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1784, 02, n. 6-9 (7, 14, 21, 28 février)
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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
NTEN ANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
soutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. & c.
SAMEDI 7 FÉVRIER 1784.
DU
ROTE
T
BIBL
B
GHAT
DEU
PALAL
PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Ro
LIBRA
ASTO
TABLE
Du mois de Janvier 1784.
PIÈCES
FUGITIVES.
Vers aux Mânes de M. d'A
lembert ,
-AM. Molé ,
Bon Mot ,
3
Le Séducteur , Comédie en cinq
Actes ,
57
Hiftoire de la République des
Lettres & Arts en France
4
ibid.
49
Elifabeth , ou l'Amour & l'A
mitié , Conte .
Le Nouvel An , Stances ,
Sur la Nomination de l'A bé
de Villevieille , à l'Evêché
de Bayonne,
Elégiefur une Abſence ;
Le Mandat ,
52
53
97
>
75
Choix de Lectures Géographiques
& Hiftoriques , 83
Defcription des Expériences de
la Machine Aéroftatique, &
Euvres diverſes de M. Borde,
104
Morceaux choifis de Tite-
Live ,
114
Vers au jeune Staris ** de Eloge de M. l'Abbé de Ca-
C **
- A M.
François ,
+154
162
Couplets à Mlle V. Mari ** Nouvelles Recherches fur l'EA
Madamed Agiv...
99 naye ,
ib. L'Age d'Or,
conomie animale ,
100
VuesPatriotiques
145
Le Char Volant ,
148 en vers & en
193
Couplets à Mlle de w*** 147
166
201
210
Lettre au Rédacteur du Mer- Recueil Amufant des Voyages
cure ,
Vers à M. de***
profe 2.I
Mes Expériences à Sève, 221
A M. l'Abbé de Malefcote , Nécrologie ,
194
A M. le Baron de Breteuil, 196
Quatrain ,
Couplets ,
Variétés ,
174 ,
SPECTACLES.
117
31 198 Concert Spirituel ,
ib. Acad. Roy. de Mufique , 32 ,
Charades , Enigmes & Logo- 124 , 168 , 228
gryphes , 24 , 54, 102 , 153, Comédie Françoise, .171
200 Comédie Italienne , 41 , 130
NOUVELLES LITTER. Anecdotes , 135
La Nature confidérée dans plu- Annonces & Notices , 45 , 90 ,
fieurs defes Opérations , 26¸ 138,185 , 233
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , we de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE
.
SAMEDI 7 FÉVRIER 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Fragment d'un Poëme fur le Printemps.
LES FLEURS.
OH! combien chaque fleur , en ce riant dédale ,
Enivre l'odorat des parfums qu'elle exhale !
Note du Rédacteur. Ce Fragment eft tiré d'un Poëme
actuellement fous preſſe. La vertification annonce le ſentiment
de l'harmonie , & nous a paru d'un très- bon ton.
L'Auteur , Élève de M. l'Abbé Delille , mérite d'être
diftingué de cette foule de jeunes Rimeurs , qui , du foir
au matin ſe réveillent Poëtes fans que perfonne s'en fut
jamais douté , à peu près comme Lifimon dans le Glorieux ,
veur que fon fils fe réveille Marquis . Cette manie de la
rime , à quelque prix que ce foit , eft une choſe inconcevable.
Tout le monde s'en mêle , ou du moins veut paffer
pour s'en mêler. M. de la Harpe n'a dit que la vérité rigoureufe
dans ces vers de Molière à la Nouvelle Salle :
Mon Commis fur fa table écrivant de travers ,
Ne fait pas l'orthographe & ſait faire des vers .
A ij
4
MERCURE
Noble fils du printemps , le lys majeſtueux ,
Qui ne craint plus des vents le fouffle impétueux ,
Élève fièrement fa tige fouveraine.
Il eft le Roi des fleurs , dont la rofe eft la Reine ;
Ainfi fur les François , par les plus douces loix
Règhe ce couple heureux qui fait aimer les Rois.
Le narciffe plus loin , ornement de la rive ,
S'incline , réfléchi daus l'onde fugitive .
Cette onde , cette fleur s'embellit à mes yeux
Par le doux fouvenir du ruiſſeau fabuleux ,
Tant les illufions des poétiques fonges
Nous font encore aimer leurs antiques menfonges !
Vois l'hyacinthe ouvrir fon calice d'azur ;
Le riche oeillet , ami d'un air tranquille & pur ,
Várier fes couleurs d'une teinte inégale ;
Le muguet déployer l'argent de fon pétale ,
Et l'épais chevre- feuille errer en longs feftons.
La rofe me fourit à travers fes boutons .
Le coeur ivre déjà du baiſer qu'il eſpère ,
Le Berger la promit au ſein de fa Bergère.
Fleur chère à tous les coeurs , elle embaume à la fois
Et le chaume du pauvre & les lambris des Rois ,
Elle orne tous les ans la beauté pure & fage ;
La fleur de l'innocence en eft auffi l'image .
Mais quelle fleur plus fière , au milieu de ſes foeurs ,
Oppoſe à leurs parfums l'éclat de fes couleurs ?
Mon oeil a reconnu la tulipe inodore ,
Jadis Nymphe des champs , & compagne de Flore.
DE FRANCE.
Protée étoit fon père , & la Fable autrefois
Confacra fes malheurs que va chapter ma voix.
A cette heure douteufe , où l'ombre plus tardive
Suit du jour qui s'éteint la clarté fugitive ,
La Nymphe , loin de Flore , & fur un lit de fleurs ,
Dans cette heureuſe paix charme des jeunes coeurs ,
Aux fons mélodieux des chants de Philomèle ,
Savouroit du repos la douceur infidelle .
Zéphyre l'apperçoit , & d'un fouffle embaumé
Careffe des appas dont fon coeur eft charmé .
La fille de Protée à cette douce haleine
Entrouvre lentement fa paupière incertaine ,
Et ne voit pas encor dans fon enchantement
Que ce bruit du Zéphyre eft la voix d'un amant.
Mais bientôt à l'aſpect du jeune époux de Flore :
Déeffe , à tes bienfaits , fi j'ai des droits encore ,
Dit-elle , contre un Dieu qui trompe tes amours
J'implore ta vengeance , ou plutôt ton fecours.
Tout-à-coup , ô prodige ! une forme étrangère
La dérobe aux tranſports d'un époux adultère .
Son beau corps , dont Zéphyr preffe en vain les appas ,
En tige fouple & frêle échappe de fes bras.
Ses cheveux qui flottoient en boucles agitées ,
Transformés fur fon front en feuilles veloutées ,
L'entourent d'un calice : un doux balancement
Semble prouver encor qu'elle craint fon amart.
Le Dieu veut en parfums refpirer fon haleine ;
Ce baume de l'Amour adouciroit fa peine.
A iij
6 "MERCURE
Nul parfum ne s'exhale , & ce dernier defir
Prive la fleur d'un charme & l'homme d'un plaifir.
Mais la Nymphe , héritant des fecrets de fon père ,
De cet art confolant fe fait un art de plaire ,
Et fans ceffe trompant le regard enchanté ,
De changeantes couleurs embellit fa beauté.
Errant parmi les fleurs , Zéphyr ne cherche qu'elle ,
Et s'il paroît volage , il n'eft plus infidèle.
( Par M. Vieilh de Bo'sjoflin . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Porte Feuille ;
celui de l'Enigme eft Chemin ; celui du Logogryphe
eft Moineau , où l'on trouve moi ,
Moine , eau.
CHARA DE.
MONON tout fe fert de mon dernier
Pour fe ceindre de mon premier.
É NIG ME.
Au centre d'une citadelle ,
Dand le Nord , dans le Sud , au milieu des Soldats ;
En vain je creufe ma cervelle ,
DE FRANCE.
Je ne puis éviter d'être chef aux débats.
J'entame en tous lieux la difcorde ,
Et je commence le duel ;
Je ne fuis cependant ni méchant , ni cruel ,
Car je vis bien dans la concorde.
Je fuis exact le premier au devoir ;
Je fuis fort gai , & toujours en cadence ,
Et par-tout le premier en danſe.
Lecteur , en voilà bien affez , bon foir.
( Par M. C. Q. M. T. du Rég. de Neuftrie. )
LOGO GRYPH E.
DANS les huit lettres de
Eft une note de mufique.
mon nom
Si votre efprit oifif s'applique
A chercher leur combinaiſon ,
Supprimez un accent qui n'eft pas néceſſaire ;
Ce changement me met chez votre Apothicaire s
Reptile dangereux , j'y deviens falutaire.
Une lettre de plus me feroit un grand bien !
J'occuperois Dimanche à l'Églife un Chrétien 3.
Oui , mais jadis fatal à maint Sicilien ;
Ce mot rappelleroit à votre âme attendrie
L'horreur du fanatisme aveugle en ſa furie.
Devinez -vous? Je crois que non .
Eh bien ! j'ai trois fyllabes dans mon nom.
La première eft un bien commun en Normandie
A iv
8 MERCURE
La grêle , ni le vent ne peut l'anéantir
La jeuneffe folâtre aime s'y réjouir ;
Le courfier trouve là fa liberté , la vie.
5.
Hélas ! qui fait fi fon maître demain ,
Écoutant de l'honneur la loi dure & cruelle ,
Ne fe rendra point- là pour vuider fa-querelle
En y terminant fon deftin?
Le reſte à deviner me femble un foible ouvrage ;
Ces deux fyllabes- là fe trouvent dans village ;
Et mon tout de Momus eft un enfant badin.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LEÇONS de Géographie ; Abrégé d'une forme
nouvelle , propre à l'Education des jeunes
gens de l'un & de l'autre fexe , par M.
l'Abbé Morin de la Baume. Prix ,.. liv.
5 fols relié en parchemin . A Paris , chez
Brocas , Libraire , rue S. Jacques ..
L
DE tous les Ouvrages Claffiques , un Traité
de Géographie eft fans doute un des plus
utiles , ou , pour mieux dire , des plus néceffaires
à l'éducation de la jeuneffe . Mais parmi
leurs autres études , les jeunes gens ont fi pet
de temps à donner à celle de cette Science, &
cependant il eft fi difficile d'éviter la prolixité
ou la féchereffe dans cette matière , qua
c'eft leur rendre un fervice important de
DE FRANCE.
•
leur préfenter un abrégé clair , précis & méthodique
, qui , en leur donnant une idée
fuffifante du globe qu'ils habitent , ne contienne
que les détails néceffaires pour lire
avec fruit les Poëtes ou l'Hiftoire ancienne
& moderne qu'ils ont entre les mains. Tel
eft le nouvel Abrégé que nous annonçons.
Les matières y font plus ou moins détaillées ,
à proportion qu'elles font plus ou moins in
téreffantes. Un village , un hameau connu
par une bataille , un Traité de Paix , une
manufacture , y font préférés à une ville qui
n'eft connue que par fon nom. On trouve à
chaque article un précis des productions du
pays , des moeurs , & des inclinations des
habitans. L'article qui concerne l'Allemagne
paroît avoir été rédigé fur l'Atlas élémentaire
de M. l'Abbé Courtalon , dont le mérite
a été généralement reconnu , & même
en Allemagne.
Cet Abrégé eft précédé de notions préliminaires
fur la fphère , dans l'expofition defquelles
M. l'Abbé de la Baume, avec beaucoup
d'ordre & de clarté , décrit la correſpondance
qu'on a établie entre le ciel & la terre pour
arriver à la connoiffance de celle ci . Sa méthode
de faire paffer tout de faite fur le
globe & la mappemonde les points ou les
cercles qu'il a fait connoître dans la fphère ,
eft nouvelle , & doit être d'autant plus à la
portée des enfans , qu'elle eft plus conforme
à la progreffion naturelle des idées . Nous ne
réfiftons pas au defir de faire connoître la
A v
10 MERCURE
manière dont il éclaircit les difficultés à mefure
qu'elles fe préfentent.
« Accoutumes à ne juger que fur le rap-
» port de leurs fens , les enfans conçoivent
difficilement , & ne reçoivent même
» qu'avec une forte de méfiance l'idée de la
→ rondeur de la terre. Néanmoins ils fe rendent
communément aux preuves les plus
familières qui atteftent cette vérité , &
» que l'on tire de la figure de l'ombre de
» la terre dans les éclipfes de Lune , & de ce
qu'on obferve tous les jours dans un port
» de mer fur les vaiffeaux que l'on voit
» s'éloigner & difparoître peu à peu ; mais
» à peine a - t'on levé cette difficulté , que de
» la folution même de celle ci , il en naît
une autre plus grave.......... Si la terre eft
» ronde , difent les jeunes gens , tous fes
habitans ne marchent pas fur un même
plan ; ils font fitués les ans à l'égard des
» autres , comme des épingles que l'on plan-
» teroit perpendiculairement fur la furface
» d'une boule ; ce qui eft très vrai . Mais ,
92
23
R
و د
כ
ajoutent ils , comment concevoir que ceux
qui font deffous & renversés ne tombent
point , & marchent fur la terre comme
» ceux qui font deffus & debout ? Expliquons
les mots ,& la difficulté difparoítra.
" Quand nous confidérons un corps ifolé
» de la maffe de la terre , nous employons
les mots deffus & deffous , pour diftinguer
» la furface qui regarde le ciel , de celle qui
» eft tournée du côté de la terre ; mais quand
"
DE FRANCE. II
1
» il s'agit de la térre , il n'y a plus de deſſous :
» tous les points de fa furface unique regar-
" dent le ciel qui l'environne de toutes
» parts, Ainfi , quoique nous foyons renverfés
les uns par rapport aux autres , nos
antipodes font debout & deffus la terre
» qu'ils preffent de leurs piés tout comme
» nous , en vertu de la pefanteur qui les at-
» tache fur fa furface , & qui fait tomber
" tous les corps fublunaires du ciel fur la
"
"
» terre. »
Il est difficile de préfenter une idée plus
nette des objets , & d'une manière moins
fcientifique & moins rebutante. L'Auteur a
le talent de donner des notions claires &
précifes , talent rare , & qui paroît avoir
manqué à prefque tous les faifeurs d'Abrégé.
Il définit tous les mots de façon à rendre ,
pour ainfi dire , les idées palpables aux enfans
, & il a mis en tête de fon Ouvrage une
explication de quelques termes de géométrie
employés dans le cours de fes leçons ,
Il eſt à fouhaiter que les Profeffeurs adoptent
cet Abrégé pour le cours des Études
publiques , où , faute de bons Livres Élémentaires
, celle de la Géographie a été
long temps trop négligée , & même à peuprès
nulle.
A vj
12
MERCURE
#
1
L'HONNEUR François , on Hiftoire des
Vertus & des Exploits de notre Nation ,
depuis l'établiffement de la Monarchie
jufqu'à nos jours , par M. de Sacy , Membre
de l'Inftitut Royal d'Hiftoire de Gottingen
, des Académies de Caen , d'Arras ,
- &c. Tomes IX & Xe. Prix , liv. relié
chaque Vol. A Paris , chez Nyon l'aîné ,
: Libraire , rue du Jardinet..
Ces deux Volumes peuvent prétendre au
fuccès qu'a obtenu l'intéreffante Hiſtoire à la- .
quelle ils fervent de continuation . Ils font imprimés
depuis plufieurs années ; mais des circonftances
particulières en ont retardé la pu ,
blication. Les Tomes XI & XII paroîtront ,
dans le mois de Mai prochain , & complet
teront l'Ouvrage. Les deux que nous annon
çons contiennent l'Hiftoire de nos Conquêtes
dans le nouveau Monde. Elle finira avec le
XII Volume , qui doit contenir l'Hiftoire de
la Révolution de l'Amérique Septentrionale.
C'eft fans doute une belle idée d'offrir
aux François le tableau collectif de leurs faits
les plus glorieux , tableau fi propre à nourrir
l'orgueil national , ce principe de tant de
vertus. Cette idée , émanée d'un fentiment
de patriotisme , a été exécutée avec un fuccès
qu'on avoit dû preffentir. Si cette fuite d'actions
mémorables doit plaire , même à des
Lecteurs étrangers, avec quel vifintérêt ne fera
t'il pas lu par des François ! L'homme fenfible
DE FRANCE. 131
& vertueux voit raffembler les titres des
vertus & de la gloire de fes ancêtres , avec
autant de fatisfaction qu'un héritier avide &
intéreffé en trouve à recueillir d'immenfes
richeffes . Tel eft l'accueil que M. de Sacy:
devoit attendre , & qu'il a reçu en effet de
fes Lecteurs . Le François a trouvé dans fon:
Ouvrage des titres qui doivent le remplir.
d'un noble orgueil , & des modèles qui peuvent
réveiller & diriger fes vertus patriotiques.
Nous nous occuperons plus particulièrement
de cet Ouvrage lors de la publication .
des deux autres Volumes qui doivent le
Completter. En attendant cet article , que
l'abondance des matières pourroit retarder
trop long temps , nous avons cru devoir annoncer
au moins fuccinctement les deux)
nouveaux Volumes qui viennent de paroître
, & qui font dignes des huit qui les ont:
précédés .
NECROLOGI E..
ON a dit fouvent que le hafard influoit
fur les réputations qu'on fe fait par des Ouvrages
Littéraires ; mais ce qu'on peut dire
prefque avec autant de vérité , c'eft qu'il influe
aufli fur le degré de foibleffe ou de perfection
qui caractérife ces mêmes Ouvrages .
Outre les diverfes modifications que doit
leur donner la fituation phyfique & morale
14
MERCURE
de l'Auteur , heureux ou malheureux , bien
portant ou malade , combien d'autics circonftances
, fouvent inconnues à lui - même
& à fes juges , déterminent le degré de mé
rire de fes productions ! Souvent fon pen
chant à s'exercer dans un genre dont la nature
ne lui avoit point révélé le fecrer , lui.
dérobe des lauriers qu'il n'eût tenu qu'à lui
de moiffonner dans une autre carrière ; &
fouvent il échoue dans tel Ouvrage , pour ne
l'avoir pas entrepris dans un autre temps,
Tel Auteur , par une fatalité funefte à fa
gloire , n'a traité que des fujets rebelles à
fon talent ; & tel autre , plus heureux , a
rencontré par hafard le fujet auquel il avoit
le plus d'aptitude , que dis- je ? le feul qu'il
pût traiter avec le même fuccès. Enfin , il en
eft quelques- uns , qui , dans le total de leurs
diverfes productions , laiffent voir évidem
ment aux yeux des connoiffeurs , une fommede
talent capable d'enfanter des chef- d'oeu
vres , & qui , on ne fait pourquoi , n'ont
laiffe que des Ouvrages très imparfaits ; on
fent , à n'en pouvoir douter , que par leurs
forces intérieures ils étoient décidément audeffus
d'autres rivaux qu'on leur préfère , &
qui réellement ont mieux fait . Tant il eft
vrai que le hafard agit fouvent en fecret fur
les objets qui femblent le plus étrangers à
fon influence.
Peut être feroit il poffible d'appliquer
quelques- uns de ces traits à M. Collé , dont
la mort vient de groffir les pertes multipliées
DE FRANCE. IS
& récentes que déplore la Littérature Françoife.
Une originalité piquante , une phyfonomie
marquée diftinguoit les diverfes productions.
Au ton plaifant & gai , aux formes
vraiment dramatiques , & au vis comica qu'on
remarque dans fon Théâtre de Société, ilfemble
qu'il auroit pu porter plus loin fes prétentions
& fa gloire, & qu'il ne tenoit qu'à lui de
fe rapprocher davantage de Regnard par fon
génie, comme la Nature l'en avoit rapproché
par les liens du fang. Mais jainais on n'a vû
peut-être la vie privée d'un Auteur influer
plus évidemment fur le caractère de fes
Ouvrages. Né pauvre , mais gai , il fut être
heureux malgré la fortune ; & dès la jeuneffe
il fe fit diftinguer par fon efprit & par
fa gaîté , dans l'Étude d'un Notaire chez qui
il travailloit , qui gêna le premier effor de fa
verve poétique fans la refroidir,& le contraria
fans l'attrifter. C'eft ce que nous apprend fon
vieux ami M. Saurin , dans l'Épître intéreffante
qu'il luiadreffa peu d'années avant de mourir :
Combien de fois j'ai vu les ris ,
S'introduiſant avec audace
Chez ton Notaire à cheveux gris ,
Malgré lui dérider fa face ,
Et fur fon pupitre ſurpris
Mettre Rabelais à la place
De la Coutume de Paris !
Combien de fois j'ai lû quelque plaifante Épître
* M. Gollé étoit coufin du Poëte Regnard .
16
MERCURE
Ou bien un couplet libertin ,
A la marge du parchemin ,
Où ta main griffonnoit un titre
Pour quelque fortuné faquin !
La liaifon intime qu'il contracta bientôt
avec Piron , n'étoit pas faire pour éteindre
fa gaîte habituelle. Ils avoient admis en tiers
dans leur amitié, Gallet, Marchand Épicier,
qui s'étoit fait connoître par fon goût pour
le Vaudeville , & qui , par fon talent & par
fon caractère jovial , étoit digne d'être à la
fois leur camarade & leur convive. Auffi
fe réuniffoient ils fort fouvent pour goûter
enfemble les plaifirs de la table , plaifirs plus
recherchés alors , & qui par le ton général de
la Société étoient foumis à des bienféances
moins févères. Citons une anecdote qui , en
faifant connoître le caractère de Collé & de
fes amis , pourra donner lieu à quelques réflexions
morales . « Un foir que nos trois amis
fe retiroient enſemble , après un fouper des
plus gais , au moment de le féparer de Piron
qui alloit paffer le pont- neuf pour rentrer
chez lui , Gallet & Collé , devenus plus affectueux
par le vin qu'ils avoient bu , lui témoignèrent
la plus tendre inquiétude , &
lui dirent que fon bel habit leur faifoit crain
dre qu'il ne fût tué par les voleurs . Eh !
quoi , Meffieurs , s'écrie l'Auteur de la Métromanie
, c'eft pour mon habit que vous
avez peur ! Ces mots font à peine achevés ,
que l'habit eft fur le pavé , & Piron à cent
pas de fes camarades. Le Guet le rencontre ,
DE FRANCE.
17
& le voyant en chemife , lui demande s'il a
été volé ; cette demande monte fur le champ
la tête de Piron ; il répond que oui , & revient
fur fes pas avec le Guet, qui fe faififfant
de M. Collé & de Gallet , au moment qu'ils
venoient de ramaffer l'habit de Piron ,
les mène tous trois chez le Commiffaire.
Sur le point d'arriver , Piron raconta fa véritable
aventure au Sergent , qui n'en voulut
rien croire ; nos trois Meffieurs voyant
qu'ils ne pouvoient faire ceffer la plaifanterie
, fe proposèrent au moins de s'en bien
amufer ; & l'on ne peut tenir parole plus
complettement . Le Commiffaire étant cou
ché , fon Clerc , qui n'étoit pas un grand
génie , commence l'interrogatoire. II demande
à Piron d'abord , quel eft fon nom ;
& le vôtre , lui répondit Piron ? Le Clerc
trouve ce propos féditieux , & lui demande.
s'il veut plaifanter la Juftice. Piron , après lui
avoir dit qu'il le trouve plaifant lui - même
de vouloir apprendre fon nom avant de lui
dire le fien , finit par fe nommer. Et votre
état, continue le demi - Magiftrat ? Quefaitesvous
? - Des vers.
Qu'est- ce que des
vers ? Vous moquez- vous encore de moi ?
Je ne me moque point ; &je vais vous le prouver
, fi vous voulez , par un impromptu pour
ou contre vous. Je n'entends rien à tout ce
verbiage là , répond ingénieufement le Clerc ,
qui fe met en colère , menace , & de Piron
paffe à Gallet , qui fe nomme d'un ton modefte
. On lui demande à fon tour : Quefaites-
----
-
18 MERCURE
vous ? -
-
Monfieur , répondit- il , des chan-
-
fons. Oh! ma foi je vais éveiller M. le
Commiffaire. Je vous en prie , Monfieur
reprend Galler d'un air benin , ne troublez
point le repos de M. le Commiffaire. Oui
Monfieur , je fais des chanfons ; & vous devez
connoître la dernière qui a couru de moi , dont
voici le refrain ; & il fe met à chanter le
refrain d'une de fes chanfons. "
" Quand il eut fini , M. Collé prévenant
l'interrogateur : je vais , lui dit - il , vous
épargnerla peine de m'interroger. Je m'appelle
Charles Collé; je demeure rue du Jour , Paroiffe
S. Euftache ; ma profeſſion eft de nerien
faire , dont mafamille enrage ; mais lorsque
les couplets de Monfieur font bons , je les
chante; & le voilà qui chante un couplet.
Puis , en montrant Piron : & quand Monfieur
fait de bons vers , je les déclame ; & le voilà
qui déclame deux vers Tragiques de Piron. »
« LeClerc furieux n'y tient plus ; il éveille
le Commiffaire , devant qui la fcène recom
mence , & qui finit par s'impatienter à fon
tour. Enfin cette comédie originale fe termine
par un bon mot de Piron , à qui le
Commiffaire , qui fe trouvoit par haſard le -
frère de Lafofle , Aureur de Manlius , crut
faire baiffer le ton , en lui ditant : Sayezvous
bien , Monfieur le Poëte , qui croyez,
vous moquer de moi , favez - vous bien que
j'ai un frère qui a beaucoup d'efprit ? Je le
crois , interrompit Piron , j'en ai bien un qui
n'eft qu'une bête. »
DE FRANCE. 19
Voilà une Anecdote qui annonce un grand
fonds de gaîté originale ; ajoutons que ce
font là des fcènes que nous ne devons aujourd'hui
ni blâmer , ni imiter. Si elles fe
renouveloient de nos jours , on ne fongeroit
plus à dire : Voilà des gens bien gais ; on
diroit : Voilà des gens de bien mauvaiſe
compagnie. On feroit injufte , comme on le
fera toujours , quand on condamnera les
morts , fans fe rendre en imagination leur
contemporain . On aura plus d'indulgence fi
l'on fonge bien que les moeurs publiques in-
Auent toujours fur les moeurs privées ; qu'à
l'époque dont nous parlons , les bienféances
n'étoient pas , à beaucoup près , auffi rigides ;
& que l'habitude du cabaret , habitude familière
aux perfonnes du meilleur ton , donnoit
alors au maintien du plus galant homme,
un air de franchiſe & d'abandon qui nous
paroîtroit fort étrange.
Quoi qu'il en foit , cette manière de vivre ,
qui contribuoit à nourrir la gaîte nationale
, qui femble décroître chaque jour, devoit
encore influer fur le caractère des Écrivains
du temps . Auffi cette époque fut elle
le règne de la parodie & du vaudeville ; deux
genres qui nous appartiennent en propre ,
puifqu'ils ont été à la fois créés & perfectionnés
par nous . Sans y attacher plus de
prix qu'ils ne méritent , il faut les chérir
comme des plantes indigènes de notre Parnaffe
, qui femblent dédaigner tout ciel étran
ger , & ne conferver leur parfum & leur
20 MERCURE
fraîcheur que fur le fol qui les fit naîtte. Ces
deux genres , dans lefquels nous n'avons point
de rivaux chez nos voisins ni dans l'antiquité
, font dangereux fans doute , parce
qu'il eft facile d'en abufer ; le vandeville ,
qui , felon l'expreffion de Defpréaux , ne
doit être que malin , peut aller jufqu'à la
méchanceté , & attaquer l'honneur du Citoyen
, & la parodie fe plaît à attacher du
ridicule aux productions du génie ; mais l'un
peut amufer innocemment ; & l'autre , par
une critique jufte & modérée , quoique plaifante,,
peut devenir utile à l'Art Dramatique
; enfin tous deux ont des droits fur
Nous , parce qu'ils font tout- à - la- fois le
produit & l'aliment de la gaîté Françoiſe. Il
eft à préfumer qu'on verra toujours fleurir
ou déchoir l'un & l'autre talent , à mefure
qu'on verra décroître ou s'angmenter cette
gaîté nationale ; & voilà fans doute pourquoi
l'on fe plaint aujourd'hui de la difette
des bons Chanfonniers & des bons Parodiftes.
M. Collé étoit de la célèbre Société du
Caveau. C'eft- là que fe réuniffoient les Gens
de Lettres les plus diftingués de ce temps là.
C'eft-là qu'ils paffoient des jours heureux
dans l'agréable réunion des plaifirs de la
table & des amuſemens de l'efprit . C'eft là
qu'avant de livrer leurs Ouvrages au Public ,
il les foumettoient , non à des lectures d'apparat
, telles qu'on en fait aujourd'hui dans
le monde , mais à d'utiles examens , dans
DE FRANCE. 21
lefquels l'amitié imploroit les confeils du
goût. Le Lecteur y recevoit de fon auditoire
, non de vains complimens , mais de
bons avis ; il étoit sûr de trouver des Cenfeurs
parmi les juges , parce que les juges
étoient fes amis ; enfin il y recueilloit , non
pas toujours de quoi flatter fon amourpropre
, mais toujours , ( ce qui vaut mieux
fans doute ) de quoi rendre fon Ouvrage
meilleur .
Que l'on compare maintenant à ces utiles
Comités , ce qu'on appelle aujourd'hui des
lectures d'Ouvrages , faites devant des Affemblées
, fouvent très - brillantes , à la vérité ,
dans lesquelles on eft admis , non pas en
raifon de fon degré de compétence littéraire ,
mais en raison de fa curiofité , de fon crédit
ou de fon rang dans le monde. Ces fortes de
lectures peuvent être utiles aux fuccès d'un
Auteur , mais à coup sûr elles font inutiles
à fon talent. Il auroit tort d'attendre , il n'y
cherche pas même des confeils qui fervent
à l'éclairer . La Dame du logis lui
donne fon fuffrage , pour le payer de fa
complaifance; & l'Affemblée le loue pour
plaire à la Dame du logis. Qu'on fuppole
dans ce cercle de trente perfonnes ,
deux Hommes de Lettres ; ( ceux qui connoiffent
ces fortes de lectures favent que
c'eft à peu près la proportion ordinaire )
qu'on fuppofe donc deux Hommes de Lettres
éclairés & de bonne-foi ; iront ils mêler
à des louanges d'étiquette de fages, critiques
22 MERCURE
•
que l'amour - propre de l'Auteur n'adoptera
point , & qui aux yeux du refte de
l'Affemblée auront l'air d'une pédapterie
de mauvais ton , fi elles ne font pas attribuées
à un fentiment de jalousie trifte &
gauche tout à la fois.
Après tout ce qu'on vient de lire fur la
manière de vivre des Gens de Lettres con
temporains de M. Collé , on concevra fans
peine qu'elle devoir tout-à la fois concourir à
la perfection de leur talent , & influer comme
nous l'avons dit fur le caractère de leurs Ou
vrages. M. Collé , qui n'avoit fait que renfor
cer,parfa manière d'être , le fonds de gaîté dont
l'avoit doué la Nature , fe fit bientôt diftinguer
parmi les Chanfonniers de fon temps. Ses
couplers font pleins de verve , d'enjouement
& d'originalité. Ce qui prouve qu'il avoit
pour ce genre un talent vraiment naturel ,
c'eft que pouvant paffer pour un Écrivain correct
dans les couplers, fa poéfie étoit par -tout
ailleurs d'un ftyle fort négligé ; on pourroit
citer en preuve fa Pièce de Dupuis & Defronais
, qui eft faire avec talent , mais qui
eft écrite avec beaucoup de négligence &
d'incorrection .
Cette Pièce fut fon coup d'effai au Théâtre
François ; & ce coup d'effai fut heureux. Il
fémbloit qu'il auroit dû encourager l'Auteur
& affurer au Public une longue fuite de productions
dramatiques ; mais à la réferve de
quelques changemens qu'il fit dans fa vieilleffe
à des Ouvrages connus qui ne paroifDE
FRANCE.
23
foient plus au Théâtre , & que fes corrections
ne purent y rappeler , parce qu'elles
ne furent pas adoptées par les Comédiens ,
la referve de ce travail , il ne fit plus pour la
Scène Françoiſe que fa Partie de Chaffe , qui
ne fut repréſentée que long - temps après
avoir été imprimée , & qui eut un fuccès des
plus brillans.
Son goût , ou plutôt les circonftances
tournèrent fon génie vers de petites Pièces
qu'il a raffemblees fous le titre de Théâtre
de Société. Ces Comédies , dans lef
quelles il s'eft montré tout- à-la fois créa
teur & modèle , n'étant pas deftinées aux
regards du Public , échappoient naturellement
au rigorifme de nos bienséances théâtrales
; mais fi l'on n'y trouve point cette
févérité d'expreffion & de peinture qu'exigent
des Spectateurs François , on y remar
que du moins une imitation fidelle des moeurs
qu'il a voulu peindre , un excellent dialogue ,
une bonne difpofition de Scènes , du plaifant
& du comique,
I. M. Collé , vers la fin de fa carrière , bornoit
fon commerce focial à un cercle peu
étendu . Attaché à la perfonne d'un Prince
chéri de la Nation, * c'eft dans fon palais qu'il
a fini fes jours , le 8 Novembre dernier . Il
étoit né avec cette gaîté qui rend l'efprit infouciant
; mais cette infouciance n'avoit point
paſſe juſqu'à ſon coeur. Citoyen vertueux &
* Il étoit Lecteur de fon A.S. Mgr. le Duc d'Orléans.
i
24 MERCURE
fenfible , il eût été pleuré par fes vieux amis ,
s'il n'avoit eu le malhenr encore plus grand
de leur furvivre. La douleur que leur perte
lui avoit caufée , ne lui laiffa point la force
de fupporter la mort d'une époufe qu'il chériffoit
tendrement . Dès ce moment un fatal
marafane s'empara de fon efprit , fon coeur
fe ferma , & il commença à mourir . Les regrets
qu'on a dounés à fa mort , égalent l'eftime
qu'on avoit pour fa perfonne & pour
fon talent .
( Cet Article eft de M. Imbert. )
ACADÉMI E.
PRIX propofés par la Société Royale des
Sciences & des Arts de Metz , pour les
années 1784 & 1785 .
plas que
ON peut obferver depuis long- temps que la fin
du fiècle qui s'écoule , n'a prefque plus pour caractère
principal qu'une trifte décadence . Il n'y a
les jeunes gens , qui n'ont pas de comparaifon
à faire entre ce qui fut jadis & ce qui eft aujourd'hui
, qui puiffent voir , fans la plus profonde
affliction , combien la Chaire , le Barreau , les Aca
démies , les Théâtres font dégénérés de leur antique
gloire . On y retrouve encore quelques-uns de ces .
hommes qui ont mérité de faire entrer leur fiècle
en rivalité avec le fiècle précédent ; eux- feuls foutiennent
encore l'honneur des Sciences & des Arts ;
& ce vif intérêt avec lequel nous les revoyons encore
, eft fur tout fondé fur la crainte de les perdre ;
il femble qu'avec eux tout doit périr . On ne peut fe
défendre de ces amères réflexions dans ce moment
fur- tout
1
DE FRA N C.E.
25
fur- tout où la perte récente de plufieurs Hommes
illuftres rappelle toutes celles qui fe font accumulées
depuis cinq ou fix ans . Notre fiècle possède encore de
très - grands Hommes , a dit quelque part l'Auteur de
l'Efprit, mais ils n'auront pas de fucceffeurs. Quelle
trifte perfpective ! Mais ne nous hátons jamais de
défefpérer ni des hommes ni des fiècles . Il eft peutêtre
dans l'Hiſtoire des Sciences & des Arts , comme
dans celle de la Nature , des momens de repos qui
ne font peut- être pas moins néceffaires à la perfection
des grands Hommes & au développement des
grandes découvertes, que les révolutions les plus ac
tives. Au moins ne foyons pas injuftes envers ces
grands Homines même que nous pleurons ; ne le
foyons pas envers nous- mêmes ; nous pouvons au
moins nous féliciter & leur rendre grâces de l'heureufe
influence qu'ont cue leurs lumières & leur
génie. S'ils ne fe font pas préparés une génération
qui les remplace , ils ont fait bien mieux , ils ont
amélioré le genre- humain entier. Jamais il n'y eut
plus de faines lumières , plus de bons principes répandus
parmi les Nations ; & fi jamais l'on n'a plus
déraisonné fur les matières de goût , parce que trop
de gèns s'en mêlent , jamais on n'a eu de meil cures
vûes fur tant d'autres objets où l'inftruction fe perfectionne
à mesure qu'elle devient générale. Pour
ne parler que d'une des moindres parties où l'on
puiffe obferver cet heureux avancement du fiècle , il
fuffit de jeter les yeux fur les Programmes de nos
Académies. Elles font toutes rentrées dans les objets
& les queftions où il eft le plus utile & le plus facile
d'acquérir une bonne théorie . Elles s'occupent
particulièrement des recherches qui peuvent améliorer
l'adminiftration de leur Province ; ou fi elles
fortent quelquefois de ces objets particuliers , c'est
pour offrir des questions qui appartiennent à la Légiflation
générale , en choififfant toujours celles dont
N°. 6 , 7 Février 1764.
B
26 MERCURE
la folution pourroit avoir un effet plus prompt &
plus heureux. Si elles perfévèrent dans ce plan , qu'il
eft à croire qu'elles perfectionneront fans ceffe , il
ne leur manquera que d'obtenir des ouvrages dignes
des fujets qu'elles auront propofés , pour que leur
Recueil devienne une fource abondante d'inftructions
pour ceux à qui la deftinée des Peuples eft
confiée . Parmi les Programmes d'Académie , aucun
ne méritoit mieux ce jufte hommage par les queftions
qu'il préfente , & par la manière dont il eſt
rédigé , que celui que je vais tranfcrire.
La queftion que la Société Royale avoit propofée
pour le Prix qu'elle devoit diftribuer le jour de Saint-
Louis 1783 , étoit énoncée en ces termes :
Quelle eft l'origine de l'opinion qui étend fur tous
les individus d'une même famille , une partie de la
honte attachée aux peines infamantes que fubit un
coupable ? Cette opinion eft- elle plus nuifible qu'utile ?
Et dans le cas où l'on fe décideroit pour l'affirmative
, quels feroient les moyens de parer aux inconvéniens
qui en résultent.
Aucun des Mémoires qui ont été préſentés au
Concours , n'a paru répondre à cette queſtion d'une
manière fatisfaifante. Plufieurs ont foutenu l'utilité
de cette opinion , fans néanmoins en avoir peſé &
fuffifamment approfondi les caufes , ainfi que fes
avantages ou les inconvéniens pour la Société en
général , & pour chaque famille en particulier. D'autres
, en l'attaquant , n'ont pas fait ufage de toutes
les reffources que le fujet préfente.
Ce n'eft cependant pas que la Société Royale n'ait
antingué , parmi les mémoires qu'elle a examinés ,
des ouvrages dignes d'éloges.
Le Mémoire inferit fous le N ° . 7 , & portant pour
épigraphe ces mots d'Horace : Tollite barbarum
DE FRANCE. 27
morem , eft écrit purement & avec chaleur. L'Auteur
attaque vivement le préjugé , & parlant au coeur avec
les mouvemens d'une éloquence perfuafive , il fait
fentir le mal qui en réfulte pour les familles ; mais il
ne difcute pas fuffisamment celui que peut éprouver
la Société politique , il n'indique pas affez nettement
les fources de l'opinion , non plus que les
moyens d'y remédier .
Le Mémoire N ° . 6 , qui a pour épigraphe ces
vers d'Horace :
Hic marus aheneus efto
Nil confcirefibi , nullâ pallefcere culpâ.
a mérité une diftinction par des vûes profondes.
L'Auteur eft très - verfé dans la ſcience des loix ; mais
en s'étendant trop en raifonnemens métaphyfiques ,
il a vû avec illufion le fyftême de notre légiflation &
les fondemens de nos moeurs . D'ailleurs , on trouve
en général plus de brillant que d'exactitude dans fes
expreffions ; des métaphores fréquemment emprun
tées de la fcience des Géomètres , & quelquefois enployées
fans jufteffe , offrent une forte de néologifme
qui dépare une production très-eftimable par le fonds
des idées & par la fagacité qu'elle annonce dans l'efprit
de fon Auteur.
Quant au Mémoire No. 5 , fous cette épigraphe :
Anima qua peccaverit ipfa morietur ; filius non portabit
iniquitatem patris , & pater non portabit iniquitatem
filii. On y a trouvé un fyftême de légiflation
propre à prévenir en partie les mauvais effets
du préjugé ; mais on ne voit pas dans la déduction
des motifs , une expofition fuffifante des inconvémiens
ou des avantages de l'opinion pour la Société.
L'on y apperçoit le germe de beaucoup d'idées
juftes , & l'on regrette qu'elles n'ayent pas été approfondies
ni foutenues par une chaîne de raifonnemens
capables d'opérer la conviction . D'ailleurs , le ſtyle
Bij
28
MERCURE
qui , dans ces matières , doit au moins être pur &
exact , préfente trop fouvent des négligences & des
trivialités , qui annoncent une plume peu exercée à
écrire fur des matières de droit public & de Jurif .
prudence.
Ainfi , la Société Royale , defirant que cette queftion
intéreffante foit traitée avec la profondeur qui
lui convient , a remis le prix au Concours de l'année
prochaine. Elle invite les Auteurs des Mémoires qui
viennent d'être indiqués , a retoucher leurs Ouvrages
, & en général elle engage ceux qui le propoferont
d'entrer en lice , à examiner l'opinion dont il
s'agit fous toutes les faces , & à expofer avec exactitude
Tinduence qu'elle a tant fur les individus que
fur les moeurs. Il feroit nécellaire que l'on s'attachât
fingulièrement à difcuter les points fuivans , qui dérivent
de la queftion principale , favoir :
1
1. Si nos loix donnent à un parent , quelque
proche qu'il foit d'un homme enclin au vice , le droit
& le pouvoir de mettre , dans tous les temps , obftacle
à ce penchant?:
2. Si la communication de laflétriffure ne nuit
pas plus à l'état qu'elle ne lui profite , en forçant des
familles à s'expatrier , & fouvent en les difpofant au
erime par l'aviliffement ?
60
3. Si en rendant l'infamie perfonnelle , on n'af
fureroit pas plutôt la punition des crimes qu'en
laiffant fubfifter un préjugé qui oblige les familles.
honnêtes à recourir à des moyens étrangers aux loix,
pour fouftraire les coupables, aux rigueurs de la
justice ?
**
49. Enfin , quel feroit le fystême de Légiftation le
plus propre à détruire le préjugé , ou à prévenir fes
inconvéniens , fi l'on penfoit qu'il fût utile de conferver
une partie de fes effets , ou qu'ilfût impoffible
de l'anéantir entièrement ?
La Société Royale avoit propofé , pour cette
DE FRANCE. 29
année , un autre fujet auffi intéreflant pour cette
Province que celui dont on vient de parler l'eft pour
l'humanité entière . Elle avoit offert un Prix extraor
dinaire , dont les fonds ont été faits par un Citoyen ,
à l'Auteur du Mémoire dans lequel on détermine
roit , avec le plus de précifion , les avantages qui
réſulteroient de la jonction de la Meufe à la Seine
d'une part , & à la Mozelle de l'autre , pour le Commerce
actif, pafif & d'entrepôt de toutes les parties
de la Province.
2. La Société efpéroit que dans ce moment , où des
Adminiftrateurs zélés s'occupent de l'examen de ces
projets , quelqu'habitant éclairé de la Province s'emprefferoit
de faire connoître au Gouvernement , des
avantages propres à accélérer l'exécution du plan
propofé , mais fon attente a été trompée. Elle n'a
reçu aucun Mémoire fur la queftion...
Elle ne peut croire qu'une tâche auffi intéreffante
ait paru indifférente. Elle aime à fe perfuader que
l'étendue de la queftion a feule empêché les Auteurs
d'en entreprendre l'examen . Et en effet , pour la réfoudre
il auroit fallu connoître également toutes les
productions naturelles & artificielles du cours de la
Mozelle & de la Meufe : connoiffance difficile à acquérir.
En conféquence la Société Royale refferrera
fon Programme dans des bornes plus étroites , & fc
contentera de demander pour le Concours de l'année
prochaine :
Quelle feroit l'influence du Canal qui joindroit la
Meufe à la Seine par la Bar , Aine & l'Oife , fur
le Commerce actif, rallif& d'entrepôt de toutes les
parties de la Province ?
•
Indépendamment de ces deux queftions , qui font
remifes au Concours de 1784 , la Société Royale
croit devoir rappeler , que le fujer propofé l'année
dernière pour le Prix ordinaire qui doit être difuibué
en cette même année 1784 , eft de
Buj
30 MERCURE
- Donner l'état des différentes branches du Commerce
actif, paffif & d'entrepôt de la Ville de Metz
&du Pays- Meffin , & d'en établir la balance.
Il reste maintenant à annoncer le fujet du Prix qui
doit être diſtribué en 1785.
La Société Royale s'eft précédemment occupée
d'une branche d'Agriculture qui fait la base d'une
grande partie des propriétés du Pays. Elle a cherché
a répandre des lumières fur la culture de la Vigne &
fur la façon des Vins ; il femble naturel qu'elle cher
che maintenant à rectifier les principales Machines
qui fervent à cette manipulation.
Jufqu'à préfent la forme & les proportions des
Preffoirs ont été arbitraires & abandonnées , pour
ainfi dire , au caprice des Ouvriers qui , n'ayant fur
ces Machines que des idées vagues , ort copié fucceffivement
les modèles imparfaits qu'ils ont rencontrés.
Il eft certain que ces Machines font fufceptibles
d'être rectifiées & afſujéties à des proportions : l'expérience
doit avoir fait connoître quel eft le degré de
preffion néceffaire pour extraire , dans un temps
donné , tout le liquide contenu dans une quantité dé
terminée de grappes de raifins. Cette expérience répétée
fur des maffes plus ou moins grandes , doit
fervir de règle pour la conftruction d'un preffoir. Si
la force qui preffe eft double ou triple de celle qui
eft néceffaire pour écrafer toutes les graines , il peut
en réfulter une plus grande difficulté à mettre la Machine
en jeu , elle exige alors plus de bras pour la
manoeuvrer , & plus de dépenfes pour la conftruire .
La cherté de ces fortes de Machines , & les grands
emplacemens qui leur font néceffaires , empêchent
plufieurs Propriétaires d'en faire conftruire chez eux.
Il en résulte beaucoup d'inconvéniens dans les années
abondantes ; ces inconvéniens influent néceffairement
fur la qualité des vins , qui restent trop ou
DE FRANCE.
31
=
trop peu dans les cuves , fuivant le plus ou le moins
de difficulté à obtenir des places dans les Preffoirs
publics.
Ces motifs ont engagé la Société à propofer aux
Artiſtes , de
Déterminer la forme la plus avantageuse à donner
à un Preffoir ; le compofer de façon qu'il occupe`
le moindre efpace poffible , qu'il produife le plus
grand effet , & n'exige qu'une force médiocre pour le
mettre enjeu.
On demande une Machine fimple & d'une exécution
facile , dont on indiquera toutes les dimenfions
dans un Mémoire auquel feront joints des plans &
élévations.
Les Auteurs détailleiont les expériences d'après
lefquelles ils auront déterminé la force de la nouvelle
Machine ; & ils feront connoître fes avantages
fur les anciennes les plus en ufage.
Le Prix pour chacun des quatre fujets propofés
fera uné Médaille d'or de la valeur de 400 liv.
Les Mémoires feront adreffés , francs de port , au
Secrétaire- Perpétuel , avant le premier jour de Juin
de chacune des années pour lefquelles les Queſtions
font propofées ; favoir , en 1784 pour les trois premières
, & en 1785 pour la dernière , fans quoi les
Mémoires feront rejetés du Concours.
Les Auteurs auront attention de ne pas le faire
connoître : ils mettront leur nom dans un billet cacheté
qui contiendra , tant au- dedans que par fufcription
, la même Epigraphe qui fera en tête du
Mémoire.
Biv
32 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'AFFLUENCE extraordinaire que la Carayane
continue d'attirer , affure à cette nouveauté
un fuccès d'autant plus flatteur , qu'il
femble augmenter à mesure qu'on la voit &
qu'on l'entend davantage. Cet effet ne fera
pas difficile à expliquer pour quiconque examinera
avec attention & avec impartialité la
manière dont ce Drame eft conçu & exécuté
dans fes differentes parties.
Le premier Acte nous paroît un modèle
pour l'enſemble , l'unité & la fimplicité de
la compofition. Ce n'est qu'un même tableau
du commencement jufqu'à la fin , varié par
des incidens qui établitfent , fufpendent &
graduent l'intérêt , & qui en même temps
offrent au Compofiteur des fujets de mulique
très variés. Voyons comment M. Grétry
l'a exécuté.
Son ouverture commence par un morceau
de pure harmonie , mais très bien .
fait , où il femble avoir évité un chant ſuivi
pour donner plus d'effet à un récit de hautbois
, d'une mélodie très agréable , après
lequel le commencement de l'ouverture reprend
, & fe termine par une phrafe de
chant exprimant la marche fur laquelle la
DE FRANCE.
33
Caravane elt cenfée arriver derrière la Scène.
Le chant du hautbois eft celui du choeur qui
termine la Pièce , cette manière de rappeler
à l'oreille des traits caractérisés de melodie
ou d'harmonie deja entendus , fert à établir
entre les differentes parties du Drame Lyri
que des rapports fenfibles , qui contribuent
à y donner cet eafemble , & cette vérité precieufe
dont on n'avoit pas l'idée il y a dix ans .
M. Gretty , dans fes précédens . Ouvrages , a
déjà em: loye ce moyen avec autant d'efpric
que de fuccès.
Un mérite effentiel , propre à M. Grétry ,
& que peu de Compofiteurs partagent avec
lui , eft de s'attacher non - feulement à rendre
avec verité l'expreffion des fentimens & des
paroles , mais à chercher des couleurs & des
nuances propres à diftinguer le caractère des
"perfonnages qu'il fait chanter. On trouve
cette fidelité d'expreffion prefque dans tout
le cours de fon Ouvrage.
Les grouppes différens qui compofent
la Caravane occupent la Scène pendant la
durée de l'Acte , & y forment un choeur
prefque continu , mais qui prend fucceffivement
les couleurs qu'exige la variété des
incidens qui furviennent.
Dans le premier choeur , le chant des
Voyageurs libres eft en mode majeur ; celui
des Efclaves eft en mineur. Cette idée eft
heureufe & naturelle ; il étoit difficile de
confervér dans l'oppofition de ces deux
By
34 MERCURE
chants l'unité effentielle à tout morcean
de mufique.
Saint- Phar s'annonce par un couplet de
récitatif d'une déclamation vraie & fentie.
Nous defirerions que tout le récitatif de cet
Ouvrage fût fait avec le même foin. Le duo
de Saint- Phar & de Zélime eft d'un beau
caractère , d'un chant élégant & fenfible',
bien développé , bien contraſté , marchant
rapidement à un feul morceau d'enſemble ' ,
fans aucune de ces répétitions déplacées ou
oifeufes qui furchargent tant de duos applaudis.
Dans ce duo , comme dans tout le cours
de la Pièce , le caractère de Zélime eft marqué
par des tournures de chant agréables &
fenfibles . Celui de Saint Phar n'a pas & ne
peut pas avoir une couleur auffi diftincte ;
mais celui d'Hufca eft prononcé de la manière
la plus vraie & la plus heureufe , foir
dans le récitatif , foit dans le chant mefuré.
L'air: Qu'efpère- tu , téméraire François , a
dans le chant une forte de rudeffe & un
rhithme fortement reffenti , qui conviennent
parfaitement à cet avide Marchand
d'Efclaves. Mais l'extrême fimplicité & l'afpérité
même du chant , font fauvées par un accompagnement
très bien fait. Le trio qui
fuit n'a pas un effet de chant bien faillant ,
mais la marche en eft rapide , le dialogue
bien coupé & les caractères bien confervés.
Le cri , Aux armes , aux armes , qui viene
interrompre cette Scène , pourroit y jeter
DE FRANCE. 3.5
îc
plus de chaleur , s'il étoit d'un mouvement
plus vif & s'il y avoit plus de défordre
dans le chant du petit choeur des Voyageurs.
A cela près , tout ce morceau nous paro
compofé avec une grande intelligence . L'incurfion
des Arabes eft annoncée par un
mouvement de l'Orcheftre , qui peint diftinctement
le galop des chevaux . Ce mouvement
règne pendant le combat , & continue
même lorfque les combattans ne font plus
fous les yeux des Spectateurs. Le tumulte de
ce combat eft exprimé avec chaleur par le
chant des cheurs & par l'effet brillant &
animé de l'Orcheftre. Le couplet de Zelime
& des Femmes , Ciel , au fein du carnage ,
qui coupe fi heureufement ce choeur , eft
d'une fenfibilité exquife : ces deux vers furtout
,
Qu'il forte triomphant
De ce combat fanglant ,
font rendus par un chant douloureux avec
un trait de baffe très fimple , mais d'un bel
effet d'expreffion. [
Le chant de Zélime fur ces mots : La
victoire eft à nous , fait éprouver une fenfation
délicieufe ; & ce n'eft pas feulement
l'effet d'un trait de mélodie heureux ; les
trompettes qui accompagnent feules ce mor
ceau forment un contratte frappant avec le
.chant de Zélime , où la joie du, triomphe de
fon amant eft encore teinte de la frayeur , que
lui a caufée fon danger. Ces nuances fines &
B vj
36
MERCURE
vraies ne font pas fenties d'abord par tous
les Auditeurs ; mais elles n'échappent pas à
ceux qui écoutent la mufique avec une âme
fenfible & des oreilles exercées.
Tout le morceau d'enſemble où Saint-
Phar & Zélime fe difputent de générofité
, où Hufca fe montre infenfible à leurs
eines & aux prières du cheur , eft traité
avec la plus grande intelligence . Tous les
caractères y font très diftincts , & ces
oppolitions y font fondues avec beaucoup
d'art . Si dans cette finale on fait attention
au chant de ces vers ,
Délivre au lieu de moi l'objet de ma tendreffe.
C'eft pour une épouse fidelle
Que Saint-Phar bravoit le trépas.
l'oreille fera frappée de deux traits de mé
lodie auffi neufs que fenfibles.
Cette finale , d'une compofition entièrement
neuve , le termine par une idée bien
ingénieufe. Les Voyageurs , indignés de la
dureté inflexible d'Hufca , chantent d'abord
à demi voix , Quelle injuftice ! quelle avarice!
Mais leur fentiment croiffant par degrés ,
ils élèvent la voix , & répètent plus haut :
Quelle injuftice ! Alors Hufca leur impofe
filence par ce feul mot , Paix. Tout le tait
à la fois un moment ; & ce filence n'eft interrompu
que par la reprife du dernier trait
de l'ouverture, qui exprime la marche de la
DE FRANCE.
37
"
Caravane. Cette reprife , d'un chant frais &
original , tamenée d'une manière ti heureuſe,
eft d'un effet très - piquant , & en mêmetemps
très vrai. Nous avons remarqué plus
haut combien ces reffources de l'efprit , miles
en oeuvre par le talent , fervent à donner de
l'enfemble & de l'unité aux differentes parties
d'un Drame mufical; mais l'éloge du Muficien
dans cette partie eft en même temps
celui du Poëte qui a compofé & deffine le
tableau où la mufique applique enfuite fes
couleurs.
Le fecond Acte préfente d'autres tableaux
& d'autres effets de musique. Le récitatif
d'Hufca & de Tamorin nous paroît un peu
néghge. L'air d'Hufca : J'ai des beautés piquantes
, offre une intention fine qui mérite
d'être remarquie , il eft annoncé dès le commencement
de la Scène par une ritournelle
coupée enfuite par le récitatif , & qui en
devient plus faillante lorfqu'elle le rejoint à
l'air :M. Grétry avoit déjà donné un exemple
heureux de ce genre des ritournelles qui préparent
un air encore éloigné , dans celui que
chante Mme Dugazon fur ces paroles des Évé
nemens Imprévus : Dans le fiècle où nousfommes,
&c. L'aird'Hufca eft d'un chant naturel
& vraiment comique ; il prend un moment te
´ton mineur fur ce vers : J'en ai de languiffantes
, & ce paffage lui donne une expreffion
piquante & vraie. Lorſque l'air reprend
en duo , il y a un trait d'efprit qui n'a pas
échappé aux Spectateurs ; Tamorin chante ,
38 MERCURE
Quoi, des beautés piquantes ! fur des cordes
fi élevées , que cette feule phrafe indique
clairement le rôle que joue cet Efclave dans
le Sérail de fon Maître.
Le ton grave & foutenu du récitatif du
Pacha annonce fon caractère ; il contrafte
heureufement avec celui de Tamorin. L'air :
J'ai toujours aimé la France , eft d'une belle
compofition & d'un effet brillant . Les motifs
en font variés fuivant les fentimens différens
qui y font exprimés . Le chant doux &
fenfible que le Compofiteur a mis fur ce
vers : En vain l'Amour veut arrêter fes pas ,
forme une oppofition heureuſe avec le ton
ferme de ce qui précède ; & cette variété
d'expicffions n'altère point l'unité du morceau.
Le chant d'Almaide répété par le
choeur des femmes du ferrail , & fur lequel
danfent d'autres Efclaves , eft d'un caractère
aimable ; l'accompagnement de violes eft
d'une tournure neuve ; mais l'effet de l'enfemble
ne nous a paru ni affez intéreffant
ni affez varié ; peut - être que l'Auteur n'a pas
voulu donner plus d'effet à ce divertiffement,
qui n'eft qu'une espèce de répétition .
L'air de bravoure que chante Tamorin :
C'est la trifte monotonie , eft d'une tournure
originale ; il femble que le Compofiteur
ait voulu caractériſer encore le perfonnage
qui le chante par une teinte de langueur
& de molleffe dont participent même les
paffages légers & brillans qui y font répandus.
Le trio: Il amène des Hollandoifes , eft
DE FRANCE. 39
d'une fimplicité remarquable. Ce n'eft dans
le commencement qu'une déclamation no-
-tée , mais dont la vérité comique eft fentie de
ttout le monde. Ce genre de mérite eft partculier
à M. Grétry , qui en a donné déjà des
modèles fi heureux dans le duo des vieillards
de la fauffe Magie , dans celui des deux Avares
& dans celui de l'Embarras des Richeffes, Que
je le plains ! le malheureux ! La fin du trio en
devenant plus chantante en a plus d'effet ; le
petit paffage qui fe trouve fur ce vers : On les
-dit un peu changeantes , a une grâce & une
fineffe qui n'a point offenfé les femmes .
Le divertiffement du Bazard préfente des
danfes de différentes Nations très- bien caractérisées
par les airs. Il eft coupé par deux
airs chantés , l'un avec accompagnement de
Harpe , qui ne fait pas beaucoup d'effet ;
l'autre , fur des paroles de Métaftafe , eft
d'une compofition riche par la variété de fes
motifs & par le brillant des paffages , qui en
rendent en même- temps l'exécution difficile.
Nous ne dirons rien du quatuor allemand.
La fête eft terminée par un air de
danfe à trois fajets d'une intention ingénieufe
& nouvelle ; l'un a un caractère tendre
exprimé par un récit de flûte ; le ſecond,
purement gracieux , et rendu par le hautbois
; le troifième, vif& gai , eft exécuté par la
petite flûre. Les trois Danfeufes danfent lucceffivement
fur chacun de ces fujets , qui fe
reuniffent enfuite pour former un enfemble.
L'air de Saint- Phar qui termine cet
40 MERCURE
Acte , quoique d'un caractère noble &
vrai , nous a paru manquer un peu de rondeur
& de netteté dans les développemens
, & d'intérêt dans le chant ; il fait peut
d'effet.
Floreftan, dans le treifième Acte, eft un troi
fième rôle de baffe- taille , dont le caractère
eft marqué par des nuances bien diftinctes ;
cet art de nuancer les caractères eft une des
plus grandes difficultés de la mufique dramatique.
L'air Ah ! fi pour la patrie , eft an
morceau d'un feul jet, né dans un de ces momens
d'infpiration que le génie le plus fécond
ne peut pas fe promettre de retrouver
quand il en aura befoin. La beauté du
chant y eft unie à la vérité de la déclamation
, & les accompagnemens femblent être
venus tout faits avec le chant . Les deux
airs d'almaide qui fe fuivent d'affez près
forment une oppofition heureufe avec l'air
précédent, & font d'une couleur très différente
l'un de l'autre , quoique tous deux
dans la forme des grands airs Italiens , avec
deux parties , & deux motifs bien fuivis ,
bien arrondis , bien périodiques. On voit
que M. Grétry fait de ces airs là quand il le
veut , & que ce ne font pas ceux qui lui
coûtent le plus .
Le Rondeau du Pacha : C'eft en vain
qu'Almaïde efpère , eft d'un chant facile ,
agréable & fenfible ; l'accompagnement en
eft charmant , & il eft relevé encore par une
intention fpirituelle qui nous a frappés. Tan
DE FRANCE, 41
dis que le Pacha dit qu'Almaïde lui offre
en vain fes attraits ; l'orchestre rappelle
les traits de Violes qui fervoient d'accompagnement
au chant de la Sultane dans la
fère qu'elle donne au Pacha au deuxième
Acte , & où elle cherche à ramener à elle un
coeur qui s'échappe.
Toute la fin de ce troisième Acte , à
commencer du choeur : On enlève Zélime ,
eft purement dramatique. Le récitatif & le.
chant mefuré y font liés & fondus par des
pallages rapides & naturels. Le duo du Pacha
& de Floreftan , s'arrêtant fur la dominante
au lieu de fe terminer fuivant la règle'
fur la note du ton, fe rattache naturellement
par là à l'air pathétique de Zelime : Ak!fur
moi vengez- vous ; cet air eft d'un caractère
pur , & porte des accens bien fenfibles ;
mais nous avonons que nous l'avons trouvé
trop prolongé pour la fituation , que le
rhythme nous en a paru vague & le chant
trop uniforme , & que l'effet ne femble pas
répondre à l'intention du Compofiteur.
Le choeur de la fin eft d'une mélodie
pleine de douceur & de charme , d'une
harmonie, fimple & pure , dont l'effet eft
généralement fenti ; tous les au liteurs ne fe
rappellent pas que le motif en eſt le même
que le récit du hautbois dans l'ouverture ;
c'étoit une espèce de ritournelle qui préparoit
de loin l'oreille à ce chant , devenu plus
agréable & plus fenfible lorfqu'il s'unit à
42 MERCURE
2
la parole & qu'il eft attaché à une fituation
intéreflante.
Nous ne doutons pas que des Cenfeurs
difficiles ne trouvent dans la mufique de la
Caravane des négligences que nous n'avons
pas relevées ; il eft permis fans doute de
croire que M. Grétry pouvoit faire encore
mieux qu'il n'a fait ; mais nous croyons en
même temps qu'il eft encore plus difficile de
faire mieux que lui . Il a ouvert fur ce Théâ
tre une carrière nouvelle ; il nous a fait
jouir de beautés neuves & piquantes ; il a
montré la route à ceux qui voudront le
fuivre ; ce genre de mérite ne permet guè es
la févérite ; fi elle eft permife , ce ne peut
être d'ailleurs qu'à des juges qui ont plus de
Jumières & d'autorité que nous ; & fi elle
eft utile & bien placée , c'eſt à l'égard des
Compositeurs qui , ignorant ou dédaignant
les vrais principes de leur Art , facrifient à
des ornemens frivoles, dont le charm eeft de
peu de durée , de grandes & éternelles beautés
dont ils ont des modèles fous les yeux . , :
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 27 Janvier , on a donné pour
la première fois le Marchand d'Efclaves ,
Parodie de la Caravanne , en deux Actes &
en Vaudevilles .
L'intrigue de cette Parodie eft calquée fur
celle de la Caravanne. On y retrouve les
DE FRANCE. 43
mêmes fituations , les mêmes détails , avec
de petites additions critiques , dont les unes
font heureufes & faillantes , & les autres
très communes . Si l'on en excepte quelques
couplets qui ont excité des éclats , & qui en
effet ne font pas fan gaîté , l'Ouvrage ne
méritoit pas de fuccès , & n'avoit produit
qu'une très légère ſenſation , lorsque l'arrivée
du père dans un char furmonté d'un ballon
, a excité un rire univerfel & des applau
diffemens généraux. Le couplet chanté enfuite
par le Marchand d'Efclaves fur l'air.;
J'ai perdu mon âne , n'a pas été moins ap
plaudi. Le voici :
De telles venues
Ne nous font pas inconnues ;
Car l'on voit de temps en temps
Des pères & des dénouemens ·
Qui tombent des nues.
On ne fauroit fe diffimuler que le mot qui
forme l'Épigramme de ce couplet eft devenu
trivial par le fréquent ufage qu'on en a fait ;
cependant il faut convenir que la fituation
& la defcente du père dans un ballon lui
rendent de la fraîcheur , & en font une plaifanterie
piquante . Dès ce moment , le fuccès
qui, jufqu'alors, avoit été fort équivoque ,
a été abfolument décidé. On a demandé l'Auteur.
M. Rozière s'eft préfenté , & dans un
couplet qui pourroit faire préfumer que les
Aureurs comptoient d'avance fur le fuccès
de leur Ouvrage , il a declaré au Public qu'il
44
MERCURE
avoit fait toutes les chansons qu'on venoit
d'entendre avec un compère qu'il n'a pas
nommé. Enfuite il a fait au Parterre un
perit
compliment qui a éte fort bien reçu ,
& tout le monde s'eft quitté fort content.
L'Auteur a garni fa Parodie d'une foule de
vers de la
Caravanne , dont il auroit pu & même
dûne fe point
fervir.UnParodifte, puifque
c'est un ufage reçu , peut bien employer de
temps en temps quelques vers de l'Ouvrage
qu'il traveftit , quand ils prêtent au ridicule ,
& qu'il en peut réfulter une plaifanterie ;
mais prendre les vers d'un Auteur pour les
faire fervir à filer les Scènes d'une Parodie,
c'eft , à notre avis , violer le droit des gens.
Quand on veut perfiffler un Ouvrage , il
faut au moins que le railleur fe ferve de fon
efprit , & qu'il ne s'expofe pas à un reproche
grave en empruntant celui de l'Écrivain
dont il a voulu être le Critique.
ANNONCES ET
NOTICES.
BIBLIOTHEQUE PhyficcÉconomique
, inftruetive
&
amufante
, recueillie
en 1783.
Seconde
année
,
contenant
des
Mémoires
&
Obfervations
pratiques
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Sur
l'économie
ruftique
, fur
les
nouvelles
découvertes
les
plus
intéreffentes
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de
nouvellys
m chines
&
inftrumens
inventés
pour
la
perfection
des
Arts
utiles
&
agréables
, &c . 1 vol. in- 12 , de
plus
de 450
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en taille
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douce
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liv. relié , & franc
de port
par
la
DE FRANCE.
pofte , 2 liv. 12 fols broché . On s'adreffe à Paris ,
M. Buiffon , rue & hôtel Serpentc.
" Nous avons fait connoître , en Janvier dernier .
la première année de ce Recueil intéreſſant. Le juge--
ment que nous en avons porté alors a été pleinement
juftifié par le prompt débit de deux Éditions ;
& le Volume nouveau que nous annonçɔas ne mérite
pas moins l'accueil du Public L'idée de recueillit
annuellement tout ce qui intéreffe la fanté des hommes
& des animaux , toutes les découvertes utiles &
agréables , & c . & c. eft heureuſe , & doit former un
dépôt atile à toutes les claffes de Gitoyens. Le prix
des deux volumes eft de 5 liv. 4fols brochés , rendus
franc de port par tout le Royaume.
1
ALMANACH du Voyageur à Paris , contenant
une Defcription exacte & intéreſſante de tous les
monumens , chef- d'oeuvres des Arts , établiſſemens
utiles , & autres objets de curiofité que renferme
cette Capitale : Ouvrage utile aux Citoyens , & indifpenfable
pour l'Etranger , par M Thiery , année
1784. Prix , 3 livbroché A Paris , chez Hardouin ,
Libraire , rue des Prêtres Saint - Germain l'Auxerrois.
Ect Ouvrage ne tient à la claffe des Almanachs
que par fon titre & par le calendrier qui eft à la tête,
On doit le mettre au petit nombre des productions
de ce genre faites pour être diftinguées de la foule . Il
eft de la plus grande utilité pour ceux qui viennent
voir cette Capitale , & même pour ceux qui l'habitent.
Il paroît cette année avec des améliorations &
des augmentations confidérables . Cet Ouvrage ayant
reçu du Public l'accueil qu'il méritoit , les Amateurs
des Arts fe font empreffés de concourir à fa perfec
tion , & ont offert à l'Auteur des fecours & des renfeignemens
dont il a profité avec zèle & intelligence.
Parmi les articles intéreffans qu'il renferme , on doit
remarquer celui qui porte le titre d'Agenda . On y a
46 MERCURE
noré tous les jours de l'année qui offrent aux curieux
quelqu'objet digne d'être vû. Moyennant cet
Agenda , chacun peut s'affurer fi rien n'est échappé
à fa curiofité dans cette Capitale , fi féconde en
Spectacles. Enfin cet Almanach nous a paru auffi bien
conçu qu'exécuté .
On trouve chez le même Libraire , l'Éloge du
Pouffin ,, par M. Guibal , que nous avons annoncé
avec éloge dans nos Numéros précédens.
LA Penfion Génevoife , on l'Éducation , Drame
en un Acte & en vers , par M. G. Patrat , repréfenté
pour la première fois à Paris fur le Théâtre de
l'Ambigu Comique , le 10 Septembre 1783. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur- Libraire ,
Galande , n°. 64.
ci
rue
Cette Pièce qui , par le fujet , n'étoit guères fulceptible
d'action , offre au moins un tableau intéreflant.
L'Auteur , M. Patrat , qui a obtenu des fuccès
fur plus d'un Théâtre , fuppofe qu'une Marquife
vient pour confier fa fille à l'Inftitutrice . Cellepour
lui donner une idée de la manière dont elle
élève la jeuneffe la place dans un endroit d'où elle
peut confidérer toutes les Élèves , qui font pour lors
en récréation. Le ſpectacle de leurs converfations &
de leurs divers amuſemens fait l'éloge de leur Maitreffe
; mais parmi elles il fe trouve deux foeurs ,
Delphire & Aglaure , qui ne font occupées que du
foin de leur parure , & qui ne refpirent que l'orgueil
du rang & des richeffes. Pour les corriger elle
leur fait dire que leur père vient d'être ruiné , &
qu'elles vont vivre déformais dans l'indigence. Le
chagrin leur fait faire des réflexions ; les offres
bienfaifantes de leurs compagnes touchent leurs
coeurs , & cette leçon les rend à la nature & au fentiment
. On peut reprocher à l'Auteur de n'avoir pas
toujours fait parler ces jeunes Élèves avec la naï,
DE FRACNE. 47
veté de l'enfance , d'avoir mis trop ſouvent l'Auteur
à la place du Perſonnage ; mais il y a dans cette
petite Pièce des détails heureux , & l'intérêt propre
au fujet.
On trouve chez le même Libraire les Confu'tations
, Comédie en un Acte en profe , repréſentée
fur le Théâtre des Variétés Amufantes.
NOUVELLE Topographie de la France. Carte de
la région centre , la cinquième des neuf qui préfentent
le premier degré de détail de la fuperficie du
Royaume.
Cette Carte , qui eft gravée avec foin , contient
le Maine , l'Anjou , la Touraine , l'Orléanois , une
partie de la Champagne , le Nivernois , le Bourbonnois
, le Berri , le Haut- Poitou , l'Angoumois
la principale partie du Limofin , la Marche & la
Bafle-Auvergne. La Soufcription de la première
Partie étant fermée , on pourra foufcrire
pour la fe
conde , chez M. Robert de Hellelin , Cenfeur Royal ,
rue du Jardinet , vis- à - vis celle du Paon.
RECUEIL de douze Airs de Chant , avec Accompagnement
de Harpe , par M. Hinner , Officier
de la Chambre de la Reine , OEuvre II . Prix , 7 liv.
fols. A Paris , chez Naderman , Facteur de Harpe
de la Reine , rue d'Argenteuil , Butte Saint Roch.
4
LA Marchande de Modes , Ariette badine ,
dédiée aux Dames , paroles & mufique de M. le Chevalier
de B.... de Saint Satry , Prix , 2 livres. A Paris ,
chez M. Auvray , Marchand d'Eftampes , rue Saint
Jacques , près Saint Yves.
OUVERTURE du Poëte fuppofé , Opéra en
trois Actes , mafique de M. Champein , arrangée
pour le Forte - Piano par l'Auteur Prix , 2 liv. 8 fols.
48 MERCURE
Au Bureau du fieur Lawalle - Lécuyer , Marchand de
Mufique , Cour du Commerce , Fauxbourg Saint
Germain.
On trouve à la même Adreffe la Partition dudit
Opéra. Prix , 24 liv . Les Parties féparées , 12 liv,
celic de la Mélomane , 12 liv.
RECUEIL de petits Airs variés pour la Harpe ,
dont celui de Marlbourong , j'ai du bon tab.c , &
un par l'Auteur, avec Accomp grement d'un Violon
, & autres Airs de chant par M Krumpholtz
rue d'Argenteuil , Butte Saint Roch , hôtel de la Prévôté
OEuvre X. Prix , 7 livres 4 fols . A Paris ,
chez Naderman , Luthier de la Reine , même rue.
LAMANT infortuné , avec Accompagnement de
Violons , Flutes , Alto & Baffe , compofé par
M *** . Amateur. Prix , 1 liv. 16 fols. A Paris,
chez Mme Bérault , Marchande de Mufique , rue de
l'ancienne Comédie Françoife.
1
Pour les Annonces des Titres de la Gravure •
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures,
2
}
TABL E
FRAGMENT d'un Poëme fur Nécrologie ,
3 Académie,
13
24
Charade , Enigme & Logo gry Academ. Royale de Mufiq . 32
6 Comédie Italienne ,
Le Printemps ,
phe ,
Leçons de Géographie,.
L'honneur François, 12
8 Annonces & Notices ,
43
APPROBATION.
·
A la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure pour le Samedi 7 Février. Je n'y ai
rien trouvé puiffe en ervécher impresion. A Paris ,
le 23 6 Février 1784. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 FÉVRIER 1784.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
A M. DE LA HARPE , en lui envoyant
des Vers fur la Paix. *
J'AI voulu célébrer la paix ,
Non dans la langue de Virgile :
* Note du Rédacteur. Ces Vers nous ont paru mériter
une Note diſtinctive & d'encouragement. L'Auteur eft un
jeune Rhétoricien. Son âge eût follicité l'indulgence , fi
fa Pièce en avoit eu befoin . Rien de meilleur augure dans
un jeune Candidat que cette admiration pour les Gens
de Lettres confulaires , d'autant moins fufpecte qu'elle eft
plus précoce.
Il parle avec tranſport des Maîtres de ſon Art.
On ne trouve pas ici la moindre trace de cet entorti!-
Jage des petites idées, qui annonce la prétention à l'efprit ,
mais qui en prouve encore mieux l'indigence , ni cente
N°. 7, 14 Février 1784.. C
So MERCURE
"
1
Un ouvrage auffi difficile
Vous paye à peine de vos frais.
Le dégoût du Public , le mépris de la ville
Effray e un jeune Auteur dès les premiers effais ;
A peine Polignac, malgré tous les attraits ,
Eft- il encor lû dans ce ftyle.
Moi qui n'ai rien de cet efprit facile ,
Qui feul affure le fuccès ,
J'ai forcé ma verve ftérile
A ne travailler qu'en François :
Dans cette langue aimable , où ton génie habile ,
Tantôt trace avec feu les illuftres forfaits ,
Tantôt peint avec grâce Eglé , Kofe , Amarylle ,
Et leur préfente des bouquets.
Que tu me plais encor quand du mordant Lucile,
Ou de défunt Duclos empruntant tous les traits,
Tu bernes ces Rimeurs & ce Peuple imbécille
·
D'Écrivains plats , d'Auteurs Valets ,
Qui vendent fans pudeur leur encens & leur bile ,
Leurs applaudiffemens & leurs frêles fifflets.
La Harpe , ton efprit fertile
manière vague & infignifiante de taat de Rimeurs dont les
Pièces difent toutes la même chofe , & dont aucune ne
dit rien. Au furplus , c'eſt une juftice qu'il faut rendre à
'Univerfité de Paris , qu'elle a de tout temps infpiré à fes
Elèves le goût de la plus faine Littérature. Si l'Homme
de Lettres qui écrit cette Note n'a pas paru, tout-à- fait
indigne de ce nom , c'eft fur- tout par la prédilection pour
les anciens , puifée dans cette Ecole.
DE FRANCE.
SI
Sait embellir tous les objets,
Tu nous rends tour- à-1 r-à - tour Anacréon , Efchile ,
Le chantre des Troyens , l'ennemi de Verrès :
Laiffe , laiffe crier la troupe mercenaire
De quelques envieux que t'ont fait tes fuccès ;
Quand des feux du midi le foleil nous éclaire ,
L'infecte impur croaffe au fond de fes marais.
(Par M. Duviquet , au Collège de Louis- le-Grand. )
RÉPONSE aux Vers de M. de Saint - Ange.
'AGUÈRES , fous le vert feuillage ,
Un linot voulut en chantant
Imiter le gazouillement
D'une fauvette du bocage.
Il eft rare de l'emporter
Sur l'objet qu'on veut imiter;
Plus rare encor quand le modèle
Eft une charmante femelle.
Mon petit linet, toutefois ,
Déguife tellement la voix,
Qu'on n'hésite pas à le prendre
Pour la fauvette la plus tendre.
On admire fes doux accens :
Pour l'applaudir on bat de l'aile ;
Et des noms les plus careffans
Un oifeau connoiffeur l'appelle.
Ce fuffrage-animae fon chant ;
C#
52 MERCURE '
J Sans doute un mafque eft peu de chofe ;
Il n'ajoute pas au talent.
Avec moi convenez pourtant
Qu'au meilleur juge il en impofe,
(Par M. l'Abbé de Malecofte. )
LES ATTRIBUTS DE L'AMOUR ,
Q
Stances.
UE j'aime mon épais bandeau
Alors qu'il m'empêche de lire
Les vers que maint Rimeur nouveaų
Emploie à chanter mon empire.
MES atles me plaiſent autant
Depuis que l'on voit chaque Belle
S'étonner de voir un amant
Après un mois encor fidèle,
POUR mon carquois , je l'aime peu,
Il ne m'eft du tout néceſſaire ;
Car mettre une fillette en feu ,
N'eft pas à préfent grande affaire.
DE mon flambeauje fais grand cas ,
Sa lumière m'eft très- utile
Pour mieux éclairer les faux-pas
Des belles Dames de la ville.
DE FRANCE.
53
ENFIN je fuis affez content
Des attributs de ma perfonne ;
Mais je ne le fuis pas autant
De chaque mère qu'on me donne.
( Par M. Bodkin. )
VERS aux Dames reçues Affociées
Honoraires du Musée de Paris.
Si les regards de la beauté
Donnent un nouveau prix aux palmes du génie ;
Si d'un fexe charmant l'aimable aménité
Vient mêler quelques fleurs aux ronces de la vie ,
Qu'aurions- nous déformais à demander aux Dieux ?
La gloire & le bonheur vont habiter ces lieux.
Un jour plus brillant nous éclaire ,
Vous ranimez nos jeux triftes & languifans ;
Fiers de vous pofféder , riches de vos talens ,
Que nous manquera-t'il ? Nous ferons sûrs de plaire,
Sans briguer les faveurs que difpenfe Apollon ,
Guidés par vous , & marchant fur vos traces ,
Nous faurons bientôt l'art d'embellir la raiſon
Avec la ceinture des grâces.
( Par M. Bodard. )
*
Ciij
$4
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Cordelier ;
celui de l'Enigme eft la Lettre D ; celui du
Logogryphe et Préville , où l'on trouve
ré , (en ôtant l'accent ) vipère ; ( en ajoutant
unes ) vepres , pré, ville.
CHARADE.
Mon premier & mon tout , marqués pour la
cuifine,
Ont chez les bonnes gens mon fecond pour voifine.
ÉNIGM E.
QUATRI
lettres , Lecteur , me
forment toute
entière ,
Il ne me refte qu'une en ôtant la première.
LOGOGRYPHE
Adrefé à Madame DE LA VILLE ,
par M. S****** , Com.... de la Mar....
ESCLAVE des loix de l'honneur ,
Bienfaiſant , doux confolateur ,
DE FRANCE.
On eft furpris quand on me trouve ,
Car je réunis & je prouve
Nobleffe , franchiſe & candeur,
Où fuis-je donc , charmant Lecteur ?
Rarement à la Cour d'un Prince :
Je fuis le lâche courtisan
Pour me reléguer en Province
Auprès du fimple Payſan .
Apôtre de la vérité ,
Je hais l'intrigue , le menfonge ;
J'eftime la fimplicité ,
Et je fuis ravi quand je longe
A ta douce ingénuité.
Belle Églé , tu dois me connoître :
Ton âme pure me fait naître.
Trois pieds compofent mon entier ;
On t'a dû montrer mon premier.
A tes talens dans l'art lyrique
J'offre enfuite un ton de mufique
Que tu trouves dans mon dernier.
Bien combiné je fais éclore
Cet emblême de tes appas :
Le joli mois .... celui de Flore ;
Comme elle on t'admire , on t'adcre ,
Et les fleurs naiffent fous tes pas.
Civ
56. MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLÉGIES de Tibulle , Traduction nouvelle.
A Paris , de l'Imprimerie de Pierres , & .
fe trouve chez Jombert jeune , Libraire ,
rue Dauphine , 1784. in - 8 °.
M. DE LA HARPE , dans un morceau plein
de goût fur Tibulle , trouve ce Poëte trèsdifficile
à traduire, fur-tout en profe ; il fait ,
de quelques endroits de la Traduction de
M. l'Abbé de Longchamps , un - examen , à
fon ordinaire , jufte & rigoureux , d'où il
paroît réfukter que pour faire de Tibulle
une bonne Traduction en profe , on ne fauroit
fuivre de trop près les tournures du
latin ; c'eft à quoi le nouveau Traducteur
nous paroît en général s'être beaucoup plus
attaché que M. l'Abbé de Longchamps .
20
M. de la Harpe fait aimer Tibulle : « C'eft ,
dit - il , un des Écrivains du fiècle d'Augufte
, qui a mis dans fes vers le plus d'élé-
» gance & de charme. Il eft plein d'efprit ,
» de délicateffe , de goût..... de molleffe ,
» de grâce..... Son expreffion eft toujours.
» celle du fentiment...... Tibulle eft le Poëte
» des amaus. Il eft dans la poéfie tendré &
"
DE FRANCE
57
39
9)
galante , ce qu'eft Virgile dans la poéfic
héroïque.
"2
M. l'Abbé de Longchamps , quoique Tra
ducteur , lui trouve un défaut , c'est d'être
monotone. Tant pis , dit M de la Harpe ,
pour qui trouve Tibulle monotone. M. de
la Harpe pardonneroit il à un homme qui
penfe cutièrement comme lui fur le charme
des poésies de Tibulle , & dont il a encore
fortifié le goût pour ce Poëte par la manière
dont il en fait fentir les beautés , &
dont il a rendu celles de la première Élégie
pardonneroit- il , dis - je , d'obſerver qu'en
lifant de fuite les quatre Livres d'Élégies de
Tibulle , on fent en effet cette monotonie?
Elle n'eft pas un vice inhérent à la perfection ,
comme le dit M. l'Abbé de Longchamps ,
par un rafinement dont M. de la Harpe fe
moque , & qui rappelle ce qu'on a dit en
plaifantant de Racine , qu'il avoit la monotonie
de la perfection . La monotonie de Tibulle
confifte dans le retour trop fréquent
des mêmes objets , des mêmes idées , des
mêmes images , des mêmes comparaifons ,
des mêines allufions aux mêmes ufages ; l'expreffion,
à la vérité, eft variée , & preſque toujours
heureufe ; mais enfin les objets font les
mêmes. C'eft toujours la préférence donnée
à l'amour fur la gloire & fur la fortune , à
la pareffe fur l'activité , à l'obscurité fur ,
l'éclat , à la médiocrité fur la richeffe ; toujours.
ou la peinture des voluptés , ou les
larmes d'une amante au tombeau d'un amant.
Cy
;8
MERCURE
« Tous ceux qui goûtent la poéfie , & qui
ont aimé , dit M. de la Harpe , favent par
coeur les vers de Tibulle . "
Difons , faventpar coeur des vers de Tibulle."
On cite principalement la première Élegie ,
& dans cette première Élégie , cette tirade
fi tendre & fi paffionnée :
Te fpectem , fuprema mihi cùm venerit hora , &c.
On ne cite guères des autres , dont plufieurs
ont l'inconvénient d'être une repétition
de cette première, que des traits parti
culiers , tels que celui ci :
In folis tu mihi turba locis .
Mot charmant , qui a fans doute fait fairepar
oppofition ce vers charmant de Racine :
Dans l'Orient défert , quel devint mon ennui !
•
Seu mea , feufallor , cara Neara tamen.
Trait qui femble annoncer de loin cet autre
trait plus joli :
Mais puifqu'il faut être trompé,
Je ne veux l'être que par elle .
- Nous avons bien de la peine à croire que
l'Homme de Lettres , dont parle M. de la
Harpe , qui s'eft donné la peine & le plaifir
de traduire Tibulle pour fa maîtreffe , n'y
ait pas fait quelques retranchemens pour fauver
le défaut de la répétition & de la mo
potonie.
En un mot ( & cette comparaifon mar-
2
DE FRANCE.
$9
quera les bornes que nous mettons à ce reproche
de monotonie ) nous ne trouvons pas
dans les Élégies de Tibulle la même variété
que dans les Églogues de Virgile & dans les
Fables de La Fontaine. La première & la
neuvième Églogue de Virgile roulent fur le
même fujet , la diftribution des Terres de
Mantoue & de Crémone , faite aux Soldats.
La troifième & la feptième fe reffemblent
par la forme ; c'eft de part & d'autre un
combat de chant entre deux Bergers ; cepen
dant combien ces Églogues correfpondantes
ne diffèrent- elles pas entre elles , & com
bien fur tout ne diffèrent elles pas des autres?
Si les Élégies de Tibulle avoient dans
le même degré le mérite de la variété , elles
ne laifferoient rien à defirer , & tout ce qu'en
dit M. de la Harpe eft très juste , quand on
les confidère une à une.
Le nouveau Traducteur nous dédommage
de n'avoir point traduit Tibulle en vers , en
nous donnant dans des notes remplies d'une
Littérature agréable & choifie , les meilleures
imitations en vers qui ont été faites
des meilleurs endroits de ce Poëre. Ce rapprochement
n'eft pas un des moindres mérites
de fon travail . Le Lecteur voit avec
plaifir , à la ' uite de Tibulle , tant de morceaux
agreables de M. Guys , de M. le Che
valier de Parny , de M. Vieilh , de M. le Che
valier de Bertin , de M. de Flins , de M. le
Chevalier de Cubières , de M. de Saint-
Ange , de M. Léonard , &c. Poftérité nom-
C vj
60
MERCURE
breufe de Poëtes Erotiques que Tibulle a
formés.
Et nati natorum & qui nafcentur ab illis.
Il faut que le Traducteur n'ait pas eu connoiffance
de la traduction ou imitation que
M. de la Harpe a faite en vers de la première
Élégie du premier Livre , puifqu'elle
ne fe trouve point dans les notes.
M. de la Harpe , pour montrer comment
il conçoit qu'un Traducteur en proſe doit
fuivre pas à pas un modèle , tel que Tibulle
, commence par traduire en profe ces
fix vers fameux :
Tefpetem fuprema mihi cùm venerit hora ,
Te teneam moriens deficiente manu.
Flebis & arfuro pofitum me , Delia , letto ,
Triftibus & lacrymis ofcula mixta dabis .
Flebis ; non tua funt duro pracordia ferro
Vinda , nec in tenero ftat tibi corde filex.
Voici fa Traduction :
"3
*
Que je te regarde encore , ô ma Délie!
quand ma dernière heure fera venue, que
je te preffe en mourant de ma main défail-
» lante ; tu pleureras fur le bûcher funèbre
» où je ferai étendu ; tu mêleras des baifers
»
aux larmes de ta douleur ; tu pleureras ;
» ton coeur n'eft pas dur comme la pierre ,
ni inflexible comme l'acier.
Voici celle de M. l'Abbé de Longchamps.
" Mon bonheur , à moi , fera de contem
DE FRANCE. 61
"
pler Délie à ma dernière heure , fatisfait
» en expirant , de la ferrer encore de ma .
» main défaillante. Tu répandras des larmes ,
» & Tibulle étendu fur le bûcher funèbre ,
» recueillera des bailers noyés dans les pleurs
» de fa Délie . Oui , tu dois en répandre
» ton coeur m'en eft garant ; ce tendre coeur
» n'eft point un dur caillou , un acier in
» Alexible . »
Voici l'examen que M. de la Harpe fait
de cette verfion.
« Elle nuit également à l'original , & par
ce qu'elle lui ôte , & par ce qu'elle lui
donne. Le Traduceur retranche d'abord la
formule de fouhait , te fpectem , te teneam ,
que je te regarde , que je te preffe . Ce mouvement
eft celui de l'amour . Tibulle ne dit
point , mon bonheur lera de contempler Dé
lie. Il ne parle point d'un bonheur dont il
n'eft pas sûr ; il exprime le voeu de fon coeur.
Contempler n'eft pas le mot propre . On regarde
en mourant ce qu'on aime ; on ne le
contemple pas. Ces nuances font légères ;
mais c'eft de toutes ces nuances que fe.compofe
le ftyle , fur- tout dans les fujets délicats.
Tu répandras des larmes .... Oui , tu dois
en répandre. Cela vaut il les deux flebis fi
tendrement répétés ? Étoit- il fi difficile de
traduire , tu pleureras , & de fentir tout ce
que cette répétition a de grâce ? Ton coeur
m'en eft garant , n'eft point dans le latin ,
non plus que fatisfait en expirant, non plus
que Tibulle recueillera des baifers noyés dans
62 MERCURE
les larmes. Non - feulement c'eft faire languir
la phrafe par des inutilités traînantes , & détruire
la precifion , un des principaux carac
tères de Tibulle , mais encore c'est défigurer
par le mauvais goût les beautés de l'original.
Tibulle peut il recueillir des baifers , quand
il fera fur le bûcher ? Et qu'eft ce que des
baifers noyés dans les larmes ? Et pourquoi
mettre Délie & Tibulle au lieu de toi &
moi? ft ce la même chofe pour l'amour?
Que de fautes dans fix vers? »
Si cette critique eft févère , on ne peut
nier au moins qu'elle ne foit pleine d'efprit
& de goût , & qu'elle se puiffe apprendre
à mieux faire.
Voici la verfion du nouveau Traducteur.
"
Je ne veux que fixer mes yeux fur toi
» à mon heure dernière , & te ferrer en
» mourant d'une main défaillante. Etendu
» fur le bûcher funèbre , tu m'y arroferas de
» tes larmes , & des baifers le mêleront à
ces larmes amères. Oui , tu en verferas ;
» un inflexible airain n'entoure pas tes en-
» trailles . Ton coeur n'eft pas un rocher in-
» fenfible. »
On voit que cette Traduction a plus de
précifion & de fidélité que celle de M. de
Longchamps , mais on voit aufli qu'elle n'eft
pas à l'abri de quelques uns des traits de la
critique de M. de la Harpe .
Venons aux Traductions & imitations en
vers du même morceau. Le nouveau Tra
ducteur nous en fournit dèux dans fes notes.
DE FRANCE. 63
L'une eft de M. le Chevalier de Parný.
Un jour l'arrêt du fort
Viendra fermer ma paupière affoiblie .
Lorfque tes bras entourant ton ami ,
Soulageront fa tête languiffante ,
Et que fes yeux foulevés à demi ,
Seront remplis d'une flamine mourante ,
Lorfque mes doigts tâcheront d'effuyer
Tes yeux fixés fur ma paifible couche ,
Et
que mon coeur s'échappant fur ma bouche ,
De tes baifers recevra le dernier , & c.
Cette imitation eft éloignée , l'Auteur
n'étoit engagé à rien ; mais M. Vieilh , Auteur
de la feconde , eft un véritable Traducteur
; auffi refte t'il plus près de l'original ,
& quoiqu'en vers , il en eft plus près que
la profe de M. de Longchamps.
t
Ah ! que je puiffe encore à mon dernier moment
Te voir , te regarder , te nommer mon amante ,
Et mourast , te preffer de ma main défaillante .
Tu pleureras alors : fur mon trifte bûcher ,
A tes derniers baifers tu mêleras des larmes ;
Du moins ma cendre heureufe en fentira les charmes.
Tu pleureras ; ton coeur n'eft point un dur rocher.
>
Voici enfin la Traduction de M. de la
Harpe :
Ah ! que ma paupière mourante
Se tourne encor vers toi dans mon dernier moments
64
MERCURE
Que par un dernier mouvement
Je prefle encor tes mains de ma main défaillante.
Tu pleureras fans doute auprès de mon bûcher.
Tes yeux , ces yeux fi pleins de charmes,
Répandront fur moi quelques larines :
Tu n'as pas un coeur de rocher ;
Tu pleureras , Délie ; & l'amant jeune & tendre ,
Et l'amante , objet de fes voeux ,
Te verront honorer ma cendre ,
Et s'en retourneront les larmes dans les yeux.
Cette Traduction comprend les deux vers
de Tibulle qui fuivent les fix que nous avons
cités , & elle en marque la liaiſon avec
premiers .
Illo nonjuvenis poterit defunere quifquam
- Lumina , non virgoficca referre domum.
ces fix
M. Vieilh ne rend peut - être pas fi fenfible
la liaifon de ces deux vers avec les précédens
; mais il les traduit en deux vers qui
préfentent une image vraie & touchante :
Le jeune homme attendri , la jeune fille émue ,
Sur ma tombe en filence arrêteront leur vue.
L'Abbé de Mirolles fait un plaifant contrafte
avec ces ' Traducteurs pour le moinsélégans
, tant en vers qu'en profe : il traduit
Solito membra levare toro,
66
par délaffer mes membres fur ma paillaffe
accoutumée .
DE FRANCE. 65
г
Si Tibulle dit :
Nec facit hoc vitio , fed corpora foeda podagrâ ,
Et fenis amplexus culta puella fugit.
L'Abbé de Marolles traduit :
" Ce n'eft pas pourtant qu'il y ait du vice;
» mais une belle Dame , comme elle eft ,
fuit comme la pefte les gens goûteux . >>
و د
C'eft avec cette baffeffe que certains Savans
conçoivent & parodient la fimplicité
noble des anciens."
M. Racine le fils s'eft permis un autre
genre de parodie , qui confifte à employer
dans le langage de la piété les expreffions
les plus affectueufes & les plus paffionnées
de Tibulle. On fait que l'Eglife a fanctifié
plufieurs ufages payens en les confervant &
en les adaptant à fon culte religieux ; il femble
que M. Racine ait prétendu faire la
même chofe ; mais l'autorité privée fuffitelle
pour établir de la convenance entre des
objets fi difparates ? Malgré les rapproche
mens les plus ingénieux , n'y a-t'il pas tou
jours un intervalle immenfe entre les objets
de notre refpect & ceux de nos paffions ?
Le fouvenir de Tibulle & de fes amours
ne s'oppofe t'il pas à l'application qu'on
yeut faire de fes vers aux chofes facrées ?
N'y a- t'il pas même à cela une forte de profanation
que le goût condamne àuffi bien
que la Religion ?
Quoi qu'il en foit , M. Racine le fils avoit
A
66 MERCURE
placé au bas de fon-crucifix ces deux vers de
Tibulle :
Te fpetem , fuprema mihi cùm venerit hora ,
Te teneam moriens deficiente manu.
Il traduit dans le Poëme de la Religion ,
en s'adreffant à Jéfus- Chrift , ces vers que
Tibulle adreffoit à fa maîtreffe.
Tu mihi fola places , nec jam te prater in urbe
.Formofa eft oculis ulla puella meis .....
Nilopus invidid eft : procul abfit gloria vulgi
Quifapit , in tacito gaudeat ille finu.
Sic egofecretis poffum benè vivere fylvis ,
Quà nulla humano fit via trita pede.
Tu mihi curarum requies , tu nocte vel atră
Lumen , & in folis tu mihi turba locis.
Nunc licet è cælo mittatur amica Tibullo ,
Mitteturfruftrà deficietque Venus.....
Jam faciam quodcumque voles , tuus ufque manebo
Necfugiam nota fervitium Domina.
Ma feule ambition eft d'être tout à toi ;
Mon plaifir, ma grandeur , ma richeffe eft ta loi :
Je ne foupire point après la Renemmée :
Qu'inconnue aux mortels , en toi feul enfermée , «
Ma gloire n'ait jamais que tes yeux pour témoins.
C'eſt en toi que je trouve un repos dans mes foins ,
Tu me tiens lieu de jour dans cette nuit profonde ;
Au milieu des déferis tu me rends tout le monde.
Les hommes vainement m'offriroient tous leurs biens;
DE FRANCE. 6-
Les hommes ne pourroient me féparer des tiens.
Ceux qui ne t'aiment pas , ta loi leur fait entendre
Qu'aux malheurs les plus grands ils doivent tous s'attendre.
Omenace , grand Dieu ! qui ne peut m'alarmer ;
Le plus grand des malheurs eft de ne point t'aimer. ›
Que ta croix dans mes mains foit à ma dernière
heure ,
Et que les yeux fur toi , je t'embraffe & je meure.
Ces deux derniers vers font la Traduction du
Te fpedem , &c. Te teneam , &c.
dont nous avons tant parlé.
Le grand Racine n'avoit pas donné à fon
fils cet exemple de tranfporter le profane
au facré ; c'eft dans les Prophètes , c'eft dans
les Livres Saints qu'il pit ces Cantiques
fublimes dont il remplitioit Efther & Athalie
; il réfervoit pour Bérénice les Imitations
de Tibulle..
Parcourons quelques endroits de la Traduction
nouvelle ; nous avons dit qu'elle
fuivoit l'original de plus près que les precé
dentes. Voici un endroit où cerre méthode
a furtout très bien fervi le Traducteur :
At vos exiguo pecori furefque , lupique ,
Partite de magno prada petenda grege eft.
་་
Loups , brigands , épargnez mon foible
troupeau, C'eft à des troupeaux nombreux
» qu'il faut demander votre proie. »
"
68 MERCURE !
Petere fignifie , demander. Petere ex aliquâ
re , fignifie , tirer de quelque chofe. Ainfi ,
la lettre De magno prada petenda grege
eft , fignifie , c'est d'un grand troupeau qu'il
faut tirer votre proie. Mais la phrafe élégante
& poétique eft celle que le Traducteur a
employée : C'est à des troupeaux nombreux
qu'il faut demander votre proie. "
Il eft heureux que la phrafe poétique & la
phrafe littérale fe trouvent également autorifées
par l'expreffion du texte.
<<
Fortes adjuvat ipfa Venus.
Illa dotet furtim molli decedere letto.
Illa pedem nullo ponere poffe fono.
Vénus enfeigne à defcendre furtivement
du lit amoureux , & à repofer fes pieds légè
rement & fans bruit.
Ac
Il s'agit , ou du conjugal que la femme
quitte pour aller trouver fon amant”, ou du
lit folitaire que quitte l'amant pour aller
chercher fa inaktreffe ; mais plutôt du premier
, comme l'indique le mot furtim ; or ,
ni l'un ni l'autre ne peut être appelé un Lt
amoureux , c'est un lit où l'on pourroit être
retenu par la molleffe qui craindroit la fatigue
, ou par la crainte qui s'alarmeroit du
danger. Voilà ce que nous paroît fignifier
molli en cet endroit , & ce fens eft juſtifié
par les vers qui fuivent :
Nec docet hoc omnes , fed quos nec inertia tardat ›
Nec vetat obfcura furgere notte timor.
DE FRANCE. 69
Auffi M. le Chevalier de Bertin a - t'il traduit
ainfi les premiers avec autant de fidélité
que d'aifance :
Il faut ofer. Vénus feconde le
courage .
Vénus inftruit l'amante , au milieu de la nuit ,
A defcendre en fecret de ſa couche paiſible :
Vénus enfeigne encor l'art de pofer fans bruit
Sur des parquets mouvans un pied sûr & flexible.
O utinam memores ipfe , cohorfque , mei !
< Puiffes tu , puiffent tes compagnons fe rap
peler de Tibulle . » "
Se rappeler de: fi cette faute , qui n'eft
point corrigée dans l'errata , n'eft pas une
faute d'impreffion , c'eſt un gaſconiſme bien
fort.
Non dicta infandos impia verba Deos.
Mes difcours impies n'ont jamais outragé
» la fainteté des Dieux. D
Mes difcours impies , cette expreffion ſuppofe
des difcours impies , & le texte , au
contraire , dit qu'il n'y en a pas eu. Il falloit
traduire : « Jamais par des difcours impies
» je n'ai outragé la fainteté des Dicux ,
C'eft ainfi que Rouſſeau a dit :
Et qui, par des difcours faux & calomnieux ,
Jamais à la vertu n'a fait baiffer les yeux.
Et non pas ,
Et de qui les difcours faux & calomnieux,
Jamais à la vertu n'ont fait baiffer les yeux,
70
- MERCURE
•
Tournure qui commence par fuppofer l'existence
de ce qu'on veut nier.
Affiduè prelia mifcet amor.
L'amour affidu engage leurs combats. »
C'eft traduire un peu négligemment. Il
falloit L'amour excité entre eux des com-
» bats continuels , ou excite entre- eux con-
» tinuellement des combats.
Nunc ad bella trahor , &jam quis forfitan hoftis
Hafura in noftro tela gerit latere.
«
Aujourd'hui , entraîné vers la guerre , déjà
» peut être un ennemi balancefur mesflancs
» le trait qui doit les dé.hirer. »
Balancefur mes flancs , cette image n'est
point dans le texte , & elle n'y feroit pas
placée. Quelqu'un qui écrit bien tranquillement
dans fa chambre ou dans fa tente , fait
bien qu'en ce moment aucun ennemi ne
balance fur fes flancs aucun trait . Il falloit
dire comme Tibulle , porte les traits qui doivent
percer mon flanc .
E
Turbaque vernarum .
Et fes enfans en troupe.
Verna ne fignifie point un enfant , mais
un efclave né dans la maifon du maître .
Nous ne favons encore s'il falloit rendre
par un enfant le mot puer dans ces vers :
Rure puer verno primam de flore coronam
Fecit , & antiquis impofuit Laribus.
DE FRANCE. 70
Nous croyons qu'il s'agit encore d'un
jeune efclave , comme dans cette Ode d'Horace
:
Perficos odi , puer , apparatus , &c.
Quidquid habet Circe , quidquid Medea veneni ,
Quidquid & Herbarum Theffala terra gerit ,
Et quod , ubi indemitis gregibus Venus afflat amores,
Hyppomanes cupida ftillat ab inguine equa ,
( Simodò me placido videat Nemefis mea vultu )
Mille alias herbas mifceat illa , bibam.
" Qu'elle jette fur moi un oeil propice , &
» je confens à boire tous les poifons de
» Médée & de Circé , & le fuc des plantes
» que la Theffalie produit , & l'hippomane
que diftille la cavale effrénée , quand Venus
brûle d'amour les troupeaux indomptés.
" Elle peut même y joindre mille autres
breuvages. »
»
23
Il n'y a rien à reprendre dans cette Traduction
; mais le mouvement & l'ordre ou
le défordre des idées ne font jamais une chofe
indifférente à la paffion. Ce fi modò , placé
à la fin de l'énumération de tous les poifons ,
comme dédommageant de tout ; ce bibam ,
placé feul à la fin de toute la période , &
qui marque fi bien une réfignation ferme &
réfléchie , tout cela méritoit d'être confervé ;
il falloit donc peut être laiffer à ce morceau
toute fa forme , & rendre , non- feulement
les idées & les expreffions , mais encore leur
arrangement , en traduifant ainfi :
72 MERCURE
"
33
«Tous les peifons de Circé , tous ceux
» de Médée , tous ceux que produit la Theffalie
, & l'hippomane que diftille la cavale
effrénée , quand Vénus infpire les amours
» aux troupeaux indomptés ( pourvu feule-
» ment que ma Némelis me regarde d'un
» oeil favorable ) qu'à tous ces poiſons elle
joigne encore mille autres poiſons , je
» les boirai. "
23
C'est peut- être avec cette fcrupuleuſe exactitude
qu'il faut fe faire une loi de fuivre"
pas à pas la marche d'un Poëte , toutes les
fois que le génie des langues ne s'y oppoſe
pas. On voit au refte que pour tâcher d'être
utiles au Traducteur , nous pouffons la critique
jufqu'à la recherche & à la chicane ,
& qu'au défaut de fautes confidérables , ou
même réelles , nous relevons des bagatelles ;
nous n'avons en général que des éloges à donner
à la fidélité , à l'élégance de fa Traduction
, fur tout à la Littérature exquife dont
fes notes font remplies , & qui fera toujours
de cet Ouvrage un monument cher aux Savans
& aux gens de goût , aux gens de Lettres
& aux gens du monde .
Le Traducteur nous annonce une Traduction
complette de Tibulle en vers , par
M, le Chevalier de Langeac,
L'APOTHEOSE
DE FRANCE. 73'
L'APOTHÉOSE Moderne , Conte Poétique
en quatre Chants . A Paris , de l'Imprimerie
de MONSIEUR , & le trouve chez
Moutard , Imprimeur Libraire , rue des
Mathurins , hôtel de Cluny ; & chez tous
les Libraires qui vendent les Nouveautes ,
"3
POUR apprécier cette bagatelle , il eft bon
d'en connoître l'à propos . Nous allons citer
pour cela le très court Avertiffement qui
eft à la tête . « Une Demoiselle ayant engagé
l'Auteur à compofer un Ouvrage fur l'ex
périence aeroftatique , il lui répondit , &
en préfence de fa mère , qu'il y confen-
» toit , mais qu'il la feroit enlever dans le
» char. Cet enlèvement ſuppoſe ne les effraya
pas beaucoup ; & c'est ce qui a donné
» lieu à cette petite production , dans la-
» quelle on a tâché de répandre quelque
» agrément
ود
59
"
و د
"
En ne cherchant dans ce petit Ouvrage
que ce que l'Auteur y a voulu mettre , on
jugera qu'il n'a point manqué fon but , &
qu'il a fu en effet y répandre de l'agrément.
Će Conte eft écrit en profe & en forme de
Poëme.
L'Auteur fuppofe que Florife & Delby ,
vivement épris l'un de l'autre , n'avoient pa
encore fe parler de leur amour . Une mère
tendre , mais févère , étoit toujours à côté
de Florife. Heureufement l'Amour à plus
d'un organe, & il peut fe paffer de celui de
N°. 7 , 14 Février 1784.
D
1
74
MERCURE
la voix. Les deux amans n'avoient eu befoin
que de fe regarder pour fe dire le fecret de
leurs coeurs. Mais celui de Florife n'étoit pas
fatisfait. Un jour , étant tombée dans une
profonde rêverie , dont on devine bien l'ob
jet , elle fe met à chanter des couplets , dans
lefquels elle fe plaint de la contrainte où
elle vit , & conjure le Zéphyr de porter les
foupirs à fon amant. Ces couplets font fuivis
d'un torrent de larmes qu'on verra bientôt
effuyer par l'Amour. Tel eft le ſujet du
premier Chant.
33
A peine elle a fini de chanter qu'on lui
répond par un coupler qui lui annonce
que fon amant va bientôt la confoler. En
effet , " un char de triomphe defcend en
même temps au niveau du balcon , &
préfente aux yeux de Florife l'image de
Delby tout rayonnant de gloire. » Florife
éronnée , effrayée même , & cependant flattée
de ce qu'elle voit , ne fait fi elle doit fuir ou
refter , & elle s'écrie pour demander fi l'être
qu'elle apperçoit eft divinité, homme ou fantome.
Je ne fuis point un fantôme , ré-
39
»
99
pond l'inconnu ; je fuis un Dieu. Mon em
pire eft dans Paphos , mon temple eft le
» vôtre : venez recevoir les hommages qui
vous font dûs. Montez fur ce char , pla-
» cez vous à côté de l'Amour ; que rien ne
» vous fépare de lui. Vous feule pouvez
» fixer ce Dieu volage ! La naïve Florife
fe laiffe bientôt perfuader ; & elle finit par
dire : Je ne fuis plus furprife de trouver
+9
t
DE FRANCE. 75.3
ود
un Dieu dans mon amant ; il étoit trop
aimable pour un fimple mortel . » Décidée
à monter dans le char , elle veut au moins
aller annoncer auparavant à ſa mère la nouvelle
de Ton bonheur. Mais le Dieu lui fait
craindre qu'elle n'y mette des obftacles ; &
elle fe décide à lui dire adieu , par un biller
qu'elle laiffe en partant.
Cependant le char parcourt rapidement
les airs ; & Delby ( car c'eft lui qui eft l'Amour
) eft embarraffé de la conduite qu'il va
tenir envers Florife. Après y avoir longtemps
rêvé , il fe décide à lui faire l'aveu de
fon ftraragême. Il lui dit qu'irrité par les
obftacles , infpiré par l'Amour , il a cherché
dans la Nature un chemin qui pût le faire
parvenir jufqu'à elle. « Je l'ai trouvé , ajoutet'il
, ce phénomène étonnant , qui doit
porter l'enthoufiafime dans tous les coeurs ,
& me conduire à l'immortalité. »
20
""
Après cette affertion , qui n'enlèvera rien
à la gloire de MM . Montgolfier , il eſt naturel
que Florife fe fâche contre Delby
mais il eft naturel auffi qu'elle lui pardonne.
C'est ce qui arrive en effet.
Enfin nos deux amans , las de voyager dans
les airs , fufpendent leur courfe ; & c'eft
dans l'Ile de Taïti qu'ils defcendent. Le
peuple qui l'habité leur décerne la Souverainete;
& Delby s'occupe du foin de rendre
fes Sujets heureux . On trouve vers la fin du
quatrième Chant , une courte expofition de
fes principes politiques , que l'Auteur ter-
Dij
76
MERCURE
mine par cette reflexion : « Il avoit trouvé
"
"
une ligne de demarcation entre le fort &
» le foible ; il la tranfporta entre le vice &
» la vertu ; & des marques de confideration
» & de mépris furent la récompente de
» l'une & la punition de l'autre.
Il ne manquoit plus au bonheur de F'orife.
que la prefence de fa mère . Appelée par fa
fille , qu'elle n'a pas oubliée , cette tendre
mère account , & célèbre l'union des deux
amans , qui font couronnés avec poinpe. -
On doit aufli des éloges à l'exécution typographique
de cette agreable bagatelle.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
JJeEE viens de lire , Monfieur , dans le Mercure le
portrait du Général Washington. Il appartenoit à
un Guerrier philofophe de nous peindre ainfi le premier
Capitaine & le meilleur Citoyen du Nouveau-
Monde. Notre Nation aura auprès de l'Amérique le
double mérite d'avoir fu , en fervant fa caufe , honorer
des moeurs qui nous font trop étrangères , &
louer fes vertus avec fimplicité. Je ne crois pas que
l'on trouve une meilleure infcription pour le portrait
de Washington que ee mot touchant du portrait
: Il con manga dix ans dans une guerre civile ,
& n'eut rien à fe reprocher. Il feroit bien à defirer ,
Monfieur, que l'Auteur de ce morceau publiât l'Ouvrage
intéreffant d'où il eft tiré. Il eſt beau de voir
les grands événemens écrits par ceux qui y ont cų
part, Il fçrojt peut être encore plus heureux que
DE FRANCE
建
l'Auteur qui , parmi tous nos Officiers François ,
dû particulièrement être appelé à des vûes fur la lé
giflation dont l'Amérique a befoin dans ce moment
& par les obfervations fur ce pays & ces peuples
& par les connoiffances étendues & les fentimens
élevés qui lui avoient déjà mérité dans fa patrie une
autre gloire , fe confacrât à ce beau travail . Je ne
fais fi je me trompe , mais il me femble qu'on ne
fent pas affez en Europe & peut être même en Amérique
tout ce que la légiflation peut faire dans l'époque
préfente , & to it ce qu'elle doit embraffer.
Que n'eft - il en moi d'exciter fur cet obj t une
grande attention , une vive émulation ! Peut - être
quelques idées fur ce fujet en feront elles maître de
meilleures à de plus grands efprits ; c'eſt - là ,
Monfieur , l'unique motif qui puiffe m'engager à
vous prier d'inférer dans le Mercure le morceau
que je vous envoye Il est détaché d'un Ouvrage
trop imparfait pour être donné au Public , & ce
morceau for - tout a befoin de beaucoup d'indulgence.
Il demanderoit plus de développemens , mais
ces développemens pourroient le rendre trop long
pour l'objet que je me propofe. S'il y a quelque
chofe de jufte dans mes idées , il n'échappera pas
ceux qui peuvent inieux voir & mieux dire , & c'eft
Ce que je fouhaite .
33
J'ai l'honneur d'être , & c .
Сс
L'augufte Démocratie s'élève de ſes ruines antiques
, la voilà qui renaît & qui fleurit dans un
Continent nouveau ! Sa rènaiſſance même eſt
marquée d'une gloire particulière ; jamais la
Liberté ne régna fur un auffi vafte Empire , ja-
» mais elle ne fut fondée fur d'auffi bons principes
, jamais elle ne promit de meilleurs fruits au
genre humain. Grâces foient rendues de ce grand
» événement à ce Gouvernement célèbre de l'An-
D iij
78
MERCURE
.
30
ל כ
"3
30
gleterre.
qui a répandu dans l'Amérique ces fen-
» timens & ces maximes de liberté , dont fes propres
fujets fe font enfin armés contre la tyrannie. O
» révolutions des temps ! O règles inconnues des
» événemens ! Ce Monde , que notre imagination
» même ne cherchoit pas encore il y a trois fiècles ,
qui eft tombé entre nos mains avec tous les fignes
d'une organiſation récente & dans l'enfance de
l'efpèce hurnaine ; c'elt cette terre nouvelle qui
» s'enrichit tout-à-coup de cette longue expérience
d'un autre Monde vieilli dans toutes les révolutions
de la barbarie & de la civilifation , & qui
» va nous offrir le beau contrafte de la Société perfectionnée
fur un fol encore brut & fauvage !
Républiques naiffantes de l'Amérique , je vous
falue comme l'efpérance du genre humain , à qui
→ vous ouvrez un afyle , à qui vous promettez de
grands & heureux exemples : croiffez , affermiffez-
vous au milieu de fes bénédictions ! Vous
» avez conquis votre liberté par un courage fage &
ss patient , par des victoires pleines d'humanité. Au
1
2
fein même des invafions de la tyrannie & des
» horreurs de la guerre, vous avez choifi les Conftiso
tutions fous lesquelles vous voulez vivre. Achevez
» maintenant pour les fiècles ce que vous avez commencé
dans ces finiftres circonftances. Peuples
» heureux , la guerre d'où vous fortez vous affranchit
doublement. Ces anciens abus , ces anciens
préjugés qui font le malheur de toutes les vieilles
so Nations , n'avoient pû encore jeter parmi vous de
profondes racines ; ils doivent finir avec le Gouvernement
qui les avoit fait naître. Vous entrez
» dans un ordre de chofes où tout peut vous obéir.
Le paffé ne vous enchaîne pas , l'avenir eft en
5 votre difpofition . Tracez le plan de vos deftinées ,
comme le Sage dirige fa conduite , fans aucune
20
DE FRANCE.
79
30
အ
3
5כ
20
5
30:
fervitude pour les opinions & les ufages qu'il voit
régner autour de lui . Ce n'eft pas trop de toute
la liberté de l'efprit humain réunie à fa plus
grande fageffe pour vous donner les loix que le
» fiècle préfent exige. Vous avez à réfoudre les plus
grands problêmes de la légiflation . En adoptant
» la Démocratie , vous vous engagez à des moeurs
» fortes & pures , & cependant vous ne vous fé-
» parez pas du refte de l'Univers où triomphent
l'esclavage politique & la corruption morale .
Appelés à toutes les richeffes d'une vafte culture
» & d'un commerce qui embraffera les deux
» Mondes , vous n'y renoncez pas ; vous ne renon-
» cez pas à toutes ces commodités de la vie , à cetté,
fplendeur de la Société qu'amènent les richeffes ,
les Sciences & les Arts. Vous ne vous refufez pas
à tous ces dangereux avantages , & vous le vou-
» driez en vain ; le temps n'eft plus où l'on pouvoit
les écarter de la formation des Empires ; il
faut aujourd'hui les y admettre & les vaincre .
Ainfi vous entreprenez de réunir ce que les plus
grands Légiflateurs ont toujours cru inconcilia-
» ble ! Dans un fi hardi deffein , 1affemblez donc
toutes les forces de la légiflation. Eh ! qui ofera
jamais borner fa puiflance ? L'homme lui appar
» tient ; elle le forme & le déforme à fon gré ; elle
" fait également exalter fes paffions ou les enchaîner
, le retirer de la civilifation par des moeurs
farouches , ou l'orner de tous les dons de la fo-
» ciabilité. Elle peut le perfectionner par les mê-
» mes moyens qui l'avoient autrefois dégradé &
» corrompu. Qu'elle fe faififfe de vous par toutes
» les parties de l'état focial ; qu'elle joigne à la
fagacité des vûes modernes l'efficacité des inftitutions
antiques , fur - tout qu'elle employe habilement
cet énergique amour du bien , & cette
" vive attente d'un heureux avenir qui caractéri
29
55
အ
Div
80 MERCURE
3
}
วง
F
» fent l'époque où vous êtes . Tirez vos moeurs
des meilleurs penchans de la Nature & des
goûts les plus faints de la Société , & elles
s'affermiront par le fimple & vrai bonheur qui
a en réfultera réuniffez à l'auftère fimplicité des
Peuples nouveaux ce qu'elle peut admettre de
la douceur des fiècles polis , & vos moeurs
» pourront s'approcher de celles de la corruption
fans lutter contre elles ; elles pourront s'y prêter
& s'en défendre . En laiffant aux richeffes leur
cours ordinaire , pourvoyez à la difperfion des
» fortines exceffives , corrigez la grande inégalité
» des jouiffances par la plus févère égalité des
droits , & ne Liffez pas s'engendrer dans vos
États la claffe des miférables , qui fut toujours le
crime & la ruine d'une Société. Ce n'eft point
par les vrais plaifirs , c'eft par les fiux que l'homme
le déprave . Retranchez peu aux defirs de la
» Nature , réprimez tous les befoins de la mollelfe
, toutes les fantaisies de la vanité . Tournez
l'emploi des richeffes vers le bonheur individuel
» & vers la gloire nationale , & elles féconderont
» les vertus , fans nourrir les vices Appelez les
» Sciences & les Arts vers de grande objets par d'au
guftes récompenfes , & leur gloire épurera vos Sociétés
, en les décorant. S'il eft fi difficile aujourd'hui
de maintenir une Conftitution libre , jamais
on n'eut plus de fecours pour la bien préparer. Les
bonnes loix & les bonnes moeurs ont difparu ,
mais les Sages en ont toujours fait l'objet de leurs
s études , & nous pouvons au moins à cet égard
nous glorifier de nos lumières . Toutes les Nations
» de l'Europe vivent dans un commerce continuel
de leurs penfées ; une heureufe découverte devient
bientôt un héritage commun. Mettez à profit
» cette fraternité que les Sciences ont établie entre
tous les Peuples. Accordez-leur à tous la gloire de
>
ל כ
90
DE FRANCE. Sr
.
"
33
concourir à vos loix. Qu'il feroit beau de voir le
plan de vos légiflations médité pendant dix ans
» entre tous les Sages de l'Europe , comme le plus
grand intérêt du genre humain ! Peuples - Légiflateurs
, fentez bien toute la majefté de la fonction
que vous allez remplir , toute l'importance de
l'ouvrage que vous allez faire ! Puifez un noble
orgueil , un faint enthoufiafme dans la vafte influence
de vos deſtinées. Vous tenez l'Univers
» dans une grande attente ; dans cinquante ans , il
faura , par vous , fi les Peuples modernes peuvent
encore conferver des Conftitutions républicaines ,
» s'il eft de bonnes moeurs compatibles avec les
ود
grands progrès de la civilifation , fi l'Amérique
» doit rendre meilleur ou pire le fort de l'huma-
» mité ! »
SPECTACLE'S.
CONCERT SPIRITUEL
LAA fymphonie de M. Vogel , par laquelle
a commencé le Concert du 2 de ce mois ,
a paru fort agréable , & les folos de cor qui
fe trouvent dans le fecond morceau ont eté
parfaitement bien exécutés par M. Lebrun.
Nous voudrions avoir le même éloge à faire
de M. Othon Vandenbrock , qui a joué un
concerto fur ce même inftrumént. Peut être
s'eft il trop hâré de fe faire entendre au Pu- .
blic. Plus un inftrument eft ingrat , plus il
exige pour faire une exécution parfaite. Le
Dv
82 MERCURE
choix de fa mufique n'a pas paru non plus
affez avantageux. Le même defaut a nui au
fuccès de Mme Guédon fur le forre-piano.
Un concerto trop long , & dépourvu de
chant , ne pouvoit guère fuppléer au peu
d'effet que produir le forte piano dans une
grande falle. L'O Salutaris , motet fans ac
compagnement de M. Goffec, exécuté avec
une perfection toujours égale , par MM . Laïs ,
Chéron & Rouffeau , a bienid: Fanimé le
Public. Il a été redemandé . On a aufli fort
applaudi une fymphonie de harpe de M.
Krumpholtz. On connoît les charmantes
compofitions de cet Artifte habile , auxquelles
la brillante exécution de fon épouſe
donne encore un nouveau mérite. Le motet
de M. Sacchini a déjà été entendu plufieurs
fois à ce Concert . On voit , à la négligence
de quelques morceaux , que cer Ouvrage a
été fait autrefois fans aucune prétention ;
mais dans fes jeux mêmes on retrouve toujours
le grand Homme. On a exécuté auffi
une fymphonie nouvelle de M. Davau. Cet
Amateur eftimable , connu pár plufieurs
morceaux charmans de mufique inftrumentale
, dans lefquels on admire un chant toajours
facile & gracieux , a cette fois prétendu
davantage à l'effet , & fon goût toujours sûr
Ini a fait remplir la prétention. Une mélodie
plus recherchée fans ceffer d'être aimable
, & une harmonie plus favante , donnent
plus de perfection à fa manière , & lui acquièrent
un nouveau degré d'eſtime. Mme
DE FRANCE. 8.3.
Saint -Huberty & M. Guérillot ont eu le
fuccès auquel ils font accoutumés .
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné Lundi , 9 de ce mois , la
première repréſentation de Chimène , Tragédie.
Opéra en trois Actes , paroles de M.
Guillard , mufique de M. Sacchini.
Comme le fujet de ce Poëme eft connu
de tout le monde , nous nous contenterons
d'indiquer ici la manière dont l'Auteur la
conçu , & la marche dramatique qu'il a
fuivie. Obligé d'envoyer à l'impreffion ce
premier Extrait avant la repréſentation de
POpéra , nous ne nous permettrons , fuivant
notre ufage , ni éloges ni critiques .
Le Théâtre repréſente au premier Acte
une galerie du Palais des Rois de Caftille ,
contigue à l'appartement du Roi & à celui
de Chimène.
Il y a déjà quelque temps que le Comte
de Gormas a été tué ; Rodrigue a diſparu ;
Chimène n'a ceffé de demander vengeance
de la mort de fon père ; le Roi , touché de fa
douleur & de fa vertu , la reçue dans fon
Palais , luí tient lieu de père , & cherche à
la confoler par fes bienfaits. Chimène ouvre
la Scène par un monologue où elle déplore
le malheur de fa fituation qui la force à venger
la mort d'un père contre un Héros qu'elle
adore. Le Roi qui furvient cherche à calmer
Dv)
$4
MERCURE
:
La peine en lui promettant juftice ; mais Ro
drigue eft abfent , & l'on ignore le lieu de
fa retraite. Le Roi s'éloigne , & la laiffe au
milieu de fes femmes ; elles lui parlent en
vain des bontés confolantes du Roi & de
la vengeance qu'il a promife . Ah ! je l'ai
demandée , dit- elle , & crains de l'obtenir.
Elle avoue alors un amour que l'honneur
& le devoir n'ont pu éteindre.
Mais , malgré mon amour , je fervirai ma gloire.
Plus Rodrigue m'eft cher , plus je le pourſuivrai
En demandant fa mort , je demande la mienne ;
N'importe , l'honneur parle , & j'y fatisferai .
Rodrigue en ce moment entre & fe
jette à les pieds en lui difant : Ne cherche
pas plus loin çet objet de ta haine. Chimène ,
étonnée & eperdue , n'éprouve d'abord que
le fentiment du danger auquel s'expoſe fon
amant , elle l'engage à s'éloigner ; mais il
ne peur vivre loin d'elle , ni fupporter fa
haine , il ne demande qu'à mourir , & vient
lui offrir la tête. Chimène , fidelle à fon
devoir, ne peut s'empêcher en même- temps
de montrer à Rodrigue toute la tendreffe &
la crainte d'obtenir la juftice qu'elle follicite
, elle le quitte. Tandis que Rodrigue gémit
fur fon fort , il voit entrer Doni
Diègue , fon père , fuivi de quelques amis ,
dont il n'eft pas d'abord apperçu . Don Die
gue a appris que les Mores doivent furprendre
Seville pendant la nuit ; & tandis que la
DE 85 FRANCE.
Cour ignore encore ce danger , il engage fes
compagnons à s'armer pour repouiler l'ennemi
, & il ajoute :
Nous parlerons alors en faveur de mon fils....
Je ne veux point de grâce , elle feroit affreufe ,
s'écrie alors Rodrigue en venant fe jeter dans
les bras de fon père , qui n'a pas de peine à le
déterminer à fe mettre à la tête de les braves
amis pour fauver l'État & fon Roi.,
Au fecond Acte , le Théâtre repréſente un
périftile du Palais du Roi , dans lequel fe
réfugie une foule de Peuple , qui annonce
avec effroi que les Mores font entrés dans le
port. Le Roi accourt à leurs cris , leur offre
fon palais pour afyle , tandis qu'il ira les défendre.
Il y court , quand des cris de victoire
annoncent que les ennemis ont été repouffés.
On ignore le nom du Vainqueur ; mais
il arrive avec deux Rois Motes , & les autres
Prifonniers qu'il a faits. Rodrigue veut ſe jeter
aux pieds du Roi , qui le reçoit dans fes bras ,
& lui dit qu'il n'a pas affez de puiffance
pour récompenfer fes fervices & les exploits.
Le Peuple celèbre fon triomphe par
des chants & des danfes . Chimène vient par
tager l'alegreffe publique ; fa furpriſe eft extrê
me en voyant dans Rodrigue le fauveur de
l'État. Chimène (emble craindre alors qu'on
n'ait plus d'égard à ſa plainte :
Ses fuperbes exploits font oublier mon père.
86 MERCURE
LERO I.
J'ai promis de te fatisfaire ;
Mais Rodrigue vainqueur eft au- deffus des loix.
LES CHEVALIERS.
Oui , Seigneur , à Rodrigue on doit cette juftice;
Mais qu'il cède aux loix de l'honneur ;
A Chimène il faut un vengeur ;
Nous nous préfentons tous , qu'elle même choififfe.
Le Peuple demande qu'on n'expofe pas
fon défenfeur à un nouveau danger ; mais
Don Diegue , regardant une pareille grâce
comme une infamie , demande que fon fils
combatte encore :
Son bras qui vainquit le More ,
N'a pas à vaincre un Vainqueur.
د
Le Roi y confent avec peine ; Don San
che, amoureux dès long- temps de Chimène
s'offre à combattre pour elle ; Chimène eft
forcée d'accepter fon fecours ; tout va fe difpofer
pour le combat ; & Rodrigue fort au
milieu des acclamations du Peuple , qui fait
des voeux pour fon fuccès.
Au troisième Acte , le Théâtre repréſente
Pappartement de Chimène. Elle y entre en
défordre , fuivie de fes Femmes , dont elle
repouffe les confolations , toute entière au
fentiment de trouble & de crainte qu'excite
en elle le nouveau danger où Rodrigue eft
expoſé. Il vient lui - même , lui fait fes der;
DE FRANCE. 87.
niers adieux , & lui annonce qu'il va mourir
. A ce mot , Chimène le trouble davantage
, s'attendrit , veut exciter fon courage
par l'intérêt de fa gloire.Ce motif touche peu
Rodrigue , fa gloire eft affurée , & l'on connoîtra
le motif de la mort.
On dira qu'épris de Chimène ,
Mais fans efpoir de la fléchir ,
Rodrigue a mieux aimé mourir
Que vivre chargé de ſa haine.
Chimène , vaincu par tant d'amour, ne
peur plus retenir la violence du fien , &
laiffe échapper ces paroles :
Si ton propre intérêt , fi celui de ta gloire :
Ne peuvent te fauver du trépas où tu cours ,
legrat , du moins ne perds pas la mémoire
Qu'ainfi que de ta vie il y va de mes jours .
Enfin , dans ce combat où mon de voir m'entraîne ,
Souviens- toi que Chimène eft le prix du vainqueur.
Rodrigue, tranfporté de cet aveu , fort
après avoir dit :
Ah! ce mot doit me fuffire.
Ennemis & rivaux , paroiffez , armez-vous ?
Avec un tel effois je puis vous braver tous.
Chimène refte feule , livrée à toutes les terreurs
fur Eiffue du combat. Elle entend le
fignal de la trompette ; fes alarmes redou
88 MERCURE
blent ; elle porte fes regards vers le lieu où
fe paffe le combat, & qui eft même très voifin
de la Scène. Elle croit voir Rodrigue
defarmé & frappé par Don Sanche ; elle
tombe dans les bras de fes femmes. En ce
moment il s'elève derrière le Theatre des
cris de victoire. Don Sanche fe prefente aux
yeux de Chimène ; elle ne deure plus de fon
malheur. Il eft mort , s'ecrie t - elle douloureuſement.
Don Sanche veut lui parler ;
mais elle ne veut rien entendre ; elle raccable
d'injures , & lui ordonne de s'eloigner :
Laiffe-moi , fuis , ou j'expire à ta vûc.
Elle le jette aux pieds du Roi qui entre dans
le même temps ; elle lui avoue tout l'amour
qu'elle avoit confervé pour Rodrigue qu'elle
croit mort , & le conjure de ne pas la condamner
à l'horreur d'être au meurtrier de
fon amant. Chimène , lui répond le Roi , j'ai
promis ta main au vainqueur;
La réſiſtance ſeroit vaine ;
Reçois donc cet époux de la main de ton Roi.
C'eft Rodrigue qui entre & qu'il préfente à
Chimène. La joie de Chimène eft égale à fon
étonnement. On lui apprend alors que Don
Sanche, vaincu & défarmé, etoit venu lui ap--
porter fon épée de la part de Rodrigue
vainqueur ;
Chimène , forcée à ſe rendre ,
Ne doit plus qu'obéir aux ordres de fon Roi,
DE FRANCE. S+
La Pièce finit par un Divertiffement & un
choeur général , où l'on célèbre le courage &
la victoire de Rodrigue , & le bonheur des
deux amans.
ANNONCES ET NOTICES.
LA Septième Livraiſon de l'Encyclopédie ; compofée
de deux Volumes de Difcours , fera en vente
Lundi prochain , 16 du préfent mois.
Le prix eft de 22 liv. en feuilles , & 24 liv. brochés .
SUITE de l'Aventurier François , ou Mémoire's
de Grégoire Merveil , Marquis d'Erbeuil. 2 vol.
in- 12 . A Londres , & le trouve à Paris , chez Quillau
l'aîné , rue Chriftine , & la Veuve Duchefne , rue
S. Jacques.
'Ce Roman eft la fuite d'un autre dont nous avons
rendu compre ; il appartient au même Auteur , a le
même caractère de fingularité , & eft conçu avecautant
d'imagination .
Essa fur l'Apocalypfe , ou Explication Littérale
& Hifiorique de la Révélation de l'Apôtre S. Jean ,
avec des Remarques fur le Syfitme de M. Paftorini.
Seconde Edition . 2 vol . in - 12 . Prix , 4 liv . A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraite , rue des Mathurins
, hôtel de Cluni. के
Cet Ouvrage répand de la clarté fur un Écrit qui
en a toujours eu grand befoin ; & il méritoit d'être
réimprimé.
LE Dieu Mars défarmé, Allégorie , en un Adle ,
en vers libres , mêlée de Chants & de Danfes
l'occafion de la Paix de 1783 , par M. B.... A Paris ,
92
MERCURE
chez Denos , Libraire du Roi de Danemarck , rue
S. Jacques ; Belin , Librairé , rue S. Jacques , près
S. Yves ; Brunet , Libraire , rue de Marivaux ,
Place du Théâtre Italien , & chez les Marchands de
Nouveautés.
Par ordre de Jupiter , Mercure vient régner fur
la terre à la place de Mars. Les Dieux , qui font
les perfonnages allégoriques de cette Pièce , n'ont
qu'un fentiment , qu'un projet , celui de rendre le
Monde heureux . Tous , jufqu'à Mars , parlent humanité
; cela doit porter bonheur ; auffi nous promet-
on les plus heureux fruits d'une Paix univerfelle.
Tel eft l'efprit & le cadre de cette petite Pièce ,
qui eft écrite facilement , mais qui a été faite avec
trop de rapidité comme tous les Ouvrages du moment,
qui par- là ont droit à l'indulgence du Lecteur.
LA troisième Suite d'Eftampes , repréfentant
nos Modes , paroît depuis quelque temps ; elle eft
accompagnée de Difcours explicatifs . Le fuccès des
premières Livraifons a engagé à continuer une Entreprise
qui peut fervir à l'hiftoire des moeurs on repréfentant
avec vérité les différens coſtumes & la
diverfité des habillemens de notre fiècle . M. Moreau
le jeune , Deffinateur du Cabinet du Roi , à
rendu avec l'intelligence & la délicatelle qu'il répand
fur toutes les productions , les variétés de nos goûts
& de nos fantaifies . Les trois Livraifons forment un
Volume in folio ; mais chaque Eftampe peut être
détachée , & fervir à la décoration d'un cabinet ,
d'une maison de campagne , &c . On le trouve chez
Guttemberg l'aîné , Graveur , rue Saint- Hyacinthe ,
Place Saint Michel, Le même vend auffi les Cahiers
de la première & feconde Suite réduits en petit
format , & il publiera bientôt la troisième Suite
également réduite.
DE FRANCE.
FRED - GUL. BOERS , Directeur de l'Académie
des Sciences de Haerlem , premier Avocat de la
Compagnie Hollandoife des Indes Orientales , &
fon Dépuré à la Cour de France , deffiné par C. N.
Cochin ; gravé par L. J. Cathelin .'
Après avoir nommé M. Cochin , nous pouvons
nous difpenfer de dire que ce Portrait eft bien deffiné.
La Gravure mérite auffi des éloges . On lit au
bas ces vers faits par M. Imbert :
Les Mufes ont daignél'inkruire ,
Et la vertu prit foin de le former ;
Qui l'écoute , bientôt l'admire ;
Qui le connoît , doit l'eftimer.
Il prête à fon pays fes foins , fon éloquencé ;
Il eft fenfible , affectueux ;
Le bien de fa Patrie est l'objet de fes voeux ,
Et l'amitié , fa récompenfe.
Ceux qui ont connu M. Boers, favent qu'il n'y a
pas un feul mot à effacer à l'éloge que renferment
ces vers .
L'HEURENS ERREUR , Comédie en un Ate
& en profe , par J. Patrat , représentée pour la prémière
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , le 22 Juillet 1783. A Amfterdani ; & fe trouve
à Paris , chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , à
côté de la Comédie Italienne ..
La Comteffe Delfort, riche veuve de dix - huit
ans , dégoûtée du mariage par le mari qu'on lui
avoit donné , a pris de l'averfion pour tous les hommes,
& n'en reçoit aucun dans le Château où elle
s'eft retirée. Sophie , qui demeure dans le voifinage ,
a réfolu de lui faire pièce , & de rendre fervice en
même-temps à fon propre frère en la lui faifant
époufer. Elle fait entrer pour cela une Soubrette
92 MERCURE
rufée dans la maifon de la Comteffe , à qui l'on per
fuade que fa voifine Sophie , qu'elle ne connoît pas
encore , a réſolu ſecrétement de la faire revenir de
fon averfion pour les hommes , & que pour y réuffir
elle doit fe faire préfenter chez elle en habit cava
lier. La Comteffe, prévenue du prétenda tour qu'on
doit lui jouer , fe promet bien de s'en amufer quelque
temps , de faire femblant de donner dans le
panneau , & de déclarer enfin à Sophie qu'elle n'a
pas été la dupe ; mais Sophie , cette idée une fois
entrée dans la tête de la Comteffe , au lieu d'y
/ aller elle - même , y envoye fon frère Delval , qu'elle
a grand foin de ne pas mettre dans fa confidence.
>
Tel eft le fonds de cette Comédie , qui a joui´
d'un fuccès mérité . On fent que Delval , reçu par
une femme comme une femme , & fans le favoir
fe trouve dans une fituation vraiment comique , &
doit prodaire des effets ; l'action pourroit être ou
plus refferrée ou plus neurrie ; mais il y a des
Scènes très - p'aifantes , & la Pièce prouve un vérita
ble talent pour la Comédie .
Pour en Cheveux. Mêler à des Découvertes férieu
fes l'annonce d'aps Chorvcrie se pur agrément , c'eſt
fervir le goût d'une Nation qui femble s'occuper à lafois
de Sciences & de plaifirs. Depuis long- temps les
Ballons font l'entretien de toute la France. Cet objet,
digne de l'attention des Phyfici ns , a des prôneurs
& des contradicteurs ; les femmes même ne craignent
pas d'entrer en lice pour foutenir ou pour
combattre nos Voyageurs aériens ; mais voici une
Invention qui, peut être , ne mérite pas moins d'attirer
leurs regards. Il s'agit d'une nouvelle Coëffure
en Cheveux ; l'idée en eft très- ingénieufe ; les détails
en font légers , & l'enfemble forme un coupd'oeil
tout - à-fait agréable . La Coëffure entière n'eft
autre chofe qu'un Pouf en cheveux , auquel on a
DE FRANCE. 93
joint un noeud orné de deux glands auffi en ' cheveox.
Il faut voir le modèle pour être convaincu
combien il en réfalte un effet pittorefque. Cette
Ceeffure a d'ailleurs l'avantage de convenir aux
Perfon es qui n'ont guères de cheveux ; elle
demande peu d'apprêt & peu de temps pour être
potée fur la tête ; fa conftruction eft fi folide qu'on
ne riique rien de la tranfporter à la campagne , &
que dans un inftant la main la moins habile pourra
rendre aux boucles toute la grâce de leurs formes.
Le prix eft de 36 livres Les Perfonnes qui vou
dront s'en procurer peuvent s'adreffer à l'Au
teur le fieur Tournier , rue Saint- André des - Arcs ,
vis- à - vis le Magafin de M. Maille , Vinaigrier - Dif
tillateur du Roi & de Leurs Majeftés Impériales.
JURISPRUDENCE des Rentes , ou Code des Rentiers
par ordre alphabétique , par M. de Beaumont ,
Penfionnaire du Roi . Nouvelle Edition , revne , core
rigée & contidérablement augmentée par ' Auteur.
Prix , 3 liv . broché. A Paris , chez Méquignon
Libraire , au Palais , N. 5 Nyon , rue Mignon ,
& Prault , Libraire , Quai de Gêvres. `
་
Ce Livre eft affez connu. C'eſt un Traité fur la
manière d'acquérir les Rentes , d'en percevoir les
ariérages & d'en établir la propriété dans les muta,
tions ; on y a joint les décisions des Juges dans différentes
Caufes plaidées aux Tribunaux fur les rentes
& fur les matières qui y ont rapport. Ce Liyre fera
donc utileaux Jurifconfultes & autres qui fré
quentent le Palais , & à tous ceux qui fe mêlent
du payement & de la recete des Rentes. Les Notaires
des Provinces y trouveront des modèles d'actes.
L'Auteur a fait dans cette Edition nouvelle beau
coup de haugemens & d'additions ; entre autres
l'article des Penfions & celui du Tréfor- Royal font
abfolument neufs . A l'article Lettres de Naturalité,
"
94 MERCURE
eſt un tableau intéreffant de tous les Réglemer, sportant
abolition du Droit d'Aubaine entre les Sujets de
S. M. & différens États des Puillances étrangères.
DISSERTATION Théologique fur les intérêts de
Argent placé à jour , chez les Négocians & autres
perfonnes qui le font valoir. Brochure in- 12. Prix ,
1 liv. 4 fols. A Paris , rue & Hôtel Serpente.
L'Auteur de cette Brochure a envifagé fous une
nouvelle face , certe queftion fi fouvent traitée . Sans
prononcer fur la manière dont il la décide , nous
croyons devoir dire qu'il difcute avec fageffe , quoi .
qu'il ait des affertions nouvelles , & que fon Ouvrage
mérite d'être lû par ceux que cette question
peut intéreffer.
PRECIS des Effais d'Expérience préfenté au Gouvernement
& à l'Académie des Sciences , fur la démonftration
du Cordage , de la Filature , la Fabrique
, la conftruction des machines néceffaires pour
chaque Art , mathématiquement faite , &c. par M.
Fournier Defgranges. A Paris , au dépôt de l'Auteur ,
rue de la Mortelleric , hôtel du Barillet d'or , & chez
l'Efclapart , Libraire , Pont Notre - Dame.
METEOROLOGIE appliquée à la Médecine & à
l'Agriculture , Ouvrage qui a remporté le Prix au
jugement de l'Académie Impériale & Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Bruxelles , le 12 Octeb.
1778 , par M. Retz , Docteur en Médecine à Arras.
in-89 . Prix , 3 liv. 12 f. A Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers.
A cet Ouvrage utile & important , on a joint le
Traité du Nouvel Hygromètre comparable , du
même Auteur , qui n'avoit pas encore été publié ,
avec figures.
DE FRANCE.
95
LES Variétés à la mode , cinquième fuite
d'Airs d'Opéras férieux ou comiques , Ariettes Ita-
Liennes , Romances , Vaudevilles & Duos arrangés
pour le Forte-Piano , par M. Céfar . Prix , 3 Hires
12.fols. A Paris , chez M. Boyer , au Magafia de
Mufique , rue Neuve des Petits-Champs , près celle
Saint Roch , n°. 83.
CINQUIEM E Suite de Pièces d'Harmonie ,
contenant des Ouvertures & des Airs d'Opéras
férieux & comiques arrangés pour deux Clarinetres
, deux Cors & deux Baffons , par M. Ozis ,
Maficien de S. A. mgr. le Duc d'Orléans, Prix ,
6 livres. A Paris , chez M. Boyer , au Magaſin de
Mufique , rue Neuve des Petits Champs , près celle
Saint Roch , n . 83 , & chez Mme Lemenu , rue
du Roule , à la Clef d'or.
Ces Suites d'Harmonies rous paroiffent toujours
compofées avec beaucoup de goût.
TROIS Sonates pour le Forte - Piano , avec un
Accompagnement de Violon pour la feconde & la
troifième ,, par M. Martin de Sainte - Colombe. Prix
4 livres 16 fols. A Paris , chez Baillon , Marchand
de Mufique , rue Neuve des Petits - Champs , aut
coin de celle de Richelieu.
NUMEROS 119 & 120 du Journal
d'Ariettes
Italiennes
dédié à la Reine. Prix , 3 livres 12 folst
l'une ; & 2 livres 8 fols l'autre
féparément
. L'abonnement
pour l'année eft de 36 livres pour Paris , &
42 liv. en Province
pour vingt - quatre Numéros
. A
Paris , chez M. Bailleux , Éditeur , Marchand
de
Mufique
ordinaire
du Roi & de la Famille
Royale ,
rue Saint Honoré, à la Règle d'or.
Le Numéro 119 contient une fort belle fcène
d'expreffion de M. Piccini , & le Numéro 120 un
96
MERCURE
très joli Rondeau de M. Anfoffi Ce Journal , le
premier de ce genre , fe foutient toûjours avec le
même fuccès , & conferve la fupériorité par les
foins que prend l'Éditeur de bien varier fes morceaux
, & de faire paroître chaque Numéro avec.
une exactitude fcrupuleufe .
SEI duetti di Camera , fix Duos de chambre
à égales & différentes voix , trois fur paroles Italiennes
& trois fur paroles Françoifes , compofés par
M. Beauvalet. Prix , 6 liv . A Paris , chez l'Auteur ,
rue de Grammont , nº . 17 , & chez M Bailleux ,
Marchand de Mafique ordinaire du Roi , rue Saint
Honoré , près celle de la Lingerie , à la Règle d'or.
On trouve dans ces Duos le fruit des études
PAuteur a faites en Italie fous de bons Maîtres.
que
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
49 Charade , Enigme & Logoyphe
, Réponse aux Vers de M. de
A M. de la Harpe ,
Saint Ange ,
Stances ,
91 Elégies de Tibulle ,
52 Variétés ,
45
56
Les Attributs de l'Amour , L' Apothéoje moderne , Conte,
Vers aux Dames reques Affo Concert Spirituel ,
76
ciées Honoraires du Musée Aca émie Roy. de Mufiq. 83
de Paris, 13.Annonc.s & Notices,
89
APPROBATION.
JATlu par
ordre
de
Mgr
le Garde
des
Sceaux
, le
Mercure
de
France
, pour
le Samedi
14
Fevrier
. le n'y
ai rien
trouvé
qui
puife
en
empêcher
l'impreffion
. A
Paris
, le 13 Février
1784.
GUIDL
.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 21 FÉVRIER 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE contre le Jeu. *
QUEUEL. eft donc ce monftre perfide
Qui , fous un appât féducteur , ›
Promet de l'or à l'homme avide,
Et ne lui vend que le malheur ?
* Note du Rédacteur. Le Livre intitulé De la Paffion
du Jeu , par M. Dufaulx , de l'Académie des Inſcriptions
& Belles-Lettres , a été l'occafion de cette Ode, Le Poëte ,
dans les dernières Stances , rend au Moralifte un hommage
d'autant plus flatteur , qu'il eft p us mérité. Son
Ouvrage , approuvé de tous les gens de bien dès fa naiffance
, a été traduit chez l'Étranger. On fait quelle en a
été l'influence dans nos Tribunaux , & quelle fenfation
il a faite dans les Familles. Quoique j'aie moins le droit
que perfonne , dit M. Morvan dans un Poſt ſcriptum , d'àffigner
les rangs dans l'empise de la Philofophic & dos
Lettres , j'ofe croire qu'on ne pourra faire l'Hiftoire Liter
No. 8 , 21 Février 1704 E
ན
98
MERCURE
Autour du fantôme finiftre ,
L'Avarice , affidu miniftre ,
Veille à la lueur des flambeaux,
Sur fes pas , la morne indigence
Dévorant les maux en filence ,
Traîne au fein de l'horreur fes funèbres lambeaux !
C'EST le Jeu! c'eft ce Dieu barbare
A qui les aveugles mortels ,
Dévorés d'une foif avare ,
En ons lieux dreffent des autels!
Jeu cruel , quelle eft ta puiſſance !
L'âge , le fexe , la naiſſance ,
Tout eft en proie à tes fureurs !
Chaque jour étend ton empire ;
Un monde au comble du délire
Pourfuit, l'or à la main , tes coupables faveurs !
BRISEZ , brifez , ô vils efclaves
De l'ardente cupidité ,
Brifez vos infâmes entravcs
A la voix de l'humanité.
Au fein glacé de la misère ,
Épanchez cet or falutaire
téraire de notre fiècle , fans donner une place honorable
parmi les Moralißes , à l'Auteur d'un Livre où la paſſion
du jeu eft combattue avec un courage fans exemple , où
elle eft peinte avec l'éloquence la plus vive , & enviſagée
fous les rapports les plus étendus.
DE FRANCE. 99
Que dévore un jeu deftructeur.
Ah ! celui dont la bienfaifance
Sèche les pleurs de l'indigence ,
Eft parmi les humains un Dieu confolateur !
BARBARES ! Votre âme farouche
Eft de glace aux cris du malheur !
Contre lui toujours votre bouche
S'arme d'une injuſte rigueur !
Tremblez , cruels ! ..... Sur votre tête .
Le ciel fait gronder la tempête ,
Vous touchez au fatal écueil :
Du fort la marche eft inconftante ,
Sa faveur la plus éclatante
N'eft qu'un pâle flambeau précurfeur du cereucil
QUE de fortunes immolées
Aux caprices d'un fort trompeur !
Que de familles défolées
Dont il renverfa la grandeur !
Sous les lambris de l'opulence ,
La bienfaifante Providence
Prit foin de placer leur berceau ;
Mais bientôt à leur race illuftre
•
Le Jeu raviffant tout fon luftre ,
De ces aftres brillans éteignit le flambeau.
Sous la loi d'un hymen tranquille
Béniffant la fécondité ,
Tu vis régner dans ton aſyle
Ej
100 MERCURE
La douce médiocrité ! ....
Maudis l'inftant où tu fus mère ;
Enfans, maudiffez votre père ,
Vous allez languir fans fecours :
Dépouillé par un fort perfide ,
Hélas ! votre père homicide
En un deuil éternel a changé vos beaux jours !
PEUX-TU parmi tant de victimes ,
De ton coeur étouffer les cris ,
Toi , par des gains illégitimes
Élevé fur mille débris?
Non. Dans les bras de la fortune ,
Sans ceffe une voix importune
Remplit ton âme de terreur :
Le remords vengeur te confume ;
Le ciel , t'abreuvant d'amertume ,
Loin de toi pour jamais écarte le bonheur.
MAIS , quel zèle aveugle m'infpire ?
Eh ! que pourroit ma foible voix ?
Le Jeu voit feurir fon empire
Malgré l'anathême des loix.
Sénats de la France éplorée,
Quand votre juftice éclairée
Le frappe avec de nouveaux traits ,
Le monftre craignant la vengeance,
Pour tromper votre vigilance ,
Dans les réduits obſcurs va cacher fes forfaits.
I
DE FRANCE. 101
L'EIL égaré , le front livide ,
Et l'avarice dans le coeur ,
· C'eſt - là que le Joueur avide
Signale toute fa fureur.
L'or a brillé! le Jeu s'anime
Chacun dépouille fa victime ,
Les tigres font moins furieux :
Le hafard eft le Dieu fuprême ,
Sans ceffe l'aveugle blafphême
De fa voix facrilège épouvante les cieux .
LA, règne l'affreufe infomnie ,
Tandis qu'un paisible fommeil ,
A la Nature rajeunie ,
Prépare le plus doux réveil.
Souvent l'aftre de la lumière
Trois fois a fourni fa carrière ,
Trois fois l'ombre a couvert les cieux ;
Depuis que la main forcenée
D'une multitude effrénée
Tourmente fans relâche un fort capricieux.
QUELS cris ! la difcorde écumante
Rugit dans ce féjour d'horreur !
La main de fang toute fumante ,
Le meurtre frémit de fureur ! ....
O toi , Philofophe fublime ,
Toi qui , jeune encor, fus victime
D'un fléau terrible aux humains !
E iij
# 02 MERCURE
Pour peindre les effets tragiques ,
Il faut ces crayons énergiques
Que la Patrie en pleurs a remis dans tes mains !
Nous voyons les Livres futiles
Tomber dans un oubli honteux ;
Mais tes Écrits , toujours utiles ,
Inftruiront nos derniers neveux.
Celui dont l'auftère éloquence
Des moeurs attaque la licence ,
Eſt l'ami de l'humanité ;
Le temps refpecte fa mémoire ,
Son nom , fur l'aile de la gloire ,
Volera triomphant à l'immortalité.
( Par M. Morvan , Avocat à Quimper. )
CHANSON du Droit du Seigneur.
Allegro.
Vous en- flammez , & pour longtems , Tous
les coeurs du vil- la - ge ; Mais à
la Cour , ain- fi qu'aux champs , On vous
**
DE FRANCE. 103
ren- droit homma -
ge :
Vos traits , vos
拜佳
yeux
fa- vent tout en- ga - ger , Mam'-
fel- le , Mam'fel - le , Mam'lel
Refrain .
❤ le,
On plaît au Roi comme au Berger , Quand on
舍
eft jeu- ne & belle .
VOTRE douceur eft un tréfor
Dont le fexe eft avare ,
Votre innocence vaut de l'or ,
Tant l'innocence eft rare.
Vos traits , &c.
AUPRÈS de vous toutes nos fleurs
Sont des fleurs en peinture ;
Mais on devroit avoir deux coeurs
Lorsqu'on a vot' figure.
Vos traits , &c.
(Parol. de M. Desfontaines, Mufiq. de M. Martini. )
E iv
104 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Choufleur , ceiui
de l'Enigme eft Lune ; celui du Logogryphe
eft Ami , où l'on trouve a , mi , Mai.
CHARADE à Mademoiselle L. D...
Mon premier vaut bien peu; mais plus que tel
Écrit.
Mon fecond , Amélie , embellit votre mine ;
Et mon tout , quoique bien petit ,
Eft , vous le favez bien , la bête à ma voifine.
( Par Madame Baffet. )
ÉNIGM E.
E nais , je brille & meurs avec tous les grands
Hommes ;
Aujourd'hui l'on m'honore au nom de Montgolfier.
Tranfpofez mes cinq piés , mieux que les Aftronomes
J'avertis les frileux de garder leurs foyers.
( Par M. D. L. G. , de Morlaix. )
DE FRANCE. 105
LOGOGRYPHE.
A L'INSTANT où je vois le jour
Je fuis en but à la critique.
A la Ville comme à la Cour
Sur moi librement on s'explique.
J'ai des effaims de favoris ,
Plus j'en ai , plus il en abonde ,
Dont il faut appaiſer les cris ;
Comment contenter tout le monde ?
Quelques inftans à me glofer ,
Lecteur , je veux que tu t'amuſes.
Pour trouver mes pieds , fonge aux Mufes.
Si tu veux me décomposer,
J'offre l'abri de la tempête ;
Ce que tu cherche & qui t'arrête ;
Certain métal trop defiré ;
Une note ; un titre adoré
D'un Peuple enclin à l'inconſtance ,
Mais cher à Mars par fa vaillance ,
Et par fes grâces à l'Amour ;
Deux pronoms , dont l'un chaque jour
Sur l'autre emporte la balance.
Ote-moi trois pieds , tu verras
Ce qu'on ne fait point fans débats
Chez les gens de race Bretonne ,
Ev
106 MERCURE
Que la France eſtime & canonne.
Si tu n'as pu me deviner ,
Ce moment, cher Lecteur , approche ;
Mon voile à l'inftant va tomber :
Peut-être fuis-je dans ta poche ? -
( Par une Dame de Versailles. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISSERTATION fur Perfe , par M. Sélis ,
Profeffeur de Belles Lettres au Collége
de Louis- le Grand , de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles- Lettres d'Amiens ,
Affocié Étranger de celle de Berlin , Cenfeur
Royal.
Libro memoratur Perfius uno.
A Paris , chez Antoine Fournier , Libraire ,
rue du Hurepoix.
JE
E ne crains pas de le dire avec SaintÉvremond
: Je n'aime pas ces doctes qui
employent toutes leurs études à reftituer un
paffage dont la reftitution ne nous plaît en
rien , qui font un mystère de favoir ce qu'on
pourroit très bien ignorer , & qui n'entendent
pas ce qui mérite véritablement d'être
entendu. Pour ne rien fentir , pour ne tien
penfer délicatement , ils ne peuvent entrer
DE FRANCE. 107
dans la délicateffe du fentiment , ni dans la
fineffe de la penfée. Je ne vois - là que l'abus
du favoir ; il ne faut donc pas s'étonner fi
tant d'Erudits n'ont le plus fouvent laborieufement
travaillé qu'à difcréditer l'érudition.
Il ne faut pourtant pas non plus que le
tort de certains Savans tourne abfoluinent
contre le favoir. Il eſt un genre de travaux
Littéraires que dédaignent les efprits fuperficiels
pour qui ils feroient les plus néceffaires
, mais que favent eftimer les Littérateurs
vraiment inftruits , pour qui ils feinbleroient
moins utiles. Un bon Commentateur
, ou , pour mieux dire , un bon appréciateur
des anciens , fera toujours un homme
très- rare. Il ne peut être tel , s'il ne réunit à
la fois un goût sûr , une érudition vaſte , un
tact délicat , une fagacité judicieuſe. La differtation
qui fait le fujet de cet article , acquiert
, à bien des égards , ce titre à M. Sélis.
Dans fes Obfervations , qui ont exigé beaucoup
de recherches, & qui donnent lieu à des
difcuffions favantes , on trouve l'homme de
goût inftruit , & jamais l'Erudit affommant
& infipide. Je paffe fous filence quelques
réflexions polémiques relatives à un autre
Traducteur de Perfe , & à celui de Juvénal ,
lefquelles fervent , pour ainsi dire , de préliminaire
à cette differtation . L'une & l'autre
Traduction peut avoir un mérite égal , quoique
différent. Le ſtyle de M. l'Abbé le Monnier
, fans être auffi foutenu & auffi foigné
que celui de M. Selis , eft vif , fouvent co-
E vj
108 MERCURE
mique , quelquefois familier ; & peut- être
ce défaut , fi c'en eft un , eft il analogue au
génie de Perfe. Il ne m'appartient pas de décider
entre des rivaux faits pour s'eftimer
l'un l'autre , autant que le Public les
eftime tous deux.
,
L'Auteur analyſe tour à tour les fix Satyres
de Perfe. Chacune de ces analyfes eft un expofé
précis & raifonné : il en conclud que de
tous les fujets que Perfe a traités , il n'y en a
aucun qui ne foit utile , intéreffant & bien.
conçu . Il examine enfuite fi fes plans font
bien exécutés & quelle eft la manière.
d'écrire de Perſe. « Cafaubon , dit il , comparant
enſemble Horace , Juvénal & Perfe ,
par rapport à la fcience ainfi qu'au fruit
qu'on peut retirer de leurs Satyres , déclare
que le dernier eft plus philofophe que les
deux autres. » A cela on peut répondre que
Cafaubon avoit pour fon Auteur la prédilectión
d'un Commentateur , maladie com-.
mune à tous les Écrivains de ce genre , & dont
M. Sélis lui même n'a pas pu entièrement fe.
défendre. Perle a, plus qu'Horace, l'enſeigne
philofophique. Sa morale refpire je ne fais
quelle énergie ftoïque , qui fait le caractère
plus que le mérite de cet Écrivain. Dans Horace
, la philofophie réunit aux agrémens de
la poéfie , ce ton d'indulgence qui charme
dans l'homme de Cour , & fur tout dans le
Moralifte. Perfe en convient lui - même.
Omne vafer vitium ridenti flaccus amico.
Tangit & admiffus circùm pracordia ludit.
DE FRANCCEE.. 109
7
Gi
Horace , dans les cenfures ingénieufes ,
» effleure les vices de fes amis qu'il fait rire ;
il pénètre doucement , & il le joue autour
» du coeur. » Traduction de M. Sélis.
Cette prédilection , dont je parlois toutà
- l'heure , a fait entreprendre à M. Sélis de
juftifier Perfe fur l'obfcurité que les plus
Savans de tous les fiècles lui ont reprochée.
Éclairciffemens hiftoriques , citations , raifonnemens
, critiques , il met tout en uſage
avec beaucoup d'art & de fcience . Mais il
n'en réfulte pas moins que Defpréaux a eu
raifon de dire :
Perfe en fes vers obfcurs , mais ferrés & preffans ,
Affecta d'enfermer moins de mots que de fens.
Eft ce notre faute ou la fienne , s'il nous paroît
dur & inintelligible ? Je ne fais ; mais
toujours eft il sûr qu'il nous paroît tel. Il me
femble , dit Cafaubon , queje , que je vois Cornutus *
derrière Perfe ; tandis que celui- ci écrit ; què
je l'entends lui dire , lui répéter fans ceffe :
Soyez obfcur. En effet , on prétend que le
Poete a eu en vûe dans fes Satyres l'Empereur
Néron ; c'étoit irriter un tigre . La prudence
l'obligeoit d'envelopper d'un voile fes
piquantes ironies . Mais , encore une fois ,
dire qu'il a eu des raifons politiques d'être
obfcur , c'eft avouer qu'il eft obfcur. Enfin
on ne peut difconvenir que fon tour d'efprit
* Philofophe Stoïcien , dont Perfe étoit l'élève &
l'ami .
110 MERCURE
naturel fe joint encore aux motifs de prudence
qu'on lui ſuppoſe. M. Sėlis ne fait cet
aveu qu'avec peine & avec beaucoup de
reftrictions ; mais malgré toute fon adreffe à
défendre fon Auteur , il ne paroît pas avoir.
gagné fa cauſe à cet égard . Il le défend avec
bien plus d'avantage , quand il en cite les
meilleurs morceaux , en y joignant la Traduction.
Je choifis de préférence un morceau
que le Lecteur eft accoutumé d'admirer
dans Defpréaux , qui a fu fe le rendre propre.
Rien ne prouve mieux en faveur du
» talent de Perfe , dit M. Sélis , que l'idée
» de cette profopopée . » Voici le texte , la
traduction & l'imitation.
Cc-
Manè piger fertis : furge inquit avaritia ; eia ,
*
Surge. Negas. Inftat : furge inquit. Non queo. Surge.
Et quid agam ? Rogitas ? Sarpedas advehe Ponto ,
Caftoreum ,ftuppas , ebenum , thus , lubrica Coa.
Tolle recens primus piper è fitiente camelo .
Verte aliquid; jura. Sed Jupiter audiet . Eheu !
Baro , reguftatum digito terebrarefalinum
Contentus perages , fi vivere cum jove tendis .
Jam pueris pellem fuccinctus & Enophorum aptas
Ociùs ad navem.
39
" Le matin , vous dormez au ſein de la
pareffe. Lève- toi , dit l'avarice ; allons ,
» lève-toi. Vous réfiftez . Elle infifte : lèvetoi
, dit - elle . Je ne puis. — Lève- toi.
Eh ! pourquoi faire ? Tu le deman-
ور
و د
-
-
—
-
» des ! vas , cours chercher au Royaume de
DE FRANCE. III
"
" -
Pont des poiffons délicats , du caftoreum ,
» du chanvre , de l'ébène , de l'encens , du
vin de Cos ; enlève le premier poivre
qu'apportent les chameaux altérés ; tra-
» fique enfin ; & , s'il le faut , parjure - toi.
Mais Jupiter m'entendra. Pauvre
fot ! fi tu afpires à vivre en bonne intelligence
avec Jupiter , réfous toi donc à ra-
» cler ta falière avec le doigt toute ta vie,
» Mais déjà vous ayez retrouffe votre robe ;
» vous chargez vos valets ; je les vois porter
» en hâte au vaiffeau votre bagage & vos
>> proviſions.
13
Le fommeil fur les yeux commence à s'épancher.
Debout , dit l'Avarice , il eft temps de marcher .
Hé ! laiffez - moi, - Debout. Un moment.
répliques ?
- - Tu
A peine le foleil fait ouvrir les boutiques.
-N'importe ; lève- toi . -Pourquoi faire, après tout?
- Pour courir l'océan de l'un à l'autre bout ,.
Chercher jufqu'au Japon la po celaine & l'ambre ,
Rapporter de Goa le poivre & le gingembre.
- Mais j'ai des biens en foule , & je puis m'en paffer.
-
· On n'en peut trop avoir ; & pour en amaffer ,
Il ne faut épargner ni crime , ni parjure ,
Il faut fouffrir la faim & coucher fur la dure ;
Eût on plus de tréfors que n'en perdit Galet ,
N'avoir en fa maifon ni meuble ni valet ;
Parmi des tas de blés vivre de feigle & d'orge ,
De peur de perdre un liard fouffrir qu'on vous égorge.
112 MERCURE
-
Et pourquoi cette épargne , enfin ? -L'ignores- tu?
Afin qu'un héritier bien nourri , bien vêtu ,
Profitant d'un tréfor en tes mains inutile ,
De fon train quelque jour embarraſſe la ville .
Que faire ? Il faut partir . Les Matelots font prêts.
M. Sélis , en admirant les beaux vers de
Defpréaux , le croit inférieur à fon modèle.
J'ofe n'être pas de fon avis . Le Latin , felon
lui , a plus de vivacité , de nobleffe & de
poésie. Lecteurs , jugez. Debout , dit l'ava
rices &c. me paroît aufli vif que précis . Le
Traducteur de Perfe , qui rend très bien fon
Auteur , ne ne paroît pas avoir autant de
vivacité. C'eft la faute de la langue , moins
rapide que la latine ; mais c'eft une raifon de
plus pour admirer Defpréaux ,
4
Hé! laiffez-moi. --- Debout. Un moment.
répliques.
-- Tu
Perfe n'a rien de plus précis & de plus animé.
" Je n'aime pas , obferve M. Sélis fur le
vers fuivant :
A peine le foleil fait ouvrir les boutiques.
19
" que le perfonnage de la fatyre , qu'on
figure comme un homme de quelque diftinction
, tire comme le peuple Les images
» des boutiques .
"
"2
Cette délicateffe me paroit exceffive . Boileau
parle à l'homme confidéré généralement
dans les divers états de la vie ; & il n'eft pas
difficile de s'appercevoir qu'ici fa ProfoDE
FRANCE. 113
popée s'adreffe à un Marchand . La métaphore
eft donc de la plus grande jufteffe ;
elle ne peut être mieux à fa place ; & fi elle
peut paroître un peu familière , ce ton convient
très bien au ftyle d'une fatyre, qui doit
être moins foutenu que celui de l'Épître.
Perfe donne lui - même un exemple de
cette familiarité piquante. « Pauvre fot ! con-
» fens donc à racler toute ta vie ta falière
» avec le doigt , fi tu veux être bien avec
» le ciel . »
Enfin , ajoute M. Sélis : Perfe apostrophe
notre homme lui - même ; Mane fteriis ,
" vous ronflez le matin . » Au lieu que le
Poëte François parle à la troisième perfonne :
Le fommeil fur les yeux commence à s'épancher.
Mais en cela , il me paroît avoir encore
l'avantage fur fon modèle. Il évite la confufion
de l'apostrophe du Poëte & de celle de
l'avarice , que le Traducteur n'a pu éviter
qu'en employant tour à tour tu & vous.
Je n'ai jufqu'ici offert au Lecteur que la
moitié de la Profopopée de Perfe , parce que
Defpréaux , auquel il s'agiffoit de le comparer
, n'en a en effet imité que la première
partie. La feconde eft admirable , & M. Sélis
l'a très bien rendue.
Nil obftat quin trabe vaftâ
Egeum rapias , nifi folers luxuria ante
Seductum moneat. Quò deinde , infane , ruis ? Què ?
114 MERCURE
Quid tibi vis? Calido fub pectore mafcula bilis
Intumuit,, quam non extinxerit urna cicuta.
" Rien ne vous empêche d'aller à l'inſtant
» fendre les flots de la mer Egée , fi ce n'eſt
la volupté qui vous tire à l'écart , & vous
» dit d'une voix flatteufe : imprudent , où
» courez vous ? où donc ? quel eft votre def
» fein ? quelle eft cette ardeur de courage
qui a tout- à coup enflammé vos efprits ,
» & qu'une urne entière de ciguë ne pour-
» roit éteindre. »
و ر
"
Rien n'étoit plus difficile à bien traduire ;
on ne pouvoit mieux y réuffir. Je regrette
feulement rapias , expreflion forte & précife
, & qui caractériſe le génie de Perfe.
Tun' mare tranfilias ? Tibi torta cannabe fulto ,
Canafit in trauftro , Veientanumque rubellum
Exhalet vapidâ lafum pice feffilis obba ?
Quid petis ? Ut nummi quos hic quincunce modeſto
Nutrieras , peragant avidos fudare deunces ?
Indulge genio , carpamus dulcia , noftrum eft
Quod vivis. Cinis & manes & fabulafies.
Vive memor Lethi. Fugit hora. Hoc quod loquar
(c
inde eft.
Quoi , vous traverferez la mer ? Quoi ,
vous dînerez fur le tillac affis fur un amas
» de cordages , & l'on vous verfera d'un
large broc un vin épais qui exhalera une
» odeur infecte de poix ? »
ور
Je ne fais li je me trompe, maisfeffilis obba
DE FRANCE. 115
me paroît fignifier un vaſe qui , dans le navire
, fert de fiège au befoin ; ce que M. Sélis
rend d'une autre manière. Il me femble auffi
que fulto ne fignifie pas affis , mais bien ap-·
puyé , accoudé , adoffé.
Eh ! que defirez- vous ? Las de nourrir,
5 ici votre argent par une ufure modefte ,
» allez-vous le tourmenter au loin ? Voulez-
» vous , à force de fueurs , lui faire rendre
» cent pour cent ? »
Je n'aime pas non plus à force defueurs';
ce n'eft pas ce que veut dire fudare , la ver
fion littérale de ce mor ne rend pas le fens.
Perfe veut indiquer ces ufuriers , qui , pour
me fervir d'une expreffion populaire , tirent
la quintefcence de l'argent.
Ah ! plutôt , livrez vous aux charmes
des plaifirs. Ne cueillons que les fleurs de
» la vie. C'eft vivre que jouir. Bientôt vous
» ne ferez plus qu'une cendre froide , qu'un
» vain nom . Souvenez - vous que vous êtes
mortel. Vivez. Le temps fuit. Le moment
où je parle eft déjà loin . »
و د
Toute cette fin eft charmante. Aufli
quoique Perfe foit peu lû , il n'y a perfonne
qui ne fache ces vers par coeur. Indulge genio
eft une expreffion , pour ainfi dire , Épicurienne
; je ne crois pas que M. Sélis ait trouvé
l'équivalent qu'elle a peut- être dans notre
langue. Ah! plutôt livrez- vous aux charmes
des plaifirs , eft trop commun.
On doit s'appercevoir qué mes remarques
font d'autant plus févères qu'elles confiftent
216 MERCURE
dans des nuances de goût très - délicates . Mais
on fait auffi qu'on ne prend la peine de les
faire qu'en rendant compte des Ouvrages des
vrais Gens de Lettres ; c'eft , en quelque,
forte , un entretien que l'on a avec eux ; on
cherche ainfi à s'éclairer mutuellement.
C'est toujours dans cette idée que j'ofe op:
pofer encore mes obfervations à celles de M,
Sélis , fur ce vers de Defpréaux :
Le moment oùje parle eft déjà loin de moi ,
vers très beau , fans doute , felon lui , mais
qui ne peut être comparé aux quatre mots
rapides du latin : Hoc quod loquor inde eft.
1º. Le latin eft moins harmonieux. 2 ° . La
rapidité du ftyle ne confifte pas dans le nombre
des fyllabes ; * or je demande à M. Sélis ,
d'après cela, fi le Poëte François eft inférieur
à Perfe.
* Cette obſervation eft utile à faire. Un des Collaborateurs
de ce Journal , dans un Article très-honnête
, où il rend compte de la Traduction du premier
Livre des Faftes , par M. Bayeux , lui reproche
d'avoir rendu trop longuement ce paffage :"
Tempore crevit amor , qui nunc eft fummus habendi
Vix ultrà, quò jam progrediatur habet.
Voici la verfion de M. Bayeux.
La funefte paffion d'amaffer s'acciût avec le
temps ; aujourd'hui elle eft parvenue à fon com-
» ble , & il n'eft plus de terme au - delà duquel elle
puiffe étendre fes infatiables defirs. »י כ
L'Auteur de l'article obfervoit que cette dernière
DE FRANCE. 117
B
Voici un endroit où Perfe me paroît fupérieur
à tout ce qui exifte . « Où trouverat'on
, dit avec raifon M. Sélis , un mouvement
plus noble , une exploſion plus violente
, la haine de la tyrannie plus vigoureufement
exprimée , quatre vers plus profonds ,
plus harmonieux , plus éloquens ?
>>
Magnepater divum , favos punire tyrannos.
Haud aliâ ratione velis , cum dira libido
Moverit ingenium , ferventi tincta veneno :
Virtutem videant , intabefcantque relicâ.
"
وو
Puillant maître des Dieux , n'employe
point d'autre fupplice que celui ci pour
punir les tyrans , dont le coeur , plein
d'un poifon brûlant , couve quelque pro-
» jet barbare ; qu'ils voyent la vertu , qu'ils
la voyent , & qu'ils sèchent de regret. »
35
Racine fils a imité ce beau mouvement ,
qui fait d'autant plus d'honneur à Perfe, qu'il
n'a pu venir que dans une âme vertueuſe.
phrafe eft trop paraphrafée , puifque le latin diſoit feulement
: Ellene peut aller plus loin J'avoue que infatiables
defirs me paroît de trop. Car d'ailleurs , l'effet
de l'harmonie de progrediatur ne pouvoit être mieux
traduit que par ces mots : elle n'a plus de terme
au-delà duquel elle puiffe s'étendre. L'accent de la
penfée eft effentiel à rendre. Je profite de cette
occafion pour rendre à M. Bayeux toute la juſtice
qui lui eft dûe . Malgré les longueurs qu'on lui reproche
, avec quelque raifon , je ne connois aucune
Traduction en profe plus eftimable que la fienne,
118 MERCURE
Adorable vertu. ·
De celui qui te hait , ta vûe eft le fupplice..
Parois , que le méchant te regarde & fréniffe.
Il est temps de mettre fin à nos réflexions ,
ainfi qu'à nos citations. Il fuffit d'obferver
que cette differtation contient tous les beaux
endroits de Perfe , avec des remarques qui
en fint fentir le mérite , & qui éclairciffent
les paffages obfcurs. C'eſt un vrai fervice
que M. Selis a rendu à Perfe & aux
Amateurs de l'antiquité. Il feroir à defirer
qu'un Littérateur auffi habile ſe chargeât de
faire le même travail for Lucrèce.
( Cet Article eft de M. de Saint - Ange. )
DÉLASSEMENS de l'Homme Senfible , ou
Anecdotes diverfes , par M. d'Arnaud.
Tome fecond , III & IVe Parties. A
Paris , chez l'Auteur , rue des Poftes , près
l'EAtrapade , maifon de M, de Fouchy , &
chez la Veuve Ballard & fils , Imprimeurs
du Roi , rue des Mathurins. *
QUAND nous avons annoncé le Profpectus
des Délaffemens de l'Homme Senfible , nous
avons prévu , d'après la connoiffance du talent
de l'Auteur , le fuccès que cet Ouvrage
devoit avoir. L'événement a juftifié cette prédiction
, qui , à la vérité , étoit facile à faire.
* Le fixième Volume de cet Ouvrage paroîtra
dans le courant du mois d'Avril , & la Soufcription
finira à cette époque.
DE FRANCE. 119
Les deux Parties que nous annonçons font ,
comme les précédentes , pleines d'intérêt &
de variété. M. d'Arnaud n'oublie point de
nous rappeler que les traits qu'il raconte ne
font pas les fruits de fon imagination ; mais
fous la plume , qui a toujours été l'organe
de la fenfibilité , la vérité hiftorique prend
tout le charme de la fiction.
Dans la troifième Partie , parmi les Anecdotes
qui la compofent , & qui font en trop
grand nombre pour nous permettre la voie
de l'analyſe , on diftinguera Lerman & Molly,
& le nouveau Régulus . Ces deux morceaux ,
qu'on ne lira point avec des yeux fecs , offrent
d'utiles réſultats de morale , & font revêtus
de tous les charmes de la plus vive ſenſibilité.
On trouvera des teintes abfolument
différentes , quoique le coeur y foit également
intéreffé , dans une très - courte aneedote
, intitulée : le Raccommodement ingénieux.
C'eft une de celles qui prouvent le
mieux que M. d'Arnaud a fu varier fon Recueil.
Elle commence par une réflexion qui
annonce le fujet & le ton dont il fera traité.
Ce n'eft pas toujours, dit il , pár de grands facrifices
qu'éclate la fenfibilité ; elle a comme
l'amour , fa galanterie , fes grâces , fes riens
à la fois ingénieux & intéreffans. Une Princeffe
& une Ducheffe , rapprochées dans leur
enfance par une éducation commune , & par
des fentimens analogues , avoient formé une
liaifon de coeur que le flux & reflux de la
fociété rompit dans la fuite. La Princeffe ,
120 MERCURE
à qui la diffipation avoit bien fait négliger
mais non pas oublier fon ancienne amie , fe
rappeloit fouvent avoir goûté dans le commerce
de l'amitié , des plaifirs que le monde
n'avoit pu lui rendre ; elle commença à
les regretter , & finit par ne pouvoir plus
s'en paffer. Elle avoit coutume d'envoyer
tous les ans à la Ducheffe un préfent de
plantes aromatiques , & venues d'une Province
dont fon époux étoit Gouverneur ;
peu- à- peu , en s'éloignant l'une de l'autre ,
ce préfent annuel avoit été fupprimé. Enfin
le fentiment l'emporte fur le rang & la vanité
; elle veut revoir fon amie ; & voici la
tournure aimable qu'elle prend pour retourner
à elle. Se reffouvenant d'avoir vû chez
la Ducheffe une Marchande d'un certain age
qui venoit lui vendre des fleurs , des bagatelles
de France , la Princeffe cache fes traits fous
le coftume groffier de cette marchande , & ,
fous le nom de la bonne petite Femme , elle
vient lui offrir des aromates à acheter. On les
examine ; on en eft charmé ; on lui demande
ce qu'elle en veut avoir. Un prix bien haut ,
répond- t'elle le retour de votre amitié. Et à
ces mots , la petite bonne Femme n'eft plus
qu'une Princeffe , qui fe jette dans les bras
de fon amie , mais une Princeffe affable ,
tendre , affectueuse.
On lira avec autant de plaifir , dans la
quatrième Partie , la nouvelle Fanny , qui
rappelle l'Anecdote de ce nom , fi intéreſfante
& fi connue , qu'on lit à la tête des
Épreuves
DE FRANCE. 121
Épreuves du Sentiment ; Almozar , ou la
Fidélité à fa parole ; Riédezel ; le Respect
Filial, &c. Enfin ces deux Parties font dignes ,
en un mot , de l'Ouvrage & de fon Auteur.
OBSERVATIONS fur la Manipulation
& la propriété de l'Huile de Faine , par
M. Carlier. A Paris , chez Barrois l'aîné ,
Libraire , Quai des Auguftins , du côté du
Pont S.. Michel.
ود
»
་་
22
" LE hêtre , ou fan , produit la faine.
» Cet arbre fe forme , pouffe & s'élève fans
labour , dans les bois & dans les lieux in-
» cultes. C'eft l'olivier des climats froids.
Soumile à une manipulation convenable
, la faine rend une huile douce &
» bonne à manger , comme celle de l'olive..
La fabrication, en eft différente. L'huile
d'olive nouvelle eft plus agréable ; elle
perd de fon prix , & ceffe d'être bien
laine érant furannée. L'huile de faine , plus
elle eft vieille , meilleure elle eft . On peut
auffi en faire ufage fur le champ ; elle eft
délicate à cinq ans , fe foutient dix , vingt
» ans , & au- delà , fans altération . »
"
"
""
"
33
"
T
Le but de l'Auteur et de prévenir la perte
d'une immenfe quantité de matières wiles
obtenues fans frais de culture , d'indiquer
les moyens de les rendre propres à des ufages
de fecondè néceffité. Mes vûes , dit il ,
(P. S. ) tendent à deux fins , l'une d'enfeigner
la meilleure manière d'extraire Fhuile
N°. 9 , 21 Février 1784.
E
122
MERCURE
de la faine , pour la rendre bonne à manger ;
l'autre , d'en étendre la connoiffance aux
cantons où elle cft ignorée.
Ces vûes nous ont paru bien remplies ,
dans un ftyle net , précis & propre à la
choſe.
On traite , dans une première partie , du
hêtre & de fes propriétés , de la faine & de
fa formation , de la manière de la ramaffer
& de la difpofer au moulage.
La deuxième partie contient la defcription
d'un'moulin
à extraire l'huile de la faine,
& l'expofition
des règles qui conſtituent la
meilleure manipulation
. L'huile bien faite
obtient un nouveau degré de bonté , en la
tranfvaſant à propos. Il en eft de cette huile
comme des grands vins que l'on gagne à
garder , & que les bonnes caves perfectionnent.
L'Auteur
indique dans la troisième
partie
les moyens d'augmenter
le produit de l'huile
de faine. Il rejette les prix & les diftinctions
comme des expédiens
infuffifans
pour en accroître
la quantité. Nous difcutions
, il y a
quelques mois , * l'opinion
de l'Anglois Fer
guffon , fur l'influence
des faveurs , pour l'avancement
des Sciences & des Arts . Dans
l'examen
des moyens de perfectionner
la
qualité de cette forte d'huile , & d'en aug- menter le produit , M. Carlier femble exclure
les prix & les récompenfes
. « Je ne
* Nº . 41 , page 80 .
DE FRANCE.
123
"
63
propoſerai , dit- il ( page 77 ) ni prix ni
diftinctions. Ces prétendus encourage-
» mens font prefque toujours accordés par
la faveur , & obtenus par l'intrigue . L'expérience
m'a convaincu , quant aux cam
» pagnes , que celui qui fait travailler eft
» ordinairement inepte à folliciter. Je ne
parlerai point de l'exemption des droits &
des impôts ; il faut que chaque Citoyen
» contribue aux charges de l'État . Je demande
feulement la liberté pour le Journalier
qui ramafle , & pour le Meunier
fabriquant, "
99
33
La feule facilité qu'il réclame pour les ramaffeurs
, eft un adouciffement aux difpofitions
de l'Ordonnance de 1669 , tit. 27 ,
arr. 27 , qui défend d'abattre & de ramaffer
le gland & la faine. Il demande pour les
Meuniers fabricans , une liberté d'abonne
ment qui les mette à l'abri des vexations &
des pertes,
D'après l'expofé des pratiques fitées pour
recueillir la faine , en tirer une huile fine &
pure , tour particulier aifé , Propriétaire ou
Fermier , doit être feduit par l'appât d'un
profit prefqu'évident , en faífant valoir le
produit des hêtres de fes forêts.
L'Auteur les avertit d'être en garde contre
ces fortes d'entrepriſes . Il démontre que le
fort & le fuccès font entre les mains des
gens du commun peuple , qui ramiffent
pour leur compte , & des Meûniers qui
achettent & moudent pour revendre .
Fij
124 MERCURE
L'huile faite & gardée avec toutes les con
ditions requifes , entre en concurrence avec
celle d'olive pour nos befoins ufuels . Elle
donne un goût délicat aux fritures , à la pâtiflerie
, même aux potages maigres.
Ce liquide onctueux ne fût il confidéré
que dans l'état d'imperfection où le peuple
l'emploie en plufieurs parties du Royaume ,
c'eft rendre à la Soci té un fervice fignalé
que d'en étendre la connoiffance aux pays
foreftiers , où l'on n'a pas d'idée de fon utilité
& de fa fabrication .
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LA première repréſentation de Chimène ,
qui a eu lieu le de ce mois , a eu un
fuccès auffi brillant que les Auteurs mêmes
pouvoient le defirer. I y a eu peu d'exemples
d'Opéras applaudis aufli continuement
& avec autant de tranfports ; & il y en a
peufans doute qui réuniffent plus de beautés ,
& de beau és d'un effet plus général & plus
féduifant.
L'Auteur du Poëme eft M. Guillard, à qui
nous devons l'Iphigénie en Tauride , mile
en mufique par M. Gluck , Opéra d'un genre
auffi nouveau que hardi , où le mot d'amour
n'eft pas prononcé , & où l'auftère fimpliDE
FRANCE.
125
cité de la Tragédie antique n'eft pas même
tempérée par ces ornemens acceffoires qu'on
a cru fi long - temps effentiels au Théâtre
Lyrique.
Nous ne croyons pas que le fujet du Cid
foit heureufement choifi pour un Opéra , ni
que M. Guillard l'ait conçu de la manière la
plus favorable au genre lyrique ; mais
nous ne croyons pas non plus qu'il mérite
tous les reproches que des Cenfeurs trop
rigoureux ont faits à fon Ouvrage .
Le grand intérêt de la Tragédie de Corneille
tient à la réunion des circonstances
qui en complètent l'action . Rodrigue & Chi
mène s'adorent ; leurs familles font d'accord ;
ils touchent au moment d'être heureux , une
querelle entre les deux pères furvient ; l'an
fait à l'autre un affront que l'honneur ne
peut pardonner ; Rodrigue , pour venger
fon propre honneur & celui de fon père ,
tue en duel le père de fa maîtreffe. Voilà
une grande révolution dramatique qui femble
élever une barrière infurmontable entre
les deux amans ; leur amour a intéreffé ; on
partage aifément le malheur qui les fépare ;
mais on fent que le vifintérêt qu'excite cette
fituation , tient au rapprochement de ce qui
l'a précédée & amenée.
Il étoit difficile fans doute au Poëte Lyrique
d'embraffer dans fon plan toute l'éten
due que Corneille a donnée à fa Tragédie ;
mais en rejerant dans l'avant - Scène ,
même à une époque déjà éloignée , les dé-
Fam
126 MERCURE
tails de la querelle & du combat , non- feulement
il s'eft privé des fituations les plus dramatiques
du fujet , telles que celles de Don
Diegue empruntant le bras de fon fils pour
venger ſon injure , & celle de Rodrigue obli
gé à fe battre contre le père de fa maîtreffe ,
au moment d'être uni avec elle ; mais il a
encore afforb i l'intérêt qu'infpire la fituation
des deux amans.
En commençant l'action au moment où
Pa prife M. Guillard , tout l'intérêt ſe réduit
avoit fi Chimène obtiendra la juftice qu'elle
follicite , ou fi Rodrigue obtiendra le pardon
de Chimène. Mais il n'y a point d'interêt aut
Théâtre fans incertitude , fans un balancement
alternatif d'efpérance ou de crainte .
Or il y a peu d'incertitude dans l'action du
nouvel Opéra ; on craint peu pour Rodrigue ;
Chimène dit elle - même qu'elle craint d'obtenir
la vengeance qu'elle follicite ; le koi
n'eft point difpofé à punir ce jeune Héros
d'une faute commandée par l'honneur ; la
fituation des deux Amans refte trop uniforme
jufqu'au troiſième Acte. La révolution
qui eft produite, par l'événement du combat
de Rodrigue & de Don Sanche , ne change
pas les fentimens des perfonnages , mais
détermine feulement le mariage des deux
Amans ; dénouement que les Spectateurs
n'ofent defirer , ni même approuver.
Si le Roi , dans la première Scène avec
Chimène , paroifſoit déterminé à lui accorder
juftice qu'elle demande , & à livrer
DE FRANCE. 127
Rodrigue à toute la févérité des Loix , peutêtre
que cette difpofition , en établiffant un
véritable danger pour Rodrigue , jetteroit
plus d'intérêt fur fon retous , & donneroit
plus d'effet à fa victoire , qui force le Roi
non- feulement à lui pardonner, mais même
à favorifer fon amour.
Maisen fuppofant que tous les défauts de
ce plan foient bien réels , il faut convenir
qu'il y a beaucoup de mérite dans la manière
dont M. Guillard y a fuppléé dans la
conduite & les détails de fon Poëme . La
marche en eft claire, fage & naturellement
graduée .
On a obfervé que l'expofition feroit obf
cure fi on ne connoiffoit pas le fujet. Cela
peut être mais on pourroit faire le même
reproche à d'autres Poëmes Lyriques qui ont
& qui auront toujours du fuccès. C'eft le
grand avantage des fujets connus , où le
Poëte eft difpenfé de beaucoup de détails ,
de récits & de préparations , qui allongent
&. refroidiffent la Scène , parce que la mu
fique ne peut les rendre avec intérêt.
Le premier Acte nous a paru bien fait ;
l'action & les caractères y font bien développés
: la Scène de Chimène & de Rodrigue eft
intéreffante & bien coupée pour la musique.
L'invraisemblance de la Scène de Don Diègue,
qui ayant appris l'arrivée inattendue des
Mores , raffemble fes amis dans le Palais du
Roi pour marcher de là contre les ennemis ,
fans vouloir en prévenir le Roi même, eft un
FIV
128
MERCURE
de ces facrifices que le Poëte eft obligé de faire
à la néceffité d'avoir des choeurs dans un
Opéra; mais fous ce point de vue la Scène eft
bien faite , & produit de l'effet.
Le fecond Acte a peu d'intérêt, parce que
la fituation des deux Amans refte à- peu près
la même , malgré la victoire de Rodrigue ;
mais l'Auteur a cherché à réparer ce defaut
par le mouvement & par le fpectacle.
La fituation de Chimène au troisième Acte ,
prend un intérêt plus vif par l'anxiété où
la jette l'événement du combat de- Rodrigue
avec Don Sanche. Cet intérêt deviendroit
beaucoup plus touchant , fi l'arrivée de Don
Sanche , qui fait croire à Chimène que fon
Amant a péri dans le combat , étoit motivée
d'une manière plus claire pour les Spectateurs,
Peut- être que cet incident étoit en foi
peu propre à être rendu dans une Scène en
mufique ; l'effet qui en réfukte , & plus encore
la longueur déplacée du rondeau que
chante enfuite, Chimène , empêchent que le
dénouement n'ait la chaleur & la rapidité
dont il fercit fufceptible.
Quant au style de cet Ouvrage , il rous
femble qu'il a été jugé avec une rigueur
exceflive & peu équitable. Nous avons
trouvé écrit en général avec une clarté , une
correction , une fimplicité noble , fort rares
dans les Opéras nouveaux ; l'Auteur a le fentiment
de l'harmonie & un bon goût de verfification
; & quoique fa Poélie n'ait pas
affez la molleffe & la flexibilité qu'exige le
DE FRANCE. 129
genre lyrique , les morceaux deftinés au chant
font fonvent coupés & écrits d'une manière
très officieuſe pour le Muficien.
Le fujet de la cavatine fuivante préfente
un fentiment naturel & doux , dont l'exprefflon
étoit très- propre à infpirer au Compofiteur
l'air charmant qu'il a attaché aux
paroles.
Tout ce qui dut me rendre heureux ,
Tout ce que j'aimai dans la vie ,
Le doux charme des plus beaux noeuds ,
Je perds tout pour jamais , Chimène m'eft ravie .
Cet autre couplet de Rodrigue eft coupé
dans la forme la plus régulière & la plus favorable
pour un grand air.
On dira qu'épris de Chimène ,
Mais fans efpoir de la féchir ,
Rodrigue a mieux aimé mourir ,
Que vivre chargé de fa haine.
On dira que malgré l'Amour ,
L'honneur l'emporta dans fon âme ;
Que , forcé d'éteindre fa flamme ,
Il voulut perdre auffi le jour.
Nous croyons inutile de relever ici quelques
négligences , quelques expreflions impropres
, quelques tournures trop communes
, fur lefquelles la févérité du Public nous
a prévenus.
Nous renvoyons au Mercure prochain les
F.v
130
MERCURE
détails de l'exécution de cet Opéra. Quant à
la mufique , nous nous contenterons de dire
ici , qu'il n'y a qu'une voix fur la beauté &
la variété des chants , fut la richeffe , la grace
& le brillant des accompagnemens ; nous ne
nous permettrons d'y faire quelques obfervations
qu'après y avoir donné toute l'atten- -
tion qu'exigent le fuccès de l'Ouvrage & le
mérite fupérieur de M. Sacchini.
ON a annoncé dans le Mercure l'Arrêt
du Confeil d'État , dans lequel le Roi
fonde des prix d'encouragement pour les
meilleurs Poëmes deftinés au Théâtre de
l'Opéra. Le Miniftre actif & éclairé , qui a
propofé à Sa Majefté ce moyen de concourir
à l'amélioration d'un Spectacle auffi intéreffant
pour le progrès des Arts , qu'agréable
au Public , a fait en conféquence un réglement
général , dont nous allons tranfcrire ich
les articles relatifs au jugement des Poëmes
Lyriques que les Auteurs voudront envoyer
au concours.
ARTICLES relatifs au jugement des Prix.
ARTICLE PREMIE R.
MM. Thomas , Gaillard , Arnaud , de Lille
Suard , Champfort & le Mierre , de l'Académie
Françoile , ayant été invités par le Miniftre , au nom
du Roi , à fe charger de l'examen des Poëmes Lyfiques
, deftinés à concourir aux prix fondés par Ša
DE FRANCE. 130
Majefté , fuivant l'article 2 de l'Arrêt du Confeif
d'État du Roi du 3 Janvier 1784 ; ils ont accepté
cette marque de confiance , & fe font engagés à y
répondre par le zèle , l'attention & l'impartialité
qu'ils apporteront à l'examen des Ouvrages envoyés
au concours.
ARTICLE I I.
1
LES Auteurs d'Ouvrages qui , étant mis en mufique
, devront avoir la durée ordinaire du Spectacle
, qui fe propoferont de concourir , feront tenus
d'envoyer leurs Poëmes avant le premier Décembre
prochain, à M, Suard , l'un des Examinateurs, chargé
de faire les fonctions de Secrétaire du Comité. Les
Ouvrages pour les années fuivantes feront de
même envoyés avant l'époque du premier Dé
cembre.
ARTICLE III.
LES Auteurs auront foin de ne fe faire connoître
ni directement ni indirectement ; ils fe contenteront
de mettre une de ife à la tête de leurs Poëmies , &
' d'y joindre , s'ils le defirent , un papier cacheté qui
contiendra leur nom & leur devife.
ARTICLE I V.
LES Examinateurs s'affembleront dans le courant
du mois de Décembre , où & quand ils le jugeront
à propos , & ils procéderont au jugement dans les
formes qui leur paroîtront le plus convenables ; mais
ils donneront un avis motivé , non -feulement fur les
Ouvrages qu'ils auront jugés dignes des prix & de
l'acceffit , mais encore fur ceux qui , moyennant
des corrections , leur paroîtront fufceptibles d'être
mis au Théâtre avec fuccès..
.F vj
132 MERCURE
1
ARTICLE
f
V.
LORSQUE les Examinateurs auront terminé
leur examen & prononcé leur jugement , ils en
adrefferont ou remettront le réfultat au Secrétaire
d'Etat au département de Paris , qui fera connoître
par la voie des Journaux les titres des Ouvrages
couronnés , & les Prix feront remis par le Miniftre
aux Auteurs qui les auront remportés . On rendra
aux Auteurs les copies de leurs Poemes , avec les
obfervations du Comité fur ceux qui en auront paru
fufceptibles.
ARTICLE V I.
LES Examinateurs voulant bien confacrer une
partie de leur tems à feconder les vues du Roi , pour
donner à l'Académie Royale de mufique tout le degré
de perfection defirée pour la fatisfaction du Public
& le progrès des Arts , ils jouiront de leurs entrées
aux Loges & Amphithéâtre , les jours de repréfentations
d'Opéra , & ils font invités à fe trouver, le plus
fouvent qu'il leur fera poffible , aux répétitions des
Ouvrages nouveaux , contribuer
pour
leurs avis
par
au fuccès de la mife de ces Ouvrages au Théâtre.
VARIÉTÉ S.
LETTRE au Rédacteur du Mercure
Vous vous faites , Monfieur , un devoir d'évers
impartial. J'ofe vous adreffer , pour votre Journal ,
cette Lettre , cu je relève une erreur de votre No. 5.
Vous y dites que l'Auteur des Vues Patriotiques
fur l'Éducation du Peuple , ne veut pas que le Peuple
DE FRANCE. 133
foit inftrait. Cependant , j'ouvre fon Livre à la page
13 , & j'y trouve ces propres mots : « Je conviens
que le Peuple doit être inftruit , fi l'on entend
- par- là qu'il faut lui apprendre à connoître les
so chofes qui peuvent influer fur fon bien - être , fa-
» çonner fon âme à la vertu , former fes organes
» aux différentes profeffions qui lui font propres ,
Oui, l'âme ne fauroit trop développer la bonté morale
& fa bonté phyfique , multiplier les inftru-
» mens de fa fortune & de fon bonheur . En ceci
l'ignorance n'eft bonne à rien , & l'erreur eft
dangereufe.
"
30
» Mais à ce mot d'inftruction , fi l'on attache
» l'idée d'étude des Langues , des Sciences , des Lettres
, des Beaux- Arts , fans contredit on deir l'éloi
gner du Peuple , &c. »
Cette feconde affertion de l'Auteur eft appuyée du
fentiment de Montagne , de celui de M. le Comte
d'Argenfon , de celui de M. de la Chalotais , qui
dit : Le bien de la Société demande les con-
» noiffances du Peuple ne s'étendent pas plus loin
» que fes occupations. >>
33
C que
L'Auteur des Vues Patriotiques les étend bien
au-delà ; il ne faut que lire la quatrième page de fon
Ouvrage. Pourquoi donc avancer que cet eftimable
Écrivain , qui ne travaille que pour ménager des
inftructions au Peuple , ne veut pas que le Peuple
foit inftruit ?
Je ne parle point des autres inculpations que lui
fait votre extrait. Il me feroit facile de montrer
qu'elles ne font pas juftes , ou qu'elles font exagérées
; & que malgré tout l'efprit qui règne dans
votre rapide analyfe , vous n'avez pas rendu affez
de juflice à ce bon Ouvrage. Mais je n'écris point
pour défendre l'Auteur que je ne connois pas ; je
༣། ད
114 MERCURE
D'ai cherché qu'à rendre un foible hommage à la
vérité , que j'aimerai toujours.
J'ai l'honneur d'être , &c. PHILOTÊTE .
RÉPONSE à la Lettre de l'Ami
des Enfans *.
J'Ax lt , ami Berquin , la Lettre que vous avez
écrite à vos chers Élèves , & Maman me permet
'd'y répondre pour mon compte. Vous allez done
reprendre votre travail pour nous ! Que je vous
remercie de vous occuper encore de nos plaifirs ! Je
vous demande pardon de me fervir du mot de
plaifirs pour cela ; ce n'eft pas , à ce qu'on dit ,
pour nos plaifirs feuls que vous travaillez ; on présend,
quand je vous ai lê , que je fuis plus inftruite;
cela fe peut ; mais moi , je m'apperçois feulement
que je me fuis amuſée. Voilà ce que je fens ,
& je ne voudrois pas vous mentir ; car cela vous
fâcheroit. Oh ! fi vous faviez combien j'ai eu de
chagrin depuis que vous aviez ceffé de nous envoyer
notre petit Ami à la fin de chaque mois ! Je
le demandois tous les matins , tous les foirs & à
dîner. Je ne favois que penfer , & tout ce qu'on me
difoit là deffus ne me confoloit point . Je craignois
quelquefois que vous ne fuffiez malade ; d'autres
fois je difois : Eft-ce que notre ami Berquin nous
boude , ne nous aime plus ? Quelquefois auffi
j'avois peur d'avoir fait quelque faute dont on
vouloit me punir en me retenant mon petit Livre ;
* Elle a été inférée dans la Partie Politique de ce
Journal. M. Berquin y promet , pour le premier Mars ,
un nouveau Cahier de fon utile & intéreffant Ouvrage.
DE FRANCE. 135
enfin depuis que je ne vous lifois plus je croyois
qu'on m'avoit inife eq pénitence .Un jour dans cette
idée j'ai été trouver Maman ; je me fuis mife à
genoux; je pleureis : Maman , lui ai- je dir , eft- ce
que j'ai fait quelque chofe qui ne foit pas bien , qui
vous ait fâchée ? C'eft pour cela peut-être qu'on ne
me donne plus mon petit Livre de tous les mois ?
Ah ! pardon , Maman , pardon ! Faites - le moi rendre
. Maman m'a embraffée , m'a confolée , m'a dit
qu'elle étoit toujours contente de moi ; mais qu'elle
avoit envoyé à l'endroit où le faifoit le petit Livre ,
& qu'on lui avoit dit que vous n'en donneriez plus.
Oh! ce mot m'a fait bien du mal ; je pleurois , même
tandis que Maman me baifoit . Il n'en donnera plus ,
ai-je dit ! & pourquoi donc cela ? Eft- ce que les Enfans
cette année- ci ne font pas auffi fages que l'année
paffée ? Maman m'a baiſée encore ; mais j'étois toujours
bien trifte.
Enfin elle m'a fait appeler hier , m'a dit qu'on
s'étoit mal expliqué , & que vous alliez recommencer
à travailler pour nous . Elle m'a fait lire dans un
autre Livre une Lettre que vous écrivez à vos petits
Amis. Oh! cette Lettre m'a fait pleurer encore ;
mais ce n'étoit plus de même ; car j'avois bien du
plaifir en la lifant. Je vous en prie , n'oubliez pas ,
ami Berquin , que vous nous avez promis un Volume
pour le premier Mars . Je m'en vais lire les autres en
attendant , quoique je les fache prefque par coeur.
Vous nous avez appris qu'il y a bien du plaifir à
fe faire aimer ; oh ! que vous devez en avoir vousmême.
Je vois que toutes les mamans vous aiment ,
parce que vous aimez bien les enfans . Eiles difent
qu'elles vous ont tout plein d'obligations ; & je le
crois ; car je vous en ai beaucoup auffi , depuis que
je fuis , &c. L'un de vos Amis *** .
136 MERCURE
ΑΝΝΟΝ CES ET NOTICES.
REPERTOIRE Univerfel & raiſonné de Jurifprudence
Civile , Criminelle , Canonique & Bénéficiale
; Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes , mis en
ordre & publié par M. Guyot , Écuyer , ancien Magiftrat
, nouvelle Edition , corrigée & augmentée
tant des Loix nouvelles que des Arrêts rendus en
matière importante par les Parlemens & les autres
Cours du Royaume depuis l'Edition précédente .
A Paris , chez Vile , rue de la Harpe , près de la
rue Serpente , & chez les principaux Libraires des
Provinces de France.
Nous rendrons par la fuite un compte détaillé de
ce Livre , dont l'objet eft d'autant plus utile & inté
reffant , qu'il confifte dans le développement des
règles auxquelles chacun eft obligé de fe conformer
pour défendre ou conferver , felon les circonftances ,
fon honneur , fa vie & fa fortune. Nous nous bornerons
aujourd'hui à tranferire le Proſpectus publié
pour en propofer une nouvelle Edition in 4º . Le
voici :
On fait que cet Ouvrage einbraffe , comme le
titre l'annonce les loix civiles , les loix criminelles
les loix eccléfiaftiques , les loix fifcales , les loix mu
nicipales , les loix du commerce , les loix foreftières ,
les loix militaires , les formes de procéder dans les
différens Tribunaux & en général toutes les parties
de la vafte Science du Droit ; on s'eft fur- tout attaché
à en écarter les erreurs & fréquentes dans les
Livres de Jurifprudence ; on s'eft aufli fait un
devoir de traiter chaque objet avec concifion , &
cependant avec affez d'étendue pour faire connoître
les différens rapports fous lefquels il peut être apDE
FRANCE, 137
perçu . Un long détail fur l'exécution du plan feroit
ici fuperflu ; on peut voir à cet égard le Profpectus
de la première Edition ; mais nous nous croyons
obligés de publier les noms des Jurifconfultes qui
ent coopéré avec l'Editeur à la compofition du
Répertoie. En voici la liste alphabétique .
MM. Affelin , Avocat en Parlement , Berthelot ,
Docteur en Droit , Agrégé de la Faculté des Droits
de Paris , & Cenfeur Royal ; Bertholio , ( l'Abbé )
Avocat au Parlement de Paris ; Boyſou , Avocat au
Parlement de Paris ; Bugniatre , Avocat en Parlement
; Dareau , Avocat en Parlement ; de Corail
de Sainte Foi, Avocat au Parlement de Touloufe ;
de la Croix , Avocat au Parlement de Paris ; de
Mirbeck , Avocat aux Confeils , & Secrétaire du
Roi ; de Polverel , Avocat au Parlement de Paris ;
de Rogéville , Confeiller au Parlement de Nancy ;
Defeffarts , Avocat & Membre de plufieurs Acadé
mies de Vogelle, Avocat au Parlement de Paris
du Caurroi de la Croix , Lieutenant - Général du
Bailliage d'Eu ; François de Neufchâteau , Docteur
en Dreit , Procureur- Général du Roi au Confeil Souverain
du Cap François ; Garat , Avocat au Parlement
de Paris ; Garran de Coulon , Avocat au Parlement
de Paris ; Gilbert de Marette , Avocat au Par
lement de Bretagne ; Guénard de Life , Confeil-
Jer au Bailliage & Siège Préfidial de Chaumont
en Bafligny ; Henrion de Penfey , Avocat au Parlement
de Paris ; Henrion de Saint- Amand , Avocat
aux Confeils du Roi ; Henriquez , Avocat & Procureur-
Fifcal de S. A. S. Mgr . le Trince de Condé , à
Dun ; Henry , Avocat au Parlement de Paris ;
Lacretelle , Avocat au Parlement de Paris ; la Forêt ,
Avocat au Parlement de Paris ; Lambert , Avocat
& Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Mgr.le
Prince de Condé ; Lanjuinais , Avocat & Docteur-
Régent en Droit des Facultés de Rennes ; Laubri,
138 MERCURE
( l'Abbé ) Avocat au Parlement de Paris ; Lhuillier,
Avocat en Parlement ; Merlin , Avocat au Parle
ment de Flandre , & Secrétaire du Roi ; Minier ,
Avocat au Parlement de Paris ; Montigny , Avocat
au Parlement de Paris ; Piales , Avocat au Parlement
de Paris ; Remy , ( l'Abbé ) Avocat au Parle
ment de Paris ; Roubaud , Avocat en Parlement ;
Sanfon Duperron , Avocat aux Confeils du Roi ,
Truchon , Avocat au Parlement de Paris.
Nous ne nous permettrons pas d'apprécier la méthode
dont chacun de ces Jurifconfultes a fait uſage
dans fon travail , mais nous pouvons affurer qu'au
cun d'eux ne s'eft occupé que d'objets relatifs à fes
études & à fes connoiffances particulières.
"
L'Approbation donnée par le Cenfeur Royal , qui
a été chargé de l'examen de l'Ouvrage , eft ainfi
conçue : « J'ai lû , par ordre de Mgr. le Garde des
Do Sceaux de France , le Livre intitulé : Répertoire
Univerfel & raifonné de Jurifprudence Civile ,
Criminelle , Canonique & Bénéficiale , & nonfeulement
je n'y ai rien vû qui ait dû en empêcher
la publication , mais encore il m'a paru que Ies
principes du Droit y étoient expofés avec clarté ,
que les conféquences en étoient bien déduites ,
» que la doctrine y étoit pure , la logique folide ,
& la critique faine & lumincufe ; enfin , que ce
grand Ouvrage , auquel ont coopéré des Juriconfultes
célèbres par leur réputation & leurs
» Écrits , étoit d'une utilité fenfible , & méritoit du
Public un accueil favorable.
55
အ
» A Paris , &c . Signé , Coqueley de Chauffepierre. »
Motifs & Conditions de la Soufcription.
L'Edition in- 8 ° . du Répertoire de Jurifprudence
en foixante-quatre Volumes étant épuifée , on a
penſé qu'on le conformeroit à l'intention du Public
DE FRAĆ NE. 139
fi l'on réimprimoit cet Ouvrage dans le format
in-4° . Cette idée s'eft fortifiée quand on a vû que
ce format feroit d'un ufage plus facile , & que
l'Exemplaire coûteroit beaucoup moins que celui de
l'Edition in - 8 ° . Pour procurer au Public ce dernier
avantage , il a fallu employer dans la nouvelle
Edition un caractère moins étendu que le cicéro
dont on s'eft fervi pour l'Edition précédente. Par le
moyen de ce nouveau caractère , que les Impri
meurs appellent petit romain , l'Exemplaire du Répertoire
in-4° . ne contiendra , quoiqu'il y ait des
augmentations confidérables , qu'environ feize à
dix -fept Volumes. It coûtera 156 liv. payables ,
favoir , 12 liv. en foufcrivant , & pareille fomme
en recevant chacun des douze premiers Volumes :
les autres feront livrés gratis .
La foufcription fera rigoureufement fermée le
premier Avril prochain ; cependant depuis cette
époque jufqu'au moment où les Volumes gratis
paroîtront on fera encore admis à foufcrire ; mais le
premier payement fera de 24 livres au lieu des
12 liv. que doivent payer les premiers Soufcripteurs.
Quand l'Ouvrage entier fera imprimé , on en
fixeia le prix pour les Perfonnes qui n'auront pas
fouferit , & ce prix excédera celui des foufcriptions.
L'Ouvrage fera diftribué dans plufieurs Imprimerics
, & livré en entier dans le cours de quinze ou
dix -huit mois , au plus tard. On publiera au moins
un Volume par mois.
Chaque Exemplaire de la première Edition ayant
coûté en feuilles 300 liv. à ceux qui en ont acheté
fans foufcrire , il convient que cette Edition ne
perde rien de fon utilité ; ainfi on prévient les
Perfonnes qui fe la font procurée qu'on réunira
pour leur ufage dans un Supplément les correc
tions & augmentations qui auront été faites à la
nouvelle Edition.
140 MERCURE
N. B. Les Perfonnes qui voudront foufcrire ,
pourront s'adreffer indifféremment aux Libraires
correfpondans du fieur Viffe , ou au fieur Ville
même. Celles qui s'adrefferont à fe dernier recevront
l'Ouvrage franc de port par la pofte fans
aucune augmentation du prix de la foufcription,
ON vient de mettre en Vente à l'Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , le Neuvième & dernier Volume de
Hiftoire Naturelle des Oifeaux , in- 4 ° . Prix , 15 liv.
en feuilles ; 15 liv. 10 fols broché ; 17 liv. relié .
Le Vingt- troisième Cahier des Quadrupèdes , imprimés
en couleur ; prix , 7 liv . 4 fols .
ΘΙ Loix Pénales dans leur ordre naturel , préfentées
à lafuite du Tableau comparatifdes Vertus , des
Devoirs & des Vices , dédiées à MONSIEUR , Frère
du Roi , par M. Dufrichè de Velazé . A Paris , quai
des Auguftins , au bas du Pont- Neuf."
Neus rendrons compte de cet Ouvrage , qui eft
important par fon objct. On trouve à la même adreffe
le véritable Almanach de Liége , l'Aimenech Américain
, l'Etat des Cours de l'Europe , Almanach
du Commerce , les Étrennes du Printemps , ou Propriétés
des Plantes ufuelles , l'Almanach de Gotha &
les Paffions dujeune Werther, in- 8 ° . 2 vol . br. 3 liv .
REFLEXIONS Philofophiques fur le Plaifir,
par un Célibataire , troisième Édition , revue avec
fein , corrigée avec docilité , & augmentée de cinq
ou fix petits Morceaux qui n'avoient point encore
paru . Prix, i livre 10 fols à caufe des augmentations
. A Lauſanne en Suiffe ; & fe trouve à Paris ,
chez l'Auteur , rue des Champs- Élysées , Fauxbourg
Saint Honoré ; la Veuve Duchefne , Libraire , rue
Saint Jacques; Lejay, rue Neuve des Petits - Champs ;
Bailly , rue Saint Honoré; la Veuve Efprit , au Pa
DE FRANCE. 141
lais Royal ; quai des Théatins , & quai de Gèvres.
Cette troisième Édition eft augmentée d'un Avis
des Libraires , d'un Avis aux Soufcripteurs du Journal
de Neufchatel, d'un Avertiffement des Editeurs ,
d'une Réponse de l'Auteur anx Editeurs , de Préliminaires
indifpenfables préfentés par l'Auteur à
ceux qui voudront bien acheter fon Livre , & principalement
le lire , d'un premier Dialogue cntre l'Auteur
& Editeur , & d'un fecond Dialogue entre
l'Auteur & le Public.
Tout cela eft très - propre à égayer l'Ouvrage , &
fera grand plaisir à ceux qui ne l'avoient trouvé que
raifonnable ,
LES bonnes Gens , ou Boniface à Paris ,
Comédie en un Acte & en profe , par M. Guillemain,
repréfentée pour la première fois à Paris fur le
Théâtre des Variétés amufantes , le 26 Mars 1783 .
Prix , 1 livre 4 fols. A Paris , chez Cailleau , Imprimear-
Libraire , rue Galande,
Cette Comédie eft une de celles qui ont attiré
Je plus d'affluence au Théâtre des Variétés. L'Auteur
y a voulu peindre une famille de bonnes Gens ,
& il l'a fait d'une manière intéreffante & théâtrale.
Marguerite , d'un caractère aimable & naïf,
eft mariée à Ambroife , qui fert comme elle dans
l'auberge où loge Boniface Pointu avec fa famille ,
c'eft- à - dire , fa femme , fa fille & for gendre qu'il
a menés voir Patis . Ambroife ne pouvant payer les
mois de nourrice d'un enfant qu'il a , eft arrêté en
fortant de la. maifon , & la pauvre Marguerite en
apprenant cette nouvelle tombe dans la plus profonde
douleur. Cette fituation amère des actions
qui prouvent qu'un même efprit de bienfaifance &
de générofité anime Boniface & fa famille. La
trifte Marguerite confie d'abord fon chagrin à la
142
MERCURE
jeune fille de Boniface , qui lui donne , pour déli
vrer fon mari , fa bourfe avec cinq louis qu'elle
avoit reçus de fon père pour fes menus plaifirs . Un
moment après un Commiſſionnaire de la maifon
apprend au gendre la détention d'Ambroife , & le.
gendre lui donne auffi fa bourfe avec ordre d'aller
le faire fortir de prifon. De fon côté Ambroife fe
voyant arrêté a écrit à Boniface lui- même , dont il
connoît le bon coeur , & Boniface prend bien vite
une voiture pour aller chercher le Prifonnier. Enfin
l'Hôte en caufant avec Mme Boniface lui raconte
le malheur d'Ambroife & de -Marguerite , & Mme
Boniface met , auffi dans la main de l'Hôte unc
bourfe pour ces infortunés. Les quatre Bienfaiteurs
n'ont fait confidence à perfonne de leur générofité ,
& tout ne fe découvre que par l'arrivée d'Ambroise
qui revient avec Boniface fon Libérateur , car ce
dernier a été plus prompt ou plus heureux que les
autres ; il a rendu la liberté à Ambroife , même
evant qu'on l'eût mis en prison.
Ce fujet eft heureux , & la Pièce eft eftimable par
la vérité des fentimens & le naturel du dialogue.
On trouve auffi chez le même Libraire & par le
même Auteur l'Amant de retour , Comédie en un
Acte & en profe, repréfenté pour la première fois
à Paris fur le même Théâtre , le 11 Mars 1780.
Le fujet de celle- ci eft moins faillant que celui de
la précédente. C'est un foldat qui quitte fa maî
treffe pour aller à la guerre , qui fe diftingue par fon
courage, & revient enfuite l'époufer à la barbe d'un
tival qui avoit fu gagner l'efprit du père & de la
mère ; on a d'autant moins de peine à congéd er ce
dernier , que la jeune fille aime toujours fon premier
Quoique ce fonds là foit moins piquant ,
on reticuve dans la Pièce la même vérité de peirture
& de flyle que nous avons remarquée dans
ainant -
DE FRANCE. 143
celle des bonnes gens . L'Auteur a très - bien fail
dans l'une & dans l'autre le ftyle & le fton des Per-
Lonnages qu'il a mis en scène.
ETRENNES de Guittare, ou Recueil des plus
jolis Couplers qui aient paru dans l'année , mis en
mulique & arrangés expreffément pour cet Inftrument
par M. Porro , Maître de Chant & de Guittare
. Prix , 4 livres 16 fols . A Paris , chez l'Auteur ,
rue Tiquetonne , n ° . 19 , & chez Baillon , Marchand
de Mufique , rue Neuve des Petits- Champs , au
coin de celle de Richelieu.
Ces Airs nous ont paru jolis , & particulièrement
une Romance intitulée : Le Berger Espagnol
DEUXIENE Concerto pour le Clavecin ou le
Forte-Piano , deux Violons , Alto & Bife , par
M. Lepin, Prix , 3 livres 12 fols. A Paris , chez
l'Auteur , rue de la Tifferanderie , au coin de celle
des deux Portes.
TROTS Sonates pour la Harpe , avec Accom
pagnement de Violon par M. Burckhoffer
uvre XX. Prix , 6 livres. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Royale , Porte S. Honoré , maifon de M. Lucotte
; Coulineau , Luthier de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'Ecole
·
TROIS Concertos pour Flûte principale & grana
Orchestre ,, par M. Harteman de Saxe Altenburg,
Prix , 4 liv. 4 fols chaque. A Paris , chez M'le G
rard , Marchande de Mufique , rue de la Monnoye ,
à la Nouveauté.
Le nom & la patrie de l'Auteur font des préju
gés en faveur de fon Ouvrage,
TROIS Sonates pour le Forte - Piano , avec Vio
144 MERCURE
€
lon obligé pour la première , par M. Neveu , Clavecinifte
de Mgr. Comte d'Artois , OEuvre II. Prix ,
6 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue de Tournon , au
coin de celle du petit Bourbon.
f
JOURNAL de Violon , dédié aux Amateurs ,
compofé d'Airs d'Opéras férieux & comiques , Airs
de Ballets , Ariettes Italiennes , Vaudevilles , & c . arfangés
par les meilleurs Maîtres pour deux Violons
ou Violoncelles . On mettra tout le Chant dans le
premier Deffus pour que ces Airs pu flent ſe jouer
par un Violon & un Violoncelle. Ce Journal paroît
le premier de chaque mois , Prix , 1 livres . Chaque
Cahier féparé 2 livres. A Paris , chez le fieur Bornel
l'aîné , Marchand de Mulique , & Receveur des
Loteries , rue des Frouvaires , près S. Euftache.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
T A BLE
ODE contre le Jeu' ,
Chanfon du Droit du
gneur ,
971 fible ,
118
Sei- Obfervations fur la Manipu
102lation & la Propriété de
Charade, Enigme & Logogry- l'Huile de Faine , 121
phe 104 Acadim . Royale de Mufiq. 24
Differtation fur Berfe ,' 106 Variétés ,
Delaffeniens de l'Homme Sen- Annonces & Notices , 136
APPROBATION.
T
132 , 134
Alu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Février. Je n'yai
rien trouvé cui oniffe en empècher P'impreſſion . A Paris ,
le 23 20 Février 174 GUIDI.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 28
FÉVRIER 1784.
PIÈCES
FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE à M. BERQUIN , Auteur
d'Idylles , & d'un Ouvrage Périodique ,
intitulé: L'Ami des Enfans.
O
TOI, dont la vertu dirigea les pinceaux ,
Aimable Geffner de la France ,
Qui , par les traits de l'innocence ,
Sus de la fimple Idylle embellir les tableaux ,
Que j'aime tes frais payſages !
Par- tout du fentiment heureux deffinateur ,
Tu te plais à tracer les touchantes images
Des champêtres réduits qu'habite le bonheur ;
L'Amour dans tes Écrits n'eft point ce Dieu trompeur ,
Que gage l'intérêt , qu'avilit la licence ;
Tout parmi tes Bergers refpire la candeur.
Nº.
9 , 28 Février 1784. G
146
MERCURE
1
Sur leurs fronts ingénus , où brille la décence ,
Se peint en traits de feu la naïve pudeur.
De l'antique âge d'or c'eſt l'emblême fidèle ;
Ton coeur de la copie a fourni le modèle ;
Et dans tes vers charmans ce fonge accrédité
Fait confondre l'erreur avec la vérité.
Du moins fi la peinture en étoit menſongère ,
Dieux ! avec quelle ardeur s'embraffe ta chimère ,
Berquin ; tu méritois de le renouveler ,
Cet âge , que nos voeux ne fauroient rappeler ,
Tu nous rapproches tant de la fimple Nature ;
Ta Mufe fans apprêts compofant la parure ,
Craignit qu'on l'admirât , voulût fe faire aimer ;
En dédaignant de plaire , elle a fu nous charmer.
Et quel éclat flatteur en tous lieux l'environne !
Qui n'envie en fecret les fleurs de fa couronne !
Touchés de la douceur de fes accords touchans ,
Les pères attendris apprennent aux enfans
A bégayer tes vers ; inftruiſent leur mémoire
A retenir les traits d'une piquante Hiftoire :
Pour donner même encor plus de poids aux leçons,
Et plier fans effort leurs jeunes paffions ,
Dans ces Drames naïfs , où l'auftère ſageſſe
Sourit au badinage , & ne voit rien qui bleffe ,
Où d'un chafte plaifir en goûte les douceurs ,
Où la vertu conduit tous les pas des Acteurs ,
Dans ces jolis Romans , adaptés à leur âge ,
Ils aiment à les voir jouer un perſonnage
DE FRANCE. 147
Ici , de l'infortune on va fécher les pleurs ;
Là , d'un vieillard infirme on calme les douleurs :
Leur coeur novice encor s'ouvre à la bienfaifance.
Pères , voilà les jeux qu'il faut pour leur enfance .
Ah ! béniffez cent fois le verrucux Auteur
Qui fut à vos enfans montrer le vrai bonheur
•
Pour moi , je lavouerai , j'ai répandu des larmes ;
Berquin du fentiment m'a fait goûter les charmes :
J'aurois voulu , c'étoit mon voeu le plus ardent ,
Pour être fon ami , redevenir enfant.
(Par M. l'Abbé d' Auriol de Lauraguél. )
VERS à M. DE LA HARPE , le lendemain
de la première repréſentation des Brames.
Tu viens d'expofer fur la Scène
Le tableau le plus impofant
Qu'ait jamais trace Melpomène ;
Un dur Tartare , un Conquérant
Vaincu par la ſageſſe humaine ,
Et le fils du fier Timur-Kan ,
Du trône abjurant l'héritage ,
A l'éclat des Rois préférant
L'honneur obfcur qui fuit un fage.
Que j'aime ce brave Obarès,
Dont la fermeté fans rudeffe
Arme la vérité des traits
D'une morale enchantereſſe !
G ij
148 MERCURE
Comme il ravit les coeurs François
Quand il peint un Roi fans foibleffe !
Ce portrait dans un autre temps
Eût paffé pour une chimère ,
Hier j'ai cru voir des enfans
Qui tous ont reconnu leur père.
( Par M. Dorfeuille. )
CHANSON à Madame L. V. D. T.
Sur l'Air: Je connois un Berger difcret.
ALISE qui règne dans ces lieux ,
Alife eft infenfible .
Le feu qui brille dans les yeux
Cache un coeur inflexible .
Cruel Amour , hélas ! pourquoi
Prodiguer tant de charmes.
A qui fe refufe à ta loi ,
Et fe rit de tes armes ?
EN VAIN pour foumettre les coeurs
A ton aimable empire ,
Aux attraits les plus féducteurs
Tu joignis ton fourire.
L'ingrate Alife par les mépris
Infulte à ta puiffance :
Tes faveurs deviennent le prix
De fon indifférence.
www
DE FRANCE. 149
Si l'on réfifte à ton pouvoir ,
Que deviendra ta gloire ?
Ah! puiffions-nous enfin la voir,
Te céder la victoire.
Pour nous venger de fa rigueur
Que ta brûlante flamme ,
Amour , s'allume dans fon coeur
Comme elle eft dans mon âme.
QUE durant les enchantemens
De la plus douce ivreſſe
Elle
regrette
les momens
Perdus pour la tendreffe ;
Et fi je fuis l'heureux Berger
Que fon amour préfère ,
Accorde-lui le don d'aimer
Comme elle a l'art de plaire.
(Par M. d'Eymar. )
D'un Paffage fur les Juifs Modernes .
DANSU
ANS un Ouvrage que fon titre & fon mérite
rendent univerfel , dans l'Hiftoire traduite de
l'Anglois par une Société de Gens de Lettres , on
trouve le Paffage fuivant an Tome XXI de l'Hiftoire
Moderne , publié très-récemment .
Il eft queſtion des Juifs & de leurs faux Meffies .
Après en avoir rapporté le catalogue , les Rédacteurs
finiffent par cette cruelle réflexion . « On voit
par- là le penchant extrême qu'ont les Juifs à
» courir après tous les impofteurs qui leur pro-
G iij
150 MERCURE
"
» mettent de les délivrer , & à prendre les armes
fous leur conduite , auffi - bien qu'à commettre
toutes fortes de violences contre ceux qu'ils appellent
leurs ennemis , parce qu'ils les tiennent
affujétis . Cela prouve encore combien il importe
à tous les Souverains fous la domination
defquels ils vivent , de veiller fur eux , & de faire
» des loix propres à les contenir dans le devoir . »
Une pareille dénonciation , car c en eft une , hafardée
par des Écrivains lages à la fin du dix huitième
fiècle , afflige le Lecteur ; l'humanité & la jufpermettent
pas de la patler fous filence.
30
+
tice ne
Jufqu'à ce jour les Juifs modernes n'ont pas eu
d'Hiftoriens. Quand les énormités qu'on leur reproche
auront été examinées par des Critiques plus
impartiaux que les Scribes des perfécuteurs de cette
race déplorable , il pourra bien en être de fes forfaits
comme de ceux dont les différentes religions
fe font chargées mutuellement.
Où en ferions- nous d'ailleurs fi le temps n'expioit
les abominations qui fouillent les Annales
de tant de Sectes & de tant de Peuples ? Faut - il opprimer
les Parifiens parce qu'ils foutinrent un fiège
contre Henri IV ? Profcrira- t- on les Catholiques
parce que les Ligueurs eurent auffi leurs prophètes
& leurs affaffins ? N'allons pas remuer les cendres
froides d'un ancien fanatifme , pour y chercher des
titres à des perfécutions nouvelles .
Ce n'eft pas là fans doute le deffein des judicieux
Traducteurs de l'Hiftoire Univerfelle ; mais ont-ils
bien réfléchi aux conféquences de leur avertiffement
& au moment où ils le publient ? * C'eſt à l'épo-
* En écrivant ceci , j'ignorois encore que la juftice du
Roi venoit de délivrer les Juifs d'Alface des péages corporels
auxquels ils étoient affujétis , & qui les affimiloient
aux pièces de bétail. L'Edit de S. M. à ce ſujet eft du 17,
Janvier 1784.
DE FRANCE Ist
que d'une Ordonnance qui a rendu aux Juifs , dans.
les vaftes États de la Maifon d'Autriche , le repos ,
l'aifance & la liberté ; où cet exemple de raifon &
d'humanité a été imité en d'autres lieux de l'Allemagne
, & où le voeu des hommes fages eft qu'il
devienne général .
Si les eftimables Rédacteurs euffent étudié les
Juifs modernes , ils fe feroient gardés d'infpirer à
leur égard des terreurs aux Souverains ; s'ils avoient
vifité les demeures & connu l'oppreffion de ces infortunés
, ils demanderoient de brifer les chaînes
qa'ils confeillent d'appefantir.
Fût-il vrai que les Hébreux font enclins à toutes
fortes de violences contre ceux qui les tiennent affujétis
, où feroit leur crime dans le droit naturel ? Et
depuis quand la fervitude la plus ignominieufe eftelle
devenue un acte de devoir & une leçon de
tranquillité?
Les Juifs font- ils turbulens & fanatiques à
Livourne , où leur culte eft libre , leur perfonne
refpectée , leur Sanhedrin , une jurifdiction autori
fée ? Sous le gouvernement équitable des Grands-
Ducs , ces circoncis , potentats du commerce , fuiventils
des impofteurs , & égorgent- ils leur voifin Grec
ou Catholique ? Les craint on à Amſterdam , où ils
jouiffent de la même tolérance , à Londres , où leur
conduite & leur confidération ont failli les faire naturalifer
en 1767 ?
Ces trois pierres angulaires du Judaïſme ont été`
pofécs , il eft vrai , par des Juifs Eſpagnols ou Porn
gais. L'orgueil de l'origine ayant trouvé place juf
ques dans un ramas d'efclaves fugitifs promenant
d'Afie, en Europe leur honte & leur misère , cétte
Cafte diftinguée fe glorifie , j'en conviens , de
defcendre des Tribus transférées à Babylone , &
dont les rejetons paísèrent en Europe à la fuite des
Conquérans Arabes ; le corps de la Nation , dira- t-
GIV
152 MERCURE
on , n'offre pas cette garantie de la naiſſance , de la
richeffe & des fentimens qu'elles doivent infpirer ;
mais en Allemagne , en Pologne , à Venife , à
Avignon , en Alface, voit- on des révoltes d'ífraélites
roturiers ?
Leur exiftence eft la meilleure preuve de leur
foumiffion. Qu'on cherche dans le monde une Nation
accablée d'opprobres & de perfécutions depuis
dix fiècles , fans Chefs , fans Patrie , fans Gouver
nement , ou fucceffivement bannie de fes afyles paf-
Lagers , ou tourmentée & pillée avec impunité , déteftée.
avilie par les moeurs , -conf
tamment difperfée & jamais anéantic. Demandez
enfuite comment parmi ce Peuple , entre tant d'ef
prits remuans & d'empyriques politiques dont l'Europe
abonde , il ne s'eft pas élevé un Libérateur ,
perfonne qui ait foulevé, réuni ces malheureux
pour leur rendre , fous un climat & fur une terre
libres , les privilèges de l'efpèce humaine ?
On n'a jamais bien fu à quel degré ceux d'Allemague
étoient entrés dans le projet de Langallerie.
Le pillage de Notre- Dame de Lorette , qui devoit
fervir aux frais de leur établiffement dans l'Ifle de
Chypre , les avoit féduits infiniment plus que leur
délivrance ; ils purent regarder ce facrilège comme
un coup de fortune & comme un acte de dévotion
; mais enfin cette extravagante imagination fat
le complot du petit nombre, & n'a jamais été réalisée.
Quiconque a obfervé les Juifs , démentira ces
craintes chimériques de fouièvemens & de maſſacres.
Ce n'eft point par des loix cruelles qu'on les
préviendra ; le caractère de ces Tribus vagabondes ,
leur efpoir de rentrer dans la Palestine , leur làcheté
, leur dégénération morale , & même leurs
occupations , forment des obftacles invincibles , &
difpenfent de tout appareil de tyrannie.
Lorfque les Hollandois envoyèrent au Bréfil une
DE FRANCE
153
Colonic de certe fourmillière , elle avoit l'occafion
d'élever un afyle à la Nation entière. Jetée fur un
continent neuf, cette écume de notre population
fembloit devoir fervir à le fertilifer ; mais le rétréciffement
d'efprit & de caractère où fes fordides
fpéculations reviennent la Communauté , fera toujours
échouer ces tranfplantations . Ni la bonne ni
la mauvaiſe fortune , ni l'opulence , ni le défeſpoir
n'ont pu infpirer aux Juifs le dégoût de l'existence
dégradée à laquelle ils font condamnés.
Qui feroit donc aujourd'hui redouter de leur
part aucune entreprife ? Ceux d'entre - eux qui font
plongés dans les aftuces mercantiles , ne formeront
jamais ni des Soldats , ni des Artiſans , ni des Agriculteurs
, par conféquent aucune Société politique ,
féparée. Les Hébreux enrichis par une profeflion
plus noble , n'abandonneront pas leurs compteirs
pour chercher des aventures fous la conduite d'un
Enthoufiafte . Quant aux violences , elles fuppofent
de l'énergie ; fi elle eût pénétré dans les Synagogues
modernes , elles feroient maintenant ou renverfées
ou triomphantes.
A la place de cette fortie des Hiftoriens , peutêtre
le Philofophe eût aimé rencontrer une peinture
vraie des moeurs & de la fituation actuelle des
fils de Jacob. Leur courage à fupporter la honte ,
cette dextérité d'efprit dans un état fait pour abattre
les autres hommes , leurs ufages inaltérables.
· la variété de leurs reffources au milieu
de toutes les privations , le lien de fraternité
qui les unit , leurs inénages , modèles de concorde ,
l'antique refpect de l'autorité paternelle , font de ce
Peuple le fujet d'un tableau auffi inftructif que fingulier.
Eh ! qui ne compatiroit pas à leur détreffe prolongée
Qui arrêteroit la main difpofée à les foulager
Vingt- cinq miile d'entre-eux ont abandonné
Gy
154 MERCURE
1
L'Efpagne depuis le commencement du fiècle ; cependant
il en refte encore au delà des Pyrénées . Le
Samedi ils judaïfent dans leurs caves , & le Dimanche
vont adorer le Saint-Sacrement. Par ces apoftafies
fimulées ils préfervent leurs jours & leur liberté ;
mais quels jours & quelle liberté !
>
Par les foulagemens qu'ils doivent à l'équité de
l'Empereur on peut apprécier leur fort dans le
refte de l'Empire , en Pologne , &c . &c. Bannis des
Arts & Métiers , de l'Agriculture , des baux à ferme,
de l'inftruction publique & de tous les Emplois , ils
font écrafés d'impôts , exclus des promenades publiques
, flétris par un coftume particulier.
J'invite tout Écrivain qui applaudit à cette prof
cription , à aller confidérer les Profcrits à Francfort
fur le Mein ; s'il en fort fans être pénétré d'horreur
qu'il ne prenne pas la plume . Là fept mille individus
organifés comme nous font entaffés dans un cloaque
auquel on ofe donner le nom de rue , &
dont les portes fe ferment tous les foirs, fur fes
habitans . Figurez -vous une longue avenue large
de quinze pieds, bordée de part & d'autre de
maifons de bois à cinq ou fix étages , où le foleil ne
pénètre qu'un inftant , dont l'air putride eft fans citculation
, dont le pavé fangeux au milieu de l'été fe
couvre d'une boue infecte ; c'eft dans cet égoût
peftilentiel qui affecte tous les fens , que pourriffent
quinze cent ménages , que des femmes ofent engendrer
, que des enfars peuvent conferver le jour,
que des hommes enfeveliffent d'autres hommes
tont vivans !.
Et ce tombeau eft une prifon nocturne. Au
déclin du jour , quand la fraîcheur de la foirée invite
les Citadins à refpirer l'air des promenades , on entend,
crier les verroux de la Juiverie : malheur à
celui qui ne rejoindroit pas fon domicile empor
fonné.
DE FRANCE.
' } }
כ כ
ce Ces horreurs , difent de fang froid des Chré
tiens charitables , font néceffaires . Le fentiment ,
l'honneur , les loix , la religion n'ont aucune
prife fur les Juifs. » Qupi ! nous leur ôtons
tous les moyens de fubfifter , & nous exigeons
d'eux une probité qui les conduiroit à mourir de
faim ou à une infructueuse mendicité ! Nous les
privons de toutes les récompenfes de l'honneur , &
nous voulons qu'ils foient honnêtes ! Nous imprimons
ſur leur vêtement le fceau de l'infamie en
leur reprochant d'être infentibles au mépris!
Si cette légiflation doit être immuable , que l'Hif
toire du moins n'en foit pas la complice , qu'elle ne
fe charge point d'en aggraver la févérité ; car fi l'on
pardonne quelquefois aux injuftices , on ne fait
jamais grâce à leur apologie.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan l'aîné. )
;
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Souris ; celui
de l'Enigme eft Génie & Neige ; celui du
Logogryphe eft Promotion , où l'on trouve
port, mot , or, mi, Roi , moi, toi , motion.
CHARADE.
DAN s les forêts jadis mon chef fut adoré ;
Mon fecond dans la robe eſt un nom révéré ;
Et mon tout , commode en voyage ,
Parmi les campagnards cft fur- tout en ufage,
G vj
156 MERCURE
ÉNIGM E.
QUEL bizarre deftin ! que mon fort eſt étrange !
Sur trois pieds on me boit , & far quatre on me mange.
( Par M. Charadin. )
LOGO GRYPH E.
LES Mufes & Vénus ont les mêmes travers ,
Auffi je dis enfin plus d'amour , plus de vers.
Le beau ciel de l'amour n'eft jamais fans tempête :
Cléon , admis hier aux honneurs du boudoir ,
Careffé ce matin fera banni ce foir.
A peine a- t'on le temps de chanter fa conquête !
Et cet Auteur divin , ce Racine du jour ,
Demain verra peut- être arracher de fa tête
Le précoce laurier dont l'avoit ceint la Cour....
Moi , je dis plus de vers , & fur- tout plus d'amour ;
Car s'il me faut rimer , je rime un Logogryphe ,
La Critique fur moi n'ofe étendre fa griffe.
Or , écoutez : fouvent j'ai charmé vos loisirs ,
Souvent j'ai prolongé vos veilles ;
Sans coeur j'enchante vos oreilles ,
Sans chefje peins Bacchus fatigué de plaifirs.
(Par M. de W. )
DE FRANCE. 157
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ESSA1 fur les Révolutions du Droit
François , pour fervir d'Introduction à
l'Étude de ce Droit ; par M. Bernardi ,
Avocat au Parlement de Provence. in 8°.
1782. A Amfterdam , & fe trouve à
Avignon , chez Guichard , Imprimeur-
Libraire , vis-à- vis l'hôtel Saint - Omer.
L'OUVRAGE que nous annençons au Public
peut être regardé , malgré fon titre modefte
, comme une Hiftoire exacte & complette
des révolutions de nos Loix . C'est le
réfultat des longues & favantes recherches
faites par l'Auteur fur cette partie de notre
Jurifprudence. Mais comme les bornes de
notre Journal ne nous permettent pas d'entrer
dans l'examen & la difcuffion des matières
qui y font contenues , nous allons
donner une idée de différentes parties qui le
compoſent.
Cet Ouvrage eft divifé en plufieurs Chapitres
, dont le premier a pour objet l'origine
des Germains & des Gaulois. Perfuadé,
d'après Montefquieu , que pour bien connoître
les vrais principes de nos Loix poli158
MERCURE
tiques & de quelques unes de nos Loix civiles
, c'eft dans les moeurs de ces peuples
qu'il faut les chercher , l'Auteur rappelle ,
avec autant d'exactitude que de preciſion ,
les faits les plus effentiels que Céfar & Tacite
nous ont confervés fur l'Hiftoire des
Coutumes , des Loix & de la Religion de
nos ancêtres.
Les Gaulois , vaincus par les Romains ,
virent altérer leurs naceurs anciennes par le
mêlange des vices & des ufages de leurs fuperbes
vainqueurs. Mais la forme de l'admi
niftration fut plus durable ; la politique
adroite des Komains leur laiffa le privilège
de fe gouverner par leurs propres Loix. Les
changemens opérés dans les Gaules , relativement
aux moeurs , ainfi que l'origine de la
divifion de la France en Pays Coutumier &
en Pays de Droit écrit , font le fujet du Chapitre
deuxième.
L'établiffement des Fiefs , la nature des
Loix & des Coutumes de ces Peuples barbares
, les épreuves en ufage parmi eux , la
forme & les variations du combat judiciaire
, dont les veftiges fubfiftent encore
parmi nous , malgré les réclamations de la
philofophie , toutes ces parties intéreffantes
de notre Légiflation font développées dans
le Chapitre troisième. L'Auteur s'arrête au
règne de Charlemagne , qui paffe , dit-il ,
pour être l'époque la plus glorieufe de l'ancienne
Légiflation Françoife. Il attribue les
DE FRANCE. 159
merveilles du règne de ce Prince à la force
puiffante de fon génie , qui avoit fu rendre .
floriffant & redoutable un Empire auffi
étendu que le fien , & faire mouvoir cette
lourde male dont fes foibles fucceffeurs
purent à peine régir quelques portions.
Quant à fes Loix , ajoute t'il , il les puiſa
» dans la Loi Romaine , dans les Canons
des Conciles & dans celle des Peuples
» barbares. En mêlant enfemble des Loix fi
différentes , il commença à jeter dans
» notre Légiflation cette confufion qui y
règne encore. »
و ر
"
"3
Dans le quatrième Chapitre , il examine
quelle étoit la puiflance des Rois fous les
deux premières races , la forme & l'objet
des Affemblées des Francs , connues fous le
nom de Placités Généraux ou Parlemens , &
la qualité des perfonnes qui y étoient admifes;
il paffe delà aux Tribunaux où l'on
rendoit la juftice aux particuliers , depuis
celui qui étoit préfidé par le Roi lui - même,
ou par le Comte du Palais , jufqu'à ceux qui
formoient le dernier degré de la Hiérarchie ;
il parle de ceux qui avoient droit d'y aflifter,
& des caufes qui étoient de leur compétence.
Ce Chapitre eft terminé par un extrait
des Capitulaires concernant les Mifi
Dominici , fi fameux fous la deuxième race .
86
Tel eft l'ordre admirable , dit l'Auteur ,
» que la fageffe de nos ancêtres avoit mis
» dans l'adminiftration intérieur de l'État .
160 MERCURE
» Chacun étoit jugé par fes Pairs ; chaque
» différend étoit terminé fur les lieux où il
" avoit commencé , fans frais , fans pref-
" que aucune formalité. ·
L'altération de cet ordre fi fimple fut la
fuite des ufurpations des Seigneurs & des
révolutions furvenues dans les Fiefs. Le Chapitre
cinquième cft deftiné à en expofer les
funeftes effets. « Le Roi fe trouva à la fin
fans pouvoir , & le peuple fans liberté .....
» Les vrais intérêts du Monarque font telle
ment liés avec ceux du Peuple , que le
premier moyen dont nos Rois fe fervirent
» pour reffufciter leur puiffance anéantie ,
» fut de rendre la liberté aux villes de leur
و ر
و د
» domaine. » Delà l'hiftoire des affranchif
femens dans le Chapitre fixième , & de la
convocation des États - Généraux , où les Députés
des villes affranchies furent admis
fous le nom de Tiers-État.
On trouve dans le Chapitre feptième des
détails intéreffans fur la création des Baillis
& Sénéchaux , ainfi que fur la manière dont
ils rendoient la justice.
Mais comme le Droit Romain , qui reparut
à peu près à cette époque , opéra un
changement prefque univerfel dans notre Jurifprudence
, il falloit expliquer comment ce
corps de Loix étoit forti tout-à- coup de l'obfcurité
profonde où il paroiffoit enfeveli , &
par quels moyens il prit fur la Légiſlation
Françoife cet afcendant. • 6 • qu'il y conDE
FRANCE. 161
+
ferve encore aujourd'hui.
• •
L'Auteur parle d'abord des Pandectes de
Juftinien , trouvées dans le fac de la ville
d'Amalphi. Il regarde comme apocryphe
l'hiftoire de cette découverte . L'Auteur examine
enfuite comment nous avons approprié
à nos moeurs la Jurifprudence Romaine ,
les caufes de cette application , & les fuites
funeftes. Ce morceau , auquel nous renvoyons
nos Lecteurs , refpire la plus faine
philofophie.
Les défordres que l'introduction des Loix
Romaines , expliquées par un peuple de
Commentateurs , avoit fait naître parmi nous,
furent portés à leur dernier degré lors des
Décrétales , qui , relativement à la Jurifprudeace
, ne font autre chofe que le Droit
Romain interprété par les Papes.
Après avoir démontré de la manière la
plus frappante l'injuftice de toutes ces Loix ,
dictées à la chicane par la fubtilité , l'Auteur
regrette que nos Législateurs , au lieu de
nous inonder de ces Loix étrangères , ne fe
foient point attachés à perfectionner le Droit
Coutumier , notre véritable Droit National ,
le feul où l'on retrouve l'empreinte de notre
caractère & les veftiges des anciennes moeurs
Gauloifes.
De toutes les révolutions que le Droit
Romain a occafionnées dans la Jurifprudence
Françoife , la plus funefte peut être
162 MERCURE
fuivant l'Auteur , eft l'établiffement de ce
grand nombre d'Avocats & de Procureurs ,
devenus néceffaires pour l'interpréter & la .
mettre en pratique ; l'hiftoire des uns & des
autres termine le Chapitre huitième.
On examine dans le neuvième , quel
étoit l'état du Parlement fous la troi-.
fième race ; comment les Docteurs en Droit
Romain , qui y furent introduits , en firent
difparoître les Chevaliers & la plupart des
Clercs qui le compofoient auparavant ,
& c . & c.
Ce fut fous la troisième race que les
Souverains rentrèrent dans l'exercice paifible
de tous les Droits dont les avoit dépouillé
l'ufurpation de leurs vaffaux . L'Auteur
expofe dans le Chapitre onzième la
marche & les progrès de l'autorité royale ,
les Loix qui règlent aujourd'hui la fucceffion
à la couronne , & la majorité des Rois , &
les caufes qui ont hâté la réunion de la puiffance
légiflative à la puiffance exécutrice
dans les mains du Monarque, « C'eft aujourd'hui
une maxime inconteftable de
» notre Droit public , que la puiffance légiflative
appartient en entier au Monar-
» que , & que perfonne n'a droit de la partager
avec lui. Mais comme il n'eft
» moins conftant que notre Gouvernement
" ne peut , fans contrarier fon véritable efprit
, devenir abfolu & arbitraire , il eft
» dans la création & dans la publication des
93
ور
ود
pas
DE FRANCE. 163
1
*
" Loix, des formalités à fuivre qui font d'au
tant plus inviolables , qu'elles tiennent lieu
» de ce confentement que la Nation avoit
» droit autrefois de donner ou de refufer
» aux Loix qu'on lui propofoit. » Ces formalités
font la publication & l'enregistre
ment , dont l'histoire termine ce Chapitre.
Après avoir traité de tous ces objets de
Droit public , l'Auteur parle dans le Chapitre
douzième de la difcipline intérieure
des Cours de Juftice.
La forme de l'élection des Juges , qui comcommença
à être altérée fous Charles VII ,
fut entièrement détruite fous le règne de
Louis XII , première époque de la vénalité
des offices , dont le fyftême fut perfectionné
fous Henri IV , par la création du Droit de
Paulette ; il paffe delà au payement des épices
& des gages affectés aux Officiers de Judicature
. Non feulement , dit il , le Roi
payoit les gages des Magiftrats , mais en-
» core tous les frais de juftice ; l'Arrêt mê-
» me fe déclaroit gratuitement. Le Roi fai-
» foit annuellement un fonds d'environ
و د
و د
C6
6000 liv. pour payer le Greffier des frais
» de l'expédition ; un Commis ayant em-
» porté ce fonds fous Charles VIII , ce
» Prince , dont les guerres continuelles
» avoient épuifé les finances , fe laiffa perfuader
, par quelques Miniftres , qu'il n'y
" avoit nul inconvénient à faire payer l'expédition
de l'Arrêt aux Parties . Ce fat- là
"
22
464
MERCURE
ود
l'origine de ces frais énormes dont on a
» dans la fuite accablé la Juftice. Entre ces
» nouvelles formes introduites dans nos Tribunaux
, eft encore l'établiffement de la
» Partie Publique , Magiftrature incon-
» nue aux anciens , au moins avec les attributs
qu'elle a reçus parmi nous, »
"
33
"
Après ces détails relatifs à la Conftitution
politique de l'État , il reftoit à conſidérér
nos Loix dans les rapports qu'elles ont avec
la liberté des Citoyens . Les formesjudiciaires
en font le réſultat. « C'eft ici le triomphe de
l'ancienne Légiſlation Françoiſe , par l'ordre
admirable que nos pères avoient mis
» dans la diftribution de la Juftice ; chacun
trouvoit à la portée un Tribunal compofé
de fes Pairs , où il pouvoit , avec la
plus grande facilité , expofer les demandes
» ou les exceptions , faire entendre les plain-
» tes ou les défenſes ; où , il obtenoit une
» juftice exacte , prompte & gratuite .
L'hiftoire de nos formalités judiciaires , celle
des jugemens & de la manière de les mettre
à exécution fous les deux premières races ,
font l'objet des Chapitres treizième & quatorzième
..
و د
"
,
13
On voit dans le Chapitre quinzième qu'elle
fut la forme des contrats publics chez les
Romains & chez les Francs , & à quelle épo- .
que doit être rapporté l'établiffement des
Tabellions & des Notaires .
Enfin le feizième & dernier Chapitre conDE
FRANCE. 165
tient l'Hiftoire de nos Loix Criminelles.
L'Auteur y prouve , de la manière la plus
évidente , que la procédure criminelle étoit
autrefois publique en France , comme elle
l'eft en Angleterre , & qu'elle différoit peu
de la procédure civile. L'inftruction fecrette
n'a été introduite , au moins dans une grande
partie du Royaume , que par l'Ordonnance
de 1539.
Il paroît , par l'Ouvrage que nous venons
d'analyfer , que l'Auteur eft parfaitement
inftruit de toutes les parties de notre Jurifprudence'
, qu'il rapporte nos Loix en Hiftorien
exact , & qu'il les juge en Philofophe.
Il annonce dans fa Préface un Traité
fur les Loix Civiles & un Traitéfur les Loix
Canoniques. Le Volume que nous venons
d'annoncer eft fait pour en donner d'avance
une opinion avantageule.
ALMANACH Littéraire . ou Etrennes
d'Apollon , contenant , 1 ° . quinze pages
: Préliminaires , où fe trouvent des Pièces
: de MM. de la Croix , le Ch. de Rivarol ,
de la Dixmerie , Coffon , le Comte de
Barruel , les Poiffardes à Mlle d'Éon . 2 ° .
Anecdotes , Vers de M. le Mierre ; Élégie
de Tibulle , & Confeils à un jeune Poëte ,
par M. Maiſonneuve ; Fables de MM.
Fallet , Bret , Crignon , Knapen . 3 ° . La
Vertu juſtifiée , nouvelle , par M. le Comte
de Rofières. 4. Épître , Idylle & Im166
MERCURE
promptu , par M. de Saint- Ange. . Petites
Pièces de Mme du Deffaud , ou à
fon occafion ; Triolet & Lettre de Voltaire
; Quatrain , Églogue de M. Maréchal ;
la Force ' du Sentiment de M. Bérenger.
6. Henriette de Montclare , Anecdote ;
par Mlle de Gaudin . 7º . Lettre de M. de
Buffon ; Contes , par M. Léonard ; Réflexions
fur la Metrie , par M. Diderot ;
Stances & une Épître à l'Inconftance , par
M. Damas ; le Prifonnier & le Geolier,
par M. le Suire ; Traits curieux ; Lettre ›
de M. Thomas . 8° . Notices très étendues
des Ouvrages , & c. A Paris , chez l'Auteur
, mailon de la Veuve Duchefue , Libraire
, rue S. Jacques .
LES Recueils font à- peu près les feuls.
Ouvrages qu'on life encore. Ces lectures à
bâtons rompus conviennent à l'infouciance
d'un grand nombre d'efprits indolens &
fuperficiels . Leur pareffe eft réveillée par la
variété , & leur goût peu délicat préfère cette
bigarrure aux productions du vrai talent
qui aura toujours peu de juges , mais en revanche
beaucoup d'envieux , d'ennemis &
de détracteurs. Aufli les Almanachs fe fontils
extraordinairement multipliés. Celui ci
eft un des plus anciens ; il eft de pluis un
des meilleurs. Le feul Alinanach des Mufes
a fur lui le droit d'aîneffe . D'ailleurs il eft
fait fur un autre plan ; la feule inſpection
DE FRANCE. 167
du titre ci deffus indique qu'il contient
moins de vers que de profe , & fur des
matières de toute efpèce. On ne doit donc
pas s'étonner que beaucoup de gens , & furtour
les Amateurs de la profe , ayent pour
le cadet plus de prédilection que pour l'aîné.
La profe offre cette année deux_morceaux
bien remarquables. L'un est une
Nouvelle de M. le Comte de Rofières , &
l'autre une Nouvelle autli de Mlle de Gau
din. Ces deux Anecdotes , quoique d'un
genre très différent , font également intéreffantes.
On ne trouve point dans celle de M.
le Comte de Rofières ces événemens invraifemblables
ni cette fauffe fenfibilité qu'on
appelle le genre fombre ; enfin rien de ce
qui plaît aux Lecteurs plébéïens , & qui révolte
jufqu'au dégoût les efprits cultivés :
C'eft une Anecdote très - fimple , & qui
offre des événemens que l'on peut voir tous
les jours , mais embellie de détails pleins de
raifon & de délicateffe. Ne pouvant donner
un extrait du plan , nous nous bornerons à
quelques citations. L'Auteur peint ainfi
fon Héroïne Mme de Valville..
و
ود
" Sans épuifer aucun Roman pour détailler
les avantages , il fuffit de dire qu'indépendamment
des grâces de fa perfonne
& des attraits de fa figure , nulle femme
» ne poffédoit au même degré ce je me fais
quoi qui enivre tous les coeurs , ce coupd'oeil
magique qui fait tourner la tête à
"
168 MERCURE
» bien des hommes. Sa converfation étoit
» auffi féduifante ; elle avoit fur tout le
·
talent fi rare de faire briller l'efprit de
» tous ceux qui l'approchoient ; de forte
» que celui qui en étoit plus ou moins
" doué , la quittoit également enchanté
» d'elle & de lui - même..... L'exemple de "
tant de femmes qui n'attendent que le
-» lien de l'hymen pour le dégager de tout ,
ne l'avoit rendue que plus fortement
» attachée à fes devoirs . »
Voici actuellement le portrait des deux
adorateurs qui cherchent à lui plaire , &
qui font les principaux Perfonnages de cette
Hiftoriette.
" Germicourt avoit dans le caractère un
» fond inaltérable de douceur ; dans toutes
» fes garniſons fa fenfibilité lui avoit fait
» tort ; il étoit né pour adorer les femmes ;
» & comme il avoit un maintien noble &
» une figure prévenante , leur premier coup-
» d'oeil étoit toujours en fa faveur ; mais fa
ور
""
timidité, qu'il cachoit fouvent fous un
» air dédaigneux & diftrait , faifoit qu'il
» n'intéreifoit véritablement que lorfqu'on
étoit parvenu à le bien connoître . Il don-
» noit alors l'effor à fon efprit cultivé &
» agréable ; fon air de fatuité difparoiffoit ,
& faifoit place à l'aménité la plus attachante
. Tout différoit dans Florval . Les
» qualités de fon efprit auprès des femmes
» étoient aux dépens de celles de fon coeur.
ود
» Il
་ 1.69
DE FRANCE.
:
こ
33
» Il en avoit fubjugué deux ou trois en fa
vie , qu'il avoit fait fervir de triomphe à
fon intolérable caufticité. Tous les moyens
» lui étoient bons pour parvenir à fes fins ,
& fon exceffif amour propre lui faifoit
» trouver facile ce qui auroit paru impoffible
à d'autres ...... Il avoit les petits talens
» analogues aux ouvrages des élégantes du
jour. Il faifoit des chiffres , des devifes ,
» brodoit au métier de Madame , travail-
» loit à la tapifferie.
39
و د
Il faut voir dans l'Anecdote même les
fuites de leur rivalité , la peinture des inquiétudes
& de la jaloufie de M. de Valville
excitées par une lettre anonyme de
Florval , & le tableau intéreffant du dénouement,
où la Vertu eft juftifiée , comme l'annonce
le titre de cette Nouvelle.
L'Anecdote de Mlle de Gaudin eft d'autant
plus touchante qu'elle eft vraie. En
voici le fonds très - fuccinct. Une jeune
femme fenfible & honnête après avoir longtemps
combattu fon penchant pour un
jeune homme non moins vertueux & non
moins fenfible qu'elle , réduite à la misère
par l'inconduite de fon mari , & de plus
pouffée à bout par fes mauvais traitemens ,
confent enfin à fuir avec fon amant. Elle
lui donne rendez vous fur un des ponts de
la Capitale. Le moment destiné à leur fuite
approche. Prête d'expirer de douleur &
d'effroi , elle arrive au lieu indiqué. Son
amant n'y eft pas encore. Une heure s'é-
No. 9 , 28 Février 1784. H
170 MERCURE
coule fans qu'il paroiffe. Elle croit être
trahie , & de défefpoir le précipite dans la
rivière. Au moment même une chaife de
pofte arrête au bout du pont. Un jeune
homme en fort , & s'avance avec précipita
tion , attiré par les cris de ceux qui avoient
vû périr la maîtreffe. La peinture de
fon défefpoir devient déchirante fous la
plume de Mile de Gaudin. La Nouvelle eft
en total écrite avec beaucoup de paflion &
d'énergie. Peut - être a telle quelques longueurs
; & Mlle de Gaudin a trop de talent
pour ne pas permettre qu'on l'avertiffe d'un
défaut qu'on a remarqué dans prefque
toutes fes productions.
La principale Pièce de vers eft une Épître
de M. de Maifonneuve ; c'eft la feule en vers.
alexandrins. Quoiqu'elle foit intitulée Confeils
à un jeune Poëte , de même qu'une
Epître connue de M. de la Harpe , elle n'a
avec celle- ci rien de commun que le titre.
M. de la Harpe embraffe un plan plus vafte
& plus piquant. Ses confeils font adreffés à
un jeune Débutant , & one pour but de l'éclairer
fur les inconvéniens de la carrière
brillante , mais épincufe des Lettres . M. de
Maisonneuve le borne à donner des préceptes
de goût fur le choix des fujets propres
aux Concours académiques . On voit
que fon Épître eft purement didactique. Ce
genre de Poéfie demande beaucoup de travail
& de foin. On fe rappelle malgré foi
les vers de Defpréaux ; mais les tirades fuiDE
FRANCE. 171
4.
vantes prouveront , je crois , que M. de
Maisonneuve l'a bien étudié , & que fes
études n'ont pas été infructueufes. On fait
que le défaut les plus effentiel de preſque
Toutes les Pièces de concours , c'eſt le manque
abfolu de plan & de marche , M. de
Maifonneuve infifte avec raifon fur la règle
de favoir bien ce que l'on a à dire,
3
¥
Eh! comment prétends- tu m'amufer & m'inftruire ,
Si tu ne fais toi - même où tu dois me conduire?
Tu raffembles en vain quelques fleurs fous mes pas ;
Ta marche à chaque inftant trahit ton embarras.
Je maudis les détours d'un obſcur labyrinthe ,
Où forcé de tourner dans une même enceinte ,
Et toujours incertain de l'objet que je fuis ,
Tu m'arrêtes , j'arrive , & ne fais où je fuis.
Si Voltaire en tout temps captiva nos fuffrages ,
Si fans ceffe on admire , on cite fes Ouvrages ,
C'eft qu'il fait , en flattant l'oreille du Lecteur ,
Occuper fon efprit , intéreffer fon coeur.
Tonjours il fixe un bat. On fent qu'avant d'écrire
L'Auteur eut en effet quelque choſe à nous dire ,
-Facile , ingénieux , il écarte l'ennui , -
Et lui-même entraîné , nous entraîne avec lui.
Comme lui , de tes vers fais briller l'élégance ;
Mais vers un but marqué , que chaque pas m'avance,
Ne quittes point la route où je dois te trouver ;
Mon efprit qui te fuir eft preffé d'arriver.
Tous ces vers marchent avec aifance. Le
Hij
172.. MERCURE
tour en eft vif & facile. On les lit fans être
arrêté par l'obfcurité d'une métaphore empoulée
, ou par l'emphafe d'une penfée foidifant
philofophique . Ce font ces fortes de
vers qu'on retient fans peine , & c'eſt le plus
grand éloge que l'on en puiffe faire. Celui
que nous avons fouligné eft le feul qui nous
ait paru manquer de correction. On dit faire
briller l'élégance dans des vers , plutôt que
des vers. Encore faire briller l'élégance est- il
fans élégance . Nous en citerons encore quelque
chofe , d'autant plus que nous fommes
sûrs de faire plaifir à nos Lecteurs , & que
d'ailleurs cette Pièce eft imprimée pour la
première fois. Ce n'eft pas non plus la même
que celle du même Auteur inférée dans l'Almanach
des Mufes.
1
Heureux , heureux qui peut dans fon ſtyle enchanteur
Tout-à-la-fois inftruire , attacher ſon Lecteur ,
D'une expreffion neuve éclairer fa peufée ,
Et qui loin de traîner fa marche embarraffée ,
Rapide , plein de force , & brillant de clarté ,
Fait par-tout fous nos yeux jaillir la vérité.
Vois les lieux & les tems.Un goût sûr doit t'apprendre
Et ce que tu peux dire , & ce qu'on peut entendre' ;
Et tu n'iras jamais dans tes vers affectés ,
Et fous le nom pompeux de grandes vérités ,
Reffaffant tous les traits d'une froide morale ,
Nous affubler ta Mufe en robe doctorale.
On nous peint Apollon toujours jeune & charmant,
Son front pur & ferein refpire l'agrément ;
D.E FRANCE 173
Sa main couvre de fleurs les fruits qu'elle préfente .
Par- tout un fentiment , une image brillante.
Ainfi jadis Horace , en fes piquans Écrits ,
De Mécène & d'Augufte enchantoit les efprits :
Horace vouloit plaire afin de mieux inftruire ;
Le Chantre des Jardins ainfi fe fait relire ;
Et N........ s'attache un Public ennuyé ,
Qui fur nous jette à peine un oeil raffafié.
M. Lemierre , de l'Académie Françoife ,
fait les honneurs des poélies légères . Voici
d'bord la Pièce intitulée : Le Nouveau
Paradis :
1
Délicieufe verdure ,
Des bois aimable parure ,
Sous ton ombre un choeur d'oifeaux ,
Par leur douce mélodie ,
Vient à notre âme engourdie
Donner des refforts nouveaux.
O la belle matinée !
L'aftre du jour ſe levant ,
Luit majestueufement
Sur la terre illuminée.
De fes feux vivifians
Les agréables prémices
Les influences propices ,
Sont le charme de mes fens.
Affis près de Juliette ,
Je crois être transporté
Dans le féjour enchanté
H iij
174
MERCURE.
De félicité parfaite
Qu'Adam avoit habité.
Quel bonheur, pur m'environne !
Non, je ne changerois pas
Pour la plus belle couronne
Juliette & les appas, all setah
Dans ce bois inacceffible
A l'inconftance , aux dégoûts ,
Nature , Amour ont fur nous
Verfé de leur main paiſible
Tout ce qu'ils ont de plus doux.
A mes defirs tout fuccède ,
Grâces à leurs dons réunis irel
Par l'une enfin je pofsede ,
Et par l'autre je jouis.
On a pu remarquer dans ces vers un tton de
molleffe & de fimplicité dont on doit favoir
gré à M. Lemierre beaucoup plus qu'à un
autre. Perfonne n'ignore le talent fingulier
qu'il a de rendre , pour ainfi dire , palpable
tout ce qu'il veur peindre. Il trouve le
moyen de rajeunir l'idée la plus commune &
la plus ordinaire, par les métaphores les plus
originales & les plus inufitées . On ne lui reprochera
pas de rebattre les idées des autres .
Si quelqu'un donne du neuf au monde , affurément
c'est lui . Il faut lire fon Épître à
Madame de Vermenoux , fur fes infomnies ,
& fur- tour les vers à fon ami Billard fur
fon oifiveté. C'eft- là que fa verve originale
DE FRANCE. 175
fe déploye avec la liberté la plus franche . Il
lui reproche d'ufer juſqu'à l'abus du ſtyle
marotiqué,
Pour les termes Gaulois prends un peu moins d'amour.
La clarté tient au mot d'ufage ;
Celui qu'on n'entend plus devient un abat-jour ;
Garde ton feu , ton ftyle , & change ton langage.
Chacun fuit fon attrait ; le pamphlet eſt le tien.
Cenfeur amer , mais ferme ami du bien ,
Tu n'attaques point la perfonne.
L'honneur eft comme l'oeil ; il fe bleffe d'un rien.
Tun'en veux qu'aux Ecrits qu'un bel - eſprit pomponne,
Au fentiment que l'on raifonae ,
A ce philofophique argot
Dont notre langue s'empoifonne ,
Aux vers maniérés , au faux goût , en un mot ;
Mais quand ton efprit te gouverne ,
D'aucun terine vieilli ne te laiffe tenter ;
Et par les froids Rimeurs te fentant irriter
Entre en colère à la moderne .
Ce dernier vers vaut feul toute une Pièce :
M. Lemierre , dans toutes les productions ,
femble avoir toujours à l'efprit ce vers de
La Fontaine :
Il nous faut du nouveau , n'en fût- il plus au monde.
ན །
Dans un autre genre , moins neuf fans
doute , mais plus delicat & plus gracieux ,
on remarque des Stánces charmantes de M.
Damas à Mlle de Gaudin , & tine Épître
Hiv
176 MERCURE
très ingénieufe à l'Inconftance. En voici le
début :
Divinité de ma Patrie ,
Fille de la coquetterie ,
Et mère de la volupté ,
A qui par les goûts emporté
Dès long-temps mon coeur facrific.
Reine des modes , des projets ,
L'Amour te doit tous fes fuccès :
En tout lieux on te déifie ,
On rend un culte à tes attraits ;
So Reçois le mien , je fuis François
Mon culte eft une idolâtrie.
Ce ftyle eft vif & agréable , c'eft celui des
Pièces légères. Cette rapidité dans les tournures
, charme des . Poéfies fugitives , fe retrouve
à la fin de celle ci :
Vous , dont la gravité m'accufe
D'erreurs & de légèreté ,
Martyrs de la fidélité ,
Quelle chimère vous abuſe !
Pourquoi voulez - vous que ma Mufe ,
Renchériffant fur Céladon ,
Et des bords du fade Lignon ,
Refpirant la vapeur mortelle ,
Vante d'une chaîne éternelle
L'infipide uniformité ,
Puifque mon humeur infidèle
DE FRANCE.
177
Trouve à la fois chez la beauté
Et fon excufe & fon modèle ?
Le morceau le plus brillant de l'Épître eft ,"
fans centredit , celui où l'Auteur cherche
à juftifier l'inconftance par l'exemple des
Dieux de la Fable.
O volage & puiffant Jupin , &c.
#
Une chanfon du même Auteur , adreffée à
fes aïeux maternels , fur leur renouvellement
de mariage , après foixante ans , fait autant
d'honneur à fon coeur qu'à fon efprit.
Une Fable de M. Fallet mérite encore d'être
particulièrement diftinguée . La voici ; elle
eft intitulée : Les Deux Renards.
SUR la fin d'un beau jeur d'hiver,
Deux Renards à la découverte ,
Deçà , delà , trottoient l'oreille en l'air.
L'un étoit vieux , & l'autre jeune , aleite .
Dans certain poulailler ils fe gliffent fans bruit.
Petits poulets , coqs aux fanglantes crêtes ,
Vous fur-tout , aimables poulettes ,
Cette nuit fat pour vous une éternelle nuit.
Rien ne fut respecté , ni le fexe ni l'âge.
Le jeune fit grand'chère avec grand appétit ,
Le vieux à peine ofa calmer ſa faim extrême.
Eh ! quoi , cit il , affis fur un dindon ,
Hv
178 MERCURE
Tout manger en un jour ! ce n'eft pas mon fyftême ;
Ce refte pour demain doit être encore fort bon !
Gardons- le ; la prudence eft une vertu rare.
Tu n'es qu'un fot & qu'un avare ,
Répond le jeune en dévorant toujours ;
Je veux, puifque j'y fuis , m'en donner pour huit jours.
Demain , dis-tu , demain , Ah ! vive la volaille ,
A chaque jour fuffit , dit-on , fon mal.
Va , jouiffons , faifons ripaille :
L'inftant qui fuit peut nous être fatal.
Il dit , & croque encore une volaille graffe.
Enfin il mangea tant qu'il crêva fur la place.
Fier d'avoir fu dompter fon appétit ,
En regardant le mort le vieux fe réjouit ,
Traîne , cache en un coin fa conquête friande,
Et part fans déplorer le deftin du glouton.
Le lendemain le compagnon ,
Au coucher du foleil , revient à la provende.
Mais le Fermier , caché derrière un gros buiffon ,
Auffitôt qu'il le voit paroître ,
Détache doucement le fidèle Dragon ;
Et le dogue élancé faififfant le vieux traître ,
L'étrangle fans rémision.
Tel eft l'homme , à tout âge entraîné par un vice.
Jeune , avec trop d'ardeur il cherche le plaifir ;
Vieux , fubjugué par l'avarice ,
Il fe prive de tout dans l'eſpoir de joair.
Le défaut de cette Fable , c'eft que le vieux
DE 179 FRANCE.
Renard n'a point tort de ne pas manger aur
delà de fon appetit.
Ce refte pour demain doit être encor fort bon.
eft le propos de la modération bien plus que
de l'avarice . D'ailleurs , un vieux Renard ne
regarde à foi ane ce qui eft dans fon terrier.
I eft donc invraifemblable qu'il faffe abftinence
dans un poulailler , où fans doute il
n eft pas entré pour rien à fes rifques & périls
. Au furplus , c'eft le vice du fonds plutôt
que de la naration , laquelle nous à paru
agreable & piquante.
Nous terminetons ces citations par une
petite Pièce de M. de la Louptière , adreffée
à un Magiftrat , en regrettant d'être obligés
de paffer fous filence les Opufcules dont
MM. Diderot , Bret , Bérenger , le . Suire ,
Crignon , Knapen , François Peintre ont ent
richi cette Collection annuelle..
Vous qui , d'une main généreufe
Repouffez les plus beaux préfens ,
Vous ne refiftez pas aux charmes féduifans
D'une aimable folliciteufe .
Elle règne fut votre efprit ,
De votre coeur elle diſpoſe ,
Et ce n'est que par fon crédit
Qu'on obtient de vous quelque chofe ,
C'eft la chafte Thémis : vous honorez fa Cour.
On voit cette vierge facrée ,
Hvj
180 MERCURE
De fon fimple bandeau modeftement parée ,:
A vos oracles purs foufcrire chaque jour.
Nous approuvons votre tendreffe ,
Et l'on eft heureux en plaidant ,
Quand on a pour foi la maîtreffe
De Monfeigneur le Préfident.
Il
y a une idée ingénieufe dans ces vers
mais dans les premiers , l'Auteur n'a exprimé
qu'à demi fa penfée. Vous réfiftez à l'or ,
mais non aux charmes d'une folliciteufe ;
voilà ce qu'il dit , & non ce qu'il a voulu
dire. Son véritable fens eft ; vous réfiftez à
la féduction des préfens & des folliciteufes ;
mais il en eft une qui peut tout auprès de
vous , c'eft Thémis. Peut être auffi que tendreſſe
eft un peu fade , quand il s'agit d'une
maîtreffe idéale & purement métaphysique ;
par la même raifon , aimable ne convient
guères mieux à Théinis...
Les bornes qu'il convient de mettre à
l'extrait d'un fimple Recueil , ne nous permettent
pas de parler des variétés , ni des
bons mots que celui ci renferme. Nous ne
pouvons non plus entrer dans aucun détail
fur les notices , qui font très- étendues. Elles
font de plus écrites avec un ton d'honnêteté
d'autant plus louable , que la fatyre amère ,
le farcafme & la malignité caractériſent le
plus fouvent prefque toutes les notices de
ce genre.
N. B. On trouve dans l'Almanach LittéDE
FRANCE. 181
raire plufieurs Pièces de l'Auteur * de cet
article , & l'on fent bien que c'eft tout ce
qu'il en peut dire .
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSsique.
UNE indifpofition furvenue à Mlle Saint-
Huberty ayant fufpendu les repréfentations
de l'Opéra de Chimène , nous renvoyons au
Mercure prochain nos obfervations fur la
mufique de cet Ouvrage.
On continue toujours avec le plus grand
fuccès & la même affluence les repréfen
tations de la Caravane: Le Public , ainfi que
nous l'avions prévu , paroît goûter de plus
en plus l'efprit , la grâce & la variété qui
règnent dans cet Ouvrage.
Mlle Maillard , qui depuis l'année der
nière fixe d'une manière fi intéreffante l'at
tention du Public , vient de confirmer , par
une épreuve auffi heureufe que hardie , les
efpérances qu'on a conçues du talent précieux
& vrai qu'elle a reçu de la Nature.
Elle a joué le is de Février , pour la première
fois , le rôle de Didon , dans l'Opéra
de ce nom. Ce rôle , fi difficile par lui- même
* M. de Saint -Ange.
182 MERCURE
à bien rendre , tant par la continuité des
mouvemens pallionnés dont il eft plein, que
par la varieté des nuances dont il a befom
l'eft devenu bien davantage par la fuperiorité
avec laquelle il a été joue par Mlle Saint-
Huberty. On auroit fuppoite difficilement
une copie médiocre à côté d'un auffi excel ;
lent modèle. Mlle Maillard n'a pas prétendu
fans doute lutter contre fon modèle , elle a
jugé que fon zèle & fa jeunelle lui obtiendroient
l'indulgence du Public , & fon entrepriſe
a été couronnée par le fuccès le plus
flatteur , & les applaudiffemens les plus aniverfels.
Cette jeune Actrice a chanté ce rôle
avec cette voix pure , égale , brillante &
fenfible , heureux don de la Nature , que
perfectionne chaque jour les leçons d'un
grand Maître. Elle a nis dans fon jeu une
vérité , une grâce , un accord entre le gefte
& la parole , dont la jufteffe n'a preſque jamais
été altérée par les grands mouvemens
des pallions qui agitent & bouleverfent fucceffivement
l'âme de Didon. On a remar
qué fur tout au troilième Acte intelligence
avec laquelle elle a chanté le récitanf, dont
l'effet eft fi important dans ce rôle ; la ma
nière dont elle a fu y fondre les phrafes
chantantes & les accens paffionnés , avec les
traits de pute declamation qui ne demandent
qu'un récit fimple & prefque parlé ; enfin
l'heureuſe netteté de fon organe , qui ne
laiffe prefque rien perdre des paroles , ni
dans le chant , ni dans le récitatif , foit
.DE FRANCE. 183
dans les momens où la voix exprime par
des éclats les mouvemens extrêmes des paffions
, foit dans les nomens de foibleffe , de
langueur ou de calme où la voix ne produit
plus que des fons à demi éteints . On voit que
Mlle Maillard a bien étudié tous les tons &
tous les mouvemens de Mille Saint Huberty
; mais on voit en même temps qu'elle
ne s'eft pas appliquée à la copier fervilement
, ce qui eft une preuve de bon goût ;
car au Théâtre l'expreffion des mêmes paffions
& des mêmes fentimens doivent prendre
des nuances differentes , proportionnées
aux differens moyens de l'Actrice . On voit
aufli qu'elle a toujours cherché la verité , &
qu'elle y a facrifie le plaifir d'exciter ces applaadiflemens
momentanés qu'on obtient
trop ailement par les exagérations de toure
efpèce , & qui , fur- tous nos Theâtres , nuifent
peut être plus qu'aucune autre caufe aux
progrès de l'Art Dramatique. Nous ne reprocherons
pas à Mile Maillard , les negli
gences & les inégalités qu'on a pu remar
quer dans quelques endroits du chant comme
de l'action ; il feroit trop rigoureux d'exiger
plus de perfection dans un premier ellai
de ce genre mais nous l'invitons fur- tout
à ne jamais perdre de vûe le mouvement de
la Scène , & à conferver dans le jeu muet
l'expreffion & le maintien qu'exige la
fituation .
-
184
MERCURE
ANECDOTES.
I.
LES Princes Orientaux font confifter une
partie de leur grandeur dans un amas de titres
qui ne finit pas. Un Nabab de l'Inde s'ap
peloit maître de deux mille' mots , c'eft-àdire
, titres. C'étoit lui faire honneur que de
lui en préfenter deux ou trois nouveaux dans
l'année. De combien de mots ton Roi eft il
maître , demanda ce Nabab au Conful de
France? Le Conful lui préfenta l'Encyclo
pédie qu'il venoit de recevoir ; & il exigea
que par refpect , toute la Cour fe profternât
devant tant de mots dont fon Roi étoit le
maître.
I I.
Le Maréchal de Baffompierre avoit donné
à Mademoiſelle d'Entragues une promeffe
de mariage qu'il étoit réfolu de ne pas accomplir.
Un jour qu'il y avoit au cours un
grand nombre de carroffes , la eine s'y promenoit
avec le Maréchal de Baffompierre.
Mademoiſelle d'Entragues y vint , & fon
carroffe fut obligé de s'arrêter quelque temps .
proche de celui de la Reine , à caufe de la
foule. Voilà Madame de Baffompierre , dit
la Reine , en s'adreffant au Maréchal. Ce
n'eft que fon nom de guerre , répondit il
"
DE FRANCE. 185
affez haut pour être entendu de fon ancienne
maîtrelſe : Vous êtes un fot , Baffompierre,
lui dit elle. Il n'a pas tenu à vous , reprit le
Maréchal . »
ANNONCES ET NOTICES.
ON imprime à Toulouſe , chez le fieur Dupleix ,
Libraire , rue S. Rome , un Recueil des Édits , Déclarations
, Ordonnances , Arrêts du Confeil , du
Parlement de Touloufe , & autres Cours , &c. concernant
l'Ordre Judiciaire & les Matières publiques
les plus importantes , propofé par Soufcription , en
6 Vol. in-4° . fur caractère Philofophie gros - il ,
10 liv. le Volume broché. Les quatre premiers Vol.
font en vente . Le cinquième eft fous preffe. On
foufcrit au Bureau des Affiches dans toutes les Villes
& chez tous les Libraires du Royaume. On ne paye
le montant de chaque Volume qu'en le retiran .
Cette Collection , faite avec choix , eft de la plus
grande utilité dans toutes les Provinces & dans le
Reffort des divers Parlemens du Royaume , fur- tout
aux perfonnes qui concourent à l'adminiſtration de
la Juftice . On a fait beaucoup de recherches pour la
rendre complette Quoiqu'on ait fuivi l'ordre chronologique
, le plus propre aux Recueils de ce genre ,
on a eu le foin de mettre à la fuite de chaque Pièce
des Notes pour indiquer celles qui ont rapport au
même fujer ce qui , dans l'ufage , produira l'effet
d'un arrangement par ordre des Matières . Le dernier
Volume contiendra une Table générale par ordre
alphabétique , très- exacte & très- étendue , au moyen
de laquelle on trouvera aisément les décifions ren
fermées dans le corps de l'Ouvrage.
186 MERCURE
PIERRE BEAUME , Libraire-Imprimeur à Nîmes,
vient de mettre au jour le IV Tome de la nouvelle
Edition de la Bible de M. de Sacy , avec l'Explication
tirée des Saints Pères & des Auteurs Eccléfiaftiques.
Les trente -deux Volumes des anciennes
Éditions font ici réunis en vingt - quatre , & cependant
augmentés de plufieurs Pièces nouvelles , difperfées
dans ces Volumes , & d'une table générale
des matières , qui formera le vingt cinquième.
A la tête de ce IVF Tome eft un Avis de l'Imprimeur
, qui annonce que , furmontant les obftacles
qui ont fufpendu l'activité de fon zèle & retardé la
Livtaifon des III & IVe Volutnes , il le fait uo devoir
de remplir fes promeffes , au préjudice même
de fes propres intérêts , & va déſormais mettre au
jour tous les mois un Volume , mais en réduifant
fon Edition au nombre de cinq cens exemplaires.
En conféquence , il prie les perfonnes qui voudroient
fe procurer cette Édition , moins volumineufe , &
néanmoins plus ample , de fe décider promptement
parce que les cinq cent exemplaires une fois
placés , il ne fera plus poffible de fe procurer cette
Edition à aucun prix .
1
Le prix de la Soufcription eft de 4 liv par volume,
& fols pour la brochure. On peut fouferire à Paris ,
chez Guillaume Defprez , Imprimeur du Clergé , &
chez les autres principaux Libraires du Royaume.
Nota. On ne demande aucune avance en foufcrivant
; en recevant les quatre premiers Volumes ,
on paie 16 liv. en feuilles , & 17 liv. brochés en
carton .
Le Faux Lord, Comédie en deux Actes , en profe,
mêlée d'ariettes , repréfentée devant Leurs Majeftés ,
& à Paris , par les Comédiens Italiens Ordinaires du
Roi , le 6 Décembre 1783. A Paris , chez Brunet ,
Libraire , rue de Marivaux , place du Théâtre Italien,
DE FRANCE 187
Anfelme eſt un avare , de qui la fille Irène aine
Léandre , dont elle eft aimée . La Fleur, Valet de
Léandre , prend le nom & les habits d'un Lord ,
homme fort fingulier , qui demeure dans le voifie
nage , & qui a rendu fervice à Anfelme , quoiqu'ils
ne fe foient jamais vûs. Sous un prétexte de ſanté , il
vient demander à celui - ci un appartement dans fa
maison , en payant bien. Anfelme confent avec joie ,
moyennant 200 louis par mois que lui offre le Faux
Lord. Enfin ce dernier fe trouvant à portée , fait
confentir Anfelme à accepter pour gendre fon Maître,
qu'il a introduit dans la maiſon en la qualité de fon
Médecin. Tout le découvre à la fin ; mais il n'eft
plus temps ; car le contrat eft figné .
Cette Pièce , qui eft de M. Piccini fils , a été miſe
en mufique par M. Piccini père. Elle a paru trop
tongue , & quelquefois invraisemblable , notam
ment dans la Scene où Anfelme fait paroître Irène
& la Soubrette habillés en Écoliers . Elles n'ont pas
eu le temps de fe déguifer ; & il n'eft pas à préfumer
que le père en ait eu la pensée auparavant quoiqu'il
le dife. Mais il y a quelques traits heureux , comme
lorfque l'Auteur fait dire à la Fleur , déguifé en
Marchand au cornmencement de la Pièce : Je ne fuis
pas de ces fripons qui vendent plus cher qu'ils n'achettent.
D'ailleurs , on n'a pu voir fans intérêt ce
célèbre Compofiteur marier fon talent à celui de fon
fil , & l'affocier à fa gloire.
HERBIER de la France , par M. Bulliard ,
No. 40. Ce nouveau Cahier renferme les premières
Planches de la Collection des Plantes médicinales
du Royaume , coloriées au moyen de l'inpreffion
& fans le fecours du pinceau . M. Bulliard a
joint à chaque Plante une defcription anatomique
& quelques détails fur fes propriétés en Médecine &
dans les Arts. Les Perfonnes qui defireront fe pro
188 MERCURE
curer cette Collection, pourront le faire inſcrire chez
l'Auteur , rue des Poftes , au coin de la rue du Cheval
vert , à Paris , ou chez Didot jeune , Théophile
Barrois & Belin , Libraires.
Lorfque l'on prend la Collection entière chaque
Plante coûte 15 fols . Lorfque l'on ne prend au contraire
qu'une partie de cette Collection , comme
l'Hiftoire des Plantes vénéneufes terminée , l'HIG
toire des Plantes médicinales , celle des champignons
, &c. on paye chaque Plante 20 fols.
1 .
VOYAGE de Sicile , dixième Chapitre. M.
Houel , Auteur de cet Ouvrage , rue du Coq - Saint-
Honoré , donne d'intéreffans détails fur les édifices
qu'il a vus reftans de la ville de Tindare ; entre
autres édifices qu'il décrit , il parle d'un Théâtre
qu'il a trouvé encore affez entier pour en donner
une Vie perſpective , les plans , coupe & élévations
géométrales & en profil , ce qui nous fait connoître
cette belle partie de l'Architecture des Anciens . )
La quatrième Planche de ce Chapitre nous
offre les plus beaux fragmens d'Architecture & de
figures en marbre qu'il a recueillis dans les ruines
de cette Ville , d'où il paffe aux Ifles de Lipari , en
faifant une defcription poétique du trajet de mer
qu'il faut paffer pour arriver à la Capitale de ces
Mes,Ily trouve le fujet de la fixième Planche , qui
repréfente une étuve antique très - curieufe dont il
donne le plan & l'élévation perfpective ; il explique
auffi les ufages de ces fortes d'édifices très - commans
chez les Anciens.
ÉTAT de la Nobleſſe , année 1784. Tomes I &
II. Prix , 6 liv . les deux Volumes brochés . A Paris ,
ehez Leboucher , Libraire , Quai de Gêvres ; Onfroy.
& Lamy , Quai des Auguftins.
Cette Collection , qui eft faite avec foin , forme
DE FRANCE. 189
actuellement 18 vol. , dont le prix eft de 43 liv.
ro fols brochés .
ALMANACH des Monnoies , année 1784. in- 12 ,
A Paris , chez Méquignon , Libraire , au Palais.
Cet Almanach , qui peut être utile , nous a paru
fait avec foin.
HIPPOCRATIS Aphorifmi & Prenotiones , &c.
deux Volumes in- 12 , petit format d'environ trois
cent pages chacun , de l'imprimerie de Valade , ue
des Noyers Prix , 6 livres brochés ; par M. Bofquillon.
L'Éditeur paroît n'avoir rien négligé pour la
correction du texte Grec , & il annonce que for Édition
eft plus correcte que celle même d'Elzevir.
M. Bofquillon expofe dans fa Préface , les raifons
qui l'ont déterminé à donner cette Edition , quoi
qu'un grand nombre d'Hommes célèbres s'en foient
-occupés avant lui ; la principale eft qu'en confrontant
les Éditions ordinaires avec les manufcrits de
Ja Bibliothèque du Roi , il y a trouvé une infinité
d'excellentes Leçons inconnues aux autres Éditeurs.
Il a non - feulement confulté les manufcrits Grecs ,
mais même plufieurs traductions Latines , entre
lefquelles il en eftime particulièrement une qui fe
trouve dans un manufcrit du treizième fiècle , avec
les Commentaires d'Oribafe. Comme d'après cette
verfion il eft conftant que l'Auteur s'eft fervi de
manufcrits différens de ceux que nous . connoiffons
aujourd'hui , M. Bofquillon a cru rendre ſervice aux
Savans en joignant cette Traduction à celle qu'il
nous donne ; il a même extrait des Commentaires
d'Oribaſe ce qui lui a paru le plus utile, afin que
l'on fût plus à portée de juger du mérite de cet Auteur.
Il réfute d'une manière très-favante dans fa
Préface l'opinion du célèbre Haller & des autres
Médecins,qui ont regardé ces Commentaires comme
190
MERCURE
fuppofés: M. Bofquilion a fuivi particulièrement la
Traduction de Foes , qu'il préfère à toutes les autres ;
mais il y a fait un grand neinbre de changemens
effentiels. Il est étonné que les Éditeurs vulgaires
ayent préféré la Traduction de Verhoof, qu'il regarde
comme très - infidelle .
Les Notes que M. Bofquillon a faites for les
Aphorifmes & les Prognoftics,annoncent un homme
verfé dans la Langue grecque , & un Praticien
inftruit. Nous laillons à d'autres le foin de
juger des corrections nombreuses qu'il a faites dans
le Texte. Nous nous contenterons d'obſerver qu'à
la page 154 du Tome II il prouve , contre l'opinion
des Modernes , qu'Hippocrate connoiffoit trèsbien
le pouls , qu'il avoit même oblervé une correfpondance
entre le pouls & la refpiration , qui va
rie fuivant les âges , and n
A la page 182 da même Tome, M. Bofquillon '
démontre que la fièvre puerperale ou des Accouchées
, que plufieurs Médecins regardent comme
nouvelle , a été connue d'Hippocrate ; qu'il l'a trèsbien
décrite , & a indiqué la manière de la traiter..
Comme plufieurs Médecins defirent avoir les
Aphorifmes & Frognofties par ordre de matières ,
M. Bofquillon a mis à la fin du fecond Voluine un
Index très-détaillé , qui contient l'abrégé de tout ce
qui fe trouve dans les Ouvrages du Père de la Médecine.
L'exécution typographique de cet Ouvrage cft
très- foignée , & ne peut que faire beaucoup d'honneur
aux Preffes du fieur Valade . Il en a été tiré
quelques Exemplaires en papier d'Annonay , qu'on
trouvera chez lui , rue des Noters.
Le même Ouvrage fe vend aui chez Barrois
jeune , Libraire , quai des Auguftins
Les Loix Pénales , par M Dufriche de Valaze ,
annoncées dans le précédent Mercure , avec d'autres
DE FRANCE. 191
Ouvrages , de même que le Réveil de Jean -Jacques ,
arnoncé Nº . 2 , ſe trouvent au Cabinet Littéraire ,
Quai & près des Auguſtins,
TROISIEME année du Journal de Clavecin ,
par les meilleurs Maîtres , N°. I , contenant une
Symphonie de M. Hayden , & trois morceaux arrangés
par M. Charpentier père, & une Romance .
du Roman de Galathée , par M. Foignei . Prix
3 livres. A Paris , chez M. Leduc , rue Traverfière
Saint Honoré , au Magafin de Mufique Prix de
l'Abonnement, 15 livres pour Paris & la Province
franc de port.
20
TROISIEME Recueil d'Airs de Renaud ,
Péronne , le Corfaire , Blaife & Babet & autres ,
avec Accompagnement de Guittare , par M. Corbilly
de Chantareine. Prix , 3 li . A Paris , chez l'Auteur,
rue Saint Honoré , vis-à -vis les Piliers des Halles ,
à la Ville de Rouen , & Mme Lemenu , rue du
Roule , à la Clef d'or.
SIX Duos concertans pour une Flûte & un Violon
par MM. Krafinsky & Vogel , OEuvre III.
Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez M. Baillon , Marchand
de Mufique , rue Neuve des Petits - Champs ,
au coin de celle de Richelieu, à la Mufe Lyrique.
OUVERTURE de Renaud, arrangée pour le Clavecin
ou la Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître
de Clavecin. Il paroît deux de ces Cahiers, par mois ,
un de Pièces & un d'Airs , avec Accompagnement
de Clavecin ou de Violon , faifant vingt - quatre
Cahiers pour l'année ; les douze premiers arrangés
par M. Lafceux , Organifte , & les autres par M.
Dreux. Le prix de l'abonnement pour Paris eft de
36 livres , & la Province 48 livres . Chaque Cahier
192 MERCURE
féparément 2 liv. 8 fols . A Paris , chez Mlle Girard ,
Marchande de Mufique , rue de la Monnoye , à la
Nouveauté.
ARIETTES , avec Accompagnement de Ciftre ,
par M.Bernard . Prix , 6 liv . A Paris , chez l'Auteur
rue des Saints Pères , attenant le Couvent de la Charité
, nº . 83.
Ce font de petits Airs connus & pour la plupart
fort jolis.
୬
DEUXIÈME Recueil d'Airs nouveaux , avec
Accompagnement de Clavecin & Violon ad libitum ,
par M. Gibert. Prix , liv. A Paris , chez l'Auteur ,
mailon de M. fon frère , à l'Hôtel Royal des
Poftes ; Coufineau , Luthier de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'École .
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
EPITRE à M Berquin , 145 | Éſſai fur les Révolutions du
Vers à M. de la Harpe, 147 droit François ,
Chanfon à Madame IV. Almanach Pittéraire ,
D. T. ,
157
165
148 Aca émie Roy . de Mufiq. 181
D'un Paffagefur les Juifs, 149 Anecdotes ,
Charade , Enigme & Logo - Annonces & Notices ,
gryphe , 1551
184
185
APPROBATION.
J'AI lu par
ordre
de
Mgr
le Garde
des
Sceaux
, le
Mercure
de
France
, pour
le Samedi
28
Février
. Je n'y
ai rien
trouvé
qui
puiffe
en
empêcher
l'impreffion
. A
Paris
, le 27 Février
1784.
GUIDI
.,
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 6 Décembre.
Lau
A déclaration faite par l'Envoié de Ruffie
au Reis- Effendi , n'eft plus un fecret ;
elle étoit contenue dans un mémoire , dont
on préfente ainfi la fubftance.
Apres un éloge de la conduite tenue par
la Cour de Pétersbourg depuis la derniere guerre
à l'égard de la Porte & des plaintes vives fur
les procédés de celle - ci , on indique les raifons
qui ont décidé l'impératrice à prendre poffeffion
des Provinces tartares on renvoie pour
les détails au manifefte ; & on conclut par exiger
du miniftere Ottoman qu'il reconnoiffe l'état .
préfent de la Crimée , du Cuban & de l'lfle
de Taman , qu'il confente à l'abrogation du
troifieme article du traité de Kainardgi rela
tif aux Tartares , & des trois articles de la convention
de 1779 fur le même fujet , en s'en
tenant quant au refte aux ftipulations faites
tant dans ce traité que dans ces conventions.
A ce mémoire l'envoyé de Ruffie a joint
N°. 6.7 Février 1784.
a
>
( 2 )
un projet d'acte où la reconnoiffance en queftion
eft exprimée en plein , ainfi que l'abrogation
des 4 articles mentionnés , & de la part
de la Ruffie , la ceffion de toutes les préten-.
tions que les Khans des Tartares ont pu former
fur les pays qui font actuellement fous la
domination du Grand-Seigneur , en ftipulant
que la riviere du Cuban fera dorénavant la borne
des deux Empires ".
La réponse de la Porte n'eft point encore
faite. On a remarqué feulement plufieurs
affemblées du Divan , &, beaucoup de fermentation
parmi les membres qui le compofent
. Il paroît qu'on convient de la néceffité
de céder la Crimée ; mais on a de la
peine à y confentir , ainfi que la Ruffie le
defire , & à la reconnoître ouvertement &
expreffément Souveraine de cette peninfule.
M. de Bulgakoff commence à fe plaindre
de la lenteur du Divan , & on s'attend à le
voir preffer une réponſe décifive.
POLOG NE.
DE VARSOVIE , le 6 Janvier.
Le Comte Potocki , grand Notaire de
Lithuanie , vient d'ètre fait Maréchal de la
Cour de ce grand Duché ; Le Général Major
Morawski , ci -devant Maréchal du Tri- .
bunal de Lithuanie , lui fuccede dans la char
ge de grand Notaire.
L'Impératrice de Ruffie a autorifé le Prince .
Héraclius de Géorgie à envoyer à Pétersbourg:
7
( . 13 ) 3
un Miniftre ; c'eft une diftinction quelle accorde
à fon nouveau vaffal , & elle fe charge de défrayer
cet envoyé pendant le féjour qu'il fera à
fa Cour. L'ancien Khan de la Crimée eft toujours
à Taman , & on ignore encore quand il
fe rendra à Pétersbourg. Les levées qui fe font
dans les différens diftricts de l'Empire Ruffe
conformément aux demandes qui ont été faites
au mois de Septembre dernier , ne font point
livrées au College de Guerre ordinaire ; on les
envoie à Kiovie , où on les répartira dans les
différens Régimens. Ces derniers n'occupent
plus leurs quartiers ordinaires ; ils font poftés
fur les frontieres turques , ou campés dans l'ar- ››
mée qui eft en Pologne.
#
Le Comte de Przependowski Palatin d'Inowroclow
, qui , content d'être décoré des
marques de l'ordre de l'Aigle blanc , qu'il
tenoit d'Augufte III , avoit toujours refufé
cellés de S. Stanislas , eft mort , à Cracovie
le 18 du mois dernier , âgé de 75 ans.
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 16 Janvier.
On a conftruit ici un globe aeroftatique ,
fous la direction de M. de Widmannſtætter
& de M. d'Ingenhouz ; il a 6 pieds de diametre
, fur 19 de circonférence , fon poids
eft de 6 livres , on en a fait déjà diverfes expériences
. Le 14 on l'a lancé , mais retenu
par des cordes ; il eſt reſté en l'air pendant 4
heures ; comme la corde à laquelle il étoit
attaché n'avoit que 109 toifes il n'a pu s'éa
2
( 4 )
lever au-delà. Il n'avoit perdu qu'une demie
livre de fa force en l'air ; le tems employé
pour le remplir de gaz inflammable fut d'une
heure & demie. Demain on doit répeter
cette expérience en préſence d'un grand concours
de fpectateurs.
Notre Théâtre national , fans contredit le premier
de l'Allemagne tant par le nombre &
le mérite des fujets qui le compofent , a donné
l'année derniere en nouveautés 2 Tragédies &
7 Comédies originales , 5 Tragédies & 10 Comédies
traduites du François , ainfi que 4 Comédies
traduites de l'Anglois . Parmi les pieces
allemandes une Comédie en 5 actes par M. Schroe
ter , intitulée la Bague , & une Tragédie par
le Colonel d'Ayrenhofer , qui a pour titre Antoine
& Cléopatre , ont remporté le prix d'encouragement
donné par l'Empereur.
Le froid eft exceffif ici depuis quelques jours ;
il a fait fortir des bois éloignés une troupe de
loups qui fe font répandus fur une terre voifine
de celle du Comte de Paar , où l'on en a
tué un d'une grandeur énorme qui avoit fait
beaucoup de dégats parmi les cerfs & les troupeaux.
Les glaçons arrêtent les moulins , & la
farine a renchéri . Les vignobles ont tellement
fouffert dans plufieurs endroits , que les marchands
de vin fongent déja à faire , leurs provi
Lons.
DE HAMBOURG , le 18 Janvier
On n'eft plus occupé ici que de la réponfe
vraie ou fuppofée , que l'on affure que la
Porte a faite à la déclaration de la Ruffie ,
a fujet de la Crimée. Tout ce qu'on débite
( 5 )
敷
eft encore bien vague ; on fe contentoit de
dire ces jours derniers , que le Divan s'étoit
borné à déclarer , qu'il ne pouvoit reconnoî
tre l'occupation de la Crimée & la fouveraineté
de la Ruffie , qui n'ayant apporté
pour prétexte de cette invafion, que le deffein
de s'indemnifer des frais dans lefquels
l'avoient entraîné les affaires de cette peninfule
, pouvoit en être dédommagée en argent
, en préfentant un état de ces dépenfes.
Cette réponſe dilatoire paroiffoit remplir le
but que la Porte ne perd pas de vue , de
gagner du tems. Aujourd'hui on dit qu'elle
eft encore plus formelle. Une lettre de Vienne
s'exprime du moins ainfi fur ce fujet.
» Les dernieres lettres de Conftantinople confirment
que la Porte a refufé abfolument de
donner fon approbation à la révolution de la
Crimée. D'abord les fentimens du Divan ont
été partagés ; le Muphti avouoit qu'on pourroit
céder quelque chofe , pourvu que l'on confervât
au Grand Seigneur l'autorité fuprême en fatt
de religion. Le Grand - Vifir & fes partifans
étoient d'avis de faire le facrifice de cette péninfule
fans restriction ; mais le Capitan- Bacha
& ceux de fon parti déclarerent qu'il valoit
mieux mourir les armes à la main , que de fouffrir
que l'éclat de la fublime Porte fût terni
par une pareille condescendance . Ce dernier
avis l'a emporté. Tout ce qu'ont pu obtenir les
Ambaffadeurs médiateurs , c'eft que le refus fe
fit dans des termes plus modérés que ceux que
Fon avoit d'abord arrêtés »..
On elt fort impatient de favoir comment
la Ruffie prendra cette réponſe , fi elle a été.
2 3
( 6 )
faite ; on ne croit pas que cette Puiffance
veuille renoncer à une poffeffion , qui ſe
trouve actuellement entre ſes mains.
Nos papiers en attendant annoncent que
cette réponſe a fait beaucoup de fenfation à
Vienne , que tous les Miniftres étrangers
ont expédié fur le champ des exprès à leurs
Cours. Nous ne les fuivrons pas dans les
conjectures auxquelles ils fe livrent à ce fujet
; nous ne nous arrêterons pas non plus
aux bruits qui fe répandent des nouveaux
troubles de l'Egypte , où 4 Beys , dit- on,
ayant formé un complot contre Aly- Bey ,
ont fuccombé , & où ce dernier , après être
venu à bout de les réduire & de fe rendre
maîtres de leurs perfonnes , a fait expofer
leurs têtes à la porte de fon Harem. D'un
autre côté , ceux qui ne veulent pas voir les
Turcs dans cet état d'impuiffance & de dénuement
, leur prêtent quelquefois des reffources
qu'ils n'ont peut- être pas. Parmi ces dernieres
, ils en annoncent de bien extraordinaires.
On en jugera par le paragraphe ſuivant ;
il peut du moins égayer nos lecteurs , donner
une idée de la maniere dont on rêve en
politique dans bien des endroits , & nous ne
dirons rien de trop , en obfervant que pour
& contre , 'on ne le fait pas fouvent avec
plus d'intelligence & de vérité.
Il y a maintenant en route pour cette Capitale,
écrit- on de Conftantinople , une ambaffade
qui eft envoyée au Grand-Seigneur par le Grand-
Mogol. Ce Prince , inftruit des embarras dans
( 7 )
lefquels le trouve S. H. , & embraffant fes intérêts
avec chaleur de préférence à ceux de fes
ennemis , qui n'ont pas avec lui une religion
commune , lui offre de l'aider de fes trésors ,
T'affure qu'il a envoyé des ambaffadeurs au grand
Khan de Tartarie & à l'Empereur de la Chine ,
pour les engager à attaquer les Ruffes , tandis
que lui veillera de fon côté ſur les mouvemens
des Perfans » .
Voilà ce que difent férieufement quelques
papiers d'Italie , & ce que répetent auffi férieufement
quelques papiers Allemands.
En attendant l'iffue des négociations de Dantzick
, le Roi de Pruffe , confidérant que le
blocus , dans la taifon actuelle , fervoit plus
à épuifer les malheureux habitans de la campagne
, qu'à vaincre l'obftination de ceux de
la ville , a eu égard aux inftances de l'Impératrice
de Ruffie , pour lever le blocus , & les ordres
'en ont été expédiés au Général d'Egloffilein . La
ville de fon côté a permis , provifionnellement ,
& falvo jure , aux Pruffiens le paffage des vivres ,
dont ils ont befoin fur fon territoire.
节
On lit dans quelques lettres de Vienne une
anecdote ; qui paroîtra au moins finguliere.
Le Curé d'Olberleg , village à peu de diftance
de cette capitale , voulant établir dans fa
Paroiffe un inftitut de charité , engagea un
Carme à prêcher fur ce fujet , & à tâcher d'échauffer
le zele de fes ouailles , & de les déterminer
à en faire les fonds. Le Religieux s'y employa
avec beaucoup d'ardeur , & fon fermon
proluifit quelque fruit. Le Pafteur , pour continuer
fon ouvrage , & venir à bout de fon pro
jet , pria quelques jours après un Capucin de
finir ce qu'avoit heureufement commencé le
a 4
( (8 )
Carme ; celui - ci le promit , & montant en
chaire , il prêcha longuement fur le texte infurgent
pfeudo - Prophetæ , & recommanda préciſément
le contraire de ce qu'avoit recommandé
le Carme. Les Habitans , étonnés d'avoir enrendu
le pour & le contre fur un établiſſement :
de bienfaifance , for lequel il étoit fingulier qu'il
pût y avoir deux opinions, refferrerent leurs bourfes
, & confulterent leur Curé fur ce qu'ils devoient
croire & faire . Cette affaire a fait du bruit ;
le Carme à remis fon fermon à l'Officialité. Il
demande que l'on l'examine , ainfi que celui du
Capucin , & qu'on décide lequel d'entr'eux eft
le faux Prophète.
DE
FRANCFORT , le 15 Janvier.
L'hiver actuel paroît être par - tout plus rigoureux
qu'il ne l'a été dans le cours de ce fiecle.
On apprend de Hambourg que l'Elbe eft glacée ,
& que l'on l'a traversée le 2 de ce mois en traineaux.
Depuis le 28 du mois dernier jufqu'au 8
le froid a été exceffif ; le dernier jour le Thermomêtre
de Reaumur étoit defcendu à 16 degrés
trois quarts au- deffous du point de congelation.
Le 10 il n'étoit plus qu'à 8 & demi . Le Rhin
a charrié des glacons , tant à Cologne qu'ici , &
les bâtimens ont déchargé leurs marchandifes
fans perte de temps , On craint beaucoup pour
les vignes & les arbres fruitiers des environs , &
que la rigueur de la faifon ne détruife toutes nos
efpérances en fruits & en vins. On apprend de
Manheim qu'après le froid énorme qu'on y a
éprouvé à la fin du mois dernier & au commencement
de celui - ci , il est tombé beaucoup de
neige , que le Necker & le Rhin ont débordé &
mis la ville en danger ; le 6 de ce mois les gla(
9 )
cons dépafferent les fortifications ; le bois manquoit
généralement ; les provifions peu confidérables
ne pouvoient être renouvellées , parce que:
toute communication étoit coupée avec les maga.
fins extérieurs ; & on craignoit la difette & les
émeutes qui en font fouvent la fuite , fi cet état
alarmant eut duré .
Les lettres de Danemarck portent que dans
l'ifle Chriftian près de celle de Bornholm , on
effuya pendant la nuit du 17 au 18 du mois dernier
trois fecouffes de tremblement de terre ; la
feconde fut plus violente que les deux autres ;
mais on n'apprend pas que ni celle - la ni les autres
aient caufé de dommages.
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 7 Janvier.
Le Navire marchand la Vierge des Gra
ces , revenant d'Alexandrie , avec une riche
cargaifon pour cette ville , fit naufrage le 25
- du mois dernier à 6 heures du matin , fur les
rochers de Val-di- Vetri , prefqu'à l'entrée de
notre port. On n'a pu fauver que l'équipage
qui eft actuellement en quarantaine,
Le Gouvernement du Grand Duché de
Tofcane a enjoint aux Dominicains de rein
voyer tous les novices de leur ordre; il a
également envoyé dans plufieurs diftricts de
cet état une défenfe de conferer les ordres
facrés à qui que ce foit , fans une permiflion
expreffe du Souverain.
On mande de Milan que les Peres Trinitaires:
Déchauffés de la Rédemption des Efclaves , on
25
( 10 )
eu ordre de quitter le 10 de ce mois leur Monaftere
& l'Eglife de Sainte- Marie ; les Religieux
qui s'y trouvent en petit nombre , feront fécularifés
, avec une penfion . Leur Eglife qui a
été bâtie en 1714 , & qui eſt une des plus belles
de la ville , fera convertie en églife paroiffiale.
Les Lettres de Naples portent que l'on a
enfin arrangé le diférend furvenu entre cette
Cour & la république de Ragufe ; on a réglé
les intérêts de cette derniere conformément à
fes voeux , fous la protection de l'Empereur ;
la Cour de Naples y enverra le gouverneur
d'armes qu'elle a nommé ; mais il n'y exercera
aucune autorité , & s'il meurt ou s'il fe
retire , on n'en enverra plus à la République ,
qui aura ici un Miniftre & un Conful. Le
Gouverneur militaire qui doit partir , eſt M.
Baraginé.
« Le Roi, ajoutent ces Lettres, en conféquence
des repréſentations de l'Avocat de la Couronne ,
a défendu , par un refcrit en date du 17 du mois
dernier , les recours à Rome pour obtenir des
démiffoires. On prétend auffi , difent les mêmes
lettres , que l'Avocat- Général a préſenté
un mémoire detaillé , contenant les raifons fur
Jefquelles il appuie la propofition de fupprimer
les Prédicateurs quadragefimaux , & d'obliger
Jes Evêques & les Curés de les remplacer eux-
"mêmes : il en résulteroit une économie utile ;
on épargneroit les honoraires que les Univerfités
paient aux Prédicateurs , & qui pourroient
alors être employés à d'autres ufages . S. M. n'a
rien décidé encore fur ce point.
( 11 )
ESPAGNE.
DE MADRID , le 2 Janvier.
Le vingt - huit du mois dernier , le
Comte d'Aranda arriva dans cette capitale ,
à huit heures du foir ; il fe rendit fur le
champ au palais , où il fut préfenté au Roi
le Comte de Florida Bianca. Il affifta au
fouper de S. M. , après lequel il paſſa dans
le cabinet du Roi , avec qui il eut une conférence
d'une demie heure.
par
Le lendemain le Comte d'Afcalto , Capitaine
général de Catalogne , arriva de Naples
avec fes compagnons de voyage.
On attend ici inceffamment deux fils du
Roi de Maroc , & il eft déjà arrivé quelques
perfonnes de leur fuite . On dit aufli qu'il
pourra bien venir dans quelque tems un
Ambaffadeur de la Porte.
On parle affez vaguement ici d'une révolte
au Pérou ; mais il faut que la Cour n'en
foit
guere inquiette, puifqu'elle ne fe difpofe
pas à envoyer des forces dans ces cantons.
Les milices jointes aux troupes réglées qui
forment les garnifons des principales places ,
lui femblent fans doute fuffifantes pour calmer
ces troubles , qui n'ont éclaté que dans
quelques villages. Il n'eft pas même queftion
du départ de Don Bernard de Galvez..
Il y a , écrit-on de Valence , à deux lieués
a'Alcire une chaîne de montagne qui commence
2.6
( 12 )
prefque au bord de Xucar & qui s'étend du
Nord au Sud à quatre lieues , d'où elle ſe dirige
enfuite vers le levant dans un eſpace à
peu près femblable. Le 25 Nov. , au matin les
habitans du voifinage s'apperçurent que la terre
s'étoit enfoncée tout autour , & qu'il s'étoit formé
diverfes crévaffes profondes dans plufieurs endroits
du rocher qui a 550 pieds de hauteur
environ . Ce phénomene fingulier étoit arrivé
pendant la nuit qui avoit été très- orageuſe pendant
3 heures , & peut être regardé comme
l'effet de cet orage & des pluies continuelles qui
l'avoient précédé pendant 2 mois & demi. La
nature de cette montagne offre une explica
tion fatisfaifante des caufes de ce changement.
La cime eft composée de gros rochers audeffous
defquels font de plus petits qui vont
toujours en diminuant jufqu'à la bafe . Le mong
eft rempli de matieres humides qui , à l'aide
du foleil , de l'air & du temps fe pétrifient
& augmentent fucceffivement la maffe du rocher.
On trouve auffi dans l'intérieur de grandes
couches , inégalement placées , d'une espece
de eraye de différentes couleurs , qui fe convertit
en chaux , lorfqu'elle en eft mouillée. La
terre et poreufe & paroît dans plufieurs endroits
difpofée à la pétrification . Cet état de
la montagne peut fervir aux phyficiens à rendre
compte d'un phénomene qui ny eft pas nouveau
, & qui y a été obfervé à diverfes reprifes
après de longues pluies.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 24 Janvier.
Le Général Carleton , arrivé enfin de
( 13 )
New -Yorck , a été préfenté dernierement au
Roi ; nous n'avons plus de nouvelles officielles
à recevoir de l'Amérique feptentrionale
; les bâtimens marchands qui en arriveront
, & les papiers qu'ils nous apporteront ,
offriront feuls des détails à notre curiofité
qui de long- temps ne fera pas indifférente
fur ce qui arrivera dans ces contrées.
•
Selon les derniers papiers arrivés du nouveau
monde , le congrès devoit tenir fes premieres
féances à Annapolis , dans le Maryland ; l'objet
dont il fe propofent de s'occuper d'abord intereffoit
la Grande- Bretagne : on fait qu'il a été publié
dans les Indes occidentales une proclamation
qui défend de charger fur des bâtimens Amé
ricains les productions des ifles dont ils ont befoin
, & dont on veut réserver le tranfport à nos
bâtimens. On s'attendoit que cet arrangement
déplairoit aux Américains ; les Etats de la Caroline
méridionale , de la Virginie & du Maryland
ont préfenté à ce fujet un mémoire au Congrès ;
ils infiftent fur la néceffité de défendre à leur
tour de charger aucune production du continent
fur des bâtimens Anglois , pour les tranfporter
en quelque lieu du monde que ce foit . Comme
ils efperent que nous révoquerons la défenſe portée
dans la proclamation ; ils fixent la durée de
celle qu'il follicitent du Congrès jufqu'à l'épo
que ou l'on aura conclu un traité de commerce
avec l'Angleterre .
Le fupercargue du vaiffean ta Liberté , arrivé
à Philadelphie , a écrit la lettre fuivante
au propriétaire.
Nous fommes arrivés ici en 6 femaines &
3 jours de traversée ; tout le monde le porte à
( 14 )
merveille ; le marché quoiqu'affez fourni manque
encore de plufieurs articles ; comme nous
les apportions nous avons été bien reçus . Toutes
les marchandifes étrangeres qu'on importe
ici font foumises à un même inpôt qui eft d'un
pour cent de leur valeur. L'esprit d'entrepri
fe parmi les marchands est étonnant ; on le
conçoit à peine , mais rien n'eft plus vrai ; ils
équipent à préfent 5 ou 6 gros vaiffeaux pour
la Chine ; il ont déja raflemblé pour cet effet
au-delà de 400,000 dollars . Si la même lageffe
continue à diriger les confeils de ce peuple ,
il formera bientot un puiffant Empire . On ne
peut fe faire une idée du nombre d'étrangers
qui arrivent journellement dans cette ville , il
y en a dans ce moment plus de 500 ; tous ne
font point bien reçus par -tout ; mais ils ont à
choisir les lieux . A la fin du mois d'Octobre
dernier , le bâtiment le Washington arrivé de
Londres débarqua plufieurs paffagers . Parmi eux
étoit M. Fréderic Walfort , habile Facteur d'inftrumens
de musique avec 4 ouvriers de la même
profeffion . Leur deffein étoit de s'établir ici ;
mais comme on leur dit que les Quakers n'avoient
pas beaucoup de goût pour la mufique,
ils fe font rendus à Newyorck , où ils ont été
accueillis. Quelques perruquiers arrivés avec
ce bâtiment ne trouvant pas à faire leurs affaires
avec les Quakers , ont auffi quitté cette
ville ; mais au lieu d'aller à Newyorck , ils ont
pris la route de la Virginie ».
Ce fut le 16 de ce mois que la Ville préfenta
fon adreffe au Roi pour le remercier d'avoir renvoyé
fes Miniftres. Elle montra par cette démarche
que fon opinion différoit de celle de la
majorité de la Chambre des Communes ; on
prétendoit que plufieurs autres Villes l'imite(
15 )
>
roient , & du 16 au 20 , on parloit d'une
maniere pofitive de la diffolation du Parlement ,
des motions qui devoient être faites pour cela
dans la Chambre Haute , du parti pris de l'oppofer
à la Baffe , & de profiter de ce fchifme
pour foutenir la nouvelle Adminiſtration. La
Scéance des Pairs , du 20 , s'eft paffée tranquillement
, il en a été de même de celle
du lendemain . Celle des Communes a été plus
remplie. Elle a confirmé que pendant que le
Public ne s'entretenoit que de partis extrêmes ,
on négocioit en fecret pour un raprochement.
Cependant M. Fox déclara que ce n'étoit encore
qu'un bruit , que du moins aucune de ces
négociations n'étoit venue à fa connoiffance .
il ajouta enfuite qu'il faifoit des voeux pour
une réunion , qui pouvoit être falutaire , fi elle
étoit fondée fur des principes. Il le prouva en
faifant remettre au 27 le Comité fur l'état de
la Nation , conformément au défir du Miniſtre ;
mais en lui donnant cette fatisfaction , il ne l'épargna
pas. Il dit qu'il s'étonnoit de le voir
encore en place , après les réfolutions du 17
qui prouvent que la Chambre lui refufoit fa
confiance. Il força M. Pitt de chercher à ſe
juftifier , de garder la fienne ; il déclara qu'il
avoit fes raifons qu'il expoferoit dans une autre
occafion , & qu'il fe flattoit qu'on les approuveroit.
Le parti Ministériel récrimina , felon
l'ufage , contre la coalition. Sir Richard Hill
la compara à deux Fermiers , l'un Whig
l'autre Tory , qui , après de longues querelles
fe réunirent , jognirent leurs attelages , n'en
firent qu'une charrae , & s'enrichirent eux &
leurs familles. Enfiés de leurs fuccès , ils porterent
cette charrue fur des terres voisines , ( la .
Charte de la Compagnie ; ) on en porta des
( 16 )
plaintes au propriétaire , qui ; pour le bien
de la paix & de la juftice , chaffa ces deux Fermiers
avides & turbulents. Cet apologue ne produifit
point d'effet. Perfonne ne rit ; on blâma
tout ce qui pouvoit aigrir ceux qu'il falloit
concilier .
Ces belles espérances de rapprochement ont
duré ju qu'au 23 ; à cette époque voilà out
en étoit la négociation . On avoit offert à M.
Fox & à fon parti , un arrangement pour compofer
une adminiftration compofée des chefs des
deux factions. Il répondit qu'il n'avoit d'objection
contre - perfonne , mais beaucoup contré
Pinfluence fecrette,, avec laquelle il ne vouloit
point d'accomodement . On prétend qu'il exi
geoit aufli qu'avant tout les Miniftres réfignaffent
leurs places ; M. Pitt & fes amis ne vou-
Joient point de liaison avec le Lord North ; &
ils fe flattoient que M. Fox pafferoit fur cette
claufe , parce qu'en effet le Lord North ne peut
tarder à paffer à la Chambre hauto , àla place de
fon pere , âgé & valetudinaire. Il parcit , par le
fort qu'eut la feconde lecture du bil de l'Inde
le 23 , que les négociations étoient rompues ;
ce bill , après de longues & faftidieufes difcuffions
, a été rejetté . M. Fox , qui n'avoit ja
mais perda de vue le deffein & l'efpoir de repréfenter
le fien , l'a propofé de nouveau , avec
promeffe de mod fier quelques uns des principes
qui lui fervoient de bafe quand la Chambre
T'approuva ; & après quelques détails fur ce bil ,
il parla de la diffolution prochaine du Parlement
, & fit entendre qu'il feroit prudent à la
Chambre de préfenter une adreffe au Roi il
convint que cependant elle feroit inutile , fi M.
Pitt vouloit faire connoître les intentions réeltes
de S. M. Plufieurs voix s'éleverent pour de
( 17 )
mander cette explication ; le filence de M. Pitt
donna de l'humeur ; le Général Conway & M.
Fox la manifefterent d'une maniere affez vive .
« Ne faifons plus d'inutiles queftions , dit ce
dernier ; malgré la fatigue de cette longue
féance ( elle avoit duré toute la nuit , & il étoit
quatre heures du matin ) raſſemblons - nous à midi ;
ce court intervalle nous procurera le repos dont
nous avons befoin pour ranimer nos forces , &
juger mieux de ce qu'il faudra faire. »
Dans ce moment la Chambre eft en effet affemblée
, conformément à fon ajournement , &
formée en committé fur l'état de la nation . Le
Public attend avec autant de curiofité que d'im
patience , quel fera le réfultat de cette féance ; ↑
On ne doute pas qu'il n'y foit pris des réfolutions
de la nature de celles qui ont déja été arrêtées
le 17 ; peut être même feront elles plus
fortes on dit du moins que M. Fox en a préparé
plufieurs de ce genre. Peut-être auffi fe bornera-
t- on à l'Adteffe qu'il a propofé de préfenter
au Roi. Cet état des chofes renouvelle les bruits
d'une diffolution prochaine ; elle paroît devenir
néceffaire , fi les Miniftres out perdu totalement
l'efpoir de faire approuver leurs mesures dans le
Parlement actuel . Mais fi en effet ils fe décident
à ce grand coup , il f qu'ils fe croient sûrs des
élections , & furtout d'y mettre de la célérité ,
& d'avoir le tems convenable pour le renouvellement
des grands bills ; car s'ils font retardés dans
leur marche , la diffolution de l'armée & une
foule d'embarras de toute efpece feroient une
fuite de celle du Parlement.
On attend la premiere féance des pairs
pour favoir s'ils feront les motions que
l'espoir d'une réunion avoit fufpendues. On
( 18 )
fait du moins que les Miniftres ont été affemblés
au fortir du Parlement ; & fans
doute il a été décidé quelque chofe au Confeil.
Nous fommes forcés d'attendre l'iffue de
ces débats , dont nous ne pourrons être inftruits
que l'Ordinaire prochain , & fur lefquels
chacun raifonne felon le parti auquel
il tient.
>
Le Lord Howe a , dit-on , déclaré depuis
qu'il eft à la tête de l'Amirauté , qu'il a trouvé
que les plans faits par fon prédéceffeur
promettoient tant d'avantages à la Marine ,
qu'il en fuivra l'exécution avec point ou peu
de changemens.
Il paroît qu'il n'en fera fait aucun au Réglement
déjà en vigueur , par lequel les
Vaiffeaux en ordinaire conferveront toujours
à bord tous les objets néceffaires à leur équipement.
Entre les avantages qu'il offre , il y
en a un bien intéreffant , celui de mettre ces
Vaiffeaux en état d'être plutôt prêts au befoin,
& de laiffer dans les magafins du Roi une
place qu'on peut remplir d'autres articles.
L'infpection en eft d'ailleurs plus facile ; &
fi la malice , ou le hafard embrafe quelques
dépôts , il restera toujours fur chaque Vaiffeau
tout ce qui lui fera néceffaire pour être
équipé & armé.
Le tranfport armé , le Pondicheri, qui portoit
les dépêches de l'Amiral Hughes , n'eft
( 19 )
arrivé qu'après la Médée , qui en a apporté
les duplicata . Il ne nous apprend point d'autres
nouvelles que celles que nous favions
déja , fi ce n'eft quelques détails fur la caufe
de la mort de fir Eyre Coote , qui eft arrivée
au moment où finiffoit une guerre dans
laquelle il s'eft couvert de gloire.
S'étant embarqué pour Madraff, où fa préfence
étoit néceffaire , il rencontra une divifion
de l'Efcadre du Commandeur de Suffren , qui
le chaffa pendant quatre jours, & quatre nuits ,
& à laquelle il n'échappa que par miracle , grace
à la bonté de fon bâtiment. La crainte qu'il eut
de tomber entre les mains de l'ennemi , le tort
que fa prife auroit fait à nos affaires dans l'Inde
l'influence qu'elle auroit pu avoir fur le fort de la
ville qu'il alloit défendre , & qui n'efpéroit qu'en
lui , l'incertitude où il étoit de la destinée de l'efcadre
Angloife , qu'il jugeoit prife , ou du moins
fort éloignée , & hors d'état de fe préfenter , puifque
l'ennemi domincit fur la mer à 60 milles de
Madras , firent l'impreffion la plus profonde fur
l'ame de ce Général citoyen. Le moral affecta le
phyfique ; il eut une attaque de paralyfie , à la-`
quelle il fuccomba le 27 Avril.
Il paroît par une lettre , qui de la Gazette
de Bombay a paffé dans toutes les nôtres ,
que la derniere action navale y eft regardée
comme une défaite.
« Quand la flotte angloife quitta Bombay
elle étoit en bon état , bien réparée , bien équipée
, les matelots rafraîchis par un repos de cing
mois , renforcés par tout le monde qu'on avoit
›
( 20 )
preffé a bord des vaiffeaux alors dans le port ;
l'efcadre françoiſe avoit toujours été en ſervice ,
occupée à défoler nos cótes , tandis que la
nôtre fe repofoit , & n'avoit été ni réparée , ni
rafraîchie , ni renforcée , ni approvifionée ; elle
avoit 4 vaiffeaux de ligne de moins. Dans cette
pofition il y avoit à parier pour la deftruction
de l'ennemi dans un combat ; cependant il fe
donne , & c'est l'ennemi qui a l'audace de l'engager
; aucun vaiffeau n'eft pris de part ni d'au
tre; mais l'efcadre angloife fe retire à Madraff ,
laiffe le champ de bataille aux françois , qui
vont fecourir Cuddalor. Notre attente eft trompée
, & l'armée qui affiégeoit Cuddalor ne peut
revenir de fon étonnement fans la nouvelle
de la paix , hors d'état d'être fecourue & approvifionnée
, puifque les françois étoient maîtres de
la mer , elle eût été réduite à fe retirer , &
peut- être à être prife. C'eft le cas ou jamais
d'ordonner une enquête fur le combat du 20
juin , d'après laquelle il fera fait juftice de qui
il appartiendra , & c .
La faifon , qui eſt toujours exceffivement
froide , a donné lieu aux obfervations fuivantes.
En 1683 ce qui fait précisément un fiecle
qui s'est écoulé jufqu'à ce jour , on a éprouvé
dans prefque toute l'Europe le froid le plus ri
goureux ; il commença en Novembre , & ne
finit qu'en Mars fuivant. On vit en France les
lievres & les lapins abandonner leurs terriers , fe
refugier dans les villes , & gagner les foyers des
maifons qui fe trouvoient ouvertes. En Hollande
il y eut des pluies abondantes qui inon,
derent toutes les plaines ; le froid qui fuccéda
prefque auffi - tôt , donna à ce pays l'apparence
( 2211 )
d'une mer de glaces . Quantité de pauvres mou
turent de befoin en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre & en Irlande . Dans l'Angleterre
les oifeaux fouffrirent tellement qu'on
n'en vit prefque pas un feul l'été fuivant . Les
nuits étoient fi rigoureufes que l'on entaffoit
des piles de bois au bout de plufieurs rues , &
on y mettoit le feu tous les matins pour réchauffer
en paffant les perfonnes que leurs affaires
obligeoient de fortir. La Tamile fut prife
& à une grande profondeur à Woolwich que
les charriots les plus péfamment chargés la
traverfoient fans danger. Tous les végétaux
périrent , le grain dont on attendoit une abondante
moiffon fut détruit . Heureufement l'année
1684 dédommagea du tort qu'avoit fait la
précédente ; les récoltes furent abondantes &
hatives.
On lit dans un de nos papiers l'article fuivant,
qui peut piquer la curiofité de nos
lecteurs,
sc Il y a maintenant parmi nous des Indiens qui
felon l'ufage de leur pays portent de longs poignards
empoisonnés. Un Marchand d'Holborn
fut vifité ces jours derniers par deux de ces Indiens
; il eut la curiofité de voir leurs armes ;
il en tira une du fourreau , & en mettant fon
pouce fur la lame , il éprouva une fenfation fubite,
feniblable à celle d'une commotion électrique
dans l'épaule . L'Indien effrayé , l'avertit dans fon
mauvais anglois de laver fur le champ fon pouce;
& lorfqu'il l'eut fait , on lui dit qu'il avoit évité
les effets du poifon ; & que fi la peau de fon
pouce eût été fimplement entamée , quelque légérement
qu'il eut touché l'arme , il eut infailliblement
perdu fon bras , & peut - être la vie.
( 22 )
Cet avis ne fauroit être trop tôt publié pour prévenir
les imprudences Rien de plus à plaindre
que la fituation de ces malheureux Lafcars. On
dit qu'il leur eft affigné des gages jufqu'à ce qu'on
les renvoie dans leur pays ; mais , quoiqu'il en
foit , ils n'en paroiffent pas moins malheureux ;
un d'eux a été trouvé , dans cette faifon rigoureufe
, mourant à la porte d'une maiſon . On l'a
porté dans un Hôpital où il eſt expiré . En général
, il y a eu plufieurs infortunés qui ont péri
auffi miférablement depuis quelques jours . »
2
Parmi les conteftations que les paffions
l'injuftice , & fouvent la foibleffe ou la démence
portent devant les Tribunaux , il y
en a quelques-unes qui ne font faites que
pour égayer les Juges & le Public aux dépens
des plaideurs ; en voici une de cette
efpece:
1
Aux Seffions générales on a jugé le 21 une ,
caufe affez finguliere ; c'eſt une femme qui fe
plaignoit de la violence de fon mari , qui la
maltraitoit journellement le mari préfent ne
nioit pas le fait , mais il s'excufoit fur les motifs
de jaloufie qu'elle lui donnoit . Le juge & le
juré ne purent fe défendre de rire aux éclats
pendant tous ces débats , & il étoit difficile de
garder la gravité en confidérant le couple en
procès ; le maria 84 ans , la femme 82 , & le
rival favorifé qui trouble fi fort leur paix , eft du
même âge que la dame avec laquelle on le foupçonne
d'être fi bien . Les juges , après avoir employé
de vaines exhortations pour remettre la
paix dans le ménage , ont été obligés de prononcer
une féparation entre les deux époux ; la
femme a voulu abſolument vivre dans un lieu
éloigné de 15 milles de celui qu'habiteroit fon
( 23 )
mari ; & quoiqu'on eût pu être indulgent fans
conféquence , on a réglé que la même diſtance
fépareroit fa demeure de l'habitation de celui
qui paffe pour être fon amant.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 3 Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Bois-
Grofland , Ordre de Cîteaux , Dioceſe de
Luçon , l'Abbé Emery , Supérieur- Général
de la Congrégation de Saint-Sulpice ; & à
celle de Lauvaux , Ordre de Saint - Benoît ,
Dioceſe de Vannes , l'Abbé Chevreuil , Vicaire
Général de Paris.
Le 27 du mois dernier, le Baron de Staëldu
Holſtein , Ambaffadeur du Roi de Suede ,
eut une audience particuliere du Roi , pendant
laquelle il remit fa lettre de créance , à
S. M. , il fut conduit à cette audience avec
les formalités ordinaires .
DE PARIS , le 3 Février.
On vient de nous faire paffer la note fuivante
, que nous nous, empreffons de tranfcrire.
La reception à l'affociation de Cincinnatus
a eu lieu , tant pour ceux des Officiers Américains
qui fe trouvent à Paris , que pour les
Français à quis cette marque d'honneur a été
déférée par l'armée Américaine . Le 19 Janvier ,
les Américains s'étant affemblés chez M. le
Marquis de la Fayette , ce Général les revêtit
( 24 )
des Aigles , marque diftinctive de l'affociation ,
& fut auffi - tôt après , à leur tête , complimenter
, les Amiraux , Chefs - d'Efcadres , & Généraux
des armées Françailes , auxquelles le
Major l'Enfant , député par l'armée Américaine ,
& porteur des Ordres des Cincinnati , préſenta
les Aigles , portant fur leur poitrine les emblêmes
relatives au caractere de Cincinnatus , avec ces
devifes , Omnia relinquit ad fervandam Rempublicam
, & virtutis præmium. M. le Comte de
Rochambeau , chez lequel étoient affemblés tous
les Officiers de fon département les revêtit des
Aigles, & fit terminer la cérémonie par un feftin ,
à l'iffue duquel furent portées les fantés du Général
Washington , de l'armée des Etats - Unis , & c .
Le faux bruit qu'on avoit répandu que
M. le Comte d'Estaing avoit refufé l'Aigle par
la raifon que cette marque de diftinction n'avoit
été accordée à aucun des Officiers quiavoient
fervi fous fes ordres fe trouve entiérement démenti
; les Aigles ayant été préfentés le même
jour , non-feulement au Comte d'Estaing , mais
même à ceux des Officiers de fon armée ,
jouiffant des grades défignés par les inftitutions
des Cincinnati. Et il paroît que c'étoit avec
auffi peu de fondement qu'on avoit avancé que
le Major l'Enfant n'avoit été porteur d'aucune
Lettre officielle du Général Waſhington
pour M. de Vaudreuil , puifque ce Général a
reçu à l'Orient l'Aigle qui lui a été expédié ,
ainfi qu'aux Chefs- d'Efcadres , le jour même
que la reception a eu lieu à Paris. Il n'y a
pas de doute que les Capitaines de vaiffeaux
qui ont fervi en Amérique ne foient admis au
nombre des Cincinnati. Et il paroît que la feule
raifon qui a empêché de les comprendre dans
cette premiere nomination , eft que les Officiers
de
( 25 )
de la Marine Américaine , dont plufieurs fe font
diftingués , comme le Commodore Paul-Jone &
autres , n'étoient pas encore admis à l'aſſociation
à laquelle on avoit refervé de les nommer à la
premiere Affemblée Générale . On donnera auffitôt
qu'il fera poffible une lifte exacte des noms
& qualifications des Officiers Français , tant au
fervice de S. M. qu'à celui des Américains ,
qui ont été ou feront admis au nombre des
Cincinnati. Cette lifte étant défirée du public ,
& néceffaire pour refuter les prétentions déplacées
de plufieurs perfonnes qui n'ont ni droit , ni aucun
titre particulier pour y prétendre .
La lettre fuivante fert à rectifier un article
d'un de nos précédéns Journaux.
n
Je vous prie , M. , de vouloir bien faire redreffer
une erreur, qui s'eft gliffée dans votre
Journal , No. 4, P. 471. En parlant de la Souf
cription que les Officiers François , décorés de
l'Ordre de Cincinnatus , ont propolée pour correlpondre
à celle qui a été faite en Amérique , il
eft dit Le Comte de Rochambeau donnera 6000 l.
Le Chevalier de Chaftellux , 4000 l . Les Maréchauxe
de Camp ont été taxés à 2000 l . &c. La vérité eft
que j'ai foufcrit fuivant mon grade de Maréchal
de Camp , que M. le Comte de Rochambeau s'eft
fait infcrire pour 6000 liv. , comme ayant été
Commandant en chef , & que M. le Baron de
Viomenil , qui a été fait Lieutenant - Général à
fon retour d'Amérique , a profité de cette circonftance
pour porter fa contribution à 3000 livres.
J'ai l'honneur d'être , &c. Signé , le Chevalier de
CHASTELLUX .
Le froid eft toujours très - rigoureux ici.
Depuis la fin du mois de Décembre , & pendant
tout le mois de Janvier, il s'eft paffé
No. 6. 7 Février 1784. b
((26 ))
peu de jours fans qu'il n'alt neigé & gelé
fucceffivement ; ce qu'il y a de très extraor
dinaire dans cette continuité de froid , c'eft
que plufieurs provinces ne s'en reffentent
pas. Dans celles du midi , il n'avoit pas enil
y eu des
core gélé à la fin de Décem avoit pas enpluyes
fréquentes en Provence & en Languedoc
, mais fans de grands froids ; dans
l'Auvergne le tems étoit fi doux le 3 & le 4
Janvier, que l'on alloit à la promenade l'après
-fouper , comme dans les beaux jours
de l'Eté. Une température auffi différente
dans des pays fi peut éloignés , excitera fans
doute l'attention des Phy ficiens.
Ici nous avons un pied de neige dans la ville ,
ce qui en fuppofe trois dans la campagne & fur
Les grandes routes ; auffi tout eft engorgé ; le foin
& la paille augmentent de prix ; les légumes &
les autres comeftibles ont auffi fort renchéri ; les
gens aifés & les riches ne fouffrent pas de cette
difette momentanée ; ils en font quittes , en payant
un peu plus cher ; mais le pauvre peuple , l'ouvrier
dont le travail eſt ſuſpendu par la rigueur
de la faiſon , dénué de pain & de bois , exigeoit
les plus prompts fecours. Déjà les aumônes
les plus abondantes , le pain des Paroiffes
wone fuffifoient pas à la quantité d'indigens , M.
1e Lieutenant- Général de Police a couru à Verfilles;
il n'a pas plutôt fait connoître au Roi le
befoin de fon peuple , que S. M. a envoyé furle-
champ des fecours , & a chargé le même jour
M. le Contrôleur-Général des Finances de faire
un fond pour cet objet. En conféquence ce Mi-
Maniftre donne tous les deux jours des fommes fuffifantes
pour le pain & les habillemens de la
( 27 )
elaffe indigente de la capitale , qui , tranquille
aujourd'hui fur fa fubfiftance , bénit dans tous
les momens du jour le Prince dont la main la
nourrit. On a averti tous les ouvriers & manoeuvres
de le présenter à l'Hôtel de la Police ; on
leur donnera du travail & des falaires. On a
établi dans de vaftes falles des maiſons occupées
ci-devant par les Célefins , Quai des Cé.
leftins , dans le Couvent des Capucins du Fauxbourg
S. Jacques , dans celui des Grands Au.
guftins , des poêles toujours allumés , où les pau
vres feront admis , pourront fe chauffer , travail
ler & recevoir des fecours.
On apprend d'Alface , que la rigueur du
froid n'y eft pas moins grande ; elle a fait
fortir les loups de leurs forêts ; on les voit
errer par troupeaux dans la campagne pour
chercher de la nourriture , & ils y attaquent
les hommes. On a trouvé des offemens &
les reftes des habillemens de quelques infortunés
qu'ils ont dévorés.
Les lettres de Bordeaux portent que l'ouragan
qu'on y éprouva il y a 12 ou is jours,
n'y a pas caufé autant de dommage qu'on
avoit lieu de le craindre ; quelques navires
ont chaffé fur leurs ancres , il eft vrai ; mais
ils n'ont point fouffert d'avaries ; quelques
Cutters cependant ont péri corps & bien.
L'Intendant d'Amiens a adreffé le 23 du
mois dernier la lettre fuivante à la Chambre
de commerce de Picardie.
Le prix des grains ayant généralement augmenté
, Meffieurs , depuis quelque tems dans
b
( 28 )
différentes Provinces du Royaume , qui étoient
Cependant reconnues pour être le mieux approvifionnées
, le Gouvernement croit qu'il eft de
Ja prudence de fufpendre l'exportation de tous
bleds , farines & menus grains par les ports de
Picardie ; fauf à la permettre de nouveau , lorfque
par les apparences de la récolte prochaine ,
on pourra fe flatter de n'éprouver aucune inquiétude
pour l'approvifionnement du Royaume.
M. le Contrôleur- Général a fait paffer en conféquence
des ordres à la Ferme- Générale , pour
qu'elle recommande à fes Employés de ne plus
délivrer d'expéditions pour la fortie des grains ,
à compter du premier Février.
Le dernier emprunt de cent millions eſt
rempli ; il l'eût été plutôt , fi l'on avoit voulu
entendre aux propofitions des étrangers & de
quelques autres compagnies de Soufcripteurs
qu'on a refufées. Il eft fermé depuis
famedi au foir, -
D'après quelques lettres de Lyon , il a fallu
toute l'ardeur de M. Pilatre du Rozier & la
conftance de fes autres affociés , pour que M. de
Montgolfier n'ait pas été rebuté par les diverfes
expériences , qui toutes avoient caufé tant de
dégats à fa machine. Cela venoit de ce qu'elle
avoit été faite avec trop d'économie ; au lieu
de papier & de toile de cholet , fi l'on s'étoit
fervi de bonne toile à voile , elle eût réfifté
à un plus grand feu , & elle auroit refté dix à
douze heures & peut-être encore davantage en
l'air . La perfonne qui avoit voulu parier qu'elle
n'y tiendroit pas pendant 8 heures , n'auroit pas
eu fi beau jeu , & ne triompheroit pas comme
elle l'a fait parce que perfonne n'avoit accepté
fon pari elle n'auroit peut- être pas dû en in
•
( 29 )
férer un défaut de confiance au feu employé pát
MM. de Montgolfier ; on fait qu'ils ne l'ont
adopté que pour remplacer le gaz inflammable ,
qui est un moyen lent & coûteux . On peut
juger de l'état de la machine de Lyon au mement
de fon départ , état caufé par la matiere
dont on s'étoit fervi , l'inexpérience des
Ouvriers , le temps affreux , la pluie , la neige
& le froid qui l'avoient dégradée , par ce paffage
d'une lettre de M. de Fleurieu de la Tourrette ,
Secretaire perpétuel de l'Académie de Lyon
» J'avoue qu'en confidérant une demi - heure
avant le départ ce ballon à -peu- près chargé , &
l'examinant dans l'intérieur au pied du foyer ,
je fus effrayé d'appercevoir le jour de tous côtés ,
& la maffe entiere prodigieufement affoiblie par
les feux précédens » .
On avoit annoncé pour le 20 ou le 25
Janvier le départ du globe de Dijon ; mais
la machine n'étoit pas finie le 24. L'ouvrage
qui reftoit à faire ne pouvoit fe continuer
qu'en plein air , à caufe du volume dublog
qui a 37 pieds de diametre. La neige , la
pluye , le froid qui ont contrarié les travaux
de Lyon , s'y oppofent ; & on attend le retour
du beau tems pour l'achever. On fait
que les phyficiens de Lyon emploient ,
pour le remplir , un gaz tiré du charbon de
terre.
On affure que deux Phyficiens connus prétendent
avoir découvert un moyen de diriger la
machine ; l'un a , dit- on , demandé à MONSIEUR
la permiffion de faire élever un globe du jardin
du Luxembourg : il ne fe propofe rien moins
que d'aller avec quatre perfonnes en droiture
b
}
( 30 ))
fa
en Angleterre. Il louvoiera lorfqu'il aura le vent
contraire ; il fe repofera à terre lorfque le vent
fera entierement debout. La Soufcription qu'il
doit , dit-on , ouvrir à ce sujet , fera bientôt
remplie , parce qu'on a la plus grande confiance
en fes connoiffances.
En attendant les projets de direction le muftiplient
:l'Académie a reçu quantité de mémoires.
Tandis qu'un de les membres a publié qu'on
défeípéroit de trouver un moyen efficace; ceux
qui ont été chargés de l'examen du mémoire de
M. de Montgolfier , ont publié à leur tour qu'ils
ne jug oient pas cette découverte impoffible. Le
temps décidera entre ces opinions contraires.
Parmi les projets préfentés à l'Academie ,
celui qui , dit-on , paroit approcher le plus
près du but, eft celui qui confifte à employer
deux ballons dont le plus petit fera toujours
plus élevé que le grand , & lui fervira de
point d'appui. Il a été lu un mémoire fur ce
fujet à l'Academie. M. de la Lande obferva
alors que M. Bardin fui en avoit déjà précedemment
envoyé un fur le même procédé ;
nous l'avions reçu nous même le 25 du
mois dernier ; l'abondance des matieres , l'étendue
du mémoire ne nous ont pas permis
de le donner. Nous le préfenterons aujourd'hui
, pour conftater la priorité des calculs
rà
de l'Auteur , fi en effet ils conduisent à la
découverte qui en eft l'objet. Il a pour titre
folution da probléme de la navigation dërienne.
La queftion dont il s'agit en renferme deux :
la premiere de voguer dans l'air auffi lóin & auffi
(( 31 ))
long-temps que l'on voudra fous le Ballon aérof
tatique , en s'élevant à volonté ou s'abaiffant
alternativement fans aucun fecours étranger ; &
la deuxieme de diriger la courfe au moins un peu
obliquement à la direction du vent. Il ne
femble pas qu'on ait encore rien trouvé qui puiffe
remplir ces deux objets qui paroiffent même
généralement défefpérés , & qui cependant peuvent
feuls confommer le mérite de l'invention
de MM. de Montgolfier , invention comme préparée
& fufcitée par les découvertes de la Phyfique
moderne , & déja portée à un certain degré
de perfection par les foins & l'induftrie de Meffieurs
Charles & Robert. Effayons donc de réfoudre ce
probléme. Pour rendre mon principe intelligible
aux moins initiés en méchanique , fuppofons
deux Ballons égaux , capables chacun d'une
force afcenfionnelle de 150 liv . près la furface
de la terre qu'on en laille partir un que je fuppofe
s'élever verticalement avec un cordage
attaché par le moyen d'un réfeau ; & qu'on láche
cette corde jufqu'à ce que ce premier Ballon foit
arrivé à la couche d'air athmofphérique où il fe
trouvera en équilibre avec le poids de la corde
qu'il fouleve , fuppofé au- deffous de 50 livres.
Suppofons enfuite qu'un homme pefant 200 liv,,
tant par fon propre poids que celui des attirails
néceffaires , y compris , fi l'on veut , le poids de
la corde ci - deffus , s'attache au fecond Ballon
qui eft encore à terre : l'homme & ce dernier
Ballon y demeureront certainement , puifque la
force afcenfionnelle de ce Ballon eft moindre
que le poids de l'homme. " Cela polé , que notre
homme tire la corde qui tient au Ballon fupérieur,
ce Ballon defcendra , l'homme & le Ballon infésieur
demeurant à terre pendant quelque temps ;
mais en continuant de tirer aing la corde , il lui
4
6
( 32 )
fera impoffible d'amener le Ballon fupérieur jul
qu'à terre , puifque , par l'hypotheſe , le poids
total de cet homme n'eft que de 200 liv . , tandis
que la force afcenfionnelle des deux Ballons enfemble
près de la terre eft de 300. Il faudra
donc que l'homme & le Ballon inférieur auquel
il eft fufpendu , montent à la rencontre du Ballon
fupérieur ; & il eft clair qu'à l'inftant où les deux
Ballons fe feront joints , le Navigateur aërien fe
fera élevé à-peu-près à une hauteur égale à celle
qu'il auroit pu atteindre à l'aide d'un Ballon
unique , qui toutes chofes d'ailleurs auffi égales ,
auroit la même force que les deux Ballons cideffus
pris enfemble. De- là on voit clairement
le méchanifme de l'afcenfion ou de la defcente
du Navigateur aerien , qui s'élevera ou s'abaiffera
à volonté , felen qu'à l'aide d'une manivelle &
d'un rouleau fixé au- deſſus de fon char , il lachera
ou tirera la corde qui tient au Ballon fupérieur.
Et qu'on ne dife pas qu'on puiffe faire la même
chofe avec un feul Ballon : car avec un feul
Je Navigateur qui voudroit, s'élever , auroit une
force conftante de près de 200 liv. à vaincre , au
lieu que , avec les deux Ballons , la force à vaincre
pour s'élever eft d'autant moindre que le Naviga
teur eft plus près de terre , & qu'il peut à la forface
de la terre fe réduire à moins d'une livre , ce
qui eft d'une conféquence infinie pour la facilité
de Pélévation de notre Navigateur . Dans ce
fyftême des deux Ballons , il ne feroit pas diffi
cile de calculer la force à vaincre à chaque degré
d'élévation, force égale à celle qu'exerce le Ballon
fupérieur dans les diverfes hauteurs où il fe
trouve , & cela , dans l'hypothefe de la denfité
de l'athmosphere en progreffion géométrique ,
décroiffante à mesure que la hauteur croît en
progreffion arithmétique ; mais ce détail eft inuz
2
( 33 )
tile ici ; & il me fuffit d'avoir établi le principe.
Je ne prétends même pas que dans la pratique
on doive procéder avec nos deux Ballons felon
l'exemple ci -deffus ; cela fouffriroit des inconvéniens,
& principalement de la part du vent qui
permettroit rarement au Ballon fupérieur de s'élever
feul verticalement , comme je l'ai fuppofé
dans la feule vue de rendre mon principe fenfible ;
je penfe au contraire que le Navigateur doic
commencer par s'élever avec les deux Ballons,
& filant en même temps le cordage attaché au
Ballon fupérieur , il fe tiendra auffi près de terre
qu'il lui plaira avec le Ballon inférieur auquel il
eft ſuſpendu', ou s'élèvera à volonté , en confervant
l'alignement vertical entre les deux Ballons
pouffés par le même vent. Par cette méthode ,
on voit que les deux Ballons étant une fois bien
conditionnés , & d'une enveloppe imperméable
au gaz qu'ils contiennent , on pourra voguer
dans l'air jufqu'à la Chine fi le vent eft favorable
,mettre pied à terre à volonté , & fe remettre
en route fans aucun fecours étranger. Dans l'expérience
des Thuileries , MM. Charles & Robert
n'ont point eu d'autre moyen pour s'élever fous
le Ballon aeroftatique , que d'alléger le poids de
leur char en jettant à terre la provifion de leur
left , non fans quelque danger pour les fpectateurs
terreftres ; moyen affez fimple néanmoins de
s'élever , s'il n'entraînoit point enfuite pour
s'abaiffer , la fâcheufe néceffité de laiffer échapper
du Ballon une partie de l'air inflammable ,
c'eft-à -dire de la force afcenfionnelle ; perte irréparable
, & d'où fuit l'impoffibilité de s'élever de
nouveau , à moins de renouveller l'air inflammable
dans le Ballon , ce qui feroit un moyen précaire
, & peut-être même impraticable , tant à
caufe du poids des appareils & des provifions
bs
( 34 )
&
#
7
néceffaires , que de la lenteur du développement
du nouveau gaz , lenteur peu convenable à la
rencontre des éminences terreftres qui exigeroient
une élévation rapide ; moyen enfin borné & de
peu de durée , & qui annonceroit bien l'enfance
ude l'art de la navigation aerienne ; au refte il
paroît que M. Charles n'a pas même cru devoir
employer cet expédient , puifque fa feconde &
derniere élévation dans les airs n'a été due qu'à
la léparation de fon compagnon de voyage du
poids duquel le char a été allegé. Cependant ,
dans la méthode que je propofe , il fe préfente un
inconvénient qui pourra paroître grave , mais
qui ne fera point infurmontable : c'eft le frottement
contre le Ballon inférieur , du cordage qui
retient le Ballon fupérieur. Ce frottement pourra
être converti en une fimple preffion latérale peu
dangereuse de ce Ballon inférieur contre le fupport
d'une poulie fur laquelle glifferoit le cordage
en queftion. Il y a d'ailleurs plufieurs moyens
de perfectionner cette méthode. On pourroit auffi
employer une perche légere ou efpece de vergue
fufpendue horisontalement & immédiatement
fous le Ballon inférieur , & dont les deux bours
excéderoient de quelques pieds ceux du diamêrre
horifontal de ce Ballon ; deux cordages allant
comme ci- deſſus , du char au Ballon fupérieur ,
& forcés de paffer dans des poulies fixées aux
extrémités de cette vergué , rempliroient l'objet
defiré . D'ailleurs , pour conferver la fituation
horisontale de cette vergue , il fuffiroit de maintenir
les deux bouts par deux ficeles tenant au
centre du char par cet arrangement , dans quelque
fens que le Ballon fupérieur agité par un
vent différent , vienne à tendre les deux cordes
en queftion , la vergue confervera, toujours la
fisuation horisontale , & fe mettra toujours natu(
35 )
rellement dans un alignement perpendiculaire à
la droite , qu'on peut concevoir menée du Ballon
Tupérieur perpendiculairement fur cette vergue ,
enforte que les cordages en queftion raferont les
flancs oppofès du Ballon inférieur à une diftance
fuffifante fans aucun rifque de frottement . Je fupprime
ici toutes les autres petites induſtries fur
la ſtructure , & les proportions de toutes les differentes
parties de la Machine , fufceptibles d'une
infinité de combinaifons , & de différens degrés
de perfection. Je ne veux pas même fixer les
proportions réciproques des deux Ballons , qui au
lieu d'être égaux comme ci - deffus , pourront être
faits de forces afcenfionnelles différentes , felon
les divers deffeins de l'artifte, Je ne prétends pas
non plus que le Ballon fupérieur doive être fi
élevé dans l'athmofphere quand le Bailon inférieur
eft près de terre , que ce foit alors le Ballon
inférieur qui porte tout le poids du Navigateur
& de fon char. Cette combinaiſon auroit des défavantages
, tant dans la longueur exceffive du cordage
, que dans la lenteur qui en réſulteroit dans
l'élévation du Navigateur à de petites hauteurs
au-deffus de la terre , objet important dans notre
méthode où il ne fera jamais queftion , comme
on le verra bientôt , que de s'élever avec une certaine
vitelle au-deffus des obftacles terreftres qui
fe rencontreront fur la route du Navigateur. Au
refte j'obferverai que la fomme des volumes des
deux Ballons étant donnée , & toutes chofes
d'ailleurs égales , la plus grande élévation poffible
du Navigateur feratonjours fenfiblement la même
quelques foient les proportions réciproques des
deux Ballons. Si le Balion fupérieur eft le plus
gros , le Navigateur ira plus vite , parce que ce
Ballon fupérieur prendra plus de vent , tant à
zaifon de fa groffeur que de fon élévation ; & la
( 36 )
vergue fufpendue fous le Ballon inférieur ( ſuppofé
que cette vergue foit adoptée ) , fera moinslongue
; mais auffi il faudra au Navigateur une
plus grande force pour s'élever quand le cas le
réquerra , par le raccourciffement du cordage
qui retient le Ballon fupérieur ; que fi au contraire
le Ballon inférieur eft le plus gros , la force
à vaincre pour faire monter le Navigateur fera
moindre , mais il cheminera moins vite , & la
vergue ci -deffus , fi on en fait ufage , fera plus
longue .
Venons-en préfentement au moyen de diriger
la route du Navigateur aërien au moins
obliquement au vent. Quand MM. Charles &
Robert le font abaiffés à la prairie de Nefle ,
ils ont , felon le récit des Journaux , rafé la
terre à une diſtance de quatre pieds pendant un
efpace de plus de cinquante pas ; & dans la
Méthode que je propofe on pourra rafer de
même la terre auffi loin & auffi long - temps.
qu'on le voudra en jouiffant à peu de chofe
près de la même viteffe que fi l'on étoit fort
élevé dans l'air or le Navigateur raſant ainſi
la terre , pourra en la pouffant obliquement à
l'horifon & au vent par un mouvement des
pieds , à l'aide d'une efpece de lance légene
de longueur fuffifante , ajustée & difpofée d'une
maniere convenable , pourra , dis je , fans de
grands efforts , fe procurer , & à toute la Machine
, une direction inclinée à celle du vent,
fauf à s'abandonner entiérement au vent en
s'élevant en l'air à la rencontre des arbres ,
des édifices ou des montagnes qui fe préfenteront
fur la route . J'ai dit que l'abaiffement du
Navigateur près de la terre ne nuira gueres à
fa viteffe tirée du vent , & en effet : car plus
fera bas plus le balon fupérieur fera, haut
( 37 )
& expofé par conféquent à l'action du vent
qui l'entraînera avec tout le refte de la Machine.
Enfin la même lance qui fervira àtrepouffer
la terre par un bout , pourra par l'autre
bout fervir d'une ancre propre à s'y accrocher
en ufant des précautions néceffaires. Pour tout
dire enfin , en attendant l'effai de nos deux
Balons , on pourroit faire une épreuve avec
un feul Balon de la maniere fuivante ; fuppofons
qu'en confervant d'ailleurs tout le reile
de notre méthode ci -deſſus , le Balon inférieur
foit fupprimé , & que le Balon fupérieur , fuppofé
toujours affez elevé , ait toute la force néceffaire
pour porter le Navigateur avec fon char ,
comme ci - deffus , & une proviffion de left ;
en ce cas la force à vaincre pour monter le
char fufpendu par une feule corde , fera à -peuprès
conftante & égale au moins au poids total
du navigateur & de fon char ; mais il pourra
la furmonter par le méchaniſme d'un rouage ;
d'ailleurs il fera tout fimple de fe fervir du
même moyen d'élévation que M. Charles , en
jettant la provifion , ou une partie de la provifion
de fon left. Enfuite pour s'abaiffer , il lâchera
de la corde la longueur requife pour defcendre
jufqu'à terre , de laquelle il arrachera
auffi-tôt une nouvelle provifion de left , à l'aide
de la lance ci -deffus ; après quoi raccourciffant
la corde de la même quantité dont il l'avoit
allongée pour defcendre , il fe remettra à rafer
- la terre comme auparavant , le ballon étant encore
à une hauteur affez grande pour jouir de
toute la viteffe du vent. Pour , empêcher le navigateur
de chanceler dans fon char , il y auroit
des moyens affez fimples , & même pour
. maintenir le char dans une fituation Affurée. Mais
dans cette économie , la rupture du cordage fea
-roit un accident bien plus grave que dans le fyftème
des deux ballons , où tous les accidens
poffibles n'auront prefque rien de dangereux
quand ils n'arriveront pas tous enfemble. Je n'ai
pas befoin fans doute de parler de la petite
bouffole ajaftée au char de notre navigateur ,
ainsi que des cartes géographiques , dont il fera
pourvu. Qué manque - t-il donc à préfent à notre
navigation aérienne ? Tout, dira-t-on , c'eft l'exé
'cution ; il eft vrai ; mais en toutes ces entrepri
** fes , l'exécution at-elle jamais précédé la ſpéculation
, & la loi générale n'auroit -elle d'exception
que dans une entreprise de cette nature ,
dont l'exécution exige une dépense royale ? Finiffons
donc ce difcours , en obfervant que quel-
**ques ambaſſades portées par nos ballons aéroftatiques
dans des Cours étrangeres , feroient une
chofe bien digne de la magnificence de notre
Souverain , & feroient une époque à jamais
mémorable de fon amour pour les fciences &
du génie de la nation qu'il gouverne. De tels
Ambaffadeurs fembleroient bien des Mellagers
céleftes d'une puiffance , vive image de Dieu ,
fur la terre.
3 .
Par M. BARDIN, Avocat à Sens.
En inférant dans le dernier numéro de ce
Journal 1783 , la lettre adreffée par MM, les
Syndics généraux des trois Ordres de Breffe
Dombes , Bugey, Pays de Gex & Valromey à
M. de Brou , ci - devant Intendant de la Généralité
de Bourgogne , on a omis la fignature de
M. de Gemeau , Lieutenant-Général de la Sénéchauffée
, & Syndic-Général du Tiers Etat
de Breffe & Dombes , ainfi que celle de M. l'Abbé
५
Antoine , Chanoine de la Collégiale de Trevoux.
Nous nous empreffons de réparer cette omilhon
( 39 )
(
Nous refierons auffi la fignature de M. de Cran
geac , que l'on a imprimée Rangeac.
Parmi les Entrepriſes intéreffantes qui ont été
commencées dans le cours de l'année derniere ,
& qui vont fe continuer dans cel'e ci , nos
Lecteurs diftingueront fans doute celle du Plutarque
d'Amyot . Certe nouvelle Edition , précieufe
par les recherches de M. l'Abbé Brottier ,
de l'Académie des Inferiptions & Belles- Lettres ,
qui l'enrichit de notes & d'obfervations , dafinées
, les unes à éclaircir les endroits obfcurs
du texte , les autres à èn corriger quelques
uns , &c. , répond à l'attente que l'on en avoit
conçue lorsqu'elle avoit été annoncée , & mérite
fans doute l'accueil qu'elle reçoit du Public.
La partie typographique , exécutée avec
le plus grand foin fait beaucoup d'honneur aux
Preffes de M. Pierre. L'Editeur , M. Cuffac ,
mérite les plus grands éloges , fur- tout fi Pon
fait attention que c'eft la premiere grande entrepriſe
qu'il forme , & qu'il n'a rien négligé
pour lui procurer toute la perfection dont elle
eft fufceptible. Cette Edition eft un préjugé bien
avantageux pour toutes celles qu'il pourra faire
à l'avenir ; car il eft à fouhaiter qu'il ne fe
borne pas à celle de Plutarque , & qu'il procure
encore au Public celles de plufieurs Ouvrages
auffi importans , auffi eflimés , & qui
ne méritent pas moins fes foins ( 1) . 2010)
t
(1 ) Il a paru déjà 2 volumes de cette nouvelle édition
de Plutarque qui contiennent les vies de Théfée , de Romulus
, de Lycurge , de Numa , de Solon , de Publicola ;
celles de Themistocle , de Furius Camillus , de Périclès ,
de Fabius Maximus , d'Alcibiade , & de Coriolan . Le
prix de l'exemplaire , fur carré fin d'Angoulême , eft pour
les , foufcripteurs de 123 1,, dont 27 1. en foufcrivant , 41.
10. en retirant chacun des volumes en feuilles , 41. Is
broché , en carton , & 5 1,15 franc de port dans tour
( 40 )
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 57 , 50, 52g
·55 , & 49 .
DE BRUXELLES , le 3 Février.
On ne doute pas que le différend furvenu
entre le Gouvernement général des Pays-
Bas & les Etats généraux des Provinces-
Unies, ne fe termine inceffamment à l'amiable;
ces derniers ont déja donné la fatisfaction
queS. M. I. exigeoit ; & on croit qu'ils nommeront
inceffamment des Commiffaires pour
traiter de l'affaire des limites .
L'occupation du Fort de Saint- Donat & de
fes dépendances , lit-on dans une Lettre de la
Haye , a donné lieu a une nouvelle affaire dans
l'intérieur de cette République . Il y a plusieurs
années que le Général Dumoulin , Chef du
Corps du Génie , & Directeur Général des
Fortifications , avoit préſenté au Confeil d'Etat
un Mémoire dans lequel il repréfentoit & dés
montroit même l'inutilité & le danger de tous
ces petits forts pour la ville de l'Eclufe en
Flandres . Le Confeil qui a à la tête la Stadhouder
, & qui eft chargé de tout ce qui concerne
le département de la Guerre , n'avoit eu
aucun égard à ce Mémoire . Les Etats de Hol
lande & de Weft- Frife informés de ce fait
le Royaume, Même format en papier de Hollande ,
tiré à so exemplaires, 2641 , dont 541, en foufcrivant ,
& 8 1. 15 f, en feuille , 9 livres broché , en recevant
chaque volume. in-4. fur papier d'Annonay , tirés à
50 exemplaires , 576 1. , dont 144 en foufcrivan :, & 18
liv, en recevant chaque volume. .-- in -4 , fur papier vêlin
, tire à 12 exemplaires , 720 1. dont 144 en foufcricrivant
, & 24 en recevant chaque volume,
---
( 41 )
\
nommerent une Commiffion pour examiner avec
M. Dumoulin & le Général Martfeld , Chef du
Corps d'Artillerie , l'état des Frontieres de la
République & de fes Fortereffes . Le Confeil
d'Etat inftruit des ouvertures que M. Dumoulin
avoit déjà faites à cette Commiſſion , lui a écrit
une Lettre contenant une réprimande très - févere
, & défenfe , fous peine de fon indignation
, de communiquer avec les Etats de lá
Province fur des abus qui appartiennent à fa
charge . Les Etats de Hollande n'ont pas ignoré
ce fait , & le 16 Janvier , ils ont pris , pár
une réfolution expreffe , les Généraux Dumoulin
& Martfeld fous leur protection fpéciale, & leur ont
enjoint de les éclairer fur les négligences , les
abus qui pourraient avoir eu lieu dans cette
partie de l'Adminiſtration Militaire. L'ordre
équeftre s'eft encore oppofé ſeul à cette réfolution.
La propofition faite par le Duc de Manchefter
de tranfporter le fiege des négociations
pour le Traité définitif, à Londres ou
à la Haie , a été rejettée par les Etats-Géné
raux , à la pluralité de 6 Provinces .
"C'eft la feule Province de Zélande qui a été
d'avis contraire par une pluralité de cinq fuffrages
, qui étoient ceux du Stadhouder , en
qualité de premier Noble de la Province &
des villes de Middelbourg , Goes , Tholen &
Veere. Les villes de Ziericzée , de Fleffingue
penfent comme la généralité des Provinces.
Il paroit auffi que le fentiment des Etats de
Hollande , adopté par cinq autres Provinces de
regarder les Préliminaires de la Paix comme
un Traité définitif , étoit fondé , & aura fon
exécution , puifque M. Storer , avant de quitter
( 42 ))
€
Paris , a propofé aux Ambaffadeurs de la Rés
publique de s'en tenir , de part & d'autre , aux
Préliminaires.
PRECIS DES GAZETTES ANGL . ET AUTRES
3
La bourgeoifie de Londres a réfolu de donner
le 2 du mois prochain un grand repas au
Lord Rodney , au Général Elliot , au Lord
Hood , an Lieutenant- Colonel Boyd , & à Sir
Roger Curtis. Mais le premier étant en France
& le fecond à Gibraltar , ne pourront être de
ce diner , dont les autres ont accepté l'invitation
Si les deux partis , qui divifent actuellement
la nation , avoient de bonne foi l'intérêt de leur
pays à coeur , ils renonceroient pour cette an◄
née à tout arrangement pour l'Inde , & s'occuperoient
de l'état de la nation ; ce feroit le
feul moyen de diffiper toute idée de diffolution
du Parlement , de rapprocher les efprits , & de
les réunir pour le bien général.
I
Au milieu des débats du 16 , il s'éleva quel
ques réflexions fur l'affiduité avec laquelle un
grand Prince avoit fuivi jufques- là les féances -
de la Chambre. Sir Richard Hill dit même qu'on
l'avoit vu eflayer de l'oeil & du gefte de foute
nir un parti , & d'influer fur les voeux de quel
qnes membres. Rappellé à l'ordre , il déclara
qu'il n'avoit point prétendu défigner l'héritier .
du thrône , & que le Prince dont il parloit ,
n'étoit qu'on Prince de fon imagination. On ne
lailla pas de juftifier ce Prince fur le défir qu'il
avoit de s'inftruire , & qu'il ne pouvoit mieux
remplir que dans le lieu où on l'avoit vu,
T
On dit que le Commodore Johnſtone n'attend
que la fin des mouvemens actuels & une adminife
tration ftable pour fe préfenter de nouveau fur la
fcene publique; confidérant, comme tout honnête
(( 43 ))
homme le doit', que le crédit d'un Officier dolt
être établi de la maniere la plus folide & la plus
lumineufe ; que le fien a été attaqué dans des
affemblées particulieres par quelques Capitaines
& autres Officiers de fon efcadre , témoins oculaires
de ce qui fe paffa dans la baye de Praya ;
il veut , affure-t - on , fupplier les Lords de l'Amirauté
de lui accorder un confeil de guerre
pour examiner fa conduite , ne doutant point
qu'il n'en obtienne une honorable décharge &
les éloges dus au courage , à l'activité & à la
perfévérance. Ce projet eft fans doute fingulier ;
mais tout le monde en parle , & perfonne n'en
doute.
Affaffinat Domestique . Caufe extraite du Journal
des Causes Célebres (1 ).
La dame d'Abeillan , qui vivoit retirée à la
campagne avec une feule domeftique , fut trouvée
morte dans la ruelle de fon lit , le 4 avril 1781 ,
Comme fa domestique couchoit dans la chambre ,
& qu'on apperçut des traces d'une mort violente ,
le juge fit informer , & la domestique fut arrêtée.
Cette femme qui s'appelloit la veuve Daumas ,
& qui étoit âgée d'environ 60 ans ) ayant été
interrogée , déclara qu'il ne s'étoit écoulé qu'un
quart d'heure entre l'instant où elle fe coucha ,
& celui où ayant entendu la chute d'un pot de
chambre , elle appella par trois fois la maitreffe
, fans recevoir aucune réponse ; elle ajouta
qu'ayant allumé fa chandelle , elle trouva fa
mal refle étendue dans la ruelle de fon lit. Cette
déclaration étoit fauffe & pleine d'invraifenblance
; en effet , fi un affaffin eut attenté aux
1 ) On fouferit pour ce Journal chez M. , Defeffaris ,
qui nous a fourni cet extrait , tue Dauphine Hôtel
de Mouy, & chez Merigot le jeune , Libraire. Prix 18
Livres pour Patis , & 24 livres pour la Province,
( 44.).
jours de la dame d'Abeillan , fa domeſtique cue
entendu le bruit des efforts d'une victime qui
lutte contre une mori violente , & elle eût appellé
les voifins ; mais au - lieu de fuivre cette marche .
naturelle , elle palla le reffe de la nuit à côté du
cadavre. Une pareille conduite annonçoit donc.
qu'il n'y avoit point d'autre coupable qu'elle.
D'ailleurs , les menaces & les propos qu'elle avoit
tenus , & qui étoient rapportés par les témoins ,
ne permettoient pas d'en douter. Il réſultot en
effet de l'information que la veuve Daumas avoitt
dit plufieurs fois que la dame d'Abeillan la faifoit
beaucoup fouffrir , & que quelque chofe lui difoit
de l'étrangler. Jamais la fcélérateffe n'exprima
plus naivement le defir du crime . Sa foeur & fa
belle-fille avoient dit qu'elles la croyoient capa
ble d'avoir étranglé fa maîtreffe : ainfi , fon carac
tère étoit connu capable d'un crime. Elle en
avoit elle-même avoué les premières tentations ;
elle ne cachoit pas la noifceur de fon ame . On
voyoit dans tous fes difcours , l'audace & l'infenfibilité
d'un affaffin de volonté. Et ce qu'elle
avoit menacé de faire ; ce que , de fon aveu
même , elle avoit été plus d'une fois fur le point
d'exécuter , les indices & les circonstances prou-?
voient qu'elle l'avoit fait. Une decifive circonstan
ce, atteftée par des témoins , étoit que les deux lits ,
tant de la maitreffe que de la fervante , n'étoient
nullement défaits. Il paroiffoit donc que la dame
Dabeillan avoit été étranglée avant de fe coucher
, & dans le temps qu'elle faifoit fa prière
au pied de fon lit. Quel inflant pour le crime ,
que celui qui devoit faire fouvenir l'affaffin qu'il
eft un Dieu vengeur ! Mais c'étoit auffi le lieu
de la plus grande fécurité , & de la plus grande
foibleffe de fa victime ; & voilà pourquoi elle le
choifit. Cet affreux récit fait naître de triftes
( 43 )
mort
réflexions : quand on voit une malheureufe domeftique
expier fur un échafaud , par une
infame , le vol de quelque milérable effet de peu
de valeur , ou de quelques pièces de monnoie
on gémit , on pleure avec amertume fur la
fociété, fur la rigueur des loix : on eft tenté de
croire qu'elles n'ont été faites que pour les riches ;
d'un autre côté , quand on réfléchit à la pofition
des maîtres , relativement à leurs domeftiques ,
qui font à portée d'épier tous les inftants de leur
inadvertance , de leur foibleffe , qui dominent
fur leurs infirmités , fur leur fommeil , & les
tiennent ,, pour ainsi dire , à leur merci , fur- tout
lorfqu'ils vivent avec eux dans une campagne
ifolée , & que l'inégalité de fortune leur offre
fans ceffe des tentatives dangereufes pour le coeur
vil & fans principes , & qu'on voit des exemples
fréquents de leurs attentats , chacun frémit pour
foi , & eft tout prêt à applaudir à la févérité des
peines , fi cependant on peut croire que leur
rigueur diminue le nombre des coupables , - Les
premiers juges trouvèrent que la réunion de tous
les indices démontroit le crime , & nommoit
J'affaffin : fur le rapport du lieutenant - criminel ,
le fénéchal de Béziers , par fentence du 28 juin
1782 , condamna la veuve Daumas à avoir le
poing droit coupé , à être pendue , jetée enfuite
dans un brafier ardent , & fes cendres jetées au
yent. Sur l'appel , le parlement de Toulouſe ,
confirma la fentence, à l'exception du poing coupé.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ).
GrandChambre.
Oppofition à un mariage.
Une femme interdite peut - elle efter feule
en Justice , fans , l'affiftance de lon Curateur ,
pour procéder fur une oppofition formée au mariage
difproportionné qu'elle veut contracter ;
( 46 )
9
& dont le projet a motivé l'interdiction pros
noncée contr'elle : L'affirmative vient d'être décidée
dans cette caufe : La Dame H ** née
d'une famille honorable , veuve d'un chevalier
de St Louis , avantagée d'une fortune d'environ
6 00 liv. de rente avoit néanmoins pris
du goût pour fon jardinier , dont elle avoit eu
un enfant , elle avoit même formé le projet
de l'époufer , & tous les efforts de fa famille
ne purent la détourner d'une union auffi difcordante
on demanda l'interdiction de la Dame
H ** pour la mettre du moins hors d'état de
faire par contrat de mariage , à celui qu'elle
vouloit époufer , aucun avantage , au préjudice
d'une fille du premier lit. La Dame veuve
Hinterdite de l'adminiftration de fa perfonne
& de les biens , pourfuivoit cependant le
projet d'exécuter fon mariage ; elle fit faire à
la Dame veuve R** , ſa mère , des fommations
refpectueufes. La veuve ** forma oppofition
à la publication des Bans & à la célébration
de mariage. La veuve H ** fit affigner la Dame
fa mere en main levée de fon oppofition . Senience
du bailliage de Beauvais qui ordonne cette
mainlevée , & qu'il feroit paffé outre à la pnblication
des Bans & au Mariage , non- obftant
toutes oppofitions faites ou à faire ; Appel en
la Cour par la Dame
du
20 Décembre
178, euve
R **
& Arrêt
qui a confirmé la fentence
des premiers Juges , & ordonné qu'il leroit
palle outre à la publication des Bans &
au mariage , dépens compenfés .
"
PRÉSIDIAL DE LA ROCHELLE.
Gageure.
Deux particuliers fe rencontrent dans un café ;
ils s'entretiennent de la guerre. L'un parie fix
Louis que la paix fera fignée au 31 Mars
fors prochain l'autre 10 quelle nele
7
( 47 )
fera pas à cette époque. Les conditions de la
gageure fout arrêtées par écrit , & l'un & l'autre
dépofe fon argent entre les mains du maitre
du Café , en lui remettant les deux billets qui
contenoient leurs conventions . Au mois de Février
, celui qui avoit parié que la paix feroit
fignée au 31 Mars , demande le montant de
la gageure , fous prétexte que le traité préliminaire
étant figné , les hoftilités étoient ceffées
. Le dépofitaire remet l'argent fur une fimple
reconnoiffance ; au mois de Septembre der
nier , l'autre fe prétente & fait la meme demande
au limonadier. Celui - ci répond qu'il a
remis le dépôt fait entre fes mains , le Limo .
nadier eſt aſſigné au Préfidial , pour le voir
condamner à rapporter les feize Louis ; il for
me fur le champ une action en garantie contre
celui à qui il les avoit remis . Celui ci paroît
, prend le fait & caufe du Limonadier, La
queftion s'engage entre les parieurs , elle n'a
point été précisément décidée ; mais par jugement
du 18 Décembre 1783 les Juges
ont ordonné que celui qui avoit retiré les
feize Louis , reftitueroit les dix qui appartenoient
à fon Contendant , & ont fait défenfes
au Limonadier de recevoir à l'avenir de
femblables dépôts dépens compenfés.
Le Chapitre de Saint- Juft a- t- il le droit de voirie
fur le monaftere des Minimes de Lyon & fur les
maifons qui y font annexées ?
"Une partie des bâtimens compofans le mo
naftere des Minimes de Lyon , mais fur - tout
leur Eglife , font fitués fur une place publique
de tout temps appellée Croix de Colle . Ils prétendent
qu'elle eft traversée , dans toute fa longueur,
par une route royale. Indépendamment
des bâtimens qu'occupent les Religieux , ils ont
des maifons qu'ils louent , & ces maifons font
( 48 )
-
dans le même alignement qne leur monaftere
Les Minimes ayant des réparations affez
confidérables à faire à une de ces maiſons , prirent
le 4 Janvier dernier l'ordre de l'échevin
chargé par le Confulat de la partie de la voirie
réservée à la ville . Les réparations étoient
fort avancées , lorfque les 28 & 29 Janvier les
Officiers de la Juftice de Saint- Just conftaterent
une prétendue contravention à leurs réglemens
de voirie. D'après le procès - verbal , le Procureur-
fi cal de la juftice du Chapitre fit affigner
en cette juftice , tant le maître maçon qui préfidoit
aux ouvrages , que les Religieux , pour
fe voir condamner à démolir un mur de face
à-peu- près achevé , & à payer l'amende. -Sentence
du 5 Février , qui, « pour la contraven➡
» tion commife par les Religieux & par Jac-
» quier , les condamne folidairement en l'amende
de 30 livres , au paiement de laquelle
» ils feront folidairement contraints , même ledit
Jacquier , par corps , & ordonne l'exécution
» d'un réglement de voirie émané du Juge du
» Chapitre du 27 Août 1782 - Appel de
la part des Minimes & de Jacquier , mais point
de défenfes ; en conféquence , emprisonnement
de Jacquier , en vertu de la difpofition par corps ;
il eft forti en payant l'amende. Cependant
les Religieux ayant eu , dans le courant d'Avril ,
d'autres réparations à faire , ils prirent cette fois
la permiffion , non pas des Officiers municipaux ,
mais des Tréforiers deFrance. --- Nouveau procèsverbal
, nouvelle demande , nouvelle fentence
du 15 Avril , portant , & contre les Religieux
& contre leur Entrepreneur
, les mêmes condamnations
que la premiere. Appel joint
au premier. Arrêt du 9 Août 1783 , qui a
confirmé la fentence avec amende & dépens.
-
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE
DE CONSTANTINOPLE , le 24 Décemb.
ES Affemblées du Divan font toujours
Léquentes : mais rien ne tranſpire de ce
qui s'y paffe ; les Miniftres étrangers qui
emploient la médiation de leurs Cours entre
nous & la Ruffie , ont fouvent des conférences
avec les principaux Officiers de la Porte.
On en attend le réſultat ; & à en juger par
le mouvement général , la grande affaire
qui occupe tous les efprits , ne tardera
à être arrangée.
pas
Un autre événement moins important fans
doute , a fait beaucoup de bruit ; c'eft lafuite d'un
Négociant Autrichien qui s'étoit établi ici depuisqu'il
avoit été ouvert des liaiſons de commerce
entre les Etats de l'Empereur & ceux de la Porte.
Il a laiffé beaucoup de dettes; mais il paroît que fes
créanciers particuliers font les feuls qui perdront ;
fes régiftres & les affaires de fa maifon étoient en
regle ;l'Internonce de l'Empereur les a fait exa-
Nº. 7 14. Février 1784.
C
( 50 )
miner , & il en résulte que la maison pourra
faire face à tous les engagemeris , & qu'un court
délai lui fuffira pour la remettre au courant.
Il y a eu quelques defordres à Smyrne ,
dont on expofe ainfi les détails & la fuite.
Le 16 Novembre dernier , des matelots de
l'Iſle de Zante maffacrerent un Efclavon , &
courant en tumulte fur le rivage , défierënt les
Esclavons qui font la plus grande partie des équipages
des navires Vénitiens ; ce qui auroit eu
des fuites fâcheufes , fi les Capitaines n'avoient
veillé pour maintenir l'ordre. Le lendemain les
agreffeurs coururent par la ville les armes à la
main . Les Confuls étrangers ayant porté leurs
plaintes à celui de Venife , & reçu en réponse
que ces vagabonds ne pouvoient pas étre regardés
comme étant fous la jurifdiction , ils s'adreſferent
au Cadi , qui ordonna auMuffelin d'arrêter
les mutins ; 4 furent faifis & envoyés à Conftantinople
, pour fervir fur les galeres , & il a
été publié que les autres quittaffent la ville dans
huit jours , fous peine d'être arrétés & punis par
la corde ou les galeres . Cette menace a produit
fon effet ; ils ont pris la fuite , & la tranquillité
eft rétablie.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 30 Décembre:
Il arrive journellement des courriers de
Conftantinople ; mais on obferve le plus
profond filence fur les dépêches qu'ils apportent;
& l'on ne reçoitpoint de nouvelles particulieres.
Le Prince Potemkin eft entierement
rétabli de fa maladie ; & on dit qu'il
partira inceffaniment pour retourner en Cri
( ST)
mée. On croit que fi les délais fe prolongent
, l'Impératrice ne voudra pas laiffer
confumer inutilement fon armée ; & il eft
parti divers exprès , qu'on croit porteurs
d'ordres felatifs aux projets qu'on a formés.
L'Impératrice , pour dédommager le vice
Chancelier , Comte d'Ofterman , de la
dépenfe extraordinaire qu'il a faite pendant
qu'il a été revêtu d'un caractere public à la
Cour de Stockholm , lui a accordé une gratification
de 25000 roubles. Le Général
Roman Laronowitz Woronzow , frere du feu
Chancelier Comte de ce nom , eft mort dans
fon gouvernement de Wolodomir , âgé de
66 ans.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 21 Janvier.
L'expérience faite ici , le 17 de ce mois ,
avec le Globe aëroftatique , a eu un fuccès
heureux , malgré le mauvais temps ; on la
répétera auffi - tôt que les circonftances le
permettront.
Selon des lettres de Naples , le féjour de l'Empereur
paroiffoit devoir s'y prolonger jusqu'au
13 de ce mois. Les divertiffemens de toute efpece
s'y font fuccédés ; & la faifon les a favorifés.
Pendant que nous avions ici le plus
grand froid , qui s'eft fait fentir également dans
prefque tous les pays de l'Europe , on jouiffoit
à Naples d'un air auffi doux qu'il l'eft ordinairement
au printemps : c'eft à cette température
de la faifon qu'on doit principalement le ſuccès
C 2
( 5 : 2 )
d'une fuperbe chaffe aux fangliers , que le Roi
donna le jour de l'an à l'Empereur . Cette chaffe
fut exécutée conformément à la méthode que
le Prince Adam d'Auersperg communiqua ily
a quelques années à S. M. Sicilienne,
Les établiffemens utiles de l'Empereur fe
multiplient tous les jours. Il vient de fonder
dans l'hôpital de Guttendorf deux chaires
de Médecine & de Chirurgie , pour l'infstruction
des perfonnes attachées au fervice
de cet hôpital , d'où l'on fe flatte de tirer
dans la fuitedes fujets habiles qui pourront
être employés au fervice des armées .
Le Général de Kavanagh , en paffant la montagne
de Semmaringen , qui fépare la Baffe-
Autriche d'avec la Styrie , rencontra un chariot
pefamment chargé , dont les roues étoient enrayées
avec une chaîne de fer . Cette chaîne
fe rompit malheureufement dans la defcente ,
& le chariot fe précipita fur la chaife de pofte
du Général , qui fut écrasé par cette chûte.
DE HAMBOURG , le 22 Janvier.
Les nouvelles du jour continuent de varier
fans ceffe fur l'iffue des différends qui
regnent depuis fi long temps entre la Rullie
& la Porte. Cette derniere perfuadée , que
la guerre même la plus malheureuſe ne peut
jamais l'entraîner dans des facrifices plus
onéreux que ceux que l'on exige d'elle aujourd'hui
, paroît être, dit-on , décidée à préferer
le fort des armes , comme le plus compatible
avec fa dignité. On prétend même qu'elle a
déja répondu négativement ; mais on n'a
( 53 )
-
point cette réponfe ; on ne la conjecture
que par les mouvemens que font les troupes
Ottomanes , qui font , dit - on , en pleine
marche pour les lieux qu'elles doivent défendre;
d'un autre côté, les Ruffes font prêts
à entrer en campagne. Cependant d'ici au
Printemps , les chofes peuvent changer ;
& l'on fait que les Puiffances médiatrices
n'ont pas fufpendu un moment , &
continuent leurs bons offices . De maniere
qu'en préfentant la guerre comme décidée ,
on ne laiffe pas de croire encore à la poffibilité
de la paix.
Dans un moment où tous les papiers ne
préfentent qu'un retour des mêmes fpéculations
, des contradictions & des incertitudes ,
& que nous n'avons rien à dire fur les
négociations & les préparatifs de guerre
qui continuent , que ce que nous avons
déja dit vingt fois , & à donner fur l'iffue
des premieres que les mêmes efpérances qui
peuvent être trompées encore , nous placerons
ici une lettre de Pétersbourg , qui remplira
ce vuide momentané , & qui peut n'ê
tre pas indifférente à ceux qui aiment les
fpectacles , & qui feront bien - aifes de voir
à quels réglemens ils font foumis dans le
Nord.
Les fpectacles Ruffe , Allemand , François &
Italien , viennent d'être déclarés libres & payans ,
fans ceffer d'appartenir à la Cour. Les uns & les
autres font fous la direction d'un Gentilhomme
de la chambre , furveillé & dirigé lui- même par
c 3
( 54 )
un comité perpétuel , compofé , en y comprenant
le Directeur , de 6 membres choifis parmi les
Seigneurs de la Cour. Le Directeur et chargé
d'ordonner & de faire ' exécuter les repréfenta- .
tions de chaque fpectacle ; aidé de 4 Infpecteurs
fous les ordres , il régle le choix des pieces , &
tous les détails relatifs aux fpectacles & aux fujets
qui y font attachés . Le comité s'affemble deux
fois par femaine ; le Directeur a voix délibérative
avec les cinq membres fes fupérieurs en rang ,
auxquels il eft obligé de communiquer tout ce
qu'il fe propofe de régler ou de faire exécuter ,
& fans l'avis defquels il ne peut prendre aucun
parti . S'agit-il d'engager ou de congédier , de
recompenfer ou de punir un fujet , d'ordonner ou
de permettre une dépenfe , il faut le confentement
unanime du comité , qui tous les 15 jours
ou au moins à la fin de chaque mois infpecte la
caiffe des fpectacles . L'Impératrice a alloué une
fomme annuelle pour la manutention & l'admi
niftration de la mufique de tous les Spectacles .:
On porte cette fomme , fans doute exagerée , à
174,000 roubles ; il en eft encore accordé 14,000
pour le logement des comédiens Ruffes , muficiens
, danfeurs & figurans . L'Impératrice a donné
au comité deux théâtres conftruits nouvellement
dans cette ville , l'un pour les grands fpectacles ,
l'autre pour les fpectacles ordinaires qui demandent
moins d'appareil & un local moins étendu.
Le Comité , en conféquence de ces avantages ,
eft obligé de donner , au théatre de la Cour en
particulier , tous les fpectacles qui font demandés
par S. M. I. qui s'eſt réſervée pour elle & pour fa
fuite les entrées libres à tous les fpectacles quand
elle jugera à propos d'y aller , On doit donner
tous les ans 4 fpectacles pompeux & gratis au
peuple ; le comité peut donner aux deux théatres
( 55 )
payans , des bals mafqués , des concerts , des
otatoires , & ordonner d'ailleurs des fpectacles
payans auffi fouvent qu'il le veut , mais il n'a
point de privilege exclufif , & tout directeur particulier
qui veut former une troupe nationale ou
étrangere , peut avoir fon théatre à fes rifques , y
donner des fpectacles , des bals , des concerts , &c.
Tout fujet attaché à la mufique ou aux fpectacles
de S. M. I. après un fervice de 10 ans , a une
penfion fixée pour les nationaux , à la moitié ,
& pour les étrangers au tiers de leurs appointemens.
En attendant que les démêlés qui menacent
d'éclater dans le Levant foient terminés
, l'article fuivant peut piquer la curiofité.
د و م
Selon une lifte des habitans Grecs qui vivent
dans la Thrace , la Macédoine , la Theffalie , la
Bulgarie , la Servie , l'Epire , la Grece , la Bofnie
, & l'Albanie , fans y comprendre la Morée
& les Illes de l'Archipel ; leur nombre eft de
3 , 970,000 mâles ; ils font fous la jurifdiction de
leurs Evêques refpectifs auxquels ils paient annuellement
une piaftre par deux mâles ,
vertu d'un barat impérial. Un tiers de cette
taxe fatisfait aux demandes du Miri , aux impofi- .
tions que perçoit le Bau'an igi -Bafchi ; il réfulte
de ce tableau , s'il eft exact , que la plupart des
relations données par les voyageurs de cette partie .
de l'Empire Ottoman , & d'après eux par les
Géographes , font très - éloignées de la vérité .
en .
On a publié dans la Gazette de Berlin le
précis fuivant , relatit à l'affaire de Dantzick ,
& à la tranflation des négociations à Varfovie.
'L'Impératrice de Ruffie offrit à la fin de No-)
vembre dernier fa médiation ; & en priant le
Roi de lever le blocus , elle promit d'engager
C 4
(sad)
le Magiftrat à accorder en revanche la libre
navigation illimitée aux Sujets Pfulliens jufqu'à
la fin de la négociation . Le Roi de Pologne
avoit fait notifier par fon Chargé d'affaire au
Magiftrat d'accorder aux Sujets Pruffiens demeurans
aux environs le tranſport libre des
denrées néceffaires à leur confommation , tant
fur la Viftule que für toutes les grandes routes publiques
de fon territoire , falvo jure , tempore
illimitato, jufqu'à la fin des négociations entamées
à Dantzick fous la médiation de la Ruffie. Cette
déclaration contient cinq reftrictions ; elle n'accorde
la navigation : 1 ° . qu'aux Sujets Pruffiens
réfidans aux environs de Dantzick ; 2°. pour le
transport des denrées de la confommation feulement
; 3 ° . fur les grandes routes publiques ;
40. en la limitant à la durée de la négociation
entreprife fous la médiation de l'Impératrice ;
5º. & nommément à Dantzick. Cette decla
ration répugne également aux juftes prétentions
du Roi & aux affurances qui lui ont été données
par L. M. l'Impératrice de Ruffie & le
Roi de Pologne ; favoir , que la ville accorderoit
un paffage libre & illimité juſqu'à la fine
de la négociation . S. M. ne fauroit donc ac
cepter une déclaration fi peu ménagée , & qui
eft une nouvelle offenfe ; elle la rejette dans
tous fes points ; cependant pour donner une
preuve non équivoque de fon amitié & de fa
déférence fans bornes pour la follicitation , len
defir & l'entremise de Impératrice & du Rok
de Pologne , touchée du fort des habitans du
diftrict , elle veut bien pour le préfent faire
rétirer les troupes , à condition que le Magif
trat enverra fans perte de temps fes Députés
munis des inftructions néceffaires à Varsovie
afin que l'on parvienne à un prompt accommo
( 37 )
dement & déterminement , avant l'ouverture
de la navigation de la Viftule. Si , contre toute
attente , cet accommodement n'avoit pas lieu
dans le temps nommé , S. M. ne pourra s'empêcher
de renouveller alors les repréfailles d'une
maniere rigoureufe contre la ville de Dantzick ;
ce dont les deux Cours refpectives , fuivant leur
fentimens de juftice , ne pourront lui favoir mauvais
gré .
L'efprit d'émigration regne toujours dans
plufieurs parties de l'Empire ; & on ne paroît
s'occuper nulle part des moyens de le
faire ceffer , en fupprimant les caufes qui
l'entretiennent après l'avoir fait naître . Les
Etats héréditaires de l'Empereur profitent
de cette difpofition , malheureuſement trop
générale ; & dans quelques parties de la
baffe Hongrie on a formé plufieurs nouvelles
colonies , qui s'accroiffent journellement par
l'arrivée d'émigrans étrangers il y a déja
160 familles qui y font établies ; & on fe
difpofe à y en envoyer 20 autres , qui font
actuellement à Vienne . On dit que les fem
mes qui en font partie , font pour la plupart
fortes , grandes & enceintes.
Les impofitions auxquelles la Cour de Bonn ,
écrit- on de Cologne , a foumis des viens eccléfiaftiques
, l'inftitution d'une Académie d'inftruction
qui donne beaucoup d'ombrage à cette
Univerfité , & la nomination du P. Hedderick,
a une place de Profeffeur de Droit eanonique
de ce favant , dont les écrits ont encouru une
cenfure fi rigoureufe à Rome , font ici beaucoup
de bruit. Le Pape a , dit- on , écrit à l'Electeur
au fujet du P. Hedderick, L'Univerfité a plaide
( 158 ) 1
& a fuccombé au fujet de la rivale qu'elle vouloit
étouffer dès fon berceau , & le grand Chapitre
a rédigé un Mémoire au fujet de l'atteinte
portée anx poffeffions de l'églife . Les réclama-.
tions contre ces deux derniers objets ont été
portées à Vienne , & elles y ont été rejettées.
DE FRANCFOrt , le 25 Janvier.
Les débordemens du Necker ont fait de grands
ravages. Le 4 de ce mois cette riviere prodigieufement
enflée , en fit craindre de terribles entre
Manheim & Heidelberg ; on n'entendoit de toutes
parts que des cloches fonnant la détreffe . Les
monceaux de neige & de glace qu'elle rouloit de
tous côtés menaçoient tous les environs de la deftruction
& de la ruine ; on eut à peine le temps
de fauver les troupeaux . Plufieurs maifons ont été
détruites à Neckers Haufen ; à Iberheim , l'eau
montoit jufqu'au- deffus des fenêtres des maifons ;
les terres font ravagées & les chemins impraticables
; le dégat ne peut s'apprécier. Le village
d'Alturp offre le plus terrible tableau . Le Rhyn-
Schauz eft fous l'eau ; la garniſon & les habitans
n'ont pu fe fauver qu'en abandonnant tous leurs
effets. Heidelberg étoit le 19 de ce mois inondé ;
les glaçons entaffés dans la rue des Juifs montoient
prefqu'au premier étage ; quantité de bef
tiaux ont péri ; plufieurs hommes ont
eu le
même fort . Manheim eft une feconde fois fous
les eaux.
La Meufe n'a pas moins caufé de dégats ; tous
les terreins depuis Maftricht juſqu'à Viſé piès
de Liége font fous les eaux, Les habitans ont abandonné
leurs effets & leurs demeures , & ont été
chercher un afyle dans les villes . On tire le ca- ,
non fur les glaces au pont de Wich à Maftricht
( 59 )
, །
pour les rompre, la hauteur des glaces furpaffe
dans quelques endroits les toits des maifons des :
villages voifins. Le 21 , lit - on dans une lettre
de Vifé , nous avons été témoins d'un affreux
fpectacle. C'étoit un carroffe qui defcendoit fur
un glaçon avec 2 perfonnes dedans , auxquelles
il étoit impoffible de porter des fecours. Les
chevaux n'étoient plus attelés , & on croit qu'ils
avoient déjà péri .
ITALIE..
DE ROME , le 14 Jauvier.
La Ducheffe de Parme , partie de Naples
le 4 de ce mois , eft arrivée ici le 6. On s'eſt
empreffé de lui donner des fêtes auxquelles :
le Roi de Suède a pris part. Le 9 , le Cardinal
de Bernis leur en donna une dans fon
Palais , où l'un & l'autre fe rendirent encore
hier , pour voir la courfe des chevaux barbes.
Le Prélat Brafchi Onefti , neveu & Majordome
du Pape , a eu l'honneur de préfenter à la
Ducheffe de Parme , la roſe bénie par le Saint
Pere , le quatrieme Dimanche du Carême
dernier ; ce préfent ne fe fait qu'à des Souverains
; il lui remit auffi , au nom de Sa Sainteté ,
deux tableaux , l'un en mofaique & l'autre
en tapifferie. Le premier repréſentant des an
tiquités , & le fecond la Sainte Vierge & l'Enfant
Jéfus , deux caffettes couvertes de velours ,
contenant , l'une des agnus ; l'autre , un corps
faint ; différentes vues de Rome , gravées, reliées
proprement en plufieurs volumes.
Le Prélat Albici , Econome de la Fabrique de
c6
( 60 )
Saint Pierre , a fait graver l'infcription fuivante
fur une pierre qui fera placée au- deffus de la
Forte de la nouvelle facriftie que l'Empereur a vifitée
dernierement. Jofepho II , Rom. Imp. Augufto
, quod in Dominici natalis diei folemnitate .
anno 1783 , Pio VI Pont . max . vefperas & facra
&fan&tiori rita peragente prefens eadem celebraverit
novi facrarii ædificium ftudiofè inviferit . P. M. Le
même Prélat doit faire placer fur le chemin qui
conduit à la coupole , une autre inſcription qui
offrira les noms des Souverains qui y font montés
pour l'obferver ; le Roi de Suede eft le dernier
qui l'a vifitée. Il est monté jufqués dans la boule.
Lorfque le Cardinal Antonelli, en fa qualité
de Préfident du College de la Propagande
, eut l'honneur de remercier le Roi de
Suède des conceffions avantageufes qu'il
avoit bien voulu accorder aux Catholiques
Romains dans fes États , S. M. lui répondit
avec bonté, que fi la Providence conſervoit
fes jours , elle feroit plus encore en lear
faveur.
ESPAGNE.
DE MADRID , le S Janvier.
Les Princes Maroquins qu'on attendoit
iei , y font arrivés ; ils ont débarqué à Carthagène
, d'où ils font venus dans cette Ca
pitale. Le Roi leur accorde 40 piaftres par
jour , pendant le féjour qu'ils feront ici ; ils
doivent , en quittanr ce pays, fe rendre à
Conftantinople. On parle toujours d'une
nouvelle expédition qui aura lieu cette an(
161 )
née contre la ville d'Alger ; on travaille du
moins , dans les trois principaux arſenaux
à la réparation des bâtimens emploiés à la
précédente , & à la conftruction de quelques
autres. On dit même qu'une Puiffance d'Italie
enverra quelques vaiffeaux pour ſe joindre
aux nôtres.
Le Gouvernement s'occupe avec ardeur
des moyens de ranimer l'agriculture & l'induftris
, qui font une des principales fources
de richeffes ; la Société Royale , qui a ordre
de feconder fes vues , a propofé divers prix
fur des fujets qui tendent à ce but ; elle pro
pole celui - ci pour le 4 Novembre de l'année
prochaine.
L'expérience a prouvé que la plus grande partie
des biens de fubftitutions , de droit d'aî
neffe , de patronat , de fondations pienfes & de
chapellenies , fe déreriorent & font fouvent
abandonnés au prejudice de tous les arts , de
l'agriculture , de la population & de la richeffe
du Royaume. Comme les fubftitutions & les
fondations fe multiplient tous les jours par la
liberté qu'en laiffent les Loix , par le foin des
teftateurs de fubftituer le tiers de leurs biens
pour éviter le droit de Quint , que doit la
moitié de tous les héritages , le mal s'accroît
à l'excès. Outre le tort qui en réfulte pour le
tréfor royal , l'orgueil & la vanité des familles
dans lesquelles il exifte quelqu'une de ces fubf
titutions , les portent à renoncer à tout emploi
méchanique , même à ceux qui paffent pour être)
plus décens , à refufer les alliances qu'elles jugent
leur être inférieures , & à croupir dans
Poifiveté & dans le vice , fans jamais fe rendre
( 62 )
uriles. On a lieu de regarder l'impoffibilité cù
font les poffeffeurs de ces biens d'en fouftraire à
leur mort les dépenfes qu'ils auroient pu faire pour
les améliorer , comme la principale caufe de leur
détérioration ; en conféquence ils ne s'occupent
point de leur entretien , dans la crainte
de perdre leurs frais qui reſteroient au profit des
héritiers fubftitués aux dépens des cadets , qui ,
ne peuvent fuccéder à ces biens , & ils préférent
d'employer à l'achat d'autres fonds Pargent
qu'ils pourroient employer avec fruit à
la réparation de ceux-ci. Il n'eft pas douteux
que la vente & l'aliénation de tant de maiſons
en ruines , de moulins détériorés , de vignes &
de plantations abandonnées , de terres fertiles
converties en friches , feroient les véritables
moyens de remédier à ces défordres, La Société .
demande un mémoire détaillé , dans lequel ,
après l'expofition des torts produits par les fubftitutions
de biens & les loix en général qui défendent
de les aliéner , le développement de
leurs conféquences , on indique les moyens d'y
remédier.
Le 15 Mai de la même année 1785 , la
Société diftribuera un autre prix fur le fujet
fuivant.
Quelles font les chofes qui contribuent à la
production des fauterelles , les moyens de les
empêcher d'ouver ; & lorfqu'elles l'ont fait ,
quels feroient ceux d'empêcher ces oeufs d'éclore
; ou de préferver les fruits de la terre de
la voracité de ces infectes deftructeurs .
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 31 Janvier.
Les derniers papiers arrivés de l'Améri- .
3
( 63 )
que feptentrionale , ne préfentent que peu de
faits à la curiofité ; nous nous bornerons à
en extraire ceux - ci.
Un corps de 600 Noirs libres , fous la conduite
d'un Colonel mulâtre , s'étoit embarqué à New-
Yorck pour fe rendre à Rofeway dans la Nouvelle
Ecoffe , où il fe propofoit de s'établir & de partager
à fon arrivée avec les Loyalistes les dons
de terres faits par le Gouvernement , ainsi qu'il en
avoit reçu la promeffe. Mais à foa arrivée , il n'a
pas trouvé les Blancs difpofés à s'affocier avec des
Negres ; les premiers ont pris les armes & ont
écarté de leurs habitations une espece d'hommes
avilis dans toutes les parties du nouveau Monde
où ils font voués à l'efclavage , aux travaux les
plus pénibles & les plus vils , & où leur affranchiffement
ne les réintegre pas dans tous les droits
de l'homme , & où leur couleur les exclut à
jamais de l'égalité avec les Blancs . Ils ont été forcés
de fe porter de l'autre côté de la riviere , & de
s'établir à environ 3 milles de la ville de Shelburne ;
ils en conftruifent une autre , à laquelle on donne
le nom de Ville Negre .
On a reçu à Richemont des lettres de
Kenrucke , en date du 21 Octobre dernier ,
dans lesquelles on lit les détails fuivans .
Tout eft tranquille ici depuis le meurtre du
jeune Adams. Les Indiens de l'Ohio foupirent
ardemment après la Paix ; & on reçoit de fréquentes
vifites de leur part à Louisville. Les Tribus
méridionales ne montrent pas des difpofitions auffi
amicales. Elles continuent d'infulter & d'attaquer
nos voyageurs qui s'expofent dans le défert , &
de leur enlever leurs chevaux ; quelquefois elles
fe permettent des excurfions ; dernierement elles
furprirent quelques familles pendant la nuit
( 64 )
tuerent 4 perſonnes , & en bfefferent une more
tellement ; mais le refte s'étant réveillé , les hom-..
mes s'armerent & fondirent fur ces Sauvages qu'ils
forcerent de regagner leurs bois. On mande du
Fort Pitt que le Congrès s'occupe à établir des
limites fixes & permanentes avec les Indiens occidentaux.
Il feroit à fouhaiter pour la sûreté générale
que l'on prit de pareilles mefures avec
ceux du midi. L'ufurpation faite par la Caroline
feptentrionale, d'une portion de leurs terres de
challe , fait craindre de leur part des combinaiſons
dangereufes contre nos établiſſemens.
Selon une lettre de S. Jean de Terre-
Neuve , en date du 29 Octobre , les François
ont pris poffeffion de S. Pierre & de
Miquelon. La garnifon Angloife , & peu
nombreuſe , qui s'y trouvoit , eft retournée
à-S. Jean. On s'attendoit à un hiver rigoureux
, & on faifoit des préparatifs pour le
paffer le plus commodément que l'on pourroit.
:
On avoit publié que le Caton avoit paffé
l'hiver au Bréfil ; mais il paroît qu'on ne l'a
fait que par conjecture du moins jufqu'à
préfent on n'en a point reçu de nouvelles
directes , & on eft toujours dans la même
incertitude , & les premieres inquiétudes fubfiftent.
Tous les détails que l'on a de fon
voyage fe réduifent à ceux-ci .
Le floop de guerre le Hound, qui partit avec
le Caton , le 13 Octobre 1782 , arriva à l'ifle de
Madere le 28 ; il y refla 4 jours avec ce vaiffeau ;
ils en partirent enfemble pour Rio-Janeiro , le 4
Décembre fuivaus; ils n'y demeurerent que 6
( 65 )
jours ; & le ro du même mois , ils fe remirent,
en route ; mais peu de jours après il fut féparé ,
de l'Amiral par un coup de vent . Ce Capitaine
avoit une lettre qu'il ne devoit ouvrir qu'en cas
de féparation ; elle portoit l'ordre de faire voile
pour l'ifle de S. Paul, dans les mers méridionales,
& de gagner une petite ifle appelée Pola - Neyras,
fur la côte de Sumaira ; le floop manqua l'ifle de
S. Paul , & fut pouffé vers Java ; après être revenu
fur fes pas , & avoir éprouvé des calmes , il
l'atteignit , mais il n'y eut aucune nouvelle du Caton
; il continua faroute jufqu'à une factorerie angloife
appelée Topponorilo , fur cette côte , felon
une autreinftruction de l'Amiral; mais il n'y fut pas
plus heureux ; on n'y avoit eu aucune nouvelle
de cet Officier. Après avoir pris des rafraichiffemens
, il fit route pour Madraff , où il arriva le
2 Mai ; mais on n'y a eu non plus aucune nou- :
velle du Caton , & on n'en avoit pas encore reçu le
30 du même mois , datte de cette lettre. L'équi
page du Hound a beaucoup fouffert dans le
cours de fon voyage ; plufieurs hommes font
morts dans la route du Brefil.
Une lettre écrite à bord du Vanfitart, le
22 Août , donne les détails fuivans de l'incendie
du vaiffeau de la Compagnie des
Indes , le Duc de Kingfton.
» Hier à onze heures avant midi , nous avons
été alarmés par un cri de feu ; nous courûmes
fur le pont , & nous vines une fumée épaiffe
fortant du vaiffeau de la Compagine le Duc de
Kingston , Capitaine Mitt. Bientôt les flammes
éclaterent : nous étions alors a un demi-mille
& le Pigot & le Comte d Oxford à 4 milles de
Bous. Le temps étoit calme ; notre Capitaine
mit fes chaloupes à la mer , & tira deux coups
( 66 )
de canon pour avertir les vaiffeaux en vue. II.
eft impoffible de concevoir un fpectacle plus”
affreux que celui que nous avions devant nous :
une foule d'infortunés fe gliffans par des cordes
hors du vaiffeau embrâfé , & reftans fufpendus
jufqu'à ce qu'ils puffent être reçus dans les
chaloupes. La nôtre arriva la premiere , & revint
peu de temps après avec cinq hommes.
Les autres , le bateau , le cutter , expédiés
avec autant de promptitude , s'occuperent à
fauver , autant qu'il fut poffible , des gens de
l'équipage ; car le feu avoit fait de tels progrès ,
qu'il étoit impoffible de tenter de l'éteindre .
Les bateaux des autres vaiffeaux arriverent
& bientôt ils amenerent plufieurs des infortunés
qui alloient périr fans notre fecours . A cinq
heures de l'après midi , le vaiffeau fauta en
l'air avec une explofien terrible ; on n'avoit
pu en retirer tout le monde , & il périt dans
cette trifte occafion 79 perfonnes , parmi lef
quelles étoient plufieurs femmes , quelques enfans
, des foldats & des paffagers . Le Capitaine
Mitt , avec deux Officiers , nous ont
fait vifite ce matin . Il étoit à bord du Pigot,
quand le feu éclata. Ce malheur eft l'effet de
l'imprudence d'un Matelot , qui , en tirant de
la liqueur forte d'un tonneau , y laiffa tomber
une étincelle qui l'embrâfa ».
-
Les divifions qui fe font élevées entre le
nouveau Miniftere & le Parlement continuent
toujours ; M. Fox , en quittant fa
place , caufe beaucoup d'embarras à ceux
qui lui ont fuccédé ; & peut être finira- t- il
par les en faire defcendre eux- mêmes , ou
par les forcer à fe l'affocier ; la fuite des débats
Parlementaires fera mieux voir quelles'
( 67 )
peuvent être fes efpérances , en montrant
quelle a été jufqu'à préfent l'influence de fon
parti.
La féance du 24 à midi , conformément à
l'ajournement , fut moins orageufe qu'on ne
fembloit devoir s'y attendre après ce qui s'étoit
paffé le même jour, M. Powis , ami de
M. Pitt , qu'on crut avoir pu s'être concerté
avec lui , malgré les affurances qu'il donna du
contraire , continua à faire prendre un cours
plus modéré aux débats. Après avoir déclaré
qu'il jugeoit la diffolution du Parlement dans les
circonftances préfentes , une meſure très - dangereufe
, il dit qu'il avoit une motion à faire ;
mais qu'auparavant il feroit une queſtion au
Miniflre , dont la réponſe le décideroit à la propofer
ou à la fufpendre . Cette ouverture excita
beaucoup de curiofité , & fi elle ne la calma pas ,
elle fit diverfion à ce qui reftoit de la chaleur
du matin. I demanda à M. Pitt de s'expliquer
comme Miniftre fur la diffolution du Parlement ;
mais en reftreignant la queftion , il la borna à
favoir fi la Chambre s'affembleroit encore le 26.1
M. Pitt fe contenta d'aflurer que fon deffein
n'étoit pas de s'y oppofer ; & cette réponſe , qui .
n'étoit pas auffi précise qu'on eût pu le defirer
, & dans laquelle il ne voulut prendre aucun
engagement pour un terme plus éloigné
fatisfit M. Powis qui fufpendit fa motion , &
propofa un ajournement , parce que les Miniftres.
avoient devant eux deux jours de réflexion ;qu'on
pouvoit trouver dans cet intervalle des moyens
d'accommodement ; il fit des voeux pour le fuccès
, l'éloge de M. Pitt & de M. Fox , dont il
étoit à fouhaiter que les talens fuffent réunis
pour le bien de la nation. Plufieurs Membres
( 68 )
s'exprimerent comme lui. M. Marsham obferva
qu'en effet la diffolution du Parlement auroit
des fuites très-funeftes . La Chambre a arrêté tous
les bills d'argent ; le tréfor eft fermé ; la paye ,
votée pour l'armée , ne l'eft que jufqu'au 23
Février ; il faut la continuer , & les Miniftres
ne peuvent , contre le voeu de la Chambre &
au mépris des loix , tirer un feul fcheling du
tréfor. M Fox , avant de paffer la motion de
l'ajournement , defira qu'on en laiffât faire une
à fon ami M. Eden ; il affura qu'elle n'étoit
point hoftile ; mais , à la demande de M. Marsham
, il fe défifta , & la Chambre s'ajourna.
Pendant la féance du 23 , il y avoit eu plufleurs
Pairs dans la Chambre des Communes ;
on y avoit vu le Prince de Galles qui s'étoit
retiré avant qu'elle fe divisât pour aller aux
voix. Il ne s'y trouva pas le 26 ; mais on y vit
les Lords Stormond , Walfingham , Derby , & c .
M. Martin exigea qu'ils fe retiraffent , & ils y
furent forcés , malgré le voeu de quelques Mem--
bres qui trouvoient le procédé indécent , puifque
les Membres des Communes étoient admis
dans l'autre Chambre , quand la curiofité les y
conduifoit. M. Eden fit enfuite la motion annoncée
par M. Fox ; c'étoit de lire la réponſe
du Roi à l'adreffe de la Chambre ; après quoi™™
il fit cette nouvelle motion : Il paroît à la
Chambre que la réponſe gracieuſe de S. M. contient
l'affurance pofitive & fur laquelle elle repofe
avec confiance , que S. M. ne veut point , par
prorogation ou diffolution de fon Parlement ,
interrompre cette Chambre dans l'examen
des meſures convenables pour mieux régler le
gouvernement de l'Inde , pour foutenir le crédie
& le revenu publics ; objets qui , felon l'opi
nion de S.. M. , de la Chambre & de la nation ,
( 69 )
exigent l'attention conftante & immédiate du
Parlement. M. Marsham en appuyant cette notion
, expliqua la réponſe du Roi de maniere
qu'elle étoit un engagement formel de ne point
diffoudre le Parlement. M. Pitt s'éleva contre
cette explication ; il rappella que dans les débats
antérieurs on lui en avoit donné une contraire
; il obferva que le Roi ne pouvoit avoir
lié ainſi lui - même la prérogative de diffoudre
le Parlement ; il répondit enfuite au reproche
qu'on lui avoit fait de ne point répondre aux
questions de la Chambre ; il déclara qu'il la refpectoit
, & finit par affurer qu'il n'avoit point
confeillé de diffolution . M. Fox dit auff - tốt
que s'il avoit daigné faire cette réponſe quinze
jours auparavant , il auroit épargné à la Chambre
& à la nation bien du trouble & des anxiétés
, & à plufieurs perfonnes bien des dépentes .
Il ne trouva pas que le Miniftre eût fatisfait fur
les autres objets. Comment prouvoit - il ton ref
pect pour la Chambre en reftant en place contre
fon vou formel ? Ignoroit - il que fa con
duite étoit contraire à la conftitution . M. Pitt
répondit : Aucun individu ne peut fe regarder
comme au -deffus de la Chambre ; des fentimens
libres & la liberté de les expofer font le droit
de tout homme , & je vais en uſer. Celui de renvoyer
des Miniftres appartient à la Couronne &
non à la Chambre . Il ne peut être illégal de
garder une place dont la résignation feroit injurieufe
au pays. Ce langage eft celui de la conftitution
, & ne peut être regardé comme un
manque de refpe&t . Je refte par un principe de
néceffité. M. Fox répliqua à cette juftification
qu'il n'avoit jamais contefté le droit de la Cou
ronne ; mais la Chambre , dit- il , a celui de s'adreffer
au Roi pour en obtenir l'éloignement
( 70 )
des Miniftres qui n'ont pas fa confiance ; il ne
voyoit point de danger dans leurretraite , que pou
voient-ils faire ? Le Gouvernement étoit -il ftable
? Le voeu de la Chambre étoit la véritable
fource d'une forte adminiftration . Après quelques
débats , la motion paffa & la Chambre s'ajourna
au Jeudi 29 .
-
Dans l'intervalle qui s'eft écoulé jufqu'à
cette féance, il y a eu bien des mouvemens ,
qui prouvent qu'en effet la Coalition eſt
très puiffante , qu'il fera très difficile de la
vaincre, & qu'il faudra finir par coalifer avec
elle. Plufieurs membres ont exprimé ce vou ,
& peut- être explique - t-il la véritable caufe
qui a fait décroître en apparence la majorité;
les voix , qui dans les dernieres réfolutions
n'étoient pas pour elle , ne fe font retirées
que dans l'attente d'une réunion , & peuvent
revenir, fi elle ne s'opere pas .
Plufieurs perfonnes , également confidérables
par leur rang & par leur fortune , perfuadées de
la néceffité d'une réunion , s'affemblerent le 26
pour délibérer fur les mefures les plus propres à
l'opérer ; elles choifirent M. Grofvener pour les
préfider , & elles prirent la réfolution de nommer.
des députés qui iroient voir le Duc de Portland
M. Pitt & M. Fox , à qui ils déclareroient que leur
deffein étoit d'appuyer de toutes leurs forces le
parti qui fe montrera le premier difpofé à un accommodement.
Le 28 les Députés rendirent
compte de leur miffion à l'affemblée qui avoit été
groffie de plufieurs membres des deux Chambres ,
animés du même efprit , Le Duc de Portland leur
avoit répondu , qu'il étoit difpofé à une réunion
générale , & qu'il étoit en effet à fouhaiter que
( 71 )
tous les hommes de talens & d'intégrité joigniffent
leurs efforts & leurs fervices pour la patrie dans
un moment de crife comme celui - ci , mais en formant
ce voeu il devoit avoir égard au principe
fondé non feulement fur le caractere perfonnel ,
mais fur des confidérations plus publiques. Aucune
union ne pourroit être fincere G elle n'avoit
une bafe conftitutionnelle ; le Miniftere actuel
avoit été formé par une fecrete influence ;
il confervoit , non pas le pouvoir, mais les places,
contre le voeu manifefte de la chambre des Communes.
Il ne pouvoit , en conféquence , traiter
d'union avec lui que lorsqu'il les auroit quittées ,
& que chacun de ceux qui le compofoient fe feroit
mêlé à la maffe des Citoyens. M. Pitt
avoit témoigné le même defir pour un accommo .
dement ; mais plus attaché au bien public qu'au
pouvoir , il ne pouvoit confentir à quitter fa
place , à la laiffer prendre à des perfonnes dont il
défaprouvoit les principes , & qui chercheroient
à les faire adopter , du moins celui du bill del'Inde
de M. Fox , qui établiroit un pouvoir inconnu juf
qu'ici à la conftitution ; qu'il ne pouvoit y confentir
, & qu'il falloit qu'on l'affurât que ces principes
feroient abandonnés avant qu'il cédât fa
place. La réponſe de M. Fox étoit conforme
à celle du Duc de Portland ; il ajouta , relativement
à l'opinion de M. Pitt fur le bill de l'Inde ,
que c'étoit un point qui devoit être difcuté antérieurement
à la réfignation ; mais qu'il falloit
fe mettre fur un pied égal , qu'alors on négo-
* cieroit fur tous les objets exiflans de différend ;
qu'il y en avoit plufieurs outre celui du bill de
I'Inde, mais le premier paroit être la réfignation
des Miniftres , puifque rien ne pouvoit être tenté
tant qu'ils referoient en place , contre le voeu
de la Chambre des Communes. Ce rapport
( 72 )
occafienna beaucoup de debats dans l'affemblée ;
en expola différens partis à prendre ; mais enfin
on convint qu'il n'y avoit pas d'efpoir d'entreprendre
une négociation jufqu'à ce que M. Pitt
eût réfigné ; & on dit que la députation a été
chargée de lui recommander cette meſure , &
de laiffer fa place vacante pendant quelques jours
pour faire l'effai de la médiation de l'affemblée ;
en lui faiſant cette ouverture on ajoute qu'on l'affure
de l'appui le plus conftant fi le parti oppoſe
manifefte des difpofitions contre l'union . Selon
d'autres rapports , l'affemblée n'a pas jugé la demiffion
du Miniftre néceffaire , elle a penſé que
l'on pourroit trouver des tempéramens pour
concilier les principes des deux partis fans exiger
des facrifices de part ni d'autre.
L'efpoir du fuccès de ces négociations a fufpendu
auffi les réfolutions qui devoient être priſes
dans la Chambre Haute . Le 27 , le Lord Effingham
jugea à propos de fe juftifier de n'avoir
point fait les propofitions qu'il avoit annoncées
précédemment. La conftitution , dit- il , a tiré
une ligne de féparation entre les trois branches de
la légiflation ; aucune ne peut entreprendre fur ce
qui appartenoit inconteftablement à une feule.
Une chaleur momentannée peut cependant faire
paffer dans l'une des deux Chambres , quelque
réfolution qui ne doit être prife que dans l'autre ;
ce feroit une infraction à la conftitution . Perſonne
n'ignore qu'il y a actuellement des différences
d'opinion , ces différences excitent de l'aigreur ,
& pendant qu'elle fubfifte , il faut fufpendre les
délibérations pour lui laiffer le temps de fe calmer.
On travaille à un accommodement entre
les partis ; on efpere que les négociations auront
une heureufe iffue ; je me propofe de l'artendre
juſqu'à la femaine prochaine. S'il n'atrive
( 73 )
rive aucun changement d'ici à ce temps - là , les
circonftances préfentes exigent de la part de la
Chambre , des difpofitions & des mesures qui
faffent ceffer un défordre qui ne pourroit qu'être.
nuifible à la nation.
Le parti que prennent les Pairs eux- mêmes
, de tout fufpendre dans ce moment ,
prouve peut-être encore mieux , que la Coalition
n'eft pas aifée à réduire , & qu'on juge
une réunion utile & néceffaire ; & tandis
qu'a' a l'exemple de la ville de Londres , plufieurs
autres villes & bourgs d'Angleterre
ent pris ouvertement le parti de la nouvelle
Adminiſtration contre la Chambre, des
Communes & remercié le Roi d'avoir
renvoié fes anciens Miniftres ; on ne feroit
pas étonné de voir ceux - ci , ou du moins
quelques- uns , revenir en place.
•
Tel étoit l'état des chofes , le 28 au foir , dit
un de nos papiers. L'entremife de la Confédération
de l'union , qui s'érige en médiatrice entre
les deux partis , n'avoit encore rien effectué.
M. Fox ne veut point entendre parler d'accommodement
, tant que M. Pitt reftera en place ;
& M. Pitt , foutenu , encouragé par le Roi , perfifte
à vouloir que M. Fox vienne traiter , pour
ainfi dire , avec lui , à l'hôtel de la Trésorerie
& qu'il reconnoiffe par conféquent que la majorité
des Communes , quoique très - puiffante ,
puifqu'elle néceffite un accommodement entre le
Miniftere & le parti de l'Oppofition , n'a cependant
pas le droit de nommer arbitrairement les
Miniftres de l'Etat. Les débats du 29 devoient
décider la queftion , & dans le comité fur l'état
de la nation , M. Fox devoit faire des motions ;
Nº. 7. 14 Février 1784.
d
( 74 )
9
mais ces motions & le comité n'ont point eu-lieu.
M. Fox lui-même a ajourné les Comniunes au 2
du mois prochain , pour donner encore , a -t -il
dit , quelque répit aux Miniftres , & leur laiffer
de tems de fe déterminer de bonne grace à embraffer
les principes de l'union qui leur a été
offerte. Depuis cette féance , la confédération
de l'union s'cft affemblée plufieurs fois. Ses députés
ont eu divers entretiens avec M. Pitt , qui
a toujours déclaré qu'il ne pouvoit conſentir à
quitter fa place ; que fi le Duc de Portland étoit
dans l'intention de s'aboucher avec lui , pour
effayer de concilier les différentes opinions , &
travailler à opérer une réconciliation générale ,
il étoit prêt à lui donner les détails les plus clairs
& les plus fatisfaifans fur les motifs de fa conduite.
Une des raifons de M. Pitt , eft , dit-on.
celle- ci fi après fa réfignation la négociation
vient à échouer , il feroit obligé , en reprenant
fa place dans le Miniftere , de fe faire réélire
Membre de la Chambre des Communes ; ce qui
le forceroit à en être abfent au moins 15 jours ,
& pendant ce tems l'Oppofition auroit l'avantage
de combattre une armée fans chef , & de faire ce
qu'elle voudroit. On parle de plufieurs conférences
qui ont eu lieu , on dit même , mais on
ne peut l'affurer , que le Roi a fait venir le Duc
de Portland . Lopinion générale eft que la trève
fera obfervée jufqu'à lundi prochain , & que paffé
ce jour , les mediateurs ne s'oppoferont plus aux
mefures que pourront prendre M. Fox & fes
amis : l'affociation de l'union , qui n'eft cependant
compofée que de Francs - Tenanciers vivans
à la Cour , paroit , dit - on , approuver la conduite
de ces derniers.
:
On n'a vu depuis quelque temps dans tous
nos papiers , que des tableaux touchans de
75 )
la mifere & de l'abandon où fe trouvent les
Lafcars arrivés de l'Inde avec les derniers
vaiffeaux de la Compagnie. On s'empreffoit
de les recommander à la charité publique ,
il paroît qu'ils étoient fort exagérés , & que
c'eft leur faute , s'ils ne retournent pas dans
leur pays.
1 .
Le 28 , le Lord Maire expofa leur fituation à
la Cour des Aldermans , & un Capitaine des
vaiffeaux de la Compagnie , qu'il avoit prié
d'être préfent, donna les éclairciffemens fuivans ,
il avoit amené de l'Inde 40 de ces Lafcars ; il
payoit depuis leur arrivée 9 fchelings par femaine
à chaque homme , pour le logement & la nourriture
; il avoit foin de les pourvoir de ce dont ils
avoient befoin. Dernierement il avoit fait des
conventions avec le Capitaine d'un vaiffeau qui
eft actuellement à Gravefend , pour les ramener
dans leur pays ; mais ils refufoient de s'embar.
quer. Il déclara qu'il étoit prêt à leur payer plu-
Heursmois de gages au moment où ils monteroient
à bord. Il ajouta que leur féjour lui coutoit beaucoup,
que s'il manquoit l'occafion qu'il avoit de les
renvoyer, il n'en trouveroit pas une autre avant un
an , ce qui feroit très - frayeux pour lui, La Cour
des Aldermans ne jugeant pas que ces Lafcars
fuffent fous la jurifdiction de la ville , lui confeilla
de s'adreffer au Magiftrat compétent , qui
fur fa rêquête les feroit arrêter, conduire à bord
& les forceroit à s'embarquer.
Il y a huit ans qu'on a fait dans le Comté
d'Aberdeen une affociation pour la deftruction
des renards , des aigles , des faucons & autres
bêtes qui font tant de tort aux troupeaux , aux
volailles & au gibier . On a détruit en conféquence
507 renards , 34 chats fauvages , 48
dz
( 760)
fouines , 58 aigles , 1278 faucons & milans , &
1157 cormorans , corbeaux & corneilles.
On lit dans un de nos papiers une anec
dote affez finguliere.
« Le 3 de ce mois , écrit- on de Salisbury ,
Jean Adlam , du Comté de Sommerfet , fut
marié à Anne Roger. Cet homme , d'une taille
contrefaite , & d'une figure qui n'eft pas celle.
d'un favori de l'amour , paroît être celui de
l'himen Anne Roger eft la quatrieme femme
qu'il époufe depuis 1780. Une remarque affez
extraordinaire qu'on fait à l'occafion de fes
nombreux mariages , c'eft que fes trois premieres
femmes font toutes mortes en couches
un Jeudi , & ont été enterrées le Mercredi
fuivant . I époufa la premiere un Jeudi , la
feconde & la troifieme un Vendredi , & la
quatrieme un Samedi ; il a porté à fes quatre
noces le même habit , la même perruque & la
même canne .
1
P S. De Londres le 3 Février . La Chambre des
Communes s'eft affemblée hier , & les deux motions
fuivantes ont paffé , l'une à l'unanimité ,
& l'autre à une majorité de 19 voix contre les
Miniftres . La premiere a été faite par M. Grofvenor
, Président de l'affociation de l'union. L'opinion
de cette Chambre eft que la fituation cri
tique de l'Etat exige une adminiftration ferme ,
puiffante , & unie pour rétablir la confiance &
mettre fin aux divifions qui agitent ce pays.
La feconde , par M. Cooke , un des amis de
M. Fox. La continuation de l'adminiſtration actuelle
en place eft un obftacle à l'union dea
venue fi néceffaire pour concilier la confiance
de la Chambre & du Public. M. Pitt a dé-
1
claré que les réfolutions de la Chambre des Communes
ne lui feroient pas donner fa démiffion ; &
on croit en conféquence que la Chambre votera
( ウラ)
aujourd'hui une adreffe pour le renvoi des Mi
niftres. Tout efpoir de conciliation paroît
abandonné ; ceux qui ont dit que les majorités
de M. Fox alloient toujours en diminuant , pa
roiffent s'être trompés ; & on eft fort curieux de
favoir s'il la confervera dans la féance d'aujourd'hui.
FRANCE...
DE VERSAILLES , le 10 Février.
Le 1 de ce mois , l'Univerfité de Paris
ayant à fa tête fon Recteur , eut l'honneur
de préfenter au Roi , felon l'uſage , le cierge
de la Chandeleur.
Le 2 , les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Efprit fe font affemblés
dans le Cabinet du Roi . S. M. tint un chapitre
dans lequel elle nomma Chevalier de l'Ordre
le Duc de Clermont- Tonnerre , le Duc de Lianteren
& le Comte d'Apchon ; elle fe rendit
enfuite à fa Chapelle avec l'appareil ordinaire,
où elle entendit la Meffe chantée par fa_Mufique
, célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
Commandeur de l'Ordre , à laquelle la Reine
& les Princeffes affifterent dans la tribune , &
pendant laquelle la Comteffe de Gand fit la
quête. L'après - midi , le Roi & la Famille
Royale entendirent le Sermon par l'Abbé Lenfant
, & auxquelles l'Abbé de Granderatz
Chapelain de la Grande- Chapelle , officia.
DE PARIS , le 10 Février.
Les nouvelles qu'on avait reçues de Conftantinople
il y a quelques jours , faifoient
défefpérer d'un arrangement entre la Ruffic
& la Porte ; on prétendoit que dès le 25
Décembre , les conférences avoient été romd
3
( 78 )
pues , & que M. de Bulgakoff fe préparoit
à partir. Le Divan , en reconnoiffant l'occupation
de la Crimée , vouloit , dit- on , que
la Ruffie abandonnât l'ifle de Taman. Cette
difficulté a cependant été levée bientôt ,
puisque le 3 de ce mois , à 8 heures du matin,
M. le Comte de Mercy a reçu un courrier
de Vienne, qui lui annonçoit que tout
étoit arrangé , un courrier de M. le Comte
de Noailles a apporté auffi cette nouvelle à
Verfailles.
La convention confifle en 3 articles. Par le
1 , la Porte reconnoît l'occupation de la Crimée ,
du Cuban & de l'ifle de Taman , & content à la
réunion à perpétuité de ces pays à l'Empire de
Ruffie . Dans le 20, les deux Parties contractantes
confirment les Traités & Conventions de 1774 ,
1775 & 1779 , ainfi que le Traité de Commerce de
1783 , à l'exception des articles 3 & 4 de la Convention
explicatoire du 10 Mars 1779, concernant
les Tartares ( ce font ceux qui regardent l'indépendance
des Tartares ) , lefquels articles fontannullés.
La Ruffie affure & garantit à la Porte
la poffeffion & la propriété de la fortereffe d'Oc
zakow & de fon territoire . Le ze fixe les limites
des Tartares à la riviera de Cuban , jufqu'à la
Géorgie . L'échange des ratifications eft fixée à 4
mois du jour de la fignature de cette convention.
Elle a été fignée le 8 Janvier par 4 Miniftres du
Divan & par M. de Bulgakow..
Le froid eft toujours rigoureux , quoique moins .
qu'il ne l'a été il y a quelques jours . La femaine
derniere il y a eu une efpérance de dégel , qui
paroît le foutenir. On fait du feu dans les
places publiques , dans les cloîtres des Couvens
, &c.; & aux portes des Commiffaires on
diftribue du bois aux pauvres familles du quar(
79 )
fier. Ces fecours font dûs , comme nous l'avons
dit , à la bienfaisance du Roi , S. M. ayant ré
pété à M. de Calonne qu'il n'y avoit aucune dé
Fenfe qui ne dut être retranchée s'il le falloit
pour celle-la. La Reine , auffi ferifible à la mifere
momentanée à laquelle le peuple étoit expofé
par la rigueur de la ſaiſon , & l'interruption
de fes travaux a envoyé soo louis de fa caf
fette pour être diftribués de la même maniere que
les fecours donnés par le Roi , Beaucoup de perfonnes
bienfaifantes ont fuivi l'exemple donné
par L. M. , & jamais les aumones n'ont été auffi
ahondantes.
"
M. Blanchard , dont le projet d'un vaiffeau
deftiné à voguer dans les airs , a été annoncé
il y a long - temps , en promet aujourd'hui
l'exécution prochaine ; la difficulté
de s'élever paroît avoir feule fufpendu fon
expérience ; elle n'existe plus depuis la découverte
de M. de Montgolfier , au génie
duquel il rend hommage ; c'eft le moyen
qu'il a indiqué qu'il employera ; mais il fe
fervira , pour le diriger , de ceux qu'il a imaginés
lui- même.
"
Les arts , dit - il , dans une lettre qu'il a publiée ,
ne font-ils pas faits pour s'entraider ; je ne rougis
donc pas d'annoncer que je fais faire , chez
M. Tourillon , à fa fabrique de taffetas ciré , rue
Pavée S. André- des- Arts , un globe à l'inftar de
celui de MMM. Charles & Robert ; mes ailes
mes mouvemens pour ma direction font faits &
éprouvés . Un foible moteur les fait agir dans
tous les fens , avec affez de force pour me porser
en ayant , à droite , à gauche , me tenir à telle
hauteur qu'il me plaira , me laiffer defcendre à
d4
( 80 )
volonté fans déperdition d'air inflammable ; c'eft
fur cette certitude qu'une perfonne de qualité
me prépare une fête à fon château près Paris
avec plufieurs amis , le jour que je partirai . Je
défignerai la veille de mon expérience le local
que j'ai choifi à cet effet , vafte , quoique fermé ,
à la portée de tous les habitans de la capitale .
Les amateurs pourront aisément voir tous les
mouvemens que renferme mon vaiffeau volant ;
je ne nommerai qu'en partant le château où le doit
terminer ma traversée ; mais je ne m'éloignerai
de ma compagnie qu'après avoir taché , par des
évolutions multipliées dans tous les fens de meriter
le fuffrage univerfel . Mon expérience aura lieu le
28 de ce mois ; fi le jour que je fixe n'étoit favorable
ni pour moi , ni pour les fpectateurs , l'expérience
feroit remife au lendemain , ou à un jour
plus commode . Je fais que quantité d'amateurs
dfirent voir les moyens méchaniques que j'emploie
pour ma direction ; en conféquence , je
commencerai demain , 6 du préfent , à faire délivrer
des billets pour l'expérience , à raifon de
3 liv. le billet. On pourra , en venant les prendre
ál'hôtel de Viennay , grande rue Taranne, F. S. G.
vifiter les ouvrages , tant anciens que nouveaux
que j'ai tous faits dans cet hôtel. P.S. J'oubliois
de dire qu'un Phyficien m'accompagnera ,
& qu'il fe propoſe de faire des obfervations pendant
que je m'occuperai de mes évolutions & de
ma direction . Ce Phyficien , après s'être affuré
des moyens que j'emploie pour me garantir d'une
chure rapide , en cas que le ballon vint à faire
explofion , me preffe fortement pour monter au
plus haut poffible , »
Voilà un nouveau voyage aërien : mais
tous ceux qui ont été faits
ne font que 'des
81 )
bagatelles , en comparaifon de celui dont
on donne ainfi la relation dans un papier
public , dont l'auteur a voulu s'égayer.
Le Docteur Pref , frere d'un Curé d'Auver
gne , après avoir fait diverfes expériences fur les
ballons aeroftatiques , monta lui - même dans la
galerie d'un de ces ballons , le 29 Novembre
dernier ; il fit préalablement dreffer à Iffoire un
procès-verbal , qui conftatoit l'heure , le jour &
le lieu de fon départ. Ses proviſions de bouche
furent embarquées avec lui ; il annonça qu'il alloit
faire un voyage qui lui fetoit autant d'honneur
que l'invention des machines aeroftatiques
en fait à MM. de Montgolfier ; enfuite il s'éleva
& fut perdu de vue en peu de minutes. Au bout
de 2 jours , il n'étoit pas encore revenu . Tous
fes amis étoient dans la confternation ; enfin le
4 décembre on eut de ces nouvelles par un exprès
venu du Puy- en- Velai , & on apprit qu'il étoit
defcendu fur la montagne de Vezin , & qu'il prioit
les témoins de fon départ de l'être de fon arrivée.
Les curieux s'étant rendus à fon invitation ,
il leur tint ce langage : je viens de la Chine. On
le crut fou ; voici , ajouta t- il 3 procès - verbeaux
qui conftatent le fait l'un eft figné de 2 Français
, le fecond de 3 Anglais , & le troifieme de
5 mandarins. Mon voyage auroit été plus court
de 24 heures ; mais on employa une journée entiere
à la Cour de Pekin pour faire venir des
Européens qui puffent m'entendre . Plus il parloit
, plus on étoit étonné ; enfin il leur expliqua
fa methode . Elle confiftoit à s'élever au- deffus
de l'atmoſphere de notre planette qui tourne
avec elle. Parvenu à cette hauteur , il calcula la
rotation du globe , & lorfqu'il vit qu'il devoit ſe
trouver fur la Chine , il fe laiffa aller. Au retour
:
d s
( 82 )
༣
même cérémonie ; mais fa pendule ayant éprou
vé quelqu'altération , fon calcul s'en reffentit ; &
au lieu de defcendre à foire , comme il fe l'étoit
propofé , il defcendit au mont Vezin ; l'erreur
n'eft pas immenſe , &c .
Cette relation dirigée fans doute contre
un excès d'enthouſialme contre tant de
plans ridicules de direction, dans lesquels on
n'a pas pris garde à tout , excufe que l'auteur
a eu grand foin de fe ménager auffi pour la
donner à fon tour , a du moins le mérite de
la gaieté ; mais s'il a youlu guérir l'enthoufiafme
, l'exaltation de l'imagination ,
fans doute manqué fon but ; ces deux maladies
de l'efprit humain réfiftent à tout , &
ne cedent qu'au temps..
Les Anglois fe font vantés d'avoir été les
premiers à trouver les moyens d'exifter fous
les eaux ; & d'après leurs papiers , nous avons
rendu compte dans le temps d'une expérience
qu'ils avoient faite ; nous avons annoncé
aufli d'après eux la mort de l'auteur
qui s'étoit noyé. Cette découverte intéreffante
, n'étoit pas neuve. Depuis long- temsles
principes d'après lefquels ils ont travaillé
étoient connus ; M. Freminet en France en
avoit démontré les défauts & les dangers
& il avoit imaginé une machine bien plus
fimple , bien plus sûre, dont il a fait diverfes
expériences dans la riviere de Seine , & enfuite
dans la mer , c'eft par elles qu'il a rẻ-
pondu aux objections ; & c'eft ainfi qu'il en
end compte lui- même.
( 83 )
Arrivé au Havre , je jugeai à propos d'éprou
ver la différence que je devois néceffairement
trouver entre l'eau de mer & celle de riviere.
Je fis fortir un bâtiment par un temps houleux
à deux lieues du Havre , j'employai fix femain es
à des expériences toujours nouvelles , pendant
lefquelles j'examinai par gradation la force de
la preffion jufqu'à cinquante - cinq piés , ainfi
que la liberté des articulations. Affuré du fuccès
, je priai M. Miftral , Commiffaire Ordonnateur
de Marine , & M. Cyries , Capitaine de
Port , d'être préfens à mes expériences. Nous
fames à la même diftance ; & le 7 Juin 1774 ,
je fis defcendre un homme à 50 piés de profondeur
; il y refta une heure , & ne trouva que
de la vafe dure qu'il rapporta . Il defcendit enfaite
pour attacher des ancres & autres effets
tombés par accident , qui furent retirés . Plufreurs
Matelots qui en voulurent faire l'effai
y defcendirent aufi , & aucun ne fe plaignit
d'y avoir fouffert la moindre incommodité....
H me feroit impoffible de rendre les différentes
fenfations que j'éprouvai dans une de mes épreu
ves particulieres. J'eus la curiofité de defcendre
au moment que la marée montoit ; & pour me
garantir du courant , & me tenir dans un étar
de ftagnation , j'avois fait mettre un fecond
cable à l'ancre qui devoit retenir le bâtiment,
& qu'on avoit amaré à ma machine. Je jouillois
fous l'eau de la plus grande clarté , & je dif
tinguois parfaitement les objets à plus de 15
piés de diftance , fans fouffrir aucuns des effets
que produit le roulis fur ceux qui n'y font pas
accoutumés , & dont j'avois été incommodé fur
le bâtiment ; c'eft- là que j'examinai le courant
qui refouloit les eaux de la Seine , la force avec
laquelle les galets & les coquillages étoient re
um ind o
·· 84 ).
-
pouffés vers la terre , & le droit d'en jouir le
premier augmentoit ma fatisfaction . J'arrivai
à Breft dans les premiers jours de 1776 ;
je me préfentai à M. le Comte d'Orvilliers &
à l'Etat Major de la marine , pour favoir de
quelle nature étoient les expériences qu'on exigeoit
de moi. On me demanda fi je pourroîs
clouer une plaque de plomb fous un vaiffeau ;
fi je pourrois rapporter un boulet attaché à un
cable , qu'on feroit paffer fous la quille d'un
autre vaiffeau ; & fi je pourrois retirer du fond
du port quelqu'effet naufragé . Je fis mon premier
effai fur la frégate la malicieufe , & certain
de mon fucces, j'affurai ces Meffieurs que
j'étois en état de faire les expériences qu'ils m'avoient
demandées. Ils fe tranfporterent dans le
port , & m'ordonnerent de clouer une plaque
de plomb fous la quille du Bizarre ; ils me
firent faire la même opération à la Ville de
Paris; je détachai & je rapportai un boulet
de 12 , qui avoit été fufpendu fous le vaiffeau ;
les vaiffeaux ayant été virés en quille , on reconnut
que les plaques avoient été clouées aux
endroits qu'on m'avoit indiquées . Je rapportai
de 40 piés fous l'eau une maffe de fer emmanchée
qui y étoit tombée par accident . Je pro
pofai enfuite de retirer d'autres objets que j'avois
apperçus , & de faire en pleine mer fous
les vaiffeaux les mêmes expériences que je venois
de réaliſer dans le port ; mais on me répondit
que ce que j'avois fait étoit fuffifant ,
& qu'on en rendroit compre au Miniftre. - Je
voulus faire auffi quelques expériences dans la
riviere de la Vilaine ; la rapidité de fon courant ,
& l'obfcurité que je devois néceffairement trouver
à caufe des terres vafenfes qui troublent fes
eaux m'y déterminerent . Je me fis promener par
✔
( 85 )
le moyen d'un canot , à différentes profondeurs
fur un terrein vafeux . Je trouvai en tatant plufieurs
pieces de bois de charpente , fondrieres
, des ancres & autres objets perdus qui furent
amarrés & retirés .... Toutes ces expériences
m'ont convaincu de la différence qu'il feroit néceffaire
de mettre dans la conftruction des machines
, relativement aux opérations qu'on fe
propoferoit de faire . Celle que l'on deftineroit à
vifiter un vaiffeau à la mer , & à boucher une
voie d'eau , feroient beaucoup plus légeres &
plus libres dans leurs mouvemens , attendu que
la preffion qu'on éprouve eft peu fenfible. Le réfervoir
étant adapté à la machine , contiendroit
huit pouces cubes d'air , & la méchanique qui y eft
placée , le déphlogiſtiqueroit. On pourroit ref
ter fous l'eau une demi heure & plus s'il étoit
néceffaire ; mais la vîteffe avec laquelle on peut
defcendre & remonter pour faire le rapport des
dom mages qu'on a vus , & prendre les chofes néceffaires
pour y remédier , n'exigent jamais plus
de 15 minutes dans l'eau ..
Cette découverte ne fauroit être plus intéreffante.
M. Freminet donne à ſa machine
le nom de Hydroftatergatique ; elle mérite
en effet d'être diftinguée des autres
de cette efpece. Il n'eft pas le feul qui fe foit
occupé de cet objet. M. Rougeault de la
Foffe- Hubert annonce auffi une découverte
encore plus prodigieufe : en applaudiſfant
lui-même à M. Freminet , il expofe ainfi les
moyens qu'il a imaginés , mais dont l'expérience
n'a pas encore été faite.
« Ce fut en lifant , il y a deux ans , quel
ques Ouvrages qui parurent dans le temps que
( 86 )
le Docteur Hartley , inventa fa cloche de plongeur
, que je cherchai les moyens d'exifter dans
Feau , & de voyager fans être foutenu dans les
eaux douces & ftagnantes. Je crois être arrivé à
mon but, Ea conftruction de la machine hydroftatique
dont je m'occupe actuellement n'eft pas
fort compliquée ; le faccès en eft certain. On
pourroit même avec elle faire des voyages de
long cours dans les eaux au fond des mers. Peutêtre
m'objectera-t- on que les poiffons voraces , &
ceux à qui la Nature a donné des armes offenfives
, tels que le requin , la fcie , l'efpadòn , le
genre des cétacées , en un mot , ne verront
point avec plaifir que les mortels veuillent leur
difputer un élément dans lequel ils font nés , &
dont ils fe font regardés jufqu'à préfent comme
les fouverains. Cette objection fe réfoud d'ellemême
, puiſque , avec ma machine hydroſtatique ,
on pourra exifter dans les mers fans avoir rien à
craindre de leurs armes . Je dis plus , j'exifteral
même avec une parfaite fécurité dans les eaux
du Nil , du Sénégal , infectées de crocodilles ;
quoique cet amphibie ait une antipathie naturelle
pour l'efpece humaine. Confidérons - la maintenant
du côté des avantages qu'elle pourra nous
procurer. On pourra par ce moyen fauver jufqu'au
plus petit ballot de marchandifes d'un vaiffeau
fubmergé , même dans les eaux profondes ,
avantage que n'a point la machine de M. Freminet
; amarrer un vaiffeau ( la mechanique nous
fournit déjà des moyens de faire furnager les malfes
les plus lourdes ) on peut encore s'en fervir
pour affeoir les jettées d'un port , visiter l'intérieur
des canaux , les éclufes . Elle fera de la plus
grande utilité pour la pêche des huîtres perlieres ,
non-feulement dans le golfe Perfique ; mais dans
bes autres mers où elles fe trouvent pour la pê
( 87 )
?
che des huîtres communes , du corail , pour lever
la carte entiere des mers , diriger furement un
vaiffeau, lui faire éviter les rochers contre lefquels
il pourroit échouer. Elle peut être également
utile pourles foffes infectées de méphitisme , pour
exploiter les mines fans rien craindre du plomb.
Les machines de MM . Wright & Coxe , laiſſant
les membres expofés à la preffion des eaux les
mettent hors d'état d'agir librement dans ce
fluide . Je compte faire des effais avec ma machine
pendant quelques mois, mais avant , je la
communiquerai à l'Académie ; ſon jugement me
décidera plus volontiers ; & l'eau , cet élément
fi fertile en nauffrage , fi terrible , ne fera plus
regardé du même ceil , & pourra même nous procurer
des amuſemens inconnus jufqu'au fiecle où
nous vivons.
Voilà de grandes promeffes . On ne feroit
pas étonné qu'elles euffent le fort de celles
de l'inventeur des fabots élastiques . Au
refte , l'auteur de celle-ci fe fait connoître ;
& s'il tient ce qu'il annonce , la fin du dixhuitieme
fiecle fera l'époque des découvertes.
les plus intéreffantes ; & l'homme après s'être
emparé des airs, difputera aux poiffons l'empire
des eaux : mais il faut attendre les expériences.
La nuit du 17 au 18 Janvier , écrit- on d'Alby,
fut très rigoureufe ; il régna un vent fi violent
qu'on craignit qu'il ne renverfât les maifons ;
il tomba une pluie des plus abondantes , fuivie .
de neige & de grele très-épaiffe . On entendit.
un coup de tonnerre affreux , & la foudre tomba
fur une maifon du fauxbourg du Vigan , qu'elle
endommagea; de là elle fordit fur une autre qui
( 88 )
étoit voisine , entra dans une des chambres ,
roula fous le lit où étoient couchés le mari & la
femme , fans leur faire le moindre mal ; elle ne
fit qu'enlever les carreaux de cette chambre. Depuis
cette époque le temps eft très - froid .
Les lettres de la Rochelle annoncent un
défaftre affreux.
;
La nuit du 17 au 18 Janvier a été pour nous
très funefte la fin du monde n'offriroit pas un
fpectacle plus épouvantable . Il s'éleva fur les
6 heures du foir un vent impétueux ; à 9 heures
on reffentit une fecouffe de tremblement de terre ,
accompagnée d'éclairs , de tonnerre & de grêle .
Les plus gros arbres ont été déracinés ; les tuiles
les ardoifes , les volets , les vîtres voloient dans les
rues. 200 cheminées ont été abattues ; plufieurs
ont écrasé les toits & enfoncé les planchers ; des
maiſons ont été renverfées. Nous avons été menacés
du feu dont on n'auroit pu éviter lesprogrès .
Heureufement que la cheminée où il avoit pris
l'a étouffé par fa chûte. Plufieurs Eglifes , & entre
autres la Cathédrale ont été découvertes , &
les plombs emportés . Le courier de Nantes nous
dit avoir vu dans fa route beaucoup d'arbres déracinés.
Celui de Bordeaux affure que les environs
de Saintes & de Rochefort ont beaucoup fouffert,
Le tonnerre eft tombé à 20 pas de ce dernier
& dix fois dans fa route il a été renversé de cheval .
Mais les malheurs de mer font plus effrayans encore
; 27 bâtimens ont péri , tant fur nos côtes
fur celles de l'ifle de Ré. Nous avons repêché
que
24 cadavres , & un plus grand nombre l'a été à
lille de Ré..
A côté de ces récits affligeans , nous pla
cerons un trait de bienfaifance qui ne peut
qu'intéreffer nos lecteurs.
1
( 89 )
Le prix de fageffe établi en la Paroiffe de
Saint Symphorien d'Ofon en Dauphiné , en faveur
de la jeune perfonne qui fe fera diftinguée de
fes compagnes par fa modeftie , fon respect filial
& fon amour pour le travail , a eu lieu dans le
courant de cet Eté . Celle qui a mérité cette
récompenfe ( qui eft de dix louis d'or ) fe nomme
Catherine Loup- Michaud , âgée de 22 ans ; la
bonne conduite de fes parens a contribué autant
que la fienne à ſon élection ; elle a réuni prefque
tous les fuffrages dans une affemblée nombreuſe
préfidée par le Curé & le Juge du lieu. La Religion
a mis le fceau à fa gloire ; ce fut aux
pieds des Autels , au milieu d'un concours immenfe
de peuple , qu'elle reçut la Couronne de
rofes ; Mgr l'Evêque de Sarept , Suffragant de
Lyon , préfida à cette pieufe cérémonie ; il lui
plaça la Couronne fur la tête , où elle fut attachée
par Mlle de Briandas & Mme de Briandas ,
Chanoineffe du noble Chapitre de Sales , foeur
& niece du généreux inftituteur de cette fête ,
M. de Briandas , Prieur de S. Symphorien , &
Chanoine Chantre du Chapitre de S. Paul de
Lyon. Après la cérémonie , on fe rendit au
Prefbytere , une collation fut fervie à la Rofiere
& à fes dignes compagnes : toutes les perſonnes
les plus diftinguées de la Province & des environs ,
accourues pour célébrer leur triomphe , s'empref
ferent de les fervir. Cette belle inftitution eft la
feule qu'on ait vu encore dans cette Province .
DE BRUXELLES , le 10 Février.
Prefque tous les papiers publics ont annoncé
, que la Cour de Lifbonne s'étoit
emparée à main armée des Etabliffemens de
la côte d'Afrique , où fe fait la traite des
( 90 )
Negres ; ils ont ajouté enfuite , que les Amdaffadeurs
étrangers dans une Cour s'étoient
affemblés , & avoient requis le Miniftre de
Portugal de prier fa Souveraine , au nom
de leurs maîtres , de remettre les chofes fur
le pied où elles étoient ; la Gazette de cette
ville , qui avoit donné l'une & l'autre de ces
nouvelles , vient de publier à ce fujet l'article
fuivant.
"
< On s'étoit trop preffé de cenfurer les difpofitions
de la Reine de Portugal fur la côte d'Angola
; aujourd'hui , nous apprenons avec admiration
que cette Souveraine a fait détruire le long
de cette côte les Comptoirs Portugais où le faifoit
le commerce des Negres , ayant déclaré libres
tous les Noirs qui feront faits Chrétiens. Cette
Puiffance avoit le droit d'opérer cette révolution
fi honorable pour ce fiecle & fi funefte aux
Agriculteurs blancs des Antilles. On fait que
les Rois d'Angola & de Congo font feudataires
du Portugal , maîtres de toute la côte , depuis
la riviere de Dande , jufqu'à celle de Coanzac .
L'Augufte Elifabeth ayant accompli par ce
trait de bienfaifance le dernier voeu de fes
ancêtres , a reçu de la part des Quakers d'Amérique
la lettre la plus flaticufe & la plus obligeante.
»
On ignore encore où en eft le Traité de
paix entre l'Angleterre & la Hollande , s'it
en fera en effet conclu un , fi l'on ne fe contentera
pas des Préliminaires. La révolution
du Miniftere de Londres a du moins retardé
toute négociation fur ce fujer. En attendant
qu'elle foit reprife , voici ce que l'on lit dans
des lettres d'Amſterdam.
( 9T )
mes
"
U
Le College de l'Amirauté de cette ville a com
certé avec les 4 autres Amirautés , de garder
pendant la paix les forces navales fuivantes qui
feront tout ce que la République confervera dans
Aux Indes . Orien- les quatre parties du Monde.
tales , vaiffeau de so canons & 400 hommes ; 1 de 40 & 330 hoinmes 2 de 24 & 180 hom-
Sur
mes chacun , 2 de 14 & 90 hommes.
les côtes d'Afrique , I de 40 canons & 320 homfans
compter >
de 16 & 10 hommes
3
plufieurs bâtimens de iz canons employés fur
les rivieres navigables à pénétrer dans l'intérieur
pour le commerce de la poudre d'or & des dents
d'éléphans. Dans la Méditerranée , 1 vaiſſeau
de 44 canons & 350 hommes , 2 de 28 & 210
Aux Indes
hommes , z de 14 & hommes. 90
Occidentales, z de 56 canons & 430 hommes ,
I de 44 & 420 hommes ,
, 3 de 24 & 160 hom
de 16 & 100 hommes . En Europe ,
au Texel , 3 vaiffeaux de garde de 80 canons & 500 hommes , i de 50 & 400 hommes . A Hellevoetfluis
, I de 46 & 320 hommes, 1 de 28 & 180
hommes. A Flushing , 1 de 40 & 240 hommes.
A Rotterdam , 1 de 60 & 460 hommes , I de
44 & 280 hommes . L'Amirauté d'Amſterdam
paiera 3 huitiemes des dépenfes du tout , & les
quatre autres paieront le refte. On les porte dans
L'état préfenté aux Etats-Généraux à 2,639,173
florins. On doit conftruire auffi & frégates de 36
canons , & 6 de 24 ; & on demande pour les frais
de leur conftruction , 2,277,870 florins.
mes , 3'
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL.
Dans toutes les contentions civiles , il eft plus
facile de voir ce qu'on appelle l'oppofition dégénérer
en faction , que de voir un Miniftre
Séléver à des mesures defpotiques , parce que
les . foins d'un parti . à décrier l'adminiftration ,
( 92 )
finiffent par la rendre fage ; mais les efforts du
pouvoir miniſtériel contre l'oppofition la rendent
populaire , & la popularité eft fujette à
devenir licence.
Les affaires publiques font toujours fur le
même pied depuis le 12 M. Fox n'a pas perdu
la majorité , & le Miniftere eft jufqu'à ce moment
fur l'efcarpolette. On s'attend qu'il fera
forcé de coalifer avec l'ancien . Le Roi , après
avoir reçu des complimens pour l'avoir chaffé,
en recevra pour l'avoir repris . On dit que le
Duc de Portland rentrera en qualité de pre→
mier Lord de la Trésorerie , & que MM . Fox
& Pitt feront Secrétaires d'Etat ; - les autres
membres du Cabinet ne font pas défignés. Le
Lord North , à ce qu'il paroît , n'en fera pas ;
on veut faire fon pere . Duc & lui Pair , fous
le nom de Comte de Guilford ; mais fon nouvel
ami , à ce qu'on prétend , de fire qu'il ne
quitte pas la Chambre - Baffe. En attendant ,
les farcafmes , les pamphlets , les gravures ont
été d'une infolence extrême . Dans ce pays on
fe permet tout , pourvu qu'on ne mette pas le
nom des perfonnages. A entendre les partis
oppofés crier , on diroit qu'ils vont s'égorger ,
mais tout fe paffe en injures ; & le cabaret , qui
échauffe les efprits des autres nations , fait ici
un effet contraire ; car , en buvant , ils redeviennent
amis. Dans le fait , ils font mieux de
faire couler le vin que le fang , furtout lorfque
c'eft du vin françois , qu'ils aiment mieux que
la nation .
Le Lord Sandwich , lorfqu'il vota dans la
Chambre haute pour le fameux Bill de M. Fox ,
compara la Compagnie des Indes à cette vicille
femme dont la poule lui donnoit tous les jours
un oeufd'or , & qui l'éventra pour s'enrichir tout
( 93 )
'd'un coup. La même avidité , ajouta - t - il , agite la
Compagnie ; pour groffir plus promptement fes
tréfors , elle emploie tous les moyens d'oppreffion ,
elle vexe , appauvrit , épuife les Indiens , les met
hors d'état de travailler , ruine fon Commerce &
celui de la Nation . Cette comparaifon piquante
n'a pas manqué d'être faifie ; mais on l'applique
aujourd'hui au Gouvernement qui eft la vieille ,
& la Compagnie la poule qu'elle égorge , dans
l'efpoir d'en tirer davantage ; & quelques perfonnes
trouvent que les deux Bills tendent également
, l'un directement , & l'autre indirectement
à ce but.
M. Fox , en propofant de nouveau fon bill
de l'Inde , dit qu'il avoit deux fondemens principaux
dont il ne pouvoit fe départir ; c'eft que
le fyftême du Gouvernement de l'Inde feroit
permanent & rendu tel par l'autorité du Parlement
; l'autre que ce Gouvernement feroit en
Angleterre. C'eft fur cette bafe qu'étoient appuyées
toutes les propofitions relatives à l'Inde ,
Mais les autres parties de fon plan étant fecondaires
, pourroient être modifiées & changées
comme la Chambre l'ordonneroit.
Un Arithméticien politique a tracé le tableau
fuivant de l'état actuel de la Hollande , qu'il a
fait , dit- on , paffer à M. Fox . Il y a 8,376,000
acres de terre ; 2,360,000 habitans ; le revenu
des terres eft annuellement de 1,780,000l . ft.
celui des maifons de 2,000,000 ; la balance du
commerce de 2,250,000 ; le montant de toutes
les propriétés perfonelles dans le pays eft évalué
à 76,000,000 ; le revenu public eft de
4,300,000 ; le dette nationnale de 97,500,00;
les dépenfes annuelles de 4,260,000 .
( 94 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX,
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre M. le Duc de Nivernois & Me. Maillot
, Avocat Fifcal du Bailliage & Duché - Pairie
de Nevers.-Juges Seigneuriaux pourvus à titre
onéreux peuvent- ils être deftitués arbitrairement &
Sans caufe ?
Me. Maillot a acquis , en 1758 , de la veuve &
héritiers de Me Jaubert , l'Office de Confeiller &
Avocat Fifcal au Bailliage & Duché- Pairie de
Nevers ; Me Jaubert l'avoit acheté en 1717 de
M.le Duc de Nevers , moyennant 8000 liv. avec
droit de furvivance , & de le vendre & réfigner
de fon vivant. Sur le vû du contrat d'acquifition
de cet Office , M. le Duc de Nevers donna des
provifions à Me. Maillot , pour en jouir aux mêmes
droits que Me. Jaubert , & fous la claufe
fpéciale inferée dans les provifions , tant qu'il
nous plaira. Me. Maillot a exercé cet Office
dont il s'agit pendant vingt ans ; le 19 Mai 1782 ,
M. le Duc de Nivernois lui a fait fignifier un brevet
de deftitution & révocation pure & fimple
qui porte qu'étant dans l'intention de faire rentrer
l'Office dont il eft pourvu en fes mains , il
revoque les proviſions à lui données en 1758 , &
tout pouvoir qui en réſulte , aux offres de le rembourfer.
Me. Maillot a déclaré qu'il s'oppofoit
au brevet de deftitution , & qu'il entendoit continuer
les fonctions , dont il penfoit qu'un Officier
de juftice ne pouvoit , felon les loix du
Royaume , être dépouillé fans caufe de prévarication
& forfaiture préalablement jugée . M. le
Duc de Nivernois l'a fait affigner en la Cour qui,
par Arrêt du 2 Juillet dernier , fans s'arrêter ni
avoir égard à l'oppofition de Me. Maillot , dont
il est débouté , a déclaré le brevet de révocation
& deftitution de fa perfonne de l'office de Confeil-
-
( 95 )
ler & Avocat Fifcal au Bailliage de Nevers , bon
& valable , en rembour fant par M. le Duc de Nivernois
, à Me. Maillot , felon fes offres , tout ce
que celui- ci juftifiera avoir payé pour l'acquifition
dudit office , fuivant fes quittances , & l'a
condamné aux dépens.
GRAND CHAMBRE.
Pour réunir dans la même pareiffe deux portions de
cures, eft - il néceffaire de remplir les formalités
prefcrites pour une union ?
Avant 1712 il y avoit deux portions de cures
dans la paroiffe de Courbepine ; en 1712 ces
deux portions ont été réunies en une. Le décret
porté à cet égard par l'Evêque de Lizieux , s'exprime
ainfi « Nous avons éteint & ſupprimé à
perpétuité le titre du bénéfice de la Jeconde
portion de ladite paroifle de Courbepine , unif
fons & incorporons les revenus ,
fruits , profits
& droits en dépendans à la premiere portion
dudit bénéfice- cure de Courbepine ». - A
cette époque un fieur Laborne fut nommé feul ,
& a joui pareillement des deux portions jufqu'à
la mort , arrivée en 1738. Alors le marquis
de Prie pere , feigneur & patron de Courbepine
, y nomma un fieur Barrey , qui reçut
de l'Evêque fon inftitution canonique , comme
d'un feul titre de bénéfice ; il en a joui paifiblement
jufqu'en 1773 , qu'il eft décédé . M.
l'Evêque de Lizieux croyant alors que le marquis
de Prie étoit négligent de préfenter , nomma
un fieur de Monthuet ; le marquis de Prie
nomma de fon côté un fieur Champrey , qui a
été pourvu & a joui comme fes prédéceffeurs
jufqu'en 1779. Dès 1777 la terre de Courbepine
& le patronage avoient été vendus au
feur Duclos- Lange par la baronné de Créquy ,
curatrice du marquis de Prie , fon frere ; par
( 96 )
le contrat elle s'étoit réfervé la prochaine no
mination. En 1779 elle nomma le fieur Loriente
Les fieur de Boisgruel & Touquet impetrerenes
du pape une des deux portions ; dans les provifions
du premier , on lit : Altera fecunda nuncu
pata de duabus , feu una ex pluribus portionibus
parochialis Ecclefiae fancti Martini de Courbepine .
Dans celle du fecond , on lit : Alia prima , feufecunda
nuncupata ex duabus portionibus parochialis
Ecclefie fancti Martini de Courbepine. Tous deux
ont appellé , comme d'abus , de l'union de 1712 .
Le fieur Lorient , troublé , a conclu à être main.
tenu en pleine poffeffion. La baronne de
Créquy & le fieur Ducloslange font intervenus ,
& ont donné adjonction aux conclufions du fieur.
Lorient, Arret du 24 Juillet 1783 , qui , évoquant
le principal , a dit qu'il n'y a abus dans
le décret de 1712 : ce failent , a maintenu le
fieur Lorient en pleine poffeffion du bénéfice de
Courbepine , & a condamné les fieurs de Bois
gruel & Fouquet en Pamende & aux dépens .
-
(1) Cer Ouvrage , dont M. Mars , Avocat au Parlement
de Paris eft l'Auteur , paroît tous les Jeudis , depuis huit
ans , fans interruption , Chaque Feuille offre toujours un
certain nombre d'articles ; 1º , une notice de Caufes civiles
& criminelles ; 2 , un Expofé de queftions fur
lefquelles on demande l'avis des Jurifconfultes ; 3 ° . les
réponses à ces mêmes queftions ; 4. des Differtations fur
des points de Droit , d'Ordonnance ou de Coutume.
5. Une indication de Mémoires & Plaidoyers imprimés.
6. L'annonce & l'objet des Livres de Droit , de Jurif
prudence & autres qui peuvent y avoir rapport. 70. Les
Arrêts du Confeil , ceux des Parlemens & autres Cours
Souveraines , Sentences de Police ; en un mot , tous ce
qui fait loi ou réglement dans le Royaume. 8. Enfin ,
un article de légiflation étrangere. La variété qui regne .
dans ce Journal utile & dont le fuccès eft confirmé , ne
permet pas de douter qu'il ne continue d'être reçu favorablement.
On foufcrit à Paris , chez l'Auteur , rue &
hotel Serpente. Prix de la Soufcription , 15 liv. par an.
243
}
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
DE
PETERSBOURG , le 9 Janvier
E Général Comte d'Anhalt , qui eft
Lentré au fervice de l'Impératrice , elt arrivé
depuis quelques jours dans cette capitale.
S, M. I. , outre une penfion confidérable
qu'elle lui a accordé , lui a fait préſent
d'une maiſon entierement meublée , & d'une
terre qu'on évalue à 160,000 roubles.
POLOG NE. t
DE VARSOVIE , le 16 Janvier.
On fe flatte que les négociations relatives
à l'affaire de Dantzick , auront plus de fuccès
ici , où elles doivent fe continuer
qu'elles n'en ont eu dans cette ville même.
Le Roi de Pruffe a levé le blocus ; & on efpere
que l'accommodement fera fait avant
No. 8 21 Février 1784
( 98 )
le retour de la belle faifon , & que les repréfailles
ne feront pas renouvellées.
En conféquence d'une réfolution priſe
par le Confeil permanent , les 4 Adjudans
généraux , attachés alternativement au fervice
du Roi , feront déformais Polonois de
naiffance ; & leurs appointemens feront de
Soo ducats.
500
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 27 Janvier.
Conformément aux ordres que l'Empereur
a envoyés ici d'Italie on fait depuis
quelques jours des diftributions de bois aux
pauvres , pour les foulager pendant ces froids
exceffifs . S. M. I. a destiné 200 cordes de
bois à cet acte de bienfaifance.
Le mauvais temps , & fur- tout le froid exceffif
& le mouvement très -irrégulier de l'atmofphere
nuifirent un peu à l'expérience de la machine
aéroftatique , faite le 17 de ce mois au
matin ; elle fut répétéé le même foir : mais il y
avoit moins de témoins. L'air étoit plus tranquille
; le ballon s'éleva à 250 - toifes. On a remarqué
que 2 jours après avoir été rempli d'air
inflammable , il n'avoit rien perdu de fa légereté
, ce qui prouve que la force du gaz peut fe
conferver quelque tems , lorfque l'on a pris tou
tes les précautions néceffaires pour empêcher
qu'il ne s'évapore.
Nous avons donné dans le tems quelques
-unes des difpofitions du Réglement de
( 99 )
;
l'Empereur , concernant l'amélioration &
l'augmentation des Cures , l'inftruction , l'emploi
du Clergé régulier & féculier , & d'autres
affaires de difcipline ; on fera fans doute
bien aife de trouver ici ce Réglement tout
entier. Il eſt du 24 Octobre de l'année derniere,
& conçu ainfi :
Du nombre infuffifant des Paroiffes à la Cam-
-pagne , & du trop grand éloignement de beaucoup
de Paroiffiens de leurs Curés , réfultent
le peu d'inftruction , de confolation & d'affiftance
chrétiennes qu'on y avoit reçu ; & ces
inconvéniens n'ont été que trop fentis de ceux
qui fe font trouvés dans cette pofition défagréable.
-Les quêtes nombreufes des moines
mendians , lefquelles s'étendent fur tous les objets
quelconques ; la maniere dont elles fe font
& leur fuite , font reconnues généralement onéreufes.
Le réglement d'étole exige plus ou
moins de payement pour le Baptême , par lequel
feal le Chrétien eft fan &tifié . Les Meffes fondées
& d'autres dévotions font fouvent trop accumulées
& abandonnées pour ainfi dire à l'obfcurité
& à la bonne foi , fans fçavoir fi l'intention
du fondateur & les devoirs qui résultent
de l'acceptation des fondations font remplis , &
comment ils le font. Prefque nulle part le
Clergé régulier n'a été employé à la charge
d'ames iminédiate , & rarement il a prêté fon
affiſtance dans les fonctions curiales : cependant
il attiroit le peuple dans fes Eglifes , & lui faifanc
négliger les dévotions effentielles de Parofffe
, il mettoit les Curés dans l'impoffibilité
d'apprendre à connoître leurs ouailles : en outre
- beaucoup d'hommes refpectables & fçavans qui
font dans les Ordres religieux étoient perdus
-
e 2
f
( 100 )
pour la charge d'ames . Jusqu'à préfent il
ne pouvoit régner aucune uniformité dans la méthode
d'enfeigner la Théologie , parce que d'un
côté prefque tous les Ordres religieux ont leurs
Tyfiêmes , & fuivent ceux de deurs fondateurs
& de l'autre , prefque chaque Evêque a introduit
dans fon Diocèle des principes particuliers ; c'eft
là la fources innombrables d'écoles & d'embar
ras connus . - Ceux qui ont le droit de Pa
tronage 'donnoient à volonté les Cures ou les Bé
méfices vacans , & l'Evêque étoit obligé d'agréer
be fujet préfenté , à moins qu'il ne fût abfolument
récufable felon les Canons. On ſçais parzour
quels fujets ont été placés de cette maniere ,
&11par quelles voyes ils étoient fouvent parvenus
à pofféder des Cures. Il eft done digne de
l'attention & des foins d'un Souverain , qui veil
lant foigneufement à l'intérêt commun de fes
Sujets , eft ferme & intrépide à faire exécuter
le biens dont il s'eft pénétré , de réformer ces
vices & ces défordres , & d'en tarir la fource,
Pour cet effet S. M. I. a jugé à propos de faire
Je Réglement fuivant : 1. Dans les diſtricts où
il y auroit trop peu de Curés , & où les Curés
ferbient trop éloignés de leurs Paroiffiens , il fera
établi , felon la proportion de la population ,
de nouveaux Curés ou des Chapelains locaux ,
ou bien les endroits trop diftans de leurs Paroitles
feront attribués à d'autres plus proches. Au moyen
de ce changement perfonne ne fera éloigné à l'avenir
de la Paroiſſe au - delà d'une lieue. 29. Dans
les endroits où il n'y auroit ni Eglifes ni Pref
byteres, ces bâtimens , fi les Seigneurs ne veulent
pas les faire faire , feront conftruits aux frais de
La Caife , de Religion , & dans ce cas l'Adminiftration
de cette Caiffe aura le droit de préfentation,
le concours de fujets fait au préalable ;
C
101 )
3
les nouvelles Eglifes & les anciennes Paroiffes
pauvres recevront gratuitementedes orneniens
des Couvents & Eglifes fapprimés . 3°. Hofera
établi dans la Baffe, Autriche 263 nouveaux Cus
rés , choifis de préférence parmi le Clergé régu
lieren ayant foinde ne prendre que ceux qui
auront été reconnus les plus capables dans l'exas
men épifcopal. 4 °. Les nouveaux Curés , Vi,
caires ou Chapelains des Eglifes & annexes dans
les endroits appartenans à des Couvents ou Cha
pitres Eccléfiaftiques , feront pris parmi les meme
bres des Chapitres ; mais dans les autres endroits
ils feront choifis parmi les fujers du Clergé fé
culier & du Clergé régulier , en obfervant tous
jours de donner la préférence aux plus capables
5. Les pollefleurs de Bénéfices fimples obtiene.
dront les droits curiaux , fi l'Evêque , dans l'exas
men , les y a jugés propres. Lorsqu'à l'avenit
un Bénéfice fimple vaquera , il deviendra Bé
néfice à charge d'ames . 6° . Les Evêques , Chas
pitres , Couvents , Curés & Bénéficiers , refleront
dans la jouiffance de ce qu'ils ont actuellement.
Les nouveaux Curés recevront de la Caiffe de
Religion le traitement ſuivant : fçavoir un Curé
600 florins , un Chapelain local 350 , & un
Coopérateur 250. 7º . Les nouveaux Curés établis
dans les endroits appartenants à des Chapitres ou
Couvents en recevront l'entretien dans la pro
portion des fufdires fommes . 80, Les nouveaux
Cures & Chapelains établis dans des endroits qui
ont été annexes d'autres Cures , en feront in
dépendans ; mais pour que ceux- ci ne fouffrent
aucune diminution dans leurs revenus , ils leur
remettront les droits d'étole. 9. En général les
anciens Curés continueront à jouir de la totalité
du revenu de leurs Bénéfices ; ils ne perdront
que le traitement additionnel que lès Commu-
(5-duiring we rist 32
67
( 102 )
nautés qui auront de nouveaux Curés , leur
avoient donné pour la célébration du fervice di- ,
vin , faite tous les huit ou quinze jours , parce
qu'ils cefferont auffi de vaquer à cette fonction .
10°. Les Eglifes & Chapelles particulieres dans
les endroits qui ont une Paroille ou une Eglife
annexe ne ferviront plus à l'ufage public ; cependant
il fera permis aux Poffeffeurs de Terres
& à d'autres de faire dire la Meffe dans la chapelle
de leurs maiſons où dans ces Eglifes , s'ils
en ont obtenu l'agrément de l'ordinaire . 11 °. Ceux
des Couvens qui feront jugés néceffaires pour
la defferte de leurs propres Cures , ou pour ai
der dans les fonctions curiales , feront confervés ;
pour cet objet il fera fixé un nombre fuffifant de
Prêtres , auxquels on ajoutera encore autant
de furnuméraires qu'il fera jugé à propos pour
le bien de la chofe. Les autres Convents , dong
on pourra le pafler pour la charge d'ames s'é
teindront fucceffivement , & dans cette vue ils
feront incorporés à ceux qui exiftent encore des
leur Ordre. Mais les nouveaux Curés, & Chape
lains , tirés des Couvents , ne devant pas etre
compris dans le nombre déterminé de Religieux
qui y resteront , il fera permis à ces Couvens de
remplacer les Religieux , du nombre déterminé ,
qui viendront à mourir. Les vieux Religieux ,
émérites , ne feront pas non plus compris dans
ledit nombre déterminé ; cependant ils referont
& feront entretenus leur vie durant dans les
Couvents de leur Ordre. 12°. Comme pluseurs ,
individus , membres des Chapitres , feront em
ployés comme Curés , & que par ce moyen ik
Le trouvera du vuide dans les Chapitres , tous les
individus des Chapitres , ainsi que tous les Ec
cléfiaftiques infirmes & émérites , ayant eu charge
d'ames , feront placés à l'avenir dans les grands
1
·( 'roz )
bâtimens de ces Chapitres. Ces émérites , con
fervant leurs penfions , les Chapitres ne leur
fourniront que le logement , qu'ils leur donneront
gratuitement. 13. Le nombre des Cu
rés étant augmenté , il fera auffi établi , dans la
proportion de cette augmentation , plufieurs
Doyennés , afin de procurer aux Curés qui fe
diftingueront dans l'exercice de leurs fonctions,
l'occafion de trouver un avancement rémunératoire.
En outre , il eft ordonné , dès à préſent
que quoique chacun , & par conféquent aufli
des Corps entiers , doivent refter à l'avenir dans
l'exercice du droit de nommer à des Canonicats
, ils ne pourront cependant y nommer d'autres
fujets , de quelqu'état qu'ils puiffent être , que
ceux qui auront été employés dans les fonctions
de la charge d'ames pendant dix ans , & qui s'y
feront diftingués particuliérement . 14° . S. M. I. ,
pour l'intérêt général de fes fujets , & celui des
Ordres Mendians , a fupprimé , à compter du
1 Novembre de cette année , les quêtes de tous
les Couvents mendians , quelqu'en puiſſe être
F'efpece ou la dénomination , à l'exception cependant
des quêtes des Freres de Charité , lef
quels étant dotés de fonds fuffifans pour leur
entretien , n'en font que pour être à portée de
foigner un plus grand nombre de pauvres ma
lades ; & Elle a ordonné que les Moines qui
avoient tiré leur fubfiftance des quêtés , recevront
, dans la proportion de l'état de leurs
Couvents , leur entretien annuel de la Caiſſe
de Religion. Par conséquent , quiconque quêtera
dans la Ville ou à la Campagne , à l'exception
des Freres de Charité , fera réputé pour un impofteur
, dénoncé , arrêté & puni comme tel.
15. A compter du 1 Novembre , la taxe du
Réglement d'Etole fur le faint Baptême ceffera
€ 4
( 104 )
entiérement , & perfonne ne payera plus rien
ni pour le Baptême ; ni pour la rédaction de
l'acte de Baptême qui en eft une fuite . Les Curés
feront indemnifés par la Caiffe de Religion
de ce qu'ils prouveront perdre par cet arrange
ment. 16. Pour affurer à perpétuité, toutes
les Meffes & dévotions fondées , elles feront dif
tribuées parmi un nombre déterminé de Prêtres ,
& cela de maniere que chacun puiffe s'acquitter
du devoi dont il s'eft chargé , & pour que le
public ait une connoiffance certaine des dévotions
fondées , le Bureau des fondations indiquera
à chaque fondateur & à fes héritiers le nom &
la demeure du Prêtre chargé d'accomplir les
dévotions de leur fondation . On leur fera auffi
part des changemens qui pourront arriver dans
cette partie. 17º. Pour remédier à l'inconvénient
d'une inftruction non uniforme dans les principes
de Religion , il fera établi des Séminaires généraux
pour les jeunes gens qui fe voueront à l'Esat
Ecclefiaftique . On choifira pour ces pépinieres
Clergé des livres Dogmatiques uniformes ,
& les meilleurs Profeffeurs que l'on pourra trouver
; les éleves y feront formés à une conduite
honnête & décente , & ils syy feront inftruits pendant
fix ans dans les bons principes de la doctrine
& dans la pratique de l'amour du prochain
. Sans cette inftruction dans ces Séminaires ,
& fans un examen préalable de l'Evêque , il fera
impoffible à qui que ce foit de parvenir aux
Ordres Sacrés & aux emplois de Curés . Chacun
des jeunes gens qui fe deftinent à l'Etat Eccléfiaftique
fera inftruit dans une maifon particuliere
confacrée à cet ufage dans les études philofophiques
& dans toutes les connoiffances néceffaires
à fon futur état ; & lorfqu'après cela
il aura reçu l'inftruction complette des devoirs
1
ios )
de fon état , foit dans le Couvent qu'il aura
choifi à fon entrée au Séminaire général , foit
dans le Séminaire particulier de l'Evêque , il
pourra être nommé aux Bénéfices à charge
dames. 18. Enfin , pour être certain que les
fujets les plus capables feront toujours nommés
aux Cures & aux Bénéfices , & pour éviter en
même-temps qu'il ne foit porté aucune atteinte
aux prérogatives de ceux qui ont le droit de
patronage , il fera ouvert , par l'Evêque , un
concours à la vacance d'une Cure ou d'une
Chapelle
& le Patron ne pourra choifir
pour nommer au Bénéfice vacant que parmi
ceux de la premiere clafle qui auront donné des
preuves diftinguées de leur capacité à remplir
les fonctions curiales.
す
DE HAMBOURG , le 27 Janvier. 5
i
Les grands différends entre la Ruffie & la
Porte font enfin arrangés ; une lettre de M.
de Bulgakow , en date du 9 de ce mois ,
donne ainfi cette grande nouvelle .
J'ai la fatisfaction de vous informer que
l'affaire de la Crimée qui a tant intéreflé toute
l'Europe , vient d'être finie felon les defirs de
notre augufte Cour. Hier j'ai conclu , figné &
échangé avec les plénipotentiaires de la Porte
Ottomane , un acte par lequel elle renouvelle
tous les traités & conventions précédents avec
l'Empire de Ruffie , excepté les articles y contenus
, qui regardent la Crimée & les Tartares
en général , & qui font par ce nouvel acte
annullés à jamais . Je n'ai pas voulu perdre un
infant Pou pour yous communiquer
cette agréable
& importante
nouvelle
du rétablitement
de la
es
( 106 )
paix entre les deux Empires , affaire dont on,
a tant douté , & fur laquelle fur tout les par
piers publics débitoient tant d'abfurdités »,
Le 24 du mois dernier , on ne s'attendoit
pas encore à cette heureufe iffue des négo-"
ciations. Une lettre de Conftantinople , qui
porte cette date , offre ainfi les détails des
difficultés qu'elles éprouvoient , & des opinions
qui partageoient le Divan .
Tous les chefs tant civils que militaires du
gouvernement avoient été convoqués le 12 fous
le prétexte d'affifter à la cérémonie de la bénédiction
des Cafernes pour les marins que le Capitan
Bacha a fait bâtir dans l'Arfenal ; mais en effet
pour conférer de nouveau férieufement fur l'acte de
reconnoiffance , exigé par la Ruffie , relativement
à l'état actuel des Tartares. Le grand Vifir
qui , comme le Sultan , penchoit pour la paix ,
éprouva une oppofition fi vive qu'il lui fut impoffible
de faire paffer aucune réfolution pacifique
. Molla Bey , ci -devant Mufti , déclara qu'il
fe laifferoit tailler en pieces plutôt que de confentir
à l'acte dicté par la Ruffie , qu'il regardoit
comme dérogatoire à la dignité de l'Empire
, contraire à la religion & à la fureté préfente
& future de l'état . Le chef des Janniffai
res fut du même avis , & dit que les troupes
qu'il commandoit étoient prêtes à verser tout
leur fang , mais qu'elles demandoient que le
Grand- Seigneur lui -même fe mît à leur tête.
C'eft ainfi que fe paffa cette conférence .
Le Miniftre Ruffe , impatient de recevoir une
réponſe , la demanda le 15 au Reis Effendi &
lui fignifia qu'il ne pourroit l'attendre que 5.
Qu 6 jours. Le grand Vifir convoqua une nouvelle
affemblée le 19 ; elle fut plus nombreuſe que
( 107 ) .
2:
la précédente , mais Molla Bey ne s'y trouva
point , foit qu'il n'y eût pas été invité , foit qu'il
fe trouvat indifpofé . Le grand Vifir eſſaya d'infpirer
des difpofitions pacifiques , en repréſentant
les dangers de la guerre , & l'état de l'Empire.
«Voulez-vous des foldats , de l'argent & des mu
nitions , dit- il ? je puis vous en fournir ; mais
dés foldats , des guerriers , il m'eft impoffible
de vous en procurer , & c'eſt à vous qu'il faut
s'en prendre. Je vous ai propofé des mesures :
tendantes à établir la difcipline parmi les troupes ,
à réformer de grands abus dans le corps de
Janiffaires ; vous n'avez pas voulu y coopérer
en pretendant que des changemens cauferoient
des révoltes . Vous en voyez maintenant les
fuites ; vous voyez les troupes abandonner leurs
Pachas ; & comment pouvez- vous vous réfoudre
à combattre des armées bien difciplinées ?
Ces raifons furent fenties on convint qu'il
falloit céder , & le grand vifir , à la fagefle duquel
on s'en rapporta, fit venir le premier Dragoman
de l'Ambaffadeur de France , & lui ex-.
pola que la Porte pourroit confentir à la ceffions
de la Crimée & même du Cuban , pourvu que la
Ruffie rénonçât à l'ifle de Taman, ifle fituée au Sud
de la Crimée dans la mer Noire , à quelques .
lieues de cette prefqu'ifle , & qui pourroit fervir
de barriere aux Turcs, contre les entreprifes des
Ruffes ; il defira que l'Ambaffadeur de Francevoulût
bien faire cette propofition au ministre
de Ruffie. La réponse de ce dernier fut que
les prétentions, de fa fouveraine, ne pouvoient
fouffrir aucune restriction ; l'embarras du Vific
a été très - grand ; il a augmenté le 22 par un
mémoire de la part d'une Cour alliée de la
Ruffie , pour appuyer en faveur de cette derniereune
réponse fatisfaifante . Il y aura fans douee.
6
( 108 )
une nouvelle convocation des ordres de l'état
& il paroit qu'on finira par céder, Il femble
cependant bien certain que fi la Porte avoit
uniquement affaire avec la Ruffie , la guerre
feroit indubitable ; car quoique les Musulmans
fe fouviennent fort bien d'avoir été battus par
les Ruffes dans la précédente guerre , ils fe fou
viennent auffi des les avoir battus quelquefois
dans les commencemens ; leur courage n'eft
point abattu , & ils fe flattent qu'ils feroient
mieux aujourd'hui ; mais les circonftances pa
roiffent néceffiter de la modération & de lacondefen
fendance de la part de la Porte. % ish nu 2755
Quelles que foient les confidérations quin
ont influé fur les confeils de la Porte , tab
tranquillité générale ne fera pas interrompue
, & la Ruffie eft dédommagée par fes
nouvelles acquifitions , des dépenfes qu'elle
a faites ; les foins intérieurs vont maintenant
occuper feuls l'attention du Gouvernement
qui malgré une guerre prête à éclater, n'ent
a négligé aucun. Nous avons déja rapporté
fucceffivement quelques détails qui y font
relatifs on fera fans doute bien- aife d'en'
trouver quelques autres. Un Journal Allemand
en publia il y a un an fur les mines de
ce vafte empire ; il les annonçoit comme tirés
d'un Manufcrit authentique : ils ont
paffé delà dans divers Journaux étrangers ;
en les reprenant dans la fource où ils ont été
puifés , nous y joindrons quelques détails
plus étendus , & d'autres qu'ils ont omis.
La plus ancienne & la moins avantageufe des
mines d'or de l'Empire Ruffe , eft celle de
geeft "
ว
扒
( fog )
2
บ
2020
Wrezkoe Rudnick fituée au nord de Peter
bourg , entre la mer Blanche & le lac d'Onega
, exploitée fans interruption depuis 1744 jufqu'en
1768 qu'elle fut abandonnée 3744 Ju
qu'elle n'avoit rendu dans cet espace de temps
que 120 marcs d'or & environ 10,000 pud, ( 1 )
de cuivre , & que les frais d'exploitation étoient
montés à 80,000 roubles. Quelques années
après les travaux en furent repris , & fon produit
en or & en cuivre couvre aujourd'hui les
frais. On peut évaluer l'or qu'on en tire à 12
marcs. Les mines d'or de Catharinebourg font
dans un état plus floriffant ; elles rendent annuellement
jufqu'à 240 & 260 livres de poudre
d'or . Le nombre d'ouvriers qu'elles occupent
monte à plus de 1,200 . Les mines les plus importantes
cet Empire font celles de Koli }
van en e , entre les rivieres d'Irtiſch &
d'Obi . Leur exploitation a commencé en 1728.
On n'en retira d'abord que du cuivre i
ayant trouvé en 1748 qu'elles renfermoient au
de l'or & de l'argent , le Gouvernement les fit
exploiter pour fon compte , & depuis cette épo
a
leur produit eft verfé dans le tréfor Impérial .
Elles ont rendu annuellement , depuis 1740 jufl »
qu'en 1762 , 200 , & quelquefois 400 puds
d'argent ; & depuis 1763 jufqu'en 1769 400
& 800 puds ; aujourd'hui on peut porter leur
produit jufqu'à 1,200 . L'argent de ces mines eft
Put cent livres de ce minéral conti
plus
de trois livres d'or ; le départ s'en fait à Peterf
bourg. Leur produit depuis 1749 juſqu'en 1
1771 s'est monté à 10,000 puds d'argent , dont
on a extrait environ 318 puds d'or, Lamine q
de Schlangenberg eft la plus riche ; elle rend an-
( 1) Le pud eft de 40 liv.; la livre , à rajfon, de 13 toneestadt
& un quart.
( 110 )
muellement près d'un million de puds de toutes
fortes de minérai , & promet une pareille moif
fon encore pour 20 ou 30 années . Ces miness
& les ouvrages qui en dépendent occupent à
peu près 4,000 ouvriers , & environ 40,000
payfans employés à la coupe du bois , dans les
charbonnieres & au charroi. Les travaux des
pay fans font payés , & ce qu'ils gagnent est dé-i
duit fur leur capitation. La caiffe d'adminiftration
des mines fait tous les paiemens qui ont
rapport à leur exploitation en monnoie de cui -s
vre de Siberie , qui eft frappée à Nifchnei - Sufan.
Cette monnoie , qui contient encore un peu
d'or & d'argent , n'a pas cours en deçà de To -¹
bolsk ; on en fait à peu près par an pour 300,000
roubles. Les frais étant ainfi payés en cuivre ,
tout le produit en or & en argent eft un
fice net pour le Gouvernement , qui gagne encore
quelque chofe fur le monnoyage du cuivre,
béné
Les mines de plomb & d'argent de Nortf
chinsk font auffi exploitées pour le compte du
Gouvernement . Leur produit eft confidérable ,
& les filons de minerai paroiffent être inépui
fables . En 1771 on fit un bénéfice de 418 puds
d'argent épuré , & en 1772 de 405 puds ; ce bé
néfice annuel s'eft foutenu jufqu'à préfent . Le
produit total en argent de ces mines a été en
1772 de 5,650 puds 33 livres & 21 folotniks ;
chaque millier de livres d'argent contenoit 12
& dem. livres d'or. Le plomb de ces mines
eft envoyé aux fonderies de Kolivar où l'on marque
de ce minerai. Le nombre des Mineurs li
bres eft de 1,900 , qui font enrôlés comme les
recrues ; on y emploie en outre 1,000 ou 1,800
captifs , & près de 11,000 payfans. - La plupart
des mines de cuivre & de fer appartiennent à
des particuliers ; la Couronne ne s'en eft réfervé
---
( III )
qu'un petit nombre. Les fonderies impériales
font les fuivantes : celle d'Olonez , qui fournit annuellement
près de 10,000 puds de fer pour des
canons , bombes & boulets , & 15,000 puds en
barres ; ce fer eft de qualité médiocre : celle de
Kamierskoy , près de Catarinembourg , qui fournit
annuellement 93,000 puds de fer de fonte ,
& plus de 8,000 puds de fer ouvré ; cette fon
derie eft renommée pour la fonte du canon :
celle de Pyfchmenskoi , qui fournit annuellement
environ 17,000 puds de fer , les fonderies au
fud de Mofcou font très - confidérables : celles
des Montagnes d'Ural font les plus importantes ,
& occupent plus de 1,700 ouvriers & près de
43,000 payfans ; le fer en eft excellent ; la plus
grande partie eft employée pour la marine &
pour les armées de terre. Sept fonderies & forges
fourniffent par an 400,000 puds de fer , &
dans chaque fonderie on gagne encore par an
environ cent puds de cuivre. Les fonderies de
ce dernier métal , dans ces montagnes , en donnent
année commune environ 1,400 puds .
Le College Supérieur des mines pour tous les
établiffemens de ce genre & dépendances , fonderies
, forges , &c. dans les montagnes d'Ural,
eft à Catharinenbourg où l'on monnoie par an
en cuivre pour deux millions de roubles ; un
pud de cuivre donne 16 roubles , & coûte à
Ja Couronne cinq roubles & 69 & dem. kopeiks .
Les mines des particuliers dans ces mêmes mor
tagnes font au nombre de 105 , dont il y en a
56 de fer , & 37 de cuivre dans les autres on
retire du fer & du cuivre. Elles emploient 54,000 ,
ouvriers , & 41,000 payfans. Leur produit monta
en 1772 à 130,169 puds de cuivre, & à 4,558,118
puds de fer , fur lequel on perd en le travaillant
un peu moins que le tiers. Les propriétaires
:
112 )
des mines , fonderies & forges paient à la Couronne
4 kopeiks par pud de fer en fortant des
fonderies & forges , 5 kopeiks par pud de fer
Quvré en l'exportant
& la dixieme partie du
produit du cuivre. Les propriétaires étoient auparavant
obligés de céder à la Couronne les trois
quarts de leur cuivre à raifon d'un deini rouble
pat pud , mais actuellement il leur eft permis de
difpofer à leur gré de la moitié du produit del
ces dernieres mines . En 1780 les Anglois
ont exporté une prodigieufe quantité de cuivre ;
ils payoient à Petersbourg le pud à raifon de 10
roubles, On fait que dans le mois de Juillet
de 1782 l'Imperatrice a donné une Ukafe , par
laquelle elle a permis à tous les propriétaires
de fouiller dans leurs terres & poffeffions , & d'en
retirer tous les minerais fans exceptionem
payant une rétribution modique ) au Trésor.
Cette permiffion engagera sûrement à des fouilles
confidérables , & augmentera la population de la
Siberie , mais peut - être au détriment des Provinces
méridionales de Ruffie .
Dans ce moment , où il eft queftion de
l'élection prochaine d'un Roi des Romains ,
on écrit de Ratisbonne , qu'il y a paru une
Brochure , fous ce titre : De defignatione Im
peratoris in Regem Romanorum. Elle n'eft
que de 2 feuilles d'impreffion , dans lefquelles
l'Auteur dit qu'en effet l'Empereur a le droit
de propofer aux Etats de l'Empire , pour
Roi des Romains , un fujet qu'il en juge
digne , mais qu'il dépend auffi des électeurs
de l'élire , ou d'en choisir un autre.
E
Mbroɔ ɔɔrger weo ob 22 neq ub biva od
( 113 )
0
ITALI E.
10 DE NAPLES , le 8 Janvier, 晶
S. M. I. continue de vifiter tout ce quel
cette ville & les environs offrent à fa curio
fite, Son départ eft prochain ; il compte être
à Rome le is , ou le 21 de ce mois .
Le Roi vient de faire publier un Edit, par
lequel il eft enjoint aux Evêques de fes,
Royaumes , de veiller à ce que les Réguliers
des Ordres mendians de S. François obfer
vent la difcipline la plus exacte.
S. M. a fait publier le Bref du Pape , qui
permet à tous les Officiers & foldats de fes
armées de terre & de mer , & à toutes les
perfonnes qui y font attachées , de faire gras
pendant le Carême ; & tous les vendredis ,
famedis & veilles de fêtes de cette année ; il
n'y a que quelques jours exceptés.
Le Vaiffeau Amiral Ruffe & celui du Capi
taine Moloski , qui font venus de Livourne dans
ce port pour y être cárénés , écrit- on de Portoferajo
, ont été mis dans les baffins le 13 Dé
cembre ; les travaux fe font avec tant de conftance
& de célérité , que vers le milieu du
mois de Janvier ils feront en état de retourner
à Livourne , d'où l'on attend les trois autres
Vaiffeaux de cette nation qui ont befoin d'une
pareille réparation. Ils doivent tous être prêts
à mettre en mer , s'il eft néceffaire , au commen
cement du mois d'Avril prochain .
ESPAGNE.
DE MADRID le 18 Janvier.
Le traité de paix & de commerce conclu
( 114 )
avec la Porte , vient feulement d'être publié;
quoiqu'il ait été figné à Conftantinople le
14 Septembre 1782 , ratifié par le Roi le 24
Décembre de la même année , & par le
Grand - Seigneur , le 24 Avril fuivant.
Il contient 21 articles . Il fixe à trois pour
cent les droits de Douane que payeront les
marchandifes que les Espagnols débarqueront
dans les ports Ottomans , & quant aux autres
ils ne feront pas au - deffus de ce qué payent les
nations amies. On pourra y établir des Confuls
Efpagnols , qui jouiront des mêmes privi
leges que ceux des autres puiffances amies ; les
fujets du Roi feront protégés dans leurs pellerinages
à Jérufalem. Les biens de ceux qui mourront
dans les états de la domination Ottomane
ne feront point fujets au fifc. La Porte
pourra entretenir pour veiller à la fureté de fes
fujets & de fes marchands en Efpagne , un Shege
bender qui réfidera à Alicante. Les Pilotes cor
tiers porteront refpectivement des fecours aux
Navires qui feront en danger fur les côtes des
Etats réciproques. Les autres articles contien
nent des difpofitions telatives aux détails de la
protection des fujets de part & d'autre , aux
abus qui pourroient avoir lieu fous prétexte
de religion ; on n'exigera point des Eſpagnols
le Jarach , tribut annuel que payent tous les
fujets de La Porte qui ne font point Maho
métans , & un Espagnol qui apoftafiera ne
fera point pour cela difpenté de payer fes dettes & c.
ANGLETERRE
DE LONDRES , le 10 Février.
Avant fon départ de New-Yorck , le Gé(
115 )
néral Carleton , conformément aux ordres
qu'il avoit reçus , a réduit les 17 , 33 , 37 ,
42 & 52 Régimens à 471 hommes chacun,
les Officiers compris , & les a fait embarquer
pour la Nouvelle - Ecoffe , où ils resteront
jufqu'à nouvel ordre. Treize Régimens d'infanterie
, & le 17. de Dragons reviennent
en Europe , où ce dernier & les 73 , 74 , 76,
78 & 82. feront réformés à leur arrivée.
Tous les corps de Dragons feront réduits à
400 hommes.
Toutes nos autres Nouvelles de l'Améri
que Septentrionale fe réduifent à quelques
papiers du mois de Décembre .
» Le Général Washington , lit - on dans un də
New-Yorck, ayant eu la fatisfaction inexprimable
& fi bien fentie par les vrais patriotes , de con
duire heureusement à fin la plus grande & la plus
difficile entrepriſe , d'être l'inftrument dont la
Providence s'eft fervi ponr procurer la paix à ce
pays , eft venu jouir de celle de voir cette ville
évacuée par nos ennemis & couverte à les anciens
habitans . Après un court féjour , il eſt
parti le 4 de ce mois , pour fe retirer dans fes
terres en Virginie. Les voeux d'un peuple recon
noiffant l'y fuivront chaque jour , fes prieres les
plus ferventes s'adrefferont au ciel pour lui demander
qu'il le faffe jouir de cette paix que
nous avons obtenue par lui. Il fut accompagné
à fon bateau par le Gouverneur , les Officiers
généraux & autres , ainfi que par une foule innombrable
de peuple , qui faifoit retentis l'air
de fes acclamations & de fes voeux »,
Selon des lettres d'Antigoa , les Caraïbes
de S. Vincent ayant été joints par un corps
( 116 )
de Sauvages des ifles voifines , firent le 17
Novembre dernier une incurfion fur les
plantations Européennes , dont ils détruifirent
quelques- unes au Nord ; mais la Milice
s'étant raffemblée auffi - tôt , mit un frein à
ces ravages , & les força de fe fauver dans
leurs bois.
C'eft à - peu - près à cela que fe réduifent les
Nouvelles du nouveau Monde; celles qui font
arrivées d'Afie, par le dernier Paquebot , ne
font pas publiées nos papiers donnent feu
lement l'extrait fuivant d'une lettre qu'ils dis
fent authentique , & écrite de Madras.
3 " Typpo- Saib eft bien différent de ce qu'on
nous l'avoit peint. Loin d'être porté à la paix ,
il a manifefté toutes les difpofitions d'un homme
inquiet & amb tieux ; il eft particulierement guidé
par des Européens , & il a dans fon armée quatre
bataillons compotés d'Hollandois , de Portugais
& de François. Ces derniers , à la nouvelle de
la paix , fe font réfugiés auprès du chef des
Marates ; fon armée eſt bien diſciplinée , & plus
formidable que n'étoit celle de fon pere Hyder-
Aly. Le Général Stuart a fait dans ce pays
une fortune énorme , & notre brave amiral rem→
porte en Europe un bien de près de 400,000 liv .
fterl.os.
Les Nouvelles intérieures , dans ce moment
de crife, font les feules qui piquent la
curiofité ; les mouvemens que nous voyons
autour de nous , abforbent toute l'attention ,
& ne lui permettent pas de fe porter beaucoup
fur ce fur ce qui fe paffe au- dehors. La divifion
regne toujours entre le Miniftere & la
estuaf de esb tipe cinsi nevet duozait snodiluvi
68173
Chambre des Communes , & le fchifme eft
ment Ouverg
déclaré entre
Chambre hauté & la baffe . Les débats par
lementaires feront mieux connoître que tout
ce que nous pourrions dire ici , hiftorique
de ce grand démêlé , dont on ignore encore
quelle fera l'iffue.
a
Les réfolutions prifes le 2 dans la Chambre
communes préparoient à celles qu'on s'attendoit
à voir paffer le lendemain. M. Coke ,
qui prit la parole , déplora l'état de la nation qui
n'avoit point de gouvernement , puifque l'admi
niftration actuelle n'avoit pas fanconfiance il
infifta fur la néceffité de remédier à ce défordre ;
le moyen le plus naturel , le plus légitimé & le
plus refpectueux , feroit fans doute , dit- il une
humble adreffe au Roi pour le fupplier de rep
voyer les Miniftres ; mais il ne crut pas devor
dans ce moment propofer cette melure ; il fel
borna à demander qu'on lui fit préfenter les der
nieres réfolutions de la Chambre. Cette inftance!
fut appuyée par M. Wellbore- Ellis ; elle fut con
damnée par le Lord Nugent , qui prit cependant
Dieu à témoin qu'il defiroit ardemment une réu
nion , qu'il la jugeoit néceffaire , qu'il importoit a
la nation qu'on format un Miniftere dont M. Fox
feroit partie. Les débats furent très - longs ; quel
ques Membres effayerent de les animer par des farcalmes.
Le parti oppofé à M. Pitt remarqua àr
l'occafion des éloges qu'on lui donnoit , que
depuis
le temps qu'il étoit en place , il avoit créé
plufieurs Pairs , tandis que M. Fox , pendant un
Miniftere beaucoup plus long , n'avoit pas eu "
l'adreffe d'en faire un feul . On ne manqua pas
de récriminer contte la coalition . Le Gouverneur i
Jonfthone l'accufa d'avoir feule mis des obftacles
( 118 )
à la réunion dont s'occupoit l'affociation formée
pour cet effet. Il s'attacha à montrer l'injuſtice
de la condition qu'elle exigeoit préliminairement ,
& le danger de fon exécution. It juſtifia M. Pict
du refus qu'il faifoit de donner fa démiffion , &
il cita à cette occafion la fable du renard & du
coq ; le premier en annonçant au fecond un traité
de paix prefque convenu entre les deux efpeces ,
le preffoit de defcendre du haut de l'arbre fur
lequel il étoit perché , pour conférer plus commodément
fur les articles de ce traité , & le coq
eut la prudence de refter à fa place , & de ne pas
Te fier à fon ennemi . Parmi les Membres qui fe
diftinguerent en mettant des raisonnemens à la
place des injures , on nomme M. Banks ; il ne
jugeoit pas , comme tant d'autres , qu'une adreffe
au Roi fût inconftitutionnelle ; rien , dit - il , ne.
Teroit plus légal ; mais en lui demandant le renvoi
de fes Miniftres , il faudroit fonder cette demande
fur des motifs , des délits , citer des malverfations.
Le Lord Fielding appuya cette obfervation
de l'exemple de l'adreffe préfentée à
Charles II contre le Marquis d'Hallifax , pour
le prier de l'éloigner de fes Confeils. On fit en
1741 la motion d'une femblable adreffe contre
Sir Robert Walpole ; mais elle fut rejettée ,
parce qu'on ne produifit aucune charge . Après
de longs débats , la Chambre fe partagea , & la
motion paffa à la pluralité de 212 voix contre
187 , ce qui donna à la coalition une majorité
de 25 ; elle en avoit eu 19 la veille .
Les Pairs qui n'attendoient que les dernieres
réfolutions de la Chambre des Communes pour
s'occuper de celles qu'on avoit annoncées , & qui
n'avoient été fufpendues que par l'espoir d'une
conciliation , s'affemblerent le 4 , conformément
à la motion du Lord Effingham, Ce qui s'étoit
( 119 )
paffé la veille dans la Chambre , fut le premier
objet dont les entretint ce Lord. Il repréfenta
la conftitution en danger par les atteintes que lui
portoit une des branches de la légiflation ; la
prérogative de la Couronne étoit attaquée dans
un de fes privileges effentiels , celui de nommer
des Miniftres ; il s'élevoit un nouveau pouvoir
étranger jufqu'à ce jour. Pour procéder avec ordre
, il fit lire le 26° , article de l'acte de la 21º
année du regne de S. M. qui donne aux Lords
de la Trésorerie le pouvoir d'autorifer les Directeurs
de la Compagnie des Indes à accepter
pour plus de 300,000 liv. fterl. de lettres de
change. Il fit fuivre cette lecture de la réfolution
de la Chambre des Communes du 24 Décembre
dernier qui annulle ce pouvoir lorfque
les Directeurs n'ont pas entre les mains un fond
fuffifant pour couvrir l'excédent de cette fomme.
Après cela il demanda qu'on lût encore une réfolution
de la Chambre haute , prife en 1704 ,
portant qu'une des deux branches de la légiflation
s'arrogeant le droit de fufpendre ou de défendre
l'exécution d'une loi pafe par la réunion
des trois pouvoirs , étoit contraire à la conftitution.
Toutes ces lectures furent terminées par
celle de la réfolution des Communes contre les
Miniftres ; après quoi le Lord Effingham propofa
un arrêté conforme à celui des Pairs en
-1704 , & un fecond portant que felon les principes
de l'excellente conftitution angloife , le
privilege inconteftable de nommer des Miniftres
appartenoit à la Couronne , & que la Chambre
a les plus juftes motifs de mettre toute fa confiance
dans l'exercice de cette prérogative. Des
deux arrêtés , le premier occafionna des débats
dans lefquels on vit le Duc de Richemond foutenir
& défendre la prérogative qu'il avoit fi fou(
120 )
vent attaquée ; & le Lord Stormond , le Lord
Mansfield lui- même , qu'on a long- tems foup .
çonné d'être un des Confeillers fecrets cachés
derriere le trône , s'attacherent à en montrer l'abus
. Cependant cet arrêté pafla à la pluralité
de 100 voix contre 53 ; le fecond n'éprouva aucune
difficulté , ni la motion de l'adreffe fuivante.
» Nous applaudiffons à la fageffe de notre
heureuſe conftitution qui a mis entre les mains
de V. M. le droit inconteftable de nommer à
tous les grands emplois de l'Adminiſtration . La
bonté particuliere & la prudence connues de
V. M. ne nous permettent pas de douter qu'elle
n'appelle & ne conferve toujours à fon fervice
les hommes qui méritent le plus la confiance
du Parlement & de la Nation , Pleines de cette
confiance nous fupplions V. M. d'agréer les
affurances de notre zele à la foutenir en toute
occafion dans l'exercice de ces prérogatives que
la fageffe de la loi lui a confiées pour la fureté
de nos vies & de nos propriétés , & dont
l'ufage conftant peut feul affurer à votre peuple
le bonheur qu'il a droit d'attendre de la
meilleure des formes du Gouvernement ».
Cette adreffe donne peut- être au Roi un
prétexte plaufible de diffoudre le Parlement
actuel , fi cet acte d'autorité devient néceffaire
mais elle augmente la divifion , & la
fuite des débats va prouver à quel excès elle
eſt montée.
Pendant que la Chambre Haute manifeftoit
ainfi le 4 des difpofitions fi oppofées à celles.
de l'autre branche de la Légiflation , & combattoit
les réfolurions par de contraires auffi vigoureufes
, le Lord Hinchimbroke , accompagné
((+121 ) )
>
gné de quelques autres membres du Confeil
Privé , chargé de préfenter au Roi celles des
Communes , s'acquita de cette tâche le 4. Le
lendemain. 5 ce Lord fit le rrapport de la réponfer
de S. M.; elle étoit courte & ne portoit
pas autre chofe finon qu'elle les prendroit en
confidération. Il étoit naturel de s'attendre à
quelques difcuffions fur une réponse auffi vague
d'après laquelle il n'y avoit rien à ftatuer ; mais
ce qui s'étoit paffé la veille chez les Pairs follicitoit
l'attention d'une maniere plus preffante .
On peut juger de l'effet que leur démarche avoit
produit fur les efprits , & de l'efpece d'effervefcence
qui regna par ce paffage du difcours de
'M. Fox à cette occafion . « Les Miniftres &
les Pairs , dit- il , fe font ligués contre nous, ils
veulent s'emparer de nos privileges , ils veulent
renverser la conftitution de notre patrie ; ils veulent
faire des Anglois des efclaves , & des repréfentans
du peuple les inftrumens du defpotime.
Armons- nous donc de courage , de vertu , de
prudence pour rendre leurs efforts impuiffans .
Méditons nos coups pour qu'ils foient affurés ,
& voyons ce que nos fages ancêtres ont fait pour
conferver la liberté de leurs concitoyens ». Le
Lord Beauchamp fit la motion fuivante. Le bruit
s'étant répandu que les Pairs avoient préſenté
au Roi une adreffe relative aux arrêtés que les
Communes avoient pris précédemment , il convient
que la Chambre nomme un comité pour
ſe convaincre de la vérité ou de la fauffeté de
ce bruit en examinant les Journaux de la Cham→
bre Haute cecomité doit auffi les compulfer
en remontane dans les temps les plus anciens
pour chercher s'ils y trouveront des exemples
d'une pareille conduite de cette Chambre envers
les Communes ; ce que ces dernieres ont fait en
N°. 8 , 21 Février 1784. f
( 122 )
Léonféquence , & en rendre compte. Cette motion
paffa ; & le Lord Beauchamp , le Lord North ,
MM. Eden , Fox , Ellis , Erskine , Sir Grey
Cooper , le Général Conway , MM. Burke , Huffey,
Marsham & Powis furent chargés de ce travail .
Le rapport du comitté a eu lieu hier ; il a été
Carrêté qu'il continueroit fes recherches & qu'il
en rendroit compte le 14. Le Lord Beauchamp
annonça qu'il propoferoit en même tems quel-
.ques réfolutions dont les circonftances faifaient
une néceffité indifpenfable. M. Hamet retira la
motion qu'il devoit faire pour annuller les dermieres
réfolutions des communes , la raifon qu'il
en donna , c'eft qu'il avoit appris que dans le
cours de la même feffion la Chambre n'étoit pas
dans l'ufage de rejetter un avis qu'elle avoit
adopté , ce qui feroit bâtir & détruire en même
tems . M. Fox remit à un autre jour fon bill relatif
à l'Inde , ce qui lui attira des reproches de
Ja part du Gouverneur Johnftone ; il s'en juftifia
en rejettant la caufe de ces délais fur les minif.
tres On remit au 12 le comitté de ſubfides , qui
a été fi long- tems retardé & dont il eſt fi preffant
de s'occuper. C'eft la féance du mécredi
qui fera la plus intéreffante & c'eft après ce
qui s'y faza paffé , que l'on verra fans doute les
pairs prendre de nouvelles contre réſolutions.
La crife actuelle va toujours en augmentant
, & perfonne ne peut prévoir encore
quelle en fera l'iffue.
11 eft de fait , dit un de nos papiers , que depuis
la révolution les Miniftres qui ont eu la minorité
dans la Chambre des Communes , ont donné
immédiatement leur démiffion . Sir Robert Walpole
, Milord North , le Comte de Shelburne ,
& tant d'autres fe font foumis à cette règle con(
123 )
•
fatrée la nature de la conftitution . On conpar
viert généralement que le Miniftere actuel a bien
des raifons de ne pas s'y foumettre; la circonftance
actuelle n'eft pas de la nature de celles dont
on fait valoir l'exemple ; & il y auroit bien des
chofes à dire pour & contre. Mais en attendant
nous fommes dans une fituation bien critique;
& le tableau n'en peut - être plus affligeant pour les
bons citoyens . Une adminiftration qui ne
peut ni fe retirer , ni refter , fur laquelle les voix
font au moins partagées , & qui en a peut - être
autant pour que contre, mais dans une pofition délicate
qui la force de mettre obftacle au progrès
des affaires. Une oppofition dans laquelle il
ya de grands talens de l'expérience , ayant la
prépondérance au Parlement , & pouvant s'attribuer
fa confiance d'après tout ce qui s'eft paffé ,
mais décidement réfolue de ne point traiter avec
des Miniftres contre lefquels ce Parlement s'eft
déclaré. Quantité d'hommes refpectables
appartenant à chaque parti , défirant une réunion ,
travaillant à l'effectuer , & ne pouvant y réuffir ,
quoique leurs propofitions foient admiffibles felon
eux par chaque parti. Une nation puiffante.
penchant à fa tuine par l'effet de confeils fecrets
qui en précipitapt l'ufage de la prérogative l'ont
peut-être mis en danger.
Ce tableau eft en effet alarmant ; & il n'y
a point d'espérance , tant que l'Oppofition
confervera fon influence dans le Parlement.
L'Adminiſtration , dit - on , ne néglige rien
pour la diminuer. Parmi les moyens qu'on
prétend qu'elle employe, onlui prête ceux ci.
Les placards , dit un de nos papiers , fe font
multipliées pour l'adminiftration contre l'oppo
tion ; ce moyen eft petit , il feroit injuſte de
l'attribuer aux Miniftres ; il ne peut avoir été
f
( '124.)
employé qué par quelques - uns de fes partifans
à qui toutes les mefures font bonnes , & qui
ont plus de zele que de lumieres. Il y en a
un autre qui eft plus adroit & dont l'effet feroit
plus sûr s'il étoit réellement adopté , ce
feroit de faire paffer de la Chambre baffe dans
la haute quelques uns des membres qui votent
pour l'oppofition qui , dès cet inftant , feroit af
foiblie. On dit qu'on y fonge & le bruit a
couru qu'il y avoit une nouvelle création de
pairs. Le Comte Temple , difoit on , avoit été
fait Duc de Buckhingham ; les Ducs de Queensbury
, de Gordon & d'Athol avoient été faits
Pairs d'Angleterre ; & immédiatement après la
léance du 5 , le Chevalier Thomas Egerfton ,
& 4 autres membres avoient été également créés
Pairs . Mais il eft difficile de croire que ce bruit foit
fondé , & que M. Pitt dont on ne ceffe de vanter
l'intégrité prête la main à une mefure qui ,
dans les circonstances préfentes ne peut être
regardée que com.ne un moyen indirect de diminuer
l'influence des Communes dans la conftitution.
Les adreffes qui font préfentées journellement
au Roi pour le remercier d'avoir renvoyé
fes anciens Miniftres , font dire aux
partifans de la nouvelle Adminiſtration qu'elle
a la majorité de la Nation , fi elle n'a pas celle
de la Chambre des Communes .
M. Fox fit le z quelques obfervations fur ces
adreffes , il rappella les moyens que l'on prend
pour en obtenir de pareilles , & il dit qu'entre
autres celle de Westminster Ggnée de 4000 perfoanes
, n'avoit été propofée , que par le Bailli &
la cour de la Bourgeoifie ; qu'ils l'avoient rédigée
& portée enfuite dans les maifons où elle avoit
( 125 )
été fignée , fans qu'on fut inftruit de fon objet ,
fans qu'on eut débattu les ráifons pour & contre.
Le Lord North ajouta que l'Evêque de Rochefter
qui eft Doyen de Weftminfter l'avoit affuré qu'il
n'avoit eu aucune connoiffance de cette adreffe .
C'eſt le tems feul qui éclaircira en effet de
quel côté fe trouve la majorité de la Nation ;
fi le Parlement eft diffous , les élections montreront
pour quel parti eft la généralité ;
quoique felon des papiers , cette balance ne
foit pas toujours bien exacte.
Je fuis affez vieux , écrit - on dans un , pour
me fouvenir de l'adminiftration de Sir Robert
Walpole , qui , quoiqu'elle ait effuyé de juftes
reproches , a été cependant , je dois l'avouer ,
moins vénale & moins corrompue que quelques
- unes que j'ai vu depuis. La corruption
, dans le temps de Sir Robert , reffembloit
à une jeune fille qui commence la carrierë du
vice ; elle rougit d'abord , & fe cache de peur
d'être découverte ; avec le temps elle s'aguerrit ,
elle exerce en plein jour le métier qu'elle n'ofoit
faire que dans l'ombre de la nuit ; & on la
voit enfin parcourir les rues , les endroits publics,
& étaler aux yeux de tous le cynifme le plus
effronté. Du temps de Walpole il y avoit de la
vénalité , & les membres du nord de la G. B. fe
trouvant par leur pauvreté expofés à la tentation,
on difoit publiquement que plufieurs faifoient
marché de leurs voix avec le Miniftre. Un billet
de banque de 500 liv . donné par un homme ap
pellé John Miller , étoit alors confidéré comme
une ample récompenfe d'une voix acquife pour
Boute une feffion. Le prix de la vénalité a beaucoup
augmenté depuis ; on pourroit dire qu'il l'a
fait en proportion de l'accroiffement de la mi
£ 3
( 126 )
+
fere générale une place ou une penfion de 500.
liv. par an , n'eft plus eftimée qu'une bagatelle
pour le plus petit fervice rendu à l'admi-
Riftration. Les fucceffeurs de Walpole l'ont bien
furpaffé ; on ignoroit de fon temps l'ufage d'acheter
des bourgs entiers pour voter en faveur
de l'adminiſtration . Quoique Sir Robert ait été
quelquefois entraîné par une faction Tory ou
Jacobite dans des mesures peu conftitutionnelles
fon ennemi le Lord Chesterfield nous affure qu'il
ne fe propofa jamais le deffein de violer effentiellement
les libertés de fon pays ; & le Doc
teur John Campbell qui vivoit dans fa maifon ,
rapporte quelque part que confondu de la facilité
avec laquelle les marchands de voix au Par
lement s'offroient à lui faire bon marché des
leurs , i ne pouvoit s'empêcher de dire que les
métier de Miniftre d'Etat étoit la chofe du monde
la plus facile ; elle n'eft devenue plus difficile:
aujourd'hui que parce qu'elle eft plus coûteufe.
4
L'affaire de M. Hamilton de Bargennie ,
compromis , comme on l'a vu dans un des
précédens Journaux , & mandé à la Barre
de la Chambre eft terminée . M. Yorck a lu
il y a quelques jours une lettre qu'il en avoit
reçu , & dans laquelle il affuroit fur fon,
honneur , qu'il n'avoit été autorifé par aucun
des précédens Miniftres , à faire des of
fres d'argent à qui que ce foit , pour fouteair
l'Adminiftration du Duc de Portland.
M. Yorck fit enfuite la motion de le difpenfer
du voyage d'Ecoffe , ce qui paſſa.
Les maifons riches de ce Royaume , &
peut -être de bien d'autres , ne font pas tou(
127 )
res de leur fortune un auffi bon emploi que
le Duc de Bedford de la fienne . Le tableau
uivant , que préfentent quelques - uns de nos
papiers , peut piquer la curiofité.
+
La fortune de ce Duc eft très- considérable ;
on la porte à 70,000 liv . ſterl . de rentes. Il en
paye 10,000 pour la taxe des terres , 4000 pour
des réparations , améliorations , & c . & on évalue
à 1000 , les non- valeurs , les pertes caufées par
Pintempérie des faifons , la grêle , les innonda
tions , &c. c'eft un total de 15000 liv. fterling
qui retranchées de fon revenu , en réduiſent le
refte net à 55000. Voici la diftribution qu'il en
fait ; il met tous les ans en épargnes 8000 1. iterl.
deftinées à fervir à des befoins imprévus , & qui
forment un fond que chaque année augmente . Sa
mailon en emporte 20,000 , cinq mille entrent
dans fa bourfe particuliere , & il en met 7000 ea
réferve pour la Ducheffe quand elle fe mariera.
Les tableaux , les ftatues , les décorations de fes
maifons lui coûtent 5000 liv. flerl. , il en emploie
5000 autres en dons d'encouragement , penfions ,
à des gens de lettres , artiftes & citoyens utiles
parmi ces penfions ou dons il y en a un de 500 !
deux de 400 , cinq de 300 , huit de zoo , quatre
de ico & autant de 50 ; une derniere fomme de '
5000 liv. fterling eft deftinée à fes voyages.
On a jugé dernierement à Guildhall und
caufe affez extraordinaire.
Il y a 2 ans qu'une jeune femme époufa un
homme , prifonnier aujourd'hui , & qu'elle pour
fuit ; cet homme étoit veuf ; ils vécurent enfemble
jufqu'en Février 1783. Alors ils quit.
terent Londres pour aller chercher de l'ouvrage
à Manchefer. A leur arrivée l'homme fut arrêté
pour avoir abandonné une premiere femme
£ 4
128 )
qu'il avoit & qui vivoit avec fon fils dans le
voifinage. Lorfqu'il fut remis en liberté , elle
J'accompagna en Irlande d'où ils revinrent à
Londres. Elle ne voulut plus vivre avec lui dans
un état qu'elle ne pouvoit plus confiderer que
comme adultere . Après avoir été féparée quelque
temps , elle fut furpriſe de voir fon mari
arriver un foir chez elle , la folliciter de faire
la paix & de le recevoir ; fur fon refus formel ,
il demanda feulement un baiſer qui devoit être
le baifer d'adieu . Elle ne crut pas devoir le
refufer ; mais en l'embraffant , il lui coupa la
gorge avec un rafoir qu'il avoit caché. Des
témoins entendus confirmerent ces faits ; le chirurgien
rendit compte de la bleffure qui eft
très-grande , s'étendant prefque d'une oreille à
l'autre , mais qui heureuſement n'eft pas mortelle.
Le coupable a été condamné à 7 ans de prifon
, après quoi il donnera caution pour fa conduite
pendant le refte de fa vie.
On lit dans une lettre de Gainsborough ,
dans le Lincoln - Shire , les détails fuivans ,
en date du 24 Janvier.
Nous avons été témoins ici d'un accident également
affligeant & terrible. La riviere de Trent
étant glacée à la fuite du froid que nous avons
éprouvé pendant quelque temps , il s'y raffembla
une quantité confidérable de perfonnes , qui n'avoient
d'autre but que de fe promener fur la
glace , & de traverfer , comme on dit , la riviere
àpied fec. Pendant qu'elles prenoient cet amufement
, deux jeunes gens qui patinoient prirent
difpute enfemble ; des injures ils en vinrent aux
coups. Leur combat , felon l'ufage , attira autour
d'eux tous ceux qui fe promenoient fur la glace ;
cette réunion forma un poids confidérable fur le
même point la glace fc rompit , & 90 per(
129 )
Tonnes tomberent dans l'eau. On s'empreffa ' de
leur porter des fecours ; mais ils furent inutiles au
plus grand nombre , & on ne parvint à en fauver
que 4. Cet accident funeſte a mis toute la ville
en deuil , & il y a peu de familles qui n'aient à
déplorer la perte de quelque parent.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 21 Février:
Le Roi a nommé à l'Évêché de S. Papoul
l'Evêque de Gap ; à celui de Gap , l'Abbé
de Vareilles , Vicaire - Général de Metz ,
l'Abbaye de la Valette , Ordre de Cîteaux ,
Diocèfe de Tulles , l'Abbé de Conceyl , Vicaire-
Général de Bourges ; à celle de la Peyrouſe
, même Ordre , Dioceſe de Périgueux ,
l'Abbé d'Aymard , Grand- Chantre & Chanoine
de l'Églife de Paris.
Le 8 , la Ducheffe de Beuvron a pris le
Tabouret ; & le même jour la Marquise de
Fouquet , & la Comtefle de Carcado eurent
l'honneur d'être préfentées à LL . MM.
& à la Famille Royale ; la premiere par la
Maréchale de Caftries , & la feconde par la
Princeffe de Craon . M. Louftouneau prêta
ferment le même jour pour la charge de
premier Chirurgien de S. M. , en furvivance
de M. Andouillé.
MM. Caffini de Tury & Peronnet ont eu
l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale le premier volume de la Defcription
1
£ 5.
135 X
Géographique de la France , accompagnée d'une
carte générale & trois nouvelles feuilles , qui
comprennent les villes de Sarlat , S. Pol de
Léon & l'ifle d'Oueffant.
DE PARIS , le 17 Février.
On arme à Brest la frégate la Danaé , fur
laquelle s'embarquera M. le Baron de Clugny
, pour fe rendre à fon gouvernement
de la Guadeloupe.
Les dépêches de l'Inde qu'on attendoit
depuis fi long - tems , fent enfin arrivées ;
elles ont été apportées par M. de la Marck :
on ne tardera pas fans doute à les avoir.
Peu s'en eft fallu ces jours derniers que la
foire Saint- Germain n'ait été une feconde foisla
victime d'un défaftre pareil à celui qu'elle
éprouva il y a 23 ans . Le feu éclata vers les
4 heures du matin dans la boutique d'un Confifeur.
On ne l'apperçut qu'au moment de fa
plus grande exploſion . Les pompiers ne s'amu .
ferent pas à l'éteindre ; ils empêcherent qu'il
ne fe communiquât aux boutiques en face , &
à celles fur le derriere ; ils couperent les deux
qui y étoient adoffées , & elle fut feule embrafée.
Par bonheur le temps étoit calme ; cepen
dant fi cet accident fût arrivé dans le jour , &
fur tout le foir , le tumulte auroit été confidérable
, à caufe de la proximité de la falle des
Variétés Amufantes , qui eft bâtie fur des boutiques
& des cafés.
On a donné les détails de l'orage épouvantable
qu'on effuya à la Rochelle , la nuit
du 17 au 18 du mois dernier ; il ne s'eft pas
(* 131 ) *
fait fentir avet moins de violence à Rochefort
, d'où l'on nous a fait paffer les détails
fuivans.
a Le 17 à 6 heures après midi , le vent s'eft
fait fentir ici avec violence , & a augmenté juſqu'à
4 heures du matin du 18 ; c'étoit un ouragan
tel qu'on n'en a jamais vu de femblable .
Plufieurs gros arbres , dont quelques- uns avoient
50 ans , ont été arrachés. La mer qui étoit dans
une agitation extraordinaire , s'eft élevée à une
grande hauteur , & des gabarres des bâtimens.
marchands ont été portés fur les terres par l'impétuofité
du vent. Les vaiffeaux du Roi qui font
dans le port n'ont fouffert ancune avarie. Dans
la ville , la plupart des cheminées ont été emportées
; les hangards fous lefquels on conftruit
les vaiffeaux du Roi , ont été découverts , &
on eftime la perte faite , dans ces bâtimens à 50
ou 60,000 livres. Il est bien à craindre qu'il
ne fe foit trouvé des bâtimens marchands aux
attérages ; & il n'eft pas douteux qu'ils n'aient
tous péri . Plufieurs perfonnes prétendent avoir
fenti , pendant la durée de cet orage , une légere
fecouffe de tremblement de terre ; mais elles
peuvent avoir confondu l'effet de l'agitation extraordinaiae
de l'air qui ébranloit les édifices . Il
y a eu une ferme confidérable entre cette ville
& la Rochelle , qui a été réduite en cendres
bled , foin , beftiaux , tout a été brûlé .
;
Les lettres de l'Orient nous apprennent
que le Confeil de guerre , qui y eft affemblé,
continue fes féances ; mais elles ne donnent
aucun détail de ce qui s'y paffe ; on n'en
fera inftruit , que lorfqu'il les aura terminées.
On croit que fon travail finira dans le mois
prochain.
£6
( 132 )
Nous nous empreffons de donner de la
publicité à la lettre fuivante , qui nous a été
adreffée de ce port.
M. , je viens de lire une Brochure intitulée :
Nouvelle conftitution Maritime ou Supplément correctifpour
fervir de fuite au Livre intitulé : Effai fur
la Marine, par un citoyen bien intentionné, à la Haye,
1783 ; dans laquelle j'ai vu ces mots , page 112 ,
note ( c ) : Il eft certain que ce titre ( d'Officier
auxiliaire ) étoit trop avili , mais comme
» l'a dit l'Auteur de l'Effai à qui s'en prendre ?
à la Marine elle - même ; n'eft ce pas le comble
du ridicule & de la dérifion qu'un valet fur-
» nommé la Jeuneffe , fortant du fervice de M. de
» Moncabrié de Peytes , ait été élevé à ce grade,
ceux qui l'ont connu laquais auroient- ils dû
le fouffrir ? fon maître ne devoit - il pas empêcher
cette profanation ? n'étoit- ce pas vouer
tous les honnêtes gens confondus fous ce titre
àun mépris inévitable ? » Permettez - moi , M. ,
de me fervir de votre Journal pour m'infcrire en
faux contre ce fait , auquel l'Auteur voulant fans
doute affurer aux yeux de la nation une exiſtence
plus apparente , à cru devoir l'étayer de mon nom
pour donner plus de poids à fa calomnie Ce la
Jeuneffe que de fon autorité il éleve au rang
d'auxiliaire ne m'a pas quitté depuis to ans , &
quelque fatisfait que j'ai eu lieu d'être de fes
fervices , je n'ai jamais penſé à m'en faire un
camarade d'armes . J'ignore abfolument ce qui
peut avoir donné lieu à cette fauffe imputation .
Il me femble que ce bien intentionné citoyen
prétendant à être luf ne devoit pas négliger de
s'aflurer de la vérité des faits qu'il avance , furtout
quand ils tendent comme celui - ci à inculper
auffi atrocement des perfonnes dénommées : ne
s'expofe- t-il pas par cette négligence à perdre la
( 133 )
confiance du public trop facile à féduire , mais
auffi trop juste pour lui refufer fon indignation
quand il s'en voit trompé aufli groffierement. Je
n'eus pas pris la peine de relever cette fauffeté
fi mon filence en l'accréditant n'eut dû jeter du
ridicule fur un Corps auffi refpectable que celui
auquel j'ai l'honneur d'appartenir, Je fuis , &c.
Signé , MONCABRIÉ DE PEYTES , Capitaine de
Vaiffeaux.
Nous recevons journellement de différens endroits
du Royaume des détails fur les Ballons
qu'on s'eft empreffé de conftruire & de lancer
par- tout ; les expériences ont été faites avec plus
ou moins de fuccès ; leur relation pourroît deve
nir faftidieuſe , parce qu'elles fourniffent les
mêmes procédés ou les mêmes réſultats . Nous
avons annoncé la premiere faite à Annonay ,
celles qui ont été répétées à Paris , & celle de
Lyon qui dirigée par l'Auteur de cette découverte
& faite avec le plus grand Ballon qu'on
eut encore vu , fixoit la curiofité générale : nous
ne reviendrons déformais que fur celles dont l'importance
& l'appareil leur donnent un droit à
l'empreffément du public ; nous nous bornerons
en conféquence à celle de Di on qui eft fixée au
18 de ce mois fi le temps le permet , A celle
qu'on le propoſe de faire à Besançon , & qui n'eft
pas encore prochaine , puifque la foufcription
qui doit en former les fonds n'eft ouverte que
depuis peu. Nous ne rapporterons pas non plus
tous les projets enfantés pour la direction de la
Navigation aërienne ; ils le font tellement multipliés
que l'on formeroit de volumes de ceux
gros
que nous avons reçus . Ce n'eft point à nous à en
difcuter le mérite ; plufieurs offrent des moyens
ingénieux ; mais nous ne faifirons que ceux qui
ayant été préfentés aux Académies , feront ap(
134 )
puyés des fuffrages ou des encouragemens de ces
Compagnies favantes. Et ceux qui auront pour
eux des expériences , qui en auront démontré
l'efficacité , ou ouvert une route à la découverte.
MM . l'Abbé Miollan , Profeffeur de Phyfique , &
Janinet , Méchanicien , ont ouvert une foufcrip
tion dont le produit fera employé à la conſtruction
d'un Ballon defliné à faire l'effai de tous les
moyens de direction & à diverſes expériences . Le
réfultat de leurs travaux trouvera paturellement
fa place ici. On foufcrit chez M. l'Abbé Miollan ,
Quai de l'Ecole , & chez M, Janinet , Place
Maubert, no. 17...
Le dégel qui s'étoit annoncé ici , & qui a
duré jufqu'à mardi , ne s'eft pas foutenu ; il
arété accompagné de neige , & fuivi de
nouvelles gelées , qui ont continué tout le
refte de la femaine derniere , & qui durent
encore. La bienfaifance multiplie les fecours
dont le pauvre a befoin ; & l'Adminiftration
veille à l'approvisionnement néceffaire
à une grande Capitale , & à obvier à la
lenteur des tranfports impraticables fur la
riviere , & néceffairement ralentis fur les
routes ordinaires . Aux obfervations que nous
avons déja données fur le froid , nous joindrons
celles - ci qui ont été faites à Provins
en Brie ; la lettre qui les contient , eft du 31
du mois dernier .
Vous ne ferez peut- être pas fâché , M., d'avoir
fur le froid qui vient de fe faire . fentir ici
les détails fuivans ; ils feront pour vous une
échelle de comparaison avec celui de Paris , &
d'autres endroits du Royaume j'en ai fait les
obfervations fur un Thermométre éprouvé de
( 135 )
feu Capy , parfaitement d'accord avec ceux de
M. Monier , d'après fon rapport du froid de la
nuit du 30 au 31 Décembre dernier. Hier 30-
Janvier , à 9 heures du matin , vent fud , le Thermomêtre
qui à 7 h . avoit donné 12 degrés &
demi de condenfation , marquoit encore 10 d. un
quart , le Soleil brilloit , & le ciel étoit fans
aucuns nuages ; à 2 h . il étoit remonté à 5 d.;
entre 4 & 5 h. , le vent avoit tourné à l'ouest , le
ciel s'étoit couvert , & la neige tomboit en aflez
grande abondance ; à 10 h. , vent redevenu eft ,
la liqueur étoit defcendue à 10 d . 3 quart ; à 11 h.
12 d. & demi , & ce matin 7 h. elle marquoit
17 d. & demi , le plus grand froid du fiecle ; à
8 h. le Thermomêtre avoit. remonté à 16 d . &
I quart ; le ciel & le foleil , legérement enfumé
dans les parties de l'eft , du fud & de l'oueft ; le
nerd parfaitement ferein & parfemé de quelques
nuages petits & rates : à 10 h. il ne marquoit plusque
14 d. & le ciel étoit pommelé dans toute
fon étendue , le Baromêtre à 26 pouces 6 lignes ,
& la terre couverte de 14 pouces de neige .
Les défaftres occafionnés par la rigueur
de la faifon , ont donné lieu à divers actes,
de bienfaifance & d'humanité , parmi lef
quels nous nous empreffons de choisir celui
- ci.
Le 2 du mois dernier , époque à laquelle le
dégel avoit occafionné une inondation à Valenciennes
, la chauffée qui y conduit , étoit devenue
impraticable par un courant d'eau très rapide
qui la traverſoit ; & fe précipitoit dans un pré
auquel cette chauffée commande , & qui formoit
alors une espece d'étang. Un Particulier qui
avoit affaire dans la ville , eut l'imprudence de
vouloir franchir ce torrent ; mais lui, le cheval
( 136 )
qu'il montoit , & une femme enceinte de fix mois
qu'il avoit mife en croupe , furent emportés par
le courant de l'eau. L'homme eut le bonheur
d'être jeté à bord , mais la femme étant tombée
dans l'endroit même où la chûte du torrent formoit
un gouffre , paroiffoit & difparoiffoit alternativement
, & fa mort fembloit inévitable ,
lorfque trois Journaliers fe précipiterent dans le
gouffre , & à force de lutter contre l'impétuofité
du courant & les glaçons énormes qu'il charioit ,
parvinrent à la faifir & à la ramener à bord. Ges
trois hommes , qui font les nommés Tachoux ,
Temporal & Coulon , après avoir montré tant de
courage & d'humanité , firent paroître encore le
plus grand défintéreffement : en effet , quoiqu'ils
foient très- pauvres , il a fallu les faire chercher
pour leur remettre à chacun une ſomme de 100 l.
dont le Corps municipal leur a fait don , de l'agrément
de M. de Senac de Meilhan , Intendant de
la Province. Le Roi , à qui il a été rendu compte
de cette belle action , a accordé à chacun d'eux
une gratification de 200 liv.
L'avis fuivant qu'on nous a fait paffer ,
ne peut qu'intéreffer les Agriculteurs ; la
découverte qu'on y annonce , feroit fans
doute bien importante , & fon efficacité defirable
; ce n'eft pas à nous à décider fi elle
ex fte il nous fuffit de fentir qu'elle eft
utile , pour que nous ne devions pas nous
refufer à inférer ici l'annonce de celui qui la
propofe.
Je fuis parvenu à découvrir la caufe du charbon
dont le bled eft attaqué dans toutes les Provinces
du Royaume , & ce qui vaut mieux encore
, je connois un moyen sûr pour en garantir
les récoltes.; je pourrois bien rendre ma mé(
137 )
?
thode publique : elle confifte en une préparation
pour le bled que l'on deftine à être femé , mais
cette préparation , quoique très fimple , doit cependant
être exécutée ponctuellement , & diffé
renciée fuivant la nature du fol fur lequel on
veut recueillir de ce grain or fi je prenois ce
parti , les perfonnes qui , faute d'avoir fait ce
qui feroit prefcrit , n'éprouveroient point l'efficacité
de ce moyen , ne manqueroient pas de
blâmer ma méthode , tandis qu'il n'en exiftera
jamais une meilleure , plus certaine & moins
coûteufe.; car outre l'avantage d'empêcher cette
efpece d'épidémie dans la végétation , elle en
procurera bien d'autres aux cultivateurs ; d'abord
il faudra moins de femence ; en fecond lieu
elle fupplée en partie aux engrais , & enfin on
pourra , en employant ce moyen , efpérer
une récolte en bled fur un terrein qui n'en
a jamais ou que rarement produit.
J'ai eu
l'honneur d'écrire à MM. les Intendans , & je
leur ai offert d'enfeigner moi- même cette mé
thode par tout le Royaume après avoir examiné
le terrein des cantons de chaque Province , &
de diftribuer dans toutes les campagnes quelques
milliers d'exemplaires d'un ouvrage que j'ai compofé
concernant l'agriculture. Comme il ne
feroit pas jufte que ce foit le Gouvernement qui
me dédommage des frais de route & d'impreffion
, mais bien les particuliers à qui cette découverte
deviendra très-utile , je leur ai propofé ,
fous fon bon plaifir ( le Gouvernement ) , d'ordonner
une foufcription générale de 12 deniers .
par chaque arpent de terre labourable , qui feroient
une fois payés par chaque propriétaire ou
fermier , & confignés jufqu'à ce qu'un chacun
foit auffi convaincu de la réuffite de ma méthode
que je le fuis moi- même par des expériences
( 138 )
réitérées depuis plufieurs années . Je fuis , &c.
Signé , DE LEGROS DE MARCHE DE BEUGNIES,
en ma Terre de Bengnies , près de Bapaume en
Artois.
La ville d'Antibes , frontiere du Comté de
Nice , vient d'obtenir de l'Affemblée des Etats
de Provence une faveur fignalée au fujet d'une
découverte très - importante , faite dans fon territoire,
Cette ville qui fut dans fon origine une colonie
de Marfeillois , fut foumife enfuite aux
Romains, Sous ces nouveaux maîtres un théatre ,
un cirque , & fur- tout des aqueducs qui y por-
- toient les fources de la Fontvielle & de la Sambuque
, la rendirent très- floriffante. Par la fuitedes
événemens & des tems , ces aqueducs furent
perdus , & Antibes étoit réduite à n'avoir d'autres
eaux que celles d'un puits fitué à l'extrêmité
de la ville , ce qui étoit très nuiſible aux bâtimens
de commerce qui touchoient dans fon port ,
& aux habitans , ainfi qu'à la garnifon. L'invaflon
des Autrichiens en 1746 augmenta la dé
trelle de cette ville , qui fut prefque détruite par
4000 bombes que l'ennemi jeta dans fon encein
te. Ce nouveau malheur fit refluer fon commers
ce dans les Villes voifines , & fur- tout à Nice.
M. d'Aguillon , Colonel au Corps Royal du Génie
, animé de ce zele patriotique qui caraté- .
rife le Militaire François , ayant reconnu aux environs
de la place quelques veftiges de ces anciens
aqueducs , dont on peut tirer tant d'avan
tages pour le commerce & la fertilifation , a eǹgagé
fes compatriotes à confacrer une fomme de
3000 livres à la découverte entiere de ce monument
utile ; le fuccès a couronné fon zele , & il·
a été démontré qu'avec une dépense de 72000
livres ces aqueducs pouvoient remplir de nou
veau leur premiere deftination. Le mémoire fait
( 139 )
1
à ce fujet par les Confuls d'Antibes , ayant été
préſenté aux Etats , cette Affemblée a délibéré
de contribuer pour un tiers à la dépense de cette
reftauration , & d'agir auprès du Gouvernement
pour obtenir qu'il y contribue pour une pareille
fomme. En même temps les Etats ont chargé
les Administrateurs de témoigner à M. d'Aguillon
, aux talens duquel la découverte des aqueducs
eft due , la reconnoiffance de la province ;
& de lui préfenter leurs remercimens.
Nous avons annoncé dans le temps la collection
piquante des Romans fur l'Hiftoire de
France , avec des remarques & des éclairciffemens
pour rétablir la vérité des faits hiftoriques ,
& des notes fur les perfonnages qui y font cités..
Ce travail fait avec beaucoup de foin , de goût
& de recherches , ote à ces ouvrages la futilité
qu'on leur reproche , & permet de les mettre
entre les mains des jeunes gens , parce qu'en les
amufant par la partie romanefque , ils les inftrui
fent par la partie hiftorique. On fait avec quel
fuccès l'Auteur a rempli cette partie intéreffante
de fon travail dans l'Hiftoire fecrete de Bourgogne
qui a déja paru . On retrouve le même avantage
dans celle de Marguerite de Valois , par Mademoifelle
de la Force qu'il vient de publier. A des
remarques très- piquantes , il a joint une notice
hiftorique très- bienfaite de la vie de François I ,
& un recueil très - curieux , & neufpour la plupart
des Lecteurs des poëfies de ce Prince ; elles font
tirées d'un manufcrit fur vélin , intitulé les
Euvres de François Premier du nom . Ce manufcrit
précieux avoit appartenu à M. de Cangé , & eft
maintenant à la Bibliotheque du Roi . Cet ouvrage ,
le fecond de la collection , eft comme le premier
imprimé fur papier fuperfin de la Fabrique de
( 140 )
MM. Johannot , pere & fils , d'Annonay avec
les beaux Caracteres de M. Didot , Paîné (1).
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 66 , 90 , 18 ,
34, & 47.
DE BRUXELLES , le 17 Février.
La pacification furvenue tout- à-coup entre
les Ruffes & les Turcs , au moment où
l'on s'attendoit à une rupture inévitable
éveille la curiofité fur les détails des négociations
qui l'ont amenée , & fur les fuites qu'elle
doit avoir ; on ne connoît que la convention
conclue entre ces deux Puiffances :
mais on ignore comment d'autres intérêts
qui peuvent exifter , auront été réglés. Le
tems feul nous inftruira de ces détails , qui
ne fauroient tarder à être connus .
Les Négocians Hollandais , faifant le
commerce dans la Méditerranée & le Levant
, ont préſenté une requête aux Etats-
Généraux , pour les prier de prendre les
mefures néceffaires , afin que les Commandans
des flottes de la République , dans la
Méditerranée , reçoivent l'ordre de donner
de mois en mois un convoi fuffifant aux
(1 ) On les trouve chez M. Didot l'aîné , rue Pavée ,
S, André des - Arts. L'Hiftoire fecrete de Bourgogne en
3 vol. in-12 , coûte 18 liv . , & celle de Marguerite de
Valois , en 6 vol. , . même format , 30 liv. brochés .
( 141 )
mavires marchands , depuis Malaga jufqu'à
Smyrne, tant dans l'aller que dans le retour,
& cela auffi long- tems qu'il y aura quelques
repréfailles à craindre de la part des Vénitiens,
«Nous ne ferons pas inftruits auffi- tôt que
nous l'efperions , écrit-on de la Haye des
caufes de la non - expédition de nos vaiffeaux
pour Breft. La commiffion chargée de les examiner
eft bien aflemblée ; elle a même commencé
fes féances ; mais ces recherches exigeront
du temps . Lorfque le Stadhouder fut
prié le 22 Décembre dernier de prendre des
mefures pour prévenir l'abfence d'aucun des
Officiers qui devoient être expédiés à Breft ,
afin que rien ne put fufpendre l'éclairciffement
de cette affaire , le Prince s'adreffa aux Colleges
d'Amirauté pour les prier de donner des
ordres en conféquence. Mais avant ce temps
plufieurs Capitaines avoient été envoyés en mer
pour fatisfaire à diverfes réfolutions de L. H.
P. Leur retour eft incertain , & ne peut être
accéléré ; & quoiqu'on ait expédié des ordres
ordres aux Capitaines Bols Tulling & Hoof ,
pour les preffer de revenir , ils ne feront pas
ici avant la fin du mois d'Août ; & le Comte
Amiral Van Braam & le Capitaine Stering qui
font parties pour les Indes orientales , ne peuvent
être de retour avant le mois de Juillet.
Ainfi fi les ecclairciffemens que l'on veut avoir
dépendent des Officiers qui font actuellement
employés dans un fervice éloigné , on ne faura
de long-temps de cette bruyante affaire que ce
que l'on fait déja » ,
( 142 )
En attendant la fuite que pourront avoir
ces recherches , nous placerons ici l'annonce
d'une découverte intéreffante , que
contiennent les lettres de Hollande.
Le Docteur Van Herbftght , écrit- on d'Utrecht,
après avoir travaillé long- tems fur les métaux ,
eft parvenu à détruire quelques- unes de leurs
qualités fans les altérer , il a , dit-on , trouvé
entr'autres un moyen de préparer le cuivre de
maniere que le verd de gris ne s'y engendre
plus. Il a envoyé quelques pieces de ce métal
ainfi préparé au College d'amfterdam , où l'on
fera des effais pour conftater cette découverte qui
feroit très utile.
PRECIS DES GAZETTES ANGL.
Il femble qu'on devienne tous les jours moins
difpofé à une union générale. Les apparences
actuelles n'y font point favorables. La prérogative
de la couronne fe trouve en oppofition
avec les privileges de la chambre- baffe , & la
queflion n'eft plus à préfent de favoir lequel des
deux partis , celui du miniftere ou celui de l'oppofition
, occupera le confeil du Roi : il sagit
de favoir fi la conftitution fera formée de trois
branches de la légiflation , ou fimplement de
deux .
1
Il y a eu le 5 une grande affemblée chez
M. Fox plufieurs perfonnes de la plus haute
diftinction , & entr'autres un grand prince , s'y
font trouvés.
On ne doute pas que pour trancher les difficultés
qui résultent de l'oppofition du parlement
au miniftere , on n'ait grande envie de diffoudre
de premier cette meſure vive a été déjà l'objet
( 143 )
de plufieurs confeils ; mais la circonftance acque
lle eft embarraffanie. Le tréfor eft fermé ,
& cette raiſon eft de fi grands poids , qu'elle
rend prefqu'une coalition indifpenfable. Il eft
à préfumer que tant qu'elle n'aura pas lieu ,
tout vote d'argent fera fufpendu dans la chambre
des communes , & il faudra finir par une diffo-
-lution .
Le Meffager de la Chambre des Communes ,
dépêché au bon vieillard M. Hamilton de Bargennie
en Ecoffe , pour l'avertir de comparoître
la barre de cette Chambre , rapporte que M.
Hamilton fut fort étonné de l'ordre ; mais lorf
qu'il l'eut lu il éclata de rire. En vérité , ditil
, je n'ai pas beaucoup d'obligation à ceux qui
m'occafionnent ce voyage de Londres ; il eft
très- pénible à mon âge & dans cette faifon ; cependant
j'obéirai. Les Meffagers n'aiment pas
beaucoup.ces fortes de commiffions qui leur font
toujours onéreufes ; la taxe ancienne qui regle
le falaire auquel ils ont droit n'a point été changée
; elle leur alloue feulement 6 fols par mille.
Le repas que la Bourgeoifie de Londres fe
propofoit de donner à l'Amiral Rodney , au Général
Elliot , au Lord Hood , au Lieutenant-
Général Boyd , à Sir Roger Curtis , eut lieu
le 2 de ce mois . Les deux premiers qui font ,
l'un en France & l'autre à Gibraltar , ne s'y
trouverent point. L'Ambaffadeur d'Espagne , curieux
de voir cette Fête , fit demander à Sir
Roger Curtis s'il pourroit y être admis ; celuici
le propofa à l'affemblée , qui s'empreffa de
recevoir S. E. Aufli - tôt qu'elle fut placée , on but
trois fois la fanté du Roi d'Efpagne. L'Ambaffadeur
y fit honneur à fon tour en portant trois
fois celle du Roi d'Angleterre.
( 144 )
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
GrandChambre.
Caufe entre M. l'Evêque , Comte de Beauvais.Et
les Officiers du Bailliage royal de Beauvais,
DROIT DE JURISDICTION
.
++
د
Les ouvriers d'une manufacture royale de ta -1
pifferie créée à l'inftar de celle des Gobelins , &
tuée dans une ville où l'Evêque eft Seigneur
en partie , & dans laquelle fes Officiers exercent
une portion de la police , en vertù de Lettrespatentes
du 12 Septembre 1689 , doivent -ils ,
pour fatisfaire aux Lettres -patentes du 12 -Sep - 20
tembre 1781 , fe faire enregistrer au greffe dudit
Seigneur , ou en celui du Préfidial de la même
ville ? Telle eft la queftion qui a été agitée dans
cette affaire. Les Officiers de M. l'Evêque de
Beauvais ont prétendu exercer la police dans
l'hôtel & fur les ouvriers de la manufacture royale
de tapifferie dont il s'agit. Les Officiers du Préfidial
ont établi au contraire que cet hôtel appartient
au Roi , qu'il fait partie des fortifications
qui font domaine royal ; ils ont auffi prouvé que
le Juge de M. l'Evêque n'a pas le droit de fe
qualifier de Juge- Général : enfin , que le Lieutenant-
Général & les Officiers du Préfidial ont été
offenfés dans différens arrêtés des Officiers du
Comté de Beauvais. Arrêt du 17 Mai 1783 ;
qui maintient les Officiers du Bailliage de Beauvais
dans l'exercice de la juftice & de la police
fur cette manufa&ture. M. l'Evêque de Beauvais
s'étant pourvu contre cet Arrêt , Arrêt du
Confeil du 22 Décembre 1783 , rendu au rapport
de l'Abbé Royer , Me des Requêtes , qui
l'a débouté de fa requête en caffation , & l'a
condamné en l'amende.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANNEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Décembre.
E Roi vient de faire préfent à une Com-
Lpagnie , de la mine d'or d'Egswold en
Norwege , qui depuis quelque tems étoit
exploitée pour fon compte , & qui ne rendoit
pas fes frais , parce que toutes les
entreprifes qui fe font à ceux des Gouvernemens
, coûtent toujours beaucoup plus
que ce qui fe fait par les particuliers & pour
eux; ils y apportent une économie dont on
fe difpenfe prefque toujours dans les autres
cas . S. M. a joint à ce don celui des édifices
& de tous les uftenfiles dépendans de cette
mine.
POLOGNE. ´:
*
DE VARSOVIE , le 25 Janvier.
Le Traité conclu entre les Ruffes & les
Turcs a été figné à Conftantinople par le
No. 9 , 28. Février 1784.
Nº.
( 146 )
Grand Amiral , où Capitan Batha , par le
Mufti Cadi Achmet , par le Cadiasker de
Natolie , Cadi Stamboul & par le Reis-
Effendi , Grand- Chancelier. Il paroît qu'on
a nommé le Chef de la Marine , celui des
gens de loi, & l'Interprête de l'Alcoran ,
non pour donner plus d'authenticité à cet
Acte , mais pour contribuer à porter le peuple
à la réfignation fur un arrangement que
les circonftances ont rendu d'une néceflité
indifpenfable.
Nous venons de faire une perte fenfible
écrit- on de la Moldavie , dans la perfonne de
M. Joannizza Cantacuzene , Grand- Chancelier
de la Porte , mort à 65 ans : il étoit le protecteur
des Etrangers , & le foutien des droits de la Pa
trie. Les Ruffes , lorfqu'ils occuperent cette province
pendant la derniere guerre , montrerent
beaucoup de confidération pour cette maiſon ;
Joannizza Cantacuzene étoit alors Grand- Trélorier
de la Principauté de Moldavie : fon fils héritera
de fes richeffes & de fes honneurs . Il a
reçu une éducation très- rare dans ces contrées ;
& l'on reconnoît en lui les qualités qui ont dif
tingué fon pere. C'eft le feul en ce pays qui poffede
une bibliotheque ; il l'a formée lui - même ,
& récemment il a fait venir de France un éxemplaire
de l'Encyclopédie.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 4 Février.
Nous avons annoncé les difpofitions de
l'Empereur , relativement aux fépultures pu(
147 )
bliques ; on fera fans doute bien-aiſe de
trouver ici le Réglement même , dans. un
moment furtout où il y a peu d'endroits où
l'on ne faffe des voeux pour en voir adopter
un ſemblable.
« Les inconvéniens inconteftables qui dérivent
pour la fanté des vivans , de l'ufage univerfellement
reçu d'enterrer les morts au milieu des villes,
ont attiré l'attention de S. M. I. qui ne veut laiffer
fans en tenter l'exécution , aucun objet qui tend au
bonheur de fes fujets . C'est dans ce deffein qu'elle
a fait le Réglement fuivant , rélativement
aux Cimetieres . 1 ° . Tous les Cimetieres qui fe
trouvent dans cette ville feront fermés , & il en
fera établi d'autres au- delà & à une diftance convenable,
2 °. Tous les cadavres feront portés , de
la maniere qui a été en ufage jufqu'ici , & conformément
aux Réglemens fur ce fujer , de jour
ou de nuit , felon le defir des parens , dans l'Eglife
qui aura été choifie , où fe feront les obfeques
ordinaires. 3 ° . La nuit fuivante , les cadavres feront
tranfportés fur des chars expreflément deftinés
à cette fonction , & fans frais , dans les nouveaux
Cimetieres où ils feront enterrés à la profondeur
de 6 pieds , & recouverts de chaux , afin
qu'ils puiffent être plus promptement confumés &
rendus incapables de nuire aux vivans . 4° . Il fera
permis aux parens ou aux amis du défunt , qui
voudroient placer fur fes cendres un monument
de leur reſpect ou de leur reconnoiffance , de le
faire conftruire , pourvu qu'il n'occupe pas unefpace
trop étendu , qui pourroit refferrer le local
deftiné aux fépultures . Ces monumens fe placeront
de préférence fur les murs des Cimetieres. »
En conféquence de cette difpofition Im-
92
( 148 ) :
périale on a fait ainfi la divifion des Paroiffes
& de leurs habitans .
Le Cimetiere fitué hors de la ligne de S. Marc
fervira aux fépultures de 8 Paroiffes , dont on
porte les habitans à 42,987 ames ; celui qui eßt
au-delà de la ligne de Mezleinftorf eft destiné à
l'ufage de 8 autres Paroiffes , contenant 42,482
habitans; celui qui eft du côté de la ligne d'Hundfthurm
ne fervira qu'à 5 Paroiffes , dont les ha
bitans forment 44,663 ames. 6 Paroiffes , comprenant
60,818 ames , auront leurs fépultures dans
le Cimetiere de la ligne de Wabrinz . Les Paroiffes
de S. Léopold qui contiennent 11,759 perfonnes ,
des Carmes de Léopolftade , qui en comprennent
5,680 , juſqu'à ce qu'elles aient un Cimetiere particulier
, porteront leurs morts dans celui de la
ligne de S. Marc .
C'eft d'après ce travail que l'on a évalué ,
comme nous l'avons dit dans le tems , la population
de çette capitale à 208,389 ames ;
mais il faut obferver que les Catholiques
feuls font compris dans ce dénombrement.
On n'y compte ni les Proteftans , qui font
plus de 3000 perfonnes , ni les étrangers
qui font très- nombreux , ni les troupes de
la garnifon.
On dit que les cimetieres fupprimés feront
convertis en chantiers pour le bois à
brûler , qu'on coupera en petites bûches ,
qui feront divifés en quarts & en demie
quarts de la meſure ordinaire , pour faciliter
aux pauvres l'achat de celui dont il a befoin,
Et cette nouvelle préparation fournira une
-occupation aux ouvriers , qui dans certains
( 149 )
tems de l'année , manquent d'ouvrage.
Les Freres de la Charité des Provinces
Allemandes ont , dit- on , dans les Etats héréditaires
20 maifons , dont 2 à Vienne. Selon
des calculs qu'on dit exacts , fur 9888
malades qui ont été reçus l'année derniere
dans ces 20 hofpices , il y en eft mort 1134',
ce qui fait environ un huitieme.
DE HAMBOURG , le S Février.
La curiofité , fixée fi long- tems fur les
grands mouvemens qui fe faifoient dans le
Nord & dans le Levant , fe reporte encore
de ce côté , à préſent qu'ils font fulpendus :
elle ne fe contente pas de ce qu'elle fait des
conditions auxquelles les Turcs ont obtenu
la confervation de la paix ; il leur en a coûté
des facrifices peut - être aufli grands que
ceux auxquels l'auroit expofée une guerre
malheureuſe ; l'imagination des fpéculatifs
qui s'élance toujours au - delà de ce que l'on
publie , & peut-être au-delà de ce qui eft ,
demande à préfent , ce qui a pu être ſtipulé ,
ou ce qui femble devoir l'être encore pour
fatisfaire d'autres intérêts que ceux de la
Ruffie , qui ne paroît pas à préfent avoir
rien de plus à defirer , mais qui peut-être tôt
ou tard dans le cas de changer de role , &
de prêter à fon tour l'appui qu'elle a reçu.
C'eftautems à confirmerou à détruire les con
je tures au moins hafardées qu'on fe permet
dans prefque tous les papiers , & nous ai
833
( 150 )
mons mieux recueillir des faits que des fpéculations
peut être vaines .
Les Turcs , dit un de nos papiers , ne paroiffent
guere fufceptibles de difcipline; les efforts que
l'on a faits dans ces derniers tems pour eflayer de
les y foumettre , n'ont pas eu le fuccès qu'on s'en
promettoit , & femblent faire défeſpérer de l'obtenir
peut-être cependant ne faudroit- il pas qu'ils
fe rebutaffent après ces effais le tems , la conf
tance & la fermeté ont opéré quelquefois des
miracles plus étranges : il eft vrai que leurs
-Inflituteurs dans cette partie courent auffi de
grands rifques . On dit que le Baron de Sterbergh
& un autre Officier Allemand , qui avoient pallé
dans les Etats Ottomans , & qu'on avoit chargé
d'enfeigner les évolutions militaires à un Corps
de Janniffaires , ont été les victimes de l'indocilité
& de l'infubordination des éleves qu'ils avoient à
former, & qu'ils ont été maffacrés l'un & l'autre
fur la place même d'exercice «.
Les réformés de la Communion Helvétique
avoient ci- devant un Oratoire à Neau ,
dans le Duché de Limbourg. Il avoit été fermé
en 1716 , parce que dans la guerre qui
exiftoit alors , ils avoient pris le parti des
Hollandois ; cet Oratoire à été rouvert le
14 Décembre dernier , en conféquence de
l'Edit de tolérance . Ces Réformés font Fran- .
çois d'origine, au nombre de 200 , &-preſque
tous fabricans de draps..
Les papiers publics ont annoncé la mort
du Prince regnant de Lobkowitz , Duc de
Sagen dans la Siléfie Pruffienne , arrivée à
Vienne le 11 de ce mois ; ils préfentent aujourd'hui
les anecdotes fuivantes fur ce
( 151 )
Prince ; fi elles annoncent quelquefois de la
fingularité , elles annoncent auffi de la bonté,
de la juftice & de la piété.
Sa maniere de vivre le diftinguoit de tous les au
tres habitans de cette capitale ( de Vienne ) ; il ne
recevoit que les yifites d'un petit nombre d'amis ,
& il ne regardoit ni au rang ni à la naiffance de
ceux qu'il appelloit à fa familiarité . Jamais il ne
fe rendoit à aucune affemblée , & il ne donnoit
d'audience dans fon palais que la nuit ; encore cela
arrivoit-il rarement ; fon ufage ordinaire étoit de
faire venir à 10 heures du foir deux violons avec
lefquels il faifoit de la mufique jufqu'au jour. Quelquefois
il fortoit à z heures après minuit , & il fe
rendoit aux Capucins , où le faifoit dire une
Meffe . Il avoit dans fon appartement un miroit
difpofé en face de la fenêtre , de maniere qu'en y
jettant les yeux , il voyoit ce qui fe paffoit dans la
rue lorfqu'il y appercevoit des pauvres , il leur
faifoit diftribuer des aumônes. Il recevoit beau
coup de lettres ; mais il les lifoit peu ; on en a vu
pluſieurs refter une année entiere fur fon bureau
fans avoir été ouvertes . Il aimoit la chaffe , mais
il n'y menoit perfonne ; il prenoit toujours feul ce
divertiffement ; fon goût pour la folitude le faifoit
fouvent refter des femaines entieres fans recevoir
qui que ce foit ; il paffoit alors le jour à lire . Il
faifoit travailler continuellement dans le palais
qu'il habitoit ; & lorfque les ouvrages étoient finis
, il ne vouloit pas entendre parler des ouvriers ;
ce.n'étoit que 5 ou 6 ans apres qu'il les rappelloit ;
& alors il payoit leurs mémoires fans en rien déduire
, & leur bonifioit les intérêts de ce qu'il leur
devoit jufqu'au moment du paiement .
y
S'il faut en croire des lettres de Vienne , il
eft arrivé un Provincial de l'Ordre des
8 4
( 132 )
Peres de S. Paul premier Hermite , qui y attend
le retour de l'Empereur , pour lui demander
, au nom du Chef de l'Ordre , ou
fon appui pour contenir les jeunes Religieux
, ou la fuppreffion de l'Ordre.
La plupart de nos papiers rapportent un
fait affez fingulier , que nous nous contenterons
de tranfcrire.
« Dans une petite ville de la Siléfie , il y a une
chapelle dédiée à la Vierge , dans laquelle la reconnoiffance
& la piété portent fans ceffe des
offrandes & expofent des ex voto , monumens des
faveurs accordées & obtenues par fon interceffion
. Plufieurs de cesoffrandes dont quelques- unes
étoient d'un métal précieux , difparurent ; on s'en
apperçut ; & les foupçons tomberent fur un foldat
de la garnifon très - affidu à cette églife , où il
entroit tous les jours le premier & n'en fortoit
que le dernier ; un foir, on l'arrêta au moment où
il mettoit le pied fur le feuil de la porte pour fe
retizer ; on le fouilla & on trouva dans fes poches
deux coeurs d'argent. Il fut conduit en prifon , &
fon procès inftruit . Il ne pouvoit nier qu'il avoit
été trouvé nanti de ces effets ; mais il prétendit
qu'il ne les avoit pas volés , & qu'il les avoit reçus
en dons de la Vierge , qui connoifloit les befoins
& fa pauvreté. Cette excufe , comme on s'y attend
bien , ne le juftifia pas devant fes Juges, Il
fut condamné à mort ; fa fentence fut portée au
Souverain , felon l'ufage , pour être ratifiée . Le
Prince fit venir quelques Eccléfiaftiques , & leur
demanda fi le don dont le foldat fe vantoit étoit
poffible felon cux ; ils répondirent que le cas étoit
affurément rare & fingulier , mais que le pouvoir
& la miféricorde de Dieu étoient immenfes , &
qu'il les avoit manifeftés quelquefois ainfi en fas
( 153 )
veur des Saints. Après cela le Prince écrivit fous
la fentence : l'accufé qui a nié conftamment le
vol aura grace de la vie , parce que les Docteurs
do fa Religion n'ont pas jugée impoffible la faveur
dont il fe vante. Mais nous lui défendons.
fous peine de la vie , d'accepter à l'avenir au
cun préfent de quelque faint que ce foit ».
6
Le Magiftrat de Dantzick a adreffé la
lettre fuivante au Roi de Pruffe , auffi - tôr
que le blocus de cette ville a été levé .
5
Pleins une humble confiance en la magnanimité
& la clémence de V. M. , nous ofons appro
cher de fon trône facré, & porter à fes pieds nos actions
de grace pour la délivrance actuelle de la dér
treffe fous laquelle nous avons gémi par fon ordre
ces trois mois derniers , Notre confcience nous rend
témoignage à nous- mêmes,que ce ne font point les
difpofitions qui nous ont manqué pour le facri,
fice enfaveur de vos fujets , des objets fans lefquels
il eft impoffible que cette ville & le peu de com ,
merce qui lui refle , puiſſent fubfifter ; mais cette
conviction ne neus empêche pas d'avouer avec
autant d'humilité que de candeur , que nous ser
gardons le très précieux avantage que V. M. a
bien voulu nous accorder comme un don , dons
nous fommes uniquement redevables à votre
clémence & à votre magnanimité. Puiffe l'Etre
fuprême bénir les efforts que nous ferons pour ne
pas perdre cette faveur qui nous eft fi effentielle .
Ceft du fein de notre malheur que nous fupplions
V. M. de nous accorder ce bonheur , &
nous adreffons nos voeux au ciel pour qu'il lo
plaife de bénir V. M. & fon très- glorieux regne
jufqu'aux temps les plus reculés.
•
Cette lettre eft du 23 Janvier. Le Roi y a
& S
( 154 )
fait la réponſe fuivante , le 29 du même
mois.
J'ai reçu votre lettre ; j'y trouve vos remer-,
ciemens de la levée des repréfailles que j'avois .
ordonnées contre vous , & une expofition peu déterminée
de vos fentimens fur la conteſtation qui
s'eft élevée à mon regret entre moi & votre ville.
Je n'ai point attendu de remerciemens de votre
part ; je ne vous demande aucune condefcendance
ni aucun facrifice de vos droits fondés , de
vos véritables avantages ; je ne veux que de là
juftice envers mes Sujets. Au commencement de
Í'année derniere vous les avez dépouillés d'une
maniere que je ne me ferois pas permife envers
le plus foible de mes võifins , de la poffeffion d'une
libre navigation par votre territoire , navigation
qui ne vous caufoit aucun préjudice , à laquelle
vous n'avez mis aucun empêchement depuis tant
d'années que dans le cas où vous l'euffiez fait ,"
vous auriez dû leur laiffer , d'aprés lés regles du
droit , de l'équité & de l'égalité , depuis que j'étois
légitime Souverain de la Pruffe Occidentale,
tandis que vous voulez jouir des avantages fi importans
pour vous d'un commerce libre dans mes
Etats , beaucoup plus étendus , & forle fleuve
de la Villule qui m'appartient . Mes Miniftres
vous l'on repréfenté avec autant d'évidence que
de modération ; ils n'ont defiré de vous que de
laiffer les chofes dans leur ancien état. Vous
leur avez répondu en termes vagues & ambigus ;
vous avez continué vous - même & permis à vos
peuples toutes les violences envers mes Sujets .
J'ai dû à mes fujets , à mes droits & à ma dignité
de vous faire éprouver quelques effets de
La loi du talion . Cela s'eft exécuté par degrés ,
pour vous laiffer le temps de réfléchir. Mais
( 155 )
comme cela n'a rien opéré fur vous, j'aidu faire
occuper votre territoire par mes troupes : elles
y ont obfervé , d'après mes ordres , la difcipline
la plus rigoureufe , & une modération à laquelle
vous avez dû rendre juftice . Lorsque l'Impératrice
de Ruffie , mon amie & mon alliée , m'a
offert fa médiation , je l'ai acceptée ; j'ai envoyé
mon Plénipotentaire dans votre ville ; je me fuis
montré , prêt à ouvrir une négociation dans le
fein de vos murs. Lorfque vous avez empêché
l'effet de cette ouverture , j'ai agréé la propofition
qui m'a été faite de tranfporter la négociation
à Varfovie ; pendant le cours de ces inci
dens, j'ai fait fouvent des propofitions d'accommodement
équitables ; vous n'y avez pas même
répondu . Prié amicalement par l'impératrice de
Ruffie de lever le blocus , après l'affurance que'
n'a faite cette grande Princeffe , ainfi que le
Roi de Pologne , qu'ils vous ordonneroient de
laiffer à mes fujets le libre paffage par votreⓇ
territoire , fans aucune limitation ni condition ,
jufqu'à l'iffue des négociations ; j'ai fait retirer'
mes troupes , tant par eftime & par amitié pour'
ces deux Cours , que par des fentimens de modération
& de compaffion pour la détreffe de vos
concitoyens innocens du pays plat. Au lieu de
remplir mon attente , les intentions de votre Roi ,
& de votre grande protectrice , vous m'avez fait
remettre une déclaration courte & peu convenable
, qui ne s'accorde point avec elles. Main .
tenant vous différez d'envoyer vos Députés à
Varfovie , vous prétextez qu'il faut attendre les
ordres de votre Cour & ceux de la Ruffie , qui
vous font pourtant fuffisamment connus ; vous
ne cherchez qu'à retarder la négociation & à gagner
le temps où la navigation fera rouverte.
je vous laiffe à décider fi vous agiffez fagement.
( 186 )
Je vous ai fait remettre par le Général d'Eglofs →
tein une déclaration expreffe dans laquelle je
perfifte ; je vous affure de nouveau commeje
l'ai fait fouvent , que je ne veux ni opprimer
votre ville , ni refferrer votre commerce. Votre i
fituation , les circonftances , mes fentimens , mes
avantages me feront defirer de les porter, au
plus haut degré. Mais je ne faurois facrifier les
droits que j'ai à la plus grande partie de la
Viftule , le falut & les avantages de mes fujets.
Je maintiendrai ce que la poffeffion , l'équité ,
la pofition naturelle leur affignent , & cela n'eft
point incompatible avec l'exiflence & la profpé--
rité de votre ville , fi vous voulez feulement ne
pas vous approprier tout , ne pas enlever tout à
vos voisins. Je vous ai fait faire des propofitions
qui s'accordent avec ces principes , dans lefquelles
j'ai fait toutes les conceffions poffibles .
Si vous voulez les accepter , vous pouvez vOUS
en rapporter à ma parole royale . Cet accord
fera obfervé d'une maniere facrée ; on ne l'étendra
en aucune façon , & on ne l'expliquera
point à votre préjudice . Je prendrai le plus
grand intérêt à la profpérité de votre ville fituée
au milieu de mes Etats.
On efpere que la nomination & le départ
des Commiffaires de Dantzick ne feront pas
retardés , & que les négociations feront
bientôt repriſes.
La quantité des vaiffeaux entrés dans les différens
ports , peut donner une idée de l'état de leur
commerce & de leur navigation ; il eſt poſſible ,"
en comparant ces Etats , d'évaluer chaque année
, s'ils ont fait des progrès ou déclinés. Nous
placerons en conféquence ici les liftes fuivantes
L'année derniere il eft entré à Elbing 276
( 157 )
bâtimens ; à Konisgberg , 1848 ; à Dantzick,
682 ; & à Stetin , 1186. Le nombre de ceux qui
en font fortis monte , pour le premier de ces
ports , à 276 ; pour le fecond , à 1699 ; pour
le troifieme , à 694 , & pour le dernier , à
£209.
On lit dans plufieurs papiers l'anecdote
fuivante.
Pendant le voyage de l'Empereur en Italie,
une des roues de fa voiture caffa fur le chemin
& ce fut avec beaucoup de peine qu'il parvint au
village voifin ; defcendu à la porte d'un Serrurier
, il le pria de réparer fur- le - champ la roue
endommagée. Je le ferois volontiers , répondit
celui- ci , mais c'est aujourd'hui Fête , tous mes Ou
vriers font à l'Eglife , & je n'ai pas même mon Apprentifpour
faire jouer le foufflet. Voici , dit l'Empereur
, qui n'étoit pas connu , un excellent moyen
de fe réchauffer. Là- deffus il prit la corde du
fouffler ; l'ouvrier forgea , répara la roue , &
demanda 6 fols ; l'Empereur lui donna fix ducats
. L'honnête Serrurier courut après lui , en
lui difant Vous vous êtes trompé , M, au lieu de
fix fols , vous m'avez donné fix pieces d'or que je ne
pourrai trouver à changer dans tout le village . Changez
les où vous pourrez , lui dit l'Empereur , le
furplus eft pour le plaifir que j'ai eu à fouffler. Il'
étoit dans fa voiture en diſant ces mots , & il
continua la route , fans attendre la réponſe .
:
Le Journal politique Allemand qui s'im
prime ici , offre un tableau intéreffant de
'état actuel de la Saxe Electorale , dont'
nous préfenterons ici les réfultats .
La population eft de 1,750,000 habitans , qui
répartis fur 729 milles quarrées ,. forme 2,410
( 158 )
1
L
ames par mille quarrée. Le pays fournit à la
nourriture de fes habitans. Le fol eft prefque.
par-tout fertile , & produit ordinairement allezde
bled pour la confommation du pays dans
quelque diftrict même on en exporte à l'étranger.
Les Manufactures , les Fabriques , mais furtout
l'exploitation des mines font de grandes"
fources de richeffes . On évalue le bénéfice annuel
que la Cour fait de ces dernieres a
400,000 florins , & cette fomme n'eſt que le
cinquieme du bénéfice net . Un Voyageur
a obfervé qu'il y avoit plus de Fabricans &
d'Artifans dans la feule ville de Drefde que dans
toute la Baviere . Dans plufieurs endroits
il y a des Manufactures de toile . La laine de
Saxe eft belle , & les draps qu'on en fabriquefont
recherchés . Les revenus en 1770 étoient
de 5,915,222 écus , & les dépenſes montoient à
6,414,771 écus, de forte que les dernieres excédoient
les premieres d'une fomme de499,549 écus .
Les dettes garanties des Etats du pays étoient
en 1774 , de 25,837,281 écus de capital. La
guerre depuis 1756 jufqu'en 1763 a coûté à la
Saxe feule 71 millions , non compris les pertes
de l'Electeur ; in lépendamment des guerres anciennes
, ce pays a encore fouffert confidérablement
par la difette & la cherté des vivres en
1771 & 1772 ; mais , malgré ces pertes énor
mes , il fe releve à vue d'oeil par l'induftrie de
fes habitans. Les revenus font actuellement un
objet annuel de 6,200,000 écus & la maffe de
toutes les dettes monte à environ 26 milions,
Tous les ans on en éteint 1,200,000 écus.
L'armée eft composée de 26,189 hommes bien
entretenus & bien difciplinés.
Le froid qu'il fait , favorife les parties de
( 159 )
-
traineaux , qui font un des principaux amufemens
de cette faifon dans le Nord ; quelquefois
elles font fuivies d'événemens bien
fâcheux ; le lac près de Gemunden étant entierement
glacé , une compagnie nombreuſe
fit la partie de le traverfer en traineau ; malheureufement
la glace fe rompit dans un
endroit & l'on dit que près de 70 perfonnes
ont péri dans cette occafion.
IT ALIE.
DE LIVOURNE , le 28 Janvier.
L'Empereur , après avoir quitté Naples ,
le 17 de ce mois , & paffé à Rome où il eft
refté jufqu'au 21 , & où il a eu plufieurs
conférences avec S. S. , arriva à Florence le
23 , d'où il fe rendit le lendemain avec let
Grand - Duc à Pife. L'Infante de Parme
étoit partie de Rome , le 1 , pour retourner
dans fes Etats , où elle compte arriver
pour le jour de naiffance de l'Infant Duc de'
Parme.
Il vient de fe paffer ici , écrit- on de Gênes ,
un fait qui ne peut qu'intéreffer les Lecteurs
c'eft un exemple de défintére flement & de délicateffe
, peut- être rares , mais qui honore également
la religion & le couvent qui l'a doré.
Aux Sarcafmes , aux épigrames qu'on ne ceffe
de publier contre les Moines ; on peut trouver
des faits à oppofer. Un particulier de Sampierda
rete , mort depuis peu , a inftitué le couvent de
Coronata , héritier univerfel de fes biens qu'on
( 160 )
évalue à plus de 200,000 livres , & en alaiffé l'ufufruit
à fa femme . Il n'a fait cette difpofition
que parce qu'il n'avoit point d'enfans. Sa veuve
lui a furvécu très-p s-peu de temps , & le couvent a
réuni promptement l'ufufruit à la propriété.
Mais l'Abbé Gandolfe , Supérieur de cette maifon
ayant été inftruit que le bienfaitenr avoit eu
une foeur qui avoit laiffé des enfans pauvres , n'a
pas cru pouvoir ni devoir les fruft er de l'héritage
de leur oncle. Peut- être les circonflançes a &uelles
ont - elles influé fur fa délicateffe ; quoi qu'il
en foit , il a renoncé à cette fucceffion par un
acte formel pallé devant Notaire , & il attend
actuellement de Rome l'approbation néceffaire du
S. Siége.
On vient de publier à Modene une Ordonnance
, pour rappeller la décence & le
refpect , dont on ne s'écarte que trop dans
les Eglifes. Le Duc ordonne qu'il y aura à
l'avenir dans chacune des furveillans vêtus
de fa livrée , pour les faire refpecter davantage
, dont la fonction fera de maintenir
l'ordre convenable : ils avertiront tous ceux
qui s'en écarteront , & la défobéiffance fera
punie féverement.
Ce Réglement , qui paroît malheureuſement
trop néceffaire , en rappelle un , que
Taillepied, dans fa République des anciens
François , attribue aux Druides , & qu'il
rapporte ainfi :
« Nous Ordonnons que chacun affifte au Sermon
qui fera fait par l'un des Vacies ( c'étoit
une claffe de Druides qui avoit l'intendance des
facrifices ) , afin d'entendre la doctrine de la region.
Et fi durant le Sermon , il y a quelqu'un
( 161 )
qui caquette & babille , nous voulons que par le
bédeau ou correcteur qui portera l'épée nue en
figne de menace , lui foit coupé un grand lambeau
de fon manteau ; & feconde & troisieme fois
s'il ne veut fe taire , étant averti , qu'on lui en
'coupe une fi grande quantité que fon habillement
en foit difforme , & ne s'en puiffe fervir . Le femblable
voulons être fait dans nos affemblées par
les Sergens , quand ils verront quelques- uns qui
ne feront filence »'.
Il y a peu de pays où l'on n'eut befoin
de renouveller cette Ordonnace des Druïdes
; & il y en a peu où l'on ne vit bien des
vêtemens mutilés .
On apprend que le Prince Charles-
Edouard Stuart eft dangereufement malade
d'une attaque d'apoplexie .
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 16 Févrie.
Nos feules nouvelles de l'Amérique feptentrionale
fe réduisent à la lettre fuivante
d'Albany, en date du 2 Septembre dernier.
Plufieurs perfonnes font arrivés du Canada ;
on n'a encore remis en liberté à Quebec & à
Monréal , que les prifonniers militaires ; ceux
qui ne font pas de cette claffe , font retenus fans
qu'on en fache la raiſon ; les derniers arrivés après
avoir follicité la permiffion de partir & des paffeports
fe font échappés , & ont regagné cette ville
& les environs , en paffant à travers les bois. Ils
ont demeuré fix à fept ans en Canada , les uns,
en prifon , les autres fur leur parole ; les diſpo¬
( 162 )
fitions des Indiens font
maintenant
pacifiques.
Ils ont été très- féroces
pendant la guerre ; on
les voyoit
s'approcher des lieux où les prifonniers
étoient gardés , les infulter & tremper leur
Tamawahks , dans leur fang. - Le général
Alderman , qui
commande à Québec , eſt mal
avec les habitans ;
dernierement on trouva un
matin, fon effigie pendue à fa porte. Il dit à cette
occafion : ils veulent me faire un enfer dece commandement
, mais ils y
trouveront un diable.
On a parlé dans la plupart de nos papiers
du fort funefte qu'a éprouvé dans l'Inde . le
vaiffeau de la
Compagnie le Duc d'Athol;
aux relations qu'on en a donné , on ne fera
pas faché de joindre celle- ci , tirée d'une
lettre du
Chirurgien de ce vaiffeau à fes parens
à
Aberdeen , où il eft né , & dans la
quelle il rend compte de la maniere en effet
miraculeufe dont il a échappé à ce défaftre.
» Le
lendemain de notre arrivée , à 7 heures du
matin nous fumes alarmés par un cri de feu qui
parroit de l'endroit où les liqueurs étoient enfermées
les flammes étoient déja violentes , & s'étendoient
rapidement ; elles étoient
immédiatement
fous le magafin à poudre. Notre fituation eft
plus aifée à concevoir qu'à décrire, On fit tout ce
qu'on put pour éteindre le feu ; nous fimes tous
les fignaux de détreffe , & tirâmes tous nos canons
ce qui amena beaucoup de monde à notre fecours .
Nos efforts parurent d'abord avoir quelques fuccès.
L'activité des flammes diminua , on croyoit être
parvenu à s'en rendre maître ; on ſe crut en fûreté
, & cette fécurité fut funefte à un grand nombre.
A 8 heures 15 minutes le vaiffeau fauta . Je
fus emporté avec les éclats , & jetté dans la mer.
J'ignore comment je m'élevai ,
comment je tom
3:
( 163 )
bai ; j'avois perdu toute connoiffance & tout fentiment
; je ne les repris que pour fentir des douleurs
violentes par tout le corps ; j'étois comme
brife , ma tête fe trouva je ne fais comment hors
de l'eau , j'eus la force de la foutenir affez longtemps
pour appercevoir un mât qui flottoit auprès
de moi pour le faifir ; il me foutint un moment ,
& la foibleffe m'alloit forcer à plonger; je m'établis
deffus avec beaucoup de peine . Mon état étoit tel ,
qu'à peine me fouviens - je du temps que j'ai paflé
dans cette fituation , & dé ce qui eft arrivé . Je me
trouvai , en revenant un peu à moi , fur la frégate
la Junon, où l'on me donna tous les foins & tous les
fecours dont j'avois befoin . Ce funefte événement
a coûté la vie à 7 Lieutenans , à 97 autres Bas-
Officiers & Matelots appartenant aux Vaiffeaux
de Guerre , à 2 Officiers , à 25 Matelots des Vaif
feaux de la Compagnie , à tous nos Officiers ,
15 de nos Matelots & 4 Paffagers «.
Plufieurs lettres de l'Inde , reçues en dernier
lieu , & publiées fucceffivement dans
nos papiers , contiennent les détails fuivans.
Tippo- Saib avoit fait une brêche affez confidérable
à Mangalor , quand il reçut avis que la.
paix étoit conclue en Europe . Il y eut auffitôt
entre lui & l'Officier- Commandant Anglois une
correfpondance qui donna lieu à une ceffation
d'hoftilités ; & le Général Macleod , qui arriva
peu de jours après de Bombay , fut reçu de Tippo-
Saib avec beaucoup d'égards . Le Général convint
d'accompagner ce Prince à Sering- Pa am pour
recevoir fes propofitions de paix , & Tippo - Saib
s'engagea à relâcher fur- le- champ tous les Prifonniers
Anglois , & à approvifionner Mangalor pendant
la ceffation des hoftilités «c.
La Compagnie des Indes , depuis qu'il eft
( 164 )
queftion de remettre le Bill de M. Fox fur
le tapis , a concu de nouvelles inquiétudes
fur fon fort ; & plufieurs de fes Actionnaires
fe font affemblés pour délibérer fur les mefures
qu'il convient de prendre pour prévenir
les inconvéniens dont elle eft menacée :
mais jufqu'à ce que ce bill foit préſenté au
Parlement , on ignore les changemens qu'y
a fait fon auteur , & la nouvelle forme qu'il
lui a donnée. Ils ont en conféquence décidé
qu'ils attendroient cette époque , & qu'auffitôt
qu'elle feroit arrivée , ils fe raffembleroient.
En attendant , on a préſenté dans
quelques papiers le tableau fuivant de l'ori
gine de la Compagnie.
Elle commença à fe former fous le regne de la
Reine Elifabeth ; la premiere Charte afiatique
porte la date de 1598. Elle ne fut d'abord accordée
que pour un terme de roans; la Reine étant contraire
& oppofée à toute efpece de Monopole
exclufif. Le Roi Jacques la renouvella ; Charles
II , après la reftauration , en fit de même en
1682 , & joignit quelques nouveaux priviléges
à ceux qu'elle avoit déjà ; Jacques II , par une
particuliere influence , les confirma & les augmenta
encore . Son capital , dans l'origine , étoit
de 265,000 livres ft. , fes fuccès l'augmenterent ;
il étoit doublé en 1676. En 1685 , il paffa un
million ft. En 1698 , fur un mécontentement en
tre le Gouvernement & les Directeurs , on établit
une nouvelle compagnie quatre ans avant
l'expiration de la Charte de l'ancienne. Le fond
de la nouvelle fut de deux millions , avec lef
quels elle envoya dans l'Inde quarante - trois vai
feaux. Cette activité & le fuccès qui l'accompa
( 155 )
gna firent tomber l'ancienne Compagnie qui ,
en 1704 , fe joignit à la nouvelle , avec laquelle
elle eft restée confondue jufqu'à préfent .
Ce font les deux bills de l'Inde portés à
la Chambre des Communes par MM. Pitt
& Fox , qui font la caufe des diviſions actuelles
; l'un a été regardé comme trop dur ,
& l'autre comme trop doux. Il feroit à fouhaiter
à préfent , que quelque membre indépendant
des Communes , prit fur lui d'en
préfenter un nouveau qui tînt le milieu , &
qui pût fatisfaire les deux partis.
Les adreffes préfentées au Roi pour le remercier
d'avoir renvoié fes Miniftres , fe font
prodigieufement multipliées ; les partiſans
de l'Adminiftration actuelle en ont conclu
qu'ils avoient pour eux le fuffrage de la
Nation , s'ils n'avoient pas celui de la Chambre
des Communes , dont la voix ne pou
voit plus être regardee comme celle du peuple.
Les amis de la coalition ont tâché de
détruire la force de cet argument , fondé fur
un fait , & ils en ont cité quelques autres qui
font propres à infpirer de la défiance fur ces
adreſſes ; ce qui s'eft paffé à Yorck vient à
leur appui .
Le 30 du mois dernier , on diſtribua dans toutes
les inaifons de cette ville des billets anonymés pour
prévenir les citoyens qu'il y auroit une affemblée
à la Bourfe le même jour à 3 heures après- midi ,
pour approuver le projet d'une Adreffe au Roi. Le
Corps de Ville , affemblé le 3 , prit à cette occafion
les réfolutions fuivantes. 1°. C'eft l'opinion
réfléchie de cette Communauté , qu'une Adreſſe
( 166 )
an Roi dans ces circonftances critiques , n'eft ni
néceffaire , ni convenable , parce qu'on a raifon
de croire que plufieurs perfonnes recommandables ,
amies du Rei & de leur pays , s'occupent à réunir
la fageffe & les talens des partis contendans,
& que le fuccès de ces mesures peut conduire
au bien général . 2 °. Que les citoyens n'ont pas
été convoqués légalement pour l'affemblée qui
leur a été propofée , & qu'on ne leur avoit pas affez
détaillé un objet auffi important , qu'une Adreſſe
au Roi qu'on vouloit mettre fous leur confidération.
3 ° . Que les Magiftrats & les Citoyens n'ont
point donné leur confentement à une pareille mefure
, & que le Lord Maire , en ne s'y prêtant pas ,
a agi d'une maniere conforme aux devoirs de fa
place . 4°. Qu'une Adreffe ainfi obtenue , eft un
manque de refpec à S. M. , injurieufe à fes Sujets ,
puifqu'elle repréſente mal leurs fentimens en prenant
improprement le nom d'Adreffe générale.
5 °. Ordonné que 3 copies de ces réfolutions ferent
envoyées au Lord John Cavendish , au Lord Galway
, repréfentans de cette ville auParlement, & c.
qu'elles feront imprimées.
A ce fait on joint celui ci ,
Le 5 il y eut une nombreuſe affemblée des Elecreurs
deWeftminster à la Taverne de Shakespeare ;
Sir Cecil Wray fut appellé pour expliquer fa conduite
relativement à la part qu'il avoit eue à la
préfentation de l'adreffe préfentée précédemment.
Il répondit qu'il avoit toujours fenfé que fon devoir
étoit d'obéir à fes conftituans ; que quant
à l'adreffe il ne l'avoit vue que lorfqu'elle fut
préfentée à 5. James ; qu'il avoit dit dans la Chambre
des Communes qu'elle étoit fignée par 4000
perfonnes ; mais qu'il avoit fu depuis qu'elle ne
l'avoit été que par 2800 perfonnes ; qu'il ignorolt
fi tous étoient des Electeurs . Sur la demande
( 167 )
qu'on lui fit s'il croyoit que cette adreffe exprimât
les fentimens de fes conftituans , il dit que
c'étoit fon opinion . M. Fox fut appellé enfuite
& M. Baldwin lui demanda pourquoi il n'avoir
pas paru lorfqu'on rédigea cette adreffe ; il dit
que loin d'avoir été appellé , il avoit ignoré qu'ilen
fût queftion jufqu'au moment où Sir Cecil
Wray en avoit fait mention au Parlement . On fit
enfuite la motion , favoir fi l'on devoit approuver
la conduite de Sir Cecil Wray. M. Fox obferva
que fon collegue étant abfent parce qu'il s'étoit
retiré après avoir répondu , il étoit injuſte de faire
fon procès à fa conduite. On délibéra enfuite s'il
ne conviendroit pas de préfenter une autre adreffe ;
mais cette idée fut abandonnée , & on prit les .
réfolutions fuivantes ; 1 ° . c'eft l'opinion de cette
affemblée , qu'une adreffe dans laquelle on a extorqué
des fignatures par follicitation , par igno.
rance , fans publique & préalable notice , eft contraire
à la maniere ordinaire , franche & conftitutionnelle
de s'adreffer à la Couronne , & une
impofture tendant à abuſer la nation ; 2º. que
ia conduite de M. Fox eft conforme à la pratique
des principes établis par la conftitution , &
lui donne droit à la continuation de l'eftime & de
la confiance de fes conftituans.
Ces réfolutions n'ont fait qu'augmenter les
divifions , & que donner lieu aux fcenes les plus
fingulieres, Cinq jours après dans une affemblée
préfidée par Sir Cecil Wray , on propofa une
adreffe dont l'examen fût renvoyé au 14 ; alors
les Electeurs furent plus nombreux ; les cris
oppofés qui appelloient d'un côté M. Pitt , &
de l'autre M. Fox , ne permirent pas de s'entene
dre . M. Byng yoyant qu'il étoit impoffible de
ramener le calme , propofa de divifer l'affemblée.
Conformément à fon avis , M. Fox paffa
dans une falle , Sir Cecil Wray dans une autre ;
( 168 )
chacun y fut fuivi de fes partifans ; ceux du pre-.
mier furent , dit- on , les plus nombreux ; il leur
adreffa un difcours , à l'iffue duquel on confirma
les réfolutions dus , & on arrêta une adreffe
au Roi contenant des affurances de zele & d'attachement
pour fa perfonne de leurs efforts conftans
en faveur de l'union , l'efpérance qu'ils
avoient que quels que fuffent les Miniftres que
S. M. choifircit dans fa fageffe , ils auroient
les égards dûs aux fentimens de la Chambre des
Communes , gardienne conſtitutionnelle des droits
du peuple . M. Fox fe retira enfuite ; le peuple ,
felon l'ufage , s'attela à fon carroffe & on
entendit de tous côtés , vive Fox , honniefoit l'influencefecrette.
Pendant ce tems , l'affemblée
préfidée par fir Cecil Wray, prenoit des réfolutions
contraires , & le Préfident en fe retirant fut porté
jufques chez lui fur les épaules de fes partifans .
2
Il s'en eft fallu de peu que la Chambre des Communes
d'Irlande n'ait pris auffi le 26 du mois dernier
une réfolution femblable à celle des Pairs
d'Angleterre. Ce jour- là , on lui prétenta un meffage
du Roi pour qu'elle s'ajournât à quinzaine .
M. Molyneux propofa une Adreſſe à S. M. pour
la remercier d'avoir renvoyé les anciens Miniftres,
& pour la prier de conferver les nouveaux. Il fit
une critique très-amere des premiers & l'éloge
le plus pompeux des feconds ; mais au moment
où il faifoit cette motion , l'Orateur avoit commencé
celle de l'ajournement , & l'uſage n'eſt
point d'interrompre un Membre de la Chambre
qui parle ; en conféquence , le projet d'Adreffe
n'eut pas lieu , & on ignore même comment il auroit
été reçu .
La fuite des débats ne montre pas en
effet que les Miniftres aient rien gagné. On
remarque
( 169 )
1
remarque au contraire , que depuis le
ils fe font vu abandonnés par plufieurs de
leurs amis , & preffés de toutes parts de
fe foumettre aux réfolutions des Comuunes.
Le parti de l'Oppofition a ſufpendu
les hoftilités. M. Fox a remis fon
terrible comité fur l'état de la Nation ; &
fa modération lui a ramené beaucoup de
gens , que des meſures hardies auroient fait
fuir. Le parti Miniſtériel a bien fait quelques
démarches , pour annuller les réfolutions
précédentes de la Chambre des Communes
: mais il n'a fait que tâter les efprits ;
'on n'a fait encore aucune motion.
Le 10 de ce mois M. Eden rappella à la Cham
bre la taxe des quittances , & le bill proposé par
l'ancienne adminiftration pour en affurer le paiement
; il gemit de ce que les circonstances avoient
fait oublier une affaire de cette importance ; le
produit de la taxe ne devoit pas être de moins de
Sooo liv. ft. par femaine , & on pouvoit calculer
ce que la nation avoit perdu par ſa ſuſpenſion , &
de ce qu'elle lui feroit perdre encore par un nouveu
delai. Il demanda au Chancelier de l'échiquier
quand il comptoit demander que la Chambre
le prit en confidération . M. Pittrépondit que
le bill ayant été préfenté dans l'origine par fon
prédeceffeur , il ne jugeoit pas qu'il lui convint
de le prendre de fes mains , & il ajouta qu'il penfoit
que fi l'opinion de la Chambre étoit de fou .
tenir ce bill , il devoit être envoyé au Comité .
Le Lord Jonh Cavendish , qui avoit ci -devant
propofé ce bill , dit qu'il n'ignoroit pas que le
peuple y étoit contraire , mais que ce n'étoit point
ce motif qui l'avoit empêché de le fuivre , les ci-
N°.
9 , 28 Février 1784.
( 170 )
Conftances en étoient la feule caufe ; il avoua auffi
qu'il y avoit eu quelques objections contre diverfes
claufes, & qu'il efpéroit que les gens de loi
confultés l'auroient mis en état de les lever , que
pour fa part il jugeoit la taxe bonne , & que dans
cette idée , il ne craindroit pas de prendre fa part
des défagrémens qu'éprouveroient ceux qui contribueroient
à la faire paffer. M. Huſley demanda
à M. Pitt de déclarer s'il étoit pour ou contre le
bill ; s'il y étoit oppofé , ce feroit une choſe affez
finguliere de voir un Miniftre hors de place pourfuivre
à la Chambre une affaire de finances que
défaprouvoient les Miniftres actuels . M. Pitt répondit
qu'il croyoit s'être fuffifamment expliqué
en difant n'avoir aucune objection à ce que le
bill fut envoyé au Comité ; que fi la taxe devoit
fubfifter , comme la Chambre paroiffoit l'avoir
décidé avant Noël , il falloit la rendre efficace
le plutôt poffible ; qu'il en diroit fon opinion au
Comité , & qu'il trouvoit un peu étrange qu'on
fit de pareilles queftions à un Miniftre. M. Fox ne
manqua pas de relever cette réponſe . Quand les
Miniftres & la Chambre étoient également les
défenfeurs de la conftitution , les premiers ne
arouvoient point fingulieres les questions que
pouvoit leur faire un membre indépendant &
refpectable ; & quelle étoit celle qui venoit d'êtte
faite une queftion de finance ; a qui étoit - elle
faite au Miniftre des finances ; & il répondoit
par des fi. M. Burke trouva la raifon des réponses
vagues du Miniftre dans les oppofitions que la taxe
éprouvoit de la part du peuple ; il fentoit qu'elle
étoit utile ; il vouloit en recueillir les avantages ,
& laiffer tout l'odieux à ceux qui l'avoient propofée.
M. Baker obfervant que les conftituans de
M. Fox devoient s'affembler le 17 fur cette
xe qu'ils défapprouvoient , & appeller pour
( 171 )
ainfi dire M. Fox en jugement , il convenoit que
M. Pitt s'expliqua clairement fur la taxe & fur
le bill ; ce dernier déclara enfin qu'il foutiendroit
l'un & l'autre ; le Comitté fur cet objet , fut alors
fixé au 12. M. Pitt propofa enfuite le rapport
du Comité fur les eftimations de l'artillerie ; M.
Fox déclara qu'il ne s'oppoferoit point à ce que
ce rapport eut lieu ce jour là , pourvu qu'on remit
la délibération à un autre. Dans l'état actuel des
chofes , il n'étoit pas naturel qne la Chambre
s'occupât de fubfides avant de favoir quelle réponſe
S. M. feroit aux réfolutions qui lui avoient
été communiquées. Lors qu'on en feroit inftruit
on délibéreroit fur les mefures à prendre en conféquence.
M. Pitt dit alors qu'il ne falloit pas
attendre une réponſe formelle de S. M. comme
celle qu'elle feroit à une adreffe ; mais que la
Chambre feroit inftruite de maniere ou d'autre ,
des intentions de S. M. il demanda que le rapport
fut lu & que la délibération fut remife au
lendemain ; ce qui paffa ; le Lord Beauchamp ,
après avoir obfervé qu'il étoit déja en poffeffion
de la féance du II par l'annonce qu'il avoit faite
de quelques réfolutions que la derniere attaque
des Pairs contre les Communes rendoit néceffaires
& déclaré qu'il avoit de grandes objections contre
les ftimations de l'artillerie , qui étoient fondées
furun fyftême de défenſe nouveau dans ce pays ,
confiftant en fortifications , & dont l'effet pouvoit
être funefte à la marine qui eft ſa véritable défenfe
, confentit à remettre le rapport des recherches
du Comité au jeudi , & les réfolutions
au vendredi.
Le 11 la Chambre en comité de fubfides
renvoya au vendredi les voyes & les moyens ,
M. Eden prit enfuite la parole fur l'ordre du
jour qui appelloit l'affaire du comité chargé
h 2
( 172 )
de rechercher les caufes de la contrebande ;
& les moyens de la prevenir ; il obferva qu'elle
caufoit au Commerce légitime & au revenu
public un tort de deux millions fterlings , qu'elle
n'employoit pas moins de 120 vaiſſeaux de 24 cánons
, & une frégate dont la dépenſe , d'après
un calcul modéré , pouvoit être portée à un
million & demi ; rien ne prouvoit plus la néceffité
de mettre fin à ce défordre ; fi l'on avoit
différé de s'en occuper , on ne pouvoit en accufer
que l'Adminiſtration actuelle ; il fit enfuite
une motion pour qu'il fut déclaré que
l'opinion de la Chambre étoit que cet objet
exigeoit l'attention immédiate du Parlement.
Quelques membres infifterent fur la néceflité
de trouver quelque moyen d'empêcher la continuation
de ce mal ; d'autres obferverent que
l'on ne le pouvoit pas dans un moment où l'on
n'avoit point d'Adminiſtration , & cela aména
des difcuffions dans lesquelles on attaqua & on
défendit ies Miniftres actuels. M Fox ne perdit
pas cette occafion de rappeller ce qu'il avoit
dit plufieurs fois. Tout rendoit une union néceffaire
il ne montra aucune répugnance à
s'y prêter , il n'avoit point d'objection contre
les perfonnes ; il n'en avoit que de relatives aux
principes. il s'étendit fur la néceffité de la démiffion
de M. Pitt ; quant à fon bill de l'Inde ,
il répéta qu'à l'exception de fa bafe , de la nomination
aux emplois , il ne pouvoit renoncer
à fon opinion ; mais que tout le tefte pouvoit
être changé conformement aux voeux de tous
les partis . M. Pitt en annonçant des fentimens
auffi modérés , & peu de difficultés à s'unir à
M Fox , déclara qu'il gardoit fa place , & qu'il
ne pouvoit convenir du principe du Bill ; les
difcours que l'un & l'autre prononcerent à cette
>
2
( 173 )
14
6ccafion parurent à quelques membres confirmer
l'efpoir qu'ils avoient d'un accommodement
mais cet efpoir fembla prefque nul aux
autres. Ces débats ne finirent que par la propofition
que fit M. Pitt de s'occuper des eftimations.
M. Steele fit alors les motions fuivantes :
1°. qu'on accorderoit 111,634 liv. 9 f. 6 den.
pour les eflimations ordinaires ; 2 °. 430,369 liv.
7f. 4 den. pour les dépenfes ordinaires & extraordinaires
; on prendroit fur ces derniers
90,000 liv. pour les fortifications , & 18100
pour l'achat de la maifon appartenant ci -devant
à fir Grégoire Page , dont l'emplaceinent devoit
fervir à ces fortifications. De nouveaux débats
s'éleverent. Les uns ne vouloient point de fortifications
du tout . Elles ne faifoient qu'une
-nouvelle dépenfe d'entretien & de garnifon , &
-n'étoient utiles qu'aux Entrepreneurs , qui s'enrichiffoient
pendant qu'on les confiruifoit ; d'antres
fe contenterent de vouloir qu'on diminua
ces dépenses , & M. Rolle fixa cette diminution
à 180,000 liv. ft. , & elle fut arreté.
Le 12 le bill de la taxe des quittances , qui eft
un ouvrage des anciens Miniftres , fut mis au comité
de fubfide , & paffa à la pluralité de 167 voix
contre 33. Le Lord Beauchamp fit enfuite
le rapport du comité pour examiner l'ufage des
deux Chambres du Parlement relativement à leur
interpofition , à l'égard de l'exercice ou de la fufpenfion
des pouvoirs illimités donnés aux Officiers
de la Couronne , ou à un Corps quelconque ,
pour des objets publics . Ce rapport contient une
fuite d'exemples tirés des Journaux des Pairs &
& commençants à l'année 1626. Les débars qui fuivirent
cette lecture ne furent pas longs, mais ils firent
voir qu'il y avoit encore de la réſerve parmi
les Chefs de parti , un attachement plus fort que
h3
( 174 )
jamais à leurs principes , & par conféquent de
grands obftacles à la réunion . Cependant le Lord
Beauchamp confentit à donner du tems pour confidérer
les détails de ce rapport , & à reculer les réfolutions
qu'il s'étoit propofé de préfenter le lendemain
à la Chambre : elles furent remiſes en
conféquence à aujourd'hui . On efpere toujours
la paix , difent nos papiers , & on peut
l'augurer des derniers débats de la Chambre
des Communes ; lorfqu'on les examine attentivement
, on voit que mylord North ne
veut point être un obftacle à la réunion , puifqu'il
a déclaré que s'il en faifoit un , il renonoit
à toute prétention de rentrer dans le miniftere.
M. Fox , de fon côté, qui ne fe diffimule
point que fon bill de l'Inde éprouvera des
oppofitions , a promis d'y faire quelques changemens
, en confervant cependant ce qu'il en regarde
comme la bafe ; & M. Pitt , quoiqu'il
fe foit expliqué avec plus de réſerve & de cir
confpection , ce qui étoit naturel à fa place , a
laifle entrevoir auffi des difpofitions à la paix.
Plufieurs voix fe font élevées pour remercier
les trois chefs de partis de ces déclarations dont
on efpere beaucoup . On ne fait point encore
quelles difficultés les parties contractantes de
l'union auront applanies pour confommer ce
grand ouvrage. Tout ce que l'on dit , c'eft
que le Duc de Portland a écrit , à M. Pitt ,
un billet par lequel il lui infinue de déclarer
que par refpect pour les réfolutions de la
Chambre des Communes , les Miniftres s'étoient
déterminé à fe démettre de leurs places ; mais
que l'expédition des affaires exigeoit qu'ils en
continuaffent les fonctions jufqu'à ce que le
roi eut formé une nouvelle adminiſtration,
P. S. Le 17 Février. C'eft hier que le Com
mité fur l'état de la nation a eu lieu ; le Lord
( 175 )
t
Beauchamp , après avoir rappellé la fuite des
exemples qui résultent des recherches qu'il avoit
été chargé de faire de l'interpofition de la Chambre
, fut pour fufpendre ou continuer l'exercice
d'un pouvoir accordé par un acte du Parlement ,
& obfervé que dans la réfolution du 24 Décembre
, la Chambre avoit agi par avertiffement
, & que les Pairs dans les leurs avoient
pris le ton de l'autorité & de la légiflation , a
propofé les réfolutions fuivantes. Que cette
Chambre ne s'eft point arrogée le droit de fufpendre
l'exécution des loix . Que la conf
titution & l'ufage l'autorisent à déclarer fon
opinion & les fentimens fur l'exercice de tout
pouvoir accordé par acte du Parlement à qui que
ce foit Que c'eft un de fes priviléges particuliers
de s'interpofer dans toutes les motions
relatives au tréfor public dont elle eft la gar
dienne conftitutionnelle . - Que la réfolution
du 24 Décembre pour empêcher la Compagnie
d'accepter des lettres- de- change pour plus qu'elle
ne peut payer , eft ftrictement légale. Que
fi elle ne l'eût pas prife , elle eût été refponfable
de fa négligence. Qu'enfin fon devoir
eft de conferver fes priviléges , & de les
tranfmettre entiers à la poftérité. Toutes ces
réfolutions , après quelques débats , pafferent
fans divifion.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 24 Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de S. Serge,
ordre de S. Benoît , dioceſe d'Angers , l'Evêque
d'Angers , fur la nomination & préfentation
de Monfieur , en vertu de fon ap
panage ; à celle de S. Martin- les - Aires , Ordre
de S. Auguftin , diocefe de Troles ,
h 4
( 176 )
Abbé de Murat , Aumônier de Madame.
Vendredi dernier la Cour a pris le Deuilpour
1 jours , à l'occafion de la mort de la
Princeffe Frédérique Louife de Pruffe, Margrave
Douairiere d'Anfpach.
La Comteffe de Vielle & la Baronne de
Jumilhac ont eu l'honneur d'être préſentées
à LL. MM. & à la Famille Royale ; la premiere
, par la Vicomteffe de la Rochefoucault
; & la feconde , par la Comteſſe de
Jumiliac.
DE PARIS , le 24 Février.
On lit dans plufieurs papiers publics la
lettre fuivante de Grenoble , elle contient
un fait affez fingulier pour piquer la curiofité
de nos Lecteurs.
Voici un nouveau trait qui prouve que les
femmes ne font pas étrangeres à la bravoure &
à ce fentiment d'héroisme qui fait affronter les
périls les plus imminens. Il eft arrivé dernierement
en cette ville , une jeune fille qui a fervi
pendant toute la guerre derniere & qui s'eft
trouvée à tous les combats de M. d'Estaing , de
M. de Guichen & de M. de Graffe . Cette fille ,
âgée actuellement de 17 ans , eft nativè de Serres
en Gapençois , & le nomme Adelaide Alie. Elle
s'enfuit de la maifon paternelle dès l'âge de 11
ans parce qu'elle y étoit maltraitée par une
belle- mere ; & elle prit la route de Marfeille .
arrivée dans cette ville elle étcit fans reffource
9
& fut réduite à mendier ; mais cet état abje & revolta
bientôt fon ame naturellement fiere : elle
forma la réfolution de fervir le Roi. On faifoit
( 177 )
pour lors des enrôlemens de jeunes garçons pour
le fervice des vaiffeaux ; elle va chez un Fripier
pour troquer fes vêtemens de fille contre des
vêtemens de garçon , part pour Toulon , & fe
préfente pour fervir fur les vaiffeaux de la marine
royale. Elle eft claffée fur le pied de fousmouffe
, & embarquée fur le vaifftau le Glorieux
. C'eft fur ce vailleau qu'elle a fait les principales
campagnes de cette guerre ; elle y a reçu
, à différentes fois , trois coups de feu , dont
l'un lui caffa te bras , & les autres l'atteignirent
au gras de la jambe & de la cuiffe près du genou .
Ces évenemens ne l'ont point rebutée , & ne lai
ont jamais donné la tentation de le faire connoître
. Enfin , fous M. de Graffe , elle fut faite
prifonniere fur le Glorieux , & conduite en Angleterre
, où elle eſt reſtée juſqu'à la paix ; elle ,
n'a été reconnue qu'à fon retour en France. Le Roi
lui a accordé , à titre de penfion , la denti -folde
de matelot , qui eft de 10 livres par mois.
La rigueur de la faifon a fait remettre encore
l'expérience du globe aéroftatique de
Dijon ; mais felon la lettre fuivante du 17 ,
ce délai n'a pas dû être long.
Les neiges n'ayant pas difcontinué , il n'a pas
été poffible de tendre la toile de la tente , &
MM. les Commiffaires ont pris le parti de faire
transporter l'enveloppe dans la grand'Salle de
l'Académie , où elle a été enflée le 13 avec l'air
commun , en deux heures & demie , par le moyen
d'un feul foufflet de ferrurerie . Ceux des Souf- .
cripteurs qui ont affifté à cette opération , ont été
fatisfaits de la belle forme que le Ballon a prife ,
quoique gêné de tous côtés par les faillies de l'Architecture
de la Salle , qui n'a que 28 pieds de lar
geur. On a forcé le vent pour découvrir le Bal
h $
( 178 )
:
Ion ne perdoit pas en quelque endroit , & on a vu
avec plaifir que les coutures ne laiffoient rien
échapper, puifque la diftention n'a ceffé que par
une légere fciffure qui s'eft faite avec bruit à l'entrée
de l'appendice. Ces difpofitions annoncent
que la grande Expérience aura lieu , finon pour
le 18 , ce qui n'eſt pas poflible , du moins pour le
20 ou le 21 de ce mois , & qu'il n'y aura d'autre
retard que celui qui feroit occasionné par la continuité
des neiges , & l'impoffibilité abfolue d'opérer
dans le jardin d'où cet Aeroftat doit partir.
Les lettres de la Rochelle & de Rochefort
contiennent des détails des fuites que
Fon craignoit de l'orage de la nuit du 17 au
18 du mois dernier. Nous en réunirons ici
quelques - uns.
съ Le 25 Janvier
on avoit
déja
enterré
à la Ro
chelle
plus
de 40 cadavres
pouffés
à la côte
depuis
cette
tempête
, avec
beaucoup
de débris
de vaiffeaux
, de planches
, de mâtures
. La Patache
, qui
va de cette
ville
à l'ifle
de Rhé
, a coulé
bas
avec
54 paffagers
, dont
un feul
, qui
eft un homme
de
60
ans
, s'eft
fauvé
fur
un
débris
du bâtiment
,
& a étéjetté
fur un rocher
. Il y avoit
fur
cette
Patache
un homme
qui
conduifoit
avec
lui
fa fille
,
un
enfant
de 8 à 10 ans
; au moment
où le bâtiment
a péri
, il l'a prife
entre
les bras
, & 2 jours
.
après
on l'a retrouvé
fur
la plage
dans
la même
pofture
, tenant
cette
enfant
ferrée
contre
fa poitrine
, d'où
l'on
ne l'a retirée
qu'avec
peine.-
Des
.
nouvelles
de Blaye
portent
que
, pendant
ce terrible
ouragan
, il a péri
dans
la Garonne
un nomt
me
prodigieux
de perfonnes
. On
a trouvé
dans
cette
riviere
plus
de 100
cadavres
auxquels
on a donné
la fépulture
: il y en avoit
, difent
les Lettres
, la
charge
des
groffes
charrettes
. Le
bateau
de paf(
179 )
-
fage a péri avec 45 perfonnes , parmi lefquelles
étoit un Chevalier de S. Louis , un Confeiller-
Clerc du Parlement de Bordeaux , un Garde - Marine
, &c. On mande de Bordeaux , que l'on a
trouvé dans la partie de la Garonne , qui eft près
de cette ville , plus de cent perfonnes noyées qui
y ont remonté avec le flux. Il y a eu de très-grandes
avaries à la plupart des bâtimens de ce port .
On s'attend à apprendre dans peu des détails qui
affligeront encore . On a vu beaucoup de bois flottés
, des planches , des portions de mâts qui conftatent
un naufrage , & à la Rochelle on a trouvé plus
de 50 cadavres « .
Il nous vient également les plus triftes
nouvelles des lieux fitués fur la Loire. Cette
riviere , accrue fubitement par le dégel qui
eut lieu au commencement de ce mois ,
rompu fes digues en différens endroits , - s'eft
répandue dans les campagnes ; & les énormes
glaçons qu'elle charrioit , ont brifé tout
ce qu'ils ont rencontré. Ils étoient fi fort
amoncelés près le pont de Blois , qu'on les
touchoit avec la main , quoique ce pont ſoit
de la plus grande hauteur ; la perte en vins ,
fucre , caffé , liqueurs , &c. eft immenſe :
peu de bateaux ont été confervés ; & le dégat
eft déja eftimé fe monter à 2 , 500, oGo L
On craignoit à Blois que les ravages n'aug
mentaffent encore au départ des glaces.
*
La faifon n'eft plus fi rigoureufe ; pendant
long- tems le thermometre a été conftamment
à 2 & à 3 degrés au - deffous du terme
de la glace , & la nuit il defcendoit à 6 &
à 7. La femaine derniere , il y a eu des ef-
1
( 180 )
pérances de dégel ; mais la nuit le froid reprenoit
; & à cette époque il paroît enfin
bien décidé.
L'Administration n'a rien négligé pendant cette
continuité de froid qui a duré 70 jours. Les farines
. & autres approvifionnemens de bouche de premiere
néceffité arrivent de toutes parts & des endroits
les plus éloignés ; le bois feul pourra manquer
; il en reftoit peu dans les chantiers , & on
n'en délivre plus qu'une demi - voie aux perfonnes
qui fe préfentent . Après ce qui arriva l'année der
niere , que l'on éprouva la même pénurie , il y
auroit de l'injuftice à dire qu'on a manqué de prévoyance
. La vérité eft qu'on a mis tout en oeuvre
depuis deux ans pour avoir une provifion conftante
de deux années dans les chantiers. Mais les bras one
- manqué pour la coupe des forêts & pour les tranfports
, & l'on n'a pu faire entrer à tems ce qui étoit
Déceffaire pour la confommation qui eft , année
commune , de 800,000 voies : lorfque la riviere
fera navigable , l'abondance reviendra. Il y a de
grands amas à portée , & que le défaut de moyens
a empêché de faire arriver. On avoit propofé
d'ordonner à tous les gens à fourreau , à ufi
pesy &c. de fe fervir de charbon de terre , au lieu
de bois , ce qui auroit épargné 150,000 voies de
celui - ci . Mais il n'a rien été ftatué fur ce fujet,
& l y a lieu de croire cependant qu'on prendra ceparti
, qui d'ailleurs conviendra au conſommateur
comme plus certain , plus économique & d'un auffi
bon ufage .
3. L'année derniere & le commencement de
celle ci ont été remarquables par l'exceffive
chaleur, & le brouillard fec qui fe font tait
tentir fi généralement , & par l'hiver rigoujeux
que nous éprouvons , & qui n'eft pas
moins général.
‹‹ Tous les avis de Sicile des mois de Décembre
& de Janvier font mention d'un brouillard
auffi épais , mais encore plus funefte que celui
qui eut lieu à Amfterdam le 15 Décembre dernier
, & qui dura depuis dix heures du matin
jufqu'à midi. L'obfcurité a été quelquefois fi
grande fur les côtes de la Sicile , que nombre
de vaiffeaux le font brifés fur les rochers fans
pouvoir les diftinguer . Pendant la nuit fur- tout
on entendoit de plufieurs côtés en même temps
des fignaux de détreffe ; mais les rifques de fe
perdre infailliblement arrêtoient ceux qui avoient
intention de fecourir ces vaiffeaux qui périffoient:
La quantité de débris que le flot a jettés
fur la côte , fait croire qu'il en eft péri un grand
nombre. A Amfterdam ce brouillard ne s'eft
point renouvellé , & fa durée n'a été que de
cinq heures , pendant lefquelles il arriva plufieurs
accidens , des voitures qui fe font heurtées
& brifées , des perfonnes tombées dans des camaux
, événemens ordinaires dans une ville comme
celle - là , & dans la plupart de celles de Hollande
où les rues coupées dans toute leur
longueur par des canaux , offrent des efpeces de
quais des deux côtés . Sous la Régence du feu
Stadhouder , on éprouva un pareil brouillard â
la Haye ; & l'on raconte qu'un Seigneur Anglois
arrivant dans ce moment , ne trouva perfonne qui
osât s'expofer à le conduire au Palais du Prince;
il s'en préfenta enfin un , qui le mena heureufe
ment . Savez-vous , lui dit un des Gardes , pen
dant qu'il payoit fon guide , quel homme vous
en a fervi ? c'eſt un aveugle. Cet homme
coutumé à fe conduire dans les rues de la Haye ,
ne pouvoit être embarraffé par le brouillard ; on
raconte qu'en effet un Quinze-vingt tendit , il
y a 4 ou 5 ans , le même fervice à une perfonne
>
" ac
( 182 )
qui ne favoit plus comment fortir de la Place des
Victoires , & gagner la rue pendant le brouillard
épais qui eut lieu dans ce temps à Paris.
Les Actionnaires de la Caiffe d'Efcompte
dans leur affemblée générale , tenue le 21
pour la clôture de leurs féances , ont fait un
acte de générosité qui fait le plus grand honneur
à leur humanité , & qui aura les fuites
les plus heureuſes pour les pauvres , par les
libéralités qui fuivront probablement cet
exemple. M. de Linon , l'un des Actionnaires,
a prononcé à l'ouverture de la féance le
difcours fuivant.
V
» MM. Nous terminons aujourd'hui une des
plus importantes feffions que nous puiffions jamais
voir. Nous avons ramené & raffermi la confiance
publique , en lui donnant des bafes qui
font faites pour l'éternifer, Nous avons reçu les
marques les plus éclatantes & les plus efficaces
de la protection du Gouvernement & d'un Miniftere
éclairé , dont les premiers regards ont
découvert & embraffé tous les befoins & toutes les
reffources de l'Etat. Nons nous fommes fait des
réglemens fi fagement combinés , qu'en multipliant
nos droits à la confiance du public , ils
doivent nous garantir pour toujours la folidité
de notre établiffement & l'emploi le plus avantageex
de nos fonds. Enfin , une admniftration
formée par l'unanimité de nos fuffrages , propre
à nous concilier également & la bienveillance du
Gouvernement fans laquelle nous ne pourrions
exifter , & la confiance du public fans laquelle
nous exifterions en vain , ne nous laiffe rien à
defirer en nous féparant. Un feul regret vient
troubler en moi & troublera certainement en
( 183
vous , MM. , le fentiment de tant d'avantages
L'époque de notre profpérité eft malheureuſement
l'époque d'une calamité publique. Un froid
rigoureux & prolongé d'une maniere qui n'a
peut- être pas deux exemples , a fait ceffer la
plupart des travaux qui font vivre le peuple &
augmenter le prix de fes alimens, & des objets
de fes premiers befoins. La mifere a produit
des maladies , & les maladies ont aggravé la
mifere. Je ne vous ferai pas , MM. , l'injure de
vous en préfenter le tableau ; je n'en ai pas
befoin pour éveiller votre fenfibilité. Je vous ferai
encore moins celle d'examiner fi cette aflemblée
n'eft compofée que de François intéreffés
à adoucir le fort de leurs compatriotes.
Etrangers ou citoyens , nous fommes tous hommes
; tout ce qui tient à l'humanité ne peut
pas nous être indifférent & au milieu des larmes
& des cris fourds des malheureux , nous
nevoudrions pas recueillir dans une froide apathie
les fruits de la confiance publique & de la protection
du Gouvernement. Jufqu'à préfent nous
ne les avons payé & nous n'avons dû lui payer
de tribut que le bien que nous avons fait. Jufqu'à
préfent nous n'avons fait cireuler l'argent
ou les valeurs qui le repréfentent , que parmi
les citoyens opulents. L'humanité nous follicite
aujourd'hui d'en répandre dans les claffes les
plus indigentes de la fociété. Connus des Capitaliftes
par la folidité de notre crédit , il nous
refte à l'être des malheureux par nos bienfaits.
C'eft furement votre vou , & chaque expreffion
que j'emploie ne fait que peindre foiblement
un fentiment de votre coeur. Mais , MM . , en
allant au- devant de vos intentions en vous
propofant de venir efficacement au fecours de
l'humanité fouffrante, Je dois vous inviter à la
>
L
( 184 )
faire avec la prudence & le difcernement qui
ont toujours accompagné vos déterminations .
Dans les fléaux publics il eft des nuances de
malheur , & parmi les miférables il eſt des málheureux
plus à plaindre que les autres. De toutes
les perfonnes qui ont le plus a fouffrir de la
difette du bois , de la cherté des vivres , & du
défaut de travail , en eft- il de plus faites pour
vous intéreffer , que ces êtres infortunés à qui
la nature , par ces temps rigoureux , vend au
prix de la douleur & au rifque de perdre mille
fois la vie , le tendre nom de MERE , qui enfantent
dans les horreurs de la mifere , de la
famine & du froid , qui fe trouvent placés par
leur pauvreté entre la certitude de mourir faute
de fecours ou le danger prefque auffi certain de
mourir en allant les chercher. C'eft fur ces femmes
dignes de la plus profonde pitié qui viennent
de donner , ou qui vont donner bientôt
des enfans à la patrie que je prends la liberté
de vous confeiller de diriger les fecours prêts
à fortir de vos mains. Confiez- les à la Police
la plus humaine , la plus vigilante , la plus active
qui foit dans aucune ville du monde. Répandez
vos bienfaits & fur la génération préfente
& fur la génération qui va naitre
jouiffez d'avance des dons qui fuivront les vôtres
& des effets précieux de l'exemple que vous
aurez donné . Jamais fans doute nos fonds ne
pourront être placés à un plus haut intérêt.
Par ces confidérations , j'ai l'honneur de vous
propofer , MM. , d'autorifer MM. les Adminitrateurs
à remettre au nom de Paffemblée
générale à M. le Lieutenant général de Police
une fomme de 30,000 livres , pour être
employée à foulager d'abord & par préférence .
des pauvres femmes en couche ou enceintes ,
·
&
( 185 )
& enfuite les pauvres des deux fexes de la ville
Fauxbourg & environs de Paris ».
Cette propofition , qui a été vivement ſecondée
par M. le Comte de Choifeul - Gouffier,
& par M. l'Abbé de Périgord , ainfi
que par MM. les Adminiftrateurs , a été accueillie
avec tranfport. En conféquence l'affemblée
, d'une voix abfolument unanime ,
a délibéré d'accorder 30,000 liv. aux pauvres
, dont 600o feront remis à M. le Curé
de S. Euftache , paroiffe fur laquelle eft firué
l'hôtel de la Caiffe d'Efcompte , & 24000 I.
à M. le Lieutenant - Général de Police .
En annonçant dans le N°. du 7 Février , page
39 , le Plutarque qu'imprime M. Cufflac , Libraire
, rue du vieux Colombier , on a mis que le
prix de l'exemplaire fur carré fin d'Angoulême ,
eft de 123 liv, ; c'eft : 32 liv . qu'il faut lire.
DE BRUXELLES , le 24 Février.
Depuis la publication de l'Edit de tolé
rance, il s'eft élevé quelques Eglifes Protef
tantes dans les Pays - Bas On en a bâti entre
autres à Oftende une Angloife , où dans le
mois dernier on a baptifé un enfant pour la
premiere fois.
On parle beaucoup de la conftruction
d'une chauffée ou grand chemin , qui conduira
de Namur à Huis , le long de la Meufe
, en paffant par les villages de Brumagne ,
Andenne & Ahen , où fe trouve le dernier
bureau des droits de S. M. I. de Ahen à
Hui il n'y a qu'un quart de lieue , & cette
portion de route fe fera par la Régence de
( 186 )
Hui , ville dépendante de la Principauté de
Liege.
Selon des lettres de Lisbonne , en date du 13
du mois dernier , quelques navires entrés dans le
Tage à cette époque , donnerent avis qu'ils
ayoient vu flotter en mer , à 4 ou 5 milles au
nord du cap Roxent , le navire de guerre Hollandois
le Harlingen , Capitaine Comte de Rech
teren , fans mats , fans gouvernail & fans chalouppe
; on fit partir fur le champ quelques bâtimens
pour marcher à fon fecours & le ramener
dans le port s'il en étoit encore poffible ; mais le
gros tems a empêché ces bâtimens d'exécuter
leur commiffion .
On mande de la Haye , que le Baron de
Thulennyer , Envoié extraordinaire du Roi
de Pruffe, a préfenté un Mémoire aux Etats-
Généraux , pour porter plainte au nom de
fon maître , de plufieurs excès commis par
les habitans du village Gueldrois de Grofbeck
, dans les forêts voifines du Duché de
Clèves. S. M. demande à L. H. P. la publication
d'un nouveau Placard , qui enjoigne
aux fujets de la République & aux habitans
du village de Grofbeck en particulier , de
s'abftenir de toute contravention qui pourroit
provoquer le reffentiment des Emploiés
du Roi , & des Officiers chargés de les pro-.
téger.
Le Confeil d'Etat , ajoutent ces mêmes lettres ,
a réfolu de pourvoir d'une bonne quantité de mu
nitions & d'artillerie les places de Vanlo , Grave ,
Maftricht , Bois- le- Duc & autres fortereffes ,
en fait les préparatives néceffaires pour cet objet.
Les vaiffeaux que la République a main
&
1 ( 187 )
A Curatenant
en mer font les fuivans : En croifiere , le
Jafon & le Medimblick de 36 canons.
çao , le Naffau de 64 , le Jafon , la Brille de 36 ,
le Poftillon. A Surinam , le Caftor de 44 ,
Eenfgezindheit de 36 , l'Enckhuysen & le Dauphin
de 24 . A Demerary , la Belloné de 24 , le
Snelheid de 12. A Effequibo , le Zwalow de
12. A la côte de Guinée , la Meermen de 16.
Au Berbices , le Kemphaim de 12. Au
Cap de Bonne- Efpérance , l'Utrecht le Waffenaar
de 64 , le Goes & la Princeffe Louiſe de 54 , le
Monnikendam de 44 , la Junon de 36 , le Waakzaamheid
de 24. Dans la Méditerranée , la
Vryheid de 70 , l'Amiral de Ruyter , le Drenth ,
le Prinfwilhelm , l'Hércule , le Nord-Hollande , le
Guelderland , le Centenaar , l'Overyffel de 64 , l'Amiral
Trump , l'Alkmaar de 54 , la Médée , le
Harlingue , le Centaure de 44 , l'Argo de 40 , le
Mercure de zole Jager de 14.
La réfolution fuivante des Etats-Généraux
, en date du 3 de ce mois , peut faire
juger des difpofitions des divers membres
de l'union.
M. le Député de la province d'Utrecht , préfent
à l'affemblée, a propofé par ordre exprès des Etats
de ladite province fes commettans , que lesdits
Etats dans les circonftances actuelles ayant pris en
confidération que la République environnée de
puiffans voifins avec lefquels les intérêts du commerce
la mettent fouvent en relation , ne pouvoit
être regardée aujourd'hui comme en état de maintenir
fa fureté & fa profpérité durable par fés pro-
' pres forces ; que la prudence exigeoit par conféquent
de fe pourvoir à tems des fecours & de l'al
liance d'autres Puiffances ; que dans ce cas il leur
avoit paru convenable de recourir à une des Puif
( 188 )
fances voifines qui ont intérêt au commerce de ce
pays , & quiferoit le plus en état de fecourir la République
tant parterre que par mer; qu'ils l'avoient
autorifé lui Député , à propofér à l'affemblée , s'il
ne conviendroit pas de donner ordre aux Ambaffadeurs
de l'Etat à Paris , de fonders'il n'exifteroit
point chez S. M. T. C. quelque inclisation à pren
dre des engagemens ultérieurs avec la République,
qui fondés fur le pied du traité de la neutralité armée
, & appuyés fur les intérêts réciproques du
commerce, pourroient tendre à rendre fixe & du
rable l'amitié fubfiitante entre les deux Etats , afin
qu'il foit propofé de la part de L. H. P. tels arrangemens
ultérieurs que tous les hauts confédérés jugeroient
néceffaires à la fureté de l'Etat & au foutien
des intérêts réciproques fur le pied dudit traité
de la neutralité armée . Sur quoi ayant été délibéré
, MM. les Députés des fix autres provinces
ont pris copie de ladite réfolution pour être com
muniquée à leurs principaux ; & a été néanmoins
trouvé bon & entendu que copie en fera remise à
MM. Torcil de Rofendaal , & autres Députés de
L.H. P. pour les affaires étrangeres , afin de l'examiner
& faire du tout rapport à l'affemblée .
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL.
Dans une des dernieres féances du Parlement ,
on a dit que la France faifoit des armemens & des
préparatifs de guerre. Cette réflexion , un peu
finguliere , a donné lieu à des obfervations qui
ent été portées au Roi , qui a répondu que la
liberté de parler & de déparler étoit un privilége
particulier de la Chambre des Communes.
L'obſervation fuivante prouve combien le peuple
eft inconftant dans fes opinions & dans fes
voeux. Durant l'adminiftration du Lord North ,
on ne ceffoit de crier que le pouvoir de la Cou
ronne avoit augmenté , qu'il augmentoit fans
ceffe , & qu'il falloit le diminuer. Aujourd'hui le
( 189 )
bruit général eft que la prérogative de la Couronne
eft en danger.
On a prodigué le reproche d'obftination lorfqu'on
pourfuivoit la guerre d'Amérique. La conftitution
de ce pays dépend à préfent de la réfölu→
tion & de la perfévérance que l'on mettra à reti
rer la prérogative des mains des perfonnes qui
laifferoient feulement au Souverain le nom de Roi ,
rendroient la Chambre haute inutile , & qui , en
fe vantant d'avoir la confiance de celle des Communes
, jouent la nation fous le mafque de la li
berté & de la popularité.
Il n'y a jamais eu tant d'unanimité parmi les
partis , que dans le tems que feu M. Pitt , depuis
Comte de Chatham , fut à la tête du miniſtère ;
mais cela ne dura pas long- tems , puiſqu'il jugea
néceffaire de quitter fa place , en difant qu'il y
avoit derriere le trône quelque chofe de plus grand
que le trône même. Pendant la derniere guerre
américaine , on bláma le-Lord North d'avoir coalifé
avec le Lord Bute. M. Charles Fox alors lui
oppofoit tout le pouvoir de fon éloquence . Le Lord
North quitta enfin le Lord Bute , & coalifa avec
M. Fox , qui les avoit combattus tous deux. On
a vu venir enfuite le Chancelier, actuel de l'Echiquier
qui, à l'âge de 25 ans , réunit des fonc-"
tions que fon pere à 59 ans n'eût pas voulu réu
pir. Si l'on peut fuppofer que le M. Pitt d'aujour
d'hui a plus de courage à 25 ans que fon pere
à 50 , & qu'il peut chaffer de derriere le trône
toute cette fecrette influence qui a produit tant de
mal , il peutgarder la place pour le bien de fon pays .
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le Chevalier Nagle , Ecuyer Irlandois ,
naturalifé François , Capitaine Commandant au
Régiment de Wals-Serant , Chevalier de Saint-
Louis . La dame de Kearny , Irlandoife d'ori(
190 )
gine & d'habitation , veuve du fieur d'Olivera,
Portugais. Et le Comte de Bulkeley , Marechal
des Camps & Armées du Roi.
-
-
Cette caufe offre une queftion de droit public
fur l'état civil & la fucceffion d'un gentilhomme
Irlandois qui a paffé toute fa vie au fervice de
France ; fa fucceffion doit-elle appartenir à fes
parens regnicoles , françois naturalifés , plutôt
qu'à fa foeur , Irlandoife d'origine & d'habitation
? Quel eft en général l'état civil en
France , des militaires Irlandois , Officiers des
trois régimens , de Barwich , de Dillon & de
Wals-Serant ? Sont-ils François , font-ils Anglois ?
Quel eft l'ordre de leurs fucceffions ? Les fujets
de la G. B. font - ils capables de leur fuccéder
de la même manière qu'ils fuccédent , d'après
la déclaration de 1739 , aux marchands anglois
& autres fujets de la G. B. réfidans momentanément
ou établis en France dans diverſes profeffions
? Telles font les queftions importantes
qu'a fait naître l'ouverture de la fucceffion du
Comte de Kearny. Il étoit né en Irlande ,
dans le Comté de Kerry , Province de Munſter ,
de parens catholiques. A l'âge de dix-fept ans il
quitta fa patrie & paffa en France ; il ne tarda
pas à avoir du fervice dans un des régimens qu'on
nomme Irlandois. Après avoir paffe par les premiers
grades militaires , il fut fait fucceffivement
Lieutenant-Colonel , Chevalier de Saint-Louis ,
Aide - Major général des armées du Roi dars
l'Inde, & Colonel d'Infanterie enfin il eft mort
à Versailles , fans avoir été marié , le 10 Octobre
1780 , laiffant une fortune d'environ 15000 l .
acquife au fervice du Roi de France. Il lai
foit deux fortes d'héritiers ; la dame de Kearny ,
Comteffe d'Oliveira fa foeur , Irlandoife d'ori
gine & d'habitation , qui , fuivant le cours ordi-
-
-
( 191 )
naire des chofes & felon l'ordre de la nature ,
auroit dû être fa feule & unique héritiere , &
le Chevalier Nagle , Gentilhomme Irlandois ,
paffé dès fa jeuneffe au fervice de France , y
demeurant, naturalité François , comme le Comte
de Kearny & fon couſin germain , ayant ſeul droit
à fa fucceffion , felon le droit civil & national
de la France. A défaut du Chevalier Nagle ,
abfent du royaume , & en Amérique au moment
du décès du Comte de Kearny , le Comte de
Bulkeley , François , fon coufin iffu de germain,
s'etoit préfenté comme habile à fuccéder , à fe
dire & porter fon feul & unique héritier , &
avoit fait appofer les fcellés à fa requête. La
dame Comteffe d'Oliveira y avoit auffi formé
oppofition par un fondé de procuration. Enfin
le Chevalier Nagle revint en France ; inftruit
alors de fes droits , il forma oppofition le 27
Novembre 1781 , entre les mains du Comte de
Bulkeley , à ce qu'il fe défaisît de la fucceffion
au profit de qui que ce fùr ; & le 14 Décembre il
forma régulierement fa demande en pétition d'hérédité.
Le Comte de Bulkeley , inftruit de la
proximité de dégré du Chevalier Nagle , s'empreffa
de déclarer qu'il n'entendoit lui conteſter
la fucceffion ; mais le 14 Février 1781 la dame
d'Oliveira donna une requête d'intervention
& réclama tant contre le Comte de Bulkeley ,
que contre le Chevalier Nagle , l'herédité de fon
frere. Le Chevalier Nagle , bien confeillé
fur la préférence que le droit civil donnoit à
1a qualité de François naturalifé , dans la fucceffion
du Comte de Kearny , fur la dame d'Oliveira
, étrangere Irlandoife de nation & d'habitation,
lui fit connoître la folidité de fa prétention
, & enfuite lui fit des offres capables de
la défintéreffer. Il confentit à lui abandonner
Fufufruit des biens de la fucceffion , à condition
( 192 )
que la propriété feroit affurée à lui on à fes
enfans. La dame d'Oliveira refufa ces propofitions
; elle témoi même l'intention où elle
étoit de prer des efures pour qu'aucun de
---
fes biens , tant perfonnels que ceux de la fucceffion
de fon frere , qu'elle prétendoit avoir le
droit de recueillir , ne paffaffent au Chevalier
Nagle ni à fa famille. Cette difpofition obligea
ce dernier de fuivre en juftice réglée la déciſion
des droits des parties . 11 laiffa prendre à la dame
d'Oliveira , le 18 Mars 1783 , une fentence par
défaut adjudicative de fes conclufions . Sur
l'appel , arrêt du 21 Janvier 1784 , qui a mis
Pappellation & ce dont a été appellé au néant ;
émendant , a adjugé la fucceffion du Comte de
Kearny au Chevalier Nagle ; a autorifé le Comte
de Bulkeley à lui rendre tous les effets , titres
& papiers de la fucceffion ; a débouté la Comteffe
d'Oliveira de fa demande , & l'a condamnée
aux dépens ( 1 ) , 5
(1 ) Nous ajouterons que cette caufe eft à préfent` au
Confeil des Dépêches , & qu'il y a un furfis.
Cet Ouvrage, dont M. Mars , Avocar au Parlement
de Paris eft l'Auteur , paroît tous les Jeudis , depuis huic
ans , fans interruption . Chaque Feuille offre toujours un
certain nombre d'articles ; 1º . une notice de Caufes ci-
-viles & criminelles 52° . un Expofé de queftions fur
lefquelles on demande l'avis des Jurifconfules ; 3 ° . les
réponſes à ces mêmes queftions ; 4°. des Differtations fur
des points de Droit , d'Ordonnance ou de Coutume.
5°. Une indication de Mémoires & Plaidoyers imprimés.
6. L'annonce & l'objet des Livres de Droit , de Jurifprudence
& autres qui peuvent y avoir rapport . 7º. Les
Arrêts du Confeil , ceux des Parlemens & autres Cours
Souveraines , Sentences de Police ; en un mot , tour çe
qui fait loi ou réglement dans le Royaume. 8. Enfin ,
un article de légiflation étrangere. La variété qui regne
dans ce Journal utile & dont le fuccès eft confirmé , ne
permet pas de douter qu'il ne continue d'être reçu favorablement.
On foufcrit à Paris , chez l'Auteur , rue &
hôtel Serpente. Prix de la Soufeription , 15 liv. par an.
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
NTEN ANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
soutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. & c.
SAMEDI 7 FÉVRIER 1784.
DU
ROTE
T
BIBL
B
GHAT
DEU
PALAL
PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Ro
LIBRA
ASTO
TABLE
Du mois de Janvier 1784.
PIÈCES
FUGITIVES.
Vers aux Mânes de M. d'A
lembert ,
-AM. Molé ,
Bon Mot ,
3
Le Séducteur , Comédie en cinq
Actes ,
57
Hiftoire de la République des
Lettres & Arts en France
4
ibid.
49
Elifabeth , ou l'Amour & l'A
mitié , Conte .
Le Nouvel An , Stances ,
Sur la Nomination de l'A bé
de Villevieille , à l'Evêché
de Bayonne,
Elégiefur une Abſence ;
Le Mandat ,
52
53
97
>
75
Choix de Lectures Géographiques
& Hiftoriques , 83
Defcription des Expériences de
la Machine Aéroftatique, &
Euvres diverſes de M. Borde,
104
Morceaux choifis de Tite-
Live ,
114
Vers au jeune Staris ** de Eloge de M. l'Abbé de Ca-
C **
- A M.
François ,
+154
162
Couplets à Mlle V. Mari ** Nouvelles Recherches fur l'EA
Madamed Agiv...
99 naye ,
ib. L'Age d'Or,
conomie animale ,
100
VuesPatriotiques
145
Le Char Volant ,
148 en vers & en
193
Couplets à Mlle de w*** 147
166
201
210
Lettre au Rédacteur du Mer- Recueil Amufant des Voyages
cure ,
Vers à M. de***
profe 2.I
Mes Expériences à Sève, 221
A M. l'Abbé de Malefcote , Nécrologie ,
194
A M. le Baron de Breteuil, 196
Quatrain ,
Couplets ,
Variétés ,
174 ,
SPECTACLES.
117
31 198 Concert Spirituel ,
ib. Acad. Roy. de Mufique , 32 ,
Charades , Enigmes & Logo- 124 , 168 , 228
gryphes , 24 , 54, 102 , 153, Comédie Françoise, .171
200 Comédie Italienne , 41 , 130
NOUVELLES LITTER. Anecdotes , 135
La Nature confidérée dans plu- Annonces & Notices , 45 , 90 ,
fieurs defes Opérations , 26¸ 138,185 , 233
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , we de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE
.
SAMEDI 7 FÉVRIER 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Fragment d'un Poëme fur le Printemps.
LES FLEURS.
OH! combien chaque fleur , en ce riant dédale ,
Enivre l'odorat des parfums qu'elle exhale !
Note du Rédacteur. Ce Fragment eft tiré d'un Poëme
actuellement fous preſſe. La vertification annonce le ſentiment
de l'harmonie , & nous a paru d'un très- bon ton.
L'Auteur , Élève de M. l'Abbé Delille , mérite d'être
diftingué de cette foule de jeunes Rimeurs , qui , du foir
au matin ſe réveillent Poëtes fans que perfonne s'en fut
jamais douté , à peu près comme Lifimon dans le Glorieux ,
veur que fon fils fe réveille Marquis . Cette manie de la
rime , à quelque prix que ce foit , eft une choſe inconcevable.
Tout le monde s'en mêle , ou du moins veut paffer
pour s'en mêler. M. de la Harpe n'a dit que la vérité rigoureufe
dans ces vers de Molière à la Nouvelle Salle :
Mon Commis fur fa table écrivant de travers ,
Ne fait pas l'orthographe & ſait faire des vers .
A ij
4
MERCURE
Noble fils du printemps , le lys majeſtueux ,
Qui ne craint plus des vents le fouffle impétueux ,
Élève fièrement fa tige fouveraine.
Il eft le Roi des fleurs , dont la rofe eft la Reine ;
Ainfi fur les François , par les plus douces loix
Règhe ce couple heureux qui fait aimer les Rois.
Le narciffe plus loin , ornement de la rive ,
S'incline , réfléchi daus l'onde fugitive .
Cette onde , cette fleur s'embellit à mes yeux
Par le doux fouvenir du ruiſſeau fabuleux ,
Tant les illufions des poétiques fonges
Nous font encore aimer leurs antiques menfonges !
Vois l'hyacinthe ouvrir fon calice d'azur ;
Le riche oeillet , ami d'un air tranquille & pur ,
Várier fes couleurs d'une teinte inégale ;
Le muguet déployer l'argent de fon pétale ,
Et l'épais chevre- feuille errer en longs feftons.
La rofe me fourit à travers fes boutons .
Le coeur ivre déjà du baiſer qu'il eſpère ,
Le Berger la promit au ſein de fa Bergère.
Fleur chère à tous les coeurs , elle embaume à la fois
Et le chaume du pauvre & les lambris des Rois ,
Elle orne tous les ans la beauté pure & fage ;
La fleur de l'innocence en eft auffi l'image .
Mais quelle fleur plus fière , au milieu de ſes foeurs ,
Oppoſe à leurs parfums l'éclat de fes couleurs ?
Mon oeil a reconnu la tulipe inodore ,
Jadis Nymphe des champs , & compagne de Flore.
DE FRANCE.
Protée étoit fon père , & la Fable autrefois
Confacra fes malheurs que va chapter ma voix.
A cette heure douteufe , où l'ombre plus tardive
Suit du jour qui s'éteint la clarté fugitive ,
La Nymphe , loin de Flore , & fur un lit de fleurs ,
Dans cette heureuſe paix charme des jeunes coeurs ,
Aux fons mélodieux des chants de Philomèle ,
Savouroit du repos la douceur infidelle .
Zéphyre l'apperçoit , & d'un fouffle embaumé
Careffe des appas dont fon coeur eft charmé .
La fille de Protée à cette douce haleine
Entrouvre lentement fa paupière incertaine ,
Et ne voit pas encor dans fon enchantement
Que ce bruit du Zéphyre eft la voix d'un amant.
Mais bientôt à l'aſpect du jeune époux de Flore :
Déeffe , à tes bienfaits , fi j'ai des droits encore ,
Dit-elle , contre un Dieu qui trompe tes amours
J'implore ta vengeance , ou plutôt ton fecours.
Tout-à-coup , ô prodige ! une forme étrangère
La dérobe aux tranſports d'un époux adultère .
Son beau corps , dont Zéphyr preffe en vain les appas ,
En tige fouple & frêle échappe de fes bras.
Ses cheveux qui flottoient en boucles agitées ,
Transformés fur fon front en feuilles veloutées ,
L'entourent d'un calice : un doux balancement
Semble prouver encor qu'elle craint fon amart.
Le Dieu veut en parfums refpirer fon haleine ;
Ce baume de l'Amour adouciroit fa peine.
A iij
6 "MERCURE
Nul parfum ne s'exhale , & ce dernier defir
Prive la fleur d'un charme & l'homme d'un plaifir.
Mais la Nymphe , héritant des fecrets de fon père ,
De cet art confolant fe fait un art de plaire ,
Et fans ceffe trompant le regard enchanté ,
De changeantes couleurs embellit fa beauté.
Errant parmi les fleurs , Zéphyr ne cherche qu'elle ,
Et s'il paroît volage , il n'eft plus infidèle.
( Par M. Vieilh de Bo'sjoflin . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Porte Feuille ;
celui de l'Enigme eft Chemin ; celui du Logogryphe
eft Moineau , où l'on trouve moi ,
Moine , eau.
CHARA DE.
MONON tout fe fert de mon dernier
Pour fe ceindre de mon premier.
É NIG ME.
Au centre d'une citadelle ,
Dand le Nord , dans le Sud , au milieu des Soldats ;
En vain je creufe ma cervelle ,
DE FRANCE.
Je ne puis éviter d'être chef aux débats.
J'entame en tous lieux la difcorde ,
Et je commence le duel ;
Je ne fuis cependant ni méchant , ni cruel ,
Car je vis bien dans la concorde.
Je fuis exact le premier au devoir ;
Je fuis fort gai , & toujours en cadence ,
Et par-tout le premier en danſe.
Lecteur , en voilà bien affez , bon foir.
( Par M. C. Q. M. T. du Rég. de Neuftrie. )
LOGO GRYPH E.
DANS les huit lettres de
Eft une note de mufique.
mon nom
Si votre efprit oifif s'applique
A chercher leur combinaiſon ,
Supprimez un accent qui n'eft pas néceſſaire ;
Ce changement me met chez votre Apothicaire s
Reptile dangereux , j'y deviens falutaire.
Une lettre de plus me feroit un grand bien !
J'occuperois Dimanche à l'Églife un Chrétien 3.
Oui , mais jadis fatal à maint Sicilien ;
Ce mot rappelleroit à votre âme attendrie
L'horreur du fanatisme aveugle en ſa furie.
Devinez -vous? Je crois que non .
Eh bien ! j'ai trois fyllabes dans mon nom.
La première eft un bien commun en Normandie
A iv
8 MERCURE
La grêle , ni le vent ne peut l'anéantir
La jeuneffe folâtre aime s'y réjouir ;
Le courfier trouve là fa liberté , la vie.
5.
Hélas ! qui fait fi fon maître demain ,
Écoutant de l'honneur la loi dure & cruelle ,
Ne fe rendra point- là pour vuider fa-querelle
En y terminant fon deftin?
Le reſte à deviner me femble un foible ouvrage ;
Ces deux fyllabes- là fe trouvent dans village ;
Et mon tout de Momus eft un enfant badin.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LEÇONS de Géographie ; Abrégé d'une forme
nouvelle , propre à l'Education des jeunes
gens de l'un & de l'autre fexe , par M.
l'Abbé Morin de la Baume. Prix ,.. liv.
5 fols relié en parchemin . A Paris , chez
Brocas , Libraire , rue S. Jacques ..
L
DE tous les Ouvrages Claffiques , un Traité
de Géographie eft fans doute un des plus
utiles , ou , pour mieux dire , des plus néceffaires
à l'éducation de la jeuneffe . Mais parmi
leurs autres études , les jeunes gens ont fi pet
de temps à donner à celle de cette Science, &
cependant il eft fi difficile d'éviter la prolixité
ou la féchereffe dans cette matière , qua
c'eft leur rendre un fervice important de
DE FRANCE.
•
leur préfenter un abrégé clair , précis & méthodique
, qui , en leur donnant une idée
fuffifante du globe qu'ils habitent , ne contienne
que les détails néceffaires pour lire
avec fruit les Poëtes ou l'Hiftoire ancienne
& moderne qu'ils ont entre les mains. Tel
eft le nouvel Abrégé que nous annonçons.
Les matières y font plus ou moins détaillées ,
à proportion qu'elles font plus ou moins in
téreffantes. Un village , un hameau connu
par une bataille , un Traité de Paix , une
manufacture , y font préférés à une ville qui
n'eft connue que par fon nom. On trouve à
chaque article un précis des productions du
pays , des moeurs , & des inclinations des
habitans. L'article qui concerne l'Allemagne
paroît avoir été rédigé fur l'Atlas élémentaire
de M. l'Abbé Courtalon , dont le mérite
a été généralement reconnu , & même
en Allemagne.
Cet Abrégé eft précédé de notions préliminaires
fur la fphère , dans l'expofition defquelles
M. l'Abbé de la Baume, avec beaucoup
d'ordre & de clarté , décrit la correſpondance
qu'on a établie entre le ciel & la terre pour
arriver à la connoiffance de celle ci . Sa méthode
de faire paffer tout de faite fur le
globe & la mappemonde les points ou les
cercles qu'il a fait connoître dans la fphère ,
eft nouvelle , & doit être d'autant plus à la
portée des enfans , qu'elle eft plus conforme
à la progreffion naturelle des idées . Nous ne
réfiftons pas au defir de faire connoître la
A v
10 MERCURE
manière dont il éclaircit les difficultés à mefure
qu'elles fe préfentent.
« Accoutumes à ne juger que fur le rap-
» port de leurs fens , les enfans conçoivent
difficilement , & ne reçoivent même
» qu'avec une forte de méfiance l'idée de la
→ rondeur de la terre. Néanmoins ils fe rendent
communément aux preuves les plus
familières qui atteftent cette vérité , &
» que l'on tire de la figure de l'ombre de
» la terre dans les éclipfes de Lune , & de ce
qu'on obferve tous les jours dans un port
» de mer fur les vaiffeaux que l'on voit
» s'éloigner & difparoître peu à peu ; mais
» à peine a - t'on levé cette difficulté , que de
» la folution même de celle ci , il en naît
une autre plus grave.......... Si la terre eft
» ronde , difent les jeunes gens , tous fes
habitans ne marchent pas fur un même
plan ; ils font fitués les ans à l'égard des
» autres , comme des épingles que l'on plan-
» teroit perpendiculairement fur la furface
» d'une boule ; ce qui eft très vrai . Mais ,
92
23
R
و د
כ
ajoutent ils , comment concevoir que ceux
qui font deffous & renversés ne tombent
point , & marchent fur la terre comme
» ceux qui font deffus & debout ? Expliquons
les mots ,& la difficulté difparoítra.
" Quand nous confidérons un corps ifolé
» de la maffe de la terre , nous employons
les mots deffus & deffous , pour diftinguer
» la furface qui regarde le ciel , de celle qui
» eft tournée du côté de la terre ; mais quand
"
DE FRANCE. II
1
» il s'agit de la térre , il n'y a plus de deſſous :
» tous les points de fa furface unique regar-
" dent le ciel qui l'environne de toutes
» parts, Ainfi , quoique nous foyons renverfés
les uns par rapport aux autres , nos
antipodes font debout & deffus la terre
» qu'ils preffent de leurs piés tout comme
» nous , en vertu de la pefanteur qui les at-
» tache fur fa furface , & qui fait tomber
" tous les corps fublunaires du ciel fur la
"
"
» terre. »
Il est difficile de préfenter une idée plus
nette des objets , & d'une manière moins
fcientifique & moins rebutante. L'Auteur a
le talent de donner des notions claires &
précifes , talent rare , & qui paroît avoir
manqué à prefque tous les faifeurs d'Abrégé.
Il définit tous les mots de façon à rendre ,
pour ainfi dire , les idées palpables aux enfans
, & il a mis en tête de fon Ouvrage une
explication de quelques termes de géométrie
employés dans le cours de fes leçons ,
Il eſt à fouhaiter que les Profeffeurs adoptent
cet Abrégé pour le cours des Études
publiques , où , faute de bons Livres Élémentaires
, celle de la Géographie a été
long temps trop négligée , & même à peuprès
nulle.
A vj
12
MERCURE
#
1
L'HONNEUR François , on Hiftoire des
Vertus & des Exploits de notre Nation ,
depuis l'établiffement de la Monarchie
jufqu'à nos jours , par M. de Sacy , Membre
de l'Inftitut Royal d'Hiftoire de Gottingen
, des Académies de Caen , d'Arras ,
- &c. Tomes IX & Xe. Prix , liv. relié
chaque Vol. A Paris , chez Nyon l'aîné ,
: Libraire , rue du Jardinet..
Ces deux Volumes peuvent prétendre au
fuccès qu'a obtenu l'intéreffante Hiſtoire à la- .
quelle ils fervent de continuation . Ils font imprimés
depuis plufieurs années ; mais des circonftances
particulières en ont retardé la pu ,
blication. Les Tomes XI & XII paroîtront ,
dans le mois de Mai prochain , & complet
teront l'Ouvrage. Les deux que nous annon
çons contiennent l'Hiftoire de nos Conquêtes
dans le nouveau Monde. Elle finira avec le
XII Volume , qui doit contenir l'Hiftoire de
la Révolution de l'Amérique Septentrionale.
C'eft fans doute une belle idée d'offrir
aux François le tableau collectif de leurs faits
les plus glorieux , tableau fi propre à nourrir
l'orgueil national , ce principe de tant de
vertus. Cette idée , émanée d'un fentiment
de patriotisme , a été exécutée avec un fuccès
qu'on avoit dû preffentir. Si cette fuite d'actions
mémorables doit plaire , même à des
Lecteurs étrangers, avec quel vifintérêt ne fera
t'il pas lu par des François ! L'homme fenfible
DE FRANCE. 131
& vertueux voit raffembler les titres des
vertus & de la gloire de fes ancêtres , avec
autant de fatisfaction qu'un héritier avide &
intéreffé en trouve à recueillir d'immenfes
richeffes . Tel eft l'accueil que M. de Sacy:
devoit attendre , & qu'il a reçu en effet de
fes Lecteurs . Le François a trouvé dans fon:
Ouvrage des titres qui doivent le remplir.
d'un noble orgueil , & des modèles qui peuvent
réveiller & diriger fes vertus patriotiques.
Nous nous occuperons plus particulièrement
de cet Ouvrage lors de la publication .
des deux autres Volumes qui doivent le
Completter. En attendant cet article , que
l'abondance des matières pourroit retarder
trop long temps , nous avons cru devoir annoncer
au moins fuccinctement les deux)
nouveaux Volumes qui viennent de paroître
, & qui font dignes des huit qui les ont:
précédés .
NECROLOGI E..
ON a dit fouvent que le hafard influoit
fur les réputations qu'on fe fait par des Ouvrages
Littéraires ; mais ce qu'on peut dire
prefque avec autant de vérité , c'eft qu'il influe
aufli fur le degré de foibleffe ou de perfection
qui caractérife ces mêmes Ouvrages .
Outre les diverfes modifications que doit
leur donner la fituation phyfique & morale
14
MERCURE
de l'Auteur , heureux ou malheureux , bien
portant ou malade , combien d'autics circonftances
, fouvent inconnues à lui - même
& à fes juges , déterminent le degré de mé
rire de fes productions ! Souvent fon pen
chant à s'exercer dans un genre dont la nature
ne lui avoit point révélé le fecrer , lui.
dérobe des lauriers qu'il n'eût tenu qu'à lui
de moiffonner dans une autre carrière ; &
fouvent il échoue dans tel Ouvrage , pour ne
l'avoir pas entrepris dans un autre temps,
Tel Auteur , par une fatalité funefte à fa
gloire , n'a traité que des fujets rebelles à
fon talent ; & tel autre , plus heureux , a
rencontré par hafard le fujet auquel il avoit
le plus d'aptitude , que dis- je ? le feul qu'il
pût traiter avec le même fuccès. Enfin , il en
eft quelques- uns , qui , dans le total de leurs
diverfes productions , laiffent voir évidem
ment aux yeux des connoiffeurs , une fommede
talent capable d'enfanter des chef- d'oeu
vres , & qui , on ne fait pourquoi , n'ont
laiffe que des Ouvrages très imparfaits ; on
fent , à n'en pouvoir douter , que par leurs
forces intérieures ils étoient décidément audeffus
d'autres rivaux qu'on leur préfère , &
qui réellement ont mieux fait . Tant il eft
vrai que le hafard agit fouvent en fecret fur
les objets qui femblent le plus étrangers à
fon influence.
Peut être feroit il poffible d'appliquer
quelques- uns de ces traits à M. Collé , dont
la mort vient de groffir les pertes multipliées
DE FRANCE. IS
& récentes que déplore la Littérature Françoife.
Une originalité piquante , une phyfonomie
marquée diftinguoit les diverfes productions.
Au ton plaifant & gai , aux formes
vraiment dramatiques , & au vis comica qu'on
remarque dans fon Théâtre de Société, ilfemble
qu'il auroit pu porter plus loin fes prétentions
& fa gloire, & qu'il ne tenoit qu'à lui de
fe rapprocher davantage de Regnard par fon
génie, comme la Nature l'en avoit rapproché
par les liens du fang. Mais jainais on n'a vû
peut-être la vie privée d'un Auteur influer
plus évidemment fur le caractère de fes
Ouvrages. Né pauvre , mais gai , il fut être
heureux malgré la fortune ; & dès la jeuneffe
il fe fit diftinguer par fon efprit & par
fa gaîté , dans l'Étude d'un Notaire chez qui
il travailloit , qui gêna le premier effor de fa
verve poétique fans la refroidir,& le contraria
fans l'attrifter. C'eft ce que nous apprend fon
vieux ami M. Saurin , dans l'Épître intéreffante
qu'il luiadreffa peu d'années avant de mourir :
Combien de fois j'ai vu les ris ,
S'introduiſant avec audace
Chez ton Notaire à cheveux gris ,
Malgré lui dérider fa face ,
Et fur fon pupitre ſurpris
Mettre Rabelais à la place
De la Coutume de Paris !
Combien de fois j'ai lû quelque plaifante Épître
* M. Gollé étoit coufin du Poëte Regnard .
16
MERCURE
Ou bien un couplet libertin ,
A la marge du parchemin ,
Où ta main griffonnoit un titre
Pour quelque fortuné faquin !
La liaifon intime qu'il contracta bientôt
avec Piron , n'étoit pas faire pour éteindre
fa gaîte habituelle. Ils avoient admis en tiers
dans leur amitié, Gallet, Marchand Épicier,
qui s'étoit fait connoître par fon goût pour
le Vaudeville , & qui , par fon talent & par
fon caractère jovial , étoit digne d'être à la
fois leur camarade & leur convive. Auffi
fe réuniffoient ils fort fouvent pour goûter
enfemble les plaifirs de la table , plaifirs plus
recherchés alors , & qui par le ton général de
la Société étoient foumis à des bienféances
moins févères. Citons une anecdote qui , en
faifant connoître le caractère de Collé & de
fes amis , pourra donner lieu à quelques réflexions
morales . « Un foir que nos trois amis
fe retiroient enſemble , après un fouper des
plus gais , au moment de le féparer de Piron
qui alloit paffer le pont- neuf pour rentrer
chez lui , Gallet & Collé , devenus plus affectueux
par le vin qu'ils avoient bu , lui témoignèrent
la plus tendre inquiétude , &
lui dirent que fon bel habit leur faifoit crain
dre qu'il ne fût tué par les voleurs . Eh !
quoi , Meffieurs , s'écrie l'Auteur de la Métromanie
, c'eft pour mon habit que vous
avez peur ! Ces mots font à peine achevés ,
que l'habit eft fur le pavé , & Piron à cent
pas de fes camarades. Le Guet le rencontre ,
DE FRANCE.
17
& le voyant en chemife , lui demande s'il a
été volé ; cette demande monte fur le champ
la tête de Piron ; il répond que oui , & revient
fur fes pas avec le Guet, qui fe faififfant
de M. Collé & de Gallet , au moment qu'ils
venoient de ramaffer l'habit de Piron ,
les mène tous trois chez le Commiffaire.
Sur le point d'arriver , Piron raconta fa véritable
aventure au Sergent , qui n'en voulut
rien croire ; nos trois Meffieurs voyant
qu'ils ne pouvoient faire ceffer la plaifanterie
, fe proposèrent au moins de s'en bien
amufer ; & l'on ne peut tenir parole plus
complettement . Le Commiffaire étant cou
ché , fon Clerc , qui n'étoit pas un grand
génie , commence l'interrogatoire. II demande
à Piron d'abord , quel eft fon nom ;
& le vôtre , lui répondit Piron ? Le Clerc
trouve ce propos féditieux , & lui demande.
s'il veut plaifanter la Juftice. Piron , après lui
avoir dit qu'il le trouve plaifant lui - même
de vouloir apprendre fon nom avant de lui
dire le fien , finit par fe nommer. Et votre
état, continue le demi - Magiftrat ? Quefaitesvous
? - Des vers.
Qu'est- ce que des
vers ? Vous moquez- vous encore de moi ?
Je ne me moque point ; &je vais vous le prouver
, fi vous voulez , par un impromptu pour
ou contre vous. Je n'entends rien à tout ce
verbiage là , répond ingénieufement le Clerc ,
qui fe met en colère , menace , & de Piron
paffe à Gallet , qui fe nomme d'un ton modefte
. On lui demande à fon tour : Quefaites-
----
-
18 MERCURE
vous ? -
-
Monfieur , répondit- il , des chan-
-
fons. Oh! ma foi je vais éveiller M. le
Commiffaire. Je vous en prie , Monfieur
reprend Galler d'un air benin , ne troublez
point le repos de M. le Commiffaire. Oui
Monfieur , je fais des chanfons ; & vous devez
connoître la dernière qui a couru de moi , dont
voici le refrain ; & il fe met à chanter le
refrain d'une de fes chanfons. "
" Quand il eut fini , M. Collé prévenant
l'interrogateur : je vais , lui dit - il , vous
épargnerla peine de m'interroger. Je m'appelle
Charles Collé; je demeure rue du Jour , Paroiffe
S. Euftache ; ma profeſſion eft de nerien
faire , dont mafamille enrage ; mais lorsque
les couplets de Monfieur font bons , je les
chante; & le voilà qui chante un couplet.
Puis , en montrant Piron : & quand Monfieur
fait de bons vers , je les déclame ; & le voilà
qui déclame deux vers Tragiques de Piron. »
« LeClerc furieux n'y tient plus ; il éveille
le Commiffaire , devant qui la fcène recom
mence , & qui finit par s'impatienter à fon
tour. Enfin cette comédie originale fe termine
par un bon mot de Piron , à qui le
Commiffaire , qui fe trouvoit par haſard le -
frère de Lafofle , Aureur de Manlius , crut
faire baiffer le ton , en lui ditant : Sayezvous
bien , Monfieur le Poëte , qui croyez,
vous moquer de moi , favez - vous bien que
j'ai un frère qui a beaucoup d'efprit ? Je le
crois , interrompit Piron , j'en ai bien un qui
n'eft qu'une bête. »
DE FRANCE. 19
Voilà une Anecdote qui annonce un grand
fonds de gaîté originale ; ajoutons que ce
font là des fcènes que nous ne devons aujourd'hui
ni blâmer , ni imiter. Si elles fe
renouveloient de nos jours , on ne fongeroit
plus à dire : Voilà des gens bien gais ; on
diroit : Voilà des gens de bien mauvaiſe
compagnie. On feroit injufte , comme on le
fera toujours , quand on condamnera les
morts , fans fe rendre en imagination leur
contemporain . On aura plus d'indulgence fi
l'on fonge bien que les moeurs publiques in-
Auent toujours fur les moeurs privées ; qu'à
l'époque dont nous parlons , les bienféances
n'étoient pas , à beaucoup près , auffi rigides ;
& que l'habitude du cabaret , habitude familière
aux perfonnes du meilleur ton , donnoit
alors au maintien du plus galant homme,
un air de franchiſe & d'abandon qui nous
paroîtroit fort étrange.
Quoi qu'il en foit , cette manière de vivre ,
qui contribuoit à nourrir la gaîte nationale
, qui femble décroître chaque jour, devoit
encore influer fur le caractère des Écrivains
du temps . Auffi cette époque fut elle
le règne de la parodie & du vaudeville ; deux
genres qui nous appartiennent en propre ,
puifqu'ils ont été à la fois créés & perfectionnés
par nous . Sans y attacher plus de
prix qu'ils ne méritent , il faut les chérir
comme des plantes indigènes de notre Parnaffe
, qui femblent dédaigner tout ciel étran
ger , & ne conferver leur parfum & leur
20 MERCURE
fraîcheur que fur le fol qui les fit naîtte. Ces
deux genres , dans lefquels nous n'avons point
de rivaux chez nos voisins ni dans l'antiquité
, font dangereux fans doute , parce
qu'il eft facile d'en abufer ; le vandeville ,
qui , felon l'expreffion de Defpréaux , ne
doit être que malin , peut aller jufqu'à la
méchanceté , & attaquer l'honneur du Citoyen
, & la parodie fe plaît à attacher du
ridicule aux productions du génie ; mais l'un
peut amufer innocemment ; & l'autre , par
une critique jufte & modérée , quoique plaifante,,
peut devenir utile à l'Art Dramatique
; enfin tous deux ont des droits fur
Nous , parce qu'ils font tout- à - la- fois le
produit & l'aliment de la gaîté Françoiſe. Il
eft à préfumer qu'on verra toujours fleurir
ou déchoir l'un & l'autre talent , à mefure
qu'on verra décroître ou s'angmenter cette
gaîté nationale ; & voilà fans doute pourquoi
l'on fe plaint aujourd'hui de la difette
des bons Chanfonniers & des bons Parodiftes.
M. Collé étoit de la célèbre Société du
Caveau. C'eft- là que fe réuniffoient les Gens
de Lettres les plus diftingués de ce temps là.
C'eft-là qu'ils paffoient des jours heureux
dans l'agréable réunion des plaifirs de la
table & des amuſemens de l'efprit . C'eft là
qu'avant de livrer leurs Ouvrages au Public ,
il les foumettoient , non à des lectures d'apparat
, telles qu'on en fait aujourd'hui dans
le monde , mais à d'utiles examens , dans
DE FRANCE. 21
lefquels l'amitié imploroit les confeils du
goût. Le Lecteur y recevoit de fon auditoire
, non de vains complimens , mais de
bons avis ; il étoit sûr de trouver des Cenfeurs
parmi les juges , parce que les juges
étoient fes amis ; enfin il y recueilloit , non
pas toujours de quoi flatter fon amourpropre
, mais toujours , ( ce qui vaut mieux
fans doute ) de quoi rendre fon Ouvrage
meilleur .
Que l'on compare maintenant à ces utiles
Comités , ce qu'on appelle aujourd'hui des
lectures d'Ouvrages , faites devant des Affemblées
, fouvent très - brillantes , à la vérité ,
dans lesquelles on eft admis , non pas en
raifon de fon degré de compétence littéraire ,
mais en raison de fa curiofité , de fon crédit
ou de fon rang dans le monde. Ces fortes de
lectures peuvent être utiles aux fuccès d'un
Auteur , mais à coup sûr elles font inutiles
à fon talent. Il auroit tort d'attendre , il n'y
cherche pas même des confeils qui fervent
à l'éclairer . La Dame du logis lui
donne fon fuffrage , pour le payer de fa
complaifance; & l'Affemblée le loue pour
plaire à la Dame du logis. Qu'on fuppole
dans ce cercle de trente perfonnes ,
deux Hommes de Lettres ; ( ceux qui connoiffent
ces fortes de lectures favent que
c'eft à peu près la proportion ordinaire )
qu'on fuppofe donc deux Hommes de Lettres
éclairés & de bonne-foi ; iront ils mêler
à des louanges d'étiquette de fages, critiques
22 MERCURE
•
que l'amour - propre de l'Auteur n'adoptera
point , & qui aux yeux du refte de
l'Affemblée auront l'air d'une pédapterie
de mauvais ton , fi elles ne font pas attribuées
à un fentiment de jalousie trifte &
gauche tout à la fois.
Après tout ce qu'on vient de lire fur la
manière de vivre des Gens de Lettres con
temporains de M. Collé , on concevra fans
peine qu'elle devoir tout-à la fois concourir à
la perfection de leur talent , & influer comme
nous l'avons dit fur le caractère de leurs Ou
vrages. M. Collé , qui n'avoit fait que renfor
cer,parfa manière d'être , le fonds de gaîté dont
l'avoit doué la Nature , fe fit bientôt diftinguer
parmi les Chanfonniers de fon temps. Ses
couplers font pleins de verve , d'enjouement
& d'originalité. Ce qui prouve qu'il avoit
pour ce genre un talent vraiment naturel ,
c'eft que pouvant paffer pour un Écrivain correct
dans les couplers, fa poéfie étoit par -tout
ailleurs d'un ftyle fort négligé ; on pourroit
citer en preuve fa Pièce de Dupuis & Defronais
, qui eft faire avec talent , mais qui
eft écrite avec beaucoup de négligence &
d'incorrection .
Cette Pièce fut fon coup d'effai au Théâtre
François ; & ce coup d'effai fut heureux. Il
fémbloit qu'il auroit dû encourager l'Auteur
& affurer au Public une longue fuite de productions
dramatiques ; mais à la réferve de
quelques changemens qu'il fit dans fa vieilleffe
à des Ouvrages connus qui ne paroifDE
FRANCE.
23
foient plus au Théâtre , & que fes corrections
ne purent y rappeler , parce qu'elles
ne furent pas adoptées par les Comédiens ,
la referve de ce travail , il ne fit plus pour la
Scène Françoiſe que fa Partie de Chaffe , qui
ne fut repréſentée que long - temps après
avoir été imprimée , & qui eut un fuccès des
plus brillans.
Son goût , ou plutôt les circonftances
tournèrent fon génie vers de petites Pièces
qu'il a raffemblees fous le titre de Théâtre
de Société. Ces Comédies , dans lef
quelles il s'eft montré tout- à-la fois créa
teur & modèle , n'étant pas deftinées aux
regards du Public , échappoient naturellement
au rigorifme de nos bienséances théâtrales
; mais fi l'on n'y trouve point cette
févérité d'expreffion & de peinture qu'exigent
des Spectateurs François , on y remar
que du moins une imitation fidelle des moeurs
qu'il a voulu peindre , un excellent dialogue ,
une bonne difpofition de Scènes , du plaifant
& du comique,
I. M. Collé , vers la fin de fa carrière , bornoit
fon commerce focial à un cercle peu
étendu . Attaché à la perfonne d'un Prince
chéri de la Nation, * c'eft dans fon palais qu'il
a fini fes jours , le 8 Novembre dernier . Il
étoit né avec cette gaîté qui rend l'efprit infouciant
; mais cette infouciance n'avoit point
paſſe juſqu'à ſon coeur. Citoyen vertueux &
* Il étoit Lecteur de fon A.S. Mgr. le Duc d'Orléans.
i
24 MERCURE
fenfible , il eût été pleuré par fes vieux amis ,
s'il n'avoit eu le malhenr encore plus grand
de leur furvivre. La douleur que leur perte
lui avoit caufée , ne lui laiffa point la force
de fupporter la mort d'une époufe qu'il chériffoit
tendrement . Dès ce moment un fatal
marafane s'empara de fon efprit , fon coeur
fe ferma , & il commença à mourir . Les regrets
qu'on a dounés à fa mort , égalent l'eftime
qu'on avoit pour fa perfonne & pour
fon talent .
( Cet Article eft de M. Imbert. )
ACADÉMI E.
PRIX propofés par la Société Royale des
Sciences & des Arts de Metz , pour les
années 1784 & 1785 .
plas que
ON peut obferver depuis long- temps que la fin
du fiècle qui s'écoule , n'a prefque plus pour caractère
principal qu'une trifte décadence . Il n'y a
les jeunes gens , qui n'ont pas de comparaifon
à faire entre ce qui fut jadis & ce qui eft aujourd'hui
, qui puiffent voir , fans la plus profonde
affliction , combien la Chaire , le Barreau , les Aca
démies , les Théâtres font dégénérés de leur antique
gloire . On y retrouve encore quelques-uns de ces .
hommes qui ont mérité de faire entrer leur fiècle
en rivalité avec le fiècle précédent ; eux- feuls foutiennent
encore l'honneur des Sciences & des Arts ;
& ce vif intérêt avec lequel nous les revoyons encore
, eft fur tout fondé fur la crainte de les perdre ;
il femble qu'avec eux tout doit périr . On ne peut fe
défendre de ces amères réflexions dans ce moment
fur- tout
1
DE FRA N C.E.
25
fur- tout où la perte récente de plufieurs Hommes
illuftres rappelle toutes celles qui fe font accumulées
depuis cinq ou fix ans . Notre fiècle possède encore de
très - grands Hommes , a dit quelque part l'Auteur de
l'Efprit, mais ils n'auront pas de fucceffeurs. Quelle
trifte perfpective ! Mais ne nous hátons jamais de
défefpérer ni des hommes ni des fiècles . Il eft peutêtre
dans l'Hiſtoire des Sciences & des Arts , comme
dans celle de la Nature , des momens de repos qui
ne font peut- être pas moins néceffaires à la perfection
des grands Hommes & au développement des
grandes découvertes, que les révolutions les plus ac
tives. Au moins ne foyons pas injuftes envers ces
grands Homines même que nous pleurons ; ne le
foyons pas envers nous- mêmes ; nous pouvons au
moins nous féliciter & leur rendre grâces de l'heureufe
influence qu'ont cue leurs lumières & leur
génie. S'ils ne fe font pas préparés une génération
qui les remplace , ils ont fait bien mieux , ils ont
amélioré le genre- humain entier. Jamais il n'y eut
plus de faines lumières , plus de bons principes répandus
parmi les Nations ; & fi jamais l'on n'a plus
déraisonné fur les matières de goût , parce que trop
de gèns s'en mêlent , jamais on n'a eu de meil cures
vûes fur tant d'autres objets où l'inftruction fe perfectionne
à mesure qu'elle devient générale. Pour
ne parler que d'une des moindres parties où l'on
puiffe obferver cet heureux avancement du fiècle , il
fuffit de jeter les yeux fur les Programmes de nos
Académies. Elles font toutes rentrées dans les objets
& les queftions où il eft le plus utile & le plus facile
d'acquérir une bonne théorie . Elles s'occupent
particulièrement des recherches qui peuvent améliorer
l'adminiftration de leur Province ; ou fi elles
fortent quelquefois de ces objets particuliers , c'est
pour offrir des questions qui appartiennent à la Légiflation
générale , en choififfant toujours celles dont
N°. 6 , 7 Février 1764.
B
26 MERCURE
la folution pourroit avoir un effet plus prompt &
plus heureux. Si elles perfévèrent dans ce plan , qu'il
eft à croire qu'elles perfectionneront fans ceffe , il
ne leur manquera que d'obtenir des ouvrages dignes
des fujets qu'elles auront propofés , pour que leur
Recueil devienne une fource abondante d'inftructions
pour ceux à qui la deftinée des Peuples eft
confiée . Parmi les Programmes d'Académie , aucun
ne méritoit mieux ce jufte hommage par les queftions
qu'il préfente , & par la manière dont il eſt
rédigé , que celui que je vais tranfcrire.
La queftion que la Société Royale avoit propofée
pour le Prix qu'elle devoit diftribuer le jour de Saint-
Louis 1783 , étoit énoncée en ces termes :
Quelle eft l'origine de l'opinion qui étend fur tous
les individus d'une même famille , une partie de la
honte attachée aux peines infamantes que fubit un
coupable ? Cette opinion eft- elle plus nuifible qu'utile ?
Et dans le cas où l'on fe décideroit pour l'affirmative
, quels feroient les moyens de parer aux inconvéniens
qui en résultent.
Aucun des Mémoires qui ont été préſentés au
Concours , n'a paru répondre à cette queſtion d'une
manière fatisfaifante. Plufieurs ont foutenu l'utilité
de cette opinion , fans néanmoins en avoir peſé &
fuffifamment approfondi les caufes , ainfi que fes
avantages ou les inconvéniens pour la Société en
général , & pour chaque famille en particulier. D'autres
, en l'attaquant , n'ont pas fait ufage de toutes
les reffources que le fujet préfente.
Ce n'eft cependant pas que la Société Royale n'ait
antingué , parmi les mémoires qu'elle a examinés ,
des ouvrages dignes d'éloges.
Le Mémoire inferit fous le N ° . 7 , & portant pour
épigraphe ces mots d'Horace : Tollite barbarum
DE FRANCE. 27
morem , eft écrit purement & avec chaleur. L'Auteur
attaque vivement le préjugé , & parlant au coeur avec
les mouvemens d'une éloquence perfuafive , il fait
fentir le mal qui en réfulte pour les familles ; mais il
ne difcute pas fuffisamment celui que peut éprouver
la Société politique , il n'indique pas affez nettement
les fources de l'opinion , non plus que les
moyens d'y remédier .
Le Mémoire N ° . 6 , qui a pour épigraphe ces
vers d'Horace :
Hic marus aheneus efto
Nil confcirefibi , nullâ pallefcere culpâ.
a mérité une diftinction par des vûes profondes.
L'Auteur eft très - verfé dans la ſcience des loix ; mais
en s'étendant trop en raifonnemens métaphyfiques ,
il a vû avec illufion le fyftême de notre légiflation &
les fondemens de nos moeurs . D'ailleurs , on trouve
en général plus de brillant que d'exactitude dans fes
expreffions ; des métaphores fréquemment emprun
tées de la fcience des Géomètres , & quelquefois enployées
fans jufteffe , offrent une forte de néologifme
qui dépare une production très-eftimable par le fonds
des idées & par la fagacité qu'elle annonce dans l'efprit
de fon Auteur.
Quant au Mémoire No. 5 , fous cette épigraphe :
Anima qua peccaverit ipfa morietur ; filius non portabit
iniquitatem patris , & pater non portabit iniquitatem
filii. On y a trouvé un fyftême de légiflation
propre à prévenir en partie les mauvais effets
du préjugé ; mais on ne voit pas dans la déduction
des motifs , une expofition fuffifante des inconvémiens
ou des avantages de l'opinion pour la Société.
L'on y apperçoit le germe de beaucoup d'idées
juftes , & l'on regrette qu'elles n'ayent pas été approfondies
ni foutenues par une chaîne de raifonnemens
capables d'opérer la conviction . D'ailleurs , le ſtyle
Bij
28
MERCURE
qui , dans ces matières , doit au moins être pur &
exact , préfente trop fouvent des négligences & des
trivialités , qui annoncent une plume peu exercée à
écrire fur des matières de droit public & de Jurif .
prudence.
Ainfi , la Société Royale , defirant que cette queftion
intéreffante foit traitée avec la profondeur qui
lui convient , a remis le prix au Concours de l'année
prochaine. Elle invite les Auteurs des Mémoires qui
viennent d'être indiqués , a retoucher leurs Ouvrages
, & en général elle engage ceux qui le propoferont
d'entrer en lice , à examiner l'opinion dont il
s'agit fous toutes les faces , & à expofer avec exactitude
Tinduence qu'elle a tant fur les individus que
fur les moeurs. Il feroit nécellaire que l'on s'attachât
fingulièrement à difcuter les points fuivans , qui dérivent
de la queftion principale , favoir :
1
1. Si nos loix donnent à un parent , quelque
proche qu'il foit d'un homme enclin au vice , le droit
& le pouvoir de mettre , dans tous les temps , obftacle
à ce penchant?:
2. Si la communication de laflétriffure ne nuit
pas plus à l'état qu'elle ne lui profite , en forçant des
familles à s'expatrier , & fouvent en les difpofant au
erime par l'aviliffement ?
60
3. Si en rendant l'infamie perfonnelle , on n'af
fureroit pas plutôt la punition des crimes qu'en
laiffant fubfifter un préjugé qui oblige les familles.
honnêtes à recourir à des moyens étrangers aux loix,
pour fouftraire les coupables, aux rigueurs de la
justice ?
**
49. Enfin , quel feroit le fystême de Légiftation le
plus propre à détruire le préjugé , ou à prévenir fes
inconvéniens , fi l'on penfoit qu'il fût utile de conferver
une partie de fes effets , ou qu'ilfût impoffible
de l'anéantir entièrement ?
La Société Royale avoit propofé , pour cette
DE FRANCE. 29
année , un autre fujet auffi intéreflant pour cette
Province que celui dont on vient de parler l'eft pour
l'humanité entière . Elle avoit offert un Prix extraor
dinaire , dont les fonds ont été faits par un Citoyen ,
à l'Auteur du Mémoire dans lequel on détermine
roit , avec le plus de précifion , les avantages qui
réſulteroient de la jonction de la Meufe à la Seine
d'une part , & à la Mozelle de l'autre , pour le Commerce
actif, pafif & d'entrepôt de toutes les parties
de la Province.
2. La Société efpéroit que dans ce moment , où des
Adminiftrateurs zélés s'occupent de l'examen de ces
projets , quelqu'habitant éclairé de la Province s'emprefferoit
de faire connoître au Gouvernement , des
avantages propres à accélérer l'exécution du plan
propofé , mais fon attente a été trompée. Elle n'a
reçu aucun Mémoire fur la queftion...
Elle ne peut croire qu'une tâche auffi intéreffante
ait paru indifférente. Elle aime à fe perfuader que
l'étendue de la queftion a feule empêché les Auteurs
d'en entreprendre l'examen . Et en effet , pour la réfoudre
il auroit fallu connoître également toutes les
productions naturelles & artificielles du cours de la
Mozelle & de la Meufe : connoiffance difficile à acquérir.
En conféquence la Société Royale refferrera
fon Programme dans des bornes plus étroites , & fc
contentera de demander pour le Concours de l'année
prochaine :
Quelle feroit l'influence du Canal qui joindroit la
Meufe à la Seine par la Bar , Aine & l'Oife , fur
le Commerce actif, rallif& d'entrepôt de toutes les
parties de la Province ?
•
Indépendamment de ces deux queftions , qui font
remifes au Concours de 1784 , la Société Royale
croit devoir rappeler , que le fujer propofé l'année
dernière pour le Prix ordinaire qui doit être difuibué
en cette même année 1784 , eft de
Buj
30 MERCURE
- Donner l'état des différentes branches du Commerce
actif, paffif & d'entrepôt de la Ville de Metz
&du Pays- Meffin , & d'en établir la balance.
Il reste maintenant à annoncer le fujet du Prix qui
doit être diſtribué en 1785.
La Société Royale s'eft précédemment occupée
d'une branche d'Agriculture qui fait la base d'une
grande partie des propriétés du Pays. Elle a cherché
a répandre des lumières fur la culture de la Vigne &
fur la façon des Vins ; il femble naturel qu'elle cher
che maintenant à rectifier les principales Machines
qui fervent à cette manipulation.
Jufqu'à préfent la forme & les proportions des
Preffoirs ont été arbitraires & abandonnées , pour
ainfi dire , au caprice des Ouvriers qui , n'ayant fur
ces Machines que des idées vagues , ort copié fucceffivement
les modèles imparfaits qu'ils ont rencontrés.
Il eft certain que ces Machines font fufceptibles
d'être rectifiées & afſujéties à des proportions : l'expérience
doit avoir fait connoître quel eft le degré de
preffion néceffaire pour extraire , dans un temps
donné , tout le liquide contenu dans une quantité dé
terminée de grappes de raifins. Cette expérience répétée
fur des maffes plus ou moins grandes , doit
fervir de règle pour la conftruction d'un preffoir. Si
la force qui preffe eft double ou triple de celle qui
eft néceffaire pour écrafer toutes les graines , il peut
en réfulter une plus grande difficulté à mettre la Machine
en jeu , elle exige alors plus de bras pour la
manoeuvrer , & plus de dépenfes pour la conftruire .
La cherté de ces fortes de Machines , & les grands
emplacemens qui leur font néceffaires , empêchent
plufieurs Propriétaires d'en faire conftruire chez eux.
Il en résulte beaucoup d'inconvéniens dans les années
abondantes ; ces inconvéniens influent néceffairement
fur la qualité des vins , qui restent trop ou
DE FRANCE.
31
=
trop peu dans les cuves , fuivant le plus ou le moins
de difficulté à obtenir des places dans les Preffoirs
publics.
Ces motifs ont engagé la Société à propofer aux
Artiſtes , de
Déterminer la forme la plus avantageuse à donner
à un Preffoir ; le compofer de façon qu'il occupe`
le moindre efpace poffible , qu'il produife le plus
grand effet , & n'exige qu'une force médiocre pour le
mettre enjeu.
On demande une Machine fimple & d'une exécution
facile , dont on indiquera toutes les dimenfions
dans un Mémoire auquel feront joints des plans &
élévations.
Les Auteurs détailleiont les expériences d'après
lefquelles ils auront déterminé la force de la nouvelle
Machine ; & ils feront connoître fes avantages
fur les anciennes les plus en ufage.
Le Prix pour chacun des quatre fujets propofés
fera uné Médaille d'or de la valeur de 400 liv.
Les Mémoires feront adreffés , francs de port , au
Secrétaire- Perpétuel , avant le premier jour de Juin
de chacune des années pour lefquelles les Queſtions
font propofées ; favoir , en 1784 pour les trois premières
, & en 1785 pour la dernière , fans quoi les
Mémoires feront rejetés du Concours.
Les Auteurs auront attention de ne pas le faire
connoître : ils mettront leur nom dans un billet cacheté
qui contiendra , tant au- dedans que par fufcription
, la même Epigraphe qui fera en tête du
Mémoire.
Biv
32 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'AFFLUENCE extraordinaire que la Carayane
continue d'attirer , affure à cette nouveauté
un fuccès d'autant plus flatteur , qu'il
femble augmenter à mesure qu'on la voit &
qu'on l'entend davantage. Cet effet ne fera
pas difficile à expliquer pour quiconque examinera
avec attention & avec impartialité la
manière dont ce Drame eft conçu & exécuté
dans fes differentes parties.
Le premier Acte nous paroît un modèle
pour l'enſemble , l'unité & la fimplicité de
la compofition. Ce n'est qu'un même tableau
du commencement jufqu'à la fin , varié par
des incidens qui établitfent , fufpendent &
graduent l'intérêt , & qui en même temps
offrent au Compofiteur des fujets de mulique
très variés. Voyons comment M. Grétry
l'a exécuté.
Son ouverture commence par un morceau
de pure harmonie , mais très bien .
fait , où il femble avoir évité un chant ſuivi
pour donner plus d'effet à un récit de hautbois
, d'une mélodie très agréable , après
lequel le commencement de l'ouverture reprend
, & fe termine par une phrafe de
chant exprimant la marche fur laquelle la
DE FRANCE.
33
Caravane elt cenfée arriver derrière la Scène.
Le chant du hautbois eft celui du choeur qui
termine la Pièce , cette manière de rappeler
à l'oreille des traits caractérisés de melodie
ou d'harmonie deja entendus , fert à établir
entre les differentes parties du Drame Lyri
que des rapports fenfibles , qui contribuent
à y donner cet eafemble , & cette vérité precieufe
dont on n'avoit pas l'idée il y a dix ans .
M. Gretty , dans fes précédens . Ouvrages , a
déjà em: loye ce moyen avec autant d'efpric
que de fuccès.
Un mérite effentiel , propre à M. Grétry ,
& que peu de Compofiteurs partagent avec
lui , eft de s'attacher non - feulement à rendre
avec verité l'expreffion des fentimens & des
paroles , mais à chercher des couleurs & des
nuances propres à diftinguer le caractère des
"perfonnages qu'il fait chanter. On trouve
cette fidelité d'expreffion prefque dans tout
le cours de fon Ouvrage.
Les grouppes différens qui compofent
la Caravane occupent la Scène pendant la
durée de l'Acte , & y forment un choeur
prefque continu , mais qui prend fucceffivement
les couleurs qu'exige la variété des
incidens qui furviennent.
Dans le premier choeur , le chant des
Voyageurs libres eft en mode majeur ; celui
des Efclaves eft en mineur. Cette idée eft
heureufe & naturelle ; il étoit difficile de
confervér dans l'oppofition de ces deux
By
34 MERCURE
chants l'unité effentielle à tout morcean
de mufique.
Saint- Phar s'annonce par un couplet de
récitatif d'une déclamation vraie & fentie.
Nous defirerions que tout le récitatif de cet
Ouvrage fût fait avec le même foin. Le duo
de Saint- Phar & de Zélime eft d'un beau
caractère , d'un chant élégant & fenfible',
bien développé , bien contraſté , marchant
rapidement à un feul morceau d'enſemble ' ,
fans aucune de ces répétitions déplacées ou
oifeufes qui furchargent tant de duos applaudis.
Dans ce duo , comme dans tout le cours
de la Pièce , le caractère de Zélime eft marqué
par des tournures de chant agréables &
fenfibles . Celui de Saint Phar n'a pas & ne
peut pas avoir une couleur auffi diftincte ;
mais celui d'Hufca eft prononcé de la manière
la plus vraie & la plus heureufe , foir
dans le récitatif , foit dans le chant mefuré.
L'air: Qu'efpère- tu , téméraire François , a
dans le chant une forte de rudeffe & un
rhithme fortement reffenti , qui conviennent
parfaitement à cet avide Marchand
d'Efclaves. Mais l'extrême fimplicité & l'afpérité
même du chant , font fauvées par un accompagnement
très bien fait. Le trio qui
fuit n'a pas un effet de chant bien faillant ,
mais la marche en eft rapide , le dialogue
bien coupé & les caractères bien confervés.
Le cri , Aux armes , aux armes , qui viene
interrompre cette Scène , pourroit y jeter
DE FRANCE. 3.5
îc
plus de chaleur , s'il étoit d'un mouvement
plus vif & s'il y avoit plus de défordre
dans le chant du petit choeur des Voyageurs.
A cela près , tout ce morceau nous paro
compofé avec une grande intelligence . L'incurfion
des Arabes eft annoncée par un
mouvement de l'Orcheftre , qui peint diftinctement
le galop des chevaux . Ce mouvement
règne pendant le combat , & continue
même lorfque les combattans ne font plus
fous les yeux des Spectateurs. Le tumulte de
ce combat eft exprimé avec chaleur par le
chant des cheurs & par l'effet brillant &
animé de l'Orcheftre. Le couplet de Zelime
& des Femmes , Ciel , au fein du carnage ,
qui coupe fi heureufement ce choeur , eft
d'une fenfibilité exquife : ces deux vers furtout
,
Qu'il forte triomphant
De ce combat fanglant ,
font rendus par un chant douloureux avec
un trait de baffe très fimple , mais d'un bel
effet d'expreffion. [
Le chant de Zélime fur ces mots : La
victoire eft à nous , fait éprouver une fenfation
délicieufe ; & ce n'eft pas feulement
l'effet d'un trait de mélodie heureux ; les
trompettes qui accompagnent feules ce mor
ceau forment un contratte frappant avec le
.chant de Zélime , où la joie du, triomphe de
fon amant eft encore teinte de la frayeur , que
lui a caufée fon danger. Ces nuances fines &
B vj
36
MERCURE
vraies ne font pas fenties d'abord par tous
les Auditeurs ; mais elles n'échappent pas à
ceux qui écoutent la mufique avec une âme
fenfible & des oreilles exercées.
Tout le morceau d'enſemble où Saint-
Phar & Zélime fe difputent de générofité
, où Hufca fe montre infenfible à leurs
eines & aux prières du cheur , eft traité
avec la plus grande intelligence . Tous les
caractères y font très diftincts , & ces
oppolitions y font fondues avec beaucoup
d'art . Si dans cette finale on fait attention
au chant de ces vers ,
Délivre au lieu de moi l'objet de ma tendreffe.
C'eft pour une épouse fidelle
Que Saint-Phar bravoit le trépas.
l'oreille fera frappée de deux traits de mé
lodie auffi neufs que fenfibles.
Cette finale , d'une compofition entièrement
neuve , le termine par une idée bien
ingénieufe. Les Voyageurs , indignés de la
dureté inflexible d'Hufca , chantent d'abord
à demi voix , Quelle injuftice ! quelle avarice!
Mais leur fentiment croiffant par degrés ,
ils élèvent la voix , & répètent plus haut :
Quelle injuftice ! Alors Hufca leur impofe
filence par ce feul mot , Paix. Tout le tait
à la fois un moment ; & ce filence n'eft interrompu
que par la reprife du dernier trait
de l'ouverture, qui exprime la marche de la
DE FRANCE.
37
"
Caravane. Cette reprife , d'un chant frais &
original , tamenée d'une manière ti heureuſe,
eft d'un effet très - piquant , & en mêmetemps
très vrai. Nous avons remarqué plus
haut combien ces reffources de l'efprit , miles
en oeuvre par le talent , fervent à donner de
l'enfemble & de l'unité aux differentes parties
d'un Drame mufical; mais l'éloge du Muficien
dans cette partie eft en même temps
celui du Poëte qui a compofé & deffine le
tableau où la mufique applique enfuite fes
couleurs.
Le fecond Acte préfente d'autres tableaux
& d'autres effets de musique. Le récitatif
d'Hufca & de Tamorin nous paroît un peu
néghge. L'air d'Hufca : J'ai des beautés piquantes
, offre une intention fine qui mérite
d'être remarquie , il eft annoncé dès le commencement
de la Scène par une ritournelle
coupée enfuite par le récitatif , & qui en
devient plus faillante lorfqu'elle le rejoint à
l'air :M. Grétry avoit déjà donné un exemple
heureux de ce genre des ritournelles qui préparent
un air encore éloigné , dans celui que
chante Mme Dugazon fur ces paroles des Évé
nemens Imprévus : Dans le fiècle où nousfommes,
&c. L'aird'Hufca eft d'un chant naturel
& vraiment comique ; il prend un moment te
´ton mineur fur ce vers : J'en ai de languiffantes
, & ce paffage lui donne une expreffion
piquante & vraie. Lorſque l'air reprend
en duo , il y a un trait d'efprit qui n'a pas
échappé aux Spectateurs ; Tamorin chante ,
38 MERCURE
Quoi, des beautés piquantes ! fur des cordes
fi élevées , que cette feule phrafe indique
clairement le rôle que joue cet Efclave dans
le Sérail de fon Maître.
Le ton grave & foutenu du récitatif du
Pacha annonce fon caractère ; il contrafte
heureufement avec celui de Tamorin. L'air :
J'ai toujours aimé la France , eft d'une belle
compofition & d'un effet brillant . Les motifs
en font variés fuivant les fentimens différens
qui y font exprimés . Le chant doux &
fenfible que le Compofiteur a mis fur ce
vers : En vain l'Amour veut arrêter fes pas ,
forme une oppofition heureuſe avec le ton
ferme de ce qui précède ; & cette variété
d'expicffions n'altère point l'unité du morceau.
Le chant d'Almaide répété par le
choeur des femmes du ferrail , & fur lequel
danfent d'autres Efclaves , eft d'un caractère
aimable ; l'accompagnement de violes eft
d'une tournure neuve ; mais l'effet de l'enfemble
ne nous a paru ni affez intéreffant
ni affez varié ; peut - être que l'Auteur n'a pas
voulu donner plus d'effet à ce divertiffement,
qui n'eft qu'une espèce de répétition .
L'air de bravoure que chante Tamorin :
C'est la trifte monotonie , eft d'une tournure
originale ; il femble que le Compofiteur
ait voulu caractériſer encore le perfonnage
qui le chante par une teinte de langueur
& de molleffe dont participent même les
paffages légers & brillans qui y font répandus.
Le trio: Il amène des Hollandoifes , eft
DE FRANCE. 39
d'une fimplicité remarquable. Ce n'eft dans
le commencement qu'une déclamation no-
-tée , mais dont la vérité comique eft fentie de
ttout le monde. Ce genre de mérite eft partculier
à M. Grétry , qui en a donné déjà des
modèles fi heureux dans le duo des vieillards
de la fauffe Magie , dans celui des deux Avares
& dans celui de l'Embarras des Richeffes, Que
je le plains ! le malheureux ! La fin du trio en
devenant plus chantante en a plus d'effet ; le
petit paffage qui fe trouve fur ce vers : On les
-dit un peu changeantes , a une grâce & une
fineffe qui n'a point offenfé les femmes .
Le divertiffement du Bazard préfente des
danfes de différentes Nations très- bien caractérisées
par les airs. Il eft coupé par deux
airs chantés , l'un avec accompagnement de
Harpe , qui ne fait pas beaucoup d'effet ;
l'autre , fur des paroles de Métaftafe , eft
d'une compofition riche par la variété de fes
motifs & par le brillant des paffages , qui en
rendent en même- temps l'exécution difficile.
Nous ne dirons rien du quatuor allemand.
La fête eft terminée par un air de
danfe à trois fajets d'une intention ingénieufe
& nouvelle ; l'un a un caractère tendre
exprimé par un récit de flûte ; le ſecond,
purement gracieux , et rendu par le hautbois
; le troifième, vif& gai , eft exécuté par la
petite flûre. Les trois Danfeufes danfent lucceffivement
fur chacun de ces fujets , qui fe
reuniffent enfuite pour former un enfemble.
L'air de Saint- Phar qui termine cet
40 MERCURE
Acte , quoique d'un caractère noble &
vrai , nous a paru manquer un peu de rondeur
& de netteté dans les développemens
, & d'intérêt dans le chant ; il fait peut
d'effet.
Floreftan, dans le treifième Acte, eft un troi
fième rôle de baffe- taille , dont le caractère
eft marqué par des nuances bien diftinctes ;
cet art de nuancer les caractères eft une des
plus grandes difficultés de la mufique dramatique.
L'air Ah ! fi pour la patrie , eft an
morceau d'un feul jet, né dans un de ces momens
d'infpiration que le génie le plus fécond
ne peut pas fe promettre de retrouver
quand il en aura befoin. La beauté du
chant y eft unie à la vérité de la déclamation
, & les accompagnemens femblent être
venus tout faits avec le chant . Les deux
airs d'almaide qui fe fuivent d'affez près
forment une oppofition heureufe avec l'air
précédent, & font d'une couleur très différente
l'un de l'autre , quoique tous deux
dans la forme des grands airs Italiens , avec
deux parties , & deux motifs bien fuivis ,
bien arrondis , bien périodiques. On voit
que M. Grétry fait de ces airs là quand il le
veut , & que ce ne font pas ceux qui lui
coûtent le plus .
Le Rondeau du Pacha : C'eft en vain
qu'Almaïde efpère , eft d'un chant facile ,
agréable & fenfible ; l'accompagnement en
eft charmant , & il eft relevé encore par une
intention fpirituelle qui nous a frappés. Tan
DE FRANCE, 41
dis que le Pacha dit qu'Almaïde lui offre
en vain fes attraits ; l'orchestre rappelle
les traits de Violes qui fervoient d'accompagnement
au chant de la Sultane dans la
fère qu'elle donne au Pacha au deuxième
Acte , & où elle cherche à ramener à elle un
coeur qui s'échappe.
Toute la fin de ce troisième Acte , à
commencer du choeur : On enlève Zélime ,
eft purement dramatique. Le récitatif & le.
chant mefuré y font liés & fondus par des
pallages rapides & naturels. Le duo du Pacha
& de Floreftan , s'arrêtant fur la dominante
au lieu de fe terminer fuivant la règle'
fur la note du ton, fe rattache naturellement
par là à l'air pathétique de Zelime : Ak!fur
moi vengez- vous ; cet air eft d'un caractère
pur , & porte des accens bien fenfibles ;
mais nous avonons que nous l'avons trouvé
trop prolongé pour la fituation , que le
rhythme nous en a paru vague & le chant
trop uniforme , & que l'effet ne femble pas
répondre à l'intention du Compofiteur.
Le choeur de la fin eft d'une mélodie
pleine de douceur & de charme , d'une
harmonie, fimple & pure , dont l'effet eft
généralement fenti ; tous les au liteurs ne fe
rappellent pas que le motif en eſt le même
que le récit du hautbois dans l'ouverture ;
c'étoit une espèce de ritournelle qui préparoit
de loin l'oreille à ce chant , devenu plus
agréable & plus fenfible lorfqu'il s'unit à
42 MERCURE
2
la parole & qu'il eft attaché à une fituation
intéreflante.
Nous ne doutons pas que des Cenfeurs
difficiles ne trouvent dans la mufique de la
Caravane des négligences que nous n'avons
pas relevées ; il eft permis fans doute de
croire que M. Grétry pouvoit faire encore
mieux qu'il n'a fait ; mais nous croyons en
même temps qu'il eft encore plus difficile de
faire mieux que lui . Il a ouvert fur ce Théâ
tre une carrière nouvelle ; il nous a fait
jouir de beautés neuves & piquantes ; il a
montré la route à ceux qui voudront le
fuivre ; ce genre de mérite ne permet guè es
la févérite ; fi elle eft permife , ce ne peut
être d'ailleurs qu'à des juges qui ont plus de
Jumières & d'autorité que nous ; & fi elle
eft utile & bien placée , c'eſt à l'égard des
Compositeurs qui , ignorant ou dédaignant
les vrais principes de leur Art , facrifient à
des ornemens frivoles, dont le charm eeft de
peu de durée , de grandes & éternelles beautés
dont ils ont des modèles fous les yeux . , :
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 27 Janvier , on a donné pour
la première fois le Marchand d'Efclaves ,
Parodie de la Caravanne , en deux Actes &
en Vaudevilles .
L'intrigue de cette Parodie eft calquée fur
celle de la Caravanne. On y retrouve les
DE FRANCE. 43
mêmes fituations , les mêmes détails , avec
de petites additions critiques , dont les unes
font heureufes & faillantes , & les autres
très communes . Si l'on en excepte quelques
couplets qui ont excité des éclats , & qui en
effet ne font pas fan gaîté , l'Ouvrage ne
méritoit pas de fuccès , & n'avoit produit
qu'une très légère ſenſation , lorsque l'arrivée
du père dans un char furmonté d'un ballon
, a excité un rire univerfel & des applau
diffemens généraux. Le couplet chanté enfuite
par le Marchand d'Efclaves fur l'air.;
J'ai perdu mon âne , n'a pas été moins ap
plaudi. Le voici :
De telles venues
Ne nous font pas inconnues ;
Car l'on voit de temps en temps
Des pères & des dénouemens ·
Qui tombent des nues.
On ne fauroit fe diffimuler que le mot qui
forme l'Épigramme de ce couplet eft devenu
trivial par le fréquent ufage qu'on en a fait ;
cependant il faut convenir que la fituation
& la defcente du père dans un ballon lui
rendent de la fraîcheur , & en font une plaifanterie
piquante . Dès ce moment , le fuccès
qui, jufqu'alors, avoit été fort équivoque ,
a été abfolument décidé. On a demandé l'Auteur.
M. Rozière s'eft préfenté , & dans un
couplet qui pourroit faire préfumer que les
Aureurs comptoient d'avance fur le fuccès
de leur Ouvrage , il a declaré au Public qu'il
44
MERCURE
avoit fait toutes les chansons qu'on venoit
d'entendre avec un compère qu'il n'a pas
nommé. Enfuite il a fait au Parterre un
perit
compliment qui a éte fort bien reçu ,
& tout le monde s'eft quitté fort content.
L'Auteur a garni fa Parodie d'une foule de
vers de la
Caravanne , dont il auroit pu & même
dûne fe point
fervir.UnParodifte, puifque
c'est un ufage reçu , peut bien employer de
temps en temps quelques vers de l'Ouvrage
qu'il traveftit , quand ils prêtent au ridicule ,
& qu'il en peut réfulter une plaifanterie ;
mais prendre les vers d'un Auteur pour les
faire fervir à filer les Scènes d'une Parodie,
c'eft , à notre avis , violer le droit des gens.
Quand on veut perfiffler un Ouvrage , il
faut au moins que le railleur fe ferve de fon
efprit , & qu'il ne s'expofe pas à un reproche
grave en empruntant celui de l'Écrivain
dont il a voulu être le Critique.
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des deux volumes eft de 5 liv. 4fols brochés , rendus
franc de port par tout le Royaume.
1
ALMANACH du Voyageur à Paris , contenant
une Defcription exacte & intéreſſante de tous les
monumens , chef- d'oeuvres des Arts , établiſſemens
utiles , & autres objets de curiofité que renferme
cette Capitale : Ouvrage utile aux Citoyens , & indifpenfable
pour l'Etranger , par M Thiery , année
1784. Prix , 3 livbroché A Paris , chez Hardouin ,
Libraire , rue des Prêtres Saint - Germain l'Auxerrois.
Ect Ouvrage ne tient à la claffe des Almanachs
que par fon titre & par le calendrier qui eft à la tête,
On doit le mettre au petit nombre des productions
de ce genre faites pour être diftinguées de la foule . Il
eft de la plus grande utilité pour ceux qui viennent
voir cette Capitale , & même pour ceux qui l'habitent.
Il paroît cette année avec des améliorations &
des augmentations confidérables . Cet Ouvrage ayant
reçu du Public l'accueil qu'il méritoit , les Amateurs
des Arts fe font empreffés de concourir à fa perfec
tion , & ont offert à l'Auteur des fecours & des renfeignemens
dont il a profité avec zèle & intelligence.
Parmi les articles intéreffans qu'il renferme , on doit
remarquer celui qui porte le titre d'Agenda . On y a
46 MERCURE
noré tous les jours de l'année qui offrent aux curieux
quelqu'objet digne d'être vû. Moyennant cet
Agenda , chacun peut s'affurer fi rien n'est échappé
à fa curiofité dans cette Capitale , fi féconde en
Spectacles. Enfin cet Almanach nous a paru auffi bien
conçu qu'exécuté .
On trouve chez le même Libraire , l'Éloge du
Pouffin ,, par M. Guibal , que nous avons annoncé
avec éloge dans nos Numéros précédens.
LA Penfion Génevoife , on l'Éducation , Drame
en un Acte & en vers , par M. G. Patrat , repréfenté
pour la première fois à Paris fur le Théâtre de
l'Ambigu Comique , le 10 Septembre 1783. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur- Libraire ,
Galande , n°. 64.
ci
rue
Cette Pièce qui , par le fujet , n'étoit guères fulceptible
d'action , offre au moins un tableau intéreflant.
L'Auteur , M. Patrat , qui a obtenu des fuccès
fur plus d'un Théâtre , fuppofe qu'une Marquife
vient pour confier fa fille à l'Inftitutrice . Cellepour
lui donner une idée de la manière dont elle
élève la jeuneffe la place dans un endroit d'où elle
peut confidérer toutes les Élèves , qui font pour lors
en récréation. Le ſpectacle de leurs converfations &
de leurs divers amuſemens fait l'éloge de leur Maitreffe
; mais parmi elles il fe trouve deux foeurs ,
Delphire & Aglaure , qui ne font occupées que du
foin de leur parure , & qui ne refpirent que l'orgueil
du rang & des richeffes. Pour les corriger elle
leur fait dire que leur père vient d'être ruiné , &
qu'elles vont vivre déformais dans l'indigence. Le
chagrin leur fait faire des réflexions ; les offres
bienfaifantes de leurs compagnes touchent leurs
coeurs , & cette leçon les rend à la nature & au fentiment
. On peut reprocher à l'Auteur de n'avoir pas
toujours fait parler ces jeunes Élèves avec la naï,
DE FRACNE. 47
veté de l'enfance , d'avoir mis trop ſouvent l'Auteur
à la place du Perſonnage ; mais il y a dans cette
petite Pièce des détails heureux , & l'intérêt propre
au fujet.
On trouve chez le même Libraire les Confu'tations
, Comédie en un Acte en profe , repréſentée
fur le Théâtre des Variétés Amufantes.
NOUVELLE Topographie de la France. Carte de
la région centre , la cinquième des neuf qui préfentent
le premier degré de détail de la fuperficie du
Royaume.
Cette Carte , qui eft gravée avec foin , contient
le Maine , l'Anjou , la Touraine , l'Orléanois , une
partie de la Champagne , le Nivernois , le Bourbonnois
, le Berri , le Haut- Poitou , l'Angoumois
la principale partie du Limofin , la Marche & la
Bafle-Auvergne. La Soufcription de la première
Partie étant fermée , on pourra foufcrire
pour la fe
conde , chez M. Robert de Hellelin , Cenfeur Royal ,
rue du Jardinet , vis- à - vis celle du Paon.
RECUEIL de douze Airs de Chant , avec Accompagnement
de Harpe , par M. Hinner , Officier
de la Chambre de la Reine , OEuvre II . Prix , 7 liv.
fols. A Paris , chez Naderman , Facteur de Harpe
de la Reine , rue d'Argenteuil , Butte Saint Roch.
4
LA Marchande de Modes , Ariette badine ,
dédiée aux Dames , paroles & mufique de M. le Chevalier
de B.... de Saint Satry , Prix , 2 livres. A Paris ,
chez M. Auvray , Marchand d'Eftampes , rue Saint
Jacques , près Saint Yves.
OUVERTURE du Poëte fuppofé , Opéra en
trois Actes , mafique de M. Champein , arrangée
pour le Forte - Piano par l'Auteur Prix , 2 liv. 8 fols.
48 MERCURE
Au Bureau du fieur Lawalle - Lécuyer , Marchand de
Mufique , Cour du Commerce , Fauxbourg Saint
Germain.
On trouve à la même Adreffe la Partition dudit
Opéra. Prix , 24 liv . Les Parties féparées , 12 liv,
celic de la Mélomane , 12 liv.
RECUEIL de petits Airs variés pour la Harpe ,
dont celui de Marlbourong , j'ai du bon tab.c , &
un par l'Auteur, avec Accomp grement d'un Violon
, & autres Airs de chant par M Krumpholtz
rue d'Argenteuil , Butte Saint Roch , hôtel de la Prévôté
OEuvre X. Prix , 7 livres 4 fols . A Paris ,
chez Naderman , Luthier de la Reine , même rue.
LAMANT infortuné , avec Accompagnement de
Violons , Flutes , Alto & Baffe , compofé par
M *** . Amateur. Prix , 1 liv. 16 fols. A Paris,
chez Mme Bérault , Marchande de Mufique , rue de
l'ancienne Comédie Françoife.
1
Pour les Annonces des Titres de la Gravure •
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures,
2
}
TABL E
FRAGMENT d'un Poëme fur Nécrologie ,
3 Académie,
13
24
Charade , Enigme & Logo gry Academ. Royale de Mufiq . 32
6 Comédie Italienne ,
Le Printemps ,
phe ,
Leçons de Géographie,.
L'honneur François, 12
8 Annonces & Notices ,
43
APPROBATION.
·
A la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure pour le Samedi 7 Février. Je n'y ai
rien trouvé puiffe en ervécher impresion. A Paris ,
le 23 6 Février 1784. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 FÉVRIER 1784.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
A M. DE LA HARPE , en lui envoyant
des Vers fur la Paix. *
J'AI voulu célébrer la paix ,
Non dans la langue de Virgile :
* Note du Rédacteur. Ces Vers nous ont paru mériter
une Note diſtinctive & d'encouragement. L'Auteur eft un
jeune Rhétoricien. Son âge eût follicité l'indulgence , fi
fa Pièce en avoit eu befoin . Rien de meilleur augure dans
un jeune Candidat que cette admiration pour les Gens
de Lettres confulaires , d'autant moins fufpecte qu'elle eft
plus précoce.
Il parle avec tranſport des Maîtres de ſon Art.
On ne trouve pas ici la moindre trace de cet entorti!-
Jage des petites idées, qui annonce la prétention à l'efprit ,
mais qui en prouve encore mieux l'indigence , ni cente
N°. 7, 14 Février 1784.. C
So MERCURE
"
1
Un ouvrage auffi difficile
Vous paye à peine de vos frais.
Le dégoût du Public , le mépris de la ville
Effray e un jeune Auteur dès les premiers effais ;
A peine Polignac, malgré tous les attraits ,
Eft- il encor lû dans ce ftyle.
Moi qui n'ai rien de cet efprit facile ,
Qui feul affure le fuccès ,
J'ai forcé ma verve ftérile
A ne travailler qu'en François :
Dans cette langue aimable , où ton génie habile ,
Tantôt trace avec feu les illuftres forfaits ,
Tantôt peint avec grâce Eglé , Kofe , Amarylle ,
Et leur préfente des bouquets.
Que tu me plais encor quand du mordant Lucile,
Ou de défunt Duclos empruntant tous les traits,
Tu bernes ces Rimeurs & ce Peuple imbécille
·
D'Écrivains plats , d'Auteurs Valets ,
Qui vendent fans pudeur leur encens & leur bile ,
Leurs applaudiffemens & leurs frêles fifflets.
La Harpe , ton efprit fertile
manière vague & infignifiante de taat de Rimeurs dont les
Pièces difent toutes la même chofe , & dont aucune ne
dit rien. Au furplus , c'eſt une juftice qu'il faut rendre à
'Univerfité de Paris , qu'elle a de tout temps infpiré à fes
Elèves le goût de la plus faine Littérature. Si l'Homme
de Lettres qui écrit cette Note n'a pas paru, tout-à- fait
indigne de ce nom , c'eft fur- tout par la prédilection pour
les anciens , puifée dans cette Ecole.
DE FRANCE.
SI
Sait embellir tous les objets,
Tu nous rends tour- à-1 r-à - tour Anacréon , Efchile ,
Le chantre des Troyens , l'ennemi de Verrès :
Laiffe , laiffe crier la troupe mercenaire
De quelques envieux que t'ont fait tes fuccès ;
Quand des feux du midi le foleil nous éclaire ,
L'infecte impur croaffe au fond de fes marais.
(Par M. Duviquet , au Collège de Louis- le-Grand. )
RÉPONSE aux Vers de M. de Saint - Ange.
'AGUÈRES , fous le vert feuillage ,
Un linot voulut en chantant
Imiter le gazouillement
D'une fauvette du bocage.
Il eft rare de l'emporter
Sur l'objet qu'on veut imiter;
Plus rare encor quand le modèle
Eft une charmante femelle.
Mon petit linet, toutefois ,
Déguife tellement la voix,
Qu'on n'hésite pas à le prendre
Pour la fauvette la plus tendre.
On admire fes doux accens :
Pour l'applaudir on bat de l'aile ;
Et des noms les plus careffans
Un oifeau connoiffeur l'appelle.
Ce fuffrage-animae fon chant ;
C#
52 MERCURE '
J Sans doute un mafque eft peu de chofe ;
Il n'ajoute pas au talent.
Avec moi convenez pourtant
Qu'au meilleur juge il en impofe,
(Par M. l'Abbé de Malecofte. )
LES ATTRIBUTS DE L'AMOUR ,
Q
Stances.
UE j'aime mon épais bandeau
Alors qu'il m'empêche de lire
Les vers que maint Rimeur nouveaų
Emploie à chanter mon empire.
MES atles me plaiſent autant
Depuis que l'on voit chaque Belle
S'étonner de voir un amant
Après un mois encor fidèle,
POUR mon carquois , je l'aime peu,
Il ne m'eft du tout néceſſaire ;
Car mettre une fillette en feu ,
N'eft pas à préfent grande affaire.
DE mon flambeauje fais grand cas ,
Sa lumière m'eft très- utile
Pour mieux éclairer les faux-pas
Des belles Dames de la ville.
DE FRANCE.
53
ENFIN je fuis affez content
Des attributs de ma perfonne ;
Mais je ne le fuis pas autant
De chaque mère qu'on me donne.
( Par M. Bodkin. )
VERS aux Dames reçues Affociées
Honoraires du Musée de Paris.
Si les regards de la beauté
Donnent un nouveau prix aux palmes du génie ;
Si d'un fexe charmant l'aimable aménité
Vient mêler quelques fleurs aux ronces de la vie ,
Qu'aurions- nous déformais à demander aux Dieux ?
La gloire & le bonheur vont habiter ces lieux.
Un jour plus brillant nous éclaire ,
Vous ranimez nos jeux triftes & languifans ;
Fiers de vous pofféder , riches de vos talens ,
Que nous manquera-t'il ? Nous ferons sûrs de plaire,
Sans briguer les faveurs que difpenfe Apollon ,
Guidés par vous , & marchant fur vos traces ,
Nous faurons bientôt l'art d'embellir la raiſon
Avec la ceinture des grâces.
( Par M. Bodard. )
*
Ciij
$4
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Cordelier ;
celui de l'Enigme eft la Lettre D ; celui du
Logogryphe et Préville , où l'on trouve
ré , (en ôtant l'accent ) vipère ; ( en ajoutant
unes ) vepres , pré, ville.
CHARADE.
Mon premier & mon tout , marqués pour la
cuifine,
Ont chez les bonnes gens mon fecond pour voifine.
ÉNIGM E.
QUATRI
lettres , Lecteur , me
forment toute
entière ,
Il ne me refte qu'une en ôtant la première.
LOGOGRYPHE
Adrefé à Madame DE LA VILLE ,
par M. S****** , Com.... de la Mar....
ESCLAVE des loix de l'honneur ,
Bienfaiſant , doux confolateur ,
DE FRANCE.
On eft furpris quand on me trouve ,
Car je réunis & je prouve
Nobleffe , franchiſe & candeur,
Où fuis-je donc , charmant Lecteur ?
Rarement à la Cour d'un Prince :
Je fuis le lâche courtisan
Pour me reléguer en Province
Auprès du fimple Payſan .
Apôtre de la vérité ,
Je hais l'intrigue , le menfonge ;
J'eftime la fimplicité ,
Et je fuis ravi quand je longe
A ta douce ingénuité.
Belle Églé , tu dois me connoître :
Ton âme pure me fait naître.
Trois pieds compofent mon entier ;
On t'a dû montrer mon premier.
A tes talens dans l'art lyrique
J'offre enfuite un ton de mufique
Que tu trouves dans mon dernier.
Bien combiné je fais éclore
Cet emblême de tes appas :
Le joli mois .... celui de Flore ;
Comme elle on t'admire , on t'adcre ,
Et les fleurs naiffent fous tes pas.
Civ
56. MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLÉGIES de Tibulle , Traduction nouvelle.
A Paris , de l'Imprimerie de Pierres , & .
fe trouve chez Jombert jeune , Libraire ,
rue Dauphine , 1784. in - 8 °.
M. DE LA HARPE , dans un morceau plein
de goût fur Tibulle , trouve ce Poëte trèsdifficile
à traduire, fur-tout en profe ; il fait ,
de quelques endroits de la Traduction de
M. l'Abbé de Longchamps , un - examen , à
fon ordinaire , jufte & rigoureux , d'où il
paroît réfukter que pour faire de Tibulle
une bonne Traduction en profe , on ne fauroit
fuivre de trop près les tournures du
latin ; c'eft à quoi le nouveau Traducteur
nous paroît en général s'être beaucoup plus
attaché que M. l'Abbé de Longchamps .
20
M. de la Harpe fait aimer Tibulle : « C'eft ,
dit - il , un des Écrivains du fiècle d'Augufte
, qui a mis dans fes vers le plus d'élé-
» gance & de charme. Il eft plein d'efprit ,
» de délicateffe , de goût..... de molleffe ,
» de grâce..... Son expreffion eft toujours.
» celle du fentiment...... Tibulle eft le Poëte
» des amaus. Il eft dans la poéfie tendré &
"
DE FRANCE
57
39
9)
galante , ce qu'eft Virgile dans la poéfic
héroïque.
"2
M. l'Abbé de Longchamps , quoique Tra
ducteur , lui trouve un défaut , c'est d'être
monotone. Tant pis , dit M de la Harpe ,
pour qui trouve Tibulle monotone. M. de
la Harpe pardonneroit il à un homme qui
penfe cutièrement comme lui fur le charme
des poésies de Tibulle , & dont il a encore
fortifié le goût pour ce Poëte par la manière
dont il en fait fentir les beautés , &
dont il a rendu celles de la première Élégie
pardonneroit- il , dis - je , d'obſerver qu'en
lifant de fuite les quatre Livres d'Élégies de
Tibulle , on fent en effet cette monotonie?
Elle n'eft pas un vice inhérent à la perfection ,
comme le dit M. l'Abbé de Longchamps ,
par un rafinement dont M. de la Harpe fe
moque , & qui rappelle ce qu'on a dit en
plaifantant de Racine , qu'il avoit la monotonie
de la perfection . La monotonie de Tibulle
confifte dans le retour trop fréquent
des mêmes objets , des mêmes idées , des
mêmes images , des mêmes comparaifons ,
des mêines allufions aux mêmes ufages ; l'expreffion,
à la vérité, eft variée , & preſque toujours
heureufe ; mais enfin les objets font les
mêmes. C'eft toujours la préférence donnée
à l'amour fur la gloire & fur la fortune , à
la pareffe fur l'activité , à l'obscurité fur ,
l'éclat , à la médiocrité fur la richeffe ; toujours.
ou la peinture des voluptés , ou les
larmes d'une amante au tombeau d'un amant.
Cy
;8
MERCURE
« Tous ceux qui goûtent la poéfie , & qui
ont aimé , dit M. de la Harpe , favent par
coeur les vers de Tibulle . "
Difons , faventpar coeur des vers de Tibulle."
On cite principalement la première Élegie ,
& dans cette première Élégie , cette tirade
fi tendre & fi paffionnée :
Te fpectem , fuprema mihi cùm venerit hora , &c.
On ne cite guères des autres , dont plufieurs
ont l'inconvénient d'être une repétition
de cette première, que des traits parti
culiers , tels que celui ci :
In folis tu mihi turba locis .
Mot charmant , qui a fans doute fait fairepar
oppofition ce vers charmant de Racine :
Dans l'Orient défert , quel devint mon ennui !
•
Seu mea , feufallor , cara Neara tamen.
Trait qui femble annoncer de loin cet autre
trait plus joli :
Mais puifqu'il faut être trompé,
Je ne veux l'être que par elle .
- Nous avons bien de la peine à croire que
l'Homme de Lettres , dont parle M. de la
Harpe , qui s'eft donné la peine & le plaifir
de traduire Tibulle pour fa maîtreffe , n'y
ait pas fait quelques retranchemens pour fauver
le défaut de la répétition & de la mo
potonie.
En un mot ( & cette comparaifon mar-
2
DE FRANCE.
$9
quera les bornes que nous mettons à ce reproche
de monotonie ) nous ne trouvons pas
dans les Élégies de Tibulle la même variété
que dans les Églogues de Virgile & dans les
Fables de La Fontaine. La première & la
neuvième Églogue de Virgile roulent fur le
même fujet , la diftribution des Terres de
Mantoue & de Crémone , faite aux Soldats.
La troifième & la feptième fe reffemblent
par la forme ; c'eft de part & d'autre un
combat de chant entre deux Bergers ; cepen
dant combien ces Églogues correfpondantes
ne diffèrent- elles pas entre elles , & com
bien fur tout ne diffèrent elles pas des autres?
Si les Élégies de Tibulle avoient dans
le même degré le mérite de la variété , elles
ne laifferoient rien à defirer , & tout ce qu'en
dit M. de la Harpe eft très juste , quand on
les confidère une à une.
Le nouveau Traducteur nous dédommage
de n'avoir point traduit Tibulle en vers , en
nous donnant dans des notes remplies d'une
Littérature agréable & choifie , les meilleures
imitations en vers qui ont été faites
des meilleurs endroits de ce Poëre. Ce rapprochement
n'eft pas un des moindres mérites
de fon travail . Le Lecteur voit avec
plaifir , à la ' uite de Tibulle , tant de morceaux
agreables de M. Guys , de M. le Che
valier de Parny , de M. Vieilh , de M. le Che
valier de Bertin , de M. de Flins , de M. le
Chevalier de Cubières , de M. de Saint-
Ange , de M. Léonard , &c. Poftérité nom-
C vj
60
MERCURE
breufe de Poëtes Erotiques que Tibulle a
formés.
Et nati natorum & qui nafcentur ab illis.
Il faut que le Traducteur n'ait pas eu connoiffance
de la traduction ou imitation que
M. de la Harpe a faite en vers de la première
Élégie du premier Livre , puifqu'elle
ne fe trouve point dans les notes.
M. de la Harpe , pour montrer comment
il conçoit qu'un Traducteur en proſe doit
fuivre pas à pas un modèle , tel que Tibulle
, commence par traduire en profe ces
fix vers fameux :
Tefpetem fuprema mihi cùm venerit hora ,
Te teneam moriens deficiente manu.
Flebis & arfuro pofitum me , Delia , letto ,
Triftibus & lacrymis ofcula mixta dabis .
Flebis ; non tua funt duro pracordia ferro
Vinda , nec in tenero ftat tibi corde filex.
Voici fa Traduction :
"3
*
Que je te regarde encore , ô ma Délie!
quand ma dernière heure fera venue, que
je te preffe en mourant de ma main défail-
» lante ; tu pleureras fur le bûcher funèbre
» où je ferai étendu ; tu mêleras des baifers
»
aux larmes de ta douleur ; tu pleureras ;
» ton coeur n'eft pas dur comme la pierre ,
ni inflexible comme l'acier.
Voici celle de M. l'Abbé de Longchamps.
" Mon bonheur , à moi , fera de contem
DE FRANCE. 61
"
pler Délie à ma dernière heure , fatisfait
» en expirant , de la ferrer encore de ma .
» main défaillante. Tu répandras des larmes ,
» & Tibulle étendu fur le bûcher funèbre ,
» recueillera des bailers noyés dans les pleurs
» de fa Délie . Oui , tu dois en répandre
» ton coeur m'en eft garant ; ce tendre coeur
» n'eft point un dur caillou , un acier in
» Alexible . »
Voici l'examen que M. de la Harpe fait
de cette verfion.
« Elle nuit également à l'original , & par
ce qu'elle lui ôte , & par ce qu'elle lui
donne. Le Traduceur retranche d'abord la
formule de fouhait , te fpectem , te teneam ,
que je te regarde , que je te preffe . Ce mouvement
eft celui de l'amour . Tibulle ne dit
point , mon bonheur lera de contempler Dé
lie. Il ne parle point d'un bonheur dont il
n'eft pas sûr ; il exprime le voeu de fon coeur.
Contempler n'eft pas le mot propre . On regarde
en mourant ce qu'on aime ; on ne le
contemple pas. Ces nuances font légères ;
mais c'eft de toutes ces nuances que fe.compofe
le ftyle , fur- tout dans les fujets délicats.
Tu répandras des larmes .... Oui , tu dois
en répandre. Cela vaut il les deux flebis fi
tendrement répétés ? Étoit- il fi difficile de
traduire , tu pleureras , & de fentir tout ce
que cette répétition a de grâce ? Ton coeur
m'en eft garant , n'eft point dans le latin ,
non plus que fatisfait en expirant, non plus
que Tibulle recueillera des baifers noyés dans
62 MERCURE
les larmes. Non - feulement c'eft faire languir
la phrafe par des inutilités traînantes , & détruire
la precifion , un des principaux carac
tères de Tibulle , mais encore c'est défigurer
par le mauvais goût les beautés de l'original.
Tibulle peut il recueillir des baifers , quand
il fera fur le bûcher ? Et qu'eft ce que des
baifers noyés dans les larmes ? Et pourquoi
mettre Délie & Tibulle au lieu de toi &
moi? ft ce la même chofe pour l'amour?
Que de fautes dans fix vers? »
Si cette critique eft févère , on ne peut
nier au moins qu'elle ne foit pleine d'efprit
& de goût , & qu'elle se puiffe apprendre
à mieux faire.
Voici la verfion du nouveau Traducteur.
"
Je ne veux que fixer mes yeux fur toi
» à mon heure dernière , & te ferrer en
» mourant d'une main défaillante. Etendu
» fur le bûcher funèbre , tu m'y arroferas de
» tes larmes , & des baifers le mêleront à
ces larmes amères. Oui , tu en verferas ;
» un inflexible airain n'entoure pas tes en-
» trailles . Ton coeur n'eft pas un rocher in-
» fenfible. »
On voit que cette Traduction a plus de
précifion & de fidélité que celle de M. de
Longchamps , mais on voit aufli qu'elle n'eft
pas à l'abri de quelques uns des traits de la
critique de M. de la Harpe .
Venons aux Traductions & imitations en
vers du même morceau. Le nouveau Tra
ducteur nous en fournit dèux dans fes notes.
DE FRANCE. 63
L'une eft de M. le Chevalier de Parný.
Un jour l'arrêt du fort
Viendra fermer ma paupière affoiblie .
Lorfque tes bras entourant ton ami ,
Soulageront fa tête languiffante ,
Et que fes yeux foulevés à demi ,
Seront remplis d'une flamine mourante ,
Lorfque mes doigts tâcheront d'effuyer
Tes yeux fixés fur ma paifible couche ,
Et
que mon coeur s'échappant fur ma bouche ,
De tes baifers recevra le dernier , & c.
Cette imitation eft éloignée , l'Auteur
n'étoit engagé à rien ; mais M. Vieilh , Auteur
de la feconde , eft un véritable Traducteur
; auffi refte t'il plus près de l'original ,
& quoiqu'en vers , il en eft plus près que
la profe de M. de Longchamps.
t
Ah ! que je puiffe encore à mon dernier moment
Te voir , te regarder , te nommer mon amante ,
Et mourast , te preffer de ma main défaillante .
Tu pleureras alors : fur mon trifte bûcher ,
A tes derniers baifers tu mêleras des larmes ;
Du moins ma cendre heureufe en fentira les charmes.
Tu pleureras ; ton coeur n'eft point un dur rocher.
>
Voici enfin la Traduction de M. de la
Harpe :
Ah ! que ma paupière mourante
Se tourne encor vers toi dans mon dernier moments
64
MERCURE
Que par un dernier mouvement
Je prefle encor tes mains de ma main défaillante.
Tu pleureras fans doute auprès de mon bûcher.
Tes yeux , ces yeux fi pleins de charmes,
Répandront fur moi quelques larines :
Tu n'as pas un coeur de rocher ;
Tu pleureras , Délie ; & l'amant jeune & tendre ,
Et l'amante , objet de fes voeux ,
Te verront honorer ma cendre ,
Et s'en retourneront les larmes dans les yeux.
Cette Traduction comprend les deux vers
de Tibulle qui fuivent les fix que nous avons
cités , & elle en marque la liaiſon avec
premiers .
Illo nonjuvenis poterit defunere quifquam
- Lumina , non virgoficca referre domum.
ces fix
M. Vieilh ne rend peut - être pas fi fenfible
la liaifon de ces deux vers avec les précédens
; mais il les traduit en deux vers qui
préfentent une image vraie & touchante :
Le jeune homme attendri , la jeune fille émue ,
Sur ma tombe en filence arrêteront leur vue.
L'Abbé de Mirolles fait un plaifant contrafte
avec ces ' Traducteurs pour le moinsélégans
, tant en vers qu'en profe : il traduit
Solito membra levare toro,
66
par délaffer mes membres fur ma paillaffe
accoutumée .
DE FRANCE. 65
г
Si Tibulle dit :
Nec facit hoc vitio , fed corpora foeda podagrâ ,
Et fenis amplexus culta puella fugit.
L'Abbé de Marolles traduit :
" Ce n'eft pas pourtant qu'il y ait du vice;
» mais une belle Dame , comme elle eft ,
fuit comme la pefte les gens goûteux . >>
و د
C'eft avec cette baffeffe que certains Savans
conçoivent & parodient la fimplicité
noble des anciens."
M. Racine le fils s'eft permis un autre
genre de parodie , qui confifte à employer
dans le langage de la piété les expreffions
les plus affectueufes & les plus paffionnées
de Tibulle. On fait que l'Eglife a fanctifié
plufieurs ufages payens en les confervant &
en les adaptant à fon culte religieux ; il femble
que M. Racine ait prétendu faire la
même chofe ; mais l'autorité privée fuffitelle
pour établir de la convenance entre des
objets fi difparates ? Malgré les rapproche
mens les plus ingénieux , n'y a-t'il pas tou
jours un intervalle immenfe entre les objets
de notre refpect & ceux de nos paffions ?
Le fouvenir de Tibulle & de fes amours
ne s'oppofe t'il pas à l'application qu'on
yeut faire de fes vers aux chofes facrées ?
N'y a- t'il pas même à cela une forte de profanation
que le goût condamne àuffi bien
que la Religion ?
Quoi qu'il en foit , M. Racine le fils avoit
A
66 MERCURE
placé au bas de fon-crucifix ces deux vers de
Tibulle :
Te fpetem , fuprema mihi cùm venerit hora ,
Te teneam moriens deficiente manu.
Il traduit dans le Poëme de la Religion ,
en s'adreffant à Jéfus- Chrift , ces vers que
Tibulle adreffoit à fa maîtreffe.
Tu mihi fola places , nec jam te prater in urbe
.Formofa eft oculis ulla puella meis .....
Nilopus invidid eft : procul abfit gloria vulgi
Quifapit , in tacito gaudeat ille finu.
Sic egofecretis poffum benè vivere fylvis ,
Quà nulla humano fit via trita pede.
Tu mihi curarum requies , tu nocte vel atră
Lumen , & in folis tu mihi turba locis.
Nunc licet è cælo mittatur amica Tibullo ,
Mitteturfruftrà deficietque Venus.....
Jam faciam quodcumque voles , tuus ufque manebo
Necfugiam nota fervitium Domina.
Ma feule ambition eft d'être tout à toi ;
Mon plaifir, ma grandeur , ma richeffe eft ta loi :
Je ne foupire point après la Renemmée :
Qu'inconnue aux mortels , en toi feul enfermée , «
Ma gloire n'ait jamais que tes yeux pour témoins.
C'eſt en toi que je trouve un repos dans mes foins ,
Tu me tiens lieu de jour dans cette nuit profonde ;
Au milieu des déferis tu me rends tout le monde.
Les hommes vainement m'offriroient tous leurs biens;
DE FRANCE. 6-
Les hommes ne pourroient me féparer des tiens.
Ceux qui ne t'aiment pas , ta loi leur fait entendre
Qu'aux malheurs les plus grands ils doivent tous s'attendre.
Omenace , grand Dieu ! qui ne peut m'alarmer ;
Le plus grand des malheurs eft de ne point t'aimer. ›
Que ta croix dans mes mains foit à ma dernière
heure ,
Et que les yeux fur toi , je t'embraffe & je meure.
Ces deux derniers vers font la Traduction du
Te fpedem , &c. Te teneam , &c.
dont nous avons tant parlé.
Le grand Racine n'avoit pas donné à fon
fils cet exemple de tranfporter le profane
au facré ; c'eft dans les Prophètes , c'eft dans
les Livres Saints qu'il pit ces Cantiques
fublimes dont il remplitioit Efther & Athalie
; il réfervoit pour Bérénice les Imitations
de Tibulle..
Parcourons quelques endroits de la Traduction
nouvelle ; nous avons dit qu'elle
fuivoit l'original de plus près que les precé
dentes. Voici un endroit où cerre méthode
a furtout très bien fervi le Traducteur :
At vos exiguo pecori furefque , lupique ,
Partite de magno prada petenda grege eft.
་་
Loups , brigands , épargnez mon foible
troupeau, C'eft à des troupeaux nombreux
» qu'il faut demander votre proie. »
"
68 MERCURE !
Petere fignifie , demander. Petere ex aliquâ
re , fignifie , tirer de quelque chofe. Ainfi ,
la lettre De magno prada petenda grege
eft , fignifie , c'est d'un grand troupeau qu'il
faut tirer votre proie. Mais la phrafe élégante
& poétique eft celle que le Traducteur a
employée : C'est à des troupeaux nombreux
qu'il faut demander votre proie. "
Il eft heureux que la phrafe poétique & la
phrafe littérale fe trouvent également autorifées
par l'expreffion du texte.
<<
Fortes adjuvat ipfa Venus.
Illa dotet furtim molli decedere letto.
Illa pedem nullo ponere poffe fono.
Vénus enfeigne à defcendre furtivement
du lit amoureux , & à repofer fes pieds légè
rement & fans bruit.
Ac
Il s'agit , ou du conjugal que la femme
quitte pour aller trouver fon amant”, ou du
lit folitaire que quitte l'amant pour aller
chercher fa inaktreffe ; mais plutôt du premier
, comme l'indique le mot furtim ; or ,
ni l'un ni l'autre ne peut être appelé un Lt
amoureux , c'est un lit où l'on pourroit être
retenu par la molleffe qui craindroit la fatigue
, ou par la crainte qui s'alarmeroit du
danger. Voilà ce que nous paroît fignifier
molli en cet endroit , & ce fens eft juſtifié
par les vers qui fuivent :
Nec docet hoc omnes , fed quos nec inertia tardat ›
Nec vetat obfcura furgere notte timor.
DE FRANCE. 69
Auffi M. le Chevalier de Bertin a - t'il traduit
ainfi les premiers avec autant de fidélité
que d'aifance :
Il faut ofer. Vénus feconde le
courage .
Vénus inftruit l'amante , au milieu de la nuit ,
A defcendre en fecret de ſa couche paiſible :
Vénus enfeigne encor l'art de pofer fans bruit
Sur des parquets mouvans un pied sûr & flexible.
O utinam memores ipfe , cohorfque , mei !
< Puiffes tu , puiffent tes compagnons fe rap
peler de Tibulle . » "
Se rappeler de: fi cette faute , qui n'eft
point corrigée dans l'errata , n'eft pas une
faute d'impreffion , c'eſt un gaſconiſme bien
fort.
Non dicta infandos impia verba Deos.
Mes difcours impies n'ont jamais outragé
» la fainteté des Dieux. D
Mes difcours impies , cette expreffion ſuppofe
des difcours impies , & le texte , au
contraire , dit qu'il n'y en a pas eu. Il falloit
traduire : « Jamais par des difcours impies
» je n'ai outragé la fainteté des Dicux ,
C'eft ainfi que Rouſſeau a dit :
Et qui, par des difcours faux & calomnieux ,
Jamais à la vertu n'a fait baiffer les yeux.
Et non pas ,
Et de qui les difcours faux & calomnieux,
Jamais à la vertu n'ont fait baiffer les yeux,
70
- MERCURE
•
Tournure qui commence par fuppofer l'existence
de ce qu'on veut nier.
Affiduè prelia mifcet amor.
L'amour affidu engage leurs combats. »
C'eft traduire un peu négligemment. Il
falloit L'amour excité entre eux des com-
» bats continuels , ou excite entre- eux con-
» tinuellement des combats.
Nunc ad bella trahor , &jam quis forfitan hoftis
Hafura in noftro tela gerit latere.
«
Aujourd'hui , entraîné vers la guerre , déjà
» peut être un ennemi balancefur mesflancs
» le trait qui doit les dé.hirer. »
Balancefur mes flancs , cette image n'est
point dans le texte , & elle n'y feroit pas
placée. Quelqu'un qui écrit bien tranquillement
dans fa chambre ou dans fa tente , fait
bien qu'en ce moment aucun ennemi ne
balance fur fes flancs aucun trait . Il falloit
dire comme Tibulle , porte les traits qui doivent
percer mon flanc .
E
Turbaque vernarum .
Et fes enfans en troupe.
Verna ne fignifie point un enfant , mais
un efclave né dans la maifon du maître .
Nous ne favons encore s'il falloit rendre
par un enfant le mot puer dans ces vers :
Rure puer verno primam de flore coronam
Fecit , & antiquis impofuit Laribus.
DE FRANCE. 70
Nous croyons qu'il s'agit encore d'un
jeune efclave , comme dans cette Ode d'Horace
:
Perficos odi , puer , apparatus , &c.
Quidquid habet Circe , quidquid Medea veneni ,
Quidquid & Herbarum Theffala terra gerit ,
Et quod , ubi indemitis gregibus Venus afflat amores,
Hyppomanes cupida ftillat ab inguine equa ,
( Simodò me placido videat Nemefis mea vultu )
Mille alias herbas mifceat illa , bibam.
" Qu'elle jette fur moi un oeil propice , &
» je confens à boire tous les poifons de
» Médée & de Circé , & le fuc des plantes
» que la Theffalie produit , & l'hippomane
que diftille la cavale effrénée , quand Venus
brûle d'amour les troupeaux indomptés.
" Elle peut même y joindre mille autres
breuvages. »
»
23
Il n'y a rien à reprendre dans cette Traduction
; mais le mouvement & l'ordre ou
le défordre des idées ne font jamais une chofe
indifférente à la paffion. Ce fi modò , placé
à la fin de l'énumération de tous les poifons ,
comme dédommageant de tout ; ce bibam ,
placé feul à la fin de toute la période , &
qui marque fi bien une réfignation ferme &
réfléchie , tout cela méritoit d'être confervé ;
il falloit donc peut être laiffer à ce morceau
toute fa forme , & rendre , non- feulement
les idées & les expreffions , mais encore leur
arrangement , en traduifant ainfi :
72 MERCURE
"
33
«Tous les peifons de Circé , tous ceux
» de Médée , tous ceux que produit la Theffalie
, & l'hippomane que diftille la cavale
effrénée , quand Vénus infpire les amours
» aux troupeaux indomptés ( pourvu feule-
» ment que ma Némelis me regarde d'un
» oeil favorable ) qu'à tous ces poiſons elle
joigne encore mille autres poiſons , je
» les boirai. "
23
C'est peut- être avec cette fcrupuleuſe exactitude
qu'il faut fe faire une loi de fuivre"
pas à pas la marche d'un Poëte , toutes les
fois que le génie des langues ne s'y oppoſe
pas. On voit au refte que pour tâcher d'être
utiles au Traducteur , nous pouffons la critique
jufqu'à la recherche & à la chicane ,
& qu'au défaut de fautes confidérables , ou
même réelles , nous relevons des bagatelles ;
nous n'avons en général que des éloges à donner
à la fidélité , à l'élégance de fa Traduction
, fur tout à la Littérature exquife dont
fes notes font remplies , & qui fera toujours
de cet Ouvrage un monument cher aux Savans
& aux gens de goût , aux gens de Lettres
& aux gens du monde .
Le Traducteur nous annonce une Traduction
complette de Tibulle en vers , par
M, le Chevalier de Langeac,
L'APOTHEOSE
DE FRANCE. 73'
L'APOTHÉOSE Moderne , Conte Poétique
en quatre Chants . A Paris , de l'Imprimerie
de MONSIEUR , & le trouve chez
Moutard , Imprimeur Libraire , rue des
Mathurins , hôtel de Cluny ; & chez tous
les Libraires qui vendent les Nouveautes ,
"3
POUR apprécier cette bagatelle , il eft bon
d'en connoître l'à propos . Nous allons citer
pour cela le très court Avertiffement qui
eft à la tête . « Une Demoiselle ayant engagé
l'Auteur à compofer un Ouvrage fur l'ex
périence aeroftatique , il lui répondit , &
en préfence de fa mère , qu'il y confen-
» toit , mais qu'il la feroit enlever dans le
» char. Cet enlèvement ſuppoſe ne les effraya
pas beaucoup ; & c'est ce qui a donné
» lieu à cette petite production , dans la-
» quelle on a tâché de répandre quelque
» agrément
ود
59
"
و د
"
En ne cherchant dans ce petit Ouvrage
que ce que l'Auteur y a voulu mettre , on
jugera qu'il n'a point manqué fon but , &
qu'il a fu en effet y répandre de l'agrément.
Će Conte eft écrit en profe & en forme de
Poëme.
L'Auteur fuppofe que Florife & Delby ,
vivement épris l'un de l'autre , n'avoient pa
encore fe parler de leur amour . Une mère
tendre , mais févère , étoit toujours à côté
de Florife. Heureufement l'Amour à plus
d'un organe, & il peut fe paffer de celui de
N°. 7 , 14 Février 1784.
D
1
74
MERCURE
la voix. Les deux amans n'avoient eu befoin
que de fe regarder pour fe dire le fecret de
leurs coeurs. Mais celui de Florife n'étoit pas
fatisfait. Un jour , étant tombée dans une
profonde rêverie , dont on devine bien l'ob
jet , elle fe met à chanter des couplets , dans
lefquels elle fe plaint de la contrainte où
elle vit , & conjure le Zéphyr de porter les
foupirs à fon amant. Ces couplets font fuivis
d'un torrent de larmes qu'on verra bientôt
effuyer par l'Amour. Tel eft le ſujet du
premier Chant.
33
A peine elle a fini de chanter qu'on lui
répond par un coupler qui lui annonce
que fon amant va bientôt la confoler. En
effet , " un char de triomphe defcend en
même temps au niveau du balcon , &
préfente aux yeux de Florife l'image de
Delby tout rayonnant de gloire. » Florife
éronnée , effrayée même , & cependant flattée
de ce qu'elle voit , ne fait fi elle doit fuir ou
refter , & elle s'écrie pour demander fi l'être
qu'elle apperçoit eft divinité, homme ou fantome.
Je ne fuis point un fantôme , ré-
39
»
99
pond l'inconnu ; je fuis un Dieu. Mon em
pire eft dans Paphos , mon temple eft le
» vôtre : venez recevoir les hommages qui
vous font dûs. Montez fur ce char , pla-
» cez vous à côté de l'Amour ; que rien ne
» vous fépare de lui. Vous feule pouvez
» fixer ce Dieu volage ! La naïve Florife
fe laiffe bientôt perfuader ; & elle finit par
dire : Je ne fuis plus furprife de trouver
+9
t
DE FRANCE. 75.3
ود
un Dieu dans mon amant ; il étoit trop
aimable pour un fimple mortel . » Décidée
à monter dans le char , elle veut au moins
aller annoncer auparavant à ſa mère la nouvelle
de Ton bonheur. Mais le Dieu lui fait
craindre qu'elle n'y mette des obftacles ; &
elle fe décide à lui dire adieu , par un biller
qu'elle laiffe en partant.
Cependant le char parcourt rapidement
les airs ; & Delby ( car c'eft lui qui eft l'Amour
) eft embarraffé de la conduite qu'il va
tenir envers Florife. Après y avoir longtemps
rêvé , il fe décide à lui faire l'aveu de
fon ftraragême. Il lui dit qu'irrité par les
obftacles , infpiré par l'Amour , il a cherché
dans la Nature un chemin qui pût le faire
parvenir jufqu'à elle. « Je l'ai trouvé , ajoutet'il
, ce phénomène étonnant , qui doit
porter l'enthoufiafime dans tous les coeurs ,
& me conduire à l'immortalité. »
20
""
Après cette affertion , qui n'enlèvera rien
à la gloire de MM . Montgolfier , il eſt naturel
que Florife fe fâche contre Delby
mais il eft naturel auffi qu'elle lui pardonne.
C'est ce qui arrive en effet.
Enfin nos deux amans , las de voyager dans
les airs , fufpendent leur courfe ; & c'eft
dans l'Ile de Taïti qu'ils defcendent. Le
peuple qui l'habité leur décerne la Souverainete;
& Delby s'occupe du foin de rendre
fes Sujets heureux . On trouve vers la fin du
quatrième Chant , une courte expofition de
fes principes politiques , que l'Auteur ter-
Dij
76
MERCURE
mine par cette reflexion : « Il avoit trouvé
"
"
une ligne de demarcation entre le fort &
» le foible ; il la tranfporta entre le vice &
» la vertu ; & des marques de confideration
» & de mépris furent la récompente de
» l'une & la punition de l'autre.
Il ne manquoit plus au bonheur de F'orife.
que la prefence de fa mère . Appelée par fa
fille , qu'elle n'a pas oubliée , cette tendre
mère account , & célèbre l'union des deux
amans , qui font couronnés avec poinpe. -
On doit aufli des éloges à l'exécution typographique
de cette agreable bagatelle.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
JJeEE viens de lire , Monfieur , dans le Mercure le
portrait du Général Washington. Il appartenoit à
un Guerrier philofophe de nous peindre ainfi le premier
Capitaine & le meilleur Citoyen du Nouveau-
Monde. Notre Nation aura auprès de l'Amérique le
double mérite d'avoir fu , en fervant fa caufe , honorer
des moeurs qui nous font trop étrangères , &
louer fes vertus avec fimplicité. Je ne crois pas que
l'on trouve une meilleure infcription pour le portrait
de Washington que ee mot touchant du portrait
: Il con manga dix ans dans une guerre civile ,
& n'eut rien à fe reprocher. Il feroit bien à defirer ,
Monfieur, que l'Auteur de ce morceau publiât l'Ouvrage
intéreffant d'où il eft tiré. Il eſt beau de voir
les grands événemens écrits par ceux qui y ont cų
part, Il fçrojt peut être encore plus heureux que
DE FRANCE
建
l'Auteur qui , parmi tous nos Officiers François ,
dû particulièrement être appelé à des vûes fur la lé
giflation dont l'Amérique a befoin dans ce moment
& par les obfervations fur ce pays & ces peuples
& par les connoiffances étendues & les fentimens
élevés qui lui avoient déjà mérité dans fa patrie une
autre gloire , fe confacrât à ce beau travail . Je ne
fais fi je me trompe , mais il me femble qu'on ne
fent pas affez en Europe & peut être même en Amérique
tout ce que la légiflation peut faire dans l'époque
préfente , & to it ce qu'elle doit embraffer.
Que n'eft - il en moi d'exciter fur cet obj t une
grande attention , une vive émulation ! Peut - être
quelques idées fur ce fujet en feront elles maître de
meilleures à de plus grands efprits ; c'eſt - là ,
Monfieur , l'unique motif qui puiffe m'engager à
vous prier d'inférer dans le Mercure le morceau
que je vous envoye Il est détaché d'un Ouvrage
trop imparfait pour être donné au Public , & ce
morceau for - tout a befoin de beaucoup d'indulgence.
Il demanderoit plus de développemens , mais
ces développemens pourroient le rendre trop long
pour l'objet que je me propofe. S'il y a quelque
chofe de jufte dans mes idées , il n'échappera pas
ceux qui peuvent inieux voir & mieux dire , & c'eft
Ce que je fouhaite .
33
J'ai l'honneur d'être , & c .
Сс
L'augufte Démocratie s'élève de ſes ruines antiques
, la voilà qui renaît & qui fleurit dans un
Continent nouveau ! Sa rènaiſſance même eſt
marquée d'une gloire particulière ; jamais la
Liberté ne régna fur un auffi vafte Empire , ja-
» mais elle ne fut fondée fur d'auffi bons principes
, jamais elle ne promit de meilleurs fruits au
genre humain. Grâces foient rendues de ce grand
» événement à ce Gouvernement célèbre de l'An-
D iij
78
MERCURE
.
30
ל כ
"3
30
gleterre.
qui a répandu dans l'Amérique ces fen-
» timens & ces maximes de liberté , dont fes propres
fujets fe font enfin armés contre la tyrannie. O
» révolutions des temps ! O règles inconnues des
» événemens ! Ce Monde , que notre imagination
» même ne cherchoit pas encore il y a trois fiècles ,
qui eft tombé entre nos mains avec tous les fignes
d'une organiſation récente & dans l'enfance de
l'efpèce hurnaine ; c'elt cette terre nouvelle qui
» s'enrichit tout-à-coup de cette longue expérience
d'un autre Monde vieilli dans toutes les révolutions
de la barbarie & de la civilifation , & qui
» va nous offrir le beau contrafte de la Société perfectionnée
fur un fol encore brut & fauvage !
Républiques naiffantes de l'Amérique , je vous
falue comme l'efpérance du genre humain , à qui
→ vous ouvrez un afyle , à qui vous promettez de
grands & heureux exemples : croiffez , affermiffez-
vous au milieu de fes bénédictions ! Vous
» avez conquis votre liberté par un courage fage &
ss patient , par des victoires pleines d'humanité. Au
1
2
fein même des invafions de la tyrannie & des
» horreurs de la guerre, vous avez choifi les Conftiso
tutions fous lesquelles vous voulez vivre. Achevez
» maintenant pour les fiècles ce que vous avez commencé
dans ces finiftres circonftances. Peuples
» heureux , la guerre d'où vous fortez vous affranchit
doublement. Ces anciens abus , ces anciens
préjugés qui font le malheur de toutes les vieilles
so Nations , n'avoient pû encore jeter parmi vous de
profondes racines ; ils doivent finir avec le Gouvernement
qui les avoit fait naître. Vous entrez
» dans un ordre de chofes où tout peut vous obéir.
Le paffé ne vous enchaîne pas , l'avenir eft en
5 votre difpofition . Tracez le plan de vos deftinées ,
comme le Sage dirige fa conduite , fans aucune
20
DE FRANCE.
79
30
အ
3
5כ
20
5
30:
fervitude pour les opinions & les ufages qu'il voit
régner autour de lui . Ce n'eft pas trop de toute
la liberté de l'efprit humain réunie à fa plus
grande fageffe pour vous donner les loix que le
» fiècle préfent exige. Vous avez à réfoudre les plus
grands problêmes de la légiflation . En adoptant
» la Démocratie , vous vous engagez à des moeurs
» fortes & pures , & cependant vous ne vous fé-
» parez pas du refte de l'Univers où triomphent
l'esclavage politique & la corruption morale .
Appelés à toutes les richeffes d'une vafte culture
» & d'un commerce qui embraffera les deux
» Mondes , vous n'y renoncez pas ; vous ne renon-
» cez pas à toutes ces commodités de la vie , à cetté,
fplendeur de la Société qu'amènent les richeffes ,
les Sciences & les Arts. Vous ne vous refufez pas
à tous ces dangereux avantages , & vous le vou-
» driez en vain ; le temps n'eft plus où l'on pouvoit
les écarter de la formation des Empires ; il
faut aujourd'hui les y admettre & les vaincre .
Ainfi vous entreprenez de réunir ce que les plus
grands Légiflateurs ont toujours cru inconcilia-
» ble ! Dans un fi hardi deffein , 1affemblez donc
toutes les forces de la légiflation. Eh ! qui ofera
jamais borner fa puiflance ? L'homme lui appar
» tient ; elle le forme & le déforme à fon gré ; elle
" fait également exalter fes paffions ou les enchaîner
, le retirer de la civilifation par des moeurs
farouches , ou l'orner de tous les dons de la fo-
» ciabilité. Elle peut le perfectionner par les mê-
» mes moyens qui l'avoient autrefois dégradé &
» corrompu. Qu'elle fe faififfe de vous par toutes
» les parties de l'état focial ; qu'elle joigne à la
fagacité des vûes modernes l'efficacité des inftitutions
antiques , fur - tout qu'elle employe habilement
cet énergique amour du bien , & cette
" vive attente d'un heureux avenir qui caractéri
29
55
အ
Div
80 MERCURE
3
}
วง
F
» fent l'époque où vous êtes . Tirez vos moeurs
des meilleurs penchans de la Nature & des
goûts les plus faints de la Société , & elles
s'affermiront par le fimple & vrai bonheur qui
a en réfultera réuniffez à l'auftère fimplicité des
Peuples nouveaux ce qu'elle peut admettre de
la douceur des fiècles polis , & vos moeurs
» pourront s'approcher de celles de la corruption
fans lutter contre elles ; elles pourront s'y prêter
& s'en défendre . En laiffant aux richeffes leur
cours ordinaire , pourvoyez à la difperfion des
» fortines exceffives , corrigez la grande inégalité
» des jouiffances par la plus févère égalité des
droits , & ne Liffez pas s'engendrer dans vos
États la claffe des miférables , qui fut toujours le
crime & la ruine d'une Société. Ce n'eft point
par les vrais plaifirs , c'eft par les fiux que l'homme
le déprave . Retranchez peu aux defirs de la
» Nature , réprimez tous les befoins de la mollelfe
, toutes les fantaisies de la vanité . Tournez
l'emploi des richeffes vers le bonheur individuel
» & vers la gloire nationale , & elles féconderont
» les vertus , fans nourrir les vices Appelez les
» Sciences & les Arts vers de grande objets par d'au
guftes récompenfes , & leur gloire épurera vos Sociétés
, en les décorant. S'il eft fi difficile aujourd'hui
de maintenir une Conftitution libre , jamais
on n'eut plus de fecours pour la bien préparer. Les
bonnes loix & les bonnes moeurs ont difparu ,
mais les Sages en ont toujours fait l'objet de leurs
s études , & nous pouvons au moins à cet égard
nous glorifier de nos lumières . Toutes les Nations
» de l'Europe vivent dans un commerce continuel
de leurs penfées ; une heureufe découverte devient
bientôt un héritage commun. Mettez à profit
» cette fraternité que les Sciences ont établie entre
tous les Peuples. Accordez-leur à tous la gloire de
>
ל כ
90
DE FRANCE. Sr
.
"
33
concourir à vos loix. Qu'il feroit beau de voir le
plan de vos légiflations médité pendant dix ans
» entre tous les Sages de l'Europe , comme le plus
grand intérêt du genre humain ! Peuples - Légiflateurs
, fentez bien toute la majefté de la fonction
que vous allez remplir , toute l'importance de
l'ouvrage que vous allez faire ! Puifez un noble
orgueil , un faint enthoufiafme dans la vafte influence
de vos deſtinées. Vous tenez l'Univers
» dans une grande attente ; dans cinquante ans , il
faura , par vous , fi les Peuples modernes peuvent
encore conferver des Conftitutions républicaines ,
» s'il eft de bonnes moeurs compatibles avec les
ود
grands progrès de la civilifation , fi l'Amérique
» doit rendre meilleur ou pire le fort de l'huma-
» mité ! »
SPECTACLE'S.
CONCERT SPIRITUEL
LAA fymphonie de M. Vogel , par laquelle
a commencé le Concert du 2 de ce mois ,
a paru fort agréable , & les folos de cor qui
fe trouvent dans le fecond morceau ont eté
parfaitement bien exécutés par M. Lebrun.
Nous voudrions avoir le même éloge à faire
de M. Othon Vandenbrock , qui a joué un
concerto fur ce même inftrumént. Peut être
s'eft il trop hâré de fe faire entendre au Pu- .
blic. Plus un inftrument eft ingrat , plus il
exige pour faire une exécution parfaite. Le
Dv
82 MERCURE
choix de fa mufique n'a pas paru non plus
affez avantageux. Le même defaut a nui au
fuccès de Mme Guédon fur le forre-piano.
Un concerto trop long , & dépourvu de
chant , ne pouvoit guère fuppléer au peu
d'effet que produir le forte piano dans une
grande falle. L'O Salutaris , motet fans ac
compagnement de M. Goffec, exécuté avec
une perfection toujours égale , par MM . Laïs ,
Chéron & Rouffeau , a bienid: Fanimé le
Public. Il a été redemandé . On a aufli fort
applaudi une fymphonie de harpe de M.
Krumpholtz. On connoît les charmantes
compofitions de cet Artifte habile , auxquelles
la brillante exécution de fon épouſe
donne encore un nouveau mérite. Le motet
de M. Sacchini a déjà été entendu plufieurs
fois à ce Concert . On voit , à la négligence
de quelques morceaux , que cer Ouvrage a
été fait autrefois fans aucune prétention ;
mais dans fes jeux mêmes on retrouve toujours
le grand Homme. On a exécuté auffi
une fymphonie nouvelle de M. Davau. Cet
Amateur eftimable , connu pár plufieurs
morceaux charmans de mufique inftrumentale
, dans lefquels on admire un chant toajours
facile & gracieux , a cette fois prétendu
davantage à l'effet , & fon goût toujours sûr
Ini a fait remplir la prétention. Une mélodie
plus recherchée fans ceffer d'être aimable
, & une harmonie plus favante , donnent
plus de perfection à fa manière , & lui acquièrent
un nouveau degré d'eſtime. Mme
DE FRANCE. 8.3.
Saint -Huberty & M. Guérillot ont eu le
fuccès auquel ils font accoutumés .
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné Lundi , 9 de ce mois , la
première repréſentation de Chimène , Tragédie.
Opéra en trois Actes , paroles de M.
Guillard , mufique de M. Sacchini.
Comme le fujet de ce Poëme eft connu
de tout le monde , nous nous contenterons
d'indiquer ici la manière dont l'Auteur la
conçu , & la marche dramatique qu'il a
fuivie. Obligé d'envoyer à l'impreffion ce
premier Extrait avant la repréſentation de
POpéra , nous ne nous permettrons , fuivant
notre ufage , ni éloges ni critiques .
Le Théâtre repréſente au premier Acte
une galerie du Palais des Rois de Caftille ,
contigue à l'appartement du Roi & à celui
de Chimène.
Il y a déjà quelque temps que le Comte
de Gormas a été tué ; Rodrigue a diſparu ;
Chimène n'a ceffé de demander vengeance
de la mort de fon père ; le Roi , touché de fa
douleur & de fa vertu , la reçue dans fon
Palais , luí tient lieu de père , & cherche à
la confoler par fes bienfaits. Chimène ouvre
la Scène par un monologue où elle déplore
le malheur de fa fituation qui la force à venger
la mort d'un père contre un Héros qu'elle
adore. Le Roi qui furvient cherche à calmer
Dv)
$4
MERCURE
:
La peine en lui promettant juftice ; mais Ro
drigue eft abfent , & l'on ignore le lieu de
fa retraite. Le Roi s'éloigne , & la laiffe au
milieu de fes femmes ; elles lui parlent en
vain des bontés confolantes du Roi & de
la vengeance qu'il a promife . Ah ! je l'ai
demandée , dit- elle , & crains de l'obtenir.
Elle avoue alors un amour que l'honneur
& le devoir n'ont pu éteindre.
Mais , malgré mon amour , je fervirai ma gloire.
Plus Rodrigue m'eft cher , plus je le pourſuivrai
En demandant fa mort , je demande la mienne ;
N'importe , l'honneur parle , & j'y fatisferai .
Rodrigue en ce moment entre & fe
jette à les pieds en lui difant : Ne cherche
pas plus loin çet objet de ta haine. Chimène ,
étonnée & eperdue , n'éprouve d'abord que
le fentiment du danger auquel s'expoſe fon
amant , elle l'engage à s'éloigner ; mais il
ne peur vivre loin d'elle , ni fupporter fa
haine , il ne demande qu'à mourir , & vient
lui offrir la tête. Chimène , fidelle à fon
devoir, ne peut s'empêcher en même- temps
de montrer à Rodrigue toute la tendreffe &
la crainte d'obtenir la juftice qu'elle follicite
, elle le quitte. Tandis que Rodrigue gémit
fur fon fort , il voit entrer Doni
Diègue , fon père , fuivi de quelques amis ,
dont il n'eft pas d'abord apperçu . Don Die
gue a appris que les Mores doivent furprendre
Seville pendant la nuit ; & tandis que la
DE 85 FRANCE.
Cour ignore encore ce danger , il engage fes
compagnons à s'armer pour repouiler l'ennemi
, & il ajoute :
Nous parlerons alors en faveur de mon fils....
Je ne veux point de grâce , elle feroit affreufe ,
s'écrie alors Rodrigue en venant fe jeter dans
les bras de fon père , qui n'a pas de peine à le
déterminer à fe mettre à la tête de les braves
amis pour fauver l'État & fon Roi.,
Au fecond Acte , le Théâtre repréſente un
périftile du Palais du Roi , dans lequel fe
réfugie une foule de Peuple , qui annonce
avec effroi que les Mores font entrés dans le
port. Le Roi accourt à leurs cris , leur offre
fon palais pour afyle , tandis qu'il ira les défendre.
Il y court , quand des cris de victoire
annoncent que les ennemis ont été repouffés.
On ignore le nom du Vainqueur ; mais
il arrive avec deux Rois Motes , & les autres
Prifonniers qu'il a faits. Rodrigue veut ſe jeter
aux pieds du Roi , qui le reçoit dans fes bras ,
& lui dit qu'il n'a pas affez de puiffance
pour récompenfer fes fervices & les exploits.
Le Peuple celèbre fon triomphe par
des chants & des danfes . Chimène vient par
tager l'alegreffe publique ; fa furpriſe eft extrê
me en voyant dans Rodrigue le fauveur de
l'État. Chimène (emble craindre alors qu'on
n'ait plus d'égard à ſa plainte :
Ses fuperbes exploits font oublier mon père.
86 MERCURE
LERO I.
J'ai promis de te fatisfaire ;
Mais Rodrigue vainqueur eft au- deffus des loix.
LES CHEVALIERS.
Oui , Seigneur , à Rodrigue on doit cette juftice;
Mais qu'il cède aux loix de l'honneur ;
A Chimène il faut un vengeur ;
Nous nous préfentons tous , qu'elle même choififfe.
Le Peuple demande qu'on n'expofe pas
fon défenfeur à un nouveau danger ; mais
Don Diegue , regardant une pareille grâce
comme une infamie , demande que fon fils
combatte encore :
Son bras qui vainquit le More ,
N'a pas à vaincre un Vainqueur.
د
Le Roi y confent avec peine ; Don San
che, amoureux dès long- temps de Chimène
s'offre à combattre pour elle ; Chimène eft
forcée d'accepter fon fecours ; tout va fe difpofer
pour le combat ; & Rodrigue fort au
milieu des acclamations du Peuple , qui fait
des voeux pour fon fuccès.
Au troisième Acte , le Théâtre repréſente
Pappartement de Chimène. Elle y entre en
défordre , fuivie de fes Femmes , dont elle
repouffe les confolations , toute entière au
fentiment de trouble & de crainte qu'excite
en elle le nouveau danger où Rodrigue eft
expoſé. Il vient lui - même , lui fait fes der;
DE FRANCE. 87.
niers adieux , & lui annonce qu'il va mourir
. A ce mot , Chimène le trouble davantage
, s'attendrit , veut exciter fon courage
par l'intérêt de fa gloire.Ce motif touche peu
Rodrigue , fa gloire eft affurée , & l'on connoîtra
le motif de la mort.
On dira qu'épris de Chimène ,
Mais fans efpoir de la fléchir ,
Rodrigue a mieux aimé mourir
Que vivre chargé de ſa haine.
Chimène , vaincu par tant d'amour, ne
peur plus retenir la violence du fien , &
laiffe échapper ces paroles :
Si ton propre intérêt , fi celui de ta gloire :
Ne peuvent te fauver du trépas où tu cours ,
legrat , du moins ne perds pas la mémoire
Qu'ainfi que de ta vie il y va de mes jours .
Enfin , dans ce combat où mon de voir m'entraîne ,
Souviens- toi que Chimène eft le prix du vainqueur.
Rodrigue, tranfporté de cet aveu , fort
après avoir dit :
Ah! ce mot doit me fuffire.
Ennemis & rivaux , paroiffez , armez-vous ?
Avec un tel effois je puis vous braver tous.
Chimène refte feule , livrée à toutes les terreurs
fur Eiffue du combat. Elle entend le
fignal de la trompette ; fes alarmes redou
88 MERCURE
blent ; elle porte fes regards vers le lieu où
fe paffe le combat, & qui eft même très voifin
de la Scène. Elle croit voir Rodrigue
defarmé & frappé par Don Sanche ; elle
tombe dans les bras de fes femmes. En ce
moment il s'elève derrière le Theatre des
cris de victoire. Don Sanche fe prefente aux
yeux de Chimène ; elle ne deure plus de fon
malheur. Il eft mort , s'ecrie t - elle douloureuſement.
Don Sanche veut lui parler ;
mais elle ne veut rien entendre ; elle raccable
d'injures , & lui ordonne de s'eloigner :
Laiffe-moi , fuis , ou j'expire à ta vûc.
Elle le jette aux pieds du Roi qui entre dans
le même temps ; elle lui avoue tout l'amour
qu'elle avoit confervé pour Rodrigue qu'elle
croit mort , & le conjure de ne pas la condamner
à l'horreur d'être au meurtrier de
fon amant. Chimène , lui répond le Roi , j'ai
promis ta main au vainqueur;
La réſiſtance ſeroit vaine ;
Reçois donc cet époux de la main de ton Roi.
C'eft Rodrigue qui entre & qu'il préfente à
Chimène. La joie de Chimène eft égale à fon
étonnement. On lui apprend alors que Don
Sanche, vaincu & défarmé, etoit venu lui ap--
porter fon épée de la part de Rodrigue
vainqueur ;
Chimène , forcée à ſe rendre ,
Ne doit plus qu'obéir aux ordres de fon Roi,
DE FRANCE. S+
La Pièce finit par un Divertiffement & un
choeur général , où l'on célèbre le courage &
la victoire de Rodrigue , & le bonheur des
deux amans.
ANNONCES ET NOTICES.
LA Septième Livraiſon de l'Encyclopédie ; compofée
de deux Volumes de Difcours , fera en vente
Lundi prochain , 16 du préfent mois.
Le prix eft de 22 liv. en feuilles , & 24 liv. brochés .
SUITE de l'Aventurier François , ou Mémoire's
de Grégoire Merveil , Marquis d'Erbeuil. 2 vol.
in- 12 . A Londres , & le trouve à Paris , chez Quillau
l'aîné , rue Chriftine , & la Veuve Duchefne , rue
S. Jacques.
'Ce Roman eft la fuite d'un autre dont nous avons
rendu compre ; il appartient au même Auteur , a le
même caractère de fingularité , & eft conçu avecautant
d'imagination .
Essa fur l'Apocalypfe , ou Explication Littérale
& Hifiorique de la Révélation de l'Apôtre S. Jean ,
avec des Remarques fur le Syfitme de M. Paftorini.
Seconde Edition . 2 vol . in - 12 . Prix , 4 liv . A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraite , rue des Mathurins
, hôtel de Cluni. के
Cet Ouvrage répand de la clarté fur un Écrit qui
en a toujours eu grand befoin ; & il méritoit d'être
réimprimé.
LE Dieu Mars défarmé, Allégorie , en un Adle ,
en vers libres , mêlée de Chants & de Danfes
l'occafion de la Paix de 1783 , par M. B.... A Paris ,
92
MERCURE
chez Denos , Libraire du Roi de Danemarck , rue
S. Jacques ; Belin , Librairé , rue S. Jacques , près
S. Yves ; Brunet , Libraire , rue de Marivaux ,
Place du Théâtre Italien , & chez les Marchands de
Nouveautés.
Par ordre de Jupiter , Mercure vient régner fur
la terre à la place de Mars. Les Dieux , qui font
les perfonnages allégoriques de cette Pièce , n'ont
qu'un fentiment , qu'un projet , celui de rendre le
Monde heureux . Tous , jufqu'à Mars , parlent humanité
; cela doit porter bonheur ; auffi nous promet-
on les plus heureux fruits d'une Paix univerfelle.
Tel eft l'efprit & le cadre de cette petite Pièce ,
qui eft écrite facilement , mais qui a été faite avec
trop de rapidité comme tous les Ouvrages du moment,
qui par- là ont droit à l'indulgence du Lecteur.
LA troisième Suite d'Eftampes , repréfentant
nos Modes , paroît depuis quelque temps ; elle eft
accompagnée de Difcours explicatifs . Le fuccès des
premières Livraifons a engagé à continuer une Entreprise
qui peut fervir à l'hiftoire des moeurs on repréfentant
avec vérité les différens coſtumes & la
diverfité des habillemens de notre fiècle . M. Moreau
le jeune , Deffinateur du Cabinet du Roi , à
rendu avec l'intelligence & la délicatelle qu'il répand
fur toutes les productions , les variétés de nos goûts
& de nos fantaifies . Les trois Livraifons forment un
Volume in folio ; mais chaque Eftampe peut être
détachée , & fervir à la décoration d'un cabinet ,
d'une maison de campagne , &c . On le trouve chez
Guttemberg l'aîné , Graveur , rue Saint- Hyacinthe ,
Place Saint Michel, Le même vend auffi les Cahiers
de la première & feconde Suite réduits en petit
format , & il publiera bientôt la troisième Suite
également réduite.
DE FRANCE.
FRED - GUL. BOERS , Directeur de l'Académie
des Sciences de Haerlem , premier Avocat de la
Compagnie Hollandoife des Indes Orientales , &
fon Dépuré à la Cour de France , deffiné par C. N.
Cochin ; gravé par L. J. Cathelin .'
Après avoir nommé M. Cochin , nous pouvons
nous difpenfer de dire que ce Portrait eft bien deffiné.
La Gravure mérite auffi des éloges . On lit au
bas ces vers faits par M. Imbert :
Les Mufes ont daignél'inkruire ,
Et la vertu prit foin de le former ;
Qui l'écoute , bientôt l'admire ;
Qui le connoît , doit l'eftimer.
Il prête à fon pays fes foins , fon éloquencé ;
Il eft fenfible , affectueux ;
Le bien de fa Patrie est l'objet de fes voeux ,
Et l'amitié , fa récompenfe.
Ceux qui ont connu M. Boers, favent qu'il n'y a
pas un feul mot à effacer à l'éloge que renferment
ces vers .
L'HEURENS ERREUR , Comédie en un Ate
& en profe , par J. Patrat , représentée pour la prémière
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , le 22 Juillet 1783. A Amfterdani ; & fe trouve
à Paris , chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , à
côté de la Comédie Italienne ..
La Comteffe Delfort, riche veuve de dix - huit
ans , dégoûtée du mariage par le mari qu'on lui
avoit donné , a pris de l'averfion pour tous les hommes,
& n'en reçoit aucun dans le Château où elle
s'eft retirée. Sophie , qui demeure dans le voifinage ,
a réfolu de lui faire pièce , & de rendre fervice en
même-temps à fon propre frère en la lui faifant
époufer. Elle fait entrer pour cela une Soubrette
92 MERCURE
rufée dans la maifon de la Comteffe , à qui l'on per
fuade que fa voifine Sophie , qu'elle ne connoît pas
encore , a réſolu ſecrétement de la faire revenir de
fon averfion pour les hommes , & que pour y réuffir
elle doit fe faire préfenter chez elle en habit cava
lier. La Comteffe, prévenue du prétenda tour qu'on
doit lui jouer , fe promet bien de s'en amufer quelque
temps , de faire femblant de donner dans le
panneau , & de déclarer enfin à Sophie qu'elle n'a
pas été la dupe ; mais Sophie , cette idée une fois
entrée dans la tête de la Comteffe , au lieu d'y
/ aller elle - même , y envoye fon frère Delval , qu'elle
a grand foin de ne pas mettre dans fa confidence.
>
Tel eft le fonds de cette Comédie , qui a joui´
d'un fuccès mérité . On fent que Delval , reçu par
une femme comme une femme , & fans le favoir
fe trouve dans une fituation vraiment comique , &
doit prodaire des effets ; l'action pourroit être ou
plus refferrée ou plus neurrie ; mais il y a des
Scènes très - p'aifantes , & la Pièce prouve un vérita
ble talent pour la Comédie .
Pour en Cheveux. Mêler à des Découvertes férieu
fes l'annonce d'aps Chorvcrie se pur agrément , c'eſt
fervir le goût d'une Nation qui femble s'occuper à lafois
de Sciences & de plaifirs. Depuis long- temps les
Ballons font l'entretien de toute la France. Cet objet,
digne de l'attention des Phyfici ns , a des prôneurs
& des contradicteurs ; les femmes même ne craignent
pas d'entrer en lice pour foutenir ou pour
combattre nos Voyageurs aériens ; mais voici une
Invention qui, peut être , ne mérite pas moins d'attirer
leurs regards. Il s'agit d'une nouvelle Coëffure
en Cheveux ; l'idée en eft très- ingénieufe ; les détails
en font légers , & l'enfemble forme un coupd'oeil
tout - à-fait agréable . La Coëffure entière n'eft
autre chofe qu'un Pouf en cheveux , auquel on a
DE FRANCE. 93
joint un noeud orné de deux glands auffi en ' cheveox.
Il faut voir le modèle pour être convaincu
combien il en réfalte un effet pittorefque. Cette
Ceeffure a d'ailleurs l'avantage de convenir aux
Perfon es qui n'ont guères de cheveux ; elle
demande peu d'apprêt & peu de temps pour être
potée fur la tête ; fa conftruction eft fi folide qu'on
ne riique rien de la tranfporter à la campagne , &
que dans un inftant la main la moins habile pourra
rendre aux boucles toute la grâce de leurs formes.
Le prix eft de 36 livres Les Perfonnes qui vou
dront s'en procurer peuvent s'adreffer à l'Au
teur le fieur Tournier , rue Saint- André des - Arcs ,
vis- à - vis le Magafin de M. Maille , Vinaigrier - Dif
tillateur du Roi & de Leurs Majeftés Impériales.
JURISPRUDENCE des Rentes , ou Code des Rentiers
par ordre alphabétique , par M. de Beaumont ,
Penfionnaire du Roi . Nouvelle Edition , revne , core
rigée & contidérablement augmentée par ' Auteur.
Prix , 3 liv . broché. A Paris , chez Méquignon
Libraire , au Palais , N. 5 Nyon , rue Mignon ,
& Prault , Libraire , Quai de Gêvres. `
་
Ce Livre eft affez connu. C'eſt un Traité fur la
manière d'acquérir les Rentes , d'en percevoir les
ariérages & d'en établir la propriété dans les muta,
tions ; on y a joint les décisions des Juges dans différentes
Caufes plaidées aux Tribunaux fur les rentes
& fur les matières qui y ont rapport. Ce Liyre fera
donc utileaux Jurifconfultes & autres qui fré
quentent le Palais , & à tous ceux qui fe mêlent
du payement & de la recete des Rentes. Les Notaires
des Provinces y trouveront des modèles d'actes.
L'Auteur a fait dans cette Edition nouvelle beau
coup de haugemens & d'additions ; entre autres
l'article des Penfions & celui du Tréfor- Royal font
abfolument neufs . A l'article Lettres de Naturalité,
"
94 MERCURE
eſt un tableau intéreffant de tous les Réglemer, sportant
abolition du Droit d'Aubaine entre les Sujets de
S. M. & différens États des Puillances étrangères.
DISSERTATION Théologique fur les intérêts de
Argent placé à jour , chez les Négocians & autres
perfonnes qui le font valoir. Brochure in- 12. Prix ,
1 liv. 4 fols. A Paris , rue & Hôtel Serpente.
L'Auteur de cette Brochure a envifagé fous une
nouvelle face , certe queftion fi fouvent traitée . Sans
prononcer fur la manière dont il la décide , nous
croyons devoir dire qu'il difcute avec fageffe , quoi .
qu'il ait des affertions nouvelles , & que fon Ouvrage
mérite d'être lû par ceux que cette question
peut intéreffer.
PRECIS des Effais d'Expérience préfenté au Gouvernement
& à l'Académie des Sciences , fur la démonftration
du Cordage , de la Filature , la Fabrique
, la conftruction des machines néceffaires pour
chaque Art , mathématiquement faite , &c. par M.
Fournier Defgranges. A Paris , au dépôt de l'Auteur ,
rue de la Mortelleric , hôtel du Barillet d'or , & chez
l'Efclapart , Libraire , Pont Notre - Dame.
METEOROLOGIE appliquée à la Médecine & à
l'Agriculture , Ouvrage qui a remporté le Prix au
jugement de l'Académie Impériale & Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Bruxelles , le 12 Octeb.
1778 , par M. Retz , Docteur en Médecine à Arras.
in-89 . Prix , 3 liv. 12 f. A Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers.
A cet Ouvrage utile & important , on a joint le
Traité du Nouvel Hygromètre comparable , du
même Auteur , qui n'avoit pas encore été publié ,
avec figures.
DE FRANCE.
95
LES Variétés à la mode , cinquième fuite
d'Airs d'Opéras férieux ou comiques , Ariettes Ita-
Liennes , Romances , Vaudevilles & Duos arrangés
pour le Forte-Piano , par M. Céfar . Prix , 3 Hires
12.fols. A Paris , chez M. Boyer , au Magafia de
Mufique , rue Neuve des Petits-Champs , près celle
Saint Roch , n°. 83.
CINQUIEM E Suite de Pièces d'Harmonie ,
contenant des Ouvertures & des Airs d'Opéras
férieux & comiques arrangés pour deux Clarinetres
, deux Cors & deux Baffons , par M. Ozis ,
Maficien de S. A. mgr. le Duc d'Orléans, Prix ,
6 livres. A Paris , chez M. Boyer , au Magaſin de
Mufique , rue Neuve des Petits Champs , près celle
Saint Roch , n . 83 , & chez Mme Lemenu , rue
du Roule , à la Clef d'or.
Ces Suites d'Harmonies rous paroiffent toujours
compofées avec beaucoup de goût.
TROIS Sonates pour le Forte - Piano , avec un
Accompagnement de Violon pour la feconde & la
troifième ,, par M. Martin de Sainte - Colombe. Prix
4 livres 16 fols. A Paris , chez Baillon , Marchand
de Mufique , rue Neuve des Petits - Champs , aut
coin de celle de Richelieu.
NUMEROS 119 & 120 du Journal
d'Ariettes
Italiennes
dédié à la Reine. Prix , 3 livres 12 folst
l'une ; & 2 livres 8 fols l'autre
féparément
. L'abonnement
pour l'année eft de 36 livres pour Paris , &
42 liv. en Province
pour vingt - quatre Numéros
. A
Paris , chez M. Bailleux , Éditeur , Marchand
de
Mufique
ordinaire
du Roi & de la Famille
Royale ,
rue Saint Honoré, à la Règle d'or.
Le Numéro 119 contient une fort belle fcène
d'expreffion de M. Piccini , & le Numéro 120 un
96
MERCURE
très joli Rondeau de M. Anfoffi Ce Journal , le
premier de ce genre , fe foutient toûjours avec le
même fuccès , & conferve la fupériorité par les
foins que prend l'Éditeur de bien varier fes morceaux
, & de faire paroître chaque Numéro avec.
une exactitude fcrupuleufe .
SEI duetti di Camera , fix Duos de chambre
à égales & différentes voix , trois fur paroles Italiennes
& trois fur paroles Françoifes , compofés par
M. Beauvalet. Prix , 6 liv . A Paris , chez l'Auteur ,
rue de Grammont , nº . 17 , & chez M Bailleux ,
Marchand de Mafique ordinaire du Roi , rue Saint
Honoré , près celle de la Lingerie , à la Règle d'or.
On trouve dans ces Duos le fruit des études
PAuteur a faites en Italie fous de bons Maîtres.
que
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
49 Charade , Enigme & Logoyphe
, Réponse aux Vers de M. de
A M. de la Harpe ,
Saint Ange ,
Stances ,
91 Elégies de Tibulle ,
52 Variétés ,
45
56
Les Attributs de l'Amour , L' Apothéoje moderne , Conte,
Vers aux Dames reques Affo Concert Spirituel ,
76
ciées Honoraires du Musée Aca émie Roy. de Mufiq. 83
de Paris, 13.Annonc.s & Notices,
89
APPROBATION.
JATlu par
ordre
de
Mgr
le Garde
des
Sceaux
, le
Mercure
de
France
, pour
le Samedi
14
Fevrier
. le n'y
ai rien
trouvé
qui
puife
en
empêcher
l'impreffion
. A
Paris
, le 13 Février
1784.
GUIDL
.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 21 FÉVRIER 1784.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE contre le Jeu. *
QUEUEL. eft donc ce monftre perfide
Qui , fous un appât féducteur , ›
Promet de l'or à l'homme avide,
Et ne lui vend que le malheur ?
* Note du Rédacteur. Le Livre intitulé De la Paffion
du Jeu , par M. Dufaulx , de l'Académie des Inſcriptions
& Belles-Lettres , a été l'occafion de cette Ode, Le Poëte ,
dans les dernières Stances , rend au Moralifte un hommage
d'autant plus flatteur , qu'il eft p us mérité. Son
Ouvrage , approuvé de tous les gens de bien dès fa naiffance
, a été traduit chez l'Étranger. On fait quelle en a
été l'influence dans nos Tribunaux , & quelle fenfation
il a faite dans les Familles. Quoique j'aie moins le droit
que perfonne , dit M. Morvan dans un Poſt ſcriptum , d'àffigner
les rangs dans l'empise de la Philofophic & dos
Lettres , j'ofe croire qu'on ne pourra faire l'Hiftoire Liter
No. 8 , 21 Février 1704 E
ན
98
MERCURE
Autour du fantôme finiftre ,
L'Avarice , affidu miniftre ,
Veille à la lueur des flambeaux,
Sur fes pas , la morne indigence
Dévorant les maux en filence ,
Traîne au fein de l'horreur fes funèbres lambeaux !
C'EST le Jeu! c'eft ce Dieu barbare
A qui les aveugles mortels ,
Dévorés d'une foif avare ,
En ons lieux dreffent des autels!
Jeu cruel , quelle eft ta puiſſance !
L'âge , le fexe , la naiſſance ,
Tout eft en proie à tes fureurs !
Chaque jour étend ton empire ;
Un monde au comble du délire
Pourfuit, l'or à la main , tes coupables faveurs !
BRISEZ , brifez , ô vils efclaves
De l'ardente cupidité ,
Brifez vos infâmes entravcs
A la voix de l'humanité.
Au fein glacé de la misère ,
Épanchez cet or falutaire
téraire de notre fiècle , fans donner une place honorable
parmi les Moralißes , à l'Auteur d'un Livre où la paſſion
du jeu eft combattue avec un courage fans exemple , où
elle eft peinte avec l'éloquence la plus vive , & enviſagée
fous les rapports les plus étendus.
DE FRANCE. 99
Que dévore un jeu deftructeur.
Ah ! celui dont la bienfaifance
Sèche les pleurs de l'indigence ,
Eft parmi les humains un Dieu confolateur !
BARBARES ! Votre âme farouche
Eft de glace aux cris du malheur !
Contre lui toujours votre bouche
S'arme d'une injuſte rigueur !
Tremblez , cruels ! ..... Sur votre tête .
Le ciel fait gronder la tempête ,
Vous touchez au fatal écueil :
Du fort la marche eft inconftante ,
Sa faveur la plus éclatante
N'eft qu'un pâle flambeau précurfeur du cereucil
QUE de fortunes immolées
Aux caprices d'un fort trompeur !
Que de familles défolées
Dont il renverfa la grandeur !
Sous les lambris de l'opulence ,
La bienfaifante Providence
Prit foin de placer leur berceau ;
Mais bientôt à leur race illuftre
•
Le Jeu raviffant tout fon luftre ,
De ces aftres brillans éteignit le flambeau.
Sous la loi d'un hymen tranquille
Béniffant la fécondité ,
Tu vis régner dans ton aſyle
Ej
100 MERCURE
La douce médiocrité ! ....
Maudis l'inftant où tu fus mère ;
Enfans, maudiffez votre père ,
Vous allez languir fans fecours :
Dépouillé par un fort perfide ,
Hélas ! votre père homicide
En un deuil éternel a changé vos beaux jours !
PEUX-TU parmi tant de victimes ,
De ton coeur étouffer les cris ,
Toi , par des gains illégitimes
Élevé fur mille débris?
Non. Dans les bras de la fortune ,
Sans ceffe une voix importune
Remplit ton âme de terreur :
Le remords vengeur te confume ;
Le ciel , t'abreuvant d'amertume ,
Loin de toi pour jamais écarte le bonheur.
MAIS , quel zèle aveugle m'infpire ?
Eh ! que pourroit ma foible voix ?
Le Jeu voit feurir fon empire
Malgré l'anathême des loix.
Sénats de la France éplorée,
Quand votre juftice éclairée
Le frappe avec de nouveaux traits ,
Le monftre craignant la vengeance,
Pour tromper votre vigilance ,
Dans les réduits obſcurs va cacher fes forfaits.
I
DE FRANCE. 101
L'EIL égaré , le front livide ,
Et l'avarice dans le coeur ,
· C'eſt - là que le Joueur avide
Signale toute fa fureur.
L'or a brillé! le Jeu s'anime
Chacun dépouille fa victime ,
Les tigres font moins furieux :
Le hafard eft le Dieu fuprême ,
Sans ceffe l'aveugle blafphême
De fa voix facrilège épouvante les cieux .
LA, règne l'affreufe infomnie ,
Tandis qu'un paisible fommeil ,
A la Nature rajeunie ,
Prépare le plus doux réveil.
Souvent l'aftre de la lumière
Trois fois a fourni fa carrière ,
Trois fois l'ombre a couvert les cieux ;
Depuis que la main forcenée
D'une multitude effrénée
Tourmente fans relâche un fort capricieux.
QUELS cris ! la difcorde écumante
Rugit dans ce féjour d'horreur !
La main de fang toute fumante ,
Le meurtre frémit de fureur ! ....
O toi , Philofophe fublime ,
Toi qui , jeune encor, fus victime
D'un fléau terrible aux humains !
E iij
# 02 MERCURE
Pour peindre les effets tragiques ,
Il faut ces crayons énergiques
Que la Patrie en pleurs a remis dans tes mains !
Nous voyons les Livres futiles
Tomber dans un oubli honteux ;
Mais tes Écrits , toujours utiles ,
Inftruiront nos derniers neveux.
Celui dont l'auftère éloquence
Des moeurs attaque la licence ,
Eſt l'ami de l'humanité ;
Le temps refpecte fa mémoire ,
Son nom , fur l'aile de la gloire ,
Volera triomphant à l'immortalité.
( Par M. Morvan , Avocat à Quimper. )
CHANSON du Droit du Seigneur.
Allegro.
Vous en- flammez , & pour longtems , Tous
les coeurs du vil- la - ge ; Mais à
la Cour , ain- fi qu'aux champs , On vous
**
DE FRANCE. 103
ren- droit homma -
ge :
Vos traits , vos
拜佳
yeux
fa- vent tout en- ga - ger , Mam'-
fel- le , Mam'fel - le , Mam'lel
Refrain .
❤ le,
On plaît au Roi comme au Berger , Quand on
舍
eft jeu- ne & belle .
VOTRE douceur eft un tréfor
Dont le fexe eft avare ,
Votre innocence vaut de l'or ,
Tant l'innocence eft rare.
Vos traits , &c.
AUPRÈS de vous toutes nos fleurs
Sont des fleurs en peinture ;
Mais on devroit avoir deux coeurs
Lorsqu'on a vot' figure.
Vos traits , &c.
(Parol. de M. Desfontaines, Mufiq. de M. Martini. )
E iv
104 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Choufleur , ceiui
de l'Enigme eft Lune ; celui du Logogryphe
eft Ami , où l'on trouve a , mi , Mai.
CHARADE à Mademoiselle L. D...
Mon premier vaut bien peu; mais plus que tel
Écrit.
Mon fecond , Amélie , embellit votre mine ;
Et mon tout , quoique bien petit ,
Eft , vous le favez bien , la bête à ma voifine.
( Par Madame Baffet. )
ÉNIGM E.
E nais , je brille & meurs avec tous les grands
Hommes ;
Aujourd'hui l'on m'honore au nom de Montgolfier.
Tranfpofez mes cinq piés , mieux que les Aftronomes
J'avertis les frileux de garder leurs foyers.
( Par M. D. L. G. , de Morlaix. )
DE FRANCE. 105
LOGOGRYPHE.
A L'INSTANT où je vois le jour
Je fuis en but à la critique.
A la Ville comme à la Cour
Sur moi librement on s'explique.
J'ai des effaims de favoris ,
Plus j'en ai , plus il en abonde ,
Dont il faut appaiſer les cris ;
Comment contenter tout le monde ?
Quelques inftans à me glofer ,
Lecteur , je veux que tu t'amuſes.
Pour trouver mes pieds , fonge aux Mufes.
Si tu veux me décomposer,
J'offre l'abri de la tempête ;
Ce que tu cherche & qui t'arrête ;
Certain métal trop defiré ;
Une note ; un titre adoré
D'un Peuple enclin à l'inconſtance ,
Mais cher à Mars par fa vaillance ,
Et par fes grâces à l'Amour ;
Deux pronoms , dont l'un chaque jour
Sur l'autre emporte la balance.
Ote-moi trois pieds , tu verras
Ce qu'on ne fait point fans débats
Chez les gens de race Bretonne ,
Ev
106 MERCURE
Que la France eſtime & canonne.
Si tu n'as pu me deviner ,
Ce moment, cher Lecteur , approche ;
Mon voile à l'inftant va tomber :
Peut-être fuis-je dans ta poche ? -
( Par une Dame de Versailles. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISSERTATION fur Perfe , par M. Sélis ,
Profeffeur de Belles Lettres au Collége
de Louis- le Grand , de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles- Lettres d'Amiens ,
Affocié Étranger de celle de Berlin , Cenfeur
Royal.
Libro memoratur Perfius uno.
A Paris , chez Antoine Fournier , Libraire ,
rue du Hurepoix.
JE
E ne crains pas de le dire avec SaintÉvremond
: Je n'aime pas ces doctes qui
employent toutes leurs études à reftituer un
paffage dont la reftitution ne nous plaît en
rien , qui font un mystère de favoir ce qu'on
pourroit très bien ignorer , & qui n'entendent
pas ce qui mérite véritablement d'être
entendu. Pour ne rien fentir , pour ne tien
penfer délicatement , ils ne peuvent entrer
DE FRANCE. 107
dans la délicateffe du fentiment , ni dans la
fineffe de la penfée. Je ne vois - là que l'abus
du favoir ; il ne faut donc pas s'étonner fi
tant d'Erudits n'ont le plus fouvent laborieufement
travaillé qu'à difcréditer l'érudition.
Il ne faut pourtant pas non plus que le
tort de certains Savans tourne abfoluinent
contre le favoir. Il eſt un genre de travaux
Littéraires que dédaignent les efprits fuperficiels
pour qui ils feroient les plus néceffaires
, mais que favent eftimer les Littérateurs
vraiment inftruits , pour qui ils feinbleroient
moins utiles. Un bon Commentateur
, ou , pour mieux dire , un bon appréciateur
des anciens , fera toujours un homme
très- rare. Il ne peut être tel , s'il ne réunit à
la fois un goût sûr , une érudition vaſte , un
tact délicat , une fagacité judicieuſe. La differtation
qui fait le fujet de cet article , acquiert
, à bien des égards , ce titre à M. Sélis.
Dans fes Obfervations , qui ont exigé beaucoup
de recherches, & qui donnent lieu à des
difcuffions favantes , on trouve l'homme de
goût inftruit , & jamais l'Erudit affommant
& infipide. Je paffe fous filence quelques
réflexions polémiques relatives à un autre
Traducteur de Perfe , & à celui de Juvénal ,
lefquelles fervent , pour ainsi dire , de préliminaire
à cette differtation . L'une & l'autre
Traduction peut avoir un mérite égal , quoique
différent. Le ſtyle de M. l'Abbé le Monnier
, fans être auffi foutenu & auffi foigné
que celui de M. Selis , eft vif , fouvent co-
E vj
108 MERCURE
mique , quelquefois familier ; & peut- être
ce défaut , fi c'en eft un , eft il analogue au
génie de Perfe. Il ne m'appartient pas de décider
entre des rivaux faits pour s'eftimer
l'un l'autre , autant que le Public les
eftime tous deux.
,
L'Auteur analyſe tour à tour les fix Satyres
de Perfe. Chacune de ces analyfes eft un expofé
précis & raifonné : il en conclud que de
tous les fujets que Perfe a traités , il n'y en a
aucun qui ne foit utile , intéreffant & bien.
conçu . Il examine enfuite fi fes plans font
bien exécutés & quelle eft la manière.
d'écrire de Perſe. « Cafaubon , dit il , comparant
enſemble Horace , Juvénal & Perfe ,
par rapport à la fcience ainfi qu'au fruit
qu'on peut retirer de leurs Satyres , déclare
que le dernier eft plus philofophe que les
deux autres. » A cela on peut répondre que
Cafaubon avoit pour fon Auteur la prédilectión
d'un Commentateur , maladie com-.
mune à tous les Écrivains de ce genre , & dont
M. Sélis lui même n'a pas pu entièrement fe.
défendre. Perle a, plus qu'Horace, l'enſeigne
philofophique. Sa morale refpire je ne fais
quelle énergie ftoïque , qui fait le caractère
plus que le mérite de cet Écrivain. Dans Horace
, la philofophie réunit aux agrémens de
la poéfie , ce ton d'indulgence qui charme
dans l'homme de Cour , & fur tout dans le
Moralifte. Perfe en convient lui - même.
Omne vafer vitium ridenti flaccus amico.
Tangit & admiffus circùm pracordia ludit.
DE FRANCCEE.. 109
7
Gi
Horace , dans les cenfures ingénieufes ,
» effleure les vices de fes amis qu'il fait rire ;
il pénètre doucement , & il le joue autour
» du coeur. » Traduction de M. Sélis.
Cette prédilection , dont je parlois toutà
- l'heure , a fait entreprendre à M. Sélis de
juftifier Perfe fur l'obfcurité que les plus
Savans de tous les fiècles lui ont reprochée.
Éclairciffemens hiftoriques , citations , raifonnemens
, critiques , il met tout en uſage
avec beaucoup d'art & de fcience . Mais il
n'en réfulte pas moins que Defpréaux a eu
raifon de dire :
Perfe en fes vers obfcurs , mais ferrés & preffans ,
Affecta d'enfermer moins de mots que de fens.
Eft ce notre faute ou la fienne , s'il nous paroît
dur & inintelligible ? Je ne fais ; mais
toujours eft il sûr qu'il nous paroît tel. Il me
femble , dit Cafaubon , queje , que je vois Cornutus *
derrière Perfe ; tandis que celui- ci écrit ; què
je l'entends lui dire , lui répéter fans ceffe :
Soyez obfcur. En effet , on prétend que le
Poete a eu en vûe dans fes Satyres l'Empereur
Néron ; c'étoit irriter un tigre . La prudence
l'obligeoit d'envelopper d'un voile fes
piquantes ironies . Mais , encore une fois ,
dire qu'il a eu des raifons politiques d'être
obfcur , c'eft avouer qu'il eft obfcur. Enfin
on ne peut difconvenir que fon tour d'efprit
* Philofophe Stoïcien , dont Perfe étoit l'élève &
l'ami .
110 MERCURE
naturel fe joint encore aux motifs de prudence
qu'on lui ſuppoſe. M. Sėlis ne fait cet
aveu qu'avec peine & avec beaucoup de
reftrictions ; mais malgré toute fon adreffe à
défendre fon Auteur , il ne paroît pas avoir.
gagné fa cauſe à cet égard . Il le défend avec
bien plus d'avantage , quand il en cite les
meilleurs morceaux , en y joignant la Traduction.
Je choifis de préférence un morceau
que le Lecteur eft accoutumé d'admirer
dans Defpréaux , qui a fu fe le rendre propre.
Rien ne prouve mieux en faveur du
» talent de Perfe , dit M. Sélis , que l'idée
» de cette profopopée . » Voici le texte , la
traduction & l'imitation.
Cc-
Manè piger fertis : furge inquit avaritia ; eia ,
*
Surge. Negas. Inftat : furge inquit. Non queo. Surge.
Et quid agam ? Rogitas ? Sarpedas advehe Ponto ,
Caftoreum ,ftuppas , ebenum , thus , lubrica Coa.
Tolle recens primus piper è fitiente camelo .
Verte aliquid; jura. Sed Jupiter audiet . Eheu !
Baro , reguftatum digito terebrarefalinum
Contentus perages , fi vivere cum jove tendis .
Jam pueris pellem fuccinctus & Enophorum aptas
Ociùs ad navem.
39
" Le matin , vous dormez au ſein de la
pareffe. Lève- toi , dit l'avarice ; allons ,
» lève-toi. Vous réfiftez . Elle infifte : lèvetoi
, dit - elle . Je ne puis. — Lève- toi.
Eh ! pourquoi faire ? Tu le deman-
ور
و د
-
-
—
-
» des ! vas , cours chercher au Royaume de
DE FRANCE. III
"
" -
Pont des poiffons délicats , du caftoreum ,
» du chanvre , de l'ébène , de l'encens , du
vin de Cos ; enlève le premier poivre
qu'apportent les chameaux altérés ; tra-
» fique enfin ; & , s'il le faut , parjure - toi.
Mais Jupiter m'entendra. Pauvre
fot ! fi tu afpires à vivre en bonne intelligence
avec Jupiter , réfous toi donc à ra-
» cler ta falière avec le doigt toute ta vie,
» Mais déjà vous ayez retrouffe votre robe ;
» vous chargez vos valets ; je les vois porter
» en hâte au vaiffeau votre bagage & vos
>> proviſions.
13
Le fommeil fur les yeux commence à s'épancher.
Debout , dit l'Avarice , il eft temps de marcher .
Hé ! laiffez - moi, - Debout. Un moment.
répliques ?
- - Tu
A peine le foleil fait ouvrir les boutiques.
-N'importe ; lève- toi . -Pourquoi faire, après tout?
- Pour courir l'océan de l'un à l'autre bout ,.
Chercher jufqu'au Japon la po celaine & l'ambre ,
Rapporter de Goa le poivre & le gingembre.
- Mais j'ai des biens en foule , & je puis m'en paffer.
-
· On n'en peut trop avoir ; & pour en amaffer ,
Il ne faut épargner ni crime , ni parjure ,
Il faut fouffrir la faim & coucher fur la dure ;
Eût on plus de tréfors que n'en perdit Galet ,
N'avoir en fa maifon ni meuble ni valet ;
Parmi des tas de blés vivre de feigle & d'orge ,
De peur de perdre un liard fouffrir qu'on vous égorge.
112 MERCURE
-
Et pourquoi cette épargne , enfin ? -L'ignores- tu?
Afin qu'un héritier bien nourri , bien vêtu ,
Profitant d'un tréfor en tes mains inutile ,
De fon train quelque jour embarraſſe la ville .
Que faire ? Il faut partir . Les Matelots font prêts.
M. Sélis , en admirant les beaux vers de
Defpréaux , le croit inférieur à fon modèle.
J'ofe n'être pas de fon avis . Le Latin , felon
lui , a plus de vivacité , de nobleffe & de
poésie. Lecteurs , jugez. Debout , dit l'ava
rices &c. me paroît aufli vif que précis . Le
Traducteur de Perfe , qui rend très bien fon
Auteur , ne ne paroît pas avoir autant de
vivacité. C'eft la faute de la langue , moins
rapide que la latine ; mais c'eft une raifon de
plus pour admirer Defpréaux ,
4
Hé! laiffez-moi. --- Debout. Un moment.
répliques.
-- Tu
Perfe n'a rien de plus précis & de plus animé.
" Je n'aime pas , obferve M. Sélis fur le
vers fuivant :
A peine le foleil fait ouvrir les boutiques.
19
" que le perfonnage de la fatyre , qu'on
figure comme un homme de quelque diftinction
, tire comme le peuple Les images
» des boutiques .
"
"2
Cette délicateffe me paroit exceffive . Boileau
parle à l'homme confidéré généralement
dans les divers états de la vie ; & il n'eft pas
difficile de s'appercevoir qu'ici fa ProfoDE
FRANCE. 113
popée s'adreffe à un Marchand . La métaphore
eft donc de la plus grande jufteffe ;
elle ne peut être mieux à fa place ; & fi elle
peut paroître un peu familière , ce ton convient
très bien au ftyle d'une fatyre, qui doit
être moins foutenu que celui de l'Épître.
Perfe donne lui - même un exemple de
cette familiarité piquante. « Pauvre fot ! con-
» fens donc à racler toute ta vie ta falière
» avec le doigt , fi tu veux être bien avec
» le ciel . »
Enfin , ajoute M. Sélis : Perfe apostrophe
notre homme lui - même ; Mane fteriis ,
" vous ronflez le matin . » Au lieu que le
Poëte François parle à la troisième perfonne :
Le fommeil fur les yeux commence à s'épancher.
Mais en cela , il me paroît avoir encore
l'avantage fur fon modèle. Il évite la confufion
de l'apostrophe du Poëte & de celle de
l'avarice , que le Traducteur n'a pu éviter
qu'en employant tour à tour tu & vous.
Je n'ai jufqu'ici offert au Lecteur que la
moitié de la Profopopée de Perfe , parce que
Defpréaux , auquel il s'agiffoit de le comparer
, n'en a en effet imité que la première
partie. La feconde eft admirable , & M. Sélis
l'a très bien rendue.
Nil obftat quin trabe vaftâ
Egeum rapias , nifi folers luxuria ante
Seductum moneat. Quò deinde , infane , ruis ? Què ?
114 MERCURE
Quid tibi vis? Calido fub pectore mafcula bilis
Intumuit,, quam non extinxerit urna cicuta.
" Rien ne vous empêche d'aller à l'inſtant
» fendre les flots de la mer Egée , fi ce n'eſt
la volupté qui vous tire à l'écart , & vous
» dit d'une voix flatteufe : imprudent , où
» courez vous ? où donc ? quel eft votre def
» fein ? quelle eft cette ardeur de courage
qui a tout- à coup enflammé vos efprits ,
» & qu'une urne entière de ciguë ne pour-
» roit éteindre. »
و ر
"
Rien n'étoit plus difficile à bien traduire ;
on ne pouvoit mieux y réuffir. Je regrette
feulement rapias , expreflion forte & précife
, & qui caractériſe le génie de Perfe.
Tun' mare tranfilias ? Tibi torta cannabe fulto ,
Canafit in trauftro , Veientanumque rubellum
Exhalet vapidâ lafum pice feffilis obba ?
Quid petis ? Ut nummi quos hic quincunce modeſto
Nutrieras , peragant avidos fudare deunces ?
Indulge genio , carpamus dulcia , noftrum eft
Quod vivis. Cinis & manes & fabulafies.
Vive memor Lethi. Fugit hora. Hoc quod loquar
(c
inde eft.
Quoi , vous traverferez la mer ? Quoi ,
vous dînerez fur le tillac affis fur un amas
» de cordages , & l'on vous verfera d'un
large broc un vin épais qui exhalera une
» odeur infecte de poix ? »
ور
Je ne fais li je me trompe, maisfeffilis obba
DE FRANCE. 115
me paroît fignifier un vaſe qui , dans le navire
, fert de fiège au befoin ; ce que M. Sélis
rend d'une autre manière. Il me femble auffi
que fulto ne fignifie pas affis , mais bien ap-·
puyé , accoudé , adoffé.
Eh ! que defirez- vous ? Las de nourrir,
5 ici votre argent par une ufure modefte ,
» allez-vous le tourmenter au loin ? Voulez-
» vous , à force de fueurs , lui faire rendre
» cent pour cent ? »
Je n'aime pas non plus à force defueurs';
ce n'eft pas ce que veut dire fudare , la ver
fion littérale de ce mor ne rend pas le fens.
Perfe veut indiquer ces ufuriers , qui , pour
me fervir d'une expreffion populaire , tirent
la quintefcence de l'argent.
Ah ! plutôt , livrez vous aux charmes
des plaifirs. Ne cueillons que les fleurs de
» la vie. C'eft vivre que jouir. Bientôt vous
» ne ferez plus qu'une cendre froide , qu'un
» vain nom . Souvenez - vous que vous êtes
mortel. Vivez. Le temps fuit. Le moment
où je parle eft déjà loin . »
و د
Toute cette fin eft charmante. Aufli
quoique Perfe foit peu lû , il n'y a perfonne
qui ne fache ces vers par coeur. Indulge genio
eft une expreffion , pour ainfi dire , Épicurienne
; je ne crois pas que M. Sélis ait trouvé
l'équivalent qu'elle a peut- être dans notre
langue. Ah! plutôt livrez- vous aux charmes
des plaifirs , eft trop commun.
On doit s'appercevoir qué mes remarques
font d'autant plus févères qu'elles confiftent
216 MERCURE
dans des nuances de goût très - délicates . Mais
on fait auffi qu'on ne prend la peine de les
faire qu'en rendant compte des Ouvrages des
vrais Gens de Lettres ; c'eft , en quelque,
forte , un entretien que l'on a avec eux ; on
cherche ainfi à s'éclairer mutuellement.
C'est toujours dans cette idée que j'ofe op:
pofer encore mes obfervations à celles de M,
Sélis , fur ce vers de Defpréaux :
Le moment oùje parle eft déjà loin de moi ,
vers très beau , fans doute , felon lui , mais
qui ne peut être comparé aux quatre mots
rapides du latin : Hoc quod loquor inde eft.
1º. Le latin eft moins harmonieux. 2 ° . La
rapidité du ftyle ne confifte pas dans le nombre
des fyllabes ; * or je demande à M. Sélis ,
d'après cela, fi le Poëte François eft inférieur
à Perfe.
* Cette obſervation eft utile à faire. Un des Collaborateurs
de ce Journal , dans un Article très-honnête
, où il rend compte de la Traduction du premier
Livre des Faftes , par M. Bayeux , lui reproche
d'avoir rendu trop longuement ce paffage :"
Tempore crevit amor , qui nunc eft fummus habendi
Vix ultrà, quò jam progrediatur habet.
Voici la verfion de M. Bayeux.
La funefte paffion d'amaffer s'acciût avec le
temps ; aujourd'hui elle eft parvenue à fon com-
» ble , & il n'eft plus de terme au - delà duquel elle
puiffe étendre fes infatiables defirs. »י כ
L'Auteur de l'article obfervoit que cette dernière
DE FRANCE. 117
B
Voici un endroit où Perfe me paroît fupérieur
à tout ce qui exifte . « Où trouverat'on
, dit avec raifon M. Sélis , un mouvement
plus noble , une exploſion plus violente
, la haine de la tyrannie plus vigoureufement
exprimée , quatre vers plus profonds ,
plus harmonieux , plus éloquens ?
>>
Magnepater divum , favos punire tyrannos.
Haud aliâ ratione velis , cum dira libido
Moverit ingenium , ferventi tincta veneno :
Virtutem videant , intabefcantque relicâ.
"
وو
Puillant maître des Dieux , n'employe
point d'autre fupplice que celui ci pour
punir les tyrans , dont le coeur , plein
d'un poifon brûlant , couve quelque pro-
» jet barbare ; qu'ils voyent la vertu , qu'ils
la voyent , & qu'ils sèchent de regret. »
35
Racine fils a imité ce beau mouvement ,
qui fait d'autant plus d'honneur à Perfe, qu'il
n'a pu venir que dans une âme vertueuſe.
phrafe eft trop paraphrafée , puifque le latin diſoit feulement
: Ellene peut aller plus loin J'avoue que infatiables
defirs me paroît de trop. Car d'ailleurs , l'effet
de l'harmonie de progrediatur ne pouvoit être mieux
traduit que par ces mots : elle n'a plus de terme
au-delà duquel elle puiffe s'étendre. L'accent de la
penfée eft effentiel à rendre. Je profite de cette
occafion pour rendre à M. Bayeux toute la juſtice
qui lui eft dûe . Malgré les longueurs qu'on lui reproche
, avec quelque raifon , je ne connois aucune
Traduction en profe plus eftimable que la fienne,
118 MERCURE
Adorable vertu. ·
De celui qui te hait , ta vûe eft le fupplice..
Parois , que le méchant te regarde & fréniffe.
Il est temps de mettre fin à nos réflexions ,
ainfi qu'à nos citations. Il fuffit d'obferver
que cette differtation contient tous les beaux
endroits de Perfe , avec des remarques qui
en fint fentir le mérite , & qui éclairciffent
les paffages obfcurs. C'eſt un vrai fervice
que M. Selis a rendu à Perfe & aux
Amateurs de l'antiquité. Il feroir à defirer
qu'un Littérateur auffi habile ſe chargeât de
faire le même travail for Lucrèce.
( Cet Article eft de M. de Saint - Ange. )
DÉLASSEMENS de l'Homme Senfible , ou
Anecdotes diverfes , par M. d'Arnaud.
Tome fecond , III & IVe Parties. A
Paris , chez l'Auteur , rue des Poftes , près
l'EAtrapade , maifon de M, de Fouchy , &
chez la Veuve Ballard & fils , Imprimeurs
du Roi , rue des Mathurins. *
QUAND nous avons annoncé le Profpectus
des Délaffemens de l'Homme Senfible , nous
avons prévu , d'après la connoiffance du talent
de l'Auteur , le fuccès que cet Ouvrage
devoit avoir. L'événement a juftifié cette prédiction
, qui , à la vérité , étoit facile à faire.
* Le fixième Volume de cet Ouvrage paroîtra
dans le courant du mois d'Avril , & la Soufcription
finira à cette époque.
DE FRANCE. 119
Les deux Parties que nous annonçons font ,
comme les précédentes , pleines d'intérêt &
de variété. M. d'Arnaud n'oublie point de
nous rappeler que les traits qu'il raconte ne
font pas les fruits de fon imagination ; mais
fous la plume , qui a toujours été l'organe
de la fenfibilité , la vérité hiftorique prend
tout le charme de la fiction.
Dans la troifième Partie , parmi les Anecdotes
qui la compofent , & qui font en trop
grand nombre pour nous permettre la voie
de l'analyſe , on diftinguera Lerman & Molly,
& le nouveau Régulus . Ces deux morceaux ,
qu'on ne lira point avec des yeux fecs , offrent
d'utiles réſultats de morale , & font revêtus
de tous les charmes de la plus vive ſenſibilité.
On trouvera des teintes abfolument
différentes , quoique le coeur y foit également
intéreffé , dans une très - courte aneedote
, intitulée : le Raccommodement ingénieux.
C'eft une de celles qui prouvent le
mieux que M. d'Arnaud a fu varier fon Recueil.
Elle commence par une réflexion qui
annonce le fujet & le ton dont il fera traité.
Ce n'eft pas toujours, dit il , pár de grands facrifices
qu'éclate la fenfibilité ; elle a comme
l'amour , fa galanterie , fes grâces , fes riens
à la fois ingénieux & intéreffans. Une Princeffe
& une Ducheffe , rapprochées dans leur
enfance par une éducation commune , & par
des fentimens analogues , avoient formé une
liaifon de coeur que le flux & reflux de la
fociété rompit dans la fuite. La Princeffe ,
120 MERCURE
à qui la diffipation avoit bien fait négliger
mais non pas oublier fon ancienne amie , fe
rappeloit fouvent avoir goûté dans le commerce
de l'amitié , des plaifirs que le monde
n'avoit pu lui rendre ; elle commença à
les regretter , & finit par ne pouvoir plus
s'en paffer. Elle avoit coutume d'envoyer
tous les ans à la Ducheffe un préfent de
plantes aromatiques , & venues d'une Province
dont fon époux étoit Gouverneur ;
peu- à- peu , en s'éloignant l'une de l'autre ,
ce préfent annuel avoit été fupprimé. Enfin
le fentiment l'emporte fur le rang & la vanité
; elle veut revoir fon amie ; & voici la
tournure aimable qu'elle prend pour retourner
à elle. Se reffouvenant d'avoir vû chez
la Ducheffe une Marchande d'un certain age
qui venoit lui vendre des fleurs , des bagatelles
de France , la Princeffe cache fes traits fous
le coftume groffier de cette marchande , & ,
fous le nom de la bonne petite Femme , elle
vient lui offrir des aromates à acheter. On les
examine ; on en eft charmé ; on lui demande
ce qu'elle en veut avoir. Un prix bien haut ,
répond- t'elle le retour de votre amitié. Et à
ces mots , la petite bonne Femme n'eft plus
qu'une Princeffe , qui fe jette dans les bras
de fon amie , mais une Princeffe affable ,
tendre , affectueuse.
On lira avec autant de plaifir , dans la
quatrième Partie , la nouvelle Fanny , qui
rappelle l'Anecdote de ce nom , fi intéreſfante
& fi connue , qu'on lit à la tête des
Épreuves
DE FRANCE. 121
Épreuves du Sentiment ; Almozar , ou la
Fidélité à fa parole ; Riédezel ; le Respect
Filial, &c. Enfin ces deux Parties font dignes ,
en un mot , de l'Ouvrage & de fon Auteur.
OBSERVATIONS fur la Manipulation
& la propriété de l'Huile de Faine , par
M. Carlier. A Paris , chez Barrois l'aîné ,
Libraire , Quai des Auguftins , du côté du
Pont S.. Michel.
ود
»
་་
22
" LE hêtre , ou fan , produit la faine.
» Cet arbre fe forme , pouffe & s'élève fans
labour , dans les bois & dans les lieux in-
» cultes. C'eft l'olivier des climats froids.
Soumile à une manipulation convenable
, la faine rend une huile douce &
» bonne à manger , comme celle de l'olive..
La fabrication, en eft différente. L'huile
d'olive nouvelle eft plus agréable ; elle
perd de fon prix , & ceffe d'être bien
laine érant furannée. L'huile de faine , plus
elle eft vieille , meilleure elle eft . On peut
auffi en faire ufage fur le champ ; elle eft
délicate à cinq ans , fe foutient dix , vingt
» ans , & au- delà , fans altération . »
"
"
""
"
33
"
T
Le but de l'Auteur et de prévenir la perte
d'une immenfe quantité de matières wiles
obtenues fans frais de culture , d'indiquer
les moyens de les rendre propres à des ufages
de fecondè néceffité. Mes vûes , dit il ,
(P. S. ) tendent à deux fins , l'une d'enfeigner
la meilleure manière d'extraire Fhuile
N°. 9 , 21 Février 1784.
E
122
MERCURE
de la faine , pour la rendre bonne à manger ;
l'autre , d'en étendre la connoiffance aux
cantons où elle cft ignorée.
Ces vûes nous ont paru bien remplies ,
dans un ftyle net , précis & propre à la
choſe.
On traite , dans une première partie , du
hêtre & de fes propriétés , de la faine & de
fa formation , de la manière de la ramaffer
& de la difpofer au moulage.
La deuxième partie contient la defcription
d'un'moulin
à extraire l'huile de la faine,
& l'expofition
des règles qui conſtituent la
meilleure manipulation
. L'huile bien faite
obtient un nouveau degré de bonté , en la
tranfvaſant à propos. Il en eft de cette huile
comme des grands vins que l'on gagne à
garder , & que les bonnes caves perfectionnent.
L'Auteur
indique dans la troisième
partie
les moyens d'augmenter
le produit de l'huile
de faine. Il rejette les prix & les diftinctions
comme des expédiens
infuffifans
pour en accroître
la quantité. Nous difcutions
, il y a
quelques mois , * l'opinion
de l'Anglois Fer
guffon , fur l'influence
des faveurs , pour l'avancement
des Sciences & des Arts . Dans
l'examen
des moyens de perfectionner
la
qualité de cette forte d'huile , & d'en aug- menter le produit , M. Carlier femble exclure
les prix & les récompenfes
. « Je ne
* Nº . 41 , page 80 .
DE FRANCE.
123
"
63
propoſerai , dit- il ( page 77 ) ni prix ni
diftinctions. Ces prétendus encourage-
» mens font prefque toujours accordés par
la faveur , & obtenus par l'intrigue . L'expérience
m'a convaincu , quant aux cam
» pagnes , que celui qui fait travailler eft
» ordinairement inepte à folliciter. Je ne
parlerai point de l'exemption des droits &
des impôts ; il faut que chaque Citoyen
» contribue aux charges de l'État . Je demande
feulement la liberté pour le Journalier
qui ramafle , & pour le Meunier
fabriquant, "
99
33
La feule facilité qu'il réclame pour les ramaffeurs
, eft un adouciffement aux difpofitions
de l'Ordonnance de 1669 , tit. 27 ,
arr. 27 , qui défend d'abattre & de ramaffer
le gland & la faine. Il demande pour les
Meuniers fabricans , une liberté d'abonne
ment qui les mette à l'abri des vexations &
des pertes,
D'après l'expofé des pratiques fitées pour
recueillir la faine , en tirer une huile fine &
pure , tour particulier aifé , Propriétaire ou
Fermier , doit être feduit par l'appât d'un
profit prefqu'évident , en faífant valoir le
produit des hêtres de fes forêts.
L'Auteur les avertit d'être en garde contre
ces fortes d'entrepriſes . Il démontre que le
fort & le fuccès font entre les mains des
gens du commun peuple , qui ramiffent
pour leur compte , & des Meûniers qui
achettent & moudent pour revendre .
Fij
124 MERCURE
L'huile faite & gardée avec toutes les con
ditions requifes , entre en concurrence avec
celle d'olive pour nos befoins ufuels . Elle
donne un goût délicat aux fritures , à la pâtiflerie
, même aux potages maigres.
Ce liquide onctueux ne fût il confidéré
que dans l'état d'imperfection où le peuple
l'emploie en plufieurs parties du Royaume ,
c'eft rendre à la Soci té un fervice fignalé
que d'en étendre la connoiffance aux pays
foreftiers , où l'on n'a pas d'idée de fon utilité
& de fa fabrication .
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LA première repréſentation de Chimène ,
qui a eu lieu le de ce mois , a eu un
fuccès auffi brillant que les Auteurs mêmes
pouvoient le defirer. I y a eu peu d'exemples
d'Opéras applaudis aufli continuement
& avec autant de tranfports ; & il y en a
peufans doute qui réuniffent plus de beautés ,
& de beau és d'un effet plus général & plus
féduifant.
L'Auteur du Poëme eft M. Guillard, à qui
nous devons l'Iphigénie en Tauride , mile
en mufique par M. Gluck , Opéra d'un genre
auffi nouveau que hardi , où le mot d'amour
n'eft pas prononcé , & où l'auftère fimpliDE
FRANCE.
125
cité de la Tragédie antique n'eft pas même
tempérée par ces ornemens acceffoires qu'on
a cru fi long - temps effentiels au Théâtre
Lyrique.
Nous ne croyons pas que le fujet du Cid
foit heureufement choifi pour un Opéra , ni
que M. Guillard l'ait conçu de la manière la
plus favorable au genre lyrique ; mais
nous ne croyons pas non plus qu'il mérite
tous les reproches que des Cenfeurs trop
rigoureux ont faits à fon Ouvrage .
Le grand intérêt de la Tragédie de Corneille
tient à la réunion des circonstances
qui en complètent l'action . Rodrigue & Chi
mène s'adorent ; leurs familles font d'accord ;
ils touchent au moment d'être heureux , une
querelle entre les deux pères furvient ; l'an
fait à l'autre un affront que l'honneur ne
peut pardonner ; Rodrigue , pour venger
fon propre honneur & celui de fon père ,
tue en duel le père de fa maîtreffe. Voilà
une grande révolution dramatique qui femble
élever une barrière infurmontable entre
les deux amans ; leur amour a intéreffé ; on
partage aifément le malheur qui les fépare ;
mais on fent que le vifintérêt qu'excite cette
fituation , tient au rapprochement de ce qui
l'a précédée & amenée.
Il étoit difficile fans doute au Poëte Lyrique
d'embraffer dans fon plan toute l'éten
due que Corneille a donnée à fa Tragédie ;
mais en rejerant dans l'avant - Scène ,
même à une époque déjà éloignée , les dé-
Fam
126 MERCURE
tails de la querelle & du combat , non- feulement
il s'eft privé des fituations les plus dramatiques
du fujet , telles que celles de Don
Diegue empruntant le bras de fon fils pour
venger ſon injure , & celle de Rodrigue obli
gé à fe battre contre le père de fa maîtreffe ,
au moment d'être uni avec elle ; mais il a
encore afforb i l'intérêt qu'infpire la fituation
des deux amans.
En commençant l'action au moment où
Pa prife M. Guillard , tout l'intérêt ſe réduit
avoit fi Chimène obtiendra la juftice qu'elle
follicite , ou fi Rodrigue obtiendra le pardon
de Chimène. Mais il n'y a point d'interêt aut
Théâtre fans incertitude , fans un balancement
alternatif d'efpérance ou de crainte .
Or il y a peu d'incertitude dans l'action du
nouvel Opéra ; on craint peu pour Rodrigue ;
Chimène dit elle - même qu'elle craint d'obtenir
la vengeance qu'elle follicite ; le koi
n'eft point difpofé à punir ce jeune Héros
d'une faute commandée par l'honneur ; la
fituation des deux Amans refte trop uniforme
jufqu'au troiſième Acte. La révolution
qui eft produite, par l'événement du combat
de Rodrigue & de Don Sanche , ne change
pas les fentimens des perfonnages , mais
détermine feulement le mariage des deux
Amans ; dénouement que les Spectateurs
n'ofent defirer , ni même approuver.
Si le Roi , dans la première Scène avec
Chimène , paroifſoit déterminé à lui accorder
juftice qu'elle demande , & à livrer
DE FRANCE. 127
Rodrigue à toute la févérité des Loix , peutêtre
que cette difpofition , en établiffant un
véritable danger pour Rodrigue , jetteroit
plus d'intérêt fur fon retous , & donneroit
plus d'effet à fa victoire , qui force le Roi
non- feulement à lui pardonner, mais même
à favorifer fon amour.
Maisen fuppofant que tous les défauts de
ce plan foient bien réels , il faut convenir
qu'il y a beaucoup de mérite dans la manière
dont M. Guillard y a fuppléé dans la
conduite & les détails de fon Poëme . La
marche en eft claire, fage & naturellement
graduée .
On a obfervé que l'expofition feroit obf
cure fi on ne connoiffoit pas le fujet. Cela
peut être mais on pourroit faire le même
reproche à d'autres Poëmes Lyriques qui ont
& qui auront toujours du fuccès. C'eft le
grand avantage des fujets connus , où le
Poëte eft difpenfé de beaucoup de détails ,
de récits & de préparations , qui allongent
&. refroidiffent la Scène , parce que la mu
fique ne peut les rendre avec intérêt.
Le premier Acte nous a paru bien fait ;
l'action & les caractères y font bien développés
: la Scène de Chimène & de Rodrigue eft
intéreffante & bien coupée pour la musique.
L'invraisemblance de la Scène de Don Diègue,
qui ayant appris l'arrivée inattendue des
Mores , raffemble fes amis dans le Palais du
Roi pour marcher de là contre les ennemis ,
fans vouloir en prévenir le Roi même, eft un
FIV
128
MERCURE
de ces facrifices que le Poëte eft obligé de faire
à la néceffité d'avoir des choeurs dans un
Opéra; mais fous ce point de vue la Scène eft
bien faite , & produit de l'effet.
Le fecond Acte a peu d'intérêt, parce que
la fituation des deux Amans refte à- peu près
la même , malgré la victoire de Rodrigue ;
mais l'Auteur a cherché à réparer ce defaut
par le mouvement & par le fpectacle.
La fituation de Chimène au troisième Acte ,
prend un intérêt plus vif par l'anxiété où
la jette l'événement du combat de- Rodrigue
avec Don Sanche. Cet intérêt deviendroit
beaucoup plus touchant , fi l'arrivée de Don
Sanche , qui fait croire à Chimène que fon
Amant a péri dans le combat , étoit motivée
d'une manière plus claire pour les Spectateurs,
Peut- être que cet incident étoit en foi
peu propre à être rendu dans une Scène en
mufique ; l'effet qui en réfukte , & plus encore
la longueur déplacée du rondeau que
chante enfuite, Chimène , empêchent que le
dénouement n'ait la chaleur & la rapidité
dont il fercit fufceptible.
Quant au style de cet Ouvrage , il rous
femble qu'il a été jugé avec une rigueur
exceflive & peu équitable. Nous avons
trouvé écrit en général avec une clarté , une
correction , une fimplicité noble , fort rares
dans les Opéras nouveaux ; l'Auteur a le fentiment
de l'harmonie & un bon goût de verfification
; & quoique fa Poélie n'ait pas
affez la molleffe & la flexibilité qu'exige le
DE FRANCE. 129
genre lyrique , les morceaux deftinés au chant
font fonvent coupés & écrits d'une manière
très officieuſe pour le Muficien.
Le fujet de la cavatine fuivante préfente
un fentiment naturel & doux , dont l'exprefflon
étoit très- propre à infpirer au Compofiteur
l'air charmant qu'il a attaché aux
paroles.
Tout ce qui dut me rendre heureux ,
Tout ce que j'aimai dans la vie ,
Le doux charme des plus beaux noeuds ,
Je perds tout pour jamais , Chimène m'eft ravie .
Cet autre couplet de Rodrigue eft coupé
dans la forme la plus régulière & la plus favorable
pour un grand air.
On dira qu'épris de Chimène ,
Mais fans efpoir de la féchir ,
Rodrigue a mieux aimé mourir ,
Que vivre chargé de fa haine.
On dira que malgré l'Amour ,
L'honneur l'emporta dans fon âme ;
Que , forcé d'éteindre fa flamme ,
Il voulut perdre auffi le jour.
Nous croyons inutile de relever ici quelques
négligences , quelques expreflions impropres
, quelques tournures trop communes
, fur lefquelles la févérité du Public nous
a prévenus.
Nous renvoyons au Mercure prochain les
F.v
130
MERCURE
détails de l'exécution de cet Opéra. Quant à
la mufique , nous nous contenterons de dire
ici , qu'il n'y a qu'une voix fur la beauté &
la variété des chants , fut la richeffe , la grace
& le brillant des accompagnemens ; nous ne
nous permettrons d'y faire quelques obfervations
qu'après y avoir donné toute l'atten- -
tion qu'exigent le fuccès de l'Ouvrage & le
mérite fupérieur de M. Sacchini.
ON a annoncé dans le Mercure l'Arrêt
du Confeil d'État , dans lequel le Roi
fonde des prix d'encouragement pour les
meilleurs Poëmes deftinés au Théâtre de
l'Opéra. Le Miniftre actif & éclairé , qui a
propofé à Sa Majefté ce moyen de concourir
à l'amélioration d'un Spectacle auffi intéreffant
pour le progrès des Arts , qu'agréable
au Public , a fait en conféquence un réglement
général , dont nous allons tranfcrire ich
les articles relatifs au jugement des Poëmes
Lyriques que les Auteurs voudront envoyer
au concours.
ARTICLES relatifs au jugement des Prix.
ARTICLE PREMIE R.
MM. Thomas , Gaillard , Arnaud , de Lille
Suard , Champfort & le Mierre , de l'Académie
Françoile , ayant été invités par le Miniftre , au nom
du Roi , à fe charger de l'examen des Poëmes Lyfiques
, deftinés à concourir aux prix fondés par Ša
DE FRANCE. 130
Majefté , fuivant l'article 2 de l'Arrêt du Confeif
d'État du Roi du 3 Janvier 1784 ; ils ont accepté
cette marque de confiance , & fe font engagés à y
répondre par le zèle , l'attention & l'impartialité
qu'ils apporteront à l'examen des Ouvrages envoyés
au concours.
ARTICLE I I.
1
LES Auteurs d'Ouvrages qui , étant mis en mufique
, devront avoir la durée ordinaire du Spectacle
, qui fe propoferont de concourir , feront tenus
d'envoyer leurs Poëmes avant le premier Décembre
prochain, à M, Suard , l'un des Examinateurs, chargé
de faire les fonctions de Secrétaire du Comité. Les
Ouvrages pour les années fuivantes feront de
même envoyés avant l'époque du premier Dé
cembre.
ARTICLE III.
LES Auteurs auront foin de ne fe faire connoître
ni directement ni indirectement ; ils fe contenteront
de mettre une de ife à la tête de leurs Poëmies , &
' d'y joindre , s'ils le defirent , un papier cacheté qui
contiendra leur nom & leur devife.
ARTICLE I V.
LES Examinateurs s'affembleront dans le courant
du mois de Décembre , où & quand ils le jugeront
à propos , & ils procéderont au jugement dans les
formes qui leur paroîtront le plus convenables ; mais
ils donneront un avis motivé , non -feulement fur les
Ouvrages qu'ils auront jugés dignes des prix & de
l'acceffit , mais encore fur ceux qui , moyennant
des corrections , leur paroîtront fufceptibles d'être
mis au Théâtre avec fuccès..
.F vj
132 MERCURE
1
ARTICLE
f
V.
LORSQUE les Examinateurs auront terminé
leur examen & prononcé leur jugement , ils en
adrefferont ou remettront le réfultat au Secrétaire
d'Etat au département de Paris , qui fera connoître
par la voie des Journaux les titres des Ouvrages
couronnés , & les Prix feront remis par le Miniftre
aux Auteurs qui les auront remportés . On rendra
aux Auteurs les copies de leurs Poemes , avec les
obfervations du Comité fur ceux qui en auront paru
fufceptibles.
ARTICLE V I.
LES Examinateurs voulant bien confacrer une
partie de leur tems à feconder les vues du Roi , pour
donner à l'Académie Royale de mufique tout le degré
de perfection defirée pour la fatisfaction du Public
& le progrès des Arts , ils jouiront de leurs entrées
aux Loges & Amphithéâtre , les jours de repréfentations
d'Opéra , & ils font invités à fe trouver, le plus
fouvent qu'il leur fera poffible , aux répétitions des
Ouvrages nouveaux , contribuer
pour
leurs avis
par
au fuccès de la mife de ces Ouvrages au Théâtre.
VARIÉTÉ S.
LETTRE au Rédacteur du Mercure
Vous vous faites , Monfieur , un devoir d'évers
impartial. J'ofe vous adreffer , pour votre Journal ,
cette Lettre , cu je relève une erreur de votre No. 5.
Vous y dites que l'Auteur des Vues Patriotiques
fur l'Éducation du Peuple , ne veut pas que le Peuple
DE FRANCE. 133
foit inftrait. Cependant , j'ouvre fon Livre à la page
13 , & j'y trouve ces propres mots : « Je conviens
que le Peuple doit être inftruit , fi l'on entend
- par- là qu'il faut lui apprendre à connoître les
so chofes qui peuvent influer fur fon bien - être , fa-
» çonner fon âme à la vertu , former fes organes
» aux différentes profeffions qui lui font propres ,
Oui, l'âme ne fauroit trop développer la bonté morale
& fa bonté phyfique , multiplier les inftru-
» mens de fa fortune & de fon bonheur . En ceci
l'ignorance n'eft bonne à rien , & l'erreur eft
dangereufe.
"
30
» Mais à ce mot d'inftruction , fi l'on attache
» l'idée d'étude des Langues , des Sciences , des Lettres
, des Beaux- Arts , fans contredit on deir l'éloi
gner du Peuple , &c. »
Cette feconde affertion de l'Auteur eft appuyée du
fentiment de Montagne , de celui de M. le Comte
d'Argenfon , de celui de M. de la Chalotais , qui
dit : Le bien de la Société demande les con-
» noiffances du Peuple ne s'étendent pas plus loin
» que fes occupations. >>
33
C que
L'Auteur des Vues Patriotiques les étend bien
au-delà ; il ne faut que lire la quatrième page de fon
Ouvrage. Pourquoi donc avancer que cet eftimable
Écrivain , qui ne travaille que pour ménager des
inftructions au Peuple , ne veut pas que le Peuple
foit inftruit ?
Je ne parle point des autres inculpations que lui
fait votre extrait. Il me feroit facile de montrer
qu'elles ne font pas juftes , ou qu'elles font exagérées
; & que malgré tout l'efprit qui règne dans
votre rapide analyfe , vous n'avez pas rendu affez
de juflice à ce bon Ouvrage. Mais je n'écris point
pour défendre l'Auteur que je ne connois pas ; je
༣། ད
114 MERCURE
D'ai cherché qu'à rendre un foible hommage à la
vérité , que j'aimerai toujours.
J'ai l'honneur d'être , &c. PHILOTÊTE .
RÉPONSE à la Lettre de l'Ami
des Enfans *.
J'Ax lt , ami Berquin , la Lettre que vous avez
écrite à vos chers Élèves , & Maman me permet
'd'y répondre pour mon compte. Vous allez done
reprendre votre travail pour nous ! Que je vous
remercie de vous occuper encore de nos plaifirs ! Je
vous demande pardon de me fervir du mot de
plaifirs pour cela ; ce n'eft pas , à ce qu'on dit ,
pour nos plaifirs feuls que vous travaillez ; on présend,
quand je vous ai lê , que je fuis plus inftruite;
cela fe peut ; mais moi , je m'apperçois feulement
que je me fuis amuſée. Voilà ce que je fens ,
& je ne voudrois pas vous mentir ; car cela vous
fâcheroit. Oh ! fi vous faviez combien j'ai eu de
chagrin depuis que vous aviez ceffé de nous envoyer
notre petit Ami à la fin de chaque mois ! Je
le demandois tous les matins , tous les foirs & à
dîner. Je ne favois que penfer , & tout ce qu'on me
difoit là deffus ne me confoloit point . Je craignois
quelquefois que vous ne fuffiez malade ; d'autres
fois je difois : Eft-ce que notre ami Berquin nous
boude , ne nous aime plus ? Quelquefois auffi
j'avois peur d'avoir fait quelque faute dont on
vouloit me punir en me retenant mon petit Livre ;
* Elle a été inférée dans la Partie Politique de ce
Journal. M. Berquin y promet , pour le premier Mars ,
un nouveau Cahier de fon utile & intéreffant Ouvrage.
DE FRANCE. 135
enfin depuis que je ne vous lifois plus je croyois
qu'on m'avoit inife eq pénitence .Un jour dans cette
idée j'ai été trouver Maman ; je me fuis mife à
genoux; je pleureis : Maman , lui ai- je dir , eft- ce
que j'ai fait quelque chofe qui ne foit pas bien , qui
vous ait fâchée ? C'eft pour cela peut-être qu'on ne
me donne plus mon petit Livre de tous les mois ?
Ah ! pardon , Maman , pardon ! Faites - le moi rendre
. Maman m'a embraffée , m'a confolée , m'a dit
qu'elle étoit toujours contente de moi ; mais qu'elle
avoit envoyé à l'endroit où le faifoit le petit Livre ,
& qu'on lui avoit dit que vous n'en donneriez plus.
Oh! ce mot m'a fait bien du mal ; je pleurois , même
tandis que Maman me baifoit . Il n'en donnera plus ,
ai-je dit ! & pourquoi donc cela ? Eft- ce que les Enfans
cette année- ci ne font pas auffi fages que l'année
paffée ? Maman m'a baiſée encore ; mais j'étois toujours
bien trifte.
Enfin elle m'a fait appeler hier , m'a dit qu'on
s'étoit mal expliqué , & que vous alliez recommencer
à travailler pour nous . Elle m'a fait lire dans un
autre Livre une Lettre que vous écrivez à vos petits
Amis. Oh! cette Lettre m'a fait pleurer encore ;
mais ce n'étoit plus de même ; car j'avois bien du
plaifir en la lifant. Je vous en prie , n'oubliez pas ,
ami Berquin , que vous nous avez promis un Volume
pour le premier Mars . Je m'en vais lire les autres en
attendant , quoique je les fache prefque par coeur.
Vous nous avez appris qu'il y a bien du plaifir à
fe faire aimer ; oh ! que vous devez en avoir vousmême.
Je vois que toutes les mamans vous aiment ,
parce que vous aimez bien les enfans . Eiles difent
qu'elles vous ont tout plein d'obligations ; & je le
crois ; car je vous en ai beaucoup auffi , depuis que
je fuis , &c. L'un de vos Amis *** .
136 MERCURE
ΑΝΝΟΝ CES ET NOTICES.
REPERTOIRE Univerfel & raiſonné de Jurifprudence
Civile , Criminelle , Canonique & Bénéficiale
; Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes , mis en
ordre & publié par M. Guyot , Écuyer , ancien Magiftrat
, nouvelle Edition , corrigée & augmentée
tant des Loix nouvelles que des Arrêts rendus en
matière importante par les Parlemens & les autres
Cours du Royaume depuis l'Edition précédente .
A Paris , chez Vile , rue de la Harpe , près de la
rue Serpente , & chez les principaux Libraires des
Provinces de France.
Nous rendrons par la fuite un compte détaillé de
ce Livre , dont l'objet eft d'autant plus utile & inté
reffant , qu'il confifte dans le développement des
règles auxquelles chacun eft obligé de fe conformer
pour défendre ou conferver , felon les circonftances ,
fon honneur , fa vie & fa fortune. Nous nous bornerons
aujourd'hui à tranferire le Proſpectus publié
pour en propofer une nouvelle Edition in 4º . Le
voici :
On fait que cet Ouvrage einbraffe , comme le
titre l'annonce les loix civiles , les loix criminelles
les loix eccléfiaftiques , les loix fifcales , les loix mu
nicipales , les loix du commerce , les loix foreftières ,
les loix militaires , les formes de procéder dans les
différens Tribunaux & en général toutes les parties
de la vafte Science du Droit ; on s'eft fur- tout attaché
à en écarter les erreurs & fréquentes dans les
Livres de Jurifprudence ; on s'eft aufli fait un
devoir de traiter chaque objet avec concifion , &
cependant avec affez d'étendue pour faire connoître
les différens rapports fous lefquels il peut être apDE
FRANCE, 137
perçu . Un long détail fur l'exécution du plan feroit
ici fuperflu ; on peut voir à cet égard le Profpectus
de la première Edition ; mais nous nous croyons
obligés de publier les noms des Jurifconfultes qui
ent coopéré avec l'Editeur à la compofition du
Répertoie. En voici la liste alphabétique .
MM. Affelin , Avocat en Parlement , Berthelot ,
Docteur en Droit , Agrégé de la Faculté des Droits
de Paris , & Cenfeur Royal ; Bertholio , ( l'Abbé )
Avocat au Parlement de Paris ; Boyſou , Avocat au
Parlement de Paris ; Bugniatre , Avocat en Parlement
; Dareau , Avocat en Parlement ; de Corail
de Sainte Foi, Avocat au Parlement de Touloufe ;
de la Croix , Avocat au Parlement de Paris ; de
Mirbeck , Avocat aux Confeils , & Secrétaire du
Roi ; de Polverel , Avocat au Parlement de Paris ;
de Rogéville , Confeiller au Parlement de Nancy ;
Defeffarts , Avocat & Membre de plufieurs Acadé
mies de Vogelle, Avocat au Parlement de Paris
du Caurroi de la Croix , Lieutenant - Général du
Bailliage d'Eu ; François de Neufchâteau , Docteur
en Dreit , Procureur- Général du Roi au Confeil Souverain
du Cap François ; Garat , Avocat au Parlement
de Paris ; Garran de Coulon , Avocat au Parlement
de Paris ; Gilbert de Marette , Avocat au Par
lement de Bretagne ; Guénard de Life , Confeil-
Jer au Bailliage & Siège Préfidial de Chaumont
en Bafligny ; Henrion de Penfey , Avocat au Parlement
de Paris ; Henrion de Saint- Amand , Avocat
aux Confeils du Roi ; Henriquez , Avocat & Procureur-
Fifcal de S. A. S. Mgr . le Trince de Condé , à
Dun ; Henry , Avocat au Parlement de Paris ;
Lacretelle , Avocat au Parlement de Paris ; la Forêt ,
Avocat au Parlement de Paris ; Lambert , Avocat
& Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Mgr.le
Prince de Condé ; Lanjuinais , Avocat & Docteur-
Régent en Droit des Facultés de Rennes ; Laubri,
138 MERCURE
( l'Abbé ) Avocat au Parlement de Paris ; Lhuillier,
Avocat en Parlement ; Merlin , Avocat au Parle
ment de Flandre , & Secrétaire du Roi ; Minier ,
Avocat au Parlement de Paris ; Montigny , Avocat
au Parlement de Paris ; Piales , Avocat au Parlement
de Paris ; Remy , ( l'Abbé ) Avocat au Parle
ment de Paris ; Roubaud , Avocat en Parlement ;
Sanfon Duperron , Avocat aux Confeils du Roi ,
Truchon , Avocat au Parlement de Paris.
Nous ne nous permettrons pas d'apprécier la méthode
dont chacun de ces Jurifconfultes a fait uſage
dans fon travail , mais nous pouvons affurer qu'au
cun d'eux ne s'eft occupé que d'objets relatifs à fes
études & à fes connoiffances particulières.
"
L'Approbation donnée par le Cenfeur Royal , qui
a été chargé de l'examen de l'Ouvrage , eft ainfi
conçue : « J'ai lû , par ordre de Mgr. le Garde des
Do Sceaux de France , le Livre intitulé : Répertoire
Univerfel & raifonné de Jurifprudence Civile ,
Criminelle , Canonique & Bénéficiale , & nonfeulement
je n'y ai rien vû qui ait dû en empêcher
la publication , mais encore il m'a paru que Ies
principes du Droit y étoient expofés avec clarté ,
que les conféquences en étoient bien déduites ,
» que la doctrine y étoit pure , la logique folide ,
& la critique faine & lumincufe ; enfin , que ce
grand Ouvrage , auquel ont coopéré des Juriconfultes
célèbres par leur réputation & leurs
» Écrits , étoit d'une utilité fenfible , & méritoit du
Public un accueil favorable.
55
အ
» A Paris , &c . Signé , Coqueley de Chauffepierre. »
Motifs & Conditions de la Soufcription.
L'Edition in- 8 ° . du Répertoire de Jurifprudence
en foixante-quatre Volumes étant épuifée , on a
penſé qu'on le conformeroit à l'intention du Public
DE FRAĆ NE. 139
fi l'on réimprimoit cet Ouvrage dans le format
in-4° . Cette idée s'eft fortifiée quand on a vû que
ce format feroit d'un ufage plus facile , & que
l'Exemplaire coûteroit beaucoup moins que celui de
l'Edition in - 8 ° . Pour procurer au Public ce dernier
avantage , il a fallu employer dans la nouvelle
Edition un caractère moins étendu que le cicéro
dont on s'eft fervi pour l'Edition précédente. Par le
moyen de ce nouveau caractère , que les Impri
meurs appellent petit romain , l'Exemplaire du Répertoire
in-4° . ne contiendra , quoiqu'il y ait des
augmentations confidérables , qu'environ feize à
dix -fept Volumes. It coûtera 156 liv. payables ,
favoir , 12 liv. en foufcrivant , & pareille fomme
en recevant chacun des douze premiers Volumes :
les autres feront livrés gratis .
La foufcription fera rigoureufement fermée le
premier Avril prochain ; cependant depuis cette
époque jufqu'au moment où les Volumes gratis
paroîtront on fera encore admis à foufcrire ; mais le
premier payement fera de 24 livres au lieu des
12 liv. que doivent payer les premiers Soufcripteurs.
Quand l'Ouvrage entier fera imprimé , on en
fixeia le prix pour les Perfonnes qui n'auront pas
fouferit , & ce prix excédera celui des foufcriptions.
L'Ouvrage fera diftribué dans plufieurs Imprimerics
, & livré en entier dans le cours de quinze ou
dix -huit mois , au plus tard. On publiera au moins
un Volume par mois.
Chaque Exemplaire de la première Edition ayant
coûté en feuilles 300 liv. à ceux qui en ont acheté
fans foufcrire , il convient que cette Edition ne
perde rien de fon utilité ; ainfi on prévient les
Perfonnes qui fe la font procurée qu'on réunira
pour leur ufage dans un Supplément les correc
tions & augmentations qui auront été faites à la
nouvelle Edition.
140 MERCURE
N. B. Les Perfonnes qui voudront foufcrire ,
pourront s'adreffer indifféremment aux Libraires
correfpondans du fieur Viffe , ou au fieur Ville
même. Celles qui s'adrefferont à fe dernier recevront
l'Ouvrage franc de port par la pofte fans
aucune augmentation du prix de la foufcription,
ON vient de mettre en Vente à l'Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , le Neuvième & dernier Volume de
Hiftoire Naturelle des Oifeaux , in- 4 ° . Prix , 15 liv.
en feuilles ; 15 liv. 10 fols broché ; 17 liv. relié .
Le Vingt- troisième Cahier des Quadrupèdes , imprimés
en couleur ; prix , 7 liv . 4 fols .
ΘΙ Loix Pénales dans leur ordre naturel , préfentées
à lafuite du Tableau comparatifdes Vertus , des
Devoirs & des Vices , dédiées à MONSIEUR , Frère
du Roi , par M. Dufrichè de Velazé . A Paris , quai
des Auguftins , au bas du Pont- Neuf."
Neus rendrons compte de cet Ouvrage , qui eft
important par fon objct. On trouve à la même adreffe
le véritable Almanach de Liége , l'Aimenech Américain
, l'Etat des Cours de l'Europe , Almanach
du Commerce , les Étrennes du Printemps , ou Propriétés
des Plantes ufuelles , l'Almanach de Gotha &
les Paffions dujeune Werther, in- 8 ° . 2 vol . br. 3 liv .
REFLEXIONS Philofophiques fur le Plaifir,
par un Célibataire , troisième Édition , revue avec
fein , corrigée avec docilité , & augmentée de cinq
ou fix petits Morceaux qui n'avoient point encore
paru . Prix, i livre 10 fols à caufe des augmentations
. A Lauſanne en Suiffe ; & fe trouve à Paris ,
chez l'Auteur , rue des Champs- Élysées , Fauxbourg
Saint Honoré ; la Veuve Duchefne , Libraire , rue
Saint Jacques; Lejay, rue Neuve des Petits - Champs ;
Bailly , rue Saint Honoré; la Veuve Efprit , au Pa
DE FRANCE. 141
lais Royal ; quai des Théatins , & quai de Gèvres.
Cette troisième Édition eft augmentée d'un Avis
des Libraires , d'un Avis aux Soufcripteurs du Journal
de Neufchatel, d'un Avertiffement des Editeurs ,
d'une Réponse de l'Auteur anx Editeurs , de Préliminaires
indifpenfables préfentés par l'Auteur à
ceux qui voudront bien acheter fon Livre , & principalement
le lire , d'un premier Dialogue cntre l'Auteur
& Editeur , & d'un fecond Dialogue entre
l'Auteur & le Public.
Tout cela eft très - propre à égayer l'Ouvrage , &
fera grand plaisir à ceux qui ne l'avoient trouvé que
raifonnable ,
LES bonnes Gens , ou Boniface à Paris ,
Comédie en un Acte & en profe , par M. Guillemain,
repréfentée pour la première fois à Paris fur le
Théâtre des Variétés amufantes , le 26 Mars 1783 .
Prix , 1 livre 4 fols. A Paris , chez Cailleau , Imprimear-
Libraire , rue Galande,
Cette Comédie eft une de celles qui ont attiré
Je plus d'affluence au Théâtre des Variétés. L'Auteur
y a voulu peindre une famille de bonnes Gens ,
& il l'a fait d'une manière intéreffante & théâtrale.
Marguerite , d'un caractère aimable & naïf,
eft mariée à Ambroife , qui fert comme elle dans
l'auberge où loge Boniface Pointu avec fa famille ,
c'eft- à - dire , fa femme , fa fille & for gendre qu'il
a menés voir Patis . Ambroife ne pouvant payer les
mois de nourrice d'un enfant qu'il a , eft arrêté en
fortant de la. maifon , & la pauvre Marguerite en
apprenant cette nouvelle tombe dans la plus profonde
douleur. Cette fituation amère des actions
qui prouvent qu'un même efprit de bienfaifance &
de générofité anime Boniface & fa famille. La
trifte Marguerite confie d'abord fon chagrin à la
142
MERCURE
jeune fille de Boniface , qui lui donne , pour déli
vrer fon mari , fa bourfe avec cinq louis qu'elle
avoit reçus de fon père pour fes menus plaifirs . Un
moment après un Commiſſionnaire de la maifon
apprend au gendre la détention d'Ambroife , & le.
gendre lui donne auffi fa bourfe avec ordre d'aller
le faire fortir de prifon. De fon côté Ambroife fe
voyant arrêté a écrit à Boniface lui- même , dont il
connoît le bon coeur , & Boniface prend bien vite
une voiture pour aller chercher le Prifonnier. Enfin
l'Hôte en caufant avec Mme Boniface lui raconte
le malheur d'Ambroife & de -Marguerite , & Mme
Boniface met , auffi dans la main de l'Hôte unc
bourfe pour ces infortunés. Les quatre Bienfaiteurs
n'ont fait confidence à perfonne de leur générofité ,
& tout ne fe découvre que par l'arrivée d'Ambroise
qui revient avec Boniface fon Libérateur , car ce
dernier a été plus prompt ou plus heureux que les
autres ; il a rendu la liberté à Ambroife , même
evant qu'on l'eût mis en prison.
Ce fujet eft heureux , & la Pièce eft eftimable par
la vérité des fentimens & le naturel du dialogue.
On trouve auffi chez le même Libraire & par le
même Auteur l'Amant de retour , Comédie en un
Acte & en profe, repréfenté pour la première fois
à Paris fur le même Théâtre , le 11 Mars 1780.
Le fujet de celle- ci eft moins faillant que celui de
la précédente. C'est un foldat qui quitte fa maî
treffe pour aller à la guerre , qui fe diftingue par fon
courage, & revient enfuite l'époufer à la barbe d'un
tival qui avoit fu gagner l'efprit du père & de la
mère ; on a d'autant moins de peine à congéd er ce
dernier , que la jeune fille aime toujours fon premier
Quoique ce fonds là foit moins piquant ,
on reticuve dans la Pièce la même vérité de peirture
& de flyle que nous avons remarquée dans
ainant -
DE FRANCE. 143
celle des bonnes gens . L'Auteur a très - bien fail
dans l'une & dans l'autre le ftyle & le fton des Per-
Lonnages qu'il a mis en scène.
ETRENNES de Guittare, ou Recueil des plus
jolis Couplers qui aient paru dans l'année , mis en
mulique & arrangés expreffément pour cet Inftrument
par M. Porro , Maître de Chant & de Guittare
. Prix , 4 livres 16 fols . A Paris , chez l'Auteur ,
rue Tiquetonne , n ° . 19 , & chez Baillon , Marchand
de Mufique , rue Neuve des Petits- Champs , au
coin de celle de Richelieu.
Ces Airs nous ont paru jolis , & particulièrement
une Romance intitulée : Le Berger Espagnol
DEUXIENE Concerto pour le Clavecin ou le
Forte-Piano , deux Violons , Alto & Bife , par
M. Lepin, Prix , 3 livres 12 fols. A Paris , chez
l'Auteur , rue de la Tifferanderie , au coin de celle
des deux Portes.
TROTS Sonates pour la Harpe , avec Accom
pagnement de Violon par M. Burckhoffer
uvre XX. Prix , 6 livres. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Royale , Porte S. Honoré , maifon de M. Lucotte
; Coulineau , Luthier de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'Ecole
·
TROIS Concertos pour Flûte principale & grana
Orchestre ,, par M. Harteman de Saxe Altenburg,
Prix , 4 liv. 4 fols chaque. A Paris , chez M'le G
rard , Marchande de Mufique , rue de la Monnoye ,
à la Nouveauté.
Le nom & la patrie de l'Auteur font des préju
gés en faveur de fon Ouvrage,
TROIS Sonates pour le Forte - Piano , avec Vio
144 MERCURE
€
lon obligé pour la première , par M. Neveu , Clavecinifte
de Mgr. Comte d'Artois , OEuvre II. Prix ,
6 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue de Tournon , au
coin de celle du petit Bourbon.
f
JOURNAL de Violon , dédié aux Amateurs ,
compofé d'Airs d'Opéras férieux & comiques , Airs
de Ballets , Ariettes Italiennes , Vaudevilles , & c . arfangés
par les meilleurs Maîtres pour deux Violons
ou Violoncelles . On mettra tout le Chant dans le
premier Deffus pour que ces Airs pu flent ſe jouer
par un Violon & un Violoncelle. Ce Journal paroît
le premier de chaque mois , Prix , 1 livres . Chaque
Cahier féparé 2 livres. A Paris , chez le fieur Bornel
l'aîné , Marchand de Mulique , & Receveur des
Loteries , rue des Frouvaires , près S. Euftache.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
T A BLE
ODE contre le Jeu' ,
Chanfon du Droit du
gneur ,
971 fible ,
118
Sei- Obfervations fur la Manipu
102lation & la Propriété de
Charade, Enigme & Logogry- l'Huile de Faine , 121
phe 104 Acadim . Royale de Mufiq. 24
Differtation fur Berfe ,' 106 Variétés ,
Delaffeniens de l'Homme Sen- Annonces & Notices , 136
APPROBATION.
T
132 , 134
Alu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Février. Je n'yai
rien trouvé cui oniffe en empècher P'impreſſion . A Paris ,
le 23 20 Février 174 GUIDI.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 28
FÉVRIER 1784.
PIÈCES
FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE à M. BERQUIN , Auteur
d'Idylles , & d'un Ouvrage Périodique ,
intitulé: L'Ami des Enfans.
O
TOI, dont la vertu dirigea les pinceaux ,
Aimable Geffner de la France ,
Qui , par les traits de l'innocence ,
Sus de la fimple Idylle embellir les tableaux ,
Que j'aime tes frais payſages !
Par- tout du fentiment heureux deffinateur ,
Tu te plais à tracer les touchantes images
Des champêtres réduits qu'habite le bonheur ;
L'Amour dans tes Écrits n'eft point ce Dieu trompeur ,
Que gage l'intérêt , qu'avilit la licence ;
Tout parmi tes Bergers refpire la candeur.
Nº.
9 , 28 Février 1784. G
146
MERCURE
1
Sur leurs fronts ingénus , où brille la décence ,
Se peint en traits de feu la naïve pudeur.
De l'antique âge d'or c'eſt l'emblême fidèle ;
Ton coeur de la copie a fourni le modèle ;
Et dans tes vers charmans ce fonge accrédité
Fait confondre l'erreur avec la vérité.
Du moins fi la peinture en étoit menſongère ,
Dieux ! avec quelle ardeur s'embraffe ta chimère ,
Berquin ; tu méritois de le renouveler ,
Cet âge , que nos voeux ne fauroient rappeler ,
Tu nous rapproches tant de la fimple Nature ;
Ta Mufe fans apprêts compofant la parure ,
Craignit qu'on l'admirât , voulût fe faire aimer ;
En dédaignant de plaire , elle a fu nous charmer.
Et quel éclat flatteur en tous lieux l'environne !
Qui n'envie en fecret les fleurs de fa couronne !
Touchés de la douceur de fes accords touchans ,
Les pères attendris apprennent aux enfans
A bégayer tes vers ; inftruiſent leur mémoire
A retenir les traits d'une piquante Hiftoire :
Pour donner même encor plus de poids aux leçons,
Et plier fans effort leurs jeunes paffions ,
Dans ces Drames naïfs , où l'auftère ſageſſe
Sourit au badinage , & ne voit rien qui bleffe ,
Où d'un chafte plaifir en goûte les douceurs ,
Où la vertu conduit tous les pas des Acteurs ,
Dans ces jolis Romans , adaptés à leur âge ,
Ils aiment à les voir jouer un perſonnage
DE FRANCE. 147
Ici , de l'infortune on va fécher les pleurs ;
Là , d'un vieillard infirme on calme les douleurs :
Leur coeur novice encor s'ouvre à la bienfaifance.
Pères , voilà les jeux qu'il faut pour leur enfance .
Ah ! béniffez cent fois le verrucux Auteur
Qui fut à vos enfans montrer le vrai bonheur
•
Pour moi , je lavouerai , j'ai répandu des larmes ;
Berquin du fentiment m'a fait goûter les charmes :
J'aurois voulu , c'étoit mon voeu le plus ardent ,
Pour être fon ami , redevenir enfant.
(Par M. l'Abbé d' Auriol de Lauraguél. )
VERS à M. DE LA HARPE , le lendemain
de la première repréſentation des Brames.
Tu viens d'expofer fur la Scène
Le tableau le plus impofant
Qu'ait jamais trace Melpomène ;
Un dur Tartare , un Conquérant
Vaincu par la ſageſſe humaine ,
Et le fils du fier Timur-Kan ,
Du trône abjurant l'héritage ,
A l'éclat des Rois préférant
L'honneur obfcur qui fuit un fage.
Que j'aime ce brave Obarès,
Dont la fermeté fans rudeffe
Arme la vérité des traits
D'une morale enchantereſſe !
G ij
148 MERCURE
Comme il ravit les coeurs François
Quand il peint un Roi fans foibleffe !
Ce portrait dans un autre temps
Eût paffé pour une chimère ,
Hier j'ai cru voir des enfans
Qui tous ont reconnu leur père.
( Par M. Dorfeuille. )
CHANSON à Madame L. V. D. T.
Sur l'Air: Je connois un Berger difcret.
ALISE qui règne dans ces lieux ,
Alife eft infenfible .
Le feu qui brille dans les yeux
Cache un coeur inflexible .
Cruel Amour , hélas ! pourquoi
Prodiguer tant de charmes.
A qui fe refufe à ta loi ,
Et fe rit de tes armes ?
EN VAIN pour foumettre les coeurs
A ton aimable empire ,
Aux attraits les plus féducteurs
Tu joignis ton fourire.
L'ingrate Alife par les mépris
Infulte à ta puiffance :
Tes faveurs deviennent le prix
De fon indifférence.
www
DE FRANCE. 149
Si l'on réfifte à ton pouvoir ,
Que deviendra ta gloire ?
Ah! puiffions-nous enfin la voir,
Te céder la victoire.
Pour nous venger de fa rigueur
Que ta brûlante flamme ,
Amour , s'allume dans fon coeur
Comme elle eft dans mon âme.
QUE durant les enchantemens
De la plus douce ivreſſe
Elle
regrette
les momens
Perdus pour la tendreffe ;
Et fi je fuis l'heureux Berger
Que fon amour préfère ,
Accorde-lui le don d'aimer
Comme elle a l'art de plaire.
(Par M. d'Eymar. )
D'un Paffage fur les Juifs Modernes .
DANSU
ANS un Ouvrage que fon titre & fon mérite
rendent univerfel , dans l'Hiftoire traduite de
l'Anglois par une Société de Gens de Lettres , on
trouve le Paffage fuivant an Tome XXI de l'Hiftoire
Moderne , publié très-récemment .
Il eft queſtion des Juifs & de leurs faux Meffies .
Après en avoir rapporté le catalogue , les Rédacteurs
finiffent par cette cruelle réflexion . « On voit
par- là le penchant extrême qu'ont les Juifs à
» courir après tous les impofteurs qui leur pro-
G iij
150 MERCURE
"
» mettent de les délivrer , & à prendre les armes
fous leur conduite , auffi - bien qu'à commettre
toutes fortes de violences contre ceux qu'ils appellent
leurs ennemis , parce qu'ils les tiennent
affujétis . Cela prouve encore combien il importe
à tous les Souverains fous la domination
defquels ils vivent , de veiller fur eux , & de faire
» des loix propres à les contenir dans le devoir . »
Une pareille dénonciation , car c en eft une , hafardée
par des Écrivains lages à la fin du dix huitième
fiècle , afflige le Lecteur ; l'humanité & la jufpermettent
pas de la patler fous filence.
30
+
tice ne
Jufqu'à ce jour les Juifs modernes n'ont pas eu
d'Hiftoriens. Quand les énormités qu'on leur reproche
auront été examinées par des Critiques plus
impartiaux que les Scribes des perfécuteurs de cette
race déplorable , il pourra bien en être de fes forfaits
comme de ceux dont les différentes religions
fe font chargées mutuellement.
Où en ferions- nous d'ailleurs fi le temps n'expioit
les abominations qui fouillent les Annales
de tant de Sectes & de tant de Peuples ? Faut - il opprimer
les Parifiens parce qu'ils foutinrent un fiège
contre Henri IV ? Profcrira- t- on les Catholiques
parce que les Ligueurs eurent auffi leurs prophètes
& leurs affaffins ? N'allons pas remuer les cendres
froides d'un ancien fanatifme , pour y chercher des
titres à des perfécutions nouvelles .
Ce n'eft pas là fans doute le deffein des judicieux
Traducteurs de l'Hiftoire Univerfelle ; mais ont-ils
bien réfléchi aux conféquences de leur avertiffement
& au moment où ils le publient ? * C'eſt à l'épo-
* En écrivant ceci , j'ignorois encore que la juftice du
Roi venoit de délivrer les Juifs d'Alface des péages corporels
auxquels ils étoient affujétis , & qui les affimiloient
aux pièces de bétail. L'Edit de S. M. à ce ſujet eft du 17,
Janvier 1784.
DE FRANCE Ist
que d'une Ordonnance qui a rendu aux Juifs , dans.
les vaftes États de la Maifon d'Autriche , le repos ,
l'aifance & la liberté ; où cet exemple de raifon &
d'humanité a été imité en d'autres lieux de l'Allemagne
, & où le voeu des hommes fages eft qu'il
devienne général .
Si les eftimables Rédacteurs euffent étudié les
Juifs modernes , ils fe feroient gardés d'infpirer à
leur égard des terreurs aux Souverains ; s'ils avoient
vifité les demeures & connu l'oppreffion de ces infortunés
, ils demanderoient de brifer les chaînes
qa'ils confeillent d'appefantir.
Fût-il vrai que les Hébreux font enclins à toutes
fortes de violences contre ceux qui les tiennent affujétis
, où feroit leur crime dans le droit naturel ? Et
depuis quand la fervitude la plus ignominieufe eftelle
devenue un acte de devoir & une leçon de
tranquillité?
Les Juifs font- ils turbulens & fanatiques à
Livourne , où leur culte eft libre , leur perfonne
refpectée , leur Sanhedrin , une jurifdiction autori
fée ? Sous le gouvernement équitable des Grands-
Ducs , ces circoncis , potentats du commerce , fuiventils
des impofteurs , & égorgent- ils leur voifin Grec
ou Catholique ? Les craint on à Amſterdam , où ils
jouiffent de la même tolérance , à Londres , où leur
conduite & leur confidération ont failli les faire naturalifer
en 1767 ?
Ces trois pierres angulaires du Judaïſme ont été`
pofécs , il eft vrai , par des Juifs Eſpagnols ou Porn
gais. L'orgueil de l'origine ayant trouvé place juf
ques dans un ramas d'efclaves fugitifs promenant
d'Afie, en Europe leur honte & leur misère , cétte
Cafte diftinguée fe glorifie , j'en conviens , de
defcendre des Tribus transférées à Babylone , &
dont les rejetons paísèrent en Europe à la fuite des
Conquérans Arabes ; le corps de la Nation , dira- t-
GIV
152 MERCURE
on , n'offre pas cette garantie de la naiſſance , de la
richeffe & des fentimens qu'elles doivent infpirer ;
mais en Allemagne , en Pologne , à Venife , à
Avignon , en Alface, voit- on des révoltes d'ífraélites
roturiers ?
Leur exiftence eft la meilleure preuve de leur
foumiffion. Qu'on cherche dans le monde une Nation
accablée d'opprobres & de perfécutions depuis
dix fiècles , fans Chefs , fans Patrie , fans Gouver
nement , ou fucceffivement bannie de fes afyles paf-
Lagers , ou tourmentée & pillée avec impunité , déteftée.
avilie par les moeurs , -conf
tamment difperfée & jamais anéantic. Demandez
enfuite comment parmi ce Peuple , entre tant d'ef
prits remuans & d'empyriques politiques dont l'Europe
abonde , il ne s'eft pas élevé un Libérateur ,
perfonne qui ait foulevé, réuni ces malheureux
pour leur rendre , fous un climat & fur une terre
libres , les privilèges de l'efpèce humaine ?
On n'a jamais bien fu à quel degré ceux d'Allemague
étoient entrés dans le projet de Langallerie.
Le pillage de Notre- Dame de Lorette , qui devoit
fervir aux frais de leur établiffement dans l'Ifle de
Chypre , les avoit féduits infiniment plus que leur
délivrance ; ils purent regarder ce facrilège comme
un coup de fortune & comme un acte de dévotion
; mais enfin cette extravagante imagination fat
le complot du petit nombre, & n'a jamais été réalisée.
Quiconque a obfervé les Juifs , démentira ces
craintes chimériques de fouièvemens & de maſſacres.
Ce n'eft point par des loix cruelles qu'on les
préviendra ; le caractère de ces Tribus vagabondes ,
leur efpoir de rentrer dans la Palestine , leur làcheté
, leur dégénération morale , & même leurs
occupations , forment des obftacles invincibles , &
difpenfent de tout appareil de tyrannie.
Lorfque les Hollandois envoyèrent au Bréfil une
DE FRANCE
153
Colonic de certe fourmillière , elle avoit l'occafion
d'élever un afyle à la Nation entière. Jetée fur un
continent neuf, cette écume de notre population
fembloit devoir fervir à le fertilifer ; mais le rétréciffement
d'efprit & de caractère où fes fordides
fpéculations reviennent la Communauté , fera toujours
échouer ces tranfplantations . Ni la bonne ni
la mauvaiſe fortune , ni l'opulence , ni le défeſpoir
n'ont pu infpirer aux Juifs le dégoût de l'existence
dégradée à laquelle ils font condamnés.
Qui feroit donc aujourd'hui redouter de leur
part aucune entreprife ? Ceux d'entre - eux qui font
plongés dans les aftuces mercantiles , ne formeront
jamais ni des Soldats , ni des Artiſans , ni des Agriculteurs
, par conféquent aucune Société politique ,
féparée. Les Hébreux enrichis par une profeflion
plus noble , n'abandonneront pas leurs compteirs
pour chercher des aventures fous la conduite d'un
Enthoufiafte . Quant aux violences , elles fuppofent
de l'énergie ; fi elle eût pénétré dans les Synagogues
modernes , elles feroient maintenant ou renverfées
ou triomphantes.
A la place de cette fortie des Hiftoriens , peutêtre
le Philofophe eût aimé rencontrer une peinture
vraie des moeurs & de la fituation actuelle des
fils de Jacob. Leur courage à fupporter la honte ,
cette dextérité d'efprit dans un état fait pour abattre
les autres hommes , leurs ufages inaltérables.
· la variété de leurs reffources au milieu
de toutes les privations , le lien de fraternité
qui les unit , leurs inénages , modèles de concorde ,
l'antique refpect de l'autorité paternelle , font de ce
Peuple le fujet d'un tableau auffi inftructif que fingulier.
Eh ! qui ne compatiroit pas à leur détreffe prolongée
Qui arrêteroit la main difpofée à les foulager
Vingt- cinq miile d'entre-eux ont abandonné
Gy
154 MERCURE
1
L'Efpagne depuis le commencement du fiècle ; cependant
il en refte encore au delà des Pyrénées . Le
Samedi ils judaïfent dans leurs caves , & le Dimanche
vont adorer le Saint-Sacrement. Par ces apoftafies
fimulées ils préfervent leurs jours & leur liberté ;
mais quels jours & quelle liberté !
>
Par les foulagemens qu'ils doivent à l'équité de
l'Empereur on peut apprécier leur fort dans le
refte de l'Empire , en Pologne , &c . &c. Bannis des
Arts & Métiers , de l'Agriculture , des baux à ferme,
de l'inftruction publique & de tous les Emplois , ils
font écrafés d'impôts , exclus des promenades publiques
, flétris par un coftume particulier.
J'invite tout Écrivain qui applaudit à cette prof
cription , à aller confidérer les Profcrits à Francfort
fur le Mein ; s'il en fort fans être pénétré d'horreur
qu'il ne prenne pas la plume . Là fept mille individus
organifés comme nous font entaffés dans un cloaque
auquel on ofe donner le nom de rue , &
dont les portes fe ferment tous les foirs, fur fes
habitans . Figurez -vous une longue avenue large
de quinze pieds, bordée de part & d'autre de
maifons de bois à cinq ou fix étages , où le foleil ne
pénètre qu'un inftant , dont l'air putride eft fans citculation
, dont le pavé fangeux au milieu de l'été fe
couvre d'une boue infecte ; c'eft dans cet égoût
peftilentiel qui affecte tous les fens , que pourriffent
quinze cent ménages , que des femmes ofent engendrer
, que des enfars peuvent conferver le jour,
que des hommes enfeveliffent d'autres hommes
tont vivans !.
Et ce tombeau eft une prifon nocturne. Au
déclin du jour , quand la fraîcheur de la foirée invite
les Citadins à refpirer l'air des promenades , on entend,
crier les verroux de la Juiverie : malheur à
celui qui ne rejoindroit pas fon domicile empor
fonné.
DE FRANCE.
' } }
כ כ
ce Ces horreurs , difent de fang froid des Chré
tiens charitables , font néceffaires . Le fentiment ,
l'honneur , les loix , la religion n'ont aucune
prife fur les Juifs. » Qupi ! nous leur ôtons
tous les moyens de fubfifter , & nous exigeons
d'eux une probité qui les conduiroit à mourir de
faim ou à une infructueuse mendicité ! Nous les
privons de toutes les récompenfes de l'honneur , &
nous voulons qu'ils foient honnêtes ! Nous imprimons
ſur leur vêtement le fceau de l'infamie en
leur reprochant d'être infentibles au mépris!
Si cette légiflation doit être immuable , que l'Hif
toire du moins n'en foit pas la complice , qu'elle ne
fe charge point d'en aggraver la févérité ; car fi l'on
pardonne quelquefois aux injuftices , on ne fait
jamais grâce à leur apologie.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan l'aîné. )
;
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Souris ; celui
de l'Enigme eft Génie & Neige ; celui du
Logogryphe eft Promotion , où l'on trouve
port, mot , or, mi, Roi , moi, toi , motion.
CHARADE.
DAN s les forêts jadis mon chef fut adoré ;
Mon fecond dans la robe eſt un nom révéré ;
Et mon tout , commode en voyage ,
Parmi les campagnards cft fur- tout en ufage,
G vj
156 MERCURE
ÉNIGM E.
QUEL bizarre deftin ! que mon fort eſt étrange !
Sur trois pieds on me boit , & far quatre on me mange.
( Par M. Charadin. )
LOGO GRYPH E.
LES Mufes & Vénus ont les mêmes travers ,
Auffi je dis enfin plus d'amour , plus de vers.
Le beau ciel de l'amour n'eft jamais fans tempête :
Cléon , admis hier aux honneurs du boudoir ,
Careffé ce matin fera banni ce foir.
A peine a- t'on le temps de chanter fa conquête !
Et cet Auteur divin , ce Racine du jour ,
Demain verra peut- être arracher de fa tête
Le précoce laurier dont l'avoit ceint la Cour....
Moi , je dis plus de vers , & fur- tout plus d'amour ;
Car s'il me faut rimer , je rime un Logogryphe ,
La Critique fur moi n'ofe étendre fa griffe.
Or , écoutez : fouvent j'ai charmé vos loisirs ,
Souvent j'ai prolongé vos veilles ;
Sans coeur j'enchante vos oreilles ,
Sans chefje peins Bacchus fatigué de plaifirs.
(Par M. de W. )
DE FRANCE. 157
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ESSA1 fur les Révolutions du Droit
François , pour fervir d'Introduction à
l'Étude de ce Droit ; par M. Bernardi ,
Avocat au Parlement de Provence. in 8°.
1782. A Amfterdam , & fe trouve à
Avignon , chez Guichard , Imprimeur-
Libraire , vis-à- vis l'hôtel Saint - Omer.
L'OUVRAGE que nous annençons au Public
peut être regardé , malgré fon titre modefte
, comme une Hiftoire exacte & complette
des révolutions de nos Loix . C'est le
réfultat des longues & favantes recherches
faites par l'Auteur fur cette partie de notre
Jurifprudence. Mais comme les bornes de
notre Journal ne nous permettent pas d'entrer
dans l'examen & la difcuffion des matières
qui y font contenues , nous allons
donner une idée de différentes parties qui le
compoſent.
Cet Ouvrage eft divifé en plufieurs Chapitres
, dont le premier a pour objet l'origine
des Germains & des Gaulois. Perfuadé,
d'après Montefquieu , que pour bien connoître
les vrais principes de nos Loix poli158
MERCURE
tiques & de quelques unes de nos Loix civiles
, c'eft dans les moeurs de ces peuples
qu'il faut les chercher , l'Auteur rappelle ,
avec autant d'exactitude que de preciſion ,
les faits les plus effentiels que Céfar & Tacite
nous ont confervés fur l'Hiftoire des
Coutumes , des Loix & de la Religion de
nos ancêtres.
Les Gaulois , vaincus par les Romains ,
virent altérer leurs naceurs anciennes par le
mêlange des vices & des ufages de leurs fuperbes
vainqueurs. Mais la forme de l'admi
niftration fut plus durable ; la politique
adroite des Komains leur laiffa le privilège
de fe gouverner par leurs propres Loix. Les
changemens opérés dans les Gaules , relativement
aux moeurs , ainfi que l'origine de la
divifion de la France en Pays Coutumier &
en Pays de Droit écrit , font le fujet du Chapitre
deuxième.
L'établiffement des Fiefs , la nature des
Loix & des Coutumes de ces Peuples barbares
, les épreuves en ufage parmi eux , la
forme & les variations du combat judiciaire
, dont les veftiges fubfiftent encore
parmi nous , malgré les réclamations de la
philofophie , toutes ces parties intéreffantes
de notre Légiflation font développées dans
le Chapitre troisième. L'Auteur s'arrête au
règne de Charlemagne , qui paffe , dit-il ,
pour être l'époque la plus glorieufe de l'ancienne
Légiflation Françoife. Il attribue les
DE FRANCE. 159
merveilles du règne de ce Prince à la force
puiffante de fon génie , qui avoit fu rendre .
floriffant & redoutable un Empire auffi
étendu que le fien , & faire mouvoir cette
lourde male dont fes foibles fucceffeurs
purent à peine régir quelques portions.
Quant à fes Loix , ajoute t'il , il les puiſa
» dans la Loi Romaine , dans les Canons
des Conciles & dans celle des Peuples
» barbares. En mêlant enfemble des Loix fi
différentes , il commença à jeter dans
» notre Légiflation cette confufion qui y
règne encore. »
و ر
"
"3
Dans le quatrième Chapitre , il examine
quelle étoit la puiflance des Rois fous les
deux premières races , la forme & l'objet
des Affemblées des Francs , connues fous le
nom de Placités Généraux ou Parlemens , &
la qualité des perfonnes qui y étoient admifes;
il paffe delà aux Tribunaux où l'on
rendoit la juftice aux particuliers , depuis
celui qui étoit préfidé par le Roi lui - même,
ou par le Comte du Palais , jufqu'à ceux qui
formoient le dernier degré de la Hiérarchie ;
il parle de ceux qui avoient droit d'y aflifter,
& des caufes qui étoient de leur compétence.
Ce Chapitre eft terminé par un extrait
des Capitulaires concernant les Mifi
Dominici , fi fameux fous la deuxième race .
86
Tel eft l'ordre admirable , dit l'Auteur ,
» que la fageffe de nos ancêtres avoit mis
» dans l'adminiftration intérieur de l'État .
160 MERCURE
» Chacun étoit jugé par fes Pairs ; chaque
» différend étoit terminé fur les lieux où il
" avoit commencé , fans frais , fans pref-
" que aucune formalité. ·
L'altération de cet ordre fi fimple fut la
fuite des ufurpations des Seigneurs & des
révolutions furvenues dans les Fiefs. Le Chapitre
cinquième cft deftiné à en expofer les
funeftes effets. « Le Roi fe trouva à la fin
fans pouvoir , & le peuple fans liberté .....
» Les vrais intérêts du Monarque font telle
ment liés avec ceux du Peuple , que le
premier moyen dont nos Rois fe fervirent
» pour reffufciter leur puiffance anéantie ,
» fut de rendre la liberté aux villes de leur
و ر
و د
» domaine. » Delà l'hiftoire des affranchif
femens dans le Chapitre fixième , & de la
convocation des États - Généraux , où les Députés
des villes affranchies furent admis
fous le nom de Tiers-État.
On trouve dans le Chapitre feptième des
détails intéreffans fur la création des Baillis
& Sénéchaux , ainfi que fur la manière dont
ils rendoient la justice.
Mais comme le Droit Romain , qui reparut
à peu près à cette époque , opéra un
changement prefque univerfel dans notre Jurifprudence
, il falloit expliquer comment ce
corps de Loix étoit forti tout-à- coup de l'obfcurité
profonde où il paroiffoit enfeveli , &
par quels moyens il prit fur la Légiſlation
Françoife cet afcendant. • 6 • qu'il y conDE
FRANCE. 161
+
ferve encore aujourd'hui.
• •
L'Auteur parle d'abord des Pandectes de
Juftinien , trouvées dans le fac de la ville
d'Amalphi. Il regarde comme apocryphe
l'hiftoire de cette découverte . L'Auteur examine
enfuite comment nous avons approprié
à nos moeurs la Jurifprudence Romaine ,
les caufes de cette application , & les fuites
funeftes. Ce morceau , auquel nous renvoyons
nos Lecteurs , refpire la plus faine
philofophie.
Les défordres que l'introduction des Loix
Romaines , expliquées par un peuple de
Commentateurs , avoit fait naître parmi nous,
furent portés à leur dernier degré lors des
Décrétales , qui , relativement à la Jurifprudeace
, ne font autre chofe que le Droit
Romain interprété par les Papes.
Après avoir démontré de la manière la
plus frappante l'injuftice de toutes ces Loix ,
dictées à la chicane par la fubtilité , l'Auteur
regrette que nos Législateurs , au lieu de
nous inonder de ces Loix étrangères , ne fe
foient point attachés à perfectionner le Droit
Coutumier , notre véritable Droit National ,
le feul où l'on retrouve l'empreinte de notre
caractère & les veftiges des anciennes moeurs
Gauloifes.
De toutes les révolutions que le Droit
Romain a occafionnées dans la Jurifprudence
Françoife , la plus funefte peut être
162 MERCURE
fuivant l'Auteur , eft l'établiffement de ce
grand nombre d'Avocats & de Procureurs ,
devenus néceffaires pour l'interpréter & la .
mettre en pratique ; l'hiftoire des uns & des
autres termine le Chapitre huitième.
On examine dans le neuvième , quel
étoit l'état du Parlement fous la troi-.
fième race ; comment les Docteurs en Droit
Romain , qui y furent introduits , en firent
difparoître les Chevaliers & la plupart des
Clercs qui le compofoient auparavant ,
& c . & c.
Ce fut fous la troisième race que les
Souverains rentrèrent dans l'exercice paifible
de tous les Droits dont les avoit dépouillé
l'ufurpation de leurs vaffaux . L'Auteur
expofe dans le Chapitre onzième la
marche & les progrès de l'autorité royale ,
les Loix qui règlent aujourd'hui la fucceffion
à la couronne , & la majorité des Rois , &
les caufes qui ont hâté la réunion de la puiffance
légiflative à la puiffance exécutrice
dans les mains du Monarque, « C'eft aujourd'hui
une maxime inconteftable de
» notre Droit public , que la puiffance légiflative
appartient en entier au Monar-
» que , & que perfonne n'a droit de la partager
avec lui. Mais comme il n'eft
» moins conftant que notre Gouvernement
" ne peut , fans contrarier fon véritable efprit
, devenir abfolu & arbitraire , il eft
» dans la création & dans la publication des
93
ور
ود
pas
DE FRANCE. 163
1
*
" Loix, des formalités à fuivre qui font d'au
tant plus inviolables , qu'elles tiennent lieu
» de ce confentement que la Nation avoit
» droit autrefois de donner ou de refufer
» aux Loix qu'on lui propofoit. » Ces formalités
font la publication & l'enregistre
ment , dont l'histoire termine ce Chapitre.
Après avoir traité de tous ces objets de
Droit public , l'Auteur parle dans le Chapitre
douzième de la difcipline intérieure
des Cours de Juftice.
La forme de l'élection des Juges , qui comcommença
à être altérée fous Charles VII ,
fut entièrement détruite fous le règne de
Louis XII , première époque de la vénalité
des offices , dont le fyftême fut perfectionné
fous Henri IV , par la création du Droit de
Paulette ; il paffe delà au payement des épices
& des gages affectés aux Officiers de Judicature
. Non feulement , dit il , le Roi
payoit les gages des Magiftrats , mais en-
» core tous les frais de juftice ; l'Arrêt mê-
» me fe déclaroit gratuitement. Le Roi fai-
» foit annuellement un fonds d'environ
و د
و د
C6
6000 liv. pour payer le Greffier des frais
» de l'expédition ; un Commis ayant em-
» porté ce fonds fous Charles VIII , ce
» Prince , dont les guerres continuelles
» avoient épuifé les finances , fe laiffa perfuader
, par quelques Miniftres , qu'il n'y
" avoit nul inconvénient à faire payer l'expédition
de l'Arrêt aux Parties . Ce fat- là
"
22
464
MERCURE
ود
l'origine de ces frais énormes dont on a
» dans la fuite accablé la Juftice. Entre ces
» nouvelles formes introduites dans nos Tribunaux
, eft encore l'établiffement de la
» Partie Publique , Magiftrature incon-
» nue aux anciens , au moins avec les attributs
qu'elle a reçus parmi nous, »
"
33
"
Après ces détails relatifs à la Conftitution
politique de l'État , il reftoit à conſidérér
nos Loix dans les rapports qu'elles ont avec
la liberté des Citoyens . Les formesjudiciaires
en font le réſultat. « C'eft ici le triomphe de
l'ancienne Légiſlation Françoiſe , par l'ordre
admirable que nos pères avoient mis
» dans la diftribution de la Juftice ; chacun
trouvoit à la portée un Tribunal compofé
de fes Pairs , où il pouvoit , avec la
plus grande facilité , expofer les demandes
» ou les exceptions , faire entendre les plain-
» tes ou les défenſes ; où , il obtenoit une
» juftice exacte , prompte & gratuite .
L'hiftoire de nos formalités judiciaires , celle
des jugemens & de la manière de les mettre
à exécution fous les deux premières races ,
font l'objet des Chapitres treizième & quatorzième
..
و د
"
,
13
On voit dans le Chapitre quinzième qu'elle
fut la forme des contrats publics chez les
Romains & chez les Francs , & à quelle épo- .
que doit être rapporté l'établiffement des
Tabellions & des Notaires .
Enfin le feizième & dernier Chapitre conDE
FRANCE. 165
tient l'Hiftoire de nos Loix Criminelles.
L'Auteur y prouve , de la manière la plus
évidente , que la procédure criminelle étoit
autrefois publique en France , comme elle
l'eft en Angleterre , & qu'elle différoit peu
de la procédure civile. L'inftruction fecrette
n'a été introduite , au moins dans une grande
partie du Royaume , que par l'Ordonnance
de 1539.
Il paroît , par l'Ouvrage que nous venons
d'analyfer , que l'Auteur eft parfaitement
inftruit de toutes les parties de notre Jurifprudence'
, qu'il rapporte nos Loix en Hiftorien
exact , & qu'il les juge en Philofophe.
Il annonce dans fa Préface un Traité
fur les Loix Civiles & un Traitéfur les Loix
Canoniques. Le Volume que nous venons
d'annoncer eft fait pour en donner d'avance
une opinion avantageule.
ALMANACH Littéraire . ou Etrennes
d'Apollon , contenant , 1 ° . quinze pages
: Préliminaires , où fe trouvent des Pièces
: de MM. de la Croix , le Ch. de Rivarol ,
de la Dixmerie , Coffon , le Comte de
Barruel , les Poiffardes à Mlle d'Éon . 2 ° .
Anecdotes , Vers de M. le Mierre ; Élégie
de Tibulle , & Confeils à un jeune Poëte ,
par M. Maiſonneuve ; Fables de MM.
Fallet , Bret , Crignon , Knapen . 3 ° . La
Vertu juſtifiée , nouvelle , par M. le Comte
de Rofières. 4. Épître , Idylle & Im166
MERCURE
promptu , par M. de Saint- Ange. . Petites
Pièces de Mme du Deffaud , ou à
fon occafion ; Triolet & Lettre de Voltaire
; Quatrain , Églogue de M. Maréchal ;
la Force ' du Sentiment de M. Bérenger.
6. Henriette de Montclare , Anecdote ;
par Mlle de Gaudin . 7º . Lettre de M. de
Buffon ; Contes , par M. Léonard ; Réflexions
fur la Metrie , par M. Diderot ;
Stances & une Épître à l'Inconftance , par
M. Damas ; le Prifonnier & le Geolier,
par M. le Suire ; Traits curieux ; Lettre ›
de M. Thomas . 8° . Notices très étendues
des Ouvrages , & c. A Paris , chez l'Auteur
, mailon de la Veuve Duchefue , Libraire
, rue S. Jacques .
LES Recueils font à- peu près les feuls.
Ouvrages qu'on life encore. Ces lectures à
bâtons rompus conviennent à l'infouciance
d'un grand nombre d'efprits indolens &
fuperficiels . Leur pareffe eft réveillée par la
variété , & leur goût peu délicat préfère cette
bigarrure aux productions du vrai talent
qui aura toujours peu de juges , mais en revanche
beaucoup d'envieux , d'ennemis &
de détracteurs. Aufli les Almanachs fe fontils
extraordinairement multipliés. Celui ci
eft un des plus anciens ; il eft de pluis un
des meilleurs. Le feul Alinanach des Mufes
a fur lui le droit d'aîneffe . D'ailleurs il eft
fait fur un autre plan ; la feule inſpection
DE FRANCE. 167
du titre ci deffus indique qu'il contient
moins de vers que de profe , & fur des
matières de toute efpèce. On ne doit donc
pas s'étonner que beaucoup de gens , & furtour
les Amateurs de la profe , ayent pour
le cadet plus de prédilection que pour l'aîné.
La profe offre cette année deux_morceaux
bien remarquables. L'un est une
Nouvelle de M. le Comte de Rofières , &
l'autre une Nouvelle autli de Mlle de Gau
din. Ces deux Anecdotes , quoique d'un
genre très différent , font également intéreffantes.
On ne trouve point dans celle de M.
le Comte de Rofières ces événemens invraifemblables
ni cette fauffe fenfibilité qu'on
appelle le genre fombre ; enfin rien de ce
qui plaît aux Lecteurs plébéïens , & qui révolte
jufqu'au dégoût les efprits cultivés :
C'eft une Anecdote très - fimple , & qui
offre des événemens que l'on peut voir tous
les jours , mais embellie de détails pleins de
raifon & de délicateffe. Ne pouvant donner
un extrait du plan , nous nous bornerons à
quelques citations. L'Auteur peint ainfi
fon Héroïne Mme de Valville..
و
ود
" Sans épuifer aucun Roman pour détailler
les avantages , il fuffit de dire qu'indépendamment
des grâces de fa perfonne
& des attraits de fa figure , nulle femme
» ne poffédoit au même degré ce je me fais
quoi qui enivre tous les coeurs , ce coupd'oeil
magique qui fait tourner la tête à
"
168 MERCURE
» bien des hommes. Sa converfation étoit
» auffi féduifante ; elle avoit fur tout le
·
talent fi rare de faire briller l'efprit de
» tous ceux qui l'approchoient ; de forte
» que celui qui en étoit plus ou moins
" doué , la quittoit également enchanté
» d'elle & de lui - même..... L'exemple de "
tant de femmes qui n'attendent que le
-» lien de l'hymen pour le dégager de tout ,
ne l'avoit rendue que plus fortement
» attachée à fes devoirs . »
Voici actuellement le portrait des deux
adorateurs qui cherchent à lui plaire , &
qui font les principaux Perfonnages de cette
Hiftoriette.
" Germicourt avoit dans le caractère un
» fond inaltérable de douceur ; dans toutes
» fes garniſons fa fenfibilité lui avoit fait
» tort ; il étoit né pour adorer les femmes ;
» & comme il avoit un maintien noble &
» une figure prévenante , leur premier coup-
» d'oeil étoit toujours en fa faveur ; mais fa
ور
""
timidité, qu'il cachoit fouvent fous un
» air dédaigneux & diftrait , faifoit qu'il
» n'intéreifoit véritablement que lorfqu'on
étoit parvenu à le bien connoître . Il don-
» noit alors l'effor à fon efprit cultivé &
» agréable ; fon air de fatuité difparoiffoit ,
& faifoit place à l'aménité la plus attachante
. Tout différoit dans Florval . Les
» qualités de fon efprit auprès des femmes
» étoient aux dépens de celles de fon coeur.
ود
» Il
་ 1.69
DE FRANCE.
:
こ
33
» Il en avoit fubjugué deux ou trois en fa
vie , qu'il avoit fait fervir de triomphe à
fon intolérable caufticité. Tous les moyens
» lui étoient bons pour parvenir à fes fins ,
& fon exceffif amour propre lui faifoit
» trouver facile ce qui auroit paru impoffible
à d'autres ...... Il avoit les petits talens
» analogues aux ouvrages des élégantes du
jour. Il faifoit des chiffres , des devifes ,
» brodoit au métier de Madame , travail-
» loit à la tapifferie.
39
و د
Il faut voir dans l'Anecdote même les
fuites de leur rivalité , la peinture des inquiétudes
& de la jaloufie de M. de Valville
excitées par une lettre anonyme de
Florval , & le tableau intéreffant du dénouement,
où la Vertu eft juftifiée , comme l'annonce
le titre de cette Nouvelle.
L'Anecdote de Mlle de Gaudin eft d'autant
plus touchante qu'elle eft vraie. En
voici le fonds très - fuccinct. Une jeune
femme fenfible & honnête après avoir longtemps
combattu fon penchant pour un
jeune homme non moins vertueux & non
moins fenfible qu'elle , réduite à la misère
par l'inconduite de fon mari , & de plus
pouffée à bout par fes mauvais traitemens ,
confent enfin à fuir avec fon amant. Elle
lui donne rendez vous fur un des ponts de
la Capitale. Le moment destiné à leur fuite
approche. Prête d'expirer de douleur &
d'effroi , elle arrive au lieu indiqué. Son
amant n'y eft pas encore. Une heure s'é-
No. 9 , 28 Février 1784. H
170 MERCURE
coule fans qu'il paroiffe. Elle croit être
trahie , & de défefpoir le précipite dans la
rivière. Au moment même une chaife de
pofte arrête au bout du pont. Un jeune
homme en fort , & s'avance avec précipita
tion , attiré par les cris de ceux qui avoient
vû périr la maîtreffe. La peinture de
fon défefpoir devient déchirante fous la
plume de Mile de Gaudin. La Nouvelle eft
en total écrite avec beaucoup de paflion &
d'énergie. Peut - être a telle quelques longueurs
; & Mlle de Gaudin a trop de talent
pour ne pas permettre qu'on l'avertiffe d'un
défaut qu'on a remarqué dans prefque
toutes fes productions.
La principale Pièce de vers eft une Épître
de M. de Maifonneuve ; c'eft la feule en vers.
alexandrins. Quoiqu'elle foit intitulée Confeils
à un jeune Poëte , de même qu'une
Epître connue de M. de la Harpe , elle n'a
avec celle- ci rien de commun que le titre.
M. de la Harpe embraffe un plan plus vafte
& plus piquant. Ses confeils font adreffés à
un jeune Débutant , & one pour but de l'éclairer
fur les inconvéniens de la carrière
brillante , mais épincufe des Lettres . M. de
Maisonneuve le borne à donner des préceptes
de goût fur le choix des fujets propres
aux Concours académiques . On voit
que fon Épître eft purement didactique. Ce
genre de Poéfie demande beaucoup de travail
& de foin. On fe rappelle malgré foi
les vers de Defpréaux ; mais les tirades fuiDE
FRANCE. 171
4.
vantes prouveront , je crois , que M. de
Maisonneuve l'a bien étudié , & que fes
études n'ont pas été infructueufes. On fait
que le défaut les plus effentiel de preſque
Toutes les Pièces de concours , c'eſt le manque
abfolu de plan & de marche , M. de
Maifonneuve infifte avec raifon fur la règle
de favoir bien ce que l'on a à dire,
3
¥
Eh! comment prétends- tu m'amufer & m'inftruire ,
Si tu ne fais toi - même où tu dois me conduire?
Tu raffembles en vain quelques fleurs fous mes pas ;
Ta marche à chaque inftant trahit ton embarras.
Je maudis les détours d'un obſcur labyrinthe ,
Où forcé de tourner dans une même enceinte ,
Et toujours incertain de l'objet que je fuis ,
Tu m'arrêtes , j'arrive , & ne fais où je fuis.
Si Voltaire en tout temps captiva nos fuffrages ,
Si fans ceffe on admire , on cite fes Ouvrages ,
C'eft qu'il fait , en flattant l'oreille du Lecteur ,
Occuper fon efprit , intéreffer fon coeur.
Tonjours il fixe un bat. On fent qu'avant d'écrire
L'Auteur eut en effet quelque choſe à nous dire ,
-Facile , ingénieux , il écarte l'ennui , -
Et lui-même entraîné , nous entraîne avec lui.
Comme lui , de tes vers fais briller l'élégance ;
Mais vers un but marqué , que chaque pas m'avance,
Ne quittes point la route où je dois te trouver ;
Mon efprit qui te fuir eft preffé d'arriver.
Tous ces vers marchent avec aifance. Le
Hij
172.. MERCURE
tour en eft vif & facile. On les lit fans être
arrêté par l'obfcurité d'une métaphore empoulée
, ou par l'emphafe d'une penfée foidifant
philofophique . Ce font ces fortes de
vers qu'on retient fans peine , & c'eſt le plus
grand éloge que l'on en puiffe faire. Celui
que nous avons fouligné eft le feul qui nous
ait paru manquer de correction. On dit faire
briller l'élégance dans des vers , plutôt que
des vers. Encore faire briller l'élégance est- il
fans élégance . Nous en citerons encore quelque
chofe , d'autant plus que nous fommes
sûrs de faire plaifir à nos Lecteurs , & que
d'ailleurs cette Pièce eft imprimée pour la
première fois. Ce n'eft pas non plus la même
que celle du même Auteur inférée dans l'Almanach
des Mufes.
1
Heureux , heureux qui peut dans fon ſtyle enchanteur
Tout-à-la-fois inftruire , attacher ſon Lecteur ,
D'une expreffion neuve éclairer fa peufée ,
Et qui loin de traîner fa marche embarraffée ,
Rapide , plein de force , & brillant de clarté ,
Fait par-tout fous nos yeux jaillir la vérité.
Vois les lieux & les tems.Un goût sûr doit t'apprendre
Et ce que tu peux dire , & ce qu'on peut entendre' ;
Et tu n'iras jamais dans tes vers affectés ,
Et fous le nom pompeux de grandes vérités ,
Reffaffant tous les traits d'une froide morale ,
Nous affubler ta Mufe en robe doctorale.
On nous peint Apollon toujours jeune & charmant,
Son front pur & ferein refpire l'agrément ;
D.E FRANCE 173
Sa main couvre de fleurs les fruits qu'elle préfente .
Par- tout un fentiment , une image brillante.
Ainfi jadis Horace , en fes piquans Écrits ,
De Mécène & d'Augufte enchantoit les efprits :
Horace vouloit plaire afin de mieux inftruire ;
Le Chantre des Jardins ainfi fe fait relire ;
Et N........ s'attache un Public ennuyé ,
Qui fur nous jette à peine un oeil raffafié.
M. Lemierre , de l'Académie Françoife ,
fait les honneurs des poélies légères . Voici
d'bord la Pièce intitulée : Le Nouveau
Paradis :
1
Délicieufe verdure ,
Des bois aimable parure ,
Sous ton ombre un choeur d'oifeaux ,
Par leur douce mélodie ,
Vient à notre âme engourdie
Donner des refforts nouveaux.
O la belle matinée !
L'aftre du jour ſe levant ,
Luit majestueufement
Sur la terre illuminée.
De fes feux vivifians
Les agréables prémices
Les influences propices ,
Sont le charme de mes fens.
Affis près de Juliette ,
Je crois être transporté
Dans le féjour enchanté
H iij
174
MERCURE.
De félicité parfaite
Qu'Adam avoit habité.
Quel bonheur, pur m'environne !
Non, je ne changerois pas
Pour la plus belle couronne
Juliette & les appas, all setah
Dans ce bois inacceffible
A l'inconftance , aux dégoûts ,
Nature , Amour ont fur nous
Verfé de leur main paiſible
Tout ce qu'ils ont de plus doux.
A mes defirs tout fuccède ,
Grâces à leurs dons réunis irel
Par l'une enfin je pofsede ,
Et par l'autre je jouis.
On a pu remarquer dans ces vers un tton de
molleffe & de fimplicité dont on doit favoir
gré à M. Lemierre beaucoup plus qu'à un
autre. Perfonne n'ignore le talent fingulier
qu'il a de rendre , pour ainfi dire , palpable
tout ce qu'il veur peindre. Il trouve le
moyen de rajeunir l'idée la plus commune &
la plus ordinaire, par les métaphores les plus
originales & les plus inufitées . On ne lui reprochera
pas de rebattre les idées des autres .
Si quelqu'un donne du neuf au monde , affurément
c'est lui . Il faut lire fon Épître à
Madame de Vermenoux , fur fes infomnies ,
& fur- tour les vers à fon ami Billard fur
fon oifiveté. C'eft- là que fa verve originale
DE FRANCE. 175
fe déploye avec la liberté la plus franche . Il
lui reproche d'ufer juſqu'à l'abus du ſtyle
marotiqué,
Pour les termes Gaulois prends un peu moins d'amour.
La clarté tient au mot d'ufage ;
Celui qu'on n'entend plus devient un abat-jour ;
Garde ton feu , ton ftyle , & change ton langage.
Chacun fuit fon attrait ; le pamphlet eſt le tien.
Cenfeur amer , mais ferme ami du bien ,
Tu n'attaques point la perfonne.
L'honneur eft comme l'oeil ; il fe bleffe d'un rien.
Tun'en veux qu'aux Ecrits qu'un bel - eſprit pomponne,
Au fentiment que l'on raifonae ,
A ce philofophique argot
Dont notre langue s'empoifonne ,
Aux vers maniérés , au faux goût , en un mot ;
Mais quand ton efprit te gouverne ,
D'aucun terine vieilli ne te laiffe tenter ;
Et par les froids Rimeurs te fentant irriter
Entre en colère à la moderne .
Ce dernier vers vaut feul toute une Pièce :
M. Lemierre , dans toutes les productions ,
femble avoir toujours à l'efprit ce vers de
La Fontaine :
Il nous faut du nouveau , n'en fût- il plus au monde.
ན །
Dans un autre genre , moins neuf fans
doute , mais plus delicat & plus gracieux ,
on remarque des Stánces charmantes de M.
Damas à Mlle de Gaudin , & tine Épître
Hiv
176 MERCURE
très ingénieufe à l'Inconftance. En voici le
début :
Divinité de ma Patrie ,
Fille de la coquetterie ,
Et mère de la volupté ,
A qui par les goûts emporté
Dès long-temps mon coeur facrific.
Reine des modes , des projets ,
L'Amour te doit tous fes fuccès :
En tout lieux on te déifie ,
On rend un culte à tes attraits ;
So Reçois le mien , je fuis François
Mon culte eft une idolâtrie.
Ce ftyle eft vif & agréable , c'eft celui des
Pièces légères. Cette rapidité dans les tournures
, charme des . Poéfies fugitives , fe retrouve
à la fin de celle ci :
Vous , dont la gravité m'accufe
D'erreurs & de légèreté ,
Martyrs de la fidélité ,
Quelle chimère vous abuſe !
Pourquoi voulez - vous que ma Mufe ,
Renchériffant fur Céladon ,
Et des bords du fade Lignon ,
Refpirant la vapeur mortelle ,
Vante d'une chaîne éternelle
L'infipide uniformité ,
Puifque mon humeur infidèle
DE FRANCE.
177
Trouve à la fois chez la beauté
Et fon excufe & fon modèle ?
Le morceau le plus brillant de l'Épître eft ,"
fans centredit , celui où l'Auteur cherche
à juftifier l'inconftance par l'exemple des
Dieux de la Fable.
O volage & puiffant Jupin , &c.
#
Une chanfon du même Auteur , adreffée à
fes aïeux maternels , fur leur renouvellement
de mariage , après foixante ans , fait autant
d'honneur à fon coeur qu'à fon efprit.
Une Fable de M. Fallet mérite encore d'être
particulièrement diftinguée . La voici ; elle
eft intitulée : Les Deux Renards.
SUR la fin d'un beau jeur d'hiver,
Deux Renards à la découverte ,
Deçà , delà , trottoient l'oreille en l'air.
L'un étoit vieux , & l'autre jeune , aleite .
Dans certain poulailler ils fe gliffent fans bruit.
Petits poulets , coqs aux fanglantes crêtes ,
Vous fur-tout , aimables poulettes ,
Cette nuit fat pour vous une éternelle nuit.
Rien ne fut respecté , ni le fexe ni l'âge.
Le jeune fit grand'chère avec grand appétit ,
Le vieux à peine ofa calmer ſa faim extrême.
Eh ! quoi , cit il , affis fur un dindon ,
Hv
178 MERCURE
Tout manger en un jour ! ce n'eft pas mon fyftême ;
Ce refte pour demain doit être encore fort bon !
Gardons- le ; la prudence eft une vertu rare.
Tu n'es qu'un fot & qu'un avare ,
Répond le jeune en dévorant toujours ;
Je veux, puifque j'y fuis , m'en donner pour huit jours.
Demain , dis-tu , demain , Ah ! vive la volaille ,
A chaque jour fuffit , dit-on , fon mal.
Va , jouiffons , faifons ripaille :
L'inftant qui fuit peut nous être fatal.
Il dit , & croque encore une volaille graffe.
Enfin il mangea tant qu'il crêva fur la place.
Fier d'avoir fu dompter fon appétit ,
En regardant le mort le vieux fe réjouit ,
Traîne , cache en un coin fa conquête friande,
Et part fans déplorer le deftin du glouton.
Le lendemain le compagnon ,
Au coucher du foleil , revient à la provende.
Mais le Fermier , caché derrière un gros buiffon ,
Auffitôt qu'il le voit paroître ,
Détache doucement le fidèle Dragon ;
Et le dogue élancé faififfant le vieux traître ,
L'étrangle fans rémision.
Tel eft l'homme , à tout âge entraîné par un vice.
Jeune , avec trop d'ardeur il cherche le plaifir ;
Vieux , fubjugué par l'avarice ,
Il fe prive de tout dans l'eſpoir de joair.
Le défaut de cette Fable , c'eft que le vieux
DE 179 FRANCE.
Renard n'a point tort de ne pas manger aur
delà de fon appetit.
Ce refte pour demain doit être encor fort bon.
eft le propos de la modération bien plus que
de l'avarice . D'ailleurs , un vieux Renard ne
regarde à foi ane ce qui eft dans fon terrier.
I eft donc invraifemblable qu'il faffe abftinence
dans un poulailler , où fans doute il
n eft pas entré pour rien à fes rifques & périls
. Au furplus , c'eft le vice du fonds plutôt
que de la naration , laquelle nous à paru
agreable & piquante.
Nous terminetons ces citations par une
petite Pièce de M. de la Louptière , adreffée
à un Magiftrat , en regrettant d'être obligés
de paffer fous filence les Opufcules dont
MM. Diderot , Bret , Bérenger , le . Suire ,
Crignon , Knapen , François Peintre ont ent
richi cette Collection annuelle..
Vous qui , d'une main généreufe
Repouffez les plus beaux préfens ,
Vous ne refiftez pas aux charmes féduifans
D'une aimable folliciteufe .
Elle règne fut votre efprit ,
De votre coeur elle diſpoſe ,
Et ce n'est que par fon crédit
Qu'on obtient de vous quelque chofe ,
C'eft la chafte Thémis : vous honorez fa Cour.
On voit cette vierge facrée ,
Hvj
180 MERCURE
De fon fimple bandeau modeftement parée ,:
A vos oracles purs foufcrire chaque jour.
Nous approuvons votre tendreffe ,
Et l'on eft heureux en plaidant ,
Quand on a pour foi la maîtreffe
De Monfeigneur le Préfident.
Il
y a une idée ingénieufe dans ces vers
mais dans les premiers , l'Auteur n'a exprimé
qu'à demi fa penfée. Vous réfiftez à l'or ,
mais non aux charmes d'une folliciteufe ;
voilà ce qu'il dit , & non ce qu'il a voulu
dire. Son véritable fens eft ; vous réfiftez à
la féduction des préfens & des folliciteufes ;
mais il en eft une qui peut tout auprès de
vous , c'eft Thémis. Peut être auffi que tendreſſe
eft un peu fade , quand il s'agit d'une
maîtreffe idéale & purement métaphysique ;
par la même raifon , aimable ne convient
guères mieux à Théinis...
Les bornes qu'il convient de mettre à
l'extrait d'un fimple Recueil , ne nous permettent
pas de parler des variétés , ni des
bons mots que celui ci renferme. Nous ne
pouvons non plus entrer dans aucun détail
fur les notices , qui font très- étendues. Elles
font de plus écrites avec un ton d'honnêteté
d'autant plus louable , que la fatyre amère ,
le farcafme & la malignité caractériſent le
plus fouvent prefque toutes les notices de
ce genre.
N. B. On trouve dans l'Almanach LittéDE
FRANCE. 181
raire plufieurs Pièces de l'Auteur * de cet
article , & l'on fent bien que c'eft tout ce
qu'il en peut dire .
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSsique.
UNE indifpofition furvenue à Mlle Saint-
Huberty ayant fufpendu les repréfentations
de l'Opéra de Chimène , nous renvoyons au
Mercure prochain nos obfervations fur la
mufique de cet Ouvrage.
On continue toujours avec le plus grand
fuccès & la même affluence les repréfen
tations de la Caravane: Le Public , ainfi que
nous l'avions prévu , paroît goûter de plus
en plus l'efprit , la grâce & la variété qui
règnent dans cet Ouvrage.
Mlle Maillard , qui depuis l'année der
nière fixe d'une manière fi intéreffante l'at
tention du Public , vient de confirmer , par
une épreuve auffi heureufe que hardie , les
efpérances qu'on a conçues du talent précieux
& vrai qu'elle a reçu de la Nature.
Elle a joué le is de Février , pour la première
fois , le rôle de Didon , dans l'Opéra
de ce nom. Ce rôle , fi difficile par lui- même
* M. de Saint -Ange.
182 MERCURE
à bien rendre , tant par la continuité des
mouvemens pallionnés dont il eft plein, que
par la varieté des nuances dont il a befom
l'eft devenu bien davantage par la fuperiorité
avec laquelle il a été joue par Mlle Saint-
Huberty. On auroit fuppoite difficilement
une copie médiocre à côté d'un auffi excel ;
lent modèle. Mlle Maillard n'a pas prétendu
fans doute lutter contre fon modèle , elle a
jugé que fon zèle & fa jeunelle lui obtiendroient
l'indulgence du Public , & fon entrepriſe
a été couronnée par le fuccès le plus
flatteur , & les applaudiffemens les plus aniverfels.
Cette jeune Actrice a chanté ce rôle
avec cette voix pure , égale , brillante &
fenfible , heureux don de la Nature , que
perfectionne chaque jour les leçons d'un
grand Maître. Elle a nis dans fon jeu une
vérité , une grâce , un accord entre le gefte
& la parole , dont la jufteffe n'a preſque jamais
été altérée par les grands mouvemens
des pallions qui agitent & bouleverfent fucceffivement
l'âme de Didon. On a remar
qué fur tout au troilième Acte intelligence
avec laquelle elle a chanté le récitanf, dont
l'effet eft fi important dans ce rôle ; la ma
nière dont elle a fu y fondre les phrafes
chantantes & les accens paffionnés , avec les
traits de pute declamation qui ne demandent
qu'un récit fimple & prefque parlé ; enfin
l'heureuſe netteté de fon organe , qui ne
laiffe prefque rien perdre des paroles , ni
dans le chant , ni dans le récitatif , foit
.DE FRANCE. 183
dans les momens où la voix exprime par
des éclats les mouvemens extrêmes des paffions
, foit dans les nomens de foibleffe , de
langueur ou de calme où la voix ne produit
plus que des fons à demi éteints . On voit que
Mlle Maillard a bien étudié tous les tons &
tous les mouvemens de Mille Saint Huberty
; mais on voit en même temps qu'elle
ne s'eft pas appliquée à la copier fervilement
, ce qui eft une preuve de bon goût ;
car au Théâtre l'expreffion des mêmes paffions
& des mêmes fentimens doivent prendre
des nuances differentes , proportionnées
aux differens moyens de l'Actrice . On voit
aufli qu'elle a toujours cherché la verité , &
qu'elle y a facrifie le plaifir d'exciter ces applaadiflemens
momentanés qu'on obtient
trop ailement par les exagérations de toure
efpèce , & qui , fur- tous nos Theâtres , nuifent
peut être plus qu'aucune autre caufe aux
progrès de l'Art Dramatique. Nous ne reprocherons
pas à Mile Maillard , les negli
gences & les inégalités qu'on a pu remar
quer dans quelques endroits du chant comme
de l'action ; il feroit trop rigoureux d'exiger
plus de perfection dans un premier ellai
de ce genre mais nous l'invitons fur- tout
à ne jamais perdre de vûe le mouvement de
la Scène , & à conferver dans le jeu muet
l'expreffion & le maintien qu'exige la
fituation .
-
184
MERCURE
ANECDOTES.
I.
LES Princes Orientaux font confifter une
partie de leur grandeur dans un amas de titres
qui ne finit pas. Un Nabab de l'Inde s'ap
peloit maître de deux mille' mots , c'eft-àdire
, titres. C'étoit lui faire honneur que de
lui en préfenter deux ou trois nouveaux dans
l'année. De combien de mots ton Roi eft il
maître , demanda ce Nabab au Conful de
France? Le Conful lui préfenta l'Encyclo
pédie qu'il venoit de recevoir ; & il exigea
que par refpect , toute la Cour fe profternât
devant tant de mots dont fon Roi étoit le
maître.
I I.
Le Maréchal de Baffompierre avoit donné
à Mademoiſelle d'Entragues une promeffe
de mariage qu'il étoit réfolu de ne pas accomplir.
Un jour qu'il y avoit au cours un
grand nombre de carroffes , la eine s'y promenoit
avec le Maréchal de Baffompierre.
Mademoiſelle d'Entragues y vint , & fon
carroffe fut obligé de s'arrêter quelque temps .
proche de celui de la Reine , à caufe de la
foule. Voilà Madame de Baffompierre , dit
la Reine , en s'adreffant au Maréchal. Ce
n'eft que fon nom de guerre , répondit il
"
DE FRANCE. 185
affez haut pour être entendu de fon ancienne
maîtrelſe : Vous êtes un fot , Baffompierre,
lui dit elle. Il n'a pas tenu à vous , reprit le
Maréchal . »
ANNONCES ET NOTICES.
ON imprime à Toulouſe , chez le fieur Dupleix ,
Libraire , rue S. Rome , un Recueil des Édits , Déclarations
, Ordonnances , Arrêts du Confeil , du
Parlement de Touloufe , & autres Cours , &c. concernant
l'Ordre Judiciaire & les Matières publiques
les plus importantes , propofé par Soufcription , en
6 Vol. in-4° . fur caractère Philofophie gros - il ,
10 liv. le Volume broché. Les quatre premiers Vol.
font en vente . Le cinquième eft fous preffe. On
foufcrit au Bureau des Affiches dans toutes les Villes
& chez tous les Libraires du Royaume. On ne paye
le montant de chaque Volume qu'en le retiran .
Cette Collection , faite avec choix , eft de la plus
grande utilité dans toutes les Provinces & dans le
Reffort des divers Parlemens du Royaume , fur- tout
aux perfonnes qui concourent à l'adminiſtration de
la Juftice . On a fait beaucoup de recherches pour la
rendre complette Quoiqu'on ait fuivi l'ordre chronologique
, le plus propre aux Recueils de ce genre ,
on a eu le foin de mettre à la fuite de chaque Pièce
des Notes pour indiquer celles qui ont rapport au
même fujer ce qui , dans l'ufage , produira l'effet
d'un arrangement par ordre des Matières . Le dernier
Volume contiendra une Table générale par ordre
alphabétique , très- exacte & très- étendue , au moyen
de laquelle on trouvera aisément les décifions ren
fermées dans le corps de l'Ouvrage.
186 MERCURE
PIERRE BEAUME , Libraire-Imprimeur à Nîmes,
vient de mettre au jour le IV Tome de la nouvelle
Edition de la Bible de M. de Sacy , avec l'Explication
tirée des Saints Pères & des Auteurs Eccléfiaftiques.
Les trente -deux Volumes des anciennes
Éditions font ici réunis en vingt - quatre , & cependant
augmentés de plufieurs Pièces nouvelles , difperfées
dans ces Volumes , & d'une table générale
des matières , qui formera le vingt cinquième.
A la tête de ce IVF Tome eft un Avis de l'Imprimeur
, qui annonce que , furmontant les obftacles
qui ont fufpendu l'activité de fon zèle & retardé la
Livtaifon des III & IVe Volutnes , il le fait uo devoir
de remplir fes promeffes , au préjudice même
de fes propres intérêts , & va déſormais mettre au
jour tous les mois un Volume , mais en réduifant
fon Edition au nombre de cinq cens exemplaires.
En conféquence , il prie les perfonnes qui voudroient
fe procurer cette Édition , moins volumineufe , &
néanmoins plus ample , de fe décider promptement
parce que les cinq cent exemplaires une fois
placés , il ne fera plus poffible de fe procurer cette
Edition à aucun prix .
1
Le prix de la Soufcription eft de 4 liv par volume,
& fols pour la brochure. On peut fouferire à Paris ,
chez Guillaume Defprez , Imprimeur du Clergé , &
chez les autres principaux Libraires du Royaume.
Nota. On ne demande aucune avance en foufcrivant
; en recevant les quatre premiers Volumes ,
on paie 16 liv. en feuilles , & 17 liv. brochés en
carton .
Le Faux Lord, Comédie en deux Actes , en profe,
mêlée d'ariettes , repréfentée devant Leurs Majeftés ,
& à Paris , par les Comédiens Italiens Ordinaires du
Roi , le 6 Décembre 1783. A Paris , chez Brunet ,
Libraire , rue de Marivaux , place du Théâtre Italien,
DE FRANCE 187
Anfelme eſt un avare , de qui la fille Irène aine
Léandre , dont elle eft aimée . La Fleur, Valet de
Léandre , prend le nom & les habits d'un Lord ,
homme fort fingulier , qui demeure dans le voifie
nage , & qui a rendu fervice à Anfelme , quoiqu'ils
ne fe foient jamais vûs. Sous un prétexte de ſanté , il
vient demander à celui - ci un appartement dans fa
maison , en payant bien. Anfelme confent avec joie ,
moyennant 200 louis par mois que lui offre le Faux
Lord. Enfin ce dernier fe trouvant à portée , fait
confentir Anfelme à accepter pour gendre fon Maître,
qu'il a introduit dans la maiſon en la qualité de fon
Médecin. Tout le découvre à la fin ; mais il n'eft
plus temps ; car le contrat eft figné .
Cette Pièce , qui eft de M. Piccini fils , a été miſe
en mufique par M. Piccini père. Elle a paru trop
tongue , & quelquefois invraisemblable , notam
ment dans la Scene où Anfelme fait paroître Irène
& la Soubrette habillés en Écoliers . Elles n'ont pas
eu le temps de fe déguifer ; & il n'eft pas à préfumer
que le père en ait eu la pensée auparavant quoiqu'il
le dife. Mais il y a quelques traits heureux , comme
lorfque l'Auteur fait dire à la Fleur , déguifé en
Marchand au cornmencement de la Pièce : Je ne fuis
pas de ces fripons qui vendent plus cher qu'ils n'achettent.
D'ailleurs , on n'a pu voir fans intérêt ce
célèbre Compofiteur marier fon talent à celui de fon
fil , & l'affocier à fa gloire.
HERBIER de la France , par M. Bulliard ,
No. 40. Ce nouveau Cahier renferme les premières
Planches de la Collection des Plantes médicinales
du Royaume , coloriées au moyen de l'inpreffion
& fans le fecours du pinceau . M. Bulliard a
joint à chaque Plante une defcription anatomique
& quelques détails fur fes propriétés en Médecine &
dans les Arts. Les Perfonnes qui defireront fe pro
188 MERCURE
curer cette Collection, pourront le faire inſcrire chez
l'Auteur , rue des Poftes , au coin de la rue du Cheval
vert , à Paris , ou chez Didot jeune , Théophile
Barrois & Belin , Libraires.
Lorfque l'on prend la Collection entière chaque
Plante coûte 15 fols . Lorfque l'on ne prend au contraire
qu'une partie de cette Collection , comme
l'Hiftoire des Plantes vénéneufes terminée , l'HIG
toire des Plantes médicinales , celle des champignons
, &c. on paye chaque Plante 20 fols.
1 .
VOYAGE de Sicile , dixième Chapitre. M.
Houel , Auteur de cet Ouvrage , rue du Coq - Saint-
Honoré , donne d'intéreffans détails fur les édifices
qu'il a vus reftans de la ville de Tindare ; entre
autres édifices qu'il décrit , il parle d'un Théâtre
qu'il a trouvé encore affez entier pour en donner
une Vie perſpective , les plans , coupe & élévations
géométrales & en profil , ce qui nous fait connoître
cette belle partie de l'Architecture des Anciens . )
La quatrième Planche de ce Chapitre nous
offre les plus beaux fragmens d'Architecture & de
figures en marbre qu'il a recueillis dans les ruines
de cette Ville , d'où il paffe aux Ifles de Lipari , en
faifant une defcription poétique du trajet de mer
qu'il faut paffer pour arriver à la Capitale de ces
Mes,Ily trouve le fujet de la fixième Planche , qui
repréfente une étuve antique très - curieufe dont il
donne le plan & l'élévation perfpective ; il explique
auffi les ufages de ces fortes d'édifices très - commans
chez les Anciens.
ÉTAT de la Nobleſſe , année 1784. Tomes I &
II. Prix , 6 liv . les deux Volumes brochés . A Paris ,
ehez Leboucher , Libraire , Quai de Gêvres ; Onfroy.
& Lamy , Quai des Auguftins.
Cette Collection , qui eft faite avec foin , forme
DE FRANCE. 189
actuellement 18 vol. , dont le prix eft de 43 liv.
ro fols brochés .
ALMANACH des Monnoies , année 1784. in- 12 ,
A Paris , chez Méquignon , Libraire , au Palais.
Cet Almanach , qui peut être utile , nous a paru
fait avec foin.
HIPPOCRATIS Aphorifmi & Prenotiones , &c.
deux Volumes in- 12 , petit format d'environ trois
cent pages chacun , de l'imprimerie de Valade , ue
des Noyers Prix , 6 livres brochés ; par M. Bofquillon.
L'Éditeur paroît n'avoir rien négligé pour la
correction du texte Grec , & il annonce que for Édition
eft plus correcte que celle même d'Elzevir.
M. Bofquillon expofe dans fa Préface , les raifons
qui l'ont déterminé à donner cette Edition , quoi
qu'un grand nombre d'Hommes célèbres s'en foient
-occupés avant lui ; la principale eft qu'en confrontant
les Éditions ordinaires avec les manufcrits de
Ja Bibliothèque du Roi , il y a trouvé une infinité
d'excellentes Leçons inconnues aux autres Éditeurs.
Il a non - feulement confulté les manufcrits Grecs ,
mais même plufieurs traductions Latines , entre
lefquelles il en eftime particulièrement une qui fe
trouve dans un manufcrit du treizième fiècle , avec
les Commentaires d'Oribafe. Comme d'après cette
verfion il eft conftant que l'Auteur s'eft fervi de
manufcrits différens de ceux que nous . connoiffons
aujourd'hui , M. Bofquillon a cru rendre ſervice aux
Savans en joignant cette Traduction à celle qu'il
nous donne ; il a même extrait des Commentaires
d'Oribaſe ce qui lui a paru le plus utile, afin que
l'on fût plus à portée de juger du mérite de cet Auteur.
Il réfute d'une manière très-favante dans fa
Préface l'opinion du célèbre Haller & des autres
Médecins,qui ont regardé ces Commentaires comme
190
MERCURE
fuppofés: M. Bofquilion a fuivi particulièrement la
Traduction de Foes , qu'il préfère à toutes les autres ;
mais il y a fait un grand neinbre de changemens
effentiels. Il est étonné que les Éditeurs vulgaires
ayent préféré la Traduction de Verhoof, qu'il regarde
comme très - infidelle .
Les Notes que M. Bofquillon a faites for les
Aphorifmes & les Prognoftics,annoncent un homme
verfé dans la Langue grecque , & un Praticien
inftruit. Nous laillons à d'autres le foin de
juger des corrections nombreuses qu'il a faites dans
le Texte. Nous nous contenterons d'obſerver qu'à
la page 154 du Tome II il prouve , contre l'opinion
des Modernes , qu'Hippocrate connoiffoit trèsbien
le pouls , qu'il avoit même oblervé une correfpondance
entre le pouls & la refpiration , qui va
rie fuivant les âges , and n
A la page 182 da même Tome, M. Bofquillon '
démontre que la fièvre puerperale ou des Accouchées
, que plufieurs Médecins regardent comme
nouvelle , a été connue d'Hippocrate ; qu'il l'a trèsbien
décrite , & a indiqué la manière de la traiter..
Comme plufieurs Médecins defirent avoir les
Aphorifmes & Frognofties par ordre de matières ,
M. Bofquillon a mis à la fin du fecond Voluine un
Index très-détaillé , qui contient l'abrégé de tout ce
qui fe trouve dans les Ouvrages du Père de la Médecine.
L'exécution typographique de cet Ouvrage cft
très- foignée , & ne peut que faire beaucoup d'honneur
aux Preffes du fieur Valade . Il en a été tiré
quelques Exemplaires en papier d'Annonay , qu'on
trouvera chez lui , rue des Noters.
Le même Ouvrage fe vend aui chez Barrois
jeune , Libraire , quai des Auguftins
Les Loix Pénales , par M Dufriche de Valaze ,
annoncées dans le précédent Mercure , avec d'autres
DE FRANCE. 191
Ouvrages , de même que le Réveil de Jean -Jacques ,
arnoncé Nº . 2 , ſe trouvent au Cabinet Littéraire ,
Quai & près des Auguſtins,
TROISIEME année du Journal de Clavecin ,
par les meilleurs Maîtres , N°. I , contenant une
Symphonie de M. Hayden , & trois morceaux arrangés
par M. Charpentier père, & une Romance .
du Roman de Galathée , par M. Foignei . Prix
3 livres. A Paris , chez M. Leduc , rue Traverfière
Saint Honoré , au Magafin de Mufique Prix de
l'Abonnement, 15 livres pour Paris & la Province
franc de port.
20
TROISIEME Recueil d'Airs de Renaud ,
Péronne , le Corfaire , Blaife & Babet & autres ,
avec Accompagnement de Guittare , par M. Corbilly
de Chantareine. Prix , 3 li . A Paris , chez l'Auteur,
rue Saint Honoré , vis-à -vis les Piliers des Halles ,
à la Ville de Rouen , & Mme Lemenu , rue du
Roule , à la Clef d'or.
SIX Duos concertans pour une Flûte & un Violon
par MM. Krafinsky & Vogel , OEuvre III.
Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez M. Baillon , Marchand
de Mufique , rue Neuve des Petits - Champs ,
au coin de celle de Richelieu, à la Mufe Lyrique.
OUVERTURE de Renaud, arrangée pour le Clavecin
ou la Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître
de Clavecin. Il paroît deux de ces Cahiers, par mois ,
un de Pièces & un d'Airs , avec Accompagnement
de Clavecin ou de Violon , faifant vingt - quatre
Cahiers pour l'année ; les douze premiers arrangés
par M. Lafceux , Organifte , & les autres par M.
Dreux. Le prix de l'abonnement pour Paris eft de
36 livres , & la Province 48 livres . Chaque Cahier
192 MERCURE
féparément 2 liv. 8 fols . A Paris , chez Mlle Girard ,
Marchande de Mufique , rue de la Monnoye , à la
Nouveauté.
ARIETTES , avec Accompagnement de Ciftre ,
par M.Bernard . Prix , 6 liv . A Paris , chez l'Auteur
rue des Saints Pères , attenant le Couvent de la Charité
, nº . 83.
Ce font de petits Airs connus & pour la plupart
fort jolis.
୬
DEUXIÈME Recueil d'Airs nouveaux , avec
Accompagnement de Clavecin & Violon ad libitum ,
par M. Gibert. Prix , liv. A Paris , chez l'Auteur ,
mailon de M. fon frère , à l'Hôtel Royal des
Poftes ; Coufineau , Luthier de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'École .
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
EPITRE à M Berquin , 145 | Éſſai fur les Révolutions du
Vers à M. de la Harpe, 147 droit François ,
Chanfon à Madame IV. Almanach Pittéraire ,
D. T. ,
157
165
148 Aca émie Roy . de Mufiq. 181
D'un Paffagefur les Juifs, 149 Anecdotes ,
Charade , Enigme & Logo - Annonces & Notices ,
gryphe , 1551
184
185
APPROBATION.
J'AI lu par
ordre
de
Mgr
le Garde
des
Sceaux
, le
Mercure
de
France
, pour
le Samedi
28
Février
. Je n'y
ai rien
trouvé
qui
puiffe
en
empêcher
l'impreffion
. A
Paris
, le 27 Février
1784.
GUIDI
.,
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 6 Décembre.
Lau
A déclaration faite par l'Envoié de Ruffie
au Reis- Effendi , n'eft plus un fecret ;
elle étoit contenue dans un mémoire , dont
on préfente ainfi la fubftance.
Apres un éloge de la conduite tenue par
la Cour de Pétersbourg depuis la derniere guerre
à l'égard de la Porte & des plaintes vives fur
les procédés de celle - ci , on indique les raifons
qui ont décidé l'impératrice à prendre poffeffion
des Provinces tartares on renvoie pour
les détails au manifefte ; & on conclut par exiger
du miniftere Ottoman qu'il reconnoiffe l'état .
préfent de la Crimée , du Cuban & de l'lfle
de Taman , qu'il confente à l'abrogation du
troifieme article du traité de Kainardgi rela
tif aux Tartares , & des trois articles de la convention
de 1779 fur le même fujet , en s'en
tenant quant au refte aux ftipulations faites
tant dans ce traité que dans ces conventions.
A ce mémoire l'envoyé de Ruffie a joint
N°. 6.7 Février 1784.
a
>
( 2 )
un projet d'acte où la reconnoiffance en queftion
eft exprimée en plein , ainfi que l'abrogation
des 4 articles mentionnés , & de la part
de la Ruffie , la ceffion de toutes les préten-.
tions que les Khans des Tartares ont pu former
fur les pays qui font actuellement fous la
domination du Grand-Seigneur , en ftipulant
que la riviere du Cuban fera dorénavant la borne
des deux Empires ".
La réponse de la Porte n'eft point encore
faite. On a remarqué feulement plufieurs
affemblées du Divan , &, beaucoup de fermentation
parmi les membres qui le compofent
. Il paroît qu'on convient de la néceffité
de céder la Crimée ; mais on a de la
peine à y confentir , ainfi que la Ruffie le
defire , & à la reconnoître ouvertement &
expreffément Souveraine de cette peninfule.
M. de Bulgakoff commence à fe plaindre
de la lenteur du Divan , & on s'attend à le
voir preffer une réponſe décifive.
POLOG NE.
DE VARSOVIE , le 6 Janvier.
Le Comte Potocki , grand Notaire de
Lithuanie , vient d'ètre fait Maréchal de la
Cour de ce grand Duché ; Le Général Major
Morawski , ci -devant Maréchal du Tri- .
bunal de Lithuanie , lui fuccede dans la char
ge de grand Notaire.
L'Impératrice de Ruffie a autorifé le Prince .
Héraclius de Géorgie à envoyer à Pétersbourg:
7
( . 13 ) 3
un Miniftre ; c'eft une diftinction quelle accorde
à fon nouveau vaffal , & elle fe charge de défrayer
cet envoyé pendant le féjour qu'il fera à
fa Cour. L'ancien Khan de la Crimée eft toujours
à Taman , & on ignore encore quand il
fe rendra à Pétersbourg. Les levées qui fe font
dans les différens diftricts de l'Empire Ruffe
conformément aux demandes qui ont été faites
au mois de Septembre dernier , ne font point
livrées au College de Guerre ordinaire ; on les
envoie à Kiovie , où on les répartira dans les
différens Régimens. Ces derniers n'occupent
plus leurs quartiers ordinaires ; ils font poftés
fur les frontieres turques , ou campés dans l'ar- ››
mée qui eft en Pologne.
#
Le Comte de Przependowski Palatin d'Inowroclow
, qui , content d'être décoré des
marques de l'ordre de l'Aigle blanc , qu'il
tenoit d'Augufte III , avoit toujours refufé
cellés de S. Stanislas , eft mort , à Cracovie
le 18 du mois dernier , âgé de 75 ans.
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 16 Janvier.
On a conftruit ici un globe aeroftatique ,
fous la direction de M. de Widmannſtætter
& de M. d'Ingenhouz ; il a 6 pieds de diametre
, fur 19 de circonférence , fon poids
eft de 6 livres , on en a fait déjà diverfes expériences
. Le 14 on l'a lancé , mais retenu
par des cordes ; il eſt reſté en l'air pendant 4
heures ; comme la corde à laquelle il étoit
attaché n'avoit que 109 toifes il n'a pu s'éa
2
( 4 )
lever au-delà. Il n'avoit perdu qu'une demie
livre de fa force en l'air ; le tems employé
pour le remplir de gaz inflammable fut d'une
heure & demie. Demain on doit répeter
cette expérience en préſence d'un grand concours
de fpectateurs.
Notre Théâtre national , fans contredit le premier
de l'Allemagne tant par le nombre &
le mérite des fujets qui le compofent , a donné
l'année derniere en nouveautés 2 Tragédies &
7 Comédies originales , 5 Tragédies & 10 Comédies
traduites du François , ainfi que 4 Comédies
traduites de l'Anglois . Parmi les pieces
allemandes une Comédie en 5 actes par M. Schroe
ter , intitulée la Bague , & une Tragédie par
le Colonel d'Ayrenhofer , qui a pour titre Antoine
& Cléopatre , ont remporté le prix d'encouragement
donné par l'Empereur.
Le froid eft exceffif ici depuis quelques jours ;
il a fait fortir des bois éloignés une troupe de
loups qui fe font répandus fur une terre voifine
de celle du Comte de Paar , où l'on en a
tué un d'une grandeur énorme qui avoit fait
beaucoup de dégats parmi les cerfs & les troupeaux.
Les glaçons arrêtent les moulins , & la
farine a renchéri . Les vignobles ont tellement
fouffert dans plufieurs endroits , que les marchands
de vin fongent déja à faire , leurs provi
Lons.
DE HAMBOURG , le 18 Janvier
On n'eft plus occupé ici que de la réponfe
vraie ou fuppofée , que l'on affure que la
Porte a faite à la déclaration de la Ruffie ,
a fujet de la Crimée. Tout ce qu'on débite
( 5 )
敷
eft encore bien vague ; on fe contentoit de
dire ces jours derniers , que le Divan s'étoit
borné à déclarer , qu'il ne pouvoit reconnoî
tre l'occupation de la Crimée & la fouveraineté
de la Ruffie , qui n'ayant apporté
pour prétexte de cette invafion, que le deffein
de s'indemnifer des frais dans lefquels
l'avoient entraîné les affaires de cette peninfule
, pouvoit en être dédommagée en argent
, en préfentant un état de ces dépenfes.
Cette réponſe dilatoire paroiffoit remplir le
but que la Porte ne perd pas de vue , de
gagner du tems. Aujourd'hui on dit qu'elle
eft encore plus formelle. Une lettre de Vienne
s'exprime du moins ainfi fur ce fujet.
» Les dernieres lettres de Conftantinople confirment
que la Porte a refufé abfolument de
donner fon approbation à la révolution de la
Crimée. D'abord les fentimens du Divan ont
été partagés ; le Muphti avouoit qu'on pourroit
céder quelque chofe , pourvu que l'on confervât
au Grand Seigneur l'autorité fuprême en fatt
de religion. Le Grand - Vifir & fes partifans
étoient d'avis de faire le facrifice de cette péninfule
fans restriction ; mais le Capitan- Bacha
& ceux de fon parti déclarerent qu'il valoit
mieux mourir les armes à la main , que de fouffrir
que l'éclat de la fublime Porte fût terni
par une pareille condescendance . Ce dernier
avis l'a emporté. Tout ce qu'ont pu obtenir les
Ambaffadeurs médiateurs , c'eft que le refus fe
fit dans des termes plus modérés que ceux que
Fon avoit d'abord arrêtés »..
On elt fort impatient de favoir comment
la Ruffie prendra cette réponſe , fi elle a été.
2 3
( 6 )
faite ; on ne croit pas que cette Puiffance
veuille renoncer à une poffeffion , qui ſe
trouve actuellement entre ſes mains.
Nos papiers en attendant annoncent que
cette réponſe a fait beaucoup de fenfation à
Vienne , que tous les Miniftres étrangers
ont expédié fur le champ des exprès à leurs
Cours. Nous ne les fuivrons pas dans les
conjectures auxquelles ils fe livrent à ce fujet
; nous ne nous arrêterons pas non plus
aux bruits qui fe répandent des nouveaux
troubles de l'Egypte , où 4 Beys , dit- on,
ayant formé un complot contre Aly- Bey ,
ont fuccombé , & où ce dernier , après être
venu à bout de les réduire & de fe rendre
maîtres de leurs perfonnes , a fait expofer
leurs têtes à la porte de fon Harem. D'un
autre côté , ceux qui ne veulent pas voir les
Turcs dans cet état d'impuiffance & de dénuement
, leur prêtent quelquefois des reffources
qu'ils n'ont peut- être pas. Parmi ces dernieres
, ils en annoncent de bien extraordinaires.
On en jugera par le paragraphe ſuivant ;
il peut du moins égayer nos lecteurs , donner
une idée de la maniere dont on rêve en
politique dans bien des endroits , & nous ne
dirons rien de trop , en obfervant que pour
& contre , 'on ne le fait pas fouvent avec
plus d'intelligence & de vérité.
Il y a maintenant en route pour cette Capitale,
écrit- on de Conftantinople , une ambaffade
qui eft envoyée au Grand-Seigneur par le Grand-
Mogol. Ce Prince , inftruit des embarras dans
( 7 )
lefquels le trouve S. H. , & embraffant fes intérêts
avec chaleur de préférence à ceux de fes
ennemis , qui n'ont pas avec lui une religion
commune , lui offre de l'aider de fes trésors ,
T'affure qu'il a envoyé des ambaffadeurs au grand
Khan de Tartarie & à l'Empereur de la Chine ,
pour les engager à attaquer les Ruffes , tandis
que lui veillera de fon côté ſur les mouvemens
des Perfans » .
Voilà ce que difent férieufement quelques
papiers d'Italie , & ce que répetent auffi férieufement
quelques papiers Allemands.
En attendant l'iffue des négociations de Dantzick
, le Roi de Pruffe , confidérant que le
blocus , dans la taifon actuelle , fervoit plus
à épuifer les malheureux habitans de la campagne
, qu'à vaincre l'obftination de ceux de
la ville , a eu égard aux inftances de l'Impératrice
de Ruffie , pour lever le blocus , & les ordres
'en ont été expédiés au Général d'Egloffilein . La
ville de fon côté a permis , provifionnellement ,
& falvo jure , aux Pruffiens le paffage des vivres ,
dont ils ont befoin fur fon territoire.
节
On lit dans quelques lettres de Vienne une
anecdote ; qui paroîtra au moins finguliere.
Le Curé d'Olberleg , village à peu de diftance
de cette capitale , voulant établir dans fa
Paroiffe un inftitut de charité , engagea un
Carme à prêcher fur ce fujet , & à tâcher d'échauffer
le zele de fes ouailles , & de les déterminer
à en faire les fonds. Le Religieux s'y employa
avec beaucoup d'ardeur , & fon fermon
proluifit quelque fruit. Le Pafteur , pour continuer
fon ouvrage , & venir à bout de fon pro
jet , pria quelques jours après un Capucin de
finir ce qu'avoit heureufement commencé le
a 4
( (8 )
Carme ; celui - ci le promit , & montant en
chaire , il prêcha longuement fur le texte infurgent
pfeudo - Prophetæ , & recommanda préciſément
le contraire de ce qu'avoit recommandé
le Carme. Les Habitans , étonnés d'avoir enrendu
le pour & le contre fur un établiſſement :
de bienfaifance , for lequel il étoit fingulier qu'il
pût y avoir deux opinions, refferrerent leurs bourfes
, & confulterent leur Curé fur ce qu'ils devoient
croire & faire . Cette affaire a fait du bruit ;
le Carme à remis fon fermon à l'Officialité. Il
demande que l'on l'examine , ainfi que celui du
Capucin , & qu'on décide lequel d'entr'eux eft
le faux Prophète.
DE
FRANCFORT , le 15 Janvier.
L'hiver actuel paroît être par - tout plus rigoureux
qu'il ne l'a été dans le cours de ce fiecle.
On apprend de Hambourg que l'Elbe eft glacée ,
& que l'on l'a traversée le 2 de ce mois en traineaux.
Depuis le 28 du mois dernier jufqu'au 8
le froid a été exceffif ; le dernier jour le Thermomêtre
de Reaumur étoit defcendu à 16 degrés
trois quarts au- deffous du point de congelation.
Le 10 il n'étoit plus qu'à 8 & demi . Le Rhin
a charrié des glacons , tant à Cologne qu'ici , &
les bâtimens ont déchargé leurs marchandifes
fans perte de temps , On craint beaucoup pour
les vignes & les arbres fruitiers des environs , &
que la rigueur de la faifon ne détruife toutes nos
efpérances en fruits & en vins. On apprend de
Manheim qu'après le froid énorme qu'on y a
éprouvé à la fin du mois dernier & au commencement
de celui - ci , il est tombé beaucoup de
neige , que le Necker & le Rhin ont débordé &
mis la ville en danger ; le 6 de ce mois les gla(
9 )
cons dépafferent les fortifications ; le bois manquoit
généralement ; les provifions peu confidérables
ne pouvoient être renouvellées , parce que:
toute communication étoit coupée avec les maga.
fins extérieurs ; & on craignoit la difette & les
émeutes qui en font fouvent la fuite , fi cet état
alarmant eut duré .
Les lettres de Danemarck portent que dans
l'ifle Chriftian près de celle de Bornholm , on
effuya pendant la nuit du 17 au 18 du mois dernier
trois fecouffes de tremblement de terre ; la
feconde fut plus violente que les deux autres ;
mais on n'apprend pas que ni celle - la ni les autres
aient caufé de dommages.
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 7 Janvier.
Le Navire marchand la Vierge des Gra
ces , revenant d'Alexandrie , avec une riche
cargaifon pour cette ville , fit naufrage le 25
- du mois dernier à 6 heures du matin , fur les
rochers de Val-di- Vetri , prefqu'à l'entrée de
notre port. On n'a pu fauver que l'équipage
qui eft actuellement en quarantaine,
Le Gouvernement du Grand Duché de
Tofcane a enjoint aux Dominicains de rein
voyer tous les novices de leur ordre; il a
également envoyé dans plufieurs diftricts de
cet état une défenfe de conferer les ordres
facrés à qui que ce foit , fans une permiflion
expreffe du Souverain.
On mande de Milan que les Peres Trinitaires:
Déchauffés de la Rédemption des Efclaves , on
25
( 10 )
eu ordre de quitter le 10 de ce mois leur Monaftere
& l'Eglife de Sainte- Marie ; les Religieux
qui s'y trouvent en petit nombre , feront fécularifés
, avec une penfion . Leur Eglife qui a
été bâtie en 1714 , & qui eſt une des plus belles
de la ville , fera convertie en églife paroiffiale.
Les Lettres de Naples portent que l'on a
enfin arrangé le diférend furvenu entre cette
Cour & la république de Ragufe ; on a réglé
les intérêts de cette derniere conformément à
fes voeux , fous la protection de l'Empereur ;
la Cour de Naples y enverra le gouverneur
d'armes qu'elle a nommé ; mais il n'y exercera
aucune autorité , & s'il meurt ou s'il fe
retire , on n'en enverra plus à la République ,
qui aura ici un Miniftre & un Conful. Le
Gouverneur militaire qui doit partir , eſt M.
Baraginé.
« Le Roi, ajoutent ces Lettres, en conféquence
des repréſentations de l'Avocat de la Couronne ,
a défendu , par un refcrit en date du 17 du mois
dernier , les recours à Rome pour obtenir des
démiffoires. On prétend auffi , difent les mêmes
lettres , que l'Avocat- Général a préſenté
un mémoire detaillé , contenant les raifons fur
Jefquelles il appuie la propofition de fupprimer
les Prédicateurs quadragefimaux , & d'obliger
Jes Evêques & les Curés de les remplacer eux-
"mêmes : il en résulteroit une économie utile ;
on épargneroit les honoraires que les Univerfités
paient aux Prédicateurs , & qui pourroient
alors être employés à d'autres ufages . S. M. n'a
rien décidé encore fur ce point.
( 11 )
ESPAGNE.
DE MADRID , le 2 Janvier.
Le vingt - huit du mois dernier , le
Comte d'Aranda arriva dans cette capitale ,
à huit heures du foir ; il fe rendit fur le
champ au palais , où il fut préfenté au Roi
le Comte de Florida Bianca. Il affifta au
fouper de S. M. , après lequel il paſſa dans
le cabinet du Roi , avec qui il eut une conférence
d'une demie heure.
par
Le lendemain le Comte d'Afcalto , Capitaine
général de Catalogne , arriva de Naples
avec fes compagnons de voyage.
On attend ici inceffamment deux fils du
Roi de Maroc , & il eft déjà arrivé quelques
perfonnes de leur fuite . On dit aufli qu'il
pourra bien venir dans quelque tems un
Ambaffadeur de la Porte.
On parle affez vaguement ici d'une révolte
au Pérou ; mais il faut que la Cour n'en
foit
guere inquiette, puifqu'elle ne fe difpofe
pas à envoyer des forces dans ces cantons.
Les milices jointes aux troupes réglées qui
forment les garnifons des principales places ,
lui femblent fans doute fuffifantes pour calmer
ces troubles , qui n'ont éclaté que dans
quelques villages. Il n'eft pas même queftion
du départ de Don Bernard de Galvez..
Il y a , écrit-on de Valence , à deux lieués
a'Alcire une chaîne de montagne qui commence
2.6
( 12 )
prefque au bord de Xucar & qui s'étend du
Nord au Sud à quatre lieues , d'où elle ſe dirige
enfuite vers le levant dans un eſpace à
peu près femblable. Le 25 Nov. , au matin les
habitans du voifinage s'apperçurent que la terre
s'étoit enfoncée tout autour , & qu'il s'étoit formé
diverfes crévaffes profondes dans plufieurs endroits
du rocher qui a 550 pieds de hauteur
environ . Ce phénomene fingulier étoit arrivé
pendant la nuit qui avoit été très- orageuſe pendant
3 heures , & peut être regardé comme
l'effet de cet orage & des pluies continuelles qui
l'avoient précédé pendant 2 mois & demi. La
nature de cette montagne offre une explica
tion fatisfaifante des caufes de ce changement.
La cime eft composée de gros rochers audeffous
defquels font de plus petits qui vont
toujours en diminuant jufqu'à la bafe . Le mong
eft rempli de matieres humides qui , à l'aide
du foleil , de l'air & du temps fe pétrifient
& augmentent fucceffivement la maffe du rocher.
On trouve auffi dans l'intérieur de grandes
couches , inégalement placées , d'une espece
de eraye de différentes couleurs , qui fe convertit
en chaux , lorfqu'elle en eft mouillée. La
terre et poreufe & paroît dans plufieurs endroits
difpofée à la pétrification . Cet état de
la montagne peut fervir aux phyficiens à rendre
compte d'un phénomene qui ny eft pas nouveau
, & qui y a été obfervé à diverfes reprifes
après de longues pluies.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 24 Janvier.
Le Général Carleton , arrivé enfin de
( 13 )
New -Yorck , a été préfenté dernierement au
Roi ; nous n'avons plus de nouvelles officielles
à recevoir de l'Amérique feptentrionale
; les bâtimens marchands qui en arriveront
, & les papiers qu'ils nous apporteront ,
offriront feuls des détails à notre curiofité
qui de long- temps ne fera pas indifférente
fur ce qui arrivera dans ces contrées.
•
Selon les derniers papiers arrivés du nouveau
monde , le congrès devoit tenir fes premieres
féances à Annapolis , dans le Maryland ; l'objet
dont il fe propofent de s'occuper d'abord intereffoit
la Grande- Bretagne : on fait qu'il a été publié
dans les Indes occidentales une proclamation
qui défend de charger fur des bâtimens Amé
ricains les productions des ifles dont ils ont befoin
, & dont on veut réserver le tranfport à nos
bâtimens. On s'attendoit que cet arrangement
déplairoit aux Américains ; les Etats de la Caroline
méridionale , de la Virginie & du Maryland
ont préfenté à ce fujet un mémoire au Congrès ;
ils infiftent fur la néceffité de défendre à leur
tour de charger aucune production du continent
fur des bâtimens Anglois , pour les tranfporter
en quelque lieu du monde que ce foit . Comme
ils efperent que nous révoquerons la défenſe portée
dans la proclamation ; ils fixent la durée de
celle qu'il follicitent du Congrès jufqu'à l'épo
que ou l'on aura conclu un traité de commerce
avec l'Angleterre .
Le fupercargue du vaiffean ta Liberté , arrivé
à Philadelphie , a écrit la lettre fuivante
au propriétaire.
Nous fommes arrivés ici en 6 femaines &
3 jours de traversée ; tout le monde le porte à
( 14 )
merveille ; le marché quoiqu'affez fourni manque
encore de plufieurs articles ; comme nous
les apportions nous avons été bien reçus . Toutes
les marchandifes étrangeres qu'on importe
ici font foumises à un même inpôt qui eft d'un
pour cent de leur valeur. L'esprit d'entrepri
fe parmi les marchands est étonnant ; on le
conçoit à peine , mais rien n'eft plus vrai ; ils
équipent à préfent 5 ou 6 gros vaiffeaux pour
la Chine ; il ont déja raflemblé pour cet effet
au-delà de 400,000 dollars . Si la même lageffe
continue à diriger les confeils de ce peuple ,
il formera bientot un puiffant Empire . On ne
peut fe faire une idée du nombre d'étrangers
qui arrivent journellement dans cette ville , il
y en a dans ce moment plus de 500 ; tous ne
font point bien reçus par -tout ; mais ils ont à
choisir les lieux . A la fin du mois d'Octobre
dernier , le bâtiment le Washington arrivé de
Londres débarqua plufieurs paffagers . Parmi eux
étoit M. Fréderic Walfort , habile Facteur d'inftrumens
de musique avec 4 ouvriers de la même
profeffion . Leur deffein étoit de s'établir ici ;
mais comme on leur dit que les Quakers n'avoient
pas beaucoup de goût pour la mufique,
ils fe font rendus à Newyorck , où ils ont été
accueillis. Quelques perruquiers arrivés avec
ce bâtiment ne trouvant pas à faire leurs affaires
avec les Quakers , ont auffi quitté cette
ville ; mais au lieu d'aller à Newyorck , ils ont
pris la route de la Virginie ».
Ce fut le 16 de ce mois que la Ville préfenta
fon adreffe au Roi pour le remercier d'avoir renvoyé
fes Miniftres. Elle montra par cette démarche
que fon opinion différoit de celle de la
majorité de la Chambre des Communes ; on
prétendoit que plufieurs autres Villes l'imite(
15 )
>
roient , & du 16 au 20 , on parloit d'une
maniere pofitive de la diffolation du Parlement ,
des motions qui devoient être faites pour cela
dans la Chambre Haute , du parti pris de l'oppofer
à la Baffe , & de profiter de ce fchifme
pour foutenir la nouvelle Adminiſtration. La
Scéance des Pairs , du 20 , s'eft paffée tranquillement
, il en a été de même de celle
du lendemain . Celle des Communes a été plus
remplie. Elle a confirmé que pendant que le
Public ne s'entretenoit que de partis extrêmes ,
on négocioit en fecret pour un raprochement.
Cependant M. Fox déclara que ce n'étoit encore
qu'un bruit , que du moins aucune de ces
négociations n'étoit venue à fa connoiffance .
il ajouta enfuite qu'il faifoit des voeux pour
une réunion , qui pouvoit être falutaire , fi elle
étoit fondée fur des principes. Il le prouva en
faifant remettre au 27 le Comité fur l'état de
la Nation , conformément au défir du Miniſtre ;
mais en lui donnant cette fatisfaction , il ne l'épargna
pas. Il dit qu'il s'étonnoit de le voir
encore en place , après les réfolutions du 17
qui prouvent que la Chambre lui refufoit fa
confiance. Il força M. Pitt de chercher à ſe
juftifier , de garder la fienne ; il déclara qu'il
avoit fes raifons qu'il expoferoit dans une autre
occafion , & qu'il fe flattoit qu'on les approuveroit.
Le parti Ministériel récrimina , felon
l'ufage , contre la coalition. Sir Richard Hill
la compara à deux Fermiers , l'un Whig
l'autre Tory , qui , après de longues querelles
fe réunirent , jognirent leurs attelages , n'en
firent qu'une charrae , & s'enrichirent eux &
leurs familles. Enfiés de leurs fuccès , ils porterent
cette charrue fur des terres voisines , ( la .
Charte de la Compagnie ; ) on en porta des
( 16 )
plaintes au propriétaire , qui ; pour le bien
de la paix & de la juftice , chaffa ces deux Fermiers
avides & turbulents. Cet apologue ne produifit
point d'effet. Perfonne ne rit ; on blâma
tout ce qui pouvoit aigrir ceux qu'il falloit
concilier .
Ces belles espérances de rapprochement ont
duré ju qu'au 23 ; à cette époque voilà out
en étoit la négociation . On avoit offert à M.
Fox & à fon parti , un arrangement pour compofer
une adminiftration compofée des chefs des
deux factions. Il répondit qu'il n'avoit d'objection
contre - perfonne , mais beaucoup contré
Pinfluence fecrette,, avec laquelle il ne vouloit
point d'accomodement . On prétend qu'il exi
geoit aufli qu'avant tout les Miniftres réfignaffent
leurs places ; M. Pitt & fes amis ne vou-
Joient point de liaison avec le Lord North ; &
ils fe flattoient que M. Fox pafferoit fur cette
claufe , parce qu'en effet le Lord North ne peut
tarder à paffer à la Chambre hauto , àla place de
fon pere , âgé & valetudinaire. Il parcit , par le
fort qu'eut la feconde lecture du bil de l'Inde
le 23 , que les négociations étoient rompues ;
ce bill , après de longues & faftidieufes difcuffions
, a été rejetté . M. Fox , qui n'avoit ja
mais perda de vue le deffein & l'efpoir de repréfenter
le fien , l'a propofé de nouveau , avec
promeffe de mod fier quelques uns des principes
qui lui fervoient de bafe quand la Chambre
T'approuva ; & après quelques détails fur ce bil ,
il parla de la diffolution prochaine du Parlement
, & fit entendre qu'il feroit prudent à la
Chambre de préfenter une adreffe au Roi il
convint que cependant elle feroit inutile , fi M.
Pitt vouloit faire connoître les intentions réeltes
de S. M. Plufieurs voix s'éleverent pour de
( 17 )
mander cette explication ; le filence de M. Pitt
donna de l'humeur ; le Général Conway & M.
Fox la manifefterent d'une maniere affez vive .
« Ne faifons plus d'inutiles queftions , dit ce
dernier ; malgré la fatigue de cette longue
féance ( elle avoit duré toute la nuit , & il étoit
quatre heures du matin ) raſſemblons - nous à midi ;
ce court intervalle nous procurera le repos dont
nous avons befoin pour ranimer nos forces , &
juger mieux de ce qu'il faudra faire. »
Dans ce moment la Chambre eft en effet affemblée
, conformément à fon ajournement , &
formée en committé fur l'état de la nation . Le
Public attend avec autant de curiofité que d'im
patience , quel fera le réfultat de cette féance ; ↑
On ne doute pas qu'il n'y foit pris des réfolutions
de la nature de celles qui ont déja été arrêtées
le 17 ; peut être même feront elles plus
fortes on dit du moins que M. Fox en a préparé
plufieurs de ce genre. Peut-être auffi fe bornera-
t- on à l'Adteffe qu'il a propofé de préfenter
au Roi. Cet état des chofes renouvelle les bruits
d'une diffolution prochaine ; elle paroît devenir
néceffaire , fi les Miniftres out perdu totalement
l'efpoir de faire approuver leurs mesures dans le
Parlement actuel . Mais fi en effet ils fe décident
à ce grand coup , il f qu'ils fe croient sûrs des
élections , & furtout d'y mettre de la célérité ,
& d'avoir le tems convenable pour le renouvellement
des grands bills ; car s'ils font retardés dans
leur marche , la diffolution de l'armée & une
foule d'embarras de toute efpece feroient une
fuite de celle du Parlement.
On attend la premiere féance des pairs
pour favoir s'ils feront les motions que
l'espoir d'une réunion avoit fufpendues. On
( 18 )
fait du moins que les Miniftres ont été affemblés
au fortir du Parlement ; & fans
doute il a été décidé quelque chofe au Confeil.
Nous fommes forcés d'attendre l'iffue de
ces débats , dont nous ne pourrons être inftruits
que l'Ordinaire prochain , & fur lefquels
chacun raifonne felon le parti auquel
il tient.
>
Le Lord Howe a , dit-on , déclaré depuis
qu'il eft à la tête de l'Amirauté , qu'il a trouvé
que les plans faits par fon prédéceffeur
promettoient tant d'avantages à la Marine ,
qu'il en fuivra l'exécution avec point ou peu
de changemens.
Il paroît qu'il n'en fera fait aucun au Réglement
déjà en vigueur , par lequel les
Vaiffeaux en ordinaire conferveront toujours
à bord tous les objets néceffaires à leur équipement.
Entre les avantages qu'il offre , il y
en a un bien intéreffant , celui de mettre ces
Vaiffeaux en état d'être plutôt prêts au befoin,
& de laiffer dans les magafins du Roi une
place qu'on peut remplir d'autres articles.
L'infpection en eft d'ailleurs plus facile ; &
fi la malice , ou le hafard embrafe quelques
dépôts , il restera toujours fur chaque Vaiffeau
tout ce qui lui fera néceffaire pour être
équipé & armé.
Le tranfport armé , le Pondicheri, qui portoit
les dépêches de l'Amiral Hughes , n'eft
( 19 )
arrivé qu'après la Médée , qui en a apporté
les duplicata . Il ne nous apprend point d'autres
nouvelles que celles que nous favions
déja , fi ce n'eft quelques détails fur la caufe
de la mort de fir Eyre Coote , qui eft arrivée
au moment où finiffoit une guerre dans
laquelle il s'eft couvert de gloire.
S'étant embarqué pour Madraff, où fa préfence
étoit néceffaire , il rencontra une divifion
de l'Efcadre du Commandeur de Suffren , qui
le chaffa pendant quatre jours, & quatre nuits ,
& à laquelle il n'échappa que par miracle , grace
à la bonté de fon bâtiment. La crainte qu'il eut
de tomber entre les mains de l'ennemi , le tort
que fa prife auroit fait à nos affaires dans l'Inde
l'influence qu'elle auroit pu avoir fur le fort de la
ville qu'il alloit défendre , & qui n'efpéroit qu'en
lui , l'incertitude où il étoit de la destinée de l'efcadre
Angloife , qu'il jugeoit prife , ou du moins
fort éloignée , & hors d'état de fe préfenter , puifque
l'ennemi domincit fur la mer à 60 milles de
Madras , firent l'impreffion la plus profonde fur
l'ame de ce Général citoyen. Le moral affecta le
phyfique ; il eut une attaque de paralyfie , à la-`
quelle il fuccomba le 27 Avril.
Il paroît par une lettre , qui de la Gazette
de Bombay a paffé dans toutes les nôtres ,
que la derniere action navale y eft regardée
comme une défaite.
« Quand la flotte angloife quitta Bombay
elle étoit en bon état , bien réparée , bien équipée
, les matelots rafraîchis par un repos de cing
mois , renforcés par tout le monde qu'on avoit
›
( 20 )
preffé a bord des vaiffeaux alors dans le port ;
l'efcadre françoiſe avoit toujours été en ſervice ,
occupée à défoler nos cótes , tandis que la
nôtre fe repofoit , & n'avoit été ni réparée , ni
rafraîchie , ni renforcée , ni approvifionée ; elle
avoit 4 vaiffeaux de ligne de moins. Dans cette
pofition il y avoit à parier pour la deftruction
de l'ennemi dans un combat ; cependant il fe
donne , & c'est l'ennemi qui a l'audace de l'engager
; aucun vaiffeau n'eft pris de part ni d'au
tre; mais l'efcadre angloife fe retire à Madraff ,
laiffe le champ de bataille aux françois , qui
vont fecourir Cuddalor. Notre attente eft trompée
, & l'armée qui affiégeoit Cuddalor ne peut
revenir de fon étonnement fans la nouvelle
de la paix , hors d'état d'être fecourue & approvifionnée
, puifque les françois étoient maîtres de
la mer , elle eût été réduite à fe retirer , &
peut- être à être prife. C'eft le cas ou jamais
d'ordonner une enquête fur le combat du 20
juin , d'après laquelle il fera fait juftice de qui
il appartiendra , & c .
La faifon , qui eſt toujours exceffivement
froide , a donné lieu aux obfervations fuivantes.
En 1683 ce qui fait précisément un fiecle
qui s'est écoulé jufqu'à ce jour , on a éprouvé
dans prefque toute l'Europe le froid le plus ri
goureux ; il commença en Novembre , & ne
finit qu'en Mars fuivant. On vit en France les
lievres & les lapins abandonner leurs terriers , fe
refugier dans les villes , & gagner les foyers des
maifons qui fe trouvoient ouvertes. En Hollande
il y eut des pluies abondantes qui inon,
derent toutes les plaines ; le froid qui fuccéda
prefque auffi - tôt , donna à ce pays l'apparence
( 2211 )
d'une mer de glaces . Quantité de pauvres mou
turent de befoin en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre & en Irlande . Dans l'Angleterre
les oifeaux fouffrirent tellement qu'on
n'en vit prefque pas un feul l'été fuivant . Les
nuits étoient fi rigoureufes que l'on entaffoit
des piles de bois au bout de plufieurs rues , &
on y mettoit le feu tous les matins pour réchauffer
en paffant les perfonnes que leurs affaires
obligeoient de fortir. La Tamile fut prife
& à une grande profondeur à Woolwich que
les charriots les plus péfamment chargés la
traverfoient fans danger. Tous les végétaux
périrent , le grain dont on attendoit une abondante
moiffon fut détruit . Heureufement l'année
1684 dédommagea du tort qu'avoit fait la
précédente ; les récoltes furent abondantes &
hatives.
On lit dans un de nos papiers l'article fuivant,
qui peut piquer la curiofité de nos
lecteurs,
sc Il y a maintenant parmi nous des Indiens qui
felon l'ufage de leur pays portent de longs poignards
empoisonnés. Un Marchand d'Holborn
fut vifité ces jours derniers par deux de ces Indiens
; il eut la curiofité de voir leurs armes ;
il en tira une du fourreau , & en mettant fon
pouce fur la lame , il éprouva une fenfation fubite,
feniblable à celle d'une commotion électrique
dans l'épaule . L'Indien effrayé , l'avertit dans fon
mauvais anglois de laver fur le champ fon pouce;
& lorfqu'il l'eut fait , on lui dit qu'il avoit évité
les effets du poifon ; & que fi la peau de fon
pouce eût été fimplement entamée , quelque légérement
qu'il eut touché l'arme , il eut infailliblement
perdu fon bras , & peut - être la vie.
( 22 )
Cet avis ne fauroit être trop tôt publié pour prévenir
les imprudences Rien de plus à plaindre
que la fituation de ces malheureux Lafcars. On
dit qu'il leur eft affigné des gages jufqu'à ce qu'on
les renvoie dans leur pays ; mais , quoiqu'il en
foit , ils n'en paroiffent pas moins malheureux ;
un d'eux a été trouvé , dans cette faifon rigoureufe
, mourant à la porte d'une maiſon . On l'a
porté dans un Hôpital où il eſt expiré . En général
, il y a eu plufieurs infortunés qui ont péri
auffi miférablement depuis quelques jours . »
2
Parmi les conteftations que les paffions
l'injuftice , & fouvent la foibleffe ou la démence
portent devant les Tribunaux , il y
en a quelques-unes qui ne font faites que
pour égayer les Juges & le Public aux dépens
des plaideurs ; en voici une de cette
efpece:
1
Aux Seffions générales on a jugé le 21 une ,
caufe affez finguliere ; c'eſt une femme qui fe
plaignoit de la violence de fon mari , qui la
maltraitoit journellement le mari préfent ne
nioit pas le fait , mais il s'excufoit fur les motifs
de jaloufie qu'elle lui donnoit . Le juge & le
juré ne purent fe défendre de rire aux éclats
pendant tous ces débats , & il étoit difficile de
garder la gravité en confidérant le couple en
procès ; le maria 84 ans , la femme 82 , & le
rival favorifé qui trouble fi fort leur paix , eft du
même âge que la dame avec laquelle on le foupçonne
d'être fi bien . Les juges , après avoir employé
de vaines exhortations pour remettre la
paix dans le ménage , ont été obligés de prononcer
une féparation entre les deux époux ; la
femme a voulu abſolument vivre dans un lieu
éloigné de 15 milles de celui qu'habiteroit fon
( 23 )
mari ; & quoiqu'on eût pu être indulgent fans
conféquence , on a réglé que la même diſtance
fépareroit fa demeure de l'habitation de celui
qui paffe pour être fon amant.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 3 Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Bois-
Grofland , Ordre de Cîteaux , Dioceſe de
Luçon , l'Abbé Emery , Supérieur- Général
de la Congrégation de Saint-Sulpice ; & à
celle de Lauvaux , Ordre de Saint - Benoît ,
Dioceſe de Vannes , l'Abbé Chevreuil , Vicaire
Général de Paris.
Le 27 du mois dernier, le Baron de Staëldu
Holſtein , Ambaffadeur du Roi de Suede ,
eut une audience particuliere du Roi , pendant
laquelle il remit fa lettre de créance , à
S. M. , il fut conduit à cette audience avec
les formalités ordinaires .
DE PARIS , le 3 Février.
On vient de nous faire paffer la note fuivante
, que nous nous, empreffons de tranfcrire.
La reception à l'affociation de Cincinnatus
a eu lieu , tant pour ceux des Officiers Américains
qui fe trouvent à Paris , que pour les
Français à quis cette marque d'honneur a été
déférée par l'armée Américaine . Le 19 Janvier ,
les Américains s'étant affemblés chez M. le
Marquis de la Fayette , ce Général les revêtit
( 24 )
des Aigles , marque diftinctive de l'affociation ,
& fut auffi - tôt après , à leur tête , complimenter
, les Amiraux , Chefs - d'Efcadres , & Généraux
des armées Françailes , auxquelles le
Major l'Enfant , député par l'armée Américaine ,
& porteur des Ordres des Cincinnati , préſenta
les Aigles , portant fur leur poitrine les emblêmes
relatives au caractere de Cincinnatus , avec ces
devifes , Omnia relinquit ad fervandam Rempublicam
, & virtutis præmium. M. le Comte de
Rochambeau , chez lequel étoient affemblés tous
les Officiers de fon département les revêtit des
Aigles, & fit terminer la cérémonie par un feftin ,
à l'iffue duquel furent portées les fantés du Général
Washington , de l'armée des Etats - Unis , & c .
Le faux bruit qu'on avoit répandu que
M. le Comte d'Estaing avoit refufé l'Aigle par
la raifon que cette marque de diftinction n'avoit
été accordée à aucun des Officiers quiavoient
fervi fous fes ordres fe trouve entiérement démenti
; les Aigles ayant été préfentés le même
jour , non-feulement au Comte d'Estaing , mais
même à ceux des Officiers de fon armée ,
jouiffant des grades défignés par les inftitutions
des Cincinnati. Et il paroît que c'étoit avec
auffi peu de fondement qu'on avoit avancé que
le Major l'Enfant n'avoit été porteur d'aucune
Lettre officielle du Général Waſhington
pour M. de Vaudreuil , puifque ce Général a
reçu à l'Orient l'Aigle qui lui a été expédié ,
ainfi qu'aux Chefs- d'Efcadres , le jour même
que la reception a eu lieu à Paris. Il n'y a
pas de doute que les Capitaines de vaiffeaux
qui ont fervi en Amérique ne foient admis au
nombre des Cincinnati. Et il paroît que la feule
raifon qui a empêché de les comprendre dans
cette premiere nomination , eft que les Officiers
de
( 25 )
de la Marine Américaine , dont plufieurs fe font
diftingués , comme le Commodore Paul-Jone &
autres , n'étoient pas encore admis à l'aſſociation
à laquelle on avoit refervé de les nommer à la
premiere Affemblée Générale . On donnera auffitôt
qu'il fera poffible une lifte exacte des noms
& qualifications des Officiers Français , tant au
fervice de S. M. qu'à celui des Américains ,
qui ont été ou feront admis au nombre des
Cincinnati. Cette lifte étant défirée du public ,
& néceffaire pour refuter les prétentions déplacées
de plufieurs perfonnes qui n'ont ni droit , ni aucun
titre particulier pour y prétendre .
La lettre fuivante fert à rectifier un article
d'un de nos précédéns Journaux.
n
Je vous prie , M. , de vouloir bien faire redreffer
une erreur, qui s'eft gliffée dans votre
Journal , No. 4, P. 471. En parlant de la Souf
cription que les Officiers François , décorés de
l'Ordre de Cincinnatus , ont propolée pour correlpondre
à celle qui a été faite en Amérique , il
eft dit Le Comte de Rochambeau donnera 6000 l.
Le Chevalier de Chaftellux , 4000 l . Les Maréchauxe
de Camp ont été taxés à 2000 l . &c. La vérité eft
que j'ai foufcrit fuivant mon grade de Maréchal
de Camp , que M. le Comte de Rochambeau s'eft
fait infcrire pour 6000 liv. , comme ayant été
Commandant en chef , & que M. le Baron de
Viomenil , qui a été fait Lieutenant - Général à
fon retour d'Amérique , a profité de cette circonftance
pour porter fa contribution à 3000 livres.
J'ai l'honneur d'être , &c. Signé , le Chevalier de
CHASTELLUX .
Le froid eft toujours très - rigoureux ici.
Depuis la fin du mois de Décembre , & pendant
tout le mois de Janvier, il s'eft paffé
No. 6. 7 Février 1784. b
((26 ))
peu de jours fans qu'il n'alt neigé & gelé
fucceffivement ; ce qu'il y a de très extraor
dinaire dans cette continuité de froid , c'eft
que plufieurs provinces ne s'en reffentent
pas. Dans celles du midi , il n'avoit pas enil
y eu des
core gélé à la fin de Décem avoit pas enpluyes
fréquentes en Provence & en Languedoc
, mais fans de grands froids ; dans
l'Auvergne le tems étoit fi doux le 3 & le 4
Janvier, que l'on alloit à la promenade l'après
-fouper , comme dans les beaux jours
de l'Eté. Une température auffi différente
dans des pays fi peut éloignés , excitera fans
doute l'attention des Phy ficiens.
Ici nous avons un pied de neige dans la ville ,
ce qui en fuppofe trois dans la campagne & fur
Les grandes routes ; auffi tout eft engorgé ; le foin
& la paille augmentent de prix ; les légumes &
les autres comeftibles ont auffi fort renchéri ; les
gens aifés & les riches ne fouffrent pas de cette
difette momentanée ; ils en font quittes , en payant
un peu plus cher ; mais le pauvre peuple , l'ouvrier
dont le travail eſt ſuſpendu par la rigueur
de la faiſon , dénué de pain & de bois , exigeoit
les plus prompts fecours. Déjà les aumônes
les plus abondantes , le pain des Paroiffes
wone fuffifoient pas à la quantité d'indigens , M.
1e Lieutenant- Général de Police a couru à Verfilles;
il n'a pas plutôt fait connoître au Roi le
befoin de fon peuple , que S. M. a envoyé furle-
champ des fecours , & a chargé le même jour
M. le Contrôleur-Général des Finances de faire
un fond pour cet objet. En conféquence ce Mi-
Maniftre donne tous les deux jours des fommes fuffifantes
pour le pain & les habillemens de la
( 27 )
elaffe indigente de la capitale , qui , tranquille
aujourd'hui fur fa fubfiftance , bénit dans tous
les momens du jour le Prince dont la main la
nourrit. On a averti tous les ouvriers & manoeuvres
de le présenter à l'Hôtel de la Police ; on
leur donnera du travail & des falaires. On a
établi dans de vaftes falles des maiſons occupées
ci-devant par les Célefins , Quai des Cé.
leftins , dans le Couvent des Capucins du Fauxbourg
S. Jacques , dans celui des Grands Au.
guftins , des poêles toujours allumés , où les pau
vres feront admis , pourront fe chauffer , travail
ler & recevoir des fecours.
On apprend d'Alface , que la rigueur du
froid n'y eft pas moins grande ; elle a fait
fortir les loups de leurs forêts ; on les voit
errer par troupeaux dans la campagne pour
chercher de la nourriture , & ils y attaquent
les hommes. On a trouvé des offemens &
les reftes des habillemens de quelques infortunés
qu'ils ont dévorés.
Les lettres de Bordeaux portent que l'ouragan
qu'on y éprouva il y a 12 ou is jours,
n'y a pas caufé autant de dommage qu'on
avoit lieu de le craindre ; quelques navires
ont chaffé fur leurs ancres , il eft vrai ; mais
ils n'ont point fouffert d'avaries ; quelques
Cutters cependant ont péri corps & bien.
L'Intendant d'Amiens a adreffé le 23 du
mois dernier la lettre fuivante à la Chambre
de commerce de Picardie.
Le prix des grains ayant généralement augmenté
, Meffieurs , depuis quelque tems dans
b
( 28 )
différentes Provinces du Royaume , qui étoient
Cependant reconnues pour être le mieux approvifionnées
, le Gouvernement croit qu'il eft de
Ja prudence de fufpendre l'exportation de tous
bleds , farines & menus grains par les ports de
Picardie ; fauf à la permettre de nouveau , lorfque
par les apparences de la récolte prochaine ,
on pourra fe flatter de n'éprouver aucune inquiétude
pour l'approvifionnement du Royaume.
M. le Contrôleur- Général a fait paffer en conféquence
des ordres à la Ferme- Générale , pour
qu'elle recommande à fes Employés de ne plus
délivrer d'expéditions pour la fortie des grains ,
à compter du premier Février.
Le dernier emprunt de cent millions eſt
rempli ; il l'eût été plutôt , fi l'on avoit voulu
entendre aux propofitions des étrangers & de
quelques autres compagnies de Soufcripteurs
qu'on a refufées. Il eft fermé depuis
famedi au foir, -
D'après quelques lettres de Lyon , il a fallu
toute l'ardeur de M. Pilatre du Rozier & la
conftance de fes autres affociés , pour que M. de
Montgolfier n'ait pas été rebuté par les diverfes
expériences , qui toutes avoient caufé tant de
dégats à fa machine. Cela venoit de ce qu'elle
avoit été faite avec trop d'économie ; au lieu
de papier & de toile de cholet , fi l'on s'étoit
fervi de bonne toile à voile , elle eût réfifté
à un plus grand feu , & elle auroit refté dix à
douze heures & peut-être encore davantage en
l'air . La perfonne qui avoit voulu parier qu'elle
n'y tiendroit pas pendant 8 heures , n'auroit pas
eu fi beau jeu , & ne triompheroit pas comme
elle l'a fait parce que perfonne n'avoit accepté
fon pari elle n'auroit peut- être pas dû en in
•
( 29 )
férer un défaut de confiance au feu employé pát
MM. de Montgolfier ; on fait qu'ils ne l'ont
adopté que pour remplacer le gaz inflammable ,
qui est un moyen lent & coûteux . On peut
juger de l'état de la machine de Lyon au mement
de fon départ , état caufé par la matiere
dont on s'étoit fervi , l'inexpérience des
Ouvriers , le temps affreux , la pluie , la neige
& le froid qui l'avoient dégradée , par ce paffage
d'une lettre de M. de Fleurieu de la Tourrette ,
Secretaire perpétuel de l'Académie de Lyon
» J'avoue qu'en confidérant une demi - heure
avant le départ ce ballon à -peu- près chargé , &
l'examinant dans l'intérieur au pied du foyer ,
je fus effrayé d'appercevoir le jour de tous côtés ,
& la maffe entiere prodigieufement affoiblie par
les feux précédens » .
On avoit annoncé pour le 20 ou le 25
Janvier le départ du globe de Dijon ; mais
la machine n'étoit pas finie le 24. L'ouvrage
qui reftoit à faire ne pouvoit fe continuer
qu'en plein air , à caufe du volume dublog
qui a 37 pieds de diametre. La neige , la
pluye , le froid qui ont contrarié les travaux
de Lyon , s'y oppofent ; & on attend le retour
du beau tems pour l'achever. On fait
que les phyficiens de Lyon emploient ,
pour le remplir , un gaz tiré du charbon de
terre.
On affure que deux Phyficiens connus prétendent
avoir découvert un moyen de diriger la
machine ; l'un a , dit- on , demandé à MONSIEUR
la permiffion de faire élever un globe du jardin
du Luxembourg : il ne fe propofe rien moins
que d'aller avec quatre perfonnes en droiture
b
}
( 30 ))
fa
en Angleterre. Il louvoiera lorfqu'il aura le vent
contraire ; il fe repofera à terre lorfque le vent
fera entierement debout. La Soufcription qu'il
doit , dit-on , ouvrir à ce sujet , fera bientôt
remplie , parce qu'on a la plus grande confiance
en fes connoiffances.
En attendant les projets de direction le muftiplient
:l'Académie a reçu quantité de mémoires.
Tandis qu'un de les membres a publié qu'on
défeípéroit de trouver un moyen efficace; ceux
qui ont été chargés de l'examen du mémoire de
M. de Montgolfier , ont publié à leur tour qu'ils
ne jug oient pas cette découverte impoffible. Le
temps décidera entre ces opinions contraires.
Parmi les projets préfentés à l'Academie ,
celui qui , dit-on , paroit approcher le plus
près du but, eft celui qui confifte à employer
deux ballons dont le plus petit fera toujours
plus élevé que le grand , & lui fervira de
point d'appui. Il a été lu un mémoire fur ce
fujet à l'Academie. M. de la Lande obferva
alors que M. Bardin fui en avoit déjà précedemment
envoyé un fur le même procédé ;
nous l'avions reçu nous même le 25 du
mois dernier ; l'abondance des matieres , l'étendue
du mémoire ne nous ont pas permis
de le donner. Nous le préfenterons aujourd'hui
, pour conftater la priorité des calculs
rà
de l'Auteur , fi en effet ils conduisent à la
découverte qui en eft l'objet. Il a pour titre
folution da probléme de la navigation dërienne.
La queftion dont il s'agit en renferme deux :
la premiere de voguer dans l'air auffi lóin & auffi
(( 31 ))
long-temps que l'on voudra fous le Ballon aérof
tatique , en s'élevant à volonté ou s'abaiffant
alternativement fans aucun fecours étranger ; &
la deuxieme de diriger la courfe au moins un peu
obliquement à la direction du vent. Il ne
femble pas qu'on ait encore rien trouvé qui puiffe
remplir ces deux objets qui paroiffent même
généralement défefpérés , & qui cependant peuvent
feuls confommer le mérite de l'invention
de MM. de Montgolfier , invention comme préparée
& fufcitée par les découvertes de la Phyfique
moderne , & déja portée à un certain degré
de perfection par les foins & l'induftrie de Meffieurs
Charles & Robert. Effayons donc de réfoudre ce
probléme. Pour rendre mon principe intelligible
aux moins initiés en méchanique , fuppofons
deux Ballons égaux , capables chacun d'une
force afcenfionnelle de 150 liv . près la furface
de la terre qu'on en laille partir un que je fuppofe
s'élever verticalement avec un cordage
attaché par le moyen d'un réfeau ; & qu'on láche
cette corde jufqu'à ce que ce premier Ballon foit
arrivé à la couche d'air athmofphérique où il fe
trouvera en équilibre avec le poids de la corde
qu'il fouleve , fuppofé au- deffous de 50 livres.
Suppofons enfuite qu'un homme pefant 200 liv,,
tant par fon propre poids que celui des attirails
néceffaires , y compris , fi l'on veut , le poids de
la corde ci - deffus , s'attache au fecond Ballon
qui eft encore à terre : l'homme & ce dernier
Ballon y demeureront certainement , puifque la
force afcenfionnelle de ce Ballon eft moindre
que le poids de l'homme. " Cela polé , que notre
homme tire la corde qui tient au Ballon fupérieur,
ce Ballon defcendra , l'homme & le Ballon infésieur
demeurant à terre pendant quelque temps ;
mais en continuant de tirer aing la corde , il lui
4
6
( 32 )
fera impoffible d'amener le Ballon fupérieur jul
qu'à terre , puifque , par l'hypotheſe , le poids
total de cet homme n'eft que de 200 liv . , tandis
que la force afcenfionnelle des deux Ballons enfemble
près de la terre eft de 300. Il faudra
donc que l'homme & le Ballon inférieur auquel
il eft fufpendu , montent à la rencontre du Ballon
fupérieur ; & il eft clair qu'à l'inftant où les deux
Ballons fe feront joints , le Navigateur aërien fe
fera élevé à-peu-près à une hauteur égale à celle
qu'il auroit pu atteindre à l'aide d'un Ballon
unique , qui toutes chofes d'ailleurs auffi égales ,
auroit la même force que les deux Ballons cideffus
pris enfemble. De- là on voit clairement
le méchanifme de l'afcenfion ou de la defcente
du Navigateur aerien , qui s'élevera ou s'abaiffera
à volonté , felen qu'à l'aide d'une manivelle &
d'un rouleau fixé au- deſſus de fon char , il lachera
ou tirera la corde qui tient au Ballon fupérieur.
Et qu'on ne dife pas qu'on puiffe faire la même
chofe avec un feul Ballon : car avec un feul
Je Navigateur qui voudroit, s'élever , auroit une
force conftante de près de 200 liv. à vaincre , au
lieu que , avec les deux Ballons , la force à vaincre
pour s'élever eft d'autant moindre que le Naviga
teur eft plus près de terre , & qu'il peut à la forface
de la terre fe réduire à moins d'une livre , ce
qui eft d'une conféquence infinie pour la facilité
de Pélévation de notre Navigateur . Dans ce
fyftême des deux Ballons , il ne feroit pas diffi
cile de calculer la force à vaincre à chaque degré
d'élévation, force égale à celle qu'exerce le Ballon
fupérieur dans les diverfes hauteurs où il fe
trouve , & cela , dans l'hypothefe de la denfité
de l'athmosphere en progreffion géométrique ,
décroiffante à mesure que la hauteur croît en
progreffion arithmétique ; mais ce détail eft inuz
2
( 33 )
tile ici ; & il me fuffit d'avoir établi le principe.
Je ne prétends même pas que dans la pratique
on doive procéder avec nos deux Ballons felon
l'exemple ci -deffus ; cela fouffriroit des inconvéniens,
& principalement de la part du vent qui
permettroit rarement au Ballon fupérieur de s'élever
feul verticalement , comme je l'ai fuppofé
dans la feule vue de rendre mon principe fenfible ;
je penfe au contraire que le Navigateur doic
commencer par s'élever avec les deux Ballons,
& filant en même temps le cordage attaché au
Ballon fupérieur , il fe tiendra auffi près de terre
qu'il lui plaira avec le Ballon inférieur auquel il
eft ſuſpendu', ou s'élèvera à volonté , en confervant
l'alignement vertical entre les deux Ballons
pouffés par le même vent. Par cette méthode ,
on voit que les deux Ballons étant une fois bien
conditionnés , & d'une enveloppe imperméable
au gaz qu'ils contiennent , on pourra voguer
dans l'air jufqu'à la Chine fi le vent eft favorable
,mettre pied à terre à volonté , & fe remettre
en route fans aucun fecours étranger. Dans l'expérience
des Thuileries , MM. Charles & Robert
n'ont point eu d'autre moyen pour s'élever fous
le Ballon aeroftatique , que d'alléger le poids de
leur char en jettant à terre la provifion de leur
left , non fans quelque danger pour les fpectateurs
terreftres ; moyen affez fimple néanmoins de
s'élever , s'il n'entraînoit point enfuite pour
s'abaiffer , la fâcheufe néceffité de laiffer échapper
du Ballon une partie de l'air inflammable ,
c'eft-à -dire de la force afcenfionnelle ; perte irréparable
, & d'où fuit l'impoffibilité de s'élever de
nouveau , à moins de renouveller l'air inflammable
dans le Ballon , ce qui feroit un moyen précaire
, & peut-être même impraticable , tant à
caufe du poids des appareils & des provifions
bs
( 34 )
&
#
7
néceffaires , que de la lenteur du développement
du nouveau gaz , lenteur peu convenable à la
rencontre des éminences terreftres qui exigeroient
une élévation rapide ; moyen enfin borné & de
peu de durée , & qui annonceroit bien l'enfance
ude l'art de la navigation aerienne ; au refte il
paroît que M. Charles n'a pas même cru devoir
employer cet expédient , puifque fa feconde &
derniere élévation dans les airs n'a été due qu'à
la léparation de fon compagnon de voyage du
poids duquel le char a été allegé. Cependant ,
dans la méthode que je propofe , il fe préfente un
inconvénient qui pourra paroître grave , mais
qui ne fera point infurmontable : c'eft le frottement
contre le Ballon inférieur , du cordage qui
retient le Ballon fupérieur. Ce frottement pourra
être converti en une fimple preffion latérale peu
dangereuse de ce Ballon inférieur contre le fupport
d'une poulie fur laquelle glifferoit le cordage
en queftion. Il y a d'ailleurs plufieurs moyens
de perfectionner cette méthode. On pourroit auffi
employer une perche légere ou efpece de vergue
fufpendue horisontalement & immédiatement
fous le Ballon inférieur , & dont les deux bours
excéderoient de quelques pieds ceux du diamêrre
horifontal de ce Ballon ; deux cordages allant
comme ci- deſſus , du char au Ballon fupérieur ,
& forcés de paffer dans des poulies fixées aux
extrémités de cette vergué , rempliroient l'objet
defiré . D'ailleurs , pour conferver la fituation
horisontale de cette vergue , il fuffiroit de maintenir
les deux bouts par deux ficeles tenant au
centre du char par cet arrangement , dans quelque
fens que le Ballon fupérieur agité par un
vent différent , vienne à tendre les deux cordes
en queftion , la vergue confervera, toujours la
fisuation horisontale , & fe mettra toujours natu(
35 )
rellement dans un alignement perpendiculaire à
la droite , qu'on peut concevoir menée du Ballon
Tupérieur perpendiculairement fur cette vergue ,
enforte que les cordages en queftion raferont les
flancs oppofès du Ballon inférieur à une diftance
fuffifante fans aucun rifque de frottement . Je fupprime
ici toutes les autres petites induſtries fur
la ſtructure , & les proportions de toutes les differentes
parties de la Machine , fufceptibles d'une
infinité de combinaifons , & de différens degrés
de perfection. Je ne veux pas même fixer les
proportions réciproques des deux Ballons , qui au
lieu d'être égaux comme ci - deffus , pourront être
faits de forces afcenfionnelles différentes , felon
les divers deffeins de l'artifte, Je ne prétends pas
non plus que le Ballon fupérieur doive être fi
élevé dans l'athmofphere quand le Bailon inférieur
eft près de terre , que ce foit alors le Ballon
inférieur qui porte tout le poids du Navigateur
& de fon char. Cette combinaiſon auroit des défavantages
, tant dans la longueur exceffive du cordage
, que dans la lenteur qui en réſulteroit dans
l'élévation du Navigateur à de petites hauteurs
au-deffus de la terre , objet important dans notre
méthode où il ne fera jamais queftion , comme
on le verra bientôt , que de s'élever avec une certaine
vitelle au-deffus des obftacles terreftres qui
fe rencontreront fur la route du Navigateur. Au
refte j'obferverai que la fomme des volumes des
deux Ballons étant donnée , & toutes chofes
d'ailleurs égales , la plus grande élévation poffible
du Navigateur feratonjours fenfiblement la même
quelques foient les proportions réciproques des
deux Ballons. Si le Balion fupérieur eft le plus
gros , le Navigateur ira plus vite , parce que ce
Ballon fupérieur prendra plus de vent , tant à
zaifon de fa groffeur que de fon élévation ; & la
( 36 )
vergue fufpendue fous le Ballon inférieur ( ſuppofé
que cette vergue foit adoptée ) , fera moinslongue
; mais auffi il faudra au Navigateur une
plus grande force pour s'élever quand le cas le
réquerra , par le raccourciffement du cordage
qui retient le Ballon fupérieur ; que fi au contraire
le Ballon inférieur eft le plus gros , la force
à vaincre pour faire monter le Navigateur fera
moindre , mais il cheminera moins vite , & la
vergue ci -deffus , fi on en fait ufage , fera plus
longue .
Venons-en préfentement au moyen de diriger
la route du Navigateur aërien au moins
obliquement au vent. Quand MM. Charles &
Robert le font abaiffés à la prairie de Nefle ,
ils ont , felon le récit des Journaux , rafé la
terre à une diſtance de quatre pieds pendant un
efpace de plus de cinquante pas ; & dans la
Méthode que je propofe on pourra rafer de
même la terre auffi loin & auffi long - temps.
qu'on le voudra en jouiffant à peu de chofe
près de la même viteffe que fi l'on étoit fort
élevé dans l'air or le Navigateur raſant ainſi
la terre , pourra en la pouffant obliquement à
l'horifon & au vent par un mouvement des
pieds , à l'aide d'une efpece de lance légene
de longueur fuffifante , ajustée & difpofée d'une
maniere convenable , pourra , dis je , fans de
grands efforts , fe procurer , & à toute la Machine
, une direction inclinée à celle du vent,
fauf à s'abandonner entiérement au vent en
s'élevant en l'air à la rencontre des arbres ,
des édifices ou des montagnes qui fe préfenteront
fur la route . J'ai dit que l'abaiffement du
Navigateur près de la terre ne nuira gueres à
fa viteffe tirée du vent , & en effet : car plus
fera bas plus le balon fupérieur fera, haut
( 37 )
& expofé par conféquent à l'action du vent
qui l'entraînera avec tout le refte de la Machine.
Enfin la même lance qui fervira àtrepouffer
la terre par un bout , pourra par l'autre
bout fervir d'une ancre propre à s'y accrocher
en ufant des précautions néceffaires. Pour tout
dire enfin , en attendant l'effai de nos deux
Balons , on pourroit faire une épreuve avec
un feul Balon de la maniere fuivante ; fuppofons
qu'en confervant d'ailleurs tout le reile
de notre méthode ci -deſſus , le Balon inférieur
foit fupprimé , & que le Balon fupérieur , fuppofé
toujours affez elevé , ait toute la force néceffaire
pour porter le Navigateur avec fon char ,
comme ci - deffus , & une proviffion de left ;
en ce cas la force à vaincre pour monter le
char fufpendu par une feule corde , fera à -peuprès
conftante & égale au moins au poids total
du navigateur & de fon char ; mais il pourra
la furmonter par le méchaniſme d'un rouage ;
d'ailleurs il fera tout fimple de fe fervir du
même moyen d'élévation que M. Charles , en
jettant la provifion , ou une partie de la provifion
de fon left. Enfuite pour s'abaiffer , il lâchera
de la corde la longueur requife pour defcendre
jufqu'à terre , de laquelle il arrachera
auffi-tôt une nouvelle provifion de left , à l'aide
de la lance ci -deffus ; après quoi raccourciffant
la corde de la même quantité dont il l'avoit
allongée pour defcendre , il fe remettra à rafer
- la terre comme auparavant , le ballon étant encore
à une hauteur affez grande pour jouir de
toute la viteffe du vent. Pour , empêcher le navigateur
de chanceler dans fon char , il y auroit
des moyens affez fimples , & même pour
. maintenir le char dans une fituation Affurée. Mais
dans cette économie , la rupture du cordage fea
-roit un accident bien plus grave que dans le fyftème
des deux ballons , où tous les accidens
poffibles n'auront prefque rien de dangereux
quand ils n'arriveront pas tous enfemble. Je n'ai
pas befoin fans doute de parler de la petite
bouffole ajaftée au char de notre navigateur ,
ainsi que des cartes géographiques , dont il fera
pourvu. Qué manque - t-il donc à préfent à notre
navigation aérienne ? Tout, dira-t-on , c'eft l'exé
'cution ; il eft vrai ; mais en toutes ces entrepri
** fes , l'exécution at-elle jamais précédé la ſpéculation
, & la loi générale n'auroit -elle d'exception
que dans une entreprise de cette nature ,
dont l'exécution exige une dépense royale ? Finiffons
donc ce difcours , en obfervant que quel-
**ques ambaſſades portées par nos ballons aéroftatiques
dans des Cours étrangeres , feroient une
chofe bien digne de la magnificence de notre
Souverain , & feroient une époque à jamais
mémorable de fon amour pour les fciences &
du génie de la nation qu'il gouverne. De tels
Ambaffadeurs fembleroient bien des Mellagers
céleftes d'une puiffance , vive image de Dieu ,
fur la terre.
3 .
Par M. BARDIN, Avocat à Sens.
En inférant dans le dernier numéro de ce
Journal 1783 , la lettre adreffée par MM, les
Syndics généraux des trois Ordres de Breffe
Dombes , Bugey, Pays de Gex & Valromey à
M. de Brou , ci - devant Intendant de la Généralité
de Bourgogne , on a omis la fignature de
M. de Gemeau , Lieutenant-Général de la Sénéchauffée
, & Syndic-Général du Tiers Etat
de Breffe & Dombes , ainfi que celle de M. l'Abbé
५
Antoine , Chanoine de la Collégiale de Trevoux.
Nous nous empreffons de réparer cette omilhon
( 39 )
(
Nous refierons auffi la fignature de M. de Cran
geac , que l'on a imprimée Rangeac.
Parmi les Entrepriſes intéreffantes qui ont été
commencées dans le cours de l'année derniere ,
& qui vont fe continuer dans cel'e ci , nos
Lecteurs diftingueront fans doute celle du Plutarque
d'Amyot . Certe nouvelle Edition , précieufe
par les recherches de M. l'Abbé Brottier ,
de l'Académie des Inferiptions & Belles- Lettres ,
qui l'enrichit de notes & d'obfervations , dafinées
, les unes à éclaircir les endroits obfcurs
du texte , les autres à èn corriger quelques
uns , &c. , répond à l'attente que l'on en avoit
conçue lorsqu'elle avoit été annoncée , & mérite
fans doute l'accueil qu'elle reçoit du Public.
La partie typographique , exécutée avec
le plus grand foin fait beaucoup d'honneur aux
Preffes de M. Pierre. L'Editeur , M. Cuffac ,
mérite les plus grands éloges , fur- tout fi Pon
fait attention que c'eft la premiere grande entrepriſe
qu'il forme , & qu'il n'a rien négligé
pour lui procurer toute la perfection dont elle
eft fufceptible. Cette Edition eft un préjugé bien
avantageux pour toutes celles qu'il pourra faire
à l'avenir ; car il eft à fouhaiter qu'il ne fe
borne pas à celle de Plutarque , & qu'il procure
encore au Public celles de plufieurs Ouvrages
auffi importans , auffi eflimés , & qui
ne méritent pas moins fes foins ( 1) . 2010)
t
(1 ) Il a paru déjà 2 volumes de cette nouvelle édition
de Plutarque qui contiennent les vies de Théfée , de Romulus
, de Lycurge , de Numa , de Solon , de Publicola ;
celles de Themistocle , de Furius Camillus , de Périclès ,
de Fabius Maximus , d'Alcibiade , & de Coriolan . Le
prix de l'exemplaire , fur carré fin d'Angoulême , eft pour
les , foufcripteurs de 123 1,, dont 27 1. en foufcrivant , 41.
10. en retirant chacun des volumes en feuilles , 41. Is
broché , en carton , & 5 1,15 franc de port dans tour
( 40 )
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 57 , 50, 52g
·55 , & 49 .
DE BRUXELLES , le 3 Février.
On ne doute pas que le différend furvenu
entre le Gouvernement général des Pays-
Bas & les Etats généraux des Provinces-
Unies, ne fe termine inceffamment à l'amiable;
ces derniers ont déja donné la fatisfaction
queS. M. I. exigeoit ; & on croit qu'ils nommeront
inceffamment des Commiffaires pour
traiter de l'affaire des limites .
L'occupation du Fort de Saint- Donat & de
fes dépendances , lit-on dans une Lettre de la
Haye , a donné lieu a une nouvelle affaire dans
l'intérieur de cette République . Il y a plusieurs
années que le Général Dumoulin , Chef du
Corps du Génie , & Directeur Général des
Fortifications , avoit préſenté au Confeil d'Etat
un Mémoire dans lequel il repréfentoit & dés
montroit même l'inutilité & le danger de tous
ces petits forts pour la ville de l'Eclufe en
Flandres . Le Confeil qui a à la tête la Stadhouder
, & qui eft chargé de tout ce qui concerne
le département de la Guerre , n'avoit eu
aucun égard à ce Mémoire . Les Etats de Hol
lande & de Weft- Frife informés de ce fait
le Royaume, Même format en papier de Hollande ,
tiré à so exemplaires, 2641 , dont 541, en foufcrivant ,
& 8 1. 15 f, en feuille , 9 livres broché , en recevant
chaque volume. in-4. fur papier d'Annonay , tirés à
50 exemplaires , 576 1. , dont 144 en foufcrivan :, & 18
liv, en recevant chaque volume. .-- in -4 , fur papier vêlin
, tire à 12 exemplaires , 720 1. dont 144 en foufcricrivant
, & 24 en recevant chaque volume,
---
( 41 )
\
nommerent une Commiffion pour examiner avec
M. Dumoulin & le Général Martfeld , Chef du
Corps d'Artillerie , l'état des Frontieres de la
République & de fes Fortereffes . Le Confeil
d'Etat inftruit des ouvertures que M. Dumoulin
avoit déjà faites à cette Commiſſion , lui a écrit
une Lettre contenant une réprimande très - févere
, & défenfe , fous peine de fon indignation
, de communiquer avec les Etats de lá
Province fur des abus qui appartiennent à fa
charge . Les Etats de Hollande n'ont pas ignoré
ce fait , & le 16 Janvier , ils ont pris , pár
une réfolution expreffe , les Généraux Dumoulin
& Martfeld fous leur protection fpéciale, & leur ont
enjoint de les éclairer fur les négligences , les
abus qui pourraient avoir eu lieu dans cette
partie de l'Adminiſtration Militaire. L'ordre
équeftre s'eft encore oppofé ſeul à cette réfolution.
La propofition faite par le Duc de Manchefter
de tranfporter le fiege des négociations
pour le Traité définitif, à Londres ou
à la Haie , a été rejettée par les Etats-Géné
raux , à la pluralité de 6 Provinces .
"C'eft la feule Province de Zélande qui a été
d'avis contraire par une pluralité de cinq fuffrages
, qui étoient ceux du Stadhouder , en
qualité de premier Noble de la Province &
des villes de Middelbourg , Goes , Tholen &
Veere. Les villes de Ziericzée , de Fleffingue
penfent comme la généralité des Provinces.
Il paroit auffi que le fentiment des Etats de
Hollande , adopté par cinq autres Provinces de
regarder les Préliminaires de la Paix comme
un Traité définitif , étoit fondé , & aura fon
exécution , puifque M. Storer , avant de quitter
( 42 ))
€
Paris , a propofé aux Ambaffadeurs de la Rés
publique de s'en tenir , de part & d'autre , aux
Préliminaires.
PRECIS DES GAZETTES ANGL . ET AUTRES
3
La bourgeoifie de Londres a réfolu de donner
le 2 du mois prochain un grand repas au
Lord Rodney , au Général Elliot , au Lord
Hood , an Lieutenant- Colonel Boyd , & à Sir
Roger Curtis. Mais le premier étant en France
& le fecond à Gibraltar , ne pourront être de
ce diner , dont les autres ont accepté l'invitation
Si les deux partis , qui divifent actuellement
la nation , avoient de bonne foi l'intérêt de leur
pays à coeur , ils renonceroient pour cette an◄
née à tout arrangement pour l'Inde , & s'occuperoient
de l'état de la nation ; ce feroit le
feul moyen de diffiper toute idée de diffolution
du Parlement , de rapprocher les efprits , & de
les réunir pour le bien général.
I
Au milieu des débats du 16 , il s'éleva quel
ques réflexions fur l'affiduité avec laquelle un
grand Prince avoit fuivi jufques- là les féances -
de la Chambre. Sir Richard Hill dit même qu'on
l'avoit vu eflayer de l'oeil & du gefte de foute
nir un parti , & d'influer fur les voeux de quel
qnes membres. Rappellé à l'ordre , il déclara
qu'il n'avoit point prétendu défigner l'héritier .
du thrône , & que le Prince dont il parloit ,
n'étoit qu'on Prince de fon imagination. On ne
lailla pas de juftifier ce Prince fur le défir qu'il
avoit de s'inftruire , & qu'il ne pouvoit mieux
remplir que dans le lieu où on l'avoit vu,
T
On dit que le Commodore Johnſtone n'attend
que la fin des mouvemens actuels & une adminife
tration ftable pour fe préfenter de nouveau fur la
fcene publique; confidérant, comme tout honnête
(( 43 ))
homme le doit', que le crédit d'un Officier dolt
être établi de la maniere la plus folide & la plus
lumineufe ; que le fien a été attaqué dans des
affemblées particulieres par quelques Capitaines
& autres Officiers de fon efcadre , témoins oculaires
de ce qui fe paffa dans la baye de Praya ;
il veut , affure-t - on , fupplier les Lords de l'Amirauté
de lui accorder un confeil de guerre
pour examiner fa conduite , ne doutant point
qu'il n'en obtienne une honorable décharge &
les éloges dus au courage , à l'activité & à la
perfévérance. Ce projet eft fans doute fingulier ;
mais tout le monde en parle , & perfonne n'en
doute.
Affaffinat Domestique . Caufe extraite du Journal
des Causes Célebres (1 ).
La dame d'Abeillan , qui vivoit retirée à la
campagne avec une feule domeftique , fut trouvée
morte dans la ruelle de fon lit , le 4 avril 1781 ,
Comme fa domestique couchoit dans la chambre ,
& qu'on apperçut des traces d'une mort violente ,
le juge fit informer , & la domestique fut arrêtée.
Cette femme qui s'appelloit la veuve Daumas ,
& qui étoit âgée d'environ 60 ans ) ayant été
interrogée , déclara qu'il ne s'étoit écoulé qu'un
quart d'heure entre l'instant où elle fe coucha ,
& celui où ayant entendu la chute d'un pot de
chambre , elle appella par trois fois la maitreffe
, fans recevoir aucune réponse ; elle ajouta
qu'ayant allumé fa chandelle , elle trouva fa
mal refle étendue dans la ruelle de fon lit. Cette
déclaration étoit fauffe & pleine d'invraifenblance
; en effet , fi un affaffin eut attenté aux
1 ) On fouferit pour ce Journal chez M. , Defeffaris ,
qui nous a fourni cet extrait , tue Dauphine Hôtel
de Mouy, & chez Merigot le jeune , Libraire. Prix 18
Livres pour Patis , & 24 livres pour la Province,
( 44.).
jours de la dame d'Abeillan , fa domeſtique cue
entendu le bruit des efforts d'une victime qui
lutte contre une mori violente , & elle eût appellé
les voifins ; mais au - lieu de fuivre cette marche .
naturelle , elle palla le reffe de la nuit à côté du
cadavre. Une pareille conduite annonçoit donc.
qu'il n'y avoit point d'autre coupable qu'elle.
D'ailleurs , les menaces & les propos qu'elle avoit
tenus , & qui étoient rapportés par les témoins ,
ne permettoient pas d'en douter. Il réſultot en
effet de l'information que la veuve Daumas avoitt
dit plufieurs fois que la dame d'Abeillan la faifoit
beaucoup fouffrir , & que quelque chofe lui difoit
de l'étrangler. Jamais la fcélérateffe n'exprima
plus naivement le defir du crime . Sa foeur & fa
belle-fille avoient dit qu'elles la croyoient capa
ble d'avoir étranglé fa maîtreffe : ainfi , fon carac
tère étoit connu capable d'un crime. Elle en
avoit elle-même avoué les premières tentations ;
elle ne cachoit pas la noifceur de fon ame . On
voyoit dans tous fes difcours , l'audace & l'infenfibilité
d'un affaffin de volonté. Et ce qu'elle
avoit menacé de faire ; ce que , de fon aveu
même , elle avoit été plus d'une fois fur le point
d'exécuter , les indices & les circonstances prou-?
voient qu'elle l'avoit fait. Une decifive circonstan
ce, atteftée par des témoins , étoit que les deux lits ,
tant de la maitreffe que de la fervante , n'étoient
nullement défaits. Il paroiffoit donc que la dame
Dabeillan avoit été étranglée avant de fe coucher
, & dans le temps qu'elle faifoit fa prière
au pied de fon lit. Quel inflant pour le crime ,
que celui qui devoit faire fouvenir l'affaffin qu'il
eft un Dieu vengeur ! Mais c'étoit auffi le lieu
de la plus grande fécurité , & de la plus grande
foibleffe de fa victime ; & voilà pourquoi elle le
choifit. Cet affreux récit fait naître de triftes
( 43 )
mort
réflexions : quand on voit une malheureufe domeftique
expier fur un échafaud , par une
infame , le vol de quelque milérable effet de peu
de valeur , ou de quelques pièces de monnoie
on gémit , on pleure avec amertume fur la
fociété, fur la rigueur des loix : on eft tenté de
croire qu'elles n'ont été faites que pour les riches ;
d'un autre côté , quand on réfléchit à la pofition
des maîtres , relativement à leurs domeftiques ,
qui font à portée d'épier tous les inftants de leur
inadvertance , de leur foibleffe , qui dominent
fur leurs infirmités , fur leur fommeil , & les
tiennent ,, pour ainsi dire , à leur merci , fur- tout
lorfqu'ils vivent avec eux dans une campagne
ifolée , & que l'inégalité de fortune leur offre
fans ceffe des tentatives dangereufes pour le coeur
vil & fans principes , & qu'on voit des exemples
fréquents de leurs attentats , chacun frémit pour
foi , & eft tout prêt à applaudir à la févérité des
peines , fi cependant on peut croire que leur
rigueur diminue le nombre des coupables , - Les
premiers juges trouvèrent que la réunion de tous
les indices démontroit le crime , & nommoit
J'affaffin : fur le rapport du lieutenant - criminel ,
le fénéchal de Béziers , par fentence du 28 juin
1782 , condamna la veuve Daumas à avoir le
poing droit coupé , à être pendue , jetée enfuite
dans un brafier ardent , & fes cendres jetées au
yent. Sur l'appel , le parlement de Toulouſe ,
confirma la fentence, à l'exception du poing coupé.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ).
GrandChambre.
Oppofition à un mariage.
Une femme interdite peut - elle efter feule
en Justice , fans , l'affiftance de lon Curateur ,
pour procéder fur une oppofition formée au mariage
difproportionné qu'elle veut contracter ;
( 46 )
9
& dont le projet a motivé l'interdiction pros
noncée contr'elle : L'affirmative vient d'être décidée
dans cette caufe : La Dame H ** née
d'une famille honorable , veuve d'un chevalier
de St Louis , avantagée d'une fortune d'environ
6 00 liv. de rente avoit néanmoins pris
du goût pour fon jardinier , dont elle avoit eu
un enfant , elle avoit même formé le projet
de l'époufer , & tous les efforts de fa famille
ne purent la détourner d'une union auffi difcordante
on demanda l'interdiction de la Dame
H ** pour la mettre du moins hors d'état de
faire par contrat de mariage , à celui qu'elle
vouloit époufer , aucun avantage , au préjudice
d'une fille du premier lit. La Dame veuve
Hinterdite de l'adminiftration de fa perfonne
& de les biens , pourfuivoit cependant le
projet d'exécuter fon mariage ; elle fit faire à
la Dame veuve R** , ſa mère , des fommations
refpectueufes. La veuve ** forma oppofition
à la publication des Bans & à la célébration
de mariage. La veuve H ** fit affigner la Dame
fa mere en main levée de fon oppofition . Senience
du bailliage de Beauvais qui ordonne cette
mainlevée , & qu'il feroit paffé outre à la pnblication
des Bans & au Mariage , non- obftant
toutes oppofitions faites ou à faire ; Appel en
la Cour par la Dame
du
20 Décembre
178, euve
R **
& Arrêt
qui a confirmé la fentence
des premiers Juges , & ordonné qu'il leroit
palle outre à la publication des Bans &
au mariage , dépens compenfés .
"
PRÉSIDIAL DE LA ROCHELLE.
Gageure.
Deux particuliers fe rencontrent dans un café ;
ils s'entretiennent de la guerre. L'un parie fix
Louis que la paix fera fignée au 31 Mars
fors prochain l'autre 10 quelle nele
7
( 47 )
fera pas à cette époque. Les conditions de la
gageure fout arrêtées par écrit , & l'un & l'autre
dépofe fon argent entre les mains du maitre
du Café , en lui remettant les deux billets qui
contenoient leurs conventions . Au mois de Février
, celui qui avoit parié que la paix feroit
fignée au 31 Mars , demande le montant de
la gageure , fous prétexte que le traité préliminaire
étant figné , les hoftilités étoient ceffées
. Le dépofitaire remet l'argent fur une fimple
reconnoiffance ; au mois de Septembre der
nier , l'autre fe prétente & fait la meme demande
au limonadier. Celui - ci répond qu'il a
remis le dépôt fait entre fes mains , le Limo .
nadier eſt aſſigné au Préfidial , pour le voir
condamner à rapporter les feize Louis ; il for
me fur le champ une action en garantie contre
celui à qui il les avoit remis . Celui ci paroît
, prend le fait & caufe du Limonadier, La
queftion s'engage entre les parieurs , elle n'a
point été précisément décidée ; mais par jugement
du 18 Décembre 1783 les Juges
ont ordonné que celui qui avoit retiré les
feize Louis , reftitueroit les dix qui appartenoient
à fon Contendant , & ont fait défenfes
au Limonadier de recevoir à l'avenir de
femblables dépôts dépens compenfés.
Le Chapitre de Saint- Juft a- t- il le droit de voirie
fur le monaftere des Minimes de Lyon & fur les
maifons qui y font annexées ?
"Une partie des bâtimens compofans le mo
naftere des Minimes de Lyon , mais fur - tout
leur Eglife , font fitués fur une place publique
de tout temps appellée Croix de Colle . Ils prétendent
qu'elle eft traversée , dans toute fa longueur,
par une route royale. Indépendamment
des bâtimens qu'occupent les Religieux , ils ont
des maifons qu'ils louent , & ces maifons font
( 48 )
-
dans le même alignement qne leur monaftere
Les Minimes ayant des réparations affez
confidérables à faire à une de ces maiſons , prirent
le 4 Janvier dernier l'ordre de l'échevin
chargé par le Confulat de la partie de la voirie
réservée à la ville . Les réparations étoient
fort avancées , lorfque les 28 & 29 Janvier les
Officiers de la Juftice de Saint- Just conftaterent
une prétendue contravention à leurs réglemens
de voirie. D'après le procès - verbal , le Procureur-
fi cal de la juftice du Chapitre fit affigner
en cette juftice , tant le maître maçon qui préfidoit
aux ouvrages , que les Religieux , pour
fe voir condamner à démolir un mur de face
à-peu- près achevé , & à payer l'amende. -Sentence
du 5 Février , qui, « pour la contraven➡
» tion commife par les Religieux & par Jac-
» quier , les condamne folidairement en l'amende
de 30 livres , au paiement de laquelle
» ils feront folidairement contraints , même ledit
Jacquier , par corps , & ordonne l'exécution
» d'un réglement de voirie émané du Juge du
» Chapitre du 27 Août 1782 - Appel de
la part des Minimes & de Jacquier , mais point
de défenfes ; en conféquence , emprisonnement
de Jacquier , en vertu de la difpofition par corps ;
il eft forti en payant l'amende. Cependant
les Religieux ayant eu , dans le courant d'Avril ,
d'autres réparations à faire , ils prirent cette fois
la permiffion , non pas des Officiers municipaux ,
mais des Tréforiers deFrance. --- Nouveau procèsverbal
, nouvelle demande , nouvelle fentence
du 15 Avril , portant , & contre les Religieux
& contre leur Entrepreneur
, les mêmes condamnations
que la premiere. Appel joint
au premier. Arrêt du 9 Août 1783 , qui a
confirmé la fentence avec amende & dépens.
-
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE
DE CONSTANTINOPLE , le 24 Décemb.
ES Affemblées du Divan font toujours
Léquentes : mais rien ne tranſpire de ce
qui s'y paffe ; les Miniftres étrangers qui
emploient la médiation de leurs Cours entre
nous & la Ruffie , ont fouvent des conférences
avec les principaux Officiers de la Porte.
On en attend le réſultat ; & à en juger par
le mouvement général , la grande affaire
qui occupe tous les efprits , ne tardera
à être arrangée.
pas
Un autre événement moins important fans
doute , a fait beaucoup de bruit ; c'eft lafuite d'un
Négociant Autrichien qui s'étoit établi ici depuisqu'il
avoit été ouvert des liaiſons de commerce
entre les Etats de l'Empereur & ceux de la Porte.
Il a laiffé beaucoup de dettes; mais il paroît que fes
créanciers particuliers font les feuls qui perdront ;
fes régiftres & les affaires de fa maifon étoient en
regle ;l'Internonce de l'Empereur les a fait exa-
Nº. 7 14. Février 1784.
C
( 50 )
miner , & il en résulte que la maison pourra
faire face à tous les engagemeris , & qu'un court
délai lui fuffira pour la remettre au courant.
Il y a eu quelques defordres à Smyrne ,
dont on expofe ainfi les détails & la fuite.
Le 16 Novembre dernier , des matelots de
l'Iſle de Zante maffacrerent un Efclavon , &
courant en tumulte fur le rivage , défierënt les
Esclavons qui font la plus grande partie des équipages
des navires Vénitiens ; ce qui auroit eu
des fuites fâcheufes , fi les Capitaines n'avoient
veillé pour maintenir l'ordre. Le lendemain les
agreffeurs coururent par la ville les armes à la
main . Les Confuls étrangers ayant porté leurs
plaintes à celui de Venife , & reçu en réponse
que ces vagabonds ne pouvoient pas étre regardés
comme étant fous la jurifdiction , ils s'adreſferent
au Cadi , qui ordonna auMuffelin d'arrêter
les mutins ; 4 furent faifis & envoyés à Conftantinople
, pour fervir fur les galeres , & il a
été publié que les autres quittaffent la ville dans
huit jours , fous peine d'être arrétés & punis par
la corde ou les galeres . Cette menace a produit
fon effet ; ils ont pris la fuite , & la tranquillité
eft rétablie.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 30 Décembre:
Il arrive journellement des courriers de
Conftantinople ; mais on obferve le plus
profond filence fur les dépêches qu'ils apportent;
& l'on ne reçoitpoint de nouvelles particulieres.
Le Prince Potemkin eft entierement
rétabli de fa maladie ; & on dit qu'il
partira inceffaniment pour retourner en Cri
( ST)
mée. On croit que fi les délais fe prolongent
, l'Impératrice ne voudra pas laiffer
confumer inutilement fon armée ; & il eft
parti divers exprès , qu'on croit porteurs
d'ordres felatifs aux projets qu'on a formés.
L'Impératrice , pour dédommager le vice
Chancelier , Comte d'Ofterman , de la
dépenfe extraordinaire qu'il a faite pendant
qu'il a été revêtu d'un caractere public à la
Cour de Stockholm , lui a accordé une gratification
de 25000 roubles. Le Général
Roman Laronowitz Woronzow , frere du feu
Chancelier Comte de ce nom , eft mort dans
fon gouvernement de Wolodomir , âgé de
66 ans.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 21 Janvier.
L'expérience faite ici , le 17 de ce mois ,
avec le Globe aëroftatique , a eu un fuccès
heureux , malgré le mauvais temps ; on la
répétera auffi - tôt que les circonftances le
permettront.
Selon des lettres de Naples , le féjour de l'Empereur
paroiffoit devoir s'y prolonger jusqu'au
13 de ce mois. Les divertiffemens de toute efpece
s'y font fuccédés ; & la faifon les a favorifés.
Pendant que nous avions ici le plus
grand froid , qui s'eft fait fentir également dans
prefque tous les pays de l'Europe , on jouiffoit
à Naples d'un air auffi doux qu'il l'eft ordinairement
au printemps : c'eft à cette température
de la faifon qu'on doit principalement le ſuccès
C 2
( 5 : 2 )
d'une fuperbe chaffe aux fangliers , que le Roi
donna le jour de l'an à l'Empereur . Cette chaffe
fut exécutée conformément à la méthode que
le Prince Adam d'Auersperg communiqua ily
a quelques années à S. M. Sicilienne,
Les établiffemens utiles de l'Empereur fe
multiplient tous les jours. Il vient de fonder
dans l'hôpital de Guttendorf deux chaires
de Médecine & de Chirurgie , pour l'infstruction
des perfonnes attachées au fervice
de cet hôpital , d'où l'on fe flatte de tirer
dans la fuitedes fujets habiles qui pourront
être employés au fervice des armées .
Le Général de Kavanagh , en paffant la montagne
de Semmaringen , qui fépare la Baffe-
Autriche d'avec la Styrie , rencontra un chariot
pefamment chargé , dont les roues étoient enrayées
avec une chaîne de fer . Cette chaîne
fe rompit malheureufement dans la defcente ,
& le chariot fe précipita fur la chaife de pofte
du Général , qui fut écrasé par cette chûte.
DE HAMBOURG , le 22 Janvier.
Les nouvelles du jour continuent de varier
fans ceffe fur l'iffue des différends qui
regnent depuis fi long temps entre la Rullie
& la Porte. Cette derniere perfuadée , que
la guerre même la plus malheureuſe ne peut
jamais l'entraîner dans des facrifices plus
onéreux que ceux que l'on exige d'elle aujourd'hui
, paroît être, dit-on , décidée à préferer
le fort des armes , comme le plus compatible
avec fa dignité. On prétend même qu'elle a
déja répondu négativement ; mais on n'a
( 53 )
-
point cette réponfe ; on ne la conjecture
que par les mouvemens que font les troupes
Ottomanes , qui font , dit - on , en pleine
marche pour les lieux qu'elles doivent défendre;
d'un autre côté, les Ruffes font prêts
à entrer en campagne. Cependant d'ici au
Printemps , les chofes peuvent changer ;
& l'on fait que les Puiffances médiatrices
n'ont pas fufpendu un moment , &
continuent leurs bons offices . De maniere
qu'en préfentant la guerre comme décidée ,
on ne laiffe pas de croire encore à la poffibilité
de la paix.
Dans un moment où tous les papiers ne
préfentent qu'un retour des mêmes fpéculations
, des contradictions & des incertitudes ,
& que nous n'avons rien à dire fur les
négociations & les préparatifs de guerre
qui continuent , que ce que nous avons
déja dit vingt fois , & à donner fur l'iffue
des premieres que les mêmes efpérances qui
peuvent être trompées encore , nous placerons
ici une lettre de Pétersbourg , qui remplira
ce vuide momentané , & qui peut n'ê
tre pas indifférente à ceux qui aiment les
fpectacles , & qui feront bien - aifes de voir
à quels réglemens ils font foumis dans le
Nord.
Les fpectacles Ruffe , Allemand , François &
Italien , viennent d'être déclarés libres & payans ,
fans ceffer d'appartenir à la Cour. Les uns & les
autres font fous la direction d'un Gentilhomme
de la chambre , furveillé & dirigé lui- même par
c 3
( 54 )
un comité perpétuel , compofé , en y comprenant
le Directeur , de 6 membres choifis parmi les
Seigneurs de la Cour. Le Directeur et chargé
d'ordonner & de faire ' exécuter les repréfenta- .
tions de chaque fpectacle ; aidé de 4 Infpecteurs
fous les ordres , il régle le choix des pieces , &
tous les détails relatifs aux fpectacles & aux fujets
qui y font attachés . Le comité s'affemble deux
fois par femaine ; le Directeur a voix délibérative
avec les cinq membres fes fupérieurs en rang ,
auxquels il eft obligé de communiquer tout ce
qu'il fe propofe de régler ou de faire exécuter ,
& fans l'avis defquels il ne peut prendre aucun
parti . S'agit-il d'engager ou de congédier , de
recompenfer ou de punir un fujet , d'ordonner ou
de permettre une dépenfe , il faut le confentement
unanime du comité , qui tous les 15 jours
ou au moins à la fin de chaque mois infpecte la
caiffe des fpectacles . L'Impératrice a alloué une
fomme annuelle pour la manutention & l'admi
niftration de la mufique de tous les Spectacles .:
On porte cette fomme , fans doute exagerée , à
174,000 roubles ; il en eft encore accordé 14,000
pour le logement des comédiens Ruffes , muficiens
, danfeurs & figurans . L'Impératrice a donné
au comité deux théâtres conftruits nouvellement
dans cette ville , l'un pour les grands fpectacles ,
l'autre pour les fpectacles ordinaires qui demandent
moins d'appareil & un local moins étendu.
Le Comité , en conféquence de ces avantages ,
eft obligé de donner , au théatre de la Cour en
particulier , tous les fpectacles qui font demandés
par S. M. I. qui s'eſt réſervée pour elle & pour fa
fuite les entrées libres à tous les fpectacles quand
elle jugera à propos d'y aller , On doit donner
tous les ans 4 fpectacles pompeux & gratis au
peuple ; le comité peut donner aux deux théatres
( 55 )
payans , des bals mafqués , des concerts , des
otatoires , & ordonner d'ailleurs des fpectacles
payans auffi fouvent qu'il le veut , mais il n'a
point de privilege exclufif , & tout directeur particulier
qui veut former une troupe nationale ou
étrangere , peut avoir fon théatre à fes rifques , y
donner des fpectacles , des bals , des concerts , &c.
Tout fujet attaché à la mufique ou aux fpectacles
de S. M. I. après un fervice de 10 ans , a une
penfion fixée pour les nationaux , à la moitié ,
& pour les étrangers au tiers de leurs appointemens.
En attendant que les démêlés qui menacent
d'éclater dans le Levant foient terminés
, l'article fuivant peut piquer la curiofité.
د و م
Selon une lifte des habitans Grecs qui vivent
dans la Thrace , la Macédoine , la Theffalie , la
Bulgarie , la Servie , l'Epire , la Grece , la Bofnie
, & l'Albanie , fans y comprendre la Morée
& les Illes de l'Archipel ; leur nombre eft de
3 , 970,000 mâles ; ils font fous la jurifdiction de
leurs Evêques refpectifs auxquels ils paient annuellement
une piaftre par deux mâles ,
vertu d'un barat impérial. Un tiers de cette
taxe fatisfait aux demandes du Miri , aux impofi- .
tions que perçoit le Bau'an igi -Bafchi ; il réfulte
de ce tableau , s'il eft exact , que la plupart des
relations données par les voyageurs de cette partie .
de l'Empire Ottoman , & d'après eux par les
Géographes , font très - éloignées de la vérité .
en .
On a publié dans la Gazette de Berlin le
précis fuivant , relatit à l'affaire de Dantzick ,
& à la tranflation des négociations à Varfovie.
'L'Impératrice de Ruffie offrit à la fin de No-)
vembre dernier fa médiation ; & en priant le
Roi de lever le blocus , elle promit d'engager
C 4
(sad)
le Magiftrat à accorder en revanche la libre
navigation illimitée aux Sujets Pfulliens jufqu'à
la fin de la négociation . Le Roi de Pologne
avoit fait notifier par fon Chargé d'affaire au
Magiftrat d'accorder aux Sujets Pruffiens demeurans
aux environs le tranſport libre des
denrées néceffaires à leur confommation , tant
fur la Viftule que für toutes les grandes routes publiques
de fon territoire , falvo jure , tempore
illimitato, jufqu'à la fin des négociations entamées
à Dantzick fous la médiation de la Ruffie. Cette
déclaration contient cinq reftrictions ; elle n'accorde
la navigation : 1 ° . qu'aux Sujets Pruffiens
réfidans aux environs de Dantzick ; 2°. pour le
transport des denrées de la confommation feulement
; 3 ° . fur les grandes routes publiques ;
40. en la limitant à la durée de la négociation
entreprife fous la médiation de l'Impératrice ;
5º. & nommément à Dantzick. Cette decla
ration répugne également aux juftes prétentions
du Roi & aux affurances qui lui ont été données
par L. M. l'Impératrice de Ruffie & le
Roi de Pologne ; favoir , que la ville accorderoit
un paffage libre & illimité juſqu'à la fine
de la négociation . S. M. ne fauroit donc ac
cepter une déclaration fi peu ménagée , & qui
eft une nouvelle offenfe ; elle la rejette dans
tous fes points ; cependant pour donner une
preuve non équivoque de fon amitié & de fa
déférence fans bornes pour la follicitation , len
defir & l'entremise de Impératrice & du Rok
de Pologne , touchée du fort des habitans du
diftrict , elle veut bien pour le préfent faire
rétirer les troupes , à condition que le Magif
trat enverra fans perte de temps fes Députés
munis des inftructions néceffaires à Varsovie
afin que l'on parvienne à un prompt accommo
( 37 )
dement & déterminement , avant l'ouverture
de la navigation de la Viftule. Si , contre toute
attente , cet accommodement n'avoit pas lieu
dans le temps nommé , S. M. ne pourra s'empêcher
de renouveller alors les repréfailles d'une
maniere rigoureufe contre la ville de Dantzick ;
ce dont les deux Cours refpectives , fuivant leur
fentimens de juftice , ne pourront lui favoir mauvais
gré .
L'efprit d'émigration regne toujours dans
plufieurs parties de l'Empire ; & on ne paroît
s'occuper nulle part des moyens de le
faire ceffer , en fupprimant les caufes qui
l'entretiennent après l'avoir fait naître . Les
Etats héréditaires de l'Empereur profitent
de cette difpofition , malheureuſement trop
générale ; & dans quelques parties de la
baffe Hongrie on a formé plufieurs nouvelles
colonies , qui s'accroiffent journellement par
l'arrivée d'émigrans étrangers il y a déja
160 familles qui y font établies ; & on fe
difpofe à y en envoyer 20 autres , qui font
actuellement à Vienne . On dit que les fem
mes qui en font partie , font pour la plupart
fortes , grandes & enceintes.
Les impofitions auxquelles la Cour de Bonn ,
écrit- on de Cologne , a foumis des viens eccléfiaftiques
, l'inftitution d'une Académie d'inftruction
qui donne beaucoup d'ombrage à cette
Univerfité , & la nomination du P. Hedderick,
a une place de Profeffeur de Droit eanonique
de ce favant , dont les écrits ont encouru une
cenfure fi rigoureufe à Rome , font ici beaucoup
de bruit. Le Pape a , dit- on , écrit à l'Electeur
au fujet du P. Hedderick, L'Univerfité a plaide
( 158 ) 1
& a fuccombé au fujet de la rivale qu'elle vouloit
étouffer dès fon berceau , & le grand Chapitre
a rédigé un Mémoire au fujet de l'atteinte
portée anx poffeffions de l'églife . Les réclama-.
tions contre ces deux derniers objets ont été
portées à Vienne , & elles y ont été rejettées.
DE FRANCFOrt , le 25 Janvier.
Les débordemens du Necker ont fait de grands
ravages. Le 4 de ce mois cette riviere prodigieufement
enflée , en fit craindre de terribles entre
Manheim & Heidelberg ; on n'entendoit de toutes
parts que des cloches fonnant la détreffe . Les
monceaux de neige & de glace qu'elle rouloit de
tous côtés menaçoient tous les environs de la deftruction
& de la ruine ; on eut à peine le temps
de fauver les troupeaux . Plufieurs maifons ont été
détruites à Neckers Haufen ; à Iberheim , l'eau
montoit jufqu'au- deffus des fenêtres des maifons ;
les terres font ravagées & les chemins impraticables
; le dégat ne peut s'apprécier. Le village
d'Alturp offre le plus terrible tableau . Le Rhyn-
Schauz eft fous l'eau ; la garniſon & les habitans
n'ont pu fe fauver qu'en abandonnant tous leurs
effets. Heidelberg étoit le 19 de ce mois inondé ;
les glaçons entaffés dans la rue des Juifs montoient
prefqu'au premier étage ; quantité de bef
tiaux ont péri ; plufieurs hommes ont
eu le
même fort . Manheim eft une feconde fois fous
les eaux.
La Meufe n'a pas moins caufé de dégats ; tous
les terreins depuis Maftricht juſqu'à Viſé piès
de Liége font fous les eaux, Les habitans ont abandonné
leurs effets & leurs demeures , & ont été
chercher un afyle dans les villes . On tire le ca- ,
non fur les glaces au pont de Wich à Maftricht
( 59 )
, །
pour les rompre, la hauteur des glaces furpaffe
dans quelques endroits les toits des maifons des :
villages voifins. Le 21 , lit - on dans une lettre
de Vifé , nous avons été témoins d'un affreux
fpectacle. C'étoit un carroffe qui defcendoit fur
un glaçon avec 2 perfonnes dedans , auxquelles
il étoit impoffible de porter des fecours. Les
chevaux n'étoient plus attelés , & on croit qu'ils
avoient déjà péri .
ITALIE..
DE ROME , le 14 Jauvier.
La Ducheffe de Parme , partie de Naples
le 4 de ce mois , eft arrivée ici le 6. On s'eſt
empreffé de lui donner des fêtes auxquelles :
le Roi de Suède a pris part. Le 9 , le Cardinal
de Bernis leur en donna une dans fon
Palais , où l'un & l'autre fe rendirent encore
hier , pour voir la courfe des chevaux barbes.
Le Prélat Brafchi Onefti , neveu & Majordome
du Pape , a eu l'honneur de préfenter à la
Ducheffe de Parme , la roſe bénie par le Saint
Pere , le quatrieme Dimanche du Carême
dernier ; ce préfent ne fe fait qu'à des Souverains
; il lui remit auffi , au nom de Sa Sainteté ,
deux tableaux , l'un en mofaique & l'autre
en tapifferie. Le premier repréſentant des an
tiquités , & le fecond la Sainte Vierge & l'Enfant
Jéfus , deux caffettes couvertes de velours ,
contenant , l'une des agnus ; l'autre , un corps
faint ; différentes vues de Rome , gravées, reliées
proprement en plufieurs volumes.
Le Prélat Albici , Econome de la Fabrique de
c6
( 60 )
Saint Pierre , a fait graver l'infcription fuivante
fur une pierre qui fera placée au- deffus de la
Forte de la nouvelle facriftie que l'Empereur a vifitée
dernierement. Jofepho II , Rom. Imp. Augufto
, quod in Dominici natalis diei folemnitate .
anno 1783 , Pio VI Pont . max . vefperas & facra
&fan&tiori rita peragente prefens eadem celebraverit
novi facrarii ædificium ftudiofè inviferit . P. M. Le
même Prélat doit faire placer fur le chemin qui
conduit à la coupole , une autre inſcription qui
offrira les noms des Souverains qui y font montés
pour l'obferver ; le Roi de Suede eft le dernier
qui l'a vifitée. Il est monté jufqués dans la boule.
Lorfque le Cardinal Antonelli, en fa qualité
de Préfident du College de la Propagande
, eut l'honneur de remercier le Roi de
Suède des conceffions avantageufes qu'il
avoit bien voulu accorder aux Catholiques
Romains dans fes États , S. M. lui répondit
avec bonté, que fi la Providence conſervoit
fes jours , elle feroit plus encore en lear
faveur.
ESPAGNE.
DE MADRID , le S Janvier.
Les Princes Maroquins qu'on attendoit
iei , y font arrivés ; ils ont débarqué à Carthagène
, d'où ils font venus dans cette Ca
pitale. Le Roi leur accorde 40 piaftres par
jour , pendant le féjour qu'ils feront ici ; ils
doivent , en quittanr ce pays, fe rendre à
Conftantinople. On parle toujours d'une
nouvelle expédition qui aura lieu cette an(
161 )
née contre la ville d'Alger ; on travaille du
moins , dans les trois principaux arſenaux
à la réparation des bâtimens emploiés à la
précédente , & à la conftruction de quelques
autres. On dit même qu'une Puiffance d'Italie
enverra quelques vaiffeaux pour ſe joindre
aux nôtres.
Le Gouvernement s'occupe avec ardeur
des moyens de ranimer l'agriculture & l'induftris
, qui font une des principales fources
de richeffes ; la Société Royale , qui a ordre
de feconder fes vues , a propofé divers prix
fur des fujets qui tendent à ce but ; elle pro
pole celui - ci pour le 4 Novembre de l'année
prochaine.
L'expérience a prouvé que la plus grande partie
des biens de fubftitutions , de droit d'aî
neffe , de patronat , de fondations pienfes & de
chapellenies , fe déreriorent & font fouvent
abandonnés au prejudice de tous les arts , de
l'agriculture , de la population & de la richeffe
du Royaume. Comme les fubftitutions & les
fondations fe multiplient tous les jours par la
liberté qu'en laiffent les Loix , par le foin des
teftateurs de fubftituer le tiers de leurs biens
pour éviter le droit de Quint , que doit la
moitié de tous les héritages , le mal s'accroît
à l'excès. Outre le tort qui en réfulte pour le
tréfor royal , l'orgueil & la vanité des familles
dans lesquelles il exifte quelqu'une de ces fubf
titutions , les portent à renoncer à tout emploi
méchanique , même à ceux qui paffent pour être)
plus décens , à refufer les alliances qu'elles jugent
leur être inférieures , & à croupir dans
Poifiveté & dans le vice , fans jamais fe rendre
( 62 )
uriles. On a lieu de regarder l'impoffibilité cù
font les poffeffeurs de ces biens d'en fouftraire à
leur mort les dépenfes qu'ils auroient pu faire pour
les améliorer , comme la principale caufe de leur
détérioration ; en conféquence ils ne s'occupent
point de leur entretien , dans la crainte
de perdre leurs frais qui reſteroient au profit des
héritiers fubftitués aux dépens des cadets , qui ,
ne peuvent fuccéder à ces biens , & ils préférent
d'employer à l'achat d'autres fonds Pargent
qu'ils pourroient employer avec fruit à
la réparation de ceux-ci. Il n'eft pas douteux
que la vente & l'aliénation de tant de maiſons
en ruines , de moulins détériorés , de vignes &
de plantations abandonnées , de terres fertiles
converties en friches , feroient les véritables
moyens de remédier à ces défordres, La Société .
demande un mémoire détaillé , dans lequel ,
après l'expofition des torts produits par les fubftitutions
de biens & les loix en général qui défendent
de les aliéner , le développement de
leurs conféquences , on indique les moyens d'y
remédier.
Le 15 Mai de la même année 1785 , la
Société diftribuera un autre prix fur le fujet
fuivant.
Quelles font les chofes qui contribuent à la
production des fauterelles , les moyens de les
empêcher d'ouver ; & lorfqu'elles l'ont fait ,
quels feroient ceux d'empêcher ces oeufs d'éclore
; ou de préferver les fruits de la terre de
la voracité de ces infectes deftructeurs .
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 31 Janvier.
Les derniers papiers arrivés de l'Améri- .
3
( 63 )
que feptentrionale , ne préfentent que peu de
faits à la curiofité ; nous nous bornerons à
en extraire ceux - ci.
Un corps de 600 Noirs libres , fous la conduite
d'un Colonel mulâtre , s'étoit embarqué à New-
Yorck pour fe rendre à Rofeway dans la Nouvelle
Ecoffe , où il fe propofoit de s'établir & de partager
à fon arrivée avec les Loyalistes les dons
de terres faits par le Gouvernement , ainsi qu'il en
avoit reçu la promeffe. Mais à foa arrivée , il n'a
pas trouvé les Blancs difpofés à s'affocier avec des
Negres ; les premiers ont pris les armes & ont
écarté de leurs habitations une espece d'hommes
avilis dans toutes les parties du nouveau Monde
où ils font voués à l'efclavage , aux travaux les
plus pénibles & les plus vils , & où leur affranchiffement
ne les réintegre pas dans tous les droits
de l'homme , & où leur couleur les exclut à
jamais de l'égalité avec les Blancs . Ils ont été forcés
de fe porter de l'autre côté de la riviere , & de
s'établir à environ 3 milles de la ville de Shelburne ;
ils en conftruifent une autre , à laquelle on donne
le nom de Ville Negre .
On a reçu à Richemont des lettres de
Kenrucke , en date du 21 Octobre dernier ,
dans lesquelles on lit les détails fuivans .
Tout eft tranquille ici depuis le meurtre du
jeune Adams. Les Indiens de l'Ohio foupirent
ardemment après la Paix ; & on reçoit de fréquentes
vifites de leur part à Louisville. Les Tribus
méridionales ne montrent pas des difpofitions auffi
amicales. Elles continuent d'infulter & d'attaquer
nos voyageurs qui s'expofent dans le défert , &
de leur enlever leurs chevaux ; quelquefois elles
fe permettent des excurfions ; dernierement elles
furprirent quelques familles pendant la nuit
( 64 )
tuerent 4 perſonnes , & en bfefferent une more
tellement ; mais le refte s'étant réveillé , les hom-..
mes s'armerent & fondirent fur ces Sauvages qu'ils
forcerent de regagner leurs bois. On mande du
Fort Pitt que le Congrès s'occupe à établir des
limites fixes & permanentes avec les Indiens occidentaux.
Il feroit à fouhaiter pour la sûreté générale
que l'on prit de pareilles mefures avec
ceux du midi. L'ufurpation faite par la Caroline
feptentrionale, d'une portion de leurs terres de
challe , fait craindre de leur part des combinaiſons
dangereufes contre nos établiſſemens.
Selon une lettre de S. Jean de Terre-
Neuve , en date du 29 Octobre , les François
ont pris poffeffion de S. Pierre & de
Miquelon. La garnifon Angloife , & peu
nombreuſe , qui s'y trouvoit , eft retournée
à-S. Jean. On s'attendoit à un hiver rigoureux
, & on faifoit des préparatifs pour le
paffer le plus commodément que l'on pourroit.
:
On avoit publié que le Caton avoit paffé
l'hiver au Bréfil ; mais il paroît qu'on ne l'a
fait que par conjecture du moins jufqu'à
préfent on n'en a point reçu de nouvelles
directes , & on eft toujours dans la même
incertitude , & les premieres inquiétudes fubfiftent.
Tous les détails que l'on a de fon
voyage fe réduifent à ceux-ci .
Le floop de guerre le Hound, qui partit avec
le Caton , le 13 Octobre 1782 , arriva à l'ifle de
Madere le 28 ; il y refla 4 jours avec ce vaiffeau ;
ils en partirent enfemble pour Rio-Janeiro , le 4
Décembre fuivaus; ils n'y demeurerent que 6
( 65 )
jours ; & le ro du même mois , ils fe remirent,
en route ; mais peu de jours après il fut féparé ,
de l'Amiral par un coup de vent . Ce Capitaine
avoit une lettre qu'il ne devoit ouvrir qu'en cas
de féparation ; elle portoit l'ordre de faire voile
pour l'ifle de S. Paul, dans les mers méridionales,
& de gagner une petite ifle appelée Pola - Neyras,
fur la côte de Sumaira ; le floop manqua l'ifle de
S. Paul , & fut pouffé vers Java ; après être revenu
fur fes pas , & avoir éprouvé des calmes , il
l'atteignit , mais il n'y eut aucune nouvelle du Caton
; il continua faroute jufqu'à une factorerie angloife
appelée Topponorilo , fur cette côte , felon
une autreinftruction de l'Amiral; mais il n'y fut pas
plus heureux ; on n'y avoit eu aucune nouvelle
de cet Officier. Après avoir pris des rafraichiffemens
, il fit route pour Madraff , où il arriva le
2 Mai ; mais on n'y a eu non plus aucune nou- :
velle du Caton , & on n'en avoit pas encore reçu le
30 du même mois , datte de cette lettre. L'équi
page du Hound a beaucoup fouffert dans le
cours de fon voyage ; plufieurs hommes font
morts dans la route du Brefil.
Une lettre écrite à bord du Vanfitart, le
22 Août , donne les détails fuivans de l'incendie
du vaiffeau de la Compagnie des
Indes , le Duc de Kingfton.
» Hier à onze heures avant midi , nous avons
été alarmés par un cri de feu ; nous courûmes
fur le pont , & nous vines une fumée épaiffe
fortant du vaiffeau de la Compagine le Duc de
Kingston , Capitaine Mitt. Bientôt les flammes
éclaterent : nous étions alors a un demi-mille
& le Pigot & le Comte d Oxford à 4 milles de
Bous. Le temps étoit calme ; notre Capitaine
mit fes chaloupes à la mer , & tira deux coups
( 66 )
de canon pour avertir les vaiffeaux en vue. II.
eft impoffible de concevoir un fpectacle plus”
affreux que celui que nous avions devant nous :
une foule d'infortunés fe gliffans par des cordes
hors du vaiffeau embrâfé , & reftans fufpendus
jufqu'à ce qu'ils puffent être reçus dans les
chaloupes. La nôtre arriva la premiere , & revint
peu de temps après avec cinq hommes.
Les autres , le bateau , le cutter , expédiés
avec autant de promptitude , s'occuperent à
fauver , autant qu'il fut poffible , des gens de
l'équipage ; car le feu avoit fait de tels progrès ,
qu'il étoit impoffible de tenter de l'éteindre .
Les bateaux des autres vaiffeaux arriverent
& bientôt ils amenerent plufieurs des infortunés
qui alloient périr fans notre fecours . A cinq
heures de l'après midi , le vaiffeau fauta en
l'air avec une explofien terrible ; on n'avoit
pu en retirer tout le monde , & il périt dans
cette trifte occafion 79 perfonnes , parmi lef
quelles étoient plufieurs femmes , quelques enfans
, des foldats & des paffagers . Le Capitaine
Mitt , avec deux Officiers , nous ont
fait vifite ce matin . Il étoit à bord du Pigot,
quand le feu éclata. Ce malheur eft l'effet de
l'imprudence d'un Matelot , qui , en tirant de
la liqueur forte d'un tonneau , y laiffa tomber
une étincelle qui l'embrâfa ».
-
Les divifions qui fe font élevées entre le
nouveau Miniftere & le Parlement continuent
toujours ; M. Fox , en quittant fa
place , caufe beaucoup d'embarras à ceux
qui lui ont fuccédé ; & peut être finira- t- il
par les en faire defcendre eux- mêmes , ou
par les forcer à fe l'affocier ; la fuite des débats
Parlementaires fera mieux voir quelles'
( 67 )
peuvent être fes efpérances , en montrant
quelle a été jufqu'à préfent l'influence de fon
parti.
La féance du 24 à midi , conformément à
l'ajournement , fut moins orageufe qu'on ne
fembloit devoir s'y attendre après ce qui s'étoit
paffé le même jour, M. Powis , ami de
M. Pitt , qu'on crut avoir pu s'être concerté
avec lui , malgré les affurances qu'il donna du
contraire , continua à faire prendre un cours
plus modéré aux débats. Après avoir déclaré
qu'il jugeoit la diffolution du Parlement dans les
circonftances préfentes , une meſure très - dangereufe
, il dit qu'il avoit une motion à faire ;
mais qu'auparavant il feroit une queſtion au
Miniflre , dont la réponſe le décideroit à la propofer
ou à la fufpendre . Cette ouverture excita
beaucoup de curiofité , & fi elle ne la calma pas ,
elle fit diverfion à ce qui reftoit de la chaleur
du matin. I demanda à M. Pitt de s'expliquer
comme Miniftre fur la diffolution du Parlement ;
mais en reftreignant la queftion , il la borna à
favoir fi la Chambre s'affembleroit encore le 26.1
M. Pitt fe contenta d'aflurer que fon deffein
n'étoit pas de s'y oppofer ; & cette réponſe , qui .
n'étoit pas auffi précise qu'on eût pu le defirer
, & dans laquelle il ne voulut prendre aucun
engagement pour un terme plus éloigné
fatisfit M. Powis qui fufpendit fa motion , &
propofa un ajournement , parce que les Miniftres.
avoient devant eux deux jours de réflexion ;qu'on
pouvoit trouver dans cet intervalle des moyens
d'accommodement ; il fit des voeux pour le fuccès
, l'éloge de M. Pitt & de M. Fox , dont il
étoit à fouhaiter que les talens fuffent réunis
pour le bien de la nation. Plufieurs Membres
( 68 )
s'exprimerent comme lui. M. Marsham obferva
qu'en effet la diffolution du Parlement auroit
des fuites très-funeftes . La Chambre a arrêté tous
les bills d'argent ; le tréfor eft fermé ; la paye ,
votée pour l'armée , ne l'eft que jufqu'au 23
Février ; il faut la continuer , & les Miniftres
ne peuvent , contre le voeu de la Chambre &
au mépris des loix , tirer un feul fcheling du
tréfor. M Fox , avant de paffer la motion de
l'ajournement , defira qu'on en laiffât faire une
à fon ami M. Eden ; il affura qu'elle n'étoit
point hoftile ; mais , à la demande de M. Marsham
, il fe défifta , & la Chambre s'ajourna.
Pendant la féance du 23 , il y avoit eu plufleurs
Pairs dans la Chambre des Communes ;
on y avoit vu le Prince de Galles qui s'étoit
retiré avant qu'elle fe divisât pour aller aux
voix. Il ne s'y trouva pas le 26 ; mais on y vit
les Lords Stormond , Walfingham , Derby , & c .
M. Martin exigea qu'ils fe retiraffent , & ils y
furent forcés , malgré le voeu de quelques Mem--
bres qui trouvoient le procédé indécent , puifque
les Membres des Communes étoient admis
dans l'autre Chambre , quand la curiofité les y
conduifoit. M. Eden fit enfuite la motion annoncée
par M. Fox ; c'étoit de lire la réponſe
du Roi à l'adreffe de la Chambre ; après quoi™™
il fit cette nouvelle motion : Il paroît à la
Chambre que la réponſe gracieuſe de S. M. contient
l'affurance pofitive & fur laquelle elle repofe
avec confiance , que S. M. ne veut point , par
prorogation ou diffolution de fon Parlement ,
interrompre cette Chambre dans l'examen
des meſures convenables pour mieux régler le
gouvernement de l'Inde , pour foutenir le crédie
& le revenu publics ; objets qui , felon l'opi
nion de S.. M. , de la Chambre & de la nation ,
( 69 )
exigent l'attention conftante & immédiate du
Parlement. M. Marsham en appuyant cette notion
, expliqua la réponſe du Roi de maniere
qu'elle étoit un engagement formel de ne point
diffoudre le Parlement. M. Pitt s'éleva contre
cette explication ; il rappella que dans les débats
antérieurs on lui en avoit donné une contraire
; il obferva que le Roi ne pouvoit avoir
lié ainſi lui - même la prérogative de diffoudre
le Parlement ; il répondit enfuite au reproche
qu'on lui avoit fait de ne point répondre aux
questions de la Chambre ; il déclara qu'il la refpectoit
, & finit par affurer qu'il n'avoit point
confeillé de diffolution . M. Fox dit auff - tốt
que s'il avoit daigné faire cette réponſe quinze
jours auparavant , il auroit épargné à la Chambre
& à la nation bien du trouble & des anxiétés
, & à plufieurs perfonnes bien des dépentes .
Il ne trouva pas que le Miniftre eût fatisfait fur
les autres objets. Comment prouvoit - il ton ref
pect pour la Chambre en reftant en place contre
fon vou formel ? Ignoroit - il que fa con
duite étoit contraire à la conftitution . M. Pitt
répondit : Aucun individu ne peut fe regarder
comme au -deffus de la Chambre ; des fentimens
libres & la liberté de les expofer font le droit
de tout homme , & je vais en uſer. Celui de renvoyer
des Miniftres appartient à la Couronne &
non à la Chambre . Il ne peut être illégal de
garder une place dont la résignation feroit injurieufe
au pays. Ce langage eft celui de la conftitution
, & ne peut être regardé comme un
manque de refpe&t . Je refte par un principe de
néceffité. M. Fox répliqua à cette juftification
qu'il n'avoit jamais contefté le droit de la Cou
ronne ; mais la Chambre , dit- il , a celui de s'adreffer
au Roi pour en obtenir l'éloignement
( 70 )
des Miniftres qui n'ont pas fa confiance ; il ne
voyoit point de danger dans leurretraite , que pou
voient-ils faire ? Le Gouvernement étoit -il ftable
? Le voeu de la Chambre étoit la véritable
fource d'une forte adminiftration . Après quelques
débats , la motion paffa & la Chambre s'ajourna
au Jeudi 29 .
-
Dans l'intervalle qui s'eft écoulé jufqu'à
cette féance, il y a eu bien des mouvemens ,
qui prouvent qu'en effet la Coalition eſt
très puiffante , qu'il fera très difficile de la
vaincre, & qu'il faudra finir par coalifer avec
elle. Plufieurs membres ont exprimé ce vou ,
& peut- être explique - t-il la véritable caufe
qui a fait décroître en apparence la majorité;
les voix , qui dans les dernieres réfolutions
n'étoient pas pour elle , ne fe font retirées
que dans l'attente d'une réunion , & peuvent
revenir, fi elle ne s'opere pas .
Plufieurs perfonnes , également confidérables
par leur rang & par leur fortune , perfuadées de
la néceffité d'une réunion , s'affemblerent le 26
pour délibérer fur les mefures les plus propres à
l'opérer ; elles choifirent M. Grofvener pour les
préfider , & elles prirent la réfolution de nommer.
des députés qui iroient voir le Duc de Portland
M. Pitt & M. Fox , à qui ils déclareroient que leur
deffein étoit d'appuyer de toutes leurs forces le
parti qui fe montrera le premier difpofé à un accommodement.
Le 28 les Députés rendirent
compte de leur miffion à l'affemblée qui avoit été
groffie de plufieurs membres des deux Chambres ,
animés du même efprit , Le Duc de Portland leur
avoit répondu , qu'il étoit difpofé à une réunion
générale , & qu'il étoit en effet à fouhaiter que
( 71 )
tous les hommes de talens & d'intégrité joigniffent
leurs efforts & leurs fervices pour la patrie dans
un moment de crife comme celui - ci , mais en formant
ce voeu il devoit avoir égard au principe
fondé non feulement fur le caractere perfonnel ,
mais fur des confidérations plus publiques. Aucune
union ne pourroit être fincere G elle n'avoit
une bafe conftitutionnelle ; le Miniftere actuel
avoit été formé par une fecrete influence ;
il confervoit , non pas le pouvoir, mais les places,
contre le voeu manifefte de la chambre des Communes.
Il ne pouvoit , en conféquence , traiter
d'union avec lui que lorsqu'il les auroit quittées ,
& que chacun de ceux qui le compofoient fe feroit
mêlé à la maffe des Citoyens. M. Pitt
avoit témoigné le même defir pour un accommo .
dement ; mais plus attaché au bien public qu'au
pouvoir , il ne pouvoit confentir à quitter fa
place , à la laiffer prendre à des perfonnes dont il
défaprouvoit les principes , & qui chercheroient
à les faire adopter , du moins celui du bill del'Inde
de M. Fox , qui établiroit un pouvoir inconnu juf
qu'ici à la conftitution ; qu'il ne pouvoit y confentir
, & qu'il falloit qu'on l'affurât que ces principes
feroient abandonnés avant qu'il cédât fa
place. La réponſe de M. Fox étoit conforme
à celle du Duc de Portland ; il ajouta , relativement
à l'opinion de M. Pitt fur le bill de l'Inde ,
que c'étoit un point qui devoit être difcuté antérieurement
à la réfignation ; mais qu'il falloit
fe mettre fur un pied égal , qu'alors on négo-
* cieroit fur tous les objets exiflans de différend ;
qu'il y en avoit plufieurs outre celui du bill de
I'Inde, mais le premier paroit être la réfignation
des Miniftres , puifque rien ne pouvoit être tenté
tant qu'ils referoient en place , contre le voeu
de la Chambre des Communes. Ce rapport
( 72 )
occafienna beaucoup de debats dans l'affemblée ;
en expola différens partis à prendre ; mais enfin
on convint qu'il n'y avoit pas d'efpoir d'entreprendre
une négociation jufqu'à ce que M. Pitt
eût réfigné ; & on dit que la députation a été
chargée de lui recommander cette meſure , &
de laiffer fa place vacante pendant quelques jours
pour faire l'effai de la médiation de l'affemblée ;
en lui faiſant cette ouverture on ajoute qu'on l'affure
de l'appui le plus conftant fi le parti oppoſe
manifefte des difpofitions contre l'union . Selon
d'autres rapports , l'affemblée n'a pas jugé la demiffion
du Miniftre néceffaire , elle a penſé que
l'on pourroit trouver des tempéramens pour
concilier les principes des deux partis fans exiger
des facrifices de part ni d'autre.
L'efpoir du fuccès de ces négociations a fufpendu
auffi les réfolutions qui devoient être priſes
dans la Chambre Haute . Le 27 , le Lord Effingham
jugea à propos de fe juftifier de n'avoir
point fait les propofitions qu'il avoit annoncées
précédemment. La conftitution , dit- il , a tiré
une ligne de féparation entre les trois branches de
la légiflation ; aucune ne peut entreprendre fur ce
qui appartenoit inconteftablement à une feule.
Une chaleur momentannée peut cependant faire
paffer dans l'une des deux Chambres , quelque
réfolution qui ne doit être prife que dans l'autre ;
ce feroit une infraction à la conftitution . Perſonne
n'ignore qu'il y a actuellement des différences
d'opinion , ces différences excitent de l'aigreur ,
& pendant qu'elle fubfifte , il faut fufpendre les
délibérations pour lui laiffer le temps de fe calmer.
On travaille à un accommodement entre
les partis ; on efpere que les négociations auront
une heureufe iffue ; je me propofe de l'artendre
juſqu'à la femaine prochaine. S'il n'atrive
( 73 )
rive aucun changement d'ici à ce temps - là , les
circonftances préfentes exigent de la part de la
Chambre , des difpofitions & des mesures qui
faffent ceffer un défordre qui ne pourroit qu'être.
nuifible à la nation.
Le parti que prennent les Pairs eux- mêmes
, de tout fufpendre dans ce moment ,
prouve peut-être encore mieux , que la Coalition
n'eft pas aifée à réduire , & qu'on juge
une réunion utile & néceffaire ; & tandis
qu'a' a l'exemple de la ville de Londres , plufieurs
autres villes & bourgs d'Angleterre
ent pris ouvertement le parti de la nouvelle
Adminiſtration contre la Chambre, des
Communes & remercié le Roi d'avoir
renvoié fes anciens Miniftres ; on ne feroit
pas étonné de voir ceux - ci , ou du moins
quelques- uns , revenir en place.
•
Tel étoit l'état des chofes , le 28 au foir , dit
un de nos papiers. L'entremife de la Confédération
de l'union , qui s'érige en médiatrice entre
les deux partis , n'avoit encore rien effectué.
M. Fox ne veut point entendre parler d'accommodement
, tant que M. Pitt reftera en place ;
& M. Pitt , foutenu , encouragé par le Roi , perfifte
à vouloir que M. Fox vienne traiter , pour
ainfi dire , avec lui , à l'hôtel de la Trésorerie
& qu'il reconnoiffe par conféquent que la majorité
des Communes , quoique très - puiffante ,
puifqu'elle néceffite un accommodement entre le
Miniftere & le parti de l'Oppofition , n'a cependant
pas le droit de nommer arbitrairement les
Miniftres de l'Etat. Les débats du 29 devoient
décider la queftion , & dans le comité fur l'état
de la nation , M. Fox devoit faire des motions ;
Nº. 7. 14 Février 1784.
d
( 74 )
9
mais ces motions & le comité n'ont point eu-lieu.
M. Fox lui-même a ajourné les Comniunes au 2
du mois prochain , pour donner encore , a -t -il
dit , quelque répit aux Miniftres , & leur laiffer
de tems de fe déterminer de bonne grace à embraffer
les principes de l'union qui leur a été
offerte. Depuis cette féance , la confédération
de l'union s'cft affemblée plufieurs fois. Ses députés
ont eu divers entretiens avec M. Pitt , qui
a toujours déclaré qu'il ne pouvoit conſentir à
quitter fa place ; que fi le Duc de Portland étoit
dans l'intention de s'aboucher avec lui , pour
effayer de concilier les différentes opinions , &
travailler à opérer une réconciliation générale ,
il étoit prêt à lui donner les détails les plus clairs
& les plus fatisfaifans fur les motifs de fa conduite.
Une des raifons de M. Pitt , eft , dit-on.
celle- ci fi après fa réfignation la négociation
vient à échouer , il feroit obligé , en reprenant
fa place dans le Miniftere , de fe faire réélire
Membre de la Chambre des Communes ; ce qui
le forceroit à en être abfent au moins 15 jours ,
& pendant ce tems l'Oppofition auroit l'avantage
de combattre une armée fans chef , & de faire ce
qu'elle voudroit. On parle de plufieurs conférences
qui ont eu lieu , on dit même , mais on
ne peut l'affurer , que le Roi a fait venir le Duc
de Portland . Lopinion générale eft que la trève
fera obfervée jufqu'à lundi prochain , & que paffé
ce jour , les mediateurs ne s'oppoferont plus aux
mefures que pourront prendre M. Fox & fes
amis : l'affociation de l'union , qui n'eft cependant
compofée que de Francs - Tenanciers vivans
à la Cour , paroit , dit - on , approuver la conduite
de ces derniers.
:
On n'a vu depuis quelque temps dans tous
nos papiers , que des tableaux touchans de
75 )
la mifere & de l'abandon où fe trouvent les
Lafcars arrivés de l'Inde avec les derniers
vaiffeaux de la Compagnie. On s'empreffoit
de les recommander à la charité publique ,
il paroît qu'ils étoient fort exagérés , & que
c'eft leur faute , s'ils ne retournent pas dans
leur pays.
1 .
Le 28 , le Lord Maire expofa leur fituation à
la Cour des Aldermans , & un Capitaine des
vaiffeaux de la Compagnie , qu'il avoit prié
d'être préfent, donna les éclairciffemens fuivans ,
il avoit amené de l'Inde 40 de ces Lafcars ; il
payoit depuis leur arrivée 9 fchelings par femaine
à chaque homme , pour le logement & la nourriture
; il avoit foin de les pourvoir de ce dont ils
avoient befoin. Dernierement il avoit fait des
conventions avec le Capitaine d'un vaiffeau qui
eft actuellement à Gravefend , pour les ramener
dans leur pays ; mais ils refufoient de s'embar.
quer. Il déclara qu'il étoit prêt à leur payer plu-
Heursmois de gages au moment où ils monteroient
à bord. Il ajouta que leur féjour lui coutoit beaucoup,
que s'il manquoit l'occafion qu'il avoit de les
renvoyer, il n'en trouveroit pas une autre avant un
an , ce qui feroit très - frayeux pour lui, La Cour
des Aldermans ne jugeant pas que ces Lafcars
fuffent fous la jurifdiction de la ville , lui confeilla
de s'adreffer au Magiftrat compétent , qui
fur fa rêquête les feroit arrêter, conduire à bord
& les forceroit à s'embarquer.
Il y a huit ans qu'on a fait dans le Comté
d'Aberdeen une affociation pour la deftruction
des renards , des aigles , des faucons & autres
bêtes qui font tant de tort aux troupeaux , aux
volailles & au gibier . On a détruit en conféquence
507 renards , 34 chats fauvages , 48
dz
( 760)
fouines , 58 aigles , 1278 faucons & milans , &
1157 cormorans , corbeaux & corneilles.
On lit dans un de nos papiers une anec
dote affez finguliere.
« Le 3 de ce mois , écrit- on de Salisbury ,
Jean Adlam , du Comté de Sommerfet , fut
marié à Anne Roger. Cet homme , d'une taille
contrefaite , & d'une figure qui n'eft pas celle.
d'un favori de l'amour , paroît être celui de
l'himen Anne Roger eft la quatrieme femme
qu'il époufe depuis 1780. Une remarque affez
extraordinaire qu'on fait à l'occafion de fes
nombreux mariages , c'eft que fes trois premieres
femmes font toutes mortes en couches
un Jeudi , & ont été enterrées le Mercredi
fuivant . I époufa la premiere un Jeudi , la
feconde & la troifieme un Vendredi , & la
quatrieme un Samedi ; il a porté à fes quatre
noces le même habit , la même perruque & la
même canne .
1
P S. De Londres le 3 Février . La Chambre des
Communes s'eft affemblée hier , & les deux motions
fuivantes ont paffé , l'une à l'unanimité ,
& l'autre à une majorité de 19 voix contre les
Miniftres . La premiere a été faite par M. Grofvenor
, Président de l'affociation de l'union. L'opinion
de cette Chambre eft que la fituation cri
tique de l'Etat exige une adminiftration ferme ,
puiffante , & unie pour rétablir la confiance &
mettre fin aux divifions qui agitent ce pays.
La feconde , par M. Cooke , un des amis de
M. Fox. La continuation de l'adminiſtration actuelle
en place eft un obftacle à l'union dea
venue fi néceffaire pour concilier la confiance
de la Chambre & du Public. M. Pitt a dé-
1
claré que les réfolutions de la Chambre des Communes
ne lui feroient pas donner fa démiffion ; &
on croit en conféquence que la Chambre votera
( ウラ)
aujourd'hui une adreffe pour le renvoi des Mi
niftres. Tout efpoir de conciliation paroît
abandonné ; ceux qui ont dit que les majorités
de M. Fox alloient toujours en diminuant , pa
roiffent s'être trompés ; & on eft fort curieux de
favoir s'il la confervera dans la féance d'aujourd'hui.
FRANCE...
DE VERSAILLES , le 10 Février.
Le 1 de ce mois , l'Univerfité de Paris
ayant à fa tête fon Recteur , eut l'honneur
de préfenter au Roi , felon l'uſage , le cierge
de la Chandeleur.
Le 2 , les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Efprit fe font affemblés
dans le Cabinet du Roi . S. M. tint un chapitre
dans lequel elle nomma Chevalier de l'Ordre
le Duc de Clermont- Tonnerre , le Duc de Lianteren
& le Comte d'Apchon ; elle fe rendit
enfuite à fa Chapelle avec l'appareil ordinaire,
où elle entendit la Meffe chantée par fa_Mufique
, célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
Commandeur de l'Ordre , à laquelle la Reine
& les Princeffes affifterent dans la tribune , &
pendant laquelle la Comteffe de Gand fit la
quête. L'après - midi , le Roi & la Famille
Royale entendirent le Sermon par l'Abbé Lenfant
, & auxquelles l'Abbé de Granderatz
Chapelain de la Grande- Chapelle , officia.
DE PARIS , le 10 Février.
Les nouvelles qu'on avait reçues de Conftantinople
il y a quelques jours , faifoient
défefpérer d'un arrangement entre la Ruffic
& la Porte ; on prétendoit que dès le 25
Décembre , les conférences avoient été romd
3
( 78 )
pues , & que M. de Bulgakoff fe préparoit
à partir. Le Divan , en reconnoiffant l'occupation
de la Crimée , vouloit , dit- on , que
la Ruffie abandonnât l'ifle de Taman. Cette
difficulté a cependant été levée bientôt ,
puisque le 3 de ce mois , à 8 heures du matin,
M. le Comte de Mercy a reçu un courrier
de Vienne, qui lui annonçoit que tout
étoit arrangé , un courrier de M. le Comte
de Noailles a apporté auffi cette nouvelle à
Verfailles.
La convention confifle en 3 articles. Par le
1 , la Porte reconnoît l'occupation de la Crimée ,
du Cuban & de l'ifle de Taman , & content à la
réunion à perpétuité de ces pays à l'Empire de
Ruffie . Dans le 20, les deux Parties contractantes
confirment les Traités & Conventions de 1774 ,
1775 & 1779 , ainfi que le Traité de Commerce de
1783 , à l'exception des articles 3 & 4 de la Convention
explicatoire du 10 Mars 1779, concernant
les Tartares ( ce font ceux qui regardent l'indépendance
des Tartares ) , lefquels articles fontannullés.
La Ruffie affure & garantit à la Porte
la poffeffion & la propriété de la fortereffe d'Oc
zakow & de fon territoire . Le ze fixe les limites
des Tartares à la riviera de Cuban , jufqu'à la
Géorgie . L'échange des ratifications eft fixée à 4
mois du jour de la fignature de cette convention.
Elle a été fignée le 8 Janvier par 4 Miniftres du
Divan & par M. de Bulgakow..
Le froid eft toujours rigoureux , quoique moins .
qu'il ne l'a été il y a quelques jours . La femaine
derniere il y a eu une efpérance de dégel , qui
paroît le foutenir. On fait du feu dans les
places publiques , dans les cloîtres des Couvens
, &c.; & aux portes des Commiffaires on
diftribue du bois aux pauvres familles du quar(
79 )
fier. Ces fecours font dûs , comme nous l'avons
dit , à la bienfaisance du Roi , S. M. ayant ré
pété à M. de Calonne qu'il n'y avoit aucune dé
Fenfe qui ne dut être retranchée s'il le falloit
pour celle-la. La Reine , auffi ferifible à la mifere
momentanée à laquelle le peuple étoit expofé
par la rigueur de la ſaiſon , & l'interruption
de fes travaux a envoyé soo louis de fa caf
fette pour être diftribués de la même maniere que
les fecours donnés par le Roi , Beaucoup de perfonnes
bienfaifantes ont fuivi l'exemple donné
par L. M. , & jamais les aumones n'ont été auffi
ahondantes.
"
M. Blanchard , dont le projet d'un vaiffeau
deftiné à voguer dans les airs , a été annoncé
il y a long - temps , en promet aujourd'hui
l'exécution prochaine ; la difficulté
de s'élever paroît avoir feule fufpendu fon
expérience ; elle n'existe plus depuis la découverte
de M. de Montgolfier , au génie
duquel il rend hommage ; c'eft le moyen
qu'il a indiqué qu'il employera ; mais il fe
fervira , pour le diriger , de ceux qu'il a imaginés
lui- même.
"
Les arts , dit - il , dans une lettre qu'il a publiée ,
ne font-ils pas faits pour s'entraider ; je ne rougis
donc pas d'annoncer que je fais faire , chez
M. Tourillon , à fa fabrique de taffetas ciré , rue
Pavée S. André- des- Arts , un globe à l'inftar de
celui de MMM. Charles & Robert ; mes ailes
mes mouvemens pour ma direction font faits &
éprouvés . Un foible moteur les fait agir dans
tous les fens , avec affez de force pour me porser
en ayant , à droite , à gauche , me tenir à telle
hauteur qu'il me plaira , me laiffer defcendre à
d4
( 80 )
volonté fans déperdition d'air inflammable ; c'eft
fur cette certitude qu'une perfonne de qualité
me prépare une fête à fon château près Paris
avec plufieurs amis , le jour que je partirai . Je
défignerai la veille de mon expérience le local
que j'ai choifi à cet effet , vafte , quoique fermé ,
à la portée de tous les habitans de la capitale .
Les amateurs pourront aisément voir tous les
mouvemens que renferme mon vaiffeau volant ;
je ne nommerai qu'en partant le château où le doit
terminer ma traversée ; mais je ne m'éloignerai
de ma compagnie qu'après avoir taché , par des
évolutions multipliées dans tous les fens de meriter
le fuffrage univerfel . Mon expérience aura lieu le
28 de ce mois ; fi le jour que je fixe n'étoit favorable
ni pour moi , ni pour les fpectateurs , l'expérience
feroit remife au lendemain , ou à un jour
plus commode . Je fais que quantité d'amateurs
dfirent voir les moyens méchaniques que j'emploie
pour ma direction ; en conféquence , je
commencerai demain , 6 du préfent , à faire délivrer
des billets pour l'expérience , à raifon de
3 liv. le billet. On pourra , en venant les prendre
ál'hôtel de Viennay , grande rue Taranne, F. S. G.
vifiter les ouvrages , tant anciens que nouveaux
que j'ai tous faits dans cet hôtel. P.S. J'oubliois
de dire qu'un Phyficien m'accompagnera ,
& qu'il fe propoſe de faire des obfervations pendant
que je m'occuperai de mes évolutions & de
ma direction . Ce Phyficien , après s'être affuré
des moyens que j'emploie pour me garantir d'une
chure rapide , en cas que le ballon vint à faire
explofion , me preffe fortement pour monter au
plus haut poffible , »
Voilà un nouveau voyage aërien : mais
tous ceux qui ont été faits
ne font que 'des
81 )
bagatelles , en comparaifon de celui dont
on donne ainfi la relation dans un papier
public , dont l'auteur a voulu s'égayer.
Le Docteur Pref , frere d'un Curé d'Auver
gne , après avoir fait diverfes expériences fur les
ballons aeroftatiques , monta lui - même dans la
galerie d'un de ces ballons , le 29 Novembre
dernier ; il fit préalablement dreffer à Iffoire un
procès-verbal , qui conftatoit l'heure , le jour &
le lieu de fon départ. Ses proviſions de bouche
furent embarquées avec lui ; il annonça qu'il alloit
faire un voyage qui lui fetoit autant d'honneur
que l'invention des machines aeroftatiques
en fait à MM. de Montgolfier ; enfuite il s'éleva
& fut perdu de vue en peu de minutes. Au bout
de 2 jours , il n'étoit pas encore revenu . Tous
fes amis étoient dans la confternation ; enfin le
4 décembre on eut de ces nouvelles par un exprès
venu du Puy- en- Velai , & on apprit qu'il étoit
defcendu fur la montagne de Vezin , & qu'il prioit
les témoins de fon départ de l'être de fon arrivée.
Les curieux s'étant rendus à fon invitation ,
il leur tint ce langage : je viens de la Chine. On
le crut fou ; voici , ajouta t- il 3 procès - verbeaux
qui conftatent le fait l'un eft figné de 2 Français
, le fecond de 3 Anglais , & le troifieme de
5 mandarins. Mon voyage auroit été plus court
de 24 heures ; mais on employa une journée entiere
à la Cour de Pekin pour faire venir des
Européens qui puffent m'entendre . Plus il parloit
, plus on étoit étonné ; enfin il leur expliqua
fa methode . Elle confiftoit à s'élever au- deffus
de l'atmoſphere de notre planette qui tourne
avec elle. Parvenu à cette hauteur , il calcula la
rotation du globe , & lorfqu'il vit qu'il devoit ſe
trouver fur la Chine , il fe laiffa aller. Au retour
:
d s
( 82 )
༣
même cérémonie ; mais fa pendule ayant éprou
vé quelqu'altération , fon calcul s'en reffentit ; &
au lieu de defcendre à foire , comme il fe l'étoit
propofé , il defcendit au mont Vezin ; l'erreur
n'eft pas immenſe , &c .
Cette relation dirigée fans doute contre
un excès d'enthouſialme contre tant de
plans ridicules de direction, dans lesquels on
n'a pas pris garde à tout , excufe que l'auteur
a eu grand foin de fe ménager auffi pour la
donner à fon tour , a du moins le mérite de
la gaieté ; mais s'il a youlu guérir l'enthoufiafme
, l'exaltation de l'imagination ,
fans doute manqué fon but ; ces deux maladies
de l'efprit humain réfiftent à tout , &
ne cedent qu'au temps..
Les Anglois fe font vantés d'avoir été les
premiers à trouver les moyens d'exifter fous
les eaux ; & d'après leurs papiers , nous avons
rendu compte dans le temps d'une expérience
qu'ils avoient faite ; nous avons annoncé
aufli d'après eux la mort de l'auteur
qui s'étoit noyé. Cette découverte intéreffante
, n'étoit pas neuve. Depuis long- temsles
principes d'après lefquels ils ont travaillé
étoient connus ; M. Freminet en France en
avoit démontré les défauts & les dangers
& il avoit imaginé une machine bien plus
fimple , bien plus sûre, dont il a fait diverfes
expériences dans la riviere de Seine , & enfuite
dans la mer , c'eft par elles qu'il a rẻ-
pondu aux objections ; & c'eft ainfi qu'il en
end compte lui- même.
( 83 )
Arrivé au Havre , je jugeai à propos d'éprou
ver la différence que je devois néceffairement
trouver entre l'eau de mer & celle de riviere.
Je fis fortir un bâtiment par un temps houleux
à deux lieues du Havre , j'employai fix femain es
à des expériences toujours nouvelles , pendant
lefquelles j'examinai par gradation la force de
la preffion jufqu'à cinquante - cinq piés , ainfi
que la liberté des articulations. Affuré du fuccès
, je priai M. Miftral , Commiffaire Ordonnateur
de Marine , & M. Cyries , Capitaine de
Port , d'être préfens à mes expériences. Nous
fames à la même diftance ; & le 7 Juin 1774 ,
je fis defcendre un homme à 50 piés de profondeur
; il y refta une heure , & ne trouva que
de la vafe dure qu'il rapporta . Il defcendit enfaite
pour attacher des ancres & autres effets
tombés par accident , qui furent retirés . Plufreurs
Matelots qui en voulurent faire l'effai
y defcendirent aufi , & aucun ne fe plaignit
d'y avoir fouffert la moindre incommodité....
H me feroit impoffible de rendre les différentes
fenfations que j'éprouvai dans une de mes épreu
ves particulieres. J'eus la curiofité de defcendre
au moment que la marée montoit ; & pour me
garantir du courant , & me tenir dans un étar
de ftagnation , j'avois fait mettre un fecond
cable à l'ancre qui devoit retenir le bâtiment,
& qu'on avoit amaré à ma machine. Je jouillois
fous l'eau de la plus grande clarté , & je dif
tinguois parfaitement les objets à plus de 15
piés de diftance , fans fouffrir aucuns des effets
que produit le roulis fur ceux qui n'y font pas
accoutumés , & dont j'avois été incommodé fur
le bâtiment ; c'eft- là que j'examinai le courant
qui refouloit les eaux de la Seine , la force avec
laquelle les galets & les coquillages étoient re
um ind o
·· 84 ).
-
pouffés vers la terre , & le droit d'en jouir le
premier augmentoit ma fatisfaction . J'arrivai
à Breft dans les premiers jours de 1776 ;
je me préfentai à M. le Comte d'Orvilliers &
à l'Etat Major de la marine , pour favoir de
quelle nature étoient les expériences qu'on exigeoit
de moi. On me demanda fi je pourroîs
clouer une plaque de plomb fous un vaiffeau ;
fi je pourrois rapporter un boulet attaché à un
cable , qu'on feroit paffer fous la quille d'un
autre vaiffeau ; & fi je pourrois retirer du fond
du port quelqu'effet naufragé . Je fis mon premier
effai fur la frégate la malicieufe , & certain
de mon fucces, j'affurai ces Meffieurs que
j'étois en état de faire les expériences qu'ils m'avoient
demandées. Ils fe tranfporterent dans le
port , & m'ordonnerent de clouer une plaque
de plomb fous la quille du Bizarre ; ils me
firent faire la même opération à la Ville de
Paris; je détachai & je rapportai un boulet
de 12 , qui avoit été fufpendu fous le vaiffeau ;
les vaiffeaux ayant été virés en quille , on reconnut
que les plaques avoient été clouées aux
endroits qu'on m'avoit indiquées . Je rapportai
de 40 piés fous l'eau une maffe de fer emmanchée
qui y étoit tombée par accident . Je pro
pofai enfuite de retirer d'autres objets que j'avois
apperçus , & de faire en pleine mer fous
les vaiffeaux les mêmes expériences que je venois
de réaliſer dans le port ; mais on me répondit
que ce que j'avois fait étoit fuffifant ,
& qu'on en rendroit compre au Miniftre. - Je
voulus faire auffi quelques expériences dans la
riviere de la Vilaine ; la rapidité de fon courant ,
& l'obfcurité que je devois néceffairement trouver
à caufe des terres vafenfes qui troublent fes
eaux m'y déterminerent . Je me fis promener par
✔
( 85 )
le moyen d'un canot , à différentes profondeurs
fur un terrein vafeux . Je trouvai en tatant plufieurs
pieces de bois de charpente , fondrieres
, des ancres & autres objets perdus qui furent
amarrés & retirés .... Toutes ces expériences
m'ont convaincu de la différence qu'il feroit néceffaire
de mettre dans la conftruction des machines
, relativement aux opérations qu'on fe
propoferoit de faire . Celle que l'on deftineroit à
vifiter un vaiffeau à la mer , & à boucher une
voie d'eau , feroient beaucoup plus légeres &
plus libres dans leurs mouvemens , attendu que
la preffion qu'on éprouve eft peu fenfible. Le réfervoir
étant adapté à la machine , contiendroit
huit pouces cubes d'air , & la méchanique qui y eft
placée , le déphlogiſtiqueroit. On pourroit ref
ter fous l'eau une demi heure & plus s'il étoit
néceffaire ; mais la vîteffe avec laquelle on peut
defcendre & remonter pour faire le rapport des
dom mages qu'on a vus , & prendre les chofes néceffaires
pour y remédier , n'exigent jamais plus
de 15 minutes dans l'eau ..
Cette découverte ne fauroit être plus intéreffante.
M. Freminet donne à ſa machine
le nom de Hydroftatergatique ; elle mérite
en effet d'être diftinguée des autres
de cette efpece. Il n'eft pas le feul qui fe foit
occupé de cet objet. M. Rougeault de la
Foffe- Hubert annonce auffi une découverte
encore plus prodigieufe : en applaudiſfant
lui-même à M. Freminet , il expofe ainfi les
moyens qu'il a imaginés , mais dont l'expérience
n'a pas encore été faite.
« Ce fut en lifant , il y a deux ans , quel
ques Ouvrages qui parurent dans le temps que
( 86 )
le Docteur Hartley , inventa fa cloche de plongeur
, que je cherchai les moyens d'exifter dans
Feau , & de voyager fans être foutenu dans les
eaux douces & ftagnantes. Je crois être arrivé à
mon but, Ea conftruction de la machine hydroftatique
dont je m'occupe actuellement n'eft pas
fort compliquée ; le faccès en eft certain. On
pourroit même avec elle faire des voyages de
long cours dans les eaux au fond des mers. Peutêtre
m'objectera-t- on que les poiffons voraces , &
ceux à qui la Nature a donné des armes offenfives
, tels que le requin , la fcie , l'efpadòn , le
genre des cétacées , en un mot , ne verront
point avec plaifir que les mortels veuillent leur
difputer un élément dans lequel ils font nés , &
dont ils fe font regardés jufqu'à préfent comme
les fouverains. Cette objection fe réfoud d'ellemême
, puiſque , avec ma machine hydroſtatique ,
on pourra exifter dans les mers fans avoir rien à
craindre de leurs armes . Je dis plus , j'exifteral
même avec une parfaite fécurité dans les eaux
du Nil , du Sénégal , infectées de crocodilles ;
quoique cet amphibie ait une antipathie naturelle
pour l'efpece humaine. Confidérons - la maintenant
du côté des avantages qu'elle pourra nous
procurer. On pourra par ce moyen fauver jufqu'au
plus petit ballot de marchandifes d'un vaiffeau
fubmergé , même dans les eaux profondes ,
avantage que n'a point la machine de M. Freminet
; amarrer un vaiffeau ( la mechanique nous
fournit déjà des moyens de faire furnager les malfes
les plus lourdes ) on peut encore s'en fervir
pour affeoir les jettées d'un port , visiter l'intérieur
des canaux , les éclufes . Elle fera de la plus
grande utilité pour la pêche des huîtres perlieres ,
non-feulement dans le golfe Perfique ; mais dans
bes autres mers où elles fe trouvent pour la pê
( 87 )
?
che des huîtres communes , du corail , pour lever
la carte entiere des mers , diriger furement un
vaiffeau, lui faire éviter les rochers contre lefquels
il pourroit échouer. Elle peut être également
utile pourles foffes infectées de méphitisme , pour
exploiter les mines fans rien craindre du plomb.
Les machines de MM . Wright & Coxe , laiſſant
les membres expofés à la preffion des eaux les
mettent hors d'état d'agir librement dans ce
fluide . Je compte faire des effais avec ma machine
pendant quelques mois, mais avant , je la
communiquerai à l'Académie ; ſon jugement me
décidera plus volontiers ; & l'eau , cet élément
fi fertile en nauffrage , fi terrible , ne fera plus
regardé du même ceil , & pourra même nous procurer
des amuſemens inconnus jufqu'au fiecle où
nous vivons.
Voilà de grandes promeffes . On ne feroit
pas étonné qu'elles euffent le fort de celles
de l'inventeur des fabots élastiques . Au
refte , l'auteur de celle-ci fe fait connoître ;
& s'il tient ce qu'il annonce , la fin du dixhuitieme
fiecle fera l'époque des découvertes.
les plus intéreffantes ; & l'homme après s'être
emparé des airs, difputera aux poiffons l'empire
des eaux : mais il faut attendre les expériences.
La nuit du 17 au 18 Janvier , écrit- on d'Alby,
fut très rigoureufe ; il régna un vent fi violent
qu'on craignit qu'il ne renverfât les maifons ;
il tomba une pluie des plus abondantes , fuivie .
de neige & de grele très-épaiffe . On entendit.
un coup de tonnerre affreux , & la foudre tomba
fur une maifon du fauxbourg du Vigan , qu'elle
endommagea; de là elle fordit fur une autre qui
( 88 )
étoit voisine , entra dans une des chambres ,
roula fous le lit où étoient couchés le mari & la
femme , fans leur faire le moindre mal ; elle ne
fit qu'enlever les carreaux de cette chambre. Depuis
cette époque le temps eft très - froid .
Les lettres de la Rochelle annoncent un
défaftre affreux.
;
La nuit du 17 au 18 Janvier a été pour nous
très funefte la fin du monde n'offriroit pas un
fpectacle plus épouvantable . Il s'éleva fur les
6 heures du foir un vent impétueux ; à 9 heures
on reffentit une fecouffe de tremblement de terre ,
accompagnée d'éclairs , de tonnerre & de grêle .
Les plus gros arbres ont été déracinés ; les tuiles
les ardoifes , les volets , les vîtres voloient dans les
rues. 200 cheminées ont été abattues ; plufieurs
ont écrasé les toits & enfoncé les planchers ; des
maiſons ont été renverfées. Nous avons été menacés
du feu dont on n'auroit pu éviter lesprogrès .
Heureufement que la cheminée où il avoit pris
l'a étouffé par fa chûte. Plufieurs Eglifes , & entre
autres la Cathédrale ont été découvertes , &
les plombs emportés . Le courier de Nantes nous
dit avoir vu dans fa route beaucoup d'arbres déracinés.
Celui de Bordeaux affure que les environs
de Saintes & de Rochefort ont beaucoup fouffert,
Le tonnerre eft tombé à 20 pas de ce dernier
& dix fois dans fa route il a été renversé de cheval .
Mais les malheurs de mer font plus effrayans encore
; 27 bâtimens ont péri , tant fur nos côtes
fur celles de l'ifle de Ré. Nous avons repêché
que
24 cadavres , & un plus grand nombre l'a été à
lille de Ré..
A côté de ces récits affligeans , nous pla
cerons un trait de bienfaifance qui ne peut
qu'intéreffer nos lecteurs.
1
( 89 )
Le prix de fageffe établi en la Paroiffe de
Saint Symphorien d'Ofon en Dauphiné , en faveur
de la jeune perfonne qui fe fera diftinguée de
fes compagnes par fa modeftie , fon respect filial
& fon amour pour le travail , a eu lieu dans le
courant de cet Eté . Celle qui a mérité cette
récompenfe ( qui eft de dix louis d'or ) fe nomme
Catherine Loup- Michaud , âgée de 22 ans ; la
bonne conduite de fes parens a contribué autant
que la fienne à ſon élection ; elle a réuni prefque
tous les fuffrages dans une affemblée nombreuſe
préfidée par le Curé & le Juge du lieu. La Religion
a mis le fceau à fa gloire ; ce fut aux
pieds des Autels , au milieu d'un concours immenfe
de peuple , qu'elle reçut la Couronne de
rofes ; Mgr l'Evêque de Sarept , Suffragant de
Lyon , préfida à cette pieufe cérémonie ; il lui
plaça la Couronne fur la tête , où elle fut attachée
par Mlle de Briandas & Mme de Briandas ,
Chanoineffe du noble Chapitre de Sales , foeur
& niece du généreux inftituteur de cette fête ,
M. de Briandas , Prieur de S. Symphorien , &
Chanoine Chantre du Chapitre de S. Paul de
Lyon. Après la cérémonie , on fe rendit au
Prefbytere , une collation fut fervie à la Rofiere
& à fes dignes compagnes : toutes les perſonnes
les plus diftinguées de la Province & des environs ,
accourues pour célébrer leur triomphe , s'empref
ferent de les fervir. Cette belle inftitution eft la
feule qu'on ait vu encore dans cette Province .
DE BRUXELLES , le 10 Février.
Prefque tous les papiers publics ont annoncé
, que la Cour de Lifbonne s'étoit
emparée à main armée des Etabliffemens de
la côte d'Afrique , où fe fait la traite des
( 90 )
Negres ; ils ont ajouté enfuite , que les Amdaffadeurs
étrangers dans une Cour s'étoient
affemblés , & avoient requis le Miniftre de
Portugal de prier fa Souveraine , au nom
de leurs maîtres , de remettre les chofes fur
le pied où elles étoient ; la Gazette de cette
ville , qui avoit donné l'une & l'autre de ces
nouvelles , vient de publier à ce fujet l'article
fuivant.
"
< On s'étoit trop preffé de cenfurer les difpofitions
de la Reine de Portugal fur la côte d'Angola
; aujourd'hui , nous apprenons avec admiration
que cette Souveraine a fait détruire le long
de cette côte les Comptoirs Portugais où le faifoit
le commerce des Negres , ayant déclaré libres
tous les Noirs qui feront faits Chrétiens. Cette
Puiffance avoit le droit d'opérer cette révolution
fi honorable pour ce fiecle & fi funefte aux
Agriculteurs blancs des Antilles. On fait que
les Rois d'Angola & de Congo font feudataires
du Portugal , maîtres de toute la côte , depuis
la riviere de Dande , jufqu'à celle de Coanzac .
L'Augufte Elifabeth ayant accompli par ce
trait de bienfaifance le dernier voeu de fes
ancêtres , a reçu de la part des Quakers d'Amérique
la lettre la plus flaticufe & la plus obligeante.
»
On ignore encore où en eft le Traité de
paix entre l'Angleterre & la Hollande , s'it
en fera en effet conclu un , fi l'on ne fe contentera
pas des Préliminaires. La révolution
du Miniftere de Londres a du moins retardé
toute négociation fur ce fujer. En attendant
qu'elle foit reprife , voici ce que l'on lit dans
des lettres d'Amſterdam.
( 9T )
mes
"
U
Le College de l'Amirauté de cette ville a com
certé avec les 4 autres Amirautés , de garder
pendant la paix les forces navales fuivantes qui
feront tout ce que la République confervera dans
Aux Indes . Orien- les quatre parties du Monde.
tales , vaiffeau de so canons & 400 hommes ; 1 de 40 & 330 hoinmes 2 de 24 & 180 hom-
Sur
mes chacun , 2 de 14 & 90 hommes.
les côtes d'Afrique , I de 40 canons & 320 homfans
compter >
de 16 & 10 hommes
3
plufieurs bâtimens de iz canons employés fur
les rivieres navigables à pénétrer dans l'intérieur
pour le commerce de la poudre d'or & des dents
d'éléphans. Dans la Méditerranée , 1 vaiſſeau
de 44 canons & 350 hommes , 2 de 28 & 210
Aux Indes
hommes , z de 14 & hommes. 90
Occidentales, z de 56 canons & 430 hommes ,
I de 44 & 420 hommes ,
, 3 de 24 & 160 hom
de 16 & 100 hommes . En Europe ,
au Texel , 3 vaiffeaux de garde de 80 canons & 500 hommes , i de 50 & 400 hommes . A Hellevoetfluis
, I de 46 & 320 hommes, 1 de 28 & 180
hommes. A Flushing , 1 de 40 & 240 hommes.
A Rotterdam , 1 de 60 & 460 hommes , I de
44 & 280 hommes . L'Amirauté d'Amſterdam
paiera 3 huitiemes des dépenfes du tout , & les
quatre autres paieront le refte. On les porte dans
L'état préfenté aux Etats-Généraux à 2,639,173
florins. On doit conftruire auffi & frégates de 36
canons , & 6 de 24 ; & on demande pour les frais
de leur conftruction , 2,277,870 florins.
mes , 3'
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL.
Dans toutes les contentions civiles , il eft plus
facile de voir ce qu'on appelle l'oppofition dégénérer
en faction , que de voir un Miniftre
Séléver à des mesures defpotiques , parce que
les . foins d'un parti . à décrier l'adminiftration ,
( 92 )
finiffent par la rendre fage ; mais les efforts du
pouvoir miniſtériel contre l'oppofition la rendent
populaire , & la popularité eft fujette à
devenir licence.
Les affaires publiques font toujours fur le
même pied depuis le 12 M. Fox n'a pas perdu
la majorité , & le Miniftere eft jufqu'à ce moment
fur l'efcarpolette. On s'attend qu'il fera
forcé de coalifer avec l'ancien . Le Roi , après
avoir reçu des complimens pour l'avoir chaffé,
en recevra pour l'avoir repris . On dit que le
Duc de Portland rentrera en qualité de pre→
mier Lord de la Trésorerie , & que MM . Fox
& Pitt feront Secrétaires d'Etat ; - les autres
membres du Cabinet ne font pas défignés. Le
Lord North , à ce qu'il paroît , n'en fera pas ;
on veut faire fon pere . Duc & lui Pair , fous
le nom de Comte de Guilford ; mais fon nouvel
ami , à ce qu'on prétend , de fire qu'il ne
quitte pas la Chambre - Baffe. En attendant ,
les farcafmes , les pamphlets , les gravures ont
été d'une infolence extrême . Dans ce pays on
fe permet tout , pourvu qu'on ne mette pas le
nom des perfonnages. A entendre les partis
oppofés crier , on diroit qu'ils vont s'égorger ,
mais tout fe paffe en injures ; & le cabaret , qui
échauffe les efprits des autres nations , fait ici
un effet contraire ; car , en buvant , ils redeviennent
amis. Dans le fait , ils font mieux de
faire couler le vin que le fang , furtout lorfque
c'eft du vin françois , qu'ils aiment mieux que
la nation .
Le Lord Sandwich , lorfqu'il vota dans la
Chambre haute pour le fameux Bill de M. Fox ,
compara la Compagnie des Indes à cette vicille
femme dont la poule lui donnoit tous les jours
un oeufd'or , & qui l'éventra pour s'enrichir tout
( 93 )
'd'un coup. La même avidité , ajouta - t - il , agite la
Compagnie ; pour groffir plus promptement fes
tréfors , elle emploie tous les moyens d'oppreffion ,
elle vexe , appauvrit , épuife les Indiens , les met
hors d'état de travailler , ruine fon Commerce &
celui de la Nation . Cette comparaifon piquante
n'a pas manqué d'être faifie ; mais on l'applique
aujourd'hui au Gouvernement qui eft la vieille ,
& la Compagnie la poule qu'elle égorge , dans
l'efpoir d'en tirer davantage ; & quelques perfonnes
trouvent que les deux Bills tendent également
, l'un directement , & l'autre indirectement
à ce but.
M. Fox , en propofant de nouveau fon bill
de l'Inde , dit qu'il avoit deux fondemens principaux
dont il ne pouvoit fe départir ; c'eft que
le fyftême du Gouvernement de l'Inde feroit
permanent & rendu tel par l'autorité du Parlement
; l'autre que ce Gouvernement feroit en
Angleterre. C'eft fur cette bafe qu'étoient appuyées
toutes les propofitions relatives à l'Inde ,
Mais les autres parties de fon plan étant fecondaires
, pourroient être modifiées & changées
comme la Chambre l'ordonneroit.
Un Arithméticien politique a tracé le tableau
fuivant de l'état actuel de la Hollande , qu'il a
fait , dit- on , paffer à M. Fox . Il y a 8,376,000
acres de terre ; 2,360,000 habitans ; le revenu
des terres eft annuellement de 1,780,000l . ft.
celui des maifons de 2,000,000 ; la balance du
commerce de 2,250,000 ; le montant de toutes
les propriétés perfonelles dans le pays eft évalué
à 76,000,000 ; le revenu public eft de
4,300,000 ; le dette nationnale de 97,500,00;
les dépenfes annuelles de 4,260,000 .
( 94 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX,
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre M. le Duc de Nivernois & Me. Maillot
, Avocat Fifcal du Bailliage & Duché - Pairie
de Nevers.-Juges Seigneuriaux pourvus à titre
onéreux peuvent- ils être deftitués arbitrairement &
Sans caufe ?
Me. Maillot a acquis , en 1758 , de la veuve &
héritiers de Me Jaubert , l'Office de Confeiller &
Avocat Fifcal au Bailliage & Duché- Pairie de
Nevers ; Me Jaubert l'avoit acheté en 1717 de
M.le Duc de Nevers , moyennant 8000 liv. avec
droit de furvivance , & de le vendre & réfigner
de fon vivant. Sur le vû du contrat d'acquifition
de cet Office , M. le Duc de Nevers donna des
provifions à Me. Maillot , pour en jouir aux mêmes
droits que Me. Jaubert , & fous la claufe
fpéciale inferée dans les provifions , tant qu'il
nous plaira. Me. Maillot a exercé cet Office
dont il s'agit pendant vingt ans ; le 19 Mai 1782 ,
M. le Duc de Nivernois lui a fait fignifier un brevet
de deftitution & révocation pure & fimple
qui porte qu'étant dans l'intention de faire rentrer
l'Office dont il eft pourvu en fes mains , il
revoque les proviſions à lui données en 1758 , &
tout pouvoir qui en réſulte , aux offres de le rembourfer.
Me. Maillot a déclaré qu'il s'oppofoit
au brevet de deftitution , & qu'il entendoit continuer
les fonctions , dont il penfoit qu'un Officier
de juftice ne pouvoit , felon les loix du
Royaume , être dépouillé fans caufe de prévarication
& forfaiture préalablement jugée . M. le
Duc de Nivernois l'a fait affigner en la Cour qui,
par Arrêt du 2 Juillet dernier , fans s'arrêter ni
avoir égard à l'oppofition de Me. Maillot , dont
il est débouté , a déclaré le brevet de révocation
& deftitution de fa perfonne de l'office de Confeil-
-
( 95 )
ler & Avocat Fifcal au Bailliage de Nevers , bon
& valable , en rembour fant par M. le Duc de Nivernois
, à Me. Maillot , felon fes offres , tout ce
que celui- ci juftifiera avoir payé pour l'acquifition
dudit office , fuivant fes quittances , & l'a
condamné aux dépens.
GRAND CHAMBRE.
Pour réunir dans la même pareiffe deux portions de
cures, eft - il néceffaire de remplir les formalités
prefcrites pour une union ?
Avant 1712 il y avoit deux portions de cures
dans la paroiffe de Courbepine ; en 1712 ces
deux portions ont été réunies en une. Le décret
porté à cet égard par l'Evêque de Lizieux , s'exprime
ainfi « Nous avons éteint & ſupprimé à
perpétuité le titre du bénéfice de la Jeconde
portion de ladite paroifle de Courbepine , unif
fons & incorporons les revenus ,
fruits , profits
& droits en dépendans à la premiere portion
dudit bénéfice- cure de Courbepine ». - A
cette époque un fieur Laborne fut nommé feul ,
& a joui pareillement des deux portions jufqu'à
la mort , arrivée en 1738. Alors le marquis
de Prie pere , feigneur & patron de Courbepine
, y nomma un fieur Barrey , qui reçut
de l'Evêque fon inftitution canonique , comme
d'un feul titre de bénéfice ; il en a joui paifiblement
jufqu'en 1773 , qu'il eft décédé . M.
l'Evêque de Lizieux croyant alors que le marquis
de Prie étoit négligent de préfenter , nomma
un fieur de Monthuet ; le marquis de Prie
nomma de fon côté un fieur Champrey , qui a
été pourvu & a joui comme fes prédéceffeurs
jufqu'en 1779. Dès 1777 la terre de Courbepine
& le patronage avoient été vendus au
feur Duclos- Lange par la baronné de Créquy ,
curatrice du marquis de Prie , fon frere ; par
( 96 )
le contrat elle s'étoit réfervé la prochaine no
mination. En 1779 elle nomma le fieur Loriente
Les fieur de Boisgruel & Touquet impetrerenes
du pape une des deux portions ; dans les provifions
du premier , on lit : Altera fecunda nuncu
pata de duabus , feu una ex pluribus portionibus
parochialis Ecclefiae fancti Martini de Courbepine .
Dans celle du fecond , on lit : Alia prima , feufecunda
nuncupata ex duabus portionibus parochialis
Ecclefie fancti Martini de Courbepine. Tous deux
ont appellé , comme d'abus , de l'union de 1712 .
Le fieur Lorient , troublé , a conclu à être main.
tenu en pleine poffeffion. La baronne de
Créquy & le fieur Ducloslange font intervenus ,
& ont donné adjonction aux conclufions du fieur.
Lorient, Arret du 24 Juillet 1783 , qui , évoquant
le principal , a dit qu'il n'y a abus dans
le décret de 1712 : ce failent , a maintenu le
fieur Lorient en pleine poffeffion du bénéfice de
Courbepine , & a condamné les fieurs de Bois
gruel & Fouquet en Pamende & aux dépens .
-
(1) Cer Ouvrage , dont M. Mars , Avocat au Parlement
de Paris eft l'Auteur , paroît tous les Jeudis , depuis huit
ans , fans interruption , Chaque Feuille offre toujours un
certain nombre d'articles ; 1º , une notice de Caufes civiles
& criminelles ; 2 , un Expofé de queftions fur
lefquelles on demande l'avis des Jurifconfultes ; 3 ° . les
réponses à ces mêmes queftions ; 4. des Differtations fur
des points de Droit , d'Ordonnance ou de Coutume.
5. Une indication de Mémoires & Plaidoyers imprimés.
6. L'annonce & l'objet des Livres de Droit , de Jurif
prudence & autres qui peuvent y avoir rapport. 70. Les
Arrêts du Confeil , ceux des Parlemens & autres Cours
Souveraines , Sentences de Police ; en un mot , tous ce
qui fait loi ou réglement dans le Royaume. 8. Enfin ,
un article de légiflation étrangere. La variété qui regne .
dans ce Journal utile & dont le fuccès eft confirmé , ne
permet pas de douter qu'il ne continue d'être reçu favorablement.
On foufcrit à Paris , chez l'Auteur , rue &
hotel Serpente. Prix de la Soufcription , 15 liv. par an.
243
}
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
DE
PETERSBOURG , le 9 Janvier
E Général Comte d'Anhalt , qui eft
Lentré au fervice de l'Impératrice , elt arrivé
depuis quelques jours dans cette capitale.
S, M. I. , outre une penfion confidérable
qu'elle lui a accordé , lui a fait préſent
d'une maiſon entierement meublée , & d'une
terre qu'on évalue à 160,000 roubles.
POLOG NE. t
DE VARSOVIE , le 16 Janvier.
On fe flatte que les négociations relatives
à l'affaire de Dantzick , auront plus de fuccès
ici , où elles doivent fe continuer
qu'elles n'en ont eu dans cette ville même.
Le Roi de Pruffe a levé le blocus ; & on efpere
que l'accommodement fera fait avant
No. 8 21 Février 1784
( 98 )
le retour de la belle faifon , & que les repréfailles
ne feront pas renouvellées.
En conféquence d'une réfolution priſe
par le Confeil permanent , les 4 Adjudans
généraux , attachés alternativement au fervice
du Roi , feront déformais Polonois de
naiffance ; & leurs appointemens feront de
Soo ducats.
500
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 27 Janvier.
Conformément aux ordres que l'Empereur
a envoyés ici d'Italie on fait depuis
quelques jours des diftributions de bois aux
pauvres , pour les foulager pendant ces froids
exceffifs . S. M. I. a destiné 200 cordes de
bois à cet acte de bienfaifance.
Le mauvais temps , & fur- tout le froid exceffif
& le mouvement très -irrégulier de l'atmofphere
nuifirent un peu à l'expérience de la machine
aéroftatique , faite le 17 de ce mois au
matin ; elle fut répétéé le même foir : mais il y
avoit moins de témoins. L'air étoit plus tranquille
; le ballon s'éleva à 250 - toifes. On a remarqué
que 2 jours après avoir été rempli d'air
inflammable , il n'avoit rien perdu de fa légereté
, ce qui prouve que la force du gaz peut fe
conferver quelque tems , lorfque l'on a pris tou
tes les précautions néceffaires pour empêcher
qu'il ne s'évapore.
Nous avons donné dans le tems quelques
-unes des difpofitions du Réglement de
( 99 )
;
l'Empereur , concernant l'amélioration &
l'augmentation des Cures , l'inftruction , l'emploi
du Clergé régulier & féculier , & d'autres
affaires de difcipline ; on fera fans doute
bien aife de trouver ici ce Réglement tout
entier. Il eſt du 24 Octobre de l'année derniere,
& conçu ainfi :
Du nombre infuffifant des Paroiffes à la Cam-
-pagne , & du trop grand éloignement de beaucoup
de Paroiffiens de leurs Curés , réfultent
le peu d'inftruction , de confolation & d'affiftance
chrétiennes qu'on y avoit reçu ; & ces
inconvéniens n'ont été que trop fentis de ceux
qui fe font trouvés dans cette pofition défagréable.
-Les quêtes nombreufes des moines
mendians , lefquelles s'étendent fur tous les objets
quelconques ; la maniere dont elles fe font
& leur fuite , font reconnues généralement onéreufes.
Le réglement d'étole exige plus ou
moins de payement pour le Baptême , par lequel
feal le Chrétien eft fan &tifié . Les Meffes fondées
& d'autres dévotions font fouvent trop accumulées
& abandonnées pour ainfi dire à l'obfcurité
& à la bonne foi , fans fçavoir fi l'intention
du fondateur & les devoirs qui résultent
de l'acceptation des fondations font remplis , &
comment ils le font. Prefque nulle part le
Clergé régulier n'a été employé à la charge
d'ames iminédiate , & rarement il a prêté fon
affiſtance dans les fonctions curiales : cependant
il attiroit le peuple dans fes Eglifes , & lui faifanc
négliger les dévotions effentielles de Parofffe
, il mettoit les Curés dans l'impoffibilité
d'apprendre à connoître leurs ouailles : en outre
- beaucoup d'hommes refpectables & fçavans qui
font dans les Ordres religieux étoient perdus
-
e 2
f
( 100 )
pour la charge d'ames . Jusqu'à préfent il
ne pouvoit régner aucune uniformité dans la méthode
d'enfeigner la Théologie , parce que d'un
côté prefque tous les Ordres religieux ont leurs
Tyfiêmes , & fuivent ceux de deurs fondateurs
& de l'autre , prefque chaque Evêque a introduit
dans fon Diocèle des principes particuliers ; c'eft
là la fources innombrables d'écoles & d'embar
ras connus . - Ceux qui ont le droit de Pa
tronage 'donnoient à volonté les Cures ou les Bé
méfices vacans , & l'Evêque étoit obligé d'agréer
be fujet préfenté , à moins qu'il ne fût abfolument
récufable felon les Canons. On ſçais parzour
quels fujets ont été placés de cette maniere ,
&11par quelles voyes ils étoient fouvent parvenus
à pofféder des Cures. Il eft done digne de
l'attention & des foins d'un Souverain , qui veil
lant foigneufement à l'intérêt commun de fes
Sujets , eft ferme & intrépide à faire exécuter
le biens dont il s'eft pénétré , de réformer ces
vices & ces défordres , & d'en tarir la fource,
Pour cet effet S. M. I. a jugé à propos de faire
Je Réglement fuivant : 1. Dans les diſtricts où
il y auroit trop peu de Curés , & où les Curés
ferbient trop éloignés de leurs Paroiffiens , il fera
établi , felon la proportion de la population ,
de nouveaux Curés ou des Chapelains locaux ,
ou bien les endroits trop diftans de leurs Paroitles
feront attribués à d'autres plus proches. Au moyen
de ce changement perfonne ne fera éloigné à l'avenir
de la Paroiſſe au - delà d'une lieue. 29. Dans
les endroits où il n'y auroit ni Eglifes ni Pref
byteres, ces bâtimens , fi les Seigneurs ne veulent
pas les faire faire , feront conftruits aux frais de
La Caife , de Religion , & dans ce cas l'Adminiftration
de cette Caiffe aura le droit de préfentation,
le concours de fujets fait au préalable ;
C
101 )
3
les nouvelles Eglifes & les anciennes Paroiffes
pauvres recevront gratuitementedes orneniens
des Couvents & Eglifes fapprimés . 3°. Hofera
établi dans la Baffe, Autriche 263 nouveaux Cus
rés , choifis de préférence parmi le Clergé régu
lieren ayant foinde ne prendre que ceux qui
auront été reconnus les plus capables dans l'exas
men épifcopal. 4 °. Les nouveaux Curés , Vi,
caires ou Chapelains des Eglifes & annexes dans
les endroits appartenans à des Couvents ou Cha
pitres Eccléfiaftiques , feront pris parmi les meme
bres des Chapitres ; mais dans les autres endroits
ils feront choifis parmi les fujers du Clergé fé
culier & du Clergé régulier , en obfervant tous
jours de donner la préférence aux plus capables
5. Les pollefleurs de Bénéfices fimples obtiene.
dront les droits curiaux , fi l'Evêque , dans l'exas
men , les y a jugés propres. Lorsqu'à l'avenit
un Bénéfice fimple vaquera , il deviendra Bé
néfice à charge d'ames . 6° . Les Evêques , Chas
pitres , Couvents , Curés & Bénéficiers , refleront
dans la jouiffance de ce qu'ils ont actuellement.
Les nouveaux Curés recevront de la Caiffe de
Religion le traitement ſuivant : fçavoir un Curé
600 florins , un Chapelain local 350 , & un
Coopérateur 250. 7º . Les nouveaux Curés établis
dans les endroits appartenants à des Chapitres ou
Couvents en recevront l'entretien dans la pro
portion des fufdires fommes . 80, Les nouveaux
Cures & Chapelains établis dans des endroits qui
ont été annexes d'autres Cures , en feront in
dépendans ; mais pour que ceux- ci ne fouffrent
aucune diminution dans leurs revenus , ils leur
remettront les droits d'étole. 9. En général les
anciens Curés continueront à jouir de la totalité
du revenu de leurs Bénéfices ; ils ne perdront
que le traitement additionnel que lès Commu-
(5-duiring we rist 32
67
( 102 )
nautés qui auront de nouveaux Curés , leur
avoient donné pour la célébration du fervice di- ,
vin , faite tous les huit ou quinze jours , parce
qu'ils cefferont auffi de vaquer à cette fonction .
10°. Les Eglifes & Chapelles particulieres dans
les endroits qui ont une Paroille ou une Eglife
annexe ne ferviront plus à l'ufage public ; cependant
il fera permis aux Poffeffeurs de Terres
& à d'autres de faire dire la Meffe dans la chapelle
de leurs maiſons où dans ces Eglifes , s'ils
en ont obtenu l'agrément de l'ordinaire . 11 °. Ceux
des Couvens qui feront jugés néceffaires pour
la defferte de leurs propres Cures , ou pour ai
der dans les fonctions curiales , feront confervés ;
pour cet objet il fera fixé un nombre fuffifant de
Prêtres , auxquels on ajoutera encore autant
de furnuméraires qu'il fera jugé à propos pour
le bien de la chofe. Les autres Convents , dong
on pourra le pafler pour la charge d'ames s'é
teindront fucceffivement , & dans cette vue ils
feront incorporés à ceux qui exiftent encore des
leur Ordre. Mais les nouveaux Curés, & Chape
lains , tirés des Couvents , ne devant pas etre
compris dans le nombre déterminé de Religieux
qui y resteront , il fera permis à ces Couvens de
remplacer les Religieux , du nombre déterminé ,
qui viendront à mourir. Les vieux Religieux ,
émérites , ne feront pas non plus compris dans
ledit nombre déterminé ; cependant ils referont
& feront entretenus leur vie durant dans les
Couvents de leur Ordre. 12°. Comme pluseurs ,
individus , membres des Chapitres , feront em
ployés comme Curés , & que par ce moyen ik
Le trouvera du vuide dans les Chapitres , tous les
individus des Chapitres , ainsi que tous les Ec
cléfiaftiques infirmes & émérites , ayant eu charge
d'ames , feront placés à l'avenir dans les grands
1
·( 'roz )
bâtimens de ces Chapitres. Ces émérites , con
fervant leurs penfions , les Chapitres ne leur
fourniront que le logement , qu'ils leur donneront
gratuitement. 13. Le nombre des Cu
rés étant augmenté , il fera auffi établi , dans la
proportion de cette augmentation , plufieurs
Doyennés , afin de procurer aux Curés qui fe
diftingueront dans l'exercice de leurs fonctions,
l'occafion de trouver un avancement rémunératoire.
En outre , il eft ordonné , dès à préſent
que quoique chacun , & par conféquent aufli
des Corps entiers , doivent refter à l'avenir dans
l'exercice du droit de nommer à des Canonicats
, ils ne pourront cependant y nommer d'autres
fujets , de quelqu'état qu'ils puiffent être , que
ceux qui auront été employés dans les fonctions
de la charge d'ames pendant dix ans , & qui s'y
feront diftingués particuliérement . 14° . S. M. I. ,
pour l'intérêt général de fes fujets , & celui des
Ordres Mendians , a fupprimé , à compter du
1 Novembre de cette année , les quêtes de tous
les Couvents mendians , quelqu'en puiſſe être
F'efpece ou la dénomination , à l'exception cependant
des quêtes des Freres de Charité , lef
quels étant dotés de fonds fuffifans pour leur
entretien , n'en font que pour être à portée de
foigner un plus grand nombre de pauvres ma
lades ; & Elle a ordonné que les Moines qui
avoient tiré leur fubfiftance des quêtés , recevront
, dans la proportion de l'état de leurs
Couvents , leur entretien annuel de la Caiſſe
de Religion. Par conséquent , quiconque quêtera
dans la Ville ou à la Campagne , à l'exception
des Freres de Charité , fera réputé pour un impofteur
, dénoncé , arrêté & puni comme tel.
15. A compter du 1 Novembre , la taxe du
Réglement d'Etole fur le faint Baptême ceffera
€ 4
( 104 )
entiérement , & perfonne ne payera plus rien
ni pour le Baptême ; ni pour la rédaction de
l'acte de Baptême qui en eft une fuite . Les Curés
feront indemnifés par la Caiffe de Religion
de ce qu'ils prouveront perdre par cet arrange
ment. 16. Pour affurer à perpétuité, toutes
les Meffes & dévotions fondées , elles feront dif
tribuées parmi un nombre déterminé de Prêtres ,
& cela de maniere que chacun puiffe s'acquitter
du devoi dont il s'eft chargé , & pour que le
public ait une connoiffance certaine des dévotions
fondées , le Bureau des fondations indiquera
à chaque fondateur & à fes héritiers le nom &
la demeure du Prêtre chargé d'accomplir les
dévotions de leur fondation . On leur fera auffi
part des changemens qui pourront arriver dans
cette partie. 17º. Pour remédier à l'inconvénient
d'une inftruction non uniforme dans les principes
de Religion , il fera établi des Séminaires généraux
pour les jeunes gens qui fe voueront à l'Esat
Ecclefiaftique . On choifira pour ces pépinieres
Clergé des livres Dogmatiques uniformes ,
& les meilleurs Profeffeurs que l'on pourra trouver
; les éleves y feront formés à une conduite
honnête & décente , & ils syy feront inftruits pendant
fix ans dans les bons principes de la doctrine
& dans la pratique de l'amour du prochain
. Sans cette inftruction dans ces Séminaires ,
& fans un examen préalable de l'Evêque , il fera
impoffible à qui que ce foit de parvenir aux
Ordres Sacrés & aux emplois de Curés . Chacun
des jeunes gens qui fe deftinent à l'Etat Eccléfiaftique
fera inftruit dans une maifon particuliere
confacrée à cet ufage dans les études philofophiques
& dans toutes les connoiffances néceffaires
à fon futur état ; & lorfqu'après cela
il aura reçu l'inftruction complette des devoirs
1
ios )
de fon état , foit dans le Couvent qu'il aura
choifi à fon entrée au Séminaire général , foit
dans le Séminaire particulier de l'Evêque , il
pourra être nommé aux Bénéfices à charge
dames. 18. Enfin , pour être certain que les
fujets les plus capables feront toujours nommés
aux Cures & aux Bénéfices , & pour éviter en
même-temps qu'il ne foit porté aucune atteinte
aux prérogatives de ceux qui ont le droit de
patronage , il fera ouvert , par l'Evêque , un
concours à la vacance d'une Cure ou d'une
Chapelle
& le Patron ne pourra choifir
pour nommer au Bénéfice vacant que parmi
ceux de la premiere clafle qui auront donné des
preuves diftinguées de leur capacité à remplir
les fonctions curiales.
す
DE HAMBOURG , le 27 Janvier. 5
i
Les grands différends entre la Ruffie & la
Porte font enfin arrangés ; une lettre de M.
de Bulgakow , en date du 9 de ce mois ,
donne ainfi cette grande nouvelle .
J'ai la fatisfaction de vous informer que
l'affaire de la Crimée qui a tant intéreflé toute
l'Europe , vient d'être finie felon les defirs de
notre augufte Cour. Hier j'ai conclu , figné &
échangé avec les plénipotentiaires de la Porte
Ottomane , un acte par lequel elle renouvelle
tous les traités & conventions précédents avec
l'Empire de Ruffie , excepté les articles y contenus
, qui regardent la Crimée & les Tartares
en général , & qui font par ce nouvel acte
annullés à jamais . Je n'ai pas voulu perdre un
infant Pou pour yous communiquer
cette agréable
& importante
nouvelle
du rétablitement
de la
es
( 106 )
paix entre les deux Empires , affaire dont on,
a tant douté , & fur laquelle fur tout les par
piers publics débitoient tant d'abfurdités »,
Le 24 du mois dernier , on ne s'attendoit
pas encore à cette heureufe iffue des négo-"
ciations. Une lettre de Conftantinople , qui
porte cette date , offre ainfi les détails des
difficultés qu'elles éprouvoient , & des opinions
qui partageoient le Divan .
Tous les chefs tant civils que militaires du
gouvernement avoient été convoqués le 12 fous
le prétexte d'affifter à la cérémonie de la bénédiction
des Cafernes pour les marins que le Capitan
Bacha a fait bâtir dans l'Arfenal ; mais en effet
pour conférer de nouveau férieufement fur l'acte de
reconnoiffance , exigé par la Ruffie , relativement
à l'état actuel des Tartares. Le grand Vifir
qui , comme le Sultan , penchoit pour la paix ,
éprouva une oppofition fi vive qu'il lui fut impoffible
de faire paffer aucune réfolution pacifique
. Molla Bey , ci -devant Mufti , déclara qu'il
fe laifferoit tailler en pieces plutôt que de confentir
à l'acte dicté par la Ruffie , qu'il regardoit
comme dérogatoire à la dignité de l'Empire
, contraire à la religion & à la fureté préfente
& future de l'état . Le chef des Janniffai
res fut du même avis , & dit que les troupes
qu'il commandoit étoient prêtes à verser tout
leur fang , mais qu'elles demandoient que le
Grand- Seigneur lui -même fe mît à leur tête.
C'eft ainfi que fe paffa cette conférence .
Le Miniftre Ruffe , impatient de recevoir une
réponſe , la demanda le 15 au Reis Effendi &
lui fignifia qu'il ne pourroit l'attendre que 5.
Qu 6 jours. Le grand Vifir convoqua une nouvelle
affemblée le 19 ; elle fut plus nombreuſe que
( 107 ) .
2:
la précédente , mais Molla Bey ne s'y trouva
point , foit qu'il n'y eût pas été invité , foit qu'il
fe trouvat indifpofé . Le grand Vifir eſſaya d'infpirer
des difpofitions pacifiques , en repréſentant
les dangers de la guerre , & l'état de l'Empire.
«Voulez-vous des foldats , de l'argent & des mu
nitions , dit- il ? je puis vous en fournir ; mais
dés foldats , des guerriers , il m'eft impoffible
de vous en procurer , & c'eſt à vous qu'il faut
s'en prendre. Je vous ai propofé des mesures :
tendantes à établir la difcipline parmi les troupes ,
à réformer de grands abus dans le corps de
Janiffaires ; vous n'avez pas voulu y coopérer
en pretendant que des changemens cauferoient
des révoltes . Vous en voyez maintenant les
fuites ; vous voyez les troupes abandonner leurs
Pachas ; & comment pouvez- vous vous réfoudre
à combattre des armées bien difciplinées ?
Ces raifons furent fenties on convint qu'il
falloit céder , & le grand vifir , à la fagefle duquel
on s'en rapporta, fit venir le premier Dragoman
de l'Ambaffadeur de France , & lui ex-.
pola que la Porte pourroit confentir à la ceffions
de la Crimée & même du Cuban , pourvu que la
Ruffie rénonçât à l'ifle de Taman, ifle fituée au Sud
de la Crimée dans la mer Noire , à quelques .
lieues de cette prefqu'ifle , & qui pourroit fervir
de barriere aux Turcs, contre les entreprifes des
Ruffes ; il defira que l'Ambaffadeur de Francevoulût
bien faire cette propofition au ministre
de Ruffie. La réponse de ce dernier fut que
les prétentions, de fa fouveraine, ne pouvoient
fouffrir aucune restriction ; l'embarras du Vific
a été très - grand ; il a augmenté le 22 par un
mémoire de la part d'une Cour alliée de la
Ruffie , pour appuyer en faveur de cette derniereune
réponse fatisfaifante . Il y aura fans douee.
6
( 108 )
une nouvelle convocation des ordres de l'état
& il paroit qu'on finira par céder, Il femble
cependant bien certain que fi la Porte avoit
uniquement affaire avec la Ruffie , la guerre
feroit indubitable ; car quoique les Musulmans
fe fouviennent fort bien d'avoir été battus par
les Ruffes dans la précédente guerre , ils fe fou
viennent auffi des les avoir battus quelquefois
dans les commencemens ; leur courage n'eft
point abattu , & ils fe flattent qu'ils feroient
mieux aujourd'hui ; mais les circonftances pa
roiffent néceffiter de la modération & de lacondefen
fendance de la part de la Porte. % ish nu 2755
Quelles que foient les confidérations quin
ont influé fur les confeils de la Porte , tab
tranquillité générale ne fera pas interrompue
, & la Ruffie eft dédommagée par fes
nouvelles acquifitions , des dépenfes qu'elle
a faites ; les foins intérieurs vont maintenant
occuper feuls l'attention du Gouvernement
qui malgré une guerre prête à éclater, n'ent
a négligé aucun. Nous avons déja rapporté
fucceffivement quelques détails qui y font
relatifs on fera fans doute bien- aife d'en'
trouver quelques autres. Un Journal Allemand
en publia il y a un an fur les mines de
ce vafte empire ; il les annonçoit comme tirés
d'un Manufcrit authentique : ils ont
paffé delà dans divers Journaux étrangers ;
en les reprenant dans la fource où ils ont été
puifés , nous y joindrons quelques détails
plus étendus , & d'autres qu'ils ont omis.
La plus ancienne & la moins avantageufe des
mines d'or de l'Empire Ruffe , eft celle de
geeft "
ว
扒
( fog )
2
บ
2020
Wrezkoe Rudnick fituée au nord de Peter
bourg , entre la mer Blanche & le lac d'Onega
, exploitée fans interruption depuis 1744 jufqu'en
1768 qu'elle fut abandonnée 3744 Ju
qu'elle n'avoit rendu dans cet espace de temps
que 120 marcs d'or & environ 10,000 pud, ( 1 )
de cuivre , & que les frais d'exploitation étoient
montés à 80,000 roubles. Quelques années
après les travaux en furent repris , & fon produit
en or & en cuivre couvre aujourd'hui les
frais. On peut évaluer l'or qu'on en tire à 12
marcs. Les mines d'or de Catharinebourg font
dans un état plus floriffant ; elles rendent annuellement
jufqu'à 240 & 260 livres de poudre
d'or . Le nombre d'ouvriers qu'elles occupent
monte à plus de 1,200 . Les mines les plus importantes
cet Empire font celles de Koli }
van en e , entre les rivieres d'Irtiſch &
d'Obi . Leur exploitation a commencé en 1728.
On n'en retira d'abord que du cuivre i
ayant trouvé en 1748 qu'elles renfermoient au
de l'or & de l'argent , le Gouvernement les fit
exploiter pour fon compte , & depuis cette épo
a
leur produit eft verfé dans le tréfor Impérial .
Elles ont rendu annuellement , depuis 1740 jufl »
qu'en 1762 , 200 , & quelquefois 400 puds
d'argent ; & depuis 1763 jufqu'en 1769 400
& 800 puds ; aujourd'hui on peut porter leur
produit jufqu'à 1,200 . L'argent de ces mines eft
Put cent livres de ce minéral conti
plus
de trois livres d'or ; le départ s'en fait à Peterf
bourg. Leur produit depuis 1749 juſqu'en 1
1771 s'est monté à 10,000 puds d'argent , dont
on a extrait environ 318 puds d'or, Lamine q
de Schlangenberg eft la plus riche ; elle rend an-
( 1) Le pud eft de 40 liv.; la livre , à rajfon, de 13 toneestadt
& un quart.
( 110 )
muellement près d'un million de puds de toutes
fortes de minérai , & promet une pareille moif
fon encore pour 20 ou 30 années . Ces miness
& les ouvrages qui en dépendent occupent à
peu près 4,000 ouvriers , & environ 40,000
payfans employés à la coupe du bois , dans les
charbonnieres & au charroi. Les travaux des
pay fans font payés , & ce qu'ils gagnent est dé-i
duit fur leur capitation. La caiffe d'adminiftration
des mines fait tous les paiemens qui ont
rapport à leur exploitation en monnoie de cui -s
vre de Siberie , qui eft frappée à Nifchnei - Sufan.
Cette monnoie , qui contient encore un peu
d'or & d'argent , n'a pas cours en deçà de To -¹
bolsk ; on en fait à peu près par an pour 300,000
roubles. Les frais étant ainfi payés en cuivre ,
tout le produit en or & en argent eft un
fice net pour le Gouvernement , qui gagne encore
quelque chofe fur le monnoyage du cuivre,
béné
Les mines de plomb & d'argent de Nortf
chinsk font auffi exploitées pour le compte du
Gouvernement . Leur produit eft confidérable ,
& les filons de minerai paroiffent être inépui
fables . En 1771 on fit un bénéfice de 418 puds
d'argent épuré , & en 1772 de 405 puds ; ce bé
néfice annuel s'eft foutenu jufqu'à préfent . Le
produit total en argent de ces mines a été en
1772 de 5,650 puds 33 livres & 21 folotniks ;
chaque millier de livres d'argent contenoit 12
& dem. livres d'or. Le plomb de ces mines
eft envoyé aux fonderies de Kolivar où l'on marque
de ce minerai. Le nombre des Mineurs li
bres eft de 1,900 , qui font enrôlés comme les
recrues ; on y emploie en outre 1,000 ou 1,800
captifs , & près de 11,000 payfans. - La plupart
des mines de cuivre & de fer appartiennent à
des particuliers ; la Couronne ne s'en eft réfervé
---
( III )
qu'un petit nombre. Les fonderies impériales
font les fuivantes : celle d'Olonez , qui fournit annuellement
près de 10,000 puds de fer pour des
canons , bombes & boulets , & 15,000 puds en
barres ; ce fer eft de qualité médiocre : celle de
Kamierskoy , près de Catarinembourg , qui fournit
annuellement 93,000 puds de fer de fonte ,
& plus de 8,000 puds de fer ouvré ; cette fon
derie eft renommée pour la fonte du canon :
celle de Pyfchmenskoi , qui fournit annuellement
environ 17,000 puds de fer , les fonderies au
fud de Mofcou font très - confidérables : celles
des Montagnes d'Ural font les plus importantes ,
& occupent plus de 1,700 ouvriers & près de
43,000 payfans ; le fer en eft excellent ; la plus
grande partie eft employée pour la marine &
pour les armées de terre. Sept fonderies & forges
fourniffent par an 400,000 puds de fer , &
dans chaque fonderie on gagne encore par an
environ cent puds de cuivre. Les fonderies de
ce dernier métal , dans ces montagnes , en donnent
année commune environ 1,400 puds .
Le College Supérieur des mines pour tous les
établiffemens de ce genre & dépendances , fonderies
, forges , &c. dans les montagnes d'Ural,
eft à Catharinenbourg où l'on monnoie par an
en cuivre pour deux millions de roubles ; un
pud de cuivre donne 16 roubles , & coûte à
Ja Couronne cinq roubles & 69 & dem. kopeiks .
Les mines des particuliers dans ces mêmes mor
tagnes font au nombre de 105 , dont il y en a
56 de fer , & 37 de cuivre dans les autres on
retire du fer & du cuivre. Elles emploient 54,000 ,
ouvriers , & 41,000 payfans. Leur produit monta
en 1772 à 130,169 puds de cuivre, & à 4,558,118
puds de fer , fur lequel on perd en le travaillant
un peu moins que le tiers. Les propriétaires
:
112 )
des mines , fonderies & forges paient à la Couronne
4 kopeiks par pud de fer en fortant des
fonderies & forges , 5 kopeiks par pud de fer
Quvré en l'exportant
& la dixieme partie du
produit du cuivre. Les propriétaires étoient auparavant
obligés de céder à la Couronne les trois
quarts de leur cuivre à raifon d'un deini rouble
pat pud , mais actuellement il leur eft permis de
difpofer à leur gré de la moitié du produit del
ces dernieres mines . En 1780 les Anglois
ont exporté une prodigieufe quantité de cuivre ;
ils payoient à Petersbourg le pud à raifon de 10
roubles, On fait que dans le mois de Juillet
de 1782 l'Imperatrice a donné une Ukafe , par
laquelle elle a permis à tous les propriétaires
de fouiller dans leurs terres & poffeffions , & d'en
retirer tous les minerais fans exceptionem
payant une rétribution modique ) au Trésor.
Cette permiffion engagera sûrement à des fouilles
confidérables , & augmentera la population de la
Siberie , mais peut - être au détriment des Provinces
méridionales de Ruffie .
Dans ce moment , où il eft queftion de
l'élection prochaine d'un Roi des Romains ,
on écrit de Ratisbonne , qu'il y a paru une
Brochure , fous ce titre : De defignatione Im
peratoris in Regem Romanorum. Elle n'eft
que de 2 feuilles d'impreffion , dans lefquelles
l'Auteur dit qu'en effet l'Empereur a le droit
de propofer aux Etats de l'Empire , pour
Roi des Romains , un fujet qu'il en juge
digne , mais qu'il dépend auffi des électeurs
de l'élire , ou d'en choisir un autre.
E
Mbroɔ ɔɔrger weo ob 22 neq ub biva od
( 113 )
0
ITALI E.
10 DE NAPLES , le 8 Janvier, 晶
S. M. I. continue de vifiter tout ce quel
cette ville & les environs offrent à fa curio
fite, Son départ eft prochain ; il compte être
à Rome le is , ou le 21 de ce mois .
Le Roi vient de faire publier un Edit, par
lequel il eft enjoint aux Evêques de fes,
Royaumes , de veiller à ce que les Réguliers
des Ordres mendians de S. François obfer
vent la difcipline la plus exacte.
S. M. a fait publier le Bref du Pape , qui
permet à tous les Officiers & foldats de fes
armées de terre & de mer , & à toutes les
perfonnes qui y font attachées , de faire gras
pendant le Carême ; & tous les vendredis ,
famedis & veilles de fêtes de cette année ; il
n'y a que quelques jours exceptés.
Le Vaiffeau Amiral Ruffe & celui du Capi
taine Moloski , qui font venus de Livourne dans
ce port pour y être cárénés , écrit- on de Portoferajo
, ont été mis dans les baffins le 13 Dé
cembre ; les travaux fe font avec tant de conftance
& de célérité , que vers le milieu du
mois de Janvier ils feront en état de retourner
à Livourne , d'où l'on attend les trois autres
Vaiffeaux de cette nation qui ont befoin d'une
pareille réparation. Ils doivent tous être prêts
à mettre en mer , s'il eft néceffaire , au commen
cement du mois d'Avril prochain .
ESPAGNE.
DE MADRID le 18 Janvier.
Le traité de paix & de commerce conclu
( 114 )
avec la Porte , vient feulement d'être publié;
quoiqu'il ait été figné à Conftantinople le
14 Septembre 1782 , ratifié par le Roi le 24
Décembre de la même année , & par le
Grand - Seigneur , le 24 Avril fuivant.
Il contient 21 articles . Il fixe à trois pour
cent les droits de Douane que payeront les
marchandifes que les Espagnols débarqueront
dans les ports Ottomans , & quant aux autres
ils ne feront pas au - deffus de ce qué payent les
nations amies. On pourra y établir des Confuls
Efpagnols , qui jouiront des mêmes privi
leges que ceux des autres puiffances amies ; les
fujets du Roi feront protégés dans leurs pellerinages
à Jérufalem. Les biens de ceux qui mourront
dans les états de la domination Ottomane
ne feront point fujets au fifc. La Porte
pourra entretenir pour veiller à la fureté de fes
fujets & de fes marchands en Efpagne , un Shege
bender qui réfidera à Alicante. Les Pilotes cor
tiers porteront refpectivement des fecours aux
Navires qui feront en danger fur les côtes des
Etats réciproques. Les autres articles contien
nent des difpofitions telatives aux détails de la
protection des fujets de part & d'autre , aux
abus qui pourroient avoir lieu fous prétexte
de religion ; on n'exigera point des Eſpagnols
le Jarach , tribut annuel que payent tous les
fujets de La Porte qui ne font point Maho
métans , & un Espagnol qui apoftafiera ne
fera point pour cela difpenté de payer fes dettes & c.
ANGLETERRE
DE LONDRES , le 10 Février.
Avant fon départ de New-Yorck , le Gé(
115 )
néral Carleton , conformément aux ordres
qu'il avoit reçus , a réduit les 17 , 33 , 37 ,
42 & 52 Régimens à 471 hommes chacun,
les Officiers compris , & les a fait embarquer
pour la Nouvelle - Ecoffe , où ils resteront
jufqu'à nouvel ordre. Treize Régimens d'infanterie
, & le 17. de Dragons reviennent
en Europe , où ce dernier & les 73 , 74 , 76,
78 & 82. feront réformés à leur arrivée.
Tous les corps de Dragons feront réduits à
400 hommes.
Toutes nos autres Nouvelles de l'Améri
que Septentrionale fe réduifent à quelques
papiers du mois de Décembre .
» Le Général Washington , lit - on dans un də
New-Yorck, ayant eu la fatisfaction inexprimable
& fi bien fentie par les vrais patriotes , de con
duire heureusement à fin la plus grande & la plus
difficile entrepriſe , d'être l'inftrument dont la
Providence s'eft fervi ponr procurer la paix à ce
pays , eft venu jouir de celle de voir cette ville
évacuée par nos ennemis & couverte à les anciens
habitans . Après un court féjour , il eſt
parti le 4 de ce mois , pour fe retirer dans fes
terres en Virginie. Les voeux d'un peuple recon
noiffant l'y fuivront chaque jour , fes prieres les
plus ferventes s'adrefferont au ciel pour lui demander
qu'il le faffe jouir de cette paix que
nous avons obtenue par lui. Il fut accompagné
à fon bateau par le Gouverneur , les Officiers
généraux & autres , ainfi que par une foule innombrable
de peuple , qui faifoit retentis l'air
de fes acclamations & de fes voeux »,
Selon des lettres d'Antigoa , les Caraïbes
de S. Vincent ayant été joints par un corps
( 116 )
de Sauvages des ifles voifines , firent le 17
Novembre dernier une incurfion fur les
plantations Européennes , dont ils détruifirent
quelques- unes au Nord ; mais la Milice
s'étant raffemblée auffi - tôt , mit un frein à
ces ravages , & les força de fe fauver dans
leurs bois.
C'eft à - peu - près à cela que fe réduifent les
Nouvelles du nouveau Monde; celles qui font
arrivées d'Afie, par le dernier Paquebot , ne
font pas publiées nos papiers donnent feu
lement l'extrait fuivant d'une lettre qu'ils dis
fent authentique , & écrite de Madras.
3 " Typpo- Saib eft bien différent de ce qu'on
nous l'avoit peint. Loin d'être porté à la paix ,
il a manifefté toutes les difpofitions d'un homme
inquiet & amb tieux ; il eft particulierement guidé
par des Européens , & il a dans fon armée quatre
bataillons compotés d'Hollandois , de Portugais
& de François. Ces derniers , à la nouvelle de
la paix , fe font réfugiés auprès du chef des
Marates ; fon armée eſt bien diſciplinée , & plus
formidable que n'étoit celle de fon pere Hyder-
Aly. Le Général Stuart a fait dans ce pays
une fortune énorme , & notre brave amiral rem→
porte en Europe un bien de près de 400,000 liv .
fterl.os.
Les Nouvelles intérieures , dans ce moment
de crife, font les feules qui piquent la
curiofité ; les mouvemens que nous voyons
autour de nous , abforbent toute l'attention ,
& ne lui permettent pas de fe porter beaucoup
fur ce fur ce qui fe paffe au- dehors. La divifion
regne toujours entre le Miniftere & la
estuaf de esb tipe cinsi nevet duozait snodiluvi
68173
Chambre des Communes , & le fchifme eft
ment Ouverg
déclaré entre
Chambre hauté & la baffe . Les débats par
lementaires feront mieux connoître que tout
ce que nous pourrions dire ici , hiftorique
de ce grand démêlé , dont on ignore encore
quelle fera l'iffue.
a
Les réfolutions prifes le 2 dans la Chambre
communes préparoient à celles qu'on s'attendoit
à voir paffer le lendemain. M. Coke ,
qui prit la parole , déplora l'état de la nation qui
n'avoit point de gouvernement , puifque l'admi
niftration actuelle n'avoit pas fanconfiance il
infifta fur la néceffité de remédier à ce défordre ;
le moyen le plus naturel , le plus légitimé & le
plus refpectueux , feroit fans doute , dit- il une
humble adreffe au Roi pour le fupplier de rep
voyer les Miniftres ; mais il ne crut pas devor
dans ce moment propofer cette melure ; il fel
borna à demander qu'on lui fit préfenter les der
nieres réfolutions de la Chambre. Cette inftance!
fut appuyée par M. Wellbore- Ellis ; elle fut con
damnée par le Lord Nugent , qui prit cependant
Dieu à témoin qu'il defiroit ardemment une réu
nion , qu'il la jugeoit néceffaire , qu'il importoit a
la nation qu'on format un Miniftere dont M. Fox
feroit partie. Les débats furent très - longs ; quel
ques Membres effayerent de les animer par des farcalmes.
Le parti oppofé à M. Pitt remarqua àr
l'occafion des éloges qu'on lui donnoit , que
depuis
le temps qu'il étoit en place , il avoit créé
plufieurs Pairs , tandis que M. Fox , pendant un
Miniftere beaucoup plus long , n'avoit pas eu "
l'adreffe d'en faire un feul . On ne manqua pas
de récriminer contte la coalition . Le Gouverneur i
Jonfthone l'accufa d'avoir feule mis des obftacles
( 118 )
à la réunion dont s'occupoit l'affociation formée
pour cet effet. Il s'attacha à montrer l'injuſtice
de la condition qu'elle exigeoit préliminairement ,
& le danger de fon exécution. It juſtifia M. Pict
du refus qu'il faifoit de donner fa démiffion , &
il cita à cette occafion la fable du renard & du
coq ; le premier en annonçant au fecond un traité
de paix prefque convenu entre les deux efpeces ,
le preffoit de defcendre du haut de l'arbre fur
lequel il étoit perché , pour conférer plus commodément
fur les articles de ce traité , & le coq
eut la prudence de refter à fa place , & de ne pas
Te fier à fon ennemi . Parmi les Membres qui fe
diftinguerent en mettant des raisonnemens à la
place des injures , on nomme M. Banks ; il ne
jugeoit pas , comme tant d'autres , qu'une adreffe
au Roi fût inconftitutionnelle ; rien , dit - il , ne.
Teroit plus légal ; mais en lui demandant le renvoi
de fes Miniftres , il faudroit fonder cette demande
fur des motifs , des délits , citer des malverfations.
Le Lord Fielding appuya cette obfervation
de l'exemple de l'adreffe préfentée à
Charles II contre le Marquis d'Hallifax , pour
le prier de l'éloigner de fes Confeils. On fit en
1741 la motion d'une femblable adreffe contre
Sir Robert Walpole ; mais elle fut rejettée ,
parce qu'on ne produifit aucune charge . Après
de longs débats , la Chambre fe partagea , & la
motion paffa à la pluralité de 212 voix contre
187 , ce qui donna à la coalition une majorité
de 25 ; elle en avoit eu 19 la veille .
Les Pairs qui n'attendoient que les dernieres
réfolutions de la Chambre des Communes pour
s'occuper de celles qu'on avoit annoncées , & qui
n'avoient été fufpendues que par l'espoir d'une
conciliation , s'affemblerent le 4 , conformément
à la motion du Lord Effingham, Ce qui s'étoit
( 119 )
paffé la veille dans la Chambre , fut le premier
objet dont les entretint ce Lord. Il repréfenta
la conftitution en danger par les atteintes que lui
portoit une des branches de la légiflation ; la
prérogative de la Couronne étoit attaquée dans
un de fes privileges effentiels , celui de nommer
des Miniftres ; il s'élevoit un nouveau pouvoir
étranger jufqu'à ce jour. Pour procéder avec ordre
, il fit lire le 26° , article de l'acte de la 21º
année du regne de S. M. qui donne aux Lords
de la Trésorerie le pouvoir d'autorifer les Directeurs
de la Compagnie des Indes à accepter
pour plus de 300,000 liv. fterl. de lettres de
change. Il fit fuivre cette lecture de la réfolution
de la Chambre des Communes du 24 Décembre
dernier qui annulle ce pouvoir lorfque
les Directeurs n'ont pas entre les mains un fond
fuffifant pour couvrir l'excédent de cette fomme.
Après cela il demanda qu'on lût encore une réfolution
de la Chambre haute , prife en 1704 ,
portant qu'une des deux branches de la légiflation
s'arrogeant le droit de fufpendre ou de défendre
l'exécution d'une loi pafe par la réunion
des trois pouvoirs , étoit contraire à la conftitution.
Toutes ces lectures furent terminées par
celle de la réfolution des Communes contre les
Miniftres ; après quoi le Lord Effingham propofa
un arrêté conforme à celui des Pairs en
-1704 , & un fecond portant que felon les principes
de l'excellente conftitution angloife , le
privilege inconteftable de nommer des Miniftres
appartenoit à la Couronne , & que la Chambre
a les plus juftes motifs de mettre toute fa confiance
dans l'exercice de cette prérogative. Des
deux arrêtés , le premier occafionna des débats
dans lefquels on vit le Duc de Richemond foutenir
& défendre la prérogative qu'il avoit fi fou(
120 )
vent attaquée ; & le Lord Stormond , le Lord
Mansfield lui- même , qu'on a long- tems foup .
çonné d'être un des Confeillers fecrets cachés
derriere le trône , s'attacherent à en montrer l'abus
. Cependant cet arrêté pafla à la pluralité
de 100 voix contre 53 ; le fecond n'éprouva aucune
difficulté , ni la motion de l'adreffe fuivante.
» Nous applaudiffons à la fageffe de notre
heureuſe conftitution qui a mis entre les mains
de V. M. le droit inconteftable de nommer à
tous les grands emplois de l'Adminiſtration . La
bonté particuliere & la prudence connues de
V. M. ne nous permettent pas de douter qu'elle
n'appelle & ne conferve toujours à fon fervice
les hommes qui méritent le plus la confiance
du Parlement & de la Nation , Pleines de cette
confiance nous fupplions V. M. d'agréer les
affurances de notre zele à la foutenir en toute
occafion dans l'exercice de ces prérogatives que
la fageffe de la loi lui a confiées pour la fureté
de nos vies & de nos propriétés , & dont
l'ufage conftant peut feul affurer à votre peuple
le bonheur qu'il a droit d'attendre de la
meilleure des formes du Gouvernement ».
Cette adreffe donne peut- être au Roi un
prétexte plaufible de diffoudre le Parlement
actuel , fi cet acte d'autorité devient néceffaire
mais elle augmente la divifion , & la
fuite des débats va prouver à quel excès elle
eſt montée.
Pendant que la Chambre Haute manifeftoit
ainfi le 4 des difpofitions fi oppofées à celles.
de l'autre branche de la Légiflation , & combattoit
les réfolurions par de contraires auffi vigoureufes
, le Lord Hinchimbroke , accompagné
((+121 ) )
>
gné de quelques autres membres du Confeil
Privé , chargé de préfenter au Roi celles des
Communes , s'acquita de cette tâche le 4. Le
lendemain. 5 ce Lord fit le rrapport de la réponfer
de S. M.; elle étoit courte & ne portoit
pas autre chofe finon qu'elle les prendroit en
confidération. Il étoit naturel de s'attendre à
quelques difcuffions fur une réponse auffi vague
d'après laquelle il n'y avoit rien à ftatuer ; mais
ce qui s'étoit paffé la veille chez les Pairs follicitoit
l'attention d'une maniere plus preffante .
On peut juger de l'effet que leur démarche avoit
produit fur les efprits , & de l'efpece d'effervefcence
qui regna par ce paffage du difcours de
'M. Fox à cette occafion . « Les Miniftres &
les Pairs , dit- il , fe font ligués contre nous, ils
veulent s'emparer de nos privileges , ils veulent
renverser la conftitution de notre patrie ; ils veulent
faire des Anglois des efclaves , & des repréfentans
du peuple les inftrumens du defpotime.
Armons- nous donc de courage , de vertu , de
prudence pour rendre leurs efforts impuiffans .
Méditons nos coups pour qu'ils foient affurés ,
& voyons ce que nos fages ancêtres ont fait pour
conferver la liberté de leurs concitoyens ». Le
Lord Beauchamp fit la motion fuivante. Le bruit
s'étant répandu que les Pairs avoient préſenté
au Roi une adreffe relative aux arrêtés que les
Communes avoient pris précédemment , il convient
que la Chambre nomme un comité pour
ſe convaincre de la vérité ou de la fauffeté de
ce bruit en examinant les Journaux de la Cham→
bre Haute cecomité doit auffi les compulfer
en remontane dans les temps les plus anciens
pour chercher s'ils y trouveront des exemples
d'une pareille conduite de cette Chambre envers
les Communes ; ce que ces dernieres ont fait en
N°. 8 , 21 Février 1784. f
( 122 )
Léonféquence , & en rendre compte. Cette motion
paffa ; & le Lord Beauchamp , le Lord North ,
MM. Eden , Fox , Ellis , Erskine , Sir Grey
Cooper , le Général Conway , MM. Burke , Huffey,
Marsham & Powis furent chargés de ce travail .
Le rapport du comitté a eu lieu hier ; il a été
Carrêté qu'il continueroit fes recherches & qu'il
en rendroit compte le 14. Le Lord Beauchamp
annonça qu'il propoferoit en même tems quel-
.ques réfolutions dont les circonftances faifaient
une néceffité indifpenfable. M. Hamet retira la
motion qu'il devoit faire pour annuller les dermieres
réfolutions des communes , la raifon qu'il
en donna , c'eft qu'il avoit appris que dans le
cours de la même feffion la Chambre n'étoit pas
dans l'ufage de rejetter un avis qu'elle avoit
adopté , ce qui feroit bâtir & détruire en même
tems . M. Fox remit à un autre jour fon bill relatif
à l'Inde , ce qui lui attira des reproches de
Ja part du Gouverneur Johnftone ; il s'en juftifia
en rejettant la caufe de ces délais fur les minif.
tres On remit au 12 le comitté de ſubfides , qui
a été fi long- tems retardé & dont il eſt fi preffant
de s'occuper. C'eft la féance du mécredi
qui fera la plus intéreffante & c'eft après ce
qui s'y faza paffé , que l'on verra fans doute les
pairs prendre de nouvelles contre réſolutions.
La crife actuelle va toujours en augmentant
, & perfonne ne peut prévoir encore
quelle en fera l'iffue.
11 eft de fait , dit un de nos papiers , que depuis
la révolution les Miniftres qui ont eu la minorité
dans la Chambre des Communes , ont donné
immédiatement leur démiffion . Sir Robert Walpole
, Milord North , le Comte de Shelburne ,
& tant d'autres fe font foumis à cette règle con(
123 )
•
fatrée la nature de la conftitution . On conpar
viert généralement que le Miniftere actuel a bien
des raifons de ne pas s'y foumettre; la circonftance
actuelle n'eft pas de la nature de celles dont
on fait valoir l'exemple ; & il y auroit bien des
chofes à dire pour & contre. Mais en attendant
nous fommes dans une fituation bien critique;
& le tableau n'en peut - être plus affligeant pour les
bons citoyens . Une adminiftration qui ne
peut ni fe retirer , ni refter , fur laquelle les voix
font au moins partagées , & qui en a peut - être
autant pour que contre, mais dans une pofition délicate
qui la force de mettre obftacle au progrès
des affaires. Une oppofition dans laquelle il
ya de grands talens de l'expérience , ayant la
prépondérance au Parlement , & pouvant s'attribuer
fa confiance d'après tout ce qui s'eft paffé ,
mais décidement réfolue de ne point traiter avec
des Miniftres contre lefquels ce Parlement s'eft
déclaré. Quantité d'hommes refpectables
appartenant à chaque parti , défirant une réunion ,
travaillant à l'effectuer , & ne pouvant y réuffir ,
quoique leurs propofitions foient admiffibles felon
eux par chaque parti. Une nation puiffante.
penchant à fa tuine par l'effet de confeils fecrets
qui en précipitapt l'ufage de la prérogative l'ont
peut-être mis en danger.
Ce tableau eft en effet alarmant ; & il n'y
a point d'espérance , tant que l'Oppofition
confervera fon influence dans le Parlement.
L'Adminiſtration , dit - on , ne néglige rien
pour la diminuer. Parmi les moyens qu'on
prétend qu'elle employe, onlui prête ceux ci.
Les placards , dit un de nos papiers , fe font
multipliées pour l'adminiftration contre l'oppo
tion ; ce moyen eft petit , il feroit injuſte de
l'attribuer aux Miniftres ; il ne peut avoir été
f
( '124.)
employé qué par quelques - uns de fes partifans
à qui toutes les mefures font bonnes , & qui
ont plus de zele que de lumieres. Il y en a
un autre qui eft plus adroit & dont l'effet feroit
plus sûr s'il étoit réellement adopté , ce
feroit de faire paffer de la Chambre baffe dans
la haute quelques uns des membres qui votent
pour l'oppofition qui , dès cet inftant , feroit af
foiblie. On dit qu'on y fonge & le bruit a
couru qu'il y avoit une nouvelle création de
pairs. Le Comte Temple , difoit on , avoit été
fait Duc de Buckhingham ; les Ducs de Queensbury
, de Gordon & d'Athol avoient été faits
Pairs d'Angleterre ; & immédiatement après la
léance du 5 , le Chevalier Thomas Egerfton ,
& 4 autres membres avoient été également créés
Pairs . Mais il eft difficile de croire que ce bruit foit
fondé , & que M. Pitt dont on ne ceffe de vanter
l'intégrité prête la main à une mefure qui ,
dans les circonstances préfentes ne peut être
regardée que com.ne un moyen indirect de diminuer
l'influence des Communes dans la conftitution.
Les adreffes qui font préfentées journellement
au Roi pour le remercier d'avoir renvoyé
fes anciens Miniftres , font dire aux
partifans de la nouvelle Adminiſtration qu'elle
a la majorité de la Nation , fi elle n'a pas celle
de la Chambre des Communes .
M. Fox fit le z quelques obfervations fur ces
adreffes , il rappella les moyens que l'on prend
pour en obtenir de pareilles , & il dit qu'entre
autres celle de Westminster Ggnée de 4000 perfoanes
, n'avoit été propofée , que par le Bailli &
la cour de la Bourgeoifie ; qu'ils l'avoient rédigée
& portée enfuite dans les maifons où elle avoit
( 125 )
été fignée , fans qu'on fut inftruit de fon objet ,
fans qu'on eut débattu les ráifons pour & contre.
Le Lord North ajouta que l'Evêque de Rochefter
qui eft Doyen de Weftminfter l'avoit affuré qu'il
n'avoit eu aucune connoiffance de cette adreffe .
C'eſt le tems feul qui éclaircira en effet de
quel côté fe trouve la majorité de la Nation ;
fi le Parlement eft diffous , les élections montreront
pour quel parti eft la généralité ;
quoique felon des papiers , cette balance ne
foit pas toujours bien exacte.
Je fuis affez vieux , écrit - on dans un , pour
me fouvenir de l'adminiftration de Sir Robert
Walpole , qui , quoiqu'elle ait effuyé de juftes
reproches , a été cependant , je dois l'avouer ,
moins vénale & moins corrompue que quelques
- unes que j'ai vu depuis. La corruption
, dans le temps de Sir Robert , reffembloit
à une jeune fille qui commence la carrierë du
vice ; elle rougit d'abord , & fe cache de peur
d'être découverte ; avec le temps elle s'aguerrit ,
elle exerce en plein jour le métier qu'elle n'ofoit
faire que dans l'ombre de la nuit ; & on la
voit enfin parcourir les rues , les endroits publics,
& étaler aux yeux de tous le cynifme le plus
effronté. Du temps de Walpole il y avoit de la
vénalité , & les membres du nord de la G. B. fe
trouvant par leur pauvreté expofés à la tentation,
on difoit publiquement que plufieurs faifoient
marché de leurs voix avec le Miniftre. Un billet
de banque de 500 liv . donné par un homme ap
pellé John Miller , étoit alors confidéré comme
une ample récompenfe d'une voix acquife pour
Boute une feffion. Le prix de la vénalité a beaucoup
augmenté depuis ; on pourroit dire qu'il l'a
fait en proportion de l'accroiffement de la mi
£ 3
( 126 )
+
fere générale une place ou une penfion de 500.
liv. par an , n'eft plus eftimée qu'une bagatelle
pour le plus petit fervice rendu à l'admi-
Riftration. Les fucceffeurs de Walpole l'ont bien
furpaffé ; on ignoroit de fon temps l'ufage d'acheter
des bourgs entiers pour voter en faveur
de l'adminiſtration . Quoique Sir Robert ait été
quelquefois entraîné par une faction Tory ou
Jacobite dans des mesures peu conftitutionnelles
fon ennemi le Lord Chesterfield nous affure qu'il
ne fe propofa jamais le deffein de violer effentiellement
les libertés de fon pays ; & le Doc
teur John Campbell qui vivoit dans fa maifon ,
rapporte quelque part que confondu de la facilité
avec laquelle les marchands de voix au Par
lement s'offroient à lui faire bon marché des
leurs , i ne pouvoit s'empêcher de dire que les
métier de Miniftre d'Etat étoit la chofe du monde
la plus facile ; elle n'eft devenue plus difficile:
aujourd'hui que parce qu'elle eft plus coûteufe.
4
L'affaire de M. Hamilton de Bargennie ,
compromis , comme on l'a vu dans un des
précédens Journaux , & mandé à la Barre
de la Chambre eft terminée . M. Yorck a lu
il y a quelques jours une lettre qu'il en avoit
reçu , & dans laquelle il affuroit fur fon,
honneur , qu'il n'avoit été autorifé par aucun
des précédens Miniftres , à faire des of
fres d'argent à qui que ce foit , pour fouteair
l'Adminiftration du Duc de Portland.
M. Yorck fit enfuite la motion de le difpenfer
du voyage d'Ecoffe , ce qui paſſa.
Les maifons riches de ce Royaume , &
peut -être de bien d'autres , ne font pas tou(
127 )
res de leur fortune un auffi bon emploi que
le Duc de Bedford de la fienne . Le tableau
uivant , que préfentent quelques - uns de nos
papiers , peut piquer la curiofité.
+
La fortune de ce Duc eft très- considérable ;
on la porte à 70,000 liv . ſterl . de rentes. Il en
paye 10,000 pour la taxe des terres , 4000 pour
des réparations , améliorations , & c . & on évalue
à 1000 , les non- valeurs , les pertes caufées par
Pintempérie des faifons , la grêle , les innonda
tions , &c. c'eft un total de 15000 liv. fterling
qui retranchées de fon revenu , en réduiſent le
refte net à 55000. Voici la diftribution qu'il en
fait ; il met tous les ans en épargnes 8000 1. iterl.
deftinées à fervir à des befoins imprévus , & qui
forment un fond que chaque année augmente . Sa
mailon en emporte 20,000 , cinq mille entrent
dans fa bourfe particuliere , & il en met 7000 ea
réferve pour la Ducheffe quand elle fe mariera.
Les tableaux , les ftatues , les décorations de fes
maifons lui coûtent 5000 liv. flerl. , il en emploie
5000 autres en dons d'encouragement , penfions ,
à des gens de lettres , artiftes & citoyens utiles
parmi ces penfions ou dons il y en a un de 500 !
deux de 400 , cinq de 300 , huit de zoo , quatre
de ico & autant de 50 ; une derniere fomme de '
5000 liv. fterling eft deftinée à fes voyages.
On a jugé dernierement à Guildhall und
caufe affez extraordinaire.
Il y a 2 ans qu'une jeune femme époufa un
homme , prifonnier aujourd'hui , & qu'elle pour
fuit ; cet homme étoit veuf ; ils vécurent enfemble
jufqu'en Février 1783. Alors ils quit.
terent Londres pour aller chercher de l'ouvrage
à Manchefer. A leur arrivée l'homme fut arrêté
pour avoir abandonné une premiere femme
£ 4
128 )
qu'il avoit & qui vivoit avec fon fils dans le
voifinage. Lorfqu'il fut remis en liberté , elle
J'accompagna en Irlande d'où ils revinrent à
Londres. Elle ne voulut plus vivre avec lui dans
un état qu'elle ne pouvoit plus confiderer que
comme adultere . Après avoir été féparée quelque
temps , elle fut furpriſe de voir fon mari
arriver un foir chez elle , la folliciter de faire
la paix & de le recevoir ; fur fon refus formel ,
il demanda feulement un baiſer qui devoit être
le baifer d'adieu . Elle ne crut pas devoir le
refufer ; mais en l'embraffant , il lui coupa la
gorge avec un rafoir qu'il avoit caché. Des
témoins entendus confirmerent ces faits ; le chirurgien
rendit compte de la bleffure qui eft
très-grande , s'étendant prefque d'une oreille à
l'autre , mais qui heureuſement n'eft pas mortelle.
Le coupable a été condamné à 7 ans de prifon
, après quoi il donnera caution pour fa conduite
pendant le refte de fa vie.
On lit dans une lettre de Gainsborough ,
dans le Lincoln - Shire , les détails fuivans ,
en date du 24 Janvier.
Nous avons été témoins ici d'un accident également
affligeant & terrible. La riviere de Trent
étant glacée à la fuite du froid que nous avons
éprouvé pendant quelque temps , il s'y raffembla
une quantité confidérable de perfonnes , qui n'avoient
d'autre but que de fe promener fur la
glace , & de traverfer , comme on dit , la riviere
àpied fec. Pendant qu'elles prenoient cet amufement
, deux jeunes gens qui patinoient prirent
difpute enfemble ; des injures ils en vinrent aux
coups. Leur combat , felon l'ufage , attira autour
d'eux tous ceux qui fe promenoient fur la glace ;
cette réunion forma un poids confidérable fur le
même point la glace fc rompit , & 90 per(
129 )
Tonnes tomberent dans l'eau. On s'empreffa ' de
leur porter des fecours ; mais ils furent inutiles au
plus grand nombre , & on ne parvint à en fauver
que 4. Cet accident funeſte a mis toute la ville
en deuil , & il y a peu de familles qui n'aient à
déplorer la perte de quelque parent.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 21 Février:
Le Roi a nommé à l'Évêché de S. Papoul
l'Evêque de Gap ; à celui de Gap , l'Abbé
de Vareilles , Vicaire - Général de Metz ,
l'Abbaye de la Valette , Ordre de Cîteaux ,
Diocèfe de Tulles , l'Abbé de Conceyl , Vicaire-
Général de Bourges ; à celle de la Peyrouſe
, même Ordre , Dioceſe de Périgueux ,
l'Abbé d'Aymard , Grand- Chantre & Chanoine
de l'Églife de Paris.
Le 8 , la Ducheffe de Beuvron a pris le
Tabouret ; & le même jour la Marquise de
Fouquet , & la Comtefle de Carcado eurent
l'honneur d'être préfentées à LL . MM.
& à la Famille Royale ; la premiere par la
Maréchale de Caftries , & la feconde par la
Princeffe de Craon . M. Louftouneau prêta
ferment le même jour pour la charge de
premier Chirurgien de S. M. , en furvivance
de M. Andouillé.
MM. Caffini de Tury & Peronnet ont eu
l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale le premier volume de la Defcription
1
£ 5.
135 X
Géographique de la France , accompagnée d'une
carte générale & trois nouvelles feuilles , qui
comprennent les villes de Sarlat , S. Pol de
Léon & l'ifle d'Oueffant.
DE PARIS , le 17 Février.
On arme à Brest la frégate la Danaé , fur
laquelle s'embarquera M. le Baron de Clugny
, pour fe rendre à fon gouvernement
de la Guadeloupe.
Les dépêches de l'Inde qu'on attendoit
depuis fi long - tems , fent enfin arrivées ;
elles ont été apportées par M. de la Marck :
on ne tardera pas fans doute à les avoir.
Peu s'en eft fallu ces jours derniers que la
foire Saint- Germain n'ait été une feconde foisla
victime d'un défaftre pareil à celui qu'elle
éprouva il y a 23 ans . Le feu éclata vers les
4 heures du matin dans la boutique d'un Confifeur.
On ne l'apperçut qu'au moment de fa
plus grande exploſion . Les pompiers ne s'amu .
ferent pas à l'éteindre ; ils empêcherent qu'il
ne fe communiquât aux boutiques en face , &
à celles fur le derriere ; ils couperent les deux
qui y étoient adoffées , & elle fut feule embrafée.
Par bonheur le temps étoit calme ; cepen
dant fi cet accident fût arrivé dans le jour , &
fur tout le foir , le tumulte auroit été confidérable
, à caufe de la proximité de la falle des
Variétés Amufantes , qui eft bâtie fur des boutiques
& des cafés.
On a donné les détails de l'orage épouvantable
qu'on effuya à la Rochelle , la nuit
du 17 au 18 du mois dernier ; il ne s'eft pas
(* 131 ) *
fait fentir avet moins de violence à Rochefort
, d'où l'on nous a fait paffer les détails
fuivans.
a Le 17 à 6 heures après midi , le vent s'eft
fait fentir ici avec violence , & a augmenté juſqu'à
4 heures du matin du 18 ; c'étoit un ouragan
tel qu'on n'en a jamais vu de femblable .
Plufieurs gros arbres , dont quelques- uns avoient
50 ans , ont été arrachés. La mer qui étoit dans
une agitation extraordinaire , s'eft élevée à une
grande hauteur , & des gabarres des bâtimens.
marchands ont été portés fur les terres par l'impétuofité
du vent. Les vaiffeaux du Roi qui font
dans le port n'ont fouffert ancune avarie. Dans
la ville , la plupart des cheminées ont été emportées
; les hangards fous lefquels on conftruit
les vaiffeaux du Roi , ont été découverts , &
on eftime la perte faite , dans ces bâtimens à 50
ou 60,000 livres. Il est bien à craindre qu'il
ne fe foit trouvé des bâtimens marchands aux
attérages ; & il n'eft pas douteux qu'ils n'aient
tous péri . Plufieurs perfonnes prétendent avoir
fenti , pendant la durée de cet orage , une légere
fecouffe de tremblement de terre ; mais elles
peuvent avoir confondu l'effet de l'agitation extraordinaiae
de l'air qui ébranloit les édifices . Il
y a eu une ferme confidérable entre cette ville
& la Rochelle , qui a été réduite en cendres
bled , foin , beftiaux , tout a été brûlé .
;
Les lettres de l'Orient nous apprennent
que le Confeil de guerre , qui y eft affemblé,
continue fes féances ; mais elles ne donnent
aucun détail de ce qui s'y paffe ; on n'en
fera inftruit , que lorfqu'il les aura terminées.
On croit que fon travail finira dans le mois
prochain.
£6
( 132 )
Nous nous empreffons de donner de la
publicité à la lettre fuivante , qui nous a été
adreffée de ce port.
M. , je viens de lire une Brochure intitulée :
Nouvelle conftitution Maritime ou Supplément correctifpour
fervir de fuite au Livre intitulé : Effai fur
la Marine, par un citoyen bien intentionné, à la Haye,
1783 ; dans laquelle j'ai vu ces mots , page 112 ,
note ( c ) : Il eft certain que ce titre ( d'Officier
auxiliaire ) étoit trop avili , mais comme
» l'a dit l'Auteur de l'Effai à qui s'en prendre ?
à la Marine elle - même ; n'eft ce pas le comble
du ridicule & de la dérifion qu'un valet fur-
» nommé la Jeuneffe , fortant du fervice de M. de
» Moncabrié de Peytes , ait été élevé à ce grade,
ceux qui l'ont connu laquais auroient- ils dû
le fouffrir ? fon maître ne devoit - il pas empêcher
cette profanation ? n'étoit- ce pas vouer
tous les honnêtes gens confondus fous ce titre
àun mépris inévitable ? » Permettez - moi , M. ,
de me fervir de votre Journal pour m'infcrire en
faux contre ce fait , auquel l'Auteur voulant fans
doute affurer aux yeux de la nation une exiſtence
plus apparente , à cru devoir l'étayer de mon nom
pour donner plus de poids à fa calomnie Ce la
Jeuneffe que de fon autorité il éleve au rang
d'auxiliaire ne m'a pas quitté depuis to ans , &
quelque fatisfait que j'ai eu lieu d'être de fes
fervices , je n'ai jamais penſé à m'en faire un
camarade d'armes . J'ignore abfolument ce qui
peut avoir donné lieu à cette fauffe imputation .
Il me femble que ce bien intentionné citoyen
prétendant à être luf ne devoit pas négliger de
s'aflurer de la vérité des faits qu'il avance , furtout
quand ils tendent comme celui - ci à inculper
auffi atrocement des perfonnes dénommées : ne
s'expofe- t-il pas par cette négligence à perdre la
( 133 )
confiance du public trop facile à féduire , mais
auffi trop juste pour lui refufer fon indignation
quand il s'en voit trompé aufli groffierement. Je
n'eus pas pris la peine de relever cette fauffeté
fi mon filence en l'accréditant n'eut dû jeter du
ridicule fur un Corps auffi refpectable que celui
auquel j'ai l'honneur d'appartenir, Je fuis , &c.
Signé , MONCABRIÉ DE PEYTES , Capitaine de
Vaiffeaux.
Nous recevons journellement de différens endroits
du Royaume des détails fur les Ballons
qu'on s'eft empreffé de conftruire & de lancer
par- tout ; les expériences ont été faites avec plus
ou moins de fuccès ; leur relation pourroît deve
nir faftidieuſe , parce qu'elles fourniffent les
mêmes procédés ou les mêmes réſultats . Nous
avons annoncé la premiere faite à Annonay ,
celles qui ont été répétées à Paris , & celle de
Lyon qui dirigée par l'Auteur de cette découverte
& faite avec le plus grand Ballon qu'on
eut encore vu , fixoit la curiofité générale : nous
ne reviendrons déformais que fur celles dont l'importance
& l'appareil leur donnent un droit à
l'empreffément du public ; nous nous bornerons
en conféquence à celle de Di on qui eft fixée au
18 de ce mois fi le temps le permet , A celle
qu'on le propoſe de faire à Besançon , & qui n'eft
pas encore prochaine , puifque la foufcription
qui doit en former les fonds n'eft ouverte que
depuis peu. Nous ne rapporterons pas non plus
tous les projets enfantés pour la direction de la
Navigation aërienne ; ils le font tellement multipliés
que l'on formeroit de volumes de ceux
gros
que nous avons reçus . Ce n'eft point à nous à en
difcuter le mérite ; plufieurs offrent des moyens
ingénieux ; mais nous ne faifirons que ceux qui
ayant été préfentés aux Académies , feront ap(
134 )
puyés des fuffrages ou des encouragemens de ces
Compagnies favantes. Et ceux qui auront pour
eux des expériences , qui en auront démontré
l'efficacité , ou ouvert une route à la découverte.
MM . l'Abbé Miollan , Profeffeur de Phyfique , &
Janinet , Méchanicien , ont ouvert une foufcrip
tion dont le produit fera employé à la conſtruction
d'un Ballon defliné à faire l'effai de tous les
moyens de direction & à diverſes expériences . Le
réfultat de leurs travaux trouvera paturellement
fa place ici. On foufcrit chez M. l'Abbé Miollan ,
Quai de l'Ecole , & chez M, Janinet , Place
Maubert, no. 17...
Le dégel qui s'étoit annoncé ici , & qui a
duré jufqu'à mardi , ne s'eft pas foutenu ; il
arété accompagné de neige , & fuivi de
nouvelles gelées , qui ont continué tout le
refte de la femaine derniere , & qui durent
encore. La bienfaifance multiplie les fecours
dont le pauvre a befoin ; & l'Adminiftration
veille à l'approvisionnement néceffaire
à une grande Capitale , & à obvier à la
lenteur des tranfports impraticables fur la
riviere , & néceffairement ralentis fur les
routes ordinaires . Aux obfervations que nous
avons déja données fur le froid , nous joindrons
celles - ci qui ont été faites à Provins
en Brie ; la lettre qui les contient , eft du 31
du mois dernier .
Vous ne ferez peut- être pas fâché , M., d'avoir
fur le froid qui vient de fe faire . fentir ici
les détails fuivans ; ils feront pour vous une
échelle de comparaison avec celui de Paris , &
d'autres endroits du Royaume j'en ai fait les
obfervations fur un Thermométre éprouvé de
( 135 )
feu Capy , parfaitement d'accord avec ceux de
M. Monier , d'après fon rapport du froid de la
nuit du 30 au 31 Décembre dernier. Hier 30-
Janvier , à 9 heures du matin , vent fud , le Thermomêtre
qui à 7 h . avoit donné 12 degrés &
demi de condenfation , marquoit encore 10 d. un
quart , le Soleil brilloit , & le ciel étoit fans
aucuns nuages ; à 2 h . il étoit remonté à 5 d.;
entre 4 & 5 h. , le vent avoit tourné à l'ouest , le
ciel s'étoit couvert , & la neige tomboit en aflez
grande abondance ; à 10 h. , vent redevenu eft ,
la liqueur étoit defcendue à 10 d . 3 quart ; à 11 h.
12 d. & demi , & ce matin 7 h. elle marquoit
17 d. & demi , le plus grand froid du fiecle ; à
8 h. le Thermomêtre avoit. remonté à 16 d . &
I quart ; le ciel & le foleil , legérement enfumé
dans les parties de l'eft , du fud & de l'oueft ; le
nerd parfaitement ferein & parfemé de quelques
nuages petits & rates : à 10 h. il ne marquoit plusque
14 d. & le ciel étoit pommelé dans toute
fon étendue , le Baromêtre à 26 pouces 6 lignes ,
& la terre couverte de 14 pouces de neige .
Les défaftres occafionnés par la rigueur
de la faifon , ont donné lieu à divers actes,
de bienfaifance & d'humanité , parmi lef
quels nous nous empreffons de choisir celui
- ci.
Le 2 du mois dernier , époque à laquelle le
dégel avoit occafionné une inondation à Valenciennes
, la chauffée qui y conduit , étoit devenue
impraticable par un courant d'eau très rapide
qui la traverſoit ; & fe précipitoit dans un pré
auquel cette chauffée commande , & qui formoit
alors une espece d'étang. Un Particulier qui
avoit affaire dans la ville , eut l'imprudence de
vouloir franchir ce torrent ; mais lui, le cheval
( 136 )
qu'il montoit , & une femme enceinte de fix mois
qu'il avoit mife en croupe , furent emportés par
le courant de l'eau. L'homme eut le bonheur
d'être jeté à bord , mais la femme étant tombée
dans l'endroit même où la chûte du torrent formoit
un gouffre , paroiffoit & difparoiffoit alternativement
, & fa mort fembloit inévitable ,
lorfque trois Journaliers fe précipiterent dans le
gouffre , & à force de lutter contre l'impétuofité
du courant & les glaçons énormes qu'il charioit ,
parvinrent à la faifir & à la ramener à bord. Ges
trois hommes , qui font les nommés Tachoux ,
Temporal & Coulon , après avoir montré tant de
courage & d'humanité , firent paroître encore le
plus grand défintéreffement : en effet , quoiqu'ils
foient très- pauvres , il a fallu les faire chercher
pour leur remettre à chacun une ſomme de 100 l.
dont le Corps municipal leur a fait don , de l'agrément
de M. de Senac de Meilhan , Intendant de
la Province. Le Roi , à qui il a été rendu compte
de cette belle action , a accordé à chacun d'eux
une gratification de 200 liv.
L'avis fuivant qu'on nous a fait paffer ,
ne peut qu'intéreffer les Agriculteurs ; la
découverte qu'on y annonce , feroit fans
doute bien importante , & fon efficacité defirable
; ce n'eft pas à nous à décider fi elle
ex fte il nous fuffit de fentir qu'elle eft
utile , pour que nous ne devions pas nous
refufer à inférer ici l'annonce de celui qui la
propofe.
Je fuis parvenu à découvrir la caufe du charbon
dont le bled eft attaqué dans toutes les Provinces
du Royaume , & ce qui vaut mieux encore
, je connois un moyen sûr pour en garantir
les récoltes.; je pourrois bien rendre ma mé(
137 )
?
thode publique : elle confifte en une préparation
pour le bled que l'on deftine à être femé , mais
cette préparation , quoique très fimple , doit cependant
être exécutée ponctuellement , & diffé
renciée fuivant la nature du fol fur lequel on
veut recueillir de ce grain or fi je prenois ce
parti , les perfonnes qui , faute d'avoir fait ce
qui feroit prefcrit , n'éprouveroient point l'efficacité
de ce moyen , ne manqueroient pas de
blâmer ma méthode , tandis qu'il n'en exiftera
jamais une meilleure , plus certaine & moins
coûteufe.; car outre l'avantage d'empêcher cette
efpece d'épidémie dans la végétation , elle en
procurera bien d'autres aux cultivateurs ; d'abord
il faudra moins de femence ; en fecond lieu
elle fupplée en partie aux engrais , & enfin on
pourra , en employant ce moyen , efpérer
une récolte en bled fur un terrein qui n'en
a jamais ou que rarement produit.
J'ai eu
l'honneur d'écrire à MM. les Intendans , & je
leur ai offert d'enfeigner moi- même cette mé
thode par tout le Royaume après avoir examiné
le terrein des cantons de chaque Province , &
de diftribuer dans toutes les campagnes quelques
milliers d'exemplaires d'un ouvrage que j'ai compofé
concernant l'agriculture. Comme il ne
feroit pas jufte que ce foit le Gouvernement qui
me dédommage des frais de route & d'impreffion
, mais bien les particuliers à qui cette découverte
deviendra très-utile , je leur ai propofé ,
fous fon bon plaifir ( le Gouvernement ) , d'ordonner
une foufcription générale de 12 deniers .
par chaque arpent de terre labourable , qui feroient
une fois payés par chaque propriétaire ou
fermier , & confignés jufqu'à ce qu'un chacun
foit auffi convaincu de la réuffite de ma méthode
que je le fuis moi- même par des expériences
( 138 )
réitérées depuis plufieurs années . Je fuis , &c.
Signé , DE LEGROS DE MARCHE DE BEUGNIES,
en ma Terre de Bengnies , près de Bapaume en
Artois.
La ville d'Antibes , frontiere du Comté de
Nice , vient d'obtenir de l'Affemblée des Etats
de Provence une faveur fignalée au fujet d'une
découverte très - importante , faite dans fon territoire,
Cette ville qui fut dans fon origine une colonie
de Marfeillois , fut foumife enfuite aux
Romains, Sous ces nouveaux maîtres un théatre ,
un cirque , & fur- tout des aqueducs qui y por-
- toient les fources de la Fontvielle & de la Sambuque
, la rendirent très- floriffante. Par la fuitedes
événemens & des tems , ces aqueducs furent
perdus , & Antibes étoit réduite à n'avoir d'autres
eaux que celles d'un puits fitué à l'extrêmité
de la ville , ce qui étoit très nuiſible aux bâtimens
de commerce qui touchoient dans fon port ,
& aux habitans , ainfi qu'à la garnifon. L'invaflon
des Autrichiens en 1746 augmenta la dé
trelle de cette ville , qui fut prefque détruite par
4000 bombes que l'ennemi jeta dans fon encein
te. Ce nouveau malheur fit refluer fon commers
ce dans les Villes voifines , & fur- tout à Nice.
M. d'Aguillon , Colonel au Corps Royal du Génie
, animé de ce zele patriotique qui caraté- .
rife le Militaire François , ayant reconnu aux environs
de la place quelques veftiges de ces anciens
aqueducs , dont on peut tirer tant d'avan
tages pour le commerce & la fertilifation , a eǹgagé
fes compatriotes à confacrer une fomme de
3000 livres à la découverte entiere de ce monument
utile ; le fuccès a couronné fon zele , & il·
a été démontré qu'avec une dépense de 72000
livres ces aqueducs pouvoient remplir de nou
veau leur premiere deftination. Le mémoire fait
( 139 )
1
à ce fujet par les Confuls d'Antibes , ayant été
préſenté aux Etats , cette Affemblée a délibéré
de contribuer pour un tiers à la dépense de cette
reftauration , & d'agir auprès du Gouvernement
pour obtenir qu'il y contribue pour une pareille
fomme. En même temps les Etats ont chargé
les Administrateurs de témoigner à M. d'Aguillon
, aux talens duquel la découverte des aqueducs
eft due , la reconnoiffance de la province ;
& de lui préfenter leurs remercimens.
Nous avons annoncé dans le temps la collection
piquante des Romans fur l'Hiftoire de
France , avec des remarques & des éclairciffemens
pour rétablir la vérité des faits hiftoriques ,
& des notes fur les perfonnages qui y font cités..
Ce travail fait avec beaucoup de foin , de goût
& de recherches , ote à ces ouvrages la futilité
qu'on leur reproche , & permet de les mettre
entre les mains des jeunes gens , parce qu'en les
amufant par la partie romanefque , ils les inftrui
fent par la partie hiftorique. On fait avec quel
fuccès l'Auteur a rempli cette partie intéreffante
de fon travail dans l'Hiftoire fecrete de Bourgogne
qui a déja paru . On retrouve le même avantage
dans celle de Marguerite de Valois , par Mademoifelle
de la Force qu'il vient de publier. A des
remarques très- piquantes , il a joint une notice
hiftorique très- bienfaite de la vie de François I ,
& un recueil très - curieux , & neufpour la plupart
des Lecteurs des poëfies de ce Prince ; elles font
tirées d'un manufcrit fur vélin , intitulé les
Euvres de François Premier du nom . Ce manufcrit
précieux avoit appartenu à M. de Cangé , & eft
maintenant à la Bibliotheque du Roi . Cet ouvrage ,
le fecond de la collection , eft comme le premier
imprimé fur papier fuperfin de la Fabrique de
( 140 )
MM. Johannot , pere & fils , d'Annonay avec
les beaux Caracteres de M. Didot , Paîné (1).
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 66 , 90 , 18 ,
34, & 47.
DE BRUXELLES , le 17 Février.
La pacification furvenue tout- à-coup entre
les Ruffes & les Turcs , au moment où
l'on s'attendoit à une rupture inévitable
éveille la curiofité fur les détails des négociations
qui l'ont amenée , & fur les fuites qu'elle
doit avoir ; on ne connoît que la convention
conclue entre ces deux Puiffances :
mais on ignore comment d'autres intérêts
qui peuvent exifter , auront été réglés. Le
tems feul nous inftruira de ces détails , qui
ne fauroient tarder à être connus .
Les Négocians Hollandais , faifant le
commerce dans la Méditerranée & le Levant
, ont préſenté une requête aux Etats-
Généraux , pour les prier de prendre les
mefures néceffaires , afin que les Commandans
des flottes de la République , dans la
Méditerranée , reçoivent l'ordre de donner
de mois en mois un convoi fuffifant aux
(1 ) On les trouve chez M. Didot l'aîné , rue Pavée ,
S, André des - Arts. L'Hiftoire fecrete de Bourgogne en
3 vol. in-12 , coûte 18 liv . , & celle de Marguerite de
Valois , en 6 vol. , . même format , 30 liv. brochés .
( 141 )
mavires marchands , depuis Malaga jufqu'à
Smyrne, tant dans l'aller que dans le retour,
& cela auffi long- tems qu'il y aura quelques
repréfailles à craindre de la part des Vénitiens,
«Nous ne ferons pas inftruits auffi- tôt que
nous l'efperions , écrit-on de la Haye des
caufes de la non - expédition de nos vaiffeaux
pour Breft. La commiffion chargée de les examiner
eft bien aflemblée ; elle a même commencé
fes féances ; mais ces recherches exigeront
du temps . Lorfque le Stadhouder fut
prié le 22 Décembre dernier de prendre des
mefures pour prévenir l'abfence d'aucun des
Officiers qui devoient être expédiés à Breft ,
afin que rien ne put fufpendre l'éclairciffement
de cette affaire , le Prince s'adreffa aux Colleges
d'Amirauté pour les prier de donner des
ordres en conféquence. Mais avant ce temps
plufieurs Capitaines avoient été envoyés en mer
pour fatisfaire à diverfes réfolutions de L. H.
P. Leur retour eft incertain , & ne peut être
accéléré ; & quoiqu'on ait expédié des ordres
ordres aux Capitaines Bols Tulling & Hoof ,
pour les preffer de revenir , ils ne feront pas
ici avant la fin du mois d'Août ; & le Comte
Amiral Van Braam & le Capitaine Stering qui
font parties pour les Indes orientales , ne peuvent
être de retour avant le mois de Juillet.
Ainfi fi les ecclairciffemens que l'on veut avoir
dépendent des Officiers qui font actuellement
employés dans un fervice éloigné , on ne faura
de long-temps de cette bruyante affaire que ce
que l'on fait déja » ,
( 142 )
En attendant la fuite que pourront avoir
ces recherches , nous placerons ici l'annonce
d'une découverte intéreffante , que
contiennent les lettres de Hollande.
Le Docteur Van Herbftght , écrit- on d'Utrecht,
après avoir travaillé long- tems fur les métaux ,
eft parvenu à détruire quelques- unes de leurs
qualités fans les altérer , il a , dit-on , trouvé
entr'autres un moyen de préparer le cuivre de
maniere que le verd de gris ne s'y engendre
plus. Il a envoyé quelques pieces de ce métal
ainfi préparé au College d'amfterdam , où l'on
fera des effais pour conftater cette découverte qui
feroit très utile.
PRECIS DES GAZETTES ANGL.
Il femble qu'on devienne tous les jours moins
difpofé à une union générale. Les apparences
actuelles n'y font point favorables. La prérogative
de la couronne fe trouve en oppofition
avec les privileges de la chambre- baffe , & la
queflion n'eft plus à préfent de favoir lequel des
deux partis , celui du miniftere ou celui de l'oppofition
, occupera le confeil du Roi : il sagit
de favoir fi la conftitution fera formée de trois
branches de la légiflation , ou fimplement de
deux .
1
Il y a eu le 5 une grande affemblée chez
M. Fox plufieurs perfonnes de la plus haute
diftinction , & entr'autres un grand prince , s'y
font trouvés.
On ne doute pas que pour trancher les difficultés
qui résultent de l'oppofition du parlement
au miniftere , on n'ait grande envie de diffoudre
de premier cette meſure vive a été déjà l'objet
( 143 )
de plufieurs confeils ; mais la circonftance acque
lle eft embarraffanie. Le tréfor eft fermé ,
& cette raiſon eft de fi grands poids , qu'elle
rend prefqu'une coalition indifpenfable. Il eft
à préfumer que tant qu'elle n'aura pas lieu ,
tout vote d'argent fera fufpendu dans la chambre
des communes , & il faudra finir par une diffo-
-lution .
Le Meffager de la Chambre des Communes ,
dépêché au bon vieillard M. Hamilton de Bargennie
en Ecoffe , pour l'avertir de comparoître
la barre de cette Chambre , rapporte que M.
Hamilton fut fort étonné de l'ordre ; mais lorf
qu'il l'eut lu il éclata de rire. En vérité , ditil
, je n'ai pas beaucoup d'obligation à ceux qui
m'occafionnent ce voyage de Londres ; il eft
très- pénible à mon âge & dans cette faifon ; cependant
j'obéirai. Les Meffagers n'aiment pas
beaucoup.ces fortes de commiffions qui leur font
toujours onéreufes ; la taxe ancienne qui regle
le falaire auquel ils ont droit n'a point été changée
; elle leur alloue feulement 6 fols par mille.
Le repas que la Bourgeoifie de Londres fe
propofoit de donner à l'Amiral Rodney , au Général
Elliot , au Lord Hood , au Lieutenant-
Général Boyd , à Sir Roger Curtis , eut lieu
le 2 de ce mois . Les deux premiers qui font ,
l'un en France & l'autre à Gibraltar , ne s'y
trouverent point. L'Ambaffadeur d'Espagne , curieux
de voir cette Fête , fit demander à Sir
Roger Curtis s'il pourroit y être admis ; celuici
le propofa à l'affemblée , qui s'empreffa de
recevoir S. E. Aufli - tôt qu'elle fut placée , on but
trois fois la fanté du Roi d'Efpagne. L'Ambaffadeur
y fit honneur à fon tour en portant trois
fois celle du Roi d'Angleterre.
( 144 )
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
GrandChambre.
Caufe entre M. l'Evêque , Comte de Beauvais.Et
les Officiers du Bailliage royal de Beauvais,
DROIT DE JURISDICTION
.
++
د
Les ouvriers d'une manufacture royale de ta -1
pifferie créée à l'inftar de celle des Gobelins , &
tuée dans une ville où l'Evêque eft Seigneur
en partie , & dans laquelle fes Officiers exercent
une portion de la police , en vertù de Lettrespatentes
du 12 Septembre 1689 , doivent -ils ,
pour fatisfaire aux Lettres -patentes du 12 -Sep - 20
tembre 1781 , fe faire enregistrer au greffe dudit
Seigneur , ou en celui du Préfidial de la même
ville ? Telle eft la queftion qui a été agitée dans
cette affaire. Les Officiers de M. l'Evêque de
Beauvais ont prétendu exercer la police dans
l'hôtel & fur les ouvriers de la manufacture royale
de tapifferie dont il s'agit. Les Officiers du Préfidial
ont établi au contraire que cet hôtel appartient
au Roi , qu'il fait partie des fortifications
qui font domaine royal ; ils ont auffi prouvé que
le Juge de M. l'Evêque n'a pas le droit de fe
qualifier de Juge- Général : enfin , que le Lieutenant-
Général & les Officiers du Préfidial ont été
offenfés dans différens arrêtés des Officiers du
Comté de Beauvais. Arrêt du 17 Mai 1783 ;
qui maintient les Officiers du Bailliage de Beauvais
dans l'exercice de la juftice & de la police
fur cette manufa&ture. M. l'Evêque de Beauvais
s'étant pourvu contre cet Arrêt , Arrêt du
Confeil du 22 Décembre 1783 , rendu au rapport
de l'Abbé Royer , Me des Requêtes , qui
l'a débouté de fa requête en caffation , & l'a
condamné en l'amende.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANNEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Décembre.
E Roi vient de faire préfent à une Com-
Lpagnie , de la mine d'or d'Egswold en
Norwege , qui depuis quelque tems étoit
exploitée pour fon compte , & qui ne rendoit
pas fes frais , parce que toutes les
entreprifes qui fe font à ceux des Gouvernemens
, coûtent toujours beaucoup plus
que ce qui fe fait par les particuliers & pour
eux; ils y apportent une économie dont on
fe difpenfe prefque toujours dans les autres
cas . S. M. a joint à ce don celui des édifices
& de tous les uftenfiles dépendans de cette
mine.
POLOGNE. ´:
*
DE VARSOVIE , le 25 Janvier.
Le Traité conclu entre les Ruffes & les
Turcs a été figné à Conftantinople par le
No. 9 , 28. Février 1784.
Nº.
( 146 )
Grand Amiral , où Capitan Batha , par le
Mufti Cadi Achmet , par le Cadiasker de
Natolie , Cadi Stamboul & par le Reis-
Effendi , Grand- Chancelier. Il paroît qu'on
a nommé le Chef de la Marine , celui des
gens de loi, & l'Interprête de l'Alcoran ,
non pour donner plus d'authenticité à cet
Acte , mais pour contribuer à porter le peuple
à la réfignation fur un arrangement que
les circonftances ont rendu d'une néceflité
indifpenfable.
Nous venons de faire une perte fenfible
écrit- on de la Moldavie , dans la perfonne de
M. Joannizza Cantacuzene , Grand- Chancelier
de la Porte , mort à 65 ans : il étoit le protecteur
des Etrangers , & le foutien des droits de la Pa
trie. Les Ruffes , lorfqu'ils occuperent cette province
pendant la derniere guerre , montrerent
beaucoup de confidération pour cette maiſon ;
Joannizza Cantacuzene étoit alors Grand- Trélorier
de la Principauté de Moldavie : fon fils héritera
de fes richeffes & de fes honneurs . Il a
reçu une éducation très- rare dans ces contrées ;
& l'on reconnoît en lui les qualités qui ont dif
tingué fon pere. C'eft le feul en ce pays qui poffede
une bibliotheque ; il l'a formée lui - même ,
& récemment il a fait venir de France un éxemplaire
de l'Encyclopédie.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 4 Février.
Nous avons annoncé les difpofitions de
l'Empereur , relativement aux fépultures pu(
147 )
bliques ; on fera fans doute bien-aiſe de
trouver ici le Réglement même , dans. un
moment furtout où il y a peu d'endroits où
l'on ne faffe des voeux pour en voir adopter
un ſemblable.
« Les inconvéniens inconteftables qui dérivent
pour la fanté des vivans , de l'ufage univerfellement
reçu d'enterrer les morts au milieu des villes,
ont attiré l'attention de S. M. I. qui ne veut laiffer
fans en tenter l'exécution , aucun objet qui tend au
bonheur de fes fujets . C'est dans ce deffein qu'elle
a fait le Réglement fuivant , rélativement
aux Cimetieres . 1 ° . Tous les Cimetieres qui fe
trouvent dans cette ville feront fermés , & il en
fera établi d'autres au- delà & à une diftance convenable,
2 °. Tous les cadavres feront portés , de
la maniere qui a été en ufage jufqu'ici , & conformément
aux Réglemens fur ce fujer , de jour
ou de nuit , felon le defir des parens , dans l'Eglife
qui aura été choifie , où fe feront les obfeques
ordinaires. 3 ° . La nuit fuivante , les cadavres feront
tranfportés fur des chars expreflément deftinés
à cette fonction , & fans frais , dans les nouveaux
Cimetieres où ils feront enterrés à la profondeur
de 6 pieds , & recouverts de chaux , afin
qu'ils puiffent être plus promptement confumés &
rendus incapables de nuire aux vivans . 4° . Il fera
permis aux parens ou aux amis du défunt , qui
voudroient placer fur fes cendres un monument
de leur reſpect ou de leur reconnoiffance , de le
faire conftruire , pourvu qu'il n'occupe pas unefpace
trop étendu , qui pourroit refferrer le local
deftiné aux fépultures . Ces monumens fe placeront
de préférence fur les murs des Cimetieres. »
En conféquence de cette difpofition Im-
92
( 148 ) :
périale on a fait ainfi la divifion des Paroiffes
& de leurs habitans .
Le Cimetiere fitué hors de la ligne de S. Marc
fervira aux fépultures de 8 Paroiffes , dont on
porte les habitans à 42,987 ames ; celui qui eßt
au-delà de la ligne de Mezleinftorf eft destiné à
l'ufage de 8 autres Paroiffes , contenant 42,482
habitans; celui qui eft du côté de la ligne d'Hundfthurm
ne fervira qu'à 5 Paroiffes , dont les ha
bitans forment 44,663 ames. 6 Paroiffes , comprenant
60,818 ames , auront leurs fépultures dans
le Cimetiere de la ligne de Wabrinz . Les Paroiffes
de S. Léopold qui contiennent 11,759 perfonnes ,
des Carmes de Léopolftade , qui en comprennent
5,680 , juſqu'à ce qu'elles aient un Cimetiere particulier
, porteront leurs morts dans celui de la
ligne de S. Marc .
C'eft d'après ce travail que l'on a évalué ,
comme nous l'avons dit dans le tems , la population
de çette capitale à 208,389 ames ;
mais il faut obferver que les Catholiques
feuls font compris dans ce dénombrement.
On n'y compte ni les Proteftans , qui font
plus de 3000 perfonnes , ni les étrangers
qui font très- nombreux , ni les troupes de
la garnifon.
On dit que les cimetieres fupprimés feront
convertis en chantiers pour le bois à
brûler , qu'on coupera en petites bûches ,
qui feront divifés en quarts & en demie
quarts de la meſure ordinaire , pour faciliter
aux pauvres l'achat de celui dont il a befoin,
Et cette nouvelle préparation fournira une
-occupation aux ouvriers , qui dans certains
( 149 )
tems de l'année , manquent d'ouvrage.
Les Freres de la Charité des Provinces
Allemandes ont , dit- on , dans les Etats héréditaires
20 maifons , dont 2 à Vienne. Selon
des calculs qu'on dit exacts , fur 9888
malades qui ont été reçus l'année derniere
dans ces 20 hofpices , il y en eft mort 1134',
ce qui fait environ un huitieme.
DE HAMBOURG , le S Février.
La curiofité , fixée fi long- tems fur les
grands mouvemens qui fe faifoient dans le
Nord & dans le Levant , fe reporte encore
de ce côté , à préſent qu'ils font fulpendus :
elle ne fe contente pas de ce qu'elle fait des
conditions auxquelles les Turcs ont obtenu
la confervation de la paix ; il leur en a coûté
des facrifices peut - être aufli grands que
ceux auxquels l'auroit expofée une guerre
malheureuſe ; l'imagination des fpéculatifs
qui s'élance toujours au - delà de ce que l'on
publie , & peut-être au-delà de ce qui eft ,
demande à préfent , ce qui a pu être ſtipulé ,
ou ce qui femble devoir l'être encore pour
fatisfaire d'autres intérêts que ceux de la
Ruffie , qui ne paroît pas à préfent avoir
rien de plus à defirer , mais qui peut-être tôt
ou tard dans le cas de changer de role , &
de prêter à fon tour l'appui qu'elle a reçu.
C'eftautems à confirmerou à détruire les con
je tures au moins hafardées qu'on fe permet
dans prefque tous les papiers , & nous ai
833
( 150 )
mons mieux recueillir des faits que des fpéculations
peut être vaines .
Les Turcs , dit un de nos papiers , ne paroiffent
guere fufceptibles de difcipline; les efforts que
l'on a faits dans ces derniers tems pour eflayer de
les y foumettre , n'ont pas eu le fuccès qu'on s'en
promettoit , & femblent faire défeſpérer de l'obtenir
peut-être cependant ne faudroit- il pas qu'ils
fe rebutaffent après ces effais le tems , la conf
tance & la fermeté ont opéré quelquefois des
miracles plus étranges : il eft vrai que leurs
-Inflituteurs dans cette partie courent auffi de
grands rifques . On dit que le Baron de Sterbergh
& un autre Officier Allemand , qui avoient pallé
dans les Etats Ottomans , & qu'on avoit chargé
d'enfeigner les évolutions militaires à un Corps
de Janniffaires , ont été les victimes de l'indocilité
& de l'infubordination des éleves qu'ils avoient à
former, & qu'ils ont été maffacrés l'un & l'autre
fur la place même d'exercice «.
Les réformés de la Communion Helvétique
avoient ci- devant un Oratoire à Neau ,
dans le Duché de Limbourg. Il avoit été fermé
en 1716 , parce que dans la guerre qui
exiftoit alors , ils avoient pris le parti des
Hollandois ; cet Oratoire à été rouvert le
14 Décembre dernier , en conféquence de
l'Edit de tolérance . Ces Réformés font Fran- .
çois d'origine, au nombre de 200 , &-preſque
tous fabricans de draps..
Les papiers publics ont annoncé la mort
du Prince regnant de Lobkowitz , Duc de
Sagen dans la Siléfie Pruffienne , arrivée à
Vienne le 11 de ce mois ; ils préfentent aujourd'hui
les anecdotes fuivantes fur ce
( 151 )
Prince ; fi elles annoncent quelquefois de la
fingularité , elles annoncent auffi de la bonté,
de la juftice & de la piété.
Sa maniere de vivre le diftinguoit de tous les au
tres habitans de cette capitale ( de Vienne ) ; il ne
recevoit que les yifites d'un petit nombre d'amis ,
& il ne regardoit ni au rang ni à la naiffance de
ceux qu'il appelloit à fa familiarité . Jamais il ne
fe rendoit à aucune affemblée , & il ne donnoit
d'audience dans fon palais que la nuit ; encore cela
arrivoit-il rarement ; fon ufage ordinaire étoit de
faire venir à 10 heures du foir deux violons avec
lefquels il faifoit de la mufique jufqu'au jour. Quelquefois
il fortoit à z heures après minuit , & il fe
rendoit aux Capucins , où le faifoit dire une
Meffe . Il avoit dans fon appartement un miroit
difpofé en face de la fenêtre , de maniere qu'en y
jettant les yeux , il voyoit ce qui fe paffoit dans la
rue lorfqu'il y appercevoit des pauvres , il leur
faifoit diftribuer des aumônes. Il recevoit beau
coup de lettres ; mais il les lifoit peu ; on en a vu
pluſieurs refter une année entiere fur fon bureau
fans avoir été ouvertes . Il aimoit la chaffe , mais
il n'y menoit perfonne ; il prenoit toujours feul ce
divertiffement ; fon goût pour la folitude le faifoit
fouvent refter des femaines entieres fans recevoir
qui que ce foit ; il paffoit alors le jour à lire . Il
faifoit travailler continuellement dans le palais
qu'il habitoit ; & lorfque les ouvrages étoient finis
, il ne vouloit pas entendre parler des ouvriers ;
ce.n'étoit que 5 ou 6 ans apres qu'il les rappelloit ;
& alors il payoit leurs mémoires fans en rien déduire
, & leur bonifioit les intérêts de ce qu'il leur
devoit jufqu'au moment du paiement .
y
S'il faut en croire des lettres de Vienne , il
eft arrivé un Provincial de l'Ordre des
8 4
( 132 )
Peres de S. Paul premier Hermite , qui y attend
le retour de l'Empereur , pour lui demander
, au nom du Chef de l'Ordre , ou
fon appui pour contenir les jeunes Religieux
, ou la fuppreffion de l'Ordre.
La plupart de nos papiers rapportent un
fait affez fingulier , que nous nous contenterons
de tranfcrire.
« Dans une petite ville de la Siléfie , il y a une
chapelle dédiée à la Vierge , dans laquelle la reconnoiffance
& la piété portent fans ceffe des
offrandes & expofent des ex voto , monumens des
faveurs accordées & obtenues par fon interceffion
. Plufieurs de cesoffrandes dont quelques- unes
étoient d'un métal précieux , difparurent ; on s'en
apperçut ; & les foupçons tomberent fur un foldat
de la garnifon très - affidu à cette églife , où il
entroit tous les jours le premier & n'en fortoit
que le dernier ; un foir, on l'arrêta au moment où
il mettoit le pied fur le feuil de la porte pour fe
retizer ; on le fouilla & on trouva dans fes poches
deux coeurs d'argent. Il fut conduit en prifon , &
fon procès inftruit . Il ne pouvoit nier qu'il avoit
été trouvé nanti de ces effets ; mais il prétendit
qu'il ne les avoit pas volés , & qu'il les avoit reçus
en dons de la Vierge , qui connoifloit les befoins
& fa pauvreté. Cette excufe , comme on s'y attend
bien , ne le juftifia pas devant fes Juges, Il
fut condamné à mort ; fa fentence fut portée au
Souverain , felon l'ufage , pour être ratifiée . Le
Prince fit venir quelques Eccléfiaftiques , & leur
demanda fi le don dont le foldat fe vantoit étoit
poffible felon cux ; ils répondirent que le cas étoit
affurément rare & fingulier , mais que le pouvoir
& la miféricorde de Dieu étoient immenfes , &
qu'il les avoit manifeftés quelquefois ainfi en fas
( 153 )
veur des Saints. Après cela le Prince écrivit fous
la fentence : l'accufé qui a nié conftamment le
vol aura grace de la vie , parce que les Docteurs
do fa Religion n'ont pas jugée impoffible la faveur
dont il fe vante. Mais nous lui défendons.
fous peine de la vie , d'accepter à l'avenir au
cun préfent de quelque faint que ce foit ».
6
Le Magiftrat de Dantzick a adreffé la
lettre fuivante au Roi de Pruffe , auffi - tôr
que le blocus de cette ville a été levé .
5
Pleins une humble confiance en la magnanimité
& la clémence de V. M. , nous ofons appro
cher de fon trône facré, & porter à fes pieds nos actions
de grace pour la délivrance actuelle de la dér
treffe fous laquelle nous avons gémi par fon ordre
ces trois mois derniers , Notre confcience nous rend
témoignage à nous- mêmes,que ce ne font point les
difpofitions qui nous ont manqué pour le facri,
fice enfaveur de vos fujets , des objets fans lefquels
il eft impoffible que cette ville & le peu de com ,
merce qui lui refle , puiſſent fubfifter ; mais cette
conviction ne neus empêche pas d'avouer avec
autant d'humilité que de candeur , que nous ser
gardons le très précieux avantage que V. M. a
bien voulu nous accorder comme un don , dons
nous fommes uniquement redevables à votre
clémence & à votre magnanimité. Puiffe l'Etre
fuprême bénir les efforts que nous ferons pour ne
pas perdre cette faveur qui nous eft fi effentielle .
Ceft du fein de notre malheur que nous fupplions
V. M. de nous accorder ce bonheur , &
nous adreffons nos voeux au ciel pour qu'il lo
plaife de bénir V. M. & fon très- glorieux regne
jufqu'aux temps les plus reculés.
•
Cette lettre eft du 23 Janvier. Le Roi y a
& S
( 154 )
fait la réponſe fuivante , le 29 du même
mois.
J'ai reçu votre lettre ; j'y trouve vos remer-,
ciemens de la levée des repréfailles que j'avois .
ordonnées contre vous , & une expofition peu déterminée
de vos fentimens fur la conteſtation qui
s'eft élevée à mon regret entre moi & votre ville.
Je n'ai point attendu de remerciemens de votre
part ; je ne vous demande aucune condefcendance
ni aucun facrifice de vos droits fondés , de
vos véritables avantages ; je ne veux que de là
juftice envers mes Sujets. Au commencement de
Í'année derniere vous les avez dépouillés d'une
maniere que je ne me ferois pas permife envers
le plus foible de mes võifins , de la poffeffion d'une
libre navigation par votre territoire , navigation
qui ne vous caufoit aucun préjudice , à laquelle
vous n'avez mis aucun empêchement depuis tant
d'années que dans le cas où vous l'euffiez fait ,"
vous auriez dû leur laiffer , d'aprés lés regles du
droit , de l'équité & de l'égalité , depuis que j'étois
légitime Souverain de la Pruffe Occidentale,
tandis que vous voulez jouir des avantages fi importans
pour vous d'un commerce libre dans mes
Etats , beaucoup plus étendus , & forle fleuve
de la Villule qui m'appartient . Mes Miniftres
vous l'on repréfenté avec autant d'évidence que
de modération ; ils n'ont defiré de vous que de
laiffer les chofes dans leur ancien état. Vous
leur avez répondu en termes vagues & ambigus ;
vous avez continué vous - même & permis à vos
peuples toutes les violences envers mes Sujets .
J'ai dû à mes fujets , à mes droits & à ma dignité
de vous faire éprouver quelques effets de
La loi du talion . Cela s'eft exécuté par degrés ,
pour vous laiffer le temps de réfléchir. Mais
( 155 )
comme cela n'a rien opéré fur vous, j'aidu faire
occuper votre territoire par mes troupes : elles
y ont obfervé , d'après mes ordres , la difcipline
la plus rigoureufe , & une modération à laquelle
vous avez dû rendre juftice . Lorsque l'Impératrice
de Ruffie , mon amie & mon alliée , m'a
offert fa médiation , je l'ai acceptée ; j'ai envoyé
mon Plénipotentaire dans votre ville ; je me fuis
montré , prêt à ouvrir une négociation dans le
fein de vos murs. Lorfque vous avez empêché
l'effet de cette ouverture , j'ai agréé la propofition
qui m'a été faite de tranfporter la négociation
à Varfovie ; pendant le cours de ces inci
dens, j'ai fait fouvent des propofitions d'accommodement
équitables ; vous n'y avez pas même
répondu . Prié amicalement par l'impératrice de
Ruffie de lever le blocus , après l'affurance que'
n'a faite cette grande Princeffe , ainfi que le
Roi de Pologne , qu'ils vous ordonneroient de
laiffer à mes fujets le libre paffage par votreⓇ
territoire , fans aucune limitation ni condition ,
jufqu'à l'iffue des négociations ; j'ai fait retirer'
mes troupes , tant par eftime & par amitié pour'
ces deux Cours , que par des fentimens de modération
& de compaffion pour la détreffe de vos
concitoyens innocens du pays plat. Au lieu de
remplir mon attente , les intentions de votre Roi ,
& de votre grande protectrice , vous m'avez fait
remettre une déclaration courte & peu convenable
, qui ne s'accorde point avec elles. Main .
tenant vous différez d'envoyer vos Députés à
Varfovie , vous prétextez qu'il faut attendre les
ordres de votre Cour & ceux de la Ruffie , qui
vous font pourtant fuffisamment connus ; vous
ne cherchez qu'à retarder la négociation & à gagner
le temps où la navigation fera rouverte.
je vous laiffe à décider fi vous agiffez fagement.
( 186 )
Je vous ai fait remettre par le Général d'Eglofs →
tein une déclaration expreffe dans laquelle je
perfifte ; je vous affure de nouveau commeje
l'ai fait fouvent , que je ne veux ni opprimer
votre ville , ni refferrer votre commerce. Votre i
fituation , les circonftances , mes fentimens , mes
avantages me feront defirer de les porter, au
plus haut degré. Mais je ne faurois facrifier les
droits que j'ai à la plus grande partie de la
Viftule , le falut & les avantages de mes fujets.
Je maintiendrai ce que la poffeffion , l'équité ,
la pofition naturelle leur affignent , & cela n'eft
point incompatible avec l'exiflence & la profpé--
rité de votre ville , fi vous voulez feulement ne
pas vous approprier tout , ne pas enlever tout à
vos voisins. Je vous ai fait faire des propofitions
qui s'accordent avec ces principes , dans lefquelles
j'ai fait toutes les conceffions poffibles .
Si vous voulez les accepter , vous pouvez vOUS
en rapporter à ma parole royale . Cet accord
fera obfervé d'une maniere facrée ; on ne l'étendra
en aucune façon , & on ne l'expliquera
point à votre préjudice . Je prendrai le plus
grand intérêt à la profpérité de votre ville fituée
au milieu de mes Etats.
On efpere que la nomination & le départ
des Commiffaires de Dantzick ne feront pas
retardés , & que les négociations feront
bientôt repriſes.
La quantité des vaiffeaux entrés dans les différens
ports , peut donner une idée de l'état de leur
commerce & de leur navigation ; il eſt poſſible ,"
en comparant ces Etats , d'évaluer chaque année
, s'ils ont fait des progrès ou déclinés. Nous
placerons en conféquence ici les liftes fuivantes
L'année derniere il eft entré à Elbing 276
( 157 )
bâtimens ; à Konisgberg , 1848 ; à Dantzick,
682 ; & à Stetin , 1186. Le nombre de ceux qui
en font fortis monte , pour le premier de ces
ports , à 276 ; pour le fecond , à 1699 ; pour
le troifieme , à 694 , & pour le dernier , à
£209.
On lit dans plufieurs papiers l'anecdote
fuivante.
Pendant le voyage de l'Empereur en Italie,
une des roues de fa voiture caffa fur le chemin
& ce fut avec beaucoup de peine qu'il parvint au
village voifin ; defcendu à la porte d'un Serrurier
, il le pria de réparer fur- le - champ la roue
endommagée. Je le ferois volontiers , répondit
celui- ci , mais c'est aujourd'hui Fête , tous mes Ou
vriers font à l'Eglife , & je n'ai pas même mon Apprentifpour
faire jouer le foufflet. Voici , dit l'Empereur
, qui n'étoit pas connu , un excellent moyen
de fe réchauffer. Là- deffus il prit la corde du
fouffler ; l'ouvrier forgea , répara la roue , &
demanda 6 fols ; l'Empereur lui donna fix ducats
. L'honnête Serrurier courut après lui , en
lui difant Vous vous êtes trompé , M, au lieu de
fix fols , vous m'avez donné fix pieces d'or que je ne
pourrai trouver à changer dans tout le village . Changez
les où vous pourrez , lui dit l'Empereur , le
furplus eft pour le plaifir que j'ai eu à fouffler. Il'
étoit dans fa voiture en diſant ces mots , & il
continua la route , fans attendre la réponſe .
:
Le Journal politique Allemand qui s'im
prime ici , offre un tableau intéreffant de
'état actuel de la Saxe Electorale , dont'
nous préfenterons ici les réfultats .
La population eft de 1,750,000 habitans , qui
répartis fur 729 milles quarrées ,. forme 2,410
( 158 )
1
L
ames par mille quarrée. Le pays fournit à la
nourriture de fes habitans. Le fol eft prefque.
par-tout fertile , & produit ordinairement allezde
bled pour la confommation du pays dans
quelque diftrict même on en exporte à l'étranger.
Les Manufactures , les Fabriques , mais furtout
l'exploitation des mines font de grandes"
fources de richeffes . On évalue le bénéfice annuel
que la Cour fait de ces dernieres a
400,000 florins , & cette fomme n'eſt que le
cinquieme du bénéfice net . Un Voyageur
a obfervé qu'il y avoit plus de Fabricans &
d'Artifans dans la feule ville de Drefde que dans
toute la Baviere . Dans plufieurs endroits
il y a des Manufactures de toile . La laine de
Saxe eft belle , & les draps qu'on en fabriquefont
recherchés . Les revenus en 1770 étoient
de 5,915,222 écus , & les dépenſes montoient à
6,414,771 écus, de forte que les dernieres excédoient
les premieres d'une fomme de499,549 écus .
Les dettes garanties des Etats du pays étoient
en 1774 , de 25,837,281 écus de capital. La
guerre depuis 1756 jufqu'en 1763 a coûté à la
Saxe feule 71 millions , non compris les pertes
de l'Electeur ; in lépendamment des guerres anciennes
, ce pays a encore fouffert confidérablement
par la difette & la cherté des vivres en
1771 & 1772 ; mais , malgré ces pertes énor
mes , il fe releve à vue d'oeil par l'induftrie de
fes habitans. Les revenus font actuellement un
objet annuel de 6,200,000 écus & la maffe de
toutes les dettes monte à environ 26 milions,
Tous les ans on en éteint 1,200,000 écus.
L'armée eft composée de 26,189 hommes bien
entretenus & bien difciplinés.
Le froid qu'il fait , favorife les parties de
( 159 )
-
traineaux , qui font un des principaux amufemens
de cette faifon dans le Nord ; quelquefois
elles font fuivies d'événemens bien
fâcheux ; le lac près de Gemunden étant entierement
glacé , une compagnie nombreuſe
fit la partie de le traverfer en traineau ; malheureufement
la glace fe rompit dans un
endroit & l'on dit que près de 70 perfonnes
ont péri dans cette occafion.
IT ALIE.
DE LIVOURNE , le 28 Janvier.
L'Empereur , après avoir quitté Naples ,
le 17 de ce mois , & paffé à Rome où il eft
refté jufqu'au 21 , & où il a eu plufieurs
conférences avec S. S. , arriva à Florence le
23 , d'où il fe rendit le lendemain avec let
Grand - Duc à Pife. L'Infante de Parme
étoit partie de Rome , le 1 , pour retourner
dans fes Etats , où elle compte arriver
pour le jour de naiffance de l'Infant Duc de'
Parme.
Il vient de fe paffer ici , écrit- on de Gênes ,
un fait qui ne peut qu'intéreffer les Lecteurs
c'eft un exemple de défintére flement & de délicateffe
, peut- être rares , mais qui honore également
la religion & le couvent qui l'a doré.
Aux Sarcafmes , aux épigrames qu'on ne ceffe
de publier contre les Moines ; on peut trouver
des faits à oppofer. Un particulier de Sampierda
rete , mort depuis peu , a inftitué le couvent de
Coronata , héritier univerfel de fes biens qu'on
( 160 )
évalue à plus de 200,000 livres , & en alaiffé l'ufufruit
à fa femme . Il n'a fait cette difpofition
que parce qu'il n'avoit point d'enfans. Sa veuve
lui a furvécu très-p s-peu de temps , & le couvent a
réuni promptement l'ufufruit à la propriété.
Mais l'Abbé Gandolfe , Supérieur de cette maifon
ayant été inftruit que le bienfaitenr avoit eu
une foeur qui avoit laiffé des enfans pauvres , n'a
pas cru pouvoir ni devoir les fruft er de l'héritage
de leur oncle. Peut- être les circonflançes a &uelles
ont - elles influé fur fa délicateffe ; quoi qu'il
en foit , il a renoncé à cette fucceffion par un
acte formel pallé devant Notaire , & il attend
actuellement de Rome l'approbation néceffaire du
S. Siége.
On vient de publier à Modene une Ordonnance
, pour rappeller la décence & le
refpect , dont on ne s'écarte que trop dans
les Eglifes. Le Duc ordonne qu'il y aura à
l'avenir dans chacune des furveillans vêtus
de fa livrée , pour les faire refpecter davantage
, dont la fonction fera de maintenir
l'ordre convenable : ils avertiront tous ceux
qui s'en écarteront , & la défobéiffance fera
punie féverement.
Ce Réglement , qui paroît malheureuſement
trop néceffaire , en rappelle un , que
Taillepied, dans fa République des anciens
François , attribue aux Druides , & qu'il
rapporte ainfi :
« Nous Ordonnons que chacun affifte au Sermon
qui fera fait par l'un des Vacies ( c'étoit
une claffe de Druides qui avoit l'intendance des
facrifices ) , afin d'entendre la doctrine de la region.
Et fi durant le Sermon , il y a quelqu'un
( 161 )
qui caquette & babille , nous voulons que par le
bédeau ou correcteur qui portera l'épée nue en
figne de menace , lui foit coupé un grand lambeau
de fon manteau ; & feconde & troisieme fois
s'il ne veut fe taire , étant averti , qu'on lui en
'coupe une fi grande quantité que fon habillement
en foit difforme , & ne s'en puiffe fervir . Le femblable
voulons être fait dans nos affemblées par
les Sergens , quand ils verront quelques- uns qui
ne feront filence »'.
Il y a peu de pays où l'on n'eut befoin
de renouveller cette Ordonnace des Druïdes
; & il y en a peu où l'on ne vit bien des
vêtemens mutilés .
On apprend que le Prince Charles-
Edouard Stuart eft dangereufement malade
d'une attaque d'apoplexie .
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 16 Févrie.
Nos feules nouvelles de l'Amérique feptentrionale
fe réduisent à la lettre fuivante
d'Albany, en date du 2 Septembre dernier.
Plufieurs perfonnes font arrivés du Canada ;
on n'a encore remis en liberté à Quebec & à
Monréal , que les prifonniers militaires ; ceux
qui ne font pas de cette claffe , font retenus fans
qu'on en fache la raiſon ; les derniers arrivés après
avoir follicité la permiffion de partir & des paffeports
fe font échappés , & ont regagné cette ville
& les environs , en paffant à travers les bois. Ils
ont demeuré fix à fept ans en Canada , les uns,
en prifon , les autres fur leur parole ; les diſpo¬
( 162 )
fitions des Indiens font
maintenant
pacifiques.
Ils ont été très- féroces
pendant la guerre ; on
les voyoit
s'approcher des lieux où les prifonniers
étoient gardés , les infulter & tremper leur
Tamawahks , dans leur fang. - Le général
Alderman , qui
commande à Québec , eſt mal
avec les habitans ;
dernierement on trouva un
matin, fon effigie pendue à fa porte. Il dit à cette
occafion : ils veulent me faire un enfer dece commandement
, mais ils y
trouveront un diable.
On a parlé dans la plupart de nos papiers
du fort funefte qu'a éprouvé dans l'Inde . le
vaiffeau de la
Compagnie le Duc d'Athol;
aux relations qu'on en a donné , on ne fera
pas faché de joindre celle- ci , tirée d'une
lettre du
Chirurgien de ce vaiffeau à fes parens
à
Aberdeen , où il eft né , & dans la
quelle il rend compte de la maniere en effet
miraculeufe dont il a échappé à ce défaftre.
» Le
lendemain de notre arrivée , à 7 heures du
matin nous fumes alarmés par un cri de feu qui
parroit de l'endroit où les liqueurs étoient enfermées
les flammes étoient déja violentes , & s'étendoient
rapidement ; elles étoient
immédiatement
fous le magafin à poudre. Notre fituation eft
plus aifée à concevoir qu'à décrire, On fit tout ce
qu'on put pour éteindre le feu ; nous fimes tous
les fignaux de détreffe , & tirâmes tous nos canons
ce qui amena beaucoup de monde à notre fecours .
Nos efforts parurent d'abord avoir quelques fuccès.
L'activité des flammes diminua , on croyoit être
parvenu à s'en rendre maître ; on ſe crut en fûreté
, & cette fécurité fut funefte à un grand nombre.
A 8 heures 15 minutes le vaiffeau fauta . Je
fus emporté avec les éclats , & jetté dans la mer.
J'ignore comment je m'élevai ,
comment je tom
3:
( 163 )
bai ; j'avois perdu toute connoiffance & tout fentiment
; je ne les repris que pour fentir des douleurs
violentes par tout le corps ; j'étois comme
brife , ma tête fe trouva je ne fais comment hors
de l'eau , j'eus la force de la foutenir affez longtemps
pour appercevoir un mât qui flottoit auprès
de moi pour le faifir ; il me foutint un moment ,
& la foibleffe m'alloit forcer à plonger; je m'établis
deffus avec beaucoup de peine . Mon état étoit tel ,
qu'à peine me fouviens - je du temps que j'ai paflé
dans cette fituation , & dé ce qui eft arrivé . Je me
trouvai , en revenant un peu à moi , fur la frégate
la Junon, où l'on me donna tous les foins & tous les
fecours dont j'avois befoin . Ce funefte événement
a coûté la vie à 7 Lieutenans , à 97 autres Bas-
Officiers & Matelots appartenant aux Vaiffeaux
de Guerre , à 2 Officiers , à 25 Matelots des Vaif
feaux de la Compagnie , à tous nos Officiers ,
15 de nos Matelots & 4 Paffagers «.
Plufieurs lettres de l'Inde , reçues en dernier
lieu , & publiées fucceffivement dans
nos papiers , contiennent les détails fuivans.
Tippo- Saib avoit fait une brêche affez confidérable
à Mangalor , quand il reçut avis que la.
paix étoit conclue en Europe . Il y eut auffitôt
entre lui & l'Officier- Commandant Anglois une
correfpondance qui donna lieu à une ceffation
d'hoftilités ; & le Général Macleod , qui arriva
peu de jours après de Bombay , fut reçu de Tippo-
Saib avec beaucoup d'égards . Le Général convint
d'accompagner ce Prince à Sering- Pa am pour
recevoir fes propofitions de paix , & Tippo - Saib
s'engagea à relâcher fur- le- champ tous les Prifonniers
Anglois , & à approvifionner Mangalor pendant
la ceffation des hoftilités «c.
La Compagnie des Indes , depuis qu'il eft
( 164 )
queftion de remettre le Bill de M. Fox fur
le tapis , a concu de nouvelles inquiétudes
fur fon fort ; & plufieurs de fes Actionnaires
fe font affemblés pour délibérer fur les mefures
qu'il convient de prendre pour prévenir
les inconvéniens dont elle eft menacée :
mais jufqu'à ce que ce bill foit préſenté au
Parlement , on ignore les changemens qu'y
a fait fon auteur , & la nouvelle forme qu'il
lui a donnée. Ils ont en conféquence décidé
qu'ils attendroient cette époque , & qu'auffitôt
qu'elle feroit arrivée , ils fe raffembleroient.
En attendant , on a préſenté dans
quelques papiers le tableau fuivant de l'ori
gine de la Compagnie.
Elle commença à fe former fous le regne de la
Reine Elifabeth ; la premiere Charte afiatique
porte la date de 1598. Elle ne fut d'abord accordée
que pour un terme de roans; la Reine étant contraire
& oppofée à toute efpece de Monopole
exclufif. Le Roi Jacques la renouvella ; Charles
II , après la reftauration , en fit de même en
1682 , & joignit quelques nouveaux priviléges
à ceux qu'elle avoit déjà ; Jacques II , par une
particuliere influence , les confirma & les augmenta
encore . Son capital , dans l'origine , étoit
de 265,000 livres ft. , fes fuccès l'augmenterent ;
il étoit doublé en 1676. En 1685 , il paffa un
million ft. En 1698 , fur un mécontentement en
tre le Gouvernement & les Directeurs , on établit
une nouvelle compagnie quatre ans avant
l'expiration de la Charte de l'ancienne. Le fond
de la nouvelle fut de deux millions , avec lef
quels elle envoya dans l'Inde quarante - trois vai
feaux. Cette activité & le fuccès qui l'accompa
( 155 )
gna firent tomber l'ancienne Compagnie qui ,
en 1704 , fe joignit à la nouvelle , avec laquelle
elle eft restée confondue jufqu'à préfent .
Ce font les deux bills de l'Inde portés à
la Chambre des Communes par MM. Pitt
& Fox , qui font la caufe des diviſions actuelles
; l'un a été regardé comme trop dur ,
& l'autre comme trop doux. Il feroit à fouhaiter
à préfent , que quelque membre indépendant
des Communes , prit fur lui d'en
préfenter un nouveau qui tînt le milieu , &
qui pût fatisfaire les deux partis.
Les adreffes préfentées au Roi pour le remercier
d'avoir renvoié fes Miniftres , fe font
prodigieufement multipliées ; les partiſans
de l'Adminiftration actuelle en ont conclu
qu'ils avoient pour eux le fuffrage de la
Nation , s'ils n'avoient pas celui de la Chambre
des Communes , dont la voix ne pou
voit plus être regardee comme celle du peuple.
Les amis de la coalition ont tâché de
détruire la force de cet argument , fondé fur
un fait , & ils en ont cité quelques autres qui
font propres à infpirer de la défiance fur ces
adreſſes ; ce qui s'eft paffé à Yorck vient à
leur appui .
Le 30 du mois dernier , on diſtribua dans toutes
les inaifons de cette ville des billets anonymés pour
prévenir les citoyens qu'il y auroit une affemblée
à la Bourfe le même jour à 3 heures après- midi ,
pour approuver le projet d'une Adreffe au Roi. Le
Corps de Ville , affemblé le 3 , prit à cette occafion
les réfolutions fuivantes. 1°. C'eft l'opinion
réfléchie de cette Communauté , qu'une Adreſſe
( 166 )
an Roi dans ces circonftances critiques , n'eft ni
néceffaire , ni convenable , parce qu'on a raifon
de croire que plufieurs perfonnes recommandables ,
amies du Rei & de leur pays , s'occupent à réunir
la fageffe & les talens des partis contendans,
& que le fuccès de ces mesures peut conduire
au bien général . 2 °. Que les citoyens n'ont pas
été convoqués légalement pour l'affemblée qui
leur a été propofée , & qu'on ne leur avoit pas affez
détaillé un objet auffi important , qu'une Adreſſe
au Roi qu'on vouloit mettre fous leur confidération.
3 ° . Que les Magiftrats & les Citoyens n'ont
point donné leur confentement à une pareille mefure
, & que le Lord Maire , en ne s'y prêtant pas ,
a agi d'une maniere conforme aux devoirs de fa
place . 4°. Qu'une Adreffe ainfi obtenue , eft un
manque de refpec à S. M. , injurieufe à fes Sujets ,
puifqu'elle repréſente mal leurs fentimens en prenant
improprement le nom d'Adreffe générale.
5 °. Ordonné que 3 copies de ces réfolutions ferent
envoyées au Lord John Cavendish , au Lord Galway
, repréfentans de cette ville auParlement, & c.
qu'elles feront imprimées.
A ce fait on joint celui ci ,
Le 5 il y eut une nombreuſe affemblée des Elecreurs
deWeftminster à la Taverne de Shakespeare ;
Sir Cecil Wray fut appellé pour expliquer fa conduite
relativement à la part qu'il avoit eue à la
préfentation de l'adreffe préfentée précédemment.
Il répondit qu'il avoit toujours fenfé que fon devoir
étoit d'obéir à fes conftituans ; que quant
à l'adreffe il ne l'avoit vue que lorfqu'elle fut
préfentée à 5. James ; qu'il avoit dit dans la Chambre
des Communes qu'elle étoit fignée par 4000
perfonnes ; mais qu'il avoit fu depuis qu'elle ne
l'avoit été que par 2800 perfonnes ; qu'il ignorolt
fi tous étoient des Electeurs . Sur la demande
( 167 )
qu'on lui fit s'il croyoit que cette adreffe exprimât
les fentimens de fes conftituans , il dit que
c'étoit fon opinion . M. Fox fut appellé enfuite
& M. Baldwin lui demanda pourquoi il n'avoir
pas paru lorfqu'on rédigea cette adreffe ; il dit
que loin d'avoir été appellé , il avoit ignoré qu'ilen
fût queftion jufqu'au moment où Sir Cecil
Wray en avoit fait mention au Parlement . On fit
enfuite la motion , favoir fi l'on devoit approuver
la conduite de Sir Cecil Wray. M. Fox obferva
que fon collegue étant abfent parce qu'il s'étoit
retiré après avoir répondu , il étoit injuſte de faire
fon procès à fa conduite. On délibéra enfuite s'il
ne conviendroit pas de préfenter une autre adreffe ;
mais cette idée fut abandonnée , & on prit les .
réfolutions fuivantes ; 1 ° . c'eft l'opinion de cette
affemblée , qu'une adreffe dans laquelle on a extorqué
des fignatures par follicitation , par igno.
rance , fans publique & préalable notice , eft contraire
à la maniere ordinaire , franche & conftitutionnelle
de s'adreffer à la Couronne , & une
impofture tendant à abuſer la nation ; 2º. que
ia conduite de M. Fox eft conforme à la pratique
des principes établis par la conftitution , &
lui donne droit à la continuation de l'eftime & de
la confiance de fes conftituans.
Ces réfolutions n'ont fait qu'augmenter les
divifions , & que donner lieu aux fcenes les plus
fingulieres, Cinq jours après dans une affemblée
préfidée par Sir Cecil Wray , on propofa une
adreffe dont l'examen fût renvoyé au 14 ; alors
les Electeurs furent plus nombreux ; les cris
oppofés qui appelloient d'un côté M. Pitt , &
de l'autre M. Fox , ne permirent pas de s'entene
dre . M. Byng yoyant qu'il étoit impoffible de
ramener le calme , propofa de divifer l'affemblée.
Conformément à fon avis , M. Fox paffa
dans une falle , Sir Cecil Wray dans une autre ;
( 168 )
chacun y fut fuivi de fes partifans ; ceux du pre-.
mier furent , dit- on , les plus nombreux ; il leur
adreffa un difcours , à l'iffue duquel on confirma
les réfolutions dus , & on arrêta une adreffe
au Roi contenant des affurances de zele & d'attachement
pour fa perfonne de leurs efforts conftans
en faveur de l'union , l'efpérance qu'ils
avoient que quels que fuffent les Miniftres que
S. M. choifircit dans fa fageffe , ils auroient
les égards dûs aux fentimens de la Chambre des
Communes , gardienne conſtitutionnelle des droits
du peuple . M. Fox fe retira enfuite ; le peuple ,
felon l'ufage , s'attela à fon carroffe & on
entendit de tous côtés , vive Fox , honniefoit l'influencefecrette.
Pendant ce tems , l'affemblée
préfidée par fir Cecil Wray, prenoit des réfolutions
contraires , & le Préfident en fe retirant fut porté
jufques chez lui fur les épaules de fes partifans .
2
Il s'en eft fallu de peu que la Chambre des Communes
d'Irlande n'ait pris auffi le 26 du mois dernier
une réfolution femblable à celle des Pairs
d'Angleterre. Ce jour- là , on lui prétenta un meffage
du Roi pour qu'elle s'ajournât à quinzaine .
M. Molyneux propofa une Adreſſe à S. M. pour
la remercier d'avoir renvoyé les anciens Miniftres,
& pour la prier de conferver les nouveaux. Il fit
une critique très-amere des premiers & l'éloge
le plus pompeux des feconds ; mais au moment
où il faifoit cette motion , l'Orateur avoit commencé
celle de l'ajournement , & l'uſage n'eſt
point d'interrompre un Membre de la Chambre
qui parle ; en conféquence , le projet d'Adreffe
n'eut pas lieu , & on ignore même comment il auroit
été reçu .
La fuite des débats ne montre pas en
effet que les Miniftres aient rien gagné. On
remarque
( 169 )
1
remarque au contraire , que depuis le
ils fe font vu abandonnés par plufieurs de
leurs amis , & preffés de toutes parts de
fe foumettre aux réfolutions des Comuunes.
Le parti de l'Oppofition a ſufpendu
les hoftilités. M. Fox a remis fon
terrible comité fur l'état de la Nation ; &
fa modération lui a ramené beaucoup de
gens , que des meſures hardies auroient fait
fuir. Le parti Miniſtériel a bien fait quelques
démarches , pour annuller les réfolutions
précédentes de la Chambre des Communes
: mais il n'a fait que tâter les efprits ;
'on n'a fait encore aucune motion.
Le 10 de ce mois M. Eden rappella à la Cham
bre la taxe des quittances , & le bill proposé par
l'ancienne adminiftration pour en affurer le paiement
; il gemit de ce que les circonstances avoient
fait oublier une affaire de cette importance ; le
produit de la taxe ne devoit pas être de moins de
Sooo liv. ft. par femaine , & on pouvoit calculer
ce que la nation avoit perdu par ſa ſuſpenſion , &
de ce qu'elle lui feroit perdre encore par un nouveu
delai. Il demanda au Chancelier de l'échiquier
quand il comptoit demander que la Chambre
le prit en confidération . M. Pittrépondit que
le bill ayant été préfenté dans l'origine par fon
prédeceffeur , il ne jugeoit pas qu'il lui convint
de le prendre de fes mains , & il ajouta qu'il penfoit
que fi l'opinion de la Chambre étoit de fou .
tenir ce bill , il devoit être envoyé au Comité .
Le Lord Jonh Cavendish , qui avoit ci -devant
propofé ce bill , dit qu'il n'ignoroit pas que le
peuple y étoit contraire , mais que ce n'étoit point
ce motif qui l'avoit empêché de le fuivre , les ci-
N°.
9 , 28 Février 1784.
( 170 )
Conftances en étoient la feule caufe ; il avoua auffi
qu'il y avoit eu quelques objections contre diverfes
claufes, & qu'il efpéroit que les gens de loi
confultés l'auroient mis en état de les lever , que
pour fa part il jugeoit la taxe bonne , & que dans
cette idée , il ne craindroit pas de prendre fa part
des défagrémens qu'éprouveroient ceux qui contribueroient
à la faire paffer. M. Huſley demanda
à M. Pitt de déclarer s'il étoit pour ou contre le
bill ; s'il y étoit oppofé , ce feroit une choſe affez
finguliere de voir un Miniftre hors de place pourfuivre
à la Chambre une affaire de finances que
défaprouvoient les Miniftres actuels . M. Pitt répondit
qu'il croyoit s'être fuffifamment expliqué
en difant n'avoir aucune objection à ce que le
bill fut envoyé au Comité ; que fi la taxe devoit
fubfifter , comme la Chambre paroiffoit l'avoir
décidé avant Noël , il falloit la rendre efficace
le plutôt poffible ; qu'il en diroit fon opinion au
Comité , & qu'il trouvoit un peu étrange qu'on
fit de pareilles queftions à un Miniftre. M. Fox ne
manqua pas de relever cette réponſe . Quand les
Miniftres & la Chambre étoient également les
défenfeurs de la conftitution , les premiers ne
arouvoient point fingulieres les questions que
pouvoit leur faire un membre indépendant &
refpectable ; & quelle étoit celle qui venoit d'êtte
faite une queftion de finance ; a qui étoit - elle
faite au Miniftre des finances ; & il répondoit
par des fi. M. Burke trouva la raifon des réponses
vagues du Miniftre dans les oppofitions que la taxe
éprouvoit de la part du peuple ; il fentoit qu'elle
étoit utile ; il vouloit en recueillir les avantages ,
& laiffer tout l'odieux à ceux qui l'avoient propofée.
M. Baker obfervant que les conftituans de
M. Fox devoient s'affembler le 17 fur cette
xe qu'ils défapprouvoient , & appeller pour
( 171 )
ainfi dire M. Fox en jugement , il convenoit que
M. Pitt s'expliqua clairement fur la taxe & fur
le bill ; ce dernier déclara enfin qu'il foutiendroit
l'un & l'autre ; le Comitté fur cet objet , fut alors
fixé au 12. M. Pitt propofa enfuite le rapport
du Comité fur les eftimations de l'artillerie ; M.
Fox déclara qu'il ne s'oppoferoit point à ce que
ce rapport eut lieu ce jour là , pourvu qu'on remit
la délibération à un autre. Dans l'état actuel des
chofes , il n'étoit pas naturel qne la Chambre
s'occupât de fubfides avant de favoir quelle réponſe
S. M. feroit aux réfolutions qui lui avoient
été communiquées. Lors qu'on en feroit inftruit
on délibéreroit fur les mefures à prendre en conféquence.
M. Pitt dit alors qu'il ne falloit pas
attendre une réponſe formelle de S. M. comme
celle qu'elle feroit à une adreffe ; mais que la
Chambre feroit inftruite de maniere ou d'autre ,
des intentions de S. M. il demanda que le rapport
fut lu & que la délibération fut remife au
lendemain ; ce qui paffa ; le Lord Beauchamp ,
après avoir obfervé qu'il étoit déja en poffeffion
de la féance du II par l'annonce qu'il avoit faite
de quelques réfolutions que la derniere attaque
des Pairs contre les Communes rendoit néceffaires
& déclaré qu'il avoit de grandes objections contre
les ftimations de l'artillerie , qui étoient fondées
furun fyftême de défenſe nouveau dans ce pays ,
confiftant en fortifications , & dont l'effet pouvoit
être funefte à la marine qui eft ſa véritable défenfe
, confentit à remettre le rapport des recherches
du Comité au jeudi , & les réfolutions
au vendredi.
Le 11 la Chambre en comité de fubfides
renvoya au vendredi les voyes & les moyens ,
M. Eden prit enfuite la parole fur l'ordre du
jour qui appelloit l'affaire du comité chargé
h 2
( 172 )
de rechercher les caufes de la contrebande ;
& les moyens de la prevenir ; il obferva qu'elle
caufoit au Commerce légitime & au revenu
public un tort de deux millions fterlings , qu'elle
n'employoit pas moins de 120 vaiſſeaux de 24 cánons
, & une frégate dont la dépenſe , d'après
un calcul modéré , pouvoit être portée à un
million & demi ; rien ne prouvoit plus la néceffité
de mettre fin à ce défordre ; fi l'on avoit
différé de s'en occuper , on ne pouvoit en accufer
que l'Adminiſtration actuelle ; il fit enfuite
une motion pour qu'il fut déclaré que
l'opinion de la Chambre étoit que cet objet
exigeoit l'attention immédiate du Parlement.
Quelques membres infifterent fur la néceflité
de trouver quelque moyen d'empêcher la continuation
de ce mal ; d'autres obferverent que
l'on ne le pouvoit pas dans un moment où l'on
n'avoit point d'Adminiſtration , & cela aména
des difcuffions dans lesquelles on attaqua & on
défendit ies Miniftres actuels. M Fox ne perdit
pas cette occafion de rappeller ce qu'il avoit
dit plufieurs fois. Tout rendoit une union néceffaire
il ne montra aucune répugnance à
s'y prêter , il n'avoit point d'objection contre
les perfonnes ; il n'en avoit que de relatives aux
principes. il s'étendit fur la néceffité de la démiffion
de M. Pitt ; quant à fon bill de l'Inde ,
il répéta qu'à l'exception de fa bafe , de la nomination
aux emplois , il ne pouvoit renoncer
à fon opinion ; mais que tout le tefte pouvoit
être changé conformement aux voeux de tous
les partis . M. Pitt en annonçant des fentimens
auffi modérés , & peu de difficultés à s'unir à
M Fox , déclara qu'il gardoit fa place , & qu'il
ne pouvoit convenir du principe du Bill ; les
difcours que l'un & l'autre prononcerent à cette
>
2
( 173 )
14
6ccafion parurent à quelques membres confirmer
l'efpoir qu'ils avoient d'un accommodement
mais cet efpoir fembla prefque nul aux
autres. Ces débats ne finirent que par la propofition
que fit M. Pitt de s'occuper des eftimations.
M. Steele fit alors les motions fuivantes :
1°. qu'on accorderoit 111,634 liv. 9 f. 6 den.
pour les eflimations ordinaires ; 2 °. 430,369 liv.
7f. 4 den. pour les dépenfes ordinaires & extraordinaires
; on prendroit fur ces derniers
90,000 liv. pour les fortifications , & 18100
pour l'achat de la maifon appartenant ci -devant
à fir Grégoire Page , dont l'emplaceinent devoit
fervir à ces fortifications. De nouveaux débats
s'éleverent. Les uns ne vouloient point de fortifications
du tout . Elles ne faifoient qu'une
-nouvelle dépenfe d'entretien & de garnifon , &
-n'étoient utiles qu'aux Entrepreneurs , qui s'enrichiffoient
pendant qu'on les confiruifoit ; d'antres
fe contenterent de vouloir qu'on diminua
ces dépenses , & M. Rolle fixa cette diminution
à 180,000 liv. ft. , & elle fut arreté.
Le 12 le bill de la taxe des quittances , qui eft
un ouvrage des anciens Miniftres , fut mis au comité
de fubfide , & paffa à la pluralité de 167 voix
contre 33. Le Lord Beauchamp fit enfuite
le rapport du comité pour examiner l'ufage des
deux Chambres du Parlement relativement à leur
interpofition , à l'égard de l'exercice ou de la fufpenfion
des pouvoirs illimités donnés aux Officiers
de la Couronne , ou à un Corps quelconque ,
pour des objets publics . Ce rapport contient une
fuite d'exemples tirés des Journaux des Pairs &
& commençants à l'année 1626. Les débars qui fuivirent
cette lecture ne furent pas longs, mais ils firent
voir qu'il y avoit encore de la réſerve parmi
les Chefs de parti , un attachement plus fort que
h3
( 174 )
jamais à leurs principes , & par conféquent de
grands obftacles à la réunion . Cependant le Lord
Beauchamp confentit à donner du tems pour confidérer
les détails de ce rapport , & à reculer les réfolutions
qu'il s'étoit propofé de préfenter le lendemain
à la Chambre : elles furent remiſes en
conféquence à aujourd'hui . On efpere toujours
la paix , difent nos papiers , & on peut
l'augurer des derniers débats de la Chambre
des Communes ; lorfqu'on les examine attentivement
, on voit que mylord North ne
veut point être un obftacle à la réunion , puifqu'il
a déclaré que s'il en faifoit un , il renonoit
à toute prétention de rentrer dans le miniftere.
M. Fox , de fon côté, qui ne fe diffimule
point que fon bill de l'Inde éprouvera des
oppofitions , a promis d'y faire quelques changemens
, en confervant cependant ce qu'il en regarde
comme la bafe ; & M. Pitt , quoiqu'il
fe foit expliqué avec plus de réſerve & de cir
confpection , ce qui étoit naturel à fa place , a
laifle entrevoir auffi des difpofitions à la paix.
Plufieurs voix fe font élevées pour remercier
les trois chefs de partis de ces déclarations dont
on efpere beaucoup . On ne fait point encore
quelles difficultés les parties contractantes de
l'union auront applanies pour confommer ce
grand ouvrage. Tout ce que l'on dit , c'eft
que le Duc de Portland a écrit , à M. Pitt ,
un billet par lequel il lui infinue de déclarer
que par refpect pour les réfolutions de la
Chambre des Communes , les Miniftres s'étoient
déterminé à fe démettre de leurs places ; mais
que l'expédition des affaires exigeoit qu'ils en
continuaffent les fonctions jufqu'à ce que le
roi eut formé une nouvelle adminiſtration,
P. S. Le 17 Février. C'eft hier que le Com
mité fur l'état de la nation a eu lieu ; le Lord
( 175 )
t
Beauchamp , après avoir rappellé la fuite des
exemples qui résultent des recherches qu'il avoit
été chargé de faire de l'interpofition de la Chambre
, fut pour fufpendre ou continuer l'exercice
d'un pouvoir accordé par un acte du Parlement ,
& obfervé que dans la réfolution du 24 Décembre
, la Chambre avoit agi par avertiffement
, & que les Pairs dans les leurs avoient
pris le ton de l'autorité & de la légiflation , a
propofé les réfolutions fuivantes. Que cette
Chambre ne s'eft point arrogée le droit de fufpendre
l'exécution des loix . Que la conf
titution & l'ufage l'autorisent à déclarer fon
opinion & les fentimens fur l'exercice de tout
pouvoir accordé par acte du Parlement à qui que
ce foit Que c'eft un de fes priviléges particuliers
de s'interpofer dans toutes les motions
relatives au tréfor public dont elle eft la gar
dienne conftitutionnelle . - Que la réfolution
du 24 Décembre pour empêcher la Compagnie
d'accepter des lettres- de- change pour plus qu'elle
ne peut payer , eft ftrictement légale. Que
fi elle ne l'eût pas prife , elle eût été refponfable
de fa négligence. Qu'enfin fon devoir
eft de conferver fes priviléges , & de les
tranfmettre entiers à la poftérité. Toutes ces
réfolutions , après quelques débats , pafferent
fans divifion.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 24 Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de S. Serge,
ordre de S. Benoît , dioceſe d'Angers , l'Evêque
d'Angers , fur la nomination & préfentation
de Monfieur , en vertu de fon ap
panage ; à celle de S. Martin- les - Aires , Ordre
de S. Auguftin , diocefe de Troles ,
h 4
( 176 )
Abbé de Murat , Aumônier de Madame.
Vendredi dernier la Cour a pris le Deuilpour
1 jours , à l'occafion de la mort de la
Princeffe Frédérique Louife de Pruffe, Margrave
Douairiere d'Anfpach.
La Comteffe de Vielle & la Baronne de
Jumilhac ont eu l'honneur d'être préſentées
à LL. MM. & à la Famille Royale ; la premiere
, par la Vicomteffe de la Rochefoucault
; & la feconde , par la Comteſſe de
Jumiliac.
DE PARIS , le 24 Février.
On lit dans plufieurs papiers publics la
lettre fuivante de Grenoble , elle contient
un fait affez fingulier pour piquer la curiofité
de nos Lecteurs.
Voici un nouveau trait qui prouve que les
femmes ne font pas étrangeres à la bravoure &
à ce fentiment d'héroisme qui fait affronter les
périls les plus imminens. Il eft arrivé dernierement
en cette ville , une jeune fille qui a fervi
pendant toute la guerre derniere & qui s'eft
trouvée à tous les combats de M. d'Estaing , de
M. de Guichen & de M. de Graffe . Cette fille ,
âgée actuellement de 17 ans , eft nativè de Serres
en Gapençois , & le nomme Adelaide Alie. Elle
s'enfuit de la maifon paternelle dès l'âge de 11
ans parce qu'elle y étoit maltraitée par une
belle- mere ; & elle prit la route de Marfeille .
arrivée dans cette ville elle étcit fans reffource
9
& fut réduite à mendier ; mais cet état abje & revolta
bientôt fon ame naturellement fiere : elle
forma la réfolution de fervir le Roi. On faifoit
( 177 )
pour lors des enrôlemens de jeunes garçons pour
le fervice des vaiffeaux ; elle va chez un Fripier
pour troquer fes vêtemens de fille contre des
vêtemens de garçon , part pour Toulon , & fe
préfente pour fervir fur les vaiffeaux de la marine
royale. Elle eft claffée fur le pied de fousmouffe
, & embarquée fur le vaifftau le Glorieux
. C'eft fur ce vailleau qu'elle a fait les principales
campagnes de cette guerre ; elle y a reçu
, à différentes fois , trois coups de feu , dont
l'un lui caffa te bras , & les autres l'atteignirent
au gras de la jambe & de la cuiffe près du genou .
Ces évenemens ne l'ont point rebutée , & ne lai
ont jamais donné la tentation de le faire connoître
. Enfin , fous M. de Graffe , elle fut faite
prifonniere fur le Glorieux , & conduite en Angleterre
, où elle eſt reſtée juſqu'à la paix ; elle ,
n'a été reconnue qu'à fon retour en France. Le Roi
lui a accordé , à titre de penfion , la denti -folde
de matelot , qui eft de 10 livres par mois.
La rigueur de la faifon a fait remettre encore
l'expérience du globe aéroftatique de
Dijon ; mais felon la lettre fuivante du 17 ,
ce délai n'a pas dû être long.
Les neiges n'ayant pas difcontinué , il n'a pas
été poffible de tendre la toile de la tente , &
MM. les Commiffaires ont pris le parti de faire
transporter l'enveloppe dans la grand'Salle de
l'Académie , où elle a été enflée le 13 avec l'air
commun , en deux heures & demie , par le moyen
d'un feul foufflet de ferrurerie . Ceux des Souf- .
cripteurs qui ont affifté à cette opération , ont été
fatisfaits de la belle forme que le Ballon a prife ,
quoique gêné de tous côtés par les faillies de l'Architecture
de la Salle , qui n'a que 28 pieds de lar
geur. On a forcé le vent pour découvrir le Bal
h $
( 178 )
:
Ion ne perdoit pas en quelque endroit , & on a vu
avec plaifir que les coutures ne laiffoient rien
échapper, puifque la diftention n'a ceffé que par
une légere fciffure qui s'eft faite avec bruit à l'entrée
de l'appendice. Ces difpofitions annoncent
que la grande Expérience aura lieu , finon pour
le 18 , ce qui n'eſt pas poflible , du moins pour le
20 ou le 21 de ce mois , & qu'il n'y aura d'autre
retard que celui qui feroit occasionné par la continuité
des neiges , & l'impoffibilité abfolue d'opérer
dans le jardin d'où cet Aeroftat doit partir.
Les lettres de la Rochelle & de Rochefort
contiennent des détails des fuites que
Fon craignoit de l'orage de la nuit du 17 au
18 du mois dernier. Nous en réunirons ici
quelques - uns.
съ Le 25 Janvier
on avoit
déja
enterré
à la Ro
chelle
plus
de 40 cadavres
pouffés
à la côte
depuis
cette
tempête
, avec
beaucoup
de débris
de vaiffeaux
, de planches
, de mâtures
. La Patache
, qui
va de cette
ville
à l'ifle
de Rhé
, a coulé
bas
avec
54 paffagers
, dont
un feul
, qui
eft un homme
de
60
ans
, s'eft
fauvé
fur
un
débris
du bâtiment
,
& a étéjetté
fur un rocher
. Il y avoit
fur
cette
Patache
un homme
qui
conduifoit
avec
lui
fa fille
,
un
enfant
de 8 à 10 ans
; au moment
où le bâtiment
a péri
, il l'a prife
entre
les bras
, & 2 jours
.
après
on l'a retrouvé
fur
la plage
dans
la même
pofture
, tenant
cette
enfant
ferrée
contre
fa poitrine
, d'où
l'on
ne l'a retirée
qu'avec
peine.-
Des
.
nouvelles
de Blaye
portent
que
, pendant
ce terrible
ouragan
, il a péri
dans
la Garonne
un nomt
me
prodigieux
de perfonnes
. On
a trouvé
dans
cette
riviere
plus
de 100
cadavres
auxquels
on a donné
la fépulture
: il y en avoit
, difent
les Lettres
, la
charge
des
groffes
charrettes
. Le
bateau
de paf(
179 )
-
fage a péri avec 45 perfonnes , parmi lefquelles
étoit un Chevalier de S. Louis , un Confeiller-
Clerc du Parlement de Bordeaux , un Garde - Marine
, &c. On mande de Bordeaux , que l'on a
trouvé dans la partie de la Garonne , qui eft près
de cette ville , plus de cent perfonnes noyées qui
y ont remonté avec le flux. Il y a eu de très-grandes
avaries à la plupart des bâtimens de ce port .
On s'attend à apprendre dans peu des détails qui
affligeront encore . On a vu beaucoup de bois flottés
, des planches , des portions de mâts qui conftatent
un naufrage , & à la Rochelle on a trouvé plus
de 50 cadavres « .
Il nous vient également les plus triftes
nouvelles des lieux fitués fur la Loire. Cette
riviere , accrue fubitement par le dégel qui
eut lieu au commencement de ce mois ,
rompu fes digues en différens endroits , - s'eft
répandue dans les campagnes ; & les énormes
glaçons qu'elle charrioit , ont brifé tout
ce qu'ils ont rencontré. Ils étoient fi fort
amoncelés près le pont de Blois , qu'on les
touchoit avec la main , quoique ce pont ſoit
de la plus grande hauteur ; la perte en vins ,
fucre , caffé , liqueurs , &c. eft immenſe :
peu de bateaux ont été confervés ; & le dégat
eft déja eftimé fe monter à 2 , 500, oGo L
On craignoit à Blois que les ravages n'aug
mentaffent encore au départ des glaces.
*
La faifon n'eft plus fi rigoureufe ; pendant
long- tems le thermometre a été conftamment
à 2 & à 3 degrés au - deffous du terme
de la glace , & la nuit il defcendoit à 6 &
à 7. La femaine derniere , il y a eu des ef-
1
( 180 )
pérances de dégel ; mais la nuit le froid reprenoit
; & à cette époque il paroît enfin
bien décidé.
L'Administration n'a rien négligé pendant cette
continuité de froid qui a duré 70 jours. Les farines
. & autres approvifionnemens de bouche de premiere
néceffité arrivent de toutes parts & des endroits
les plus éloignés ; le bois feul pourra manquer
; il en reftoit peu dans les chantiers , & on
n'en délivre plus qu'une demi - voie aux perfonnes
qui fe préfentent . Après ce qui arriva l'année der
niere , que l'on éprouva la même pénurie , il y
auroit de l'injuftice à dire qu'on a manqué de prévoyance
. La vérité eft qu'on a mis tout en oeuvre
depuis deux ans pour avoir une provifion conftante
de deux années dans les chantiers. Mais les bras one
- manqué pour la coupe des forêts & pour les tranfports
, & l'on n'a pu faire entrer à tems ce qui étoit
Déceffaire pour la confommation qui eft , année
commune , de 800,000 voies : lorfque la riviere
fera navigable , l'abondance reviendra. Il y a de
grands amas à portée , & que le défaut de moyens
a empêché de faire arriver. On avoit propofé
d'ordonner à tous les gens à fourreau , à ufi
pesy &c. de fe fervir de charbon de terre , au lieu
de bois , ce qui auroit épargné 150,000 voies de
celui - ci . Mais il n'a rien été ftatué fur ce fujet,
& l y a lieu de croire cependant qu'on prendra ceparti
, qui d'ailleurs conviendra au conſommateur
comme plus certain , plus économique & d'un auffi
bon ufage .
3. L'année derniere & le commencement de
celle ci ont été remarquables par l'exceffive
chaleur, & le brouillard fec qui fe font tait
tentir fi généralement , & par l'hiver rigoujeux
que nous éprouvons , & qui n'eft pas
moins général.
‹‹ Tous les avis de Sicile des mois de Décembre
& de Janvier font mention d'un brouillard
auffi épais , mais encore plus funefte que celui
qui eut lieu à Amfterdam le 15 Décembre dernier
, & qui dura depuis dix heures du matin
jufqu'à midi. L'obfcurité a été quelquefois fi
grande fur les côtes de la Sicile , que nombre
de vaiffeaux le font brifés fur les rochers fans
pouvoir les diftinguer . Pendant la nuit fur- tout
on entendoit de plufieurs côtés en même temps
des fignaux de détreffe ; mais les rifques de fe
perdre infailliblement arrêtoient ceux qui avoient
intention de fecourir ces vaiffeaux qui périffoient:
La quantité de débris que le flot a jettés
fur la côte , fait croire qu'il en eft péri un grand
nombre. A Amfterdam ce brouillard ne s'eft
point renouvellé , & fa durée n'a été que de
cinq heures , pendant lefquelles il arriva plufieurs
accidens , des voitures qui fe font heurtées
& brifées , des perfonnes tombées dans des camaux
, événemens ordinaires dans une ville comme
celle - là , & dans la plupart de celles de Hollande
où les rues coupées dans toute leur
longueur par des canaux , offrent des efpeces de
quais des deux côtés . Sous la Régence du feu
Stadhouder , on éprouva un pareil brouillard â
la Haye ; & l'on raconte qu'un Seigneur Anglois
arrivant dans ce moment , ne trouva perfonne qui
osât s'expofer à le conduire au Palais du Prince;
il s'en préfenta enfin un , qui le mena heureufe
ment . Savez-vous , lui dit un des Gardes , pen
dant qu'il payoit fon guide , quel homme vous
en a fervi ? c'eſt un aveugle. Cet homme
coutumé à fe conduire dans les rues de la Haye ,
ne pouvoit être embarraffé par le brouillard ; on
raconte qu'en effet un Quinze-vingt tendit , il
y a 4 ou 5 ans , le même fervice à une perfonne
>
" ac
( 182 )
qui ne favoit plus comment fortir de la Place des
Victoires , & gagner la rue pendant le brouillard
épais qui eut lieu dans ce temps à Paris.
Les Actionnaires de la Caiffe d'Efcompte
dans leur affemblée générale , tenue le 21
pour la clôture de leurs féances , ont fait un
acte de générosité qui fait le plus grand honneur
à leur humanité , & qui aura les fuites
les plus heureuſes pour les pauvres , par les
libéralités qui fuivront probablement cet
exemple. M. de Linon , l'un des Actionnaires,
a prononcé à l'ouverture de la féance le
difcours fuivant.
V
» MM. Nous terminons aujourd'hui une des
plus importantes feffions que nous puiffions jamais
voir. Nous avons ramené & raffermi la confiance
publique , en lui donnant des bafes qui
font faites pour l'éternifer, Nous avons reçu les
marques les plus éclatantes & les plus efficaces
de la protection du Gouvernement & d'un Miniftere
éclairé , dont les premiers regards ont
découvert & embraffé tous les befoins & toutes les
reffources de l'Etat. Nons nous fommes fait des
réglemens fi fagement combinés , qu'en multipliant
nos droits à la confiance du public , ils
doivent nous garantir pour toujours la folidité
de notre établiffement & l'emploi le plus avantageex
de nos fonds. Enfin , une admniftration
formée par l'unanimité de nos fuffrages , propre
à nous concilier également & la bienveillance du
Gouvernement fans laquelle nous ne pourrions
exifter , & la confiance du public fans laquelle
nous exifterions en vain , ne nous laiffe rien à
defirer en nous féparant. Un feul regret vient
troubler en moi & troublera certainement en
( 183
vous , MM. , le fentiment de tant d'avantages
L'époque de notre profpérité eft malheureuſement
l'époque d'une calamité publique. Un froid
rigoureux & prolongé d'une maniere qui n'a
peut- être pas deux exemples , a fait ceffer la
plupart des travaux qui font vivre le peuple &
augmenter le prix de fes alimens, & des objets
de fes premiers befoins. La mifere a produit
des maladies , & les maladies ont aggravé la
mifere. Je ne vous ferai pas , MM. , l'injure de
vous en préfenter le tableau ; je n'en ai pas
befoin pour éveiller votre fenfibilité. Je vous ferai
encore moins celle d'examiner fi cette aflemblée
n'eft compofée que de François intéreffés
à adoucir le fort de leurs compatriotes.
Etrangers ou citoyens , nous fommes tous hommes
; tout ce qui tient à l'humanité ne peut
pas nous être indifférent & au milieu des larmes
& des cris fourds des malheureux , nous
nevoudrions pas recueillir dans une froide apathie
les fruits de la confiance publique & de la protection
du Gouvernement. Jufqu'à préfent nous
ne les avons payé & nous n'avons dû lui payer
de tribut que le bien que nous avons fait. Jufqu'à
préfent nous n'avons fait cireuler l'argent
ou les valeurs qui le repréfentent , que parmi
les citoyens opulents. L'humanité nous follicite
aujourd'hui d'en répandre dans les claffes les
plus indigentes de la fociété. Connus des Capitaliftes
par la folidité de notre crédit , il nous
refte à l'être des malheureux par nos bienfaits.
C'eft furement votre vou , & chaque expreffion
que j'emploie ne fait que peindre foiblement
un fentiment de votre coeur. Mais , MM . , en
allant au- devant de vos intentions en vous
propofant de venir efficacement au fecours de
l'humanité fouffrante, Je dois vous inviter à la
>
L
( 184 )
faire avec la prudence & le difcernement qui
ont toujours accompagné vos déterminations .
Dans les fléaux publics il eft des nuances de
malheur , & parmi les miférables il eſt des málheureux
plus à plaindre que les autres. De toutes
les perfonnes qui ont le plus a fouffrir de la
difette du bois , de la cherté des vivres , & du
défaut de travail , en eft- il de plus faites pour
vous intéreffer , que ces êtres infortunés à qui
la nature , par ces temps rigoureux , vend au
prix de la douleur & au rifque de perdre mille
fois la vie , le tendre nom de MERE , qui enfantent
dans les horreurs de la mifere , de la
famine & du froid , qui fe trouvent placés par
leur pauvreté entre la certitude de mourir faute
de fecours ou le danger prefque auffi certain de
mourir en allant les chercher. C'eft fur ces femmes
dignes de la plus profonde pitié qui viennent
de donner , ou qui vont donner bientôt
des enfans à la patrie que je prends la liberté
de vous confeiller de diriger les fecours prêts
à fortir de vos mains. Confiez- les à la Police
la plus humaine , la plus vigilante , la plus active
qui foit dans aucune ville du monde. Répandez
vos bienfaits & fur la génération préfente
& fur la génération qui va naitre
jouiffez d'avance des dons qui fuivront les vôtres
& des effets précieux de l'exemple que vous
aurez donné . Jamais fans doute nos fonds ne
pourront être placés à un plus haut intérêt.
Par ces confidérations , j'ai l'honneur de vous
propofer , MM. , d'autorifer MM. les Adminitrateurs
à remettre au nom de Paffemblée
générale à M. le Lieutenant général de Police
une fomme de 30,000 livres , pour être
employée à foulager d'abord & par préférence .
des pauvres femmes en couche ou enceintes ,
·
&
( 185 )
& enfuite les pauvres des deux fexes de la ville
Fauxbourg & environs de Paris ».
Cette propofition , qui a été vivement ſecondée
par M. le Comte de Choifeul - Gouffier,
& par M. l'Abbé de Périgord , ainfi
que par MM. les Adminiftrateurs , a été accueillie
avec tranfport. En conféquence l'affemblée
, d'une voix abfolument unanime ,
a délibéré d'accorder 30,000 liv. aux pauvres
, dont 600o feront remis à M. le Curé
de S. Euftache , paroiffe fur laquelle eft firué
l'hôtel de la Caiffe d'Efcompte , & 24000 I.
à M. le Lieutenant - Général de Police .
En annonçant dans le N°. du 7 Février , page
39 , le Plutarque qu'imprime M. Cufflac , Libraire
, rue du vieux Colombier , on a mis que le
prix de l'exemplaire fur carré fin d'Angoulême ,
eft de 123 liv, ; c'eft : 32 liv . qu'il faut lire.
DE BRUXELLES , le 24 Février.
Depuis la publication de l'Edit de tolé
rance, il s'eft élevé quelques Eglifes Protef
tantes dans les Pays - Bas On en a bâti entre
autres à Oftende une Angloife , où dans le
mois dernier on a baptifé un enfant pour la
premiere fois.
On parle beaucoup de la conftruction
d'une chauffée ou grand chemin , qui conduira
de Namur à Huis , le long de la Meufe
, en paffant par les villages de Brumagne ,
Andenne & Ahen , où fe trouve le dernier
bureau des droits de S. M. I. de Ahen à
Hui il n'y a qu'un quart de lieue , & cette
portion de route fe fera par la Régence de
( 186 )
Hui , ville dépendante de la Principauté de
Liege.
Selon des lettres de Lisbonne , en date du 13
du mois dernier , quelques navires entrés dans le
Tage à cette époque , donnerent avis qu'ils
ayoient vu flotter en mer , à 4 ou 5 milles au
nord du cap Roxent , le navire de guerre Hollandois
le Harlingen , Capitaine Comte de Rech
teren , fans mats , fans gouvernail & fans chalouppe
; on fit partir fur le champ quelques bâtimens
pour marcher à fon fecours & le ramener
dans le port s'il en étoit encore poffible ; mais le
gros tems a empêché ces bâtimens d'exécuter
leur commiffion .
On mande de la Haye , que le Baron de
Thulennyer , Envoié extraordinaire du Roi
de Pruffe, a préfenté un Mémoire aux Etats-
Généraux , pour porter plainte au nom de
fon maître , de plufieurs excès commis par
les habitans du village Gueldrois de Grofbeck
, dans les forêts voifines du Duché de
Clèves. S. M. demande à L. H. P. la publication
d'un nouveau Placard , qui enjoigne
aux fujets de la République & aux habitans
du village de Grofbeck en particulier , de
s'abftenir de toute contravention qui pourroit
provoquer le reffentiment des Emploiés
du Roi , & des Officiers chargés de les pro-.
téger.
Le Confeil d'Etat , ajoutent ces mêmes lettres ,
a réfolu de pourvoir d'une bonne quantité de mu
nitions & d'artillerie les places de Vanlo , Grave ,
Maftricht , Bois- le- Duc & autres fortereffes ,
en fait les préparatives néceffaires pour cet objet.
Les vaiffeaux que la République a main
&
1 ( 187 )
A Curatenant
en mer font les fuivans : En croifiere , le
Jafon & le Medimblick de 36 canons.
çao , le Naffau de 64 , le Jafon , la Brille de 36 ,
le Poftillon. A Surinam , le Caftor de 44 ,
Eenfgezindheit de 36 , l'Enckhuysen & le Dauphin
de 24 . A Demerary , la Belloné de 24 , le
Snelheid de 12. A Effequibo , le Zwalow de
12. A la côte de Guinée , la Meermen de 16.
Au Berbices , le Kemphaim de 12. Au
Cap de Bonne- Efpérance , l'Utrecht le Waffenaar
de 64 , le Goes & la Princeffe Louiſe de 54 , le
Monnikendam de 44 , la Junon de 36 , le Waakzaamheid
de 24. Dans la Méditerranée , la
Vryheid de 70 , l'Amiral de Ruyter , le Drenth ,
le Prinfwilhelm , l'Hércule , le Nord-Hollande , le
Guelderland , le Centenaar , l'Overyffel de 64 , l'Amiral
Trump , l'Alkmaar de 54 , la Médée , le
Harlingue , le Centaure de 44 , l'Argo de 40 , le
Mercure de zole Jager de 14.
La réfolution fuivante des Etats-Généraux
, en date du 3 de ce mois , peut faire
juger des difpofitions des divers membres
de l'union.
M. le Député de la province d'Utrecht , préfent
à l'affemblée, a propofé par ordre exprès des Etats
de ladite province fes commettans , que lesdits
Etats dans les circonftances actuelles ayant pris en
confidération que la République environnée de
puiffans voifins avec lefquels les intérêts du commerce
la mettent fouvent en relation , ne pouvoit
être regardée aujourd'hui comme en état de maintenir
fa fureté & fa profpérité durable par fés pro-
' pres forces ; que la prudence exigeoit par conféquent
de fe pourvoir à tems des fecours & de l'al
liance d'autres Puiffances ; que dans ce cas il leur
avoit paru convenable de recourir à une des Puif
( 188 )
fances voifines qui ont intérêt au commerce de ce
pays , & quiferoit le plus en état de fecourir la République
tant parterre que par mer; qu'ils l'avoient
autorifé lui Député , à propofér à l'affemblée , s'il
ne conviendroit pas de donner ordre aux Ambaffadeurs
de l'Etat à Paris , de fonders'il n'exifteroit
point chez S. M. T. C. quelque inclisation à pren
dre des engagemens ultérieurs avec la République,
qui fondés fur le pied du traité de la neutralité armée
, & appuyés fur les intérêts réciproques du
commerce, pourroient tendre à rendre fixe & du
rable l'amitié fubfiitante entre les deux Etats , afin
qu'il foit propofé de la part de L. H. P. tels arrangemens
ultérieurs que tous les hauts confédérés jugeroient
néceffaires à la fureté de l'Etat & au foutien
des intérêts réciproques fur le pied dudit traité
de la neutralité armée . Sur quoi ayant été délibéré
, MM. les Députés des fix autres provinces
ont pris copie de ladite réfolution pour être com
muniquée à leurs principaux ; & a été néanmoins
trouvé bon & entendu que copie en fera remise à
MM. Torcil de Rofendaal , & autres Députés de
L.H. P. pour les affaires étrangeres , afin de l'examiner
& faire du tout rapport à l'affemblée .
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL.
Dans une des dernieres féances du Parlement ,
on a dit que la France faifoit des armemens & des
préparatifs de guerre. Cette réflexion , un peu
finguliere , a donné lieu à des obfervations qui
ent été portées au Roi , qui a répondu que la
liberté de parler & de déparler étoit un privilége
particulier de la Chambre des Communes.
L'obſervation fuivante prouve combien le peuple
eft inconftant dans fes opinions & dans fes
voeux. Durant l'adminiftration du Lord North ,
on ne ceffoit de crier que le pouvoir de la Cou
ronne avoit augmenté , qu'il augmentoit fans
ceffe , & qu'il falloit le diminuer. Aujourd'hui le
( 189 )
bruit général eft que la prérogative de la Couronne
eft en danger.
On a prodigué le reproche d'obftination lorfqu'on
pourfuivoit la guerre d'Amérique. La conftitution
de ce pays dépend à préfent de la réfölu→
tion & de la perfévérance que l'on mettra à reti
rer la prérogative des mains des perfonnes qui
laifferoient feulement au Souverain le nom de Roi ,
rendroient la Chambre haute inutile , & qui , en
fe vantant d'avoir la confiance de celle des Communes
, jouent la nation fous le mafque de la li
berté & de la popularité.
Il n'y a jamais eu tant d'unanimité parmi les
partis , que dans le tems que feu M. Pitt , depuis
Comte de Chatham , fut à la tête du miniſtère ;
mais cela ne dura pas long- tems , puiſqu'il jugea
néceffaire de quitter fa place , en difant qu'il y
avoit derriere le trône quelque chofe de plus grand
que le trône même. Pendant la derniere guerre
américaine , on bláma le-Lord North d'avoir coalifé
avec le Lord Bute. M. Charles Fox alors lui
oppofoit tout le pouvoir de fon éloquence . Le Lord
North quitta enfin le Lord Bute , & coalifa avec
M. Fox , qui les avoit combattus tous deux. On
a vu venir enfuite le Chancelier, actuel de l'Echiquier
qui, à l'âge de 25 ans , réunit des fonc-"
tions que fon pere à 59 ans n'eût pas voulu réu
pir. Si l'on peut fuppofer que le M. Pitt d'aujour
d'hui a plus de courage à 25 ans que fon pere
à 50 , & qu'il peut chaffer de derriere le trône
toute cette fecrette influence qui a produit tant de
mal , il peutgarder la place pour le bien de fon pays .
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le Chevalier Nagle , Ecuyer Irlandois ,
naturalifé François , Capitaine Commandant au
Régiment de Wals-Serant , Chevalier de Saint-
Louis . La dame de Kearny , Irlandoife d'ori(
190 )
gine & d'habitation , veuve du fieur d'Olivera,
Portugais. Et le Comte de Bulkeley , Marechal
des Camps & Armées du Roi.
-
-
Cette caufe offre une queftion de droit public
fur l'état civil & la fucceffion d'un gentilhomme
Irlandois qui a paffé toute fa vie au fervice de
France ; fa fucceffion doit-elle appartenir à fes
parens regnicoles , françois naturalifés , plutôt
qu'à fa foeur , Irlandoife d'origine & d'habitation
? Quel eft en général l'état civil en
France , des militaires Irlandois , Officiers des
trois régimens , de Barwich , de Dillon & de
Wals-Serant ? Sont-ils François , font-ils Anglois ?
Quel eft l'ordre de leurs fucceffions ? Les fujets
de la G. B. font - ils capables de leur fuccéder
de la même manière qu'ils fuccédent , d'après
la déclaration de 1739 , aux marchands anglois
& autres fujets de la G. B. réfidans momentanément
ou établis en France dans diverſes profeffions
? Telles font les queftions importantes
qu'a fait naître l'ouverture de la fucceffion du
Comte de Kearny. Il étoit né en Irlande ,
dans le Comté de Kerry , Province de Munſter ,
de parens catholiques. A l'âge de dix-fept ans il
quitta fa patrie & paffa en France ; il ne tarda
pas à avoir du fervice dans un des régimens qu'on
nomme Irlandois. Après avoir paffe par les premiers
grades militaires , il fut fait fucceffivement
Lieutenant-Colonel , Chevalier de Saint-Louis ,
Aide - Major général des armées du Roi dars
l'Inde, & Colonel d'Infanterie enfin il eft mort
à Versailles , fans avoir été marié , le 10 Octobre
1780 , laiffant une fortune d'environ 15000 l .
acquife au fervice du Roi de France. Il lai
foit deux fortes d'héritiers ; la dame de Kearny ,
Comteffe d'Oliveira fa foeur , Irlandoife d'ori
gine & d'habitation , qui , fuivant le cours ordi-
-
-
( 191 )
naire des chofes & felon l'ordre de la nature ,
auroit dû être fa feule & unique héritiere , &
le Chevalier Nagle , Gentilhomme Irlandois ,
paffé dès fa jeuneffe au fervice de France , y
demeurant, naturalité François , comme le Comte
de Kearny & fon couſin germain , ayant ſeul droit
à fa fucceffion , felon le droit civil & national
de la France. A défaut du Chevalier Nagle ,
abfent du royaume , & en Amérique au moment
du décès du Comte de Kearny , le Comte de
Bulkeley , François , fon coufin iffu de germain,
s'etoit préfenté comme habile à fuccéder , à fe
dire & porter fon feul & unique héritier , &
avoit fait appofer les fcellés à fa requête. La
dame Comteffe d'Oliveira y avoit auffi formé
oppofition par un fondé de procuration. Enfin
le Chevalier Nagle revint en France ; inftruit
alors de fes droits , il forma oppofition le 27
Novembre 1781 , entre les mains du Comte de
Bulkeley , à ce qu'il fe défaisît de la fucceffion
au profit de qui que ce fùr ; & le 14 Décembre il
forma régulierement fa demande en pétition d'hérédité.
Le Comte de Bulkeley , inftruit de la
proximité de dégré du Chevalier Nagle , s'empreffa
de déclarer qu'il n'entendoit lui conteſter
la fucceffion ; mais le 14 Février 1781 la dame
d'Oliveira donna une requête d'intervention
& réclama tant contre le Comte de Bulkeley ,
que contre le Chevalier Nagle , l'herédité de fon
frere. Le Chevalier Nagle , bien confeillé
fur la préférence que le droit civil donnoit à
1a qualité de François naturalifé , dans la fucceffion
du Comte de Kearny , fur la dame d'Oliveira
, étrangere Irlandoife de nation & d'habitation,
lui fit connoître la folidité de fa prétention
, & enfuite lui fit des offres capables de
la défintéreffer. Il confentit à lui abandonner
Fufufruit des biens de la fucceffion , à condition
( 192 )
que la propriété feroit affurée à lui on à fes
enfans. La dame d'Oliveira refufa ces propofitions
; elle témoi même l'intention où elle
étoit de prer des efures pour qu'aucun de
---
fes biens , tant perfonnels que ceux de la fucceffion
de fon frere , qu'elle prétendoit avoir le
droit de recueillir , ne paffaffent au Chevalier
Nagle ni à fa famille. Cette difpofition obligea
ce dernier de fuivre en juftice réglée la déciſion
des droits des parties . 11 laiffa prendre à la dame
d'Oliveira , le 18 Mars 1783 , une fentence par
défaut adjudicative de fes conclufions . Sur
l'appel , arrêt du 21 Janvier 1784 , qui a mis
Pappellation & ce dont a été appellé au néant ;
émendant , a adjugé la fucceffion du Comte de
Kearny au Chevalier Nagle ; a autorifé le Comte
de Bulkeley à lui rendre tous les effets , titres
& papiers de la fucceffion ; a débouté la Comteffe
d'Oliveira de fa demande , & l'a condamnée
aux dépens ( 1 ) , 5
(1 ) Nous ajouterons que cette caufe eft à préfent` au
Confeil des Dépêches , & qu'il y a un furfis.
Cet Ouvrage, dont M. Mars , Avocar au Parlement
de Paris eft l'Auteur , paroît tous les Jeudis , depuis huic
ans , fans interruption . Chaque Feuille offre toujours un
certain nombre d'articles ; 1º . une notice de Caufes ci-
-viles & criminelles 52° . un Expofé de queftions fur
lefquelles on demande l'avis des Jurifconfules ; 3 ° . les
réponſes à ces mêmes queftions ; 4°. des Differtations fur
des points de Droit , d'Ordonnance ou de Coutume.
5°. Une indication de Mémoires & Plaidoyers imprimés.
6. L'annonce & l'objet des Livres de Droit , de Jurifprudence
& autres qui peuvent y avoir rapport . 7º. Les
Arrêts du Confeil , ceux des Parlemens & autres Cours
Souveraines , Sentences de Police ; en un mot , tour çe
qui fait loi ou réglement dans le Royaume. 8. Enfin ,
un article de légiflation étrangere. La variété qui regne
dans ce Journal utile & dont le fuccès eft confirmé , ne
permet pas de douter qu'il ne continue d'être reçu favorablement.
On foufcrit à Paris , chez l'Auteur , rue &
hôtel Serpente. Prix de la Soufeription , 15 liv. par an.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères