
, & ' s'il dure , la difette de bois fera !
auffi grande qu'elle l'a été les provifions
qu'il
avoit été poffible d'en amener font épuisées , &
dans ce moment il eft impoffible
d'en tirer des
montagnes
dont les chemins font impraticables
.
L'électeur
touché du rapport que la régence lui
a fait du monopoles
, a affigné à la Chambre
des
Finances une forme de 14000 florins , pour fubvenir
au plus preffé , & remettre le bois au prix
du contrat , fe réſervant
dans fon refcript de reprendre
fes avances fur les admodiateurs
.
Quelques- uns de nos papiers annoncent
que la fanté de l'Electeur que Palatin eft tou
jours chancelante ; & qu'on n'eſt pas fans
inquiétude à Munich.
ོ་
ITALIE
DE ROME, le 14 Février.
Le jour de la fête & la veille de S. The
mas Apôtre , tombant le lundi & le mardigras
, le Pape , pour éviter l'inconvénient de
voir tranfgreffer les préceptes de l'Eglife
dans une ville , qui doit au moins au mon((
161 )
de chrétien l'exemple de l'obéiffance , a remis
l'un & l'autre au famedi & au dimanche
qui précédent ; il eft recommandé aux
eccléfiaftiques féculiers & réguliers , à qui la
décence ne permet pas de prendre part aux
divertiffemens tumultueux du carnaval , de
ne point fe prévaloir de cette remife , & de
célébrer ces deux jours સàે l'époque où ils fe
trouveront fur le calendrier.
On s'eft flatté que le Roi de Suede viena
drait paffer ici le refte du carnaval ; on difoit
même qu'il arriveroit le 22 de ce mois :
mais on dit aujourd'hui qu'il pourra bien
prolonger fon féjour à Naples.
x%
On mande de Fogliano qu'il eft parti il y
a quelques jours une barque avec 4 pêcheurs
, pour tranfporter quelques perfon
nes à Gaete , où on les débarqua heureufement,
mais la barque à fon retour éprouva
une tempête affreufe , & fut fubmergée , les
4 pêcheurs ont péri .
L'ufage de la queſtion n'eſt pas encore aboli
par-tout. Il n'eft pas étonnant que cette pratiqué
barbare fourniffe de tems en tems de nouvelles
armes contre elle - même , en multipliant le nom.
bre des victimes . Dans une ville d'Italie , plufieurs :
garçons cordonniers , après avoir bu , prirent que...
rede entre eux lorsqu'il fut queſtion des payer.
Pendant la mêlée , un des plus violens donna un
coup de couteau à fon camarade , & fe fauva. Il
trouve , en fortant , près de la porte du cabaret
un de ſes confreres qui , plus fage ou plus ivre
que les autres , s'étoit endormi au pied d'un arbre,
Il pole auprès de lui le couteau ſanglant , &
(( 162 )
fe retire . Ce malheureux fut éveillé en furfaut par
les sbirres que la Police avoit mis à la poursuite du
meurtrier. Le couteau témoignoit contre lui.
Arrêté , conduit devant le Juge , appliqué à la
queſtion , il ne put y refifter ; il s'avoua coupa
ble, & fut comme tel condamné au dernier fupplice.
Heureuſement pour lui le véritable affaffin
fe trouya préfent au moment où on alloit l'exé
cuter. Ce fpectacle terrible réveilla fes remords ;
perce la foule , en s'écriant qu'on va punir un
innocent ; il demande à prouver par le témoignage
de les camarades , qu'il efl le feul criminel. On
ne dit pas fi la générofité de cet aveu lui a valu fa
grace .
il
ANGLETERRE
DE LONDRES , le 16 Mars.
Il nous eft arrivé quelques lettres de l'Amérique
feptentrionale , par le bâtiment la
Sophie , parti de New - Yorck au commencement
de Février dernier.
Nous nous flattons , difent - elles , que cette
ville fera bientôt aufi floriffante qu'elle l'a jamais
été ; fes habitans font unis ; le Gouverneur
& le Magiftrat ont déclaré qu'ils ne pourfuivroient
plus les Loyaliftes , s'ils fe foumettent
aux loix du pays , & s'ils reftent tranquilles.
Tous ceux qui craignoient une perfécution font
raflures ; & on efpere qu'il n'y en aura plus qui
s'éloignent de cette ville & de Staten- Ifland. Le
général Washington , en quittant le commandement
, a recommandé au Congrès de pardonner
aux Loyaliſtes , comme le feul moyen de rétablir
Tunion & le bonheur dans le pays.
• Dans quelques états on a eu égard à cette
( 163 )
;
recommandation ; quelques - uns même ne
l'ont pas attendue celui de Virginie les
avoit tous rappellés , en n'exceptant que
ceux qui avoient pris les armes & combattu
contre les Etats- unis.
1
Un réfugié Américain à Carleton , dans la
nouvelle Ecoffe a écrit la lettre fuivante à
fon pere à Londres , en date du s Novem-
S
bre.
>
La ville que nous bâtillons
ici eft deffinée
fur
le plan de Philadelphie
& porte le nom de
notre Commandant
en chef J'y ai bâti une maifon,
& j'en commence
à préfent
unede campagne
.
Nos lots dans la ville confitent
en 40 pieds de
terrein
de front , & 100 de profondeur
. Le mien
eft dans Dukeftreet
. Chaque
famille
a 500 acres de
terre
& aujourd'hui
, je commence
à en faire
défricher
200. Le pays eft très - bon ; les forêts
abondent
en gibier , tels que des lievres , des
perdrix
, & autres de cette efpece . La riviere
eft
très-poiflonneufe
; à l'entrée
du havre , on trouve
d'excellens
coquillages
. Nos hivers
ne font pas
beaucoup
plus froids qu'à New-Yorck ; mais ils
font un peu plus longs. Les rivieres
font ordinairement
glacées
à la fin de Novembre
, & ne fe
rouvrent
pas avant le milieu d'Avril
; mais l'air
eft très- fain . Nous fommes
içi en grand nombre
;
il reste encore
quelques
réfugiés
à Staten - Ifland .
que nous attendons
au printemps
.
Le paquebot la Nancy , venant de Bombay
avec des dépêches pour les directeurs
de la Compagnie , a péri corps & biens fur
les rochers de Scilly ; c'est ainsi que nos papiers
parlent aujourd'hui de ce malheur.
Un Particulier arrêté aux ifles de Scilly pour
( 164 )
fes affaires , fe promenant fur le rivage , apper
çut quelques lettres mouillées en les ou
vrant , il vit qu'elles venoient de l'Inde ; il jugea
que quelque vaiffeau de cette partie du monde
avoit péri dans les environs ; il offrit une récompenfe
à un plongeur qui découvrit le bâtiment
fous l'eau , & avec peine en tira une malle qui contenoit
des lettres. Parmi les paffagers , étoient
Percy Chirurgien de Sir Edouard Hughes,
M. Ashburner , du Confeil de Bombay, M. Bord,
M. Page & fon fils , MiffAnne Fhaufin , te Capitaine
Haldane, fon premier & fon fecond maitre
Miftriff Cargill & un enfant de 20 mois. Tous les
corps étoient nuds , & il paroît qu'ils étoient au
lit quand le vaiffeau a coulé bas Miftriff
Cargill étoit une Actrice célebre , qui avoit été
dans l'Inde porter fes talens ; on dit qu'elle y avoit
eu un fuccès prodigieux ; elle y gagnoit ce qu'elle
vouloit , & on payoit des fommes immenfes pour
la voir ; fon bénéfice au Bengale avoit été de
€2,000 roupies ; elle revenoit dans fa patrie jouir
de fa fortune avec fon enfant ; on l'a trouvé dans
fes bras , LeCapitaine Haldane qui commandoit
la Nancy , a offert un exemple fingulier des rigueurs
de la fortune ; il n'y a peut -être jamais
eu au fervice de laCompagnie des Indes de marins
plus constamment malheureux. Après avoir langui
long- temps dans les emplois fubalternes , il obtint
le commandement d'un vaiffeau ; mais à peine
fut- il en mer , qu'il fut pris par l'armée combinée
de France & d'Espagne , & conduit à Cadix, Revenu
en Angleterre , il obtint , 12 mois après ,
le commandement duFairford, qui fut brûlé à fon
arrivée à Bombay , & fur lequel il perdit fa
fortune. Pour le dédommager en quelque forte ,
le Gouverneur de Bombay lui donna le commandement
du paquebot la Nancy , chargé de dé
165 )
pêches particulieres pour l'Angleterre ; le vaiffeau
a péri fur les roches de Scilly, & il y a trouvé la
fin de la vie la plus défaſtreute .
Le foit du capitaine Haldane eft en effet
bien extraordinaire ; il y avoit fur la Nancy
36 hommes d'équipage, 12 paflagers , &
pour 200,000 liv. fter. de propriétés parti
culieres en bijoux , en efpeces & en effets.
On n'a encore pu déchiffrer aucune des lertres
qui fe trouvoient dans la malle on efpere
que lorfqu'elles feront bien féchées , on,
parviendra à en lire quelques-unes .
Nous fommes arrivés ici le 10 de ce mois , liton
dans une lettre écrite à bord du Monarque le 21
Décembre au Cap de Bonne- Efpérance , mais dans
un état à faire pitié. Notre équipage étoit fi fatigué
, qu'à peine avions- nous 100 hommes capables
de faire la manoeuvre ſur un vaiffeau de 70
canons , & plus grand qu'un vaiffeau conftruit en
Angleterre, de 84. A notre départ de la côte de
Coromandel , les équipages de chaque vailleau de
la Flotte étoient fi réduits par les combats , qu'au
lieu de 740 hommes que chacun devoit avoir , il
n'en avoir pas foo. Ler de ce mois nous effuyames
au fud de Madagaſcar une tempête qui dura 3
jours , dans laquelle l'Exeter , que montoit le
Comodore King, fouffrit beaucoup. Le Sceptre ,
de 64 , perdit tous les mâts ; tous , éprouverent de
grands dommages. Nous étions perdus fi , après
la tempête , le vent ne fût pas devenu favorable.
pour nous rendre ici. Nous avons deja perdu fur
le Monarques hommes attaqués du fcorbut ; plus
de 200 font malades & hors d'état d'agir . Notre
yaiffeau a une grande voie d'eau. Il n'a pas mis
moins de 250 malades à terre ; les autres vaiffeaux
font dans la même fituation. On n'a pas enterré
( 166 )
moins de 70 morts. Nous avons été bien reçus.
Les Hollandais & les Français s'empreffent à nous
procurer tous les fecours dont nous avons befoin
--
Un paquebot, arrive du Bengale ; il nous apprend
que le Catham, yaiffeau de la Compagnie,
qui avoit 108 hommes d'équipage , compris les
Officiers , en partant d'Europe , n'eft arrive qu'avec
24. Le refte eft mort d'une maladie peftilentielle
dont les vaiffeaux en général font attaqués.
No
Nos malheureufes divifions ne paroiffent
pas encore prêtes à finir. La conférence
qu'on a enfin obtenue entre le duc de Portland
& M. Pitt , n'a point eu de fuccès ; cependant
la Coalition femble avoir pris le
parti de la modération ; elle ne s'eft point anch
oppofée au bill de l'armée & aux fubfides ;
quelques perfonnes prétendent qu'elle y a
été forcée par la crainte d'une révolte du
peuple , & par la baiffe de fon influence
dans la chambre des Communes , où elle
n'a eu que la majorité d'une voix len8 dece
mois. Ses partifans préfentent les chofes
fous un autre point de vue.
X01 286 6
Les amis de M. Fox & du Lord North prétendent
que la conduite de ces Chefs de parti leur
fait infiniment d'honneur ; qu'après avoir affuré
les privileges de la Chambre , & pris les mesures
convenables pour empêcher les Miniftres de fubjuguer
la branche de la légiflation la plus chere à
ce peuple, ils n'ont voulu mettre aucun obftacle à
T'expédition des affaires urgentes de l'année ,
retenir les fubfides , ni jetter les fondemens d'une
oppofition factieufe. Les Miniftres ont demandé
qu'on fit l'effai de leurs mefures. M. Fox & le
Lord North y ont confenti. On a reproché à ceux..
ni
( 167 )
ci d'interrompre le cours des affaires , ils ont prouvé
le contraire. Ils fe font contentés de dire aux
Miniftres : » Nous favons que vous ne pouvez pas
faire les affaires de la Nation fans nous , mais
nous vous aiderons ; non - feulement nous ne les
interromprons point , au contraire nous concour
rons à leur expédition ; mais vous ne perdrez ja
mais de vue que vous exiftez malgré la Chambre
des Communes «< ,
Dans d'autres papiers on leur fait un crime
de cette modération ; & c'eft ainſi qu'ils
s'expriment. L. Morebnsk
Quelques perfonnes paroiffent étonnées du
moyen propofé par M. Fox pour affurer la dignité
des Communes. De quoi fert la derniere repréfentation
? Ce moyen eft , dit- on , plus fort qu'une
adreffe , mais plus modéré qu'une remóntrance.
Quel bien a- t-elle produit ? Elle a été gracieuſement
reçue ; c'est - à - dire , que le Lord Hinchinbrok
n'a point été jetté par la fenêtre. Mais at
- elle rendu à l'organe du peuple fes fonctions dans
la légiflature 2 A- t-elle fait effacer des registres
du Parlement l'exemple d'une Adminiftration
dont les Membres gardent leurs places contre le
vou formel des repréfentans de la Nation ? A.
t - elle empêché l'établiffement d'un principe auffi
funefte qu'il eft nouveau ? S'il n'a produit aucun
de ces effets , c'étoit donc une meſure incomplette.
On aura beau dire que M. Fox s'eft avancé
auffi loin qu'il a ppuu le ffaaiirree pour être fuivi de la
Chambre. C'eft une excufe plutôt qu'une juftification
. On ne compofe point avec une bonne
caufe. M. Fox auroitdû propofer un remede auffi
fort que le mal l'exigeoit ; & quand il auroit été
pour le moment dans la minorité , tous les citoyens
fages, & qui réfléchiffent , lui auroient fu gré
ip
( 168 )
de la tentative ; & cet échec même , en redou
blant pour lui leur eftime & leur vénération ,
n'auroit fervi qu'à rendre enfuite fon triomphe
plus glorieux & plus affuré ; car la Nation n'auroit
pas tardé à ouvrir les yeux fur l'abîme dans lequel™
on la précipite , & à rendre juftice à l'importance
& à la néceflité d'une meſure qui pouvoit feule la™
fauver. Il y a des tems où la modération eft nonfeulement
une foibleffe , mais un crime ; & c'e
une morale très- relâchée & très condamnable que
celle qui nous empêche de pourſuivre un projet
que nous croyons jufte , parce que l'on n'eft pas
affuré de fon fuccès. En temporifant ainfi , on
établit un mauvais principe : or un mauvais prir.-
cipe une fois établi , foyez sûr qu'il fe préſentera
de mauvais fujets pour en profiter. Tel eft cepen
dant le préfent funefte que la molleffe de la Chan
bre ou de M. Fox legue à notre poftérité , & quả
de toutes les calamités du regne actuel fera la plus
fâcheufe & la plus déplorable.
Enattendant l'iffue qu'auront ces démêlés ,
& dans lefquels legouvernement montre une
fermeté & une conftance qui finira à la longue
par vaincre l'opiniâtreté de l'oppofition,
nous fuivrons ici les débats parlementaires.
Le 9 la Chambre fe forma en comités(asle
bill de l'armée . Le Général Smith , prit le
premier la parole pour réclamer l'attention de
la Chambre fur l'état de l'Inde , où la juriſdic
tion militaire n'exiftoit plus , où le Commandant
en chef des troupes à Madraff , avoit été ar
rêté par ordre de la Compagnie qui s'étoit ar
rogée un droit qu'elle n'avoit point fur les trou
pes du Roi. M. Pitt trouva que cela n'avoit point
de rapport avec le bill dont on s'occupoit , & renvoya
cette motion aux premieres délibérations
qui
( 169 )
qui auroient lieu for l'Inde. Le Secrétaire de
la guerre propofa alors d'étendre le bill de l'ar
mée du 25 de ce mois au 25 Mars 1785. Là deffus
Sir Matthieu Ridley obferva que la féance de
ce jour pourroit montrer à la nation combien on
avoit injurié la majorité de la Chambre , en l'ac
cafant d'avoir le projet de fufpendre les fubfides
& de refufer de pailer le billde l'armée ; elle verroit
que fi elle avoit combattu jufqu'à préfent , c'étoit
pour la conſtitution ; jufqu'à préfent elle paroiffoit
être abandonnée par les représentans , & les
voir foutenir les, Miniftres qui les trompoient
il étoit fenfible à ce défagrément , qu'il regardoit
comme une espece de dégradation de l'état de
repréfentant ; & il dit qu'il étoit diſpoſé à réfigner
fa place dans une Chambre facrifiée par
Les conftituans à la prérogative de la Couronne
M. Powis répondit à ce tableau de l'état actuel
des chofes qu'il étoit exagéré. Une alliance
entre le peuple & la nation étoit contre nature
, & ne pouvoit exifter long- tems . Il rendit
compte à cette occafion de l'etat des négotia
tions pour l'union . Les Miniftres avoient exigé
trois choſes ; 1 ° . que le Lord North ne feroit
pas partie de l'adminiftration , & ce Lord avoit
déclaré qu'il renonçoit à toutes prétentions ; 2°,
qu'on abandonneroit toutes les parties du bill de
l'Inde fufceptibles d'objection , & M. Fox avoit
confenti à retrancher entr'autres la partie dę
patronage & à laiffer difcuter tout le refte
3. que le Duc de Portland confentiroit à une entrevue
fur des termes d'équité & d'égalité , &
celui - ci en étoit convenu. Il avoit deman
dé à fon tour que le Miniftre réfignât d'abord,
ce qui avoit été refufé ; il avoit renoncé
à cette prétention , en demandant que le meffage
parût être une résignation fans l'être réellement
. 13 , 27 Mars 1784.
N°.
( 170 ).
que le meſſage fût envoyé par le Roi lui même ,
& enfin qu'on expliquât le terme d'égalité , &
les Miniftres à qui l'on accordoit tout ce qu'ils demandoient
, ont tout rejetté. Les débats dans lef
quels M. Pitt & M. Fox parlerent long- temps
étoient peut- être étrangers au bill ; mais le parti
de l'oppofition qui avoit annoncé qu'il étoit indécent
d'ufer du droit de le fufpendre , ainsi que
les fubfides , vouloit fans doute faire valoir fa
modération en n'en faifant pas ufage ; & la durée
du bill qu'on craignoit de voir bornée à un
mois , pour être renouvellée enfuite de mois en
mois , fut étendue , felon l'uſage , à un an , conformément
à la motion du Secrétaire de la guerre.
Le 10 la Chambre reprit le bill dont différentes
clauſes furent relues & approuvées. Sir Adam
Ferguson à cette occafion expliqua ce qu'il avoit
dit quelque temps auparavant , & qui avoit été
mal entendu ; il avoit obſervé qu'un bill d'armée
n'étoit point un moyen entre les mains de Poppofition
de prévenir la diffolution du Parlement :
quoiqu'il ne paffàt point en acte , un vote antérieur
de la Chambre pour autorifer S. M. à lever
un certain nombre d'hommes compoſant l'armée ,
l'autorifoit néceffairement à l'entretenir pendant
le temps qu'elle devoit refter fur pied . Après cela
la Chambre fe forma en comité fur l'état de la
marine, M. Bret dit que la fomme qu'il avoit
à demander feroit plus grande qu'il ne le defireroit
; mais pendant la guerre on avoit arrêté qu'il
feroit conftruit des vaiffeaux ; il y en avoit fur
tous les chantiers ; les contrats étoient paffés ; il
falloit les tenir ; l'ordinaire de la marine monseroit
à $20,000 liv. fterlings , & en y joignant
l'extraordinaire , c'étoit faire une fomme de
1,171,000 livres. Comme on efpéroit économi
fer , il jugea que 1,100,000 fuffiroient , & il fit
( 171 )
la motion pour obtenir cette fomme. M. Huffey
obferva qu'en 1764 , la premiere année de paix
qui fuivit une guerre longue & glorieufe , les eftimations
de la marine furent portées à 1,300,
ooo liv. , dont la chambre ne vota que 300,000 1 .
parce que l'excédent fut rempli par les épargnes
faites fur les gages des matelots. L'année derniere
, ajouta til , on a voté 110,000 matelots ,
on n'en a emploié que 65000. il en refte 45000 ,
dont les gages ont été épargnés , & montent à
pres de 2,300,000 liv. fterl . Il demanda ce qu'étoit
devenue cette fomme : on répondit qu'elle
avoit été sûrement emploiée , on n'en douta pas :
mais comment l'avoit elle été? fir Grey Cooper
recommanda à ſon tour de ne pas multiplier les
conftructions , & de fonger à employer les écono
mies à la réduction de la dette de la marine ; la
feconde année après l'avant-derniere guerre on
fonda 3,500,000 livres fterlings de cette dette , la
nation en a maintenant une de 15 millions . La
chambre finit par voter ces eſtimations.
Le ri on ne s'occupa que du bill relatif au
tranſport des prifonniers qui font actuellement
entaffés dans toutes les prifons du Royaume ; &
comme on trouva qu'il étoit fufceptible de plufieurs
oblervations , il fut décidé qu'il feroit remis
àun Comité.
M. Eden , fur la lecture du rapport des comptes
de la Compagnie des Indes , prononça un long
difcours qui venoit à l'appui des charges alléguées
ci-devant par M. Fox contre leur exactitude
; une des preuves qu'il en apporta , eft qu'au
moment où les Directeurs prétendent que la
Compagnie eft folvable , ils déclarent qu'ils no
peuvent payer ce qui eft dû au Gouvernement ,
puifqu'ils demandent un délai pour cet effet,
Cette fomme due eft de 913,862 livres fter
h2
( 172 )
Jings. Cette difcuffion parut fort ennuyeufe
à la Chambre , la plupart des membres fe retirerent
pendant qu'elle dura ; & lorfqu'il fut queftion
d'aller aux voix fur la motion de nommer
un Comité pour examiner ces comptes , il ne
ſe trouva que 20 membres qui lui donnerent
unanimement leur aveu.
1Le 12 il fut queftion de la repréſentation du
peuple au Parlement ; on examina les plaintesformées
à cet égard , & répétées a diverfes reprifes
par toutes les oppofitions que la Cour
a éprouvées au Parlement. Cette fois le Minif
tere étoit pour propofer un réglement fur ce
fujet , & on a vu M. Powis à la tête de ceux qui
fe font oppofés à cette propofition. M. Fox qui
prit la parole , qu'on attendoit avec impatience,
& qu'on écouta avec beaucoup de curiofité , avoit
une tâche délicate á remplir. Dans ce moment
une oppoſition ouverte pouvoit ajouter à ce qu'il
perd journellement de popularité ; un aveu auroit
paru au moins étrange ; c'eût été convenir
qu'en effet la Chambre des Communes agit contre
le voeu de fes commettans ; il mit beaucoup
d'adreffe dans fon difcours ; il fit voir que la motion
préfentée comme elle étoit pourroit rendre
la Chambre méprifable , & que des Confeillers
fecrets avoient fans doute indiqué cette mefure.
Il paroît que ces raifonnemens ont produit leur
effet ordinaire ; la motion a été rejettée à la plu
ralité de 141 voix contre 93 .
Hier la Chambre a nommé le Comité qui
doit examiner les comptes de la Compagnie des
Indes, Ce Comité eft compofé de 15 membres qui
s'affembleront pendant que la Chambre fera
ajcurnée.
On a parlé de l'affaire du capitaine Wall ,
ci - devant gouverneur de l'ifle de Gorée , de
( 173 )
f'ordre donné pour l'arrêter , & de fa fuite ;
nos papiers rendent ainfi compte de tous ces
détails .
$
Un jour ou deux avant que cet Officier quittat
fon Gouvernement , fur la côte d'Afrique , il
fit condamner cinq foldats à recevoir chacun
1500 coups de verges. Si le Jugement a été
rende fans autorité fuffifante ou non , c'eſt un
point que la loi doit décider ; mais fes fuites ont
été cruelles: Trois de ces malheureux font morts
de leurs bleffures , M. Wall quitta l'Afrique le lendemain
de l'exécution , & revint en Angleterre ,
ignorant la mort de fes victimes . Les Officiers de
la garnifon arrivés depuis , ont porté leurs plaintes
au Confeil ; le Chirurgien qui étoit préfent
à l'exécution , interrogé pourquoi il ne l'avoit pas
interrompue , comme il en avoit le droit , a répondu
qu'il avoit été retenu par la crainte du
même fort . Ces dépofitions ayant été faites fous
ferment devant un Juge , deux perfonnes furent
dépêchées pour arrêter le Capitaine Wall ; il
étoit alors à Bath , dans la maifon d'une Dame où
ils le trouverent , & le conduifirent à Marlbo
rough. La il demanda la permiffion d'envoyer
chercher fa femme , ce qui lui fut accordé ; il
dépêcha un meffager à la Dame dont il venoit de
quitter la maiſon , elle les joignit à Reading. Le
foir le Capitaine repréſenta à fes gardiens l'indécence
qu'il y auroit à eux de coucher dans la
chambre de la Dame , & obtint avec peine qu'ils
-s'établiroient dans la chambre voifine ; ceux - ci
ne firent pas attention qu'il y avoit à celle où ils
laifferent leur prifonnier & la Dame une fenêtre
peu élevée ; le Capitaine en profita pour le fauver,
-La Damé avant de venir avoit ordonné une chaile
de pofte & des chevaux qui étoient à portée ; il
s'en fervit & prit la fuite. Les gardes arrêtereng
འཐ
Ꮒ 3.
( 174 )
la Dame qu'ils amenerent ici ; mais elle y a éné
remife en liberté le lendemain.
On a fu depuis que le Capitaine Wall a paffé
en France ; il a écrit de Calais à un de fes amis
qu'il n'a fui que pour éviter l'ennui d'une longue
détention à Newgate ; mais que lorsqu'il fera
queftion de lui faire fon procès, il reviendra ,
qu'il ne lui fera pas difficile de ſe juſtifier du
meurtre qu'on lui impute ; puifque les perſonnes
qui ont fubi le châtinient y ont été condamnées
par un Confeil de Guerre, On dit qu'en effet
les chofes fe font ainfi paffées, ce qui fauve l'accufation
d'un ordre arbitraire. Mais ce châtiment
fut terrible , puifque chaque homme reçut 800
coups, & non 1500.
Parmi les anecdotes fingulieres que préfente
fouvent cette grande ville, en voici
une qui tient à la facilité avec laquelle les
jeunes couples peuvent former , malgré leurs
parens , des noeuds fouvent mal affortis &
toujours défagréables. Les loix n'y ont
point encore remédié , & les inconvéniens
qui en réfultent , en réclament en vain l'attention
.
Le 5 de ce mois une jeune Demoifelle , fille
d'un de nos Pairs , eft partie dans une chaiſe de
pofte , fous la conduite d'un Lord Ecoffois , pour
Pautre côté de la Tweed , où ils vont s'unir contre
le gré de leurs parens , fur - tout de ceux de
la premiere , par des noeuds qui feront indiffolu
bles. La frequence de ces événemens reclameroit
l'attention de la légiflation qui pourroit fans
doute remédier à un pareil abus. On ne tarda pas
à s'appercevoir de leur fuite ; on vola à leur pourfuite.
Le frere de la Dame , jeune Officier , plein
de feu, joignit la chaife de pofte peu de tempe
( 175 )
après fon départ ; il y trouva le couple marqué
qui le conjura de ne point faire de bruit , & de lui
permettre de revenir comme il étoit pour évitet
le fcandale ; le jeune homme confentit à cette demande
; mais qu'elle fut fa furpriſe quand ayant
ramené les deux fugitifs dans la maifon de fon
pere , & leur avoit ôté leurs mafques , il trouva
qu'il n'avoit ramené que la femme de chambre
de fa fæeur , & le laquais de fon amant ; il fut
au défefpoir. Le couple avoit pris une autre route
& employé cet artifice pour détourner ceux qui
courroient après eux ; la famille irritée , envoya
les deux domestiques chez le Magiftrat volfin ;
par-tout ils auroient été puniffables comme com
plices d'un rapt ; mais ici il n'en eft pas de même
le Juge a déclaré que n'étant coupables ni l'un ni
l'autre aucunement contre la loi de la terre , il
ne pouvoit les envoyer en priſon ; ils ont été remis
en liberté , & font partis pour rejoindre leurs
maîtres , auxquels ils raconteront leur avanture ,
& qui s'applaudiront de la précaution qu'ils
avoient prife.
FRANC E.
DE
VERSAILLES , le
23 Mars.
Le comte de Seytres Caumont , & le
Marquis du Pleffis d'Argentré , qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préfen
tés, au Roi , ont eu celui de monter dans les
carroffes de S, M. , & de chaffer avec elle.
La comteffe de Ruppierre a eu le 14 de
ce mois l'honneur d'être préfentée à L. M.
& à la Famille Royale, par la Princeffe de
h +
( 176 )
Ghiftel , Dame pour accompagner Madame
Victoire de France.
M. de la Foffe , graveur , a eu l'honneur
de préfenter à L. M. & à la Famille Royale
le dixieme chapitre du Tome III du Voyage
pittorefque de l'Italie qu'elles ont ho
noré de leurs foufcriptions. Le 14 M. de
Heffeln , Cenfeur Royal , a eu également
T'honneur de leur préfenter les cartes des ré
gions Eft & Sud-Eft , les deux dernieres des
neuf qui offrent le premier degré de détail
de la nouvelle Topographie de la Francé ( 1 ) .
DE PARIS , le 23 Mars.
Il circule ici des lettres de Breft qui annoncent
l'arrivée dans ce port d'une frégate
de l'efcadre de M. de Suffren ; elle eſt vedit
- on , de conferve avec le Héros que
monte ce brave Commandant , qui doit aller
débarquer à Toulon , le 4 Janvier , ajoute-
t- on , le Héros lui fit figne de fe féparer.
Selon ces avis M. de Suffren a laiffé 3 vaiffeaux
à l'Ile de France , & 2 au Cap de
Bonne - Efpérance.
En rendant compte dernierement de l'affaire
de Goudelour dans l'Inde, on a oublié d'annoncer
que les François à cette journée étoient commandés
en chef par M. le Marquis de Buffy , &
en fecond par M. le comte d'Offelize , que la
premiere ligne de l'armée l'étoit par M. le Marquis
d'Albignac , la feconde par M. le comte de
( 1 ) On ſouſcrit chez Pauteur , rue du Jardinet , pour la
deuxieme partie entiere , ou par détail.
177 )
fa Mark, & que les difpofitions générales de l'artillerie
avoient été faites par M. de Senarmont
qui la commandoit en chef ; on s'empreffe de
réparer ici cette omiffion. "
On compte que le Roi de Suede pafera
ici à fon retour d'Italie , & qu'il s'y arrêtera
quelque temps ; on fait qu'il vint en France
n'étant que Prince Royal , & qu'il n'y fit
qu'un féjour fort court , parce que la mort
du Roi fon pere l'obligea de retourner dans
Les états.
Ce n'est que par la Hollande que l'on
l'on apprend
que l'Empereur de Maroc va nous
déclarer la guerre ; on ignore parfaitement
cela ici , & même fi l'on a donné quelque
fujet de mécontentement à ce Prince Maure
, & en quoi il peut confifter.
On a beaucoup parlé des prodiges de M.
Mefmer ; quelques effets extraordinaires de
fa maniere de traiter des maladies , la cure
fans doute de plufieurs , étoient faits pour
exciter la curiofité ; on dit qu'il s'eft formé
une fociété de 63 feigneurs , qui font un
fonds confidérable , puifqu'il n'eft pas de
moins de 100 louis par perfonne, qu'on remettra
à M. Mefmer , qui s'engage à leur
donner la connoiffance & à leur apprendre
l'application du Magnétifime animal ; on
prétend qu'il ne leur faudra qu'un mois ,
pour être parfaitement inftruits ; ce fera enfuite
leur affaire de travailler à conferver le
dépôt qui leur aura été confié , & d'en faire
ufage.
hs
( 178 )
ག
L'avis fuivant ne peut qu'intéreffer les
commerçans ; & c'eft un titre pour le pla
cer ici. 15
Dans le courant de Mai prochain il fera ouvert à
New-yorck , fous la direction de MM, Coulougnac
& Compagnie , un dépôt général de tous
les objets de fabrique & des productions de Frances
où l'on recevra & vendra pour le compte des
Expéditionnaires , les différentes confignations
qui feront adreffées fous une provifion de 5 pour
100 , quitte de tous frais . Cet entrepôt fera foutenu
par divers Actionnaires , tant de France
que de l'Amérique feptentrionale , dont les fonds
ne feront employés que pour l'anticipation du
paiement de la moitié de la valeur des objets confignés
, en faveur de tout expéditionnaire
à l'arrivée à Newyorck , de fa cargaifon & pacotille
; la folde des envois fuivra de près cette
anticipation de paiement , d'après leur vente.
faite fur les lieux ; les Négocians & Manufacturiers
qui voudront honorer l'entrepôt de leur confiance
, adrefferont leurs expéditions à MM. Berard
& Compagnie , Négocians à l'Orient , cone
pondans de la compagnie de l'entrepôt, qui fe
chargeront d'expédier fur les paquebots qui partent
régulierement tous les mois pour New-yorck :
les cailles , maffes ou colis qu'on leur adreffera
pour l'entrepôt , & de pourvoir mêmes aux affurances
de chaque expédition , d'après les ordres
particuliers qu'ils recevront de la pare dos char
geurs. En attendant les avis particuliers & les
cours de vente de chaque article que l'entrepôt
de New- York fera paffer tous les mois à fes
correfpondans directs par la voie des paquebots ,
voici une liste des objets propres à la confommation
directe du continent , fous un bénéfice de
( 179 )
20 à 25 du prix de fabrique. Taffetas noirs
luftrés de toute largeurs & qualité . Ditto d'Angleterre
blanc , roſe tendre , bleu & verd anglois ,
noir , bleu de ciel , carmelite , boue de Paris ,
brun , & généralement en couleur tendre & modefte.
Satins , & , legers & apparens , même
couleur; ditto ,pelure d'oignon en couleur , & furtout
en noir. Florences doubles mi- florence, gros
de Tour, même couleur rubans unis, numéro4,5,9
& 10, de préférence ; rúbans noirs pour queue ,
ditto de Cologne affortis ; faveur, numéros 1 &
, même couleur ; gazes noires & blanches de toute
efpece, bas de foie blanc pour homme forte jambe
gants de peau blanche & en couleur modefte pour
femme , glacés & non glacés ; dentelles noires du
Pults & de Caen, évantails de qualité ordinaire, fur.
tout à manche blanc . Parafols de 20 à 24 pouces
pour femme , fur- tour en taffetas verd; baptiftes
unies , claires & prix moyen ; toute eſpèce
de toile blanche , fine & ordinaire ; indiennes à
petit ramage ou bouquets détachés , deffin léger
point de rayure, fond brun , mordoré; &c. lilla , violet
, bleu de ciel, très-peu de fond blanc, bleu de calandré
, & plié en carré , prix moyen ; draps fu- :
perfins & mi-fins , 4 , en gris frais , brun , noilette ,
gris de rat, mêlangé , prune de Monfieur , boue
de Paris , mordore , verd pomme , bleu tendre ,
blanc , bleu de Roi , écarlatte ; chapeau fin
& mi- fin , profonds , de fix pouces de bord.
d'une coeffe de taffetas ou de fatin léger en
couleur , d'un apprêt fimple & moelleux.
Tous ces articles n'étant pas d'un grand
encombrement peuvent s'embarquer fur les paquebots
de l'Orient, Quant aux autres productions
de France , & autres articles de gros volumes
il eft indifpenfable de frêter des navires.
h 6
( 180 )
Parmi les foufcriptions qui ont été propofées
en France , il n'y en a point qui mérite
plus de confiance & d'éloges , que celle
que nous nous empreffons d'annoncer . Son
objet , qui ne fauroit être plus intéreffant ,
eft l'érection d'un monument deſtiné à recevoir
les cendres de Defcartes , qui repofent
depuis plus d'un fiecle dans l'ancienne
Eglife de Sainte - Genevieve , d'où elles doivent
être tranfportées dans la nouvelle . C'eft
aux gens de lettres qu'on adreffe le projet ,
& c'eft à eux à le feconder.
?
MM. , quiconque fait lire & penfer , fent qu'il
doit quelque reconnoiffance à Defcartes. Vous
MM. , qui joignez les idées & les connoiffances au
talent , & qui devenez chaque jour pour les autres
ce que Defcartes fut pour vous ,vous fentez combien
votre obligation envers lui augmente par vos
fuccès. Permettez donc , MM . , que le projet de
confacrer la mémoire de ce grand homme , par un
monument public , paroiffe fous vos aufpices . On
n'a pas dit plus fincerement : je ne fuis qu'un
foldat , & je n'ai que du zele , mais ce zele , du
moins , excitera le vôtre le Public en vous
écoutant , oubliera ma foibleffe , & il vous devra
, MM. , le plaifir de céder à une douce infpiration.
J'ai l'honneur d'être avec refpe& , MM. ,
Votre très-humble & très- obéiffant ferviteur , le
PROPRIÉTAIRE de la Bibliotheque des Romans.
A Paris , le 18 Mars 1784.
C'eft le produit de cet ouvrage intéreffant
, qui doit fournir les fonds du monument
projetté. Nous ne doutons pas que le
public éclairé ne s'empreffe d'y contribuer ;
il acquerra un ouvrage connu , apprécié de7181
)
puis longtemps , fans augmentation de
prix ; les facrifices font tous du côté du propriétaire
, qui en traçant fon plan , s'eft attaché
a procurer toutes les facilités poffibles
aux foufcripteurs . Nous le laifferons parler
lui- même.
Celui qui renverfa l'Empire d'Ariftote dans
les Ecoles , qui répandit la plus grande lumiere
dans toute l'Europe , qui apprit à l'homme qu'il
pouvoit penſer tout feul , qui fut l'ami de Chriftine
, qui forma Newton ; celui dont l'Académie
Françoife propola l'éloge public , & dont la Statue
, fi bien infpirée , doit figurer dans le Muféum
de la France , le pere de la Philofophie
DESCARTES enfin , n'a point de tombeau dans
fa Patrie. Un Patriote anonyme , dans le Jourmal
de Paris , nº . 42 , invite la Nation à acquitter
cette dette , après plus d'un fiecle . C'eft aux
Lettres à en offrir le moyen. Nous favons que
les Soufcriptions font prefque décriées : le motif
peut - être & l'objet feront approuver celle
que nous propofons . La Bibliotheque des
Romans , en épurant les fictions trop libres , eft
devenue utile aux moeurs ; elle acquerra un nouveau
titre , fi elle procure le moyen d'honorer
le génie.
on-
Premiere claffe . Pour la Collection entiere des
volumes qui ont paru dans le cours de neuf années
, dont le nombre eft de cent quarante quatre,
& quel'on recevra en feuilles en foufcrivant ,
paiera cent trente livres ( prix actuel de ladite
Collection ) , & fix livres de plus , fi'on veut les
avoir brochés. Seconde claffe . Pour la Collection
des mêmes volumes , que l'on recevra
par divifion d'années , de mois en mois , depuis
le premier Juin jufqu'à la fin de Janvier , on
paiera également cent trente ou cent trente- fix
( 182 )
livres , en neuf paiemens égaux de quinze liv
chacun ; le dernier fera de dix livres ou
de feize : le premier ſera fait d'avance. On rece,
vra le volume courant en fouſcrivant , & l'on
fera fervi franc de port à Paris , juſqu'en Juillet
prochain , temps où finira la neuvieme année.
Troifieme claffe Pour la Soufcription fimple , c'eſtà-
dire pour les feize volumes qui paroiffent dans
le cours d'une année , on paiera vingt- quatre liv.
& l'on recevra les volumes de cette année jufqu'en
Janvier prochain , en remontant juſqu'aux volumes
qui ont paru depuis le commencement de
l'année , que l'on remettra en recevant le prix de
la Soufcription . Si le nombre de ces Abonnés
eft confidérable , & qu'ils defirent un jour de fe
procurer la Collection entiere on répondra
dans quelque temps à leurs voeux , en leur propofant
une nouvelle Soufcription , aux conditions
offertes aux Abonnés de la feconde claffe .
་་་
Sur le produit de chaque Soufcription , il fera
prélevé un tiers net , qui aura pour objet les
frais du Monument qu'on le propofé d'ériger. Et
pour affurer l'exactitude de l'emploi , les quit
tances de foufcription feront fignées , tant par
M. de Grandbois , Chef du Bureau de la Bibliotheque
des Romans , que par M. Deyeux Notaire
, rue S. Antoine , entre les mains duquel
fera verfé par avance le tiers deftiné à la dépense ,
du Monument. La Soufeription fera fermée irrévocablement
le 31 Mai prochain. Avant qu'elle
le foit , on expofera aux yeux du public le projet
du Tombeau. L'on ofe dire d'avance qu'il
fera digne de DESCARTES & de la Nation . On
fera connoître en même temps l'artife célébre
chargé de l'exécuter.Huit jours après la clôturede
la Soufcription , on rendra compre au Public du
produit du tiers qui aura été dépofé entre les
( 183 )
mains de M. Deyeux ; & s'il arrive , malgré
l'honnêteté du Projet , malgré l'influence que le
grand nom de DESCARTES doit avoir fur les ef
prits éclairés , que ce produit ne foit pas fiffifant
pour remplir l'objet que l'on s'eft propofé , M.
Deyeux remettra à chaque Soufcripteur le tiers
de la fomme que chacun aura payée. On s'abon
nera uniquement au Bureau , rue Neuve Sainte-
Catherine, & l'on s'adreffera à M. de Grandbois,
en ayant foin d'affranchir les lettres & l'argent,
Il fera publié une lifte exacte des Abonnés.
Il y a long- temps qu'on cherche des re
medes contre la rage tous ceux qu'on
publiés jufqu'à préfent font infuffifans ; l'on
ne fauroit trop multiplier les obſervations
qui peuvent feules conduire à en découvrir
un efficace. En voici une bien intéreſſante
faite par M. de Mathiis , Docteur en Médecine
, & Chirurgien des Armées du Roi de
Naples , qui a été publié par ordre du gouvernement
. Elle eft le réfultat d'une expérience
due au hafard , & qui peut jetter um
grand jour fur l'hidrophobie.
M. de Mathiis étant à Vallodinovi , dans la Ca-
Jabre Citétieure , trouve , en revenant de la chaffe
une vipere , & la rapporte à la ville ; en y rentrant
, il voit , dans un jardin qu'il traverſe , un
chien à la chaîne , enragé depuis trois jours. Pour
s'affurer de l'hydrophobie , il lui préfente de l'eau,
& l'animal tombe en convulfion . Il fe rappelle ce
précepte du pere de la Médecine : la convulfion ef
guérie par la convulfion ; & il imagine de faire piquer
le chien à la gueule par la vipere qu'à cet
effet il irrite. La tête du chien ne tarde pas à
devenft horriblement gonflée. La convulfion oc(
184 )
cafionnée par le venin de la vipere , fuccede a
celle qu'occafionnoit le virus de la rage , & l'hydrophobie
celle : en effet on préfente à l'animal
de l'eau , il la boit avec avidité ; d'où M. de Mathiis
conclut que la morfure de la vipere , en imprimant
aux fluides une modification nouvelle ,
peut devenir le remede de l'hydrophobie. Refteroit
alors à remédier aux fuites de cette morfure,
& les moyens en font fimples & connus : ils confiftent
dans des fomentations huileufes & dans
l'afage tant interne qu'externe de l'alkali volatil.
Ce qui a principalement éclairé M. de Mathiis
fur cette expérience , c'eft l'opinion de M. Alphonfe-
le-Roi fur les phénomenes de l'hydrophobie
& la curation de cette horrible maladie.
Ce Profeffeur préfume qu'on ne peut guérir les
enragés qu'en diminuant , qu'en fufpendant en
eux le principe de la vie , que la rage exalte , en
même tems qu'elle exalte les organes , au point
de les rendre exceffivement fenfibles à la vue d'ob
jets qui , dans toute autre circonftance , ne font
aucune impreffion far eux , telle que l'eau ; mais ,
comme l'obferve modeftement M. de Mathiis , il
faut de nouveaux faits & de nouvelles expériences
pour confirmer cette théorie ingénieuſe .
Nous nous empreffons d'annoncer ici les nouvelles
eftampes que vient de publier M. Vidal ;
la premiere intitulée les Nymphes fcrupuleufes
eft d'après un tableau de M. Lavrince , peintre
du Roi de Suede & de l'Académie royale de
Stockolm ; elle fait pendant à la Balançoire myftérieufe
que nous avons annoncée il y a quelque
temps , & eft la dixieme de la fuite précieuſe
des Baigneufes ; on retrouve dans cette derniere
la fraicheur & les graces qui diftinguent
cette collection . Outre cette eftampe , M. Vidal
en a publié deux autres . Ce font les prunes &
( 185 ).
&
les cerifes d'après M. Davefne ; elles font pen
dant l'une à l'autre , & font gravées en couleur.
On ne peut rien voir de plus piquant que
ces deux morceaux ; ils forment tableau
l'illufion eft complette par la vivacité , le ton
des couleurs , & l'art avec lequel elles font rendues
par la gravure ( 1 ) .
Ce ne peut être que par une fuite de l'ignorance
où font prefque toujours ceux qui s'occupent à
Paris de la correfpondance fecrette des nouvelles
pour la Province , ou même pour les Pays étran--
gers , que l'on a fait lire , dans quelques Gazettes ,
que le Journal du Licée de Londres étoit fupprimé.
Ĉet Ouvrage n'a éprouvé aucune difficulté , ni
aucun retard de la part du Gouvernement , & paroîtra
régulièrement. Rédigé fous les yeux mêmes
des Savans , dont il annonce les travaux , & publié
à Londres prefqu'en même temps qu'à Paris , on
ne peut douter que l'Auteur ne foit dans la pofition
la plus heureufe pour obtenir & pour nous
procurer les renfeignemens les plus nouveaux &
les plus exacts fur l'Angleterre. Il en paroît déja
trois numéros , Janvier , Février & Mars. Deux
Nations vont donc être à portée de juger cet Ou
vrage , l'un des plus utiles qui ait été conçu &
exécuté en ce genre. Il ne refte plus qu'a defiret
que cet exemple foit imité dans les grandes Capitales
des principaux Etats de l'Europe. On répéte
que les Soufcripteurs de ce Journal recevront
gratis le Tableau de la fituation des Anglois dans
I'Inde , publié par le même Auteur , qu'il regarde
comme faifant partie du travail fait au Licée , &
dont le 1er n° . actuellement fous preſſe , paroítra
inceffamment. La Soufcription eft de 30 liv. franc
(1) Les Nymphes fcrupuleufes coûtent 3 liv. qui eft le
prix de chaque eftampe de la fuite des Baigneufes ; les
Prunes & les Cerifes 9 liv. les deux. Elles fe trouvent
chez M. Vidal , rue des Noyers.
( 186 )
par tout le Royaume. On foufcrit chez M. Perife
le jeune , Libraire , au Marché- Neuf, Pont Saint-
Michel , près le Notaire.
Nous nous empreffons de placer ici une annonce
très-intéreffante pour les perfonnes qui ont dans
leurs bibliotheques l'Encyclopédie in-folio , &
qui ne fe font pas encore procuré la Table analytique
& raifonnée , qui peut être regardée comme
un excellent abrégé de ce grand Dictionnaire
puifqu'elle en réunit toutes les parties , facilite les
recherches, & fur quelques points corrige des erreurs
, & remplace des omiffions. MM. Barrois
aîné , Libraire , quai des Auguftins ; & Hardouin,
Libraire, rue des Prêtres Saint- Germain l'Auxerrois
, ayant acquis tout ce qui reftoit d'e
xemplaires , font en état de les livrer en feuilles
aux acquéreurs , au prix de 24 liv. les z volumes
in folio , au lieu de 54 qu'ils fe vendoient cidevant.
Cette Table eft effentielle & complette
toutes les éditions qui ont été faites de l'Encyclopédie.
Les mêmes Libraires peuvent auffi fournir
less vol. in-fol. de Supplémens à 72 livres en
feuilles , au lieu de 144 , leur ancien prix.
Parmi les inventions ingénieufes & nouvelles de
l'induftrie , les Dames ont diftingué celle de la
Dile Peuche , la feule à qui elles doivent déja les
bouffantes à reffort ; elles ne feront pas moins
fatisfaites d'une nouvelle qu'elle vient leur annoncer
; elle confifte dans le fecret de faire pareillement
à reffort des paniers de cour , auffi élaftiques
que les bouffantes : elle tient & fait de ces dernieres
pour des robes à fourreau & pour des robes
à chemifes , & auffi des bouffantes piquées en crin
blanc & en crin noir. On trouve chez elle un af
fortiment de toutes façons , & a jufte prix , elle
fait également des envois pour la Province , &
les perfonnes qui ne voudroient pas prendre la
( 187 )
peine de venir chez elle , peuvent lui écrire , rue
S , Denis , a la bouffante roſe , a côté de l'Hôtel de
la Croix-blanche , vis- a -vis la rue du Petit - Lion .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 14 Mars
1784.5 4. Le Roi s'étant fait rendre compte des
maux que la durée exceffive du froid , l'abondance
des neiges & le débordement des rivieres
ont occafionnés dans fon Royaume , a vu avec
douleur que plufieurs villages ont été fubmergés ,
un grand nombre de mailons & de ponts emportés,
que les routes publiques font dégradées en
plus d'une Province , que par - tout la claffe de fes
Tujets la plus indigente , & conféquemment la plus
intéreflante pour fon coeur , a beaucoup fouffert ,
& que malgré les fecours diftribués de toutes parts,
la mifere eft grande dans les campagnes . Cette calamité
étant furvenue dans les circonftances les
plus défavorables , & lorfque l'acquittement des
dettes de la guerre abforbe toutes les reffources
extraordinaires , S. M. a reconnu que fi les foulagemens
qu'Elle a réfolu d'ajouter à ceux qu'Elle
a déja accordés , étoient pris fur la maffe de fes
revenus , ils apporteraient quelque dérangement
aux difpofitions qu'Elle a ordonnées pour les Finances
, & aux meſures qu'Elle veut maintenir
avec une exactitude inviolable pour l'acquittement
de fes engagemens : En conféquence , c'eft en facrifiant
toutes dépenses d'agrément , en différant
dans chaque Département toutes celles qui peuvent
fe remettre , en fufpendant des conftructions
qui devoient le faire fur les fonds de fes bâtimens,
en fe privant pendant quelque tems du plaifir d'accorder
des graces ; c'eft enfin par une retenue mo
mentanée fur les plus fortes penfions & fur les
taxations ou attributions des principales places de
finance , qu'Elle a raffemblé les fommes néceffaires
, pour répandre dès à préfent fur les peuples
( 188 )
les nouveaux fecours provifoires dont le befoin
eft preffant , & pour réparer promptement les dégâts
qui ont interrompu les communications, Procurer
ces foulagemens & régler l'ordre de leur
diftribution , eft pour S. M. une jouiffance digne
des fentimens qu'Elle ne ceffe de montrer à fes
peuples. Le Roi a ordonné : Qu'indépendamment
des trois millions déja accordés en moins impofé
& en travaux de charité , pour la préſente année ,
trois autres millions feront donnés & employés
en diftributions de fecours dans les campagnes ,
lefquels feront répartis entre ceux de fes fujets
qui ont le plus fouffert , & confifteront principalement
en denrées de premiere néceflité , remplacemens
de beftiaux où effets néceffaires à la culture
, & contribution au rétabliffement d'habitations
: Ordonne qu'il fera en outre ajouté un
million aux fonds ordinaires des ponts & chauf
fées , pour fervir anx réparations des grandes routes
, & aux reconftructions des ponts détruits ; feront
lefdits quatre millions remplacés au Tréfor
royal , tant par l'effet des retranchemens que S.
M. a ordonnés fur les dépenſes extraordinaires de
fa Maifon , par les réductions qu'Elle a faites fur
les fonds de fes bâtimens , & par les économies
qui lui ont été propofées dans le Département
de la guerre , que par le produit de l'extinction
des penfions de grace , defquelles il ne fera fait
aucun don dans aucun Département , pendant l'elpace
d'une année , & auffi par la retenue d'un
vingtieme , payable une fois feulement , fur les
penfions au- deffus de dix mille livres , & fur les
taxations , traitemens ou attributions des places
de finance , dont les bénéfices excedent pareille
fomme : Veut S. M. que les différentes provinces
de fon Royaume participent auxdits fecours , en
proportion des pertes qu'elles ont éprouvées
$
( 189 )
faivant un état de diftribution qui fera arrêté au
Confeil de S. M. fur les mémoires & demandes
qui feront inceffamment envoyés par les Intendans
& Commiffaires départis , lefquels rendront
compte de l'emploi des fommes qui auront été
affignées pour leur Généralité, par un état dif
tinct & particulier , qui fera mis fous les yeux du
Roi , dans le cours de la préfente année ; le réſervant
S. M. d'accorder fur les tailles & impofitions
, telle remife & modération que l'état des
perfonnes & les accidens locaux feront juger néceffaires.
DE BRUXELLES , le 23 Mars.
Les débordemens n'ont pas été moins funeftes
dans ce pays que dans tous les autres
où il y en a eu ; par- tout la mifere a été
grande pendant la rigueur du froid ; & le
dégel y ajoute encore. Parmi les détails des
événemens qui en ont été la fuite en divers
endroits , nous rapporterons ceux - ci ....
Un fermier d'un village voifin de Cleve , ayant
vu fa maifon emportée par un courant violent
d'eau , n'eut que le tems de fauter fur un glaçon
& fut obligé d'abandonner une vieille mere âgée
de 80 ans , fa femme & 5 enfans. Quelques inf
tans après il vit paffer fafemme à peu de diftance ;
elle avoit choifi comme lui un afyle fur un morceau
de glaces , & tenoit le plus jeune de fes enfans
entre les bras. Elle peut l'entendre , il lui
parle ; il reconnoît la poffibilité de l'attirer à lui
à l'aide d'une perche ou d'un long baton ; tandis
qu'il le lui tend , le courant les fépare , l'entraîne ,
& peu de minutes après , il a la douleur de voir
le glaçon fur lequel eft fa femme , s'ouvrir & s'engloutir
avec fon enfant. Ce malheureux , après
avoir vupérir fous les yeux tout ce qu'il avoit de
( 190 )
plus cher , fa famille en iere , fa maifon , fes bef
tiaux , eft refté 24 heures fur fon glaçon qu'il avoit
trouvé le moyen d'accrocher , & ce n'eft qu'au
bout de ce tems qu'il aété poffible de le délivrer .
A ce fait on peut en joindre un autre
qu'on mande de Zanten , & qui eft abſolument
femblable à celui dont on a vu le récit
dans le Journal dernier , d'après une let
tre de Compiegne ; le même fleau peut en
effet avoir produit les mêmes effets , & il n'eft
pas étonnant qu'il ait produit auffi les mêmes
réflexions & les mêmes voeux ,
« On a recueilli à Zanten , au milieu des flots
impétueux du Rhin , un berceau dans lequel s'eft
trouvé un enfant âgé d'environ un an , qui nonfeulement
n'avoit éprouvé aucun accident , mais
qui dormoit dans la plus profonde tranquillité.
Cette marque évidente des foins de la Providence
pour la confervation de cet enfant , devroit engager
quelque perfonne riche à s'en charger &
prendre foin de fa confervation,
PRECIS DES GAZETTES ANGL.
Il circule depuis quelques jours des bruits qui
intéreffent tous ceux qui ont un intérêt dans les
affaires de l'Inde. On dit que la guerre eft plus
allumée que jamais entre les Employés de la
Compagnie dans cette partie du monde , qu'ils
fournent leurs armes les uns contre les autres
& que le Gouverneur Hafting a été défait .
La marche de l'oppofition annonce clairement
fes projets. Elle a ceffé d'agiter de grandes queftions
pour engager les Miniftres à prendre enfin
quelques metures vigoureufes.M.Fox, LordNorth
& leurs adhérens , vont actuellement preffer M.
Pitt d'ouvrir fon Budget , & de propofer fes nou
velles taxes , fes emprunts, les impôts qui doivent
en être le gage , &c. &c. &c. dans la perfua
( 191 )
tion qu'un Miniftere , chargé d'opérations fi défa
gréables ne peut manquer de perdre fa faveur.
Mais on préfume qu'ils fe tromperont dans leur
attente. En effet , il paroît que les Miniftres ont
trouvé les moyens de paffer l'année , finon fans
faire d'emprunt , au moins fans nouvelles taxes ,
On s'eft donné la torture pour juftifier le défordre
du 21 Février , & nommément pour ce
qui regarde l'infulte faite au Prince de Galles,
La feule chofe qu'on allégue en faveur de M. Pitt,
qui eft refté dans la voiture tout vis- à- vis du Palais
du Prince , tandis qu'on brifoit les fenêtres ,
fe réduit à ceci comment étoit - il poffible à
M. Pitt de fortir de fa voiture ? A cela l'on fait
une réponſe tout auffi breve & tout auffi concluante
comment M. Pitt a- t- il pu defcendre
promptement de fa voiture au moment où il étoit
dans le plus grand danger ?
Le Prétendant , ou le Comte d'Albany , comme
on l'appelloit depuis quelque tems , mourut à
Florence d'une apoplexie le 23 Janvier dernier ;
il commençoit fa 64° année , étant né le 31 Dé
cembre 1720. Ce Prince fera toujours celebre dans
les annales de la Grande- Bretagne , depuis l'entrepriſe
qu'il tenta en 1745. On avoit eu foin
dans fon enfance de remplir fon ame des fentimens
les plus juftes & les plus nobles ; on avoit
accoutumé fon corps à fupporter la fatigue , &
à la fobriété convenable au foldat ; fa perfonne &
Les manieres étant fi engageantes , qu'il fut trèscher
à fes amis & eftimé de fes ennemis. Lorfqu'il
parut en Ecoffe , il attira fur lui l'attention de
toute l'Europe ; il paffe pour s'être conduit avec
une humanité & une grandeur d'ame remarquables
; fes fuccès furent plus grands qu'on ne deveit
l'attendre de fa pofition . Après la bataille de
Culloden , il foutint l'infortune & les dangers
avec une fermeté qui le fit paroître plus grand.
( 192 )
Depuis la paix d'Aix- la - Chapelle , & fa fortie de
France , il a eu peu d'occaſion de ſe montrer au
monde tel qu'il étoit ; il avoit épousé la Princeſſe
Louife Maximilienne Stolberg Guederan le 17
Avril 1772 ; mais il n'en a point eu d'enfant. Le
Cardinal d'Yorck eft à préfent le feul rejetton mâle
de la famille Royale des Stuarts qui a donné.
des Rois à l'Ecoffe pendant 3 ou 400 ans , & par
les Princeffes , des Souverains à toute l'Europe.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
CAUSE entre la fille Agnés M.... , habitante
d'un village d'Artois , Intimée. Et P .... Ton
nelier , au même lieu , Appelant.
Le filence d'une fille pendant deux ans , con
tre l'auteur de fa groffeffe , & la préſentation de
l'enfant au baptême , fous l'énonciation de pere
inconnu , ne peuvent jamais préjudicier à l'état
de l'enfant , qui conferve toujours le plus grand
intérêt de connoître fon pere , & le droit de former
contre lui une demande à fin d'aliinens.
Agnès M.... habitante d'un village de la province
d'Artois , accoucha en 1780 , d'un enfant
qui fut baptife comme fils de pere inconnu . Elle
avoit fait la déclaration de groffeffe fur le compte
de P. , Tonnelier du même lieu . Tant que la
bonne intelligence regna entre eux , elle ne forma
aucune demande . Auffi- tôt qu'ils furent divifés
elle fit affigner P. , pour qu'il eur à fe charger
de l'enfant , & qu'il fut condamné en des dommages-
intérêts. Ayant été admife à la preuve ,
& l'Enquête ayant été concluante , jugement du
Confeil provincial d'Artois , qui a condamné P.
à fe charger de l'enfant , & en 100 livres de dommages
intérêts. Appel en la Cour. Arrêt du 6
Mars , 1784 , conforme aux conclufions de M.
P'Avocat-Général Joly de Fleury , qui met
l'appellation au néant , avec amende & dépens.
E FRANCE
DIÉ AU ROI,
NE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
200
nal Politique des principaux événemens de
les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
en profe ; Annonce & Analyse des
ges nouveaux ; les Inventions & Décou
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
ufes célèbres; les Académies de Paris & del
nces ; la Notice des Edits, Arrêts ; les Avis
liers, &c. &c.
MEDI 6 MARS 1784.
By
A PARIS
ANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
BRARY
TABLE
Du mois de Février 1784.
Fragment d'un Poëme fur le Elégies de Tibulle ,
• PIÈCES IECES FUGITIVES .
Printemps,
A M. de la Harpe ,
Saint Ange ,
56
M
D
L'honneur François ,
13
L'Apothéofe moderne , SAM
Differtation fur Perfe , 49
SI fible ,
731
106
Réponse aux Vers de M. de Délaſſemens de l'Homme Sen-
Stances ,
118
Les Attributs de l'Amour , Obfervations fur la Manipu
lation & la Propriété de
52 l'Huile de Faine , 121
Effai fur les Révolutions du
droit François ,
Almanach Littéraire ,
Vers aux Dames reçues Affociées
Honoraires du Musée
de Paris ,
Ode contre le Jeu ,
Chanfon du Droit du
gneur
pitre à M Berquin ,
Wers à M. de la Harpe ,
Chanfon à Madame L.
157
PIE
EN
53 165
97
Sei- Nécrologie ,
13
24
TERS
102 Académie,
76,132
| Variétés , de M.
145
SPECTACLES ,
147
V. Concert Spirituel ,
81
& B
83,124 , 181 D
42 UIS-1
184
NOUVELLES LITTÉR . Annonces & Notices , 44 , 89
Maisqu
136,185
Le
vrai
Je
remp
Taime
D. T. , 148 Acad. Roy. de Mufique , 32,
D'un Paffagefur les Juifs, 149
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne ,
gryphes , 6 , 54 , 104 , 155 Anecdotes ,
Leçons de Géographie,
Et
ERCURE
E FRANCE.
MEDI 6 MARS 1784.
ECES FUGITIVES
VERS ET EN PROSE.
- pour être mis au bas du Portrait
*** , de l'Académie des Infcriptions
lles - Lettres.
E efpérer de vivre au temple de Mémoire? ...
mporte après tout ? Dans le fiècle où je vis ,
râces au ciel , tout le bien que je puis ,
ien , peu connu , peu vanté dans l'Hiftoire.
is mes devoirs , je règle mes defirs ,
gloire enfin plus que les vains plaifirs ,
a vertu plus que la gloire.
Par feu M. l'Abbé Blanchet , Auteur des
Variétés Morales & Amulantes , & qui a
laiffe plufieurs autres Ouvrages , dont il
eft vraisemblable que fes héritiers ne priveront
pas le Public.
A ij
DE
MERCURE
REMERCIMENS d'une pauvre Veuve du
Village de N. *** , à la REINE.
ENTRE quatre vieux murs, ſous la neige enterrée,
Depuis un mois , hélas ! fans feu , fans cau , fans pain ,
Par la faim , par la foif fans ceffe déchirée ,
A la Nature , au Ciel je demandois en vain
D'abréger de mes maux la trop longue durée.
Par le froid dans mon fein mon lait emprisonné
M'ôtoit le feul plaifir que peur dans la misère
Goûter encore une fenfible mère.....
Un pauvre enfant , mon nouveau né ,
Faifoit retentir ma chaumière
De fes cris déchirans que répétoit fon frère,
Laffe enfin de nous voir languir ,.
La mort dans un coin de la terre
Alloit tous trois nous réunir 100
1
Dauvre à vos
De mesenfan
Lapremiers
aigue épui
Telpoir de
Nousver
Linfatigable
efert
poure
Ele plaifir al
(Par
Amon R
AM
Je t'a
Cou
Το ν
Serv
Atte
: 4019 (SIV & J
Cro
Sur
L
C'eft dans ce moment même , & Reine bienfaifante ,
Que votre âme compatiflante ,
Qui fur les malheureux fait fi bien s'attendrir
A fait promptement fecourir
L'humanité fous le chaume fouffrante ,
Et ces fecours nous ont empêché de mourir.
Jugez combien nous devons vous bénir! …...
Si de mes pieds glacés je recouvre l'ufage ;
ا ن أ ا
Oui , toute foible que je fuis ,
D
Q
DE FRANCE.
re à vos genoux je porterai l'hommage.
es enfans à mes baifers rendus ,
remiers pas feront pour ce voyage.
ue épuifés , nous ferons foutenus
oir de tomber aux pieds de notre Reine.
ous verrons de nos propres yeux
gable main dont notre Sonveraine
pour effuyer les pleurs des malheureux ,
Lifir alors paflera bien la peine.
Par M. l'Abbé le Gris , Chanoine de Sens. )
on Rival , ágé de foixante- deux ans.
MANT plus que fexagénaire ,
t'ai donc auffi pour rival!
Ouvert d'un bonnet Doctoral ,
vas aux genoux de Glycère
rvir en fimple volontaire ,
tendre fon heureux fignal.
ois-tu marcher d'un pas égal
r le grand chemin de Cythère ? T
âge eft un écueil fi fatalismom
ans cette plaifante carrière
ue tu voudrois encor courir :
ans tes fens ufés le defir
' eft qu'une lueur paffagère ;
We glace donc plus les Amours
ar ta fatigante chimère ;
impios
MERCURE
I
Le plaifir lit ton baptiſtère
Charles, ah
Et te réforme pour toujours."
Ec bon
QUAND l'inévitable vieilleſſe
Viendra , par fa caducité,
Ridiculifer ma tendreſſe ,
Je diſtinguerai la beauté ,
Mais je n'aurai plus de maîtreffe.
L'amitié remplira mon coeur
Le charmant voile de l'erreur
Sera levé par la fageffe ;
C'eft le temps où l'on peut jouir
En paix de fes dons ineffables ,
Douceurs alors trop peu durables.....
L'homme eft au moment de mourir
En quittant le pays des fables.
( Par M. le Comte de Rofières. )
Explication
du
Log
LE
mot
de
l'Enign
eftLivre
PAROD
Si tudisu
Si tunedi
Situ
plaid
A M. CHARLES.
Tor qui fembles rougir de partager le fort
Des vils mortels attachés à la terre ;
Toi qui, dans un ballon pris gaîment ton effor
Pour t'élever , fublime téméraire ,
Loin des brouillards groffiers de notre humble
atmosphère.
QUA
Un
Sauv
Son
règ
Dans
no
DE FRANCE. 7
es , ah ! que tu dois bénir , remercier
Ec bon Monfieur de Montgolfier !
elle sbad Par un Provincial. )
cation de la Charade , de l'Enigme &
Logogryphe du Mercure précédent.
mot de la Charade eft Pantalon ; celui
nigme eft Veau ; celui du Logogryphe
vre , où l'on trouve ivre , lyre.
CHARADE.
un heureux détour , par un fimple artifice ,
s un feul mot , je t'offre mon premier ;
e dis pas vrai , je t'offre mon dernier ;
aides , enfin , je te rends la juftice.
( Par M. * , de Beaumont- le-Vicomte.
ÉNIGM E.
ND Décembre en nos champs a ramené la
arglace ,
vage velu vient ufurper ma place ;
me n'eft pas long , je l'éclipfe à mon tour.
ps champs émaillés quand Flore eft de retour ,
fon amant , comme lui peu fidèle ,
après les fleurs & moi de belle en belle
8
D
MERCURE
Je pourſuis mon deftin plus fêté chaque jour; '
La bouche de Chloé fans ceife me rappelle
Sur fon beau fein je bats de l'aile ;
Mais je fuis fans plaifir ainfi que fans amour.
LOGOGRYPHE.
ON père eft chez les morts , Lecteur , & vos
regrets ,
Vos éloges fans doute honorent fa mémoire ;
Moi qui vivrai toujours , je naquis pour fa gloire ,
Son nom comme le mien ne périra jamais.
Je marche gravement fur douze pieds portée ;
Si quelqu'un les divife , il trouverà dans moi
D'un Philofophe ancien l'école respectée ;
Ce qui des fcélérats fera toujours l'effroi
Le théâtre où les Preux fignaloient leur vaillancet 12
Un Prince à vingt- deux ans le foutiel de la France ;
Un Héros qui vainquit dans les champs de Roccoi;
Ce qui défend en vain la rofe printannière
Quand , pour l'offrir à Life , Alain pique fes doigts;
L'attrait le plus puiffant du plus charmant minois ;
Une femme pudique , éloquente & guerrière ,
Qui , dédaignant fon fexe , e tronpant tous les yeux!
Au Barreau , dans les Canips , fe fit un nom fameux
Un Prêtre refpectable , animé d'un faint zèle s
Caellement
Trument
Cequi foure
The vertu
Tapetit Di
Unfuperbe
Loriqu'en
Etpour
Undig
NOU
DE I
Lei
an
Av
àl
LE
Cha
mie
tem
tur
tra
DE FRANCE.
llement puni de fa témérité;
trument glorieux que chérit la Noblete ;
ui fouvent nous tient fous un joug accablant;
vertu qui charme , un vil défaut qui bleffe ;
petit Dieu bouffi qui va toujours foufflant ;
uperbe animal dont on craint fort la griffe
qu'en certains déferts on fe trouve engagé
t pour finir ce très long Logogryphe ,
Un digne Orfévre au Paradis logé.
( Par M. Louvet. )
OUVELLES LITTERAIRES.
Ela Monarchie Françoife , ou de fes
Loix , par Pierre Chabrit , Confeiller
an Confeil Souverain de Bouillon, &
Avocat au Parlement de Paris . A Bouillon ,
à la Société Typographique.
E Volume que publie aujourd'hui M. de
nabrit , ne traite que des Loix de la preère
& de la feconde race. Ce font les
mps barbares de notre Monarchie.
M. de Chabrit ne dit rien ni de la naare
de fon fujet , ni des Écrivains qui l'ont
aité avant lui. Qu'on nous permette de
ter un coup d'oeil fur les travaux qui ont
écédé les fiens , ce fera un moyen de
ieux apprécier fon Livre. Nous n'avons
10 MERCURE
pas la prétention d'ajouter quelque chofe à
fon Ouvrage , nous voulons feulement écrire
quelques lignes qui manquent peut être à fa
Préface.
11 eft de bons efprits qui font peu de cas
des recherches qui remontent à ces antiquités
reculées . Qu'eft ce que des Hordes
Sauvages , fortant à peine de leurs forêts ,
difent - ils , à des
peuvent apprendre , difent - ils
Nations polies & éclairées ? Les règnes de
Charles le Chauve & de Childebert fontils
faits pour offrir des exemples utiles aux
fucceffeurs de Louis XIV : Après être fortis
avec tant d'efforts & de peines de ces fiècles
d'ignorance & de barbarie , faut il employer
nos lumières à les étudier ? C'eft de notre
bonheur qu'il eft queftion , de nos befoins.
& de nos reffources , & non pas de ceux
des générations qui depuis près de mille ans
ne font plus fur la terre.
C'eft à peu près ainfi que raifonnoit Fontenelle
dans un morceau fur l'Hiftoire , dont
les fophifmes même font des vues très philofophiques.
D'un autre côté , les Beaux - Arts repréfentent
toujours le génie de la barbarie , la
hache & la flamme à la main , couvert de
fang , & entouré de ruines. Ils l'ont dénoncé
au genre humain comme le fléau des empires
& le deftructeur des hommes , parce
qu'il a mutilé des ftatues & renverfé des
colonnes.
memes
fiècles f
Ces b
comme
n'ont r
dans le
peuples
Quand
leffe &
Vient r
fes for
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plus
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tueu
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lift
être
gif
du
ces
em
DE FRANCE. 11
les fous des couleurs bien différentes.
Ces barbares , difent- ils , qu'on nous peint
me les fléaux des peuples & des empires ,
at renverfé que des empires qui étoient
s leur décadence , n'ont détruit que des
ples qui l'étoient déjà par leurs vices.
and les Sociétés ont vieilli dans la mole
& dans le luxe , c'eft la barbarie qui
at rajeunir le genre humain & lui rendre
forces. Ce font les barbares qui élèvent
la terre les Cités & les Royaumes ; aue
Nation illuftrée dans l'Hiftoire n'a eu
peuples civilifés pour fondateurs. Ces
itutions faintes , qui enchaînent & enliffent
tous nos befoins & tous nos dequi
, en donnant à la beauté le charme
a pudeur & de la modeftie , ont créé les
Gions & les bonnes moeurs , font des loix
barbares , prefque toujours détruites pat
ivilifation. C'eft dans ces Sociétés encore
s l'enfance , que le Légiflateur découvrira
nieux les formes les plus naturelles & les
s légitimes des Gouvernemens. Ce font
paflions des barbares , toujours impéufes
& ardentes , qui laiffent échapper
t le coeur humain aux yeux du Morae.
Le tableau de leurs moeurs peut donc
e à la fois l'école du Moralifte & du Léateur.
Il peut l'être encore du Peintre &
Poëte : l'imagination des barbares a créé
prodiges de la mythologie & de la féerie ,
bellis enfuite par le génie d'Homère &
l'Ariofte. Les Héros d'Homère font des
12 MERCURE
DE
barbares ; & ces mêmes hommes , qui ont
détruit fi fouvent les chef- d'oeuvres des Arts ,
en ont été prefque toujours les plus beaux
modèles. Auffi tout ce qu'il y avoit de grands
talens chez les anciens , dans les fiècles les
plus éclairés , tournoient fans ceffe leurs regards
vers ces fiècles de la barbarie. Hérodote
& Trogue Pompée peignoient avec
autant d'intérêt le Scythe errant autour des
Palus Méotides , que l'habitant de Memphis
& d'Ecbatane. Horace cherchoit chez les
Germains des images , & Tacite des vérités
morales. Poëtes , Orateurs , Philofophes
tous les Écrivains de l'antiquité embelliffoient
fouvent leurs productions de mots
échappés à la bouche des barbares . Enfin ,
nos moeurs , nos opinions , nos loix , nos
arts même , tout a pris naiffance chez eux ;
nous fentons encore avec leur goût , nous
penfons avec leur efprit , nous obéiffons encore
à leurs inftitutions : il faut les étudier
& les connoître pour ne pas nous ignorer
entièrement nous- mêmes ; & malgré notre
orgueil , ils feront toujours placés à la tête
de l'hiftoire du genre humain. 13 lug
Nos Hiftoriens , le Gendre , Mézerai ,
Daniel , qui copioient les chroniques , on fe
copioiem les uns les autres , n'en favoient
pas affez pour étudier nos origines dans les
monumens de nos premières loix ; ces monumens
ne font même raffemblés & recueil
lis que depuis peu de temps.ins
ans cette
routes differe
quepour le
Le Comte
premier , ma
Tenebres.Rie
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yeux. Il re
devantlui;
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exigeu
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de
ceux
DE FRANCE.
13.
is cette nuit profonde , y ont pris des
différentes , & ne fe font rencontrés
ur le combattre.
Comte de Boulainvilliers y entra le
, mais il ne fe crut point dans les
s. Rien ne parut plus facile au Comte
lainvilliers que de nous apprendre
nt tout s'etoit palle précisément il y
à treize fiècles , lorfque l'empire des
palla des Romains aux Francs nos
I renverfe les obftacles qui s'élèvent
lui ; il coupe les noeuds qu'il ne peut
. Plein de toutes les idees qui ont
haut l'âme de cette première noà
laquelle il tenoit , il ne voit que
hofes dans nos origines , des victoires
défaites. Les vainqueurs prirent
our eux , les terres , la nobleffe , les
s , la puiffance ; les vaincus furent enà
la terre , aux travaux , à la fervivoilà
toutes nos origines ; il ne lui en
ette vûe que le Comte de Boulainvilliers
- nos origines eft devenue générale dans le
e la Félicité publique. M. le Chevalier de
ne voit que des Capitulations dans toutes
ftitutions . On eft d'abord étonné de cette
n l'eft enfuite de la multitude de preuves
femble trouver dans l'Hiftoire , mais elle
ne difcuffion particulière qui feroit ou qui
it ici déplacée. Ce Livre en général eft un
qui fait le plus penfer fur l'Hiftoire. Il eft
e chofes neuves , & il peut en faire trouver.
14
MERCURE
faut pas davantage
pour expliquer
l'état des
shofes & l'état des perfonnes
. Dans fon
ftyle , plein d'une franchife
& d'une fimplicité
guerrière
, on croit prefqu'entendre
un
compagnon
de Clovis qui raconte les chofes
qu'il vient de voir & celles qu'il a exécutées
.
Cet Ouvrage
d'un homme du monde , offre
cependant
une érudition
qui feroir honneur
à un homme de Lettres . De notre Hiftoire &
de nos Loix , dit Montefquieu
, il en connoiffoit
bien les principales
chofes.
compliquée
L'Abbé Dubos femble n'avoir écrit fur
le même fujet un Ouvrage en trois Volumes,
que pour combattre l'opinion du Comte de
Boulainvilliers. Dans le fyftême du Comte ,
l'épée a tout fait , & les vainqueurs ont impofé
les Loix ; dans le fyftême de l'Abbé
les Francs victorieux fe font foumis l'épée à
la main aux Loix & à la Religion des vaincus.
On eft tenté d'abord de conclure que tout ce
que prouvent leurs opinions opposées , c'eſt
que l'un étoit Éclefiaftique & que l'autre étoit
Gentilhomme. Mais tous les deux avoient
trop de lumières pour prendre leurs idées
dans les préjugés de leur érat. Accoutumé ,
pour ainfi dire , à vivre dans l'antiquité ,
dont il connoiffoit très bien les Hiftoriens ,
les Poëtes & les Orateurs , l'Abbé Dubos
voit par tout les anciens , & ne peut
foudre à quitter Rome & Bizance . Au fortir
des forêts , nos premiers Rois , felon lui , ont
1
71. ! Λ
ornemens
nos premie
desConful
bos avoit
& Ripuai
hires , les
gors & de
toujours
les Loix
donna un
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Ouvrag
tous
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foire ,
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fe rébares
mond
DE FRANCE.
15
iquée des Romains ; il les revêt des
ens des Magiftrats de l'Empire ; de
emiers Monarques , il en fait prefque
nfuls & des Proconfuls. L'Abbé Duvoit
fous les yeux le Code Salique
ouaire , nos Chartes , nos Capitu-
, les Loix des Lombards , des Wifides
Bourguignons , & il cherchoit
rs le Gouvernement François dans
pix de Juftinien . Cette opiniâtreté
un peu d'humeur à Montefquieu , qui
battu à la fois les opinions du Comte
lainvilliers & celles de l'Abbé Dubos.
cette humeur rendit feulement la difplus
vive & plus piquante ; elle lui
rrer la gaîté d'un efprit aimable au
des Loix féodales , & lui infpira une
ude de ces traits faillans par lefquels
rit fupérieur renverfe d'un mot les foes
d'un Volume.bdeh mis is no
ntefquieu qui , dans prefque tous fes
ges portoit les vues de fon efprit fur
es âges & fur tous les peuples de l'Hif
a parlé fouvent des barbares. Dans
uvrage fut les Romains , il les trouve
lin de cette puiffance , & fon pinceau ,
être un peu affoibli dans la décadence
Empire fe ranime à l'afpect des barqui
fe précipitent des bornes du
e où ils étoient adoffés , & redevient
me pour peindre Attila recevant dans
ifon de bois les Ambaffadeurs d'Orient
Occident. Il avoit tracé le plan d'une
16 MERCUREA
Hiftoire de toutes les Monarchies barbares ,
& on ignore fi ce plan a été exécuté en tour
ou en partie ; mais on jugera fans doute que
la gloire des peuples de l'Europe eût reçu un
nouvel éclat ,fi leurs antiquités avoient eu pour
Hiftorien un homme tel que Montefquieu .
Dans l'Esprit des Loix , la fin du Livre
où il traite des Loix dans leur rapport avec la
nature du terrein , le Livre entier de l'origine
& des révolutions des Loix civiles en France ,
& les deux Livres fur les Fiefs , quoique
féparés par les vûes de l'Auteur , & placés
dans des Volumes différens , peuvent être
regardés cependant & lûs de fuite comme
un Ouvrage fur les antiquités de notre Mos
narchie ; c'est même ainfi qu'il faut les lire
pour bien les comprendre.
nous rel
rien fran
cellaire
de Mon
l'eft
jam
fonge ja
pole qu
Un mel
barbare
Cette partie du Livre immortel de l'Efprit
des Loix , eft la feule contre laquelle la
critique femble avoir confervé quelqu'avantage.
Parmi les gens de goût , il en est peu
qui aient eu le courage de la lire , & ceux
qui l'ont lûe fe plaignent de n'avoir pu l'entendre.
On ne difconviendra point que la
marche ordinaire de l'efprit de ce grand
Homme n'ait de grands inconvéniens dans
des matières auffi difficiles & auffi obfcures.
Il falloit conduire pas à pas le Lecteur dans
les routes ténébreufes de ces fiècles reculés ,
lier tous les faits , expliquer tous les mots
de ces Loix dont on n'entend plus la langue ,
fuppléer aux monumens qui manquent par
chee's ;
taires p
forte
tant. D
d'un gr
harche
homme
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objets,
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à la pr
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cette t
biendi
rage de
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àdifta
ceuxq
nous
a
loin,d
fait fi
lameda
DE FRANCE. 17
reflent ; il ne falloit tien fupprimer ,
Franchir : cette methode , qui étoit nére
, étoit oppofée à la nature du génie
contefquieu. Occupé à découvrir , il ne
amais à démontrer : on diroit qu'il ne
jamais qu'on doit le lire ,ou qu'il fupque
tous fes Lecteurs ont fon génie.
mêlange continuel de fragmens de Loix
ares , & de penfées courtes & détade
textes obfcufs & de commenprofonds
, fatigue l'attention la plus
& fait fermer le Livre à chaque inf-
Dés traits lumineux , des expreffions
grand éclat vous avertiffent que vous
hez dans ces ténèbres à la fuire d'un
me de génie , mais rien n'eft éclairé : il
la lumière , & ne la répand pas fur les
softi u
elle eft l'impreffion qu'on doit recevoir
première lecture de ces recherches de
rit des Loix fur nos origines. Mais à
première impreffion en fuccèdent de
différentes pour ceux qui ont le coude
refter quelque temps avec Montef
adans ces obfcurités.
a s'apperçoit d'abord que, le premier , il
taigué parmi nos anciens monumens ,
qu'il faut interroger , ceux qui peuvent
apprendre quelque chofe ; & qu'on eft
de pouvoir lui faire le reproche qu'il a
fi juftement à l'Abbé Dubos , dans le
ge des Aftronomes , d'avoir ignoré le
able lieu du foleil. 116 115 211
18 MERCURE D
Le Comte de Boulainvilliers & l'Abbé
Dubos , qui ne cherchoient dans nos antiquités
que leur fyftême , n'y ont guère vû
autre chofe ; & après les avoir lus , on ne
connoît prefque rien de nos antiquités. Monttefquieu
, dont l'imagination brillante auroit
pu fi aifément élever un vafte fyftême
fur une courte érudition , ne forme aucun
fyftême , & parcourt un à un , pour ainfi
dire , les groffiers monumens de ces fiècles ,
les Codes , les Chartes , les Capitulaires.
On est touché de voir un efprit fi rempli de
grâces & de délicateffe fe condamner à des
recherches qui pourroient effrayer un Érudit
; facrifice que le goût & le talent font fi
rarement au bien public . C'eft un fpectacle .
curieux & intereffant de voir un homme
fupérieur aux Platon & aux Ariftote , de
voir le Légiflateur des fiècles les plus éclairés
, enfeveli dans les ruines de ces temps
d'ignorance , confumer une partie de fon
génie à commenter les Ordonnances de
Gontran & de Chilpéric , l'Édit de Pifte ,
& les formules de Marculfe. En admirant
fon courage , on prend celui de le méditer
affez pour le comprendre. Bientôt on commence
à voir ce qu'il a vû lui- même dans
les fragmens des Loix qu'il cite ; ces commentaires
fi ferrés fe développent , l'obfcurité
des textes fe diffipe , ces paragraphes
& ces chapitres , que rien ne paroiffoit lier
enfemble , s'uniffent par la lumière qui
one à t
faire fur l
prefqu'effa
ce chaos
Comment
quelles fo
les dignit
T'enrichif
Gran is ,
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de détail
le gout
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neur &
ractère
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Quie
des
211
fec
tel
di
DE FRANCE. 19
à toutes les queftions qu'on peut
ur le Gouvernement de ces temps ,
' effacés de l'Hiftoire : du milieu de
aos s'élève un empire , & l'on fait
ent & par qui la juftice y eft rendue ,
s font les troupes qui le défendent ,
gnités qui le décorent , les fubfides qui
chiffent : on voit quel eft le fort des
is , de l'homme libre & de l'efclave. A
clarté , on apperçoit encore une foule
tails fublimes & charmans , fur lefquels
ût fe repofe. Dans ces antiquités res
, Montefquieu voit déjà commencer
fprit chevalerefque, ces principes d'hon-
& de galanterie qui compofent le care
du François ; & dans le Livre des Fiefs
it alors des pages qui pourroient fe
ver dans le Temple de Gnide. C'eft dans
mêmes Livres qu'on voit le portrait de
rlemagne, le plus beau qui ait jamais été
é : jamais le Peintre & le Héros n'ont
1 tous les deux fi grands ; & Montefeu
, au milieu des Écrivains qui ont parlé
Loix féodales , reffemble à Charlemagne
milieu des Rois de la première & de la
onde race,or any
M. l'Abbé de Mably fuivit de près Monquieu
dans le même fujet , & il l'érucomme
s'il y étoit entré le premier. Il
- le même courage , & plus de pance;
il fouilla dans les Loix & dans
Chroniques , il étudia les vieux momens
; on peut croire feulement qu'ils
20 MERCURE
•
étoient moins barbares & moins obfcurs depuis
que Montefquieu les avoit touchés .
M. l'Abbé de Mably combat rarement fes
opinions de Montefquieu ; fouvent il les
confirme: ce que Montefquieu a vû , M.
l'Abbé de Mably le prouve . Il a déterminé,
avec plus de précision la nature , les rapports
& les differences des benefices de la
première race & des fiefs de ia teconde ; il
a mieux marqué dans la fuite des temps les
époques où les bénéfices furent donnés à vie,
où ils devinrent héréditaires , en ligne di
recte en ligne collatérale ; où transformés
enfiefs , ils changèrent les propriétés en Souverainetés
, & firent de tous les hommes ,
fans en excepter le Monarque , des efclaves
d'un côté & des defpotes de l'autre. M.
l'Abbé de Mably a eu des vues qui lui appartiennent
plus particulièrement , & qui
répandent plus d'intérêt fur ces fiècles barbares
, il a placé à l'origine de la Monarchie
Françoife une de ces Conftitutions libres ,
qui ne femblent pouvoir être que l'Ouvrage
des fiècles éclairés . Il nous fait voir au commencement
de la feconde race un plus grand
phénomène ; c'eft Charlemagne Montef
quieu l'a peint avec des traits fublimes ; M.
l'Abbé de Mably , qui n'a pas le même pinceau
, en fait un homme plus furprenant encore.
Dans fon Ouvrage , Charlemague , defpote
abfolu de la plus belle partie de l'Europe
, tandis qu'il peut tenir à fes pieds les
Nations enchaînées , les appelle auprès de
Ini pour
fon trône
Valerius
devant l
voir de
quant le
en faire
hors de
voir un
fois, n
puiffar
prendi
ou Ar
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feoda
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en a
vail
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fyft
ne
TÉ
des
ho
ne
er
d
DE FRANCE. 21
our leur rendre la liberté , il abaiffe
ône devant fes Sujets affemblés , comme
ius Publicola faifoit baiffer les failceaux
tles Comices. Il leur remet le pou
de faire des Loix , en leur communit
les lumières dont ils ont befoin pour
Lire de bonnes ; il fe tient avec refpect
de leurs affemblées , de peur d'y faire
un Prince ; ou s'il y pénètre quelquen'y
laiffe entrer avec lui de toute fa
fance , que fon génie. Ce tableau , qu'on
droit pour le rêve d'un Philofophe Grec
Anglois , eft par tout foutenu de textes
Loix barbares.st
Dans le temps même où le gouvernement
dal eft dans toute fa vigueur , M. l'Abbé
Mably y découvre les caufes qui doivent
amener la chute. Cette partie de fon tra-
I nous a paru toujours fupérieure à tout
efte , parce qu'auffi neuve elle eft moins
tématique , & que les doutes du Lecteur
s'élèvent jamais devant les preuves de
crivain. Tout fon Livre refpire l'amour
s loix & de la liberté ; c'eft l'Ouvrage d'un
mme de bien , qui ne fouille dans les ruies
des fiècles que pour en retirer les droits
fevelis des Peuples , qui ne font guères
on plus que des ruines . On lui a reproché
avoit trop choifi les textes qui conveoient
à fes vues , d'avoir donné des fens
op étendus à ceux qu'il cite ; mais il n'a pû
voir que le tort d'avoir interprêté les droits
bfcurs des Peuples par les droits évidens
22 MERCURET D
& inconteftables de l'humanité. On eft
étonné de ne point trouver dans fon ftyle la
fierté & l'élévation des principes qu'il a
portés dans l'Hiftoire. Son ftyle eft clair &
fage ; mais avec les fentimens & les idées
des Anciens , on regrette qu'il n'en ait pas
plus fouvent le langage . S'il eût donné plus
de hardieffe à fes expreffions , il eût été plus
critiqué, mais plus lû.
Le plaifir que nous venons de goûter
en rendant ce témoignage public de notre
eftime à M. l'Abbé de Mably, augmente
notre furpriſe fur ce qu'il s'eft refufé la
même fatisfaction en parlant de l'Intro-
"duction à l'Hiftoire de Charles - Quint , par
M. Robertfon.
་
Je n'ai rien trouvé , dit M. l'Abbé de
-Mably, dans cette Introduction fi vantée.
Il faut croire que M. l'Abbé de Mably y
a cherché ce que M. Robertfon n'a pas
voulu y mettre , & que les chofes que M.
Robertfon y a mifes , M. l'Abbé de Mably
ne s'eft pas foucié de les voir. Tout confirme
cette idée.
Quand on a parcouru avec quelqu'attention
les Ouvrages de M. l'Abbé de Mably ,
on a vû que dans l'Hiftoire entière du genre
• }humain il a été frappé d'une feule chofe ,
- des Conftitutions des Empires. Chez tous
les Peuples anciens & modernes , c'eft leur
Conftitution qu'il cherche ; tous les Auteurs
dont il parle , c'eft d'après ce qu'ils ont
dit des Conftitutions qu'il les eftime ou les
T
daigne : i
gee , c'eft
une belle
feal bonhe
dansune
Je lens,
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ne faut
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de
les
de
DE FRANCE.
23
e : il n'y a , felon lui , qu'un feul
c'eft- celui qui conçoit & exécute
elle Conftitution ; il n'y a qu'un
nheur , c'eft de vivre & de mourir
he Conftitution libre.
ens , j'aime & je refpecte tout ce qu'il
vrai dans cette grande idée ; mais il
t pas croire qu'avec une feule idée
He bien juger les fiècles , les Peuples
Écrivains.
l'Abbé de Mably , en ouvrant l'Intron
à l'Hiftoire de Charles - Quint , a
é tout de fuite , il le dit lui - même , le
que prenoit M. Robertfon entre les
ons oppofées de lui , M. l'Abbé de
y , de Montefquieu , de l'Abbé Dubos
Comte de Boulainvilliers fur les Conftis
de nos deux premières Races , & fur
liffement des fiefs en France. M. Roon
ne prend point de parti , & les cite
M. l'Abbé de Mably en a conclu que
Introduction ne dit rien , n'apprend
ne décide rien .
a mal vû cette Introduction . L'objet de
Robertfon n'étoit pas de tracer le tableau
os Conflitutions , mais le double tableau
a barbarie féodale & de la civilifation
s toute l'Europe ; de faire voir par quel
haînement de caufes toutes les Nations
l'Occiden , foumifes mais éclairées par
Romains,perdirent par degrés leurs loix,
rs moeurs , leurs arts & leurs lumières,
ir tomber dans cette nuit profonde dour..
24 MERCUR ‡ Ø
les ténèbres s'épaithrent , toujours jufques
vers la fin du onziging , fiecle , comment à
cette époque une fuire de circonstances, pref
que par tout les mêmes,imprimant un mouvement
contraire à toutes ces Nations à - ia
fois, leur fit fentir des befoins & des defirs
qu'elles ne pouvoient fatisfaire fans fortie
de l'ignorance & de la fervitude , étendit
leurs idées par le commerce & même par la
guerre , fit renaître fucceffivement tous les
Arts , adoucit les moeurs , forma le goût, &
des ruines de la féodalité fit fortir ces Conf
titutions mixtes , ces Républiques , ces Mo
narchies dont les inftitutions font différentes,
& le fort à peu près le même , & qui toutes
au moins embelliffent l'Europe. Dans ce
double tableau , où l'on voit à la - fois comment
la lumière de la raifon peut s'éteindre
au milieu des Nations , & comment elle
peut reprendre fa force & fa clarté, dans ce
plan fi vafte & fi magnifique , la nature des
Confitutions n'étoit qu'une partie fifubor
donnée de l'Ouvrage , il ne falloit en par
ler que pour faire voir comment leurs différentes
formes avoient contribué à retarder
ou à accélérer la civilifation.Ne voulant point
approfondir les inftitutions particulières de
chaque Peuple, objets de fontes les dif
putes , mais embraffer ce qu'il y a eu de
commun chez tous ces Peuples à la fois
les faits contentieux étoient exclus natu
moins
univerf
plus d'e
à
cette
s'eft tr
toutes
pures.
placé a
il en e
monde
juftice
qui, ch
vérités
l'intérê
res; à d
chaos
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cet art
manièr
& la m
ben
d'évén
bre, &
quente
fans e
Volun
toutes
Cet
mais
quenc
DE FRANCE.
25
s conteftés , parce qu'ils ont été plus
erfels ; il a pris de la folidité en prenant
d'étendue & de grandeur ; en s'élevant
te généralité de vûes , M. Robertfon
trouvé , pour ainfi dire , au- deffus de
es les difcuffions & de toutes les dif-
5. Si M. l'Abbé de Mably fe fût ainfi
au vrai point de vue de ce vafte tableau,
eût fans doute apperçu comme tout le
de & admiré la beauté ; il eût rendu
e à cette raifon calme mais attachante ,
cherchant toujours dans l'Hiftoire des
Es & jamais des émotions , remplace
rêt des événemens par celui des lumièce
coup d'oeil heureux qui , dans un
= de faits obfcurs & barbares, rencontre
urs ceux qui éclairent davantage ; à
t profond & facile de les claffer, de
Ere que la place que leur affigne l'ordre
méthode,paroît toujours choifie par le
goût ; qu'une multitude accablante
nemens va fe réduire en un petit nomque
malgré des répétitions affez frées
, il mène de front fans confufion &
embarras , il renferme dans un feul
me les Hiftoires les plus inftructives de
s les Nations de l'Europe.
re manière n'eft pas celle des Anciens ;
fi quelque chofe peut valoir l'Eloce
de Tite Live , c'eft cette Philofophie.
and un Auteur a fait un Ouvrage , il
it pas lui reprocher de n'en avoir pas
In autre , mais voir feulement s'il a
26
MERCURE
bien fait celui qu'il a voulu faire.
Pour juger avec équité les Écrivains , il
faut favoir fortir de fon efprit & entrer
dans celui des autres.
Nous ne craignons point que ces réflexions
puiffent offenfer M. l'Abbé de Mably
; elles feroient bientôt effacées fi nous
avions cette crainte. Nous croyons avoir
affez témoigné notre eftime pour un Écrivain
dont les Ouvrages nous ont fervi quel
quefois de guide dans l'étude de l'Hiftoire *,
& dont les principes ont toujours Hatté un
des fentimens les plus chers de notre â ne.
Nous ne parlons ici que des Écrivains
qui ont porté des fyftêmes ou des vûes &
des conjectures fur le Gouvernement & fur
les Loix de nos premières Races ; s'il eût été
queftion de ceux qui ont le plus éclairci les
obfcurités de notre Hiftoire , il eûr fallu
peut être citer avant tout l'Auteur des
Origines, & les excellens Mémoires publiés
dans le Recueil de l'Académie des Infctiptions
& Belles- Lettres.
Nous nous tairons également fur ces Ou-
Le dernier Volume du Cours d'Education de
l'Infant Duc de Parme, la manière de lire l'Hiftoire,
n'eft pas de l'Abbé de Condillac , mais de fon
frère M. l'Abbé de Mably. Cet Ouvrage peu connu
nous paroît bien fupérieur à la manière d'écrire
l'Hiftoire du même Auteur . Nous croyons même
que la première Partie de ce petit Ouvrage eft ce que
Ṁ l'Abbé de Mably a jamais imprimé de plus neuf
"
vrages de
trace la
toire des
Princes à
ceffequ'
Après
encore u
dans
tou
Politique
les
Loix
d'Écriva
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Tel
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LES C
fugi
br..
brai
IL
l'Aute
Foefie
peut
foin.
n'a b
DE FRANCE. 27
s de fervitude & de menfonge , où l'on
la morale des Rois en falfihaut l'Hifdes
Nations ; où , pour apprendre aux
es à être juftes , on leur prouve fans
qu'ils font abfolus.
rès tous ces Ouvrages , il en manquoit
e un qui réunît les verités difperfées
tous les autres , qui joignît aux Loix
ques dont tous les Écrivains ont parlé,
Dix Civiles & Criminelles dont peut
vains ont voulu s'occuper ; qui fit
ître à la fois & des Loix qui ont goula
Nation , & celles qui l'ont jugée ;
it d'un Philofophe , mais en mêmes
d'un Jurifconfulte.
1 eft l'objet de l'Ouvrage important
M. de Chabrit publie aujourd huile pre-
Volume. (Cet Article eft de Mi. Garat. )
La fin à un autre Mercure.do
Chartreux , Poëme , & autres Pièces
gitives , par M. le Chevalier de R ***
de 32 pages , à Paris , chez les Liires
qui vendent les nouveautés .
a éré déjà fait mention avec éloge de
eur de ce petit Recueil. En lifant les
es qu'il vient de publier , on fent qu'il
faire mieux, en écrivant avec plus de
Sa manière eft quelquefois ferme , elle
foin que d'être plus foutenue ; cette
vation regarde fur - tout la première
28 MERCURE
Il y a dans l'Epître à Madame la Marquife
de *** des vers heureux , tels que
celui ci fur un Nouvellifte , fur tout le
dernier :
·
Battons- nous les Anglois ? fon front s'épanouit ;
Mais fi Rodney triomphe , il s'indigne , il frémit ,
Déchire la gazette , & croit venger la France .
Parmi d'autres Pièces agréables , on diſtinguera
avec une Epître fur la Suiffe , qui a
paru dans l'Almanach des Mufes de l'année
dernière , les regrets d'un amant , & l'ennui
& le plaifir, Conte , inférés dans l'Almanach
de cette année. On lira fur- tour avec plaifir
cette dernière Pièce : en voici quelques vers
qui donneront une idée de la gracieuſe facilité
avec laquelle elle eft écrite.
Dans fa voiture magnifique ,
L'ennui voyageoit tristement ,
Et bâilloit à chaque moment.
Les fleurs , les fruits & la verdure ,
L'immenfité du firmament ,
Ses couleurs , fa lumière pure ,
Ne le touchoient que foiblement :
Son oeil mort voyoit froidement
·
Les merveilles de la Nature.
Quelquefois un Livre il prenoit ,
Et foudain il le refermoit.
Am
En
Ou
Pre
Le
Au
Et
Son
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aété d
minen
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M.
M. d
acade
brilla
le
do
rateu
qui
mádi
a
DE FRANCE. 29
A mesure qu'il cheminoit ,
En tout fens il fe retournoit ,
Ouvroit vingt fois fa tabatière ,
Prenoit du tabac & dormoit.
Le moindre choc , la moindre pierre ,
Au même inftant le réveilloit ,
Et nonchalamment il rouvroit
Son humide & lourde paupière.
CADÉMIE FRANÇOISE.
Séance publique de l'Académie du 26
er , pour la réception de M. le Comte
Choifeul- Gouffier, & de M. Bailly ,
des plus brillantes . Deux motifs déterent
toujours le degré d'intérêt de ces
es d'affemblées ; le cas que l'on fait des
eaux récipiendaires , & le plus ou moins
élébrité des Académiciens qu'ils rement
; ces deux motifs fe trouvoient réunis
la circonftance actuelle.
que
. le Comte de Choifeul a parlé de
' Alembert , dont il prenoit la place
Emique , d'une manière auffi folide
ante. Après l'avoir dignement loué fous
ouble afpect de Géomètre & de Littér
, il a choifi dans fa vie une circonftance
uroit effrayé l'éloquence d'un Écrivain
Locre ; il l'a repréfenté triomphant par
talens de l'obfcurité d'une naiffance
youée ; il a prouvé par l'exemple de
35 MERCURE
M. d'Alembert , qu'un homme célèbre fait
fortir une partie de fa gioire d'un hafard que
cache toujours avec foin l'amour-propre de
P'homme vulgaire , il a relevé ce detail en
orateur philofophe , l'a exprimé en homme
fenfible, & par- là il a fu tout à- la- fois donner
un ton de nouveauté à fon éloge , & jeter.
plus d'intérêt fur la vie de fon Héros.
M. Bailly a loué M. le Comte de Treffan
fon prédéceffeur , du ton dont il devoit être
loué, la grace avoit toujours animé les ouvrages
de cer Académicien ; la grâce l'a célébré
par l'organe de fon fuccefleur , qui a femé fon
éloge de traits aimables & ingenieux. Enfin
M. Bailly n'a fait que confirmer par ce
difcours une vérité déjà connue & prouvée
par fes autres ouvrages , que fi les Sciences
ont enrichi fon efprit , elles n'ont point
defféché fon imagination , & que ſon érudition
a toujours un ſtyle piquant & animé.
de mérit
trouve
louer to
Apres
ment ap
la Litte
celleur
Secreta
7 prixext
&qui
à
parei
valeur
eloge el
M. le Marquis de Condorcet , alors Directeur
, a répondu aux deux nouveaux
Académiciens. On a dû defirer d'entendre
Péloge de M. d'Alembert dans la bouche de
fon plus digne élève & de fon ami. M. de
Condorcet a parfaitement répondu à l'attente
des fpectateurs , que la circonftance avoit dû
rendre exigeans. Il a fait partager fa douleur
fur l'ami qu'il a perdu , & il a apprécié fes
talens en homme qui les pofsède lui- même
Il a jeté auffi quelques fleurs fur la tombe
de M. le Comte de Treffan ; & la manière
Frages
Janvie
Librai
Ap
s'eft d
fur l'i
jours
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avec
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des
ture
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M.1
Sci
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des
DE FRANCE. 31
mérite ont droit à fes éloges , & qu'il
ve dans fon ' efprit des relfources pour
er tous les genres de talens.
près ces quatre difcours , qu'on a vivet
applaudis , M. de Marmontel , en qui
Litteratue voir avec fatisfaction le fuceur
de M. d'Alembert dans la place de
étaire perpétuel , a lu le programme d'un
extraordinaire propofé par un anonyme ,
ui doit être diftribue l'année prochaine
reille époque . C'eft une medaille de la
ur de 600 liv. & le fujet du prix eft un
e en profe , de M. d'Alembert. Les ouges
doivent être envoyés avant le premier
vier , au fieur Demonville , Imprimeurcaire
de l'Académie , rue Criftine.
près cette annonce , M. l'Abbé de Lille
difpofe à lire un morceau d'un Poëme
l'imagination . Il a éprouvé que c'eft tous
avec le même intérêt qu'on le prépare
couter les vers , & que c'est toujours
un plaifir nouveau qu'on les entend.
morceau qu'il a lu a paru plein de poélie ,
monie & de pompe. La defcription
Monumens de la Grèce , l'a conduit naellement
à l'éloge du bel ouvrage de
le Com e de Choifeul , fi précieux aux
Ences & à la Littérature , & l'on a égaent
applaudi à l'à- propo & à la beauté
vers.
*
Ces Difcours foot imprimés, & paroiffent chez
nonville , Imprimeur - Libraire de l'Académie
çoife , rue Chriftine.
32 MERCURE
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
ONSIEUR ,
Mo
L'Auteur des Vûes Patriotiques fur l'éducation du
Peuple , veut bien que le Peuple fache lire ; mais il
né fe foucie pas qu'il fache écrire. S'il lui permet un
peu d'Arithmétique & de Géométrie pratique , il defre
qu'on l'enfeigne par routine & fans démonftration
; & il infifte fur cette idée. J'en ai conclu que
l'Auteur ne vouloit pas que le Peuple fûr inftruit.
Mais , dit M. Philotête , l'Auteur , page 13 , dit en
propres mots : Je confens que le Peuple foit inftruit ,
&c. vous l'avez donc calomnié. Heureufement , en
lifant le paffage cité , on voit que c'eft feulement
une conceffion oratoire , & que l'Auteur ne confent
à l'inftruction du peuple , qu'en donnant à ce mot
un fens différent de celui qu'il a dans l'acception
ordinaire .
L'Auteur , ajoute M. Philotête , eft de l'avis de
Montagne , de M. le Comre d'Argenfon & de M. de
la Chalotais .
Rouffeau a cité auffi Montagne , comme s'étant
rapproché de fon avis fur le danger & l'inutilité
des Sciences. Mais qu'on fonge à l'état des Sciences
dans le temps où Montagne a écrit , à ce qu'on
enfeignoit alors dans les Ecoles les plus célèbres ;
qu'on réfléchiffe que Montagne n'avoit aucune idée
des découvertes récentes faites dans les Mathématiques
& dans l'Aftronomie ; on verra que fon autorité
doit fe borner à bien peu de chofe.
git , ace q
être fr
T'empreffen
riche ou u
fon état, J
de répandr
fe font tro
rance abfo
J'ajoute
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de l'
conn
la G
de l
DE FRANCE. 33
ce que je crois , ) & M. de la Chalotais ont
e frappés des inconvéniens qui naiffent de
effement avec lequel tout payfan un peu plus
ou un peu plus inftruit , cherche à fortir de
at. Je crois que le feul remède à ce mal eft
andre l'inftruction parmi le peuple , & qu'ils
at trompés en propofant le régime d'une ignoabfolue.
nold streely
outerai même que j'ai eu l'honneur de conperfonnellement
M. de la Chalotais ; que
opinion n'étoit pas d'accord avec fes idées &
incipes de philofophie & de politique. Aufli
tre faut-il l'attribuer à un mouvement d'hucontre
un Corps de Réguliers qui paroiffoit vouemparer
de l'éducation du peuple en Bretagne.
erois-je dire un mot à M. Philotête fur l'infon
, au hafard de paroître un peu pédant. Je
gue trois fortes d'inftructions ; celle qui eft nére
à tous les hommes , celle qui eft néceffaire
is les individus d'une même profeffion , celle
qui diftingue les hommes éclairés dans la fogénérale
ou dans l'état qu'ils ont embraffé.
première efpèce d'inftruction doit faire partic
Education de tous les hommes ; la feconde doit
' objet de l'éducation particulière à chaque états
áfième feroit déplacée dans toute espèce d'édun
générale.
première efpèce d'inftruction doit embraffer
onnoiffances élémentaires du droit naturel &
roit public , de la conftitution , de la légiflation ,
adminiſtration du pays où l'on vit ; enfin , la
oiffance aufli élémentaire de l'Arithmétique, de
éométrie,de l'Hiftoire Naturelle des trois règnes,
Phyfique générale ; non-feulement parce que
connoiffances font uriles dans la conduite de la
mais parce qu'elles préfervent des préjugés & des
34 MERCURE
Le Peuple eft destiné à l'Agriculture & aux Arts
mécaniques , il faut donc ajouter à Ton éducation
l'application des principes des Sciences aux différentes
claffes de métiers & de travaux ruftiques en
afage dans la Province qu'il habite.
L'instruction du Peuple eft d'autant plus néceffaire
, que la divifion des travaux , fi utile en ge
néral , bornant chaque bomme à un petit nombre
d'opérations qu'il répète fans ceffe , le Peuple pourroit
tomber, fi on négligeoit de l'inftruire , dans
une ftupidité d'autant plus grande , que la Société
feroit de nouveaux progrès. Voyez l'excellent Ou
vrage de l'illuftre Smith.
LETTRE du Rédacteur de l'Hiftoire dans
l'Encyclopédie Methodique , à MM. les
Auteurs du Mercure.
A L'ARTICLE Agathocle , page 123 du nouveau
Dictionnaire d'Histoire dans l'Encyclopédie Méthodique
, article qui étoit dans le Supplément de l'ancienne
Encyclopédie , & qui a été confervé dans la
nouvelle avec le nom de l'Auteur, on, attribue par
erreur à cet Aga hocle le fameux Traité de Gélon
avec les Carthaginois , par lequel les facrifices humains
font interdits à ces derniers . Plutarque a rapporté
ce fait , & M. Rollin & M. de Montefquien
l'ont célébré d'après lui. « Le plus beau Traité de
» Paix dont l'Hiftoire ait parlé , dit l'Auteur de l'EC
» prit des Loix , Livre 10 , Chap. 5 , eft , je crois ,
» celui que Gélon fit avec les Carthaginois. Il vou-
35 dition 0
» tiruloit
Malheu
de Saintedes
Colon
ne fe trou
qui ont ét
Temblable
affaires de
D'ailleurs
Gelon , A
dant ce
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thagino
fage c
fans
ex
Mais
Agach
demi,
Cett
Errat
Meffie
C
DE FRANCE.
ion qui n'étoit utile qu'à eux , ou plutôt il
uloit pour le genre humain. »
alheureufement , comme l'obferve M. le Baron
inte - Croix, dans fon Traité de l'état & du fort
olonies des anciens Peuples , cette condition
trouve point parmi cel es de ce même Traité ,
nt été rapportées par Diodore de Sicile , vraiablement
mieux inftruit que Plutarque des
es de la Sicile & de Syracufe ou régnoit Gélon.
eurs, cert foixante- dix ans après ce Traité de
, Agathocle fit le fiège de Carthage , & pence
fiège les Carthaginois immolèrent encore
ofans ; car c'étoit lorfqu'ils étoient menacés de
que danger, qu'ils offroient ces facrifices horripar
lefquels ils croyoient appaifer la colère
Dieux . Si donc le Traité de Gélon avec les Carnois
leur preferivoit en effet l'abolition de cet
cruel , il paroît certain que ce Traité eft refté
exécution .
ais enfin ce Traité eft de Gélon , & non pas
athocle , poftérieur au premier d'un siècle &
tte faute avoit été corrigée dans un Erratas
ata s'eft égaré à l'Imprimerie ; permettez
ieurs , que cette Lettre y fupplée.
dins
SPECTACLE S.
OMÉDIE FRANÇOISE.
EPUIS la première repréfentation de
cbeth , M. Ducis a fait à ce Drame
changemens confidérables. Ils ont été
36 MERCURE
fort bien accueillis ; & l'on peut préfumer
que l'Ouvrage fera bientôt en état de devenir
public par la voie de l'impreffion . Nous
n'attendons que ce moment pour remplir la
promeffe que nous avons faite à nos Lecteurs
, de comparer la Tragédie de Shakefpéar
avec celle de M. Ducis. Au furplus ,
file Macbeth François tardoit trop à être
imprimé , nous ne fatisferons pas moins à
l'engagement que nous avons publiquement
contracté. L'attention que nous avons donnée
aux repréſentations de cette Tragédie ,
& le fecours d'une mémoire affez heureufe ,
nous peuvent mettre en état de faire le parallèle
que nous avons annoncé , avec la certitude
de ne pas nous tromper. Quelques
Lecteurs nous demanderont peut- être pourquoi
nous ne faifons pas un plus prompt
ufage de ces moyens, afin de répondre plus tôt
sta leur impatience : nous n'avons qu'un
mots à dire. La cenfure , quelque honnête
qu'elle foit , eft toujours un peu chagrinante :
fi dans le commerce ordinaire de la vie , la
vérité déplaît & fatigue , en Littérature elle
rafflige: un Écrivain Périodique ne fauroit
donc chercher trop fcrupuleufement à établir
les motifs de fa critique , & ce n'eft pas là le
cas de dire avec le Pyrrhus de Racine :
Trop de prudence entraîne trop de foins.a
Dom Japhet d'Arménie , Jodelet Maitre
for
a
na
fo
de
ell
Ο
Ja
n
M
DE FRANCE. 37
nt les Ouvrages que la Comédie Françoife
choifis pour repréfenter pendant le Carval
; temps de délire , où la Folie règne en
uveraine , & pendant lequel on lui paronneroit
peut- être d'éclipfer la raifon , fi
le n'éloignoit pas trop fouvent la décence. /
omment paffer de cette expreffion à Doin
phet d'Arménie ? Quelle tranfition pourra
ous y conduire un peu naturellement ?
Mauvais goût , mauvais ftyle , détails dégoûans
, plaifanteries groffières ; tout cela , loin
e fe rapprocher de la décence , n'eft pas
même de la gaîté. Pourquoi donc remet- on
ette bizarre Comédie tous les deux ou troisns
? Parce que c'eft un ufage reçu ; parce
que Dom Japhet a confervé fa réputation
ans l'efprit d'une certaine claffe de Specateurs
, parce qu'il y a encore des gens que
cela fait rire ; enfin , parce qu'il n'eft pas
urprenant qu'on applaudiffe aux ordures que
débite l'Arménien, dans un temps où la vefte
de Janot a fixé la bonne compagnie de la Capitale
pendant trois cent repréfentations.
Nous pouvons nous arrêter à cette réflexion.
Sans y fonger , elle nous a fait réfoudre une
queftion facile , & qu'au premier coup d'oeil
nous avions regardée comme un problême.
Il y a loin de Dom Japhet à Jodelet Maitre
& Valet , quoique celui- ci ne foit pas exempt
de groffes & ridicules plaifanteries ; mais on
y trouve fouvent des fituations d'un bon comique
, des fcènes adroitement filées , & un
ton généralement affez bien fait pour faire.
38
MERCURE
préfumer que fi Scarron avoit écrit plus tard,
il auroit mérité de la réputation comme Auteur
Dramatique. L'eloge eft fort . Oui , fansdoute
; mais nous nous en rapportons aux
connoiffeuis . Les Ouvrages de ce fingulier
Écrivain font prefque tous puifés dans la
Littérature Efpagnole . Au temps où il écrivoit,
nos Auteurs ne prenoient guères que là
leurs modèles. Le grand Corneille lui même
lui a dû plufieurs de fes premiers Ouvrages.
Il n'eft donc pas étonnant qu'un homme tel
que Scarron fe foit laiffé entraîner au goût
dominant , qu'il ait trouvé de l'intérêt dans
la complication , nous dirions prefqu'inextricable,
des refforts nombreux qui font marcher
l'action de fes Drames : refforts qui fe
nuifent mutuellement , qui fatiguent l'attention
& qui dégoûtent de la curiofité. Mais
ce que Scarron n'a puifé nulle part que dans
fon génie , c'eft fa gaîté; talent naturel , mais
rare , & maintenant plus que jamais. La vé
rité comique ne lui étoit pas tout à fait étran
gère. Il eft certain qu'il l'a plutôt entrevue
qu'il ne l'a connue ; il eft encore certain qu'il
l'a quelquefois défigurée par des caricatures ;
néanmoins , on peut dire que , malgré les
reproches qu'il mérite, il a fait un grand
pas , quand fes contemporains marchoient
timidement & fans force ; & des yeux clairvoyans
ne fauroient fans injuftice lui refufer
quelque eftime. D'ailleurs , n'oublions
jamais
ديمسلا nous voulons inger u
P
P
Ы
fo
fo
fo
DEFRAIN CE. 3.9
a
temps dans lequel nous fommes mais
our celui où il a vécu : c'eft le feul moyen
'être juste. Que de gens qui parlent
e Scarron avec dédain , qui paffent pour
es gens d'efprit , parce qu'on s'eft occupé
endant deux fiècles à leur faire celui
u'ils ont aujourd'hui , & qui n'auroient pas
ême été ad nis dans la fociété du Malade
e la Royne ? bang dalhora ,
Citer le Bourgeois Gentilhomme , &
ommer fon Auteur , c'eft annoncer fuffamment
l'énorme diftance qui exifte entre
et Ouvrage & ceux dont nous venons de
arler. Les trois premiers Actes font affez
-leins , affez vrais , affez marqués du grand
aractère comique , pour faire excufer la
ouffonnerie des deux derniers . Toutes les
ois que nous voyons reprefenter cette Comédie
, nous examinous le principab pere
onnage , nous jerons enfuite les yeux fur
quelques individus de la fociété, & nous
ifons voilà des enfans de M. Jourdain ; le
onds eft le même , le coftume feul a changé.
De tous les Auteurs Dramatiques de
oures les Nations , un feul jufqu'ici a peint,
même dans fes facéties , l'homme de tous les
emps : Cet Écrivain , c'eft Molière.
COMÉDIE ITALIENNE.
40 MERCURE
ФОИ АЯЛ ЗА
feulement très-dur , mais même prefqu'infupportable.
Quelques riches bienfaifans
ont retranché de leur fuperflu , & font venus
au fecours des infortunés. On a ouvert , au
Bureau du Journal de Paris , une foufcription
de bienfaifance ; des Sociétés particulières
, & qui ont pour but de s'occuper des
objets les plus avantageux à l'humanité ;
différens Corps , en un mot prefque tous
les Ordres de l'Etat qui peuvent réunir
la poffibilité au defir de faire le bien , ont
coopéré au foulagement du malheureux.MM .
les Comédiens Italiens ont fuivi cet exemple
intéreffant ; ils ont annoncé pour le famedi ,
21 Février , une Repréfentation au profit
des Pauvres. Le Spectacle a été compofé de
Blaife & Babet , & du Droit du Seigneur ,
deux Comédies en trois Actes , mêlées d'ariettes.
La recette eft montée à 9162 liv.
Quelque confidérable qu'elle ait été , elle
auroit pû l'être d'avantage , fi la falle avoit pú
contenit la foule qui s'eft préfentée . Ce trait
d'humanité , qui fait infiniment d'honneur
à MM. les Comédiens Italiens , fera imité
par nos autres Théâtres . L'action fera louable
fans doute ; mais la Comédie Italienne aura
l'avantage d'avoir fait le premier pas , &
tous les coeurs honnêtes lui en tiendront
compte , parce que celui qui non- feulement
a fait , mais qui encore a donné l'exemple du
bien mérite une double confidération.
A
225
C
boro
M
Par
Ca
20
tet
an
A
D
DE FRANCE, 41
NNONCES ET NOTICES.
lus
HURCHILL Amoureux , ou la jeunele de Mal
ough , Comédie en deux Actes & en profe , par
Guillemain , repréfentée pour la première fois à
is , fur le Théâtre des Variétés Amufantes , le
oût 1783. Prix , 1 livre 4 fols . A Paris , chez
illeau , Imprimeur- Libraire , rue Galande.
Churchill étant au fervice de France , aime éperement
une ouvrière en dentelles qui appartient
les parens pauvres , mais vertueux Son protecr
le Duc de Montmouth, fils naturel de Charles II,
i l'a blâmé d'abord , croyant que l'objet de fon
hour étoit vil & méprifable , le furprend dans la
aifon de Marianne fa maîtreffe; & tout ce qu'il
it & tout ce qu'il entend ennoblit à fes yeux
paffion de fon ami. C'eft Marianne elle même
1 exhorte fon amant à la quitter pour fon devoit
i l'appelle à l'armée. Churchill part , mais après
voir affuré à Marianne une penfion viagère de
Eux cent livres fterling. bros
Il y a d'heureux détails ly dans cette Comédie's
mais on peut reprocher à l'Auteur d'avoir pris
uelquefois un ftyle trop à prétention & déclamapire
, & de n'avoir pas confervé à chaque Perfonage
le ton qui convient à fon état ou à fon caactère.
On eft d'autant plus en droit de le lui reproher
qu'il a prouvé plus d'une fois qu'il ne tient
qu'à lui d'être piquant fans ceffer d'être vrai & nazurel
.
On trouve chez le même Libraire : A bon Vin
point d'Enfeigne , Comédie- Proverbe en un Acte ,
repréfentée pour la première fois fur le même Théâ
tre en 1781.
42 MERCURE
SPECIMINA Eloquentia Ciceroniana , hoc eft , ea
qua magis eminent in Ciceronis orationibus ; iis
prafertim , qua in fcholis legi non folent ; cum argumentis
& notis Freigii , ad ufum auditorum in
fecundo vel tertio ordine. Parifiis , apud Lottin juniorem
Bibliopolam , via San- Jacobad.
Cicéron rousa laiflé cinquante - fept Oraifons.
Dans les Claffes de Seconde , de Troifième & de
Rhétorique , on n'a guères le temps d'en faire expliquer
aux Écoliers plus d'une douzaine ; le refte
de ces précieux modèles d'éloquence eft comme
perdu pour eux. L'Auteur du Recueil que nous annonçons
a pris dans tous des morceaux cheifis , dont
vil a fait un Volume ; nous croyons que cet Orvrage
fera accueilli , & qu'il peut être utile dans les Colléges.
Tam
DISSERTATION fur la Roge , qui a remporté le
premier Prix de la Société Royale de Médecine de
Paris , le 11 Mars 1783 , par M. le Roux , Chirur
gien- Major de l'Hôpital Général de Dijon , Allocié
de l'Académie Royle des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de la même ville , & Cerrefpondant de la
Société Royale de Médecine de Paris . in- 8 . de 88 p.
A Paris , de l'imprimerie de Ph. D. Pierres , Intprimeur
du Roi & de la Société Royale , rue S. Jacques.
Quelques progrès que nous avons faits dans les
Sciences , la Nature humaine eft encore expeée à
des fléaux auxquels elle n'a pu oppofer jufqu'ici que
des remèdes impuiffans. De tous ces fléaux la rage
étant le plus effrayantfans doute, on doit les plus grands
éloges aux Savans & aux Médecins qui s'efforcent
de trouver des armes pour la combattre , & aux
gens en place qui encouragent leurs efforts . L'idée
de la queftion traitée dans ce Difcours joftement
de ce
gloir
Bant
tarif
furc
bes
den
"
pie
CO
C
DE FRANCE 43
cette Capitale , & qui par-là doit participer à la
pire de l'Auteur à qui le Prix eft accordé.
TRAITE général de la Mefure des Bois , content
celui de la mefure des Bois quarrés avec le
if de la réduction en pieds cubes celui de la mere
des Bois ronds , avec la réduction en pieds cu-.
s ; celui de la mefure des Måts & de leurs excéns
, avec le tarif de la réduction en pieds cubes ;
lui de la mefare du feiage des bois , avec le tarif
la réduction en pieds quarrés ; enfin celui de la
cette des Bois avec le tarif de l'appréciation des
èces de conftruction , & les figures desdites pièces ;
er M. Segondat , Commiffaire des Ports & Arfenaux
Marine. Nouvelle Édition , revue , corrigée &
onfidérablement augmentée par l'Auteur. 2 vol.
189. A Rochefort , chez Bonhomme , Libraire &
Compagnie , & fe trouve à Paris , chez Jombert le
eune , Libraire , rae Dauphine , & chez les prinpaux
Libraires du Royaume, insec
La première Édition de cet Ouvrage , connu fous
titre de Tarifpour cuber les Bois de Conftruction ,
' ayant pas été faite fons les yeux de l'Auteur , il s'y
toit gliffe beaucoup de fautes celle ci a été revue
ved foin & les augmentations que M. Segondatly
faites l'ont obligé de mettre l'Ouvrage en deux
Volumes no ano suparipo
MEMOIRES la dans la Séance publique du
Burenu Académique d'Écriture en préfense de M.
Lenoir , Confeiler d Etat ordinaire , Lieutenant-
Général de Police , & de M. de Flandre de Brunville
. Procureur du Roi au Châtelet , Préfidens du
Bureau , le 2 Novembre 1783 , par MM. Harger ,
Membre & Secrétaire , Dautrepe , Guillaume &
Bédigis , Membres . A Paris , de l'Imprimerie de
d'Houry , Imprimeur- Libraire , rue Hautefeuille.
44
MERCURE
noncé
Le premier de ces Mémonies ou Difcours a été pro
par M. Harger, qui ouvrit la Séance. Il y traite
avec intérêt de l'Art d'écrire, & prouve l'impoffibilité
de contrefaire parfaitement l'écriture d'autrui, c'eft- àdire
, que la fraude dans ce genre ne peut tromper
les regards des vrais Connoiffeurs. Le fecond Dif
cours traite des calculs à . l'ufage de la Finance ,
du Commerce & de la Banque, & par une digreffion
qu'on ne pourroit blâmer fans humeur, l'Auteur,
M.Dautrepe, a fait valoir les avantages nombreux que
le Commerce procure aux Nations. M. Guillaume, Au
teur du troifième Mémoire, a confidéré l'Écriture fous
divers rapports d'utilité. On a remarqué ce qu'il a dit
fur l'Art d'écrire auffi vite que la parole . Enfin, le Difcours
de M. Bédigis , qui termina la Séance , traite
des Caractères gravés & manufcrits. Tous ces Mémoires
, qui ont été applaudis par des Auditeurs
nombreux , le feront fans doute par les Lecteurs.
Tous les fujets qui y font traités le font d'une manière
fatisfaifante.
L'ART de gouverner les Abeilles , & de fabriquer
le miel & la cire fans méprifes , ou courtes
Inftrudions propres aux gens de la campagne pour
tirer des Abeilles tout le profit poffible , avec un
Abrégé de ce que ces Infestes offrent de plus curieux ,
in 12. Prix , 1 livre 16 fols. A Paris , chez Lamy ,
Libraire , quai des Auguftins.
•
L'objet de cet Ouvrage eft d'une grande utilité;
& les préceptes que donne l'Auteur ont le double
avantage d'être économiques & faciles à fuivre.
2
ATLAS Hiftorique , dédié au Roi , par M.
Serane , deuxième Livraison . A Paris , chez l'Auteur
, rue des Fontaines , n ° . 15, & chez M. Tronc ,
rue Neuve Saint-Pierre , au Marais.
premie
les be
fecond
mière
fane ,
prem
Co
C
fidera
fiers
Tab
ceux
teur
par
1
201
P
m
D
DE FRACNE. 45.
nière Livraifon de ce grand Ouvrage fait d'après
beaux Deffins de M. Lebarbier l'aîné. Cette
onde Livraiſon eft compofée , comme la prere
, de deux Tableaux , l'un facré , l'autre proe
, la Fondation de Rome & la Mort d'Abel. La
mière Eftampe nous a paru fupérieure à l'autre.
Comme la fuite de cette Collection eft trop conérable
, foit pour la fortune de plufieurs Particu-
Es , foit pour le local qu'ils peuvent deftiner à ces
bleaux , l'Éditeur s'eft décidé à donner féparément
x qu'on lui demandera , & qui feront payés
liv. au lieu de 12 livres que payent les Soufcripars.
GLOBE Aéroftatique , deffiné par Bel , & gravé
ar Denis , Sculpteur , dédié à M. Charles. Prix ,
liv. 4 fols. A Paris , chez Baffet , rue S. Jacques ,
a coin de celle des Mathurins. Cette Eftampe reréfente
le Globe s'élevant pour la feconde fois au
ilieu de la prairie de Nefle , où M. Charles veoit
de defcendre accompagné de M. Robert , & en
réfence de Mgr. le Duc de Chartres , de M. le Duc
e Fitzjames & de M. Farer , Gentilhomme Anglois.
4. Robert préfente le Procès- verbal à figner aux
Curés d'Hédouville & de Nefle.
ÉLOGE de Nicolas Pouffin , Peintre ordinaire
du Roi , Difcours qui a remporté le prix à l'Académie
Royale des Sciences , Belles- Lettres & Arts de
Rouen , le 6 Août 1783 , lû à l'Affemblée de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture au Louvre, le
4 Octobre fuivant , par M. Nicolas Guibal , ancien
Penfionnaire du Roi , premier Peintre & Directeur
de la Galerie du Duc de Wurtemberg , &
Teck , &c. &c. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
Le célèbre Pouffin eft bien célébré dans ce Difcours
, & encore mieux apprécié, Le jufte enthou46
MERCURE
fiafme de M. Guibal n'a point fermé les yeux aux
défauts de fon Héros , & il a mêlé à fes éloges une
critique qui leur donne plus de prix.
RÉPONSE à l'Examen de la Phyfique du
Monde de MM . le Baron de Marivetz & Gouffier.
A Paris , chez Didot le jeune , Imprimeur-Libraire ,
quai des Auguftins ; Cellot , Imprimeur - Libraire ,
rue des grands Auguftins ; Mérigot le jeure , Libraire
, quai des Auguftins ; Nyon l'aîné , Libraire ,
rue du Jardinet ; Onfroy , Libraire , rue du Hure
-poix ; Barrois le jeune , Libraire , quai des Auguftins
; au Bureau du Journal de Physique ruc &
hôtel Serpente ; Lafoffe , Graveur , Place du petit
Carroufel . Prix , 2 liv. 8 fols.
Cette Réponse eft imprimée dans le même format
que la Phyfique du Monde, & peut être jointe
à cet important Ouvrage.
F IDEES fur la Navigation Aérienne & fur la
Conftruction d'une Pirogue Aéroftatique , Brochure
de 23 pages A Paris , chez Bailly , Libraire , Barrière
des Sergens , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
0 %
L'Auteur de cette Brochure , perfuadé qu'on ne
pourra jamais conduire une Machine Aéroftatique
hors de la direction du vent , fi elle n'oppoſe au
fluide, dans lequel elle eft portée, une furface plane,
propofe de conftruire une Pirogue dont il donne la
defcription. Il s'occupe enfuite des moyens de la
diriger à volonté. En nous abftenant de prononcer
fur l'efficacité de ces moyens , nous ne ferons qu'imiter
la fage retenue de l'Auteur qui les expofe
avec la défiance la plus modefte.
GABRIEL Senac de Meilhan , Intendant du Haipleffis
Yeur
Ce
fears
plus s
quan
P
Crea
pein
relle
chan
chez
Bou
tam
B
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ma
M
Bo
Pe
M
C
N
I
DE FRANCE.
47
fis. Prix , 12 liv. A Paris , chez Aliamet , Graur
du Roi , rue des Mathurins.
Cette Eftampe doit être accueillie des Connoifrs
; elle annonce le plus grand talent. On fera
étonné de la perfection du travail qui y règne
and on faura que l'Auteur n'a que vingt ans. M
PREMIERE Vue d'Oftende prife du bord de la
reque Gauweloofe , près du fort de Slyckena
in: par L. J. Mafquelier , d'après Lemay A Brulles
, chez les Soeurs Lemay , Libraires & Marandes
d'Eftampes , rue du Loxum ; & à Paris ,
ez L. J. Mafquelier , Graveur , rue des Francsourgeois
, Place Saint Michel.
Il y a du foin & de la correction dans cette Efmpe,
dont la compofition eft heureufe.
Six Trios concertans pour Flute , Violon &
affe ou Alto , par M. Canal. Prix , 7 livres 4 fols.
Paris , chez M. Muffard , rue Aubry- le- Boucher ,
haifon du Marchand de Vin , à côté du Pâtiffier.
bo pisos yos
SIX Duos concertans pour deux Quintes , par
4. Cambiny. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez M.
Soyer , au Magafin de Mufique , rue Neuve des
Petits- Champs , près celle Saint Roch , no. 83 , &
Ame Lemenu , rue du Roule , à la Clé d'or.
JOURNAL de Harpe , par les meilleurs Maîtres ,
contenant deux Airs du Droit du Seigneur & un de
M. Aubert ; les Accompagnemens par MM. Lamaière
, Aubert & de Leplanque. Prix , 2 livres 8 fols ,
A Paris, chez M. Leduc , au Magafin de Mufique ,
ue Traverfière- Saint Honoré. L'abonnement pour
douze Cahiers eft de 15 livres franc de port à Paris
x en Province.
CONCERTO pour le Clavecin on Forte - Piano ,
deux Violons , Alto & Baffe , rar M. Rigel. Prix ,
48 MERCURE
3 liv. 12 fols. Sonate avec Violon ad libitum , par
M. J. Wanhall. Prix , 2 liv. 8 fols , faifant le premier
& le fecond Numéros du Journal de Pièces de
Clavecin par différens Auteurs , contenant des Sonates
avec ou fans Accompagnement , Duo , Trio ,
Quatuor , Symphonies & Conceito . Prix de l'abonnement
pour les douze Numéros , 24 livres pour
Paris , 30 liv. pour la Province franc de port. A
Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des Petits-
Champs , près celle Saint Roch , nº . 83 , & Mme
Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or..
Le foin que l'Editeur donne à ce Journal doit en
affurer le fuccès..
ERRATA. Dans le dernier N. page 148
premier vers de la Chanfon , dans , lifez : en.
Au deuxième Couplet , lignes , par fes mépris ,
lifez :par mépris.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
M
S
R
TABLE
VERS pour le Portrait de _phe
***
Remercimens d'une
Veuve à la Reine ,
A mon Rival,
A M. Charles ,
7
3Dela Monarchie Françoife , 9
pauvre Les Chartreux , Poëme , 27
4 Variétés ,
Comédie Françoise ,
6 Annonces & Notices ,
Charade, Enigme & Logogry-
APPROBATION.
32 , 34
35
41
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Mars. Je n'y ai
rien trouvé qui duiffe en empêcher l'impreffion . A Paris.
vil
MERCURE
direa slip , omnidy sa
DE FRANCE.
AMEDI 13 MARS 1784.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
al ob M
ÉPONSE aux Vers inférés dans le
No. 3 du 17 Janvier.
LONG- TEMPS jouet de mes defirs ,
J'ai , par une ardeur infenfée ,
Changeant d'erreurs & de plaifirs ,
A leur choix borné ma penfée.
Je faifois alors des fouhaits
Beaucoup moins heureux que les vôtres ,
Hors feulement qu'ils étoient faits
Comme eux pour le bonheur des autres.
POUR moi , qu'aurois-je fouhaité?
J'avois tous les biens du bel âge :
Santé , force , amour & gaîté ;
Peut- on defirer davantage ?
ALL
dot
NO 12 Mars 1784 C
so
MERCURE
" J'avois rencontré le bonheur
Entre les bras de ma Bergère ;
Rien n'en corrompoit la douceur.
Que la crainte de lui déplaire .
J'IGNOROIS les pièges cruels
Où la vanité , l'avarice
Entraînent les foibles mortels ,
En favorifant leur caprice.
SANS réfléchir à quel tourment
Pourroit m'expofer ma franchiſe ,
Je difois mal- adroitement
La vérité que l'on déguiſe.
Si d'un encens injurieux ,
L'infidieufe flatterie
Leurroit par fois ma bonhomie ;
J'y croyois , & j'étois heureux.
Je n'ai plus ce charmant délire
J'
L
A
E
Qui m'enivroit de volupté ;
Je le regrette & je ſoupire ,
Affligé par la vérité.
DANS les beaux jours de ma jeuneſſe ,
Aveuglé par les paffions ,
Je prêtois mes illufions
A mes amis , à ma maîtreſſe.
PAR l'un & l'autre tour- à-tour
Thi Jane me douleur amère
Ex
cel
Lo
I
Ly
DE FRANCE.
SI
LaioveT
J'ai dit : Ah ! femblable à l'Amour ,
L'amitié n'eft qu'une chimère !
ob ticemet
AIGRI par ce double malheur , alph
Et n'ayant plus d'ami fincère
Qui fut partager ma douleur ,
Je me trouvai feul fur la terre .
CEPENDANT , le befoin d'aimer
Fit renaître la confiance;
Mon coeur , facile à fe calmer ,
S'ouvrit encore à l'efpérance.
A QUELQUE OBJET t
toujours lié ,
味
Soit qu'on le trompe ou qu'on l'oublie ,
Il eft, malgré la calomnie ,
Fait pour l'amour & l'amitié.
( Par M. François , Peintre. )
plication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Parlement ;
i de l'Enigme eft Eventail ; celui du
gogryphe eft Encyclopédie , où l'on trouve
cée , loi , lice , Condé , épine , ail, Déon
Chevalier ) , Léon ( 1er du nom ) , Pline ,
e , lien, décence , licence , Éole , lion &
py.
Cij
MERCURE 52
Simon
CHARADE
.
I mon chef décore un parterre ,
Ma eft l'honneur de nos champs ;
queue
Mon milieu vient de la grammaire ,
Et mon tout brille chez les Francs.
ÉNIGM
E.
J'AI quatre foeurs , dont je fuis la feconde ;
Et cependant je fuis la dernière du monde.
(Par M. Finot , Avocat à Dijon . )
LOGO
GRYPH
E.
ANIME,
·
NIMÉ , je pourfuis les timides oiſeaux ;
Inanimé , je prends les habitans des eaux.
Mon être cependant
eft pour toi lettre cloſe.
J'ai huit pieds bien comptés , cher Lecteur, décompofe
.
Tu trouveras d'abord ce qui pendant la nuit
Charme ou, trouble tes fens , t'effraye ou te féduit ;
Ce qui refferre un fleuve en fa courſe rapide ;
Ce dont s'arme le bras du Guerrier intrépide ;
Un oifeau fort connu , babillard & voleur ;
. Ce qui dans la campagne , aux yeux du Laboureur,
De la blonde Cérès déploye les richeffes ;
Cefta
Tu pe
NO
D
1
DE FRANCE.
53
trop me dévoiler , Lecteur , affurément
peux fans trop d'effort me connoitre aifément.
(Par M. L..... , au Collège des Q. N. )
OUVELLES LITTÉRAIRES.
ISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Jeudi 26 Février 1784
la Réception de MM. le Comte de
Choifeul - Gouffier & Bailly, à la place
de M. d'Alembert & de M. le Comte de
Treffan. A Paris , chez Demonville
Imprimeur- Libraire de l'Académie Françoife,
rue Chriftine.
LE Public fe fouviendra long - temps de
ntérêt & du bonheur de cette Séance , où ,
jugement d'une des plus impofantes Afmblées
, quatre excellens Difcours ont eu
es fuccès égaux & différens ; ils ont éré fuis
d'un Poëme fur l'Imagination , dont il
ffit de nommer l'Auteur ( M. l'Abbé de
ille ) pour faire juger des applaudiffemens
u'il a dû recevoir & mériter.
Le Difcours de M. le Comte de Choifeul
ft confacré tout entier à l'éloge de M.
'Alembert. Cet éloge , il n'ofe l'entreprenre
, il craint , comme Horace ,
Laudes egregii viri
54 MERCURE
Touchant à tes lauriers , craindroit de les flétrir.
" Raffurez - vous , dit- il , Meffieurs ; fes
» manes ne feront point privés du jufte tri-
» but d'éloges qui leur appartient ; fa mé-
» moire fera célébrée par celui qui lui fut
» lié de l'amitié la plus rendre ; qui , confident
de fes penfées , eft encore dépofitaire
des monumens de fou génie ; par fon plus
» digne élève , que le fort a nommé pour ce
devoir funèbre , comme les amis de M.
» d'Alembert l'euffent eux mêmes choifi.
و د
23
95
» Telle fut la renommée , telle eft l'éten-
» due de fa gloire Littéraire , que , laiffant
» à la fois de juftes regrets aux Sciences &
» à la Littérature , il ne peut être loué que
par l'Orateur , qui , deftiné à faire fon
éloge en deux Académies , parle également
» la langue de l'une & de l'autre , & faura
faire entendre fa douleur dans tout l'empire
des Lettres. »
n
ور
Après avoir loué l'un par l'autre, avec cette
juftice & cette adreffe , M. d'Alembert &
M. le Marquis de Condorcet , M. le Comte
de Choifeul ne voit plus que fon prédéceffeur
; il s'occupe de lui , & de lui feul à chaque
page , à chaque ligne , comme emporté
par les mouvemens de fon coeur : tel eft l'art
principal qui nous paroît préfider à ce Difcours
. M. dAlembert feul en eft l'objet ; les
autres éloges ne font qu'incidens à celui- là ;
& on pourroir appliquer à ce portrait de
ingén
33
de
l'e
fe
P
chan
niro
jama
I
gres
» [
fail
" (
33 1
33
"
le
to
L
DE FRANCE.
génieufement de fon mérite. « Ifolé , féparé
de tout , il en paroît plus grand ; rien ne
l'entoure , mais rien ne le cache ; il eft
feul , mais il eft lui -même. L
Plufieurs autres traits nobles , fins & touans
, ou féparément ou à la fois , fourcont
ainfi à l'application , fe graveront à
mais dans la mémoire , & feront proverbe.
Tel eft , par exemple , ce mot fur les pro .
ès de l'efprit de M. d'Alembert. « Pour
remplir l'attente du Public , il faut la furpaffer.
"
Et celui ci , fur les reffources de fa bienfance
: « Les malheureux ne furent jamais
qu'il n'avoit que le fimple néceffaire , &
il n'en vit jamais un feul fans fe croire
riche. Il regardoit toute efpèce de luxe
comme un crime contre la Société , tant
qu'il existe un feul homme dans le befoin.
Et cet autre encore : « Le fentiment peut
fe fatisfaire , & non pas s'acquitter par
des dons. ".
Chacun de ces traits , qui auroit déjà tant
prix comme penfée détachée ; a de plus
mérite que nous ne pouvons pas lui conrver
ici , d'être parfaitement à fa place.
Mais ne nous arrêtons point à des traits ;
- pour mieux faire connoître tout le talent ,
ute la richeffe de l'Orateur , offrons à nos
ecteurs de grands morceaux où ces traits
trouvent réunis & placés. ole esime
L'Encyclopédie ne pouvoit être oubliée
ans l'éloge de M. d'Alembert.
Civ
$6
MERCURE
ود
ود
و ر
"2
" Sur les fondemens pofés par l'immortel
» Bacon , s'élevoir cet Ouvrage qui , par fon
» étendue , par la feule audace de l'entreprife
, commande , pour ainfi dire , l'ad-
» miration , même avant de la juftifier ; qui
» ajoute toutes les connoiffances de notre
âge à celles des âges précédens , & les alfure
aux âges à venir ; qui , depuis les
procédés les plus ufuels des Arts , depus
les pratiques les plus vulgaires de l'induftrie
, jufqu'aux Sciences les plus abftraites
, jufqu'aux fpéculations les plus fu-
» blimes , raffemble tous les trésors de l'efprit
humain; qui , par l'ordre dans lequel
» il difpofe toutes les richelles , ou trop
ifolées ou trop accumulées jufqu'alors , en
fait mieux jouir leurs poffeffeurs ; qui ,
" montrant aux Arts la connexion qui exifte
» entre eux , révèle aux Artiftes les fecrets
» les uns des autres , les étonne fouvent de
ود
و د
leur voifinage mutuel , les avertit de leur
» fraternité , enfin leur apprend qu'ils ont
ود
tous une patrie commune , ou plutôt
" femble la créer pour eux : monument im
» mortel que nous avons vu , aux acclama-
» mations de l'Europe entière , terraffer l'en-
» vie..... & qui , par un avantage unique ,
dans fon imperfection même , affocie dès
» ce moment fes Auteurs à la gloire de la
perfection qu'il doit obtenir un jour.....
Tous ces mérites divers , ces contraftes
2de talens multipliés fe réuniffent avec plus
و د
DE FRANCE. 17
" neux , dans ce Difcours Préliminaire , ou
» le génie , planant fur toutes les pasties de
» l'entendement humain, & embraffant d'un
" conp d'oeil toute fon étendue , trace rapidement
l'hiftoire de l'homme & de la fo-
» ciété , celle des Sciences , des Lettres &
» des Arts , pofe les principes d'après lef-
» quels plufieurs font nés en même temps ,
les loix d'après lefquelles plufieurs font
" nés les uns des autres , & enfin établit
» l'ordre philofophique dans lequel ils font
>> tous enchaînés.getE
Après avoir rapporté tous les fuccès de.
M. d'Alembert , tous les honneurs dont il
fut comblé , les offres fi féduifantes que lui
firent les Souverains les plus éclairés de
l'Europe , & qu'il eut la gloire de refufer.
Quel étoit cependant , dit M. le Comte
de Choifeul , cet homme dont la réputation
avoit rempli l'Europe ?... Vous m'en-
» tendez , Meffieurs ; & ce qu'il eft honnête
de fentir , pourquoi craindrois je de l'ex-
→ primer ? Pourquoi , par un filence pufil-
.lanime , priverois je fa mémoire du tribut
of touchant qu'obtiennent de toutes les
• âmes nobles la vertu dans l'infortune &
le génie dans l'obfcurité ? Quel étoit il ?
- Un malheureux enfant fans parens , fans
- berceau , & qui ne dut qu'aux apparences
• d'une mort prochaine & à l'humanité d'un
Officier Public , l'avantage de n'être point
58
MERCURE
rendus à la vie pour s'ignorer toujours
» eux- mêmes.
14 33
J'afflige votre fenfibilité , Meffieurs ;
» mais je n'ai point dû ravir à M. d'Alem-
» bert une partie de fa gloire.
On fent combien il y a de goût dans ces
contraftes fi habilement ménagés , & dans ces
précautions oratoires , qui non - feulement
permettent de tout dire , mais convertiffent
tout en beautés. Suivons celles qui naiffent
en foule de ce mêlange d'infortune & de
gloire dans la deftinée de M. d'Alembert.
" Bientôt la Nature , excitée par la vanité,
» jette un cri pour le rappeler dans fon fein ;
» mais il n'étoit plus temps : il avoit adopté
و د
93
ود
pour mère celle dont les foins maternels
» lui avoient été prodigués. Sa vie entière eft
» confacrée à payer la tendreffe affectueufe
de cette femme fimple & fenfible , il ne
fait plus s'en féparer : c'eft auprès d'elle
qu'il compofe ces nombreux Ouvrages qui
répandent fa renommée dans l'Europe ;
c'eft près de fa nourrice qu'il médite
» Newton , qu'il traduit Tacite , qu'il analyfe
Montefquieu .... C'eft- là que lui.par-
» viennent ces Lettres , par lefquelles des
» Souverains l'appellent dans leurs États ,
celles par qui Voltaire lui communique
» fes penfées ...... Vous l'avez vû jufqu'à les
» derniers jours retourner avec une affiduité
» filiale dans cette fimple demeure , où fa
» préfence étoit le plus doux de fes bien-
و د
و ر
33
13
ע ן
33
39
12
"
21
ม
33
de
20
P
DE FRANCE 59
›
mée , mais de fes fentimens ; où il a toujours
laiffé ignorer qu'il fût un grand
Homme , mais où l'on n'oubliera jamais
qu'il fut bon, reconnoiffant & généreux ...
J'ignore fi c'eft à M. d'Alembert ou à vous ,
Meffieurs , à qui je rends un hommage
plus pur , en obfervant que l'homme dont
la mémoire appelle ici une Affemblée impofante
, eft pleuré dans ce moment même
par les enfans obfcurs d'un obfcur artifan
que la vertu a faits fes frères. »
C'eft par de douces larmes qu'on loue
ignement une fenfibilité fi touchante , une
délicateffe fi noble & fi aimable.
M. le Marquis de Condorcet , accoutumé
aux plus grands fuccès dans l'art de louer
philofophiquement les Talens , les Sciences
les Vertus , a foutenu , & par conféquent
ugmenté fa réputation par fes deux répones.
Pour ne pas entretenir toujours nos Leceurs
du même objet , nous ne rapporterons
rien de l'éloge qu'il fait de M. d'Alembert ,
éloge où l'amitié anime encore fon éloquence
naturelle. Voici ce qu'il dit à M. le Comte
de Choifeul Gouffier. Dès la première ligne
on reconnoît un vrai Philofophe.
" Vous avez offert un grand exemple, aux
jeunes gens à qui le fort a fait le préfent
dangereux d'une grande fortune. Dans un
âge où le goût de la diffipation obtient
facilement l'indulgence , & la mérite peut-
-être, où l'on appelle fages ceux qui s'ocde
leur
60 MERCURE
» intérêt ; amateur ardent , mais déjà éclairé ,
» de l'antiquité & des Arts , vous avez tout
» quitté pour aller en étudier les débris au
» milieu des ruines d'Éphèfe & d'Athènes ,
» & interroger les monumens de ce peuple
" fi aimable & fi grand , à qui nous devons
tout , puifque nous lui devons nos lu-
» mières.
» On vous a vû entouré des paifibles inf-
» trumens des Arts , vifiter les mêmes con-
» trées que vos ancêtres n'avoient parcourues
qu'en pélerins conquérans ; vous êtes
revenu chargé de dépouilles plus pré-
» cieuſes aux yeux de la raifon , que celles
qu'ils ont obtenues pour prix de leurs
exploits......
و ر
"
ور
ور
1
ور
Tous ceux que les Lettres & les Arts
occupent ou intéreffent , ont lû avec avidité
ce voyage où la Géographie a puiſé
» de nouvelles lumières; où les Cartes ma-
» rines font perfectionnées ; où tant de mo-
» numens font décrits avec précifion & deffinés
avec goût ; où les moeurs , obfervées
fans enthoufiafme & fans humeur , font
peintes avec tant de vérité. Un heureux
emploi de l'Hiftoire Ancienne de la Grèce
y offre fans ceffe des rapprochemens inf-
» tructifs ou des contraftes piquans . Ce ftyle
fimple & noble , fi convenable à celui qui
parle de ce qu'il a vû & raconte ce qu'il
» a fait ; une exactitude fcrupuleufe fans
longueurs & fans minuties ; de la philofophie
fans déclamation & fans ſuſtêmes :
ور
ود
,,
و د
"
13
و د 03
2
3 DE FRANCE. 61
Si tels font les caractères de cet Ouvrage.
2001 L'Auteur y paroît conftamment animé par
29 l'amour de l'humanité , par un fentiment
295 profond de l'égalité primitive des homsiqua
mes , qu'il eft fi doux de trouver dans ceux
enovo, qui , s'ils n'avoient qu'une âme commune
Jul2 & des talens ordinaires , auroient tout à
33
و د
» perdre par la deftruction des préjugés .....
Onia Une nouvelle carrière s'ouvre devant
o vous. Ces mêmes peuples , qui vous ont
Lovû avec étonnement deffiner les monu-
» mens antiques que leur indifférence foule
aux pieds , vous reverront trop tôt pour
elis nous , honoré de la confiance d'un Prince ,
us leur fidèle & généreux Allié. La politique
de l'Europe ( du moins celle qu'on avouoit )
A fut long- temps dirigée contre cet empire ,
ys alors redoutable , & aujourd'hui celle de
» plufieurs États femble chercher à le fouem
و د
و د
و د
هد
tenir ou à le défendre ; mais ce qui doit
honorer & notre pays & notre fiècle ,
belle ne veut employer que des moyens
avoués par la juftice & conformes à l'inol
térêt général de l'humanité. Menacé par
» des Nations puiffantes & éclairées , le
» trône des Ottomans ne peut fubfifter s'ils
» ne fe hâtent d'abaiffer les barrières qu'ils
» ont trop long-temps oppofées aux Scien-
> ces & aux Arts de l'Europe. Cette vafte
» domination , qui embraffe tant de belles
contrées , qui renferme tant de peuples
jadis fi célèbres , qui , s'étendant des four-
93
ces du Nil aux rives du Pont . Euxin réunit
62
MERCURE
"3
tous les climats , & devroit réunir toutes
les productions , ne peut plus appartenir
» qu'à une Nation qui connoiffe le prix des
» lumières. Les lumières font le fecours le
plus efficace que cet Empire puiffe rece-
" voir de fes Alliés ; & l'art des négociations ,
» qui a été fi long temps l'art de tromper
» les hommes , fera dans vos mains celui de
» les inftruire & de leur montrer leurs véri-
" tables intérêts . "
Il nous femble que voilà le plus parfait
modèle de l'éloquence philofophique.
Le Difcours de M. Bailly eft plein d'efprit
, de fineffe & de grâce ; on y fent refpirer
par tout la douceur aimable de fon
caractère on y voit briller les couleurs
d'une imagination riante , que le goût choifit
& embellit encore ; il rend intéreffante ,
refpectable & fur tout aimable la vieilleffe
de M. le Comte de Treffan :
Son talent maîtrifoit l'âge & la mala-
» die. La gaîté avoit alors le même effet
» que le ftoicifme.... Il peignoit les hauts
faits d'armes , comme un François qui
» fent qu'il eft né pour s'y diflinguer ; il
peignoit l'amour , comme un homme qui
» fe plaît à s'en fouvenir.
و ر
ינ
C'étoit un mélange de la délicateffe Anacréontique
, de la naïveté Gauloife & de la
grâce Françoife. molol heb
" Toutes nos compofitions , dit M. Bailly,
DE FRANCE. 63
» fujets ; elle y porte ou fa grandeur ou fes
foibleffes & malheur à l'Ecrivain de qui
» on n'affignera pas le caractère fur les Ou-
» vrages ! 291 291 291imulu
Si cette réflexion s'applique naturellement
à M. le Comte de Treffan , elle s'applique
auffi avec avantage à fon Panégyrifte. p
و د
ود
ور
Il en eft des ftyles comme des hommes :
» beaucoup d'individus & peu de caractères
, c'eft l'hiftoire de la Société ; beaucoup
d'Ecrivains , & peu d'Ecrivains originaux
, c'eft l'hiftoire de la Littérature .
» Combien d'Auteurs , affociant & bigarrant
les ftyles , redifent les phrafes de nos
bons Ecrivains , comme les Modernes
compofent en Latin avec les expreffions
» de Cicéron & de Térence !! ", )
En détaillant les Ouvrages de M. de
Treffan , M. Bailly s'exprime ainfi
ود
ود
ور
و د
" Il ufa d'une fupercherie dont il doit
être loué , en préfentant pour un Extrait
rajeuni un Roman tout neuf , où il eut
» l'art de tromper & le bonheur de plaire.
" La première partie de ce Roman eut un
" fuccès prodigieux. Il s'agiffoit d'un Enfant
» élevé dans une caverne par une Ourfe :
le fait eft pcut être hors de la vraifemblance
; mais il faut bien qu'on y croie ,
puifqu'il intéreffe. Teleft l'art de l'Ecri-
" vain : il crée à volonté les faits , il les
>> pare des couleurs de fon imagination , il les
» rend vrais par la vérité des détails . Ces
و د
32
و د
dérails font le no! ngiffens le
64
MERCURE
و د
mieux , & ce qui nous touche davantage ;
on juge comme l'Auteur le veut , quand
» on eft ému , & il force la croyance par
» la fenfibilité. »
ود
Ce morceau en rappelle un , analogue ,
qui s'applique à M. Bailly lui- même , dans
la réponſe de M. de Condorcet , & qui eft
le trait le plus faillant de cette excellente
réponſe. Nous le placerons ici , fans quitter
M. Bailly , dont nous avons encore befoin
pour préfenter à nos Lecteurs des idées trèsbelles
& très- philofophiques :
ود
66
Vos Lettres fur l'Atlantide , ont eu un
» avantage réfervé prefque uniquement aux
» Romans & aux Pièces de Théâtre , celui
» d'avoir pour Lecteurs tous ceux qui favent " da
» lire. Vous y établiffez votre opinion avec
" tant d'adreffe , vous l'avez tellement em-
» bellie par des détails ingénieux , qu'on a
» de la peine à s'empêcher de l'adopter.
» On eft de votre avis tant qu'on a votre
Livre entre les mains , & il faut le quitter
» pour avoir la force de fe défendre contre
» vous. En interprétant Platon , vous l'avez
» imité dans l'art heureux de faire aimer les
» opinions que vous voulez établir ; & fi
» votre fyftême a jamais le fort qu'ont éprou
» vé tant d'autres opinions , & dont le nom
» ou le génie de leurs Auteurs n'ont pu les
préferver , votre Ouvrage fera plus heu-
» reux , & la poftérité vous pardonnera
» votre Peuple Hyperboréen , comme elle
DE FRANCE. 65
" Tourbillons à l'Auteur illons à l'Aut de la Pluralité des
» Mondes. »
Il eft poffible même que ces fyftêmes ,
» mêlés avec art à des vérités importantes ,
» aient quelquefois une utilité réelle. Ils
» peuvent infpirer le goût de l'inftruction
» à ces efprits que l'incertitude , le doute'
» lá méthode lente & rigoureufe des Scien-
» ces exactes fatiguent ou rebutent. On a
» dit qu'il falloit des fables aux hommes
» pour leur faire fupporter la vérité , & ces
opinions fyftématiques font peut être la
» feule Mythologie qui convienne à des
fiècles éclairés. »
ود
Nous n'avons pu que faire entrevoir les
idées de M. Bailly fur le ftyle ; elles ont autant
de profondeur que d'agrément . Une
autre idée très-féconde , très - heureufe &
très- bien développée dans ce difcours , eft
celle qui concerne les rapports des Sciences
& des Lettres. Nous ne pouvons encore en
offrir ici que le précis. « Cette féance , dit
» M. Bailly , offre une circonftance très- re-
» marquable. M. d'Alembert & M. de
» Treffan étoient
> que vous regrettez ,
tous deux de l'Académie des Sciences ; j'ai
l'avantage d'appartenir à cette Compa
gnie , & celui d'être reçu dans la vôtre.
» par un de mes Confrères , aujourd'hui
» votre digne organe.
ود
ود
و د
ود
» Ce concours eft peut-être unique dans
» votre hiftoire ; c'eft un effet de l'union
qui doit fubfifter entre deux Corps illufe
66 MERCURE
" tres , & une preuve des rapports intimes
>> que
les Sciences ont avec les Lettres....
» On a porté dans les Sciences la fineffe
» de l'efprit , les graces de l'imagination ;
» & les Sciences vous ont donné Fonte-
» nelle . On a fait le dénombrement de nos
connoiffances , expofé dans un langage
clair & méthodique , développé par une
Philofophie fage & lumineufe ; & les
» Sciences vous ont donné d'Alembert.
Enfin , on a été éloquent , magnifique ,
» varié comme les chef d'oeuvres du Mon-
» de Phyfique ; & les Sciences vous ont
donné l'Hiftorien & le Peintre de la Na-
» ture , qui laiffera une grande copie auffi
» vivante & auffi durable que fon modèle. »
ود
و د
و د
Dans cette même Seance , une autre Académie
très illuftre , Soeur de l'Académie des
Sciences , & fa Soeur aînée , donnoit auffi
un de fes Membres , M. le Comte de
Choifeul- Gouffier , à l'Académie Françoife ;
& c'est ce qu'exprime M. de Condorcet ,
quand il dit à M. de Choifeul : « Une
Compagnie favante , l'Académie
Françoife s'honorera toujours d'avoir vu
» naître dans fon fein , a cru ne pouvoir
récompenfer votre entreprife d'une ma-
» nière digne d'elle & de vous , qu'en ou-
» bliant tout ce qui vous étoit étranger ,
» pour ne couronner que vos travaux litté→
>> raires. >>
33
ود
و ر
que
0.11
DE FRANCE. 67
les lumières ; ce Corps , l'Oracle des Savans ,
qu'on ne doubleroit pas dans le refte de
l'Europe , ni par conféquent dans le monde
entier , pour l'étendue , la variété , da fûreté ,
la folidité des connoiffances ; qui joint à une
érudition auffi éclairée qu'immenfe , un goût
antique & pur ; qui , par une application
courageufe & infatigable à l'étude des Langues
, des Monumens de l'Hiftoire en tout
gente , des grands modèles de l'Antiquité ,
conferve le dépôt facré de la faine Littérature
, & oppoſe la plus forte barrière aux
ravages du bel efprit faux & frivole , qui
perd tout dans les Lettres , comme le luxe
dans les Etats ; ce Corps , d'ailleurs , qui
produit le mérite fous toutes les formes ,
qui offre des Hommes d'un grand caractère
& d'un grand courage , des Savans précoces ,
nommés avant le temps par la voix publique ,
des Littérateurs vertueux & fimples , des Philofophes
fans fafte, des Beaux- Efprits brillans
& modeftes ; l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres , en un mot , a pris naiffance
dans l'Académie Françoife , comme elle le reconnoît
dans fes Mémoires , par l'organe de
fon premier Secrétaire & de fen Hiftorien .
Compofée d'abord de quatre Académiciens
François , puis de huit , puis enfin devenue
par le temps un Corps trop nombreux
pour n'être qu'une Colonie d'un autre
Corps ; mais , dans toutes fes viciffitudes ,
toujours plus rapprochée que l'Académie des
Sciences de l'Académie Francoife par les
63 MERCURE
objets mêmes de fes travaux , elle lui a toujours
fourni de plus abondantes recrues ;
elle s'en glorifie dans l'éloge de tous ceux
de fes Membres qui étoient parvenus à l'Académie
Françoife : & c'eft en effet un honneur
que la vérité réclame pour elle..
Nous devons aufli à l'Académie Françoife
le témoignage que , comme elle n'invite à
aucun objet par préférence , & qu'elle prend
indiftinctement dans tous les états & dans
tous les genres de Littérature ceux qui s'y
diftinguent par le talent d'écrire , elle n'a
jamais reçu aucun Membre de l'Académie
des Belles Lettres que pour des travaux du
genre de cette Académie . Tant elle eft loin
de détourner de ces travaux !
An refte , cette affinité des Sciences & de
l'érudition avec les Belles Lettres , que MM.
Bailly & de Condorcet mettent ici dans un fi
beau jour , n'a point été inconnue à leurs
Prédéceffeurs. Voici ce que difoit M. de Foncemagne,
dans fon Difcours de réception à
l'Académie Françoife :
" Seroit il permis à l'Académie des Belles-
» Lettres d'oublier que les recherches les
» plus profondes & les découvertes les plus
» intéreffantes empruntent leur principal
و ر
mérite de l'Art qui les met en oeuvre , de
» cet Art précieux qui fait arranger avec
» choix , expofer avec clarté , orner avec.
fageffe , en un mot , de l'Art d'écrire ,
ود
و د
DE FRANCE. 69
gloire d'en donner des modèles ? Pour-
»eroit- elleignorer que la Langue dont elle fe
» fert pour traiter les différentes matières de
» fon reffort , eft devenue, par un effet nécef
»> faire de vos judicieufes obfervations , capa-
» ble de fe plier à tous les ufages , à tous les
befoins:Que l'on ne reproche plus à la Langue
Françoife fa prétendue difette. Depuis
» que par d'exactes définitions, vous avez fixé
» le fens de tous les termes ; depuis que , par
" des diftinctions délicates, vous avez démêlé
» les nuances de ceux qui avoient en appa-
» rence la même valeur , la Langue exprime
39
avec précifion tout ce que l'efprit a conçu
» avec netteté; & de l'abondance que vous
lui avez affurée , non en lui prêtant des
richeffes étrangères , mais en développant
», celles qui étoient cachées dans fon fein; non
» en multipliant les mots , mais en nous enfeignant
la propriété de ceux que nous
» avions , eft née cette merveilleufe jufteffe
» qui fait le caractère particulier de la Lan-
" gue Françoife . "
و د
Voici la Réponse de M. l'Abbé de Rothelin
, Directeur de l'Académie Françoife :
Quoique , dans fon origine , l'Académie
» des Belles - Lettres fe bornât uniquement à
» confacrer fur le marbre & fur le bronze
» les faits héroïques de fon Fondateur , on
99
prévoyoit fans peine que , dans peu , outre
» cette noble occupation , elle embraffe-
» roit encore par fon travail Hiftoire &
la Littérature de tous les terups & de tous 22
70 MERCURE
و ر
les pays..... La loi de n'écrire qu'en Fran-
" çois , loi que jamais elle n'a tranfgreffée ,
» obligea tous ceux qu'elle adoptoit à faire
» de l'étude de notre Langue une de leurs
» plus férieufes occupations. Ces hommes ,
» d'un goût fûr & délicat , s'appliquèrent à
» la cultiver , en poffédèrent aifément tou
» tes les graces , qu'ils ont depuis fait paffer
» dans leurs Ecrits. C'eft ainfi que , dans le
» fein même des Mufes Grecques & des
» Mufes Latines , il s'eft formé pour l'Aca-
» démie Françoife des Sujets qu'elle prife
» d'autant plus, qu'ils font en état de l'enrichir
de tous les tréfors d'Athènes & de
" Rome. "
ود
ود
Il parle enfuite du Recueil des Mémoires
de l'Académie des Belles Lettres : « Recueil
» précieux que la renommée a rendu cé-
» lèbre au delà même des bornes de l'Europe.
C'eft dans ce Code de la Littérature ,
» dont vos Differtations , Monfieur , font
» un des plus grands ornemens , que la 110-
» bleffe & l'élégance accompagnent toujours
l'exactitude de la méthode, la jufteffe de la
critique & la profondeur de l'érudition . »
Ajoutons que M. Marmontel , fuccédant
à M. de Bougainville dans l'Académie Françoife
, parle ainfi du moment où la Traduction
de l'Anti - Lucrèce & le Difcours
Philofophique placé à la tête , avoient fait
entrer M. de Bougainvililllee ddaannss ll''Académie
des Belles Lettres.
33
ور
DE FRANCE. 71
و و
و د
» les fuffrages d'une Académie qui doit
Meffieurs , fa naiffance à la vôtre , & qui
« foutient avec tant d'éclat la gloire de fon
" origine ; Société favante & laborieufe ,
» que l'on croit voir , le flambeau à la main,
» errant fur les débris du monde , lutter
» fans ceffe contre le temps , pour lui arracher
la vérité qu'il s'efforce d'enfevelir. "
C'eft ainfi qu'un véritable Homme de
Lettres parle des Lettres & de ceux qui les
cultivent ; c'eft ainfi que MM. Bailly & de
Condorcet , Confrères rivaux , ont pris plaifir
à fe combler de juftes éloges.c
Voilà le vrai mérite. Il parle avec candeur ;
L'envie eft à fes pieds , la paix eft dans fon coeur.
Qu'il eft grand , qu'il eft doux de fe dire à foi-même :
Je n'ai point d'ennemis , j'ai des rivaux que j'aime !
Je prends part à leur gloire , à leurs maux , à leurs
biens ; haboso crush 50
Les Arts nous ont unis , leurs beaux jours font les
Laurmmieinse. ns.bela 296
Les Arts uniffent les Académies , & elles.
doivent fur - tout fe refpecter les unes les.
autres ; elles ont un même Protecteur , le
Roi ; elles tendent au même but , le progrès
des Lettres & de la raifon : elles doivent
s'entr'aider , s'encourager , s'appuyer
les unes fur les autres. Ceux qui pourroient
vouloir femer entr'elles la divifion , entendroient
bien mal les intérêts des Lettres.
Dii meliora piis , erroremque hoftibus illum.
72
MERCURE
VARIÉTÉ Sonder
DICTIONNAIRE des mots , termes &
noms grecs fimples ou compofés , naturalifés
François , & adoptés par l'Académie,
extraits des Dictionnaires approuvés par
elle.
C'EST le titre , non d'un Ouvrage mis au jour ,
mais d'un Ouvrage que defire & que voudroit voir
publierun Amateur recommandable par fes titres mili
taires & par fon goût, mais ignorant le grec, ou s'intéreffant
à ceux qui l'ignorent. Il a bien voulu s'adreffer
à nous pour communiquer fon idée aux Gens de
Lettres , & pour engager quelqu'un d'entre eux
à l'exécuter. Il voudroit que pour la facilité de
ceux qui ont oublié ou qui n'ont pas étudié la Langue
grecque , on fît un nouveau Dictionnaire qui
donnât & qui expliquât de la manière la plus claire
& la plus précife la vraie fignification de cette foule
de mots & de noms grecs dont notre Langue a fait
l'acquifition. Comme ils font en très- grand nombre
, quoiqu'on fache communément à - peu-près ce
que la plupart fignifient en gros , cette façon de les
entendre ne lui paroît pas fuffifante pour l'homme
qui voudroit les employer en connoiffance de
caufe. Les Dictionnaires qui exiftent n'en donnent
guères que des explications fommaires & trop laconiques
; d'ailleurs , comme chaque Auteur a expliqué
ou négligé tel ou tel mot , il réfulte qu'en fuppofant
qu'on ait donné l'explication de tous ceux
DE FRANCE. 73
tionnaires : or, tous les Lecteurs ne font pas en état
de pofféder des Bibliothèques. Il faut ajouter que la
plupart de ces mots font compofés , & que les Auteurs
les plus exacts fe contentent de les expliquer en gros
fans faire connoître les termes qui entrent dans leur
compofition Par exemple, fi au mot Antropophage on
apprend par l'explication que ce mot fignifie un
homme qui fe nourrit de chair humaine , on eft
inftruit du fens à la rigueur ; mais on ignore les
divers membres dont ce tout eft compofé ; & cette
ignorance peut donner lieu à diverfes méprifes quand
on emploie ce mot dans le monde. Voici donc la
forme qu'on defireroit à ce nouveau Dictionnaire.
On voudroit que la page fût compofée de trois ,
colonnes. La première préfenteroit le mot fimple ou
compofé ; la feconde en donneroit l'explication ,
décompofition & définition ; & la troifième l'exacte
fignification de la totalité du mot ou nom grec
rendu en François . Par exemple , après avoir cité
dans la première colonne le mot Antropophage , on
iroit dans la feconde , mot compofé de antropos ,
homme & de phagos , mangeur ; & dans la troifième
, fignifie qui fe nourrit de chair humaine , en
obfervant , comme nous venons de le faire , d'écrire ,
es mots grecs en caractères Françeis. Voilà pour
les mots compofés ; quant aux fimples , on metroit
, par excle , première colonne , acolyte ,
deuxième coloane, mot fimple , qui fignifie , troiième
colonne , fervant ou acolyte , ainfi de tous
es autres mots. Nous avons cru devoir donner de
a publicité à cette idée , qui peut faire naître un
nouvel Ouvrage utile à nombre de Lecteurs .
* Depuis que nous avons rédigé cet Article , nous avons
ppris que l'Ouvrage eft fait , & qu'il s'imprime actuel
Ement chez Michel Lambert.
No. 11 , 13 Mars 1784.
D
74 MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Lundi premier de ce mois, on a donné
une repréſentation de Caftor & Pollux au
profit des Pauvres, Cet Opéra , qu'une partie
du Public revoit toujours avec plaisir , a été
remis avec le plus grand foin , & exécuté
avec beaucoup de zèle & de fuccès par les
premiers Sujets. La répréfentation a produit
11,563 liv. Le Lundi 8 , on en a donné une
feconde repréfentation pour la capitation
des Acteurs .
Les repréfentations de Chimène continuent
d'obtenir les plus grands applaudiffemens.
Nous allons foumettre à nos Lecteurs quelques
obfervations générales fur la mufique
de cet Ouvrage.
Ceux qui croyent que la grande puiffance de
la mufique réfide dans les Airs, & qui n'appré
cient le mérite d'un Opéra que par le plus
ou le moins de beaux, airs qui s'y trouvent ,
ne peuvent guère refufer à Chimène le premier
rang dans ce genre de beauté ; nous
n'en connoiffons aucun où il y ait autane
d'airs d'une belle compofition , d'un chant
agréable , pur & fenfible , d'un effet d'harmonie
plus niquant & plus neuf. Le pres
DE FRANCE. 75
La première cavatine de Chimène : Pardonne
à ces lâches combats , eft d'un caractère
doux , tendre , fimple & vrai . Le récitatif
qui fuit, le coupe d'une manière qui n'eft
pas heureufe : l'air reprend enfuite , mais en
fuivant une autre modulation ; & l'effet en
eft beaucoup moins agréable que celui de la
première partie. L'air : Pardonnez , mon coeur
vous offenfe , eft d'un chant délicieux , avec
un accompagnement d'une belle expreffion.
On eft étonné feulement qu'il ne finiffe pas
dans le ton où il a commencé. ma
L'air , Vousfavez qu'à ma foi , eft précédé
par une phrafe de récitatif d'un accent vrai
& fenfible fur ce vers : Jamais mon lâche
coeur ne l'aima davantage. Le chant de l'air
eft d'une fimplicité touchante , animée par
l'expreffion de l'accompagnement. La dernière
phrafe : Mon efpoir s'eft éteint & mon
amour me refle , eft d'une grâce & d'une fenfibilité
charmante. L'air fuivant : Je vois dans
mon amant, a de la chaleur & de l'effet ; nous
croyons que le mouvement en eft trop vif
pour le fentiment qu'il exprime , & que la
prononciation précipitée de la parole qui
réfulte de ce mouvement, eft peu compatible
avec la nobleffe & l'élégance ; mais cet
air eft fi conftamment & fi vivement applaudi
, que nous fentons le peu de poids de
notre critique.
L'air du Roi , dans le premier Acte , De
mes États le Comte fut l'appui , eft d'un
caractère brillout ani
76 MERCURE was sad &
phrafes d'un accent doux, amenées avec art.
Le duo entre Chimène & Rodrigue eft du
plus bel effet. Le premier mouvement largo
eft d'une expreffion de plainte douce & ren--
dre ; l'accompagnement à demi-jeu femble
y répondre par des foupirs & des gémiffemens
; on eft ému fans être agité : une entrée
de cors , d'un effet charmant , vient animer
un peu & varier cette première partie jufqu'au
morceau d'enfemble , Ciel ! quel deflin,
où un mouvement beaucoup plus vif donne
au chant une expreffion pleine de chaleur &
d'accens pathétiques , embellie par des traits
d'harmonie très brillans. Nous croyons que
ce beau duo auroit encore plus d'effet fi l'on
abrégeoit les répétitions de la feconde partie.
Nous connoiffons peu d'airs d'un chant
plus naturel & en même-temps plus élégant
& plus fenfible , que la cavatine de Rodrigue,
Tout ce qui dut me rendre heureux ; l'expreffion
fe développe très naturellement , &
l'air fe termine par une phrafe de chant
pleine de grâce & de douceur.
L'air de Don Diègue : Bannis un cruel
défefpoir, eft d'un chant auffi naturel que
fentible ; l'accompagnement en eft brillant
& varié , il y a dans le chant & dans
l'orchestre une gradation de chaleur qui
ajoute infiniment à l'effet , & qui ne laifferoit
rien à defirer fi une reprife inurile de
la première partie ne venoit refroidir l'impreflion
qu'on a reçue.
DE FRANCE
77
à beaucoup près , autant à louer dans le iecond
Acte. Il n'y a que deux airs que nous
en puiffions citer ; le premier eft celui du
Hérault qui vient faire le récit du combat.
Cet air eft naturellement préparé par le réciratif
accompagné qui le précède. Il femble
que le chant mefuré exprime la progreffion
naturelle du femtiment à mefure que le récit
devient plus intéreffant . Non - feulement le
chant en eft d'un bean caractère & d'un
mouvement jufte ; mais il eft encore trèsbien
phrafé , & plein d'accens vrais . L'accompagnement
en eft riche , étincellant de
traits fpirituels & variés , qui embelliffent
l'expreffion fans la contrarier jamais . C'eft
dommage que l'effet en foit gâté par la répé
tition de la première partie , répétition qui
préfente un contrefens difficile à juflifier.
Il eft trop étrange que ce Hérault, après avoir
raconté la fin du cen bat , fe mette à recommencer
le détail des préparatifs de ce même
combat. M. Sacchini eft trop fupérieur à la
routine de fon art , pour y facrifier ainfi
des vérités fi fimples , & des convenances fi
effentielles.
L'air du Roi , d'un fi brillant fuccès , &c.
eft d'un chant très agréable & d'un effet
charmant , mais d'une tournure bien légère
& bien ornée pour le caractère d'un Roi.
L'air de Chimène au troifième Acte : Sans
l'offenfer , non , tu ne peux le croire , eft d'un
caractère vrai & d'un mouvement animé &
ferme Is Compofireur a donné à ce ders
78
MERCURED
nier vers : Il n'a pu même avoir mon père
pour vainqueur , une expreffion douce qui
n'eft peut- être pas celle qui convient le mieux
aux paroles.ne
L'air de Rodrigue: On dira qu'épris de
Chimène , eft d'une belle compofition , d'un
chant doux & naturel; mais il nous femble que
le rhythme cn eft un peu langoureux pour le
caractère de Rodrigue ; les répétitions multipliées
de ces mots : On dira , en affoibliffent
l'effet; & la repriſe fuperflue de la première
partie le font paroître d'autant plus long ,
qu'il arrête gratuitement le mouvement de
la Scène.
L'air fuivant de Chimène : Cruel , veux tu
que ton amante , eft d'une belle & grande
expreffion ; il n'eft préparé que par un trait
d'orchestre qui en annonce tout le caractère ;
l'accent pathétique de ces deux vers : Veuxtu
que de ton fang fa main encore fumante
s'uniffe à ma tremblante main , eft fortifié
par l'accompagnement le plus expreffif , &
par un crefcendo d'harmonie dont l'effet
eft admirable. Le mouvement allegro qui
fuit fur ces paroles : Combats pour fouftraire
Chimène , ne nous a pas paru d'un fi beau
caractère ; mais dans une des répétitions de
ce vers: A des noeuds qui lui font horreur , il
y a un paffage où la voix montant par demitons
s'arrête fur un ton qui étonne l'oreille ,
& donne à la parole une expreffion auffi
frappante que vraie .
Law fuivant : Toi qui feul veux lire en
DE FRANCE. 79
mon coeur , eft très bien fait , quoiqu'il ne
nous paroiffe avoir rien de remarquable que
l'expreffion de ce dernier vers : Qu'aucun
des deux ne foit ni vaincu ni vainqueur ; l'accent
de la déclamation eft très - heureufement
confervé dans le chant.
Le rondeau de Chimène eft d'un chant
doux , aimable , fenfible ; mais cet air eft
tellement déplacé dans la Scène , qu'il eft
impoffible de ne pas defirer qu'on le tranfporte
ailleurs.day
En écoutant avec attention la mufique de
M. Sacchini , on ne peut s'empêcher d'y reconnoître
une manière qui lui eft propre ,
& qui le diftingue fenfiblement des autres
grands Compofiteurs. Nous laiffons aux Maîtres
de l'Art , & à ces Écoliers qui parlent
plus haut que les Maîtres , à fixer les traits
qui caractériſent fa manière , à en apprécier
le mérite & l'originalité ; nos prétentions &
nos lumières ne s'étendent pas jufques - là ;
nous nous permettrons feulement quelques
remarques , que nous foumettons à l'impartialité
des vrais Amateurs de l'Art.
Le caractère le plus général & le plus marqué
des compofitions de M. Sacchini eft , à ce
qu'il nous femble, une fenfibilité exquife, qui
doit le porter plus particulièrement aux expreffions
douces , tendres , plaintives & pathétiques
; dans les airs mêmes qui ont un
autre caractère , il ne laiffe pas échapper un
trait qui peut lui offrir une expreffion fenfible.
Secaire font en général d'une compofition :
80 MERCURE
régulière & élégante ; fes chants ont du naturel
, de la grâce , de la variété. Labmodulation
en eft riche , variée , fouvent
même hardie , & n'etonne jamais l'oreille.
Ses motifs en fe développant ne font pas
affervis dans leur progreflion à cette routine
adoptée par de grands Maîtres , de
répéter fervileinent une première phrafe
en la tranfportant feulement du ton à fa
dominante. Ses finales font encore moins
monotones ; mais ce qui frappe fur tout
dans fes airs c'eft la beanté particulière &
l'inépuifable fécondité de fes accompagnemens.
Il fe foumet rarement , comme la
plupart des Compofiteurs, à faire fuivre
la voix par un premier inftruments, & à
ramener promptement le fentiment & le
rhythme du motif dans le cours de l'accompagnement,
lorfque des traits & des em
belliffemens acceffoires en ont diftrait quelqnes
momens l'oreille . M. Sacchini a une
marche plus libre & plus animée ; fouvent
il abandonne dès les premières mefures la
phrafe du motif. Il femble s'attacher furtout
à donner de l'effet aux feconds Violons,
qui , au lieu de foutenir fimplement la voix
en chantant fur le même rhythme , contraftent
fouvent avec le chant pour en fortifier
l'expreffion. Prefque jamais il ne s'arrête
long temps fur un trait , quelque brillant
qu'il foit ; d'autres auffi piquans le remplacent
& font remplacés avec rapidité.
Tout eft en mouvement dans fon orchef
DE FRANCE. 8:
tre; tout eft animé , les parties moyennes ,
qui dans les autres compofitions ne font
trop fouvent que des parties de rempliffage ,
font prefque toujours intéreffantes dans les
fiennes. Perfonne n'emploie avec plus de
goût les inftrumens à ven . Il feroit difficile
de trouver dans fes accompagemens cette
unité de mélodie tant recommandée par
J. J. Rouffeau ; peut être qu'on y pourroit
definer plus de fimplicité , & des repos
plus fréquens ; mais on ne fauroit réunir
plus de feu avec plus de grâce ; plus de
clarté avec autant de mouvement ; une harmonie
plus fuave avec plus de variété de
nodulation . On peut aimer une manière de
compofer plus fimple & plus large; mais il
nous paroît impoffible de n'être pas enchanté
& étonné de l'éclat , de la richeffe , du piquant
de celle de M. Sacchini.
Si nous revenons à la mufique de Chimène
, & que nous la confidérions relativement
à l'effet dramatique , nous y trouverons
beaucoup à defirer. M. Sacchini a bien
fenti qu'il ne devoit pas le livrer dans la
mufique vraiment théâtrale à toutes ces redondances
, à ce luxe d'ornemens que les
Compofiteurs Italiens fe permettent dans
leurs airs , où ils ne cherchent que le plaifir
de l'oreille , & non ces convenances dramatiques
dont leurs Opéras n'ont pas befoin.
Il s'eft permis peu de rirournelles , & les a
fait courtes ; mais tel eft l'empire de l'habitude
an'il n'a pu éviter d'en donner encore
821 MERCURE
à des morceaux qui n'en comportoient pas;
telle eft celle qui précède le récit du Hérault
au deuxième Acte , & qui , en fufpendant le
récit fans néceflité , refroidit la Scène.
Quoiqu'on voie bien qu'il s'eft interdit
fouvent les répétitions gratuites des premiè
res parties d'un air; ces rabachages faftidieux
d'une même phrafe ; ces formules parafites
dans les finales des airs , que prodiguent
les Compofiteurs Italiens ; il a pu s'appercevoir
aux repréfentations que l'effet de plufieurs
morceaux charmans étoit affoibli
& même détruits par quelques - unes de ces
inutiles répétitions.
Son récitatif eft en général naturel , clair ,
rapide , fouvent coupé par des phrafes chantantes
bien placées; mais nous croyons que
le rhythme n'en eft pas affez varié , que les
accens n'ont pas toujours l'énergie ou la
vérité qu'exigent les paroles. Cette difcuffion
demanderoit des détails étrangers à un Article
du Mercure.
Les beaux Choeurs qu'on avoit applaudis
dans Renaud , faifoient efpérer que cette
partie fi effentielle à la Mufique Dramatique
,
feroit traitée avec plus de foin &
d'effets qu'on ne l'a trouvée dans Chimène.A
l'exception du Choeur qui termine le premier
Acte , tous les autres font d'un effet
au deffous de ce qu'on avoit droit d'attendre.
Nous ne citerons que celui qui ouvre le fecond
Acte . Une multitude qui arrive en défordre ,
de l'invafion fubite d'une armée
DE FRANCE. 8
ennemie , venant inonder les portiques du
Palais , en invoquant la protection du Ciel
& les fecours de fon Roi , pouvoit former
une Scène auffi intéreffante par l'effet mufical
que par la fituation. Nous laiffons à
M. Sacchini à juger s'il a donné à ce tableau
toute la vigueur de deffin & la chaleur de
coloris dont il étoit fufceptible.
Il peut juger , par le beau mouvement de
Rodrigue au troisième Acte , lorfqu'animé
par un mot de Chimène , il défie fes Rivaux ,
qu'une fimple phrafe de récitatif , lorfqu'elle
tient à une fituation intéreffante & qu'elle
eft rendue avec un fentiment vrai , peut
avoir au Théâtre un effet fort fupérieur à
celui du plus bel air lorfqu'il eft dépla cé ,
ou qu'il n'a pas l'expreflion ou le mou vement
convenable.
COMÉDIE FRANÇOISE, A
ON a donné , le Mardi 3 de ce nois , la
première repréfentation de Coriolan , Tragédie
nouvelle de M. de la Harpe . Ce Mardi
fut un de ces jours qui fe renouvellent fouvent
à Paris , qui offrent plufieurs grands
objets , plufieurs jouiffances à la curiofité
publique. Le matin , on étoit allé voir l'expérience
d'un Mécanicien , qui annonçoit avoit
trouvé ce qu'on avoit cherché en vain jufqu'à
lui , l'art de diriger un ballon aérofta -
tique ; le foir on venoit juger un Aureu r
célèbre , qui effayoit de faire réuffir fur la
D vj
84
MERCURE
Scène Françoife on fujet qui, jufqu'alors, y
avoit à peu près échoué. Un accident in.
prévu ayant privé de fes aîles le Mécanicien ,
il n'avoit pu faire fon effai tel qu'il l'avoit
promis ; ainfi c'eft à recommencer, s'il veut
prouver qu'il a trouvé l'art précieux de diriger
l'aréoftar. Pour M. de la Harpe , aucun
accident n'a coupé les ailes à fon genie , &
fa tentative a été plus heureufe ; ainfi nous
ne dirons pas que ce font deux expériences
à remettre ; mais nous nous permettrons
quelques obfervations fur fon Ouvrage , en
attendant que la Pièce imprimée donne lieu
à un examen plus étendu.
Le fujet de Coriolan avoit été fouvent mis
au Théâtre , & jamais avec un fuccès décidé.
On en a conclu que la Scène le rejetoit abfolument
, & qu'on ne l'y feroit jamais réuf
fir. Il paroît que M. de la Harpe a trouvé
cette conclufion trop rigoureufe , & nous
foinmes de fon avis; mais voyons en peu de
mots fi nous ferons auffi d'accord avec lui
fur la manière dont il a confidéré fon fujet.
On n'y avoit vû jufqu'aujourd'hui qu'une
feule Scène , parce qu'on avoit toujours fait
commencer l'action à l'époque où Coriolan ,
dirigeant les armes des Volfques , avoit déjà
puni par plufieurs victoires l'injuftice du
peuple Romain à fon égard , au moment où
Rome , accablée du poids de fa vengeance
n'avoit plus rien à efpérer que de la clémence
du vainqueur. M. de la Harpe , voyant
on'on ne trouvoir qu'une Scène en prenant
DE FRANCE. 85
le fait hiftorique vers la fin , a cru , comme
de raifon , qu'on devoit en trouver plufieurs
en remontant à fon origine. D'après cela ,
voici comment il a diftribué fa matière. Au
premier Acte , Coriolan cft cité par les Tribuns
; au fecond , il eft condamné , banni ;
au troisième , il paffe chez les Volfques , &
remporte un avantage contre les Romains ;
atau quatrième , le Conful Volumnius , fon
ami , vient l'implorer vainement en faveur
de la République ; & au cinquième , il eft
fléchi par fa mère , & affaffiné par les
Volfques. cod . aug ni ska
Voilà bien en effet de quoi faire plus
d'une Scène ; mais qu'en nous permette de
propofer un doute à M. de la Harpe. Cette
divifion , qui femble faite un peu par Cha
pitres , en refferrant toute l'action dans l'efpace
de vingt quatre heures , ne lui ôre t'elle
pas fa vraifemblance & fon plus grand intérêt
? Il nous femble que ce qui atrache dans
ce fair hiftorique , ce qui doit au Théâtre
lui donner un caractère impofant , c'eft de
voir le fier Coriolan exercer contre Rome
une vengeance progreffive & implacable ;
c'eft de voir un feul homme faire expier un
feul affront par une chaîne de calamités ;
c'eft de voir un Guerrier offenfé punir la fu
perbe Rome , la réduire au dernier foupir,
forcer fon orgueil à l'humiliation , à la
prière , faire tomber à fes genoux certe Reine
du monde. Mais quand je vois Coriolan
quitter la Scène vers la fin du troifième Acte,
86 MERCURE
pour aller combattre les Romains , & que
dès le quatrième , Rome envoie un de fes
Confuls pour lui demander grâce , rien ne
m'intéreffe ; plus d'illufion . Comment me
perfuaderat on qu'une vengeance auffi implacable
que celle de Coriolan , foit déjà
affouvie , qu'un orgueil auffi indomptable
que celui de Rome , foit abaiffé ? Avant que
je conçoive Rome aux genoux d'un citoyen
rébelle , il faut qu'on m'ait fait voir fes
murs prêts à s'écrouler , il faut enfin que
j'aye vû fa deftruction prête à fe confommer
pour croire à fon abaifferent.
Il est bien certain que M. de la Harpe, en
prolongeant la durée de fa fable , a dû néceffairement
y mettre plus d'action , & que
forcé par là de la refferrer, il a dû éviter les
longueurs ; ainfi il a peut être trouvé le
moyen de réuffir ; mais M. de la Harpe, par
fon talent & par fa réputation , n'eft pas fait
pour prétendre feulement à obtenir un fuccès
, il eft fait pour prétendre à faire un ben
Ouvrage. 1g y
Nous ne dirons rien de l'affaffinat de Coriolan
; le Public a témoigné combien ce dénouement
lui a paru brufque & peu préparé ;
mais nous croyons pouvoir obferver à l'Auteur
que fon fujer eft efquiffe plutôt que
rempli ; que fon action eft plutôt indiquée
que développée ; & cette réflexion en
amène une autre que nous allons communiquer
à nos Lecteurs , & dont nous laiffeDE
FRANCE. 87
lui faire. On a pu obferver que nos Auteurs
modernes fe hâtent trop d'expofer.
leurs productions au grand jeur de la Scène ;
il en refulte qu'ils font obligés d'y retravailler
à mefure durant le cours des repréfentations
, de façon qu'on eft fort heureux
fi la Pièce eft bonne à être repréſentée au
moment où on la retire du Théâtre. D'après
cette donnée , il feroit peut être plus commode
de ne préfenter d'abord au Public
qu'une espèce de canevas qu'on rempliroit
enfuite d'après fes indications ; par - là on
ne s'expoferoit pas au danger d'avoir perdu
fon temps en terminant avant la repréfentation
ce qu'il faudroit refaire enfuite ; en
un mot , ce feroit un moyen d'éviter les
double - emplois.
Nous fommes fâchés que ce foit particulièrement,
en parlant d'une des Tragédies de
M. de la Harpe , que nous ayons à faire cette
réflexion ; mais en matière de goût , c'eft en
citant de grands exemples qu'on peut produire
de grands effets ; & nous croyons que
cette efpèce de dénonciation fera peut - être
plus utile à l'Art qu'elle ne fera de peine à
l'amour- propre de M. de la Harpe , qui
d'ailleurs trouvera dans fon talent affez de
reffources pour effacer ce reproche , & pour
en détruire les effets . Mogal
Nous fommes fâchés encore que ce foit
lui qui ait donné l'exemple de violer une
des principales règles du Théâtre en tranfles.
Volfques
88 MERCURE
-
après l'avoir montré au milieu de Rome,
Voilà deux unités à la fois , celles de
temps & de lieu , violées par un des Hommes
de Lettres qui ont le mieux défendu le
bon goût par le précepte & par l'exemple.
M. de la Harpe fait mieux que nous que fi
les règles font des chaines , le propre du
génie n'eft pas de les buifer , mais de les porter
avec l'aifance de la liberté , & d'en faire
l'inftrument de fa gloire.
La franchife de nos critiques rendra plus
croyables fans doute les éloges que nous
croyons devoir à cette nouvelle production .
C'est avec raifon que le Public a applaudi à
la rapidité de la marche , & à des traits
d'énergie & de caractère dans le principal
Perfonnage . La première partie nous a paru
d'un fort bon ftyle . Il y a des cris de l'âme,
tels que celui de Veturie , qui , à l'étonnement
de fon fils , vous , ma mère , à mes
pieds ! répond ce mot fublime, j'y refterai ,
barbare , & des vers de fenfibilite , tels que
celui que Coriolan adreffe à la mère en parlant
des Romains :
Les cruels m'ont ravi jufqu'à votre tendreffe .
Nous ne finirons point fans rappeler que
cette repréſentation a été donnée au profit
des Pauvres, & que M. de la Harpe a re
noncé à fa part d'Auteur. Nous l'eftimons
affez pour croire que ce facrifice , quelque
réel qu'il foit , n'a pas dû lui coûter ;
DE FRANCE. 89
lui en faire compliment , que pour le félici
ter de la double fatisfaction qu'il a goûtée le -
même jour : il a fu tout-à la fois acquérir à
fon talent un nouveau titre de gloire en
exerçant un acte de bienfaifance.
On doit auffi des éloges aux Comédiens
François, qui ont montré le plus grand zèle ;
c'eft par de femblables argumens qu'il feroit
beau de réfuter les objections contre les
Spectacles * .
M. de la Rive a joué le Rôle de Coriolan
avec le plus brillant fuctes : il y a mis cette
force tragique que la nature lui a donnée ,
& qu'il perfectionne tous les jours.
Madame Veftris , quoiqu'affez férieufement
malade pour pouvoir fe difpenfer ,
pour le faire même un devoir de ne pas
jouer de quelque temps , n'a pas voulu retarder
la repréfentation d'une Pièce dont le
produit devenoir l'héritage des pauvres ; &
elle a joué le Rôle de Véturie. Malgré fa
foibleffe , elle a développé , dans la Scène.
principale du cinquième acte , la plus profonde
intelligence , & cette éloquence entraînante
& énergique qui a dû animer la
mère de Coriolan pour triompher de la
haine endurcie de fon fils.
Si les talens de certe Actrice doivent la
* La Recette s'eft montée à la fomme de
10.383 livres. MM. les Gardes- Françoifes n'ont
voulu recevoir aucune eſpèce d'honoraire.
90 MERCURE
rendre chère au Public , elle vient d'acquérir
de nouveaux droits à fon eftime par fa
conduite envers Mlle Sainval , qui , en annonçant
la retraite , avoit attrifté le Public ,
jaloux de conferver ces deux talens à-lafois
. Quoique Mademoiſelle Saiuval eût
écrit à fa Société qu'elle fe défiftoit de
toute prétention d'alternative ou de partage
avec fon Ancienne , & qu'elle refteroit à fa
place de Double , Mme Veftris a perfifté
dans l'abandon de fes droits , & elle a expliqué
à fa Société a manière dont elle entendoit
effectuer cet abandon , & mettre
Mlle Sainval à portée d'en jouir autant
qu'elle le defirera. Tous leurs Camarades
ont applaudi à leurs procédés mutuels ; & le
Public doit fe féliciter d'une réconciliation
qui ne peut qu'influer fur fes plaifirs .
( Cet Article n'eft pas du Rédacteur ordinaire. )
ANNONCES ET NOTICES.
MÉMOIRES pour fervir à l'Hiſtoire univerſelle
de l'Europe depuis 1600 jufqu'en 1716 , avec des
Réflexions & Remarques critiques , par le Père
d'Avrigny , de la Compagnie de Jefus , 2 Vol . in.
8°. Nîmes , 1783 , ,en feuilles 7 livres , & 9 livres
reliés proprement.
"
Cet Ouvrage contient un tableau intéreffant de
tous les mouvemens & de toutes les révolutions auxquelles
les démélés des Couronnes ont donné lieu en
Europe dans ce période de temps. Le Père d'Avrigny
ne s'eft pas propofé dans cet Ouvrage de recueillir
Grenlement des dores des fairs mais de les unir
DE FRANCE. 91
-
entre-eux par la chaîne du temps , de les difcuter , &
de fupprimer tous les détails inutiles , toutes les circonftances
fauffes ou fuppofées , dont l'ignorance ,
la prévention ou la mauvaife foi out de tout temps
furchargé l'Hiftoire de tous les Peuples. Cet Ouvrage
fe vend à Nîmes , chez Pierre Beaume , Imprimeur
Libraire ; à Paris , chez Desprez , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , & chez tous les
Libraires du Royaume. On trouve également à
Nimes , chez le même Imprimcar fur même caractère
& même format que l'Édition de Fleury , la Collection
complette des Euvres de Meffire Efprit Fléchier
, Évêque de Nîmes , & l'un des Quarante de
l'Académie Françoife , revue fur les manufcrits de
l'Auteur , augmentée de plufieurs Pièces qui n'avoient
jamais été imprimées , & accompagnée de
Préfaces , d'Obfervations & de Notes fur tous
les endroits qui ont paru en avoir befoin.
10 Volumes in , 8 ° . , 40 liv. reliés très - proprement.
Les OEuvres de cet illuftre Prélat font ici
réunies pour la première fois. Cette Collection eft
dûe aux foins de M. l'Abbé Ducreux , Chanoine de
l'Eglife d'Auxerre , & Chapelain de MONSIEUR ,
Frère du Roi. Il a mis à la tête une Préface générale ,
fuivie d'un Difcours fur la Perfonne & les Ecrits de
M Fléchier.
On doit des éloges au zèle & au courage de M.
Beaume , qui a toujours mieux aimé employer fes
Preffes à reproduire les grands Ouvrages , qui font
comme les monumens des Lettres Françoifes, que les
futiles productions de la mode ; & qui par - là femble
faire marcher l'intérêt de la Littérature avant les calculs
de fortune.
PETITE Bibliothèque des Théâtres , contenant
un Recueil des meilleures Pièces du Théâtre Fran
cois tragique comique Jurique & bouffen dequie
2 MERCURE
f'origine des Spectacles en France jufqu'à nos jours ,
Numéro 5. A Paris , au Bureau , rue des Moulins ,
Butte Saint Roch n ° . II , où l'on foufcrit , de
même que chez Belin , Libraire , rue Saint Jacques ,
& chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , Place
du Théâtre Italien .
C'eft Philippe Poiffon qui fait les honneurs de ce
Volume. Il feroit difficile de trouver une famille
qui fe foit rendue plus célèbre au Théâtre François.
Deux hommes & une femme s'y font diftingués
» comme Auteurs , & cinq hommes & trois femmes
» comme Acteurs . Philippe Poiffon n'a fait que
des Comédies , quoique fon emploi , comme Acteur,
fût de jouer la Tragédie. Les quatre Pièces que
renferme ce Voluaic font l'Impromptu de campagne,
les Rufes d' Amour , Alcibiade & le Mariage fait
par lettres de change. Ces deux dernières font peu
connues.
30
VOYAGE dans les parties intérieures de l'Amé
riquefertentrionale pendant les années 1766 , 1767
& 1768 , par Jonatham Carver , Écuyer , Capitaine
d'une Compagnie de Troupes Provinciales pendant
la guerre du Canada entre la France & l'Angleterre
Ouvrage traduit fur la troifième Edition Angloife
par M. de C... , avec des Remarques & quelques
additions du Traducteur . A Paris , chez Piflot , Libraire
, quai des Auguftins.
Cer Ouvrage qui , dans fa langue originale , a eu
beaucoup de fuccès , doit intéreifer fur- tout dans la
circonftance actuelle : nous en rendrons compte
quand l'abondance des matières nous le permettra.
ALMANACH de Meaux , année 1784. A
Meaux , chez Charles . Libraire & à Paris , chez la
Veive Ducheine Libraire ne Saint Iscones : &
DE FRANCE.
53
Belin , Libraire , rue Saint Jacques. Prix , 12 fols
broché.
Cet Almanach a commencé en 1773 , & n'a été
interrompu qu'une année , en 1776 .
EUVRES Choifies de l'Abbé Prevoft , avec
figures , troisième Livraifon , contenant le Doyen.
de Kilerine, 3 Vol. in- 8 °.
On fouferit pour lefdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , rue & hôtel Serpente
, & chez les principaux Libraires de l'Europe.
La Collection des deux Auteurs formera 49 Vo'."
in 8. ornés de figures faites fous la direction de
MM. Delaunay & Marillier. Les OEuvres de le'
Sage font actuellement achevées , & contiennent
15 Volumes. Le prix de la foufcription eft de 3 liv.
12 fols le Volume broché , on a tiré vingt - quatre
Exemplaires fur papier de Hollande , à 12 livres le
Volume broché.
PREPARATION antimoniale de Jacquet . Cere
Préparation a toujours trouvé des approbateurs . Elle
combat les maladies occafionnées par répaiffiffement
de la lymphe , tous vices dartreux , fcrophuleux
, vénériens , toutes les maladies de la peau. Ce
remède avoit été approuvé en 1762 par la Faculté
de Médecine de Paris , & depuis il l'a été en 1780
par la Société Royale. C'eft alors qu'il a été ordonné
par le Miniftre de la Marine que ce remède
feroit compris dans le nouvel état des médicamens
qui s'embarquent pour les Équipages . En conféquence
il a été fourni de cette Préparation aux Ports.
de Breft , Rochefort & l'Orient, MM les Directeurs
de la Compagnie des Indes en ont fait paffer
auffi dans leurs Établifferens. La demeure du fieur
94 MERCURE
>
Bourgeois, n . 56. Le prix de la boëte eft de 24 liv.
ETAT des Cours de l'Europe & des Provinces
de France pour l'année 1784 , par M. Poncelin de
la Roche- Tilhac , Ecuyer , Confeiller du Roi à la
Table de Marbre. ix , liv. broché. A Paris , chez
l'Auteur , rue Garancière ; Lamy & Mérigot le
jeune , Libraires , quai des Auguftins , & chez tous
les principaux Libraires de la France & de l'Étranger.
Cet Ouvrage a paru pour la première fois &
avec fuccès l'année dernière ; il reparoît aujourd'hui
avec plus de foin & d'exactitude , & plus digne par
conféquent de l'attention du Public,
TABLEAU du Commerce & des Poffeffions des
Européens en Afie & en Afrique , Ouvrage deftiné
à fervir de fuite à l'Almanach Américain ; par l'Auteur
de l'Ouvrage précédent , & même adrefle .
Prix, 4 liv. 4 fols les deux Volumes brochés.
Le fuccès qu'avoit eu & que devoit avoir l'année
dernière l'Almanach Américain a engagé l'Auteur à
donner celui - ci , qui fait connoître deux autres Parties
du Monde , l'Afie & l'Afrique. Il a lieu d'efpérer
le fuccès de cette nouvelle production , pour
laquelle il a puifé dans les meilleures fources.
PORTRAIT du Comte de Saint - Germain , célebre
Alchimiste , gravé par N. Thomas . Prix , 6 liv.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Boulangers , vis-àvis
les Angloifes.
Le Public doit accueillir le Portrait de ce célèbre
Comte de Saint Germain , dont il eft également
difficile d'admettre & de réfuter l'existence
telle qu'on la fuppofe. Cette Gravure doit faire
DE FRANCE. 95
VIE pieufe & exemplaire du Serviteur de Dieu
Benoit - Jofeph Labre , de la Paroiffe Damette de
Boulogne en Picardie , mort à Rome en , odeur de
fainteté le 16 Avril 1783 , A Paris , chez Baffet,
rue S. Jacques , au coin de celle des Mathurins.
Ce font huit petites Eftampes qui repréfentent fept
époques de la vie du Saint & le miracle de la guérifon
d'une femme paralytique opéré fur fon tombeau.
NUMERO 1 du Journal de Violon , ou Recueil
Airs nouveaux arrangés pour le Violon , l'Alto ,
la Fiûte & la Baffe. Le prix de l'année entière pour
douze Cahiers eft de 18 livres pour Paris , & 21 liv.
pour la Province, Chaque Cahier féparé 2 livres
8 fols. On s'abonne en tout temps pour ce Journal
& celui de Guittare chez Baillon , Marchand de
Mufique, rue Neuve des Petits - Champs , au coin
de celle de Richelieu , à la Mufe lyrique .
une
Ce Numéro contient la Marche des Circaffiens
de Renaud , un Air de la Sorcière par hafard ,
Allemande variée , le premier Air de Blaife &
Babet , Marlborough , quel doux penchant , & deux
Airs de Colinette à la Cour.
RECUEIL Contenant deux Sonates , un Air
varié , un Pot-Pourri & quatre Airs de Chant
avec Accompagnement de Harpe , par M. Coulineau
fils. Prix , 9 liv. A Paris , chez Coufineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies,
SIX Sonates pour Forte - Piano ou Clavecin ,
avec Accompagnement de Violon , par M Val.
Nicolai . Prix , 9 liv. A Paris , chez Coufineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies , & Salomon 2
Luthier , Place de l'École.
Le titre eft en Anglois fur l'Ouvrage . Si un titre
Italien eft ridicule fur de la Mufique publiée en
еб MERCURE
France , un titre Anglois l'eft encore plus fans
doute , étant à la porte de moins de perfonnes.
L'Ouvrage en a t-il plus de mérite , & ne pardonnera-
t- on jamais à notre Langue de fe trouver
avec de la Mufique ?
POT-POURRI pour Forté Piano ou Clavecin ,
par M. Dreux le jeune . Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris ,
chez Mlle Girard , Marchande de Mufique , rue de
la Monncie , à la Nouveauté. Numéro 16.
Ariette de la Frafcatana , & petits Airs de Fleur
d'Epine & de Blaife & Babet , arrangés pour Clavecin
ou Harpe , par M. Dreux le jeune. Il paroît
deux Cahiers par mois de ces Recueils , l'un dans le
goût de celui- ci , l'autre de petites Pièces de Clavecin
par M. Lafceux. Irix de l'abonnement , 36 liv.
pour Paris , 48 livres pour la Province . Même
Adreffe que ci - deffus.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABL E.
REPONSE aux Vers inférés cadémie Françoise ,
dans le N°. 3, 49 Variétés ,
52 Comédie Françoife ,
53
72
Charade, Enigme & Logogry Aca émie Roy. de Mufiq. 74
phe ,
Difcours prononcés dans l'A- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
JAT lu 3 par
83
90
ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
pour le Sameti ra Mars Te n'y
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 MARS 1784.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à un Poëte Tragique , qui ne met de
Chapeau que depuis quelque temps .
Das hivers le plus rigoureux ES
Ta rangé fous la loi commune ,
Et fous un feûtre épais tu caches trois cheveux ,
Qui pour toi font encor une bonne fortune .
Je craignois que ton chef pelé
Par un pire accident ne fe vit immolé ,
Et que du haut des airs un aigle au vol agile ,
Revoyant la tête d'Efchyle
A nud dans les frimats s'échauffer du cerveau
Ne prît pour un rocher cette tête chenue ,
Et ne s'avisât de nouveau
D'y laiffer choir une tortue.
(Par M. de la Louptiere. )
$8
MERCURE
VERS A MON A MI E.
Q
UAND on plaît , on eft toujours belle :
Toute la vie eft un printemps.
Ne crains rien : l'amour & le temps
Te prendront pour une immortelle ;
Peut-être un jour , jaloux de mon bonheur ,
Les Dieux voudront , ô ma Thémire ,
T'arracher de mes bras , & non pas de mon coeur ,
Pour te faire changer d'empire.
( Par M. Manuel. )
IMPROMPTU au Bal de l'Opéra , à Mme de
Th ** , qui venoit de fe démafquer.
QUIUI croyoit que ce mafque étrange
Me cachoit un minois divin ?
Sous la forme d'un vrai lutin
Je viens de rencontrer un Ange.
( Par M. le Ch. Dupuy des Iflets. )
A Mile MINETTE DE SAINT- LÉGER
Auteur d'Alexandrine.
AIR: Philis demande fon Portrait.
Vous qu'à nos jeunes Romanciers
་་་
>
DE FRANCE,
99
Et qui couronnez de lauriers
Un front fait pour la rofe ;
Sur le choix d'un nouveau Roman
Souffrez que je vous guide ;
Vous ferez un tableau charmant
D'une efquiffe timide.
PEIGNEZ une jeune beauté
Senfible & féduifante ,
Qui fans art & fans vanité ,
Soit jolie & favante ;
Qui , faite pour donner des loix
Au Pinde comme à Gnide ,
Soit rivale tout- à la-fois
De Corinne & d'Ovide.
CETTE Beauté ne répondra
Qu'au doux nom de Minette ;
Sur fa harpe elle chantera
La chanfon qu'elle a faite ;
Mais nous touchons au dénouement ,
Et déjà l'on devine
Que vous ferez de ce Roman
L'Auteur & l'Héroïne.
( Par M. Hennet. )
*
Eij
100 MERCURE
LE MULOT ET LE RAT , Fable.
LE Mulot dit au Rat : camarade , fouvent
Je te vois grignoter , ronger maint & maint Livre ;
Et tu n'en es pas plus favant.
Qu'importe ? dit le Rat : je ne cherche qu'à vivre.
( Par M. le Bailly , Auteur d'un Recueil de
Fables qu'il va publier inceffamment. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Fleur de Lys ;
celui de l'Enigme eft la voyelle E ; celui du
Logogryphe eft Épervier , où l'on trouve
rêve , rive, épée , Pie, père.
CHARADE.
UN article fait mon premier ;
Mon fecond, qui fait mon dernier ,
Eft ce qu'une jeune Bergère
A fouvent la témérité
De prendre pour lit en été .
Ou dans la faifon printanière.
Mon tout du fexe feminin
DE FRANCE. ΙΘΙ
Tantôt par fon efprit malin
Une intrigue eft bien concertée ;
Tantôt chéri par un Sultan ,
Du caprice il offre l'image ;
Et puis du champêtre langage
Il prend le jargon féduifant.
Enfin à la Cour , au Village
Il fait admirer fon talent
Et réunit chaque fuffrage.
( Par M. Regnault , de Niort. )
ÉNIG M E
Nous fommes trois de même qualité ,
De même accord , quoique femelles.
Nous volons de nos propres aîles
Toujours cherchant la vérité ;
Toutes trois nous avons fait le bonheur fuprême
De la moitié du genre humain ;
Et tel qui dira non , foit capfice ou fyftême ,
Quand il nous connoîtra , fur- tout fi fon coeur aime ,
Avouera franchement que le fait eft certain ,
Et pour le jour & pour le lendemain ;
Mais il ne tient qu'à lui qu'il foit toujours le même.
Veux-tu , Lecteur , apprendre notre nom ?
Ne nous fépare pas ; ta recherche amenée
Devant ta belle Dulcinée ,
Demandes-lui mais d'un modefte ron
102 MERCURE
Un doux baifer , l'énigme eft devinée
Si la belle ne dit pas non.
LOGOGRYPH
E.
JE fuis très inutile au monde
Si l'on me condamne au repos.
Lecteur , je fuis toujours difpos
Et d'une humeur fort vagabonde ;
Je fers à ton amuſement
Si l'on me met en mouvement.
Six pieds compofent ma ftructure .
Je t'offre un divertiſſement
Qui favorise la parure
Ou permet le déguisement ;
Certaine note de mufique ;
Des Banquiers un confentement ,
Ou du Monarque un agrément ;
Un cri public & juridique ;
Un adjectif au féminin
Que le beau fexe n'aime guère ,
Il ne peint que le caractère ,
Aufli je le dis en latin ;
Ce qui fauve une répugnance ;
Encore un mot indéfini ,
Mais n'y donne point ta croyance.
Tu me tiens , Lecteur , j'ai fini .
DM D Jo Narbonne Abonné au Mercure.)
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTERAIRES.
HISTOIRE Ancienne , ou première Partie
de l'Hiftoire des Hommes , XXIV . Vol.
contenant l'Hiftoire générale & particulière
de la Grèce. A Paris , chez les Auteurs
& Éditeurs , chez M. de la Chapelle ,
maifon de M. Buhot , rue Baffe , porte
S. Denis.
ON ne peut s'empêcher , en rendant
compte de cet eftimable Ouvrage , de commencer
par une obfervation critique for le
titre de l'Ouvrage même. Pourquoi choifir
un intitulé fi vague , fi emphatique ? Pourquoi
ne pas fe borner à l'énonciation fimple
du fujer ? L'Auteur de cette nouvelle Hif
toire eft - il donc le feul qui faffe connoître
les événemens des Nations & les moeurs des
hommes? Les autres Hiftoires auroient- elles
donc oublié de parler des hommes ? Il y a
des efprits faciles à fe révolter , qui jugent
de tout d'après leur première impreffion .
Qu'on fe les figure ouvrant des Livres de
morale & d'hiftoire , & y trouvant à leur
tête ces bizarres dénominations : Philofophie
de la Nature , Hiftoire des Hommes . Daigneront-
ils entreprendre la lecture de ces Ou-
ا م م ه ل ص م س م ت ل ع
104
MERCURE
fur tout le dernier , méritent une véritable
attention & une grande eftime.
Il a encore réfulté du mauvais choix de
l'Auteur dans le titre de fon Livre , un défaut
qui fe fait fouvent fentir dans l'Ouvrage.
Il fe croit obligé d'accorder fon plan & fes
réflexions avec fon titre . Delà cette formule :
L'Hiftoire des Hommes ne doit pas s'occuper
de ceci , &c. L'Hiftorien des Hommes ne doit
pas dire cela , &c. Le Roi de France donne
des Brevets d'Hiftoriographes de France à
deux Hommes de Lettres ; mais le genrehumain
n'adopte perfonne de préférence
pour écrire fes annales. Tous ceux qui s'enmêlent
, même ceux qui s'y rendent ridicules ,
font également fes Hiftoriens .
La partie de ce grand travail que nous
annonçons ici , eft une Hiftoire entière de
la Grèce . Indépendamment des Ouvrages des
anciens qui nous reftent , & qui nous ont
conierve une partie des annales de ce beau
pays , nous avions déjà plufieurs Hiftoires
fur la Grèce , d'un grand mérite.
Le plus confidérable de tous , eft l'Hiftoire
Ancienne de Rollin. Elle a joui long temps
de la plus grande célébrité ; elle a eu fur- tout
l'heureux avantage d'être la lecture favorite
de la jeuneffe , à laquelle elle avoit été deftinée
. Depuis une trentaine d'années , la
France & l'Angleterre ont produit des Hifen
vues & en fiyle à
DE FRANCE.
Toy
lièrement décriée . Elle ne méritoit
Ni cet excès d'honneur ni cette indignité.
Son Auteur , qui a été fi utile , & qui a
fait tant d'honneur à l'Univerfité , qui a joui
de toute la confidération qu'une Nation fenfible
& aimable fait accorder aux vertus &
aux talens , n'étoit ni un efprit élevé ni un
Écrivain éloquent . Auffi ce ne font pas les
grandes chofes , mais les bonnes chofes qu'il
faut chercher dans fes Écrits ; il n'a pas de
quoi fe faire admirer , mais il fait fe faire
goûter & chérir. Son Traitédes Études eft un
Ouvrage plein de raifon & de goût ; les fentimens
d'un homme de bien , qu'on y trouve
par tout à côté d'une foule de beaux morceaux
des anciens heureufement traduits ,
annobliffent l'âme du Lecteur en perfectionnant
fon efprit , & la rempliffent d'une profonde
vénération , d'une tendre reconnoiffance
pour l'Auteur du Livre. Cette utilité &
cet intérêt fe retrouvent dans 1 hiftoire ancienne.
On apperçoit à chaque inftant que le
plan de l'Ouvrage auroit pu être plus fortement
médité , plus habilement divifé , qu'il
exigeoit une critique & des difcuffions qu'on
n'y rencontre pas ; qu'au lieu de ces grands
apperçus , de ces beaux réfultats qui , non
moins qu'une narration noble & riche , caractérifent
les Hiftoriens de génie , ce Livre
n'offre que des réflexions longues , froides
& fouvent puériles , que la marche en eft
106
MERCURE
gance commune , c'eft à dire , celle qui évite
les défauts fans atteindre aux beautés. Mais
d'un autre côté on y retrouve, avec un intérêt
qui ne s'affoiblit pas , l'honnête homme , le
bon citoyen , un ami de la jeuneffe , un grand
partifan des anciens , qui pofsède tout ce
qu'ils ont écrit , qui ne fait rien mieux que
d'employer leur ftyle & leurs idées , & qui
a l'art d'amener leurs citations avec autant
de difcernement que d'abondance. Il faut encore
ajouter que plufieurs parties de cette
Hiftoire font compofees d'une manière trèsfatisfaifante.
En général , Rollin s'entendoit
parfaitement à extraire & à rapprocher des
Auteurs ; il fait éviter dans ce travail la féchereffe
& la diffufion . L'Hiftoire Ancienne
fera toujours un bon Livre , & ce bon Rollin
, que quelques Écrivains Modernes fe
font plu à couvrir de ridicule , reftera toujours
au nombre de ces hommes à qui il ne
Fut pas donné de s'ouvrir de nouvelles voies
dans les Sciences & les Arts , mais de travailler
utilement fur les penfées des autres.
Un autre Écrivain de ce fiècle ( M. l'Abbé
Millor ) qui a travaillé aufli pour la jeuneffe,
a donné une Hiftoire Ancienne. Écrivant
dans un temps où l'on avoit plus perfectionné
l'art de compofer un Livre , & celui de renfermer
dans des bornes heureufes les objets
de nos études , il a fu réunir dans deux Volumes
tout le précis de l'Hiftoire Ancienne ,
en évitant l'obfcurité & la féchereffe. Son
murnce oft rédigé avec autant de goûr do
DE FRANCE. 107
fimplicité que celui de Rollin ; il a de plus
une bien meilleure diftribution des matières ,
une très bonne critique , une marche rapide,
& toute la philofophie du fiècle tempérée
par un efprit fans enthoufiafme .
Le premier & le meilleur Métaphyficien
de ce fiècle , & le plus grand Orateur du
fiècle précédent , ont auffi écrit fur l'Hiftoire
Ancienne , chacun dans des vûes & avec une
manière différentes .
L'Abbé de Condillac a voulu porter dans
l'Histoire cette lumière qu'il avoit répandue
fur les parties les plus difficiles de la Métaphyfique
, il a cherché auffi à en faire fortir,
pour l'appréciation des hommes & des peuples
, ces réfultats vaftes & fimples vers lef
quels fon efprit tendoit fans ceffe. Son génie
ne l'a pas trahi dans cette partie ; toutes les
fois qu'il raifonne , qu'il difcute , qu'il étudie
la morale & la politique au travers de toutes ,
les révolutions , il eft fupérieur , & à cet
égard fon Livre eft un des meilleurs du
fiècle. Mais pour tracer avec grandeur &
intérêt le riche & vafte tableau d'une Hiftoire
générale , il eût fallu deux qualités qui
lui manquoient , la fenfibilité & l'imagination.
Sa narration eft foible , sèche & commune.
Boffuet a ofé embraffer d'une feule vûe
toute l'Hiftoire Ancienne , en développer &
en juger tous les objets . Il a fait un Ouvrage
admirable ; il en eût peut-être fait un par-
AT
00
--
109 MERCURE
fane , il les cût au contraire foigneufement
féparés . Alors le peuple Juif, auquel fe rapportent
tous les événemens de la Religion ,
mais qui a eté à peine connu des autres peuples
, ne fe trouveroit pas au centre de l'hiftoire
du monde ; & des difcuffions théologiques
ne prendroient pas la place des difcuffions
politiques & morales qu'amenoit le
fujet , & qui exigeoient le génie de Boffuet
tout entier.
L'Auteur de la nouvelle Hiftoire de la
Grèce n'a pas été effrayé par tous ces Ouvrages
que je viens de parcourir. Il a cru
qu'il étoit encore une nouvelle manière de
traiter & d'écrire l'Hiftoire Ancienne. En fe
bornant à l'Hiftoire de la Grèce , il a fenti
qu'il falloit l'envifager avec plus de profondeur
, la développer avec plus de méthode ,
& l'éclairer de toutes les lumières qui fe font
développées dans notre fiècle. Ceux qui liront
fon travail , verront avec fatisfaction qu'il
puife toujours dans les fources originales ;
qu'il difpofe fon fujet en homme qui en a
bien combiné toutes les parties ; qu'en rapprochant
fans ceffe les différens Écrivains ,
il apperçoit & explique , quand on le peut ,
leurs contradictions ou leurs erreurs , qu'il
les combat fouvent les uns par les autres ,
qu'il apprécie toutes leurs affertions par les
poflibilités phyfiques & les vraifemblances
morales ; qu'en un mot il fe conduit dans
l'Hiftoire comme un Juge inftruit & févère.
A ces qualités folides de l'Hiftorien , il ioint
DE FRANCE. 109
toutes les qualités piquantes d'un Écrivain
qui n'oublie pas le foin de plaire . Dans les
recherches même de l'érudition , il conferve
une manière brillante & légère ; il paroît
avoir plus cherché l'agrément que l'on fait
porter aujourd'hui dans les matières les plus
difficiles , que la majefté naturelle des objets
graves & importans. Il feroit trop long de
donner ici une idée de tout ce qui eft contenu
dans un Ouvrage en 12 Volumes ; il
fuffit d'avoir indiqué les caractères qui le
diftinguent des Hiftoires qui l'ont précédé. Il
eft toujours avantageux au Public de voir les
bons Ouvrages fe multiplier fur ces éternels
objets de fes études & de fon admiration.
Ce que l'on peut le plus faire connoître
dans un Hiftorien , c'eft fa philofophie dans
fa manière d'apprécier les grands événemens,
& fon ftyle dans fa manière de peindre les
grands Hommes. Pour ajouter à l'intérêt des
morceaux que je vais citer , je placerai à la
fuite du premier de ces morceaux le même
tableau par un autre Écrivain .
L'Auteur de la nouvelle Hiftoire de la
Grèce ouvre fon récit de la guerre du Péloponèfe
, par des réflexions fur l'état actuel de la
Grèce , & par le parallèle d'Athènes & de
Lacédémone qu'on va lire.
" La Grèce avoit connu le fecret de fes
forces , par fes triomphes fur les Perfes ; mais
cette expérience lui devint fatale ; la paix
avec l'Afie ne put enchaîner qu'un moment
A1
MERCURE
dre ; ne trouvant point d'ennemis loin d'elle
à combattre , elle s'en créa fur fes foyers ,
c'étoit un feu terrible qui , faute d'alimens ,
fe dévoroit lui- même. »
"Deux Puiffances dominantes partageoient
à cette époque l'empire du Peloponèfe ,
Athènes & Lacédémone ; après s'être obfervées
de l'oeil pendant un demi - fiècle, comme
deux athlètes dans la carrière , elles s'élancèrent
l'une fur l'autre pour commencer an
combat. à mort ; ce combat dura vingthuit
ans , & c'eft ce qu'on appelle la guerre
du Péloponéfe. »
" On le doute bien que les deux Républiques
rivales n'en vinrent pas à une rupture
ouverte , fans avoir fondé , chacune de leur
côté , ceux des Alliés qui pouvoient entrer
dans leur confédération . La Grèce prefque
entière , fe partagea entre ces deux Puiffances
, fuivant les vûes particulières de la politique
de chacun de fes peuples . »
" Il étoit évident que cette guerre féconde
en défaftres , épuiferoit à la longue les deux
partis ; car l'un n'ayant que des armées de
terre , fans marine , & l'autre une marine
fans armées de terre , il ne pouvoit y avoir,
entre des ennemis deftinés fi rarement à fe
rencontrer , aucune action décifive ; Lacédémone
devoit le contenter de défoler beaucoup
de campagnes , de brûler beaucoup.
d'édifices , de tuer beaucoup d'hommes au
fein de l'Attique , & Athènes d'ufer de reDE
FRANCE. III
manière de combattre tue à la fois les individus
& les États ; auffi elle prépara la Grèce
à recevoir le joug d'Alexandre. »
On regrette que l'Auteur n'ait pas étendu
ce parallèle de toutes les idées qu'il a répandues
dans d'autres parties de fon Ouvrage fur
le même objet. Elles auroient peut- être fait
ici plus d'effet. Quoi qu'il en foit , voici le
même parallèle de la main de Boffuet.
" Parmi toutes les Républiques dont la
Grèce étoit compofée , Athènes & Lacédémone
étoient fans comparaifon les principales.
On ne peut avoir plus d'efprit qu'on
en avoit à Athènes , ni plus de force qu'on
en avoit à Lacédémone . Athènes vouloit le
plaifir ; la vie de Lacédémone étoit dure &
laborieufe. L'une & l'autre aimoit la gloire
& la liberté ; mais à Athènes , la liberté tendoit
naturellement à la licence ; & , contrainte
par des Loix févères à Lacédémone , plus elle
étoit réprimée au- dedans , plus elle cherchoit
à s'étendre en dominant au - dehors . Athènes
vouloit auffi dominer , mais par un autre
principe. L'intérêt fe mêloit à la gloire. Ses
Citoyens excelloient dans l'art de naviguer ;
& la mer , où elle régnoit , l'avoit enrichie,
Pour demeurer feule maîtreffe de tout le
commerce , il n'y avoit rien qu'elle ne voulût
affujétir , & fes richeffes , qui lui infpiroient
ce defir , lui fourniffoient le moyen de le,
fatisfaire. Au contraire , à Lacédémone ,
l'argent étoit méprifé. Comme toutes les
112 MERCURE
rière , la gloire des armes étoit le feul charme
dont les efprits de fes Citoyens fuffent
poffedés. Dès la naturellement elle vouloit
dominer ; & plus elle étoit au deffus de l'intérêt
, plus elle s'abandonnoit à l'ambition. »
Lacédémone , par fa vie réglée , étoit
ferme dans fes maximes & dans les deffeins.
Athènes étoit plus vive , & le peuple y étoit
trop maître. La Philofophie & les Loix faifoient
à la vérité de beaux effets dans des naturels
fi exquis ; mais la raifon toute
feule n'étoit pas capable de les retenir. Un
fage Athénien , & qui connoiffoit admirablement
le naturel de fon pays , nous apprend
que la crainte étoit néceffaire à ces
efprits trop vifs & trop libres , & qu'il n'y
eut plus moyen de les gouverner , quand la
victoire de Salamine les eut raffurés contre
les Perfes. »
" Alors deux chofes les perdirent , la gloire
de leurs belles actions , & la sûreté où ils
croyoient être. Les Magiftrats n'étoient plus
écoutés ; & comme la Perfe étoit affligée par
une exceffive fujétion , Athènes , dit Platon ',
reffentit les maux d'une exceffive liberté. »
" Ces deux grandes Républiques , fi contraires
dans leurs moeurs & dans leur conduite
, s'embarraffoient l'une l'autre dans le
deffein qu'elles avoient d'affajétir toute la
Grèce ; de forte qu'elles étoient toujours
ennemies , plus encore par la contrariété de
DE FRANCE. 113
« Les villes Grecques ne vouloient la domination
ni de l'une ni de l'autre ; car , outre
que chacune fouhaitoit pouvoir conferver
fa liberté , elles trouvoient l'Empire de ces
deux Républiques trop fâcheux . Celui de
Lacédémone étoit dur. On remarquoit dans
fon peuple je ne fais quoi de farouche. Un
Gouvernement trop rigide & une vie trop
laborieufe y rendoient les efprits trop fiers ,
trop auftères & trop impérieux : joint qu'il
falloit fe réfoudre à n'être jamais en paix
fous l'empire d'une ville , qui , étant formée
pour la guerre , ne pouvoit fe conferver
qu'en la continuant fans relâche. Aing , les
Lacédémoniens pouvoient commander , &
tout le monde craignoit qu'ils ne commandaffent
, "
" Les Athéniens étoient naturellement
plus doux & pius agreabies , !! n'y avoit rien
de plus délicieux à voir que leur ville , où
les feftins & les jeux étoient perpétuels ;
où l'efprit , la liberté & les paflions donnoient
tous les jours de nouveaux fpectacles.
Mais leur conduite inégale déplaifoit à leurs
Alliés , & étoit encore plus infupportable
à leurs fujets . Il falloit effuyer les bizatreries.
d'un peuple flatté , c'eft- à dire , felon Platon ,
quelque chofe de plus dangereux que celle
d'un Prince gâté par la flatterie . »
« Ces deux villes ne permettoient point à
la Grèce de demeurer en repos . On a vû la
guerre du Péloponèfe , & les autres , toujours
caufees. ou entretenues par les jaloufies
114 MERCURE
de Lacédémone & d'Athènes . Mais ces mêmes
jaloulies qui troubloient la Grèce , la foutenoient
en quelque façon , & l'empêchoient
de tomber dans la dépendance de l'une ou
de l'autre de ces Républiques. "
" Les Perfes apperçurent bientôt cet état
de la Grèce. Ainfi tout le fecret de leur politique
étoit d'entretenir ces jaloufies & de
fomenter ces divifions. Lacédémone , qui
étoit la plus ambitieufe , fut la première à les
faire entrer dans les querelles des Grecs. Its
y entrèrent dans le deffein de fe rendre maîtres
de toute la Nation ; & foigneux d'affoiblir
les Grecs les uns par les autres , ils n'attendoient
que le moment de les accabler tous
enfemble. Déjà les villes de la Grèce ne regardoient
dans leurs guerres que le Roi de
Perfe , qu'elles appeloient le grand Roi , ou
le Roi par excellence , comme fi elles fe fuffent
déjà comptées pour fujettes . Mais il
n'étoit pas poffible que l'ancien efprit de la
Grèce ne fe réveillât à la veille de tomber dans
la fervitude & entre les mains des barbares. "
" De petits Rois Grecs entreprirent de
s'oppofer à ce grand Roi , & de ruiner fon
empire. Avec une petite armée , mais nourrie
dans la difcipline que nous avons vue , Agéfilas
, Roi de Lacédémone , fit trembler les
Perfes dans l'Afie mineure , & montra qu'on
les pouvoit abattre. Les feules divifions de
la Grèce arrêtèrent fes conquêtes. La fameufe
retraite des dix mille Grecs , qui , après la
mort du ienne Cyrus , malgré les troupes
DE FRANCE. IIS
victorieufes d'Artaxerze , traversèrent quelque
temps auparavant en corps d'armée
tout l'Empire des Perfes , & retournèrent
dans leur pays : cette action , dis je , montra
à la Grèce plus que jamais , qu'elle nourriffoit
une Milice invincible à laquelle tout
devoit céder , & que fes feules divifions la
pouvoient foumettre à un ennemi trop foible
pour lui réfifter quand elle feroit unie. »
" Nous verrons dans la fuite comment
Philippe , Roi de Macédoine , profitant de
ces divifions , vint à bout à la fin , moitié
par adreffe & moitié par force , de fe rendre
le plus puiffant de la Grèce , & comment
il obligea tous les Grecs à marcher
fous fes étendarts contre l'ennemi commun.
Ce qu'il n'avoit fait qu'ébaucher , Alexandre
fon fils l'acheva ; & montra à l'Univers
étonné ce que peuvent l'habileté & le courage
contre les armées les plus nombreufes
& l'appareil le plus terrible. »
Parmi les grands Hommes d'Athènes
on cherche fur- tout Ariftide. L'Auteur de
la nouvelle Hiftoire a raffemblé , ainfi que
Rollin , plufieurs traits de fon hiftoire
dans un parallèle de lui & de Thémiftocles.
" Le fiècle dont l'Hiftoire nous occupe ,
eft fécond en grands Hommes ; il faut l'attribuer
à l'invafion des barbares , qui , en doublant
les dangers de la réfiftance , ne pouvoit
que l'ennoblir ; à la liberté , qui fait
naître tant d'idées générenfes : aux convul116
MERCURE
qui ajoutent un nouveau reffort au courage ,
& étendent la carrière de la gloire , en mettant
tout le monde à portée d'en jouir. L'Hif
toire d'Athènes eft , fur tout à cet égard ,
l'Hiftoire des Hommes par excellence. »
" Ariftide , ou l'homme jufte , car ces deux
mots font devenus fynonymes dans les annales
de l'antiquité , fut élevé avec Thémiftocles
: le caractère de ces deux hommes ,
qui devoient fe rencontrer toute leur vie fur
la route de la gloire , ne fe rapprochoit par
aucun point de contact. Thémiftocles , fouple
, fécond en rufes , exercé à tout le manège
de la politique , d'ailleurs hardi à tout
entreprendre & à tout exécuter , cherchoit
le bien général , mais faifoit quelquefois le
mal pour y arriver plus rapidement : fa patrie
, pourvu qu'elle l'honorat , avoir tout
droit à fes fervices ; mais malheur à fes rivaux
, s'ils vouloient partager l'honneur de
fa confiance ! malheur à la patrie même , fi
elle prétendoit être fervie fans retour ! Héros
dangereux , parce que fon génie conduifoit
fon coeur , & qu'il n'employoit la vertu
qu'autant qu'elle lui fervoit d'échelon pour
atteindre à la célébrité. »
« Ariftide avoit des principes plus auftères
; il vouloit que toutes les paffions individuelles
pliaffent au gré de l'intérêt national
; perfuadé qu'il n'y avoit point de
contrat particulier entre la patrie & chaque
Citoyen , il penfoit qu'un Héros devoit aller
à la gloire fans prétendre à d'autre reconDE
FRANCE. 117
noiffance qu'à celle des fiècles à naître. Ce
défintéreffement fublime fut la bafe de toutes
fes actions ; & fi la vertu eft réellement un
grand facrifice , perfonne ne mérita plus le
titre de vertueux que ce grand Homme.
G
On fent que Thémiftocles , avec fon
fyftême , étoit plus fait que fon rival pour
dominer dans une République ; en effet , il
avoit un parti puiffant , avec lequel il menoit
fes Concitoyens. Pour Ariftide , il marchoit
feul dans la carrière de l'adminiftration
; auffi , quand il réuffiffoit dans fes prcjets
patriotiques , il recueilloit une double
gloire , parce qu'il avoit eu à lutter à la fois
contre les hommes & contre les abus. >>
" Les intrigues de Thémistocles empêchèrent
long temps la vertu d'Ariftide de jouir
d'un autre prix que de fon propre fuffrage ;
mais enfin Athènes fut jufte envers lui comme
il l'étoit envers elle , & un jour il en reçut
un témoignage bien flatteur. On jouoit fur
le Théâtre les fept Chefs devant Thèbes , un
des chef- d'oeuvres d'Efchyle . Lorfque l'Acteur
en vint à ce trait fur Amphiaraus : Il
ne veut pas paroître homme de bien , mais
l'être , tout le peuple fe retourna avec attendriffement
du côté d'Ariftide , & s'applaudit
de compter parmi fes Concitoyens
un fecond Amphiaraus. »
Il étoit impofible qu'Ariftide , devenu
par le fpectacle de fa vertu, le cenfeur tacite
de fes Concitoyens , ne devint , à la longue ,
odien à tout ce qui n'étoit pas tenté de le
118 MERCURE
prendre pour modèle. Quand cette haine ,
à force de fermenter dans des âmes abjectes ,
fat parvenue à fon comble , on fouleva contre
lui le peuple , qui le condamna à l'Oftracifme.
Ce grad Homme , au moment même
où on cabaloit pour fa profcription , eut un
témoignage bien flatteur de la haute idée
qu'Athènes avoit de fa vertu : comme il
s'avançoit vers la place publique , vêtu avec
toute la modeftie de l'âge d'or , un habitant
de la campagne , qui le prit pour un homme
du peuple , s'approcha de lui , & , lui avouant
qu'il ne favoit ni lire ni écrire , le pria de
mettre le nom d'Ariftide fur fa coquille
d'Oftracifne : Mon ami , lui dit le fage , fans
doute que cet Ariftide t'a fait quelqu'injure.
-Point du tout; mais je fuis bleffé de l'en
tendre nommer par- tout le jufte par excellence.
- Ariftide , fans repondre un feul
mot , prend la coquille , & y écrit le nom
dujufte par excellence. »
-
Le jour qu'Ariftide partit pour fon exil ,
tournant fes regards attendiis vers fa patrie ,
qu'il croyoit voir pour la dernière fois :
Ciel , qui vois mon coeur , s'écria t'il , fais
qu'Athènes , toujours heureufe , n'ait jamais
befoin de me rappeler dans fon fein. Le
ciel vouloir venger Ariftide , & ce Sage ne
fut point exaucé. »
-
Parallèle d'Ariflide & de Caton d'Utique.
DE FRANCE. 119
elle repouffoit la domination des Perfes par
tant de prodiges de vertu & de courage .
Dans cette époque des grands événemens &
des grands Hommes , je remarque un Héros
& un Sage qui , fans paroître le premier de
fes contemporains , en fut le meilleur & le
plus utile. Il me femble qu'en obfervant
l'influence de fes actions & de fes exemples
, on en voie découler une partie de cet
que la Grèce a fait de bon & d'illuftre dans
ce beau fiècle : c'eft le jufte Ariftide . Que ne
puis-je ici développer fes vertus avec cette
noble modeftie qui les embellit encore dans
fon hiftoire !
Dès que l'Hiftoire nous le montre , c'eft
au milieu des affaires de fon pays. Mais
tous les moyens de le fervir ne lui conviennent
pas ; il n'appartient à aucune faction
de peur d'avoir des amis ou des ennemis
aux dépens du bien public. Jamais ni intérêt
mi reffentiment ne fouillent fon coeur
pur & généreux. On l'accufe devant fes
Concitovens. Sa juftification couvre d'opprobre
fon accufateur , & foulève contre
lui la haine publique. L'homme de bien
ya être vengé , mais l'homme de bien ne
fouffrira pas que les mouvemens de la paffion
viennent alterer en fa faveur la fevère impartialité
de la Juftice. Plus on s'indigne ,
plus il s'afflige. Il devient le protecteur de
fon ennemi , il l'amène aux Juges , il les
120 MERCURE
39
و د
てら
ود
pardonnet. Un jour qu'il eft affis lui - même
fur le Tribunal , un Citoyen lui dit : Arif
tide , l'homme que je pourfuis t'a fait affi
beaucoup de mal. Dis celui qu'il t'a fait ,
car je fuis ici pour te rendre juffice & non pas
à moi. Sa douce & fincère éloquence a
propofé un Decret que le peuple va confacter
par fes fuffrages Mais tout à coup
éclairé par les contradictions de fes Adverfaires
: Arrêtez , Citoyens , s'écrie t il , je
» me rétracte : écoutez ceux qui vous confeillent
bien , & non pas ceux qui fe
" trompent. » Themiftocles , fon rival &
fon antagoniste , joint des vertus à de plus
grands talens : fouvent il eft utile , quelquefois
il eft dangereux. Dans les Affembléts
du Peuple , Ariftide eft pour lui un cenfeur
vigilant ; dans l'Armée , il eft fon plus fidèle
foldat. Qu'il eft beau de le voir arriver la
nuit fous la tente du Général pour apporter
à fon ennemi un avis qui lui affure la couronne
du vainqueur ! Faut il toujours rencontrer
l'ingratitude des peuples dans la vie
des grands Hommes Ariftide eft fur le point
d'être exilé : c'eft dans ce moment qu'on
apperçoit tout enfemble ce que le coeur
humain peut renfermer de plus vil & de
plus grand ! Voyez ce payfan de l'Atrique,
qui l'aborde , en le priant d'écrire pour lui
le nom qu'il vient dévouer à la profcription
, & il lui prononce celui d'Ariftide :
DE FRANCE. 121
même pas ; mais il me fâche de l'entendre
fans ceffe appeler le jufle. Le jufte remplit .
paifiblement la demande de cet obfcur ennemi
de la vertu ; & levant les yeux vers le
Ciel Faffent les Dieux , dit il , que les
mauvaifes affaires des Athéniens ne les forcent
pas de rappeler Ariftide ! O combien la
vertu eft augufte dans ces généreux mouvemens
, dans ces attitudes paflionnées, qui font
la beauté particulière des moeurs antiques !
Repréfentons nous Ariftidea ce moment où,
Capitaine général des Athéniens , il lui eft
échu de combattre les Grecs qui fe font
vendus à la caufe des Perfes. Son coeur ,
en qui l'amour de la patrie eft un fentiment
religieux , s'épouvante du combat
qu'il va livrer. Il s'élance entre les deux
Ármées , & , le vifage baigné de larmes ,
les mains tendues vers les Cieux , de
cette voix facrée de l'homme de bien dans
les magnanimes infpirations de fa confcience
, « O
il s'écrie : O Grecs , fouvenez-
» vous de votre pays ; voyez qui vous allez
combattre; fauvons nous tous de ce cri-
» me d'arrofer de notre fang les champs de
» la Grèce , en préfence de fes Dieux. » Les
temps où il vécut étoient dignes de lui , &
cette fois feulement il ne fut pas écouté.
Beaux jours de Marathon , de Salamine &
de Plattée , c'eft dans vos faftes que je lis
la vertueufe déférence des Athéniens aux
faints confeils d'Ariftide. La République
وو
و د
122 MERCURE
la guerre , eft follicitée par le Roi des Perfes
d'abandonner les autres Grecs , dont il lui
promet l'Empire. Lacédemone alarmée lui
offre , pour la retenir dans la Ligue commune
, tout ce qu'elle peut offrir , des vivres
pendant la guerre. Ne craignons pas
pour l'honneur de ce Peuple , la vertu d'Ariftide
eft , dans ce moment , fon génie tutélaire.
Voici le Décret qu'il fait prononcer :
Les Athéniens pardonnent à un Roi Barbare
d'avoir cru toutes chofes vénales ; mais ils
fe plaignent des Lacédémoniens , qui, ne confidérant
que leur détreffe préfente , oublient
leur fidélité & leur courage. Ce Peuple réuniffoit
alors toutes les efpèces d'héroïlme ; magnanim
edans la paix comme dans la guerre.
Thémistocles annonce aux Athéniens qu'il
a un projet d'une grande importance , mais
qui ne peut être expliqué publiquement.
Quel autre qu'Ariftide méritoit d'être l'arbitre
des deffeins du Vainqueur de Salamine ?
Il écoute cetre confidence ; enfuite , s'adreffant
au Peuple : « rien de plus utile , mais
» tien de plus injufte que le projet de Thé-
» miftocles. » On crie à celui- ci de fe défifter
de fon projet. Ainfi , un Peuple entier ,
fur la foi d'un feul homme , renonce à de
grands avantages qui lui font promis , & ,
comme un fage & vertueux Magiftrat , n'adopte
pour règle que l'équité. Les Nations
aflemblées ont- elles des récompenfes qui
DE FRANCE. 123
fon coeur. Dans ces Jeux naiffans du Théâtre
, où affiftoit toute la Grèce , on trace le
portrait du véritable homme de bien , de
celui qui ne fonge pas à paroître vertueux ,
mais à l'être. Le Spectacle s'interrompt , &
dans le recueillement de l'amour & du refpect
, tous les regards s'arrêtent fur le jufte
Ariftide. Il eft vrai qu'il fut exilé ; mais l'exil ,
dans fa patrie , étoit pour les grands hommes
un malheur & un honneur en quelque forte
établi par la loi. Il eft vrai auffi qu'il vécut
& mourut pauvre ; mais il avoit fait de fa
pauvreté la fauve- garde & la décoration de
fa vertu ; & nous devons en penfer comme
fes Concitoyens. Il avoit un parent riche
qui fut accufé en Juftice pour avoir laiffé
dans l'indigence le plus vertueux des Athéniens.
Il vint lui - même rendre témoignage
de fes refus d'être enrichi ; & tous les Athé
niens fe retirèrent en difant : il vaut mieux
être pauvre comme Ariftide , que riche comme
Callias. Mais s'il étoit honteux d'être riche
comme Callias , il étoit beau de l'être comme
le grand & le généreux Cimon . Quelle majeftueufe
fimplicité dans les moeurs de ce temps !
Quel touchant contrafte dans la vie de deux
grands Hommes de la même époque & de
la même Nation ! Cimon ne fortoit de fes
foyers qu'environné d'amis chargés de prévenir
les demandes timides par des libéralités
honorables ; & fa maifon , fes domaines
étoient ouverts , comme une propriété pu
124
MERCURE
ficence d'un Roi ; dans fes moeurs , c'étoit
la frugalité d'un Spartiate. La plus humble
demeure , le plus chétif vêtement fuffifoient
à Ariftide ; & il fit à fa patrie cet honneur
de lui laiffer fes funérailles à payer & fa fille
à doter.
Je ne puis me refufer aux réflexions qui
fe préfentent ici à mon efprit. Le fiècle &
le pays de l'homme dont je viens de tracer
la vie , étoient diftingués par la fimplicité
énergique des moeurs , & par la franchife gé
néreufe des fentimens. Mais cette énergie des
mours étoit mêlée de cette rudeffe primitive
d'un peuple qui ne donne encore aux devoirs
de la fociété qu'une foumiffion inquière
& ombrageufe , & cette élévation de
fentimens tenoit plutôt des affections faines ,
mais fougueufes de la nature , que des principes
encore peu développés de la morale.
Le caractère d'Ariftide étoit fingulièrement
propre à tempérer & à diriger heureuſement
Ice courage indocile & cette civilifation
groffière. De tant de douceur unie à tant
de perfection , il fortoit une onction prefque
divine , qui épuroit & ennobliffoit les vertus
de cet âge , de même que les religieufes
inftitutions de Numa polirent le génie féroce
des premiers Romains . Mais les vertus des
grands Hommes n'obtiennent cet empire que
dans ces commencemens de la deftinée des
Nations. Lorfqu'elles font parvenues au derDE
FRANCE. 125
ce , les vices & les défordres , profondément
enracinés dans la conftitution publique , en
deviennent eux-mêmes les principes & les
refforts , & tout l'ordre moral & politique
fe refufe aux vertueux deffeins des hommes
auftères . La vertu alors adopte une marche
plus impétueufe , des formes plus fières ,
& fouvent elle ne parvient qu'à donner au
monde un grand exemple.
Dans les derniers temps de la République
Romaine , il parut un mortel que le Ciel
femble avoir accordé àla terre pour ajouter
à la dignité de la nature humaine , & pour
montrer une fois jufqu'où pouvoit aller la
vertu . Citoyen de l'Univers encore plus que
Romain , & , quoique Romain , nourri
dans les préceptes ftoïques , qui ne fe trouvèrent
jarnais au - deffus de fes moeurs , il
vit que la deftinée des Nations étoit attachée
au fort de la patrie , & que fa patric
alloit perdre fa liberté & fes vertus , & pendant
toute fa vie , plus actif pour le bien public
que ne l'étoit Céfar pour fa fortune
attaquant dans le Sénat toutes les idées funeftes
, calme & inflexible au milieu du tumulte
populaire , follicitant les charges
pour les enlever aux méchans , il ofa lutter
feul contre la pente des moeurs & le cours
des événemens qui entraînoient l'Univers, Il
femble encore deftiné à venger la vertu auftère
de cet outrage qu'on lui a toujours fait de la
juger inhabile à gouverner les états & les
126 MERCURE
hommes. Quel autre Romain de fon temps
avoit mieux connu les vrais remèdes de la
fituation déplorable de fon pays ? Il ne prétend
pas allier dans Rome l'ancienne égalité
des Citoyens & la domination du monde.
Pour conferver libre fa patrie , il voudroit
affranchir les Nations. Quel autre encore prévenoit
mieux les maux préfens , prévoyoit
de plus loin les maux à venir ? Il s'oppofe
à cet excès de puiffance que le Sénat confie
à Pompée ; à cette faveur populaire que fe
ménage Cefar ; il interpofe entre eux le
crédit de Craffus ; il s'effraye moins de leur
difcorde que de leur réunion . Il démêle tous
les projets du plus habile de ces ennemis
publics ; il le dénonce au Peuple , au Sénat ,
à fes rivaux ; il le traverfe dans fa gloire ,
comme dans le plus puiffant moyen de fon
ambition . On croit voir aux prifes pour la
dernière fois , dans ces deux hommes , le bon
& le mauvais génie de la République . On
ne le crut pas , & la liberté Komaine périt ;
'mais le Sénat lui rendit au moins cette juftice
que toujours lui feul avoit bien confeillé fa
patrie. Privé des premières Magiftratures ,
toujours malheureux dans fes entrepriſes ,
& ne faifant jamais rien pour la gloire , tout
paroît lui enlever même les honneurs ordinaires
de la vertu : voyez cependant quel
empire la fienne obtient dans cette Rome qui
recueilloit tous les vices , ainfi que toutes les
richeffes de l'Univers foumis ; on ne peut
plus le récufer dans les ingerens fans dé
DE FRANCE. 127
crier fa caufe ; fon afpect inattendu interrompt
les Spectacles infâmes des Romains ,
& ceux qui l'entourent le proclament le
feul fage , le feul invincible , au moment
où il fuit devant le vainqueur de Pharfale.
Le plus intrépide des hommes , il en eft
encore le plus fenfible & le plus doux ,
quand il peut l'être fans démentir le rôle
qu'il fe croit départi par les Dieux. Jamais ,
dans fa jeuneffe , il n'avoit pris le repas de
fa journée qu'avec fon frère. Durant la guerre ,
civile , il est toujours couvert de deuil , un
grand foin l'occupe encore au moment où
il a réfolu de mourir , celui de pourvoir
au falut de fes amis ; il mêle cette tendre
inquiétude aux penfées de l'immortalité du
Jufte dans le calme de fa nuit dernière ;
enfin il fort de la vie comme un homme
à qui il ne refteroit rien à faire , & qui retourneroit
fatisfait & tranquille vers celui
qui l'avoit envoyé.
( Cet Article eft de M. D. L. C. )
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
MLLE Caftelnau a débuté fur ce Théâtre ,
le Dimanche de ce mois par le rôle de
128 MERCURE
cette Actrice avec l'intérêt qu'infpirent les
grâces de la jeuneffe , unies aux avantages
d'une taille élégante & d'une jolie figure. Sa
voix a du timbre , de la flexibilité & des
tons fenfibles . Son jeu n'a aucun défaut que
l'habitude de la Scène & l'étude des bons
modèles ne puiffent bientôt faire difparoître ;
mais elle a befoin qu'un travail affidu , dirigé
par une bonne méthode , lui donne la
jufteffe d'intonation , l'art de conduire fa
voix , la sûreté & la précifion dans le chant
qu'exigent les premiers rôles auxquels elle
femble appelée par les avantages qu'elle a
reçus de la Nature.
Mlle Saunier , qui n'a pas encore 15 ans ,
a danfé , pour la première fois , le Mardi 9
de ce mois , dans le Baller du fecond Acte
de la Caravane. Une taille auffi noble qu'élégante
, une figure intéreffante & agréable ,
de beaux développemens , un grand accord
entre tous fes mouvemens , beaucoup d'àplomb
& une exécution déjà très - vigoureufe
, ont valu à cette jeune Débutante les
plus grands applaudiffemens & les encouragemens
les mieux mérités. Elle fe deftine à
la Danfe noble , & la Nature lui a donné
tous les moyens de s'y diftinguer. Nous ne
doutons pas qu'elle ne cultive , par le tra-
& own lea
DE FRANCE.
129
mettent bientôt en état de nous confoler , de
la perte que nous regretons encore , dans un
genre de Danfe fi difficile , fi intéreffant , &
d'autant plus précieux , que c'eft un genre
national , & dans lequel les Danfeurs de notre
École n'ont point eu encore de rivaux .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Mardi 9 de ce mois , M. Gérard a
débuté par le rôle d'Arnolphe , dans l'École
des Femmes , & c.
Cer Acteur a joui d'une réputation affez
brillante fur le Théâtre de Rouen : il étoit
fort eftimé à Touloufe , qu'il vient de quitter
pour débuter à Paris. Les Spectateurs de la
Capitale ne lui ont pas fait un accueil auffi
favorable que les Amateurs des deux villes
que nous venons de citer; mais ils l'ont vû
avec quelque fatisfaction , & n'ont pas dédaigné
de lui donner quelques encouragemens.
Que conclure de cet expofé fidèle pour
le talent de M. Gérard ? Rien . Sans vouloir
ici outrager les Connoiffeurs Provinciaux ,
nous oferons dire que depuis qu'ils ont arboré
exclufivement l'étendard de l'Opéra-
Comique , ils font devenus d'affez mauvais
juges en talens Dramatiques. Il n'existe plus
ce temps heureux où les Théâtres de Rouen
& de Lyon fouraiffoient à ceux de la Capitale
les Sujets dont ils avoient befoin. Nous
ne voyons plus ces deux Scènes nous envover
2ño ous
130 MERCURE
comme autrefois , des Kecrues Comiques ,
parmi lesquelles on diftinguoit des Preville ,
des Beauménard , des Molé , des Brizard ,
&c. Non. C'eft au Drame Lyrique , c'eft au
Poëte Lyrique , c'eft à l'Acteur Lyrique que
s'adreffent toutes les préférences , tous les
hommages , toutes les faveurs. Thalie &
Melpomène font éclipfées par le Vaudeville,
& par une Mufe moderne qui ofe quelquefois
ufurper le nom de Polymnie. A peine
brûle- t'on fur leurs autels un grain de cet
encens qu'on leur a prodigué fi long- temps ,
& fi à jufte titre ; & le culte des Rois eft
oublié pour celui des Tyrans. Voilà pour la
Province. De Paris , de fes Amateurs , qu'en
dirons-nous ? Hélas ! l'ennui du beau , pour
nous fervir d'une expreffion du premier de
nos Lyriques , leur fait aimer le laid. Des
caractères outrés , des intrigues échafaudées ,
des vers bourfoufflés , de la profe emphatique,
des Tragiques exaltés , des Comiques entourés
de bouffonnerie & de caricature
voilà ce qu'il faut aujourd'hui pour entraîner
les fuffrages de la Capitale. Avec un
talent fimple , vrai , naturel exempt de
toute la charge comique qui fait à préfent
les fuccès , M. Gérard n'a donc pu que plaire
très médiocrement à des Spectateurs dont
le goût blâfé n'eft plus fufceptible d'éprouver
les impreffions que donne la fimple naof
hear
DE FRANCE. 131
du talent eft préférée au talent même , & où
frapper fort vaut mieux que de frapper
jufte , comme l'a fi bien obfervé Voltaire ;
car nous aimons à citer nos Maîtres. On peut
cependant reprocher à M. Gérard des défauts
effentiels , quoique fufceptibles d'être
au moins atténués. Son mafque n'a pas toujours
affez de mobilité, fon gefte eft uniforme
, fon débit a quelquefois de la monotonie
, & l'on peut encore defirer qu'il parvienne
à donner à fon organe , naturellement
agréable & rond , un peu plus de nerf
& de fermeté. Nous ne parlerons point de
l'air embarraffé , gêné , inquiet qu'il montre
quelquefois à la Scène , tout cela eft à peuprès
inféparable des effais d'un Débutant.
Nous l'inviterons feulement à refpecter la
mefure des vers & à étudier la profodie , fi
quelque événement heureux, ( car tout eft de
hafard ou à peu près , ) le fixe fur la Scène
Françoife. Il peut gagner beaucoup en y reftant
; & dans l'état actuel de l'Art du Théâtre ,
il ne fauroit déplaire nulle part.
LE Jeudi 11 du même mois , on a donné
la première repréfentation du Jaloux , Comédie
en cinq Actes & en vers libres , par
M. Rochon de Chabannes.
A l'inftant où nous écrivons cet article ,
132 MERCURE
de l'Ouvrage , nous parlerons fimplement ici
de l'effet qu'il à produit , & de la manière
dont on l'a jugé. D'abord , des détails brillans
, des caractères bien préfentés , un ftyle
plein de grâces , ont excite les plus vifs applaudiffemens
jufqu'à la moitié du fecond
Acte. Tout-à coup une plaifanterie fur les
globes aéroftatiques , des développemens un
peu longs , une fortie fur les Journaux , &
quelques gaîtés peut- être un peu hafardées ,
quoique placées dans la bouche d'unValer , ont
tellement indifpofé le Public, qu'il eft devenu,
par une fingularité très-commune aujourd'hui ,
févère à outrance , & même impitoyable ;
& la Pièce , d'abord applaudie avec ivreffe ,
a été fur le point de ne pas être achevée. Le
courage , la prudence & le talent de M. Molé
ont arrêté tout- à coup les éclats tumultueux.
Cet Acteur a demandé refpectueufement au
Public h on lui ordonnoit de fe retirer : l'acclamation
générale a répondu par la négative,
& la Pièce , continuée , tantôt au milieu des
plus bruyantes clameurs , tantôt avec les plus
vifs applandiffemens , a été jufqu'à la fin .
A t'elle été jugée ? Non. M. de Chabannes
doit avoir fenti tout ce qui , dans fon Ouvrage
, eft fait pour déplaire généralement.
Avec le talent qu'on lui connoît, il doit avoir
affez de courage pour s'exécuter fur quelques
obiets qui déparent fa nouvelle production .
DE FRANCE. 133
nd
J'appelle en Auteur foumis , mais peu craintif,
Du Parterre en tumulte au Parterre attentif. *
Avant la repréſentation de la petite
Pièce , on a demandé M. Molé ; il a paru ,
& on l'a reçu avec tranfport. Cet hommage
lui étoit bien dû ; car il feroit dif
ficile à un Acteur de donner plus de preuves
de talent , d'annoncer plus de reffources , en
un mot , d'être plus vrai & plus attachant
que M. Molé dans le rôle du Jaloux , furtout
dans le quatrième Acte , où il nous a
paru fupérieur à lui même.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Samedi 6 Mars , M. Amiel a débuté
par le rôle de Wefternn dans Tom- Jones à
Londres , & par celui de la Fleur dans les
Événemens imprevus.
Cet Acteur a obtenu de grands fuccès à
Fontainebleau & à Verfailles . Nous ne parlons
que de ceux- là , parce que nous n'a-
La feconde & la troifième repréfentation de cette
Comédie , données de fuite le Samedi 13 & le Dimanche
14 , ont obtenu le plus grand fuccès. Nous
n'en fommes point furpris. 1. parce que l'Auteur
s'eft courageufement exécuté ; 29. parce que le Public
a été jufte. Nous entrerons dans de plus grands dé134
MERCURE
vons pas été temoins de ceux qu'il a pu obtenir
ailleurs . Peut être l'a- t- on beaucoup
trop vanté. Quelquefois nous l'avons entendu
comparer au célèbre Piéville dans la
Comédie , & certes la comparaifon a dû
nuire à M. Amiel. On l'a auffi beaucoup
trop déprimé ; car des Comédiens connus
l'ont ravalé au- deffous du médiocre . C'eft
entre ces deux excès qu'il faut juger M.
Amiel. Il a de la propenfion aux grimaces
& à la charge ; nous defirons qu'il n'en ait
pas contracté une habitude incurable : s'il
peut la vaincre , au moins en partie , il
peut mériter des fuccès à Paris . Nous lui
avons fouvent vû de la vérité , du naturel ,
de l'intelligence , des éclairs de bon comique,
& tous ces moyens donnent des efpérances
. Nous avons dit des éclairs , & nous
appuyons fur cette expreffion. En effet , M.
Amiel donne d'abord un caractère au rôle
qu'il joue , puis tout à coup il l'abandonne ,
y revient , le reprend & le quitte encore.
D'où viennent ces variations ? D'un defir
immodéré d'exciter les applaudiffemens qui
le jette trop fouvent hors de fon perfonnage ,
& ne montre que le Comédien qui s'efforce
d'être agréable. Il eft beau de chercher à méri
ter les fuffrages ; mais c'eft à ceux des gens
de goût qu'il faut s'attacher , & non aux acclamations
des amateurs de la parade.
Gaîté fans excès , comique fans caricature ,
abandon fans licence , voilà les premières ,
les plus indifpenfables qualités d'an Comé
DE FRANCE. 135
dien qui veut honorer fon état & plaire à
Les Juges.
9 LE Mardi du même mois , on a joué ,
pour la première fois , Arifte , ou les Écueils
de l'Education , Comédie en cinq Actes &
en profe.
M. Argante a élevé fon fils Damis avec la
plus grande dureté. Mme Argante a pour lui
la plus grande foibleffe ; de forte que le
jeune homme eft un de ces êtres capricieux ,
vains , légers , inconféquens , emportés , dont
Paris abonde , & à qui on pardonneroit de
punir leurs inftituteurs de leur mal - adreffe ,
s'ils n'étoient pas en même- temps les fléaux
de la fociété. M. Argante veut que Damis
époufe fa Pupille Ifabelle ; mais celui ci a
fauvé Julie de la brutalité de quelques infolens
, il s'eft même battu pour elle , & il
l'adore. Cette même Julie , fille bien née ,
mais fans fortune , fe préfente chez Mme
Argante en qualité de Femme de Chambre ;
y eft admife; y retrouve fon amant ; en eft
obfédée , veut facrifier fon amour à fon.devoir
; défefpère le fougueux jeune homme ,
excite de nouveaux troubles dans fon
coeur comme dans fa tête ; met à l'épreuve
la complaifance de Mme Argante ; enfin ,
remplit le père de fureur & d'indignation.
Un frère de M. Argante , homme fenfé ,
.ami de la paix , entreprend de ramener tous
T11 CUL
136 MERCURE
Comte de Gerval , fon ancien ami ; & , d'après
cela , n'a pas de peine à tout pacifier. Les
deux amans font unis.
Voilà tout ce que nous pouvons faire connoître
de l'intrigue très-obfcure & très - compliquée
d'Arifte. Il feroit difficile de deviner
comment on a voulu remplir le fecond titre
de cet Ouvrage : les Écueils de l'Éducation ;
car le réfultat des extravagances de Damis
n'a rien d'effrayant , au contraire. Il aime fans
la connoître , il eft vrai , une fille de condition
; mais après bien des traverfes , il triomphe
; & la fin de toute l'intrigue prouve qu'il
a eu raifon d'aimer Julie qui , par la naiffance ,
fes vertus & fa fortune, eft faite pour prétendre
à une alliance diftinguée. Mais abrégeons
les réflexions , puifque ce Drame n'a point
eu de fuccès , & que fa morale ne fauroit
être bien dangereufe . Cette Comédie n'eft pas
très-moderne. Elle fut mife entre les mains de
feu M. Saurin , qui fe propofa de l'arranger
pour le Théâtre, & qui bientôt y renonça, foit
parce que le fujet lui déplut , foit parce qu'il
ne fut pas curieux de travailler fur le fonds
d'autrui . Il a pourtant fait les Mours du tems ,
& cette petite Pièce n'eft qu'une imitation
de l'Ecole des Bourgeois , de l'Abbé Delainval
. Quoi qu'il en foit , l'Ouvrage a été tiré
du porte- feuille de M. Saurin & porté dans
celui de M. D... , qui , échauffé par quelques
fituations heureufes , ébloui par le caractère
DE FRANCE. 137
difficulté abandonnée par un Membre de
l'Académie Françoife . On peut lui favoir
gré de fes efforts ; mais on doit l'engager
auffi à chercher dans fon génie des fujets
propres à mettre au Théâtre , & à renoncer
pour jamais au vain efpoir de donner une
exiftence à des enfans morts nés.
ANNONCES ET NOTICES.
ES Les Siècles Payens , ou Dictionnaire Mythologique
, Héroïque , Politique , Littéraire & Géographique
de l'Antiquité Payenne , depuis l'origine du
Mondejufqu'à la fin du fiecle d' Augufte , pour fervir
à l'interprétation des Auteurs anciens , & à celle
des Auteurs modernes qui traitent de l'Antiquité ;
par M. l'Abbé S *** de Caftres , 9 Vol. in- 12 . Prix ,
27 liv reliés & 22 livres 10 fols brochés. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins
, hôtel de Cluni.
୨
L'étude de la Mythologie eft indifpenfable pour
l'intelligence des Auteurs & de l'Hiftoire de l'Antiquité.
C'eft une vérité qui n'a pas befoin d'être prouvée
; elle a été fentie de tous les temps ; auffi divers
Écrivains ont- ils effayé de nous familiarifer avec le
Code Mythologique , d'autant plus difficile à développer
, que fes meilleurs Hiftoriens fe contredifent
plus d'une fois. Mais les Ouvrages que nous avons fur
cette matière font pour la plupart ou des Abrégés infuffifans
; ou des Recueils fautifs , dans lefquels on ne
montre d'autre exactitude que celle de copier les erreurs
d'autres Hiftoriens ; ou enfin de laborieufes
compilations dont les Auteurs , pour adapter tous les
faits à un fyftême particulier , en donnent à chaque
29
235
138 MERCURE
inftant des explications forcées & de fauffes interprétations.
L'Auteur de l'Ouvrage utile que nous annonçons a
vû tous ces défauts, & n'a rien négligé pour s'en garan
tir. Il a donné la plus grande étendue à fes Faftes Mythologiques;
il les a préfentés fous la forme alphabétique
pour en faciliter l'ufage ; & en puifant dans les
fources primitives , il s'eft mis dans le cas de relever
nombre d'erreurs , même chez nos Auteurs le plus en
crédit. Le foin qu'il a pris de citer fes autorités , met
en évidence les recherches qu'il a faites , & fournit à
tous fes Lecteurs le moyen de vérifier fon exactitude.
ÉTABLISSEMENT NOUVEAU. Quai & près
des Auguftins , à la defcente du Pont - Neuf, Royez ,
tient Affortiment de Livres les plus utiles aux Étrangers
, &c. Nouveautés agréables en plufieurs genres ;
Cartes même & Eftampes ; Voyages , Defcriptions ,
Curiofités de France , de Paris & autres Pays ; Itiné
raires , Poftes , &c . les meilleurs Ouvrages fur la
Mufique , fur les Arts en général & le Commerce ;
enfin Dictionnaires , Élémens , Livres de plufieurs
Langues.
Il tient auffi le Cabinet de Lecture , le premier &
le feul qu'on ait formé de tous les Papiers publics
nationaux & étrangers , François , Anglois , Allemands
, Italiens , Efpagnols , & c. L'Auteur de cet
Etabliffement a réuni à tant de fecours littéraires
une Collection complette des Affiches de ces mêmes
Provinces , où l'on trouve tout ce qui arrive journellement
d'intéreffant , événemens , ventes , hypothèques
, changes , prix des denrées , départ & arrivée
des navires des Villes maritimes , &c. enfin leur
Littérature & leurs Avis qui peuvent être utile même
à la Capitale. Il y a joint les papiers Américains , &
DE FRANCE. 139
Outre ces avantages , on trouve chez lui la jouiffance
defesmagafins de Librairie au premier & au fecond,
avec la liberté d'y faire les extraits dont on aura
befoin , & l'on y trouvera pour cela tous les fecours
néceffaires, grands Livres & Dictionnaires à confulter.
Cet Etabliffement nous a paru d'une très- grande
utilité , & mérite des encouragemens.
- On trouve à la même adreffe : Recueil des
Mémoires fur la fabrication & la formation dufalpêtre
, approuvés par l'Académie , 1 Volume in 89.
Prix , 5 livres broché. Goûts & Génies différens
des François & des Anglois dans leur vie privée ,
le luxe , les femmes , les Sciences , les Arts & le
Commerce , 1 Volume in- 12 . Prix , 3 liv. relié.
Hiftoire des premiers temps du Monde d'accord
avec la Phyfique & l'Hiftoire de Moyfe , 1 Volume
in-12 . Prix , 2 liv. 10 fols relié.
EUVRES de Plutarque , traduites du Grec ,
par Amyot, Tome II . A Paris , chez Jean - François
Baftien , rue Saint-Hyacinthe , la première portecochère
à droite en entrant par la Place S. Michel.
C'eft la huitième Livraison de ce grand Ouvrage
. On a donné de juftes éloges à l'exactitude de
l'Éditeur ; il vient de prendre de nouveaux arrangemens
pour mettre encore plus de rapidité dans fes
Livraiſons.
REPONSE à un Jeune Poëte de mes Amis , qui
m'avoit écrit une Lettre galante , pendant quej'étudiois
la Théologie ; Pièce qui a concouru pour le
Prix de l'Académie des Jeux Floraux par
M. l'Abbé Caftan de la Courtade , Prébendier du
Chapitre Saint- Aphrodife , & l'un des Profeffeurs de
Réthorique du Collége Royal de Beziers.
Cette Épître , qui annonce du talent pour la Poéfie ,
eft écrite avec beaucoup de facilité. Cette facilité va
140
MERCURE
fouvent jufqu'à la négligence ; mais l'Auteur a le
talent de phrafer , de jeter fes vers avec la plus
grande liberté. Nous allons en citer quelques uns.
Comme l'Auteur , en faifant cette Épître , étudioit la
Théologie , il repréfente les Docteurs , Cafuiftes ,
&c. qui viennent chaffer de fa Bibliothèque les Poëtes
qui l'embelliffoient.
E
1eurs.
Le hardi Tournely , qui précédoit Collet , (1)
Terraffa fans pitié , de fa main furieufe ,
De l'aimable Gefner la lyre harmonieuse ,
Quife cachoit en vain fous un berceau de fleurs.
Du feul Baronius l'haleinc vigoureufe
De l'Auteur de Joconde a fast des
Du redoutable Arnaud la plume impetterie
Du fublime Molière a brifé les crayons ,
La flûte de Berquin , le chalumeau ruftique
Des Segrais , des Racans , des Mofchus , des Bions ,
La lyre de Rouffeau , la trompette héroïque ,
Que le Taffe emboucha pour chanter les Bouillons ,
Et de Clément Marot ( 2 ) le flageolet antique ,
Qui, fous François Premier, mêloit fon ton gothique
Au bruit tumultueux des fuperbes clairons .
MERCURE & les Ombres , Pièce épifodique en
vers , repréfentée fur le Théâtre de l'Ambigu comique
, le 22 Décembre 1782. Prix , I livre fols A
Paris , chez Brunet , Libraire , près du Théâtre
Italien .
4.
Le fujet de cette Pièce eft une Fable de Lamothe, dans
laquelle Mercure confole des morts qu'il conduit aux
enfers , en leur difant que leur trépas n'a pas caufé les
regrets qu'ils croyent laiffer dans l'autre monde , &
qu'on y a déjà oublié leur perte . La Pièce , comme onle
Continuateur de Tournely.
Francois Premier à la guerre
DE FRANCE, 141
penfe bien , eft compofée de Scènes épifodiques. On
y a trouvé des traits d'efprit & des vers heureux.
Notre Journal entre pour quelque chofe dans les
vers du dénouement ; c'eft Mercure qui parle aux
Spectateurs :
Je répands fous mon nom le Journal des François ;
J'offre au Public & les Effais
Et les Triomphes des Poëtes :
Mercure annonce les fuccès ;
Mais , Meffieurs , c'est vous qui les faites.
PROSPECTUS d'un Pont de fer d'une feule ar
che, propofé depuis vingt toifes jufqu'à cent d'ouver
ture, pour être jeté fur une grande rivière , préfenté
au Roi les Mai 1783 , par M. Vincent ,de
Montpetit . A Paris , chez l'Auteur , rue du gros
Chenet , près celle de Cléry , n° . 3.
La néceffité de former de plufieurs arches les ponts
des grandes rivières augmente les dangers de la navigation
. Il eft important de leur donner le plus
d'étendue poffible. Le fer , qu'on a déjà proposé plufieurs
fois , eft la matière la plus propre à ce procédé,
comme la plus forte & la plus indeftructible
dont on puiffe faire ufage. L'Auteur de ce Profpectus
a dreffé le plan d'un Pont de cette efpèce qui
doit être auffi folide & moins coûteux. Il follicite
des expériences qui puiffent faire juger fi fon plan eft
utile & praticable ; & en effet c'eft à- peu-près le feul
moyen de fe inettre en état de prononcer là- deffus .
ESSAI fur la poffibilité d'une Machine à ofcillations
croiffantes , par M. Barbot Dupleflis , Secrétaire
du Roi , Greffier en Chef de la Maîtrife des
Eaux & Forêts du Duché d'Orléans , Membre des
Sociétés d'Agriculture & de Phyfique de la même
Ville. A Paris , rue & hôtel Serpente.
142 MERCURE
L'Auteur de cette Brochure prétend prouver qu'on
peut faire une Machine dont le mouvement foit un
vrai mouvement perpétuel méchanique , en mêmetemps
qu'une Machine à ofcillations croiffantes.
Cette Brochure eft digne d'être lûe , & l'idée qu'elle
renferme mérite l'attention des Phyficiens ; mais
nous devons imiter la fageffe du Cenfeur de
cet Ouvrage , qui n'a pas ofé prononcer fur le fonds
d'une queftion auffi délicate.
LES Devoirs de l'Homme , Difcours en vers.
A Orléans , chez Julien- Jean Maffot, Libraire , rue
de Recouvrance ; & fe trouve à Paris , chez Guillaume
Debure , Libraire , quai des Auguftins , &
chez les Marchands de Nouveautés.
La Morale de cet Ouvrage eft faine , mais les vers
en font très - peu poétiques. L'Auteur connoît les
Devoirs de l'Homme , mais il ne remplit pas encore
bien ceux d'un bon Poëte .
SUPPLEMENT à l'Effai fur l'Hiftoire générale
des Tribunaux des Peuples tant anciens que modernes
, ou Dictionnaire Hiftorique & Judiciaire , contenant
des Anecdotes piquantes & les Jugemens
fameux des Tribunaux de tous les temps & de toutes
les Nations ; par M. des Effarts , Avocat , Membre
de plufieurs Académies , Tome VIII . A Paris , chez
l'Auteur , rue Dauphine , à l'hôtel de Mouy , près le
Pont-Neuf, Durand neveu , Libraire , rue Galande;
Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardinet ; Mérigot
jeune , Libraire , quai des Auguftins.
Dans les fix Volumes d'Effai qu'avoit publiés M.
des Effarts , fa partie la plus intéreffante , celle qui
renferme l'Hiftoire des Tribunaux étant reftée inparfaite
, il étoit à préfumer que le Public verroit
avec plaifir des Additions à plufieurs articles qui en
DE FRANCE. 143
qui l'a précédé. Quoique ce tableau foit trifte , il
n'en eft pas moins attachant pour l'homme fenfible ,
& il offre un objet d'étude & de méditation au Philofophe.
Ajoutons à ces motifs d'éloge que l'homme
étant malheureufement peu porté à aimer la vertu
par elle- même , on a befoin , pour l'éloigner du
vice, de lui en préfenter le châtiment. C'eft ce qui.
rend la lecture de cet Ouvrage tout-à -la - fois intéreffante
& inorale.
QUATRE Sonates en Quatuor pour le Clavecin
, avec Violon & Baffe ad libitum , par M. Edelmann.
Prix , 9 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue du
Temple , au coin de la rue Paftourelle.
Tous les Ouvrages de M. Edelmann font depuis
long- temps en poffeffion de plaire , & chaque nouvelle
OEuvre lui aflure un nouveau fuffrage.
LES Fêtes de la Ville , Marche à grand Or
cheftre , fuivie d'un Andante & d'une Allemande ,
par l'Auteur de l'Amant infortuné. Prix , 1 livre
16 fols . A Paris , chez Mme Béraud , Marchande
de Mufique , rue de l'ancienne Comédie Françoife ,
Fauxbourg Saint Germain.
SOLFEGE , ou nouvelle Méthode de Mufique
divifée en deux parties . La première contient la
théorie de cet Art ; la feconde les Leçons avec la
Baffe , & les gradations néceffaires pour parvenir
aux difficultés , dédié à la Reine par Rodolphe , Muficien
du Roi. Prix , 15 livres. A Paris , chez Houbaut
, Marchand de Mufique , rue de Marivaux ,
Place du Théâtre Italien , & Leroy , Graveur &
Marchand de Mufque , Place du Palais Royal , près
le Café de la Régence.
La première partie de cet Ouvrage qui traite de
ast
144 MERCURE
c'eft- à- dire , des premiers principes de la pratique de
cet Art, eft expofée avec clarté & fimplicité par
demandes & par réponfes. La feconde , qui contient
les Leçons , nous a paru bien graduée , &
d'un chant fouvent agréable.
SECONDDE Symphonie concertante pour deux
Violons & grand Orchestre , par M. Criftiano
Stumpff. Prix , 4 livres 4 fols . A Paris , chez M.
Michaud , rue des Mauvais- Garçons , près celle de
Buffy, chez l'Herborifte.
r
PARTITION du Carmen Seculare. La Soufcription
propofée pour cet Ouvrage n'ayant point été
remplie à l'époque indiquée par l'Auteur , il prie les
Perfonnes qui ont foufcrit de vouloir bien faire retirer
les fommes qu'elles ont dépofées chez M.
Raffeneau de Lifle , Notaire , rue Montmartre ,
où elles leur feront rendues en rapportant la quittance
qu'elles ont reçue .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
VE
TABLE.
ERS dun Poëte Tragique , Charade , Enigme & Logo-
A mon Amie ,
A Mile de Saint- Léger,
97
98 Hiftoire Ancienne ,
gryphe , ib.
103
ib. Académ Royale de Mufiq. 127
ib. Comédie Françoife , 129
133
137
Impromptu ,
Le Mulot & le Rat , Fable , Comédie Italienne ,
100 Annonces & Notices ,
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Mars . Je n'y ai
rien trouvé qut puifle en empêcher l'impreffion. A Paris ,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27
MARS 1784.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à M. DE LA HARPE
fur fa Tragédie de Coriolan.
JE l'ai vu ce fameux banni
Dont le Sénat craignit les armes ;
Toutes les mains ont applaudi ,
Tous les yeux ont verfé des larmes.
Reçois le prix de tes travaux ;
Que manque- t'il à ta victoire ?
Quand , prévenu par neuf rivaux ,
Ils n'ont écrit que pour ta gloire.
Pourfuis. Du Théâtre François
* Il y avoit déjà neuf Tragédies au Théâtre intitulées :
Coriolan.
No Mar
146 MERCURE
Ranime la fplendeur mourante.
Afpire à de nouveaux fuccès;
D'une touche fière & favante
Deffine encor d'autres portraits ,
Méprife l'impuiffante envie
Et le fiel de fon encrier ;
Elle aime à flétrir le laurier
Qui couvre le front du génie.
(Par M. Bodard , du Mufée de Paris. )
A Mile DE PRÉMOISANT , à l'occafion
d'un Bal qu'elle a donné à Argentan , en
faveur & au profit des Pauvres , à caufe
de l'extrême rigueur de l'hiver.
DE la Meffagère à cent voix
'J'entends retentir la trompette.
Du couchant à l'aurore elle annonce une fête
Qui dut charmer le riche & le pauvre à la fois.
Chez toi la volupté s'ennoblit & s'épure.
Tu raffembles les Ris , les Jeux
Pour venir au fecours de tant de malheureux ,
Victimes des rigueurs d'une faifon trop dure.
Les Grâces , les Amours fe cotifent pour eux.
Vénus même offre fa ceinture
Pour effuver les pleurs qui coulent de leurs veux
DE FRANCE. 147
Fait naître des plaifirs de la fociété
Le bonheur de l'humanité.
Tu fixes tous les voeux , ô ma charmante amie !
Jouis de ton triomphe , il eft bien mérité.
VERS fur le Papier nouveau de Langlée,
près Montargis.
LE fiècle de Louis , comme celui d'Auguſte ,
Dans le fein de la paix fera fleurir les Arts ;
Et fous l'empire heureux du Prince le plus jufte ,
Cent prodiges nouveaux naîtront de fes regards.
Montgolfier, à fes yeux , vers la voûte azurée ,
Avec l'air & le feu , rend la route aſſurée.
le Globe aérien ,
L'Anglois feul , en voyant
Prononce avec humeur , qu'il n'eft utile à rien .
Si l'on vante Annonay , dont la Papeterie
Vit naître en Montgolfier un homme de génie ,
Son rival en fon Art, & fon admirateur ,
Delifle , dans Langlée , aux talens fait honneur.
Son coeur n'eft pas jaloux , il n'a point la manie
D'exciter les fifflets des ferpens de l'Envie :
Pour chanter fon Émule , un papier tout nouveau
Naît de l'herbe qui croît ſous le cryſtal de l'eau ,
*
* N. B. Ce Papier eft uniquement fait d'herbe . L'invention
en eft dûe à M. Delifle , Directeur de cette fa
perbe Manufacture. Ces vers nous ont été envoyésfur un
échantillon de ce nouveau Papier.
Gij
148 MERCURE
En le formant , fa main donne un sûr témoignage
Qu'à fon heureux confrère il rend un jufte hommage.
Ainti , les vrais talens font unis. par l'amour ;
Et fi de l'Univers les veux placent un jour
Montgolfier & fon Globe au Temple de Mémoire ,
Sur ce papier , Delifle en écrira l'Hiſtoire .
' IMPROMPTU fait à Table à Mlle D E
en lui fervant une pomme.
On dit que le Berger Pâris ,
Qu'ici mon emploi me rappelle ,
Pour la pomme offerte à Cypris ,
Eut trois baifers de l'immortelle ;
Aux voeux d'un jeune audacieux
Accordez le même partage ;
Et pour un don moins précieux
Je recevrai bien davantage.
***
( Par M. le Baron de Ginnedele. )
DE FRANCE. 149
AIR DE LA CARAVANE ,
chanté par Mlle Joinville.
Andave.
J'AB - ~ JU - RE la haine cruel - le Qui
dé- vc -roit mon coeur ja - lonx , Qui dé- voroir
mon coeur ja loux : Rendons une ¿--
pou- fe fi del- le Aux voeux de fon fidel
époux. Loin de ces lieux • qu'elle
ref- pi re Au fein de la fé .
licité ; Son dé- part m'af-fu-
Giij
150
MERCURE
re un em pi- re , m'affure un em- pi- re Que
m'eût en-le- vé fa beauté , Que
m'eût en le vé ·
fa beau- té. Rea - dons
· une é pou fe fi del le Aux
voeux de fon fidelé
Four;
Son dé- part m'aflure un em- pi-re
m'affu
re un em-pi- re Que m'eût en- levé
fa beau-té , Que m'eût en leDE
FRANCE. 151
vé fa beau- té.
(Paroles de M. ** , Mufique de M. Gretry. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Mme Dugazon ;
celui de l'Enigme eft le mot Oui ; celui du
Logogryphe eft Ballon , où l'on trouve bal
( paré ou mafqué ) , la (note de musique) , bon
(pris fubftantivement) , ban , bona, bol & on.
JE
CHARADE.
•
Mon premier eft très -impoſant ;
Mon fecond un fardeau pefant ,
Et mon tout eft fort amufant.
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
ÉNIGM E.
E fuis petit petit , n'allant pas juſqu'à l'once ;
On me rencontre à chaque pas ;
1
J'ai tout vû , j'ai tout fait ; mais fouvent ce n'eft pas.
Et tel qui l'affure & l'annonce
Se trouveroit dans l'embarras ,
Si tu lui montrois pour réponſe
Mes pieds en haut , ma tête en bas.
Giv
152
MERCURE .
А мо
LOGO GRYPHE.
AMON utilité je dois mon origine ;
On m'emploie aujourd'hui beaucoup pour l'agrément ;
Du beau fexe fur-tout , agréable ornement ,
J'embellis les attraits de la jeune Rofine.
Tantôt grand , tantôt court , tantôt blanc , tantôt
noir ,
Chacune fur les traits reconnoît mon pouvoir ;.
De la mode contraint à ſuivre l'inconſtance ,
Je change affez fouvent de forme & de grandeur ;
L'on me place fuivant mon prix & ma couleur ,
Près d'un groupe de fleurs ou fur une éminence ;
Je m'abaiffe toujours en préſence d'un Grand ;
Chez le fexe en ce cas je refte dans mon rang.
Pour me trouver plus tôt , connoiíTez ma ftructure ;
J'ai fept pieds feulement , & leur combinaiſon
Vous donnera des mots de diverſe nature.
Vous trouverez d'abord l'arbre qui nous procure
La liqueur dont l'excès fait perdre la raiſon ;
Vous y verrez auffi le lieu qui la renferme ;
Un animal à corne utile en une ferme ;
Deux villes de la France ; une herbe ; an élément ;
Un ornement d'Églife ; un habit de voyage ;
Ce que rarement dit un ivrogne en buvant ;
Et l'habit qui nous couvre en tout temps , à tout âge.
(Par M. Reverony fils . )
DE FRANNCCEE.. 153
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
CORIOLAN , Tragédie en cinq Actes & en
vers , repréfentée pour la première fois à
Paris , par les Comédiens François , le
2 Mars 1784 , & à Versailles , devant
Leurs Majeftés , le 11 du même mois , par
M. de la Harpe , de l'Académie Françoife.
A Paris chez Belin , Libraire , rue
S. Jacques , & chez Brunet , rue de Marivaux
, près du Théâtre Italien..
POURQUOI
,
OURQUOI donc , a- t'on dit cent fois
vouloir mettre au Théâtre le fujet de Coriolan,
qui n'a jamais pu y reuflir ? C'est parce
qu'il n'y a jamais réufli , qu'on eft tenté encore
de l'y reporter . On ne s'en occuperoit
plus , fi on l'avoit traité une fois avec un
fuccès décidé. Mais on juge , avec raifon ,
que ce caractère à toutes les qualités théâtrales
; on fe flarte de furmonter les difficultés
que préfente l'action : éclairé par les
fautes des Auteurs qui y ont échoué , on elpère
, en les évitant , mériter un fort plus
heureux ; & l'on s'efforce de foumettre à la
règle de nos trois unités l'hiftoire de ce fameux
profcrit. Il a paru de nos jours deux
Coriolans qui ont joni d'un fuccès d'eftime :
Fun de M. Balze, imprimé en 1776 , & non
repréfenté ; l'autre , de M. Gudin de la Bru-
G v
154
MERCURE
nellerie , repréfenté & imprimé la même
anneé. M. de la Harpe vient encore d'en
donner un , qui , jufqu'à préfent , attire
des Spectateurs , & réunit de nombreux
fuffrages. Chargés d'analyfer cette nouvelle
production , tâchons de rendre profitable
à l'Art l'examen qu'on attend de nous .
Si la critique ne fervoit qu'à prouver à tel
Auteur qu'il s'eft trompé , ou à louer
tel autre d'avoir bien fait , le petit bien
qu'elle produiroit alors , ne compenferoit
pas les dangers qui l'accompagnent ;
car enfin on ne peut pas fe diffimuler qu'elle
ne foit trop fouvent l'inftrument de la flatterie
ou l'arme de la malignité. Il faut donc ,
pour la rendre plus utile que dangereufe ,
qu'en difcutant un Ouvrage , elle puifle répandre
des lumières fur l'Art qui l'a produit.
Ce n'eft pas que nous penfions qu'un
Critique , fe croyant fupérieur au génie dès
qu'il a fu découvrir en lni quelques taches:
légères , doive donner fes décifions comme
on fait enregistrer une Loi ; mais s'il foumer
fes opinions aux connoiffeurs défintéreffés ,
comme l'Auteur leur a foumis fon Ouvrage
, il peut toujours le flatter d'être
- utile parce qu'en rappelant les principes
de l'Art , il fournit l'occafion de les
méditer avec fruit , & que par-là les erreurs
mêmes peuvent ouvrir la route de la vérité.
,
Ce befoin d'une fage difcuffion eft devenu
plus urgent que jamais ; il eft peutêtre
plus néceffaire de rappeler les bons
DE FRANCE. 155
principes , au moment où ils commencent à
être oubliés ou dédaignés , que de les faire
connoître , à l'époque où ils font encore
ignorés ou peu connus , parce qu'il eft peutêtre
plus difficile de rectifier le goût que de
le former.
Nous ferons précéder l'examen de la nou
velle Tragédie , de quelques réflexions générales,
fur le fujet , & fur la manière dont
il avoit été jufqu'alors enviſagé ; mais il eſt
bon , avant tout , de rappeler en peu de
mots l'hiftoire de Coriolan : ce fera autant
de pris fur la longueur de l'analyſe.
Né avec la fermeté qui rend les vertus
utiles , Coriolan manquoit de cette grâce qui
les rend aimables ; courageux , mais fier &
emporté ; fouvent libéral , mais jamais populaire
; en acquérant par fes fervices des
droits à la reconnoiffance du peuple Romain
, il s'attira fa haine par fon caractère
altier & inflexible. Cité par les Tribuns ,
abandonné par le Sénat , qui ne pouvoit le
defendre fans expofer la République , il fe
voit condamné au banniffement. Réfugié,
chez les Volfques , qu'il excite à faire la
guerre aux Romains , il venge (on injure en
combattant contre fa Patrie , dont il a juré
la perte. Après plufieurs villes prifes , & fon
territoire ravagé , Rome qui voit fes murs
prêts à être livrés aux flammes , lui députe
pour l'appaifer , d'abord fes Confuls , enfuite
les Prêtres ; l'implacable vainqueur
G vj
156 MERCURE
répond à leurs prières par des menaces &
des imprecations . Enfin on lui envoie fa
mère à la tête des Dames Romaines ; & Coriolan
fe laiffe fléchir. Mais à peine a - t'il
pofé les armes , qu'il eft affaffiné par Tullus ,
le Général des Volfques , qui , après l'avoir
accueilli & avoir partagé avec lui le commandement
de l'armée , étoit devenu jaloux
de fa gloire. Telle eſt, d'après les anciens Hiftoriens
, l'hiſtoire de Coriolan ; & on ne faus
roit nier qu'elle n'offre au moins un perfonnage
très-dramatique.
Jetons maintenant un coup- d'oeil rapide
fur les diverfes Tragédies qu'il a fait naître ,
non pour les analyfer & les juger , ce qui
nous meneroit beaucoup trop loin ; mais
pour remarquer feulement ce que chacun
des Auteurs a de particulier dans fa manière
d'adapter ce fait au Théâtre ; voyons
comment on l'avoit confidéré juſqu'ici ,
avant de voir comment M. de la Harpe l'a
traité.
Nos premiers Poëtes Dramatiques s'en
emparèrent. Hardi & Chapoton , en le traitant
, fuivirent pas à pas les Hiftoriens avec
une fidélité bien digne de leur ignorance .
N'étant gênés par aucune règle , n'étant guidés
par aucun goût , ils firent entrer dans
leurs Pièces toute l'hiftoire de Coriolan .
Sakeſpear , qui paroît l'avoir traité avant
eux , s'étoit encore donné plus de carrière .
Non -feulement il avoit préfenté fon Héros
DE FRANCE 157
cité par les Tribuns , banni , réfugié chez
les Volfques , vengé par une guerie défaftreufe
, inexorable aux fupplications de
Rome , defarmé par fa mère , & égorgé par
le peuple Volfque ; on le voit même combattant
encore pour la patrie ; on remonte
jufqu'à l'époque où il avoit acquis par fa
valeur le furnom de Coriolan. C'eft à peuprès
ainfi que l'a vu un Aureur Italien , le
Docteur Modonèfe , dont le Drame ou le
Roman n'eft remarquable que par fon extravagante
prodigalité d'incidens.
Chevreau , qui avoit écrit en France longtemps
avant ce Docteur , avoit été plus fobre
que lui. Rome eft déjà alliégée , elle a déjà
fait de vaines démarches pour défarmer le
vainqueur , quand l'action de la Tragedie
commence.
Après ces Pièces irrégulières , l'Abbé
Abeille a fu faire du même fujet une Tragédie
dans les règles du Théâtre , & contre
toutes les règles de la vraifenblance & du fens
commun. Au lieu de placer fon Héros entre
la vengeance & l'amour de la patrie , il le
fait s'agiter entre une maîtreffe qu'il aime &
une autre dont il eft aimé ; aux approches
du dénouement Coriolan s'enfuit du
camp des Volfques pour ne pas déplaire
à fa maîtreffe , qui l'a menacé de le quitter
pour époufer le Général desVolfques; car l'Au
teur n'a pas manqué de donner Tullus pour
rival à Coriolan . Voilà de la galanterie bien
,
118
MERCURE
placée ! Il y a quelque chofe de plus ridicule
encore que l'Ouvrage , c'eft fon fuccès ; il
fut joué dix-fept fois . Et Racine avoit déjà
donné la plupart de les chef d'oeuvres !
Depuis l'Abbé Abeilles on a fait commencer
& finir l'action de Coriolan dans le
camp des Volfques.
Dans le Coriolan de Richer , ce Héros
avoit promis fa fille à Appius avant fon banniffement
; mais depuis fon arrivée chez les
Volfques , il veut la donner à Tullus ; & fa
fille qu'il fait venir de Rome , refuſe de lui
obéir. Alors l'intérêt du fujet aifparoît fous.
cette intrigue amoureufe ; alors Coriolan
défarmé ne paroît plus qu'un incident , tandis
que ce doit être l'action principale ; il
n'eft point le Héros de la Pièce ; Tullus en
fait prefque feui l'action & le dénouement
; fon amour noue l'intrigue & produit
la catastrophe. De ce défaut , il réfulte
un avantage qui ne peut pourtant pas le
compenfer ; c'eft que par là l'affaffinat de
Coriolan s'identifie davantage avec le fujer ,
& qu'on n'eft pas même étonné d'y trouver
11 mort de Tullus lui-même , tué par Appius
, pour venger Coriolan.
Après R cher , Mauger a traité au le
mêmefujet. L'action eft chez lui fort avancée.
Son Héros a déjà repouffe la prière des Ambaffadeurs
& celle des Prêtres de Rome.
Peu de dignité dans le ton . On vient dès le
premier Acte annoncer en ces termes l'arrivée
de Véturie :
DE FRANCE. 159
J'ai des preuves certaines
Qu'on députe vers vous quelques Dames Romaines
Quelles expreffions ! voilà le talent de rape
tiffer par le ftyle les plus grands objets . Véturie
, arrivée avec la femme de Coriolan ,
lui remet le foin de défarmer fon époux ;
parmi les confeils qu'elle lui donne pour
cela , elle lui dit de s'affliger moins :
Rejetez ces alarmes ;
Trop de douleur peut -être obfcurèiroit vos charmes .
C'est- à- dire , votre mari vous trouveroit moins
jolie. Quelles pauvretés ! dans un fujer auffi
grand , auffi auftère ! Mais ce qu'il y a de remarquable
dans cette Tragédie , ( & c'eft
pour cela qu'il entroit dans notre plan d'en
faire mention ) c'eft qu'elle eft fans amour.
Le Coriolan de M. Balze paffe pour avoir
des détails d'un grand effet , de beaux vers ,
de grands mouvemens . C'eft- là qu'on trouve
cette belle exclamation qui eft restée dans
la mémoire de tous les Amateurs de l'Art
Dramatique :
VETURI E.
Au nom de la Patrie.....
•
CORIOLA N.
Un banni n'en a pas.
Mais ce qui eft particulier à M. Balze , &
ce que nous devons par conféquent remarquer
ici , puifque ce coup d'oeil jeté fur les
160 MERCURE
diverfes Tragédies de Coriolan n'a d'autre
objet que de remettre fous les yeux de nos
Lecteurs les diverfes manières dont on a vû
ce fujer , c'eft qu'il a marié fon Héros à la
fille de Tullus.
Enfin le dernier Coriolan qu'on ait vû
avant celui de M. de la Harpe , c'est celui
de M. Gudin. Sans prétendre juger cette
Tragédie , nous croyons pouvoir dire que
l'Auteur y montre des intentions vraiment
dramatiques & morales ; qu'il a cela de particulier
, qu'en donnant de la fierté à Coriolan
, il lui donne auffi de la fenfibilité ; que
ce Héros y paroît évidemment malheureux ,
& par l'injure qu'il a reçue , & par la vengeance
qu'il en tire ; que l'Auteur l'a rendu
intéreffant fans diffimuler fes fautes ; & que
fa mort , qui eft regardée comme un des
vices naturels du fujet , y eft fauvée autant
qu'elle peut l'être , par la manière rapide &
pourtant préparée avec laquelle elle s'exécute
, & par la noble précifion dont elle eft
annoncée. Et mon fils , s'écrie Véturie ?
Minutius ne lui répond que par ces mots :
Rome eft libre. Et plus bas , c'est - à- dire , aux
derniers vers de la Pièce :
VETUR I E.
De mon fils apprenez- moi le fort.
MINUT I US.
Les Dieux ont difpofé des jours de ce grand homme.
DE FRANCE. 161
VETUR I E.
Ah ! j'ai perdu mon fils.
MINUTIUS ,
Vous avez fauvé Rome.
Les autres Coriolans écrits en François
ou en langues étrangères , n'offrant rien de
particulier dans la manière dont leurs Auteurs
ont confidéré le fujet , ne doivent pas
entrer dans cette difcuffion. Après avoir
ainfi expofé clairement cette action , après
avoir préfenté les diverſes manières dont elle
a été mife au Théâtre , il n'eft aucun de nos
Lecteurs qui ne puiffe nous fuivre dans les
différentes obfervations que nous fournira
la nouvelle Tragédie de M. de la Harpe ,
& qui ne foit en état de les réfuter , ou de
fe répondre de leur jufteffe.
?
La grande railon de ceux qui excluoient
ce fujet là du Théâtre , c'est qu'il ne comporte
qu'une Scène. Qu'a fait M. de la Harpe
, quand il a voulu le traiter ? Il a dit ce
qu'il a écrit dans fa Preface : pourquoi le
fujet de Coriolan n'a t'il jamais réuili au
Théâtre c'eft que tous ceux qui l'ont effayé
n'ont faifi qu'un feul moment de cette grande
action , & qu'aucun ne l'a embraffée en entier.
D'après ce raifonnement , il a embraffé
l'action dans fon entier ; il a pris fon Héros
au moment où il eft cité au Tribunal , l'a
conduit chez les Volfques , & ne l'a quitté
qu'à la mort. Mais il eſt évident que ceux
·
162 MERCURE
qui ne voyoient dans ce fujet qu'une feule
Scène , n'ont pu raiſonner ainsi qu'en fuppofant
que l'action de la Tragédie doit le
paffer en entier dans le camp des Volfques ,
c'eſt- à - dire , en fuppofant que l'Auteur fe
conformera à la règle des unités de temps &
de lieu ; car il y auroit de la folie à dire
qu'en prenant l'action de Coriolan à fon
origine , qu'en préfentant ce Héros d'abord
à Rome , & enfuite chez les Volfques , on
ne peut y trouver que la matière d'une feule
Scène. S'il y a donc quelque chofe de nouveau
dans le plan qu'a conçu M. de la Har
pe , ce n'eft pas d'avoir vaincu les difficultés.
de fon fujer , mais de s'être fouftrait aux
règles de fon Art. Il ne peut pas même regarder
comme une découverte qui lui foit
propre la difpofition de fa fable ; car on
vient de voir que Hardy & Chapoton avoient
vú le même fujer de la même manière ; &
fi les Auteurs qui ont précédé M. de la
Harpe , n'ont pas travaillé d'après ſon plan ,
c'eft qu'ils l'ont jugé défectueux. Ce n'eft
donc point de ce côté qu'il peut prétendre
aux éloges des connoiffeurs ; & il réſultè que
Chapoton & Hardy , qui travailloient dans
l'époque de l'enfance du Théâtre , ont embraffe
l'action de Coriolan dans fon entier ;
qu'à mesure que l'Art s'eft perfectionné ,
les Auteurs ont cru devoir n'en faifir qu'un
feul moment ; & que la nouvelle conception
de M. de la Harpe fe trouve
être par hafard l'ancien plan d'après lequel
1
DE FRANCE. 163
ont travaillé nos vieux Poëtes , à l'époque
où le Théâtre étoit encore dans la barbarie.
Sans prendre fur nous de juftifier l'opinion
de Voltaire , qui voyoir dans Coriolan
trois Tragédies , il nous fémble que M. de
la Harpe ne l'a pas combattue victorieufement.
Il penfe que la feule manière de
traiter ce fujet , c'eft de lier ces trois faits.
و د
و د
"
ود
و د
hiftoriques ( le banniffement de Coriolan ,
» fon arrivée chez les Volfques & fes combats
contre Rome ) , de manière que
» n'étant plus que les parties fucceffives &
» néceffaires d'une même action , naiffant
» du caractère & des paffions d'un même
perfonnage , elles puffent , dans l'espace
prefcrit , arriver au même but , qui eft la
décifion de la querelle entre Rome &
» Coriolan . Mais fi le but de cette Tra
gédie eft la décifion de la querelle entre
Rome & Coriolan , la mort de ce dernier eft
donc un fait indépendant de l'action ; car
enfin , quand une fois Coriolan a mis bas les
armes à la prière de fa mère , qu'il vive ou
qu'il foit affaffiné , la querelle entre Rome
& lui nien eft pas moins décidée. Il nous paroît
difficile de répondre à cette objection.
و ر
19
Nous n'oferions pourtant déclarer intraitable
le fujet de Coriolan ; (perfuadés que fi
le grand Corneille eût parlé d'avance du
projet de mettre Cinna au Théâtre , peut être
n'y auroit on vû qu'une feule Scène , celle du
pardon ) mais au moins ce fujer eft il affez
difficile pour laiffer des doutes , juſqu'à
164
MERCURE
ce qu'un plein fuccès ait détruit l'indé
cifion ; car malgré fa réuffite , M. de la
Harpe ne l'ayant pas traité conìme on l'entendoir
, il n'a fait qu'éluder la queſtion fans
la décider.
Peut- être ce fait eft il du nombre de ceux
qui , pour être trop brillans dans les annales
de l'Hiftoire , ne peuvent guère être portés
fur la Scène fans perdre de leur éclat , car le
Poëte Dramatique , toujours efclave des règles
de fon Art , emprifonné dans un lieu
étroit & dans un court efpace de temps , eft
obligé de facrifier une partie de fon action ,
tandis que l'Hiftorien peut la développer en
entier , parce que tous les temps & tous les
lieux lui appartiennent. Il eft certain que
l'Hiftoire de Coriolan , telle qu'on nous l'a
tranfmife , émeut fortement l'imagination.
du Lecteur. On a reproché dans ce Journal
même à M. de la Harpe , d'avoir ôté à fon
action l'intérêt qu'elle a chez les Hiftoiriens ,
en la refferrant dans l'efpace de vingt- quatre
heures ; & nous avouons que nous fommes
du même avis. En effet , dans l'intervalle
d'un Acte , ( ce qui dans la proportion de
la durée d'une action dramatique , peut
être évalué à cinq heures environ ) eft- il
vraisemblable qu'un peuple , tel que le peu.
ple Romain , foit affez changé , non par fes
remords , mais par fes malheurs , pour tomber
aux pieds d'un Citoyen qu'il vient de
bannir ? Rome n'étoit pas encore la Reine
du monde ; mais elle étoit bercée éternelleDE
FRANCE. 165
ment de l'efpoir de la devenir ; mais fes Rois
& fes augures ne ceffoient de lui promettre
la fouveraineté univerfelle ; mais elle avoit
chaffé les Tarquins ; mais elle étoit illuftrée
par des victoires , & l'exil même de Coriolan
annonçoit déjà l'orgueil d'un peupleroi.
C'eft à cet orgueil que fait allufion M.
de la Harpe lui - même dans fa Tragédie ,
quand il dit :
Et dans un fi grand jour prodiguant les miracles ,
Démentir des Romains les orgueilleux oracles.
Et plus bas :
O vous dont les Oracles
Ont au peuple de Mars promis tant de miracles !
Et , quelque Peuple que ce fût , un abaiſſement
auffi prompt feroit toujours invraifemblable.
Aufli , dans la vérité hiftorique
Rome ne s'humilie telle qu'après avoir vû
ce Héros qu'elle a banni armer les Volfques.
contre elle , piller fon territoire , marcher
rapidement le fer & la flamme à la main ,
& s'avancer à travers douze Cités conquifes
, jufqu'aux pieds de fes murailles
qu'il menace de réduire en poudre.
,
Ainfi quand cette démarche ne feroit
pas invraisemblable par le peu de
durée qui la précède , elle auroit toujours
perdu fon plus grand intérêt , parce qu'elle
n'eft pas juftifiée par des revers affez multipliés
, affez accablans ; le Spectateur
n'a pas vû s'écouler allez de temps pour
166 MERCURE
l'admettre , ni vû affez d'infortunes pour la
pardonner , pour s'y intéreffer. Quelle différence
enfin entre le Coriolan de l'hiftoire
, qui s'enfuit chez les Volfques pour
les armer contre fa patrie , & le Coriolan
de la Tragédie , qui , aufli tôr après ſon banniffement
prononcé , paffe dans un camp
ennemi affis au pied de fes murailles , pour
y combattre les Romains , & qui ne fait que
fe mêler à une guerre déjà avancée ! Ce dernier
rappelle trop un déferteur qui , au moment
d'une bataille , paffe d'une armée à
l'autre ; le premier eft un grand homme opprimé
, qui foulève une Nation entière pour
venger un affront qu'il a reçu .
Croire que tout cela foit facile à adapter
au Théâtre , ce feroit tomber dans le ridi
cule de ces gens à belle imagination qui ,
pour réfuter en caufant un plan long temps
médité , vous en donnent de fort beaux ,
impromptu , dont ils ne rempliroient pas
une demi- Scène ; mais il n'en eft pas
moins vrai qu'en ferrant trop les événemens
, M. de la Harpe a étouffé fon action.
D'ailleurs , fi un Poëte Dramatique n'eft pas
obligé de tirer un très grand parti d'un fujet
qui n'en eft pas fufceptible , rien ne l'oblige
auffi à traiter un fujet dont il eft impoffible
de tirer un grand parti. Le Spectateur est en
droit de penfer qu'il ne l'a choiſi qu'après
avoir vu le moyen de le féconder ou de le
maîtrifer ; & il eft d'autant plus fondé à
être exigeant , que l'autorité même de l'Hif
DE FRANCE. 167
toire ne fauroit juftifier les invraisemblan
ces de l'Auteur Dramatique.
Nous venons de voir que M. de la Harpe a
rendu fon fujet moins vraisemblable pour le
rendre plus facile à traiter ; voyons maintenant
fi avec plus de facilité pour bien faire ,
il a réellement beaucoup mieux fait ; en un
mot , après avoir vû ce qu'il a fait perdre à
l'intérêt hiftorique , voyons ce qu'il a fuppléé.
Au premier Acte , l'action eft bien expofée
, & le caractère de Coriolan bien
établi . Peut- être l'Auteur auroit- il dû éviter
de montrer au Spectateur Véturie exhortant
fon fils à comparoître devant les Tribuns qui
doivent le condamner. Notre doute eft
fondé fur deux motifs. Le premier , c'eft que
les moyens qu'elle employe pour déterminer
Coriolan , doivent affoiblir l'effet de ceux
qu'elle renouvelle au dénouement , pour le
fléchir en faveur de fa patrie. Cela occafionne
deux Scènes qui fe reffemblent encore
affez pour que l'une nuife à l'intérêt de l'autre.
Notre fecond motif , c'eft qu'on eft faché
que ce foit la mère de Coriolan qui lui confeille
une démarche qui doit le perdre. Coriolan
feroit prefque fondé à lui en faire le
reproche quand elle vient le trouver dans le
camp des Volfques ; & dans la grande Scène ,
le Spectateur craint à chaque inftant d'entendre
fon fils motiver & juftifier la réſiſtance
, en lui difant : Ma mère , c'est pour
vous avoir cru que j'ai été banni de Rome.
168 MERCURE
Le moment où Volumnius revient accompagné
du Sénat qui veut escorter Coriolan
prêt à comparoître devant les Tribuns ,
eft plein de nobleffe ; & ce n'eft pas fans
un fentiment d'admiration qu'on entend ce
même Volumnius dire à Coriolan en lui
montrant les Sénateurs : --
Quel accufé jamais eut un plus beau cortège ?
Nous aurions defiré que ce ton de grandeur
& de pompe eût dominé davantage dans
certe Tragédie.
On peut reprocher encore à cet Acte d'être
un peu vide , ainfi que le fuivant ; mais on
voit prefque toujours dans l'un & dans l'autre
, Coriolan qui occupe & attache le Spec- .
tateur , & qui par l'exploſion d'une douleur
profonde & menaçante , ne quitte la Scène.
qu'en faifant preffentir à quel excès peut le
porter fa vengeance .
Le troisième est le plus beau des cinq ;
& nous remarquons cela d'autant plus volontiers
, que nous croyons que dans la nature
du Poëme Dramatique , le troisième
Acte doit l'emporter fur tous les autres fans
en excepter le dernier , parce que c'eft à
cette époque que l'action doit être le plus
fortement intriguée ; & que paffe ce moment-
là , elle doit tendre infenfiblement à
fe dénouer. Les Ouvrages conçus dans ce
principe ne font pas les plus propres à obtenir
ce qu'on appelle le fuccès , dans ce mo
ment
DE FRANCE. 169
ment fur-tout où un brillant dénouement
eft regardé comme le fceau du génie , &
peut faire réaffir quatre Actes d'abfurdités ;
mais ils font faits pour mériter à leurs Auteurs
l'eftime des véritables gens de goût.
L'arrivée de Coriolan chez les Volfques
eft belle , noble , & d'un caractère vraiment
antique. Dans l'Hiftoire , il entre chez Tullus
d'un air fombre , taciturne , & va s'af
feoir auprès de fon feyer ; dans la Tragédie
de M. de la Harpe , qui , par la difpofition
de fa fable , ne pouvoit pas lui faire fuivre
tout à fait la même marche , il va s'appuyer
contre un autel qui remplace heureuſement
le foyer domeftique , & qui retrace avec la
même fidélité les moeurs & le coftume des
anciens.
Au quatrième Acte , Volumnius , Conful
Romain , & ami de Coriolan , député par
Rome auprès de lui , fait parler vivement
la patrie & l'amitié ; mais fon entrée ek
froide ; il devroit au moins paroître accompagné
, fe montrer avec plus d'appareil.
Pourquoi d'ailleurs M. de la Harpe n'a t'il
pas profité de la Scène que lui fourniffoit
I'Hiftoire , qui dit que Coriolan reçut les
Ambaffadeurs Romains fur une espèce de
trône : C'eft un fpectacle vraiment dramatique
, que de voir un banni de Rome , déployer
devant fes Ambaffadeurs prefque
l'appareil de la fouveraineté , au milieu
d'une armée étrangère. Cette Scène auroit
produit un double effet théâtral , elle au
No. 13 , 27 Mars 1784.
H
170 MERCURE
roit annoncé la fierté du caractère de Coriolan
, & auroit montré en lui le defir de
favourer la vengeance . M. Gudin a fait uſage
de ce moyen ; mais dans le moment où il
l'emploie , peut être fa Pièce n'eft- elle pas
affez avancée ; la Scène feroit peut être plus
d'effet fi elle étoit plus préparée , c'eſt à - dire , fi
le Spectateur avoit eu le temps de s'intéreffer
à l'action.
•
Après la Scène troisième , dans laquelle
Tullus vient de faire connoître la jaloufie ,
& l'envie de perdre Coriolan auprès des
Volfques , s'il a l'air de pencher vers les Ro
mains ; nous avons remarqué un beau détail
que nous ne pafferons pas fous filence .
Au moment où il dit à Volumnius , qu'il
ne peut l'entendre qu'en préſence des Volfques
, Tullus l'interrompt , & lui dit :
Coriolan , aſſuré de ton zèle ,
Ce Peuple que tu fers met fa caufe en tes mains ;
Tu peux entendre feul l'Envoyé des Romains.
Ce trait eft d'autant plus heureux qu'il pro
duit divers effets ; en même temps qu'il
honore Coriolan par l'apparence au moins
d'une confiance méritée , il fert le projet de
Tullus qui vient de témoigner le defir d'éprouver
Coriolan , & prépare par - là le
dénouement de la Pièce.
I Au milieu de la Scène de Coriolan & de
Volumnius , l'entrée de Procule qui vient
rompre leur entretien , n'a pas paru heuDE
FRANCE. 171
reufe. Probablement l'Auteur a regardé
comme un moyen dramatique l'idée de
rappeler Coriolan à fa vengeance en lui
faifant annoncer devant Volumnius que les
Volfques l'ont choifi feul pour leur Général
à l'exclufion de Tullus lui-même. Mais on
fait parmi les Volfques que Coriolan a un
entretien fecret avec l'Envoyé des Romains ;
& il n'eft pas vraiſemblable qu'on choififfe
ce moment - là pour aller lui annoncer fa
nouvelle dignité. Il falloit au moins , fi l'Auteur
vouloit en faire un reffort théâtrale , lui
donner un motif, & mettre le Spectateur
dans la confidence.
-
Quelques uns ont paru mécontens de
voir Volumnius refter feul après cet entretien
. Il femble en effet que ce n'eft pas
lui qui doit occuper la Scène dans ce moment
- là. Il vient parler à Coriolan de la
part des Romains ; après fa réponſe il doit
repartirs on voit trop que l'Auteur le garde'
pour mettre dans fa bouche un monologue
oifeux , & lui faire venir l'idée d'employer.
auprès de Coriolan le pouvoir de Véturie.
Cette manière a paru froide & mefquine.
Même obfervation à peu près à faire dans
la Scène fuivante , la première du cinquième
Acte. Coriolan artive avec les Chefs des
Volfques , pour leur dire qu'il accepte le
commandement de l'armée. Mais il a quitté
la Scène pour cela ; il eft naturel qu'il le leur
ait dit à l'endroit même où il les a trouvés ;
& il ne l'eft nullement qu'il les ramène fur
Hij
172 MERCURE
la Scène pour cela. Il eft vrai que ce bout de
Scène fait un peu de fpectacle ; mais ce fpec
tacle eft déplacé , & l'Auteur n'en a point
mis dans les endroits où le Spectateur en aut
roit defiré le plus. Les gens de l'Art favent
que ce font ces attentions de détail , en apparence
minutieufes , qui forment l'illufion ,
c'est-à- dire , le charme de la Tragédie.
Autre négligence qui étoit facile à réparér.
Volumnius fe trouve encore au cin
quième Acte dans le camp des Volfques. Et
pourquoi ? Parce que l'Auteur veut qu'il foit
témoin du dénouement. Mais comment les
Volfques le fouffrent - ils ; ou comment au
moins ne lui demandent-ils point la raifon
de ce féjour prolongé qui doit leur être fufpect
?
Nous voici arrivés à la grande Scène , qui
feule à féduit tant de Poëtes Dramatiques.
Peut-être l'attente des Spectateurs , dont
l'imagination s'exalte à l'approche de cette
Scène , la rend - t'elle plus difficile à traiter
& lui donne t'elle des juges plus févères
plus exigeans. Quoi qu'il en foit , M. de la
Harpe y a pourtant produit de l'effet
quoiqu'on en eut defiré davantage. J'y ref
terai , barbare , a entraîné tous les Spectateurs.
M. de la Harpe a profité dans cette
Scène de plufieurs beaux morceaux que lui
fourniffoient les Hiftoriens anciens ; & l'on
ne peut que l'en louer ; car il l'a fait en
Écrivain qui fent leurs beautés , & qui eft
capable de les rendre , comme il l'a prouvé
DE FRANCE. 173
par fon Philoctete . Mais cette Scène donne
lieu à quelques obfervations critiques.
Peut être , comme nous l'avons déjà dit ,
auroit on pu y mettre une éloquence plus
attendriffante. Cependant , le cri de fenfibilité
qui échappe à Véturie au moment où
elle tombe aux genoux de Coriolan , doit
emporter le coeur de fon fils , à qui elle a
toujours été chère .
Chevreau , dans la même fituation , fait
tomber auffi Véturie aux pieds de Coriolan.
Celui - ci la relève ; & elle répond auffi comme
la Véturie de la nouvelle Tragédie :
Non , non , je veux mourir embraffant vos genoux.
Mais combien cette phrafe eft lente auprès
du mot employé par M. de la Harpe ! combien
le mouvement qu'il exprime eft entraînant
!
Nous fommes fâchés que Coriolan ait
l'air de vouloir rajfonner fa conduite.
Eh ! quel honneur vaudroit celui qu'on me prépare?
Au parti que je fers je fais paffer l'Empire , &c.
Coriolan ne doit faire entendre ici que le
cri de la vengeance ; c'eft la feule paffion
qui doive remplir fon âme. Le defir d'être
utile aux Volfques ne peut être qu'un prétexte
pour lui ; il ne veut pas fervir les Volfques
; il ne veut que punir les Romains.
C'est pour cela qu'il nous a paru fort étrange
, qu'après avoir cédé aux pleurs de fa
Hiij
174
MERCURE
mère , il fe propofe d'aller dire au Confeil
des Volfques :
Qu'une honorable paix vaut mieux qu'une victoire.
La maxime cft belle & vraie ; mais il nous
femble qu'elle doit avoir affez mauvaiſe
grâce dans la bouche de Coriolan . Commaent
les Volfques , qui favent pourquoi il
s'eft armé , & pourquoi il quitte les armes ,
l'entendront ils debiter cette morale ?
Le meurtre de Coriolan a paru brufque ,
fur tout à la première repréfentation. M. de
la Harpe y a ajouté un bout de Scène , dans
laquelle Véturie , entendant du tumulte ,
s'alarme pour fon fils , & envoie fa confidente
pour en apprendre des nouvelles.
Mais outre qu'on peut objecter à M. de la
Harpe qu'il feroit plus naturel qu'elle y
allât elle - même dans un moment où il s'agit
pour elle d'un intérêt fi cher , nous
croyons que cette Scène ne détruit pas
entièrement ce qu'il y avoit de répréhenfible.
Par cette petite addition ce meurtre
eft un peu moins brufque , mais il
n'eſt pas plus préparé ; & le défaut qui refte
vaut bien celui qu'on a fait difparoître.
M. de la Harpe auroit pu fupprimer la
dernière Scène , où fon Héros expirant eft
apporté par des foldats. Outre que ce dénouement
est devenu aujourd'hui trop commun ,
Coriolan ne vient que pour prononcer ces
vers :
Ne vous reprochez point la mort qu'ils m'ont donnée.
DE FRANCE. 178
Ah ! je la méritois.... J'ai trahi mon pays.
2
J'ai voulu m'en venger , & les Dieux m'ont appris .
Qu'ils ne pardonnent point cette vengeance impie....
Je l'avois abjurée , & món trépas l'expie.
Heureux , en fuccombant fous de barbares mains ,
Que mon fang ait encor coulé pour les Romains !
Trop heureux en mourant de fauver ma patrie !
Ces vers- là pourroient fe trouver dans le réque
Volumnius veut faire de la mort de
Coriolan. Il eft vrai qu'on auroit peut- être
perdu les fuivans , qui font beaux & de
cit
caractère :
Vous que j'ai tant chérie ,
Vivez , ma tendre mère ! ... Et vous , Volumnius ,
Ne craiguez plus le Volfque.... Il n'a plus Marcius.
Son infâme attentat a fouillé ſa victoire ,
Et j'emporte avec moi fa fortune & fa gloire .
Ce meurtre de Coriolan , fans lequel il eft
difficile de finir cette Tragédie , fera toujours
embarraffant. On le regardera toujours
comme une action épifodique & indépendante
de l'action principale. Nous hafarderons
ici une réflexion qui ne donnera pas le
moyen de remédier à ce défaut , mais qui
peut faire naître quelques difcuffions utiles,
à l'art ; peut- être le meurtre de Coriolan ne
nuiroit- il point à l'unité d'intérêt , s'il pouvoit
mourir affaffiné par les Romains ou par
l'ordre des Romains ; au lieu que Coriolan
affaffiné par les Volfques , fort du fujet ; &
Hiv
176 MERCURE
cela par la raifon que la querelle entre Rome
& Coriolan , eft le fujet de la Tragédie , &
non ce qui fe paffe entre Coriolan & les
Volfques. Si cette réflexion paroît jufte ,
elle fervira à prouver que le goût , en y réfléchiffant
, peut découvrir la raifon de tout
ce qui le bleffe , & que fi cette raiſon paroît
quelquefois impoffible à trouver , c'est tou
jours faute de l'avoir cherchée par la réflexion
.
Il est temps de nous réfumer en peu de
nots. De ce que M. de la Harpe a entaffé
plufieurs événemens , il réfulte qu'il a fort
peu développé , tant l'action de fa Tragédie
que les caractères de fes perfonnages. Čelui
du Conful Volumnius eft foible , & celui
de Véturie n'eft tracé qu'à demi ; elle eft
quelquefois mère ; elle n'eft prefque jamais
Romaine. Tullus , dont le rôle fera toujours
embarraffant à deffiner , a peu de phyfionomie.
Enfin , pour épuifer les traits de notre
critique , cet ouvrage paroît avoir été conçu
pour être exécuté vîte & facilement , & pour
démentir ceux qui difoient qu'on ne feroit
pas réuffir le fujet de Coriolan , mais
non ceux qui foutenoient qu'on n'en
feroit pas une bonne Tragédie. Il fe peut
bien que M. de la Harpe aime , en bon
père , fon Coriolan , parce qu'il a été applaudi
, & que même il a dû l'être ; mais
nous gagerions hardiment que ce ne fera
jamais celle de fes Tragédies qu'il eftimera
le plus.
DE FRANCE. 177
Au refte , nous n'avons pas entrepris ( &
nous n'eſpérerions pas y réuflir ) de prouver
que cette pièce , d'après la manière dont
l'Auteur a voulu la faire , ne mérite pas des
éloges. On a pu s'appercevoir dans le cours
de cette difcuffion , que nous avons été frappés
des beautés qui s'y rencontrent , que
nous avons eu même du plaifir à les relever ;
& c'eft avec la même fatisfaction que nous
ajouterons à nos louanges , que le caractère
de Coriolan eft fortement tracé , & qu'il étoit
fait pour réuffir au Théâtre , quand il n'auroit
pas été étayé du talent de l'Acteur qui
l'a rendu avec tant d'énergie ; que dans tous
les Actes on trouve de beaux , de très beaux
détails ; que le troifième fur tout doit faire
beaucoup d'honneur à M. de la Harpe .
Nous avons du regret que notre difcuffion
nous ait menés auffi loin ; nous aurions cité
des vers des tirades même , qui annoncent
l'Écrivain & l'homme de goût ; mais
nous n'aurions rien prouvé de nouveau : c'eft
une vérité que M. de la Harpe a déjà confir
mée par plus d'un ouvrage .
Nota. M. de la Harpe nous a adreffé une
réponse à l'article du Mercure dans lequel
on a annoncé la repréſentation de fa Tragédie
; nous la communiquerons à nos Lecteurs.
( Cet Article eft de M. Imbert. )
Hv
178 MERCURE
LA MORALE en action , ou Élite de Faits
mémorables & d'Anecdotes inftructives
propres à faire aimer la Vertu , & à
former les jeunes gens dans l'art de la
narration. Ouvrage utile à MM. les Élèves
des Écoles Militaires & des Colleges
dédié à M. de Barentin , Premier Préſident
de la Cour des Aydes , par M. B. P. D. R.
Se trouve à Paris , & à Lyon , chez les
Frères Périffe. Vol. in - 12 . de 100 pages.
Prix , liv. 10 fols broché.
LE College d'Orléans est un de ceux du
Royaume qui font le plus diftingués par le
choix & le mérite de fes Membres, M. Métivier
, qui en ek le Principal , a traduit en
vers Latins l'Hymne au Soleil ; fes Profeffeurs
de Philofophie ont obtenu des diftinctions
& des couronnes dans les Sociétés Savantes
& Littéraires. Nous avons rendu plufieurs
fois hommage aux talens du Profeffeur
d'Eloquence ; & quelques autres de fes
Confrères font , ou méritent d'être connus
par d'excellens Livres élémentaires . Heureufe
la ville qui peut confier à de tels hommes
le foin de l'éducation des Citoyens !
Pourroit- elle manquer de les chérir & de les
honorer ?
C'est à l'un de ces fages Inftituteurs que
nous devons l'Ouvrage urile que nous annon
çons aujourd'hui. Le titre en indique l'objet.
L'Auteur , qui s'eft dévoué par zèle à un
DE FRANCE. 179
genre de travail trop peu confidéré parmi
nous , a cru , avec raifon , qu'une des meilleures
manières de rendre la morale intéreffante
, & fur tour de la mettre à la portée
de l'enfance , étoit de la lier à une action ,
& de fubftituer ainfi l'exemple au précepte.
Ses narrations , tirées tour à tour de l'Hiftoire
Sainte , de l'Hiftoire Ancienne & de
l'Hiftoire Moderne , foir Françoiſe , ſoit
Étrangère , font toujours puifées dans les Auteurs
qui ont fu les écrire avec élégance &
avec intérêt. Ces Hiftoires , difoit un Magif
trat célèbre par fes malheurs & par fon elcquence
, fervent en même temps à former
le coeur & l'efprit des enfans. On pourroit y
faire entrer une morale entière à leur portée ,
non en établiffant par des principes abftraits
les règles du jufte & de l'injufte ; mais en
excitant ce fentiment , qui eft affez vif chez
eux , & qui le feroit également chez tous les
hommes , s'il n'étoit pas étouffé par les préjugés
& par l'intérêt.
On pourroit ainfi les accoutumer de bonne
heure à juger les hommes & les actions ; on
leur infpireroit l'humanité , la générofité , la
bienfaifance , foit par l'éloge des hommes
généreux & bienfaifans , foit par la comparaifon
des grands exemples de vertus ou de
vices , de Cicéron & de Catilina , de Néron
& de Titus , de Sully & du Maréchal d'Ancre.
Plus il y auroit de Volumes d'Hiftoires
bien faites, plus la Société & les Familles
feroient inftruites , plus les études feroient
H vj
180 MERCURE
préparées ; elles ferviroient aux mères , aux
enfans & à toutes les générations. Duché en
fit pour Saint- Cyr , dans le dernier ſiècle ;
l'Abbé de Choify , pour Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Elles font agréables ;
mais ces Ecrivains , comme plufieurs du
fiècle paffé , avoient peu de philofophie dans
la tête.
M. B. s'eft fur tout attaché , dans ce Recueil
, à rapporter les Anecdotes où les jeunes
gens eux- mêmes font Acteurs , fans doute
pour piquer l'émulation de ſes jeunes Lecteurs.
Il cite de préférence les traits qui font
aimer nos Héros François ; & fon Livre doit
avoir un intérêt de plus pour tous les coeurs
patriotiques. Enfin il a jeté çà & là des réflexions
pleines de jufteffe & de bon fens fur
l'honneur , fur le duel , fur l'éducation , fur
le patriotifme , fur la paffion du jeu , fur les
procédés , fur la délicateffe des fentimens ,
& fur le bonheur de l'homme vertueux.
Nous ne pouvons rapporter ici des Anecdotes
d'une certaine étendue , qui d'ailleurs
n'offriroient peut être rien de bien neuf à la
plupart de nos Lecteurs , nous nous contenterons
de citer quelques traits plus piquans ,
pris au hafard dans cet eftimable Ouvrage.
En 1585 , des Troupes Portugaifes , qui paffoient
dans les Indes , firent naufrage. Une
partie aborda dans le pays des Caffres , &
l'autre fe mit à la mer fur une barque , conftruite
des débris du vaiffeau. Le Pilote s'appercevant
que le bâtiment étoit trop charge ,
DE FRANCE 181
avertit le Chef Édouard de Mello , que l'on
va couler à fond fi on ne jette dans l'eau une
douzaine de victimes . Le fort tomba , entreautres,
fur un Soldat , dont l'Hiftoire n'a pas
confervé le nom . Son jeune frère tomba aux
genoux de Mello , demandant avec inftance
de prendre la place de fon aîne. " Mon frère ,
dit il , eft plus capable que moi ; il neurrit
mon père, ma mère , mes fours ; s'ils le
perdent , ils mourront tous de misère ; con--
fervez leur vie , en confervant la fienne , &
faites moi périr , moi qui ne peux leut être
d'aucun fecours. ». Mello y content , & le
fait jeter à la mer. Le jeune homme tuit la
barque pendant fix heures , enfin il la rejoint ;
on le menace de le ruer s'il rente de s'y introduire
l'amour de la vie triomphe de
la menace ; il s'approche ; on veur le
frapper avec une épée qu'il faifit , & qu'il
retient jufqu'à ce qu'il foit entré. Sa conftance
touche tout le monde , on lui permet
enfin de refter avec les autres , & parvient
ainfi à fauver la vie & celle de fon frère.
L'antiquité nous a donné des exemples
de la force guerrière , bien dignes de nos
éloges & de notre admiration ; mais feronsnous
infenfibles à ceux de nos Concitoyens ?
On a vu un Roi de France , aufli célèbre par
fa piété que par fa valeur , foutenir tout feul
dans Taillebourg , fur un pont , l'attaque
d'une Armée entière. Une pleine victoire ,
fruit d'une action fi héroïque , força le Roi
d'Angleterre à repaffer une feconde fois la
182 MERCURE
-
mer en fugitif. M. de Turenne défendit ,
durant trois heures entières , la barricade du
pont levis de Fargeau , fur lequel les ennemis
auroient pu paffer la Loire , & furpren-.
dre la Cour à Gien , où Louis XIV étoit
avec Mazarin. On a vû à Senef , dans la
plus grande horreur du combat , M. de
Villars foutenir lui feul l'effort d'un bataillon
ennemi , bleffé & abftiné à perdre tout fon
fang plutôt que fon pofte . Ces trois hommes
ne font ils pas comparables à cet Horace ,
dont l'Italie & la Grèce avoient regardé le
courage comme l'étonnement de l'Univers ?
---
Quel courage , quelle grandeur d'âme
dans le jeune Brienne ! ayant le bras fracaffé
au combat d'Exiles , il monte à l'escalade ,
en difant : « Il m'en reste un autre pour mon
Roi & pour ma Patrie. » Ne pouvant plus
faifir de fes mains bleffées & fanglantes les
paliffades des retranchemens ennemis , il
meurt en les arrachant avec fes dents . Brienne ;
ne vaut il pas bien un Cynégire ? Le --
jeune Boufflers , à l'âge de dix ans , a une
jambe caffée dans la journée de Bettingue ;
il la fait couper fans fe plaindre , & meurt
de même. Le Marquis de Beauvau , dans
le fiège d'Ypres , eft percé d'un coup mortel ;
accablé de douleurs intolérables , & entouré
de Soldats , qui fe difputoient l'honneur de
le porter, il leur difoit d'une voix expirante :
" Mes amis , allez combattre , & laiffez- moi,
» mourir. Ces Guerriers n'égalent - ils pas
Épaminondas , tirant le fer de fa plaie mor
13
DE FRANCE. 183
telle ? Un Capitaine Turc fut pris par un
des vaiffeaux de la Flotte de M. du Quelne ,
lorfqu'il alloit bombarder Alger , & rendu
fix femaines après , pendant une négociation
qui s'ouvrit , mais qui ne procura point la
paix. Quelque temps après M. le Comte de
Choifeul fut pris par des chaloupes Algériennes
: M. du Quefne fait d'inutiles efforts
pour obtenir la liberté ; le Capitaine Turc ,
pris avant le bombardement , par le vaiffeau
fur lequel fervoit M. le Comte de Choifeul ,
& rendu par M. du Quefne , fe jette anx
pieds du Roi d'Alger , offre fa fortune pour
fauver M. de Choifeul , mais inutilement.
On l'attache au canon ; le Capitaine défefpéré
l'embraffe étroitement ; & s'adreffant au
Canonier : Feu, lui dit il , puifque je ne
puis fauver mon bienfaiteur , je mourrai
» avec lui. » A ce fpectacle le peuple fe
calme , & la reconnoiffance conferve M. de
Choifeul.
"
De tout temps on a remarqué dans les
François un amour fingulier pour leurs Maîtres
; ce n'eft pas feulement une fidélité , un
attachement réfléchi & fincère , c'eft une paffion
réelle , capable des plus grandes chofes.
Nos annales en offrent des preuves fans
nombre. A la bataille de Pavie , Jean le
Sénéchal , Gentilhomme de la Chambre ,
voyant un Arquebufier vifer fur un Prince ,
fe jeta au devant du coup , & fut tué . C'eftlà
que François Ier vit toute fa brave Nobleffe
expirer à fes côtés. Philippe- Augufte
184 MERCURE
ne dut fa confervation à Bovines, qu'au zèle
prodigieux de ceux qui l'environnoient . Le
Chevalier qui portoit l'étendard Royal ayant
fait connoître quel étoit le péril du Roi , ce
fignal ranima l'ardeur des Troupes ; ce n'étoit
plus feulement des Soldats , c'étoit des lions.
D'Estaing voyant le Roi démonté , faute de
fon cheval , le lui donne , & ne ceffe de com-i
battre qu'il n'ait mis fon Prince en sûreté.
C'eft depuis ce temps - là que la Maifon d'Eftaing
porte les armes de France au chef d'or.
On peut voir,par les divers morceaux que
nous venons de rapporter , que cet Ouvrage
doit fe faire lire avec plaifir & avec fruit.
D'ailleurs , il refpire à chaque page l'amour
de la religion & des bonnes moeurs , & ce
nouveau mérite doit le rendre encore plus
cher aux Écoles Militaires & aux Colléges
auxquels il eft deftiné.
HISTOIRE de Marguerite de Valois , Reine
de Navarre ; par Mademoifelle de la
Force. 6 vol. in 12. prix 30 liv. br. à
Paris , chez Didot l'aîné , rue Pavée
Saint André- des - Arcs.
Nous avons annoncé avec de juftes éloges
une collection de Romans fur l'Hiftoire de
France , avec des remarques & éclairciffemens
pour rétablir la vérité historique
& une notice fur les perfonnages qui y
font cités . Nous avons applaudi à l'heureuſe
idée d'un ouvrage entrepris pour ôter à ce
DE FRANCE. 185
genre de Roman le feul inconvénient qu'on
pût lui reprocher. Par ce travail , qui étoit
devenu plus néceffaire que jamais , le Roman
ne peut plus être confondu avec l'Hiftoire ,
& l'on retrouve la vérité fans rien perdre
des charmes de la fiction ; c'eft , en un mot ,
donner à ce genre d'ouvrage un objet d'utilité
, fans lui ôter aucun de fes agrémens .
Les fix volumes qui viennent de paroître ,
forment le fecond ouvrage de cette précieufe
collection . L'hiftoire de la Reine de Navarre
eft accompagnée , fuivant le plan de l'ouvrage
, d'une notice fur les perfonnages qui
y font nommés . On lira fur tout avec plaifir
ce qu'on y dit de cette Princeffe elle- même ;
on yverra que fa qualité de Reine , & l'eftime !
qu'on avoit pour les qualités perfonnelles ,
n'empêchèrent point la malignité d'interpréter
les goûts: On prétendit que le talent
de Marot lui avoit infpiré un fentiment
plus tendre que l'admiration ; & en effet
diverfes Pièces de ce Poëte, dans lesquelles il
eft queftion de cette Princeffe , & que le
Rédacteur de cette collection à remis fous
les yeux de fes Lecteurs , ne font guères
propres à réfuter cette affertion .
On y trouve auffi un précis hiftorique ;
fort bien fait , de la vie de François I ; &
ce qui ne contribue pas peu à rendre cet
article intéreffant , c'eft un recueil de quelques
Poéfies de ce Monarque , tiré d'un
manufcrit qui a appartenu à M. de Cangé,
& qui eft maintenant à la bibliothèque
186
MERCURE
du Roi. On nous faura gré d'en citer ìci
un des plus agréables.
Dixain à Mademoiselle de Heilli , depuis
Ducheffe d'Etampes.
Eft-il point vrai , ou fi je l'ay fongé ,
Qu'il m'eft befoing m'efloigner & diftraire
De notre amour, & en prendre congé ?
Las ! je le veulx , & fi ne le pais faire.
Que dis-je ? veulx , c'eft du tout le contraire :
Faire le puis , & ne le puis vouloir ;
Car vous avez là réduit mon voulloir ,
Que plus tafchez ma liberté me rendre ,
Plus empêchez , que ne la puiffe avoir ,
En commandant ce que voulez deffendre.
Nous voyons avec plaifir que cet ourvrage
eft auffi bien exécuté qu'heureufement
conçu ; & pour ne rien laiffer à defirer
c'eft M. Didot l'aîné qui a été chargé de
l'exécution typographique. Cette collection,
qui eft imprimée fur papier fuperfin de
la fabrique d'Annonay , a commencé par
l'hiftoire fecrette de Bourgogne , du même
Auteur , Mademoiſelle de la Force.
DE FRANCE. 187
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LUNDI IS de ce mois , on a donné pour
la capitation des Acteurs , à la fuite d'Iphi
génie en Aulide , la première repréſentation
de l'Acte de Tibule , tiré des Fêtes Grecques
& Romaines , par Fuzelier , & remis en mufique
par Mile Beaumenil.
Le Poëme eft écrit avec efprit & avec
élégance ; l'action en eft très fimple , & n'eft
pas fufceptible de beaucoup d'intérêt ; mais
elle eft relevée par des acceffoires & un
divertiffement agréables ; la mufique a été
fort applaudie ; on y a trouvé une tournure
de chant facile , agréable , & des accompagnemens
d'un effet piquant . Les airs de
danfe y ont du caractère , de la grâce , &
ont été généralement goûtés . Ce petit Ouvrage
fait honneur à Mlle Beaumenil , qui ,
après avoir fait les plaisirs du Public fur ce
Théâtre par les grâces de fa figure & de fon
jeu , veut l'enrichir encore par un talent
plus rare & plus durable .
Cet Acte a éré très bien exécuté , fur tout
par Mlle Saint Huberty , qui a joué le rôle
de Délie avec cette fupériorité d'intelligence
& de talent qu'on lui connoît.
Le divertiffement , compofé par M. Gardel,
eft très-bien conçu & très bien exécuté ;
i83 MERCURE
1
on a fur- tout fort goûté & généralement
applaudi la pantomime exécutée par Mlles
Guimard & Gervais , & les fieurs Nivelon
& Laurent,
L'Article des Comédies Françoife & Italienne
au prochain Numéro.
ANNONCES ET NOTICES.
ON vient de mettre en vente à l'Hôtel de Thou ,
-
- Le
Le
' rue des Poitevins , le neuvième Volume grand infolio
des Oifeaux enluminés. Prix , 30 liv. 1dem.
Le neuvième Volume , petit in-folio , 24 liv.
même , avec 109 Planches enluminées ; prix , 92 liv .
3 fols en feuilles , & 95 liv . ; fels broché.
dixième & dernier Volume eft fous preffe. Ceux qui
n'ont pas eu l'attention de completter leur exemplaire
des Planches des Oifeaux enluminés , foit
les Cahiers , qui font au nombre de quarante- deux ,
foit pour les Volumes , font priés de retirer ce qui
peut leur manquer , s'ils ne veulent pas courir les
rifques de ne pouvoir pas le faire en attendant plus
long-temps.
pour
AH! s'il s'éveilloit ! Eftampe gravée en manière
Angloife , par N. F. Régnault , & fe trouve à Paris ,
chez Delalande , Grayeur , maifon de l'Auteur , rue
de Montmorency , No. 22. Prix , 3 liv .
Cette jolie Eftampe réunit à un effet piquant des
expreffions vraies & finement rendues , mérite rare
en gravure. Les Anglois jufqu'à préfent avoient
trouvé des Copiftes ; mais ils n'avoient point rencontré
d'imitateurs ; la manière brillante dont M.
Regnauit débute , & le prix modique que fa modeſtie
lui a fait mettre à fon Ouvrage , doit faire ef
DE FRANCE 189
pérer à nombres d'Amateurs qu'ils n'auront plus à
reculer devant les prix énormes des productions de
nos voisins en ce genre . L'Auteur a de plus le double
méiitè d'avoir gravé d'après un tableau peint par luimême
; il s'occupe actuellement du pendant qui paroîtra
inceffamment.
> NOUVEAU Recueil des meilleurs Contes en vers
faifant fuite à celui imprimé en 1774. A Genève , &
fe trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire ,
rue S. Jacques.
Ce Recueil fait fuite à un autre Volume , qui s'eft
vendu chez le même Libraire , & qui étoit remarquable
par un très - bon choix . Celui - ci mérite le
même éloge par le goût qui a préfidé à ſa rédaction
.
LES. Après-Soupers de la Société , petit Théâtre
Lyrique & Moralfur les Aventures dujour. XXI ,
XXII & XXIIIe Cahiers.
Les nouveaux Cahiers qu'on vient de publier de
cette Collection intéreflante , font partie du Tome
VI , qui doit être le dernier.
ABREGE de l'Hiftoire du Théâtre François ,
depuis fon origine jufqu'au premier Janvier 1783 ,
dédié au Roi , par M. d'Origny , Confeiller à la
Cour des Monnoies , de plufieurs Académies , 4 Vol.
in- 8 ° . A Paris , chez Jorry , rue de la Huchette ;
Mérigot jeune , quai des Auguftins ; Lefciapart ,
Pont Notre Dame , Bleuet , quai de Gêvres , & la
Veuve Elprit, Libraire , an Palais Royal.
Les trois premiers Volumes de cet Ouvrage font
de M. le Chevalier de Mouhy.
ENNCYCLO
CLOPEDIE
, ou Abrégé de toutes les Sciences
, à l'ufage des Enfans. Nouvelle
Édition ,' refondue
, augmentée
& corrigée
dans contes fes parties , afin de la rendre propre à l'ufage des Écoles
190 MERCURE
des Pays Catholiques . I vol . 12. avec figures!
Prix , 2 liv. 10 fols relié . A Bruxelles , & fe trouvé
à Paris , chez Mérigot père , Libraire , Quai des
Auguftins.
Cet Ouvrage utile , réimprimé fouvent chez l'étranger
, a été attribué à M. Formey , Secrétaire Perpétuel
de l'Académie de Berlin. Outre le foin qu'on a
cu , en travaillant à cette nouvelle Édition , de mettre
plus d'exactitude dans les dates & les faits ; comme
cet Ouvrage avoit été fait primitivement dans les
principes du proteftantifme , il a fallu refondre tout
ce qui concerne la Religion , pour le rendre propre
à l'inftruction des enfans Catholiques. On y trou
vera auffi des additions confidérables , notamment
une continuation de l'Hiftoire Moderne juſqu'en
1781 , & une notion des Cartes Géographiques ,
avec la manière de les enluminer.
:
On trouve chez le mêine Libraire une Brochure
de 222 pages , intitulée Véritable politique des
perfonnes de qualité, fuivie des infcriptions employées
dans la maifon d'une perfonne de qualité. Prix
2 liv. 8 fols reliée.
NOUVELLE Méthode de traiter les maladies
qui attaquent l'articulation du coude & du genou ,
par M. Park , Chirurgien de l'Hôpital de Liverpool
, Ouvrage traduit de l'Anglois , Brochure in-
12. Prix , 12 fols. A Paris , chez Méquignon l'aîné ,
Libraire , rue des Cordeliers.
On n'a connu jufqu'à préfent que l'amputation
pour les maladies qui attaquent l'articulation du
coude & du genou. M. Park vient d'imaginer que
dans certaines de ces maladies on pourroit réuflir
en fciant les extrémités articulaires des os attaqués
de carie , & conferver par- là le membre du malade.
C'eft ce qui a donné lieu à l'Ouvrage que
DE FRANCE. 191
nous annonçons , & nous penfons , avec le Traducteur
, qu'il mérite d'être lû.
NOUVELLE Découverte pour l'humanité , ou
Effai fur la Maladie de Cythère , dans lequel on
trouve un précis des différentes méthodes qui ont été
connues jufqu'à préfent pour le traitement de la maladie
dont il s'agit , avec un choix raifonné de tous
les moyens qui ont été mis en ufage afin d'en détruire
la caufe & les effets ; par M. Laugier , Docteur en
Médecine , Membre & Profeffeur du Collège de
Marſeille. A Paris , chez l'Auteur , hôtel S. Louis ,
rue Git-le Coeur , près S. André des Arcs,
L'Auteur de cet Ouvrage , auquel nous croyons
avoir rendu juftice dans fa nouveauté , Y a fait des
augmentations confidérables ; après l'expofition &
l'explication de fon remède , il y difcute plusieurs
queftions relatives à l'objet de fes recherches.
NUMERO 3 du Journal de Violon , dédié aus
Amateurs. Ce Journal eft compofé d'Airs de tour
genre arrangés par les meilleurs Maîtres pour deux
Violons ou Violoncelles . Le chant étant tout entier
dans le premier Deffus , ils peuvent fe jouer à une
feule partie. Le prix de l'abonnement pour douzer
Cahiers eft de 15 livres , & 18 livres pour la Province
. Chaque Cahier féparé 2 liv. A Paris , chez
le fieur Bornet , Marchand de Mufique , au Bureau
de Loteries , rue des Prouvaires , près S Euftache.
Ce Journal , qui fe continue avec fuccès , nous
paroît arrangé avec beaucoup de goût. Il n'offre de
difficultés que ce qu'il en faut pour donner de l'intérêt
aux morceaux fans effrayer les jeunes gens encore
foibles.
SONATE à quatre mains pour le Forte-Piano ,
par Herkel , forment le troisième Numéro du Jour192
MERCURE
nal de Pièces de Clavecin par différens Auteurs .
Prix 3 liv. 12 fols. Celui de l'abonnement , contes
nant des morceaux de différens genres , eft de 24 liv.
pour douze Cahiers , & 30 liv. en Province . On
foufcrit à Paris , chez M. Boyer , rue Neuve des
Petits Champs , près celle Saint Roch , n ° . 83 , &
chez Mme Lemenu , rue du Roule , à la Clé d'or.
Le nom de Sterkel ne peut qu'ajouter au fuccès
que mérite ce Journal , fait avec foin & variété .
ERRATA du Mercure du 20 Mars.
C'eft par erreur que dans l'Extrait de l'Hiftoire
de la Grèce on n'a pas féparé de l'Extrait le parallèle
d'Ariftide & de Caton, qui fait un Article à
part.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librai
rie fur la Couverture.
TABLE.
VERS à M. de la Harpe , phe
145 Coriolan , Tragédie ,
Mlle de Prémoifant , 145 La Morale en a lion ,
ISE
153
178
Sur le Papier nouveau de Hiftoire de Marguerite de Va
Langlée , 147 lois , Reine de Navarre, 184
Impromptu ,
Air de la Caravane , 149 Annonces & Notices , 188
Charade , Enigine & Logogry !
148 Académie Roy. de Mufiq. 18
APPROBATION.
J'AI lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Mars. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 26 Mars 1784. GUIDI.
JOURNAL
POLITIQUE
t
DE BRUXELLES.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 2 Février.
ES nouvelles conftructions continuent
Linfenfiblement dans nos chantiers , où
conformément aux intentions du Roi , qui
a fait les fonds néceffaires pour cet objet ,
on mettra tous les ans deux vaiffeaux de
guerre ; à la fin de l'année prochaine , nous
en aurons 30 les vues du Roi depuis fon
avénement au trône , & qu'il s'occupe à réalifer
, font de former une marine néceffaire à
toute Puiffance , placée comme la Suède , &
qui s'occupe de la navigation .
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 2 Février.
LES Députés de la ville de Dantzick
pour recommencer ici les négociations avec
Le Miniftre du Roi de Pruffe, ne font point
No. 10 , 6 Mars 1784. a
( 2)
encore arrivés . Le Magiftrat & la Bourgeoifre
fe font , dit- on , aflemblés pour cette
nomination , mais ils n'ont rien décidé
quoiqu'ils aient reçu deux courriers d'ici ,
chargés d'ordres au Comte d'Uunrhue , de
prefier le départ de ces Députés avant la fin
de Février , le prétexte de ce délai eft , diton
, que la Cour de Ruffie ayant d'abord
arrêté, que les négociations fe tiendroient à
Dantzick , on ne pouvoit s'écarter de fes
ordres , jufqu'à ce qu'elle en eût ordonné
autrement.
Les troupes Ruffes occupent toujours"
leurs cantonnemens dans les Provinces du
Royaume , depuis le Bog jufqu'au Niefter ;
elles continuent de payer argent comptant
toutes les livraiſons de munitions de bouche
& de fourrage; on ne voit encore aucun
mouvement qui annonce de leur part un
changement auffi prochain qu'on fembloit
devoir s'y attendre depuis la fignature de la
convention préliminaire entre l'Impératrice
de Ruffie & la Porte .
Toutes les lettres des environs de la mer
Noire portent qu'on remarque la plus gran
de activité dans les ports que la Ruffie pof
fede à préfent fur cette mer.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 12 Février.
LA vente faite jufqu'à préfent des ornei
( 3. )
5
mens & des meubles divers des Eglifes &
des Monafteres fupprimés dans la Baffe-
Autriche a produit 280,000 florins . On
n'a pas compris dans cette vente , les vafes
factés & quelques autres articles qui ont été
donnés aux 260 nouvelles Paroiffes que l'on
a formées . Au commencement du Carême
prochain on recommencera ces ventes , qui
continueront vraisemblablement toute l'année
, parce qu'outre la fuppreffion qui vient
d'être faite des Trinitaires , il eft queſtion de
celle de plufieurs autres Couvens.
30
Suivant les lettres de Florence , l'Empereur
qui s'étoit rendu le 24 , de cette ville à
Pife , y étoit encore le
du même mais.
Les mêmes lettres confirment que le Prince
Charles -Edouard Stuart eft très -dangereufement
malade ; la Gazette de cette ville préfente
à ce fujet les détails fuivans que nous
tranfcrirons.
* Le pretendant d'Angleterre , connu fous
le nom de Comte d'Albany , & qui , depuis quel
ques années fait fon féjour à Florence , fe trouve
fi mal que l'on défefpere de fon rétabliffement.
Ce Seigneur fouffroit depuis long - temps d'une
véritable éléphantiafis, à la jambe gauche ; & l'acreté
qui accompagne ordinairement cette maladie
ayant été repouffée vers la poitrine & la tête par
des bains foufreux & calcineux , il étoit déja à
la mort en 1783 , lorfque M. Palucci , Chirurgien
du Corps de S. M. I. , Docteur en
Médecine , qui , dans ce temps là fe trouvoit à
Florence fut appellé à fon fecours ; il fit d'abord
placer les jambes du malade dans un bain
a 2
( 4. ))
compofé de lait & d'eau. Après ce ba'n qu'on
répétoit deux fois par jour , il lui fit appliquer
des emplâtres veficatoires au gras des jambes
& lui fauva la vie par ces remedes. Ce Profeffeur
eft à préfent de retour à Vienne ».
Un des principaux Jouailliers de cette Capitale
vient de mettre la derniere main à un
bijou précieux ; c'eft le portrait de l'Empereur
, entouré de diamans , & fous lequel eft
enchaffée une montre dont le diametren'eft
que d'un demi pouce ce bijou eft ,
dit-on , deſtiné à l'Hofpodar de Valachie.
DE HAMBOURG , le 13 Fevrier.
LA convention conclue à Conftantinople
a paru dans plufieurs papiers ; elle ne
contient rien de plus que ce que nous en
avons déja donné déja dans un de nos précédens
Numéros. Il n'y eft en effet queftion
que des intérêts des Ruffes & des
Turcs ; il n'y a rien de relatif à d'autres intérêts
qu'on croyoit exiger auffi des ftipulations.
Le Public jufqu'à préfent continue de
fe livrer à des conjectures. Les papiers publics
qui les recueillent , annoncent une
nouvelle convention pour régler ces derniers
intérêts , & par laquelle la Porte confent
à payer une fomme confidérable pour
dédommager des armemens immenfes qui
ont été faits pour la décider à fatisfaire
la Ruffie , & que fa lenteur & fes incertitu
des ont prolongés & rendus plus frayeux.
( 5 )
Mais tout ce qu'on dit à ce fujet eft bien
vague ; & ces nouvelles , au moins hafardées
, n'ont été donnees que par des Négocians
de Conftantinople à leurs correfpondans
, des comptoirs defquels elles ont paflé
dans nos Gazettes . Elles s'accordent toutes
maintenant à ne plus annoncer de facrifices
territoriaux de la part des Ottomans ; Belgrade
, qu'elles difoient devoir finir par
changer de maître , leur reftera , parce qu'il
eft de l'intérêt des contrées voifines , & de
l'Empire en général , de laiffer cette place
entre leurs mains ; c'eſt une barriere contre
les excurfions de la pefte.
Parmi les motifs qu'on donne à la Porte ,
pour fe décider aux facrifices qu'elle a faits ,
on fait toujours valoir l'indifcipline de fes
troupes , leurs mutineries fréquentes , les diviſions
inteſtines & les révoltes prêtes à écla→
ter. On en vient auffi aux défordres qu'on
dit exifter en Egypte , à l'état de guerre dans
lequel font les Beys qui la gouvernent , &
qui la déchirent ; peut-être tout ce qu'on
débite eft-il fans fondement ou exagéré. Aut
refte , les troubles fans ceffe renaiffans dans
cette contrée , l'infuffifance de l'autorité du
Grand - Seigneur , ramenent trop fréquemment
l'attention fur ce Royaume autrefois fi
célebre , pour que quelques détails fur for
gouvernement actuel ne foient pas agréables
à nos lecteurs. Nous les puifons dans l'ouvrage
de M. Capper , Colonel au fervice de
a 3
( ૪6 ))
la Compagnie Angloife des Indes , qui
Confeillé dernierement , pour fe rendre en
Afie, une nouvelle route qu'il a faite plufieurs
fois, & qui en féjournant à diverfes repriſes
en Egypte, y a fait quelques obfervations ,
dont plufieurs font curieuſes.
« L'Egypte eft divifée en 24 provinces , dont
chacune eft gouvernée par un By ou Sangiacks.
la plupart de ces 24 Beys féjournent au Caire
, ou toujours une fois par femaines , & quelquefois
plus fouvent , ils s'affemblent pour tenir
conteil ; & ces aflemblées s'appellent Divan .
Le Scheich Bellel eft le Président de ce Confeil
& le membre exécutif du Gouvernement.
Son emploi et en quelque forte femblable à
celui du Doge de Venite , mais avec plus d'autorité
; il eft vrai que cela depend de plufieurs
circonstances , & entr'autres s'il a des talens &
de la fermeté , s'il a un grand parti parmi fes
Collegues , & s'il eft bien ou mal avec le Ba
cha. Quand je fus au Caire , ajoute M. Capper
le Scheick Belled étoit un homme foible , &
il ne devoit fa fureté qu'à la jaloufie de deux
Beys rivaux prefque égaux en pouvoir , qui afpiroient
à fa place . Le Bacha eft envoyé par la
Porte & eft une espece de Vice Roi de la part
du Grand- Seigneur. Lorfqu'il peur réuffir à fe ,
mer la division entre les Beys , & s'attacher '
fecrettement lui- même au parti le plus fort ,
pendant qu'il femble obferver la plus parfaite
neutralité , il acquiert quelquefois plus d'influence
que le Scheick Belled lui-même. Mais il doitagir
avec beaucoup de prudence & de circonfpection
; car fi fes intrigues étoient découvertes
& que le parti oppofé triomphât , il feroit
obligé de quitter le pays, La maniere ,
$
(7).
fui
dont on le renvoie , caractériſe les procédés ar
bitraires & ténébreux de cette République orien
tale. Les Beys ayant réfolu de le renvoyer ,
envoyent du Divan même un Carracourouck
qui le rend à fa maifon. Il s'approche de l'endroit
où le Bacha eft affis , leve en filence un
coin du tapis , y place deffous le papier qui contient
fon ordre, en en laiſſant ſortir un petit bout,
afin qu'il foit apperçu , & fe retire fur le champ
fans avoir proféré un feul mot. Le nom de Carracourouck
fignifie un meflager noir , parce qu'il
eft vétu de cette couleur. Le Bacha ne fonge
jamais à s'opposer à cet ordre ; il fait que la
réfiftance lui coûteroit probablement la vie . Il
fe retire en conféquence le plutôt qu'il lui eft
poffible à Baclako , qui eft à deux milles du Caire';
& quand il fuppofe un violent degré de reffentiment
contre lui , il va à Rofetto , & de - là par
la premiere occafion en Chypre , où il reste jufqu'à
ce qu'il ait reçu des nouvelles de Conftantinople.
Le Divan ou le Confeil des Beys ,
pour garder les apparences avec la Porte , dépêche
un Meffager exprès à Conftantinople , avec des
plaintes fur la conduite du Bacha. Le Grand-
Seigneur qui fait qu'il ne peut foutenir fon Of
ficier , ne compromet point fa dignité , & ne
prend aucun autre parti dans cette affaire que
d'envoyer un autre Bacha ; & fouvent il condamne
à une amende celui qui a été difgracié
Les enfans des Beys n'héritent ni du rang
ni des biens de leurs peres ; ils ne peuvent même
être élevés à aucun des emplois convenables à
un Bey. Il eft vrai que le Divan après la mort
d'un Bey , difpofe d'une portion de fes biens pour
l'ufage & l'entretien de fa famille , mais le
refte paffe avec fon titre à fon Cashuf ou Lieutenant
qui généralement fuccede à son rang &
a 4
( 8 )
à fa fortune. Ces Cashufs font des eſclaves Geor:
giens ou Circaffiens , que les Beys ont achetés
adoptés dans leur enfance , élevés avec autant
de foin que de tendreffe , dans la vue d'af
furer en eux des protecteurs à leurs enfans . Cette
foi finguliere paroît avoir été dictée par l'horreur
de la Monarchie & une prédilection pour
le Gouvernement républicain ; mais furement
elle n'a pu être faite que durant l'Adminiſtration
de quelque Chef qui n'avoit point de poſtérité ;
fans cela la voix de la nature auroit étouffé celle
d'une politique inhumaine ».
La communication nouvelle , établie entre
la Tranfylvanie & la Buckowine , par la
grande route , à laquelle l'Empereur fait travailler
, & qui , en partant de Biſtricz , &
paífant par Bog , conduit dans cette derniere
Province , a facilité les moyens de pénétrer
dans toutes les parties de ces contrées
, & fur-tout dans les montagnes qui
étoient , pour ainfi dire , inacceffibles.
Depuis long- temps , écrit -on de Vienne , les
'états de la confcription militaire n'avoient point
été changés , & ils étoient encore tels qu'ils
avoient été arrêtés il y a plufieurs années ; les
Officiers qui en font chargés , ont profité de
l'occafion & des facilités que leur offre cette
route pour pénétrer dans ces montagnes , les
examiner & faire une nouvelle confcription.
Ils les ont trouvées fi peuplées , qu'en ne marquant
que les hommes au- deffus de 15 ans &
au deffous de 40 , ils ont pu y former un corps
de 1046 ; il fera raffemblé au befoin , & fous
les ordres du Commandant en fecond des Garnifons
voisines . Les Officiers , pendant le voyage
& le féjour qu'ils ont fait dans ce pays pour
y faire leur travail , ont fait quelques remarques
fingulieres fur les moeurs groffieres & les ufages
de ces Montagnards , qu'on peut regarder
en quelque forte comme un peuple nouveau
pour nous ; leurs coutumes fimples & fauvages
offrent un tableau piquant ; la polygamie eft prefque
générale ; mais c'eft un ufage plutôt qu'un
effet du libertinage ; ils portent , du moins la
plupart, le nom de Chrétiens fchifmatiques grecs;
mais ils pratiquent en effet le judaifme , &
circoncifent leurs enfans. Leur ignorance
ne leur permet pas de faire la différence
des deux Religions , & il faut qu'elle foit
fingulierement étrange. Les voyageurs ont
été frappés dans un endroit d'un fpectacle plus
touchant ; c'eſt un tableau de l'ancienne vie &
du Gouvernement des Pattiarches ; une famille
entiere compofée de 200 individus vivant fous
la conduite de fon chef qui eſt un vieillard qu'ils
nomment Dodoska , âgé de 109 ans , qui réunit
fous les loix toute fa nombreuſe poftérité , &
dont l'autorité refpectée par tous eft celle du
pere commun ; il leur fert de Roi , de Pontife
& de Légiflateur. Depuis un an il a perdu la
vue , mais il a confervé de la force , & fous
la conduite de fes enfans qui guident fes pas ,
il agit encore & vaque à fes fonctions civiles
& religieufes. Cette famille a des troupeaux qui
fournillent à fes befoins ; fi elle cultive ´la
terre , elle le fait avec négligence , & s'en fait
plutôt une exercice qu'une occupation dont elle
puiffe tirer parti. Le lait eft fa principale nourriture
, & elle le préfere au fruit qu'elle arrache à
la terre.
"
L'Electeur-Archevêque de Treves vient
d'accorder la tolérance civile & religieufe
as
( 10 )
aux Proteftans de fes Etats ; il leur a permis
de faire venir des Miniftres de leur Religion ,
pour adminiftrer le Baptême , le Mariage ,
& c. On fait des voeux dans bien d'autres
Etats , pour qu'on adopte ces mêmes principes.
« C'eft l'exemple de l'Empereur , écrit -on de
Cologne's qui paroît avoir décidé l'Archevêque
Electeur de Treve ; il en eft réfulté que la plupart
des maifons libres à Coblence , fe font
vendues fur le champ le double de leur valeur
, il feroit à fouhaiter qu'on eut fait de
même dans les Etats voisins ; les citoyens
éclairés forment ici ce veu , & fur-tout que
nous ne foyons pas des derniers à profiter des
avantages qui enrichiffent nos voisins ; nous
avons payé cher la profcription de nos freres
auxquels il feroit important de rouvir les bras.
Leur expulfion nous a fait décheoir du rang
où notre fituation nous plaçoit parmi les principales
villes commerçantes de l'Europe ; il eft
tems qu'ouvrant les yeux , nous rappellions dans
nos murs la population , l'induſtrie & les richeffès
que nous en avons fait fortir →
& qu'Elberfeit
Crevelt , Mulheim nous rendent une partie de
celles que nous leur avions malheureuſement
abandonnées dans d'autres temps .
ITALI E.
DE NAPLES , le 24 Janvier.
A l'occafion de l'accommodement des
différends furvenus entre cette Cour & la
République de Ragufe , le Roi a adreffé
( 11 )'
·
cette dépêche au Marquis de Cavalcanti &
au Prince de Cimitelli .
« La République de Ragufe ayant reconnu par
un acte formel & refpectueux , le droit incontefta
ble que les Souverains de ce royaume ont exercé
depuis long temps , & fans interruption d'envoyer, ‹
& de tenir à Ragule un, Gouverneur d'armes , &
ayant en conféquence accepté & admis le Capisaine
Pafchal de Boraginé, que S. M. a nommé en
cette qualité, les fujets de déplaifir & de mécontentement
caufés par les difficultés & les oppofitions
du Gouvernement de Ragufe ayant ceffé ainfi ,
S. M. veut bien rétablir dans fa faveur & dans les
avantages de fa protection la République & les
fujets Ragufois ; elle confent qu'ils rentrent dans
tous les priviléges & exemptions dont ils jouif
foient dans fes Etats avant ces différends . Elle ordonne
en conféquence de lever fur le champ le
fequeftre, mis ci-devant fur les biens & effets qu'ils
poffedent dans le royaume, & que cet ordre s'exé
cute par- tout & fans frais. »
Le Roi , par une dépêche , en date du 27
Décembre dernier , a ordonné aux Evêques
de veiller au rétabliffement & à l'obfervation
de la difcipline dans les trois Ordres
mendians de S. François. Cette dépêche.
étoit accompagnée d'inftructions , en forme
de Réglement fur ce fujet , au nombre de
10 articles. Ces Religieux ont cru devoir
faire des repréſentations fur ces difpofitions ,
& on les examine à préfent.
DE. GENES , le 28 Janvier.
\
Selon quelques lettres de Lisbonne , le
a 6
( 12 )
Fifcal de la Couronne a enfin préfenté à la
Régence fes doutes fur la fameufe Sentence .
du 12 Janvier 1759 ; on attend à préfent la
détermination ultérieure & décifive qui fera
prife fur cette importante affaire.
On croit , ajoutent ces lettres , que tous les
ex-jéfuites portugais font à la yeille d'obtenir
une penfion alimentaire fuffifante ; il a été du
moins préſenté à la Cour , par le miniftre plénipotentiaire
de S. M. T. F. , au nom du S. Siége ,
un mémoire à ce sujet , & on affure que M. Pagliarini
, agent de la Cour de Portugal à Rome ,
a reçu ordre de faire une lifte exacte de tous les
ex -jéfuites portugais vivant dans l'Etat Eccléfiaftique
& dans d'autres endroits de l'Italie .
Il paroit auffi qu'on longe en Efpagne à
adoucir le fort de ces Religieux , dont les
individus, iſolés actuellement , ne fauroient
être à craindre , & ont au moins des droits
à des foulagemens & aux moyens de foutenir
leur exiſtence .
Les ex-jéfuites retenus ici , lit - on dans quelques
lettres de Madrid , & vivans dans des couvens
de différens ordres , d'où il ne leur étoit
pas permis de fortir fans être toujours accompagnés
d'un religieux , commencent à jouir d'un
peu plus de liberté ; on a accordé à quelquesuns
la permiffion de fortir feuls , tant dans la
ville que dehors , mais avec la condition expreſſe
qu'ils ne s'en éloignent jamais de plus de deux
lieues on croit que la même grace fera accordée
à tous. Cette condefcendance du gouverne .
ment pour les individus , la faculté qui leur a
été donnée , par une cédule royale , de pouvoir
répéter la moitié du produit des biens de fa(
13 )
mille qui peuvent leur écheoir par héritage ,
font préfumer qu'il y aura peut- être encore quelqu'autre
changement dans le fyftême qui a prévalu
fi long- temps.
Les lettres de Venife portent qu'on y
arme dans ce moment , pour fe mettre en
meſure contre les repréfailles , dont les Hollandais
ont menacé la République .
On équipe dans notre arfenal , difent - elles ,
les vaiffeaux le Saint - Charles , de 60 canons ;
le Marco , de 40 ; le Doge , de 32 ; la Venezella,
de 26 ; la Madona & la Roma , de 24. M. Milo
Darle aura le commandement de cette efcadre..
Les marchands de Corfou , d'Iftrie , &c. arment
auffi plufieurs galeres pour protéger le commerce
du Levant , qui a augmenté confidérablement
dans le cours de ces quatre dernieres années.
On efpere cependant que ce différend n'aura
pas de fuites , & que quelques puiſſances amies
interpoferont leur médiation.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 20 Février.
Il a été envoié à M. Tonyn , Gouverneur
de la Floride orientale , ordre de prendre ,
lorfqu'il évacuera cette province , qui doit
être rendue aux Efpagnols , dans le courant
du mois de Mai prochain , une note exacte
de tous les Negres & effets des propriétaires
qui ne réfident pas fur les lieux , avant
de permettre qu'ils foient embarqués pour
d'autres endroits. Il joindra à cette note celle,,
de toutes les propriétés qui pourront être
( 14 ) .
"
vendues foit à des Efpagnols , foit à des Anglois
qui voudroient continuer leur féjour
dans ce pays , & y vivre fous les loix Efpagnoles.
Ces liftes , revêtues de toutes les
formes légales , feront enfuite apportées en
Angleterre , avec les papiers qui appartiennent
à l'Adminiftration de cette Province...
Nous venons de voir arriver ici , lit - on dans
une lettre de New Yorck , l'équipage infertuné
du bâtiment de Clyde la Fanny , Capitaine M'
Farlane , qui fit naufrage le 18 Septembre dernier
fur la côte de Mayguana , l'une des ifles
de Bahama , dans fon paffage de la Jamaïque à
Terre-Neuve. Le vaiffeau toucha contre des ro
chers , & au moment du choc un matelot & un
paflager qui étoient fur le pont tomberent dans
la mer & fe noyerent . Ce malheureux événe-
-ment eut lieu le foir ; l'équipage paffa la nuit
fur le bâtiment fracaflé , tremblant à chaque
inflant qu'il ne s'ouvrit tout- à- fait , & que la mer
ne l'engloutit ; on peut fe peindre leur fituation
pendant cette nuit défaftreufe , & combien elle
leur parut longue ; il tint heureuſement juf .
qu'au jour , qu'on s'occupa à couper les mats ,
à détacher quelques pieces de bois de différentes
parties du vaiffeau , on en fit un radeau fur lequel
on gagna la terre ; l'eau qui étoit entrée dans
le corps du bâtiment , ne permit pas de prendre
des provifions , & les malheureux échappés à la
faillirent à fuccomber à la faim fur la terre ;
des racines , des coquillages furent leurs feuls
alimens pendant 13 jours; ils ne fouffrirent pas
moins de la foif, n'ayant trouvé qu'une eau
faumâtre , à quelque diſtance de la côte , dont
ils n'oferent pas s'éloigner , parce qu'ils n'avoient
d'autre efpérance d'être tirés de cette ifle que
mer,
( IS )
par quelque vaiffeau qui pafferoit à la portée ;
ils en apperçurent enfin un Américain , qui les
reçut à bord , & les conduifit à New-Providence
d'où ils font venus ici ..
Les lettres des ifles ne contiennent qué
des plaintes fur la langueur qu'éprouve encore
le commerce , & en particulier fur la
proclamation qui en écarte les bâtimens
Américains. Les braş manquent dans la plupart
des plantations où l'on a befoin de Negres
, où l'on enleve à leur arrivée tous ceux
qui arrivent d'Afrique , & où l'on attend
avec impatience les bâtimens qui en font
chargés.
Sir Richard Hughes a arboré fon pavillon
à Antigues fur le Léander de so canons ;
on dit que l'intention du Gouvernement eft
de former un arſenal dans cette ifle , & d'en
augmenter les chantiers , de maniere à pouvoir
y conftruire des vaiffeaux de ligne, ainfi
que les Efpagnols le font à la Havane.
Les Médecins , lit- on dans la Gazette de la
Jamaïque , qui ont foigné quelques Négres mordus
par des chiens , ont rapporté que plufieurs
étoient morts avec tous les fymptômes de la
rage ; cet avis allarmant a décidé le Magiftrat
à ordonner de tuer partout ces animaux dangereux
, & on l'exécute avec beaucoup de rigueur ;
malheureuſement ceux qui en font chargés
n'ont pas mis dans cette execution la prudence
& la circonfpe &tion néceffaire , & il vient d'arriver
un accident funefte ; au moment qu'un de
cés gardes couchoit en joue un chien vers un
détour , il fe préfenta de ce côté un négre libre ,
( 16 )
qui reçut le coup déftiné au chien , & qui mourut
fur la place .
Les divifions actuelles continuent avec la
même vivacité ; & le fpectacle ſcandaleux
qui a eu lieu dernierement à Weftminſter, a'
encore des fuites . Les deux aſſemblées tenues
le 14 font publier leurs réſolutions contradictoires
dans tous les papiers , & chacune
s'attribue la majorité , & l'avantage d'offrir
les véritables fentimens des Electeurs.
Le 16 , les partiíans de M. Fox prirent en
confidération ce qui s'étoit paffé le 14 ; on avoit
placé fur la chaife de leur chef un paquet de dro
gues , dont l'odeur l'incommoda beaucoup ainfi
que les perfonnes qui fe trouverent dans le voi- ,
finage , & le forca de fe retirer . Un apothicaire
préfent déclara que ces drogues étoient un poifon
; il en apporta l'analyse le 16 ; & il fut arrê
té que l'on feroit des recherches fur l'auteur out
les auteurs de cette infulte . On autorifa ceux
qui en furent chargés à offrir 200 liv. fterling ,
de récompenfe à celui qui les feroit connoître.
Il paroît que l'on renonce à tout eſpoir
de conciliation ; l'affociation formée pour
travailler à l'union , n'a encore rien exécuté.
Dans la derniere affemblée , fes Commiffaires
lui ont rendu compte de leur démarches auprès
de M. Pitt , pour l'engager à defcendre de fa place ,
afin de pouvoir entrer en négociation , quoique.
le parti oppofé eut confenti de la maniere la plus
amicale à plufieurs de fes conditions . Sa premiere
objection étoit qu'il ne ſe réfoudroit jamais à coa- ¡
lifer avec le Lord North ; & le Lord North avoit
déclaré qu'il étoit décidé à fe contenter de l'état
de particulier. La feconde étoit qu'il ne pouvoit
( 17 )
approuver tous les compromis qu'occafionnoit
la deuxieme propofition du bill de l'Inde de M.
Fox , & celui- ci a dit qu'il étoit prêt à modérer les
claufes de fon bill . Enfin le Miniftre a déclaré
que fa confcience ne lui permettoit pas de réfigner
fa place , dans la vue de faciliter un raccommodement
, & qu'ancune réfolution de la
Chambre ne le forceroit à une telle démarche ;
mais ce point , de l'avis des Commiffaires , étoit de
nature à pouvoir être cédé , par quiconque eft
attaché au bien de fon pays ; cet avis , tourné en
réfolution , paffa à l'affemblée qui s'ajourna fine.
die.
Le Bill de l'Inde , la grande fource des
divifions actuelles , s'oppofe encore , comme
l'on voit , à une réunion ; en attendant ,
l'adminiftration Angloife dans ce pays refte
la même ; & les changemens qu'on juge
fi néceffaires font fufpendus. Parmi les détails
que les papiers du jour préfentent pour
prouver combien il feroit important de s'en
occuper , nous citerons la lettre fuivante
écrite par un de nos Oficiers , en date de
Calcuta , le 31 Décembre 1782. Cette date
eft peu récente , mais la lettre peut piquer la
curiofité.
« Nous fommes arrivés dans l'Inde le 19 Octobre
1782 , après une tempête & des mauvais
temps qui ont endommagé tous les vaiffeaux
dans la route. Nous avons eu pendant un féjour
de 11 jours , le fpectacle le plus affreux
pour des hommes fenfibles. La famine défole
& ravage ces pays ; les pauvres naturels en
font les victimes ; 20 ou 30,000 chaffés de leurs
maiſons par Hyder Aly , font venus ici demi
( 18 )
muds , & on affure qu'un tiers au moins de èe
nombre a péri de faim dans les environs &
-même aux portes de Madras ; j'en ai vu moimême
des centaines morts ou mourans fur les
grands chemins. Ce fpectacle horrible , leurs
cris , le défeſpoir des uns , les fanglots des autres
ne fortiront jamais de mon fouvenir ; quelles
font donc les horreurs de la guerre , puifqu'elies
dénaturent ainfi le plus riche & le plus bean
pays de l'Univers ! Quelle exécration ne méritent
pas ceux qui y ont porté la défolation
& la mort ! Graces à Dieu j'ai quitté ce théâtre
pénible & douloureux , & me voici dans un endroit
où regne l'abondance , où les peuples paroiffent
contents & vivans dans l'aifance . Ce font
de pauvres êtres cependant ; leur croyance religieufe
refferrant autour d'eux les objets qui
pourroient fatisfaire leurs befoins , les voue à la
frugalité au milieu de l'abondance & des fuperfluités
; & la difette eft inévitable après une récolte
que l'inconftance des faifons a pu faire
manquer ; ils meurent au milieu des troupeaux
dont ils n'oferoient fe nourrir ; & en fuccombant
à la faim avec tous les moyens de s'en préferver
ils verront avec horreur les repas
fanglans & féroces des Européens , & péri
ront plutôt que de les partager. Nos Anglois
ne font pas plus capables de les imiter. Au milieu
de ces créatures fobres & douces par excel
lence , ils étalent tous les excès de l'intempé
rance & du luxe. Leurs maifons font magni
fiques , ce font des efpeces de Palais dont l'architecture
eft dans le ftyle grec , & les meubles
riches ; rien n'eft plus commun qu'un train
nombreux de domeftiques , de voitures & de
chevaux . Mais tout cela fe procure aux dépens
des naturels ; ce font leurs travaux , leurs
>
( 19 ))
fueurs
qui
nous
enrichiffent
, & l'avidité
eft
telle
qu'on
leur
envie
& qu'on
leur
arracheroit
encore
ce qu'il
eft abfolument
néceffaire
de
leur
laiffer
pour
leur
nourriture
, & que
leur
fobriété
naturelle
réduit
à bien
peu
de choſes
.
Quel
pays
! Et quel
parti
on pourroit
en tirer
s'il
étoit
bien
adminiftré
? quelle
fource
inépuifable
de richeffes
? Je n'exagere
point
en
difant
qu'elles
nous
mettroient
en état
de payer
la dette
nationale
, toute
énorme
, toute
pefante
qu'elle
eft , que
ce grand
ouvrage
feroit
moins
Jen: qu'on
ne l'imagine
, que
nous
pourrions
le voir
terminer
avant
de defcendre
au tombeau
; mais
il faudoit
bien
des réformes
, & on doit
en déſeſpérer
».
Les partifans de l'ancienne Adminiftration
ne manquent pas de faire valoir tous
ces détails ; & il n'y auroit rien a dire , fi en
faifant des voeux pour la réunion des partis ,
ils employoient la modération convenable ,
& fe défendoient les injures qui ne rendent
jamais une caufe meilleure ; leurs pamphlets
en attirent en réponſe , & les amis des nouveaux
Miniftres ne font pas exempts de ce
reproche.
La conduite de ceux qui prêchent la coalition
, eft , difent-ils , une des plus artificieuſes
qu'on ait vu dans ce pays ; ils fçavent que le
peuple eft contre elle ; & que les deux principaux
noms qui font à la tête font réprouvés
par les trois quarts des fujets du roi , qui font
bien convaincus que leur ambition ' eft leur principal
objet . Si cela n'étoit pas ainfi , pourquoi
repéteroient -ils fans ceffe qu'il faut rétablir l'ancien
miniftere. N'y a- t- il pas d'autres perfonnes ,
( 20 )
que ces chefs , capables de prendre les rênes ;
fi M. Pitt les quitte , le Gouvernement feroit
envahi par une faction que le peuple condamne ,
& le Roi feroit forcé d'accepter pour Miniftres
des hommes qui attaquent journellement fon
pouvoir , qui l'outragent & qui tentent d'en impofer
à la Nation par un prétendu zele pour
l'honneur de la Chambre des Communes ; car
c'eft par-là qu'ils cherchent à aveugler le peuple
& à lui faire oublier la premiere caufe de
leur oppofition actuelle. Et quelles raisons oppofent-
ils pour fonder la néceffité du renvoi des
miniftres actuels ? Voici pourquoi le Roi doit s'en
défaire : 1º. parce que ces miniftres ont été nommés
par le choix libre de S. M. & non jettés
autour d'elle & malgré elle comme les précédens
l'avoient été ; 2°. parce que la haute opinion qu'a
S. M. des talens & de l'intégrité de M. Pitt a
une fecrete influence fur fon ame royale ; 3 ° . parce
qu'un homme du caractere de M. Pitt peut devenir
un favori du Roi comme il eft déjà celui
de la Nation , & que cela eft contraire aux intérêts
de la coalition ; 4° . parce que les miniftres
actuels fe font "oppofés à un bill nouvellement
calculé pour foulager le Roi du poids de la fouveraineté
; 5 °. parce que la confervation de leur
place ne fe concilie pas avec les intérêts de la
coalition , & que les intérêts de celle - ci font
la même chofe que l'honneur de la Chambre
des Communes ; 6°. parce que jufqu'à ce que
les miniftres actuels foient déplacés , il eft diffi- -
cile de récompenfer le Lord N. de fa glorieufe
& longue adminiftration , & de fa reconnoiffance
envers fon Souverain ; 7°. parce que les profits
de la banque de pharaon font précaires.
On revient aux bruits de diffolution piochaine
du Parlement ; & peut être devien-'
-( 21 )
dra-t- elle néceffaire . Le parti extrême , fufpendu
jufqu'à prefent par la néceffité de faire
fixer auparavant les fubfides , fera , à ce que
l'on préfume, pris tôt ou tard .
Un Pair indépendant & qui n'a de liaiſon
avec aucun des partis , fe propofe , dit un de nos
papiers , de présenter à S. M. fon humble avis ,
qui eft celui ci. Le Roi , dans la circonstance
critique actuelle , informera fes fideles Communes
, qu'il eft embarraflé dans la conduite qu'il
doit tenir pour le bien général de fes fujets . Les
adreffes qu'il a reçues de toutes les parties de fon
Royaume lui paroiffent abfolument contraires
aux fentimens exprimés dans les réfolutions de
la Chambre ; pour s'aflurer quelle eft la véritable
opinion de fes peuples , fi elle fe trouve dans
les adreffes ou dans les réfolutions de leurs repréfentans
, il fe décide a faire ufage de fa prérogative
royale ; il diffoudra le Parlement , &
donnera une occafion sûre à la nation de développer
les véritables fentimens dans l'élection
des membres qui compoferont le nouveau ; mais
avant d'en venir à cette mefure , il recomman
dera inftamment à fes fidelles Communes de
paffer les bils qui font d'une néceffité indifpenfable.
Il eft certain , ajoute ce papier , que ce
moyen eft le feul qui puiffe faire connoître l'opinion
du peuple en général ; fi l'oppofition a
raifon de dire que fa voix eft celle de la nation ,
elle eft très- sûre d'avoir part aux nouvelles élections.
Si elle fe récrie contre l'adoption de cet
avis , elle fe condamne elle - même.
Les cours des débats au Parlement n'annonce
pas encore que l'oppofition foit près
de perdre fa prépondérance.
Le 18 la Chambre des Communes ajourna
( (22 )
Mardi 24 le comite des voies & des moyens de
fubfides , ainfi que celui fur l'état de la nation .
Conformément à l'ordre du jour , M. Pitt pro
pofa de s'occuper du rapport des eſtimations de
Partillerie . M. Fox , avant d'entamer cette matiere
, lui demanda s'il n'avoit rien à commu→
niquer à la Chambre ; on attendoit en effet l'opinion
du Roi fur les réfolution qui lui avoient
été préfentées . Cette réponſe fut faite ; mais elle
ne contenoit pas autre chofe , finon que S. M. ,
vu l'état des affaires , n'avoit pas renvoyé (es
miniftres , qui de leur côté n'avoient pas demandé
leur démiffion . M. Fox trouva cette réponſe
inouie ; elle ne contenoit rien moins qu'un>
refus décidé d'avoir aucun égard à l'opinion des
Communes , & le deflein de traiter les réfolu➡
tions avec indifférence & mépris . Il pouvoit afiurer
que depuis la révolution , ou du moins depuis
l'acceffion du roi au trône , les rois avoient toujours
répondu favorablement à la Chambre des
Communes ; il trouva , dans le procédé nouvellement
adopté la conftitution en danger , la
Chambre compromife & hors d'état de remplir-
Jes fonctions qui lui étoient confiées . Dans ces
occafions elle avoit un parti à prendre , celui de
retirer les fubfides ; it pouvoit paroître violent
& fujet à des inconvéniens ; mais ces derniers
étoient moindres que le danger qui menaçoit ,
la conftitution. A cette occafion il rappella les
principes qu'il avoit expofés précédemment tur ),
les prérogatives de la couronne ; elles n'étoient
point accordées à la perfonne du roi , mais au
principal magiftrat , pour le bien général & à
caufe de la néceffité indifpeniable de former une,
adminiftration qui eût la confiance de la Chambre.
Cela amena un tableau fans doute chargé
du miniftere actuel , après lequel il s'empreffa
( 236)
lui- même de déclarer que M. Pitt n'étoit pas
un des hommes de l'efpece de ceux qu'il avoit
peints , mais qu'il y en avoit plufieurs parmi fes
amis , & il en étoit la dupe : cependant il ne crut
pas devoir propofer de retirer les fubfides ,
fe borna à propofer de remettre au 20 le rapport ;
fur les estimations . Cette motion fut fecondee par
M. Powis & plufieurs autres membres , les débats
ramenerent les voeux pour l'union . On voulut
favoir quels étoient les obftacles qu'elle éprou- ,
voit ; & M. Pitt déclara que le duc de Portland ,
à qui le roi avoit propofé une conférence avec
quelques miniftres , avoit refufé de s'y prêter ,
à moins qu'ils ne fe démiffent de leurs places
auparavant ; il déclara de nouveau qu'il ne quitteroit
point la fienne , que fon refpect pour la'
Chambre ne l'y détermineroit point , que fon honneur
& l'intérêt de fon pays lui faifoient une lois
de la garder jufqu'à ce que S. M. la lui ôtât. ,
M. Fox ne voulut pas laiffer le duc de Portland
chargé de l'accufation de s'opposer à l'union ; il
dit que fon refus étoit une fuite de l'obligation !
où il étoit de conferver la dignité de la Chambre ,
& que d'ailleurs c'étoit avec le roi qu'il devoit
traiter , & non avec un tiers . Cette digreffion
ne fit pas perdre de vue la motion ; le folliciteur
général défapprouva le fondement que lui avoit
donné M. Fox , & prétendit qu'il s'étoit trompé ,
en difant que depuis la révolution il n'y avoit
point eu d'exemple d'une pareille diviſion entre
le Roi & la Chambre en 1701 , dit - il , des
Communes demanderent le 13 mai l'éloigne-.
ment des Lords Orford , Saumers & du Comte
de Portland ; mais après cela elles , ne futpendirent
point les fubfides , & le lendemain elles
en voterent un pour les gardes & les gainifons.
On obferva à l'honorable membie que M. Fox
( 24 )
avoit bien dit , depuis la révolution , mais qu'il
avoit reftreint fon affertion en ajoutant : ou du
moins depuis l'acceffion de la maison de Brunſwick
au trône. Sa motion , après les débats , paffa , &
elle eut une majorité de 12 voix.
La Vice- Royauté d'Irlande , deſtinée d'abord
au Comte Temple , qu'on diſoit l'avoir
acceptée , a été donnée au Duc de Rutland
; & le même Comte Temple , qui n'avoit
pas gardé fa place de Secrétaire d'Etat ,
a pris le fceau privé que laiffoit vacant la
nomination du Viceroi d'Irlande . Ce dernier
eft parti le 16. Ses équipages avoient
pris les devans. On dit qu'ils ont été attaqués
par des voleurs fur leur route ; mais
que les gens du Duc ont fait une fi bonne
contenance , que les brigands n'ont rien pu
enlever.
La coutume barbare qui prévaut fur les côtes
'de ce Royaume , écrit-on de Dublin , de piller
les cargaifons des vaiffeaux naufragés , eft le,.
comble de l'inhumanité & de l'injuftice . Le naufrage
arrivé derniérement à Bray eft une preuve.
de l'exiftence de cette pratique horrible . Le
vaiffeau L'amitié , de Briſtol , venant d'Oporto ,
chargé de fruits , d'huile , & c. , évalué à 4000
liv. fterl. , échoua à environ un demi mille de
Bray. Le Capitaine & l'équipage furent fauvés"
heureuſement , ayant quitté ce vaiffeau avant la
nuit ; mais ce vaiffeau & la cargaifon furent pillés
pendant cette même nuit , & il ne reftoit plus rien
le lendemain à fix heures du matin . Les habibitans
de la ville & de la campagne avoient enlevé
tout jufqu'aux planches du batiment.
Parmi les faits finguliers , véritables ou
fuppofés ,
( 25 )
fuppofés , qu'on trouve fouvent dans nos
papers , nous en faifirons quelques uns.
La Favorite de l'Empereur actuel de Maroc eft
une Angloife dont l'hiftoire eft affez finguliere &
mérite d'être rapportée. Son nom eft Seagood ;
fon mari étoit un Tifferand du Devonshire , qui
ayant mal fait fes affaires , prit la réfolution de
fe rendre en Amérique , pour effayer de les rétablir
. Il fit tout ce qu'il put pour engager fa
femme à refter en Angleterre pendant qu'il iroit
former fon nouvel établiffement, avec promeffe dé
revenir la chercher . Elle voulut abfolument par ›
tir avec lui , & ils s'embarquerent ensemble ; le
vaiffeau fur lequel ils étoient fut pris par un Corfaire
de Salé fur les côtes d'Espagne . Le Corfaire
, en faisant paffer l'équipage fur fon bord
fut frappé des charmes de Miftriff Sengood , qui
avoit alors vingt ans , & qui étoit en effet une de
plus belles femmes du monde , & la deftina fur le
champ à l'Empereur . Il l'envoya à Méquinez .
Elle captiva dès la premiere vue le coeur du Souverain
, dont elle eft la maîtreffe favorite depuis
cinq ans , & à qui elle a donné trois enfans ; le
mari fut vendu , & par ordre de la Cour , éloigné
dans l'intérieur du pays ; on n'en a pas entendu
parler depuis ; & la beauté de fa femme lui a vraifemblablement
couté la vie , ou ce qui eft pis , l'a
condamné à un esclavage perpétuel .
Nous ne nous arrêterons pas à caractérifer
le fait fuivant , & à differter fur fes caufes
faut- il les chercher dans l'amour , la
jaloufie ou la vanité ? nous nous bornerons
à le rapporter.
13
Un homme du peuple s'étoit marié ; fa femme
étoit aimable ; elle paroiffoit l'aimer , & il lui
paffa par la tête d'éprouver enfuite fes fenti-
No. 10 , 6 Mars 1784 . b
( 26 ).
mens ; il fit une partie avec plufieurs de fes amis .
pour aller paffer une ſemaine à la campagne ; il
laiffa fa femme feule ; il lui fit dire enſuite
qu'en fe promenant par la campagne il étoit
tombé dans une carriere de charbon , & qu'il
étoit mort. Sa femme reçut cette nouvelle avec
beaucoup de douleur ; elle en donna des fignes
fi vifs , fi conftans , que le mari , perfuadé qu'il
en étoit réellement aimé , ſe hâta de la faire raf
furer. Mais ce jeu cruel eut des fuites fâcheuſes ;
fa femme ne voulut point croire à ſa réſurrection ;
elle tomba dans un accès terrible lorfqu'elle vit
fon mari , qu'elle prit pour un revenant , & depuis
ce temps elle est malade.
Une Compagnie équipe un vaiffeau à Dept.
fort pour faire des découvertes au Pole . Il doit
partir avec la premiere flotte du Groenland , &,
après avoir vifité cette mer , aller au N. O. de
la baie d'Hudfon , où l'on croit qu'il eft poffible
de découvrir un paffage à la mer de l'Inde . Ces
navigateurs auront la fanétion de l'Amirauté
mais l'entreprise ne fera nullement aux frais du
Gouvernement , à moins qu'on ne parvienne à
rouver le paffage fi defiré , & en ce cas les
navigateurs auront une récompenfe propor
sionnée à leur découverte. Les matelots & toutes
les autres perfonnes néceffaires à cette expédition
ont déjà pris des engagemens , & le départ
eft fixé au commencement du mois de Mars , fi
le temps le permet. Le vaiffeau eft de conftruction
hollandoife , & approvifionné comme il
convient.
FRANCE.
DE VERSAILLES, le 2 Mars.
LE Roi a pommé à l'Evêché de Nîmes
( 27 )
l'Evêque d'Alais ; à celui d'Alais , l'Abbé de
Beauflet , Vicaire Général de Digne ; à celui
de Digne , l'Abbé de Mouchet de Ville-
Dieu , Vicaire Général de Nevers , Maître
de l'Oratoire de Monfeigneur Comte d'Ar- :
tois ; à l'Abbaye de Foncaude , ordre de
Prémontré , diocefe de Saint-Pons, l'Abbé
de Lifle , Vicaire Général de Nevers ; & à
celle du Pré Benoît , ordre de Cîteaux , diocefe
de Limoges , l'Abbé d'Omingon , Vicaire
Général de Montauban.
DE PARIS , le 2 Mars.
ON s'attendoit à la publication des dépêches
que M. le Comte de la Marck a apportées
de l'Inde, elle n'a point été faite encore ,
& peut- être elle n'aura pas lieu , parce que
dans ce moment , où la paix eft faite on attache
moins d'importance à des nouvelles de
combats , dont l'effet ne peut plus influer
fur les arrangemens qui ont précédé. Mais
ces détails appartiennent à l'hiftoire , & ont
des droits à la curiofité. Nous nous emprefferons
en conféquence de placer ici un précis
de la derniere campagne de l'Armée
Françoife dans l'Inde.
>>
Les 4 Vaiffeaux & le Convoi qu'ils efcortoient
, partis de Breft le 11 Février 1782 , portoient
dans l'Inde une partie de l'armée de M. le
Marquis de Buffy & les munitions dont elle avoit
befoin. Cette flotte arriva dans 99 jours au Cap
de Bonne Efpérance , y féjourna deux mois &
demi , & en repartit pour l'Ile de France ,
b 2
( 28 )
leaux
où elle arriva après 47 jours de traverfée . A
l'époque de fon départ de l'Ile de France pour .
l'Ile Bourbon (le 1 Décembre 1782 ) , le Rég
ment de la Marck avoit perdu , foit à la mer ,
foit à terre , 680 Soldats & 19 Officiers ; le Ba
taillon d'Aquitaine , 92 Soldats , point d'Officiers
; le Détachement de Royal Roufilon ,
102 /Soldats & 7 Officiers ; l'Artillerie , 72 Canoniers
& 2 Officiers . La flot e appareilla , le
24 Décembre , de Bourbon , fut toucher à Achem
où elle croyoit trouver M. de Suffren , qui en
étoit parti ; elle fit voile vers Ceylan , & mouilla
le 9 Mars 1783 à Trinquemale où elle joignit
Les Vailleaux , car elle en avoit laillé un hors
de fervice à l'Ile de France , aux 12 Vaiffe
& 3 Frégates de M. de Suffren. Les troupes de
M. de Buffy, embarquées fur la flotte , en partirent
le 16; & le 17 au matin , leur débarquement
étoit exécuté à Porto- Novo ; ce même jour
elles marcherent fur Goudelour ; le 18 e' es
établirent leur camp à Mangicoupan; le Quartier-
Général & l'Artillerie entrerent à Goudelour..
Le 12 Avril la flotte Angloife , forte de 18
Vaiffeaux de ligne & 5 Frégates , paffa à la vue
de Goudelour , faifant voile vers Madras . Le
27 Avril M. le Comte d'Offelize rejoignit l'armée
de M. le Marquis de Buffy avec les refles
de celle de M. Duchemin , L'armée fut divife
en deux Brigades la premiere , composée de
deux bataillons du Régiment d'Auftrafie & d'environ
300 hommes de Royal Rouffillon ; la feconde,
du fecond Bataillon d'Aquitaine & du refle.
des deux Bataillons de la Marck. Chaque brigade
étoit de 1 à 1200 hommes , & avoit 8
pieces de canon de 4. L'avant -garde fut formée
d'un détachement du Régiment de l'Ife
de France , des débris des volontaires étrangers
( 29 )
& des volontaires de Bourbon , & de quelqués
cipales , avec trois pieces de 3. Quatre bataillons
-de cipaies formerent la referve . Le parc d'artil
derie , in'ayant pas reçu celle qui étoit partie de
France ; & qui étoit néceffaire à fon expédition,
raflembla , avec autant d'intelligence que de
peine , gratre pieces de 24 , deux de 18 , de
fer , quatre de 12 , huit pieces de 8 , dont 5
de fer , huit pieces de 6 , quatre pieces de 4 ,
un obuzier de 6 , un de cinq & demie , & un
de quatre & demie , total 33 bouches à feu.
où
un
L'armée Française , totalement dénuée de cavalerie
, manquoit auffi de tous les moyens de
fervir & de conduire fon artillerie ; il ne lui
reftoit qu'environ trois canoniers par piece , &
elle n'avoit point de barufs dans un pays
canon de 24 a quelquefois befoin d'un attelage
de 160 de ces animaux , & où l'on en emploie
d'ordinaire 14 à trainer une piece de 4 , qu'en
France on peut atteler de deux chevaux . M. le
Marquis de Buffy ordonna de lever un corps de
sco Indiéns pour ce fervice ; mais ce corps n'étoit
pas même complet à la fin de Juin , & ne
pur être formé que de Coulis , les plus faibles
& les plus lâches des Indiens ; il fit également
lever 500 boeufs au compte du Roi , & Tipo-
Sultan , fils d'Hydet- Ali , lui en envoya bientôt
1200 autres , avec 3500 cipaies de les troupes ,
& 8 pieces de canon . L'armée , dans une telle
fituation , ne pouvoit que fe préparer à entrer
en campagne ; elle ne fit donc que de petits
mouvemens au- delà de fon camp. Cepent
dant les Anglois , infiniment fupérieurs en forces
& en moyens de toute efpece , Souverains des
plus vaftes Etats dans cette partie du monde
informés que Tipo Sultan , occupé d'appaifer
des diffenfions inteftines furvenues dans fes Etats
b 3
( 30 )
à la mort d'Hyder Ali fon pere , ne pourroit
venir au fecours des Français fes alliés que vers
le mois de Septembre fuivant , réfolurent d'enrer
en Campagne , d'obliger les Français de fe
renfermer dans Goudelour , & de tacher de les
y forcer avant l'arrivée de Tipo - Sultan . Leur
Hotte eut ordre de fe tenir dans les parages de
cette ville , & leur armée fortit de Madras ; elle
étoit compofée de 4600 blancs de troupes angloifes
& Hanovriennes , de 4 Régimens de Cavalerie
, dont un blanc , de 13000 Cipaies , de 800
canoniers blancs & 1700 Indiens ; fon artillerie
étoit composée de 84 pieces de canon ou obu
fiers , dont 18 du calibre de 18 ; & le refle de
12 , 9 , 6 , & feulement huit pieces de 3 atta
chées à leurs quatre Régimens de Cavalerie. Des
chevaux menoient ces dernieres pieces des
boeufs toutes les autres , & des Eléphans fuivoient.
pour les dégager au befoin . Le Général Stuart
commandoit cette armée. Si l'on a remarqué que
le Général Anglois qui s'eft le plus diftingué
dans cette dernière guerre avoit fait l'apprentif
fage de cet art en France , à PEcole d'Artillevie
de la Fere , Stuart en offroit un nouvel
exemple. En effet , cet Officier a étudié & ap .
pris en France l'art militaire ; il fuivoit en 1751
& 1752 les exercices de l'Ecole d'Artillerie de
Metz , & le fort des Français étoit de trouver
à la tête de leurs ennemis , & de combattre
fur les bords du Gange , un de leurs difciples ,
comme ils venoient d'en trouver & d'en combattre
un autre aux Colonnes d'Hercule . Le
pays entre Madras & le Tanjaour ayant été entiérement
dévafté par Hyder-Ali qui avoit tranfporté
dans les Etats prefque tous les habitans du
Carnate , les Anglois ne pouvoient que marcher
arès -lentement , étant obligés d'établir des maga
3
M
fins & de fortifier les principaux Ports , précé
demment détruits par ce Nabab , Sachant d'ail
leurs que les François avoient beaucoup de malades
, étoient fans cavalerie , manquoient de
boeufs, n'avoient que le feul dépôt de Goudeloar ,
à la Côte dont ils ne pouvoient s'éloigner , ils
étoient sûrs de n'être pas troublés dans leur
marche. Parvenus à la hauteur de Pondicheri
ils réuffirent fans peine , par des marches éloignées
, à tourner par la gauche l'armée Françaife
qui n'avoit aucun moyen de les éviter, -La
nuit du 6 au 7 leur armée fe porta au fud de
Goudelour , la droite appuyée à la riviere de
cette ville , fa gauche à un côteau , des fommités
duquel elle étoit maîtreffe . Le 7 matin
Farmée Françoife appuyant la gauche à la même
riviere , & fa droite à une grande riziere défechêe
qui aboutit au même côteau , campa
entre l'ennemi & Goudelour . La Riziere fut OCcupée
par les 3500 Cipaies de Tipon Sultan ,
leur droite s'appuyoit au prolongement du cô
teau ci-deffus , & une pointe de ce côteau faillante
dans la riziere , étoit un peu en avant
d'eux. L'armée Françoife alors le trouvoit
réduite , par les maladies , à 2300 blancs &
500 Cipaies. Les 8 , 9, 10 , 11 , 12 , furent
employés par les Anglois à préparer leur attaque ,
& par les Français à déterminer les emplacemens
des batteries de pofition , & les pofitions , em
échellons , propres à favorifer une retraite , on
traça quelques retranchemens qu'on n'eut pas le
temps d'achever . Pour affurer la pofition des
troupes du Nabab , on plaça , le 11 , fur la
pointe du côteau qui couvroit leur droite , deux
pieces de canon aux ordres de M. de Saint-
Pardoux , foutenues par un Lieutenant ,
blancs , & 190 Cipaies , on fe propofa même
P
30
b 4
( 32 )
d'y former une redoute ; mais le temps de la
conftruire manquant , on fe contenta de renforcer
ce pofte de 350 blancs , grenadiers & chaffeurs
; on porta également en avant de la gauche
des troupes du Nabab deux pieces de 18 dans
un pofle , dont la défenfe fut confiée à M. Bint ,
Lieutenant- Colonel d'Infanterie ; enfin ayant reconnu
fur la croupe du cô : eau qui flanquoit la
droite des troupes du Nabab ', un espace propre
à difpofer une baterie bien razante , on y fit
marcher quatre pieces de 6 & deux de 4 aux
ordres de M. de la Gourgue ; c'étoit le 13 , &
dès trois heures un quart du matin on favoit
que les Anglois devolent attaquer par le côteau ;
ils avoient pendant la nuit précédente monté à
bras d'homme dans un bois de palmiers , fur ce
côteau , quatorze pieces de 18 & fix de 12 ;
au point du jour ces pieces & plus de foixante
repandues fur le refe de leur front commencerent
à tirer & à faire un feu très- foutenu , tandis
que leur armée , formée fur fix colonnes , marchait
pour attaquer l'armée Françaiſe. Au premier
coup de canon les troupes du Nabab tournerent
le dos , abandonnant cinq de leurs pieces
fans tirer les deux pieces Françoifes , placées
fur le côteau , qui couvroient leur droite , furent
auffitôt enveloppées & prifes ; & les fix pieces.
aux ordres de M. de la Gourgue , ainsi que les
grenadiers & chaffeurs qui couvroient la droite
des troupes du Nabab eurent beaucoup de peine
à regagner la droite des Français , que la fuite
des Cipaies avoit entiérement découverte . Il ne
de ces fix pieces , en rejoignant cette droite , tomba
dans un ravin , & y fut laiffée ; les autres
remifes en batterie fur la droite de l'armée Françaife
, n'y putent , quoique dans une pofition bien.
chuifie , tirer que quelques corps ; le feu ayant
રે
;
( 33 )
pris à un de leurs caillons , les conducteurs indiens
s'enfuirent avec les autres caiflons & les
avant-trains. Le canon de la Brigade d'Auftrafie
vint promptement pour les fuppléer , & fur
huit pieces on en eût bientôt cinq de démontées.
-Les Anglois profitant de l'avantage que leur
donnoit la déroute totale des troupes du Nabab ,
& les accidens furvenus à la droite des François
, firent marcher par leur gauche trois colonnes
, compofées d'Européens & de quelques
Sypahis , avec du canon & de la cavalerie ; ils
parvinrent au bout de trois heures à s'emparer du
camp de notre droite , des retranchemens qui le
couvroient , du pofte de M. Bint qui y fut tué ,
de 2 pieces de 18 & de 3 de 8. Cette attaque
& ce fuccès leur coûta beaucoup de monde par
le feu bien dirige & bien foutenu de 4 pieces
de 8 aux ordres de M. de Mercey , de 2 de 18
à ceux de M. Maillard qui y reçut 2 coups de
fufil , & de 4 pieces de 6 à ceux de MM . le Noble
& Chevalier de Frédy , lequel ayant eu la
cuiffe emportée eft niort de fa bleffure le 19 ,
après avoir reçu la Croix de S. Louis de la main
de M. le Marquis de Buffy. La Brigade d'Auftrafie
obligée de fe retirer en arriere du terrein
qu'elle avoit occupé apres la fuite des troupes
du Nabab , yoyant l'ennemi maître des retranchemens
le chargea la bayonnette au bout du
fufil , & le chaffa fort loin . Pendant cette charge
vigoureufe une autre colonne angloife s'emparoit
de fon camp en l'attaquant par derriere ,
Auftrafie revint fur elle avec furie , & joint à
300 hommes de la Marck , la chargea la bayonnette
au bout du fufil avec le même fuccès , &
la pouffa jufqu'à la batterie des 2 pieces de 18 ,
où les Anglois s'étoient établis en force . M. de
Villeneuve, Lieutenant - Colonel d'Auſtrafie , fut
bs
( 34 )
-
tué pendant cette charge intrépide & M. le
Comte de la Marck bleffé . Pendant ces mouvemens
fur la droite des François , deux colonnes
angloifes , fuivies de leur cavalerie & de leur canon
, marchoient fur le cenre, de l'armée françoife.
4 pieces de 24 , aux ordres de M. le Comte
de Guifcard , les battant d'écharpe , & une bat--
terie d'obufiers , aux ordres de M. de Fyard , les
battant de front , foudroyerent ces colonnes de
maniere à leur faire perdre l'envie d'avancer.
Au bout d'une demi - heure ces deux colonnes
n'en formant plus qu'une , que foutenoit une
batterie de gros calibre , que M. le Comte de
Guilcard éteignit promptement , fe préfenta
pour enlever la batterie de M. de Fyard , mais il
la reçut avec tant de bravoure & de fuccès ,
qu'elle difparut pour toujours il y reçut un coup
de fufil à la jambe. 3 batteries de pofition
des calibres de 18 , 12 & 9 établies par les Anglois
contre la gauche de l'armée françoiſe , tirerent
dès le point du jour. Une batterie de 4
pieces de 12 , aux ordres de MM . du Rouil & de
Furiney , placée fur le front de cette gauche &
à la lifiere du bois du Tombeau des Fakirs , leur
démonta en 4 minutes 2 pieces de 18 , leur tua
28 canoniers , zoo hommes d'infanterie , & le
Colonel qui commandoit cette attaque . Ces pieces
démontées ayant été remifes en état , furent
démontées de nouveau & ne tirerent plus le
refte de la journée. Cependant une colonne angloife
de 400 blancs , foutenue de leur cavalerie ,
menaçant toujours d'une attaque la gauche des
François , & deux batteries angloifes continuant
Jeur feu , 4 pieces de & , aux ordres de M. de
Guerineau , & 4 pieces de 4 de la Brigade d'Aquitaine
étant venues appuyer le feu des batteries
de M. du Rouil , en impoferent tellement
y
( 35 )
aux Anglois , que pendant le refte du jour ils ne
tirerent que de loin en loin , & n'oferent attaquer
la gauche des François , qui pendant longtemps
n'avoit été garnie que de 100 hommes
d'infanterie. Cette journée glorieufe pour
les François , & particuliérement pour leur artil
ledie , fe termina par leur laiffer occuper le ter
rein qu'ils occupoient la veille , excepté le poſt e
de M. Bint, oi l'ennemi s'étoit porté en force ,
& dont l'attaque fut remife au point du jour. Les
troupes fe rafraichirent pendant la nuit ; l'artillerie
fe trouva en meſure dès 1 heure du matin ;
M. de Buffy fe détermina , fur de nouveaux avis ,
à donner ordre à 2 heures & demie de rentrer à
Goudelour , ce qui fut exécuté par un très - beau
clair de lune , dans le meilleur ordre & fans voir
l'ennemi. Cette retraite feule put caractéri
fer la perte de la bataille , puifque les François
quittoient leur camp & abandonnoient 12 pieces
de canon prifes tant au pofte de M. Bint , qu'à la
droite des troupes du Nabab. Les Anglois ayant
reçu depuis leur départ de Madras 800 hommes
des vaiffeaux de Bickerton , avoient au moins
19030 hommes , ils en ont perdu de 11 à 1200 ,
dont 67 Officiers. Les François avoient 7300
hommes , dont 2300 blancs. Les 3500 fypahis du
Nabab ayant fui au 1er coup de canon , l'armée
françoiſe reftant à 3800 hommes , combattit une
armée angloife cinq fois plus nombreuſe , & n'a
perlu que 50 à 400 blancs , tués ou bleffés , &
35 à 40 Officiers . La flotte angloife étoit pendant
le combat devant Goudelour , où les Fran
çois n'avoient laiffé qu'un bataillon de Typahis ;
en rentrant dans cette ville ils comptoient y être
affiégés fur le champ , mais l'armée angloiſe ne
fongea qu'à fe retrancher & à former des abbatis
pour fe mettre à l'abri d'une attaque de leur parts
b: 6
( 36 )
Le 14 la flotte françoife , forte de 15 vai
feaux , dont 7 feulement doublés en cuivre , &
de trois fregates , parut dans l'après - midi devant
Goudelour. Afa vue l'Amiral Anglois , avec 18
vaiffeaux , tous doublés en cuivre , & 5 fregates ,
appareilla & s'efforça de gagner le vent . M. de
Suffren le conferya par la fupériorité de fes manoeuvres
, & parvint enfin le 20 , à 4 heures du
foir , à forcer l'Amiral Hughes au combat à la
vue de Goudelour & de l'armée angloife . La
flotte angloife vigoureufement attaquée par M.
de Suffren a conftament arrivé , & la fupériorité
de marche de vaiffeaux doublés fur ceux des
François qui ne l'étoient pas , lui permit de s'éloigner
durant la nuit . M. de Suffren qui pendant
le combat montoit la fregate la Cléopâtre ,
ayant cherché en vain la flotte ennemie , mouilla
la nuit du 21 dans le N. E. de Pontichery , L'Amiral
Hughes l'y ayant apperçu le 22 au point
du jour , s'enfuit toutes voiles dehors vers Madras
, laiffant l'armée angloife prefque fans vivres.
Le 22 M. de Suffren revint mouiller devant
Goudelour. La nuit du 25 au 26 M.
le Chevalier de Damas , Colonel en fecond d'Aquitaine
, fortit de Goudelour avec 800 blancs ,
soo fypahis & 20 canoniers aux ordres de M. de
Saint - Pardoux pour reconnoître , infulter les retranchemens
des Anglois & enclouer leur canon.
Cette fortie n'eut pas le fuccès defiré . M. le
Marquis de la Rochethalon fit à la vérité enlever
deux drapeaux de fypahis anglois , & reçut un
coup de fufil , ma's 4 autres Officiers furent tués ,
bletés ou pris , & M. de Damas fut du nomb.e
de ces derniers : on ne parvint pas aux pieces.
Les Anglois cependant perfectionnoient leurs retranchemens
, faifoient des amas de fafcines &
de galions , les François le préparoient à fou(
37 )
tenir un fiege , & avec les fecours qu'ils pouvoient
tirer de leur flotte s'occupolent des moyens
d'attaquer les Anglois dans leur camp , lorsque
le 29 Juin la fregate angloife , la Médée , avec
pavillon parlementaire , apporta les nouvelles de
la paix de la part du Confeil de Madras , avec
'des Commiffaires Anglois pour traiter de la ceffation
des hoftilités au 9 Juillet . Les Commiffaires
ne s'étant pas crus autorités à acquiefcer
aux demandes de M. le Marquis de Buffy , ce
Général envoya le 3 Juillet M. de Launay à
Madras vers le Confeil qui accorda tout. Les
deux armées communiquerent auffi - tôt ; le Général
Stuart vint diner chez M. le Marquis de
Buffy , & s'embarqua le même jour pour Madras.
L'armée angloife retourna dans le Nord ,
& l'armée françoife à Mungi-coupan ..
Le dégel commencé le 20 de ce mois
avec la nouvelle Lune , s'eft foutenu , & le
tems eft toujours fort doux ; il a commencé
lentement , & prévenu les dangers qu'on
auroit eu à craindre , s'il avoit été plus fubit,
& fi le froid n'eût pas été affez long pour
pénétrer dans la terre , malgré la quantité
de neige qui étoit tombée. La riviere qui
avoit d'abord diminué dans le commencement
du dégel , a grofli depuis , & vraifen
blablement groffira encore davantage.
Le pauvre peuple commence à refpirer , le
bois arrive par terre de tous les côtés , & aufftôt
que la riviere fera libre & navigable l'abondance
renaîtra. Si cet hiver fera fameux par fa
rigueur & la durée , il ne fera pas moins remar
quable par l'empreffément de tous les ordres de
P'Etat à fuivre l'exemple du Roi qui eft venu at
( 38 )*
fecours des malheureux : tous les jours des fom
mes confidérables étoient verfées entre les mains
de M. le Lieutenant- Général de Police , & des
Curés de Paris pour fubvenir aux befoins les plus
preffans des malheureux . Les Comédiens Italiens
ont donné une repréſentation au profit des Pauvres
, dans un de leurs plus beaux jours , de deux de
leurs nouvelles pieces les plus fuivies. Cette repré
fentation a rapporté 9162 liv .; la recette auroit
été double & triple fi la falle avoit pu contenir
tous ceux qui fe font préfentés . Les Soldats aux
Gardes Françoifes ont donné à cette occafion
l'exemple d'un défintéreffement bien louable , ils
ont voulu avoir part à l'oeuvre de charité , en
faifant gratis ce jour- là leur fervice accoutumé.
L'Opéra a donné hier un Spectacle dont le produit
à le même objet ; & les Comédiens François
en donnent aujourd'hui un. Cet exemple eft
imité par les Spectacles Forains ; dans plufieurs
Villes de Province , & particulierement à Lille
en Flandres , à Rouen , & c, on s'eft empreffé de .
faire fervir les Spectacles à des actes de bienfai
fance & de charité .
Dans plufieurs provinces on a vu pendant
la rigueur du froid les loups fortir en troupes
des forêts , & attaquer les paffans ; on
parle de quelques malheurs arrivés en Alface
, en Lorraine , &c. Un papier public
rapporte à cette occafion , fur la foi d'un
voyageur , un moyen qu'on emploie dans
le Nord , pour fe préferver des atteintes de
ces animaux voraces.
En Finlande , dit- il , où les hivers font fi âpres
& la terre toujours couverte de neige , les per
fonnes obligées de s'expofer dans les campagnes ,
ent imaginé de traîner après elles une corde lon
( 39 )
gue de 4 ou 5 toifes. C'eft ainsi que les traîneaux ,
les hommes & les rennes bravent au milieu des
forêts & fur la neige la préfence menaçante de
ces animaux furieux , dont le naturel eft timide ,.
mais que la faim rend audacieux & terribles , fuivant
par centaines une proie que le mouvement ,
le bruit & l'afpect de la corde leur font craindre
& respecter.
On ne s'entretient depuis quelque tems ,
que d'un fait affez extraordinaire , peut-être
left-il moins qu'on ne le raconte ; le merveilleux
faifit d'abord ; les récits des témoins.
oculaires fe reffentent de cette premiere impreffion
; ils trouvent toujours des efprits
difpofés à les recevoir , & à les exagérer encore
, en en rendant compte eux mêmes ; ce
n'eft qu'après que le premier enthouſiaſme
eft paffé , qu'on revient fur fes pas , & qu'on
examine. Ceux dont nous tenons l'article
fuivant , n'en font pas encore là ; en
atten .
dant , nous donnerons leur premiere relation
; & tôt ou tard nous pourrons en donner
une feconde , qui ne lui reffemblera
vraisemblablement pas.
« Un homme qui court l'Europe avec un
Elixir de fa compofition , étant ces jours derniers
au Café du Caveau , affuroit qu'avec une petite
goutte de fon aume , il guériffoit toute forte de
bleffures de quelque efpeee qu'elles fuffent ,
pourvu que la mort ne fut pas inftantanée , ne
pouvant pas , difoit- il , reffufciter les morts . Il offrit
d'en faire fur le champ l'expérience ſur un animal
fous les yeux de 40 perfonnes qui l'entouroient a
on chercha un chien , un chat , & c . on n'en
trouva point ; mais on fut achetter un corbeau
( 40 )
qui étoit dans une boi tique voifine . On l'apporta,
& M. le Marquis d'Arlindes fe chargea de faire
l'opération. Après avoir bien débattu quelle
partie on choifiroit pour y faire une profonde
bleffure fans que l'ofcau expirât für le champ ,
on fe décida pour le cerveau ; en conféquence
M. le Marquis d'Arlandes le perçi d'outre en
outre avec un canif , & fit fur la tete une duverture
longitudinale ; on vit la cervelle , du fang , & c .
le pauvre animal fe débattit un peu : il alloit
expirer ; alors l'homme verfa dans la pl ie quelques
gouttes de fon baume , il frotta de même
le deffous de la tête , l'oifeau reprit fa premiere
vigueur au grand étonnement de tous les fpectateurs
, & 16 minutes après , il mangea comme fi
rien ne lui étoit arrivé. Voilà ce que 40 perfonnes
ont vu ; on peut être certain qu'il n'y a
point eu d'efcamotage ; cet homme opére de
même fur les boeufs , les brébis , &c .
Un papier public nos fournit le trait fuivant
, qui intéreffera les ames fenfibles .
« Une jeune perfonne le préfenta dernierement
chez un perruquier en lui difànt : combien
me donnerez vous de mes cheveux ? je veux me
les faire couper. C'eft grand domage , répond t
le perruquier ; ils font très - beaux ; mais je n'en
donnerois que 3 liv. Hélas ! 3 liv. ! c'eſt fi
peu de chofe , & encore il faut faire les fraix de
les envoyer à mon pauvre pere qui eft en Angleterre
; il ne lui reviendra prefque rien .
Ah ! puifque c'est pour une auffi bonne action
j'en donnerai fix francs. Six, francs foit ,
allons coupez- les . »
Les effets funeftes de l'ufage des champignons
que cueillent fouvent des perfonnes
qui ne favent pas diftinguer les bons des
mauvais , ont beau fe multiplier , ils ne cor(
41 )
rigent pas les imprudens . On ne fauroit
trop répandre , & faire connoître les préfervatifs
, & c'eft pour cette raifon que nous
citerons ici celui que M. Necker , Botanifle
de l'Electeur Palatin a indiqué dans un Mémoire
fur les champignons .
сс
Lorfque l'on aura à préparer des mets dans
lefquels entrent différentes fortes de champi
gnons comestibles , il faut prendre un oignon
blanc dépouillé de fa membrane extérieure , que
l'on fera cuire dans la même cafferole . Si la couleur
de l'oignon s'alteré , en devenant bleuâtre ,
ou bien d'un brun tirant fur le noir , c'eſt une
marque certaine que parmi ces champignons il
s'en trouve quelques- uns contenant un principe
malfaifant & peut - être mortel ; ainfi l'on doit
bien le garder de manger de ce ragoût . Și au contraire
après une coction convenable , l'oignon
conferve exactement fa couleur blanche on
peut manger ces champignons fans craindre
d'accident.
Le concours des acheteurs à la vente de
la fameufe Bibliotheque du Duc de la Valliere
ne fe rallentit point. Les premieres éditions
qui fe rapprochent de l'origine de
l'Imprimerie , y font vendues à des prix exceffifs
, quoiqu'il y en ait un très grand
nombre.
·
Nous avons annoncé la Bible latite impriméé
fur Velin à Mayence en 1467 , par Fuft &
Schoyiler , en 2 vol . in fol . adjugée à 4085 liv .
( c'est par erreur qu'on a mis 4685 ) On s'eft
auffi mépris en annonçant Porta- Cali pour deux
mille livres , c'eft Joannis balbi de Janua fumma
quæ vocatur Catholicon Moguntie 1468 , 2 vol..
( 4 )
in- fol. imprimés fur velin. It eft vraisemblable
que ce prix auroit été beaucoup plus haut s'il n'y
avoit pas eu deux autres exemplaires fur papier
de cette même édition . Virgilii opera , Romæ,
1469 , a été vendu 4200 liv. quoique ce ne foit
qu'un petit in-fol. de 191 feuillets. Il feroit fus
perflu de citer une multitude d'articles payés
au- deffus de cent piftoles ; mais nous ne pafferons
pas fous filence les heures de François premier ,
Beau manuſcrit in 4°. orné de douze (uperbes miniatures
, adjugées à 301 2 liv. & le Bréviaire de
Salisburi pour 5000 liv. il a pour titre : Brevia
rium fecundum ufum farum five ecclefiæ Sarifburienfis,
manufcrit fur velin de 72 feurilets in- 4°. orné
de beaucoup de miniatures d'un fin parfait. Ce
Bréviaire fut exécuté par les ordres du Duc de
Bedford , Régent de France , lors de l'Invaſion des
Anglois ; la mort de ce Duc, arrivée à Rouen en
1435 , empêcha qu'ilne fut terminé. On y trouve
plufieurs notes chronologiques intéreifantes pour
T'hiftoire du tems ; auffi ce précieux manuſcrit a
été acheté pour la bibliotheque du Roi, La vente
des livres rares dont le catalogue donne 5668 articles
, fe continuera jufqu'au mois de Mai , enfuite
on donnera le catalogue des autres livres , it
excédera vingt-fix mille articles ; on ne peut que
regretter qu'une collection auffi rare , auffi éten
due , & d'une fi belle condition , ne fe foit pasconfervée
dans fon intégrité.
Nous avons annoncé dans le temps la perite
Bibliotheque des Théatres. Il en paroît réguliérement
un volume tous les mois ; les Editeurs en
ont déja publiés ; & on eft en état de juger maintenant
du choix qui préfide à cette collection intéreffante
, & de la maniere dont les ouvrages font
diftribués. Nous avons fait connoître les matieres
des deux premiers volumes. Le 3e. offre les pieces
( 43 )
}
de Delille : Arlequin fauvage , Thimon le mifan-
Trope , & le Faucon le 4e préfente le Venceslas de
Rotrou ; & la Mariamne deTriftan l'Hermite ; & le
se. quatre Comédies de Philippe Poiffon, Alcibiade,
PImpromptu de Campagne , le Mariage par lettrede-
change & les Rufes d'amour. Chaque recueil eft
précédé de la vie des Auteurs , des jugemens des
pieces , & des anecdotes piquantes , auxquelles
elles ont donné lieu , & qu'on aime à fe rappeller.
Un des mérites précieux de cette collection , ce
fera de procurer au Public des Ouvrages qu'on ne
réimprime plus , qu'il eft difficile à préfent de fe
procurer , & qui font cependant recherchés. La
petiteffe du format le rend très commode , & l'élégance
typographique ne laiſſe rien à defirer ( 1 ).
Le 26 Janvier dernier , il eft mort à l'Hôtel
royal des Invalides un Soldat âgé de 101 ans.
Il le nommoit Jean-Martin Hein , étoit né à Breflaw
, capitale de la Siléfie Pruffienne , & avoit
fervi en France 34 ans , dont 12 dans le Régiment
du Perche , & 22 dans celui d'Alface , où il obtint
les Invalides au mois de Février 1749. Il étoit
Chamoiſeur- gantier de fa profeffion ; à l'âge de
100 ans il travailloit fans lunettes ; il racontoit
qu'à l'âge de 30 ans , fa vue étant foible , il
avoit été obligé de s'en fervir ; qu'à 60 , fon
tempéramment s'etant entiérement formé , fa vue
le fortifia , & qu'il en quitta l'ufage. Son pere
avoit vécu 104 ans & il difoit fouvent à fes
camarades qu'il parviendroit au même âge.
"
Les Numéros fortis au Tirage de la Lorerie
Royale de France, font : 35 , 82, 68,
49, & 10.
(1 ) Elle fe - trouve au Bureau , rue des Moulins , Buite
S. Roch
( 44 )
DE BRUXELLES , le 2 Mars.
UNE nouvelle violation du territoire des
Pays- Bas Autrichiens , a donné lieu à de
nouvelles plaintes de la part de ce Gouver
nement aux Etats-Généraux des Provinces
Unies.
Le 16 Février , écrit -on de la Haye , le Ba
ron de Reifchach a été en conférence avec le
Président de femaine , & lui a dit que nonobftant
les défenſes connues de l'Empereur , un bas Officier
avec 5 recrues ayant paffé fur le territoire
autrichien , le Gouvernement les avoit fait arrê
ter & demandoit fatisfaction de cette nouvelle .
infulte. Il a témoigné en même tems ſa ſurpriſe
de ce que la république n'avoit pas encore nome
mé les Commiffaires chargés de régler les li
mites réciproques. On croit qu'ils vont l'être inceffamment
, & les Etats de Hollande , qui conjointement
avec ceux de Zélande , ont naturellement
cette nomination paree que ces deux
provinces font les plus voifines des Pays- bas Au
trichiens , y vont procéder fans doute en reprenant
leurs affemblées .
La paix a diminué partout le commerce
des Etats neutres , qui avoit reçu de fi
grands accroiffemens pendant la guerre ; on
en a fait l'épreuve à Oftende , où il à diminué.
confidérablement, puifqu'en 1783 il n'y
eft entré que 1694 vaiffeaux , tandis qu'il y
en étoit arrivé 2636 en 1782. Malgré cette
diminution , il eft encore plus floriffant
qu'autrefois , & il fe foutient avec le Nord
& la nouvelle République Américaine ."
PRECIS DES GAZETTES ANGL .
On a dit que l'administration actuelle avoit
(( 43 )
montré de la foibleffe en ne mettant pas :1fin au
Parlement , au moment cù la coalition fut ren- :
verfée. Mais fi cette meſure eut été effectuée ,
le Lord N. , en conféquence de fes liaifons avec
les bourgs , entretenues par une pratique de 12
ans , auroit tourné les chofes contre M. Pitt ,
qui eft fans doute très - neuf dans les affaires de
ce genre , que la politique actuelle a rendues
fi importantes. Les lignes de communication entre
les premiers Miniftres & les agens de la corruption
font remplies par de nombreux inftrumens qui
craignent de fe compromettre avec de nouvelles
connoiffances. Il faut du temps pour fe les concilier.
La coalition le favoit , &, c'eft pour cela
qu'elle a pouffé les mesures avec vivacité. C'eft
le temps feul qui peut la détruire , & le coup
qui produira cet effet n'arrivera jamais aufli tốt
que les bons citoyens le défireroient .
*s
Un des principaux obftacles qui s'eft oppofé
jufqu'à préfent à la diffolution du Parlement,
c'eft que le tréfor eft fermé. Cet obftacle étoit
d'un fi grand poids & fi embarraffant pour l'adminiftration
qu'il a fait juger une coalition néceffaire;
c'eft d'après cette opinion que lon s'eft
prété aux rues des perfonnes qui fe chargeoiert
de négocier la rapprochement des partis . On a
va l'oppofition paroître le défirer. La déclaration
faite par M. Pitt qu'il ne confertiroit jamais à
former une coalition avec le Lord North , &
ceile de ce dernier de confentir à ne point rentrer
en place facilitoient à M. Fox le parti
qu'il avoit à prendre de rompre les anciennes
lidifons avec ce Lord pour en former de nou
velles avec M. Pitt. Pendant quelques jours cette
espérance a prévalu , & on a fait dans un papier
la plaifanterie fuivante. On dit que M. Fox
trouvant la femme, trop vieille , & ne jouiffant
pas d'une trop bonne réputation , a follicité &
( 46 )
obtenu le divorce avec permiffion de fe remas
rier. L'objet de fon nouveau choix eſt une jeune
perfonne de 25 ans , très-aimable , très - eftimée ;
& on efpere que de l'union de ce couple it
naîtra des enfans qui feront l'honneur de leurs
parens & le bien de la Nation.
On a découvert dernierement le feu dans les
appartemens d'un très - grand perfonnage ; il a
été bientôt éteint ; mais dans la confufion & le
défordre inféparable de ces circonftances , un
tableau d'une valeur inestimable a diſparu ;
il en eft réfulté des foupçons , & plufieurs domef
tiques ont été renvoyés.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
GrandChambre.
Caufe entre les Curé & Marguillers de l'oeuvre &
fabrique de la Paroiffe de Saint-Germain- l'Auxerrois
, à Paris . Et le fieur Durier , Marchand
Orfevre & Marguillier de la Paroiffe , &
la dame fon épouse. Demande en réduction
d'un legs univerfel fait par un Curé aux pauvres
de fa Paroiffe.
Si l'on propofoit comme une difficulté à réfoudre,
la queftion de favoir : quel ufage on devroit
faire de l'argent , après le décès d'un particulier
qui auroit déclaré en mourant , que ces
deniers ne font que le produit d'un dépôt confié
à fes mains pour ſecourir les malheureux : qui
ne regarderoit comme un crime l'idée de détourner
de fa defination cette fource devenue
facrée ? Telle eft la queftion qu'a préfentée
cette cauſe. Il ne s'agit pas feulement ici d'exécuter
les dernieres volontés d'un fimple parti
culier , d'un laïc , mais celles d'un Miniftre de
la religion , d'un Paſteur. Ce n'eft point une fucceffion
qu'il laiffe , il le dit lui- même ; c'eft le
patrimoine des pauvres dépofé dans fes mains ,
accru , par les foins , fes économies & les épar
( 47 )
-
gnes d'une vie fimple & frugale , qu'une parente
éloignée de fa famille , de laquelle il ne
tenoit rien , à qui il ne devoit rien , réclame
aujourd'hui , & dont elle veut que la Juftice
accroiffe fa fortune. Entrons dans le détail des
circonftances. M. Chapeau n'ayant aucun bien
de patrimoine , entré de bonne heure dans l'état
eccléfiaftique , après avoir paffé fucceffivement
dans différentes cures obrint celle de Saint-
Germain-P'Auxerrois , qu'il a poffédée pendant
plus de 20 ans ; mort au mois d'Août 1781 , il
a laiſſé un teſtament olographe , en date du 31
Juillet 1780 , qui contient entr'autres les difpofitions
fuivantes : il legue 275 liv. de rente à
fes fucceffeurs Curés de Saint - Germain - l'Auxerrois
, pour fournir par eux le pain à de pauvres
enfans de la Paroiffe , garçons ou filles en
apprentiffage. Il légue plufieurs rentes viageres
de 400 liv. chacune , à deux de fes nieces ,
reverfibles fur la ſurvivante ; autant à la dame
Chapeau , fa belle -foeur , & deux de 300 liv. ,
à fa cuifiniere & à une orpheline infirme. -Enfuite
il fait un legs univerfel à la fabrique , dong
il ordonne ainfi l'emploi ; 200 liv. de rente à la
fabrique , pour reconnoiffance de l'adminiftration
du tout ; 1000 liv. de rente au Curé , pour payer
Goo liv, à deux Prêtres de la Paroiffe , qui confefferont
les pauvres & les enfans , & vifiteront
les malades de jour & de nuit , & les 400 livres
reftantes , à deux Clercs habitués ; du furplus du
legs univerfel , il veut que moitié du revenu foit
remile au Curé , pour être par lui diftribuée aux
pauvres honteux , l'autre moitié remiſe en deux
portions égales , aux deux compagnies de charité
de la Paroiffe. Le teftateur expofe ainfi les motifs
qui ont déterminé ces difpofitions : « Il m'a paru
être dans l'ordre de la charité , même de la jufice
, de placer en oeuvres pies , pour le falur
$
( 48 )
des ames , le foulagement des pauvres & le fervice
de l'Eglife , le bien que j'ai reçu d'elle ; à
quoi il ne pourroit être contrevenu qu'en faifant
tort à ma mémoire & à mes intentions :
d'où il réfulte que tout le bien que j'ai , foit en
fonds , foit en mobilier , ne venant que des ac
quêts faits uniquement par moi & de mes épar
gnes , à deffein d'être tant foit peu utile pendant
ma vie , je devois , dans les mêmes vues ,
l'être auffi après ma mort » . Sa fucceffion s'eft
trouvée monter à une fomme de 120715 liv .
Il laiffoit pour héritieres trois nieces à la
mode de Bretagne , dont deux qu'il avoit pourries
, logées & entretenues de fon vivant, &
qu'il avoit fait fes légataires de 4co liv. de rentes
viageres , qui s'en font tenues à leurs legs ; &
la dame Durier , qui n'ayant rien par le tefta-.
ment , a cru devoir demander la réduction du
legs univerfel . La caufe plaidée contradictoirement
au Châtelet , Sentence y eft interve
nue le 30 Janvier 1783 , qui a fait délivrance ,
à la fabrique de Saint Germain l'Auxerrois ,
du legs porté au teftament du feu fieur Chapeau
Curé , lequel demeurera réduit aux deux tiers
de la fucceffion , & fera ledit legs chargé de
toutes les charges & dettes de la fucceffion : cer
faifant , a fait diftraction au profit de la dame
Durier du tiers franc des biens compofans la fuc
ceffion , fans aucunes charges , dépens compenfés.
La fabrique a interjetté appel de cette
Sentence. Sur l'appel , la caufe des pauvres a été
confiée à Me Gerbier , celle de l'héritiere a été
plaidée par M. Hardouin de la Beyneric . Arrêt
du 5 Février 1784 , qui fait délivrance aux
pauvres de la Paroiffe de Saint - Germain- l'Auxerro's
du legs univerfel porté au teftament du
feur Chapeau , dépens entre les parties com
penfes,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PETERSBOURG , le 27 Janvier.
Lucce
ES
courriers
de Conftantinple
fe font
fuccédés
rapidement
depuis
le commencement
de ce mois. On ignoroit
la nature
- des nouvelles
dont
ils étoient
porteurs
; &
on ne jugeoit
de l'état
des négociations
que
par les mouvemens
qu'on
voyoit
faire , &
les préparatifs
de départ
prochain
que faifoit
le prince
Potemkin
, fembloient
annoncer
que la guerre
étoit
inévitable
. Un
nouveau
courrier
, arrivé
hier , nous
a appris
que rien n'interromproit
la paix , que le
Divan
avoit
confenti
aux demandes
de notre
Cour
, & qu'il
avoit
été figné
un traité
en conféquence
, par lequel
il avoit
tout accordé
fans
reſtriction
.
L
Le 29 du mois dernier , le Prélat Archetti ,
Ambaffadeur du S. Siége en cette Cour , a donné ,
le Pallium au nouvel Archevêque de Mohilow.
Cette cérémonie par laquelle il a rempli un des
No. 11 , 13. Mars 1784. C.
( 40 )
principaux objets de fa miffion , a eu lieu dans
la nouvelle églife catholique ; l'Archevêque a officié
pontificalement , les Miniftres des Cour : catholiques
y ont affifté ; les autres y font venus
auffi , ainfi que la principale nobleffe de cette
Cour. La mufique de la Meffe & du Te Deum
qui a été chanté enſuite , ' étoit de M. Paifiello &
a été exécuté par les muficiens de l'Impératrice.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 12 Février.
Auffitôt qu'on a été inftruit du nouveau
Traité , par lequel la Ruffie a obtenu de la
Porte tous les facrifices qu'elle en exigeoit ,
le comte de Stackelberg , Ambaffadeur de
l'Impératrice , a dépêché un courrier au Feld-
Maréchal , Comte de Romanzow . On s'attend
que tout ce qui refte à régler entre les
Puiffances intéreffées directement ou indirectement
à cette grande affaire , ne tardera
pas à être terminé.
La Princeffe de la Tour & Taxis , mariée
au Prince Jérôme de Radziwil , vient de
quitter ce Prince , & de fe retirer fur le territoire
Pruffien. Le Prince a marché fur fes
pas avec une fuite de 40 chevaux ; mais il
n'a pu l'atteindre , que lorfqu'elle a été ſur
le territoire étranger. Lorfqu'il y eft arrivé ,
l'Officier Pruffien qui y commande , lui
déclaré qu'il pouvoit s'en retourner , puifque
fon époufe étoit maintenant fous la proction
de S. M. Pruffienne.
a
( st )
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 18 Février.
LE Danube eft encore tout couvert de
glaces ; & depuis 30 ans ce fleuve n'a pas
été fermé auffi long tems , que cette année
à la navigation . Les affaires de plufieurs des
nouvelles Compagnies , qui fe font formées
pour faire le commerce fur ce fleuve , ont
beaucoup fouffert de ce dérangement , &
quelques- unes ont déja ceffé de payer.
On craint que le dégel n'entraîne de grands
inconvéniens , en caufant des débordemens ;
la police de cette Capitale s'occupe à prendre
des arrangemens pour diminuer le danger
, autant qu'il fera poffible , & pourvoir
en même tems au fecours des habitans.
Suivant les derniers avis de Pife , l'Empereur
en a dû partir le 13 de ce mois pour
Lerici , où il fe propofe de s'embarquer pour
Gênes.
On a annoncé dans le temps que le bâti
ment impérial commandé par le Capitaine Ke
ring, pris par un Corfaire d'Alger , avoit été
rendu à la requifition de la Porte ; on doit ajouter
aujourd'hui que , comme on a refufé à ce
Capitaine le dédommagement qu'il étoit en droit
d'exiger , la Cour Impériale a chargé fon Miniftre
à la Porte de demander que ce dédon magement
foit donné par la Régence ou par S. H.
conformément à la convention fignée l'année
derniere entre la Cour de Vienne & la Porte.
C 2
( 52 )
DE HAMBOURG , le 21 Février.
DEPUIS la fignature de la convention
conclue entre les Rifles & les Turcs , on
n'a point de nouvelles directes de Conftantinople
, nos papiers n'en préfentent que d'après
quelques lettres de Vienne : elles portent
, dit -on , qu'il y a de fréquentes conférences
entre l'Internonce de cette derniere
Cour & les membres du Divan , auxquelles
interviennent fouvent les Miniftres de France
& de Rafie. On croit qu'elles ont pour objet
les arrangemens qu'on juge indifpenfables
après les grands préparatifs qui ont été
faits pendant la durée de la conteſtation "entre
la Ruffie & la Porte , & qui fans doute
ont contribué à effectuer leur accommodement.
Quoi qu'il en foit , on ignore encore
comment cet accommo·lement a été reçu
par le peuple Ottoman. Tout ce que l'on
fait , fe réduit à ce paffage de la Gazette
de Vienne même , placé immédiatement
après la traduction de la convention Ruffo-
Turque da 8 Janvier.
Les lettres de Conftantinople que nous avons
reçues font du 24 Janvier. Elles ajoutent à ce
que l'on a dit de la derniere convention , des
obftacles qu'elle avoit femblé éprouver , & qui
faifoient croire encore le 24 Décembre que l'on
ne parviendroit pas à la conclure , les détails
fuivans relatifs à fa fignature. Le Capi an Backa
qui , comme on fait , jouit de la plus haute
( 53 )
confidération dans tout l'Empire Ottoman , s'é
tant trouvé indifpofé au moment où l'on alloit
figner le traité , fe retira , & crut pouvoir , par
cette circonftance , éviter de mettre fon nom au
bas d'un acte auquel il s'étoit d'abord fi vigoureufement
oppofé , & auquel il n'avoit enfin confenti
qu'en cédant à une néceffité dont il gémilloit
mais le traité , après avoir été figné par les
Miniftres qui étoient réftés , fut porté dans
fa maison avec une forte de pompe , pour y
recevoir auffi fn nom & fon fceau. Ces
Jettres parlent encore d'une révolte qui eut lieg
parmi les Janiffaires , l'avant veilie de cette
époque ; elles n'en donnent point de détails particuliers
; eiles fe contentent de dire que dans
la nuit qui la fisivit , 60 rebelles furent exécutés .
A ces détails les mêmes lettres en ajoutent
quelques uns , qui prouvent que tout fujer
de mécontentement avec la Porte eft détruit
, ou à la veille de l'être , puifque le 14
de ce mois un courrier dépêché d'Italie , a
apporté à Vienne l'ordre de féparer l'armée
affemblée fur les frontieres , & de faire rentrer
les régimens qui la compofent dans leurs
quartiers refpectifs.
Selon quelques papiers on a paffé en revue
les troupes du Prince d'Anhalt Zerbſt ,
qui
à leur retour d'Amérique ont paffé au
fervice de l'Empereur ; il ne s'y eft trouvé ,
dit- on , que 140 hommes en état de fervir ;
& la plupart des Officiers ont été congédiés.
Les mêmes papiers ajoutent qu'on fait
des levées d'hommes dans le Landgraviat
de Heffe - Caffel. On préfume qu'elles feront
c3
( 54 )
1
"
encore cédées à quelque puiffance étrangere.
Les chronogrammes étoient fort à la mode
autrefois , ils le font redevenus depuis
quelque tems dans le Nord ; au commencement
de la derniere guerre entre les Ruffes
& les Turcs on les multiplia , & il y en
avoit peu qui n'annonçaffent le triomphe
des premiers, la chûte des derniers , & furtout
celle de Conftantinople .
En 1770 il en parut un , conçu ainfi , & qu'on
'difoit avoir été trouvé dans le mur de la facriftie
d'une Eglife de l'ifle de Malthe Conftant Inopo-
LIS à VrCIS DIV poffeffa reDIt aD TVjos.
Les lettres numéraires de cette phraſe expriment
l'année 1770 , qu'on fixoit pour cette révolution.
Les grands mouvemens , les fermentations
exercent de même les imaginations dans le Nord.
On donne la feconde comme l'infcription qui fe
trouve autour de l'Aigle de l'Empire , dans les
armes de l'Empereur Frédéric III , qui , comme
l'on fait d'ailleurs , aimoit beaucoup le myftérieux
, les anagrammes , les chronogrammes &
toutes les chofes de ce genre. aql'Ila eze Chlel Is
terræ nara eft In Cal Is VoLat ILLa sine Meta
qVo neC papa neС propheta penetravIt ALtIVs.
Cette prétendue infcription qui renferme l'année
1784 , eft relative aux circonftances actuelles
dans les états de l'Empereur.
On compte dans le royaume de Bohême
33 communions Proteftantes , dont 25 de
la confeffion Helvétique , & 8 de celle
d'Augsbourg.
On affure que l'Empereur a fait fifpendre jul
qu'à fon retour les opérations ultérieures , com-
Bernant le clergé régulier. On ajoute auffi que
( 55 )
S. M. I. a ordonné de remettre aux Chapitres de
Salzbourg & de Paffau , les biens qui avoient
été fequeftrés dans fes états , à condition cependant
, que le Chapitre de Paffau payera annuellement
une certaine ſomme à l'Evêque de Lintz .
Les biens de l'évêché de Salzbourg , fitués dans
la Stirie & la Carinthie , ont été rendus , parce
qu'il a été vérifié qu'ils n'étoient pas des biens
diocéfains , mais de véritables propriétés achetées
par les Princes -Evêques de Salzbourg , &
que , comme telles , elles faifoient partie de la
Principauté.
à
S. M. I. , lit - on dans quelques lettres , a jugé
propos de fupprimer dans la baffe Autriche le
Directoire des Etats ; elle a nommé les députés
de la Nobleſſe , membres du Confeil du Gouvernement
, & a fait déclarer à ceux du Clergé
que lorfque le Souverain auroit befoin de leur
avis dans des affaires d'adminiftration , ils feront
invités à le donner.
ITALI E.
DE NAPLES , le 6 Février.
LE Roi de Suede eft arrivé ici la nuit du
30 au 31 du mois dernier ; le 31 au matin il
alla de bonne heure au Palais faire une vifite
au Roi & à la Reine , qui étoient revenus la
veille de Preffano ; le même jour il dîna avec
İ.L. MM. Ce Prince vifite tout ce que cette
Capitale & fes environs offrent de remarquable.
Le Roi a défendu précédemment de recourir
à Rome , comme on le faifoit autrefois , pour
C.4
( 56 )
obtenir des difpenfes de mariages entre parens à
certains degrés prohibés , & ordonné à fes fujets
de s'adreffer à leurs Evèques. Celui de Capri
eft le premier qui ait eu l'occafion de mettre
cette loi à exécution . Il vient d'accorder des dif
penfes de ce genre à trois couples parens au
quatrieme degré. Ils avcient fait ci- devant des
démarches auprès du S. Siége , pour les obtenir ;
mais hors d'état de payer le prix de ces difpenfes
, ils en avoient en vain follicité l'exemption
& enfuite la réduction .
La fête de S. Mathias , Apôtre , tombant
cette année le Mardi Gras , & la veille le
lundi , S. M. a ordonné aux Evêques d'ufer
de leurs pouvoirs , fans recourir au S. Siege ,
pour la remettre à un autre jour.
La Chambre Royale , occupée de la réduction
du nombre des individus dans plufieurs Monaftères
, a fini fon travail fur ceux de la regle de
Saint François ; on ne compte pas moins de
13000 , tant Capucins qu'Obfervantins , & réformés
dans ce royaume ; il a été réglé qu'il n'y en
auroit plus à l'avenir que 3000 ; c'eft infenfiblement
qu'ils éprouveront cette réduction , & pour
l'opérer , il leur a été défendu de recevoir des
novices ni d'admettre à la profeffion les fujets
qui peuvent être à préfent au noviciat .
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 29 Janvier.
IL circule ici une lifte des forces navales
de ce royaume , qui a été dreffée à la fin de
l'année derniere ; elles confiftent dans les
vaiffeaux fuivans,
( 57 )
•
Vailleaux de guerre prêts à mettre à la voile.
La Noftra Senhora da Conceifam , de 80 canons ;
la Noftra Senhora da Pifar , de 74 , de 36 liv .; le
San- Antonio , de 64 , du même calibre ; la Noftra
Senhora de Bon Succeffo , de 64 , de 24 livres ; la
Noftra Senhora de Ajuda , de 64 , de 24 livres ; le
San-Sebaftian , de 64 , de 36 livres ; la Noftra
Senhora da Belem ; de 50 , de 24 livres. Vailfeaux
qui ont befoin de reparations . Le San Joze e
Naffa , & la Nofra Senhora des Praezeres , l'un &
l'autre de 64 , de 36 livres de balles.Frégates .
La Noftra Senhora de Nazareth , le San - Joao , la
Cifne , le Triton , la Noftra Senhora da Gracia , de
40 canons , de 12 livres ; la Princeffa da Brefil ;
le Golfinho , de 38 , de même calibre. Ce qui
fait neuf vaiffeaux de lignes & fept frégates. If y
a encore fur le chantier un vaiſſeau de 70 canens ;
tous ces navires , excepté la Noftra Senhorade
Belem , deftiné pour Angola , & la frégate la
Noftra Senhona da Gracia , qui fe trouve au Bréfii
, peuvent être encore armés en peu de temps.
L'ufage ici eft d'enlever les Matelots des navires
marchands pour le fervice de la Marine
Royale.
Il a été publié un ordre , en vertu duquel
tous les Religieux , de quelque Ordre qu'ils
foient , fans diftinction , doivent fe laiffer
croître la barbe.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 2 Mars.
Nos papiers ont rendu compte des féjouiffances
faites à New-Yorck , lorfque les
troupes Américaines ont pris poffeffion de
( 58 )
cette ville , & de celles qui ont eu lieu à
Philadelphie , au retour du Général Wafhington
: mais ils n'ont rien dit d'une fête
encore plus impofante & plus chere à ces
nouveaux Républicains , qu'ils ont appellée
la fête de la Liberté.
On avoit placé dans la grande falle où le Corps
légiflatif étoit affemblé , un fauteuil élevé ſur une
eftrade & fous un dais ; on y avoit mis le Livre de
la loi ou les conftitutions de l'Amérique ; une
couronne garnie de joyaux couvroit ce Livre refpectable
. Ce fut dans cette féance que le Général
Washington fe démit folemnellement du commandement
dont il avoit été honoré , & qu'il avoit
employé avec tant de gloire au bonheur général.
Lorfque cette cérémonie fut terminée , il alla
prendre la couronne fur le Livre de la loi ; &
montant fur un balcon au bas duquel étoit raffemblée
une foule prodigieufe , il la montra au peuple
, la brifa devant les yeux , & lui en jetta toutes
les pieces. L'antiquité , dans l'hiftoire des anciennes
républiques , n'offre peut-être rien de comparable
à la grandeur de cette ſcene.
L'on s'occupe toujours dans les Etats-
Uunis , des difpofitions néceffaires pour établir
une bonne adminiftration & la foute- .
nir ; l'article des finances eft celui qui va
avec le plus de lenteur ; ce n'eft que depuis
peu que l'état de Penfylvanie a accordé pour
20 années , la feconde partie de fon contingent
, qui doit confifter en un fubfide annuel
de 16900 liv. fterl. Il fera perçu fur les
biens des citoyens de l'Etat , & employé par
le Congrès , à la liquidation des dettes publiques.
( 59 )
Les antilles , lit on dans quelques lettres , font
affamées depuis que les proclamations britanniques
font en vigueur; & il y a eu des troubles trèsvifs
à Antigue , auffi - tôt qu'on a vu dans cette iſle
que fon commerce ne pouvoit plus fe faire que
par des Anglois & fur des bâtimens anglois. Les
Négocians , les Planteurs , toute la Colonie s'affembla
le 6 Octobre , & rédigea nne adreffe par
laquelle elle repréfente que depuis que les réglemens
reftrictifs font en vigueur dans cette ifle , le
commerce languit , les provifions manquent , tout
a renchéri de 40 pour 100 , & le frêt des vaiffeaux
a doublé. Cette adreffe fut remife le 8 au Gouverneur
, qui n'y fit qu'une réponſe négative qui
n'a fait qu'augmenter les mécontentemens .
Les mêmes lettres portent qu'ils ont été
augmentées encore par une démarche finguliere
du Gouverneur , qui a donné lieu à
la proclamation fuivante du Commandant
François de S. Chriſtophe.
Ayant remarqué certain Article , inféré dans
la Gazette Angloife , qui porte pour titre : Antigua-
Chronicle , du 31 Octobre dernier , conçu comme
il fuit. « Antiga. S. E. le Gouverneur
juge à propos de notifier par la Préfente à tous
François & autres Etrangers , qu'ils doivent fur le
champ quitter cette Ifle , & que ceux d'entre eux
qui négligeroient de fe conformer à ce bon plaifir
de S. E. feront faifis & mis en priſon , juſqu'à ce
qu'on trouve une occafion convenable pour les
renvoyer hors de l'ifle : Et S. E. requiert les Ma
giftrats de cette Ifle , ainfi que les Connétables &
autres Officiers publics , qu'ils faififfent ou faffens
faifir toutes les Perfonnes , compriſes dans l'ordre
ci-deffus , qu'on trouveroit en ville ou dans le pays,
& qu'ils; les envoient au Sous - Prévôt-Maréchal ,
C 6
( 60 )
fous la garde duquel ils refieront jufqu'à ce qu'ils
quittent l'lfle. Et comme nous ignorons
abfolument le motifs , qui ont donné lieu à un
ordre de cette espèce , & que nous n'en pouvons
pas même comprendre l'intention , nous jugeons ,
qu'il eft de la prudence de prendre des précautions
pour ce qui regarde ledit ordre : Et ne voulant
pas exerc.r néanmoins la même rigueur , dont
S. E. le Gouverneur d'Antigua nous a donné
l'exemple , avant d'être mieux informés , nous
ordonnons feulement : 1 °. Que tous les Sujets de
S. M. B. , de quelque condition ou qualité qu'ils
puiffent ê re , actuellement réfidans dans les fles
de S. Chriftophe & de Nevis , qui n'ont pas preté
le ferment requis par les Capitulations defdites
Ifles , lorfqu'elles ont été conquifes par les Armes
de S. M. T. C. , fe tiennent prêts à quitter lefdites
Ifles au premierordre qu'ils en recevront , & qu'ils
fe préfentent dans un délai de 6 jours , à compter
de la date de la préfente Proclamation , à l'Hôtel
de notre Gouvernement , pour y faire enrégiftrer
leurs noms & leurs demeures au Bureau de notre
Secrétaire , fous peine de défobéiffance aux ordres
de S. M 2 ° . Nous requérons les Juges de Paix &
autres Officiers publics de s'informer des différen
tes Perfonnes de la claffe ci - deſſus , qui réfident
dans leurs Paroiffes refpectives ; & nous les renons
refpontables au Roi de l'exécution de l'Arti
cle précédent , pour ce qui regarde l'enrégiſtrement
des noms & des demeures defdites Perfonnes .
3º. Nous rendons auffi reſponſables envers le Roi
toutes Perfonnes , comprifes fous la Capitulation
deflites Ifles de S. Chriftophe & de Nevis , lefquelles
garderont dans leurs maiſons aucunes defdites
Perfonnes , qui ne fe feront pas foumiſes à la dif
pofition du er. Article , concernant l'enrégiftrement
de leurs noms & de leurs demeures. 4° . Nous
( 61 )
•
voulons que , jufqu'à ce qu'il ait été donné contreordre
, aucun Habitant des Ifles de S. Chriftophe
& de Nevis ne puiffe s'embarquer pour aucune
Colonie Angloife , fans une permiffion particulière
de nous , laquelle ne fera accordée que pour des
raitons valables : Voulons auffi , qu'aucun Paſſager
, venant d'aucune des Ifles Angloifes , ne foit
admis en cette Colonie , fans une permiffion expreffe
de nous . 5º . N'ayant aucune intention de
déroger au Confentement que S. M. T. C. a.donné
, que les Navires Anglois , venant d'Europe ou
des Ifles Anglcifes , foient admis dans les Rades
des Ifles de S. Chriftophe & de Nevis , ni aux ordrés
que S. E. le Vicomte de Damas , Commandant en
chef des Iles Françoifes du Vent , nous a envoyés
à ce fujet, il fera donné permiffion aux Capitaines
& Equipages des Navires Marchands Anglois de
débarquer leurs Cargaifons & d'en difpofer ,
pourvu qu'ils fe conforment aux Réglemens de
Police obfervés dans lefdites Rades.
Ce qui fé pafle dans ces ifles mérite fans
doute l'attention du Gouvernement qui ne
fauroit trop tôt mettre fin à ces fujets de mécontentemens
qui peuvent avoir des fuites ,
confidérer les plaintes des colons , & s'emprefler
de remplir leurs voeux , qui font partagés
par les citoyens de la Métropole , qui
commercent avec eux , & qui voient leurs
affaires éprouver des obftacles , & leurs intérêts
vifiblement léfés. Mais malheureufement
ce moment- ci n'eft pas favorable ; les
divifions actuelles occupent toute l'attention
de l'adminiftration , & l'empêchent de
la porter fur une infinité d'autres objets qui
la réclament.
( 62 )
La fermentation qui regne entre les trois
branches de la légiflation , ne paroît pas
prête à ceffer. Nos papiers ne préfentent aucun
efpoir de la voir diminuer ; ils ne contiennent
que des obfervations rédigées par
les deux partis , & qui annoncent encore
trop d'aigreur , pour faire croire à la poffibilité
d'un rapprochement prochain . De part
& d'autre on prodigue les injures , & l'on
s'attache plus à prévenir le public qu'à l'éclairer
.
"
Le grand argument en faveur de l'adminiſtration
actuelle , & qui n'eft certainement
pas le moins puiffant , eft celui que l'on tire
de la quantité d'adreffes qui font préſentées
journellement au Roi contre les anciens
Miniftres. Elles paroiffent prouver en effet
que la voix du peuple eft pour les nouveaux
, & que les membres du Parlement ,
qui votent dans ce moment pour l'oppofition
, agiffent contre le voeu de leurs commettans.
C'eft ainfi que quelques - uns de
nos papiers eſſayent de les juftifier , en citant
des exemples qui ne prouvent peut- être
rien , parce qu'ils ne s'appliquent pas aux
circonftances , mais qui rappellent des faits
qui font curieux.
» Il n'eft peut- être pas inutile , difent - ils , d'obferver
dans la crife actuelle qu'à l'acceffion du Roi
Jacques II au trône , il y a maintenant à peu près
un fiecle , le courant de la faveur populaire étoit
entièrement pour la Cour. Il lui vint de toutes
les parties du Royaume des adreffes remplies non(
63 )
feulement de témoignages les plus forts d'amour ,
de refpe&t & de fidélité , mais encore des expreffions
de la plus baffe adulation : d'après ces affurances
, Jacques II , malgré les' efforts violens du
parti qu'il avoit contre lui , fe crut parfaitement
certain de l'attachement du plus grand nombre de
fes fujets. Mais rien ne prouve plus combien peu
l'on doit compter fur les affections du peuple, que
le fort qu'il éprouva , & qu'il ne méritoit pas ,
puifqu'on ne peut lui reprocher que de l'imprudence
& quelques faux principes . Quand Richard
Cromwel , en 1658 , fut reconnu protecteur
après la mort de fon pere , il reçut les plus fortes
affurances de la fatisfaction de la nation & de fon
appui ; cependant quelques mois après il ne vit
pas une feule voix s'armer pour lui , ni un feul
bras s'armer en fa faveur lorfqu'il abdiqua «.
Quoiqu'il en foit de l'opinion du peuple
, la Chambre des Communes perfifte
dans la fienne ; & on n'y a apperçu aucune
variation dans les derniers débats , dont
nous allons préfenter la ſuite.
La remife des délibérations de la Chambre
des Communes fur les eftimations de l'artillerie
au 20 de ce mois , arrêtée le 18 , donna lieu
à des reproches faits à la Chambre , de retirer
les fubfides : ces reproches occuperent une partie
de la féance du 19 , qui fe paffa à les répéter
d'une part , & à y répondre de l'autre . Le parti
ministériel & celui de l'oppofition s'accuferent
réciproquement du défordre & de la conffion
-qui régnoient actuellement. Le 20 la Chambre
fut très - nombreufe ; M. Powis avoit annoncé une
-motion qui fixoit la curiofité , & à laquelle il
prépara par un difcours dans lequel il effaya de
juflifier ce qui pouvoit paroitre étrange dans
( 64 )
"
fa conduite. On devoit être étonné de le voir
dans l'oppofition , malgré fes liaifons avec M
Pitt , après l'appui qu'il avoit donné d'abord à
fon adminiſtration ; il fit l'éloge du Minifire ,
il en vanta les talens ; mais il jugea que le
bien de la paix , le rêtabliffement de l'union
exigeoient qu'il quittât la place ; à l'éloge
de M. Pitt , il joignit celui de M. Fox ; ces
deux hommes étoient faits , felon lui , pour por
ter au plus haut degré la gloire de la nation
s'ils le réuniffoient , ou pour l'anéantir , s'ilsteſtoient
divifés. Si les chofes ne changeoient
pas , fi rien ne pouvoit les concilier , il pen
foit que plutôt que de voir le pays dans l'état
où il étoit depuis quelque temps , il feroit peutêtre
à propos de porter un bill qui les exclût
l'un & l'autre d'un Etat que leur divifion pouvoit
ruiner. Son difcours , qui fut très- étendu , fut
terminé par la motion de l'adreffe fuivante au Roi.
Vos fideles Communes , convaincues de l'attention
paternelle de V. M. pour le bien de fes
peuples , portent aux pieds de votre trône les expreffions
de leur confiance en votre fageffe ; elles
ne doutent point qu'écartant tout obftacle à la
formation d'une adminiſtration telle que la Cham
bre a déclaré convenir à la fituation critique
actuelle des affaires , V. M. ne daigne prendreles
mesures qui peuvent tendre à remplir le voeu
que vos fidelles Communes ont déjà fait préfenter
à V M. -- Cette adreffe ne paffa pas ,
fans de longs débats ; M. Eden s'éleva , non
pour s'opposer à la motion , mais pour propofer
un amendement.qu'il jugea devoir être approuvé
par M. Powis . Il examina la fituation du
Miniftere , & prouva qu'il n'avoit pas la confiance
de la Chambre , en montrant que dans
neuf occafions où elle s'étoit divifée , il avoit
( 65 )
eu huit minorités & une majorité ; & cette der
niere , à l'occafion de la taxe des quittances .
On n'a ceffé de répéter , ajouta -t- il , que le Mi
niftere avoit la voix du peuple , mais je crois
que cette voix n'eft pas toujours infaillible , &
fur- tout qu'elle ne l'eft pas dans le cas préſent.
La guerre américaine l'à montré::: un voeu qui
eft en faveur de la fecrete l'influence , le
montre encore ; on peut le voir , en remontant
, dans ce qui fe paffa en 1682 contre
la cité de Londres ; la meture de la Cour menaçoit
toutes les autres cités & corps privilégiés
du pays ; il vint des adreffes de toutes parts ,
remplies de remerciemens au Roi de ce qu'il
avoit ufé de les droits ; la -gazette ne fut remplie
que de pieces de ce genre. On peut juger
de celles qui ont été préfentées à l'occafion du
bill de l'Inde , en confidérant que la Compagnie
eft un corps vaite , riche , & ayant par
conféquent beaucoup d'influence. Celfes fur la
taxe des quittances ne viennent que des perfonnes
intéreffées ; il eft à préfumer qu'à préfent
que les Miniftres ont foutenu cette taxes on ne
recevra plus de requête contre elle . M. Eden
fut très- févere contre M. Pitt , parce qu'il méprifoit
la majorité de la Chambre ; il lui confeilloit
de quitter fa place , & il lui parloit en
ami ; fon ennemi feul pouvoit lui confeiller de
la garder. L'adreffe paffa ainfi que la motion de
la faire préfenter au Roi par la Chambre entiere
, ayant fon orateur à la tête.
Le 23 le Lord Hinchimbrocke annonça à la
Chambre que le Roi avoit fixé le 25 à 2 heures
après midi pour recevoir l'Adreffe ; l'attente de
ce qui fe pafferoit à cette occafion , l'efpoir
d'une réponſe favorable influerent fur les débats
de ce jour. On differa au retour du Palais le
( 66 )
comitté des voies & des moyens , aiñfi que celui
fur l'état de la Nation ; on ordonna qu'on préfenteroit
à la Chambre un état de la dette de
la Marine , une liste des matelots employés l'année
derniere ; on remit à 8 jours le bill de l'Inde
de M. Fox ; dans un comitté de ſubſide on réſolut
de pourvoir au payement & au vêtement de
la milice pour cette année 1784 , & on fixa le
rapport de cette réfolution au 26 ; on fit la feconde
lecture du bill de l'armée , & on le renvoya au
comité pour les du mois prochain . Le Lord
Beauchamp fit enfuite une motion pour qu'on
mit fous les yeux de la Chambre un tableau du
nombre de jours ou du temps qui s'écoule entre
l'expédition des écrits pour la convocation d'un
Parlement , & le retour de ce Parlement. Il ne
jugea pas à propos de s'expliquer fur le motif
de cette motion qu'on pouvoit fuppofer , & qui
ne paroît être que quelque nouvelle mefure à
prendre relativement aux bruits de diffolution
prochaine , & que la réponse que le Roi devoit
faire le 25 accréditeroit ou détruiroit ; & l'ordre
en fut donné en conféquence ; il fut auffi arrêté
que M. Rigby , ancien Trétorier , donneroit fes
comptes jufqu'au 10 Novembre dernier .
L'attente de l'effet que produiroit l'adreffe de
la Chambre au Roi , inflva fur les débats du 24 ,
où l'on ne s'occupa que du bill pour naturalifer
les enfans nés en pays étrangers de meres
angloifes , & qui fut rejetté , parce que ces enfans
font réellement étrangers comme leurs pe
res , & que leurs meres , en paffant fous la puiffance
de leurs maris , ont perdu le titre d'angloifes.
Le bill de la taxe des quittances fut lu pour
la feconde fois . L'alderman Newenham fut au
nombre de ceux qui lui refuferent leur voix parce
que leurs conftituans le défapprouvoient ; il dit
( 67 )
même qu'il circuloit des bruits & des papiers
qui annonçoient que Monfieur Pitt étoit contraire
à cette mefure ; ce qui paroiffoit trèsfingulier
, puifque lui -même venoit d'y donner
fa voix. On ne manqua pas de l'interpeller de
fe déclarer formellement , & il dit que la Chambre
ayant rejetté la motion faite pour annuller
cet acte , il foutiendroit celui qui devoit le ren.
dre plus productible ; cette réponſe parut encore
contournée , & donna lieu à différens reproches .
Le 25 la chambre fut très- nombreuse , la curiofité
, l'intérêt & l'efprit de parti avoient attiré
beaucoup de Membres pour être préfens à la
préfentation de l'adreffe. La Chambre ajourna
au Vendredi 27 le comité des voies & des
moyens , celui fur l'état de la nation ; après quoi
elle fe rendit à S. James , où l'adreffe fut préfentée
; le Roi y fit la réponſe fuivante -- » Meffieurs,
je fens très - vivement combien ilimporte à l'honneur
de ma Couronne & au bien de mon peuple ,
qui fera toujours l'objet le plus cher à mon coeur ,
que les affaires publiques foient conduites par
une adminiſtration ferme , efficace , unie & étendue
, qui , ayant droit à la confiance de mon
peuple , puiffe mettre fin aux malheureuſes divifions
de ce pays . J'ai fait depuis peu des efforts
pour réunir dans le fervice public fur un pied
égal ceux dont les foins me paroiffent les plus propres
à produire cet heureux effet ; mais ils n'ont
pas eu un fuccès conforme à mes voeux ; ils
feront toujours de prendre toutes les mesures les
plus propres à conduire à cet objet ; mais je ne
vois point qu'il puiffe être procuré par le renvoi
des Miniftres qui font maintenant à mon
fervice. J'obferve en même temps qu'il n'y a
ni plaintes , ni charges contr'eux , qu'on ne leur
oppoſe aucune objection férieuſe ; que quantité
( 68 )
de mes fujets m'ont exprimé de la maniere la
plus forte leur fatisfaction des derniers changemens
que j'ai fait dans mes Confeils . Dans ces
circonstances je me flatte que mes fideles Commu
nes ne defireront pas que les places les plus effentielles
du Gouvernement exécutif , foient va
cantes jufqu'à ce que je voie qu'on puiffe réellement
effectuer le plan defiré qu'elles me re
commandent & qu'elles ort indiqué z.
« M. Pitt & les Miniftres étoient auprès du
Roi lorfque l'adreffe dirigée contreux lui fut
préfentée par la Chambre. Ceux qui veulent
que le Souvetain foutienne fes droits & fes Miniftres
, difent que fa réponse étoit telle que la
prefcrivoit fa prudence ; d'un autre côté l'op
pofition répand dans toutes les gazertes que la
conftitution n'exige point que l'on ait des char
ges à former contre les Miniftres pour defirer leur
retraite & s'opposer à leurs opérations juqu'à ce
qu'on l'ait obtenue ; que c'eſt déjà un grand grief
que de ne pouvoir leur donner la confiance ; que
d'ailleurs il eft aifé de voir dans la réponſe du
Roi un defir fecret de changer la conftitution
en un Gouvernement abfolu. C'est ainsi que
l'efprit de parti qui divife la nation , imagine
des maux , les exagere , & cherche à infpirer des
alarmes.
La féance du 27 , qu'on attendoit avec impa
tience ne s'ouvrit que tard . parce que le Miniftre
qui les attendoit n'arriva qu'à cinq heures. Le
Lord Beauchamp , qui avoit ajourné la Chambre
à ce jour , fe leva pour fe féliciter d'un parti
que l'inquiétude que lui donnoit la réponse qu'on
recevroit , & qu'il prévoyoit ne devoir pas être
favorable , lui avoit infpiré ; il avoit fenti que
dans ce cas , il falloit laiffer aux efprits qui feroient
révoltés le temps de fe calmer , & de met(
69 )
tre dans leurs délibérations un fens froid qu'ils
ne pouvoient avoir , s'ils les avoient reprifes au
fortir du Saint James. Il propofà de les fufpendre
encore & de les remettre au 1 Mars ; ce qui
fut approuvé. Il fit enfuite une motion pour ajourner
la Chambre au même jour . Elle fut longtemps
débattue pour & contre . Mais enfin elle
palla à une majorité de 7 voix ; elle ne fut pas
plus confiderable , parce que plufieurs membres
de l'oppofition étoient abfens & il s'en fallut de peu
que le Ministère actuel n'eut cette majorité qui
femble lui être actuellement étrangere ; on croyoit
que les négociations , pour une réunion , auroient
quelque effet ; mais la féance d'hier a prouvé
qu'elles n'ont pas eu plus de fuccès que les précédentes.
Hier M. Fox , conformément à l'ordre du jour ,
fit lire la réponſe du Roi à l'adreffe des Communes
; il s'attacha enfuite à montrer que cette
rêponſe n'étoit rien moins que favorable ; qu'elle
étoit la premiere qui fut émanée du trône depuis
l'acceffion de la Maiton de Brunſwick , que
la Chambre eut reçue d'une nature auffi peu Tatisfifante.
Il voyoit avec douleur , dit - il , que
ceux qui l'avoient confeillée avoient agi comme
les Confeillers de Charles II. en faifant adopter aú
Roi le langage d'on parti. Il infifta fur les motifs
qu'avoit la Chambre de refufer fa confiance aux
Miniftres ; mais il n'en donna que de vagues &
que ceux qui ont été répétés 20 fois . Après cela
il propofa une nouvelle adreffe au Roi , « exprimant
la fatisfaction qu'éprouvent les fidelles Com.
munes des affurances gracieufes qu'elles ont re
ques de S. M. , qu'elle penfe comme elles qu'il
importe à l'honneur de fa Couronne & au bien
de fes peuples que les affaires foient conduites
par une administration qui jouiffe de leur con(
700)
fiance , & qui puiffe mettre fin aux divifions .
actuelles ; leurs remerciemens de la bonté paternelle
de Sa Majefté dans fes efforts pour
effectuer l'objet de leurs dernieres repréfentations
refpectueufes ; le regret qu'elles auroient
que le peu de fuccès de ces efforts de S. M.
put être confidéré comme un obftacle final à
l'accompliffement d'un but fi falutaire ; celui
qu'elles ont auffi que Sa Majefté n'ait pas
été confeillée de faire encore un pas plus
avant pour réunir dans le fervice public ceux
dont les talens réunis lui ont paru les plus
propres à produire cet heureux effet ; la per-,
fuafion où eft la Chambre qu'elle a le droit , &
que c'eft fur tout fon devoir , d'avertir humblement
S. M. dans l'exercice de fa prérogative
inconteſtable , relativement au choix de
fes Miniftres , quand ceux qu'elle appelle, à fon
ſervice , n'ont pas la confiance de la Chambre ,
fans être obligé d'expofer des raifons de fon
opinion ; & l'humble efpérance à laquelle elle
fe livre encore , que fur une confidération ultérieure
de la derniere adreffe , un plan d'union
que S. M. a defiré , & que la Chambre a indiqué
, peut encore par l'éloignement des Miniftres
actuels être effectuée » . Cette motion
entraîna de longs débats , dans lesquels M. Pitt
parla avec beaucoup de force , & paffa enfin
à la pluralité de 201 voix contre 189. Cette
nouvelle adreffe a été rédigée , & elle tera préfentée
par toute la Chambre .
Tel eft jufqu'à préfent l'état des chofes ,
qui fixe de plus en plus la curiofité ſur l'iffue
qu'elles auront , & qui fait préfumer toujours
, que l'on fera forcé de finir par une
diffolution du Parlement. En attendant ,
( 7 )`
l'affaire des fubfides va avec lenteur. Cette
prérogative de la Chambre peut quelquefois
embarraffer le Gouvernement. M. Fox
obferva déja le 20 , que fi l'on ne devoit pas
fe preffer d'en faire ufage , on ne tarderoit
pas à y être forcé , fi l'efpece de mépris qu'on
montre pour les réfolutions de la Chambre
continue.
Une caufe qui a fait beaucoup de bruit ,
& qui , dans les circonftances préfentes étoit
faite pour en produire , vient d'être jugée à
la Cour du Banc du Roi , préfidée par le
Lord Mansfield. Les pieces fuivantes , qui
furent citées par le plaignant , en feront
connoître le fond.
Le 18 Mars 1783 , M. Hodgson , Marchand de
cette ville , écrivit la lettre fuivante au Lord Grantham
, l'un des principaux Secrétaires d'Etat de
S. M.
« Milord , quoique je n'aie pas l'honneur
de vous être connu perfonnellement , j'ef
pere que vous accueillerez cette adreffe fur un
fujet qui peut compromettre votre honneur &
votre caractere. Je fuis un des Marchands qui , en
conféquence de la fignature des articles prélimi
naires , fe font adreffés à vos bureaux pour des
paffeports , conformement à ce qui avoit été convenu
entre les Puiffances belligerantes . J'ai été
fort étonné quand mon Commis m'a informé que
l'un de vos bureaux a exigé & reçu 30 liv. ft .
& 14 fchelings de droits fur les paffeports néceffaires
pour un feul vaiffeau . J'ai écrit à Paris
pour favoir ce que l'on y exigeoit pour de pareils
paffeports. Hier j'ai reçu une lettre de S. E. le
Docteur Franklin , dans laquelle il m'affure qu'ils
y font délivrés gratis. S. E. m'inftruit en même-
3.
( 72 )
tems que 200 de ces paflèports ont été échangés s
Vous voyez par là , Milord , que vos Commis ont
levé fur les Marchands de cette ville la fomme
énorme de 6000 guinées . Eft - ce un droit Milord,
& eft- il équitable ? Je fuis für que vous ferez révolté
d'une pareille avidité dans des hommes libéralement
payés pour faire le fervice public.
Vous voudrez bien confidérer qu'il convient d'en
ordonner la reftitution . Je pense que vous recevrez
volontier Pavis refpectueux qui vous fournira l'oc
cafion de prendre des mesures pour reprimer ces
vexations. Je ne puis vous cacher , Milord , que
s'il n'y a point de réparation à attendre , je fuis
déterminé à porter cette affaire devant les tribunaux.
J'éviterai , fi cela eft poffible , & fi mon
confeil ne le juge pas abfolument néceffaire , de
faire ufage de votre nom ; c'eft un menagement
que m'inspire mon refpe&t pour votre caractere ;
fi vous defirez des éclairciffemens ultérieurs , je
fuis à vos ordres Milord ». Le 24 Mars , le Lord
Grantham lui répondit ainfi : » M. , j'ai reçu vo
tre lettre du 18 , & je vous remercie de vos expreffions
& de vos égards : vous me rendez juftice
en me croyant ennemi de toute innovation & de
toute extorfion . J'ai fait des recherches für le fujetde
vos plaintes ; & j'ai trouvé que les droits qu'on
a reçus fur les paffeports font les mêmes qui fe
font payés en pareille circonftance en 1719 , 1748
& 1763 ; les regifires des bureaux en fourniffent
la preuve je defire que vous puiffiez avoir toute
fatisfaction fur ce fujet , & je vous ferai donner
toutes les inftructions ultérieures que vous pourrez
defirer ». M. Hogdfon fit la réplique fuivante
: « Milord , je vous rends mille graces
de la peine que vous vous êtes donnée de faire.
faire des recherches fur ce qui s'étoit paffé précédemment
à l'égard des paffeports ; comme vous
établiffez
( 73 )
établiffez un ufage femblable établi depuis 1719,
je préfumé que vous en concluez que l'ufage juf
tifie vot Commis dans cette occafion . Si c'eft
votre opinion , Milord , j'en fuis faché ; je mė
flattois de vous avoir fourni une belle occafion de
vous faire beaucoup d'honneur & d'ajouter à
votre réputation , en corrigeant un ancien abus.
L'extortion , Milord , ne ceffe point d'être une
extorfion , parce qu'elle a été pratiquée long
tems avec impunité. Il me femble que ce feroi
une occafion de plus de l'arrêter ; c'eft pour y
parvenir que je me vois dans la néceffité de recourir
aux Tribunaux ». - En effet , la cauſe a
été jugée le 20 en faveur de M. Hogdfon.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Mars.
S. M. a rappellé à fon Régiment des Gardes-
Françaiſes , le Comte de Mathan , Lieutenant
Général , ancien Capitaine audit Régiment
, pour y remplir la place de Lieutenant-
Colonel, vacante par la démiffion du
Marquis de Rochegude , Lieutenant - Général.
Le 7 de ce mois ,, L. M. & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du.
Vicomte de Vibraye , Brigadier des Armées
du Roi, & fon Miniftre-Plénipotentiaire àl
Cour de Dreſde avec Mademoiſelle de
Blangis ; & celui du Marquis de Chavagnac,
fous -Lieutenant au Régiment du Roi , Infanterie
, avec Mademoiſelle de Montecler.
T
2
DE PARIS , le 9 Mars:
Aux détails que nous avons donné ſur
les dernieres campagnes de l'Inde , nous
No. 11 , 13 Mars 1784.
a
·( 74 )
joindrons ici ceux - ci , qu'on a publiés d'a
près les dépêches arrivées dernierement.
-
Les dépêchés du Bailli de Suffren , apportées
par M. Dupéron , Capitaine de vailleau , Commandant
la fregate l'Hermione , confirment ce
qu'on a vu dans le Supplément à la Gazette de
France du 6 Janvier 1784 ( & dans le n° . de ce
Journal , page 73. Le Bailli de Suffren ajouté
feulement que ce combat n'a commencé à quatre
heures & demi , qu'à caufe de la mauvaiſe mat
che de quelques - uns de fes vaiffeaux qui n'a pas
permis à l'armée du Roi de joindre plutôt les ennemis.
L'engagement a été général. Le trop
d'ardeur à caufé quelque défordre dans notre
arriere garde ; mais il a étébientôt réparé . Le
22 Juin , au matin, le Bailli de Suffren découvrit
encore l'Efcadre Angloife faifant route pour
Madras . Son premier mouvement fut de lui done
der chaffe; mais défefpérant de pouvoir la joindre
, il fit réflexion que cette manoeuvre l'ens
traîneroit fous le vent de Goudelour , & qu'il ne
pourroit être d'aucune utilité à cette place ; ce
qui le détermina à y venir mouiller , pour remettre
à M. de Buff , les douze cent hommes,
qu'il lui avoit prêtés , auxquels il en joignit
1206 provenans de fes vaiffeaux. Le Bailli de.
Suffren rend les comptes les plus avantageux de
la diftinction avec laquelle fe font comportés les
Capitaines & les Officiers dans le combat ; les
équipages ont marqué la plus grande bravoure ,
& ont paru augmenter de courage , en voyant
le nombre fuperieur des ennemis qu'ils avoient
à combattre il fait fur- tout l'éloge du Chevalier
de Peynier, Capitaine de vaiffeau, montant le
Fendant, de 74 canons , & commandant l'avantgarde
qu'il a conduite à l'ennemi avec la plus
grande difinction , & qui a combattu avec avan(
75 )
tage le Gibraltar , un des plus forts vaiffeaux , de
80 canons , qu'il y ait en Europe. Il y a eu dans
ce combat 102 hommes tués & 369 bleflés .
Officiers tués. MM. Dupas de la Manceliere ,
Capitaine de vaiffeau , commandant l'Ajax. De
Salvert , Lieutenant de vaiffeau , commandant le
Flamand. Robinot , Enfeigne de vaiffeau fur.
l'Annibal. Dieu , Capitaine de brulot fur le Sé-
Vere. Dumoulin , Lieutenant au Régiment de
Forez, fur le Fendant. L'Iffelée , Officier auxi
liaire fur le Petit Annibal. Officiers bleffés. De
Saint Félix , Capitaine de vaiffeau fur le Fendant.
Ravenel , Lieutenant de vaiffeau & de port fur .
le Héros. Groignard , Capitaine de brulot , fur
Ajax. Poniac de Bonnevie , Enfeigne de vaiffeau
fur le Vengeur. De Than , Enfeigne de vaiffeau
fur le Fendant. De Villiome , Lieutenant au
Régiment de Royal Rouffillon , fur l'Annibal.;
D'Egmont , Lieutenant de Cipayes , fur le
Sphinx. De l'Efquin , Idem. De Gouardun , Of
ficier auxiliaire , fur le petit Annibal. De Leffegues
, Idem, fur le Sphinx. Flantin , Officier de
Cipayes , fur Idem.
On trouve dans la nouvelle Encyclopé-,
die , par ordre des matieres , tom. II . 2 °. par
tie du Commerce , un article bien piquant ,
qu'à l'exemple d'un Journal accrédité , nous
nous emprefferons de recueillir dans celui- ci .
Ceft le relevé général du produit net , efcompte
à 10 p. 100 déduit , des marchandifes
des Indes , de la Chine , & des ifles de France
& de Bourbon , provenant du commerce particu
lier , depuis la fufpenfion du privilege exclufif
de la compagnie des Indes de France , & dont la
vente s'eft faite publiquement au port de l'Orient
, dans les années 1771 , 1772 , jufques &
d
( 76 )
compris l'année 1778. Le produit total dans ces
huit ans a été de 149, 272 , 588 1. 3. f. 4 den .
Savoir 86, 111 , 642 l . 16 f. 4 den. , de marchandifes
de l'Inde , qui font année commune , pour
chacune des huit , 10 , 763 , 956 1. 2 f. de marchandifes
de la Chine , $ 6, 098 , 963 1. 15 f. 4 d.
année commune , 7 , 012 , 370 l . 9 f. 5 d. , & de
marchandifes des ifles de France & de Bourbon ,
7,061,975 1. 11 f. 8 den,, année commune ,
882 , 746 l. 18 f. 11 den. Obfervez , ajoute
l'auteur de ce relevé pour l'inftruction future des
oitoyens qui fe laiffent fouvent tromper au ton
dogmatique des partifans des privileges , que ja
mais en aucun tems la Compagnie privilégiée
n'avoit fait une plus forte importation . En effet ,
on fait voir dans une autre tableau , que depuis
1725 , jufqu'à 1770 , inclufivement , dans un
espace de 46 ans le total du prix des ventes en
France , a été de 636 , 363 , 557 1. 13 f. 10 den.
dont il faut défalquer le prix d'achat , les fraix ,
les droits payés aux fermes générales , ce
qui réduit confidérablement ce total , qui n'offre
plus pour tout bénéfice de l'achat à la vente ,
que 292 , 867, 823 1. 12 f. 11 den, fur lesquels
doit fe fait encore la déduction des fraix & des
droits.
L'expérience de M. Blanchard a eu lieu
le 2 de ce mois au champ de Mars : mais
diverfes circonstances ont nui à fon fuccès ;
il n'y a pu en tenter la partie la plus intéreſfante
,
celle qu'il avoit annoncée au Public ,
& qui fixoit l'attention générale , de diriger
fon vaiffeau volant à volonté , & contre le
vent . L'enthouſiaſme d'un jeune homme qui
voulut monter abfolument avec lui , qui s'é-
•
( 77 )
toit élancé dans le bâtiment , qu'on fut obligé
d'en arracher de force , fit brifer les aîles ,
les inftrumens que l'auteur avoit préparés.
Lorfqu'il s'éleva , il fut à une hauteur prodigieufe
; les fpectateurs remarquerent qu'il
alloit quelquefois contre le vent , foit qu'il
eut trouvé un courant oppofé à celui qu'on
éprouvoit fur la terre , foit qu'avec fon gou-.
vernail qui lui reftoit , il ait réuffi à en rompre
les efforts. Nous ne pouvons rien ajou
ter là - deffus au compte très -précis qu'en a
rendu M. Blanchard lui-même..
J'ai commencé à midi un quart à vouloir effayer
mon départ avec Dom Pech , mon compagnon
de voyage ; mais la perte d'air que mon
Ballon avoit éprouvée , par le fâcheux événement
dont on a rendu compte , nous a fait defcendre
prefqu'auffitôt. Je l'ai engagé à fortir de la Machine
, ce qu'il a fait à très-grand regret . - Je
fuis parti feul , à midi & demi à ma montre ; j'ai
été élevé à une hauteur que je n'ai pu eftimer ,
puifque dans le nombre des dommages que m'a
fait éprouver la faillie d'un jeune homme qui s'eft
élancé dans mon vaiſſeau , la perte de mes inftrumens
qui ont été tous brifés , doit y tenir le premier
rang. Je ne me ſuis déterminé à partir , ainfi
dénué de tout , que pour la feule fatisfaction du
Public , fous les yeux duquel j'étois dans ce moment.
Un courant m'a conduit fur Paffy. Là , j'ai
éprouvé un calme parfait , & fuis resté ftationnaire
environ 14 minutes . J'ai repaffé enfuite la riviere,
& dans ce paffage , les nuages m'ont paru au -deffous
de moi . Dans ce moment j'ai reffenti ardemment
la chaleur des rayons du foleil , & je me fuis
trouvé dans un calme femblable au précédent , qui
d3
( 78 )
-
-
a duré environ 15 minutes. J'ai paffé vivement
dans un autre courant qui a beaucoup agité mon
Ballon ; j'y ai reffenti un froid exceffif , ce qui m'a
obligé de me couvrir d'un manteau ; ce courant
m'a fait revirer quatre fois fur moi même ; enfuite
un autre courant , moins violent que les précédens
, m'a dirigé fur Montrouge , & je fuis refé
immobile environ 15 minutes. Ayant alors vp
mon Ballon diminuer par l'agitation véhémente
que j'éprouvois , occafionnée fans doute par la
contrariété de deux vents oppofés qui le comprimoient
, j'ai jetté 4 livres de left , ce qui m'a fait
remonter. J'ai été alors très- vîte dans la derniere
direction d'où j'étois parti ; mais en traversant de
nouveau la riviere , je me fuis apperçu que je def
cendois fenfiblement. Pour éviter de tomber
dans l'eau , je me fuis encore débarraffé d'une portion
de mon left , ce qui a prolongé ma courfe
jufques dans la plaine de Billancourt, où j'ai longé
la terre environ 200 pieds : mais comme le tersein
étoit très-raboteux , j'ai pris le parti de jetter
le refte de mon left & des débris de ma Machine ;
ce qui m'a fait defcendre légèrement fur la terre.
Plufieurs perfonnes font accourues , ont fixé
mon vaiffeau fur terre à une heure trois quarts ;
ce qui fait au total cinq quarts d'heure de route .
Je dois ajouter que dans ce court eſpace de
tems , j'ai éprouvé fucceffivement le chaud , le
froid , la faim , & une exceffive envie de dormir.
Comme il s'agit , dans ce moment , d'un
point fort important , c'est- à- dire , de la puiffance
de diriger les Machines Aéroftatiques , je me vois
obligé de ne rien diffimuler , & de faire mention
& de mes intentions & de mes manoeuvtes . Quoi
que dénué de mes ailes , je n'avois pas cependant
perdu entièrement l'efpoir de me diriger fur la
Villette où je lavois être attendu avec impatience.
( 79 )
Il me reftoit mon gouvernail & mon appendice
je me fuis fervi de l'un & de l'autre , & je ne puis
m'empêcher de croire que c'et à leur ufage que je
dois d'être parvenu tantôt à éviter la trop grande
rapidité des courans dans lefque's je me fuis trou
vé , tantôt enfin à aller contre ces mêmes courans .
Il me paroît du moins difficile d'attribuer à une
autre caufe le fait que vous m'apprenez avoir été
remarqué du plus grand nombre des Spectateurs ;
fait qui m'eft perfonnel , & que n'ont point éprouvé
mes Prédéceffeurs , qui eft d'avoir en effet vogué
long- tems contre le vent .
On attend avec impatience les détails de
l'expérience de Dijon ; ils ne tarde ont fans
doute pas à arriver ; en attendant, nous placerons
ici les deux bulletins fuivans.
Du 28 Février à 3 h . après midi. Le 23 Février ,
à une heure trois quarts après midi , deux boîtes
ont annoncé au Public le premier tonneau de gas
tiré des pommes de terre , qui a paffé dans le
Ballon. Les Cornues qui avaient été coulées exprès
en fonte , fe font trouvées fondues en plufieurs
endroits , ce qui a obligé à différens tâtonnemens
, pour les faire fervir ; en les lutant
de diverfes manieres on eft parvenu à en tirer
parti ; on s'eft muni d'ailleurs d'acide vitriolique ,
de maniere à fournir , avec le zinc & le fer , tous
le gas néceffaire . Le Ballon a quitté terre de lui.
même , chargé de fon cercle équatorial , vers les
neuf heures du matin de cejourd'hui 28..
›
Du 29 à 5 h. après midi. Le Rallon fe trouvant
gêné fous la tente , a été tranſporté dans le jardin
; le Public ayant paru defirer qu'on le laiífât
s'élever de lui-même , on a laîffé filer quatre cor-,
des de cent vingt- cinq pieds , qui ont fuffi pour
le ramener au point d'où il étoit parti , & on va
d 4
( 80 )
"
travailler à le remplir ; il lui manque encore en
viron un tiers on a profité de cette afcenfion
pour tendre également les cordes qui porteront
la Gondole , & effayer le filer & le cercle équatorial.
Le dégel furvenu prefque partout, a occafionné
des débordemens confidérables.
On mande d'Amiens les détails fuivans.
Le 23 du mois dernier le nommé Lieffe , Courier
de la malle d'Amiens à Abbeville , trouva
en arrivant dans la vallée de Flixecourt , la chauf
fée couverte d'eaux par le débordement de la riviere.
Elles rouloient des arbres qu'elles avoient
déracinés , des débris de bâtimens , & c. Ce fpec
tacle effrayant , & les confeils des habitans , arrêterent
un inftant le zéle du Courier qui étoit
accompagné d'un Commis aux aides ; mais l'im
portance de fon fervice , le defir de le remplir ,
l'eurent bientôt décidé à effayer de vaincre cet
obftacle. Il crut que le poids de fa voiture & la
précaution qu'il prit d'y ajouter un troifieme che-:
val , le mettroient en état de réfiſter au torrent .
A peine parvenu au milieu de la chauffée , la
voiture & les hommes font jettés hors de la route ;
le Commis s'accroche au premier arbre , tandis
que le Courier , fidéle à ſon dépôt , emploie toutes
fes forces pour le conferver , mais ne pouvant réfifter
au torrent qui l'entraîne , ainfi que fes chevaux
, il ſe trouve forcé d'abandonner la malle.
Les habitans volent au fecours du Commis ; ils
pratiquent une espece de pont avec des voitures ,
lui jettent une corde à laquelle il s'attache , & le
retirent ainfi du danger ; Le Courier , déja fort
éloigné , alloit périr lorfque le nommé Thuillier.
garçon meûnier , prend un cheval dans l'écurie
de fon maître , le montę & s'élance à travers le
torrent , parvient auprès du courier , lui recom
( 81 )
mande de s'attacher à la queue du cheval , & le
ramene à terre aux acclamations répétées des
fpectateurs , partagés entre la crainte de les voir
périr , l'efpoir de leur falut , & l'admiration de
l'intrepidité du garçon meûnier. Doux des chevaux
du Courier ont été noyés , & la malle a été
retrouvée le lendemain .
Les défaftres caufés par les inondations
n'ont peut-être été nulle part plus effrayans ,
& plus confidérables qu'à Evreux ; M. de
Bonneville en a préfenté ainfi les détails .
2
•
» On vient de me communiquer une Lettre
d'Evreux , où je fuis né. Toutes les perfonnes
fenfibles partageront ma douleur , & me fauront
gré d'attirer dans ce moment leurs regards &
leur commifération fur cette malheureufe Ville ,
prête à périr. Evreux eft fitué dans un fond
fur les bords de l'lton & au- deffous de l'Eure.
Il eft furvenu , depuis quelques jours , une fonte
de neige fi confidérable & fi fubite , qu'elle y
a caufe le plus affreux débordement dont il y
ait d'exemple. L'hiver avoit déjà fait plus de
malheureux dans ce pays que dans tout autre
proportion gardée , & le froid y a été plus fort
de quatre dégrés. Il y a peu de commerce le
peuple difperfé aux environs travaille dans les
forges , dans les forêts , dans les chantiers : une
gr nde partie feroit morte de froid & de befoin
depuis trois ou quatre mois , fans les aumônes
abondantes du digne Prélat qui gouverne ce Diocèfe
; c'est dans de telles circonftances qu'un nouveau
fléau vient de mettre le comble à fa mifere,
Imaginez les digues des forges voisines rompues ;
fur buit Paroiffes , cinq inondées ; les eaux montant
jufqu'au premier étage , les maifons s'enfonçant
en quelques endroits ; les moulins fubmergés
ds
82 )
ou arrêtés , prefque aucun bateau ; plus de la
moitié des habitans manquant de pain . On ignore
le nombre des victimes ; on n'auroit même encore
aucune nouvelle de ce défaftre , fi une pauvre
femme , qui avoit une revente de fel , n'eût été
noyée , & qu'une autre n'eût écrit pour l'obrenir.
Voilà dans quelle fituation fe trouvent mes
compatriotes , mes amis , mes parens . Une vingtaine
de perfonnes de la même ville font en ce
moment chez moi , & , dans leur défolation , me
preffent de vous écrire..
P. S. Il y a au - deffus d'Evreux un petit village
, qui eft également inondé , & dont on
n'a pas encore vû une feule perſonne.
La fituation malheureufe des habitans de
cette ville a été expofée par M. de Bonneville
au Gouvernement , qui s'eft empreffé
de venir à leur fecours ( 1 ) .
L'Académie Royale d'Architecture , dans
fa féance du 23 Février dernier , a reçu M.
Raymond Architecte du Roi , d'après le
choix de S. M.
Nous avons donné , d'après les papiers
Anglois , l'anecdote affez finguliere des 4
mariages de Jean Adlam , contractés depuis
1780 , qui a perdu fes trois premieres femmes
des fuites de leurs couches , & qui
a porté la même perruque , la même canne
( 1 ) M. de Bonneville eft im des Auteurs du Théâtre
Allemand . Cet ouvrage , qui mérite fon fuccès , fait
connoître un théâtre neuf pour la plupart des lecteurs
& dans lequel ils ont trouvé un intérêt & des beautés
qu'ils n'attendoient pas . Le Tome VIII , qui vient de
paroître , fe trouve , ainfi que les autres , chez Barrois
le jeune , quai des Auguftine,
( 83 )
& le même habit à fes 4 noces. Le fait fuivant
, plus extraordinaire , peut lui fervir de
pendant.
Sur dix mariages faits à Caudebet , diocefe
d'Evreux , le Mardi Gras dernier, l'un offre une
particularité affez finguliere . Le nommé Grimorin
obtient des difpenfes pour épouser fa niece ;
cette difpenfe arrive le famedi ; le lendemain dimanche
on publie les bans ; le lundi on les fiançe
; on les marie le mardi ; le mercredi on baptife
leur enfant ; on adminiftre la mere le jeudi ;
le vendredi elle meurt , & elle eſt enterrée le famedi.
Ce fait eft affurément fingulier , en voici
un autre que nous pouvons placer à côté.
Je célébrai le 15 Janvier , dans ma Paroiffe ,
un mariage qui offre des circonstances & des
époques fingulieres . J'ai cru que le détail n'en
feroit point déplacé dans un Journal , qui , pour
fatisfaire les différentes claffes de Lecteurs , doit
réunir l'utile à l'agréable. Le nombre de 15 joue
un rôle intéreffant dans ce mariage ; & il reparoît
fi fouvent que l'on feroit tenté de croire que c'eft
un conte fait à plaifir , fi le tout n'étoit pas étayé
par des actes & des registres publics , que chacun
peut confulter. En 1715 , le 15 Janvier , nåquit
Jean L....; 15 ans après il perdit fon pere
& fa mere dans l'efpace d'un mois , ( ou deux fois
15 jours ) , Son pere mourut le 15 Janvier 1730 ,
& fa mere le 15 Février. En 1745 , 15 ans
après , âgé par conféquent de deux fois 15 ans ,
il époufa , le 15. Septembre , Catherine D.... qui
avoit 15 mois de moins que lui , & qui étoit née.
le 15 Avril. Cette femme eft accouchée tous les
15 mois ; elle a fait 15 enfans , dont quatre
étoient jumeaux . Ils vinrent tous au monde ou
furent baptifés le 15. jour du mois ; les 14 prez
d 4
( 84 )
miers font totous morts , felon Fordre
de leur nailfance
, à 15 mois de diftance
l'un de l'autre . Leur
mere
eft morte
en couche
de fon 15
enfant
ayant
précisément
45 ( ou trois fois 15 ans . )
•
Le feul refté de cette famille finguliere
nommé Martial L.... né le 15 Avril 1761 , épouſa
hier 15 Janvier , Léonarde P.... née le 15 Janvier
1769 , & par conféquent âgée de 15 ans. Les
parens de la fille , qui font de bons & riches laboureurs
, vouloient lui donner pour dot 1800l.,
argent comptant ; mais Jean L....fon beau - pere ,
a voulu , pour la fingularité du fait , que fon fils
ne touchât que quinze cents liv. & les cent écus
reftans ont été placés auffitôt au denier cinq, pour
former une rente de 15 liv.
M. Houel , Auteur du Voyage de Sicile , vient
de publier le dixieme Chapitre de cet Ouvrage
dans lequel il nous donne les plus intéreffans détails
fur les reftes des édifices de la ville de Tindare
, dont il a traité dans fon Chapitre précédent
; parmi ceux qu'il décrit , il parle d'un
théâtre qu'il a trouvé encore affez bien confervé
pour en donner des plans , des coupes , des élévations
& des profils , ce qui nous fait bien
connoître cette belle partie de l'Architecture des
Anciens , dont les détails intérefferont toujours
par les belles idées qu'elle préfentent. La qual
trieme planche de ce Chapitre nous offre les
plus beaux fragmens d'Architecture & des figures
qu'il a recueillies dans les ruines de cette
ville. Il a paffé delà aux Ifles de Lipari , & fait
une defcription poétique du trajet de mer qu'il
traverſe pour arriver à la capitale de ces Ifles
où il trouve le fujet de la fixieme planche ; elle
repréfente une étuve antique très curieufe , dont
il donne le plan & l'élévation perfpective ( 1 ).
( Cet ouvrage inteffant fe trouve chez l'Auteur
sue du Co S, Hompre
( 85 )
8
"
On a annoncé qu'après avoir fourni une longuen
carriere & s'être fingulierement diftingué
dans fon art , M le Bas avoit fuccombé fous les
efforts d'une maladie opiniâtre , qui depuis longtemps
arrêtoit le cours de plufieurs de fes entreprifes.
Celle qui fixoit le plus Pattention du Public
, & qui l'emportoit fur toutes les autres par fon
importance , eft la foufcription pour les Figures
de l'Hiftoire de France , d'après le plan de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Garnier. Cette entrepriſe
confidérable s'eft trouvée en vente dans la fucceffion
de M. le Bas ; & comme elle eft , à peu de
chofe près , entierement exécutée d'après mes deffins
, j'ai cru qu'il importoit aux Soufcripteurs
eux-mêmes & à moi , que j'en fille l'acquifition .
Je prie de vouloir bien prévenir MM . Íes Soufcripteurs
, que je fuis actuellement feul propriétaire
de l'entreprife ; qu'elle fera terminée conféquemment
dans le même efprit , que je remplirai
très- fcrupuleufement le projet que nous
મ avions , M. le Bas & moi , de faire de cet Ouvrage
un monument national , en fuivant dans
les deffins les coffumes le plus exactement qu'il
me fera poffible. Je dois prévenir en outre MM.
les Soufcripteurs , que M. le Bas avoit difpofé
cet Ouvrage par livraifon de dix- huit Eftampes
in-4°. avec le texte gravé au bas de chaque fujet;
mais que m'étant apperçu que l'exécution
de dix-huit Planches ne pouvoit être que trèslongue
; je ne compoſerai les Livraiſons que de
douze. Il en résultera deux avantages ; les jouiffances
feront plus fouvent renouvellées , & je ferai
, par ce moyen , dans peu en état de fournir
une nouvelle livraiſon . Cette fuite d'Eftampes
eft juſqu'à ce moment au nombre de cent quarante-
quatre ; ce qui fait douze livraiſons á raiton
de douze Eftampes par chacune d'elles. L'Efsampe
coûtera 20 fols. On foufcrit , & on déli(
86 )
vre chez moi , rue du Coq Saint Honoré
près le Louvre. Signé MOREAU le jeune , Dellinateur
& Graveur du Cabinet du Roi & deJon Académie
de Peinture & Sculpture .
La collection des Poëtes & autres auteurs en petit
format, entreprife & continuée par M. Cazin ,
Libraire à Reims , jouit depuis long - tems des fufrages
du public , par la commodité du format , le
choix & la variété des ouvrages , la réunion d'une
quantité confidérable formant une jolie petite bibliotheque
, occupant très -peu d'efpace & fi fa
cile , fi commode à tranfporter. M. Cazin vient de
l'enrichir des chef- d'oeuvres de Corneille dẻ
ceux de Saint - Réal , des oeuvres de Madame de
Graffigny , d'un recueil piquant de chanfons
choifies , formant 5 volumes , dont un eft compofé
des airs notés , de l'art d'aimer d'Ovide
nouvelle traduction en profe , & de Genevieve
de Cornouailles & le Damoifel fans nom , ro
man de Chevalerie par M. de Mayer ; &c . L'éditeur
s'attache à réunir les meilleurs ouvrages ,
& les plus piquants ; & fon receuil eft le plus
intéreffant , le plus agréable & le plus varie
qui ait paru depuis longtems.
M. Renaud , dont nous avons annoncé l'entre.
prife importante , & qui ne peut qu'intéreffer les
Artiftes & les Amateurs , de publier des copies
fideles des plus beaux monumens d'architecture ,
qu'il a été à portée de voir & d'étudier pendant
un long séjour en Italie , vient de publier la feconde
livraison de cette collection précieufe. Elle
contient 6 planches comme la premiere , avec
leur explication in folio. Le nombre des planches
fera de 30 ; le prix de la feufcription eft de
72 liv. , dont on paye 36 en foufcrivant , 24 au
mois de Novembre prochain , & 12 en recevant
la derniere livraifon. On foufcrit chez M. Clou
fier , rue de Sorbonne , & M. Jaillon , quai de
la Mégifferie.
( 87 )
M. ,votre zéle à inftruire le public de tout ce
qui peut intéreffer le bien de l'humanité , me
fait efpérer que vous voudrez bien inférer , dans
votre plus prochain numéro , ma derniere réplique
aux attaques vifiblement intéreffées que le
fieur Chroaré multiplie contre moi & monreméd .
Quelques foient les motifs & l'acharnement de
cet Apoticaire à faire fufpecter l'ufage de ma
poudre , le résultat de l'analyfe qu'il dit en
avoir faite , les conféquences qu'il en tire , fort
fi oppófées aux épreuves multipliées faites par
ordre du Gouvernement , à la foule de guérifors
extraordinaires qui en ont été la fuite , à celles
qui s'operent journellement à Paris & dans toute
la France , fous la conduite des Médecins & Chirurgiens
, folemnellement vérifiées fous les yeux
de M. le Maréchal, Duc de Broglie , dans fon gouvernement
; aux expériences non moins décifives.
faites en Angleterre , aux fuccès étonnans obtenus
dans les Colonies , & conftatés par les Intendans
, &c. qu'on ne peut ajouter foi aux opérations
& aux affertions chimiques du fieur Chroaré
: n'y eût - il d'ailleurs aucun doute fur les connoiffances
& les contradictions de ce Pharmacien
en fait de chimie , déférées au public par un habile
Médecin de la Faculté de Paris ** , je ne déférerai
point à mon tour les intentions , ni fes
anciennes pratiques , pour furprendre de moi la
compofition d'un reméde dont l'ignorance fait
tout fon défefpoir. « Gardez - vous , me dit - il ;
lorfque je lui fis connoître l'extrême defir que
j'avois de préfenter à l'Académie Royale des
Sciences le mercure purifié à ma maniere , &
dont il admiroit lui-même de bonne foi la beauté
& la pureté gardez- vous bien de montrer aux
(1 ) M. Mithié : lifez pag. 49 , fon ouvrage , qui a pour
titre Suite de l'Aitiologie , 1781 , chez Didot jeune
quai des Auguftins .
:
( ૪૪ ' )
Chimiftes de cette compagnie ce procédé unique
ils ne vous pardonneroient pas d'avoir trouvé un
fecret qu'ils cherchent en pure perte depuis fi
long-tems. J'aurois démontré alors , & j'obferve
aujourd'hui au fieur Chroaré , que ce reméde eft
de telle nature qu'on ne peut l'analyfer fans l'altérer
& le corrompre ; que toute action du feu
le vicie , puifque l'opération de cet élement eft
également contraire & étrangere à ma compofition
; qu'il y a une grande différence entre notre
eftomach & les fourneaux du fieur Chroaré ; que
fi celui-ci étoit de bonne foi il n'auroit pas dû
éluder la folution du problême que je lui ai propofé
par ma premiere réponſe inferée dans le
Mercure n° 51 , du mois de Décembre 1783 ;
que des farcafmes ne font pas des raifons ; que
des faits valent mieux que des raifonnemens
des guérifons que des analyfes , qu'il ne fuffit
pas , quand on ne peut nier ni combattre les effets
, de calomnier la caufe ; que la pharmacie
n'eft fouvent que l'art d'opérer les effets les
plus falutaires par les caufes les plus alarmantes ;
que ce fecret de l'art confifte dans un point unique
de modification ; que ce procédé unique , cette
heureuſe modification d'une caufe féconde, en
grands effets , je l'ai trouvée . Elle affure à mon
reméde des fuccès en tout genre qui feront mieux,
fon apologie que tout ce que je pourrois répondre
áu fieur Chroaré ; il analyfera & je guérirai ;
voilà déformais ma réponfe. J'ignore le procès
& la fociété que cet apoticaire prétend que
j'ai eu avec un de fes confreres qu'il ne nomme
pas ; quand il l'indiquera , je fçaurai lui rendre
juftice. Que le fieur Chroaré la rende lui- même
une fois à l'homme , ami de l'humanité , qu'il
ofe taxer de monopole , tandis qu'il ne peut ignorer
que tous les malheureux , avec un certificat
(189 )
de leur Curé , ou d'une perfonne en place
trouvent chez moi mon reméde gratis .
Le Chevalier DE GODERNAUX .
DE BRUXELLES , le 9. Mars.
EN conféquence des plaintes portées par
ce Gouvernement aux Etats- Généraux d'une
nouvelle violation du territoire de l'Empereur
, il a été rendu en Hollande une Ordonnance
pour empêcher de pareils fujets
de plaintes à l'avenir ; il eft défendu fous des
peines rigoureufes , à tous bas - Officiers ,
foldats , dragons , &c. de la République ,
de paffer fur le territoire Autrichien , & enjoint
aux Gouverneurs , Commandans &
Majors de place , de tenir la main à l'exécution
.
Les divifions ne femblent pas près de finir
dans cette Republique , écrit- on de la Haye ; le
Confeil d'Etat a préfenté aux Etats généraux des
plaintes contre la prétention des Etats de Hollande
de le mêler des fortifications des frontieres
qui appartiennent exclufivement au Confeil . Cette
affaire va occafionner de nouvelles difcuffions ;
& avant qu'elles foient terminées , il s'en éleve
une autre par la mort du Comte Amiral van')
Doe ;
elle a donné lieu à la queftion de favoir à qui
appartient la nomination des Officiers de pavillon
dans le reffort des Colleges d'Amirauté d'une
Province. Les Etats de Hollande & de Weft-
Frife font occupés à préfent à délibérer fur cette
queftion ; & ils en ont prévenu le Stadhouder ,
en lui fignifiant qu'ils s'attendoient que jufqu'à
ce qu'ils euffent pris une réfolution décifive , if
voudroit bien fufpendte provifionnellement tou
tes les nominations de certe efpece dans fa Province.
( 20 )
I
L'affaire de l'Enfeigne de , Witte & du
jardinier van Brakel a été renvoiée à la juftice
ordinaire ; les Etats de Hollande & de
Weft Frife ont dit que le premier étoit fufceptible
de grace ,
mais que le fecond ne
l'étoit point.
་
Un Edit récent , écrit- on de Madrid , accorde
à la Nation françoife un commerce libre
avec les habitans de l'Ile efpagnole de la Trinidad
, pendant l'efpace de dix années . Le but
principal de ce privilege eft l'encouragement de
la population & du commerce de cette ifle. En
effet , les individus de toutes les nations y font
également accueillis , pourvu qu'ils faffent prod
feffion de la Religion catholique : il eſt accordé
à tous ceux qui veulent s'y établir une certaine
portion de terrein dont ils doivent jouir librement
pendant 10 ans ; à l'expiration de ce terme
ils paieront pour 100 de tous les fruirs & productions
; & c'eft fous cette condition de 5 pour
10c, qu'il eft permis aux fujets colons de S. M. C.,
de charger leurs navires de productions frança fes
pour la Colonie, & de porter en retour dans les,
ports de France des productions de la Colonie «.
6
Selon une lettre d'Amfterdam , le vaiffeau
de guerre l'Amiral Piet Hein , venant
d'Angleterre avec des prifonniers , toucha le
23 Février fur le Morder Haaks pendant
une brume ; on lui envoya du Texel & du
Vlie les fecours néceffaires , & il arriva le
24 au Texel.
Une lettre écrite à bord du Prince Guillaume
, dans la rade de Toulon , le 10 Février
, contient les détails fuivans.
« Le 3 Février , à 3 lieues de Toulon , nous
( 2 )
avons effuyé une tempête terrible , qui en moins
de 3 minutes a démâté toute l'Efcadre dont le
Prince Guillaume faifoit partie. Après avoir paffé
une nuit affreuſe entre la vie & la mort , nous découvrîmes
un brifant . Notre vaiffeau étoit alors
fans voiles & fans gouvernail au milieu des rochers.
Nous fumes faifis d'effroi ; plufieurs fois
nous fumes fur le point de périr en voulant jetter
l'ancre. Nous reftâmes une feconde nuit dans cette
fituation terrible ; heureuſement le vent fe relâcha.
2 barques arriverent à notre fecours , mais
elles n'oferent approcher . Une brife s'étant élevée
à 2 heures du matin , nous faisîmes cette occafion
de quitter la pofition périlleufe où nous nous
trouvions , & le 9 nous fommes arrivés à l'entrée
du port de Toulon « .
ཧཱུྃ།
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL.
-
On lit dans quelques- uns de nos papiers que
l'Imperatrice de Ruffie voulant former une nouvelle
branche de commerce , a offert à l'Espagne
36 millions tournois , & de lui fournir à perpétuité
5000 tonnes de chanvre par an , fi elle vous
loit céder l'ifle de Minorque. Le Miniftere , ajoutent-
ils , eft difpofé à accepter ces offres , mais le
Roi feul les refufe. Cette nouvelle paroîtra
pour le moins hafardée à ceux qui favent que l'ELpagne
n'aime guere à fe défaire de fes poffeffions ,
fur-tout de celles qui avoifinent fes plus belles.
Provinces . D'ailleurs , le traité qu'elle vient de
faire avec la Porte Ottomane , & qui peut devenir
fi avantageux pour fon commerce , l'empêcheroit
d'entendre à aucune propofition de cette efpece
faite par les ennemis naturels des Turcs .
Ceux qui favent à quelle occafion le fiege de
Mahon fut réfolu , ne fe perfuaderont jamais
que la Ruffie ait fait une pareille demande , puifque
la feule crainte que l'on eut qu'elle ne traitât
( 92 )
de cet objet avec l'Angleterre , fut la feule caufe
de l'occupation & de la conquête de Minorque.
La fermentation politique qui regne à préfent
a produit des phénomenes affez finguliers. Les
Lords Bute , Mansfield & Stormont , font dans la
lifte des perfonnes oppofées à la Cour; & le fils &
le gendre du feu Comte de Chatham, le Comte
' Effingam , & M. Jean Wilkes , font regardés
comme les foutiens de la ſecrete influence.
Le 20 le Comte Temple eut une entrevue avec
M. Pitt ; c'eſt la premiere qui a eu lieu depu.s
deux mois: il eft certain que lorfqu'il donna fa
démiffion, le furlendemain de ía nomination à une
place de Secrétaire d'Etat , il différoit d'opinion
avec les Miniftres . Il fut foupçonné pendant quelques
jours de leur être contraire. Lorsqu'il a enfin
vu M. Pitt , il a été conduit par M. Grenville,
& it a refté 3 quarts d'heure avec lui.
Parmi les bijoux que le Duc de Rutland emporte
en Irlande , on compte une étoile de dia
mans très- beaux ; elle eft eftimée 3000 1. fterl . On
obferve que de nos jours ces fortes de décorations
font très- rares ; outre le Roi , & le Prince de
Galles ; il n'y a que deux ou trois de nos princi .
paux Seigneurs qui en aient .
CAUSE extraite du Journal des Caufes célébres [ 1 ].
HOMICIDE commis par un jeune fille. >.
Jacques Sauvan de Vacheres en Diois , étoit
famé dans ce lieu , & par fa force extraordinaire ,
qui lui avoit fait donner le furnom de Mille-
Hommes , & par fon tempérament ardent &
brutal . A l'âge de 55 ans , il étoit encore la
[ 1 ] On fouferit en tout temps pour ce Journal intéres
fant , chez M. Des Effarts, Avocat , rue Dauphine , hôtel
de Mouy , qui nous a fourni cer extrait , & chez Mérigor
le jeune , Libraire , quai des Auguftins , Prix , 13 ).
pour Paris , & 24 liv . pour la Province .
( 93 )
terreur de la jeuneffe du hameau. On le voyoit,
couvert des haillons de l'indigence , courir après
les filles du village , employant tour à tour la
rufe & la violence ; la nature & les loix n'avoient
point posé de bornes que fa fureur refpectât.
Cette espece de monftre regardoit comme
fa proie future , Françoife Tiers , jeune payſanne
âgée de 15 ans. Il la pourfuivoit par - tout ; mais
elle n'avoit fans doute pas beſoin de fa vertu
pour lui réfifter ; le dégoût naturel qu'infpiroit
ce fuborneur en cheveux blancs , devoit l'armer
, autant que fon honnêteté , contre fes féductions
; & l'exemple de quelques victimes redoubloit
fa vigilance. La réfiftance allumant de
plus en plus la fougueule paffion de Sauvan
il épia les momens de la trouver feule , & tenta
d'en abufer; mais toujours fervie par la vertu
par fes dédains & par les hafards , elle avoit
triomphé de fes inftances & de fes entrepriſes ;
& cette lutte duroit depuis 4 ans. Mais comment
échapper toujours à un ennemi fi voifin
fi acharné , & capable de marcher au vice par
le crime ? Let28 avril 1782 , Françoife Thiers,
alors âgée de 19 ans , étoit allée à Boue , village
à une lieue de celui qu'elle habite après
avoir affifté aux offices de l'Eglife , fe difpofant
à s'en retourner , Sauvan vint la prier de recevoir
fur fon âne un double panier qu'il venoit
d'acheter. Son premier mouvement fut de refufer
ce ſervice ; mais follicitée par le nommé
Bernard , qui avoit vendu les paniers
s'en chargea par l'affurance qu'il lui donna
qu'il alloit boire avec Sauvan , & qu'ainfi
elle n'avoit pas à craindre fa compagnie,
Elle part feule & hâte fon retour ; mais
les paniers l'embarraffoient & retardoient fa
marche , elle les dépofa aux Combes , hameau
elle
( 94 )
fitué à la moitié de fon chemin : arrivée chez
elle , elle vaque aux foins domeftiques ; à huit.
heures du foir , au moment où elle venoit de faire
manger les beftiaux , & qu'elle fermoit la porte
de l'étable , paroît Sauvan , portant les paniers
fur fa tête , qu'il pofe à terre , en difant , les
voilà pourtant , quoique tu n'aies pas voulu les apporter
jufqu'ici. Et auffi- tôt prenant une hache
qu'il trouve fous fa main , il en décharge un
grand coup fur les paniers , en jurant qu'il
lui en feroit autant , fi elle faifoit des façons.
En même temps il la faifit , & lui jettant deux
écus de 6 livres dans le fein , il l'affure qu'il
lui feroit inutile de vouloir réfifter , qu'il avoit
publié par tout qu'il étoit au mieux avec elle ,
& qu'il le feroit ; il accompagna cela de geftes
brutaux. La fille effrayée & indignée de
l'outrage , recueille fes forces ; dans le trouble ,
l'ardeur de fa défenſe , pour faire lâcher priſe à
cet homme féroce , elle lui porte quelques coups
d'une barre courte fur le derriere de la tête.
Un de ces coups fut mortel : Sauvan bleffé chancelle
, tombe & expire au même inftant . Qu'on
juge de l'effroi de cette jeune fille en le voyant
mort à fes pieds. Elle fuit le premier mouvement
de la peur , qui eft de chercher à cacher
fon délit involontaire : affiftée de fon jeune frere ,
enfant de 11 ans , qui la voyant tarder plus qu'à
l'ordinaire dans l'écurie , étoit venu en favoir
la caufe , elle fait rouler le cadavre par la prai
rie contigue à fon étable , & dont le penchant
eft rapide. Le cadavre va s'arrêter de lui-même
dans le trou d'un four à chaux qui fe trouvoit
au bas. Ele fuit fon objet , & l'idée que lui
infpire ce lieu ; elle le déshabille , & afin qu'il
fût plutôt confumé, elle le couvre de chaux & de
terre ; & va cacher fes habits dans un coin de
T
( 95 )
Petable , tant il eft vrai que l'innocent agit
quelquefois comme le coupable , parce que la
crainte des fuites femblables fuggere les mêmes
précautions ? Cependant Sauvan manque , fon
abfence donne des inquiétudes à fa famille. Le
lendemain , fes parens vont à fa recherche :
ils s'arrêtent auprès de la maifon de Tiers , fur
ce qu'ils avoient appris que la veille on avoit
cru entendre du bruit , & même des cris du
côté de cette maifon. François Tiers pere , qui
étoit revenu de Boue , où il avoit paffé le jour
& la nuit précédente procura une lumiere pour
lés éclairer dans leur recherche . Bientôt on trouva
les habits. La jeune fille , qui entendoit & fon
pere & les autres former des conje Aures & foup-
Conner des innocens , s'avance , & leur dit :
Vous cherchez Sauvan , il n'eft pas ici ; je l'ai
fué , lorfqu'il vouloit me violer , & enfuite je
Pai enterré dans le four à chaux. Ainfi ne foupçonnez
perfonne ; j'étois toute feule , & c'eft
moi feule qui lui ai donné la mort , fans le vouloir
d'un coup de la barre de la porte » Auffitôt
elle fut arrêtée , & fon pere & fes jeunes
freres , & tous furent enfermés dans les écuries
du Seigneur. La juftice du lieu , de Soubroche ,
en fut avertie , & s'y tranſporte le 1 Mai . Le
lendemain le juge procéda à la levée du cadavre.
On entendit feize témoins , qui n'avoiens
rien vu , & le rapport du Chirurgien . François
Tiers , pere , fut décrété d'ajournement perfonnel
, & Françoife Tiers & ton jeune frere dé
11 ans , de prife de corps ; ils furent conduits
dans les prifons de Dye . On procéda enfuite à
deur interrogatoire , conforme à ce qu'on a lu.
Le Juge convaincu par l'information & par la
connoiffance des lieux , de l'alibi & de l'inno
cence du pere , le fit élargir ; mais voulant
( 96 )
épargner des frais au Seigneur , ill arrêta là la
procédure , & fe hâta d'envoyer la jeune fille
dans les prifons de Valence pour y être jugée
par les Officiers de la Sénéchauffée. Là , éloignés
de 20 lieues de leur famille & de leur
patrie , renfermés dans leurs cachots , ne pouvant
que fe plaindre & non fe défendre & s'expliquer
dans un idiome inintelligible pour ceux qui
n'étoient pas de leur canton , fans reffource &
fans appui , ces jeunes infortunés pourtant furent
fecourus par une ame fenfible , par un défenfeur
généreux & gratuit , qui leur prêta fa
voix & fon miniftere , & fuppléa par fon travail
& fes lumieres , à la cruelle parcimonie des
Juges du Seigneur , qui avoient négligé de recueillir
les dépofitions & les preuves les plus
précieufes à la juftification des accufés . Il expola
les principes qui diftinguent l'homicide involontaire
, produit par la réfiftance d'une défenfe
légitime , du crime injufte & réfléchi. II
peignit , d'après le témoignage des perfonnes
défintéreflées du lieu , du Curé , des voifins , la
paffion brutale & les inclinations perverfes du miférable
, qui avoit fini par en être la victime :
oppofa fur la même notoriété , le caractere
& les moeurs de la jeune Payfanne. Craignant
les fuites d'une inftruction judiciaire , le défenfeur
des accufés préfenta un mémoire au Chef
de la Magiftrature. Cette démarche eut le fuccès
qu'il en attendoit. Les accufés obtinrent le 18
Septembre 1782 des lettres de rémiffion , & leurs
chaînes furent auffi tôt brifées.
ERRATA. L'auteur de l'éloquent difcours prononcé
dans l'Affemblée générale des actionnaires
de la Caiffe d'Efcompte , en faveur des pauvres ,
tranfcrit dans le Journal du 28 du mois dernier
ne s'appelle pas M. de Linon comme on l'a
imprimé , mais M. de Lixon.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 31 Janvier.
LE feu ayant pris ces jours derniers aut
grand hôpital de terre & de mer , ce
vafte édifice a été entierement réduit en cendres
; & on apprend que quelques perfonnes
& fur- tout des malades ont péri dans les
flammes , malgré les fecours qu'on leur a
portés.
» M. Laxman , Confeiller de Cour & Profeffeur
, écrit - on d'Irkutsk en Sibérie , chargé
par l'Impératrice de faire un voyage dans les
parties les moins connues de fes Etats , pour en
examiner le fol , les productions , & en étudier
plus particulierement l'hiftoire naturelle , eft arrivé
ici . Il fe propoſe de pouffer fa route jufqu'au
Kamtfchatka , d'examiner les volcans voifins de
cette partie de l'Océan ; delà il compte vifiter les
ifles Kuriles & Aleutes , & pénétrer , s'il eft
poffible , jufqu'à la côte de l'Amérique qui borde
cet Océan à l'Occident . Pour lui faciliter les
moyens de remplir l'objet de fa miffion , S. M. I.
No. 12 , 20 Mars 1784.
98. )
lui a conféré le titre d'Ifpannouk, c'eft- à- dire ,
de Gouverneur de Province . Tous ceux qui s'intéreffent
aux progrès des connoiffances humaines.
font des voeux pour le fuccès de fon expédition
».
POLOGNE.
DE VARSOVIE, le 15 Février.
Les députés de Dantzick ne font point
encore arrivés dans cette capitale , où ils font
toujours attendus. Cependant on affure que
le Roi de Pruffe a donné les ordres néceffaires
pour faire relacher les navires Dantzickois
qui avoient été arrêtés depuis le mois
d'Août dernier.
On dit depuis l'accommodement des
Ruffes & des Turcs , que ceux des Seigneurs
Polonois qui ont des terres dans la Wolhynie
, la Podolie & l'Ukraine , fe propofent
de faire vendre à l'avenir leurs productions
aux Ruffes , dont ils efperent en tirer plus de
parti. On prétend auffi qu'on va travailler
nettoyer le Niefter , pour faciliter la navi
gation fur ce fleuve.
A
ALLEMAGNE
DE VIENNE , le 28 Février.
Les avis d'Italie portent que l'Empereur a
du partir le 13 de Livourne pour Lerici
d'où il doit fe rendre à Genes , & delà à Mi(
99 )
lan. Le bruit fe répand , que pendant le féjour
de S. M. I. à Florence , il y a été projetté
un mariage entre le duc d'Aoft , fils
puîné du Roi de Sardaigne , & l'Archidu
cheffe Marie Thérèſe , fille aînée du Grand-
Duc. On croit que les chemins qui font
devenus prefque impraticables, retarderont le
retour de l'Empereur jufqu'au 10 du mois
prochain.
1
1
On dit que les difficultés qui s'étoient éle
vées , au fujet de la nomination de M. Vifconti
à
l'archevêché de Milan , ont été applanies
dans un entretien de S. M. I. avec
fe Pontife, L'Empereur conferera déformais
tous les évêchés , abbayes & bénéfices de fes
Etats , & les expéditions s'en feront à Rome,
DE FRANCFORT , le 2 Mars.
Des lettres de Berlin portent que le Prince
Henri de Pruffe fe difpofe à faire un
voyage à Peterſbourg. On ignore quel en eft
le motif; & les papiers
Allemands fe
mettent à ce fujet quantité de
fpéculations
perdont
aucune n'eft peut être fondée .
De tous côtés on n'entend parler que des
ravages caufés par les débordemens de la
Meufe & du Rhin. Ils ont été cruels à Cologne
, & dans les environs , à une diſtance
confidérable ; on compte 100 maiſons détruites
à Boul , & dans les villages voilins ,
160 à
Mulheim ; les habitans d'un village
fitué à 2 lieues de
Cologne , furpris tout-àe
2
100
coup par les eaux , ont péri , dit- on , en
grand nombre. L'étendue des pertes n'étoit
point encore connue au départ des lettres ,
& l'unique efpérance que l'on a , c'eft qu'elles
önt été exagérées .
Les alarmes que les grandes eaux ont caufé ,
écrit - on de Manheim , ont ceffé ; nous espérons
que nous en fommes quittes pour la peur , le
dégel ne paroiffant pas prochain & les eaux ayant
beaucoup diminué. L'Electrice ne veut pas nous
abandonner ; elle difoit l'autre jour : Si nous périffons
, je périrai avec mes bons habitans de Manheim;
je ne veux pas leur furvivre . La difette de
bois a été affreufe. Une des principales conditions
du contrat de ceux qui en ont le monopole ,
eft de fournir plufieurs villages autour de cette
ville , & que les magafins de la ville foient approvifionnés
pour deux ans ; mais ils ne doivent de
compte à perfonne. Dejà depuis Noël on commençoit
à craindre que le bois ne pût fuffire
pendant tout l'hiver ; en moins de quinze jours
tout fut épuisé : les ouvriers & les pauvres n'ont
pu en avoir , même ceux qui avoient donné de
f'argent d'avance : auffi la déſolation a été à fon
comble .
DE BERLIN , le 21 Février.
Le célébre Buſching vient de publier dans
fon Journal Hebdomadaire un nouvel effai
de dénombrement de la population de l'empire
d'Allemagne. Voici fes données.
La Mo-
La Bohême , 2,100,000 ames,
ravie , 1,000,000. La Siléfie Autrichienne,
200,000. La haute & baffe Luface , 380,000 .
Le Cercle d'Autriche , 4,150,000. Le
-
/
( 101 )
Cercle de Bourgogne , 1,600,000 . La Baviere
, comptoit en 1771 fans le Clergé & les
Troupes , 1,148,438 .
bourg , 250,000 .
L'Evêché de Salz-
Le Duché de Wür
temberg , en 1782 , 565,890 . Les Margra
viats de Bade , 200 , 000.- La Ville d'Augs
Les Evêchés de Bamberg bourg, 40,000.
& de Wurzbourg , 480,000 .
La Ville de
Nuremberg & fon District , 70,000.
--
Les
Duchés de Juliers & de Bergue , 260,000 . L'Evêché de Munter , 130,000 . L'Evêché
d'Ofnabruck, en mil fept cent foixante-douze,
116,664. Les Pays de Pruffe , dans le Cercle
de Weftphalie , en 1782 , fans les Troupes ,
550,699. Les Pays de Naffau , Dillenbourg ,
Siegen , Diez & Hadamar , 74,000 .
Le Duché
d'Oldenbourg, en mil fept cent foixante - neuf,
79, 071. — L'Electorat de Mayence , 314,000 .
Le Palatinat du Rhin , en 1779 , 289 , 614 .
-Les Landgraviats de Heffe - Caffel & de Heffe
Darmstadt , & le Comté de Hanau , 700,000. L'Evéché
de Fulde , 70,000. La ville
de Francfort - fur - le- Mein , 42,600, Les
Pays de la Saxe Electorale , dans les Cercles de
haute-Saxe & de Franconie , en mil fept cent foixante-
quinze, 1,326,041 . La Poméranie Suédoife,
en 1781 , 100,549. La Poméranie Pruffienne, en
mil fept cent quatre-vingt- deux, fans le militaire, 462, 970. La Marche de Brandebourg
, en
1782 , exclufivement
du militaire , 1,007,232.0
-La Principauté de Gotha , en 1780 , 77,898 .
Le Comté de Schwarzbourg , 100 , 000 .
Le Duché de Magdebourg & le Comté de
Mansfeld, enmil fept cent quatre -vingt-deux ,fans
le militaire , 271,461.- La Principauté d'Halberftard
& le Comté de Hohenvein , en 1782 , fans
les troupes , 130,761 . Les Pays de la
€ 3
( 102 )
maifon Electorale de Brunswick & de Lunebourg
, en 1756 , 750,000. Le Duché
de Brunfvick , en 1775 , fans le militaire.
166,340. • Le Duché de Holftein , 300,000. GDAGAN
Les Pays de Meklenbourg , 220,000. — La
Ville de Muhlhaufen & fon Diftrict , 13,000...
Cet état de la population des principaux Etats
de l'Allemagne , forme un total de près de 21
millions d'ames je m'abftiens , ajoute M. Buf
ching , de prononcer fi le refte des autres Etats
renferme 3 ou 4 millions , pour completter les
25 millions d'ames dont on évalue la population
de l'Empire.
DE HAMBOURG , le 29 Fevrier.
Les anciens démêlés qui exiftoient entre
Ja Livonie en général & la ville de Riga en
particulier , & le duché de Courlande , tant
par rapport aux limites , que par rapport au
commerce , ne fubfiftent plus aujourd'hui.
Tout a été arrangé à l'amiable par une convention
fignée le 21 Mai 1783 , par les com
miffaires de l'Impératrice de Ruffie , ceux
du duc & ceux des Etats de Courlande & de
Semigalle. Cette convention contient 12
articles.
10. Les hommes ferfs , transfuges des Pro
vinces de Ruffie , dans le Duché de Courlander.
feront arrêtés par l'ordre de la Régence de Court.
lande , & remis au Miniftre de Ruffie . Les Prot
priétaires de Terres feront tenus , à l'avenir
de faifir & d'envoyer à ladite Régence tous les
fujets Ruffes qui , fans être munis de paffeports
fe feront retirès dans leurs terres , & dans le
( roz )
cas où ils auroient négligé de le faire dans
l'efpace de deux mois , ils feront mis à une
amende de 200 rixdalers , dont la moitié fera'
pour le Propriétaire du transfuge , ou pour le
Gouverneur général de Riga , & l'autre moitié
pour le dénonciateur. Il fera procédé de même
avec les transfuges Courlandois . 2. Pour
faciliter le commerce réciproque de la ville de
Riga & des Courlandois , ainfi que le tranſport
des marchandifes & productions de Lithuanie ,
le Duc & les Etats de Courlande s'engagent
à entretenir dans un bon état les chemins qui ,
de Pologne , de Samogitie & de Lithuanie ,
conduisent à Riga ainfi que les ponts , bacs &
paffages. Le Duc promet en outre de fupprimer'
dès à préfent les droits perçus jufqu'à ce mo
ment fous le nom de droits de pontonnage
de port & d'entretien de chauffée , & il renonce
par la préfente convention au droit de tranfit
& en général à tous les droits quelconques pour
les marchandifes venant de Riga , ou y allant,
3. L'exercice du droit barbare de Varech
ceffera entierement dans la Courlande. Les
habitans de la côte , qui donneront du fecours
à un vaiffeau ou bâtiment en détreffe ou naufragé
, foit en allant dans un port Ruffe , foit
en revenant , recevront , favoir chacun de
ceux qui le mettront dans des bateaux pour
aller porter du fecours , un rixdaler pour le
travail du jour , & autant pour celui de la nuit
& la moitié de cette récompenſe fera allouée
à chacun de ceux qui feront employés par terre
à fauver les effets naufragés. Les Propriétaires
des terres fur la côte , dans le diſtrict defquels
un vaiffeau ou Bàtiment a fait naufrage , fe
ront tenus , dès qu'ils feront inftruits d'un pareil
malheur , non feulement d'établir des gar
e.4.
( 104 )
diens pour que rien ne foit diverti des effets
fauvés , mais auffi d'en donner la nouvelle à
Riga , & d'en informer encore le Miniftre de
Ruflie réfidant à Mittau , ou l'un ou l'autre des
Confuls Ruffes établis à Libau & à Windau .
Les frais pour cet objet feront remboursés aux
Propriétaires de terres , lefquels ne pourront jamais
empêcher leurs vaffaux d'aller porter du
fecours à un vaiffeau en danger ou naufragé.
Les bâtimens Courlandois jouiront en pareil cas
des mêmes avantages dans les états de S. M. I.
de Ruffie. 40. Comme il arrive ſouvent
que le vent porte fur les côtes de Courlande
des pieces de bois de charpente & autres avec
lefquels on avoit commencé à charger des bateaux
dans le port ou à la rade de Riga , il a été convenu
à ce fujet que les perfonnes munies de
certificats de la Douane de Riga feront autorifées
à ramaffer les pieces de bois portées par le
vent fur la côte de Courlande , & à les reconduire
à Riga , ainfi que les chaloupes qui pourront
avoir été portées également fur cette côte ,
fans qu'on en puiffe exiger aucuns droits. Ceux
qui voudront empêcher ce travail ou qui s'aviferont
de divertir quelque chofe de ce bois ,
feront punis & condamnés parune juſtice prompte
à des dommages & intérêts. 5 ° . Le réglement
du Duc de Courlande fait le 13 Mars
relativement aux naufrages fur la Duna eft
confirmé par la préfente & regardé comme
obligatoire par les états de Courlande . En conféquence
, & dans le cas du naufrage d'un bâ
timent., les Propriétaires des terres fur le ri
vage & la Duna feront enforte qu'il fera éta
bli des gens sûrs qui veilleront aux effets fau
vés. Les débris d'un bâtiment naufragé & les
marchandifes & effets fauvés ne pourront jamais
( 105 )
être réclamés par le fifc , mais fi dans l'efpace
de 6 femaines , aucun Propriétaire légitime ne
fe préfente , tout fera délivré au Gouvernement
général de Riga , & laiffé entierement
à fa difpofition . Le réglement ducal du 15 Avril
178 ; eft pareillement ratifié par la préfente ,
accepté par les états . 6° . La convention
faite en 1615 entre le Duc de Courlande & là
ville de Riga eft confirmée & renouvellée par
la prefente dans tous fes points. En conféquence
il eft défendu itérativement aux habitans des
Duchés de Courlande & de Semigalle , & nommément
à ceux de Jacobftadt & de Fréderichstadt
d'aller au-devant des marchandifes tranfportées
de la Lithuanie à Riga , & de les acheter avant
qu'elles y foient arrivées. 7°. Le Duc &
les Etats de Courlande & de Semigalle recon .
noiffent pour véritables limites de la Livonie
celles arrêtées par le traité de 1648 entre le
Roi Guftave Adolphe de Suede & le Duc Fréderic
de Courlande & confirmées enfuite par le
traité d'Oliva , favoir , tout ce qui eft entre la
riviere de Bulderaa & le lac de Salzmunde jufqu'à
la mer & encore le bailliage de Dahlen avec
fon ancien diftri &t & les terres qui touchent le
bailliage de Baldohn S. M. I. fera occuper ces
diftricts auffi-tôt après la fignature de la préfente
convention . La Livonie & la Courlande
ayant des poffeffions refpectives fur les
deux rives de la Duna , dont les limites ne
font point déterminées , il a été convenu que
ces poffeffions feront mefurées & réglées par des
Commiffaires , & échangées d'une maniere con
venable aux deux pays. 48°. Les Négocians &
Marchands ruffes qui font établis ou qui s'établiront
par la fuite à Mittau , ou dans d'autres
villes de Courlande , auront la permiffion d'y
-
es
( 1061 )`
"
faire le commerce en gros & en détail avec
toutes les productions brutes & ouvrées de Ruffie,
de les acheter , vendre & tenir librement en
boutique ; il leur fera permis de fréquenter les
foires du pays , & ils pourront acquérir des
maifons , jardins & boutiques , mais dans ce
dernier cas ils feront affujettis aux mêmes taxes
& impofitions que payent les Courlandois ; on
ne pourra pas les forcer malgré eux de fe faire
recevoir membres d'aucune corporation , & d'en'
payer les taxes. Ils feront fous la protection du
Miniftre & des confuls de Ruffie ; toutes les
plaintes contre eux feront portées devant ce
Miniftre ou ces Confuls , qui les feront juger
par les tribunaux ordinaires du pays ; mais quant
au criminel ils feront affujettis aux loix du
pays , le Miniftre & les Confuls de Ruffie devant
feulement faire attention qu'ils ne foient
pas condamnés injuſtement. 9º. Les Ouvriers
ruffes qui , munis de Paffeport , travaillent
dans la Courlande , ne feront plus foumis
à la jurifdiction des nobles ; ils feront fous la
protection du Miniftre & des Confuls de Ruffie ,
lefquels , en cas de plainte , les feront juger ,
comme il eft dit dans l'article précédent .
10°. S. M. I. de Ruffie , voulant donner au
Duc & aux Etats de Courlande & de Semigalle
une nouvelle preuve de fon affection , fe defifte
du droit accordé en 1615 par le Duc de Courlande
à la ville de Riga , au moyen duquel la
ville devoit exporter exclufivement toutes les
denrées & bleds de Courlande. En conféquence
elle accorde par la préſente au Duché de Courlande
, & nommément aux ports de Libau &
de Windau une entiere liberté d'exportation &
d'importation fur le pied établi actuellement
à condition cependant qu'outre les ports actuels
( 107 )
>
de Libau & de Windaux , il ne fera plus établi
& ouvert de nouveaux ports fur la côte de
Courlande. Comme S. M. I. a déja donné plu
fieurs encouragemens aux habitans de Courlande . «
pour les encourager à commercer avec la ville
de Riga , elle exige que les Paroiffes qui
jufqu'à préfent , avoient coutume de porter leurs
productions dans la ville de Riga , & nommément
celles de Dunaburg , d'Uberlauz de
Selburg , de Nerft , d'Aafchcrad , de Bauske
d'Ekau , de Neugutfch , de Baldon , de Mitau
, de Seffau , de Grenzhof & de Dobblen
continuent de faire le commerce avec ladite
ville de Riga , comme il a été établi jufqu'à
ce moment ; mais les poffeffeurs de terres dans
les autres Paroiffes jouiront de la pleine liberté
de tranfporter leurs productions , foit à Riga ,
foit dans lefdits ports Courlandois de Libau &
de Windau. 11°. Les traités de convention
faits entre S. M. I. , & le Duc , & les
Etats de Courlande & de Semigalle , & les anciens
traités entre les Ducs & la ville de Riga
fubfifteront dans tous les points , dans lefquels
il ne leur a pas été dérogé par la préſente convention.
120, Aufli - tôt après la fignature
de cette convention par les Commiffaires refpectifs
le Duc & les Etats feront enforte qu'elle
foit mife à exécution . Ils feront auffi tenus d'en
envoyer un certain nombre d'exemplaires im
primés dans
les diverfes villes & Paroiffes des
Duchés de Courlande & de Sémigalle pour y être
Jus & affichés.
-
4
L'attention générale eft maintenant dirigée
du côté du commerce; par tout les fouverains
s'empreffent d'augmenter le leur , &
leurs efforts paroiffent avoir par - tour du
fuccès.
( 108 )
Le commerce maritime des Etats héréditaires
de la maifon d'Autriche , commence à devenir
très -important. S'il continue ainsi , comme il y a
lieu de le préfumer , il fera dans peu d'années
plus confidérable que celui de terre . Déjà il
procure aujourd'hui un bénéfice net de 3,500 000
florins , & on compte plus de 2000 bâtiments
Autrichiens qui font employés actuellement fur
la mer & fur les rivieres navigables. Une partie
des bâtiments de commerce eft armée ; & il y en
a qui font percés pour 24 , pour 30 & même pour
60 canons . On a établi , de tous côtés , des
liaifons mercantiles. On voit maintenant des
factoreries Autrichiennes fur la côte d'Afrique ,
le golfe du Bengale , les côtes du Malabar & de
Ja Perfe. Le commerce de cette puiffance fur le
Danube commence à fleurir , & en général
S. M. I. prend toutes les mesures propres à
l'élever dans fes états & à combiner fagement
celui de terre avec celui de mer. La compagnie
de Triefte fait conftruire dans ce moment
un bâtiment qui fera nommé l'Aigle Impérial;
il fera de 1000 tonneaux , armé de 36 canons &
monté par 180 hommes. Auffi - tôt qu'il fera
achevé on l'enverra à Fiume où il chargera du
cuivre , du fer & du plomb ; de là il ira à Marfeille
où il complettera fa cargaiſon & mettra
à la voile pour Canton en Chine.
-
*
Le bruit fe répand depuis quelques jours .
que
les Dantzickois viennent de fe mettre
fous la protection immédiate de l'Impératrice
de Ruffie , & qu'ils ont élevé fur les limires
de leur territoire, des poteaux avec
les aigles Ruffes . Plufieurs papiers répétent"
aujourd'hui cette nouvelle , mais elle a encore
befoin de confirmation .
( 109 )
La rigueur perlévérante de la faifon , lit-on
dans une lettre de Munich , en date du 21 Janvier
, caufe de véritables maux dans ce pays - ci.
La terre y eft couverte de plus de quatre pieds &
demi de neige , & il ne ceffe d'en tomber ; les
villages fitués dans les bas-fonds fe diftinguent
à peine quelques - uns même font déferts , le
payfan craignant d'être écrafé par le toit de fa
maifon , trop foible pour foutenir le poids. Les
chemins , devenus impraticables , ajoutent encore
à la mifere des habitans de la campagne ,
par la difficulté qu'ils trouvent à approvifionner
les marchés publics des endroits principaux à leur
portée : auffi le bois & les denrées qu'ils font dans
P'ufage de tranfporter journellement dans cette
Réfidence électorale , y font - ils d'une rareté &
d'une cherté exceffives. Le froid , qui le 15
de ce mois a été ici , à cinq heures du matin
à 17 degrés au -deffous du point de congélation ,
le plus rigide qu'on y eût encore reffenti , diminue
conftamment depuis cette époque , & il
paroît qn'on touche à celle du dégel , qui fait
redouter de fortes inondations. Pour en préferver
cette ville , le Gouvernement en fait enlever &
dépofer hors de fes remparts , la majeure partie
de la neige , qui y eft, amoncelée au point que
les gens ne peuvent fortir à pied qu'en fuivant ,
d'étroits fentiers , frayés pendant le jour & comblés
la nuit, le long des maifons . Un chien
enragé , échappé de l'endroit où il avoit été conduit
pour être affommé , a répandu ici les plus
vives alarmes . Avant qu'on ait pu parvenir à ſe
défaire de cet animal furieux , dix- huit perfonnes
en ont été mordues . Les remedes les plus connus
comme propres à prévenir les fuites du malheur
dont elles étoient menacées , leur ont été adminiftrés
fur le champ , & peu de jours après elles,
Lang
( 116 )
font parties pour l'Abbaye de Saint- Hubert en
Ardennes , où l'Electeur a ordonné qu'elles fuffent
transférées avec tout le foin & le plus commodément
poffible. Le Chirurgien qui les accom
pagne vient d'écrire que l'un des ces infortunés
étoit mort dans les convulfions , à Canftadt ; que
la mélancolie la plus noire s'étoit emparée des
autres , & que les fymptômes qui ſe manifeſtoient
Jui laiffoient peu d'efpoir de les conduire juſqu'au
lieu où ils vont chercher leur guériſon . Pendant
huit jours confécutifs des patrouilles de foldats
de cette garnifon ont parcouru la ville , & tué
tous les chiens , fans exception quelconque ,
qu'ils ont rencontrés. -
ITALIΕ.
DE FLORENCE , le 18 Février.
La partie du Clergé vouée à l'inftruction
des habitans de la campagne , & à y remplir
les fonctions de paſteurs , ne jouit prefque
nulle part d'un revenu proportionné à ſes
befoins. Le Grand-Duc a deſtiné à l'amélioration
de leur fort une portion des biens
des couvens fupprimés ; & fur ce fond il a
accordé des fupplémens de traitemens aux
miniftres de la Religion , pourvus de Cures
de collation libre , & que les Evêques ont
jugé en avoir befoin . S. A. R. a porté également
fon attention fur les Cures de patronat
eccléfiaftique , & adreffé les difpofitions
fuivantes aux Evêques de ce grand Duché.
Le Grand-Duc a vu avec déplaifir , y eft- il dit ,
que la plupart des cures dépendantes des chapi
( 111 ).
tres, abbayes , lieux pies , couvents , monafte
res, & c. manquent pour la plupart de portion
congrue , & que le traitemunt affigné aux pafleurs
n'eft pas même fuffifant pour affuter leur fubfiftance
, quoique le devoir indifpenfable de leurs
patrons , foit d'y pourvoir , de maniere à les
débarraffer de tout autre foin , pour qu'ils puiffent
s'occuper plus affiduement & plus efficacement
de leurs fonctions. S. A. R. veut que toutes cures
de cette efpece foient à l'avenir inamovibles ,
afin que les pafteurs libres de toute dépendance
vis- à- vis de leurs patrons , ne foient plus obligésde
fubir, de peur d'être licenciés , les loix fouvent
dures que leurs patrons veulent leur impofer.
Tous ceux contre l'habileté defquels les évêques
n'auront aucune objection , font dès ce momentconfirmés
dans leurs places par l'autorité fuprême
, & ne pourront être révoqués par leurs
patrons. Leurs revenus feront augmentés de la
maniere qui fera indiquée , & jufqu'à une fomme
qui feta fixée dans le réglement qui fera publié
inceffamment . Ces augmentations feront à la
charge des patrons qui les tireront de leurs biens,
dont partie a été d'abord deftinée par les fondateurs
, à payer les fonctions curiales ; & pour y
faire face , les chapitres , abbayes , lieux pies &
couvents , fupprimeront chez eux les fêtes de
luxe & toutes celles qu'on peut juger fuperfues ;
ils diminueront auffi le nombre de leurs canoni
cats & de leurs chapellenies.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 9 Mars.
Les lettres que nous recevons des Ifles
1
1
( 112 )
nous ont été apportées par la Réfiftance ,
frégate de 44 canons , arrivée le 1 de ce mois
à Portſmouth. Elle nous annonce le retour
prochain de l'Amiral Rowley , qui monte
le Preſton , de so carions , avec lequel , elle
etoit partie de la Jamaïque le 19 Janvier ,
& dont elle a été féparée un mois après . Si
la tempête qu'il a éprouvée , ne lui a pas
caufé de grands dommages , il ne tardera
pas à arriver.
Les lettres des Ifles qu'a apportées la Ré
fiftance , nous apprennent que le 6 Janvier
les François évacuerent & remirent entre
les mains des Commiffaires Britanniques
l'ifle de S. Chriftophe , & les autres conquêtes
qu'ils avoient faites pendant la guerre.
On y éprouve les effets de la derniere proclamation
, relativement au commerce des
bâtimens Américains , qu'elles ont écarté de
toutes nos ifles , où l'on fouffre beaucoup,
de leur abfence , & où l'on en fouffrira encore
davantage par la fuite , fi l'on ne la révoque
pas
·La legislation de Maryland paffa en Décembre,
dernier une loi pour établir un impôt de s fchelings
courans , ou 3 fchelings fterl . fur chaque
tonneau des vaiffeaux Anglois; & un autre droit
de 2 pour 100 , au - deffus de ce qui eft payé par
les citoyens de cet état , fur toutes les marchandifes
, manufactures & autres produits de la G.
B. , ou de quelqu'un des pays de fa domination ,
exporté fur un bâtiment appartenant en entier
ou en partie à un fujet britannique . Cet impôt fur
les marchandifes angloifes n'eft point payable , fi
( 113 )
elles font la propriété d'un citoyen des Etats -Unis,
& fi elles font importées avant le mois de juillet
prochain. La même loi défend d'accorder des permiffions
à tout vaiffeau appartenant en entier ou
en partie à un Anglois. Les délégués de Maryland
au Congrès , font autorifés par la même
loi à confentirà tout article par lequel le Congrès
pourra défendre les importations des biens étrangers
dans des vaiffeaux qui ne feront pas reconnus
être la propriété des fujets des Etats- Unis.
Il eft probable que tous les autres Etats paf
feront des loix femblables . On peut obferver que
celui de Maryland , immédiatement après la reception
des traités provifoires , avoit paffé une
autre loi autorifant les fujets britanniques à avoir
jufqu'aux trois quarts de la propriété des vaiffeaux
frétés par les américains , & leur accordoit
les mêmes privileges & exemptions dont jouiffent
les citoyens de l'état. Ainfi voilà une guerre de
commerce commencée , & qui peut être funeſte
aux deux pays .
On a reçu des nouvelles de l'Inde par le
Sea Horfe , parti de Madraff le 2 Octobre
dernier, & arrivé à Portſmouth le 27 Février.
Elles nous apprennent que le confeil de cette
Préfidence a démis de fon commandement ,
& fait arrêter le Général Stuart , le même,
qui , lorfqu'il n'étoit que Colonel , eut une
part principale à la fubverfion du gouvernement
du lord Pigot. On l'accufe d'avoir
confpiré également contre celui du lord
Makartney ; toutes fes mefures étoient , diton
, prifes ; & la plus grande expédition
pouvoit feule en prévenir l'éxécution ; on
s'affura de fa perfonne , au moment même
( 414 )
où il expédioit aux troupes , qu'il vouloir
employer à cet effet , les ordres néceffaires.
Cet événement , felon les lettres particulieres
, a donné lieu à une multitude d'obfer
vations contradictoires dans l'Inde ; & on
ne manquera pas d'en adopter plufieurs ici.
C'est ainsi que l'on expofe quelques- uns des
faits relatifs à cette affaire.
Au mois de décembre 1781 , le Nabab Maho
met Aly Cawn confentit à affigner au lord - Macartney
, tous les revenus du Carnate , pour fou
tenir la guerre, mais à certaines conditions . Il
Le plaignit enfuite que ces conditions n'étoient
pas obfervées par le Lord; & il s'adreffa au
Confeil- Supérieur , qui , après mûre délibération
, preffa le Lord & fon Confeil de délivrer
au Nabab ce qui lui étoit affigné , puifque de fa
part il s'étoit engagé à payer une fomme (péci
fique , tous les mois , à la Compagnie. Cette
rélolution fut pafféé en mars 1783 , & envoyée
à Madras par Sir Eyre- Coote qui mourut deux
jours après fon arrivée. Lord Macartney & fon
Commité ayant reçu des ordres de la Cour des
Directeurs , approuvant leur conduite , ne ſe déterminêrent
pas à obéir au Confeil- Suprême ; &
en mai 1783 , ils envoyerent au Confeil du Bengale
, une lettre dans laquelle ils expofoient diffé
rentes raifons de leur défobéiflance , & la principale
étoit l'ordre de la Cour des Directeurs, Le
Suprême Confeil , concevant que les Directeurs
n'avoient approuvé cette mesure qu'autant
que le Nabab y confentoit , conclut que leurs
ordres portoient expreffément ce qu'il avoit
arrêté , le Nabab ayant formellement demandé
ce qui lui étoit dû ; & le 15 avril il renouvella
Les premiers ordres qui ne furent pas mieux
(forts) )
écoutés . Telles étoient , dit - on , les chofes , le 10
feptembre. On dit que le Général Stuart
étoit d'un autre avis que le Lord Macartney &
fon Confeil , fur le degré d'obéiffance dû au
Confeil- Suprême, On fuppofa qu'il avoit deſſein ,
de concert avec le Nabab , de renverser le Gouvernement
de Madras ; & fa démiffion fut jugée
en conféquence , un acte néceffaire pour la fûreté
de l'Etat . On faura fans doute bientôt juſqu'où
ce foupçon étoit fondé , mais l'hiftoire fuivante
a circulé à Madras lorſque le Général fut arrêtéž
le Confeil Suprême avoit chargé , dit - on, le
Général de fufpendre le Lord Macartney & ceux
de fon Confeil qui refuferoient d'obéir à fes
ordres envoyés le 15 avril ; & ce fut pour parer
ce coup que le Lord réfolut de faire arrêter le .
Général. Il paroît cependant que cela n'a aucua
fondement. Au départ du Séa-Horſe , tout étoit
tranquille à Madras , & le Général Stuart devoit
s'embarquer dans peu pour l'Angleterre.
Ce qui fait préfumer que le lord Macart
ney & fon confeil ont eu raifon dans certe
circonftance , c'eft que la cour des Direc
teurs a approuvé leur conduite , & confirmé
la démiffion du Général , qui au départ du
Sea Horfe , fe difpofoit à s'embarquer pour
revenir en Angleterre. Pak Bot .
Il ne reftoit à Madras , au départ de cette
frégate , que 2 vaiffeaux de 74,22 de 64 ,
2 de so , un de 32 & un de 28 canons , fous
les ordres de l'Amiral Hughes ; des deux divifions
qui doivent revenir les premieres en
Europe, celle du Commodore King étoit au
Cap de Bonne-Efpérance , où le Sea Horfe
l'a laiffée ; celle du Commodore Bickerton
( 116 )
:
avoit été fe réparer à Madras , avant d'entreprendre
le voyage.
Les divifions entre la Chambre des Communes
& le Miniftere continuent toujours ;
& on ignore encore comment elles fe termi
neront. Le club de l'union n'a fait jufqu'ici
que de vains efforts , & voici où en font fes
négociations.
MM. Mac Farlane & Powis défirant amener le
Duc de Portland & M. Pitt à une entrevue
obtinrent que le Roi enverroit au Duc un meſſage
pour lui témoigner combien il défiroit cette
conférence à l'effet de former une adminiſtration
fur une baſe étendue à des conditions équitables
& égales. Les expreffions de ce méffage ont donné
lieu à de nouvelles difficultés . Le Duc de Portland
n'avoit aucune objection contre le mot équita
ble, parce que dans la conférence on pouvoit difcu
ter ce qu'on entendoit par ce mot; mais le mot éga
le , lui paroiffoit plus limité ; il vouloit avant tout
qu'on l'expliquât; M. Pitt a refufé de le faire , & le
Duc de Portland a déclaré qu'il ne pouvoit con→
fentir à une conférence perfonnelle fur un meffage
préliminaire , dont l'auteur ne vouloit pas
expliquer les termes. Le Club de l'union à qui
l'on fit ce rapport , arrêta que c'étoit le fentiment
de l'affemblée , que dans les circonstances
préfentes , où une union large & étendue étoit
déclarée hautement néceffaire , les parties de
part & d'autre_ne devoient pas fouffrir que des
objections verbales , des difficultés de cérémonie
& d'explication , les empechaffent de s'entendre ;
qu'il ne feroit coûteux ni à l'un ni à l'autre de
faire quelques conceffions fur de pareils objets ,
& que l'affemblée fe déclareroit pour celui des
deux qui montreroit le plus de bonne volonté
( 117 )
pour faire de pareilles conceffions. Cetto
réfolution leur fut communiquée ; mais il ne
paroît pas que de part & d'autre elle ait fait aucune
impreffion .
En attendant que ces grands démêlés finiffent
, nous fuivrons le précis du Journal
de la Chambre des Communes.
Le 2 de ce mois le bill pour prévenir les ma
noeuvres frauduleufes aux élections , a été lu pour
la premiere fois , ainfi que celui relatif aux coupables
convaincus , enfermés dans différentes
prifons ; le folliciteur général , qui l'avoit préfenté
, infiftant fur la néceffité qu'il y avoit qu'il
ne fût pas différé , propofa de procéder tout de
fuite à la feconde lecture , qui fut faite encore.
Après cela la chambre s'étant formée en
comité , prit en confidération l'acte qui impoſe
une taxe fur les quittances. M. Huffey propofa
une claufe pour exempter de l'impôt les billets
tirés fur des banquiers demeurans à deux milles
de diftance des tireurs ; le Lord Nugent s'y oppofa
: le feul moyen de rendre la taxe productive
, dit-il , étoit de fupprimer les exemptions ;
& peut- être auroit - elle éprouvé moins d'oppofitions
de la part du peuple , fi elle avoit été pofée
plus généralement & plus également . M. Ewer ,
Gouverneur de la Banque , qui répondit au difcours
qu'il prononça à cette occafion , lui fit voir
qu'il confondoit les billets à ordre avec les billets
au porteur , qui devoient être diftingués . Il obferva
que quand un homme payoit une dette par
un billet fur fon banquier ou par un billet de
banque , il en tiroit une quittance ; cette quittance
paie les droits fi l'ordre ou le billet de banque
y étoient auffi foumis , l'impôt feroit payé deux
fois pour le même objet ; ce qui ne feroit pas
:
(/118
1
jufte. La claufe en conféquence paſſa ; on en prož
pofa fur le champ une feconde , pour exempter
également les promeffes pour toute fomme au
deffous de 40 fchelings , & une troisieme pour.
étendre cette exemption aux marchands , pour ce
qu'ils paient aux Commiffaires des revenus. Tou
tes ces claufes furent approuvées , & il fut réfolu
que ce bill pafferoit avec tous les amendemens.
M. Beaufay fe leva alors , pour fe juftifier d'avoir
voté en faveur de cette taxe fous l'adminiftration ,
actuelle , tandis qu'il avoit été contre fous la
précédente : il fut arrêté que le bill feroit envoyé
le lendemain à la Chambre- Haute.
Le 3 le bill des Ele&ions fut lu pour la feconde
fois , & fa confidération ultérieure remiſe à un››
comité. La Chambre s'étant formée enfuite en
comité de fubfide , arrêta que la fomme de
701,869 liv. feroit accordée pour défrayer les
dépentes de l'ordinaire de la marine pendant l'année
actuelle , y compris la demi-paie des officiers
& matelots. M. Huffey, qui avoit préfenté les
eftimations , entra dans quelques détails , pour
montrer l'importance & la néceffité de chacun
des articles dont la totalité faifoit cette fomme.
Il fut réſolu auffio
I que les fonds pour payer la
milice & l'habiller , feroient pris fur le produit
de la taxe des terres : le rapport de ces réfolu
tions fut remis au lendemain & les comités.
ajournés au´´5 . Dans le cours de cette féance le
Lord Hinchinbroke rapporta que le Roi avoit
fixé le 4 à trois heures & demi après midi , pour
recevoir l'adreffe de la Chambre.
"
Ce fut le 4 que la Chambre fe rendit à
S. James , pour préfenter fon adreffe au
Roi : elle étoit conçue dans les termes qu'avoit
propofés M. Fox , lorfqu'il en avoit fait
la motion : S. M. y fit la réponſe fuivante.
MM. je vous ai déjà fait connoître que je fuis
convaincu des avantages qu'on peut attendre d'u
· ne adminiſtration telle que l'indiquent vos rélolutions
unanimes ; je vous ai affuré que mes defirs
étoient de prendre tous les moyens qui pourroient
me faire parvenir à la former ; je fuis tou
jours dans les mêmes fentimens ; mais je perfévere
dans l'opinion que cet objet ne peut
être
effectué par le renvoi de mes Miniftres actuels.
Je vous obferve de nouveau que je ne vois
dans votre adreffe aucune accufation , aucune
plainte fpécifique. S'il y avoit des raifons plaufibles
pour les renvoyer , ces raifons s'oppoferoient
à ce qu'ils fiffent partie de l'adminiftration
unie & étendue que vous m'aflurez être néceffaire.
Je ne regarde point le défaut de fuccès
des efforts récens que j'ai faits comme un obf
tacle abfolu à l'accompliffement de l'objet que
j'avois en vue , fi l'on peut l'atteindre par des
principes de franchife & d'égalité , fans lefquels
il ne peut être honorable pour les perfonnes qui y
font intéreffées , ni devenir la bafe d'un gouvernement
affez fort & affez ftable pour que les avantages
en foient permanens ; je ne vois que ce
moyen qui puiffe en effet écarter les obftacles qui
s'oppofent à certe fin defirable. Je n'ai ja
mais prétendu difputer à mes fideles Communes.
le droit de me donner leurs avis dans toutes les occafions
fur l'exercice de quelque branche que ce ?
foit de mes prérogatives ; je ferai difpofé dans tous
les temps à les recevoir & à les pefer avec la
plus grande attention . Mon Parlement me trouvera
toujours attaché aux vrais principes de la
conftitution , & difpofé à adopter les mesures qui
peuvent
--
Petribuer à la fatisfaction
& à la
profpérité de mon peuple.
( 120 )
1
La Chambre fe raffembla au retour du Palais .
de Saint James ; M. Fox fit la motion de remettre
les délibérations fur la réponſe de S. M.
an 8 de ce mois , ce qui pafla unanimement ; -
M. Eden ayant propofé enfuite l'examen des
rapports relatifs à la Compagnie des Indes ,
Al . Welbore Ellis obferva que la réponse que
venoit de recevoir la Chambre exigeoit fon attention
avant tout , & qu'il convenoit de fuf
pendre toute autre affaire jufqu'à ce qu'on fe fút
occupé de celle-là ; il fit fuivre cette obſervation.
de la motion en forme d'ajourner la Chambre au
8. M. Fox feconda cette motion ; mais M. Pitt
s'étant plaint qu'on cherchoit encore à furprendre
la Chambre , on convint de s'affembler le lendemain
fur le bill de l'armée , auquel la Chambre
doit peut -être l'avantage d'exifter encore ; fon
importance , fa néceffité , femblent être ce qui s'est
oppoféjufqu'à préfent à la diffolution du Parlement.
Le 5 on s'attendoit à voir la Chambre délibérer
fur le bill de l'armée , conformément à
l'ajournement de la veille ; mais M. Fox propofa
de le remettre après qu'on auroit examiné la
réponſe du Roi ; & cette propofition , contre laquelle
plufieurs voix s'éleverent , paffa , à une
majorité de neuf voix ; ce délai n'eft pas un
refus de paffer ce bill ; ce n'eft que le 14 de ce.
mois que
le bill expire , & on a le temps de le
renouveller ; on ne fait pas cependant encore
s'il a fait un objet de la féance du 8 ;
les détails de cette féance ne foot pas
connus ; on n'en fait que ce que les papiers.
en ont publié d'après divers récits ; car le public
n'a point été témoin de ce qui s'y eft paflés
il s'étoit rendu une multitude de perfonnes au >
Parlement pour affifter aux débats qui roulent:
fur l'unique objet qui fixe actuellement la curiofité
( 121 )
riofité publique ; quelques membres jugerent
propos de vouloir qu'on les fit fortir , & ce ne
fut que quand la falle fut déblayée que M. Fox
qu'on étoit fi curieux d'entendre fit une motion
fur ce fujet ; il propofa de faire une repréſentation
au Roi pour lui exprimer les fentimens qu'infe
pirent à fes fideles Communes la réponse qu'on
lui avoit confeillé de faire à leur derniere
Adreffe ; en reprenant cette réponſe par paras
graphe , il établit les privileges de la Chambre ,
fon droit de confeiller S. M. dans l'exercice
de fes prérogatives , de donner fon opinion , fon.
approbation ou fon mécontentement relativement
aux Miniftres qu'elle a choifis , de s'adreffer
au trane pour en obtenir le renvoi . Depuis la ré
volution jufqu'à préfent , obferva -t -il , il y avoit
toujours eu une correfpondance cordiale entre la
Couronne & la Chambre ; c'eft leur égard mu
tuel pour leurs droits réciproques qui ont affermi
la conftitution , l'ont élevée au degré où elle
eft. Les individus qui ont confeillé à S. M. cette
réponſe , ont changé la pratique fuivie pendant
un fiecle , & renouvellé les temps défaftreux
de troubles. Ce fut par des avis pareils que la
maifon de Stuart fe perdit & fe fit chaffer du
Royaume. La Chambre a le droit de retirer
les fubfides quand elle n'a point de confiance
aux Miniftres ; & forcée d'embraffer ce parti
elle n'eft arrêté que par la confidération de la
néceffité des circonftances , & par fon defir de
ne pas porter les chofes à l'extrêmité à laquelle
les Confeillers du Roi femblent la pouffer. On
affure que cette motion n'a eu que la majorité
d'une voix ; & que la réfolution ayant été redigée
, il a été arrêté qu'elle feroit préfentée au
Roi par tes membres de fon Confeil privé.
Ce n'eft qu'à la premiere féance de la
No. 12, 20 Mars 1784. f.
( 122 )
1
Chambre qu'on faura pofitivement ce qui
s'eft paflé hier ; en attendant les bruits de
diffolution fe foutiennent , & il eft à préfumer
qu'elle ne tient plus qu'au bill de l'ar--
mée. La fermentation eft toujours très - vive ,
& on ignore quand elle finira .
Ce fut le 28 du mois dernier que fe fit la
cérémonie de la réception de M. Pitt à la bourgeoifie
de la Cité ; cette fête , comme toutes celles
de cette efpece , confifta dans un grand repas
que lui donna le corps des Epiciers ; on en
évalue les frais à plus de 1000 livres fterling ,
ce qui eft fans doute bien cher , mais cette
Communauté a l'honneur de compter le Miniftre
au nombre de fes membres. La populace ,
qui s'étoit attelée à fa voiture , pour le conduire
dans la Cité , s'empraffa de le reconduire
de la même maniere. Il falloit s'attendre à
quelques tumultes , & il y en a eu. On a voulu
faire illuminer les mailons , & on a brifé les
vitres de toutes celles qui ne l'étoient pas ; le
Palais du Prince de Galles lui-même ne fut
pas plus refpecté . Le tumulte fut porté au comble
quand le cortege paffa dans 3. James Street.
Il y a dans cette rue un club compofé de plufieurs
membres de l'oppofition . Le Colonel North
qui s'y trouvoit s'avança avec plufieurs autres
fur un balcon , & porta ce toaft Fox à jamais.
en déclarant qu'il n'illumineroit pas , ce qui
fut fuivi d'une grêle de pierres . La Maiſon de
M. Fox ne fut pas mieux traitée il fe trouva
deux partis crians , les uns Pit& la conftitution
les autres Fox & un Gouvernement populaire . On
en vint aux coups , le parti Fox l'emporta
& força l'autre à la fuite ; la garde arriva dix
minutes après tout étoit tranquille. Les parti123
)
fans de M. Pitt eurent tort de vouloir forcer
d'illuminer ; ceux de M. Fox en eurent un égal
d'oppofer de la réfiftance . On peut regarder cela
comme un jeu d'enfans ; mais ces fortes de jeux
peuvent avoir des fuites , & la prudence devoit
empêcher de s'y prêter .
Ce qui s'eft paffé dans cette circonftance
a empêché M. Pitt d'accepter les autres repas
qui lui ont été offerts il s'en eft excufé
en alléguant les affaires dont il eft furchargé ,
& fa véritable raifon eft la crainte d'une
nouvelle émeute.
Le Chirurgien général de l'ifle de Gorée &
deux autres Officiers , arrivés il y a peu de jours
avec le Régiment d'Afrique , à bord du tranfport
le Willington , ont été mandês par le Confeil
privé , qui les a interrogés fur la conduite du
Capitaine Wall , qui commandoit dans cette ile ;
il a paru , par un grand nombre de témoignages
réunis , qu'un fergent , un caporal & un foldat
font morts en juillet 1782 , des fuites d'un châtiment
qu'il leur avoit fait , infliger . Un des
meffagers du Roi eut ordre de l'arrêter ; il a
trouvé le moyen de fe fauver ; & S. M. , par
une proclamation , vient de donner ordre qu'il
foit faifi par-tout où on le rencontrera , & livré
à la juftice.
Le 13 de ce mois il "
y eut un duel près
de Chelſea entre un Capitaine de vaiffeau &
Capitaine du Corps royal d'Afrique ; on en
raconte ainfi la caufe & les détails. Ils fe trouverent
dans une auberge où le Marin 's'amuloit
des grimaces d'un Juif pantomine , qui contrefait
affez bien les perfonnages qu'il connoît ,
& à qui le Capitaine avoit demandé la caricature
de M. Fox . Cet amufement n'en fut pas
£ 2
( 124 )
un pour les perfonnes préfentes , l'hôteffe fe
pria de le coffer & de renvoyer le Juif ; elle
lui dit même qu'elle avoit un malade , que ce
bruit incommodoit ; le marin peu complaifant
l'envoya promener , ainfi que fon malade , &
ceux qui ne goutoient pas fon divertiffement
On ne répondit rien à cette groffiereté. L'Offi- ·
cier de terre attendoit fon diner ; voyant que
le marin s'étoit emparé de la table à laquelle
il comptoit s'affeoir , & fur laquelle il avoit
déja placé fa cane & fon chapeau , il les porta
fur une autre ; le marin voulut la lui difputer ;
enfin l'Officier , avec toute fa modération , ne
put prévenir une difpute ; la conduite du Marin
fut fi vive , que les perfonnes préfentes fu.
rent obligés de le contenir. L'Officier lui écrivit
le lendemain , pour lui demander une excule
ou fatisfaction ; ce fut cette derniere qu'on
lui donna , & il tua le brutal. Il a pour lui le
témoignage de tout le monde , & en attendant
que fon affaire s'arrange , il a paffé fur le Continent
. Cette circonftance retardera le procès
du Capitaine Mackenfie qui a tué un Sergent
en Afrique , & cù fon témoignage eft néceffaire.
Le Marin avoit 25 ans , il a fervi avec
diftinction dans l'Inde , où fes manieres groffieres
lui ont occafionné de fréquentes affaires
qui ne l'avoient pas corrigé , parce qu'il s'en
étoit toujours mieux tiré que' de la derniere .
FRANCE.
- DE VERSAILLES , le 16 Mars.
M. de Cheyflac , Grand- Maître des Eaux
& Forêts , au département de Languedoc ,
( 125 )
nommé par S. M. à la place de Grand - Maîtré
des Eaux & Forêts du département de
Paris , vacante par la mort de M. du Vaucel
, a eu l'honneur d'être préfenté au Roi le
7 de ce mois , par M. le Contrôleut - Général
des Finances , & de faire fes remercîmens
à S. M.
DE PARIS , le 16 Mars .
Dans les détails qu'on a donnés des défaftres
efluyés à la Rochelle , par l'ouragán du
17. Janvier dernier, il paroît qu'il y a eu de
f'exagération c'eft toujours l'effet des premieres
relations , écrites dans un moment ,
où l'ame encore effrayée , eft difpofée à groffir
les objets , on peut en juger par la lettre
fuivante que nous avons reçue.
Il eft fingulier , MMoonnffiieeuurr , l'acharnement
que l'on a eu à tout détruire & tout bouleverfer
à la Rochelle le 17 Janvier dernier ; le coup
de vent a été fans doute très - violent , mais fans
tonnerre ni tremblement de terre on a compté
60 cheminées de renversées dans la direction du
vent , le toit de la Collégiale endommagé ainfi
que celui de l'Hôpital militaire , mais fans un
mur de renverfé ; il y a eu une trentaine de bâtimens
jetés à la côte , mais dont 25 fe font relevés
le lendemain , & ont continué leur route ;
les 5 perdus font des barques de cabotage , dont
la perte , leur cargaifon ayant été fauvée , ne
peut pas être évaluée à plus de 30 à 35000 liv,
Il eft vrai qu'il s'eft noyé 25 perfonnes , dont.
7 de la patache , qui eft tout ce qu'elle contenoit
, trois marins , deux paffagers & deux filles,
f }
( 126 )
mais qui n'étoient point embraffées par leur pere
qui n'y étoit pas . D'ailleurs l'on n'a point vu de
bois à la mer , & l'on n'a point appris de naufrage
le long des côtes ; fans la perte des homjamais
ouragant n'a fait moins de dégât.
J'ai l'honneur d'être , &c.
mes ,
La Seine , après avoir été jufqu'à la hauteur
de 23 pieds , qui eft prefque celle de
la grande crue de 1740 , a diminué confidérablement
& s'abaiffe tous les jours ; leprovifions
arrivent de toutes parts , & l'augmentation
ci - devant ordonnée fur le prix du
bois à brûler , a été fupprimée.
Toutes les rivieres des provinces voifines
ont auffi débordé , & les inondations ont
caufé de grands ravages au Mans , à Tours ,
à Compiegne , &c.
9.
Il n'y eût peut- être jamais d'exemple , écriton
de Sainte -Menehould en date du 28 Février ,
du ravage effrayant que vient d'occafionner ici
la fonte des neiges . Depuis minuit jufqu'à deux
heures du matin de cette nuit , la crue des eaux
a été telle que les arches du pont principal de
la ville ne fourniffoient plus à l'écoulement ,
ce qui eccafionnait un frémiffement fourd qui
portoit l'épouvante par- tout où il étoit entendu ;
les maifons voifines de la riviere ont été innondées ,
& ceux qui les habitent n'ont trouvé d'azile que
dans leurs greniers ou une mort certaine les attendoit
, fi des hommes courageux ness'étoient
expofés pour aller les recueillir , les uns après.
les autres ; un petit cabinet de plaifance a été
enlevé & rafé par les eaux du moment ou cinq.
amis qui y avoient foupé, venoient de le quiiter ;
le fauxbourg des Prés n'a bientôt plus offert
(' 127.
-
qu'une furface d'eau , le meunier dans fon gre .
nier avec fa famille tiroient les larmes des yeux
par les cris que le péril leur arrachoit ; trente
hommes à cheval fe préfentoient bien jufqu'au
pont du moulin pour les fecourir ; mais les
glaces & le ravage des eaux l'avoient retourné ,
& ce bouleversement n'annonçoit qu'une mort
inévitable à ceux qui hafarderoient de le paffer ;
cependant l'amour a vaincu ces obftacles , un
jeune homme qui recherche une des filles du
meunier a franchi le pont ; d'abord il enleve fa
maitreffe , & bientôt il revient à l'eau jufqu'aux
épaules fur un cheval haut & fort emporter fon
beau- pere futur & toute fa famille. - Ce qui
fe paifoit à l'autre bout de la ville du côté de
Metz n'étoit pas moins affligeant , fix cents '
perfonnes toutes une lanterne à la main , s'étoient
portés , dans l'horreur de la nuit , auprès
du pont qui fépare la ville du fauxbourg pour
favoir ce que deviendroit une armée de glaçons
accumulés devant ce pont , lorfque tout à coup
le pont s'eft ouvert par le milieu avec un fracas
horrible , ceux qui avoient eu l'imprudence de
s'avancer jufqu'à l'endroit de ce goufre ont été
tués ou éventrés par les glaces & par la chûte
du pont ; on ne fait pas encore aujourd'hui le
nombre des malheureufes victimes de cet événement.
M. V. & fon domestique avoient été
jettés fur une pointe de terrein qui divife les
eaux en deux bras ; vainement on leur avoit
tenda des cordes pour les ramener à bord ; une
barque dirigée par des cables , alloit les prendre
tous deux , lorfqu'une poutre & une glace de
20 pieds en quarré font venus les renverfer dans
l'eau. Trois de nos fauxbourgs font encore
à l'emprunt d'un afile & de leur nourriture ;
on s'attend à voir enlever à chaque inftant les
*
Copy
f 4
( 128 )
maifons qui avoifinent la riviere , toutes minées
par les eaux qui les entourent ; nous n'avons
plus de communication avec perfonne , & Sainte-
Menehould reffemble à un défert où les grains ,
la farine , la viande , & le pain manquent.
On mande de Provins qu'il y a eu trois
ponts rompus , des murailles renversées ,
l'Hôtel - de - ville ébranlé , quantité de marchandifes
& de meubles gâtés ; on évalue la
perte à 20,000 liv. , fomme trop confidérable
pour une ville qui a perdu l'année derniere
un dixieme de fes habitans par une
mortalité fans exemple ; les propriétaires du
canal royal ont éprouvé par cette inondation
, une perte de plus de 40,000 liv.
Tous ces malheurs , & bien d'autres qu'on
pourroit y joindre , ne font cependant pas
confidérables , en comparaifon de ceux
qu'on a fouffert , & .qu'on fouffre encore en
Allemagne , où nous apprenons que la fonte
des neiges & des glaces caufe les inondations
les plus défaftreufes ; on peut en juger
par ce que l'on nous apprend de la frontiere.
» Nous avons été menacés , vendredi dernier
écrit- on de Sarrelouis , en date du 3 de ce mois ,
du défaftre le plus affreux. Une infinité de glaçons
accumulés les uns fur les autres dont toute
la plaine étoit couverte , fe font arrêtés au pont
de la Sarre , y ont fait une barriere & nous ont
donné 3 pieds d'eau dans toute la ville. Heureufement
les glaces ont pris tout à coup une autre.
direction ; elles ont emporté 3 ponts , 2 de Rodem
, & un de l'autre village attenant cette ville .
( 129 )
Toute communication eft interrompue avec ces
villages par les glaces qui font entaffées les unes
fur les autres fur les deux routes , ainfi que dans
toute la plaine qui nous avoifine . C'eft un fpertacle
affreux à voir ; on ne peut mieux comparer
l'afpe&t qu'offre cette plaine qu'à la Calabre .
On a compté jufqu'à oɛze enfants noyés & un
homme. Le village de Relin a fait une groffe
perte ; mais on n'en fait point encore les détails .
On apprend de Saarbruck , que le 28 du
mois dernier , le beau pont de cette ville a été em
porté vers les 4 heures du matin , & on dit que le
courier qui eft parti pour Deux- Ponts, n'a pû aller
qu'à Rohrback; & que Deux Ponts étoit dans l'eau.
On devoit s'attendre aux inondations &
aux défaftres qui en ont été la fuite , après
un hiver , tel que celui que nous avons
éprouvé. A la rigueur du froid s'eft joint
dans plufieurs provinces un autre fléau : les
loups fortis des forêts pour fe répandre dans
les campagnes , où la terre couverte de neige
, ne leur offroit rien pour fe nourrir , ont
pénétré jufques dans les villages , où ils ont
attaqué les hommes. On apprend que les
Officiers des chaffes de Monfeigneur Comte
d'Artois , ainfi que divers gentilhommes qui
fe font réunis fur les limites de l'Angoumois
& du Poitou , en ont tué plus de 60 .
Au milieu des récits des défaftres que caufent
les inondations , nous faifirons ce fait
qu'on mande de Compiegne , & qui intéreſfera
les ames fenfibles.
Сс
ر ج
On a vit flotter fur la riviere d'Oife , à peu
de diftance de cette ville , un berceau , jouet
( 135 )
$
a
des vents & des flots ; j'ignore fi ce berceau a
été jetté fur la riviere , ou fi quelque marinier
charitable a été le chercher. On y a trouvé un
enfant tenant dans fa main un morceau de pain ,
& qui , affez heureux pour ignorer fon danger ,
fourioit à ceux qui venoient le regarder on
ignore à qui il appartient. L'Abbeffe de Royal-
Lieu s'eft chargée de veiller à fa confervation
& de le faire élever. Je ne puis diffimuler que je
prends le plus vif intéret à cette petite créature ,
qui éprouve à fon entrée dans le monde un événement
auffi extraordinaire ; je fens qu'on n'en
peut rien conclure pour fa vie future , mais je
me plais à croire qu'il n'a pas été ainfi confervé
pour végéter enfuite comme la plupart des
hommes ; & je voudrois être à portée de le
fuivre , pour m'aflurer de fa'deftinée ».
Le 8 de ce mois , M. le Baron de Breteuil , accompagné
de M. Le Noir , Lieutenant- Général de
Police , & du Bureau de l'Adminiſtration , fe rendit
aux Thuileries pour la diftribution annuelle des
grands prix de l'école gratuite de deffin . M. Bachelier
, Directeur , ouvrit la Séance par un Difcours.
Les grands prix furent adjugés aux Srs . Trucherom ,
Fontaine , Villard , Moufle l'aîné , & Menage ,
qui furent embrafés par le Miniftre . On donna
aufli 12 Acceffit & 96 Prix.
On lit dans un papier public le trait ſuivant.
Le nommé S. Jean Z... , apprend qu'un de
fes parens , domeftique depuis plufieurs annéeschez
M. *** , a fait un vol trop confidérable pour
n'être pas poursuivi criminellement fur le champ ;
il court chez le maître de fon parent , le fupplie
en pleurant de ne pas dénoncer le coupable à la
juftice , & lui préfente fa bourfe ; comme elle ne
contient pas affez pour fatisfaire au tort qui a été
(/ 131 , -).
fait , il offre defervir avec fidélité autant d'années
qu'il en faudra pour que le vol de fon coufin
foit totalement réparé . Ce trait de défintéreffement,
de générofité & de délicateffe étoit faitpour
attendrir ; il a eu l'effet qu'il devoit avoir ;
le maître volé a refufé l'argent qu'on lui offroit ,
gardé le filence & s'eft intéreffé pour procurer
une place au jeune homme honnête qui annonçoit
de pareils fentimens.
On nous mande du Pleffis - Meriot l'anecdote
fuivante.
Anne Millet , fille forte , agée de 22 ans , ti
rant de l'eau dans un puits de 80 pieds de profondeur,
ayant pofé fa main fur le pivot du tour
en mouvement , gliffe par- deffous , perd ſon équilibre
; elle faifit pour fe retenir la corde du puits
gui lui déchire les mains , & elle tombe au fond.
Au mouvement extraordinaire du tour, & au
bruit , quelques voifins accourent ; en un moment
toute la paroiffe eft affemblée ; on écoute , on
entend les cris de la fille ; on attache à la hâte
un petit bâton à la corde , Anne Millet s'en faifit ,
yappuve les pieds , on la retire ; elle étoit déjà
élevée près du bord du puits ; on lui tendoit les
les mains pour la recevoir , tout à coup le bâton
rond gliffe fous elle , & elle retombe ; au bruit
de fa nouvelle chute , tout le monde eft confterné;
en la croit morte , on s'approche , on regarde ,
on écoute on l'entend appeller fon pere , fes
voifius , on defcend un fceau dans lequel elle remonte.
Elle affure n'avoir perdu la tête que dans
les momens de fes chutes ; elle dit auffi ávoir été
plufieurs fois à fond , & qu'il y a environ 8 pieds
d'eau ; outre les mains écorchées elle n'a eu
qu'une playe au fommet de la tête , qui n'a rien
de dangereux.
"
?
f6
( 132 )
On n'a point encore publié à Dijon le
procès - verbal des expériences de la machine
aéroftatique ; il n'a été préfenté qu'à l'Académie
; la publication ne s'en fera qu'après
les grandes expériences qui n'ont été
fufpendues, que par le retard de l'arrivée des
matieres.
Deux Académiciens de Dijon viennent
d'ouvrir à Paris une foufcription pour la
conftruction d'un vaiffeau aërien , dans lequel
10 ou 12 perfonnes pourront voyager
en s'élevant & s'abaiffant à leur gré , fans
aucune déperdition de gaz , ni de left , & fe
conduire dans une direction plus ou moins
différente de celle du vent.
« Cette machiné , difent-ils , étant deftinée à
des expériences multipliées & à des voyages de
long cours , fera néceffairement fort grande.
Mais nous avons penfé qu'il étoit à propos de là
conftruire telle , afin de pouvoir conitater par
une expérience importante, l'utilité dont une pa
reille invention doit être , d'abord pour le Gouvernement
, en fecond lieu pour le Commerce &·
pour les Sciences : nous nous fommes affurés auffi
par différentes recherches , de procédés économiques
, qui nous permettent de lui donner la
grandeur fuffifante fans augmenter beaucoup les
frais de fa conftruction. La foufcription fera de
24 liv. Il fera délivré à chaque Soufcripteur 4
Billets , avec lefquels 4 perfonnes pourront affifter
au fpectacle du 1er. enlevement du vaiffeau ;
& à une 2de expérience qui en fera faite quelque
emps après , avec les changemens & les modifications
qui auront paru néceffaires. Les perfonnes
qui auront pris le nombre de 3 foufcrip(
133 )
〃
tions , feront en outre invitées aux expériences
préliminaires ; & leurs noms feront placés à la
tête du Journal qui fera imprimé après les ex`
périences & les voyages , & dont il leur fera remis
un exemplaire . Ces foufcriptions feront reçues
par M. Brunot , Agent- de- change , rue des
Bons-Enfans , n° . 36 , lequel ne fera autorifé à
nous en délivrer le montant , que lorfqu'elles excéderont
la fomme de 1000o I , dont nous avons
befoin pour pouvoir exécuter notre Machine ,
qui fera en état de partir dans le courant du
mois de Mai prochain , pourvu toutefois que le
nombre des foufcriptions néceffaires pour former
lad. fomme de focco liv. foit rempli avant
le 31 Mars , époque à laquelle , dans le cas
contraire , MM. les Soufcripteurs feront priés de
faire retirer leur argent «.
M. Vincent de Montpetit préfenta le 3
Mai de l'année derniere au Roi , le profpectus
d'un pont de fer , d'une feule arche ,
depuis 20 toifes jufqu'à 100 rture ,
pour être jetté fur une grande riviere il
vient de publier ce dont nous
Profpeer
extrairons les détails fuivans qui peuvent
donner une idée de cette méchanique & de
fes avantages.
2
Les avantages de ce Pont font fenfibles. 1. Il
ne fera obftacle ni au cours de la riviere , ni à la
navigation ; il le favorifera au contraire , parce
qu'en fupprimant le maffif des piles néceffaires à
un pont de pierre , qui rétréciffent le lit de la
riviere en le divifant , on a la facilité de le refferrer
par les culées , pour en rendre la profondeur
plus égale & le courant de l'eau moins tortueux
, fans former aucun de ces écueils dange(
134 )
reux qui environnent ordinairement les piles des
ponts. 2 °. En ménageant un petit quai le long
des faces des culées , les chevaux attelés à la remonte
des batteaux , pourront paffer fous le
pont , de maniere que le tirage ne fera point interrompu
par une manoeuvre qui caufe ordinairement
beaucoup de rerard & d'embarras , furtout
quand il faut interrompre des files de voitures
qui montent & defcendent , un pont. 3 °. Le
tems des glaces & des innondations ne caufera
aucun dommage , & même dans le cas où un dé.
bordement extraordinaire parviendroit à groffir
la riviere jufqu'au point de toucher aux reins des
grandes arches , ce pont ne rifqueroit rien , en
ce qu'étant tout à jour & n'ayant point de piles ,
il oppoferoit moins de réfiftance à l'impétuofité
de l'eau. 4 °. L'ordonnance de ce pont eft c
eft diftribuée
de façon qu'on peut parcourir fon intérieur
par des galeries de fix pieds de hauteur fur trois
& quatre de largeur ; cette commodité donne la
facilité de vifiter cet édifice dans toutes les par
ties, & d'y faire toutes les réparations néceffaires ;
car il eft compofé de maniere que chaque piece
peut être enlevée , changée & replacée à volonté
fans que l'enfemble en fouffre Ces galeries peuvent
même (ervir de paffage couvert pour les
gens de pied dans les temps de foule & d'embarras.
5 ° . Ce pont , dans fa conftruction , a un agrément
que n'ont pas tous les autres , en ce que
toute fa méchanique fe montant . à vis & à clavertes
, elle peut être fabriquée en différens lieux
éloignés , amenée par partie à fa deftination ,
montée enfuite par ceintres qui feront placés fucceffivement
tout d'une piece , de maniere que les
- culées une fois faites la riviere eft libre ; & les
travaux, après les premiers arcs ou arrêtes pofés
, fe continueront pour ainfi dire en l'air , fans
( 135 )
› ni
aucun appui qui gêne le cours de la riviere , ni
qui interrompe la navigation , en forte que l'Entrepreneur
pourroit s'engager à n'arrêter le paffage
des grands bateaux que pendant quelques
jours. 5. De plus , cet édifice peut être augmenté
& diminué à volonté , dé 20 pieds de largeur
il peut être porté à 30 , 40 & au- delà , fans le
décompofer ni en interrompre la liberté
celle du cours de la riviere . Pour le rétrécir il
n'y a qu'à déviffer les arrêtes extérieures , & rapprocher
les balustrades ; & pour l'élargir il n'y a
qu'a ajouter une ou plufieurs galeries ; de même
s'il étoit néceffaire de le transporter ailleurs , il
feroit très -facile de le démonter par partie ; & en
en forgeant de nouvelles , il pourroit être alongé
par la continuation de fon arc fans en être endommagé.
7. A tous ces avantages , ce pent
réunit encore celui de coûter moins qu'un autre.
Sur les proportions du deffin donné pour 400
pieds de longueur fur 40 de largeur , le fquelette
de l'enfemble , avec tous les ornemens & accelfoires
en fer , peut pefer environ 17 à 1800
milliers au plus fort ; on fait ce que peut coûtter
le cent pefant de gros fer forgé rendu fur les
lieux , & tel prix qu'on y mette felon la propertion
de fon poids & de fa façon , la fomme
qui en réfultera fera toujours bien inférieure à
celle que coûteroit un pont de pierre qui auroit
les mêmes dimenfions. • Malgré tous ces
avantages , & quelques avantages , & quelque
féduifante que foit l'idée d'un pont d'une feule
arche , jeté avec autant de hardieffe que de majefté
, fur une grande riviere , & malgré tout
Je merveilleux d'un tel édifice , qui contribueroit
à la gloire d'un Etat , & à la magnificence
d'une ville ; il eft des circonstances où la dépenfe
, quoique de beaucoup inférieure à celle d'un
( 136 )
pont de pierre , pourroit être encore trop forte
"relativement aux fonds destinés à cet ufage ;
car pour accomplir l'enſemble de cette conftruction
, felon le deffin donné , il faut qu'il foit açcompagné
des acceffoires & ornements qui contribuent
à la commodité & à fa beauté ; l'apperçu
de cette dépenfe pourroit être un obftacle à l'exécution
d'un pareil projet. Il eft des cas cependant
où un pont eft abfolument néceffaire ,
& où , faute de moyens , on eft réduit à une
fimple conftruction en bais , dont les inconvénients
font encore plus conféquents que ceux d'un
pont de pierre , puifqu'il faut également divifer
la riviere par des palées qui forment autant d'écueils
, & qui étant continuellement exposées à
l'action de l'air & de l'eau , ne peuvent être de
longue durée ni réparées qu'à grands frais . Pour
lever ces difficultés , ne faire qu'une dépenfe
proportionnée aux moyens , & néanmoins fe préparer
la jouiffance du pont de fer dont eft queftion
, il n'y a qu'à conftruire fimplement partie
du fquelette méchanique qui conftitue la force
& la folidité de cet édifice , enfuite faire les
acceffoires en bois , en attendant qu'on foit en
état de les changer en fer ; par ce moyen on
pourra , par fucceffion de temps , achever l'entiere
construction de ce pont , en employant pour
cer objet la dépenfe qu'exigeroient les grandes
réparations d'un pont de bois. Il n'y a donc ,
pour cet effet , qu'à entreprendre feulement un..
nombre d'arrêtes ou arcs fommiers avec leurs
galeries , le tout en fer , felon les proportions
données , fur lefquelles on établira des madriers
avec des balustrades de bois , ou gardes fous en
barres de fer , & c. de cette maniere la dépenfe
ne fera pas la moitié de celle que couteroit l'entier
étabiiffement de cet édifice métallique , peut(
137 ):
être même même feroit-elle inférieure à la dépenfe
totale qu'exigeroit celui en bois.
L'artifte auquel on doit l'eftampe de
P'Antropophage , que nous annonçâmes il y
a quelques mois , vient d'en publier une
nouvelle , d'après un tableau de M. Frágonard
: elle a pour titre , le Temps orageux ;
elle eft de l'effet le plus pittorefque ; on connoît
les talens du Peintre & ceux du Graveur.
Cette belle eftampe eft dédiée à M. le
Comte de Choi feul - Gouffier , Ambaſſadeur
du Roi près la Porte Ottomane ( 1 ). -
La Dame Joffe , Marchande de Rouge de la
Cour , eft parvenue à rendre le rouge végétal
& le blanc , qu'elle compofe , aufli beau &
auffi agréable à l'oeil que les couleurs naturelles
, au moyen d'un corps gras , légerement
aromatife ; ce rouge , quoique plus fin , n'eft
fujet à tomber comme les autres , & a
pas
de plus
l'avantage conftaté par l'Approbation de nourrir & conferver la
peau , ainfi qu'il eft
,
en
de la Société royale de Médecine . La dame
Joffe demeure à Paris , rue Coquilliere
face de la porte du Roulage de France , à côté
Pune marchande de nodes. Elle envoie en
Province , & les lettres , qu'on lui écrir , doivent
être affranchies .
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France, font : 36 , 39, 47,
35, & 3.
DE BRUXELLES , le 16 Mars,
On a publié ici la déclaration Impériale
fuivante , en date du 9 du mois dernier.
(1 ) Son prix eft de 6 liv. Elle fe trouve chez M. Maté
thieu , rue des Francs - bourgeois , porte S. Michel ; vis - àvis
la rue de Vaugirard , maifon du caffé de la nouvelle
Comédie.
( 138 )
que
S. M. informée qu'il exifte dans plufieurs end
droits des difpofitions qui reftreignent & forcent
le nombre d'ouvriers que les maîtres reçus dans
quelques corps de métiers peuvent employer , &
voulant faire ceffer une entrave auffi préjudicia
ble à l'induftrie contraire à la liberté civile
a de l'avis de fon Confeil privé , révoqué &
aboli toutes ordonnances , réglemens , ftatuts &
difpofitions quelconques de cette nature ; déclare
en conféquence S. M. qu'il eft & fera toujours
libre à tous maîtres reçus dans quelque métier
Ou corps d'artifans , de prendre & employer tel
nombre d'ouvriers qu'ils voudront , &c.
Le dégel s'eft annoncé prefque par-tout
d'une maniere terrible. Malines , Louvain ,'
Maftricht & Liege ont le plus fouffert de la
débacle. On évalue le tort fait à Louvain à
une fomme confidérable , que quelques calculs
portent à plus d'un million.
« Le parti zélé pour la réforme des abus que le
malheur des temps avoit introduit dans la Répu
blique , écrit on d'Amfterdam , gagne tous les
jours du terrein. La démarche faite par les Etats
de Hollande & de Weftfrile au fujci de la négligence
à maintenir les places frontieres , vient de
recevoir une approbation formelle. La Confeil
d'Etat lui -même , après s'être plaint de cette démarche
, eft revenu fur fes pas ; il vient de prendre
une réfolution où il rétracte en partie lalettre
qu'il avoit écrite faux Etats- Généraux pour lui
porter des plaintes à ce fujet ; il autorite même
par cette réfolution les Généraux du Moulin &
Martfeld à donner à L. N. & G. P. toutes les ouvertures
qu'elles pourroient demander dans l'exa→
men de l'état des frontieres , à la charge par eux
de lui faire parvenir chaque fois un rapport des
demandes & des réponses.
( 139 )
1
Le différend furvenu entre notre République
& celle de Venife , ajoutent les lettres , paroît
prendre une tournure favorable à un accommodement.
L'Ambaffadeur Vénitien à Vienne a ,
dit-on , fait des ouvertures à celui de Hollande ,
& les Etats - Généraux viennent d'autoriſer ce dernier
à entrer en négociation ; ils ont même fufpendu
l'effet de la réfelution du 9 janvier , fe réfervant
une décision définitive àcet égard , lorf
qu'ils feront plus amplement informés .
*
Meffieurs du Chapitre de l'Eglife Cathé
drale de S. Omer ont un des douze bénéfices
de leur Eglife actuellement vacant ; ils
le conféreront les premiers jours du mois de
Mai prochain. Les qualités requifes pour
l'obtenir , font d'être actuellement prêtre ,
encore jeune ou de moyen âge , d'avoir une
forte voix , baffe contre , ou au moins baffetaille
, de fçavoir parfaitement la mufique
ou le plain chant. Ceux qui afpireront à ce
bénéfice , auront foin , ea fe rendant à Saint-
Omer , de fe munir de témoignages non
équivoques de leur bonne conduite & de
leur exactitude à remplir leurs devoirs.
PRECIS DES GAZETTES ANGL.
Une lettre particuliere de la Jamaïque porte
que l'affemblée de cette Ifle a voté une fomme
de 1000 liv. fterl. pour faire les fraix de la ftatue
de l'Amiral Rodney ; elle fera en marbre , &
placée devant l'hôtel-de - ville , à Spanishown.
Elle a voté en même- temps 200 liv. fterl. pour
une épée deflinée au Capitaine Direm.
On publie , & on croit affez généralement ,
que fi la Chambre refufoit de paffer le bill de
( 140 )
l'armée , S. M. , en conféquence de fa préragative
pourroit garder l'armée affemblée en
évoquant la loi martiale ; mais c'eft une des erreurs
vulgaires du temps . La loi martiale n'eft fondée
für aucun principe établi par la conftitution ;
elle eft entiérement militaire dans fes décifions ,
ou comme un grand Jurifconfulte l'a définie
elle eft la fufpenfion de toute loi ; le préambule
du bill de l'armée déclare que les armées fur
pied font inconftitutionnelles.
Dans le temps que M. Fox s'oppofoit au Lord
North , il l'appelloit le Miniftre fommeillant.
M. Burke faififfant cette expreffion, un jour qu'il
apperçut le Lord endormi fur le banc de la Tréforerie
, au moment où la Chambre l'appelloit ,
il dit gravement : Mon frere Lazare n'eft point
mort , il eft feulement endormi . Cette plaifanterie
eut l'effet qu'on en devoit attendre ; toute la
Chambre éclata de rire. Si ce fommeil eût été
éternel , nous n'aurions pas perdu l'Amérique ,
ni la Nation fa fplendeur.
Deux jours après la fête donnée par les Epiclers
à M. Pict , & le tumulte qui en a été la
fuite , le Comte D. rencontra le Lord S. dans la
rue ; après le falut & les complimens ordinaires
le Comte demanda au Lord comment il avoit pû
refter tranquile dans fon caroffe en voyant les
fenêtres du Prince de G. rompues par une populace
effrenée. Que dites - vous- là , repliqua celuici
; il n'eft rien arrivé de semblable : cependant ,
lui dit le Comte , je le tiens de quelqu'un qui
eft infiniment refpectable , & ce qu'il y a de
plus , qui doit être mieux informé qu'un autre
du fait. Quel qu'il foit , répondit le Lord ,
je puis vous affurer qu'il ne fait ce qu'il dit ;
comment peut - on faire d'auffi fots contes que
celui - la ; en vérité , je voudrois en être inftruit
pour lui repeter à lui -même qu'il en a menti :
en ce cas , vous pouvez faire ce compliment , fi
( 141 )
vous le voulez abfolument , au Prince lui - même,
car c'est lui qui n'a fait ce conte- la .
• Les vols & les excès de toute efpece qu'une
police bien ordonnée , peut feule prevenir dans
une grande ville , fe multiplient ici à un point
qui fait défirer que l'on parvienne à perfectionner
cette partie dell'adminiftration Le dix - neuf
du mois dernier une troupes de brigands répandus
fur les principales avenues du Pantheon
, où l'on donnoit un bal , difpofés de
maniere à fe prêter des fecours mutuels , &
trop bien armés pour craindre les connétables
& les gardes de nuit , arrêterent à leur retour
toutes les perfonnes qui fe retiroient chez elles.
Il n'y a prefque point de voitures ni de chaifes à
porteurs qui leurs échapperent. Le 21 , la même
bande renouvella fes déprédations à la fortie de
l'opéra , & malgré la précaution que l'on prit de
faire marcher un détachement des gardes pour
appuyer les officiers de la police , on ne put en
arrêter que deux ; les autres échapperent aux
embuches avec leur butin .
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
·PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre les Confreres Pelerins , fe difant propriétaires
, Patrons & Fondateurs de l'Eglife &
Hôpital Saint - Jacques de Paris . Le fieur
Denoux , Curé de la Magdeleine en la Cité , fe
difant nommé à la Trésorerie de ladite Eglife .
Et les fieurs Huvet & Merbait , fe prétendant
nommés à deux places de Chapelains de la même
Eglife . Les Directeurs & Adminiftrateurs de
l'Hôpital général & des Enfans - Trouvés de Paris.
M. l'Archevêque de Paris & M. le Procureur
Général.
OPPOSITION à l'enregistrement des Lertres-
patentes , portant fuppreffion de
l'Hôpital Saint- Jacques de Paris.
( 142 )
La manie des pelerinages du 13e fiecle donna
lieu , au commencement du 14e , à la fondation
d'un Hôpital dans cette Capitale , deftiné à recevoir
des pelerins de Saint Jacques , lorsqu'ils
feroient infirmes & malades ; l'emplacement fut
choifi rue S. Denis , le terrein acheté , & les bâtimens
néceffaires conftruits , avec une Eglife ,
connue fous le nom de S, Jacques de l'Hôpital .
Il paroît que cet établiffement fut autorité par
le concours des deux Puiffances , pour adminiſtrer
aux pelerins les fecours fpirituels : on fonda
quatre places de Chapelains fujets à réfidence,
furveillés par un Chef , ayant le titre de Tréforier
, qui , à la garde de tout ce qui étoit néceffaire
au Service divin , joignoit les fonctions curiales.
Les Adminiftrateurs de l'Hôpital S. Jacques
préfentoient à ces places , qui recevoient la
collation & l'inftitution , le Tréforier de l'Evêque
de Paris , & les Chapelains du Tréforier.
En 1672 , on reconnut les inconvéniens de
ces voyages , auxquels la pareffe & le libertinage
avoient plus de part que la piété. Des loix fages
les rendirent moins fréquens ; & le nombre des
Confreres Pelerins fe trouva tellement réduit ,
que l'Hôpital devint inutile. Plufieurs Edits le
fupprimerent , & en réunirent les biens à l'Ordre
de S. Lazare : ces Edits furent enfuite révoqués ,
& on ordonna un fequeftre des biens & revenus
de cet Hôpital qu'on fe propofoit de rétablir, &
de ramener aux vues de fa fondation : l'adminif
tration en fut confiée aux Subftituts de M. le
Procureur Général. En 1743 , un furfis fut ordonné
rélativement à la nomination de tous les
Bénéfices alors vacans , & qui viendroient à vaquer.
Enfin en mai 1781 , le Roi , par des
Lettres patentes enrégiftrées au Parlement le 15
du même mois , unit & incorpore les biens &
( 143 )
Jdroits
utiles de cet Hôpital à celui des Enfans-
Trouvés ; ordonnant que les titres , papiers &
reufeignemens de propriété , ainfi que les revenus
échus & fequeftrés depuis 1744 , fuffent remis aux
Adminiftrateurs de l'Hôpital général de Paris &
des Enfans-Trouvés . Quatre particuliers
les nommés Troulle , Rivet , Orry & Minette ,
fe prétendant Adminiftrateurs de la Confrairie
des Pelerins de S. Jacques- de -l'Hôpital , & en
certe qualité propriétaires , Patrons & Fondateurs
de l'Hôpital, ont formé oppofition à l'Arrêt d'enrégiftrement
des Lettres patentes . Ils avoient
nommé le Sieur Denoux , Curé de la Magdeleine
en la Cité , à la place de Tréforier , & les
fieurs Huvet & Merbail à deux places de Chapelain
. M. l'Archevêque ayant refufé au fieur
Denoux des provifions de Tréforier , à cauſe du
furfis ordonné en 1743 , celui- ci ne put également
en donner de Chapelains aux fieurs Huver
& Merbail ; cela donna lieu à des appels comme
d'abus de refus de provifions. Les prétendus
-Pelerins formerent auffi oppofition à l'Arrêt d'enrégiftrement
des Lettres- patentes . Arrêt du
27 Janvier 1784 , qui , fans s'arrêter à l'oppofition
à l'Arrêt d'enrégiftrement des Lettres patentes
de 1781 , ordonne que ledit Arrêt fera exécute
felon fa forme & teneur. En tant que
touche l'appel comme d'abus du refus de provifion
, dit qu'il n'y a abus ; condamne les appellans
en l'amende , & aux dépens .
Parlement de Douay.
Procès entre le fieur A *** Officier de *** , & la
Dame ſon épouſe , adultere.
L'Arrêt rendu dans cette caufe juge une quef
tion importante pour les maris qui ayant le malheur
d'avoir des femmes qui les déshonorent ,
( 144 )
=
veulent éviter les frais & les longueurs d'un procès
en adultere. Les fieur & Dame A ***
étoient convenus par acte paffé devant Notaire ,
de ne plus habiter enfemble. Le mari laiſſoit fa
femme en poffeffion d'une maifon meublée qu'il
avoit occupée jufqu'alors à C ... , & lui abandonnoit
les revenus échus & à écheoir. Deux
années après cette féparation volontaire , le fieur
A *** apprend que fa femme eft plongée dans le
plus affreux defordre ; qu'elle a entiérement
fpolié fa maifon , & qu'elle en a fait un lieu
de débauche. Au lieu de rendre plainte en
adultere , & de conclure à ce que fa femme fût
authentiquée , il préfente aux Juges de C ...une
fimple requête , par laquelle il demande qu'il foit
informé de l'inconduite de la Dame A ***, pour
enfuite être ordonné qu'il lui fera libre de la faire
arrêter & fequeftrer au Couvent de la Providence
de Douay. Information qui conftate tous les
faits -Conclufions du Miniftere public , & Sentence
qui autorife par provifion le fieur A *** à
faire fequeftrer fa femme au Couvent de la Providence
de Douay, ou en tel autre endroit qu'il
jugera mieux convenir ; & avant de ftatuer définitivement
fur la fequeftration , ordonne que l'information
fera continuée . Cette Sentence eft
mife fur le champ à exécution . Appel de la part
de la Dame A ***** Arrêt du 18 Novembre
1783 , rendu en la deuxieme Chambre , qui met
fur l'appel les Parties hors de Cour fans dépens ;
& faifant droit fur la demande en provifion de la
Dame A *** , autorife fon mari à emprunter
fur les biens de ladite Dame une fomme de 400
liv. dont il demeurera dépofitaire , & qu'il remettra
au Procureur d'icelle à fur & à mesure que
les états des frais , vacations & débourſés lui fen
ront préfenrés bien & duement taxés .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 16 Février,
• A Majefté Impériale , à l'occafion de
l'heureux arrangement , conclu le 8 du
mois dernier à Conftantinople , a fait les
promotions , & accordé les graces fuivantes.
Elle a nommé Préfident du Collège de guerre
avec les appointemens & les honneurs d'un Gé
néral en chef, Gouverneur de Catharinoflow ,
de Tauriela Crimée qui reprend fon ancien
nom ) , & Chef des Gardes Chevaliers , le
Prince Potemkin ; le Vice - Chancelier , Comte
d'Offerman , a reçu le cordon de S. André ,
& 60000 roubles ; le Prince de Galitzin , en-
Toyé à Vienne , a été revêtu du caractere d'Am.
baffadeur extraordinaire , avec 20000 roubles
d'appointement . Le Procureur- Général , Prince
Wafemskoy , & le Prince Nicolas -Wafiliewitz-
Repnin , ont reçu l'an une gratification de
100,000 roubles ; l'autre les marques de l'Ordre
de S. André, garnies de brillans ; le Lieutenant-
Général , Prince Potemkin , a été fait Gouverneur
Général du diftrict de Saratow & de la con-
No. 13 , 27 Mars 1784.
4
10
( 146 )
trée voiline du Caucafe . Le Général Besborodko
Confeiller privé & Chevalier de S. Alexandre de
Newski , ainfi que le Prince Bararinski & M.
de Simolin , envoyés de l'Impératrice à Paris ,
& à Londres ; le Miniftre à Conftantinople , M.
de Bulgakoff a été fait Ckevalier , de S. Wolodimir
, de la feconde claffe , & M. de Markoff,
Chevalier de la troiſieme , M. Bakunin a été fait
Confeiller privé & gratifié de quelques terres ;
& le Comte de Soltikoff, & M. Lanskoy , ont
été nommés Aides de Camp Généraux de S.
M. I.
DANNEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 17 Février."
1 .
S. M. en ordonnant une collecte en faveur
des malheureux habitans d'Iflande , a
fait publier la relation fuivante du défaftre
qu'ils ont effuyé.
« Après quelques fecouffes de tremblement de
terre qui augmenterent fucceffivement au point
que les habitans furent obligés de paffer la nuit
fous des tentes , on remarqua enfin les 8 Juin
1783 plufieurs éruptions aux montagnes quibordent
la partie occidentale d'Iflande , nommée
Skaptefells- Syffel , au- deffus des diflricts de Side,
de Landbrod , de Medalland , de Skaptaarund
& d'Aperar, Les éruptions furent fuivies d'un
grand nombre de colonnes de feu & de fumée
qui s'éleverent en plufieurs endroits de ces monagnes
; cette fumée obfcurcit , depuis le mjaf→
qu'au 14 Juin , une étendue de terrain de plus
de 16 milles, Au moment où le feu s'étendit le
coursdu grand fleuve Skaptaa , qui borne la partie
pccidentale , étoit d'une rapidité extraordi
"
( 147 )
>
naire ; mais une lave enflammée l'ayant couvert
peu après , on n'y vit plus d'eau : la lave qui entraînoit
des rochers brûlans d'une groffeur énorme,
ayant rempli plus de cing milles d'étendue dans le
lit du fleuve , alla fe répandre fur les campagnes
les moins élevées & les habitations ; elle s'éten
dit enfuite plus de 2 milles à l'Eft, vers le diftria
de Siden jufqu'à Kirkebay , & delà àt plufieurs
milles du côté du fud- oueft , fur les diftricts de
Medalland. Cette lave étoit environnée d'une
quantité immenfe de pierres fondues & d'autres
matieres qui , en avançant , firent un bruit épous
vantable, 13 Fermes & z Eglifes , qui en furent
Couvertes furent converties en rocs brûlés :
les habitations endommagées font en plus grand
nombre. Les premieres colonnes de feu & de fumée
cauferent dans l'air un froid très vif qui fut
fuivi en plufieurs endroits d'une quantité de
neige extraordinaire ; en d'autres diftricts , il grêla.
fi fort , que face temps eût duré quelques inftans
de plus , tous les beftiaux auroient été écrasés :
d'autres Provinces furent défolées en même
temps par de groffes pluies qui cauferent des
éboulemens & des torrens qui entraînerent des
maſſes énormes jufqu'au milieu des plaines. Cette
cau avoit une odeur de foufre des plus désagréables
; elle étoit en outre falée & d'une acrété
fenfible aux mains & au vifage . Les vents ayant
changé, à melure que les éruptions continuoient,
plufieurs endroits fort éloig és ont été couverts
fucceffivement d'une immenfe quantité de foufre,
-de pierre- ponce & d'autres matieres volcaniques ;
toute l'atmoſphere en étoit obfcurcie , au point
que l'on avoit de la peine à lire en plein jour ;
les perfonnes foibles pouvoient à peine refpirer ,
tant l'odeur du foufre leur étoit infupportable :
Les cendres ont fais des dégats horribles dans les
7
9
g 2
(( 248 ))
campagnes : elles s'y font répandues à demi brû
lantes , accompagnées de pierre ponce & de matieres
enflammées , qui ont détruit tous les végé
taux qui promettoient la récolte la plus abon
dante.
34 POLOGNE
DE VARSOVIE , le 21 Février. ***
Le comte de Stackelberg , ambaffadeur
de Ruffie , a reçu les inftructions de fa cour ,
relativement aux différends entre le Roi de
Pruffe & la ville de Dantzick ; les conféren
ces commencerent aufli- tôr que les députés
de laville feront arrivés ; M. Buccholtz ayant
également reçu les pouvoirs néceffaires de
la cour de Berlin .
Les Turcs répartis le long des frontieres
de l'Empire , commencent à défiler pour regagner
leurs foyers ; ce, qui fait efpérer que
tout ce qui refte à régler entre la Porte & less
autres Puiffances qui ont pris part aux lon
gues divifions qui ont fait craindre fi longtemps
une rupture , fera terminé à l'amiable.
ALLEMAGNE
DE VIENNE , Leles Mars,
Le dégel a occafionné la plupart des mal
heurs que l'on craignoit , & on ne les con
noît pas encore tous.
Le 25 Février , le temps a commencé à fe ra
doucir , ce qui joint aux pluies des 25, 26 & 27
( 149 )
&
a occafionné un dégel fi violent , que la Vienne &
Afterbach déborderent le 26 & le 28 ; il ſe trouva
près de 4 pieds d'eau fur la place de Laxembourg.
Toute la plaine en étant couverte , le pont de
Schwecher fe rompit le 28 à 5 heures du matin ; 'ik
s'éleva un vent d'oueft très - violent , qui continua
toute la journée ; un peu après midi la débacle du
grand Danube eut lieu , & le foir il y eut 7 arches
du grand pont emportées , & S du pont du milieu.
Le 29 , la débacle fe fit un peu avant midi fur le
bras de la riviere qui fépare la ville du fauxbourg
de Leopolftadt ; il charia jufqu'à 5 heures & demie
quantité de glaces ; elles s'arrêterent tout- à-coup
& l'eau déborda de tous côtés ; elle étoit en quel
ques endroits de la chauffée de l'Augarten à 5 pieds
de haut ; & dans la plupart des fauxbourgs on n'alloit
plus qu'en batteaux ; le 29 , les glaces du
Fahnenflangen - Waffer reprirent leur cours , &
2 arches du pont qui en porte le nom furent em
portées. Dans les endroits ou les eaux ont le plus
de rapidité , les glaçons avoient , le 19 , 2 pieds
2 pouces d'épaiffeur; le r de ce mois , ils étoient
réduits à pied 1 pouce ; ceux qui étoient le plus
près du rivage , en avoient depuis 2 & demi jufqu'à
3 & demi , & dans quelques endroits où ils s'étoient
accumulés , ils avoient près d'une toife . Par les
poutres qu'on voit flotter fur le Danube , on juge
qu'il y a eu beaucoup de ponts emportés. Malgré la
quantité étonnante de glaces que les eaux du Da
nube ont charié , nous ne fommes point encore af
furés que la débacle s'eft faite dans la haute Autriche
; & les glaçons de la riviere , depuis Erdberg:
jufqu'au grand Danube font encore comme ils
étoient, il y a 8 jours . La débacle eut lieu le 28 à
Lintz ; 19 arches du pont de cette ville ont été
emportées ; Presbourg elt inondé ; les eaux font à
une hauteur prodigieufe à Fifchament, & dans uni
83.
150 )
village voifin , 40 maiſons ont été renverfées ;
fans qu'il ait été poffible de porter aucun fecours
aux habitans. Prague eft fous l'eau.
On n'eft pas encore raffuré ici , parce que
les glaçons chariés par le Danube , fe font
accumulés vers les ponts qui joignent la
ville aux fauxbourgs ; la bienfaifance du
gouvernement & la charité des particuliers
Le réuniffent pour porter des fecours aux
victimes infortunées de ces défaftres.
1
1
Dans une ville de l'Autriche , où ſelon les derwiers
Réglemens de l'Empereur , on a transféré les
Cimetieres hors des murs , un Prélat , dit- on , ne
croyant pas que fes cendres duffent être confondues
avec les cendres vulgaires , a fait demander
à S. M. I. qu'il lui plût d'indiquer un lieu où feroit
à l'avenir la fepulture des Evêques. On prétend
que l'Empereur a fait cette réponſe : J'efpere que
mes Sujets , ainfi que moi , nous ferons tous enterrés
hors de la ville ; & il eft jufte que le Pafteur
repofe auprès de fon troupeau.
DE HAMBOURG, le 7
Mars...
Les lettres de Conftantinople ne font
mention d'aucun trouble excité par le traité
conclu le 8 Janvier avec la Ruffie ; mais la
mifere du peuple , difent- elles , y eft à fon
comble; de 30,000 maifons réduites en cendres
par les incendies de 1782 , il n'en a été
encore rebâti que 2000 & les emprunts
dans cette ville fe font à 1s pour 100.
to
Il n'eft pas queftion dans ces lettres des
négociations qui doivent naturellement fui- ~
vre celles qui ont été terminées par le traité
151 1
du 8 Janvier. Celles de l'Autriche portent
que la confcription militaire y a toujours
lieu , & que le corps d'artillerie , quoique
complet , a ordre de recruter ; on marque
auffi dans le plat pays les chevaux néceffaires
pour le fervice de l'armée. Cependant
l'Empereur a levé la défenfe faite de laiffer
fortir des grains de fes états , pour les tranf
porter en Turquie.
CC
3
L'Impératrice de Ruffie , lit-on dans une
lettre de Riga , ayant formé le deffein d'introduire
dans fon vafte Empire une adminiftration
uniforme , s'eft auffi propofée de l'exécuter dans
fes Provinces de Livonie & d'Estonie ; mais comme
ces Provinces jouiffoient de loix & de pri
vileges conftitutifs , il a fallu y adapter le plan de
S. M. I. , en conféquence elle a ordonné , pas
un Ukafe du 3 Juillet dernier , qu'il fera établi
un gouvernement général de Riga & de Revel ,
dans lequel on fera la répartition des départemens
& emplois prefcrite par le réglement général ;
mais que les loix , les privileges , l'état de la
nobleffe , le college du confeil provincial , feroient
maintenus comme auparavant ; cependant
ce réglement général fera obfervé dans l'élection
des Maréchaux des Gouvernemens & des Cercles
, & dans l'établiffement de corps de Magiftrats
dans les endroits où il n'y en avoit pas ene
core. Le Magiftrat de Riga & des autres villes
continuera d'exifter comme auparavant ; mais ces
magiftrats feront fubordonnés au Confeil du Gouvernement
général. Les réglemens & les autres
établiffemens eccléfiaftiques fubfifteront invariablement
; les départemens économiques conti
mueront d'avoir lieu jufqu'à un nouvel arrange
ment général. Les ifles referont à chaque Gour
418
4
6 552 )
vernement auquel elles appartiennent les expéditions
du Confeil du Gouvernement général
feront faites en langue Ruffé & Allemande ; les autres
Tribunaux pourront le fervir de la langue
Allemande feule , excepté le bureau du tréfor , &
à Riga ; les apointemens fe paieront en écus éva
Jués a un rouble & 25 copeiks. Cette Ordony
nance ayant applani toutes les difficultés qui pro
venoient de la conftitution primitive de ces Provinces
, il fut pourvu au fond des nouveaux éta ,
bliffemens & des nouvelles villes qui devoient
être bâties. Le Gouvernement de Riga eft reparti
en 9 Cercles , Riga , Wolmars , Wenden
Pernau , Fellin , Dorpt , Kirrumpa-Koikel
& Oefel. Celui de Revel eft des Cercles ,
Revel ou Harre , Battis- Port , Wierlande ou
Wefenberg , Jerwen ou Weiffenftein & Wick
ou Hapfal. Pour les former on a échangé quelques
Paroiffes , & érigé quelques bourgs en
villes. La création du Gouvernement de Riga
s'eft faite le 29 Octobre dernier. L'entretien
du Gouvernement , y compris le commandement -
militaire , eft porté anuellement à la fomme de
372,748 roubles 57 & demi copeiks ; mais cette
fomme eft infuffifante , puifqu'il faut bâtir plu
fieurs édifices publics & même des villes entieres .
Le Gouvernement de Revel n'eft pas encore
établi, L'état de fon entretien annuel , non compris
le commandement militaire , ni l'établiffe
ment des nouvelles villes , forme un total de
107,693 roubles . On a fait dernierement le dés
nombrement des mâles dans ce Gouvernement,
il monte à 99,642 , dont 825 2 hommes libres , &
91,390 ferfs
Il a paru dans les papiers publics une
longue analyſe de la differtation du Baron
de Hertzberg , fur la meilleure forme de
( x530)
gouvernement , lue à la derniere féance pùblique
de l'Académie de Berlin ; cette analyfe
a paru dans une infinité d'autres papiers:
mais on remarque qu'elle ne fe trouve dans
aucun de ceux qui s'impriment dans des
pays dont l'adminiftration eft républicaine ;
on n'en fera pas étonné , fi l'on confidere
que c'eft à la monarchie qu'on donne la préférence.
Peut - être l'apologie des républiques
ne s'imprimeroit - elle pas également
dans d'autres états ; & de part & d'autre on
feroit fondé en raifon ; on fera bien aife de
trouver ici quelques - uns des principaux raifonnemens
de l'homme de lettres , miniftre
d'un grand Roi.
:2
« Il ne feroit pas difficile de prouver par l'hiftoire
, que le gouvernement républicain , furtout
l'ariftocratic , dégénere plus fouvent en defpotifme
que la monarchie , que fes époques font§
ordinairement les plus brillantes quand il fe rapproche
du gouvernement monarchique . Celui- ci
eft fans contredit le plus ancien & le premier qui
a uni les fociétés Les Patriarches , les premiers
chefs de famille étoient leurs Monarques Tous
les anciens Etats de la Greces & de l'Italie qui
font enſuite devenus Républiques , ont commencé
par avoir des Rois , Combien de Rois n'y avoitil
pas au fiege de Troye Ces Rois de la Grece
furent chaffés enfuite pour quelques abus , ou
par l'inquiétude ou l'ambition de quelque particulier.
Solon , Licurgue , & les Décemvirs ,
créerent à Athenes , à Sparte & à Rome , des
formes de gouvernement bifarres , qui après avoir
varié cent fois font pourtant toujours rentrées
enfin dans la Monarchie. Une Monarchie hé-
S
( 154 )
réditaire, tempérée par de bonnes loix fondamen.
tales , qu'on adapte au local du pays & au caractere
de la nation , est , à mon avis , la forme
de gouvernement le plus propre à produire & à
effectuer le bonheur des hommes , des fociétés &-
des nations. Comme le pouvoir réſide dans la vofonté
d'un feul Souverain héréditaire , il a pour
kui la plus forte précomption qu'il n'en fera ufage
que pour le bonheur de fon peuple , parce que
fa gloire , fa puiffance , fa tranquillité , fa confervation
même , font inféparablement attachées
an bonheur de fes fujets. L'expérience la plus
générale , & furtout celle de notre fiecle , juftifie
cette préfomption & la convertit en certitude morale
. D'un autre côté , comme dans un Gouvernement
républicain le pouvoir réside dans un
grand nombre de citoyens , il eft impoffible , par
la nature de l'efprit & du caractere des hommes ,
& il efl conftaté , par une expérience générale ,
que les volontés d'un grand nombre de citoyens
ne fe réuniffent jamais pour le bien public fur
un feul point. S'il y a parmi eux quelques Ariftides
ou quelques Epaminondas,des Timoleon , des
Curius , des Cincinnatus, des Scipions , des Doria,
des Sully , qui ne travaillent qu'à conferver la République,
& qui fe retirent après l'avoir fauvée, il
y aura toujours parmi eux un plus grand nombre
de Pericles , de Thémistocles , d'Appius , de
Gracques , de Sylla , de Céfar & de Cromwell ,
qui afpirent & qui parviendront même au defpotifme
par la fubverfion totale de la République
& l'affujériffement de leurs Concitoyens. L'expérience
de tous les temps fair auffi voir que les Mo-
<narchies fe confervent dans une longue fuite de
fiecles, & preſque toujours dans leur forme monarchiques
quand même elles fouffrent desirévo-
-Lutions intérieures & paffageres dans la fucceffion
( 155 )
ou dans l'étendue. La Chine , l'Indoftan , la Perfe ,
la Turquie , l'Allemagne , la France l'Angleterre
, l'Espagne , la Suede , le Danemark font
toujours des Monarchies depuis qu'on les connoît ,
malgré le grand nombre de leurs révolutions momentanées.
Aucune République ne fauroit fe van,
ter d'une durée auffi longue. Les deux plus gran
des Républiques que le monde ait vues , Rome &
Carthage , n'ont pu foutenir leur gouvernement
républicain pendant peu de fiecles , que pour fuccomber
enfuite à un defpotifme affreux. Les jours
les plus brillans que ces Républiques aient eu ,
font les époques dans lesquelles elles ont eu des
Dictateurs. Hammon , Amilcar , Annibal , Afdrubal
, étoient , comme Généraux & Dictateurs ,
les véritables Monarques de Carthage . Les Camille
, les Fabius , les Flaminius , les Scipion , les
Métellus , les Paul-Emile , les Marius , les Pompée
, les Céfar , les Auguftes ont été fous le nom
de Dictateurs les véritables Monarques de Rome.
Si nous avons encore quelques Républiques modernes
en Europe , elles fe confervent moins par
la bonté intrinfeque de leur Gouvernement , que
par la fituation , la jaloufie de leurs voisins .
Le temps des Républiques paroiffoit entierement
paffé, notre fiecle nous offre ce nouveau phémene
dans la naiffance de la République Américaine
, qui ne doit fon origine qu'aux fautes
du Gouvernement Britannique , & à la jalousie
politique & commerciale des Puiffances voisines.
Il faut attendre du moins un demi- fiecle , pour
voir fi & comment cette nouvelle République
ou ce Corps confédéré confolidera la forme du
Gouvernement; elle ne fait pas du moins jufqu'ici
preuve en faveur de la forme républicaine . Les
deux Monarchies Républicaines de l'Europe , la
Pologne & l'Angleterre , n'en font pas une meil
8.6
( 156 )
leure preuve , malgré tout ce que Montefquieu
& d'autres Panégyriftes nous difent pour la pré.
conifer. I paroit décidé par l'expérience que les
Monarchies étant beaucoup plus propres à attaquer
& à fe défendre que les Républiques
leur existence eft beaucoup plus allurée. Rome,
Carthage & Angleterre ne font point exception
à cette regle ; elles ont prefque toujours attaqué,
non en Républiques , mais en Monarchies , par
des Dictateurs & des Géneraux abfolus. Si la
Monarchie emporte la balance du côté de l'adminiftration
militaire & externe elle peut le
difputer également du côté de l'adminiftration
civile. Un Monarque , même d'un génie mé
diocre , peut donner , plus aifément que la Ré
publique l'activité & la force néceffaires à tou
tes les parties du Gouvernement intérieur; il a
plus de facilité à diriger vers le bien public , la
juftice , la police , les finances , l'agriculture &
le commerce ; il lui eft moins difficile d'écarter
les abus & les cabales ; & il le fera toujours
s'il entend fes intérêts. La tranquillité interne
qui fait le fond du Gouvernement Monarchique
, empêche même par fa nature , tous les
efforts qui caufent fouvent dans les Républiques
des fcenes éclatantes , mais la plupart funeftes
Les différends qui s'étoient élevés entre la
cour de Vienne & l'évêché de Paffau font :
terminés : voici la convention qui a été conclue
, & qui confifte en trois articles . lo
L'Evêque renonce aux droits d'océfains qui
ont été exercés jufqu'à préfent dans diverfes
parties de l'Autriche 2PEvêque de Paffau
s'engage à payer annuellement à la Cour Impériale
une fomme de 50,000 florins : 30. la Cour
Impériale rend à l'Evêché les Seigneuries & les
rentes qu'elle avoit fait fequeftrer. d
( 137 ).
DE FRANCFORT , le 10 Mars
On a parlé dans plufieurs papiers de la
dame Polonaife qui s'eft réfugiée fur les terres
du Roi de Pruffe ; une lettre de Rachniz
contient fur ce fujer les détails fuivans.
*
Hier ( 25 Janvier ) il arriva ici une jeune
Dame dans un traîneau de Payfan , laquelle ,
quoique bien enveloppée dans une fourrure de
zibeline , étoit prefque morte de froid. Elle étoit
accompagnée de deux Allemands , Officiers de fa
maifon de deux laquais polonois & d'une petite
femme turque. Elle a fant en trente- fept heures
un chemin de foixante quinze miles d'Allema
gne . Elle découvrit fon état & fes motifs de fuite
au Capitaine de Huffards , qui commandoit au
corps-de- garde ; il la prit fous fa protection , &
l'accompagna dans fon quartier. Une heure après
l'époux de cette Dame arriva ici accompagné
de deux Officiers ; il avoit laiffe aux frontieres.
trente de fes Uhlans. Il effaya d'abord de gagner
fon épouse par la douceur , & de la perfuader de re
tourner avec lui ; mais lorsqu'elle lui répondit
qu'elle aimeroit mieux mourir que de retourner ,
il changea de ton , & voulut la forcer de l'accompagner.
Mais l'Officier Commandant s'y oppofa
, lui confeilla de ne point commettre de
violences , & fit conduire la Dame , fous bonne
efcorte , à Tilfil , où réfide le Général Com➡
mandant. Son époux l'y fuivit ; il y fit de nou
veaux efforts pour l'engager à retourner avec
lui ; mais elle l'en remercia par écrit , & prit
congé de lui pour jamais. Le Commandant fit
accompagner cette Dame par deux Officiers &
un détachement de Huffards qui l'escorterent à
6
( 158 )
Konigsberg , où elle fut reçue avec les honneurs
dus à fa paiffance ; elle récompenfa les Officiers ,
l'un dune belle montre d'or , & l'autre d'une bague
, & continua enfuite fa route pour Berlin .
On apprend de Warfovie que le Prince
Jérôme de Radzivil , Grand- Chambellan de
Lithuanie , a dépêché deux Couriers , l'un à
Berlin , & l'autre à Ratisbonne ,
De tous côtés on n'entend parler que de
défaftres occafionnés par les débordemens
d'eau.
«Les glaces du Haut-Rhin , écrit- on de Cologne
, fe font détachées fucceffivement , & paſſent
de temps à autre devant cette ville fans y faire
de ravages ; les inquiétudes qu'elles nous cau-
#foient fe diffipent , mais un autre motif entretient
nos allarmes . Trois maiſons du marché au
foin fe font écroulées fubitement le 5 de ce mois
à 8 heures du matin , & ont enseveli fous leurs
ruines plufieurs perfonnes , que l'on retrouve
P'une après l'autre , en fouillant dans les décombres.
Ce funefte événement a répandu ici une
nouvelle confternation ; on eft occupé , fur- tout
dans les quartiers bas de cette ville , à étayer
les anciens bâtimens , & cette précaution paroit
d'autant plus néceffaire , que l'eau dont les caves
font remplies , ne font point écoulées , quoique
le fleuve foit defcendu au-deffous de leur
niveau.
Parmi les détails que l'on reçoit de divers
endroits , nous citerons ceux- ci qui fe lifent
dans une lettre de Manheim , en date du 2
de ce mois.
Depuis 5 à 6 jours , nous fommes bloqués dans
l'enceinte de nos murs , & toute communication
avec le dehors a été fermée pendant près de 24
( 159 )
J
::
"
heares les Couriers nous ont manqué pendant
toute la femaine derniere. -Les dégats que
les eaux ont caufé font effrayants , cependant
bien moins dans la ville que dans la campagne ,
fur les deux rives du Rhin & du Necker ; les fortifications
nous ont garantis. Si le baltion qui
couvre le château n'eut pas réfifté , nous étions
perdus ; le bas de la ville , da côté du Necker ,
a eu de l'eau jufqu'au toît des maiſons beaucoup
de pauvres gens ont perdu le peu d'effets qu'ils
poffédoient , les eaux s'étant portées avec une
viteffe & une violence qu'à peine on a eu le
temps de fonger à fauver la vie. La ville de
Heydelberg a beaucoup fouffert , & le pont fur
le Necker a été emporté , ainfi que so maifons
qui font rafées : Le village de Neckerhaufen eft
abſolument détruit ; il n'y refte que 5 à 6 maifons
; c'étoit un des plus beaux de la contrée.
Les habitans en furent enlevés fur d'énormes
maffes de glace ; plufieurs ont péri ; d'autres
ont fait quelques lieues de chemin de cette maniere
; il eft arrivé ici une femme qui a été pendant
36 heures fur un glaçon , voyant périr autour
d'elle pere , mere , frere & foeurs nos baateliers
l'ont fauvée , en courant les plus grands
dangers : il n'eft guere poffible d'évaluer encore
les pertes occafionnées par cette affreuſe inondation
; mais elles doivent être immenfes , &
combien de familles réduites à la mendicité ! -Sur
la rive gauche du Rhin , toute la contrée de
Franckendal , & d'Oggersheim eft fous l'eau par
le débordement du fameux canal : les eaux ont
tellement bouleverfé la terre dans la partie qu'elles
commencent à abandonner , qu'on ne retrouve
plus les traces de la fituation des champs : la Faifanderie
, le parc , tous les ponts du jardin d'Oggersheim
, font ruinés ; le corps- de- garde qui eft
( 180 )
en face du château a été emporté : un demi- pied
d'eau de plus , elle entroir dans les appartemens.
Sur la rive droite , la chauffée de Schwetzingen
, & la campagne
dans cette partie font couvertes
d'énormes
montagnes
de glaces ; le Necker
s'y eft ouvert des débouchés , & coule par trois
endroits différents : on ne peut encore
favoir
continuera
à couler dans les canaux qu'il s'eft
ouvert , ou s'il rentrera dans fon lit. On n'entend
parler que de morts & de malheurs. Le froid
recommence
, & ' s'il dure , la difette de bois fera !
auffi grande qu'elle l'a été les provifions
qu'il
avoit été poffible d'en amener font épuisées , &
dans ce moment il eft impoffible
d'en tirer des
montagnes
dont les chemins font impraticables
.
L'électeur
touché du rapport que la régence lui
a fait du monopoles
, a affigné à la Chambre
des
Finances une forme de 14000 florins , pour fubvenir
au plus preffé , & remettre le bois au prix
du contrat , fe réſervant
dans fon refcript de reprendre
fes avances fur les admodiateurs
.
Quelques- uns de nos papiers annoncent
que la fanté de l'Electeur que Palatin eft tou
jours chancelante ; & qu'on n'eſt pas fans
inquiétude à Munich.
ོ་
ITALIE
DE ROME, le 14 Février.
Le jour de la fête & la veille de S. The
mas Apôtre , tombant le lundi & le mardigras
, le Pape , pour éviter l'inconvénient de
voir tranfgreffer les préceptes de l'Eglife
dans une ville , qui doit au moins au mon((
161 )
de chrétien l'exemple de l'obéiffance , a remis
l'un & l'autre au famedi & au dimanche
qui précédent ; il eft recommandé aux
eccléfiaftiques féculiers & réguliers , à qui la
décence ne permet pas de prendre part aux
divertiffemens tumultueux du carnaval , de
ne point fe prévaloir de cette remife , & de
célébrer ces deux jours સàે l'époque où ils fe
trouveront fur le calendrier.
On s'eft flatté que le Roi de Suede viena
drait paffer ici le refte du carnaval ; on difoit
même qu'il arriveroit le 22 de ce mois :
mais on dit aujourd'hui qu'il pourra bien
prolonger fon féjour à Naples.
x%
On mande de Fogliano qu'il eft parti il y
a quelques jours une barque avec 4 pêcheurs
, pour tranfporter quelques perfon
nes à Gaete , où on les débarqua heureufement,
mais la barque à fon retour éprouva
une tempête affreufe , & fut fubmergée , les
4 pêcheurs ont péri .
L'ufage de la queſtion n'eſt pas encore aboli
par-tout. Il n'eft pas étonnant que cette pratiqué
barbare fourniffe de tems en tems de nouvelles
armes contre elle - même , en multipliant le nom.
bre des victimes . Dans une ville d'Italie , plufieurs :
garçons cordonniers , après avoir bu , prirent que...
rede entre eux lorsqu'il fut queſtion des payer.
Pendant la mêlée , un des plus violens donna un
coup de couteau à fon camarade , & fe fauva. Il
trouve , en fortant , près de la porte du cabaret
un de ſes confreres qui , plus fage ou plus ivre
que les autres , s'étoit endormi au pied d'un arbre,
Il pole auprès de lui le couteau ſanglant , &
(( 162 )
fe retire . Ce malheureux fut éveillé en furfaut par
les sbirres que la Police avoit mis à la poursuite du
meurtrier. Le couteau témoignoit contre lui.
Arrêté , conduit devant le Juge , appliqué à la
queſtion , il ne put y refifter ; il s'avoua coupa
ble, & fut comme tel condamné au dernier fupplice.
Heureuſement pour lui le véritable affaffin
fe trouya préfent au moment où on alloit l'exé
cuter. Ce fpectacle terrible réveilla fes remords ;
perce la foule , en s'écriant qu'on va punir un
innocent ; il demande à prouver par le témoignage
de les camarades , qu'il efl le feul criminel. On
ne dit pas fi la générofité de cet aveu lui a valu fa
grace .
il
ANGLETERRE
DE LONDRES , le 16 Mars.
Il nous eft arrivé quelques lettres de l'Amérique
feptentrionale , par le bâtiment la
Sophie , parti de New - Yorck au commencement
de Février dernier.
Nous nous flattons , difent - elles , que cette
ville fera bientôt aufi floriffante qu'elle l'a jamais
été ; fes habitans font unis ; le Gouverneur
& le Magiftrat ont déclaré qu'ils ne pourfuivroient
plus les Loyaliftes , s'ils fe foumettent
aux loix du pays , & s'ils reftent tranquilles.
Tous ceux qui craignoient une perfécution font
raflures ; & on efpere qu'il n'y en aura plus qui
s'éloignent de cette ville & de Staten- Ifland. Le
général Washington , en quittant le commandement
, a recommandé au Congrès de pardonner
aux Loyaliſtes , comme le feul moyen de rétablir
Tunion & le bonheur dans le pays.
• Dans quelques états on a eu égard à cette
( 163 )
;
recommandation ; quelques - uns même ne
l'ont pas attendue celui de Virginie les
avoit tous rappellés , en n'exceptant que
ceux qui avoient pris les armes & combattu
contre les Etats- unis.
1
Un réfugié Américain à Carleton , dans la
nouvelle Ecoffe a écrit la lettre fuivante à
fon pere à Londres , en date du s Novem-
S
bre.
>
La ville que nous bâtillons
ici eft deffinée
fur
le plan de Philadelphie
& porte le nom de
notre Commandant
en chef J'y ai bâti une maifon,
& j'en commence
à préfent
unede campagne
.
Nos lots dans la ville confitent
en 40 pieds de
terrein
de front , & 100 de profondeur
. Le mien
eft dans Dukeftreet
. Chaque
famille
a 500 acres de
terre
& aujourd'hui
, je commence
à en faire
défricher
200. Le pays eft très - bon ; les forêts
abondent
en gibier , tels que des lievres , des
perdrix
, & autres de cette efpece . La riviere
eft
très-poiflonneufe
; à l'entrée
du havre , on trouve
d'excellens
coquillages
. Nos hivers
ne font pas
beaucoup
plus froids qu'à New-Yorck ; mais ils
font un peu plus longs. Les rivieres
font ordinairement
glacées
à la fin de Novembre
, & ne fe
rouvrent
pas avant le milieu d'Avril
; mais l'air
eft très- fain . Nous fommes
içi en grand nombre
;
il reste encore
quelques
réfugiés
à Staten - Ifland .
que nous attendons
au printemps
.
Le paquebot la Nancy , venant de Bombay
avec des dépêches pour les directeurs
de la Compagnie , a péri corps & biens fur
les rochers de Scilly ; c'est ainsi que nos papiers
parlent aujourd'hui de ce malheur.
Un Particulier arrêté aux ifles de Scilly pour
( 164 )
fes affaires , fe promenant fur le rivage , apper
çut quelques lettres mouillées en les ou
vrant , il vit qu'elles venoient de l'Inde ; il jugea
que quelque vaiffeau de cette partie du monde
avoit péri dans les environs ; il offrit une récompenfe
à un plongeur qui découvrit le bâtiment
fous l'eau , & avec peine en tira une malle qui contenoit
des lettres. Parmi les paffagers , étoient
Percy Chirurgien de Sir Edouard Hughes,
M. Ashburner , du Confeil de Bombay, M. Bord,
M. Page & fon fils , MiffAnne Fhaufin , te Capitaine
Haldane, fon premier & fon fecond maitre
Miftriff Cargill & un enfant de 20 mois. Tous les
corps étoient nuds , & il paroît qu'ils étoient au
lit quand le vaiffeau a coulé bas Miftriff
Cargill étoit une Actrice célebre , qui avoit été
dans l'Inde porter fes talens ; on dit qu'elle y avoit
eu un fuccès prodigieux ; elle y gagnoit ce qu'elle
vouloit , & on payoit des fommes immenfes pour
la voir ; fon bénéfice au Bengale avoit été de
€2,000 roupies ; elle revenoit dans fa patrie jouir
de fa fortune avec fon enfant ; on l'a trouvé dans
fes bras , LeCapitaine Haldane qui commandoit
la Nancy , a offert un exemple fingulier des rigueurs
de la fortune ; il n'y a peut -être jamais
eu au fervice de laCompagnie des Indes de marins
plus constamment malheureux. Après avoir langui
long- temps dans les emplois fubalternes , il obtint
le commandement d'un vaiffeau ; mais à peine
fut- il en mer , qu'il fut pris par l'armée combinée
de France & d'Espagne , & conduit à Cadix, Revenu
en Angleterre , il obtint , 12 mois après ,
le commandement duFairford, qui fut brûlé à fon
arrivée à Bombay , & fur lequel il perdit fa
fortune. Pour le dédommager en quelque forte ,
le Gouverneur de Bombay lui donna le commandement
du paquebot la Nancy , chargé de dé
165 )
pêches particulieres pour l'Angleterre ; le vaiffeau
a péri fur les roches de Scilly, & il y a trouvé la
fin de la vie la plus défaſtreute .
Le foit du capitaine Haldane eft en effet
bien extraordinaire ; il y avoit fur la Nancy
36 hommes d'équipage, 12 paflagers , &
pour 200,000 liv. fter. de propriétés parti
culieres en bijoux , en efpeces & en effets.
On n'a encore pu déchiffrer aucune des lertres
qui fe trouvoient dans la malle on efpere
que lorfqu'elles feront bien féchées , on,
parviendra à en lire quelques-unes .
Nous fommes arrivés ici le 10 de ce mois , liton
dans une lettre écrite à bord du Monarque le 21
Décembre au Cap de Bonne- Efpérance , mais dans
un état à faire pitié. Notre équipage étoit fi fatigué
, qu'à peine avions- nous 100 hommes capables
de faire la manoeuvre ſur un vaiffeau de 70
canons , & plus grand qu'un vaiffeau conftruit en
Angleterre, de 84. A notre départ de la côte de
Coromandel , les équipages de chaque vailleau de
la Flotte étoient fi réduits par les combats , qu'au
lieu de 740 hommes que chacun devoit avoir , il
n'en avoir pas foo. Ler de ce mois nous effuyames
au fud de Madagaſcar une tempête qui dura 3
jours , dans laquelle l'Exeter , que montoit le
Comodore King, fouffrit beaucoup. Le Sceptre ,
de 64 , perdit tous les mâts ; tous , éprouverent de
grands dommages. Nous étions perdus fi , après
la tempête , le vent ne fût pas devenu favorable.
pour nous rendre ici. Nous avons deja perdu fur
le Monarques hommes attaqués du fcorbut ; plus
de 200 font malades & hors d'état d'agir . Notre
yaiffeau a une grande voie d'eau. Il n'a pas mis
moins de 250 malades à terre ; les autres vaiffeaux
font dans la même fituation. On n'a pas enterré
( 166 )
moins de 70 morts. Nous avons été bien reçus.
Les Hollandais & les Français s'empreffent à nous
procurer tous les fecours dont nous avons befoin
--
Un paquebot, arrive du Bengale ; il nous apprend
que le Catham, yaiffeau de la Compagnie,
qui avoit 108 hommes d'équipage , compris les
Officiers , en partant d'Europe , n'eft arrive qu'avec
24. Le refte eft mort d'une maladie peftilentielle
dont les vaiffeaux en général font attaqués.
No
Nos malheureufes divifions ne paroiffent
pas encore prêtes à finir. La conférence
qu'on a enfin obtenue entre le duc de Portland
& M. Pitt , n'a point eu de fuccès ; cependant
la Coalition femble avoir pris le
parti de la modération ; elle ne s'eft point anch
oppofée au bill de l'armée & aux fubfides ;
quelques perfonnes prétendent qu'elle y a
été forcée par la crainte d'une révolte du
peuple , & par la baiffe de fon influence
dans la chambre des Communes , où elle
n'a eu que la majorité d'une voix len8 dece
mois. Ses partifans préfentent les chofes
fous un autre point de vue.
X01 286 6
Les amis de M. Fox & du Lord North prétendent
que la conduite de ces Chefs de parti leur
fait infiniment d'honneur ; qu'après avoir affuré
les privileges de la Chambre , & pris les mesures
convenables pour empêcher les Miniftres de fubjuguer
la branche de la légiflation la plus chere à
ce peuple, ils n'ont voulu mettre aucun obftacle à
T'expédition des affaires urgentes de l'année ,
retenir les fubfides , ni jetter les fondemens d'une
oppofition factieufe. Les Miniftres ont demandé
qu'on fit l'effai de leurs mefures. M. Fox & le
Lord North y ont confenti. On a reproché à ceux..
ni
( 167 )
ci d'interrompre le cours des affaires , ils ont prouvé
le contraire. Ils fe font contentés de dire aux
Miniftres : » Nous favons que vous ne pouvez pas
faire les affaires de la Nation fans nous , mais
nous vous aiderons ; non - feulement nous ne les
interromprons point , au contraire nous concour
rons à leur expédition ; mais vous ne perdrez ja
mais de vue que vous exiftez malgré la Chambre
des Communes «< ,
Dans d'autres papiers on leur fait un crime
de cette modération ; & c'eft ainſi qu'ils
s'expriment. L. Morebnsk
Quelques perfonnes paroiffent étonnées du
moyen propofé par M. Fox pour affurer la dignité
des Communes. De quoi fert la derniere repréfentation
? Ce moyen eft , dit- on , plus fort qu'une
adreffe , mais plus modéré qu'une remóntrance.
Quel bien a- t-elle produit ? Elle a été gracieuſement
reçue ; c'est - à - dire , que le Lord Hinchinbrok
n'a point été jetté par la fenêtre. Mais at
- elle rendu à l'organe du peuple fes fonctions dans
la légiflature 2 A- t-elle fait effacer des registres
du Parlement l'exemple d'une Adminiftration
dont les Membres gardent leurs places contre le
vou formel des repréfentans de la Nation ? A.
t - elle empêché l'établiffement d'un principe auffi
funefte qu'il eft nouveau ? S'il n'a produit aucun
de ces effets , c'étoit donc une meſure incomplette.
On aura beau dire que M. Fox s'eft avancé
auffi loin qu'il a ppuu le ffaaiirree pour être fuivi de la
Chambre. C'eft une excufe plutôt qu'une juftification
. On ne compofe point avec une bonne
caufe. M. Fox auroitdû propofer un remede auffi
fort que le mal l'exigeoit ; & quand il auroit été
pour le moment dans la minorité , tous les citoyens
fages, & qui réfléchiffent , lui auroient fu gré
ip
( 168 )
de la tentative ; & cet échec même , en redou
blant pour lui leur eftime & leur vénération ,
n'auroit fervi qu'à rendre enfuite fon triomphe
plus glorieux & plus affuré ; car la Nation n'auroit
pas tardé à ouvrir les yeux fur l'abîme dans lequel™
on la précipite , & à rendre juftice à l'importance
& à la néceflité d'une meſure qui pouvoit feule la™
fauver. Il y a des tems où la modération eft nonfeulement
une foibleffe , mais un crime ; & c'e
une morale très- relâchée & très condamnable que
celle qui nous empêche de pourſuivre un projet
que nous croyons jufte , parce que l'on n'eft pas
affuré de fon fuccès. En temporifant ainfi , on
établit un mauvais principe : or un mauvais prir.-
cipe une fois établi , foyez sûr qu'il fe préſentera
de mauvais fujets pour en profiter. Tel eft cepen
dant le préfent funefte que la molleffe de la Chan
bre ou de M. Fox legue à notre poftérité , & quả
de toutes les calamités du regne actuel fera la plus
fâcheufe & la plus déplorable.
Enattendant l'iffue qu'auront ces démêlés ,
& dans lefquels legouvernement montre une
fermeté & une conftance qui finira à la longue
par vaincre l'opiniâtreté de l'oppofition,
nous fuivrons ici les débats parlementaires.
Le 9 la Chambre fe forma en comités(asle
bill de l'armée . Le Général Smith , prit le
premier la parole pour réclamer l'attention de
la Chambre fur l'état de l'Inde , où la juriſdic
tion militaire n'exiftoit plus , où le Commandant
en chef des troupes à Madraff , avoit été ar
rêté par ordre de la Compagnie qui s'étoit ar
rogée un droit qu'elle n'avoit point fur les trou
pes du Roi. M. Pitt trouva que cela n'avoit point
de rapport avec le bill dont on s'occupoit , & renvoya
cette motion aux premieres délibérations
qui
( 169 )
qui auroient lieu for l'Inde. Le Secrétaire de
la guerre propofa alors d'étendre le bill de l'ar
mée du 25 de ce mois au 25 Mars 1785. Là deffus
Sir Matthieu Ridley obferva que la féance de
ce jour pourroit montrer à la nation combien on
avoit injurié la majorité de la Chambre , en l'ac
cafant d'avoir le projet de fufpendre les fubfides
& de refufer de pailer le billde l'armée ; elle verroit
que fi elle avoit combattu jufqu'à préfent , c'étoit
pour la conſtitution ; jufqu'à préfent elle paroiffoit
être abandonnée par les représentans , & les
voir foutenir les, Miniftres qui les trompoient
il étoit fenfible à ce défagrément , qu'il regardoit
comme une espece de dégradation de l'état de
repréfentant ; & il dit qu'il étoit diſpoſé à réfigner
fa place dans une Chambre facrifiée par
Les conftituans à la prérogative de la Couronne
M. Powis répondit à ce tableau de l'état actuel
des chofes qu'il étoit exagéré. Une alliance
entre le peuple & la nation étoit contre nature
, & ne pouvoit exifter long- tems . Il rendit
compte à cette occafion de l'etat des négotia
tions pour l'union . Les Miniftres avoient exigé
trois choſes ; 1 ° . que le Lord North ne feroit
pas partie de l'adminiftration , & ce Lord avoit
déclaré qu'il renonçoit à toutes prétentions ; 2°,
qu'on abandonneroit toutes les parties du bill de
l'Inde fufceptibles d'objection , & M. Fox avoit
confenti à retrancher entr'autres la partie dę
patronage & à laiffer difcuter tout le refte
3. que le Duc de Portland confentiroit à une entrevue
fur des termes d'équité & d'égalité , &
celui - ci en étoit convenu. Il avoit deman
dé à fon tour que le Miniftre réfignât d'abord,
ce qui avoit été refufé ; il avoit renoncé
à cette prétention , en demandant que le meffage
parût être une résignation fans l'être réellement
. 13 , 27 Mars 1784.
N°.
( 170 ).
que le meſſage fût envoyé par le Roi lui même ,
& enfin qu'on expliquât le terme d'égalité , &
les Miniftres à qui l'on accordoit tout ce qu'ils demandoient
, ont tout rejetté. Les débats dans lef
quels M. Pitt & M. Fox parlerent long- temps
étoient peut- être étrangers au bill ; mais le parti
de l'oppofition qui avoit annoncé qu'il étoit indécent
d'ufer du droit de le fufpendre , ainsi que
les fubfides , vouloit fans doute faire valoir fa
modération en n'en faifant pas ufage ; & la durée
du bill qu'on craignoit de voir bornée à un
mois , pour être renouvellée enfuite de mois en
mois , fut étendue , felon l'uſage , à un an , conformément
à la motion du Secrétaire de la guerre.
Le 10 la Chambre reprit le bill dont différentes
clauſes furent relues & approuvées. Sir Adam
Ferguson à cette occafion expliqua ce qu'il avoit
dit quelque temps auparavant , & qui avoit été
mal entendu ; il avoit obſervé qu'un bill d'armée
n'étoit point un moyen entre les mains de Poppofition
de prévenir la diffolution du Parlement :
quoiqu'il ne paffàt point en acte , un vote antérieur
de la Chambre pour autorifer S. M. à lever
un certain nombre d'hommes compoſant l'armée ,
l'autorifoit néceffairement à l'entretenir pendant
le temps qu'elle devoit refter fur pied . Après cela
la Chambre fe forma en comité fur l'état de la
marine, M. Bret dit que la fomme qu'il avoit
à demander feroit plus grande qu'il ne le defireroit
; mais pendant la guerre on avoit arrêté qu'il
feroit conftruit des vaiffeaux ; il y en avoit fur
tous les chantiers ; les contrats étoient paffés ; il
falloit les tenir ; l'ordinaire de la marine monseroit
à $20,000 liv. fterlings , & en y joignant
l'extraordinaire , c'étoit faire une fomme de
1,171,000 livres. Comme on efpéroit économi
fer , il jugea que 1,100,000 fuffiroient , & il fit
( 171 )
la motion pour obtenir cette fomme. M. Huffey
obferva qu'en 1764 , la premiere année de paix
qui fuivit une guerre longue & glorieufe , les eftimations
de la marine furent portées à 1,300,
ooo liv. , dont la chambre ne vota que 300,000 1 .
parce que l'excédent fut rempli par les épargnes
faites fur les gages des matelots. L'année derniere
, ajouta til , on a voté 110,000 matelots ,
on n'en a emploié que 65000. il en refte 45000 ,
dont les gages ont été épargnés , & montent à
pres de 2,300,000 liv. fterl . Il demanda ce qu'étoit
devenue cette fomme : on répondit qu'elle
avoit été sûrement emploiée , on n'en douta pas :
mais comment l'avoit elle été? fir Grey Cooper
recommanda à ſon tour de ne pas multiplier les
conftructions , & de fonger à employer les écono
mies à la réduction de la dette de la marine ; la
feconde année après l'avant-derniere guerre on
fonda 3,500,000 livres fterlings de cette dette , la
nation en a maintenant une de 15 millions . La
chambre finit par voter ces eſtimations.
Le ri on ne s'occupa que du bill relatif au
tranſport des prifonniers qui font actuellement
entaffés dans toutes les prifons du Royaume ; &
comme on trouva qu'il étoit fufceptible de plufieurs
oblervations , il fut décidé qu'il feroit remis
àun Comité.
M. Eden , fur la lecture du rapport des comptes
de la Compagnie des Indes , prononça un long
difcours qui venoit à l'appui des charges alléguées
ci-devant par M. Fox contre leur exactitude
; une des preuves qu'il en apporta , eft qu'au
moment où les Directeurs prétendent que la
Compagnie eft folvable , ils déclarent qu'ils no
peuvent payer ce qui eft dû au Gouvernement ,
puifqu'ils demandent un délai pour cet effet,
Cette fomme due eft de 913,862 livres fter
h2
( 172 )
Jings. Cette difcuffion parut fort ennuyeufe
à la Chambre , la plupart des membres fe retirerent
pendant qu'elle dura ; & lorfqu'il fut queftion
d'aller aux voix fur la motion de nommer
un Comité pour examiner ces comptes , il ne
ſe trouva que 20 membres qui lui donnerent
unanimement leur aveu.
1Le 12 il fut queftion de la repréſentation du
peuple au Parlement ; on examina les plaintesformées
à cet égard , & répétées a diverfes reprifes
par toutes les oppofitions que la Cour
a éprouvées au Parlement. Cette fois le Minif
tere étoit pour propofer un réglement fur ce
fujet , & on a vu M. Powis à la tête de ceux qui
fe font oppofés à cette propofition. M. Fox qui
prit la parole , qu'on attendoit avec impatience,
& qu'on écouta avec beaucoup de curiofité , avoit
une tâche délicate á remplir. Dans ce moment
une oppoſition ouverte pouvoit ajouter à ce qu'il
perd journellement de popularité ; un aveu auroit
paru au moins étrange ; c'eût été convenir
qu'en effet la Chambre des Communes agit contre
le voeu de fes commettans ; il mit beaucoup
d'adreffe dans fon difcours ; il fit voir que la motion
préfentée comme elle étoit pourroit rendre
la Chambre méprifable , & que des Confeillers
fecrets avoient fans doute indiqué cette mefure.
Il paroît que ces raifonnemens ont produit leur
effet ordinaire ; la motion a été rejettée à la plu
ralité de 141 voix contre 93 .
Hier la Chambre a nommé le Comité qui
doit examiner les comptes de la Compagnie des
Indes, Ce Comité eft compofé de 15 membres qui
s'affembleront pendant que la Chambre fera
ajcurnée.
On a parlé de l'affaire du capitaine Wall ,
ci - devant gouverneur de l'ifle de Gorée , de
( 173 )
f'ordre donné pour l'arrêter , & de fa fuite ;
nos papiers rendent ainfi compte de tous ces
détails .
$
Un jour ou deux avant que cet Officier quittat
fon Gouvernement , fur la côte d'Afrique , il
fit condamner cinq foldats à recevoir chacun
1500 coups de verges. Si le Jugement a été
rende fans autorité fuffifante ou non , c'eſt un
point que la loi doit décider ; mais fes fuites ont
été cruelles: Trois de ces malheureux font morts
de leurs bleffures , M. Wall quitta l'Afrique le lendemain
de l'exécution , & revint en Angleterre ,
ignorant la mort de fes victimes . Les Officiers de
la garnifon arrivés depuis , ont porté leurs plaintes
au Confeil ; le Chirurgien qui étoit préfent
à l'exécution , interrogé pourquoi il ne l'avoit pas
interrompue , comme il en avoit le droit , a répondu
qu'il avoit été retenu par la crainte du
même fort . Ces dépofitions ayant été faites fous
ferment devant un Juge , deux perfonnes furent
dépêchées pour arrêter le Capitaine Wall ; il
étoit alors à Bath , dans la maifon d'une Dame où
ils le trouverent , & le conduifirent à Marlbo
rough. La il demanda la permiffion d'envoyer
chercher fa femme , ce qui lui fut accordé ; il
dépêcha un meffager à la Dame dont il venoit de
quitter la maiſon , elle les joignit à Reading. Le
foir le Capitaine repréſenta à fes gardiens l'indécence
qu'il y auroit à eux de coucher dans la
chambre de la Dame , & obtint avec peine qu'ils
-s'établiroient dans la chambre voifine ; ceux - ci
ne firent pas attention qu'il y avoit à celle où ils
laifferent leur prifonnier & la Dame une fenêtre
peu élevée ; le Capitaine en profita pour le fauver,
-La Damé avant de venir avoit ordonné une chaile
de pofte & des chevaux qui étoient à portée ; il
s'en fervit & prit la fuite. Les gardes arrêtereng
འཐ
Ꮒ 3.
( 174 )
la Dame qu'ils amenerent ici ; mais elle y a éné
remife en liberté le lendemain.
On a fu depuis que le Capitaine Wall a paffé
en France ; il a écrit de Calais à un de fes amis
qu'il n'a fui que pour éviter l'ennui d'une longue
détention à Newgate ; mais que lorsqu'il fera
queftion de lui faire fon procès, il reviendra ,
qu'il ne lui fera pas difficile de ſe juſtifier du
meurtre qu'on lui impute ; puifque les perſonnes
qui ont fubi le châtinient y ont été condamnées
par un Confeil de Guerre, On dit qu'en effet
les chofes fe font ainfi paffées, ce qui fauve l'accufation
d'un ordre arbitraire. Mais ce châtiment
fut terrible , puifque chaque homme reçut 800
coups, & non 1500.
Parmi les anecdotes fingulieres que préfente
fouvent cette grande ville, en voici
une qui tient à la facilité avec laquelle les
jeunes couples peuvent former , malgré leurs
parens , des noeuds fouvent mal affortis &
toujours défagréables. Les loix n'y ont
point encore remédié , & les inconvéniens
qui en réfultent , en réclament en vain l'attention
.
Le 5 de ce mois une jeune Demoifelle , fille
d'un de nos Pairs , eft partie dans une chaiſe de
pofte , fous la conduite d'un Lord Ecoffois , pour
Pautre côté de la Tweed , où ils vont s'unir contre
le gré de leurs parens , fur - tout de ceux de
la premiere , par des noeuds qui feront indiffolu
bles. La frequence de ces événemens reclameroit
l'attention de la légiflation qui pourroit fans
doute remédier à un pareil abus. On ne tarda pas
à s'appercevoir de leur fuite ; on vola à leur pourfuite.
Le frere de la Dame , jeune Officier , plein
de feu, joignit la chaife de pofte peu de tempe
( 175 )
après fon départ ; il y trouva le couple marqué
qui le conjura de ne point faire de bruit , & de lui
permettre de revenir comme il étoit pour évitet
le fcandale ; le jeune homme confentit à cette demande
; mais qu'elle fut fa furpriſe quand ayant
ramené les deux fugitifs dans la maifon de fon
pere , & leur avoit ôté leurs mafques , il trouva
qu'il n'avoit ramené que la femme de chambre
de fa fæeur , & le laquais de fon amant ; il fut
au défefpoir. Le couple avoit pris une autre route
& employé cet artifice pour détourner ceux qui
courroient après eux ; la famille irritée , envoya
les deux domestiques chez le Magiftrat volfin ;
par-tout ils auroient été puniffables comme com
plices d'un rapt ; mais ici il n'en eft pas de même
le Juge a déclaré que n'étant coupables ni l'un ni
l'autre aucunement contre la loi de la terre , il
ne pouvoit les envoyer en priſon ; ils ont été remis
en liberté , & font partis pour rejoindre leurs
maîtres , auxquels ils raconteront leur avanture ,
& qui s'applaudiront de la précaution qu'ils
avoient prife.
FRANC E.
DE
VERSAILLES , le
23 Mars.
Le comte de Seytres Caumont , & le
Marquis du Pleffis d'Argentré , qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préfen
tés, au Roi , ont eu celui de monter dans les
carroffes de S, M. , & de chaffer avec elle.
La comteffe de Ruppierre a eu le 14 de
ce mois l'honneur d'être préfentée à L. M.
& à la Famille Royale, par la Princeffe de
h +
( 176 )
Ghiftel , Dame pour accompagner Madame
Victoire de France.
M. de la Foffe , graveur , a eu l'honneur
de préfenter à L. M. & à la Famille Royale
le dixieme chapitre du Tome III du Voyage
pittorefque de l'Italie qu'elles ont ho
noré de leurs foufcriptions. Le 14 M. de
Heffeln , Cenfeur Royal , a eu également
T'honneur de leur préfenter les cartes des ré
gions Eft & Sud-Eft , les deux dernieres des
neuf qui offrent le premier degré de détail
de la nouvelle Topographie de la Francé ( 1 ) .
DE PARIS , le 23 Mars.
Il circule ici des lettres de Breft qui annoncent
l'arrivée dans ce port d'une frégate
de l'efcadre de M. de Suffren ; elle eſt vedit
- on , de conferve avec le Héros que
monte ce brave Commandant , qui doit aller
débarquer à Toulon , le 4 Janvier , ajoute-
t- on , le Héros lui fit figne de fe féparer.
Selon ces avis M. de Suffren a laiffé 3 vaiffeaux
à l'Ile de France , & 2 au Cap de
Bonne - Efpérance.
En rendant compte dernierement de l'affaire
de Goudelour dans l'Inde, on a oublié d'annoncer
que les François à cette journée étoient commandés
en chef par M. le Marquis de Buffy , &
en fecond par M. le comte d'Offelize , que la
premiere ligne de l'armée l'étoit par M. le Marquis
d'Albignac , la feconde par M. le comte de
( 1 ) On ſouſcrit chez Pauteur , rue du Jardinet , pour la
deuxieme partie entiere , ou par détail.
177 )
fa Mark, & que les difpofitions générales de l'artillerie
avoient été faites par M. de Senarmont
qui la commandoit en chef ; on s'empreffe de
réparer ici cette omiffion. "
On compte que le Roi de Suede pafera
ici à fon retour d'Italie , & qu'il s'y arrêtera
quelque temps ; on fait qu'il vint en France
n'étant que Prince Royal , & qu'il n'y fit
qu'un féjour fort court , parce que la mort
du Roi fon pere l'obligea de retourner dans
Les états.
Ce n'est que par la Hollande que l'on
l'on apprend
que l'Empereur de Maroc va nous
déclarer la guerre ; on ignore parfaitement
cela ici , & même fi l'on a donné quelque
fujet de mécontentement à ce Prince Maure
, & en quoi il peut confifter.
On a beaucoup parlé des prodiges de M.
Mefmer ; quelques effets extraordinaires de
fa maniere de traiter des maladies , la cure
fans doute de plufieurs , étoient faits pour
exciter la curiofité ; on dit qu'il s'eft formé
une fociété de 63 feigneurs , qui font un
fonds confidérable , puifqu'il n'eft pas de
moins de 100 louis par perfonne, qu'on remettra
à M. Mefmer , qui s'engage à leur
donner la connoiffance & à leur apprendre
l'application du Magnétifime animal ; on
prétend qu'il ne leur faudra qu'un mois ,
pour être parfaitement inftruits ; ce fera enfuite
leur affaire de travailler à conferver le
dépôt qui leur aura été confié , & d'en faire
ufage.
hs
( 178 )
ག
L'avis fuivant ne peut qu'intéreffer les
commerçans ; & c'eft un titre pour le pla
cer ici. 15
Dans le courant de Mai prochain il fera ouvert à
New-yorck , fous la direction de MM, Coulougnac
& Compagnie , un dépôt général de tous
les objets de fabrique & des productions de Frances
où l'on recevra & vendra pour le compte des
Expéditionnaires , les différentes confignations
qui feront adreffées fous une provifion de 5 pour
100 , quitte de tous frais . Cet entrepôt fera foutenu
par divers Actionnaires , tant de France
que de l'Amérique feptentrionale , dont les fonds
ne feront employés que pour l'anticipation du
paiement de la moitié de la valeur des objets confignés
, en faveur de tout expéditionnaire
à l'arrivée à Newyorck , de fa cargaifon & pacotille
; la folde des envois fuivra de près cette
anticipation de paiement , d'après leur vente.
faite fur les lieux ; les Négocians & Manufacturiers
qui voudront honorer l'entrepôt de leur confiance
, adrefferont leurs expéditions à MM. Berard
& Compagnie , Négocians à l'Orient , cone
pondans de la compagnie de l'entrepôt, qui fe
chargeront d'expédier fur les paquebots qui partent
régulierement tous les mois pour New-yorck :
les cailles , maffes ou colis qu'on leur adreffera
pour l'entrepôt , & de pourvoir mêmes aux affurances
de chaque expédition , d'après les ordres
particuliers qu'ils recevront de la pare dos char
geurs. En attendant les avis particuliers & les
cours de vente de chaque article que l'entrepôt
de New- York fera paffer tous les mois à fes
correfpondans directs par la voie des paquebots ,
voici une liste des objets propres à la confommation
directe du continent , fous un bénéfice de
( 179 )
20 à 25 du prix de fabrique. Taffetas noirs
luftrés de toute largeurs & qualité . Ditto d'Angleterre
blanc , roſe tendre , bleu & verd anglois ,
noir , bleu de ciel , carmelite , boue de Paris ,
brun , & généralement en couleur tendre & modefte.
Satins , & , legers & apparens , même
couleur; ditto ,pelure d'oignon en couleur , & furtout
en noir. Florences doubles mi- florence, gros
de Tour, même couleur rubans unis, numéro4,5,9
& 10, de préférence ; rúbans noirs pour queue ,
ditto de Cologne affortis ; faveur, numéros 1 &
, même couleur ; gazes noires & blanches de toute
efpece, bas de foie blanc pour homme forte jambe
gants de peau blanche & en couleur modefte pour
femme , glacés & non glacés ; dentelles noires du
Pults & de Caen, évantails de qualité ordinaire, fur.
tout à manche blanc . Parafols de 20 à 24 pouces
pour femme , fur- tour en taffetas verd; baptiftes
unies , claires & prix moyen ; toute eſpèce
de toile blanche , fine & ordinaire ; indiennes à
petit ramage ou bouquets détachés , deffin léger
point de rayure, fond brun , mordoré; &c. lilla , violet
, bleu de ciel, très-peu de fond blanc, bleu de calandré
, & plié en carré , prix moyen ; draps fu- :
perfins & mi-fins , 4 , en gris frais , brun , noilette ,
gris de rat, mêlangé , prune de Monfieur , boue
de Paris , mordore , verd pomme , bleu tendre ,
blanc , bleu de Roi , écarlatte ; chapeau fin
& mi- fin , profonds , de fix pouces de bord.
d'une coeffe de taffetas ou de fatin léger en
couleur , d'un apprêt fimple & moelleux.
Tous ces articles n'étant pas d'un grand
encombrement peuvent s'embarquer fur les paquebots
de l'Orient, Quant aux autres productions
de France , & autres articles de gros volumes
il eft indifpenfable de frêter des navires.
h 6
( 180 )
Parmi les foufcriptions qui ont été propofées
en France , il n'y en a point qui mérite
plus de confiance & d'éloges , que celle
que nous nous empreffons d'annoncer . Son
objet , qui ne fauroit être plus intéreffant ,
eft l'érection d'un monument deſtiné à recevoir
les cendres de Defcartes , qui repofent
depuis plus d'un fiecle dans l'ancienne
Eglife de Sainte - Genevieve , d'où elles doivent
être tranfportées dans la nouvelle . C'eft
aux gens de lettres qu'on adreffe le projet ,
& c'eft à eux à le feconder.
?
MM. , quiconque fait lire & penfer , fent qu'il
doit quelque reconnoiffance à Defcartes. Vous
MM. , qui joignez les idées & les connoiffances au
talent , & qui devenez chaque jour pour les autres
ce que Defcartes fut pour vous ,vous fentez combien
votre obligation envers lui augmente par vos
fuccès. Permettez donc , MM . , que le projet de
confacrer la mémoire de ce grand homme , par un
monument public , paroiffe fous vos aufpices . On
n'a pas dit plus fincerement : je ne fuis qu'un
foldat , & je n'ai que du zele , mais ce zele , du
moins , excitera le vôtre le Public en vous
écoutant , oubliera ma foibleffe , & il vous devra
, MM. , le plaifir de céder à une douce infpiration.
J'ai l'honneur d'être avec refpe& , MM. ,
Votre très-humble & très- obéiffant ferviteur , le
PROPRIÉTAIRE de la Bibliotheque des Romans.
A Paris , le 18 Mars 1784.
C'eft le produit de cet ouvrage intéreffant
, qui doit fournir les fonds du monument
projetté. Nous ne doutons pas que le
public éclairé ne s'empreffe d'y contribuer ;
il acquerra un ouvrage connu , apprécié de7181
)
puis longtemps , fans augmentation de
prix ; les facrifices font tous du côté du propriétaire
, qui en traçant fon plan , s'eft attaché
a procurer toutes les facilités poffibles
aux foufcripteurs . Nous le laifferons parler
lui- même.
Celui qui renverfa l'Empire d'Ariftote dans
les Ecoles , qui répandit la plus grande lumiere
dans toute l'Europe , qui apprit à l'homme qu'il
pouvoit penſer tout feul , qui fut l'ami de Chriftine
, qui forma Newton ; celui dont l'Académie
Françoife propola l'éloge public , & dont la Statue
, fi bien infpirée , doit figurer dans le Muféum
de la France , le pere de la Philofophie
DESCARTES enfin , n'a point de tombeau dans
fa Patrie. Un Patriote anonyme , dans le Jourmal
de Paris , nº . 42 , invite la Nation à acquitter
cette dette , après plus d'un fiecle . C'eft aux
Lettres à en offrir le moyen. Nous favons que
les Soufcriptions font prefque décriées : le motif
peut - être & l'objet feront approuver celle
que nous propofons . La Bibliotheque des
Romans , en épurant les fictions trop libres , eft
devenue utile aux moeurs ; elle acquerra un nouveau
titre , fi elle procure le moyen d'honorer
le génie.
on-
Premiere claffe . Pour la Collection entiere des
volumes qui ont paru dans le cours de neuf années
, dont le nombre eft de cent quarante quatre,
& quel'on recevra en feuilles en foufcrivant ,
paiera cent trente livres ( prix actuel de ladite
Collection ) , & fix livres de plus , fi'on veut les
avoir brochés. Seconde claffe . Pour la Collection
des mêmes volumes , que l'on recevra
par divifion d'années , de mois en mois , depuis
le premier Juin jufqu'à la fin de Janvier , on
paiera également cent trente ou cent trente- fix
( 182 )
livres , en neuf paiemens égaux de quinze liv
chacun ; le dernier fera de dix livres ou
de feize : le premier ſera fait d'avance. On rece,
vra le volume courant en fouſcrivant , & l'on
fera fervi franc de port à Paris , juſqu'en Juillet
prochain , temps où finira la neuvieme année.
Troifieme claffe Pour la Soufcription fimple , c'eſtà-
dire pour les feize volumes qui paroiffent dans
le cours d'une année , on paiera vingt- quatre liv.
& l'on recevra les volumes de cette année jufqu'en
Janvier prochain , en remontant juſqu'aux volumes
qui ont paru depuis le commencement de
l'année , que l'on remettra en recevant le prix de
la Soufcription . Si le nombre de ces Abonnés
eft confidérable , & qu'ils defirent un jour de fe
procurer la Collection entiere on répondra
dans quelque temps à leurs voeux , en leur propofant
une nouvelle Soufcription , aux conditions
offertes aux Abonnés de la feconde claffe .
་་་
Sur le produit de chaque Soufcription , il fera
prélevé un tiers net , qui aura pour objet les
frais du Monument qu'on le propofé d'ériger. Et
pour affurer l'exactitude de l'emploi , les quit
tances de foufcription feront fignées , tant par
M. de Grandbois , Chef du Bureau de la Bibliotheque
des Romans , que par M. Deyeux Notaire
, rue S. Antoine , entre les mains duquel
fera verfé par avance le tiers deftiné à la dépense ,
du Monument. La Soufeription fera fermée irrévocablement
le 31 Mai prochain. Avant qu'elle
le foit , on expofera aux yeux du public le projet
du Tombeau. L'on ofe dire d'avance qu'il
fera digne de DESCARTES & de la Nation . On
fera connoître en même temps l'artife célébre
chargé de l'exécuter.Huit jours après la clôturede
la Soufcription , on rendra compre au Public du
produit du tiers qui aura été dépofé entre les
( 183 )
mains de M. Deyeux ; & s'il arrive , malgré
l'honnêteté du Projet , malgré l'influence que le
grand nom de DESCARTES doit avoir fur les ef
prits éclairés , que ce produit ne foit pas fiffifant
pour remplir l'objet que l'on s'eft propofé , M.
Deyeux remettra à chaque Soufcripteur le tiers
de la fomme que chacun aura payée. On s'abon
nera uniquement au Bureau , rue Neuve Sainte-
Catherine, & l'on s'adreffera à M. de Grandbois,
en ayant foin d'affranchir les lettres & l'argent,
Il fera publié une lifte exacte des Abonnés.
Il y a long- temps qu'on cherche des re
medes contre la rage tous ceux qu'on
publiés jufqu'à préfent font infuffifans ; l'on
ne fauroit trop multiplier les obſervations
qui peuvent feules conduire à en découvrir
un efficace. En voici une bien intéreſſante
faite par M. de Mathiis , Docteur en Médecine
, & Chirurgien des Armées du Roi de
Naples , qui a été publié par ordre du gouvernement
. Elle eft le réfultat d'une expérience
due au hafard , & qui peut jetter um
grand jour fur l'hidrophobie.
M. de Mathiis étant à Vallodinovi , dans la Ca-
Jabre Citétieure , trouve , en revenant de la chaffe
une vipere , & la rapporte à la ville ; en y rentrant
, il voit , dans un jardin qu'il traverſe , un
chien à la chaîne , enragé depuis trois jours. Pour
s'affurer de l'hydrophobie , il lui préfente de l'eau,
& l'animal tombe en convulfion . Il fe rappelle ce
précepte du pere de la Médecine : la convulfion ef
guérie par la convulfion ; & il imagine de faire piquer
le chien à la gueule par la vipere qu'à cet
effet il irrite. La tête du chien ne tarde pas à
devenft horriblement gonflée. La convulfion oc(
184 )
cafionnée par le venin de la vipere , fuccede a
celle qu'occafionnoit le virus de la rage , & l'hydrophobie
celle : en effet on préfente à l'animal
de l'eau , il la boit avec avidité ; d'où M. de Mathiis
conclut que la morfure de la vipere , en imprimant
aux fluides une modification nouvelle ,
peut devenir le remede de l'hydrophobie. Refteroit
alors à remédier aux fuites de cette morfure,
& les moyens en font fimples & connus : ils confiftent
dans des fomentations huileufes & dans
l'afage tant interne qu'externe de l'alkali volatil.
Ce qui a principalement éclairé M. de Mathiis
fur cette expérience , c'eft l'opinion de M. Alphonfe-
le-Roi fur les phénomenes de l'hydrophobie
& la curation de cette horrible maladie.
Ce Profeffeur préfume qu'on ne peut guérir les
enragés qu'en diminuant , qu'en fufpendant en
eux le principe de la vie , que la rage exalte , en
même tems qu'elle exalte les organes , au point
de les rendre exceffivement fenfibles à la vue d'ob
jets qui , dans toute autre circonftance , ne font
aucune impreffion far eux , telle que l'eau ; mais ,
comme l'obferve modeftement M. de Mathiis , il
faut de nouveaux faits & de nouvelles expériences
pour confirmer cette théorie ingénieuſe .
Nous nous empreffons d'annoncer ici les nouvelles
eftampes que vient de publier M. Vidal ;
la premiere intitulée les Nymphes fcrupuleufes
eft d'après un tableau de M. Lavrince , peintre
du Roi de Suede & de l'Académie royale de
Stockolm ; elle fait pendant à la Balançoire myftérieufe
que nous avons annoncée il y a quelque
temps , & eft la dixieme de la fuite précieuſe
des Baigneufes ; on retrouve dans cette derniere
la fraicheur & les graces qui diftinguent
cette collection . Outre cette eftampe , M. Vidal
en a publié deux autres . Ce font les prunes &
( 185 ).
&
les cerifes d'après M. Davefne ; elles font pen
dant l'une à l'autre , & font gravées en couleur.
On ne peut rien voir de plus piquant que
ces deux morceaux ; ils forment tableau
l'illufion eft complette par la vivacité , le ton
des couleurs , & l'art avec lequel elles font rendues
par la gravure ( 1 ) .
Ce ne peut être que par une fuite de l'ignorance
où font prefque toujours ceux qui s'occupent à
Paris de la correfpondance fecrette des nouvelles
pour la Province , ou même pour les Pays étran--
gers , que l'on a fait lire , dans quelques Gazettes ,
que le Journal du Licée de Londres étoit fupprimé.
Ĉet Ouvrage n'a éprouvé aucune difficulté , ni
aucun retard de la part du Gouvernement , & paroîtra
régulièrement. Rédigé fous les yeux mêmes
des Savans , dont il annonce les travaux , & publié
à Londres prefqu'en même temps qu'à Paris , on
ne peut douter que l'Auteur ne foit dans la pofition
la plus heureufe pour obtenir & pour nous
procurer les renfeignemens les plus nouveaux &
les plus exacts fur l'Angleterre. Il en paroît déja
trois numéros , Janvier , Février & Mars. Deux
Nations vont donc être à portée de juger cet Ou
vrage , l'un des plus utiles qui ait été conçu &
exécuté en ce genre. Il ne refte plus qu'a defiret
que cet exemple foit imité dans les grandes Capitales
des principaux Etats de l'Europe. On répéte
que les Soufcripteurs de ce Journal recevront
gratis le Tableau de la fituation des Anglois dans
I'Inde , publié par le même Auteur , qu'il regarde
comme faifant partie du travail fait au Licée , &
dont le 1er n° . actuellement fous preſſe , paroítra
inceffamment. La Soufcription eft de 30 liv. franc
(1) Les Nymphes fcrupuleufes coûtent 3 liv. qui eft le
prix de chaque eftampe de la fuite des Baigneufes ; les
Prunes & les Cerifes 9 liv. les deux. Elles fe trouvent
chez M. Vidal , rue des Noyers.
( 186 )
par tout le Royaume. On foufcrit chez M. Perife
le jeune , Libraire , au Marché- Neuf, Pont Saint-
Michel , près le Notaire.
Nous nous empreffons de placer ici une annonce
très-intéreffante pour les perfonnes qui ont dans
leurs bibliotheques l'Encyclopédie in-folio , &
qui ne fe font pas encore procuré la Table analytique
& raifonnée , qui peut être regardée comme
un excellent abrégé de ce grand Dictionnaire
puifqu'elle en réunit toutes les parties , facilite les
recherches, & fur quelques points corrige des erreurs
, & remplace des omiffions. MM. Barrois
aîné , Libraire , quai des Auguftins ; & Hardouin,
Libraire, rue des Prêtres Saint- Germain l'Auxerrois
, ayant acquis tout ce qui reftoit d'e
xemplaires , font en état de les livrer en feuilles
aux acquéreurs , au prix de 24 liv. les z volumes
in folio , au lieu de 54 qu'ils fe vendoient cidevant.
Cette Table eft effentielle & complette
toutes les éditions qui ont été faites de l'Encyclopédie.
Les mêmes Libraires peuvent auffi fournir
less vol. in-fol. de Supplémens à 72 livres en
feuilles , au lieu de 144 , leur ancien prix.
Parmi les inventions ingénieufes & nouvelles de
l'induftrie , les Dames ont diftingué celle de la
Dile Peuche , la feule à qui elles doivent déja les
bouffantes à reffort ; elles ne feront pas moins
fatisfaites d'une nouvelle qu'elle vient leur annoncer
; elle confifte dans le fecret de faire pareillement
à reffort des paniers de cour , auffi élaftiques
que les bouffantes : elle tient & fait de ces dernieres
pour des robes à fourreau & pour des robes
à chemifes , & auffi des bouffantes piquées en crin
blanc & en crin noir. On trouve chez elle un af
fortiment de toutes façons , & a jufte prix , elle
fait également des envois pour la Province , &
les perfonnes qui ne voudroient pas prendre la
( 187 )
peine de venir chez elle , peuvent lui écrire , rue
S , Denis , a la bouffante roſe , a côté de l'Hôtel de
la Croix-blanche , vis- a -vis la rue du Petit - Lion .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 14 Mars
1784.5 4. Le Roi s'étant fait rendre compte des
maux que la durée exceffive du froid , l'abondance
des neiges & le débordement des rivieres
ont occafionnés dans fon Royaume , a vu avec
douleur que plufieurs villages ont été fubmergés ,
un grand nombre de mailons & de ponts emportés,
que les routes publiques font dégradées en
plus d'une Province , que par - tout la claffe de fes
Tujets la plus indigente , & conféquemment la plus
intéreflante pour fon coeur , a beaucoup fouffert ,
& que malgré les fecours diftribués de toutes parts,
la mifere eft grande dans les campagnes . Cette calamité
étant furvenue dans les circonftances les
plus défavorables , & lorfque l'acquittement des
dettes de la guerre abforbe toutes les reffources
extraordinaires , S. M. a reconnu que fi les foulagemens
qu'Elle a réfolu d'ajouter à ceux qu'Elle
a déja accordés , étoient pris fur la maffe de fes
revenus , ils apporteraient quelque dérangement
aux difpofitions qu'Elle a ordonnées pour les Finances
, & aux meſures qu'Elle veut maintenir
avec une exactitude inviolable pour l'acquittement
de fes engagemens : En conféquence , c'eft en facrifiant
toutes dépenses d'agrément , en différant
dans chaque Département toutes celles qui peuvent
fe remettre , en fufpendant des conftructions
qui devoient le faire fur les fonds de fes bâtimens,
en fe privant pendant quelque tems du plaifir d'accorder
des graces ; c'eft enfin par une retenue mo
mentanée fur les plus fortes penfions & fur les
taxations ou attributions des principales places de
finance , qu'Elle a raffemblé les fommes néceffaires
, pour répandre dès à préfent fur les peuples
( 188 )
les nouveaux fecours provifoires dont le befoin
eft preffant , & pour réparer promptement les dégâts
qui ont interrompu les communications, Procurer
ces foulagemens & régler l'ordre de leur
diftribution , eft pour S. M. une jouiffance digne
des fentimens qu'Elle ne ceffe de montrer à fes
peuples. Le Roi a ordonné : Qu'indépendamment
des trois millions déja accordés en moins impofé
& en travaux de charité , pour la préſente année ,
trois autres millions feront donnés & employés
en diftributions de fecours dans les campagnes ,
lefquels feront répartis entre ceux de fes fujets
qui ont le plus fouffert , & confifteront principalement
en denrées de premiere néceflité , remplacemens
de beftiaux où effets néceffaires à la culture
, & contribution au rétabliffement d'habitations
: Ordonne qu'il fera en outre ajouté un
million aux fonds ordinaires des ponts & chauf
fées , pour fervir anx réparations des grandes routes
, & aux reconftructions des ponts détruits ; feront
lefdits quatre millions remplacés au Tréfor
royal , tant par l'effet des retranchemens que S.
M. a ordonnés fur les dépenſes extraordinaires de
fa Maifon , par les réductions qu'Elle a faites fur
les fonds de fes bâtimens , & par les économies
qui lui ont été propofées dans le Département
de la guerre , que par le produit de l'extinction
des penfions de grace , defquelles il ne fera fait
aucun don dans aucun Département , pendant l'elpace
d'une année , & auffi par la retenue d'un
vingtieme , payable une fois feulement , fur les
penfions au- deffus de dix mille livres , & fur les
taxations , traitemens ou attributions des places
de finance , dont les bénéfices excedent pareille
fomme : Veut S. M. que les différentes provinces
de fon Royaume participent auxdits fecours , en
proportion des pertes qu'elles ont éprouvées
$
( 189 )
faivant un état de diftribution qui fera arrêté au
Confeil de S. M. fur les mémoires & demandes
qui feront inceffamment envoyés par les Intendans
& Commiffaires départis , lefquels rendront
compte de l'emploi des fommes qui auront été
affignées pour leur Généralité, par un état dif
tinct & particulier , qui fera mis fous les yeux du
Roi , dans le cours de la préfente année ; le réſervant
S. M. d'accorder fur les tailles & impofitions
, telle remife & modération que l'état des
perfonnes & les accidens locaux feront juger néceffaires.
DE BRUXELLES , le 23 Mars.
Les débordemens n'ont pas été moins funeftes
dans ce pays que dans tous les autres
où il y en a eu ; par- tout la mifere a été
grande pendant la rigueur du froid ; & le
dégel y ajoute encore. Parmi les détails des
événemens qui en ont été la fuite en divers
endroits , nous rapporterons ceux - ci ....
Un fermier d'un village voifin de Cleve , ayant
vu fa maifon emportée par un courant violent
d'eau , n'eut que le tems de fauter fur un glaçon
& fut obligé d'abandonner une vieille mere âgée
de 80 ans , fa femme & 5 enfans. Quelques inf
tans après il vit paffer fafemme à peu de diftance ;
elle avoit choifi comme lui un afyle fur un morceau
de glaces , & tenoit le plus jeune de fes enfans
entre les bras. Elle peut l'entendre , il lui
parle ; il reconnoît la poffibilité de l'attirer à lui
à l'aide d'une perche ou d'un long baton ; tandis
qu'il le lui tend , le courant les fépare , l'entraîne ,
& peu de minutes après , il a la douleur de voir
le glaçon fur lequel eft fa femme , s'ouvrir & s'engloutir
avec fon enfant. Ce malheureux , après
avoir vupérir fous les yeux tout ce qu'il avoit de
( 190 )
plus cher , fa famille en iere , fa maifon , fes bef
tiaux , eft refté 24 heures fur fon glaçon qu'il avoit
trouvé le moyen d'accrocher , & ce n'eft qu'au
bout de ce tems qu'il aété poffible de le délivrer .
A ce fait on peut en joindre un autre
qu'on mande de Zanten , & qui eft abſolument
femblable à celui dont on a vu le récit
dans le Journal dernier , d'après une let
tre de Compiegne ; le même fleau peut en
effet avoir produit les mêmes effets , & il n'eft
pas étonnant qu'il ait produit auffi les mêmes
réflexions & les mêmes voeux ,
« On a recueilli à Zanten , au milieu des flots
impétueux du Rhin , un berceau dans lequel s'eft
trouvé un enfant âgé d'environ un an , qui nonfeulement
n'avoit éprouvé aucun accident , mais
qui dormoit dans la plus profonde tranquillité.
Cette marque évidente des foins de la Providence
pour la confervation de cet enfant , devroit engager
quelque perfonne riche à s'en charger &
prendre foin de fa confervation,
PRECIS DES GAZETTES ANGL.
Il circule depuis quelques jours des bruits qui
intéreffent tous ceux qui ont un intérêt dans les
affaires de l'Inde. On dit que la guerre eft plus
allumée que jamais entre les Employés de la
Compagnie dans cette partie du monde , qu'ils
fournent leurs armes les uns contre les autres
& que le Gouverneur Hafting a été défait .
La marche de l'oppofition annonce clairement
fes projets. Elle a ceffé d'agiter de grandes queftions
pour engager les Miniftres à prendre enfin
quelques metures vigoureufes.M.Fox, LordNorth
& leurs adhérens , vont actuellement preffer M.
Pitt d'ouvrir fon Budget , & de propofer fes nou
velles taxes , fes emprunts, les impôts qui doivent
en être le gage , &c. &c. &c. dans la perfua
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tion qu'un Miniftere , chargé d'opérations fi défa
gréables ne peut manquer de perdre fa faveur.
Mais on préfume qu'ils fe tromperont dans leur
attente. En effet , il paroît que les Miniftres ont
trouvé les moyens de paffer l'année , finon fans
faire d'emprunt , au moins fans nouvelles taxes ,
On s'eft donné la torture pour juftifier le défordre
du 21 Février , & nommément pour ce
qui regarde l'infulte faite au Prince de Galles,
La feule chofe qu'on allégue en faveur de M. Pitt,
qui eft refté dans la voiture tout vis- à- vis du Palais
du Prince , tandis qu'on brifoit les fenêtres ,
fe réduit à ceci comment étoit - il poffible à
M. Pitt de fortir de fa voiture ? A cela l'on fait
une réponſe tout auffi breve & tout auffi concluante
comment M. Pitt a- t- il pu defcendre
promptement de fa voiture au moment où il étoit
dans le plus grand danger ?
Le Prétendant , ou le Comte d'Albany , comme
on l'appelloit depuis quelque tems , mourut à
Florence d'une apoplexie le 23 Janvier dernier ;
il commençoit fa 64° année , étant né le 31 Dé
cembre 1720. Ce Prince fera toujours celebre dans
les annales de la Grande- Bretagne , depuis l'entrepriſe
qu'il tenta en 1745. On avoit eu foin
dans fon enfance de remplir fon ame des fentimens
les plus juftes & les plus nobles ; on avoit
accoutumé fon corps à fupporter la fatigue , &
à la fobriété convenable au foldat ; fa perfonne &
Les manieres étant fi engageantes , qu'il fut trèscher
à fes amis & eftimé de fes ennemis. Lorfqu'il
parut en Ecoffe , il attira fur lui l'attention de
toute l'Europe ; il paffe pour s'être conduit avec
une humanité & une grandeur d'ame remarquables
; fes fuccès furent plus grands qu'on ne deveit
l'attendre de fa pofition . Après la bataille de
Culloden , il foutint l'infortune & les dangers
avec une fermeté qui le fit paroître plus grand.
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Depuis la paix d'Aix- la - Chapelle , & fa fortie de
France , il a eu peu d'occaſion de ſe montrer au
monde tel qu'il étoit ; il avoit épousé la Princeſſe
Louife Maximilienne Stolberg Guederan le 17
Avril 1772 ; mais il n'en a point eu d'enfant. Le
Cardinal d'Yorck eft à préfent le feul rejetton mâle
de la famille Royale des Stuarts qui a donné.
des Rois à l'Ecoffe pendant 3 ou 400 ans , & par
les Princeffes , des Souverains à toute l'Europe.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
CAUSE entre la fille Agnés M.... , habitante
d'un village d'Artois , Intimée. Et P .... Ton
nelier , au même lieu , Appelant.
Le filence d'une fille pendant deux ans , con
tre l'auteur de fa groffeffe , & la préſentation de
l'enfant au baptême , fous l'énonciation de pere
inconnu , ne peuvent jamais préjudicier à l'état
de l'enfant , qui conferve toujours le plus grand
intérêt de connoître fon pere , & le droit de former
contre lui une demande à fin d'aliinens.
Agnès M.... habitante d'un village de la province
d'Artois , accoucha en 1780 , d'un enfant
qui fut baptife comme fils de pere inconnu . Elle
avoit fait la déclaration de groffeffe fur le compte
de P. , Tonnelier du même lieu . Tant que la
bonne intelligence regna entre eux , elle ne forma
aucune demande . Auffi- tôt qu'ils furent divifés
elle fit affigner P. , pour qu'il eur à fe charger
de l'enfant , & qu'il fut condamné en des dommages-
intérêts. Ayant été admife à la preuve ,
& l'Enquête ayant été concluante , jugement du
Confeil provincial d'Artois , qui a condamné P.
à fe charger de l'enfant , & en 100 livres de dommages
intérêts. Appel en la Cour. Arrêt du 6
Mars , 1784 , conforme aux conclufions de M.
P'Avocat-Général Joly de Fleury , qui met
l'appellation au néant , avec amende & dépens.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères