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1783, 12, n. 49-52 (6, 13, 20, 27 décembre)
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MERCURE
DE FRANCE.
( No. 79 )
S MEDI 6 DÉCEMBRE 1783 .
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONJUX. ¡ Jombert jeune , Libr. rue Dau-
Les agremens des Campa- phone.
gna ds dans la chaffe des oifeaux , " Conférences ou Exhortations
& le plaiur des grands Seigneurs à l'ufage des maiſons religieuſes;
dans les oifeaux de fauconnerie ; feconde édit . revue & augm par
par M. Buc'hoz , Auten de dif- ¡ le P. de Tracy , Théatin : 1 vol.
férens ouvrages économiques : Lin - 12. de 465 pages . A Paris , cheg
a vol.in- 12 , de 172 pag. A Poris, Ch.-P. Berton, Liby, rue S. Vidor.
chez l'Auteur, rue de la Harpe , De l'Electricité des végétaux ;
au defus du Collège d'Harcoust. ouvrage dans lequel on traite de
Les Après-foupers de la focié- l'électricité de l'atmofthere fr
· é, petit Théâtre lyrique & me- les plantes , de fes effets ſur l'écosal
fur les aventures du jour nousie des végétaux , de. apce
Bouv. édit . troifieme cahier , l'invenion d'un électro- végéts-
1. A Paris , chez l'Auteur metre, par M Berthelon de S.
we des Bons-Enfans , la porte- Lazare , Profeffeur de Phyliane :
sochère vis-à -vis la cour des Fon- 11783 . in- 8 °. fig. br . liv. 4 fols.
vaines , au Palais Royal A Paris , chez Didot jeune , Libr.
quai des Auguftins .
>
|
Jacquot & Colas , Dudlid ,
Comédie en un acte , en profe
Avis fur la nouvelle édition
de l'Art de vérifier les dates depuis
Jefus Christ : en 2 vol.
infol. publice chea Alexandre 1 livre 4 fols, 4 Paris , shez
Staatsbib
Cailleau , Libr.-Impr.
Tue Ga. Petits- Champs, attenant la porte
lande.
Mémoire
fur
l'efficacité
des ne avis qu'il vient
d'acquérir
le
de la
Compagnie
des Indes,donpata
tonnerres ; par M. Bertho- reffant de l'édition
de l'ouvrage
Ion- 4 . fig. 1 liv. 16fols. A intitulé : Fragment de
Xénophon,
Paris , chez Didor jeune , Libr.
nouvellement
trouvé
dans les
quai des Auguftins.
ruines de
Palmyre , & déposé au
Mémoire
qui a remporté
le
MufcumBritannicum
à Londres;
prix de la fociété des Sciences
de traduit du grec par un François ,
Montpellier
, en 1780 , furcette & lu à l'affemblée
publique
du
queftion
: Déterminer
pas un Mufée de Paris , le Jeudi 6 Mars
moyen
fixe fimple le moment
1783 : br. de 52 p. d'impreffion
auquel le vin en fermentation
qu'il
donnera
au prix de 12 f. au
aura acquis toute la force dont lieu de liv. 4 f. qu'elle fe venil
ett fusceptible
; par le même : doit
précédemment
.
1781 , in-4°, br. 5 liv. A Paris ,
chez le même.
·
Livres nouveaux que Piffot ,
Libraire , quai des Auguftins
Plantes nouvellement découvient de recevoir de Londres :
vertes , récemment dénommées
Robertfon's history of Scot-
& claffees par M. Buch'oz , Méland : 2 vol . in 8°. Pont.
decin Botaniste & de quartier History of Charles V : 4 vol.
honoraire de MONSIEUR : ca- in 8° Lond.
hier cinquième & dernier. A -Hiftory of America : 3 vol.
Paris , chez l'Aut ur rue de la in-8 . Lond..
Harpe au-deffusdu collège d'Har
court.
Ce cahier termine la collection
entière de cet ouvrage : il coûte
12 1. & la collection entière 60 1 .
Hume's hiftory of england : s
vol. in 8 °. Lond.
Eflays : 2 vol . in 8° . Lond.
Richardfon's Clarifia ; & vel.
in 12. Lond.
On trouve auffi chez le même - Grandiffon : 7 vol. in 12. L.
Auteur une collection coloriée
d'animaux , de végétaux de
minéraux , enti'autres Herbier
de l'Amérique , de l'Asie , de
PAfrique & de l'Europe .
Painela : vol. in-12. Lond.
Suite des livres que Barrois le
jeune , Libr quai des Auguftins
, a reçu de Londres :
Wall's obfervations on ſelect
fubjectis in chemifty & medicise.
Lond. 1783. in-8° .
Lendon medical Journal Ju-
La Refolation inutile , ou les ly , Aug. & Sept. 1783. in 8 .
Déguisemens amoureux Co Amritrong's effay on the fympmédie
en un acte & en profe , toms & cure of the virulent gomêlée
de vaudevilles ; repréfen- norikoea in females . Lond. 1783 .
sée pour la première fois à Paris , in- 8°.
par les Comedians Italiens ordinaires
du Roi , le 18 Novembre
1783 : 1 iv. 41. A Paris , che
Cailleau, Lib. Imp rue Galande .
Vie de Michel Ruiter , fai
fant fuite à la vie des plus cé è
bres marins i vol . in 12 avoc
le portrait de Ruiter : br. 3 iv.
A Paris , chez Belin , Libr, rue S.
Jacques , près S. Yves.
AY IS.
Park's account ofa new me.
thod of treating difeas of the
joints of the Knee & Elbow.
Lond. 1783. in 8″.
Mynorr's practical thoughts
' on amputation . Birmingham
1783. in- 89.
Bell's fyftem of ſurgery , il-
Lagrange , Lib. rue neuve des Inftrated with copper plates
Jer.
135.
MERCURE
50
.
DE
(
No.
.
FRANCE
SAMEDI 13 DÉCEMBRE 1783 .
A PAR IS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX. l'école du jardin potager : par M.
L'Amides enfans , par M. Ber- de la Bretonnerie : 2 vol. in- 12.
quin , vol. de Novembre 1783 ,
No. 11.
On fouferit à Paris, du Bureau
du Journal , rue de l'Univerfué,
aucoin de celle du Bacq , No. 28 ,
Sadrefferd M, le Prince , Direct.
La foufeription eft de 13 liv.
f. pour Paris, & de 16 liv. 4fols
pour la Province.
br . s liv. r . 6 liv. A Paris , ch
Eugene Onfroy, Litr. quai des
Auguſtins.
Elégies de Tibulle, Traduct.
nouv, avec des netes , & les meil
leures imitations qui en ont été
faites en vers françois : -8° br.
4 liv. to fols . Paris , chez
Jombertjeane , Lib . rue Dauphins,
Defcription des expériences de On on a tiré quelques exem
la machine aéroftatique de MM. plaires fur papier d'Annonay
de Montgolfier , & de celles aux - do at le prix eft de 9 liv..
quelles cette découverte a donné Galatée , roman paftoral , imfieu
; & c . ouvrage orné de neufté de Cervantes, par A. die Floplanches
en taille - douce , c.rian , Capitaine de Dragoys &
in- 8°. de 100 pages. 4.P partir- 12. orné de fent gravur
sher Cycket , Libr. rue & hores , en papier d' Anno ay de t
Serpente. fabrique de MM , Jannot,gere
L'Ecole du jardin ftiers ou- & s , 5 hv. & en paper orivrage
fait pour fervar de fuite à maize : 4 tiv. 41 Paris, cha Dulh
*
·
'alné , Lib r.rue Pavée S. André ,
Debure l'aîné , Libr. quai des
Auguftins.
Le bon Jardinier , Almanach`
pour l'annee 1784 : nouv. édit.
augmentée d'unfupplement pour
cette année ; par M. de Grau ;
an-24. rel . liv. 16 fols : br. 1 1.
10 f A Paris , chez Onfroy, Lib.
quai des Auguftins.
lofophiques fur les fyllemes de
Du même , Obfervations phi-
Newton , de Copernic , &c. in-
12. br. 2 liv.
Difcours contre l'incrédulité ;
par M. *** , Chanoine de ***
in 12 , 2 liv 10 f.
Examen impartial_de plufieurs
obfervations iur la Littérature ;
par M. l'Abbé Duparc le Noir :
in- 8°. br. 4 liv.
Les Fondemens de la foi, mis
à la portée de toutes fortes de
perfentes ; par M. l'Abbé Aimé,
Chanoine de l'Eglife d'Arras : 2
vol. in- 12. 6 liv.
Euvres complertes de Gefner;
nouvelle édit. revue & corrigée
avec le plus grand foin : 3 vol.
petitis- 12. br. 4 liv. 10 f. rel. 61.
A Crleans, chez Rouzeau- Montout
; & à Paris , ch Onfroy ,
Libr . quei des Auguftins.
Répertoire univerfel & raifenné
de jurifprudence civile , criminelle
, cauonique & bénéficia Elege hiftorique du brave Crille
; par M. Guyot , Ecuyer , an lon ; par M. l'Abbé Regley : in-
Cien Magitat : tomes LXI , 8 . br. 1 liv. 5 f.
LXII , CXIN , LXIV & dernier
: in-8°. A Paris , rue de la
Harpe , près la e Serpente.
Effai polémique fur la religion
naturelle ; par M. i Abbé Duvoifin
: in- 12 liv. ›
Le Guide du Malade ; par M.
Demarque , Docteur en Médecine
-12. 2 liv.s f. :
Ces volumes fe délivrent gra- Lectiones theologica de relizis
aux Soulcripteurs; & l'on gione, autore D. Gabriel Muf
avertit que , palele as Décem- fon , è regiá Societate , Doctore
bre prochain , it ne fera plus délivre
de volumes détachés ; on ne
pourra , après cette epoque , fe
procurer que des exemplaires
Theologo Parifienfi : 3 vol. in 12 .
br. 7 liv. 1o fols.
-
- Du même , de Sacramentis in
genere , & de Sacramento bapcomplets
au prix de 300 liv. br.tifmi : 4 vol . in- 12. br. 9 liv.
& de 364 liv . reliés . Io fols.
Réponses critiques à plufizur, Tractatus theologico- dogmaqueſtions
propofees par les incré- ticus de homine lapfo & reparadules
modernes fur divers en- 10 , autore Nicolao Francifco le
droitsdes livres faints, pourfer- Clerc de Bauberon : 2 vol. in-8″.
vir de continuario aux Repon- br. 7 liv.
fes critiques de M. Abbé Bul- Thefaurus facerdotum & cle-
Jet ; par M. Abbé Meife , Pro- ricorum : petit in- 12 2 liv.
feffeur en Théologie au Collége
oyal de Dole : tome IV , 12 .
A Paris , chez Ch.-P. Beri ,
Libr. rue S. Victor.
A VIS.
Pratiques des devoirs des Curés
, traduites en françois de l'Italien
, du P. Paul Seigneurie ;
ouvrage utile à MM. les Eccléfiaftique
par M. l'Abbé
On trouve à Paris , chez Ch.- elvincourt Chanoine , Ar-
Berton , Libr. ruc S. Victor
fes ouvrages fuivans :
Catéchifme philofophique ;
par Me Abbe Flexier de Réval :
-89. 4 liv.
chi diacre & Vicaire- Général de
Laon in 12. 3 liv.
Melauges & Fragmens poétiques
en françois & en latin ;
par M. de Marvielle , ChevaTer.
135.
MERCURE
51.
)
DE
(
No.
.
FRANCE
AMEDI 20 DÉCEMBRE 1783
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX.
ducation , où , fans donner de
Cérémonies & coutumes refi: préceptes , on fe propofe d'exergicas
de tous les peuples du , cer & enrichir toutes les facul- xe
monde : quatorziene livraifol. tés de l'âme & de l'efprit , en
L'ouvrage entier fera compofe fubftituant les exemples aux ma
de 15 livraifons in- fol. qu'on rimes, les faitsdux raifonsemens,
pour a faire relier en 4 volumes. la pratique à la théories nouvelle
Nota . On prie MM les Souf- edition , revue, corrigée & augipteurs
de faire petirer les livrai- " mestée d'un grand nombre d'arfons
à fur & a rcfure qu'elles vicles , & fur-tout d'use Table
fe dißribuent ; le Libr. ne pro- hiftorique des perlennages , plus
met pas de comp'enter ceux qui ample, plas exate , & plus
auront négligé de les reviser. jurereffante que celle qui accom
pagnoit ies précédentes éditions
de ce Dictionnaite ; par M. Filafter
; 2 vol. in 9. rel. 12 liv.
A Paris , chez Méquignon l'ažné,
Libr, rue des Cordeliers.
La qui zieme livraiſon , qui
terminer l'ouvrage , paroîtra en
Dermbre
|
On peut s'adreffer encore pear
cet ouvrage , don: il ne reste que
très peu d'escaplaires , à Pa- On trouve cb, z le même Lib.
ris, chez Laporte , Libr. rue des Erafte , ou l'Ami de la jeuneſie ,
Noyers.
Entretiens familiers dans leques
Di&ionnaire historique d'é- ' on donne aux jeunes gens
Précis théorique & pratique
fur le péan , la maladie d'amboine
& le terminthe , augmenté
, revu & publié par M. Pey
rithe , Membre de l'Academie
royale de Chirurgie : 1983 , in-
12. br . 18 fois . A Paris, chez Didot
le jeune , Libr. quai des Augufins.
>
& de l'autre fexe , des notions | Defros , Libr . rue S. Jacques , au
fuffifantes fur la plupart des con- Globe.
noiffances humaines , & particulièrement
fur la logique ou la
fcience du raifonnement ; la docuine
, lamorale & l'histoire de
la religion ; la mythologie , la
phyfique generale & particuliè
vc , la géographie , l'hiftoire de
France , & c. ouvrage qui doit
inter fer les pères & mères , &
généralement toutes les perfon Profpeâas du Dictionnaire
contenant les nes chargees de l'éducation de des Jardiniers
la jeuneſſe : tr.:fième edition ; meilicures méthodes & les plus
par M. Fillafier : in 8 °. rel. en modernes pour cultiver & améliorer
les jardins potagers , vol. 6 liv . & en 2 vol . 7 liv.
Favole e novelle , del detore fruits, à fleurs & pépinières ,
Lorenzo Pignotti nuova edi- &c . & c. huitieme édition , re
sione , con aggiunte , è corre - vic & corrigée fuivant les meilzioni
:
: 1 vol. 48-12 . br. liv. A leurs fyftêmes de botanique , &
Paris , chez Molini , Libr. rue ornce de plufieurs plarches qui
Mignon , quartier S. Ardié des- n'étoient point dans les éditions
précédents; pub ice par Philippe
Milier , F. R. S. Jardinier, de la
Compagnie des Apothicaires à
Chellea , & Membre de l'Académic
Botanique de Florence ;
ouvrage traduit de l'Anglois
auquel on a ajouré un grand
nombre de plantes inconnues à
Miller , ainfi des notes que
tives à la phy que & à la matiere
médicale , & dans lequel en a
retranché toutes les dénomina
tions Angleifes , pour y fubfti»
tuer les noms François ; par une
fociété de Gexs de Lettres : propofe
Far Soufcription.
Arcs.
On en a tiré un très-petit nom- |
bie d'exemplaires fur papier de
Hollande . qui fe vendent br.
6 liv
Maximes morales d'un Philo
fophe Chrétien ; ouvrage qui
pout fervir de fuite à la collecrion
des moraliftes anciens ; par
M. D. in- 16. de 245 pag. 1 liv .
16 f. & fur papier d'Annonay :
4 liv . A Paris , chez Lamy, Lib.
quai des Auguftins .
Mémoire fur des Cygnes qui |
chantent ; par M. A. Monges ,
Garde des antiques & du cabinet
On fouferit Merg , chez Jon
d'hiftoire naturelle de Sainte-
Geneviève , de piufieurs Acadé- fejh Antoine , Impr. du Roi ;
mics : br. de 39 pages d'impref à Paris , chez Guillor , Libr. rue
fion. A Paris , rue & hôtel Ser- S. Jacques , vis a- vis celle des
Mathurins.
pente.
Le petit dipe , ou le Jeu des
énigmes , Alman ch de feciété ,
euantant , récréatif & divertiffant,
contenant des énigmes & logogrihes
en chanfons , & autres ,
fur les airs les plus nouveaux &
les plus agréables , avec tablettes
économiques , perte & gain : 4
HvICs 10 fols. A Paris , che
AVIS.
La veuve Duchefne , Libr.
rue S. Jacques , prévient le public
qu'elle va metire fous preffe,
à la fin de cette année 1783 , un
nouveau fupplement à la Fran
ce littéraire en conféquence ,
elle prie MM . les Auteurs qui
ont donné quelques ouvrages
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 52. )
SAMEDI 27 DÉCEMBRE 1783
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX. lapofte. S'adrefer à Paris, à M
Almanach hiftorique de lale Prince , rue de l'Unive é au
ville Se du Diocèle de Sens , coin de cell: du Bocq , N. 28.
peut kannée 1784 : br. 12 fois.
ASens , ch Tarbé; & Paris ,
chy Gogué Née de la Rochelle
Libr. qual des Auguftins.
L'art de faire les rapports en
Chirurgie , par Devaus : in- 12.
rel . liv. Paris , c1 Barrois
Le jeune , Lib. quai des Auguftins.
7
Almanach littéraire , ou Etren- Les droits de vraie religion,
mes d'Apolion , 178 Paris , foutenus contre les maximes de
cher M &Aquin de Chircau- Lyon, la nouvelle philofophie ; par
rue S. Jaque , maipa de Mad. M. l'Abbé Floris : 2. in- 12 .
la verve Duchefie. 5 liv. A Paris , chez Ch.-P. Ber
Lib rue S Vitor,
1Atma ach de Gotha , 1784
liv 12 f. mê.ne.
L'Ami des enfins, par M. Ber
quin , vol , de Dicembre, vingtquarriem
& demier volume de
la partie cale.
ran,
3
Efa d'une théorie fur la ftruc-
Le prix de l'edi in en 24 voture des crvitaux , applicable à
Innes , eft de 6 liv. 8 fols port
franc par la pote
Le mene ouvrage en 8 gros
voi. de près de 450 pag. chacun,
jeliv.4 fols auffi port franc par
tous les genres de fub ces
cryNifées par M. l'Abbé
Hauy : 84, -8 . fig. rel. 4 liz.
A Paris, chez Gogue & Née de la
Rochelle,Lib. quai des Agatias.
Etrennes
anacréontiques aux
Grâces , 1784. A Paris , chez
Barrois le jeune , Libr. quas dés
Arguliins.
& dans un étui de maroquin , 4
liv . 1e fo's —L'Almanach hiftorique
de Europe : br. 15 fols.
-Les fuations intereffantes
& c. el. er maroquis , avec tablettes
, pere & gain : 2 livres.
>
Le Negre blanc , Comédie en
un acte & en profe , par M. Dorvigny
liv. 4f. A Paris , chez Les Loirs Aglae ; la Ma
Caislean, Lib. r. Calande, nº. 64. tinée de Paphos ; la Soirée de
Quvres de Plutarque , tradui- Paphos : chacune brochée , 11.
tes de grec par Jeques Amyot : & liv. 4 f. poit franc pour la
feptième livraif. quatrième ol. Province,
des Vies des hommes Illuftres :1 On trouve chez le méme le
in 8 °. & in 4°. papiers d'Angou- Quart d'heure des jolies Françoi
lême , de Hollande & vélir . fès , Ervenes aux Dames : en
La foutcription eft de 7 livres macquin , 4 iv 10fols.
10 f pour l'in- 8 ° , de 15 1, pourt
in 4 .
.: Aande Latérale 17844
On foferit en tout teinps
On fosferit & Faris , che pour ce Journa ; mais à quel-
Bastien , Libr. & Edueur, rue Squ'er que qu'en le felfe , il fau
Hyacinthe , la porte- cochère à
droite en entrant par la placé S.
Mishel.
dra fonterire pour l'année endiele.
Les numéros fe diftribuent .
tensies dix jours.
L'abonnement en de 24 livres
pour Paris , & de 32 liv. pour
Province.
La Perfion Genev‹ ife ,” ou
l'Education , Prame en un acte
& en vers par J. Parat A Fala
Tis, chel Cailleau , Libr. - Impr.
rue Galande. n° .64.
Le Sédudeur , Comédie en
Chq afes & en vers ; par M. le
Marquis de Pièvre : liv. 10 f.
Tais , chez Prauli , Imp “quai
1
Auguftins.
Veninimecom , Almanach dans
Jequel on picicrit les règies qu'il
faut fuivre pandart tout le cours
de l'année , four fe conferver le
corps fain , & prolonger fa vie :
6 fel A Paris, chez Fétil , Libr.
rue Mazarine.
Voyage pittorefque de la France
, avee tefeription de fes 33
province .A Paris , chez Lamy
Libr. quai des Augußins.
Or foufe:it'à Paris, au Bureau
de l'Ainée littéraire , rue de Touraine
, fansbourg S. Germain , la
feconde po te -cochère à droite en
entrantpar la rue des Cordeliers ;
& cha Mérigot le jeune , Libr.
quai des Auguftins.
MM des Soufcripteurs de la
Bible de Sacy font pries de retirer
le reme IV actuellement en
vente divifmes , chez F. Blaume,
Impr.-lib & à Paris , chez Guil•
laume Defprez, rue S. Jacques :
broché en carton , 4 liv. 5 i
Mequignon Painé ,, Libr. rue
des Cordeliers , propofe à une
diminution de prix confidérable,
jufqu'au Oabre 1784 , ies ar 1
Prix de l'ouvrage complet justicies infeans :
qu'à cejour , qui forme actuelle
ment 3 vol . in fol . fur Nom de
Jéfus 534 Tir.
AVIS.
Almanachs rouveaux qui fe
trouvent chez Defnos , à Paris ,
rue S. Jacques.
L'Almanach de Gotha , ` 3 1 .
Bibliothèque de Médecine &
de Chirurgie par Mi. Planque :
Tovolin-4 g en feuilles , 54
liv. broch, 65 liv. rel . 72 tres :
chaque volume féparé en feuill.
6 liv . kr. 6 liv. , 12.1 . rel . 8 iiy.
Le même ouvrage , 31 vol .
in 11. fig, en feuilles , 36 livres,
Jer , 135 .
MERCURE
DE FRANCE
3
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pieces fugitives nouvelles en
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyje des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles,
·les Caufes célébrés ; les Académies de Paris & de
Provinces ; la Notice des Edits , Arrats ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 DÉCEMBRE 1783 .
APARIS
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Novembre 1783 .
PIÈCES IECES FUGITIVES .
Stances fur la Mort de M.
l'Intendant de Tours,
Vers à Mile Alexandrine ,
3
Les QuatreParties duJour à la
Mer ,
81
Galerie Philofophique du fèizièmefiècle,
105
Roger fortant de l'Ile d'Al- Oraifon Funèbre du Prince de
cine ,
Stances à Silvie ,
Epître à Madame ***
8 Marfan ,
49
50
52
53
La Brebis & le Louveteau ,
Fable
Couplets à Mlle R.. ! ,
Harangue d'Ajax , difputant
contre Ulyffe les armes d'Achille
, 97
114
117
Choix des meilleures Pièces du
Théâtre Italien ,
Projets de Bienfaifance & de
Patriotisme pour la ville de
Bordeaux , 121
Les Après-Soupers de la Société
,
Le Décameron Anglois , 129
124
Vers fur M. le Comte de Hiftoire d'Ayder Ali- Khan ,
Trefan ,
-
AM. Falifot ,
---
-
145
Nabab Bahader , Rot des
146 Canariens , &c. &c.
148
Sur la Comédie du Sé- Les Lacunes de la Philofo-
193 phie , ducteur ,
Pour le Portrait de M. Annales Poétiques ,
156
164
l'Archevêque de Bordeaux , Anne-Rofe Trée , Hiftoire An-
194 gloife
"
-A M. De la Harpe , ib. Ame des Bêtes,
197
docide , &c.
169
205
212
Couplets chantés à M.L **, 195 Difcours de Lycurgue , d'An-
A une Chanoineffe,
Dialogue entre Diocletien & Phytographie Univerfelle , 216
ib. Euvres de Plutarque , Abdolonyme ,
NOUVELLES LITTER .
D'Olbreufe , Hiftoire Philofophique
,
Voyage en Provence ,
Efais fur la Vie & fur
Tableaux du Pouffin ,
Acadèmie de Lectures ,
Eloge de M. de Reyrac ,
SPECTACLES
218
38
222
Concert Spirituel , 132
73
24
Acad. R. de Mufique ,
| Comédie Françoise ,
les Comédie Italienne , 39 , 133 ,
228
31
57 Nécrologie ,
84
63
Variétés
86 171 >
137
91,
761
Nouveau Théâtre Allemand , 67 Sciences & Arts ,
Délaffement de l'Homme Sen- Annonces & Notices , 42
fible ,
139,187,233
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , Due de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 DÉCEMBRE 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
3-
STANCES
3.
A THÉ MIRZ.
J'AIME le doux
murmure
D'un paifible ruiffeau ;
Le tapis de verdure
Où ferpente fon cau
Plaît à l'âme attendrie :
Là , fur un lit de fleurs
Règne la rêverie
Sur les fenfibles coeurs.
J'AIME de la fauvette.
L'accent tendre & léger ,
Et l'écho qui répète
La chanfon du Berger :
A ij
MERCURE
J'aime la tourterelle ;
Son amoureuſe ardeur ,
Et fa flamme fidelle ,
Intéreffent mon coeur.
J'AIME de la Nature
Les attraits renaiffans ,
Sa riante parure ,
Ses bofquets verdoyans ,
Que l'art en vain imite ;
Ses bois majestueux ,
Où le filence habite ,
Souvent font les heureux.
MAIS , aimable Thémire ,
Quand je vois ta beauté ,
Lorfque ton doux fourire
Promet la volupté ,
Dans mon ardeur nouvelle
Je n'aime les bofquets
Que quand ta voix m'appelle
Aux amoureux fecrets .
(Par M. Louet de Chaumont. )
MIPLIOTHECA
REGIA
MONAGENGIS,
DE FRANCE,
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préface ; celui
de l'Enigme eft la lettre B ; celui du Logogryphe
eft Chaîne , où l'on trouve haine ,
aine , Chine , chien , âne , Caen , Cain.
CHARADE.
VA , vole à mon premier , & danfe fi tu peux ,
Lecteur ; pour mon fecond , n'y crois pas , c'eſt le
mieux.
Mon tout t'offre un plaifir ; mais il faut être deux.
ÉNIGME à Malemoiselle ***
ENTRE TRE nous quelle différence !
Vous charmez par votre blancheur ;
Moi je ferois , fans ma noirceur ,
Traitée avec indifférence .
( Par M. R., Avocat à Preuilli . )
LOGO GRYPH E.
Aux mortels affligés nous rendons grand ſervice ;
Car de deux , quelquefois nos neuf pieds fort l'office.
A iij
6 MERCURE
Pour tout dire , en un mot , en mainte infirmité
Nous fommes par état deux Soeurs de Charité.
Nos membres difféqués fous tes yeux font paroître
Un bois fait pour le tour , mais pareffeux à croître ;
Le titre que porta Philippe , un de nos Rois ;
Celui qui fur l'impôt fait obſerver nos loix ;
Un endroit que Thétis de fes flors environne ;
Un aigre fédiment qui refte dans la tonne ;
Un Écrit émané du Pontife Romain
Un mot dans la chanfon qui marque le refrain ;
Pour un jeu grand & noble un corps dur & fphérique ;
Un autre jeu commun , propre à la
gent ruftique;
Le Prophète emporté fur un char radieux ;
L'agréable couleur dont fe parent les cieux ;
Sur le dos d'un courfier un commode équipage ;
Au rapport des friands un fucculent potage ;
Un oiſeau de rapine au bec dur & retors ;
Un pronom fingulier ; une humeur de ton corps';
Ce qui dans nos chemins mefure un long eſpace;
Certain vent qui t'annonce & le froid & la glace ;
A l'aide de Phébus , d'Amphitrite un préfent ;
Une Aleur illuftrée ; une ville en Neuftrie ;
Une rivière enfin qui coule en Germanie.
Taifons-nous: trop parler ne fut jamais prudent.
( Par M. Fretté, Curé de Thorigné , au Maine . )
DE FRANCE. 7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'énormité du Duel , Traité traduit de
l'Italien , de M. le Docteur P. V. , &
dédié à S. M. Frédéric II , Roi de Pruffe ,
par M. C. , des Arcades de Rome , & de
l'Académie de Villefranche . in 12. Prix ,
2 liv. o fols relié. A Berlin , & fe trouve
à Paris , chez Guillot , Libraire , rue
S. Jacques.
66
ཝ
ود
"
Vous me direz qu'il eſt des fatalités
qui nous entraînent malgré nous ; que
» dans quelque cas que ce foit , un démenti
» ne fe fouffre jamais , & que quand une
affaire a pris un certain tour , on ne peut
plus éviter de fe battre ou de fe désho-
و د
و د
" norer. »
» Vous fouvient il d'une diftinction que
» vous me fîtes autrefois dans une occafion
» importante , entre l'honneur réel & l'hon-
" neur apparent ? Dans laquelle des deux
claffes mettrons nous celui dont il s'agit
aujourd'hui ? Pour moi , je ne vois pas
» comment cela peut même faire une queftion.
Qu'y a t'il de commun entre la
gloire d'égorger un homme & le témoi-
" gnage d'une âme droite , & quelle prife
» peut avoir une vaine opinion d'autrui fur
ود
ود
ود
و د
A iv
8 MERCURE
و ر
و د
و د
ور
ود
ور
">
و ر
14
» l'horneur véritable , dent toutes les ra-
» cines font au fond du coeur ? Quoi ! les
» vertus qu'on a réellement périflent elles
fous les menfonges d'un calomniateur ?
Les injures d'un homme ivre prouventelles
qu'on les mérite , & l'honneur du
fage feroit il à la merci du premier brutal
qu'il peut rencontrer ? Me direz vous
» qu'un duel témoigne qu'on a du coeur , &
» que cela fuffit pour effacer la bonte ou le
» reproche de tous les autres vices ? Je vous
» demanderai quel honneur peut dicter une
pareille déciſion , & quelle raifon peut la
juftifier ? A ce compre , un fripon n'a
qu'à fe battre pour ceffer d'être un fripon
; les difcours d'un menteur devien-
" nent des vérités , fitôt qu'ils font foutenus
» à la pointe de l'épée , & fi l'on vous accu-
" foit d'avoir tué un homme, vous en iriez
» tuer un fecond pour prouver que cela n'eft
pas vrai Ainfi , vertu , vice , honneur ,
» infamie , vérité , menfonge , tout peuttirer
fon être de l'événenient d'un combat; une
» falle d'armes eft le fiège de toute juftice;
il n'y a d'autre droit que la force , d'autre
raifon que le meurtre; toure la réparation
» dûe à ceux qu'on outrage , eft de les tuer ,
» & toute offenfe eft également bien lavée
dans le fang de l'offenfeur on de l'offenfe.
Dites , fi les loups favoient raifonner , au-
» roient ils d'autres maximes ?……….. »
و د
و د
30
و د
وو
Cherchez fi l'on vit un feul Appel fur
la terre , quand elle étoit couverte de
DE FRANCE. 9
99
"
39
Héros Les plus vaillans hommes de l'an-
» tiquité fongèrent ils jamais à venger leurs
injures perfonnelles par des combats particuliers
Célar envoya t'il un cartel à
» Caton , ou Pompée à Céfar pour tant d'af
fronts réciproques ; & le plus grand Capitaine
de la Grèce fut- il déshonoré pour
5 s'être laiffé menacer du bâton ? D'autres
» temps , d'autres moeurs , je le fais , mais
n'y en a t'il que de bonnes , & n'oferoit-
» on s'enquérir fi les moeurs d'un temps
» font celles qu'exige le folide honneur ?
» Non , cet honneur n'eſt point variable ; il
» ne dépend ni des temps , ni des lieux , ni
"
و د
des préjugés ; il ne peut ni paſſer , ni re-
» naître ; il a fa fource éternelle dans le
» coeur de l'homme jufte , & dans la règle
» inaltérable de fes devoirs. Si les peuples les
plus éclairés , les plus braves , les plus ver
» tueux de la terre n'ont point connu le
» duel , je dis qu'il n'eft pas une inftitution
» de l'honneur , mais une mode affreufe &
» barbare , digne de fa feroce origine....
"
33
» Quand il feroit vrai qu'on le fait mé
priſer en refuſant de fe battre , quel mé-
" pris eft le plus à craindre , celui des autres
33
en faifant bien , ou le fien propre en fai-
" fant mal ? Croyez moi , celui qui s'eftime
» véritablement lui- même eft peu fenfible
à l'injufte mépris d'autrui , & ne craint
» que d'en être digne ; car le bon & l'hon-
» nête ne dépendant point du jugement des
» hommes, mais de la nature des chofes ;
A y
10
3
MERCURE
» & quand toute la terre approuveroit l'ac-
» tion que vous allez faire , elle n'en feroit
39
pas moins honteufe. Mais il eft faux qu'à
» s'en abftenir par vertu , l'on fe faffe méprifer.
L'homme droit , dont toute la
vie eft fans tache , & qui ne donna jamais
» aucun figne de lâcheté , refufera de fouile
" ler fa main d'un homicide , & n'en fera
» que plus honoré. Toujours prêt à fervir
la patrie , à protéger le foible , à remplir
» les devoirs les plus dangereux , & à défendre
en toute rencontre jufte & hon-
» nête ce qui lui eft cher , au prix de fon fang,
il met dans fes démarches cette inébran-
» lable fermeté qu'on n'a point fans le vrai
→ courage. Dans la fécurité de fa conſcience ,
» il marche la tête levée ; il ne fuit ni ne
cherche fon ennemi. On voit aifément
qu'il craint moins de mourir que de mal
» faire , & qu'il redoute le crime & non
le péril . Si les vils préjugés s'élèvent un
» inftant contre lui , tous les jours de fon
» honorable vie font autant de témoins qui
23
"
les récufent ; & dans une vie fi bien liée ,
» on juge d'une action fur toutes les autres.
» Savez- vous ce qui rend cette modéra-
» tion fi pénible à un homme ordinaire ?
" C'eft la difficulté de la foutenir digne-
» ment : c'eft la néceffité de ne commettre
» enfuite aucune action blâmable ; car iì la
crainte de mal faire ne le retient pas dans
» ce dernier cas , pourquoi l'auroit - elle retenu
dans l'autre , où l'on peut fuppofer
20
DE FRANCE. II
» un motif plus naturel ? On voit bien alors
» que ce refus ne vient pas de vertu , mais
» de lâcheté ; & l'on fe moque , avec raiſon ,
» d'un fcrupule qui ne vient que dans le
péril. »
"
·
C'eft ainfi que Jean Jacques , ou Héloïfe
, s'exprime fur le duel ; & après avoir
lû ce fragment , il eft difficile de ne pas dire :
pourquoi un Ouvrage fur le duel : Ces pages
n'en difent elles pas autant que pourroient
en dire des Livres entiers ? Cette objection
tombe moins fur l'Auteur de cet Ouvrage
, qui n'a pas écrit dans la langue de
J. Jacques , que fur fon Traducteur. Il n'en
eft pas moins vrai , & il faut le dire , que
dans le volume que nous annonçons , la
queftion eft bien préfentee ; qu'on y difcute
fagement les raifons qui combattent ou favorifent
le duel ; que l'Aureur a approfondi
fon fujet; & ajoutons fur- tour ( ce qui donne
un objet d'utilité , & un coin de nouveauté
même à fon Ouvrage ) qu'après avoir combattu
cet ufage funefte , il propofe des moyens
pour l'extirper. Nous allons en donner une
idée , après avoir obfervé en paſſant que le
titre tel qu'il a été traduit , préſente une expreffion
des plus impropres ; car , à coup
sûr , l'énormité du Duel ne fignifiera jamais
ce que l'Auteur & le Traducteur ont voulu
dire .
L'Auteur examine d'abord fi le duel a été
connu des Grecs & des Romains ; & il prononce
la négative . En effet , dans les faftes
A vj
12 MERCURE
de ces deux Nations , nous voyons les plus
grands Hommes dévorer les plus cruels affronts
, fans fe faire juftice par leur épée , &
fans rien perdre de leur gloire. Nous voyons
le fameux Thémiftocles , près de combattre
à la tête des Athéniens , menacé du bâron
par Eurybiades , Général des Grecs Alliés :
Frappe , lui dit- il , mais écoute. Thémistocles
auroit pû tuer le brutal Eurybiades ; il fit
mieux , il gagna la bataille .
On doit attribuer l'invention du duel aux
anciens peuples Septentrionaux , lorfqu'ils
pafsèrent dans l'Empire d'Occident. Ils commencèrent
par y introduire le duel judiciaire.
Celui ci étant tombé en décadence , on crut
devoir y fuppléer par le duel extrajudiciaire ,
ou en réparation d'honneur. Cet ufage étoit
bien digne du temps & des peuples qui le
virent naître ; il étoit digne d'un fiècle cù les
délits s'expioient par des compenfations ,
c'eſt à dire , d'un fiècle où , par une rétribution
de bled , de beftiaux , chacun acheteit
le droit de commettre le crime qui lui plaifoit
le plus. C'eft par une continuation du
même privilège , qu'on a vû dans le moyen
âge toutes les punitions réduites à des peines
pécuniaires. On taxoit alors tous les délits ,
la vie des hommes , les mutilations de membres
, le vol , l'incefte , l'empoifonnement.
Avec 400 écus on pouvoit impunément affommer
un Évêque ; un fimple Prêtre coûtoit
deux cens écus , ainfi que le vol & le
poifon. Les loix de Lombardie établiffentune
DE FRANCE. Is
taxe pour chaque membre , tant pour un bras,
tant pour une cuiffe, & c. cette taxe avoit été
faite avec tant d'exactitude , que parmi les
dents , qu'on payoit comme les autres parties
du corps , on diftinguoit , par différens prix ,
les machelières de celles de devart.
Après avoir marqué l'origine du duel , le
Docteur Italien prouve qu'il eft contraire
au droit narurel , comme fuppofant une
complication de haine & de vengeance , fentimens
vicieux en eux mêmes , & qui tendent
à étouffer ce germe de bienveillance
que la Nature a placé dans le coeur humain."
Il étoit plus facile encore de prouver qu'il
eft contraire à la Religion ; & l'Auteur pouvoit
fe difpenfer de développer auffi longuement
cette idée ; mais ce qu'il y a de fingu
lier , c'eft que le duel a trouvé des partifans
parmi les Cafuiftes . Ils exigent pourtant quel
ques précautions pour le légitimer ; il s'agit
feulement , fuivant ces Meffieurs , d'éloi
gner de fon intention tout defir de vengeance
, & de diriger cette intention vers le
defif de défendre fon propre honneur. C'eft
le moyen de concilier les loix du monde &
celles de l'Évangile , on , pour parler le lan
gage didactique , de cette manière , un homme
en pareil cas , accorde au monde l'effet
extérieur & matériel de l'action , & donne à
Dieu le mouvement intérieur & Spirituel de
l'intention. On fent que rien n'eft plus commode
, & que tout peut s'arranger avec ces
diftinctions là. L'Auteur combat cette opi-
و
14 MERCURE
nion avec les armes de la Religion , de la
raifon & de l'humanité.
L'objet du Chapitre huitième eft de prouver
que le duellite manque aux devoirs de
Citoyen. Il bleffe les loix , en ce qu'il fe difpenfe
d'y recourir . Il fe fait l'accufateur &
le juge , & il exécute l'arrêt qu'il a prononce
lui même. Enfin , pour nous fervir
des expreffions de l'Auteur , ou plutôt du
Traducteur , il femble fe dire :
"
" Je fais qu'il y a des Tribunaux qui veil-
» lent continuellement à la sûreté com-
» mune , & qui font chargés d'appaiſer tous
» les différends qui s'élèvent entre les parti-
» culiers ; mais je ne veux reconnoître en
» aucune manière ces Tribunaux ; je me
fais même un point d'honneur de les méprifer
; je veux être l'arbitre fouverain des
difputes qui intérelfent mon honneur ; je
veux par la force me faire juftice à moimême.
و ر
>>
"
"
L'Auteur, dans le Chapitre fuivant, fe fait
cette queftion : Le duel peut il être permis
dans un État mal gouverné , où les Magiftrats
, par négligence ou par méchanceté, refufent
ouvertement la juftice ? Il y répond
négativement , & fait voir à combien de
funeftes abus l'affirmative ouvriroit la
porte : en effet , quel vafte champ aux prétextes
les plus dangereux ! quelles Loix
feroient refpectées , ou plutôt quel pouvoir
ne feroit pas anéanti s'il fuffifoit à des
fujets de dire qu'ils font mal gouvernés , pour
DE FRANCE. rs
avoir le droit de le gouverner eux- mêmes !
Le duel eft oppoſé à la nature du véritable
honneur ; tel eft le contenu du dixième
Chapitre. Pour prouver cette propofition &
la mettre dans tout fon jour , il fuffiroit de
citer le trait de ce Citoyen Romain qui éléva
deux Temples , l'un à la Vertu , l'autre à
l'Honneur , mais fi voifins l'un de l'autre &
difpofés de manière qu'il falloit paffer par
le premier pour entrer dans le fecond . Il
feroit difficile d'accorder la définition que
préſente cette idée avec les principes des
partiſans du duel .
On objectera peut être que le duel eſt un
moyen propre à maintenir l'efprit guerrier
dans les troupes , & à fournir de braves
Défenfeurs à l'État. Cette réflexion eft
fpécieufe ; notre Auteur la réfute avec
affez d'adreffe. Il répond que,fur- tout dans
la manière actuelle de faire la guerre , la
force d'une armée confifte moins dans le
courage de chaque combattant en particulier
, que dans la bonne difcipline. Il ap
puie cette affertion fur des faits nombreux
pris dans l'Hiftoire ancienne & dans l'Hiftoire
moderne. Il allègue parmi beaucoup
d'autres preuves , la facilité avec laquelle les
troupes Européennes battent le Ture , qui
eft fort brave , mais mal difcipliné ; & il
faut avouer auffi que contre des Nations
inftruites dans l'Art Militaire le courage eft
abfolument nul fans la bonne difcipline . Or
la difcipline n'a pas de plus ferme appui
16 MERCURE '
que la fubordination , & le duel détruit la
fubordination , paifqu'il ne fe foutient que
par un efprit d'indépendance. C'est ce qui
fournit à l'Auteur un fecond argument contre
le duel. " Montrez- moi , dit - il , une
armée où règne cet abus avec les ridicules
» maximes du point d'honneur qui en font
la fource , vous y verrez auffi régner partout
l'indépendance . Les Officiers dédai-
» gneront d'exécuter les ordres les plus im-
» portans de leur Général , pour aller termi
» ner clandeftinement leurs difputes d'hon
» neur ; car nous avons remarqué que la
première de leurs maximes eft qu'aucane
» loi ni de la patrie ni du Prince ne doit
être préférée à l'honneur. »
·
>>
Si dans leur nombre quelqu'un eft
» affez vertueux pour méprifer le préjugé
commun , & qu'il refufe un défi , ou ne
» le propofe pas lo : fque le prétendu point
» d'honneur l'exige , tous les autres prenant
fa conduite pour une baffeffe , refufe- 30
ront de fervir avec lui . » Enfin les Supérieurs
eux-mêmes font forcés de fe battre
avec leurs inférieurs , puifque d'après ces
mêmes maximes it réfute , comme le dit
Pilluftre Marquis Maffei , qu'un Noble con
tracte envers un roturier au moment où ïl
l'offenfe , & que le Supérieur en offenjant
fon inférieur le fait monter au rang de fes
égaux.
On voit que l'Auteur de cet Ouvrage
pourfuit le duel jufques dans fes derniers
DE FRANCE. 17
1
retranchemens , & que les combats qu'il
lui livre forment eux mêmes un duel des
plus opiniâtres. Enfin , après avoir prouvé
que cet ufage bleffe tout à la fois la Nature
, la Raifon , la Religion & les Loix , il
finit par s'adreffer aux Souverains , & les
exhorte à faire les plus grands efforts pour
déraciner un abus auffi pernicieux ; il les
invite à être inflexibles pour l'exécution des
Loix contre le duel , fur tout à ne faire aucune
grâce à celui qui le propofe , & à prévenir
ces défis en accordant une prompte
Juftice à l'offenfé. Puffendorff a dit que fi
l'on vouloit abolir les duels , il falloit décerner
des peines rigoureufes contre celui qui
donne un foufflet , ou qui en un mot donne
lieu à ce qu'on appelle une affaire d'honneurs
& un autre Auteur ajoute que fi l'on
veur empêcher un Particulier infulté de fe
venger par le fer , il ne faut pas que fa
patience & fon obéiffance tournent contre
lui.
Mais fi un Souverain veut terminer ces
différends , il ne faut pas qu'il établiffe un
Tribunal exprès pour cela , parce que mettre
une différence entre les affaires qui intéreffent
le point d'honneur & les autres délits ,
c'eft nourrir l'abus qu'on veut détruire. Tant
que l'on croira que le point d'honneut fait .
une loi à part , on croira que de femblables
querelles doivent fe terminer d'une
toute autre manière ; il faut fur tout extirper
ce fatal préjugé qui, en pareil cas, attache
18 MERCURE
du déshonneur à recourir aux Magiftrats ordinaires.
L'Auteur voudroit auffi voir abolir l'ufage
ridicule de fe montrer armé d'une épée aux
Spectacles , aux Temples & chez fes amis.
Enfin il propofe , d'après Hobbes , un
moyen fort fimple , & qui n'eft pas moins
puiffant. Il voudroit que les Souverains
fiffent jurer les Gentilshommes à un certain
âge de ne jamais envoyer aucun défi , & de
n'en recevoir aucun ; il voudroit même
qu'on fit prêter le même ferment aux Of
ficiers à l'époque de leur réception .
Cet Ouvrage mérite d'être lû , quoique le
fujet foit traité d'une manière un peu pro
lixe , & que le Traducteur ait trop négligé
fon ftyle.
VARIÉTÉ S.
SUITE des Sermons de l'Abbé Poule ,
comparés à ceux de Bourdaloue & de
Maffillon
.
LORSQSQUE Bourdaloue finiffoit fa carrière
, s'élevoit un des plus heureux Génies de
notre Nation , qui devoit le premier nous enfeigner
le vrai fyftême de l'Éloquence chrétienne , l'enrichir
de nouvelles beautés ; c'eft le Père Maffillon .
Bourdaloue prêchoit la Cour de Louis XIV dans le
temps de toute la fplendeur de ce règne . Maffillon
la prêcha dans les jours de la vieillefe du Roi &
des calamités du Royauine. Il femble qu'en ce point
DE FRANCE. 19
ees deux talens ayent été déplacés. L'Eloquence fi
noble & fi aimable de Mafillon eût encore embelli
la majeſté & l'éclat du commencement de ce
règne , & la féchereffe auftère du ftyle de Bourdaloué
eût mieux convenu au deuil de la France &
à la trifte dignité d'un vieux Monarque ; mais d'un
autre côté on peut dire que Maffillon étoit fingulièrement
propre à dédommager fa patrie de tant
de grands Hommes qu'elle avoit déjà perdus , & à
la confoler dans les malheurs,
On connoît peu le fond de la vie & du caractère
de Maffillon. M. d'Alembert , qui s'attache beaucoup
à recueillir les petits faits dans la vie des grands
Hommes , parce qu'il fait en faire fortir leurs traits
principaux ; M. d'Alembert , dans l'excellent Éloge
qu'il nous a donné de cet Orateur , n'a pu tirer de
grands fecours des mémoires particuliers & de la
converfation des contemporains , où il a puifé pour
fes autres Eloges tant de chofes intéreffantes . On
fait feulement que Maffillon fe fit honorer & bénir
par toutes les vertus d'un Évêque , & la mémoire
eft encore en vénération dans fon Diocèfe. On
croit fentir dans fes Ouvrages ce qu'on n'apperçoit
pas dans le peu d'événemens qui compofent fon
Hiftoire. On croit y reconnoître un coeur qui n'avoit
point été étranger aux paffions , qui avoit fur
le monde non pas feulement l'expérience d'un
homme qui l'avoit vû , mais celle d'un homme qui
avoit failli au moins s'y livrer. C'eft fans doute à
ces dangers où fon coeur a été exposé qu'il faut attribuer
ce parti qu'il avoit pris dans fa jeuneffe &
dans le commencement de fes fuccès d'aller ensevelir
à la Trape fes talens & fa renommée. Cette fenfibilité
, qui l'approchoit des foibleffes , lui donnoit
auffi un goût plus vif de la vertu , un plus tendre attachement
à la Religion qu'il devoit annoncer. Il
eft du nombre de ces Ecrivains qui deviennent les
20
MERCURE
amis de leurs Lecteurs , qui infpirent encore plus la.
confiance que l'admiration , parce qu'ils paroiffent
toujours avoir épanché leur âme dans tout ce qu'ils
ont dit de beau & de bon.
Maffillon fut maîtriſé par la fenfibilité de fon
coeur , comme Bourdaloue l'avoit été par la rigidité
de fon efprit En écoutant ce dernier , il dit : Je ne
prêcherai pas de cette manière Il fentoit que c'étoit
fur- tout dans le coeur qu'il falloit porter la Religion
& la Morale , & que cette dialectique continuelle
étoit plutôt un vice qu'une perfection dans la raifon
même.
Je ne crois pas que les grands Hommes entrent
toujours dans leur carrière avec une théorie toute
formée & le plan complet de leurs travaux ; fouvent
, ou du moins long - temps , ils ne font que s'abandonner
à l'inftinct de leur talent ; mais en examinant
leurs Ouvrages , on peut démêler ces principes
fecrets fur lefquels ils ont été conçus & exécutés.
Maffillon réuniffoit un efprit jufte & vrai , une
âme fenfible , une imagination facile & brillante , la
connoiſſance du monde & des hommes. Éclairé &
foutenu par tant de dons heureux , il vit que les
hommes à qui il devoit parler étoient déjà bien
loin des principes de la Keligion , qu'ils s'étoient
fait une morale plus commode à laquelle ils vouloient
s'en tenir. Il conçut qu'il falloit réveiller leur
confcience fur ces grandes & terribles vérités qu'ils
abandonnoient ; démentir ces funeftes maximes qui
les avoient fubjugués , armer contre elles leur propre
coeur toujours trompé dans la fauffe félicité
qu'elles lui promettent. Il voulut entrer dans les plus
fecrets mouvemens des paffions, pour leur faire rendre
témoignage à elles - mêmes de la contradiction
de leurs voeux , de l'impuiffance de leurs efforts ; au
milieu de toutes ces attaques livrées aux vices , s'adreffer
à tous les bons penchans auxquels ils fe
DE FRANCE 21
lient fouvent dans notre coeur ; fe faifir de ce qu'il
y a de plus vif & de plus profond dans nos affeetions
pour en former l'amour de la vérité & de la
vertu. Dans un fiècle extrêmement poli , on n'a plus
de prife fur les hommes que par la féduction des
Arts. Il faut flatter leur goût pour arriver à leurs
coeurs. Il ne négligea pas les charmes du ftyle ; il en
embellit cette onction qu'il puifoit dans la douceur
de fon âme. Il fentit en même temps que l'augufte
& important Miniftère qu'il alloit remplir ,
pouvoit fe dégrader par le foin de plaire ; il le corrigea
donc par quelque chofe de pur & de férieux qui
fe fait toujours fentir dans fes difcours . On voit fans
ceffe qu'une fi bellediction fort d'un coeur touché , que
ce font des fentimens vrais qui la parent & l'animent ,
qu'elle a été plutôt un heureux inftrument dans les
mains de l'Orateur, que l'objet des complaifances de
fon amour-propre. La diction la plus nue ne pour
roit avoir un air plus fincère & plus modefte ; fes
attraits paroiffent encore plus appartenir au doux
fentiment de la vertu qu'à la perfection de l'art , &
c'eft par-là qu'elle trouve fi peu de réfiſtance pour
s'infinuer dans le coeur.
"
J'o'erai ici combattre une opinion adoptée par
M. d'Alembert dans fon Eloge de Maffillon . « Si
» l'on vouloit cependant établir entre ces deux
» Orateurs illuftres ( Bourda'oue & Maffillon ) une
efpèce de parallèle , on pourroit dire , avec un
» homme d'efprit , que Bourdaloue étant plus rai-
» fonneur & Maffillon plus touchant , un Sermon
» excellent à tous égards feroit celui dont Bourda-
» loue auroit fait le premier point , & Maffilion le
» fecond. »
Il y a dans cette idée quelque chofé de faux en
raifon & en goûr qui ne pouvoit échapper à l'efprit
jafte & fin de M. d'Alembert. « Peut être , ajoutest-
il immédiatement , un Di.cours plus parfait en22
MERCURE
» core feroit celui où ils ne paroîtroient pas ainfi
» l'un après l'autre , mais ou leurs talens fondus
» enſemble fe pénétreroient , pour ainfi dire , mu-
» tuellement , & où le Dialecticien deviendroit pathétique
& fenfible. » วง
On ne peut mieux réfuter cette idée , qui ne me
paroît pas trop digne d'un homme d'efprit ; mais je
trouve dans la réflexion de M. d'Alembert une vûe
fur le caractère de talent de ces deux Orateurs à laquelle
je ne puis me rendre. J'avoue bien que
Bourdaloue eft un plus grand raiſonneur que Malfillon
; mais eft- il un meilleur efprit ? C'eſt , je crois ,
ce que peu de perfonnes penferont , & ce que je ne
puis abfolument admettre. Voilà cependant la qualité
effentielle pour la bonne ordonnance d'un Dif
cours. Si Bourdaloue avoit peut- être plus de fagacité
& de force dans les idées , Maffillon avoit plus
de jufteffe & de bonheur dans l'efprit. On eft plus
furpris des plans de l'un , plus fatisfait de ceux de
l'autre. Voyez comme Maffillon eft toujours fidèle à
l'obſervation du monde , aux mouvemens du coeur
humain. Chacun retrouve dans fes Difcours ce qu'il
a vù , ce qu'il a fenti. Chacun fe fent confondu par
Les objections, & appelé par un mouvement intérieur
vers les vérités ou les vertus qu'il préfente. En eft il
de même de Bourdaloue ? Ce n'eft qu'en épuifant
votre attention qu'il fubjugue votre efprit ; il vous
accable de fes preuves plutôt qu'il ne vous gagne
par les raifons ; & dans la croyance & la morale
ce n'eft rien de convaincre , il faut perfuader. Maffillon
me paroît un de ces talens exquis dont la raifon
& le goût forment toujours le fond, & à qui il
eft exclufivement accordé de réunir dans un degré
à-peu- près égal le mérite de la pensée & celui
du ftyle . Remarquez - le bien , Vous verrez
que les mêmes caufes qui ôtent tout intérêt au ſtyle
de Bourdaloue , amènent prefque toujours quelque
•
DE FRANCE. 23
chofe de faux & de malheureux dans le plan de ces
Difcours. Comparez les Sermons de ces deux Prédicateurs
fur l'Aumône & fur les Richeſſes , vous ne
trouverez dans Bourdaloue . que des idées très - communes
; vous verrez dans Maffillon des vûes qui
l'euffent feules porté à un ftyle éloquent par leur intérêt
, leur jufteffe & leur élévation. Je eiterai à cet
égard fon Sermon du mauvais Riche comme un
chef-d'oeuvre. D'après la belle parabole de l'Évangile
, il repréfente le mauvais Riche en enfer. Pourquoi
eft - il en enfer ? Fut - il un homme injufte ,
cruel , fans foi , fans moeurs & fans pudeur ? Non ,
feulement il étoit riche , & il ne fongeoit pas aux
befoins des pauvres . Rien ne me paroît au deffus de
l'idée de ce Sermon , pas même tout le talent avec
lequel il eft traité. J'ai cherché des vûes pareilles
dans Bourdaloue , je n'en ai pas trouvé. Je conviens
cependant que Maffillon montre plutôt un efprit
jufte & heureux dans le choix & la méditation de
fes fujets , qu'un génie vafte & inventif. On voit
qu'il comptoit trop fur les reffources de fon ftyle ,
comme dans fon ſtyle il s'abandonnoit trop fouvent
à fa facilité. Beaucoup de fes Sermons rentrent les
uns dans les autres , & plufieurs font à tous les
·égards très - médiocres ; mais auffi il eft impoffible
de ne pas aimer & admirer beaucoup ceux qu'il a
travaillés avec tout fon talent.
Comme il eft différens genres d'efprit & de
talent , il eft auffi divers genres d'éloquence. Il eft
des hommes dont l'âme naturellement prédominante
, fe trouve toujours au niveau des plus grands
objets , ou les élève à fa propre hauteur ; elle les
peint comme elle les voit & les fent , & quelque
chofe d'impétueux & d'extraordinaire empreint dans
toutes fes idées & fes expreffions , femble faire de
fon éloquence une langue fupérieure à celle des
mortels , c'eſt l'éloquence de Boffuet.
24 MERCURE
Il en eft une autre qui , tenant à un eſprit moins
élevé , mais plus flexible , a une fenfibilité moins
vive & plus douce , a une imagination qui répand
avec plus d'abondance & de variété des couleurs
moins riches & moins fortes , pénètre dans toutes
les parties des objets , y faifit des rapports & des
effers qu'elle feule fait appercevoir , en fait fortir des
impreffions nouvelles , fatisfait l'efprit plutôt qu'elle
ne l'étonne , émeut l'âme fans la bouleverfer , &
dédommage le goût des beautés originales par des
jouiffances plus délicates , c'eft, l'éloquence de Maffillon.
On eft toujours trop près de croire exclufives
l'une de l'autre des qualités oppofées Il n'eft point
de vrai talent qui ne réuniffe la force & la grâce.
Maffillon a de la première , Boffuet a de la feconde ;
mais leur force & leur grâce ne fe reffemblent pas ,
& ne changent pas le caractère de leur génie ; de
même qu'une teridre émotion légèrement répandue ,
fur une phyfionomie pleine de force & de grandeur
n'en efface pas les traits fiers & majeftueux, & qu'un
mouvement d'indignation n'altère pas entièrement
la férénité habituelle d'une figure douce & aimable.
La richeffe & l'élégance ne forment donc pas
fcules l'éloquence & le ftyle de Maffillon ; fes Difcours
offrent auffi de la grandeur & de l'énergie. Il
eft même arrivé une fois à la plus fublime éloquence
, c'est dans ce morceau du Sermon fur le
petit nombre des Élus, qu'on a cité fouvent, & qu'on
ne peut relire fans une plus vive admiration.
« Et c'eſt pour cela que je m'arrête à vous , mes
Frères , qui êtes ici affemblés ; je ne parle plus du refte des hommes ; je vous regarde comme fi
» vous étiez ſeuls fur la terre : voici la penfée qui
» m'occupe & qui m'épouvante. Je fuppofe que c'eft » içi votre dernière heure & la fin de l'Univers ;
» que les Cieux vont s'ouvrir fur vos têtes , Jéfus-
» Chrift
DE FRANCE. 25
30
» Chrift paroître dans fa gloire au milieu de ce
Temple, & que vous n'y êtes affemblés que
pour l'attendre , & comme des criminels trema-
» blans à qui l'on va prononcer ou une fentence
» de grâce ou un arrêt de mort éternelle ; car vous
∞ avez beau vous flatter , vous mourrez tels que
» vous êtes aujourd'hui ; tous ces defirs de change-
» ment qui vous amufent, vous amuferont jufqu'au
lit de la mort ; c'est l'expérience de tous les
» fiècles; tout ce que vous trouverez alors en vous
» de nouveau, fera peut-être un compte un peu plus
grand que celui vous auriez aujourd'hui à
rendre ; & für ce que vous feriez fi l'on venoit
» vous juger dans le moment, vous pouvez prefque
décider ce qui vous arrivera au fortir de la
33
33
vie.
ל כ
que
Or, je vous le demande , & je vous le demande
frappé de terreur , ne féparant pas en ce point
mon fort du vôtre , & me mettant dans la même
» difpofition où je fouhaite que vous entriez ; je
» vous demande donc fi Jésus- Chrift pareilfoit
» dans ce Temple au milieu de cette Affemblée , la
33
plus augufte de l'Univers , pour nous juger , pour
faire le terrible difcernement des boucs & des
» brebis , croyez - vous que le plus grand nomre
» de tout ce que nous fommes ici fùt placé à la
» droite ? croyez - vous que les chofes du me as
» fuffent égales ? croyez -vous qu'il s'y trouvât feulement
dix Juftes , que le Seigneur ne put trouver
autrefois en cinq Villes toutes entières ? Je
» vous le demande ; vous l'ignorez , & je l'ignore
» moi-même. Voas feul , ô mon Dieu ! connoiſſez
» ceux qui vous appartiennent ; mais nous ne
connoiffons pas ceux qui lui appartiennent , nous
favons du moins que les pécheurs ne lui appar-
» tiennent pas. Or , qui font les fidèles ici allem-
» blés ? Les titres & les dignités ne doivent être
Nº. 49 , 6 Décembre 1785 .
26
MERCURE
20
ود
comptés pour rien ; vous en ferez dépouillés
» devant Jésus - Chrift : qui font - ils ? Beaucoup de
pécheurs qui ne veulent pas fe convertir , encore
plus qui le voudroient , mais qui different leur
converfion ; plufieurs autres qui ne fe convertiffent
jamais que pour retomber ; enfin un grand
nombre qui croient n'avoir pas besoin de con-
» verfion : voilà le parti des réprouvés . Retranchez
» ces quatre fortes de pécheurs de cette affemblée
fainte , car ils en feront retranchés au grand
» jour ; paroiffez maintenant , Juftes : où êtes-vous
» reftes d'Ifraël , paffez à la droite ? Froment de
Jésus-Chrift, démêlez-vous de cette paille defti-
» née au feu : ô Dieu ! où font vos Élus ? Et que
refte-t il pour votre partage?
55
מ
כ ןכ
Lorfque ce morceau fut prenoncé , l'Affemblée
toute entière , faifie d'effroi , par un mouvement in
volontaire , s'eft trouvée debout comme ti elle eût
affifté réellement à ce terrible jugement que l'Orateur
lui retraçoit. Il n'eft point de louanges dignes
d'un morceau qui a produit une telle impreffion ,
& il faudroit admirer chaque phrafe.
En s'élevant fi haut , Maffillon s'eft fur- tout élevé
au- deffus de lui - même . Quoiqu'il ne ſoit pas étranger
à la grande Eloquence , jamais il ne prend une
attitude auffi fière , auffi majeftueuſe , un ton fi
mâle , un langage fi fort au deffus des embelliffemens
du ſtyle. J'ai été frappé dans la lecture d'un
grand nombre de fes Sermons , d'un morceau qui
ine paroit offrir le caractère dominant de les
beautés dans toute leur perfection ; c'eſt le tableau
de la Mort du Pécheur , dans le Sermon qui porte
ee titre. Que puis- je mieux faire en parlant d'un auffi
excellent Ecrivain , que de le citer ſouvent ?
« Alors le pécheur mourant ne trouvant plus
dans le fouvenir du paffé que des regrets qui
›› l'accablênt ; dans tout ce qui fe paſſe à ſes yeux 33
DE FRANCE. 27
» que des images qui l'affligent ; dans la penſée de
», l'avenir que des horreurs qui l'épouvantent ; ne
» fachant plus à qui avoir recours , ni aux créa-
» tures qui lui échappent , ni au monde qui s'éva-
» nouit , ni aux hommes qui ne fauroient le déli-
» vrer de la mort , ni au Dicu jufte qu'il regarde
» comme un ennemi déclaré, dont il ne doit plus
attendre d'indulgence ; il fe roule dans fes propres
horreurs ; il fe tourmente , il s'agite pour
» fuir la mort qui le faifit , ou du moins pour fe
» fuir lui - même ; il fort de fes yeux mourans je ne
"
30
fais quoi de fombre & de farouche qui exprime
» les fureurs de fon âme ; il pouffe du fond de fa
» trifteffe des paroles entrecoupées de fanglots qu'on
» n'entend qu'à demi , & on ne fait c'est le
» défefpoir ou le repentir qui les a formées ; il
» jette fur un Dieu crucifié des regards affreux , &
qui laiffent douter fi c'eft la crainte ou l'efpérance
, la haine ou l'amour qu'ils expriment , il
entre dans des faififfemens où l'on ignore fi c'eſt
» le corps qui fe diffeut , ou l'âme qui fent l'approche
de fon Juge ; il foupire profondément , &
» l'on ne fait fi c'eft le fouvenir de fes crimes qui
lui arrache fes foupirs , ou le défefpoir de quitter
» la vie : enfin , au milieu de ces triftes efforts fes
yeux fe fixent , fes traits changent , fon viſage ſe
défigure , fa bouche livide s'entrouvre d'ellemême
; tout fon corps frémit , & par ce dernier
» effort fen âme infortunée s'arrache comme à
» regret de ce corps de boue , tombe entre les
» mains de Dieu , & fe trouve feule au pied du
» Tribunal redoutable . »
30
Remarquez comme toutes les beautés de la diction
fe mêlent ici à la vigueur du tableau . Quel
riche développement ! quelle habile gradation !
comme tous les traits s'agrandiffent en s'uniffint !
quel favant mêlange de hardice & de bonheur
Bij
28 MERCURE
à
dans ce ftyle ! quel admirable contrafte entre ces
expreffions pleines d'art & de talent tout enſemble :
Ilfe roule dans fes propres horreurs , &c Ilfort de
fes yeux mourans je ne fais quoi de fombre & de
farouche , &c. Il pouffe du fond de fa trifteffe des
paroles entrecoupées de fanglots , &c . & la fublime
fimplicité des derniers traits. Son âme infortunée
s'arrache comme regret de ce corps de boue , tombe
entre les mains de Dieu , & fe trouve feule au
pied du Tribunal redoutable ! Je ne dis pas que
Mafillon ait employé dans la compofition de ce
morceau tout l'art que j'y apperçois. A Dieu ne
plaife que je voye toujours , même dans le plus
habile Orateur , un homme tout entier à l'effet de
fes phrafes dans les momens même où fon coeur
doit l'infpirer ; mais le talent cultivé a une logique.
fecrette qui guide à fon infu , & autant qu'il
eft en moi de la démêler , voilà celle du talent de
Maffilion.
Qui croiroit qu'un fi beau talent porte en luime
un défaut capital & continuel , celui de s'appefantir
toujours fur la même idée ou le même fentiment
? Mais ce défaut dans Maffillon tenant à fon
talent même , fe laiffe à peine appercevoir tant que
le talent eft dans toute fa force ou fa plénitude , &
c'eft ce qui diftingue Malillon des Écrivains qui
pêchent par le même endroit. Sénèque , qui offre
d'ailleurs de fi belles penfées & de fi belles expreffions
, s'épuife à retourner fon idée fous une multitude
de formes différentes , & il ne parvient fouvent
qu'à la gâter. Fléchier , qui procède toujours pat
l'enthitèle , s'occupe encore long- temps à faire jouer
entre- eux les mots , lors même que la pensée eft
déjà faifie. Ils impatientent l'un & l'autre , parce
que ces ftyles , au défavantage de prolonger le difcours
au-delà du fajet , ajoutent encore le malheur
plus grand de dégrader le Philofophe & l'Orateut
DE FRANCE.
29
· par les petites & fauffes prétentions du bel efprit.
Maffillon , au contraire , corrige en quelque forte
cette foibleffe de fon efprit par la pureté de fon
cour. On ne peut appercevoir l'une fans l'autre.
On eroit que c'eft innocemment qu'il embellit trop
fon objet ; d'ailleurs il choifit fi bien les nouvelles
nuances fous lefquelles il reproduit fon idée ; & il y
a tant d'abondance & de grâce dans le long épanchement
de fes fentimens , qu'on lui fauroit fouvent
mauvais gré d'adopter une marche plus rapide
ou plus féconde. Mallillon avoit un efprit
trop jufte & trop heureux pour l'avoir ſtérile ; s'il a
un grand nombre de Sermons médiocres , & fi
dans ces Sermons fon ftyle eft tout - à - fait languif
fant , ce n'eft pas qu'il ait manqué de fonds , c'eft
qu'il ne s'eft pas affez défié de fa facilité.
Maffillon avoit déjà acquis la gloire d'un bon
Moralifte , du premier Prédicateur de fa Nation ,
& d'un des meilleurs Ecrivains de toutes les Littératures
; il lui étoit encore réſervé , fur la fin de fa
carrière , de confacrer fa mémoire par le plus augufte
& le plus touchant emploi de l'éloquence , celui de la
faire fervir à l'éducation d'un jeune Prince Louis XIV
venoit de mourir , après avoir vu toate la pompe de
fon règne s'obscurcir & s'éteindre dans les deuils de
fa famille & dans les défaftres de fon Royaume..
Ses dernières années n'avoient plus offert de fa première
gloire , qu'un majeftueux fouvenir . Un Enfant
de dix ans , feul rejetton de cette auguſte tige , Occupoit
déjà le Trône , avant d'en pouvoir exercer la
puiffance & d'en connoître les devoirs. Après de
longs & profonds malheurs , c'étoit la fource de toutes
les confolations , parce qu'il étoit l'objet de toutes les
efpérances. C'eft à cette époque que Maffillon, récompenfé
erfin par l'Epifcopat , & touchant à la vieilleffe,
fur appelé pour venir encore une fois prêcher à
la Cour. Il pouvoit obtenir des triomphes flatteurs
Bij
30
MERCURE.
avec les mêmes chef d'oeuvres . Mais fon coeur ſenfible
& vertueux conçut une autre eſpérance . Il ofa
embraffer le projet de préparer un bon Roi à la
Nation. Il fit de nouveaux difcours , qui formèrent
une fuite d'inftructions pour le jeune Prince. Il a
fans ceffe cet Enfant royal fous les yeux ; il dépouille
fon ftyle de fon ancienne pompe , il en retranche
même une certaine vigueur de raiſon , qui pouvoit
effaroucher un âge encore fi tendre ; il n'en conferve
que la douceur & la grace . Mais ce ton fimple
& touchant lui fuffit pour le grand objet qu'il fe
propofe . Il peint des plus aimables couleurs toutes
les vertus qu'il veut donner au jeune Roi. C'eſt dans
fon coeur qu'il grave tous fes devoirs , il les affocie
à tous les innocens penchans de fon âge . Il n'oublie
rien fur-tout pour développer toute fa fenfibilité &
pour la tourner vers fon peuple. Il lui porte tous.
les voeux que l'on forme pour lui ; il lui fait goûter
les premieres douceurs de l'affection publique. Il lui
préfente la Nation & il le préfente à elle ; il lui peint
aur-à -tour les malheurs & la gloire qui environnent
fa jeuneffe . L'orphelin & le roi font fans
ceffe mis à côté l'un de l'autre , afin que fon coeur
ne puiffe s'élever fans s'attendrir , & qu'il s'afflige
en même- temps de fa fortune & de fon délaiffement .
Au milieu de ces tendres épanchemens , les plus
grandes , les plus fortes vérités lui font enfeignées ;
& tous les devoirs du Prince font fondés fur les droits
des peuples. Comme il avoit deux objets dans fon petit
Carême , celui d'émouvoir le coeur du jeune Prince
, & celui de l'inftruire , fon éloquence a auffi deux
genres. Ecoutons-le dans l'un & l'autre objet .
Arrêtons-nous d'abord à fes tendres prières pour
le jeune Prince.
» Grand Dieu ! plus le Trône eft environné de
piéges , plus les Rois ont befoin que vous les en-
→ vironniez de votre protection & des fecours de votre
DE FRANCE. 31
အ grande miféricorde : ainfi plus une tendre jeuneffe
» & une enfance délaiffée à elle-même & à tous les
périls de la Royauté , expofe cet Enfant augufte ,,
plus il doit devenir l'objet de vos foins & de votre
tendreffe paternelle .
לכ
» Armez de bonne heure l'innocence de fon
» coeur contre les dérifions qui aviliffent la piété , &
» contre les écueils de la piété même : donnez-lui
» ces vertus qui fanctifient l'homme & qui font en
» même-temps le grand Roi. Faites qu'il refpecte
» ceux qui vous fervent ; & qu'il ferve lui-même le
» Dieu de fes pères avec cette majefté qui feule peut
» rendre les Rois refpectables.
» Jetez les yeux fur lui du haut du Ciel ', grand
» Dieu ! & voyez ici à vos pieds cet Enfant augufte
& précieux , la feule reffource de la Monarchie ,
» l'Enfant de l'Europe , le gage facré de la paix
» des peuples & des nations : les entrailles de votre /
» miféricorde n'en font-elles pas émucs ? Regardezle,
grand Dieu ! avec les yeux & la tendreffe de
∞ toute la Nation.
"
"
» Ecoutez la première voix de fon coeur innocent
, qui vous dit ici , comme autrefois un faint
» Roi : Dieu de mes Pères , regardez moi , laiſſez-
» vous toucher de pitié à la vue des périls que
» mon âge & mon rang me préparent & qui vont
» m'entourer de toutes parts au fortir de l'enfance :
» refpice in me & miferere met : ſoyez vous même
» le défenfeur de mon Trône & de ma jeuneffe :
» contervez l'Empire à l'Eufant de tant de Rois , &
qui ne connoît pas de titre plus glorieux que
» d'être le premier né de vos enfans : da imperium
35
» puero tuo.
L
» Mais que la confervation d'une Couronne
» terreftre , grand Dieu ! ne foit pas le feul de
vos bienfaits : fauvez le fils d'Adélaïde , des
Blanches , des Clotildes , & de tant de pieufes
BAY
32 MERCURE
39
Princeffes , qui me portent encore devant vous
so dans leur fein , & comme l'Enfant de leur amour
» & de leurs plus chères efpérances : Et falvumfac
filium ancilla tua : & puifque l'innocence attire
toujours fur elle vos regards les plus propices
& les plus tendres , confervez- la moi , grand
» Dieu ! auffi long - temps que ma Couronne. »
Voici maintenant les principes qu'il préfente au
5כ
Roi :
20
CC
Qui , Sire , c'eft le choix de la Nation qui
» mit d'abord le Sceptre entre les mains de vos
» Ancêtres ; c'eſt elle qui les éleva fur le Bouclier
» militaire & les proclama Souverains. Le Royaume
devint enfuite l'héritage de leurs Succeffeurs :
» mais ils le dûrent originairement au confentement
libre des Sujets. Leur naiffance feule les mit enfuite
en poffeffion du Trône : mais ce farent
les fuffrages publics qui attachèrent d'abord ce
» droit & cette prérogative à leur naiſſance. En un
mot , comme la première fource de leur autorité
» vient de nous , les Rois n'en doivent faire uſage
» que pour nous. Les Flatteurs , SIRE , vous re-
» diront fans ceffe que vous êtes le maître , & que
vous n'êtes comptable à perfonne de vos actions .
Il est vrai que perfonne n'eft en pouvoir de
» vous en demander compte ; mais vous vous le
» devez à vous- même , & , fi je l'ofe dire , vous
le devez à la France , qui vous attend , & à
» toute l'Europe qui vous regarde . Vous êtes le
» Maître de vos Sujets ; mais vous n'en aurez que
» le titre , fi vous n'en avez pas les vertus. Tout
" vous eft permis ; mais cette licence eft l'écucil de
33
l'autorité, loin d'en être le privilége . Vous pou-
» vez négliger les foins de la Royauté ; mais ,
» comme ces Rois fainéans , ſi déshonorés dans nos
« Hiſtoires , vous n'aurez plus qu'un vain nom
DE FRANCE.
33
» de Roi , dès que vous n'en remplirez pas les fonctions
auguftes .
ל כ
Ceux qui emploient un fi aimable talent à préfenter
à un Roi ces grandes vérités , deviennent véritablement
les bienfaiteurs des peuples. Le Petit .
Carême de Maffillon eft du petit nombre de ces
Livres facrés , dignes d'entrer dans l'éducation des
Princes. Par le genre des vérités & de l'éloquence
qui y regnent , il mérite d'être placé à côté du
Télémaque
. * Auf les Auteurs de ces touchans
* Qui n'a fenti , qui n'a adoré les grâces de l'imagination
qui a créé ce beau Poëme , & ce charme d'innocence
& de vertu qui femb e épurer l'âme du Lecteur à propor
tion du plaifir qu'il reçoit ? Mais a t'on donné affez de bénédictions
à cette morale douce & fublime , qui , s'élevant
au deffus tout- à - la - fois , & de ce fanatime patriotique des
auciens qui , en reffe: rant davantage les liens des Citoyens ,
rompoit tous ceux des Nations , & de ces infolens prejuges
de la ftupide feodalite , qui avoient voué le peuple
à la misère & à la baffeffe , s'appuie toute entière fur la
fainte humanite , en fait le sommencement & la fin de
toute gloire , de toute fageiſe , de toute vertu parmi les
hommes A-ton rendu affez de juftice à cette politique
grande à force être fimple , qui a voulu exclure de l'adminiftration
des états toutes les fauffes gloires , toutes les
grandeurs defaftreuſes , qui n'a adinis pour garants de la
felicité publique que les bonnes moeurs & les loix de
l'équité ? Un grand Roi , qui donna à Fénelon la plus
noble marque d'eftime qu'un Roi & qu'un père puiffe.
donner , ne vit dans ce Livre , écrit pour l'éducation de
fon petit fils , que la fatyre de fon regne Cette accufation
étoit fans judice , mais non pas fans fondement. Fenelon
pouvoit-ilconcevoir le deffein d'outrager fon Bienfai : eur ,
de férrir un Monarque qu'il honoroit dans fa confcience ?
Mais fon coeur fenubie & vrai l'avoit conduit , fans qu'il
s'en doutât , a tracer , à l'ombre même de ce trône refplendiffant
de gloire & de puiffance , une pathétique proteſtation
en faveur du genre humain , contre un Gouvernement
qui avoir fouvent out immolé à la grandeur perfonnelle
de Monarque. Ou trouvoit -il cette Philofophie
encore fi étrangère à fon fiecle , & qui fera dans tous les
temps la fource des meilleurs principes ? Ne fuppofe - t'elle
pas autant d'étendue d'efprit que de fenfibilite dans l'âme?
Bv
34 MERCURE
Ouvrages eurent bien des rapports . La nature leur ,
accorda un talent & un caractère pleins de grace &
de douceur : leur destinée les conduifit l'un & l'autre ,
à être les Précepteurs d'un jeune Prince ; & dans ,
cet augufte emploi , leur ame noble & franche les
a élevés au- deffus des préjugés qui devoient , natu- 1
rellement les dominer. Ils fe reffemblent jufques
dans l'efpèce de leurs défauts , qui font de la foi- ,
bleffe & des longuears. Avouons cependant que fi
ces deux hommes peuvent être rapprochés par tant
de chofes , ils ne peuvent être égalés. La fenfibilité
dans Maffillon eft moins vive , moins profonde ;
elle n'annonce pas une ame fi heureufement douée .
Son imagination paroît auffi fouple ; elle ne paroît
pas auffi féconde. Les beautés & les défauts dans Fénelon
fortent uniquement d'un coeur qui ne fait que
s'ouvrir & fe répandre ; les beautés & les défauts
dans Mafliion tiennent davantage à un art fingulièrement
facile , qui fouvent abufe de lui - même.
On établit fouvent des parallèles, fans affez examiner
fi les objets fe conviennent , ou , ce qui eft encore
plus vicieux , fans marquer en quoi ils diffèrent.
Comme on avoit comparé Bourdaloue à Corneille ,
on a comparé Marfillon à Racine : on l'a appelé le
Racine de la profe . Un mérite commun entre deux
Ecrivains , peut encore admettre de grandes différences.
Le mérite commun de Racine & de Maffillon
eft l'élégance de leurs ftyles. Mais leur élé-
Aimable précepteur des Rois , généreux défenfeur des
Peuples , c'eft ta gloire particulière qu'on ne puiffe rien
féparer dans les perfections que tu réunis , & tu reffembles
en tout à ces êtres céleftes , qui re puifent l'élévation de
leurs idées que dans la fainteté de leur nature . Tout ce que
je puis appercevoir dans ton génie , ou plutôt dans ton
ame , c'elt qu'elle fur une heureufe réunion de ce qu'il y
a de plus touchant dans les moeurs antiques , de plus pur
dans la Religion Chrétienne , & de plus jufte dans l'efprit
moderne.
३
DE FRANCE. 35
gance eft-elle de la même nature & du même
prix ? Le ftyle de Maffillon eft noble , touchant ,
brillant fans fafte , élevé avec foupleffe : celui de
Racine réunit dans le degré le plus accompli tous
les tons , toutes les beautés , & cela dans un genre
d'écrire & une nature d'Ouvrages bien plus difficiles.
Les Ecrivains qui ont cette perfection éprouvent un
grand malheur. On ne veut pas confentir à leur accorder
tous les mérites. Parce que Racine eft plein
de douceur & de jufteffe , on n'a pas voulu obferver
toure fa force , toute fon élévation . Bien des
Gens de Lettres ne favent pas encore que c'eſt lui
qui a le plus créé de grandes expreffions ; qu'il a
enrichi la langue d'une foule d'effets ignorés , &
que c'eft- avec les exemples que l'on pourroit toujours
répondre aux timides obfervations de ces Critiques
qui croient avoir du goût , parce qu'ils s'effrayent de
cette indépendance & de cette inverfion qui caracté
fent le génie. Je crois aimer & admirer Maffillon
autant que perfonne ; mais il m'eft impoffible de
voir en lui le Racine de la profe.
( Ces Articles font de M. L. C. )
( Celui fur M. l'Abbé Poule paroîtra dans un des
prochains Mercures. )
SPECT A CLE S..
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Lundi , premier de ce mois , on a donné
la première repréſentation de Didon , Opéra-
Tragédie en trois Actes , Poëme de M. Marmontel
, mufique de M. Piccinni.
Ce fujet , dont Virgile a fait le morceau
i
B vj
36 MERCURE
1
leplus fublime de poéfie paffionnée que nous
ait laiffé l'antiquité , a déjà été mis au Théâtre
avec fuccès , par Métaftafe , en Italie
& par M. le Franc de Pompignan , en France .
Le nouvel Opéra a été repreſenté à Fɔntainebleau
avec un fuccès trop éclatant &
trop foutenu pour faire craindre qu'il ne
foit pas reçu à Paris avec les mêmes applaudiffemens.
Obligés d'envoyer à l'impreffion
cet article avant la première repréfentation
, nous nous contenterons d'indiquer
fidèlement la marche & la conduite
du Poëme , fans nous permettre ni éloges ni
critiques. Nous attendrons que le Public ait
prononcé fur l'Ouvrage , pour rendre compte
du jugement qu'il en aura porté.
La marche de cet Opéra eft très fimple
, & n'eft qu'une divifion naturelle de
l'action du quatrième Livie de l'Éneïde .
Didon,fuivie d'Élife la loeur, & de Phénice la
confidente , Phénice ouvre le premier Acte a
fa paffion eft déjà déclarée ; elle a reçu les
fermens du Héros qu'elle aime ; l'ombre de
Sichée , fon premier époux , fort en vain du
féjour des morts pour la menacer des maux
que fon parjure lui prépare ; elle croit que
les Dieux , en faveur de ce Heros , lui doivent
des jours fans nuage . Elle n'attend que le
moment d'unir fon fort au fort d'Enée. Un
bruit de chaffe fe fait entendre; & la Cour de
Didon , le fils d'Énée , & fes compagnons ,
l'arc à la main , le carquois fur l'épaule
viennent chanter la beauté , le bonheur & la
•
DE FRANCE.
37
gloire de la Reine ; elle arme elle- même le
jeune Afcagne; Enée entre , & vient annoncer
, au milieu de la fête , qu'un ennemi
s'avance , & que l'Ambaffadeur qui le précède
parle déjà avec l'audace d'un vainqueur.
Didon reconnoît Iarbe , dont elle a refufé
la main ; Enée s'engage à rabaiffer fon orgueil.
Tarbe arrive deguile fous le nom de
fon Ambaffadeur ; il porte des prefens , &
en offrant encore fon amour , menace de fa
haine & de fa vengeance Didon , qui lui répond
avec une noble fierté , & le laiffe avec
Enée , dont le bonheur fur tout l'irrite . Le
Heros fugitif & le Prince Afriquain devenu
plus jaloux encore depuis qu'il a vû Didon ,
déployent dans certe Scène , l'un un courage
calme & tranquille , & l'autre l'emportement
d'un barbare. Iarte , qui s'eft fait
connoître à fon rival , court à ſa vengeance.
Énée , dans la première Scène du fecond
Acte , laille voir à Elife que les Dieux exigent
de lui le plus cruel facrifice ; qu'ils lui
Ont declaré , par la voix du Prêtre , que c'eft
en Italie que le deftin l'appel e ; il la fupplie
de préparer Didon à ce malheur ; elle'
frémit de cet o de , & va tout apprendre à
Jarbe , pour defarmer au moins l'ennemi
qui menace toujours fa foeur. Didon , loin
de foupçonner fon malheur , fe livre avec
tranfport à la joie d'être défendue par le
Heros qu'elle aime , & fon peuple ſe raſfemble
avec confiance fous les drapeaux du
Chef qu'elle lui donne.
33
MERCURE
Ah ! que je fus bien inſpirée ,
Quand je vous reçus dans ma Cour !
O digne fils de Cythérée ,
Combien je rends grâce à l'Amour ! &c ..
Énée , qui fent plus vivement le regret &
la douleur de tromper tant d'amour , lui
fait des fermens qui lui donnent des foupçons
qu'elle n'a jamais eus .
Je n'ai jamais douté d'une fi belle flamme.
Pourquoi m'en affurer ?
Elle le preffe enfin d'achever leur hymen ,
& de porter aux combats le nom de fon
époux. Il la quitte fans ofer lui ouvrir fon
coeur, & lui apprendre le devoir qué lui impote
le Ciel . C'eft Jarbe qui vient lui apprendre
ce funefte fecret. Didon rejette avec fierté
les avis qui accufent Enée. Jarbe , qu'elle
rend témoin de toute fa tendreffe , laiffe
éclater toute fa fureur , & redouble la menace
d'une vengeance qu'il fe repent d'avoir
différée. Le Peuple de Carthage , & les
Troyens , fuivis d'Enée , fe rendent auprès de
Didon : elle annonce aux deux Peuples qu'elle
femet fon fceptre aux mains du Héros qui
émbraffe fa défenſe, & les invite à lui rendre
hommage & à le fuivre à la victoire. Les Tyriens
preifent Enée de les mener au combat ;
les Troyens lui rappellent le deftin qui l'attend
en Italie. Didon apperçoit le trouble qui
le preffe , & lui - même frémit que la Reine
DE FRANCE. 39
n'entende ce que lui difent les Troyens . Il
déclare enfin aux Tyriens & à leur Reine
qu'il ne veut point s'affeoir fur le Trône
qu'on lui offre , avant de l'avoir mérité.
Didon , qui frémit d'être éclairée , & qui
pourtant veut l'être , fait fortir la Cour &
fon Peuple , & refte feule avec lui. Elle apprend
tout fon fort dans cette Scène . Enée
lui révèle l'ordre des Dieux , & lui avoue
qu'il ne peut réfifter à la voix de fon Père ,
qui lui apparoît toutes les nuits pour le
preffer de remplir la volonté des Dieux.
Elle tombe défaillante dans les bras d'Elife ,
& ne fe relève que pour lui répéter plufieurs
fois ces paroles fimples & touchantes :
C'eft toi , cruel , qui veux ma mort ;
Regarde- moi , vois ton ouvrage.
Enée fupplie encore Didon de calmer fes
alarmes. En ce moment le Peuple entre avec
précipitation fur la Scène , en annonçant l'ar
rivée des Africains , & en criant : Aux armes
, aux armes ! Didon , Elife , Enée s'écrient
enſemble :
Dieux ! juftes Dieux ! fecourez-nous !
Didon , raffurée en voyant fon Amant
combattre pour elle , revient au troiſième
Acte, pleine encore d'efpérance . Ce n'eſt plus
pour elle même , c'eft pour les jours d'Enée
qu'elle tremble. Le bruit de la victoire le
lui annonce ; mais tandis qu'on célèbre fon
triomphe & fa gloire , fes chagrins fe
peignent fur fon vifage : Didon y voit
40 MERCURE
encore le malheur qui la menace. C'eſt
dans la Scène fuivante , que le Poëte
a placé plufieurs de ces mouvemens de
pallion , de ces paffages rapides des fup- ´
plications les plus humbles de l amour & du
malheur , aux fureurs de la vengeance , aux
dédains affectes de la fierte offenfee ; de ces
combats fi naturels des fentimens les plus oppoles
, qui ont fait du quatrième Livre de
I'Éneïde , le modèle de tous les grands tableaux
des effets de l'amour.Après qu'elle l'a
quité , Énée , épouvante de l'etat où il la
laiffe , balance encore d'obeir aux Dieux.
Leur tonnerre fe fait entendre. L'Ombre
'Anchife paroîr. Il lui demande s'il a offenfé
les Dieux . L'Ombre repond : Le Ciel commande
; obéiflez. Enée lui dit encore : Je
réduits au defefpoir une Reine qui a fauvé
les débris difperfes d'Ilium. L'Ombre fait la
même reponfe : Le Ciel commande ; obéiſſez.
Énée va s'embarquer. Didon reparoît a la
lueur des éclais , au bruit du tonnerre dont
les coups redoublent ; elle voit les vailleaux
d'Enée qui s'éloignent du rivage ; elle veut.
le poursuivie & les en brâfer . Elle fe repent
de ne les avoir pas enchaînes fur la
rive , de n'avoir pas puni le perfide qu'ils
devoient dérober à fa fureur. Son déſeſpoir
après avoir éclaté contre Énée , retombe
fur elle même : elle ne fonge plus qu'à fi-`
nir fes tourmens avec fa vie . Pour tromper
fa foar , elle l'envoie chercher les Prêtres
de Pluton , fous le pretexte d'un facrifice
DE FRANCE.
41
qu'elle veut faire aux mânes de Sichée. On
élève un Autel & un Bûcher ; elle fe fait
apporter par les Femmes les dépouilles & les
armes d'Enée , les dépofe fur le Bûcher , y
monte elle- même , après avoir embraffé fa
Soeur , en lui affurant qu'elle va retrouver
enfin le repos après tant d'alarmes ; elle ſe
frappe de l'épée d'Enée , en s'écriant :
Adieu , mon cher Énée :
Mon dernier foupir eft pour toi.
Le Peuple de Carthage défolé , jure fur le
Bûcher une haîne éternelle à la race d'Énée.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 25 Novembre , on a repréſenté ,
pour la première fois , Gabrielle " Eftrées ,
Pièce Dramatique , en cinq Actes & en
vers , par M. de Sauvigny.
Nous n'entrerons point dans les détails de
l'intrigue fur laquelle l'Auteur a établi l'action
de fa Pièce. L'Ouvrage eft imprimé depuis
long temps , & tous les Journaux en
ont rendu un compte fuffifant pour le faire
connoître des Amateurs de Littérature qui
fuivent avec quelque attention les nouveautés
Dramatiques. Nous nous contenterons
de dire que dans le Drame de M. de
Sauvigny , Gabrielle d'Efirées le trouve placée
dans une fituation à peu près femblable
à celle que Racine a adoptée pour la Béré42
MERCURE
nice ; que le rôle de Henri IV reffemble
beaucoup à celui de Titus , & que le perfonnage
de Sully n'a pas moins d'analogie
avec le Miniftre Paulin. Nous voudrions
pouvoir dire que l'imitation eft digne du
modèle ; mais nous fommes forcés d'avouer
que dans le mérite particulier à ces deux
productions , on remarque une diſtance égale
à celle des deux époques qui en ont vu les
premières repréſentations. De tous les perfonnages
que l'on peut placer fur notre
Scène , le plus attachant , le plus fufceptible
d'exciter de l'intérêt & de l'enthoufiafme
dans l'âme des Spectareurs François , eft,
fans contredit , Henri IV. M. de Sauvigny
paroît s'être pénétré des qualités éminentes
& des vertus aimables qui formèrent du
vainqueur de Coutras un homme fenfible
& un grand Roi ; & fon Héros eft fouvent
peint avec des couleurs dignes de lui . Néanmoins
Titus , quoiqu'étranger à notre Nation
, eft bien plus attachant que Henri.
Pourquoi ? C'est que les divers mouvemens
qui agitent fon âme font développés avec un
art inimitable ; c'eft que dans les combats
que l'amour d'une femme & l'intérêt d'un
grand peuple lui font éprouver , on apperçoit
une connoiffance profonde du coeur hu
main , des paffions qui fubjuguent l'homme ,
enfin , des devoirs politiques qui font à un
Souverain la loi dure , mais néceffaire , d'immoler
au bien public fes fentimens & fes
goûts perfonnels , quand ils peuvent lui être
DF FRANCE 43:
"
préjudiciables ; c'eft que le charme du ftyle ,
la jufteffe & la vérité des expreffions , ajoutent
encore à la fcience des développemens ;
c'eft que , depuis le commencement du rôle
jufqu'à la fin , Titus eft le même ; que fon
caractère eft foutenu avec autant de goût
que de vérité , conformément à ce précepte
:
Servetur ad imum
Qualis ab inceffu procefferit & fibi conftet .
mérite qui manque au perfonnage de Henri.
Ajoutons que Bérénice eft vraiment intéreſ
fante. Cette Reine jeune , aimable , vertueufe
& faite pour être adorée , qui a
infpiré à un Prince jeune & puiffant le plus
violent amour , excite naturellement la pitié ,
quand on la voit forcée de céder à une opinion
fondée fur l'orgueil le plus mal entendu
& par conféquent le plus barbare. Mais
Gabrielle d'Eftrées ! qu'eft- elle à nos yeux ,
malgré les foins que l'Auteur s'eft donnés
pour nous intéreffer en fa faveur ? La Maitreffe
très- aimée , il eft vrai , d'un de nos
plus grands Rois ; mais une femme que fa
naiffance écartoit du Trône , & qui , plus
animée encore par l'ambition que par l'amour
, a long temps abufé de la bonté d'un
Prince dont elle avoit fubjugué le coeur &
fafciné les yeux. Telle eft l'idée que rappelle.
anx Spectateurs inftruits le perfonnage de
Gabrielle d'Eftrées ; & c'est avec chagrin
qu'on voit notre Théatre lui prêter des ver44
MERCURE
tus qu'elle n'avoit pas , & confacrer , pour
ainfi dire , une des foibleffes les moins excufables
du grand Henri. Le Rôle de Sully
a des beautés : il eft affez généralement conforme
à l'idée que l'Hiftoire nous en a confervée
: ferme , vrai , fier , ami idolâtre de
Henri ; mais moins adroit , moins politique ,
quoique non moins Dramatique que Paulin.
Gabrielle d'Eftrées a été lue & reçue à la
Comédie Françoife il y a huit ou neuf ans.
Des caufes dont nous ne fommes pas bien.
inftruits , en ont fait arrêter les repréfentations.
Après avoir fait quelques tentatives
inutiles pour la faire repréfenter , M. de
Sauvigny l'a fait imprimer , & depuis elle a
été jouée fur prefque tous les Théâtres de
Province , mais non pas avec un égal fuccès.
C'étoit alors une Tragédie , à la fin de laqueile
Gabrielle mouroit empoisonnée , en
ne favoit trop par qui ni comment . Pour la
faire jouer au Théâtre Italien * , l'Auteur a
été obligé de faire difparoître le dénouement
tragique , & d'en faire tout fimplement un
Drame. Aujourd'hui Gabrielle ne meurt plus;
Les Comédiens François intentent aujourd'hui
un procès aux Comédiens Italiens , parce qu'ils ont
joué Gabrielle d'Eftrées . Si cet Ouvrage a été jadis
une Tragédie , il n'eſt plus aujourd'hui qu'un Drame
Héroïque. Les Lettres - Patentes du 31 Mars 1780 ,
enregistrées en Parlement le premier Mai faivant ,
& qui rétabliffent la Comédie Italienne dans le droit
auquel elle avoit renoncé , de jouer des Comédies
Françoifes , lui interditent , il eft vrai , la faculté
DE FRANCE.
45
elle renonce à fon Amant , & elle confent à
vivre. Ce facrifice rapproche encore davantage
Gabrielle de Bérénice , & ce dernier
trait de reffemblance lui eft encore moins
avantageux que tous ceux qui le précèdent.
Au refte , peut- être cet Ouvrage auroit- il
eu plus de fuccès s'il avoit été donné plutôt ,
& par confequent dans des circonftances
plus heureutes. Depuis environ dix ans , on
a abufé du nom de Henri IV , en le portant
tour à tour fur tous nos Théâtres. Il eft donc
poffible que , malgré la vénération profonde
que la Nation reffent pour ce grand Prince ,
malgré l'idolâtrie avec laquelle tous les François
honorent fa mémoire , on commence
å fe laffer de voir fans ceffe traduire fur nos
de jouer aucunes Tragédies ; mais elles ne lui interdifent
pas celle de jouer les Drames. On y a repréfenté
Jenneval & le Déferteur, Drames bien plus
tragiques que Gabrielle ; tout récemment on y a
joué Amélie & Monrofe , Drame fort tragique , &
non moins héroïque que l'Ouvrage de M. de Sauvigny.
Pourquoi donc les Comédiens François réclament-
ils aujourd'hui contre les repréſentations de
Gabrielle C'eft que cette Pièce a été fur leur répertoire;
c'eft que l'Auteur , dégagé des engagemens
qu'il avoit pris avec eux par l'article premier de
l'Arrêt du Confeil du 9 Décembre 1780 , n'a pas
voulu fubir le fort très douteux d'une feconde lecture
; c'est parce qu'il a mieux aimé être joué par
des Acteurs peu riches & plein de zèle , que par des
Comédiens très- fortunés, & qui s'endorment doucement
fur le fonds de leurs richeffes : inde ira.
-
46 MERCURE
Théâtres , & fouvent d'une manière indigne
de lui , un perfonnage tel que Henri IV , un
perfonnage enfin qui n'étoit pas fait pour
être prodigué comme les Atrides, ou comme
la famille des Pointu.
ANNONCES ET NOTICES.
Continuation de la feconde Soufcription de l'Encyclopédie
au prix de 751 liv.
L'ENCYCLOPÉDIE
' ENCYCLOPÉDIE par ordre de Matières qu'on
imprime à Paris, eft dans ce moment-ci traduite dans
quatre Langues , & on vient de publier des Prof
pectus d'Éditions contrefaites dans deux endroits
différens. Les Traductions ne peuvent faire qu'honneur
à l'Ouvrage , mais les contrefaçons peuvent le
détruire. La principale raifon que donnent ces
Contrefacteurs , c'eft que la Soufcription de l'Encyclopédie
de Paris étant fermée , il n'en reste plus
d'Exemplaires. C'eft pour parer aux inconvéniens
d'une annonce auffi fauffe , & à ceux qui pourroient
réfulter de la publication de ces Éditions contrefaites,
que Mgr. le Garde des Sceaux a permis que la
feconde Soufcription de l'Encyclopédie par ordre de
Matières au prix de 751 livres , fût continuée auffi
long - temps que les circonstances la rendroient néceЛaire
.
On pourra s'adreffer , pour foufcrire , hôtel de
Thou , rue des Poitevins , nº. 17 , & chez les
Libraires de France & étrangers.
On mettra en vente au commencement de
T'année prochaine 1784. chez Louis Roffet , Libraire
à Lyon , l'Ouvrage fuivant : Effai MétéréoDE
FRANCE 47
logique fur la veritable influence des Aftres , des
Saifons & changemens de temps , fondé fur de longues
Obfervations , & appliqué aux usages de l'Agriculture
, de la Médecine , de la Navigation , &c ;
par Jofeph Toaldo , Prévôt de la Sainte - Trinité , &
Profeffeur public d'Aftronomie , de Géographie &
de Météréologie dans l'Univerfité de Padoue , traduir
de 1 Italien par M. Jofeph Daquin , Docteur en
Médecine de l'Univerfité de Turin , Médecin de
l'Hôtel - Dieu de Chambéry , & Membre de l'Académie
de Lyon , avec des Notes par le Traducteur.
Neus rendrons compte de cet Ouvrage lorſqu'il
nous fera parvenu.
LE Commiffionnaire Vertueux , Eftampe , avec
ces deux vers :
Qui fait pour la Vertu lutter contre la mort ,
Mérite que chacun s'intéreffe à fon fort .
Cette Eftampe fe vend au profit de l'infortuné
Veffie, & fe trouve à Paris , chez le fieur Hazard ,
Receveur de la Loterie de France , rue de la Harpe ,
vis -à-vis le Café de MONSIEUR. Prix , douze fols
an moins.
·
LA Sorcière par hafard , Opéra Comique en
vers mêlé de Mufique , repréfenté pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , le 3 Septembre 1783. Les paroles & la mufique
par M. Framery , Surintendant de la Mulique
de Mgr. Comte d'Artois . Prix , 18 livres . A Paris ,
chez Houbaut , Marchand de Mufique & Copiſte de
la Comédie Italienne , rue de Marivaux , Place du
Théâtre Italien , & aux Adreſſes ordinaires.
Les Éditeurs , dans un Avertiff ment qui nous a
paru curieux , paroiffent attendre de la part du Public
un jugement définitif fur cet Ouvrage. Il ne
$
48 MERCURE
nous convient pas de le prévenir. D'ailleurs , comment
prévoir les effets du Théâtre , où le fuccès
dépend toujours également de la bonne exécution &
de la difpofition des Spectateurs ? Mais il nous
femble que la plupart des morceaux de cette mufique
font fufceptibles de faire un très-bon effet dans les
Concerts.
NUMERO 10 du Journal de Clavecin , contenant
l'Ouverture de la Mélomanie , un Rondeau de
Claude Stamitz , & un Menuet de M. Wenck.
Prix , 2 livres fols. A Paris , chez Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière - Saint - Honoré ,
où l'on foufcrit pour l'année de douze Numéros .
Prix , 15 liv . port franc.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
STANCES à Thémire ,
Charade , Enigme & Logogry-
:_phe ,
Bourdaloue & de Maffil
lon , 18
5 Académie Roy. de Mufiq. 35
De l'enormité du Duel, 7 Comédie Italienne ,
Suite des Sermons de l'Abbé Annonces & Notices ,
Poule , comparés à ceux de
APPROBATION.
>
41
46
JAAI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux
Mercure de France , pour le Samedi 6 Décembre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreflion. A Paris ,
les Decembre 1783. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 DÉCEMBRE 1783 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A MM. CHARLES & ROBERT , fur leur
Voyage Aérien , du 1 Décembre 1783 .
"
er
ENFIN ta réfiftance eft vaine ,
Dieu des airs ; le courage humain ,
A travers ton vafte domaine ,
Vient de fe frayer un chemin.
De l'homme Éole eft tributaire ;
Servant nos fublimes projets ,
Des Zéphyrs la troupe légère
Nous fait voguer fur l'hémisphère ,
Qui jamais ne vit tel fuccès.
Dieux endormis ! fur les François ,
Quoi ! vous ne lancez pas la foudre? .....
Quoi! ces mortels audacieux
Semblent efcalader les cieux ,
N°. 50, 13 Décembre 1783 . C
So MERCURE
Et ne font pas réduits en poudre ?...
Baiffez donc le front devant eux ;
De la Fable qui vous fit naître ,
Tout votre éclat eft emprunté ;
Cédez à la réalité ,
Charles & Robert doivent être
Les Dieux que vous avez été .
Guidés par l'intrépidité ,
Ces braves Nochers font connoître ,
En s'élevant fur les éclairs ,
Que l'homme enfin s'eft rendu maître
Des eaux , de la terre & des airs.
Ah ! i Montgolfier de la gloire
A fu leur tracer le fentier ,
En fuivant fes pas leur victoire
Étonne encor le monde entier.
(Par M. Richard. )
Sur la Mort de M. D'ALEMBERT.
DEE la parque en fureur le cifeau redouté
Dans la nuit du tombeau l'a donc précipité ,
Comme il entroit à peine au quatorzième
luftre !
Il n'eft donc plus ce Sage illuftre ,
Cet Ami des Talens & de la Vérité !
*
* Note de l'Auteur. Cette Pièce , compofée à la première
nouvelle de la mort de M. d'Alembert , étoit beaucoup
plus courte , & telle qu'on la peut voir dans l'Almanach
Littéraire. On la donne aujourd'hui refondue & développée.
KINLIOTECAL
REGLA
DE FRANCE. st
O regrets ! ô douleur amère !
De longs crêpes enveloppés
Les Talens orphelins redemandent leur père ,
Et tous du même coup femblent être frappés.
Déjà la Poésie , aux affronts exposée ,
Sans honneurs , dans nos murs , languifſoit mépriſée ;
L'Éloquence , déjà les yeux baignés de pleurs ,
Se plaignoit de fon infortune ;
Et pour déplorer fes malheurs ,
Alloit monter dans la tribune ;
Qui les confolera ces deux auguftes Soeurs ?
Quelle main foutiendra leur trône qui chancèle
Et leur palais mal affermi ?
Je fais plus d'un amant qui leur eft infidèle ;
D'Alembert , plus conſtant , fut toujours leur ami .
Quel autre auffi dans le champ des Sciences
A fait éclore plus de fleurs ?
Quel autre a mieux fondé les vaftes profondeurs
De ces labyrinthes immenfes
Dont Newton eut la clef, & dont le fil trompeur
S'eft brifé tant de fois dans la main de l'erreur ?
Géomètre , il ouvrit aux Émules d'Euclide
Des fentiers nouveaux , inconnus ;
Philofophe , il orna la vérité timide
De la ceinture de Vénus.
Son ftyle toujours intéreſſe ,
Il unit l'élégance à la fimplicité ;
La profondeur y naît de la clarté ,
la grâce de la jufteffe.
Cij
52
MERCURE
On dédaigne aujourd'hui ce talent précieux ,
D'écarter les grandes images ,
Qui , fans les éclaircir , éblouiffent les yeux ,
Ce mêlange de tons familiers , férieux ,
Qui , flattant tous les goûts, obtient tous les fuffrages.
On s'élève , on s'élance au- deffus des nuages ,
Et c'est pour ramper dans les cieux.
Où le trouver cet art de ne jamais trop dire ,
Et même en diſant peu , d'attacher & d'inftruire ?
D'Alembert l'avoit hérité
De l'ingénieux Fontenelle ;
En peignant à demi l'aimable vérité ,
Tons deux la rendirent plus belle.
La fatyre & l'envie , ainfi que des vautours ,
Osèrent fur tous deux étendre leur furie ;
Tous deux bravant la calomnie ,
Dans le fein de la paix terminèrent leurs jours ,
Foulant aux pieds les fots difcours
De la fatyre & de l'envie.
Le nom de Fontenelle en tout lieu publié ,
D'un Prince égal aux Reis lui conquit le fuffrage.
D'Alembert obtint l'amitié
Du Salomon qu Nord , du Héros de notre âge.
Né d'illuftres parens , dans fa jeune ſaiſon ,
Fontenelle par eux vit former ſa raiſon ,
Fontenelle dut tout à leur tendreffe extrême ;
* Note de l'Auteur. Fontenelle logea quelque temps chez
M. le Régent , qui eut des bontés pour lui.
DE FRANCE.
$3
D'Alembert fe créa lui- même ,
Et couvrit fon berceau de l'éclat de fon nom.
( Par M. le Chevalier de Cubières de Palmezeaux. )
CONSEIL àfuivre à l'occafion de la Paix.
LOOUUIIS dépofant fon tonnerre
Met le comble à tous fes bienfaits ,
En accordant à les Sujets
La fin des fléaux de la guerre.
Allons Meffieurs de l'Hélicon ,
Quittez & Philis & Sylvie ,
Qu'aimez à l'adoration ,
Tant que la rime avec leur nom
Peut bien aller de compagnie ;
Que dans vos chanſons l'olivier
Du myrthe enfin prenne la place.
D'un naturel très-peu guerrier
Vous devez le faire avec grâce.
Au lieu de vous plaindre à Vénus
De la rigueur de chaque Belle ,
Que vos procès avec Plutus
Vous font fouvent trouver cruelle ,
Mettez au jour les impromptus
Que votre Mufe très- facile ,
Depuis un mois dans cette ville
Prépare en l'honneur de Titus."
Titus.... Que dis-je ? Effaçons vîte ,
Ciij
54 MERCURE
Ma comparaifon ne vaut rien.
Pourquoi , dira-t'on ? .... C'eft que Tite
Fut unjourfans faire du bien.
( Par M. Bodkin. )
A la Société Royale de Londres. *
O vous , Docteurs profonds de la grave Angle-
νους ,
terre ,
Sufpendez un inſtant vos pénibles travaux.
Levez les yeux , voyez par des chemins nouveaux
Le François s'élancer au féjour du tonnerre ,
A l'aigle déclarer la guerre ,
Et planer au- deffus des eaux.
Ce Peuple audacieux , que vous nommez volage ,
Dont votre efprit jaloux défigure les traits ,
A la Nature avare a furpris fes fecrets ;
A travers l'athmosphère il s'eft fait un paffage ,
Et tel qu'un demi- Dieu , porté fur un nuage ,
Eft allé de Phébé careffer les attraits.
Que l'ambition , que l'envie ,
Que le faux intérêt de cent Peuples divers
Combattent fur le fein des mers
Pour décider enfin fi l'Europe ou l'Afie
Doit feule commander à la terre afſervie ,
* Ces vers nous ont été envoyés par M. le Marquis
de Jarente.
DE
is
FRANCE.
Et régler le deftin de ce trifte Univers.
Que Pétersbourg & la Crimée
Subiffent de communes Loix ,
Ce fujet n'eft pas de mon choix ,
Et je laiffe à la Renommée
Le foin de célébrer Catherine charmée
De faire au Pont -Euxin redouter fes exploits .
Si je monte aujourd'hui les cordes de ma lyre ,
Si je forme de nouveaux fons ,
C'eſt à nos céleltes ballons
Que je dois le feu qui m'inſpire ;
Je m'élève avec eux dans le plus vafte empire ;
Avec eux , je domine & foule aux pieds les monts.
Ce n'eft point un tableau magique
Dont je viens fafciner vos yeux.
Non , je n'emprunte point le vernis captieux
D'une peinture poétique ;
C'eſt un globe aéroftatique
Qui perce la voûte des cieux .
Quel fpectacle impoſant , ô ma chère Patrie !
O François ! que nos coeurs durent être attendris,
En cet inftant fublime , où du ſein de Paris ,
Les Miniftres des Arts , fur l'aile du Génie ,
Dédaignant les fecours du compas d'Uranie ,
Ouvrirent la carrière à nos regards furpris !
On cût dit en ce jour que la Nature entière
Partageoit pos raviflemens ;
La rigueur des hivers , la fureur des autans
Calmèrent tout- à - coup leur rage meurtrière ,
Civ
MERCURE
Le Dieu même de la lumière
Lança des feux plus éclatans .
Les chaftes Nymphes de la Seine
Paroiffoienr à demi fur fes tranquilles flots ,
Et de l'oeil fuivoient nos Héros
Voguant dans la fluide plaine ;
Lalande , prefque hors d'haleine ,
Cherchoit une Comète à travers le chaos ;
Les Sylphes , difperfés fous la voûte azurée ,
Frappés de l'appareil pompeux
Que la fenfible France étaloit à leurs yeux ,
Defcendirent de l'Empirée
Pour venir fe percher fur la poupe dorée
Da char triomphateur que convoitoient les Dieux.
Bientôt dans fa courſe rapide ,
Ce char majestueux dépaffa l'horizon ;
Mais foumis au pouvoir d'un moderne Jaſon ,
Plus fameux que l'ancien , & non moins intrépide,
Le globe aérien , fous la main d'un tel guide ,
Confondit l'incrédule & força la raiſon.
Tantôt , au-deffus de la nue ,
Il n'étoit apperçu que par les immortels ;
Tantôt , pour raffurer les timides mortels ,
Il prenoit terre à notre vûe ,
Et foudain retraçant une route inconnue ,
Il replongeoit nos coeurs dans des foucis cruels.
Ce monument de notre gloire' ,
Nous allons l'immortaliſer ;
Les Sciences , les Arts vont tous rivalifer ,
DE FRANCE. $ 7.
Pour confacrer dans notre Hiſtoire ,
Et graver à jamais au Temple de mémoire ,
Louis & les Talens qu'il fut favorifer.
Tel eft l'afcendant du génie ,
Qui ne connoît ni frein , ni règle , ni bon fens ;
Au centre de la terre , ou fur l'aîle des vents ,
Par-tout il règne en maître ; & fa touche hardie ,
Imprime un caractère aux plus humbles Talens.
(ParM de Cruchent , Citoyen de Toulouſe. )
LE hafard nous a fait découvrir deux Lettres ,
dont on nous permet de faire ufage , & que nous
croyons devoir être lûes avec plaifir. La publicité
que nous leur donnons eft un hommage rendu au
vrai mérite ; & elles prouveront en même- temps que
M. Turgot , comme le dit le Rédacteur de fes Mémoires
, étoit aufli modefte que fenfible ; qu'il rougiffoit
facilement , & de toute efpèce d'émotion ,
foit d'impatience , foit de fenfibilité. Ces deux Lettres
avoient été écrites à M. Potevin , Conftructeur de
Navires à Bordeaux ; & voici ce qui y avoit donné
lieu.
M. Potevin , qui avoit quelques obligations à M.
de *** , lui écrivit en 1769 , pour le prier de donner
le nom qu'il voudroit à un vaiſſeau qu'il avoit
alors fur le chantier. M. de *** lui indiqua M.
d'Alembert , & lui recommanda de ne le prévenir
que lorfque fon nom feroit infcrit fur le rable de
fon Navire .
}
M. d'Alembert fut d'autant plus fenfible à l'honnêteté
de M. Potevin, qu'elle lui étoit faite par un
Су
MERCURE
"
homme qu'il ne connoifloit point , & dont il n'avoit
jamais entendu parler.
M. Potevin ayant mis un nouveau vaiffeau ſur le
chantier en 1772 , écrivit à M. de *** , que
c'étoit
à lui encore à lui donner un nom ; & M. de ***
lui répondit qu'il defiroit que le choix en fût remis à
M. d'Alembert lui - même. M. Potevin s'adreffa à M.
d'Alembert , qui défigna M de Marmontel ; & fous
ces heureux aufpices , ces deux vaiffeaux firent les
courfes les plus fructueuses.
M. de *** fe trouvant à Bordeaux au mois de
Janvier de l'année fuivante , M. Potevin lui dit
qu'il venoit de conftruire un grand vaiffeau , & qu'il
vouloit abfolument qu'il y inferivît lui-même un
nom. M. de ✶✶✶ exigea de lui qu'il en laifsât le
choix à M. de Marmontel ; M. Potevin écrivit à M.
de Marmontel ; & voici la Lettre qu'il en reçut le
2 Avril fuivant :
« Je ſuis auffi flatté , Monfieur , de la confiance
dont vous m'honorez , que de l'idée que vous
» avez eue de donner mon nom à l'un de vos vaif-
"
33
feaux mais j'attendois , pour avoir l'honneur de
» vous répondre , le jeune homme que vous m'aviez
» annoncé . Je l'ai attendu vainement , & je ne veux
pas me laiffer plus long- temps foupçonner de
négligence. Vous croirez aifément , Monfieur
que , jaloux de remplir dignement vos vûes, j'ai
» cherché , parmi tout ce que je connois de plus
» eftimable , la perfonne qui me fembloit mériter
» le mieux de voir fon nom infcrit fur un de vos
vaiſſeaux . J'aime à penfer que la vertu eft faite
» pour porter bonheur. Elle a dû être le premier
objet que j'ai confulté dans mon choix : mais je
n'ai pas voulu vous la préfenter toute nue ; & je
l'ai prife accompagnée des lumières & des talens.
fupérieurs qui donnent droit à la célébrité . J'ai
donc l'honneur de vous propofer , Monfieur ,
59
30
20
DE FRANCE.
59
30
30
с
» comme un des hommes des plus éclairés & des
plus vertueux de notre fiècle , comme un des hom.
» mes les plus faits pour arriver aux grandes places ,
» & pour les remplir dignement , fi le mérite y peut
» conduire , M. Turgot , Intendant de Limoges ; il
» réunit le Citoyen , l'homme de Lettres , l'homm
» d'État , à un degré peu commun ; & ce que je
» vous dis là eft reconnu généralement de tous ceux
qui favent apprécier le mérite , & qui ont été à
portée de le juger. L'hommage que je rends aux
qualités de fon efprit & de fon coeur , doir vous
» être d'autant moins fufpect que je ne veux pas
qu'il en foit inftruit. Sa modeſtie en feroit bleffée ;
» elle eft auffi délicate que fon mérite eft diftingué.
Je lui ai fimplement dit qu'un Négociant eftimable
m'ayant demandé de donner à l'un de fes
» vaiffeaux le nom que je voudrois , j'avois fait le
choix que j'aurois fait pour un vaiffeau qui au-
» roit été à moi ; il m'a entendu , & il a rougi.
20
30
ככ
» Si ce choix vous convient , vous n'avez plus ,
» Monfieur , qu'une Lettre de politeffe à lui écrire ,
en lui difant que je vous ai fait espérer fon conso
fentement.
» Je vous renouvelle de tout mon coeur les témoi-
» gnages
de ma reconnoiffance , & de la confidération
parfaite avec laquelle j'ai l'honneur d'être ,
» & c. »
Ceux qui n'ont pas connu la candeur & l'excellent
caractère de M. Turgot , croiront , en lifant
cette Lettre , qu'il avoit confenti tacitement à l'offre
de M. de Marmontel ; mais la rougeur qui avoit
couvert fon vifage , étoit un figne d'improbation ; il
n'eut pas la force de la manifefter d'une autre manière
à M. de Marmontel , parce qu'il craignit de
lui faire de la peine.
M. Potevin , d'après les intentions de M. de Mar-
Cv
60 MERCURE
montel , ayant écrit à M. Turgot , en reçut cette
réponse :
Si je pouvois , Monfieur , me flatter de mériter
» le titre que vous me donnez , j'accepterois avec
> reconnoiffance l'honneur que vous voulez me
» faire ; mais ce titre ne s'acquiert que par de grandes
actions publiques , ou par de grands Ouvrages
» fuivis d'un brillant fuccès. Je n'ai fait ni l'un ri
» l'autre ; & vous devez convenir avec moi qu'une
gloire non inéritée , & que le Public ne rati-
30 fieroit pas , feroit fufceptible d'être priſe en mau-
» vaife part.
» Vous avez , parmi les hommes qui honorent
notre Littérature , des noms célèbres à choifir ,
>> tels que M. d'Alembert , M. de Buffon ; & M. de
Marmontel lui - même , qui vous a parlé de moi,
eft bien plus fait pour que vous penfiez à lui. La
» ville de Bordeaux a donné le jour à un des hom-
» mes qui ont le plus honoré le fiècle & la Nation ;
je parle de M. de Montefquieu. Sa mort ne doit
pas difpenfer fes compatriotes de lui rendre un
hommage public ; mais peut être avez - vous été
prévenu , comme vous l'avez été pour le nom de
M. de Voltaire.
30
50
"
50
» Je vous rends compte , Monfieur , des motifs
qui doivent n'engager à refufer votre propofi .
» tion ; mais je ferois bien fâché que vous cruffiez
qu'ils m'ayent rendu moins fenfible à votre poli-
» teffe ; on ne peut en être au contraire plus flatté
& plus touché que je ne le fuis . Je fuis , &c. »
ל כ
Cette Lettre , qui fut communiquée à M. de *** ,
lui caufa autant d'admiration que de furprife ; il
monta le même jour fur l'érable du navire , & il y
écrivit , pour nous fervir de fes propres expreffions ,
ce qui avoit toujours été gravé dans le coeur de M.
Turgot ; la Modeftie. Il fe confola de ne pouvoir y
1
DE FRANCE. 61
mettre fon nom en y
fes vertus .
infcrivant au moins une de
Nous avons vû ces deux Lettres en original ; elles
font tombées dans les mains de M. de *** , après
la mort de M. Potevin . On nous faura d'autant plus
de gré de les avoir publiées , qu'elles renferment une
anecdote , dont tous les perfonnages jouent un rôle
intéreffant.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eſt Balon ; celui de
l'énigme eft Encre ; celui du Logogryphẹ eft
Béquilles , où l'on trouve buis, Lebel, Elu ,
ifle , lie , Bulle , bis 5 bille , quilles , Élie ,
bleu , felle , bifque , bufe , il, bile , lieue ,
bife , lis , Eu , Elbe.
CHARADE.
SUR mon premier , la Bergère jolie
A
quatorze ans ,
abandonne fon coeur ;
Pour mon fecond , bien fouvent elle oublie
Et fes fermens & fon vainqueur.
De tous les fecrets de Thalie
Mon tout eft l'heureux poffeffeur.
( Par M. Villiers , ancien Bas- Officier au
Régiment d'Infanterie de Conti. )
62
MERCURE
ENIGM E.
JE pafferai toujours pour choſe inanimée ;
Dans mon corps cependant une âme eſt renfermée.
Quoique vide, j'ai des boyaux ;
Et j'en ai de plus d'une forte ;
Mais tout contraire aux animaux ,
C'est en dehors que je les porte.
( Par M. N….... d'Arras. ).
LOGO GRYPHE.
Au début , qui me lit me voit au moins , je gage ;
Car je fuis en tous lieux du plus courant ufage.
A l'aide de fix pieds je voyage fort loin ,
On me loge par-tout ; dans le plus petit coin ,
Dans prefque tous les jeux on fête ma naiſſance ,
J'égaye la vieilleffe & j'amufe l'enfance .
De quatre de mes pieds je défole un Joueur ;
De quatre autres parfois j'anine un Spectateur.
Sans aller plus avant , fi tu veux me connoître ,
Rapproches ce qui fert le plus à te repaître ;
Un oiſeau babillard ; une Divinité;
D'un Souverain Pontife le nom , la qualité; :
Un meuble de cuifine ; un inftrument à bouche ;
J'arrête.... car je fens que mon Lecteur y touche.
( Par M. L. D. , près Montargis. )
M
DE FRANCE. 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION des Feftes d'Ovide , avec
des Notes & des Recherches de Critique ,
d'Hiftoire & de Philofophie , tant fur les
differens objets du fyftême allégorique de
la Religion Romaine , que fur les détails
de fon culte & des monumens qui y ont
rapport , avec figures ; par M. Bayeux ,
Avocat au Parlement de Normandie.
T. I. in 8. A Rouen , chez Leboucher
le jeune , Libraire , rue Ganterie , & (e
trouve à Paris , chez la Veuve Ballard
& fils , Impr. du Roi , rue des Mathuring ;
Durand neveu , Libraire , rue Galande ;
Nyon , rue du Jardinet ; & Barrois l'aîné ,
Quai des Auguftins.
OVIDE eft , dit - on , le Poëte de la jeuneſſe ;
il nous femble que la vieilleffe s'en acommode
auffi quelquefois . Les reproches qu'on
lui a faits ont été fi fouvent répétés , qu'il
feroit au moins inutile de les reffaffer ici.
Il faudra toujours convenir que fa gracieufe
facilité , fon brillant coloris & la riche imagination
, s'ils n'excufent pas les défauts ,
les font fouvent oublier . Mais tous fes Ouvrages
ne font pas également connus . Si fes
Métamorphofes , fon Art d'Aimer , & les
64 MER. CUREA
ود
་ ne
Héroïdes , font dans les mains de tout le
monde; fes Faftes font fort peu lûs , & à
peine ont- ils été traduits en François . Ce
n'eft pas qu'ils ayent paru inférieurs à fes
autres Ouvrages ; quoique le fujet des Fafies ,
lit - on dans le jugement des Savans ,
» fût pas toujours également traitable , ni
capable de beaucoup d'ornement , il s'y
» eft furpaffé lui même... C'eſt là feulement
qu'il eft parvenu à cette perfection de
prudence & de modération , qui confifte
» à dire feulement ce qui eft néceffaire &
» convenable.... On y trouve un certain en-
» chantement fecret qui charme & qui captive
l'efprit , de forte que les endroits où
» il cache fon artifice & fon exactitude ,
» fervent à nous en découvrir la douceur &
les agrémens , &c. »
"3
"9
ور
Ovide , dans cet Ouvrage , trace le tableau
de la Religion Romaine , fait connoître
les divers attributs de fes Dieux , les fonctions
de fes Prêtres , le rit de fes facrifices ,
& l'ordre de fes fêtes. Il y a même fait entrer
les grands événemens qui font époque
dans l'Hiftoire de la Capitale du Monde ; &
il l'a enrichi des Fables que la Mythologie
avoit mêlées au fyftême Aftronomique , qui
devoit trouver place dans fon Poëme. Enfin
c'eft l'Ouvrage dans lequel Ovide a montré
le plus d'érudition. Mais c'eft peut être là
auffi une des caufés qui l'empêchent d'être
auffi recherché que les autres productions
DE FRANCE. 65
de fon Auteur , parce qu'il eft beaucoup
plus difficile à entendre.
Cette difficulté d'entendre les Faftes , a
engagé M. Bayeux à faire précéder la Traduction
d'un Difcours Préliminaire , qui
compofe près des deux tiers de ce premier
Volume. Ce Difcours , qui préſente l'hiftoire
, le tableau & l'explication de la Religion
Romaine , fuppofe beaucoup de recherches
, & prouve de la part de l'Auteur
une érudition très - étendue. Il eft écrit avec
nobleſſe , ſouvent avec enthouſiafine ; & l'on
voit que , pénétré de l'efprit de fon Auteur ,
M. Bayeux a cru devoir employer un ſtyle
animé , en parlant d'un Poëte qui a déployé
toutes les grâces de la plus riante imagination.
On a joint à ce Difcours des notes.
explicatives , de façon qu'il n'a pu entrer
dans ce Volume que la Traduction du premier
Livre des Faftes. Nous allons la faire
connoître affez pour mettre nos Lecteurs à
portée de prononcer fur le talent du Traducteur.
Ovide , après avoir divifé les jours en
Faftes & en Néfaftes , ( les Néfaftes font les
jours de Fête ) entre dans fon fujet , & ouvre
fon année poétique. Tranfcrivons ce
premier tableau tel que M. Bayeux nous le
donne en François feulement ; il fera connoître
comment il écrit ; & en le comparant
avec Ovide dans un autre endroit , nous ferons
juger de fon talent pour traduire. « Unjour
profpère fe lève ; que la gaîté pure
23
66 'MERCURE
» règne dans nos âmes & dans nos difcours ;
" que dans un jour agréable nos lèvres ne
» prononcent que des paroles agréables ; que
les Tribunaux gardent un profond filence ,
39
»
32
وو
ود
و ر
& que la foule des plaideurs , fufpendant
» fes débats infenfés , ne vienne plus frap-
» per nos oreilles de fes vaines clameurs.
" Déjà des feux odorans étincèlent de toutes
" parts dans les airs ; & les gerbes du fafran
pétillent au milieu des brafiers. De l'or
» des fanctuaires jaillir l'éclar de la flamme
» qui s'y répète , & des reflets multipliés
» vont fillonner la voûte. Le peuple s'eft
paré d'une manière digne de la fête ; &
» couvert de vêtemens nouveaux , il marche
» vers le Capitole. Déjà les faiſceaux ont
paffé en d'autres mains ; une pourpre
» nouvelle éclate au loin ; & de nouveaux
Magiftrats fe font affis fur la chaife curule.
Déjà tombent fous la hache facrée les jeu-
» nes taureaux nourris dans les fertiles pâturages
de Falifques , & dont la tête n'a
" pas encore plié fons le joug. Je te falue ,
jour de plaifirs & de bonheur ! Pailles tu
>> renaître toujours plus pur , toujours plus
"3
ود
"3
digne d'être célébré par le peuple le plus
» puiffant de la rerre ; oui , lorfque du hant
» de fon trône fublime , Jupiter embraffe
» de les regards la vafte étendue de l'Uni-
" vers , les regards du maître des Dieux
» n'ont embraffé que l'Empire Romain. "
Janus apparoît au Poëte , qui l'interroge
à diverfes repriſes ; & par les réponſes da
DE FRANCE. 67
Dieu complaifant , inftruit fes Lecteurs de
plufieurs myſtères Mythologiques. Nous allons
citer une des réponfes de Janus , que
nous comparerons avec la Traduction Françoife.
Ovide , en queftionnant le Dieu fur
l'ufage des étrennes , lui dit qu'il conçoit
comment on s'envoie mutuellement des
chofes agréables , comme des dattes , des
figues sèches & du miel ; mais il ignore pourquoi
l'on s'envoie auffi des pièces de monnoie.
Voici d'abord en Latin la réponſe du
vieux Janus , qui ne laiffe pas que d'avoir
une teinte moderne par les principes qu'elle
préfente.
Rifit ; &, quàm te faliunt tua facula , dixit ,
Qui ftipe mel fumptâ dulcius effe putes !
Vix ego Saturno quemquem regnante videbam ,
Cujus non animo dulcia lucra forent.
Tempore crevit amor , qui nunc eft fummus , habendi s
Vix ultrà , quò jamprogrediatur , habet.
Pluris opes nunc funt , quàm priſci temporis annis ,
Dum populus pauper , dum nova Romafuit ;
Dum eafa martigenam capiebat parva Quirinum,
Et dabat exiguum fluminis ulva torum.
Jupiter Angufta vix totus ftabat in ade,
霓
Inquejovis dextrâ fictilefulmen erat.
Frondibus ornabant , qua nunc Capitolia , gemmis ;
Pafcebatquefuas ipfe Senator oves.
Necpudor inftipulâ placidam cepiffe quietem ,
Nec fanum capitifuppofuiffe , fuit.
68 MERCURE
Jura dabat populis pofito modò Conful aratro ,
Et levis argenti lamina crimen erat .
At poftquamfortuna loci caput extulit hujus ,
Et tetigit fummos vertice Roma Deos ;
Creverunt & opes , & opum furiofa cupido ,
Et cum poffideant plurima , plura petunt.
Quarere ut abfumant , abfumpta requirere certant :
Atque ipfa vitiis funt alimenta vices.
Sic quibus intumuit fuffusd venter ab undâ ,
Quo plusfunt pota , plus fitiuntur aqua.
In pretio pretium nunc eft : dat cenfus honores ,
Cenfus amicitias : pauper ubique jacet .
99
Voici comment M. Bayeux a traduit ce
morceau : Ainfi , dit Janus en fouriant ,
l'argent eft à tes yeux un objet moins doux
» que le miel . Ah ! que tu connois peu les
» moeurs de ton fiècle ! A peine , lors niême
que Saturne régnoit fur la terre , à peine
aurois je trouvé un feul mortel pour qui
le gain n'eût des appas : la funefte paffion
» d'amaffer s'accrut avec le temps ; au-
» jourd'hui elle eft parvenue à fon comble ,
» & il n'eft plus de terme au delà duquel
» elle puiffe étendre les infatiables dears .
» Maintenant , il eft vrai , les richeffes peu-
» vent enflammer davantage la cupidité ,
" que dans ces fiècles lointains , où Rome
"
و د
s'élevoit de fon berceau , où un peuple
indigent habitoit fes murs naiffans. Une
» humble chaumière étoit le palais de Ro-
» mulus ; & les joncs du fleuve formoient
DE FRANCE. 69
"3
23
"
ود
""
"
"2
le lit groffier du fils de Mars . Alors l'étroit
afyle où Jupiter recevoit l'hommage des
» mortels , pouvoit à peine le contenir tout
entier , & la main du maître des Dieux
» n'étoit armée que d'un foudre d'argile.
» Ce même Capitole , où brillent aujourd'hui
les pierres les plus précieuſes ,
» des guirlandes de fleurs en faifoient alors
» le feul ornement ; alors on goûtoit fans
» rougir , fur un lit de chaume & de gazon ,
» un repos pur & tranquille ; le Sénateur
paiffoit lui- même fes brebis , & c'eft du
milieu des champs que fa charrue fécondoit
, que le Conful dictoit des Loix au
peuple. Pofféder une feule pièce d'or , çût
été un attentat à la pureté de ces moeurs
antiques. Mais lorfque les deftins profpères
eurent étendu la puiffance de cet
Empire , lorfque Rome eut élevé juſqu'au
féjour des Dieux fa tête fuperbe , alors on
» vit s'accroître & les richeffes , & l'amour
» effréné des richeffes ; plus on en poſsède ,
plus on en defire : on entaffe pour diffiper
; on entaffe encore pour réparer les
diffipations ; & ces viciffitudes même ,
nouveaux alimens des vices , ne font qu'ir-
» riter la foif infatiable de l'or . Tel eft le
malade dont une humeur trop abondante
» difend & gonfle les vifcères ; plus il boit ,
plus fon altération augmente. Maintenant
33
25
"9
22
و د
""
33
"
و د
l'or eft le prix des chofes les plus pré-
» cieufes ; c'eft l'or qui confère les honneurs
; c'est l'or qui forine les alliances &
70 MERCURE
» donne les amis ; par- tout le pauvre lan-
" guit dédaigné. »
En général ce morceau eft élégant & bien
traduit ; cependant il offre plufieurs objets
de critique. Nous allons nous arrêter fur
quelques uns.
Alors on goûtoit , fans rougir , fur un lit
de chaume &de gazon, un repos pur & tranquille
, rend bien le fens du Latin ; mais on
cherche en vain l'image de fuppofuiffe foenum
capiti , on ne rougiffoit pas de pofer fa
tête fur le chaume.
Y
En traduifant ce vers : Jura dabat populis
pofiro modò Conful aratro , M. Bayeux rend
pofito aratro , par du milieu de fes champs.
Cela ne nous paroît pas exact . Ce n'eft pas
du milieu de leurs champs que les Confuls
donnoient des Loix au peuple ; ils quittoient
au contraire leurs champs pour cela.
M. Bayeux fait aufli bien que nous que pofito
aratro veut dire , après avoir quitté ,
en venant de quitter leur charrue..
On trouve dans la Traduction de ce même
morceau , des exemples de deux défauts
qu'on remarque quelquefois dans le refte de
l'Ouvrage. D'abord un peu de prolixité , qui
provient du defir d'avoir un ftyle élégant &
arrondi. Par exemple , Ovide , en parlant de
la paffion des richeffes , a dit : Vix ultrà ,
quòjamprogrediatur , habet. Cela veut dire ,
elle ne peut aller plus loin. M. Bayeux traduit ,
& il n'est plus de terme au-delà duquel elle
puiffe étendre fes infatiables defirs. Cela eft
DE FRANCE 71
trop long pour traduire progrediatur. Cette
prolixité eft ici d'autant plus remarquable
qu'Ovide y tombe dans le défaut qu'on lui
reproche , avec raifon , de retourner fa penfee
; car après avoir dit dans le vers précédent
, L'amour de l'or eft à fon comble ,fummus
eft , c'est une redondance d'ajouter , &
il ne peut aller plus loin . Les deux vers qui
fuivent font encore traduits d'une manière
prolixe , comme on peut s'en convaincre en
les comparant.
On peut en dire autant de celui- ci : Et levis
argenti lamina crimen erat. M. Bayeux
traduit : Pofféder une pièce d'or eût été un attentat
à la pureté de ces moeurs antiques . C'eſt
là paraphrafer . Le Latin dit feulement :
C'eût été un crime de pofféder une feule pièce
d'or. Il eft difficile à un Traducteur de réunir
l'élégance & la précifion ; mais fi c'eſt là la
difficulté de la Traduation , c'eſt - là auffi en
partie fon mérite .
Le fecond reproche que nous a paru mériter
quelquefois M. Bayeux , c'eſt l'uſage
trop fréquent de mots techniques . Nous en
avons un exemple dans le même morceau
que nous venons de citer ; & nous nous
y bornerons pour ne pas trop appefantir
notre critique. Tel eft , dit M. Bayeux , le
malade dont une humeur trop ab ndante diftend
& gonfle les vifcères , cela n'eft ni élégant ,
ni poetique , à caufe du technique des
expreflions. Quand on veut traduire un
Poëte , il faut qu'on reconnoille toujours le
72
MERCURE
Poëte , même dans la profe qui le traduit.
>
Nous foumettons ces obfervations à M.
Bayeux lui - même. Nous avons cru devoir
les lui communiquer , parce que n'ayant encore
donné qu'un Livre de fa Traduction
elles peuvent lui être utiles fi elles lui paroiffent
juftes. Mais après ces obſervations
critiques , nous ferions injuftes fi nous n'ajoutions
que fan travail mérite l'eftime de
ceux qui aiment & connoiffent la bonne
Littérature ; qu'en général ſon ſtyle eft noble
, élégant & harmonieux ; qu'il connoît
parfaitement l'efprit de fon Auteur ; qu'on
lit fa Traduction avec plaifir , & qu'elle eft
bien au- deffus de toutes celles qu'on nous a
données du même Ouvrage.
VARIÉTÉ S.
Les Etats - Unis de l'Amérique ont chargé M.
Franklin , leur Ambaffadeur en France , de faire
exécuter par un de nos meilleurs Artiftes une ftatue
du Général Washington . Elle fera placée dans le
lieu où réfide le Congrès , & les Américains auront
à la fois fous leurs yeux l'image du Héros qui a
établi leur indépendance & le Corps législatif qui
doit la faire fervir à leur félicité. On aime à voir
que dans la jouiffance d'une paix glorieufe un des
premiers foins de ces Peuples foit d'acquitter la
dette de leur reconnoiffance en élevant la première
ftatue qu'aura porté la terre du Nouveau- Monde ;
mais la gloire du Général Washington mérite d'être
confacrée par des monumens qui faffent connoître
les
DE FRANCE.
73
les talens & les vertus qu'une ftatue ne peut qu'attefter.
C'eſt l'Hiftoire feule qui peut nous faire pénétrer
dans les vûes de fon efprit & dans les vertus
de fon coeur , & fon Hiftoire fortira peut- être de la
France comme la Statue. Parmi les François qui ont
concouru à fes exploits , il en eft un auffi diftingué
par les talens que par fa naiffance , qui a vécu
avec le Général Washington dans cette intimité qui
Baît à- la -fois de l'amitié & des deffeins qu'on conçoit
& qu'on exécute enfemble. Dans un Journal de
fon féjour & de les voyages fur le continent de
l'Amérique feptentrionale , il s'eft arrêté fur ce Hé
ros comme fur l'objet le plus intéreffant que lui ait
offert le Nouveau -Monde , & nous nous félicitons
de pouvoir offrir à nos Lecteurs le portrait qu'il en
a tracé ; c'eft pour ainfi dire une feconde ſtatue élevée
par la main de l'amitié. Ce Journal , quoique
imprimé , n'a été , dit on , diftribué qu'à un petit
nombre d'amis ; mais les amis ne doivent garder le
fecret qu'à de mauvais Ouvrages , & trakiffent toujours
un peu celui des Ouvrages utiles au Public &
honorables à leur Auteur . Nous ne doutons pas que
le fragment qu'on va lire ne faffe regretter
nos
Lecteurs que l'Ouvrage entier ne foit pas public. Ceux
qui ont la cet Ouvrage defirent que l'Auteur , déjà
connu par des productions pleines d'efprit de philofophie
& de connoiffances variées , ne laiffe pas à
des Écrivains moins habiles & moins inftruits le
foin d'écrire l'Hiftoire de la grande révolution dans
laquelle il a joué un rôle fi diftingué.
Ce feroit ici le lieu convenable pour placer le
» portrait du Général Washington ; mais qu'eft- ce
» que mou propre témoignage pourroit ajouter à
» l'idée qu'on a de lui ? L'Amérique feptentrionale,
depuis Bolton jufqu'à Charles-Town, eft un grand
livre où chaque page offre fon éloge . Je fais
qu'ayant eu l'occafion de le voir de près & de
No. 50 , 1 ; Décembre 1753 .
33
74 MERCURE
» l'obferver , on peut attendre de moi quelques
5 détails plus particuliers ; mais ce qui caractérife le
mieux cet homme refpectable , c'eft l'accord par-
» fait qui règne entre les qualités phyfiques & morales
qui compofent fon individu . Une feule peut
faire juger des autres . Si on vous préfente des
Médailles de Céfar , de Trajan ou d'Alexandre ,
vous pouvez , en voyant les traits de leur visage ,
demander encore quelle étoit leur taille & la
» forme de leur corps ; mais fi vous découvrez par-
» mi des ruines la tête ou quelque membre d'un
Apollon antique , ne vous inquiétez pas des autres
parties , & foyez sûr que tout le refte eft
d'un Dien. Que cette comparaifon ne foit point
» attribuée à l'enthouſiaſme. Je ne veux rien exagérer
; je veux exprimer feulement l'impreffion que
le Général Washington m'a laiffée ; cette idée
d'un enfemble parfait , qui ne peut être produite
» par l'enthoufiafme , qui le repoufferoit plutôt ,
puifque le propre de la proportion eft de dimi-
» nuer l'idée de la grandeur. Brave fans témérité ,
so laborieux fans ambition , généreux fans prodiga-
» lité , noble fans orgueil , vertueux fans févérité ,
•
·
il femble toujours s'être arrêté en deçà de cette
limite où les vertus , en fe revêtant de couleurs
» plus vives , mais plus changeantes & plus douteufes
, peuvent être prifes pour des défauts.
Voici la feptième année qu'il commande l'armée
, & qu'il obéit au Congrès ; c'eſt en dire
» allez , fur tout en Amérique , où l'on fait tous
les éloges que ce fimple expofé renferme. Qu'on
répète que Condé fut hardi , Turenne prudent ,
Eugène adroit , Catinat défintéreffé , ce n'eft pas
» ainfi qu'on caractériſera Washington. On dira :
A la fin d'une longue guerre civile , il n'eut rien à
* Ceci a été écrit en 1781 .
DE FRANCE. 75
1
35
33.
ל כ
Je reprocher. Si quelque chofe peut être encore
plus merveilleux qu'un pareil caractère , c'est
l'unanimité des fuffrages en fa faveur ; Guerrier ,
Magiftrat , Peuple , tous l'aiment & l'admirent
tous ne parlent de lui qu'avec tendreffe & véné-
» ration . Existe- t- il donc une vertu capable d'enchaîner
l'injuftice des hommes , ou la gloire &
» le bonheur font-ils encore trop récemment éta-
» blis en Amérique pour que l'envie ait daigné
paffer les mers ? ,
""
ל כ
Je n'ai point exclu les formes extérieures en
" parlant de cet enfemble parfait dont le Général
Washington offre l'idée. Sa taille eft noble &
élevée , bien prife & exactement proportionnée ;
» fa phyfionomie douce & agréable , mais telle
» qu'on ne parlera en particulier d'aucun de fes
» traits , & qu'en le quittant il reftera feulement le
» fouvenir d'une belle figure. Il n'a l'ait ni grave
» ni familier ; on voit quelquefois fur fon front
l'impreffion de la penfée , mais jamais celle de
l'inquiétude ; en infpirant le refpect , il infpire la
confiance , & fon fourire eft toujours celui de la
bienveillance. 33
20
晕
C'eft fur-tout au milieu des Officiers Généraux
de fon armée qu'il eft intéreffant de le voir . Général
dans une République , il n'a pas le fafte i
pofant d'un Maréchal de France qui donne
» Lordre ; Héros dans une République , il excite
une autre forte de refpect qui femble naître de
cette feule idée , que le falut de chaque individe
» eft attaché à fa perfonne. Au refte , je dois dire
» dans cette occafion que les Officiers Généraux de
l'armée Américaine ont un maintien très- militaire
& très- décent ; que même tous les Officiers
que leurs fonctions mettent en évidence,joignent
beaucoup de politeffe à beaucoup de capacité ;
» enfin , que le quartier général de cette armée
93
33
Dij
46 MERCURE
לכ
33
n'offre l'image ni de l'inexpérience ni du beſoin.
Quand on voit le bataillon des Gardes du Géné-
» ral campé dans l'enceinte de fa maiſon ; neuf
charriots deftinés à porter fes équipages rangés
» dans fa cour ; un grand nombre de palfreniers
gardant de très-beaux chevaux appartenans aux
Officiers Généraux & à leurs Aides - de-Camp ;
lorfqu'on obferve l'ordre parfait qui règne dans
55 cette enceinte , où les gardes font exactement
pofées , & où les tambours battent un réveil &
» une retraite particulière , on eft tenté d'appliquer
» aux Américains ce que Pyrrhus difoit des Ro-
» mains : En vérité ces gens- là n'ont rien de barbare
dans leur difcipline.
55
"
AVIS relatif au Mercure de France.
PLUSIE LUSIEURS Perfonnes s'adreffant au fieur
Panckoucke , Bréveté du Mercure , pour des objets
inférés dans cet Ouvrage , parce qu'elles lui
font l'honneur de l'en croire un des Auteurs ou Rédacteurs
, il déclare qu'il n'a aujourd'hui aucune part
ni directe ni indirecte à la compofition & rédaction
de cet Ouvrage . Il en a le Brevet à titre de bail ,
& à fes rifques, périls & fortune , avec la liberté du
choix des Auteurs. Le Mercure de France eft en
entier composé par des Gens de Lettres , dont plufieurs
font des Académies Françoiſe & des Sciences;
c'eft en quelque forte leur apanage ; il eft
tout fimple qu'il foit leur Ouvrage. Indépendamment
de cinq à fix Coopérateurs particuliers qui fe
chargent des Analyfes & Extraits de Livres , auxquels
ils mettent leurs noms , il y a un principal
Rédacteur & des Rédacteurs particuliers pour la
Poéfie; les Comédies Françoife & Italienne ; l'Opéra ;
DE FRANCE 77
le Concert Spirituel ; c'eft au principal Rédacteur
à qui les Coopérateurs & les Rédacteurs particuliers
adreffent leurs Ouvrages pour en former le Mercure.
M. de Fontanelle rédige feul, depuis nombre d'années,
toute la l'artie Politique , & on fait combien il a
fur y répandre d'intérêt. La correfpondance qu'on a
établie pour cet objet l'a mis très - fouvent à portée
de précéder toutes les Gazettes étrangères.
La réunion au Mercure de France des Soufcrips
tions & des Privilèges du Journal François , du
Journal des Demes , du Journal des Spectacles , du
Journal & Gazette de Littérature , que le fieur
Panckoucke avoit acquis ; la réunion du Journal
Politique de Bruxelles , du Journal de la Librairie
de l'Extrait de la Gazette des Tribunaux , &c.
l'exactitude & la célérité du fervice , le mérite des
Auteurs attachés à cet Ouvrage , la medicité *
de l'abonnement de ce Journal qui eft resté à l'ancien
prix , quoiqu'il foit augmenté de foixantequatre
feuilles , & paroiffe tous les huit jours au
lieu de tous les mois, lui ont attiré l'attention & la
confiance du Public . Par toutes ces réunions &
combinaifons , le fieur Panckoucke eft parvenu à
conferver la totalité des penfions affectées fur les
produits de ce Journal , le Mercure s'eft même élevé
à un nombre aflez confidérable de Soufcriptions ,
pour qu'il ait eu le plaifir de rendre toutes les penfions.
qui étoient éteintes à fon profit.
Chaque Cahier de quatre feuilles ne revient qu'à
12 fols rendu franc de port aux extrémités du Royaume.
}
J
D iil
78
MERCURE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Mercredi , Décembre , on a exécuté ,
dans la Salle du Concert Spirituel , par exe
traordinaire , & pour une fois feulement ,
le Carmen Saculare d'Horace , mis en mufique
par M. Philidor . L'affemblée a été trèsnombreufe,
& le fuccès conforme à la hauré
opinion qu'on avoit déjà de cet Ouvrage.
L'Auteur y a fait quelques changemens qui
ont paru avantageux , & qui lui ont été dictés
par l'exactitude d'expreffion à laquelle il s'eft
attaché. On a particulièrement diftingué dans
cer Ouvrage la ftrophe : Delia tutela dece ,
dans laquelle l'Auteur a fait fentir avec beau
coup d'adreffe , & fur un très joli chant ,
mefure du vers faphique. Le morceau pathétique
: Hac bellum lacrimofum, l'alme fol,
morceau d'un fuperbe effet , & le fertilis
frugum , où l'Auteur , par un chant villageois
& gai , a donné une jufte idée de ce
qu'il avoit à peindre. En généralice Poëme ,
quoique très long , eft rendu avec la variété
dont il eft fufceptible. Il eft inutile d'en remarquer
la facture; les talens de M. Philidor
à cet égard font univerfellement reconnus .
Il paroît en même temps un Profpectus qui
la
DE FRANCE. 79
annonce cet Ouvrage par foufcription : nous
ne doutons pas que les Amateurs qui n'ont
pas été à portée de l'entendre , ne s'empreffent
de fe le procurer , & que ceux de Paris même
ne le regardent comme un morceau de bibliothèque
qui a mérité d'être au rang des
Ouvrages Claffiques , & qu'on ne peut fe
difpenfer d'avoir.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LA
4
A première repréſentation de Didon a
répondu aux espérances qu'on en avoit conçues
d'après les repréſentations de Fontainebleau
; c'eſt un fuccès des plus brillans qu'on
ait encore vûs à ce Théâtre . Le fujer eft
d'un grand intérêt ; la Mufique pleine des
plus grandes beautés ; & l'exécution , furtout
dans le rôle de Didon furpaffe ce
qu'on attendoit du talent déjà ſi diftingué de
Mademoiſelle S. Huberty.
Nous n'examinerons point ici tous les
détails des différentes parties de cer Opéra.
Ce n'eft qu'après en avoir vu plufieurs repréſentations
, que nous nous croirons en
état de recueillir & de propofer les idées
que le jugement des Gens de goût & nos
propres obfervations nous auront fait naître.
Nous nous contenterons , dans cet Article ,
d'offrir à nos Lecteurs quelques remarques
fur l'effet général du Poëme & de la Mufique.
D iv
85 MERCURE
·
›
On fe rappelle que lorfque M. Gluck vint
apporter fur notre Théâtre Lyrique le fujet
de la plus touchante Tragédie de Racine
embelli d'une Mufique tout- à - la fois neuve
& vraie , favante & fublime , une partie
du Public , & même des Gens de Lettres ſe
déclarèrent contre cette innovation , qu'ils
regardoient comme une dégradation de la
Tragédie , & comme un faux emploi de la
Mufique. M. Marmontel parut alors partager
ceste opinion trop frappé peut être des
beautés de tous les genres répandues dans les
Opéras de Quinault , il a imprimé que la
Fable & le merveilleux étoient effentiels à
l'Opéra , & que la vraie Tragédie n'étoit
pas faite pour le Théâtre Lyrique . Mais
ces erreurs d'une théorie précipitée ne peuvent
pas tenir , dans un bon efprit , contre
une obfervation plus réfléchie . Nous
voyons avec plaifir qu'il ne croit plus aujourd'hui
l'Opéra indigne de rivaliser avec la
Tragédie ; & qu'il a préféré cette fois ,
pour faire briller le génie aimable & fécond
de M. Piccini , un fujet & un plan
vraiment tragiques , aux Poëmes de Quinault
, quoiqu'arrangés par lui de la manière
la plus favorable aux procédés de la
Mufique Italienne. Nous croyons ce nouvel
emploi de fes talens plus digne de lui. Ce
n'eft pas que nous penfions qu'il fallut renoncer
aux Opéras de Quinault ; nous
fommes bien éloignés de prétendre exclure
aucun genre ; il n'en eft point qui ne
DE FRANCE. Si
puiffe être traité avec fuccès par un homme
de génie. Le Compofiteur qui a fait un bel
opéra de la févère Tragédie d'Iphigénie en
Tauri de , a fait auffi un bel Opéra d'Armide
, fans y changer un feul vers. Nous
aurions trop à regretter fi nous étions privés
de la Mufique charmante que M. Piccini
a répandue avec profufion dans Atys
& dans Roland ; mais nous croyons en
même- temps qu'aucun Opéra de Quinault
ne lui auroit infpiré des chants auffi pathétiques
, auffi vrais , & des effets aufli
Dramatiques que ceux que le Public a ads
mirés dans fa Didon.
Revenons à la conduite du Poëme. M.
Marmontel a eu fans doute fous les yeux
la Didon de Métaftafe ; mais il en a tiré
peu de fecours. C'est un des plus foibles
Opéras du Poëte Italien : l'intérêt eft à
chaque inftant contrarié & refroidi par des
amours épifodiques, qui rendent d'ailleurs la
marche de l'action embarraffée & découfue.
M. Marmontel n'en a tiré que le perfonnage
d'Iarbe déjà imité par M. de
Pompignan , & peut - être un ou deux
fujets d'airs. Son véritable modèle a été Virgile
, non pour la marche du Drame
mais pour la peinture des mouvemens fi
vrais , fi paffionnés & fi déchirans de l'âme
de Didon. C'eft un affez grand mérite que
de s'approcher d'un fi parfait modèle , &
an Poëte Dramatique ne pouvoit s'en écanter
fans s'éloigner de la nature.
,
Dy
82 MERGURE
On à vu , par la courte Analyſe que nous
avons faite de la marche du Poëme , que
l'action en eft clairement expofee & bien
developpée dans le premier Acte . L'intérêt
en eft foible ; mais il eft remplacé par le
1pectacle : il ne commence véritablement
qu'à la troisième Scène du fecond Acte ,
entre Didon & Énée ; & dès ce moment
il va toujours croiffant jufqu'à la fin de
l'Acte.
La lueur d'efpérance qui vient calmer les
inquiétudes de Didon , & l'annonce de la
victoire d'Enée , dans les deux premières
Scènes du troifième Acte , offrent une oppofition
heuteufe , qui donne plus d'effet à la
belle Scène où Didon apprend d'Enée tout
fon malheur , & fe livre à tous les emportemens
de l'amour au défeſpoir. La réfolution
qu'elle prend de mourir , les apprêts de
fon facrifice , le tableau de fa mort porteroient
peut être l'intérêt & le pathétique au
comble , fi l'action n'étoit pas coupée par
une apparition d'Anchife , & un orage qui
'ont paru faire aucun effet. L'apparition
avoit été indiquée par Métaſtaſe , mais fimplement
en récit . Nous croyons comme
M. Marmontel , que ce moyen pouvoit être
mis en action avec un grand effet ; mais nous
croyons qu'il ne l'a pas placé auffi heureuſement
qu'il pouvoit l'être. Il nous femble que
le merveilleux ne doit être employé dans un
Drame que pour y produire quelque grand
changement , foit dans l'action , foit dans
DE FRANCE. 83
les fentimens des Perfonnages. Didon le voit
abandonnée fans retour , & n'a plus d'efpérance
; Énée n'a plus rien qui l'arrête , quand
l'Ombre de fon Père lui apparoît pour lui
commander d'obéir. Il feroit parti fans cela .
Mais fi Énée , attendri , défolé , entraîné par
les larmes , les reproches , le défeſpoir dé
Didon , cédant à fon propre fentiment , eût
raffuré fon Amante , & , malgré l'ordre des
Dieux , l'efpérance d'un Empire , l'intérêt
de fon Peuple , lui eût juré de ne l'abandonner
jamais , & qu'en ce moment l'Ombre
d'Anchife , annoncée par un coup de
tonnerre , eût fait entendre fa voix & fes
reproches , & eût ordonné à fon fils de la.
fuivre , nous ne doutons pas qu'il n'en fût
réfolté tout à la fois une fituation & un
tableau très dramatiques. Un autre avantage
que nous croyons appercevoir dans ce changement
, c'eft que le caractère d'Énce cût
pû être plus intéreffant , en fe montrant
plus fenfible. Nous ajouterons qu'Enée , en
racontant , au fecond Acte , que fon Père:
hui apparoît les nuits pour le preffer de
quitter Carthage , affoiblit peut - être l'effet
de l'apparition réelle.
En général , le défaut le plus frappant
de cet Opéra , eft le peu d'intérêt du rôle
d'Enée ; mais c'eft le vice du fujer plus
que du Poëte. Enée n'eft intéreffant ni dans
la Tragédie de M. de Pompignan , ni dans
l'Opéra de Métaftafe ; il l'eft encore moines
dans Virgile. Les Amans ingrats font des per
Dovj
$4
MERCURE .
fonnages peu tragiques ? Jafon & Thésée
dans les Tragédies de Médée & d'Ariane , out
auffi peu de caractère qu'Enee dans celle de
Didon.
Le rôle d'Iarbe , qui n'agit que dans les
deux premiers Actes , & qui devient abfolument
inurile au dénouement , eft auffi de peu
d'effet. Mais fi le développement de l'amour
& du malheur de Didon fuffit pour remplir
la Scène , pour foutenir & graduer l'itérêt
,, pour attacher , émouvoir , attendrir
il n'y a point de reproches à faire au Poëte ,
& cet effet a été généralement fenti dans cet
Opéra , où Didon , prefque continuellement
fur la Scène , concentre fur el'e même l'attention
& l'intérêt des Spectateurs.
Nous n'avons pas beloin d'obferver que
ce Poëme eft beaucoup mieux fait & mieux
écrit que la plupart de ceux qu'on voit tous
les jours à ce Théâtre. Le rôle de Didon
fur- tout nous a paru écrit en général avec
chaleur & avec élégance. Nous n'en citerons
que ces vers de la troifième Scène du
fecond Acte.
Je n'ai jamais douté d'une fi belle flamme ,
Pourquoi m'en affürer ? Ah ! laiflons les fermens
Aux vulgaires anians :
Un regard , un foupir , c'eſt affez pour mon âme.
Un trouble , hélas ! plus dévorant ,
Me retrace aujourd'hui les malheurs de Pergame.
Je vous expofe , Énée , au danger le plus grand;
DE FRANCE. 85
Je le vois , j'en frémis ; l'aveugle fort des armes
Peut condamner mes yeux à d'éternelles larmes.
Je veux , fi tel eft mon malheur ,
D'un injufte reproche au moins fauver ma cendre ;
Et fans rougir de ma douleur ,
Dans la tombe , avec vops , avoir droit de deſcendre.
J'affemble ici mon peuple , & je veux devant tous
Confacrer vos bienfaits & ma reconnoiffance ;
Je veux que mon vengeur , armé de ma puiffance ,
Porte dans les combats le nom de mon époux.
Nous n'oppoferons pas à ce morceau
quelques négligences que nous avons cru
appercevoir dans le dialogue & dans le
ftyle , & que l'Auteur pourroit aifément corriger.
Nous laiffons à d'autres le foin de les
relever , d'autant que l'effet en eft peu important
pour l'effet de l'Ouvrage .
Il nous reste à parler de la mufique de
cer Opéra; elle fait un honneur infini à M.
Piccini . Aucune de fes compofitions n'avoit
encore obtenu un fuccès plus général , & à
notre avis mieux mérité. Nous croyons qu'il
y a fait un grand pas vers la perfection du
véritable fyftême de mufique dramatique ;
c'eft ce que nous nous propofons de faire
obferver en détail lorfque plufieurs repréfentations
, écoutées avec attention , nous
aurons mis en état d'analyfer , fuivant
nos lumières , les différentes parties de ce
bel Ouvrage , & de rendre compte des
différentes impreffions que nous aurons
86 MERCURE
reçues. Nous dirons feulement ici que
c'eft fur-tout dans le récitatif & les choeurs
qu'on a remarqué un changement de manière
dont les effets ont été vivemment
fentis. Il a mis auffi dans fon orcheſtre plus
de chaleur & de mouvement. Il lui eût été
difficile de faire des airs d'un chant plus
aimable & plus fenfible , d'une forme plus
élégante , d'un accompagnement plus brillant
& plus pur que ceux dont fes Opéras
font pleins ; mais il y a dans la Didon quelques
airs dont l'expreffion nous a paru plus
vraie & plus pénétrante , parce qu'elle tient
de plus près au mouvement & au fens des
paroles , & qu'elle n'eft pas refroidie par
ces faux embelliffemens & ces répétitions
pifeufes qui ne font bonnes qu'à faire briller
la voix & l'art du Chanteur devant un pupi
tre , mais qui rarement font bien placées fur
la Scène.
Nous reviendrons fur ces différens objets
dans un autre article .
Nous ne pourions diffimuler fans injuftice
que c'eft à la manière étonnante dont le
rôle de Didon a été joué par Mlle Saint -Hu
berty , que le nouvel Opéra doit une partie
de fon grand fuccès ; elle s'y eft montrée fupérieure
à elle même. Non-feulement elle y
a chanté fes airs avec l'intelligence , l'art &
la fenfibilité qu'on lui connoiffoit ; mais elle
a mis encore dans la pantomime de fon rôle,
dans les dérails de la Scène , dans les accens
du récitatif , une variété & une vérité de
DE FRANCE. 87
nuances , une force & quelquefois une fimplicité
d'expreffion , pour lesquelles elle n'a
point eu de modèle , & elle méritera longtemps
d'en fervir. Nous ne croyons pas cependant
que fon chant & fon jeu dans ce rôle
foyent à l'abri de tout reproche ; mais ce n'eft
pas au milieu des tranfports de l'enthouſiafme
général qu'il convient à la critique de
faire entendre fes triftes obfervations.
Les fieurs Larrivée & Lainez ont joué ,
l'un le rôle d'Farbe , l'autre celui d'Énée, avec
les talens & l'intelligence qu'on devoit atten
dre d'eux ; mais ces deux rôles font trop fabordonnés
pour n'être pas effacés par le rôle
dominant de Didon . L'exécution de l'orcheſtre
a eu toute la perfection qu'on eft
accoutumé à admirer depuis quelques an
nées.
On a donné à la fuite de Didon le Baller
de la Chercheufe d'Efprit , qu'on revoit toujours
avec plaifir. Mile, Guimard y a reparu
pour la première fois depuis la maladie qui
nous en a privés pendant plufieurs mois . Le
Public a reçu avec tranfport cette charmante
Danfeufe , dont les grâces toujours
jeunes & piquantes feront encore longtemps
les délices.
X
83 MERCURE
ANECDOTES.
I.
DEUX Huiffiers nouvellement reçus , &
qui n'avoient guères fait de procès - verbaux ,
ayant été chargés d'exécuter les meubles
d'une Communauté , furent battus bien complettement.
Ils ne manquèrent pas d'en dref
fer un procès - verbal , & d'exagérer les excès
commis contre des membres de la Juftice ;
lefquels affaffins , difoient ils , en nous ou
trageant & excédant , prenoient Dieu depuis
la tête jufqu'aux pieds , & proféroient tous les
blafphemes imaginables contre ledit Dieu ;
foutenant que nous étions des coquins , des
fripons , des fcélérats & des voleurs ; ce que
nous affirmons véritable. En foi de quoi , &c.
I I.
UN Ambaffadeur d'Efpagne en France ,
foutenoit les intérêts de fon maître contre
Henri IV , & les foutenoit en homme digne.
du caractère qu'il avoit. Henri IV , incomparablement
plus grand Roi que Philippe II ,
le traitoit avec hauteur : ce que l'Ambaffadeur
ne pouvoit fouffrir. Enfin , dans la
chaleur de la difpute , Henri IV dit : Ventre
faintgris , fi le Roi d'Espagne me fâche , je
Pirai relancer jufques dans Madrid. Sie ,
lui répondit gravement l'Ambaffadeur : Vous
DE FRANCE. 89
ne feriez pas le premier Roi de France qui y
auroit été. Henri IV , piqué , mais qui n'en
témoigna rien , parce qu'il s'étoit attiré cette
réponſe , lai dit fur un ton moins férieux :
Monfieur l'Ambaſſadeur, vous êtes Espagnol ,
& moi , Gafcon: fi nous nous mettons fur la
redomontade , la chofe ira loin.
II I.
LA préfence d'efprit eft d'un grand fecours
pour fe tirer agréablement d'affaire . Un jeune
Abbé d'une condition diftinguée , prêchant
à Chantilly devant feu M. le Prince de
Condé, manqua de mémoire à l'endroit le
plus beau de fon Sermon. Après avoir rêvé
un petit mement fans pouvoir trouver ce
qu'il cherchoit , il tira le papier de fa poche
vit où il en étoit , reprit le fil de fon difcours
, & acheva fa prédication avec beaucoup
de fuccès. Le Prince de Condé , avec
qui il eut l'honneur de dîner , lui ayant obligeamment
témoigné qu'il en avoit ufé en
habile homme , & que c'eût été dommage
que faute de prendre fon papier , l'affemblée
eût perdu tant de belles chofes ; ma foi,
Monfeigneur , lui répondit-il , j'en demande
pardon à Votre Alteffe : je m'étois fié à ma
mémoire , elle m'a joué d'un tour ; quandj'ai
vú cela , je lui en ai joué d'un autre . Le
Prince trouva l'excufe auffi agréable que le
Sermon.
་
୨୦ MERCURE
1
ANNONCES ET NOTICES.
AT148 Eccléfiaftique , Littéraire , Civil, Politique
, Militaire & Commerçant de la France & du
Globe , ou Etrennes portatives , utiles & agréables
pour l'année biffextile 1784. divifé par Tableaux
& Plans coloriés , avec Approbation & Privilège du
Roi , format in - 24. Prix , 1 livre 10 fols broché. A
Paris , chez Beauvais , maifon de MM. Lambert &
Baudouin , Imprimeurs - Libraires , rue de la Harpe ,
près S. Côme, & Froullé, Libraire, Pont Notre- Dame,
Ces Étrennes , qui paroiffent pour la première
fois , préfentent au premier coup d'oeil & avec
ordre les Noms , Rangs , Dignités , Réceptions ,
Cordons d'Ordres coloriés , &c. &c des premières
Perfonnes qui compofent les cing Ordres de l'État,
Elles font compofées de cinq Tableaux , dont le
premier préfente la France Eccléfiaftique & Littéraire
; le fecond , la France Civile ; le troifième , la
France Politique ; le quatrième , la France Militaire,
& le cinquième , la France Commerçante. Der
rière chacun de ces Tableaux eft une Carte Géographique
lavée à la manière des Plans , avec la
Defcription fommaire des Pays qu'elle renferme ,
leurs qualités , leurs climats , les noms des principales
Villes , leur diftance de Paris , Religions , Mours &
Ufages de leurs Habitans , &c . On a obfervé de
marquer le départ des lettres pour toutes les Villes de
France qui y font dénommées , ainfi que pour les
Pays Étrangers. Le tout eft précédé d'un Calendrier
, contenant les Curiofités de Paris & des Environs
, les prix des Spectacles , les principales Foires
de France , jour par jour , ce en quoi elles confiftent,
& leur durée & franchiſe . L'Auteur fe
propose de donner chaque année une ſuite à ce
-
DE FRANCE. 91
petit Ouvrage , & le rendre de plus en plus utile &
intéreflant .
LETTRES fur les Animaux , nouvelle Édition
augmentée. A Nuremberg ; & fe trouve à Paris ,
chez Saugrain jeuné , Libraire , quai des Auguftins.
Il n'a pas encore été fait mention dans ce Journal
de cet Ouvrage , qui jouit de l'eftime la plus méri
tée. On doit à l'Auteur plufieurs morceaux qui ont
été diftingués dans l'ancienne Encyclopédie. Nous
rendrons compte de ces Lettres inceffamment.
BATAILLES d Alexandre - le - Grand , Roi de
Macédoine , depuis l'an du Monde 3668 jusqu'à
l'an 3677 , & avant Jéfus - Chrift 327 , peintes en
cinq Tableaux par C. Lebrun , précédées d'une
Perfpective de la Galerie des Gobelins , & fuivies de
l'Eftainpe de la Multiplication des Pains dans le Dé
fert, chef- d'oeuvre de l'Artifte ; le tout repréfeuté en
Tept Planches , deffinées & gravées par Sébastien
Leclerc , Chevalier Romain , Deffinateur & Gra
veur du Cabinet du Roi , avec des Explications
tirées des meilleurs Auteurs. Prix , 12 liv. A Paris ,
chez Lamy, Libraire , quai des Auguftins .
Les Batailles de Lebrun font des chef- d'oeuvres
trop connus pour avoir beſoin d'aucune recom
mandation. Quant au Graveur ( Leclerc ) il s'étoit
déjà montré digne de traduire les productions d'un
grand Peintre. C'étoit un des fameux Graveurs du
fiècle dernier , & qui eft mort en 1714. Nous ne
doutons pas que cette petite Collection ne foit accueillie
par les Amateurs.
Le même Libraire vient d'acquérir le Fonds du
Voyage Pittorefque de la Suiffe en trois Volumes
in-folio , & il mettra en vente le premier Décembre
prochain les trente - fept , trente - huit , trente - ncuf
& quarantième Livraiſons.
92
MERCURE
Il eft auffi chargé de la vente de la Defcription
générale & particulière de la France ; il mettra en
vente fous pea la vingt- unième Livraiſon de la
Partie Pittorefque.
CORRESPONDANCE Rurale , contenant des
Obfervations critiques , intéreſſantes & utiles fur la
Culture des terres & des jardins , les travaux , Occupations
, économies & amuſemens de la campagne ,
& tout ce qui peut être relatif à ces objets ; par M.
de la Bretonnerie , 3 Volumes in- 12 . Prix , 7 livres
10 fols brochés , 9 livres reliés . A Paris , chez Eugène
Onfroy , Libraire , quai des Auguftins .
L'ÉCOLE du Jardin Fruitier , qui comprend
l'origine des arbres fruitiers, les terres qui leur conviennent,
& les moyens de corriger & améliorer les
plus mauvaifes , le choix des arbres , leur planta
tion & tranfplantation , les pépinières , les greffes ,
la taille , &c. & le journal de tous les ouvrages qui
fe font dans le jardin fruitier pendant le cours de
l'année. 2 Volumes in 12. Prix , s livres brochés ,
6 livres reliés . Par le même , & chez le même
Libraire .
·
1 L'Auteur de ces deux Ouvrages ne les a pas
écrits d'après d'autres Ouvrages. Il ne traite que des
objets dont il s'eft occupé lui - même long - temps &
avec complaifance ; enfin il publie le réfultat de
l'expérience la plus éclairée . Il eft l'Hiſtorien de
fes obfervations , de fes découvertes , & l'on peut
dire que ces deux Ouvrages font tous deux complets
dans leur genre.
PHILOSOPHIE Sociale , ou Effai fur les
Devoirs de l'Homme & du Citoyen , par M. l'Abbé
Durofoy , Docteur & Profeffeur en Théologie ,
Confeiller Eccléfiaftique de S. A. Mgr . le Prince
E
DE FRACNE. 93*
1
Évêque de Bâle , in- 12 . Prix , 2 livres 10 fols. A
Paris , chez Charles - Pierre Berton , Libraire , rue
S. Victor , vis - à - vis le Séminaire S. Nicolas du
Chardonnet.
L'Auteur de cet Ouvrage prend l'homme à quatre
époques différentes ; l'homme d'abord croiffant pour
la Société , enfuite délibérant fur le choix d'un état ,
puis époux, enfin père de famille. Voilà le plan qu'il
a adopté , & qu'il a rempli en Philofophe chrétien.
REPONSES Critiques à plufieurs questions propofées
par les Incrédules modernes fur divers endroits
des Livres faints , par M. l'Abbé Moyle , Profeffeur
en Théologie au Collège Royal de Dole ,
Tome IV. Prix , 3 liv. relié . A Paris , chez Charles-
Pierre Berton , Libraire , rue S. Victor.
Cet Ouvrage eft donné comme an quatrième
Volume , parce qu'il doit fervir de continuation aux
Réponses Critiques de M. l'Abbé Bullet,
DOCTRINE Chrétienne en forme de lectures de
piété, où l'on expofe les preuves de la Religion , les
Dogmes de la Foi , les règles de la Morale , ce qui
concerne les Sacremens & la Prière , à l'ufage des
Maifons d'Education & des familles chrétiennes ,
in - 12. Prix, 2 livres fols . A Paris , chez Charles-
Pierre Berton , Libraire , rue S. Victor.
S
Le Cenfeur de cet Ouvrage le regarde comme
digne d'entrer dans l'éducation publique & parti →
culière.
A B C, ou Jeu des Lettres de l'Académie des
Enfans , & Recueil de leurs Études , par Pierre
Freſneau , Inſtituteur de ladite Académie à Verfailles
pour les premières inftructions des deux
fexes , nouvelle Édition , ornée de figures & d'un
petit Atlas élémentaire , & divifée dans un ordre
94
MERCURE
plus méthodique pour en faciliter l'ufage. in - 8 °. A
Paris, chez la Veuve Hériffant , Imprimeur du Cabinet
du Roi , rue S. Jacques , & chez l'Auteur, Place
de l'École , près Saint Germain l'Auxerrois . A Ver
failles , à l'Académie des Enfans , aux quatre
Bornes.
Ce n'eft encore là que la première Partie réimprimée
de cet Ouvrage vraiment utile , & qui prouve le zèle
de l'Auteur pour l'inftruction de la Jeuneffe . M.
Frefneau obligé par des arrangemens de famille
de quitter Verlailles & l'Académie des Enfans
employe actuellement à Paris certaines heures à
l'instruction de quelques jeunes gens.
LA nouvelle Omphale , repréfentée au Théâtre
Italien , dédiée aux femmes vertueufes , Almanach
pour l'année 1784. A Paris , chez Crépy ,
rue S. Jacques , nº . 252 ; en Province , chez les
Marchands d'Almanachs. Prix , 1 livre 4 fols broché
, livre 10 fols en étuis , 1 livre 16 fols en
coffret avec furpriſe.
CHIMIE Champêtre & Végétale , ou Labora
toire de Flore , par an Auteur connu , deux Parties
reliées en un Volume. Prix , 2 liv. 10 fols . A Paris ,
chez Mérigot père , Libraire , quai des Auguftios
près la rue Git - le - Coeur.
Ce Volume contient la manière de faire avec les
Plantes les liqueurs , les ratafias , les effences , les
huiles , &c. , & donne des détails nombreux fur
toutes ces diftillations.
L'Amt des Enfans , par M. Berquin , Novembre
1783 , No. 11. A Paris , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerfité , au coin de celle du
Bac , n° . 28. S'adreffer à M. Leprince , Directeur .
Cet Ouvrage conferve l'avantage précieux d'être
DE FRANCE. 95
toujours d'un ton conforme à l'âge des Lecteurs
auxquels il eft deftiné , & de leur préfenter
une morale gaie & aimable. Ce Volume renferme
la Perruque , le Gigot , &c. le Trictrac , une jolie
Romance & la tendre Mère.
ÉLEVATION du Pont de Touloufe conftruit en
1543 fur le deffin de Souffron , Architecte , gravé
par P. G. Berthault . A Paris , chez l'Auteur , rue S.
Louis , près la Place Royale , maifon du Serrurier;
chez Jombert le jeune , Libraire , rue Dauphine ;
Leclerc , Marchand d'Eftampes , Place Royale à
Touloufe ; Fontenelle , Marchand d'Eftampes , rue
du Gouvernement à Montpellier. Prix , 2 liv.
Ce Pont peut faire fuite aux Cartes de la Province
du Languedoc , ainfi qu'à l'Ouvre de M,
Perronnet , Ingénieur des Ponts & Chauffées.
EUVRES choifies de l'Abbé Prevoft , avec
Figures , première Livraifon , contenant les Mémoires
& Aventures d'un Homme de Qualité, &c.
fuivis de Manon Lefcaut , 3 Vol . in-8 ° .
On foufcrit pour lefdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , rue & hôtel
Serpente , & chez les principaux Libraires de
l'Europe . La Collection des deux Auteurs formera
quarante-neuf Volumes in- 8 ° , ornés de figures
faites fous la direction de MM. Delaunay & Marillier.
Les OEuvres de le Sage font actuellement achevées
, & contiennent quinze Volumes . Le prix de la
foufcription est de 3 liv. 12 fols le Volume broché.
On a tiré vingt- quatre Exemplaires fur papier de
Hollande à 12 liv. le Volume broché.
LA Famille Espagnole , Eftampe de 21 pouces
de large fur 26 de haut , gravée par Petit, fils, d'après
Martin, Peintre du Roi . Prix , 3 liv. A Paris , chez
96 MERCURE
Petit , Graveur , rue & Ile Saint Louis , à côté du
Corps-de Garde.
Cette Eftampe nous a paru exécutée avec foin.
NUMERO II du Journal de Harpe , contenant
trois Airs d'Alexandre aux Indes , les Accompagnemens
par MM . Bürthkoffer & J. Meyer , un
Air de M. Aubert , & une Romance de M. D. L. B.
Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris , chez Leduc , rue Traverfière-
Saint- Honoré , au Magafin de Mufique ,
où l'on foufcrit pour douze Cahiers moyennant
15 liv. port franc.
LES Variétés à la mode , quatrième fuite
d'Airs François , Italiens , Romances , Vaudevilles
, &c. arrangés pour le Clavecin par M.
Céfar. Prix , 3 liv. 12 fols. A Paris , chez M. Boyer.
Même Adreffe .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
VERS à MM. Charles & Traduction des Faſtes d'Ovi-
Robert , 49 de,
Sur la Mort de M. d'Alem- Variétés ,
bert,
Confeil à fuivre à l'accaſion
de la Paix ,
63
72
Avis relatif au Mercure de
France,
43 Concert Spirituel ,
54 Anecdotes,
76
78
A la Société Royale de Lon- Académ. Royale de Mufiq. 79
t dres ,
Charade , Enigme & Logo Annonces & Norices ,
gryphe ,
61
88
୨୬
APPROBATION.
JA x lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Décembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impretion . A Paris ,
le 13 Décembre 1783. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 DÉCEMERE 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS adreffés à M. PHILIDOR , en
fortant du Carmen Sæculare.
Qu
UELLE variété fublime !
Ici , je dois verfer des pleurs ;
Là , c'eft la gaîté qui m'anime
Par fes diælis enchanteurs.
Ces Romains qui vouloient prétendre
"Au fceptre de tous les talens ,"
N'auroient pas confenti d'attendre
Un intervalle de cent ans >
Si Flaccus leur eût fait entendre
Vos accords fimples & touchans,
Moi ,vous chanter ! quelle folie ;
A
Car pour célébrer les Concerts
Que modula votre génie ,
Il faudroit mettre dans mes vers
No. 1 , 20 Décembre 1983. E
98
MERCURE
Autant de grâce & d'énergie
Que vous en mettez dans vos airs.
( Par M. Duchofal , Avocat en Parlement. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préville ; où
l'on trouvepré , ville ; celui de l'Enigme eft
Violon , ou autre inftrument à cordes ; celui
du Logogryphe eſt Papier , où l'on trouve
répi , pari , épi , pie , Priape , Pie ( Pape ) ,
rape , pipe.
CHARADE.
POUR mon premier un amant ſe noya ;
Chez les Romains mon ſecond ſe compta ,
Et par mon tout tel Rimeur ennuya.
( Par un Habitant de Martincourt , fous
Pierrefort , en Lorraine. )
ÉNIGM E.
JE fais un bruit épouvantablę ;
Mais tel qui me connoît me paffe ce défaut ;
Je ferois même moins aimable
Si je grondois un peu moins haut.
Tout comme toi , mon cher Lecteur ,
Je dois mon existence aux Dames ,
Et je ne trouve point que ce foit un malheur
D'avoir un grand nombre de femmes.
BEOLA
DE FRANCE
99
Ceci n'eft point un jeu d'enfant ,
J'ai rarement de volonté frivole ;
Et malgré que ce foit toujours en clabaudant ,
Mes femmes tour- à-tour marchent à ma parole.
Ce n'eft pas tout : ainf que le fils de Vénus ,
Je porte fléches affez belles ;
C
Mais tel qui n'eft pas bien à la Cour de Plutus ,
Ne devroit point du tout badiner avec elles.
Je t'en ai dit affez , Lecteur , me tiens-tu ? Non .
Eh bien ! demande un Carme , il te dira mon nom.
(Par M. le Ch. de l'Huillier, Cap. au Rég. de Picard.)
TROI
LOGOGRYPHE.
ROIS voyelles ; un fruit; ce qu'en fon fortfunefte
En Pylade eut toujours le malheureux Orefte ;
Victime de la force , un Athlète connu
Par un arbre entrouvert le voyant retenu ;
Deux animaux divers ; deux notes de mufique ;
Deux villes en Europe ; une dans l'Amérique ;
Un jeu très-fatigant ; le contraire de bien ;
Le nom d'un fratricide ; un fleuve Égypticn ;
Deux ou trois mots latins ; un des mois de l'années
La volonté de Dieu fur Sinaï donnée ;
Si tu prêtes ferment , ce que tu leveras .
1-
Voilà dans mes fept pieds ce que tu trouveras.
1
Je ne fuis qu'un infecte , & tu dois me connoître ;
Mais pour embarraffer , j'en ai trop dit, peut être.
(Par M. L..... F ..... )
E ij
100 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
BIGARRURES Littéraires. A Paris , chez J.
Fr. Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe ,
la première porte- cochère à droite en entrant
par la Place S. Michel .
DANS
ANS l'appréciation des Ouvrages , à mérite
égal dans l'exécution , on donne le premier
rang à ceux qui , embraffant un objet
confidérable fous toutes les faces , font établis
fur un plan vafte & régulier , & font concourir
un grand nombre de parties diverfes
à produire un feul intérêt , ou à démontrer
une vérité importante & générale. Cette
prééminence leur appartient fans doute; car
rien ne coute à l'efprit comme une attention
longue & foutenue fur le même objet. Son:
allure naturelle eft celle de l'imagination. Il
veut plutôt voir que connoître , n'examine
qu'à regret , devine avec audace , & , fatigué
à l'inftant d'une marche réglée , erre éternellement
fans jamais fe laffer. Qui ne s'eft pas
furpris très -fouvent dans ces rêveries ' delicieufes
où l'imagination nous repréfente confufément
tous les objets de nos paílions &
de nos goûts, où, fans aucun travail d'attention
, tout ce qu'il y a de charmant ou de
fublime dans le fpectacle de la Nature , nos
plus doux fouvenirs , nos efpérances les plus
DE FRANCE. 101
chères fe fuccèdent dans notre penſée comme
dans un tableau d'optique ? Voilà l'image de
l'efprit humain abandonné à lui- même ; il
nous donne beaucoup de jouiffances & trèspeu
de lumières . Compofé de tous nos fens ,
comme eux , il femble être dans les vûes de la
nature un organe de plaifir , plutôt qu'un
inftrument de recherches & d'obfervations ;
ce n'eft pas fans beaucoup de peine , fans
beaucoup d'art , de foins & d'habitudes qu'on
parvient à le faire penfer , à convertir fes
rêveries qui lui font fi douces , en des méditations
dont il redoute la fatigue ; & cet
effort , lorfqu'il eft fuivi du fuccès , mérite
d'être récompenfé par la plus grande gloire.
Mais ces productions où l'on admire l'étendue
& la force de l'efprit , ne font pas d'ordinaire
celles où le taient répand le plus
d'agrémens & le plus de charmes . Quelqu'étendu
que foit un plan , du moment
qu'on s'eft défendu d'en fortir , on s'y trouve
à la gêne ; il devient une prifon pour l'efprit
qui l'a tracé ; & le talent perd avec fa liberté
une partie de fon énergie & de fa grâce.
L'idée toujours préfente d'une tâche à remplir
, la crainte de refter au deffous de ce
qu'on ofe entreprendre , arrête la penſée
dans les mouvemens naturels , étouffe cette
joie de produire , à laquelle le génie doit
prefque toujours fes beautés les plus touchantes
& les plus aimables. Si les longs Ouvrages
ennuient fi fouvent , c'eft qu'ils ont
..commencé par ennuyer leur Auteur ; il fait
E iij
102 MERCURE
賂
fentir à ceux qui le lifent le poids dont il a été
accablé lui même. On connoît des Ouvrages
au contraire où l'Auteur paroît toujours heu-
Teux , & vous communique fon bonheur
qu'il répend fur toutes les idées & fur toutes
fes expreffions . On eft attaché , intéreſſé , &
l'on ne voit point fouvent les beaurés qui
produisent l'enchantement qu'on éprouve.
L'Auteur n'a peut être pas plus de génie qu'un
autre, mais il a plus de liberté , & le charme
qu'il vous fait lentir eft celui de fon indépendance.
Si ce n'eft pas la meilleure méthode
, difoit plaiſamment Sterne , qui n'en
a jamais eu d'autre , c'est du moins la plus
religieufe. J'écris la première phraſe , & je
m'abandonne à la Providence pour toutes les
autres. Ceft ce qui fait fans doute en grande
partie l'attrait fingulier des Effais de Michel
Montagne , qui éclairé l'efptit humain énjetant
prefqu'au hafard tout ce qui fe préfente
à fon efprit ; du Voyage Sentimental
de Sterne , qui ne paroît , à beaucoup de
gens , l'Ouvrage d'un fol , que parce qu'il eft
·peut- être la peinture la plus fidelle de l'hom
me ; il eft difficile d'en commencer la lecsture
fans l'achever ; & lorfqu'on eft à la fin,
j'avoue bien qu'on croit quelquefois fortir
d'un long rêve ; mais Horace même eût
aimé les rêves de Sterne & de Montagne. Je
m'attendois à trouver le même charme dans
quelques uns des derniers morceaux d'un
Philofophe qui n'a eu pour confolateur de
fes maux que les extafes de fon imagination.
1
DE FRANCE. 103
-
Dans les Réveries de Rouffeau , le titre le
promettoit ; j'ai été trompé. On y admire
très fouvent toutes les beautés de ce ſtyle
qui favoit peindre les paffions & la nature
avec tant de grâces & d'énergie ; mais ces
prétendues rêveries font des difcours médités,
& peut être écrits avant de prendre la plume
, où l'Auteur , fans détour , fans écart ,
& fans abandon , ſuit juſqu'à la fin l'objet
qui s'eft préſenté à fon efprit au commencement.
Rouffeau 'enchaîne fes rêves même
comme des propofitions ; la force qui le conduit
à fes erreurs eft fi puiffante , qu'il y mar
che entouré de tous les fecours de cette méthode
analytique , dont Locke a fait l'inftrument
de la découverte de toutes les vérites.
C'eft par- tour une imagination impétueuse ,
foumife à la plus rigoureufe difcuffion , cette
imagination indomptable , qui femble redoubler
d'ardeur & d'élan fous le frein même
de la logique. *
* En parlant des erreurs de Rouſſeau dans les
Promenades où Rêveries , il ne peut être queftion
que de fes jugemens fur les hommes de fon fiècle.
Ses opinions fur les chofes font droites & faines ,
parce que cet efprit indépendant ne pouvoit les chercher
que dans la nature des choſes ; fes opinions fur
les perfonnes devoient le tromper à chaque inftant ,
parce que cette âme timide & ardente ne pouvoir les
juger que par fes paffions , par les terreurs & par fes
efpérances. En un mot , aucun Philofophe n'a plus .
mal connu les hommes , & n'a mieux connu l'homme;
& l'on prouvera peut - être un jour que cette difsinction
n'eſt pas une fubtilité. -
104
MERCURE
En général les Anglois , dont le génie profond
cherche les vérités avec tant de méthode
, connoiffent mieux que nous cependant
cet abandon de l'efprit qui fait tant de
plaifir , & qui eft la fource des beautés les
plus originales ; à peu près comme ils fentent
mieux le refpect & l'obéiffance qu'on doit
aux loix , en ſe réfervant beaucoup plus que
nous de l'indépendance de leurs pallions &
de leur caractère .
De tous leurs Ouvrages , le Spectateur , par
fa nature & par la manière dont il a été com
pofé , eft un de ceux où l'on a dû le plus
trouver cet agrément & ce charme attachés
à la variété des tons & des fujets . C'eſt l'Ou
vrage de plufieurs Écrivains qui réunifoient
entre-cux toutes les connoiffances , que cha
cun favoit étendre encore par une tournure
d'efprit particulière , & embellir par un talent
original. Nés avec des imaginations fenfibles ,
mais avec des âmes plus fenfibles encore , ils
étoient paffionnés pour la louange , & lui
préféroient l'amitié ; fentiment fans lequel
les Hommes de Lettres feront toujours dégradés
par l'envie , & qui doit être bien rare,
puifqu'il ne peut appartenir qu'à des âmes
élevées au deffus même de la gloire. Quand la
feuille de l'un faifoit l'entretien de Londres ,
on ne voyoit point les autres pâlir de ce
fuccès d'un jour . Les idées de chacun , avant
de prendre la plume , étoient fécondées par
l'entretien de tous , & fon ouvrage, quand il
étoit fini , perfectionné par leur goût . La fo
DE FRANCE. 105
ciété entière étoit connue , & l'Auteur du
morceau qui faifoit beaucoup de bruit ne
l'étoit prefque jamais. Le Public aimoit à le
chercher ; c'étoit un fuccès pour le goût des
Lecteurs de l'avoir deviné ; les uns parioient
pour Addiffon, les autres pour Steele, lorfque
c'étoit quelquefois Arbutnot ; & tandis que
les applaudiffemens & les hommages flottoient
incertains , le véritable Auteur étoit celui
qui gardoit le mieux un fecret qui embelliffoit
de fon talent la gloire de ſes amis.Toujours
libres du temps & du fujet , ils attendoient
leur génie pour écrire , & quittoient la plume
avant d'en être abandonnés. Ces idées fingu
lières , qui traverfent fi fouvent l'imagination
d'un homme d'efprit , & qui périffent
pour lui même & pour les autres , parce que
le bon ton les rejette des converſations , &
le bon goût des grands Ouvrages , trouvoient
une place dans le Spectateur , & plaifoient
infiniment par cette extrême originalité même
qui les eût fait exclure de tous les autres
-genres. Toujours les yeux ouverts fur la Société
, tout ce que fon mouvement dans une
ville comme Londres amène d'incidens comiques
on touchans , ils le faififfent , & ces
événemens fugitifs des paflions iminortalifés
par leur talent , feront dans tous les fiècles
des mémoires excellens pour l'Histoire de
l'Homme. Du moment qu'ils ont pris le titre
de Spectateur , le fpectacle de la Nature ,
celui des Arts & celui du Monde femblent
fe présenter à eux pour la première fois , &
E v
106 MERCURE
ils les contemplent avec ces fenfations rajeunies
qui portent les grandes penſées dans
l'efprit , & les fentimens fublimes dans le
coeur. Ils cherchent Dieu dans l'ordre & dans
la magnificence de la Nature avec ces émotions
vives d'un être qui viendroit d'être
placé fur la terre , & feroit pour la première
fois témoin de l'Univers ; ils agrandiffent les
deftinées de l'homme & les deffeins de l'Éternel
, en donnant des efpérances plus certaines
de l'immortalité à une vie qui dégraderoit
les vûes de la création fi elle finiffoit au
tombeau; & ces difcours où plufieurs Hommes
de Lettres , qui n'ont de miffion que leur
talent , s'entretiennent de Dieu tous les mois
avec une Nation entière , n'étoient point un
objet de rifée pour un peuple religieux par fa
philofophie même , & qui femble ne trouver
que dans Dieu un objer auffi étendu que
fes penfées.
En jugeant les Arts , ils ne font point la
critique des Écrivains toujours fi bornée dans
Les vûes & dans fes effets , & toujours fi pénible
quand l'orgueil ou la méchanceté ne
s'en font point une jouiffance. Leurs réflexions
, trop étendues pour n'être point générales
, forment le goût en éclairant l'efprit
humain , ils développent dans un ſtyle éloquent
, & rendent fenfibles au coeur & à la
raifon ces principes de goût tranfmis par les
anciens avec la précifion impofante des Légiflateurs.
Comme peintres des monts , ils offrent
des modèles plus nouveaux encore pour nous
DE FRA NC E. 107
& plus intéreffans , ainfi que ces Cenfeurs ,
des anciennes Républiques dont l'autorité
foumettoit toutes les claffes de Citoyens , &
veilloient également fur les moeurs de l'indigent
protélaire , & fur celles du Conful &
du Dictateur armé de toutes les forces de la
Patrie , ils pourfuivent les travers & les ridi
cules au Palais Saint- James & à la Taverne ,
au Parlement & fur les Quais de la Tamife.
Chez une Nation libre , ils n'ont ni l'orgueil
de dédaigner les vices du peuple , ni la foibleffe
de craindre ceux des Grands , & la
Société entière fournit au tableau qu'ils tracent
du coeur humain , mais avec ce courage
de la liberté
qui
ofe tout voir & tout peindre
, leur morale eft loin d'être chagrine
& colère comme celles de ces Écrivains
dont les vûes font défefpérantes , parce
qu'elles font bornées , qui s'en prennent à
nous de nos fautes , comme fi nous étions à
plaifir ridicules , coupables & malheureux ',
Steele & Addiffon, en peignant les vices , pardonnent
à l'homme , parce qu'ils voyent audelà
la Nature & la Société qui en font les
fources , & qui peuvent en être les remèdes ;
leur âme fe calme par l'étendue de leur génie ,
& devient indulgente dans le bonheur de
toutes les vérités qu'elle découvre à la fois.
En perçant le ridicule d'un trait original &
plaifant , ils réveillent dans nos coeurs ces
affections douces de la nature , qui rendent
les vertus faciles & la raifon aimable.
Nos Moraliftes ne font guères que des
E vj
168 MERCURE
с
hommes de talent , qui feroient peut-être fåchés
qu'il n'y eût point de travers à obſerver
& à faifir , qui , en peignant l'homme ,
n'ambitionnent que la gloire de l'avoir connu ,
& s'occupent bien plus de nous faire admirer
leur efprit que de nous corriger de nos
ridicules. Steele & Addiffon font à la fois
des efprits aimables & des fages qui rougi
roient de faire fervir la morale aux foibleffes
de leur vanité , & qui ne croyent avoir eu
du talent que lorfqu'ils ont fait naître
des vertus. Parmi nous , la fublime fonction
d'inftituteur des moeurs publiques ne
fe propofe guère un objet plus noble que
celui des Arts les plus frivoles , afpire à
enfeigner le bon ton plutôt que les bonnes
moeurs , à donner des grâces plutôt que
des vertus , & rabaiffe ainfi le Moralifte
au niveau du maître de Théorbe
ou de Danfe. * Les Moraliftes Anglois s'em-
* Je'rends juftice à plufieurs de nos Moraliftes ;
il en eft dont j'honore le caractère. On fait que
Molière étoit diftingué dans fon fiècle par fon honnêteté
comme par fon génie ; qu'il avoit à - la - fois ,
ce qui eft fi rare , les vertus qu'on le fait avec du
caractère & des principes , & celles qui naiffent
d'elles- mêmes dans une âme fenfible . La vie de la
Bruyère eft prefque totalement ignorée ; mais on
fait qu'il a vécu auprès d'un Prince , qu'il avoit un
des plus beaux talens de fon fiècle , & dès - lors cette
obfcurité même de fa vie en eft un grand éloge.
Marivaux , dont l'amour - propre eft devenu célèbre
, avoit pourtant plus de vertus encore que
d'amour - propie. Lorfque mes amis , diſoit - il ,
DE FRANCE. tog
parant affez fortement des efprits pour leur
donner une idée jufte de toutes les chofes , &
viennent m'apprendre qu'on a dit de moi dans le
monde que j'étois un très- bel efprit , qu'on y a
loué mes Ouvrages , je fuis peu touché de ce fuccès ;
mais fi j'apprends que leur lecture a porté quelqu'un
à une bonne action , a corrigé un ridicule ou un
vice , je ne fuis point infenfible à cette nouvelle j
ce plaifir la eft de ma compétence. Mais comme
c'eft encore beaucoup plus pour fa gloire que pour
l'utilité publique qu'on commence à écrire ; qu'il
faut plaire avant tout , & corriger après fi l'on peut 3
les plus honnêtes gens , lorfqu'ils prennent la plume,
confultent auffi ſouvent le goût du Public que fes
befoins , & flattent trop fouvent par leur talent les
foibleffes mêmes qu'ils condamnent par leurs maximes
. Ce monde, dont ils ont l'orgueil d'être les précepteurs,
leur impofe fon ton , les oblige à prendre
fon langage , & la morale apprêtée dans le jargon
du vice en fait fortir la contagion du coeur même
d'un homme de bien. On a en beau dire , les reprochès
que Jean-Jacques Rouffeau a fait à cet égard
au Théâtre de Molière feront à jamais ineffaçables.
Les Moraliftes Anglois qui écrivent beaucoup moins
pour ce qu'on appelle le monde , ne détruiſent point
ainfi .par leur talent ce qu'ils établiffent par leurs
principes. Une choſe curieuſe & intéreffante feroit de
rapprocher les morceaux où la Bruyère & les Auteurs
du Spectateur Anglois ont traité les mêmes objets
de morale. Ce travail facile exigeroit pourtant
dans un Compilateur les vûes d'un Philofophe.
Lifez , par exemple , les Lettres qu'on trouve dans le
Spectateur far le mariage ; elles font férienfes , mais
attachantes ; fans aucune pédanterie de vertu & de
fageffe , fans effrayer jamais par l'idée d'une chaîne
110
MERCURE
defcendant affez avant dans les coeurs pour
y façonner à leur gré les paflions mêmes , forment
l'homme aux qualités qui font le charmé
dela vie retirée & domeftique , &le Citoyen
sux vertus qui font la gloire de la patrie.
3
Une deftination fi élevée & fi étendue demandoit
des genres d'Ouvrages qui permet
tent à l'efprit de prendre tous les tons & tontes
les formes. Des genres plus difficiles , &
facrée une paffion que la Nature a fait mobile & inconftante
, ils tracent dans la peinture des devoirs de
cet état le tableau de la plus grande félicité que
l'homme puiffe fe promettre fur la terre . Après avoir
ainfi attaché le coeur & mérité la confiance , ils le
dirigent vers ce bonheur dont ils lui ont donné l'efpérance
; lui montrent par quelle fuite de foins &
d'attentions on peut l'obtenir & le fixer , par quel
art facile & doux un honnête homme peut être
toujours un homine aimable pour fa femme , &
trouver toujours avec elle dans leurs mutuels devoirs
le charme des premiers fentimens qui les ont attachés
l'un à l'autre. On affure dans beaucoup de Papiers du
temps , que ces Lettres arrêtèrent le goût du célibat
qui commençoit à fe répandre en Angleterre , &
qu'elles furent la caufe d'un grand nombre de
mariages .
On trouve fur le même ſujet cette penſée dans la
Bruyère... 8.3.01
V I
3
Ny auroit- ilpas quelque moyen de fe faire aimer
defa femine ?
. Il eft clair que cette forme d'interrogation donne
à l'idée de la Bruyère un, air de, plaifanterie , & je
crains bien que le Moralifte, en ne cherchant qu'une
tournure piquante , n'ait fait une épigramme contre
le mariage..
1
DE FRANCE. 111
qui exigent un talent plus rare , peut - être ,
celui de la Comédie , par exemple , auroit
mis des bornes plus étroites à leurs tableaux
& à leurs vûes. Lorfqu'on trace des caractères
, on eft forcé de les prendre fous des
points de vue différens , fuivant qu'on fe
propofe ou de les deffiner dans un portrait,
ou de les faire agir dans un Draine , ou de
les faire vivre dans un Roman. L'Onuphre
de la Bruyère , plus profond & plus habile
que le Tartuffe de Molière , eft admirable
dans un portrait , & feroit trop fin & trop
vrai pour la Scène ; le Climail de la Marianne
de Marivaux , qui cherche à fe tromper luimême
avec les autres , ne veut dérober aux
hommes que leur eftime , & fera homme de
bien en expirant , doit laiffer échapper fes
vices avec une lenteur & un embarras dont
les gradations exigent l'étendue du Roman .
·Climail , Onuphre & Tartuffe , qui font trois
différens hypocrites , font peut être tous les
trois également néceffaires pour approfondir
toute l'hypocrifie ; & un homme de génie
pourroit peut être encore peindre le même
vice avec des traits auffi vrais , & pourtant
très- nouveaux. Il eft bien rare qu'un caractère,
quelque étendue que lui ait donnée l'efprit
de l'Écrivain , embraffe - tout un vice.
L'avantage unique d'un Ouvrage , tel que le
Spectateur , c'eft de pouvoir repréſenter les
paffions & les vertus fous tous leurs traits ,
parce qu'il peut les peindre fous toutes les
formes. L'imagination folle des Contes de
112 MERCURE
Fées & de Génies , le ton élevé d'an difcours
philofophique & oratoire , la verve comique
, les fcènes attendriffantes d'un Roman ,
il admet tout , & les Auteurs du Spectateur
avoient tous les talens qu'il peut recevoir. On
voit fouvent dans leur Ouvrage le même vice
crayonné dans un portrait, mis en action .
dans une hiſtoire , attaqué de front & couvert
d'ignominie dans un difcours éloquent.
Aufli le fuccès du Spectateur fut- il prodigieux
en Angleterre ; on ne peut lui comparer
que celui des Lettres Provinciales & des Lettres
Perfanes en France ; & malgré la différence
extrême des moeurs & du goût des
deux Nations , malgré les vices d'une traduction
exceffivement médiocre , qui rend à
peine les idées , & ne traduit jamais le talent ,
eft- ce auffi l'un des Ouvrages Anglois qui a été
le plus loué , & même le plus lû parmi nous .
J'ai lû dans une Lettre manufcrite de Montefquieu
: Les François voudront imiter le
Spectateur , & ils n'y réuffiront pas, La prédiction
étoit hardie ; mais levénement l'a
vérifiée. Marivaux même , que les Anglois
mettent à côté de Fielding , n'a pu fe mettre
-parmi nous à côté d'Addiffon . On trouve dans
fon Spectateur trois ou quatre morceaux qui
feroient dignes de Tacite , de Richardſon ,
des plus grands peintres du coeur humain ;
dans tout le refte , il n'a ni un talent affez naturel
pour faire aimer fon bavardage , ni des
vûes affez grandes pour attacher de l'intérêt à
une recherche continuelle d'idées neuves &
DE FRANCE. 113
rares . On pardonne au talent de beaucoup
chercher , mais ce n'eft qu'à condition qu'il
trouvera de belles choſes. Le Philofophe In
digent de Marivaux étoit une excellente idée ,
c'eft précisément l'idée du Diogène de Viéland
. Mais Vicland , que fon , Héros tranf
porte au milieu des Républiques de la Grèce ,
dans le fiècle où elles étoient les plus fécondes
en Héros , en Artiftes , en hommes d'efprit ,
en Philofophes & en Courtifannes , embellit
à chaque inftant le cynisme de Diogène des
couleurs de ce fiècle , où tout étoit grand ou
aimable. Sans, fortir de fon tonneau , le
Diogène de Viéland eft fublime avec Alexandre
, & charmant avec Glicérion ; fans
démentir un feul moment le caractère que
l'antiquité a donné au Socrate en délire , Viéland
a fu faire agir & parler Diogène de
manière qu'une femme voluptueufe & une
femme fenfible pourroient defirer également
de l'avoir pour amant , qu'un Prince qui fongeroit
à fon peuple l'appelleroit auprès de
fon trône, & qu'un jeune homme qui vous
droit s'effayer à élever fon efprit au deffus
des opinions humaines , & fon âme au deffus
des maux de la Nature , n'auroit d'autre ambition
que celle d'obtenir une place dans un
coin de fon tonneau. Le Philofophe Indigent
de Marivaux qui vit , je crois , en Hollande ,
qui a infiniment d'efprit , mais qui n'a que
de l'efprit , eft trifte & ennuyeux . Il faut une
autre féduction que celle de l'efprit pour
rendre le tableau de la pauvreté agréable' ;
114
MERCURE
c'eſt un fonds dont la trifteffe ne peut être
égayée ou embellie que par toutes les richeffes
de l'imagination , & toutes les affections
d'une âme douce & fublime.
Le Spectateur François a eu pourtant des
imitateurs ; mais avec beaucoup de mérite
même ils n'ont pas pu avoir plus de fuccès
que Marivaux , leur modèle ; peut - être un
feul homme ne peut il pas réuffit dans ce
genre , & qu'il faut une Société d'Écrivains ,
comme dans le Spectateur Anglois . Dans des
villes où la fucceffion rapide & continuelle
des Spectacles & des amuſemens a fait , du
changement & de la variété dans tous les
genres , le premier de tous les befoins , il eft
difficile de plaire long - temps en paroiffant
tous les jours avec le même efprit , & il n'eft
pas plus aifé de changer d'efprit tous les jours .
Les morceaux qui compofent les Bigar-
-Tures Littéraires font dans le goût du Spectateur
, & appartiennent au même Écrivain ;
mais ils ont paru en divers temps & dans
divers Journaux . L'Auteur qui n'étoit tenu à
rien , dont le Public n'attendoit point la
feuille , en travaillant prefque toujours de
fantaisie , a trouvé fouvent dans la diverfité
des momens où il a écrit , la variété de plufieurs
efprits & de plufieurs talens . Les moeurs
& les Arts font également foumis à fes obfervations
& à fes peintures. Comme Adiffon
& Steele , il fait fuccéder un morceau de
Littérature à un morceau de morale. Il peint
les ridicules qui paffent , & les paffions qui
DE FRANCE. 115
[
font éternelles ; il les fait parler , il les fait
écrire , il les met en fcène avec le Public ;
artifice ingénieux , donr les Auteurs du Spectateur
Anglois ont donné de ſi parfaits modèles
. Il vifite les monumens élevés au milieu
de la Capitale par le génie , les afyles ouverts
au befoin & au malheur par la bienfaifance
de la Nation , & décrit les impreffions
qu'il en a reçues dans ces momens où
l'âme plus fenfible croit les voir pour la première
fois. On fent , en parcourant ces Lettres
, combien le tableau de Paris eft une
chofe nouvelle & furprenante pour ceux
même qui vivent au milieu de cette Capitale
, & combien il faut de philofophie pour
obferver une fois ce qu'on voit tous les jours.
L'éloge paroîtra grand , mais plufieurs de
ces feuilles , que l'Auteur paroît avoir jetées
au vent , ludibria ventis ) enrichiroient
encore ces feuilles qui ont immortalifé les
noms de Steele & d'Adiffon ; un tel éloge
doit être motivé par des citations , car s'il
-n'y a guère que l'Auteur critiqué qui demande
raifon de la critique , tour le Public à peuprès
demande raifon des éloges . Voyez comme
l'Auteur , en venant de vifiter l'Hôpital
Général & Bicêtre , rend compte des impref
fions qu'il y a reçues.
: Si la curiofité nous inftruit , nous payons cher
quelquefois les leçons qu'elle nous procure . J'ai voulu
voir les deux plus célèbres Maifons de Force & de
Charité établies autour de Paris ; je viens de les
vifiter , & j'en apporte un fentiment douloureux que
116
MERCURE
je garderai long teinps dans mon coeur..... En rappelant
les deux fameux établiffemens de Bicêtre &
'Hôpital Général , on doit toujours commencer par
rendre hommage à l'Adminiſtration actuelle . Ses
foins éclairés & vigilans ont fu introduire dans ces
unaifons un ordre & une propreté qui , ne pouvant
nous dérober le fpectacle du crime & du malheur ,
nous confolent au moins par celui de la bienfaisance.
J'ai été charmé de voir ces malheureux habitans condamnés
à divers travaux ; c'eft , en châriant le crime ,
rendre utile le criminel ; c'eft adoucir fon malheur
en le dérobant à l'oifiveté, qui devient un nouveau
châtiment pour des coupables ; mais fi c'eft un vafte
ſujet de méditation pour le Philofophe , c'eſt un tableau
bien affligeant pour un homme fenfible. On y
embraffe, pour ainfi dire d'un regard , les deux claffes
d'hommes qui offrent aux yeux la Nature dégradés,
les criminels & le infenfés . Cette dernière claffe femble
promettre aux Spectateurs oififs une ſcène fort
amulante. Rien n'eft plus trifte cependant ; le fpectacle
de la douleur afflige ; celui de la démence afflige
& humilie. Comme la pitié n'eft autre choſe
qu'une paffion qui nous tranfporte à la place du malheureux
que nous voyons fouffrir , elle ne nous
frappe jamais qu'en proportion de la crainte que nous
avons de tomber dans les mêmes revers ; les tourmens
d'un criminel puni effrayent pea l'honnête
homme, parce qu'il croit ne les mériter jamais ; mais
le fpectacle d'un infenfé alarme le fage , parce qu'il
fait que le plus léger accident peut le réduire au
même état de dégradation . Quelle leçon pour l'amourpropre
! L'homme orgueilleux , qui , ayant vifité les
fous que renferme cette enceinte , en fortiroit avec
un fentiment d'orgueil , ne mériteroit pas d'en fortir.
La feule chofe qui n'ait arraché un léger sourire ,
c'eft de les entendre fe moquer les uns des autres ,
& le traiter de fous mutuellement ; c'eſt ainfi , me
DE FRANCE. 117
fuis - je écrié , que nous nous traitons dans le grand
Bicêtre , je voulois dire dans le monde. »
Cette Lettre eft courte , & ne laiffe voir
aucune prétention d'éloquence & de fenfibilité
; mais dans ce peu de lignes fi fimples ,
l'Auteur a raffemblé les impreffions les plus.
touchantes & les réflexions les plus profondes
que ces lieux doivent faire naître. On eft
ému & l'on penfe , & ce font les deux effets
les plus heureux du talent. Qu'on nous permette
d'obferver ici que nós Écrivains ne
nous préfentent pas affez fouvent , peut - être ,
ces tableaux douloureux de l'humanité fouffrante
& dégradée. On a ofé méme les leur
interdire au nom du bon goût : comme fi les
tableaux qui portent les impreffions les plus
profondes à l'âme , n'étoient pas ceux que le
goût doit aimer davantage ! comme fi le goût
pouvoit blâmer ce que la vertu applaudit !
Eh ! qui donc rendra le malheur facré dans
l'Univers , fi le talent l'abandonne , s'il n'en
recueille pas les larmes & les cris , s'il s'éloigne
des lieux où l'ordre de la fociété relégue
les befoins & les douleurs ? Les Anglois , qui
n'entendent rien à cette délicateffe , tracent
ces tableaux terribles dans les Ouvrages mêmes
qui ne femblent avoir d'autre objet que
de flatter le goût & d'amufer l'imagination ;
& ces Ouvrages en font plus remplis de beautés
même douces & délicates . Qui n'a pas
fuivi M. Makenfée avec intérêt aux Loges
de Bedlam ? Qui n'a pas fenti de la douceur
* Hôpital des fous de Londres.
118 MERCURE
à donner des larmes avec Harvey , à l'infor
tunée Amante de Billy , à cette fille trop
fenfible , qui n'a pu conferver ſa raiſon en
perdant fon Amant , & qui , chantant toujours
l'Amour qui l'a rendue folle , dit à
Harvey: Plusjefuis trifte , & plusje chante !
Parmi ceux qui ont lu le Miniftre de Wakefield
, ce Roman qu'un Anglois , très zèlé
Croyant , a mis parmi les Livres facrés , où
la fimple bonté eft toujours fublime en touchant
toujours au ridicule ; quel eft celui qui
n'a pas été ému de refpect , d'admiration &
d'attendriffement , lorfque Goldſmith l'a fait
entrer dans cette prifon , où le Miniftre ,
jeté parmi une foule de fcélérats qui s'enivrent
& blafphêment la Providence tandis
qu'on élève leur échafaud , ofe leur parler de
Dieu , de l'humanité , du travail & du bonheur
; couvert par eux d'outrages & de rifées
, les étonne , les touche d'abord par fon
inépuifable douceur , les attache par degrés
à des difcours dont le charme adoucit pour
la première fois l'horreur des lieux qui le
renferme ; parvient à faire connoître le prix &
même l'amour des bonnes moeurs à des ames
que la Juftice & les Loix ne fçavoient qu'envoyer
au fupplice , & finit enfin par faire d'un
cachot & d'une affemblée d'hommes dont la
plupart attendent le Bourreau , une fociété
douce & laborieuſe , dont l'ordre & la bienfaifance
feroient dignes des regards de la
vertu , & honoreroient la Nation même qui
la tient fous les verroux & dans les chaînes ?
Ce prodige ne paroît pas au- deſſus de l'éloDE
FRANCE. 119
quence du Miniftre , & cette éloquence n'est
guere pourtant que du bon - fens & de la
bonté. Nous parlons toujours de bon goût ;
mais nous ne faifons pas de ces Romans
dont l'ame goûte la lecture avec tant de
délices à peine les lifons - nous , fouvent
même nous ne les connoiffons pas. Il m'eſt
arrivé de parler du Miniftre de Wakefield
à des hommes de Lettres & de talent , qui
m'ont dit qu'eft ce que c'eft que le Miniftre
de Wakefield ? *
* Je fuis loin de tout admirer dans le Miniftre
de Walkefield ; les amours & l'enlèvement d'Olivia
, c'eſt- à- dire , prefque tout le fonds du roman
eft commun à-la - fois & invraisemblable , les deux
plus grands défauts que puiffe avoir un roman ;
mais je n'en connois point où les caractères foient plus
originaux , & peignent cependant la Nature avec plus
d'intérêt & de vérité ; le Miniftre avec fon antipathie
pour les fecondes noces & fa bienveillance univerfelle
fa tendre affection pour tous les hommes ; la fimplicité
de fon caractère , fon bon fens qui l'élèvent à
chaque inftant à une raiſon ſublime , & l'importance
qu'il met aux Sermons qu'il prêche les Dimanches aux
payfans de fa Paroiffe ; l'excellente morale qu'il débite
à fes enfans , & fa foibleffe inouie pour tous
leurs défauts ; tous les traits de ce caractère forment
un mêlange continuel d'une originalité qui fait rire &
d'une bonté qui attendrit qui pénètre l'âme ; celui de
Burchellqui cache un grand nom & une grande fortune
pour mieux jouir de tous les biens de la Nature ;
courant à pied toutes les campagnes & fous les apparences
prefque humiliantes de la pauvreté , foulageant
tous les befoins d'une main invifible ; fon
goût pour les enfans , à qui il porte toujours des
pains d'épices & des fifflets , & qu'il femble prendre
120 MERCURE
L'Auteur des Bigarrures Littéraires , en parlant
du monde , a fu en prendre le ton. În a
peint cent fois le ridicule des Vieillards qui
époufent de jeunes femmes ; ce fonds ufé ,
il le rajeunit par un eſprit philoſophique
qu'il cache fous l'agrément des tournures ,
mais qu'on reconnoît à la nouveauté des vûes .
C'eft la femme elle-même qui écrit.
ce Mon mari eft riche , mais il eft vieux ; ce n'eft
pas là fon plus grand tort . Étant jeune , il avoit pris
une vieille femme ; & étant vieux , il m'a époufée ,
inoi qui n'ai pas encore dix- fept ans. Voilà qui peut
paroître plaifant , & j'en rirois peut-être la première
fi je n'y étois pour rien ; mais par malheur je
fais les frais du dénouement , & cela gâte l'aventure.
Sa première femme , dont il avoit épousé la
fortune , & qui croyoit que fon or devoit lui tenir
lieu de jeunefle & de beauté , étoit pour lui une
compagne auffi exigeante qu'importune. Sa jalouſie
en faifoit un Argus auffi ennuyeux qu'incorrupti
pour les protecteurs dans toutes les maiſons où on lui
donne un gîte & un fouper ; le fentiment qu'il inf
pire à la plus jeune des filles du Miniſtre étant déjà
dans l'âge mur , paroiffant toujours obfcur- & pau
yre , & n'employant d'autre féduction auprès d'elle
que fon courage , à qui elle a dû une fois la vic;
fon affection pour les enfans & une romance qu'il
chante avec fenfibilité ; ce caractère eft fondé fur des
vûes plus grandes encore & plus morales ; le tableati
de toute la famille du Miniftre dans les premiers
Chapitres , & dans les derniers les fcènes de la pri→
fon font peut-être au- deffus de co qu'on admire la
plus dans les romans Anglois , & c'eft enfin le feut
Ouvrage que je pourrois mettré à côté du Voyage
fentimental de Sterne . ble
DE FRANCE. 121
ble . Enfin , le bonheur du jeune époux ne commença
que le jour de fon veuvage . Il trouvoit les
procédés de la Dame très- ridicules ; il les trouve encore
tels aujourd'hui : eh bien ! Meffieurs , la conduite
dont il fut la victime comme jeune époux , il
la tient envers inoi comme vieux mari. Mon air ,
mes manières , mes habits , mon ftyle même , tont
excite fon humeur & même la jaloufie. Il fe plaint .
tous les jours à mes parens de mon indifcrétion &
de ma légèreté , & mes parens prétendent qu'il a
raifon. Quand je me plains de fon humeur , on me
dit que je favois bien qu'il étoit vieux en l'époufant ,
& je réponds qu'il ſavoit bien auſſi que j'étois jeune
quand il me prit .
Lorfque je confentis à le prendre pour époux
malgré fon âge avancé , je favois l'hiftoire de fon
premier mariage , lui même me l'avoit racontée
plus d'une fois ; je crus le trouver tout corrigé par fa
propre expérience ; je me figurai qu'il n'adopteroit
pas des ridicules dont il s'étoit moqué tant de fois ,
& dont il avoit été le martyr. Point du tout , on
diroit que c'eft une revanche qu'il veut prendre ; il
voudroit toujours me voir louer le temps paflé que
je n'ai pas connu , & blâmer le préfent qui me plaît
beaucoup. Il trouve tous nos Acteurs déteftables ,
toutes nos Pièces mauvaiſes , tous nos Livres bêtes ,
nos modes extravagantes , & fur-tout nos jeunes
gens ridicules ; c'est-à-dire , qu'il faudroit , felon
lui , n'aller jamais aux Spectacles , ne plus lire aucun
roman , renoncer aux modes , & ne fréquenter que
des vieillards ; vous conviendrez , tout riche qu'il
eft , que c'eft exiger un peu trop ; que fes procédés
font ufuraires , & que c'eft vendre trop cher fon
argent. Il me dit à tout moment de prendre un air
plus raffis ; mais que me répondroit- il , Meffieurs , &
je le priois dedevenir plus jeune ? »
Nº. No.
51 , 20 Décembre
1783
. F
122 MERCURE
Après cette Lettre , il étoit piquant d'en
faire écrire une autre par une jeune femme
heureuſe avec un vieux mari . Le talent fe
plaît à faifir le coeur humain dans des fituations
oppofées , & l'Auteur n'a pas laiffé
échapper ce contraſte..
« La femme d'un mari âgé vous a porté des plaintes
que vous avez accueillies. Cette Lettre m'a donné auffi
envie de vous parler de mon mariage. J'ai pris comme
elle un vieux mari ; mais loin d'avoir à m'en plaindre,
je n'ai qu'àremercier mes parens qui me l'ont don
né. Je vous en fais juges vous - mêmes. Les plaintes de
la Dame qui vous a écrit font fondées fans doute , elle
s'eft vengée d'un mari ennuyeux ; je veux rendre juſtice
à un homme aimable..... Mon mari eft au moins
fexagénaire , & j'ai à peine vingt ans. Eh bien,
Meffieurs , je m'eftime la femme du monde la plus
heureuſe! & ne croyez pas que ce foit par vertu que
je m'applaudis de mon fort ; ma conduite feroit toujours
la même quand j'aurois à m'en plaindre ; mais
je ne pourrois pas prendre fur moi de m'en louer.
Ce n'eft pas non plus la reconnoiffance qui me fait
parler ; je dois à mon mari une affez belle fortune ;
mais le fentiment de ce bienfait ne me fait aucune
illufion dans ce moment-ci . Si je me loue de lui , c'eſt
que je le trouve , c'eft qu'il eft récllement aimable .
Je ne veux point faire la fatyre des jeunes gens ; je
leur connois des défauts ; mais je leur trouve auffi
des agrémens analogues à mon âge ; ainfi mon bonheur
ne prend pas fa fource dans la fingularité de
mon caractère. Je ne préfère pas les vieillards aux
jeunes gens , mais je préfère aux jeunes gens le vieillard
qu'on m'a donné pour époux . Je ne fais pas fi
c'eft véritablement de l'amour que j'ai pour lui ; c'eft
au moins un fentiment qui ine tient lieu d'amour , &
qui fuffit à mon bonheur. »
DE FRANCE. 12.3
Je vous dirai plus , Meffieurs , il m'infpire fou-,
vent malgré moi quelques mouvemens de jaloufie ,
parce que je fens que d'autres femmes que moi peuvent
le trouver aimable. Je ne fuis pas furprife que.
m'aimant beaucoup il ait pour moi des fois plus
affidus , plus empreffés que n'en auroit peut- être un
jeune homme, parce que la vieilleffe qui fent le befoin
de plaire, n'a pas la confiance & par conféquent las
négligence de la jeuneffe ; ce n'eft pas fagalanterie
qui n'étonne , mais fon amabilité. Ne croyez pas ,
qu'il affecte de compofer ma fociété d'hommes de
fon âge ; il y admet nombre de jeunes gens ;
n'allez pas conclure de ce trait là qu'il doive être
mis au rang de ces Vétérans de la fatuité qui penfent
fe rajeunir en affectant les airs & la légèreté
de la jeuneffe ; il ne fonge qu'à fuppléer par les
agrémens qu'il me procure à ceux qu'il croit lui
manquer; il eft toujours le premier à plaifanter fur
fon åge. Comme il a vécu dans le grand monde
il en a confervé les grâces , & femble n'en avoir
perdu que les ridicules . Loin de me condamner aux
privations , il n'eft occupé qu'à créer pour moi de
nouveaux plaifirs ; fouvent même il s'en prive luimême
, parce qu'il craint de les attrifter par fa préfence
, & voilà le feul chagrin qu'il me donne ; encore
fe garde-t- il bien dans ces occafions là de me
laiffer voir le motif qui le fait agir . Quand la goutte
ou fes affaires l'empêchent de voir une fête ou un
divertiſſement , il trouve toujours quelque prétexte ,
il invente quelque rufe pour me forcer d'y aller.
La moindre faveur qu'il obtient de moi , i la tourne
en plaifanterie ; il me fait honte d'avoir des bontés
pour un homme de fon âge , & il m'appelle dupe
avec un fourire aimable & un air que je ne faurois
vous exprimer : enfin , de toutes les perfonnes qu'on
voit chez moi , c'eft le convive le plus gai & le
vieillard le plus jeune , & fi j'avois le pouvoir de le
Fij
124 MERCURE
rajeûnir , je le ferois pour lui , & ne croirois rien
faire pour moi. »
e ;.
La première Lettre , plus gaie & moins
intéreffante , étoit bien plus facile à écrire
car on imagine tout de fuite les plaintes
qu'une jeune femme peut faire d'un vieux
mari ; & ce n'eft qu'au fond d'une ame délicate
, qu'on a pu trouver les fentimens de
celle qui doit fon bonheur à un Vieillard
aimable. Les Ecrivains & les Philofophes , a
dit le Philofophe que notre fiècle vient de
perdre , le font donné bien de la peine
pour faire l'éloge de la vieilleffe & de l'amitié
, parce que la nature toate feule fait affez
l'éloge de la jeuneffe & de l'amour.
Nous pourrions citer plufieurs autres Lettres
qui fe font remarquer dans lesBigarrures
Littéraires , ou par des cadres ingénieux , ou
par des peintures de moeurs très fidelles ,
ou par des difcuffions d'une logiquc fine &
fage. Nous nous contenterons d'indiquer
celle où lAuteur propofe une foufcription ,
& ouvre un Cours pour enfeigner l'Art deju
ger de toutfans fe connoître à rien , & fans
compromettre jamais fon ignorance ; celle
où il examine s'il appartient au Peuple de
juger des productions des Arts , & fur tout
de l'Art Dramatique ; celle où il fait voir
comment , avec deux ou trois bonnes actions
, on peut fe faire une réputation qui
couvrira les vices d'une vie entière , & c. &c.
* M. d'Alembert.
DE FRANCE.
125
>
Ces éloges font mérités ; mais la vérité qui
nous les a dictés demande aufli des critiques.
L'Auteur , qui a écrit fouvent fur le mot
& fur l'événement du jour , traite quelquefois
des fujets trop indignes de fon talent
& alors il n'eft pas au - deffus de fes fujets. A
propos , par exemple , d'un rhume qui courut
tout Paris il y a quelques années , fous
le nom de la Coquette , il fuppoſe qu'un
Provincial, défolé par une Maîtreffe qu'on appeloit
auffi la Coquette , la quitte & vient fe
fauver à Paris ; & là deffus il établit des quipro
quo entre le Public & le Provincial , où
le Provincial croit toujours qu'on lui parle
de fa Maîtreffe , tandis que c'eft d'un rhume.
Certe plaifanterie vant pent être un Calembourg,
& pourroit être faite avec fuccès dans
un foupé; mais il ne falloit pas l'écrire même
dans la Feuille du jour. Nous craignons bien
auffi que trois ou quatre Contes en Vers ,
imités de Fabliaux Picards , n'aient pas plus
de fuccès. Le va tout , particulièrement , nous
a paru totalement dénué d'agrément & d'intérêt.
C'est une folie , dit l'Éditeur dans une
Note; oui , mais cette folie eft trifte & longue.
Si nos conjectures fur l'Auteur des Bigarrures
ne nous trompent point ; fi , comme
nous avons lieu de le croire , elles font de
l'Homme de Lettres qui débuta d'une manière
fi brillante dans la Littérature , par le
Poëme du Jugement de Paris , le même
Ecrivain a fait des choix bien plus heureux
dans ces Fabliaux , & les a imités
Fiij
126 MERCURE.
avec bien plus de talent & de gaieté.
Nous n'avons point parlé encore du morceau
le plus important & le plus confidérable
de ce Recueil ; ce font trois Lettres fur
la Tragédie & fur la Comédie , où l'Auteur
met en parallèle le degré de talent qu'exigent
les deux genres , la facilité & l'éclat de leur
fuccès , la gloire & les récompenfes qu'ils
peuvent procurer aux Poëtes . Elles parurent
il y a deux ans dans le Mercure , fans nom
d'Auteur , comme aujourd'hui , & eurent
affez de fuccès pour être attribuées tour àtour
à ceux de nos Ecrivains qui répandent
le plus d'efprit & de goût dans les Difcuffions
Littéraires . Il eft rare en effet de difcuter
d'un meilleur ton , de mettre plus de légereté
dans le ftyle & de folidité dans le raifonnement
; de faire mieux fervir les preuves
rêmes qui perfuadent la raifon , aux agrémens
qui flattent le goût. Nous avouerons
cependant que nous ne fommes point de
fon avis , lorfqu'il veut établir que le genre
comique préfente de plus grandes difficultés
, exige plus de maturité & de génie que
le genre tragique ; & c'est même pour combattre
fon opinion à cet égard avec quelque
étendue , que nous avons différé d'en parler
jufqu'à la fin de cet Article.
Que fi l'on demandoit à quoi fervent ces
difcuffions où l'on fe fatigue à differter fur des
Ouvrages qui doivent faire le charme de l'ima.
gination , on pourroit répondre que le goût
jouit encore lorfqu'il analyfe ce qu'il a fenti ;
DE FRANCE. 127
qu'un des plus dignes emplois de l'efprit eft de
mefurer le génie par l'étendue de fa carrière &
par les obftacles qu'il doit vaincre , & qu'enfin
, fi nous voulons multiplier les talens , il
faut apprendre à faire entre eux un juſte partage
de cette gloire dont la paffion les infpire .
La fuite au Mereure prochain.
( Cet Article eft de M. Garat. )
NECROLOGIE.
SI la Nature doit nous rendre par la naiffance
ce que la mort nous ravit , de combien
elle eft aujourd'hui redevable envers le
monde Savant & Littéraire ! Et fi notre fiècle
peut s'énorgueillir du progrès des lumières ,
combien , dans le moment préfent , avonsnous
à gémir fur les pertes inultipliées que
font les Lettres & la Philofophie ! La mort
frappe à coups redoublés fur les têtes les plus
précieuſes ; & notamment , dans l'eſpace de
huit jours , elle vient d'enlever dans Paris
trois Hommes célèbres , dont deux de l'Académie
Françoiſe & de celle des Sciences .
Celui dont nous avons à parler aujourd'hui
eft M. d'Alembert , Secrétaire Perpétuel de
l'Académie Françoiſe.
Nous ne nous fommes point propofé de
configner ici fon éloge ; nous ne voulons
qu'exprimer les regrets qu'il laiffe après lui.
Les plus vifs fans doute , & les plus mérités ,
ont été ceux de la Société dont il étoit le
FIV
128 MERCURE
Secrétaire. L'exactitude avec laquelle il en
rempliffoit les fonctions , lui étoit naturelle ;
& fes principes d'honnêteté y avoient donné
la plus grande extenſion . Exact à rendre tous
les foins qu'on lui donnoit , il payoit dans
le moindre détail cette forte de tribut.
Jufques là , ce refpect pour les convenances
n'eft qu'une qualité civile qui auroit
pu ne provenir que du defir de plaire ; mais
M. d'Alembert fut en faire une vertu , en y
joignant l'envie d'obliger . Tous ceux qui l'ont
connu , favent qu'il faififfoit avidement l'oc
cafion d'être utile ; qu'il ne perdoir plus de
vûe les intérêts dont il s'étoit une fois chargé ;
& qu'auffitôt qu'il avoit réuffi , il étoit jaloux
d'en aller porter lui - même la nouvelle.
Quant à l'éloge qu'il mérita comme Savant
& comme Littérateur , nous avons cru
ne pouvoir mieux faire que de rapporter ici
le jufte tribut que vient de lui payer un ami
qui honore comme Ini deux Académies ; c'eft
une partie du Difcours prononcé par le Secrétaire
de l'Académie des Sciences , dans la
Séance publique du 13 Novembre.
" Lecourt espace de notre féparation a été
» pour les Sciences une époque tristement
inémorable , & jamais de fi grandes pertes
» ne fe font fuccédées avec une rapidité fi
» funefte.
ود
"D
» La mort nous a ravi M. d'Alembert
lorfque fon génie , encore dans fa force ,
promettoit à l'Europe favante de nou-
» velles lumières . Géomètre fublime , c'eſt
29
DE FRANCE. 129
·
» à lui que notre fiècle doit l'honneur d'a-
» voir ajouté un nouveau calcul à ceux dont
» la découverte avoit illuftré le fiècle der-
» nier , & de nouvelles branches de la ſcience
» du mouvement aux théories qu'avoit créées
» le génie de Galilée , d'Huyghens & de
» Newton.
"
Philofophe fage & profond , il a laiffé
» dans le Difcours Préliminaire de l'Ency--
clopédie , un monument pour lequel il
» n'avoit point eu de modèle.
»
»
و د
Écrivain tantôt noble , énergique & rapide
, tantôt ingénieux & piquant , fuivant
» les fujets qu'il a traités , mais toujours
précis , clair , plein d'idees , fes Ouvrages
inftruifent la jeuneffe , & occupent d'une
manière utile les loifirs de l'homme
» éclairé.
?
"
"
"
La franchiſe , l'amour de la vérité , le
» zèle pour le progrès des Sciences & pour
» la defenfe des droits des hommes , for-
» moient le fonds de fon caractère .
و د
"3
❤
Une probité fcrupuleufe, une bienfaifance
éclairée , un defintéreffement noble & fans
fafte , furent les principales vertus,
» Les jeunes gens qui annonçoient des
» talens pour les Sciences & pour les Lettres ,
» trouvoient en lui un appui , un guide , un
» modèle.
"
Ami tendre & courageux , les pleurs de
l'amitié ont coulé ſur ſa tombe au milieu
des regrets des Académies de la France &
» de l'Europe. Il eut des ennemis pour que
و د
Fv
130 MERCURE
ود
35
و د
rien ne manquât à fa gloire ; & l'on doit
» compter parmi les honneurs qu'il a reçus ,
l'acharnement avec lequel il a été pourfuivi
pendant fa vie & après la mort , par
» ces hommes dont la haine ſe plaît à choiſir
» pour les victimes , le génie.& la vertu. »
Honoré par lui dès ma jeuneffe d'une
» tendreffe vraiment paternelle , perfonne ,
» dans la perte commune , n'a plus à regretter
que moi . Son génie vivra , éternel-
» lement dans fes Ouvrages ; il continuera
long- temps d'inftruire les hommes ; il refte
» tout entier pour l'Univers ; l'amitié feule
» a tout perdu .
"
ر د
Les offres
brillantes de l'Impératrice de Ruffie ajouterent
à fa gloire , & prouvèrent fon définté
reffement ; & s'il effuya quelques contradictions
( c'eft le fort des mortels les plus
heureux par combien de fuccès n'a t'il pas
été dédommagé ! par combien de diftinctions
n'a t'il pas été confolé ! Son nom a été placé
parmi les plus célèbres de ce fiècle ; l'un des
plus grands Hommes qui ayent paru fur le
Trône , a cherché fon commerce , non pas en
Roi, mais en Philofophe ; l'un des plus grands
Hommes qui ayent brillé dans l'Empire Lit
téraire , a vécu avec lui dans une intimité
qui n'a jamais été troublee ni interrompue ;
enfin on pourroit terminer fon éloge avec
deux mots : il fut l'ami du grand Frédéric &
de Voltaire.
DE FRANCE. 13
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
LAfeule nouveauté que le Concert du 8 de
ce mois ait offerte , eft M. Guérillot , qui a
joué un nouveau Concerto de Violon de
M. Jarnowick. Sa qualité de fon , gracieuſe
& pure , la manière ferme , fage & préciſe ,
& une grande jufteffe d'intonation , lui ont
mérité les applaudiffemens les plus encourageans
. Mile Candeille a fait aufli beaucoup
de plaifir fur le forté piano . Le Public a paru
s'appercevoir de fes progrès , & l'inviter à
en faire de nouveaux. La fymphonie de M.
Hayden a continué d'exciter l'enthoufiafme.
Nous ne parlons pas des fragmens du Carmen
Saculare de M. Philidor . Le choix qu'en a
fait le Directeur du Concert eft une preuve
du fuccès de cet Ouvrage.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON continue toujours avec un grand fuccès
les repréfentations de Didon ; mais l'enthonfiafme
a paru diminuer un peu depuis la première
repréſentation ; & les critiques, bonnes
ou mauvaiſes,commencent à fe faire entendre
F vj
132
MERCURE
à travers les éloges juftes ou exagérés , fuivant
la difference des opinions & des goûts.
Nous avons promis , comme font tous
les Journalistes , que nous rendrions fidèlement
compte du jugement du Public ;
d'ordinaire on a peu de confiance dans
ces promeffes , & , à la vérité , eft plus
difficile qu'on ne croit de tenir parole. Comment
en effet recueillir les voix de ce Public
qui a , comme la rénommée , cent voix qui
ne font jamais d'accord ? Auffi eft il fort commun
de prendre l'avis des gens de fon parti
pour l'avis du grand nombre , & de n'exprimer
, au lieu du jugement public , que le
réfultat de fes fenfations & de les préventions.
C'eft un écueil que nous tâcherons
d'éviter ; nous promettons d'être de bonnefoi
avec nous mêmes ; c'eft tout ce qu'on doit
exiger, & ce qu'il eft fort rare de rencontrer
dans les difcuffions de critique & de goût, mais
fi nous avons fur la mufique dramatique quel
ques principes , que nous croyons incontef
tables quoiqu'ils foyent encore conteſtés
il nous eft impoffible de les abandonner ; &
nous y tiendrons avec d'autant plus de confiance
dans nos obfervations fur la mufique
de Didon , que M. Piccini s'en eft évidemment
rapproché lui même dans la compofition
de cet Ouvrage.
Nous avons dit , & nous aimons à répéter ,
que cet Ouvrage eft plein des plus grandes
beautés, & que l'Auteur y a élevé fon ftyle
f
DE FRANCE. 133
au ton de la véritable Tragédie. Nous allons
revenir en détail fur les morceaux qui nous
ont frappés davantage à une feconde repréſentation
, mais en louant avec plaifir &
fans réferve ce qui nous a paru vraiment
beau , nous releverons avec franchife , mais
avec ménagenient , ce qui nous a paru foible &
défectueux . Nous motiverons nos critiques ,
& nous les foumettons aux gens de goût ,
aux perfonnes inftruites , & à M. Piccini
lui même , dont nous cftimons le bon efprit
autant que nous admirons fon beau talent
; mais nous renonçons à l'espérance
d'être jugés avec impartialité par ceux de
les enthoufiaftes , qui croyent le fervir en
admirant tout dans les Ouvrages , & le flatter
en prêchant des opinions que nous lui avons
entendu défavouer à lui même de la manière
la plus pofitive.
Suivons à préfent le Compofiteur dans fa
marche. L'ouverture eft peut - être le morceau
le plus foible de fon Ouvrage . C'est une
efpèce de fymphonie concertante , où il y a
un mouvement d'andante très agréable ; mais
elle n'a ni la nobleffe , ni le caractère , ni
même l'effet d'Orchestre qui convient à une
Tragédie. En général , les Italiens négligent
beaucoup les ouvertures , qu'ils n'appellent
que du nom de fymphonies ; les fanatiques
de la mufique Italienne , qui en admirent
tout , parce qu'ils ne fentent les convenances
de rien , ont pris le parti de regarder
cette partie du Drame Lyrique comme une
134
MERCURE
chofe indifférenté , peu digne d'occuper férieufement
un grand Compofiteur . Nous
convenons que dans les Opéras Italiens , où
toutes les convenances font violées & tous
les effets dramatiques inconnus , on ne
doit chercher dans une ouverture que le mé
rite propre à une fymphonie. Pour nous , qui
regardons l'ouverture comme faifant partie
d'un grand tout , nous voulons qu'elle participe
au caractère du fujet qu'elle annonce ;
qu'elle difpofe l'âme à recevoir les impreffions
que le Poëme doit produire , & qu'elle
fe lie , par fon caractère & fon mouvement ,
à l'action qui va fuivre . Mais quelqu'idée
qu'on attache à l'effet d'une ouverture d'Opéra
, il feroit plaifant qu'un Compofiteur
qui fe donne la peine d'en faire une , fe crût
difpenfé de la faire bonne. On peut mettre
dans une fymphonie , de l'efprit , de l'inten
tion , du génie même fi l'on en a ; & jamais
un Artifte médiocre ne fera une ouverture
qui approche de celle d'Iphigénie en Aulide ,
dans le Tragique , & de celle de la Frafcatana
, dans le Comique. L'effet de l'ouverture
de Didon a été fi général , que nous ne dou
tons pas que M. Piccini n'y en fubftitue une
autre plus digne de lui & de fon fujet ; il a
prouvé que cela lui feroit très - facile.
Acte ler. Nous ne dirons rien du récitatif
dans ce premier article , nous en parlerons
en détail dans la fuite de notre analyfe.
Le fonge de Didon , dans la première
DE FRANCE.. 339
Scène , eft bien conçu , & rendu avec des
accens vrais ; mais il auroit pu avoir plus
d'effer.
L'air qui fuit: aines frayeurs , &c. eft
d'un chant naturel , fenfible & très - agréable ;
mais peut être que la fituation & les paroles
auroient pu comporter un mouvement plus
animé , & qu'il auroit pu y avoir moins de
vague & de molleffe dans l'expreffion .
La cavatine qui fuit : nous allons la revoir
cette grotte charmante , eft d'un caractère
tendre , voluptueux & vrai.
Cette cavatine n'eft féparée de l'air précédent
que par un bruit de chaffe qui a fervi de
prélude à la première Scène , & dont l'effet
eft bien médiocre. Nous ne croyons pas que,
dans aucun de fes Opéras , M. Piccini ait
encore hafardé de faire fuccéder ainfi , prefque
immédiatement , un air fimple à un grand
air ; ce qui demande d'être traité avec goût ,
& d'être commandé par la marche de la
Scène .
Les airs de danfe du Divertiffement font
d'une tournure facile , mais fans caractère
marqué ; nous n'y avons trouvé de trèsagréable
qu'un mouvement de gavotte danfé
par Mlle de Ligny.
Nous ne dirons rien du Chour : Le
Cor nous appelle à la chaffe ; & nous pafferons
à l'air d'Enée : Régnez en paix fur
ce rivage. C'eft un air dans la forme pure336
MERCURE
ment Italienne , dont les motifs & les traits
ne font pas affez neufs , & chargé de ces
répétitions gratuites , qui ne fervent qu'à
ariondir la période , fans intention & fans
vérité.
Dans la Scène de Didon & d'Iarbe , l'ait
de Didon : Ni l'Amante , ni la Reine , nous
a paru d'un beau caractère , d'une expreffion
vraie & d'un effet brillant. Les quatre
couplets qui précèdent cet air , femblent
avoir été destinés par le Poëte pour être mis
en chant ; le Compofiteur les a mis en recitatif.
Peut - être qu'en effet an chant fimple
, mais méfuré , eût préparé & conduit à
l'air par un effet plus agréable.
La Scène & le Duo d' Enée & d'arbe n'ont
pas paru traités avec le caractère qui corvient
à une Tragédie. On a cru voir quelque
rapport entre cette Scène & celle d'Agamem
non & d'Achille , dans Iphigénie en Aulide.
Nous ne ferons aucune comparaiſon entre
ces deux Scènes, parce que ces fortes de comparaifons
ont trop d'inconvéniens; mais nous
remarquerons que , dans la nouveauté d'Iphigenie
en Aulide un Détracteur de M. Gluck
imprima que le Duo d'Agamemnon & d'Achille
étoit mal conçu , parce que deux Héros
ne peuvent pas fe braver en Mufique, & parce
qu'il n'eft pas convenable à leur dignité de
parler tous deux enfemble. M. Marmontel &
M. Piccini viennent de répondre à cette Cri ·
tique , qui , à la vérité , n'en avoit pas befoin.
L'air d'larbe : O Jupiter , qui termine le
DE FRANCE. 137
premier Acte , ne fait aucun effet , & n'en
pouvoit pas faire. Il n'a point le caractère
qu'exigeoient les paroles , & n'a rien dans
le chant d'affez piquant pour réparer ce défaur.
Il eft précédé par neuf Vers de Récitatif
qui refroidiffent la Scène : peut être
que s'il eût fuccédé immédiatement au Duo,
ou feulement après quelques mots de Récitatif
, l'effet en eût été plus avantageux .
C'est avec regret que nous fufpendons
ici-norre Analyfe ; nous avons rempli la
partie la plus défagréable de la tâche que
nous nous fommes impofée , parce que
nous avons eu plus à critiquer qu'à louer :
nous nous en dédommagerons dans l'Article
fuivant , où nous aurons beaucoup plus de
plaifir à louer les nombreuſes & touchantes
beautés qui abondent dans les deux derniers
Actes , qu'à obferver quelques taches qui
les déparent.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Samedi 6 Décembre , on a donné la
première repréfentation du Lord fuppojé ,
Comédie en deux Actes & en profe mêlée
d'ariettes , par M. Piccinni fils , muſique de
M. Piccinni père.
Léandre eft l'amant aimé de la fille d'Anfeline
. Cet Anfelme eft un avare , qui ne peut
fe réfoudre à marier fa fille , parce qu'il eft
effrayé de la néceflité de lui donner une dot.
Un Valet de Léandre fe propofe d'introduire
138 MERCURE
fon Maître chez Anfelme. Dans le village où
le vieillard s'eft retiré , demeure un Anglois ,
dont la manie eft de vivre folitaire , de ne
recevoir d'autre vifite que celle de fon Médecin
, & qui paffe encore pour avoir les
femmes dans une telle horreur , qu'il ne peut
en appercevoir fans éprouver des mouvemens
convulsifs. Le Valet de Léandre prend
le coftume d'un Lord , fait traveftir fon Maître
en Médecin , & fe préfente à Anfelme ,
auquel l'Anglois a déjà rendu quelques fervices.
Il fait l'éloge de la maifon , en vante
le site , en exagère les agrémens , & déclare
qu'il y occuperoit volontiers un appartement
, qu'il le loueroit deux cent louis par
'mois , s'il ne craignoit de gêner Anfelme , &
fur tout fi on lui promettoit de n'y introduire
aucune femme. Les propofitions du
fiux Lord éveillent la cupidité de l'imbécille
Harpagon ; il promet tout ce qu'on exige. Il
fait traveftit en homme fa fille & fa Suivante
, & les préfente comme les neveux .
L'adroit Valet en paroît d'abord enchanté ,
puis il tombe dans un fauteuil , en fe plaignant
qu'on l'a trompé. Anfelme avoue fa
faute. Le faux Lord trouve un moyen de
rout féparer ; c'eft celui de bannir les femmes
de la maifon , en mariant la fille d'Anfelme,
& il propofe fon Médecin pour époux ,
en fe chargeant de doter la jeune perfonne .
Néanmoins , afin de ménager la délicateffe
de tout le monde , il confent à laiffer à Anfelme
l'apparence de la générosité , & à ne
DF FRANCE 139
point paroître dans le contrat de mariage
comme donateur. On appelle un Notaire ,
on figne , le Notaire emporte la minute en
bonne forme. Le Valet fe fait connoître ,
découvre l'intrigue ; le père crie à la trahifon
; mais la crainte du ridicule l'emporte
fur fon avarice , il confent à tout réalifer , &
Léandre époufe fa Maîtreſſe.
>.
Nous n'apporterons aucune févérité dans
l'examen de cet Ouvrage. L'Auteur eft Italien
, & il y a loin de la connoiffance du
Théâtre de fa Nation à la connoiffance du
Theatre François. Les Opéra- Bouffons Italiens
font encore moins raisonnables que
les nôtres ; & pourvu qu'à diverfes fituations
plus bouffonnes que comiques , l'Auteur
joigne l'adreffe de fournir au Muficien
les moyens de faire briller fon talent , il a
rempli fon but. Tel eft , à peu près , le
fyftême que M. Piccinni le fils paroît avoir
adopté; & fi , dans les Ouvrages qu'il pourra
donner par la fuite , on doir être fondé
à lui en faire des reproches , au moins ne
peut- on l'en blâmer aujourd'hui. On tient
toujours aux principes dans lefquels on a
été inftruit : quand on les abandonne , c'eft
parce qu'on fe croit forcé d'en faire le facrifice
; & qui peut obliger à ce facrifice ?
la réflexion , l'étude & le goût.
Quant à la Mufique , le nom de fon
illuftre Auteur fuffiroit pour en faire l'éloge.
Nous croyons néanmoins devoir entrer
dans quelques détails. Rien de plus vrai ,
140 MERCURE
de plus varié, de plus expreffif que le langage
de chacun des Perfonnages de cette Comédie.
Les différens morceaux chantés par
l'Avare , par la Fille , par la Soubrette , par
l'Amant & par le Valet , ont tous un caractère
relatif à la fituation & à la phyfio-.
nomie des Perfonnages . Ce caractère le fait
principalement remarquer dans les nuances
de charge qui accompagnent le traveftiffement
de Léandre en Médecin , & celui du
Valet en Lord , & qui ne font pas moins
oppofées entr'elles que comiques & neuves.
Le talent du Muficien fe fait furtout
diftinguer dans les morceaux d'enfemble.
La vérité , la fimplicité , le naturel du
dialogue & la pureté de l'expreffion , tout fe
réunit pour produire l'effet le plus enchanteur.
Le charme des accompagnemens ajoute
encore à la mélodie du chant principal. On y
reconnoît un Maître , un Homme de génie ,
un Compofiteur qui poffède toutes les parties
de fon Art , un Artite enfin qui , habile
à diftribuer , fuivant l'occafion , les reffources
de fon talent , ajoute tour à tour à
l'effet par la caufe , ou à la caufe par l'effet.
L'air de bravoure , chanté par Mlle. Buret au
commencement du fecond acte , nous a paru
digne de tous les applaudiffemens qu'il a
reçus. Tous ceux que nous avons entendus
jufqu'ici dans nos Opéra Bouffons François ,
ne nous ont rappellé que des traits difficiles
de fymphonies , cu même de fonares , exécutés
par des gofiers flexibles & très exercés . CeluiDE
FRANCE. 141
ci , au travers des libertés que permet cette
efpèce de compofition , prefente par tout de
la facilité, de la mélodie, de la grâce & de l'expreflion.
Amfi , tandis que Melpomêne couronne
de lauriers la Mufe de M. Piccinni
dans le Perfonnage de Didon , cet homme
célèbre fait embellir Thalie , en lui prêtant
le preftige de fes accens . Ce double talent eſt
auffi rare qu'il eft peu & qu'il devroit être
eftimé. Pauci quos aquus amevit Jupiter ?
L'abondance des matières nous oblige de
remettre à un autre Mercure le compte
de Gabrielle d'Eftrées , remife en quatre
Actes ; & de la première repréfentation
d'Héraclite , Comédie en un Acte & en
Vers , donnée avec fuccès le du même
mois.
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142
MERCURE
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S. A. R Mgr. Comte d'Artois , Membre du Collège
Royal de Chirurgie , & Accoucheur , ancien-
Chirurgien Aide-Major des Camps & Armées du
Roi en Allemagne , &c . A Paris , chez l'Auteur ,
rue de Grenelle - Saint- Honoré , vis- à- vis l'Hôtel des
Fermes du Roi , & Lottin le jeune, Lib.rue S. Jacques.
DE FRANCE. 143
Les confeils de la Médecine & les réclamations
de la Philofophie ont enfin convaincu la plupart des
mères de la néceffité de nourrir leurs enfans. On leur
a prouvé que leur devoir & leur intérêt fe réuniffoient
pour les foumettre à ce van de la Nature. M.
Gaultier , éclairé par fon expérience , a cru devoir
donner des confeils utiles aux mères qui rempliffent
ce refpectable devoir. Quelque fimple que foit cette
intéreffante fonction , il eft des accidens que l'inexpérience
naturelle aux jeunes mères fur tout, ne prévoit
pas, qu'il faut prévenir , ou auxquels il faut
remédier Tel eft le but de l'Auteur de cet Ouvrage ,
qui par fon objet mérite d'être accueilli par tous
ceux qu'anime l'amour de l'humanité .
ZE Dovz Variations fur l'air de Marlboroug
pour un Violon , avec Accompagnement , par M.
Bonnay , de l'Académie Royale de Mufique . Frix ,
2 liv. 8 fols. A Paris , chez M. Michaud , rue des
mauvais Garçons , près celle de Buffy, chez l'Herborifte.
SIXIEME & feptième Concertos pour le Violon à
grand Orchefte , par M. Chartrain , exécutés par
l'Auteur au Concert Spirituel . Prix , livres 4 fols
chaque. A Paris , chez M. Michaud , méine
Adrefle .
On fait que M. Chartrain réunit au mérite d'une
exécution brillante celui d'une compofition remplie
de grâces , & nous ne doutons pas que ces Concertos
ne faffent un très grand plaifir même à ceux
qui ne les auront pas entendus par l'Auteur.
RECUEIL des Airs de Blaife & Babet , avec
un Duo du même Opéra , & un air du Corfaire ,
avec accompagnement de Harpe , par M Burckhoffer
, OEuvre XXI. Prix , livres 4 fols. A Paris ,
144
MERCURE
chez l'Auteur , rue Royale , Porte Saint Honoré ;
chez M. Lucotte , Coufineau , Luthier - Breveté
de la Reine , rue des Poulies , & Salomon , Luthier ,
Place de l'École.
NUMERO 13. Ouverture des deux Jumeaux
de Bergame, arrangée pour le Clavecin ou la
Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître de Clavecin
, dédiée à la Reine. Il paroîtra deux de ces
Cahiers par mois , un pour le Clavecin , & un autre
d'Ariettes , avec Accompagnement de Clavecin ou
de Violon , formant pour l'année vingt- quatre
Cahiers ; les douze premiers arrangés par M. Laf
ceux, & les autres par M. Dreux. L'abonnement
pour Paris eft de 36 livres , & pour la Province
48 livres franc de port ; chaque Cahier féparément
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur , au Collège de
Navarre , Montagne Sainte Geneviève , & chez
Mlle Girard , Marchande de Mufique , rue de la
Monnoye , à la Nouveauté. "
Voyez, pour les Annonces des Livres de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
VERS adreffés à M. Phili- Nécrologie ,
dor ,
127
131
Charade, Enigme & Logogry Académie Roy. de ufiq. ib.
phe ,
Bigarrures Littéraires,
97 Concert Spirituel,
98 Comédie Italienne ,
100 ,Annonces & Notices ,
137
141
♪
AP PROBATIO N.
ΚΑΙAI lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Décembre . Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. Á
Paris , le 19 Décembre 1783. GUIDI.
Jer . 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 DECEMBRE 1783 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à M. CHARLES , mon Compatriote,
après la fublime expérience de fon Globe
Aeroftatique , faite au Jardin des Tuileries.
A TOI , frère des Montgolfier ,
ΤΟΙ ,
Par les talens & le génie ,
Je te falue , & le premier
Des grauds Hommes de ma Patrie ! *
Je n'avois pas encor vingt ans
Qu'à ce titre ' ofois prétendre ;
Sur mon luth je faifois entendre .
Des fons qu'on trouva difcordans
Dès lors transfuge de la gloire ,
Dans mon dépit je fis ferment
De ne jamais être l'amant
* Baugenci , ville de l'Orléanois. ·
N°. 12, 27 Décembre 1783 . G
146 MERCURE
Des doctes Filles de Mémoire ;
Mais j'ai vu ton fuccès flatteur ;
Et lorfque Paris te couronne.
Ma Mufe eft fière de l'honneur
D'ajouter du moins une fleur
Aux nouveaux lauriers qu'il te denne.
CHARLES , de l'immortalité
Tu viens de franchir la barrière ;
Et déjà la célébrité
Te fuit dans ta noble carrière.
Chartres , protecteur des Beaux- Arts ,
Encourage ton induſtrie ;
Lui , qui d'un feul de ſes regards
Au talent donneroit la vie.
Va , pourſuis ton vol glorieux ,
Sois sûr que nos derniers neveux
A ton génie , à ton courage
Rendront un jour le même hommage
Que jadis on rendoit aux Dieux.
QUEL honneur pour toi , ma Patric
Ville ignorée , ô Baugenci !
Charles t'a tiré de l'oubli ;
Ton nom dans la Géographie
Ne paroîtra plus qu'agrandi .
VERS Cette fertile contrée ,
Charles , fi tu veux voyager
Au ſein de la plaine azurée ,
MULJOTHINGA
REGLA
MONACENSIS.
DE FRANCE. 147
Je fuis prêt à t'accompagner ;
Mais prends bien garde que la terre
Tout-à-coup s'échappe à nos yeux ;
Je ne veux point aller aux cieux ;
Si je ne voyois plus Glycère ,
Ma foi le féjour du tonnerre
Me fembleroit bien
ennuyeux.
( Par M. Lablée , Avocat en Parlement . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Héroïdes ; celui
de l'Enigme eft Tric- Trac ; celui du Logogryphe
et Limaçon , où l'on trouve a, i ,
o , limon , ami , Milon ( le Crotoniate ) ,
lion , Milan , mi , la , Mácon , Milan ,
Lima , mail , mal , Cain , Nil , lac , in ,
imò , Mai , Loi , main.
CHARADE.
Mon premier appartient à la Géométrie , ON
Mon fecond & mon tout à la Géographie.
( Par un Habitant de Martincourt , fou
Pierrefort en Lorraine. )
Gij
148
MERCURE
ENIG ME.
JE fuis eau fans être liquide ;
Je fuis une pouffière humide
Qui fe forme chez Jupiter.
< Ma froideur échauffe la terre ;
Et quand je defcends de l'Ether
Elle ne craint pas le tonnerre.
LOGO GRYPH E.
UN coup de javelot me fit fortir de terre ,
Et je fuis de la paix le fymbole ordinaire .
J'ai fept pieds bien comptés , où l'on trouve mon fruit ;
Un crime ; une Tribu ; l'ornement de l'efprit ;
Une Impératrice Romaine ;
Ce qu'on ne quitte pas fans peine ;
Un don de la Nature avec deux inftrumens ;
Mais c'eft en dire affez , Lecteur , & tu m'entends.
(Par M. H...... )
DE FRANCE. 149
NOUVELLES LITTERAIRES.
>
SUITE DES BIGARRURES LITTRRAIRES.
A Paris , chez J. F. Baftien , Libraire
rue S. Hyacinthe , la première portecochère
à droite en entrant par la Place
S. Michel.
L'AUTE 'AUTEUR cherche à établir d'abord fon opinion
par les faits.
33
« Un Écolier en fortant du Collège peut faire une
Tragédie ; il eft inoui qu'on ait fait une bonne
» Comédie pour fon coup d'effai . La première Tragédie
de Voltaire eft dipe , la première Comédie
imprimée de Molière eft l'Étourdi . »
و د
Il ne faut pas dire , ce me femble , comme une
vérité générale , qu'un Écolier au fortir du College ,
peut faire une bonne Tragédie , parce qu'il y en a eu
un à qui cela eft arrivé ; car cet Écolier étoit Voltaire.
C'eft trop conclure auffi de dire qu'il eft impoffible
de faire à cet âge une bonne Comédie , parce
que perfonne n'a eu encore cette gloire. Une chofe
fans exemple n'eft pas toujours impoffible , & un
feul exemple ne preuve pas qu'une chofe foit naturelle.
L'exemple unique de Voltaire , qui a fait
Edipe à vingt - deux ans , ne peut pas fervir de
preuve à une propofition générale. Nos deux premiers
Tragiques , Corneille & Racine , prouveroient
mieux le contraire. Corneille mit bien
plus de temps à s'élever de Clitandre à Cinna
que Molière de l'Etourdi au Misantrope . Avant
de faire Andromaque , Racine avoit fait Théagène
& Chariclée , qu'il jeta au feu , les Frères
>
G iij
150 MERCURE
Ennemis , qu'on ne lit plus du tout , & Alexandre ,
où on le voit bien plus occupé à imiter le génie de
Corneille qu'à interroger & à fuivre le fien . L'exemple
même de Voltaire n'eft pas auffi fort qu'il le paroît
au premier coup - d'oeil. Edipe eft l'ouvrage de
cette organiſation exquife qui eut le fentiment dù
bon goût & de l'élégance à 15 ans , & qui l'a confervé
jufqu'à 80 ans paffés ; de ce talent fouple &
heureux , qui devoit prendre un jour tous les tons
& tous les ftyles , & qui a vingt ans avoit découvert
déjà tous les fecrets du ftyle de Racine ; de cet efprit
étendu qui devoit chercher des modèles par-tout
où il y a eu des génies créateurs , & qui dès lors étoit
en état d'emprunter à Sophocle ces belles Scènes qui
font de tous les fiècles , parce qu'elles font de la
Nature ; mais dipe n'eft pas la Pièce où il faillé
chercher les créations du génie Tragique de Voltaire.
Après dipe , il cherche non plus le genre
des Anciens & de Racine , mais le fien ; & il eft
long- temps à le trouver. Ce premier fuccès , qui fut
fi brillant , eft fuivi de deux ou trois chûtes , &
on fe hâtoit déjà de prononcer qu'il démentoit les
éfpérances qu'il avoit données. Ce n'est guère qu'à
40 ans que Voltaire a montré lé génie Tragique qui
lui eft propre , qui le diftingue parmi les grands
Maîtres, & à beaucoup d'égards l'élève au- deffus d'eux .
L'Auteur s'appuie d'un autre fait : il y a, dit-il,
bien plus de grands Poëtes Tragiques que de grands
Poëtes Comiques. Après Corneille , Racine s'élève
au même rang , & Voltaire les atteint ou les furpaffe
tous les deux. Après Molière , Regnard , qui
l'approche de plus près, refte cependant à une grande
diftance.
Tout cela eft vrai , mais j'en concluds , feulement
que de plus grands efprits ont été attirés vers la
gloire & le genre de Corneille . Oublions un moment
que Racine ait fait des Tragédies , & Reguard des
DE FRANCE. IsI
Comédies ; oublions les deux genres , & comparons
les deux hommes . On verra que Reguard étoit un
homme extrêmement inférieur à Racine , au point
même qu'on feroit tenté de croire que Regnard
n'auroit pas pu faire une Scène fupportable de Tragédie
, & que Racine , dans la Comédie même ,
eût été fupérieur à Regnard . Deftouche , Dufténi ,
Regnard avoient tous les trois infiniment d'efprit &
des talens rares ; mais aucun d'eux n'a montré ces
vûes vaftes & profondes que doit avoir l'obſervateur
de la Nature humaine & le peintre des home
mes ; aucun d'eux n'a poffédé cet efprit inventeur
fans lequel on refte toujours fort au- deffous de
Thomme qui s'eft crée un genre. Il y a cu
peut-être un homme qui eût pu égaler l'Auteur du
Tartuffe & du Milantrope ; mais c'elt hors du Théâtre
qu'il faut le chercher. J'ai lû fouvent la Bruyère
avec une extrême furprife ; & en remarquant que ,
comme Molière , il voit fouvent à une grande profondeur
, & peint toujours de verve ; qu'il a autant
de force de fens , autant de naturel , & joint aux
grands traits des détails plus fins , un goût plus sûr
& plus conftamment délicat ; que, toujours agité
de fes penfées , il met les plus philofophiques en
mouvement & en attitude , qu'il eft toujours en
Scène au milieu de la Société , qu'il y interroge &
qu'il y répond ; & qu'enfin , en parcourant des ma
ximes ifolées , des fragmens fans fuite , on croit en
tendre le tumulte du monde , & fe trouver au milieu
d'une multitude d'hommes , dont on reconnoît les
figures , les manières , les voix & le langages j'ai
penfé que fi cet Écrivain eût eu l'habitude de mettre
tout fon talent de ftyle en vers , & celle de difpofer
dans les Scènes d'une action , tous les dons qui diftinguoient
éminemment fon efprit , la Bruyère feroit
allé prendre fur le Théâtre de Thalie , à côté de
Molière , la place qu'a obtenue Racine à côté de
Giv
152
MERCURE
*
Re
Corneille fur le Théâtre de Melpomène.
gnard, Deftouche & Daffréni ne font pas feulement
des Poëtes Comiques du fecond ordre , mais des
hommes qui , dans aucun genre , n'auroient été du
premier. Leur exemple ne prouve donc pas que ' la
Comédie foit plus difficile , & demande un génie
plus rare , mais feulement que ce n'étoient pas des
hommes de génie. Regnard a fait des fatyres , elles
font gaies, pleines d'efprit , très- bien écrites ; mais il
y eft refté autant au -deffous de Boileau que de Molière
dans le genre comique.
Les raifonnemens de l'Auteur des Lettres fur la
nature des deux genres , foutiennent- ils mieux fon
opinion que les faits qu'il a cités ?
Le Poete Tragique , dit-il , prend fes perfonnages
dans l'hiftoire ou dans fon imagination. Dans le
premier cas , l'hiftoire lui fournit l'action , les caractères
, & l'Hiftorien une partie des beautés de fa
Pièce. Dans le fecond cas , il trace des portraits d'invention
, & perfonne n'eft juge de la reffemblance.
Qui a vû des Héros & des Conquérans , & qui fait
comme ils parlent ? Il eft des Nations , il eft vrai ,
où l'on peut en rencontrer lorfqu'on ypenfe le moins
au parterre de l'Opéra ou dans un fouper ; mais- là, le
Héros fe cache pour ne laiffer voir que l'homme
aimable , & le Héros fait bien,
сс
}
Le Poëte Comique , au contraire , doit peindre des
moeurs & des caractères qui nous font connus &
familiers. «Que chacun de fes Juges a vûs & même
obfervés , peut-être à dîner , qu'il retrouvera peut-
» être encore à fouper ; qui font au parterre & dans
les loges , tandis qu'on les repréfente fur le Théâ-
55
* En lifant la Bruyère , dit M. de Vauvenargue ,
on prend l'idée d'un comique plus varié , plus noble
& plus délicat que celui de Molière .
DE FRANCE. ་་་
» tre; on a fous les yeux à la fois l'original & la
» copie , & chacun peut juger de la moindre diffemblance
; en un mot , ajoute l'Auteur , on peut
» faire des Tragédies d'après les Livres , on ne peut
» faire des Comédies que d'après les hommes ; » &
il est bien plus facile de lire que d'obferver.
Ces réflexions ont un certain degré de vérité ,
mais ne me paroiffent pourtant pas affez vraies pour
être concluantès. La rencontre d'un fujet heureux
dans l'hiftoire feroit bien peu de chofe pour celui qui
n'auroit pas affez d'efprit pour en inventer ; c'est
bien moins le choix du fujet que fa difpofition dans
l'action du Draine , qui eft l'oeuvre du génie. Après
qu'on a emprunté un événement à l'hiftoire & quelques
beaux traits , quelques penfées ou quelques
fentimens fublimes aux Hiftoriens , prefque tout eft
à créer encore. L'Hiftoire & la Tragédie ont dans
les mêmes fujets des objets trop différens pour que
' Hiftorien puiffe prêter de grands fecours au Poëte
Dramatique. L'Hiftoire , qui veut fur - tout faire.
connoître les événemens & leur fuite , ne s'arrête
fur les paffions que pour indiquer les caufes des faits.
qu'elle raconte ; la Tragédie , dont l'objet eft principalement
de développer & de peindre les paffions ,
ne fe fert des événemens que pour amener les fituations
où les paffions déployent leur énergie & leurs
malheurs, Ce qui eft le principal pour l'une
n'eft jamais que l'acceffoire de l'autre ; & le
Poëte Tragique a été fouvent obligé de tirer cinq
Actes d'une page d'Hiftoire , ou même d'une phrafe.
Un des événemens de l'antiquité , raconté avec
le plus de détails & le plus de talent , c'eft le combat
des Horaces & des Curiaces . Mais après avoir lû le
beau récit de Tite - Live & la Tragédie de Corneille ,
on voit que la Pièce de Corneille eft toute de fon
invention. N'y a-t'il pas même , à beaucoup d'égards ,
plus de difficultés que d'avantages à prendre fes
Gv
154
MERCURE
fujets dans des Hiftoriens dont il eft fi difficile de
prendre le génie , & auxquels cependant l'emprunt
que vous leur faites vous condamne à être comparé
fans ceffe ; qui vous obligent à être pendant
cinq Actes auffi fublime qu'ils ont pu l'être
dans une page ou dans un mot ? Et de nos jours
le comble du talent n'eft - il pas peut - être de
trouver par l'imagination , des actions , des fentimens
& des difcours qui répondent à la hauteur
de ces caractères de l'antiquité , agrandis encore par
le génie des Tite-Livre , des Plutarque & des Tacite
, & par cet éloignement même qui , les plaçant
à l'extrêmité des temps connus , les élève à nos
regards comme ces objets qui , n'étant que reculés
aux bornes de l'horifon , femblent toucher aux
cieux ? En prenant dans les Annales le fujet de Britannicus
, Racine s'obligeoit à joindre l'art de Tacite
à l'art de Virgile , & il faut avoir lû Britannicus
pour croire que cet effort de talent n'étoit pas impoffible.
Le Poëte Tragique , il eft vrai , fait parler des
Héros & des Conquérans , & peu de gens en ont
entendu parler ; il invente fouvent les fujets & les
caractères , & alors fa liberté paroît fans bornes
comme fon imagination ; il ne faut pas croire cependant
que dans aucun cas il lui foit permis de
peindre de fantaifie , & que nous foyons fans modèle
pour juger fes tableaux & fes difcours. It eft
plus que probable que jamais les Héros & les Conquérans
n'ont parlé dans leur vie comme dans nos
Pièces de Théâtre. Jamais Mahomet n'a dit à perfonne
rien qui reffemble aux idées & aux grandes
vûes de ces beaux vers :
Chaque Peuple à fon tour a régné fur la terre , &c.
Mais fi on fait peu comment ils parlent , on fait par
l'Hiftoire comment ils agiffent , & ce font leurs ac-
1
DE FRANCE.
Iss
tions que le Poëte Tragique vent peindre par les
fentimens & par les difcours qu'il leur prête . Les
Conquérans & les Héros font de grandes chofes
pouflés par des paffions & par des vûes qu'ils ne connoiffent
pas très-bien eux- mêmes , dont ils feroient
prefque toujours hors d'état de rendre compte. Le
Poete Tragique cherche dans le coeur humain les
fentimens qui répondent à leurs actions , & i les exprime
dans un ftyle dont l'éclat & la nobleffe eft
encore une forte d'imitation des exploits des Héros
& des Conquérans. Cette peintute , il eft vrai , où
des actions réelles font repréfentées par des difcours
qui n'ont jamais pu être tenus , Temble avoir quelque
chofe de vague & d'arbitraire . Mais il est sûr
pourtant que l'imagination faifit très -promptement
la vérité ou la faulleté de ce genre d'imitation .
En entendant parler Céfar fur la Scène , je compare
rapidement ce qu'il dit à ce qu'il a fait , &
je fens bien tout de fuite fi les vers qu'il débite
réveillent en moi l'impreffion que j'ai reçue des actions
de fa vie. Les actions , voilà donc le modèle
des difcours de la Tragédie , & ce modèle eft préfent
à la mémoire de tous ceux dont le jugement eft
de quelque prix. D'ailleurs , dans ce langage élevé ,
le Poëte Tragique ne doit pas peindre feulement des
Héros
,
mais l'homme. Sous ces formes impofantes
de la grandeur , il doit faire fentir à chaque
inftant le charme doux & naïf de la Nature ; toutes
les mères doivent fe reconnoître dans la veuve
d'Hector ; & ce n'eft pas un des moindres prodiges
du talent de faire entendre les accens les plus vrais
& les plus touchans du coeur humain dans un ſtyle
qui ne defcend jamais de la dignité Tragique . Le
cifeau qui fit fortir du marbre l'Antinoiis & l'apollon
du Belvédère , ne négligea point la vérité des
formes de la Nature , il les ennoblit & les éleva julqu'à
la grâce & à la majefté des formes divines.
G vj
156 MERCURE
Comment cette nature perfectionnée , & non imaginaire
, feroit- elle la plus facile à peindre , puifqu'elle
ne peut être imitée que par un ftyle dont le
charme & la beauté continuelles réveillent à chaque
inftant ce qu'il y a de plus exquis & de plus fublime
dans les fenfations du cocur humain ?
Le Poëte tragique n'eft pas plus libre & plus indépendant
dans les fujets de fon invention . Pour juger
les faits qu'il invente , tous ceux qui font arrivés
& que nous connoiffons, nous fervent de modèles
, & la loi de la vraisemblance met des bornes
affez étroites à la fphère des événemens poffibles .
Le Poëte a beau s'élancer par l'imagination hors de
l'Hiftoire , il ne lui eft permis d'inventer que comme
elle raconte , & il a toujours l'Hiftoire pour témoin
& pour juge. Que gagne t- il d'ailleurs à créer des
perfonnages inconnus à tous les Spectateurs , s'il doit
faire parler par leur bouche une nature connue de
tout le monde ? Que ce foit Ariane , qui n'a exifté
que dans la fable , ou Orofmane , qui n'exiſta jamais
, que le Poëte ait voulu mettre fur la fcène ,
qu'importe aux Spectateurs qui examinent feulement
s'il a bien fait parler une amante abandonnée ,
un amant au défefpoir , & qui veulent reconnoître
dans fes tableaux , non Orofmane & Ariane , mais
leur propre coeur ? Ce ne font pas les traits qui diftinguent
les individus , mais les paffions qui appartiennent
à l'humanité qu'on repréfente dans les caractères
tragiques. Que dans tout ce qui regarde
moins l'intérêt de l'action que fa grandeur & fa
pompe , le Poëte invente à fon gré des détails impofans
, qu'il peigne avec éclat plutôt qu'avec vérité ,
mon imagination fe prêtera fans peine aux féductions
de la fienne ; fi fes couleurs font fortes & brillantes
je ne m'inquiéterai pas beaucoup de leur
fidélité , dont je ne puis pas être toujours un bon
juge ; mais alors qu'il veut me toucher & m'émouDE
FRANCE 157
voir , il ne pénétrera point dans mon âme s'il n'en
peint pas les affections avec la plus grande fidélité ;
je ferai pour lui un juge bien plus éclairé , bien plus
prompt & plus févère que pour le Poëte comique ;
je n'aurai pas befoin de chercher fon modèle dans
les loges ou dans le parterre ; je le porte toujours
avec moi ; ce modèle eft au fond de mon coeur , &
le frémiffement intérieur que me donne la voix du
Poëte, ou le repos & la tranquillité qu'elle me laiffe,
me fuffifent pour l'admirer ou le blâmer avec une
autorité irrécufable. Le fort du Poëte tragique n'eft
donc pas en cela plus avantageux que celui du
Poëte comique ; peut- être même l'eft - il moins.
Celui- ci , fes tablettes à la main , fe promenant au
milieu de la fociété qu'il veut peindre , note tantôt
un gefte , tantôt un mot & un regard , & fes modèles
même , pour ainfi dire , font en partie fon ouvrage
; ils lui fourniffent les événemens par leur vie,
& le dialogue par leurs difcours. Le Poëte tragique
parlant toujours une langue qui n'a point été entendue
dans la bouche des hommes, eft toujours obligé
de la créer ; & s'il ne peut pas être toujours jugé ,
c'est parce qu'il s'élève trop au-deffus de fes juges .
Il ne doit pas être aifé de fe procurer cet avantage.
Mais , dit l'Auteur des Lettres , pour peindre les
paffions il femble prefque que les paffions fuffifent ;
pour obferver & peindre les moeurs il faut de la réflexion
, il faut du génie . Je ne puis me perfuader ni
que le tableau des paffions exige moins de génie &
de réflexion que celui des moeurs , ni que le Poëte
tragique n'ait point des moeurs à peindre . S'il faffifoit
d'être paffionné pour bien peindre les paffions ,
les amans , par exemple , feroient ceux qui feroient
le mieux parler l'amour , & jamais on n'auroit plus
de talent que dans le délire de la raifon & dans
l'ivreffe des fens . Le contraire eft cependant prouvé
par tous les exemples ; les amans qui ne fongent
158
MERCURE
point à exprimer avec énergie leurs fentimens , mais
à les épancher , répètent fans ceffe ce feul mot qui
fuffit à leur bonheur , & que leur coeur & leur
oreille ne peuvent fe laffer d'entendre ; abondans
& féconds , ils manquent d'énergie & de variété , &
n'en ont pas befoin , parce que la pallion qui parle
à la paffion, l'émeut & l'échauffe fans peine, & que le
même trouble qui empêche celui qui écrit d'être éloquent
, porte dans l'âme de celui qui lit , plus de
charme & d'émotion que ne peut jamais en produire
l'éloquence. Perfonne n'a lû de véritables lettres
d'amour avec autant de plaifir & d'intérêt
qu'une Élégie de Tibulle ou une Scène de Racine ,
à moins que ces lettres ne foient celles de fa maî •
treffe *. Pour faire parler les paffions avec vérité
* Il peut y avoir quelques exceptions à cela :
quoi qu'en difent ceux qui prennent des maximes
triviales pour la connoiffance du coeur humain , on
peut avoir plus d'une paffion en fa vie , & il eft
même rare qu'avec une âme très-fenfible , on n'en
ait pas davantage. Ceux qui , après avoir beaucoup
réfléchi à la première dans l'intervalle de repos qui
leur a été accordé , viennent à en éprouver une fcconde
, peuvent mieux exprimer des mouvemens
qu'ils reconnoiffent , leurs fouvenirs les éclairent
fur leurs fentimens , & la paflion enflammera
leur imagination fans les aveugler entièrement
par fon délire. On affure que c'eſt après avoir déjà
beaucoup aimé , que c'eft à 40 ans , au moment
même où fon génie fe développoit tout entier , que
Rouffeau a eu la plus forte paffion de fa vie : il fe peut
qu'alors cette âme ardente & fenfible épanchât fon
amour dans des Lettres auffi éloquentes que celles
qu'il a prêtées à Saint-Preux. On affure encore que
les Lettres de Fanny Butler , publiées comme un
DE FRANCE. 159
& avec chaleur , il ne fuffit pas de fentir vivement ,
il faut voir avec préciſion ce qu'on fent avec vio-
Roman par Mme de Riccoboni , ont été réellement
écrites , non pour le Public , mais pour un amant ;
elles ont du moins beaucoup ce caractère . Mais
quoique Fanny Butler paroiffe aimer pour la première
fois , eft-ce la première paffion qu'une jeune
perfonne aura exprimée avec une fi grande connoiffance
de tous les mouvemens qui fe paffent dans
fon coeur ? Il m'eft impoffible de le croire. Au refte ,
quoique les juges de notre Littérature aient mis ces
Lettres fort au- deffous des autres Romans de Mme
de Riccoboni , j'avoue , pour moi , que c'eſt un de
ceux que j'ai toujours lû avec le plus de plaifir &
d'intérêt. Ce n'eft pas fans doute l'intérêt des événemens
, car il n'y en a point ; ce n'eft pas celui de
l'amour malheureux , Fanny Butler eft toujours heureufe
jufqu'au moment où , abandonnée de fon
amant , elle lui écrit cette unique Lettre , dont les
connoiffeurs ont toujours admiré l'éloquence , & qui
femble deftinée à punir toutes les perfidies de notre
fexe ; ce n'eft pas non plus l'intérêt des caractères ,
il n'y a dans tout l'Ouvrage que deux perfonnages,
Fanny Butler & fon amant ; fon amant ne fe montre
jamais , & c'eſt Fanny Butler toute feule qu'on voit
& qu'on entend toujours. Quelle peut donc être la
fource de l'intérêt dans un Roman d'où l'on a écarté
à deſſein tous les refforts dont on fe fert pour attacher
& produire de l'intérêt ? C'eft d'abord qu'une femme
tendre & paffionnée , d'un caractère indépendant &
élevé , qui trouve dans fes vertus le droit de méprifei
l'opinion publique lorfqu'elle lui défend le bonheur
de fon amant, qui accorde tout à ce qu'elle aime
fans l'enchaîner par d'autres promeffes que celles de
l'amour, eft un objet très-intéreffant par lui- même,;
c'eft que quoiqu'elle foit toujours dans la fituation
160 MERCURE
lence ; il faut diftinguer dans l'âme des mouvemens
qui s'y croifcut & s'y confondent ; & il eft bien
plus facile à la réflexion de s'attacher & de fe fixer
fur les moeurs qui font fous nos yeux dans le tableau
du monde, que de defcendre au fond d'une âme agitée
par les paffions. Le Peintre des moeurs peut les
faifir au moment qu'il les voit ; il travaille devant
fon modèle ; celui des paffions doit en être à une
certaine diſtance ; car ce n'eft pas au moment
qu'elles le troublent & le bouleverfent , ce n'eft pas
au moment où il en eft le jouet qu'il peut en être le
Peintre ; elles ne fe laiffent voir & obferver que dans
l'image que nos fouvenirs en confervent , & l'un
des dons les plus précieux & les plus rares de la Nature
, eft fans doute cette imagination mobile à - lafois
& profonde , qui conferve fidellement tous les
trans que les paffions y ont imprimés , qui les reproduit
dès que le talent a befoin de les contempler ,
peu attachante d'un amour heureux , Fanny Butler varie
avec un charme infini l'expreffion de fon amour
& de fa félicité , & montre le même bonheur fous
mille formes différentes ; tantôt par ces folies de la
joie , qui font les délires des paffions heureuſes ;
tantôt par ces illufions charmantes , ces doux rêves
qui tranfportent une imagination enflammée dans
des jouiffances qui ne font plus à la Nature ; tantôt
par cet abattement , ces langueurs d'une âme épuifée
qui ne fent jamais mieux fa félicité que lorsqu'elle
en eft accablée ; c'eſt qu'enfin Fanny Butler , qui eft
toujours dans la même fituation , ne refte pas un
moment dans le même fentiment ; qu'à chaque Lettre
elle femble changer de paffion , qu'elle femble
donner à l'amour de nouvelles fenfations , & prolonger
pour tous les Lecteurs des délices que la Nature
a rendu fi fugitives , de peur de nous détruire
en nous rendant heureux .
DE FRANCE; 161
qui, dans le calme & le repos de la folitude , livre encore
une partie de l'âme à leurs orages , tandis que
l'autre refte tranquille & attentive pour obferve: &
décrire ces tempêtes. C'eft le génie de l'âge mûr qui
peint les paffions de la jeuneffe . Gallus & Didon , les
rôles de Phèdre & la lettre écrite des rochers de
Meillerai , ont été faits par des hommes qui étoient
dans l'âge mûr , ou qui l'avoient paffé. C'est d'une ,
tête blanchie déjà par l'hiver de la vieilleffe , * que
font forties ces lettres de Saint - Preux & de Julie ,
dont la chaleur étonne la jeuneffe même. Que d'ouvrages
dans tous les pays & dans toutes les langues
où il eft queftion de l'amour , & combien il y en
a peu qui peignent cette paffion fi douce & fi terrible
! Parmi cette multitude de romans Anglois &
François , où la connoiffance du coeur humain a
été fi approfondie , & que les Modernes peuvent
oppofer peut-être pour le talent aux Hiftoriens de
l'antiquité ; il y en a beaucoup où l'on trouve une
hiftoire vraie de cette paffion ; il n'y en a prefque
pas où l'on fente la paffion elle même , fa violence.
& fes langueurs , fes délices & fes tourinens. Il eſt
vrai que ce fentiment a tant de charmes, qu'il en ré
pand fur la médiocrité même qui l'affoiblit ; ce qui
fait tant lire les romans , ce n'eft pas qu'ils faffent
bien parler l'amour , mais c'eft qu'ils en parlent , &
cela fuffit à un certain âge. L'âme du jeune homme
qui lit Campiftron , prête à la langueur de fes vers la
vie & la flamme qui leur manquent ; & dans les illufions
dont left toujours environné , il attribue les
ardentes émotions de fon coeur au Poëte qui n'a pu
les éteindre. Voilà ce qui a pu faire croire qu'il y a
beaucoup d'Écrivains qui favent peindre l'amour ;
mais les Écrivains qui peignent réellement cette paffion
, non avec ces traits vagues qui ne font guères
*
...w Citoyen , voyons votre pouls .... Non , voyez l'hiver
fur pia tête.... Préface & Dialogue du Roman d'Héloïfe.
162 MERCURE
plus expreffifs que fon nom même , mais avec ces
détails plein d'intérêt qui en font toute l'hiftoire ,
avec ces mouvemens de ftyle qui donnent la même
agitation à nos fens , avec ces traits énergiques qui
en portent la flamme dans des cours paifibles ; mais
ceux dont le talent rend la première jeuneffe même
plus paffionnée , & fait fentir encore les tranfports
du jeune âge à la raifon de l'âge mûr & à la langueur
de la vieilleffe ; mais Virgile & Tibulle , mais
Racine & l'Auteur du roman de Julie , ces Écrivains
qui produisent par leur éloquence des impreffions &
des effets qui ne fembloient pouvoir être produits que
par les grâces & la beauté , feront toujours ceux dont
il fera le plus difficile d'égaler le talent & la gloire.
Il y a dans Molière quatre ou cinq pièces où chaque
détail , chaque vers , pour ainfi dire , eft une peinture
favante des mours ; où l'éclat & le nombre des
beautés qui fe fuccèdent fans relâche , pourroient .
feuls nuire à leur impreffion , parce que l'effet du
comique le plus théâtral eft quelquefois fufpenda .
par létonnement qu'un fi profond génie infpire , &
qu'on admire avec furpriſe au lieu de rire avec
gaîté ; mais ce talent unique jufqu'à nos jours , je le
conçois plus ailément encore que celui qui a trouvé
dans la méditation ces traits de paffion & de délire.
Dieux ! que ne fuis je affife à l'ombre des forêts !
Quand pourrai-je , au travers d'une noble pouffière ,
Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière !
•
Les a- t'on vûs fouvent fe parler , fe chercher?
·
Dans le fond des forêts alloient- ils fe cacher ?
Et fur quoi jugez -vous que j'en perds la mémoire ,
Prince , aurois-je perdu tout le foin de ma gloire?
Pour fentir la beauté de ces denx vers , il faut fe remettre
dans la fituation de Phèdre , & dans la Scène où
eHe déclare fon amour.
DE FRANCE. 163
Les beautés où l'attention & la réflexion peuvent
conduire , appartiennent fans doute très- fouvent au
génie ; cependant on a je ne fais quelle certitude de
les trouver qui affoiblit avec raiſon l'admiration
qu'elles infpirent ; mais ces beautés qui naiffént
dans des âmes émues , auxquelles on ne s'élève
point par une fuite d'idées , qui font infpirées
par des mouvemens fugitifs de paflion que le
talent même n'eft jamais sûr d'avoir , & qu'il perd
fouvent pour jamais s'il ne les rend dans leur rapide
impreffion ; oes beautés que le génie , rendu fuperfti
tieux par fa fublimité, a lui - même attribuées à quelque
dieu qui les lui infpire , feront toujours à juſte
titre celles qu'on doit le plus admirer . Le Poëte tragique
d'ailleurs eft - il toujours dans ces fituations
paffionnées que les Arts ne peuvent pas plus fuppor
ter que la nature humaine ? Ne doit il pas tracer
d'un pinceau plus tranquille le tableau des Nations
qu'il ne connoît que par l'Hiftoire , celui des Cours
où il ne peut guères pénétrer que par fa penſée ?
Ne joint-il pas à la peinture de ces mouvemens emportés
du coeur humain , de ces crifés violentes &
paffagères qu'on appelle paffion , celle de ces traits
plus conftans & plus durables , de ces habitudes qui
forment les caractères & les moeurs , & mènent aux
grands crimes par la réflexion même ? La nature
de fes fujets , & le rang de fes perfonnages ,
ne l'obligent - ils point à chaque inftant à établir
les maximes de la liberté & celles de la tyrannie
, à rappeler les principes de la morale univerfelle ,
les révolutions des Empires & leurs caufes , le fort
des religions & leurs influences , à faire de tout ce
que l'efprit humain peut méditer & penfer de plus
fublime , l'acceffoire de fon ouvrage & du tableau
des paffions ? Au moment même qu'il remplit la
fcène de trouble & de terreur , le génie du Poëte
164
MERCURE
tragique, toujours au- deffus des émotions qu'il reffent
& qu'il donne , ne doit - il pas , pour atteindre toute
la hauteur de fon Art, jeter des traits de lumière fur
la nature & la inarche de ces mêmes paffions dont
il fe fert pour nous agiter? Voyez dans Mahomet
Seyde enivré des fureurs du fanatifme , armé da
glaive qu'il a reçu des mains du Prophète ; le ciel
lui ordonne le crime , & la Nature l'arrête encore ;
mais plus facile & plus foumise à la voix de l'impofteur
, Palmire parle , Seyde ne balance plus.
Je t'entends , fon arrêt cft parti de ta bouche....
Le ciel vient d'emprunter ta voix ....
Qui n'apperçoit le trait éclatant de lumière qui fort
de cette manière d'enflammer le fanatifme par
l'amour , de cette combinaiſon favante de paffions ,
qui amène le tableau le plus terrible qu'il y ait peutêtre
fur aucun Théâtre Des beautés de cet ordre
font rares , je l'avoue ; mais on n'obtient pas une
place parmi les grands Tragiques fans le génie qui
peut jeter des traits femblables à travers les fcènes
les plus paffionnées,
Ces réflexions qui combattent l'opinion de l'Au
teur des Lettres me paroiffent vraies , & j'apperçois
cependant un certain degré de vérité dans fon opinion
; ce n'eft qu'en l'exagérant qu'il l'a rendue
fauffe . Les formes du talent tragique plus fortement
prononcées fe gravent plus aifément dans l'imagina
tion des jeunes gens qui ent les organes un peu fenfibles.
Un jeune homme de feize à dix- fept ans qui
a entendu réciter les vers de Sémiramis & de Mahomet
avec la pompe du débit tragique emporte ce
bruit harmonieux dans fon oreille ; fa voix le reproduit
machinalement dans le filence des nuits ou
des campagnes. Ces mots plein d'éclat & de majeité
qui ont fervi à l'entretien des Rois & des Héros
DE FRANCE. 165
fe repréfentent fans ceffe à fa bouche dans cet âge
où l'on eft amoureux de tout ce qui a l'apparence de
la grandeur. Tout ce qu'il dit eft prêt à fe convertir
en hémiftiches tragiques ; il a befoin d'un excellent
fonds d'efprit & même déjà de quelque ufage du
monde pour modérer fa voix au ton de la parole
ordinaire , & l'empêcher d'être héroïque en répon-
'dant à fon père , ou en difant des chofes tendres à fa
foeur. A ce moment de la vie , par-tout où il y a des
Spectacles , beaucoup de jeunes gens font bien près
de renouveler l'hiftoire des habitans d'Abdère. C'eft
dans ces difpofitions qu'ils font ordinairement la première
Tragédie. Ils font bien loin de defcendre au
fond de leurs coeurs pour étudier les paffions qui n'y
font
pas encore , bien loin de créer quelque chofe ,
d'en avoir le befoin & le pouvoir ; mais ils jettent
une action qu'ils empruntent à l'Hiftoire dans le
moule commun de toutes les Tragédies , tournent
dans leur oreille en cent façons différentes les vers
dent leur mémoire eft chargée , achèvent une Tragédie
de trois mille vers fans être Auteurs d'un hémiftiche
, & avec de pareilles Pièces obtiennent fouvent
des fuccès qu'ils ne doivent qu'au génie de
Corncille , de Racine ou de Voltaire . Voilà dans
quel fens on peut dire qu'un jeune homme peut faire
une Tragédie avant d'être en état d'en écrire la Préface
; paradoxe qui paroît bien étrange , & qui eft
vrai pourtant , parce qu'une Préface exige toujours
quelques idées , quelque efprit, & qu'on ne trouve
point de l'efprit & des idées dans fon oreille comme
des hémiftiches.
Ce qui eft plus facile c'eft donc d'imiter le genie
tragique , & non pas de l'avoir . La facilité même de
limitation eft un piège pour le talent ; on fait que
Racine faillit à y perdre fon génie. En un mot , les
deux talens dans leur perfectlon paroiffent également
rares , & peut - être le talent tragique deman-
H
166 MERCURE
dant plus d'élévation & plus de fenfibilité l'eft -il
davantage encore; mais il eft plus aifé d'être médiocre
dans la Tragédie , & d'y réuflir.
Il s'en faut bien que nous ayons les mêmes objections
à faire fur les deux Lettres fuivantes qui
contiennent & achèvent le parallèle des deux genres.
Il eft impoffible de n'être pas de l'avis de l'Auteur lorfqu'il
fait voir comment le ridicule tenant beaucoup
plus encore aux manières qu'aux moeurs , les vices
& les caractères ont trouvé le moyen d'échapper au
pinceau du Poëte comique en fe cachant fous le
mafque uniforme de la politeffe du monde ;-comment
la multiplicité des Spectacles a confondu tous
les principes , corrompú le goût , & fait paroître le
comique des François trifte & férieux en comparaifon
des farces du Boulevard ; comment la vaine
affectation de morale & de fenfibilité , l'un des
grands caractères de notre fiècle , a profcrit comme
indécens & prefque criminels des traits qui n'auroient
paru que plaifans aux honnêtes gens du fiècle
de Molière , comment prefque tous les mots de la
langue mis en Pièces par les calembourgs, font devenus
des moyens par lefquels la plaifanterie d'un fot
peut faire tomber un chef- d'oeuvre ; comment enfin
l'éclat des fuccès de la Tragédie doit étouffer ou
obfcurcir du moins tous les fuccès de la Comédie ,
parce que l'imagination des Spectateurs affociant ,
pour ainfi dire , le Poëte tragique aux Hélos & aux
grandeurs qu'il repréfente , lui prodigue des applaudiflemens
mêlés de refpect & d'admiration , tandis que
dans fes plus grands fuccès même , le Poëte comique,
qui n'eft élevé par aucunes de ces illufions , paroît
refter au niveau des Bourgeois , dont la langue cache
fon génie , & que l'Auteur du Tartuffe & des Femmes
favantes n'eft guères aux yeux de la multitude
qu'un homme qui fait rite. Dans tous ces détails on
voit l'homme qui fe fait des idées d'après fes
DE FRANCE. 167
obfervations , & un ftyle d'après fes idées . On
pourroit feulement tirer un réſultat bien différent de
ces Lettres. L'Auteur les a écrites pour prouver qu'il
ne doit pas faire des Comédies , & il y parle des
moeurs & du monde en homme qui peut en faire d'excellentes.
Il eft difficile fans doute de réuffir même
avec du talent ; mais dans quel genre eft- il facile de fe
faire rendre juftice ? Et quel eft l'homme né pour la
gloire qui ne voulût faire un chef- d'oeuvre à condition
même de le voir tomber avec ignominie ?
( Cet Article eft de M. Garat. )
VARIÉTÉS Morales & Amufantes , tirées
des Journaux Anglois , Traduction nouvelle.
2 Volumes in- 12. A Paris , chez
Debure l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins
.
Le Spectateur eut en Angleterre un fuccès
qui aila jufqu'à l'enthouſiaſme ; & ce même
Ouvrage , traduit foiblement en François ,
réuffit prefque auffi généralement . Ce fuccès,
quoique mérité , auroit été peut- être moins
univerfel , fi l'Ouvrage eût été écrit par un
François. Le ton qui y règne fouvent auroit
été à nos yeux d'une bizarrerie peu admiflible
; il parut plus marurel dans un Ouvrage
étranger , fur tout dans un Ouvrage Anglois.
Nous n'effayerous point de difcuter ici le
mérite de cet excellent Livre de morale, nous
ne voyons rien à ajouter à ce qu'en a dir un
des Coopérateurs de ce Journal dans le pre- .
mier article des Bigarrures Littéraires . Les ré
168 MERCURE
1
flexions ingénieufes qu'on y trouve ne nous
laiffent que la reffource d'y renvoyer nos Lecteurs.
Nous nous bornerons à faire connoître
, d'après le Traducteur du Recueil que
nous annonçons , l'origine du premier Journal
de morale qu'ait produit l'Angleterre..
Un certain Docteur Partridge jouoit dans le
parti des Whigs le rôle d'un fanatique détracteur
de la France . C'étoit un Savetier
qui fe mêloit de faire l'empyrique , & même
l'aftrologue. Tous les ans il publioit un Almanach
, dans lequel il annonçoit à la
France toutes fortes de malheurs , où il prédifoit
même la deftruction du Papifme . Il
en vouloit fur- tout à Louis XIV ; & dans un
de ces Almanachs il prédit que ce Monarque
alloit mourir en 1707. Louis XIV n'eut
pas la complaifance de vérifier cette Prophétie
, il ne mourut point ; mais notre Docteur
Savetier continuoit toujours les opérations
aftrologiques ; & il nous annonçoit
tantôt la guerre , tantôt la famine , qui , heureufement,
n'étoient pas à fes ordres . Le Docteur
Swift , choqué de l'abfurde fanatifme
de Partridge , réfolut d'en faire juftice ; il
lança un Pamphlet fous le nom d'Ifaac
Bickerstaff, & intitulé : prédictions pour
l'année 108. Il y fait d'abord une fortie
contre les impofteurs qui ſe vantent de comprendre
tout ce qui eft écrit dans le grand
Livre célefte , tandis qu'ils n'en connoiffent
pas même l'alphabet ; il déplore bien pathétiquement
DE FRANCE. 169
&
tiquement le fort de l'aftrologie , calomnice
dejà par l'ignorance , même par plus d'un
grand Homme , & qui eft encore deshonorée
par de fauffes prédictions. Il fe propole
de la venger des uns & des autres ,
il publie préliminairement quelques prédictions
pour prouver fon droit de compétence.
Parmi quelques autres prophéties , il
prédit très- affirmativement la mort du Docteur
Partridge , faifeur d'Almanachs , qui
doit être emporté le 29 Mars 1708 , à 11
heures du foir , par une fièvre chaude . Et
en effet, le jour annoncé, on fonna pour lui ,
& l'on diftribua des billets d'enterrement.
Tout le monde fut convaincu de fa mort
excepté Partridge lui même, qui, pour nous
fervir de l'expreffion de l'Éditeur , fous prétexte
qu'il buvoit & mangeoit comme à
l'ordinaire , voulut prouver qu'il n'étoit
point mort , & fe mit fort en colère contre
Ï'Aftrologue , qu'il traita publiquement d'im--
pofteur. Bickerstaff lui répondit avec beaucoup
de fang froid , mais avec la dignité
d'un grand Homme , qui ne craint ni les injures
d'un mort mal élevé , ni fes raifonnemens
de l'autre monde. Il lui prouve démonstrativement
qu'il eft & doit être mort ; que
c'eft fa faute s'il ne permet pas qu'on l'enterre
; que c'eſt la faute encore fi , par haſard ,
quelque Magicien l'a reffufcité , & qu'il feroit
mieux de refter tranquille dans fon
cercucil , que de faire ainfi en public le
métier de revenant .
Nº. 52 , 27 Décembre 1783. H
170
MERCURE
Cette plaifanterie eut tant de fuccès , que
M. Steele , prêt à publier un Ouvrage , crut
fe rendre agréable au Public en paroiffant
fous le nom de Bickerstaff. C'eftfous ce mafque
qu'il donna le Tatler ou le Babillard ,
le premier Journal qui ait paru dans ce
genre . Cer Ouvrage eut beaucoup de fuccès;
mais quoiqu'il foit femé d'idées ingénieufes
& neuves , & de bonnes plaifanteries , il eft
bien inférieur au Spectateur auquel il donna
naiffance , & dont M. Steele fut encore un
des Auteurs. Au Spectateur fuccéda le Guar
dian ou le Mentor. autre Journal qui le
cède à fes aînés du côté de la plaifanterie ;,
il eft plein de folidité & de raifon ; mais il a
moins de chaleur & d'originalité.
ر
C'eft dans ces trois Journaux & dans le
Monde , par Adam-Fitz - Adam , fait à leur
inftar , & quelques autres encore , qu'a puifé
l'Auteur des Variétés Morales & Amufantes ,
pour en compofer les deux Volumes qu'il
vient de publier. Il continuera de dépouiller
ainfi les autres Journaux Anglois , fi cer
effai eft accueilli . Le premier Volume ne
contient que des morceaux du Spectateur ,
& le ftyle du Traducteur eft meilleur que
celui de la Traduction que nous en avions
déjà , nous ne parlerons néanmoins que du
fecond Volume , qui n'eft point connu , &
que l'Auteur a puifé dans les autres Journaux
que nous venons de citer. Quoiqu'il
foit moins piquant & moins original que
le Spectateur , nous y avons trouvé affez de
DE FRANCE, 171
morceaux eftimables pour croire qu'il fera
favorablement accueilli . On y voit , comme
dans le Spectateur , tantôt des Fables , tantôt
des Contes , des Lettres , des Differtations ;
en un mot , cette variété qui en rend la lec
ture attachante. Parmi les Fables , nous
avons diftingué le Plaifir & la Peine. On.
rira du teftament d'un Naturaliſte , pièce
dont le but eft de tourner en ridicule la manie
de l'Hiftoire Naturelle. On va voir tout
l'héritage que put laiffer en mourant un
homme qui en avoit été poffédé.
" Par mon préfent teftament & volonté
» dernière , je fouffigné , malade de corps
» & fain d'entendement, difpofe , en la manière
fuivante des biens & effets que je
poſsède en ce monde.
39
"
39
"
Premièrement , je donne & légue à ma
chère épouſe une boîte de papillons , une
» autre de coquillages, un fquelette de femme
& une momie de bafilic .
- 33
» Item. A ma fille Elifabeth , mes prépa-
» rations de rofée de Mai & de Saumure
» d'embryon. Plus , mon fecret pour embaumer
les Chenilles. "
33
"
"
>
Item. A la petite Fanny , ma fille cadette
, trois oeufs de Crocodille . Plus
» un nid d'Oifeau - Mouche , qui lui fera
délivré à la naiffance de fon premier eufant
; bien entendu qu'elle ne fe fera ma- .
riée que du confentement de fa mère.
Item. En reconnoiffance du bien de cam-
"pa gne que mon frère aîné a bien voulu
و د
و د
Hij
172 MERCURE
» donner à mon fils Charles , je légue à
mondit frère ma collection de Sauterelles
de l'année pafféc.
» Item. A ma nièce Suzanne , fa fille unique
, les herbes fauvages d'Angleterre ,
collées fur papier royal . Plus , une collection
de toutes les efpèces de choux qui
» croiffent aux Indes , grand in folio.
» Item. Ayant eu pour affocié dans l'étude
de la nature , le Docteur Joannes
ss Elferickius , Profeffeur d'Anatomie , &
2
voulant laiffer à ce digne & favant ami
un monument éternel de mon affection
➡ je lui légue la V.... d'une Baleine , & les
» T... d'un Rat , pour en jouir en toute
» propriété lui & fa poftérité maſculine ;
» au défaut de laquelle je fubftitue le pré-
» fent legs à mon Exécuteur reftamentaire,&
à fes hoirs à perpétuité.
19
39
Je ne fais aucune difpofition en faveur
de mon neveu Ifaac , attendu que j'ai
amplement pourvu à ce qui le concerne ,
» en lui donnant , il n'y a pas long- temps ,
» un Scarabée cornu , la peau d'un Serpent
» à fonnettes , & la momie d'un Roi
d'Egypte .
و ر
27
» D'autant que Jean , mon fils aîné , m'a
» donné des preuves d'un mauvais naturel ,
» notamment en ce qu'il a parlé avec in-
» décence d'une fienne petite foeur , que je
» conferve dans l'efprit de vin ; je déshé-
» tite ledit Jean , & le déclare déchu des
biens paternels , le réduifant pour tout »
DE FRANCE. 173
و د
›
» partage à une coquille de petoncle , &c. »
L'article intitulé : Politeffe des Voleurs
Anglois , eft d'un fort bon ton de plaifanterie
. Nous en citerons un morceau ne
fût ce que pour prouver que le ftyle du
Traducteur a de la grace & de la légèreté .
L'Auteur commence par prouver que la
Nation Angloife eft plus polie que les autres
Nations de l'Europe ; car on s'y fait
un devoir d'être civil jufques dans le crime.
Je ne veux , dit- il , pour le prouver , que
» cette politeffe exquife , pratiquée fur
nos grands chemins , & qui fait au-
» jourd'hui une partie effentielle de l'art
» de voler. L'art en a befoin , je l'avoue ;
» & , fans ce correctif , il courroit rifque
de devenir pour le public une espèce de
» fléau , vn fur-tout le grand nombre de
gens qui s'en mêlent. Mais heureuſement
» nos Voleurs ont eu des vues & des principes.
Ils ont fu mettre leur profeffion
» fur un pied auffi honnête que celle do
Praticien , de Joueur , d'Intrigant ,
N
"
93
و د
و د
de
» Flatteur , que tant d'autres , en un mot ,
qu'on voit établies dans le monde , comme
» des moyens permis de gagner de l'argent.
» Un Voleur Anglois fe regarderoit luimême
comme une bête féroce , comme
» un monftre , s'il ne prenoit pas toutes les
précautions poffibles pour ne point effrayer
» les Dames , quand il a l'honneur d'en vo-
» ler une . S'il remarque quelques babioles
» dont elle ait peine à fe détacher , il ne
33
Hij
174
MERCURE
و د
و د
manque jamais de lui en faire une galanterie.
C'eft une loi formelle ; & danstout le
» Code de M. Nath , iln'y en a point de plus
facrée . Demandez fi on en ufe de même
» en France ? Tout le monde vous dira que
» la créature la plus malhonnête qu'il y ait
» fous le Ciel , e'eft un Volenr François.
» Il a dans fes manières moins de douceur
» & de civilité qu'un Tartare. Il vous vole ,
fon chapeau fur la tête , & vous tue fans
» vous faire la moindre excufe . Aufi , ne
» peut - on réprimer ces excès que par la
" police la plus févère , qu'à force d'Archers
» & de Prévôts , de tortures & de fup-
و ر
30
plices ; toutes chofes dont le Gouverne-
» ment s'épargneroit l'embarras , s'il vouloit
faire élever fes voleurs en honnêtes-
" gens , & les traiter comme tels.
Ce Recueil offre auffi quelquefois , comme
celui du Spectateur , des Chapitres qui ne
font que bizarres , de ces détails qui peuvent
être copiés d'après la vérité , mais qui
n'en font pas pour cela plus vraiſemblables
ni plus dignes du public ; telle eft ,
par exemple , la fierté fingulière d'un Curé
de Campagne , qui n'eftime les gens qu'à
proportion de leur fanté ; qui méprife un
homme qui eft malade ; qui rougiroit de
lui accorder le falut , qui vous dit enfin :
Moi , j'ôterois mon chapeau à un homme de
cette efpèce ? Fi donc ; il n'a pas fix moïs
à vivre. Ces portraits bizarres ne corrigent
DE FRANCE. 175
ށ
perfonne , parce que le modèle en eft peutêtre
unique dans le monde.
Nous trouvons auffi plaifante & plus vraie
l'hiftoire du bon Caporal, condamné à morr,
qui voulut mander à fa femme cette trifte
nouvelle. Il écrivoit le Jeudi ; or , comme
il devoit être exécuté le lendemain , & que
fa femme ne devoit recevoir fa Lettre que
le Samedi , il fongea qu'il valoit mieux lui
mander ce qui feroit vrai le Samedi , plutôt
que ce qui étoit vrai le jour qu'il écriveir
. Voici fa Lettre , qui terminera cet Article.
2
30
" Ma chère femme , après t'avoir fouhaité
une fanté auffi bonne que la mienne
l'eft quant à préfent , je te dirai que j'ai
» été pendu hier entre onze heures &
» midi. J'ai fait , graces au Ciel , une affez
» belle mort , & j'ai eu le plaifir de voir
que toute l'affemblée me plaignoir. Sou-
» viens toi de moi , & fais- en reffouvenir
" mes pauvres enfans , qui n'ont plus de
père. Ton affectionné mari jufqu'à la
19
» mort.
Malgré toutes les précautions de ce bonhomme
pour écrire au jufte ce qui en étoit ,
fa nouvelle fe trouva fauffe , car il eut fa
grace. Mais fa femme n'attendit pas qu'un
nouveau courier vint la tirer d'erreur ;
elle fe remaria , & le bon Caporal ne crut
pas devoir protefter contre ce mariage
ayant fourni lui - même fon certificat de
mort , figné de fa propre main.
Hiv
176. MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
ON continué avec un fuccès foutenu les
repréſentations de Didon . Nous allons continuer
l'analyse de la mafique de cet Opéra.
La première Scène du fecond Acte fait
peu d'effet , & nous croyons que ni le Poëte
nile Compofiteur n'y ont mis tout ce que
a fituation pouvoit comporter. Enée y parle
trop , & Elife trop peu . Si tendrelle pour
fa four ne lui infpite aucune raifon pour
attendrir Énée, & le détourner de fa réfolution.
La musique n'a pu réparer cette foibleffe
de dialogue . Cependant le premier air
d'Enée : Au noir chagrin qui me dévore , &c.
eft d'un beau chant & d'une expreflion tou
chante. La ritournelle feule difpoſe l'âme à
s'attendrir. Les deux premiers vers fur tout
ont l'accent le plus vrai & le plus fenfible.
Le motif a tout fon développement , & l'air
toute la rondeur , fans toutes ces répétitions
de routine qui énervent le chant , fatiguent
l'oreille & choquent toute vérité. Ce
bel air ne nous a pas paru applaudi autant
qu'il le mérite , & nous n'en voulons pas
rechercher la caufe . Nous dirons cependant
que l'expreffion en eft un peu langoureuſe ,
DE FRANCE. 177
& qu'il n'a peut être pas la nuance de noblefe
que pouvoit demander le caractère
d'Enée ; car le Héros le plus tendre ne doit
pas fe plaindre comme un tendre Berger ;
mais c'est une nuance que les Compositeurs
Italiens n'ont pas encore cherché à failir ,
& que beaucoup de prétendus connoiffeurs
regardent comme chimérique. Le récit que
fait enfuite Énée du facrifice offert aux Dieux
Troyens , & de la réponſe du Prêtre , n'a
pas la chaleur & la forte d'infpiration dont
il étoit fufceptible , & dont nous avons des
modèles fur notre Théâtre , c'eft un récitatif
obligé à la manière Italienne , coupé par des
traits d'orchestre d'une intention jufte , mais
de peu d'énergie , & fouvent trop prolongés
pour la fitnation & pour le fens des paroles.
L'air fuivant : Plaignez un Roi , plaignez
un père , eft d'un chant agréable , & le premier
vers eft d'une expreffion fimple & touchante
; mais le caractère en eft vague &
foible , & affoibli encore par ces répetitions
infignifiantes , ou mal placées , dont le Compofiteur
a fi bien fu fe paffer dans l'air précédent.
Nous ne dirons rien du monologue d'Enée
& de l'air qui le termine ; on pourroit peutêtre
fupprimer l'an & l'autre. C'eft à l'arrivée
de Didon que commencent le grand intérêt
de l'action & les grands effets de la
Mufique. Nous pourrions faire quelques
objections au commencement de cette fcène
, où Enée ne parle à Didon que d'Iarbe
Hy
178 MERCURE
au lieu de répondre à ce qu'elle lui dit ;
mais ce défaut , s'il exifte , eft bientôt réparé.
Le couplet de Didon : qui , moi ,
le flatter ! mérite l'attention de ceux qui
aiment l'art . C'eft un développement de
fentimens & de penfées , auffi fuivi , auffi
naturel que dans la Tragédie déclamée , que
le Poëte a donné à exprimer au Compofiteur
en quinze vers de fimple récitatif ;
cette manière de traiter la scène étoit nouvelle
& pour M. Marmontel , & pour M.
Piccini , quoiqu'elle ne le fût pas fur le
Theatre lyrique . L'excellent effet qui en réfulte
dans Didon , doit prouver aux partifans
exclufifs de la Mufique Italienne , que
le récitatif ne doit pas être regardé par les
Compofiteurs comme un pur rempliffage ,
fait uniquement pour repofer l'oreille &
donner plus de valeur aux airs. Cet objet
demande d'être un peu plus developpé pour
être rendu fenfible ; nous y reviendrons en
détail dans un article féparé , fi l'on veut
bien ne pas regarder comme une affaire de
parti une difcuffion raifonnée , établie fur
des principes , & foutenue fans humeur &
fans perfonalités.
Le récitatif de Didon , que nous venons
de citer, amène très heureufement l'air délicieux
: Ah ! que je fus bien infpirée !
le fentiment qu'il exprime , & le moment
où il eft placé , étoient bien faits pour inf
pirer à M. Piccini un de ces chants aima-.
bles, brillans & fenfibles qui lui font li fami
DE FRANCE. 179
liers. Le premier vers eft exprimé par un
mouvement d'ame plein de charme & de
vérité; tout l'air refpire l'ivreffe de l'amour &
de la volupté ; le paffage fur ces mots , Je
rends grace à l'amour, eft à la fois brillant &
fenfible. Les répétitions même ont de la
grace & de la vérité ; c'eft la redondance
naturelle d'un fentiment qui déborde.
-
Ces mots d'un fentiment fi vrai & fi
bien rendus par Mme Saint Huberty : Je
n'ai jamais douté d'unefi belle flamme ; pourquoi
m'en affurer ? commencent un autre
couplet de vingt - un vers de récitatif, coupés
par une cavatine de quatre vers . Cette cavatine
, d'un rhythme , à ce qu'il nous femble
, un peu trop foible & trop lent , allonge
la fcène , & produit moins d'effet que
le récitatif.
Nous voudrions paffer fous filence la
fcène fuivante de Didon & d'Iarbe ; le Dialogue
en a peu d'intérêt ; mais l'air qui la
termine mérite qu'on s'y arrête.
Iarbe , irrité des refus de Didon , finit par
lui dire : Tremblez donc ; il eft temps; mes
coups vont éclater. Suit immédiatement l'air :
Je veux les voir réduire en cendre ',
Ces murs , &c.
Le Compofiteur a coupé le récitatif & l'air
par une affez loogue ritournelle , qui fufpend
la fureur d'Iarbe d'une manière peu naturelle
, & donne même un caractère de fé-
H vj
130
MERCURE
8
rocité réfléchie aux fentimens violens qu'expriment
les paroles de l'air . Pendant cette ri
tournelle , l'Acteur s'eft cru obligé de marquer
fa fureur retenue , par des geftes menaçans
, peu convenables à un Roi en préfence
d'une Reine , quelque droit qu'il ait
de s'en plaindre. Mais le défaut effentiel
de cet air , c'eft que le chant n'a ni le
caractère ni l'expreffion qu'exigent les paroles
& la fituation.
La première partie , Je veux les voir reduire
en cendre , eft exprimée par un motif
qui manque de nobleffe ; & ce défaut fe
fait fentir fur tout dans les répétitions de
ces mots : Où l'on m'ofe infulter. Nous ferons
ici une obfervation que nous croyons.
de quelque importance. Les Compofiteurs
Italiens , dans les Opéras qu'ils appellent avec
raiſon férieux , ne font des airs de grande
expreffion que pour des feinmes on des Caftrats.
Ils n'emploient les voix graves d'hommes
que dans les Opéras - Comiques. Cette
habitude paroît influer en général fur le caractère
qu'ils donnent aux airs de baffe taille
qu'ils compofent pour notre Théâtre . On y
retrouve trop fouvent des formes & des
traits de musique bouffonne.
Après les premiers éclats de fureur , Iarbe
dit :
Je veux qu'errant fur ce rivage,
Et ne rencontrant fur fes pas
Qu'un défert aride & fauvage,
DE FRANCE. 181
L'étranger demande Carthage ,
La cherche & ne la trouve pas .
و
Le Compofiteur , qui a donné à la première
partie le mouvement vif & animé qu'elle
exigeoit , prend dans ces cinq vers un mouvement
lent & grave ; & , s'attachant aux
paroles plus qu'au fentiment dominant du
perfonnage , peint ici par de longues notes ,
l'image d'un défert fauvage, comme un voya
geur qui l'auroit travei fé , & qui raconteroit
tranquillement l'impreffion phyfique qu'il
auroit reçue. Il nous femble qu'Iarbe ne
fouge guère à cela , & que tout doit exprimer
la fureur concentrée dont il eft plein.
Ce moment de refroidiffement de la Scène ,
eft promptement effacé par le grand morceau
d'enſemble où Didon , avec fes
femmes , le peuple de Carthage , & Énée
avec fes Troyens forment un choeur à trois
deffins , dont la compofition eft pleine de
goût & d'intelligence . Le contrafte des voix
de femmies avec le choeur des Carthaginois
, & le chant piano des Troyens , eft
de l'effet le plus heureux ; ces différentes
parties , diftribuées avec art , fe croisent
& le réuniffent fans fe troubler . L'orchestre
unit & fortifie ces diverfes parties , & l'enfemble
offre un effet d'harmonie pure ,
claire & brillante , comme le fera toujours
celle des morceaux que M. Piccini voudra
foigner. Nous ne pouvons cependant diffimuler
qu'on a remarqué une invraiſeme
182
MERCURE
blance qui dépare un peu ce beau morceau.
Les quatre vers que difent d'abord à balle
voix les Troyens , font trop longs pour un
àparte , & demandent de la part du grand
choeur un filence qui choque & qui nous`
femble non-feulement affoiblir l'effet de la
Scène , mais nuire même à l'effet mufical. Il
feroit aifé de couper ces quatre vers par
quelques mots du choeur , comme l'Auteur
l'a fait enfuite , & rien ne manqueroit à ce
tableau vraiment théâtrale.
Le trio eft interrompu brufquement par
l'arrivée des Tyriens & des Troyens en
défordre , qui crient , Aux armes , les Mores
s'avançent. Ce mouvement eft très- dramatique
& d'un grand effet , & le Poëte
qui l'a conçu , en partage le mérite avec le
Muficien qui l'a embelli & fortifié des
moyens de fon art. Les chants des Femmes
& ceux des Hommes font heureufementcontrafies
; l'orcheftre peint la confufion
& le tumulte d'une multitude , en laiffant
appercevoir diftinctement le deffin de
toutes les parties : nous ne defirecions rien
à ce beau morceau , fi l'on n'y entendoit
pas percer de tems en tems les voix des
Femmes qui chantent : Enfans des Dieux
défendez nous , fur une petite phrafe de
chant commune , qui reffemble trop à celle
d'un carillen de Paroiffe.
Le défaut d'efpace nous oblige à remettre
au Mercure prochain la fin de nos obfervations
; l'étendue que nous avons cru
DE FRANCE. 183
devoir donner à cet article , ne doit prouver
à nos Lecteurs que le fuccès de l'Ouvrage
& l'eftime que nous en faifons .
On a donné le Dimanche , 14 de ce Mois ,
la première repréfentation de la feconde
reprise de l'Inconnne perfécutée , Comedie
lyrique en trois actes ; paroles de M. du
Rofai ; mufique d'Anfolli , arrangée par
M. Rochefort , de l'Académie Royale de
mufique. Les Auteurs ont ajouté au premier
Acte de cet Opera une finale du même-
Compofiteur , prife de fon Opéra il gelefo
il cimento ; & quoique la Scène imaginée
par le Poëte pour introduire ce morceau
de mufique dans l'Inconnue perfecutée ne remplace
qu'imparfaitement celle fur laquelle
cette finale a été faite ; elle n'a pas moins
paru terminer ce premier Acte d'une manière
agréable & piquante.
Les Dlles Audinot , Burette , & les fieurs
Laïs , Chéron , Rouffeau & Moreau , ont
exécuté cet Ouvrage , & fur tout la finale
qui termine le premier Acte , avec une précifion
& un enfemble qui font honneur à
leur intelligence .
On a donné à la fuite de ce fpectacle
le Ballet de la Rofière , de la compofition
de M. Gardel l'aîné : on l'a revu avec plaifir,
& le charmant pas de fix qui le termine a
reçu les mêmes applaudiffemens qu'aux
mières repréfentations. Il a été exécuté par
pre184
MERCURE
les leurs Gardel cadet , Nivelon & Laurent ,
& par les Dles Torlai , Gervais & Zacharie.
Cette dernière Danfeule à rendu
le rôle de la jeune Rofière avec une fenfibilité
& one verité d'expreflion rares à
fon âge , & qu'exige ellentiellement ce
genre de danfe.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE Lundi 15 Décembre , on a donné la
première représentation des Brames , Tragédie
en cinq Aes & en vers , par M. de la
Harpe.
La haute réputation de fageffe dont ont
joui les Brames pendant un laps de pluſieurs
fiècles , a exalté l'imagination d'Akebare ,
fils de Timur Kan. Il a defiré d'être admis
parmi eux. Malgré les oppofitions de fon
père , il a trouvé le moyen de s'y introduire ;
bientôt il eft devenu l'élève & l'ami du Pontife
, & même l'amant d'Indamène , fa fille.
Timur Kan ne refpire que la vengeance. Il
fe propofe d'arracher Akebare à l'afyle qu'il
a choifi , de détruire les Brames , de fubftiruer
à leurs dogmes ceux de la religion de
Mahomet ; & pour y réuffir , il s'avance à la
tête d'une armée formidable. L'amour , la
reconnoiffance & le fanatifine égarent le
jeune Prince. Il oublie les devoirs d'un fils :
& à la tête d'un peuple de Rebelles ; tremblant
pour les jours d'Indamène ; fourd aux
DE FRANCE.
185
confeils généreux du Pontife , qui tâche en
vain de le détourner de fa funefte réfolution ,
il vole an- devant des Troupes de fon père ,
& leur livre bataille. La victoire fe déclare
en fa faveur : rien ne réfifte plus aux efforts
de fon bras , lorfque la préſence de
Timur-Kan vient enchaîner fon courage ,
& le rendre à lui même. Akebare remet fon
épée , il la dépofe aux pieds de Timur- Kan ,
& eft arrêté fur le champ par fon ordre. Le
farouche Tartare , fidèle à fes projets , entre
dans l'afyle des Brames ; il y veut porter la
deftruction & la mort. L'afpect d'une fournaife
ardente , entourée par les Prêtres , lui
caufe de l'étonnement ; la réfolution de s'y
engloutir , qu'ils lui annoncent par la bouche
de leur Pontife , émcut fon âme fanguinaire.
Il fe laiffe enfin attendrir par les dif
cous touchans , nob'es & généreux du Chef
des Brames. Alors , il cède aux voeux d'Akebare
, le laiffe au nombre des Prêtres , &
confent à fon mariage avec Indamène .
On rendra très inceffamment compte * de
cette Tragédie à l'article des Nouvelles Littéraires.
Nous dirons feulement ici quelque
chofe de l'effet général qu'elle a produit. On
Tandis qu'on imprimoit cette Feuille , M. de la
Harpe a fait favoir au Public , par la voie du Journal
de l'aris , » que , pour ce moment- ci , des raifons
» particulières l'engageoient à retirer du Théâtre fa
Tragédie des Brames : » ce qui éloignera vraifemblablement
le compte que nous annonçons.
גכ
"
186 MERCURE
a trouvé de la lenteur dans la marche , & du
vuide dans l'action . On a obfervé que le dénouement
étoit un peu forcé , peut - être
même dénué de ce dégré de vraisemblance
que la raifon a droit d'exiger au Théâtre ;
mais on y a remarqué des beautés du premier
ordre , des idées neuves , des Scènes
parfaitement bien filées , pleines du plus
grand intérêt ; enfin , un ftyle foutenu , correct
, élégant , & fait pour caractériſer un
excellent Écrivain.
ANNONCES ET NOTICES.
ECRANS CRANS MYTHOLOGIQUES. M. Lepeintre ,
Peintre de Mgr. le Duc de Chartres , & Maître de
Deffin des Enfans de S. A. S. ayant obtenu la permiffion
de faire graver & de donner au Public des
Écrans portatifs qu'il avoit deffinés il y a deux ans
pour l'Education de Mademoifelle , annonce que
cette fuite complette fe vendra à Paris , chez
M. Sauvan , au Gant Anglois , rue S. Honoré ,
entre le Palais Royal & la rue de Richelieu.
Ces Écrans préfentent toutes les métamorphofes
en Plantes , Arbres , Fleurs , Fontaines , Montagnes,
Ifles , Rochers , Quadrupèdes , Oifeaux , Poiffons ,
Infectes , Aftres , & c. que fournit la Mythologie.
Un côté de l'Écran offre les objets gravés , & l'en
trouve au revers les Explications qui ont été faites
pour Mademoiselle . Chaque Écran contient communément
trois fujets ; on en trouvera cependant
quelques - uns qui en contiennent plus ou moins . Ces
Ecrans font au nombre de vingt- fept , d'une forine
ronde , légers , ornés de jolies bordures , & montés
DE FRANCE 187
de manière que le bâton qui fert à les tenir ne peut
empêcher de lire l'écriture , & ne barre point les
fujets. L'Auteur n'a rien épargné pour que la pureté
du Deffin & de la Gravure , & l'exactitude de l'Enluminure
les rendiffent auffi agréables qu'ils font inf
tructifs . On vendra ces vingt- fept Écrans tout montés
& dans une boëte faite pour les contenir , afin
qu'on puiffe garder en réſerve ceux dont on ne fe
fervira pas , le nombre en étant trop confidérable
pour qu'il foit poffible de fe fervir de tous à-la-fois,
Chaque Exemplaire aing conditionné , monté &
avec la boëte coûtera 48 liv . Ces vingt - fept Écrans
enluminés & brochés ne coûteront que 30 liv.
4
L'AMI des Enfans , Volume de Décembre ,
vingt - quatrième & dernier Volume de la Partie
Morale. Le prix de l'Édition en vingt- quatre
Volumes eft de 26 livres 8 fols port franc par la
pofte. Le même Ouvrage en huit gros Volumes de
près de 450 pages chacun , 16 liv . fols auth port
franc par la pofte, Ceux qui prendront de l'une on
de l'autre Edition quatre Exemplaires ( à - la -fois )
auront le cinquième gratis , & ceux qui en prendront
douze Exemplaires ( à la fois ) auront en
outre le treizième , c'eft-à -dire , feize pour douze ,
avec des facilités pour le payement , toutefois en fe
chargeant dans l'un & l'autre cas des frais de port.
S'adreffer à M. Leprince , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerfité , Nº . 18 , à Paris . Il
faut aveir foin d'affranchir les lettres & le port de
l'argent.
NOUVEAU Commentaire fur l'Ordonnance Civile de
1667 , I Volume in- 12 de 540 pages. Prix , 3 livres
12 fols relié en veau , 1783. A Paris , chez Berton ,
Libraire , rae S. Victor , vis- à- vis le Séminaire Saint
188.
MERCURE
Nicolas du Chardonnet ; & au Palais , chez Dupuis ,
Libraire , à la Prudence , au deuxième pilier.
M. Dumont , Prévôt Royal de Vimeu , déjà
connu par fon Nouveau Style Criminel , eft Auteur
de ce nouveau Commentaire fur l'Ordonnance de
1667. Cet Ouvrage nous a paru réunir trois qualités
effentielles , la clarté , la préciſion & la pureté du
ftyle. En beaucoup d'endroits l'Auteur fait connoître
les erreurs dans lesquelles font tombés plufieurs Commentateurs
qui l'ont précédé ; & lorfque pour la dif
cuffion des principes il eft d'un avis oppofé au leur ,
il établit le fien par des moyens dont le retranchement
des procédures fruftratoires & l'épargne des
frais font la principale bafe.
On trouve à la fin de l'Ouvrage plufieurs Edits &
Déclarations poftérieurs aux derniers Commentaires
de l'Ordonnance de 1667 , & une Table des Matières
bien dirigée & très - commode.
Le même Libraire vient d'acquérir du fonds de
M. Clonfier , Imprimeur - Libraire , favoir : Tradatus
de Incarnatione Verbi Divini , Audore Legrand,
uno è Parifienfibus Theologo , 3 Vol. in- 12. Prix ,
7 livres 10 fols brochés. Supplementum prima
Editionis Trattatûs de Incarnatione Verbi Divini ,
par le même , in- 12 . Prix , 1 livre 10 fols broché.
--
Principes généraux de Jurifprudence fur les
Droits de Chaffe & de Pêche , fuivant le Droit
commun de la France , à l'ufage des Seigneurs & de
leurs Officiers , par M ***, Avocat au Parlement.
A Dun en Argonne , petit in - 12 , Prix , 1 liv, 16 fols.
ARTICLES nouvellement rentrés au Magafin du
Petit Dunkerque , Quai de Conti. Savoir : boucles
d'oreilles en lampes , & autres à la Chinoife en
fiiagramme & or poli ; montres à fond d'aventurine ,
garnies de perles , émeraudes , rubis & cordes d'or.
Idem , perfemées de roſes fur un fond d'émail bleu ,
garnies de perles & cerclès en diamans , & autres
DE FRACNE. 189
bijoux dans le mênie genre ; chaînes de montres ,
tabatières , bonbonnières , boucles , breloques , éventails
& autres objets au Globe ; tabatières d'or forgées
à l'Écuyère , qu'il vend depuis fix mois , & qu'un
Marchand vient d'annoncer comme un bijou nouveau
de fon invention ; ornemens de cheminées en
narbre , porcelaine & bronze doré au matte , fur
des modèles nouveaux ; une collection très- complette
d'ouvrages es pléted fur des formes nouvelles ;
ceintures de velours brodées en perles d'acier ; cabarets
, écritoires en carton peint & verni , bordées
de pléted , & un nombre fi confidérable d'objets
nouveaux & autres , qu'il ne lui eft pas poffible d'en
donner des détails tels qu'on les lui demande de
l'Étranger ; il prévient feulement que dans le genre
de la Bijouterie , fon Magafin fe trouve pourvu de
toutes les Nouveautés , tant de France que de l'Étranger
; & qu'il rend l'argent des objets cnvoyés en
commiffion en cas qu'ils ne plaifent pas , au terine
prefcrit fuivant la diftance des lieux .
Il fait établir de très jolis ouvrages & bijoux en
acier à fa Fabrique françoiſe à Clignancourt , comme
tabatières , bonbonnières garnies d'or , navettes ,
pommes de cannes , boutons , chaînes de montres ,
boucles de ceintures , &c. entreprend généralement
tout ce qu'on peut defirer dans le genre fin , & remet
à neuf les ouvrages Anglois les plus avariés ,
efpérant par la fuite , à l'aide des foins & des machines
, donner affez d'extenfion à cette Fabrique
pour y établir les articles ordinaires aux prix de
ceux que l'on tire de l'Etranger , & d'après les mcilleures
formes.
DEUX Eftampes , gravées par Picquenot ,
d'après les Deffins de B. Cauvet, dont l'une repréfente
Fayel venant de tuer Monluc , & s'emparant
du coeur & de la lettre que Raoul de Coucy avoit
adreffés en mouraut à Gabrielle de Vergy ; l'autre ,
190
MERCURE
Fayel qui , après avoir fait manger le coeur de
Coucy à Gabrielle , lui donne la lettre que fon amant
lui avoit écrite. Prix , 1 livre 4 fols chaque. A
Paris , chez l'Auteur , rue de l'Obſervance , en face
des Cordeliers.
Ces deux Eftampes , qui font dédiées à M. le
Comte de Coucy , font fuite aux Adieux & à la
Mort de Ravul de Coucy.
GLOBE Aéroftatique gravé à plufieurs couleurs.
Prix , 12 fols. A Paris , chez les frères Campion
, rue S. Jacques , à la Ville de Rouen.
C'eft le Globe qui eft parti de la Muette , & fur
lequel font montés M. le Marquis d'Arlandes & M.
Pilaftre de Rozier.
MEMOIRE Locale , Géographique & Chronologique
, in- 12. Prix , 1 livre 4 fols . A Lille , chez
André-Jofeph Panckoucke ; & fe trouve à Paris
chez Mérigot père , Libraire , rue du Hurepoix
quai des Auguftins.
Aujourd'hui qu'un commerce plus intime s'établit
entre toutes les Parties du Monde , la fcience de
Géographie devient de jour en jour plus indifpenfable.
Le petit Traité que nous annonçons eft fuivi
des époques principales de la Chronologie ancienne
& moderne . Il eft terminé par le Calcul Eccléfiaftique,
auquel on a joint le Calendrier de
Jules Céfar.
On trouve chez le même Libraire à Paris une
Brochure intitulée : Différence entre la Grammaire
& la Grammaire générale raifonnée ; l'Art de connoître
ce que ies Langues ont de eommun & de particulier
; Differtation Philofophique & Grammaticale
fur le Participe déclinable employé avec le
Verbe auxiliaire avoir. Prix , I livre 10 fols.
On y trouve auffi le Prince des aigues marines &
DE FRANCE. 191
le Prince invifible , Contes, ornés de figures &
vignettes gravées en taille douce d'après les Defins
de Cochin fils. Prix , 2 liv. 8 fols broché.
NOUVEAU Blanc de Vinaigre , par le fieur
Maille , Vinaigrier & Diftillåteur ordinaire du Roi
& de Sa Majefté Impériale,
C'eft avec plaifir que nous annonçons les Découvertes
des Artiftes dans tous les genres quand
leurs heureux travaux les ont conduits à la célébrité.
Tel eft le fieur Maille , à qui on peut donner
l'éloge d'avoir reculé les bornes de fon Art,
Le fuccès flatteur & foutenu dont jouit depuis
long- temps le Vinaigre de Rouge deftiné à imiter
les couleurs naturelles, a déterminé cet habile Artifte
à rechercher le fecret & la compofition d'un nouveau
Blanc également préparé par le Vinaigre , &
extrait de la perle & de la farine d'orge, Le fuccès a
encore couronné fes combinaiſons ingénieuſes ;
plufieurs années d'effais & de tentatives ont enfin
produit un Blanc parfait. Son ufage communique au
teint l'agrément & l'éclat de la blancheur naturelle ;
il adoucit & prévient les rides , & fes qualités balfamiques
loin de nuire à la peau l'entretiennent dans
une belle fraîcheur.
Le fieur Maille eft encore l'Inventeur du célèbre
Vinaigre Romain , dont l'objet eft de blanchir les
dents & d'arrêter les progrès de la carie ; cette
compofition eft un des meilleurs préfervatifs pour
la confervation de la bouche. On trouve auffi dans
le même Magafin plus de deux cent fortes de
Vinaigres , foit pour la toilette & les bains , foit
pour la table.
Le fieur Maille prévient que la diftribution de la
Moutarde pour les engelures faite gratis en faveur
des pauvres , a commencé à l'ordinaire le premier
Dimanche de Novembre , & qu'elle fera continuée
192 MERCURE
jufqu'au dernier Dimanche d'Avril fuivant ; cette
diftribution fe fait chaque Dimanche depuis huit
heures du matin jufqu'à midi , au Magafin général
du fieur Maille , rue Saint André des Arts , la portecochère
vis-à- vis la rue Hautefeuille.
3
Les pots du nouveau Blanc de Vinaigre font du
prix de 6 liv. & de ; liv. les moindres bouteilles dụ
Vinaigre Romain ; celle de Rouge première nuance
3 livres , la feconde 4 livres , la troifièmes liv.
EXPLICATION Hiftorique du Livre de l'Apocalypfe
, par M. de Keranflech , fuite du Recueil
d'Opufcules . A Rennes , chez Julien - Charles Vatar ,
Imprimeur ordinaire du Roi & du Préfidial , Place
Royale,
O qu'il eft favant cet Auteur là !
ERRATA du dernier Numéro. Première page ,
célébrer tes concerts , lifez : car pour
brer tes concerts.
: oui pour célé
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
167
VERS à M. Charles , 145 Variétés Morales & Amu-
Charade , Enigme & Logo- fantes ,
gryphe 147 Académ . Royale de Mufiq. 176
Suite des Bigarrures Littérai- Comédie Françoise
149 Annonces & Notices , 186
res ,
AP PROBATION..
184
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Décembre. Je n'y ai -
rien trouvé qui puille en empêcher l'umpicffion . A Paris ,
le 26 Décembre 1783. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANNEM ARCK.
DE COPENHAGUE , le 1 Novembre
A faifon qui devient rigoureuſe , a ramené
la Cour dans cette capitale. La rareté
des grains , qui s'eft fait fentir cette année
a donné lieu à des réglemens pour en permettre
l'importation des pays étrangers ; on
a étendu cette permiffion au feigle qui
manque dans les duchés de Holftein & de
Slefwig , la feigneurie de Pinneberg, la ville
d'Altona & le comté de Rantzaw , où l'on
pourra faire venir du feigle de l'étranger ,
jufqu'au 1 Juillet de l'année prochaine.
,
Nous avons marqué foigneufement les
différentes variations qu'éprouve la vente
des actions de nos compagnies de commerce.
En recueillant les prix auxquels elles fe
vendent, on pourra juger de leur état. Cellesde
la compagnie Afiatique baiffent toujours .
No. 49 6. Décembre 1783 .
( 2 )
1
Ces jours derniers on en a donné 4 à 1046 ,
ou 1054 rixdalers chacune. Celles des Indes
Occidentales baiffent auffi , mais moins fenfiblement
; on en a vendu depuis peu 11 , à
raifon de 304 à 310 rixdalers ; au mois
d'Août dernier elles étoient à 312 ; celles de
la compagnie Afiatique étoient à la même
époque à 110.
» Dans le voisinage de la nouvelle Iſle , près
de Réckenos , lit- on dans une Lettre d'Iſlande
du 22 Août dernier , qui a actuellement la
forme d'une montagne très -élevée , it y avoit
ci-devant une profondeur de cent braffes , qui
n'eft plus aujourd'hui que de quarante. On ne
compte pas moins de douze Fermes , & de trois
Eglifes d'Holmofel , d'Azor , & de Skaal , qui
ont été détruites par la lave vomie par les volcans
qui fe font ouverts dans le diftri &t de Skaff
tefield ; ils ont couvert les prairies voifines
d'une pouffiere de pierre- ponce , de fable & de
fouffre , qui a nui confidérablement aux herbes
& aux beftiaux qui en ont mangé .
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 2 Novembre.
On n'attendle Nonce du S. Siege de retour
de Pétersbourg dans cette capitale , que vers
Noël. Le Coadjuteur de Plocko , chargé
des affaires de la Nonciature , pendant fon
abfence , eft arrivé ici le 24 du mois dernier.
On a des lettres de Petersbourg qui annoncent
de grands mouvemens dans les
shantiers Impériaux , qù l'Impératricę a or(
3 )
donné qu'il fût conftruit tous les ans trois
vaiffeaux de ligne , qui feront de 100 canons
& de 74. Elles ajoutent que le Miniftre de
Vienne y reçoit fréquemment des courriers
de fa Cour , & qu'il en étoit arrivé derniere
ment un de Conftantinople ; il ne tranfpire
rien des dépêches du dernier ; mais depuis
leur réception , il avoit été ordonné de lever
encore 40000 hommes.
On prétend que l'efcadre Ruffe d'Azoff
en a fait voile pour Caffa , où il étoit arrivé
quantité de matelots & furtout de conftructeurs
Anglais .
Toutes les nouvelles que l'on a de la Crimée
, & on fait qu'il n'en vient aucune autre
que celles que les Ruffes veulent bien laiffer
paffer & faire répandre , annoncent qu'il regne
la tranquillité la plus parfaite dans cette
peninfule ; que tous les endroits de la côte ?
où il feroit facile de débarquer des troupes
qui viendroient par mer , font garnis de foldats
, & qu'on travaille avec la plus grande
activité à fortifier tous les ports.
ALLEMAGNE
DE VIENNE , le 9 Novembre:
On ne parle plus de guerre aujourd'hui ;
mais les préparatifs qui femblent toujours
l'annoncer, ne font ni fufpendus , ni même
rallentis. Les tranfports continuent partout ,
aipfi que les levées ; & la nouvelle confcrip(
4 )
tion militaire monte déjà à plus de 40 , 000
homines.
Le nouveau réglement de l'Empereur ,
concernant les affaires & la difcipline ecclé
ſiaſtiques , eſt du 24 du mois derniet , & contient
17 articles dont voici la fubftance.
8
A
Le diftri&t des Eglifes paroiffiales ne s'étendra
pas au delà d'une lieue à la ronde ; les Eglifes.
nouvelles que l'on jugera néceffaires d'établir ,
feront bâties des deniers de la caiffe pour tes
affaires eccléfiaftiques ; la Commiffion ecclefiaftique
y aura le droit de préfentation ; le nombre
des Curés dans la baffe Autriche , fera augmenté"
de 263 ; on prendra pour les endroits & les Eglifes
Annexes des Chapitres eccléfiaftiques , des fujets
membres du Chapitre pour y faire les fonctions
curiales . Le traitement des Curés fera de 600 ,
florins ; celui des Vicaires de 350 , & celui des
autres Coopérateurs de 250 florins ; les nouvelles
Paroiffes feront indépendantes des anciennes .
Paroiffes für lefquelles elles ont été établies ; les
anciens Curés conferveront la jouiffance de leurs
Bénéfices ; on ne pourra plus établir des Chapélles
dans un endroit ou diftri& où le trouve
une Eglife ; les Couvens néceffaires pour la charge
d'ames feront confervés , les autres s'éteindront ;
ceux qui ont le droit de nommer aux Canonicats
ne pourront y nommer que des fujets qui ont
fait pendant, dix ans les fonctions, curiales.
Tous les Ordres mendians feront fupprimés à
l'exception des Freres de la Charité. Le Baptême
fera donné gratuitement. - Les Meffes &.
autres dévotions fondées feront réparties parmi
un certain nombre de Prêtres. Pour l'inf
truction de la jeuneffe qui fe vouera à l'état
eccléhafique , il fera établi des Séminaires &
E
( ( os) )
des Profeffeurs , & les feuls fujets formés dans ces
Séminaires feront employés dans l'Eglife .
Ceux qui ont le droit de patronage d'Eglife ne
pourront y nommer que des fujets méritants qui
ont ubi l'examen eccléfiaftique .
L'Empereur, à l'occafion de la derniere
promotion qu'il a faite dans l'ordre de faint
Etienne , a écrit la lettre fuivante au Prince
de Kaunitz- Rietberg.
و د
2 Mon cher Prince , venant d'expédier mes
ordres au Chancelier de Hongrie pour la Promotion
de Saint- Etienne , j'ai voulu me donner
la fatisfaction , car c'en eft une bien réelle
pour moi d'imaginer quelque chofe qui vous
faffe plaifir , de donner la Grand - Croix à
mon Abaffadeur en Espagne qui , comme votre
fils , & comme Miniftre , mérite également cette
diſtinction. En même temps fachant l'intérêt que
vous prenez au Comte Philippe de Cobentzl ,
je vous charge de lui faire favoir qu'il eft également
nommé Grand - Croix . Adieu mon cher
Prince , ne doutez ni de la justice que je vous
rends , ni de l'amitié diftinguée que je vous ai
vouée ».
Le Prince fit à cette lettre la réponſe fuivante.
» Mon fils doit me favoir bon gré de n'avoir
pas demandé pour lui la grace que V. M. vient
de lui faire de fon propre mouvement. Elle devient
bien plus précieufe & pour lui & pour
moi il en fera pénétré de reconnoiffance. Je
le fuis bien vivement de mon côté , & je fupplie
V. M. de daigner en agréer mes très - humbles
remercimens , ainfi que de celle qu'elle
a bien voulu y ajouter en gratifiant en mêmetemps
de la Grand - Croix de l'Ordre le Comte
a 3
( 6 )
Philippe de Cobentzl que je regarde réellemem
somme mon fils , de même que fon coufin Louis .
V. M. a voulu mettre le comble à ma fatisfaction
par l'affurance des fentimens dont elle
m'honore à la fin de fon gracieux Billet : j'en
fuis pénétré. Je tâcherai d'en mériter la conti- .
uation , & je la fupplic de vouloir bien en
agréer la très -humble proteftation , &c ».
L'Empereur vient de donner une nouvelle
preuve de la fatisfaction que lui infpirent les
vertus & les grandes actions qui ont pour
but le bonheur des hommes , quelque part
qu'elles fe trouvent , & de fon empreffement
à les récompenfer, M. Jean Dillon , écuyer
Seigneur de Liffmullen , dans le comté de
Meath en Irlande , qui , par le zele auffi actif
que généreux, avec lequel il a plaidé dans le
Parlement d'Irlande la caufe des Catholiques
, a contribué à les affranchir du joug de
l'intolérance , fous lequel ils gémiffoient depuis
long- temps , & à les mettre à couvert
pour l'avenir des perfécutions que les préjugés
de leurs compatriotes leur ont fait effuyer
, vient de recevoir de S. M. I. une
marque bien précieufe de fon eftime , c'eſt le
diplome de la dignité de Baron pour lui &
pour fes defcendans , qu'elle a bien voulu lui
accorder de fon propre mouvement .
DE HAMBOURG , le 14 Novembre.
Les efpérances du rétabliſſement de la
paix entre la Porte & les Puiffances qui la
menacent , ſe ſoutiennent toujours ; & l'on
( 7 )
continue d'affurer que la premiere fe déter
minera aux facrifices qu'on en exige ; ils feront
fans doute conſidérables.
On parle toujours de l'incurfion des Géor
giens dans la Natolie ; mais il paroît que fi
elle a eu lieu en effet , elle n'aura point de
fuites, du moins on dit aujourd'hui que
l'armée
de cette nation , qu'on portoit à 50000
hommes, ayant été inftruite de l'approche
de Gianikli-Ali Pacha , n'a pas jugé à propos
de l'attendre , & qu'elle s'eft repliée ſur
les frontieres.
Le Prince Heraclius , qui a reconnu pour
lui & pour fon pays la fuzeraineté de l'Impératrice
de Ruffie & de fes fucceffeurs au
trône Impérial , étoit auparavant tributaire
& vaffal des Perfans & des Ottomans ; le
pays de Kachet , & une partie de celui de
Kartalinie ou de Carduel , car c'eſt ce dernier
nom que ce royaume porte dans les
cartes de M. d'Anville , relevoient des premiers
, & l'autre partie de la Porte. La Religion
dominante eft la Grecque. On ne doute
pas que les deux anciens Suzerains de
ces contrées ne foient mécontens de cet
arrangement ; & on a peut-être raifon d'en
conclure, qu'il n'y a aucun fondement dans
ce qu'on a publié de l'intelligence de la Ruffie
& de la Perfe contre la Porte , avec laquelle
elle feroit peut - être dans le cas de
faire cauſe commune contre l'Empire qui
vient d'accepter la foumiffion d'un pays qui
abjure fon ancienne vaffalité.
a 4
( 8 )
Nos lecteurs verront fans doute avec plai
fir les
obfervations fuivantes fur le nouvel
agrandiffement de la Ruffie. Nous le tirons
de la feuille
Hebdomadaire de M. Bufching,
& nous nous bornons à le traduire fidelement.
>
La foumiffion de la Crimée au Sceptre Ruffe
eft fans contredit un événement împortant . Il
fut préparé tant par le traité de Kainardgi
en 1774 , dans lequel les For ereffe de Jenicale
& de Kertfch , ont été cédées à la Ruffie , que
par les établiffemens de fortifications & de re
doutes que ceite Puiffance a fait faire en 1777
entre la Riviere de Terek & la mer d'Azof ,
jufqu'a l'extrémité de la riviere de Cuban , où
cette riviere fe jette dans la mer d'Afof & dans
la mer noire. Kopilskei , qui eft la derniere
redoute , n'eft éloigné de Taman , fitué vis- àvis
de Jenicale que de 14 mlles d'Allemagne. La
Ruffie en faiſant faire ces établiſſemens de li
mites allégua pour motif la sûreté qu'elle
devoit procurer à fes fujets fur les frontieres
& appuya fon droit tant fur la poffeffion du
pays entre les rivieres de Don & de Cuban ,
dans laquelle étoient les Grands Princes de
Ruffie , depuis le 10e. jufqu'au 13e . fiecles , que
fur la conquête du Royaume d'Aftracan , qui
avoit compris ladite contrée dans fes limites.
Quoiqu'il en foit , les fortereffes de Jenicale &
de Kertſch , ont facilité à la Cour de Ruffie
la correfpondance & les négociations avec le
Chan régnant , & les fufdits établiſſemens ont
tenu en refpe &t les Tartares de Kabarda & de
Cuban , & ouvert aux Ruffes la communication
avec les Peuples du Caucafe. La Crimée n'eft
plus auffi peuplée qu'elle l'a été anciennement ;
( 9 )
fa population a perdu confidérablement en 1779,
où un grand nombre de Chrétiens Grecs font
allés s'établir dans le Gouvernement d'Azof
cependant la poffeffion de cette peninfule peut
devenir d'une grande importance pour la Ruffie
fi elle s'affure la libre navigation fur la Mer
Noire , dans le Danube & la Méditerranée ; &
les fufdits établiſſemens qui affurent à la Ruffie
l'accès au Caucaſe , femblent préparer la foumiffion
des nombreufes peuplades qui l'habitent .
Les Tfchirkaffy de la petite & de la grande
Kabarda , ou plutôt leurs Princes prêtent à la
Ruffie depuis 30 à 40 ans l'hommage de fidé
lité , & font obligés d'envoyer dans la fortereffe
de Kifcar , des otages des familles les plus
diftinguées , & une grande partie de Abchares
& plufieurs autres Tribus Tatares , font foumis
aux Princes de Kabarda. En 1771 , plufieurs
Tribus Tartares , qui habitént plus près des éta
bliffemens Ruffes fe font engagées fous ferment
de donner à la Ruffie des otages des familles
de Princes , pour garants de leur fidélité.
Le Czaar , Iwan , Wafilie Witſch , après
la conquête du Royaume d'Afwracan , fit encore
celle de la Kabarda , fupérieure , & y introduifit
la religion chrétienne que le fils & la fille
du Prince Temruk , envoyés ôtages en Ruffie ,
" embrafferent auffi . Le fils reçut le nom de
Prince Michailow Temru Koifitfch- Ticherkaskoi,
en Ruffie , & la fille que le Czaar épouſa
fut nommée Temru - Korfna ; depuis cette épo
que les Souverains de la . Ruffie ont ajouté à
leur Titre celui de Seigneur & de Souverain
des Pays Kabardes & de Prince des montagnes
& des Ticherkaffy ; Pierre le Grand y ajouta
encore celui de Seigneur des Czaars & de
Kartalinie & de Géorgie.
( 10 )
Kartalinie ou Karduel , eft le pays connu fous
le nom de Géorgie. Le Prince Wachtang , fils
de Taimuras , Roi de Koraduel , devint Prince
de Kacheti. Il fut forcé deux fois de fe réfugier
en Ruffie ; fçavoir , en 1686 , & en 1699
avoir
60
un teftament dans lequel il inftitua Pierre le
Grand héritier de tous fes Pays . Wachtang ,
Fils de fon frere Leon , étant devenu Roi de
Karduel ou de Géorgie , fe mit en 1772 ,
fous la protection de Pierre le Grand , & fe
retira en Ruffie avee fa famille après avoir été
chaffé de fon Pays par les Turcs. C'eſt de lui
que defcendent les Zaarewitfch de Géorgie qui
font en Ruffie. Le Roi de Géorgie & de
Kocheti Heraclius I. envoyé en Ruffie par fon
pere , y embraffa la Religion chrétienne; fon petit
fils eft Heraclius II , qui vient de fe foumettre à la
fuprématie de Ruffie. Il eft âgé de 60 & quelques
années, & il s'eft montré l'ami de la Ruffie, dans la
derniere guerre que cette Puiffance à foutenue
contre les Turcs. Sa foumiffion aura vraiſem
blablement des fuites avantageufes pour l'Empire
Ruffe ; mais il feroit à defirer qu'on parvint à
changer le caractere des Géorgiens , qui font
pareffeux , opiniâtres & très- fuperftitieux . La
population de Karduel & de Kacheti efl auffi
très-médiocre ; on n'y compte qu'environ 201
& quelques mille perfonnes máles. Tiflis , qui
en eft la réfidence & la capitale , n'eft pas grande ;
mais paffablement bien bâtie en pierres ; elle eft
diftante de Petersbourg environ 440 milles
d'Allemagne.
Selon les lettres de Pétersbourg , le Miniftre
d'Angleterre eft fouvent en confésence
avec le comte d'Oftermann ; & on
( II )
、
croit que le traité entre les deux Couts , qui
eft fur le tapis , ne tardera pas à être conclu
& figné .
Les Papiers publics n'ont été remplis pendant
long-temps , écrit- on de Berlin , que des exem
ples funeftes du danger de fonner pendant les
orages; les Phyficiens & les faits fe font réunis
pour démontrer ce danger ; mais nulle part ils
ne font parvenus à déterminer les habitans des
Campagnes & ceux même de bien des Villes
à renoncer à cette coutume ; la foudre qui tombe
dans ces occafions de préférence fur les clochers
, n'a pas plutôt écrafé quelques fonneurs ,
que d'autres s'empreffent de les remplacer &
de s'expofer' aux même péril . Il faudroit partout
que l'autorité fouveraine profcrivit cet ufago.
Le Roi vient de s'en occupper ici ; il a fait expédier
à tous les confiftoires de fes Etats des Lettres
circulaires , par lefquelles il leur enjoint
de faire publier dans toutes les Eglifes qu'on
s'abftînt à l'avenir de fonner à l'approche des
orages .
Ön mande de Braunsfeld , que le Prince
regnant de Solms , Ferdinand - Guillaume
Erneft , y eft mort le 24 du mois dernier ,
dans fa 63e. année.
On écrit de Vienne l'anecdote fuivante,
qui mérite d'être rapportée,
Un bâtiment arriva dernierement ici fur le
Danube avec un chargement de fruits ; lorfque
le propriétaire les eut vendus , un Employé du
Bureau des Ports & de la navigation , lui demanda
ce que fon bateau lui avoit coûté , Sa
Majefté Impérialé ayant ordonné d'en acheter où
l'on pourroit en avoir ; il répondit 70 florins
l'Employé lui dit enfuite que l'Empereur ne
26
( 12 )
payoit aucun bateau au - delà de 20 florins , &
le propriétaire fut forcé de l'abandonner à ce
prix & de fe retirer. Arrivé ſur le pont- neuf ,
entre le Roffau & l'Augarten , il raconta fon
malheur les larmes aux yeux à plufieurs perfonnes
; ce récit fit accourir beaucoup de monde.
Dans ce moment arrive l'Empereur à cheval ,
venant de l'Augarten ; il demanda ce que c'étoit
que cet attroupement ; on lui en dit le fujet ; il
fit approcher le propriétaire du bateau & lui
ordonna de le fuivre . L'Empereur le rendit en
droiture au fufdit Bureau , fe fit préfenter les
regiftres , & ayant trouvé que le même bateau
étoit enregistré pour 80 florins , il fit arrêter
l'Employé , le condamna aux travaux publics ,
fit donner les autres 60 florins au propriétaire ,
& le gratifia d'un préſent .
On dit que pour fournir à l'entretien des
Invalides , l'Empereur a ordonné que tous
les propriétaires de maiſons feront tenus d'en
prendre pour leur fervir de portier , ou pour
d'autres fonctions dans l'intérieur de leurs
maifons. Ceux qui n'en voudront pas paieront
annuellement 24 florins qui ferviront à
l'entretien des autres. On accordera auffi à
ces Invalides la permiflion de vendre du
tabac .
ANGLETERRE..
DE LONDRES , le 26 Novembre.
Les nouvelles arrivées dernierement d'Hallifax
, ne préfentent pas fous un point de vue.
auffi intéreffant que nos papiers l'ont fait
( 13 )
"
jufqu'ici , l'état des Loyaliftes , qui après avoir
été expulfés des Etats Unis d'Amérique , fe.
font réfugiés dans la nouvelle Ecoffe ; on
peut juger par la lettre fuivante de Hertford
des fuccès de la Colonie de ces infortunés ,
qui ont formé l'établiſſement , qui portera le
nom de Shelburne .
Un particulier qui arrive ici du port de Rofeway
, nous apprend que les réfugiés qui s'y
font retirés , s'y trouvent dans la plus grande détreffe.
Ils n'ont point d'autres provifions que
celles qu'on leur fournit des magafins du Roi ,
& elles font en petite quantité. Le pays eft froid ,
apre , ftérile , plein de rocs , & d'une terre pierreufe
, de forte qu'il leur fera impoffible d'y recueillir
affez de vivres , pour nourrir ceux qui y
font déja arrivés . La moitié de ceux qui font ve
nus avec la derniere flotte de New-Yorck , font
déja repartis pour chercher un refuge en quelqu'autre
endroit ; on n'a pas achevé de bâtir une
feule maifon dans leur Metropole de Shelburne ;
& ils font obligés d'y vivre fous des efpeces d'appentis
, ou de toits , conftruits de cercles de douves
& de quelques planches. Il y a préfentement
en cet endroit environ 1500 réfugiés , dont la
moitié font des negres qui ont commencé à fe
mutiner , & à menacer d'égorger les blancs. Il a
marché un certain nombre de troupes Britanniques
d'Hallifax , pour protéger les Loyalistes
contre les Noirs qu'ils ont engagés eux - mêmes
à quitter leurs maîtres dans les Etats - Unis.
Ces défaftres ne font pas les feuls qu'ont
éprouvé les malheureux réfugiés. Selon des
lettres de New-Yorck , on y a appris le naufrage
du transport la Sally , qui en étoit parti
( 14 )
pour Terre-Neuve ; il a coulé bas , & il ne
s'en eft fauvé que 5 hommes , qui dans un
efquif ont abordé à Rhode-island . Il a péri
avec le bâtiment le Major Ouhaid Huadelftone
, le Capitaine Lang , le Lieutenant
Philipps , So foldats d'Artillerie , miftriff
Auddelftone , & nombre de femmes & d'enfans.
C'eft avec une douleur inexprimable que
je vous informe écrit- on , de Newyorck , qu'il
n'existe plus à préfent un feul homme , ni une
feule femme ni un feul enfant de tout le corps
des loyaliſtes de Maryland , qui s'embarqua
dernierement pour la nouvelle Ecoffe. Le fort
de tant de braves infortunés , celui d'un de
mes enfans qui étoit avec eux me déchire le
coeur. Ce déplorable événement nous a été
appris hier , par le capiraine Willes . Il dit
qu'étant à Rofeway , il y a 8 jours , il a vu
le maître & partie de l'équipage du vaiffeau de
tranfport la Marte , qui avoient été accueillis
en mer par un Pécheur , & conduits dans le
Port. le Capitaine Willes qui commandoit la
Marte , étoit parti de Newyorck avec une flotte
destinée pour la riviere de S. Jean. Il avoit
à bord partie du corps des loyalites de Maryland
, & du bataillon du Colonel Ludlow
s'étant féparé de cette flotte pendant le voyage ,
il fe trouva le 20 Septembre à portée de la
côte , où il comptoit aborder , il toucha malheureufement
fur un rocher d'une petite Ifle
à l'entrée de la baye de Fundy. Tous les foldats
effrayés du choc furent dans la plus grande
confufion ; mais les Officiers qui fe conduifirent
avec beaucoup de fang froid & d'intrépidité ,
tirerent leurs épées , & continrent les foldats
( 15 )
pour qu'ils ne troublaffeni point les manoeuvrer
des Matelots , ils abandonnerent leur destinée
au maître de l'équipage , & reçurent leurs
ordres pour faire exécuter les travaux & prêter
les fervices qu's pouvoient rendre. Les mats
furent coupés , le maître & partie de l'équipage
fauterent dans le petit bateau pour visiter le
vaiffeau tout au tour , & on mit 90 hommes
fur la grande chaloupe ; à peine y furent- ils
que le grand mat tomba fur elle , & ils périrent
tous ; deux ou trois minutes après le vaiffeau
fut mis en pieces , & tout ce qui s'y trouvoit
fubit le même fort. Le Capitaine étoit à 1000
verges de diftance alors , il erra pendant quelques
jours fans vivres , fans eau , jufqu'au moment
où il rencontra le Pêcheur qui le recueillit ;
cela fait 22 hommes en tout fauvés fur plus de
400 qui étoient embarqués fur la Marte.
Le Journal de Penfylvanie contient une
lettre écrite à Richemond en Virginie , du.
Comté de Washington , en date du 10 du
mois d'Août.
« Nous apprenons par une voie sûre qu'il eft
arrivé à Louisville différentes députations des
Sauvages , qui demandent tous la paix. Ils reconnoiffent
qu'ils ont eu tort de ne pas obferver
la neutralité, & demandent notre protection.
Quelques-uns racontent que nos troupes font en
poffeffion de Detroit , & que des Commiffaires du
Congrés font arrivés à Sandusky . C'est peut- être
ce qui leur a fait voir fi clairement leur erreur .
Milgré cet afpe&t flatteur de paix , nous ne
fommes pas peu alarmés de la conduite d'un
parti de la Caroline feptentrionale . Ces hommes
établis dans dans le Comté de Cumberland ou
( 16 )
fur la riviere Sawaneſe , joints à un corps de Chiksaws
, ont attaqué un des établiffemens efpagnols
fur le Miffifipi . Heureuſement ils ont
été repouffés , & la plupart ont péri victimes
de leur attentat . Cette action a été commife par
quelques Toris qui fe font refugiés à Cumberland
, après la conquête de la Floride occidentale
. Ils avoient à leur tête un nommê Turnbull
& Philippe Aftin ; mais un Virginien , inftruit
de leur projet , en donna connoiffance au Gouverneur
efpagnol ; ce qui le mit en état de fe
préparer. Plût à Dieu que nos amis les Epagnols
les tinffent tous , & qu'ils les puniffent
en les faifant travailler toute leur vie à leurs
mines. Le Gouvernement demande tous ceux qui
font échappés , ou il enverra des forces fuffifantes
pour une repréfaille.
L'attention générale eſt maintenant fixée
fur les affaires importantes qui vont occuper
l'attention de la Légiflation : la premiere eft
celle de la Compagnie des Indes .
L'opinion générale , dit un de nos papiers ,
depuis le difcours émané du trône pour l'ouverture
du Parlement , eft qu'il faut employer les
moyens les plus efficaces pour tirer le plus d'avantages
poffibles de la liaifon de la G. B. avec
l'Inde. On doit donc efpérer que les Miniftres .
actuels agiront avec zêle , & que rien ne les
détournera de ce grand objet , qu'on ne verra
pas renouveller ce qui s'eft paffé en 1695 , fous
le Roi Guillaume , lorfque le Parlement s'occupa
d'une difcuffion de ce genre . On décou
vrit qu'il avoit été diftribué de groffes fommes
d'argent aux principaux Miniftres de
Couronne . Le Duc de Leids avoit eu une gratification
de sooo liv. fterling ; & on obferva
( 17 )
que le Roi Guillaume lui-même n'en avoit pas
refufé une de 10,0co . Au moment où fe fit cette
découverte , le Roi mit fin à la feffion , & par
conféquent à toute enquête ultérieure. Il eft de
l'intérêt des Directeurs de ne pas fe permettre
une pareille conduite , & il eft du devoir du
Parlement de veiller de près à ce qui s'eft paflé
& ce qui peut fe paffer encore.
Ce paragraphe parut peu de jours après
l'annonce que fit M. Fox de la motion qu'il
préparoit , & qui eut lieu en effet le 18. La
Téance de ce jour peut être regardée comme
la premiere qui ait offert de l'intérêt.
M. Fox prépara à fa motion par un difcours
très - étendu , dans lequel il établit d'abord la
néceffité des mefures qu'il avoit à propofer.
Pour prouver cette néceffité , il rappella les
procédés de la chambre , dans les deux dernieres
années , relativement à la compagnie. Les abus
ani s'étoient manifold d
>
ie mamiches dans le gouvernement
de fes établiffemens , forcerent à des enquêtes ,
pour lesquelles on nomma des commités qui s'en
Occuperent avec zele & dont les rapports
donnerent lieu à la motion pour le rappel de
M. Haftings . La chambre l'ordonna , les Directeurs
l'arrêterent en conféquence , mais l'affemblée
des propriétaires s'y oppofa . Les Directeurs
fuivirent cet avis ; mais les dépêches qu'ils préparerent
ne partirent point , parce que le Miniftre ,
avec l'attache duquel il faut qu'elles foient envoyées
, les trouvant oppofées aux vues & à l'ordre
du Parlement , les fit fufpendre. Il en résulte
que la nouvelle du rappel ordonnée par la chambre
arriva dans l'Inde , & que celle de fon maintien
dans fa place par les propriétaires refta en
Europe ; M. Haftings fe trouva alors dans une
( 18 )
pofition délicate , pourvu d'une place éminente ,
mais fans autorité , & d'un pouvoir fans énergie
, & rien ne prouve plus la néceffité d'un réglement
qui pourvoit au renouvellement d'un
pareil abus , & de bien d'autres . Il faut fixer
la main dans laquelle réfide le pouvoir de punir
ou de rappeller un Employé ; cela ne l'eft
point encore. On l'a cru dans celles des Direc
teurs , qui , pour cet effet , s'adreffent au Miniftre
; mais on dit qu'après avoir obtenu ce
confentement , il faut celui des propriétaires ;
& il en résulte bien des inconvéniens . Un Gouverneur
, dans l'Inde , commence par faire fa
fortune ; il pille le peuple pour s'enrichir ;
quand il eft fatisfait , il pille encore pour aug
menter les trésors de la Compagnie dont il dépend
, & il s'en affure l'appuit ; les Actionnaires
font toujours bien difpofés pour celui qui augmente
leurs profits. Ces confidérations ne
font pas les feules qui prouvent que l'interpofition
du Gouvernement et néceffaire ; l'état des
finances de la Compagnie en fournit des raifons
auffi preffantes. Selon l'acte du Parlement ,
les Directeurs ne peuvent accepter pour plus de
300 , 000 livres fterlings de lettres de changes;
il y en a pour deux millions qui font en vente ;
elle doit 11200,000 livres fterlings , & elle n'a
de fonds entre les mains que pour trois millions
deux cents mille , cet état eft alarmant ; le
Gouvernement a intérêt de fauver la Compagnie ;
il en retire 1300000 , qu'elle paie en impôts ;
le revenu des Actionnaires eft fort au- deffous ,
puifqu'il n'eft que de 250,000 , fi les lettres de
change qu'on attend font envoyées fans acceptation
, ce fera dire à l'Europe & à l'Afie que
l'Angleterre fait banqueroute , puifqu'el'e ne
foutient pas une Compagnie qui lui procure tant
( 19 )
d'avantages. Mais ce n'est pas aſſez de la
foutenir il faut l'empêcher de s'expofer au
même danger ; pour y réuffir il eft bon de reconnoître
leur fource ; c'eft ce que fait M. Fox ;
il l'a trouve dans la conduite des Employés ,
& à cette occafion , fans prétendre accufer celle
de M. Haftings , il en fait un tableau qui ne fau
roit être plus odieux s'il eft fondé ; la péculat
& la mauvaife foi ne font pas les moindres
détails qu'il releve ; il s'étend fur les préfens
qu'il a reçus , & en cite un , entre autres , de
100,000 livres sterling . En général il est défendu
à un Employé de la Compagnie d'en recevoir
, & ceux qu'il eft d'ufage de ne pas refufer
doivent entre en entier dans la Caiffe de
la Compagnie ; mais ils reftent dans celle du
Particulier auquel ils font faits , & ils le font
toujours par des hommes qui achettent ainsi un
délai pour le paiement de ce qu'ils doivent ,
& fouvent l'abolition de leur dette. M. Fox n'ac
cufe pas M. Haftings de la guerre des Marattes ;
il convient qu'elle doit fon origine à la Préfidence
de Bombay ; mais M. Haftings y entra ,
& les termes de la Paix n'effacent pas le malheur
de s'être engagé dans la guerre . Il dit un
mot de la grande queftion , favoir fi les territoire
de l'Inde appartiennent au Roi où à la Compagnie
; mais il la laiffe indécife. S'il eft fingulier
que des Marchands foient Souverains , il feroit
difficile & peu convenable à un Souverain d'être
Marchand. M. Fox termina fon difcours par demander
la permiffion de propofer deux bills ; le
premier a pour objet d'établir un bureau de 7
perfonnes revêtues du plein pouvoir de placer
& de déplacer tous les Officiers dans l'Inde , &
qui auront fous leur inſpection le gouvernement
général du pays ; on leur donnera &
( 20 )
affiftans qui feront chargés de tout ce qui concerne
le commerce. Le bureau fera en Angle
terre fous les yeux du Parlement , auquel il
foumettra toutes les démarches. Les Employés
dans l'Inde lui rendront compte de toutes les
leurs ; & dans les cas où les circonftances , car
il peut s'en préſenter , ne permettront pas d'o
béir aux ordres du bureau , il lui en expoſera
les raifons les plus détaillées . Le fecond bill a
pour objet l'adminiſtration de nos établiſſemens
de l'Inde & de leurs dépendances . Cette demande
paffa fans oppofition ; mais on ſe propose d'examiner
feverement les deux bills ; alors il eft
vraisemblable qu'ils occafionneront bien des
débats.
Cette interpofition du Gouvernement
dans les affaires de l'Inde bleffe les Actionnaires
de la Compagnie , qui fe propofent
de faire des repréſentations ; il paroît qu'ils
ont un parti nombreux ; & déjà il a paru
quelques paragraphes dans les papiers publics
, où l'on s'éleve contre cette meſure que
quelques-un décréditent .
« Cette interpofition , difent- ils , n'a fa nécef
fité que dans la perte de l'Amérique & la fituation
critique de l'Irlande , qui a beaucoup diminué
l'influence de la Couronne , en réduiſant
le nombre des places ou des bénéfices fans charges
qu'elle avoit à fa difpofition . M. Fox , dans
un débat du 4 juillet dernier , dit que le Gouvernement
de ce pays étoit tellement conflitué ,
qu'il ne pouvoit fubfifter fans avoir à fa difpofition
beaucoup de ces places. Il eft à pré ſumer
que le cabinet adopte cette idée ; ce qui ne
peut manquer d'être une bénébiction pour ce
pays. Le paffé femble prouver que les affaires
( 21 )
de l'Inde feront auffi bien entre les mains du
Gouvernement que dans celles des Directeurs ,
qui , au lieu de payer 7 pour 100 aux actionnaires
, pourroient également leur donner 50 ,
& finir par ne leur rien donner du tout.
Les débats du Parlement fur l'Inde ne
fauroient manquer d'être intéreffans . Déjà
bien des perfonnes ne font pas de l'avis de
M. Fox fur le tableau qu'il a préfenté de l'état
de la Compagnie ; dans l'affemblée générale
qui s'eft tenue à ce fujet , on s'eſt récrié
contre fon injuftice; on a dit que la compagnie
ne devoit rien , ce qui paroît un peu
difficile à croire , après la guerre longue
qu'elle a effuyée , & dans laquelle fes revenus
immenfes n'ont pas dû moins fouffrir
que fon commerce. On a dit hautement :
dans cette affemblée que ce n'étoit pas l'état
de banqueroute , dans lequel on la fuppofoit
, qui fixe l'attention des Miniftres ; mais
les richeffes tentent leur avidité ; ils veulent
fe dédommager de la perte que leur cauſe
l'indépendance de l'Amérique , où ils avoient
tant de places lucratives & fans fonctions à
donner, & s'en procurer d'autres dans l'Inde.
On remarque dans tout ce qui fut dit à
cette occafion beaucoup d'humeur ; peutêtre
auffi craint- on de voir violer la charte
de la Compagnie ; quoiqu'il en ſoit , il fut
arrêté une requête au Parlement ; elle a été
préſentée hier à la Chambre des Communes
, fur le Bureau de laquelle elle a été mife
en attendant la feconde lecture dés bills de
( 22 )
M. Fox , qui tient à fon ouvrage , & qui me
négligera rien pour le faire paffer.
C'est au moment où les affaires de la
Compagnie font dans cette crife , qu'elle a
reçu des nouvelles qui ne font que très-défagréables.
Les Directeurs fe font empreffés
d'en publier la fubftance , pour prévenir les
exagérations , qu'ils ne préviendront pas ; &
elles laiffent le champ libre à bien des Commentaires.
-
Sir Edouard Hugues marcha à Madras le 13
avril , fans avoir rencontré aucune partie de l'efcadre
françoife ; le 24 du même mois Sir Eyre
Coote y arriva , apportant avec lui 10 laks de
roupies ; il y mourut le furlendemain . Le
général Stuard , qui , à la tête de l'armée britannique
, marcha à Cuddalor lorſque Typo - Saib
eut évacué le Carnate , attaqua le 13 juin les
lignes françoiles , & les emporta après avoir fait
une perte fenfible , dans laquelle on ne compte
pas moins de 615 européens & 366 cipaies tués ,
bleffés ou prifonniers . Le 25 l'ennemi fit une
fortie du fort , & s'avança juſqu'à nos lignes ,
dont il tenta l'affaut avec beaucoup de courage ;
il fut cependant repouffé avec perte d'environ
200 européens , & leur Colonel refta priſonnier .
La nouvelle de la paix , qui arriva enfuite ,
mit fin aux hoftilités , à l'attaque & à la défenfe
de la place . Vers le 21 juin il y eut
un engagement entre les deux flottes , mais il
ne fut point décifif. Le Colonel Lang , qui
avoit fait une irruption dans le pays de Coim
batour, après avoir foumis Caroor & Dindegul , fut
rappellé pour joindre la grande armée devant
Cuddalor. Le Colonel Fullarton ayant été re
-
-
( 23 )
vêtu du commandement , s'avança juſqu'à Darampor
, place à 120 milles de Seringpatam ,
capitale de Typpo- Saïb , dont il s'empara le
premier juin ; alors il reçut ordre de fe rendre
à Cuddalor , & reçut dans fa route un renfort
confidérable , qui lui fut envoyé ſur la nouvelle
de la paix. Trois cens européens , avec de
la poudre & des provifions , furent envoyés de
Madras à Mangalor , dans les vaiffeaux de S. M.
le Bristol & l'Ifis , avec ordre au Colonel Campbell
de débarquer s'il le jugeoit néceffaire .
Typpo- Saib , après avoir quitté le Carnate
, s'étoit avancé à Bidnore ; & fuivant les avis
reçus à Tellicherry & à Anjengo , le Général
Matthew , avec fes forces , confiftantes en pluficurs
détachemens de trois régimens du roi &
les troupes de la Compagnie , faifant en tout
600 européens & 1600 Cipayes , s'eft rendu fous
condition de fortir avec les honneurs de la guere ,
& la liberté de fe retirer à Mangalor ; mais cette
capitulation fut violée par Typpo- Saïb . Mangalor
& Onore font en notre poffeffion ; il y a
dans la premiere de ces places 3000 hommes ,
des approvifionnemens néceffaires , un nombre
d'officiers expérimentés , fous les ordres du Major
Campbell , ce qui donne la plus grande eſpérance
de la conferver ; ils ont repouílé déjà trois
attaques vigoureufes , & fait des forties avec
fuccès : la mouffon qui s'approche , mettra bientôt
fin aux attaques .
Le confeil de Tellicherry a écrit auffi que
fur la nouvelle que Typpo - Saib s'approchoit de
la côte de Malabar , on avoit pris toutes les
mefures néceffaires pour la fûreté des places ,'
& que le 16 juillet on étoit fans inquiétude ,
& qu'on les avoit mifes en état de fe défendre
contre tous ceux qui pourroient les attaquer.
( 24 ).
-La paix avec les Marates fut proclamée à
Bombay le 8 avril . Les précédent , le Colonel
Macleod & Humboftern furent attaqués peut
de jours après avoir quitté Bombay dans le Sloop
le Ranger , par la flotte des Marates , & conduits
à Geriah , après un combat opiniâtre , dans le
quel il y eut s morts & 25 bleffés. Le Colo
nel Humberton , qui étoit au nombre de ces
derniers , eft mort depuis de fes bleffures. On
a demandé au Peshwa fatisfaction de cet ou
trage ; on n'a pas publié fa réponſe , mais on
dit qu'elle étoit peu fatisfaifante. Il a enfuite
renvoyé le Ranger , les Officiers & l'équipage ,
qui arriverent à Bombay le 29 mai ; le 2 juin
fuivant , on reçut une lettre du Peshwa , plus
fatisfaifante que la premiere , dans laquelle il
defiroit l'expédition des ordres pour lui délivrer
les pays cédés par le traité .
On ajoute que le Peshwa a confirmé la
paix , que la Compagnie n'a plus d'ennemis
dans le Carnate , & qu'elle peut à préſent
porter avec fuccès toutes fes forces contre
Typo-Saïb..
Le 19 le Lord John Cavendish annonca qu'il
demanderoit le lendemanin la permiffion de préfenter
un bill pour corriger & expliquer l'acte
paffé dans la derniere feffion , pour impofer une
taxe fur les quittances. Il dit qu'on avoit conſulté
plufieurs gens de loi , & entr'autres le ci -devant
Procureur- Général , & celui qui l'a remplacé ;
que les deux derniers étoient d'un avis diamétralement
oppofé à celui des premiers ; que c'étoit
la raifon pour laquelle il avoit jugé une explication
de l'acte , néceffaire. L'Amiral Pigot ſe
leva enfuite pour propofer le complément des
matelots néceffaires pour le fervice de l'année
1784.
( 25 )
1
1784. Les forces qu'on étoit obligé d'entretenir
dans l'Inde , forçoient de porter ce complet
beaucoup plus loin qu'il ne l'auroit défiré , mais
dit qu'il feroit réduit auffitôt que cela fe
pourroit. Le nombre des vaiffeaux employés
montera à cinquante- trois , dont 20 Sloops , 27
cutters , & 6 groffes frégates , montant en tout
à 4475 hommes. C'étoit plus de matelots que
dans les paix dernieres ; mais ils étoient déftinés
à croifer dans la méditerannée , où nous n'avons
plus Minorque où nos vaiffeaux marchands
ont befoin de protection contre les corfaires
barbarefques. Dans nos mers les contrebandiers
exigent des forces affez confidérables pour s'y
faire refpecter ; il conclut par demander 26000
Matelots auxquels on allouera 4 liv. ferling par
mois pour chaque homme.
Le Lord John Cavendish dit enfuite qu'il propoferoit
inceffament quelques reflexions à la chambre
fur les moyens d'arrêter la contrebande.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 2 Décembre.
M. le Baron de Breteuil , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au département de la Maiſon
du Roi , prêta le 26 du mois dernier en cette
qualité , ferment entre les mains de S. M.
DE PARIS , le 2 Décembre.
La publication de la Paix a eu lieu mardi
dernier; fans entrer dans les détails du Cérémonial
d'ufage , nous en indiquerons , qui
étant peu connus , parce qu'ils fe paffent dans
No. 49. 6. Décembre 1783. b
f
( 26 )
l'intérieur de l'Hôtel - de- Ville , peuvent piquer
la curiofité de nos Lecteurs.
M. le chevalier de la Haye , Roi d'Armes de
France , accompagné d'un détachement de fix
Héraults d'Armes , précédé de la Mufique de la
Chambre des Ecuries de S. M. , va prendre de
la part du Roi M. le Prévôt des Marchands , le
Corps de Ville & le Châtelet , qui font affemblés
au Bureau de la Ville ; il reçoit du Maître
des Cérémonies l'Ordonnance de la Paix , & en
fait faire la lecture ; après quoi les différentes
compagnies & députations fe rendent dans les
Places publiques , où le Roi d'Armes de France
ayant commandé trois chamades des cloches d'armes
de S. M. , & prononcé trois fois : De par le
Roi , dit premier Hérault d'armes de France ,
au titre de Bourgogne , faites les fonctions de votre
charge ; il lui remet alors l'Ordonnance de la
Paix , que le premier Hérault d'armes publie.
Enfuité le Roi d'armes fait fonner trois fanfares
& crie trois fois Vive le Roi. Ce cérémonial
a été obfervé dans les quatorze Places publiques
, où s'eft fait , felon l'ufage , la Publication
. On s'eft rendu enfuite à l'Hôtel de
Ville , où le Roi d'armes de France &,les Héraults
ont foupé avec M. le Prevost des Marchands.
Une fingularité que nous obferverons
en paffant dans ce cérémonial , c'eſt qu'en ver
tu d'un ancien ufage , il est préparé , dans l'après-
midi , aux Feuillans , une colation où font
feulement reçus le Roi d'armes de France &
les Héraults ; les Magiftrats les attendent . On
ignore l'origine & le but de cet ufage.
•
Le Te Deum & les illuminations générales
qui l'accompagnent , devoient avoir lieu
Dimanche dernier ; ils ont été remis à Diman(
27 )
che prochain , à caufe d'une indifpofition de
M. le Garde des Seaux , qui doit préſider à
cette Cérémonie .
On mande de l'Orient , que le Confeil de
guerre pourſuit fon travail , & que ces jours
derniers il avoit mandé , pour être entendus ,
plus de 70 Officiers d'Infanterie , qui ont été
témoins de l'affaire pour laquelle il a été affemblé.
Le travail pour le mouvement des Intendances
qu'on difoit devoir avoir lieu Samedi
dernier, ne fe fera , dit- on , que dans cette
femaine.
Après le Procès -verbal de la derniere expérience
du globe aéroſtatique de M. de Mongolfier
; on ne lira pas fans intérêt les détails
de la courfe aérienne des deux perfonnes qui
fe font élevées avec la machine.
Les deux voyageurs avoient raifon de prétendre
, qu'ils rifqueroient moins , la machine étant
abandonnée , que lorfqu'elle étoit retenue par
des cordes. Elle avoit reçu quelques dommages
dans les différentes expériences , lorſqu'on lui
oppofoit de la réfiftance ; & il fallut beaucoup de
courage dans ceux qui s'y expoferent , malgré la
déchirure qui l'avoit entrouverte , & qu'on n'avoit
raccommodée qu'imparfaitement . Elle s'éleva
pompeulement ; & lorfque les navigateurs
aériens firent leurs adieux , tous les fpectateurs
eurent un ferrement de coeur , caufé bien plus
par la crainte que par l'admiration , au point que
quelques femmes fe trouverent mal . Monfeigneur
le Dauphin , trop jeune pour éprouver cette fenfation
, a'en eut qu'une fort agréable ; en voyant
b 2
( 28 )
1
le globe s'élever , il méla les petits élans de fa
joie & le battement de fes mains aux applaudiffemens
de tous les affiftans. La machine pouffée
par un vent de N. O. , s'éloigna majestueuſement
; elle fut bientôt au-deffus de la riviere ,
vis - à- vis de Chaillot . Là elle trouva un courant
d'air qui la fit monter jufqu'au milieu du petit
Cours. Les intrépides voyageurs , fâchés de ne
pouvoir s'éloigner de la riviere , & de planer fi
long- tems fur elle , redoublerent leur feu ; ils
monterent à une plus grande hauteur , où ils trouverent
fans doute un autre air de vent , puifqu'en
moins d'une minute ils furent reportés au
Sud, entre les Invalides & l'Ecole Militaire ,
d'où le vent les conduifit fur Paris . Alors voyant
la machine fort échauffée , l'un d'eux propofa de
defcendre , l'expérience étant déjà affez belle ;
ils étoient en ce moment fur la rue de Babylone ,
à l'en des bouts du fauxbourg S. Germain ; ils
diminuerent leur feu mais ayant reconnu qu'ils
tomberoient fur les maifons , & qu'ils étoient
même portés en droiture fur les tours de S. Sulpice
, ils ranimerent leur gaz , pour éviter ce
danger , & ils traverferent en 5 à 6 minutes
toute cette partie du fauxbourg S. Germain , &
une autre du fauxbourg S. Jacques , en paffant à
côté de l'Obfervatoire. Cependant la machine déjà
Léchée par les expériences précédentes , & fortement
échauffée par un feu continuel depuis 22
minutes , étoit dans une contraction , & faifoit
entendre des craquemens , qui déciderent les hardis
navigateurs à modérer leur feu ; & ils furent
tomber , ou pour mieux dire , defcendre au bout
du nouveau boulevard , près de 3 moulins , à
une portée de fufil de la Salpétriere.Le vent
ayant indiqué la route que le globe tiendroit , on
avoit placé des courriers près des Invalides & fur
( 29 )
le nouveau boulevard qui le fuivoient , & arriverent
près de lui , preſqu'au moment de fa chûte.
M. le Duc de Chartres lui-même , ayant paffé
le bac vis -à-vis les Invalides , les fuivit ventre à
terre , & arriva affez à tems
, pour être le premier
à complimenter les hardis navigateurs , &
à leur faire donner toutes fortes de foins . Ils n'é →
toient pas fatigués , mais ils étoient fort échauf
fés , & avoient befoin de changer de linge. Ils
n'avoient pas été fi continuellement occupés dans
leur courfe , qu'ils n'euffent pu quelquefois confidérer
Paris , & mefurer l'étendue de l'horifon.
Ils ne diftinguoient de Paris qu'une grande maſſe
de pierres ; l'objet le plus vifible pour eux , que
leur réfléchiffoient fans doute les rayons du foleil ,
étoit la riviere qu'ils fuivoient dans fes finuofi
tés , jufqu'à Pontoife , c'est -à- dire , auffi loin que
leur vue pouvoit s'étendre . Le vent a dirigé ce
globe , de maniere que tout Paris l'a pu voir. Le
nom des deux premiers Navigateurs aériens s'af
focię naturellement à celui des inventeurs de la
machine, & ils ne doivent point en être séparés.
Les expériences faites en divers endroits ,
ne peuvent que contribuer à perfectionner
cette invention , qui ne paroît encore que
curieufe , & qu'on peut rendre un jour utile .
On en a fait une à Lyon , dont on nous a
adreffé ainfi les détails.
J'imagine que dans un moment ou tout le
monde s'occupe des Balons Aëroftatiques , qu'on
cherche à déterminer les ufages auxquels ils
peuvent s'appliquer , qué les uns prétendent
qu'ils peuvent être très - utiles pour l'Aftronomie ,
La Géographie , & même la Méchanique ; que
les autres au contraire foutiennent
que c'eft
une invention non-feulement puerile ; mais danb3
( 30 ')
gereufe , je crois que l'expérience dont je vais
avoir l'honneur de vous rendre compte , fera
Je plus grand plaifir à vos lecteurs. Le 18 Octobre
on a fait partir des Breteaux , promenade
qui n'eft féparée de la Ville que par le Rhône ,
un Balon Acroftatique de 24 pieds de haut fur
douze en quarré à la baſe. Outre une grille templie
de papier , roulé & ferré avec la plus grande
force , imbibé d'huile & de graiffe , il portoit
encore deux Bombes remplies de feux d'artifices.
Plufieurs décharges de boîtes annoncerent
les préparatifs que l'on faifoit pour l'enfer; &
enfin fon départ , qui fut auffi célébré par une
excellente mufique de toutes fortes d'inflrumens.
D'abord le Balon parut vaciller , & on craignit
pendant un inftant qu'il ne retombât ou que le
feu s'y mit , ce qui auroit fort déplu à toute
Ja Ville qui étoit accourue fur les Quais ou
dans les maifons voifines , pour jouir de ce fpec
tale. Mais les alarmes cefferent bientôt , & le
Baloa s'élevant avec une prodigieufe rapidité ,
ne paroiffoit plus qu'une étoile lorfqu'une des
deux Bombes dont la méche avoit duré quatre
minutes éclatta , & remplit l'horifon d'étoiles &
autres artifices . Le Balon continuoit pourtant
à s'élever , & déja même on le perdoit de vue
lorfque la feconde Bombe dont la méche avoit
duré deux minuttes de plus que la premiere ,
& qui étoit du double plus forte , en éclatant
produifit un effet d'autant plus agréable , que
Jà nuit étant obfcure , les feux de toutes efpeces
qu'elle jetta , s'apperçurent mieux . -- De ce
moment le Balon refta abfolument perdu dans
les nuages , & on ne le revit plus. On a fçu
depuis qu'il avoit été apperçu à trois lieues de
la fur les dix heures , étant toujours exceffivement
élevé & ne paroiffant pas prêt à tomber
peut-être fe fera- t-il pofé dans quelque lieu
1
Eloigné des habitations , où aura-t-il été trouvé
par quelque campagnard , qui , n'en connoiffant
pas l'ufage l'aura brûlé ; car on n'en a pas eû
de nouvelles depuis . Cete expérience prouve
au moins que les Balons peuvent être employés
pour les fignaux qu'on a coutume de
faire avec des fufées , & que s'élevant à une
hauteur bien plus confidérable que celle ou
ces fufées peuvent atteindre & jettant bien
plus de feux , ils doivent être apperçus de bien
plus loin.
"'
L'expérience de la Machine aëroftatique ,
conftruite par MM. Charles & Robert, an
noncée depuis quelques jours , a eu lieu hier
aux Thuileries. Elle a été précédée de plufieurs
expériences très - curieufes , qui intéreffent
les Sciences , & qui pourront les enri
chir de découvertes précieufes. M. Meunier
, Lieutenant au Corps Royal du Génie ,
engagé par plufieurs membres de l'Académie
, dont il eft le correfpondant, de rédiger
le plan des obfervations & des fignaux qui
les ont précédées , en rendra compte luimême
inceffamment au Public. Nous nous
bornerons ici à parler de ce que tout Paris
a vu.
La machine eft partie des Thuileries à 1 heure
40 minutes. Comme le bruit s'étoit répandu
que MM. Charles & Robert ne partiroient point
à Ballon perdu , la fenfation a été plus vive ,
Jorfqu'on a vu le premier & M. Robert jeune dans
ùn char qui devenoit pour eux un char de triomphe;
les applaudiffemens ont été vifs , nombreux
& répétés ; mais il a fallu que les voyageurs
raffuraffent les fpectateurs par leur fécurité .
b 4
( 32 )
à
Te Public partagé d'abord entre la furpriſe &
la crainte a gardé le filence à leur départ ; il
l'a rompu par fes acclamations & par fes voeux
pour le retour des Argonautes nouveaux
mefure que la machine s'éloignoit on a fuppléé
aux battemens de mains en élevant les
chapeaux ; les Suiffes mêmes ont participé à
la joie publique en balançant leurs fabres en
l'air . Jamais les Sciences n'ont offert un fpectacle
auffi majestueux & auffi impofant ; & la Nation
doit s'enorgueillir d'une découverte qu'on auroit
reléguée il y a fix mois dans la claffe des menfonges
hiftoriques , fi on nous l'eut citée même d'Archimede.
M. de la Lande , de l'Académie des
Sciences , enthoufiafmé de cette fuperbe décourience
, & convaincu du fuccès qu'elle devoit
avoir , a follicité comme une faveur de monter
dans la machine , pour yfuivre fpécialement les
expériences qui avoient été arrêtées . Mais il étoit
jufte de laiffer cette préférence à MM. Charles
& Robert . Avant l'afcenfion de cette machine
, on a lancé un petit globe verd , & cet
honneur a été réservé à M. Mongolfier . Ce premier
globe a monté perpendiculaitement , & a été
apperçu l'efpace des minutes , & de 14 par des
vues perçantes , qui n'avoient ceffé de le fixer.
Au bout de 5 minutes , il paroiffoit comme uue
émeraude , & bientôt après comme une étoile. Il
a été dirigé par le vent d'Ouest , & la machine
aéroftatique par le vent de Sud-Eft.
Les fuites de cette magnifique expérience
ne peuvent que piquer la curiofité. En attendant
qu'on fache les détails de ce Voyage
intéreffant , nous placerons ici le Procèsverbal
fuivant.
» Nous , fouffignés , Charles , Robert , Jean
Burgatet , Curé de Nefle , & Charles Philip(
33 )
pet , Curé de Frefnoy , Thomas Hutin , Sindic
perpétuel de ladite Paroiffe , & L'heureux ,
Curé d'Hédouville , certifions que la Machine
aëroftatique eft defcendne entre Nefle & Hedouville
, ( environ neuf lieues de Paris , ) dans
la prairies de Nefle , à trois heures trois quarts .
En foi de quoi nous avons figné ce Procès-verbal
, écrit dans le Char aeroftatique par moi
CHARLES . Suivent les fignatures des perfonnes
ci - deffus dénommées . M. le Duc de
Chartres & le Duc de Fitz James , qui font arrivés
au moment de la defcente de la Machine
ont honoré ce Procès - verbal de leurs fignatures,
& l'ont rapporté à Paris . On fait d'eux qu'a
quatre heures & un quart M. Charles , feul , eft
reparti dans la même Machine en préfence des
mêmes témoins.
On vient de publier la troifieme livraifon
des Eftampes deftinées à orner l'édition des
OEuvres de Voltaire. On nous faura gré d'entrer
dans quelques détails.
Le fuperbe monument que l'on prépare à la
gloire de Voltaire dans la grande édition de fes
oeuvres , demandoit la réunion des Arts du Deffin
& de la Gravure , avec celui de la Typographie.
Il est beau de voir les Arts fe perfectionner par
leurs efforts pour honorer la mémoire d'un
grand homme. Le Public a applaudi à l'entreprife
de M. Moreau , & voit auffi avec intérêt à
la tête de ce recueil , le nom augufte d'un Prince
qui fe montre digne de fuccéder au grand Frédéric
& par fes talens militaires qu'il a déja fignalés
d'une maniere mémorable dans la feule
occafion qui s'en foit préfenté , dans la fameufe
retraite du 19 Septembre 1778 , en Bohême ,
admirée de tous les Militaires de l'Europe , par
bs
( ( 34 )
un goût vif & une noble protection pour les
Sciences & les Arts , & fur- tout par ce touchant
refpect pour les grands Hommes dont les Sciences
& les Arts s'honorent , qui ne peut être le partage
que de ces Princes qui s'élevent au - deffus
de leur rang par leur ame & leur génie. On a
fu dans le temps , & il eft bon de redire encore ,
que le Prince Royal de Pruffe , dans fon dernier
Voyage à Pétersbourg , ne voulut pas permettre
que M. Euler , l'un des trois Géometres de génie
de ce fiecle , alors déja âgé & infirme , vint le
vifiter. Il fe rendit lui-même chez ce favant
Géometre , & s'entretint pendant plufieurs heures
avec lui auprès de fon lit. C'eſt ainfi que les
grands Princes fe conduifent avec les grands
Hommes ; & c'eft par ces qualités qu'ils fe font
adorer à la fois de leurs Sujets & des Etrangers.
Il femble qu'il étoit de la glorieufe definée de
Voltaire de le voir particuliérement honoré par
les Princes de la maifon de Pruffe ; le Roi en a
prononcé lui- même l'éloge dans fon Académie ,
& le Prince Royal a accepté avec empreffement
Ja dédicace des eftampes de M. Moreau , fatisfait
& flatté de voir fon nom à la tête de l'édition
des oeuvres de ce grand Ecrivain . Cette troifieme
livraiſon répond à la beauté des deux premieres
que le Public poffede déja . Voici les objers
qu'elle contient la premiere eftampe eft le
portrait de Henri IV , pour mettre à la tête de
la Henriade ; il eft gravé d'après Porbus , dont
le tableau appartient à M. le Duc d'Harcourt
qui a bien voulu le prêter à l'Auteur. La feconde
eft le portrait de Pierre I. peint d'après
nature , par L. Caravaque , à Aftracan . Ces deux
morceaux font honneur , le premier au burin de
M. Alex. Tardieu , & le fecond à celui de M.
Langlois. La troifieme , eft le moment où Merope
reconnoît fon fils en préfence de Polifonte,
( 35 )
La quatrieme , le meurtre de Zopire par Séïdes
dans la Tragédie de Mahomet. La cinquieme ,
Ninias fortant du tombeau , au cinquieme acte
de Sémiramis . La fixieme , Electre embraffant
l'urne que lui préfente Orefte , & qu'elle croit
renfermer les cendres de ce Héros. La feptieme ,
Euphémon , fils , tombant aux genoux de fon
pere , dans la Comédie de l'Enfant prodigue.
La huitieme , Pandore renverfant la fatale boite ,
dans l'Opéra de Pandore. La neuvieme , Ifabelle
'écoutant Gertrude & entendant ces mots : André,
mon cher André , vous faites mon bonheur . La dixieme
& derniere , la Bégueule avec le Charbonnier.
On ne peut qu'admirer dans cette nouwelle
livraiſon les talens fupérieurs de M. Mo
reau , qui a répandu , dans tous fes fujets , 'le
plus grand intérêt , & y a mis le plus grand
choix. Cette livraiſon fait attendre la fuite avec
le plus grand empreffement. On foufcrit chez
P'Auteur , rue du Coq Saint Honoré , près le
Louvre , où ces eftampes de format in-4°. & in-8°
Le vendent féparément des éditions.
·
Les maladies qui attaquent les beftiaux
font le fléau des laboureurs ; tout ce qui peut
contribuer à en écarter les ravages , a droit
d'être recueilli ; c'eft à l'expérience à en prouver
l'efficacité ; parmi les semedes qu'on a
préfentés quelquefois , en voici un très - fingulier
; c'eft ainfi que le P. Jofeph - Romain
Joly en a publié la recette , & la maniere
dont il en a été inftruit.
Je l'ai apprife , il y a près de 40 ans , d'une
efpece de Charlatan qui paffoit pour forcier dans
le pays , parce qu'il guériffoit les maladies du
bétail , qui proviennent d'un fang extravafé . Je
yous avouerai mon incrédulité à l'égard des forb6
( 36 )
tileges ; cependant on publioit tant de merveillés
de ce prétendu magicien , que paffant dans les
ca ntons qu'il fréquentoit , je témoignai quelque
envie de l'entretenir ; on l'en prévint ; & comme
il étoit fort mal avec les Prêtres , il crut trouver
en moi un conciliateur. J'appris de lui fon
hiftoire. Orphelin & fans fortune dès l'âge
de cinq ans , il n'avoit pas d'autres reffources
que la mendicité. Elle lui procura le néceſſaire
durant les premieres années , mais les fecours
diminuerent avec la compaffion , à meſure qu'il
avançoit en âge. Enfin , ils cefferent tout-à - fait
quand on le vit en état de gagner fa vie. Alors
il s'adreffa à un Sexagenaire , qui faifoit le fromage
dans une ferme des hautes montagnes ; &
comme l'enfant prodigue , il eut d'abord la comitfion
de garder les pourceaux ; la feule différence ,
c'eft qu'il ne dérogeoit pas ; car fon pere avoit
été Boëhe , c'est à - dire , felon le langage du pays ,
Berger de boeufs & de vaches. Son maître lui
ayant trouvé une tournure d'efprit qui lui plaifoit
, fe l'attacha plus particuliérement , en lui
promettant quatorze écus de gage ; c'eût été une
fortune pour lui , s'il avoit été bien payé. Malheureusement
le Suiffe aimoit le vin ; & malgré
la bonne volonté , il parvint jufqu'au bout
de fa carriere , fans avoir amaffé deux fols . Il
s'étoit contenté d'entretenir fon domeftique ,
auffi modeftement que l'état le comportoit. Quand
il fe vit fur le point de mourir , il lui tint ce
langage : Mon fils , depuis douze ans que tu me
fers , je te fuis bien redevable ; mais j'étois un
b.... d'ivrogne , tu le fais , & je ne puis te faisfaire
; le feul bien qui me refte , eft mon remede
pour la guérifon des troupeaux ; je ne l'ai
confié à perfonne ; fi tu veux t'en fervir avec
adreffe , tu feras bien dédommagé . Tel fut le
teftament oral de ce pauvre Helvétien . A peine
( 37 )
eut-il rendu le dernier foupir , que fon héritier
avertit le public qu'il étoit feul poffeffeur de
l'art du Nécromancien Bernois . Il ne fut pas
moins couru ; on l'alloit confulter de toutes
parts. Ce qu'il avoit de repréhensible dans fa
conduite , c'eft que , pour faire valoir le métier,
il ajoutoit des fingeries , & donnoit à fon remede
un verni de forcellerie. Je le tançai à l'égard
de ces additions . Quant à fa recette , je n'y
trouvai rien que de naturel. Cependant l'ayant
apprife fous le fceau de la confidence , je n'en
pouvois faire ufage , ni l'enfeigner à perfonne .
Enfin , les épizooties multipliées qui ont dévasté
le bétail en différentes Provinces , ont réveillé
mon zèle. J'ai écrit dans le pays touchant le
Médecin des bêtes à cornes , dont j'avois oublié
le nom , craignant qu'il ne vêcut encore , ou qu'il
n'eût légué fon fecret à quelqu'un. On m'a
répondu qu'il n'en exiftoit plus de cette efpece.
Un Religieux Prêtre qui va travailler dans la
Paroiffe , a fait des perquifitions ; & mon frere ,
l'un des chefs du Bailliage , s'eft exactement
informé. On leur a répondu que fi l'on avoit
un remede contre l'épizootie , elle n'auroit pas
fait tant de progrès dans ces montagnes . Après
toutes ces informations , j'ai cru qu'il étoit permis
de donner au public un bien qui m'avoit
été confié , puifqu'il n'appartient plus à perfonne.
Je n'en ai point fait ufage , & j'ignore fi les
Eleves de l'Ecole vétérinaire l'auront mis en
oeuvre. Quoi qu'il en foit , rien n'eft plus fimple.
-Il eft question de prendre une poignée de
fuie à la cheminée , d'y verfer de l'urine , & de
faire avaler forcément ce bol à la bête malade.
Le poffeffeur du remede m'affura que toutes
celles qu'il a traitées de la forte , ont recouvré
la fanté.
Les tableaux & deffins qui compofoient la
( 38 )
galerie du Comte Ludarini , à Rome , ont été
transportés à Paris ; la vente s'en fera à l'ancien
Hôtel de Bullion , rue Plâtriere , le 18 de ce
mois & jours fuivans , à quatre heures de relevée ;
& ils feront exposés les quatre jours qui précé.
deront la vente ; favoir , les 14 , 15 , 16 & 17
Décembre audit Hôtel de Bullion , où l'on
pourra les voir depuis dix heures du matin jufqu'à
une heure après midi. Cette collection' eft
déja connue de tous les Amateurs qui ont voyagé
en Italie pour être l'une des plus riches en originaux
rares & précieux des plus grands Maîtres ,
tels que Raphaël , le Correge , les Carraches , &
tous ceux de leur école ; Nicolas Pouffin , Vernet
, &c. & c. L'on en trouvera le catalogue rai
fonné chez MM. A. T. Paillet , Peintre , rue
Plâtriere , audit Hôtel de Bullion ; Brufley ,
Huiffier- Prifeur , rue Sainte Avoye ; & Claude
Simon , Imprimeur , rue Saint Jacques , près
Saint Yves ; & fi quelqu'un vouloit prendre des
informations fur la totalité de la collection , il .
pourroit s'adreffer, à M. Paillet.
Ce qui fe paffe fous un fol très éloigné du
nôtre , conduit fouvent ceux qui l'habitent a des
découvertes que le local feul fournit. Le défaut
des mêmes circonftances feroit attendre très -longtemps
les connoiſſances qui résultent de ce con
cours. L'étude des Langues en feroit jouir tout
d'un coup. Plus la facilité de les entendre fera
rare , plus il faudra de temps pour tourner au
profit de notre inftruction les livres compofés
chez les Peuples qui parlent chacune des différentes
Langues connues , Pour opérer en ce genre
une révolution avantageufe au commerce , aux
fciences & aux arts , un anonime a préfenté à
l'Académie Françoife un Mémoire qui y a été
Ju le 17 Juillet dernier , dont nous avons parlé
dans le Journal du 2 Août , dans lequel il ap(
39 )
puyoit fur la néceffité d'établir en France une
Académie de Langues vivantes qui fut compofée
de Membres verfés dans cette étude , &
qui feroient des Cours publics. Ce projet d'inftruction
, très - analogue aux circonstances politiques
dans lesquelles nous nous trouvons , avoit
déjà occuppé M. Luneau de Boisjermain . Dès
le 20 Juin dernier il a fait diftribuer un Prof
pectus qui annonce des Cours de Langue étrangere
, à l'aide defquels on peut apprendre , chez
foi , par la lecture , & fans Maître , l'Italien ,
l'Anglois , l'Efpagnol , le Portugais , l'Allemand ,
&c. Chaque Cours doit durer quatre mois . Depuis
la diftribution de cette Annonce on a ou
vert un Cours gratuit de Langues étrangeres
au Musée de la rue Dauphine. Ceux qui voudront
apprendre la prononciation des Langues
étrangeres , qu'on ne peut gueres acquérir par
la lecture , trouveront dans ces Leçons publiques
des inftructions dont le fecours feroit très- difpendieux
pour eux. Ceux qui voudront fe borner
à lire les livres écrits dans les différentes Langues
de l'Europe , trouveront dans les Cahiers que
M. Luneau de Boisjermain fait diftribuer des
moyens d'inftruction très- faciles ,
très -courts ,
très-intelligibles , & qui font à la portée de toutes
les perfonnes qui voudront fe livrer à cette
étude. (1 )
(1 ) On s'abonne actuellement pour la fomme de 15 h
au Cours de Langue Italienne , à Paris , chez M. Luneau
de Boisjermain , au Bureau de l'Abonnement Littéraire ,
rue S. André des-Arts . On a diftribué le 1 & le 15 Août ,
le 1 & le 15 Septembre les quatre cahiers de Profe Italienne
qui forment la premiere partie de ce Cours . Ces
Cahiers préfentent une traduction interlinéaire d'un Livre
Italien, à l'aide duquel on lit , & on entend très- bien
tout ce qui eſt écrit en Langue Italienne . On n'a befoin
pour cette inftruction , ni de Grammaire , ni de Die
gionnaire.
( 40 )
1
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 24, 4, 8 ,
17, & 50.
DE BRUXELLES , le 2 Décembre,
On a inféré ces jours derniers l'article fuivant
dans la Gazette de cette ville.
« Dans un article de la Gazette de Leyde , du
14 novembre , relatif à l'affaire des limites entre
le territoire Autrichien & Hollandois , en Flandre;
on rapporte les ftipulations de la convention
de la Haye , de l'an 1718 , par lefquelles les forts
de S. Paul & de S. Donaes , & les Polders de
Doel , de Ste. Anne , de Kelteniffe , font cédés
aux Etats Généraux . Ces ftipulations exiftent , il
eft vrai ; mais c'eft un fait certain qu'elles n'ont
jamais été exécutées ; comme du côté des Etats-
Généraux les ftipulations réciproqués auxquelles
cette convention fe réfere , & qui auroient dû
être exécutées en même temps & a pas égaux ,
ne l'ont jamais été non plus. En fait de ceffion
éntre fouverains , c'eft un principe conftant que
Fexécution eft indifpenfablement néceffaire pour
changer le territoire ; & que tant que cette formalité
effentielle n'a pas été remplie , tant que
par l'entremise de commiffaires duement autorifés
à cet effet de part & d'autres , la vérification
des parties cédées & leut tradition réelle n'a pas
été faite fur les lieux , en dégageant folemnellement
les fujets y établis , du ferment de fidélité qui
les lie au Souverain ; & en cédant les chofes , in
ftatu quo. Il n'y a donc d'autres limites entre les
deux territoires , dans la Flandre , que celles qui
ont été réglées & déterminées formellement
d'après la convention duement exécutée , l'an
1664 , felon laquelle les Forts & les Polders , fus
( 41 )
mentionnés , appartiennent inconteftablement au
territoire de l'Empereur.
"
Les Etats - Généraux ont demandé que
cette affaire fut arrangée , en nommant de
part & d'autre des Commiffaires ; & le Gouvernement
des Pays Bas n'attend , pour donner
fon confentement aux négociations , que
les ordres qu'il a fait demander a l'Empereur.
En attendant , on dit que les Etats-
Généraux ont défendu à leurs troupes de
paffer fans paffeport fur le territoire Autrichien.
Nos troupes ont détruit les poftes de
S. Paul & de S. Job , depuis qu'elles ont
pris poffeffion du fort de S. Donaes : mais
elles n'ont point été au-delà des limites fixées
par le traité de 1664.
Og affure , lit- on dans les Papiers Anglois ,
que fe Miniftre de l'Impératrice de Ruffie a
été chargé de notifier à notre Cour que S. M. I
fa Souveraine a ordonné à fon Envoyé à Conftantinople
de demander au Divan : 1 ° . une
Cation immédiate de fes fentimens fur
l'occupation de la Crimée , de maniere que
l'Impératrice foit certaine de fon approbation
ou de fon mécontentement ; 2°. s'il eft difpofé
à exécuter les derniers Traités , en ne mettant
point d'entraves à la libre navigation de
fes Sujets fur la Mer Noire , &c. Pour avoir
une réponſe certaine , & non dilatoire , l'Impératrice
a fixé le terme de foixante jours , pendant
lefquels le Divan aura le temps de prendre
une détermination quelconque ; mais après cette
époque , fon filence , ou une réponse dilatoire
ou équivoque , forcera S. M. I. a fe fervir des
moyens qu'elle a en main pour faire expliquer
•
( 420)
la Porte , ne voulant pas que les grandes armées
fe confument en pure perte , en contemplant les
irréfolutions d'une Puiffance qui pourroit bien
les attaquer lorfqu'elles viendroient à fe féparer,
Cette notification a dû être faite en
même-temps à la Cour de France par les Miniftres
de S. M. I. , & c'est d'après elle qu'un
Courier chargé à ce qu'on difoit des Dépêches
les plus importantes avoit été expédié de Fonrainebleau
à Conftantinople , & que le bruit s'eft
répandu que ce ne fera qu'à fon retour, qu'on
fera certain fi les Turcs feront la guerre ou voudront
refter en paix.
Selon les mêmes papiers , il y a eu une autre
déclaration miniftérielle à la cour de
France par l'Ambaffadeur d'Angleterre .
Il a , dit- on , repréſenté que la forme du
Gouvernement des Provinces - Unies , donnant
lieu à des longueurs qui ne pouvoient que
retarder la confection du Traité définitif de Paix,
le fentiment du Roi fon Maître étoit que déformais
les Conférences fe tinffent à Londres ou
à la Haye. On ignore ce qui a été répondu ;
mais il y a apparence que la propofition de
S. M. B. ne fera acceptée ni par la France ,
ni par la Hollande .
Suite du Mémoire du gouvernement des Pays -bas.
On ne peut concevoir le motif d'une conconduite
auffi offenfante dans tous les fens. La
réclamation de la Souveraineté de l'Empereur
n'opere rien fur l'efprit du Commandant. Il fe
permet même de foutenir le contraire , ce qui
ne laiffe aucun voile fur l'intention de fa démarche
: il ofe parler d'un ufage antérieur , qui
même , s'il exiſtoit , ne préfenteroit qu'une fuite
de violations caractérisées du territoire de S. M. I.
( 43 )
II eft également infenfible à la réclamation des
Edits de l'Empereur : il y ajoute l'audace
d'avouer qu'il les connoît ; & malgré cela , il
confomme le délit & l'injure entamée avec un
éclat , des formes & des démonſtrations dont
on n'a d'idée nulle part , pour l'enterrement
d'un Soldat : comme s'il avoit eu deſſein de
chercher dans ces formes tout ce qui pouvoir
caractériſer davantage le fond de l'outrage & à
le rendre plus public & plus fenfible, Le
Gouvernement affecté autant que furpris d'une
conduite fi étrange , & également contraire au
Systême plein d'égards qu'il fuit dans toutes les
occafions vis -à-vis de la République , a dû aux
droits inconteftables de l'Empereur & à fa dignité
bleffée d'une maniere fi décidée & fi
choquante , la démarche de faire paffer fur une
partie du territoire de la République , un déta-.
chement deftiné à protéger l'exhumation du
Soldat enterrré & la reftitution du Cadavre
à la Garniſon du Fort dans le foffé duquel le
Cadavre a été jetté en préfence , & fous la
direction de l'Officier de Justice du lieu où la
Souveraineté de S. M. a été attaquée ; mais le
Gouvernement provoqué & forcé à cette démarche
par un fait prémédité , faillant & atroce
, qui vu fon caractere & fes circonstances
demandoit une repréfaille égale faite fur le
champ , connoit trop le fentiment de LL. HH .
PP. pour ne pas en attendre que , partant de
principe de l'aggreffion dirigée contre le Sou .
verain des Pays - Bas , Elles effaceront par une
fatisfaction prompte & fatisfaifante , que M.
le Baron de Reiſchach a déja demandé à la Haye ,
& dont le Miniftre - Plénipotentiaire de S. M.
aux Pays - Bas a également parlé à M. le Baron
?
( 44 )
-
de Hop ce que S. M. feroit dans le cas de
préfumer , ou ce qu'Elle feroit dans le cas d'attacher
à l'efprit & aux vues ou aux principes
d'une aggreffion véritablement hoftile. Le
Gouvernement defire d'autant plus cette fatisfac
tion de LL. HH. PP . qu'il ne fauroit diffimuler
, qu'il femble qu'on annonce de toutes
parts non -feulement peu d'égards & peu de
foins à ménager la fouveraineté de l'Empereur
, & à cultiver la bienveillance que S, M.
a toujours marquée à la République, mais même
du mépris pour fes droits inconteftables . — En
effet les Officiers Hollandois ont commis des
exploits de juftice fur le territoire de S. M.
On y a arrêté ou menacé d'y arrêter fes fujets ; ya
les Soldats & Bas- Officiers Hollandois y ont
paffé , repaffé , & s'y font maintenus , fans aucun
égard aux Edits tant de fois publiés , &
dont il a été parlé à M. le Baron de Hop ,
dans les cas très - fréquens , où des Soldats &
Bas-Officiers Hollandois ont été arrêtés à défaut
de permiffion : cas toujours accompagnés de
marque de complaifance de la part du Gou
vernement , & même de requifition de faire
avertir de la difpofition les Edits des Commandans
des Corps ou Régimens Hollandois.
Les droits de S. M. ceux qui du temps de
fon Augufte Mere , & dans tous les temps , ont
été déclarés être les fiens , avec intention &
réſolution manifeftée de les maintenir , n'ont
été ni reſpectés , ni confidérés , & l'ufurpation
a prévalu . On a commis & l'on commet des
actions en partie nouvelles ; on ne parvient pas
à applanir tant de difficultés fur l'objet defquelles
le bon droit appartient à S. M. les
plaintes demeurent quelquefois fans réponses ; les
( 45 )
réponses font lentes , déclinatoires , & en laiffant
fouvent les plaintes fans redreffement ,
Laiffent d'ailleurs auffi fouvent à defirer.
La fuite à l'ordinaire prochain.
"y
elles
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. ET AUTRES .
Suivant les dernieres Lettres de Conftantinople
, les Négociations de Paix n'ont pas encore
le fuccès défiré . On remarque que depuis
quelques femaines le Miniftre Britannique , y agit
de concert avec ceux des Cours Impériales . On
dit qu'il vient de déclarer récemment au Reis-
Effendi , que le Roi fon Maître fouhaiteroit que
le Sultan s'accommodât à l'amiable avec les
Cours Impériales , fans quoi la guerre éclateroit
immanquablement , & pourroit devenir trèsfunefte
à la Porte ; qu'une grande Cour avoit
auffi fait infiuer au Cabinet de Verfailles fur
fon deffein d'envoyer une efcadre dans l'Archipel
, qu'en ce cas la Ruffie prendroit d'autres
mefures dont les fuites ne cauleroient pas feu ,
lement la rupture des Négociations à Conftantinople
, mais allumeroient auffi la guerre qu'on
avoit la plus grande efpérance d'empêcher. Ces
Lettres ajoutent qu'il eft vrai que le Divan a
déclaré que la Loi de Mahomet exige de ne
rien céder fans y être forcé par le fort des armes
; que la Ruffie y a fait repliquer que la Crimée
ne dépendant que de fon Khan , il étoit
le maître de la céder à qui il vouloit , fans enfreindre
la Loi de Mahomet. Quant aux prétentions
de l'Autriche , on a repréfenté de fa
part que c'étoit de nouvelles acquifitions que la
Porte avoit faite fur elle , & que la Loi de Mahomet
n'avoit pas prononcé à ce sujet. Gazette
Amfterdam. N°. 92.
Il eft dit dans le Mémoire remis par la Cour
( 46 )
de Bruxelles à M. Hop , Miniftre des Etats Genéraux
, que les Forts de Saint-Donaes , de Saint-
Paul & de Saint- Job , ainfi que le Village de
Den- Doel font fitués dans les limites du Territoire
Autrichiens , fuivant le Réglement de
1664. On foutient en outre que la convention
du 22 Décembre 1718 n'a jamais eu d'exécution.
En voici les ftipulations que nous avons
tirées d'un Papier public , dont l'Auteur infatigable
, dans fes recherches , ne laiffe rien à défrer
à fes Lecteurs. » Comme il eft furvenus
des difficultés au fujet de l'article dix fept
du Traité de Barriere , qui regarde la sûreté des
Barrieres , & l'extenfion des Limites de L. H. P.
en Flandres , dont il pourroit réfulter des inconvéniens
qu'on fouhaite de part & d'autre de
prévenir , on eft convenu de ſubſtituer le préfent
article dix-fept. S. M. I. & C. agrée que
pour l'avenir les Limites des Etats - Généraux
en Flandres , commenceront à la mer au Nord-
Oueft du Fort Saint -Paul , à préfent démoli ; lequel
S. M. leur cede avec 10 verges de terrein
, de quatorze pieds la verge , autour de
l'avant-foffé du côté de l'Oueft & au Sud ... De
la lettre F on continuera le long de ladite ligne...
Sur la pointe de la redoute ou traverſe qui eft
fur la digue , au-delà des deux canaux de Sonte
& de Souti , marquée H , près du Fort de Saint-
Donaes , & que S. M. I. & C. cede en pleine
fouveraineté & propriété aux États- Généraux ,
de même que tout le terrein fitué au Nord de
la ligne marquée ci deffus ... Et pour la confervation
du Bas- Efcaut , & la communication
entre le Brabant & la Flandres des Etats- Généraux
, S. M. I. & C. cede en pleine & entiere
fouveraineté aux Etats-Généraux le Vil
lage & Polder de Doel , comme auffi les Pol(
47 )
ders de Sainte- Anne & Keteniffe , &c. ( Corps
Dipl . T. 8. Part . 1. pag. 552. ) Gazette d'Ůtrecht
, No. 92.
Il eft des Politiques qui prétendent que la
démarche de l'Empereur fur les Frontieres de
la Flandre Autrichienne a pour but principal
de mettre des Hollandois dans le cas de reclamer
la médiation de l'Angleterre , comme garante
dn Traité de Barriere , & de leur faire reprendre
leurs anciennes liaifons avec cette Puiffance .
Courier du Bas - Rhin , Nº. 93 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 );
PARLEMENT DE PARIS, GRAND CHAMBRE.
Caufe entre le fieur Peltier , Curé de Doué , dio
cèfe d'Angers , Et le fieur Blain , prétend ne
droit à la même Cure. Réplétion en matière
bénéficiale.
- vaqua le 20
Il s'agifloit de favoir fi le fieur Peltier ayant le
Brevet de régale d'un Canonicat , valant plus de
600 liv. devoit être de ce moment rempli , de
maniere à ne pouvoir , même avant d'avoir accepté
ce Bénéfice , en requérir un autre, qu'il étoit
dans le cas de préférer comme plus avantageux .
La Cure de Saint Pierre de Doué
Octobre 1782 , par le décès du titulaire. L'époque
de fa mort l'affuroit à un gradué . Les fieurs Peltier
& Blain avoient tous deux jetté leurs grades fur
le Chapitre de Doué , Collateur de la Cure ; mais,
le premier étoit parfaitement en regle ; le fecond
avoit oublié de réitérer , felon la loi , la fignifica
tion de fes grades au Carême 1782. Le fieur Peltier
fit le 29 Octobre an Chapitre la réquisition de
la Cure de Doué. Les Chanoines refuferent d'y
faire droit fous prétexte que s'agillant d'un Bé¬
( 48 )
néfice Cure , ils avoient le choix entre les gradués
; & le lendemain ils firent acte de préfentation
de la perfonne du fieur Blain , qui obtint des
provifions leter Novembre. Le fieur Peltier , fur
le refus du Chapitre de le nommer, fe retira par
devers les Vicaires-Généraux du Diocèſe d'Angers
, le Siége vacant , & en obtint le 3 , des provifions
. Les deux pouryus ayant tous deux pris
poffeffion , la complainte s'eft engagée en la Sénéchauffée
de Saumur. La Caufe plaidée à
Saumur , Sentence eft intervenue le 18 Janvier
1783 , qui a déclaré le fieur Peltier rempli , &
comme tel non - recevable a maintenu le fieur
Blain dans la poffeffion de la Cure conteſtée.
Appel en la Cour par le fieur Peltier . Arrêt qui
a inis l' Appellation & ce au néant ; émendant
a adjugé la Cure au fieur Peltier , & condamné le
fieur Blain à lui reftituer les fruits par lui perçus ,
& aux dépens.
PARLEMENT DE Douai Protêt.
Une lettre de change tirée de Lille fur Paris ,
à l'ordre du fieur Hurez a été proteftée le feptième
jour après l'échéance , parce que les trois .
jours fuivans étoient feriés ( c'étoient les fêtes de
Pentecôte ) . Le fieur Hurez a formé la demande
en remboursement contre les fieurs Rozet , Pinfon
& conipagnie , négocians de Lille. Sentence
des confuls de Lille qui condamne les fieurs
Rozet , Pinfon & compagnie à rembourler le
montant de la lettre de change avec intérêts ,
frais de protêt , change & rechange & aux dépens.
Appel au parlement de Flandres. →→→→ Arrêt
du 13 Août 1783 confirmatif,
(1) On fouferit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de 15 liv . par an , chez M, Mars ," Avocat , rue
Be Hôtel de Serpente,
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
DE
PETERSBOURG , le
31 Octobre.
N vient d'apprendre que le Prince de
Potemkin , qui commande les troupes
de l'Impératrice en Crimée , fe trouvant un
peu remis de fa maladie , s'étoit mis en route
pour revenir dans cette Capitale , où l'on
efpéroit qu'il acheveroit de fe rétablir ; mais
qu'il a éprouvé en chemin une rechute qui
met fes jours dans le plus grand danger.
Cette nouvelle a fenfiblement affecté l'Impératrice.
Le 21 de ce mois , l'Académie Impériale
des Sciences tint fon affemblée publique -annuelle
dans laquelle elle fit la diftribution
de fes Prix. Celui d'Aftronomie avoit pour objet
d'indiquer des raifons certaines , s'il en
exifte , au moyen defquelles on puiffe démontrer
l'uniformité du mouvement diurne de la
terre , & dans le cas où cette uniformité n'éxifte
& que la réfiftance de l'éther ou toute
caufe occafionne ce changement , quels font les
phénomenes qui en résultent , les moyens de
rectifier la meſure du temps , & d'avoir par-là
N°. 5o. 13 Décembre 1783 .
pas ,
C
( 50 )
un point de comparaison jufte entre cette mefure
dans les fiecles paffés & celle des fiecles
poftérieurs ? Ce Prix a été partagé entre deux
Mémoires latins , dont l'un a pour Auteur
M. Jean Fréderic Hennert Docteur en Philofophie
, Profeffeur de Mathématiques à l'Univerfité
d'Utrecht & l'autre , M. Paul Frifi ,.
Profeffeur de Mathématiques à Milan . Le Prix
de Méchanique , dont le fujet étoit d'expoſer la
Théorie des Machines que fait mouvoir la force
du feu ou des vapeurs de l'eau , a été adjugé
à M. Sébastien Maillard , Capitaine en fecond
au Corps du Génie de S. M. I. & R. , Profeffeur
de Fortifications à l'Académie Impériale -
des Ingénieurs à Vienne.
Le 22 de ce mois , le célebre Muller eft
mort à Moscou , âgé de 78 ans : il étoit Confeiller
d'Etat effectif , Hiftoriographe des Archives
du College des affaires étrangeres ,
membre de l'Académie Impériale , & de
plufieurs Académies étrangeres , Chevalier
de l'Ordre de S. Wladimir , de la troifieme
Claffe .
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 2 Novembre.
Les négociations entre le Comte d'Unruhe
& le Général d'Eglofſtein , qui avoient
été interrompues pendant quelque tems ,
viennent d'être renouées , & on s'en promet
une iffue plus heureufe que ne l'a été celle
des précédentes. Les lettres de Dantzick
portent que les denrées y renchériffent prodigieufement.
( 51 )
La pefte fait toujours des ravages dans
plufieurs parties de la Turquie Européenne ;
les précautions prifes fur toutes les frontieres
, pour empêcher le fleau de s'étendre ,
font de la peine aux Ottomans , qui defireroient
que l'on rouvrît la
communication .
On écrit de Hongrie , qu'un d'eux , affis fur
le rivage , près de Rama, criait dernierement
à des habitans Tuj- Palanka , qui étoient de
l'autre côté du fleuve : Eh ! bon jour , Meffieurs
, pourquoi ne venez-vous plus ici ! Vous
dites que les maladies regnent parmi nous ;
eft - ce que vous n'étes jamais malades?
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 20 Novembre.
Le Comte de Rzewusky , Major- Général
des armées de l'Empereur , a prêté ferment
le 2 de ce mois , en préfence du Prince Czartorizky
, entre les mains du Grand- Maître
Prince de Stahremberg , pour la place de
Capitaine - Lieutenant de la Garde - Noble
de Gallicie.
On affure que le mariage de l'Archiduc
de Tofcane avec la Princeffe Elifabeth de
Wurtemberg , fera déclaré au Printemps
prochain , & qu'à cette époque ce Prince
viendra ici avec le Grand- Duc & la Grande-
Ducheffe de Tofcane.
Les
enrôlemens ne ceffent pas encore ici ,
ni dans tous les états foumis à la domina-
-
b 2
( 52 )
tion de l'Empereur. Cette capitale doit fournir
4800 recrues avant la fin du mois de Février
prochain. Suivant un calcul qu'on a
fait , les préparatifs de guerre ont coûté jufqu'à
la fin de Septembre dernier , 22 millions
de florins.
On dit que le Prince Charles de Lichtenf
tein eft chargé d'une commiffion particuliere
auprès de plufieurs Princes d'Italie , &
d'une autre auprès du Roi de Suede , avec
lequel il doit s'aboucher dans fon voyage.
Le 2 de ce mois il lui a été expédié un courrier
, avec ordre de le joindre le plutôt poífible.
DE HAMBOURG , le 21 Novembre.
On eft encore dans la même incertitude
fur l'iffue des démêlés entre la Ruffie & la
Porte , fur les difpofitions de l'Empereur.
Nos papiers ne nous entretiennent depuis
quelque temps que du Congrès qu'ils difent
devoir fe tenir à Semlin , des préparatifs formidables
qui fe font partout , & des apparences
d'une guerre prochaine.
Quoique les Négociations de paix avec la
Porte Ottomane , lit - on dans une Lettre de
Vienne , continuent avec la même activité , par
la médiation de la France , on doute toujours
de leurs fuccès . Cependant on affure que la
Porte confent à nous céder Belgrade , la rive
gauche du Danube , & une partie de la Walachie
, en y joignant une fomme de cinq millions
de florins pour fervir de dédommagemens de
-nos préparatifs ; mais elle demande en revanche
( 537 ))
que l'on lui garantifle routes les autres poffeffions
en Europe, En attendant , nos apprêts ne fe
ralentiffent point ; les enrôlemens fe font ici &.
par-tout avec la plus grande rigueur ; nos Pêcheurs
& nos Bateliers ont été mandés ces jours
derniers au Bureau de la Marine ; on dit qu'on
en enverra une partie pour fervir aux tranſports
par eau. On prétend auffi qu'on donnera à nos
troupes les fufils d'une nouvelle invention , qui
tirent vingt-cinq coups par minute , & dont les
épreuves ont été faites & ont réuffi .
On affure que l'Impératrice de Ruffie a
fait demander à la Porte , par fon Miniftre à.
Conftantinople , qu'elle déclare enfin fon
opinion fur l'occupation de la Crimée , &
qu'elle lui donne 60 jours pour faire une réponſe
décifive , en lui déclarant furtout , que
fi elle tarde , elle emploiera les moyens
qu'elle a en fon pouvoir pour la forcer à la
faire. Si cette notification a été faite , il n'eft.
pas douteux que bientôt on ne fache à quoi
s'en tenir fur la guerre ou la paix ; on s'attend
que la Porte fera embarraffée. La guer
re eft inévitable , fi elle déclare qu'elle ne
peut confentir à laiffer la Crimée entre les
mains de la Ruffie; & alors on regarardera
ce refus comme une attaque , & on réclamera
les fecours ftipulés dans le traité d'al-
Hance avec l'Empereur ; fon filence pourra
être vu du même oeil.
» Avant la féparation du dernier Divan , liton
dans une Lettre de Conftantinople , le Grand-
Vifir annonça qu'il avoit préparé un Contre-
Manifefte pour réfuter celui que la Cour de
b 3
( 54 )
Ruffie a publié au fujet de la Crimée , & qu'il
le feroit paroître inceffamment . Quant à cette
prefqu'Ille même, on n'en reçoit plus de nouvelles
directes ; & ce qui n'en tranfpire ne nous parvient
que par de petits Bâtimens qui arrivent de temps
à autre à Conftantinople . Quelques Paffagers ,
qu'on dit dignes de foi , affurent qu'il s'en faut de
beaucoup que les affaires de cette prefqu'Ifle
foient dans une pofition auffi avantageufe & auffi
foriffante que l'annonce le Manifefte du Mi - ¡
niftere Ruffe ; qu'elle eft abfolument dénuée de
vivres & de bétail ; que la difette y eft même
fi grande que les Ruffes qui fe trouvent dans
le pays font réduits à tirer leur approvifionnemens
de la Pologne ; que les bêtes à corne &'
à laine y font fi rares qu'on voyage quelquefois
de puis le matin jufqu'au foir fans rencontrer une
feule brebis ; que des hordes nombreufes de
Tartares abandonnent leur Patrie pour s'établir
ailleurs ; tellement qu'aulieu de 300,000 habitans
qui peuploient naguere la Crimée on y
en trouveroit actuellement à peine 10,000 , dès
qu'on excepte du total ceux qui , en très- petite®
quantité même , occupent le peu de Villes
dont cette prefqu'Ifle eft garnie ; enfin , fi l'on
peut ajouter foi aux récits de ces Paffagers , la Crimée
, jadis fi peuplée & fi fertile , n'eſt plus qu'un
défert vafte & aride , dont la Ruffie ne pourra
tirer que des avantages peu confidérables .
S'il faut en croire quelques gazettes , il y.
a de la divifion entre le Grand -Vifir & le
Capitan Bacha ; le dernier veut la guerre , &
le premier , mieux inftruit de la fituation de
l'Empire Ottoman , defire la paix : l'un , qui
eft hardi , entreprenant jufqu'à la témérité ,
compte fur fa flotte, & youdroi tl'employer ;
( 55 )
f'autre ne compte pas autant fur l'armée , &
ne cherche à temporifer que pour éviter une
rupture , ou pour l'éloigner du moins autant
de tems qu'on ena befoin , pour être bien préparé
aux événemens .
La nouvelle qui s'étoit répandue , qu'il
étoit arrivédes changemens dans le Miniſtere
Ottoman, paroît fe confirmer par des lettres
de Conftantinople , qui portent que le Kiaja-
Bey , ou Lieutenant du Grand- Vifir , a été
dépofé ; le Hazinc- Keajafi , ou tréforier du
Serrail , a été envoié au gouvernement
d'In- Bahti , près de la Morée , & ils font
remplacés , le premier par le Reis -Effendi ,
Haire- Mehemed ; & le fecond , par Muftapha
, célèbre par fes malheurs. Selon les
mêmes lettres , l'Ambaffadeur d'Angleterre
a offert la médiation de fon maître , pour
l'arrangement de la querelle avec la Ruffie ;
mais le Divan préféreroit celle de la Cour de
France , moins fufpecte de partialité pour la
Ruffie . Une des femmes du Grand- Seigneur
eft encore accouchée d'un Prince , qui a été :
nommé Sultan Murad.
Depuis quelques jours , écrit - on de Sthokholm ; *
la Banque a jugé néceffaire de mettre elle -même
du papier en circulation , & de vendre des lettres
de change on en a été alarmé , & l'on a craint
des opérations plus dangereufes encore . Cependant
celle- ci n'a été que la fute inévitable d'us'
moment d'activité trop grande peut- être , que la
guerre entre les Puiffances maritimes de l'Europe
avoit caufée dans le commerce de ce royaume.
En Danemarck on a éprouvé la même variation
b
4
( 56 )
d'ane vigueur momentanée du commerce & de
la difette du numéraire , avec tous les embarras
qui en résultent. Pendant la guerre , les frets nombreux
& les exportations confidérables avoient
ouvert pour la Suede des reffources abondantes &
inattendues. Les Finlandois fur- tout tirerent pour
de groffes femmes , tant fur la France que fur
l'Angleterre , La balance fut donc extrêmement en
notre faveur ; & , par une fuite naturelle , le change
baiffa ici l'année derniere à un taux qu'on l'a rarement
vu mais , avec la guerre , les frets des
bâtimens Suédois ont ceffé , & la navigation a
prefque repris fon ancien cours : le papier tiré fur
J'Etranger , a diminué à proportion ; & avec la
diminution , le cours du change a hauffé. On s'attendoit
néanmoins à le voir baiffer enfaite , furtout
lorfqu'il faudroit payer les dernieres cargai
fons apportées de l'Inde , & achetées par l'Etranger
, pour la plus grande partie : mais on a été
trompé dans cet efpoir , après la nouvelle qu'on a
reçue de la faillite de la Maifon de Lindegreen
à Londres , à la charge de laquelle deux de nos
maifons de commerce avoient feulement une
créance de 120 mille rixdalers ; & l'on craignit
que cette banqueroute ne causát un contre- coup
ailleurs. Commeles deux Maiſons dont nous venons
de parler , & qui font ici des plus confidérables ,
fe font trouvées par là hors d'état de continuer
à tirer, & que les lettres de change d'une troifieme ,
font attendues avec protêt , on n'avoit que trop
lieu de prévoir que le manque de papier fur
'Etranget feroit monter encore davantage le cours
du change , & qu'ainfi l'on courroit rifque de voir
envoyer les efpeces hors du royaume . Cette confidération
a porté la Banque à faire elle - même des
billets tout d'un coup pour 150 mille rixdalers .
L'opération a d'abord eu de l'effet , & le cours,
-
( 37 )
du change a baiffé , particulierement fur la Hollande.
Čependant , comme l'exportation du fer
eft beaucoup au - deffous de l'attente , & qu'au
contraire l'importation des grains eſt très -forte
tant pour la consommation ordinaire que pour les
brafferies d'eau - de- vie , on penſe que la Banque ,
malgré toute fa bonne volonté , ne fera pas à même
de tenir le change auffi bas que l'intérêt de l'Etat
l'exigeroit.
On a ici une lifte des troupes Allemandes
qui ont été au ſervice de l'Angleterre , pendant
la guerre d'Amérique , qui ont débar
qué à leur retour fur le Wefer & fur l'Elbe.
Suivant cette lifte , celles de Heffe - Caffel
montent à 3511 hommes , celles de Heffe- Hanau
à 1441 , celles de Brunſwick à 2408 , celles d'Anf
pach à 1183 ; celles d'Anhalt - Zerbſt à 984 , &
celles de Waldeck à 505 : total 12132 hommes. On
n'attend le refte des troupes Heffoifes qu'au prin
tems prochain. En vertu du traité que le Lands
grave a fait avec la Grande- Bretagne , fur lequel
font calqués ceux pour la livraiſon de la même
marchandiſe avec d'autres Princes de l'Empire ,
le. Landgrave doit tirer encore une année le fubfide
annuel qu'on lui a promis ; il eft ftipulé
pofitivement , dans fon traité fait en 1776 , que
Ï'Angleterre donnera avis au Landgrave , un an
auparavant , qu'elle n'a plus. befoin de les troupes
; mais que cet avis ne fortira fon effet qu'au
tems où les troupes feront rentrées fur le terris ,
toire de Heffe. Le fubfide annuel monte à 450,000.
écus , argent.de banque , qui font 2,250,000 liv.
tournois. Outre cela , le Landgrave a tiré , pour
chacun des 12,000 fantaffins , fans compter les
chaffeurs & les canonniers , 30 écus , de banque ;
& il a été ftipulé en outre , qu'il en feroit payé
bs
( 58 )
autant pour chacun de ceux qu'on ne fui rendroit
pas. Quant aux bleffés , trois feront compt's pour
un mort. Le transport s'eft fait aux frais de
l'Angleterre ; les troupes ont reçu la folde Britannique
, & les lettres ont dû étre franches de
port..
Il a paru dans plufieurs papiers publics
une lifte des propofitions faites par le Général
d'Eglofftein à la ville de Dantzick. On
écrit de Berlin qu'elles ont été préſentées
d'une maniere peu exacte , & on les rectifie
ainfi.
« Ces propofitions fe renfermoient dans les .
cinq points fuivants : 1 ° . que la ville feroit une
députation au Roi , fans déterminer ni la maniere
ni l'endroit ; 2°. qu'elle accorderoit le libre paffage
à toutes les marchandifes par terre & par eau que
les ( ujets du Roi pourroient tranſporter d'une partie
de fes Etats à l'autre , en payant par terre à
la ville les droits ufités ; 3 °. que la ville laifferoit ,
librement paffer les bâtimens & effets munis de
paffe-ports , qui feront fignés par le Roi même
ou fon Miniftre du Cabinet , en payant également
les droits ufités , 4 ° . que la ville de Dantzick
ayant promis au Roi , par une convention conclue
en 1771 , de n'admettre de fujets Pruffiens , que
ceux qui feroient munis de la permiſſion des Régences
Pruffiennes , cette convention feroit auffi
étendue à la Pruffe occidentale , depuis peu ac- ·
quife , pour empêcher la dépopulation de cette
province ; 5°. le Roi n'a demandé jufqu'ici à la:
ville de Dantzick aucune indemniſation des frais
ccafionnés par cette affaire ».
ESPAGNE.
DE MADRID , le 10 Novembre.
On écrit de Cadix , que les deux Minif(
59 )
tres des Indes & de la Marine ayant examiné
attentivement l'affaire du Marquis de
Solano , il a été remis en liberté , & to tes
les recherches ultérieures fur fa conduite ont'
été fufpendues ; il n'en a pas été de même ,
relativement au Marquis de Cagigal , qui
non -feulement eft toujours arrêté dans le
château de Sainte Catherine , mais dont on a
encore refferré la prifon. On parle de bien,
des manieres différentes des imputations
qu'on lui fait ; on croit qu'il reftera prifonnier
jufqu'à l'arrivée de M. Miranda , qui de
la Havane a paffé à Philadelphie.
}
Selon les mêmes lettres , le bruit s'étoit
répandu à Cadix , que le Gouverneur de
Ceuta avoit été arrêté par ordre fuprême ;
on difoit généralement , que cette détention
étoit en conféquence de diverfes plaintes
portées par les Capitaines de plufieurs bâtimens
neutres , qui ont été obligés de payer
la protection qui étoit accordée à tous pendant
la derniere guerre.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 2 Décembre.
Les affaires de l'Inde abforbent actuellement
toute l'attention ; & elles font le feu
objet intéreffant qu'elles offrent à préfent à
la curiofité. Les dépêches dont la Compagnie
des Indes avoit aonné le précis le 24 de ce
mois , ont été publiées le lendemain par
extrait. Comme ce font les feules nouvelles
сб
( 60 )
de l'Inde , que nous avons depuis long- tems,
nous placerons ici les détails, en en retranchant ,
feulement ce qui ne feroit qu'une répétition
de ceux qu'on a déjà vu , & en prenant ceux
qui peuvent éclaircir le précis qu'on en a
donné. La premiere de ces dépêches eſt du
Préfident du Committé choifi de Bombay
en date du 27 Juin.
» Notre derniere Lettre avoit laiffé le Géné
néral Mathews en poffeffion d Onore avec toutes
Les forces réunies , & l'ordre pofitif de faire une
tentative immédiate fur la ville de Bednore >
dans le cas où l'avis que nous venions de recevoir
de la mort d'Hyder- Aly feroit fondé ; il
s'étoit porté en conféquence fur Gundapore , qu'il
foumit après une foible réfiftance ; de-là il avoit
représenté que fon armée n'étoit pas en état de
rien tenter fur Bednore ; que pourtant il hafarderoit
. Sa Lettre étoit du 19 Janvier ; nous la
reçumes le 8 Février. Sur fes repréfentations ,
nous laiffames , quoique avec rêpugnance , à fa
difcrétion de différer la tentative . Mais elle avoit
été faite avant que notre Lettre lui parvint . Nous
reçûmes cette nouvelle d'ailleurs. Nous attendions
fa relation avec d'autant plus d'impatience ,
que nous apprenions quil avoit été conclu un
Traité d'une espece particuliere avec Hyat-Saïb ,
Gouverneur de Bednare fous Hyder , & qu'il
en confervoit le gouvernement avec une autorité
prefque égale à celle dont il jouiffoit avant que
nous en fuffions maîtres . Cette relation n'arriva
point ; plufieurs Officiers qui quitterent l'armée
ne nous apporterent rien du Général , & nous
remirent des Mémoires fur les motifs qui la leur
avoient fait quitter, Mungalore capitula le.
Mars d'autres Forts furent pris à une dif
2
( 61 )
tance confidérable , à l'Eft de Bednore. La premiere
Lettre que nous reçumes du Général étoit
du 4 Mars... ( ici l'on donne un précis de cette
Lettre ; elle ne contenoit que des plaintes graves ,
peu ménagées , contre toute l'armée , mais rien
n'étoit fpécifié . Les Colonels Macleod & Humberfton
, fur qui tomboient en général ces plaintes
, fe juftifierent , & comme le Confeil ne
trouvoit dans cette Lettre aucun détail fur Bednore
il fut obligé d'en demander au Colonel qui
lui remit le Journal qu'il en avoit tenu avec
le Colonel Humberton... ) Nous fommes informés
, continue le Confeil , que le Général,
après avoir pris poffeffion de Bednore , fit arrêter
Hyat Saib , malgré la Capitulation , ce
qui eut de fâcheufes fuites par l'alarme & l'impreffion
qui résulterent de ce procédé. Qu'on
avoit trouvé de grands tréfors , montant à quatre
lacs & au- de-là , outre quantité de bijoux qui
furent dabord montrés aux Officiers par le Général
, & déclarés appartenir à l'armée , mais le
Général & Hyat- Saib ayant traité ensemble , l'ar-.
mée apprit avec furprife que ce dernier avoit
reclamé , comme fa propriété , cet argent qui
appartenoit indubitablement au Gouvernement;
& que celui-là l'avoit rendu. Le Colonel Ma
cleod étoit alors en détachement ; mais cette
affaire ayant renouvellé d'anciens mécontentemens
& des foupçons qu'on avoit déjà eus à
Onore , quelques uns des principaux Officiers,
furent préfentés à Hyat-Saib par le Genéral ,
qui obtint de lui qu'il donneroit à l'armée un
demi lac de pagodes. Convaincus que le
fervice ne pouvoit profpérer dans les mains du
Général , & que notre devoir ne nous permettoit
plus de lui conferver le commandement de l'ar
mée dans le pays de Bednore , nous nommâmes
( 62 )
le Colonel Macleod pour le remplacer. Nous
engageames le Colonel Humberton & le Major
Shaw à rejoindre avec lui l'armée. Le
-
17 Mars nous reçumes avis que la Paix étoit
fignée avec les Marattes . Elle fut proclamée à
Bombay. Le 5 Avril le Colonel Macleod
partit pour l'armée à bord du Ranger. Le
18 , nous apprimes par un Lafcar que la Flotte
Maratte aveit attaqué & pris ce Bâtiment , &
Favoit conduit à Geriah - Nous fumes dans les'
plus vives inquiétudes fur le fort du Colonel .
Macleod jufqu'au 23 Mai que nous en reçumes
une Lettre , dans laquelle il donne les détails
du comba ; il y avoit été bleffé ainfi que M. Humberfton
, mort depuis ... ( les détails de ce combat
, le refus qu'en fit le Peshwa de punir l'auteur
de cet acte d'hoftilité , l'accueil diſtingué
qu'il reçut au contraire rempliffent ce paragraphe...
) Pendant ce temps les affaires prenoient
un mauvais tour . On avoit appris de Madraff ,
par une Lettre du 12 Mars que Tipofaib avoit
renvoyé du Carnate une partie de fon armée
qu'il fe préparoit à la fuivre pour recouvrer le
pay de Bednore . Le Général Mathew envoyoit
des avis répétés de fon approche , & demandoit
des renforts. Le 20 Mars il écrivit de Munga→
lore qu'il y avoit so, ooo hommes avec 25 pieces
de canons , s'approchant de Bednore , & qu'il
partiroit le jour fuivant pour cette Place , quoiqu'il
n'eût que 1200 Sypais , 400 Européens &
5 canons pour fe mefurer avec l'ennemi. Le 27 ,
il marquoit qu'une plus grande armée s'avançoit
, & il demandoit du fecours Sa derniere Lettre
, du 1 Avril , annonçoit que Tipotaib , avec
1ooo François , 12000 chevaux , & une infanterie
proportionnée , toit à 45 milles . Le Capitaine
Mathew , frene du Général , nous écrivit
( 63 )
eu quelque avan- que nos troupes avoient
tage dans une petite action . Cet avis fut bientôt
fuivi de celui de la perte de deux poftes
établis par le Général , dont un coupoit la.
communication entre Bednore & ia côte de la
mer. Le principal , qu'on difoit très -fort , avoit
fait peu de défenfe . Les fugitifs porterent une
terreur fi vive à Cundapore , qu'elle y mit le plus
grand défordre . On ne fongea qu'à s'éloigner , on
brûla les Magafins , on encloua partie du canon ,
on laiffa l'autre au fervice de l'ennemi. Partie
de la Garniſon ſe refugia à Onore , où la prudence
& la fermeté du Capitaine Torriano qui
y commandoit , préſerva la fienne de la contagion
de la peur.
> On apprit enfuite la perte de Bednore
où le général & la partie de l'armée à ſes or-›
dres furent faits prifonniers. Les détails que
nous en avons nous viennent du Major Campbell.
L'Intrépide , écrivoit -il le 12 Mai , avoit
mis à la voile , quand un Sypaye arrivé de :
Bednore nous a appris que le Général après avoir :
employé fix jours à dreffer les actes de fa capitulation
, fortit le 3 de ce mois avec fa garnifon
, & les honneurs de la guerre ; mais comme
on le devait attendre d'un ennemi qui garde
rarement fa foi , cette brave & malheureufe
garni on ne fut pas plutôt fortie , qu'elle:
fut entourée par des troupes à pied & à cheval
qui la forcerent à quitter fes armes , & qui
la tiennent encore prifonniere. On dit que quand
le fort s'eft rendu , il y avoit encore quantité
de provifions & d'eau . Une confolation pour
nous dans cette infortune , eft la nouvelle de la
paix que nous recevons. Il y a encore une
force refpectable á Corwar , à Onøre , & à Mun •
galore; nous craignons pour la sûreté d'Qnore ,
-
( 64 )
fi elle eft attaquée vigoureufement , mais nous
comptons fur la défenfe que peuvent faire les
deux autres places.
Nous nous flatons encore d'obtenir un fecours
d'argent , & un renfort d'Européens , de renouveller
& de continuer une puiffante diverfion
fur cette côte ( Malabar ) contreles dominations
de Tipofaib. La Paix en Europe & avec les
Marattes , met cette Préfidence en état d'agir
efficacement. - Nous n'avons pas appris que la
Flotte Françoiſe ait fait de prife importante depuis
celle du Blanford & du Coventry.
-
La feconde Lettre eft d'Anjengo , 1e19 Juillet
, & écrite par M. Hutchinſon .
Le Préfident de Bombay ayant ordonné au
Commandant de la Vipere , chargé de fes dépêches
, de paffer ici en allant à Baffora , je faifis
cette occafion de vous donner les dernieres nouvelles
du Carnate . Le Général Stuart , avec une
puiffante armée , étoit devant Cuddalore , lorsqu'il
a reçu la nouvelle de la Paix. En conféquence , on
a ceffé les hoftilités. Il y a apparence qu'il auroit
pris la place , puiſqu'il avoit déja forcé les lignes
& pris les redoutes ennemies ; mais cet avantage
a coûté une perte fenfible aux forces Britanniques.
Il n'y a pas moins de 616 Européens , 356 Cipayes
tués , bleffés ou prifonniers. Le 20 ou vers ce
temps , il y a eu un combat entre les flottes Françaifes
& Britanniques ; je n'apprends pas qu'il y
ait été porté aucun coup décifif de part ou d'autre.
M. de Suffren eft retourné à Cuddalore ; & on fup
pofe que Sir Edouard Hughes a pris la route de
Madraff ; on dit qu'il manque d'eau , & que fes
équipages font très - malades. L'armée du fud
qui agit dans le Carnate , a fait une irruption dans
le pays de Coimbator , & foumis Caroor & Dindegul
; le Colonel Lang qui la commandoit,
( 65 )
ayant été rappellé & remplacé par leColonel Fullarton
, celui- ci a pouffé jufqu'à Darampore qui
s'eft rendu le 1er. de ce mois ; delà il s'étoit
avancé & n'étoit plus qu'à 6 jours de marche de
Paliagacherry, quand un ordre du Général Stuart
l'a rappellé à Cuddalore; il eft retourné dans le pays
de Coimbatore avec un puiſſant renfort. -On
n'a point de nouvelles de la flotte attendue d'Europe
, & qu'on dit être partie en Janvier dernier.
On ne parle point dans ces dépêches de
T'Amiral Parker ; il partit d'ici peu de jours
après le Bristol , dont les mêmes lettres nous
annoncent l'arrivée à Madraff. Il paroît qu'il
a éprouvé bien des contrariétés dans fa route.
Dans ce moment l'attention générale eft
tournée toute entiere fur les affaires de la
Compagnie , qui fe regarde dans ce moment
comme dans une efpece de crife , qui
lui fait craindre pour fon fort. On en peut
juger par la requête qu'elle a préfentée au
Parlement contre le bill propofé par M. Fox
pour en changer le régime.
Elle prétend que ce Bill détruit la conftitu
tion & viole entiérement les droits & les privileges
accordés fur de graves & précieuſes confidérations
par une charte, & confirmés par divers
actes du Parlement , qu'il opere prefque une con.
fifcation totale de la propriété des Actionnaires ,
en autorisant certains Commiffaires qui doivent
y. être nommés , à faifir & à prendre poffeffion
de toutes les Terres , Fermes Maifons , Man
gafins & autres Bâtimens , des Livres , Mémoires
, Lettres , & autres papiers , des Vaiffeaux
, Marchandifes , argent , obligations & autres
effets leur appartenant , & à en difpofer felon
2
( 66 )
leur bonne volonté & leur plaifir ; cela fans char
ger les requérans d'aucun manquement décifif ,
ou établir fur quoi ils ont perdu leurs droits & leurs
privileges , & leur propriété peut être faifie ; pro-.
cédé contraire aux privileges des Sujets Britanniques
, qui ne peuvent être jugés , fans être convaincus
d'une accufation grave auparavant ; ils
demandent en conféquence le rappel de cet Acte
alarmant.
Sir Henri Fletcher , qui avoit préfenté cette
requête , en demanda le 25 la premiere lecture.
Il fit deux obfervations qui venoient à l'appui de
la demande de la Compagnie. La premiere rappelloit
qu'un acte fpécial fixoit à quatre ans, le
temps que les Directeurs devoient garder leurs
places , dont ils ne pouvoient être dépouillés à
moins qu'on ne leur fit leur procès ; la feconde
rouloit fur le tableau peu exact que le Miniftre
avoit fait de fes finances , puifqu'elle affuroit que ,
pour rétablir les affaires , elle n'avoit befoin que
d'un fecours modéré. Il demanda enfuite que la
requête reftât fur le Bureau jufqu'à la feconde
leure du Bill . M. Fox fe leva en déclarant qu'il
ne s'oppofoit point à cette motion ; mais , ajoutat-
il , comme cette requête affure que j'ai été mal
informé fur l'état des Finances de la Compagnie ;
je crois devoir obferver que quand j'ai dit qu'elle
devoit 8,000,000 fterlings , j'ai été mal entendu ,
fi l'on a compris que je voulois dire par-là qu'elle
étoit en banqueroute effective de 8,000,000 fterlings
, ou que fa dette étoit de 8,000,000 au - delà
de ce qu'elle pouvoit payer. - Il eft à craindre .
que cette fois M. Fox ne trouve encore qu'il ait
été mal entendu , & que ceci ne foit pris , contre
fon intention peut-être , pour une véritable
rétractation. M. W. Pitt , qui avoit été au nombre
de ceux qui avoient compris d'abord que la Com
( 67 )
pagnie des Indes faifoit banqueroute , prit acte du
délaveu public d'un fait qui avoit été avancé pu- ;
bliquement.
Le lendemain 26 , M. Fox préfenta fon fecond
Bill pour mieux régler les établiffements de la
Compagnie ; comme il eft fort étendu , on n'en
lut que le difpofitif qui entraîna un temps confidérable.
Sir Edouard Aftley fit enfuite quelques
obfervations qui regardoient toutes le premier
Bill , & qui ne tomboient aucunement fur celui
dont on s'occupoit. M. Fox l'avertit qu'il les con
fondoit ; & s'adreffant à la Chambre : » quelle
que foit , dit-il , la deftinée du premier Bill , elle
ne doit point influer fur celle du fecond : il y a
long temps qu'on fe plaint du défordre de l'adminiftration
de la Compagnie , & que l'on convient
de la néceffité d'un réglement qui y remédie ; on
s'eft plaint de la négligence des Miniftres à cet
égard ; on m'en a reproché à moi-même ; mais
cette affaire importante demandoit des méditations
, j'en étois occupé quand on m'acccufoit de
P'oublier ; j'en préfente aujourd'hui le réfultat ;
c'eft à la légiflation à le juger , il eft abfolument
indépendant de mon premier travail ; il peut-être
adopté , quand même on rejetteroit l'autre . Les
Directeurs actuels , fi l'on veut les conferver , ou
les nouveaux Commiffaires , fi l'on approuve le
nouveau changement de régime que j'ai propofé ,
peuvent également en exécuter les difpofitions.
M. W. Pitt obferva qu'il étoit impoffible de juger
ce Bill fans le connoitre , que chaque Membre
devoit le lire & le méditer. Il fut en conféquence
arrêté qu'il feroit imprimé , & qu'on en feroit la
feconde lecture le 2 Décembre.
--
Tout cela avoit préparé à des débats trèsvifs
& très animés pour la feconde lecture
du premier de ces bills , Elle eut lieù le 27 ;1
( 68 ) +
& ils furent en effet auffi chauds qu'on s'y
attendoit ; on comptoit fur des oppofitions
vigoureufes ; & d'après ce qui s'étoit paffe ,
les mesures qu'on avoit prifes , on croyoit
que les dernieres l'emporteroient. La féance,
fut très - longue , puifque la Chambre reſta
affemblée toute la nuit , & ne fe fépara que
le lendemain 28 à 4 heures du matin ; le
triomphe de M. Fox fut de 229 voix contre
110 , ce qui fait une majorité de 119 en fa
faveur. Parmi les détails intéreffans de cette
féance , nous rapporterons ceux- ci.
?
Le Confeil de la Compagnie des Indes ayant
été appellé pour être entendu , commença à parler
à 4 heures , & ne finit qu'à 7 heures & demie.
Quantité de voix s'éleverent auffi- tôt pour le récrier
contre l'injuftice du bill ; M. Fox en
répondant à fon tour , expofa d'abord que l'ufage
des Miniftres , en temps de guerre , eft d'exagé
rer l'embonpoint & la force des grands corps :
leur intention n'eft pas précisément d'en impofer
à la nation , mais d'empêcher que les ennemis.
n'acquierent des connoiffances de leur état de
foibleffe. La paix , ajouta-t - il après cet aveu précieux
, le difpenfoit d'ufer de cette politique ; il
n'y avoit point d'inconvénient à expoſer au grand
jour le véritable état de la Compagnie ; les comptes
qu'elle avoit préfentés offroient quantité d'articles
qui auroient dû être omis , & en omettoient
quantité d'autres qu'il eût fallu y inférer. De cet
arrangement remarquable d'omiffions & d'infertions
, réfultoit une aifance apparente ; peu d'obfervations
alloient le démontrer. D'abord , la
Compagnie mettoit au nombre des objets qui
lui étoient dus , 4,200,000 liv. fterl. qu'elle avoit
( 69 )
prêtés au Gouvernement ; mais elle omettoit
que , felon les conditions de cet emprunt , le
Gouvernement ne devoit les rendre que dans le
cas où il lui ôteroit fon privilege exclufif , ce
qui n'étoit pas fon intention. Si ce privilege
ceffoit fans la faute du Gouvernement , elle ne
pouvoit réclamer cette dette , Elle porte
encore en compte 260,687 liv . fterl . dus pour la
fubfiftance des prifonniers pendant la guerre précédente.
Depuis 1763 , on les réclame inutilement
en France , où l'on refuſe toujours de les
payer : on négocie encore fur cet objet ; mais ,
quelque zele qu'on y mette , c'eſt un rembourfement
dont on ne peut répondre , & une sûreté
-qui ne fatisfera pas fes créanciers. A cette
fomme elle en joint une autre de 139,877 liv.
fterlings pour l'expédition de Manille , &c . qu'elle
réclame du Gouvernement , qui a payé ce qui
étoit jufte , qui n'a pas cru devoir payer , & qui
ne payera point ceci .
--
-10
On porte encore en actif 280,575 liv. fter';
montant de billets payés par la Compagnie
& qu'elle remettra fur la place ; ce qui redeviendra
alors un article paffif. Il y a un autre article
de 552,250 liv. fterl. pour la vente de marchandifes
qu'elle n'a pas livrées ; & ces marchandifes
font auffi portées en actif dans un autre endroit
, ce qui fait un double emploi. L'état
des différents objets qu'on lui doit dans l'Inde
eft terminé par cette obſervation finguliere « La
guerre du Carnate retardera le paiement de ces
dettes , & elle rend celui de plufieurs fi précaire
, qu'il eft impoffible d'en fixer la valeur ;
mais il eft certain qu'elles font légitimement dues
à la Compagnie ». On pourroit lui dire qu'on
ne conteſte pas leur légitimité , mais leur sûreté ,
& qu'elle convient elle- même qu'elles n'en ont
pas.
( 70 )
2
Hier , les bills de M. Fox donnerent lieu à
de nouveaux débats , conformément à la délibération
de Jeudi dernier ; le fecond doit être lu
aujourd'hui ; en conféquence il fit une motion
pour que la Chambre fe formât en Comité ; &
cette motion réveilla les oppofitions auxquelles
M. Powis donna le fignal par un difcours qui
en occafionna quantité d'autres. M. Burke défendit
ce bill & le précédent , qu'on accufe également
de violer les propriétés , comme fi la fouveraineté
pouvoit en être une ; fi elle ne devoit pas
être toujours un dépôt qu'on confie & qu'on
retire , felon que , l'exige le bonheur de ceux
qui y font foumis . L'importance & l'étendue des
poffeffions britanniques dans l'Inde permettentelles
d'en laiffer le gouvernement à des Marchands?
Elles contiennent 200,081 milles quarrés ,
fur le quels vivent plus de 30,000,000 d'ames.
M. Burke prétendit que la Compagnie n'avoit
jamais fait un traité qu'elle n'eût violé ; que les
Princes de l'Irdoftan la regardoient comme une
fociété de Marchands fans intégrité , fans foi ,
fans honneur , & voués uniquement à la cupi-
-dité . Il falloit un nouvel ordre pour confirmer
-les arrangements qui avoient été faits en faveur des
Jadiens ». M. Fox parla enfuite pendant plus de
-deux heures , & ce matin , à 4 heures , la Cham
bre s'étant divifée , il y eut 217 voix pour fa
motion , 102 contre ; pluralité , 114.
3
On fera fans doute bien aife de trouver
ici les principales claufes de ce bill.
11 porte que les Commiffaires nommés entreront
immédiatement en poffeffion de tous les territoires
, pays , édifices , meubles & effets apparrenans
à la Compagnie ; que les livres , mémoires ,
chartres , & généralement tous les papiers , que
( 71)
-
les vaiffeaux , magafins , marchandifes , caiffes ,
argent , obligations & autres , feront remis par
les Directeurs & Employés de la Compagnie à la
premiere réquisition des Commiffaires , aux perfonnes
qu'ils défigneront. Que pour le feul
objet de commerce , les fieurs propriétaires
de ...Actions de la Compagnie , feront Directeurs
affiftans ; que de temps en temps , & fans réquifition
ils rendront compte aux Commiffaires ,
prendront leurs ordres & les exécuteront.
2
...
En
cas de vacance dans les offices d'Affiftans Directeurs
, cette vacance fera remplie dans la fuite par
la majorité des Propriétaires de la Compagnie ,
qualifiés de la maniere requife par l'Acte de la
13e année du Regne de S. M. les Propriétaires
ne vôteront pas dans les élections par fcrutin ,
mais dans une affemblée ouverte & tenue expreffément
; & chacun fignera fon nom dans un
livre en donnant la voix . Que les Commiffaires
ou la majorité des Commillaires auront le
pouvoir d'éloigner , de fufpendre , de rappeller ,
de nommer ou rétablir tous les Employés quelconques
, civils ou militaires , foit que les Employés
aient été nommés per le Parlement ou autrement.
Il paroît que le triomphe de M. Fox à la
feconde lecture de fon Bill fe foutiendra ,
& qu'il paffera avec la fanction du Parlement
; on dit du moins qu'il a deja fait la
nomination des premiers Commillaires &
principaux Employés de la Compagnie . Nos
Papiers en nomment déja plufieurs s'il faut
les en croire , le Lord Edouard Bentinck ,
MM. S. John , Neville , fir Henri Fletcher ,
MM. D. Hartley , J. Robinton & W.
( 72 )
8
Burke feront les 7 Commiffaires ; M. Eden
aura le gouvernement général ; le Lord Macartney
celui de Madras , M J. Burke celui
de Bombay , & le Général Smith le commandement
en chef des forces de la Compagnie.
On ne manquera pas de remarquer
que fir Henri Fletcher fe trouve nommé
au nombre des 7 Commiffaires fupérieurs ;
il étoit auparavant Préſident de la Cour des
Directeurs , & il a donné le 28 fa démiſſion
de certe place.
» Si les imputations que M. Fox a faites
aux Employés de la Compagnie , font fondées
, dit un de nos Papiers , il eft certain
qu'on ne peut contefter la néceffité d'en changer
le régime , ce qui fait préfumer qu'elles ne
font que trop réelles , c'eft ce trait configné dans
un des rapports du commité fecret. Les
cruautés du fieur B. fouleverent enfin une fois
ces malheureuſes & innocentes victimes ; elles
envoyerent leurs plaintes à Calcutta ; & l'un
de ceux chargés de les préfenter , élevant fa voix
devant le Confeil affemblé , lui adreffa ces påroles
remarquables qui peignent également les
opprimés & les oppreffeurs : vous nous regardez
comme vos troupeaux , nous ne travaillons
en effet que pour vous enrichir ; mais l'infortuné
bétail eft foigné par fes bergers & gardé
par les chiens ; & vous , vous nous livrez à des
Joups avides qui nous dévorent. Ceci nous
rappelle le trait hiftorique fuivant qui devroit
être médité par la légiflation , & qui pourroit
être mis en ufage dans l'Inde. Le Romains avoient
la plus grande horreur pour le péculat & l'extorfion.
C'étoit le crime qu'ils puniffoient avec
la
( 73 )
f
fes
étoient admis à le
le plus de févérité pour qu'il ne put échapper
en aucun tems au châtiment , la victime qui en
avoit fouffer , ou à fon défaut les enfans
héritiers , fes amis même
pourfuivre devant le peuple affemblé. Un étranger
qui pouvoit en convaincre un Romain avoit
le droit d'en faire rayer le nom du registre des
Citoyens & d'y faire mettre le fien à la place .
A cette citation nous en joindrons une
autre qui offre un nouveau tableau touchant
de la malheureuſe fituation des Indiens , &.
de l'oppreffion qu'ils éprouvent ; il fe trouve
dans le manifefte envoyé par Cheit-
Sing aux différens Rajahs fur les troubles de
Benares on fait que M. Hafting a été
accufé de plufieurs actes d'oppreffion &
d'injustice à fon égard , & on a vu dans
un de ces: Journaux la lettre par laquelle il
a cherché à fe juftifier. Le manifefte de
Cheit-Sing mérite d'être traduit.
Tout le monde fait que dans ces temps le
Gouverneur & fa fuite font venus à Benarès. A
fon arrivée à Buxar , qui eft la limite de mon
pays , j'allai au devant de lui avec les principaux
de ma cour , pour lui faire honneur . Nous
parlames de mon tribut , & je lui témoignai
mon confentement aux demandes de la Compagnie
, ma promptitude à y fatisfaire , mon atta
chement & ma fidélité . Il me demanda enfuite
une fomme en fupplément , & de lui livrer le
fort de Bidgigu , la réfidence de ma famille ,
la fûreté de mes femmes & de mon bonneur.
Je repréfentai mon impuiffance fur le premier
point , & je demandai , quant au fecond , ce que
j'avois fait , pour que la Compagnie voulût
N°. 50. 13 Décembre 1783. d
( 74 )
-
m'outrager au point de m'enlever un fort où
demeuroit ma famille. A mon arrivée à Benarès ,
on me donna une garde ; je m'y foumis ; &
bientôt après un chubdardem -markham , qui
avoit été autrefois à mon fervice , & qui avoit
une vengeance à prendre , profita de cette occafion
pour m'infulter , & pour fe fervir du langage
le moins convenable avec moi, Un de
mes fujets , révolté de voir fon prince outragé
ainfi par un bas valet , lui repréſenta l'indignité
de fa conduite ; ce qui amena une difpure
& des coups , qui furent portés des deux
côtés ; mes fujets accoururent , tomberent fur
les troupes , & dans cette rixe il y en eut plufieurs
tués de part & d'autre . J'en profitai pour m'échapper
, & je traverfai le Gange avec mes
adhérens . Qu'ai- je fait pour avoir mérité un
pareil traitement de la Compagnie ? L'Orient
en jugera. Je l'ai fervie avec fidélité & attachement.
Quelle baffeffe ai - je faite , ou quel
crime ai- je commis ? En reconnoiffance de l'appui
& des fecours que mon pere lui prêta dans
fes guerres avec le Nabab Caffim -Ally Khan &
le Nabab Sujah - Dowla , elle fe crut obligée de
le protéger contre la haine du dernier Nabab ;
elle continua de le protéger pendant quelques
années contre les intrigues du Vifir du Nabab
& la rapacité de fes miniftres , jufqu'à la mort;
elle me donna la même protection , & dans la
fuite , par un échange de pays qui eut lieu , je
devins fon tributaire , au lieu de l'être du Nabab
, & je lui ai payé le tribut que je payois
auparavant à ce prince . Depuis ce tems , je ne l'ai
jamais fufpendu ; je n'ai pas ceffé de lui prouver
ma fidélité. Sur quoi eft donc fondé le retour
cruel que j'en éprouve ? En quoi ai - je mérité
d'être dépouillé de mes tréfors , privé du fort
( 75 )
qu'habite ma famille , outragé & deshonoré perfonnellement
? Ai- je été coupable d'injuftice ,
de mauvaiſe adminiſtration ? Qu'on regarde mon
pays & qu'on regarde le leur ; l'aspect différent
qu'ils préfentent en marque les limites d'une
maniere encore plus fenfible que celles que la
nature elle - même a tracées . Mes champs font
cultivés , mes villages remplis d'habitans ; mon
pays eft un jardin , & mon peuple eft heureux.
Ma capitale eft le rendez- vous des principaux
marchands de l'Inde , à caufe de la fécurité que
j'ai donné à toutes les propriétés ; elle eſt le
dépôt des trésors des Marates , des Jants , des
Seiks & de toutes les nations les plus éloignées
de l'Inde la veuve & l'orphelin , fürs de leurs
héritages , réfident ici fans craindre la rapacité
& l'avarice ; le voyageur traverſe mes états
d'un bout à l'autre fans rencontrer de brigands ,
& dort avec fécurité. Voyez au contraire les
provinces de la Compagnie : l'avarice & la famine
étendent leur empire odieux fur des campagnes
en friche & des villages déferts ; vous
ne voyez que des vieillards hors d'état , par
leur foibleffe , de fe transporter ailleurs , ou des
voleurs prêts à leur enlever le peu qu'ils ont :
quand un Anglois paffe par mon pays , on l'accueille
avec tendreffe , on pourvoit à fes befoins ;
fes bêtes de fomme font foulagées de leurs
fardeaux , qu'on porte pour elles de villes en
villes , jufqu'aux confins : quand des hommes diftingués
y voyagent , mes officiers vont au devant
d'eux s'informer de leurs beſoins , leur fournir
des provifions & des voitures à mes dépens , &
exécuter leurs ordres comme les miens , Qu'ils
difent s'ils font traités ainfi dans les pays de
la Compagnie : n'y font- ils pas continuellement
en danger d'être volés ou affaffinés ? Chez-moi
d 2
( 76 )
les lettres de recommandation de leurs gouverneurs
ou de leurs Confeillers , font regardées
comme des lettres de change ou des ordres.
Malgré cet attachement & cette fidélité , je ſuis
fans ceffe obfédé par l'avidité , qui envie les richeffes
& les profpérités de mon pays , & par
la calomnie , qui me prête des crimes , pour
me les faire expier par de l'argent , & pour me
faire acheter la protection contre l'injuftice . On
écoute toutes les plaintes contre moi , on encourage
mes calomniateurs ; aujonrd'hui encore
on protege Oufenging , un de mes parens à la
vérité , mais un homme fans moeurs , fans conduite
, un vagabond , capable de tout , chafié
de mon pays pour fes excès , qui , avec des
gens de fa trempe , pilla il y a quelque temps
plufieurs de mes villages , & qui ayant été
pour lever des contributions à Mirza poor , fut
attaqué & défait par les troupes angloifes ellesmèmes.
Cet homme a été enfuite à Calcutta ,
où il a trouvé de l'appui ; il a exalté mes tréfors
, les revenus de mon pays ; il a demandé
à s'en rendre maître , offrant de leur faire tout
partager , & a enflammé la cupidité par le tableau
de richeffes imaginaires. Il est venu dernierement
à la fuite du gouverneur , il lui a
donné les plus odieufes impreffions contre moi.
Telle a été ma conduite , telle a été celle des
anglais. Non content de mes tréíors ils envient
auffi mon honneur . Ils m'ont demandé une fomme
qu'il n'eft pas en pouvoir de donner ; ils demandent
la ruine de mon pays , ils exigent mon
fort , l'habitation de ma famille qu'ils en chafferoient
& renverroient fans fecours & fans afle
dans le monde ; armez-vous mes amis , joignonsnous
enſemble pour repouffer ces étrangers avides
; c'est la caufe de l'Inde entiere. Après la
( 77 )
perte de l'honneur qui peut faire cas de la
vie . Venez mes amis ; réuniffez-vous à moi ,
ces brigands ne m'ont pas encore tellement dépouillé
que je ne fois en état de foutenir vos
troupes & de leur procurer des provifions .
Ön fe rappelle l'affaire de M. Bembdrige
& les mouvemens qu'il s'eft donnés pour
obtenir la réviſion de fon procès ; il s'agiffoit
d'un déficit de 50,000 liv. ft. qui s'étoit
trouvé dans fes comptes , & ceix de M.
Powell qui n'avoit pas attendu fon jugement
& qui s'étoit tué ; il avoit été
condamné à payer ce déficit qui paroiffoit
ne devoir être imputé qu'à fon défunt collegue.
Le to Novembre on fit au banc du
Roi la motion de recommencer l'inftruction
de cette affaire. Les Juges remirent à
prononcer à un autre jour ; & leur jugement
qui a eu lieu dernierement , a déclaré
le premier valable ; on a condamné
M. Bembridge à une amende de 2560 l. ft.
& à 6 mois de prifon ; paffé ce tems , s'il
n'a pas payé l'amende , il y reftera encore
jufqu'à ce qu'elle foit acquittée.
Parmi les anecdotes qu'offrent fouvent nos
papiers , en voici d'affez fingulieres.
Il y a quelques jours qu'un officier de la marine
& quelques autres , venant de Portſmouth à Londres
par la diligence , furent arrêtés par un voleur
, qui ayant ordonné au cocher de s'arrêter ,
leur demanda leur argent , qu'ils donnerent fur le
champ . L'officier en lui remettant fa bourſe ,
lui dit elle n'eft pas confidérable ; mais toute
foible qu'elle eft , je ne puis que fouffrir beau
d
;.
( 78 )
coup de fa perte : car je n'ai que cela : & point
d'esperance de me procurer d'autre argent. Le
voleur , difent nos papiers , entendant ce difcours
montra une générofitê vraiment exemplaire ; il
déclara que fon inteution n'étoit pas de le mettre
dans l'embarras , ni perfonne de la compagnie
, & que puifqu'ils fouffriroient de la perte
de l'argent qu'ils lui donnoient tous , il le leur
rendoit ; il reftitua en effet à chacun fa bourſe ,
en les priant de ne point parler à leur arrivée de
la vifite qu'il leur avoit faite , & après cela , il
difparut.
Quand nous nous moquons dit un de nos papiers
, de la fuperftition qui regne dans quelques
contrées étrangeres , nous ne regardons pas autour
de nous. Sans cela nous ferions plus indulgens.
Voici un fait qu'on écrit férieusement
de Dublin , & que la plupart des papiers d'hier
ont copié auffi férieufement. Le 1er . de ce mois
Miff Clancy eft morte fubitement à Dublin , elle
étoit fille de feu Villiam Clancy , Ecuyer , auparavant
un des plus riches Négocians de la Ville.
Les circonftances de la mort de cette Dame
font très extraordinaires . Le matin elle dit à
fa famille qu'elle avoit paffé une très - mauvaiſe
nuit ; elle avoit rêvé que fa four ainée qui est
veuve & réfide en France , étoit morte , &
qu'elle lui étoit apparu pour lui annoncer fa
prochaine diffolution . D'abord elle refufa fa
confiance à l'ombre , en lui difant qu'elle fe
portoit très -bien ; mais le ſpectre perfifta à l'affurer
qu'elle n'avoit que peu d'heures à vivre.
Ce rêve l'affecta beaucoup ; on la railla de fes
craintes. Elle fit le matin quelques vifites , & paffa
quelque tems en prieres. A dîner elle fut trèsgaie
; mais tout - à- coup elle fe plaignit d'un
violent mal de tête , pofa fon couteau & fa
( 79 )
fourchette fur la table , fe renverfa fur fa chaife
& expira .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Décembre.
M. Pilatre du Rofier , Intendant des Cabinets
de Phyfique , Chymie & Hiftoire Natu
relle de Monfieur , Secrétaire du Cabinet de
Madame , membre de plufieurs Académies
nationales & étrangeres , a eu le 30 du mois
dernier , l'honneur de préfenter au Roi , à la
Reine , à Monfieur , à Madame , à Monſeigneur
Comte & Madame Comteffe d'Artois
, protecteurs de fon Mufée , la Médaille
frappée pour MM. de Montgolfier, en vertu
d'une Soufcription , fous la direction de
M. Faujas de S. Fond.
Mademoiſelle eft morte ici le S de ce
mois à 9 heures & demie du foir , âgée de 7
ans & 3 mois. Le corps de cette Princeffe ,
transféré le lendemain au Palais de Trianon ,
a été porté hier à l'Abbaye de S. Denis , pour
être inhumé. Aujourd'hui la Cour a pris le
deuil pour 21 jours .
y
DE PARIS , le 2 Décembre.
On mande de Toulon , que les travaux
de ce port font fufpendus , & qu'il n'y eſt
plus queftion d'aucun armement . 4 vaiffeaux
de guerre Hollandois de 50 à 60 canons , y
font arrivés avec quelques autres petits bâtid
4
( 80 )
mens , & paroiffent difpofés à hiverner dans
ce port.
:
Enfin nous avons unport , écrit-on de Tréport ;
depuis long-tems nous n'en avions plus que lenom .
Des monceaux de galet l'avoient tellement obftrué
, qu'il étoit devenu inutile. Déjà, plus de pêche
, plus de commerce , plus d'agriculture , plus
d'induftrie des futayes immenfes qui pouvaient
fournir à la conftruction des vaiffeaux , les meilleurs
chênes & de la courbure la plus heureuſe , périffoient
faute de débouché , ou ne fervoient
qu'à alimenter quelques verreries qui tomboient
elles - mêmes en décadence. Des arbres fuperbes ,
des hêtres immenfes étoient condamnés au chauffage
parce que nous n'avions point d'ouvriers
pour les employer à d'autres ufages. Nos terres
languiffcient , nos moulins réduits à la confommation
du pays mal peuplé , chommoient lo
plus fouvent , & la riviere la plus propre , foit
pour en conftruire d'autres , foit pour flotter
nos bois , s'en alloit inutilement fe perdre dans
la mer . Nous devons un nouvel ordre de
chofes à la bienfaisance éclairée de S. A. S.
Mgr le Duc de Penthiévre ; c'eft d'après fes
ordres & à fes frais , qu'on a confruit des éclufes
qui ont nettoyé notre port & qui en préviendront
déformais l'obftruction . Ainfi cette
main qui va chercher pat - tout le malheureux pour
le foulager , aura par un feul bienfait , afluré
la prospérité des générations futures & d'un pays
très - étendu .
Déja nous avons plufieurs négocians
auffi honnêtes qu'intelligents & actifs :
nous ne manquens point de matelots , & le commerce
va les multiplier encore . Derriere nous eft
une colonie nombreufe de forgerons le Ponthieu
, le pays de Caux , le Marquenterre nous
fourniront des chanvres , des toiles à voiles ,
( 81 )
dès que nous pourrons leur en offrir la confommation
. Il ne nous manque que des charpentiers
& fur tout de l'argent pour les payer :
mais avec tant d'objets où il peut être utilement
employé , il faudra bien que l'argent vienne
nous chercher. Nous avons poffédé pendant
quinze jours , L. A. S. Mgr le Duc de
Penthievre , & Mgr le Duc & Madame la Ducheffe
de Chartres , Mefdames les Princeffes de
Conti & de Lamballe. Si notre port a été un
fpectacle pour ces auguftes perfonnes ; elles ont
été elles - mêmes le plus beau & le plus touchant
fpectacle pour nous , par leur bienfaifance
& leurs vertus.
L'Académie Françoiſe dans fa derniere
Affemblée , s'eft donné un Secrétaire perpétuel
, & fon choix eft tombé fur M. Marmontel.
De 21 voix il en a eu i5 . Les autres
6 étoient en faveur de M. Suard , fon con
current. Quant aux deux Fauteuils vacans
ils paroiffent toujours deſtinés à M. de Choifeul-
Gouffier & à M. Bailly.
On a achevé dans les dernieres aſſemblées des
Adminiftrateurs & Actionnaires de la Caiffe d'Efcompte
, de régler tout ce qui pouvoit accélérer
la prompte libération de cette Caiffe , & de prendre
les mesures néceffaires pour qu'elle n'éprouve
pas dorénavant les fecouffes qui ont menacé de la
renverfer. En conféquence , on a décidé , 1 ° . que
du 1 au 15 Décembre , on ne pourra escompter
que jufqu'à la concurrence de 4 millions ; on a reconnu
qu'il ne reste plus que 700,000 liv . de déber
particulier à la Caiffe , des 6 millions auxquels ce
débet montoit , il y a deux mois. 2º. On a annoncé
un comité compofé des perfonnes pour dref
fer les réglemens concernant le régime intérieur.
d's
( 82 )
Ainfi , l'on peut dire que cet utile établiſſement
va étre établi aujourd'hui fur une baſe inébranlable
, & qu'il méritera encore plus que par le paffé
la confiance publique .
Nous avons annoncé la curieufe expérience
du Globe aéroftatique de M. Charles.
On fcait que lorfque fon compagnon de
voyage l'eut quitté à 9 lieues de Paris , il repartit
tout feul dans fa machine ; on fera bien
aife de trouver ici la lettre dans laquelle il a
rendu compte de ce nouveau voyage.
›
Parti feul dans la machine aéroftatique , à 4
heures un quart , de la prairie de Nefle , avec
une légéreté spécifique évaluée environ à 125
livres ; je fus élevé par une viteffe , telle qu'en
ro minutes , je fuis parvenu à une hauteur où
le barometre , de 28 pouces 4 lignes , qu'il
étoit à terre , a defcendu à 18 pouces ro lig.
1524 toifes. De fon côté le thermometre
, qui marquoit à terre 7 dégrés & demi
au-deffus de o , eſt deſcendu dans cet intervalle
à cin1 dégrés au- deffous de o , termes de la
glace ; enforte qu'en 10 minutes , j'ai paffé de
la température du printems à celle de l'hiver.
Cette transition prefque fubite de 12 dégrés ne
m'a fait éprouver d'autre fenfation que celle
d'un froid très fec & par conféquent moins
infupportable. La nuit , le froid , & furout
l'engagement que j'avois contracté avec
Mgr le Duc de Chartres , m'ont déterminé à
defcendre au bout de 35 minutes ; j'ai mis pied
à terre dans les friches du bois de la tour du
Lay. La diftance que j'ai parcourue pendant
ces 35 minutes , étoit par terre , d'une lieue
& demie , mais j'en ai fais plus, de trois dans
les airs , relativement à des déviations fréquen,
·
( 83 )
"
tes , dont quelques-unes m'ont ramené fur moimême.
J'ai couché hier chez M. Farrer , gentilhomme
Anglois , qui , m'ayant apperçu dans
ma route aerienne s'eft trouvé à ma defcente.
Parti aujourd'hui de chez lui à dix heures du
matin après m'être occupé de vuider & ployer
le globe , je fuis arrivé à Paris à cinq heures
& demie du foir. J'obſerve qu'indépendamment
du voyage heureux que M. Robert & moi avons
fait , il n'eft arrivé aucune espece d'accident
à la machine.
On fera bien aiſe d'avoir quelques autres
détails du voyage ; & voici ceux que l'on a
recueillis.
Il étoit une heure quarante minutes lorfque
la Machine s'éleva ; les voyageurs étant à quarante
ou cinquante pieds de hauteur jetterent
leurs chapeaux en figne d'adieux ; ils agiterent
auffi des drapeaux blancs & rouges , qu'ils laifferent
tomber lorfqu'ils parvinrent à des hauteurs
convenues avec les Obfervateurs de l'Académie
, placés fur le donjon du Château des
Thuileries. Pouffés par un vent foible ils s'éloignerent
en paffant fur le Fauxbourg Saint-
Honoré , Mouffeaux , & c. , à la hauteur de deux
cents cinquante toifes environ , de forte qu'on
ne les perdit de vue qu'à mesure qu'ils s'éloignerent.
Ils difparurent aux yeux des fpectateurs
placés aux Thuileries en cinquante - cinq minutes.
Lorsqu'ils ne diftinguerent plus rien fur
la terre , & qu'ils furent certains qu'on ne les
appercevoit pas , même avec les télescopes ,
ils quitterent leur pofition , s'affirent , & burent
tranquillement leur vin de Rota , & mangerent
les provifions dont ils s'étoient munis . Ils difent
que rien n'eft comparable à la pureté de l'air
do
( 84 )
à la tranquillité , au bien - aife dont ils jouiffoient.
à la hauteur où ils naviguoient . La terre ne
paroiffoit à leurs yeux que comme un grand
plat , nuancé de différentes bandes , grifes , noires
& blanches ; ils volerent ainfi pendant une heure ,
& paffant fur la Montagne de Sannoy , le lieu
le plus élevé qu'ils euffent diftingué fur leur
route , ils defcendirent plufieurs toifes en ouvrant
la foupape , & appercevant des pay fans , ils s'entretinrent
avec eux au moyen de leur portevoix.
Ignorant un quart d'heure après où ils
étoient , ils s'abattirent un peu plus bas , & demanderent
le nom de l'endroit . On leur répondit
vous êtes fur l'Ile - Adam. Salut à Conti ,
s'écria alors M. Charles , & jettant une partie
de fon left , il s'éleva à plus de cent toifes.
Il fit encore une lieue à cette hauteur ; alors
voyant de belles plaines , il propofa à ſon jeune
ami de le mettre à terre , pour pouvoir , luimême
, étant débarraffé de fon poid , qui étoit
de cent vingt cinq livres , monter à une région
plus élevée , & faire fes obfervations. Le jeune
Robert y confentit ; on ouvrit la foupape , &
le Globe defcendit mollement , au point qu'il ne
toucha la terre qu'après l'avoir rafée à trois ou
quatre pieds l'espace de quarante toifes . Quand
M. Charles remonta , le Globe fut perdu de
vue en moins de fix minutes. Il parvint à une
hauteur de quinze cents vingt - quatre toifes
, c'est environ quarante quatre fois la hautour
des Tours de Notre Dame ; il évalua cette
élévation par fon barometre , & par le froid qu'il
reffentit , principalement à la tête ; un tintement
qu'il eut dans les oreilles , la plume qui lui tomba
des mains en voulant faire les obfervations ,
lui indiquerent qu'il rifquoit trop en reftant dans
une température auffi froide ; & fur le champ il
( 85 )
1.
ouvrit fa foupape pour defcendre ; il reparte
aux yeux des gens qui le fuivoient , à l'aide de
la direction du vent. Après plufieurs deviations .
caufées par les différens courans d'air , il s'eft
defcendu , trente- cinq minutes après fon départ ,
fur la Terre d'un Gentilhomme Anglois, nommé
M. Farrer . Ce Gentilhomme fe trouva auprès du
Globe au moment où il toucha la terre . Je vous
confifque , dit-il à M. Charles en l'embraffant ,
vous êtes fur ma Terre ; vous m'appartenez &
je vous emmene à mon Château . M. Charles
profita de cette offre gracieufe ; il paffa la nuit
chez cet aimable Gentilhomme , & ne revint
que le lendemain à cinq heures du foir.
Cette expérience eut lieu le 2 , comme
nous l'avons dit ; elle devoit être faite le 29
Novembre ; mais les circonftances s'y oppoferent
; & tout ce qui fut répandu à ce fujet
étoit fans fondement. La véritable caufe
de ce délai , c'eft que M. Charles , qui avoit
cru pouvoir remplir ſon globe d'air inflammable
, en 5 ou 6 heures de temps , en multipliant
fes moyens , reconnut , comme on
le lui avoit prédit , qu'il lui falloit au moins
70 à 80 heures , & que n'ayant commencé
fes travaux que le vendredi , il étoit impoffible
qu'il pût être prêt le lendemain matin .
Un accident qui arriva dans la nuit du Vendredi
par l'imprudence d'un Ouvrier , penſa devenir
funefte. Cet imprudent plaça un lampion contre
un tonneau rempli de gaz , qui prit feu & éclata .
Heureufement on en fut quitte pour quelques brû
lures. Mais cette circonftance renouvella les craintes
que l'on avoit fur les rifques qu'il y avoit à
voyager au-deffous d'un globe rempli d'une maa(
86 )
tiere auffi inflammable. Cependant Mrs Charles
& Robert n'en furent point effrayés ; & leur réfolution
étoit fi naturelle & fi peu hazardée , que
la femme de l'un des derniers vouloit monter dans
le char avec fon mari , tant elle étoit certaine
du fuccès. On cite encore l'exemple d'une autre
Dame qui , dit- on , eft venue voilée chez Mrs
Robert , leur offrir 50 louis , s'ils vouloient permettre
qu'elle fit le voyage avec l'un d'eux . Ils
ne crurent pas devoir céder à fes inftances. On
doute cependant de la vérité de cette hiftoire ,
quoiqu'elle ait été le bruit de tout Paris. Si elle
eft vraie , on ne peut pouffer plus loin l'enthoufiafme
pour les découvertes nouvelles.
Cette expérience curieufe , & qui peut être
encore perfectionnée , occupe tous les efprits
qui cherchent à préfent les moyens de diriger
la machine. Parmi les obfervations que
nous avons reçues fur ce fujet , en voici quelques-
unes , que nous nous empreffons de
tranfcrire .
сс Qu'il foit permis à un vieillard , qu'une
deftinée bizarre & impérieufe enleva dès fa jeuneffe
à fon élement naturel , pour l'occuper de
celui des oiſeaux , qui s'avila même de tracer aux
oifeaux les routes qu'ils doivent fuivre en raison
de leurs conformations diverfes , qu'il lui foit
permis , dis - je , de fe croire en état de fervir de
pilote aux habitans de la terre , qui débutent aujourd'hui
dans l'efpace des airs . - Sans être initié
dans la fcience des méchaniciens , il avoit regardé
de tout temps comme abfurde la prétention de
s'élever , & fe foutenir dans les airs par des moyens
purement organiques. Un fpécifique étoit néceffaire
pour remplir cette étrange intention , ce
fpécifique étoit le fecret de la nature , & le feroit
--
( 87 )
- Les droits que
encore fans M. de Mongolfier .
cet homme à jamais célebre, a fur la reconnoiffance
de fes contemporains & de la postérité , augmentent
en raison de la connoiffance que l'on a de
l'étendue du pas qu'il a fait , & perfonne à ce
qu'ofe dire l'Auteur de cette note , ne doit connoître
comme lui le prix du fervice rendu
cette découverte. L'expérience feule peut
faire connoître , que la hauteur une fois acquife ,
le vol n'est plus qu'un jeu pour les oifeaux .
par
C'est plus qu'un jeu , fans doute pour les hommes ;
mais la diftance entre leurs moyens & ceux des
oifeaux eft raccourcie de plus de moitié , par le
moyen fpécifique , de fe porter au plus haut des
airs. Dut - on s'en tenir aux fuccès déjà obtenus ,
on auroit acquis affez d'avantages pour que cette
découverte fit époque dans les faites du genre
humain. Il feroit peut- être même de la fageffe
de s'en tenir là ; mis la deftinée de l'efpece humaine
étant de chercher fans relâche à étendre
les bornes de fa fphere , il feroit peut- être dangereux
d'être plus moderé à cet égard , que des
voifins dont certains fuccès pourroient exciter
l'ambition. Il fuffit donc que l'impoffibilité
de faire un ou plufieurs pas de plus , ne foit pas
évidente , pour que l'on doive s'évertuer à tirer
tout le parti poffible de la découverte dont il
s'agit ici . Ce qui effraie l'imagination , ce qui
rengrege toutes les tentatives ; c'eft la maffe des
obftacles qui restent à vaincre , pour naviger
horifontalement. Si au contraire on divife cette
maffe , l'imagination fe raffure en raifon de l'atténuation
des parties . Les Franklin , les Spalanzanis
, ont obtenu par gradations infenfibles des
réfultats , qui préfentés en fomme aux plus grands
génies leur euffent paru des chimeres . Les efprits
au contraire, qui font incapables d'obtenir des
----
( 88 )
=
réfultats peu communs, prétendent voir d'un coup
d'oeil , par voie de fpéculation , tout ce qu'il eft
poffible d'obtenir. On pourroit citer à l'occafion
de cette découverte un grand nombre de propos
deftructeurs de toute induftrie . Il y a même beaucoup
de gens , très - fenfés d'ailleurs , qui regardent
comme peu de choſe la poffibilité de naviger
en l'air , horisontalement , fi l'on ne le fait en
dépit des vents . Les feuls qui méritent qu'on
les édifie , font ceux qui appercevant les obftacles
qu'oppofent ; 10. la légereté (pécifique à la
projection horisontale , & à la viteffe ; 2 ° . l'ample
furface de la machine à la réfiſtance de l'air ;
3°. l'impoffibilité d'une organifation qui réuniffe
la force & la légereté au degré requis , décident
fans aller plus avant , que l'entrepriſe eft chymérique.
Entreprendre effectivement de détruire
à la fois tous ces obftacles , c'eft mériter les mauvais
fuccès ; mais obferver beaucoup , & fur- tout
la nature , avant de lever pour ainfi dire le pied
pour commencer un pas , c'eft prendre la feule
route qui mene à quelque chofe. En obfervant
le vol des oifeaux , on verra par exemple qu'il eff
des circonftances où les ailes font purement paffives
. Elles le font fur-tout quand l'oifeau file
une defcente fi peu fenfible qu'elle foit . L'oiſeau
fait de cette maniere de très- grands trajets avec
une diligence affortie à l'effet des vents. Quand
la defcente eft fenfible au point de décrire avec
la verticale un angle demi- droit , elle ne porte
pas à de grandes diftances , & aboutiroit contre
terre , fi l'oifeau dans l'intention de fe porter plus
avant , ne ſe rehauffoir fans efforts par les facultés
dont il est pourvu . E il eft des oifeaux , qui par
néceffité ou par pareffe , préferent cette maniere
de cheminer , à celle qui fuit de droit fil la parallelle
avec l'horifon , Il eſt des oiſeaux qui chemi-
-
( 89 )
A
felon
nent ainfi par courbes plus ou moins étendues ;
il en eft qui parcourent de très - grands espaces
par bonds fi raccourcis , qu'il femble que leurs
moyens viennent à la rencontre de ceux que poffédent
, ou que du moins font bien près de pofféder ,
les inventeurs ou les rédacteurs de la Machine
Aeroftatique. Ces courbes en effet ne font que
l'extenfion de celles que décrit actuellement le
Ballon , quand il remonte après avoir defcendu un
certain eſpace. En perfectionnant , foit le ſpécifique
, foit fon enveloppe , foit les foupapes pneu,
matiques , foit l'équilibre , foit un commencement
d'organisation , au plus haut degré qu'il
foit poffible d'atteindre . On pourra de plus en plus
fe jouer dans les airs en fens vertical , le gaz ,
par exemple , aſpiré ou inſpiré à point nommé ,
fera defcendre & remonter à volonté la Machine
avec plus ou moins de force ou de viteffe ,
la perfection des moyens. De ce point on
pourra tenter des courbes un peu plus ouvertes
fans qu'il s'agiffe encore d'un moyen nouveau .
L'Auteur de la note n'a garde de rien preferire
fur les moyens , fa tâche de pilote eft d'indiquer
les routes qu'il a vu fuivre par les originaux ,
qu'il eft bon de confulter fans ceffe. Il fe flatte
d'avoir fait appercevoir qu'on eft plus riche qu'on
ne croyoit être , & qu'en allant pas de tortue •
on avancera plus que les lievres moraux qui
abondent fur nos terres. Il finit cette note
peut- être déjà trop longue dans l'idée que fon
ouvrage qui va paroître , fur le vol des oiſeaux
de proie , fatisfera ceux qu'un certain zele engage
à lire tout ce qui a trait à l'objet de leur curiofité.
P. S. Si quelques perfonnes défirent que
l'Auteur de la note entre dans quelques détails ,
il fatisfera celles qui voudront bien lui adreffer
leurs questions , & les lui faire parvenir franc de
port à l'adreffe laiffée au Bureau du Journal ».
adde
?
( 90 )
Cette adreffe eft à M. Huber Alleon , à Geneve;
DE BRUXELLES , le ୨9 Décembre.
Selon la plupart des nouvelles publiques ,
l'excès auquel s'eft porté le Secrétaire de légation
Pruffienne à Madrid , contre le Miniftre
de Saxe à la même Cour , étoit la fuite
d'un propos tenu dans la maifon du Miniftre
Saxon , & qui inculpoit le premier du
vol d'une paire de boucles d'argent chez un
orfévre. Celui- ci voulut favoir de M. de Gerfderf
le nom de la perfonne qui le taxoit
d'une pareille infamie , le miniftre fe refufa
conftamment à le dire ; & ce fut la caufe
de cette affaire. On lit dans une Feuille publiée
dans les Etats Pruffiens , que les circonftances
ne font pas tout-à - fait telles qu'on
les a rapportées dans les papiers publics ; car
on affure que le fieur Favre avoit demandé
une explication au miniftre Saxon , par trois
lettres différentes qui étoient reftées fans réponſe
fatisfaifante . Quoiqu'il en foit , fur les
plaintes qui ont été portées au Roi de Pruffe
par les Cours d'Efpagne & de Saxe , S. M. a
défapprouvé la conduite du Secrétaire ; il a
été congédié & appellé à Berlin , où il fera
ftatué ultérieurement fur fon fort.
Nous avons donné fucceffivement dans ce
Journal des états de l'armée de l'Empereur , &
de celle de l'Impératrice de Ruffie , d'après la
Bibliotheque militaire Allemande qui s'imprime
à Hanovre ; celui de la derniere étoit
fort exagéré ; la lettre fuivante , que nous
avons reçue de Francfort , nous met en état
( 91 )
de le rectifier, & nous ufons avec beaucoup
de reconnoiffance des recherches de l'Offcier
refpectable à qui nous les devons ; les
lumieres qu'il nous a procurées ne peuvent
que faire plaifir à nos Lecteurs , furtout dans
les circonftances actuelles.
Je viens de lire , M. , dans le n° 4 du Journal
que vous redigez un état de l'ar.née Ruffe
qui fe trouve également dans tous les papiers.
publics . Il n'eft rien de plus faux & de plus
exagéré que cet état , & je pourrois vous le
démontrer en vous mettant fous les yeux le
tableau de cette armée ; je l'ai tracé d'après
ce que j'ai vu & d'après les mémoires qui
m'ont été fournis , dans les deux voyages que
j'ai fait en Ruffie en 1780 & 81. Ce tableau vous
offriroit l'état particulier de chaque corps , le
nom de fes chefs , le quartier qu'il occupe , la
divifion dont il fait partie , le général qui la
commande , &c , &c. Enfin des obfervations
fur le militaire Rufle en général ; mais c'eft un
volume dont il vous feroit difficile de faire ufage
dans l'ouvrage que vous dirigez . J'ai pensé que
la récapitulation ci - jointe fuffiroit pour donner
à votre nation une idée de la milice Ruffe ; elle
eft non feulement fort audeffous de celle dont vous
avez donné l'état ; mais la population & les revenus
de la Raffie ne pourroient fuffire à entretenir une
armée de 309,292 hommes , & à la porter dans
le befoin à 470,000 . C'eft de cette bafe que
les faifeurs d'Etats militaires devroient partir
pour donner de la vraiſemblance à leur tableaux
Suivant les relations que j'ai confervées en
Ruffie , la guerre paroît toujours inévitable ;
mais comme il y a encore cinq à fix mois d'ici
à l'ouverture de la campagne prochaine , il y a
( 92 )
la
tout lieu d'efpérer que les fumées guerrieres
fe diffiperont , & l'on peut affurer que c'eft le
voeu de la nation , même des gens de guerre :
on commence à fentir dans cet empire que
paix feule peut faire fon bonheur , que l'Em .
pire Ottoman , tout barbare qu'il eft , eft une
grande maffe & que les grandes maffes font
toujours difficiles à ébranler.
J'ai l'honneur
d'être , &c. Le Baron de B ***,
État de l'Armée Ruffe au 1er . Janvier 1781
L'Armée Ruffe eft partagée en douze divifions ,
celle du corps qui eft en Sibérie , comprife. Elles
font commandées par 4 Généraux-Feld- Maréchaux ,
7 Généraux en chef , & 1 Général- Major. Les
Officiers généraux , employés dans ces divifions ,
font au nombre de 70 ; favoir : 20 Lieutenans-
Généraux & 50 Majors . Il y a de plus 15 Lieutenants-
Généraux ou Généraux- Majors employés
dans les Régiments des Gardes , l'Artillerie , le
Génie & le Corps des Cadets Gentilshommes.
Enfin , il eft plufieurs autres Officiers- Généraux ,
qui font , ou Gouverneurs des Province , ou Com.
mandants des villes de guerre & d'autres villes de
quelque importance , ou Membres permanents du
College de guerre . Il en eft encore qui ont des
places à la Cour , ou qui font employés comme
Miniftres dans les Cours étrangeres.
-
INFANTERIE.
Le Corps des Cadets-
Gentilshommes , qui , en
entrant au Service , font comp. bataill.
faits Lieutenants ...
Les Gardes , qui ne for-
12
tent jamais de Saint- Petersbourg
, qu'avec la Cour...
Le Corps de l'Artillerie. 130
La Garde des Bâtiments
de S. M. Imp. , du Sénat ,
hommes.
2 603
42 ༡ 6300
16 16000
( 93 )
& du College des Affaires
étrangeres .. 6 I 1200
1086
175 137804
Le refte de l'Infanterie
eft composé de 71 Régiments
; favoir : 4 de Grenadiers
; 67 de Fufiliers ,
ayant chacun 12 compagnies
de 116 hommes , dont
une de Grenadiers & une de
Chaffeurs , & celui de Morfdoz
, faifant en tout.....
Obfervations. L'Infanterie Ruffe doit paffer ,
avec juftice , comme très- bonne ; les Régiments,
qui la compofent font plus complets que les autres
Régimens de l'Armée . Ceux qui viennent à Saint-
Petersbourg ( & chacun y va à fon tour , excepté
ceux qui font trop éloignés ) n'en font pas mieux
traités ; ils ont même le défagrément de voir les
Gardes choisir leurs plus beaux hommes pour fe
recruter. L'Artillerie eft en très - bon état . Le
Général Schouwaloff , qui , fous le regne de l'Impératrice
Elifabeth , en étoit Grand -Maître , Pa
mile fur le pied où elle eft actuellement . Entre
autres réglements particuliers à ce Corps , il a
profcrit les coups de bâton , punition en ufage
pour le refte de l'Armée. Il eft difficile , &
peut-être impoffible de fixer le nombre des troupes
de garnifon elles ne font compofées que d'Invalides
& de Soldats qu'on ne peut pas garder dans
les Régiments . En temps de paix , elles ne font
pas même le fervice dans les places la garde en
eft fournie par les Régiments qui font campés ou
cantonnés dans les environs. Le travail de ces
troupes eft au profit des Chefs & des Officiers de
feurs Corps . Il y a cependant une exception à
faire à l'égard des garnifons d'Orenbourg & d'Altrakan
. On leş dit en meilleur état.
"
:
( 94 )
CAVALERIE.
Les Chevaliers- Gardes ,
les Gardes à cheval , les
Huffards & les Cofaques du
Corps...
efcad. hommes. Comp.
... 11 7 1210
180 90 ' 13500
5 Régiments de Cuiraf
fiers..
10- de Carabiniers .
7de Dragons..10500-
16. de Huffards..14400 -
6. de Piquiers... 5400
-
--- ... 2700 3 d'Oulans ..
Le Corps de Malakouffie
.. 500 .
Ces derniers compofent
les troupes légeres de l'Armée
Ruffe , dont 2 de Dragons
, les 6 de Pâquiers &
les trois d'Oulans ont été
levés , après la guerre contre
les Turcs , ainfi que quelques
Régiments de Huffards
.
70
150
220 33500
411 317 48210
Obfervations. Les Cuiraffiers & les Carabiniers
font tous des Régiments anciens , plus complets &
mieux montés que les Régiments de Dragons &
de Huffards. Les Cuiraffiers fur-tout ont de trèsbeaux
chevaux tirés d'Allemagne ou des haras du
pays , dans lesquels on éleve de bons chevaux ,
par l'attention que l'on a de croifer les races. - En
général , dans toute l'armée Ruffe , chaque Chef
de Régiment n'oublie rien pour tirer parti de fon
commandement à fon profit particulier : les Régiments
font payés au complet , & doivent être tou-
--
( 95 )
jours complets ; le Général qui vient les infa
pecter , eft le feul qui puiffe contrôler le colonel
dans fon adminiftration . Ce défordre eft plus
grand & plus général dans les troupes légeres :
comme elles font prefque toujours fur la frontiere
, ou loin de la Capitale , dans l'intérieur du
pays , on peut en conclure que le nombre des
hommes , & particulierement des chevaux , n'eſt
pas conforme à celui que préfente l'état de fituation
envoyé tous les trois mois au College de la
Guerre.
RECAPITULATION .
Infanterie .
Cavalerie
TOTAL..
137,804 hommes.
48,210
186,014.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ).)
COUR DES AIDES DE PARIS .
Les tranfports faits par un débiteur conftitué prifonnier
pour dettes font- ils valides ? Une Femme
mineure peut-elle s'engager pour tirer fon mari
de prifon , fans y être autorisée ?
>
Le 25 Décembre 1776 , le Sieur Bolle , receveur
des domaines & bois de Bourbonnois
vend cet office au fieur Manduit des Bordes "
qui s'oblige par l'acte à rendre & folder les comptes
, tant du fienr Bolle lui-même que des Fer
miers de la Borde & Périchon , fes prédécef
feurs au même office,
Le 12 Juin 1780 , le fieur Bolle , conſtitué
prifonniers pour dettes , cede au fieur Deville ,
l'un de fes créanciers , différens effets , & s'oblige
au paiement de plufieurs fommes , pour
obtenir la liberté de fa perfonne, La demoiſelle
Gafcouin , mineure , fa femme & féparée de
biens , accéde à ce tranfport , & s'y oblige en
fon nom. Le 14 , 15 & 16 Mars 1782 , le
( 96 )
.
Contrôleur des Rentes décerne des contraintes
contre le fieur de la Borde , pour raison de ce
qn'il devoit au Roi , en. qualité d'ancien Rece ...
veur. Celui - ci fe pourvoit contre le fieur Bolle ,
& le 19 Septembre 1782 , arrêt de la Cour des
Aides , qui condamne le fieur de la Borde à
payer . 151918 livres , & condamne left Boller.
à l'en indemnifer , & par corps . Le fieur
Bolle fuit en pays étranger ; fa femme parvient à
fa majorité. Le fieur. Deville forme une
demande contre elle en garantie du transport)
du 11 Juin 1780 .. Elle obtient des lettres
de refcifion contre l'acte , & en demande l'enterinement.
Le contrôleur des rentes foutient
la nullité du tranfport. Les Syndics des
ereanciers Guémenée prétendant que le fieur
Deville n'a été que le prête nom du fieur Mar
clrand, intendant de M. le Prince de Guémenée ,
interviennent & foutiennent la validité du tranſ-,
port ,, que le fieur Bolie foutient auffi . Arrêt
du 29 Juillet 1783 par lequel la Cour faifant droit
au principal , débouté le contrôleur des rentes de
fa demande en nullité de l'acte de tranſport du
11 Juin 1780 ordonne que le fieur Deville
remettra aux créanciers Guemente les titres &
effets mentionnés au dit acte ; quoi faifant, décharge
, condamne le Contrôleur des rentes aux
dépens à cet égard envers toutes les parties . Donne
acte à la Dame Bolle de la déclaration falte par
les créanciers Guemenée , de ce que fur la demande
en enterinement des lettres de refcifions
ils s'en rapportent à la prudence de la Cour ,
enterine lefdites lettres , remet la Dame Bolle
au même état qu'elle étoit avant l'acte de cautionnement
condamne te fieur Deville && les
créanciers Guemenée aux dépens à cet égard envers
la Dame Bolle , ceux entre elle & le fieur
Bolle compenfés.
:
-
ACH A.l
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 14 Novemb.
Enes - Mehemed - Bacha , Beglierbey de
G Bulgarie , en fe rendant de Belgrade à
fon gouvernement de Sophie , jugea à propos
de faire le voyage aux frais des peuples
au milieu defquels il paffoit. Depuis qu'il
étoit dans fa réfidence , il y avoit extorqué
des fommes confidérables. Les Janiffaires
révoltés de fes excès , envoyerent des dépu
tés ici , pour porter leurs plaintes , mais le
Bacha qui en fut averti , envoya après eux
des troupes qui arrêterent les députés , & les
ramenerent à Sophie , où il les fit étrangler
fans autre forme de procès ; les Janiffaires
irrités fe font foulevés contre ce gouverneur ,
& l'ont , dit- on , fait étrangler.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 4 Novembre
La nouvelle Académie Ruffe , formée à
No. 51. 20. Décembre 1783. e
( 98 )
Finftar de l'Académie Françaiſe , & chargée
ſpécialement de veiller à la pureté de la langue
, & à prononcer fur les innovations qui
peuvent s'y introduire , a ouvert fes féances
le 1 de ce mois ; le Métropolitain de Novogorod
& de Pétersbourg , dont le nom eſt
placé à la tête des membres de cette Compagnie
, immédiatement après celui de la
Princeffe Daſchkow , qui en eft Directrice ,
comme elle l'eft déjà de l'Académie des
Sciences , commença par mettre la nouvelle
fociété fous la protection du ciel , en faisant
une courte priere , & en donnant fa bénédiction
à l'Affemblée. Cet acte de religion.
templi , chacun prit fa place , & la Princefle
Dafchkow , Préfidente , prononça un Difcours
convenable à la circonftance ; on lut
enfuite les noms des Académiciens , qui font
au nombre de 31 , & qui comptent parmi
eux , outre la Dame qui les préfide , & l'Archevêque
de Novogorod , l'Archevêque de
Pleskow , & l'Archiprêtre Panfilow , Confeffeur
de S. M. I.
POLOG NE.
DE VARSOVIE , le 12 Novembre.
La faifon qui avance , fait rentrer les troupes
réparties fur les frontieres de la Turquie
dans leurs quartiers d'hiver ; celles des Ottomans
ont commencé , & les Ruffes fuivent
aujourd'hui leur exemple.
( 99 )
On n'a point de nouvelles pofitives de ce
qui fe paffe à Conftantinople ; on fait que
les négociations y continuent , mais on ignore
où elles en font , & en vain on voudroit le
pénétrer. On obferve de part & d'autre le
myftere le plus impénétrable. Pour empêcher
même les courriers de raconter ce qu'ils
ont vu , & de donner lieu à des conjectures ,
aucun de ceux qui partent de Conftantinople
, ne va plus loin que Semlin ; là ils trouvent
des courriers de Vienne qui leur remettent
les dépêches de cette Cour , prennent
les leurs , & ils retournent à Conftantinople.
Il ne tranfpire rien non plus de ce qui fe
paffe chez les Ruffes . On y fupplée par des
bruits , qui ne font peut- être rien de plus ;
rel pourroit être , par exemple , celui qui fe
répand , qu'ils ont pris auffi poffeffion d'Abaffa
dans la Circaffie. Cette campagne auroit
été bien avantageufe à la Ruffie , qui ,
fans tirer un coup de canon , a déjà acquis la
poffeffion de la Crimée , qu'elle ne négligera
fans doute rien pour confeiver.
Le Nonce du S. Siege en cette Cour , eft
attendu de retour de Péterfbourg , vers les
fêtes de Noël ; on affure qu'il a réuffi parfaitement
dans la miffion dont il étoit chargé
auprès de l'Impératrice , & qu'il a obtenu
que le Bref pour la fuppreffion de l'Ordre.
des Jéfuites foit publié dans cet Empire.
On lit ici une lettre de Teflis , capitale des
Etats du Prince Heraclius , qui contient la
( 100 )
defcription de la fête qui y a été donnée à
Foccafion du dernier Traité avec la Ruffie ,
qui ne fait que changer le maître qu'il s'eft
donné. On a rendu graces à Dieu après
quoi il y a eu un grand repas ; le foir , toute
la ville a été illuminée ; les rues étoient tapiffées
, & chacun s'eft empreffé d'étaler dans
cette occafion les marchandiſes les plus
précieuſes qu'il avoit chez foi.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 30 Novembre.
pour
Les difpofitions que l'on faifoit le
départ de l'Empereur ont été tout-à-coup
fufpendues ; en conféquence il paroît que le
voyage qu'on fuppofoit qu'il devoit faire,
n'aura pas lieu , ou qu'il fera fort retardé.
Quoique les négociations continuent à
Conftantinople , les préparatifs de guerre ne
font fufpendus nulle part . Des Commiffaires
Impériaux font établis dans les Etats héréditaires
d'Allemagne , ainfi qu'en Hongrie ,
& en Galicie pour les corvées militaires , les
charrois & les livraifons de l'armée.
Le 30 du mois dernier on a fait la confécration
du Bethaus , ou maifon de prieres ,
que par un principe univerfel de tolérance ,
l'Empereur
a bien voulu accorder à fes fujets
de la Confeffion
d'Aufbourg.
Une nouvelle Ordonnance de l'Empetour
fupprime les Juges délégués , c'eſt - à(
101 )
dire, les Avocats que les Seigneurs territoriaux
établiffoient Juges en premiere inſtance des
procès que leurs payfans avoient entr'eux.
On a apporté ces jours derniers à la Douane
quelques barrils , qui , felon la déclaration
contenoient des pierres à fufil. Un des Commis
obfervant que leurs poids différoient ,
en ouvrit un qui pefoit beaucoup plus que
les autres. On y trouva 104 livres pefant
d'or en Souverains . Il n'eft pas beſoin de
dire que le tout a été confifqué.
DE HAMBOURG, le 30 Novembre.
Il ne tranfpire rien des nouvelles que reçoivent
les Cours du Nord : & celles qui
viennent du levant , ne fatifont pas la curiofité
, qui cherche à quoi s'en tenir fur l'iffue
des grands démêlés qui fe font élevés de ces
côtés. Les lettres de Conftantinople ne parlent
point de la notification qu'on dit que
la Ruffie a faite à la Porte , pour la forcer à
expliquer fes fentimens fur l'occupation
de la Crimée.
Depuis que cette prefqu'Ifle , difent ces lettres,
eft entre les mains des Ruffes , Conftantinople
doit être regardé , moins comme une ville capitale
, que comme une ville frontiere , limitro
phe des Etats de l'ennemi de l'empire , confé
quemment expofée à être brûlée d'un jour à
l'autre , dans le cas où la guerre viendroit à
éclatér. Cette confidération a donné lieu à une
réfolution fort étrange , qu'on dit avoir été priſe
dans les dernieres conférences du gouvernement .
Il a été arrêté , dit - on , que pour ſouftraire
e 3
( 102 )
le Grand - Seigneur au danger qui menace
cette Ville , il tranfportera fa refidence à Pruffe ;
cette ville a été la réfidence des Sultans jufqu'en
1356 , & ils ne l'ont quittée qu'après avoir fait
la conquête de Conftantinople ; c'eft la plus grande
& la plus belle ville de l'Afie mineure dans la
Natolie . Elle eft fituée au pied du Mont- Olympe,
fur le Nilufar. Prufias , Roi de Bithynie qui la
fonda , lui donna fon nom : quoiqu'il en foit de
cette réſolution , elle paroît s'accorder avec nos
préparatifs ,, pour confirmer nos apparences de
guerre. Si l'on ne parvient pas à un arrangement
pendant l'hiver , il eft à craindre qu'elle n'éclate
au printems prochain ; mais fi la sûreté du Sultan
exige qu'il quitte cette capitale , de quel
oeil le peuple verra - t-il fon départ , & quel mécontentement
ne doit - il pas exciter ? Cependant
les négociations continuent : l'Ambaffadeu'r
de France eft fouvent en conférence avec le Reis-
Effendi & les miniftres Impériaux : on eſpere
encore un accommodement , quoique la Crimée
dont il ne paroît pas que les Turcs puiffent voir
volontiers la Ruffie conferver la pofition
foit un obftacle difficile à lever.
En attendant que les incertitudes & les
obfcurités fe diffipent , il fe répand divers
bruits, qui n'ont peut-être aucun fondement,
tels que l'invafion des Ruffes dans la Circaffie
, où on les dit déjà maîtres d'Abaffa ; l'ordre
qu'on prétend que les troupes de l'Empereur
, réparties dans la Galicie & la Lodomerie
, ont reçu de fe mettre en marche , &
de joindre les Ruffes fur les frontieres de la
Moldavie ; la défenſe faite par le Bacha de
Belgrade aux Spahis d'entretenir aucun
( 103 )
commerce avec les fujets de l'Empereur ;
toutes ces nouvelles , comme celle de la
révolte de ces mêmes Spahis qui s'étoient retirés
, après avoir brûlé leur camp , dont on
parle dans différentes lettres , dont la Gazette
de Vienne faifait même mention , &
dont il n'eft plus queftion aujourd'hui , peuvent
n'avoir aucun fondement. En général ,
on ne fauroit trop fe défier de tous ces bruits.
On vient d'en voir un nouvel exemple. Plufieurs
lettres annonçoient que la pefte s'étoit
manifeftée dans la Dalmatie , & s'étoit étendue
jufqu'à Venife ; il en eft arrivé de Triefte
, en date du 7 de ce mois , & qui n'ont
point confirmé les premieres ; elles ajoutent
que fur les repréſentations du Comte de
Durazzo , Miniftre de Venife , la défenfe de
commercer avec les Vénitiens a été levée :
mais que le cordon de troupes , tiré fur les
frontieres de la Dalmatie Vénitienne , a ordre
de garder encore cette ftation ; ce qui
feroit préfumer cependant qu'en effet il y a
eu des allarmes.
Les troupes Ruffes dans l'Ukraine , la
Crimée , & fur toutes les différentes frontieres
Ottomanes , font réparties en cinq corps
d'armée , qui, dit- on, font enſemble 200,000
hommes. Ils font fous le commandement en
chef du Comte de Romanzow , Feld - Maréchal
, qui a fous lui cinq Généraux , qui font
les Princes Alexandre Potemkin & Repnin ,
le Comte de Soltikow , le Prince Paul Potemkin
, & le Comte de Suwarow .
e 4
( 104 )
Il circule ici un tableau des forces de
Empire Ottoman , qui peut piquer la curiofité
, ainſi que les obfervations qui l'accompagnent.
Infanterie Janiffaires 113400 ; Thoptfchiy
15000 ; Kumbardichiy 2000 ; Mehterdfchiy
6000 ; Boftandfchiy 1,2000 ; Serradfche 6000 ;
Milice du Caire 3000 ; Leventi 32000 ; Marine
18000 Total 207400. Cavalerie : Spahis
10000 ; Sayms & Timar 132054 ; Dichebehdfchiy,
18000 ; Seghban 4000 ; Miklad
chiy 6000 ; Volontaires 10000 ; Tartares
60000 ; ( il en faut déduire ces derniers ) Total
240054. L'Infanterie & la Cavalerie réunies
forment donc enſemble 447454 hommes.
Tous cependant ne peuvent entrer en Campagne
: il en faut 5000 pour le fervice de
mer , 20000 pour la Garnifon de Conftantinople
, 100000 pour les autres Garnifons des
Fortereffes & Villes de l'Empire : ces trois
nombres réunis forment un total de 170000
hommes. Refte donc pour les armées de terre
277454 hommes ; fi l'on en déduit les 60008
Tartares, ( la Crimée étant actuellement foumife
à l'Empire Ruffe ) & encore 10000 hommes
, malades , marodeurs ou morts en route
l'armée entiere eft réduite à environ 190000
hommes. Quand l'armée entre en campagne
fous les ordres du Grand- Vifir , il eft fuivi de
la Chancelerie militaire , du Miniftere ,
partie de chaque corporation d'artifans de la
Capitale , d'une foule de marchands , de Juifs ,
&c. , qui en tout peuvent aller à 50000 perfonnes.
Jadis les Janiffaires étoient fort
refpectés ; eux feuls jouiffent encore de l'honneur
d'avoir le Sultan infcrit dans leur Corps
( 105 )
་
comme fimple Janiffaire , avec des appointed
mens de fept Afres par jour. Cependant ,
comme ils ont excité beaucoup de révoltes
la Politique Ottomanne les a confidérablement
énervés , en leur accordant la permiffion d'exercer
le Commerce , les Arts & Métiers ,
l'Agriculture , & c. Ces diverfes occuppations
n'ont pas peu contribué à adoucir leurs moeurs
& à faire difparoître leur ancienne férocité.
Les Turs ont une artillerie nombreuſe , ils
excellent à fondre les canons. Le cuivre eff,
en partie , tiré des Mines d'Afie , & en partie
acheté des Anglois , des Hollandois , des François
, des Suédois. Quand à l'étain qu'on y
emploie , il est tiré en grande partie d'Angleterre.
Leurs canons font de différens calibres :
ils portent des boulets de 80 , 100 , 120 liv . ,
& même de plus ; mais la plupart font petits ,
de 6 , 8 à 10 liv, Les Turs ont auffi des
obus & des mortiers. On dit que de ces derniers
, 32.fe trouvent aux Dardanelles dans
le Château fitué en Afie , & 28 dans celui
d'Europe. L'Armée étant en marche , les canons
ne reftent pas fur leurs Affuts. On emploie
des chariots très-folides dont l'un eft
chargé du canon même , & l'autre de l'Affut :
Ce qui caufe des embarras infinis & force les
Ottamans , en fe retirant , à abandonner leur
Artillerie. Ils n'en font guères d'ufage en attaquant
éloignés encore de deux à trois milles
pas de l'Ennemi , les Turs s'y précipitent le
fabre à la main ; laiffant leur Artillerie en
arriere , dont ils ne fe fervent que dans des
cas d'attaque. Le nombre des canons . dans
toute l'Armée , eft de 250 à 300. A la ba
taille de Belgrade , en 1717 , les Turs perdirent
131 canons & 35 mortiers. L'Ar
es
( ) 106 ) 106
mée étant campée , on entend chaque foir ,
durant le temps qu'ils font la Priere , crier
Jes mots Allah ! Allah ! c'eft- à- dire , Dieu !
Dieu ! Auffi-tôt après ils font une falve générale
de tous les canons , mortiers & obus ,
mis en batterie dans les tranchées & partout
ailleurs. Après quoi regne un filence profond.
C'eft leur fignal de retraite , qui fe répete
chaque foir. Cette décharge auffi, inutile que
difpendieufe , coûte par jours trois quintaux
de poudre. Dans les cas ordinaires , l'Armée
Turque refte , chaque année , environ 180 jours
campée. Chaque campagne , qui n'eſt pas prolongée
au-dela de ce terme , leur fait donc
confumer pour le feul fignal de retraite ,
$ 4000 liv. de poudre . Qu'on juge de la quantité
prodigieufe dont leurs Magafins doivent
être pourvus ! L'Armée Turque est toujours
embarraffée d'une quantité étonnante d'Equipages
chaque Officier fupérieur peut avoir
à fa difpofition autant de chariots qu'il veut .
Les Janiffaires devant marcher font repartis
par Efcouade , chacune compofée de
dix hommes un Valet , chargé en mêmetemps
des fonctions de Cuifinier , & un cheval
de bât , deftiné à porter les manteaux &
les menus équipages , font à la fuite de chaque
efcouade . On accorde encore à deux de
ces mêmes Efcouades réunies un chameau
fur lequel on charge deux Tentes deux
grandes Couvertures , deux Marmites des
Caffetieres & quelques Outres remplies d'eau
fraîche. -L'Armée eft pourvue de Tentes ;
celles des Officiers de rang font magnifiques ,
doublées en dedans d'étoffes riches & brodées
à fleurs d'or. La tente du Grand-Seigneur ,
perdue après la Bataille de Zenta , valoit 40000
-
>
>
9
( 107 )
$
florins de l'Empire. Une de leurs Armées de
cent milles homme , eft ordinairement compofée
de 60,000 Cavaliers & de 40,000 Fantaffins
fuivant leur maniere de s'équiper , les
derniers ont 10,000 chevaux d'équipage , &
les premiers 20,000 ; fans compter ceux à l'ufage
des Officiers. A la tête d'une Armée fi
nombreuſe , fe trouvent ordinairement 60 Bachas
, dont les principaux entretiennent plus
de 300 chevaux . Preuve de l'immenfité du
train , qui embarraffe les Ottomans en campagne
, c'eft qu'en 1685 , après la Bataille
de Vienne on trouva dans leur camp 8000
charriots de munitions , 10000 boeufs , 10000
buffles , 5000 chameaux , 100,000 muids de
Fruits , & c . L'Armée Turque devant fe former
en corps au commencement d'une guerre , les
Bachas & les Sandfchiaks affemblent les Troupes
de leurs Gouvernemens. La Cavalerie &
I'Infanterie de chaque District , marchept féparément
, chacune , fous fon propre Drapeau ,
au lieu d'affemblée , qui eft Andrinople. Là ,
le Grand - Vifir , en préfence du Grand - Seigneur
, paffe l'Armée en revue & en fait le dénombrement.
A peine cette revue eſt achevée ,
qu'un grand nombre retourne à fes foyers ;
dès- lors l'Armée fe trouve déja fortement diminuée.
Entrant en campagne , les Troupes
font fuivies d'une quantité exceffive d'argent
monnoyé. Il y a deux tréfors , celui de l'Empire
& le tréfor particulier de Sa Hauteffe.
Le premier de ces tréfors , fous la direction du
Teftedar , ou Tréforier - Général , eft quelquefois
évalué à 20 millions d'écus , & doit défrayer
toutes les charges quelconques , occafionnées
par l'entretien des Troupes. L'ardeur
des foldats pour combattre , eft propor
e 6
( 108 )
tionnée au plus ou au moins d'efpeces fonnantes ?
que le Grand- Vifir fait porter à l'Armée : d'où
il arrive fouvent , que faute d'argent , les caiffes
vuides , mais couvertes de riches tapis , fuivent
les troupes , & font , de temps en temps , expofées
à la vue des Soldats tout comme fi
ces caiffes étoient remplies du précieux métal ,
l'objet de leurs plus ardens defirs.
•
ITALIE.
DE PISE , le S Novembre.
Le Roi de Suede , qui avoit été faire un
tour à nos bains , & examiner le logement
qui lui étoit préparé , eft arrivé ici le 2 de ce
mois. Auffi-tôt après être defcendu de voiture
, S. M. a été faire une vifite au Grand-
Duc , & a ce matin reçu celle de S. A. R.
Ce Prince fe propofe de faire ici un féjour
de quelques femaines.
La Cérémonie de la Préfentation au temple
de l'Archiduc Regnier , nouveau né ,
s'eft faite hier dans l'Eglife des Auguſtins de
S. Nicolas , attenante au Palais Ducal. Le
moment le plus intéreffant de cette cérémonie
, fut celui où l'Archiducheffe , tenant fon
huitieme fils dans fes bras , monte les marches
de l'Autel , où elle va le dépofer , pendant
que le Clergé & le peuple chantent le
Te Deum, après quoi elle vient reprendre fa
place , à côté des quatre jeunes Archiducheffes
, en face de l'Archiduc , fon époux ,
qui eft affis au milieu des ſept Princes fes en
( 109 )
fans. Le Roi de Suede affifta à cette céré
monie , & paffa le refte de la journée au Palais
, où il prit part aux réjouiflances qui eurent
lieu à cette occaſion.
La Ducheffe de Parme eft attendue d'un
moment à l'autre. Après un court féjour
dans cette ville , cette Princeffe prendra la
route de Parme , en paffant par Rome.
DE ROME , le 19 Nonembre.
•
Le Nonce extraordinaire du S. Siege à
Pétersbourg a envoyé dernierement les
nouvelles les plus intéreffantes , dont il réfulte
qu'il a parfaitement réuffi dans fa miffion.
L'Impératrice a confenti à nommer à
l'Evêché de Polosko , dans la Ruffie- Blanche
, un fujet du Rit Grec uni , & en témoignage
de fa fatisfaction pour le Nonce
, elle lui a laiffé le choix du nouvel Evêque.
L'Infante de Parme ayant paffé la nuit
derniere à Viterbe , eft attendue ici ce foir ;
elle ne s'arrêtera que peu de jours dans cette
ville , d'où elle continuera fa route pour
Naples .
La grande entreprife , dont M. Jean Antinori
s'étoit chargé , a été terminée le & de
ce mois , avec beaucoup de fuccès ; la feconde
ftatue équestre du Quirinal a été tournée
comme la premiere ; & il n'a mis que
13 minutes à cette opération , qui lui a mérité
le fuffrage général d'une foule innombrable
de fpectateurs.
( 110 )
ANGLETERRE
DE LONDRES , le 9 Décembre.
Nos nouvelles de l'Amérique feptentrionale
font de la fin du mois de Novembre
dernier ; elles ne nous apprennent point encore
que New - Yorck foit évacué : cette plaçe
ne le fera gueres que quand les Loyaliſtes
fe feront tous rendus dans les afyles que le
fort les force à choisir.
Selon les lettres des Etats- Unis , on commence
à y éprouver les effets des foins &
des travaux de M. Morris , pour mettre de
l'ordre dans les Finances . Les dépenses de
l'année derniere avoient excédé le revenu de
484,713 dollars. Cet excédent a été fourni
en billets fignés par le Surintendant des Finances
, dont la conduite dans ce département
important & délicat , lui a mérité la
reconnoiffance de la Nation & les remercîmens
du Congrès. Maintenant il a demandé
que cette affemblée donnât få fanction à
l'ordre expédié précédemment à tous les receveurs
des différens Etats , de prendre tous
les billets qu'il a fignés , en paiement des
taxes , & de defcompter tous ceux de cette
efpece qu'on leur préſentera , lorſqu'ils auront
de l'argent public entre les mains. Le
Congrès a pris une réfolution conforme à
cette réquifition.
Toutes les autresnouvelles que nous avons
(
de cette partie du monde , nous font fournies
par les papiers qui s'y publient , & nous
nous contenterons d'en extraire & d'en traduire
les articles les plus piquans .
On équipé à Boſton un vaiffeau deſtiné pour
la Chine. Sa cargaifon tant en argent qu'en
marchandifes , montera à la valeur de 150,000
iv. ft il mettra à la voile inceffamment . Plufieurs
riches Marchands de différentes parties
du continent font intéreffés à cette premiere
entrepriſe qui fe fait directement du nouveau
monde au Sud -Eft de l'ancien .
}
Les Américains , lit - on dans une lettre de
Newyorck , donnent en toutes chofes la préférence
aux François fur les Anglois ; on en
peut juger par un acte paffé dernierement dans
Ja Caroline. En vertu de cet acte le Rum de
la Jamaïque eft chargé d'un droit de 3 d . ft .
par Gallon , & le Rum des Ifles Françoifes ne
l'eft que de 2. Les fucres bruts & en poudre
des Ines Britanniques , payent un droit de 2
par quintal , & ceux des Ifles Françoifes ne
payent qu'un fol fix deniers. Le fucre rafiné
Anglois 1. d. par livre . & les François unemi
denier. Quantité d'autres articles font taxes dans
la même proportion .
>
M. Temple qui eut il y a quelques années
une affaire d'honneur avec M. Whatelay
relativement à des lettres du Gouverneur
Hutchinlon & de M. Oliver , qu'on l'accufoit
de s'être procurées d'une maniere fubreptice ,
encourut la difgrace de les concitoyens à Boſton ,
& il fut tenu un confeil pour iuger fa conduite.
M. Temple étoit originairement un homme en
place à Boston , & au commencement de la
querelle il fut foupçonné de favorifer la caufe
( 112 )
du miniftere Anglois. Ce foupçon fut fortifié
par fon départ fubit pour l'Angleterre en 1779 ,
& il fe conduifit fi adroitement à fon arrivée
qu'il gagna la confiance de tous les Miniftres.
La publication des lettres ci - deffus lui fit perdre
quelque chofe dans leur opinion , & gagner
dans celle des Américains. Le Docteur Franklin
ayant cependant avoué cette publication , &
M. Temple s'étant juftifié d'y avoir contribué ,
les Miniftres lui rendirent leur confiance ; &
quand il fut accufé par les compatriotes en
conféquence des apparences qui étoient contre
lui , il fe juftifia toujours en difant qu'il ne
s'occupoit qu'à détruire les fauffes notions
de l'adminiftration contre les Américains , &
leurs idées de conquêtes , en leur peignant le
véritable état des chofes. M. Temple peut feul
favoir combien cela étoit vrai . Mais il eft certain
que les fréquens voyages en Amérique &
fes retours en Angleterre le rendirent fufpect .
Obligé de fe juftifier à Bofton , il a publié un
mémoire , dans lequel il paroît que fon objet
conftant , malgré toutes les apparences contraires
, étoit l'indépendance de l'Amérique ;
& que dans cette vue il étoit entré dans la
confidence des Miniftres pour leur donner des
confeils favorables à cette caufe , il y demandoit
auffi que fa conduite fút examinée ; il a
été nommé un committé pour cet effet ; &
le committé l'a pleinement justifié.
Maintenant les nouvelles intérieures occupent
feules l'attention ; les bills relatifs à la
Compagnie des Indes , paroiffent furmonter
tous les obftacles que l'oppofition fembloit
fe préparer à leur préfenter.
Le la chambre étant formée en comité ,
( 113 )
M. Fox fe leva pour propofer les perfonnes qui
devoient former les nouveaux Commiffaires &
les fous-Commiffaires ; les noms qu'il avoit laiffés
en blanc alloient être propofés à la chambre ,
& il étoit fûr qu'il n'y en avoit aucun ſur leſquels
on pût faire des objections . Il annonça fur
le champ le comte Fitzwilliam , l'honorable
Frederic Montagu , le lord Lewisham , M. Georges-
Augufte Norh , fir Gilbert Elliot , fir Henri
Fletcher , & M. Robert Gregoire : comme il s'y
étoit attendu , M. Fox ne trouva point d'oppofition.
On fit feulement quelques obfervations ,
qui roulerent la plupart fur la queftion , fi les
Commiffaires pourroient en même tems conferver
leurs places au parlement ; mais on la laiffa
indéciſe , dans le deffein d'y revenir , & M. Fox
annonça que ne voyant point l'incompatibilité
de ces deux objets , il voteroit en conféquence.
Cet article ayant été terminé , il vint à la nomination
des fous - Commiffaires , qui devoient
être au nombre de neuf; il propofa MM. John.
Harrifon , Richard Hall , Etienne Lushington
John Smith , George Commyns , John Michie ,
George Keating , Thomas Cheap & Jacob Wil
kinfon dans ce nombre , il n'y a qu'un feul
membre du parlement , & c'est le dernier , qui
eft membre pour Houiton : ceci renouvella les
objections qui avoient eu lieu à l'occafion des
premiers , mais elles finirent de même , & les
noms furent infcrits dans le bill comme le précédent.
M. Fox parla enfuite du traitement qui
feroit fait aux fous- Commiffaires- Directeurs ; il
obferva celui des directeurs actuels , qui , avec
leur table , montoit à 7500 liv. fterl . par an ;
& il propofa de porter les appointemens de
chacun des neuf nouveaux à 500 liv . , & de
fupprimer les tables , ce qui feroit pour la Com
:
( 114 )
pagnie une économie de 3000 liv.; il ne reftoit
plus qu'à fixer le temps que dureroient leurs
commiffions ; M. Fox avoit d'abord penfé qu'il
pouvoit l'être à 3 ans ou à 5 ; mais après de
mûres réflexions , il avoit jugé que le plus long
feroit le plus convenable , mais que là - deffus
il attendoit & demandoit l'opinion de la chambre
. Elle le fixa à 4 , & il y foufcrivit. II
fut arrêté enfuite que le rapport du comité feroit
imprimé & pris en confidération le 5 &
le bill lu pour la troifieme fois le 8 .
+
Le 5 la lecture du rapport du comité n'occafionna
que ce qu'on appelle une converſation
M. Hufley y fit la motion qu'il avoit annoncée ,
de porter dans le bill , qu'aucun des nouveaux
recteurs de la Compagnie ne pût être admis à
avoir féance au parlement. M. Wilkinſon eft le
feul des neuf directeurs qui eft membre de la
chambre des communes . M. Fox s'éleva contre
l'impropriété de la motion , & fut appuyé par
plufieurs autres membres ; mais cela ne l'empêcha
point de paffer ; & M. Wilkinſon , qui
préféroit fa place au parlement à tout ce qu'on
appelle émolumens , demanda lui -même que fon
nom fût rayé de la lifte des directeurs ; mais
la chambre arrêta qu'on ne ftatueroit fur cet
objet qu'après la troifieme lecture du bill .
Cette troisieme lecture eut lieu hier ; les débats
fe renouvellerent avec plus de vivacité
qu'auparavant ; le lord Mahon appella ce bill
une infamie , une production monstrueuſe du
defpotifme & de la tyrannie : quantité de voix
fe joignirent à la fienne . M. Scot l'attaqua d'une
maniere plus finguliere ; il le compara à la bête
de l'apocalypfe , cita un long paffage de l'Ecriture
fur ce fujet , qu'il égaya de commentaires qui
parurent très- plaifans à la malignité , toujours
( 115 )
prompte à faifir les allégories. M. Fox , en parlant
à fon tour , fe plaignit d'être obligé de
revenir fans ceffe fur les mêmes objections auxquelles
il avoit déja répondu : quoi qu'il en foit,
l'oppofition ne fut pas triomphante ; la motion
pour la troifieme letture l'emporta de 106 voix
108 contre 102. Cette lecture fe fit , & il fut
arrêté que le bill feroit porté à la chambrehaute
après avoir changé le nom de M. Wilkinfon
& celui de M. Lushington , qui furent
remplacés par ceux de MM. Sparkes & Moffat.
Voilà de grands pas qu'ont fait les bills ;
on s'attend que l'oppofition fera de nouveaux
efforts , quand ils feront portés à la
Chambre haute. Tous nos papiers en ont
annoncé derniere ment une vigoureuſe.
Le vicomte de Stormont , difoient-ils , fe propofe
de donner fa démiffion de la place de préfident
du confeil , pour entrer dans le parti de l'oppofition.
Il reconnoît tous les vices de l'adminif
tration de la compagnie des Indes ; -il eft d'avis
qu'on les corrige ; mais on doit respecter få
charte ainfi que les engagemens que le parlement
a pris avec elle ; & il ne veut point tremper
dans un acte auffi arbitaire . & prêter les mains
à ceux qui veulent dépouiller de légitimes poffeffeurs
des biens qu'ils ont acquis . D'autres
papiers moins généreux , prétendent que mylord
Stormont , ennuyé des fonctions de la place de
magiftrature , & animé du defir de pofféder un
département où il puiffe mieux déployer fes
grands talens , a jugé que le moment étoit favorable
, que le parti de la coalition alloit être
écrafé fous le fardeau qu'il venoit de foulever ,
& qu'en fe précipitant dans les bras de fes anciens
amis , il obtiendroit d'eux tout ce que fon ambi(
116 )
tion pourroit le porter à demander. Le lord
Mansfield , le duc de Richemont , le lord Sandwich
, doivent auffi s'oppofer aux bills de M.
Fox ; le lord Shelburne ne doit point paroître ;
mais c'eft lui , dit on , qui fera agir tous les refforts
de l'oppofition dans la chambre des pairs.
C'est pour s'aflurer une voix de plus dans cette
chambre que l'on dit que M. Fox a fait revenir
de Paris le duc de Manchefter.
Tout cela prépare fans doute à une oppofitioa
vigoureufe : mais on ne croit pas
qu'elle ait plus de fuccès dans la Chambre
haute que dans celle des Communes .
On convient en général , dit un de nos pa
piers , de la néceffité d'une reforme ; & les obfervations
qu'a faites M. Fox fur le danger qu'il
y avoit à laiffer les territoires de l'Inde entre les
mains d'une compagnie marchande qui ne ceffoit
de faire couler le fang anglois pour s'abreuver de
l'or & des richeffes des princes du pays , ont fait
une forte impreffion . Il a donné un nouvel
exemple de cette avidité • en rapportant une
lettre de l'Inde par laquelle on apprend que M.
Haftings étoit fur le point de conclure une alliance
avec Madajée Scindia contre Tipo Saïb ,
& que les conditions de ce traité étoient de ſe
partager également les territoires de ce prince ;
& il a obfervé que fi cette alliance étoit con-
Commée , on devoit craindre que M. Haftings
accoutumé à violer les traités & à méprifer les
ordres qui lui font envoyés , ne rende caduc le
dernier traité de paix par lequel l'Angleterre s'eft
engagée à ne point faire la guerre aux alliés de
la France , & qu'il ne rallume par là l'incendie
dans l'Inde. La lettre du confeil de Bombay
qu'on a publiée dans la gazette de la cour , vient
---
( 117 )
à l'appui de ces obfervations. Cette lettre paroît
être un tableau fidele de la divifion qui regne
dans l'Inde , on y voit que les établiſſemens an◄
glois font en guerre contre d'autres établif
femens anglois ; que les généraux accufent
leurs armées ; que les gouverneurs accufent les
généraux ; que les troupes du roi font en querelle
avec celles de la compagnie ; que les
princes indiens à l'exemple des anglois n'obfervent
point les traités qu'ils viennent de figner ;
que les villes font prifes & vendues prefqu'en
même tems ; & que Tipo - Saib , infruit par les
françois dans l'art de la guerre , marche avec
100,000 combattans de conquête en conquête .
Si ces nouvelles ne font point l'ouvrage du parti
ministériel , on peut en conclure que les anglois.
feront bientôt chaffés de l'Inde .
L'état de fituation que la Compagnie
avoit préfenté au Parlement , & fur lequel
M. Fox fit des obfervations , dont il réfulte
qu'elle avoit forcé fon actif de près de 12
millions fterlings , eft le fuivant.
f. Dû.par le Gouvernement , pour une fom
me à lui prêtée , 4,200,000 liv. fter!.
Autres dettes Gouvernement ,
·
En Caiffe & en Billet ,
• 422 011
629,954
En Marchandifes vendues & non payées ,
• 553,258.
Valeur des Marchandiſes arrivées & non vendues.
Fonds courans en Angletere ,
•
•
2,500.000.
1,216,091.
Argent dans le Tréfor en Angleterre , .. 1090..
Du par
les Propriétaires des Vaiffeaux non arri
-vés encore ,
Valeur des Vaiffeaux non ftationnés au dehors ,
• 172,334.
• 12,300
( 118 )
Valeur des Edifices & Magafins de la Compagnie,
253,616.
Balance , Rece.te des Fonds de divers établiffemens
,
Leurs débets défalqués , 4,367,519°
·
14 , 311 , 173.
Paffif. Du par la Compagnie en ventes ,
Billets portant intérêt ,
- Non portant intérêt ,
·
...
2,992,440.
1,996,700.
11,592. ..
Droits fur les Marchandifes vendues & non vendues
, . 1,641,254.
A l'échiquier pour le dernier payement au Gouvernement
, 1000,000.
Pour un emprunt en Billets d'échiquier avec intérêt
, 302,387.
Lettres de change non payées , 2,489,098.
Dettes de Commerce ,
· · •
Intérêts fur des Annuités , Billets , •
458,481.
149,90T
Demie année de Dévidende payable à Noël ,.
Intérêts fur le Militaire ,
Total. ·
128,000.
72,639.
10,342,692.
La balance qui réfultoit de ce compte en faveur
de la Compagnie étoit de 3,968,482-liv. ft.
On lit dans nos papiers , au fujet de la
féance , remarquable par le difcours de M.
Fox , qui offroit une récapitulation de tous
les excès commis dans l'Inde , une anecdote
affez plaifante.
Pendant que les Membres du Parlement étoient
dans la Salle pour y prendre leur place avant la
( 119 )
Priere , M. P. T. A. qui eft remarquable par fon
efprit & fa vivacité , fe mit à regarder le Livre
de Prieres ordinaires , dont , difoit-il , il n'avoit
pas fait ufage depuis long -temps. Il tomba fur
la Collecte pour les infortunés , & il ajouta en
marge & pour la Compagnie des Indes , éprouvant
dans ce moment les plus grandes afflictions , & menacée
des dangers les plus énormes. Il avoit à peine
achevé d'écrire que le Chapelain parut ; il lui
montra ce qu'il avoit fait , & l'exhorta à comprendre
nommément la Compagnie dans la
Priere pour les affligés ; à moins qu'elle ,ne dûr
être abfolument exceptée des prieres de la Chambre.
La grande affaire du crédit public , qui
ne follicite pas moins l'attention du Gouvernement
, que celle de la Compagnie des
Indes , eft dans ce moment entierement abforbée
par celle-ci .
Il faut efpérer , dit un de nos papiers , qu'on
ne tardera pas à s'en occuper. M. Fox l'a annoncé
forme lement à la premiere féance du
Parlement ; mais on ne peut que s'attendre à
de nouvelles charges d'après les principes qu'il
s'empreffe d'établir . Il montre de l'horreur pour
la doctrine de quelques- uns de ces politiques qui
avoient infinué dernierement que les fonds pu
blics étoient propres à être taxés . Cette doctrine
, obferva- t- il , eft inconftitutionnelle , fubyerfive
du crédit public ; la conſtitution de ce
pays la rend impraticable. La foi nationnale eft
engagée par la légiflation ; & il n'y a point de
pouvoir qui puiffe la dégager. Il faut pourvoir
à l'intérêt de la dette . Les reffources du pays
quoiqu'affoiblies & diminuées ne font pas épuifées
. Elles égalent encore les dépenfes. La fa(
120 )
gelfe & le courage feuls font néceffaires pour
fupporter les fardeaux que les circonftances obligent
les Miniftres de propofer & le Parlement
d'accorder. Il faut regarder en face la fituation
réelle du pays , l'état actuel de la dette fondée
& de la dette non fondée , celui du revenu ;
on verra que les palliatifs ne fauroient être ad
mis , & que la chambre doit , par fon énergie
& fon unanimité donner de l'efficacité aux impôts
, empêcher d'éluder les loix & concourir à
prévenir les fraudes qui diminuent le revenu .
les taxes les plus fages que l'efprit humain ' ait
pu choiſir , ( & ici il entendoit celle fur les
quittances qui avoit été proposé par M. Pitt )
peuvent être éludées par ceux qui doivent les
payer ,à moins qu'elles ne foient fermement foutehues
parla chambre. Ii faut pourvoir à un fond d'amortiffement
, pour diminuer quelque partie de la
dette , & fonder un crédit capable de fournir
aux dépenses d'une guerre future.
On apprend d'Yarmouth , qu'un navire
François , d'environ 600 tonneaux , chargé
de mâts pour la Marine Royale de France,
& venant de Riga à Breſt , a été conduit à
la rade d'Yarmouth par l'équipage qui s'eft
révolté, & a enfermé le Capitaine. Les Offieiers
de garde fe font affurés des mutins , &
l'Amirauté , fur leur rapport , a expédié l'ordre
de remettre le navire au Capitaine , &
lui donner tout ce qui lui eft néceffaire pour
fon voyage
.
Les crimes qui fe multiplient dans ce Pays
riennent fouvent au déréglemens des moeurs ;
une femme avoit quitté fon mari pour vivre
avec un autre homme avec lequel elle a refté
quelque
( 121 )
}
quelque temps ; le mari l'ayant enfin reclamée ,
elle retourna chez lui . L'homme avec lequel
elle avoit vécu pendant fon éloignement de la
maifon de fon mari , l'alla voir ces jours derniers
pour prendre un éternel congé d'elle ; après
une converfation affez froide & tranquille , il
la pria de permettre qu'il lui donnat le baifer
d'adieu ; elle approcha fes levres ; mais le
malheureux qui tenoit un rafoir qu'il avoit apporté
lui coupa la gorge ; heureuſement elle
avoit au col un collier de métal qui arrêta le
coup. La bleffure eft très -grande , mais peu profonde
, & l'on efpere qu'elle n'eft pas dangereufe.
Le coupable a été arrêté , & le Lord Maire ,
après l'avoir interrogé , l'a envoyé en prifon .
pour l'interroger encore lorfque la victime de
fa paffion & de fa fureur fera hors de danger,
On vient de faire dans l'exécution des
criminels un changement , dont on a vu ces
jours derniers le premier effai ; c'eft ainſi que
l'on en rend compte dans nos papiers.
La maniere dont on conduifoit les criminels
Tyburn pour les exécuter , étoit regardée depuis
long- temps comme peu convenable & peu décente.
Au lieu d'infpirer de l'horreur des crimes ,
elle étoit fouvent l'occafion d'en commettre quelqués-
uns. Il a été préfenté un plan pour rendre
cette cérémonie trifte mais néceffaire , plus frapante
& plus efficace. On conftruira chaque fois
auprès de Newgate un échafaud fur lequel on
conduira les coupables le jour de l'exécution pour
les expofer à la vue du public . Les officiers de
juftice environneront cet échafaut dont le plancher
s'écroulera tout- à- coup fous les pieds des
malheurenx qui refteront fufpendus. Če plan a
reçu la fanction du comte de Mansfield ; & il a été
No. 51 20. Décembre 1783 .
f
!
( 122 )
adopté. L'appareil de la mort fera plus terrible .
que la mort même , & offrira un (pectacle capa
ble d'inspirer des réflexions falutaires .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 16 Décembre.
Le 9 de ce mois le Prince de Naffau Ufingen,
& le Margrave d'Anfpach, fous le nom
de Comte de Sayn , furent préfentés dans le
cabinet avec les formalités ordinaires M.
Storer , Miniftre- Plénipotentiaire de la Cour
de Londres , eut le même jour une audience
particuliere du Roi , pendant laquelle il remit
à S. M. fes lettres de créance . Il fut conduit
chez LL. MM. ainfi que le Prince de
Naffau-Ufingen & le Margrave d'Anfpach
par M. de Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs
.
Le to S. M. &la Famille Royale affifterent
dans la Chapelle du Château au Te
Deum de la compofition de M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi , chanté
par les Muficiens de S. M. à l'occafion de la
Paix.
DE PARIS , le 16 Décembre.
#
Dimanche dernier le Te Deum , en actions
de grâces de la paix effectuée entre le Roi &
le Roi de la Grande - Bretagne , a été chanté
dans l'Eglife de Notre -Dame ; le foir il a
été tiré un feu d'artifice fur la place de l'Hô
sel-de - Ville. Il n'y a point eu de globe aërof
( 123 )
tatique en artifice pour couronner le feu , &
fervir de bouquet , comme le bruit s'en étoit
répandu ; la prudence de MM. le Prévôt des
Marchanas & Echevins ne leur a pas permis
de donner ce degré d'intérêt aux réjouiffances,
dans la crainte que la machine ne retombât
encore garnie d'artifices dans un
quartier peuplé , ou fur quelque édifice auquel
elle pût mettre le feu. La nuit la Ville
a été illuminée ; il y a eu dans toutes les places
publiques des orcheftres & des buffets .
Le peuple s'eft fur-tout raſſemblé à la halle
au bled, qui vient d'être couverte d'une maniere
fi ingénieufe , par MM . le Grand & Molinos.
Dans le grand vaiffeau , qui a la même
dimenfion que le dôme de l'Eglife de faint
Pierre à Rome , 100 pieds de diametre ,
300 de circonférence , 1oo d'élévation , &
qui eft percé de 25 portiques ; il y a eu des
diftributions abondantes de pain , de vin &
d'autres comestibles ; un grand & nombreux
orcheftre , placé au milieu a fourni les
moyens de danfer dans toute l'étendue de
l'intérieur ; par les foins qu'on a pris , l'ordre
a regné partout.
Dans les premiers jours de Novembre , écriton
de Marſeille , il a régné dans le golfe de Lyon
& fur les côtes de fainte- Marie , des tems fi orageux
, que plufieurs navires ont péri . De ce nombre
eft le navire la Jeanne - Catherine , Capitaine .
André Thaufon , Suedois , revenant d'Eſpagne
chargé de blé & de laine ; 450 charges de blé &
une partie de la laine ont été fauvées & apportées
dans cette ville , fur la tartane de pêche du pa-
£..2
( 124 )
tron Pierre-Pons . Il réfulte de la dépofitien du
Capitaine Suédois , qu'il eft encore péri fur les
plages de fainte- Marie , une tartane chargée
de fpath , & un pinque napolitain dont on
ignore le nom , & le chargement , à l'exception
d'environ 15000 livres tournois , en piaftres
, qui ont été fauvées & déposées à l'amirauté.
Il a apperçu le long des côtes deux bâtimens
échoués & brifés , dont il n'a pu connoître
la nature , & un gros vaiffeau naufragé qu'il a
cru être Hollandois.
Les lettres de Dunkerque font auffi mention
de quelques naufrages.
Le navire l'Alliance , Capitaine Delis , difentelles
, a fait naufrage fur les côtes de Bretagne ,
venant de Charente , avec un chargement d'eaude-
vie pour cette ville ; on efpere le fauver fans
avaries. Une chaloupe de ce port eft rentrée , il
ya quelques jours , avec 11 hommes , formant
l'équipage d'un navire américain , chargé de
300 boucauts de tabac de Virginie , déftiné pour
Rotterdam qui eft venu fe brifer fur un des
bancs de fable qui bordent nos côtes ; les infor
tunés qui fe font fauvês par le moyen des débris ,
font réftés pendant 50 heures flottans fur les
caux , fans fecours & fans vivres,
Sur la repréſentation qui a été faite ces
jours paffés au Roi , que l'invention des machines
aeroftatiques étant une de ces découvertes
brillantes & utiles , qui agrandiffent le
domaine de l'homme, & que les nations favantes
nous envieront , il eft de la grandeur
& de la dignité de S. M. qui aime & protege
les Sciences , de récompenfer l'inventeur &
ceux qui l'ont fecondé dans fes opérations ,
on a propofé à S. M.
( 125 )
1. D'ordonner qu'il foit frappé une médaille
pour conftater que cette découverte a été faite
fous fon regne , dans fon royaume , & par un de
fes fujets. 2° . De donner le Cordon de Saint- Michel
à M. de Mongolfier , avec une exemption
des droits de marc d'or . 3° . D'accorder 2000 liv,
de penfion à M. Charles , 1000 à MM. Robert , &
1000 à M. Pilatre de Rofiers . Quand à M. le Marquis
d'Arlandes , comme il n'eft fufceptible que
de graces militaires , c'eſt à S. M. à déclarer le
genre de grace qui lui convient.
Partout où fe portent M. de Mongolfier
& M. Charles , la foule les environne
& les accompagne de vives acclamations ;
ils ont reçu des applaudiffemens aux Ecoles
publiques , à l'Académie des Sciences , aux
Spectacles ; les Phyficiens & les Méchaniciens
font à préfent occupés de la nouvelle
découverte , les uns ont trouvé un nouveau
gaz cent fois moins coûteux que celui dont
on a rempli jufqu'ici les globes aëroftatiques.
Les autres s'occupent à chercher dans la méchanique
un moyen facile & sûr pour conduire
& fe diriger à volonté.
Il paroit , nous écrit- on , que M. de Montgolfier
, aura encore l'honneur d'être le premier a
trouver ce fecret-là . Du moins il travaille à fa
machine , & il l'agrandit , & par une grande aiguille
de fer aimanté qu'il placera au bas , par
une ouverture qu'il pratiquera à l'un des côtés
d'où fortira une partie de l'air raréfié ; il ſe promet
de donner à fa machine toutes les directions
qu'il voudra , puifque , dit- on , il la fera avancer
, même contre le vent. Son frere ne refte
pas oifif à Lyon ; il faut qu'ils fe communiquent
-
£ 3
( 126 )
leurs idées , & qu'ils foient certains de leur nouveau
procédé , puifque l'on mande de Lyon que
M. E. Montgolfier , doit partir le 15 , & qu'il fe .
propofe d'aller déjeuner à Avignon & diner à
Marfeille ; il fera donc 66 lieues en 8 à 10 heures
avec fa machine.
La fin du XVIII . fiecle fera l'epoque des
découvertes les plus intéreffantes , fi elles fe
réalifent. Nous avons annoncé les premiers
en France celle faite en Angleterre pour
marcher fous l'eau ; les papiers Anglais qui
donnoient la relation d'une expérience , &
que nous nous fommes bornés à traduire ,
prétendent aujourd'hui que l'inventeur de
ce beau fecret s'eft noyé , ce qui pourra rendre
très circonfpects ceux qui feront tentés
de répéter cet effai : il nous refte à faire des
vaux pour que les navigateurs aëriens ne
faffent point de chûte , qui pourroit devenir
funefte aux nouveaux Argonautes , & retarder
la perfection qui refte encore à donner à
la machine. Un troifieme inventeur fe met
fur les rangs auiourd'hui , pour annoncer
une nouvelle découverte ; nous le laifferons
parler lui- même.
сс « L'ame encore toute échauffée des fublimes
Expériences de MM. Montgolfier & Charles ,
& l'esprit étonné du courage éclairé des quatre
Voyageurs aëriens , j'aurois abandonné le projet
dont je vais vous entretenir , fi mon expérience
& la leur ne tenoient qu'au fimple amufement
du Public ; mais comme l'intérêt général
que les expériences de la Machine aëroftatique
ent infpiré à tous les ordres des Citoyens , tient
( 127 )
fur-tout aux avantages ultérieurs que la Société
pourra en retirer , à ce titre , je crois , même après
MM. Montgolfier & Charles , pouvoir propofer
ma découverte. Elle cft le fruit de 20 ans de travaux
& de dépenfe. Je me flatte d'avoir trouvé l'infaillible
moyen de marcher à pied fec fur la furface
des eaux. Je fuis redevable de cette découverte à
une de ces poupées tournantes qu'un reffort fait
mouvoir. En confidérant la fimplicité de ce mécanifme
, je le combinai avec la caufe qui fourtient
fur une riviere le caillou que l'on jette
pour faire des ricochets : & j'en conclus qu'il
étoit poffible d'établir un principe de force toujours
agiffant dans un fens progreffif & capable
de fupporter des poids plus ou moins confidérables
en raifon de fa viteffe ; que ce mouvement
proportionné à la péfanteur pouvoit tenir en
équilibre des corps folides fur des fluides à la
hauteur donnée. Telles furent mes conjectures ,
& j'ai travaillé avec tant de conftance à les rendre
juftes , que j'ai obtenu des résultats qui pe
peuvent manquer de caufer un grand étonnement
& de produire une forte de révolution . Je
propofe de paffer & repaffer la Seine fans mouiller
mes fouliers , & d'en faire des expériences
multipliées le 1 Janvier 1784 , au- deffous du
Pont-Neuf, à Paris ; mais fous la condition qu'au
'bout de la premiere traverfée je trouverai deux
cents louis fur la rive oppofée pour payer mon
voyage. Je n'emploirai d'autre artifice qu'une
paire de fabots élastiques , diftants l'un de l'autre
de la grandeur d'un pas ordinaire , & fixés par
'une barre comme deux boulets ramés Chaque
fabot , long d'un pied , aura fept pouces de hauteur
fur pareille largeur ; c'eft avec cette chauf
fure que je puis traverfer , so fois par heure , la
plus large riviere. Comme je ne doute pas que la
£ 4
( 128 )
curiofité ainfi que l'amour des Arts & du bien
Public ne fourniffent le nombre de Soufcripteurs
convenable pour former la fomme que je demande
, & fans laquelle je ne puis tenter mon
expérience. Ma propofition eft de traverser la
riviere de Seine entre le Pont-Neuf & le Pont-
Royal à fleur d'eau & avec affez de viteffe pour
qu'un cheval qui partira en même temps que moi
au grand trot d'une extrémité du Pont- Neuf
n'arrive pas avant moi à la rive oppoſée.
Comme je m'attends à toutes les critiques &
à tous les painphlets dont on accable les inventions
nouvelles , je ne me ferai connoître qu'an
milieu des eaux , & j'inviterai les Railleurs à
m'y accompagner : c'eft à cette feule place que
je répondrai à leur objection ; elle eft large ,
cependant pout leur ôter le plaifir de tout dire ,
je préviens d'avance fur quelques inconvéniens
que l'on pourra prévoir ; on dira que le Voyageur
rifquera de fe noyer s'il tombe en défaillance
dans fa route , ou s'il fait un faux pas qui
Jui faffe perdre l'équilibre . A cela je répondrai
que dans le premier cas , on courroit rifque de
s'affommer fur le pavé , & que dans le fecond ,
il y aura trois raiſons de fe raffurer , 1 ° . parce
qu'on ne trouvera pas de pierres en fon chemin ;
2º. parce que rien n'eſt fi aifé , en cas de chûte
imprévue , que de porter à chaque main une forte
veffie bien enfiée ; 3 ° . parce que la Police toujours
agiffante , & à fon défaut , l'esprit d'intérêt ,
ne manqueront pas d'entretenir des fabots élaftiques
fur les ports pour remplacer les petits
bateaux , & ces fabots feroient d'un grand &
prompt fecours en cas d'accident. D.... , Horloger.
P. S. Je n'ai pas befoin de prévenir que fi ,
à l'époque du 1 Janvier , la riviere eft prife de
glace , l'expérience fera retardée & remife au
( 129 )
T
premier moment où elle fe trouvera dégagée
de tous glaçons. Il ne feroit pas étonnant que
mes pieds ne fe mouillaffent point dans un palfage
où il n'y auroit point d'eau ; d'ailleurs , je
ferois préfumé ne faire que patiner : outre cette
raifon , qui regarde le Public , j'en ai une particuliere
qui exige que l'eau foit fluide ; car il feroit
poffible que la rapidité du mouvement qui
m'emportera mît le feu à l'encaiffement de
mes fabots élastiques , que je fuis obligé de
faire en bois pour éviter la péfanteur ; il fuit de
cette circonftance que j'ai besoin de pouvoir toucher
l'eau pour l'éteindre . Je préviens également
qu'un brouillard épais me forceroit à retarder
l'expérience par une autre raiſon , c'eſt
que j'ai besoin de voir l'autre rive pour aborder
avec fureté & ne pas rifquer de me bleffer,
Cette expérience ne fera peut - être pas
moins curieufe que celles qu'on a déjà faites ,
& fi elle réuffit , on pourra regarder notre
tems comme celui des découvertes & des
prodiges ; après avoir trouvé le moyen de
s'élever en l'air , de marcher fous l'eau , il ne
refte plus qu'à montrer qu'on a auffi celui de
marcher à pied fec fur cet élément. Il s'eft
préſenté déjà des foufcripteurs pour ce dernier
effai ; & il faut croire qu'il s'en trouvera
d'ici au mois prochain le nombre néceffaire
pour remplir la fomme que demande celui
qui veut la tenter.
On annonce dans un papier public une
découverte économique qui fera trèsprécieuſe
, fi elle remplit conftamment l'effet
qu'on en a déjà obtenu ; c'eſt un titre
fs
( 130 )
pour la placer ici ; en étendre la publicité,
c'eft inviter à faire des expériences ; & c'elt
de leur multiplicité qu'on peut tirer des réfultats.
Madame Pourcelet , Religieufe de la Vifitation ,
à Salins , ayant remarqué des tiges de guimauve
de trois pieds & demi de hauteur , crut qu'elles
pouvoient le rouir comme le chanvre ; elle en fit
l'effai , & ces tiges , après avoir été teillées &
peignées , ont donné une filaffe plus douce que
celle du chanvre , & plus forte que le lin. Les
fils qu'elle en a eus , font de differentes especes ,
& ont été trouvés d'une bonne qualité après le
blanchiffage. Comme la guimauve eft une plante
vivace , qu'elle produit chaque année des jets , &
qu'elle exige moins d'engrais & de foins que le
chanvre , on penfe qu'il feroit à propos de la
cultiver plus généralement , afin de l'employer
au même ufage.
L'artifte célebre , au burin duquel nous
devons la copie fidelle de plufieurs tableaux
intéreffans , dont il a rendu avec une égale
vérité la maniere & le génie , vient d'enrichir
fa collection précieuſe d'un ouvrage de
Wéenix , Peintre célebre , dont les talens fupérieurs
font très-connus , mais les ouvrages
très - rares en France. Celui- ci , qui eft dans le
cabinet de M. le Comte de Merle , Ambaffadeur
du Roi en Portugal , offre une ſcene
très - piquante.
C'est une partie de plaifir qui fe paſſe au pied
d'un monument antique & d'une architecture
impofante. Une jeune femme appuyée fur un
cavalier , prend avec lui des rafraîchiffemens que
la maitreffe d'une hôtellerie vient leur préfenter ;
( 131 )
derriere , des Muficiens forment un Concert auprès
d'un autre couple que le Peintre a repréfentés
dans le coftume Hollandois . On apperçoit
dans le fond l'intérieur de l'hôtellerie , des domestiques
emportant des paniers de gibier ; plus
loin , des cavaliers , & au- delà un groupe coloffal
de gladiateurs ; dans l'éloignement un port de
mer , des vaiffeaux & une multitude de figures
fur le rivage. Cette compofition très- riche , da
l'effet le plus piquant , méritoit les foins de M. de
Launay , & fon burin a rendu toutes les beautés
du tableau de Wéenix . Cette eftampe de 16 pouces
de haut fur 22 de large , paroît depuis le i de ce
mois ( 1 ) .
M. de Fleffelles , Intendant de Lyon , ayant
fait ouvrir depuis quelques années les deux gran
des routes de Paris par le Bourbonnais & par la
Bourgogne , vient de faire élever au milieu de la
circulaire où elles fe réuniffent près la porte de
Lyon , & fur les deffeins de M. Lallié , Ingénieur
en chef de la Province , un obélifque d'environ
cinquante pieds de hauteur , couronné d'un globe
parfemé de fleurs de lys en or , fur lequel repofe
une colombe portant au bec un rameau d'olivier ;
fur la table du piédeſtal du côté de la ville eſt
gravée l'infcrip ion fuivante Ludovico XII , utriuf
que orbis pacificatori . Le ,millefime eft fur la table
oppofée , & les deux latérales contiennent l'indication
de chaque route. Cet obélifque eft entouré
de bornes , unies entr'elles par de fortes
chaînes en fer. La place a quatre cent foixantedix
pieds de circonférence . elle eft plantée de
tilleuls , avec des bancs en pierre dans les intervalles.
Nous nous empreffons d'annoncer ici une
( 1 ) Elle ſe trouve chez l'Auteur , rue de la Bucherie
No. 26, Son prix eft de 12 liv .
f G
1
( 132 )
entrepriſe importante , & qui a droit aux encouragemens
du Gouvernement , & à la reconnoiffance
de la Nation.
L'Angleterre , jufqu'à ce jour , l'a emporté
fur toutes les Nations par la beauté de fes cryftaux ,
de fon flint glaff , fon émail tendre & fa cendre
bleue . Venile n'avoit l'avantage fur elle que pour
l'émail dur. L'induftrie françaife s'eft efforcée à
diverfes reprifes d'atteindre à la même perfection
; on a fait dans plufieurs de fes verreries du
cryſtal qui eft beau , mais toujours inférieur à celui
d'Angleterre. Il étoit réſervé aux fieurs Lambert ,
Boyer & Compagnie d'égaler , ou même de furpaffer
ces Manufactures célebres , & de procurer
à leur patrie les avantages exclufifs qu'en ont retirés
jufqu'ici les Anglais. Ils ont créé la Manufacture
de cryftaux flint glaff, émaux & cendre
bleue , établie dans le parc de S. Cloud , fous les
aufpices & la protection de S. A. S Mgr le Duc
d'Orléans , premier Prince du Sang ; & dès leurs
premiers effais , ils font parvenus à un dégré de
perfection qui leur affure l'approbation du Gou
vernement & celle de la Nation. Ils croient
inutile de parler des foins , des travaux & des dépenfes
inféparables de leurs recherches ; leur fuccès
les en dédommage , & le Public en jugera
lui-même ; le Magafin qu'ils ont formé , rue de
Tournon , fera ouvert le 20 Décembre. Ils s'eftimeront
heureux , fi en établiffant cette branche
nouvelle & précieufe de commerce , ils peuvent
être utiles à l'Etat , & agréables à leurs concitoyens
qui trouveront à leur portée tous les ouvrages
qu'ils étoient obligés de faire venir de loin , la
facilité de les remplacer au befoin , celle même
de faire exécuter les pieces particulieres qu'ils
pourront defirer, fous la forme qu'ils indiqueront ,
>
( 133 )
ou d'après des deffins qu'ils donneront eux-mêmes.
Les S. L. B. & C. fe chargeront auffi de faire exécuter
les différens uftenfiles néceffaires pour la
Chymie & les expériences phyfiques.
MM. j'ai lu dans votre Journal , Nº. 38 , du
20 Septembre de cette année , les réſultats de la
prétendue analyfe de mon Remede , par le fieur
Croharé , Apothicaire. Je ne crois pas , MM.
devoir entrer en difcuffion fur cette prétendue
analyſe qui eft démentie par les faits : on a falfifié
mon Remede de toutes les manieres , à Paris
à Versailles , à Lyon , &c. &c. On lui a donné
toutes fortes de couleurs ; il eft très- poffible que
le fieur Croharé ait analyfé un poifon : mais ce
qui doit paroître étrange , c'eft qu'il regarde
comme tel un Remede approuvé par les Médecins
& Chirurgiens qui le confeillent , & l'emploient
journellement , un Remede qui n'a été admis
pour le traitement des Troupes du Roi › que
d'après des expériences & des obfervations connues
de toute l'Europe ; un Remede enfin , qui
a guéri des malades abandonnés par les gens de
l'Art . Au furplus , voici le problême que
je donne à réfoudre aux partifans de l'analyfe ;
Je me foumets à fournir deux préparations , ayant
même couleur , même odeur , même tact , même gout ;
on les analyfera féparément ; toutes deux donneront
les mêmes réſultats ; l'une d'entre elles n'a aucune
qualité malfaifante ; l'autre , au contraire , eft un
poifon des plus fubtils, Signé , le Chevalier DE
GODERNAUX. 1
M. Pinélis , né à Rome , & Profeffeur de
Mathématique & de Phyfique , ayant eu l'honneur
d'être admis les 15 , 19 , 20 & 21 du mois
dernier à donner des preuves de fes talens à la
Cour
a reçu de S. M. & de la Famille Royale
les plus grands applaudiffemens au fujet des ex(
134 )
périences & tours d'adreffe furprenant qu'il a
fait , & qui furpaffent tout ce qu'on a pu voir
jufqu'a préfent en ce genre. L'on a tout lieu d'ef
pérer qu'après avoir donné fes Représentations à
la Cour , il en donnera également à Paris.
Parmi les nouveautés qu'offre l'induftrie dans ce
moment , en voici une que nous nous empreffons
d'annoncer . C'eft une Boë: e à tabac , dite à l'Ecuyere
, en or ou en argent , ou garnie en or
fur fond verni , avec laquelle on peut agir fans
quitter la guide du cheval ; & qu'on peut tenir
dans fa main quelqu'embarraffée qu'elle foit.
Imaginée par M. Roux , Marchand Bijoutier rue
des Follés- Saint- Germain -des-Près , à l'enfeigne
du Château de Verfaille , à Paris , où l'on en
trouvera toujours de toutes faites .
"
Catherine Henriette du Bournt -Montagna
, veuve de Jean - Denis de Boffalft
Marquis de Bafillac , eft morte le 16 Octobre
dernier, au château de Befplan , près de
Vic en Bigorre
Charles- Arnaud de la Briffe , Comte de
Preaux , Brigadier des Armées du Roi , chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de faint
Louis , eft mort à Rennes , le 20 du mois
dernier , âgé de 64 ans .
Un Arrêt du Confeil d'Etat , du 5 Octo-
S
bre , proroge à 2 mois le délai accordé par
l'article 8 du titre de l'Ordonnance de
1687 , aux navires en relâche forcée pour
exporter leurs cargaifons en exception de
droits. Un fecond , en date du i de ce mois ,
porte que l'emprunt de ro millions de rentes
héréditaires , crées par l'Edit de Décem
I
( 135 )
bre 1682 , n'aura effet que pour les cinq mil
lions defdites rentes qui ont été levées juf
qu'à préfent , & que le tirage des rembour
femens de ces cinq millions de rente au capital
de 100 millions , fe fera le 10 du préfent
mois , conformément audit Edit.
Autre du 10 de ce mois , portant révocation
de ceux des 17 & 30 Septembre dernier , concernant
la Caiffe d'Efcompte. Il a été rendu fur
la requête préfentée par les Administrateurs de
ladite Caiffe , contenant que par l'effet de l'at ,
tention fuivie qu'ils ont eue de faire concourir,
dans une jufte proportion , l'extinction fucceffive
des billets de la caiffe avec les fecours non interrompus
qu'ils ont donnés au commerce & aux
particuliers , pour prévenir les malheurs qu'une
autre marche aurait pu entraîner , ils fe font mis
en état de reprendre leurs payemens à bureau
ouvert , qui même ont déjà eu lieu depuis plu
fieurs jours que d'ailleurs les examens rigoureux
, mais fages que les actionnaires avaient
fait faire par leurs députés en éclairant la conduite
de l'adminiftration avec la plus fcrupuleufe
exactitude , avaient fervi à lever les inquiétudes
du public , en même tems qu'ils ont fait connoitre
la fituation folide de leur établiffement ; que
dans ces circonstances , il ne leur retoit plus
qu'à fupplier très-humblement S. M. d'accorder
à leurs inftances la révocation entiere & abfolue
des Arrêts des 27 & 30 Septembre , en tout ce
qui eft relatif à ladite caiffe , & de vouloir bien
donner à cette révocation toute la publicité néceffaire
pour éffacer les traces de ces évenemens
malheureux . S. M. , après s'être fait rendre
compte de la fituation actuelle de la caiffe , & de
tout ce qui y a rapport , & ' avoit reconnu qu'il
( 136 )
n'y a plus le moindre fujet d'inquiétude fur l'exactitude
du payement de fes billets , fans qu'il foit
befoin d'aucun fecours de l'autorité , puifque le
nombre de ceux qui étoient en circulation à l'époque
de l'Arrêt du 23 Novembre , étoient encore
infiniment diminués , & les fonds déftinés à
leur acquittement font augmentés ; il y avoit en
caiffe au moment actuel une quantité d'efpeces
plus que fuffifante , pour faire face à toutes les
demandes .
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 32 , 11 , 74,
10 , & 86.
DE BRUXELLES , le 16 Décembre.
S'il faut en croire des lettres de la Haie , la
Paix entre l'Angleterre & la République ne
tardera pas à être fignée : mais on ne dit pas
encore fi ces deux Puiffances font convenues
de quelque chofe fur l'équivalent que la derniere
peut donner à la premiere en échange
de Negapatnam.
Quant à la conteftation entre l'Empereur
& la République , le Miniftre de Vienne à la
Haie infifte toujours fur la fatisfaction demandée
par le Gouvernement des Pays - bas
pour la violation du territoire ; mais les Etats-
Généraux temporifent , parce que ce feroit
reconnoître la propriété en faveur de l'Empereur
, & ils font d'avis de demander qu'il
foit nommé des Commiffaires pour arranger
ces différends. On attend à cet égard la
réponte de la Cour de Vienne. En général ,
on croit que la Commiffion fera agréée, &
i
( 137 )
que c'eft-là qu'on en vouloit venir. Mais il
ne l'eft pas qu'il y foit rien difcuté , relativement
aux faits ; l'Empereur eft en poffeffion,
& ce qui eft fait à cet égard , paroît être fait
fans retour , puifqu'on a prefqu'achevé la
démolition. Les vues de la Cour de Vienne
font , dit- on , plus étendues . Elle fe propofe
de s'attacher la République par un Traité
d'alliance & de commerce , au moyen de
quoi il obtiendroit l'ouverture de l'Efcaut.
Ceux qui forment cette conjecture , fe fordent
fur un paffage du Mémoire remis à
M. Hope par le Gouvernement des Pays-
Bas , où elle eft dit qu'il eft néceffaire de finir
une fois pour toutes , afin de rendre impoffible
tout fujet ultérieur de conteftation .
On a beaucoup parlé , lit- on , dans une lettre
de Francfort , de l'entrevue de l'Impératrice &
du Roi de Suede. On en raconte vaguement le
motif & le résultat : le premier eft fans doute
fondé fur les projets de la cour de Ruffie , relativement
au levant. Le Roi de Suede actuel
depuis fon avénement au trône , a augmenté
l'armée de 5 à 6000 hommes ; ce qui la porte
actuellement à près de 50000. Quand à la Marine
, les fonds font faits pour conftruire deux
vaiffeaux par an ; & dans le moment préfent ,
la Suele pourroit armer 20 à 25 vaiffeaux de
lignes dans deux ans au plus , elle pourra en
mettre 30 à la mer : de plus elle a une flottille
confidérable de chebecs , de galeres , & autres bâtimens
légers , propres à naviguer dans les basfonds
de la Baltique , & à faire des defcentes ;
enfin cette flotille eft montée par une très- bonne
troupe , également exercée aux manoeuvres nau
( 138 )
tiques , à celles de l'artillerie qu'elle peut met
tre à terre , & aux opérations qui leur feroient
prefcrites pour un débarquement . Cette augmentation
de puiffance devient intéreffante dans les
circonftances actuelles. Il paroît qu'elle a refté
fur cette entrevue . L'impératrice de Ruffie auroit
été volontiers à Sthockolm , mais le Roi de
Suede s'empreffa d'épargner un long voyage à
cette grande Princeffe : elle eut lieu à Fredericsham
, & dura trois jours ; mais on ignore quel
en a été le résultat .
Fin du Mémoire du gouvernement des Pays -bas.
Le
gouvernement chargé de faire obſerver
avec rigueur les Edits de faire refpecter partout
les droits de S. M. & de les faire valoir , comme
i appartient à la dignité , croit devoir à fes
principes comme aux fentimens de LL . HH . PP .
le parti qu'il prend de faifir l'occafion de l'atrocité
que s'eft permife la Garnifon de Liefkensboek
, pour s'expliquer avec la franchife &
la cordialité , dont le préfent Mémoire renferme
la preuve la plus certaine , & faire obferver que ,
tandis que du côté de S. M. on ne fauroit fe
relâcher des droits inconteſtables qu'elle a à répéter
partout & à tant de titres , le gouvernement
ne peut d'un autre côté arrêter les ordres
que fes Officiers ont depuis long - temps d'agir
en conformité de ce que demande le maintien
de ces droits. On ajoutera que même les regles
des bons procédés fe perdent , ou s'oublient du
côté des employés de la République . En effet ,
il ne fauroit entrer dans le bons procédés d'aftreindre
, comme on fait , les bieres & les denrées
, qu'on transporte d'Anvers & des environs
par l'Efcaut , aux habitans des Polders du Brabant
, dénomination de l'Empereur , & par conféquent
de Nous à Nous , à des droits , par la
( 139 )
feule raifon , que les denrées doivent paffer par le
Quai de Lille. Il est également inconcevable &
infultant qu'on exige des droits pour le fimple
paffage par l'Escaut de Nous à Nous , des denrées
qui ne fe déchargent , ni ne s'arrêtent pas
même audit Quai . Ce n'eft encore pas à cela
que fe bornent les exactions , foit du Commandant
du Fort , ou celui de l'espece du navire
Hollandois qui fe trouve fur l'Efcaut , prefque
vis -à- vis du Fort : on y extorque un nouveau
droit depuis quelques mois feulement , à la charge
des fujets de S. M. en les affujettiffant à payer
une retribution pour chaque Bateau pêcheur ,
chaque fois qu'il paffe ou repaffe l'Efcaut , avec
menace , à défaut d'acquitter cet impôt de nouvelle
création , d'arrêter les bateaux & leurs
conducteurs , & de les faire nommer Zelande .
Le Gouvernement ne fauroit diffimuler que tant
d'exactions & empiétemens ne peuvent être que
la fuite de la confiance avec laquelle la République
s'en rapporte au récit des Officiers employés
, ou du courage qu'ils trouvent peut- être
dans la connoiffance qu'Elle tient fur les plaintes
du Gouvernement - Général ; & il eft d'autant
plus dans le cas d'appliquer cette réflexion aux
événemens dont on vient de parler ; que lorsque
le Gouvernement s'eft plaint , comme d'une violation
du territoire , de la démarche à laquelle
s'eft porté le Gouvernement de Lille , d'avoir
fait exercer fa garnifon fur un terrein qui fortoit
des limites des Fortifications , & qui étoit
certainement de la domination de S. M. , il n'en
eft réfulté de la part de la République qu'une
téponſe , remife par M. le Baron de Hop le 20
Juin 1782 , laquelle fembloit embraffer la juftification
du Commandant , fur des motifs inadmiffibles
à tous égards , & de plus intervenir à
( 140 )
$
la plainte en en mettant le fujet en mains de la
République , & en annonçant la prétention que
la poffeffion de la République dans cette partie
ne fe réduifoit pas aux feuls ouvrages de Fortification
, en demandant même que le Gou
vernement retirât les ordres qu'il avoit donnés
pour faire interdire l'exercice de la Garniſon de
Lille , dans la prairie dont il étoit queftion.-
Le Gouvernement n'avoit pas lieu de s'attendre
à une telle conclufion , & ne pouvant pas
admettre une poffeffion qui excéderoit les ouvrages
de Fortification , ni pour ce Fort , ni
pour les autres Forts voifins , il ne peut fe difpenfer
de déclarer qu'il a été obligé de confirmer
l'interdiction précédente , avec l'ordre d'arrêter
également les Bas- Officiers & foldats Hollandois
qui fe trouveroient au-delà des ouvrages
des Fortifications de ces Forts : le Gouvernement
ne pouvant , ni dans cette partie , ni dans aucune
autre reconnoître aucun autre droit ou
titre que les droits inconteftables de S. M. qui
ne font & n'ont pu être altérés en rien , ni par
de prétendus ufages , ni par des tentatives de
poffeffion que l'on ne peut regarder du côté de
S. M. que comme des ufurpations & des violations
caractériſées de fon territoire . LL.HH PP .
reconnoîtront par ces détails que ce n'eft pas
fans raison que l'on auroit cru trouver dans
l'enſemble des procédés dont il eft parlé dans
le préfent Mémoire à S. M. ou d'attaquer partout
les droits. Il fuffit au Gouvernement d'avoir
, par ces ouvertures amicales , pleines de
franchife & de confiance , développé l'état des
chofes , & on peut même dire le caractere d'attaque
qui fe trouve dans les procédés dont le
Gouvernement demande le redreffement & la
Latisfaction. La juftice de LL. HH. PP . rendra
9
( 141 )
fans doute les fatisfactions également promptes
& complettes ; & la fageffe qui préfide à leurs
délibérations les dirigera également fur les
moyens & les voies de répondre à la fois à
l'intention mutuelle de rétablir & de confolider
la bonne intelligence & le bon voifinage , & à
ce qui eft dû aux droits de S. M. l'Empereur ,
qui , confervant toujours fon amitié & les mêmes
fentimens pour la République , fera toujours
naturellement porté à lui donner des preuyes
ultérieures de fon eftime & de fa bienveil
lance.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL . ET AUTRES .
On apprend par les dépêches de l'Amérique
arrivées le 28 Septembлe , qu'on a débattu dernierement
à Princetown la queftion files Délégués
retourneront à Philadelphie , ponry reprendre
leurs délibérations ; & l'on s'eft décidé pour
la négative , fept des treize Etats ayant voté
contre la propofition. Les Légiflateurs de l'Amérique
peuvent donc fe comparer à cet égard aux
Fideles du fiecle patriarchal mentionnés dans
l'Epître aux Hébreux , où l'on dit d'eux : «< ils
n'ont point de domicile , & ils cherchent une
» ville où ils puiffent s'établir».
Les nouvelles mefures prifes fur le Gouvernement
de l'Inde font très- favorables au Miniſtere,
& cet accroiffement d'influence donnera bien de
la folidité à fon adminiſtration . Non -feulement
il nommera aux places de Commiſſaire , mais
même à toutes les places & aux poftes plus
avantageux dans l'Inde . Ce fera donc un dédommagement
bien confidérable des pertes que le
Gouvernement avoit faite par le bill de M. Burke .
Mais auffi peut- on croire que ce bill paffera fans
la plus violente oppofition. Et ces mêmes hommes
, qui cherchent à renverfer les Miniftres pour
( 142 ).
fe mettre en leur place , les laifferont- ils ainfi
fe retrancher au point qu'on ne puiffe plus les
détruire ?
Le Prince de Galles eft à préſent membre du
Cabinet , titre attaché à l'héritier préfomptif de
la Couronne , auffitôt qu'il a pris féance à la
Chambre des Pairs. Comme on fait que ce Prince
favorife beaucoup l'Adminiftration actuelle , il
eft poffible que fa préfence empêche les attaques
qu'on attendoit de la part du parti de l'oppofition
.
Un contre- Amiral s'eft brûlé la cervelle le
4 au matin dans fa maifon à Sotthampton. Le
bruit du coup de piftolet a allarmé un de fes
gens , qui eft entré auffi - tôt chez fon Maître ,
& l'a trouvé étendu fur fon lit , le piftolet déchargé
à côté de lui , & un autre tout chargé
dans fa poche. Quelques jours auparavant , il
avoit voulu fe détruire , mais on l'en avoit empêché.
Quoique les nouvelles venues de Conftantinople
prefque vers la fin du mois dernier aient
laiffé entrevoir quelques eſpérances pour la durée
de la paix , il n'en paroît pas moins certain
qu'au printemps prochain , la guerre éclatera
entre la Ruffie & la Porte , & que l'Empereur
y prendra part . En effet , l'occafion eft trop favorable
pour cette Cour , qui eft préparée à
faire la guerre , pour qu'elle la laiffât échapper,
& l'offre qui lui a été faite par la Porte , de lui
céder des Provinces entieres , ne la retient pas.
Courier du Bas- khin , n. 97.
On croit favoir de bonne part que la cour de
Londres s'eft vivement intéreffé près de celle de
Ruffie en faveur des Dantzikois ; & que l'empereur
a également fait infinuor à Petersbourg , que
S. M. n'attendoit que la détermination de l'Im(
143 )
!
pératrice pour le déclarer d'une manière plus po
fitive. Gazete des deux ponts , n° 97.
Le Hofpodar de Moldavie eft dangereufement
malade. On prétend que s'il vient à mourir
une puiffance voifine prendra cette principauté
fous fa protection , jufqu'à ce qu'il y ait un arrangement
conclu avec la porte ottomane . Nouvellifte
politique , nº 193.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
2 CONSEIL DU ROI.
Entre le fieur Pillot , Notaire royal à Foulletourte ,
Adjudicataire général des fermes.
La queftion qu'offre cette caufe a pour objet
de quel jour part la quinzaine de la clôture ,
ou derniere vacation des inventaires faits après
le décès des particuliers par les Notaires , quinzaine
dans laquelle les inventaires doivent être
contrôlés : cette queftion , déja décidée par un
arrêt du Confeil du 14 août 1694 , & une déclaration
du 19 Mars 1696 , qui ordonnent que
les inventaires feront contrôlés dans la quinzaine
de leur clôture ou derniere vacation , n'auroit
pas dû fe reproduire; mais des prépofés
engagent fouvent leurs commettans dans des
procès qu'ils n'oferoient entreprendre eux-mêmes
cette affaire en offre un exemple.
fieur de Saint- Pont , Contrôleur ambulant , fous
prétexte d'ordres à lui adreffés pour vérifier fi
le fieur Pillot ne fraudoit pas les droits de
contrôle , fe rendit dans fon étude le 15 juin
1778 , y fit les perquifitions les plus exactes ,
& faute de fujet de plainte , fe faifit de pieces
relatives à fes affaires perfonnelles ; 10. d'un
rapport d'experts fait fur les biens de fa premiere
femme , qu'il prétend n'avoir pas été
contrôlé ; 2. d'un acte rédigé le 3 décembre
1777 , devant Crepon , Notaire à Saint - Jeande-
la-Motte , contrôlé à Maufigné le 15 décem
- Le
( 144 )
4
3
bre , attendu que cet acte étoit biffè & raturé
ainfi que la fignature du Notaire ; & qu'il ne
paroiffoit point contrôlé; 3°. de fix inventaires.
commencés par le fieur Pillot , non clos & arrêtés
, & qui n'avoient pas été contrôlés . Le
Notaire , effrayé de l'apparence d'un procès avec
le fermier , fait à ce contrôleur une foumiffion
de payer une fomme de 253 liv. 4 fols ; mais
heureuſement la réflexion fuivit de près un acte
auffi précipité. Confidérant qu'il n'étoit pas en
faute , il fe pourvut devant M. l'Intendant de
Tours , pour être déchargé du paiement de fa
fonmiffion fur les moyens refpectifs ; le Commiffaire
départi renvoya l'affaire au Confeil , parfon
ordonnance du 11 juin 1781. Enfin ,
par arrêt du confeil des finances , du 12 août
1783 , le Roi , faifant droit fur le renvoi , a ordonné
que le fieur Pillor demeureroit difpenfé
du paiement des 253 liv. 4 fols , faifant l'objet
de la foumiffion par lui foufcrite. ,
* • +
6
CONSEIL PRIVÉ,
Nous avons rapporte un arrêt du Parlement
de Paris du 2 Août 1783 qui adjuge la récréance
d'une cure conférée fur une réfignation admife
à Rome le jour de la mort du rélignant ; il étoit
décédé à dix heures du foir , en Anjou , ċ . a. d.
onze' , pour Rome qui eft bien plus au levant. à
-
la collation a été jugée réguliere & valable.
Le Parlement de Touloufe , par arrêt .
du 17 Juin 1782 , rendu contre les conclufions "
du miniftere public , avoir déclaré n'y avoir abus
dans des provifions femblables , obtenues par
le fieur Bourguignon de Saint - Martin , pour un
bénéfice fimple. Le réfignant étant décédé le
lendemain de la date de fa procuration, Le
fieur de Saint Souple , nommé par l'ordinaire
s'eft pourvu en caffation , & elle vient d'être
prononcée par arrêt du 17 Octobre dernier.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
•
DANNEMARC K.
DE COPENHAGUE , le 20 Novembre.
ES droits fur les marchandifes de foie ,
Livenant de l'étranger & des Indes occ
dentales , deſtinées à l'ufage des habitans de
ce Royaume , & par conféquent à y refter ,
viennent d'être augmentées de 10 pour 100
pour toutes les étoffes de foie, & de 8 pour
roo pour les demi -foies . Pour celles qui feront
portées à l'étranger , & même dans nos
Ifles des Indes occidentales , ces droits feront
réduits à 2 pour 100.
On s'entretient beaucoup ici d'une découverte
faite par un Payfan de Svendstrup;
en creufant dans la campagne , il a trouvé à
quelques pieds de profondeur un cercueil de
pierre qu'il a rompu, & dans lequel étoient
des offemens humains ; il y avoit auffi un
anneau de métal , qui apporté ici , a été trouvé
à l'effai être d'or pur , & valoir 63 ducats.
N°. 52. 27 Décembre 1783. g
( 146 )
Nos Antiquaires croient que ce tombeau eft
celui d'un de nos anciens Rois , nommé
Svend , qui fut enterré auprès de ce village,
auquel il donna ſon nom.
On voit dans les fociétés les plus diftinguées
de cette ville un Chinois , revêtu des
habits d'un Mandarin de la premiere claffes
c'eft un de ceux qui ont été accordés par le
Gouvernement de Canton , pour completter
l'équipage du vaiffeau arrivé dernierement
de la Chine , & qui a prévu avec raiſon que
cette fingularité le feroit accueillir.
POLOGNE.
बतु
DE VARSOVIE , le 16 Novembre.
Les lettres de Conftantinople portent que
le Divan ayant été inftruit que le Miniſtere
de Peterſbourg avoit ordonné la levée de
40,000 hommes , & la conftruction de trois
houveaux vaiffeaux de ligne de 74 à 100
canons , a arrêté , que les troupes venues du
Diarbeck , de la Syrie , de la Méfopotamie
& de l'Egypte , ne retourneront point dans
leurs pays refpectifs , & qu'elles feront réparties
dans différens lieux d'où elles feront à
portée de prendre la route que les circonftances
pourront exiger. Il a auffi donné des
ordres précis pour l'augmentation de la Ma
rine Ottomane.
les troupes
On ne peut
difconvenir
que
( 147 )
Turques campées à Braniakuka & à Traunick
, obfervent une difcipline exacte , & à
laquelle on ne s'attendoit pas . Elles ne fe font
permis aucune incurfion au delà de leurs limites
; & il paroît qu'elles ne mériteront plus
le reproche qu'on a été en droit de leur faire
long- temps , de ne favoir ni obéir , ni pouvoir
être affujettis à aucune diſcipline .
Les troupes Ruffes campées dans l'Ukraine
ont pris leurs quartiers d'hiver le long du
Diniefter & du Dnieper.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 6 Décembre.
La répartition qui a été faite ici des Paroiffes
de cette Capitale a été imitée à Graetz :
elle a donné lieu à un dénonmbrement des
habitans de cette derniere ville , qui fe trouvent
portés à 24628 ames.
7
Les papiers publics ont parlé depuis quelque
temps des tremblemens de terre qui ont
caufé de vives alarmes aux habitans de Salonique
; on dit aujourd'hui qu'ils fe font
renouvelés avec tant de violence , que cette
ville eft entierement détruite. On apprend
auffi que le même fleau continue de fe faire
-fentir à Comore ; mais les fecouffes y font
peu violentes , quoique fréquentes. Le 16 du
mois dernier on y en éprouva une qui fut
g 2
( 148 )
auffi forte que celle qui avoit eu lieu le 21
Avril dernier.
» Les fauffaires que l'on a arrêtés dernierement
, écrit-on de Prague , employoient une méthode
nouvelle & ingénieufe. Ils avoient le fecret
d'enlever l'écriture de deffus le papier , de
maniere qu'après avoir effacé la fomme portée
dans un billet de banque , ils en augmentoient la
valeur à volonté , au moyen de caracteres parfaitement
imités . Ils n'avoient répandu dans le
public qu'un petit nombre de billets de banque
ainfi falfifiés ; mais on en a trouvé chez eux une
provifion qu'ils attendoient l'occafion de placer.
Le Gentilhomme de la Garde - Noble
Hongroife , expédié au Roi de Suede en Italie
, eft de retour ; il a reçu de S. M. Suédoife
une bague de prix , & on affure de la maniere
la plus pofitive , que ce Monarque
viendra ici au retour de fon voyage.
DE HAMBOURG , les Décembre.
Selon les lettres de Vienne on y attend
inceffamment la réponſe décifive de la Porte
Ottomane ; elle avoit , dit- on , demandé un
délai de 6 mois pour prendre un parti fur ce
qu'on exige d'elle : mais cette propofition a
été rejettée. La Porte ne paroît , felon les
apparences , que chercher à gagner du tems ;
& la pefte qui s'eft manifeftée à Cherfon , releve
fes efpérances. Elle s'eft diffipée à Conftantinople
, où l'on prétend que pendant fa
durée elle a enlevé 50,000 perfonnes.
( 149 )
Sil faut en croire plufieurs lettres particulieres
, les troupes Ottomanes , répandues
dans la Valachie & autour de Belgrade reçoivent
journellement de nouveaux renforts
; & on en conclut , qu'en cas d'attaque
on pourroit bien trouver les Turcs en meilleur
état de défenſe qu'on n'a eu lieu de le
préfumer. Les opérations de l'armée Ruffe
deviendront bien difficiles , fi elles ne font
pas abfolument impraticables du côté de la
Beffarabie , vu l'entiere dévaftation de cette
Province ; & elle auroit été forcée de s'en
éloigner, fi elle n'avoit pas eu l'avantage de
tirer des vivres des Etats de l'Empereur.
Quelques- uns de nos papiers oppoſent à
ce tableau des détails dont ils n'indiquent
point la fource , mais qui offrent des furcroîts
d'embarras & d'inquiétudes à la Porte ;
s'il faut les en croire , la guerre s'eft rallunée
entre le Bacha du Caire & celui des
Provinces de la haute Egypte ; les Albanois
d'un autre côté menacent de faire une inva
fion dans la Morée , & le Schah de Perfe
fait de grands préparatifs. On ne manque
pas d'annoncerde ce côté une diverfion formidable
, fila guerre éclate , pendant que l'on attaquera
les Turcs du côté de l'Europe ; mais
après les révolutions que la Perfe a éprouvées
, fon nouveau Souverain à peine affermi
fur le trône , eft- il en état de chercher à rompre
avec les Ottomans ? Et eft on bien sûr
83
( 150 )
qu'il voit d'un oeil indifférent la perte de fa
Suzeraineté fur une partie de la Géorgie ,
& qu'il faififle cette circonftance pour feconder
la puiffance qui la lui a enlevée.
Nos papiers , qui depuis quelque temps
ne font que s'apéfantir fur le tableau des
dangers auxquels la puiffance Ottomane eft
expofée , & qui les exagerent peut être , ainfi
que la foibleffe qu'ils lui fuppofent , contiennent
les réflexions fuivantes qui paroiffent
avoir été dictées par le même efprit.
« La nouvelle d'une révolte à Conftantinople
, difent-ils , a été anticipée ; mais tout femble
y annoncer une grande révolution . Selon
des voyageurs qui en arrivent , le prix des
provifions eft exceffif , & la populace en murmure.
Le bon ordre & l'amour de la juftice
femblent en avoir difparu , la plupart des Mufulmans
s'abandonnent fans retenue & fans crainte
aux plus grands excès. Le Soldat méconnoît
la difcipline & la fubordination ; fi ces défordres
continuent encore , la vie de S. H. eft en
danger ; & le moment approche où le Sultan
Sélim à peine âgé de 23 ans , occupera
peut être le Trône des Ottomans . Ce Prince
eft fils d'une Efclave , dont la corporation des
Selliers , l'une des plus confidérables de Conf
tantinople fit autrefois préfent au Sultan défunt
; à l'exception d'un corps fain & robufte ,
rien , dit-on , ne parle en faveur de ce Prince
qui destiné au Trône , a paffé juſqu'à préſent
17 ans dans une prifon d'état , dénué de livres
& de Maîtres , & réduit à la compagnie des
Eunuques & des Muets.
-
2
( 151 )
On lit les détails fuivans dans une lettre
de Belgrade.
Le 28 du mois dernier , le caprice d'un foldaţ
a penſé occafionner dans le camp des Turcs,
entre les Janiſlaires & les Spahis , une boucherie
que les Officiers ont eu beaucoup de peine
empêcher. Un Spabis érant venu du camp à la
cantine du fort , fe fit donner un pot de bierrea
le Cantinier qui eft Chrétien , voyant le Spahis
Le difpofer à fortir fans parler de payer , lui demande
un para pour la bierre qu'il avoit bu ; le
Spahis répond qu'il n'a rien à donner , & que
fon argent n'est pas pour un Chrétien ; le Cantinier
perfifte ; enfin après une conteftation ani
mée , le ſoldat tire un piftolet , & en dirige le bout
vers l'eftomach du Cantinier , en lui difant que
c'eft là fa bourfe , & qu'il lui mettra non dans
la main , mais dans la tête le paiement qu'il
yeut lui faire . Des Janiffaires qui étoient dans
le même endroit , s'approcherent & crurent
pouvoir faire entendre raifon au Spahis , & l'inviterent
amicalement à être jufte & à payer.
I en réfulta une difpute entre lui & les Médiateurs
, qui provoqués par fes injures , lui déchargerent
fur le corps tous leurs piftolets. Le
bruit de cette action fe répanait bientôt dans le
camp . Le Spahis mort avoit un frere qui demanda
vengeance , & décida 3000 Spahis à la
qui procurer. Ils virent dans le moment 400
Janillaires commandés pour aller recevoir l'argent
envoyé de Conftantinople pour la paie des
Troupes , & la mener en cérémonie au fort , fuivant
l'ufage ; ils fe difpoferent à tomber fur eux.
Les Janiffaires étant parvenus à fçavoir le fujer
pour lequel on les attaquoit , & à faire entendre
que ne fçachant rien de ce qui s'étoit paflé,
g'S
( 152 )
ce n'étoit pas contr'eux que devoit fe diriger
leur vengeance ; que d'ailleurs l'honneur défendoit
aux Spahis de les attaquer à nombre fi inégal
. Cette derniere raifon les fauva , & les Ja-
Biffaires rebroufferent chemin pour avertir leurs
camarades de ce qui fe paffoit ; & les Officiers
font parvenus , non fans peine , à prévenir le
défordre.
La ville de Dantzick eſt toujours bloquée ,
& n'a point encore vu de changement furvenu
à ce fujet.
1
Les villes Pruffiennes jufqu'à Thorn , lit-on
dans une lettre de cette ville , defirent que notre
différend avec leur Maître foit bientôt arrangé
à l'amiable . Elles fouffrent en ce moment plus
que nous-mêmes de la ruine de notre commerce.
Les habitans de ces villes nous vendoient
une grande quantité de grains qui leur étoient
toujours payés d'avance nous étions la feule
reffource de leur commerce ; & fi le blocus de
cette ville n'eft point levé avant la fin de
l'hiver ces malheureux feront les premieres
victimes de notre fermeté ; où fi l'on veut , de
notre obftination .
>
>
3
Des lettres d'Oliva , d'une date poftérieure
à celle - ci , portent que la ville eſt toujours
plus refferrée.
Le 26 Novembre à midi , le bataillon de
Krokow prit poffeffion de deux Fauxbourgs de
la Ville. 3 Compagnies logent dans celui de
Neugarten , & 2 dans celui de Petershagen ; ces
dernieres ont leurs gardes à 100 pas des portes de
la ville. Le bataillon d'Eglofftein a pris poffeffion
le 27 du Knepholf , qui eft en avant de l'une des
portes , & dans ce moment rien ne peut plus
entrer ni fortir de la ville fans tomber entre
( 153 )
les mains des Pruffiens. Depuis l'arrivée de ces
bataillons , les Dantzikois ont tenu leurs portes
foigneufement fermées ; ils ne les ouvrent
qu'à l'arrivée & au départ des Couriers. Le
Magiftrat a dû s'affembler le 27 , & on remarque
que les habitans n'ont rien perdu de leur fierté.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 19 Novembre.
Le Grand Duc , la Grande-Ducheffe , &
la Ducheffe de Parme font venus ici vendredi
dernier ; le Roi de Suede y étoit auffi dans
le plus grand incognito . Ils y ont tous paffé
la journée , & vifité ce que cette ville
offre de remarquable. L. A. R. font parties
enfuite pour retourner à Pife , & le Roi de
Suede s'eft arrêté quelques jours de plus.
On écrit de Naples que des maladies épidémiques
fe font manifeftées dans la Calabre
, à la fuite des tremblemens de terre qui
ont défolé cette Province . Le nombre des
infortunés que ces deux fleaux réunis ont
enlevé , paroît être de 29,451 perfonnes, Selon
l'hiftoire des tremblemens de terre en général,
& de ceux de la Calabre en particulier ,
qui a été imprimée à Naples , on comptoit
aux mois de Février & de Mars dernier ,
439,776 ames dans cette Province ; aujourd'hui
on n'y en compté plus que 410, 325.
Selon des lettres de Sicile , le Vice Roi
obfervant que le peuple mal inftruit de la
nature des projets dont il a entrepris l'exé-
85
( 154 )
cution , témoignoit du mécontentement , a
fait imprimer & publier le plan qu'il a arrêté,
afin qu'il revienne de ſes mauvaiſes impreffions
, & juge lui même que fon but eft
le bien général de l'ifle , & le foulagement
des pauvres ( 1 ).
ESPAGNE.
DE CADIX , le 18 Novembre.
La frégate du Roi la Sainte-Barbe arriva
ici le 11 de ce mois de Buenos - Aires , ayant
à bord 1,800,000 piaftres en efpeces . On
en attend inceffamment une autre avec 2
millions. Ces tranfports fucceffifs remédie-
( 1 ) Nous faifirons cette occafion d'annoncer la continuation
de l'entrepriſe intéreffante faite par M Houe!
auteur du voyage pittorefque de la Sicile , dont il a publié
le ge. cahier , qui foutient la réputation du premier , &
qui eft bien au-deffus de la plupart des voyages que l'on a
donnés jufqu'à préfent, Celui de M, Houel eft à la fois celui
de l'artifte , du philofophe , de l'homme de lettres &
de l'antiquaire ; rien n'échappe à fes obfervations ; il voit
tour ce qui mérite d'être vu , & il le préfente avec toute
Ja chaleur & tout le feu dont ces matieres font fufceptibles
; on voyage avec lui , on parcourt les différens endroits
, on y voit , on y juge les monumens qu'il décrit.
--M. Houël vient de publier fix nouvelles eftampes , repréfentant
les places publiques & les rues de la ville de
Meffine , où fe voient les principaux objets qui décoroient
tette ville , avant qu'elle fût renverfée par l'affreux tremblement
de terre du 5 Février 1783. On lit au bas de ces
fix vues le nom des édifices qu'elles repréfentent, Elles
font fuite avec la vue générale de cette ville , qui a été pu
bliée par le même auteur . On ne peut qu'applaudir à l'idee
qu'il a eue de confacrer par la gravure tout ce qu'offrent
de beau ou d'intéreffant une ville célebre , qui n'exiſte
plus que dans cette Collection , qui devient par- là encore
plus précieufe , & qui eft fupérieurement exécutée . Ces 6
eftampes fe vendent y liv , à Paris , rue du Coq S. Honoré ,
à côté du Caffé des Arts.
( 155 )
rent au manque de numéraire dont on s'eft
plaint long- temps,
Le 22 Octobre , écrit - on de Lisbonne
'nous avons vu arriver dans ce port un bâtiment
venant de l'Inde , après un voyage de
quatre ans & demi. La curiofité s'eſt empreffée
généralement d'apprendre des nouvelles
de ces contrées : mais elle n'a pas été
fatisfaite ; il ne s'eft répandu que des bruits
vagues & contradictoires ; tout ce que l'on
a pu apprendre de plus pofitif, ce font les
détails fuivans. Les Cipaies nos alliés furent
chaffés par ceux de Bonfelos des poftes qu'ils
occupoient dans les Provinces de Bicholim
,& de Sunquelim; les derniers mirent enfuite
le fiege devant le château que nous avons
élevé dans cette derniere province . Il n'y
avoit que 60 hommes , qui fe défendirent près
de deux mois .Vers le 7 Décembre, nos troupes
arriverent à leur fecours , & forcerent les
Boufelos à lever le fiege , elles étoient compofées
de 3 compagnies de grenadiers, d'un détachement
du corps de Chermont , de la légion
& des Cipaies. Cette action nous a rendu
entierement -maîtres de ces provinces. On-
-faifoit des difpofitions pour pourfuivre cet
avantage , & réduire les Bonfelos . L'armée
étoit le 17 Février campée auprès de Merel .
Les mêmes lettres portent que depuis la
mort d'Aider-Aly , Inde entiere , étoit en
guerre, & que les enfans de ce Prince fe
difputoient entre eux fa fucceffion .
bag
( 156 )
"
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 15 Décembre.
Les nouvelles de l'Amérique n'ont plus àpréfent
le même intérêt ; nous n'en avons
plus que celles que nous préfentent les papiers
qui s'impriment fur le continent , &
dans lesquelles on ne peut que glaner quelques
articles qui doivent piquer la curiofité ,
quand ils ont rapport à la nouvelle adminiftration
de la République naiffante. C'eſt à
Ice titre que nous faifirons la réfolution fuivante
du congrès.
« En vertu du neuvieme article de la confédération
, les Etats-Unis affemblés en Congrès ,
font revêtus du droit & du pouvoir exclufif de
régler le commerce & toutes les affaires avec
les Indiens non fujets de ces Etats , à la charge
par eux de ne bleffer le droit législatif d'aucun
des Confédérés ; comme il eft également de l'intérêt
général de ces Etats , & important pour
le maintien de l'harmonie & de l'amitié avec
les Indiens , de prévenir avec eux tout fujet de
querelle & de plainte ; les Etats- Unis affemblés
en Congrès , ont jugé à propos de défendre à
qui que ce foit de faire des établiffemens fur les
terres habitées par les Indiens , ou fur lesquelles
ils réclament des droits au-delà des limites de
chaque Etat , d'acheter & de recevoir en don aucune
portion de ces terres , fans le confentement
exprès de dits Etats-Unis affemblés en Congrès ;
toute acquifition faite , de quelque maniere que
ce foit , fans cette attache , fera nulle ».
Ces difpofitions annoncent aux Indiens
qu'ils auront à faire , à l'avenir à des voifins
juftes qui s'oppoferont aux ufurpations dont
ils ont eu ci-devant tant de fujet de fe plain(
157 )
dre. Cette réfolution eft du 22 Septembre .
Il y en a une autre du 17 Octobre , que nous
devons d'autant plus faifir , qu'elle fixe les
incertitudes où l'on a été depuis que le Congrès
s'eft éloigné de Philadelphie , fur le lieu
où il fixera à l'avenir fa réfidence . C'eft le
Penfylvania-Packet qui nous la fournit.
« Réfolu par les Etats Unis affemblés en Congrès
, que les bâtimens à l'ufage du Congrès
feront conftruits fur les bords de la riviere ou
dans une pofition peu éloignée de ces mêmes
bords : qu'on fixera dans le même lieu un distric
convenable pour y former une ville fédérative ,
fur laquelle les Etats - Unis auront le droit de la
Jurifdiction exclufive & tout autre privilege que
le Congrès pourra juger à propos de déterminer.
Réfolu en outre fur la motion qui en a été faite ,
que le lieu où feront élevés ces bâtimens , fera
près des cataractes , & qu'il fera nommé un Comité
pour aller examiner l'endroit , & en faire
enfuite fon rapport au Congrès » .
La Compagnie des Indes eft maintenant
le grand objet de l'attention générale ; le bill
qui en change le régime & place fon adminiftration
en d'autres mains , a paffé à la
chambre des communes ; l'oppofition qui a
fait de vains efforts pour l'arrêter , le pourfuit
à préfent à la Chambre haure , & on doute
qu'elle y ait plus de fuccès.
Le 9 de ce mois on y fit la lecture de ce
Bill , & le Duc de Portland fit auffi -tôt une
(motion pour que la feconde fut faite le Lundi
fuivant . Ce fut en ce moment que l'oppofition
qui avoit gardé le filence fit entendre
fa yoix , ce fut le Lord Thun ow qui lui donna
le premier éveil , fi nous pouvons nous fervir
.
( 158 )
de cette expreffion , en obfervant qu'il eût éré
convenable de fuivre la marche ordinaire , &
de propofer d'abord l'impreffion du Bill . Le
Duc de Portland répondit que cela lui avoit
paru inutile , parce qu'il étoit impoffible que
les Pairs ne fuffent pas inftruits du contenu
d'un Bill qui avoit fait tant de bruit à la
Chambre des Communes , que rien de ce qui
s'y étoit paffé ne pouvoit leur être étranger ;
que cette marche ne feroit qu'entraîner un tems
précieux qu'on pouvoit infiniment mieux employer.
Alors le Lord Temple prit la parole
& s'éleva contre le Bill avec beaucoup de chaleur
; il le qualifia de production monstrueufe
& infâme , & répéta tout ce qui avoit été die
dans l'autre chambre fur le même fujet, Nous
n'entrerons pas ici dans ies détails de ces premiers
débats qui ne préfentent rien de neuf , &
dans lefquels le Duc de Portland , le Lord
Towshend , le Lord Lougborough , le Comte
de Derby & le Lord Carlile parlerent pour le
Bill ; & le Comte Temple , le Lord Turlow,,
le Duc de Richemond , le Lord Sidney
Duc de Chandos , & le Lord Abingdon contre.
Cela n'empêcha pas que la motion du Duc de
Portland ne paffât preſqu'à l'unanimité.
le
On attendoit avec impatience la féance
d'aujourd'hui ; elle a été très-longue & trèsagitée
, il ne nous eft poffible d'en donner
aujourd'hui que le précis. Á
Le lord Abingdon , avant qu'on s'occupât du
bill , fit une motion pour qu'on mandat les
juges , afin de prendre leur avis fur un objet de
cette importance qui paroiffolt intéreffer les pro-
-priétés ; il détailla quatre queftions principales
→fur lesquelles il convenoit de les confulter ; mais
les membres qui l'avoient foutenu lorfqu'il avoit
1/791 2.
( 139 )
commencé à parler, & lorfque les miniftres avoient
cherché à l'interrompre , ne l'ont pas appuyé
lorfqu'on a été aux voix fur la motion qui a été
rejettée unanimement . On a lu enfuite la
requête de la vile ; mais le duc de Manchefter a
obfervé qu'elle ne portoit que le nom de requête ,
qu'elle fembloit impofer une loi , au lieu de
recommander , & que les termes n'en étoient
pas auffi refpectueux qu'ils auroient du l'être
vis-àvis d'une branche de la légiflation . Le confeil
de la compagnie a été mandé après cela , &
il a parlé long-temps. On a trouvé qu'il n'avoit
rien dit d'effentiel ; mais comme il n'a pu finir
fon plaidoyer , faute de temps , de témoins , &
de préparations , le duc de Cliandos a propofé
un ajournement qui a paffé . Les miniftres ont
eu le deffous de 8 voix ; on voit que l'oppofition
ainsi que l'a obfervé le lord Lougbourough , voudroit
retarder cette affaire jufqu'après les vacan
ces de Noël. Alors le bill ne pafferoit que
l'année prochaine ; & fon exécution fe trouveroit
fufpendue jufqu'à la fuivante. On ne croit
pas cependant qu'il l'emporte , & parmi les membres
qui ont confenti à l'ajournement , il y en a
plufieurs dont on croit que les voix feront pour
le bill.
On ne fauroit , dit un de nos papiers , pfe faire
une idée des bruits qui fe repandent journellement.
Selon les uns , le roi avoit autorisé plufieurs
perfonnes à dire hautement dans le public ,
que jamais il ne donneroit la farction au bill de
' Inde. Ces propos que l'on a fait circuler avec
art , avoient fait préfumer que le ministère allot
être livré à de nouvelles convulfions ; mais il pa-
Toît que ces bruits font l'ouvrage de libelliftes
ignorans . Ils fuppofent que ce bill concerté entre
-les miniftres & difcuté fans doute dans le cabir
net , n'étoit point connu de S. M. ce qui n'eft
f
( 160 )
pas vraisemblable ; il ne l'eft pas davantage non
plus que le roi d'Angleterre ait eu l'idée de fe
mettre à la place de fes miniftres , & de fe rendre
par là le garant d'une opération politique.
Il en eft peut-être de même du bruit repandu depuis
quelques jours que le lord Stormont a déclaré
au duc de Portland , qu'il eft prêt à réfigner fa
charge de préfident du confeil , des qu'on lui aura
nommé un fucceffeur , ce lord étant décidé à
s'opposer au bill de l'Inde , toutes les fois qu'il
fera propofé à la chambre dès pairs . Ce qui fait
douter avec raifon de ce bruit , c'eft qué ce lord
n'a point paru à la premiere lecture ; il n'apas paru
non plus à celled'aujourd'hui ; fon oppofition ,
fuppofé qu'il s'y détermine , ne feroit qu'une oppofition
paffive & par - là peu avantageufe à ce
parti.
On ne peut fe diffimuler qu'il s'eft paffé
bien des atrocités dans l'Inde , que les Employés
de la Compagnie y ont aliéné les
efprits , caufé les guerres auxquelles elle a été
expofée , & rendu le nom Anglois plus
odieux encore que redoutable. Tout le monde
convient de la néceffité d'un changement
de régime ; on ne s'éleve que contre
celui que propofe M. Fox , on craint qu'il
ne donne trop d'influence au Gouvernement
, qui n'en avoit pas moins auparavant ,
& qui en auroit autant fous tout autre plan.
On dit même que fi le bill paffe , comme on
a lieu de s'y attendre , les propriétaires qui
ne font pas d'avis de laiffèr leurs fonds entre
les mains des miniftres , fe popofent de les
retirer , & de vendre leurs actions , ce qui ne
pourroit avoir lieu fans faire faire banque-
Toute à la Compagnie.
( 161 )
Les avis de Bencoolen reçus par les dernieres
dépêches de l'Inde portent qu'il y a regné une
maladie épidémique qui y a caufé les plus grands
ravages. La mortalité a été portée à un degré
dont on n'a point d'exemple. Le Chirurgien de
la Factorerie , fes aides , les perfonnes employées
à la pharmacie ont été les premieres victimes de
ce fléau ; il ne reftoit plus un feul homme en
état de procurer des fecours fi effenti . Is dans des
défaftres de cette nature , ce fut avec peine qu'on
obtint du Chirurgien d'un des vaiffeaux qui étoient
dans le port , de s'établir à terre & de donner fes
foins aux infortunés ; mais ce Chirurgien étant
tombé malade peu de jours après , il vouloit abfo,
lument fe retirer , & ce n'eft que fur la promeffe
d'une grande récompente qu'il a confenti à refter
jufqu'à ce que la Compagnie ait trouvé quelqu'un
en état de le remplacer. On dit que les Factoreries
Hollandoifes ont éprouvé également ce
Héau , & qu'on y enterroit journellement dix
perfonnes.
Les mêmes papiers nous fourniſſent l'anec
dote fuivante.
On parle beaucoup de la corruption qui regne
dans l'Inde , les employés de la Compagnie ne
font pas les feuls qu'on puifle en accufer ; le mal
eft général dans ces contrées ; & peut- être avons
nous contribué à l'entretenir. On écrit de Madrass
des détails affez finguliers fur le divertiffement
des effets du feu Nabab Jaffier Alykhan , fait par
une de fes Maîtreffes Nanam Munny Begum , qui
a agi long-temps de concert avec les principaux
Officiers de la Compagnie. En attendant qu'on
connoiffe les détails de cette affaire , voici ce
qu'on dit de cette femme. Munny Begum eft
une belle fille née de parens très - obfcurs , qui la
vendirent à la Directrice d'une troupe de danfeufes.
Elle fuivit cette profeffion jufqu'à ce
( 162 )
qu'ayant été invitée à une fête chez le Nabab ,
elle lui infpira tant d'amour qu'il la garda dans
fon Palais , vécut avec elle pendant quelque
temps , & finit par l'époufer & la mettre à la tête
de fon Haram . Il lui avoit laiffé des fommes confidérables
par fon teflament. Elle les a dépensées
pour la plupart en faveur des Anglois , on raconte
qu'une feule fête qu'elle avoit donnée à quelquesuns
de nos Officiers lui coûta 1,050,000 roupies ,
& peu de temps après elle fit dans une occafion
femblable une dépense égale.
Pendant que la Chambre haute eft occu
pée du bill de M. Fox , il ne fe paffe pas des
objets auffi intéreffans dans celle des Communes
; nous nous bornerons ici à extraire
le journal des féances de cette derniere.
Le 10 , la Chambre étoit peu nombreuſe ; M.
Fox , qui en fit l'obfervation , dit qu'il avoit une
motion à faire , qu'il renverroit à un autre mo
ment , fi elle étoit de nature à éprouver quelques
objections dans une plus grande affemblée ;
il s'agiffoit de renouveller l'acte qui autorife le
Roi à prendre des mesures pour établir une correfpondance
avec l'Amérique. L'acte qui lui
donna ce pouvoir l'année derniere , expire le 20
de ce mois. Il avoit le bill tout prêt , & il fut
préfenté fur le champ. Sir George Young faifit
cette occafion pour demander au Miniftre fi le
traité de commerce avec l'Amérique étoit conclu,
ou quand il le feroit . M. Fox déclara qu'il ne
pouvoit faire dans ce moment aucune réponse
pofitive ; mais on jugera que cette affaire n'eft
pas fort avancée en lifant ce qu'il ajouta . Les
opinions , dit-il , font très-partagées fur cet ob
jet : felon les unes , il est très - important ; felon
Les autres , un pareil acte eft inutile , parce qu'on
( 163 )
>
peut très- avantageufement commercer fans cela
Quoi qu'il en foit , on s'arrêtera fans doute à
quelque parti ; auffi - tôt qu'il fera décidé
& qu'on aura adopté un fyfteme fixe , je ne
manquerai pas d'en faire part à la Chambre , &
de lui préfénter une motion à ce sujet .
;
Le Secrétaite de la Guerre en fit alors une
pour le fubfide de l'armée. « Je ſuis fâché , ditil
, qu'il ne foit pas au pouvoir des Miniftres de
S. M. de porter à toute l'étendue qu'ils auroient
defiré , le plan d'économie fur lequel ils s'étoient
déterminés mais l'état actuel des troupes ne le
permet pas. Il n'y a en Angleterre que 13 bataillons
d'infanterie , & ils font fi foibles , qu'ils
n'ont pas le tiers de leur complet. Parmi les
foldats , il y en a plufieurs qui , ayant été engagés
pour trois ans ou pour le tems de la guerre,
ont malheureuſement fait connoiffance avec
quelques Membres fubalternes de la Juftice
qui les ont éclairés fur le droit qu'ils avoient
d'exiger leurs congés , & qui fe font imbus de
principes qu'on ne doit pas trop fouhaiter dans
une armée bien conftituée. Jufqu'à ce que les
Recruteurs aient les homines néceflâires , que
plufieurs Régiments qui font au dehors foient
de retour , il ne faut pas fonger aux réformes . Il
demanda enfuite 636,190 liv. 9 f. 1 den . ſterl .
pour l'entretien de 17,433 hommes , y compris
2050 Invalides pour le fervice de l'année prochaine.
Le 21 , la Chambre entama une affaire qui
donnera lieu sûrement à des débats encore plus
vifs que ceux qu'a occafionnés le bill des l'Inde ;
la questions propofée éroit , de favoir fi l'on renouvellerades
pouvoirs illimités , donnés à la
Couronne pendant la derniere ceffion pour di
riger le commerce avec l'Amérique feptentrio
( 164 )
nále. Cette affaire fera rapportée le 22 , &
rémife à l'examen d'un Comité . Ce fera le moment
qu'on choifira fans doute pour faire expliquer
M. Fox un peu plus clairement qu'il n'avoit
fait le 10. Le même jour on apporta auffi
à la Chambre les eftimations du département de
l'artillerie , & elle accorda pour cet objet un
fubfide de 413,000 liv. fterl .
Les affaires d'Irlande ne préfentent pas
une perſpective bien agréable.
Nous fommes peut - être , écrit - on de ce
Royaume , à la veille d'une fcene tragique. Le
29 du mois dernier , la convention des Délégués
volontaires approuva des réfolutions pour une
réforme parlementaire , & dreffa un bill à ce
fujet , auquel la Chambre des Commune donna
la négative à la pluralité de 157 voix contre 77;6
elle prit enfuite la réfolution fuivante : qu'il eft ,
devenu abfolument néceffaire de maintenir les
droits & les privileges du Parlement contre,
toutes les ufurpations quelconques , ce qui fut
arrêté à la pluralité de 157 voix contre 68 , &
il fut arrêté de faire des inftances au Souverain
en conféquence. Il eft vraisemblable que les
Troupes royales auront ordre de protéger le
Parlement , & que les affociations armées , feconderont
les vues & les deffeins des Délégués.
Si cela arrive , comme on a lieu de le craindre ,
le Général Burgoyne fera finguliérement malheureux
en fervices militaires. Rien de fi défagréable
que celui dont il étoit chargé en Amérique
; actuellement qu'il commande en chef
l'armée du Roi en Irlande , il eft à la veille
d'être employé au maintien des droits, & privileges
que réclament les Repréſentans , & que
ceux qui les ont conftitués ont déclaré être des
griefs infoutenables .
( 165 )
Cette fituation des affaires eft fans doute
alarmante , & l'on araifon d'en craindre les
fuites , fi les partis ne le rapprochent pas ; on
eft menacé de voir la Nation entiere fe foulever
contre le Parlement qui la repréſente ,
& qui ne la repréſente plus , & ne la compofe
plus , dès qu'il agit directement contre fes
voeux. Il faut efpérer que le Miniftere mettra
de la modération dans la réponſe qu'il fera au
Parlement de Dublin , & qu'il cherchera des
voies de conciliation. Les circonftances critiques
de l'Irlande , la fermentation que caufe
en Angleterre le bill de la Compagnie
des Indes , occupent l'attention du Cabinet ,
& retardent les mesures que l'on a à prendre
pour relever le crédit public , & rétablir les
finances. Il paroît que les moyens d'y parvenir
ne feront pas du goût de la Nation ,
pour laquelle ils feront une nouvelle furcharge
; car il fera impoffible de ne pas mettre
de nouveaux impôts , dans un moment
furtout où la Nation auroit befoin d'être
foulagée du fardeau des anciens.
Quand Antoine eut défait Brutus à Philippe,
dit a cette occafion un de nos Papiers , il affembla
à Epheſe les principaux perfonnages de l'Afie,
pour leur demander des fubfides . Un de mes
collégues , dit- il , eft allé en Italie pour y prendre
des mefures relatives aux befoins de l'armée ;
la tâche de trouver de l'argent tombe fur moi ,
& vous me trouverez très- modéré , en ne vous
demandant pas plus que vous n'avez donné à mes
ennemis. La néceffité me force cependant à
exiger de vous en un an, ce que Brutus &
(`166 )
Il vous
Caffius n'ont obtenu qu'en deux.
plaira donc , lui dit un des Membres de l'affem-
-blée , d'ordonner deux étés & deux récoltes pour
cette année difpendieufe ; car celui qui peut nous
commander de payer en une année la taxe de deux,
peut auffi- bien ordonner que les fruits de deux
naiffent en une .
L'Angleterre auroit befoin d'une augmentation
des produits de fon agriculture de
fes fabriques & de fon commerce, pour foutenir
le fardeau qui pefe fur elle ; ce dernier,
le commerce , va toujours avec lenteur . Il a
beaucoup perdu par la derniere guerre , &
il n'eft pas vraisemblable que celui de l'Amérique
revienne jamais dans fon premier
canal ; la contrebande lui fait auffi un tot
exceffif; & le revenu public en fouffre. On
évalue la perte qu'il fait annuellement à
3,384,000 liv. ft. On la porte à un million
fur le thé feul , à 230,000 fur le rhum ,
à 34000 fur les épices ; 1,270,000 fur le ta
bac; 730,000 fur le bran de vin ; 4000 fur
les bijoux de fantaifie ; 61000 fur le caffé ;
17000 fur le chocolat & 38000 fur le vin.
Un Voyageur venant de Barfley le 18 Novembre
à fix heures du foir , lit - on dans une
Lettre de Leeds , fut furpris tout à coup par
une obfcurité extrême entre Sandal & Wakefield;
peu après il tomba une très groffe pluie
mêlée de grêle , au milieu de laquelle il lui
apparut , au Nord- Oueſt , un météore éclatant ,
dont le diamatre étoit de la moitié de celui de
la lune , & qui lui fembla tomber à environ un
mille de diftance. Dans le même inftant la tête
de fon cheval s'illumina de jets de matiere élec(
767 )
trique , & fes propres cheveux , épars fut fes
épaules , devinient fi lumineux qu'ils l'euffent
éclairé affez pour voir l'heure à la montre. Il
les toucha , & de chacun de fes doigts fortit
une étincelle électrique ; une canne qu'il tenoit
Tous fon bras gauche en rendit de femblables
à fes deux extrémités. Au bout de 5 minutes
ce Phénomene ceffa . Il a été obfervé par plu
feurs habitans de cette Ville & des environs.
Le temps étoit très- chaud , & le barometre à
29 degrés & defnie .
On lit dans un de nos papiers les détails
fuivans fur un homme , qui doit une forte
de célébrité à fa maniere d'exifter.
Il eft de Cornouailles & fe nomme Wilſon ; il
eſt parvenu à fa foixante- feptieme année , & depuis
l'âge de 23 il n'a point ceffé de voyager ;
il
hérita alors de fon pere un revenu de 100 liv .
fterling , & partit pour le continent , qu'il mit
8 ans à parcourir , allant toujours à cheval & fuivi
d'un feul domeftique . Il s'embarqua enfuite pour
le nouveau monde , paffa deux années dans l'Amérique
feptentrionale & trois dans la méridionale
, où la facilité avec laquelle il parloit efpagnol
, le faifoit paffer pour un homme de cette
nation . Lé féjour du Pérou lui plut tellement ,
qu'il y loua un petit bien où il refta près d'une
année . Delà il paffa à l'Eft , vifita fucceffivement
les différens pays de l'Afrique , les côtes de la
Méditérannée , l'Egypte, la Syrie & les Domaines
du Grand Seigneur , la Perfe , l'Indoſtan , la
prefqu'ifle de l'Inde , les Royaumes de Siam ,
de Pégu , &c. Il fit plufieurs courfes à la Chine ,
fon féiour dans les Indes orientales a été de
12 années. A fon retour il s'arrêta au Cap de
Bonne-Espérance, pénétra affez avant dans l'in
( 168 )
térieur de l'Afrique ; & revenu au Cap , il y
trouva un vaiffeau prét à faire voile pour Batavia,
& faifit cette occafion pour vifiter les ifles du
grand Archipel . Il revint enfuite en Europe , &
ayant pris terre à Cadix , il alla en droite ligne
de ce port à Moscou , avec le deffein de fe rendre
à Kamftchatka & à Pekin . On le croit en ce
moment en Sibérie : il n'a pas ceffé d'entretenir
une correfpondance ſuivie avec un de ſes camarades
de College , qui dit qu'il voyagera tant que
fes forces le lui permettront ; fa fanté & fa vigueur
font , à ce qu'on eftime , celles d'un homme
qui auroit vingt ans de moins.
A cet extrait nous joindrons celui - ci que
nous fourniffent les mêmes papiers.
Une pauvre femme avoit été portée à l'hôpital
où elle mourut ces jours derniers . Son mari envoya
chercher le corps pour le faire enterrer décemment
. On lui délivra un cadavre qui fut mis
dans le cercueil qu'il avoit envoyé & transporté
chez lui. Pendant qu'il étoit à confulter avec
fes am's fur la manière & le temps de l'enterrement
, une vieille domeftique aveugle vint dire
que ce n'étoit pas le corps de fa maitreffe qui
étoit dans la mailon ; c'en étoit en effet un autre ,
elle l'avoit reconnu en paffant fa main fur la bouche
du cadavre où elle avoit trouvé à fa grande
furpriſe toutes les dents ; tandis qu'elle étoit
sûre qu'il en manquoit deux à fa maitreffe. Cela
étoit vrai & il fallut reporter ce corps á l'hôpital
& rechercher l'autre qu'on ne diftingua pas fans
peine au milieu de la foule de ceux avec lesquels
il étoit confondu .
M. Webber qui a accompagné le Capitaine
Cook dans fon voyage aux Mers du Sud en qualité
de Deffinateur , a fait un deffin fuperbe où il repréfente
la mort de ce grand homme tué par les
Sauvages.
( 169 )
Sauvages. Ce fuperbe deffin a été confié aux
talens réunis de MM. Bartolozzi & Byrne qui
viennent d'en finir les gravures. Cette Eftampe
dont les figures ont été faites par M. Bartolozzi ,
& le payfage ainfi que l'eau par M. Byrne eft
regardée par les gens de l'art comme un chefd'oeuvre
. Elle est dédiée aux Lords Commiffaires
de l'Amirauté , fous les aufpices defquels le Capitaine
Cook avoit entrepris fon voyage.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 23 Décembre..
Le Roi a nommé à l'Abbaye réguliere de
Notre- Dame de la Trappe, de l'étroite Obfervance
de l'ordre de Cîteaux , Diocefe de
Sées , Frere Pierre Olivier , Religieux - Profes
de la même Abbaye ; à celle de Touffaints ,
ordre de S. Auguftin , diocefe d'Angers ,
l'Abbé de Perrochel , maître de l'oratoite de
Monfieur , Vicaire Général de Sées ; à celle
de l'Efpan , ordre de Cîteaux , diocefe du
Mans , l'Abbé de Langan du Bois Ferrier ,
Aumônier de Madame , & Vicaire Général
de Quimper ; ces trois Abbayes fur la nomination
& préſentation de Monfieur , en
vertu de fon appanage ; à l'Abbaye régiliere
de Viviers , ordre de Citeaux , diocefe
d'Arras , la dame Cordule de Levacq , Religieufe
- Profeffe de la même Abbaye.
M. de Vergennes , Intendant de la Généralité
d'Auch , Bearn & Navarre , eut
F'honneur de faire le 14 de ce mois fes re-
No. 52 27. Décembre 1783. h
( 170 )
mercimens au Roi & à la Famille Royale de
la place d'Intendant Général des Impofitions
du Royaume.
Le même jour M. Gin , Conſeiller au
Grand-Confeil , eut l'honneur de préſenter
à L. M. & à la Famille Royale , fa traduction
des Euvres complettes d'Homere , dont S. M.
a bien voulu agréer la dédicace ( 1 ) .
DE PARIS , le 23 Décembre.
On apprend de Toalon , que les fluttes du
Roi venant de la Baltique y font arrivées , &
ont approvifionné l'arfenal de toutes les munitions
navales que l'on tire ordinairement
du Nord ; quant aux bois de conſtruction ,
on les tire de la Bourgogne , du Dauphiné
& du Vivarais ; & communément ce font
les bois de la meilleure qualité ; on en fait
auffi venir d'Italie , & les Grecs en fourniffent
qu'ils tirent de l'Albanie.
?
» Les 6 Gabarres , écrit - on de Brest , qui
avoient été chercher du bois à Bayonne font
enfin rentrées dans ce Port avec leur chargement,
non fans avoir éprouvé beaucoup de contrariétés
dans leur voyage , fur - tout à la barre de Bayonne
qu'elles n'ont pu franchir qu'après 15 jours de
gros temps. Ce voyage , avec celui qu'elles
avoient fait précédemment dans la Baltique ,
aura été une bonne inftruction pour les jeunes
Officiers de marine employés fur ces Navires .
Notre Port commence à fe reffentir de la
tranquillité que la Paix devoit amener , quoi-
(1 ) Cette tradu&tion , la feule complette que nous aions
des auvres d'Homere , eft en 8 vol. in - 12 . & fe trouve
chez Serviere , rue S, Jean - de - Beauvais , vis - à- vis les Ecohas
de Médecine,
( 171 )
que les travaux ne foient pas fufpendus. Les
contre-maîtres des Vaiffeaux de l'Eſcadre de
M. le Comte de Grafle ont eu ordre de fe
rendre à l'Orient , & ils font partis ces jours
derniers. Le Confeil de guerre affemblé
dans cette Ville fuit fon inftruction avec activité
; on en a la preuve par l'ordre donné à
tous les Capitaines de cette Efcadre de ſe rendre
auffi à l'Orient le plutôt poffible.
On nous a fait paffer la lettre fuivante à
l'occafion de la derniere publication de la
paix il peut donner lieu à des recherches
fur d'autres ufages dont on ignore l'origine.
On paroît defirer fçavoir l'origine de la collation
que vont prendre aux Feuillans le Roi
d'Armes & fes Hérauts pendant la cérémonie de
la publication de la paix. Cet ufage fingulier
n'eft rien moins qu'ancien , & n'offre rien d'intéreffant
dans fon origine. Il eut lieu pour la
premiere fois à la publication de la paix du premier
Juin 1739 ; la chaleur étoit des plus
grandes. Les Feuillans affemblés à la porte de
Teur Maifon , regardoient le Cortege . Le Roi
d'Armes paffant devant ces Religieux demanda
à leur Supérieur qui étoit de la connoiffance , s'il
ne pourroit pas lui procurer , & à fes Hérauts
quelques rafraichiffemens , qui leur furent accordés
fur le champ dans une falle de leur maifon
, après quoi ils rejoignirent le Cortege. Aux
publications de paix du 15 Février 1749 , du 21
Juin 1763 , & du 25 Novembre dernier , le
Roi d'Armes quelques jours avant la cérémonie
vint demander au Supérieur des Feuillans s'il
voudroit leur accorder un rafraîchiſſement comme
on avoit fait en 1739 ; & chaque fois depuis cet
époque , ces Meffieurs ont trouvé dans ladite
Maiſon une collation toute dreffée , & telle que
( 172 )
la circonftance pouvoit le permettre . Mais il n'y
a de la part du Roi d'Armes & de fes Hérauts
aucun droit d'exiger cette collation , & de la
part des Feuillans aucune charge ni obligation
de la donner. Quant à l'interruption de la marche
que cette collation occafionne , il eft à préfumer
qu'elle n'a lieu que de l'agrément des Magiftrats
qui préfident à cette cérémonie.
La lettre fuivante ſert à rectifier un article
d'un de nos précédens Journaux , & nous
nous empreffons de l'inférer .
» Dans un de vos derniers Journaux , M. ,
à propos de la Statue que le Congrès deftine au
Général Washington , on dit que c'est la premiere
Statue élevée dans l'Amérique Septentrionale.
Celle de Pitt eft érigée à Charles Town , elle eft en
pied , & tend fes bras vers le Peuple , dans une
attitude qui m'a paru infiniment intéreffante
ainfi la Statue de l'Homme célebre qui a fi
bien mérité de fon Pays , ne fera que la feconde.
>
Le Paquebot Américain , le Wafhington , eft
arrivé au Havre le 8 de ce mois . A bord de
ce Bâtiment a paffé le Major l'Enfant , chargé
des ordres de la Société de Cincinnatus . Cette
Affociation , dont les Reglements feront publiés
, a été formée par les Officiers Américains ,
comme un monument de leur fraternité dans la
Caufe qui les avoit réunis. L'Ordre diftin&if
de la Société eft le Bald Eagle , Aigle Américain
particulier à ces Contrées. Il porte des
emblêmes relatifs à la gloire & au défintéreſſement
de Cincinnatus , dont la fituation eft analogue
à celle des Officiers Américains . Il fera
fufpendu à un ruban bfeu liferé de blanc en
figne de l'Alliance des Etats - Unis avec la France
, & de leur reconnoiffance, Le Général
( 173 )
1
Washington , Préfident de la Société , écrit en
cette qualité au Marquis de la Fayette , pour
qu'il reçoive la fignature des Officiers de l'Armée
Américaine , à préfent en Europe , qui
auront rempli les conditions prefcrites , & pour
qu'il leur délivre les marques de l'Ordre de
Cincinnatuss. Le Major l'Enfant a porté une
Lettre au Comte de Rochambeau , où la Société
préfente les marques de l'Ordre aux Généraux
& Colonels de l'Armée Françoife , qui
ont fervi de concert avec les Américains. Le
même honneur est décerné aux Amiraux qui
ont commandé les forces navales dans cette
partie .
Quoique la plupart des Phyficiens & des
Artiftes s'occupent de la recherche des moyens
qui peuvent diriger les machines aéroſtatiques
, le Roi a defiré que fon académie des
fciences travaillât elle - même à cet objet ;
on lui a fait connoître ces jours derniers
les intentions du Roi , & elle va s'occuper
férieufement à perfectionner cette belle dé-
Couverte .
Sa Majesté voulant la confacrer, ainfi que
Fufage qui en a été fait , a chargé M. le
Baron de Breteuil de donner les ordres néceffaires
pour qu'il foit frappé une médaille
propre à en faire connoître en même tems
l'époque & les auteurs . S. M. a également
chargé M. le Comte d'Angivillers directeur
général de fes bâtimens de faire faire différens
projets pour un monument qui fera
élevé dans le jardin des Tuileries à l'endroit
d'où MM . Charles & Robert fe
h ;
( 174 )
font élevés au moyen de la machine. L'Aca
cadémie d'Architecture a été prévenue à cet
égard. Ce monument fera fans doute une
colonne ou un obélifque d'un petit diametre
, parce qu'autrement vu l'endroit où il
doit être placé , il nuiroit au beau point de
vue que l'on a de la porte royale du château
des Tuileries , & qui embraſſe tout
le jardin , la place de Louis XV, & les champsélifées
jufqu'à l'étoile .
Les amis de M. Charles auroient bien defiré
qu'il eût été traité comme M. de Montgolfier
, & quil eût obtenu auffi le cordon de
S. Michel ; mais le Roi de fon propre mouvement
a diftingué l'inventeur du Phyficien
qui ne pouvoit que perfectionner la découverte.
Les dernieres expériences ont fait une
grande fenfation dans toute la France & même
en Angleterre , s'il en faut juger par une lettre
que M. Banks a écrite à M. Franklin . On
peut la regarder comme une efpece d'amende
honorable que nous fait le préſident de la
la fociété royale de Londres , pour nous
avoir reproché de nous être trop , occupés
d'inutilités , en croyant tirer un grand parti
des machines aëroftatiques. Il reconnoît aujourd'hui
que la découverte de M. de Mongolfier
fera célebre dans les Annales du
monde , & tout en voulant faire rejaillir un
peu de cette gloire fur fon compatriote ,
M. Prieftley , à qui nous devons la connoiffance
de l'air inflammable ; il convient que
( 175 )
l'honneur d'avoir rendu les premiers l'air na
vigable , doit nous reſter.
Un autre Anglois qui affiftoit à nos expé .
riences , avoit beaucoup plus de peine à nous
rendre juſtice. Il ne pouvoit nier cependant
que l'invention nous appartenoit ; mais il
en étoit humilié : du moins s'écria - t - il dans
un moment de dépit , fi c'étoit un Allemand
, nous nous en confolerions . Un troifieme
cacha fon humeur fous un bon mot ,
en effet très-ingénieux. On lui difoit pour le
confoler, que chez lui on avoit trouvé le fecret
de marcher au fond de la mer : oui , répondit-
il , voilà le caractere diftinctif des
deux Nations : nous fommes profonds , vous
étes légers.
Selon des lettres de Lyon , la machine
de M. de Montgolfier ne fera prête qu'à
la fin de ce mois , & il y montera avec p
ou 6 de fes amis ; il écrit qu'il ira à Marfeilles
ou qu'il viendra à Paris fuivant la
principale direction du vent. Ce voyage
fera au moins un grand pas vers la découverte
des moyens de diriger la machine.
C'eft l'objet dont s'occupent quantité
de Phyficiens ; & on lit dans un papier
public l'annonce fuivante fur ce fujet.
La découverte qu'on vient de faire en adaptant
l'air inflammables aux Globes , eft une de
ces découvertes brillantes en Phyfique , dont la
perfection ne peut qu'intéreffer infiniment tous
les Savans de l'Europe . Il y a environ trois mois
que je conçus la maniere d'établir l'équilibre en
h 4
( 176 )
tre le gaz & l'air atmosphérique , pour en former
une Balance aérotatique . Sans ce premier pas .
il n'étoit pas poffible de parvenir au refte : mais
mes occupations étant d'une nature abfolument
différente , je ne me fouciois pas de la donner au
public , étant feulement jaloux de mériter fen
approbation dans la carrière que je parcours.
Cependant les inftances réitérées de plufieurs perfonnes
que je ne pouvois refufer , m'ont détermi
né à faire graver la fiigure & la diftribuer gratis.
La première perfonne qui la vit fut M. Cadet ,
de l'Académie royale des Sciences , qui s'empreffa
de la faire voir à M. Franklin . Ce célèbre
Phyficfen déclara , fuivant M. Cadet lui- même ,
qui le rapporta le foir dans l'endroit où le diftribuoit
la gravure , que l'idée êtoit délicieufe.
Maintenant eft- il poffible de diriger les machines
aéroftatiques ? c'est le point effentiel . Or , j'affirme
cette poffibilité ; & cette poffibilité ; & je
fuis perfuadé que toute la manoeuvre confifte dans
moyens que j'ai imaginés. Cependans , comme je
n'ai pas la témérité de croire que je puiffe être
le feul à découvrir ces moyens , & que je veux
en laiffer la gloire aux Phyficiens , j'attendrai
quatre mois pour favoir s'ils y ont réumi . Si , au
bout de ce tems leurs efforts ont été infructueux ,
alors je me chargerai moi- même d'être le pilote
d'une de ces machines qu'on voudra ; & quelques
tems auparavant je ferai part au public de mes
moyens , & je déclarerai entierement mon nom.
Je fuis , &c. VA *** .
vante ,
On vient de nous faire paffer la lettre ſuiqui
ne peut qu'intéreffer dans le mo
ment actuel. Le temps qui nous preſſe , ne
nous permet pas de vérifier la citation piquante
qu'elle contient ; mais nos lecteurs
feront à portée de le faire.
( 177 )
Les diverfes expériences de la machine aéroftatique
ont donné lieu à des recherches fur les idéés
premieres de la poffibilité d'une navigation aérienne.
parmi les Sçavans du dernier fiecle , Borelli
, phyficien Italien , eft un de ceux qui en a
concu l'idée telle qu'elle a été executée de nos
jours. Dans un ouvrage fur la nature de l'air ,
dédié à la Reine Chriftine , en 1679 , page 202 ,
chapitre CC IV , intitulé : Eft -ne impoffibile , ut
homines propriis viribus artificiofe volare poffint ?
Il commence par examiner les moyens de voler
dans les airs , à la maniere des oifeaux , qu'il
juge impraticables ; il parle enfuite de la propriété
qu'ont les poiffons de fe maintenir
en équilibre dans l'eau , à l'aide d'une veffie
remplie d'air , qu'ils contractent ou dilatent
à volonté ; puis il ajoute ces mots remarquables.
Hoc éodem artificio quidam recentiores fibi fuaferunt ,
quilibrari poffe pondus humani corporis cum ipſo
aëre , additâ nimirùm vaftâ vificâ vacua , vel rariffimofluido
replita, tantæ amplitudinis, ut poffit influido
aereo fufpendere corpus humanun , unâ cum phiala.
Ce qui fignifie : Quelques Savans modernes fe font
perfuadés qu'il feroit poffible à un homme de fe maintenir
en équilibre dans l'air par le même procédé , en
faifant ufage d'une grande vefie dans laquelle on formeroit
le vuide , ou qu'on remplieoit d'un fluide très-
Fare , & qui fut d'une telle grandeur qu'elle pùt enlever
un homme dans l'air , à l'aide d'un bâtiment
fait en forme de phiole .
On a parlé depuis quelques jours du
tremblement de terre qu'on a éprouvé dernierement
à Cambray; une lettre de cette
ville , en date du 12 de ce mois , offre les
détails fuivans.
Un phénomene extraordinaire , qui a mis toute
hs
( 178 )
eette ville en allarmes , & qui cependant n'a
eu d'autres fuites , que de laiffer parmi le peuple
des impreffions d'effroi pour l'avenir , occupe
ici depuis trois jours tous les efprits , & donne
matiere aux Phificiens , de raifonner fur fes caufes.
Le Mardi 9 de ce nois à 4 heures 20 minutes
du matin , une fecouffe violente a paru
ébranler toutes les parties de notre globe ; elle
s'eft annoncée par un bruit étrange , quoiqu'un
peu fourd , & femblable à celui que produit
ordinairement l'écroulement fubit d'un édifice
confidérable. La commotion qui a duré environ
15 fecondes a néanmoins été fi forte , que
les perfonnes les mieux endormies en ont été
réveillées , & qu'il en eft reu qui , fe fentant viment
balancée dans leur lit , ou dans leur demeure
, n'aient fui dans la crainte d'y être abimées.
Le mouvement que la terre a paru
éprouver dans ce moment , fembloit fe faire par
ondulations, dirigées du nord- eft au fud - oueft ;
--
c'est dans cette même direction que les perfonnes
couchées fe font fenties bercées . Cependant
quoique cette fecouffe ait été confidérable
, elle n'a caufé d'autre effet que de jetter
à bas deux ou trois groffes pierres d'édifices
très-élevés ; d'abbatre en partie quelques vieilles
cheminées ; & de faire craquer prefque toutes
les croifées & les boiferies des appartemens. On
avoit d'abord attribué cet événement à l'explofion
d'un magafin à poudre de quelque ville voifine
; mais n'ayant appris aucun fâcheux accident
à cet égard , on eft forcé de le regarder
comme un de ces phénomènes de la nature ,
qui ont fait fi fouvent éprouver à notre globe les
révolutions les plus funeftes. Nous avons cependant
, ici , peine à nous perfuader que ce tremblement
de terre ait été excité par une commotion
·( 179 )
la terre.
fouterreine , puifqu'aucune des circonstances qui
précédent ou accompagnent ordinairement ces
triftes événemens , ne s'est fait remarquer. Le
vent étoit depuis la veille à midi , au nord- eft ,
& n'a point varié , ni foufflé dans ce moment
avec plus d'impétuofité ; le ciel étoit ferein quoiqu'un
peu couvert par un léger brouillard ; les
rivieres n'ont éprouvé aucune agitation ; elles ont
continué de couler dans un beau calme & bien
limpides ; les barometres n'ont fait aucun mouvement
; enfin aucune éruption ne s'eft fait appercevoir
aux environs , dans aucune partie de
D'un autre côté notre climat eft
tempéré ; & notre fol froid , ne couvre en apparence
aucun minéral combuftible ; les cavités
nombreuſes qui fe trouvent fous cette ville &
aux environs par l'exploitation multipliée des
carieres de pierres , font autant d'embouchures
aux finuofités de la terre où l'air mis en expanfion
, trouve fans réfiſtance un paffage aifé
pour les différentes matieres qui pourroient s'embrâfer
dans le centre ; néanmoins le bruit confidérable
qui s'eft fait entendre à l'extérieur , ne
peut , ce femble , avoir été occafionné que par
une explofion quelle qu'elle foit ; & fi on en croit
Paffertion de quelques perfonnes , entr'autres
d'un foldat en fentinelle fur le rempart à la pointe
de la citadelle qui dit avoir remarqué dans l'atmosphère
un globe de feu , qui fe diffipant en
éclats , s'eft perdu vers le terme de l'horizon ,
eft probable que cette explofion n'a été que
celle de quelque météore dont la commotion a
caufé ce mouvement fi violent qui a effrayé toute
cette ville .
il
Les Syndics Généraux des tiers - ordres de
Breffe , Bugey, Dombes & Gex , ont adreffé
h 6
( 180 )
le 4 de ce mois la lettre fuivante à M. de
Feydeau de Brou.
Monfieur , c'eft dans l'amertume de nos
coeurs que nous vous donnons ce dernier témoignage
de nos fentiments & de notre reconnoiffance
, qui vous fuivront dans toutes les places
que vous occuperez loin de nous. Inftruits par
la voix publique de la perte dont nous étions
menacés , notre inquiétude nous faifoit tout crain
dre ; mais nos voeux nous laiffoient encore eſpérer
elle eft confirmée aujourd'hui , & nos fentimens
ne peuvent plus fe manifefter que par
nos regrets. Ils font univerfels ; nous favons l'eftime
qu'avoit conçu de vous le Parlement , ce
Corps précieux à nos provinces , & fi vigilant
à en écarter les abus ; la renommée a porté juſ
qu'à nous l'amour du peuple de Dijon , que
votre bienfifance active a fecouru dans fes befoins
, & protégé dans tous les tems . Mais nous
accoutumés à voir au milieu de nous un Adminiftrateur
ne connoiffant d'autre rang que celui
de l'égalité , concertant avec notre zele & notre
expérience locale , les moyens d'améliorer le fort
de nos Provinces , plus occupé à chercher le bien ,
qu'à exercer l'autorité , & ne l'employant que
pour le faire prévaloir , quelle perte peut égaler
Ja nôtre ! Si elle peut être adoucie , c'eft par le
fucceffeur que le Roi vous donne , & dont le nom
eft cher à ces pays. Il est jeune , mais vous nous
avez appris , M. , que l'amour du bien public eft
un grand maitre dans l'art d'opérer , & que la
jeuneffe où ce fentiment domine , eft peut - être
l'âge le plus propre à remplir cette précieuſe
fonction, Pourra - t - il défapprouver nos regrers
Ils lui feront du moins un témoignage que nos
coeurs font fenfibles & ouverts à la reconnoilfance.
Vous avez accepté , dans le tems , M.
( 181 )
le gage de ce fentiment , en permettant que la
Province tint fur les Fonds l'enfant dont Madame
de Brou eft enceinte. Nous espérons que ,
quoique les liens d'intérêt qui nous unifloient
foient rompus , celui - là fubfiftera toujours heu
reux s'il vous eft auffi cher que l'eft à nos coeurs
le fouvenir de votre adminiftration , que nous
garderons éternellement. - Vous ne ſerez pas
furpris , M. , fi nous rendons public notre hommage
, mais notre reconnoiffance ne pouvoit fe
fatisfaire autrement ; & fi nous ne vous en avons
-
".
pas demandé l'agrément , c'eft de crainte que
votre modestie ne nous en orât les moyens . Puif
fent ces voeux & cet hommage manifefter partout
vos rares qualités , auffi précieuſes pour le
bien public , qu'aimables pour ceux qui y con-.
courent avec vous ! puiffe notre foible voix par
venir jusqu'aux pieds du Monarque dont vous
rempliffez . les vues bienfaifantes & paternelles
en failint chérir fon pouvoir , & le faire applaudir
ainfi du choix des moyens qu'il emploie pour
le bonheur de fes peuples ! Nous fommes ,
avec refpect , &c. PARRET , Syndic du Clergé de
Breffe ; le Baron de BELVEY ; de la BEVIERE , le
Marquis de RANGEAC , Syndic de la Nobleffe de
Breffe ; le Comte DE VALINS , Syndic de la Nobleffe
de Dombes ; DE S. MARTIN , premier Syndic
; FAGUET , Syndic du Tiers - Etat de Breffe ;
BEATRIX , Archidiacre , Syndic du Clergé de
Bugey ; le comte de SEYSSEL ; le comte de Dou-
GLAS ; DUJAT D'AMBÉRIEU , Syndics de la Nobleffe
de Bugey ; GAUDET , premier Syndic ;
MARER , Syndic du Tiers- Etat de Bugey.
Le 4 de ce mois , l'Académie Royale des Sciences
& Belles Lettres de Caen , a repris , fuivant
rufage , fes féances publiques , dans la grande
falle de l'Hôtel de ville; M. de Laubarede , com
( 182 )
miffaire des guerres , en fit l'ouverture , par un
difcours fur la machine aéroftatique de M. Mongolfier,
la maniere avec laquelle il s'eft exprimé
fur cette découverte , lui a mérité les applaudif
femens d'un concours prodigieux de citoyens des
différens corps de la ville qui y ont affifté ; ce
difcours a été fuivi d'une differtation fur le fcorbut
, par M. Rouffel , Profeffeur en médecine.
M. Pelofi lut enfuite un ouvrage fur le regne
d'Alexandre . La féance fut terminée par la lecture
d'une ode de la compofition de M. le Cavelier ,
fur le bonheur de la vie champêtre.
Edit du Roi , portant ouverture d'un Emprunt
de Cent millions , en Rentes viageres ;
donné à Versailles au mois de Décembre 1783 ;
regiftré en Parlement le 18 defdits mois & an .
Le voeu de notre coeur feroit rempli , fi nous
pouvions , auffitôt après avoir donné la Paix à
notre royaume , accorder à nos fideles Sujets
les foulagemens auxquels ils ont droit de s'attendre
, & que nous fommes impatiens de leur
procurer ; mais la néceffité de commencer par
acquitter les dépenfes que la guerre a occafionnées
, nous oblige de fufpendre encore l'exécution
de nos defirs les plus chers . C'est pour
en accélérer le moment , que , nous étant fait rendre
compte des dettes arriérées du département de
la Marine , nous avons réglé les paiemens de
maniere qu'ils ne dérangent en rien les vues
d'ordre , de liquidation & d'amélioration que
nous avons adoptées pour nos finances. Le
plan qui nous a été préfenté , nous a fait
appercevoir jusqu'où devoit s'étendre le fecours
extraordinaire dont nous aurions befoin pour
l'année 1784 ; & après avoir fermé , par nos
Lettres Patentes du premier de ce mois , l'emprunt
de deux cens millions, du mois de Décemb.
·
( 183 )
?
mil fept cent quatre- vingt -deux, qui reftoit encore
ouvert pour moitié , nous avons jugé à propos
d'y fubftituer un autre emprunt , limité à Cent
millions par la nature même de fes conditions ,
& dont le genre plus defiré par le Public ,
nous promet une reffource plus prompte. Cet .
emprunt , fans être plus onéreux que les précédens
, offre aux prêteurs , outre l'intérêt viager
de leurs capitaux , l'avantage de pouvoir
l'augmenter confidérablement par le bénéfice du
fort. Toujours attentifs à proportionner la fûreté
des créances de l'État à leur étendue nous
voyons avec fatisfaction que l'augmentation progreffive
de nos revenus , réſultante des foins &
de la régularité qu'on apporte dans leur perception
, de l'accroiffement du commerce & du
produit des économies dont nous ne cefferons de
nous occuper , ne laiffe aucun fujet de doute
fur la continuation d'une exactitude conſtante
dans le paiement de tous les intérêts dûs , ainfi
que des rembourſemens annoncés . Nous ne nous
diffimulons cependant pas qu'une répétition trop
fréquente des emprunts viagers , feroit fufceptible
de grands inconvéniens ; & afin qu'à
l'avenir les fpéculations du Public ne s'égarent
pas dans la fauffe attente d'en voir s'ouvrir de
nouveaux , nous déclarons que nous fommes
déterminés à ne plus ufer de long- temps d'une
reffource qui femble réſervée pour les befoins
urgens de la guerre , & qui ne doit être employée
qu'avec des intervalles fuffians pour faciliter
la libération de l'État par l'effet des
extinctions fucceffives . Occupés de tous les
moyens d'opérer efficacement cette libéra- -
tion , nous avons réfolu d'établir une caiffe
d'amortiffement , fondée fur des bafes plus folides
qu'elle n'a encore été, & foutenue par une
( 184 )
-
furveillance éclairée , qui en rendra les opéra
tions imperturbables . C'eft ainfi qu'en acquittant
nos engagemens avec la fidélité dont nous
ne nous départirons jamais , & prenant de juftes
metures pour affurer l'équilibre entre nos recettes
& nos dépenfes , nous parviendrons à diminuer
enfin le poids des impôts , en mêmetemps
que nous maintiendrons notre royaume
dans le degré de puiffance néceffaire pour affermir
la tranquillité & le bonheur de nos Peuples.
A CES CAUSES , & c . - °. Il fera ouvert
le jour de la publication du présent Édit , chez
le fieur Michaul: d'Harvelay , Garde du Tréfor
royal , un em ; runt de Cunt millions payables
en deniers comptans , pour le capital def
quels il eft créé des rentes viageres , à raison de
neuf pour cent fur une feule tete , & de huit
pour cent fur deux . Il est en outre pareillement."
crée au profit des acquéreurs de dites rentes ,
1500,000 livres de rentes viageres , pour étre
diftribuées entr'eux par la voix du fort.
2º. Il fera délivré par ledit Garde du Tréfor
royal , à tous ceux qui leveront lesdites rentes
à neuf ou huit pour cent , des récépiffés au
Porteur pour être convertis en quittances de
finance , en vertus defquelles feront paffés les
contrats de conftitution ; & il leur fera anffi
délivré à raison de chaque fomme de mille
livres de fonds qu'ils auront fournie , des billets
portant numéros , depuis un jufques & compris,
cent mille , qui ferviront à entrer dans le tirage.
des 1500 , 000 livres de rentes viageres acceffoires.
3. Les Porteurs defdits cent mille.
Billets correfpondans aux Cent millions de capital
, du préfent emprunt , feront admis à avoir
part aux lots defdites rentes acceſſoires , qui
feront aux nombre de dix mille , & le tirago:
( 185 )
Tera fait en la forme ordinaire par la voie du fort j
dans la grande falle de l'Hôtel de notre bonne
ville de Paris , en préſence des fieurs Prévôt
des Marchands & Echevins , le 1er . Octobre
1784 , & jours fuivans. 4°. Les rentes viageres
créées par l'article Ier. feront vendues &
aliénées à nos chers & bien amés les Prévôt
des Marchands & Echevins de notre bonne ville
de Paris , par les Commiffaires de notre Confeil
, qui feront par nous nommés ; à les avoir
& prendre fur tous les deniers provenans de
nos droits d'Aides & Gabelles , & Fermes générales
; lefquelles nous affectons , obligeons
& hypothéquons , par préférence à la partie
de notre Tréfor royal , au payement des
arrérages defdites rentes . 5°: Les porteurs
des récépiffés qui auront été délivrés
, pourront faire conftituer foit fur une
tête , à raison de neufpour cent ; foit fur deux ,
à raison de neuf pour cent , pour telle fomme
qu'ils jugeront à propos ; dont cependant la
moindre conftitution ne pourra être au- deffous
de 500 livres de capital ; & les porteurs des billets
numérotés qui auront gagné des lots de
rentes viagères , ne pourront conftituer lesdites
rentes que fur une feule tête , en autant de parties
qu'ils voudront , fans que la moindre puiffe être
au-deffons de 45 liv. 6. Les arrérages defdites
rentes feront payés de fix mois en fix mois , par
les payeurs des rentes de notre hôtel - de - ville , en
la même forme & maniere que les autres rentes
viagères , & conformément aux différens réglemens
qui ont été faits pour la police des rentes ;
la dépenfe du payement défquelles rentes , fera
paffée & allouée fans difficulté dans les comptes
deldits payeurs , conformément aux contrats qui
en auront été paffés . 70. Les arrérages de toutes
186 )
ees rentes feront exempts à toujours de la retenue
du dixième d'amortiffement , vingtièmes , 4 fous
pour livre & de toutes impofitions géneralement
quelconques ; & ils auront cours , pour les rentes
acquifes , à compter du premier jour du
quartier dans lequel les capitaux auront été
fournis , ce qui fera conftaté par la quittance
de finance , & à l'égard des arrérages
des rentes provenans des lors , à compter du premier
janvier 1785. 8 ° . Toutes perfonnes de quel.
qu'âge , fexe & condition que ce puiffe être ,
même les religieux & religieufes qui peuvent
avoir quelque pécule , pourront acquérir lesdites
rentes , & en faire paffer les contrats , ainsi que
de celles qui pourroient leur échoir par le tirage
des lots des rentes acceffoires , fous les noms
qu'ils voudront choifir , avec les réferves de
jouillance , & autres claufes & conditions qu'ils
jugeront à propos , dont fera fait mention dans .
les quittances du garde de notre tréfor royal ,
pour en jouir pendant la vie des perfonnes qu'ils
auront choisies , tant par eux que par ceux qu'ils
nommeront , quand & ainfi qu'ils aviferont. 9 .
Les rentes conftituées fur une feule tête , feront
payées jufqu'au jour du décès de ceux fur la tête
defquels elles auront été conftituées ; & celles
qui auront été conftituées fur deux tètes ,
feront payées jufqu'au jour du décès du furvivant
; le tout à ceux qui fe trouveront en
avoir droit , en rapportant avec l'extrait mortuaire
en bonne forme & autres pièces justificati
ves , la groffe du contrat de conftitution , a
compter du jour defquels décès feulement , lef
dites rentes demeureront éteintes & amorties à
notre profit. 16. Les étrangers non naturalifés ,
même ceux demeurans hors notre royaume, pays ,
terres & feigneuries de notre obéiffance , pour(
187 )
>
ront , ainfi que nos fujets , acquérir lesdites rentes
& billets , encore bien qu'ils fuffent fujets
de princes & états avec lefquels nous pourrions
être en guerre Voulens que lesdites rentes &
billets folent exempts de toutes lettres de marque
& de repréfaille , droits d'aubaine , bâtardife ,
confiscation & autres qui pourroient nous appartenir
, auxquels nous avons renoncé & renonçons.
I 10. Les contrats tant des rentes à neuf &
huit pour cent , que de celles provenantes des
lots du tirage des rentes acceffoires , feront paffés
par- devant tels notaires au Châtelet de Paris que
les propriétaires voudrant choifir ; lefquels notaires
feront tenus de leur délivrer lefdits contrats
fans frais , nous réfervant de pourvoir auxdits
notaires , de falaires convenables. 129. S'il
furvient quelques conteftations fur le payement
des arrérages defd. rentes viagères , forme ou
validité des acquits fournis par les rentiers , nous
en attribuons la connoiffance aux prévôt des marchands
& échevins de notre bonne ville de
Paris , pour être jugées fommairement & fans
frais , fauf l'appel en notre cour de parlement
à Paris , fans préjudice duquel , les jugemens
rendus par lefdits prévôt des marchands & éche
vins , feront exécutés par provifion .
I
Les 10,000 lots de la loterie où doivent avoir
part les 100,000 billets , confifteront en 1 de
quarante mille liv . 1 de vingt mille ; 1 de quinze
mille ; 1 de dix mille ; 6 de cinq mille liv . trente
mille ; 10 de quatre mille , quarante mille ; 15
de trois mille , quarante cinq mille ; 25 de deux
mille , cinquante mille ; 40 de mille , quarante
mille ; 100 de cinq cens , cinquante mille ; 200
quatre cens , quatre- vingt mille ; 200 de trois
foixante mille ; 1200 de deux cens , deux
cens quarante mille ; 1200 de cent cinquante ,
de
cens ,
( 188 )
cent quatre- vingt mille ; 2000 de cent , deux
cens mille ; 5000 de quatre- vingt , quatre cens
mille ; total un million cinq cens mille livres .
DE BRUXELLES , le 23 Décembre.
Les Ambaffadeurs de la République des
Provinces Unies à Paris , ont fait part aux
États -Généraux de la propofition qui leur a
été faite par le Duc de Mancheſter, de continuer
les négociations pour le Traité définitif
de paix à Londres ou à la Haie . Cette
lettre , envoyée à toutes les Provinces , a été
portée les de ce mois à l'Affemblée des
Etats de Hollande , où l'on dit qu'il a été pris
le préavis fuivant .
La Cour de Londres ne donnant aucune
raifon valable pour terminer ailleurs qu'à Paris
la négociation relative au traité définitif de paix ,
& la France pouvant trouver mauvais qu'on l'évoquat
ainfi à Londres ou à la Haye , la politique
& la reconnoiffance exigeoient qu'on la
ménageat ; L. N. & G. P. étoient d'avis qu'il
falloit charger les Ambaffadeurs de la Républi
que de dire au Duc de Manchefter , ou à celui
qui en fon abfence feroit chargé des affaires
d'Angleterre à Paris , qu'on ne fauroit accepter
la propofition que cette Couronne avoit fait faire
à ce fujet ; qu'il falloit infifter fur la converfion
des préliminaires en un traité définitif , & que fi
cela étoit éludé , il falloit déclarer que la Répu
blique regarderoit le traité définitif comme conclu
, conformément aux préliminaires , & qu'en
conféquence il falloit rompre toute négociation
ultérieure , Les Membres qui compofent.
l'affemblée , ajoutent ces lettres , ayant pris ce
—
( 189 )
préavis ad referendum , on eft fort curieux de
favoir ce qui fera reglé par L. N. & G. P. fur
cette affaire ».
Les mêmes lettres contiennent les détails
fuivans fur le nouveau Mémoire que la
Compagnie des Indes a préfenté aux Etats-
Généraux.
« OnOn y expofe que les 14 millions
de florins qu'elle a d'abord demandés
à la République
lui font abfolument
néceffaires
pour faire face aux divers objets de dépenfes
indifpenfables
pour rétablir
fon commerce
; fans cette fomme entiere , il lui eft impoffible
; 1º. de fatisfaire
aux demandes d'argent
faites par le haut Gouvernement
de ' Inde , & par les Miniftres
du Cap de Bonne- Espérance
; 2. de faire les achats d'effets nécef- faires; 3 °. d'équiper
& de conftruire
les vaiffeaux dont elle a befoin , &c. les Etats de Hollande
& Wek-Frife, font , dit -on , très - occupés
à chercher les moyens
de foutenir
cette importante
Com- pagnie , on affure qu'ils font difpofés
à lui accor- der 8 millions
de florins , au lieu de 6 qu'ils lui avoient promis
, à la charge de cette Compagnie
,
à 3 pour 100 , & rembourfables
fur la garantie des Etats , au bout de 8 années
; à l'expiration
de ce temps , fi la fomme n'eft pas remboursée
, elle fera convertie
en obligations
ordinaires
à deux &
demi pour cent , à la charge de la Province
de Hollande
, & payables
à Amfterdam
. La négocia tion fe fera au comptoir
général
à la Haye , & à
Amfterdam
, & le plan en paroitra
fous peu
de jours ».
On mande de Deventer , que la Bourgeoifie
a préfenté dernierement une requête
au Magiftrat, pour lui demander que dans
la prochaine diete on infiftât fur ce qu'il foit
( 190 )
conclu une alliance avec la France , qu'on
me rentre pas dans les anciens engagemens
avec l'Angleterre , qu'on aboliffe la Jurifdiction
militaire , & que l'affaire de Breft foit
pourfuivie.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ) .
PARLEMENT DE NORMANDIE.
Religieux en poffeffion d'un Fief d'une Haute Juftice
depuis près de 700 ans , ne peuvent être
forcés de communiquer au Miniftere public les
titres originaux de leurs propriétés .
Les Chartreux de S. Julien de Rouen , fuccédant
au droit des Religieux de l'ancienne Abbaye
de Sainte Catherine , avoient acquis , en 1060 ',
de Raoul de Varennes & de fon héritier , en
pur & perpétuel aleu , le Fief de la Haute-Juftice
de la Fontaine-Jacob. L'hiftoire & les monuments
anciens atteftent que la Haute - Juftice
a plus de 700 ans d'existence. L'exercice s'en
eft toujours fait publiquement & paisiblement .
fous les yeux de ceux qui auroient pu avoir
intérêt de le contredire. Le Bailli de la Fontaine
- Jacob a toujours été appellé aux Affifes
du Bailliage de Rouen . Le 8 Octobre 1781 ,
le Procureur du Roi de ce Bailliage a donné un
Requifitoire à fon Siege , dans lequel , après
s'être plaint des entreprifes des Hautes- Juftices
fur les Jurifdi&ions Royales , des menaces , des
careffes mifes en ufage par les premiers , à l'effet
de fe faire rendre aveu par les Propriétaires des
biens fitués dans la Franche-Mairie > a conclu
ainfi : » Requiert le Procureur du Roi , vu l'intérêt
du Roi & du Public , a&e accordé dudit
-
( 191 )
Requifitoire ; ce faifant , & pour empêcher qu'à
l'avenir tous ceux qui tiennent en franc - aleu
ou franche-mairie , dans les fauxbourgs & banlieue
de cette ville ( Rouen ) , & font domiciliés
fur lefdits aleux , foient approchés en jugement
ailleurs qu'en notre Siege , pour les matieres
qui lui competent , enjoindre aux Commiffaires
de Police & à tous Huiffiers ou Sergens
en général , de veiller , en faisant leurs citations
& exploits , à ce qu'il ne foit entrepris fur notre
Jurifdiction ; à laquelle fin ils feront tenus de
nous dénoncer toutes entrepriſes dont ils pourroient
avoir connoiffance ; comme auffi les particuliers
habitans des lieux allodiaux qui feroient
affignés ailleurs que devant Nous , pour par Nous
requérir , & par le Siege ordonner ce qu'il appartiendra.
A cet effet , & pour que perfonne
n'en prenne caufe d'ignorance , ordonner que
la Sentence à intervenir fera imprimée & affichée
, tant dans cette ville que dans les fauxbourgs
& banlieue d'icelle. Et à l'égard des
Religieux de la Chartreufe de S. Julien- les-
Rouen , fe prétendant propriétaires d'un Fief ,
Terre , Seigneurie & Baronnie fous la dénomi
nation de la Fontaine - Jacob , & d'une haute
moyenne & baffe - juftice , même droit de Fourches
patibulaires , vu ce qui réfulte des pieces
jointes audit Requifitoire , & de l'énoncé en
icelui ordonner préalablement qu'ils feront
tenus de communiquer audit Procureur du Roi ,
dans deux mois pour tout délai , les titres originaux
qui établiſſent la création de leurs aleux
Fief , Terre , Seigneurie , Baronie & Haute-
Juftice , fous le nom de la Fontaine - Jacob
les Lettres- Royales obtenues en 140 ?, & l'Arrêt
de main-levée de celui de retentum de 1318 , &
autres pieces y relatives , pour , après la com-
9
P
( 192 )
t
—-
munication defdits titres , être par ledit Procu
reur du Roi requis , & par le Siege ordonné ce
qu'il appartiendra 2. Le même jour , Ordon-
-nance conforme , fans fignification ni communication
préalable aux Religieux , fans qu'ils aient
été même affignés pour le défendre. Le 24
Novembre fuivant ; POrdonnance & le Requifitoire
leur ont été fignifiés , enfuite affichés &
diffribués dans le public par la voie de l'impref
fon : cependant ayant gardé le filence , nouveau
Requifitoire le 6 Mars 1782 , par lequel le Procureur
du Roi demande mandement pour affigner
Jes Chartreux , pour voir dire que , faute par.
eux de s'être conformés à l'Ordonnance du 8
ctobre 1781 , défenfes leur feront faites , fous
telles peines qu'il plaira au Siege de prononcer ,
de prendre à l'avenit , directement ni in directe
ment , le titre de Seigneurs Hauts- Jufticiers de
la Fontaine Jacob lès - Rouen ; que pareillement
défenſes feront faites à tous Officiers d'y fure
aucuns actes judiciaires , à peine de nullité ; que
toutes les affaires y pendantes feront & demeu
reront , de droit , évoquées & portées en fon
Siege , pour être, continuées fuivant & confor
mément aux derniers errements ; faire dire en
outre qu'il fera autorité de requérir & faire
dreffer en fa prefence procès- verbal des Minutes ,
Regiftres , Plumitifs , & tous autres titres &
objets étant au Prétoire , Greffe & autres endroits
dépendant de ladite prétendue Haute- Juftice ,
pour le tout être rapporté & déposé au Greffe
de fon Siege . - Ordonnance conforme. Les
Chartreux affignés fe font rendus appellants de.
celle du 8 Octobre 1781. Par Arrêt du 8
Mai 1783 , la Cour faifant droit fur l'appel , at
caffé & annullé l'Ordonnance du 8 Octobre 1781
& condamné le Procureur du Roi aux dépens.
150
".
Edinburg. 1983 : 1 vol. in- 8°.
Captain Inglefield's narrative,
concerning the lofs ofhis majelly'sship
te centaur of feventy
four guns. Lond. 1783 , in-8°.
GRAVURES.
Batailles d'Alexandre le grand,
Roi de Macédoine , depuis l'an
du monde 3668jufqu'à l'an 3677,
& avant J. C. 327 , peintes en
cinq tableaux, par C.le Brun ;
précédées d'une perfpective de
la galerie des Gobelins , & fui
vie de l'eftampe de la multipli
cation des pains dans le deſert ,
chef-d'oeuvre de l'Artiste , le
tout reprefenté en VII planches
, deffinées & gravées par
Sebaftien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur & Graveur
du Cabinet du Roi , avec
des explications tirées des meil
deurs Auteurs : 1 vol. in 4. 12
liv. A Paris , chez Lamy , Libr.
quai des Auguftins.
Le Commiffionnaire vertueux,
avec ces deux vers : +
Qui fait pour la vertu lutter
contre la mort , »
Mérite que chacun s'intéreſſe
àfon fort.
Eftampe qui fe vend au profit
de l'infortuné Veffie , au prix
de 12 f. le moins , & plus pour
les personnes fentibles au nalheur
d'un coeur vertueux. A
Paris , chez Hazard , Receveur
de la loterie du France , rue de la
Harpe.
MUSIQUE.
Journal de Harpe , par les
meilleurs Maitres , avec accompagnement
de violon ad libitum :
Numéro 11 : livres 8 fols . 4
Paris, chez Leduc, rue Traverfière
S. H. au Magafin de Mufique.
Troisième Pot- pourri pour le
Clavecin ou le forté- piano ,
arrangé par C. Fodor : 2 liv . 8 f.
A Paris , chez Boyer , au Magafin
de musique , rue neuve des
Paits-Champs , nº, 83 ; & chez
Mad. Lemenu , rue du Roule.
Recueil de douze airs de chant,
avec accompagnement de harpe ,
defié à M le Comte de Mon
treval, par Hinner,Officier de la
Chambre de la Reine: Euvre
XI . 7 liv. 4fols. A Paris , chez
Naderman , Editeur , Luthier .
&c . rue d'Argenteuil , butte Saint-
Roch .
Trois Sonates pour le Clavecin
on le piano forte , avee
accompagnement de violon ; par
J. C Bach : Euvre XXI : 7 liv .
fols. A Paris , chez Bouin
Marchand de musique & de cordes
d'inftrumens , rue S. -Honoré
près S. Roch , au Gagne petit ;
chez Mlle Caftagnery , rue des
Prouvaires ; & à Verfaibles , chez
Blaizot , Libr. rue Satory.
Quatre Sonates pour la harpe ,
avec acompagnement d'ua violon
: par M. Ragué ; OEuvre II ,
9 livres. A Pars chez Cornouaille,
rue S. Julien - le Pauvre , Nu
méro 3 ; & aux adreffes ordinaires
de mufique.
Les Variétés à la mode , quatrième
fuite d'airs , ariettes d'opéra
& opéra comiques
ariertes Italiennes , romances ,
vaudevilles & duo arrangés pour
le clavecin ou le forté piano ; par
M. Céfar : 3 livres 12 iois .
A Paris , chez Boyer , au magafin
de musique , rue neuve des
petits-Champs , nº. 83 ; & chez
Mad. Lemenu , rue du Roule.
LIVRES ETRANGERS. -
Coleccion , & c. Recueil de
poélies diverfes ; par D.Thomas-
Jofeph Galiano Diez Plata , &
D. François Clément , Prêtre ,
1. vol . divifé en deux parties :
1783. A Madrid , chez Caftillo ;
Murcie , chez Royo ; d'Saint-
Philippe , chez Villanueva ; d
Valence , chay Mallen ; & à
Barcelonne , che la veuve Piferrer.
| Confeffions du Comtede ***
Le par
Duclos nouvelle édition , des Sciences de Belançon , en avec fig in- 8 ° . g. pap . veau écail- 1783 far cette queftion : le , filets , 71.4 1. Londres , & luxe detruit-il les moeurs & les fe trouve àParis , chez Nyon aîné, ¦ Empires ? par M. P. H. Duvi-
Libr, rue du Jardinet. gneau , Avocat & Procureur au
Parlement de Bordeaux . A Pa
ris ', chez les Libr, qui vendent les
nouveautés.
D. Walter Vinzent Weife ,
&e. famintungfeiner juriftifchen
abhandlungen , & c. Collection
des traités juridiqués de M. le
Docteur Gautier-Vincent Weiff,
& e. Otto ven Wittelsbach
Othon de Wittelsbach, Pfalzgra
Profeffeur en droit dans l'Uni - ve de Bavière . Tragedie res réfenvertiré
de Rostock : in- 8 °. de 212
pag. Roflock , chez Koppe.
Difcours quiaobtenu l'Acceftée
fur le théâtre national de Munich
: in-8 de ise p. 1783 .
Franefore & à Léipfig chef les
fit au jugement de l'Académie ' principaux Libraires, い
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ;
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. Leprix de l'abonnement eft de 7 liv. 4 fois par année , avee
la Table.
On s'abonne en tout temps à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Pariš ,
de trente livres , & pour la Province,, port frane ,,
trente- deux livres , que l'on remettra à la Pofte
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
ravis.
On aurafoin auffi de joindre à la Lettre d'avi
le reçu du Directeur des Pofles auquel on remi
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce reçu ,
fur la Lettre d'avis , que l'on peut le Lecevoir e
Bureau des Pofes de Paris.
&
na
-Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier font
priés de renouveler de bonne heure leur Abonnement,
lier de l'Ordre de S. Louis :
petit in- t . br. 1 lives fols.
Cuvres fpirituelles de Mad
Decombes , 2 vol. in- 12 , fiv.
Vie abrégée de S, Vincent de
Paule : 12-12 24liv. fols.
Vie de la Vénérable foeur de
Foix de la Valette d'Eperton ,
Religieufe Carmelite ; par M.
l'Abbe Demontis , in- 12 . 2 liv.
fois.
4
Six Duos concertans pour deux
flûtes ; dédié à M. de Kerdavy ,
par Anand Vander- Agen , Muficien
de la Garde françoife du
Roi : OEuvre IV. 7 liv. 4 fols.
A Paris , chez Bailon ,
chand de musique , rue neuve des
Pet - Chumps.
Mar-
La Marchande de Modes ,
Ariette badine dédiée aux
Dames ; paroles & mufique de
M. le Chevalier de B. de Saint-
Salvy z liv. A Paris , chezAuvrai
, Marchand d'Eftampes , rue
S. Jacques:
Vie de la vénérable mère Catherine
de Bar , dite , en religion,
Melde du S. Sacrement , Inttutrice
des Religieufes de l'Adoration
perpetuelle in-12.31. Partition de la Sorcière par ha-
Vie de M. Greffer , de l'Aca- zard , Opéra -comique en vers,
démie Françoife , & de celle de mêlée de musique , repréfenté
Betiin, Ecuyer , Chevalier de pour la premiere fois par les Co-
Ordre du Roi, &c . petit in- 12. mediens Italiens ordinaire du
Roi, le Mercredi 3 Septembre
Vie du Cardinal de Riche- 1783 , les paroles & la mufique
lieu , premier Miniftre de Louis par M. Framery, Surintendant
XII in 12: br. 2 liv. de la mutique de Mgr. le Com- .
Voyage de Sophie & d'Eula- te d'Artois : 18 liv. A Paris
lic , au palais du vrai bonheur , cher Houbaut , Marchand de mu
Roman fpirituel : -12 , liv. fique , rue de Marivaux , place du
10 fois.. Theatre alten ; & aux adreffes
ordinaires de musique.
br. S
ARRET S.
Traité de paix entre le Roi &
eRoide laGrande Bretagne , condu
à Verfiles le 3 Septembre
1783. A Paris , de l'Imp . Royale .
GRAVURES
2
Troisième Recueil de neuf
con relawles compofées pour
la redoute Chinoite , avec les
deux marches qui ont fervi
d'ouvertures , arrangees pour
deux violons La Famille Efpagnole, Ettam- : par M. Vincent.
pe de 21 pouces de large für 162
de haut , gravée par Petit , fils ,
d'après Martin , Peintre du Roi :
glites. A Paris , chez Petit ,
Graveur, rue & ifle S. Louis , à
côté du corp-de- Garde.
livres 8 fols A Paris , chez
Auteur , rue S. Martin; Bouin
Marchand de Muſique & de cordes
d'inftrumens, rue S. Honoré , près
celle S. Roch , an Gagne-petit ;
chez tle , Caftagn ry, rue des
Prouvaires ; & d'Verſailles, cheq
Blaizor , Lib . rue Satory.
M U S I QUE
L'Amact infortuné , Ariette
avec accompagnement de deux Six Sonates pour la guitare ,
violons, deux fûres, alto & bae , avec accompagnement de vio on ;
compolée par M. *** Ama par M. Atherti ; mifes an jour
tear: 1 liv. 16 fols A Paris, chapar M. Durieu : 3 liv. A Paris ,
Mad. Bé ault , Marchande de chez l'Eliteur , rue Dauphine ;
mufique , rue de l'ancienne Co- & aux adrefes ordinaites de mumeie
Frango fe , F. S. Germain; fique.
& aux adrefes ordinaire de mufique.
Six Sonates pour violon &
baffe, miles au jour par le fieur
Durieux , compofées par M. Sa- ta. rel. ; liv. A Paris , chey la lomon : 7 ). 4. Cheq les mêmes . verve Duchesne , L.rue S. Jacques.
LIVRES ETRANGERS
L'Amour juge ; Etrennes pour
l'année 1784 -18 . fig. veau
tranche dorée : 3 liv. A Pars ,
shez Onfroy, Libr. quai des Auguftins.
Troitieme & dernieie Livraifon
des OEuvres complettes de
M. Charles Bonnel , Correípondant
de l'Académie royale des
Sciences de Paris , & de differerres
autres Académies : 1783 , 3
vol. in-4° . 36 liv.
Pareille livraifon en 6 vol .
in-8° . 21 liv. A Paris , chez Hardoüin
, Libr. rue des Prêtres Saint
Germain - l'Auxerrois.
Entretiens, Drames & Contes
moraux à l'afage des enfans : par
Mad. de la Firte : 1783 , feconde
édition , revue & augmentée. A
Paris , chez Hardouin , Libr. rue
des Prêtres S. Germain -l'Auxerr. La Contemplation de la na-
Lettres de Milady Wortlay ture , en 3 vol in- 8°. fe vend fé-
Montagute : nouv. édit. vol. in- päsément chez le même Libr. 91.
On foufcrit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi, rue Sa
Jacques. Leprixde l'abonnement eft de 7 liv. 4 ſols par année , avte
la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris
de trente livres , & pour la Province , port fran ..
trente-deuxores , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchifiant le Port de l'argent & la let
davis.
On aura foin auffi de joindre à la Lettre d'avis
le reçu du Directeur des Poftes auquel on remet
l'argent , parce que ce n'est que fur ce reçu , & non
fur la Lettre d'avis , que l'on peut le recevoir au
Bureau des Poftes de Paris."
A Mefieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier fom
priés de renouveler de bonne heure lour Abonnemens,
leur
ac TIVICS TO”
La fouſcription , pour les gravures
, eft de 12 liv. 12 fois . On y
délivre actuellement le premier
volume ; on le délivre autfi à
Bourges , chez l'Auteur ; & chez
J.-B. Prevoft , Libr. rue de la
Pofre-neuve.
depuis 1778 jufqu'en 1783 inclu
fivement , de lui faire paler,
par la pofte & franc de port ,
leurs noms de baptême &
famille , leurs qualites
âge , le heu de leur naiffance
avec le titre des ouvrages qu'ils
ont mis au jour dans le cours de
crs hx années ; le tout très:
correctement & très - liſiblement le même Bureau , pour les
affiches de Bourges , dont__
dit feur Pallet eft l'auteur. L'abonnement
et de 7 liv. 10 fols .
port franc.
écrit. MM. les Secrétaires des
Académies font invités à lui
envoyer la lille des Membres de
leur Compagnie .
On s'abonne à Paris , dans
On trouve chez Nyon l'atné ,
Libr. rue du Jardinet , les livres
fuivans :
Existence de Dieu , démontrée
par les merveilles de la natures
par Ballet : 2 vol. in-8 ° . rel. 2 1.
10 fois.
La veuve Duchefne fe propofe
de publier ce nouveau fupplément
vers le Carême de 1784.
Le fieur Deinos , Libr. rue
S. Jacques , vient de mettre
vente 14 Almanachs nouveaux ,
pour l'année 1784 . qui out pour
titre Le nouveau Secrétaire La Nature confidérée dans
des Danes La Journée d'une p ufieurs de fes actions ļ: 1 vol.
Jolie Femmie. La Géographie 4-8 br. 3 liv.
des Daines. La Lanterne ma- Navires des anciens , confidé
gique. Le Babillard inftruit , rés par rapport à leurs voiles ;
Almanach des gens du monde. par M. Leroy , de l'Académie
Les Niches de Cupidon . royale des Infcriptions & Belles-
Le Cortelpondant impene Lettres : 1 vol. in- 8 ° . avec fig, br.
trable , ou l'Aimable Fou. Le
Hard du coin du feu. La
Veillée de Vénus. Les Loi- Arrêt du Confeil d'Etat du
firs d'Agaë. Mars defarmé , Roi , du Décembre 1783 , conallégorie
far la paix. Alma cernant le paiement des Lettiesnach
aérotatique , ou du Bal - fde charge de l'Inde & de l'Amélon.
Chacun de ces Almanachs , rique . Paris, de l'Impr. Royale.
orné de raedampes & de jolies GRAVURES.
chaufous , avec tablettes écono
migues , perte & gain , relié
en maroquin , & fermé d'un
Ayler pour écrire fe vend 4
liv. to f. pour Paris , & liv.
port frane pour la Province
OFF
M. Pallet , Avocat en Parlement
, donne avis que , pour
les livraifons de la nouvelle
Histoire du Berry , dont il eft
Auteur , il a établi fon bureau
à Paris , chez M. Thaut ,
Caither de M. Watelet , Receveur
général des Finances, cour
du vieux Louvre. Le prix eft
liv. 1
ARRET S.
La Partie de plaifir , Eftampe
de 16 pouces de haut fur 22 de
large , gravée par de Launay ,
de l'Académie royale de l'einture
de Paris , & de celle de
Copenhague , d'après le tableau
loriginal de Weeniz , tiré du cabine
: de M. le Comte de Merles . -
à Paris , chez de Launay , rue de
la Bucherie , No. 26,
MUSIQUE.
Symphonie en trio , pour le
forté-piano ou la harpe , arec
accompagnement d'un violon &
violoncelle obligés ; par Cau1.7liv.
4 lols. A Paris the
l'Auteur, rue de l'Univerfité ,
Maifon de M. Colin , nº. 26 ; au
Bureau d'Abonnement Musical ,
ruedu Hazard Richelieu ; & aus
adreffes ordinaires de mufique.
FIVRES ETRANGERS.
Difcours fur ce fujet: Le laxe
corromptles moeurs , & détruit
les empires ; avec quelques notes ,
où l'on trouve raffemblées les
tuaires des pr.cipaux Souve
rains de l'Europe . Nouvelle edir.
revue & corrigée ; par M. de S.
Heippy , br. in-8° . de yo pages :
1 liv.4 fois. A Amſterdam , & ſe
trouve à Paris , chez Defauges ,
Libr, rue S.Louis du Palais : Bein,
Libr. rue §. Jacques , & Mi.
quignon junior , Libr. vue de la
Juiverie.
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. MM, les Soufcripteurs font priés de renouvelier leur
abonnement dans le courant da piéfen mois de Décembre , pour
que le premier envoi de Janvier 1784 ne fouffre aucun re:arde
ment. Le prix de l'abonnement eit de 7 liv. 4 fois par année , avet
la Table.
On s'abonne en tout tem s , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poiterins . Le prix eft pour Paris ,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente deux livres , que l'en remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Tert de l'argent & la lettre
d'avis.
On aura foin fi dejoindre à la Lettre d'avis
le reçu du Dire ar des Poftes auquel on remé
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce reçu .
& non
fur la Lette d'avis , que l'on peut le recevoir au
Bureau des Poftes de Paris.
Nefisurs les Souferipteurs du mois de Janvier for
priés de renouveler de bonne heuré leur Aboŋnémenti
broc. 41 liv . reliés , 57 liv . cha - criptions du 3 Septembre 1783,
que volume féparé en feuilles
1 liv. 10 fois , br. 1 liv . 13 f. rel.
2liv. s fots..
extrait des registres du Confeil .
d'Etat A Paris , de l'Impr. de
Lapore, Libr. Fue des Noyers.
·Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi, du 1 Décembre 1793 ,
portant que l'emprunt de dix
millions de Lentes héréditaires
Mandement de Mgr. l'Archevêque
de Paris , qui ordonne que
le Te Deum icia chante dans
toutesles Eglifes de fou Diocèfe,
en actions de grâces du rétablit - creees par l'Edit de Décembre
fement de la Paix : 17 4º de 14
pag. A Paris , chez Ll . Simon ,
Lior -Impr.rue S. Jacques.
1782 , n'aura effet que pour les
ciq millions defdites rentes qui
ont été levées juſqu'à preſent ,
& que le tage des rembourfemens
de ces cing millions de
rentes , au capital de cent mil-
Lions , le fera le a du préſent
Arrêts du onfeil d'Etat du
Roi , du ro Décembre 1783 ,
qui révoque ceux des 27 & 30
Septembre dernier , concernant
Mandement de Mgr . l'Arche
vêque & Comie de Lyon , qui
ordonne que le Te Deum fera
chanté dans toutes les Eglifes de
fon Diocèle , en actions de gra- mois , conformément audit Edit.
ces du rétabliffement de la Paix : A Paris, de l'impr. Royale..
br. in 12, de 19 p . 4 fols. Fa
pis , chez P. G. Simon & N.
H.Nyon , Lib. Impr. rue Mignon
S. André des Arcs.
Les mêmes ont encore quella caifle d'efcompte , & ordonne
ques exemplaires del'Induction que les paiemens de ladite caiffe
paftorale du même Prélat fur les fe forour a bureau ouvert , fans
fources de l'incrédulité & les retard ni délai , comme avant
fondemens de la religion vol. lefdits Arrêts, qui feront réputés
in 12 ba, zaliv 8 ( corame non avenus. A Paris , de
luspr. Royale. O treure chez M de Com- Le
bes , Officier d'iɔf. ferie , rue
des Cordelinis , les ouvrages iulvans
:
Etat de la France , ez les vrais
Marquis , Coues , Vicomtes &
Baros , enrichi de gravures :
br. liv 2
Traité des devifes héraldiques,
avec un recueil des armes de tou
tes les maitons qui eo portent :
fg. broché , 4liv. 12 f.
U. Diétianaire mili aire de
France , qui et fous prefie pour
paroître en Janvier. -
ARKETS.
CARTES.
Carte cu deux feuilles, la premiere
fenitle comtenant ies electin
de Coulommiers , Provins ,
panie de cel e de Paris , Me un
Meurerest , Nogent fur Seine ;
la fecoade feu le contenant Fontainebleau
Nemours , Beaumont,
Bois Comaan , Manargis .
Sens , Villeneuve le Roi , &c .
1 liv, 4 fols. A Paris , chez Pafquier
, rue S. Jacques ; & chez Dee
Jeans , libr , au Palais Royal.
Envitons de Paris en feuilles,
contenant 40 lieuca dilong fur
Arêt du Confeil d'Etat du 25 de baur tavees livres , en
Roi , qui permet anx leurs Paiblare , 2 liv . 8 leis , & en fus ,
Enou & Compagnie de faire bro- quand elles ' font ployees & br.
der leur nom de deux en deux 4 fols . A Paris , chez les mêmes.
annes ur les lifières de leurs GRAVUR ES.
raps : fait défenfes à tous fabri- Coftumes des dignités Sonquans
& autres perfornes de con- veraines : n°. 9 , vingt unième
mrefaire le dites marques & inf- ¦ livraiſon , 9 liv, A Paris , chez
Duffos lejeune , rue S. Victor , Taxis & la Province, port frane
près la place Maubert.
MUSIQUE.
pour 12 cahiers.
LIVRES ETRÅNGERS.
Précis hiftorique (or le Régi
ment d'Auvergne, depuis fa creatien
jufqu'à préfent ; précédé
d'une épître aux månes du baye
Chevalier d'Affas; par M. L***
ancien Solda regiment : in-8°.
br. 15 f. A Paris , chiq Knap n
&fils, Libr.- Impr. pont S. Michil
& Defenne , Libr au Palais
Journal de Harpe , par les
meilleur Maities ; troisième année,
Numéto 12 : 21.8 fols. A
Paris, chez Leduc,rue Traverfière
S. H. au Mazafin de Mufique .
Ce Numéro complette l'abonnement
de 1783. Le premier Numéro
de 1784 paroîtra le Janv.
prochain pour le nouvel abonnement
, quieft de rs liv. pour Royal.
On fouferit féparément pour le JOURNAL BE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques . MM. les Souferipteurs font priés de renouveller leur
abonnement dans le courant du préfent mois de Décembre ,
que le premier envoi de Janvier 1784 ne fouffre aucun retardement,
Le prix de l'abonnement eft de 7 liv. 4 fois par année , avet
Table.
pour
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins, Le prix eft , ponr Paris,
de trente livres ; & pour la Province , port franc
trente-deux İtores , que l'on remetres à la Poſte
en affranchillant le Poit de l'argent & la lettre
l'avis.
Le
On aura fein auffi de joindre à la Fettre d'avis
regu du Directeur des Poßes auquel on remet
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce reçu ,
mon fur la Lettre d'avis , que Pon peut le recevoir
au Bureau des Fofies de Paris.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier fors
DE FRANCE.
( No. 79 )
S MEDI 6 DÉCEMBRE 1783 .
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONJUX. ¡ Jombert jeune , Libr. rue Dau-
Les agremens des Campa- phone.
gna ds dans la chaffe des oifeaux , " Conférences ou Exhortations
& le plaiur des grands Seigneurs à l'ufage des maiſons religieuſes;
dans les oifeaux de fauconnerie ; feconde édit . revue & augm par
par M. Buc'hoz , Auten de dif- ¡ le P. de Tracy , Théatin : 1 vol.
férens ouvrages économiques : Lin - 12. de 465 pages . A Paris , cheg
a vol.in- 12 , de 172 pag. A Poris, Ch.-P. Berton, Liby, rue S. Vidor.
chez l'Auteur, rue de la Harpe , De l'Electricité des végétaux ;
au defus du Collège d'Harcoust. ouvrage dans lequel on traite de
Les Après-foupers de la focié- l'électricité de l'atmofthere fr
· é, petit Théâtre lyrique & me- les plantes , de fes effets ſur l'écosal
fur les aventures du jour nousie des végétaux , de. apce
Bouv. édit . troifieme cahier , l'invenion d'un électro- végéts-
1. A Paris , chez l'Auteur metre, par M Berthelon de S.
we des Bons-Enfans , la porte- Lazare , Profeffeur de Phyliane :
sochère vis-à -vis la cour des Fon- 11783 . in- 8 °. fig. br . liv. 4 fols.
vaines , au Palais Royal A Paris , chez Didot jeune , Libr.
quai des Auguftins .
>
|
Jacquot & Colas , Dudlid ,
Comédie en un acte , en profe
Avis fur la nouvelle édition
de l'Art de vérifier les dates depuis
Jefus Christ : en 2 vol.
infol. publice chea Alexandre 1 livre 4 fols, 4 Paris , shez
Staatsbib
Cailleau , Libr.-Impr.
Tue Ga. Petits- Champs, attenant la porte
lande.
Mémoire
fur
l'efficacité
des ne avis qu'il vient
d'acquérir
le
de la
Compagnie
des Indes,donpata
tonnerres ; par M. Bertho- reffant de l'édition
de l'ouvrage
Ion- 4 . fig. 1 liv. 16fols. A intitulé : Fragment de
Xénophon,
Paris , chez Didor jeune , Libr.
nouvellement
trouvé
dans les
quai des Auguftins.
ruines de
Palmyre , & déposé au
Mémoire
qui a remporté
le
MufcumBritannicum
à Londres;
prix de la fociété des Sciences
de traduit du grec par un François ,
Montpellier
, en 1780 , furcette & lu à l'affemblée
publique
du
queftion
: Déterminer
pas un Mufée de Paris , le Jeudi 6 Mars
moyen
fixe fimple le moment
1783 : br. de 52 p. d'impreffion
auquel le vin en fermentation
qu'il
donnera
au prix de 12 f. au
aura acquis toute la force dont lieu de liv. 4 f. qu'elle fe venil
ett fusceptible
; par le même : doit
précédemment
.
1781 , in-4°, br. 5 liv. A Paris ,
chez le même.
·
Livres nouveaux que Piffot ,
Libraire , quai des Auguftins
Plantes nouvellement découvient de recevoir de Londres :
vertes , récemment dénommées
Robertfon's history of Scot-
& claffees par M. Buch'oz , Méland : 2 vol . in 8°. Pont.
decin Botaniste & de quartier History of Charles V : 4 vol.
honoraire de MONSIEUR : ca- in 8° Lond.
hier cinquième & dernier. A -Hiftory of America : 3 vol.
Paris , chez l'Aut ur rue de la in-8 . Lond..
Harpe au-deffusdu collège d'Har
court.
Ce cahier termine la collection
entière de cet ouvrage : il coûte
12 1. & la collection entière 60 1 .
Hume's hiftory of england : s
vol. in 8 °. Lond.
Eflays : 2 vol . in 8° . Lond.
Richardfon's Clarifia ; & vel.
in 12. Lond.
On trouve auffi chez le même - Grandiffon : 7 vol. in 12. L.
Auteur une collection coloriée
d'animaux , de végétaux de
minéraux , enti'autres Herbier
de l'Amérique , de l'Asie , de
PAfrique & de l'Europe .
Painela : vol. in-12. Lond.
Suite des livres que Barrois le
jeune , Libr quai des Auguftins
, a reçu de Londres :
Wall's obfervations on ſelect
fubjectis in chemifty & medicise.
Lond. 1783. in-8° .
Lendon medical Journal Ju-
La Refolation inutile , ou les ly , Aug. & Sept. 1783. in 8 .
Déguisemens amoureux Co Amritrong's effay on the fympmédie
en un acte & en profe , toms & cure of the virulent gomêlée
de vaudevilles ; repréfen- norikoea in females . Lond. 1783 .
sée pour la première fois à Paris , in- 8°.
par les Comedians Italiens ordinaires
du Roi , le 18 Novembre
1783 : 1 iv. 41. A Paris , che
Cailleau, Lib. Imp rue Galande .
Vie de Michel Ruiter , fai
fant fuite à la vie des plus cé è
bres marins i vol . in 12 avoc
le portrait de Ruiter : br. 3 iv.
A Paris , chez Belin , Libr, rue S.
Jacques , près S. Yves.
AY IS.
Park's account ofa new me.
thod of treating difeas of the
joints of the Knee & Elbow.
Lond. 1783. in 8″.
Mynorr's practical thoughts
' on amputation . Birmingham
1783. in- 89.
Bell's fyftem of ſurgery , il-
Lagrange , Lib. rue neuve des Inftrated with copper plates
Jer.
135.
MERCURE
50
.
DE
(
No.
.
FRANCE
SAMEDI 13 DÉCEMBRE 1783 .
A PAR IS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX. l'école du jardin potager : par M.
L'Amides enfans , par M. Ber- de la Bretonnerie : 2 vol. in- 12.
quin , vol. de Novembre 1783 ,
No. 11.
On fouferit à Paris, du Bureau
du Journal , rue de l'Univerfué,
aucoin de celle du Bacq , No. 28 ,
Sadrefferd M, le Prince , Direct.
La foufeription eft de 13 liv.
f. pour Paris, & de 16 liv. 4fols
pour la Province.
br . s liv. r . 6 liv. A Paris , ch
Eugene Onfroy, Litr. quai des
Auguſtins.
Elégies de Tibulle, Traduct.
nouv, avec des netes , & les meil
leures imitations qui en ont été
faites en vers françois : -8° br.
4 liv. to fols . Paris , chez
Jombertjeane , Lib . rue Dauphins,
Defcription des expériences de On on a tiré quelques exem
la machine aéroftatique de MM. plaires fur papier d'Annonay
de Montgolfier , & de celles aux - do at le prix eft de 9 liv..
quelles cette découverte a donné Galatée , roman paftoral , imfieu
; & c . ouvrage orné de neufté de Cervantes, par A. die Floplanches
en taille - douce , c.rian , Capitaine de Dragoys &
in- 8°. de 100 pages. 4.P partir- 12. orné de fent gravur
sher Cycket , Libr. rue & hores , en papier d' Anno ay de t
Serpente. fabrique de MM , Jannot,gere
L'Ecole du jardin ftiers ou- & s , 5 hv. & en paper orivrage
fait pour fervar de fuite à maize : 4 tiv. 41 Paris, cha Dulh
*
·
'alné , Lib r.rue Pavée S. André ,
Debure l'aîné , Libr. quai des
Auguftins.
Le bon Jardinier , Almanach`
pour l'annee 1784 : nouv. édit.
augmentée d'unfupplement pour
cette année ; par M. de Grau ;
an-24. rel . liv. 16 fols : br. 1 1.
10 f A Paris , chez Onfroy, Lib.
quai des Auguftins.
lofophiques fur les fyllemes de
Du même , Obfervations phi-
Newton , de Copernic , &c. in-
12. br. 2 liv.
Difcours contre l'incrédulité ;
par M. *** , Chanoine de ***
in 12 , 2 liv 10 f.
Examen impartial_de plufieurs
obfervations iur la Littérature ;
par M. l'Abbé Duparc le Noir :
in- 8°. br. 4 liv.
Les Fondemens de la foi, mis
à la portée de toutes fortes de
perfentes ; par M. l'Abbé Aimé,
Chanoine de l'Eglife d'Arras : 2
vol. in- 12. 6 liv.
Euvres complertes de Gefner;
nouvelle édit. revue & corrigée
avec le plus grand foin : 3 vol.
petitis- 12. br. 4 liv. 10 f. rel. 61.
A Crleans, chez Rouzeau- Montout
; & à Paris , ch Onfroy ,
Libr . quei des Auguftins.
Répertoire univerfel & raifenné
de jurifprudence civile , criminelle
, cauonique & bénéficia Elege hiftorique du brave Crille
; par M. Guyot , Ecuyer , an lon ; par M. l'Abbé Regley : in-
Cien Magitat : tomes LXI , 8 . br. 1 liv. 5 f.
LXII , CXIN , LXIV & dernier
: in-8°. A Paris , rue de la
Harpe , près la e Serpente.
Effai polémique fur la religion
naturelle ; par M. i Abbé Duvoifin
: in- 12 liv. ›
Le Guide du Malade ; par M.
Demarque , Docteur en Médecine
-12. 2 liv.s f. :
Ces volumes fe délivrent gra- Lectiones theologica de relizis
aux Soulcripteurs; & l'on gione, autore D. Gabriel Muf
avertit que , palele as Décem- fon , è regiá Societate , Doctore
bre prochain , it ne fera plus délivre
de volumes détachés ; on ne
pourra , après cette epoque , fe
procurer que des exemplaires
Theologo Parifienfi : 3 vol. in 12 .
br. 7 liv. 1o fols.
-
- Du même , de Sacramentis in
genere , & de Sacramento bapcomplets
au prix de 300 liv. br.tifmi : 4 vol . in- 12. br. 9 liv.
& de 364 liv . reliés . Io fols.
Réponses critiques à plufizur, Tractatus theologico- dogmaqueſtions
propofees par les incré- ticus de homine lapfo & reparadules
modernes fur divers en- 10 , autore Nicolao Francifco le
droitsdes livres faints, pourfer- Clerc de Bauberon : 2 vol. in-8″.
vir de continuario aux Repon- br. 7 liv.
fes critiques de M. Abbé Bul- Thefaurus facerdotum & cle-
Jet ; par M. Abbé Meife , Pro- ricorum : petit in- 12 2 liv.
feffeur en Théologie au Collége
oyal de Dole : tome IV , 12 .
A Paris , chez Ch.-P. Beri ,
Libr. rue S. Victor.
A VIS.
Pratiques des devoirs des Curés
, traduites en françois de l'Italien
, du P. Paul Seigneurie ;
ouvrage utile à MM. les Eccléfiaftique
par M. l'Abbé
On trouve à Paris , chez Ch.- elvincourt Chanoine , Ar-
Berton , Libr. ruc S. Victor
fes ouvrages fuivans :
Catéchifme philofophique ;
par Me Abbe Flexier de Réval :
-89. 4 liv.
chi diacre & Vicaire- Général de
Laon in 12. 3 liv.
Melauges & Fragmens poétiques
en françois & en latin ;
par M. de Marvielle , ChevaTer.
135.
MERCURE
51.
)
DE
(
No.
.
FRANCE
AMEDI 20 DÉCEMBRE 1783
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX.
ducation , où , fans donner de
Cérémonies & coutumes refi: préceptes , on fe propofe d'exergicas
de tous les peuples du , cer & enrichir toutes les facul- xe
monde : quatorziene livraifol. tés de l'âme & de l'efprit , en
L'ouvrage entier fera compofe fubftituant les exemples aux ma
de 15 livraifons in- fol. qu'on rimes, les faitsdux raifonsemens,
pour a faire relier en 4 volumes. la pratique à la théories nouvelle
Nota . On prie MM les Souf- edition , revue, corrigée & augipteurs
de faire petirer les livrai- " mestée d'un grand nombre d'arfons
à fur & a rcfure qu'elles vicles , & fur-tout d'use Table
fe dißribuent ; le Libr. ne pro- hiftorique des perlennages , plus
met pas de comp'enter ceux qui ample, plas exate , & plus
auront négligé de les reviser. jurereffante que celle qui accom
pagnoit ies précédentes éditions
de ce Dictionnaite ; par M. Filafter
; 2 vol. in 9. rel. 12 liv.
A Paris , chez Méquignon l'ažné,
Libr, rue des Cordeliers.
La qui zieme livraiſon , qui
terminer l'ouvrage , paroîtra en
Dermbre
|
On peut s'adreffer encore pear
cet ouvrage , don: il ne reste que
très peu d'escaplaires , à Pa- On trouve cb, z le même Lib.
ris, chez Laporte , Libr. rue des Erafte , ou l'Ami de la jeuneſie ,
Noyers.
Entretiens familiers dans leques
Di&ionnaire historique d'é- ' on donne aux jeunes gens
Précis théorique & pratique
fur le péan , la maladie d'amboine
& le terminthe , augmenté
, revu & publié par M. Pey
rithe , Membre de l'Academie
royale de Chirurgie : 1983 , in-
12. br . 18 fois . A Paris, chez Didot
le jeune , Libr. quai des Augufins.
>
& de l'autre fexe , des notions | Defros , Libr . rue S. Jacques , au
fuffifantes fur la plupart des con- Globe.
noiffances humaines , & particulièrement
fur la logique ou la
fcience du raifonnement ; la docuine
, lamorale & l'histoire de
la religion ; la mythologie , la
phyfique generale & particuliè
vc , la géographie , l'hiftoire de
France , & c. ouvrage qui doit
inter fer les pères & mères , &
généralement toutes les perfon Profpeâas du Dictionnaire
contenant les nes chargees de l'éducation de des Jardiniers
la jeuneſſe : tr.:fième edition ; meilicures méthodes & les plus
par M. Fillafier : in 8 °. rel. en modernes pour cultiver & améliorer
les jardins potagers , vol. 6 liv . & en 2 vol . 7 liv.
Favole e novelle , del detore fruits, à fleurs & pépinières ,
Lorenzo Pignotti nuova edi- &c . & c. huitieme édition , re
sione , con aggiunte , è corre - vic & corrigée fuivant les meilzioni
:
: 1 vol. 48-12 . br. liv. A leurs fyftêmes de botanique , &
Paris , chez Molini , Libr. rue ornce de plufieurs plarches qui
Mignon , quartier S. Ardié des- n'étoient point dans les éditions
précédents; pub ice par Philippe
Milier , F. R. S. Jardinier, de la
Compagnie des Apothicaires à
Chellea , & Membre de l'Académic
Botanique de Florence ;
ouvrage traduit de l'Anglois
auquel on a ajouré un grand
nombre de plantes inconnues à
Miller , ainfi des notes que
tives à la phy que & à la matiere
médicale , & dans lequel en a
retranché toutes les dénomina
tions Angleifes , pour y fubfti»
tuer les noms François ; par une
fociété de Gexs de Lettres : propofe
Far Soufcription.
Arcs.
On en a tiré un très-petit nom- |
bie d'exemplaires fur papier de
Hollande . qui fe vendent br.
6 liv
Maximes morales d'un Philo
fophe Chrétien ; ouvrage qui
pout fervir de fuite à la collecrion
des moraliftes anciens ; par
M. D. in- 16. de 245 pag. 1 liv .
16 f. & fur papier d'Annonay :
4 liv . A Paris , chez Lamy, Lib.
quai des Auguftins .
Mémoire fur des Cygnes qui |
chantent ; par M. A. Monges ,
Garde des antiques & du cabinet
On fouferit Merg , chez Jon
d'hiftoire naturelle de Sainte-
Geneviève , de piufieurs Acadé- fejh Antoine , Impr. du Roi ;
mics : br. de 39 pages d'impref à Paris , chez Guillor , Libr. rue
fion. A Paris , rue & hôtel Ser- S. Jacques , vis a- vis celle des
Mathurins.
pente.
Le petit dipe , ou le Jeu des
énigmes , Alman ch de feciété ,
euantant , récréatif & divertiffant,
contenant des énigmes & logogrihes
en chanfons , & autres ,
fur les airs les plus nouveaux &
les plus agréables , avec tablettes
économiques , perte & gain : 4
HvICs 10 fols. A Paris , che
AVIS.
La veuve Duchefne , Libr.
rue S. Jacques , prévient le public
qu'elle va metire fous preffe,
à la fin de cette année 1783 , un
nouveau fupplement à la Fran
ce littéraire en conféquence ,
elle prie MM . les Auteurs qui
ont donné quelques ouvrages
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 52. )
SAMEDI 27 DÉCEMBRE 1783
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX. lapofte. S'adrefer à Paris, à M
Almanach hiftorique de lale Prince , rue de l'Unive é au
ville Se du Diocèle de Sens , coin de cell: du Bocq , N. 28.
peut kannée 1784 : br. 12 fois.
ASens , ch Tarbé; & Paris ,
chy Gogué Née de la Rochelle
Libr. qual des Auguftins.
L'art de faire les rapports en
Chirurgie , par Devaus : in- 12.
rel . liv. Paris , c1 Barrois
Le jeune , Lib. quai des Auguftins.
7
Almanach littéraire , ou Etren- Les droits de vraie religion,
mes d'Apolion , 178 Paris , foutenus contre les maximes de
cher M &Aquin de Chircau- Lyon, la nouvelle philofophie ; par
rue S. Jaque , maipa de Mad. M. l'Abbé Floris : 2. in- 12 .
la verve Duchefie. 5 liv. A Paris , chez Ch.-P. Ber
Lib rue S Vitor,
1Atma ach de Gotha , 1784
liv 12 f. mê.ne.
L'Ami des enfins, par M. Ber
quin , vol , de Dicembre, vingtquarriem
& demier volume de
la partie cale.
ran,
3
Efa d'une théorie fur la ftruc-
Le prix de l'edi in en 24 voture des crvitaux , applicable à
Innes , eft de 6 liv. 8 fols port
franc par la pote
Le mene ouvrage en 8 gros
voi. de près de 450 pag. chacun,
jeliv.4 fols auffi port franc par
tous les genres de fub ces
cryNifées par M. l'Abbé
Hauy : 84, -8 . fig. rel. 4 liz.
A Paris, chez Gogue & Née de la
Rochelle,Lib. quai des Agatias.
Etrennes
anacréontiques aux
Grâces , 1784. A Paris , chez
Barrois le jeune , Libr. quas dés
Arguliins.
& dans un étui de maroquin , 4
liv . 1e fo's —L'Almanach hiftorique
de Europe : br. 15 fols.
-Les fuations intereffantes
& c. el. er maroquis , avec tablettes
, pere & gain : 2 livres.
>
Le Negre blanc , Comédie en
un acte & en profe , par M. Dorvigny
liv. 4f. A Paris , chez Les Loirs Aglae ; la Ma
Caislean, Lib. r. Calande, nº. 64. tinée de Paphos ; la Soirée de
Quvres de Plutarque , tradui- Paphos : chacune brochée , 11.
tes de grec par Jeques Amyot : & liv. 4 f. poit franc pour la
feptième livraif. quatrième ol. Province,
des Vies des hommes Illuftres :1 On trouve chez le méme le
in 8 °. & in 4°. papiers d'Angou- Quart d'heure des jolies Françoi
lême , de Hollande & vélir . fès , Ervenes aux Dames : en
La foutcription eft de 7 livres macquin , 4 iv 10fols.
10 f pour l'in- 8 ° , de 15 1, pourt
in 4 .
.: Aande Latérale 17844
On foferit en tout teinps
On fosferit & Faris , che pour ce Journa ; mais à quel-
Bastien , Libr. & Edueur, rue Squ'er que qu'en le felfe , il fau
Hyacinthe , la porte- cochère à
droite en entrant par la placé S.
Mishel.
dra fonterire pour l'année endiele.
Les numéros fe diftribuent .
tensies dix jours.
L'abonnement en de 24 livres
pour Paris , & de 32 liv. pour
Province.
La Perfion Genev‹ ife ,” ou
l'Education , Prame en un acte
& en vers par J. Parat A Fala
Tis, chel Cailleau , Libr. - Impr.
rue Galande. n° .64.
Le Sédudeur , Comédie en
Chq afes & en vers ; par M. le
Marquis de Pièvre : liv. 10 f.
Tais , chez Prauli , Imp “quai
1
Auguftins.
Veninimecom , Almanach dans
Jequel on picicrit les règies qu'il
faut fuivre pandart tout le cours
de l'année , four fe conferver le
corps fain , & prolonger fa vie :
6 fel A Paris, chez Fétil , Libr.
rue Mazarine.
Voyage pittorefque de la France
, avee tefeription de fes 33
province .A Paris , chez Lamy
Libr. quai des Augußins.
Or foufe:it'à Paris, au Bureau
de l'Ainée littéraire , rue de Touraine
, fansbourg S. Germain , la
feconde po te -cochère à droite en
entrantpar la rue des Cordeliers ;
& cha Mérigot le jeune , Libr.
quai des Auguftins.
MM des Soufcripteurs de la
Bible de Sacy font pries de retirer
le reme IV actuellement en
vente divifmes , chez F. Blaume,
Impr.-lib & à Paris , chez Guil•
laume Defprez, rue S. Jacques :
broché en carton , 4 liv. 5 i
Mequignon Painé ,, Libr. rue
des Cordeliers , propofe à une
diminution de prix confidérable,
jufqu'au Oabre 1784 , ies ar 1
Prix de l'ouvrage complet justicies infeans :
qu'à cejour , qui forme actuelle
ment 3 vol . in fol . fur Nom de
Jéfus 534 Tir.
AVIS.
Almanachs rouveaux qui fe
trouvent chez Defnos , à Paris ,
rue S. Jacques.
L'Almanach de Gotha , ` 3 1 .
Bibliothèque de Médecine &
de Chirurgie par Mi. Planque :
Tovolin-4 g en feuilles , 54
liv. broch, 65 liv. rel . 72 tres :
chaque volume féparé en feuill.
6 liv . kr. 6 liv. , 12.1 . rel . 8 iiy.
Le même ouvrage , 31 vol .
in 11. fig, en feuilles , 36 livres,
Jer , 135 .
MERCURE
DE FRANCE
3
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pieces fugitives nouvelles en
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyje des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles,
·les Caufes célébrés ; les Académies de Paris & de
Provinces ; la Notice des Edits , Arrats ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 DÉCEMBRE 1783 .
APARIS
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Novembre 1783 .
PIÈCES IECES FUGITIVES .
Stances fur la Mort de M.
l'Intendant de Tours,
Vers à Mile Alexandrine ,
3
Les QuatreParties duJour à la
Mer ,
81
Galerie Philofophique du fèizièmefiècle,
105
Roger fortant de l'Ile d'Al- Oraifon Funèbre du Prince de
cine ,
Stances à Silvie ,
Epître à Madame ***
8 Marfan ,
49
50
52
53
La Brebis & le Louveteau ,
Fable
Couplets à Mlle R.. ! ,
Harangue d'Ajax , difputant
contre Ulyffe les armes d'Achille
, 97
114
117
Choix des meilleures Pièces du
Théâtre Italien ,
Projets de Bienfaifance & de
Patriotisme pour la ville de
Bordeaux , 121
Les Après-Soupers de la Société
,
Le Décameron Anglois , 129
124
Vers fur M. le Comte de Hiftoire d'Ayder Ali- Khan ,
Trefan ,
-
AM. Falifot ,
---
-
145
Nabab Bahader , Rot des
146 Canariens , &c. &c.
148
Sur la Comédie du Sé- Les Lacunes de la Philofo-
193 phie , ducteur ,
Pour le Portrait de M. Annales Poétiques ,
156
164
l'Archevêque de Bordeaux , Anne-Rofe Trée , Hiftoire An-
194 gloife
"
-A M. De la Harpe , ib. Ame des Bêtes,
197
docide , &c.
169
205
212
Couplets chantés à M.L **, 195 Difcours de Lycurgue , d'An-
A une Chanoineffe,
Dialogue entre Diocletien & Phytographie Univerfelle , 216
ib. Euvres de Plutarque , Abdolonyme ,
NOUVELLES LITTER .
D'Olbreufe , Hiftoire Philofophique
,
Voyage en Provence ,
Efais fur la Vie & fur
Tableaux du Pouffin ,
Acadèmie de Lectures ,
Eloge de M. de Reyrac ,
SPECTACLES
218
38
222
Concert Spirituel , 132
73
24
Acad. R. de Mufique ,
| Comédie Françoise ,
les Comédie Italienne , 39 , 133 ,
228
31
57 Nécrologie ,
84
63
Variétés
86 171 >
137
91,
761
Nouveau Théâtre Allemand , 67 Sciences & Arts ,
Délaffement de l'Homme Sen- Annonces & Notices , 42
fible ,
139,187,233
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , Due de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 DÉCEMBRE 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
3-
STANCES
3.
A THÉ MIRZ.
J'AIME le doux
murmure
D'un paifible ruiffeau ;
Le tapis de verdure
Où ferpente fon cau
Plaît à l'âme attendrie :
Là , fur un lit de fleurs
Règne la rêverie
Sur les fenfibles coeurs.
J'AIME de la fauvette.
L'accent tendre & léger ,
Et l'écho qui répète
La chanfon du Berger :
A ij
MERCURE
J'aime la tourterelle ;
Son amoureuſe ardeur ,
Et fa flamme fidelle ,
Intéreffent mon coeur.
J'AIME de la Nature
Les attraits renaiffans ,
Sa riante parure ,
Ses bofquets verdoyans ,
Que l'art en vain imite ;
Ses bois majestueux ,
Où le filence habite ,
Souvent font les heureux.
MAIS , aimable Thémire ,
Quand je vois ta beauté ,
Lorfque ton doux fourire
Promet la volupté ,
Dans mon ardeur nouvelle
Je n'aime les bofquets
Que quand ta voix m'appelle
Aux amoureux fecrets .
(Par M. Louet de Chaumont. )
MIPLIOTHECA
REGIA
MONAGENGIS,
DE FRANCE,
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préface ; celui
de l'Enigme eft la lettre B ; celui du Logogryphe
eft Chaîne , où l'on trouve haine ,
aine , Chine , chien , âne , Caen , Cain.
CHARADE.
VA , vole à mon premier , & danfe fi tu peux ,
Lecteur ; pour mon fecond , n'y crois pas , c'eſt le
mieux.
Mon tout t'offre un plaifir ; mais il faut être deux.
ÉNIGME à Malemoiselle ***
ENTRE TRE nous quelle différence !
Vous charmez par votre blancheur ;
Moi je ferois , fans ma noirceur ,
Traitée avec indifférence .
( Par M. R., Avocat à Preuilli . )
LOGO GRYPH E.
Aux mortels affligés nous rendons grand ſervice ;
Car de deux , quelquefois nos neuf pieds fort l'office.
A iij
6 MERCURE
Pour tout dire , en un mot , en mainte infirmité
Nous fommes par état deux Soeurs de Charité.
Nos membres difféqués fous tes yeux font paroître
Un bois fait pour le tour , mais pareffeux à croître ;
Le titre que porta Philippe , un de nos Rois ;
Celui qui fur l'impôt fait obſerver nos loix ;
Un endroit que Thétis de fes flors environne ;
Un aigre fédiment qui refte dans la tonne ;
Un Écrit émané du Pontife Romain
Un mot dans la chanfon qui marque le refrain ;
Pour un jeu grand & noble un corps dur & fphérique ;
Un autre jeu commun , propre à la
gent ruftique;
Le Prophète emporté fur un char radieux ;
L'agréable couleur dont fe parent les cieux ;
Sur le dos d'un courfier un commode équipage ;
Au rapport des friands un fucculent potage ;
Un oiſeau de rapine au bec dur & retors ;
Un pronom fingulier ; une humeur de ton corps';
Ce qui dans nos chemins mefure un long eſpace;
Certain vent qui t'annonce & le froid & la glace ;
A l'aide de Phébus , d'Amphitrite un préfent ;
Une Aleur illuftrée ; une ville en Neuftrie ;
Une rivière enfin qui coule en Germanie.
Taifons-nous: trop parler ne fut jamais prudent.
( Par M. Fretté, Curé de Thorigné , au Maine . )
DE FRANCE. 7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'énormité du Duel , Traité traduit de
l'Italien , de M. le Docteur P. V. , &
dédié à S. M. Frédéric II , Roi de Pruffe ,
par M. C. , des Arcades de Rome , & de
l'Académie de Villefranche . in 12. Prix ,
2 liv. o fols relié. A Berlin , & fe trouve
à Paris , chez Guillot , Libraire , rue
S. Jacques.
66
ཝ
ود
"
Vous me direz qu'il eſt des fatalités
qui nous entraînent malgré nous ; que
» dans quelque cas que ce foit , un démenti
» ne fe fouffre jamais , & que quand une
affaire a pris un certain tour , on ne peut
plus éviter de fe battre ou de fe désho-
و د
و د
" norer. »
» Vous fouvient il d'une diftinction que
» vous me fîtes autrefois dans une occafion
» importante , entre l'honneur réel & l'hon-
" neur apparent ? Dans laquelle des deux
claffes mettrons nous celui dont il s'agit
aujourd'hui ? Pour moi , je ne vois pas
» comment cela peut même faire une queftion.
Qu'y a t'il de commun entre la
gloire d'égorger un homme & le témoi-
" gnage d'une âme droite , & quelle prife
» peut avoir une vaine opinion d'autrui fur
ود
ود
ود
و د
A iv
8 MERCURE
و ر
و د
و د
ور
ود
ور
">
و ر
14
» l'horneur véritable , dent toutes les ra-
» cines font au fond du coeur ? Quoi ! les
» vertus qu'on a réellement périflent elles
fous les menfonges d'un calomniateur ?
Les injures d'un homme ivre prouventelles
qu'on les mérite , & l'honneur du
fage feroit il à la merci du premier brutal
qu'il peut rencontrer ? Me direz vous
» qu'un duel témoigne qu'on a du coeur , &
» que cela fuffit pour effacer la bonte ou le
» reproche de tous les autres vices ? Je vous
» demanderai quel honneur peut dicter une
pareille déciſion , & quelle raifon peut la
juftifier ? A ce compre , un fripon n'a
qu'à fe battre pour ceffer d'être un fripon
; les difcours d'un menteur devien-
" nent des vérités , fitôt qu'ils font foutenus
» à la pointe de l'épée , & fi l'on vous accu-
" foit d'avoir tué un homme, vous en iriez
» tuer un fecond pour prouver que cela n'eft
pas vrai Ainfi , vertu , vice , honneur ,
» infamie , vérité , menfonge , tout peuttirer
fon être de l'événenient d'un combat; une
» falle d'armes eft le fiège de toute juftice;
il n'y a d'autre droit que la force , d'autre
raifon que le meurtre; toure la réparation
» dûe à ceux qu'on outrage , eft de les tuer ,
» & toute offenfe eft également bien lavée
dans le fang de l'offenfeur on de l'offenfe.
Dites , fi les loups favoient raifonner , au-
» roient ils d'autres maximes ?……….. »
و د
و د
30
و د
وو
Cherchez fi l'on vit un feul Appel fur
la terre , quand elle étoit couverte de
DE FRANCE. 9
99
"
39
Héros Les plus vaillans hommes de l'an-
» tiquité fongèrent ils jamais à venger leurs
injures perfonnelles par des combats particuliers
Célar envoya t'il un cartel à
» Caton , ou Pompée à Céfar pour tant d'af
fronts réciproques ; & le plus grand Capitaine
de la Grèce fut- il déshonoré pour
5 s'être laiffé menacer du bâton ? D'autres
» temps , d'autres moeurs , je le fais , mais
n'y en a t'il que de bonnes , & n'oferoit-
» on s'enquérir fi les moeurs d'un temps
» font celles qu'exige le folide honneur ?
» Non , cet honneur n'eſt point variable ; il
» ne dépend ni des temps , ni des lieux , ni
"
و د
des préjugés ; il ne peut ni paſſer , ni re-
» naître ; il a fa fource éternelle dans le
» coeur de l'homme jufte , & dans la règle
» inaltérable de fes devoirs. Si les peuples les
plus éclairés , les plus braves , les plus ver
» tueux de la terre n'ont point connu le
» duel , je dis qu'il n'eft pas une inftitution
» de l'honneur , mais une mode affreufe &
» barbare , digne de fa feroce origine....
"
33
» Quand il feroit vrai qu'on le fait mé
priſer en refuſant de fe battre , quel mé-
" pris eft le plus à craindre , celui des autres
33
en faifant bien , ou le fien propre en fai-
" fant mal ? Croyez moi , celui qui s'eftime
» véritablement lui- même eft peu fenfible
à l'injufte mépris d'autrui , & ne craint
» que d'en être digne ; car le bon & l'hon-
» nête ne dépendant point du jugement des
» hommes, mais de la nature des chofes ;
A y
10
3
MERCURE
» & quand toute la terre approuveroit l'ac-
» tion que vous allez faire , elle n'en feroit
39
pas moins honteufe. Mais il eft faux qu'à
» s'en abftenir par vertu , l'on fe faffe méprifer.
L'homme droit , dont toute la
vie eft fans tache , & qui ne donna jamais
» aucun figne de lâcheté , refufera de fouile
" ler fa main d'un homicide , & n'en fera
» que plus honoré. Toujours prêt à fervir
la patrie , à protéger le foible , à remplir
» les devoirs les plus dangereux , & à défendre
en toute rencontre jufte & hon-
» nête ce qui lui eft cher , au prix de fon fang,
il met dans fes démarches cette inébran-
» lable fermeté qu'on n'a point fans le vrai
→ courage. Dans la fécurité de fa conſcience ,
» il marche la tête levée ; il ne fuit ni ne
cherche fon ennemi. On voit aifément
qu'il craint moins de mourir que de mal
» faire , & qu'il redoute le crime & non
le péril . Si les vils préjugés s'élèvent un
» inftant contre lui , tous les jours de fon
» honorable vie font autant de témoins qui
23
"
les récufent ; & dans une vie fi bien liée ,
» on juge d'une action fur toutes les autres.
» Savez- vous ce qui rend cette modéra-
» tion fi pénible à un homme ordinaire ?
" C'eft la difficulté de la foutenir digne-
» ment : c'eft la néceffité de ne commettre
» enfuite aucune action blâmable ; car iì la
crainte de mal faire ne le retient pas dans
» ce dernier cas , pourquoi l'auroit - elle retenu
dans l'autre , où l'on peut fuppofer
20
DE FRANCE. II
» un motif plus naturel ? On voit bien alors
» que ce refus ne vient pas de vertu , mais
» de lâcheté ; & l'on fe moque , avec raiſon ,
» d'un fcrupule qui ne vient que dans le
péril. »
"
·
C'eft ainfi que Jean Jacques , ou Héloïfe
, s'exprime fur le duel ; & après avoir
lû ce fragment , il eft difficile de ne pas dire :
pourquoi un Ouvrage fur le duel : Ces pages
n'en difent elles pas autant que pourroient
en dire des Livres entiers ? Cette objection
tombe moins fur l'Auteur de cet Ouvrage
, qui n'a pas écrit dans la langue de
J. Jacques , que fur fon Traducteur. Il n'en
eft pas moins vrai , & il faut le dire , que
dans le volume que nous annonçons , la
queftion eft bien préfentee ; qu'on y difcute
fagement les raifons qui combattent ou favorifent
le duel ; que l'Aureur a approfondi
fon fujet; & ajoutons fur- tour ( ce qui donne
un objet d'utilité , & un coin de nouveauté
même à fon Ouvrage ) qu'après avoir combattu
cet ufage funefte , il propofe des moyens
pour l'extirper. Nous allons en donner une
idée , après avoir obfervé en paſſant que le
titre tel qu'il a été traduit , préſente une expreffion
des plus impropres ; car , à coup
sûr , l'énormité du Duel ne fignifiera jamais
ce que l'Auteur & le Traducteur ont voulu
dire .
L'Auteur examine d'abord fi le duel a été
connu des Grecs & des Romains ; & il prononce
la négative . En effet , dans les faftes
A vj
12 MERCURE
de ces deux Nations , nous voyons les plus
grands Hommes dévorer les plus cruels affronts
, fans fe faire juftice par leur épée , &
fans rien perdre de leur gloire. Nous voyons
le fameux Thémiftocles , près de combattre
à la tête des Athéniens , menacé du bâron
par Eurybiades , Général des Grecs Alliés :
Frappe , lui dit- il , mais écoute. Thémistocles
auroit pû tuer le brutal Eurybiades ; il fit
mieux , il gagna la bataille .
On doit attribuer l'invention du duel aux
anciens peuples Septentrionaux , lorfqu'ils
pafsèrent dans l'Empire d'Occident. Ils commencèrent
par y introduire le duel judiciaire.
Celui ci étant tombé en décadence , on crut
devoir y fuppléer par le duel extrajudiciaire ,
ou en réparation d'honneur. Cet ufage étoit
bien digne du temps & des peuples qui le
virent naître ; il étoit digne d'un fiècle cù les
délits s'expioient par des compenfations ,
c'eſt à dire , d'un fiècle où , par une rétribution
de bled , de beftiaux , chacun acheteit
le droit de commettre le crime qui lui plaifoit
le plus. C'eft par une continuation du
même privilège , qu'on a vû dans le moyen
âge toutes les punitions réduites à des peines
pécuniaires. On taxoit alors tous les délits ,
la vie des hommes , les mutilations de membres
, le vol , l'incefte , l'empoifonnement.
Avec 400 écus on pouvoit impunément affommer
un Évêque ; un fimple Prêtre coûtoit
deux cens écus , ainfi que le vol & le
poifon. Les loix de Lombardie établiffentune
DE FRANCE. Is
taxe pour chaque membre , tant pour un bras,
tant pour une cuiffe, & c. cette taxe avoit été
faite avec tant d'exactitude , que parmi les
dents , qu'on payoit comme les autres parties
du corps , on diftinguoit , par différens prix ,
les machelières de celles de devart.
Après avoir marqué l'origine du duel , le
Docteur Italien prouve qu'il eft contraire
au droit narurel , comme fuppofant une
complication de haine & de vengeance , fentimens
vicieux en eux mêmes , & qui tendent
à étouffer ce germe de bienveillance
que la Nature a placé dans le coeur humain."
Il étoit plus facile encore de prouver qu'il
eft contraire à la Religion ; & l'Auteur pouvoit
fe difpenfer de développer auffi longuement
cette idée ; mais ce qu'il y a de fingu
lier , c'eft que le duel a trouvé des partifans
parmi les Cafuiftes . Ils exigent pourtant quel
ques précautions pour le légitimer ; il s'agit
feulement , fuivant ces Meffieurs , d'éloi
gner de fon intention tout defir de vengeance
, & de diriger cette intention vers le
defif de défendre fon propre honneur. C'eft
le moyen de concilier les loix du monde &
celles de l'Évangile , on , pour parler le lan
gage didactique , de cette manière , un homme
en pareil cas , accorde au monde l'effet
extérieur & matériel de l'action , & donne à
Dieu le mouvement intérieur & Spirituel de
l'intention. On fent que rien n'eft plus commode
, & que tout peut s'arranger avec ces
diftinctions là. L'Auteur combat cette opi-
و
14 MERCURE
nion avec les armes de la Religion , de la
raifon & de l'humanité.
L'objet du Chapitre huitième eft de prouver
que le duellite manque aux devoirs de
Citoyen. Il bleffe les loix , en ce qu'il fe difpenfe
d'y recourir . Il fe fait l'accufateur &
le juge , & il exécute l'arrêt qu'il a prononce
lui même. Enfin , pour nous fervir
des expreffions de l'Auteur , ou plutôt du
Traducteur , il femble fe dire :
"
" Je fais qu'il y a des Tribunaux qui veil-
» lent continuellement à la sûreté com-
» mune , & qui font chargés d'appaiſer tous
» les différends qui s'élèvent entre les parti-
» culiers ; mais je ne veux reconnoître en
» aucune manière ces Tribunaux ; je me
fais même un point d'honneur de les méprifer
; je veux être l'arbitre fouverain des
difputes qui intérelfent mon honneur ; je
veux par la force me faire juftice à moimême.
و ر
>>
"
"
L'Auteur, dans le Chapitre fuivant, fe fait
cette queftion : Le duel peut il être permis
dans un État mal gouverné , où les Magiftrats
, par négligence ou par méchanceté, refufent
ouvertement la juftice ? Il y répond
négativement , & fait voir à combien de
funeftes abus l'affirmative ouvriroit la
porte : en effet , quel vafte champ aux prétextes
les plus dangereux ! quelles Loix
feroient refpectées , ou plutôt quel pouvoir
ne feroit pas anéanti s'il fuffifoit à des
fujets de dire qu'ils font mal gouvernés , pour
DE FRANCE. rs
avoir le droit de le gouverner eux- mêmes !
Le duel eft oppoſé à la nature du véritable
honneur ; tel eft le contenu du dixième
Chapitre. Pour prouver cette propofition &
la mettre dans tout fon jour , il fuffiroit de
citer le trait de ce Citoyen Romain qui éléva
deux Temples , l'un à la Vertu , l'autre à
l'Honneur , mais fi voifins l'un de l'autre &
difpofés de manière qu'il falloit paffer par
le premier pour entrer dans le fecond . Il
feroit difficile d'accorder la définition que
préſente cette idée avec les principes des
partiſans du duel .
On objectera peut être que le duel eſt un
moyen propre à maintenir l'efprit guerrier
dans les troupes , & à fournir de braves
Défenfeurs à l'État. Cette réflexion eft
fpécieufe ; notre Auteur la réfute avec
affez d'adreffe. Il répond que,fur- tout dans
la manière actuelle de faire la guerre , la
force d'une armée confifte moins dans le
courage de chaque combattant en particulier
, que dans la bonne difcipline. Il ap
puie cette affertion fur des faits nombreux
pris dans l'Hiftoire ancienne & dans l'Hiftoire
moderne. Il allègue parmi beaucoup
d'autres preuves , la facilité avec laquelle les
troupes Européennes battent le Ture , qui
eft fort brave , mais mal difcipliné ; & il
faut avouer auffi que contre des Nations
inftruites dans l'Art Militaire le courage eft
abfolument nul fans la bonne difcipline . Or
la difcipline n'a pas de plus ferme appui
16 MERCURE '
que la fubordination , & le duel détruit la
fubordination , paifqu'il ne fe foutient que
par un efprit d'indépendance. C'est ce qui
fournit à l'Auteur un fecond argument contre
le duel. " Montrez- moi , dit - il , une
armée où règne cet abus avec les ridicules
» maximes du point d'honneur qui en font
la fource , vous y verrez auffi régner partout
l'indépendance . Les Officiers dédai-
» gneront d'exécuter les ordres les plus im-
» portans de leur Général , pour aller termi
» ner clandeftinement leurs difputes d'hon
» neur ; car nous avons remarqué que la
première de leurs maximes eft qu'aucane
» loi ni de la patrie ni du Prince ne doit
être préférée à l'honneur. »
·
>>
Si dans leur nombre quelqu'un eft
» affez vertueux pour méprifer le préjugé
commun , & qu'il refufe un défi , ou ne
» le propofe pas lo : fque le prétendu point
» d'honneur l'exige , tous les autres prenant
fa conduite pour une baffeffe , refufe- 30
ront de fervir avec lui . » Enfin les Supérieurs
eux-mêmes font forcés de fe battre
avec leurs inférieurs , puifque d'après ces
mêmes maximes it réfute , comme le dit
Pilluftre Marquis Maffei , qu'un Noble con
tracte envers un roturier au moment où ïl
l'offenfe , & que le Supérieur en offenjant
fon inférieur le fait monter au rang de fes
égaux.
On voit que l'Auteur de cet Ouvrage
pourfuit le duel jufques dans fes derniers
DE FRANCE. 17
1
retranchemens , & que les combats qu'il
lui livre forment eux mêmes un duel des
plus opiniâtres. Enfin , après avoir prouvé
que cet ufage bleffe tout à la fois la Nature
, la Raifon , la Religion & les Loix , il
finit par s'adreffer aux Souverains , & les
exhorte à faire les plus grands efforts pour
déraciner un abus auffi pernicieux ; il les
invite à être inflexibles pour l'exécution des
Loix contre le duel , fur tout à ne faire aucune
grâce à celui qui le propofe , & à prévenir
ces défis en accordant une prompte
Juftice à l'offenfé. Puffendorff a dit que fi
l'on vouloit abolir les duels , il falloit décerner
des peines rigoureufes contre celui qui
donne un foufflet , ou qui en un mot donne
lieu à ce qu'on appelle une affaire d'honneurs
& un autre Auteur ajoute que fi l'on
veur empêcher un Particulier infulté de fe
venger par le fer , il ne faut pas que fa
patience & fon obéiffance tournent contre
lui.
Mais fi un Souverain veut terminer ces
différends , il ne faut pas qu'il établiffe un
Tribunal exprès pour cela , parce que mettre
une différence entre les affaires qui intéreffent
le point d'honneur & les autres délits ,
c'eft nourrir l'abus qu'on veut détruire. Tant
que l'on croira que le point d'honneut fait .
une loi à part , on croira que de femblables
querelles doivent fe terminer d'une
toute autre manière ; il faut fur tout extirper
ce fatal préjugé qui, en pareil cas, attache
18 MERCURE
du déshonneur à recourir aux Magiftrats ordinaires.
L'Auteur voudroit auffi voir abolir l'ufage
ridicule de fe montrer armé d'une épée aux
Spectacles , aux Temples & chez fes amis.
Enfin il propofe , d'après Hobbes , un
moyen fort fimple , & qui n'eft pas moins
puiffant. Il voudroit que les Souverains
fiffent jurer les Gentilshommes à un certain
âge de ne jamais envoyer aucun défi , & de
n'en recevoir aucun ; il voudroit même
qu'on fit prêter le même ferment aux Of
ficiers à l'époque de leur réception .
Cet Ouvrage mérite d'être lû , quoique le
fujet foit traité d'une manière un peu pro
lixe , & que le Traducteur ait trop négligé
fon ftyle.
VARIÉTÉ S.
SUITE des Sermons de l'Abbé Poule ,
comparés à ceux de Bourdaloue & de
Maffillon
.
LORSQSQUE Bourdaloue finiffoit fa carrière
, s'élevoit un des plus heureux Génies de
notre Nation , qui devoit le premier nous enfeigner
le vrai fyftême de l'Éloquence chrétienne , l'enrichir
de nouvelles beautés ; c'eft le Père Maffillon .
Bourdaloue prêchoit la Cour de Louis XIV dans le
temps de toute la fplendeur de ce règne . Maffillon
la prêcha dans les jours de la vieillefe du Roi &
des calamités du Royauine. Il femble qu'en ce point
DE FRANCE. 19
ees deux talens ayent été déplacés. L'Eloquence fi
noble & fi aimable de Mafillon eût encore embelli
la majeſté & l'éclat du commencement de ce
règne , & la féchereffe auftère du ftyle de Bourdaloué
eût mieux convenu au deuil de la France &
à la trifte dignité d'un vieux Monarque ; mais d'un
autre côté on peut dire que Maffillon étoit fingulièrement
propre à dédommager fa patrie de tant
de grands Hommes qu'elle avoit déjà perdus , & à
la confoler dans les malheurs,
On connoît peu le fond de la vie & du caractère
de Maffillon. M. d'Alembert , qui s'attache beaucoup
à recueillir les petits faits dans la vie des grands
Hommes , parce qu'il fait en faire fortir leurs traits
principaux ; M. d'Alembert , dans l'excellent Éloge
qu'il nous a donné de cet Orateur , n'a pu tirer de
grands fecours des mémoires particuliers & de la
converfation des contemporains , où il a puifé pour
fes autres Eloges tant de chofes intéreffantes . On
fait feulement que Maffillon fe fit honorer & bénir
par toutes les vertus d'un Évêque , & la mémoire
eft encore en vénération dans fon Diocèfe. On
croit fentir dans fes Ouvrages ce qu'on n'apperçoit
pas dans le peu d'événemens qui compofent fon
Hiftoire. On croit y reconnoître un coeur qui n'avoit
point été étranger aux paffions , qui avoit fur
le monde non pas feulement l'expérience d'un
homme qui l'avoit vû , mais celle d'un homme qui
avoit failli au moins s'y livrer. C'eft fans doute à
ces dangers où fon coeur a été exposé qu'il faut attribuer
ce parti qu'il avoit pris dans fa jeuneffe &
dans le commencement de fes fuccès d'aller ensevelir
à la Trape fes talens & fa renommée. Cette fenfibilité
, qui l'approchoit des foibleffes , lui donnoit
auffi un goût plus vif de la vertu , un plus tendre attachement
à la Religion qu'il devoit annoncer. Il
eft du nombre de ces Ecrivains qui deviennent les
20
MERCURE
amis de leurs Lecteurs , qui infpirent encore plus la.
confiance que l'admiration , parce qu'ils paroiffent
toujours avoir épanché leur âme dans tout ce qu'ils
ont dit de beau & de bon.
Maffillon fut maîtriſé par la fenfibilité de fon
coeur , comme Bourdaloue l'avoit été par la rigidité
de fon efprit En écoutant ce dernier , il dit : Je ne
prêcherai pas de cette manière Il fentoit que c'étoit
fur- tout dans le coeur qu'il falloit porter la Religion
& la Morale , & que cette dialectique continuelle
étoit plutôt un vice qu'une perfection dans la raifon
même.
Je ne crois pas que les grands Hommes entrent
toujours dans leur carrière avec une théorie toute
formée & le plan complet de leurs travaux ; fouvent
, ou du moins long - temps , ils ne font que s'abandonner
à l'inftinct de leur talent ; mais en examinant
leurs Ouvrages , on peut démêler ces principes
fecrets fur lefquels ils ont été conçus & exécutés.
Maffillon réuniffoit un efprit jufte & vrai , une
âme fenfible , une imagination facile & brillante , la
connoiſſance du monde & des hommes. Éclairé &
foutenu par tant de dons heureux , il vit que les
hommes à qui il devoit parler étoient déjà bien
loin des principes de la Keligion , qu'ils s'étoient
fait une morale plus commode à laquelle ils vouloient
s'en tenir. Il conçut qu'il falloit réveiller leur
confcience fur ces grandes & terribles vérités qu'ils
abandonnoient ; démentir ces funeftes maximes qui
les avoient fubjugués , armer contre elles leur propre
coeur toujours trompé dans la fauffe félicité
qu'elles lui promettent. Il voulut entrer dans les plus
fecrets mouvemens des paffions, pour leur faire rendre
témoignage à elles - mêmes de la contradiction
de leurs voeux , de l'impuiffance de leurs efforts ; au
milieu de toutes ces attaques livrées aux vices , s'adreffer
à tous les bons penchans auxquels ils fe
DE FRANCE 21
lient fouvent dans notre coeur ; fe faifir de ce qu'il
y a de plus vif & de plus profond dans nos affeetions
pour en former l'amour de la vérité & de la
vertu. Dans un fiècle extrêmement poli , on n'a plus
de prife fur les hommes que par la féduction des
Arts. Il faut flatter leur goût pour arriver à leurs
coeurs. Il ne négligea pas les charmes du ftyle ; il en
embellit cette onction qu'il puifoit dans la douceur
de fon âme. Il fentit en même temps que l'augufte
& important Miniftère qu'il alloit remplir ,
pouvoit fe dégrader par le foin de plaire ; il le corrigea
donc par quelque chofe de pur & de férieux qui
fe fait toujours fentir dans fes difcours . On voit fans
ceffe qu'une fi bellediction fort d'un coeur touché , que
ce font des fentimens vrais qui la parent & l'animent ,
qu'elle a été plutôt un heureux inftrument dans les
mains de l'Orateur, que l'objet des complaifances de
fon amour-propre. La diction la plus nue ne pour
roit avoir un air plus fincère & plus modefte ; fes
attraits paroiffent encore plus appartenir au doux
fentiment de la vertu qu'à la perfection de l'art , &
c'eft par-là qu'elle trouve fi peu de réfiſtance pour
s'infinuer dans le coeur.
"
J'o'erai ici combattre une opinion adoptée par
M. d'Alembert dans fon Eloge de Maffillon . « Si
» l'on vouloit cependant établir entre ces deux
» Orateurs illuftres ( Bourda'oue & Maffillon ) une
efpèce de parallèle , on pourroit dire , avec un
» homme d'efprit , que Bourdaloue étant plus rai-
» fonneur & Maffillon plus touchant , un Sermon
» excellent à tous égards feroit celui dont Bourda-
» loue auroit fait le premier point , & Maffilion le
» fecond. »
Il y a dans cette idée quelque chofé de faux en
raifon & en goûr qui ne pouvoit échapper à l'efprit
jafte & fin de M. d'Alembert. « Peut être , ajoutest-
il immédiatement , un Di.cours plus parfait en22
MERCURE
» core feroit celui où ils ne paroîtroient pas ainfi
» l'un après l'autre , mais ou leurs talens fondus
» enſemble fe pénétreroient , pour ainfi dire , mu-
» tuellement , & où le Dialecticien deviendroit pathétique
& fenfible. » วง
On ne peut mieux réfuter cette idée , qui ne me
paroît pas trop digne d'un homme d'efprit ; mais je
trouve dans la réflexion de M. d'Alembert une vûe
fur le caractère de talent de ces deux Orateurs à laquelle
je ne puis me rendre. J'avoue bien que
Bourdaloue eft un plus grand raiſonneur que Malfillon
; mais eft- il un meilleur efprit ? C'eſt , je crois ,
ce que peu de perfonnes penferont , & ce que je ne
puis abfolument admettre. Voilà cependant la qualité
effentielle pour la bonne ordonnance d'un Dif
cours. Si Bourdaloue avoit peut- être plus de fagacité
& de force dans les idées , Maffillon avoit plus
de jufteffe & de bonheur dans l'efprit. On eft plus
furpris des plans de l'un , plus fatisfait de ceux de
l'autre. Voyez comme Maffillon eft toujours fidèle à
l'obſervation du monde , aux mouvemens du coeur
humain. Chacun retrouve dans fes Difcours ce qu'il
a vù , ce qu'il a fenti. Chacun fe fent confondu par
Les objections, & appelé par un mouvement intérieur
vers les vérités ou les vertus qu'il préfente. En eft il
de même de Bourdaloue ? Ce n'eft qu'en épuifant
votre attention qu'il fubjugue votre efprit ; il vous
accable de fes preuves plutôt qu'il ne vous gagne
par les raifons ; & dans la croyance & la morale
ce n'eft rien de convaincre , il faut perfuader. Maffillon
me paroît un de ces talens exquis dont la raifon
& le goût forment toujours le fond, & à qui il
eft exclufivement accordé de réunir dans un degré
à-peu- près égal le mérite de la pensée & celui
du ftyle . Remarquez - le bien , Vous verrez
que les mêmes caufes qui ôtent tout intérêt au ſtyle
de Bourdaloue , amènent prefque toujours quelque
•
DE FRANCE. 23
chofe de faux & de malheureux dans le plan de ces
Difcours. Comparez les Sermons de ces deux Prédicateurs
fur l'Aumône & fur les Richeſſes , vous ne
trouverez dans Bourdaloue . que des idées très - communes
; vous verrez dans Maffillon des vûes qui
l'euffent feules porté à un ftyle éloquent par leur intérêt
, leur jufteffe & leur élévation. Je eiterai à cet
égard fon Sermon du mauvais Riche comme un
chef-d'oeuvre. D'après la belle parabole de l'Évangile
, il repréfente le mauvais Riche en enfer. Pourquoi
eft - il en enfer ? Fut - il un homme injufte ,
cruel , fans foi , fans moeurs & fans pudeur ? Non ,
feulement il étoit riche , & il ne fongeoit pas aux
befoins des pauvres . Rien ne me paroît au deffus de
l'idée de ce Sermon , pas même tout le talent avec
lequel il eft traité. J'ai cherché des vûes pareilles
dans Bourdaloue , je n'en ai pas trouvé. Je conviens
cependant que Maffillon montre plutôt un efprit
jufte & heureux dans le choix & la méditation de
fes fujets , qu'un génie vafte & inventif. On voit
qu'il comptoit trop fur les reffources de fon ftyle ,
comme dans fon ſtyle il s'abandonnoit trop fouvent
à fa facilité. Beaucoup de fes Sermons rentrent les
uns dans les autres , & plufieurs font à tous les
·égards très - médiocres ; mais auffi il eft impoffible
de ne pas aimer & admirer beaucoup ceux qu'il a
travaillés avec tout fon talent.
Comme il eft différens genres d'efprit & de
talent , il eft auffi divers genres d'éloquence. Il eft
des hommes dont l'âme naturellement prédominante
, fe trouve toujours au niveau des plus grands
objets , ou les élève à fa propre hauteur ; elle les
peint comme elle les voit & les fent , & quelque
chofe d'impétueux & d'extraordinaire empreint dans
toutes fes idées & fes expreffions , femble faire de
fon éloquence une langue fupérieure à celle des
mortels , c'eſt l'éloquence de Boffuet.
24 MERCURE
Il en eft une autre qui , tenant à un eſprit moins
élevé , mais plus flexible , a une fenfibilité moins
vive & plus douce , a une imagination qui répand
avec plus d'abondance & de variété des couleurs
moins riches & moins fortes , pénètre dans toutes
les parties des objets , y faifit des rapports & des
effers qu'elle feule fait appercevoir , en fait fortir des
impreffions nouvelles , fatisfait l'efprit plutôt qu'elle
ne l'étonne , émeut l'âme fans la bouleverfer , &
dédommage le goût des beautés originales par des
jouiffances plus délicates , c'eft, l'éloquence de Maffillon.
On eft toujours trop près de croire exclufives
l'une de l'autre des qualités oppofées Il n'eft point
de vrai talent qui ne réuniffe la force & la grâce.
Maffillon a de la première , Boffuet a de la feconde ;
mais leur force & leur grâce ne fe reffemblent pas ,
& ne changent pas le caractère de leur génie ; de
même qu'une teridre émotion légèrement répandue ,
fur une phyfionomie pleine de force & de grandeur
n'en efface pas les traits fiers & majeftueux, & qu'un
mouvement d'indignation n'altère pas entièrement
la férénité habituelle d'une figure douce & aimable.
La richeffe & l'élégance ne forment donc pas
fcules l'éloquence & le ftyle de Maffillon ; fes Difcours
offrent auffi de la grandeur & de l'énergie. Il
eft même arrivé une fois à la plus fublime éloquence
, c'est dans ce morceau du Sermon fur le
petit nombre des Élus, qu'on a cité fouvent, & qu'on
ne peut relire fans une plus vive admiration.
« Et c'eſt pour cela que je m'arrête à vous , mes
Frères , qui êtes ici affemblés ; je ne parle plus du refte des hommes ; je vous regarde comme fi
» vous étiez ſeuls fur la terre : voici la penfée qui
» m'occupe & qui m'épouvante. Je fuppofe que c'eft » içi votre dernière heure & la fin de l'Univers ;
» que les Cieux vont s'ouvrir fur vos têtes , Jéfus-
» Chrift
DE FRANCE. 25
30
» Chrift paroître dans fa gloire au milieu de ce
Temple, & que vous n'y êtes affemblés que
pour l'attendre , & comme des criminels trema-
» blans à qui l'on va prononcer ou une fentence
» de grâce ou un arrêt de mort éternelle ; car vous
∞ avez beau vous flatter , vous mourrez tels que
» vous êtes aujourd'hui ; tous ces defirs de change-
» ment qui vous amufent, vous amuferont jufqu'au
lit de la mort ; c'est l'expérience de tous les
» fiècles; tout ce que vous trouverez alors en vous
» de nouveau, fera peut-être un compte un peu plus
grand que celui vous auriez aujourd'hui à
rendre ; & für ce que vous feriez fi l'on venoit
» vous juger dans le moment, vous pouvez prefque
décider ce qui vous arrivera au fortir de la
33
33
vie.
ל כ
que
Or, je vous le demande , & je vous le demande
frappé de terreur , ne féparant pas en ce point
mon fort du vôtre , & me mettant dans la même
» difpofition où je fouhaite que vous entriez ; je
» vous demande donc fi Jésus- Chrift pareilfoit
» dans ce Temple au milieu de cette Affemblée , la
33
plus augufte de l'Univers , pour nous juger , pour
faire le terrible difcernement des boucs & des
» brebis , croyez - vous que le plus grand nomre
» de tout ce que nous fommes ici fùt placé à la
» droite ? croyez - vous que les chofes du me as
» fuffent égales ? croyez -vous qu'il s'y trouvât feulement
dix Juftes , que le Seigneur ne put trouver
autrefois en cinq Villes toutes entières ? Je
» vous le demande ; vous l'ignorez , & je l'ignore
» moi-même. Voas feul , ô mon Dieu ! connoiſſez
» ceux qui vous appartiennent ; mais nous ne
connoiffons pas ceux qui lui appartiennent , nous
favons du moins que les pécheurs ne lui appar-
» tiennent pas. Or , qui font les fidèles ici allem-
» blés ? Les titres & les dignités ne doivent être
Nº. 49 , 6 Décembre 1785 .
26
MERCURE
20
ود
comptés pour rien ; vous en ferez dépouillés
» devant Jésus - Chrift : qui font - ils ? Beaucoup de
pécheurs qui ne veulent pas fe convertir , encore
plus qui le voudroient , mais qui different leur
converfion ; plufieurs autres qui ne fe convertiffent
jamais que pour retomber ; enfin un grand
nombre qui croient n'avoir pas besoin de con-
» verfion : voilà le parti des réprouvés . Retranchez
» ces quatre fortes de pécheurs de cette affemblée
fainte , car ils en feront retranchés au grand
» jour ; paroiffez maintenant , Juftes : où êtes-vous
» reftes d'Ifraël , paffez à la droite ? Froment de
Jésus-Chrift, démêlez-vous de cette paille defti-
» née au feu : ô Dieu ! où font vos Élus ? Et que
refte-t il pour votre partage?
55
מ
כ ןכ
Lorfque ce morceau fut prenoncé , l'Affemblée
toute entière , faifie d'effroi , par un mouvement in
volontaire , s'eft trouvée debout comme ti elle eût
affifté réellement à ce terrible jugement que l'Orateur
lui retraçoit. Il n'eft point de louanges dignes
d'un morceau qui a produit une telle impreffion ,
& il faudroit admirer chaque phrafe.
En s'élevant fi haut , Maffillon s'eft fur- tout élevé
au- deffus de lui - même . Quoiqu'il ne ſoit pas étranger
à la grande Eloquence , jamais il ne prend une
attitude auffi fière , auffi majeftueuſe , un ton fi
mâle , un langage fi fort au deffus des embelliffemens
du ſtyle. J'ai été frappé dans la lecture d'un
grand nombre de fes Sermons , d'un morceau qui
ine paroit offrir le caractère dominant de les
beautés dans toute leur perfection ; c'eſt le tableau
de la Mort du Pécheur , dans le Sermon qui porte
ee titre. Que puis- je mieux faire en parlant d'un auffi
excellent Ecrivain , que de le citer ſouvent ?
« Alors le pécheur mourant ne trouvant plus
dans le fouvenir du paffé que des regrets qui
›› l'accablênt ; dans tout ce qui fe paſſe à ſes yeux 33
DE FRANCE. 27
» que des images qui l'affligent ; dans la penſée de
», l'avenir que des horreurs qui l'épouvantent ; ne
» fachant plus à qui avoir recours , ni aux créa-
» tures qui lui échappent , ni au monde qui s'éva-
» nouit , ni aux hommes qui ne fauroient le déli-
» vrer de la mort , ni au Dicu jufte qu'il regarde
» comme un ennemi déclaré, dont il ne doit plus
attendre d'indulgence ; il fe roule dans fes propres
horreurs ; il fe tourmente , il s'agite pour
» fuir la mort qui le faifit , ou du moins pour fe
» fuir lui - même ; il fort de fes yeux mourans je ne
"
30
fais quoi de fombre & de farouche qui exprime
» les fureurs de fon âme ; il pouffe du fond de fa
» trifteffe des paroles entrecoupées de fanglots qu'on
» n'entend qu'à demi , & on ne fait c'est le
» défefpoir ou le repentir qui les a formées ; il
» jette fur un Dieu crucifié des regards affreux , &
qui laiffent douter fi c'eft la crainte ou l'efpérance
, la haine ou l'amour qu'ils expriment , il
entre dans des faififfemens où l'on ignore fi c'eſt
» le corps qui fe diffeut , ou l'âme qui fent l'approche
de fon Juge ; il foupire profondément , &
» l'on ne fait fi c'eft le fouvenir de fes crimes qui
lui arrache fes foupirs , ou le défefpoir de quitter
» la vie : enfin , au milieu de ces triftes efforts fes
yeux fe fixent , fes traits changent , fon viſage ſe
défigure , fa bouche livide s'entrouvre d'ellemême
; tout fon corps frémit , & par ce dernier
» effort fen âme infortunée s'arrache comme à
» regret de ce corps de boue , tombe entre les
» mains de Dieu , & fe trouve feule au pied du
» Tribunal redoutable . »
30
Remarquez comme toutes les beautés de la diction
fe mêlent ici à la vigueur du tableau . Quel
riche développement ! quelle habile gradation !
comme tous les traits s'agrandiffent en s'uniffint !
quel favant mêlange de hardice & de bonheur
Bij
28 MERCURE
à
dans ce ftyle ! quel admirable contrafte entre ces
expreffions pleines d'art & de talent tout enſemble :
Ilfe roule dans fes propres horreurs , &c Ilfort de
fes yeux mourans je ne fais quoi de fombre & de
farouche , &c. Il pouffe du fond de fa trifteffe des
paroles entrecoupées de fanglots , &c . & la fublime
fimplicité des derniers traits. Son âme infortunée
s'arrache comme regret de ce corps de boue , tombe
entre les mains de Dieu , & fe trouve feule au
pied du Tribunal redoutable ! Je ne dis pas que
Mafillon ait employé dans la compofition de ce
morceau tout l'art que j'y apperçois. A Dieu ne
plaife que je voye toujours , même dans le plus
habile Orateur , un homme tout entier à l'effet de
fes phrafes dans les momens même où fon coeur
doit l'infpirer ; mais le talent cultivé a une logique.
fecrette qui guide à fon infu , & autant qu'il
eft en moi de la démêler , voilà celle du talent de
Maffilion.
Qui croiroit qu'un fi beau talent porte en luime
un défaut capital & continuel , celui de s'appefantir
toujours fur la même idée ou le même fentiment
? Mais ce défaut dans Maffillon tenant à fon
talent même , fe laiffe à peine appercevoir tant que
le talent eft dans toute fa force ou fa plénitude , &
c'eft ce qui diftingue Malillon des Écrivains qui
pêchent par le même endroit. Sénèque , qui offre
d'ailleurs de fi belles penfées & de fi belles expreffions
, s'épuife à retourner fon idée fous une multitude
de formes différentes , & il ne parvient fouvent
qu'à la gâter. Fléchier , qui procède toujours pat
l'enthitèle , s'occupe encore long- temps à faire jouer
entre- eux les mots , lors même que la pensée eft
déjà faifie. Ils impatientent l'un & l'autre , parce
que ces ftyles , au défavantage de prolonger le difcours
au-delà du fajet , ajoutent encore le malheur
plus grand de dégrader le Philofophe & l'Orateut
DE FRANCE.
29
· par les petites & fauffes prétentions du bel efprit.
Maffillon , au contraire , corrige en quelque forte
cette foibleffe de fon efprit par la pureté de fon
cour. On ne peut appercevoir l'une fans l'autre.
On eroit que c'eft innocemment qu'il embellit trop
fon objet ; d'ailleurs il choifit fi bien les nouvelles
nuances fous lefquelles il reproduit fon idée ; & il y
a tant d'abondance & de grâce dans le long épanchement
de fes fentimens , qu'on lui fauroit fouvent
mauvais gré d'adopter une marche plus rapide
ou plus féconde. Mallillon avoit un efprit
trop jufte & trop heureux pour l'avoir ſtérile ; s'il a
un grand nombre de Sermons médiocres , & fi
dans ces Sermons fon ftyle eft tout - à - fait languif
fant , ce n'eft pas qu'il ait manqué de fonds , c'eft
qu'il ne s'eft pas affez défié de fa facilité.
Maffillon avoit déjà acquis la gloire d'un bon
Moralifte , du premier Prédicateur de fa Nation ,
& d'un des meilleurs Ecrivains de toutes les Littératures
; il lui étoit encore réſervé , fur la fin de fa
carrière , de confacrer fa mémoire par le plus augufte
& le plus touchant emploi de l'éloquence , celui de la
faire fervir à l'éducation d'un jeune Prince Louis XIV
venoit de mourir , après avoir vu toate la pompe de
fon règne s'obscurcir & s'éteindre dans les deuils de
fa famille & dans les défaftres de fon Royaume..
Ses dernières années n'avoient plus offert de fa première
gloire , qu'un majeftueux fouvenir . Un Enfant
de dix ans , feul rejetton de cette auguſte tige , Occupoit
déjà le Trône , avant d'en pouvoir exercer la
puiffance & d'en connoître les devoirs. Après de
longs & profonds malheurs , c'étoit la fource de toutes
les confolations , parce qu'il étoit l'objet de toutes les
efpérances. C'eft à cette époque que Maffillon, récompenfé
erfin par l'Epifcopat , & touchant à la vieilleffe,
fur appelé pour venir encore une fois prêcher à
la Cour. Il pouvoit obtenir des triomphes flatteurs
Bij
30
MERCURE.
avec les mêmes chef d'oeuvres . Mais fon coeur ſenfible
& vertueux conçut une autre eſpérance . Il ofa
embraffer le projet de préparer un bon Roi à la
Nation. Il fit de nouveaux difcours , qui formèrent
une fuite d'inftructions pour le jeune Prince. Il a
fans ceffe cet Enfant royal fous les yeux ; il dépouille
fon ftyle de fon ancienne pompe , il en retranche
même une certaine vigueur de raiſon , qui pouvoit
effaroucher un âge encore fi tendre ; il n'en conferve
que la douceur & la grace . Mais ce ton fimple
& touchant lui fuffit pour le grand objet qu'il fe
propofe . Il peint des plus aimables couleurs toutes
les vertus qu'il veut donner au jeune Roi. C'eſt dans
fon coeur qu'il grave tous fes devoirs , il les affocie
à tous les innocens penchans de fon âge . Il n'oublie
rien fur-tout pour développer toute fa fenfibilité &
pour la tourner vers fon peuple. Il lui porte tous.
les voeux que l'on forme pour lui ; il lui fait goûter
les premieres douceurs de l'affection publique. Il lui
préfente la Nation & il le préfente à elle ; il lui peint
aur-à -tour les malheurs & la gloire qui environnent
fa jeuneffe . L'orphelin & le roi font fans
ceffe mis à côté l'un de l'autre , afin que fon coeur
ne puiffe s'élever fans s'attendrir , & qu'il s'afflige
en même- temps de fa fortune & de fon délaiffement .
Au milieu de ces tendres épanchemens , les plus
grandes , les plus fortes vérités lui font enfeignées ;
& tous les devoirs du Prince font fondés fur les droits
des peuples. Comme il avoit deux objets dans fon petit
Carême , celui d'émouvoir le coeur du jeune Prince
, & celui de l'inftruire , fon éloquence a auffi deux
genres. Ecoutons-le dans l'un & l'autre objet .
Arrêtons-nous d'abord à fes tendres prières pour
le jeune Prince.
» Grand Dieu ! plus le Trône eft environné de
piéges , plus les Rois ont befoin que vous les en-
→ vironniez de votre protection & des fecours de votre
DE FRANCE. 31
အ grande miféricorde : ainfi plus une tendre jeuneffe
» & une enfance délaiffée à elle-même & à tous les
périls de la Royauté , expofe cet Enfant augufte ,,
plus il doit devenir l'objet de vos foins & de votre
tendreffe paternelle .
לכ
» Armez de bonne heure l'innocence de fon
» coeur contre les dérifions qui aviliffent la piété , &
» contre les écueils de la piété même : donnez-lui
» ces vertus qui fanctifient l'homme & qui font en
» même-temps le grand Roi. Faites qu'il refpecte
» ceux qui vous fervent ; & qu'il ferve lui-même le
» Dieu de fes pères avec cette majefté qui feule peut
» rendre les Rois refpectables.
» Jetez les yeux fur lui du haut du Ciel ', grand
» Dieu ! & voyez ici à vos pieds cet Enfant augufte
& précieux , la feule reffource de la Monarchie ,
» l'Enfant de l'Europe , le gage facré de la paix
» des peuples & des nations : les entrailles de votre /
» miféricorde n'en font-elles pas émucs ? Regardezle,
grand Dieu ! avec les yeux & la tendreffe de
∞ toute la Nation.
"
"
» Ecoutez la première voix de fon coeur innocent
, qui vous dit ici , comme autrefois un faint
» Roi : Dieu de mes Pères , regardez moi , laiſſez-
» vous toucher de pitié à la vue des périls que
» mon âge & mon rang me préparent & qui vont
» m'entourer de toutes parts au fortir de l'enfance :
» refpice in me & miferere met : ſoyez vous même
» le défenfeur de mon Trône & de ma jeuneffe :
» contervez l'Empire à l'Eufant de tant de Rois , &
qui ne connoît pas de titre plus glorieux que
» d'être le premier né de vos enfans : da imperium
35
» puero tuo.
L
» Mais que la confervation d'une Couronne
» terreftre , grand Dieu ! ne foit pas le feul de
vos bienfaits : fauvez le fils d'Adélaïde , des
Blanches , des Clotildes , & de tant de pieufes
BAY
32 MERCURE
39
Princeffes , qui me portent encore devant vous
so dans leur fein , & comme l'Enfant de leur amour
» & de leurs plus chères efpérances : Et falvumfac
filium ancilla tua : & puifque l'innocence attire
toujours fur elle vos regards les plus propices
& les plus tendres , confervez- la moi , grand
» Dieu ! auffi long - temps que ma Couronne. »
Voici maintenant les principes qu'il préfente au
5כ
Roi :
20
CC
Qui , Sire , c'eft le choix de la Nation qui
» mit d'abord le Sceptre entre les mains de vos
» Ancêtres ; c'eſt elle qui les éleva fur le Bouclier
» militaire & les proclama Souverains. Le Royaume
devint enfuite l'héritage de leurs Succeffeurs :
» mais ils le dûrent originairement au confentement
libre des Sujets. Leur naiffance feule les mit enfuite
en poffeffion du Trône : mais ce farent
les fuffrages publics qui attachèrent d'abord ce
» droit & cette prérogative à leur naiſſance. En un
mot , comme la première fource de leur autorité
» vient de nous , les Rois n'en doivent faire uſage
» que pour nous. Les Flatteurs , SIRE , vous re-
» diront fans ceffe que vous êtes le maître , & que
vous n'êtes comptable à perfonne de vos actions .
Il est vrai que perfonne n'eft en pouvoir de
» vous en demander compte ; mais vous vous le
» devez à vous- même , & , fi je l'ofe dire , vous
le devez à la France , qui vous attend , & à
» toute l'Europe qui vous regarde . Vous êtes le
» Maître de vos Sujets ; mais vous n'en aurez que
» le titre , fi vous n'en avez pas les vertus. Tout
" vous eft permis ; mais cette licence eft l'écucil de
33
l'autorité, loin d'en être le privilége . Vous pou-
» vez négliger les foins de la Royauté ; mais ,
» comme ces Rois fainéans , ſi déshonorés dans nos
« Hiſtoires , vous n'aurez plus qu'un vain nom
DE FRANCE.
33
» de Roi , dès que vous n'en remplirez pas les fonctions
auguftes .
ל כ
Ceux qui emploient un fi aimable talent à préfenter
à un Roi ces grandes vérités , deviennent véritablement
les bienfaiteurs des peuples. Le Petit .
Carême de Maffillon eft du petit nombre de ces
Livres facrés , dignes d'entrer dans l'éducation des
Princes. Par le genre des vérités & de l'éloquence
qui y regnent , il mérite d'être placé à côté du
Télémaque
. * Auf les Auteurs de ces touchans
* Qui n'a fenti , qui n'a adoré les grâces de l'imagination
qui a créé ce beau Poëme , & ce charme d'innocence
& de vertu qui femb e épurer l'âme du Lecteur à propor
tion du plaifir qu'il reçoit ? Mais a t'on donné affez de bénédictions
à cette morale douce & fublime , qui , s'élevant
au deffus tout- à - la - fois , & de ce fanatime patriotique des
auciens qui , en reffe: rant davantage les liens des Citoyens ,
rompoit tous ceux des Nations , & de ces infolens prejuges
de la ftupide feodalite , qui avoient voué le peuple
à la misère & à la baffeffe , s'appuie toute entière fur la
fainte humanite , en fait le sommencement & la fin de
toute gloire , de toute fageiſe , de toute vertu parmi les
hommes A-ton rendu affez de juftice à cette politique
grande à force être fimple , qui a voulu exclure de l'adminiftration
des états toutes les fauffes gloires , toutes les
grandeurs defaftreuſes , qui n'a adinis pour garants de la
felicité publique que les bonnes moeurs & les loix de
l'équité ? Un grand Roi , qui donna à Fénelon la plus
noble marque d'eftime qu'un Roi & qu'un père puiffe.
donner , ne vit dans ce Livre , écrit pour l'éducation de
fon petit fils , que la fatyre de fon regne Cette accufation
étoit fans judice , mais non pas fans fondement. Fenelon
pouvoit-ilconcevoir le deffein d'outrager fon Bienfai : eur ,
de férrir un Monarque qu'il honoroit dans fa confcience ?
Mais fon coeur fenubie & vrai l'avoit conduit , fans qu'il
s'en doutât , a tracer , à l'ombre même de ce trône refplendiffant
de gloire & de puiffance , une pathétique proteſtation
en faveur du genre humain , contre un Gouvernement
qui avoir fouvent out immolé à la grandeur perfonnelle
de Monarque. Ou trouvoit -il cette Philofophie
encore fi étrangère à fon fiecle , & qui fera dans tous les
temps la fource des meilleurs principes ? Ne fuppofe - t'elle
pas autant d'étendue d'efprit que de fenfibilite dans l'âme?
Bv
34 MERCURE
Ouvrages eurent bien des rapports . La nature leur ,
accorda un talent & un caractère pleins de grace &
de douceur : leur destinée les conduifit l'un & l'autre ,
à être les Précepteurs d'un jeune Prince ; & dans ,
cet augufte emploi , leur ame noble & franche les
a élevés au- deffus des préjugés qui devoient , natu- 1
rellement les dominer. Ils fe reffemblent jufques
dans l'efpèce de leurs défauts , qui font de la foi- ,
bleffe & des longuears. Avouons cependant que fi
ces deux hommes peuvent être rapprochés par tant
de chofes , ils ne peuvent être égalés. La fenfibilité
dans Maffillon eft moins vive , moins profonde ;
elle n'annonce pas une ame fi heureufement douée .
Son imagination paroît auffi fouple ; elle ne paroît
pas auffi féconde. Les beautés & les défauts dans Fénelon
fortent uniquement d'un coeur qui ne fait que
s'ouvrir & fe répandre ; les beautés & les défauts
dans Mafliion tiennent davantage à un art fingulièrement
facile , qui fouvent abufe de lui - même.
On établit fouvent des parallèles, fans affez examiner
fi les objets fe conviennent , ou , ce qui eft encore
plus vicieux , fans marquer en quoi ils diffèrent.
Comme on avoit comparé Bourdaloue à Corneille ,
on a comparé Marfillon à Racine : on l'a appelé le
Racine de la profe . Un mérite commun entre deux
Ecrivains , peut encore admettre de grandes différences.
Le mérite commun de Racine & de Maffillon
eft l'élégance de leurs ftyles. Mais leur élé-
Aimable précepteur des Rois , généreux défenfeur des
Peuples , c'eft ta gloire particulière qu'on ne puiffe rien
féparer dans les perfections que tu réunis , & tu reffembles
en tout à ces êtres céleftes , qui re puifent l'élévation de
leurs idées que dans la fainteté de leur nature . Tout ce que
je puis appercevoir dans ton génie , ou plutôt dans ton
ame , c'elt qu'elle fur une heureufe réunion de ce qu'il y
a de plus touchant dans les moeurs antiques , de plus pur
dans la Religion Chrétienne , & de plus jufte dans l'efprit
moderne.
३
DE FRANCE. 35
gance eft-elle de la même nature & du même
prix ? Le ftyle de Maffillon eft noble , touchant ,
brillant fans fafte , élevé avec foupleffe : celui de
Racine réunit dans le degré le plus accompli tous
les tons , toutes les beautés , & cela dans un genre
d'écrire & une nature d'Ouvrages bien plus difficiles.
Les Ecrivains qui ont cette perfection éprouvent un
grand malheur. On ne veut pas confentir à leur accorder
tous les mérites. Parce que Racine eft plein
de douceur & de jufteffe , on n'a pas voulu obferver
toure fa force , toute fon élévation . Bien des
Gens de Lettres ne favent pas encore que c'eſt lui
qui a le plus créé de grandes expreffions ; qu'il a
enrichi la langue d'une foule d'effets ignorés , &
que c'eft- avec les exemples que l'on pourroit toujours
répondre aux timides obfervations de ces Critiques
qui croient avoir du goût , parce qu'ils s'effrayent de
cette indépendance & de cette inverfion qui caracté
fent le génie. Je crois aimer & admirer Maffillon
autant que perfonne ; mais il m'eft impoffible de
voir en lui le Racine de la profe.
( Ces Articles font de M. L. C. )
( Celui fur M. l'Abbé Poule paroîtra dans un des
prochains Mercures. )
SPECT A CLE S..
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Lundi , premier de ce mois , on a donné
la première repréſentation de Didon , Opéra-
Tragédie en trois Actes , Poëme de M. Marmontel
, mufique de M. Piccinni.
Ce fujet , dont Virgile a fait le morceau
i
B vj
36 MERCURE
1
leplus fublime de poéfie paffionnée que nous
ait laiffé l'antiquité , a déjà été mis au Théâtre
avec fuccès , par Métaftafe , en Italie
& par M. le Franc de Pompignan , en France .
Le nouvel Opéra a été repreſenté à Fɔntainebleau
avec un fuccès trop éclatant &
trop foutenu pour faire craindre qu'il ne
foit pas reçu à Paris avec les mêmes applaudiffemens.
Obligés d'envoyer à l'impreffion
cet article avant la première repréfentation
, nous nous contenterons d'indiquer
fidèlement la marche & la conduite
du Poëme , fans nous permettre ni éloges ni
critiques. Nous attendrons que le Public ait
prononcé fur l'Ouvrage , pour rendre compte
du jugement qu'il en aura porté.
La marche de cet Opéra eft très fimple
, & n'eft qu'une divifion naturelle de
l'action du quatrième Livie de l'Éneïde .
Didon,fuivie d'Élife la loeur, & de Phénice la
confidente , Phénice ouvre le premier Acte a
fa paffion eft déjà déclarée ; elle a reçu les
fermens du Héros qu'elle aime ; l'ombre de
Sichée , fon premier époux , fort en vain du
féjour des morts pour la menacer des maux
que fon parjure lui prépare ; elle croit que
les Dieux , en faveur de ce Heros , lui doivent
des jours fans nuage . Elle n'attend que le
moment d'unir fon fort au fort d'Enée. Un
bruit de chaffe fe fait entendre; & la Cour de
Didon , le fils d'Énée , & fes compagnons ,
l'arc à la main , le carquois fur l'épaule
viennent chanter la beauté , le bonheur & la
•
DE FRANCE.
37
gloire de la Reine ; elle arme elle- même le
jeune Afcagne; Enée entre , & vient annoncer
, au milieu de la fête , qu'un ennemi
s'avance , & que l'Ambaffadeur qui le précède
parle déjà avec l'audace d'un vainqueur.
Didon reconnoît Iarbe , dont elle a refufé
la main ; Enée s'engage à rabaiffer fon orgueil.
Tarbe arrive deguile fous le nom de
fon Ambaffadeur ; il porte des prefens , &
en offrant encore fon amour , menace de fa
haine & de fa vengeance Didon , qui lui répond
avec une noble fierté , & le laiffe avec
Enée , dont le bonheur fur tout l'irrite . Le
Heros fugitif & le Prince Afriquain devenu
plus jaloux encore depuis qu'il a vû Didon ,
déployent dans certe Scène , l'un un courage
calme & tranquille , & l'autre l'emportement
d'un barbare. Iarte , qui s'eft fait
connoître à fon rival , court à ſa vengeance.
Énée , dans la première Scène du fecond
Acte , laille voir à Elife que les Dieux exigent
de lui le plus cruel facrifice ; qu'ils lui
Ont declaré , par la voix du Prêtre , que c'eft
en Italie que le deftin l'appel e ; il la fupplie
de préparer Didon à ce malheur ; elle'
frémit de cet o de , & va tout apprendre à
Jarbe , pour defarmer au moins l'ennemi
qui menace toujours fa foeur. Didon , loin
de foupçonner fon malheur , fe livre avec
tranfport à la joie d'être défendue par le
Heros qu'elle aime , & fon peuple ſe raſfemble
avec confiance fous les drapeaux du
Chef qu'elle lui donne.
33
MERCURE
Ah ! que je fus bien inſpirée ,
Quand je vous reçus dans ma Cour !
O digne fils de Cythérée ,
Combien je rends grâce à l'Amour ! &c ..
Énée , qui fent plus vivement le regret &
la douleur de tromper tant d'amour , lui
fait des fermens qui lui donnent des foupçons
qu'elle n'a jamais eus .
Je n'ai jamais douté d'une fi belle flamme.
Pourquoi m'en affurer ?
Elle le preffe enfin d'achever leur hymen ,
& de porter aux combats le nom de fon
époux. Il la quitte fans ofer lui ouvrir fon
coeur, & lui apprendre le devoir qué lui impote
le Ciel . C'eft Jarbe qui vient lui apprendre
ce funefte fecret. Didon rejette avec fierté
les avis qui accufent Enée. Jarbe , qu'elle
rend témoin de toute fa tendreffe , laiffe
éclater toute fa fureur , & redouble la menace
d'une vengeance qu'il fe repent d'avoir
différée. Le Peuple de Carthage , & les
Troyens , fuivis d'Enée , fe rendent auprès de
Didon : elle annonce aux deux Peuples qu'elle
femet fon fceptre aux mains du Héros qui
émbraffe fa défenſe, & les invite à lui rendre
hommage & à le fuivre à la victoire. Les Tyriens
preifent Enée de les mener au combat ;
les Troyens lui rappellent le deftin qui l'attend
en Italie. Didon apperçoit le trouble qui
le preffe , & lui - même frémit que la Reine
DE FRANCE. 39
n'entende ce que lui difent les Troyens . Il
déclare enfin aux Tyriens & à leur Reine
qu'il ne veut point s'affeoir fur le Trône
qu'on lui offre , avant de l'avoir mérité.
Didon , qui frémit d'être éclairée , & qui
pourtant veut l'être , fait fortir la Cour &
fon Peuple , & refte feule avec lui. Elle apprend
tout fon fort dans cette Scène . Enée
lui révèle l'ordre des Dieux , & lui avoue
qu'il ne peut réfifter à la voix de fon Père ,
qui lui apparoît toutes les nuits pour le
preffer de remplir la volonté des Dieux.
Elle tombe défaillante dans les bras d'Elife ,
& ne fe relève que pour lui répéter plufieurs
fois ces paroles fimples & touchantes :
C'eft toi , cruel , qui veux ma mort ;
Regarde- moi , vois ton ouvrage.
Enée fupplie encore Didon de calmer fes
alarmes. En ce moment le Peuple entre avec
précipitation fur la Scène , en annonçant l'ar
rivée des Africains , & en criant : Aux armes
, aux armes ! Didon , Elife , Enée s'écrient
enſemble :
Dieux ! juftes Dieux ! fecourez-nous !
Didon , raffurée en voyant fon Amant
combattre pour elle , revient au troiſième
Acte, pleine encore d'efpérance . Ce n'eſt plus
pour elle même , c'eft pour les jours d'Enée
qu'elle tremble. Le bruit de la victoire le
lui annonce ; mais tandis qu'on célèbre fon
triomphe & fa gloire , fes chagrins fe
peignent fur fon vifage : Didon y voit
40 MERCURE
encore le malheur qui la menace. C'eſt
dans la Scène fuivante , que le Poëte
a placé plufieurs de ces mouvemens de
pallion , de ces paffages rapides des fup- ´
plications les plus humbles de l amour & du
malheur , aux fureurs de la vengeance , aux
dédains affectes de la fierte offenfee ; de ces
combats fi naturels des fentimens les plus oppoles
, qui ont fait du quatrième Livre de
I'Éneïde , le modèle de tous les grands tableaux
des effets de l'amour.Après qu'elle l'a
quité , Énée , épouvante de l'etat où il la
laiffe , balance encore d'obeir aux Dieux.
Leur tonnerre fe fait entendre. L'Ombre
'Anchife paroîr. Il lui demande s'il a offenfé
les Dieux . L'Ombre repond : Le Ciel commande
; obéiflez. Enée lui dit encore : Je
réduits au defefpoir une Reine qui a fauvé
les débris difperfes d'Ilium. L'Ombre fait la
même reponfe : Le Ciel commande ; obéiſſez.
Énée va s'embarquer. Didon reparoît a la
lueur des éclais , au bruit du tonnerre dont
les coups redoublent ; elle voit les vailleaux
d'Enée qui s'éloignent du rivage ; elle veut.
le poursuivie & les en brâfer . Elle fe repent
de ne les avoir pas enchaînes fur la
rive , de n'avoir pas puni le perfide qu'ils
devoient dérober à fa fureur. Son déſeſpoir
après avoir éclaté contre Énée , retombe
fur elle même : elle ne fonge plus qu'à fi-`
nir fes tourmens avec fa vie . Pour tromper
fa foar , elle l'envoie chercher les Prêtres
de Pluton , fous le pretexte d'un facrifice
DE FRANCE.
41
qu'elle veut faire aux mânes de Sichée. On
élève un Autel & un Bûcher ; elle fe fait
apporter par les Femmes les dépouilles & les
armes d'Enée , les dépofe fur le Bûcher , y
monte elle- même , après avoir embraffé fa
Soeur , en lui affurant qu'elle va retrouver
enfin le repos après tant d'alarmes ; elle ſe
frappe de l'épée d'Enée , en s'écriant :
Adieu , mon cher Énée :
Mon dernier foupir eft pour toi.
Le Peuple de Carthage défolé , jure fur le
Bûcher une haîne éternelle à la race d'Énée.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 25 Novembre , on a repréſenté ,
pour la première fois , Gabrielle " Eftrées ,
Pièce Dramatique , en cinq Actes & en
vers , par M. de Sauvigny.
Nous n'entrerons point dans les détails de
l'intrigue fur laquelle l'Auteur a établi l'action
de fa Pièce. L'Ouvrage eft imprimé depuis
long temps , & tous les Journaux en
ont rendu un compte fuffifant pour le faire
connoître des Amateurs de Littérature qui
fuivent avec quelque attention les nouveautés
Dramatiques. Nous nous contenterons
de dire que dans le Drame de M. de
Sauvigny , Gabrielle d'Efirées le trouve placée
dans une fituation à peu près femblable
à celle que Racine a adoptée pour la Béré42
MERCURE
nice ; que le rôle de Henri IV reffemble
beaucoup à celui de Titus , & que le perfonnage
de Sully n'a pas moins d'analogie
avec le Miniftre Paulin. Nous voudrions
pouvoir dire que l'imitation eft digne du
modèle ; mais nous fommes forcés d'avouer
que dans le mérite particulier à ces deux
productions , on remarque une diſtance égale
à celle des deux époques qui en ont vu les
premières repréſentations. De tous les perfonnages
que l'on peut placer fur notre
Scène , le plus attachant , le plus fufceptible
d'exciter de l'intérêt & de l'enthoufiafme
dans l'âme des Spectareurs François , eft,
fans contredit , Henri IV. M. de Sauvigny
paroît s'être pénétré des qualités éminentes
& des vertus aimables qui formèrent du
vainqueur de Coutras un homme fenfible
& un grand Roi ; & fon Héros eft fouvent
peint avec des couleurs dignes de lui . Néanmoins
Titus , quoiqu'étranger à notre Nation
, eft bien plus attachant que Henri.
Pourquoi ? C'est que les divers mouvemens
qui agitent fon âme font développés avec un
art inimitable ; c'eft que dans les combats
que l'amour d'une femme & l'intérêt d'un
grand peuple lui font éprouver , on apperçoit
une connoiffance profonde du coeur hu
main , des paffions qui fubjuguent l'homme ,
enfin , des devoirs politiques qui font à un
Souverain la loi dure , mais néceffaire , d'immoler
au bien public fes fentimens & fes
goûts perfonnels , quand ils peuvent lui être
DF FRANCE 43:
"
préjudiciables ; c'eft que le charme du ftyle ,
la jufteffe & la vérité des expreffions , ajoutent
encore à la fcience des développemens ;
c'eft que , depuis le commencement du rôle
jufqu'à la fin , Titus eft le même ; que fon
caractère eft foutenu avec autant de goût
que de vérité , conformément à ce précepte
:
Servetur ad imum
Qualis ab inceffu procefferit & fibi conftet .
mérite qui manque au perfonnage de Henri.
Ajoutons que Bérénice eft vraiment intéreſ
fante. Cette Reine jeune , aimable , vertueufe
& faite pour être adorée , qui a
infpiré à un Prince jeune & puiffant le plus
violent amour , excite naturellement la pitié ,
quand on la voit forcée de céder à une opinion
fondée fur l'orgueil le plus mal entendu
& par conféquent le plus barbare. Mais
Gabrielle d'Eftrées ! qu'eft- elle à nos yeux ,
malgré les foins que l'Auteur s'eft donnés
pour nous intéreffer en fa faveur ? La Maitreffe
très- aimée , il eft vrai , d'un de nos
plus grands Rois ; mais une femme que fa
naiffance écartoit du Trône , & qui , plus
animée encore par l'ambition que par l'amour
, a long temps abufé de la bonté d'un
Prince dont elle avoit fubjugué le coeur &
fafciné les yeux. Telle eft l'idée que rappelle.
anx Spectateurs inftruits le perfonnage de
Gabrielle d'Eftrées ; & c'est avec chagrin
qu'on voit notre Théatre lui prêter des ver44
MERCURE
tus qu'elle n'avoit pas , & confacrer , pour
ainfi dire , une des foibleffes les moins excufables
du grand Henri. Le Rôle de Sully
a des beautés : il eft affez généralement conforme
à l'idée que l'Hiftoire nous en a confervée
: ferme , vrai , fier , ami idolâtre de
Henri ; mais moins adroit , moins politique ,
quoique non moins Dramatique que Paulin.
Gabrielle d'Eftrées a été lue & reçue à la
Comédie Françoife il y a huit ou neuf ans.
Des caufes dont nous ne fommes pas bien.
inftruits , en ont fait arrêter les repréfentations.
Après avoir fait quelques tentatives
inutiles pour la faire repréfenter , M. de
Sauvigny l'a fait imprimer , & depuis elle a
été jouée fur prefque tous les Théâtres de
Province , mais non pas avec un égal fuccès.
C'étoit alors une Tragédie , à la fin de laqueile
Gabrielle mouroit empoisonnée , en
ne favoit trop par qui ni comment . Pour la
faire jouer au Théâtre Italien * , l'Auteur a
été obligé de faire difparoître le dénouement
tragique , & d'en faire tout fimplement un
Drame. Aujourd'hui Gabrielle ne meurt plus;
Les Comédiens François intentent aujourd'hui
un procès aux Comédiens Italiens , parce qu'ils ont
joué Gabrielle d'Eftrées . Si cet Ouvrage a été jadis
une Tragédie , il n'eſt plus aujourd'hui qu'un Drame
Héroïque. Les Lettres - Patentes du 31 Mars 1780 ,
enregistrées en Parlement le premier Mai faivant ,
& qui rétabliffent la Comédie Italienne dans le droit
auquel elle avoit renoncé , de jouer des Comédies
Françoifes , lui interditent , il eft vrai , la faculté
DE FRANCE.
45
elle renonce à fon Amant , & elle confent à
vivre. Ce facrifice rapproche encore davantage
Gabrielle de Bérénice , & ce dernier
trait de reffemblance lui eft encore moins
avantageux que tous ceux qui le précèdent.
Au refte , peut- être cet Ouvrage auroit- il
eu plus de fuccès s'il avoit été donné plutôt ,
& par confequent dans des circonftances
plus heureutes. Depuis environ dix ans , on
a abufé du nom de Henri IV , en le portant
tour à tour fur tous nos Théâtres. Il eft donc
poffible que , malgré la vénération profonde
que la Nation reffent pour ce grand Prince ,
malgré l'idolâtrie avec laquelle tous les François
honorent fa mémoire , on commence
å fe laffer de voir fans ceffe traduire fur nos
de jouer aucunes Tragédies ; mais elles ne lui interdifent
pas celle de jouer les Drames. On y a repréfenté
Jenneval & le Déferteur, Drames bien plus
tragiques que Gabrielle ; tout récemment on y a
joué Amélie & Monrofe , Drame fort tragique , &
non moins héroïque que l'Ouvrage de M. de Sauvigny.
Pourquoi donc les Comédiens François réclament-
ils aujourd'hui contre les repréſentations de
Gabrielle C'eft que cette Pièce a été fur leur répertoire;
c'eft que l'Auteur , dégagé des engagemens
qu'il avoit pris avec eux par l'article premier de
l'Arrêt du Confeil du 9 Décembre 1780 , n'a pas
voulu fubir le fort très douteux d'une feconde lecture
; c'est parce qu'il a mieux aimé être joué par
des Acteurs peu riches & plein de zèle , que par des
Comédiens très- fortunés, & qui s'endorment doucement
fur le fonds de leurs richeffes : inde ira.
-
46 MERCURE
Théâtres , & fouvent d'une manière indigne
de lui , un perfonnage tel que Henri IV , un
perfonnage enfin qui n'étoit pas fait pour
être prodigué comme les Atrides, ou comme
la famille des Pointu.
ANNONCES ET NOTICES.
Continuation de la feconde Soufcription de l'Encyclopédie
au prix de 751 liv.
L'ENCYCLOPÉDIE
' ENCYCLOPÉDIE par ordre de Matières qu'on
imprime à Paris, eft dans ce moment-ci traduite dans
quatre Langues , & on vient de publier des Prof
pectus d'Éditions contrefaites dans deux endroits
différens. Les Traductions ne peuvent faire qu'honneur
à l'Ouvrage , mais les contrefaçons peuvent le
détruire. La principale raifon que donnent ces
Contrefacteurs , c'eft que la Soufcription de l'Encyclopédie
de Paris étant fermée , il n'en reste plus
d'Exemplaires. C'eft pour parer aux inconvéniens
d'une annonce auffi fauffe , & à ceux qui pourroient
réfulter de la publication de ces Éditions contrefaites,
que Mgr. le Garde des Sceaux a permis que la
feconde Soufcription de l'Encyclopédie par ordre de
Matières au prix de 751 livres , fût continuée auffi
long - temps que les circonstances la rendroient néceЛaire
.
On pourra s'adreffer , pour foufcrire , hôtel de
Thou , rue des Poitevins , nº. 17 , & chez les
Libraires de France & étrangers.
On mettra en vente au commencement de
T'année prochaine 1784. chez Louis Roffet , Libraire
à Lyon , l'Ouvrage fuivant : Effai MétéréoDE
FRANCE 47
logique fur la veritable influence des Aftres , des
Saifons & changemens de temps , fondé fur de longues
Obfervations , & appliqué aux usages de l'Agriculture
, de la Médecine , de la Navigation , &c ;
par Jofeph Toaldo , Prévôt de la Sainte - Trinité , &
Profeffeur public d'Aftronomie , de Géographie &
de Météréologie dans l'Univerfité de Padoue , traduir
de 1 Italien par M. Jofeph Daquin , Docteur en
Médecine de l'Univerfité de Turin , Médecin de
l'Hôtel - Dieu de Chambéry , & Membre de l'Académie
de Lyon , avec des Notes par le Traducteur.
Neus rendrons compte de cet Ouvrage lorſqu'il
nous fera parvenu.
LE Commiffionnaire Vertueux , Eftampe , avec
ces deux vers :
Qui fait pour la Vertu lutter contre la mort ,
Mérite que chacun s'intéreffe à fon fort .
Cette Eftampe fe vend au profit de l'infortuné
Veffie, & fe trouve à Paris , chez le fieur Hazard ,
Receveur de la Loterie de France , rue de la Harpe ,
vis -à-vis le Café de MONSIEUR. Prix , douze fols
an moins.
·
LA Sorcière par hafard , Opéra Comique en
vers mêlé de Mufique , repréfenté pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , le 3 Septembre 1783. Les paroles & la mufique
par M. Framery , Surintendant de la Mulique
de Mgr. Comte d'Artois . Prix , 18 livres . A Paris ,
chez Houbaut , Marchand de Mufique & Copiſte de
la Comédie Italienne , rue de Marivaux , Place du
Théâtre Italien , & aux Adreſſes ordinaires.
Les Éditeurs , dans un Avertiff ment qui nous a
paru curieux , paroiffent attendre de la part du Public
un jugement définitif fur cet Ouvrage. Il ne
$
48 MERCURE
nous convient pas de le prévenir. D'ailleurs , comment
prévoir les effets du Théâtre , où le fuccès
dépend toujours également de la bonne exécution &
de la difpofition des Spectateurs ? Mais il nous
femble que la plupart des morceaux de cette mufique
font fufceptibles de faire un très-bon effet dans les
Concerts.
NUMERO 10 du Journal de Clavecin , contenant
l'Ouverture de la Mélomanie , un Rondeau de
Claude Stamitz , & un Menuet de M. Wenck.
Prix , 2 livres fols. A Paris , chez Leduc , au Magafin
de Mufique , rue Traverfière - Saint - Honoré ,
où l'on foufcrit pour l'année de douze Numéros .
Prix , 15 liv . port franc.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
STANCES à Thémire ,
Charade , Enigme & Logogry-
:_phe ,
Bourdaloue & de Maffil
lon , 18
5 Académie Roy. de Mufiq. 35
De l'enormité du Duel, 7 Comédie Italienne ,
Suite des Sermons de l'Abbé Annonces & Notices ,
Poule , comparés à ceux de
APPROBATION.
>
41
46
JAAI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux
Mercure de France , pour le Samedi 6 Décembre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreflion. A Paris ,
les Decembre 1783. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 DÉCEMBRE 1783 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A MM. CHARLES & ROBERT , fur leur
Voyage Aérien , du 1 Décembre 1783 .
"
er
ENFIN ta réfiftance eft vaine ,
Dieu des airs ; le courage humain ,
A travers ton vafte domaine ,
Vient de fe frayer un chemin.
De l'homme Éole eft tributaire ;
Servant nos fublimes projets ,
Des Zéphyrs la troupe légère
Nous fait voguer fur l'hémisphère ,
Qui jamais ne vit tel fuccès.
Dieux endormis ! fur les François ,
Quoi ! vous ne lancez pas la foudre? .....
Quoi! ces mortels audacieux
Semblent efcalader les cieux ,
N°. 50, 13 Décembre 1783 . C
So MERCURE
Et ne font pas réduits en poudre ?...
Baiffez donc le front devant eux ;
De la Fable qui vous fit naître ,
Tout votre éclat eft emprunté ;
Cédez à la réalité ,
Charles & Robert doivent être
Les Dieux que vous avez été .
Guidés par l'intrépidité ,
Ces braves Nochers font connoître ,
En s'élevant fur les éclairs ,
Que l'homme enfin s'eft rendu maître
Des eaux , de la terre & des airs.
Ah ! i Montgolfier de la gloire
A fu leur tracer le fentier ,
En fuivant fes pas leur victoire
Étonne encor le monde entier.
(Par M. Richard. )
Sur la Mort de M. D'ALEMBERT.
DEE la parque en fureur le cifeau redouté
Dans la nuit du tombeau l'a donc précipité ,
Comme il entroit à peine au quatorzième
luftre !
Il n'eft donc plus ce Sage illuftre ,
Cet Ami des Talens & de la Vérité !
*
* Note de l'Auteur. Cette Pièce , compofée à la première
nouvelle de la mort de M. d'Alembert , étoit beaucoup
plus courte , & telle qu'on la peut voir dans l'Almanach
Littéraire. On la donne aujourd'hui refondue & développée.
KINLIOTECAL
REGLA
DE FRANCE. st
O regrets ! ô douleur amère !
De longs crêpes enveloppés
Les Talens orphelins redemandent leur père ,
Et tous du même coup femblent être frappés.
Déjà la Poésie , aux affronts exposée ,
Sans honneurs , dans nos murs , languifſoit mépriſée ;
L'Éloquence , déjà les yeux baignés de pleurs ,
Se plaignoit de fon infortune ;
Et pour déplorer fes malheurs ,
Alloit monter dans la tribune ;
Qui les confolera ces deux auguftes Soeurs ?
Quelle main foutiendra leur trône qui chancèle
Et leur palais mal affermi ?
Je fais plus d'un amant qui leur eft infidèle ;
D'Alembert , plus conſtant , fut toujours leur ami .
Quel autre auffi dans le champ des Sciences
A fait éclore plus de fleurs ?
Quel autre a mieux fondé les vaftes profondeurs
De ces labyrinthes immenfes
Dont Newton eut la clef, & dont le fil trompeur
S'eft brifé tant de fois dans la main de l'erreur ?
Géomètre , il ouvrit aux Émules d'Euclide
Des fentiers nouveaux , inconnus ;
Philofophe , il orna la vérité timide
De la ceinture de Vénus.
Son ftyle toujours intéreſſe ,
Il unit l'élégance à la fimplicité ;
La profondeur y naît de la clarté ,
la grâce de la jufteffe.
Cij
52
MERCURE
On dédaigne aujourd'hui ce talent précieux ,
D'écarter les grandes images ,
Qui , fans les éclaircir , éblouiffent les yeux ,
Ce mêlange de tons familiers , férieux ,
Qui , flattant tous les goûts, obtient tous les fuffrages.
On s'élève , on s'élance au- deffus des nuages ,
Et c'est pour ramper dans les cieux.
Où le trouver cet art de ne jamais trop dire ,
Et même en diſant peu , d'attacher & d'inftruire ?
D'Alembert l'avoit hérité
De l'ingénieux Fontenelle ;
En peignant à demi l'aimable vérité ,
Tons deux la rendirent plus belle.
La fatyre & l'envie , ainfi que des vautours ,
Osèrent fur tous deux étendre leur furie ;
Tous deux bravant la calomnie ,
Dans le fein de la paix terminèrent leurs jours ,
Foulant aux pieds les fots difcours
De la fatyre & de l'envie.
Le nom de Fontenelle en tout lieu publié ,
D'un Prince égal aux Reis lui conquit le fuffrage.
D'Alembert obtint l'amitié
Du Salomon qu Nord , du Héros de notre âge.
Né d'illuftres parens , dans fa jeune ſaiſon ,
Fontenelle par eux vit former ſa raiſon ,
Fontenelle dut tout à leur tendreffe extrême ;
* Note de l'Auteur. Fontenelle logea quelque temps chez
M. le Régent , qui eut des bontés pour lui.
DE FRANCE.
$3
D'Alembert fe créa lui- même ,
Et couvrit fon berceau de l'éclat de fon nom.
( Par M. le Chevalier de Cubières de Palmezeaux. )
CONSEIL àfuivre à l'occafion de la Paix.
LOOUUIIS dépofant fon tonnerre
Met le comble à tous fes bienfaits ,
En accordant à les Sujets
La fin des fléaux de la guerre.
Allons Meffieurs de l'Hélicon ,
Quittez & Philis & Sylvie ,
Qu'aimez à l'adoration ,
Tant que la rime avec leur nom
Peut bien aller de compagnie ;
Que dans vos chanſons l'olivier
Du myrthe enfin prenne la place.
D'un naturel très-peu guerrier
Vous devez le faire avec grâce.
Au lieu de vous plaindre à Vénus
De la rigueur de chaque Belle ,
Que vos procès avec Plutus
Vous font fouvent trouver cruelle ,
Mettez au jour les impromptus
Que votre Mufe très- facile ,
Depuis un mois dans cette ville
Prépare en l'honneur de Titus."
Titus.... Que dis-je ? Effaçons vîte ,
Ciij
54 MERCURE
Ma comparaifon ne vaut rien.
Pourquoi , dira-t'on ? .... C'eft que Tite
Fut unjourfans faire du bien.
( Par M. Bodkin. )
A la Société Royale de Londres. *
O vous , Docteurs profonds de la grave Angle-
νους ,
terre ,
Sufpendez un inſtant vos pénibles travaux.
Levez les yeux , voyez par des chemins nouveaux
Le François s'élancer au féjour du tonnerre ,
A l'aigle déclarer la guerre ,
Et planer au- deffus des eaux.
Ce Peuple audacieux , que vous nommez volage ,
Dont votre efprit jaloux défigure les traits ,
A la Nature avare a furpris fes fecrets ;
A travers l'athmosphère il s'eft fait un paffage ,
Et tel qu'un demi- Dieu , porté fur un nuage ,
Eft allé de Phébé careffer les attraits.
Que l'ambition , que l'envie ,
Que le faux intérêt de cent Peuples divers
Combattent fur le fein des mers
Pour décider enfin fi l'Europe ou l'Afie
Doit feule commander à la terre afſervie ,
* Ces vers nous ont été envoyés par M. le Marquis
de Jarente.
DE
is
FRANCE.
Et régler le deftin de ce trifte Univers.
Que Pétersbourg & la Crimée
Subiffent de communes Loix ,
Ce fujet n'eft pas de mon choix ,
Et je laiffe à la Renommée
Le foin de célébrer Catherine charmée
De faire au Pont -Euxin redouter fes exploits .
Si je monte aujourd'hui les cordes de ma lyre ,
Si je forme de nouveaux fons ,
C'eſt à nos céleltes ballons
Que je dois le feu qui m'inſpire ;
Je m'élève avec eux dans le plus vafte empire ;
Avec eux , je domine & foule aux pieds les monts.
Ce n'eft point un tableau magique
Dont je viens fafciner vos yeux.
Non , je n'emprunte point le vernis captieux
D'une peinture poétique ;
C'eſt un globe aéroftatique
Qui perce la voûte des cieux .
Quel fpectacle impoſant , ô ma chère Patrie !
O François ! que nos coeurs durent être attendris,
En cet inftant fublime , où du ſein de Paris ,
Les Miniftres des Arts , fur l'aile du Génie ,
Dédaignant les fecours du compas d'Uranie ,
Ouvrirent la carrière à nos regards furpris !
On cût dit en ce jour que la Nature entière
Partageoit pos raviflemens ;
La rigueur des hivers , la fureur des autans
Calmèrent tout- à - coup leur rage meurtrière ,
Civ
MERCURE
Le Dieu même de la lumière
Lança des feux plus éclatans .
Les chaftes Nymphes de la Seine
Paroiffoienr à demi fur fes tranquilles flots ,
Et de l'oeil fuivoient nos Héros
Voguant dans la fluide plaine ;
Lalande , prefque hors d'haleine ,
Cherchoit une Comète à travers le chaos ;
Les Sylphes , difperfés fous la voûte azurée ,
Frappés de l'appareil pompeux
Que la fenfible France étaloit à leurs yeux ,
Defcendirent de l'Empirée
Pour venir fe percher fur la poupe dorée
Da char triomphateur que convoitoient les Dieux.
Bientôt dans fa courſe rapide ,
Ce char majestueux dépaffa l'horizon ;
Mais foumis au pouvoir d'un moderne Jaſon ,
Plus fameux que l'ancien , & non moins intrépide,
Le globe aérien , fous la main d'un tel guide ,
Confondit l'incrédule & força la raiſon.
Tantôt , au-deffus de la nue ,
Il n'étoit apperçu que par les immortels ;
Tantôt , pour raffurer les timides mortels ,
Il prenoit terre à notre vûe ,
Et foudain retraçant une route inconnue ,
Il replongeoit nos coeurs dans des foucis cruels.
Ce monument de notre gloire' ,
Nous allons l'immortaliſer ;
Les Sciences , les Arts vont tous rivalifer ,
DE FRANCE. $ 7.
Pour confacrer dans notre Hiſtoire ,
Et graver à jamais au Temple de mémoire ,
Louis & les Talens qu'il fut favorifer.
Tel eft l'afcendant du génie ,
Qui ne connoît ni frein , ni règle , ni bon fens ;
Au centre de la terre , ou fur l'aîle des vents ,
Par-tout il règne en maître ; & fa touche hardie ,
Imprime un caractère aux plus humbles Talens.
(ParM de Cruchent , Citoyen de Toulouſe. )
LE hafard nous a fait découvrir deux Lettres ,
dont on nous permet de faire ufage , & que nous
croyons devoir être lûes avec plaifir. La publicité
que nous leur donnons eft un hommage rendu au
vrai mérite ; & elles prouveront en même- temps que
M. Turgot , comme le dit le Rédacteur de fes Mémoires
, étoit aufli modefte que fenfible ; qu'il rougiffoit
facilement , & de toute efpèce d'émotion ,
foit d'impatience , foit de fenfibilité. Ces deux Lettres
avoient été écrites à M. Potevin , Conftructeur de
Navires à Bordeaux ; & voici ce qui y avoit donné
lieu.
M. Potevin , qui avoit quelques obligations à M.
de *** , lui écrivit en 1769 , pour le prier de donner
le nom qu'il voudroit à un vaiſſeau qu'il avoit
alors fur le chantier. M. de *** lui indiqua M.
d'Alembert , & lui recommanda de ne le prévenir
que lorfque fon nom feroit infcrit fur le rable de
fon Navire .
}
M. d'Alembert fut d'autant plus fenfible à l'honnêteté
de M. Potevin, qu'elle lui étoit faite par un
Су
MERCURE
"
homme qu'il ne connoifloit point , & dont il n'avoit
jamais entendu parler.
M. Potevin ayant mis un nouveau vaiffeau ſur le
chantier en 1772 , écrivit à M. de *** , que
c'étoit
à lui encore à lui donner un nom ; & M. de ***
lui répondit qu'il defiroit que le choix en fût remis à
M. d'Alembert lui - même. M. Potevin s'adreffa à M.
d'Alembert , qui défigna M de Marmontel ; & fous
ces heureux aufpices , ces deux vaiffeaux firent les
courfes les plus fructueuses.
M. de *** fe trouvant à Bordeaux au mois de
Janvier de l'année fuivante , M. Potevin lui dit
qu'il venoit de conftruire un grand vaiffeau , & qu'il
vouloit abfolument qu'il y inferivît lui-même un
nom. M. de ✶✶✶ exigea de lui qu'il en laifsât le
choix à M. de Marmontel ; M. Potevin écrivit à M.
de Marmontel ; & voici la Lettre qu'il en reçut le
2 Avril fuivant :
« Je ſuis auffi flatté , Monfieur , de la confiance
dont vous m'honorez , que de l'idée que vous
» avez eue de donner mon nom à l'un de vos vaif-
"
33
feaux mais j'attendois , pour avoir l'honneur de
» vous répondre , le jeune homme que vous m'aviez
» annoncé . Je l'ai attendu vainement , & je ne veux
pas me laiffer plus long- temps foupçonner de
négligence. Vous croirez aifément , Monfieur
que , jaloux de remplir dignement vos vûes, j'ai
» cherché , parmi tout ce que je connois de plus
» eftimable , la perfonne qui me fembloit mériter
» le mieux de voir fon nom infcrit fur un de vos
vaiſſeaux . J'aime à penfer que la vertu eft faite
» pour porter bonheur. Elle a dû être le premier
objet que j'ai confulté dans mon choix : mais je
n'ai pas voulu vous la préfenter toute nue ; & je
l'ai prife accompagnée des lumières & des talens.
fupérieurs qui donnent droit à la célébrité . J'ai
donc l'honneur de vous propofer , Monfieur ,
59
30
20
DE FRANCE.
59
30
30
с
» comme un des hommes des plus éclairés & des
plus vertueux de notre fiècle , comme un des hom.
» mes les plus faits pour arriver aux grandes places ,
» & pour les remplir dignement , fi le mérite y peut
» conduire , M. Turgot , Intendant de Limoges ; il
» réunit le Citoyen , l'homme de Lettres , l'homm
» d'État , à un degré peu commun ; & ce que je
» vous dis là eft reconnu généralement de tous ceux
qui favent apprécier le mérite , & qui ont été à
portée de le juger. L'hommage que je rends aux
qualités de fon efprit & de fon coeur , doir vous
» être d'autant moins fufpect que je ne veux pas
qu'il en foit inftruit. Sa modeſtie en feroit bleffée ;
» elle eft auffi délicate que fon mérite eft diftingué.
Je lui ai fimplement dit qu'un Négociant eftimable
m'ayant demandé de donner à l'un de fes
» vaiffeaux le nom que je voudrois , j'avois fait le
choix que j'aurois fait pour un vaiffeau qui au-
» roit été à moi ; il m'a entendu , & il a rougi.
20
30
ככ
» Si ce choix vous convient , vous n'avez plus ,
» Monfieur , qu'une Lettre de politeffe à lui écrire ,
en lui difant que je vous ai fait espérer fon conso
fentement.
» Je vous renouvelle de tout mon coeur les témoi-
» gnages
de ma reconnoiffance , & de la confidération
parfaite avec laquelle j'ai l'honneur d'être ,
» & c. »
Ceux qui n'ont pas connu la candeur & l'excellent
caractère de M. Turgot , croiront , en lifant
cette Lettre , qu'il avoit confenti tacitement à l'offre
de M. de Marmontel ; mais la rougeur qui avoit
couvert fon vifage , étoit un figne d'improbation ; il
n'eut pas la force de la manifefter d'une autre manière
à M. de Marmontel , parce qu'il craignit de
lui faire de la peine.
M. Potevin , d'après les intentions de M. de Mar-
Cv
60 MERCURE
montel , ayant écrit à M. Turgot , en reçut cette
réponse :
Si je pouvois , Monfieur , me flatter de mériter
» le titre que vous me donnez , j'accepterois avec
> reconnoiffance l'honneur que vous voulez me
» faire ; mais ce titre ne s'acquiert que par de grandes
actions publiques , ou par de grands Ouvrages
» fuivis d'un brillant fuccès. Je n'ai fait ni l'un ri
» l'autre ; & vous devez convenir avec moi qu'une
gloire non inéritée , & que le Public ne rati-
30 fieroit pas , feroit fufceptible d'être priſe en mau-
» vaife part.
» Vous avez , parmi les hommes qui honorent
notre Littérature , des noms célèbres à choifir ,
>> tels que M. d'Alembert , M. de Buffon ; & M. de
Marmontel lui - même , qui vous a parlé de moi,
eft bien plus fait pour que vous penfiez à lui. La
» ville de Bordeaux a donné le jour à un des hom-
» mes qui ont le plus honoré le fiècle & la Nation ;
je parle de M. de Montefquieu. Sa mort ne doit
pas difpenfer fes compatriotes de lui rendre un
hommage public ; mais peut être avez - vous été
prévenu , comme vous l'avez été pour le nom de
M. de Voltaire.
30
50
"
50
» Je vous rends compte , Monfieur , des motifs
qui doivent n'engager à refufer votre propofi .
» tion ; mais je ferois bien fâché que vous cruffiez
qu'ils m'ayent rendu moins fenfible à votre poli-
» teffe ; on ne peut en être au contraire plus flatté
& plus touché que je ne le fuis . Je fuis , &c. »
ל כ
Cette Lettre , qui fut communiquée à M. de *** ,
lui caufa autant d'admiration que de furprife ; il
monta le même jour fur l'érable du navire , & il y
écrivit , pour nous fervir de fes propres expreffions ,
ce qui avoit toujours été gravé dans le coeur de M.
Turgot ; la Modeftie. Il fe confola de ne pouvoir y
1
DE FRANCE. 61
mettre fon nom en y
fes vertus .
infcrivant au moins une de
Nous avons vû ces deux Lettres en original ; elles
font tombées dans les mains de M. de *** , après
la mort de M. Potevin . On nous faura d'autant plus
de gré de les avoir publiées , qu'elles renferment une
anecdote , dont tous les perfonnages jouent un rôle
intéreffant.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eſt Balon ; celui de
l'énigme eft Encre ; celui du Logogryphẹ eft
Béquilles , où l'on trouve buis, Lebel, Elu ,
ifle , lie , Bulle , bis 5 bille , quilles , Élie ,
bleu , felle , bifque , bufe , il, bile , lieue ,
bife , lis , Eu , Elbe.
CHARADE.
SUR mon premier , la Bergère jolie
A
quatorze ans ,
abandonne fon coeur ;
Pour mon fecond , bien fouvent elle oublie
Et fes fermens & fon vainqueur.
De tous les fecrets de Thalie
Mon tout eft l'heureux poffeffeur.
( Par M. Villiers , ancien Bas- Officier au
Régiment d'Infanterie de Conti. )
62
MERCURE
ENIGM E.
JE pafferai toujours pour choſe inanimée ;
Dans mon corps cependant une âme eſt renfermée.
Quoique vide, j'ai des boyaux ;
Et j'en ai de plus d'une forte ;
Mais tout contraire aux animaux ,
C'est en dehors que je les porte.
( Par M. N….... d'Arras. ).
LOGO GRYPHE.
Au début , qui me lit me voit au moins , je gage ;
Car je fuis en tous lieux du plus courant ufage.
A l'aide de fix pieds je voyage fort loin ,
On me loge par-tout ; dans le plus petit coin ,
Dans prefque tous les jeux on fête ma naiſſance ,
J'égaye la vieilleffe & j'amufe l'enfance .
De quatre de mes pieds je défole un Joueur ;
De quatre autres parfois j'anine un Spectateur.
Sans aller plus avant , fi tu veux me connoître ,
Rapproches ce qui fert le plus à te repaître ;
Un oiſeau babillard ; une Divinité;
D'un Souverain Pontife le nom , la qualité; :
Un meuble de cuifine ; un inftrument à bouche ;
J'arrête.... car je fens que mon Lecteur y touche.
( Par M. L. D. , près Montargis. )
M
DE FRANCE. 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION des Feftes d'Ovide , avec
des Notes & des Recherches de Critique ,
d'Hiftoire & de Philofophie , tant fur les
differens objets du fyftême allégorique de
la Religion Romaine , que fur les détails
de fon culte & des monumens qui y ont
rapport , avec figures ; par M. Bayeux ,
Avocat au Parlement de Normandie.
T. I. in 8. A Rouen , chez Leboucher
le jeune , Libraire , rue Ganterie , & (e
trouve à Paris , chez la Veuve Ballard
& fils , Impr. du Roi , rue des Mathuring ;
Durand neveu , Libraire , rue Galande ;
Nyon , rue du Jardinet ; & Barrois l'aîné ,
Quai des Auguftins.
OVIDE eft , dit - on , le Poëte de la jeuneſſe ;
il nous femble que la vieilleffe s'en acommode
auffi quelquefois . Les reproches qu'on
lui a faits ont été fi fouvent répétés , qu'il
feroit au moins inutile de les reffaffer ici.
Il faudra toujours convenir que fa gracieufe
facilité , fon brillant coloris & la riche imagination
, s'ils n'excufent pas les défauts ,
les font fouvent oublier . Mais tous fes Ouvrages
ne font pas également connus . Si fes
Métamorphofes , fon Art d'Aimer , & les
64 MER. CUREA
ود
་ ne
Héroïdes , font dans les mains de tout le
monde; fes Faftes font fort peu lûs , & à
peine ont- ils été traduits en François . Ce
n'eft pas qu'ils ayent paru inférieurs à fes
autres Ouvrages ; quoique le fujet des Fafies ,
lit - on dans le jugement des Savans ,
» fût pas toujours également traitable , ni
capable de beaucoup d'ornement , il s'y
» eft furpaffé lui même... C'eſt là feulement
qu'il eft parvenu à cette perfection de
prudence & de modération , qui confifte
» à dire feulement ce qui eft néceffaire &
» convenable.... On y trouve un certain en-
» chantement fecret qui charme & qui captive
l'efprit , de forte que les endroits où
» il cache fon artifice & fon exactitude ,
» fervent à nous en découvrir la douceur &
les agrémens , &c. »
"3
"9
ور
Ovide , dans cet Ouvrage , trace le tableau
de la Religion Romaine , fait connoître
les divers attributs de fes Dieux , les fonctions
de fes Prêtres , le rit de fes facrifices ,
& l'ordre de fes fêtes. Il y a même fait entrer
les grands événemens qui font époque
dans l'Hiftoire de la Capitale du Monde ; &
il l'a enrichi des Fables que la Mythologie
avoit mêlées au fyftême Aftronomique , qui
devoit trouver place dans fon Poëme. Enfin
c'eft l'Ouvrage dans lequel Ovide a montré
le plus d'érudition. Mais c'eft peut être là
auffi une des caufés qui l'empêchent d'être
auffi recherché que les autres productions
DE FRANCE. 65
de fon Auteur , parce qu'il eft beaucoup
plus difficile à entendre.
Cette difficulté d'entendre les Faftes , a
engagé M. Bayeux à faire précéder la Traduction
d'un Difcours Préliminaire , qui
compofe près des deux tiers de ce premier
Volume. Ce Difcours , qui préſente l'hiftoire
, le tableau & l'explication de la Religion
Romaine , fuppofe beaucoup de recherches
, & prouve de la part de l'Auteur
une érudition très - étendue. Il eft écrit avec
nobleſſe , ſouvent avec enthouſiafine ; & l'on
voit que , pénétré de l'efprit de fon Auteur ,
M. Bayeux a cru devoir employer un ſtyle
animé , en parlant d'un Poëte qui a déployé
toutes les grâces de la plus riante imagination.
On a joint à ce Difcours des notes.
explicatives , de façon qu'il n'a pu entrer
dans ce Volume que la Traduction du premier
Livre des Faftes. Nous allons la faire
connoître affez pour mettre nos Lecteurs à
portée de prononcer fur le talent du Traducteur.
Ovide , après avoir divifé les jours en
Faftes & en Néfaftes , ( les Néfaftes font les
jours de Fête ) entre dans fon fujet , & ouvre
fon année poétique. Tranfcrivons ce
premier tableau tel que M. Bayeux nous le
donne en François feulement ; il fera connoître
comment il écrit ; & en le comparant
avec Ovide dans un autre endroit , nous ferons
juger de fon talent pour traduire. « Unjour
profpère fe lève ; que la gaîté pure
23
66 'MERCURE
» règne dans nos âmes & dans nos difcours ;
" que dans un jour agréable nos lèvres ne
» prononcent que des paroles agréables ; que
les Tribunaux gardent un profond filence ,
39
»
32
وو
ود
و ر
& que la foule des plaideurs , fufpendant
» fes débats infenfés , ne vienne plus frap-
» per nos oreilles de fes vaines clameurs.
" Déjà des feux odorans étincèlent de toutes
" parts dans les airs ; & les gerbes du fafran
pétillent au milieu des brafiers. De l'or
» des fanctuaires jaillir l'éclar de la flamme
» qui s'y répète , & des reflets multipliés
» vont fillonner la voûte. Le peuple s'eft
paré d'une manière digne de la fête ; &
» couvert de vêtemens nouveaux , il marche
» vers le Capitole. Déjà les faiſceaux ont
paffé en d'autres mains ; une pourpre
» nouvelle éclate au loin ; & de nouveaux
Magiftrats fe font affis fur la chaife curule.
Déjà tombent fous la hache facrée les jeu-
» nes taureaux nourris dans les fertiles pâturages
de Falifques , & dont la tête n'a
" pas encore plié fons le joug. Je te falue ,
jour de plaifirs & de bonheur ! Pailles tu
>> renaître toujours plus pur , toujours plus
"3
ود
"3
digne d'être célébré par le peuple le plus
» puiffant de la rerre ; oui , lorfque du hant
» de fon trône fublime , Jupiter embraffe
» de les regards la vafte étendue de l'Uni-
" vers , les regards du maître des Dieux
» n'ont embraffé que l'Empire Romain. "
Janus apparoît au Poëte , qui l'interroge
à diverfes repriſes ; & par les réponſes da
DE FRANCE. 67
Dieu complaifant , inftruit fes Lecteurs de
plufieurs myſtères Mythologiques. Nous allons
citer une des réponfes de Janus , que
nous comparerons avec la Traduction Françoife.
Ovide , en queftionnant le Dieu fur
l'ufage des étrennes , lui dit qu'il conçoit
comment on s'envoie mutuellement des
chofes agréables , comme des dattes , des
figues sèches & du miel ; mais il ignore pourquoi
l'on s'envoie auffi des pièces de monnoie.
Voici d'abord en Latin la réponſe du
vieux Janus , qui ne laiffe pas que d'avoir
une teinte moderne par les principes qu'elle
préfente.
Rifit ; &, quàm te faliunt tua facula , dixit ,
Qui ftipe mel fumptâ dulcius effe putes !
Vix ego Saturno quemquem regnante videbam ,
Cujus non animo dulcia lucra forent.
Tempore crevit amor , qui nunc eft fummus , habendi s
Vix ultrà , quò jamprogrediatur , habet.
Pluris opes nunc funt , quàm priſci temporis annis ,
Dum populus pauper , dum nova Romafuit ;
Dum eafa martigenam capiebat parva Quirinum,
Et dabat exiguum fluminis ulva torum.
Jupiter Angufta vix totus ftabat in ade,
霓
Inquejovis dextrâ fictilefulmen erat.
Frondibus ornabant , qua nunc Capitolia , gemmis ;
Pafcebatquefuas ipfe Senator oves.
Necpudor inftipulâ placidam cepiffe quietem ,
Nec fanum capitifuppofuiffe , fuit.
68 MERCURE
Jura dabat populis pofito modò Conful aratro ,
Et levis argenti lamina crimen erat .
At poftquamfortuna loci caput extulit hujus ,
Et tetigit fummos vertice Roma Deos ;
Creverunt & opes , & opum furiofa cupido ,
Et cum poffideant plurima , plura petunt.
Quarere ut abfumant , abfumpta requirere certant :
Atque ipfa vitiis funt alimenta vices.
Sic quibus intumuit fuffusd venter ab undâ ,
Quo plusfunt pota , plus fitiuntur aqua.
In pretio pretium nunc eft : dat cenfus honores ,
Cenfus amicitias : pauper ubique jacet .
99
Voici comment M. Bayeux a traduit ce
morceau : Ainfi , dit Janus en fouriant ,
l'argent eft à tes yeux un objet moins doux
» que le miel . Ah ! que tu connois peu les
» moeurs de ton fiècle ! A peine , lors niême
que Saturne régnoit fur la terre , à peine
aurois je trouvé un feul mortel pour qui
le gain n'eût des appas : la funefte paffion
» d'amaffer s'accrut avec le temps ; au-
» jourd'hui elle eft parvenue à fon comble ,
» & il n'eft plus de terme au delà duquel
» elle puiffe étendre les infatiables dears .
» Maintenant , il eft vrai , les richeffes peu-
» vent enflammer davantage la cupidité ,
" que dans ces fiècles lointains , où Rome
"
و د
s'élevoit de fon berceau , où un peuple
indigent habitoit fes murs naiffans. Une
» humble chaumière étoit le palais de Ro-
» mulus ; & les joncs du fleuve formoient
DE FRANCE. 69
"3
23
"
ود
""
"
"2
le lit groffier du fils de Mars . Alors l'étroit
afyle où Jupiter recevoit l'hommage des
» mortels , pouvoit à peine le contenir tout
entier , & la main du maître des Dieux
» n'étoit armée que d'un foudre d'argile.
» Ce même Capitole , où brillent aujourd'hui
les pierres les plus précieuſes ,
» des guirlandes de fleurs en faifoient alors
» le feul ornement ; alors on goûtoit fans
» rougir , fur un lit de chaume & de gazon ,
» un repos pur & tranquille ; le Sénateur
paiffoit lui- même fes brebis , & c'eft du
milieu des champs que fa charrue fécondoit
, que le Conful dictoit des Loix au
peuple. Pofféder une feule pièce d'or , çût
été un attentat à la pureté de ces moeurs
antiques. Mais lorfque les deftins profpères
eurent étendu la puiffance de cet
Empire , lorfque Rome eut élevé juſqu'au
féjour des Dieux fa tête fuperbe , alors on
» vit s'accroître & les richeffes , & l'amour
» effréné des richeffes ; plus on en poſsède ,
plus on en defire : on entaffe pour diffiper
; on entaffe encore pour réparer les
diffipations ; & ces viciffitudes même ,
nouveaux alimens des vices , ne font qu'ir-
» riter la foif infatiable de l'or . Tel eft le
malade dont une humeur trop abondante
» difend & gonfle les vifcères ; plus il boit ,
plus fon altération augmente. Maintenant
33
25
"9
22
و د
""
33
"
و د
l'or eft le prix des chofes les plus pré-
» cieufes ; c'eft l'or qui confère les honneurs
; c'est l'or qui forine les alliances &
70 MERCURE
» donne les amis ; par- tout le pauvre lan-
" guit dédaigné. »
En général ce morceau eft élégant & bien
traduit ; cependant il offre plufieurs objets
de critique. Nous allons nous arrêter fur
quelques uns.
Alors on goûtoit , fans rougir , fur un lit
de chaume &de gazon, un repos pur & tranquille
, rend bien le fens du Latin ; mais on
cherche en vain l'image de fuppofuiffe foenum
capiti , on ne rougiffoit pas de pofer fa
tête fur le chaume.
Y
En traduifant ce vers : Jura dabat populis
pofiro modò Conful aratro , M. Bayeux rend
pofito aratro , par du milieu de fes champs.
Cela ne nous paroît pas exact . Ce n'eft pas
du milieu de leurs champs que les Confuls
donnoient des Loix au peuple ; ils quittoient
au contraire leurs champs pour cela.
M. Bayeux fait aufli bien que nous que pofito
aratro veut dire , après avoir quitté ,
en venant de quitter leur charrue..
On trouve dans la Traduction de ce même
morceau , des exemples de deux défauts
qu'on remarque quelquefois dans le refte de
l'Ouvrage. D'abord un peu de prolixité , qui
provient du defir d'avoir un ftyle élégant &
arrondi. Par exemple , Ovide , en parlant de
la paffion des richeffes , a dit : Vix ultrà ,
quòjamprogrediatur , habet. Cela veut dire ,
elle ne peut aller plus loin. M. Bayeux traduit ,
& il n'est plus de terme au-delà duquel elle
puiffe étendre fes infatiables defirs. Cela eft
DE FRANCE 71
trop long pour traduire progrediatur. Cette
prolixité eft ici d'autant plus remarquable
qu'Ovide y tombe dans le défaut qu'on lui
reproche , avec raifon , de retourner fa penfee
; car après avoir dit dans le vers précédent
, L'amour de l'or eft à fon comble ,fummus
eft , c'est une redondance d'ajouter , &
il ne peut aller plus loin . Les deux vers qui
fuivent font encore traduits d'une manière
prolixe , comme on peut s'en convaincre en
les comparant.
On peut en dire autant de celui- ci : Et levis
argenti lamina crimen erat. M. Bayeux
traduit : Pofféder une pièce d'or eût été un attentat
à la pureté de ces moeurs antiques . C'eſt
là paraphrafer . Le Latin dit feulement :
C'eût été un crime de pofféder une feule pièce
d'or. Il eft difficile à un Traducteur de réunir
l'élégance & la précifion ; mais fi c'eſt là la
difficulté de la Traduation , c'eſt - là auffi en
partie fon mérite .
Le fecond reproche que nous a paru mériter
quelquefois M. Bayeux , c'eſt l'uſage
trop fréquent de mots techniques . Nous en
avons un exemple dans le même morceau
que nous venons de citer ; & nous nous
y bornerons pour ne pas trop appefantir
notre critique. Tel eft , dit M. Bayeux , le
malade dont une humeur trop ab ndante diftend
& gonfle les vifcères , cela n'eft ni élégant ,
ni poetique , à caufe du technique des
expreflions. Quand on veut traduire un
Poëte , il faut qu'on reconnoille toujours le
72
MERCURE
Poëte , même dans la profe qui le traduit.
>
Nous foumettons ces obfervations à M.
Bayeux lui - même. Nous avons cru devoir
les lui communiquer , parce que n'ayant encore
donné qu'un Livre de fa Traduction
elles peuvent lui être utiles fi elles lui paroiffent
juftes. Mais après ces obſervations
critiques , nous ferions injuftes fi nous n'ajoutions
que fan travail mérite l'eftime de
ceux qui aiment & connoiffent la bonne
Littérature ; qu'en général ſon ſtyle eft noble
, élégant & harmonieux ; qu'il connoît
parfaitement l'efprit de fon Auteur ; qu'on
lit fa Traduction avec plaifir , & qu'elle eft
bien au- deffus de toutes celles qu'on nous a
données du même Ouvrage.
VARIÉTÉ S.
Les Etats - Unis de l'Amérique ont chargé M.
Franklin , leur Ambaffadeur en France , de faire
exécuter par un de nos meilleurs Artiftes une ftatue
du Général Washington . Elle fera placée dans le
lieu où réfide le Congrès , & les Américains auront
à la fois fous leurs yeux l'image du Héros qui a
établi leur indépendance & le Corps législatif qui
doit la faire fervir à leur félicité. On aime à voir
que dans la jouiffance d'une paix glorieufe un des
premiers foins de ces Peuples foit d'acquitter la
dette de leur reconnoiffance en élevant la première
ftatue qu'aura porté la terre du Nouveau- Monde ;
mais la gloire du Général Washington mérite d'être
confacrée par des monumens qui faffent connoître
les
DE FRANCE.
73
les talens & les vertus qu'une ftatue ne peut qu'attefter.
C'eſt l'Hiftoire feule qui peut nous faire pénétrer
dans les vûes de fon efprit & dans les vertus
de fon coeur , & fon Hiftoire fortira peut- être de la
France comme la Statue. Parmi les François qui ont
concouru à fes exploits , il en eft un auffi diftingué
par les talens que par fa naiffance , qui a vécu
avec le Général Washington dans cette intimité qui
Baît à- la -fois de l'amitié & des deffeins qu'on conçoit
& qu'on exécute enfemble. Dans un Journal de
fon féjour & de les voyages fur le continent de
l'Amérique feptentrionale , il s'eft arrêté fur ce Hé
ros comme fur l'objet le plus intéreffant que lui ait
offert le Nouveau -Monde , & nous nous félicitons
de pouvoir offrir à nos Lecteurs le portrait qu'il en
a tracé ; c'eft pour ainfi dire une feconde ſtatue élevée
par la main de l'amitié. Ce Journal , quoique
imprimé , n'a été , dit on , diftribué qu'à un petit
nombre d'amis ; mais les amis ne doivent garder le
fecret qu'à de mauvais Ouvrages , & trakiffent toujours
un peu celui des Ouvrages utiles au Public &
honorables à leur Auteur . Nous ne doutons pas que
le fragment qu'on va lire ne faffe regretter
nos
Lecteurs que l'Ouvrage entier ne foit pas public. Ceux
qui ont la cet Ouvrage defirent que l'Auteur , déjà
connu par des productions pleines d'efprit de philofophie
& de connoiffances variées , ne laiffe pas à
des Écrivains moins habiles & moins inftruits le
foin d'écrire l'Hiftoire de la grande révolution dans
laquelle il a joué un rôle fi diftingué.
Ce feroit ici le lieu convenable pour placer le
» portrait du Général Washington ; mais qu'eft- ce
» que mou propre témoignage pourroit ajouter à
» l'idée qu'on a de lui ? L'Amérique feptentrionale,
depuis Bolton jufqu'à Charles-Town, eft un grand
livre où chaque page offre fon éloge . Je fais
qu'ayant eu l'occafion de le voir de près & de
No. 50 , 1 ; Décembre 1753 .
33
74 MERCURE
» l'obferver , on peut attendre de moi quelques
5 détails plus particuliers ; mais ce qui caractérife le
mieux cet homme refpectable , c'eft l'accord par-
» fait qui règne entre les qualités phyfiques & morales
qui compofent fon individu . Une feule peut
faire juger des autres . Si on vous préfente des
Médailles de Céfar , de Trajan ou d'Alexandre ,
vous pouvez , en voyant les traits de leur visage ,
demander encore quelle étoit leur taille & la
» forme de leur corps ; mais fi vous découvrez par-
» mi des ruines la tête ou quelque membre d'un
Apollon antique , ne vous inquiétez pas des autres
parties , & foyez sûr que tout le refte eft
d'un Dien. Que cette comparaifon ne foit point
» attribuée à l'enthouſiaſme. Je ne veux rien exagérer
; je veux exprimer feulement l'impreffion que
le Général Washington m'a laiffée ; cette idée
d'un enfemble parfait , qui ne peut être produite
» par l'enthoufiafme , qui le repoufferoit plutôt ,
puifque le propre de la proportion eft de dimi-
» nuer l'idée de la grandeur. Brave fans témérité ,
so laborieux fans ambition , généreux fans prodiga-
» lité , noble fans orgueil , vertueux fans févérité ,
•
·
il femble toujours s'être arrêté en deçà de cette
limite où les vertus , en fe revêtant de couleurs
» plus vives , mais plus changeantes & plus douteufes
, peuvent être prifes pour des défauts.
Voici la feptième année qu'il commande l'armée
, & qu'il obéit au Congrès ; c'eſt en dire
» allez , fur tout en Amérique , où l'on fait tous
les éloges que ce fimple expofé renferme. Qu'on
répète que Condé fut hardi , Turenne prudent ,
Eugène adroit , Catinat défintéreffé , ce n'eft pas
» ainfi qu'on caractériſera Washington. On dira :
A la fin d'une longue guerre civile , il n'eut rien à
* Ceci a été écrit en 1781 .
DE FRANCE. 75
1
35
33.
ל כ
Je reprocher. Si quelque chofe peut être encore
plus merveilleux qu'un pareil caractère , c'est
l'unanimité des fuffrages en fa faveur ; Guerrier ,
Magiftrat , Peuple , tous l'aiment & l'admirent
tous ne parlent de lui qu'avec tendreffe & véné-
» ration . Existe- t- il donc une vertu capable d'enchaîner
l'injuftice des hommes , ou la gloire &
» le bonheur font-ils encore trop récemment éta-
» blis en Amérique pour que l'envie ait daigné
paffer les mers ? ,
""
ל כ
Je n'ai point exclu les formes extérieures en
" parlant de cet enfemble parfait dont le Général
Washington offre l'idée. Sa taille eft noble &
élevée , bien prife & exactement proportionnée ;
» fa phyfionomie douce & agréable , mais telle
» qu'on ne parlera en particulier d'aucun de fes
» traits , & qu'en le quittant il reftera feulement le
» fouvenir d'une belle figure. Il n'a l'ait ni grave
» ni familier ; on voit quelquefois fur fon front
l'impreffion de la penfée , mais jamais celle de
l'inquiétude ; en infpirant le refpect , il infpire la
confiance , & fon fourire eft toujours celui de la
bienveillance. 33
20
晕
C'eft fur-tout au milieu des Officiers Généraux
de fon armée qu'il eft intéreffant de le voir . Général
dans une République , il n'a pas le fafte i
pofant d'un Maréchal de France qui donne
» Lordre ; Héros dans une République , il excite
une autre forte de refpect qui femble naître de
cette feule idée , que le falut de chaque individe
» eft attaché à fa perfonne. Au refte , je dois dire
» dans cette occafion que les Officiers Généraux de
l'armée Américaine ont un maintien très- militaire
& très- décent ; que même tous les Officiers
que leurs fonctions mettent en évidence,joignent
beaucoup de politeffe à beaucoup de capacité ;
» enfin , que le quartier général de cette armée
93
33
Dij
46 MERCURE
לכ
33
n'offre l'image ni de l'inexpérience ni du beſoin.
Quand on voit le bataillon des Gardes du Géné-
» ral campé dans l'enceinte de fa maiſon ; neuf
charriots deftinés à porter fes équipages rangés
» dans fa cour ; un grand nombre de palfreniers
gardant de très-beaux chevaux appartenans aux
Officiers Généraux & à leurs Aides - de-Camp ;
lorfqu'on obferve l'ordre parfait qui règne dans
55 cette enceinte , où les gardes font exactement
pofées , & où les tambours battent un réveil &
» une retraite particulière , on eft tenté d'appliquer
» aux Américains ce que Pyrrhus difoit des Ro-
» mains : En vérité ces gens- là n'ont rien de barbare
dans leur difcipline.
55
"
AVIS relatif au Mercure de France.
PLUSIE LUSIEURS Perfonnes s'adreffant au fieur
Panckoucke , Bréveté du Mercure , pour des objets
inférés dans cet Ouvrage , parce qu'elles lui
font l'honneur de l'en croire un des Auteurs ou Rédacteurs
, il déclare qu'il n'a aujourd'hui aucune part
ni directe ni indirecte à la compofition & rédaction
de cet Ouvrage . Il en a le Brevet à titre de bail ,
& à fes rifques, périls & fortune , avec la liberté du
choix des Auteurs. Le Mercure de France eft en
entier composé par des Gens de Lettres , dont plufieurs
font des Académies Françoiſe & des Sciences;
c'eft en quelque forte leur apanage ; il eft
tout fimple qu'il foit leur Ouvrage. Indépendamment
de cinq à fix Coopérateurs particuliers qui fe
chargent des Analyfes & Extraits de Livres , auxquels
ils mettent leurs noms , il y a un principal
Rédacteur & des Rédacteurs particuliers pour la
Poéfie; les Comédies Françoife & Italienne ; l'Opéra ;
DE FRANCE 77
le Concert Spirituel ; c'eft au principal Rédacteur
à qui les Coopérateurs & les Rédacteurs particuliers
adreffent leurs Ouvrages pour en former le Mercure.
M. de Fontanelle rédige feul, depuis nombre d'années,
toute la l'artie Politique , & on fait combien il a
fur y répandre d'intérêt. La correfpondance qu'on a
établie pour cet objet l'a mis très - fouvent à portée
de précéder toutes les Gazettes étrangères.
La réunion au Mercure de France des Soufcrips
tions & des Privilèges du Journal François , du
Journal des Demes , du Journal des Spectacles , du
Journal & Gazette de Littérature , que le fieur
Panckoucke avoit acquis ; la réunion du Journal
Politique de Bruxelles , du Journal de la Librairie
de l'Extrait de la Gazette des Tribunaux , &c.
l'exactitude & la célérité du fervice , le mérite des
Auteurs attachés à cet Ouvrage , la medicité *
de l'abonnement de ce Journal qui eft resté à l'ancien
prix , quoiqu'il foit augmenté de foixantequatre
feuilles , & paroiffe tous les huit jours au
lieu de tous les mois, lui ont attiré l'attention & la
confiance du Public . Par toutes ces réunions &
combinaifons , le fieur Panckoucke eft parvenu à
conferver la totalité des penfions affectées fur les
produits de ce Journal , le Mercure s'eft même élevé
à un nombre aflez confidérable de Soufcriptions ,
pour qu'il ait eu le plaifir de rendre toutes les penfions.
qui étoient éteintes à fon profit.
Chaque Cahier de quatre feuilles ne revient qu'à
12 fols rendu franc de port aux extrémités du Royaume.
}
J
D iil
78
MERCURE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Mercredi , Décembre , on a exécuté ,
dans la Salle du Concert Spirituel , par exe
traordinaire , & pour une fois feulement ,
le Carmen Saculare d'Horace , mis en mufique
par M. Philidor . L'affemblée a été trèsnombreufe,
& le fuccès conforme à la hauré
opinion qu'on avoit déjà de cet Ouvrage.
L'Auteur y a fait quelques changemens qui
ont paru avantageux , & qui lui ont été dictés
par l'exactitude d'expreffion à laquelle il s'eft
attaché. On a particulièrement diftingué dans
cer Ouvrage la ftrophe : Delia tutela dece ,
dans laquelle l'Auteur a fait fentir avec beau
coup d'adreffe , & fur un très joli chant ,
mefure du vers faphique. Le morceau pathétique
: Hac bellum lacrimofum, l'alme fol,
morceau d'un fuperbe effet , & le fertilis
frugum , où l'Auteur , par un chant villageois
& gai , a donné une jufte idée de ce
qu'il avoit à peindre. En généralice Poëme ,
quoique très long , eft rendu avec la variété
dont il eft fufceptible. Il eft inutile d'en remarquer
la facture; les talens de M. Philidor
à cet égard font univerfellement reconnus .
Il paroît en même temps un Profpectus qui
la
DE FRANCE. 79
annonce cet Ouvrage par foufcription : nous
ne doutons pas que les Amateurs qui n'ont
pas été à portée de l'entendre , ne s'empreffent
de fe le procurer , & que ceux de Paris même
ne le regardent comme un morceau de bibliothèque
qui a mérité d'être au rang des
Ouvrages Claffiques , & qu'on ne peut fe
difpenfer d'avoir.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LA
4
A première repréſentation de Didon a
répondu aux espérances qu'on en avoit conçues
d'après les repréſentations de Fontainebleau
; c'eſt un fuccès des plus brillans qu'on
ait encore vûs à ce Théâtre . Le fujer eft
d'un grand intérêt ; la Mufique pleine des
plus grandes beautés ; & l'exécution , furtout
dans le rôle de Didon furpaffe ce
qu'on attendoit du talent déjà ſi diftingué de
Mademoiſelle S. Huberty.
Nous n'examinerons point ici tous les
détails des différentes parties de cer Opéra.
Ce n'eft qu'après en avoir vu plufieurs repréſentations
, que nous nous croirons en
état de recueillir & de propofer les idées
que le jugement des Gens de goût & nos
propres obfervations nous auront fait naître.
Nous nous contenterons , dans cet Article ,
d'offrir à nos Lecteurs quelques remarques
fur l'effet général du Poëme & de la Mufique.
D iv
85 MERCURE
·
›
On fe rappelle que lorfque M. Gluck vint
apporter fur notre Théâtre Lyrique le fujet
de la plus touchante Tragédie de Racine
embelli d'une Mufique tout- à - la fois neuve
& vraie , favante & fublime , une partie
du Public , & même des Gens de Lettres ſe
déclarèrent contre cette innovation , qu'ils
regardoient comme une dégradation de la
Tragédie , & comme un faux emploi de la
Mufique. M. Marmontel parut alors partager
ceste opinion trop frappé peut être des
beautés de tous les genres répandues dans les
Opéras de Quinault , il a imprimé que la
Fable & le merveilleux étoient effentiels à
l'Opéra , & que la vraie Tragédie n'étoit
pas faite pour le Théâtre Lyrique . Mais
ces erreurs d'une théorie précipitée ne peuvent
pas tenir , dans un bon efprit , contre
une obfervation plus réfléchie . Nous
voyons avec plaifir qu'il ne croit plus aujourd'hui
l'Opéra indigne de rivaliser avec la
Tragédie ; & qu'il a préféré cette fois ,
pour faire briller le génie aimable & fécond
de M. Piccini , un fujet & un plan
vraiment tragiques , aux Poëmes de Quinault
, quoiqu'arrangés par lui de la manière
la plus favorable aux procédés de la
Mufique Italienne. Nous croyons ce nouvel
emploi de fes talens plus digne de lui. Ce
n'eft pas que nous penfions qu'il fallut renoncer
aux Opéras de Quinault ; nous
fommes bien éloignés de prétendre exclure
aucun genre ; il n'en eft point qui ne
DE FRANCE. Si
puiffe être traité avec fuccès par un homme
de génie. Le Compofiteur qui a fait un bel
opéra de la févère Tragédie d'Iphigénie en
Tauri de , a fait auffi un bel Opéra d'Armide
, fans y changer un feul vers. Nous
aurions trop à regretter fi nous étions privés
de la Mufique charmante que M. Piccini
a répandue avec profufion dans Atys
& dans Roland ; mais nous croyons en
même- temps qu'aucun Opéra de Quinault
ne lui auroit infpiré des chants auffi pathétiques
, auffi vrais , & des effets aufli
Dramatiques que ceux que le Public a ads
mirés dans fa Didon.
Revenons à la conduite du Poëme. M.
Marmontel a eu fans doute fous les yeux
la Didon de Métaftafe ; mais il en a tiré
peu de fecours. C'est un des plus foibles
Opéras du Poëte Italien : l'intérêt eft à
chaque inftant contrarié & refroidi par des
amours épifodiques, qui rendent d'ailleurs la
marche de l'action embarraffée & découfue.
M. Marmontel n'en a tiré que le perfonnage
d'Iarbe déjà imité par M. de
Pompignan , & peut - être un ou deux
fujets d'airs. Son véritable modèle a été Virgile
, non pour la marche du Drame
mais pour la peinture des mouvemens fi
vrais , fi paffionnés & fi déchirans de l'âme
de Didon. C'eft un affez grand mérite que
de s'approcher d'un fi parfait modèle , &
an Poëte Dramatique ne pouvoit s'en écanter
fans s'éloigner de la nature.
,
Dy
82 MERGURE
On à vu , par la courte Analyſe que nous
avons faite de la marche du Poëme , que
l'action en eft clairement expofee & bien
developpée dans le premier Acte . L'intérêt
en eft foible ; mais il eft remplacé par le
1pectacle : il ne commence véritablement
qu'à la troisième Scène du fecond Acte ,
entre Didon & Énée ; & dès ce moment
il va toujours croiffant jufqu'à la fin de
l'Acte.
La lueur d'efpérance qui vient calmer les
inquiétudes de Didon , & l'annonce de la
victoire d'Enée , dans les deux premières
Scènes du troifième Acte , offrent une oppofition
heuteufe , qui donne plus d'effet à la
belle Scène où Didon apprend d'Enée tout
fon malheur , & fe livre à tous les emportemens
de l'amour au défeſpoir. La réfolution
qu'elle prend de mourir , les apprêts de
fon facrifice , le tableau de fa mort porteroient
peut être l'intérêt & le pathétique au
comble , fi l'action n'étoit pas coupée par
une apparition d'Anchife , & un orage qui
'ont paru faire aucun effet. L'apparition
avoit été indiquée par Métaſtaſe , mais fimplement
en récit . Nous croyons comme
M. Marmontel , que ce moyen pouvoit être
mis en action avec un grand effet ; mais nous
croyons qu'il ne l'a pas placé auffi heureuſement
qu'il pouvoit l'être. Il nous femble que
le merveilleux ne doit être employé dans un
Drame que pour y produire quelque grand
changement , foit dans l'action , foit dans
DE FRANCE. 83
les fentimens des Perfonnages. Didon le voit
abandonnée fans retour , & n'a plus d'efpérance
; Énée n'a plus rien qui l'arrête , quand
l'Ombre de fon Père lui apparoît pour lui
commander d'obéir. Il feroit parti fans cela .
Mais fi Énée , attendri , défolé , entraîné par
les larmes , les reproches , le défeſpoir dé
Didon , cédant à fon propre fentiment , eût
raffuré fon Amante , & , malgré l'ordre des
Dieux , l'efpérance d'un Empire , l'intérêt
de fon Peuple , lui eût juré de ne l'abandonner
jamais , & qu'en ce moment l'Ombre
d'Anchife , annoncée par un coup de
tonnerre , eût fait entendre fa voix & fes
reproches , & eût ordonné à fon fils de la.
fuivre , nous ne doutons pas qu'il n'en fût
réfolté tout à la fois une fituation & un
tableau très dramatiques. Un autre avantage
que nous croyons appercevoir dans ce changement
, c'eft que le caractère d'Énce cût
pû être plus intéreffant , en fe montrant
plus fenfible. Nous ajouterons qu'Enée , en
racontant , au fecond Acte , que fon Père:
hui apparoît les nuits pour le preffer de
quitter Carthage , affoiblit peut - être l'effet
de l'apparition réelle.
En général , le défaut le plus frappant
de cet Opéra , eft le peu d'intérêt du rôle
d'Enée ; mais c'eft le vice du fujer plus
que du Poëte. Enée n'eft intéreffant ni dans
la Tragédie de M. de Pompignan , ni dans
l'Opéra de Métaftafe ; il l'eft encore moines
dans Virgile. Les Amans ingrats font des per
Dovj
$4
MERCURE .
fonnages peu tragiques ? Jafon & Thésée
dans les Tragédies de Médée & d'Ariane , out
auffi peu de caractère qu'Enee dans celle de
Didon.
Le rôle d'Iarbe , qui n'agit que dans les
deux premiers Actes , & qui devient abfolument
inurile au dénouement , eft auffi de peu
d'effet. Mais fi le développement de l'amour
& du malheur de Didon fuffit pour remplir
la Scène , pour foutenir & graduer l'itérêt
,, pour attacher , émouvoir , attendrir
il n'y a point de reproches à faire au Poëte ,
& cet effet a été généralement fenti dans cet
Opéra , où Didon , prefque continuellement
fur la Scène , concentre fur el'e même l'attention
& l'intérêt des Spectateurs.
Nous n'avons pas beloin d'obferver que
ce Poëme eft beaucoup mieux fait & mieux
écrit que la plupart de ceux qu'on voit tous
les jours à ce Théâtre. Le rôle de Didon
fur- tout nous a paru écrit en général avec
chaleur & avec élégance. Nous n'en citerons
que ces vers de la troifième Scène du
fecond Acte.
Je n'ai jamais douté d'une fi belle flamme ,
Pourquoi m'en affürer ? Ah ! laiflons les fermens
Aux vulgaires anians :
Un regard , un foupir , c'eſt affez pour mon âme.
Un trouble , hélas ! plus dévorant ,
Me retrace aujourd'hui les malheurs de Pergame.
Je vous expofe , Énée , au danger le plus grand;
DE FRANCE. 85
Je le vois , j'en frémis ; l'aveugle fort des armes
Peut condamner mes yeux à d'éternelles larmes.
Je veux , fi tel eft mon malheur ,
D'un injufte reproche au moins fauver ma cendre ;
Et fans rougir de ma douleur ,
Dans la tombe , avec vops , avoir droit de deſcendre.
J'affemble ici mon peuple , & je veux devant tous
Confacrer vos bienfaits & ma reconnoiffance ;
Je veux que mon vengeur , armé de ma puiffance ,
Porte dans les combats le nom de mon époux.
Nous n'oppoferons pas à ce morceau
quelques négligences que nous avons cru
appercevoir dans le dialogue & dans le
ftyle , & que l'Auteur pourroit aifément corriger.
Nous laiffons à d'autres le foin de les
relever , d'autant que l'effet en eft peu important
pour l'effet de l'Ouvrage .
Il nous reste à parler de la mufique de
cer Opéra; elle fait un honneur infini à M.
Piccini . Aucune de fes compofitions n'avoit
encore obtenu un fuccès plus général , & à
notre avis mieux mérité. Nous croyons qu'il
y a fait un grand pas vers la perfection du
véritable fyftême de mufique dramatique ;
c'eft ce que nous nous propofons de faire
obferver en détail lorfque plufieurs repréfentations
, écoutées avec attention , nous
aurons mis en état d'analyfer , fuivant
nos lumières , les différentes parties de ce
bel Ouvrage , & de rendre compte des
différentes impreffions que nous aurons
86 MERCURE
reçues. Nous dirons feulement ici que
c'eft fur-tout dans le récitatif & les choeurs
qu'on a remarqué un changement de manière
dont les effets ont été vivemment
fentis. Il a mis auffi dans fon orcheſtre plus
de chaleur & de mouvement. Il lui eût été
difficile de faire des airs d'un chant plus
aimable & plus fenfible , d'une forme plus
élégante , d'un accompagnement plus brillant
& plus pur que ceux dont fes Opéras
font pleins ; mais il y a dans la Didon quelques
airs dont l'expreffion nous a paru plus
vraie & plus pénétrante , parce qu'elle tient
de plus près au mouvement & au fens des
paroles , & qu'elle n'eft pas refroidie par
ces faux embelliffemens & ces répétitions
pifeufes qui ne font bonnes qu'à faire briller
la voix & l'art du Chanteur devant un pupi
tre , mais qui rarement font bien placées fur
la Scène.
Nous reviendrons fur ces différens objets
dans un autre article .
Nous ne pourions diffimuler fans injuftice
que c'eft à la manière étonnante dont le
rôle de Didon a été joué par Mlle Saint -Hu
berty , que le nouvel Opéra doit une partie
de fon grand fuccès ; elle s'y eft montrée fupérieure
à elle même. Non-feulement elle y
a chanté fes airs avec l'intelligence , l'art &
la fenfibilité qu'on lui connoiffoit ; mais elle
a mis encore dans la pantomime de fon rôle,
dans les dérails de la Scène , dans les accens
du récitatif , une variété & une vérité de
DE FRANCE. 87
nuances , une force & quelquefois une fimplicité
d'expreffion , pour lesquelles elle n'a
point eu de modèle , & elle méritera longtemps
d'en fervir. Nous ne croyons pas cependant
que fon chant & fon jeu dans ce rôle
foyent à l'abri de tout reproche ; mais ce n'eft
pas au milieu des tranfports de l'enthouſiafme
général qu'il convient à la critique de
faire entendre fes triftes obfervations.
Les fieurs Larrivée & Lainez ont joué ,
l'un le rôle d'Farbe , l'autre celui d'Énée, avec
les talens & l'intelligence qu'on devoit atten
dre d'eux ; mais ces deux rôles font trop fabordonnés
pour n'être pas effacés par le rôle
dominant de Didon . L'exécution de l'orcheſtre
a eu toute la perfection qu'on eft
accoutumé à admirer depuis quelques an
nées.
On a donné à la fuite de Didon le Baller
de la Chercheufe d'Efprit , qu'on revoit toujours
avec plaifir. Mile, Guimard y a reparu
pour la première fois depuis la maladie qui
nous en a privés pendant plufieurs mois . Le
Public a reçu avec tranfport cette charmante
Danfeufe , dont les grâces toujours
jeunes & piquantes feront encore longtemps
les délices.
X
83 MERCURE
ANECDOTES.
I.
DEUX Huiffiers nouvellement reçus , &
qui n'avoient guères fait de procès - verbaux ,
ayant été chargés d'exécuter les meubles
d'une Communauté , furent battus bien complettement.
Ils ne manquèrent pas d'en dref
fer un procès - verbal , & d'exagérer les excès
commis contre des membres de la Juftice ;
lefquels affaffins , difoient ils , en nous ou
trageant & excédant , prenoient Dieu depuis
la tête jufqu'aux pieds , & proféroient tous les
blafphemes imaginables contre ledit Dieu ;
foutenant que nous étions des coquins , des
fripons , des fcélérats & des voleurs ; ce que
nous affirmons véritable. En foi de quoi , &c.
I I.
UN Ambaffadeur d'Efpagne en France ,
foutenoit les intérêts de fon maître contre
Henri IV , & les foutenoit en homme digne.
du caractère qu'il avoit. Henri IV , incomparablement
plus grand Roi que Philippe II ,
le traitoit avec hauteur : ce que l'Ambaffadeur
ne pouvoit fouffrir. Enfin , dans la
chaleur de la difpute , Henri IV dit : Ventre
faintgris , fi le Roi d'Espagne me fâche , je
Pirai relancer jufques dans Madrid. Sie ,
lui répondit gravement l'Ambaffadeur : Vous
DE FRANCE. 89
ne feriez pas le premier Roi de France qui y
auroit été. Henri IV , piqué , mais qui n'en
témoigna rien , parce qu'il s'étoit attiré cette
réponſe , lai dit fur un ton moins férieux :
Monfieur l'Ambaſſadeur, vous êtes Espagnol ,
& moi , Gafcon: fi nous nous mettons fur la
redomontade , la chofe ira loin.
II I.
LA préfence d'efprit eft d'un grand fecours
pour fe tirer agréablement d'affaire . Un jeune
Abbé d'une condition diftinguée , prêchant
à Chantilly devant feu M. le Prince de
Condé, manqua de mémoire à l'endroit le
plus beau de fon Sermon. Après avoir rêvé
un petit mement fans pouvoir trouver ce
qu'il cherchoit , il tira le papier de fa poche
vit où il en étoit , reprit le fil de fon difcours
, & acheva fa prédication avec beaucoup
de fuccès. Le Prince de Condé , avec
qui il eut l'honneur de dîner , lui ayant obligeamment
témoigné qu'il en avoit ufé en
habile homme , & que c'eût été dommage
que faute de prendre fon papier , l'affemblée
eût perdu tant de belles chofes ; ma foi,
Monfeigneur , lui répondit-il , j'en demande
pardon à Votre Alteffe : je m'étois fié à ma
mémoire , elle m'a joué d'un tour ; quandj'ai
vú cela , je lui en ai joué d'un autre . Le
Prince trouva l'excufe auffi agréable que le
Sermon.
་
୨୦ MERCURE
1
ANNONCES ET NOTICES.
AT148 Eccléfiaftique , Littéraire , Civil, Politique
, Militaire & Commerçant de la France & du
Globe , ou Etrennes portatives , utiles & agréables
pour l'année biffextile 1784. divifé par Tableaux
& Plans coloriés , avec Approbation & Privilège du
Roi , format in - 24. Prix , 1 livre 10 fols broché. A
Paris , chez Beauvais , maifon de MM. Lambert &
Baudouin , Imprimeurs - Libraires , rue de la Harpe ,
près S. Côme, & Froullé, Libraire, Pont Notre- Dame,
Ces Étrennes , qui paroiffent pour la première
fois , préfentent au premier coup d'oeil & avec
ordre les Noms , Rangs , Dignités , Réceptions ,
Cordons d'Ordres coloriés , &c. &c des premières
Perfonnes qui compofent les cing Ordres de l'État,
Elles font compofées de cinq Tableaux , dont le
premier préfente la France Eccléfiaftique & Littéraire
; le fecond , la France Civile ; le troifième , la
France Politique ; le quatrième , la France Militaire,
& le cinquième , la France Commerçante. Der
rière chacun de ces Tableaux eft une Carte Géographique
lavée à la manière des Plans , avec la
Defcription fommaire des Pays qu'elle renferme ,
leurs qualités , leurs climats , les noms des principales
Villes , leur diftance de Paris , Religions , Mours &
Ufages de leurs Habitans , &c . On a obfervé de
marquer le départ des lettres pour toutes les Villes de
France qui y font dénommées , ainfi que pour les
Pays Étrangers. Le tout eft précédé d'un Calendrier
, contenant les Curiofités de Paris & des Environs
, les prix des Spectacles , les principales Foires
de France , jour par jour , ce en quoi elles confiftent,
& leur durée & franchiſe . L'Auteur fe
propose de donner chaque année une ſuite à ce
-
DE FRANCE. 91
petit Ouvrage , & le rendre de plus en plus utile &
intéreflant .
LETTRES fur les Animaux , nouvelle Édition
augmentée. A Nuremberg ; & fe trouve à Paris ,
chez Saugrain jeuné , Libraire , quai des Auguftins.
Il n'a pas encore été fait mention dans ce Journal
de cet Ouvrage , qui jouit de l'eftime la plus méri
tée. On doit à l'Auteur plufieurs morceaux qui ont
été diftingués dans l'ancienne Encyclopédie. Nous
rendrons compte de ces Lettres inceffamment.
BATAILLES d Alexandre - le - Grand , Roi de
Macédoine , depuis l'an du Monde 3668 jusqu'à
l'an 3677 , & avant Jéfus - Chrift 327 , peintes en
cinq Tableaux par C. Lebrun , précédées d'une
Perfpective de la Galerie des Gobelins , & fuivies de
l'Eftainpe de la Multiplication des Pains dans le Dé
fert, chef- d'oeuvre de l'Artifte ; le tout repréfeuté en
Tept Planches , deffinées & gravées par Sébastien
Leclerc , Chevalier Romain , Deffinateur & Gra
veur du Cabinet du Roi , avec des Explications
tirées des meilleurs Auteurs. Prix , 12 liv. A Paris ,
chez Lamy, Libraire , quai des Auguftins .
Les Batailles de Lebrun font des chef- d'oeuvres
trop connus pour avoir beſoin d'aucune recom
mandation. Quant au Graveur ( Leclerc ) il s'étoit
déjà montré digne de traduire les productions d'un
grand Peintre. C'étoit un des fameux Graveurs du
fiècle dernier , & qui eft mort en 1714. Nous ne
doutons pas que cette petite Collection ne foit accueillie
par les Amateurs.
Le même Libraire vient d'acquérir le Fonds du
Voyage Pittorefque de la Suiffe en trois Volumes
in-folio , & il mettra en vente le premier Décembre
prochain les trente - fept , trente - huit , trente - ncuf
& quarantième Livraiſons.
92
MERCURE
Il eft auffi chargé de la vente de la Defcription
générale & particulière de la France ; il mettra en
vente fous pea la vingt- unième Livraiſon de la
Partie Pittorefque.
CORRESPONDANCE Rurale , contenant des
Obfervations critiques , intéreſſantes & utiles fur la
Culture des terres & des jardins , les travaux , Occupations
, économies & amuſemens de la campagne ,
& tout ce qui peut être relatif à ces objets ; par M.
de la Bretonnerie , 3 Volumes in- 12 . Prix , 7 livres
10 fols brochés , 9 livres reliés . A Paris , chez Eugène
Onfroy , Libraire , quai des Auguftins .
L'ÉCOLE du Jardin Fruitier , qui comprend
l'origine des arbres fruitiers, les terres qui leur conviennent,
& les moyens de corriger & améliorer les
plus mauvaifes , le choix des arbres , leur planta
tion & tranfplantation , les pépinières , les greffes ,
la taille , &c. & le journal de tous les ouvrages qui
fe font dans le jardin fruitier pendant le cours de
l'année. 2 Volumes in 12. Prix , s livres brochés ,
6 livres reliés . Par le même , & chez le même
Libraire .
·
1 L'Auteur de ces deux Ouvrages ne les a pas
écrits d'après d'autres Ouvrages. Il ne traite que des
objets dont il s'eft occupé lui - même long - temps &
avec complaifance ; enfin il publie le réfultat de
l'expérience la plus éclairée . Il eft l'Hiſtorien de
fes obfervations , de fes découvertes , & l'on peut
dire que ces deux Ouvrages font tous deux complets
dans leur genre.
PHILOSOPHIE Sociale , ou Effai fur les
Devoirs de l'Homme & du Citoyen , par M. l'Abbé
Durofoy , Docteur & Profeffeur en Théologie ,
Confeiller Eccléfiaftique de S. A. Mgr . le Prince
E
DE FRACNE. 93*
1
Évêque de Bâle , in- 12 . Prix , 2 livres 10 fols. A
Paris , chez Charles - Pierre Berton , Libraire , rue
S. Victor , vis - à - vis le Séminaire S. Nicolas du
Chardonnet.
L'Auteur de cet Ouvrage prend l'homme à quatre
époques différentes ; l'homme d'abord croiffant pour
la Société , enfuite délibérant fur le choix d'un état ,
puis époux, enfin père de famille. Voilà le plan qu'il
a adopté , & qu'il a rempli en Philofophe chrétien.
REPONSES Critiques à plufieurs questions propofées
par les Incrédules modernes fur divers endroits
des Livres faints , par M. l'Abbé Moyle , Profeffeur
en Théologie au Collège Royal de Dole ,
Tome IV. Prix , 3 liv. relié . A Paris , chez Charles-
Pierre Berton , Libraire , rue S. Victor.
Cet Ouvrage eft donné comme an quatrième
Volume , parce qu'il doit fervir de continuation aux
Réponses Critiques de M. l'Abbé Bullet,
DOCTRINE Chrétienne en forme de lectures de
piété, où l'on expofe les preuves de la Religion , les
Dogmes de la Foi , les règles de la Morale , ce qui
concerne les Sacremens & la Prière , à l'ufage des
Maifons d'Education & des familles chrétiennes ,
in - 12. Prix, 2 livres fols . A Paris , chez Charles-
Pierre Berton , Libraire , rue S. Victor.
S
Le Cenfeur de cet Ouvrage le regarde comme
digne d'entrer dans l'éducation publique & parti →
culière.
A B C, ou Jeu des Lettres de l'Académie des
Enfans , & Recueil de leurs Études , par Pierre
Freſneau , Inſtituteur de ladite Académie à Verfailles
pour les premières inftructions des deux
fexes , nouvelle Édition , ornée de figures & d'un
petit Atlas élémentaire , & divifée dans un ordre
94
MERCURE
plus méthodique pour en faciliter l'ufage. in - 8 °. A
Paris, chez la Veuve Hériffant , Imprimeur du Cabinet
du Roi , rue S. Jacques , & chez l'Auteur, Place
de l'École , près Saint Germain l'Auxerrois . A Ver
failles , à l'Académie des Enfans , aux quatre
Bornes.
Ce n'eft encore là que la première Partie réimprimée
de cet Ouvrage vraiment utile , & qui prouve le zèle
de l'Auteur pour l'inftruction de la Jeuneffe . M.
Frefneau obligé par des arrangemens de famille
de quitter Verlailles & l'Académie des Enfans
employe actuellement à Paris certaines heures à
l'instruction de quelques jeunes gens.
LA nouvelle Omphale , repréfentée au Théâtre
Italien , dédiée aux femmes vertueufes , Almanach
pour l'année 1784. A Paris , chez Crépy ,
rue S. Jacques , nº . 252 ; en Province , chez les
Marchands d'Almanachs. Prix , 1 livre 4 fols broché
, livre 10 fols en étuis , 1 livre 16 fols en
coffret avec furpriſe.
CHIMIE Champêtre & Végétale , ou Labora
toire de Flore , par an Auteur connu , deux Parties
reliées en un Volume. Prix , 2 liv. 10 fols . A Paris ,
chez Mérigot père , Libraire , quai des Auguftios
près la rue Git - le - Coeur.
Ce Volume contient la manière de faire avec les
Plantes les liqueurs , les ratafias , les effences , les
huiles , &c. , & donne des détails nombreux fur
toutes ces diftillations.
L'Amt des Enfans , par M. Berquin , Novembre
1783 , No. 11. A Paris , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerfité , au coin de celle du
Bac , n° . 28. S'adreffer à M. Leprince , Directeur .
Cet Ouvrage conferve l'avantage précieux d'être
DE FRANCE. 95
toujours d'un ton conforme à l'âge des Lecteurs
auxquels il eft deftiné , & de leur préfenter
une morale gaie & aimable. Ce Volume renferme
la Perruque , le Gigot , &c. le Trictrac , une jolie
Romance & la tendre Mère.
ÉLEVATION du Pont de Touloufe conftruit en
1543 fur le deffin de Souffron , Architecte , gravé
par P. G. Berthault . A Paris , chez l'Auteur , rue S.
Louis , près la Place Royale , maifon du Serrurier;
chez Jombert le jeune , Libraire , rue Dauphine ;
Leclerc , Marchand d'Eftampes , Place Royale à
Touloufe ; Fontenelle , Marchand d'Eftampes , rue
du Gouvernement à Montpellier. Prix , 2 liv.
Ce Pont peut faire fuite aux Cartes de la Province
du Languedoc , ainfi qu'à l'Ouvre de M,
Perronnet , Ingénieur des Ponts & Chauffées.
EUVRES choifies de l'Abbé Prevoft , avec
Figures , première Livraifon , contenant les Mémoires
& Aventures d'un Homme de Qualité, &c.
fuivis de Manon Lefcaut , 3 Vol . in-8 ° .
On foufcrit pour lefdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , rue & hôtel
Serpente , & chez les principaux Libraires de
l'Europe . La Collection des deux Auteurs formera
quarante-neuf Volumes in- 8 ° , ornés de figures
faites fous la direction de MM. Delaunay & Marillier.
Les OEuvres de le Sage font actuellement achevées
, & contiennent quinze Volumes . Le prix de la
foufcription est de 3 liv. 12 fols le Volume broché.
On a tiré vingt- quatre Exemplaires fur papier de
Hollande à 12 liv. le Volume broché.
LA Famille Espagnole , Eftampe de 21 pouces
de large fur 26 de haut , gravée par Petit, fils, d'après
Martin, Peintre du Roi . Prix , 3 liv. A Paris , chez
96 MERCURE
Petit , Graveur , rue & Ile Saint Louis , à côté du
Corps-de Garde.
Cette Eftampe nous a paru exécutée avec foin.
NUMERO II du Journal de Harpe , contenant
trois Airs d'Alexandre aux Indes , les Accompagnemens
par MM . Bürthkoffer & J. Meyer , un
Air de M. Aubert , & une Romance de M. D. L. B.
Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris , chez Leduc , rue Traverfière-
Saint- Honoré , au Magafin de Mufique ,
où l'on foufcrit pour douze Cahiers moyennant
15 liv. port franc.
LES Variétés à la mode , quatrième fuite
d'Airs François , Italiens , Romances , Vaudevilles
, &c. arrangés pour le Clavecin par M.
Céfar. Prix , 3 liv. 12 fols. A Paris , chez M. Boyer.
Même Adreffe .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
VERS à MM. Charles & Traduction des Faſtes d'Ovi-
Robert , 49 de,
Sur la Mort de M. d'Alem- Variétés ,
bert,
Confeil à fuivre à l'accaſion
de la Paix ,
63
72
Avis relatif au Mercure de
France,
43 Concert Spirituel ,
54 Anecdotes,
76
78
A la Société Royale de Lon- Académ. Royale de Mufiq. 79
t dres ,
Charade , Enigme & Logo Annonces & Norices ,
gryphe ,
61
88
୨୬
APPROBATION.
JA x lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Décembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impretion . A Paris ,
le 13 Décembre 1783. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 DÉCEMERE 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS adreffés à M. PHILIDOR , en
fortant du Carmen Sæculare.
Qu
UELLE variété fublime !
Ici , je dois verfer des pleurs ;
Là , c'eft la gaîté qui m'anime
Par fes diælis enchanteurs.
Ces Romains qui vouloient prétendre
"Au fceptre de tous les talens ,"
N'auroient pas confenti d'attendre
Un intervalle de cent ans >
Si Flaccus leur eût fait entendre
Vos accords fimples & touchans,
Moi ,vous chanter ! quelle folie ;
A
Car pour célébrer les Concerts
Que modula votre génie ,
Il faudroit mettre dans mes vers
No. 1 , 20 Décembre 1983. E
98
MERCURE
Autant de grâce & d'énergie
Que vous en mettez dans vos airs.
( Par M. Duchofal , Avocat en Parlement. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préville ; où
l'on trouvepré , ville ; celui de l'Enigme eft
Violon , ou autre inftrument à cordes ; celui
du Logogryphe eſt Papier , où l'on trouve
répi , pari , épi , pie , Priape , Pie ( Pape ) ,
rape , pipe.
CHARADE.
POUR mon premier un amant ſe noya ;
Chez les Romains mon ſecond ſe compta ,
Et par mon tout tel Rimeur ennuya.
( Par un Habitant de Martincourt , fous
Pierrefort , en Lorraine. )
ÉNIGM E.
JE fais un bruit épouvantablę ;
Mais tel qui me connoît me paffe ce défaut ;
Je ferois même moins aimable
Si je grondois un peu moins haut.
Tout comme toi , mon cher Lecteur ,
Je dois mon existence aux Dames ,
Et je ne trouve point que ce foit un malheur
D'avoir un grand nombre de femmes.
BEOLA
DE FRANCE
99
Ceci n'eft point un jeu d'enfant ,
J'ai rarement de volonté frivole ;
Et malgré que ce foit toujours en clabaudant ,
Mes femmes tour- à-tour marchent à ma parole.
Ce n'eft pas tout : ainf que le fils de Vénus ,
Je porte fléches affez belles ;
C
Mais tel qui n'eft pas bien à la Cour de Plutus ,
Ne devroit point du tout badiner avec elles.
Je t'en ai dit affez , Lecteur , me tiens-tu ? Non .
Eh bien ! demande un Carme , il te dira mon nom.
(Par M. le Ch. de l'Huillier, Cap. au Rég. de Picard.)
TROI
LOGOGRYPHE.
ROIS voyelles ; un fruit; ce qu'en fon fortfunefte
En Pylade eut toujours le malheureux Orefte ;
Victime de la force , un Athlète connu
Par un arbre entrouvert le voyant retenu ;
Deux animaux divers ; deux notes de mufique ;
Deux villes en Europe ; une dans l'Amérique ;
Un jeu très-fatigant ; le contraire de bien ;
Le nom d'un fratricide ; un fleuve Égypticn ;
Deux ou trois mots latins ; un des mois de l'années
La volonté de Dieu fur Sinaï donnée ;
Si tu prêtes ferment , ce que tu leveras .
1-
Voilà dans mes fept pieds ce que tu trouveras.
1
Je ne fuis qu'un infecte , & tu dois me connoître ;
Mais pour embarraffer , j'en ai trop dit, peut être.
(Par M. L..... F ..... )
E ij
100 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
BIGARRURES Littéraires. A Paris , chez J.
Fr. Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe ,
la première porte- cochère à droite en entrant
par la Place S. Michel .
DANS
ANS l'appréciation des Ouvrages , à mérite
égal dans l'exécution , on donne le premier
rang à ceux qui , embraffant un objet
confidérable fous toutes les faces , font établis
fur un plan vafte & régulier , & font concourir
un grand nombre de parties diverfes
à produire un feul intérêt , ou à démontrer
une vérité importante & générale. Cette
prééminence leur appartient fans doute; car
rien ne coute à l'efprit comme une attention
longue & foutenue fur le même objet. Son:
allure naturelle eft celle de l'imagination. Il
veut plutôt voir que connoître , n'examine
qu'à regret , devine avec audace , & , fatigué
à l'inftant d'une marche réglée , erre éternellement
fans jamais fe laffer. Qui ne s'eft pas
furpris très -fouvent dans ces rêveries ' delicieufes
où l'imagination nous repréfente confufément
tous les objets de nos paílions &
de nos goûts, où, fans aucun travail d'attention
, tout ce qu'il y a de charmant ou de
fublime dans le fpectacle de la Nature , nos
plus doux fouvenirs , nos efpérances les plus
DE FRANCE. 101
chères fe fuccèdent dans notre penſée comme
dans un tableau d'optique ? Voilà l'image de
l'efprit humain abandonné à lui- même ; il
nous donne beaucoup de jouiffances & trèspeu
de lumières . Compofé de tous nos fens ,
comme eux , il femble être dans les vûes de la
nature un organe de plaifir , plutôt qu'un
inftrument de recherches & d'obfervations ;
ce n'eft pas fans beaucoup de peine , fans
beaucoup d'art , de foins & d'habitudes qu'on
parvient à le faire penfer , à convertir fes
rêveries qui lui font fi douces , en des méditations
dont il redoute la fatigue ; & cet
effort , lorfqu'il eft fuivi du fuccès , mérite
d'être récompenfé par la plus grande gloire.
Mais ces productions où l'on admire l'étendue
& la force de l'efprit , ne font pas d'ordinaire
celles où le taient répand le plus
d'agrémens & le plus de charmes . Quelqu'étendu
que foit un plan , du moment
qu'on s'eft défendu d'en fortir , on s'y trouve
à la gêne ; il devient une prifon pour l'efprit
qui l'a tracé ; & le talent perd avec fa liberté
une partie de fon énergie & de fa grâce.
L'idée toujours préfente d'une tâche à remplir
, la crainte de refter au deffous de ce
qu'on ofe entreprendre , arrête la penſée
dans les mouvemens naturels , étouffe cette
joie de produire , à laquelle le génie doit
prefque toujours fes beautés les plus touchantes
& les plus aimables. Si les longs Ouvrages
ennuient fi fouvent , c'eft qu'ils ont
..commencé par ennuyer leur Auteur ; il fait
E iij
102 MERCURE
賂
fentir à ceux qui le lifent le poids dont il a été
accablé lui même. On connoît des Ouvrages
au contraire où l'Auteur paroît toujours heu-
Teux , & vous communique fon bonheur
qu'il répend fur toutes les idées & fur toutes
fes expreffions . On eft attaché , intéreſſé , &
l'on ne voit point fouvent les beaurés qui
produisent l'enchantement qu'on éprouve.
L'Auteur n'a peut être pas plus de génie qu'un
autre, mais il a plus de liberté , & le charme
qu'il vous fait lentir eft celui de fon indépendance.
Si ce n'eft pas la meilleure méthode
, difoit plaiſamment Sterne , qui n'en
a jamais eu d'autre , c'est du moins la plus
religieufe. J'écris la première phraſe , & je
m'abandonne à la Providence pour toutes les
autres. Ceft ce qui fait fans doute en grande
partie l'attrait fingulier des Effais de Michel
Montagne , qui éclairé l'efptit humain énjetant
prefqu'au hafard tout ce qui fe préfente
à fon efprit ; du Voyage Sentimental
de Sterne , qui ne paroît , à beaucoup de
gens , l'Ouvrage d'un fol , que parce qu'il eft
·peut- être la peinture la plus fidelle de l'hom
me ; il eft difficile d'en commencer la lecsture
fans l'achever ; & lorfqu'on eft à la fin,
j'avoue bien qu'on croit quelquefois fortir
d'un long rêve ; mais Horace même eût
aimé les rêves de Sterne & de Montagne. Je
m'attendois à trouver le même charme dans
quelques uns des derniers morceaux d'un
Philofophe qui n'a eu pour confolateur de
fes maux que les extafes de fon imagination.
1
DE FRANCE. 103
-
Dans les Réveries de Rouffeau , le titre le
promettoit ; j'ai été trompé. On y admire
très fouvent toutes les beautés de ce ſtyle
qui favoit peindre les paffions & la nature
avec tant de grâces & d'énergie ; mais ces
prétendues rêveries font des difcours médités,
& peut être écrits avant de prendre la plume
, où l'Auteur , fans détour , fans écart ,
& fans abandon , ſuit juſqu'à la fin l'objet
qui s'eft préſenté à fon efprit au commencement.
Rouffeau 'enchaîne fes rêves même
comme des propofitions ; la force qui le conduit
à fes erreurs eft fi puiffante , qu'il y mar
che entouré de tous les fecours de cette méthode
analytique , dont Locke a fait l'inftrument
de la découverte de toutes les vérites.
C'eft par- tour une imagination impétueuse ,
foumife à la plus rigoureufe difcuffion , cette
imagination indomptable , qui femble redoubler
d'ardeur & d'élan fous le frein même
de la logique. *
* En parlant des erreurs de Rouſſeau dans les
Promenades où Rêveries , il ne peut être queftion
que de fes jugemens fur les hommes de fon fiècle.
Ses opinions fur les chofes font droites & faines ,
parce que cet efprit indépendant ne pouvoit les chercher
que dans la nature des choſes ; fes opinions fur
les perfonnes devoient le tromper à chaque inftant ,
parce que cette âme timide & ardente ne pouvoir les
juger que par fes paffions , par les terreurs & par fes
efpérances. En un mot , aucun Philofophe n'a plus .
mal connu les hommes , & n'a mieux connu l'homme;
& l'on prouvera peut - être un jour que cette difsinction
n'eſt pas une fubtilité. -
104
MERCURE
En général les Anglois , dont le génie profond
cherche les vérités avec tant de méthode
, connoiffent mieux que nous cependant
cet abandon de l'efprit qui fait tant de
plaifir , & qui eft la fource des beautés les
plus originales ; à peu près comme ils fentent
mieux le refpect & l'obéiffance qu'on doit
aux loix , en ſe réfervant beaucoup plus que
nous de l'indépendance de leurs pallions &
de leur caractère .
De tous leurs Ouvrages , le Spectateur , par
fa nature & par la manière dont il a été com
pofé , eft un de ceux où l'on a dû le plus
trouver cet agrément & ce charme attachés
à la variété des tons & des fujets . C'eſt l'Ou
vrage de plufieurs Écrivains qui réunifoient
entre-cux toutes les connoiffances , que cha
cun favoit étendre encore par une tournure
d'efprit particulière , & embellir par un talent
original. Nés avec des imaginations fenfibles ,
mais avec des âmes plus fenfibles encore , ils
étoient paffionnés pour la louange , & lui
préféroient l'amitié ; fentiment fans lequel
les Hommes de Lettres feront toujours dégradés
par l'envie , & qui doit être bien rare,
puifqu'il ne peut appartenir qu'à des âmes
élevées au deffus même de la gloire. Quand la
feuille de l'un faifoit l'entretien de Londres ,
on ne voyoit point les autres pâlir de ce
fuccès d'un jour . Les idées de chacun , avant
de prendre la plume , étoient fécondées par
l'entretien de tous , & fon ouvrage, quand il
étoit fini , perfectionné par leur goût . La fo
DE FRANCE. 105
ciété entière étoit connue , & l'Auteur du
morceau qui faifoit beaucoup de bruit ne
l'étoit prefque jamais. Le Public aimoit à le
chercher ; c'étoit un fuccès pour le goût des
Lecteurs de l'avoir deviné ; les uns parioient
pour Addiffon, les autres pour Steele, lorfque
c'étoit quelquefois Arbutnot ; & tandis que
les applaudiffemens & les hommages flottoient
incertains , le véritable Auteur étoit celui
qui gardoit le mieux un fecret qui embelliffoit
de fon talent la gloire de ſes amis.Toujours
libres du temps & du fujet , ils attendoient
leur génie pour écrire , & quittoient la plume
avant d'en être abandonnés. Ces idées fingu
lières , qui traverfent fi fouvent l'imagination
d'un homme d'efprit , & qui périffent
pour lui même & pour les autres , parce que
le bon ton les rejette des converſations , &
le bon goût des grands Ouvrages , trouvoient
une place dans le Spectateur , & plaifoient
infiniment par cette extrême originalité même
qui les eût fait exclure de tous les autres
-genres. Toujours les yeux ouverts fur la Société
, tout ce que fon mouvement dans une
ville comme Londres amène d'incidens comiques
on touchans , ils le faififfent , & ces
événemens fugitifs des paflions iminortalifés
par leur talent , feront dans tous les fiècles
des mémoires excellens pour l'Histoire de
l'Homme. Du moment qu'ils ont pris le titre
de Spectateur , le fpectacle de la Nature ,
celui des Arts & celui du Monde femblent
fe présenter à eux pour la première fois , &
E v
106 MERCURE
ils les contemplent avec ces fenfations rajeunies
qui portent les grandes penſées dans
l'efprit , & les fentimens fublimes dans le
coeur. Ils cherchent Dieu dans l'ordre & dans
la magnificence de la Nature avec ces émotions
vives d'un être qui viendroit d'être
placé fur la terre , & feroit pour la première
fois témoin de l'Univers ; ils agrandiffent les
deftinées de l'homme & les deffeins de l'Éternel
, en donnant des efpérances plus certaines
de l'immortalité à une vie qui dégraderoit
les vûes de la création fi elle finiffoit au
tombeau; & ces difcours où plufieurs Hommes
de Lettres , qui n'ont de miffion que leur
talent , s'entretiennent de Dieu tous les mois
avec une Nation entière , n'étoient point un
objet de rifée pour un peuple religieux par fa
philofophie même , & qui femble ne trouver
que dans Dieu un objer auffi étendu que
fes penfées.
En jugeant les Arts , ils ne font point la
critique des Écrivains toujours fi bornée dans
Les vûes & dans fes effets , & toujours fi pénible
quand l'orgueil ou la méchanceté ne
s'en font point une jouiffance. Leurs réflexions
, trop étendues pour n'être point générales
, forment le goût en éclairant l'efprit
humain , ils développent dans un ſtyle éloquent
, & rendent fenfibles au coeur & à la
raifon ces principes de goût tranfmis par les
anciens avec la précifion impofante des Légiflateurs.
Comme peintres des monts , ils offrent
des modèles plus nouveaux encore pour nous
DE FRA NC E. 107
& plus intéreffans , ainfi que ces Cenfeurs ,
des anciennes Républiques dont l'autorité
foumettoit toutes les claffes de Citoyens , &
veilloient également fur les moeurs de l'indigent
protélaire , & fur celles du Conful &
du Dictateur armé de toutes les forces de la
Patrie , ils pourfuivent les travers & les ridi
cules au Palais Saint- James & à la Taverne ,
au Parlement & fur les Quais de la Tamife.
Chez une Nation libre , ils n'ont ni l'orgueil
de dédaigner les vices du peuple , ni la foibleffe
de craindre ceux des Grands , & la
Société entière fournit au tableau qu'ils tracent
du coeur humain , mais avec ce courage
de la liberté
qui
ofe tout voir & tout peindre
, leur morale eft loin d'être chagrine
& colère comme celles de ces Écrivains
dont les vûes font défefpérantes , parce
qu'elles font bornées , qui s'en prennent à
nous de nos fautes , comme fi nous étions à
plaifir ridicules , coupables & malheureux ',
Steele & Addiffon, en peignant les vices , pardonnent
à l'homme , parce qu'ils voyent audelà
la Nature & la Société qui en font les
fources , & qui peuvent en être les remèdes ;
leur âme fe calme par l'étendue de leur génie ,
& devient indulgente dans le bonheur de
toutes les vérités qu'elle découvre à la fois.
En perçant le ridicule d'un trait original &
plaifant , ils réveillent dans nos coeurs ces
affections douces de la nature , qui rendent
les vertus faciles & la raifon aimable.
Nos Moraliftes ne font guères que des
E vj
168 MERCURE
с
hommes de talent , qui feroient peut-être fåchés
qu'il n'y eût point de travers à obſerver
& à faifir , qui , en peignant l'homme ,
n'ambitionnent que la gloire de l'avoir connu ,
& s'occupent bien plus de nous faire admirer
leur efprit que de nous corriger de nos
ridicules. Steele & Addiffon font à la fois
des efprits aimables & des fages qui rougi
roient de faire fervir la morale aux foibleffes
de leur vanité , & qui ne croyent avoir eu
du talent que lorfqu'ils ont fait naître
des vertus. Parmi nous , la fublime fonction
d'inftituteur des moeurs publiques ne
fe propofe guère un objet plus noble que
celui des Arts les plus frivoles , afpire à
enfeigner le bon ton plutôt que les bonnes
moeurs , à donner des grâces plutôt que
des vertus , & rabaiffe ainfi le Moralifte
au niveau du maître de Théorbe
ou de Danfe. * Les Moraliftes Anglois s'em-
* Je'rends juftice à plufieurs de nos Moraliftes ;
il en eft dont j'honore le caractère. On fait que
Molière étoit diftingué dans fon fiècle par fon honnêteté
comme par fon génie ; qu'il avoit à - la - fois ,
ce qui eft fi rare , les vertus qu'on le fait avec du
caractère & des principes , & celles qui naiffent
d'elles- mêmes dans une âme fenfible . La vie de la
Bruyère eft prefque totalement ignorée ; mais on
fait qu'il a vécu auprès d'un Prince , qu'il avoit un
des plus beaux talens de fon fiècle , & dès - lors cette
obfcurité même de fa vie en eft un grand éloge.
Marivaux , dont l'amour - propre eft devenu célèbre
, avoit pourtant plus de vertus encore que
d'amour - propie. Lorfque mes amis , diſoit - il ,
DE FRANCE. tog
parant affez fortement des efprits pour leur
donner une idée jufte de toutes les chofes , &
viennent m'apprendre qu'on a dit de moi dans le
monde que j'étois un très- bel efprit , qu'on y a
loué mes Ouvrages , je fuis peu touché de ce fuccès ;
mais fi j'apprends que leur lecture a porté quelqu'un
à une bonne action , a corrigé un ridicule ou un
vice , je ne fuis point infenfible à cette nouvelle j
ce plaifir la eft de ma compétence. Mais comme
c'eft encore beaucoup plus pour fa gloire que pour
l'utilité publique qu'on commence à écrire ; qu'il
faut plaire avant tout , & corriger après fi l'on peut 3
les plus honnêtes gens , lorfqu'ils prennent la plume,
confultent auffi ſouvent le goût du Public que fes
befoins , & flattent trop fouvent par leur talent les
foibleffes mêmes qu'ils condamnent par leurs maximes
. Ce monde, dont ils ont l'orgueil d'être les précepteurs,
leur impofe fon ton , les oblige à prendre
fon langage , & la morale apprêtée dans le jargon
du vice en fait fortir la contagion du coeur même
d'un homme de bien. On a en beau dire , les reprochès
que Jean-Jacques Rouffeau a fait à cet égard
au Théâtre de Molière feront à jamais ineffaçables.
Les Moraliftes Anglois qui écrivent beaucoup moins
pour ce qu'on appelle le monde , ne détruiſent point
ainfi .par leur talent ce qu'ils établiffent par leurs
principes. Une choſe curieuſe & intéreffante feroit de
rapprocher les morceaux où la Bruyère & les Auteurs
du Spectateur Anglois ont traité les mêmes objets
de morale. Ce travail facile exigeroit pourtant
dans un Compilateur les vûes d'un Philofophe.
Lifez , par exemple , les Lettres qu'on trouve dans le
Spectateur far le mariage ; elles font férienfes , mais
attachantes ; fans aucune pédanterie de vertu & de
fageffe , fans effrayer jamais par l'idée d'une chaîne
110
MERCURE
defcendant affez avant dans les coeurs pour
y façonner à leur gré les paflions mêmes , forment
l'homme aux qualités qui font le charmé
dela vie retirée & domeftique , &le Citoyen
sux vertus qui font la gloire de la patrie.
3
Une deftination fi élevée & fi étendue demandoit
des genres d'Ouvrages qui permet
tent à l'efprit de prendre tous les tons & tontes
les formes. Des genres plus difficiles , &
facrée une paffion que la Nature a fait mobile & inconftante
, ils tracent dans la peinture des devoirs de
cet état le tableau de la plus grande félicité que
l'homme puiffe fe promettre fur la terre . Après avoir
ainfi attaché le coeur & mérité la confiance , ils le
dirigent vers ce bonheur dont ils lui ont donné l'efpérance
; lui montrent par quelle fuite de foins &
d'attentions on peut l'obtenir & le fixer , par quel
art facile & doux un honnête homme peut être
toujours un homine aimable pour fa femme , &
trouver toujours avec elle dans leurs mutuels devoirs
le charme des premiers fentimens qui les ont attachés
l'un à l'autre. On affure dans beaucoup de Papiers du
temps , que ces Lettres arrêtèrent le goût du célibat
qui commençoit à fe répandre en Angleterre , &
qu'elles furent la caufe d'un grand nombre de
mariages .
On trouve fur le même ſujet cette penſée dans la
Bruyère... 8.3.01
V I
3
Ny auroit- ilpas quelque moyen de fe faire aimer
defa femine ?
. Il eft clair que cette forme d'interrogation donne
à l'idée de la Bruyère un, air de, plaifanterie , & je
crains bien que le Moralifte, en ne cherchant qu'une
tournure piquante , n'ait fait une épigramme contre
le mariage..
1
DE FRANCE. 111
qui exigent un talent plus rare , peut - être ,
celui de la Comédie , par exemple , auroit
mis des bornes plus étroites à leurs tableaux
& à leurs vûes. Lorfqu'on trace des caractères
, on eft forcé de les prendre fous des
points de vue différens , fuivant qu'on fe
propofe ou de les deffiner dans un portrait,
ou de les faire agir dans un Draine , ou de
les faire vivre dans un Roman. L'Onuphre
de la Bruyère , plus profond & plus habile
que le Tartuffe de Molière , eft admirable
dans un portrait , & feroit trop fin & trop
vrai pour la Scène ; le Climail de la Marianne
de Marivaux , qui cherche à fe tromper luimême
avec les autres , ne veut dérober aux
hommes que leur eftime , & fera homme de
bien en expirant , doit laiffer échapper fes
vices avec une lenteur & un embarras dont
les gradations exigent l'étendue du Roman .
·Climail , Onuphre & Tartuffe , qui font trois
différens hypocrites , font peut être tous les
trois également néceffaires pour approfondir
toute l'hypocrifie ; & un homme de génie
pourroit peut être encore peindre le même
vice avec des traits auffi vrais , & pourtant
très- nouveaux. Il eft bien rare qu'un caractère,
quelque étendue que lui ait donnée l'efprit
de l'Écrivain , embraffe - tout un vice.
L'avantage unique d'un Ouvrage , tel que le
Spectateur , c'eft de pouvoir repréſenter les
paffions & les vertus fous tous leurs traits ,
parce qu'il peut les peindre fous toutes les
formes. L'imagination folle des Contes de
112 MERCURE
Fées & de Génies , le ton élevé d'an difcours
philofophique & oratoire , la verve comique
, les fcènes attendriffantes d'un Roman ,
il admet tout , & les Auteurs du Spectateur
avoient tous les talens qu'il peut recevoir. On
voit fouvent dans leur Ouvrage le même vice
crayonné dans un portrait, mis en action .
dans une hiſtoire , attaqué de front & couvert
d'ignominie dans un difcours éloquent.
Aufli le fuccès du Spectateur fut- il prodigieux
en Angleterre ; on ne peut lui comparer
que celui des Lettres Provinciales & des Lettres
Perfanes en France ; & malgré la différence
extrême des moeurs & du goût des
deux Nations , malgré les vices d'une traduction
exceffivement médiocre , qui rend à
peine les idées , & ne traduit jamais le talent ,
eft- ce auffi l'un des Ouvrages Anglois qui a été
le plus loué , & même le plus lû parmi nous .
J'ai lû dans une Lettre manufcrite de Montefquieu
: Les François voudront imiter le
Spectateur , & ils n'y réuffiront pas, La prédiction
étoit hardie ; mais levénement l'a
vérifiée. Marivaux même , que les Anglois
mettent à côté de Fielding , n'a pu fe mettre
-parmi nous à côté d'Addiffon . On trouve dans
fon Spectateur trois ou quatre morceaux qui
feroient dignes de Tacite , de Richardſon ,
des plus grands peintres du coeur humain ;
dans tout le refte , il n'a ni un talent affez naturel
pour faire aimer fon bavardage , ni des
vûes affez grandes pour attacher de l'intérêt à
une recherche continuelle d'idées neuves &
DE FRANCE. 113
rares . On pardonne au talent de beaucoup
chercher , mais ce n'eft qu'à condition qu'il
trouvera de belles choſes. Le Philofophe In
digent de Marivaux étoit une excellente idée ,
c'eft précisément l'idée du Diogène de Viéland
. Mais Vicland , que fon , Héros tranf
porte au milieu des Républiques de la Grèce ,
dans le fiècle où elles étoient les plus fécondes
en Héros , en Artiftes , en hommes d'efprit ,
en Philofophes & en Courtifannes , embellit
à chaque inftant le cynisme de Diogène des
couleurs de ce fiècle , où tout étoit grand ou
aimable. Sans, fortir de fon tonneau , le
Diogène de Viéland eft fublime avec Alexandre
, & charmant avec Glicérion ; fans
démentir un feul moment le caractère que
l'antiquité a donné au Socrate en délire , Viéland
a fu faire agir & parler Diogène de
manière qu'une femme voluptueufe & une
femme fenfible pourroient defirer également
de l'avoir pour amant , qu'un Prince qui fongeroit
à fon peuple l'appelleroit auprès de
fon trône, & qu'un jeune homme qui vous
droit s'effayer à élever fon efprit au deffus
des opinions humaines , & fon âme au deffus
des maux de la Nature , n'auroit d'autre ambition
que celle d'obtenir une place dans un
coin de fon tonneau. Le Philofophe Indigent
de Marivaux qui vit , je crois , en Hollande ,
qui a infiniment d'efprit , mais qui n'a que
de l'efprit , eft trifte & ennuyeux . Il faut une
autre féduction que celle de l'efprit pour
rendre le tableau de la pauvreté agréable' ;
114
MERCURE
c'eſt un fonds dont la trifteffe ne peut être
égayée ou embellie que par toutes les richeffes
de l'imagination , & toutes les affections
d'une âme douce & fublime.
Le Spectateur François a eu pourtant des
imitateurs ; mais avec beaucoup de mérite
même ils n'ont pas pu avoir plus de fuccès
que Marivaux , leur modèle ; peut - être un
feul homme ne peut il pas réuffit dans ce
genre , & qu'il faut une Société d'Écrivains ,
comme dans le Spectateur Anglois . Dans des
villes où la fucceffion rapide & continuelle
des Spectacles & des amuſemens a fait , du
changement & de la variété dans tous les
genres , le premier de tous les befoins , il eft
difficile de plaire long - temps en paroiffant
tous les jours avec le même efprit , & il n'eft
pas plus aifé de changer d'efprit tous les jours .
Les morceaux qui compofent les Bigar-
-Tures Littéraires font dans le goût du Spectateur
, & appartiennent au même Écrivain ;
mais ils ont paru en divers temps & dans
divers Journaux . L'Auteur qui n'étoit tenu à
rien , dont le Public n'attendoit point la
feuille , en travaillant prefque toujours de
fantaisie , a trouvé fouvent dans la diverfité
des momens où il a écrit , la variété de plufieurs
efprits & de plufieurs talens . Les moeurs
& les Arts font également foumis à fes obfervations
& à fes peintures. Comme Adiffon
& Steele , il fait fuccéder un morceau de
Littérature à un morceau de morale. Il peint
les ridicules qui paffent , & les paffions qui
DE FRANCE. 115
[
font éternelles ; il les fait parler , il les fait
écrire , il les met en fcène avec le Public ;
artifice ingénieux , donr les Auteurs du Spectateur
Anglois ont donné de ſi parfaits modèles
. Il vifite les monumens élevés au milieu
de la Capitale par le génie , les afyles ouverts
au befoin & au malheur par la bienfaifance
de la Nation , & décrit les impreffions
qu'il en a reçues dans ces momens où
l'âme plus fenfible croit les voir pour la première
fois. On fent , en parcourant ces Lettres
, combien le tableau de Paris eft une
chofe nouvelle & furprenante pour ceux
même qui vivent au milieu de cette Capitale
, & combien il faut de philofophie pour
obferver une fois ce qu'on voit tous les jours.
L'éloge paroîtra grand , mais plufieurs de
ces feuilles , que l'Auteur paroît avoir jetées
au vent , ludibria ventis ) enrichiroient
encore ces feuilles qui ont immortalifé les
noms de Steele & d'Adiffon ; un tel éloge
doit être motivé par des citations , car s'il
-n'y a guère que l'Auteur critiqué qui demande
raifon de la critique , tour le Public à peuprès
demande raifon des éloges . Voyez comme
l'Auteur , en venant de vifiter l'Hôpital
Général & Bicêtre , rend compte des impref
fions qu'il y a reçues.
: Si la curiofité nous inftruit , nous payons cher
quelquefois les leçons qu'elle nous procure . J'ai voulu
voir les deux plus célèbres Maifons de Force & de
Charité établies autour de Paris ; je viens de les
vifiter , & j'en apporte un fentiment douloureux que
116
MERCURE
je garderai long teinps dans mon coeur..... En rappelant
les deux fameux établiffemens de Bicêtre &
'Hôpital Général , on doit toujours commencer par
rendre hommage à l'Adminiſtration actuelle . Ses
foins éclairés & vigilans ont fu introduire dans ces
unaifons un ordre & une propreté qui , ne pouvant
nous dérober le fpectacle du crime & du malheur ,
nous confolent au moins par celui de la bienfaisance.
J'ai été charmé de voir ces malheureux habitans condamnés
à divers travaux ; c'eft , en châriant le crime ,
rendre utile le criminel ; c'eft adoucir fon malheur
en le dérobant à l'oifiveté, qui devient un nouveau
châtiment pour des coupables ; mais fi c'eft un vafte
ſujet de méditation pour le Philofophe , c'eſt un tableau
bien affligeant pour un homme fenfible. On y
embraffe, pour ainfi dire d'un regard , les deux claffes
d'hommes qui offrent aux yeux la Nature dégradés,
les criminels & le infenfés . Cette dernière claffe femble
promettre aux Spectateurs oififs une ſcène fort
amulante. Rien n'eft plus trifte cependant ; le fpectacle
de la douleur afflige ; celui de la démence afflige
& humilie. Comme la pitié n'eft autre choſe
qu'une paffion qui nous tranfporte à la place du malheureux
que nous voyons fouffrir , elle ne nous
frappe jamais qu'en proportion de la crainte que nous
avons de tomber dans les mêmes revers ; les tourmens
d'un criminel puni effrayent pea l'honnête
homme, parce qu'il croit ne les mériter jamais ; mais
le fpectacle d'un infenfé alarme le fage , parce qu'il
fait que le plus léger accident peut le réduire au
même état de dégradation . Quelle leçon pour l'amourpropre
! L'homme orgueilleux , qui , ayant vifité les
fous que renferme cette enceinte , en fortiroit avec
un fentiment d'orgueil , ne mériteroit pas d'en fortir.
La feule chofe qui n'ait arraché un léger sourire ,
c'eft de les entendre fe moquer les uns des autres ,
& le traiter de fous mutuellement ; c'eſt ainfi , me
DE FRANCE. 117
fuis - je écrié , que nous nous traitons dans le grand
Bicêtre , je voulois dire dans le monde. »
Cette Lettre eft courte , & ne laiffe voir
aucune prétention d'éloquence & de fenfibilité
; mais dans ce peu de lignes fi fimples ,
l'Auteur a raffemblé les impreffions les plus.
touchantes & les réflexions les plus profondes
que ces lieux doivent faire naître. On eft
ému & l'on penfe , & ce font les deux effets
les plus heureux du talent. Qu'on nous permette
d'obferver ici que nós Écrivains ne
nous préfentent pas affez fouvent , peut - être ,
ces tableaux douloureux de l'humanité fouffrante
& dégradée. On a ofé méme les leur
interdire au nom du bon goût : comme fi les
tableaux qui portent les impreffions les plus
profondes à l'âme , n'étoient pas ceux que le
goût doit aimer davantage ! comme fi le goût
pouvoit blâmer ce que la vertu applaudit !
Eh ! qui donc rendra le malheur facré dans
l'Univers , fi le talent l'abandonne , s'il n'en
recueille pas les larmes & les cris , s'il s'éloigne
des lieux où l'ordre de la fociété relégue
les befoins & les douleurs ? Les Anglois , qui
n'entendent rien à cette délicateffe , tracent
ces tableaux terribles dans les Ouvrages mêmes
qui ne femblent avoir d'autre objet que
de flatter le goût & d'amufer l'imagination ;
& ces Ouvrages en font plus remplis de beautés
même douces & délicates . Qui n'a pas
fuivi M. Makenfée avec intérêt aux Loges
de Bedlam ? Qui n'a pas fenti de la douceur
* Hôpital des fous de Londres.
118 MERCURE
à donner des larmes avec Harvey , à l'infor
tunée Amante de Billy , à cette fille trop
fenfible , qui n'a pu conferver ſa raiſon en
perdant fon Amant , & qui , chantant toujours
l'Amour qui l'a rendue folle , dit à
Harvey: Plusjefuis trifte , & plusje chante !
Parmi ceux qui ont lu le Miniftre de Wakefield
, ce Roman qu'un Anglois , très zèlé
Croyant , a mis parmi les Livres facrés , où
la fimple bonté eft toujours fublime en touchant
toujours au ridicule ; quel eft celui qui
n'a pas été ému de refpect , d'admiration &
d'attendriffement , lorfque Goldſmith l'a fait
entrer dans cette prifon , où le Miniftre ,
jeté parmi une foule de fcélérats qui s'enivrent
& blafphêment la Providence tandis
qu'on élève leur échafaud , ofe leur parler de
Dieu , de l'humanité , du travail & du bonheur
; couvert par eux d'outrages & de rifées
, les étonne , les touche d'abord par fon
inépuifable douceur , les attache par degrés
à des difcours dont le charme adoucit pour
la première fois l'horreur des lieux qui le
renferme ; parvient à faire connoître le prix &
même l'amour des bonnes moeurs à des ames
que la Juftice & les Loix ne fçavoient qu'envoyer
au fupplice , & finit enfin par faire d'un
cachot & d'une affemblée d'hommes dont la
plupart attendent le Bourreau , une fociété
douce & laborieuſe , dont l'ordre & la bienfaifance
feroient dignes des regards de la
vertu , & honoreroient la Nation même qui
la tient fous les verroux & dans les chaînes ?
Ce prodige ne paroît pas au- deſſus de l'éloDE
FRANCE. 119
quence du Miniftre , & cette éloquence n'est
guere pourtant que du bon - fens & de la
bonté. Nous parlons toujours de bon goût ;
mais nous ne faifons pas de ces Romans
dont l'ame goûte la lecture avec tant de
délices à peine les lifons - nous , fouvent
même nous ne les connoiffons pas. Il m'eſt
arrivé de parler du Miniftre de Wakefield
à des hommes de Lettres & de talent , qui
m'ont dit qu'eft ce que c'eft que le Miniftre
de Wakefield ? *
* Je fuis loin de tout admirer dans le Miniftre
de Walkefield ; les amours & l'enlèvement d'Olivia
, c'eſt- à- dire , prefque tout le fonds du roman
eft commun à-la - fois & invraisemblable , les deux
plus grands défauts que puiffe avoir un roman ;
mais je n'en connois point où les caractères foient plus
originaux , & peignent cependant la Nature avec plus
d'intérêt & de vérité ; le Miniftre avec fon antipathie
pour les fecondes noces & fa bienveillance univerfelle
fa tendre affection pour tous les hommes ; la fimplicité
de fon caractère , fon bon fens qui l'élèvent à
chaque inftant à une raiſon ſublime , & l'importance
qu'il met aux Sermons qu'il prêche les Dimanches aux
payfans de fa Paroiffe ; l'excellente morale qu'il débite
à fes enfans , & fa foibleffe inouie pour tous
leurs défauts ; tous les traits de ce caractère forment
un mêlange continuel d'une originalité qui fait rire &
d'une bonté qui attendrit qui pénètre l'âme ; celui de
Burchellqui cache un grand nom & une grande fortune
pour mieux jouir de tous les biens de la Nature ;
courant à pied toutes les campagnes & fous les apparences
prefque humiliantes de la pauvreté , foulageant
tous les befoins d'une main invifible ; fon
goût pour les enfans , à qui il porte toujours des
pains d'épices & des fifflets , & qu'il femble prendre
120 MERCURE
L'Auteur des Bigarrures Littéraires , en parlant
du monde , a fu en prendre le ton. În a
peint cent fois le ridicule des Vieillards qui
époufent de jeunes femmes ; ce fonds ufé ,
il le rajeunit par un eſprit philoſophique
qu'il cache fous l'agrément des tournures ,
mais qu'on reconnoît à la nouveauté des vûes .
C'eft la femme elle-même qui écrit.
ce Mon mari eft riche , mais il eft vieux ; ce n'eft
pas là fon plus grand tort . Étant jeune , il avoit pris
une vieille femme ; & étant vieux , il m'a époufée ,
inoi qui n'ai pas encore dix- fept ans. Voilà qui peut
paroître plaifant , & j'en rirois peut-être la première
fi je n'y étois pour rien ; mais par malheur je
fais les frais du dénouement , & cela gâte l'aventure.
Sa première femme , dont il avoit épousé la
fortune , & qui croyoit que fon or devoit lui tenir
lieu de jeunefle & de beauté , étoit pour lui une
compagne auffi exigeante qu'importune. Sa jalouſie
en faifoit un Argus auffi ennuyeux qu'incorrupti
pour les protecteurs dans toutes les maiſons où on lui
donne un gîte & un fouper ; le fentiment qu'il inf
pire à la plus jeune des filles du Miniſtre étant déjà
dans l'âge mur , paroiffant toujours obfcur- & pau
yre , & n'employant d'autre féduction auprès d'elle
que fon courage , à qui elle a dû une fois la vic;
fon affection pour les enfans & une romance qu'il
chante avec fenfibilité ; ce caractère eft fondé fur des
vûes plus grandes encore & plus morales ; le tableati
de toute la famille du Miniftre dans les premiers
Chapitres , & dans les derniers les fcènes de la pri→
fon font peut-être au- deffus de co qu'on admire la
plus dans les romans Anglois , & c'eft enfin le feut
Ouvrage que je pourrois mettré à côté du Voyage
fentimental de Sterne . ble
DE FRANCE. 121
ble . Enfin , le bonheur du jeune époux ne commença
que le jour de fon veuvage . Il trouvoit les
procédés de la Dame très- ridicules ; il les trouve encore
tels aujourd'hui : eh bien ! Meffieurs , la conduite
dont il fut la victime comme jeune époux , il
la tient envers inoi comme vieux mari. Mon air ,
mes manières , mes habits , mon ftyle même , tont
excite fon humeur & même la jaloufie. Il fe plaint .
tous les jours à mes parens de mon indifcrétion &
de ma légèreté , & mes parens prétendent qu'il a
raifon. Quand je me plains de fon humeur , on me
dit que je favois bien qu'il étoit vieux en l'époufant ,
& je réponds qu'il ſavoit bien auſſi que j'étois jeune
quand il me prit .
Lorfque je confentis à le prendre pour époux
malgré fon âge avancé , je favois l'hiftoire de fon
premier mariage , lui même me l'avoit racontée
plus d'une fois ; je crus le trouver tout corrigé par fa
propre expérience ; je me figurai qu'il n'adopteroit
pas des ridicules dont il s'étoit moqué tant de fois ,
& dont il avoit été le martyr. Point du tout , on
diroit que c'eft une revanche qu'il veut prendre ; il
voudroit toujours me voir louer le temps paflé que
je n'ai pas connu , & blâmer le préfent qui me plaît
beaucoup. Il trouve tous nos Acteurs déteftables ,
toutes nos Pièces mauvaiſes , tous nos Livres bêtes ,
nos modes extravagantes , & fur-tout nos jeunes
gens ridicules ; c'est-à-dire , qu'il faudroit , felon
lui , n'aller jamais aux Spectacles , ne plus lire aucun
roman , renoncer aux modes , & ne fréquenter que
des vieillards ; vous conviendrez , tout riche qu'il
eft , que c'eft exiger un peu trop ; que fes procédés
font ufuraires , & que c'eft vendre trop cher fon
argent. Il me dit à tout moment de prendre un air
plus raffis ; mais que me répondroit- il , Meffieurs , &
je le priois dedevenir plus jeune ? »
Nº. No.
51 , 20 Décembre
1783
. F
122 MERCURE
Après cette Lettre , il étoit piquant d'en
faire écrire une autre par une jeune femme
heureuſe avec un vieux mari . Le talent fe
plaît à faifir le coeur humain dans des fituations
oppofées , & l'Auteur n'a pas laiffé
échapper ce contraſte..
« La femme d'un mari âgé vous a porté des plaintes
que vous avez accueillies. Cette Lettre m'a donné auffi
envie de vous parler de mon mariage. J'ai pris comme
elle un vieux mari ; mais loin d'avoir à m'en plaindre,
je n'ai qu'àremercier mes parens qui me l'ont don
né. Je vous en fais juges vous - mêmes. Les plaintes de
la Dame qui vous a écrit font fondées fans doute , elle
s'eft vengée d'un mari ennuyeux ; je veux rendre juſtice
à un homme aimable..... Mon mari eft au moins
fexagénaire , & j'ai à peine vingt ans. Eh bien,
Meffieurs , je m'eftime la femme du monde la plus
heureuſe! & ne croyez pas que ce foit par vertu que
je m'applaudis de mon fort ; ma conduite feroit toujours
la même quand j'aurois à m'en plaindre ; mais
je ne pourrois pas prendre fur moi de m'en louer.
Ce n'eft pas non plus la reconnoiffance qui me fait
parler ; je dois à mon mari une affez belle fortune ;
mais le fentiment de ce bienfait ne me fait aucune
illufion dans ce moment-ci . Si je me loue de lui , c'eſt
que je le trouve , c'eft qu'il eft récllement aimable .
Je ne veux point faire la fatyre des jeunes gens ; je
leur connois des défauts ; mais je leur trouve auffi
des agrémens analogues à mon âge ; ainfi mon bonheur
ne prend pas fa fource dans la fingularité de
mon caractère. Je ne préfère pas les vieillards aux
jeunes gens , mais je préfère aux jeunes gens le vieillard
qu'on m'a donné pour époux . Je ne fais pas fi
c'eft véritablement de l'amour que j'ai pour lui ; c'eft
au moins un fentiment qui ine tient lieu d'amour , &
qui fuffit à mon bonheur. »
DE FRANCE. 12.3
Je vous dirai plus , Meffieurs , il m'infpire fou-,
vent malgré moi quelques mouvemens de jaloufie ,
parce que je fens que d'autres femmes que moi peuvent
le trouver aimable. Je ne fuis pas furprife que.
m'aimant beaucoup il ait pour moi des fois plus
affidus , plus empreffés que n'en auroit peut- être un
jeune homme, parce que la vieilleffe qui fent le befoin
de plaire, n'a pas la confiance & par conféquent las
négligence de la jeuneffe ; ce n'eft pas fagalanterie
qui n'étonne , mais fon amabilité. Ne croyez pas ,
qu'il affecte de compofer ma fociété d'hommes de
fon âge ; il y admet nombre de jeunes gens ;
n'allez pas conclure de ce trait là qu'il doive être
mis au rang de ces Vétérans de la fatuité qui penfent
fe rajeunir en affectant les airs & la légèreté
de la jeuneffe ; il ne fonge qu'à fuppléer par les
agrémens qu'il me procure à ceux qu'il croit lui
manquer; il eft toujours le premier à plaifanter fur
fon åge. Comme il a vécu dans le grand monde
il en a confervé les grâces , & femble n'en avoir
perdu que les ridicules . Loin de me condamner aux
privations , il n'eft occupé qu'à créer pour moi de
nouveaux plaifirs ; fouvent même il s'en prive luimême
, parce qu'il craint de les attrifter par fa préfence
, & voilà le feul chagrin qu'il me donne ; encore
fe garde-t- il bien dans ces occafions là de me
laiffer voir le motif qui le fait agir . Quand la goutte
ou fes affaires l'empêchent de voir une fête ou un
divertiſſement , il trouve toujours quelque prétexte ,
il invente quelque rufe pour me forcer d'y aller.
La moindre faveur qu'il obtient de moi , i la tourne
en plaifanterie ; il me fait honte d'avoir des bontés
pour un homme de fon âge , & il m'appelle dupe
avec un fourire aimable & un air que je ne faurois
vous exprimer : enfin , de toutes les perfonnes qu'on
voit chez moi , c'eft le convive le plus gai & le
vieillard le plus jeune , & fi j'avois le pouvoir de le
Fij
124 MERCURE
rajeûnir , je le ferois pour lui , & ne croirois rien
faire pour moi. »
e ;.
La première Lettre , plus gaie & moins
intéreffante , étoit bien plus facile à écrire
car on imagine tout de fuite les plaintes
qu'une jeune femme peut faire d'un vieux
mari ; & ce n'eft qu'au fond d'une ame délicate
, qu'on a pu trouver les fentimens de
celle qui doit fon bonheur à un Vieillard
aimable. Les Ecrivains & les Philofophes , a
dit le Philofophe que notre fiècle vient de
perdre , le font donné bien de la peine
pour faire l'éloge de la vieilleffe & de l'amitié
, parce que la nature toate feule fait affez
l'éloge de la jeuneffe & de l'amour.
Nous pourrions citer plufieurs autres Lettres
qui fe font remarquer dans lesBigarrures
Littéraires , ou par des cadres ingénieux , ou
par des peintures de moeurs très fidelles ,
ou par des difcuffions d'une logiquc fine &
fage. Nous nous contenterons d'indiquer
celle où lAuteur propofe une foufcription ,
& ouvre un Cours pour enfeigner l'Art deju
ger de toutfans fe connoître à rien , & fans
compromettre jamais fon ignorance ; celle
où il examine s'il appartient au Peuple de
juger des productions des Arts , & fur tout
de l'Art Dramatique ; celle où il fait voir
comment , avec deux ou trois bonnes actions
, on peut fe faire une réputation qui
couvrira les vices d'une vie entière , & c. &c.
* M. d'Alembert.
DE FRANCE.
125
>
Ces éloges font mérités ; mais la vérité qui
nous les a dictés demande aufli des critiques.
L'Auteur , qui a écrit fouvent fur le mot
& fur l'événement du jour , traite quelquefois
des fujets trop indignes de fon talent
& alors il n'eft pas au - deffus de fes fujets. A
propos , par exemple , d'un rhume qui courut
tout Paris il y a quelques années , fous
le nom de la Coquette , il fuppoſe qu'un
Provincial, défolé par une Maîtreffe qu'on appeloit
auffi la Coquette , la quitte & vient fe
fauver à Paris ; & là deffus il établit des quipro
quo entre le Public & le Provincial , où
le Provincial croit toujours qu'on lui parle
de fa Maîtreffe , tandis que c'eft d'un rhume.
Certe plaifanterie vant pent être un Calembourg,
& pourroit être faite avec fuccès dans
un foupé; mais il ne falloit pas l'écrire même
dans la Feuille du jour. Nous craignons bien
auffi que trois ou quatre Contes en Vers ,
imités de Fabliaux Picards , n'aient pas plus
de fuccès. Le va tout , particulièrement , nous
a paru totalement dénué d'agrément & d'intérêt.
C'est une folie , dit l'Éditeur dans une
Note; oui , mais cette folie eft trifte & longue.
Si nos conjectures fur l'Auteur des Bigarrures
ne nous trompent point ; fi , comme
nous avons lieu de le croire , elles font de
l'Homme de Lettres qui débuta d'une manière
fi brillante dans la Littérature , par le
Poëme du Jugement de Paris , le même
Ecrivain a fait des choix bien plus heureux
dans ces Fabliaux , & les a imités
Fiij
126 MERCURE.
avec bien plus de talent & de gaieté.
Nous n'avons point parlé encore du morceau
le plus important & le plus confidérable
de ce Recueil ; ce font trois Lettres fur
la Tragédie & fur la Comédie , où l'Auteur
met en parallèle le degré de talent qu'exigent
les deux genres , la facilité & l'éclat de leur
fuccès , la gloire & les récompenfes qu'ils
peuvent procurer aux Poëtes . Elles parurent
il y a deux ans dans le Mercure , fans nom
d'Auteur , comme aujourd'hui , & eurent
affez de fuccès pour être attribuées tour àtour
à ceux de nos Ecrivains qui répandent
le plus d'efprit & de goût dans les Difcuffions
Littéraires . Il eft rare en effet de difcuter
d'un meilleur ton , de mettre plus de légereté
dans le ftyle & de folidité dans le raifonnement
; de faire mieux fervir les preuves
rêmes qui perfuadent la raifon , aux agrémens
qui flattent le goût. Nous avouerons
cependant que nous ne fommes point de
fon avis , lorfqu'il veut établir que le genre
comique préfente de plus grandes difficultés
, exige plus de maturité & de génie que
le genre tragique ; & c'est même pour combattre
fon opinion à cet égard avec quelque
étendue , que nous avons différé d'en parler
jufqu'à la fin de cet Article.
Que fi l'on demandoit à quoi fervent ces
difcuffions où l'on fe fatigue à differter fur des
Ouvrages qui doivent faire le charme de l'ima.
gination , on pourroit répondre que le goût
jouit encore lorfqu'il analyfe ce qu'il a fenti ;
DE FRANCE. 127
qu'un des plus dignes emplois de l'efprit eft de
mefurer le génie par l'étendue de fa carrière &
par les obftacles qu'il doit vaincre , & qu'enfin
, fi nous voulons multiplier les talens , il
faut apprendre à faire entre eux un juſte partage
de cette gloire dont la paffion les infpire .
La fuite au Mereure prochain.
( Cet Article eft de M. Garat. )
NECROLOGIE.
SI la Nature doit nous rendre par la naiffance
ce que la mort nous ravit , de combien
elle eft aujourd'hui redevable envers le
monde Savant & Littéraire ! Et fi notre fiècle
peut s'énorgueillir du progrès des lumières ,
combien , dans le moment préfent , avonsnous
à gémir fur les pertes inultipliées que
font les Lettres & la Philofophie ! La mort
frappe à coups redoublés fur les têtes les plus
précieuſes ; & notamment , dans l'eſpace de
huit jours , elle vient d'enlever dans Paris
trois Hommes célèbres , dont deux de l'Académie
Françoiſe & de celle des Sciences .
Celui dont nous avons à parler aujourd'hui
eft M. d'Alembert , Secrétaire Perpétuel de
l'Académie Françoiſe.
Nous ne nous fommes point propofé de
configner ici fon éloge ; nous ne voulons
qu'exprimer les regrets qu'il laiffe après lui.
Les plus vifs fans doute , & les plus mérités ,
ont été ceux de la Société dont il étoit le
FIV
128 MERCURE
Secrétaire. L'exactitude avec laquelle il en
rempliffoit les fonctions , lui étoit naturelle ;
& fes principes d'honnêteté y avoient donné
la plus grande extenſion . Exact à rendre tous
les foins qu'on lui donnoit , il payoit dans
le moindre détail cette forte de tribut.
Jufques là , ce refpect pour les convenances
n'eft qu'une qualité civile qui auroit
pu ne provenir que du defir de plaire ; mais
M. d'Alembert fut en faire une vertu , en y
joignant l'envie d'obliger . Tous ceux qui l'ont
connu , favent qu'il faififfoit avidement l'oc
cafion d'être utile ; qu'il ne perdoir plus de
vûe les intérêts dont il s'étoit une fois chargé ;
& qu'auffitôt qu'il avoit réuffi , il étoit jaloux
d'en aller porter lui - même la nouvelle.
Quant à l'éloge qu'il mérita comme Savant
& comme Littérateur , nous avons cru
ne pouvoir mieux faire que de rapporter ici
le jufte tribut que vient de lui payer un ami
qui honore comme Ini deux Académies ; c'eft
une partie du Difcours prononcé par le Secrétaire
de l'Académie des Sciences , dans la
Séance publique du 13 Novembre.
" Lecourt espace de notre féparation a été
» pour les Sciences une époque tristement
inémorable , & jamais de fi grandes pertes
» ne fe font fuccédées avec une rapidité fi
» funefte.
ود
"D
» La mort nous a ravi M. d'Alembert
lorfque fon génie , encore dans fa force ,
promettoit à l'Europe favante de nou-
» velles lumières . Géomètre fublime , c'eſt
29
DE FRANCE. 129
·
» à lui que notre fiècle doit l'honneur d'a-
» voir ajouté un nouveau calcul à ceux dont
» la découverte avoit illuftré le fiècle der-
» nier , & de nouvelles branches de la ſcience
» du mouvement aux théories qu'avoit créées
» le génie de Galilée , d'Huyghens & de
» Newton.
"
Philofophe fage & profond , il a laiffé
» dans le Difcours Préliminaire de l'Ency--
clopédie , un monument pour lequel il
» n'avoit point eu de modèle.
»
»
و د
Écrivain tantôt noble , énergique & rapide
, tantôt ingénieux & piquant , fuivant
» les fujets qu'il a traités , mais toujours
précis , clair , plein d'idees , fes Ouvrages
inftruifent la jeuneffe , & occupent d'une
manière utile les loifirs de l'homme
» éclairé.
?
"
"
"
La franchiſe , l'amour de la vérité , le
» zèle pour le progrès des Sciences & pour
» la defenfe des droits des hommes , for-
» moient le fonds de fon caractère .
و د
"3
❤
Une probité fcrupuleufe, une bienfaifance
éclairée , un defintéreffement noble & fans
fafte , furent les principales vertus,
» Les jeunes gens qui annonçoient des
» talens pour les Sciences & pour les Lettres ,
» trouvoient en lui un appui , un guide , un
» modèle.
"
Ami tendre & courageux , les pleurs de
l'amitié ont coulé ſur ſa tombe au milieu
des regrets des Académies de la France &
» de l'Europe. Il eut des ennemis pour que
و د
Fv
130 MERCURE
ود
35
و د
rien ne manquât à fa gloire ; & l'on doit
» compter parmi les honneurs qu'il a reçus ,
l'acharnement avec lequel il a été pourfuivi
pendant fa vie & après la mort , par
» ces hommes dont la haine ſe plaît à choiſir
» pour les victimes , le génie.& la vertu. »
Honoré par lui dès ma jeuneffe d'une
» tendreffe vraiment paternelle , perfonne ,
» dans la perte commune , n'a plus à regretter
que moi . Son génie vivra , éternel-
» lement dans fes Ouvrages ; il continuera
long- temps d'inftruire les hommes ; il refte
» tout entier pour l'Univers ; l'amitié feule
» a tout perdu .
"
ر د
Les offres
brillantes de l'Impératrice de Ruffie ajouterent
à fa gloire , & prouvèrent fon définté
reffement ; & s'il effuya quelques contradictions
( c'eft le fort des mortels les plus
heureux par combien de fuccès n'a t'il pas
été dédommagé ! par combien de diftinctions
n'a t'il pas été confolé ! Son nom a été placé
parmi les plus célèbres de ce fiècle ; l'un des
plus grands Hommes qui ayent paru fur le
Trône , a cherché fon commerce , non pas en
Roi, mais en Philofophe ; l'un des plus grands
Hommes qui ayent brillé dans l'Empire Lit
téraire , a vécu avec lui dans une intimité
qui n'a jamais été troublee ni interrompue ;
enfin on pourroit terminer fon éloge avec
deux mots : il fut l'ami du grand Frédéric &
de Voltaire.
DE FRANCE. 13
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
LAfeule nouveauté que le Concert du 8 de
ce mois ait offerte , eft M. Guérillot , qui a
joué un nouveau Concerto de Violon de
M. Jarnowick. Sa qualité de fon , gracieuſe
& pure , la manière ferme , fage & préciſe ,
& une grande jufteffe d'intonation , lui ont
mérité les applaudiffemens les plus encourageans
. Mile Candeille a fait aufli beaucoup
de plaifir fur le forté piano . Le Public a paru
s'appercevoir de fes progrès , & l'inviter à
en faire de nouveaux. La fymphonie de M.
Hayden a continué d'exciter l'enthoufiafme.
Nous ne parlons pas des fragmens du Carmen
Saculare de M. Philidor . Le choix qu'en a
fait le Directeur du Concert eft une preuve
du fuccès de cet Ouvrage.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON continue toujours avec un grand fuccès
les repréfentations de Didon ; mais l'enthonfiafme
a paru diminuer un peu depuis la première
repréſentation ; & les critiques, bonnes
ou mauvaiſes,commencent à fe faire entendre
F vj
132
MERCURE
à travers les éloges juftes ou exagérés , fuivant
la difference des opinions & des goûts.
Nous avons promis , comme font tous
les Journalistes , que nous rendrions fidèlement
compte du jugement du Public ;
d'ordinaire on a peu de confiance dans
ces promeffes , & , à la vérité , eft plus
difficile qu'on ne croit de tenir parole. Comment
en effet recueillir les voix de ce Public
qui a , comme la rénommée , cent voix qui
ne font jamais d'accord ? Auffi eft il fort commun
de prendre l'avis des gens de fon parti
pour l'avis du grand nombre , & de n'exprimer
, au lieu du jugement public , que le
réfultat de fes fenfations & de les préventions.
C'eft un écueil que nous tâcherons
d'éviter ; nous promettons d'être de bonnefoi
avec nous mêmes ; c'eft tout ce qu'on doit
exiger, & ce qu'il eft fort rare de rencontrer
dans les difcuffions de critique & de goût, mais
fi nous avons fur la mufique dramatique quel
ques principes , que nous croyons incontef
tables quoiqu'ils foyent encore conteſtés
il nous eft impoffible de les abandonner ; &
nous y tiendrons avec d'autant plus de confiance
dans nos obfervations fur la mufique
de Didon , que M. Piccini s'en eft évidemment
rapproché lui même dans la compofition
de cet Ouvrage.
Nous avons dit , & nous aimons à répéter ,
que cet Ouvrage eft plein des plus grandes
beautés, & que l'Auteur y a élevé fon ftyle
f
DE FRANCE. 133
au ton de la véritable Tragédie. Nous allons
revenir en détail fur les morceaux qui nous
ont frappés davantage à une feconde repréſentation
, mais en louant avec plaifir &
fans réferve ce qui nous a paru vraiment
beau , nous releverons avec franchife , mais
avec ménagenient , ce qui nous a paru foible &
défectueux . Nous motiverons nos critiques ,
& nous les foumettons aux gens de goût ,
aux perfonnes inftruites , & à M. Piccini
lui même , dont nous cftimons le bon efprit
autant que nous admirons fon beau talent
; mais nous renonçons à l'espérance
d'être jugés avec impartialité par ceux de
les enthoufiaftes , qui croyent le fervir en
admirant tout dans les Ouvrages , & le flatter
en prêchant des opinions que nous lui avons
entendu défavouer à lui même de la manière
la plus pofitive.
Suivons à préfent le Compofiteur dans fa
marche. L'ouverture eft peut - être le morceau
le plus foible de fon Ouvrage . C'est une
efpèce de fymphonie concertante , où il y a
un mouvement d'andante très agréable ; mais
elle n'a ni la nobleffe , ni le caractère , ni
même l'effet d'Orchestre qui convient à une
Tragédie. En général , les Italiens négligent
beaucoup les ouvertures , qu'ils n'appellent
que du nom de fymphonies ; les fanatiques
de la mufique Italienne , qui en admirent
tout , parce qu'ils ne fentent les convenances
de rien , ont pris le parti de regarder
cette partie du Drame Lyrique comme une
134
MERCURE
chofe indifférenté , peu digne d'occuper férieufement
un grand Compofiteur . Nous
convenons que dans les Opéras Italiens , où
toutes les convenances font violées & tous
les effets dramatiques inconnus , on ne
doit chercher dans une ouverture que le mé
rite propre à une fymphonie. Pour nous , qui
regardons l'ouverture comme faifant partie
d'un grand tout , nous voulons qu'elle participe
au caractère du fujet qu'elle annonce ;
qu'elle difpofe l'âme à recevoir les impreffions
que le Poëme doit produire , & qu'elle
fe lie , par fon caractère & fon mouvement ,
à l'action qui va fuivre . Mais quelqu'idée
qu'on attache à l'effet d'une ouverture d'Opéra
, il feroit plaifant qu'un Compofiteur
qui fe donne la peine d'en faire une , fe crût
difpenfé de la faire bonne. On peut mettre
dans une fymphonie , de l'efprit , de l'inten
tion , du génie même fi l'on en a ; & jamais
un Artifte médiocre ne fera une ouverture
qui approche de celle d'Iphigénie en Aulide ,
dans le Tragique , & de celle de la Frafcatana
, dans le Comique. L'effet de l'ouverture
de Didon a été fi général , que nous ne dou
tons pas que M. Piccini n'y en fubftitue une
autre plus digne de lui & de fon fujet ; il a
prouvé que cela lui feroit très - facile.
Acte ler. Nous ne dirons rien du récitatif
dans ce premier article , nous en parlerons
en détail dans la fuite de notre analyfe.
Le fonge de Didon , dans la première
DE FRANCE.. 339
Scène , eft bien conçu , & rendu avec des
accens vrais ; mais il auroit pu avoir plus
d'effer.
L'air qui fuit: aines frayeurs , &c. eft
d'un chant naturel , fenfible & très - agréable ;
mais peut être que la fituation & les paroles
auroient pu comporter un mouvement plus
animé , & qu'il auroit pu y avoir moins de
vague & de molleffe dans l'expreffion .
La cavatine qui fuit : nous allons la revoir
cette grotte charmante , eft d'un caractère
tendre , voluptueux & vrai.
Cette cavatine n'eft féparée de l'air précédent
que par un bruit de chaffe qui a fervi de
prélude à la première Scène , & dont l'effet
eft bien médiocre. Nous ne croyons pas que,
dans aucun de fes Opéras , M. Piccini ait
encore hafardé de faire fuccéder ainfi , prefque
immédiatement , un air fimple à un grand
air ; ce qui demande d'être traité avec goût ,
& d'être commandé par la marche de la
Scène .
Les airs de danfe du Divertiffement font
d'une tournure facile , mais fans caractère
marqué ; nous n'y avons trouvé de trèsagréable
qu'un mouvement de gavotte danfé
par Mlle de Ligny.
Nous ne dirons rien du Chour : Le
Cor nous appelle à la chaffe ; & nous pafferons
à l'air d'Enée : Régnez en paix fur
ce rivage. C'eft un air dans la forme pure336
MERCURE
ment Italienne , dont les motifs & les traits
ne font pas affez neufs , & chargé de ces
répétitions gratuites , qui ne fervent qu'à
ariondir la période , fans intention & fans
vérité.
Dans la Scène de Didon & d'Iarbe , l'ait
de Didon : Ni l'Amante , ni la Reine , nous
a paru d'un beau caractère , d'une expreffion
vraie & d'un effet brillant. Les quatre
couplets qui précèdent cet air , femblent
avoir été destinés par le Poëte pour être mis
en chant ; le Compofiteur les a mis en recitatif.
Peut - être qu'en effet an chant fimple
, mais méfuré , eût préparé & conduit à
l'air par un effet plus agréable.
La Scène & le Duo d' Enée & d'arbe n'ont
pas paru traités avec le caractère qui corvient
à une Tragédie. On a cru voir quelque
rapport entre cette Scène & celle d'Agamem
non & d'Achille , dans Iphigénie en Aulide.
Nous ne ferons aucune comparaiſon entre
ces deux Scènes, parce que ces fortes de comparaifons
ont trop d'inconvéniens; mais nous
remarquerons que , dans la nouveauté d'Iphigenie
en Aulide un Détracteur de M. Gluck
imprima que le Duo d'Agamemnon & d'Achille
étoit mal conçu , parce que deux Héros
ne peuvent pas fe braver en Mufique, & parce
qu'il n'eft pas convenable à leur dignité de
parler tous deux enfemble. M. Marmontel &
M. Piccini viennent de répondre à cette Cri ·
tique , qui , à la vérité , n'en avoit pas befoin.
L'air d'larbe : O Jupiter , qui termine le
DE FRANCE. 137
premier Acte , ne fait aucun effet , & n'en
pouvoit pas faire. Il n'a point le caractère
qu'exigeoient les paroles , & n'a rien dans
le chant d'affez piquant pour réparer ce défaur.
Il eft précédé par neuf Vers de Récitatif
qui refroidiffent la Scène : peut être
que s'il eût fuccédé immédiatement au Duo,
ou feulement après quelques mots de Récitatif
, l'effet en eût été plus avantageux .
C'est avec regret que nous fufpendons
ici-norre Analyfe ; nous avons rempli la
partie la plus défagréable de la tâche que
nous nous fommes impofée , parce que
nous avons eu plus à critiquer qu'à louer :
nous nous en dédommagerons dans l'Article
fuivant , où nous aurons beaucoup plus de
plaifir à louer les nombreuſes & touchantes
beautés qui abondent dans les deux derniers
Actes , qu'à obferver quelques taches qui
les déparent.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Samedi 6 Décembre , on a donné la
première repréfentation du Lord fuppojé ,
Comédie en deux Actes & en profe mêlée
d'ariettes , par M. Piccinni fils , muſique de
M. Piccinni père.
Léandre eft l'amant aimé de la fille d'Anfeline
. Cet Anfelme eft un avare , qui ne peut
fe réfoudre à marier fa fille , parce qu'il eft
effrayé de la néceflité de lui donner une dot.
Un Valet de Léandre fe propofe d'introduire
138 MERCURE
fon Maître chez Anfelme. Dans le village où
le vieillard s'eft retiré , demeure un Anglois ,
dont la manie eft de vivre folitaire , de ne
recevoir d'autre vifite que celle de fon Médecin
, & qui paffe encore pour avoir les
femmes dans une telle horreur , qu'il ne peut
en appercevoir fans éprouver des mouvemens
convulsifs. Le Valet de Léandre prend
le coftume d'un Lord , fait traveftir fon Maître
en Médecin , & fe préfente à Anfelme ,
auquel l'Anglois a déjà rendu quelques fervices.
Il fait l'éloge de la maifon , en vante
le site , en exagère les agrémens , & déclare
qu'il y occuperoit volontiers un appartement
, qu'il le loueroit deux cent louis par
'mois , s'il ne craignoit de gêner Anfelme , &
fur tout fi on lui promettoit de n'y introduire
aucune femme. Les propofitions du
fiux Lord éveillent la cupidité de l'imbécille
Harpagon ; il promet tout ce qu'on exige. Il
fait traveftit en homme fa fille & fa Suivante
, & les préfente comme les neveux .
L'adroit Valet en paroît d'abord enchanté ,
puis il tombe dans un fauteuil , en fe plaignant
qu'on l'a trompé. Anfelme avoue fa
faute. Le faux Lord trouve un moyen de
rout féparer ; c'eft celui de bannir les femmes
de la maifon , en mariant la fille d'Anfelme,
& il propofe fon Médecin pour époux ,
en fe chargeant de doter la jeune perfonne .
Néanmoins , afin de ménager la délicateffe
de tout le monde , il confent à laiffer à Anfelme
l'apparence de la générosité , & à ne
DF FRANCE 139
point paroître dans le contrat de mariage
comme donateur. On appelle un Notaire ,
on figne , le Notaire emporte la minute en
bonne forme. Le Valet fe fait connoître ,
découvre l'intrigue ; le père crie à la trahifon
; mais la crainte du ridicule l'emporte
fur fon avarice , il confent à tout réalifer , &
Léandre époufe fa Maîtreſſe.
>.
Nous n'apporterons aucune févérité dans
l'examen de cet Ouvrage. L'Auteur eft Italien
, & il y a loin de la connoiffance du
Théâtre de fa Nation à la connoiffance du
Theatre François. Les Opéra- Bouffons Italiens
font encore moins raisonnables que
les nôtres ; & pourvu qu'à diverfes fituations
plus bouffonnes que comiques , l'Auteur
joigne l'adreffe de fournir au Muficien
les moyens de faire briller fon talent , il a
rempli fon but. Tel eft , à peu près , le
fyftême que M. Piccinni le fils paroît avoir
adopté; & fi , dans les Ouvrages qu'il pourra
donner par la fuite , on doir être fondé
à lui en faire des reproches , au moins ne
peut- on l'en blâmer aujourd'hui. On tient
toujours aux principes dans lefquels on a
été inftruit : quand on les abandonne , c'eft
parce qu'on fe croit forcé d'en faire le facrifice
; & qui peut obliger à ce facrifice ?
la réflexion , l'étude & le goût.
Quant à la Mufique , le nom de fon
illuftre Auteur fuffiroit pour en faire l'éloge.
Nous croyons néanmoins devoir entrer
dans quelques détails. Rien de plus vrai ,
140 MERCURE
de plus varié, de plus expreffif que le langage
de chacun des Perfonnages de cette Comédie.
Les différens morceaux chantés par
l'Avare , par la Fille , par la Soubrette , par
l'Amant & par le Valet , ont tous un caractère
relatif à la fituation & à la phyfio-.
nomie des Perfonnages . Ce caractère le fait
principalement remarquer dans les nuances
de charge qui accompagnent le traveftiffement
de Léandre en Médecin , & celui du
Valet en Lord , & qui ne font pas moins
oppofées entr'elles que comiques & neuves.
Le talent du Muficien fe fait furtout
diftinguer dans les morceaux d'enfemble.
La vérité , la fimplicité , le naturel du
dialogue & la pureté de l'expreffion , tout fe
réunit pour produire l'effet le plus enchanteur.
Le charme des accompagnemens ajoute
encore à la mélodie du chant principal. On y
reconnoît un Maître , un Homme de génie ,
un Compofiteur qui poffède toutes les parties
de fon Art , un Artite enfin qui , habile
à diftribuer , fuivant l'occafion , les reffources
de fon talent , ajoute tour à tour à
l'effet par la caufe , ou à la caufe par l'effet.
L'air de bravoure , chanté par Mlle. Buret au
commencement du fecond acte , nous a paru
digne de tous les applaudiffemens qu'il a
reçus. Tous ceux que nous avons entendus
jufqu'ici dans nos Opéra Bouffons François ,
ne nous ont rappellé que des traits difficiles
de fymphonies , cu même de fonares , exécutés
par des gofiers flexibles & très exercés . CeluiDE
FRANCE. 141
ci , au travers des libertés que permet cette
efpèce de compofition , prefente par tout de
la facilité, de la mélodie, de la grâce & de l'expreflion.
Amfi , tandis que Melpomêne couronne
de lauriers la Mufe de M. Piccinni
dans le Perfonnage de Didon , cet homme
célèbre fait embellir Thalie , en lui prêtant
le preftige de fes accens . Ce double talent eſt
auffi rare qu'il eft peu & qu'il devroit être
eftimé. Pauci quos aquus amevit Jupiter ?
L'abondance des matières nous oblige de
remettre à un autre Mercure le compte
de Gabrielle d'Eftrées , remife en quatre
Actes ; & de la première repréfentation
d'Héraclite , Comédie en un Acte & en
Vers , donnée avec fuccès le du même
mois.
ANNONCES ET NOTICES.
TROISIEME
ROISIÈME & dernière Livraison des Euvres
complettes de Charles Bonnet , Correfpondant de
l'Académie Royale des Sciences de Paris & de
différentes autres Académies , 3 Vol. in-4 ° . Prix ,
36 liv . Pareille Livraiſon en 6 Volumes in - 8 ° . Prix ,
21 liv. A Neufchâtel , 178 ;; & fe trouve à Paris ,
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Germain l'Auxerrois , vis - à - vis l'Eglife .
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Cette Édition, totalement achevée, contient tous
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, fes Recherches fur l'ufage des feuilles
dans les Plantes , fon Effai de Pfycologie & l'Effai
analytique fur les facultés de l'âme , fes confidérations
fur les corps organifés , fa contemplation de
142
MERCURE
la Nature , fa Palingenegie philofophique , fes Recherches
philofophiques fur les preuves du Chriftianifme
, ainfi que les preuves de l'existence de
Dieu , & tous les Mémoires fur différens objets relatifs
à l'Hiftoire Naturelle , & c.
La Contemplation de la Nature en 3 Volumes
in - 8 °. fe vend féparément chez le même Libraire .
Prix , 9 liv .
N. B. L'Ouvrage complet eft en 10 Volumes
in-4° . fig. Prix , 108 liv. Le même in - 8 ° . 18 Vol.
fig. Prix , 63 liv.
DELASSEMENS, de l'Homme fenfible , ou
Anecdotes diverfes , fixième Partie , par M.
d'Arnaud.
On foufcrit pour cet intéreffant Ouvrage chez
l'Auteur , rue des Poftes , & chez la Veuve Ballard
& fils , Imprimeurs du Roi , rue des Mathurins.
Cette fixième Partie termine le troifième Volume ;.
le fixième doit être achevé dans le courant d'Avril ,
temps auquel finira la foufcription .
ELEGIES de Tibulle , Traduction nouvelle ,
avec des Notes . On y-a joint les meilleures imitations
qui en ont été faites en vers françois , in - 8°.
A Paris , chez Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine
Il y en a quelques Exemplaires en papier
fuperfin d'Annonay.
NOUVEL Avis aux Mères qui veulent nourrir,
par M. C. B. Gaultier de Claubry, Chirurgien de
S. A. R Mgr. Comte d'Artois , Membre du Collège
Royal de Chirurgie , & Accoucheur , ancien-
Chirurgien Aide-Major des Camps & Armées du
Roi en Allemagne , &c . A Paris , chez l'Auteur ,
rue de Grenelle - Saint- Honoré , vis- à- vis l'Hôtel des
Fermes du Roi , & Lottin le jeune, Lib.rue S. Jacques.
DE FRANCE. 143
Les confeils de la Médecine & les réclamations
de la Philofophie ont enfin convaincu la plupart des
mères de la néceffité de nourrir leurs enfans. On leur
a prouvé que leur devoir & leur intérêt fe réuniffoient
pour les foumettre à ce van de la Nature. M.
Gaultier , éclairé par fon expérience , a cru devoir
donner des confeils utiles aux mères qui rempliffent
ce refpectable devoir. Quelque fimple que foit cette
intéreffante fonction , il eft des accidens que l'inexpérience
naturelle aux jeunes mères fur tout, ne prévoit
pas, qu'il faut prévenir , ou auxquels il faut
remédier Tel eft le but de l'Auteur de cet Ouvrage ,
qui par fon objet mérite d'être accueilli par tous
ceux qu'anime l'amour de l'humanité .
ZE Dovz Variations fur l'air de Marlboroug
pour un Violon , avec Accompagnement , par M.
Bonnay , de l'Académie Royale de Mufique . Frix ,
2 liv. 8 fols. A Paris , chez M. Michaud , rue des
mauvais Garçons , près celle de Buffy, chez l'Herborifte.
SIXIEME & feptième Concertos pour le Violon à
grand Orchefte , par M. Chartrain , exécutés par
l'Auteur au Concert Spirituel . Prix , livres 4 fols
chaque. A Paris , chez M. Michaud , méine
Adrefle .
On fait que M. Chartrain réunit au mérite d'une
exécution brillante celui d'une compofition remplie
de grâces , & nous ne doutons pas que ces Concertos
ne faffent un très grand plaifir même à ceux
qui ne les auront pas entendus par l'Auteur.
RECUEIL des Airs de Blaife & Babet , avec
un Duo du même Opéra , & un air du Corfaire ,
avec accompagnement de Harpe , par M Burckhoffer
, OEuvre XXI. Prix , livres 4 fols. A Paris ,
144
MERCURE
chez l'Auteur , rue Royale , Porte Saint Honoré ;
chez M. Lucotte , Coufineau , Luthier - Breveté
de la Reine , rue des Poulies , & Salomon , Luthier ,
Place de l'École.
NUMERO 13. Ouverture des deux Jumeaux
de Bergame, arrangée pour le Clavecin ou la
Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître de Clavecin
, dédiée à la Reine. Il paroîtra deux de ces
Cahiers par mois , un pour le Clavecin , & un autre
d'Ariettes , avec Accompagnement de Clavecin ou
de Violon , formant pour l'année vingt- quatre
Cahiers ; les douze premiers arrangés par M. Laf
ceux, & les autres par M. Dreux. L'abonnement
pour Paris eft de 36 livres , & pour la Province
48 livres franc de port ; chaque Cahier féparément
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur , au Collège de
Navarre , Montagne Sainte Geneviève , & chez
Mlle Girard , Marchande de Mufique , rue de la
Monnoye , à la Nouveauté. "
Voyez, pour les Annonces des Livres de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
VERS adreffés à M. Phili- Nécrologie ,
dor ,
127
131
Charade, Enigme & Logogry Académie Roy. de ufiq. ib.
phe ,
Bigarrures Littéraires,
97 Concert Spirituel,
98 Comédie Italienne ,
100 ,Annonces & Notices ,
137
141
♪
AP PROBATIO N.
ΚΑΙAI lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Décembre . Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. Á
Paris , le 19 Décembre 1783. GUIDI.
Jer . 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 DECEMBRE 1783 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à M. CHARLES , mon Compatriote,
après la fublime expérience de fon Globe
Aeroftatique , faite au Jardin des Tuileries.
A TOI , frère des Montgolfier ,
ΤΟΙ ,
Par les talens & le génie ,
Je te falue , & le premier
Des grauds Hommes de ma Patrie ! *
Je n'avois pas encor vingt ans
Qu'à ce titre ' ofois prétendre ;
Sur mon luth je faifois entendre .
Des fons qu'on trouva difcordans
Dès lors transfuge de la gloire ,
Dans mon dépit je fis ferment
De ne jamais être l'amant
* Baugenci , ville de l'Orléanois. ·
N°. 12, 27 Décembre 1783 . G
146 MERCURE
Des doctes Filles de Mémoire ;
Mais j'ai vu ton fuccès flatteur ;
Et lorfque Paris te couronne.
Ma Mufe eft fière de l'honneur
D'ajouter du moins une fleur
Aux nouveaux lauriers qu'il te denne.
CHARLES , de l'immortalité
Tu viens de franchir la barrière ;
Et déjà la célébrité
Te fuit dans ta noble carrière.
Chartres , protecteur des Beaux- Arts ,
Encourage ton induſtrie ;
Lui , qui d'un feul de ſes regards
Au talent donneroit la vie.
Va , pourſuis ton vol glorieux ,
Sois sûr que nos derniers neveux
A ton génie , à ton courage
Rendront un jour le même hommage
Que jadis on rendoit aux Dieux.
QUEL honneur pour toi , ma Patric
Ville ignorée , ô Baugenci !
Charles t'a tiré de l'oubli ;
Ton nom dans la Géographie
Ne paroîtra plus qu'agrandi .
VERS Cette fertile contrée ,
Charles , fi tu veux voyager
Au ſein de la plaine azurée ,
MULJOTHINGA
REGLA
MONACENSIS.
DE FRANCE. 147
Je fuis prêt à t'accompagner ;
Mais prends bien garde que la terre
Tout-à-coup s'échappe à nos yeux ;
Je ne veux point aller aux cieux ;
Si je ne voyois plus Glycère ,
Ma foi le féjour du tonnerre
Me fembleroit bien
ennuyeux.
( Par M. Lablée , Avocat en Parlement . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Héroïdes ; celui
de l'Enigme eft Tric- Trac ; celui du Logogryphe
et Limaçon , où l'on trouve a, i ,
o , limon , ami , Milon ( le Crotoniate ) ,
lion , Milan , mi , la , Mácon , Milan ,
Lima , mail , mal , Cain , Nil , lac , in ,
imò , Mai , Loi , main.
CHARADE.
Mon premier appartient à la Géométrie , ON
Mon fecond & mon tout à la Géographie.
( Par un Habitant de Martincourt , fou
Pierrefort en Lorraine. )
Gij
148
MERCURE
ENIG ME.
JE fuis eau fans être liquide ;
Je fuis une pouffière humide
Qui fe forme chez Jupiter.
< Ma froideur échauffe la terre ;
Et quand je defcends de l'Ether
Elle ne craint pas le tonnerre.
LOGO GRYPH E.
UN coup de javelot me fit fortir de terre ,
Et je fuis de la paix le fymbole ordinaire .
J'ai fept pieds bien comptés , où l'on trouve mon fruit ;
Un crime ; une Tribu ; l'ornement de l'efprit ;
Une Impératrice Romaine ;
Ce qu'on ne quitte pas fans peine ;
Un don de la Nature avec deux inftrumens ;
Mais c'eft en dire affez , Lecteur , & tu m'entends.
(Par M. H...... )
DE FRANCE. 149
NOUVELLES LITTERAIRES.
>
SUITE DES BIGARRURES LITTRRAIRES.
A Paris , chez J. F. Baftien , Libraire
rue S. Hyacinthe , la première portecochère
à droite en entrant par la Place
S. Michel.
L'AUTE 'AUTEUR cherche à établir d'abord fon opinion
par les faits.
33
« Un Écolier en fortant du Collège peut faire une
Tragédie ; il eft inoui qu'on ait fait une bonne
» Comédie pour fon coup d'effai . La première Tragédie
de Voltaire eft dipe , la première Comédie
imprimée de Molière eft l'Étourdi . »
و د
Il ne faut pas dire , ce me femble , comme une
vérité générale , qu'un Écolier au fortir du College ,
peut faire une bonne Tragédie , parce qu'il y en a eu
un à qui cela eft arrivé ; car cet Écolier étoit Voltaire.
C'eft trop conclure auffi de dire qu'il eft impoffible
de faire à cet âge une bonne Comédie , parce
que perfonne n'a eu encore cette gloire. Une chofe
fans exemple n'eft pas toujours impoffible , & un
feul exemple ne preuve pas qu'une chofe foit naturelle.
L'exemple unique de Voltaire , qui a fait
Edipe à vingt - deux ans , ne peut pas fervir de
preuve à une propofition générale. Nos deux premiers
Tragiques , Corneille & Racine , prouveroient
mieux le contraire. Corneille mit bien
plus de temps à s'élever de Clitandre à Cinna
que Molière de l'Etourdi au Misantrope . Avant
de faire Andromaque , Racine avoit fait Théagène
& Chariclée , qu'il jeta au feu , les Frères
>
G iij
150 MERCURE
Ennemis , qu'on ne lit plus du tout , & Alexandre ,
où on le voit bien plus occupé à imiter le génie de
Corneille qu'à interroger & à fuivre le fien . L'exemple
même de Voltaire n'eft pas auffi fort qu'il le paroît
au premier coup - d'oeil. Edipe eft l'ouvrage de
cette organiſation exquife qui eut le fentiment dù
bon goût & de l'élégance à 15 ans , & qui l'a confervé
jufqu'à 80 ans paffés ; de ce talent fouple &
heureux , qui devoit prendre un jour tous les tons
& tous les ftyles , & qui a vingt ans avoit découvert
déjà tous les fecrets du ftyle de Racine ; de cet efprit
étendu qui devoit chercher des modèles par-tout
où il y a eu des génies créateurs , & qui dès lors étoit
en état d'emprunter à Sophocle ces belles Scènes qui
font de tous les fiècles , parce qu'elles font de la
Nature ; mais dipe n'eft pas la Pièce où il faillé
chercher les créations du génie Tragique de Voltaire.
Après dipe , il cherche non plus le genre
des Anciens & de Racine , mais le fien ; & il eft
long- temps à le trouver. Ce premier fuccès , qui fut
fi brillant , eft fuivi de deux ou trois chûtes , &
on fe hâtoit déjà de prononcer qu'il démentoit les
éfpérances qu'il avoit données. Ce n'est guère qu'à
40 ans que Voltaire a montré lé génie Tragique qui
lui eft propre , qui le diftingue parmi les grands
Maîtres, & à beaucoup d'égards l'élève au- deffus d'eux .
L'Auteur s'appuie d'un autre fait : il y a, dit-il,
bien plus de grands Poëtes Tragiques que de grands
Poëtes Comiques. Après Corneille , Racine s'élève
au même rang , & Voltaire les atteint ou les furpaffe
tous les deux. Après Molière , Regnard , qui
l'approche de plus près, refte cependant à une grande
diftance.
Tout cela eft vrai , mais j'en concluds , feulement
que de plus grands efprits ont été attirés vers la
gloire & le genre de Corneille . Oublions un moment
que Racine ait fait des Tragédies , & Reguard des
DE FRANCE. IsI
Comédies ; oublions les deux genres , & comparons
les deux hommes . On verra que Reguard étoit un
homme extrêmement inférieur à Racine , au point
même qu'on feroit tenté de croire que Regnard
n'auroit pas pu faire une Scène fupportable de Tragédie
, & que Racine , dans la Comédie même ,
eût été fupérieur à Regnard . Deftouche , Dufténi ,
Regnard avoient tous les trois infiniment d'efprit &
des talens rares ; mais aucun d'eux n'a montré ces
vûes vaftes & profondes que doit avoir l'obſervateur
de la Nature humaine & le peintre des home
mes ; aucun d'eux n'a poffédé cet efprit inventeur
fans lequel on refte toujours fort au- deffous de
Thomme qui s'eft crée un genre. Il y a cu
peut-être un homme qui eût pu égaler l'Auteur du
Tartuffe & du Milantrope ; mais c'elt hors du Théâtre
qu'il faut le chercher. J'ai lû fouvent la Bruyère
avec une extrême furprife ; & en remarquant que ,
comme Molière , il voit fouvent à une grande profondeur
, & peint toujours de verve ; qu'il a autant
de force de fens , autant de naturel , & joint aux
grands traits des détails plus fins , un goût plus sûr
& plus conftamment délicat ; que, toujours agité
de fes penfées , il met les plus philofophiques en
mouvement & en attitude , qu'il eft toujours en
Scène au milieu de la Société , qu'il y interroge &
qu'il y répond ; & qu'enfin , en parcourant des ma
ximes ifolées , des fragmens fans fuite , on croit en
tendre le tumulte du monde , & fe trouver au milieu
d'une multitude d'hommes , dont on reconnoît les
figures , les manières , les voix & le langages j'ai
penfé que fi cet Écrivain eût eu l'habitude de mettre
tout fon talent de ftyle en vers , & celle de difpofer
dans les Scènes d'une action , tous les dons qui diftinguoient
éminemment fon efprit , la Bruyère feroit
allé prendre fur le Théâtre de Thalie , à côté de
Molière , la place qu'a obtenue Racine à côté de
Giv
152
MERCURE
*
Re
Corneille fur le Théâtre de Melpomène.
gnard, Deftouche & Daffréni ne font pas feulement
des Poëtes Comiques du fecond ordre , mais des
hommes qui , dans aucun genre , n'auroient été du
premier. Leur exemple ne prouve donc pas que ' la
Comédie foit plus difficile , & demande un génie
plus rare , mais feulement que ce n'étoient pas des
hommes de génie. Regnard a fait des fatyres , elles
font gaies, pleines d'efprit , très- bien écrites ; mais il
y eft refté autant au -deffous de Boileau que de Molière
dans le genre comique.
Les raifonnemens de l'Auteur des Lettres fur la
nature des deux genres , foutiennent- ils mieux fon
opinion que les faits qu'il a cités ?
Le Poete Tragique , dit-il , prend fes perfonnages
dans l'hiftoire ou dans fon imagination. Dans le
premier cas , l'hiftoire lui fournit l'action , les caractères
, & l'Hiftorien une partie des beautés de fa
Pièce. Dans le fecond cas , il trace des portraits d'invention
, & perfonne n'eft juge de la reffemblance.
Qui a vû des Héros & des Conquérans , & qui fait
comme ils parlent ? Il eft des Nations , il eft vrai ,
où l'on peut en rencontrer lorfqu'on ypenfe le moins
au parterre de l'Opéra ou dans un fouper ; mais- là, le
Héros fe cache pour ne laiffer voir que l'homme
aimable , & le Héros fait bien,
сс
}
Le Poëte Comique , au contraire , doit peindre des
moeurs & des caractères qui nous font connus &
familiers. «Que chacun de fes Juges a vûs & même
obfervés , peut-être à dîner , qu'il retrouvera peut-
» être encore à fouper ; qui font au parterre & dans
les loges , tandis qu'on les repréfente fur le Théâ-
55
* En lifant la Bruyère , dit M. de Vauvenargue ,
on prend l'idée d'un comique plus varié , plus noble
& plus délicat que celui de Molière .
DE FRANCE. ་་་
» tre; on a fous les yeux à la fois l'original & la
» copie , & chacun peut juger de la moindre diffemblance
; en un mot , ajoute l'Auteur , on peut
» faire des Tragédies d'après les Livres , on ne peut
» faire des Comédies que d'après les hommes ; » &
il est bien plus facile de lire que d'obferver.
Ces réflexions ont un certain degré de vérité ,
mais ne me paroiffent pourtant pas affez vraies pour
être concluantès. La rencontre d'un fujet heureux
dans l'hiftoire feroit bien peu de chofe pour celui qui
n'auroit pas affez d'efprit pour en inventer ; c'est
bien moins le choix du fujet que fa difpofition dans
l'action du Draine , qui eft l'oeuvre du génie. Après
qu'on a emprunté un événement à l'hiftoire & quelques
beaux traits , quelques penfées ou quelques
fentimens fublimes aux Hiftoriens , prefque tout eft
à créer encore. L'Hiftoire & la Tragédie ont dans
les mêmes fujets des objets trop différens pour que
' Hiftorien puiffe prêter de grands fecours au Poëte
Dramatique. L'Hiftoire , qui veut fur - tout faire.
connoître les événemens & leur fuite , ne s'arrête
fur les paffions que pour indiquer les caufes des faits.
qu'elle raconte ; la Tragédie , dont l'objet eft principalement
de développer & de peindre les paffions ,
ne fe fert des événemens que pour amener les fituations
où les paffions déployent leur énergie & leurs
malheurs, Ce qui eft le principal pour l'une
n'eft jamais que l'acceffoire de l'autre ; & le
Poëte Tragique a été fouvent obligé de tirer cinq
Actes d'une page d'Hiftoire , ou même d'une phrafe.
Un des événemens de l'antiquité , raconté avec
le plus de détails & le plus de talent , c'eft le combat
des Horaces & des Curiaces . Mais après avoir lû le
beau récit de Tite - Live & la Tragédie de Corneille ,
on voit que la Pièce de Corneille eft toute de fon
invention. N'y a-t'il pas même , à beaucoup d'égards ,
plus de difficultés que d'avantages à prendre fes
Gv
154
MERCURE
fujets dans des Hiftoriens dont il eft fi difficile de
prendre le génie , & auxquels cependant l'emprunt
que vous leur faites vous condamne à être comparé
fans ceffe ; qui vous obligent à être pendant
cinq Actes auffi fublime qu'ils ont pu l'être
dans une page ou dans un mot ? Et de nos jours
le comble du talent n'eft - il pas peut - être de
trouver par l'imagination , des actions , des fentimens
& des difcours qui répondent à la hauteur
de ces caractères de l'antiquité , agrandis encore par
le génie des Tite-Livre , des Plutarque & des Tacite
, & par cet éloignement même qui , les plaçant
à l'extrêmité des temps connus , les élève à nos
regards comme ces objets qui , n'étant que reculés
aux bornes de l'horifon , femblent toucher aux
cieux ? En prenant dans les Annales le fujet de Britannicus
, Racine s'obligeoit à joindre l'art de Tacite
à l'art de Virgile , & il faut avoir lû Britannicus
pour croire que cet effort de talent n'étoit pas impoffible.
Le Poëte Tragique , il eft vrai , fait parler des
Héros & des Conquérans , & peu de gens en ont
entendu parler ; il invente fouvent les fujets & les
caractères , & alors fa liberté paroît fans bornes
comme fon imagination ; il ne faut pas croire cependant
que dans aucun cas il lui foit permis de
peindre de fantaifie , & que nous foyons fans modèle
pour juger fes tableaux & fes difcours. It eft
plus que probable que jamais les Héros & les Conquérans
n'ont parlé dans leur vie comme dans nos
Pièces de Théâtre. Jamais Mahomet n'a dit à perfonne
rien qui reffemble aux idées & aux grandes
vûes de ces beaux vers :
Chaque Peuple à fon tour a régné fur la terre , &c.
Mais fi on fait peu comment ils parlent , on fait par
l'Hiftoire comment ils agiffent , & ce font leurs ac-
1
DE FRANCE.
Iss
tions que le Poëte Tragique vent peindre par les
fentimens & par les difcours qu'il leur prête . Les
Conquérans & les Héros font de grandes chofes
pouflés par des paffions & par des vûes qu'ils ne connoiffent
pas très-bien eux- mêmes , dont ils feroient
prefque toujours hors d'état de rendre compte. Le
Poete Tragique cherche dans le coeur humain les
fentimens qui répondent à leurs actions , & i les exprime
dans un ftyle dont l'éclat & la nobleffe eft
encore une forte d'imitation des exploits des Héros
& des Conquérans. Cette peintute , il eft vrai , où
des actions réelles font repréfentées par des difcours
qui n'ont jamais pu être tenus , Temble avoir quelque
chofe de vague & d'arbitraire . Mais il est sûr
pourtant que l'imagination faifit très -promptement
la vérité ou la faulleté de ce genre d'imitation .
En entendant parler Céfar fur la Scène , je compare
rapidement ce qu'il dit à ce qu'il a fait , &
je fens bien tout de fuite fi les vers qu'il débite
réveillent en moi l'impreffion que j'ai reçue des actions
de fa vie. Les actions , voilà donc le modèle
des difcours de la Tragédie , & ce modèle eft préfent
à la mémoire de tous ceux dont le jugement eft
de quelque prix. D'ailleurs , dans ce langage élevé ,
le Poëte Tragique ne doit pas peindre feulement des
Héros
,
mais l'homme. Sous ces formes impofantes
de la grandeur , il doit faire fentir à chaque
inftant le charme doux & naïf de la Nature ; toutes
les mères doivent fe reconnoître dans la veuve
d'Hector ; & ce n'eft pas un des moindres prodiges
du talent de faire entendre les accens les plus vrais
& les plus touchans du coeur humain dans un ſtyle
qui ne defcend jamais de la dignité Tragique . Le
cifeau qui fit fortir du marbre l'Antinoiis & l'apollon
du Belvédère , ne négligea point la vérité des
formes de la Nature , il les ennoblit & les éleva julqu'à
la grâce & à la majefté des formes divines.
G vj
156 MERCURE
Comment cette nature perfectionnée , & non imaginaire
, feroit- elle la plus facile à peindre , puifqu'elle
ne peut être imitée que par un ftyle dont le
charme & la beauté continuelles réveillent à chaque
inftant ce qu'il y a de plus exquis & de plus fublime
dans les fenfations du cocur humain ?
Le Poëte tragique n'eft pas plus libre & plus indépendant
dans les fujets de fon invention . Pour juger
les faits qu'il invente , tous ceux qui font arrivés
& que nous connoiffons, nous fervent de modèles
, & la loi de la vraisemblance met des bornes
affez étroites à la fphère des événemens poffibles .
Le Poëte a beau s'élancer par l'imagination hors de
l'Hiftoire , il ne lui eft permis d'inventer que comme
elle raconte , & il a toujours l'Hiftoire pour témoin
& pour juge. Que gagne t- il d'ailleurs à créer des
perfonnages inconnus à tous les Spectateurs , s'il doit
faire parler par leur bouche une nature connue de
tout le monde ? Que ce foit Ariane , qui n'a exifté
que dans la fable , ou Orofmane , qui n'exiſta jamais
, que le Poëte ait voulu mettre fur la fcène ,
qu'importe aux Spectateurs qui examinent feulement
s'il a bien fait parler une amante abandonnée ,
un amant au défefpoir , & qui veulent reconnoître
dans fes tableaux , non Orofmane & Ariane , mais
leur propre coeur ? Ce ne font pas les traits qui diftinguent
les individus , mais les paffions qui appartiennent
à l'humanité qu'on repréfente dans les caractères
tragiques. Que dans tout ce qui regarde
moins l'intérêt de l'action que fa grandeur & fa
pompe , le Poëte invente à fon gré des détails impofans
, qu'il peigne avec éclat plutôt qu'avec vérité ,
mon imagination fe prêtera fans peine aux féductions
de la fienne ; fi fes couleurs font fortes & brillantes
je ne m'inquiéterai pas beaucoup de leur
fidélité , dont je ne puis pas être toujours un bon
juge ; mais alors qu'il veut me toucher & m'émouDE
FRANCE 157
voir , il ne pénétrera point dans mon âme s'il n'en
peint pas les affections avec la plus grande fidélité ;
je ferai pour lui un juge bien plus éclairé , bien plus
prompt & plus févère que pour le Poëte comique ;
je n'aurai pas befoin de chercher fon modèle dans
les loges ou dans le parterre ; je le porte toujours
avec moi ; ce modèle eft au fond de mon coeur , &
le frémiffement intérieur que me donne la voix du
Poëte, ou le repos & la tranquillité qu'elle me laiffe,
me fuffifent pour l'admirer ou le blâmer avec une
autorité irrécufable. Le fort du Poëte tragique n'eft
donc pas en cela plus avantageux que celui du
Poëte comique ; peut- être même l'eft - il moins.
Celui- ci , fes tablettes à la main , fe promenant au
milieu de la fociété qu'il veut peindre , note tantôt
un gefte , tantôt un mot & un regard , & fes modèles
même , pour ainfi dire , font en partie fon ouvrage
; ils lui fourniffent les événemens par leur vie,
& le dialogue par leurs difcours. Le Poëte tragique
parlant toujours une langue qui n'a point été entendue
dans la bouche des hommes, eft toujours obligé
de la créer ; & s'il ne peut pas être toujours jugé ,
c'est parce qu'il s'élève trop au-deffus de fes juges .
Il ne doit pas être aifé de fe procurer cet avantage.
Mais , dit l'Auteur des Lettres , pour peindre les
paffions il femble prefque que les paffions fuffifent ;
pour obferver & peindre les moeurs il faut de la réflexion
, il faut du génie . Je ne puis me perfuader ni
que le tableau des paffions exige moins de génie &
de réflexion que celui des moeurs , ni que le Poëte
tragique n'ait point des moeurs à peindre . S'il faffifoit
d'être paffionné pour bien peindre les paffions ,
les amans , par exemple , feroient ceux qui feroient
le mieux parler l'amour , & jamais on n'auroit plus
de talent que dans le délire de la raifon & dans
l'ivreffe des fens . Le contraire eft cependant prouvé
par tous les exemples ; les amans qui ne fongent
158
MERCURE
point à exprimer avec énergie leurs fentimens , mais
à les épancher , répètent fans ceffe ce feul mot qui
fuffit à leur bonheur , & que leur coeur & leur
oreille ne peuvent fe laffer d'entendre ; abondans
& féconds , ils manquent d'énergie & de variété , &
n'en ont pas befoin , parce que la pallion qui parle
à la paffion, l'émeut & l'échauffe fans peine, & que le
même trouble qui empêche celui qui écrit d'être éloquent
, porte dans l'âme de celui qui lit , plus de
charme & d'émotion que ne peut jamais en produire
l'éloquence. Perfonne n'a lû de véritables lettres
d'amour avec autant de plaifir & d'intérêt
qu'une Élégie de Tibulle ou une Scène de Racine ,
à moins que ces lettres ne foient celles de fa maî •
treffe *. Pour faire parler les paffions avec vérité
* Il peut y avoir quelques exceptions à cela :
quoi qu'en difent ceux qui prennent des maximes
triviales pour la connoiffance du coeur humain , on
peut avoir plus d'une paffion en fa vie , & il eft
même rare qu'avec une âme très-fenfible , on n'en
ait pas davantage. Ceux qui , après avoir beaucoup
réfléchi à la première dans l'intervalle de repos qui
leur a été accordé , viennent à en éprouver une fcconde
, peuvent mieux exprimer des mouvemens
qu'ils reconnoiffent , leurs fouvenirs les éclairent
fur leurs fentimens , & la paflion enflammera
leur imagination fans les aveugler entièrement
par fon délire. On affure que c'eſt après avoir déjà
beaucoup aimé , que c'eft à 40 ans , au moment
même où fon génie fe développoit tout entier , que
Rouffeau a eu la plus forte paffion de fa vie : il fe peut
qu'alors cette âme ardente & fenfible épanchât fon
amour dans des Lettres auffi éloquentes que celles
qu'il a prêtées à Saint-Preux. On affure encore que
les Lettres de Fanny Butler , publiées comme un
DE FRANCE. 159
& avec chaleur , il ne fuffit pas de fentir vivement ,
il faut voir avec préciſion ce qu'on fent avec vio-
Roman par Mme de Riccoboni , ont été réellement
écrites , non pour le Public , mais pour un amant ;
elles ont du moins beaucoup ce caractère . Mais
quoique Fanny Butler paroiffe aimer pour la première
fois , eft-ce la première paffion qu'une jeune
perfonne aura exprimée avec une fi grande connoiffance
de tous les mouvemens qui fe paffent dans
fon coeur ? Il m'eft impoffible de le croire. Au refte ,
quoique les juges de notre Littérature aient mis ces
Lettres fort au- deffous des autres Romans de Mme
de Riccoboni , j'avoue , pour moi , que c'eſt un de
ceux que j'ai toujours lû avec le plus de plaifir &
d'intérêt. Ce n'eft pas fans doute l'intérêt des événemens
, car il n'y en a point ; ce n'eft pas celui de
l'amour malheureux , Fanny Butler eft toujours heureufe
jufqu'au moment où , abandonnée de fon
amant , elle lui écrit cette unique Lettre , dont les
connoiffeurs ont toujours admiré l'éloquence , & qui
femble deftinée à punir toutes les perfidies de notre
fexe ; ce n'eft pas non plus l'intérêt des caractères ,
il n'y a dans tout l'Ouvrage que deux perfonnages,
Fanny Butler & fon amant ; fon amant ne fe montre
jamais , & c'eſt Fanny Butler toute feule qu'on voit
& qu'on entend toujours. Quelle peut donc être la
fource de l'intérêt dans un Roman d'où l'on a écarté
à deſſein tous les refforts dont on fe fert pour attacher
& produire de l'intérêt ? C'eft d'abord qu'une femme
tendre & paffionnée , d'un caractère indépendant &
élevé , qui trouve dans fes vertus le droit de méprifei
l'opinion publique lorfqu'elle lui défend le bonheur
de fon amant, qui accorde tout à ce qu'elle aime
fans l'enchaîner par d'autres promeffes que celles de
l'amour, eft un objet très-intéreffant par lui- même,;
c'eft que quoiqu'elle foit toujours dans la fituation
160 MERCURE
lence ; il faut diftinguer dans l'âme des mouvemens
qui s'y croifcut & s'y confondent ; & il eft bien
plus facile à la réflexion de s'attacher & de fe fixer
fur les moeurs qui font fous nos yeux dans le tableau
du monde, que de defcendre au fond d'une âme agitée
par les paffions. Le Peintre des moeurs peut les
faifir au moment qu'il les voit ; il travaille devant
fon modèle ; celui des paffions doit en être à une
certaine diſtance ; car ce n'eft pas au moment
qu'elles le troublent & le bouleverfent , ce n'eft pas
au moment où il en eft le jouet qu'il peut en être le
Peintre ; elles ne fe laiffent voir & obferver que dans
l'image que nos fouvenirs en confervent , & l'un
des dons les plus précieux & les plus rares de la Nature
, eft fans doute cette imagination mobile à - lafois
& profonde , qui conferve fidellement tous les
trans que les paffions y ont imprimés , qui les reproduit
dès que le talent a befoin de les contempler ,
peu attachante d'un amour heureux , Fanny Butler varie
avec un charme infini l'expreffion de fon amour
& de fa félicité , & montre le même bonheur fous
mille formes différentes ; tantôt par ces folies de la
joie , qui font les délires des paffions heureuſes ;
tantôt par ces illufions charmantes , ces doux rêves
qui tranfportent une imagination enflammée dans
des jouiffances qui ne font plus à la Nature ; tantôt
par cet abattement , ces langueurs d'une âme épuifée
qui ne fent jamais mieux fa félicité que lorsqu'elle
en eft accablée ; c'eſt qu'enfin Fanny Butler , qui eft
toujours dans la même fituation , ne refte pas un
moment dans le même fentiment ; qu'à chaque Lettre
elle femble changer de paffion , qu'elle femble
donner à l'amour de nouvelles fenfations , & prolonger
pour tous les Lecteurs des délices que la Nature
a rendu fi fugitives , de peur de nous détruire
en nous rendant heureux .
DE FRANCE; 161
qui, dans le calme & le repos de la folitude , livre encore
une partie de l'âme à leurs orages , tandis que
l'autre refte tranquille & attentive pour obferve: &
décrire ces tempêtes. C'eft le génie de l'âge mûr qui
peint les paffions de la jeuneffe . Gallus & Didon , les
rôles de Phèdre & la lettre écrite des rochers de
Meillerai , ont été faits par des hommes qui étoient
dans l'âge mûr , ou qui l'avoient paffé. C'est d'une ,
tête blanchie déjà par l'hiver de la vieilleffe , * que
font forties ces lettres de Saint - Preux & de Julie ,
dont la chaleur étonne la jeuneffe même. Que d'ouvrages
dans tous les pays & dans toutes les langues
où il eft queftion de l'amour , & combien il y en
a peu qui peignent cette paffion fi douce & fi terrible
! Parmi cette multitude de romans Anglois &
François , où la connoiffance du coeur humain a
été fi approfondie , & que les Modernes peuvent
oppofer peut-être pour le talent aux Hiftoriens de
l'antiquité ; il y en a beaucoup où l'on trouve une
hiftoire vraie de cette paffion ; il n'y en a prefque
pas où l'on fente la paffion elle même , fa violence.
& fes langueurs , fes délices & fes tourinens. Il eſt
vrai que ce fentiment a tant de charmes, qu'il en ré
pand fur la médiocrité même qui l'affoiblit ; ce qui
fait tant lire les romans , ce n'eft pas qu'ils faffent
bien parler l'amour , mais c'eft qu'ils en parlent , &
cela fuffit à un certain âge. L'âme du jeune homme
qui lit Campiftron , prête à la langueur de fes vers la
vie & la flamme qui leur manquent ; & dans les illufions
dont left toujours environné , il attribue les
ardentes émotions de fon coeur au Poëte qui n'a pu
les éteindre. Voilà ce qui a pu faire croire qu'il y a
beaucoup d'Écrivains qui favent peindre l'amour ;
mais les Écrivains qui peignent réellement cette paffion
, non avec ces traits vagues qui ne font guères
*
...w Citoyen , voyons votre pouls .... Non , voyez l'hiver
fur pia tête.... Préface & Dialogue du Roman d'Héloïfe.
162 MERCURE
plus expreffifs que fon nom même , mais avec ces
détails plein d'intérêt qui en font toute l'hiftoire ,
avec ces mouvemens de ftyle qui donnent la même
agitation à nos fens , avec ces traits énergiques qui
en portent la flamme dans des cours paifibles ; mais
ceux dont le talent rend la première jeuneffe même
plus paffionnée , & fait fentir encore les tranfports
du jeune âge à la raifon de l'âge mûr & à la langueur
de la vieilleffe ; mais Virgile & Tibulle , mais
Racine & l'Auteur du roman de Julie , ces Écrivains
qui produisent par leur éloquence des impreffions &
des effets qui ne fembloient pouvoir être produits que
par les grâces & la beauté , feront toujours ceux dont
il fera le plus difficile d'égaler le talent & la gloire.
Il y a dans Molière quatre ou cinq pièces où chaque
détail , chaque vers , pour ainfi dire , eft une peinture
favante des mours ; où l'éclat & le nombre des
beautés qui fe fuccèdent fans relâche , pourroient .
feuls nuire à leur impreffion , parce que l'effet du
comique le plus théâtral eft quelquefois fufpenda .
par létonnement qu'un fi profond génie infpire , &
qu'on admire avec furpriſe au lieu de rire avec
gaîté ; mais ce talent unique jufqu'à nos jours , je le
conçois plus ailément encore que celui qui a trouvé
dans la méditation ces traits de paffion & de délire.
Dieux ! que ne fuis je affife à l'ombre des forêts !
Quand pourrai-je , au travers d'une noble pouffière ,
Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière !
•
Les a- t'on vûs fouvent fe parler , fe chercher?
·
Dans le fond des forêts alloient- ils fe cacher ?
Et fur quoi jugez -vous que j'en perds la mémoire ,
Prince , aurois-je perdu tout le foin de ma gloire?
Pour fentir la beauté de ces denx vers , il faut fe remettre
dans la fituation de Phèdre , & dans la Scène où
eHe déclare fon amour.
DE FRANCE. 163
Les beautés où l'attention & la réflexion peuvent
conduire , appartiennent fans doute très- fouvent au
génie ; cependant on a je ne fais quelle certitude de
les trouver qui affoiblit avec raiſon l'admiration
qu'elles infpirent ; mais ces beautés qui naiffént
dans des âmes émues , auxquelles on ne s'élève
point par une fuite d'idées , qui font infpirées
par des mouvemens fugitifs de paflion que le
talent même n'eft jamais sûr d'avoir , & qu'il perd
fouvent pour jamais s'il ne les rend dans leur rapide
impreffion ; oes beautés que le génie , rendu fuperfti
tieux par fa fublimité, a lui - même attribuées à quelque
dieu qui les lui infpire , feront toujours à juſte
titre celles qu'on doit le plus admirer . Le Poëte tragique
d'ailleurs eft - il toujours dans ces fituations
paffionnées que les Arts ne peuvent pas plus fuppor
ter que la nature humaine ? Ne doit il pas tracer
d'un pinceau plus tranquille le tableau des Nations
qu'il ne connoît que par l'Hiftoire , celui des Cours
où il ne peut guères pénétrer que par fa penſée ?
Ne joint-il pas à la peinture de ces mouvemens emportés
du coeur humain , de ces crifés violentes &
paffagères qu'on appelle paffion , celle de ces traits
plus conftans & plus durables , de ces habitudes qui
forment les caractères & les moeurs , & mènent aux
grands crimes par la réflexion même ? La nature
de fes fujets , & le rang de fes perfonnages ,
ne l'obligent - ils point à chaque inftant à établir
les maximes de la liberté & celles de la tyrannie
, à rappeler les principes de la morale univerfelle ,
les révolutions des Empires & leurs caufes , le fort
des religions & leurs influences , à faire de tout ce
que l'efprit humain peut méditer & penfer de plus
fublime , l'acceffoire de fon ouvrage & du tableau
des paffions ? Au moment même qu'il remplit la
fcène de trouble & de terreur , le génie du Poëte
164
MERCURE
tragique, toujours au- deffus des émotions qu'il reffent
& qu'il donne , ne doit - il pas , pour atteindre toute
la hauteur de fon Art, jeter des traits de lumière fur
la nature & la inarche de ces mêmes paffions dont
il fe fert pour nous agiter? Voyez dans Mahomet
Seyde enivré des fureurs du fanatifme , armé da
glaive qu'il a reçu des mains du Prophète ; le ciel
lui ordonne le crime , & la Nature l'arrête encore ;
mais plus facile & plus foumise à la voix de l'impofteur
, Palmire parle , Seyde ne balance plus.
Je t'entends , fon arrêt cft parti de ta bouche....
Le ciel vient d'emprunter ta voix ....
Qui n'apperçoit le trait éclatant de lumière qui fort
de cette manière d'enflammer le fanatifme par
l'amour , de cette combinaiſon favante de paffions ,
qui amène le tableau le plus terrible qu'il y ait peutêtre
fur aucun Théâtre Des beautés de cet ordre
font rares , je l'avoue ; mais on n'obtient pas une
place parmi les grands Tragiques fans le génie qui
peut jeter des traits femblables à travers les fcènes
les plus paffionnées,
Ces réflexions qui combattent l'opinion de l'Au
teur des Lettres me paroiffent vraies , & j'apperçois
cependant un certain degré de vérité dans fon opinion
; ce n'eft qu'en l'exagérant qu'il l'a rendue
fauffe . Les formes du talent tragique plus fortement
prononcées fe gravent plus aifément dans l'imagina
tion des jeunes gens qui ent les organes un peu fenfibles.
Un jeune homme de feize à dix- fept ans qui
a entendu réciter les vers de Sémiramis & de Mahomet
avec la pompe du débit tragique emporte ce
bruit harmonieux dans fon oreille ; fa voix le reproduit
machinalement dans le filence des nuits ou
des campagnes. Ces mots plein d'éclat & de majeité
qui ont fervi à l'entretien des Rois & des Héros
DE FRANCE. 165
fe repréfentent fans ceffe à fa bouche dans cet âge
où l'on eft amoureux de tout ce qui a l'apparence de
la grandeur. Tout ce qu'il dit eft prêt à fe convertir
en hémiftiches tragiques ; il a befoin d'un excellent
fonds d'efprit & même déjà de quelque ufage du
monde pour modérer fa voix au ton de la parole
ordinaire , & l'empêcher d'être héroïque en répon-
'dant à fon père , ou en difant des chofes tendres à fa
foeur. A ce moment de la vie , par-tout où il y a des
Spectacles , beaucoup de jeunes gens font bien près
de renouveler l'hiftoire des habitans d'Abdère. C'eft
dans ces difpofitions qu'ils font ordinairement la première
Tragédie. Ils font bien loin de defcendre au
fond de leurs coeurs pour étudier les paffions qui n'y
font
pas encore , bien loin de créer quelque chofe ,
d'en avoir le befoin & le pouvoir ; mais ils jettent
une action qu'ils empruntent à l'Hiftoire dans le
moule commun de toutes les Tragédies , tournent
dans leur oreille en cent façons différentes les vers
dent leur mémoire eft chargée , achèvent une Tragédie
de trois mille vers fans être Auteurs d'un hémiftiche
, & avec de pareilles Pièces obtiennent fouvent
des fuccès qu'ils ne doivent qu'au génie de
Corncille , de Racine ou de Voltaire . Voilà dans
quel fens on peut dire qu'un jeune homme peut faire
une Tragédie avant d'être en état d'en écrire la Préface
; paradoxe qui paroît bien étrange , & qui eft
vrai pourtant , parce qu'une Préface exige toujours
quelques idées , quelque efprit, & qu'on ne trouve
point de l'efprit & des idées dans fon oreille comme
des hémiftiches.
Ce qui eft plus facile c'eft donc d'imiter le genie
tragique , & non pas de l'avoir . La facilité même de
limitation eft un piège pour le talent ; on fait que
Racine faillit à y perdre fon génie. En un mot , les
deux talens dans leur perfectlon paroiffent également
rares , & peut - être le talent tragique deman-
H
166 MERCURE
dant plus d'élévation & plus de fenfibilité l'eft -il
davantage encore; mais il eft plus aifé d'être médiocre
dans la Tragédie , & d'y réuflir.
Il s'en faut bien que nous ayons les mêmes objections
à faire fur les deux Lettres fuivantes qui
contiennent & achèvent le parallèle des deux genres.
Il eft impoffible de n'être pas de l'avis de l'Auteur lorfqu'il
fait voir comment le ridicule tenant beaucoup
plus encore aux manières qu'aux moeurs , les vices
& les caractères ont trouvé le moyen d'échapper au
pinceau du Poëte comique en fe cachant fous le
mafque uniforme de la politeffe du monde ;-comment
la multiplicité des Spectacles a confondu tous
les principes , corrompú le goût , & fait paroître le
comique des François trifte & férieux en comparaifon
des farces du Boulevard ; comment la vaine
affectation de morale & de fenfibilité , l'un des
grands caractères de notre fiècle , a profcrit comme
indécens & prefque criminels des traits qui n'auroient
paru que plaifans aux honnêtes gens du fiècle
de Molière , comment prefque tous les mots de la
langue mis en Pièces par les calembourgs, font devenus
des moyens par lefquels la plaifanterie d'un fot
peut faire tomber un chef- d'oeuvre ; comment enfin
l'éclat des fuccès de la Tragédie doit étouffer ou
obfcurcir du moins tous les fuccès de la Comédie ,
parce que l'imagination des Spectateurs affociant ,
pour ainfi dire , le Poëte tragique aux Hélos & aux
grandeurs qu'il repréfente , lui prodigue des applaudiflemens
mêlés de refpect & d'admiration , tandis que
dans fes plus grands fuccès même , le Poëte comique,
qui n'eft élevé par aucunes de ces illufions , paroît
refter au niveau des Bourgeois , dont la langue cache
fon génie , & que l'Auteur du Tartuffe & des Femmes
favantes n'eft guères aux yeux de la multitude
qu'un homme qui fait rite. Dans tous ces détails on
voit l'homme qui fe fait des idées d'après fes
DE FRANCE. 167
obfervations , & un ftyle d'après fes idées . On
pourroit feulement tirer un réſultat bien différent de
ces Lettres. L'Auteur les a écrites pour prouver qu'il
ne doit pas faire des Comédies , & il y parle des
moeurs & du monde en homme qui peut en faire d'excellentes.
Il eft difficile fans doute de réuffir même
avec du talent ; mais dans quel genre eft- il facile de fe
faire rendre juftice ? Et quel eft l'homme né pour la
gloire qui ne voulût faire un chef- d'oeuvre à condition
même de le voir tomber avec ignominie ?
( Cet Article eft de M. Garat. )
VARIÉTÉS Morales & Amufantes , tirées
des Journaux Anglois , Traduction nouvelle.
2 Volumes in- 12. A Paris , chez
Debure l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins
.
Le Spectateur eut en Angleterre un fuccès
qui aila jufqu'à l'enthouſiaſme ; & ce même
Ouvrage , traduit foiblement en François ,
réuffit prefque auffi généralement . Ce fuccès,
quoique mérité , auroit été peut- être moins
univerfel , fi l'Ouvrage eût été écrit par un
François. Le ton qui y règne fouvent auroit
été à nos yeux d'une bizarrerie peu admiflible
; il parut plus marurel dans un Ouvrage
étranger , fur tout dans un Ouvrage Anglois.
Nous n'effayerous point de difcuter ici le
mérite de cet excellent Livre de morale, nous
ne voyons rien à ajouter à ce qu'en a dir un
des Coopérateurs de ce Journal dans le pre- .
mier article des Bigarrures Littéraires . Les ré
168 MERCURE
1
flexions ingénieufes qu'on y trouve ne nous
laiffent que la reffource d'y renvoyer nos Lecteurs.
Nous nous bornerons à faire connoître
, d'après le Traducteur du Recueil que
nous annonçons , l'origine du premier Journal
de morale qu'ait produit l'Angleterre..
Un certain Docteur Partridge jouoit dans le
parti des Whigs le rôle d'un fanatique détracteur
de la France . C'étoit un Savetier
qui fe mêloit de faire l'empyrique , & même
l'aftrologue. Tous les ans il publioit un Almanach
, dans lequel il annonçoit à la
France toutes fortes de malheurs , où il prédifoit
même la deftruction du Papifme . Il
en vouloit fur- tout à Louis XIV ; & dans un
de ces Almanachs il prédit que ce Monarque
alloit mourir en 1707. Louis XIV n'eut
pas la complaifance de vérifier cette Prophétie
, il ne mourut point ; mais notre Docteur
Savetier continuoit toujours les opérations
aftrologiques ; & il nous annonçoit
tantôt la guerre , tantôt la famine , qui , heureufement,
n'étoient pas à fes ordres . Le Docteur
Swift , choqué de l'abfurde fanatifme
de Partridge , réfolut d'en faire juftice ; il
lança un Pamphlet fous le nom d'Ifaac
Bickerstaff, & intitulé : prédictions pour
l'année 108. Il y fait d'abord une fortie
contre les impofteurs qui ſe vantent de comprendre
tout ce qui eft écrit dans le grand
Livre célefte , tandis qu'ils n'en connoiffent
pas même l'alphabet ; il déplore bien pathétiquement
DE FRANCE. 169
&
tiquement le fort de l'aftrologie , calomnice
dejà par l'ignorance , même par plus d'un
grand Homme , & qui eft encore deshonorée
par de fauffes prédictions. Il fe propole
de la venger des uns & des autres ,
il publie préliminairement quelques prédictions
pour prouver fon droit de compétence.
Parmi quelques autres prophéties , il
prédit très- affirmativement la mort du Docteur
Partridge , faifeur d'Almanachs , qui
doit être emporté le 29 Mars 1708 , à 11
heures du foir , par une fièvre chaude . Et
en effet, le jour annoncé, on fonna pour lui ,
& l'on diftribua des billets d'enterrement.
Tout le monde fut convaincu de fa mort
excepté Partridge lui même, qui, pour nous
fervir de l'expreffion de l'Éditeur , fous prétexte
qu'il buvoit & mangeoit comme à
l'ordinaire , voulut prouver qu'il n'étoit
point mort , & fe mit fort en colère contre
Ï'Aftrologue , qu'il traita publiquement d'im--
pofteur. Bickerstaff lui répondit avec beaucoup
de fang froid , mais avec la dignité
d'un grand Homme , qui ne craint ni les injures
d'un mort mal élevé , ni fes raifonnemens
de l'autre monde. Il lui prouve démonstrativement
qu'il eft & doit être mort ; que
c'eft fa faute s'il ne permet pas qu'on l'enterre
; que c'eſt la faute encore fi , par haſard ,
quelque Magicien l'a reffufcité , & qu'il feroit
mieux de refter tranquille dans fon
cercucil , que de faire ainfi en public le
métier de revenant .
Nº. 52 , 27 Décembre 1783. H
170
MERCURE
Cette plaifanterie eut tant de fuccès , que
M. Steele , prêt à publier un Ouvrage , crut
fe rendre agréable au Public en paroiffant
fous le nom de Bickerstaff. C'eftfous ce mafque
qu'il donna le Tatler ou le Babillard ,
le premier Journal qui ait paru dans ce
genre . Cer Ouvrage eut beaucoup de fuccès;
mais quoiqu'il foit femé d'idées ingénieufes
& neuves , & de bonnes plaifanteries , il eft
bien inférieur au Spectateur auquel il donna
naiffance , & dont M. Steele fut encore un
des Auteurs. Au Spectateur fuccéda le Guar
dian ou le Mentor. autre Journal qui le
cède à fes aînés du côté de la plaifanterie ;,
il eft plein de folidité & de raifon ; mais il a
moins de chaleur & d'originalité.
ر
C'eft dans ces trois Journaux & dans le
Monde , par Adam-Fitz - Adam , fait à leur
inftar , & quelques autres encore , qu'a puifé
l'Auteur des Variétés Morales & Amufantes ,
pour en compofer les deux Volumes qu'il
vient de publier. Il continuera de dépouiller
ainfi les autres Journaux Anglois , fi cer
effai eft accueilli . Le premier Volume ne
contient que des morceaux du Spectateur ,
& le ftyle du Traducteur eft meilleur que
celui de la Traduction que nous en avions
déjà , nous ne parlerons néanmoins que du
fecond Volume , qui n'eft point connu , &
que l'Auteur a puifé dans les autres Journaux
que nous venons de citer. Quoiqu'il
foit moins piquant & moins original que
le Spectateur , nous y avons trouvé affez de
DE FRANCE, 171
morceaux eftimables pour croire qu'il fera
favorablement accueilli . On y voit , comme
dans le Spectateur , tantôt des Fables , tantôt
des Contes , des Lettres , des Differtations ;
en un mot , cette variété qui en rend la lec
ture attachante. Parmi les Fables , nous
avons diftingué le Plaifir & la Peine. On.
rira du teftament d'un Naturaliſte , pièce
dont le but eft de tourner en ridicule la manie
de l'Hiftoire Naturelle. On va voir tout
l'héritage que put laiffer en mourant un
homme qui en avoit été poffédé.
" Par mon préfent teftament & volonté
» dernière , je fouffigné , malade de corps
» & fain d'entendement, difpofe , en la manière
fuivante des biens & effets que je
poſsède en ce monde.
39
"
39
"
Premièrement , je donne & légue à ma
chère épouſe une boîte de papillons , une
» autre de coquillages, un fquelette de femme
& une momie de bafilic .
- 33
» Item. A ma fille Elifabeth , mes prépa-
» rations de rofée de Mai & de Saumure
» d'embryon. Plus , mon fecret pour embaumer
les Chenilles. "
33
"
"
>
Item. A la petite Fanny , ma fille cadette
, trois oeufs de Crocodille . Plus
» un nid d'Oifeau - Mouche , qui lui fera
délivré à la naiffance de fon premier eufant
; bien entendu qu'elle ne fe fera ma- .
riée que du confentement de fa mère.
Item. En reconnoiffance du bien de cam-
"pa gne que mon frère aîné a bien voulu
و د
و د
Hij
172 MERCURE
» donner à mon fils Charles , je légue à
mondit frère ma collection de Sauterelles
de l'année pafféc.
» Item. A ma nièce Suzanne , fa fille unique
, les herbes fauvages d'Angleterre ,
collées fur papier royal . Plus , une collection
de toutes les efpèces de choux qui
» croiffent aux Indes , grand in folio.
» Item. Ayant eu pour affocié dans l'étude
de la nature , le Docteur Joannes
ss Elferickius , Profeffeur d'Anatomie , &
2
voulant laiffer à ce digne & favant ami
un monument éternel de mon affection
➡ je lui légue la V.... d'une Baleine , & les
» T... d'un Rat , pour en jouir en toute
» propriété lui & fa poftérité maſculine ;
» au défaut de laquelle je fubftitue le pré-
» fent legs à mon Exécuteur reftamentaire,&
à fes hoirs à perpétuité.
19
39
Je ne fais aucune difpofition en faveur
de mon neveu Ifaac , attendu que j'ai
amplement pourvu à ce qui le concerne ,
» en lui donnant , il n'y a pas long- temps ,
» un Scarabée cornu , la peau d'un Serpent
» à fonnettes , & la momie d'un Roi
d'Egypte .
و ر
27
» D'autant que Jean , mon fils aîné , m'a
» donné des preuves d'un mauvais naturel ,
» notamment en ce qu'il a parlé avec in-
» décence d'une fienne petite foeur , que je
» conferve dans l'efprit de vin ; je déshé-
» tite ledit Jean , & le déclare déchu des
biens paternels , le réduifant pour tout »
DE FRANCE. 173
و د
›
» partage à une coquille de petoncle , &c. »
L'article intitulé : Politeffe des Voleurs
Anglois , eft d'un fort bon ton de plaifanterie
. Nous en citerons un morceau ne
fût ce que pour prouver que le ftyle du
Traducteur a de la grace & de la légèreté .
L'Auteur commence par prouver que la
Nation Angloife eft plus polie que les autres
Nations de l'Europe ; car on s'y fait
un devoir d'être civil jufques dans le crime.
Je ne veux , dit- il , pour le prouver , que
» cette politeffe exquife , pratiquée fur
nos grands chemins , & qui fait au-
» jourd'hui une partie effentielle de l'art
» de voler. L'art en a befoin , je l'avoue ;
» & , fans ce correctif , il courroit rifque
de devenir pour le public une espèce de
» fléau , vn fur-tout le grand nombre de
gens qui s'en mêlent. Mais heureuſement
» nos Voleurs ont eu des vues & des principes.
Ils ont fu mettre leur profeffion
» fur un pied auffi honnête que celle do
Praticien , de Joueur , d'Intrigant ,
N
"
93
و د
و د
de
» Flatteur , que tant d'autres , en un mot ,
qu'on voit établies dans le monde , comme
» des moyens permis de gagner de l'argent.
» Un Voleur Anglois fe regarderoit luimême
comme une bête féroce , comme
» un monftre , s'il ne prenoit pas toutes les
précautions poffibles pour ne point effrayer
» les Dames , quand il a l'honneur d'en vo-
» ler une . S'il remarque quelques babioles
» dont elle ait peine à fe détacher , il ne
33
Hij
174
MERCURE
و د
و د
manque jamais de lui en faire une galanterie.
C'eft une loi formelle ; & danstout le
» Code de M. Nath , iln'y en a point de plus
facrée . Demandez fi on en ufe de même
» en France ? Tout le monde vous dira que
» la créature la plus malhonnête qu'il y ait
» fous le Ciel , e'eft un Volenr François.
» Il a dans fes manières moins de douceur
» & de civilité qu'un Tartare. Il vous vole ,
fon chapeau fur la tête , & vous tue fans
» vous faire la moindre excufe . Aufi , ne
» peut - on réprimer ces excès que par la
" police la plus févère , qu'à force d'Archers
» & de Prévôts , de tortures & de fup-
و ر
30
plices ; toutes chofes dont le Gouverne-
» ment s'épargneroit l'embarras , s'il vouloit
faire élever fes voleurs en honnêtes-
" gens , & les traiter comme tels.
Ce Recueil offre auffi quelquefois , comme
celui du Spectateur , des Chapitres qui ne
font que bizarres , de ces détails qui peuvent
être copiés d'après la vérité , mais qui
n'en font pas pour cela plus vraiſemblables
ni plus dignes du public ; telle eft ,
par exemple , la fierté fingulière d'un Curé
de Campagne , qui n'eftime les gens qu'à
proportion de leur fanté ; qui méprife un
homme qui eft malade ; qui rougiroit de
lui accorder le falut , qui vous dit enfin :
Moi , j'ôterois mon chapeau à un homme de
cette efpèce ? Fi donc ; il n'a pas fix moïs
à vivre. Ces portraits bizarres ne corrigent
DE FRANCE. 175
ށ
perfonne , parce que le modèle en eft peutêtre
unique dans le monde.
Nous trouvons auffi plaifante & plus vraie
l'hiftoire du bon Caporal, condamné à morr,
qui voulut mander à fa femme cette trifte
nouvelle. Il écrivoit le Jeudi ; or , comme
il devoit être exécuté le lendemain , & que
fa femme ne devoit recevoir fa Lettre que
le Samedi , il fongea qu'il valoit mieux lui
mander ce qui feroit vrai le Samedi , plutôt
que ce qui étoit vrai le jour qu'il écriveir
. Voici fa Lettre , qui terminera cet Article.
2
30
" Ma chère femme , après t'avoir fouhaité
une fanté auffi bonne que la mienne
l'eft quant à préfent , je te dirai que j'ai
» été pendu hier entre onze heures &
» midi. J'ai fait , graces au Ciel , une affez
» belle mort , & j'ai eu le plaifir de voir
que toute l'affemblée me plaignoir. Sou-
» viens toi de moi , & fais- en reffouvenir
" mes pauvres enfans , qui n'ont plus de
père. Ton affectionné mari jufqu'à la
19
» mort.
Malgré toutes les précautions de ce bonhomme
pour écrire au jufte ce qui en étoit ,
fa nouvelle fe trouva fauffe , car il eut fa
grace. Mais fa femme n'attendit pas qu'un
nouveau courier vint la tirer d'erreur ;
elle fe remaria , & le bon Caporal ne crut
pas devoir protefter contre ce mariage
ayant fourni lui - même fon certificat de
mort , figné de fa propre main.
Hiv
176. MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
ON continué avec un fuccès foutenu les
repréſentations de Didon . Nous allons continuer
l'analyse de la mafique de cet Opéra.
La première Scène du fecond Acte fait
peu d'effet , & nous croyons que ni le Poëte
nile Compofiteur n'y ont mis tout ce que
a fituation pouvoit comporter. Enée y parle
trop , & Elife trop peu . Si tendrelle pour
fa four ne lui infpite aucune raifon pour
attendrir Énée, & le détourner de fa réfolution.
La musique n'a pu réparer cette foibleffe
de dialogue . Cependant le premier air
d'Enée : Au noir chagrin qui me dévore , &c.
eft d'un beau chant & d'une expreflion tou
chante. La ritournelle feule difpoſe l'âme à
s'attendrir. Les deux premiers vers fur tout
ont l'accent le plus vrai & le plus fenfible.
Le motif a tout fon développement , & l'air
toute la rondeur , fans toutes ces répétitions
de routine qui énervent le chant , fatiguent
l'oreille & choquent toute vérité. Ce
bel air ne nous a pas paru applaudi autant
qu'il le mérite , & nous n'en voulons pas
rechercher la caufe . Nous dirons cependant
que l'expreffion en eft un peu langoureuſe ,
DE FRANCE. 177
& qu'il n'a peut être pas la nuance de noblefe
que pouvoit demander le caractère
d'Enée ; car le Héros le plus tendre ne doit
pas fe plaindre comme un tendre Berger ;
mais c'est une nuance que les Compositeurs
Italiens n'ont pas encore cherché à failir ,
& que beaucoup de prétendus connoiffeurs
regardent comme chimérique. Le récit que
fait enfuite Énée du facrifice offert aux Dieux
Troyens , & de la réponſe du Prêtre , n'a
pas la chaleur & la forte d'infpiration dont
il étoit fufceptible , & dont nous avons des
modèles fur notre Théâtre , c'eft un récitatif
obligé à la manière Italienne , coupé par des
traits d'orchestre d'une intention jufte , mais
de peu d'énergie , & fouvent trop prolongés
pour la fitnation & pour le fens des paroles.
L'air fuivant : Plaignez un Roi , plaignez
un père , eft d'un chant agréable , & le premier
vers eft d'une expreffion fimple & touchante
; mais le caractère en eft vague &
foible , & affoibli encore par ces répetitions
infignifiantes , ou mal placées , dont le Compofiteur
a fi bien fu fe paffer dans l'air précédent.
Nous ne dirons rien du monologue d'Enée
& de l'air qui le termine ; on pourroit peutêtre
fupprimer l'an & l'autre. C'eft à l'arrivée
de Didon que commencent le grand intérêt
de l'action & les grands effets de la
Mufique. Nous pourrions faire quelques
objections au commencement de cette fcène
, où Enée ne parle à Didon que d'Iarbe
Hy
178 MERCURE
au lieu de répondre à ce qu'elle lui dit ;
mais ce défaut , s'il exifte , eft bientôt réparé.
Le couplet de Didon : qui , moi ,
le flatter ! mérite l'attention de ceux qui
aiment l'art . C'eft un développement de
fentimens & de penfées , auffi fuivi , auffi
naturel que dans la Tragédie déclamée , que
le Poëte a donné à exprimer au Compofiteur
en quinze vers de fimple récitatif ;
cette manière de traiter la scène étoit nouvelle
& pour M. Marmontel , & pour M.
Piccini , quoiqu'elle ne le fût pas fur le
Theatre lyrique . L'excellent effet qui en réfulte
dans Didon , doit prouver aux partifans
exclufifs de la Mufique Italienne , que
le récitatif ne doit pas être regardé par les
Compofiteurs comme un pur rempliffage ,
fait uniquement pour repofer l'oreille &
donner plus de valeur aux airs. Cet objet
demande d'être un peu plus developpé pour
être rendu fenfible ; nous y reviendrons en
détail dans un article féparé , fi l'on veut
bien ne pas regarder comme une affaire de
parti une difcuffion raifonnée , établie fur
des principes , & foutenue fans humeur &
fans perfonalités.
Le récitatif de Didon , que nous venons
de citer, amène très heureufement l'air délicieux
: Ah ! que je fus bien infpirée !
le fentiment qu'il exprime , & le moment
où il eft placé , étoient bien faits pour inf
pirer à M. Piccini un de ces chants aima-.
bles, brillans & fenfibles qui lui font li fami
DE FRANCE. 179
liers. Le premier vers eft exprimé par un
mouvement d'ame plein de charme & de
vérité; tout l'air refpire l'ivreffe de l'amour &
de la volupté ; le paffage fur ces mots , Je
rends grace à l'amour, eft à la fois brillant &
fenfible. Les répétitions même ont de la
grace & de la vérité ; c'eft la redondance
naturelle d'un fentiment qui déborde.
-
Ces mots d'un fentiment fi vrai & fi
bien rendus par Mme Saint Huberty : Je
n'ai jamais douté d'unefi belle flamme ; pourquoi
m'en affurer ? commencent un autre
couplet de vingt - un vers de récitatif, coupés
par une cavatine de quatre vers . Cette cavatine
, d'un rhythme , à ce qu'il nous femble
, un peu trop foible & trop lent , allonge
la fcène , & produit moins d'effet que
le récitatif.
Nous voudrions paffer fous filence la
fcène fuivante de Didon & d'Iarbe ; le Dialogue
en a peu d'intérêt ; mais l'air qui la
termine mérite qu'on s'y arrête.
Iarbe , irrité des refus de Didon , finit par
lui dire : Tremblez donc ; il eft temps; mes
coups vont éclater. Suit immédiatement l'air :
Je veux les voir réduire en cendre ',
Ces murs , &c.
Le Compofiteur a coupé le récitatif & l'air
par une affez loogue ritournelle , qui fufpend
la fureur d'Iarbe d'une manière peu naturelle
, & donne même un caractère de fé-
H vj
130
MERCURE
8
rocité réfléchie aux fentimens violens qu'expriment
les paroles de l'air . Pendant cette ri
tournelle , l'Acteur s'eft cru obligé de marquer
fa fureur retenue , par des geftes menaçans
, peu convenables à un Roi en préfence
d'une Reine , quelque droit qu'il ait
de s'en plaindre. Mais le défaut effentiel
de cet air , c'eft que le chant n'a ni le
caractère ni l'expreffion qu'exigent les paroles
& la fituation.
La première partie , Je veux les voir reduire
en cendre , eft exprimée par un motif
qui manque de nobleffe ; & ce défaut fe
fait fentir fur tout dans les répétitions de
ces mots : Où l'on m'ofe infulter. Nous ferons
ici une obfervation que nous croyons.
de quelque importance. Les Compofiteurs
Italiens , dans les Opéras qu'ils appellent avec
raiſon férieux , ne font des airs de grande
expreffion que pour des feinmes on des Caftrats.
Ils n'emploient les voix graves d'hommes
que dans les Opéras - Comiques. Cette
habitude paroît influer en général fur le caractère
qu'ils donnent aux airs de baffe taille
qu'ils compofent pour notre Théâtre . On y
retrouve trop fouvent des formes & des
traits de musique bouffonne.
Après les premiers éclats de fureur , Iarbe
dit :
Je veux qu'errant fur ce rivage,
Et ne rencontrant fur fes pas
Qu'un défert aride & fauvage,
DE FRANCE. 181
L'étranger demande Carthage ,
La cherche & ne la trouve pas .
و
Le Compofiteur , qui a donné à la première
partie le mouvement vif & animé qu'elle
exigeoit , prend dans ces cinq vers un mouvement
lent & grave ; & , s'attachant aux
paroles plus qu'au fentiment dominant du
perfonnage , peint ici par de longues notes ,
l'image d'un défert fauvage, comme un voya
geur qui l'auroit travei fé , & qui raconteroit
tranquillement l'impreffion phyfique qu'il
auroit reçue. Il nous femble qu'Iarbe ne
fouge guère à cela , & que tout doit exprimer
la fureur concentrée dont il eft plein.
Ce moment de refroidiffement de la Scène ,
eft promptement effacé par le grand morceau
d'enſemble où Didon , avec fes
femmes , le peuple de Carthage , & Énée
avec fes Troyens forment un choeur à trois
deffins , dont la compofition eft pleine de
goût & d'intelligence . Le contrafte des voix
de femmies avec le choeur des Carthaginois
, & le chant piano des Troyens , eft
de l'effet le plus heureux ; ces différentes
parties , diftribuées avec art , fe croisent
& le réuniffent fans fe troubler . L'orchestre
unit & fortifie ces diverfes parties , & l'enfemble
offre un effet d'harmonie pure ,
claire & brillante , comme le fera toujours
celle des morceaux que M. Piccini voudra
foigner. Nous ne pouvons cependant diffimuler
qu'on a remarqué une invraiſeme
182
MERCURE
blance qui dépare un peu ce beau morceau.
Les quatre vers que difent d'abord à balle
voix les Troyens , font trop longs pour un
àparte , & demandent de la part du grand
choeur un filence qui choque & qui nous`
femble non-feulement affoiblir l'effet de la
Scène , mais nuire même à l'effet mufical. Il
feroit aifé de couper ces quatre vers par
quelques mots du choeur , comme l'Auteur
l'a fait enfuite , & rien ne manqueroit à ce
tableau vraiment théâtrale.
Le trio eft interrompu brufquement par
l'arrivée des Tyriens & des Troyens en
défordre , qui crient , Aux armes , les Mores
s'avançent. Ce mouvement eft très- dramatique
& d'un grand effet , & le Poëte
qui l'a conçu , en partage le mérite avec le
Muficien qui l'a embelli & fortifié des
moyens de fon art. Les chants des Femmes
& ceux des Hommes font heureufementcontrafies
; l'orcheftre peint la confufion
& le tumulte d'une multitude , en laiffant
appercevoir diftinctement le deffin de
toutes les parties : nous ne defirecions rien
à ce beau morceau , fi l'on n'y entendoit
pas percer de tems en tems les voix des
Femmes qui chantent : Enfans des Dieux
défendez nous , fur une petite phrafe de
chant commune , qui reffemble trop à celle
d'un carillen de Paroiffe.
Le défaut d'efpace nous oblige à remettre
au Mercure prochain la fin de nos obfervations
; l'étendue que nous avons cru
DE FRANCE. 183
devoir donner à cet article , ne doit prouver
à nos Lecteurs que le fuccès de l'Ouvrage
& l'eftime que nous en faifons .
On a donné le Dimanche , 14 de ce Mois ,
la première repréfentation de la feconde
reprise de l'Inconnne perfécutée , Comedie
lyrique en trois actes ; paroles de M. du
Rofai ; mufique d'Anfolli , arrangée par
M. Rochefort , de l'Académie Royale de
mufique. Les Auteurs ont ajouté au premier
Acte de cet Opera une finale du même-
Compofiteur , prife de fon Opéra il gelefo
il cimento ; & quoique la Scène imaginée
par le Poëte pour introduire ce morceau
de mufique dans l'Inconnue perfecutée ne remplace
qu'imparfaitement celle fur laquelle
cette finale a été faite ; elle n'a pas moins
paru terminer ce premier Acte d'une manière
agréable & piquante.
Les Dlles Audinot , Burette , & les fieurs
Laïs , Chéron , Rouffeau & Moreau , ont
exécuté cet Ouvrage , & fur tout la finale
qui termine le premier Acte , avec une précifion
& un enfemble qui font honneur à
leur intelligence .
On a donné à la fuite de ce fpectacle
le Ballet de la Rofière , de la compofition
de M. Gardel l'aîné : on l'a revu avec plaifir,
& le charmant pas de fix qui le termine a
reçu les mêmes applaudiffemens qu'aux
mières repréfentations. Il a été exécuté par
pre184
MERCURE
les leurs Gardel cadet , Nivelon & Laurent ,
& par les Dles Torlai , Gervais & Zacharie.
Cette dernière Danfeule à rendu
le rôle de la jeune Rofière avec une fenfibilité
& one verité d'expreflion rares à
fon âge , & qu'exige ellentiellement ce
genre de danfe.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE Lundi 15 Décembre , on a donné la
première représentation des Brames , Tragédie
en cinq Aes & en vers , par M. de la
Harpe.
La haute réputation de fageffe dont ont
joui les Brames pendant un laps de pluſieurs
fiècles , a exalté l'imagination d'Akebare ,
fils de Timur Kan. Il a defiré d'être admis
parmi eux. Malgré les oppofitions de fon
père , il a trouvé le moyen de s'y introduire ;
bientôt il eft devenu l'élève & l'ami du Pontife
, & même l'amant d'Indamène , fa fille.
Timur Kan ne refpire que la vengeance. Il
fe propofe d'arracher Akebare à l'afyle qu'il
a choifi , de détruire les Brames , de fubftiruer
à leurs dogmes ceux de la religion de
Mahomet ; & pour y réuffir , il s'avance à la
tête d'une armée formidable. L'amour , la
reconnoiffance & le fanatifine égarent le
jeune Prince. Il oublie les devoirs d'un fils :
& à la tête d'un peuple de Rebelles ; tremblant
pour les jours d'Indamène ; fourd aux
DE FRANCE.
185
confeils généreux du Pontife , qui tâche en
vain de le détourner de fa funefte réfolution ,
il vole an- devant des Troupes de fon père ,
& leur livre bataille. La victoire fe déclare
en fa faveur : rien ne réfifte plus aux efforts
de fon bras , lorfque la préſence de
Timur-Kan vient enchaîner fon courage ,
& le rendre à lui même. Akebare remet fon
épée , il la dépofe aux pieds de Timur- Kan ,
& eft arrêté fur le champ par fon ordre. Le
farouche Tartare , fidèle à fes projets , entre
dans l'afyle des Brames ; il y veut porter la
deftruction & la mort. L'afpect d'une fournaife
ardente , entourée par les Prêtres , lui
caufe de l'étonnement ; la réfolution de s'y
engloutir , qu'ils lui annoncent par la bouche
de leur Pontife , émcut fon âme fanguinaire.
Il fe laiffe enfin attendrir par les dif
cous touchans , nob'es & généreux du Chef
des Brames. Alors , il cède aux voeux d'Akebare
, le laiffe au nombre des Prêtres , &
confent à fon mariage avec Indamène .
On rendra très inceffamment compte * de
cette Tragédie à l'article des Nouvelles Littéraires.
Nous dirons feulement ici quelque
chofe de l'effet général qu'elle a produit. On
Tandis qu'on imprimoit cette Feuille , M. de la
Harpe a fait favoir au Public , par la voie du Journal
de l'aris , » que , pour ce moment- ci , des raifons
» particulières l'engageoient à retirer du Théâtre fa
Tragédie des Brames : » ce qui éloignera vraifemblablement
le compte que nous annonçons.
גכ
"
186 MERCURE
a trouvé de la lenteur dans la marche , & du
vuide dans l'action . On a obfervé que le dénouement
étoit un peu forcé , peut - être
même dénué de ce dégré de vraisemblance
que la raifon a droit d'exiger au Théâtre ;
mais on y a remarqué des beautés du premier
ordre , des idées neuves , des Scènes
parfaitement bien filées , pleines du plus
grand intérêt ; enfin , un ftyle foutenu , correct
, élégant , & fait pour caractériſer un
excellent Écrivain.
ANNONCES ET NOTICES.
ECRANS CRANS MYTHOLOGIQUES. M. Lepeintre ,
Peintre de Mgr. le Duc de Chartres , & Maître de
Deffin des Enfans de S. A. S. ayant obtenu la permiffion
de faire graver & de donner au Public des
Écrans portatifs qu'il avoit deffinés il y a deux ans
pour l'Education de Mademoifelle , annonce que
cette fuite complette fe vendra à Paris , chez
M. Sauvan , au Gant Anglois , rue S. Honoré ,
entre le Palais Royal & la rue de Richelieu.
Ces Écrans préfentent toutes les métamorphofes
en Plantes , Arbres , Fleurs , Fontaines , Montagnes,
Ifles , Rochers , Quadrupèdes , Oifeaux , Poiffons ,
Infectes , Aftres , & c. que fournit la Mythologie.
Un côté de l'Écran offre les objets gravés , & l'en
trouve au revers les Explications qui ont été faites
pour Mademoiselle . Chaque Écran contient communément
trois fujets ; on en trouvera cependant
quelques - uns qui en contiennent plus ou moins . Ces
Ecrans font au nombre de vingt- fept , d'une forine
ronde , légers , ornés de jolies bordures , & montés
DE FRANCE 187
de manière que le bâton qui fert à les tenir ne peut
empêcher de lire l'écriture , & ne barre point les
fujets. L'Auteur n'a rien épargné pour que la pureté
du Deffin & de la Gravure , & l'exactitude de l'Enluminure
les rendiffent auffi agréables qu'ils font inf
tructifs . On vendra ces vingt- fept Écrans tout montés
& dans une boëte faite pour les contenir , afin
qu'on puiffe garder en réſerve ceux dont on ne fe
fervira pas , le nombre en étant trop confidérable
pour qu'il foit poffible de fe fervir de tous à-la-fois,
Chaque Exemplaire aing conditionné , monté &
avec la boëte coûtera 48 liv . Ces vingt - fept Écrans
enluminés & brochés ne coûteront que 30 liv.
4
L'AMI des Enfans , Volume de Décembre ,
vingt - quatrième & dernier Volume de la Partie
Morale. Le prix de l'Édition en vingt- quatre
Volumes eft de 26 livres 8 fols port franc par la
pofte. Le même Ouvrage en huit gros Volumes de
près de 450 pages chacun , 16 liv . fols auth port
franc par la pofte, Ceux qui prendront de l'une on
de l'autre Edition quatre Exemplaires ( à - la -fois )
auront le cinquième gratis , & ceux qui en prendront
douze Exemplaires ( à la fois ) auront en
outre le treizième , c'eft-à -dire , feize pour douze ,
avec des facilités pour le payement , toutefois en fe
chargeant dans l'un & l'autre cas des frais de port.
S'adreffer à M. Leprince , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerfité , Nº . 18 , à Paris . Il
faut aveir foin d'affranchir les lettres & le port de
l'argent.
NOUVEAU Commentaire fur l'Ordonnance Civile de
1667 , I Volume in- 12 de 540 pages. Prix , 3 livres
12 fols relié en veau , 1783. A Paris , chez Berton ,
Libraire , rae S. Victor , vis- à- vis le Séminaire Saint
188.
MERCURE
Nicolas du Chardonnet ; & au Palais , chez Dupuis ,
Libraire , à la Prudence , au deuxième pilier.
M. Dumont , Prévôt Royal de Vimeu , déjà
connu par fon Nouveau Style Criminel , eft Auteur
de ce nouveau Commentaire fur l'Ordonnance de
1667. Cet Ouvrage nous a paru réunir trois qualités
effentielles , la clarté , la préciſion & la pureté du
ftyle. En beaucoup d'endroits l'Auteur fait connoître
les erreurs dans lesquelles font tombés plufieurs Commentateurs
qui l'ont précédé ; & lorfque pour la dif
cuffion des principes il eft d'un avis oppofé au leur ,
il établit le fien par des moyens dont le retranchement
des procédures fruftratoires & l'épargne des
frais font la principale bafe.
On trouve à la fin de l'Ouvrage plufieurs Edits &
Déclarations poftérieurs aux derniers Commentaires
de l'Ordonnance de 1667 , & une Table des Matières
bien dirigée & très - commode.
Le même Libraire vient d'acquérir du fonds de
M. Clonfier , Imprimeur - Libraire , favoir : Tradatus
de Incarnatione Verbi Divini , Audore Legrand,
uno è Parifienfibus Theologo , 3 Vol. in- 12. Prix ,
7 livres 10 fols brochés. Supplementum prima
Editionis Trattatûs de Incarnatione Verbi Divini ,
par le même , in- 12 . Prix , 1 livre 10 fols broché.
--
Principes généraux de Jurifprudence fur les
Droits de Chaffe & de Pêche , fuivant le Droit
commun de la France , à l'ufage des Seigneurs & de
leurs Officiers , par M ***, Avocat au Parlement.
A Dun en Argonne , petit in - 12 , Prix , 1 liv, 16 fols.
ARTICLES nouvellement rentrés au Magafin du
Petit Dunkerque , Quai de Conti. Savoir : boucles
d'oreilles en lampes , & autres à la Chinoife en
fiiagramme & or poli ; montres à fond d'aventurine ,
garnies de perles , émeraudes , rubis & cordes d'or.
Idem , perfemées de roſes fur un fond d'émail bleu ,
garnies de perles & cerclès en diamans , & autres
DE FRACNE. 189
bijoux dans le mênie genre ; chaînes de montres ,
tabatières , bonbonnières , boucles , breloques , éventails
& autres objets au Globe ; tabatières d'or forgées
à l'Écuyère , qu'il vend depuis fix mois , & qu'un
Marchand vient d'annoncer comme un bijou nouveau
de fon invention ; ornemens de cheminées en
narbre , porcelaine & bronze doré au matte , fur
des modèles nouveaux ; une collection très- complette
d'ouvrages es pléted fur des formes nouvelles ;
ceintures de velours brodées en perles d'acier ; cabarets
, écritoires en carton peint & verni , bordées
de pléted , & un nombre fi confidérable d'objets
nouveaux & autres , qu'il ne lui eft pas poffible d'en
donner des détails tels qu'on les lui demande de
l'Étranger ; il prévient feulement que dans le genre
de la Bijouterie , fon Magafin fe trouve pourvu de
toutes les Nouveautés , tant de France que de l'Étranger
; & qu'il rend l'argent des objets cnvoyés en
commiffion en cas qu'ils ne plaifent pas , au terine
prefcrit fuivant la diftance des lieux .
Il fait établir de très jolis ouvrages & bijoux en
acier à fa Fabrique françoiſe à Clignancourt , comme
tabatières , bonbonnières garnies d'or , navettes ,
pommes de cannes , boutons , chaînes de montres ,
boucles de ceintures , &c. entreprend généralement
tout ce qu'on peut defirer dans le genre fin , & remet
à neuf les ouvrages Anglois les plus avariés ,
efpérant par la fuite , à l'aide des foins & des machines
, donner affez d'extenfion à cette Fabrique
pour y établir les articles ordinaires aux prix de
ceux que l'on tire de l'Etranger , & d'après les mcilleures
formes.
DEUX Eftampes , gravées par Picquenot ,
d'après les Deffins de B. Cauvet, dont l'une repréfente
Fayel venant de tuer Monluc , & s'emparant
du coeur & de la lettre que Raoul de Coucy avoit
adreffés en mouraut à Gabrielle de Vergy ; l'autre ,
190
MERCURE
Fayel qui , après avoir fait manger le coeur de
Coucy à Gabrielle , lui donne la lettre que fon amant
lui avoit écrite. Prix , 1 livre 4 fols chaque. A
Paris , chez l'Auteur , rue de l'Obſervance , en face
des Cordeliers.
Ces deux Eftampes , qui font dédiées à M. le
Comte de Coucy , font fuite aux Adieux & à la
Mort de Ravul de Coucy.
GLOBE Aéroftatique gravé à plufieurs couleurs.
Prix , 12 fols. A Paris , chez les frères Campion
, rue S. Jacques , à la Ville de Rouen.
C'eft le Globe qui eft parti de la Muette , & fur
lequel font montés M. le Marquis d'Arlandes & M.
Pilaftre de Rozier.
MEMOIRE Locale , Géographique & Chronologique
, in- 12. Prix , 1 livre 4 fols . A Lille , chez
André-Jofeph Panckoucke ; & fe trouve à Paris
chez Mérigot père , Libraire , rue du Hurepoix
quai des Auguftins.
Aujourd'hui qu'un commerce plus intime s'établit
entre toutes les Parties du Monde , la fcience de
Géographie devient de jour en jour plus indifpenfable.
Le petit Traité que nous annonçons eft fuivi
des époques principales de la Chronologie ancienne
& moderne . Il eft terminé par le Calcul Eccléfiaftique,
auquel on a joint le Calendrier de
Jules Céfar.
On trouve chez le même Libraire à Paris une
Brochure intitulée : Différence entre la Grammaire
& la Grammaire générale raifonnée ; l'Art de connoître
ce que ies Langues ont de eommun & de particulier
; Differtation Philofophique & Grammaticale
fur le Participe déclinable employé avec le
Verbe auxiliaire avoir. Prix , I livre 10 fols.
On y trouve auffi le Prince des aigues marines &
DE FRANCE. 191
le Prince invifible , Contes, ornés de figures &
vignettes gravées en taille douce d'après les Defins
de Cochin fils. Prix , 2 liv. 8 fols broché.
NOUVEAU Blanc de Vinaigre , par le fieur
Maille , Vinaigrier & Diftillåteur ordinaire du Roi
& de Sa Majefté Impériale,
C'eft avec plaifir que nous annonçons les Découvertes
des Artiftes dans tous les genres quand
leurs heureux travaux les ont conduits à la célébrité.
Tel eft le fieur Maille , à qui on peut donner
l'éloge d'avoir reculé les bornes de fon Art,
Le fuccès flatteur & foutenu dont jouit depuis
long- temps le Vinaigre de Rouge deftiné à imiter
les couleurs naturelles, a déterminé cet habile Artifte
à rechercher le fecret & la compofition d'un nouveau
Blanc également préparé par le Vinaigre , &
extrait de la perle & de la farine d'orge, Le fuccès a
encore couronné fes combinaiſons ingénieuſes ;
plufieurs années d'effais & de tentatives ont enfin
produit un Blanc parfait. Son ufage communique au
teint l'agrément & l'éclat de la blancheur naturelle ;
il adoucit & prévient les rides , & fes qualités balfamiques
loin de nuire à la peau l'entretiennent dans
une belle fraîcheur.
Le fieur Maille eft encore l'Inventeur du célèbre
Vinaigre Romain , dont l'objet eft de blanchir les
dents & d'arrêter les progrès de la carie ; cette
compofition eft un des meilleurs préfervatifs pour
la confervation de la bouche. On trouve auffi dans
le même Magafin plus de deux cent fortes de
Vinaigres , foit pour la toilette & les bains , foit
pour la table.
Le fieur Maille prévient que la diftribution de la
Moutarde pour les engelures faite gratis en faveur
des pauvres , a commencé à l'ordinaire le premier
Dimanche de Novembre , & qu'elle fera continuée
192 MERCURE
jufqu'au dernier Dimanche d'Avril fuivant ; cette
diftribution fe fait chaque Dimanche depuis huit
heures du matin jufqu'à midi , au Magafin général
du fieur Maille , rue Saint André des Arts , la portecochère
vis-à- vis la rue Hautefeuille.
3
Les pots du nouveau Blanc de Vinaigre font du
prix de 6 liv. & de ; liv. les moindres bouteilles dụ
Vinaigre Romain ; celle de Rouge première nuance
3 livres , la feconde 4 livres , la troifièmes liv.
EXPLICATION Hiftorique du Livre de l'Apocalypfe
, par M. de Keranflech , fuite du Recueil
d'Opufcules . A Rennes , chez Julien - Charles Vatar ,
Imprimeur ordinaire du Roi & du Préfidial , Place
Royale,
O qu'il eft favant cet Auteur là !
ERRATA du dernier Numéro. Première page ,
célébrer tes concerts , lifez : car pour
brer tes concerts.
: oui pour célé
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
167
VERS à M. Charles , 145 Variétés Morales & Amu-
Charade , Enigme & Logo- fantes ,
gryphe 147 Académ . Royale de Mufiq. 176
Suite des Bigarrures Littérai- Comédie Françoise
149 Annonces & Notices , 186
res ,
AP PROBATION..
184
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Décembre. Je n'y ai -
rien trouvé qui puille en empêcher l'umpicffion . A Paris ,
le 26 Décembre 1783. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANNEM ARCK.
DE COPENHAGUE , le 1 Novembre
A faifon qui devient rigoureuſe , a ramené
la Cour dans cette capitale. La rareté
des grains , qui s'eft fait fentir cette année
a donné lieu à des réglemens pour en permettre
l'importation des pays étrangers ; on
a étendu cette permiffion au feigle qui
manque dans les duchés de Holftein & de
Slefwig , la feigneurie de Pinneberg, la ville
d'Altona & le comté de Rantzaw , où l'on
pourra faire venir du feigle de l'étranger ,
jufqu'au 1 Juillet de l'année prochaine.
,
Nous avons marqué foigneufement les
différentes variations qu'éprouve la vente
des actions de nos compagnies de commerce.
En recueillant les prix auxquels elles fe
vendent, on pourra juger de leur état. Cellesde
la compagnie Afiatique baiffent toujours .
No. 49 6. Décembre 1783 .
( 2 )
1
Ces jours derniers on en a donné 4 à 1046 ,
ou 1054 rixdalers chacune. Celles des Indes
Occidentales baiffent auffi , mais moins fenfiblement
; on en a vendu depuis peu 11 , à
raifon de 304 à 310 rixdalers ; au mois
d'Août dernier elles étoient à 312 ; celles de
la compagnie Afiatique étoient à la même
époque à 110.
» Dans le voisinage de la nouvelle Iſle , près
de Réckenos , lit- on dans une Lettre d'Iſlande
du 22 Août dernier , qui a actuellement la
forme d'une montagne très -élevée , it y avoit
ci-devant une profondeur de cent braffes , qui
n'eft plus aujourd'hui que de quarante. On ne
compte pas moins de douze Fermes , & de trois
Eglifes d'Holmofel , d'Azor , & de Skaal , qui
ont été détruites par la lave vomie par les volcans
qui fe font ouverts dans le diftri &t de Skaff
tefield ; ils ont couvert les prairies voifines
d'une pouffiere de pierre- ponce , de fable & de
fouffre , qui a nui confidérablement aux herbes
& aux beftiaux qui en ont mangé .
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 2 Novembre.
On n'attendle Nonce du S. Siege de retour
de Pétersbourg dans cette capitale , que vers
Noël. Le Coadjuteur de Plocko , chargé
des affaires de la Nonciature , pendant fon
abfence , eft arrivé ici le 24 du mois dernier.
On a des lettres de Petersbourg qui annoncent
de grands mouvemens dans les
shantiers Impériaux , qù l'Impératricę a or(
3 )
donné qu'il fût conftruit tous les ans trois
vaiffeaux de ligne , qui feront de 100 canons
& de 74. Elles ajoutent que le Miniftre de
Vienne y reçoit fréquemment des courriers
de fa Cour , & qu'il en étoit arrivé derniere
ment un de Conftantinople ; il ne tranfpire
rien des dépêches du dernier ; mais depuis
leur réception , il avoit été ordonné de lever
encore 40000 hommes.
On prétend que l'efcadre Ruffe d'Azoff
en a fait voile pour Caffa , où il étoit arrivé
quantité de matelots & furtout de conftructeurs
Anglais .
Toutes les nouvelles que l'on a de la Crimée
, & on fait qu'il n'en vient aucune autre
que celles que les Ruffes veulent bien laiffer
paffer & faire répandre , annoncent qu'il regne
la tranquillité la plus parfaite dans cette
peninfule ; que tous les endroits de la côte ?
où il feroit facile de débarquer des troupes
qui viendroient par mer , font garnis de foldats
, & qu'on travaille avec la plus grande
activité à fortifier tous les ports.
ALLEMAGNE
DE VIENNE , le 9 Novembre:
On ne parle plus de guerre aujourd'hui ;
mais les préparatifs qui femblent toujours
l'annoncer, ne font ni fufpendus , ni même
rallentis. Les tranfports continuent partout ,
aipfi que les levées ; & la nouvelle confcrip(
4 )
tion militaire monte déjà à plus de 40 , 000
homines.
Le nouveau réglement de l'Empereur ,
concernant les affaires & la difcipline ecclé
ſiaſtiques , eſt du 24 du mois derniet , & contient
17 articles dont voici la fubftance.
8
A
Le diftri&t des Eglifes paroiffiales ne s'étendra
pas au delà d'une lieue à la ronde ; les Eglifes.
nouvelles que l'on jugera néceffaires d'établir ,
feront bâties des deniers de la caiffe pour tes
affaires eccléfiaftiques ; la Commiffion ecclefiaftique
y aura le droit de préfentation ; le nombre
des Curés dans la baffe Autriche , fera augmenté"
de 263 ; on prendra pour les endroits & les Eglifes
Annexes des Chapitres eccléfiaftiques , des fujets
membres du Chapitre pour y faire les fonctions
curiales . Le traitement des Curés fera de 600 ,
florins ; celui des Vicaires de 350 , & celui des
autres Coopérateurs de 250 florins ; les nouvelles
Paroiffes feront indépendantes des anciennes .
Paroiffes für lefquelles elles ont été établies ; les
anciens Curés conferveront la jouiffance de leurs
Bénéfices ; on ne pourra plus établir des Chapélles
dans un endroit ou diftri& où le trouve
une Eglife ; les Couvens néceffaires pour la charge
d'ames feront confervés , les autres s'éteindront ;
ceux qui ont le droit de nommer aux Canonicats
ne pourront y nommer que des fujets qui ont
fait pendant, dix ans les fonctions, curiales.
Tous les Ordres mendians feront fupprimés à
l'exception des Freres de la Charité. Le Baptême
fera donné gratuitement. - Les Meffes &.
autres dévotions fondées feront réparties parmi
un certain nombre de Prêtres. Pour l'inf
truction de la jeuneffe qui fe vouera à l'état
eccléhafique , il fera établi des Séminaires &
E
( ( os) )
des Profeffeurs , & les feuls fujets formés dans ces
Séminaires feront employés dans l'Eglife .
Ceux qui ont le droit de patronage d'Eglife ne
pourront y nommer que des fujets méritants qui
ont ubi l'examen eccléfiaftique .
L'Empereur, à l'occafion de la derniere
promotion qu'il a faite dans l'ordre de faint
Etienne , a écrit la lettre fuivante au Prince
de Kaunitz- Rietberg.
و د
2 Mon cher Prince , venant d'expédier mes
ordres au Chancelier de Hongrie pour la Promotion
de Saint- Etienne , j'ai voulu me donner
la fatisfaction , car c'en eft une bien réelle
pour moi d'imaginer quelque chofe qui vous
faffe plaifir , de donner la Grand - Croix à
mon Abaffadeur en Espagne qui , comme votre
fils , & comme Miniftre , mérite également cette
diſtinction. En même temps fachant l'intérêt que
vous prenez au Comte Philippe de Cobentzl ,
je vous charge de lui faire favoir qu'il eft également
nommé Grand - Croix . Adieu mon cher
Prince , ne doutez ni de la justice que je vous
rends , ni de l'amitié diftinguée que je vous ai
vouée ».
Le Prince fit à cette lettre la réponſe fuivante.
» Mon fils doit me favoir bon gré de n'avoir
pas demandé pour lui la grace que V. M. vient
de lui faire de fon propre mouvement. Elle devient
bien plus précieufe & pour lui & pour
moi il en fera pénétré de reconnoiffance. Je
le fuis bien vivement de mon côté , & je fupplie
V. M. de daigner en agréer mes très - humbles
remercimens , ainfi que de celle qu'elle
a bien voulu y ajouter en gratifiant en mêmetemps
de la Grand - Croix de l'Ordre le Comte
a 3
( 6 )
Philippe de Cobentzl que je regarde réellemem
somme mon fils , de même que fon coufin Louis .
V. M. a voulu mettre le comble à ma fatisfaction
par l'affurance des fentimens dont elle
m'honore à la fin de fon gracieux Billet : j'en
fuis pénétré. Je tâcherai d'en mériter la conti- .
uation , & je la fupplic de vouloir bien en
agréer la très -humble proteftation , &c ».
L'Empereur vient de donner une nouvelle
preuve de la fatisfaction que lui infpirent les
vertus & les grandes actions qui ont pour
but le bonheur des hommes , quelque part
qu'elles fe trouvent , & de fon empreffement
à les récompenfer, M. Jean Dillon , écuyer
Seigneur de Liffmullen , dans le comté de
Meath en Irlande , qui , par le zele auffi actif
que généreux, avec lequel il a plaidé dans le
Parlement d'Irlande la caufe des Catholiques
, a contribué à les affranchir du joug de
l'intolérance , fous lequel ils gémiffoient depuis
long- temps , & à les mettre à couvert
pour l'avenir des perfécutions que les préjugés
de leurs compatriotes leur ont fait effuyer
, vient de recevoir de S. M. I. une
marque bien précieufe de fon eftime , c'eſt le
diplome de la dignité de Baron pour lui &
pour fes defcendans , qu'elle a bien voulu lui
accorder de fon propre mouvement .
DE HAMBOURG , le 14 Novembre.
Les efpérances du rétabliſſement de la
paix entre la Porte & les Puiffances qui la
menacent , ſe ſoutiennent toujours ; & l'on
( 7 )
continue d'affurer que la premiere fe déter
minera aux facrifices qu'on en exige ; ils feront
fans doute conſidérables.
On parle toujours de l'incurfion des Géor
giens dans la Natolie ; mais il paroît que fi
elle a eu lieu en effet , elle n'aura point de
fuites, du moins on dit aujourd'hui que
l'armée
de cette nation , qu'on portoit à 50000
hommes, ayant été inftruite de l'approche
de Gianikli-Ali Pacha , n'a pas jugé à propos
de l'attendre , & qu'elle s'eft repliée ſur
les frontieres.
Le Prince Heraclius , qui a reconnu pour
lui & pour fon pays la fuzeraineté de l'Impératrice
de Ruffie & de fes fucceffeurs au
trône Impérial , étoit auparavant tributaire
& vaffal des Perfans & des Ottomans ; le
pays de Kachet , & une partie de celui de
Kartalinie ou de Carduel , car c'eſt ce dernier
nom que ce royaume porte dans les
cartes de M. d'Anville , relevoient des premiers
, & l'autre partie de la Porte. La Religion
dominante eft la Grecque. On ne doute
pas que les deux anciens Suzerains de
ces contrées ne foient mécontens de cet
arrangement ; & on a peut-être raifon d'en
conclure, qu'il n'y a aucun fondement dans
ce qu'on a publié de l'intelligence de la Ruffie
& de la Perfe contre la Porte , avec laquelle
elle feroit peut - être dans le cas de
faire cauſe commune contre l'Empire qui
vient d'accepter la foumiffion d'un pays qui
abjure fon ancienne vaffalité.
a 4
( 8 )
Nos lecteurs verront fans doute avec plai
fir les
obfervations fuivantes fur le nouvel
agrandiffement de la Ruffie. Nous le tirons
de la feuille
Hebdomadaire de M. Bufching,
& nous nous bornons à le traduire fidelement.
>
La foumiffion de la Crimée au Sceptre Ruffe
eft fans contredit un événement împortant . Il
fut préparé tant par le traité de Kainardgi
en 1774 , dans lequel les For ereffe de Jenicale
& de Kertfch , ont été cédées à la Ruffie , que
par les établiffemens de fortifications & de re
doutes que ceite Puiffance a fait faire en 1777
entre la Riviere de Terek & la mer d'Azof ,
jufqu'a l'extrémité de la riviere de Cuban , où
cette riviere fe jette dans la mer d'Afof & dans
la mer noire. Kopilskei , qui eft la derniere
redoute , n'eft éloigné de Taman , fitué vis- àvis
de Jenicale que de 14 mlles d'Allemagne. La
Ruffie en faiſant faire ces établiſſemens de li
mites allégua pour motif la sûreté qu'elle
devoit procurer à fes fujets fur les frontieres
& appuya fon droit tant fur la poffeffion du
pays entre les rivieres de Don & de Cuban ,
dans laquelle étoient les Grands Princes de
Ruffie , depuis le 10e. jufqu'au 13e . fiecles , que
fur la conquête du Royaume d'Aftracan , qui
avoit compris ladite contrée dans fes limites.
Quoiqu'il en foit , les fortereffes de Jenicale &
de Kertſch , ont facilité à la Cour de Ruffie
la correfpondance & les négociations avec le
Chan régnant , & les fufdits établiſſemens ont
tenu en refpe &t les Tartares de Kabarda & de
Cuban , & ouvert aux Ruffes la communication
avec les Peuples du Caucafe. La Crimée n'eft
plus auffi peuplée qu'elle l'a été anciennement ;
( 9 )
fa population a perdu confidérablement en 1779,
où un grand nombre de Chrétiens Grecs font
allés s'établir dans le Gouvernement d'Azof
cependant la poffeffion de cette peninfule peut
devenir d'une grande importance pour la Ruffie
fi elle s'affure la libre navigation fur la Mer
Noire , dans le Danube & la Méditerranée ; &
les fufdits établiſſemens qui affurent à la Ruffie
l'accès au Caucaſe , femblent préparer la foumiffion
des nombreufes peuplades qui l'habitent .
Les Tfchirkaffy de la petite & de la grande
Kabarda , ou plutôt leurs Princes prêtent à la
Ruffie depuis 30 à 40 ans l'hommage de fidé
lité , & font obligés d'envoyer dans la fortereffe
de Kifcar , des otages des familles les plus
diftinguées , & une grande partie de Abchares
& plufieurs autres Tribus Tatares , font foumis
aux Princes de Kabarda. En 1771 , plufieurs
Tribus Tartares , qui habitént plus près des éta
bliffemens Ruffes fe font engagées fous ferment
de donner à la Ruffie des otages des familles
de Princes , pour garants de leur fidélité.
Le Czaar , Iwan , Wafilie Witſch , après
la conquête du Royaume d'Afwracan , fit encore
celle de la Kabarda , fupérieure , & y introduifit
la religion chrétienne que le fils & la fille
du Prince Temruk , envoyés ôtages en Ruffie ,
" embrafferent auffi . Le fils reçut le nom de
Prince Michailow Temru Koifitfch- Ticherkaskoi,
en Ruffie , & la fille que le Czaar épouſa
fut nommée Temru - Korfna ; depuis cette épo
que les Souverains de la . Ruffie ont ajouté à
leur Titre celui de Seigneur & de Souverain
des Pays Kabardes & de Prince des montagnes
& des Ticherkaffy ; Pierre le Grand y ajouta
encore celui de Seigneur des Czaars & de
Kartalinie & de Géorgie.
( 10 )
Kartalinie ou Karduel , eft le pays connu fous
le nom de Géorgie. Le Prince Wachtang , fils
de Taimuras , Roi de Koraduel , devint Prince
de Kacheti. Il fut forcé deux fois de fe réfugier
en Ruffie ; fçavoir , en 1686 , & en 1699
avoir
60
un teftament dans lequel il inftitua Pierre le
Grand héritier de tous fes Pays . Wachtang ,
Fils de fon frere Leon , étant devenu Roi de
Karduel ou de Géorgie , fe mit en 1772 ,
fous la protection de Pierre le Grand , & fe
retira en Ruffie avee fa famille après avoir été
chaffé de fon Pays par les Turcs. C'eſt de lui
que defcendent les Zaarewitfch de Géorgie qui
font en Ruffie. Le Roi de Géorgie & de
Kocheti Heraclius I. envoyé en Ruffie par fon
pere , y embraffa la Religion chrétienne; fon petit
fils eft Heraclius II , qui vient de fe foumettre à la
fuprématie de Ruffie. Il eft âgé de 60 & quelques
années, & il s'eft montré l'ami de la Ruffie, dans la
derniere guerre que cette Puiffance à foutenue
contre les Turcs. Sa foumiffion aura vraiſem
blablement des fuites avantageufes pour l'Empire
Ruffe ; mais il feroit à defirer qu'on parvint à
changer le caractere des Géorgiens , qui font
pareffeux , opiniâtres & très- fuperftitieux . La
population de Karduel & de Kacheti efl auffi
très-médiocre ; on n'y compte qu'environ 201
& quelques mille perfonnes máles. Tiflis , qui
en eft la réfidence & la capitale , n'eft pas grande ;
mais paffablement bien bâtie en pierres ; elle eft
diftante de Petersbourg environ 440 milles
d'Allemagne.
Selon les lettres de Pétersbourg , le Miniftre
d'Angleterre eft fouvent en confésence
avec le comte d'Oftermann ; & on
( II )
、
croit que le traité entre les deux Couts , qui
eft fur le tapis , ne tardera pas à être conclu
& figné .
Les Papiers publics n'ont été remplis pendant
long-temps , écrit- on de Berlin , que des exem
ples funeftes du danger de fonner pendant les
orages; les Phyficiens & les faits fe font réunis
pour démontrer ce danger ; mais nulle part ils
ne font parvenus à déterminer les habitans des
Campagnes & ceux même de bien des Villes
à renoncer à cette coutume ; la foudre qui tombe
dans ces occafions de préférence fur les clochers
, n'a pas plutôt écrafé quelques fonneurs ,
que d'autres s'empreffent de les remplacer &
de s'expofer' aux même péril . Il faudroit partout
que l'autorité fouveraine profcrivit cet ufago.
Le Roi vient de s'en occupper ici ; il a fait expédier
à tous les confiftoires de fes Etats des Lettres
circulaires , par lefquelles il leur enjoint
de faire publier dans toutes les Eglifes qu'on
s'abftînt à l'avenir de fonner à l'approche des
orages .
Ön mande de Braunsfeld , que le Prince
regnant de Solms , Ferdinand - Guillaume
Erneft , y eft mort le 24 du mois dernier ,
dans fa 63e. année.
On écrit de Vienne l'anecdote fuivante,
qui mérite d'être rapportée,
Un bâtiment arriva dernierement ici fur le
Danube avec un chargement de fruits ; lorfque
le propriétaire les eut vendus , un Employé du
Bureau des Ports & de la navigation , lui demanda
ce que fon bateau lui avoit coûté , Sa
Majefté Impérialé ayant ordonné d'en acheter où
l'on pourroit en avoir ; il répondit 70 florins
l'Employé lui dit enfuite que l'Empereur ne
26
( 12 )
payoit aucun bateau au - delà de 20 florins , &
le propriétaire fut forcé de l'abandonner à ce
prix & de fe retirer. Arrivé ſur le pont- neuf ,
entre le Roffau & l'Augarten , il raconta fon
malheur les larmes aux yeux à plufieurs perfonnes
; ce récit fit accourir beaucoup de monde.
Dans ce moment arrive l'Empereur à cheval ,
venant de l'Augarten ; il demanda ce que c'étoit
que cet attroupement ; on lui en dit le fujet ; il
fit approcher le propriétaire du bateau & lui
ordonna de le fuivre . L'Empereur le rendit en
droiture au fufdit Bureau , fe fit préfenter les
regiftres , & ayant trouvé que le même bateau
étoit enregistré pour 80 florins , il fit arrêter
l'Employé , le condamna aux travaux publics ,
fit donner les autres 60 florins au propriétaire ,
& le gratifia d'un préſent .
On dit que pour fournir à l'entretien des
Invalides , l'Empereur a ordonné que tous
les propriétaires de maiſons feront tenus d'en
prendre pour leur fervir de portier , ou pour
d'autres fonctions dans l'intérieur de leurs
maifons. Ceux qui n'en voudront pas paieront
annuellement 24 florins qui ferviront à
l'entretien des autres. On accordera auffi à
ces Invalides la permiflion de vendre du
tabac .
ANGLETERRE..
DE LONDRES , le 26 Novembre.
Les nouvelles arrivées dernierement d'Hallifax
, ne préfentent pas fous un point de vue.
auffi intéreffant que nos papiers l'ont fait
( 13 )
"
jufqu'ici , l'état des Loyaliftes , qui après avoir
été expulfés des Etats Unis d'Amérique , fe.
font réfugiés dans la nouvelle Ecoffe ; on
peut juger par la lettre fuivante de Hertford
des fuccès de la Colonie de ces infortunés ,
qui ont formé l'établiſſement , qui portera le
nom de Shelburne .
Un particulier qui arrive ici du port de Rofeway
, nous apprend que les réfugiés qui s'y
font retirés , s'y trouvent dans la plus grande détreffe.
Ils n'ont point d'autres provifions que
celles qu'on leur fournit des magafins du Roi ,
& elles font en petite quantité. Le pays eft froid ,
apre , ftérile , plein de rocs , & d'une terre pierreufe
, de forte qu'il leur fera impoffible d'y recueillir
affez de vivres , pour nourrir ceux qui y
font déja arrivés . La moitié de ceux qui font ve
nus avec la derniere flotte de New-Yorck , font
déja repartis pour chercher un refuge en quelqu'autre
endroit ; on n'a pas achevé de bâtir une
feule maifon dans leur Metropole de Shelburne ;
& ils font obligés d'y vivre fous des efpeces d'appentis
, ou de toits , conftruits de cercles de douves
& de quelques planches. Il y a préfentement
en cet endroit environ 1500 réfugiés , dont la
moitié font des negres qui ont commencé à fe
mutiner , & à menacer d'égorger les blancs. Il a
marché un certain nombre de troupes Britanniques
d'Hallifax , pour protéger les Loyalistes
contre les Noirs qu'ils ont engagés eux - mêmes
à quitter leurs maîtres dans les Etats - Unis.
Ces défaftres ne font pas les feuls qu'ont
éprouvé les malheureux réfugiés. Selon des
lettres de New-Yorck , on y a appris le naufrage
du transport la Sally , qui en étoit parti
( 14 )
pour Terre-Neuve ; il a coulé bas , & il ne
s'en eft fauvé que 5 hommes , qui dans un
efquif ont abordé à Rhode-island . Il a péri
avec le bâtiment le Major Ouhaid Huadelftone
, le Capitaine Lang , le Lieutenant
Philipps , So foldats d'Artillerie , miftriff
Auddelftone , & nombre de femmes & d'enfans.
C'eft avec une douleur inexprimable que
je vous informe écrit- on , de Newyorck , qu'il
n'existe plus à préfent un feul homme , ni une
feule femme ni un feul enfant de tout le corps
des loyaliſtes de Maryland , qui s'embarqua
dernierement pour la nouvelle Ecoffe. Le fort
de tant de braves infortunés , celui d'un de
mes enfans qui étoit avec eux me déchire le
coeur. Ce déplorable événement nous a été
appris hier , par le capiraine Willes . Il dit
qu'étant à Rofeway , il y a 8 jours , il a vu
le maître & partie de l'équipage du vaiffeau de
tranfport la Marte , qui avoient été accueillis
en mer par un Pécheur , & conduits dans le
Port. le Capitaine Willes qui commandoit la
Marte , étoit parti de Newyorck avec une flotte
destinée pour la riviere de S. Jean. Il avoit
à bord partie du corps des loyalites de Maryland
, & du bataillon du Colonel Ludlow
s'étant féparé de cette flotte pendant le voyage ,
il fe trouva le 20 Septembre à portée de la
côte , où il comptoit aborder , il toucha malheureufement
fur un rocher d'une petite Ifle
à l'entrée de la baye de Fundy. Tous les foldats
effrayés du choc furent dans la plus grande
confufion ; mais les Officiers qui fe conduifirent
avec beaucoup de fang froid & d'intrépidité ,
tirerent leurs épées , & continrent les foldats
( 15 )
pour qu'ils ne troublaffeni point les manoeuvrer
des Matelots , ils abandonnerent leur destinée
au maître de l'équipage , & reçurent leurs
ordres pour faire exécuter les travaux & prêter
les fervices qu's pouvoient rendre. Les mats
furent coupés , le maître & partie de l'équipage
fauterent dans le petit bateau pour visiter le
vaiffeau tout au tour , & on mit 90 hommes
fur la grande chaloupe ; à peine y furent- ils
que le grand mat tomba fur elle , & ils périrent
tous ; deux ou trois minutes après le vaiffeau
fut mis en pieces , & tout ce qui s'y trouvoit
fubit le même fort. Le Capitaine étoit à 1000
verges de diftance alors , il erra pendant quelques
jours fans vivres , fans eau , jufqu'au moment
où il rencontra le Pêcheur qui le recueillit ;
cela fait 22 hommes en tout fauvés fur plus de
400 qui étoient embarqués fur la Marte.
Le Journal de Penfylvanie contient une
lettre écrite à Richemond en Virginie , du.
Comté de Washington , en date du 10 du
mois d'Août.
« Nous apprenons par une voie sûre qu'il eft
arrivé à Louisville différentes députations des
Sauvages , qui demandent tous la paix. Ils reconnoiffent
qu'ils ont eu tort de ne pas obferver
la neutralité, & demandent notre protection.
Quelques-uns racontent que nos troupes font en
poffeffion de Detroit , & que des Commiffaires du
Congrés font arrivés à Sandusky . C'est peut- être
ce qui leur a fait voir fi clairement leur erreur .
Milgré cet afpe&t flatteur de paix , nous ne
fommes pas peu alarmés de la conduite d'un
parti de la Caroline feptentrionale . Ces hommes
établis dans dans le Comté de Cumberland ou
( 16 )
fur la riviere Sawaneſe , joints à un corps de Chiksaws
, ont attaqué un des établiffemens efpagnols
fur le Miffifipi . Heureuſement ils ont
été repouffés , & la plupart ont péri victimes
de leur attentat . Cette action a été commife par
quelques Toris qui fe font refugiés à Cumberland
, après la conquête de la Floride occidentale
. Ils avoient à leur tête un nommê Turnbull
& Philippe Aftin ; mais un Virginien , inftruit
de leur projet , en donna connoiffance au Gouverneur
efpagnol ; ce qui le mit en état de fe
préparer. Plût à Dieu que nos amis les Epagnols
les tinffent tous , & qu'ils les puniffent
en les faifant travailler toute leur vie à leurs
mines. Le Gouvernement demande tous ceux qui
font échappés , ou il enverra des forces fuffifantes
pour une repréfaille.
L'attention générale eſt maintenant fixée
fur les affaires importantes qui vont occuper
l'attention de la Légiflation : la premiere eft
celle de la Compagnie des Indes .
L'opinion générale , dit un de nos papiers ,
depuis le difcours émané du trône pour l'ouverture
du Parlement , eft qu'il faut employer les
moyens les plus efficaces pour tirer le plus d'avantages
poffibles de la liaifon de la G. B. avec
l'Inde. On doit donc efpérer que les Miniftres .
actuels agiront avec zêle , & que rien ne les
détournera de ce grand objet , qu'on ne verra
pas renouveller ce qui s'eft paffé en 1695 , fous
le Roi Guillaume , lorfque le Parlement s'occupa
d'une difcuffion de ce genre . On décou
vrit qu'il avoit été diftribué de groffes fommes
d'argent aux principaux Miniftres de
Couronne . Le Duc de Leids avoit eu une gratification
de sooo liv. fterling ; & on obferva
( 17 )
que le Roi Guillaume lui-même n'en avoit pas
refufé une de 10,0co . Au moment où fe fit cette
découverte , le Roi mit fin à la feffion , & par
conféquent à toute enquête ultérieure. Il eft de
l'intérêt des Directeurs de ne pas fe permettre
une pareille conduite , & il eft du devoir du
Parlement de veiller de près à ce qui s'eft paflé
& ce qui peut fe paffer encore.
Ce paragraphe parut peu de jours après
l'annonce que fit M. Fox de la motion qu'il
préparoit , & qui eut lieu en effet le 18. La
Téance de ce jour peut être regardée comme
la premiere qui ait offert de l'intérêt.
M. Fox prépara à fa motion par un difcours
très - étendu , dans lequel il établit d'abord la
néceffité des mefures qu'il avoit à propofer.
Pour prouver cette néceffité , il rappella les
procédés de la chambre , dans les deux dernieres
années , relativement à la compagnie. Les abus
ani s'étoient manifold d
>
ie mamiches dans le gouvernement
de fes établiffemens , forcerent à des enquêtes ,
pour lesquelles on nomma des commités qui s'en
Occuperent avec zele & dont les rapports
donnerent lieu à la motion pour le rappel de
M. Haftings . La chambre l'ordonna , les Directeurs
l'arrêterent en conféquence , mais l'affemblée
des propriétaires s'y oppofa . Les Directeurs
fuivirent cet avis ; mais les dépêches qu'ils préparerent
ne partirent point , parce que le Miniftre ,
avec l'attache duquel il faut qu'elles foient envoyées
, les trouvant oppofées aux vues & à l'ordre
du Parlement , les fit fufpendre. Il en résulte
que la nouvelle du rappel ordonnée par la chambre
arriva dans l'Inde , & que celle de fon maintien
dans fa place par les propriétaires refta en
Europe ; M. Haftings fe trouva alors dans une
( 18 )
pofition délicate , pourvu d'une place éminente ,
mais fans autorité , & d'un pouvoir fans énergie
, & rien ne prouve plus la néceffité d'un réglement
qui pourvoit au renouvellement d'un
pareil abus , & de bien d'autres . Il faut fixer
la main dans laquelle réfide le pouvoir de punir
ou de rappeller un Employé ; cela ne l'eft
point encore. On l'a cru dans celles des Direc
teurs , qui , pour cet effet , s'adreffent au Miniftre
; mais on dit qu'après avoir obtenu ce
confentement , il faut celui des propriétaires ;
& il en résulte bien des inconvéniens . Un Gouverneur
, dans l'Inde , commence par faire fa
fortune ; il pille le peuple pour s'enrichir ;
quand il eft fatisfait , il pille encore pour aug
menter les trésors de la Compagnie dont il dépend
, & il s'en affure l'appuit ; les Actionnaires
font toujours bien difpofés pour celui qui augmente
leurs profits. Ces confidérations ne
font pas les feules qui prouvent que l'interpofition
du Gouvernement et néceffaire ; l'état des
finances de la Compagnie en fournit des raifons
auffi preffantes. Selon l'acte du Parlement ,
les Directeurs ne peuvent accepter pour plus de
300 , 000 livres fterlings de lettres de changes;
il y en a pour deux millions qui font en vente ;
elle doit 11200,000 livres fterlings , & elle n'a
de fonds entre les mains que pour trois millions
deux cents mille , cet état eft alarmant ; le
Gouvernement a intérêt de fauver la Compagnie ;
il en retire 1300000 , qu'elle paie en impôts ;
le revenu des Actionnaires eft fort au- deffous ,
puifqu'il n'eft que de 250,000 , fi les lettres de
change qu'on attend font envoyées fans acceptation
, ce fera dire à l'Europe & à l'Afie que
l'Angleterre fait banqueroute , puifqu'el'e ne
foutient pas une Compagnie qui lui procure tant
( 19 )
d'avantages. Mais ce n'est pas aſſez de la
foutenir il faut l'empêcher de s'expofer au
même danger ; pour y réuffir il eft bon de reconnoître
leur fource ; c'eft ce que fait M. Fox ;
il l'a trouve dans la conduite des Employés ,
& à cette occafion , fans prétendre accufer celle
de M. Haftings , il en fait un tableau qui ne fau
roit être plus odieux s'il eft fondé ; la péculat
& la mauvaife foi ne font pas les moindres
détails qu'il releve ; il s'étend fur les préfens
qu'il a reçus , & en cite un , entre autres , de
100,000 livres sterling . En général il est défendu
à un Employé de la Compagnie d'en recevoir
, & ceux qu'il eft d'ufage de ne pas refufer
doivent entre en entier dans la Caiffe de
la Compagnie ; mais ils reftent dans celle du
Particulier auquel ils font faits , & ils le font
toujours par des hommes qui achettent ainsi un
délai pour le paiement de ce qu'ils doivent ,
& fouvent l'abolition de leur dette. M. Fox n'ac
cufe pas M. Haftings de la guerre des Marattes ;
il convient qu'elle doit fon origine à la Préfidence
de Bombay ; mais M. Haftings y entra ,
& les termes de la Paix n'effacent pas le malheur
de s'être engagé dans la guerre . Il dit un
mot de la grande queftion , favoir fi les territoire
de l'Inde appartiennent au Roi où à la Compagnie
; mais il la laiffe indécife. S'il eft fingulier
que des Marchands foient Souverains , il feroit
difficile & peu convenable à un Souverain d'être
Marchand. M. Fox termina fon difcours par demander
la permiffion de propofer deux bills ; le
premier a pour objet d'établir un bureau de 7
perfonnes revêtues du plein pouvoir de placer
& de déplacer tous les Officiers dans l'Inde , &
qui auront fous leur inſpection le gouvernement
général du pays ; on leur donnera &
( 20 )
affiftans qui feront chargés de tout ce qui concerne
le commerce. Le bureau fera en Angle
terre fous les yeux du Parlement , auquel il
foumettra toutes les démarches. Les Employés
dans l'Inde lui rendront compte de toutes les
leurs ; & dans les cas où les circonftances , car
il peut s'en préſenter , ne permettront pas d'o
béir aux ordres du bureau , il lui en expoſera
les raifons les plus détaillées . Le fecond bill a
pour objet l'adminiſtration de nos établiſſemens
de l'Inde & de leurs dépendances . Cette demande
paffa fans oppofition ; mais on ſe propose d'examiner
feverement les deux bills ; alors il eft
vraisemblable qu'ils occafionneront bien des
débats.
Cette interpofition du Gouvernement
dans les affaires de l'Inde bleffe les Actionnaires
de la Compagnie , qui fe propofent
de faire des repréſentations ; il paroît qu'ils
ont un parti nombreux ; & déjà il a paru
quelques paragraphes dans les papiers publics
, où l'on s'éleve contre cette meſure que
quelques-un décréditent .
« Cette interpofition , difent- ils , n'a fa nécef
fité que dans la perte de l'Amérique & la fituation
critique de l'Irlande , qui a beaucoup diminué
l'influence de la Couronne , en réduiſant
le nombre des places ou des bénéfices fans charges
qu'elle avoit à fa difpofition . M. Fox , dans
un débat du 4 juillet dernier , dit que le Gouvernement
de ce pays étoit tellement conflitué ,
qu'il ne pouvoit fubfifter fans avoir à fa difpofition
beaucoup de ces places. Il eft à pré ſumer
que le cabinet adopte cette idée ; ce qui ne
peut manquer d'être une bénébiction pour ce
pays. Le paffé femble prouver que les affaires
( 21 )
de l'Inde feront auffi bien entre les mains du
Gouvernement que dans celles des Directeurs ,
qui , au lieu de payer 7 pour 100 aux actionnaires
, pourroient également leur donner 50 ,
& finir par ne leur rien donner du tout.
Les débats du Parlement fur l'Inde ne
fauroient manquer d'être intéreffans . Déjà
bien des perfonnes ne font pas de l'avis de
M. Fox fur le tableau qu'il a préfenté de l'état
de la Compagnie ; dans l'affemblée générale
qui s'eft tenue à ce fujet , on s'eſt récrié
contre fon injuftice; on a dit que la compagnie
ne devoit rien , ce qui paroît un peu
difficile à croire , après la guerre longue
qu'elle a effuyée , & dans laquelle fes revenus
immenfes n'ont pas dû moins fouffrir
que fon commerce. On a dit hautement :
dans cette affemblée que ce n'étoit pas l'état
de banqueroute , dans lequel on la fuppofoit
, qui fixe l'attention des Miniftres ; mais
les richeffes tentent leur avidité ; ils veulent
fe dédommager de la perte que leur cauſe
l'indépendance de l'Amérique , où ils avoient
tant de places lucratives & fans fonctions à
donner, & s'en procurer d'autres dans l'Inde.
On remarque dans tout ce qui fut dit à
cette occafion beaucoup d'humeur ; peutêtre
auffi craint- on de voir violer la charte
de la Compagnie ; quoiqu'il en ſoit , il fut
arrêté une requête au Parlement ; elle a été
préſentée hier à la Chambre des Communes
, fur le Bureau de laquelle elle a été mife
en attendant la feconde lecture dés bills de
( 22 )
M. Fox , qui tient à fon ouvrage , & qui me
négligera rien pour le faire paffer.
C'est au moment où les affaires de la
Compagnie font dans cette crife , qu'elle a
reçu des nouvelles qui ne font que très-défagréables.
Les Directeurs fe font empreffés
d'en publier la fubftance , pour prévenir les
exagérations , qu'ils ne préviendront pas ; &
elles laiffent le champ libre à bien des Commentaires.
-
Sir Edouard Hugues marcha à Madras le 13
avril , fans avoir rencontré aucune partie de l'efcadre
françoife ; le 24 du même mois Sir Eyre
Coote y arriva , apportant avec lui 10 laks de
roupies ; il y mourut le furlendemain . Le
général Stuard , qui , à la tête de l'armée britannique
, marcha à Cuddalor lorſque Typo - Saib
eut évacué le Carnate , attaqua le 13 juin les
lignes françoiles , & les emporta après avoir fait
une perte fenfible , dans laquelle on ne compte
pas moins de 615 européens & 366 cipaies tués ,
bleffés ou prifonniers . Le 25 l'ennemi fit une
fortie du fort , & s'avança juſqu'à nos lignes ,
dont il tenta l'affaut avec beaucoup de courage ;
il fut cependant repouffé avec perte d'environ
200 européens , & leur Colonel refta priſonnier .
La nouvelle de la paix , qui arriva enfuite ,
mit fin aux hoftilités , à l'attaque & à la défenfe
de la place . Vers le 21 juin il y eut
un engagement entre les deux flottes , mais il
ne fut point décifif. Le Colonel Lang , qui
avoit fait une irruption dans le pays de Coim
batour, après avoir foumis Caroor & Dindegul , fut
rappellé pour joindre la grande armée devant
Cuddalor. Le Colonel Fullarton ayant été re
-
-
( 23 )
vêtu du commandement , s'avança juſqu'à Darampor
, place à 120 milles de Seringpatam ,
capitale de Typpo- Saïb , dont il s'empara le
premier juin ; alors il reçut ordre de fe rendre
à Cuddalor , & reçut dans fa route un renfort
confidérable , qui lui fut envoyé ſur la nouvelle
de la paix. Trois cens européens , avec de
la poudre & des provifions , furent envoyés de
Madras à Mangalor , dans les vaiffeaux de S. M.
le Bristol & l'Ifis , avec ordre au Colonel Campbell
de débarquer s'il le jugeoit néceffaire .
Typpo- Saib , après avoir quitté le Carnate
, s'étoit avancé à Bidnore ; & fuivant les avis
reçus à Tellicherry & à Anjengo , le Général
Matthew , avec fes forces , confiftantes en pluficurs
détachemens de trois régimens du roi &
les troupes de la Compagnie , faifant en tout
600 européens & 1600 Cipayes , s'eft rendu fous
condition de fortir avec les honneurs de la guere ,
& la liberté de fe retirer à Mangalor ; mais cette
capitulation fut violée par Typpo- Saïb . Mangalor
& Onore font en notre poffeffion ; il y a
dans la premiere de ces places 3000 hommes ,
des approvifionnemens néceffaires , un nombre
d'officiers expérimentés , fous les ordres du Major
Campbell , ce qui donne la plus grande eſpérance
de la conferver ; ils ont repouílé déjà trois
attaques vigoureufes , & fait des forties avec
fuccès : la mouffon qui s'approche , mettra bientôt
fin aux attaques .
Le confeil de Tellicherry a écrit auffi que
fur la nouvelle que Typpo - Saib s'approchoit de
la côte de Malabar , on avoit pris toutes les
mefures néceffaires pour la fûreté des places ,'
& que le 16 juillet on étoit fans inquiétude ,
& qu'on les avoit mifes en état de fe défendre
contre tous ceux qui pourroient les attaquer.
( 24 ).
-La paix avec les Marates fut proclamée à
Bombay le 8 avril . Les précédent , le Colonel
Macleod & Humboftern furent attaqués peut
de jours après avoir quitté Bombay dans le Sloop
le Ranger , par la flotte des Marates , & conduits
à Geriah , après un combat opiniâtre , dans le
quel il y eut s morts & 25 bleffés. Le Colo
nel Humberton , qui étoit au nombre de ces
derniers , eft mort depuis de fes bleffures. On
a demandé au Peshwa fatisfaction de cet ou
trage ; on n'a pas publié fa réponſe , mais on
dit qu'elle étoit peu fatisfaifante. Il a enfuite
renvoyé le Ranger , les Officiers & l'équipage ,
qui arriverent à Bombay le 29 mai ; le 2 juin
fuivant , on reçut une lettre du Peshwa , plus
fatisfaifante que la premiere , dans laquelle il
defiroit l'expédition des ordres pour lui délivrer
les pays cédés par le traité .
On ajoute que le Peshwa a confirmé la
paix , que la Compagnie n'a plus d'ennemis
dans le Carnate , & qu'elle peut à préſent
porter avec fuccès toutes fes forces contre
Typo-Saïb..
Le 19 le Lord John Cavendish annonca qu'il
demanderoit le lendemanin la permiffion de préfenter
un bill pour corriger & expliquer l'acte
paffé dans la derniere feffion , pour impofer une
taxe fur les quittances. Il dit qu'on avoit conſulté
plufieurs gens de loi , & entr'autres le ci -devant
Procureur- Général , & celui qui l'a remplacé ;
que les deux derniers étoient d'un avis diamétralement
oppofé à celui des premiers ; que c'étoit
la raifon pour laquelle il avoit jugé une explication
de l'acte , néceffaire. L'Amiral Pigot ſe
leva enfuite pour propofer le complément des
matelots néceffaires pour le fervice de l'année
1784.
( 25 )
1
1784. Les forces qu'on étoit obligé d'entretenir
dans l'Inde , forçoient de porter ce complet
beaucoup plus loin qu'il ne l'auroit défiré , mais
dit qu'il feroit réduit auffitôt que cela fe
pourroit. Le nombre des vaiffeaux employés
montera à cinquante- trois , dont 20 Sloops , 27
cutters , & 6 groffes frégates , montant en tout
à 4475 hommes. C'étoit plus de matelots que
dans les paix dernieres ; mais ils étoient déftinés
à croifer dans la méditerannée , où nous n'avons
plus Minorque où nos vaiffeaux marchands
ont befoin de protection contre les corfaires
barbarefques. Dans nos mers les contrebandiers
exigent des forces affez confidérables pour s'y
faire refpecter ; il conclut par demander 26000
Matelots auxquels on allouera 4 liv. ferling par
mois pour chaque homme.
Le Lord John Cavendish dit enfuite qu'il propoferoit
inceffament quelques reflexions à la chambre
fur les moyens d'arrêter la contrebande.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 2 Décembre.
M. le Baron de Breteuil , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au département de la Maiſon
du Roi , prêta le 26 du mois dernier en cette
qualité , ferment entre les mains de S. M.
DE PARIS , le 2 Décembre.
La publication de la Paix a eu lieu mardi
dernier; fans entrer dans les détails du Cérémonial
d'ufage , nous en indiquerons , qui
étant peu connus , parce qu'ils fe paffent dans
No. 49. 6. Décembre 1783. b
f
( 26 )
l'intérieur de l'Hôtel - de- Ville , peuvent piquer
la curiofité de nos Lecteurs.
M. le chevalier de la Haye , Roi d'Armes de
France , accompagné d'un détachement de fix
Héraults d'Armes , précédé de la Mufique de la
Chambre des Ecuries de S. M. , va prendre de
la part du Roi M. le Prévôt des Marchands , le
Corps de Ville & le Châtelet , qui font affemblés
au Bureau de la Ville ; il reçoit du Maître
des Cérémonies l'Ordonnance de la Paix , & en
fait faire la lecture ; après quoi les différentes
compagnies & députations fe rendent dans les
Places publiques , où le Roi d'Armes de France
ayant commandé trois chamades des cloches d'armes
de S. M. , & prononcé trois fois : De par le
Roi , dit premier Hérault d'armes de France ,
au titre de Bourgogne , faites les fonctions de votre
charge ; il lui remet alors l'Ordonnance de la
Paix , que le premier Hérault d'armes publie.
Enfuité le Roi d'armes fait fonner trois fanfares
& crie trois fois Vive le Roi. Ce cérémonial
a été obfervé dans les quatorze Places publiques
, où s'eft fait , felon l'ufage , la Publication
. On s'eft rendu enfuite à l'Hôtel de
Ville , où le Roi d'armes de France &,les Héraults
ont foupé avec M. le Prevost des Marchands.
Une fingularité que nous obferverons
en paffant dans ce cérémonial , c'eſt qu'en ver
tu d'un ancien ufage , il est préparé , dans l'après-
midi , aux Feuillans , une colation où font
feulement reçus le Roi d'armes de France &
les Héraults ; les Magiftrats les attendent . On
ignore l'origine & le but de cet ufage.
•
Le Te Deum & les illuminations générales
qui l'accompagnent , devoient avoir lieu
Dimanche dernier ; ils ont été remis à Diman(
27 )
che prochain , à caufe d'une indifpofition de
M. le Garde des Seaux , qui doit préſider à
cette Cérémonie .
On mande de l'Orient , que le Confeil de
guerre pourſuit fon travail , & que ces jours
derniers il avoit mandé , pour être entendus ,
plus de 70 Officiers d'Infanterie , qui ont été
témoins de l'affaire pour laquelle il a été affemblé.
Le travail pour le mouvement des Intendances
qu'on difoit devoir avoir lieu Samedi
dernier, ne fe fera , dit- on , que dans cette
femaine.
Après le Procès -verbal de la derniere expérience
du globe aéroſtatique de M. de Mongolfier
; on ne lira pas fans intérêt les détails
de la courfe aérienne des deux perfonnes qui
fe font élevées avec la machine.
Les deux voyageurs avoient raifon de prétendre
, qu'ils rifqueroient moins , la machine étant
abandonnée , que lorfqu'elle étoit retenue par
des cordes. Elle avoit reçu quelques dommages
dans les différentes expériences , lorſqu'on lui
oppofoit de la réfiftance ; & il fallut beaucoup de
courage dans ceux qui s'y expoferent , malgré la
déchirure qui l'avoit entrouverte , & qu'on n'avoit
raccommodée qu'imparfaitement . Elle s'éleva
pompeulement ; & lorfque les navigateurs
aériens firent leurs adieux , tous les fpectateurs
eurent un ferrement de coeur , caufé bien plus
par la crainte que par l'admiration , au point que
quelques femmes fe trouverent mal . Monfeigneur
le Dauphin , trop jeune pour éprouver cette fenfation
, a'en eut qu'une fort agréable ; en voyant
b 2
( 28 )
1
le globe s'élever , il méla les petits élans de fa
joie & le battement de fes mains aux applaudiffemens
de tous les affiftans. La machine pouffée
par un vent de N. O. , s'éloigna majestueuſement
; elle fut bientôt au-deffus de la riviere ,
vis - à- vis de Chaillot . Là elle trouva un courant
d'air qui la fit monter jufqu'au milieu du petit
Cours. Les intrépides voyageurs , fâchés de ne
pouvoir s'éloigner de la riviere , & de planer fi
long- tems fur elle , redoublerent leur feu ; ils
monterent à une plus grande hauteur , où ils trouverent
fans doute un autre air de vent , puifqu'en
moins d'une minute ils furent reportés au
Sud, entre les Invalides & l'Ecole Militaire ,
d'où le vent les conduifit fur Paris . Alors voyant
la machine fort échauffée , l'un d'eux propofa de
defcendre , l'expérience étant déjà affez belle ;
ils étoient en ce moment fur la rue de Babylone ,
à l'en des bouts du fauxbourg S. Germain ; ils
diminuerent leur feu mais ayant reconnu qu'ils
tomberoient fur les maifons , & qu'ils étoient
même portés en droiture fur les tours de S. Sulpice
, ils ranimerent leur gaz , pour éviter ce
danger , & ils traverferent en 5 à 6 minutes
toute cette partie du fauxbourg S. Germain , &
une autre du fauxbourg S. Jacques , en paffant à
côté de l'Obfervatoire. Cependant la machine déjà
Léchée par les expériences précédentes , & fortement
échauffée par un feu continuel depuis 22
minutes , étoit dans une contraction , & faifoit
entendre des craquemens , qui déciderent les hardis
navigateurs à modérer leur feu ; & ils furent
tomber , ou pour mieux dire , defcendre au bout
du nouveau boulevard , près de 3 moulins , à
une portée de fufil de la Salpétriere.Le vent
ayant indiqué la route que le globe tiendroit , on
avoit placé des courriers près des Invalides & fur
( 29 )
le nouveau boulevard qui le fuivoient , & arriverent
près de lui , preſqu'au moment de fa chûte.
M. le Duc de Chartres lui-même , ayant paffé
le bac vis -à-vis les Invalides , les fuivit ventre à
terre , & arriva affez à tems
, pour être le premier
à complimenter les hardis navigateurs , &
à leur faire donner toutes fortes de foins . Ils n'é →
toient pas fatigués , mais ils étoient fort échauf
fés , & avoient befoin de changer de linge. Ils
n'avoient pas été fi continuellement occupés dans
leur courfe , qu'ils n'euffent pu quelquefois confidérer
Paris , & mefurer l'étendue de l'horifon.
Ils ne diftinguoient de Paris qu'une grande maſſe
de pierres ; l'objet le plus vifible pour eux , que
leur réfléchiffoient fans doute les rayons du foleil ,
étoit la riviere qu'ils fuivoient dans fes finuofi
tés , jufqu'à Pontoife , c'est -à- dire , auffi loin que
leur vue pouvoit s'étendre . Le vent a dirigé ce
globe , de maniere que tout Paris l'a pu voir. Le
nom des deux premiers Navigateurs aériens s'af
focię naturellement à celui des inventeurs de la
machine, & ils ne doivent point en être séparés.
Les expériences faites en divers endroits ,
ne peuvent que contribuer à perfectionner
cette invention , qui ne paroît encore que
curieufe , & qu'on peut rendre un jour utile .
On en a fait une à Lyon , dont on nous a
adreffé ainfi les détails.
J'imagine que dans un moment ou tout le
monde s'occupe des Balons Aëroftatiques , qu'on
cherche à déterminer les ufages auxquels ils
peuvent s'appliquer , qué les uns prétendent
qu'ils peuvent être très - utiles pour l'Aftronomie ,
La Géographie , & même la Méchanique ; que
les autres au contraire foutiennent
que c'eft
une invention non-feulement puerile ; mais danb3
( 30 ')
gereufe , je crois que l'expérience dont je vais
avoir l'honneur de vous rendre compte , fera
Je plus grand plaifir à vos lecteurs. Le 18 Octobre
on a fait partir des Breteaux , promenade
qui n'eft féparée de la Ville que par le Rhône ,
un Balon Acroftatique de 24 pieds de haut fur
douze en quarré à la baſe. Outre une grille templie
de papier , roulé & ferré avec la plus grande
force , imbibé d'huile & de graiffe , il portoit
encore deux Bombes remplies de feux d'artifices.
Plufieurs décharges de boîtes annoncerent
les préparatifs que l'on faifoit pour l'enfer; &
enfin fon départ , qui fut auffi célébré par une
excellente mufique de toutes fortes d'inflrumens.
D'abord le Balon parut vaciller , & on craignit
pendant un inftant qu'il ne retombât ou que le
feu s'y mit , ce qui auroit fort déplu à toute
Ja Ville qui étoit accourue fur les Quais ou
dans les maifons voifines , pour jouir de ce fpec
tale. Mais les alarmes cefferent bientôt , & le
Baloa s'élevant avec une prodigieufe rapidité ,
ne paroiffoit plus qu'une étoile lorfqu'une des
deux Bombes dont la méche avoit duré quatre
minutes éclatta , & remplit l'horifon d'étoiles &
autres artifices . Le Balon continuoit pourtant
à s'élever , & déja même on le perdoit de vue
lorfque la feconde Bombe dont la méche avoit
duré deux minuttes de plus que la premiere ,
& qui étoit du double plus forte , en éclatant
produifit un effet d'autant plus agréable , que
Jà nuit étant obfcure , les feux de toutes efpeces
qu'elle jetta , s'apperçurent mieux . -- De ce
moment le Balon refta abfolument perdu dans
les nuages , & on ne le revit plus. On a fçu
depuis qu'il avoit été apperçu à trois lieues de
la fur les dix heures , étant toujours exceffivement
élevé & ne paroiffant pas prêt à tomber
peut-être fe fera- t-il pofé dans quelque lieu
1
Eloigné des habitations , où aura-t-il été trouvé
par quelque campagnard , qui , n'en connoiffant
pas l'ufage l'aura brûlé ; car on n'en a pas eû
de nouvelles depuis . Cete expérience prouve
au moins que les Balons peuvent être employés
pour les fignaux qu'on a coutume de
faire avec des fufées , & que s'élevant à une
hauteur bien plus confidérable que celle ou
ces fufées peuvent atteindre & jettant bien
plus de feux , ils doivent être apperçus de bien
plus loin.
"'
L'expérience de la Machine aëroftatique ,
conftruite par MM. Charles & Robert, an
noncée depuis quelques jours , a eu lieu hier
aux Thuileries. Elle a été précédée de plufieurs
expériences très - curieufes , qui intéreffent
les Sciences , & qui pourront les enri
chir de découvertes précieufes. M. Meunier
, Lieutenant au Corps Royal du Génie ,
engagé par plufieurs membres de l'Académie
, dont il eft le correfpondant, de rédiger
le plan des obfervations & des fignaux qui
les ont précédées , en rendra compte luimême
inceffamment au Public. Nous nous
bornerons ici à parler de ce que tout Paris
a vu.
La machine eft partie des Thuileries à 1 heure
40 minutes. Comme le bruit s'étoit répandu
que MM. Charles & Robert ne partiroient point
à Ballon perdu , la fenfation a été plus vive ,
Jorfqu'on a vu le premier & M. Robert jeune dans
ùn char qui devenoit pour eux un char de triomphe;
les applaudiffemens ont été vifs , nombreux
& répétés ; mais il a fallu que les voyageurs
raffuraffent les fpectateurs par leur fécurité .
b 4
( 32 )
à
Te Public partagé d'abord entre la furpriſe &
la crainte a gardé le filence à leur départ ; il
l'a rompu par fes acclamations & par fes voeux
pour le retour des Argonautes nouveaux
mefure que la machine s'éloignoit on a fuppléé
aux battemens de mains en élevant les
chapeaux ; les Suiffes mêmes ont participé à
la joie publique en balançant leurs fabres en
l'air . Jamais les Sciences n'ont offert un fpectacle
auffi majestueux & auffi impofant ; & la Nation
doit s'enorgueillir d'une découverte qu'on auroit
reléguée il y a fix mois dans la claffe des menfonges
hiftoriques , fi on nous l'eut citée même d'Archimede.
M. de la Lande , de l'Académie des
Sciences , enthoufiafmé de cette fuperbe décourience
, & convaincu du fuccès qu'elle devoit
avoir , a follicité comme une faveur de monter
dans la machine , pour yfuivre fpécialement les
expériences qui avoient été arrêtées . Mais il étoit
jufte de laiffer cette préférence à MM. Charles
& Robert . Avant l'afcenfion de cette machine
, on a lancé un petit globe verd , & cet
honneur a été réservé à M. Mongolfier . Ce premier
globe a monté perpendiculaitement , & a été
apperçu l'efpace des minutes , & de 14 par des
vues perçantes , qui n'avoient ceffé de le fixer.
Au bout de 5 minutes , il paroiffoit comme uue
émeraude , & bientôt après comme une étoile. Il
a été dirigé par le vent d'Ouest , & la machine
aéroftatique par le vent de Sud-Eft.
Les fuites de cette magnifique expérience
ne peuvent que piquer la curiofité. En attendant
qu'on fache les détails de ce Voyage
intéreffant , nous placerons ici le Procèsverbal
fuivant.
» Nous , fouffignés , Charles , Robert , Jean
Burgatet , Curé de Nefle , & Charles Philip(
33 )
pet , Curé de Frefnoy , Thomas Hutin , Sindic
perpétuel de ladite Paroiffe , & L'heureux ,
Curé d'Hédouville , certifions que la Machine
aëroftatique eft defcendne entre Nefle & Hedouville
, ( environ neuf lieues de Paris , ) dans
la prairies de Nefle , à trois heures trois quarts .
En foi de quoi nous avons figné ce Procès-verbal
, écrit dans le Char aeroftatique par moi
CHARLES . Suivent les fignatures des perfonnes
ci - deffus dénommées . M. le Duc de
Chartres & le Duc de Fitz James , qui font arrivés
au moment de la defcente de la Machine
ont honoré ce Procès - verbal de leurs fignatures,
& l'ont rapporté à Paris . On fait d'eux qu'a
quatre heures & un quart M. Charles , feul , eft
reparti dans la même Machine en préfence des
mêmes témoins.
On vient de publier la troifieme livraifon
des Eftampes deftinées à orner l'édition des
OEuvres de Voltaire. On nous faura gré d'entrer
dans quelques détails.
Le fuperbe monument que l'on prépare à la
gloire de Voltaire dans la grande édition de fes
oeuvres , demandoit la réunion des Arts du Deffin
& de la Gravure , avec celui de la Typographie.
Il est beau de voir les Arts fe perfectionner par
leurs efforts pour honorer la mémoire d'un
grand homme. Le Public a applaudi à l'entreprife
de M. Moreau , & voit auffi avec intérêt à
la tête de ce recueil , le nom augufte d'un Prince
qui fe montre digne de fuccéder au grand Frédéric
& par fes talens militaires qu'il a déja fignalés
d'une maniere mémorable dans la feule
occafion qui s'en foit préfenté , dans la fameufe
retraite du 19 Septembre 1778 , en Bohême ,
admirée de tous les Militaires de l'Europe , par
bs
( ( 34 )
un goût vif & une noble protection pour les
Sciences & les Arts , & fur- tout par ce touchant
refpect pour les grands Hommes dont les Sciences
& les Arts s'honorent , qui ne peut être le partage
que de ces Princes qui s'élevent au - deffus
de leur rang par leur ame & leur génie. On a
fu dans le temps , & il eft bon de redire encore ,
que le Prince Royal de Pruffe , dans fon dernier
Voyage à Pétersbourg , ne voulut pas permettre
que M. Euler , l'un des trois Géometres de génie
de ce fiecle , alors déja âgé & infirme , vint le
vifiter. Il fe rendit lui-même chez ce favant
Géometre , & s'entretint pendant plufieurs heures
avec lui auprès de fon lit. C'eſt ainfi que les
grands Princes fe conduifent avec les grands
Hommes ; & c'eft par ces qualités qu'ils fe font
adorer à la fois de leurs Sujets & des Etrangers.
Il femble qu'il étoit de la glorieufe definée de
Voltaire de le voir particuliérement honoré par
les Princes de la maifon de Pruffe ; le Roi en a
prononcé lui- même l'éloge dans fon Académie ,
& le Prince Royal a accepté avec empreffement
Ja dédicace des eftampes de M. Moreau , fatisfait
& flatté de voir fon nom à la tête de l'édition
des oeuvres de ce grand Ecrivain . Cette troifieme
livraiſon répond à la beauté des deux premieres
que le Public poffede déja . Voici les objers
qu'elle contient la premiere eftampe eft le
portrait de Henri IV , pour mettre à la tête de
la Henriade ; il eft gravé d'après Porbus , dont
le tableau appartient à M. le Duc d'Harcourt
qui a bien voulu le prêter à l'Auteur. La feconde
eft le portrait de Pierre I. peint d'après
nature , par L. Caravaque , à Aftracan . Ces deux
morceaux font honneur , le premier au burin de
M. Alex. Tardieu , & le fecond à celui de M.
Langlois. La troifieme , eft le moment où Merope
reconnoît fon fils en préfence de Polifonte,
( 35 )
La quatrieme , le meurtre de Zopire par Séïdes
dans la Tragédie de Mahomet. La cinquieme ,
Ninias fortant du tombeau , au cinquieme acte
de Sémiramis . La fixieme , Electre embraffant
l'urne que lui préfente Orefte , & qu'elle croit
renfermer les cendres de ce Héros. La feptieme ,
Euphémon , fils , tombant aux genoux de fon
pere , dans la Comédie de l'Enfant prodigue.
La huitieme , Pandore renverfant la fatale boite ,
dans l'Opéra de Pandore. La neuvieme , Ifabelle
'écoutant Gertrude & entendant ces mots : André,
mon cher André , vous faites mon bonheur . La dixieme
& derniere , la Bégueule avec le Charbonnier.
On ne peut qu'admirer dans cette nouwelle
livraiſon les talens fupérieurs de M. Mo
reau , qui a répandu , dans tous fes fujets , 'le
plus grand intérêt , & y a mis le plus grand
choix. Cette livraiſon fait attendre la fuite avec
le plus grand empreffement. On foufcrit chez
P'Auteur , rue du Coq Saint Honoré , près le
Louvre , où ces eftampes de format in-4°. & in-8°
Le vendent féparément des éditions.
·
Les maladies qui attaquent les beftiaux
font le fléau des laboureurs ; tout ce qui peut
contribuer à en écarter les ravages , a droit
d'être recueilli ; c'eft à l'expérience à en prouver
l'efficacité ; parmi les semedes qu'on a
préfentés quelquefois , en voici un très - fingulier
; c'eft ainfi que le P. Jofeph - Romain
Joly en a publié la recette , & la maniere
dont il en a été inftruit.
Je l'ai apprife , il y a près de 40 ans , d'une
efpece de Charlatan qui paffoit pour forcier dans
le pays , parce qu'il guériffoit les maladies du
bétail , qui proviennent d'un fang extravafé . Je
yous avouerai mon incrédulité à l'égard des forb6
( 36 )
tileges ; cependant on publioit tant de merveillés
de ce prétendu magicien , que paffant dans les
ca ntons qu'il fréquentoit , je témoignai quelque
envie de l'entretenir ; on l'en prévint ; & comme
il étoit fort mal avec les Prêtres , il crut trouver
en moi un conciliateur. J'appris de lui fon
hiftoire. Orphelin & fans fortune dès l'âge
de cinq ans , il n'avoit pas d'autres reffources
que la mendicité. Elle lui procura le néceſſaire
durant les premieres années , mais les fecours
diminuerent avec la compaffion , à meſure qu'il
avançoit en âge. Enfin , ils cefferent tout-à - fait
quand on le vit en état de gagner fa vie. Alors
il s'adreffa à un Sexagenaire , qui faifoit le fromage
dans une ferme des hautes montagnes ; &
comme l'enfant prodigue , il eut d'abord la comitfion
de garder les pourceaux ; la feule différence ,
c'eft qu'il ne dérogeoit pas ; car fon pere avoit
été Boëhe , c'est à - dire , felon le langage du pays ,
Berger de boeufs & de vaches. Son maître lui
ayant trouvé une tournure d'efprit qui lui plaifoit
, fe l'attacha plus particuliérement , en lui
promettant quatorze écus de gage ; c'eût été une
fortune pour lui , s'il avoit été bien payé. Malheureusement
le Suiffe aimoit le vin ; & malgré
la bonne volonté , il parvint jufqu'au bout
de fa carriere , fans avoir amaffé deux fols . Il
s'étoit contenté d'entretenir fon domeftique ,
auffi modeftement que l'état le comportoit. Quand
il fe vit fur le point de mourir , il lui tint ce
langage : Mon fils , depuis douze ans que tu me
fers , je te fuis bien redevable ; mais j'étois un
b.... d'ivrogne , tu le fais , & je ne puis te faisfaire
; le feul bien qui me refte , eft mon remede
pour la guérifon des troupeaux ; je ne l'ai
confié à perfonne ; fi tu veux t'en fervir avec
adreffe , tu feras bien dédommagé . Tel fut le
teftament oral de ce pauvre Helvétien . A peine
( 37 )
eut-il rendu le dernier foupir , que fon héritier
avertit le public qu'il étoit feul poffeffeur de
l'art du Nécromancien Bernois . Il ne fut pas
moins couru ; on l'alloit confulter de toutes
parts. Ce qu'il avoit de repréhensible dans fa
conduite , c'eft que , pour faire valoir le métier,
il ajoutoit des fingeries , & donnoit à fon remede
un verni de forcellerie. Je le tançai à l'égard
de ces additions . Quant à fa recette , je n'y
trouvai rien que de naturel. Cependant l'ayant
apprife fous le fceau de la confidence , je n'en
pouvois faire ufage , ni l'enfeigner à perfonne .
Enfin , les épizooties multipliées qui ont dévasté
le bétail en différentes Provinces , ont réveillé
mon zèle. J'ai écrit dans le pays touchant le
Médecin des bêtes à cornes , dont j'avois oublié
le nom , craignant qu'il ne vêcut encore , ou qu'il
n'eût légué fon fecret à quelqu'un. On m'a
répondu qu'il n'en exiftoit plus de cette efpece.
Un Religieux Prêtre qui va travailler dans la
Paroiffe , a fait des perquifitions ; & mon frere ,
l'un des chefs du Bailliage , s'eft exactement
informé. On leur a répondu que fi l'on avoit
un remede contre l'épizootie , elle n'auroit pas
fait tant de progrès dans ces montagnes . Après
toutes ces informations , j'ai cru qu'il étoit permis
de donner au public un bien qui m'avoit
été confié , puifqu'il n'appartient plus à perfonne.
Je n'en ai point fait ufage , & j'ignore fi les
Eleves de l'Ecole vétérinaire l'auront mis en
oeuvre. Quoi qu'il en foit , rien n'eft plus fimple.
-Il eft question de prendre une poignée de
fuie à la cheminée , d'y verfer de l'urine , & de
faire avaler forcément ce bol à la bête malade.
Le poffeffeur du remede m'affura que toutes
celles qu'il a traitées de la forte , ont recouvré
la fanté.
Les tableaux & deffins qui compofoient la
( 38 )
galerie du Comte Ludarini , à Rome , ont été
transportés à Paris ; la vente s'en fera à l'ancien
Hôtel de Bullion , rue Plâtriere , le 18 de ce
mois & jours fuivans , à quatre heures de relevée ;
& ils feront exposés les quatre jours qui précé.
deront la vente ; favoir , les 14 , 15 , 16 & 17
Décembre audit Hôtel de Bullion , où l'on
pourra les voir depuis dix heures du matin jufqu'à
une heure après midi. Cette collection' eft
déja connue de tous les Amateurs qui ont voyagé
en Italie pour être l'une des plus riches en originaux
rares & précieux des plus grands Maîtres ,
tels que Raphaël , le Correge , les Carraches , &
tous ceux de leur école ; Nicolas Pouffin , Vernet
, &c. & c. L'on en trouvera le catalogue rai
fonné chez MM. A. T. Paillet , Peintre , rue
Plâtriere , audit Hôtel de Bullion ; Brufley ,
Huiffier- Prifeur , rue Sainte Avoye ; & Claude
Simon , Imprimeur , rue Saint Jacques , près
Saint Yves ; & fi quelqu'un vouloit prendre des
informations fur la totalité de la collection , il .
pourroit s'adreffer, à M. Paillet.
Ce qui fe paffe fous un fol très éloigné du
nôtre , conduit fouvent ceux qui l'habitent a des
découvertes que le local feul fournit. Le défaut
des mêmes circonftances feroit attendre très -longtemps
les connoiſſances qui résultent de ce con
cours. L'étude des Langues en feroit jouir tout
d'un coup. Plus la facilité de les entendre fera
rare , plus il faudra de temps pour tourner au
profit de notre inftruction les livres compofés
chez les Peuples qui parlent chacune des différentes
Langues connues , Pour opérer en ce genre
une révolution avantageufe au commerce , aux
fciences & aux arts , un anonime a préfenté à
l'Académie Françoife un Mémoire qui y a été
Ju le 17 Juillet dernier , dont nous avons parlé
dans le Journal du 2 Août , dans lequel il ap(
39 )
puyoit fur la néceffité d'établir en France une
Académie de Langues vivantes qui fut compofée
de Membres verfés dans cette étude , &
qui feroient des Cours publics. Ce projet d'inftruction
, très - analogue aux circonstances politiques
dans lesquelles nous nous trouvons , avoit
déjà occuppé M. Luneau de Boisjermain . Dès
le 20 Juin dernier il a fait diftribuer un Prof
pectus qui annonce des Cours de Langue étrangere
, à l'aide defquels on peut apprendre , chez
foi , par la lecture , & fans Maître , l'Italien ,
l'Anglois , l'Efpagnol , le Portugais , l'Allemand ,
&c. Chaque Cours doit durer quatre mois . Depuis
la diftribution de cette Annonce on a ou
vert un Cours gratuit de Langues étrangeres
au Musée de la rue Dauphine. Ceux qui voudront
apprendre la prononciation des Langues
étrangeres , qu'on ne peut gueres acquérir par
la lecture , trouveront dans ces Leçons publiques
des inftructions dont le fecours feroit très- difpendieux
pour eux. Ceux qui voudront fe borner
à lire les livres écrits dans les différentes Langues
de l'Europe , trouveront dans les Cahiers que
M. Luneau de Boisjermain fait diftribuer des
moyens d'inftruction très- faciles ,
très -courts ,
très-intelligibles , & qui font à la portée de toutes
les perfonnes qui voudront fe livrer à cette
étude. (1 )
(1 ) On s'abonne actuellement pour la fomme de 15 h
au Cours de Langue Italienne , à Paris , chez M. Luneau
de Boisjermain , au Bureau de l'Abonnement Littéraire ,
rue S. André des-Arts . On a diftribué le 1 & le 15 Août ,
le 1 & le 15 Septembre les quatre cahiers de Profe Italienne
qui forment la premiere partie de ce Cours . Ces
Cahiers préfentent une traduction interlinéaire d'un Livre
Italien, à l'aide duquel on lit , & on entend très- bien
tout ce qui eſt écrit en Langue Italienne . On n'a befoin
pour cette inftruction , ni de Grammaire , ni de Die
gionnaire.
( 40 )
1
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 24, 4, 8 ,
17, & 50.
DE BRUXELLES , le 2 Décembre,
On a inféré ces jours derniers l'article fuivant
dans la Gazette de cette ville.
« Dans un article de la Gazette de Leyde , du
14 novembre , relatif à l'affaire des limites entre
le territoire Autrichien & Hollandois , en Flandre;
on rapporte les ftipulations de la convention
de la Haye , de l'an 1718 , par lefquelles les forts
de S. Paul & de S. Donaes , & les Polders de
Doel , de Ste. Anne , de Kelteniffe , font cédés
aux Etats Généraux . Ces ftipulations exiftent , il
eft vrai ; mais c'eft un fait certain qu'elles n'ont
jamais été exécutées ; comme du côté des Etats-
Généraux les ftipulations réciproqués auxquelles
cette convention fe réfere , & qui auroient dû
être exécutées en même temps & a pas égaux ,
ne l'ont jamais été non plus. En fait de ceffion
éntre fouverains , c'eft un principe conftant que
Fexécution eft indifpenfablement néceffaire pour
changer le territoire ; & que tant que cette formalité
effentielle n'a pas été remplie , tant que
par l'entremise de commiffaires duement autorifés
à cet effet de part & d'autres , la vérification
des parties cédées & leut tradition réelle n'a pas
été faite fur les lieux , en dégageant folemnellement
les fujets y établis , du ferment de fidélité qui
les lie au Souverain ; & en cédant les chofes , in
ftatu quo. Il n'y a donc d'autres limites entre les
deux territoires , dans la Flandre , que celles qui
ont été réglées & déterminées formellement
d'après la convention duement exécutée , l'an
1664 , felon laquelle les Forts & les Polders , fus
( 41 )
mentionnés , appartiennent inconteftablement au
territoire de l'Empereur.
"
Les Etats - Généraux ont demandé que
cette affaire fut arrangée , en nommant de
part & d'autre des Commiffaires ; & le Gouvernement
des Pays Bas n'attend , pour donner
fon confentement aux négociations , que
les ordres qu'il a fait demander a l'Empereur.
En attendant , on dit que les Etats-
Généraux ont défendu à leurs troupes de
paffer fans paffeport fur le territoire Autrichien.
Nos troupes ont détruit les poftes de
S. Paul & de S. Job , depuis qu'elles ont
pris poffeffion du fort de S. Donaes : mais
elles n'ont point été au-delà des limites fixées
par le traité de 1664.
Og affure , lit- on dans les Papiers Anglois ,
que fe Miniftre de l'Impératrice de Ruffie a
été chargé de notifier à notre Cour que S. M. I
fa Souveraine a ordonné à fon Envoyé à Conftantinople
de demander au Divan : 1 ° . une
Cation immédiate de fes fentimens fur
l'occupation de la Crimée , de maniere que
l'Impératrice foit certaine de fon approbation
ou de fon mécontentement ; 2°. s'il eft difpofé
à exécuter les derniers Traités , en ne mettant
point d'entraves à la libre navigation de
fes Sujets fur la Mer Noire , &c. Pour avoir
une réponſe certaine , & non dilatoire , l'Impératrice
a fixé le terme de foixante jours , pendant
lefquels le Divan aura le temps de prendre
une détermination quelconque ; mais après cette
époque , fon filence , ou une réponse dilatoire
ou équivoque , forcera S. M. I. a fe fervir des
moyens qu'elle a en main pour faire expliquer
•
( 420)
la Porte , ne voulant pas que les grandes armées
fe confument en pure perte , en contemplant les
irréfolutions d'une Puiffance qui pourroit bien
les attaquer lorfqu'elles viendroient à fe féparer,
Cette notification a dû être faite en
même-temps à la Cour de France par les Miniftres
de S. M. I. , & c'est d'après elle qu'un
Courier chargé à ce qu'on difoit des Dépêches
les plus importantes avoit été expédié de Fonrainebleau
à Conftantinople , & que le bruit s'eft
répandu que ce ne fera qu'à fon retour, qu'on
fera certain fi les Turcs feront la guerre ou voudront
refter en paix.
Selon les mêmes papiers , il y a eu une autre
déclaration miniftérielle à la cour de
France par l'Ambaffadeur d'Angleterre .
Il a , dit- on , repréſenté que la forme du
Gouvernement des Provinces - Unies , donnant
lieu à des longueurs qui ne pouvoient que
retarder la confection du Traité définitif de Paix,
le fentiment du Roi fon Maître étoit que déformais
les Conférences fe tinffent à Londres ou
à la Haye. On ignore ce qui a été répondu ;
mais il y a apparence que la propofition de
S. M. B. ne fera acceptée ni par la France ,
ni par la Hollande .
Suite du Mémoire du gouvernement des Pays -bas.
On ne peut concevoir le motif d'une conconduite
auffi offenfante dans tous les fens. La
réclamation de la Souveraineté de l'Empereur
n'opere rien fur l'efprit du Commandant. Il fe
permet même de foutenir le contraire , ce qui
ne laiffe aucun voile fur l'intention de fa démarche
: il ofe parler d'un ufage antérieur , qui
même , s'il exiſtoit , ne préfenteroit qu'une fuite
de violations caractérisées du territoire de S. M. I.
( 43 )
II eft également infenfible à la réclamation des
Edits de l'Empereur : il y ajoute l'audace
d'avouer qu'il les connoît ; & malgré cela , il
confomme le délit & l'injure entamée avec un
éclat , des formes & des démonſtrations dont
on n'a d'idée nulle part , pour l'enterrement
d'un Soldat : comme s'il avoit eu deſſein de
chercher dans ces formes tout ce qui pouvoir
caractériſer davantage le fond de l'outrage & à
le rendre plus public & plus fenfible, Le
Gouvernement affecté autant que furpris d'une
conduite fi étrange , & également contraire au
Systême plein d'égards qu'il fuit dans toutes les
occafions vis -à-vis de la République , a dû aux
droits inconteftables de l'Empereur & à fa dignité
bleffée d'une maniere fi décidée & fi
choquante , la démarche de faire paffer fur une
partie du territoire de la République , un déta-.
chement deftiné à protéger l'exhumation du
Soldat enterrré & la reftitution du Cadavre
à la Garniſon du Fort dans le foffé duquel le
Cadavre a été jetté en préfence , & fous la
direction de l'Officier de Justice du lieu où la
Souveraineté de S. M. a été attaquée ; mais le
Gouvernement provoqué & forcé à cette démarche
par un fait prémédité , faillant & atroce
, qui vu fon caractere & fes circonstances
demandoit une repréfaille égale faite fur le
champ , connoit trop le fentiment de LL. HH .
PP. pour ne pas en attendre que , partant de
principe de l'aggreffion dirigée contre le Sou .
verain des Pays - Bas , Elles effaceront par une
fatisfaction prompte & fatisfaifante , que M.
le Baron de Reiſchach a déja demandé à la Haye ,
& dont le Miniftre - Plénipotentiaire de S. M.
aux Pays - Bas a également parlé à M. le Baron
?
( 44 )
-
de Hop ce que S. M. feroit dans le cas de
préfumer , ou ce qu'Elle feroit dans le cas d'attacher
à l'efprit & aux vues ou aux principes
d'une aggreffion véritablement hoftile. Le
Gouvernement defire d'autant plus cette fatisfac
tion de LL. HH. PP . qu'il ne fauroit diffimuler
, qu'il femble qu'on annonce de toutes
parts non -feulement peu d'égards & peu de
foins à ménager la fouveraineté de l'Empereur
, & à cultiver la bienveillance que S, M.
a toujours marquée à la République, mais même
du mépris pour fes droits inconteftables . — En
effet les Officiers Hollandois ont commis des
exploits de juftice fur le territoire de S. M.
On y a arrêté ou menacé d'y arrêter fes fujets ; ya
les Soldats & Bas- Officiers Hollandois y ont
paffé , repaffé , & s'y font maintenus , fans aucun
égard aux Edits tant de fois publiés , &
dont il a été parlé à M. le Baron de Hop ,
dans les cas très - fréquens , où des Soldats &
Bas-Officiers Hollandois ont été arrêtés à défaut
de permiffion : cas toujours accompagnés de
marque de complaifance de la part du Gou
vernement , & même de requifition de faire
avertir de la difpofition les Edits des Commandans
des Corps ou Régimens Hollandois.
Les droits de S. M. ceux qui du temps de
fon Augufte Mere , & dans tous les temps , ont
été déclarés être les fiens , avec intention &
réſolution manifeftée de les maintenir , n'ont
été ni reſpectés , ni confidérés , & l'ufurpation
a prévalu . On a commis & l'on commet des
actions en partie nouvelles ; on ne parvient pas
à applanir tant de difficultés fur l'objet defquelles
le bon droit appartient à S. M. les
plaintes demeurent quelquefois fans réponses ; les
( 45 )
réponses font lentes , déclinatoires , & en laiffant
fouvent les plaintes fans redreffement ,
Laiffent d'ailleurs auffi fouvent à defirer.
La fuite à l'ordinaire prochain.
"y
elles
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. ET AUTRES .
Suivant les dernieres Lettres de Conftantinople
, les Négociations de Paix n'ont pas encore
le fuccès défiré . On remarque que depuis
quelques femaines le Miniftre Britannique , y agit
de concert avec ceux des Cours Impériales . On
dit qu'il vient de déclarer récemment au Reis-
Effendi , que le Roi fon Maître fouhaiteroit que
le Sultan s'accommodât à l'amiable avec les
Cours Impériales , fans quoi la guerre éclateroit
immanquablement , & pourroit devenir trèsfunefte
à la Porte ; qu'une grande Cour avoit
auffi fait infiuer au Cabinet de Verfailles fur
fon deffein d'envoyer une efcadre dans l'Archipel
, qu'en ce cas la Ruffie prendroit d'autres
mefures dont les fuites ne cauleroient pas feu ,
lement la rupture des Négociations à Conftantinople
, mais allumeroient auffi la guerre qu'on
avoit la plus grande efpérance d'empêcher. Ces
Lettres ajoutent qu'il eft vrai que le Divan a
déclaré que la Loi de Mahomet exige de ne
rien céder fans y être forcé par le fort des armes
; que la Ruffie y a fait repliquer que la Crimée
ne dépendant que de fon Khan , il étoit
le maître de la céder à qui il vouloit , fans enfreindre
la Loi de Mahomet. Quant aux prétentions
de l'Autriche , on a repréfenté de fa
part que c'étoit de nouvelles acquifitions que la
Porte avoit faite fur elle , & que la Loi de Mahomet
n'avoit pas prononcé à ce sujet. Gazette
Amfterdam. N°. 92.
Il eft dit dans le Mémoire remis par la Cour
( 46 )
de Bruxelles à M. Hop , Miniftre des Etats Genéraux
, que les Forts de Saint-Donaes , de Saint-
Paul & de Saint- Job , ainfi que le Village de
Den- Doel font fitués dans les limites du Territoire
Autrichiens , fuivant le Réglement de
1664. On foutient en outre que la convention
du 22 Décembre 1718 n'a jamais eu d'exécution.
En voici les ftipulations que nous avons
tirées d'un Papier public , dont l'Auteur infatigable
, dans fes recherches , ne laiffe rien à défrer
à fes Lecteurs. » Comme il eft furvenus
des difficultés au fujet de l'article dix fept
du Traité de Barriere , qui regarde la sûreté des
Barrieres , & l'extenfion des Limites de L. H. P.
en Flandres , dont il pourroit réfulter des inconvéniens
qu'on fouhaite de part & d'autre de
prévenir , on eft convenu de ſubſtituer le préfent
article dix-fept. S. M. I. & C. agrée que
pour l'avenir les Limites des Etats - Généraux
en Flandres , commenceront à la mer au Nord-
Oueft du Fort Saint -Paul , à préfent démoli ; lequel
S. M. leur cede avec 10 verges de terrein
, de quatorze pieds la verge , autour de
l'avant-foffé du côté de l'Oueft & au Sud ... De
la lettre F on continuera le long de ladite ligne...
Sur la pointe de la redoute ou traverſe qui eft
fur la digue , au-delà des deux canaux de Sonte
& de Souti , marquée H , près du Fort de Saint-
Donaes , & que S. M. I. & C. cede en pleine
fouveraineté & propriété aux États- Généraux ,
de même que tout le terrein fitué au Nord de
la ligne marquée ci deffus ... Et pour la confervation
du Bas- Efcaut , & la communication
entre le Brabant & la Flandres des Etats- Généraux
, S. M. I. & C. cede en pleine & entiere
fouveraineté aux Etats-Généraux le Vil
lage & Polder de Doel , comme auffi les Pol(
47 )
ders de Sainte- Anne & Keteniffe , &c. ( Corps
Dipl . T. 8. Part . 1. pag. 552. ) Gazette d'Ůtrecht
, No. 92.
Il eft des Politiques qui prétendent que la
démarche de l'Empereur fur les Frontieres de
la Flandre Autrichienne a pour but principal
de mettre des Hollandois dans le cas de reclamer
la médiation de l'Angleterre , comme garante
dn Traité de Barriere , & de leur faire reprendre
leurs anciennes liaifons avec cette Puiffance .
Courier du Bas - Rhin , Nº. 93 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 );
PARLEMENT DE PARIS, GRAND CHAMBRE.
Caufe entre le fieur Peltier , Curé de Doué , dio
cèfe d'Angers , Et le fieur Blain , prétend ne
droit à la même Cure. Réplétion en matière
bénéficiale.
- vaqua le 20
Il s'agifloit de favoir fi le fieur Peltier ayant le
Brevet de régale d'un Canonicat , valant plus de
600 liv. devoit être de ce moment rempli , de
maniere à ne pouvoir , même avant d'avoir accepté
ce Bénéfice , en requérir un autre, qu'il étoit
dans le cas de préférer comme plus avantageux .
La Cure de Saint Pierre de Doué
Octobre 1782 , par le décès du titulaire. L'époque
de fa mort l'affuroit à un gradué . Les fieurs Peltier
& Blain avoient tous deux jetté leurs grades fur
le Chapitre de Doué , Collateur de la Cure ; mais,
le premier étoit parfaitement en regle ; le fecond
avoit oublié de réitérer , felon la loi , la fignifica
tion de fes grades au Carême 1782. Le fieur Peltier
fit le 29 Octobre an Chapitre la réquisition de
la Cure de Doué. Les Chanoines refuferent d'y
faire droit fous prétexte que s'agillant d'un Bé¬
( 48 )
néfice Cure , ils avoient le choix entre les gradués
; & le lendemain ils firent acte de préfentation
de la perfonne du fieur Blain , qui obtint des
provifions leter Novembre. Le fieur Peltier , fur
le refus du Chapitre de le nommer, fe retira par
devers les Vicaires-Généraux du Diocèſe d'Angers
, le Siége vacant , & en obtint le 3 , des provifions
. Les deux pouryus ayant tous deux pris
poffeffion , la complainte s'eft engagée en la Sénéchauffée
de Saumur. La Caufe plaidée à
Saumur , Sentence eft intervenue le 18 Janvier
1783 , qui a déclaré le fieur Peltier rempli , &
comme tel non - recevable a maintenu le fieur
Blain dans la poffeffion de la Cure conteſtée.
Appel en la Cour par le fieur Peltier . Arrêt qui
a inis l' Appellation & ce au néant ; émendant
a adjugé la Cure au fieur Peltier , & condamné le
fieur Blain à lui reftituer les fruits par lui perçus ,
& aux dépens.
PARLEMENT DE Douai Protêt.
Une lettre de change tirée de Lille fur Paris ,
à l'ordre du fieur Hurez a été proteftée le feptième
jour après l'échéance , parce que les trois .
jours fuivans étoient feriés ( c'étoient les fêtes de
Pentecôte ) . Le fieur Hurez a formé la demande
en remboursement contre les fieurs Rozet , Pinfon
& conipagnie , négocians de Lille. Sentence
des confuls de Lille qui condamne les fieurs
Rozet , Pinfon & compagnie à rembourler le
montant de la lettre de change avec intérêts ,
frais de protêt , change & rechange & aux dépens.
Appel au parlement de Flandres. →→→→ Arrêt
du 13 Août 1783 confirmatif,
(1) On fouferit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de 15 liv . par an , chez M, Mars ," Avocat , rue
Be Hôtel de Serpente,
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
DE
PETERSBOURG , le
31 Octobre.
N vient d'apprendre que le Prince de
Potemkin , qui commande les troupes
de l'Impératrice en Crimée , fe trouvant un
peu remis de fa maladie , s'étoit mis en route
pour revenir dans cette Capitale , où l'on
efpéroit qu'il acheveroit de fe rétablir ; mais
qu'il a éprouvé en chemin une rechute qui
met fes jours dans le plus grand danger.
Cette nouvelle a fenfiblement affecté l'Impératrice.
Le 21 de ce mois , l'Académie Impériale
des Sciences tint fon affemblée publique -annuelle
dans laquelle elle fit la diftribution
de fes Prix. Celui d'Aftronomie avoit pour objet
d'indiquer des raifons certaines , s'il en
exifte , au moyen defquelles on puiffe démontrer
l'uniformité du mouvement diurne de la
terre , & dans le cas où cette uniformité n'éxifte
& que la réfiftance de l'éther ou toute
caufe occafionne ce changement , quels font les
phénomenes qui en résultent , les moyens de
rectifier la meſure du temps , & d'avoir par-là
N°. 5o. 13 Décembre 1783 .
pas ,
C
( 50 )
un point de comparaison jufte entre cette mefure
dans les fiecles paffés & celle des fiecles
poftérieurs ? Ce Prix a été partagé entre deux
Mémoires latins , dont l'un a pour Auteur
M. Jean Fréderic Hennert Docteur en Philofophie
, Profeffeur de Mathématiques à l'Univerfité
d'Utrecht & l'autre , M. Paul Frifi ,.
Profeffeur de Mathématiques à Milan . Le Prix
de Méchanique , dont le fujet étoit d'expoſer la
Théorie des Machines que fait mouvoir la force
du feu ou des vapeurs de l'eau , a été adjugé
à M. Sébastien Maillard , Capitaine en fecond
au Corps du Génie de S. M. I. & R. , Profeffeur
de Fortifications à l'Académie Impériale -
des Ingénieurs à Vienne.
Le 22 de ce mois , le célebre Muller eft
mort à Moscou , âgé de 78 ans : il étoit Confeiller
d'Etat effectif , Hiftoriographe des Archives
du College des affaires étrangeres ,
membre de l'Académie Impériale , & de
plufieurs Académies étrangeres , Chevalier
de l'Ordre de S. Wladimir , de la troifieme
Claffe .
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 2 Novembre.
Les négociations entre le Comte d'Unruhe
& le Général d'Eglofſtein , qui avoient
été interrompues pendant quelque tems ,
viennent d'être renouées , & on s'en promet
une iffue plus heureufe que ne l'a été celle
des précédentes. Les lettres de Dantzick
portent que les denrées y renchériffent prodigieufement.
( 51 )
La pefte fait toujours des ravages dans
plufieurs parties de la Turquie Européenne ;
les précautions prifes fur toutes les frontieres
, pour empêcher le fleau de s'étendre ,
font de la peine aux Ottomans , qui defireroient
que l'on rouvrît la
communication .
On écrit de Hongrie , qu'un d'eux , affis fur
le rivage , près de Rama, criait dernierement
à des habitans Tuj- Palanka , qui étoient de
l'autre côté du fleuve : Eh ! bon jour , Meffieurs
, pourquoi ne venez-vous plus ici ! Vous
dites que les maladies regnent parmi nous ;
eft - ce que vous n'étes jamais malades?
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 20 Novembre.
Le Comte de Rzewusky , Major- Général
des armées de l'Empereur , a prêté ferment
le 2 de ce mois , en préfence du Prince Czartorizky
, entre les mains du Grand- Maître
Prince de Stahremberg , pour la place de
Capitaine - Lieutenant de la Garde - Noble
de Gallicie.
On affure que le mariage de l'Archiduc
de Tofcane avec la Princeffe Elifabeth de
Wurtemberg , fera déclaré au Printemps
prochain , & qu'à cette époque ce Prince
viendra ici avec le Grand- Duc & la Grande-
Ducheffe de Tofcane.
Les
enrôlemens ne ceffent pas encore ici ,
ni dans tous les états foumis à la domina-
-
b 2
( 52 )
tion de l'Empereur. Cette capitale doit fournir
4800 recrues avant la fin du mois de Février
prochain. Suivant un calcul qu'on a
fait , les préparatifs de guerre ont coûté jufqu'à
la fin de Septembre dernier , 22 millions
de florins.
On dit que le Prince Charles de Lichtenf
tein eft chargé d'une commiffion particuliere
auprès de plufieurs Princes d'Italie , &
d'une autre auprès du Roi de Suede , avec
lequel il doit s'aboucher dans fon voyage.
Le 2 de ce mois il lui a été expédié un courrier
, avec ordre de le joindre le plutôt poífible.
DE HAMBOURG , le 21 Novembre.
On eft encore dans la même incertitude
fur l'iffue des démêlés entre la Ruffie & la
Porte , fur les difpofitions de l'Empereur.
Nos papiers ne nous entretiennent depuis
quelque temps que du Congrès qu'ils difent
devoir fe tenir à Semlin , des préparatifs formidables
qui fe font partout , & des apparences
d'une guerre prochaine.
Quoique les Négociations de paix avec la
Porte Ottomane , lit - on dans une Lettre de
Vienne , continuent avec la même activité , par
la médiation de la France , on doute toujours
de leurs fuccès . Cependant on affure que la
Porte confent à nous céder Belgrade , la rive
gauche du Danube , & une partie de la Walachie
, en y joignant une fomme de cinq millions
de florins pour fervir de dédommagemens de
-nos préparatifs ; mais elle demande en revanche
( 537 ))
que l'on lui garantifle routes les autres poffeffions
en Europe, En attendant , nos apprêts ne fe
ralentiffent point ; les enrôlemens fe font ici &.
par-tout avec la plus grande rigueur ; nos Pêcheurs
& nos Bateliers ont été mandés ces jours
derniers au Bureau de la Marine ; on dit qu'on
en enverra une partie pour fervir aux tranſports
par eau. On prétend auffi qu'on donnera à nos
troupes les fufils d'une nouvelle invention , qui
tirent vingt-cinq coups par minute , & dont les
épreuves ont été faites & ont réuffi .
On affure que l'Impératrice de Ruffie a
fait demander à la Porte , par fon Miniftre à.
Conftantinople , qu'elle déclare enfin fon
opinion fur l'occupation de la Crimée , &
qu'elle lui donne 60 jours pour faire une réponſe
décifive , en lui déclarant furtout , que
fi elle tarde , elle emploiera les moyens
qu'elle a en fon pouvoir pour la forcer à la
faire. Si cette notification a été faite , il n'eft.
pas douteux que bientôt on ne fache à quoi
s'en tenir fur la guerre ou la paix ; on s'attend
que la Porte fera embarraffée. La guer
re eft inévitable , fi elle déclare qu'elle ne
peut confentir à laiffer la Crimée entre les
mains de la Ruffie; & alors on regarardera
ce refus comme une attaque , & on réclamera
les fecours ftipulés dans le traité d'al-
Hance avec l'Empereur ; fon filence pourra
être vu du même oeil.
» Avant la féparation du dernier Divan , liton
dans une Lettre de Conftantinople , le Grand-
Vifir annonça qu'il avoit préparé un Contre-
Manifefte pour réfuter celui que la Cour de
b 3
( 54 )
Ruffie a publié au fujet de la Crimée , & qu'il
le feroit paroître inceffamment . Quant à cette
prefqu'Ille même, on n'en reçoit plus de nouvelles
directes ; & ce qui n'en tranfpire ne nous parvient
que par de petits Bâtimens qui arrivent de temps
à autre à Conftantinople . Quelques Paffagers ,
qu'on dit dignes de foi , affurent qu'il s'en faut de
beaucoup que les affaires de cette prefqu'Ifle
foient dans une pofition auffi avantageufe & auffi
foriffante que l'annonce le Manifefte du Mi - ¡
niftere Ruffe ; qu'elle eft abfolument dénuée de
vivres & de bétail ; que la difette y eft même
fi grande que les Ruffes qui fe trouvent dans
le pays font réduits à tirer leur approvifionnemens
de la Pologne ; que les bêtes à corne &'
à laine y font fi rares qu'on voyage quelquefois
de puis le matin jufqu'au foir fans rencontrer une
feule brebis ; que des hordes nombreufes de
Tartares abandonnent leur Patrie pour s'établir
ailleurs ; tellement qu'aulieu de 300,000 habitans
qui peuploient naguere la Crimée on y
en trouveroit actuellement à peine 10,000 , dès
qu'on excepte du total ceux qui , en très- petite®
quantité même , occupent le peu de Villes
dont cette prefqu'Ifle eft garnie ; enfin , fi l'on
peut ajouter foi aux récits de ces Paffagers , la Crimée
, jadis fi peuplée & fi fertile , n'eſt plus qu'un
défert vafte & aride , dont la Ruffie ne pourra
tirer que des avantages peu confidérables .
S'il faut en croire quelques gazettes , il y.
a de la divifion entre le Grand -Vifir & le
Capitan Bacha ; le dernier veut la guerre , &
le premier , mieux inftruit de la fituation de
l'Empire Ottoman , defire la paix : l'un , qui
eft hardi , entreprenant jufqu'à la témérité ,
compte fur fa flotte, & youdroi tl'employer ;
( 55 )
f'autre ne compte pas autant fur l'armée , &
ne cherche à temporifer que pour éviter une
rupture , ou pour l'éloigner du moins autant
de tems qu'on ena befoin , pour être bien préparé
aux événemens .
La nouvelle qui s'étoit répandue , qu'il
étoit arrivédes changemens dans le Miniſtere
Ottoman, paroît fe confirmer par des lettres
de Conftantinople , qui portent que le Kiaja-
Bey , ou Lieutenant du Grand- Vifir , a été
dépofé ; le Hazinc- Keajafi , ou tréforier du
Serrail , a été envoié au gouvernement
d'In- Bahti , près de la Morée , & ils font
remplacés , le premier par le Reis -Effendi ,
Haire- Mehemed ; & le fecond , par Muftapha
, célèbre par fes malheurs. Selon les
mêmes lettres , l'Ambaffadeur d'Angleterre
a offert la médiation de fon maître , pour
l'arrangement de la querelle avec la Ruffie ;
mais le Divan préféreroit celle de la Cour de
France , moins fufpecte de partialité pour la
Ruffie . Une des femmes du Grand- Seigneur
eft encore accouchée d'un Prince , qui a été :
nommé Sultan Murad.
Depuis quelques jours , écrit - on de Sthokholm ; *
la Banque a jugé néceffaire de mettre elle -même
du papier en circulation , & de vendre des lettres
de change on en a été alarmé , & l'on a craint
des opérations plus dangereufes encore . Cependant
celle- ci n'a été que la fute inévitable d'us'
moment d'activité trop grande peut- être , que la
guerre entre les Puiffances maritimes de l'Europe
avoit caufée dans le commerce de ce royaume.
En Danemarck on a éprouvé la même variation
b
4
( 56 )
d'ane vigueur momentanée du commerce & de
la difette du numéraire , avec tous les embarras
qui en résultent. Pendant la guerre , les frets nombreux
& les exportations confidérables avoient
ouvert pour la Suede des reffources abondantes &
inattendues. Les Finlandois fur- tout tirerent pour
de groffes femmes , tant fur la France que fur
l'Angleterre , La balance fut donc extrêmement en
notre faveur ; & , par une fuite naturelle , le change
baiffa ici l'année derniere à un taux qu'on l'a rarement
vu mais , avec la guerre , les frets des
bâtimens Suédois ont ceffé , & la navigation a
prefque repris fon ancien cours : le papier tiré fur
J'Etranger , a diminué à proportion ; & avec la
diminution , le cours du change a hauffé. On s'attendoit
néanmoins à le voir baiffer enfaite , furtout
lorfqu'il faudroit payer les dernieres cargai
fons apportées de l'Inde , & achetées par l'Etranger
, pour la plus grande partie : mais on a été
trompé dans cet efpoir , après la nouvelle qu'on a
reçue de la faillite de la Maifon de Lindegreen
à Londres , à la charge de laquelle deux de nos
maifons de commerce avoient feulement une
créance de 120 mille rixdalers ; & l'on craignit
que cette banqueroute ne causát un contre- coup
ailleurs. Commeles deux Maiſons dont nous venons
de parler , & qui font ici des plus confidérables ,
fe font trouvées par là hors d'état de continuer
à tirer, & que les lettres de change d'une troifieme ,
font attendues avec protêt , on n'avoit que trop
lieu de prévoir que le manque de papier fur
'Etranget feroit monter encore davantage le cours
du change , & qu'ainfi l'on courroit rifque de voir
envoyer les efpeces hors du royaume . Cette confidération
a porté la Banque à faire elle - même des
billets tout d'un coup pour 150 mille rixdalers .
L'opération a d'abord eu de l'effet , & le cours,
-
( 37 )
du change a baiffé , particulierement fur la Hollande.
Čependant , comme l'exportation du fer
eft beaucoup au - deffous de l'attente , & qu'au
contraire l'importation des grains eſt très -forte
tant pour la consommation ordinaire que pour les
brafferies d'eau - de- vie , on penſe que la Banque ,
malgré toute fa bonne volonté , ne fera pas à même
de tenir le change auffi bas que l'intérêt de l'Etat
l'exigeroit.
On a ici une lifte des troupes Allemandes
qui ont été au ſervice de l'Angleterre , pendant
la guerre d'Amérique , qui ont débar
qué à leur retour fur le Wefer & fur l'Elbe.
Suivant cette lifte , celles de Heffe - Caffel
montent à 3511 hommes , celles de Heffe- Hanau
à 1441 , celles de Brunſwick à 2408 , celles d'Anf
pach à 1183 ; celles d'Anhalt - Zerbſt à 984 , &
celles de Waldeck à 505 : total 12132 hommes. On
n'attend le refte des troupes Heffoifes qu'au prin
tems prochain. En vertu du traité que le Lands
grave a fait avec la Grande- Bretagne , fur lequel
font calqués ceux pour la livraiſon de la même
marchandiſe avec d'autres Princes de l'Empire ,
le. Landgrave doit tirer encore une année le fubfide
annuel qu'on lui a promis ; il eft ftipulé
pofitivement , dans fon traité fait en 1776 , que
Ï'Angleterre donnera avis au Landgrave , un an
auparavant , qu'elle n'a plus. befoin de les troupes
; mais que cet avis ne fortira fon effet qu'au
tems où les troupes feront rentrées fur le terris ,
toire de Heffe. Le fubfide annuel monte à 450,000.
écus , argent.de banque , qui font 2,250,000 liv.
tournois. Outre cela , le Landgrave a tiré , pour
chacun des 12,000 fantaffins , fans compter les
chaffeurs & les canonniers , 30 écus , de banque ;
& il a été ftipulé en outre , qu'il en feroit payé
bs
( 58 )
autant pour chacun de ceux qu'on ne fui rendroit
pas. Quant aux bleffés , trois feront compt's pour
un mort. Le transport s'eft fait aux frais de
l'Angleterre ; les troupes ont reçu la folde Britannique
, & les lettres ont dû étre franches de
port..
Il a paru dans plufieurs papiers publics
une lifte des propofitions faites par le Général
d'Eglofftein à la ville de Dantzick. On
écrit de Berlin qu'elles ont été préſentées
d'une maniere peu exacte , & on les rectifie
ainfi.
« Ces propofitions fe renfermoient dans les .
cinq points fuivants : 1 ° . que la ville feroit une
députation au Roi , fans déterminer ni la maniere
ni l'endroit ; 2°. qu'elle accorderoit le libre paffage
à toutes les marchandifes par terre & par eau que
les ( ujets du Roi pourroient tranſporter d'une partie
de fes Etats à l'autre , en payant par terre à
la ville les droits ufités ; 3 °. que la ville laifferoit ,
librement paffer les bâtimens & effets munis de
paffe-ports , qui feront fignés par le Roi même
ou fon Miniftre du Cabinet , en payant également
les droits ufités , 4 ° . que la ville de Dantzick
ayant promis au Roi , par une convention conclue
en 1771 , de n'admettre de fujets Pruffiens , que
ceux qui feroient munis de la permiſſion des Régences
Pruffiennes , cette convention feroit auffi
étendue à la Pruffe occidentale , depuis peu ac- ·
quife , pour empêcher la dépopulation de cette
province ; 5°. le Roi n'a demandé jufqu'ici à la:
ville de Dantzick aucune indemniſation des frais
ccafionnés par cette affaire ».
ESPAGNE.
DE MADRID , le 10 Novembre.
On écrit de Cadix , que les deux Minif(
59 )
tres des Indes & de la Marine ayant examiné
attentivement l'affaire du Marquis de
Solano , il a été remis en liberté , & to tes
les recherches ultérieures fur fa conduite ont'
été fufpendues ; il n'en a pas été de même ,
relativement au Marquis de Cagigal , qui
non -feulement eft toujours arrêté dans le
château de Sainte Catherine , mais dont on a
encore refferré la prifon. On parle de bien,
des manieres différentes des imputations
qu'on lui fait ; on croit qu'il reftera prifonnier
jufqu'à l'arrivée de M. Miranda , qui de
la Havane a paffé à Philadelphie.
}
Selon les mêmes lettres , le bruit s'étoit
répandu à Cadix , que le Gouverneur de
Ceuta avoit été arrêté par ordre fuprême ;
on difoit généralement , que cette détention
étoit en conféquence de diverfes plaintes
portées par les Capitaines de plufieurs bâtimens
neutres , qui ont été obligés de payer
la protection qui étoit accordée à tous pendant
la derniere guerre.
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 2 Décembre.
Les affaires de l'Inde abforbent actuellement
toute l'attention ; & elles font le feu
objet intéreffant qu'elles offrent à préfent à
la curiofité. Les dépêches dont la Compagnie
des Indes avoit aonné le précis le 24 de ce
mois , ont été publiées le lendemain par
extrait. Comme ce font les feules nouvelles
сб
( 60 )
de l'Inde , que nous avons depuis long- tems,
nous placerons ici les détails, en en retranchant ,
feulement ce qui ne feroit qu'une répétition
de ceux qu'on a déjà vu , & en prenant ceux
qui peuvent éclaircir le précis qu'on en a
donné. La premiere de ces dépêches eſt du
Préfident du Committé choifi de Bombay
en date du 27 Juin.
» Notre derniere Lettre avoit laiffé le Géné
néral Mathews en poffeffion d Onore avec toutes
Les forces réunies , & l'ordre pofitif de faire une
tentative immédiate fur la ville de Bednore >
dans le cas où l'avis que nous venions de recevoir
de la mort d'Hyder- Aly feroit fondé ; il
s'étoit porté en conféquence fur Gundapore , qu'il
foumit après une foible réfiftance ; de-là il avoit
représenté que fon armée n'étoit pas en état de
rien tenter fur Bednore ; que pourtant il hafarderoit
. Sa Lettre étoit du 19 Janvier ; nous la
reçumes le 8 Février. Sur fes repréfentations ,
nous laiffames , quoique avec rêpugnance , à fa
difcrétion de différer la tentative . Mais elle avoit
été faite avant que notre Lettre lui parvint . Nous
reçûmes cette nouvelle d'ailleurs. Nous attendions
fa relation avec d'autant plus d'impatience ,
que nous apprenions quil avoit été conclu un
Traité d'une espece particuliere avec Hyat-Saïb ,
Gouverneur de Bednare fous Hyder , & qu'il
en confervoit le gouvernement avec une autorité
prefque égale à celle dont il jouiffoit avant que
nous en fuffions maîtres . Cette relation n'arriva
point ; plufieurs Officiers qui quitterent l'armée
ne nous apporterent rien du Général , & nous
remirent des Mémoires fur les motifs qui la leur
avoient fait quitter, Mungalore capitula le.
Mars d'autres Forts furent pris à une dif
2
( 61 )
tance confidérable , à l'Eft de Bednore. La premiere
Lettre que nous reçumes du Général étoit
du 4 Mars... ( ici l'on donne un précis de cette
Lettre ; elle ne contenoit que des plaintes graves ,
peu ménagées , contre toute l'armée , mais rien
n'étoit fpécifié . Les Colonels Macleod & Humberfton
, fur qui tomboient en général ces plaintes
, fe juftifierent , & comme le Confeil ne
trouvoit dans cette Lettre aucun détail fur Bednore
il fut obligé d'en demander au Colonel qui
lui remit le Journal qu'il en avoit tenu avec
le Colonel Humberton... ) Nous fommes informés
, continue le Confeil , que le Général,
après avoir pris poffeffion de Bednore , fit arrêter
Hyat Saib , malgré la Capitulation , ce
qui eut de fâcheufes fuites par l'alarme & l'impreffion
qui résulterent de ce procédé. Qu'on
avoit trouvé de grands tréfors , montant à quatre
lacs & au- de-là , outre quantité de bijoux qui
furent dabord montrés aux Officiers par le Général
, & déclarés appartenir à l'armée , mais le
Général & Hyat- Saib ayant traité ensemble , l'ar-.
mée apprit avec furprife que ce dernier avoit
reclamé , comme fa propriété , cet argent qui
appartenoit indubitablement au Gouvernement;
& que celui-là l'avoit rendu. Le Colonel Ma
cleod étoit alors en détachement ; mais cette
affaire ayant renouvellé d'anciens mécontentemens
& des foupçons qu'on avoit déjà eus à
Onore , quelques uns des principaux Officiers,
furent préfentés à Hyat-Saib par le Genéral ,
qui obtint de lui qu'il donneroit à l'armée un
demi lac de pagodes. Convaincus que le
fervice ne pouvoit profpérer dans les mains du
Général , & que notre devoir ne nous permettoit
plus de lui conferver le commandement de l'ar
mée dans le pays de Bednore , nous nommâmes
( 62 )
le Colonel Macleod pour le remplacer. Nous
engageames le Colonel Humberton & le Major
Shaw à rejoindre avec lui l'armée. Le
-
17 Mars nous reçumes avis que la Paix étoit
fignée avec les Marattes . Elle fut proclamée à
Bombay. Le 5 Avril le Colonel Macleod
partit pour l'armée à bord du Ranger. Le
18 , nous apprimes par un Lafcar que la Flotte
Maratte aveit attaqué & pris ce Bâtiment , &
Favoit conduit à Geriah - Nous fumes dans les'
plus vives inquiétudes fur le fort du Colonel .
Macleod jufqu'au 23 Mai que nous en reçumes
une Lettre , dans laquelle il donne les détails
du comba ; il y avoit été bleffé ainfi que M. Humberfton
, mort depuis ... ( les détails de ce combat
, le refus qu'en fit le Peshwa de punir l'auteur
de cet acte d'hoftilité , l'accueil diſtingué
qu'il reçut au contraire rempliffent ce paragraphe...
) Pendant ce temps les affaires prenoient
un mauvais tour . On avoit appris de Madraff ,
par une Lettre du 12 Mars que Tipofaib avoit
renvoyé du Carnate une partie de fon armée
qu'il fe préparoit à la fuivre pour recouvrer le
pay de Bednore . Le Général Mathew envoyoit
des avis répétés de fon approche , & demandoit
des renforts. Le 20 Mars il écrivit de Munga→
lore qu'il y avoit so, ooo hommes avec 25 pieces
de canons , s'approchant de Bednore , & qu'il
partiroit le jour fuivant pour cette Place , quoiqu'il
n'eût que 1200 Sypais , 400 Européens &
5 canons pour fe mefurer avec l'ennemi. Le 27 ,
il marquoit qu'une plus grande armée s'avançoit
, & il demandoit du fecours Sa derniere Lettre
, du 1 Avril , annonçoit que Tipotaib , avec
1ooo François , 12000 chevaux , & une infanterie
proportionnée , toit à 45 milles . Le Capitaine
Mathew , frene du Général , nous écrivit
( 63 )
eu quelque avan- que nos troupes avoient
tage dans une petite action . Cet avis fut bientôt
fuivi de celui de la perte de deux poftes
établis par le Général , dont un coupoit la.
communication entre Bednore & ia côte de la
mer. Le principal , qu'on difoit très -fort , avoit
fait peu de défenfe . Les fugitifs porterent une
terreur fi vive à Cundapore , qu'elle y mit le plus
grand défordre . On ne fongea qu'à s'éloigner , on
brûla les Magafins , on encloua partie du canon ,
on laiffa l'autre au fervice de l'ennemi. Partie
de la Garniſon ſe refugia à Onore , où la prudence
& la fermeté du Capitaine Torriano qui
y commandoit , préſerva la fienne de la contagion
de la peur.
> On apprit enfuite la perte de Bednore
où le général & la partie de l'armée à ſes or-›
dres furent faits prifonniers. Les détails que
nous en avons nous viennent du Major Campbell.
L'Intrépide , écrivoit -il le 12 Mai , avoit
mis à la voile , quand un Sypaye arrivé de :
Bednore nous a appris que le Général après avoir :
employé fix jours à dreffer les actes de fa capitulation
, fortit le 3 de ce mois avec fa garnifon
, & les honneurs de la guerre ; mais comme
on le devait attendre d'un ennemi qui garde
rarement fa foi , cette brave & malheureufe
garni on ne fut pas plutôt fortie , qu'elle:
fut entourée par des troupes à pied & à cheval
qui la forcerent à quitter fes armes , & qui
la tiennent encore prifonniere. On dit que quand
le fort s'eft rendu , il y avoit encore quantité
de provifions & d'eau . Une confolation pour
nous dans cette infortune , eft la nouvelle de la
paix que nous recevons. Il y a encore une
force refpectable á Corwar , à Onøre , & à Mun •
galore; nous craignons pour la sûreté d'Qnore ,
-
( 64 )
fi elle eft attaquée vigoureufement , mais nous
comptons fur la défenfe que peuvent faire les
deux autres places.
Nous nous flatons encore d'obtenir un fecours
d'argent , & un renfort d'Européens , de renouveller
& de continuer une puiffante diverfion
fur cette côte ( Malabar ) contreles dominations
de Tipofaib. La Paix en Europe & avec les
Marattes , met cette Préfidence en état d'agir
efficacement. - Nous n'avons pas appris que la
Flotte Françoiſe ait fait de prife importante depuis
celle du Blanford & du Coventry.
-
La feconde Lettre eft d'Anjengo , 1e19 Juillet
, & écrite par M. Hutchinſon .
Le Préfident de Bombay ayant ordonné au
Commandant de la Vipere , chargé de fes dépêches
, de paffer ici en allant à Baffora , je faifis
cette occafion de vous donner les dernieres nouvelles
du Carnate . Le Général Stuart , avec une
puiffante armée , étoit devant Cuddalore , lorsqu'il
a reçu la nouvelle de la Paix. En conféquence , on
a ceffé les hoftilités. Il y a apparence qu'il auroit
pris la place , puiſqu'il avoit déja forcé les lignes
& pris les redoutes ennemies ; mais cet avantage
a coûté une perte fenfible aux forces Britanniques.
Il n'y a pas moins de 616 Européens , 356 Cipayes
tués , bleffés ou prifonniers. Le 20 ou vers ce
temps , il y a eu un combat entre les flottes Françaifes
& Britanniques ; je n'apprends pas qu'il y
ait été porté aucun coup décifif de part ou d'autre.
M. de Suffren eft retourné à Cuddalore ; & on fup
pofe que Sir Edouard Hughes a pris la route de
Madraff ; on dit qu'il manque d'eau , & que fes
équipages font très - malades. L'armée du fud
qui agit dans le Carnate , a fait une irruption dans
le pays de Coimbator , & foumis Caroor & Dindegul
; le Colonel Lang qui la commandoit,
( 65 )
ayant été rappellé & remplacé par leColonel Fullarton
, celui- ci a pouffé jufqu'à Darampore qui
s'eft rendu le 1er. de ce mois ; delà il s'étoit
avancé & n'étoit plus qu'à 6 jours de marche de
Paliagacherry, quand un ordre du Général Stuart
l'a rappellé à Cuddalore; il eft retourné dans le pays
de Coimbatore avec un puiſſant renfort. -On
n'a point de nouvelles de la flotte attendue d'Europe
, & qu'on dit être partie en Janvier dernier.
On ne parle point dans ces dépêches de
T'Amiral Parker ; il partit d'ici peu de jours
après le Bristol , dont les mêmes lettres nous
annoncent l'arrivée à Madraff. Il paroît qu'il
a éprouvé bien des contrariétés dans fa route.
Dans ce moment l'attention générale eft
tournée toute entiere fur les affaires de la
Compagnie , qui fe regarde dans ce moment
comme dans une efpece de crife , qui
lui fait craindre pour fon fort. On en peut
juger par la requête qu'elle a préfentée au
Parlement contre le bill propofé par M. Fox
pour en changer le régime.
Elle prétend que ce Bill détruit la conftitu
tion & viole entiérement les droits & les privileges
accordés fur de graves & précieuſes confidérations
par une charte, & confirmés par divers
actes du Parlement , qu'il opere prefque une con.
fifcation totale de la propriété des Actionnaires ,
en autorisant certains Commiffaires qui doivent
y. être nommés , à faifir & à prendre poffeffion
de toutes les Terres , Fermes Maifons , Man
gafins & autres Bâtimens , des Livres , Mémoires
, Lettres , & autres papiers , des Vaiffeaux
, Marchandifes , argent , obligations & autres
effets leur appartenant , & à en difpofer felon
2
( 66 )
leur bonne volonté & leur plaifir ; cela fans char
ger les requérans d'aucun manquement décifif ,
ou établir fur quoi ils ont perdu leurs droits & leurs
privileges , & leur propriété peut être faifie ; pro-.
cédé contraire aux privileges des Sujets Britanniques
, qui ne peuvent être jugés , fans être convaincus
d'une accufation grave auparavant ; ils
demandent en conféquence le rappel de cet Acte
alarmant.
Sir Henri Fletcher , qui avoit préfenté cette
requête , en demanda le 25 la premiere lecture.
Il fit deux obfervations qui venoient à l'appui de
la demande de la Compagnie. La premiere rappelloit
qu'un acte fpécial fixoit à quatre ans, le
temps que les Directeurs devoient garder leurs
places , dont ils ne pouvoient être dépouillés à
moins qu'on ne leur fit leur procès ; la feconde
rouloit fur le tableau peu exact que le Miniftre
avoit fait de fes finances , puifqu'elle affuroit que ,
pour rétablir les affaires , elle n'avoit befoin que
d'un fecours modéré. Il demanda enfuite que la
requête reftât fur le Bureau jufqu'à la feconde
leure du Bill . M. Fox fe leva en déclarant qu'il
ne s'oppofoit point à cette motion ; mais , ajoutat-
il , comme cette requête affure que j'ai été mal
informé fur l'état des Finances de la Compagnie ;
je crois devoir obferver que quand j'ai dit qu'elle
devoit 8,000,000 fterlings , j'ai été mal entendu ,
fi l'on a compris que je voulois dire par-là qu'elle
étoit en banqueroute effective de 8,000,000 fterlings
, ou que fa dette étoit de 8,000,000 au - delà
de ce qu'elle pouvoit payer. - Il eft à craindre .
que cette fois M. Fox ne trouve encore qu'il ait
été mal entendu , & que ceci ne foit pris , contre
fon intention peut-être , pour une véritable
rétractation. M. W. Pitt , qui avoit été au nombre
de ceux qui avoient compris d'abord que la Com
( 67 )
pagnie des Indes faifoit banqueroute , prit acte du
délaveu public d'un fait qui avoit été avancé pu- ;
bliquement.
Le lendemain 26 , M. Fox préfenta fon fecond
Bill pour mieux régler les établiffements de la
Compagnie ; comme il eft fort étendu , on n'en
lut que le difpofitif qui entraîna un temps confidérable.
Sir Edouard Aftley fit enfuite quelques
obfervations qui regardoient toutes le premier
Bill , & qui ne tomboient aucunement fur celui
dont on s'occupoit. M. Fox l'avertit qu'il les con
fondoit ; & s'adreffant à la Chambre : » quelle
que foit , dit-il , la deftinée du premier Bill , elle
ne doit point influer fur celle du fecond : il y a
long temps qu'on fe plaint du défordre de l'adminiftration
de la Compagnie , & que l'on convient
de la néceffité d'un réglement qui y remédie ; on
s'eft plaint de la négligence des Miniftres à cet
égard ; on m'en a reproché à moi-même ; mais
cette affaire importante demandoit des méditations
, j'en étois occupé quand on m'acccufoit de
P'oublier ; j'en préfente aujourd'hui le réfultat ;
c'eft à la légiflation à le juger , il eft abfolument
indépendant de mon premier travail ; il peut-être
adopté , quand même on rejetteroit l'autre . Les
Directeurs actuels , fi l'on veut les conferver , ou
les nouveaux Commiffaires , fi l'on approuve le
nouveau changement de régime que j'ai propofé ,
peuvent également en exécuter les difpofitions.
M. W. Pitt obferva qu'il étoit impoffible de juger
ce Bill fans le connoitre , que chaque Membre
devoit le lire & le méditer. Il fut en conféquence
arrêté qu'il feroit imprimé , & qu'on en feroit la
feconde lecture le 2 Décembre.
--
Tout cela avoit préparé à des débats trèsvifs
& très animés pour la feconde lecture
du premier de ces bills , Elle eut lieù le 27 ;1
( 68 ) +
& ils furent en effet auffi chauds qu'on s'y
attendoit ; on comptoit fur des oppofitions
vigoureufes ; & d'après ce qui s'étoit paffe ,
les mesures qu'on avoit prifes , on croyoit
que les dernieres l'emporteroient. La féance,
fut très - longue , puifque la Chambre reſta
affemblée toute la nuit , & ne fe fépara que
le lendemain 28 à 4 heures du matin ; le
triomphe de M. Fox fut de 229 voix contre
110 , ce qui fait une majorité de 119 en fa
faveur. Parmi les détails intéreffans de cette
féance , nous rapporterons ceux- ci.
?
Le Confeil de la Compagnie des Indes ayant
été appellé pour être entendu , commença à parler
à 4 heures , & ne finit qu'à 7 heures & demie.
Quantité de voix s'éleverent auffi- tôt pour le récrier
contre l'injuftice du bill ; M. Fox en
répondant à fon tour , expofa d'abord que l'ufage
des Miniftres , en temps de guerre , eft d'exagé
rer l'embonpoint & la force des grands corps :
leur intention n'eft pas précisément d'en impofer
à la nation , mais d'empêcher que les ennemis.
n'acquierent des connoiffances de leur état de
foibleffe. La paix , ajouta-t - il après cet aveu précieux
, le difpenfoit d'ufer de cette politique ; il
n'y avoit point d'inconvénient à expoſer au grand
jour le véritable état de la Compagnie ; les comptes
qu'elle avoit préfentés offroient quantité d'articles
qui auroient dû être omis , & en omettoient
quantité d'autres qu'il eût fallu y inférer. De cet
arrangement remarquable d'omiffions & d'infertions
, réfultoit une aifance apparente ; peu d'obfervations
alloient le démontrer. D'abord , la
Compagnie mettoit au nombre des objets qui
lui étoient dus , 4,200,000 liv. fterl. qu'elle avoit
( 69 )
prêtés au Gouvernement ; mais elle omettoit
que , felon les conditions de cet emprunt , le
Gouvernement ne devoit les rendre que dans le
cas où il lui ôteroit fon privilege exclufif , ce
qui n'étoit pas fon intention. Si ce privilege
ceffoit fans la faute du Gouvernement , elle ne
pouvoit réclamer cette dette , Elle porte
encore en compte 260,687 liv . fterl . dus pour la
fubfiftance des prifonniers pendant la guerre précédente.
Depuis 1763 , on les réclame inutilement
en France , où l'on refuſe toujours de les
payer : on négocie encore fur cet objet ; mais ,
quelque zele qu'on y mette , c'eſt un rembourfement
dont on ne peut répondre , & une sûreté
-qui ne fatisfera pas fes créanciers. A cette
fomme elle en joint une autre de 139,877 liv.
fterlings pour l'expédition de Manille , &c . qu'elle
réclame du Gouvernement , qui a payé ce qui
étoit jufte , qui n'a pas cru devoir payer , & qui
ne payera point ceci .
--
-10
On porte encore en actif 280,575 liv. fter';
montant de billets payés par la Compagnie
& qu'elle remettra fur la place ; ce qui redeviendra
alors un article paffif. Il y a un autre article
de 552,250 liv. fterl. pour la vente de marchandifes
qu'elle n'a pas livrées ; & ces marchandifes
font auffi portées en actif dans un autre endroit
, ce qui fait un double emploi. L'état
des différents objets qu'on lui doit dans l'Inde
eft terminé par cette obſervation finguliere « La
guerre du Carnate retardera le paiement de ces
dettes , & elle rend celui de plufieurs fi précaire
, qu'il eft impoffible d'en fixer la valeur ;
mais il eft certain qu'elles font légitimement dues
à la Compagnie ». On pourroit lui dire qu'on
ne conteſte pas leur légitimité , mais leur sûreté ,
& qu'elle convient elle- même qu'elles n'en ont
pas.
( 70 )
2
Hier , les bills de M. Fox donnerent lieu à
de nouveaux débats , conformément à la délibération
de Jeudi dernier ; le fecond doit être lu
aujourd'hui ; en conféquence il fit une motion
pour que la Chambre fe formât en Comité ; &
cette motion réveilla les oppofitions auxquelles
M. Powis donna le fignal par un difcours qui
en occafionna quantité d'autres. M. Burke défendit
ce bill & le précédent , qu'on accufe également
de violer les propriétés , comme fi la fouveraineté
pouvoit en être une ; fi elle ne devoit pas
être toujours un dépôt qu'on confie & qu'on
retire , felon que , l'exige le bonheur de ceux
qui y font foumis . L'importance & l'étendue des
poffeffions britanniques dans l'Inde permettentelles
d'en laiffer le gouvernement à des Marchands?
Elles contiennent 200,081 milles quarrés ,
fur le quels vivent plus de 30,000,000 d'ames.
M. Burke prétendit que la Compagnie n'avoit
jamais fait un traité qu'elle n'eût violé ; que les
Princes de l'Irdoftan la regardoient comme une
fociété de Marchands fans intégrité , fans foi ,
fans honneur , & voués uniquement à la cupi-
-dité . Il falloit un nouvel ordre pour confirmer
-les arrangements qui avoient été faits en faveur des
Jadiens ». M. Fox parla enfuite pendant plus de
-deux heures , & ce matin , à 4 heures , la Cham
bre s'étant divifée , il y eut 217 voix pour fa
motion , 102 contre ; pluralité , 114.
3
On fera fans doute bien aife de trouver
ici les principales claufes de ce bill.
11 porte que les Commiffaires nommés entreront
immédiatement en poffeffion de tous les territoires
, pays , édifices , meubles & effets apparrenans
à la Compagnie ; que les livres , mémoires ,
chartres , & généralement tous les papiers , que
( 71)
-
les vaiffeaux , magafins , marchandifes , caiffes ,
argent , obligations & autres , feront remis par
les Directeurs & Employés de la Compagnie à la
premiere réquisition des Commiffaires , aux perfonnes
qu'ils défigneront. Que pour le feul
objet de commerce , les fieurs propriétaires
de ...Actions de la Compagnie , feront Directeurs
affiftans ; que de temps en temps , & fans réquifition
ils rendront compte aux Commiffaires ,
prendront leurs ordres & les exécuteront.
2
...
En
cas de vacance dans les offices d'Affiftans Directeurs
, cette vacance fera remplie dans la fuite par
la majorité des Propriétaires de la Compagnie ,
qualifiés de la maniere requife par l'Acte de la
13e année du Regne de S. M. les Propriétaires
ne vôteront pas dans les élections par fcrutin ,
mais dans une affemblée ouverte & tenue expreffément
; & chacun fignera fon nom dans un
livre en donnant la voix . Que les Commiffaires
ou la majorité des Commillaires auront le
pouvoir d'éloigner , de fufpendre , de rappeller ,
de nommer ou rétablir tous les Employés quelconques
, civils ou militaires , foit que les Employés
aient été nommés per le Parlement ou autrement.
Il paroît que le triomphe de M. Fox à la
feconde lecture de fon Bill fe foutiendra ,
& qu'il paffera avec la fanction du Parlement
; on dit du moins qu'il a deja fait la
nomination des premiers Commillaires &
principaux Employés de la Compagnie . Nos
Papiers en nomment déja plufieurs s'il faut
les en croire , le Lord Edouard Bentinck ,
MM. S. John , Neville , fir Henri Fletcher ,
MM. D. Hartley , J. Robinton & W.
( 72 )
8
Burke feront les 7 Commiffaires ; M. Eden
aura le gouvernement général ; le Lord Macartney
celui de Madras , M J. Burke celui
de Bombay , & le Général Smith le commandement
en chef des forces de la Compagnie.
On ne manquera pas de remarquer
que fir Henri Fletcher fe trouve nommé
au nombre des 7 Commiffaires fupérieurs ;
il étoit auparavant Préſident de la Cour des
Directeurs , & il a donné le 28 fa démiſſion
de certe place.
» Si les imputations que M. Fox a faites
aux Employés de la Compagnie , font fondées
, dit un de nos Papiers , il eft certain
qu'on ne peut contefter la néceffité d'en changer
le régime , ce qui fait préfumer qu'elles ne
font que trop réelles , c'eft ce trait configné dans
un des rapports du commité fecret. Les
cruautés du fieur B. fouleverent enfin une fois
ces malheureuſes & innocentes victimes ; elles
envoyerent leurs plaintes à Calcutta ; & l'un
de ceux chargés de les préfenter , élevant fa voix
devant le Confeil affemblé , lui adreffa ces påroles
remarquables qui peignent également les
opprimés & les oppreffeurs : vous nous regardez
comme vos troupeaux , nous ne travaillons
en effet que pour vous enrichir ; mais l'infortuné
bétail eft foigné par fes bergers & gardé
par les chiens ; & vous , vous nous livrez à des
Joups avides qui nous dévorent. Ceci nous
rappelle le trait hiftorique fuivant qui devroit
être médité par la légiflation , & qui pourroit
être mis en ufage dans l'Inde. Le Romains avoient
la plus grande horreur pour le péculat & l'extorfion.
C'étoit le crime qu'ils puniffoient avec
la
( 73 )
f
fes
étoient admis à le
le plus de févérité pour qu'il ne put échapper
en aucun tems au châtiment , la victime qui en
avoit fouffer , ou à fon défaut les enfans
héritiers , fes amis même
pourfuivre devant le peuple affemblé. Un étranger
qui pouvoit en convaincre un Romain avoit
le droit d'en faire rayer le nom du registre des
Citoyens & d'y faire mettre le fien à la place .
A cette citation nous en joindrons une
autre qui offre un nouveau tableau touchant
de la malheureuſe fituation des Indiens , &.
de l'oppreffion qu'ils éprouvent ; il fe trouve
dans le manifefte envoyé par Cheit-
Sing aux différens Rajahs fur les troubles de
Benares on fait que M. Hafting a été
accufé de plufieurs actes d'oppreffion &
d'injustice à fon égard , & on a vu dans
un de ces: Journaux la lettre par laquelle il
a cherché à fe juftifier. Le manifefte de
Cheit-Sing mérite d'être traduit.
Tout le monde fait que dans ces temps le
Gouverneur & fa fuite font venus à Benarès. A
fon arrivée à Buxar , qui eft la limite de mon
pays , j'allai au devant de lui avec les principaux
de ma cour , pour lui faire honneur . Nous
parlames de mon tribut , & je lui témoignai
mon confentement aux demandes de la Compagnie
, ma promptitude à y fatisfaire , mon atta
chement & ma fidélité . Il me demanda enfuite
une fomme en fupplément , & de lui livrer le
fort de Bidgigu , la réfidence de ma famille ,
la fûreté de mes femmes & de mon bonneur.
Je repréfentai mon impuiffance fur le premier
point , & je demandai , quant au fecond , ce que
j'avois fait , pour que la Compagnie voulût
N°. 50. 13 Décembre 1783. d
( 74 )
-
m'outrager au point de m'enlever un fort où
demeuroit ma famille. A mon arrivée à Benarès ,
on me donna une garde ; je m'y foumis ; &
bientôt après un chubdardem -markham , qui
avoit été autrefois à mon fervice , & qui avoit
une vengeance à prendre , profita de cette occafion
pour m'infulter , & pour fe fervir du langage
le moins convenable avec moi, Un de
mes fujets , révolté de voir fon prince outragé
ainfi par un bas valet , lui repréſenta l'indignité
de fa conduite ; ce qui amena une difpure
& des coups , qui furent portés des deux
côtés ; mes fujets accoururent , tomberent fur
les troupes , & dans cette rixe il y en eut plufieurs
tués de part & d'autre . J'en profitai pour m'échapper
, & je traverfai le Gange avec mes
adhérens . Qu'ai- je fait pour avoir mérité un
pareil traitement de la Compagnie ? L'Orient
en jugera. Je l'ai fervie avec fidélité & attachement.
Quelle baffeffe ai - je faite , ou quel
crime ai- je commis ? En reconnoiffance de l'appui
& des fecours que mon pere lui prêta dans
fes guerres avec le Nabab Caffim -Ally Khan &
le Nabab Sujah - Dowla , elle fe crut obligée de
le protéger contre la haine du dernier Nabab ;
elle continua de le protéger pendant quelques
années contre les intrigues du Vifir du Nabab
& la rapacité de fes miniftres , jufqu'à la mort;
elle me donna la même protection , & dans la
fuite , par un échange de pays qui eut lieu , je
devins fon tributaire , au lieu de l'être du Nabab
, & je lui ai payé le tribut que je payois
auparavant à ce prince . Depuis ce tems , je ne l'ai
jamais fufpendu ; je n'ai pas ceffé de lui prouver
ma fidélité. Sur quoi eft donc fondé le retour
cruel que j'en éprouve ? En quoi ai - je mérité
d'être dépouillé de mes tréfors , privé du fort
( 75 )
qu'habite ma famille , outragé & deshonoré perfonnellement
? Ai- je été coupable d'injuftice ,
de mauvaiſe adminiſtration ? Qu'on regarde mon
pays & qu'on regarde le leur ; l'aspect différent
qu'ils préfentent en marque les limites d'une
maniere encore plus fenfible que celles que la
nature elle - même a tracées . Mes champs font
cultivés , mes villages remplis d'habitans ; mon
pays eft un jardin , & mon peuple eft heureux.
Ma capitale eft le rendez- vous des principaux
marchands de l'Inde , à caufe de la fécurité que
j'ai donné à toutes les propriétés ; elle eſt le
dépôt des trésors des Marates , des Jants , des
Seiks & de toutes les nations les plus éloignées
de l'Inde la veuve & l'orphelin , fürs de leurs
héritages , réfident ici fans craindre la rapacité
& l'avarice ; le voyageur traverſe mes états
d'un bout à l'autre fans rencontrer de brigands ,
& dort avec fécurité. Voyez au contraire les
provinces de la Compagnie : l'avarice & la famine
étendent leur empire odieux fur des campagnes
en friche & des villages déferts ; vous
ne voyez que des vieillards hors d'état , par
leur foibleffe , de fe transporter ailleurs , ou des
voleurs prêts à leur enlever le peu qu'ils ont :
quand un Anglois paffe par mon pays , on l'accueille
avec tendreffe , on pourvoit à fes befoins ;
fes bêtes de fomme font foulagées de leurs
fardeaux , qu'on porte pour elles de villes en
villes , jufqu'aux confins : quand des hommes diftingués
y voyagent , mes officiers vont au devant
d'eux s'informer de leurs beſoins , leur fournir
des provifions & des voitures à mes dépens , &
exécuter leurs ordres comme les miens , Qu'ils
difent s'ils font traités ainfi dans les pays de
la Compagnie : n'y font- ils pas continuellement
en danger d'être volés ou affaffinés ? Chez-moi
d 2
( 76 )
les lettres de recommandation de leurs gouverneurs
ou de leurs Confeillers , font regardées
comme des lettres de change ou des ordres.
Malgré cet attachement & cette fidélité , je ſuis
fans ceffe obfédé par l'avidité , qui envie les richeffes
& les profpérités de mon pays , & par
la calomnie , qui me prête des crimes , pour
me les faire expier par de l'argent , & pour me
faire acheter la protection contre l'injuftice . On
écoute toutes les plaintes contre moi , on encourage
mes calomniateurs ; aujonrd'hui encore
on protege Oufenging , un de mes parens à la
vérité , mais un homme fans moeurs , fans conduite
, un vagabond , capable de tout , chafié
de mon pays pour fes excès , qui , avec des
gens de fa trempe , pilla il y a quelque temps
plufieurs de mes villages , & qui ayant été
pour lever des contributions à Mirza poor , fut
attaqué & défait par les troupes angloifes ellesmèmes.
Cet homme a été enfuite à Calcutta ,
où il a trouvé de l'appui ; il a exalté mes tréfors
, les revenus de mon pays ; il a demandé
à s'en rendre maître , offrant de leur faire tout
partager , & a enflammé la cupidité par le tableau
de richeffes imaginaires. Il est venu dernierement
à la fuite du gouverneur , il lui a
donné les plus odieufes impreffions contre moi.
Telle a été ma conduite , telle a été celle des
anglais. Non content de mes tréíors ils envient
auffi mon honneur . Ils m'ont demandé une fomme
qu'il n'eft pas en pouvoir de donner ; ils demandent
la ruine de mon pays , ils exigent mon
fort , l'habitation de ma famille qu'ils en chafferoient
& renverroient fans fecours & fans afle
dans le monde ; armez-vous mes amis , joignonsnous
enſemble pour repouffer ces étrangers avides
; c'est la caufe de l'Inde entiere. Après la
( 77 )
perte de l'honneur qui peut faire cas de la
vie . Venez mes amis ; réuniffez-vous à moi ,
ces brigands ne m'ont pas encore tellement dépouillé
que je ne fois en état de foutenir vos
troupes & de leur procurer des provifions .
Ön fe rappelle l'affaire de M. Bembdrige
& les mouvemens qu'il s'eft donnés pour
obtenir la réviſion de fon procès ; il s'agiffoit
d'un déficit de 50,000 liv. ft. qui s'étoit
trouvé dans fes comptes , & ceix de M.
Powell qui n'avoit pas attendu fon jugement
& qui s'étoit tué ; il avoit été
condamné à payer ce déficit qui paroiffoit
ne devoir être imputé qu'à fon défunt collegue.
Le to Novembre on fit au banc du
Roi la motion de recommencer l'inftruction
de cette affaire. Les Juges remirent à
prononcer à un autre jour ; & leur jugement
qui a eu lieu dernierement , a déclaré
le premier valable ; on a condamné
M. Bembridge à une amende de 2560 l. ft.
& à 6 mois de prifon ; paffé ce tems , s'il
n'a pas payé l'amende , il y reftera encore
jufqu'à ce qu'elle foit acquittée.
Parmi les anecdotes qu'offrent fouvent nos
papiers , en voici d'affez fingulieres.
Il y a quelques jours qu'un officier de la marine
& quelques autres , venant de Portſmouth à Londres
par la diligence , furent arrêtés par un voleur
, qui ayant ordonné au cocher de s'arrêter ,
leur demanda leur argent , qu'ils donnerent fur le
champ . L'officier en lui remettant fa bourſe ,
lui dit elle n'eft pas confidérable ; mais toute
foible qu'elle eft , je ne puis que fouffrir beau
d
;.
( 78 )
coup de fa perte : car je n'ai que cela : & point
d'esperance de me procurer d'autre argent. Le
voleur , difent nos papiers , entendant ce difcours
montra une générofitê vraiment exemplaire ; il
déclara que fon inteution n'étoit pas de le mettre
dans l'embarras , ni perfonne de la compagnie
, & que puifqu'ils fouffriroient de la perte
de l'argent qu'ils lui donnoient tous , il le leur
rendoit ; il reftitua en effet à chacun fa bourſe ,
en les priant de ne point parler à leur arrivée de
la vifite qu'il leur avoit faite , & après cela , il
difparut.
Quand nous nous moquons dit un de nos papiers
, de la fuperftition qui regne dans quelques
contrées étrangeres , nous ne regardons pas autour
de nous. Sans cela nous ferions plus indulgens.
Voici un fait qu'on écrit férieusement
de Dublin , & que la plupart des papiers d'hier
ont copié auffi férieufement. Le 1er . de ce mois
Miff Clancy eft morte fubitement à Dublin , elle
étoit fille de feu Villiam Clancy , Ecuyer , auparavant
un des plus riches Négocians de la Ville.
Les circonftances de la mort de cette Dame
font très extraordinaires . Le matin elle dit à
fa famille qu'elle avoit paffé une très - mauvaiſe
nuit ; elle avoit rêvé que fa four ainée qui est
veuve & réfide en France , étoit morte , &
qu'elle lui étoit apparu pour lui annoncer fa
prochaine diffolution . D'abord elle refufa fa
confiance à l'ombre , en lui difant qu'elle fe
portoit très -bien ; mais le ſpectre perfifta à l'affurer
qu'elle n'avoit que peu d'heures à vivre.
Ce rêve l'affecta beaucoup ; on la railla de fes
craintes. Elle fit le matin quelques vifites , & paffa
quelque tems en prieres. A dîner elle fut trèsgaie
; mais tout - à- coup elle fe plaignit d'un
violent mal de tête , pofa fon couteau & fa
( 79 )
fourchette fur la table , fe renverfa fur fa chaife
& expira .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Décembre.
M. Pilatre du Rofier , Intendant des Cabinets
de Phyfique , Chymie & Hiftoire Natu
relle de Monfieur , Secrétaire du Cabinet de
Madame , membre de plufieurs Académies
nationales & étrangeres , a eu le 30 du mois
dernier , l'honneur de préfenter au Roi , à la
Reine , à Monfieur , à Madame , à Monſeigneur
Comte & Madame Comteffe d'Artois
, protecteurs de fon Mufée , la Médaille
frappée pour MM. de Montgolfier, en vertu
d'une Soufcription , fous la direction de
M. Faujas de S. Fond.
Mademoiſelle eft morte ici le S de ce
mois à 9 heures & demie du foir , âgée de 7
ans & 3 mois. Le corps de cette Princeffe ,
transféré le lendemain au Palais de Trianon ,
a été porté hier à l'Abbaye de S. Denis , pour
être inhumé. Aujourd'hui la Cour a pris le
deuil pour 21 jours .
y
DE PARIS , le 2 Décembre.
On mande de Toulon , que les travaux
de ce port font fufpendus , & qu'il n'y eſt
plus queftion d'aucun armement . 4 vaiffeaux
de guerre Hollandois de 50 à 60 canons , y
font arrivés avec quelques autres petits bâtid
4
( 80 )
mens , & paroiffent difpofés à hiverner dans
ce port.
:
Enfin nous avons unport , écrit-on de Tréport ;
depuis long-tems nous n'en avions plus que lenom .
Des monceaux de galet l'avoient tellement obftrué
, qu'il étoit devenu inutile. Déjà, plus de pêche
, plus de commerce , plus d'agriculture , plus
d'induftrie des futayes immenfes qui pouvaient
fournir à la conftruction des vaiffeaux , les meilleurs
chênes & de la courbure la plus heureuſe , périffoient
faute de débouché , ou ne fervoient
qu'à alimenter quelques verreries qui tomboient
elles - mêmes en décadence. Des arbres fuperbes ,
des hêtres immenfes étoient condamnés au chauffage
parce que nous n'avions point d'ouvriers
pour les employer à d'autres ufages. Nos terres
languiffcient , nos moulins réduits à la confommation
du pays mal peuplé , chommoient lo
plus fouvent , & la riviere la plus propre , foit
pour en conftruire d'autres , foit pour flotter
nos bois , s'en alloit inutilement fe perdre dans
la mer . Nous devons un nouvel ordre de
chofes à la bienfaisance éclairée de S. A. S.
Mgr le Duc de Penthiévre ; c'eft d'après fes
ordres & à fes frais , qu'on a confruit des éclufes
qui ont nettoyé notre port & qui en préviendront
déformais l'obftruction . Ainfi cette
main qui va chercher pat - tout le malheureux pour
le foulager , aura par un feul bienfait , afluré
la prospérité des générations futures & d'un pays
très - étendu .
Déja nous avons plufieurs négocians
auffi honnêtes qu'intelligents & actifs :
nous ne manquens point de matelots , & le commerce
va les multiplier encore . Derriere nous eft
une colonie nombreufe de forgerons le Ponthieu
, le pays de Caux , le Marquenterre nous
fourniront des chanvres , des toiles à voiles ,
( 81 )
dès que nous pourrons leur en offrir la confommation
. Il ne nous manque que des charpentiers
& fur tout de l'argent pour les payer :
mais avec tant d'objets où il peut être utilement
employé , il faudra bien que l'argent vienne
nous chercher. Nous avons poffédé pendant
quinze jours , L. A. S. Mgr le Duc de
Penthievre , & Mgr le Duc & Madame la Ducheffe
de Chartres , Mefdames les Princeffes de
Conti & de Lamballe. Si notre port a été un
fpectacle pour ces auguftes perfonnes ; elles ont
été elles - mêmes le plus beau & le plus touchant
fpectacle pour nous , par leur bienfaifance
& leurs vertus.
L'Académie Françoiſe dans fa derniere
Affemblée , s'eft donné un Secrétaire perpétuel
, & fon choix eft tombé fur M. Marmontel.
De 21 voix il en a eu i5 . Les autres
6 étoient en faveur de M. Suard , fon con
current. Quant aux deux Fauteuils vacans
ils paroiffent toujours deſtinés à M. de Choifeul-
Gouffier & à M. Bailly.
On a achevé dans les dernieres aſſemblées des
Adminiftrateurs & Actionnaires de la Caiffe d'Efcompte
, de régler tout ce qui pouvoit accélérer
la prompte libération de cette Caiffe , & de prendre
les mesures néceffaires pour qu'elle n'éprouve
pas dorénavant les fecouffes qui ont menacé de la
renverfer. En conféquence , on a décidé , 1 ° . que
du 1 au 15 Décembre , on ne pourra escompter
que jufqu'à la concurrence de 4 millions ; on a reconnu
qu'il ne reste plus que 700,000 liv . de déber
particulier à la Caiffe , des 6 millions auxquels ce
débet montoit , il y a deux mois. 2º. On a annoncé
un comité compofé des perfonnes pour dref
fer les réglemens concernant le régime intérieur.
d's
( 82 )
Ainfi , l'on peut dire que cet utile établiſſement
va étre établi aujourd'hui fur une baſe inébranlable
, & qu'il méritera encore plus que par le paffé
la confiance publique .
Nous avons annoncé la curieufe expérience
du Globe aéroftatique de M. Charles.
On fcait que lorfque fon compagnon de
voyage l'eut quitté à 9 lieues de Paris , il repartit
tout feul dans fa machine ; on fera bien
aife de trouver ici la lettre dans laquelle il a
rendu compte de ce nouveau voyage.
›
Parti feul dans la machine aéroftatique , à 4
heures un quart , de la prairie de Nefle , avec
une légéreté spécifique évaluée environ à 125
livres ; je fus élevé par une viteffe , telle qu'en
ro minutes , je fuis parvenu à une hauteur où
le barometre , de 28 pouces 4 lignes , qu'il
étoit à terre , a defcendu à 18 pouces ro lig.
1524 toifes. De fon côté le thermometre
, qui marquoit à terre 7 dégrés & demi
au-deffus de o , eſt deſcendu dans cet intervalle
à cin1 dégrés au- deffous de o , termes de la
glace ; enforte qu'en 10 minutes , j'ai paffé de
la température du printems à celle de l'hiver.
Cette transition prefque fubite de 12 dégrés ne
m'a fait éprouver d'autre fenfation que celle
d'un froid très fec & par conféquent moins
infupportable. La nuit , le froid , & furout
l'engagement que j'avois contracté avec
Mgr le Duc de Chartres , m'ont déterminé à
defcendre au bout de 35 minutes ; j'ai mis pied
à terre dans les friches du bois de la tour du
Lay. La diftance que j'ai parcourue pendant
ces 35 minutes , étoit par terre , d'une lieue
& demie , mais j'en ai fais plus, de trois dans
les airs , relativement à des déviations fréquen,
·
( 83 )
"
tes , dont quelques-unes m'ont ramené fur moimême.
J'ai couché hier chez M. Farrer , gentilhomme
Anglois , qui , m'ayant apperçu dans
ma route aerienne s'eft trouvé à ma defcente.
Parti aujourd'hui de chez lui à dix heures du
matin après m'être occupé de vuider & ployer
le globe , je fuis arrivé à Paris à cinq heures
& demie du foir. J'obſerve qu'indépendamment
du voyage heureux que M. Robert & moi avons
fait , il n'eft arrivé aucune espece d'accident
à la machine.
On fera bien aiſe d'avoir quelques autres
détails du voyage ; & voici ceux que l'on a
recueillis.
Il étoit une heure quarante minutes lorfque
la Machine s'éleva ; les voyageurs étant à quarante
ou cinquante pieds de hauteur jetterent
leurs chapeaux en figne d'adieux ; ils agiterent
auffi des drapeaux blancs & rouges , qu'ils laifferent
tomber lorfqu'ils parvinrent à des hauteurs
convenues avec les Obfervateurs de l'Académie
, placés fur le donjon du Château des
Thuileries. Pouffés par un vent foible ils s'éloignerent
en paffant fur le Fauxbourg Saint-
Honoré , Mouffeaux , & c. , à la hauteur de deux
cents cinquante toifes environ , de forte qu'on
ne les perdit de vue qu'à mesure qu'ils s'éloignerent.
Ils difparurent aux yeux des fpectateurs
placés aux Thuileries en cinquante - cinq minutes.
Lorsqu'ils ne diftinguerent plus rien fur
la terre , & qu'ils furent certains qu'on ne les
appercevoit pas , même avec les télescopes ,
ils quitterent leur pofition , s'affirent , & burent
tranquillement leur vin de Rota , & mangerent
les provifions dont ils s'étoient munis . Ils difent
que rien n'eft comparable à la pureté de l'air
do
( 84 )
à la tranquillité , au bien - aife dont ils jouiffoient.
à la hauteur où ils naviguoient . La terre ne
paroiffoit à leurs yeux que comme un grand
plat , nuancé de différentes bandes , grifes , noires
& blanches ; ils volerent ainfi pendant une heure ,
& paffant fur la Montagne de Sannoy , le lieu
le plus élevé qu'ils euffent diftingué fur leur
route , ils defcendirent plufieurs toifes en ouvrant
la foupape , & appercevant des pay fans , ils s'entretinrent
avec eux au moyen de leur portevoix.
Ignorant un quart d'heure après où ils
étoient , ils s'abattirent un peu plus bas , & demanderent
le nom de l'endroit . On leur répondit
vous êtes fur l'Ile - Adam. Salut à Conti ,
s'écria alors M. Charles , & jettant une partie
de fon left , il s'éleva à plus de cent toifes.
Il fit encore une lieue à cette hauteur ; alors
voyant de belles plaines , il propofa à ſon jeune
ami de le mettre à terre , pour pouvoir , luimême
, étant débarraffé de fon poid , qui étoit
de cent vingt cinq livres , monter à une région
plus élevée , & faire fes obfervations. Le jeune
Robert y confentit ; on ouvrit la foupape , &
le Globe defcendit mollement , au point qu'il ne
toucha la terre qu'après l'avoir rafée à trois ou
quatre pieds l'espace de quarante toifes . Quand
M. Charles remonta , le Globe fut perdu de
vue en moins de fix minutes. Il parvint à une
hauteur de quinze cents vingt - quatre toifes
, c'est environ quarante quatre fois la hautour
des Tours de Notre Dame ; il évalua cette
élévation par fon barometre , & par le froid qu'il
reffentit , principalement à la tête ; un tintement
qu'il eut dans les oreilles , la plume qui lui tomba
des mains en voulant faire les obfervations ,
lui indiquerent qu'il rifquoit trop en reftant dans
une température auffi froide ; & fur le champ il
( 85 )
1.
ouvrit fa foupape pour defcendre ; il reparte
aux yeux des gens qui le fuivoient , à l'aide de
la direction du vent. Après plufieurs deviations .
caufées par les différens courans d'air , il s'eft
defcendu , trente- cinq minutes après fon départ ,
fur la Terre d'un Gentilhomme Anglois, nommé
M. Farrer . Ce Gentilhomme fe trouva auprès du
Globe au moment où il toucha la terre . Je vous
confifque , dit-il à M. Charles en l'embraffant ,
vous êtes fur ma Terre ; vous m'appartenez &
je vous emmene à mon Château . M. Charles
profita de cette offre gracieufe ; il paffa la nuit
chez cet aimable Gentilhomme , & ne revint
que le lendemain à cinq heures du foir.
Cette expérience eut lieu le 2 , comme
nous l'avons dit ; elle devoit être faite le 29
Novembre ; mais les circonftances s'y oppoferent
; & tout ce qui fut répandu à ce fujet
étoit fans fondement. La véritable caufe
de ce délai , c'eft que M. Charles , qui avoit
cru pouvoir remplir ſon globe d'air inflammable
, en 5 ou 6 heures de temps , en multipliant
fes moyens , reconnut , comme on
le lui avoit prédit , qu'il lui falloit au moins
70 à 80 heures , & que n'ayant commencé
fes travaux que le vendredi , il étoit impoffible
qu'il pût être prêt le lendemain matin .
Un accident qui arriva dans la nuit du Vendredi
par l'imprudence d'un Ouvrier , penſa devenir
funefte. Cet imprudent plaça un lampion contre
un tonneau rempli de gaz , qui prit feu & éclata .
Heureufement on en fut quitte pour quelques brû
lures. Mais cette circonftance renouvella les craintes
que l'on avoit fur les rifques qu'il y avoit à
voyager au-deffous d'un globe rempli d'une maa(
86 )
tiere auffi inflammable. Cependant Mrs Charles
& Robert n'en furent point effrayés ; & leur réfolution
étoit fi naturelle & fi peu hazardée , que
la femme de l'un des derniers vouloit monter dans
le char avec fon mari , tant elle étoit certaine
du fuccès. On cite encore l'exemple d'une autre
Dame qui , dit- on , eft venue voilée chez Mrs
Robert , leur offrir 50 louis , s'ils vouloient permettre
qu'elle fit le voyage avec l'un d'eux . Ils
ne crurent pas devoir céder à fes inftances. On
doute cependant de la vérité de cette hiftoire ,
quoiqu'elle ait été le bruit de tout Paris. Si elle
eft vraie , on ne peut pouffer plus loin l'enthoufiafme
pour les découvertes nouvelles.
Cette expérience curieufe , & qui peut être
encore perfectionnée , occupe tous les efprits
qui cherchent à préfent les moyens de diriger
la machine. Parmi les obfervations que
nous avons reçues fur ce fujet , en voici quelques-
unes , que nous nous empreffons de
tranfcrire .
сс Qu'il foit permis à un vieillard , qu'une
deftinée bizarre & impérieufe enleva dès fa jeuneffe
à fon élement naturel , pour l'occuper de
celui des oiſeaux , qui s'avila même de tracer aux
oifeaux les routes qu'ils doivent fuivre en raison
de leurs conformations diverfes , qu'il lui foit
permis , dis - je , de fe croire en état de fervir de
pilote aux habitans de la terre , qui débutent aujourd'hui
dans l'efpace des airs . - Sans être initié
dans la fcience des méchaniciens , il avoit regardé
de tout temps comme abfurde la prétention de
s'élever , & fe foutenir dans les airs par des moyens
purement organiques. Un fpécifique étoit néceffaire
pour remplir cette étrange intention , ce
fpécifique étoit le fecret de la nature , & le feroit
--
( 87 )
- Les droits que
encore fans M. de Mongolfier .
cet homme à jamais célebre, a fur la reconnoiffance
de fes contemporains & de la postérité , augmentent
en raison de la connoiffance que l'on a de
l'étendue du pas qu'il a fait , & perfonne à ce
qu'ofe dire l'Auteur de cette note , ne doit connoître
comme lui le prix du fervice rendu
cette découverte. L'expérience feule peut
faire connoître , que la hauteur une fois acquife ,
le vol n'est plus qu'un jeu pour les oifeaux .
par
C'est plus qu'un jeu , fans doute pour les hommes ;
mais la diftance entre leurs moyens & ceux des
oifeaux eft raccourcie de plus de moitié , par le
moyen fpécifique , de fe porter au plus haut des
airs. Dut - on s'en tenir aux fuccès déjà obtenus ,
on auroit acquis affez d'avantages pour que cette
découverte fit époque dans les faites du genre
humain. Il feroit peut- être même de la fageffe
de s'en tenir là ; mis la deftinée de l'efpece humaine
étant de chercher fans relâche à étendre
les bornes de fa fphere , il feroit peut- être dangereux
d'être plus moderé à cet égard , que des
voifins dont certains fuccès pourroient exciter
l'ambition. Il fuffit donc que l'impoffibilité
de faire un ou plufieurs pas de plus , ne foit pas
évidente , pour que l'on doive s'évertuer à tirer
tout le parti poffible de la découverte dont il
s'agit ici . Ce qui effraie l'imagination , ce qui
rengrege toutes les tentatives ; c'eft la maffe des
obftacles qui restent à vaincre , pour naviger
horifontalement. Si au contraire on divife cette
maffe , l'imagination fe raffure en raifon de l'atténuation
des parties . Les Franklin , les Spalanzanis
, ont obtenu par gradations infenfibles des
réfultats , qui préfentés en fomme aux plus grands
génies leur euffent paru des chimeres . Les efprits
au contraire, qui font incapables d'obtenir des
----
( 88 )
=
réfultats peu communs, prétendent voir d'un coup
d'oeil , par voie de fpéculation , tout ce qu'il eft
poffible d'obtenir. On pourroit citer à l'occafion
de cette découverte un grand nombre de propos
deftructeurs de toute induftrie . Il y a même beaucoup
de gens , très - fenfés d'ailleurs , qui regardent
comme peu de choſe la poffibilité de naviger
en l'air , horisontalement , fi l'on ne le fait en
dépit des vents . Les feuls qui méritent qu'on
les édifie , font ceux qui appercevant les obftacles
qu'oppofent ; 10. la légereté (pécifique à la
projection horisontale , & à la viteffe ; 2 ° . l'ample
furface de la machine à la réfiſtance de l'air ;
3°. l'impoffibilité d'une organifation qui réuniffe
la force & la légereté au degré requis , décident
fans aller plus avant , que l'entrepriſe eft chymérique.
Entreprendre effectivement de détruire
à la fois tous ces obftacles , c'eft mériter les mauvais
fuccès ; mais obferver beaucoup , & fur- tout
la nature , avant de lever pour ainfi dire le pied
pour commencer un pas , c'eft prendre la feule
route qui mene à quelque chofe. En obfervant
le vol des oifeaux , on verra par exemple qu'il eff
des circonftances où les ailes font purement paffives
. Elles le font fur-tout quand l'oifeau file
une defcente fi peu fenfible qu'elle foit . L'oiſeau
fait de cette maniere de très- grands trajets avec
une diligence affortie à l'effet des vents. Quand
la defcente eft fenfible au point de décrire avec
la verticale un angle demi- droit , elle ne porte
pas à de grandes diftances , & aboutiroit contre
terre , fi l'oifeau dans l'intention de fe porter plus
avant , ne ſe rehauffoir fans efforts par les facultés
dont il est pourvu . E il eft des oifeaux , qui par
néceffité ou par pareffe , préferent cette maniere
de cheminer , à celle qui fuit de droit fil la parallelle
avec l'horifon , Il eſt des oiſeaux qui chemi-
-
( 89 )
A
felon
nent ainfi par courbes plus ou moins étendues ;
il en eft qui parcourent de très - grands espaces
par bonds fi raccourcis , qu'il femble que leurs
moyens viennent à la rencontre de ceux que poffédent
, ou que du moins font bien près de pofféder ,
les inventeurs ou les rédacteurs de la Machine
Aeroftatique. Ces courbes en effet ne font que
l'extenfion de celles que décrit actuellement le
Ballon , quand il remonte après avoir defcendu un
certain eſpace. En perfectionnant , foit le ſpécifique
, foit fon enveloppe , foit les foupapes pneu,
matiques , foit l'équilibre , foit un commencement
d'organisation , au plus haut degré qu'il
foit poffible d'atteindre . On pourra de plus en plus
fe jouer dans les airs en fens vertical , le gaz ,
par exemple , aſpiré ou inſpiré à point nommé ,
fera defcendre & remonter à volonté la Machine
avec plus ou moins de force ou de viteffe ,
la perfection des moyens. De ce point on
pourra tenter des courbes un peu plus ouvertes
fans qu'il s'agiffe encore d'un moyen nouveau .
L'Auteur de la note n'a garde de rien preferire
fur les moyens , fa tâche de pilote eft d'indiquer
les routes qu'il a vu fuivre par les originaux ,
qu'il eft bon de confulter fans ceffe. Il fe flatte
d'avoir fait appercevoir qu'on eft plus riche qu'on
ne croyoit être , & qu'en allant pas de tortue •
on avancera plus que les lievres moraux qui
abondent fur nos terres. Il finit cette note
peut- être déjà trop longue dans l'idée que fon
ouvrage qui va paroître , fur le vol des oiſeaux
de proie , fatisfera ceux qu'un certain zele engage
à lire tout ce qui a trait à l'objet de leur curiofité.
P. S. Si quelques perfonnes défirent que
l'Auteur de la note entre dans quelques détails ,
il fatisfera celles qui voudront bien lui adreffer
leurs questions , & les lui faire parvenir franc de
port à l'adreffe laiffée au Bureau du Journal ».
adde
?
( 90 )
Cette adreffe eft à M. Huber Alleon , à Geneve;
DE BRUXELLES , le ୨9 Décembre.
Selon la plupart des nouvelles publiques ,
l'excès auquel s'eft porté le Secrétaire de légation
Pruffienne à Madrid , contre le Miniftre
de Saxe à la même Cour , étoit la fuite
d'un propos tenu dans la maifon du Miniftre
Saxon , & qui inculpoit le premier du
vol d'une paire de boucles d'argent chez un
orfévre. Celui- ci voulut favoir de M. de Gerfderf
le nom de la perfonne qui le taxoit
d'une pareille infamie , le miniftre fe refufa
conftamment à le dire ; & ce fut la caufe
de cette affaire. On lit dans une Feuille publiée
dans les Etats Pruffiens , que les circonftances
ne font pas tout-à - fait telles qu'on
les a rapportées dans les papiers publics ; car
on affure que le fieur Favre avoit demandé
une explication au miniftre Saxon , par trois
lettres différentes qui étoient reftées fans réponſe
fatisfaifante . Quoiqu'il en foit , fur les
plaintes qui ont été portées au Roi de Pruffe
par les Cours d'Efpagne & de Saxe , S. M. a
défapprouvé la conduite du Secrétaire ; il a
été congédié & appellé à Berlin , où il fera
ftatué ultérieurement fur fon fort.
Nous avons donné fucceffivement dans ce
Journal des états de l'armée de l'Empereur , &
de celle de l'Impératrice de Ruffie , d'après la
Bibliotheque militaire Allemande qui s'imprime
à Hanovre ; celui de la derniere étoit
fort exagéré ; la lettre fuivante , que nous
avons reçue de Francfort , nous met en état
( 91 )
de le rectifier, & nous ufons avec beaucoup
de reconnoiffance des recherches de l'Offcier
refpectable à qui nous les devons ; les
lumieres qu'il nous a procurées ne peuvent
que faire plaifir à nos Lecteurs , furtout dans
les circonftances actuelles.
Je viens de lire , M. , dans le n° 4 du Journal
que vous redigez un état de l'ar.née Ruffe
qui fe trouve également dans tous les papiers.
publics . Il n'eft rien de plus faux & de plus
exagéré que cet état , & je pourrois vous le
démontrer en vous mettant fous les yeux le
tableau de cette armée ; je l'ai tracé d'après
ce que j'ai vu & d'après les mémoires qui
m'ont été fournis , dans les deux voyages que
j'ai fait en Ruffie en 1780 & 81. Ce tableau vous
offriroit l'état particulier de chaque corps , le
nom de fes chefs , le quartier qu'il occupe , la
divifion dont il fait partie , le général qui la
commande , &c , &c. Enfin des obfervations
fur le militaire Rufle en général ; mais c'eft un
volume dont il vous feroit difficile de faire ufage
dans l'ouvrage que vous dirigez . J'ai pensé que
la récapitulation ci - jointe fuffiroit pour donner
à votre nation une idée de la milice Ruffe ; elle
eft non feulement fort audeffous de celle dont vous
avez donné l'état ; mais la population & les revenus
de la Raffie ne pourroient fuffire à entretenir une
armée de 309,292 hommes , & à la porter dans
le befoin à 470,000 . C'eft de cette bafe que
les faifeurs d'Etats militaires devroient partir
pour donner de la vraiſemblance à leur tableaux
Suivant les relations que j'ai confervées en
Ruffie , la guerre paroît toujours inévitable ;
mais comme il y a encore cinq à fix mois d'ici
à l'ouverture de la campagne prochaine , il y a
( 92 )
la
tout lieu d'efpérer que les fumées guerrieres
fe diffiperont , & l'on peut affurer que c'eft le
voeu de la nation , même des gens de guerre :
on commence à fentir dans cet empire que
paix feule peut faire fon bonheur , que l'Em .
pire Ottoman , tout barbare qu'il eft , eft une
grande maffe & que les grandes maffes font
toujours difficiles à ébranler.
J'ai l'honneur
d'être , &c. Le Baron de B ***,
État de l'Armée Ruffe au 1er . Janvier 1781
L'Armée Ruffe eft partagée en douze divifions ,
celle du corps qui eft en Sibérie , comprife. Elles
font commandées par 4 Généraux-Feld- Maréchaux ,
7 Généraux en chef , & 1 Général- Major. Les
Officiers généraux , employés dans ces divifions ,
font au nombre de 70 ; favoir : 20 Lieutenans-
Généraux & 50 Majors . Il y a de plus 15 Lieutenants-
Généraux ou Généraux- Majors employés
dans les Régiments des Gardes , l'Artillerie , le
Génie & le Corps des Cadets Gentilshommes.
Enfin , il eft plufieurs autres Officiers- Généraux ,
qui font , ou Gouverneurs des Province , ou Com.
mandants des villes de guerre & d'autres villes de
quelque importance , ou Membres permanents du
College de guerre . Il en eft encore qui ont des
places à la Cour , ou qui font employés comme
Miniftres dans les Cours étrangeres.
-
INFANTERIE.
Le Corps des Cadets-
Gentilshommes , qui , en
entrant au Service , font comp. bataill.
faits Lieutenants ...
Les Gardes , qui ne for-
12
tent jamais de Saint- Petersbourg
, qu'avec la Cour...
Le Corps de l'Artillerie. 130
La Garde des Bâtiments
de S. M. Imp. , du Sénat ,
hommes.
2 603
42 ༡ 6300
16 16000
( 93 )
& du College des Affaires
étrangeres .. 6 I 1200
1086
175 137804
Le refte de l'Infanterie
eft composé de 71 Régiments
; favoir : 4 de Grenadiers
; 67 de Fufiliers ,
ayant chacun 12 compagnies
de 116 hommes , dont
une de Grenadiers & une de
Chaffeurs , & celui de Morfdoz
, faifant en tout.....
Obfervations. L'Infanterie Ruffe doit paffer ,
avec juftice , comme très- bonne ; les Régiments,
qui la compofent font plus complets que les autres
Régimens de l'Armée . Ceux qui viennent à Saint-
Petersbourg ( & chacun y va à fon tour , excepté
ceux qui font trop éloignés ) n'en font pas mieux
traités ; ils ont même le défagrément de voir les
Gardes choisir leurs plus beaux hommes pour fe
recruter. L'Artillerie eft en très - bon état . Le
Général Schouwaloff , qui , fous le regne de l'Impératrice
Elifabeth , en étoit Grand -Maître , Pa
mile fur le pied où elle eft actuellement . Entre
autres réglements particuliers à ce Corps , il a
profcrit les coups de bâton , punition en ufage
pour le refte de l'Armée. Il eft difficile , &
peut-être impoffible de fixer le nombre des troupes
de garnifon elles ne font compofées que d'Invalides
& de Soldats qu'on ne peut pas garder dans
les Régiments . En temps de paix , elles ne font
pas même le fervice dans les places la garde en
eft fournie par les Régiments qui font campés ou
cantonnés dans les environs. Le travail de ces
troupes eft au profit des Chefs & des Officiers de
feurs Corps . Il y a cependant une exception à
faire à l'égard des garnifons d'Orenbourg & d'Altrakan
. On leş dit en meilleur état.
"
:
( 94 )
CAVALERIE.
Les Chevaliers- Gardes ,
les Gardes à cheval , les
Huffards & les Cofaques du
Corps...
efcad. hommes. Comp.
... 11 7 1210
180 90 ' 13500
5 Régiments de Cuiraf
fiers..
10- de Carabiniers .
7de Dragons..10500-
16. de Huffards..14400 -
6. de Piquiers... 5400
-
--- ... 2700 3 d'Oulans ..
Le Corps de Malakouffie
.. 500 .
Ces derniers compofent
les troupes légeres de l'Armée
Ruffe , dont 2 de Dragons
, les 6 de Pâquiers &
les trois d'Oulans ont été
levés , après la guerre contre
les Turcs , ainfi que quelques
Régiments de Huffards
.
70
150
220 33500
411 317 48210
Obfervations. Les Cuiraffiers & les Carabiniers
font tous des Régiments anciens , plus complets &
mieux montés que les Régiments de Dragons &
de Huffards. Les Cuiraffiers fur-tout ont de trèsbeaux
chevaux tirés d'Allemagne ou des haras du
pays , dans lesquels on éleve de bons chevaux ,
par l'attention que l'on a de croifer les races. - En
général , dans toute l'armée Ruffe , chaque Chef
de Régiment n'oublie rien pour tirer parti de fon
commandement à fon profit particulier : les Régiments
font payés au complet , & doivent être tou-
--
( 95 )
jours complets ; le Général qui vient les infa
pecter , eft le feul qui puiffe contrôler le colonel
dans fon adminiftration . Ce défordre eft plus
grand & plus général dans les troupes légeres :
comme elles font prefque toujours fur la frontiere
, ou loin de la Capitale , dans l'intérieur du
pays , on peut en conclure que le nombre des
hommes , & particulierement des chevaux , n'eſt
pas conforme à celui que préfente l'état de fituation
envoyé tous les trois mois au College de la
Guerre.
RECAPITULATION .
Infanterie .
Cavalerie
TOTAL..
137,804 hommes.
48,210
186,014.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ).)
COUR DES AIDES DE PARIS .
Les tranfports faits par un débiteur conftitué prifonnier
pour dettes font- ils valides ? Une Femme
mineure peut-elle s'engager pour tirer fon mari
de prifon , fans y être autorisée ?
>
Le 25 Décembre 1776 , le Sieur Bolle , receveur
des domaines & bois de Bourbonnois
vend cet office au fieur Manduit des Bordes "
qui s'oblige par l'acte à rendre & folder les comptes
, tant du fienr Bolle lui-même que des Fer
miers de la Borde & Périchon , fes prédécef
feurs au même office,
Le 12 Juin 1780 , le fieur Bolle , conſtitué
prifonniers pour dettes , cede au fieur Deville ,
l'un de fes créanciers , différens effets , & s'oblige
au paiement de plufieurs fommes , pour
obtenir la liberté de fa perfonne, La demoiſelle
Gafcouin , mineure , fa femme & féparée de
biens , accéde à ce tranfport , & s'y oblige en
fon nom. Le 14 , 15 & 16 Mars 1782 , le
( 96 )
.
Contrôleur des Rentes décerne des contraintes
contre le fieur de la Borde , pour raison de ce
qn'il devoit au Roi , en. qualité d'ancien Rece ...
veur. Celui - ci fe pourvoit contre le fieur Bolle ,
& le 19 Septembre 1782 , arrêt de la Cour des
Aides , qui condamne le fieur de la Borde à
payer . 151918 livres , & condamne left Boller.
à l'en indemnifer , & par corps . Le fieur
Bolle fuit en pays étranger ; fa femme parvient à
fa majorité. Le fieur. Deville forme une
demande contre elle en garantie du transport)
du 11 Juin 1780 .. Elle obtient des lettres
de refcifion contre l'acte , & en demande l'enterinement.
Le contrôleur des rentes foutient
la nullité du tranfport. Les Syndics des
ereanciers Guémenée prétendant que le fieur
Deville n'a été que le prête nom du fieur Mar
clrand, intendant de M. le Prince de Guémenée ,
interviennent & foutiennent la validité du tranſ-,
port ,, que le fieur Bolie foutient auffi . Arrêt
du 29 Juillet 1783 par lequel la Cour faifant droit
au principal , débouté le contrôleur des rentes de
fa demande en nullité de l'acte de tranſport du
11 Juin 1780 ordonne que le fieur Deville
remettra aux créanciers Guemente les titres &
effets mentionnés au dit acte ; quoi faifant, décharge
, condamne le Contrôleur des rentes aux
dépens à cet égard envers toutes les parties . Donne
acte à la Dame Bolle de la déclaration falte par
les créanciers Guemenée , de ce que fur la demande
en enterinement des lettres de refcifions
ils s'en rapportent à la prudence de la Cour ,
enterine lefdites lettres , remet la Dame Bolle
au même état qu'elle étoit avant l'acte de cautionnement
condamne te fieur Deville && les
créanciers Guemenée aux dépens à cet égard envers
la Dame Bolle , ceux entre elle & le fieur
Bolle compenfés.
:
-
ACH A.l
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 14 Novemb.
Enes - Mehemed - Bacha , Beglierbey de
G Bulgarie , en fe rendant de Belgrade à
fon gouvernement de Sophie , jugea à propos
de faire le voyage aux frais des peuples
au milieu defquels il paffoit. Depuis qu'il
étoit dans fa réfidence , il y avoit extorqué
des fommes confidérables. Les Janiffaires
révoltés de fes excès , envoyerent des dépu
tés ici , pour porter leurs plaintes , mais le
Bacha qui en fut averti , envoya après eux
des troupes qui arrêterent les députés , & les
ramenerent à Sophie , où il les fit étrangler
fans autre forme de procès ; les Janiffaires
irrités fe font foulevés contre ce gouverneur ,
& l'ont , dit- on , fait étrangler.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 4 Novembre
La nouvelle Académie Ruffe , formée à
No. 51. 20. Décembre 1783. e
( 98 )
Finftar de l'Académie Françaiſe , & chargée
ſpécialement de veiller à la pureté de la langue
, & à prononcer fur les innovations qui
peuvent s'y introduire , a ouvert fes féances
le 1 de ce mois ; le Métropolitain de Novogorod
& de Pétersbourg , dont le nom eſt
placé à la tête des membres de cette Compagnie
, immédiatement après celui de la
Princeffe Daſchkow , qui en eft Directrice ,
comme elle l'eft déjà de l'Académie des
Sciences , commença par mettre la nouvelle
fociété fous la protection du ciel , en faisant
une courte priere , & en donnant fa bénédiction
à l'Affemblée. Cet acte de religion.
templi , chacun prit fa place , & la Princefle
Dafchkow , Préfidente , prononça un Difcours
convenable à la circonftance ; on lut
enfuite les noms des Académiciens , qui font
au nombre de 31 , & qui comptent parmi
eux , outre la Dame qui les préfide , & l'Archevêque
de Novogorod , l'Archevêque de
Pleskow , & l'Archiprêtre Panfilow , Confeffeur
de S. M. I.
POLOG NE.
DE VARSOVIE , le 12 Novembre.
La faifon qui avance , fait rentrer les troupes
réparties fur les frontieres de la Turquie
dans leurs quartiers d'hiver ; celles des Ottomans
ont commencé , & les Ruffes fuivent
aujourd'hui leur exemple.
( 99 )
On n'a point de nouvelles pofitives de ce
qui fe paffe à Conftantinople ; on fait que
les négociations y continuent , mais on ignore
où elles en font , & en vain on voudroit le
pénétrer. On obferve de part & d'autre le
myftere le plus impénétrable. Pour empêcher
même les courriers de raconter ce qu'ils
ont vu , & de donner lieu à des conjectures ,
aucun de ceux qui partent de Conftantinople
, ne va plus loin que Semlin ; là ils trouvent
des courriers de Vienne qui leur remettent
les dépêches de cette Cour , prennent
les leurs , & ils retournent à Conftantinople.
Il ne tranfpire rien non plus de ce qui fe
paffe chez les Ruffes . On y fupplée par des
bruits , qui ne font peut- être rien de plus ;
rel pourroit être , par exemple , celui qui fe
répand , qu'ils ont pris auffi poffeffion d'Abaffa
dans la Circaffie. Cette campagne auroit
été bien avantageufe à la Ruffie , qui ,
fans tirer un coup de canon , a déjà acquis la
poffeffion de la Crimée , qu'elle ne négligera
fans doute rien pour confeiver.
Le Nonce du S. Siege en cette Cour , eft
attendu de retour de Péterfbourg , vers les
fêtes de Noël ; on affure qu'il a réuffi parfaitement
dans la miffion dont il étoit chargé
auprès de l'Impératrice , & qu'il a obtenu
que le Bref pour la fuppreffion de l'Ordre.
des Jéfuites foit publié dans cet Empire.
On lit ici une lettre de Teflis , capitale des
Etats du Prince Heraclius , qui contient la
( 100 )
defcription de la fête qui y a été donnée à
Foccafion du dernier Traité avec la Ruffie ,
qui ne fait que changer le maître qu'il s'eft
donné. On a rendu graces à Dieu après
quoi il y a eu un grand repas ; le foir , toute
la ville a été illuminée ; les rues étoient tapiffées
, & chacun s'eft empreffé d'étaler dans
cette occafion les marchandiſes les plus
précieuſes qu'il avoit chez foi.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 30 Novembre.
pour
Les difpofitions que l'on faifoit le
départ de l'Empereur ont été tout-à-coup
fufpendues ; en conféquence il paroît que le
voyage qu'on fuppofoit qu'il devoit faire,
n'aura pas lieu , ou qu'il fera fort retardé.
Quoique les négociations continuent à
Conftantinople , les préparatifs de guerre ne
font fufpendus nulle part . Des Commiffaires
Impériaux font établis dans les Etats héréditaires
d'Allemagne , ainfi qu'en Hongrie ,
& en Galicie pour les corvées militaires , les
charrois & les livraifons de l'armée.
Le 30 du mois dernier on a fait la confécration
du Bethaus , ou maifon de prieres ,
que par un principe univerfel de tolérance ,
l'Empereur
a bien voulu accorder à fes fujets
de la Confeffion
d'Aufbourg.
Une nouvelle Ordonnance de l'Empetour
fupprime les Juges délégués , c'eſt - à(
101 )
dire, les Avocats que les Seigneurs territoriaux
établiffoient Juges en premiere inſtance des
procès que leurs payfans avoient entr'eux.
On a apporté ces jours derniers à la Douane
quelques barrils , qui , felon la déclaration
contenoient des pierres à fufil. Un des Commis
obfervant que leurs poids différoient ,
en ouvrit un qui pefoit beaucoup plus que
les autres. On y trouva 104 livres pefant
d'or en Souverains . Il n'eft pas beſoin de
dire que le tout a été confifqué.
DE HAMBOURG, le 30 Novembre.
Il ne tranfpire rien des nouvelles que reçoivent
les Cours du Nord : & celles qui
viennent du levant , ne fatifont pas la curiofité
, qui cherche à quoi s'en tenir fur l'iffue
des grands démêlés qui fe font élevés de ces
côtés. Les lettres de Conftantinople ne parlent
point de la notification qu'on dit que
la Ruffie a faite à la Porte , pour la forcer à
expliquer fes fentimens fur l'occupation
de la Crimée.
Depuis que cette prefqu'Ifle , difent ces lettres,
eft entre les mains des Ruffes , Conftantinople
doit être regardé , moins comme une ville capitale
, que comme une ville frontiere , limitro
phe des Etats de l'ennemi de l'empire , confé
quemment expofée à être brûlée d'un jour à
l'autre , dans le cas où la guerre viendroit à
éclatér. Cette confidération a donné lieu à une
réfolution fort étrange , qu'on dit avoir été priſe
dans les dernieres conférences du gouvernement .
Il a été arrêté , dit - on , que pour ſouftraire
e 3
( 102 )
le Grand - Seigneur au danger qui menace
cette Ville , il tranfportera fa refidence à Pruffe ;
cette ville a été la réfidence des Sultans jufqu'en
1356 , & ils ne l'ont quittée qu'après avoir fait
la conquête de Conftantinople ; c'eft la plus grande
& la plus belle ville de l'Afie mineure dans la
Natolie . Elle eft fituée au pied du Mont- Olympe,
fur le Nilufar. Prufias , Roi de Bithynie qui la
fonda , lui donna fon nom : quoiqu'il en foit de
cette réſolution , elle paroît s'accorder avec nos
préparatifs ,, pour confirmer nos apparences de
guerre. Si l'on ne parvient pas à un arrangement
pendant l'hiver , il eft à craindre qu'elle n'éclate
au printems prochain ; mais fi la sûreté du Sultan
exige qu'il quitte cette capitale , de quel
oeil le peuple verra - t-il fon départ , & quel mécontentement
ne doit - il pas exciter ? Cependant
les négociations continuent : l'Ambaffadeu'r
de France eft fouvent en conférence avec le Reis-
Effendi & les miniftres Impériaux : on eſpere
encore un accommodement , quoique la Crimée
dont il ne paroît pas que les Turcs puiffent voir
volontiers la Ruffie conferver la pofition
foit un obftacle difficile à lever.
En attendant que les incertitudes & les
obfcurités fe diffipent , il fe répand divers
bruits, qui n'ont peut-être aucun fondement,
tels que l'invafion des Ruffes dans la Circaffie
, où on les dit déjà maîtres d'Abaffa ; l'ordre
qu'on prétend que les troupes de l'Empereur
, réparties dans la Galicie & la Lodomerie
, ont reçu de fe mettre en marche , &
de joindre les Ruffes fur les frontieres de la
Moldavie ; la défenſe faite par le Bacha de
Belgrade aux Spahis d'entretenir aucun
( 103 )
commerce avec les fujets de l'Empereur ;
toutes ces nouvelles , comme celle de la
révolte de ces mêmes Spahis qui s'étoient retirés
, après avoir brûlé leur camp , dont on
parle dans différentes lettres , dont la Gazette
de Vienne faifait même mention , &
dont il n'eft plus queftion aujourd'hui , peuvent
n'avoir aucun fondement. En général ,
on ne fauroit trop fe défier de tous ces bruits.
On vient d'en voir un nouvel exemple. Plufieurs
lettres annonçoient que la pefte s'étoit
manifeftée dans la Dalmatie , & s'étoit étendue
jufqu'à Venife ; il en eft arrivé de Triefte
, en date du 7 de ce mois , & qui n'ont
point confirmé les premieres ; elles ajoutent
que fur les repréſentations du Comte de
Durazzo , Miniftre de Venife , la défenfe de
commercer avec les Vénitiens a été levée :
mais que le cordon de troupes , tiré fur les
frontieres de la Dalmatie Vénitienne , a ordre
de garder encore cette ftation ; ce qui
feroit préfumer cependant qu'en effet il y a
eu des allarmes.
Les troupes Ruffes dans l'Ukraine , la
Crimée , & fur toutes les différentes frontieres
Ottomanes , font réparties en cinq corps
d'armée , qui, dit- on, font enſemble 200,000
hommes. Ils font fous le commandement en
chef du Comte de Romanzow , Feld - Maréchal
, qui a fous lui cinq Généraux , qui font
les Princes Alexandre Potemkin & Repnin ,
le Comte de Soltikow , le Prince Paul Potemkin
, & le Comte de Suwarow .
e 4
( 104 )
Il circule ici un tableau des forces de
Empire Ottoman , qui peut piquer la curiofité
, ainſi que les obfervations qui l'accompagnent.
Infanterie Janiffaires 113400 ; Thoptfchiy
15000 ; Kumbardichiy 2000 ; Mehterdfchiy
6000 ; Boftandfchiy 1,2000 ; Serradfche 6000 ;
Milice du Caire 3000 ; Leventi 32000 ; Marine
18000 Total 207400. Cavalerie : Spahis
10000 ; Sayms & Timar 132054 ; Dichebehdfchiy,
18000 ; Seghban 4000 ; Miklad
chiy 6000 ; Volontaires 10000 ; Tartares
60000 ; ( il en faut déduire ces derniers ) Total
240054. L'Infanterie & la Cavalerie réunies
forment donc enſemble 447454 hommes.
Tous cependant ne peuvent entrer en Campagne
: il en faut 5000 pour le fervice de
mer , 20000 pour la Garnifon de Conftantinople
, 100000 pour les autres Garnifons des
Fortereffes & Villes de l'Empire : ces trois
nombres réunis forment un total de 170000
hommes. Refte donc pour les armées de terre
277454 hommes ; fi l'on en déduit les 60008
Tartares, ( la Crimée étant actuellement foumife
à l'Empire Ruffe ) & encore 10000 hommes
, malades , marodeurs ou morts en route
l'armée entiere eft réduite à environ 190000
hommes. Quand l'armée entre en campagne
fous les ordres du Grand- Vifir , il eft fuivi de
la Chancelerie militaire , du Miniftere ,
partie de chaque corporation d'artifans de la
Capitale , d'une foule de marchands , de Juifs ,
&c. , qui en tout peuvent aller à 50000 perfonnes.
Jadis les Janiffaires étoient fort
refpectés ; eux feuls jouiffent encore de l'honneur
d'avoir le Sultan infcrit dans leur Corps
( 105 )
་
comme fimple Janiffaire , avec des appointed
mens de fept Afres par jour. Cependant ,
comme ils ont excité beaucoup de révoltes
la Politique Ottomanne les a confidérablement
énervés , en leur accordant la permiffion d'exercer
le Commerce , les Arts & Métiers ,
l'Agriculture , & c. Ces diverfes occuppations
n'ont pas peu contribué à adoucir leurs moeurs
& à faire difparoître leur ancienne férocité.
Les Turs ont une artillerie nombreuſe , ils
excellent à fondre les canons. Le cuivre eff,
en partie , tiré des Mines d'Afie , & en partie
acheté des Anglois , des Hollandois , des François
, des Suédois. Quand à l'étain qu'on y
emploie , il est tiré en grande partie d'Angleterre.
Leurs canons font de différens calibres :
ils portent des boulets de 80 , 100 , 120 liv . ,
& même de plus ; mais la plupart font petits ,
de 6 , 8 à 10 liv, Les Turs ont auffi des
obus & des mortiers. On dit que de ces derniers
, 32.fe trouvent aux Dardanelles dans
le Château fitué en Afie , & 28 dans celui
d'Europe. L'Armée étant en marche , les canons
ne reftent pas fur leurs Affuts. On emploie
des chariots très-folides dont l'un eft
chargé du canon même , & l'autre de l'Affut :
Ce qui caufe des embarras infinis & force les
Ottamans , en fe retirant , à abandonner leur
Artillerie. Ils n'en font guères d'ufage en attaquant
éloignés encore de deux à trois milles
pas de l'Ennemi , les Turs s'y précipitent le
fabre à la main ; laiffant leur Artillerie en
arriere , dont ils ne fe fervent que dans des
cas d'attaque. Le nombre des canons . dans
toute l'Armée , eft de 250 à 300. A la ba
taille de Belgrade , en 1717 , les Turs perdirent
131 canons & 35 mortiers. L'Ar
es
( ) 106 ) 106
mée étant campée , on entend chaque foir ,
durant le temps qu'ils font la Priere , crier
Jes mots Allah ! Allah ! c'eft- à- dire , Dieu !
Dieu ! Auffi-tôt après ils font une falve générale
de tous les canons , mortiers & obus ,
mis en batterie dans les tranchées & partout
ailleurs. Après quoi regne un filence profond.
C'eft leur fignal de retraite , qui fe répete
chaque foir. Cette décharge auffi, inutile que
difpendieufe , coûte par jours trois quintaux
de poudre. Dans les cas ordinaires , l'Armée
Turque refte , chaque année , environ 180 jours
campée. Chaque campagne , qui n'eſt pas prolongée
au-dela de ce terme , leur fait donc
confumer pour le feul fignal de retraite ,
$ 4000 liv. de poudre . Qu'on juge de la quantité
prodigieufe dont leurs Magafins doivent
être pourvus ! L'Armée Turque est toujours
embarraffée d'une quantité étonnante d'Equipages
chaque Officier fupérieur peut avoir
à fa difpofition autant de chariots qu'il veut .
Les Janiffaires devant marcher font repartis
par Efcouade , chacune compofée de
dix hommes un Valet , chargé en mêmetemps
des fonctions de Cuifinier , & un cheval
de bât , deftiné à porter les manteaux &
les menus équipages , font à la fuite de chaque
efcouade . On accorde encore à deux de
ces mêmes Efcouades réunies un chameau
fur lequel on charge deux Tentes deux
grandes Couvertures , deux Marmites des
Caffetieres & quelques Outres remplies d'eau
fraîche. -L'Armée eft pourvue de Tentes ;
celles des Officiers de rang font magnifiques ,
doublées en dedans d'étoffes riches & brodées
à fleurs d'or. La tente du Grand-Seigneur ,
perdue après la Bataille de Zenta , valoit 40000
-
>
>
9
( 107 )
$
florins de l'Empire. Une de leurs Armées de
cent milles homme , eft ordinairement compofée
de 60,000 Cavaliers & de 40,000 Fantaffins
fuivant leur maniere de s'équiper , les
derniers ont 10,000 chevaux d'équipage , &
les premiers 20,000 ; fans compter ceux à l'ufage
des Officiers. A la tête d'une Armée fi
nombreuſe , fe trouvent ordinairement 60 Bachas
, dont les principaux entretiennent plus
de 300 chevaux . Preuve de l'immenfité du
train , qui embarraffe les Ottomans en campagne
, c'eft qu'en 1685 , après la Bataille
de Vienne on trouva dans leur camp 8000
charriots de munitions , 10000 boeufs , 10000
buffles , 5000 chameaux , 100,000 muids de
Fruits , & c . L'Armée Turque devant fe former
en corps au commencement d'une guerre , les
Bachas & les Sandfchiaks affemblent les Troupes
de leurs Gouvernemens. La Cavalerie &
I'Infanterie de chaque District , marchept féparément
, chacune , fous fon propre Drapeau ,
au lieu d'affemblée , qui eft Andrinople. Là ,
le Grand - Vifir , en préfence du Grand - Seigneur
, paffe l'Armée en revue & en fait le dénombrement.
A peine cette revue eſt achevée ,
qu'un grand nombre retourne à fes foyers ;
dès- lors l'Armée fe trouve déja fortement diminuée.
Entrant en campagne , les Troupes
font fuivies d'une quantité exceffive d'argent
monnoyé. Il y a deux tréfors , celui de l'Empire
& le tréfor particulier de Sa Hauteffe.
Le premier de ces tréfors , fous la direction du
Teftedar , ou Tréforier - Général , eft quelquefois
évalué à 20 millions d'écus , & doit défrayer
toutes les charges quelconques , occafionnées
par l'entretien des Troupes. L'ardeur
des foldats pour combattre , eft propor
e 6
( 108 )
tionnée au plus ou au moins d'efpeces fonnantes ?
que le Grand- Vifir fait porter à l'Armée : d'où
il arrive fouvent , que faute d'argent , les caiffes
vuides , mais couvertes de riches tapis , fuivent
les troupes , & font , de temps en temps , expofées
à la vue des Soldats tout comme fi
ces caiffes étoient remplies du précieux métal ,
l'objet de leurs plus ardens defirs.
•
ITALIE.
DE PISE , le S Novembre.
Le Roi de Suede , qui avoit été faire un
tour à nos bains , & examiner le logement
qui lui étoit préparé , eft arrivé ici le 2 de ce
mois. Auffi-tôt après être defcendu de voiture
, S. M. a été faire une vifite au Grand-
Duc , & a ce matin reçu celle de S. A. R.
Ce Prince fe propofe de faire ici un féjour
de quelques femaines.
La Cérémonie de la Préfentation au temple
de l'Archiduc Regnier , nouveau né ,
s'eft faite hier dans l'Eglife des Auguſtins de
S. Nicolas , attenante au Palais Ducal. Le
moment le plus intéreffant de cette cérémonie
, fut celui où l'Archiducheffe , tenant fon
huitieme fils dans fes bras , monte les marches
de l'Autel , où elle va le dépofer , pendant
que le Clergé & le peuple chantent le
Te Deum, après quoi elle vient reprendre fa
place , à côté des quatre jeunes Archiducheffes
, en face de l'Archiduc , fon époux ,
qui eft affis au milieu des ſept Princes fes en
( 109 )
fans. Le Roi de Suede affifta à cette céré
monie , & paffa le refte de la journée au Palais
, où il prit part aux réjouiflances qui eurent
lieu à cette occaſion.
La Ducheffe de Parme eft attendue d'un
moment à l'autre. Après un court féjour
dans cette ville , cette Princeffe prendra la
route de Parme , en paffant par Rome.
DE ROME , le 19 Nonembre.
•
Le Nonce extraordinaire du S. Siege à
Pétersbourg a envoyé dernierement les
nouvelles les plus intéreffantes , dont il réfulte
qu'il a parfaitement réuffi dans fa miffion.
L'Impératrice a confenti à nommer à
l'Evêché de Polosko , dans la Ruffie- Blanche
, un fujet du Rit Grec uni , & en témoignage
de fa fatisfaction pour le Nonce
, elle lui a laiffé le choix du nouvel Evêque.
L'Infante de Parme ayant paffé la nuit
derniere à Viterbe , eft attendue ici ce foir ;
elle ne s'arrêtera que peu de jours dans cette
ville , d'où elle continuera fa route pour
Naples .
La grande entreprife , dont M. Jean Antinori
s'étoit chargé , a été terminée le & de
ce mois , avec beaucoup de fuccès ; la feconde
ftatue équestre du Quirinal a été tournée
comme la premiere ; & il n'a mis que
13 minutes à cette opération , qui lui a mérité
le fuffrage général d'une foule innombrable
de fpectateurs.
( 110 )
ANGLETERRE
DE LONDRES , le 9 Décembre.
Nos nouvelles de l'Amérique feptentrionale
font de la fin du mois de Novembre
dernier ; elles ne nous apprennent point encore
que New - Yorck foit évacué : cette plaçe
ne le fera gueres que quand les Loyaliſtes
fe feront tous rendus dans les afyles que le
fort les force à choisir.
Selon les lettres des Etats- Unis , on commence
à y éprouver les effets des foins &
des travaux de M. Morris , pour mettre de
l'ordre dans les Finances . Les dépenses de
l'année derniere avoient excédé le revenu de
484,713 dollars. Cet excédent a été fourni
en billets fignés par le Surintendant des Finances
, dont la conduite dans ce département
important & délicat , lui a mérité la
reconnoiffance de la Nation & les remercîmens
du Congrès. Maintenant il a demandé
que cette affemblée donnât få fanction à
l'ordre expédié précédemment à tous les receveurs
des différens Etats , de prendre tous
les billets qu'il a fignés , en paiement des
taxes , & de defcompter tous ceux de cette
efpece qu'on leur préſentera , lorſqu'ils auront
de l'argent public entre les mains. Le
Congrès a pris une réfolution conforme à
cette réquifition.
Toutes les autresnouvelles que nous avons
(
de cette partie du monde , nous font fournies
par les papiers qui s'y publient , & nous
nous contenterons d'en extraire & d'en traduire
les articles les plus piquans .
On équipé à Boſton un vaiffeau deſtiné pour
la Chine. Sa cargaifon tant en argent qu'en
marchandifes , montera à la valeur de 150,000
iv. ft il mettra à la voile inceffamment . Plufieurs
riches Marchands de différentes parties
du continent font intéreffés à cette premiere
entrepriſe qui fe fait directement du nouveau
monde au Sud -Eft de l'ancien .
}
Les Américains , lit - on dans une lettre de
Newyorck , donnent en toutes chofes la préférence
aux François fur les Anglois ; on en
peut juger par un acte paffé dernierement dans
Ja Caroline. En vertu de cet acte le Rum de
la Jamaïque eft chargé d'un droit de 3 d . ft .
par Gallon , & le Rum des Ifles Françoifes ne
l'eft que de 2. Les fucres bruts & en poudre
des Ines Britanniques , payent un droit de 2
par quintal , & ceux des Ifles Françoifes ne
payent qu'un fol fix deniers. Le fucre rafiné
Anglois 1. d. par livre . & les François unemi
denier. Quantité d'autres articles font taxes dans
la même proportion .
>
M. Temple qui eut il y a quelques années
une affaire d'honneur avec M. Whatelay
relativement à des lettres du Gouverneur
Hutchinlon & de M. Oliver , qu'on l'accufoit
de s'être procurées d'une maniere fubreptice ,
encourut la difgrace de les concitoyens à Boſton ,
& il fut tenu un confeil pour iuger fa conduite.
M. Temple étoit originairement un homme en
place à Boston , & au commencement de la
querelle il fut foupçonné de favorifer la caufe
( 112 )
du miniftere Anglois. Ce foupçon fut fortifié
par fon départ fubit pour l'Angleterre en 1779 ,
& il fe conduifit fi adroitement à fon arrivée
qu'il gagna la confiance de tous les Miniftres.
La publication des lettres ci - deffus lui fit perdre
quelque chofe dans leur opinion , & gagner
dans celle des Américains. Le Docteur Franklin
ayant cependant avoué cette publication , &
M. Temple s'étant juftifié d'y avoir contribué ,
les Miniftres lui rendirent leur confiance ; &
quand il fut accufé par les compatriotes en
conféquence des apparences qui étoient contre
lui , il fe juftifia toujours en difant qu'il ne
s'occupoit qu'à détruire les fauffes notions
de l'adminiftration contre les Américains , &
leurs idées de conquêtes , en leur peignant le
véritable état des chofes. M. Temple peut feul
favoir combien cela étoit vrai . Mais il eft certain
que les fréquens voyages en Amérique &
fes retours en Angleterre le rendirent fufpect .
Obligé de fe juftifier à Bofton , il a publié un
mémoire , dans lequel il paroît que fon objet
conftant , malgré toutes les apparences contraires
, étoit l'indépendance de l'Amérique ;
& que dans cette vue il étoit entré dans la
confidence des Miniftres pour leur donner des
confeils favorables à cette caufe , il y demandoit
auffi que fa conduite fút examinée ; il a
été nommé un committé pour cet effet ; &
le committé l'a pleinement justifié.
Maintenant les nouvelles intérieures occupent
feules l'attention ; les bills relatifs à la
Compagnie des Indes , paroiffent furmonter
tous les obftacles que l'oppofition fembloit
fe préparer à leur préfenter.
Le la chambre étant formée en comité ,
( 113 )
M. Fox fe leva pour propofer les perfonnes qui
devoient former les nouveaux Commiffaires &
les fous-Commiffaires ; les noms qu'il avoit laiffés
en blanc alloient être propofés à la chambre ,
& il étoit fûr qu'il n'y en avoit aucun ſur leſquels
on pût faire des objections . Il annonça fur
le champ le comte Fitzwilliam , l'honorable
Frederic Montagu , le lord Lewisham , M. Georges-
Augufte Norh , fir Gilbert Elliot , fir Henri
Fletcher , & M. Robert Gregoire : comme il s'y
étoit attendu , M. Fox ne trouva point d'oppofition.
On fit feulement quelques obfervations ,
qui roulerent la plupart fur la queftion , fi les
Commiffaires pourroient en même tems conferver
leurs places au parlement ; mais on la laiffa
indéciſe , dans le deffein d'y revenir , & M. Fox
annonça que ne voyant point l'incompatibilité
de ces deux objets , il voteroit en conféquence.
Cet article ayant été terminé , il vint à la nomination
des fous - Commiffaires , qui devoient
être au nombre de neuf; il propofa MM. John.
Harrifon , Richard Hall , Etienne Lushington
John Smith , George Commyns , John Michie ,
George Keating , Thomas Cheap & Jacob Wil
kinfon dans ce nombre , il n'y a qu'un feul
membre du parlement , & c'est le dernier , qui
eft membre pour Houiton : ceci renouvella les
objections qui avoient eu lieu à l'occafion des
premiers , mais elles finirent de même , & les
noms furent infcrits dans le bill comme le précédent.
M. Fox parla enfuite du traitement qui
feroit fait aux fous- Commiffaires- Directeurs ; il
obferva celui des directeurs actuels , qui , avec
leur table , montoit à 7500 liv. fterl . par an ;
& il propofa de porter les appointemens de
chacun des neuf nouveaux à 500 liv . , & de
fupprimer les tables , ce qui feroit pour la Com
:
( 114 )
pagnie une économie de 3000 liv.; il ne reftoit
plus qu'à fixer le temps que dureroient leurs
commiffions ; M. Fox avoit d'abord penfé qu'il
pouvoit l'être à 3 ans ou à 5 ; mais après de
mûres réflexions , il avoit jugé que le plus long
feroit le plus convenable , mais que là - deffus
il attendoit & demandoit l'opinion de la chambre
. Elle le fixa à 4 , & il y foufcrivit. II
fut arrêté enfuite que le rapport du comité feroit
imprimé & pris en confidération le 5 &
le bill lu pour la troifieme fois le 8 .
+
Le 5 la lecture du rapport du comité n'occafionna
que ce qu'on appelle une converſation
M. Hufley y fit la motion qu'il avoit annoncée ,
de porter dans le bill , qu'aucun des nouveaux
recteurs de la Compagnie ne pût être admis à
avoir féance au parlement. M. Wilkinſon eft le
feul des neuf directeurs qui eft membre de la
chambre des communes . M. Fox s'éleva contre
l'impropriété de la motion , & fut appuyé par
plufieurs autres membres ; mais cela ne l'empêcha
point de paffer ; & M. Wilkinſon , qui
préféroit fa place au parlement à tout ce qu'on
appelle émolumens , demanda lui -même que fon
nom fût rayé de la lifte des directeurs ; mais
la chambre arrêta qu'on ne ftatueroit fur cet
objet qu'après la troifieme lecture du bill .
Cette troisieme lecture eut lieu hier ; les débats
fe renouvellerent avec plus de vivacité
qu'auparavant ; le lord Mahon appella ce bill
une infamie , une production monstrueuſe du
defpotifme & de la tyrannie : quantité de voix
fe joignirent à la fienne . M. Scot l'attaqua d'une
maniere plus finguliere ; il le compara à la bête
de l'apocalypfe , cita un long paffage de l'Ecriture
fur ce fujet , qu'il égaya de commentaires qui
parurent très- plaifans à la malignité , toujours
( 115 )
prompte à faifir les allégories. M. Fox , en parlant
à fon tour , fe plaignit d'être obligé de
revenir fans ceffe fur les mêmes objections auxquelles
il avoit déja répondu : quoi qu'il en foit,
l'oppofition ne fut pas triomphante ; la motion
pour la troifieme letture l'emporta de 106 voix
108 contre 102. Cette lecture fe fit , & il fut
arrêté que le bill feroit porté à la chambrehaute
après avoir changé le nom de M. Wilkinfon
& celui de M. Lushington , qui furent
remplacés par ceux de MM. Sparkes & Moffat.
Voilà de grands pas qu'ont fait les bills ;
on s'attend que l'oppofition fera de nouveaux
efforts , quand ils feront portés à la
Chambre haute. Tous nos papiers en ont
annoncé derniere ment une vigoureuſe.
Le vicomte de Stormont , difoient-ils , fe propofe
de donner fa démiffion de la place de préfident
du confeil , pour entrer dans le parti de l'oppofition.
Il reconnoît tous les vices de l'adminif
tration de la compagnie des Indes ; -il eft d'avis
qu'on les corrige ; mais on doit respecter få
charte ainfi que les engagemens que le parlement
a pris avec elle ; & il ne veut point tremper
dans un acte auffi arbitaire . & prêter les mains
à ceux qui veulent dépouiller de légitimes poffeffeurs
des biens qu'ils ont acquis . D'autres
papiers moins généreux , prétendent que mylord
Stormont , ennuyé des fonctions de la place de
magiftrature , & animé du defir de pofféder un
département où il puiffe mieux déployer fes
grands talens , a jugé que le moment étoit favorable
, que le parti de la coalition alloit être
écrafé fous le fardeau qu'il venoit de foulever ,
& qu'en fe précipitant dans les bras de fes anciens
amis , il obtiendroit d'eux tout ce que fon ambi(
116 )
tion pourroit le porter à demander. Le lord
Mansfield , le duc de Richemont , le lord Sandwich
, doivent auffi s'oppofer aux bills de M.
Fox ; le lord Shelburne ne doit point paroître ;
mais c'eft lui , dit on , qui fera agir tous les refforts
de l'oppofition dans la chambre des pairs.
C'est pour s'aflurer une voix de plus dans cette
chambre que l'on dit que M. Fox a fait revenir
de Paris le duc de Manchefter.
Tout cela prépare fans doute à une oppofitioa
vigoureufe : mais on ne croit pas
qu'elle ait plus de fuccès dans la Chambre
haute que dans celle des Communes .
On convient en général , dit un de nos pa
piers , de la néceffité d'une reforme ; & les obfervations
qu'a faites M. Fox fur le danger qu'il
y avoit à laiffer les territoires de l'Inde entre les
mains d'une compagnie marchande qui ne ceffoit
de faire couler le fang anglois pour s'abreuver de
l'or & des richeffes des princes du pays , ont fait
une forte impreffion . Il a donné un nouvel
exemple de cette avidité • en rapportant une
lettre de l'Inde par laquelle on apprend que M.
Haftings étoit fur le point de conclure une alliance
avec Madajée Scindia contre Tipo Saïb ,
& que les conditions de ce traité étoient de ſe
partager également les territoires de ce prince ;
& il a obfervé que fi cette alliance étoit con-
Commée , on devoit craindre que M. Haftings
accoutumé à violer les traités & à méprifer les
ordres qui lui font envoyés , ne rende caduc le
dernier traité de paix par lequel l'Angleterre s'eft
engagée à ne point faire la guerre aux alliés de
la France , & qu'il ne rallume par là l'incendie
dans l'Inde. La lettre du confeil de Bombay
qu'on a publiée dans la gazette de la cour , vient
---
( 117 )
à l'appui de ces obfervations. Cette lettre paroît
être un tableau fidele de la divifion qui regne
dans l'Inde , on y voit que les établiſſemens an◄
glois font en guerre contre d'autres établif
femens anglois ; que les généraux accufent
leurs armées ; que les gouverneurs accufent les
généraux ; que les troupes du roi font en querelle
avec celles de la compagnie ; que les
princes indiens à l'exemple des anglois n'obfervent
point les traités qu'ils viennent de figner ;
que les villes font prifes & vendues prefqu'en
même tems ; & que Tipo - Saib , infruit par les
françois dans l'art de la guerre , marche avec
100,000 combattans de conquête en conquête .
Si ces nouvelles ne font point l'ouvrage du parti
ministériel , on peut en conclure que les anglois.
feront bientôt chaffés de l'Inde .
L'état de fituation que la Compagnie
avoit préfenté au Parlement , & fur lequel
M. Fox fit des obfervations , dont il réfulte
qu'elle avoit forcé fon actif de près de 12
millions fterlings , eft le fuivant.
f. Dû.par le Gouvernement , pour une fom
me à lui prêtée , 4,200,000 liv. fter!.
Autres dettes Gouvernement ,
·
En Caiffe & en Billet ,
• 422 011
629,954
En Marchandifes vendues & non payées ,
• 553,258.
Valeur des Marchandiſes arrivées & non vendues.
Fonds courans en Angletere ,
•
•
2,500.000.
1,216,091.
Argent dans le Tréfor en Angleterre , .. 1090..
Du par
les Propriétaires des Vaiffeaux non arri
-vés encore ,
Valeur des Vaiffeaux non ftationnés au dehors ,
• 172,334.
• 12,300
( 118 )
Valeur des Edifices & Magafins de la Compagnie,
253,616.
Balance , Rece.te des Fonds de divers établiffemens
,
Leurs débets défalqués , 4,367,519°
·
14 , 311 , 173.
Paffif. Du par la Compagnie en ventes ,
Billets portant intérêt ,
- Non portant intérêt ,
·
...
2,992,440.
1,996,700.
11,592. ..
Droits fur les Marchandifes vendues & non vendues
, . 1,641,254.
A l'échiquier pour le dernier payement au Gouvernement
, 1000,000.
Pour un emprunt en Billets d'échiquier avec intérêt
, 302,387.
Lettres de change non payées , 2,489,098.
Dettes de Commerce ,
· · •
Intérêts fur des Annuités , Billets , •
458,481.
149,90T
Demie année de Dévidende payable à Noël ,.
Intérêts fur le Militaire ,
Total. ·
128,000.
72,639.
10,342,692.
La balance qui réfultoit de ce compte en faveur
de la Compagnie étoit de 3,968,482-liv. ft.
On lit dans nos papiers , au fujet de la
féance , remarquable par le difcours de M.
Fox , qui offroit une récapitulation de tous
les excès commis dans l'Inde , une anecdote
affez plaifante.
Pendant que les Membres du Parlement étoient
dans la Salle pour y prendre leur place avant la
( 119 )
Priere , M. P. T. A. qui eft remarquable par fon
efprit & fa vivacité , fe mit à regarder le Livre
de Prieres ordinaires , dont , difoit-il , il n'avoit
pas fait ufage depuis long -temps. Il tomba fur
la Collecte pour les infortunés , & il ajouta en
marge & pour la Compagnie des Indes , éprouvant
dans ce moment les plus grandes afflictions , & menacée
des dangers les plus énormes. Il avoit à peine
achevé d'écrire que le Chapelain parut ; il lui
montra ce qu'il avoit fait , & l'exhorta à comprendre
nommément la Compagnie dans la
Priere pour les affligés ; à moins qu'elle ,ne dûr
être abfolument exceptée des prieres de la Chambre.
La grande affaire du crédit public , qui
ne follicite pas moins l'attention du Gouvernement
, que celle de la Compagnie des
Indes , eft dans ce moment entierement abforbée
par celle-ci .
Il faut efpérer , dit un de nos papiers , qu'on
ne tardera pas à s'en occuper. M. Fox l'a annoncé
forme lement à la premiere féance du
Parlement ; mais on ne peut que s'attendre à
de nouvelles charges d'après les principes qu'il
s'empreffe d'établir . Il montre de l'horreur pour
la doctrine de quelques- uns de ces politiques qui
avoient infinué dernierement que les fonds pu
blics étoient propres à être taxés . Cette doctrine
, obferva- t- il , eft inconftitutionnelle , fubyerfive
du crédit public ; la conſtitution de ce
pays la rend impraticable. La foi nationnale eft
engagée par la légiflation ; & il n'y a point de
pouvoir qui puiffe la dégager. Il faut pourvoir
à l'intérêt de la dette . Les reffources du pays
quoiqu'affoiblies & diminuées ne font pas épuifées
. Elles égalent encore les dépenfes. La fa(
120 )
gelfe & le courage feuls font néceffaires pour
fupporter les fardeaux que les circonftances obligent
les Miniftres de propofer & le Parlement
d'accorder. Il faut regarder en face la fituation
réelle du pays , l'état actuel de la dette fondée
& de la dette non fondée , celui du revenu ;
on verra que les palliatifs ne fauroient être ad
mis , & que la chambre doit , par fon énergie
& fon unanimité donner de l'efficacité aux impôts
, empêcher d'éluder les loix & concourir à
prévenir les fraudes qui diminuent le revenu .
les taxes les plus fages que l'efprit humain ' ait
pu choiſir , ( & ici il entendoit celle fur les
quittances qui avoit été proposé par M. Pitt )
peuvent être éludées par ceux qui doivent les
payer ,à moins qu'elles ne foient fermement foutehues
parla chambre. Ii faut pourvoir à un fond d'amortiffement
, pour diminuer quelque partie de la
dette , & fonder un crédit capable de fournir
aux dépenses d'une guerre future.
On apprend d'Yarmouth , qu'un navire
François , d'environ 600 tonneaux , chargé
de mâts pour la Marine Royale de France,
& venant de Riga à Breſt , a été conduit à
la rade d'Yarmouth par l'équipage qui s'eft
révolté, & a enfermé le Capitaine. Les Offieiers
de garde fe font affurés des mutins , &
l'Amirauté , fur leur rapport , a expédié l'ordre
de remettre le navire au Capitaine , &
lui donner tout ce qui lui eft néceffaire pour
fon voyage
.
Les crimes qui fe multiplient dans ce Pays
riennent fouvent au déréglemens des moeurs ;
une femme avoit quitté fon mari pour vivre
avec un autre homme avec lequel elle a refté
quelque
( 121 )
}
quelque temps ; le mari l'ayant enfin reclamée ,
elle retourna chez lui . L'homme avec lequel
elle avoit vécu pendant fon éloignement de la
maifon de fon mari , l'alla voir ces jours derniers
pour prendre un éternel congé d'elle ; après
une converfation affez froide & tranquille , il
la pria de permettre qu'il lui donnat le baifer
d'adieu ; elle approcha fes levres ; mais le
malheureux qui tenoit un rafoir qu'il avoit apporté
lui coupa la gorge ; heureuſement elle
avoit au col un collier de métal qui arrêta le
coup. La bleffure eft très -grande , mais peu profonde
, & l'on efpere qu'elle n'eft pas dangereufe.
Le coupable a été arrêté , & le Lord Maire ,
après l'avoir interrogé , l'a envoyé en prifon .
pour l'interroger encore lorfque la victime de
fa paffion & de fa fureur fera hors de danger,
On vient de faire dans l'exécution des
criminels un changement , dont on a vu ces
jours derniers le premier effai ; c'eft ainſi que
l'on en rend compte dans nos papiers.
La maniere dont on conduifoit les criminels
Tyburn pour les exécuter , étoit regardée depuis
long- temps comme peu convenable & peu décente.
Au lieu d'infpirer de l'horreur des crimes ,
elle étoit fouvent l'occafion d'en commettre quelqués-
uns. Il a été préfenté un plan pour rendre
cette cérémonie trifte mais néceffaire , plus frapante
& plus efficace. On conftruira chaque fois
auprès de Newgate un échafaud fur lequel on
conduira les coupables le jour de l'exécution pour
les expofer à la vue du public . Les officiers de
juftice environneront cet échafaut dont le plancher
s'écroulera tout- à- coup fous les pieds des
malheurenx qui refteront fufpendus. Če plan a
reçu la fanction du comte de Mansfield ; & il a été
No. 51 20. Décembre 1783 .
f
!
( 122 )
adopté. L'appareil de la mort fera plus terrible .
que la mort même , & offrira un (pectacle capa
ble d'inspirer des réflexions falutaires .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 16 Décembre.
Le 9 de ce mois le Prince de Naffau Ufingen,
& le Margrave d'Anfpach, fous le nom
de Comte de Sayn , furent préfentés dans le
cabinet avec les formalités ordinaires M.
Storer , Miniftre- Plénipotentiaire de la Cour
de Londres , eut le même jour une audience
particuliere du Roi , pendant laquelle il remit
à S. M. fes lettres de créance . Il fut conduit
chez LL. MM. ainfi que le Prince de
Naffau-Ufingen & le Margrave d'Anfpach
par M. de Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs
.
Le to S. M. &la Famille Royale affifterent
dans la Chapelle du Château au Te
Deum de la compofition de M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi , chanté
par les Muficiens de S. M. à l'occafion de la
Paix.
DE PARIS , le 16 Décembre.
#
Dimanche dernier le Te Deum , en actions
de grâces de la paix effectuée entre le Roi &
le Roi de la Grande - Bretagne , a été chanté
dans l'Eglife de Notre -Dame ; le foir il a
été tiré un feu d'artifice fur la place de l'Hô
sel-de - Ville. Il n'y a point eu de globe aërof
( 123 )
tatique en artifice pour couronner le feu , &
fervir de bouquet , comme le bruit s'en étoit
répandu ; la prudence de MM. le Prévôt des
Marchanas & Echevins ne leur a pas permis
de donner ce degré d'intérêt aux réjouiffances,
dans la crainte que la machine ne retombât
encore garnie d'artifices dans un
quartier peuplé , ou fur quelque édifice auquel
elle pût mettre le feu. La nuit la Ville
a été illuminée ; il y a eu dans toutes les places
publiques des orcheftres & des buffets .
Le peuple s'eft fur-tout raſſemblé à la halle
au bled, qui vient d'être couverte d'une maniere
fi ingénieufe , par MM . le Grand & Molinos.
Dans le grand vaiffeau , qui a la même
dimenfion que le dôme de l'Eglife de faint
Pierre à Rome , 100 pieds de diametre ,
300 de circonférence , 1oo d'élévation , &
qui eft percé de 25 portiques ; il y a eu des
diftributions abondantes de pain , de vin &
d'autres comestibles ; un grand & nombreux
orcheftre , placé au milieu a fourni les
moyens de danfer dans toute l'étendue de
l'intérieur ; par les foins qu'on a pris , l'ordre
a regné partout.
Dans les premiers jours de Novembre , écriton
de Marſeille , il a régné dans le golfe de Lyon
& fur les côtes de fainte- Marie , des tems fi orageux
, que plufieurs navires ont péri . De ce nombre
eft le navire la Jeanne - Catherine , Capitaine .
André Thaufon , Suedois , revenant d'Eſpagne
chargé de blé & de laine ; 450 charges de blé &
une partie de la laine ont été fauvées & apportées
dans cette ville , fur la tartane de pêche du pa-
£..2
( 124 )
tron Pierre-Pons . Il réfulte de la dépofitien du
Capitaine Suédois , qu'il eft encore péri fur les
plages de fainte- Marie , une tartane chargée
de fpath , & un pinque napolitain dont on
ignore le nom , & le chargement , à l'exception
d'environ 15000 livres tournois , en piaftres
, qui ont été fauvées & déposées à l'amirauté.
Il a apperçu le long des côtes deux bâtimens
échoués & brifés , dont il n'a pu connoître
la nature , & un gros vaiffeau naufragé qu'il a
cru être Hollandois.
Les lettres de Dunkerque font auffi mention
de quelques naufrages.
Le navire l'Alliance , Capitaine Delis , difentelles
, a fait naufrage fur les côtes de Bretagne ,
venant de Charente , avec un chargement d'eaude-
vie pour cette ville ; on efpere le fauver fans
avaries. Une chaloupe de ce port eft rentrée , il
ya quelques jours , avec 11 hommes , formant
l'équipage d'un navire américain , chargé de
300 boucauts de tabac de Virginie , déftiné pour
Rotterdam qui eft venu fe brifer fur un des
bancs de fable qui bordent nos côtes ; les infor
tunés qui fe font fauvês par le moyen des débris ,
font réftés pendant 50 heures flottans fur les
caux , fans fecours & fans vivres,
Sur la repréſentation qui a été faite ces
jours paffés au Roi , que l'invention des machines
aeroftatiques étant une de ces découvertes
brillantes & utiles , qui agrandiffent le
domaine de l'homme, & que les nations favantes
nous envieront , il eft de la grandeur
& de la dignité de S. M. qui aime & protege
les Sciences , de récompenfer l'inventeur &
ceux qui l'ont fecondé dans fes opérations ,
on a propofé à S. M.
( 125 )
1. D'ordonner qu'il foit frappé une médaille
pour conftater que cette découverte a été faite
fous fon regne , dans fon royaume , & par un de
fes fujets. 2° . De donner le Cordon de Saint- Michel
à M. de Mongolfier , avec une exemption
des droits de marc d'or . 3° . D'accorder 2000 liv,
de penfion à M. Charles , 1000 à MM. Robert , &
1000 à M. Pilatre de Rofiers . Quand à M. le Marquis
d'Arlandes , comme il n'eft fufceptible que
de graces militaires , c'eſt à S. M. à déclarer le
genre de grace qui lui convient.
Partout où fe portent M. de Mongolfier
& M. Charles , la foule les environne
& les accompagne de vives acclamations ;
ils ont reçu des applaudiffemens aux Ecoles
publiques , à l'Académie des Sciences , aux
Spectacles ; les Phyficiens & les Méchaniciens
font à préfent occupés de la nouvelle
découverte , les uns ont trouvé un nouveau
gaz cent fois moins coûteux que celui dont
on a rempli jufqu'ici les globes aëroftatiques.
Les autres s'occupent à chercher dans la méchanique
un moyen facile & sûr pour conduire
& fe diriger à volonté.
Il paroit , nous écrit- on , que M. de Montgolfier
, aura encore l'honneur d'être le premier a
trouver ce fecret-là . Du moins il travaille à fa
machine , & il l'agrandit , & par une grande aiguille
de fer aimanté qu'il placera au bas , par
une ouverture qu'il pratiquera à l'un des côtés
d'où fortira une partie de l'air raréfié ; il ſe promet
de donner à fa machine toutes les directions
qu'il voudra , puifque , dit- on , il la fera avancer
, même contre le vent. Son frere ne refte
pas oifif à Lyon ; il faut qu'ils fe communiquent
-
£ 3
( 126 )
leurs idées , & qu'ils foient certains de leur nouveau
procédé , puifque l'on mande de Lyon que
M. E. Montgolfier , doit partir le 15 , & qu'il fe .
propofe d'aller déjeuner à Avignon & diner à
Marfeille ; il fera donc 66 lieues en 8 à 10 heures
avec fa machine.
La fin du XVIII . fiecle fera l'epoque des
découvertes les plus intéreffantes , fi elles fe
réalifent. Nous avons annoncé les premiers
en France celle faite en Angleterre pour
marcher fous l'eau ; les papiers Anglais qui
donnoient la relation d'une expérience , &
que nous nous fommes bornés à traduire ,
prétendent aujourd'hui que l'inventeur de
ce beau fecret s'eft noyé , ce qui pourra rendre
très circonfpects ceux qui feront tentés
de répéter cet effai : il nous refte à faire des
vaux pour que les navigateurs aëriens ne
faffent point de chûte , qui pourroit devenir
funefte aux nouveaux Argonautes , & retarder
la perfection qui refte encore à donner à
la machine. Un troifieme inventeur fe met
fur les rangs auiourd'hui , pour annoncer
une nouvelle découverte ; nous le laifferons
parler lui- même.
сс « L'ame encore toute échauffée des fublimes
Expériences de MM. Montgolfier & Charles ,
& l'esprit étonné du courage éclairé des quatre
Voyageurs aëriens , j'aurois abandonné le projet
dont je vais vous entretenir , fi mon expérience
& la leur ne tenoient qu'au fimple amufement
du Public ; mais comme l'intérêt général
que les expériences de la Machine aëroftatique
ent infpiré à tous les ordres des Citoyens , tient
( 127 )
fur-tout aux avantages ultérieurs que la Société
pourra en retirer , à ce titre , je crois , même après
MM. Montgolfier & Charles , pouvoir propofer
ma découverte. Elle cft le fruit de 20 ans de travaux
& de dépenfe. Je me flatte d'avoir trouvé l'infaillible
moyen de marcher à pied fec fur la furface
des eaux. Je fuis redevable de cette découverte à
une de ces poupées tournantes qu'un reffort fait
mouvoir. En confidérant la fimplicité de ce mécanifme
, je le combinai avec la caufe qui fourtient
fur une riviere le caillou que l'on jette
pour faire des ricochets : & j'en conclus qu'il
étoit poffible d'établir un principe de force toujours
agiffant dans un fens progreffif & capable
de fupporter des poids plus ou moins confidérables
en raifon de fa viteffe ; que ce mouvement
proportionné à la péfanteur pouvoit tenir en
équilibre des corps folides fur des fluides à la
hauteur donnée. Telles furent mes conjectures ,
& j'ai travaillé avec tant de conftance à les rendre
juftes , que j'ai obtenu des résultats qui pe
peuvent manquer de caufer un grand étonnement
& de produire une forte de révolution . Je
propofe de paffer & repaffer la Seine fans mouiller
mes fouliers , & d'en faire des expériences
multipliées le 1 Janvier 1784 , au- deffous du
Pont-Neuf, à Paris ; mais fous la condition qu'au
'bout de la premiere traverfée je trouverai deux
cents louis fur la rive oppofée pour payer mon
voyage. Je n'emploirai d'autre artifice qu'une
paire de fabots élastiques , diftants l'un de l'autre
de la grandeur d'un pas ordinaire , & fixés par
'une barre comme deux boulets ramés Chaque
fabot , long d'un pied , aura fept pouces de hauteur
fur pareille largeur ; c'eft avec cette chauf
fure que je puis traverfer , so fois par heure , la
plus large riviere. Comme je ne doute pas que la
£ 4
( 128 )
curiofité ainfi que l'amour des Arts & du bien
Public ne fourniffent le nombre de Soufcripteurs
convenable pour former la fomme que je demande
, & fans laquelle je ne puis tenter mon
expérience. Ma propofition eft de traverser la
riviere de Seine entre le Pont-Neuf & le Pont-
Royal à fleur d'eau & avec affez de viteffe pour
qu'un cheval qui partira en même temps que moi
au grand trot d'une extrémité du Pont- Neuf
n'arrive pas avant moi à la rive oppoſée.
Comme je m'attends à toutes les critiques &
à tous les painphlets dont on accable les inventions
nouvelles , je ne me ferai connoître qu'an
milieu des eaux , & j'inviterai les Railleurs à
m'y accompagner : c'eft à cette feule place que
je répondrai à leur objection ; elle eft large ,
cependant pout leur ôter le plaifir de tout dire ,
je préviens d'avance fur quelques inconvéniens
que l'on pourra prévoir ; on dira que le Voyageur
rifquera de fe noyer s'il tombe en défaillance
dans fa route , ou s'il fait un faux pas qui
Jui faffe perdre l'équilibre . A cela je répondrai
que dans le premier cas , on courroit rifque de
s'affommer fur le pavé , & que dans le fecond ,
il y aura trois raiſons de fe raffurer , 1 ° . parce
qu'on ne trouvera pas de pierres en fon chemin ;
2º. parce que rien n'eſt fi aifé , en cas de chûte
imprévue , que de porter à chaque main une forte
veffie bien enfiée ; 3 ° . parce que la Police toujours
agiffante , & à fon défaut , l'esprit d'intérêt ,
ne manqueront pas d'entretenir des fabots élaftiques
fur les ports pour remplacer les petits
bateaux , & ces fabots feroient d'un grand &
prompt fecours en cas d'accident. D.... , Horloger.
P. S. Je n'ai pas befoin de prévenir que fi ,
à l'époque du 1 Janvier , la riviere eft prife de
glace , l'expérience fera retardée & remife au
( 129 )
T
premier moment où elle fe trouvera dégagée
de tous glaçons. Il ne feroit pas étonnant que
mes pieds ne fe mouillaffent point dans un palfage
où il n'y auroit point d'eau ; d'ailleurs , je
ferois préfumé ne faire que patiner : outre cette
raifon , qui regarde le Public , j'en ai une particuliere
qui exige que l'eau foit fluide ; car il feroit
poffible que la rapidité du mouvement qui
m'emportera mît le feu à l'encaiffement de
mes fabots élastiques , que je fuis obligé de
faire en bois pour éviter la péfanteur ; il fuit de
cette circonftance que j'ai besoin de pouvoir toucher
l'eau pour l'éteindre . Je préviens également
qu'un brouillard épais me forceroit à retarder
l'expérience par une autre raiſon , c'eſt
que j'ai besoin de voir l'autre rive pour aborder
avec fureté & ne pas rifquer de me bleffer,
Cette expérience ne fera peut - être pas
moins curieufe que celles qu'on a déjà faites ,
& fi elle réuffit , on pourra regarder notre
tems comme celui des découvertes & des
prodiges ; après avoir trouvé le moyen de
s'élever en l'air , de marcher fous l'eau , il ne
refte plus qu'à montrer qu'on a auffi celui de
marcher à pied fec fur cet élément. Il s'eft
préſenté déjà des foufcripteurs pour ce dernier
effai ; & il faut croire qu'il s'en trouvera
d'ici au mois prochain le nombre néceffaire
pour remplir la fomme que demande celui
qui veut la tenter.
On annonce dans un papier public une
découverte économique qui fera trèsprécieuſe
, fi elle remplit conftamment l'effet
qu'on en a déjà obtenu ; c'eſt un titre
fs
( 130 )
pour la placer ici ; en étendre la publicité,
c'eft inviter à faire des expériences ; & c'elt
de leur multiplicité qu'on peut tirer des réfultats.
Madame Pourcelet , Religieufe de la Vifitation ,
à Salins , ayant remarqué des tiges de guimauve
de trois pieds & demi de hauteur , crut qu'elles
pouvoient le rouir comme le chanvre ; elle en fit
l'effai , & ces tiges , après avoir été teillées &
peignées , ont donné une filaffe plus douce que
celle du chanvre , & plus forte que le lin. Les
fils qu'elle en a eus , font de differentes especes ,
& ont été trouvés d'une bonne qualité après le
blanchiffage. Comme la guimauve eft une plante
vivace , qu'elle produit chaque année des jets , &
qu'elle exige moins d'engrais & de foins que le
chanvre , on penfe qu'il feroit à propos de la
cultiver plus généralement , afin de l'employer
au même ufage.
L'artifte célebre , au burin duquel nous
devons la copie fidelle de plufieurs tableaux
intéreffans , dont il a rendu avec une égale
vérité la maniere & le génie , vient d'enrichir
fa collection précieuſe d'un ouvrage de
Wéenix , Peintre célebre , dont les talens fupérieurs
font très-connus , mais les ouvrages
très - rares en France. Celui- ci , qui eft dans le
cabinet de M. le Comte de Merle , Ambaffadeur
du Roi en Portugal , offre une ſcene
très - piquante.
C'est une partie de plaifir qui fe paſſe au pied
d'un monument antique & d'une architecture
impofante. Une jeune femme appuyée fur un
cavalier , prend avec lui des rafraîchiffemens que
la maitreffe d'une hôtellerie vient leur préfenter ;
( 131 )
derriere , des Muficiens forment un Concert auprès
d'un autre couple que le Peintre a repréfentés
dans le coftume Hollandois . On apperçoit
dans le fond l'intérieur de l'hôtellerie , des domestiques
emportant des paniers de gibier ; plus
loin , des cavaliers , & au- delà un groupe coloffal
de gladiateurs ; dans l'éloignement un port de
mer , des vaiffeaux & une multitude de figures
fur le rivage. Cette compofition très- riche , da
l'effet le plus piquant , méritoit les foins de M. de
Launay , & fon burin a rendu toutes les beautés
du tableau de Wéenix . Cette eftampe de 16 pouces
de haut fur 22 de large , paroît depuis le i de ce
mois ( 1 ) .
M. de Fleffelles , Intendant de Lyon , ayant
fait ouvrir depuis quelques années les deux gran
des routes de Paris par le Bourbonnais & par la
Bourgogne , vient de faire élever au milieu de la
circulaire où elles fe réuniffent près la porte de
Lyon , & fur les deffeins de M. Lallié , Ingénieur
en chef de la Province , un obélifque d'environ
cinquante pieds de hauteur , couronné d'un globe
parfemé de fleurs de lys en or , fur lequel repofe
une colombe portant au bec un rameau d'olivier ;
fur la table du piédeſtal du côté de la ville eſt
gravée l'infcrip ion fuivante Ludovico XII , utriuf
que orbis pacificatori . Le ,millefime eft fur la table
oppofée , & les deux latérales contiennent l'indication
de chaque route. Cet obélifque eft entouré
de bornes , unies entr'elles par de fortes
chaînes en fer. La place a quatre cent foixantedix
pieds de circonférence . elle eft plantée de
tilleuls , avec des bancs en pierre dans les intervalles.
Nous nous empreffons d'annoncer ici une
( 1 ) Elle ſe trouve chez l'Auteur , rue de la Bucherie
No. 26, Son prix eft de 12 liv .
f G
1
( 132 )
entrepriſe importante , & qui a droit aux encouragemens
du Gouvernement , & à la reconnoiffance
de la Nation.
L'Angleterre , jufqu'à ce jour , l'a emporté
fur toutes les Nations par la beauté de fes cryftaux ,
de fon flint glaff , fon émail tendre & fa cendre
bleue . Venile n'avoit l'avantage fur elle que pour
l'émail dur. L'induftrie françaife s'eft efforcée à
diverfes reprifes d'atteindre à la même perfection
; on a fait dans plufieurs de fes verreries du
cryſtal qui eft beau , mais toujours inférieur à celui
d'Angleterre. Il étoit réſervé aux fieurs Lambert ,
Boyer & Compagnie d'égaler , ou même de furpaffer
ces Manufactures célebres , & de procurer
à leur patrie les avantages exclufifs qu'en ont retirés
jufqu'ici les Anglais. Ils ont créé la Manufacture
de cryftaux flint glaff, émaux & cendre
bleue , établie dans le parc de S. Cloud , fous les
aufpices & la protection de S. A. S Mgr le Duc
d'Orléans , premier Prince du Sang ; & dès leurs
premiers effais , ils font parvenus à un dégré de
perfection qui leur affure l'approbation du Gou
vernement & celle de la Nation. Ils croient
inutile de parler des foins , des travaux & des dépenfes
inféparables de leurs recherches ; leur fuccès
les en dédommage , & le Public en jugera
lui-même ; le Magafin qu'ils ont formé , rue de
Tournon , fera ouvert le 20 Décembre. Ils s'eftimeront
heureux , fi en établiffant cette branche
nouvelle & précieufe de commerce , ils peuvent
être utiles à l'Etat , & agréables à leurs concitoyens
qui trouveront à leur portée tous les ouvrages
qu'ils étoient obligés de faire venir de loin , la
facilité de les remplacer au befoin , celle même
de faire exécuter les pieces particulieres qu'ils
pourront defirer, fous la forme qu'ils indiqueront ,
>
( 133 )
ou d'après des deffins qu'ils donneront eux-mêmes.
Les S. L. B. & C. fe chargeront auffi de faire exécuter
les différens uftenfiles néceffaires pour la
Chymie & les expériences phyfiques.
MM. j'ai lu dans votre Journal , Nº. 38 , du
20 Septembre de cette année , les réſultats de la
prétendue analyfe de mon Remede , par le fieur
Croharé , Apothicaire. Je ne crois pas , MM.
devoir entrer en difcuffion fur cette prétendue
analyſe qui eft démentie par les faits : on a falfifié
mon Remede de toutes les manieres , à Paris
à Versailles , à Lyon , &c. &c. On lui a donné
toutes fortes de couleurs ; il eft très- poffible que
le fieur Croharé ait analyfé un poifon : mais ce
qui doit paroître étrange , c'eft qu'il regarde
comme tel un Remede approuvé par les Médecins
& Chirurgiens qui le confeillent , & l'emploient
journellement , un Remede qui n'a été admis
pour le traitement des Troupes du Roi › que
d'après des expériences & des obfervations connues
de toute l'Europe ; un Remede enfin , qui
a guéri des malades abandonnés par les gens de
l'Art . Au furplus , voici le problême que
je donne à réfoudre aux partifans de l'analyfe ;
Je me foumets à fournir deux préparations , ayant
même couleur , même odeur , même tact , même gout ;
on les analyfera féparément ; toutes deux donneront
les mêmes réſultats ; l'une d'entre elles n'a aucune
qualité malfaifante ; l'autre , au contraire , eft un
poifon des plus fubtils, Signé , le Chevalier DE
GODERNAUX. 1
M. Pinélis , né à Rome , & Profeffeur de
Mathématique & de Phyfique , ayant eu l'honneur
d'être admis les 15 , 19 , 20 & 21 du mois
dernier à donner des preuves de fes talens à la
Cour
a reçu de S. M. & de la Famille Royale
les plus grands applaudiffemens au fujet des ex(
134 )
périences & tours d'adreffe furprenant qu'il a
fait , & qui furpaffent tout ce qu'on a pu voir
jufqu'a préfent en ce genre. L'on a tout lieu d'ef
pérer qu'après avoir donné fes Représentations à
la Cour , il en donnera également à Paris.
Parmi les nouveautés qu'offre l'induftrie dans ce
moment , en voici une que nous nous empreffons
d'annoncer . C'eft une Boë: e à tabac , dite à l'Ecuyere
, en or ou en argent , ou garnie en or
fur fond verni , avec laquelle on peut agir fans
quitter la guide du cheval ; & qu'on peut tenir
dans fa main quelqu'embarraffée qu'elle foit.
Imaginée par M. Roux , Marchand Bijoutier rue
des Follés- Saint- Germain -des-Près , à l'enfeigne
du Château de Verfaille , à Paris , où l'on en
trouvera toujours de toutes faites .
"
Catherine Henriette du Bournt -Montagna
, veuve de Jean - Denis de Boffalft
Marquis de Bafillac , eft morte le 16 Octobre
dernier, au château de Befplan , près de
Vic en Bigorre
Charles- Arnaud de la Briffe , Comte de
Preaux , Brigadier des Armées du Roi , chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de faint
Louis , eft mort à Rennes , le 20 du mois
dernier , âgé de 64 ans .
Un Arrêt du Confeil d'Etat , du 5 Octo-
S
bre , proroge à 2 mois le délai accordé par
l'article 8 du titre de l'Ordonnance de
1687 , aux navires en relâche forcée pour
exporter leurs cargaifons en exception de
droits. Un fecond , en date du i de ce mois ,
porte que l'emprunt de ro millions de rentes
héréditaires , crées par l'Edit de Décem
I
( 135 )
bre 1682 , n'aura effet que pour les cinq mil
lions defdites rentes qui ont été levées juf
qu'à préfent , & que le tirage des rembour
femens de ces cinq millions de rente au capital
de 100 millions , fe fera le 10 du préfent
mois , conformément audit Edit.
Autre du 10 de ce mois , portant révocation
de ceux des 17 & 30 Septembre dernier , concernant
la Caiffe d'Efcompte. Il a été rendu fur
la requête préfentée par les Administrateurs de
ladite Caiffe , contenant que par l'effet de l'at ,
tention fuivie qu'ils ont eue de faire concourir,
dans une jufte proportion , l'extinction fucceffive
des billets de la caiffe avec les fecours non interrompus
qu'ils ont donnés au commerce & aux
particuliers , pour prévenir les malheurs qu'une
autre marche aurait pu entraîner , ils fe font mis
en état de reprendre leurs payemens à bureau
ouvert , qui même ont déjà eu lieu depuis plu
fieurs jours que d'ailleurs les examens rigoureux
, mais fages que les actionnaires avaient
fait faire par leurs députés en éclairant la conduite
de l'adminiftration avec la plus fcrupuleufe
exactitude , avaient fervi à lever les inquiétudes
du public , en même tems qu'ils ont fait connoitre
la fituation folide de leur établiffement ; que
dans ces circonstances , il ne leur retoit plus
qu'à fupplier très-humblement S. M. d'accorder
à leurs inftances la révocation entiere & abfolue
des Arrêts des 27 & 30 Septembre , en tout ce
qui eft relatif à ladite caiffe , & de vouloir bien
donner à cette révocation toute la publicité néceffaire
pour éffacer les traces de ces évenemens
malheureux . S. M. , après s'être fait rendre
compte de la fituation actuelle de la caiffe , & de
tout ce qui y a rapport , & ' avoit reconnu qu'il
( 136 )
n'y a plus le moindre fujet d'inquiétude fur l'exactitude
du payement de fes billets , fans qu'il foit
befoin d'aucun fecours de l'autorité , puifque le
nombre de ceux qui étoient en circulation à l'époque
de l'Arrêt du 23 Novembre , étoient encore
infiniment diminués , & les fonds déftinés à
leur acquittement font augmentés ; il y avoit en
caiffe au moment actuel une quantité d'efpeces
plus que fuffifante , pour faire face à toutes les
demandes .
Les Numéros fortis au Tirage de la Loterie
Royale de France , font : 32 , 11 , 74,
10 , & 86.
DE BRUXELLES , le 16 Décembre.
S'il faut en croire des lettres de la Haie , la
Paix entre l'Angleterre & la République ne
tardera pas à être fignée : mais on ne dit pas
encore fi ces deux Puiffances font convenues
de quelque chofe fur l'équivalent que la derniere
peut donner à la premiere en échange
de Negapatnam.
Quant à la conteftation entre l'Empereur
& la République , le Miniftre de Vienne à la
Haie infifte toujours fur la fatisfaction demandée
par le Gouvernement des Pays - bas
pour la violation du territoire ; mais les Etats-
Généraux temporifent , parce que ce feroit
reconnoître la propriété en faveur de l'Empereur
, & ils font d'avis de demander qu'il
foit nommé des Commiffaires pour arranger
ces différends. On attend à cet égard la
réponte de la Cour de Vienne. En général ,
on croit que la Commiffion fera agréée, &
i
( 137 )
que c'eft-là qu'on en vouloit venir. Mais il
ne l'eft pas qu'il y foit rien difcuté , relativement
aux faits ; l'Empereur eft en poffeffion,
& ce qui eft fait à cet égard , paroît être fait
fans retour , puifqu'on a prefqu'achevé la
démolition. Les vues de la Cour de Vienne
font , dit- on , plus étendues . Elle fe propofe
de s'attacher la République par un Traité
d'alliance & de commerce , au moyen de
quoi il obtiendroit l'ouverture de l'Efcaut.
Ceux qui forment cette conjecture , fe fordent
fur un paffage du Mémoire remis à
M. Hope par le Gouvernement des Pays-
Bas , où elle eft dit qu'il eft néceffaire de finir
une fois pour toutes , afin de rendre impoffible
tout fujet ultérieur de conteftation .
On a beaucoup parlé , lit- on , dans une lettre
de Francfort , de l'entrevue de l'Impératrice &
du Roi de Suede. On en raconte vaguement le
motif & le résultat : le premier eft fans doute
fondé fur les projets de la cour de Ruffie , relativement
au levant. Le Roi de Suede actuel
depuis fon avénement au trône , a augmenté
l'armée de 5 à 6000 hommes ; ce qui la porte
actuellement à près de 50000. Quand à la Marine
, les fonds font faits pour conftruire deux
vaiffeaux par an ; & dans le moment préfent ,
la Suele pourroit armer 20 à 25 vaiffeaux de
lignes dans deux ans au plus , elle pourra en
mettre 30 à la mer : de plus elle a une flottille
confidérable de chebecs , de galeres , & autres bâtimens
légers , propres à naviguer dans les basfonds
de la Baltique , & à faire des defcentes ;
enfin cette flotille eft montée par une très- bonne
troupe , également exercée aux manoeuvres nau
( 138 )
tiques , à celles de l'artillerie qu'elle peut met
tre à terre , & aux opérations qui leur feroient
prefcrites pour un débarquement . Cette augmentation
de puiffance devient intéreffante dans les
circonftances actuelles. Il paroît qu'elle a refté
fur cette entrevue . L'impératrice de Ruffie auroit
été volontiers à Sthockolm , mais le Roi de
Suede s'empreffa d'épargner un long voyage à
cette grande Princeffe : elle eut lieu à Fredericsham
, & dura trois jours ; mais on ignore quel
en a été le résultat .
Fin du Mémoire du gouvernement des Pays -bas.
Le
gouvernement chargé de faire obſerver
avec rigueur les Edits de faire refpecter partout
les droits de S. M. & de les faire valoir , comme
i appartient à la dignité , croit devoir à fes
principes comme aux fentimens de LL . HH . PP .
le parti qu'il prend de faifir l'occafion de l'atrocité
que s'eft permife la Garnifon de Liefkensboek
, pour s'expliquer avec la franchife &
la cordialité , dont le préfent Mémoire renferme
la preuve la plus certaine , & faire obferver que ,
tandis que du côté de S. M. on ne fauroit fe
relâcher des droits inconteſtables qu'elle a à répéter
partout & à tant de titres , le gouvernement
ne peut d'un autre côté arrêter les ordres
que fes Officiers ont depuis long - temps d'agir
en conformité de ce que demande le maintien
de ces droits. On ajoutera que même les regles
des bons procédés fe perdent , ou s'oublient du
côté des employés de la République . En effet ,
il ne fauroit entrer dans le bons procédés d'aftreindre
, comme on fait , les bieres & les denrées
, qu'on transporte d'Anvers & des environs
par l'Efcaut , aux habitans des Polders du Brabant
, dénomination de l'Empereur , & par conféquent
de Nous à Nous , à des droits , par la
( 139 )
feule raifon , que les denrées doivent paffer par le
Quai de Lille. Il est également inconcevable &
infultant qu'on exige des droits pour le fimple
paffage par l'Escaut de Nous à Nous , des denrées
qui ne fe déchargent , ni ne s'arrêtent pas
même audit Quai . Ce n'eft encore pas à cela
que fe bornent les exactions , foit du Commandant
du Fort , ou celui de l'espece du navire
Hollandois qui fe trouve fur l'Efcaut , prefque
vis -à- vis du Fort : on y extorque un nouveau
droit depuis quelques mois feulement , à la charge
des fujets de S. M. en les affujettiffant à payer
une retribution pour chaque Bateau pêcheur ,
chaque fois qu'il paffe ou repaffe l'Efcaut , avec
menace , à défaut d'acquitter cet impôt de nouvelle
création , d'arrêter les bateaux & leurs
conducteurs , & de les faire nommer Zelande .
Le Gouvernement ne fauroit diffimuler que tant
d'exactions & empiétemens ne peuvent être que
la fuite de la confiance avec laquelle la République
s'en rapporte au récit des Officiers employés
, ou du courage qu'ils trouvent peut- être
dans la connoiffance qu'Elle tient fur les plaintes
du Gouvernement - Général ; & il eft d'autant
plus dans le cas d'appliquer cette réflexion aux
événemens dont on vient de parler ; que lorsque
le Gouvernement s'eft plaint , comme d'une violation
du territoire , de la démarche à laquelle
s'eft porté le Gouvernement de Lille , d'avoir
fait exercer fa garnifon fur un terrein qui fortoit
des limites des Fortifications , & qui étoit
certainement de la domination de S. M. , il n'en
eft réfulté de la part de la République qu'une
téponſe , remife par M. le Baron de Hop le 20
Juin 1782 , laquelle fembloit embraffer la juftification
du Commandant , fur des motifs inadmiffibles
à tous égards , & de plus intervenir à
( 140 )
$
la plainte en en mettant le fujet en mains de la
République , & en annonçant la prétention que
la poffeffion de la République dans cette partie
ne fe réduifoit pas aux feuls ouvrages de Fortification
, en demandant même que le Gou
vernement retirât les ordres qu'il avoit donnés
pour faire interdire l'exercice de la Garniſon de
Lille , dans la prairie dont il étoit queftion.-
Le Gouvernement n'avoit pas lieu de s'attendre
à une telle conclufion , & ne pouvant pas
admettre une poffeffion qui excéderoit les ouvrages
de Fortification , ni pour ce Fort , ni
pour les autres Forts voifins , il ne peut fe difpenfer
de déclarer qu'il a été obligé de confirmer
l'interdiction précédente , avec l'ordre d'arrêter
également les Bas- Officiers & foldats Hollandois
qui fe trouveroient au-delà des ouvrages
des Fortifications de ces Forts : le Gouvernement
ne pouvant , ni dans cette partie , ni dans aucune
autre reconnoître aucun autre droit ou
titre que les droits inconteftables de S. M. qui
ne font & n'ont pu être altérés en rien , ni par
de prétendus ufages , ni par des tentatives de
poffeffion que l'on ne peut regarder du côté de
S. M. que comme des ufurpations & des violations
caractériſées de fon territoire . LL.HH PP .
reconnoîtront par ces détails que ce n'eft pas
fans raison que l'on auroit cru trouver dans
l'enſemble des procédés dont il eft parlé dans
le préfent Mémoire à S. M. ou d'attaquer partout
les droits. Il fuffit au Gouvernement d'avoir
, par ces ouvertures amicales , pleines de
franchife & de confiance , développé l'état des
chofes , & on peut même dire le caractere d'attaque
qui fe trouve dans les procédés dont le
Gouvernement demande le redreffement & la
Latisfaction. La juftice de LL. HH. PP . rendra
9
( 141 )
fans doute les fatisfactions également promptes
& complettes ; & la fageffe qui préfide à leurs
délibérations les dirigera également fur les
moyens & les voies de répondre à la fois à
l'intention mutuelle de rétablir & de confolider
la bonne intelligence & le bon voifinage , & à
ce qui eft dû aux droits de S. M. l'Empereur ,
qui , confervant toujours fon amitié & les mêmes
fentimens pour la République , fera toujours
naturellement porté à lui donner des preuyes
ultérieures de fon eftime & de fa bienveil
lance.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL . ET AUTRES .
On apprend par les dépêches de l'Amérique
arrivées le 28 Septembлe , qu'on a débattu dernierement
à Princetown la queftion files Délégués
retourneront à Philadelphie , ponry reprendre
leurs délibérations ; & l'on s'eft décidé pour
la négative , fept des treize Etats ayant voté
contre la propofition. Les Légiflateurs de l'Amérique
peuvent donc fe comparer à cet égard aux
Fideles du fiecle patriarchal mentionnés dans
l'Epître aux Hébreux , où l'on dit d'eux : «< ils
n'ont point de domicile , & ils cherchent une
» ville où ils puiffent s'établir».
Les nouvelles mefures prifes fur le Gouvernement
de l'Inde font très- favorables au Miniſtere,
& cet accroiffement d'influence donnera bien de
la folidité à fon adminiſtration . Non -feulement
il nommera aux places de Commiſſaire , mais
même à toutes les places & aux poftes plus
avantageux dans l'Inde . Ce fera donc un dédommagement
bien confidérable des pertes que le
Gouvernement avoit faite par le bill de M. Burke .
Mais auffi peut- on croire que ce bill paffera fans
la plus violente oppofition. Et ces mêmes hommes
, qui cherchent à renverfer les Miniftres pour
( 142 ).
fe mettre en leur place , les laifferont- ils ainfi
fe retrancher au point qu'on ne puiffe plus les
détruire ?
Le Prince de Galles eft à préſent membre du
Cabinet , titre attaché à l'héritier préfomptif de
la Couronne , auffitôt qu'il a pris féance à la
Chambre des Pairs. Comme on fait que ce Prince
favorife beaucoup l'Adminiftration actuelle , il
eft poffible que fa préfence empêche les attaques
qu'on attendoit de la part du parti de l'oppofition
.
Un contre- Amiral s'eft brûlé la cervelle le
4 au matin dans fa maifon à Sotthampton. Le
bruit du coup de piftolet a allarmé un de fes
gens , qui eft entré auffi - tôt chez fon Maître ,
& l'a trouvé étendu fur fon lit , le piftolet déchargé
à côté de lui , & un autre tout chargé
dans fa poche. Quelques jours auparavant , il
avoit voulu fe détruire , mais on l'en avoit empêché.
Quoique les nouvelles venues de Conftantinople
prefque vers la fin du mois dernier aient
laiffé entrevoir quelques eſpérances pour la durée
de la paix , il n'en paroît pas moins certain
qu'au printemps prochain , la guerre éclatera
entre la Ruffie & la Porte , & que l'Empereur
y prendra part . En effet , l'occafion eft trop favorable
pour cette Cour , qui eft préparée à
faire la guerre , pour qu'elle la laiffât échapper,
& l'offre qui lui a été faite par la Porte , de lui
céder des Provinces entieres , ne la retient pas.
Courier du Bas- khin , n. 97.
On croit favoir de bonne part que la cour de
Londres s'eft vivement intéreffé près de celle de
Ruffie en faveur des Dantzikois ; & que l'empereur
a également fait infinuor à Petersbourg , que
S. M. n'attendoit que la détermination de l'Im(
143 )
!
pératrice pour le déclarer d'une manière plus po
fitive. Gazete des deux ponts , n° 97.
Le Hofpodar de Moldavie eft dangereufement
malade. On prétend que s'il vient à mourir
une puiffance voifine prendra cette principauté
fous fa protection , jufqu'à ce qu'il y ait un arrangement
conclu avec la porte ottomane . Nouvellifte
politique , nº 193.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
2 CONSEIL DU ROI.
Entre le fieur Pillot , Notaire royal à Foulletourte ,
Adjudicataire général des fermes.
La queftion qu'offre cette caufe a pour objet
de quel jour part la quinzaine de la clôture ,
ou derniere vacation des inventaires faits après
le décès des particuliers par les Notaires , quinzaine
dans laquelle les inventaires doivent être
contrôlés : cette queftion , déja décidée par un
arrêt du Confeil du 14 août 1694 , & une déclaration
du 19 Mars 1696 , qui ordonnent que
les inventaires feront contrôlés dans la quinzaine
de leur clôture ou derniere vacation , n'auroit
pas dû fe reproduire; mais des prépofés
engagent fouvent leurs commettans dans des
procès qu'ils n'oferoient entreprendre eux-mêmes
cette affaire en offre un exemple.
fieur de Saint- Pont , Contrôleur ambulant , fous
prétexte d'ordres à lui adreffés pour vérifier fi
le fieur Pillot ne fraudoit pas les droits de
contrôle , fe rendit dans fon étude le 15 juin
1778 , y fit les perquifitions les plus exactes ,
& faute de fujet de plainte , fe faifit de pieces
relatives à fes affaires perfonnelles ; 10. d'un
rapport d'experts fait fur les biens de fa premiere
femme , qu'il prétend n'avoir pas été
contrôlé ; 2. d'un acte rédigé le 3 décembre
1777 , devant Crepon , Notaire à Saint - Jeande-
la-Motte , contrôlé à Maufigné le 15 décem
- Le
( 144 )
4
3
bre , attendu que cet acte étoit biffè & raturé
ainfi que la fignature du Notaire ; & qu'il ne
paroiffoit point contrôlé; 3°. de fix inventaires.
commencés par le fieur Pillot , non clos & arrêtés
, & qui n'avoient pas été contrôlés . Le
Notaire , effrayé de l'apparence d'un procès avec
le fermier , fait à ce contrôleur une foumiffion
de payer une fomme de 253 liv. 4 fols ; mais
heureuſement la réflexion fuivit de près un acte
auffi précipité. Confidérant qu'il n'étoit pas en
faute , il fe pourvut devant M. l'Intendant de
Tours , pour être déchargé du paiement de fa
fonmiffion fur les moyens refpectifs ; le Commiffaire
départi renvoya l'affaire au Confeil , parfon
ordonnance du 11 juin 1781. Enfin ,
par arrêt du confeil des finances , du 12 août
1783 , le Roi , faifant droit fur le renvoi , a ordonné
que le fieur Pillor demeureroit difpenfé
du paiement des 253 liv. 4 fols , faifant l'objet
de la foumiffion par lui foufcrite. ,
* • +
6
CONSEIL PRIVÉ,
Nous avons rapporte un arrêt du Parlement
de Paris du 2 Août 1783 qui adjuge la récréance
d'une cure conférée fur une réfignation admife
à Rome le jour de la mort du rélignant ; il étoit
décédé à dix heures du foir , en Anjou , ċ . a. d.
onze' , pour Rome qui eft bien plus au levant. à
-
la collation a été jugée réguliere & valable.
Le Parlement de Touloufe , par arrêt .
du 17 Juin 1782 , rendu contre les conclufions "
du miniftere public , avoir déclaré n'y avoir abus
dans des provifions femblables , obtenues par
le fieur Bourguignon de Saint - Martin , pour un
bénéfice fimple. Le réfignant étant décédé le
lendemain de la date de fa procuration, Le
fieur de Saint Souple , nommé par l'ordinaire
s'eft pourvu en caffation , & elle vient d'être
prononcée par arrêt du 17 Octobre dernier.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
•
DANNEMARC K.
DE COPENHAGUE , le 20 Novembre.
ES droits fur les marchandifes de foie ,
Livenant de l'étranger & des Indes occ
dentales , deſtinées à l'ufage des habitans de
ce Royaume , & par conféquent à y refter ,
viennent d'être augmentées de 10 pour 100
pour toutes les étoffes de foie, & de 8 pour
roo pour les demi -foies . Pour celles qui feront
portées à l'étranger , & même dans nos
Ifles des Indes occidentales , ces droits feront
réduits à 2 pour 100.
On s'entretient beaucoup ici d'une découverte
faite par un Payfan de Svendstrup;
en creufant dans la campagne , il a trouvé à
quelques pieds de profondeur un cercueil de
pierre qu'il a rompu, & dans lequel étoient
des offemens humains ; il y avoit auffi un
anneau de métal , qui apporté ici , a été trouvé
à l'effai être d'or pur , & valoir 63 ducats.
N°. 52. 27 Décembre 1783. g
( 146 )
Nos Antiquaires croient que ce tombeau eft
celui d'un de nos anciens Rois , nommé
Svend , qui fut enterré auprès de ce village,
auquel il donna ſon nom.
On voit dans les fociétés les plus diftinguées
de cette ville un Chinois , revêtu des
habits d'un Mandarin de la premiere claffes
c'eft un de ceux qui ont été accordés par le
Gouvernement de Canton , pour completter
l'équipage du vaiffeau arrivé dernierement
de la Chine , & qui a prévu avec raiſon que
cette fingularité le feroit accueillir.
POLOGNE.
बतु
DE VARSOVIE , le 16 Novembre.
Les lettres de Conftantinople portent que
le Divan ayant été inftruit que le Miniſtere
de Peterſbourg avoit ordonné la levée de
40,000 hommes , & la conftruction de trois
houveaux vaiffeaux de ligne de 74 à 100
canons , a arrêté , que les troupes venues du
Diarbeck , de la Syrie , de la Méfopotamie
& de l'Egypte , ne retourneront point dans
leurs pays refpectifs , & qu'elles feront réparties
dans différens lieux d'où elles feront à
portée de prendre la route que les circonftances
pourront exiger. Il a auffi donné des
ordres précis pour l'augmentation de la Ma
rine Ottomane.
les troupes
On ne peut
difconvenir
que
( 147 )
Turques campées à Braniakuka & à Traunick
, obfervent une difcipline exacte , & à
laquelle on ne s'attendoit pas . Elles ne fe font
permis aucune incurfion au delà de leurs limites
; & il paroît qu'elles ne mériteront plus
le reproche qu'on a été en droit de leur faire
long- temps , de ne favoir ni obéir , ni pouvoir
être affujettis à aucune diſcipline .
Les troupes Ruffes campées dans l'Ukraine
ont pris leurs quartiers d'hiver le long du
Diniefter & du Dnieper.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 6 Décembre.
La répartition qui a été faite ici des Paroiffes
de cette Capitale a été imitée à Graetz :
elle a donné lieu à un dénonmbrement des
habitans de cette derniere ville , qui fe trouvent
portés à 24628 ames.
7
Les papiers publics ont parlé depuis quelque
temps des tremblemens de terre qui ont
caufé de vives alarmes aux habitans de Salonique
; on dit aujourd'hui qu'ils fe font
renouvelés avec tant de violence , que cette
ville eft entierement détruite. On apprend
auffi que le même fleau continue de fe faire
-fentir à Comore ; mais les fecouffes y font
peu violentes , quoique fréquentes. Le 16 du
mois dernier on y en éprouva une qui fut
g 2
( 148 )
auffi forte que celle qui avoit eu lieu le 21
Avril dernier.
» Les fauffaires que l'on a arrêtés dernierement
, écrit-on de Prague , employoient une méthode
nouvelle & ingénieufe. Ils avoient le fecret
d'enlever l'écriture de deffus le papier , de
maniere qu'après avoir effacé la fomme portée
dans un billet de banque , ils en augmentoient la
valeur à volonté , au moyen de caracteres parfaitement
imités . Ils n'avoient répandu dans le
public qu'un petit nombre de billets de banque
ainfi falfifiés ; mais on en a trouvé chez eux une
provifion qu'ils attendoient l'occafion de placer.
Le Gentilhomme de la Garde - Noble
Hongroife , expédié au Roi de Suede en Italie
, eft de retour ; il a reçu de S. M. Suédoife
une bague de prix , & on affure de la maniere
la plus pofitive , que ce Monarque
viendra ici au retour de fon voyage.
DE HAMBOURG , les Décembre.
Selon les lettres de Vienne on y attend
inceffamment la réponſe décifive de la Porte
Ottomane ; elle avoit , dit- on , demandé un
délai de 6 mois pour prendre un parti fur ce
qu'on exige d'elle : mais cette propofition a
été rejettée. La Porte ne paroît , felon les
apparences , que chercher à gagner du tems ;
& la pefte qui s'eft manifeftée à Cherfon , releve
fes efpérances. Elle s'eft diffipée à Conftantinople
, où l'on prétend que pendant fa
durée elle a enlevé 50,000 perfonnes.
( 149 )
Sil faut en croire plufieurs lettres particulieres
, les troupes Ottomanes , répandues
dans la Valachie & autour de Belgrade reçoivent
journellement de nouveaux renforts
; & on en conclut , qu'en cas d'attaque
on pourroit bien trouver les Turcs en meilleur
état de défenſe qu'on n'a eu lieu de le
préfumer. Les opérations de l'armée Ruffe
deviendront bien difficiles , fi elles ne font
pas abfolument impraticables du côté de la
Beffarabie , vu l'entiere dévaftation de cette
Province ; & elle auroit été forcée de s'en
éloigner, fi elle n'avoit pas eu l'avantage de
tirer des vivres des Etats de l'Empereur.
Quelques- uns de nos papiers oppoſent à
ce tableau des détails dont ils n'indiquent
point la fource , mais qui offrent des furcroîts
d'embarras & d'inquiétudes à la Porte ;
s'il faut les en croire , la guerre s'eft rallunée
entre le Bacha du Caire & celui des
Provinces de la haute Egypte ; les Albanois
d'un autre côté menacent de faire une inva
fion dans la Morée , & le Schah de Perfe
fait de grands préparatifs. On ne manque
pas d'annoncerde ce côté une diverfion formidable
, fila guerre éclate , pendant que l'on attaquera
les Turcs du côté de l'Europe ; mais
après les révolutions que la Perfe a éprouvées
, fon nouveau Souverain à peine affermi
fur le trône , eft- il en état de chercher à rompre
avec les Ottomans ? Et eft on bien sûr
83
( 150 )
qu'il voit d'un oeil indifférent la perte de fa
Suzeraineté fur une partie de la Géorgie ,
& qu'il faififle cette circonftance pour feconder
la puiffance qui la lui a enlevée.
Nos papiers , qui depuis quelque temps
ne font que s'apéfantir fur le tableau des
dangers auxquels la puiffance Ottomane eft
expofée , & qui les exagerent peut être , ainfi
que la foibleffe qu'ils lui fuppofent , contiennent
les réflexions fuivantes qui paroiffent
avoir été dictées par le même efprit.
« La nouvelle d'une révolte à Conftantinople
, difent-ils , a été anticipée ; mais tout femble
y annoncer une grande révolution . Selon
des voyageurs qui en arrivent , le prix des
provifions eft exceffif , & la populace en murmure.
Le bon ordre & l'amour de la juftice
femblent en avoir difparu , la plupart des Mufulmans
s'abandonnent fans retenue & fans crainte
aux plus grands excès. Le Soldat méconnoît
la difcipline & la fubordination ; fi ces défordres
continuent encore , la vie de S. H. eft en
danger ; & le moment approche où le Sultan
Sélim à peine âgé de 23 ans , occupera
peut être le Trône des Ottomans . Ce Prince
eft fils d'une Efclave , dont la corporation des
Selliers , l'une des plus confidérables de Conf
tantinople fit autrefois préfent au Sultan défunt
; à l'exception d'un corps fain & robufte ,
rien , dit-on , ne parle en faveur de ce Prince
qui destiné au Trône , a paffé juſqu'à préſent
17 ans dans une prifon d'état , dénué de livres
& de Maîtres , & réduit à la compagnie des
Eunuques & des Muets.
-
2
( 151 )
On lit les détails fuivans dans une lettre
de Belgrade.
Le 28 du mois dernier , le caprice d'un foldaţ
a penſé occafionner dans le camp des Turcs,
entre les Janiſlaires & les Spahis , une boucherie
que les Officiers ont eu beaucoup de peine
empêcher. Un Spabis érant venu du camp à la
cantine du fort , fe fit donner un pot de bierrea
le Cantinier qui eft Chrétien , voyant le Spahis
Le difpofer à fortir fans parler de payer , lui demande
un para pour la bierre qu'il avoit bu ; le
Spahis répond qu'il n'a rien à donner , & que
fon argent n'est pas pour un Chrétien ; le Cantinier
perfifte ; enfin après une conteftation ani
mée , le ſoldat tire un piftolet , & en dirige le bout
vers l'eftomach du Cantinier , en lui difant que
c'eft là fa bourfe , & qu'il lui mettra non dans
la main , mais dans la tête le paiement qu'il
yeut lui faire . Des Janiffaires qui étoient dans
le même endroit , s'approcherent & crurent
pouvoir faire entendre raifon au Spahis , & l'inviterent
amicalement à être jufte & à payer.
I en réfulta une difpute entre lui & les Médiateurs
, qui provoqués par fes injures , lui déchargerent
fur le corps tous leurs piftolets. Le
bruit de cette action fe répanait bientôt dans le
camp . Le Spahis mort avoit un frere qui demanda
vengeance , & décida 3000 Spahis à la
qui procurer. Ils virent dans le moment 400
Janillaires commandés pour aller recevoir l'argent
envoyé de Conftantinople pour la paie des
Troupes , & la mener en cérémonie au fort , fuivant
l'ufage ; ils fe difpoferent à tomber fur eux.
Les Janiffaires étant parvenus à fçavoir le fujer
pour lequel on les attaquoit , & à faire entendre
que ne fçachant rien de ce qui s'étoit paflé,
g'S
( 152 )
ce n'étoit pas contr'eux que devoit fe diriger
leur vengeance ; que d'ailleurs l'honneur défendoit
aux Spahis de les attaquer à nombre fi inégal
. Cette derniere raifon les fauva , & les Ja-
Biffaires rebroufferent chemin pour avertir leurs
camarades de ce qui fe paffoit ; & les Officiers
font parvenus , non fans peine , à prévenir le
défordre.
La ville de Dantzick eſt toujours bloquée ,
& n'a point encore vu de changement furvenu
à ce fujet.
1
Les villes Pruffiennes jufqu'à Thorn , lit-on
dans une lettre de cette ville , defirent que notre
différend avec leur Maître foit bientôt arrangé
à l'amiable . Elles fouffrent en ce moment plus
que nous-mêmes de la ruine de notre commerce.
Les habitans de ces villes nous vendoient
une grande quantité de grains qui leur étoient
toujours payés d'avance nous étions la feule
reffource de leur commerce ; & fi le blocus de
cette ville n'eft point levé avant la fin de
l'hiver ces malheureux feront les premieres
victimes de notre fermeté ; où fi l'on veut , de
notre obftination .
>
>
3
Des lettres d'Oliva , d'une date poftérieure
à celle - ci , portent que la ville eſt toujours
plus refferrée.
Le 26 Novembre à midi , le bataillon de
Krokow prit poffeffion de deux Fauxbourgs de
la Ville. 3 Compagnies logent dans celui de
Neugarten , & 2 dans celui de Petershagen ; ces
dernieres ont leurs gardes à 100 pas des portes de
la ville. Le bataillon d'Eglofftein a pris poffeffion
le 27 du Knepholf , qui eft en avant de l'une des
portes , & dans ce moment rien ne peut plus
entrer ni fortir de la ville fans tomber entre
( 153 )
les mains des Pruffiens. Depuis l'arrivée de ces
bataillons , les Dantzikois ont tenu leurs portes
foigneufement fermées ; ils ne les ouvrent
qu'à l'arrivée & au départ des Couriers. Le
Magiftrat a dû s'affembler le 27 , & on remarque
que les habitans n'ont rien perdu de leur fierté.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 19 Novembre.
Le Grand Duc , la Grande-Ducheffe , &
la Ducheffe de Parme font venus ici vendredi
dernier ; le Roi de Suede y étoit auffi dans
le plus grand incognito . Ils y ont tous paffé
la journée , & vifité ce que cette ville
offre de remarquable. L. A. R. font parties
enfuite pour retourner à Pife , & le Roi de
Suede s'eft arrêté quelques jours de plus.
On écrit de Naples que des maladies épidémiques
fe font manifeftées dans la Calabre
, à la fuite des tremblemens de terre qui
ont défolé cette Province . Le nombre des
infortunés que ces deux fleaux réunis ont
enlevé , paroît être de 29,451 perfonnes, Selon
l'hiftoire des tremblemens de terre en général,
& de ceux de la Calabre en particulier ,
qui a été imprimée à Naples , on comptoit
aux mois de Février & de Mars dernier ,
439,776 ames dans cette Province ; aujourd'hui
on n'y en compté plus que 410, 325.
Selon des lettres de Sicile , le Vice Roi
obfervant que le peuple mal inftruit de la
nature des projets dont il a entrepris l'exé-
85
( 154 )
cution , témoignoit du mécontentement , a
fait imprimer & publier le plan qu'il a arrêté,
afin qu'il revienne de ſes mauvaiſes impreffions
, & juge lui même que fon but eft
le bien général de l'ifle , & le foulagement
des pauvres ( 1 ).
ESPAGNE.
DE CADIX , le 18 Novembre.
La frégate du Roi la Sainte-Barbe arriva
ici le 11 de ce mois de Buenos - Aires , ayant
à bord 1,800,000 piaftres en efpeces . On
en attend inceffamment une autre avec 2
millions. Ces tranfports fucceffifs remédie-
( 1 ) Nous faifirons cette occafion d'annoncer la continuation
de l'entrepriſe intéreffante faite par M Houe!
auteur du voyage pittorefque de la Sicile , dont il a publié
le ge. cahier , qui foutient la réputation du premier , &
qui eft bien au-deffus de la plupart des voyages que l'on a
donnés jufqu'à préfent, Celui de M, Houel eft à la fois celui
de l'artifte , du philofophe , de l'homme de lettres &
de l'antiquaire ; rien n'échappe à fes obfervations ; il voit
tour ce qui mérite d'être vu , & il le préfente avec toute
Ja chaleur & tout le feu dont ces matieres font fufceptibles
; on voyage avec lui , on parcourt les différens endroits
, on y voit , on y juge les monumens qu'il décrit.
--M. Houël vient de publier fix nouvelles eftampes , repréfentant
les places publiques & les rues de la ville de
Meffine , où fe voient les principaux objets qui décoroient
tette ville , avant qu'elle fût renverfée par l'affreux tremblement
de terre du 5 Février 1783. On lit au bas de ces
fix vues le nom des édifices qu'elles repréfentent, Elles
font fuite avec la vue générale de cette ville , qui a été pu
bliée par le même auteur . On ne peut qu'applaudir à l'idee
qu'il a eue de confacrer par la gravure tout ce qu'offrent
de beau ou d'intéreffant une ville célebre , qui n'exiſte
plus que dans cette Collection , qui devient par- là encore
plus précieufe , & qui eft fupérieurement exécutée . Ces 6
eftampes fe vendent y liv , à Paris , rue du Coq S. Honoré ,
à côté du Caffé des Arts.
( 155 )
rent au manque de numéraire dont on s'eft
plaint long- temps,
Le 22 Octobre , écrit - on de Lisbonne
'nous avons vu arriver dans ce port un bâtiment
venant de l'Inde , après un voyage de
quatre ans & demi. La curiofité s'eſt empreffée
généralement d'apprendre des nouvelles
de ces contrées : mais elle n'a pas été
fatisfaite ; il ne s'eft répandu que des bruits
vagues & contradictoires ; tout ce que l'on
a pu apprendre de plus pofitif, ce font les
détails fuivans. Les Cipaies nos alliés furent
chaffés par ceux de Bonfelos des poftes qu'ils
occupoient dans les Provinces de Bicholim
,& de Sunquelim; les derniers mirent enfuite
le fiege devant le château que nous avons
élevé dans cette derniere province . Il n'y
avoit que 60 hommes , qui fe défendirent près
de deux mois .Vers le 7 Décembre, nos troupes
arriverent à leur fecours , & forcerent les
Boufelos à lever le fiege , elles étoient compofées
de 3 compagnies de grenadiers, d'un détachement
du corps de Chermont , de la légion
& des Cipaies. Cette action nous a rendu
entierement -maîtres de ces provinces. On-
-faifoit des difpofitions pour pourfuivre cet
avantage , & réduire les Bonfelos . L'armée
étoit le 17 Février campée auprès de Merel .
Les mêmes lettres portent que depuis la
mort d'Aider-Aly , Inde entiere , étoit en
guerre, & que les enfans de ce Prince fe
difputoient entre eux fa fucceffion .
bag
( 156 )
"
ANGLETERRE.
DE LONDRES , le 15 Décembre.
Les nouvelles de l'Amérique n'ont plus àpréfent
le même intérêt ; nous n'en avons
plus que celles que nous préfentent les papiers
qui s'impriment fur le continent , &
dans lesquelles on ne peut que glaner quelques
articles qui doivent piquer la curiofité ,
quand ils ont rapport à la nouvelle adminiftration
de la République naiffante. C'eſt à
Ice titre que nous faifirons la réfolution fuivante
du congrès.
« En vertu du neuvieme article de la confédération
, les Etats-Unis affemblés en Congrès ,
font revêtus du droit & du pouvoir exclufif de
régler le commerce & toutes les affaires avec
les Indiens non fujets de ces Etats , à la charge
par eux de ne bleffer le droit législatif d'aucun
des Confédérés ; comme il eft également de l'intérêt
général de ces Etats , & important pour
le maintien de l'harmonie & de l'amitié avec
les Indiens , de prévenir avec eux tout fujet de
querelle & de plainte ; les Etats- Unis affemblés
en Congrès , ont jugé à propos de défendre à
qui que ce foit de faire des établiffemens fur les
terres habitées par les Indiens , ou fur lesquelles
ils réclament des droits au-delà des limites de
chaque Etat , d'acheter & de recevoir en don aucune
portion de ces terres , fans le confentement
exprès de dits Etats-Unis affemblés en Congrès ;
toute acquifition faite , de quelque maniere que
ce foit , fans cette attache , fera nulle ».
Ces difpofitions annoncent aux Indiens
qu'ils auront à faire , à l'avenir à des voifins
juftes qui s'oppoferont aux ufurpations dont
ils ont eu ci-devant tant de fujet de fe plain(
157 )
dre. Cette réfolution eft du 22 Septembre .
Il y en a une autre du 17 Octobre , que nous
devons d'autant plus faifir , qu'elle fixe les
incertitudes où l'on a été depuis que le Congrès
s'eft éloigné de Philadelphie , fur le lieu
où il fixera à l'avenir fa réfidence . C'eft le
Penfylvania-Packet qui nous la fournit.
« Réfolu par les Etats Unis affemblés en Congrès
, que les bâtimens à l'ufage du Congrès
feront conftruits fur les bords de la riviere ou
dans une pofition peu éloignée de ces mêmes
bords : qu'on fixera dans le même lieu un distric
convenable pour y former une ville fédérative ,
fur laquelle les Etats - Unis auront le droit de la
Jurifdiction exclufive & tout autre privilege que
le Congrès pourra juger à propos de déterminer.
Réfolu en outre fur la motion qui en a été faite ,
que le lieu où feront élevés ces bâtimens , fera
près des cataractes , & qu'il fera nommé un Comité
pour aller examiner l'endroit , & en faire
enfuite fon rapport au Congrès » .
La Compagnie des Indes eft maintenant
le grand objet de l'attention générale ; le bill
qui en change le régime & place fon adminiftration
en d'autres mains , a paffé à la
chambre des communes ; l'oppofition qui a
fait de vains efforts pour l'arrêter , le pourfuit
à préfent à la Chambre haure , & on doute
qu'elle y ait plus de fuccès.
Le 9 de ce mois on y fit la lecture de ce
Bill , & le Duc de Portland fit auffi -tôt une
(motion pour que la feconde fut faite le Lundi
fuivant . Ce fut en ce moment que l'oppofition
qui avoit gardé le filence fit entendre
fa yoix , ce fut le Lord Thun ow qui lui donna
le premier éveil , fi nous pouvons nous fervir
.
( 158 )
de cette expreffion , en obfervant qu'il eût éré
convenable de fuivre la marche ordinaire , &
de propofer d'abord l'impreffion du Bill . Le
Duc de Portland répondit que cela lui avoit
paru inutile , parce qu'il étoit impoffible que
les Pairs ne fuffent pas inftruits du contenu
d'un Bill qui avoit fait tant de bruit à la
Chambre des Communes , que rien de ce qui
s'y étoit paffé ne pouvoit leur être étranger ;
que cette marche ne feroit qu'entraîner un tems
précieux qu'on pouvoit infiniment mieux employer.
Alors le Lord Temple prit la parole
& s'éleva contre le Bill avec beaucoup de chaleur
; il le qualifia de production monstrueufe
& infâme , & répéta tout ce qui avoit été die
dans l'autre chambre fur le même fujet, Nous
n'entrerons pas ici dans ies détails de ces premiers
débats qui ne préfentent rien de neuf , &
dans lefquels le Duc de Portland , le Lord
Towshend , le Lord Lougborough , le Comte
de Derby & le Lord Carlile parlerent pour le
Bill ; & le Comte Temple , le Lord Turlow,,
le Duc de Richemond , le Lord Sidney
Duc de Chandos , & le Lord Abingdon contre.
Cela n'empêcha pas que la motion du Duc de
Portland ne paffât preſqu'à l'unanimité.
le
On attendoit avec impatience la féance
d'aujourd'hui ; elle a été très-longue & trèsagitée
, il ne nous eft poffible d'en donner
aujourd'hui que le précis. Á
Le lord Abingdon , avant qu'on s'occupât du
bill , fit une motion pour qu'on mandat les
juges , afin de prendre leur avis fur un objet de
cette importance qui paroiffolt intéreffer les pro-
-priétés ; il détailla quatre queftions principales
→fur lesquelles il convenoit de les confulter ; mais
les membres qui l'avoient foutenu lorfqu'il avoit
1/791 2.
( 139 )
commencé à parler, & lorfque les miniftres avoient
cherché à l'interrompre , ne l'ont pas appuyé
lorfqu'on a été aux voix fur la motion qui a été
rejettée unanimement . On a lu enfuite la
requête de la vile ; mais le duc de Manchefter a
obfervé qu'elle ne portoit que le nom de requête ,
qu'elle fembloit impofer une loi , au lieu de
recommander , & que les termes n'en étoient
pas auffi refpectueux qu'ils auroient du l'être
vis-àvis d'une branche de la légiflation . Le confeil
de la compagnie a été mandé après cela , &
il a parlé long-temps. On a trouvé qu'il n'avoit
rien dit d'effentiel ; mais comme il n'a pu finir
fon plaidoyer , faute de temps , de témoins , &
de préparations , le duc de Cliandos a propofé
un ajournement qui a paffé . Les miniftres ont
eu le deffous de 8 voix ; on voit que l'oppofition
ainsi que l'a obfervé le lord Lougbourough , voudroit
retarder cette affaire jufqu'après les vacan
ces de Noël. Alors le bill ne pafferoit que
l'année prochaine ; & fon exécution fe trouveroit
fufpendue jufqu'à la fuivante. On ne croit
pas cependant qu'il l'emporte , & parmi les membres
qui ont confenti à l'ajournement , il y en a
plufieurs dont on croit que les voix feront pour
le bill.
On ne fauroit , dit un de nos papiers , pfe faire
une idée des bruits qui fe repandent journellement.
Selon les uns , le roi avoit autorisé plufieurs
perfonnes à dire hautement dans le public ,
que jamais il ne donneroit la farction au bill de
' Inde. Ces propos que l'on a fait circuler avec
art , avoient fait préfumer que le ministère allot
être livré à de nouvelles convulfions ; mais il pa-
Toît que ces bruits font l'ouvrage de libelliftes
ignorans . Ils fuppofent que ce bill concerté entre
-les miniftres & difcuté fans doute dans le cabir
net , n'étoit point connu de S. M. ce qui n'eft
f
( 160 )
pas vraisemblable ; il ne l'eft pas davantage non
plus que le roi d'Angleterre ait eu l'idée de fe
mettre à la place de fes miniftres , & de fe rendre
par là le garant d'une opération politique.
Il en eft peut-être de même du bruit repandu depuis
quelques jours que le lord Stormont a déclaré
au duc de Portland , qu'il eft prêt à réfigner fa
charge de préfident du confeil , des qu'on lui aura
nommé un fucceffeur , ce lord étant décidé à
s'opposer au bill de l'Inde , toutes les fois qu'il
fera propofé à la chambre dès pairs . Ce qui fait
douter avec raifon de ce bruit , c'eft qué ce lord
n'a point paru à la premiere lecture ; il n'apas paru
non plus à celled'aujourd'hui ; fon oppofition ,
fuppofé qu'il s'y détermine , ne feroit qu'une oppofition
paffive & par - là peu avantageufe à ce
parti.
On ne peut fe diffimuler qu'il s'eft paffé
bien des atrocités dans l'Inde , que les Employés
de la Compagnie y ont aliéné les
efprits , caufé les guerres auxquelles elle a été
expofée , & rendu le nom Anglois plus
odieux encore que redoutable. Tout le monde
convient de la néceffité d'un changement
de régime ; on ne s'éleve que contre
celui que propofe M. Fox , on craint qu'il
ne donne trop d'influence au Gouvernement
, qui n'en avoit pas moins auparavant ,
& qui en auroit autant fous tout autre plan.
On dit même que fi le bill paffe , comme on
a lieu de s'y attendre , les propriétaires qui
ne font pas d'avis de laiffèr leurs fonds entre
les mains des miniftres , fe popofent de les
retirer , & de vendre leurs actions , ce qui ne
pourroit avoir lieu fans faire faire banque-
Toute à la Compagnie.
( 161 )
Les avis de Bencoolen reçus par les dernieres
dépêches de l'Inde portent qu'il y a regné une
maladie épidémique qui y a caufé les plus grands
ravages. La mortalité a été portée à un degré
dont on n'a point d'exemple. Le Chirurgien de
la Factorerie , fes aides , les perfonnes employées
à la pharmacie ont été les premieres victimes de
ce fléau ; il ne reftoit plus un feul homme en
état de procurer des fecours fi effenti . Is dans des
défaftres de cette nature , ce fut avec peine qu'on
obtint du Chirurgien d'un des vaiffeaux qui étoient
dans le port , de s'établir à terre & de donner fes
foins aux infortunés ; mais ce Chirurgien étant
tombé malade peu de jours après , il vouloit abfo,
lument fe retirer , & ce n'eft que fur la promeffe
d'une grande récompente qu'il a confenti à refter
jufqu'à ce que la Compagnie ait trouvé quelqu'un
en état de le remplacer. On dit que les Factoreries
Hollandoifes ont éprouvé également ce
Héau , & qu'on y enterroit journellement dix
perfonnes.
Les mêmes papiers nous fourniſſent l'anec
dote fuivante.
On parle beaucoup de la corruption qui regne
dans l'Inde , les employés de la Compagnie ne
font pas les feuls qu'on puifle en accufer ; le mal
eft général dans ces contrées ; & peut- être avons
nous contribué à l'entretenir. On écrit de Madrass
des détails affez finguliers fur le divertiffement
des effets du feu Nabab Jaffier Alykhan , fait par
une de fes Maîtreffes Nanam Munny Begum , qui
a agi long-temps de concert avec les principaux
Officiers de la Compagnie. En attendant qu'on
connoiffe les détails de cette affaire , voici ce
qu'on dit de cette femme. Munny Begum eft
une belle fille née de parens très - obfcurs , qui la
vendirent à la Directrice d'une troupe de danfeufes.
Elle fuivit cette profeffion jufqu'à ce
( 162 )
qu'ayant été invitée à une fête chez le Nabab ,
elle lui infpira tant d'amour qu'il la garda dans
fon Palais , vécut avec elle pendant quelque
temps , & finit par l'époufer & la mettre à la tête
de fon Haram . Il lui avoit laiffé des fommes confidérables
par fon teflament. Elle les a dépensées
pour la plupart en faveur des Anglois , on raconte
qu'une feule fête qu'elle avoit donnée à quelquesuns
de nos Officiers lui coûta 1,050,000 roupies ,
& peu de temps après elle fit dans une occafion
femblable une dépense égale.
Pendant que la Chambre haute eft occu
pée du bill de M. Fox , il ne fe paffe pas des
objets auffi intéreffans dans celle des Communes
; nous nous bornerons ici à extraire
le journal des féances de cette derniere.
Le 10 , la Chambre étoit peu nombreuſe ; M.
Fox , qui en fit l'obfervation , dit qu'il avoit une
motion à faire , qu'il renverroit à un autre mo
ment , fi elle étoit de nature à éprouver quelques
objections dans une plus grande affemblée ;
il s'agiffoit de renouveller l'acte qui autorife le
Roi à prendre des mesures pour établir une correfpondance
avec l'Amérique. L'acte qui lui
donna ce pouvoir l'année derniere , expire le 20
de ce mois. Il avoit le bill tout prêt , & il fut
préfenté fur le champ. Sir George Young faifit
cette occafion pour demander au Miniftre fi le
traité de commerce avec l'Amérique étoit conclu,
ou quand il le feroit . M. Fox déclara qu'il ne
pouvoit faire dans ce moment aucune réponse
pofitive ; mais on jugera que cette affaire n'eft
pas fort avancée en lifant ce qu'il ajouta . Les
opinions , dit-il , font très-partagées fur cet ob
jet : felon les unes , il est très - important ; felon
Les autres , un pareil acte eft inutile , parce qu'on
( 163 )
>
peut très- avantageufement commercer fans cela
Quoi qu'il en foit , on s'arrêtera fans doute à
quelque parti ; auffi - tôt qu'il fera décidé
& qu'on aura adopté un fyfteme fixe , je ne
manquerai pas d'en faire part à la Chambre , &
de lui préfénter une motion à ce sujet .
;
Le Secrétaite de la Guerre en fit alors une
pour le fubfide de l'armée. « Je ſuis fâché , ditil
, qu'il ne foit pas au pouvoir des Miniftres de
S. M. de porter à toute l'étendue qu'ils auroient
defiré , le plan d'économie fur lequel ils s'étoient
déterminés mais l'état actuel des troupes ne le
permet pas. Il n'y a en Angleterre que 13 bataillons
d'infanterie , & ils font fi foibles , qu'ils
n'ont pas le tiers de leur complet. Parmi les
foldats , il y en a plufieurs qui , ayant été engagés
pour trois ans ou pour le tems de la guerre,
ont malheureuſement fait connoiffance avec
quelques Membres fubalternes de la Juftice
qui les ont éclairés fur le droit qu'ils avoient
d'exiger leurs congés , & qui fe font imbus de
principes qu'on ne doit pas trop fouhaiter dans
une armée bien conftituée. Jufqu'à ce que les
Recruteurs aient les homines néceflâires , que
plufieurs Régiments qui font au dehors foient
de retour , il ne faut pas fonger aux réformes . Il
demanda enfuite 636,190 liv. 9 f. 1 den . ſterl .
pour l'entretien de 17,433 hommes , y compris
2050 Invalides pour le fervice de l'année prochaine.
Le 21 , la Chambre entama une affaire qui
donnera lieu sûrement à des débats encore plus
vifs que ceux qu'a occafionnés le bill des l'Inde ;
la questions propofée éroit , de favoir fi l'on renouvellerades
pouvoirs illimités , donnés à la
Couronne pendant la derniere ceffion pour di
riger le commerce avec l'Amérique feptentrio
( 164 )
nále. Cette affaire fera rapportée le 22 , &
rémife à l'examen d'un Comité . Ce fera le moment
qu'on choifira fans doute pour faire expliquer
M. Fox un peu plus clairement qu'il n'avoit
fait le 10. Le même jour on apporta auffi
à la Chambre les eftimations du département de
l'artillerie , & elle accorda pour cet objet un
fubfide de 413,000 liv. fterl .
Les affaires d'Irlande ne préfentent pas
une perſpective bien agréable.
Nous fommes peut - être , écrit - on de ce
Royaume , à la veille d'une fcene tragique. Le
29 du mois dernier , la convention des Délégués
volontaires approuva des réfolutions pour une
réforme parlementaire , & dreffa un bill à ce
fujet , auquel la Chambre des Commune donna
la négative à la pluralité de 157 voix contre 77;6
elle prit enfuite la réfolution fuivante : qu'il eft ,
devenu abfolument néceffaire de maintenir les
droits & les privileges du Parlement contre,
toutes les ufurpations quelconques , ce qui fut
arrêté à la pluralité de 157 voix contre 68 , &
il fut arrêté de faire des inftances au Souverain
en conféquence. Il eft vraisemblable que les
Troupes royales auront ordre de protéger le
Parlement , & que les affociations armées , feconderont
les vues & les deffeins des Délégués.
Si cela arrive , comme on a lieu de le craindre ,
le Général Burgoyne fera finguliérement malheureux
en fervices militaires. Rien de fi défagréable
que celui dont il étoit chargé en Amérique
; actuellement qu'il commande en chef
l'armée du Roi en Irlande , il eft à la veille
d'être employé au maintien des droits, & privileges
que réclament les Repréſentans , & que
ceux qui les ont conftitués ont déclaré être des
griefs infoutenables .
( 165 )
Cette fituation des affaires eft fans doute
alarmante , & l'on araifon d'en craindre les
fuites , fi les partis ne le rapprochent pas ; on
eft menacé de voir la Nation entiere fe foulever
contre le Parlement qui la repréſente ,
& qui ne la repréſente plus , & ne la compofe
plus , dès qu'il agit directement contre fes
voeux. Il faut efpérer que le Miniftere mettra
de la modération dans la réponſe qu'il fera au
Parlement de Dublin , & qu'il cherchera des
voies de conciliation. Les circonftances critiques
de l'Irlande , la fermentation que caufe
en Angleterre le bill de la Compagnie
des Indes , occupent l'attention du Cabinet ,
& retardent les mesures que l'on a à prendre
pour relever le crédit public , & rétablir les
finances. Il paroît que les moyens d'y parvenir
ne feront pas du goût de la Nation ,
pour laquelle ils feront une nouvelle furcharge
; car il fera impoffible de ne pas mettre
de nouveaux impôts , dans un moment
furtout où la Nation auroit befoin d'être
foulagée du fardeau des anciens.
Quand Antoine eut défait Brutus à Philippe,
dit a cette occafion un de nos Papiers , il affembla
à Epheſe les principaux perfonnages de l'Afie,
pour leur demander des fubfides . Un de mes
collégues , dit- il , eft allé en Italie pour y prendre
des mefures relatives aux befoins de l'armée ;
la tâche de trouver de l'argent tombe fur moi ,
& vous me trouverez très- modéré , en ne vous
demandant pas plus que vous n'avez donné à mes
ennemis. La néceffité me force cependant à
exiger de vous en un an, ce que Brutus &
(`166 )
Il vous
Caffius n'ont obtenu qu'en deux.
plaira donc , lui dit un des Membres de l'affem-
-blée , d'ordonner deux étés & deux récoltes pour
cette année difpendieufe ; car celui qui peut nous
commander de payer en une année la taxe de deux,
peut auffi- bien ordonner que les fruits de deux
naiffent en une .
L'Angleterre auroit befoin d'une augmentation
des produits de fon agriculture de
fes fabriques & de fon commerce, pour foutenir
le fardeau qui pefe fur elle ; ce dernier,
le commerce , va toujours avec lenteur . Il a
beaucoup perdu par la derniere guerre , &
il n'eft pas vraisemblable que celui de l'Amérique
revienne jamais dans fon premier
canal ; la contrebande lui fait auffi un tot
exceffif; & le revenu public en fouffre. On
évalue la perte qu'il fait annuellement à
3,384,000 liv. ft. On la porte à un million
fur le thé feul , à 230,000 fur le rhum ,
à 34000 fur les épices ; 1,270,000 fur le ta
bac; 730,000 fur le bran de vin ; 4000 fur
les bijoux de fantaifie ; 61000 fur le caffé ;
17000 fur le chocolat & 38000 fur le vin.
Un Voyageur venant de Barfley le 18 Novembre
à fix heures du foir , lit - on dans une
Lettre de Leeds , fut furpris tout à coup par
une obfcurité extrême entre Sandal & Wakefield;
peu après il tomba une très groffe pluie
mêlée de grêle , au milieu de laquelle il lui
apparut , au Nord- Oueſt , un météore éclatant ,
dont le diamatre étoit de la moitié de celui de
la lune , & qui lui fembla tomber à environ un
mille de diftance. Dans le même inftant la tête
de fon cheval s'illumina de jets de matiere élec(
767 )
trique , & fes propres cheveux , épars fut fes
épaules , devinient fi lumineux qu'ils l'euffent
éclairé affez pour voir l'heure à la montre. Il
les toucha , & de chacun de fes doigts fortit
une étincelle électrique ; une canne qu'il tenoit
Tous fon bras gauche en rendit de femblables
à fes deux extrémités. Au bout de 5 minutes
ce Phénomene ceffa . Il a été obfervé par plu
feurs habitans de cette Ville & des environs.
Le temps étoit très- chaud , & le barometre à
29 degrés & defnie .
On lit dans un de nos papiers les détails
fuivans fur un homme , qui doit une forte
de célébrité à fa maniere d'exifter.
Il eft de Cornouailles & fe nomme Wilſon ; il
eſt parvenu à fa foixante- feptieme année , & depuis
l'âge de 23 il n'a point ceffé de voyager ;
il
hérita alors de fon pere un revenu de 100 liv .
fterling , & partit pour le continent , qu'il mit
8 ans à parcourir , allant toujours à cheval & fuivi
d'un feul domeftique . Il s'embarqua enfuite pour
le nouveau monde , paffa deux années dans l'Amérique
feptentrionale & trois dans la méridionale
, où la facilité avec laquelle il parloit efpagnol
, le faifoit paffer pour un homme de cette
nation . Lé féjour du Pérou lui plut tellement ,
qu'il y loua un petit bien où il refta près d'une
année . Delà il paffa à l'Eft , vifita fucceffivement
les différens pays de l'Afrique , les côtes de la
Méditérannée , l'Egypte, la Syrie & les Domaines
du Grand Seigneur , la Perfe , l'Indoſtan , la
prefqu'ifle de l'Inde , les Royaumes de Siam ,
de Pégu , &c. Il fit plufieurs courfes à la Chine ,
fon féiour dans les Indes orientales a été de
12 années. A fon retour il s'arrêta au Cap de
Bonne-Espérance, pénétra affez avant dans l'in
( 168 )
térieur de l'Afrique ; & revenu au Cap , il y
trouva un vaiffeau prét à faire voile pour Batavia,
& faifit cette occafion pour vifiter les ifles du
grand Archipel . Il revint enfuite en Europe , &
ayant pris terre à Cadix , il alla en droite ligne
de ce port à Moscou , avec le deffein de fe rendre
à Kamftchatka & à Pekin . On le croit en ce
moment en Sibérie : il n'a pas ceffé d'entretenir
une correfpondance ſuivie avec un de ſes camarades
de College , qui dit qu'il voyagera tant que
fes forces le lui permettront ; fa fanté & fa vigueur
font , à ce qu'on eftime , celles d'un homme
qui auroit vingt ans de moins.
A cet extrait nous joindrons celui - ci que
nous fourniffent les mêmes papiers.
Une pauvre femme avoit été portée à l'hôpital
où elle mourut ces jours derniers . Son mari envoya
chercher le corps pour le faire enterrer décemment
. On lui délivra un cadavre qui fut mis
dans le cercueil qu'il avoit envoyé & transporté
chez lui. Pendant qu'il étoit à confulter avec
fes am's fur la manière & le temps de l'enterrement
, une vieille domeftique aveugle vint dire
que ce n'étoit pas le corps de fa maitreffe qui
étoit dans la mailon ; c'en étoit en effet un autre ,
elle l'avoit reconnu en paffant fa main fur la bouche
du cadavre où elle avoit trouvé à fa grande
furpriſe toutes les dents ; tandis qu'elle étoit
sûre qu'il en manquoit deux à fa maitreffe. Cela
étoit vrai & il fallut reporter ce corps á l'hôpital
& rechercher l'autre qu'on ne diftingua pas fans
peine au milieu de la foule de ceux avec lesquels
il étoit confondu .
M. Webber qui a accompagné le Capitaine
Cook dans fon voyage aux Mers du Sud en qualité
de Deffinateur , a fait un deffin fuperbe où il repréfente
la mort de ce grand homme tué par les
Sauvages.
( 169 )
Sauvages. Ce fuperbe deffin a été confié aux
talens réunis de MM. Bartolozzi & Byrne qui
viennent d'en finir les gravures. Cette Eftampe
dont les figures ont été faites par M. Bartolozzi ,
& le payfage ainfi que l'eau par M. Byrne eft
regardée par les gens de l'art comme un chefd'oeuvre
. Elle est dédiée aux Lords Commiffaires
de l'Amirauté , fous les aufpices defquels le Capitaine
Cook avoit entrepris fon voyage.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 23 Décembre..
Le Roi a nommé à l'Abbaye réguliere de
Notre- Dame de la Trappe, de l'étroite Obfervance
de l'ordre de Cîteaux , Diocefe de
Sées , Frere Pierre Olivier , Religieux - Profes
de la même Abbaye ; à celle de Touffaints ,
ordre de S. Auguftin , diocefe d'Angers ,
l'Abbé de Perrochel , maître de l'oratoite de
Monfieur , Vicaire Général de Sées ; à celle
de l'Efpan , ordre de Cîteaux , diocefe du
Mans , l'Abbé de Langan du Bois Ferrier ,
Aumônier de Madame , & Vicaire Général
de Quimper ; ces trois Abbayes fur la nomination
& préſentation de Monfieur , en
vertu de fon appanage ; à l'Abbaye régiliere
de Viviers , ordre de Citeaux , diocefe
d'Arras , la dame Cordule de Levacq , Religieufe
- Profeffe de la même Abbaye.
M. de Vergennes , Intendant de la Généralité
d'Auch , Bearn & Navarre , eut
F'honneur de faire le 14 de ce mois fes re-
No. 52 27. Décembre 1783. h
( 170 )
mercimens au Roi & à la Famille Royale de
la place d'Intendant Général des Impofitions
du Royaume.
Le même jour M. Gin , Conſeiller au
Grand-Confeil , eut l'honneur de préſenter
à L. M. & à la Famille Royale , fa traduction
des Euvres complettes d'Homere , dont S. M.
a bien voulu agréer la dédicace ( 1 ) .
DE PARIS , le 23 Décembre.
On apprend de Toalon , que les fluttes du
Roi venant de la Baltique y font arrivées , &
ont approvifionné l'arfenal de toutes les munitions
navales que l'on tire ordinairement
du Nord ; quant aux bois de conſtruction ,
on les tire de la Bourgogne , du Dauphiné
& du Vivarais ; & communément ce font
les bois de la meilleure qualité ; on en fait
auffi venir d'Italie , & les Grecs en fourniffent
qu'ils tirent de l'Albanie.
?
» Les 6 Gabarres , écrit - on de Brest , qui
avoient été chercher du bois à Bayonne font
enfin rentrées dans ce Port avec leur chargement,
non fans avoir éprouvé beaucoup de contrariétés
dans leur voyage , fur - tout à la barre de Bayonne
qu'elles n'ont pu franchir qu'après 15 jours de
gros temps. Ce voyage , avec celui qu'elles
avoient fait précédemment dans la Baltique ,
aura été une bonne inftruction pour les jeunes
Officiers de marine employés fur ces Navires .
Notre Port commence à fe reffentir de la
tranquillité que la Paix devoit amener , quoi-
(1 ) Cette tradu&tion , la feule complette que nous aions
des auvres d'Homere , eft en 8 vol. in - 12 . & fe trouve
chez Serviere , rue S, Jean - de - Beauvais , vis - à- vis les Ecohas
de Médecine,
( 171 )
que les travaux ne foient pas fufpendus. Les
contre-maîtres des Vaiffeaux de l'Eſcadre de
M. le Comte de Grafle ont eu ordre de fe
rendre à l'Orient , & ils font partis ces jours
derniers. Le Confeil de guerre affemblé
dans cette Ville fuit fon inftruction avec activité
; on en a la preuve par l'ordre donné à
tous les Capitaines de cette Efcadre de ſe rendre
auffi à l'Orient le plutôt poffible.
On nous a fait paffer la lettre fuivante à
l'occafion de la derniere publication de la
paix il peut donner lieu à des recherches
fur d'autres ufages dont on ignore l'origine.
On paroît defirer fçavoir l'origine de la collation
que vont prendre aux Feuillans le Roi
d'Armes & fes Hérauts pendant la cérémonie de
la publication de la paix. Cet ufage fingulier
n'eft rien moins qu'ancien , & n'offre rien d'intéreffant
dans fon origine. Il eut lieu pour la
premiere fois à la publication de la paix du premier
Juin 1739 ; la chaleur étoit des plus
grandes. Les Feuillans affemblés à la porte de
Teur Maifon , regardoient le Cortege . Le Roi
d'Armes paffant devant ces Religieux demanda
à leur Supérieur qui étoit de la connoiffance , s'il
ne pourroit pas lui procurer , & à fes Hérauts
quelques rafraichiffemens , qui leur furent accordés
fur le champ dans une falle de leur maifon
, après quoi ils rejoignirent le Cortege. Aux
publications de paix du 15 Février 1749 , du 21
Juin 1763 , & du 25 Novembre dernier , le
Roi d'Armes quelques jours avant la cérémonie
vint demander au Supérieur des Feuillans s'il
voudroit leur accorder un rafraîchiſſement comme
on avoit fait en 1739 ; & chaque fois depuis cet
époque , ces Meffieurs ont trouvé dans ladite
Maiſon une collation toute dreffée , & telle que
( 172 )
la circonftance pouvoit le permettre . Mais il n'y
a de la part du Roi d'Armes & de fes Hérauts
aucun droit d'exiger cette collation , & de la
part des Feuillans aucune charge ni obligation
de la donner. Quant à l'interruption de la marche
que cette collation occafionne , il eft à préfumer
qu'elle n'a lieu que de l'agrément des Magiftrats
qui préfident à cette cérémonie.
La lettre fuivante ſert à rectifier un article
d'un de nos précédens Journaux , & nous
nous empreffons de l'inférer .
» Dans un de vos derniers Journaux , M. ,
à propos de la Statue que le Congrès deftine au
Général Washington , on dit que c'est la premiere
Statue élevée dans l'Amérique Septentrionale.
Celle de Pitt eft érigée à Charles Town , elle eft en
pied , & tend fes bras vers le Peuple , dans une
attitude qui m'a paru infiniment intéreffante
ainfi la Statue de l'Homme célebre qui a fi
bien mérité de fon Pays , ne fera que la feconde.
>
Le Paquebot Américain , le Wafhington , eft
arrivé au Havre le 8 de ce mois . A bord de
ce Bâtiment a paffé le Major l'Enfant , chargé
des ordres de la Société de Cincinnatus . Cette
Affociation , dont les Reglements feront publiés
, a été formée par les Officiers Américains ,
comme un monument de leur fraternité dans la
Caufe qui les avoit réunis. L'Ordre diftin&if
de la Société eft le Bald Eagle , Aigle Américain
particulier à ces Contrées. Il porte des
emblêmes relatifs à la gloire & au défintéreſſement
de Cincinnatus , dont la fituation eft analogue
à celle des Officiers Américains . Il fera
fufpendu à un ruban bfeu liferé de blanc en
figne de l'Alliance des Etats - Unis avec la France
, & de leur reconnoiffance, Le Général
( 173 )
1
Washington , Préfident de la Société , écrit en
cette qualité au Marquis de la Fayette , pour
qu'il reçoive la fignature des Officiers de l'Armée
Américaine , à préfent en Europe , qui
auront rempli les conditions prefcrites , & pour
qu'il leur délivre les marques de l'Ordre de
Cincinnatuss. Le Major l'Enfant a porté une
Lettre au Comte de Rochambeau , où la Société
préfente les marques de l'Ordre aux Généraux
& Colonels de l'Armée Françoife , qui
ont fervi de concert avec les Américains. Le
même honneur est décerné aux Amiraux qui
ont commandé les forces navales dans cette
partie .
Quoique la plupart des Phyficiens & des
Artiftes s'occupent de la recherche des moyens
qui peuvent diriger les machines aéroſtatiques
, le Roi a defiré que fon académie des
fciences travaillât elle - même à cet objet ;
on lui a fait connoître ces jours derniers
les intentions du Roi , & elle va s'occuper
férieufement à perfectionner cette belle dé-
Couverte .
Sa Majesté voulant la confacrer, ainfi que
Fufage qui en a été fait , a chargé M. le
Baron de Breteuil de donner les ordres néceffaires
pour qu'il foit frappé une médaille
propre à en faire connoître en même tems
l'époque & les auteurs . S. M. a également
chargé M. le Comte d'Angivillers directeur
général de fes bâtimens de faire faire différens
projets pour un monument qui fera
élevé dans le jardin des Tuileries à l'endroit
d'où MM . Charles & Robert fe
h ;
( 174 )
font élevés au moyen de la machine. L'Aca
cadémie d'Architecture a été prévenue à cet
égard. Ce monument fera fans doute une
colonne ou un obélifque d'un petit diametre
, parce qu'autrement vu l'endroit où il
doit être placé , il nuiroit au beau point de
vue que l'on a de la porte royale du château
des Tuileries , & qui embraſſe tout
le jardin , la place de Louis XV, & les champsélifées
jufqu'à l'étoile .
Les amis de M. Charles auroient bien defiré
qu'il eût été traité comme M. de Montgolfier
, & quil eût obtenu auffi le cordon de
S. Michel ; mais le Roi de fon propre mouvement
a diftingué l'inventeur du Phyficien
qui ne pouvoit que perfectionner la découverte.
Les dernieres expériences ont fait une
grande fenfation dans toute la France & même
en Angleterre , s'il en faut juger par une lettre
que M. Banks a écrite à M. Franklin . On
peut la regarder comme une efpece d'amende
honorable que nous fait le préſident de la
la fociété royale de Londres , pour nous
avoir reproché de nous être trop , occupés
d'inutilités , en croyant tirer un grand parti
des machines aëroftatiques. Il reconnoît aujourd'hui
que la découverte de M. de Mongolfier
fera célebre dans les Annales du
monde , & tout en voulant faire rejaillir un
peu de cette gloire fur fon compatriote ,
M. Prieftley , à qui nous devons la connoiffance
de l'air inflammable ; il convient que
( 175 )
l'honneur d'avoir rendu les premiers l'air na
vigable , doit nous reſter.
Un autre Anglois qui affiftoit à nos expé .
riences , avoit beaucoup plus de peine à nous
rendre juſtice. Il ne pouvoit nier cependant
que l'invention nous appartenoit ; mais il
en étoit humilié : du moins s'écria - t - il dans
un moment de dépit , fi c'étoit un Allemand
, nous nous en confolerions . Un troifieme
cacha fon humeur fous un bon mot ,
en effet très-ingénieux. On lui difoit pour le
confoler, que chez lui on avoit trouvé le fecret
de marcher au fond de la mer : oui , répondit-
il , voilà le caractere diftinctif des
deux Nations : nous fommes profonds , vous
étes légers.
Selon des lettres de Lyon , la machine
de M. de Montgolfier ne fera prête qu'à
la fin de ce mois , & il y montera avec p
ou 6 de fes amis ; il écrit qu'il ira à Marfeilles
ou qu'il viendra à Paris fuivant la
principale direction du vent. Ce voyage
fera au moins un grand pas vers la découverte
des moyens de diriger la machine.
C'eft l'objet dont s'occupent quantité
de Phyficiens ; & on lit dans un papier
public l'annonce fuivante fur ce fujet.
La découverte qu'on vient de faire en adaptant
l'air inflammables aux Globes , eft une de
ces découvertes brillantes en Phyfique , dont la
perfection ne peut qu'intéreffer infiniment tous
les Savans de l'Europe . Il y a environ trois mois
que je conçus la maniere d'établir l'équilibre en
h 4
( 176 )
tre le gaz & l'air atmosphérique , pour en former
une Balance aérotatique . Sans ce premier pas .
il n'étoit pas poffible de parvenir au refte : mais
mes occupations étant d'une nature abfolument
différente , je ne me fouciois pas de la donner au
public , étant feulement jaloux de mériter fen
approbation dans la carrière que je parcours.
Cependant les inftances réitérées de plufieurs perfonnes
que je ne pouvois refufer , m'ont détermi
né à faire graver la fiigure & la diftribuer gratis.
La première perfonne qui la vit fut M. Cadet ,
de l'Académie royale des Sciences , qui s'empreffa
de la faire voir à M. Franklin . Ce célèbre
Phyficfen déclara , fuivant M. Cadet lui- même ,
qui le rapporta le foir dans l'endroit où le diftribuoit
la gravure , que l'idée êtoit délicieufe.
Maintenant eft- il poffible de diriger les machines
aéroftatiques ? c'est le point effentiel . Or , j'affirme
cette poffibilité ; & cette poffibilité ; & je
fuis perfuadé que toute la manoeuvre confifte dans
moyens que j'ai imaginés. Cependans , comme je
n'ai pas la témérité de croire que je puiffe être
le feul à découvrir ces moyens , & que je veux
en laiffer la gloire aux Phyficiens , j'attendrai
quatre mois pour favoir s'ils y ont réumi . Si , au
bout de ce tems leurs efforts ont été infructueux ,
alors je me chargerai moi- même d'être le pilote
d'une de ces machines qu'on voudra ; & quelques
tems auparavant je ferai part au public de mes
moyens , & je déclarerai entierement mon nom.
Je fuis , &c. VA *** .
vante ,
On vient de nous faire paffer la lettre ſuiqui
ne peut qu'intéreffer dans le mo
ment actuel. Le temps qui nous preſſe , ne
nous permet pas de vérifier la citation piquante
qu'elle contient ; mais nos lecteurs
feront à portée de le faire.
( 177 )
Les diverfes expériences de la machine aéroftatique
ont donné lieu à des recherches fur les idéés
premieres de la poffibilité d'une navigation aérienne.
parmi les Sçavans du dernier fiecle , Borelli
, phyficien Italien , eft un de ceux qui en a
concu l'idée telle qu'elle a été executée de nos
jours. Dans un ouvrage fur la nature de l'air ,
dédié à la Reine Chriftine , en 1679 , page 202 ,
chapitre CC IV , intitulé : Eft -ne impoffibile , ut
homines propriis viribus artificiofe volare poffint ?
Il commence par examiner les moyens de voler
dans les airs , à la maniere des oifeaux , qu'il
juge impraticables ; il parle enfuite de la propriété
qu'ont les poiffons de fe maintenir
en équilibre dans l'eau , à l'aide d'une veffie
remplie d'air , qu'ils contractent ou dilatent
à volonté ; puis il ajoute ces mots remarquables.
Hoc éodem artificio quidam recentiores fibi fuaferunt ,
quilibrari poffe pondus humani corporis cum ipſo
aëre , additâ nimirùm vaftâ vificâ vacua , vel rariffimofluido
replita, tantæ amplitudinis, ut poffit influido
aereo fufpendere corpus humanun , unâ cum phiala.
Ce qui fignifie : Quelques Savans modernes fe font
perfuadés qu'il feroit poffible à un homme de fe maintenir
en équilibre dans l'air par le même procédé , en
faifant ufage d'une grande vefie dans laquelle on formeroit
le vuide , ou qu'on remplieoit d'un fluide très-
Fare , & qui fut d'une telle grandeur qu'elle pùt enlever
un homme dans l'air , à l'aide d'un bâtiment
fait en forme de phiole .
On a parlé depuis quelques jours du
tremblement de terre qu'on a éprouvé dernierement
à Cambray; une lettre de cette
ville , en date du 12 de ce mois , offre les
détails fuivans.
Un phénomene extraordinaire , qui a mis toute
hs
( 178 )
eette ville en allarmes , & qui cependant n'a
eu d'autres fuites , que de laiffer parmi le peuple
des impreffions d'effroi pour l'avenir , occupe
ici depuis trois jours tous les efprits , & donne
matiere aux Phificiens , de raifonner fur fes caufes.
Le Mardi 9 de ce nois à 4 heures 20 minutes
du matin , une fecouffe violente a paru
ébranler toutes les parties de notre globe ; elle
s'eft annoncée par un bruit étrange , quoiqu'un
peu fourd , & femblable à celui que produit
ordinairement l'écroulement fubit d'un édifice
confidérable. La commotion qui a duré environ
15 fecondes a néanmoins été fi forte , que
les perfonnes les mieux endormies en ont été
réveillées , & qu'il en eft reu qui , fe fentant viment
balancée dans leur lit , ou dans leur demeure
, n'aient fui dans la crainte d'y être abimées.
Le mouvement que la terre a paru
éprouver dans ce moment , fembloit fe faire par
ondulations, dirigées du nord- eft au fud - oueft ;
--
c'est dans cette même direction que les perfonnes
couchées fe font fenties bercées . Cependant
quoique cette fecouffe ait été confidérable
, elle n'a caufé d'autre effet que de jetter
à bas deux ou trois groffes pierres d'édifices
très-élevés ; d'abbatre en partie quelques vieilles
cheminées ; & de faire craquer prefque toutes
les croifées & les boiferies des appartemens. On
avoit d'abord attribué cet événement à l'explofion
d'un magafin à poudre de quelque ville voifine
; mais n'ayant appris aucun fâcheux accident
à cet égard , on eft forcé de le regarder
comme un de ces phénomènes de la nature ,
qui ont fait fi fouvent éprouver à notre globe les
révolutions les plus funeftes. Nous avons cependant
, ici , peine à nous perfuader que ce tremblement
de terre ait été excité par une commotion
·( 179 )
la terre.
fouterreine , puifqu'aucune des circonstances qui
précédent ou accompagnent ordinairement ces
triftes événemens , ne s'est fait remarquer. Le
vent étoit depuis la veille à midi , au nord- eft ,
& n'a point varié , ni foufflé dans ce moment
avec plus d'impétuofité ; le ciel étoit ferein quoiqu'un
peu couvert par un léger brouillard ; les
rivieres n'ont éprouvé aucune agitation ; elles ont
continué de couler dans un beau calme & bien
limpides ; les barometres n'ont fait aucun mouvement
; enfin aucune éruption ne s'eft fait appercevoir
aux environs , dans aucune partie de
D'un autre côté notre climat eft
tempéré ; & notre fol froid , ne couvre en apparence
aucun minéral combuftible ; les cavités
nombreuſes qui fe trouvent fous cette ville &
aux environs par l'exploitation multipliée des
carieres de pierres , font autant d'embouchures
aux finuofités de la terre où l'air mis en expanfion
, trouve fans réfiſtance un paffage aifé
pour les différentes matieres qui pourroient s'embrâfer
dans le centre ; néanmoins le bruit confidérable
qui s'eft fait entendre à l'extérieur , ne
peut , ce femble , avoir été occafionné que par
une explofion quelle qu'elle foit ; & fi on en croit
Paffertion de quelques perfonnes , entr'autres
d'un foldat en fentinelle fur le rempart à la pointe
de la citadelle qui dit avoir remarqué dans l'atmosphère
un globe de feu , qui fe diffipant en
éclats , s'eft perdu vers le terme de l'horizon ,
eft probable que cette explofion n'a été que
celle de quelque météore dont la commotion a
caufé ce mouvement fi violent qui a effrayé toute
cette ville .
il
Les Syndics Généraux des tiers - ordres de
Breffe , Bugey, Dombes & Gex , ont adreffé
h 6
( 180 )
le 4 de ce mois la lettre fuivante à M. de
Feydeau de Brou.
Monfieur , c'eft dans l'amertume de nos
coeurs que nous vous donnons ce dernier témoignage
de nos fentiments & de notre reconnoiffance
, qui vous fuivront dans toutes les places
que vous occuperez loin de nous. Inftruits par
la voix publique de la perte dont nous étions
menacés , notre inquiétude nous faifoit tout crain
dre ; mais nos voeux nous laiffoient encore eſpérer
elle eft confirmée aujourd'hui , & nos fentimens
ne peuvent plus fe manifefter que par
nos regrets. Ils font univerfels ; nous favons l'eftime
qu'avoit conçu de vous le Parlement , ce
Corps précieux à nos provinces , & fi vigilant
à en écarter les abus ; la renommée a porté juſ
qu'à nous l'amour du peuple de Dijon , que
votre bienfifance active a fecouru dans fes befoins
, & protégé dans tous les tems . Mais nous
accoutumés à voir au milieu de nous un Adminiftrateur
ne connoiffant d'autre rang que celui
de l'égalité , concertant avec notre zele & notre
expérience locale , les moyens d'améliorer le fort
de nos Provinces , plus occupé à chercher le bien ,
qu'à exercer l'autorité , & ne l'employant que
pour le faire prévaloir , quelle perte peut égaler
Ja nôtre ! Si elle peut être adoucie , c'eft par le
fucceffeur que le Roi vous donne , & dont le nom
eft cher à ces pays. Il est jeune , mais vous nous
avez appris , M. , que l'amour du bien public eft
un grand maitre dans l'art d'opérer , & que la
jeuneffe où ce fentiment domine , eft peut - être
l'âge le plus propre à remplir cette précieuſe
fonction, Pourra - t - il défapprouver nos regrers
Ils lui feront du moins un témoignage que nos
coeurs font fenfibles & ouverts à la reconnoilfance.
Vous avez accepté , dans le tems , M.
( 181 )
le gage de ce fentiment , en permettant que la
Province tint fur les Fonds l'enfant dont Madame
de Brou eft enceinte. Nous espérons que ,
quoique les liens d'intérêt qui nous unifloient
foient rompus , celui - là fubfiftera toujours heu
reux s'il vous eft auffi cher que l'eft à nos coeurs
le fouvenir de votre adminiftration , que nous
garderons éternellement. - Vous ne ſerez pas
furpris , M. , fi nous rendons public notre hommage
, mais notre reconnoiffance ne pouvoit fe
fatisfaire autrement ; & fi nous ne vous en avons
-
".
pas demandé l'agrément , c'eft de crainte que
votre modestie ne nous en orât les moyens . Puif
fent ces voeux & cet hommage manifefter partout
vos rares qualités , auffi précieuſes pour le
bien public , qu'aimables pour ceux qui y con-.
courent avec vous ! puiffe notre foible voix par
venir jusqu'aux pieds du Monarque dont vous
rempliffez . les vues bienfaifantes & paternelles
en failint chérir fon pouvoir , & le faire applaudir
ainfi du choix des moyens qu'il emploie pour
le bonheur de fes peuples ! Nous fommes ,
avec refpect , &c. PARRET , Syndic du Clergé de
Breffe ; le Baron de BELVEY ; de la BEVIERE , le
Marquis de RANGEAC , Syndic de la Nobleffe de
Breffe ; le Comte DE VALINS , Syndic de la Nobleffe
de Dombes ; DE S. MARTIN , premier Syndic
; FAGUET , Syndic du Tiers - Etat de Breffe ;
BEATRIX , Archidiacre , Syndic du Clergé de
Bugey ; le comte de SEYSSEL ; le comte de Dou-
GLAS ; DUJAT D'AMBÉRIEU , Syndics de la Nobleffe
de Bugey ; GAUDET , premier Syndic ;
MARER , Syndic du Tiers- Etat de Bugey.
Le 4 de ce mois , l'Académie Royale des Sciences
& Belles Lettres de Caen , a repris , fuivant
rufage , fes féances publiques , dans la grande
falle de l'Hôtel de ville; M. de Laubarede , com
( 182 )
miffaire des guerres , en fit l'ouverture , par un
difcours fur la machine aéroftatique de M. Mongolfier,
la maniere avec laquelle il s'eft exprimé
fur cette découverte , lui a mérité les applaudif
femens d'un concours prodigieux de citoyens des
différens corps de la ville qui y ont affifté ; ce
difcours a été fuivi d'une differtation fur le fcorbut
, par M. Rouffel , Profeffeur en médecine.
M. Pelofi lut enfuite un ouvrage fur le regne
d'Alexandre . La féance fut terminée par la lecture
d'une ode de la compofition de M. le Cavelier ,
fur le bonheur de la vie champêtre.
Edit du Roi , portant ouverture d'un Emprunt
de Cent millions , en Rentes viageres ;
donné à Versailles au mois de Décembre 1783 ;
regiftré en Parlement le 18 defdits mois & an .
Le voeu de notre coeur feroit rempli , fi nous
pouvions , auffitôt après avoir donné la Paix à
notre royaume , accorder à nos fideles Sujets
les foulagemens auxquels ils ont droit de s'attendre
, & que nous fommes impatiens de leur
procurer ; mais la néceffité de commencer par
acquitter les dépenfes que la guerre a occafionnées
, nous oblige de fufpendre encore l'exécution
de nos defirs les plus chers . C'est pour
en accélérer le moment , que , nous étant fait rendre
compte des dettes arriérées du département de
la Marine , nous avons réglé les paiemens de
maniere qu'ils ne dérangent en rien les vues
d'ordre , de liquidation & d'amélioration que
nous avons adoptées pour nos finances. Le
plan qui nous a été préfenté , nous a fait
appercevoir jusqu'où devoit s'étendre le fecours
extraordinaire dont nous aurions befoin pour
l'année 1784 ; & après avoir fermé , par nos
Lettres Patentes du premier de ce mois , l'emprunt
de deux cens millions, du mois de Décemb.
·
( 183 )
?
mil fept cent quatre- vingt -deux, qui reftoit encore
ouvert pour moitié , nous avons jugé à propos
d'y fubftituer un autre emprunt , limité à Cent
millions par la nature même de fes conditions ,
& dont le genre plus defiré par le Public ,
nous promet une reffource plus prompte. Cet .
emprunt , fans être plus onéreux que les précédens
, offre aux prêteurs , outre l'intérêt viager
de leurs capitaux , l'avantage de pouvoir
l'augmenter confidérablement par le bénéfice du
fort. Toujours attentifs à proportionner la fûreté
des créances de l'État à leur étendue nous
voyons avec fatisfaction que l'augmentation progreffive
de nos revenus , réſultante des foins &
de la régularité qu'on apporte dans leur perception
, de l'accroiffement du commerce & du
produit des économies dont nous ne cefferons de
nous occuper , ne laiffe aucun fujet de doute
fur la continuation d'une exactitude conſtante
dans le paiement de tous les intérêts dûs , ainfi
que des rembourſemens annoncés . Nous ne nous
diffimulons cependant pas qu'une répétition trop
fréquente des emprunts viagers , feroit fufceptible
de grands inconvéniens ; & afin qu'à
l'avenir les fpéculations du Public ne s'égarent
pas dans la fauffe attente d'en voir s'ouvrir de
nouveaux , nous déclarons que nous fommes
déterminés à ne plus ufer de long- temps d'une
reffource qui femble réſervée pour les befoins
urgens de la guerre , & qui ne doit être employée
qu'avec des intervalles fuffians pour faciliter
la libération de l'État par l'effet des
extinctions fucceffives . Occupés de tous les
moyens d'opérer efficacement cette libéra- -
tion , nous avons réfolu d'établir une caiffe
d'amortiffement , fondée fur des bafes plus folides
qu'elle n'a encore été, & foutenue par une
( 184 )
-
furveillance éclairée , qui en rendra les opéra
tions imperturbables . C'eft ainfi qu'en acquittant
nos engagemens avec la fidélité dont nous
ne nous départirons jamais , & prenant de juftes
metures pour affurer l'équilibre entre nos recettes
& nos dépenfes , nous parviendrons à diminuer
enfin le poids des impôts , en mêmetemps
que nous maintiendrons notre royaume
dans le degré de puiffance néceffaire pour affermir
la tranquillité & le bonheur de nos Peuples.
A CES CAUSES , & c . - °. Il fera ouvert
le jour de la publication du présent Édit , chez
le fieur Michaul: d'Harvelay , Garde du Tréfor
royal , un em ; runt de Cunt millions payables
en deniers comptans , pour le capital def
quels il eft créé des rentes viageres , à raison de
neuf pour cent fur une feule tete , & de huit
pour cent fur deux . Il est en outre pareillement."
crée au profit des acquéreurs de dites rentes ,
1500,000 livres de rentes viageres , pour étre
diftribuées entr'eux par la voix du fort.
2º. Il fera délivré par ledit Garde du Tréfor
royal , à tous ceux qui leveront lesdites rentes
à neuf ou huit pour cent , des récépiffés au
Porteur pour être convertis en quittances de
finance , en vertus defquelles feront paffés les
contrats de conftitution ; & il leur fera anffi
délivré à raison de chaque fomme de mille
livres de fonds qu'ils auront fournie , des billets
portant numéros , depuis un jufques & compris,
cent mille , qui ferviront à entrer dans le tirage.
des 1500 , 000 livres de rentes viageres acceffoires.
3. Les Porteurs defdits cent mille.
Billets correfpondans aux Cent millions de capital
, du préfent emprunt , feront admis à avoir
part aux lots defdites rentes acceſſoires , qui
feront aux nombre de dix mille , & le tirago:
( 185 )
Tera fait en la forme ordinaire par la voie du fort j
dans la grande falle de l'Hôtel de notre bonne
ville de Paris , en préſence des fieurs Prévôt
des Marchands & Echevins , le 1er . Octobre
1784 , & jours fuivans. 4°. Les rentes viageres
créées par l'article Ier. feront vendues &
aliénées à nos chers & bien amés les Prévôt
des Marchands & Echevins de notre bonne ville
de Paris , par les Commiffaires de notre Confeil
, qui feront par nous nommés ; à les avoir
& prendre fur tous les deniers provenans de
nos droits d'Aides & Gabelles , & Fermes générales
; lefquelles nous affectons , obligeons
& hypothéquons , par préférence à la partie
de notre Tréfor royal , au payement des
arrérages defdites rentes . 5°: Les porteurs
des récépiffés qui auront été délivrés
, pourront faire conftituer foit fur une
tête , à raison de neufpour cent ; foit fur deux ,
à raison de neuf pour cent , pour telle fomme
qu'ils jugeront à propos ; dont cependant la
moindre conftitution ne pourra être au- deffous
de 500 livres de capital ; & les porteurs des billets
numérotés qui auront gagné des lots de
rentes viagères , ne pourront conftituer lesdites
rentes que fur une feule tête , en autant de parties
qu'ils voudront , fans que la moindre puiffe être
au-deffons de 45 liv. 6. Les arrérages defdites
rentes feront payés de fix mois en fix mois , par
les payeurs des rentes de notre hôtel - de - ville , en
la même forme & maniere que les autres rentes
viagères , & conformément aux différens réglemens
qui ont été faits pour la police des rentes ;
la dépenfe du payement défquelles rentes , fera
paffée & allouée fans difficulté dans les comptes
deldits payeurs , conformément aux contrats qui
en auront été paffés . 70. Les arrérages de toutes
186 )
ees rentes feront exempts à toujours de la retenue
du dixième d'amortiffement , vingtièmes , 4 fous
pour livre & de toutes impofitions géneralement
quelconques ; & ils auront cours , pour les rentes
acquifes , à compter du premier jour du
quartier dans lequel les capitaux auront été
fournis , ce qui fera conftaté par la quittance
de finance , & à l'égard des arrérages
des rentes provenans des lors , à compter du premier
janvier 1785. 8 ° . Toutes perfonnes de quel.
qu'âge , fexe & condition que ce puiffe être ,
même les religieux & religieufes qui peuvent
avoir quelque pécule , pourront acquérir lesdites
rentes , & en faire paffer les contrats , ainsi que
de celles qui pourroient leur échoir par le tirage
des lots des rentes acceffoires , fous les noms
qu'ils voudront choifir , avec les réferves de
jouillance , & autres claufes & conditions qu'ils
jugeront à propos , dont fera fait mention dans .
les quittances du garde de notre tréfor royal ,
pour en jouir pendant la vie des perfonnes qu'ils
auront choisies , tant par eux que par ceux qu'ils
nommeront , quand & ainfi qu'ils aviferont. 9 .
Les rentes conftituées fur une feule tête , feront
payées jufqu'au jour du décès de ceux fur la tête
defquels elles auront été conftituées ; & celles
qui auront été conftituées fur deux tètes ,
feront payées jufqu'au jour du décès du furvivant
; le tout à ceux qui fe trouveront en
avoir droit , en rapportant avec l'extrait mortuaire
en bonne forme & autres pièces justificati
ves , la groffe du contrat de conftitution , a
compter du jour defquels décès feulement , lef
dites rentes demeureront éteintes & amorties à
notre profit. 16. Les étrangers non naturalifés ,
même ceux demeurans hors notre royaume, pays ,
terres & feigneuries de notre obéiffance , pour(
187 )
>
ront , ainfi que nos fujets , acquérir lesdites rentes
& billets , encore bien qu'ils fuffent fujets
de princes & états avec lefquels nous pourrions
être en guerre Voulens que lesdites rentes &
billets folent exempts de toutes lettres de marque
& de repréfaille , droits d'aubaine , bâtardife ,
confiscation & autres qui pourroient nous appartenir
, auxquels nous avons renoncé & renonçons.
I 10. Les contrats tant des rentes à neuf &
huit pour cent , que de celles provenantes des
lots du tirage des rentes acceffoires , feront paffés
par- devant tels notaires au Châtelet de Paris que
les propriétaires voudrant choifir ; lefquels notaires
feront tenus de leur délivrer lefdits contrats
fans frais , nous réfervant de pourvoir auxdits
notaires , de falaires convenables. 129. S'il
furvient quelques conteftations fur le payement
des arrérages defd. rentes viagères , forme ou
validité des acquits fournis par les rentiers , nous
en attribuons la connoiffance aux prévôt des marchands
& échevins de notre bonne ville de
Paris , pour être jugées fommairement & fans
frais , fauf l'appel en notre cour de parlement
à Paris , fans préjudice duquel , les jugemens
rendus par lefdits prévôt des marchands & éche
vins , feront exécutés par provifion .
I
Les 10,000 lots de la loterie où doivent avoir
part les 100,000 billets , confifteront en 1 de
quarante mille liv . 1 de vingt mille ; 1 de quinze
mille ; 1 de dix mille ; 6 de cinq mille liv . trente
mille ; 10 de quatre mille , quarante mille ; 15
de trois mille , quarante cinq mille ; 25 de deux
mille , cinquante mille ; 40 de mille , quarante
mille ; 100 de cinq cens , cinquante mille ; 200
quatre cens , quatre- vingt mille ; 200 de trois
foixante mille ; 1200 de deux cens , deux
cens quarante mille ; 1200 de cent cinquante ,
de
cens ,
( 188 )
cent quatre- vingt mille ; 2000 de cent , deux
cens mille ; 5000 de quatre- vingt , quatre cens
mille ; total un million cinq cens mille livres .
DE BRUXELLES , le 23 Décembre.
Les Ambaffadeurs de la République des
Provinces Unies à Paris , ont fait part aux
États -Généraux de la propofition qui leur a
été faite par le Duc de Mancheſter, de continuer
les négociations pour le Traité définitif
de paix à Londres ou à la Haie . Cette
lettre , envoyée à toutes les Provinces , a été
portée les de ce mois à l'Affemblée des
Etats de Hollande , où l'on dit qu'il a été pris
le préavis fuivant .
La Cour de Londres ne donnant aucune
raifon valable pour terminer ailleurs qu'à Paris
la négociation relative au traité définitif de paix ,
& la France pouvant trouver mauvais qu'on l'évoquat
ainfi à Londres ou à la Haye , la politique
& la reconnoiffance exigeoient qu'on la
ménageat ; L. N. & G. P. étoient d'avis qu'il
falloit charger les Ambaffadeurs de la Républi
que de dire au Duc de Manchefter , ou à celui
qui en fon abfence feroit chargé des affaires
d'Angleterre à Paris , qu'on ne fauroit accepter
la propofition que cette Couronne avoit fait faire
à ce fujet ; qu'il falloit infifter fur la converfion
des préliminaires en un traité définitif , & que fi
cela étoit éludé , il falloit déclarer que la Répu
blique regarderoit le traité définitif comme conclu
, conformément aux préliminaires , & qu'en
conféquence il falloit rompre toute négociation
ultérieure , Les Membres qui compofent.
l'affemblée , ajoutent ces lettres , ayant pris ce
—
( 189 )
préavis ad referendum , on eft fort curieux de
favoir ce qui fera reglé par L. N. & G. P. fur
cette affaire ».
Les mêmes lettres contiennent les détails
fuivans fur le nouveau Mémoire que la
Compagnie des Indes a préfenté aux Etats-
Généraux.
« OnOn y expofe que les 14 millions
de florins qu'elle a d'abord demandés
à la République
lui font abfolument
néceffaires
pour faire face aux divers objets de dépenfes
indifpenfables
pour rétablir
fon commerce
; fans cette fomme entiere , il lui eft impoffible
; 1º. de fatisfaire
aux demandes d'argent
faites par le haut Gouvernement
de ' Inde , & par les Miniftres
du Cap de Bonne- Espérance
; 2. de faire les achats d'effets nécef- faires; 3 °. d'équiper
& de conftruire
les vaiffeaux dont elle a befoin , &c. les Etats de Hollande
& Wek-Frife, font , dit -on , très - occupés
à chercher les moyens
de foutenir
cette importante
Com- pagnie , on affure qu'ils font difpofés
à lui accor- der 8 millions
de florins , au lieu de 6 qu'ils lui avoient promis
, à la charge de cette Compagnie
,
à 3 pour 100 , & rembourfables
fur la garantie des Etats , au bout de 8 années
; à l'expiration
de ce temps , fi la fomme n'eft pas remboursée
, elle fera convertie
en obligations
ordinaires
à deux &
demi pour cent , à la charge de la Province
de Hollande
, & payables
à Amfterdam
. La négocia tion fe fera au comptoir
général
à la Haye , & à
Amfterdam
, & le plan en paroitra
fous peu
de jours ».
On mande de Deventer , que la Bourgeoifie
a préfenté dernierement une requête
au Magiftrat, pour lui demander que dans
la prochaine diete on infiftât fur ce qu'il foit
( 190 )
conclu une alliance avec la France , qu'on
me rentre pas dans les anciens engagemens
avec l'Angleterre , qu'on aboliffe la Jurifdiction
militaire , & que l'affaire de Breft foit
pourfuivie.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ) .
PARLEMENT DE NORMANDIE.
Religieux en poffeffion d'un Fief d'une Haute Juftice
depuis près de 700 ans , ne peuvent être
forcés de communiquer au Miniftere public les
titres originaux de leurs propriétés .
Les Chartreux de S. Julien de Rouen , fuccédant
au droit des Religieux de l'ancienne Abbaye
de Sainte Catherine , avoient acquis , en 1060 ',
de Raoul de Varennes & de fon héritier , en
pur & perpétuel aleu , le Fief de la Haute-Juftice
de la Fontaine-Jacob. L'hiftoire & les monuments
anciens atteftent que la Haute - Juftice
a plus de 700 ans d'existence. L'exercice s'en
eft toujours fait publiquement & paisiblement .
fous les yeux de ceux qui auroient pu avoir
intérêt de le contredire. Le Bailli de la Fontaine
- Jacob a toujours été appellé aux Affifes
du Bailliage de Rouen . Le 8 Octobre 1781 ,
le Procureur du Roi de ce Bailliage a donné un
Requifitoire à fon Siege , dans lequel , après
s'être plaint des entreprifes des Hautes- Juftices
fur les Jurifdi&ions Royales , des menaces , des
careffes mifes en ufage par les premiers , à l'effet
de fe faire rendre aveu par les Propriétaires des
biens fitués dans la Franche-Mairie > a conclu
ainfi : » Requiert le Procureur du Roi , vu l'intérêt
du Roi & du Public , a&e accordé dudit
-
( 191 )
Requifitoire ; ce faifant , & pour empêcher qu'à
l'avenir tous ceux qui tiennent en franc - aleu
ou franche-mairie , dans les fauxbourgs & banlieue
de cette ville ( Rouen ) , & font domiciliés
fur lefdits aleux , foient approchés en jugement
ailleurs qu'en notre Siege , pour les matieres
qui lui competent , enjoindre aux Commiffaires
de Police & à tous Huiffiers ou Sergens
en général , de veiller , en faisant leurs citations
& exploits , à ce qu'il ne foit entrepris fur notre
Jurifdiction ; à laquelle fin ils feront tenus de
nous dénoncer toutes entrepriſes dont ils pourroient
avoir connoiffance ; comme auffi les particuliers
habitans des lieux allodiaux qui feroient
affignés ailleurs que devant Nous , pour par Nous
requérir , & par le Siege ordonner ce qu'il appartiendra.
A cet effet , & pour que perfonne
n'en prenne caufe d'ignorance , ordonner que
la Sentence à intervenir fera imprimée & affichée
, tant dans cette ville que dans les fauxbourgs
& banlieue d'icelle. Et à l'égard des
Religieux de la Chartreufe de S. Julien- les-
Rouen , fe prétendant propriétaires d'un Fief ,
Terre , Seigneurie & Baronnie fous la dénomi
nation de la Fontaine - Jacob , & d'une haute
moyenne & baffe - juftice , même droit de Fourches
patibulaires , vu ce qui réfulte des pieces
jointes audit Requifitoire , & de l'énoncé en
icelui ordonner préalablement qu'ils feront
tenus de communiquer audit Procureur du Roi ,
dans deux mois pour tout délai , les titres originaux
qui établiſſent la création de leurs aleux
Fief , Terre , Seigneurie , Baronie & Haute-
Juftice , fous le nom de la Fontaine - Jacob
les Lettres- Royales obtenues en 140 ?, & l'Arrêt
de main-levée de celui de retentum de 1318 , &
autres pieces y relatives , pour , après la com-
9
P
( 192 )
t
—-
munication defdits titres , être par ledit Procu
reur du Roi requis , & par le Siege ordonné ce
qu'il appartiendra 2. Le même jour , Ordon-
-nance conforme , fans fignification ni communication
préalable aux Religieux , fans qu'ils aient
été même affignés pour le défendre. Le 24
Novembre fuivant ; POrdonnance & le Requifitoire
leur ont été fignifiés , enfuite affichés &
diffribués dans le public par la voie de l'impref
fon : cependant ayant gardé le filence , nouveau
Requifitoire le 6 Mars 1782 , par lequel le Procureur
du Roi demande mandement pour affigner
Jes Chartreux , pour voir dire que , faute par.
eux de s'être conformés à l'Ordonnance du 8
ctobre 1781 , défenfes leur feront faites , fous
telles peines qu'il plaira au Siege de prononcer ,
de prendre à l'avenit , directement ni in directe
ment , le titre de Seigneurs Hauts- Jufticiers de
la Fontaine Jacob lès - Rouen ; que pareillement
défenſes feront faites à tous Officiers d'y fure
aucuns actes judiciaires , à peine de nullité ; que
toutes les affaires y pendantes feront & demeu
reront , de droit , évoquées & portées en fon
Siege , pour être, continuées fuivant & confor
mément aux derniers errements ; faire dire en
outre qu'il fera autorité de requérir & faire
dreffer en fa prefence procès- verbal des Minutes ,
Regiftres , Plumitifs , & tous autres titres &
objets étant au Prétoire , Greffe & autres endroits
dépendant de ladite prétendue Haute- Juftice ,
pour le tout être rapporté & déposé au Greffe
de fon Siege . - Ordonnance conforme. Les
Chartreux affignés fe font rendus appellants de.
celle du 8 Octobre 1781. Par Arrêt du 8
Mai 1783 , la Cour faifant droit fur l'appel , at
caffé & annullé l'Ordonnance du 8 Octobre 1781
& condamné le Procureur du Roi aux dépens.
150
".
Edinburg. 1983 : 1 vol. in- 8°.
Captain Inglefield's narrative,
concerning the lofs ofhis majelly'sship
te centaur of feventy
four guns. Lond. 1783 , in-8°.
GRAVURES.
Batailles d'Alexandre le grand,
Roi de Macédoine , depuis l'an
du monde 3668jufqu'à l'an 3677,
& avant J. C. 327 , peintes en
cinq tableaux, par C.le Brun ;
précédées d'une perfpective de
la galerie des Gobelins , & fui
vie de l'eftampe de la multipli
cation des pains dans le deſert ,
chef-d'oeuvre de l'Artiste , le
tout reprefenté en VII planches
, deffinées & gravées par
Sebaftien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur & Graveur
du Cabinet du Roi , avec
des explications tirées des meil
deurs Auteurs : 1 vol. in 4. 12
liv. A Paris , chez Lamy , Libr.
quai des Auguftins.
Le Commiffionnaire vertueux,
avec ces deux vers : +
Qui fait pour la vertu lutter
contre la mort , »
Mérite que chacun s'intéreſſe
àfon fort.
Eftampe qui fe vend au profit
de l'infortuné Veffie , au prix
de 12 f. le moins , & plus pour
les personnes fentibles au nalheur
d'un coeur vertueux. A
Paris , chez Hazard , Receveur
de la loterie du France , rue de la
Harpe.
MUSIQUE.
Journal de Harpe , par les
meilleurs Maitres , avec accompagnement
de violon ad libitum :
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Clavecin ou le forté- piano ,
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Paits-Champs , nº, 83 ; & chez
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avec accompagnement de harpe ,
defié à M le Comte de Mon
treval, par Hinner,Officier de la
Chambre de la Reine: Euvre
XI . 7 liv. 4fols. A Paris , chez
Naderman , Editeur , Luthier .
&c . rue d'Argenteuil , butte Saint-
Roch .
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on le piano forte , avee
accompagnement de violon ; par
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Marchand de musique & de cordes
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petits-Champs , nº. 83 ; & chez
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de trente livres , & pour la Province,, port frane ,,
trente- deux livres , que l'on remettra à la Pofte
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
ravis.
On aurafoin auffi de joindre à la Lettre d'avi
le reçu du Directeur des Pofles auquel on remi
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce reçu ,
fur la Lettre d'avis , que l'on peut le Lecevoir e
Bureau des Pofes de Paris.
&
na
-Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier font
priés de renouveler de bonne heure leur Abonnement,
lier de l'Ordre de S. Louis :
petit in- t . br. 1 lives fols.
Cuvres fpirituelles de Mad
Decombes , 2 vol. in- 12 , fiv.
Vie abrégée de S, Vincent de
Paule : 12-12 24liv. fols.
Vie de la Vénérable foeur de
Foix de la Valette d'Eperton ,
Religieufe Carmelite ; par M.
l'Abbe Demontis , in- 12 . 2 liv.
fois.
4
Six Duos concertans pour deux
flûtes ; dédié à M. de Kerdavy ,
par Anand Vander- Agen , Muficien
de la Garde françoife du
Roi : OEuvre IV. 7 liv. 4 fols.
A Paris , chez Bailon ,
chand de musique , rue neuve des
Pet - Chumps.
Mar-
La Marchande de Modes ,
Ariette badine dédiée aux
Dames ; paroles & mufique de
M. le Chevalier de B. de Saint-
Salvy z liv. A Paris , chezAuvrai
, Marchand d'Eftampes , rue
S. Jacques:
Vie de la vénérable mère Catherine
de Bar , dite , en religion,
Melde du S. Sacrement , Inttutrice
des Religieufes de l'Adoration
perpetuelle in-12.31. Partition de la Sorcière par ha-
Vie de M. Greffer , de l'Aca- zard , Opéra -comique en vers,
démie Françoife , & de celle de mêlée de musique , repréfenté
Betiin, Ecuyer , Chevalier de pour la premiere fois par les Co-
Ordre du Roi, &c . petit in- 12. mediens Italiens ordinaire du
Roi, le Mercredi 3 Septembre
Vie du Cardinal de Riche- 1783 , les paroles & la mufique
lieu , premier Miniftre de Louis par M. Framery, Surintendant
XII in 12: br. 2 liv. de la mutique de Mgr. le Com- .
Voyage de Sophie & d'Eula- te d'Artois : 18 liv. A Paris
lic , au palais du vrai bonheur , cher Houbaut , Marchand de mu
Roman fpirituel : -12 , liv. fique , rue de Marivaux , place du
10 fois.. Theatre alten ; & aux adreffes
ordinaires de musique.
br. S
ARRET S.
Traité de paix entre le Roi &
eRoide laGrande Bretagne , condu
à Verfiles le 3 Septembre
1783. A Paris , de l'Imp . Royale .
GRAVURES
2
Troisième Recueil de neuf
con relawles compofées pour
la redoute Chinoite , avec les
deux marches qui ont fervi
d'ouvertures , arrangees pour
deux violons La Famille Efpagnole, Ettam- : par M. Vincent.
pe de 21 pouces de large für 162
de haut , gravée par Petit , fils ,
d'après Martin , Peintre du Roi :
glites. A Paris , chez Petit ,
Graveur, rue & ifle S. Louis , à
côté du corp-de- Garde.
livres 8 fols A Paris , chez
Auteur , rue S. Martin; Bouin
Marchand de Muſique & de cordes
d'inftrumens, rue S. Honoré , près
celle S. Roch , an Gagne-petit ;
chez tle , Caftagn ry, rue des
Prouvaires ; & d'Verſailles, cheq
Blaizor , Lib . rue Satory.
M U S I QUE
L'Amact infortuné , Ariette
avec accompagnement de deux Six Sonates pour la guitare ,
violons, deux fûres, alto & bae , avec accompagnement de vio on ;
compolée par M. *** Ama par M. Atherti ; mifes an jour
tear: 1 liv. 16 fols A Paris, chapar M. Durieu : 3 liv. A Paris ,
Mad. Bé ault , Marchande de chez l'Eliteur , rue Dauphine ;
mufique , rue de l'ancienne Co- & aux adrefes ordinaites de mumeie
Frango fe , F. S. Germain; fique.
& aux adrefes ordinaire de mufique.
Six Sonates pour violon &
baffe, miles au jour par le fieur
Durieux , compofées par M. Sa- ta. rel. ; liv. A Paris , chey la lomon : 7 ). 4. Cheq les mêmes . verve Duchesne , L.rue S. Jacques.
LIVRES ETRANGERS
L'Amour juge ; Etrennes pour
l'année 1784 -18 . fig. veau
tranche dorée : 3 liv. A Pars ,
shez Onfroy, Libr. quai des Auguftins.
Troitieme & dernieie Livraifon
des OEuvres complettes de
M. Charles Bonnel , Correípondant
de l'Académie royale des
Sciences de Paris , & de differerres
autres Académies : 1783 , 3
vol. in-4° . 36 liv.
Pareille livraifon en 6 vol .
in-8° . 21 liv. A Paris , chez Hardoüin
, Libr. rue des Prêtres Saint
Germain - l'Auxerrois.
Entretiens, Drames & Contes
moraux à l'afage des enfans : par
Mad. de la Firte : 1783 , feconde
édition , revue & augmentée. A
Paris , chez Hardouin , Libr. rue
des Prêtres S. Germain -l'Auxerr. La Contemplation de la na-
Lettres de Milady Wortlay ture , en 3 vol in- 8°. fe vend fé-
Montagute : nouv. édit. vol. in- päsément chez le même Libr. 91.
On foufcrit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi, rue Sa
Jacques. Leprixde l'abonnement eft de 7 liv. 4 ſols par année , avte
la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris
de trente livres , & pour la Province , port fran ..
trente-deuxores , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchifiant le Port de l'argent & la let
davis.
On aura foin auffi de joindre à la Lettre d'avis
le reçu du Directeur des Poftes auquel on remet
l'argent , parce que ce n'est que fur ce reçu , & non
fur la Lettre d'avis , que l'on peut le recevoir au
Bureau des Poftes de Paris."
A Mefieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier fom
priés de renouveler de bonne heure lour Abonnemens,
leur
ac TIVICS TO”
La fouſcription , pour les gravures
, eft de 12 liv. 12 fois . On y
délivre actuellement le premier
volume ; on le délivre autfi à
Bourges , chez l'Auteur ; & chez
J.-B. Prevoft , Libr. rue de la
Pofre-neuve.
depuis 1778 jufqu'en 1783 inclu
fivement , de lui faire paler,
par la pofte & franc de port ,
leurs noms de baptême &
famille , leurs qualites
âge , le heu de leur naiffance
avec le titre des ouvrages qu'ils
ont mis au jour dans le cours de
crs hx années ; le tout très:
correctement & très - liſiblement le même Bureau , pour les
affiches de Bourges , dont__
dit feur Pallet eft l'auteur. L'abonnement
et de 7 liv. 10 fols .
port franc.
écrit. MM. les Secrétaires des
Académies font invités à lui
envoyer la lille des Membres de
leur Compagnie .
On s'abonne à Paris , dans
On trouve chez Nyon l'atné ,
Libr. rue du Jardinet , les livres
fuivans :
Existence de Dieu , démontrée
par les merveilles de la natures
par Ballet : 2 vol. in-8 ° . rel. 2 1.
10 fois.
La veuve Duchefne fe propofe
de publier ce nouveau fupplément
vers le Carême de 1784.
Le fieur Deinos , Libr. rue
S. Jacques , vient de mettre
vente 14 Almanachs nouveaux ,
pour l'année 1784 . qui out pour
titre Le nouveau Secrétaire La Nature confidérée dans
des Danes La Journée d'une p ufieurs de fes actions ļ: 1 vol.
Jolie Femmie. La Géographie 4-8 br. 3 liv.
des Daines. La Lanterne ma- Navires des anciens , confidé
gique. Le Babillard inftruit , rés par rapport à leurs voiles ;
Almanach des gens du monde. par M. Leroy , de l'Académie
Les Niches de Cupidon . royale des Infcriptions & Belles-
Le Cortelpondant impene Lettres : 1 vol. in- 8 ° . avec fig, br.
trable , ou l'Aimable Fou. Le
Hard du coin du feu. La
Veillée de Vénus. Les Loi- Arrêt du Confeil d'Etat du
firs d'Agaë. Mars defarmé , Roi , du Décembre 1783 , conallégorie
far la paix. Alma cernant le paiement des Lettiesnach
aérotatique , ou du Bal - fde charge de l'Inde & de l'Amélon.
Chacun de ces Almanachs , rique . Paris, de l'Impr. Royale.
orné de raedampes & de jolies GRAVURES.
chaufous , avec tablettes écono
migues , perte & gain , relié
en maroquin , & fermé d'un
Ayler pour écrire fe vend 4
liv. to f. pour Paris , & liv.
port frane pour la Province
OFF
M. Pallet , Avocat en Parlement
, donne avis que , pour
les livraifons de la nouvelle
Histoire du Berry , dont il eft
Auteur , il a établi fon bureau
à Paris , chez M. Thaut ,
Caither de M. Watelet , Receveur
général des Finances, cour
du vieux Louvre. Le prix eft
liv. 1
ARRET S.
La Partie de plaifir , Eftampe
de 16 pouces de haut fur 22 de
large , gravée par de Launay ,
de l'Académie royale de l'einture
de Paris , & de celle de
Copenhague , d'après le tableau
loriginal de Weeniz , tiré du cabine
: de M. le Comte de Merles . -
à Paris , chez de Launay , rue de
la Bucherie , No. 26,
MUSIQUE.
Symphonie en trio , pour le
forté-piano ou la harpe , arec
accompagnement d'un violon &
violoncelle obligés ; par Cau1.7liv.
4 lols. A Paris the
l'Auteur, rue de l'Univerfité ,
Maifon de M. Colin , nº. 26 ; au
Bureau d'Abonnement Musical ,
ruedu Hazard Richelieu ; & aus
adreffes ordinaires de mufique.
FIVRES ETRANGERS.
Difcours fur ce fujet: Le laxe
corromptles moeurs , & détruit
les empires ; avec quelques notes ,
où l'on trouve raffemblées les
tuaires des pr.cipaux Souve
rains de l'Europe . Nouvelle edir.
revue & corrigée ; par M. de S.
Heippy , br. in-8° . de yo pages :
1 liv.4 fois. A Amſterdam , & ſe
trouve à Paris , chez Defauges ,
Libr, rue S.Louis du Palais : Bein,
Libr. rue §. Jacques , & Mi.
quignon junior , Libr. vue de la
Juiverie.
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. MM, les Soufcripteurs font priés de renouvelier leur
abonnement dans le courant da piéfen mois de Décembre , pour
que le premier envoi de Janvier 1784 ne fouffre aucun re:arde
ment. Le prix de l'abonnement eit de 7 liv. 4 fois par année , avet
la Table.
On s'abonne en tout tem s , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poiterins . Le prix eft pour Paris ,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente deux livres , que l'en remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Tert de l'argent & la lettre
d'avis.
On aura foin fi dejoindre à la Lettre d'avis
le reçu du Dire ar des Poftes auquel on remé
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce reçu .
& non
fur la Lette d'avis , que l'on peut le recevoir au
Bureau des Poftes de Paris.
Nefisurs les Souferipteurs du mois de Janvier for
priés de renouveler de bonne heuré leur Aboŋnémenti
broc. 41 liv . reliés , 57 liv . cha - criptions du 3 Septembre 1783,
que volume féparé en feuilles
1 liv. 10 fois , br. 1 liv . 13 f. rel.
2liv. s fots..
extrait des registres du Confeil .
d'Etat A Paris , de l'Impr. de
Lapore, Libr. Fue des Noyers.
·Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi, du 1 Décembre 1793 ,
portant que l'emprunt de dix
millions de Lentes héréditaires
Mandement de Mgr. l'Archevêque
de Paris , qui ordonne que
le Te Deum icia chante dans
toutesles Eglifes de fou Diocèfe,
en actions de grâces du rétablit - creees par l'Edit de Décembre
fement de la Paix : 17 4º de 14
pag. A Paris , chez Ll . Simon ,
Lior -Impr.rue S. Jacques.
1782 , n'aura effet que pour les
ciq millions defdites rentes qui
ont été levées juſqu'à preſent ,
& que le tage des rembourfemens
de ces cing millions de
rentes , au capital de cent mil-
Lions , le fera le a du préſent
Arrêts du onfeil d'Etat du
Roi , du ro Décembre 1783 ,
qui révoque ceux des 27 & 30
Septembre dernier , concernant
Mandement de Mgr . l'Arche
vêque & Comie de Lyon , qui
ordonne que le Te Deum fera
chanté dans toutes les Eglifes de
fon Diocèle , en actions de gra- mois , conformément audit Edit.
ces du rétabliffement de la Paix : A Paris, de l'impr. Royale..
br. in 12, de 19 p . 4 fols. Fa
pis , chez P. G. Simon & N.
H.Nyon , Lib. Impr. rue Mignon
S. André des Arcs.
Les mêmes ont encore quella caifle d'efcompte , & ordonne
ques exemplaires del'Induction que les paiemens de ladite caiffe
paftorale du même Prélat fur les fe forour a bureau ouvert , fans
fources de l'incrédulité & les retard ni délai , comme avant
fondemens de la religion vol. lefdits Arrêts, qui feront réputés
in 12 ba, zaliv 8 ( corame non avenus. A Paris , de
luspr. Royale. O treure chez M de Com- Le
bes , Officier d'iɔf. ferie , rue
des Cordelinis , les ouvrages iulvans
:
Etat de la France , ez les vrais
Marquis , Coues , Vicomtes &
Baros , enrichi de gravures :
br. liv 2
Traité des devifes héraldiques,
avec un recueil des armes de tou
tes les maitons qui eo portent :
fg. broché , 4liv. 12 f.
U. Diétianaire mili aire de
France , qui et fous prefie pour
paroître en Janvier. -
ARKETS.
CARTES.
Carte cu deux feuilles, la premiere
fenitle comtenant ies electin
de Coulommiers , Provins ,
panie de cel e de Paris , Me un
Meurerest , Nogent fur Seine ;
la fecoade feu le contenant Fontainebleau
Nemours , Beaumont,
Bois Comaan , Manargis .
Sens , Villeneuve le Roi , &c .
1 liv, 4 fols. A Paris , chez Pafquier
, rue S. Jacques ; & chez Dee
Jeans , libr , au Palais Royal.
Envitons de Paris en feuilles,
contenant 40 lieuca dilong fur
Arêt du Confeil d'Etat du 25 de baur tavees livres , en
Roi , qui permet anx leurs Paiblare , 2 liv . 8 leis , & en fus ,
Enou & Compagnie de faire bro- quand elles ' font ployees & br.
der leur nom de deux en deux 4 fols . A Paris , chez les mêmes.
annes ur les lifières de leurs GRAVUR ES.
raps : fait défenfes à tous fabri- Coftumes des dignités Sonquans
& autres perfornes de con- veraines : n°. 9 , vingt unième
mrefaire le dites marques & inf- ¦ livraiſon , 9 liv, A Paris , chez
Duffos lejeune , rue S. Victor , Taxis & la Province, port frane
près la place Maubert.
MUSIQUE.
pour 12 cahiers.
LIVRES ETRÅNGERS.
Précis hiftorique (or le Régi
ment d'Auvergne, depuis fa creatien
jufqu'à préfent ; précédé
d'une épître aux månes du baye
Chevalier d'Affas; par M. L***
ancien Solda regiment : in-8°.
br. 15 f. A Paris , chiq Knap n
&fils, Libr.- Impr. pont S. Michil
& Defenne , Libr au Palais
Journal de Harpe , par les
meilleur Maities ; troisième année,
Numéto 12 : 21.8 fols. A
Paris, chez Leduc,rue Traverfière
S. H. au Mazafin de Mufique .
Ce Numéro complette l'abonnement
de 1783. Le premier Numéro
de 1784 paroîtra le Janv.
prochain pour le nouvel abonnement
, quieft de rs liv. pour Royal.
On fouferit féparément pour le JOURNAL BE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques . MM. les Souferipteurs font priés de renouveller leur
abonnement dans le courant du préfent mois de Décembre ,
que le premier envoi de Janvier 1784 ne fouffre aucun retardement,
Le prix de l'abonnement eft de 7 liv. 4 fois par année , avet
Table.
pour
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins, Le prix eft , ponr Paris,
de trente livres ; & pour la Province , port franc
trente-deux İtores , que l'on remetres à la Poſte
en affranchillant le Poit de l'argent & la lettre
l'avis.
Le
On aura fein auffi de joindre à la Fettre d'avis
regu du Directeur des Poßes auquel on remet
l'argent , parce que ce n'eft que fur ce reçu ,
mon fur la Lettre d'avis , que Pon peut le recevoir
au Bureau des Fofies de Paris.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier fors
Qualité de la reconnaissance optique de caractères