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1783, 08, n. 31-35 (2, 9, 16, 23, 30 août)
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Texte
MERCURE
ellista ob sisgos a
DE
FRANCE
vil 176
of
ab gag qax 90 euphosdrsimys Dab 1
DÉDIÉ AU ROI, o lay
INDICI
A
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
***
CONTEN ANT
Baildog
Le Journal Politique des principaux événemens de o
toutes les Cours ; les Pièces fugitives nouvelles en.
Vers & en profe ; Annonce & Analyfe des list
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & desA
Provinces , la Notice des Edits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c.
SAMEDI 2
AOUT
1783.
gros
CHATEAL
дун
PARIS
Chez
PANCK OUCKE , Hôtel de Thou
rue des
Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
Your Sup ph
FOR
LIBRARY
WEU
TA B LE
Du mois de Juillet 1783 .
PIÈCES FUGITIVES .
3
Vers à M. de la Harpe,
Réponse à la Chanfon du Buveur
d'Eau ,
Air de Péronne Sauvée,
Bon Mot,
4
61
ques de la Société Royale de
Médecine , 31
58
67
Eloge de M. d'Anville ,
Lettres de deux Amans ,
Voyage Littéraire de la Gre-
8 ce , 76
Vers de M. le Chevalier de P. L'Aigle & le Hibou, Fable, 81
1 99 à M. de Fontanęs , 49 Epure à l'Hymen ,
Mon Souhait , 50
Lettre fur l'état primitif de
Le Cheval & le Chien , Fa-
103
ble, 97
l'Homme ,
Delaffemens de l'Homme Senfible
,
Elégie cinquième du Troisième Ode fur la Paix ,
9.7
145
Livre de Tibulle ,
Fragment d'une Epitre à mes
Livres ,
Réponse Bachique à la Chanfon
de M. deSt- Ange , 146
Kers à M.de la Harpe, 148
Charades , Enigmes & Logogryphes
, 9 , 54 , 101 , 150
NOUVELLES LITTER.
Mémoires & Lettres de M. le
Maréchal de Turenne, 11
Eloge de Voltaire ,
22
122
126
127
Ellai Hiftorique & Critique
fur l'infuffifance & la variété
de la Philofophie des An
ciens , &c.
Le Décameron Anglois , 130
Suite des Lettresfur l'état pri
mitif de l'Homme 151
Rapport de MM. de la Facul
té de Médecine , 178
SPECTACLES.
Acad. Royale de Mufiq. 132
Comedie Françoife , 41 , 181
Comédie Italienne , 135 , 183
28 Annonces & Notices , 45 .
935 138 , 187
Recueil de Pièces concernant
les exhumations de la ville
de Dunkerque ,
Eloges lús aux Séances publi-
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F. J.
BAUDOUIN , tue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 2 A OUT 1783 .
PIÈCES
FUGITIVES .
EN VERS ET EN PROSE.
ROSINE ET MIRTIL , ou l'Inondation
Idylle,
JEUNE & belle Rofine , & toi fon tendre amant
C'eſt
pour voús célébrer que j'accorde ma lyre,
Puiffe la Mufe qui m'infpire ,
Placer entre mes mains le pinceau féduiſant
De ce Geffner qu'à bon droit on admire ;
Qui toujours fimple & toujours attachant ,
Plaît par le choix heureux des tableaux qu'il préfente ,
Fait aimer les vertus qu'il chante ,
Et réunit au ton du fentiment
Cette naïveté teuchante
Qui double le prix du talent,
ROSINE étoit une riche Fermière ;
Rofine à peine accompli foit vingt ans ,
r
A ij
4
MERCURE
Quand fous les coups de fa faulx meurtrière
La mort vint moiffonner fes vertueux parens.
Son âme étoit honnête & pure ,
Son coeur tendre , fes traits charmans.
Sans l'inutile apprêt d'une vaine parure
Elle plaifoit aux yeux les plus indifférens ,
Belle fous fes habits des champs ,
Et fraîche comme la Nature
Dans les premiers jours du printemps .
MIRTIL & LICIDAS afpiroient à lui plaire.
Licidas étoit riche & beau,
Mais orgueilleux , volage , peu fincère.
Deux brebis de Mirtil formoient tout le troupeau
Mais le tendre Mirtil adoroit fa Bergère ;
11 eût donné fon fang pour les jeunes appas ;
Et cependant par une erreur infigne ,
Trop ordinaire en pareil cas ,
Rofine préféroit l'inconftant Licidas.
L'un captivoit un coeur dont il n'étoit pas digne ,
L'autre le méritoit , & ne l'obtenoit pas.
COMPAGNE de l'Amour ! fecourable eſpérance !
Tu n'abandonnes point un coeur vraiment épris,
L'infortuné Mirtil , accablé de mépris ,
Attendoit tout encor de fa perfévérance.
Cependant quelquefois laffé de fes malheurs ,
Pâle , & le front couvert d'une fombre triſteſſe,
Il s'écrioit , en répandant des pleurs ;
DE FRANCE
O Licidas ! que n'ai- je ta richeſſe !
Tupeux , heureux mortel , au gré de tes defits ,
Préfenter de grands biens à celle que j'adore ;
L'ingrate te chérit ; chaque nouvelle aurore
T'amène de
nouveaux plaifirs.
Combien , hélas ! notre deftin diffère !
Né fans fortune , iſolé ſur la
terre ,
Je ne poſsède rien , & je paffe mes jours
A pleurer à la fois mon fort & mes amours.
Cependant ,fi Rofine ,à la fin moins rébelle ,
Se laiffoit attendrir & me donnoit fon coeur,
Oh ! que facilement j'oublierois auprès d'elle
Et mes chagrins & fa rigueur !
Ainfi parloit Mirtil .... Dans fon âme étonnée
Quels fons con us viennent porter la mort ?
Pour qui tous ces Bergers , dans un brayant tranſport ,
Font-ils donc retentir les chants de l'Hymenée ?....
Omalheureux amant quelle eft ta deſtinée !
Rofine fe marie , & ce n'eſt pas à toi...
Demain à Licidas elle
engage fa foi.
Les filles du hameau ,
joyeuſes & parées ,
Forment en leur honneur les concerts les plus doux ;
Et pour orner le front de ces jeunes époux
Les
couronnes de fleurs font déjà
préparées.
Dans l'affreux déſeſpoir qui vient de te faifir ,
Tu fais le vain ferment
d'oublier la parjure ;
Ce ferment
indifcret ,
pourras-tu le tenir ?
Non , ton coeur fatigué des peines qu'il endure
A iij
MERCURE
Déchire encore fa bleffure
En s'efforçant de la guérir.
MAYS , quelle obfcurité s'étend fur les campagnes ?
La nuit a déployé fon voile ténébreux .
Les troupeaux à pas lents defcendent des montagnes
Et les triftes ramiers , par des cris amoureux ,
Appellent dans les bois leurs plaintives compagnes,
Les nuages épais répandus dans les airs ,
De laftre de Diane offufquent la lumière.
La foudre éclate , gronde , & le feu des éclairs
Force chaque Berger à gagner fa chaumière.
La grêle à coups preffés écrâfe les moiffons ;
Un feuve dans les champs s'épand à gros bouillons ,
Et roule avec fracas les racines profondes
Des arbres arrachés par les efforts des vents.
Les timides agneaux , les taureaux mugifans
Également entraînés par les ondes ,
Joignent au bruit des flots leurs longs gémiffemens,
Dans ce cominun péril , Rofiue délaiffée
Se fouftrait par la fuite aux horreurs du trépas.
Chancelante , incertaine , & de crainte oppreffée ,
Sur des rocs escarpés elle porte fes pas ;
Là , fa juſte douleur s'exhale en vains éclats.
Ses récoltes font difperfées ,
Ses troupeaux expirans , fes fermes renversées.
Encore files biens de fon cher Licidas ,
Placés far le fommet d'une riche montagne,
Echappoient au fléau qui couvre la campagne.
DE FRANCE.
7
N mettroit à fes pieds fa fortune & fon coeur ;
Il lui feroit bientôt oublier fa détreffe ;
Elle le croit du moins , & cette douce erreur
Confole un peu fon âme en flattant fa tendreffe.'
L'AMANTE de Céphale eſt enfin de retour .
De la plus trifte nuit elle chaffe les ombres.
Le tonnerre caché dans des nuages fombres ,
Semble fuir en grondant les approches du jour .
Les cieux font éclaircis , les ondes écoulées
Ne couvrent plus le fol des fertiles vallées ,
Et le foleil paroît fur la cîme des monts.
Raffurée à l'aspect de fes premiers rayons ,
Vers fon cher Licidas Rofine eft accourue.
Quel agréable efpoir adoucit fon tourment !
Les Dieux ont épargné les biens de fon amant.
Mais !... quelaecueil, ô ciel ! pour fon âme éperdue !...,
Licidas l'apperçoit , & détourne la vûe :
Je conçois , lui dit - il , l'excès de vos chagrins ,
Je.connois tous vos maux , & mon coeur les
partage ;
Ce coeur n'eft point changé , Rofine ... je vous plains...
Mais... le dirai -je... hélas ! ... les noeuds du mariage
Ne fauroient unir nos deftins.
Un amour mutuel a fans doute des charmes ?
Mais l'Amour feul ne fait pas le bonheur.
Vos champs font ravagés... Un fléau deftructeur...
Je t'entends , répond-elle en dévorant ſes larmes ,
Je t'entends , laiffe- là tes détours odieux ;
Le plus vil intérêt & t'anime & te guide.
Aiv
MERCUR
A tes regards , homme bas & perfide ,
Mes biens feuls étoient précieux....
Va ! je maudis le jour funefte
Où tu charmas mon âme en féduiſant mes yeux ;
Va , je te hais , je te déteste,
Et je prends à témoin les cieux
Que tu reçois ici mes éternels adieux.
La Bergère à ces mots , de fa honte occupée,
S'éloigne de l'ingrat qui trahit fon amour.
Elle perd Licidas , & le perd fans retour.
C'en eft donc fait , la voilà détrompée .
Ses cris frappent les airs , elle appelle la mort ;
De fes cheveux épars eile arrache les treffes.
Quel fpectacle touchant appaife ce tranſport ?
Deux brebis tour -à- tour par de douces careffes ,
Semblent compatir à fon fort.
Mirtil eft à fes pieds , & fes pleurs les inondent.
Il vient la confoler , leurs larmes fe confondent.
Cher & cruel objet de mes voeux affidus ,
Rofine ! au nom des Dieux calmez votre trifteffe.
Pourquoi tant regreter une vaine richeſſe ?
Ne vous refte- t'il pas vos attraits , vos vertus ?
Tous vos malheurs ne font pas fans remède ,
J'oſe au moins vous offrir le peu que je possède.
Je n'ai que deux brebis , mais elles font à vous.
Oh! que je fais heureux d'avoir fauvé leur vie
Que menaçoient les ondes en courroux !
Je les amène à vos genoux ,
DE FRANCE.
9
!
>
Acceptez -les , & comblez mon envie ."
D'un procédé fi noble , étonnée , attendrie
Rofine le relève ; & lui ferrant la main ,'
Je reçois ton préfent , fois mon époux , dit- elle.
Licidas t'a vergé... Ce Berger inhumain
Eft plus barbare encor que je ne fus cruelle.
Daigne me pardonner mes injuftes rigueurs ,
Et que ce même jour une chaîne éternelle
Couronne ta conftance en uniffant nos coeurs.
Combien je m'abafois ! que je fus infenfée !
Puiffai-je , réparant par un vif repentir
Mon ingratitude paffée ,
En effacer jufques au fouvenir.
JEUNES amans s'il eft poffible ,
"
Comme Mirtil aimez avec candeur.
Le fort pour lui fut long-temps inflexible ;
Mais le prix dont l'Amour couronna fon ardeur ,
Rendit heureux fon coeur fenfible ,
Et pour être acheté n'en fut que plus flatteur.
( Par Mlle de Gaudin . )
L'HONNÊTE FAMILLE , Anecdote.
IL eft des perfonnes fans doute dont la
foible fenfibilité ne peut embraffer qu'un
feul objet. Mais il en eft auffi , (& cela confole
) à qui aucun fentiment n'eft étranger ;
qui confervent à la fois une fincère amitié
A v
10 MERCURE
pour leurs compagnes ou leurs amis'; un at
tachement vrai pour leurs frère ou four ;
une vive tendreffe pour leurs père & mère ,
& un amour paffionné pour leur amant ou
leur maîtreffe.
Telle est l'Héroïne de cette Anecdote.
Rofe c'eft ainfi qu'on l'a nommoit }
avoit toujours rempli les devoirs de la Nature
& de l'amitié. Son dix - feptième printemps
arriva ; on fent bien que l'amour.
ne fe fit pas long temps attendre. Joinval
ne put la voir fans brûler pour elle ; &
Rofe ne parla pas à Joinval fans reffentir
ce trouble qui eft l'avant - coureur de
F'amour , fi ce n'eft pas l'amour même. Le
jour où leurs coeurs s'expliquèrent , ils n'avoient
rien de nouveau à fe confier ; leurs
yeux s'étoient déjà tout dit. La Nature leur
avoit donné à tous deux la beauté & un
coeur fenfible ; leur naiffance & leur fortune
étoient à peu près les mêmes ; ainſi en jetant
les yeux fur l'avenir , ils n'y voyoient rien.
qui pût alarmer leur amour.
Tout paroilloit donc favorable aux defirs
de Joinval. Le fort voulut lui faire trouver
un obftacle dans le coeur même de Roſe ,
dans ce coeur où il régnoit avec tant d'empire
; encore étoit - il obligé de refpecter le
motifqui retardoit fon bonheur ; car Roſe ,
comme on va voir , ne chagrinoit fon amant
que par la tendreffe qu'elle avoit pour fon
père. Ce père , que j'appellerai Firmin
étoit déjà d'un âge avancé ; il étoit veuf , &
DE FRANCE
. 11
n'avoit d'autre enfant que Rofe , dont les
foins lai devenoient
de jour en jour plus
néceffaires. Rofe , fans rougir de fon amour ,
n'ofoit l'avouer à fon père. Elle appréhendoir
qu'un pareil aveu ne chagrinât
la tendreffe
un peu ombrageufe
de ce bon vieillard
; il pouvoit craindre en effet que le coeur de Rofe, en fe partageant
, nefe refroidît
pour lui , & qu'elle ne prît , fur les foins
qu'elle lui donnoit , ceux qu'elle voudroit
donner à fon amant ou à fon époux . Roſe
n'oppofoit
pourtant pas un refus formel aux
inftances de Joinval ; elle s'étoit même fouvent
décidée à rompre le filence ; mais le courage lui manquoit
au befoin , & elle différoit
fans ceffe . Enfin Joinval n'étoit pas
même connu du père de fa maîtreffe.
Si les tendres foins , les témoignages de
l'amour le plus vrai avoient pu dédommager
Joinval , il eût encore été le plus heureux
des amans. Rofe l'aimoit fi tendrement
, & elle avoit tant de plaifir à lui
ouvrir fon coeur !..... Elle n'oublioit rien
en un mot pour le confoler d'un chagrin
qu'elle fentoit plus vivement que lui - même ;
car elle s'accufoit d'en être l'auteur. Ces délais
faifoient gémir Joinval ; mais que ne
fouffre t'on pas quand on aime & qu'on eft
aimé ? L'efpérance du bonheur tient alors
lieu du bonheur même.
Rofe fe partageoit entre la Nature &
l'Amour , mais avec une activité fi continue
qu'on eût dit qu'elle prodiguoit tout for
A vi
12 MERCURE
i
temps à l'un des deux ; ce. qu'elle donnoit
à fon amant ne faifoit rien perdre à fon
père. Mais tandis qu'elle étoit heureuſe dans
Fattente d'un plus grand bonheur encore ,
an orage inattendu étoit près de mettre la
fenGbilité à la plus cruelle des épreuves . Sonpère
qui vivoit du revenu d'un commerce
honnête , fe trouva tout à coup hors d'état
de le pourfuivre ; des pertes imprévues &
accumulées lui ôtèrent la faculté , même l'efpoir
de fatisfaire à fes engagemens ; & il vit
renverfer en un feul jour la fortune , fa
réputation ; il perdit même ce qui pouvoit
lui fervir à recouvrer l'un & l'autre ; fa
liberté.
Parmi fes Créanciers fe trouvoit un de ces
hommes inexorables qui mettent le malheur
au rang des crimes ; qui dans un Commerçant
regardent du même oeil un faux
calcul & un vol prémédité ; pour qui enfin
malheureux & innocent font deux mots inconciliables.
Que dis - je ? n'attribuons pas à
un amour exceffif de l'ordre , ce rigorifme
de Durmont ; ( c'eft ainfi qu'on l'appeloit. )
Il prenoit fa fource dans une âme dure , inréreffée
, implacable. Il n'eût pas donné la
plus vile monnoie pour foulager un malheureux
, & il eût payé cher le plaifir de fe
venger ; il étoit avare , & cependant il étoit
encore plus méchant qu'intéreffé. Enfin
quand par- tout on plaignoit firmin , quand
tout le monde renonçoit à le pourſuivre ,
Durmont feul parla de punir. On eur beau
DE FRANCE.
13
folliciter fa clémence ; les prières fembloient
l'endurcir encore. Il donna l'ordre d'arrêter
le pauvre Firmin , avec la volupté que
goûte une âme fenfible à fecourir un inforruné.
Il fembloft fe dédommager de l'argent
qu'il perdoit par le mal qu'il alloit faire.
Tous ces coups avoient été portés fi rapidement
, que Joinval ignoroit tout encore ,
lorfqu'il vint trouver Rofe le foir même
dans la maifon d'une amie , où ils avoient
coutume de le voir. Cette amie étoit chargée
de lui dire les chofes les plus tendres & les
plus triftes à la fois ; on lui rendit les témoignages
de l'amour le plus fidèle , mais
en le priant de ne plus chercher à voir Rofe ,
tant que les circonftances feroient les mê-
-mes ; enfin on lui dit de compter fur
fon coeur , comme elle comptoir fur la difcrétion
.
Cette nouvelle frappa d'autant plus Joinval
, qu'elle étoit inattendue;, & la douleur
ne lui laiffa qu'à peine la force de répondre
quelques mots mal articulés. En fe retirant
il demanda la permiffion d'écrire au moins
quelques Lettres , & l'amie lui promit de
les rendre. Dès le lendemain il eut occafion
d'en profiter; & voici ce qu'il écrivit à
Rofe :
" Par votre douleur , ma chère amie ,
» jugez dé mon accablement. Vous fouffrez
» & je ne puis vous confoler ! Une Lettte
» que je reçois à l'inftant même achève de
» mettre le comble à mes chagrins. Vous
14
+
MERCURE
» favez que je ne fuis pas né ici , & que le
refte de ma famille habite la ville la plus
prochaine. Je fuis mandé pour affaire ,
» qu'on ne peut , dit on , reculer ; & l'on
99
me laiffe à peine le temps de vous écrire.
» C'étoit donc peu du malheur qui nous
» accable l'un & l'autre ; il falloit y join-
"
"
dre encore les tourmens de l'abfence.
" Non que j'euffe réfolu de braver la dé-
» fenfe que vous m'avez faite , & que je
» dois refpecter ; mais du moins j'aurois
habité la même enceinte que vous ; mes
Lettres , vos réponses auroient été ren
» dues plus vite ; & les nouvelles de votre
fort me feroient parvenues plutôt & plus
» facilement ...... Hélas ! fenfible Rofe ! les
chagrins qui déchirent votre coeur y laifferont
ils encore un peu de place pour
l'amour ? Pardon , fi j'ofe vous rappeler
ici un fentiment qui ne peut être coupa-
» ble , puifque vous avez daigné le par-
» tager... Adieu ; les minutes me font comp
» tées. Demain j'efpère me dédommager de
» ce court billet par une Lettre plus longue.
» Adieu ; rappelez tout votre courage ; le
» mien n'eft foutenu que par l'efpoir d'être
» encore aimé de vous. »
५५
و ر
و د

Joinval tint parole à Rofe. Elle reçut de
lui le furlendemain une Lettre datée de la
ville où il étoit né. 11 lui mandoit le détail
de l'affaire qui avoit occafionné fon voyage ;
détail que je crois devoir fupprimer , parce
qu'il eft inutile à l'intelligence & à l'intérêt
DE FRANCE.
de cette hiftoire: Rofe , qui ne quittoit guè
res fon père que pour aller pourvoir à fes
befoins , trouvoit encore le temps d'écrire
à Joinyal. Son âme fe répandoit toute entière
dans fes Lettres. Elle parloit de fon
père; elle en parloit à fon amant ! Ces épanchemens
foulageoient fa douleur , & ranimoient
fon courage.
Mais , fi dans les foins qu'elle rendoit à
fon père , fa tendreffe pour lui la rendoit
infatigable , il n'en eft pas moins vrai que
fes forces n'étoient plus qu'un mouvement
convulfif, & qu'elle ne pouvoit long temps
réfifter à une crife fi violente. Elle commençoit
elle- même à s'en appercevoir; & ce qui
l'effrayoit étoit bien moins la perte de fa
fanté que le malheur d'être inutile à fon
père , qu'elle voyoit fur le point de fuccom
ber à fes chagrins.
Malgré les foins & les fecons que le malheureux
Firmin recevoit de fa chère Roſe;
malgré les confolations que procuroit à celleci
un amour innocent , c'étoit fait du père &
de la fille. Mais fi l'innocence & la vertu
font trop fouvent perfécutées , elles trouvent
aufli quelquefois de généreux défenfeurs
qui pouffent le courage & le défintéreffement
jufqu'à l'héroïfme . Tel étoit le
bonheur que le ciel réfervoit à Rofe & à fon
malheureux père. Un jour qu'elle avoit été
forcée de le laiffer feul un moment dans fa
prifon , elle achevoit chez elle un ouvrage
qu'elle avoit commencé pour lui , & fe dif16
MERCURE
pofoit à l'aller rejoindre. Tout- à- coup , ô
furprife ! elle le voit , lui , fon père luimême
, entrer avec l'expreffion du bonheur,
& fe jeter dans les bras en pleurant de joie.
Rofe n'ofe croire à ce qu'elle voit ; elle craint
d'être le jouet d'une illufion douce , mais
paffagère . Quand fon étonnement lui lailla
la force de parler ; quoi , mon père , c'eſt
s'écria t'elle ! c'est vous que je revois ,
& vous êtes libre ! Oui , répond le vieillard ;
c'est moi , & je fuis libre enfin .
vous ,
»
Rofe alors l'ayant fait affeoir , & en ef
fuyant fon front ( car ce bon vieillard fuoit ,
moins de fa marche que de fa foibleffe ) ;
repofez vous , lui dit - elle , ô mon père !
& quand vos forces vous le permettront,
daignez m'apprendre qui vous a rendu à
mes larmes. Un homme , un ange , s'écrie
» le vieillard , vient de brifer mes fers. Et
le croiras tu , ma fille ? C'est en prenant
» ma place. Il eft refté dans ma prifon.....
Un moment , Rofe ; que ta délicateffe e
» me condamne pas avant de m'avoir en ..
tendu. J'ai rejeté d'abord fa propofition ;
» mais , je l'avouerai , je ai pu , ni réſiſter
» à fes prières , ni réfurer les raifons qu'il
" me donnoit. Toi même , j'en fuis sûr , il
» t'auroit vaincue par la chaleur & le fen-
» timent qu'il mettoit dans fes difcours. Il
» m'a dit d'abord que fa liberté lui étoit pour
» le moment inutile , à lui & à fa famille ,
» au lieu que la mienne pouvoit fervir à ré
» tablir ma fortune & ma réputation. Il a
ود
و د
DE FRANCE 17
cherché enfuite à me toucher ; il a pris
mes mains , & les ferrant avec transport:
» non , m'a t'il dit , vous ne concevez pas
» tout ce que je vous devrai , fi vous vous
» rendez à mes prières . Vous devenez par- là
» mon bienfaiteur . Je fuis arrangé avec vo-
» tre créancier ; le féroce Durmont a confenti
à mes voeux ; ferez - vous plus inexo-
" rable que lui ? Enfin , a- t'il ajouté , ni kofe
" ni vous ne pouvez réfifter plus long temps
» à cette captivité ; & vous ne pouvez re-
" fufer d'en fortir fans abandonner le foin
» de votre vie & de votre honneur qui doit
» être réparé , & fans affaffiner une fille qui
» vous adore .
"
" Ah ! chère Rofe ces derniers tnots
m'ont fait frémir ; & je n'ai pu combattre
plus long- temps fa générofité. D'ailleurs il
m'a dit qu'il favoit que jamais par aucun
» autre moyen je ne recouvrerois ma liber-
» té; & qu'il étoit sûr , lui , d'en être quitte
" pour quelques jours de détention . Ah !
mon père , s'écria Rofe , fouffrez que j'aille
me jeter aux pieds de cet homme fi bien-.
» faifant. Non , ma fille , interrompit fir-
» min. Il m'a demandé le fecret , auquel il
» a , m'a t'il dit , intéreffé le Geolier même ;
& j'ai promis que nous n'irions le voir
" que lorfqu'il nous appeleroit. Peut-être le
cruel Durinont n'a t'il confenti à ma liberté
que fous la condition du fecret ;
» peut être a t'il voulu faire paffer pour un
acte de bienfaifance envers moi , ce qui
18 MERCURE
ود
» n'eft qu'un vil calcul de fon avarice ,
puifqu'il n'a fait qu'échanger un prifon-
" nier que la mort pouvoit lui enlever dans
» peu , contre un homme dont l'âge & la
» fanté affurent mieux à tous égards la créan
ce. Mais tu dois t'y attendre , ajouta Firmin
; fi la captivité de ce galant homme
» fe prolongeoit , je le faurois , ma fille ; &
» pour lors j'irois le tirer de la prifon , ou
» je n'en fortirois plus qu'avec lui.
دو
Ces deux coeurs fenfibles fe livroient à
leur joie , quoiqu'elle fût imparfaite par la
détention de leur libérateur . Ce bon vieillard
s'eftima heureux ce jour - là de s'endormir
dans fon lit , fans qu'un affreux Geolier ,
en agitant fes énormes clés , vint fermer fa
porte à grand bruit . Rofe , après avoir confié
fon père au fommeil , crut pouvoir pren
dre fur fon repos pour écrire à fon cher Join
val. Elle lui marquoit que fon père étoit
libre , & lui communiquoit les détails de ce
bienfait inefpéré ; elle lui apprenoit qu'à ce
bonheur fe joignoit l'efpérance de voir rétablir
leurs affaires ; & après les affurances de
l'amour le plus tendre , elle terminoit fa
Lettre par l'inviter à accélérer fon retour.
La fituation de Rofe étoit bien changée ; il
lui étoit permis de reſpirer après tant de fatigues
; & cependant tel eft le coeur humain ,
tel eft fur tout le caractère de l'amour , elle
fe plaignit amèrement de fon fort, parce que
la réponſe de Joinval arriva deux jours plus
sard qu'elle n'étoit attendue ; mais la Lettre
DE FRANCF. 19
"
étoit fort rendre, fort amoureuſe ; elle annonçoit
un prompt retour , & tout fut oublié.
Rofe crut même devoir enfin récompenfer
la fidélité de fon amant , & elle réfolut de
déclarer tout à fon père. En effet , quelques
jours après , comme le vieillard rentroit
chez lui après une abfence de quelques heures
, elle ouvrit la bouche pour lui parler
de fon amour , lorfqu'elle s'apperçut qu'il
avoit quelque nouvelle à lui communiquer.
Elle ne fe trompoit point. Le bon Firmin la
faifant affeoir à côté de lui , lui dit : « ma fille ,
j'ai une grande nouvelle à t'apprendre. Je
viens de chez mon libérateur qui m'avoit
» fait appeler. J'ai voulu lui parler de notre
reconnoiffance. Eh bien ! m'a t'il dit , fi
" Vous croyez m'en devoir , vous pouvez
me la témoigner d'une manière à m'en
impofer une éternelle à moi-même. Alors
» il a demandé le prix de fes bienfaits , prix
qu'il appeloit un nouveau bienfait de ma
» part. Il a demandé avec crainte , avec
modeftie ; mais il a demandé beaucoup ,
oh ! beaucoup , ma chère Rofe !.... Il te
connoît , il t'a vue plufieurs fois ..... il m'a
» demandé ta main. Me pardonneras- tu
» continua t'il en la prenant & la ferrant
» dans fes bras , me pardonneras tu de la
» lui avoir accordée . J'aurois voulu te con-
30
ود
39
ود
38
>
fulter , mais tu n'étois pas là. Je ne pou-
30 vois refufer fans ingratitude ; tu la hais
» comme moi , l'ingratitude ; j'ai promis. »
Quel coup de foudre pour le tendre coeur
20 MERCURE
de Rofe ! au moment où elle va parler de
fon amant , il fe préfente un rival , & ce
rival eft le libérateur de fon père ! elle n'y
réfifta point ; elle tomba dans les bras du
vieillard , muette & fans connoiffance. Le
père fe douta bien qu'il s'étoit engagé contre
le voeu de fa fille ; & une explication l'en
auroit bientôt convaincu , fi une vifite qui
furvint n'eut rompu la converſation . On
donna des fecours à Rofe , qui reprit fes efprits
, & fe retira dans fa chambre.
Le foir , Firmin , pénétré de douleur , fe
fit informer de la fanté de fa fille ; mais il
évita de la voir pour ne pas la forcer & vite
à un éclairciffement. Quelle foirée venoit
de paffer Rofe ! quelle nuit elle alloit paffer
encore ! Le fommeil ne put fermer fa paupière
un feul moment ; & fon coeur refta en
proie aux combats les plus douloureux . Tantôt
elle appelle fon amant , qui ne peut répondre
à fes foupirs ; tantôt elle fonge au
chagrin qu'elle va caufer au plus tendre &
au plus chéri de tous les pères , fi elle refufe
de lui obéir. Mais , s'écrie t'elle un moment
après , pourquoi ce nouvel amant , que je
ne connois pas , veut- t'il que je fois fon
épouſe , la victime ? Qu'a t'il fait pour me
mériter ? Ce qu'il a fait ! il a fauvé mon
père ; je lui dois tout ; il peut tout me deinander.
A ces mots elle fe croyoit prête à
fuivre ce qu'elle appeloit fon devoir ; elle
renonçoit à Joinval. Renoncer à Joinval ,
s'écrioit- elle auffitôt. Eh ! qu'a- t'il fait pour
DE FRANCE. 21
être malheureux ? De quel crime ai je à le
punir ? Alors les larmes de Rofe couloient
abondamment. Après cette lutte pénible entre
la Nature & l'Amour , elle pouffe un
profond foupir , & s'écrie avec douleur : Ah !
Rofe , fans ton amour , tu ferois une fille
tendre , docile ; tu ferois le bonheur d'un
père. Et quel père ! Auflitôt elle fe repréfente
ce fenfible vieillard charmé de pouvoir
témoigner fa reconnoiffance à fon bienfaiteur
, & le croyant tout à coup en butte au
reproche d'ingratitude. Il ne me tyrannifera
point , dit- elle ; mais il en mourra de chagrin
. Je ne peux donc prétendre au bonheur
que par un parricide ! C'en eft fait , continue
t'elle en fe relevant avec courage , il
faut y renoncer. Mon amour étoit innocent ;
il devient coupable aujourd'hui .
A ces mots , Rofe recueille toutes les for
ces ; ( elle en avoit befoin . ) Elle écrit à fon
amant la Lettre la plus tendre ; lui annonce
le facrifice qu'elle va faire ; l'exhorte à ou
blier fon amour , fans ofer lui promettre
d'en faire aurant. J'efpérois vivre pour vous ,
lui difoit - elle ; je vais mourir du chagrin
d'avoir renoncé à vous. Cette Lettre , dont
prefque toutes les lignes étoient effacées par
fes larmes , fut envoyée bien vîte à la pofte ;
& pour ne pas laiffer refroidir cette effervefcence
de courage , Rofe va trouver fon
père , & s'excufant du mieux qu'elle peur
mon père , lui dit- elle ! pardonnez fi j'ai laiffé
voir hier ma répugnance pour le mariage.
22 MERCURE
La raifon a diffipé mon effroi , & me rend à
mon devoir ; me voilà prête à vous obéir.
Ces mots remirent le calme dans l'âme du
vieillard ; il eut enfuite des inquiétudes fur le
coeur de Role : ma fille , lui dit- il , fi en
m'obéillant , tu allois facrifier ton bonheur
au mien Rofe eut bien de la peine à répondre
, non , mon père : mais enfin elle le
dit ; & ils s'acheminèrent enfemble vers la
prifon ; car le prétendu avoit demandé à voir
Rofe le même jour. Hélas ! elle marchoit
comme une victime s'avance vers le couteau
mortel . La prifon s'ouvre devant eux ; Rofe
y entre avec fon père. Elle n'ofoit lever les
yeux ; tout à- coup le prétendu tombe à fes
pieds ; elle ne peut s'empêcher de le regar
der; ô ciel ! elle voit , elle reconnoît , qui ?
Joinval , fon amant lui même. Elle pouffe
un cri , & ne peut proférer un feul mot. Elle
eft arrivée mourante de douleur , elle est prête
à mourir de joie. Oui , c'eft moi , s'écrie fon
amant ; c'eft Joinval qui ne ceffera jamais de
vous adorer un feul inftant, Tenez , continuat'il
en fe tournant vers Firmin , & lui cemettant
un papier figné par fes créanciers ,
voilà toutes vos affaires arrangées. Je n'ai
parlé de bonheur pour moi , que parce que
le vôtre eft fait dès aujourd'hui .. Tour eft
terminé , Firmin ; nous fommes tous libres ,
& fi vous voulez nous allons être tous heureux.
On foupçonne bien que les queftions , les
pourquoi , ne finirent point du côté du père
DE FRANCE.
23
& de la fille ; mais le Lecteur y répondra de
lui-même. Laiffons ces coeurs honnêtes &
fenfibles jouir d'une fi douce furpriſe , &
favourer un bonheur qu'ils ont fi bien mérité.
( Par M. Imbert. )
AIR DE BLAISE ET BABET ,
Chanté par Madame Dugazon.
Allegretro.
5264-
LISE chan - toit dans la prairie ,
En fai-fant pai- we fon troupeau , Blaife
à fa voix bien- tôt ma- ri- ẹ Les
doux fons de fon cha lu-meau. Le
fri-1- pon fui- vit la co
quet- te ,
I la fui vit jufqu'au ha-meau , Ea
24 MERCURE
ef - fa- yant fur La mu fet- te
La chan - fon , la chan - fon
que
chan toit Lifet
te ,
La chan fon , la chaufon
que
chan - toit Li - fet
te.
EN s'en retournant au village
Elle lui jeta fon bouquet ;
Il le refufa , mais je gage ,
Pour le mettre à fon corfet ;
Il le rendit à la coquette ,
L'attacha d'un air fatisfait,
Et répéta fur fa mufetté
La chanfon que chancoit Liſette.
LE
DE
25
FRANCE
.
Le foir on danfa fur l'herbette ,
Blaife & moi nous danfions tous deux ;
Mais il me quitta pour Lifette ,
Qui vint le mêler à nos jeux ;
Il s'en fut avec la coquette ,
Le plaifir brilloit dans les yeux ;
En eut-t'il eû fi fa mufette
N'eut jamais fait chanter Lifette.
( Mufique de M. D. Z. , paroles de M. ** )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
;
LE mot de l'Enigme eft Peigne de buis
celui du Logogryphe eft Mot , où l'on trouvent
M, qui le prononce aime ; O , qui ſe
prononce os ; & T , qui fe prononce thé.
ENIGM E.
JE n'ai ni chait ni fang, fuis fans barbe & fans crin ;
Cependant j'ai des os , mais par un vrai larein.
On me prend pour un fou quand je fuis de fervice ;
Mais lorfque j'ai fini mon petit exercice ,
Je chancèle , je tombe , & meurs à petit bruit ;
Ainfi le fpectacle finit .
( Par un jeune Efpiègle. J
Nº. 31 , 2 Août 1783 :
B
26 MERCURE
LOGOGRYPHE.
LECTEUR , ECTEUR , je fuis dans tes vergers ,
On m'y jeta pour ton ufage ;
Renverse moi , foudain fur des bords étrangers
J'irai porter l'espoir ou le ravage.
( Par M. Gratton , Officier de Canonniers. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE de M. l'Abbé Poulle , Prédicateur
du Roi , Grand- Vicaire de Laon , & Abbé
Commendataire de Nogent. A Avignon ,
chez Niel , Imprimeur Libraire , rue de
la Balance.
CET Éloge eft un hommage de l'amitié à
la mémoire d'un homme qui fut aimé &
admiré , & qui mérita de l'être : auffi ce petit
Ouvrage réunit- il fouvent l'onction du
fentiment qui l'a dicté à l'enthouſiaſme que
devoit infpirer fon objet. Il feroit à defirer
qu'il eût été placé à la tête des Sermons de
l'Abbé Poulle ; il y feroit lû avec encore
plus d'intérêt ; & cet intérêt reflueroit même
fur les Ouvrages de l'homme qu'il fait connoître.
L'Abbé Poulle occupera une affez
belle place dans les faftes de l'éloquence
DE FRANCE. 27
-
Françoife , pour qu'on aime à recueillir différens
traits de fa vie. Je crois entrer dans
les vûes de l'Auteur , & fatisfaire à l'attente
du Public , en tranfcrivant ici les faits les
plus frappans rapportés dans cet Éloge . Du
portrait de l'Auteur de plufieurs beaux Difcours
, j'ai été naturellement ramené à la
lecture de ces Difcours . Le grand talent qui
y brille , & le genre où il l'a exercé , m'ont
infpiré quelques réflexions que j'oferai auſſi
préfenter au Public , & qui feront la matière
d'un fecond extrait.
L'Auteur de l'Éloge entre dans fon fujet
par un rapprochement intereffant :
و ر
" La même contrée méridionale de la
» France , qui s'énorgueillifoit d'avoir vû
» naître les Mafcaron , les Fléchier & les
» Maffillon , eut auffi l'avantage de donner
» le jour à Louis de Poulle. Avignon fur fa
" patrie ; il y reçut une éducation honnête
» au fein de fa famille , noble & diftinguée
» dans la Robe. A peine fut- il forti du College
, qu'il fe fit aimer par la douceur de .
» fes moeurs , & rechercher à caufe de fon.
» efprit. ">
و ر
On ne fera pas furpris d'apprendre que
le talent de l'Abbé Poulle s'eft annoncé par
un grand goût pour la Poéfie : « Un inftant
» de recueillement lui fuffifoit pour com-
" pofer fur le champ , & réciter enfuite de
longues tirades de vers. Il auroit été un
" bon Improvifateur , fi ce métier , tant ef
timné en Italie , lui eût paru plus eſtimable.
وز
""
Bij
28 MERCURE
Il eſt flatteur à la mémoire de cet Orateur ,
& honorable à l'Académie Françoife , que
la première récompenfe accordée à l'Abbé
Poulle ait été obtenue fur la recommandation
de cette Compagnie. Le Panégyrique de
S. Louis , qu'il prononça devant elle , fut
l'occafion de cet intérêt particulier , de cette
démarche & de ce fuccès.
3
+
il
Le Sermon qui porta à un fi haut degré la
réputation de l'Abbé Poulle , eft celui fur
l'Aumône , prêché plufieurs fois au grand
Châtelet , pour la délivrance des pauvres
prifonniers. Nous avons fouvent pris plaifir
à lui faire répéter cette exhortation ;
& malgré les glaces de la vieilleffe ,
nous paroiffoit toujours mettre plus de
» pathétique dans fon récit . Auffi jamais ne
» l'avoit- il débitée dans la falle du grand
Châtelet , fans qu'on en eut reffenti les
» effets. La première fois ils furent prodi-
" gieux ; les Auditeurs émus defcendirent
» en foule dans les cachots , & y répandi-
» rent d'abondantes auroônes . La diminu-
» tion des quêtes étoit fenfible quand il ne
prêchoit pas aveu qu'un intérêt louable
» dicta fouvent aux Adminiftrateurs . »
ود
"D
Un trait précieux rapporté dans cet Éloge
annonce que l'Abbé Poulle favoit parler aux
Rois avec la fainte & généreufe liberté de
fon'miniftère. Après un événement de Cour ,
qui avoit fuivi la maladie de Louis XV à
Metz, & qui occupoit alors toute la France ,
il avoit ofé adreffer , à ce fujet , la parole
DE FRANCE 29
au Roi lui même , & le Roi fe montra digne
d'entendre , en ne s'en ,offenfant pas.
و ر
Je me plais fur tout à préfenter les événemens
de la vie de l'Abbé Poulle , qui fe
lient aux triomphes de fon éloquence. « Dans
» le Sermon de la vigilance chrétienne , il
» annonce fa retraite , celle d'un Apôtre ,
» que le fpectacle de la dépravation géné-
» rale affligeoit. Après avoir rappelé qu'il
exerçoit depuis trente cinq ans le minif
tère de la parole de Dieu , il fait mention
de fes foins vigilans , de fes avis falutai-
» res , de fes anciennes prédictions que l'ini-
» quité avoit devancé , en ſe hâtant dans ſa
courfe , & finit par menacer fon Auditoire
des vengeances du ciel. Quel héritage vous
» laiffons - nous , mes très - chers frères , s'écrie-
til dans l'amertume de fon coeur ,
puiffions nous le détourner par nos
» voeux & nos prières La manière pathéti
" que avec laquelle l'Orateur fit fes terribles
"J
50
"
·
adieux , en confternant les affiftans , ne put
» les diftraire entièrement de la douleur que
» leur caufoit l'annonce de fon départ pro-
» chain. Il les toucha pour Dieu & pour lui ,
» comme Louis XIV le dit en pareille occa
fion de l'éloquent & vertueux Évêque de
» Tulle , Mafcaron. Depuis cette époque ,
» M. l'Abbé Poulle ne revint plus qu'une
feule fois à Paris , & s'il y remonta en
chaire , ce fut moins pour fatisfaire l'empreffement
du Public que pour obéir à
l'amitié.
ور
33
" "
Bij
30 MERCURE
Le fait fuivant prouve que l'Abbé Poulle.
fe fervoit de fa prodigieufe mémoire avec
tous les avantages de l'improvifateur ; la mé
ditation avoit tellement gravé fes Sermons
dans fa tête , qu'il étoit toujours prêt à les
réciter. " Quelquefois s'il arrivoit que l'Ora-
» teur , deftiné à prêcher devant le Roi ,
30
و د
33
33
"
و د
و د
manquât , M. le Grand Aumônier s'adref-
» foit à M. l'Abbé Poulle , qui pe refufoit
jamais ; & le moment qu'on l'avertiffoit
» étoit le feul temps de fa préparation . Il
pouvoit même fur le champ , & fans ef
fort , attacher plufieurs parties de fes Dif
» cours pour en faire un nouveau , ou les
adapter , fuivant les circonftances , à celui
qu'il prononçoit. Il citoit avec plaifir un
» exemple fingulier de cette dernière faci-
» lité. Au milieu de fon Sermon entra un
jour dans l'Églife un Adminiftrateur des
Finances , à qui la voix du Public n'étoit
» pas favorable . Sa préfence inattendue
» anime fubitement le Prédicateur , qui fixe
les yeux fur lui , & débite avec force un
» morceau dont l'application étoit aifée .
Elle frappa l'Auditoire , & troubla le Mi-
» niftre. Quoique tiré d'un autre Sermon ,
» ce morceau parut néanmoins être à fa
» place. »
"3
39
و ر
ر و
:
C'est une chofe curieufe & particulière
que la manière dont il compofoit fes Ser
mons : « déterminé fur le choix d'un fujet ,
» il en établiffcit le plan dans fa tête , & y
traçoit fes premiers linéamens , dont il ""
"
DE FRANCE.
31
و د
"
» travailloit à remplir les intervalles au mi- ›
lieu des vaines diftractions de la fociété , :
» comme dans l'heureux filence de la re-
» traite ; laiffant enfuite à la réflexion le
foin d'avancer & de perfectionner fon
propre édifice. Cette manière de créer fes
» Sermons l'autorifoit à répondre ſouvent
" aux perfonnes qui le preffoient de les ache-
» ver , qu'il falloit qu'ils fe fiffent , & qu'il
" ne les faifoit pas. "
Ce mot eft le fecret de toutes les belles
compofitions dans tous les genres où doivent
dominer la fenfibilité & l'imagination.
On peut , après beaucoup d'exercice , avoir
fa raifon à peu près à fon commandement ;
il n'en eft pas ainfi des autres facultés du talent
, elles font plus capricieufes ; elles s'éteignent
ou s'échauffent dans les différens états
de notre âme & de notre fanté. Vous vous
couchez quelquefois dans l'enthouſiaſme fur
un objet que vous méditez , vous vous
réveillez glacé fur ce même objet ; ſouvent
la caufe de ce changement est la
chofe du monde la plus légère ; fouvent elle
vous eft inconnue à vous même. Que faire.
alors ? Il faut s'arrêter ou faire moins bien
qu'on ne vouloit & qu'on ne pouvoit. Cette
inconftance dans les facultés du talent jette
une forte de défordre dans tous les plans:
des Gens de Lettres , qui les fait doublement.
fouffrir , en ce qu'ils font toujours en arrière:
de leurs engagemens , & en ce qu'ils vivent
dans une alternative d'exaltation & de dé-
Liv
32 MERCURE
couragement. Si l'on apprécioit mieux ce
malheur , il obtiendroit plus d'indulgence.
Mais il faut convenir auffi que la plupart
des hommes de talent , par leur facilité à y
céder , l'augmentent comme à plaifir , ils ne
favent ou ne veulent rien faire pour fixer.
& rappeler leur génie ; ils fe hâtent d'obéir
à toutes fes bizarreries , qu'ils auroient pu
vaincre par un peu de réfiftance. Dans les
travaux , comme dans les devoirs , il y a un
prix à chaque effort. Votre objet vous fuir ,
courez après lui , vous n'aurez pas fait quelques
pas que vous fentirez votre courage
s'éveiller , & qu'infenfiblement vous rentrerez
dans la domination de votre fujet. Je
dirois donc , comme l'Abbé Poulle , attendez
que vos ouvrages fe faffent ; mais aidezles
à fe faire. Tout fe rapproche par bien des
points ; le proverbe : Aides - toi , le ciel t'aidera
, eft vrai pour le Poëte qui l'a créé ,
comme pour le Chartier embourbé auquel
il l'applique.
3
« M. l'Abbé Poulle , retiré dans fa patrie ,
» fembla d'abord y oublier fa réputation .
& ne penſer point à la juftifier aux yeux
» de la postérité , lorfque , follicité vivement
par les parens & amis , il fe réfolur à faire
,
وو
imprimer fes Difcours. Mais , avant tout ,
» il falloit les écrire , ne les ayant jamais
» confiés qu'à fa mémoire. Il n'en exiſtoit
» ailleurs aucune trace : phénomène , peutêtre
unique dans l'hiftoire de la Républi-
» que des Lettres : exemple d'autant plus reDE
FRANCE.
33
marquable , qu'on ne doit pas s'attendre à
le voir imiter. A la vérité , Boffuet affuroit
» n'avoir jamais écrit fes Sermons ; du moins
il avoit jeré rapidement fes idées fur des
» feuilles volantes , remplies enfuite de ra-
» turés , de renvois , de corrections & d'in-
» terlignes . M. l'Abbé Poulle n'avoit pas
" pris cette peine , fes organes étoient les
tablettes , uniques dépofitaires de fes ou
vrages. "
"
92
Il a tracé lui- même tous les efforts que lui
a coûté ce travail dans une Lettre à M. le
Cardinal de Bernis . Quand je pris la liberté
" d'annoncer à votre Éminence que j'étois
» fur le point de livrer mes Sermons au Public
, je croyois que ma mémoire , tou-
» jours fi fidèle, me rendroit exactement ces
dépôts que je lui avois confiés. Mon att
" tente a été trompée : en les dictant au
Copifte , je me trouvois arrêté à chaque
pas , & je ne pus avancer qu'à la faveur
de plufieurs vaftes lacunes qui préfentoient
l'image du chaos . Cette efpèce d'inventaire
" ne fervit qu'à me montrer à découvert
" Toute ma pauvreté : j'en fus fi confus que
» je renonçai pour toujours à l'idée de me
" produire au grand jour . Mes parens &
" mes amis ne purent confentir à cet aban-
" don de ma part ; ils n'ont ceffé de me
""
30
""
perfécuter fans égard pour ma vieilleffe ;
& pour me délivrer de leurs importuni-
" tés , j'ai été forcé de facrifier quatre ou
» cinq mois au travail pénible , autant que
و و ت
BY
34
MERCURE
و د
défagréable , de remplir des vuides & de
» lier des phrafes .
""
Je ne puis me refufer encore à citer le
portrait du caractère perfonnel de l'Oras
teur :
"
ود
"
"
و د
Il fe flétriffoit à la feule idée du rigorifme
, fi incompatible avec la douceur
» de fon caractère. Son âme belle & fans
» tache fe conferva dans toute fa pureté. Le
» luftre n'en fut jamais terni par le fouffle
impur & contagieux des paflions étrangères.
En allumant fon zèle , elles n'éteignirent
pas fa charité. Il tonnoit contre le
vice , & croyoit à la vertu . Il s'elevoit
» contre la dépravation , & n'ajoutoit aucune
foi aux propos de la médiſance , regardant
moins fes traits les plus acérés ,
» comme le fruit fpontané de la malice ,
que comme l'ouvrage inconfidéré de l'oi-
» fiveté. Il attaquoit l'incrédulité , & craignoit
de défendre la religion avec cet efprit
de parti aveugle ou injufte qu'elle ré-
» prouve.
39
"
"

Jamais l'orgueil ne lui fit effuyer d'ou-
» trages , parce que fon coeur n'en receloit
" pas les fentimens inquiets , farouches &
99
و ر
oppreflifs. Jamais il ne s'expola à ces
» chocs de vanité qui rendent chancelant
quand ils ne renverfent pas. La naïveté
» de fon amour propre défarmoit l'envie.
L'intérêt qu'il prenoit à la gloire des au-
» tres étoit fi pur , fi fincère , qu'on ne pouvoit
le regarder comme une rufe de l'é-
"
DE FRANCE. 3.5
و د
""
"
ود
goffme. Peut- être accueilloit- il avec trop
d'indulgence les talens médiocres , fem-
» blables quelquefois à ces plantes parafites
qui aiment à croître à l'abri des grands
arbres. Enfin , vertueux fans oftentation
bienfaisant fans effort , tolérant fans indifférence
, il vécut heureux , & mérita d'autant
plus de l'être , que le fpectacle du
bonheur d'autrui fut pour lui une vérita
ble jouiffance .
"3
"
23
19
"
"
» Ce portrait fidèle trouveroit quelqu'in-
" crédule , fi nous diffimulions l'unique dé-
» faut qu'on a reproché à M. l'Abbé Poulle ,
» celui de la pareffe. L'habitude de méditer
» caufe une intenfité d'organes , fuivie pref-
» que toujours d'un relâchement proportionné.
Cet effet naturel procure l'inap-.
» titude au travail , à laquelle le commun
" des homines donne injuftement le nom de
pareffe. Il ne convient qu'au lâche pen-
» chant à ne rien faire , né d'une volonté
» libre & réfléchie. M. l'Abbé Poulle ne
l'eût jamais. Il connoiffoit trop pour cela
l'étendue des devoirs que lui impofoient
» fes talens. C'eft en cherchant à les déve
lopper ou à les perfectionner par des mé
ditations profondes & continues, qu'il s'ôta
d'avance le moyen d'en multiplier les
fruits. Peut- être encore que fi la Nature
» l'eût doué d'une mémoire moins heureuſe ,
» il s'y fût moins confié , eût écrit & laiffé
» un plus grand nombre d'Ouvrages.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
و د
و د
es
و د
33
"3
B vj
36 MERCURE
DICTIONNAIRE Univerfel des Sciences
Morale , Economique , Politique & Diplomatique
, ou Bibliothèque de l'Homme
d'Etat & du Citoyen , mis en ordre &
publié par M. Robinet , Cenfeur Koyal.
Tomes 28 , 29 & 30 & dernier. in- 4°
A Londres , chez les Libraires Affociés
& fe trouve à Paris , chez l'Éditeur , rue
de la Harpe , à l'ancien Collège de Bayeux ,
1783.
>
L'ÉDITEUR de cet Ouvrage vient d'acquitter
la dette énorme qu'il avoit contractée
avec le Public , & il l'a acquittée avant le
terme qu'il s'étoit fixé lui- même. C'eft ce
qui eft arrivé rarement dans des entrepriſes
de cette nature , auxquelles on peut appliquer
le proverbe populaire , qui bâtit ment.
Une autre preuve de la jufteffe de ſa ſpécu
lation , c'eft que l'édifice n'a point excédé
l'étendue qu'il s'étoit propofée. On fe rappelle
les litiges qu'excita une plus grande entreprife
fur laquelle le Public avoit le droit de
dire avec humeur :
Vous promettez beaucoup & donnez davantage.
Comme il ne s'agit point de donner , mais
de vendre , l'acquéreur murmure , avec raifon
, toutes les fois qu'on le fait , à fes dépens,
plus riche qu'on ne le lui avoit promis.
Il ne s'élèvera point de pareilles conteſtations
fur cet Ouvrage. L'Éditeur donne le nom-
,
DE FRANCE.
37
bre jufte de Volumes auquel il s'étoit engagé
, & le donne avant le terme. On peut
indifpofer fes Soufcripteurs en donnant trop ,
mais jamais en donnant trop tôt.
τότ
Ce Livre n'eft pas feulement destiné à
fervir de guide à l'homme en place , ou à
celui qui afpire à le devenir ; il eft néceffaire
à tous les habitans des pays policés , qui
veulent connoître la conftitution de leur
patrie , les rapports avec les autres États &
leurs rapports entre- eux. Il feroit impoffible
d'analyfer un Livre en trente Volumes in 4 ° .
qui lui même eft , à bien des égards , un
Recueil d'analyfes. Nous avons vu l'Éditeur
& fes collaborateurs avancer dans cette vaſte
carrière. Nous les avons fuivis de loin , en
annonçant fucceffivement les Volumes à mefure
qu'ils fortoient de deffous la preffe.
Nous donnerons aujourd'hui une idée géné
rale de l'enfemble de ce grand Ouvrage.
Le Droit Civil y eft traité avec autant
d'étendue qu'on pouvoit s'en permettre dans
un pareil Ouvrage , il étoit impoffible d'y
raffembler toutes les Coutumes de tous les
États , de toutes les Provinces de chaque
État , coutumes variées à l'infini , bizarres ,
contradictoires fouvent dans le même pays ,
femblables enfin aux opinions des hommes
qui les ont inftituées . Mais on y a analyfé
tous les Recueils des Loix les plus intéreſfans
; tel eft celui des Loix d'Angleterre , par
Blaicftone ; tel eft le Code Frédéric , qui deviendra
un jour celui de l'Univers ; qui prou
ཌྷ 8 MERCURE
ve également & la néceffité des Loix uniformes
& l'inutilité de la multitude de leurs
interprètes ; ouvrage qui n'honore pas moins
fon Auteur que fes victoires , & qui juftifie
cette penſée d'un grand Homme :
C'eſt du Nord aujourd'hui que nous vient la lumière.
Tous les articles qui concernent le Droit Public
font très - étendus. Le Droit Public d'Allemagne
eft fait de main de maître . C'étoit
le plus difficile à traiter , parce que l'Allemagne
, par la multitude de fes États , de les
interêts , de fes droits , de fes ufages , forme
pour ainfi dire un monde entier , & qu'il ne
faut pas moins d'étude pour connoître à
fonds le Corps Germanique que pour con--
noître le reste de l'Europe. Les analyſes qu'on
a données de tous les Livres qui traitent du
Droit Public , réuniffent la clarté & la précifion
, & peuvent fuppléer à la lecture fatiguante
de ces volumineux Ouvrages. On
trouve encore dans celui - ci des Abrégés de
tous les Romans Politiques. Ce font des miniatures
qui fuffifent pour donner une idée
complette des tableaux .
On ne peut trop louer la prudence de.
ceux qui ont traité du Droit Canon & des
bornes de l'autorité Eccléfiaftique , matière
délicate , & qui fut long temps un flambeau
de difcorde . Ces articles font faits de manière
à ne bleffer ni l'Églife , ni la raiſon , ni
l'autorité des Magiftrats , ni celle du Sou
verain.
DE FRANCE.
39
Quant au Droit des Gens , on en expoſe
les vrais principes & les conféquences d'une
maniere lumineufe & prefque mathématique
; on y a joint des analyfes raifonnées
des principaux Ouvrages dont il eft le fujer .
Tous les articles qui concernent l'adminiftration
des grands États de l'Europe , font
précédés de l'Hiftoire du Corps Politique ,
dont on va détailler les différentes parties &
les refforts les plus fecrets. Ces tableaux hiftoriques
font racourcis , mais intéreffans.
On ne s'arrête point à des récits de bataille.
ou à des difcuflions chronologiques . On s'attache
à indiquer les.caufes de l'accroiffement
des Royaumes & des Républiques , de leurs
révolutions , de leur décadence , de leur foibleffe
ou de leur force actuelles . Les conjurations
les plus célèbres trouvent auffi
leur place dans cet Ouvrage ; c'eft peut- être
le feul où après avoir parlé des conjurations
des peuples contre les Souverains , on traite
de celles des Souverains contre les peuples.
On y trouve encore l'Hiftoire des Négociations
les plus importantes, les moyens que
les Miniftres ont emplovés pour en affurer
le fuccès , les obftacles qu'ils ont furmontés ,
tous les Traités d'alliance depuis celui de
Weftphalie , qui a rendu inutile l'étude de
ceux qui l'avoient précédé ; la plupart des
Traités de Commerce. Ils étoient épars dans
differens Recueils Diplomatiques ; on les
trouve ici raffemblés fous un même coupd'oeil.
40 MERCURE
Le tableau des devoirs des Miniftres , des
Magiftrats des Amballadeurs , eft auflì inftructif
qu'effrayant pour ceux qui ont l'ambition
de parvenir à ces pénibles emplois.
En même temps qu'on leur donne de
grandes leçons , on leur offre de grands modèles
, dans la vie politique des Miniftres les
plus célèbres , qui offre l'hiftoire de leur Ministère
, l'état où ils ont trouvé leur patrie ,
celui où ils l'ont laiffée , les changemens
qu'ils y ont faits , l'influence qu'ils ont eue
fur le refte de l'Europe , celle même que les
avantages ou les défauts de leurs opérations
ont eue après leur mort fur les événemens
dont ils nn''oonntt pas été témoins.
Les plus célèbres favorites ne font pas
oubliées. On ne fait que trop que le pouvoir
de la beauté ne fe borne pas à tourner
les têtes , qu'il ya quelquefois jufqu'à
changer la face des Etats. On a approfondi
l'origine , le jeu , les effets des paffions ; mais
on n'a traité ces objets métaphyfiques &
moraux qu'autant qu'ils avoient un rapport
direct avec la politique.
L'Agriculture a été un des principaux ob
jets de l'attention des Rédacteurs . Ils n'ont
rien négligé pour mettre leurs Lecteurs en
état de connoître les progrès ou la décadence
de cet Art , le premier de tous , principale
ment en Angleterre. Ils ont analyfé tout ce
que les Économistes Anglois & François ont
écrit fur cette matière importante. Ils ont
rendu compte de toutes leurs querelles ,
DE FRANCE. 41
mais ils en ont laiffé le jugement au Public.
Enfin les Savans Auteurs ont obfervé fidè-.
lement la loi qu'ils s'étoient impofée , de
n'être d'aucune Nation , d'aucune Secte , ni
Anglois , ni François , ni Wighs , ni Torris ,
ni Economiftes , ni Anti économistes . Et cet
Ouvrage paroît être tel qu'un Homme d'État
l'auroit fait ; impartial , expofant les opinions
de toutes les Sectes , & n'en adoptant
aucune fans un examen porté jufqu'à la démonftration
; enfin n'ayant qu'un feul but
le bien public de chaque Nation & de toutes
les Nations.
>
LETTRES de M. de Windifch fur le joueur
d'Échecs de M. de Kempelen , Confeiller
des Finances de l'Empereur , traduies de
l'Allemand , & publiées par Chrétien de
Méchel. A Bafle , & fe trouvent à Paris ,
chez Alexandre Jombert le jeune. in - 8 °.
de 36 pages avec fig.
?
UNE des chofes les plus fingulières que
l'on ait vûes en France depuis long- temps ,
eft l'automate qui joue aux échecs , même
avec de bons joueurs ; on l'a vû à Paris depuis
le mois d'Avril jufqu'au mois d'Août
& l'étonnement a été général ; l'Académie
des Sciences y alla prefque en corps , & il
n'y eut perfonne qui n'admirât le talent de
l'Auteur pour la mécanique , & la manière
dont il mafque fon influence à chaque coup
fur l'automate.
4
42 MERCURE
L'automate , habillé en Turc , eft devant
un bureau de trois pieds & demi , qui porte
fur quatre roulertes ; on le fait mouvoir
devant les fpectateurs , & on l'ouvre pour
leur montrer le cylindre & les rouages qui
font mouvoir le bras du joueur. Ce bras fe
lève lentement , avance jufque fur la pièce
qu'il doit prendre , ouvre les doigts pour la
faifir , l'enlève , la tranſporte & la pole fur
la cafe où elle doit être placée ; le bras fe
retire & fe repofe fur un couffin .
A chaque coup de l'adverfaire l'automate
remue la tête , & parcourt des yeux tout
l'échiquier ; lorfqu'il fait échec , il incline la
tête pour avertir le joueur. Si celui - ci fait une
faufle marche , l'automate prend la pièce &
la remet à fa place en branlant la tête .
Après la partie , il fait la marche du cavalier
de la manière fuivante : après que l'on a
ôté toutes les figures de l'échiquier , quelqu'un
des fpectateurs prend un cavalier , le
met fur une cafe , qu'il choifit à fon gré ;
auffitôt l'automate le prend , & parcourt
toutes les foixante quatre cafes , fautant du
blanc au noir , & du noir au blanc , fans venir
deux fois fur la même cafe ; de quoi l'on
s'affure en marquant chaque cafe , (ur laquelle
il a été , d'un jeton . Revenu à la première
cafe , dont il eft parti , il y lâche le cavalier , '
& en retire fa main.
Il peut auffi répondre à toutes les queftions
qu'on lui fait au moyen d'un tableau
des 24 lettres de l'alphabet qu'on place devantDE
FRANCE.
43
lui , & fur lequel il indique fucceffivement
toutes les lettres qui peuvent former fa réponſe.
M. de Kempelen a fait voir aux Académiciens
un automate qui articule , diftinctement
plufieurs phraſes : Me ama , aimez moi;
Madame, venez avec moi à Paris , &c. Cette
pièce , d'un genre tout different , annonce
un talent bien fingulier dans l'Auteur ; on a
regardé jufqu'à préfent comme impoffible
l'imitation de la voix humaine dans l'articulation
des confonnes ; M. Kratzeinftein étoit
parvenu à imiter les voyelles , ( Journal de
Phyſique , p . 2 , page 3,8 ; ) mais il n'étoit
pas allé plus loin ; & ce n'eft que le 6 de
Juillet que M. l'Abbé Mical a annoncé dans
le Journal de Paris une machine qui prononce
auffi quelques phrafes.
Au reste , il y a plufieurs années que M.'
de Kempelen s'occupe de cette machine ;
celle qui joue aux échecs fut annoncée dès
1769 ; il a fimplifié la pompe à feu d'une ma
nière furprenante , & l'on doit defirer qu'il
fe détermine à publier bientôt des inventions
auffi curieules.
ANNONCES ET NOTICES.
ANACREON en belle humeur , ou les Petits Sou
pers de Vénus. Sixième Partie du plus joli Chanfonnier
François , élite des Chanfons , Romances , Vaudevilles
, &c. par des Auteurs connus en ce genre,
44 MERCURE
Prix broché, 1 liv. , & 1I liv. 4fols port franc pour
la Province. On diftribue , avec cette Brochare , la
Table alphabétique des Chanfons qui compofent les
fix premières Parties de ce Recueil. A Paris , chez
Defnos , Ingénieur- Géographe & Libraire du Roi de
Danemarck , rue S. Jacques , au Globe . On trouve
chez le même la Carte de l'Empire des Turcs , divifée
en fes Gouvernemens dans l'Europe , l'Afie &
l'Afrique. Deux Feuilles 2 liv. 10 fols ; autre
d'une feuille , 1 liv. 5 fols.
LA Mort d'Héloïfe , peint par Angelica - Kauffman.
Prix , é liv . Paris , chez Mme Breton , Marchande
d'Estampes dans le Palais Royal , près le café de
Foi , & rue du Chantre , maiſon du Chandelier.
Cette Eftampe eft dans la manière rouge . On y
veit Héloïfe dans fon lit de mort ; une Religieufe eft
à fes côtés dans l'attitude de la douleur , & une autre
à genoux au pied du lit , tandis qu'Abailard , un
livre à la main , lui montre du doigt la demeure
célefte.
INSTRUCTION Maternelle , deffiné par Emmacrène
, gravé par C. White. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez Jean- Baptifte Crepy ; rue S. Jacques , à l'image
Saint-Pierre.
Cette Eftampe , dans la manière rouge , repréfente
une mère qui fait une lecture à quatre enfans
qui l'environnent , & forment un groupe varić,
ADIEUX de Raoul de Coucy à Gabrielle de Vergy,
avant fon départ pour les Croisades , peints par B.
Cauvet , & gravés par Proquenot. Prix , 1 liv . 4 fols .
Raoul de Coucy en , mourant charge Monac de
fes derniers fentimens pour Gabrielle de Vergy , par
les mêmes Prix , 1 liv . 4 fols . A Paris , chez l'Auteur
, rue de l'Obfervance , en face des Cordeliers ;
DE FRANCE. 45
& à Rouen , chez Jacques , Graveur , fur le Port , en
face du pont.
Ces deux Eftampes font dédiées à M. le Comte
de Coucy , defcendant du célèbre Raoul de Coucy ,
mort fous le règne de Philippe- Augufte , dans la Paleftine
. Elles feront bientôt fuivies de deux autres
faifant pendant , relatives à la même Hiſtoire .
CONSTITUTIONS des Treize États - Unis de
l'Amérique. A Philadelphie , & le trouve à Paris ,
chez Ph. D. Pierres , Imprimeur ordinaire du Roi ,
rue S. Jacques , & Piffot père & fils , Libraires , quaides
Auguflins . Prix . 4 liv. 4 fols br. Il y en a quel
ques exemplaires tirés fur papier velin in- 4 ° . dont
le prix eft de 24 liv.
On verra fans douce avec beaucoup d'intérêt les Conf
titutions d'un peuple qui fixe aujourd'hui les regards du
monde entier, & qui vient de confouimer une des plus
brillantes Révolutions qui ayent été confignées dans les
faites de l'Hiftoire . Ce Recueil , qui n'eft pas fufceptible
d'extrait , mais qu'il faut pofféder en entier dans
fa Bibliothèque , contient les Conftitutions des diffé
rens États indépendans de l'Amérique , la Déclaration
de l'Indépendance , les Articles de Confédération
entre les deux États , les Traités entre Sa Majefté
Très-Chrétienne & les Etats- Unis de l'Amérique Il
eft imprimné par ordre du Congrès , & imprimé à
Philadelphie en 1781. On y a ajouté le Traité d'Amitié
& de Commerce entre LL. HH. PP. les États-
Généraux des Pays- Bas Unis & les États - Unis de
l'Amérique , le Traité d'Amitié & de Commerce entre
S. M. le Roi de Suède & les États- Unis de l'Amérique.
RECUEIL de Généalogies , pour fervir de fuite
ou de fupplément au Dictionnaire de la Nobleſſe de
46 MERCURE

M, de la Chenaye des Bois . in -4° . premier
Recueil. A Paris , chez Lamy , Libraire , quai des
Auguftins ; & chez M. Badiez , Éditeur , rue Saint-
André-des- Arcs , près celle des Grands Auguftins.
Prix , 15 liv . br. en carton .
M. de la Chenaye des Bois , ayant renoncé à cet
Ouvrage , dont il avoit fait annoncer l'impreffion du
treizième Volume , M. Badiez a acquis la propriété
de fes manufcrits & celle du Volume commencé
qu'il a continué à les frais . Le quatorzième Volume
va être mis fous preffe . Les Familles qui ne font pas
encore inférées dans cet Ouvrage , & qui voudront
y être admifes , font invitées à faire paffer à l'Éditeur
leurs Mémoires ( francs de port ) collationnés
& certifiés véritables par les Juges des lieux de leurs
réfidences , fur titres originaux.
TRADUCTION nouvelle des OEuvres de Virgile ,
avec des Notes & des Difcours Préliminaires , par
M. le Blond. Tome III . A Paris , chez Lefclapart ,
Libraire , Pont Notre- Dame ; Prévost , rue de la
Harpe ; Nyon , rue du Jardinet ; Belin , rue S. Jacques
; & la Veuve Deſſain junior , quai des Auguftins .
Nous avons rendu compre à l'article des Nouvelles
Littéraires , du premier Volume de cette Traduction.

M. DE COMBLES , Officier d'Infanterie , Auteur
du Dictionnaire Militaire prévient le Public
qu'il ne pourra point mettre fous preffe fon Ouvrage
, fi les perfonnes intéreffées , fur-tout MM .
les Officiers des Régimens & les Pères de Familles
ne fe hâtent d'envoyer leur Soumiffion pour prendre
l'Ouvrage auffitôt qu'il paroîtra , à raifon de 9 liv.
le Volume in- 8 ° . en deux colonnes , caractère petit
texte , fans quoi il fera forcé de réduire la matière
aux articles des perfonnes ou des Régimens qui ont
DE FRANCE. 47.
t
fouferit , pour ne pas être obligé de fuccomber à de
fi fortes dépenfes. Ainfi , les Libraires qui defireront
fe les procurer font inftamment priés d'envoyer leur
Soumiflion à l'Auteur , à Paris , rue Jacob , N ° . 41 ,
qui débitera feul fon Ouvrage , dont il n'y aura des
Exemplaires que pour les Soufcripteurs.

MARLBROUGH , Ariette nouvelle à voix feule,
avec des folos pour le clavecin , la harpe ou le violon ,
par M. Corette. Prix , 1 liv . 4 fols. A Paris , chez
Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires , où l'on trouve
du même Auteur des méthodes pour tous les inftrumens
le plus en ufage , à 6 liv. , & l'art de ſe perfectionner
dans le Violon , à 9 liv.
Cette Ariette eft une nouvelle Hiftoire , une nouvelle
Mort de Marlbrough , fur cer Air devenu li
célèbre. Ce font des paroles d'un Muficien . Les premiers
Couplets font curieux , les derniers ne le font
pas également.
Six Duos concertans pour deux Flûtes , dédiés à
M. de Choiseul Beaupré , par M. Mayer. OEuvre III ,
mis au jour par M. Muffard , Maître de Flûte , rue
Aubry-le- Boucher , vis- à- vis le Commiffaire. Prix ,
7 liv. 4 fols.
Le nom du Compofiteur , & même celui de l'Éditeur
, doivent en donner une idée favorable .
CONCERTO pour la Clarinette , accompagnement
à grand Orchestre , Flûtes & Cors ad libitum , par
M. Linftant de Boſek , Maître de Muſique du Concert
du Corps des Carabiniers. OEuvre I. Prix , 6 liv. aı
Bureau du fear Lawalle l'Écuyer , Cour du Commerce
F. S. Germain.
Por-POURRI pour le Clavecin , par M. Levaffeur ,
Maître de Clavecin, Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris ,
48 MERCURE
chez l'Auteur , rue S. Honoré , près le paffage S. Roch.
Ce Pot- Pourri nous a paru agréablement varié ,
feul mérite que puiffe avoir ce genre de compofition ,
FINALE de la Feinte Jardinière , del Signor Paifiello
, arrangé pour le Clavecin , accompagnement
de Violon & Baffe , arrangé par M. Céfar. Prix , 3 1 .
A Paris , chez M. Boyer , au Magafin de Mufique ,
rue Neuve des Petits-Champs , près la rue Gaillon ,
maifon de l'Apothicaire , No. 83 ; & Mine Lemenu ,
rue du Roule , à la Clefd'or.
OUVERTURE , Marche & Gavotte de Renaud ,
arrangées pour le Clavecin , Violon ad libitum , par
M. Wenek . Prix , 2 liv . 8 fols. Aux mêmes AdreЛles
que ci-deffus .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez
Couvertures.
les
TABLE.
R
OSINE & Mirtil ,
L'Eonnête Famille Anec-
31 Sciences Morale , Fconomique
, Politique & Diplomadote
,
tique , ༣6
Air de Blaife & Babet , 23
25
Lettres de M. de Windifchfur
lejoueur d'Echecs de M.ide
Kempelen ,
42
26 Annonces & Notices , 43
Enigme Logogryphe ,
Eloge de M. l'Abbé Poulle ,
Dictionnaire Univerfelle des
APPROBATION
.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Août. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 1 Août 1783. GUIDE
MERCURE
DE FRANCE
.
SAMEDI
9 AOUT
1783 .
PIECES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION
du Cardinal BARBERIN
furle groupe d'Apollon & Daphné, * du
Bernin.
QU
fuborneurs
UT Court après
des appas
N'embraffe enfin qu'une ftérile feuille ,
Jouet d'Eoles ou da moins ne recueille
fruit amer , le poiſon de nos coeurs.
( Par M. de Saint-Ange. )
Qu'un
* Ce chef-d'oeuvre fut fi vanté dans Rome , que le Pape
vint le voir dans l'attelier de l'Artifte. Sa Sainteté trouva
les contours trop nuds. Le Cardinal compofa auffitôt um
Distique Latin , qui excufe le procédé du Sculpteur , par une
allégorie morale très -heurcufe .
N°. 32 , 9 Août 1783 .
C
MERCURE
VERS en réponse à une très - jolie Lettre
d'un Allemand,
Vous n'avez point d'un Allemand
La gravité ni la tournure ;
Vous êtes François , je vous jure ;
Et qui plus eft, 'François charmant
De la fine plaifanterie
Vous pofédez tout l'agrément ,
Et fans peine on vous croit enfant
De l'Amour & de la Folie.
Votre Épître eft fraîche & jolie ;
Mais en flattant la vanité ,
Elle bleffe la vérité
Et fait rougir la modeſtię,
Cette fleur de galanterie
Me féduireit affurément ;
Mais ma Mufe n'eft point coquette ;
D'un hommage trop éclatant,
Elle fuit la pompe indiferette ,
Et préfère le fentiment
A cette brillante fleurette
Que vous contez fi joliment.
Que charmé d'une vaine gloire
Du Pinde un jeune nourriffon ,
Infcrive au Temple de Mémoire
Ses vers avoués d'Afollon ;
DE
ST
FRANCE
De cette brillante
chimère
Mon coeur ne fut jamais épriss
( J'aime mieux habiter Cithère.
Que le temple des beaux- efprits :
Heureux , fi fouveut imparfaites
,
Mes rines fuyant le grand jour ,
Sont infcrites fur les tablettes
De ma Maîtreffe & de l'Amour !
Vous que la fombre jalouke
N'a point exilé de Paris ,
Qui , dans le fein de vos amis ,
Paffez fi gaîment votre vie ,
Tous les jours fur les boulevards ,
Conduit par l'enfant de. Cithère ,
De la beauté qui fait vous plaire
Allez recueillir les regards ;
Le regard touchant d'une Belle,
De l'Amour eft l'avant -coureur ;
étincelle Son feu dans les yeux
Avant de paffer dans le coeur ;
Près de l'objet qui vous engage ,
N'allez trifte Céladon , pas ,
Nous retracer pourtant l'image
Des Bergers glacés du Lignon ;
Brifez foudain votre esclavage .
Si pour vous il eft trop pefant ,
De vingt beautés fuivez les traces :
Il eft fi doux d'être inconftant !
Cij
MERCURE
Un François aimable & galant
Tour-à-tour fête les trois Grâces .
( Par M. Dupuy des Iflets , Chevau-Léger. )
BON Мот.
CLION remarié , mais toujours plus chagrin ,
Parloit à tout propos de fa première femme ;
Vantoit fes qualités , fa douceur , la belle âme ,
Et ne fe confoloit qu'en plaignant fon deftia ;
Si bien que fa moitié , pour qui pareil refrain
Étoit à chaque inftant une nouvelle injure ,
Lui répondit un jour de la meilleure foi :
Monfieur , perfonne , je vous jure ,
Ne la regrette plus que moi.
STANCES imitées de Gefner,
JE te falue , aimable Aurore,
Déjà , dans la fembre forêt ,
Ta lumière embellit & dore
Des pins le fuperbe fommer.
DEJA fa couleur purpurine .
Revêt les jeunes arbriffeaux.
Elle brille du fein des eaux
De cette cafcade argentine ,
Des longes la troupe enfantine
DE
53
FRANCE
Erroit fut le front des Bergers.
Ils ont fui , les fonges légers ,
Au fond de la grotte voifine .
AIMABLES Zéphyrs , volez tous
Vers la Bergère que j'adore ;
Portez les parfums les plus doux
A ma fidelle Éléonore..
Zéphyrs , careffez les appas ;
Jouez fur fa bouche vermeille
Entr'ouvrez les yeux délicats¸´
Et murmurez à ſon oreille.
MESSAGERS des tendres Amours ,
Murmurez-lui qu'avant l'Aurore
Je viens foupirer tous les jours
Le nom chéri d'Eléonore.
( Par M. Brunel, Avocat du Roi au
Bailliage & Préfidial d'Amiens. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt Toton ; celui du
Logogryphe eft Lin & nil.
Cij
54
MERCURE
CHARA D´E.
Mon premier , dans les champs , naît parimi des
rameaux ;
Mon fecond au moulin , & mon tout dans les eaux.
ÉNIG ME.
Des faveursde l'Amour je fuis le premier gage ,
Et dois mon exiſtence aux tranſports d'un amant ;
Quand la beauté févère éloigne mon hommage ,
Je luis l'objet d'un vol qu'on fait en me donnant
(Par M. Bonnefin. )
EN
LOGO GRYPH E.
NFANT aîné des Rois , fous deux afpects divers
Je brille dans les cieux , je nage au fond des mers.
Dans fept lettres je puis préfenter à la vue
Quatre objets différens en moi feul réunis.
On y rencontre une ville connue
Pour être le berceau du meilleur des Henris ;
L'aliment le plus fain , fur-tout le plus utile ;
Le Dieu qui , le premier , fut du rofeau mobile
Tirer les fons mélodieux
D'une voix mourante & plaintive ;
Et cet arbre majeftucux
3
DE FRANCE. 55
Qu'une fève toujours active
Conferve en tous les temps l'ornement des forêts....
ne faut pas que je vous diffimule
Quelqu'interjection & quelque particule ....
Mais c'eft trop me montrer, Cherchez-moi, je me tais,
( Par M. Baudrais. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES de Cicéron , Traduction nouvelle.
A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , hôtel de
Cluni , 1783. 4 Vol. in- 12..
C'EST annoncer une bonne nouvelle à la
République , des Lettres , que de promettre
une Traduction complette & bien écrite de
Cicéron. " Je voudrois , dit le nouveau Traducteur
, qu'on jetât les yeux fur les Tra-
» ductions de Duryer , de Villefort & de
" tous les Auteurs François qui nous ont
donné des morceaux féparés de l'Orateur
» Romain ; on auroit peut- être de l'indul-
" gence pour la mienne.
Sans acheter de cet ennui le plaifir de trouver
la nouvelle Traduction encore meilleure
, le mérite qu'elle aura d'être la feule
complette , fuffit pour faire juger qu'elle
étoit néceffaire , & qu'elle manquoit à notre
Littérature . L'Auteur n'auroit pas fans doute
Civ
56 MERCURE
une grande gloire à tirer de la victoire qu'il
remporteroit fur les Traducteurs qui viennent
d'être nommés ; mais ce ne feroit pas
un léger mérite d'effacer , ou même d'égaler
l'Abbé Mongault dans la partie des OEuvres
de Cicéron qu'il a traduite ; il pourroit y
avoir auffi quelque gloire à vaincre M. Dubois
& l'Abbé Colin ; ces Traducteurs du
moins ont eu quelque réputation dans leur
temps ; quant à l'Abbé d'Olivet , qui a traduit
un grand nombre d'Ouvrages du même -
Orateur , & dont on dit que toute la Littérature,
quoiqu'affez confidérable , avoit tou
jours Cicéron pour objet direct ou indirect ,
s'il connoiffoit bien Cicéron , il l'imitoit
mal ; en traduifant , fron l'Orateur le plus
éloquent , du moins l'Écrivain le plus élégant
& le plus harmonieux , fon ftyle eft d'une
précifion sèche , & fouvent d'une familiarité
baffe ; nous difons ici ce que tout le monde
ne dit pas , mais ce que tout le monde éprouve.
Ces Traductions ont eu du fuccès dans
leur temps , & confervent encore une forte
de confidération qui fait qu'on n'ofe les
juger comme on les fent ; mais il eft certain
que les caractères les plus marqués du ſtyle
de l'Abbé d'Oliver n'ont aucun rapport avec
ceux qui diftinguent le ftyle de Cicéron ; or ,
le premier devoir d'un Traducteur eft de
rendre fenfible le caractère principal du ſtyle
de l'original ; & un Traducteur qui , en s'exer
Çant fur Cicéron , donneroit l'idée du ftyle
de Sénèque ou de Tacite , feroit en cela
1
DE FRANCE. 37
:
même un mauvais Traducteur , quelque mérite
que fon ftyle pût avoir d'ailleurs . Ce
qui donne un prix ineftimable à la belle
Traduction des Georgiques , par M. l'Abbé
de Lille , c'eft qu'à l'ouverture du Livre on
y eft d'abord frappé de l'harmonie énergique
& impofante propre à Virgile .
" Je défie le meilleur de nos Écrivains ,
» dit le nouveau Traducteur , d'approcher
» des combinaiſons de ftyle & de la grâce
" qu'on trouve dans les Difcours de Ci-
» céron. »
Il faut cependant en approcher affez pour
qu'on reconnoiffe Cicéron , & qu'on le diftingue
de tout ce qui n'eft pas lui.
Le Traducteur ne paroît afpirer qu'au
mérite de l'exactitude ; une verfion , dit il ,
» faite par un meilleur Écrivain, feroit plus
» élégante & plus harmonieufe ; mais elle
» ne feroit pas plus fidelle. »و و
C'eft le langage de la modeftie , & il nous
femble que le Traducteur joint à la fidélité
dont il fe pique , l'élégance & l'harmonie
qui peuvent y ajouter encore.
Il n'a pas cru déroger à la fidélité , en fe
permettant quelques légers changemens dans
la divifion en chapitres & en paragraphes ,
en abrégeant quelques digreffions un peu
longues , en fupprimant quelques épithètes:
qui paroîtroient oifeufes dans notre langue ,
quelques apostrophes un peu trop brufques
ou trop fréquentes ; il eſt à croire qu'il ne
poullera pas trop loin cette liberté ; il nous
Cv
38
MERCURE
. paroît qu'il en a ufé fobrement dans ce qu'il
publie aujourd'hui de fa Traduction . I
Il peut paroître d'abord un peu étrange
que les Livres de la Rhétorique à Hérennius ,
qu'il reconnoît pour n'être point de Cicéron ,
mais de Cornificius , quoiqu'on les trouve
dans toutes les Éditions de Cicéron , contenant
les mêmes chofes que les Livres de inventione
, qui font certainement de Cicéron , &
qui même contiennent plus de détails far la
même matière , le Traducteur , pour éviter
les répétitions , fe foit contenté de nous
donner les préambules des deux Livres de
Invention , & qu'il ait donné la préférence
à un Ouvrage qui n'eft point de fon Auteur;
mais il faut confidérer qu'il ne nous refte
que deux Livres du Traité de l'Invention
que ces deux Livres contiennent des choſes
déjà dites dans la Rhétorique à Hérennius;
& que l'Ouvrage de Cornificius traite de
plus , de la prononciation , de la mémoire ,
de l'élocution , dont les deux Livres de l'Invention
ne parlent pas. Si nous avions les
fix Livres que Cicéron avoit compofés for
ce fujer , ce feroit vraisemblablement le
traité de la Rhétorique à Hérennius qui
deviendroit inutile , & que le Traducteur auroit
fupprimé , mais d'après la perte des
quatre derniers Livres de l'Invention , cette
Rhétorique à Hérennius ) que d'ailleurs quelques
perforines ont crue de Cicéron , eft ,
de tous les Ouvrages anciens , celui qui développe
le mieux la théorie de la Rhétori-
#
DE FRANCE.
$9
que , telle qu'on l'enfeignoit chez les Grecs
& chez les Romains : nous difons chez les
Grecs ; car toutes ces règles viennent de la
Grèce ; Ariftote & les Rhéreurs Grecs en
font les inventeurs . « Les Romains , dit le
» Traducteur , avec une franchiſe où les
" Savans trouveront peut être quelque irré-
~ Vérence les Romains avoient l'efprit
" trop folide & trop grave , pour créer tant
» de fubtilités ; cependant , puifqu'ils les
» ont adoptées , ils les auroient , apparem-
» ment créées , fi elles ne l'avoient été.
A l'exception de la Rhétorique à Hérennius.
, tous les autres Ouvrages dont on
donne ici la Traduction , font de Cicéron.
Nous n'avons encore aujourd'hui que quatre
Volumes ; on ne peut trop encourager le
Traducteur à nous donner inceffamment la
fuite.
ر
ESSAIS Philofophiques für les Maurs de
divers Animaux étrangers , avec des Ob-
-fervations relatives aux principes & ufages
de plufieurs Peuples ou extraits des
Voyages de M. *** en Afie. A Paris , chez
Couturier fils , Imprimeur Libraire , quai
des Auguftins , & la Veuve Tilliard &
fils , Libraires , rue de la Harpe , au coin
de celle Pierre- Sarrafin .

4
L'AUTEUR de cet Ouvrage s'eft diftingué ,
pendant la guerre , au Service de Sa Majefté ;
& pendant la paix il a été chargé de plufieurs
Cj
1
60 MERCURE
commiffions honorables pour lui & utiles à
l'Étar. Deux voyages qu'il a faits dans l'Inde
par terre, l'ont mis à portée d'obferver les
inceurs des animaux , foit libres , foit dans
l'état de domacfticité. M. le Comte de Buffon
l'ayant prie de lui donner quelques notices
de les obfervations , il a raffemblé des matériaux
qui , peu à peu , font devenus affez
confidérables pour former le Volume que
rous annonçons ; & alors on l'a décidé à le
communiquer au Public par la voie de l'impreffion.
On peut compter fur une lecture
auffi inftructive qu'agréable. Il ne faut pas
confondre cet Ouvrage avec tant d'autres ,
qui n'offrent que des erreurs nouvelles ou
des vérités qu'on trouve ailleurs ; où le Lecteur
enfin fe trouve toujours dans l'alternative
d'être ennuyé ou d'être trompé. L'Auteur
de ces Effais a évité de dire ce que d'autres
avoient ecrit; & tour ce qu'il a écrit eft
le fruit de fes propres obfervations. Ainfi or
peut.
les lire fans craindre de contracter des
erreurs , ou de perdre fon temps à relire ce
qu'on fait déjà. En un mot , nous ofons direque
c'eft dans fon genre un Ouvrage des plus
curieux. Nous allons en faire connoître quelques
traits.
Le premier article traite des couleuvres ou
ferpens , & le fecond des crocodiles. Lafalamandre
, que quelques Voyageurs ou Naturaliſtes
ont cru capable de réfifter à l'action
du feu , reffemble pour la forme au crocodile
, mais non quant au caractère ; car elle
DE FRANCE. 65
eft timide & prefque fans défenfe , au lieu que
le crocodile joint la perfidie à la cruauté.
En parlant des caméléons , l'Auteur examine
comment & pourquoi ce reptile change
de couleur à chaque inftant , ce qui l'a fait
comparer aux flatteurs , qui prennent toutes
Fes formes dont ils ont befoin pour tromper
ou féduire ; & il prouve que les diverfes
fenfations qu'éprouve cet animal , fon état
de malaife ou de fanté , doivent néceffaire
ment déterminer fa couleur extérieure .
Des fauterelles on paffe au dragoneau
animal auffi fingulier que formidable . Il fe
forme dans les jambes ou dans les cuiffes ,
quelquefois même dans les bras des Voyageurs.
Il y refte quelquefois plus de fept
mois fans s'y développer ; enfuite il fe fait
jour à travers la peau. Il n'eft pas plus gros
qu'une chanterelle , & il eft quelquefois long
de deux ou trois aunes. Quand fa rêre fe
montre , on la faifit ; & en la tirant douce
ment , on la fixe fur une petite courroie ou
un morceau de plume , qu'on tourne enfuite
de temps en temps ; & c'eft ainfi qu'on
P'extirpe peu à- peu. On s'y prend douce
ment , parce qu'il eft dangereux de caffer le
corps de l'infecte ; car il eft rempli d'une
lymphe blanchâtre , d'une qualité très- âcre ,
dont l'effet eft de caufer une inflammation ,
qui d'ordinaire eft fuivie d'un abfcès , & quelquefois
de la gangrene.
Le Chapitre des kuills préfente , avec béaucoup
de préciſion ; un rapprochement qu'on
62 MERCURE
verra avec plaifir. Sur la foi de quelques
Voyageurs mal informés , on avoit jufqu'ici
placé de kuil dans la famille des coucous ; il
paroît que par la mélodie de fa voix , il appartiendroit
plutôt au roffignol . Cela eſt un
peu different. L'Auteur , à propos de cette
découverte , fe rappelle que pendant fon
féjour dans l'Inde , il defira connoître le
nom d'un oifeau qui y paffe pour être le
fymbole de la candeur , & auquel les Poëtes
comparent une jeune vierge. On lui répondit
que c'étoit le canard ; & quelque temps
après , il découvrit que c'étoit le cygne.
66
? 33
Cependant , ajoute l'Auteur , qu'un Voya-
» geur ainfi affifté entreprenne la traduction
» de quelque Anacreon Asiatique , il nous
apprendra donc que celle dont cet homme
» divin a chanté les charmes , avoit la voix
comparable à celle du coucou ; & que fon
air de candeur , fes grâces & fa démarche
ne pourroient être mifes en parallèle
qu'avec celles d'un canard. "
99
$
»
}
L'ichneumon a toujours paffé pour un des
plus formidables ennemis du crocodile , cependant
notre Auteur ne croit pas qu'il ait
contre cet amphibie une antipathic particulière
; & il a été à portée de voir que fa
haine s'étend fur d'autres reptiles , même fur
les rats & fur la volaille. « J'ai élevé , dit- il ,
» un de ces animaux, qui à peine commençoit
à ouvrir les yeux ; je le nourris d'a-
» bord avec du lait , & enfuite avec de la
viande cuite mêlée dans du riz. Enfin il
و د
DE FRANCE. 63
H
devint plus privé qu'un chat , car il venoit
à ma voix , & me fuivoit même, en liberré
dans la campagne. Je fis un jour apporter
une petite couleuvre d'eau vivante.
» Je voulois voir à quoi le porteroit fon
inftinet contre cet être qui lui étoit in-
» connu . Son premier mouvement parut
• être celui d'un étonnement mêlé de co-
» lère; car d'abord il hériffa ſon poil ; mais
un inftant après , fe gliffant derrière le
" reprile, tout- à- coup avec une prefteffe fine
gulière , il lui fauta fur la tête , qu'il faifit
& brifa entre fes dents. Ce coup d'effai
» & ce nouvel aliment femblèrent avoir
réveillé en lui un goût inné , vorace & def-
" tructeur , qui , juſqu'alors , avoit cédé à la
» douceur de l'habitude. J'avois chez moi
» des volailles de diverfes espèces curieufes :
» élevé au milieu d'elles , jufqu'alors il les
" avoit laiffé aller & venir fans y faire attention.
Mais à quelques jours de là , fe
trouvant feul , il les étrangla preique
toutes , en mangea peu , & me parut avoir
» bu le fang.
3.
35 .
Dans diverfes contrées de l'Afie , & particulièrement
dans l'Inde , on trouve des
buffles fauvages, qu'on voit errer par petites
troupes , entre des vallées marécageufes. Cet
animal paroît fort fauvage ; il eft pourtant
fufceptible d'être apprivoifé . Il devient même
fört doux dans l'état de domefticité. Les
buffles fe plaifent extrêmement dans l'eau ,
& font confermés de façon à nager longMERCURE
temps & avec la plus grande aifan cespar
ces raifons fouvent les Arabes les délignent
fous le nom de boeufs de rivières.
» C'eft un coup d'oeil réellement fingulier ,
» de voir les matins & les après- midi , dés
» troupeaux confidérables , fur - tour de ces
» animaux qui, à la nage, traverfent le Tigre
» & l'Euphrate. Fous avancent ferrés les
"
uns contre les autres ; & de jeunes pâtres ,
» tantôt le tenant debout , ou accroupis fur
» les derniers , quelquefois courant lefte-
» ment de dos en dos , les hâtent également.
» D'autres parts , de jeunes femmes ou
» filles font occupées fur le rivage à raffem-
» bler & former les paquets de fourrage
» néceffaires pour la confommation de la
» nuit. Enfuite , tirant leur chemiſe , qui eſt
leur feut vêtement , & l'attachant fur
» leur tête , elles pouffent à l'eau ces paquets
» d'herbes , & en nageant les conduisent à
l'autre bord. Ces Paftourelles Arabes ( qui,
» vû la différence des incurs , ne peuvent
» être convenablement défignées par le mot
» de Vachères ) font fouvent les filles de
" gens honorables & très- aifés . D'ailleurs ,
fimplement, occupées de leur objet , l'on
ne remarque point qu'elles faflent la
moindre attention à ceux qui naviguant
" fur les fleuves , ou marchant fur le rivage ,
paffent à côté d'elles . »
"
و و
L'article de l'éléphant eſt étendu & curieux.
Voici un trait dont M. le Baron de Lauriſton
a été témoin , & qui démontre la fenfibilité ,
DE FRANCE. 68
la bienfaifance de cet animal. Cet Officier,
connu & diftingué , arrivant dans une ville
dévastée par une maladie épidémique , fut
obligé de paffer par un chemin couvert de
malades & de mourans étendus à terre.
Son éléphant paroiffoit devoir paffer fur
» le corps de plufieurs de ces miférables , ou
bien il eût fallu fufpendre la marche pen-
» dant quelques momens pour les faire re-
» tirer à l'écart. L'on étoit preffe ; d'ailleurs ,
» un tel foin étoit il compatible avec la
morgue d'un Seigneur de cette impor-
»-tance ? L'élpéhant ne parut donc point ral
» lentir fon pas ; mais , fans y être provoqué
, il fut , en s'aidant de fa trompe ,
écarter & pofer fes pieds avec tant d'adreffe
» & de circonfpection , que perfonne ne
» fut bleffe .
L'Auteur de ces Effais a fu trouver éncore
des détails neufs fur les chevaux. Dans
les obfervations qui accompagnent cet article
, il dit un mot des chevaux Arabes . La
Bible nous apprend qu'ils font fortis des
haras de Salomon. Mais dans tous ces pays ,
ces points historiques font difficiles à éclaircir
, parce qu'au lieu de conferver des traditions
dignes de foi , on y aime mieux adopter
des fables abfurdes . « En un mot , ajoute
l'Auteur , ces gens favent une foule d'anec
dotes dont leurs pères ne s'étoient jamais
douté, & ils ignorent jufqu'aux noms des
Héros dont ils foulent les cendres . L'Eu
33
66 MERCURE
» rope feule a ouvert un afyle aux mânes de
» ces grands Hommes. »
Cette réflexion doit prouver à nos Lecteurs
que l'Auteur de ces Ellais ne fe borne
pas à peindre & à raconter féchement . En
effet , chacun de ſes articles eft ſuivi d'éclairciffemens
& d'obfervations , qui annoncent
autant de fagacité que de jugement . On
voit qu'il fait obferver en bon Naturalifte
& raifonner en Philofophe . Il relève quelques
erreurs jufques dans le célèbre Hiſtozien
de la Nature ; mais il le fait avec ce
ton d'honnêteté qui fait aimer juſqu'à la
critique.
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de la
Poéfie. Tome XXIII . A Paris , chez les
Éditeurs , rue de la Juffienne , vis - à vis le
corps de- garde ; & chez Mérigot le jeune ,
Libraire , Quai des Auguftins .
Nous fommes maintenant bien plus en
retard pour l'annonce des Annales Poétiques,
que les Éditeurs pour leurs Livraiſons ; car
leur marche eft aujourd'hui beaucoup plus
rapide , ce qui ne peut qu'ajouter au fuccès
de leur Ouvrage. Leur choix eft auffi bien
fait qu'auparavant ; & ils accélèrent les jouiffances
de leurs Soufcripteurs . Ils ont déjà
fait mention du grand Corneille ; il eft quef
tion de Molière dans ce vingt- troisième Volume.
On fent que les Poéfies fugitives de
Molière ne doivent pas former un article
DE FRANCE. 67
bien confidérable , ni même bien précieux .
Les Pièces qu'on a recueillies de ce grand
Homme ont fervi aux Éditeurs, comme ils le
difent eux- mêmes , plutôt de prétexte que de
titre pour faire mention de lui. Cependant
quoiqu'il n'eût ni le goût propre à ce genre, ni
le temps néceffaire , il ya dans fon al- de-
Grâce , Poëme très- négligé , dont les Éditeurs
n'ont rapporté que quelques fragmens , des
vers vraiment dignes de Defpréaux. Il parle
de la draperie que le Peintre doit jeter habilement
, qui doit conferver le nud fans le
trop marquer ;
Qui ne s'y colle point , mais en fuive la grâce ,
Et fans la ferrer trop , le careffe & l'embraffe .
La comparaison de la peinture à l'huile &
de la frefque , contient les vers les plus heureux.
La peinture à l'huile , dit- il ,
Aux foibleffes du Peintre aifément s'accommode ;
La pareffe de l'huile , allant avec lenteur ,
Du plus tardif génie attend la peſanteur ;
Elle fait fecourir , par le temps qu'elle donne ,
Le faux pas que peut faire un pinceau qui tâtonne ;
Et fur cette peinture on peut, pour faire mieux ,
Revenir , quand on veut , avec de nouveaux yeux .....
Mais la frefque eft preffante , & veut fans complaifance
Qu'un Peintre s'accommode à fon impatience ,
La traite à ſa manière , & d'un travail foudain
Saififfe le moment qu'elle donne à la main.
68 MERCURE
La févère rigueur de ce moment qui paffe ,
Aux erreurs du pinceau ne fait aucune grâce , &c.
Voilà certainement l'expreffion & la verve
du vrai Poëte . Nous invitons nos Lecteurs à
lire le précis de la Vie & des Ouvrages de
Molière , qui précède l'article de les Poélies.
On y trouvera fur les dénouemens de ce
père de la Comédie , fur l'immoralité repro
chée à quelques - unes de fes Pièces , notamment
à Georges Dandin , quelques obfervations
que nous ne voulons ni adopter ni
réfuter , mais qui méritent d'être lûes .
Outre Molière , ce Volume renferme
Saint - Évremond , la Sablière , Brebeuf,
Madame de la Suze , & Buffy Rabutin. Ily
a beaucoup d'analogie entre le talent poétique
de Bully Rabutin & celui de Saint Évremond
; aucun des deux n'étoit né Poëte ; auein
des deux n'a fait de bons vers , & tous
deux ont fait des vers ingénieux. On fait que
Saint - Évremond eft Auteur du fameux quatrain
pour le portrait de Ninon . Dans la difpute
fur les Anciens & les Modernes , il prit
parti contre Defpréaux , d'une manière qui
dut flatter & confoler ce dernier.
Sur les Anciens & les Modernes.
Pourquoi révérer comme antique
Ce que les Grecs dans leur attique
Aimoient comme des nouveautés ?
Serons- nous donc plus maltraités
Pour avoir le bonheur de vivES,
DE FRANCE.
69
Que ceux qui vivoient autrefois ,
Et ne font plus que dans un Livre ,
Ou , morts présomptueux , ils nous donnent des loix?
Modernes , reprenez courage ;
Vous remporterez l'avantage.
Le partifan outré de tous les anciens , *
Nous fait abandonner leurs Écrits pour les fiens.
Il a fait aux Grecs plus d'injure
Par fes vers fi rares , fi beaux ,
Qu'il n'en fera par fa cenfure
Aux Fontenelles , aux Perraults.
Quant à fa profe , il fut , comme difent les
Éditeurs de ces Annales , un des meilleurs
Écrivains de fon fiècle ; & il eût figure parmi
les Philofophes du nôtre.
La Sablière s'eft diftingué par le tour heureux
qu'il a fu donner à fes épigrames ou
madrigaux ; car dans ce temps là ces deux
mots étoient encore fynonymes . Voici un madrigal
qui nous femble refpirer une douleur
intereflante :
Ma jeune Iris n'eft plus ; le ciel me l'a ravie !
? Ce cher objet de mes amours
Ce que je voyois tous les jours ,
Je ne le verrai de ma vie :
Elle occupoit tous mes defirs ;
Je n'avois point d'autres plaifirs ;
Tous mes jours fe bornoient à fervir cette Belle.
Que ferai-je , grands Dieux ? que vais-je devenir ?
* Defpréaux.
70 MERCURE
Hélas ! n'aurai-je plus de commerce avec elle
Que par un trifte ſouvenir ?
Un Poëte qui n'eft pas à dédaigner , c'eſt
Brebeuf. Les Éditeurs des Annales , en convenant
de l'emphaſe que Boileau reproche à
ce Poëte , croyent qu'elle tenoit moins au
caractère de fon talent qu'à fon accointance
ayec Lucain , qu'il eft difficile en effet de
traduire avec fageffe. Le défaut dominant de
Brebeuf étoit d'écrire avec des efforts continuels
d'efprit. Cependant il a fourni à ce Recueil
quelques Pièces agréables. Voici une
épigramme dont le tour est heureux , & la
penſée exprimée avec préciſion .
Contre les mépris d'une Femme riche.
Bien que je fois en proie à votre médiſance ,
Je veux , par un effort de rare complaiſance ,
Vanter vos qualités & vos divins appas ;
Mais les longs complimens me font de longs fupplices :
Life, vous êtes riche , & je ne le fuis pas ;
C'eſt dire en peu de mots vos vertus & mes vices.
Brebeuf eft fuivi de la Comteffe de la
Suze , très célébrée de fon temps , très peu
lûe aujourd'hui. Il y avoit dans fa vie privée
une teinte romanefque qui la rendoit propre
aux élégies amoureufes. Elle avoit en
effet l'expreffion & la grâce du ſentiment ;
mais il lui manquoit cette pureté de ſtyle
qui affure feule l'immortalité aux Poëtes ,
ou qui du moins ne peut être remplacée que
par le génie.
DE
FRANCE.
71
1
TRAITÉ
d'Architecture ,
comprenant les
cinq Ordres des Anciens , établis dans une
jufte
proportion entre eux . On y a joint les
pilaftres
d'attique de chaque Ordre ; des
tables de
proportions pour
déterminer les
hauteurs de
foubaffemens , ftatues , baluftrades
&
pilaftres
d'attique ,
relativement
à la
progreffion des cinq Ordres
d'Architecture , depuis dix pieds de hauteur
jufqu'à
foixante ; un Cours de Géométrie
pratique , & de différentes
eſpèces
de
moulures , à l'ufage nonfeulement
des cinq Ordres , mais encore de tous les
membres
d'Architecture ; plus, la manière
de les tracer au compas ; un Traité d'Arithmétique
, pour
parvenir au toifé des
figures
Géométriques ; un Traité de la
mefure des
furfaces planes & des folides ;
un Cours de
perſpective & une
inftruction
fur les
différentes
manières de deffiner
le payfage & de
mêlanger les couleurs ;
par M. Dupuis ,
Profeffeur
d'Architecture.
A Paris , chez l'Auteur , rue Bailleul ;
la Veuve
Hériffant ,
Imprimeur- Libraire ,
rue
Neuve
Notre
Dame ;
Théophile
Barois le jeune ,
Libraire , rue du Hurepoix.
-
L'ARCHITECTURE étant , ainfi que bien
d'autres Arts
libéraux , le fruit de
l'imagi
ne peut trouver dans les modèles
groffiers de la Nature des règles
conftantes
nation ,
74 MERCURE
& invariables , les rapports qui exiftent entre
les parties de chacun des cinq Ordres , ne
font & ne doivent être que des rapports de
convention. Il eft vrai que les Anciens ont
cherche à imiter la Nature ; & quoiqu'ils
n'euffent pu remarquer aucune analogie entre
un homme ou une femme , & ce qui
doit faire partie d'un édifice , ils ont pourtant
donné à ces parties les mêmes proportions
qu'ils avoient obfervées dans les êtres
de leur elpèce, & femblent avoir voulu affimiler
à l'homme ce qui étoit confacré à fon
luxe & à fes befoins . Mais la Nature étant
variée à l'infini dans fes productions , il devoit
y avoir des différences fentibles entre
les règles données par les Architectes anciens.
Voilà pourquoi Vitruve , Palladio ,
Scammozi , &c. ne fe font pas accordés
quant aux proportions de leurs Ordres. Il
étoit donc à defirer qu'un Artiste en état
d'analyfer les Ouvrages des anciens , d'obferver
les beautés & les défauts de leurs monumens
, eût affez de fagacité pour établir , relativement
aux cinq Ordres , des règles dans
lefquelles il n'y eût rien d'arbitraire. C'eft
de quoi s'eft occupé M. Dupuis , Architecte
& Profeffeur d'Architecture. L'Ouvrage
qu'il public eft particulièrement destiné à
remplir cet objet. Ilcommence par un Traité
d'Arithmétique. Les principes fondamentaux
de cette Science y font clairement expofés;
& les applications font d'autant plus inté
reffantes pour les Architectes , qu'elles les
mettent
DE FRANCE.
75
mettent à portée d'exécuter facilement les
operations numériques relatives au toifé.
Vient enfuite un Traité de Géométrie , dans
lequel l'Auteur enfeigne les principales propriétés
des lignes , des furfaces & des folides,
& déduit de ces propriétés des méthodes
faciles & rigoureufes , pour meſurer ces
trois efpèces d'étendues.
Après avoir développé en Arithmérique &
en Géométrie ce qu'il eft indifpenfable à un
Architecte de favoir , l'Auteur palle aux
principes de l'Architecture ; il divife fon
Quvrage en cinq Parties.
Dans la première , il donne un expofé des
cinq Ordres , fuivant Scammozi , Palladio
& Vignole. Il propofe enfuite les changemens
qu'il a jugé à propos de faire à chacun
d'eux ; & s'attachant particulièrement à l'Or
dre Dorique, il en donne de fi juftes proportions
, qu'on voit s'évanouir les difficultés
qui le rencontrent , & dans l'accouplement
de cet Ordre , & dans la décoration de fon
entablement.
Dans la feconde , il établit les proportions
qu'il faut donner aux Ordres élevés les
uns fur les autres , foit ifolés , foit accouplés
, pour fatisfaire à l'ufage, peut- être trop
accrédité , d'employer ce moyen , qui ne
peut s'exécuter fans inconvéniens. Car il eft
clair que les Ordres qui fe furmontent femblent
nuire à l'unité de l'ordonnance des façades,
mais il falloit affurer le mieux poffible
les rapports des différens Ordres élevés
N. 31 , 9 dout 1783 .
D
74
MERCURE
i
les uns fur les autres , pour ne rien laiffer à
defirer dans cet Ouvrage.
Il s'y occupe de la grandeur relative des
frontons , & donne des tables de comparaifon
dans lesquelles i afligne les dimenfions
des foubaffemens , ftatues , balustrades
& pilaftres d'attique , relativement à chaque
Ordre , depuis dix piés de hauteur julqu'à
foixante .
La troisième contient une application de
'Arithmétique & de la Géométrie à la me
fure des furfaces & des folides.
La quatrième enfeigne l'art de deffiner
dans tous les genres & de mêlanger les couleurs
.
La cinquième renferme un Traité de perfpective
, dans lequel on donne des moyens
surs & faciles de préſenter un objet quelconque
fous le point de vue le plus avantageux.
Il préfente auffi dans ce Traité l'ordre des
leçons qu'il donne dans fon école fur l'Architecture
& fur les Sciences qui y font relatives
. Iyobond
"
Tel eft le plan que l'Auteur a ſuivi . Nous
nous contentons de l'expofer. M. Dupuis eft
fuffifamment connu par fes Ouvrages . Celui
que nous annonçons eft le fruit d'une longue
étude de l'Architecture , de réflexions judicieufes
& d'un travail affidu . Il doit lui mé
riter le fuffrage des connoiffeurs & la confiance
des jeunes Architectes.
Il faut qu'un Artifte puiffe fe rendre raiDE
FRANCE. 175
fon à lui -même de ce qu'il fait . Pour cela ,
il a befoin de principes fixes qui détermi
nent les jugemens & qui juftifient les idées .
L'Architecture a ététrop fouvent abandonnée
aux caprices des Artifies qui ont donné des
préceptes fans difcernement. Ils ont fixé les
règles au hafard fur la feule infpection des
édifices anciens : ils ont copié les défauts
avec autant de fcrupule que les beautés. On
ne peut donc que louer un Architecte qui
entreprend de fauver fon Art de la bizarrerie
des opinions , en nous découvrant des
loix fixes & immuables . Qu'est ce que l'Art ?
Sinon la manière de bien faire , établie fur
des principes évidens , & appliqués à l'objet
par des préceptes invariables.
TRAITÉ des Scrophules ,
vulgairement
appelées Ecrouelles ou Humeurs froides.
Troisième Partie , & c. par M. Pierre de
Lalouette , Docteur- Régent de la Faculté
de Paris , Chevalier de l'Ordre du Roi, &c.
in 12. A Paris , chez Gauguery , Libraire ,
rue S. Benoît , 1782.
AVANT de faire connoître l'Ouvrage ,
nous parlerons de l'Auteur.
M. de Lalouette a pratiqué la Médecine
javec une grande célébrité pendant plus de 40
années. Il étoit du nombre des Médecins ap-
-pelés auprès des Citoyens de la première
claffe ; mais jamais les faveurs des Grands ne
lui ont fait oublier ce que les indigens atten-
Dij
76 MERCURE
doient de fes foins. Non- feulement il les
viſitoit , mais il les recevoit encore chaque
femaine dans un jour marqué , & il leur dif
tribuoit les remèdes néceffaires à leur gué
rifon . Avant lui , M. le Dran , fon beaupère
, avoit commencé ce traitement gratuit
, & ce plan de bienfaifance eft actuel
lement fuivi par M. de Lalouette le fils , de
forte que leur maifon eft , depuis le commencement
du fiècle , un aſyle toujours ouvert
aux malheureux .
Au milieu de la carrière médicale la
plus brillante & la plus honorable , M. de
Lalouette a été atteint d'une goutte fereine ,
& il a entièrement perdu l'ufage de la vûe :
mais au lieu de fe laiffer abattre par ce malheur
, il s'eft livré à des occupations qui
ent rempli tous les momens. Avant cet
accident , il partageoit fes foins entre les
pauvres & les riches ; les premiers font devenus
le feul objet de fa follicitude . Il a redoublé
de générosité. C'étoit un spectacle
vraiment touchant , de le voir preffé par la
foule de ceux qui venoient le confulter ,
reconnoître les uns au récit de leurs maux ,
les autres au fon de leur voix , & prodiguer
à tous des fecours qu'ils recevoient en le béniffant
& en adreffant des voeux au ciel pour
le foulagement de celui qui les traitoit fi
bien.
M. de Lalouette à trouvé dans le filence
de fa retraite une autre confolation. Il s'eſt
appelé les faits les plus importans de fa pra
DE FRANCE
77
tique il s'eft fait lire les notes ; & de ce
travail , fait avec choix & difcernement, il a
réfulté un Ouvrage recommandable , qui eft
le fruit de fon expérience & de fes veilles ;
car pour faire dans ce genre un Traité qui,
foit vraiment utile , il faut avoir beaucoup.
vû & long temps réfléchi ; conditions dont
en ne fe difpenfe que trop fouvent en écri
vant fur la Médecine. Combien n'y en a t'il
pas qui commencent par où les plus exercés,
olent à peine finir ? Ils débutent par un Ou
vrage dans lequel ils annoncent qu'ils fe font.
fpécialement occupés du traitement d'une
maladie , quoiqu'ils n'ayent réellement en
le temps d'en obferver aucune ; le nom de
ces jeunes guériffeurs circule avec le Livre ;
& quoique ce ftratagême ne puiffe être que
la reffource de l'ignorance & de l'effronterie ,
il a' cependant affez de fuccès pour être accrédité.
Les Écrouelles font une maladie très - répandue
parmi les enfans du peuple dans les
grandes villes. Ce vice eft une des caufes
principales du dépériffement de l'efpèce humaine
dans ces gouffres où elle s'épuiferoit
bientôt , fi chaque Province ne fourniffoit
un tribut à leur population. M. de Lalouette
s'eft principalement appliqué au traitement
de cette maladie ; & fon Ouvrage est d'autant
plus précieux que nous n'en avons aucun
de bien fait dans ce genre .
Il n'y a peut-être aucun organe qui ne
puiffe être le fiège des Scrophules. Elles at-
D
-8 MERCURE
taquent le plus ordinairement les parties
externes , tels que la graiffe , les glandes , la
peau & fes replis ; fouvent elles déforganifent
les os ; enfin elles fe propagent jufqu'atix vil
cères . Par tout où elles fe répandent , elles produifent
des gonflemens, des dépôts ; leur virus
fe complique avec tous les autres , fur tout
avec le rachitique & le fcorbutique.
Le Traité de M. de Lalouette contient
non- feulement des détails fur ces divifions;
mais encore il en fuit toutes les branches
avec cette étendue & cette exactitude que
donne une obfervation de quarante années.
Les Scrophules des' os de la tête , celles des
os du bras , du pied , en un mot de chaque
partie du fquelette , ont une marche particulière
qu'il détermine , & l'on peut affurer
que jamais cette maladie , & toutes les nuances
de fes variétés , n'avoient été décrites
avec autant de foin.
Mais le traitement expofé dans le fecond.
Volume eft ce que l'Ouvrage contient de
plus intéreffant. Après avoir tracé les principales
méthodes employées jufqu'à lui , M.
de Lalouette porte fur chacune d'elles le
jugement le plus fain , & il expofe enfuite
Les procédés particuliers.
Chaque circonftance exige une combinaifon
de moyens que M. de Lalouette indique
. Nous nous contenterons de parler ici
d'une préparation très efficace que l'Auteur
emploie avec fuccès dans les cas les plus difficiles
& les plus embarraffans ; c'eft un favon
DE FRANCE.
79
antimonial dans lequel la partie réguline dif
foute le trouve intimément unie au foufres
Ce compofé eft foluble dans l'eau dans les
graiffes & dans l'efprit de vin. Le foie de
foufre qui fe forme dans l'opération , eft un
attenuant des plus actifs. M. de Lalouette
donne tous les détails chimiques de fon pro
cédé dans fon Ouvrage. }
3
Les Anti Scorbutiques font un moyen
auxiliaire dont M. de Lalouette fait un grand
ufage dans fa pratique . Heureufement le fils
de ce Médecin célèbre continue de fe livrer
avec le même zèle & le même défintéreffe .
ment au traitement de ces maladies , L. N. Kl
077SPECTACLE S. sh
-ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
MARDI 29 Juillet , on a donné la pre
mière repréſentation d'une reprise d'Orphée
& Euridice , paroles de M. Moline , mufique
de M. le Chevalier Gluck.net
Σ ར
Il feroit bien fuperflu de s'arrêter fur le
mérite de cet immortel Ouvrage. Nous
nous contenterons de rappeler à nos
Lecteurs que c'eft le premier Opéra où M
Gluck ait exécutéile plan qu'il avoit conçu
d'une mufique vraiment dramatique ; que
cet Opéra , d'un genre fi nouveau , fut joué
à Parme , aux fêtes du mariage de l'Infant ,
D iv
80 MERCURE
1
avec un fuccès jufqués là fans exemple fur
aucun Théâtre d'Italie ; que c'est le premier
qui , en Italie , ait jamais été gravé , qu'on l'a
joué depuis avec un fuccès conftant fur tous ,
les Théâtres de l'Europe ; que ce même Ouvrage
, traduit dans notre langue , a été donné.
quarante neuf fois de fuite au milieu de l'été
de 1775 ; enfin , que c'eſt le feul dont les plus
aveugles détracteurs de M. Gluck n'ayent
pas encore ofé attaquer le mérite & la
célébrité.
La première repréſentation de cette reprife
a attiré une affluence extraordinaire pour
la faifon ; mais nous ne devons pas diffimuler
que l'exécution n'a pas répondu à ce qu'on
en devoit attendre .
M. Lainez a joué le rôle d'Orphée avec
beaucoup de chaleur , d'intelligence & de
fenfibilité; on ne fauroit donner trop d'éloges
à fon zèle & à fon talent ; mais la Nature
ne lui a pas donné le caractère de voix
qu'exige le rôle d'Orphée , où la beauté des
fons eft auffi effentielle à l'effet que le goût
du chant & la jufteffe même de l'intonation.
Dans les morceaux les plus élevés de fon
rôle , il emploie le fauffet avec beaucoup
d'adreffe; mais il eft difficile que les paffages
de la voix naturelle à la voix de tête, ne foyent
quelquefois trop fenfibles , & les fons de
celle-ci ne peuvent avoir le timbre & le
moelleux qu'exigeoit un chant qui doit atten
drir les démons. Tout l'art du monde ne
peut fuppléer à ce défaut. Nous dirons ceDE
FRANCE. 81.
pendant que le fieur Lainez n'a rien laiffe à
detirer dans le rondeau du troisième Acte :
J'ai perdu mon Euridice , parce que dans ce
moment la force & la verité de l'expreflion
fait tout oublier.
Mlle Burret , dans le rôle d'Euridice , fi
propre à faire briller la douceur & la netteté
de la voix , a chanté en géneral avec jufte ffe ,
& même avec goût ; mais fon chant n'eft pas
affez animé , & fur tout fon action manque
de mouvement , de variété & d'expreffion ;
peur être que fi elle étoit plus encouragée
par le Public, elle joueroit avec plus de confiance
, & tireroit plus de parti des moyens
que la Nature lui a donnés.
Mile Audinor a très bien rendu le rôle de
l'Amour ; elle a mis autant de fineſſe dans
fon jeu , que de jufteffe & de goût dans
fon chant.
Le chour du premier Acte n'a pas éré
exécuté avec toutes les nuances nécellaires à
l'effet de ce chef d'oeuvre de la mélodie la
plus fenfible , embellie par l'harmonie la
plus pure. Il faudroit que chaque partie fût
chantée avec une jufteffe & une expreffion.
qu'on ne peut guère attendre des Sujets qui
compofent en general les choeurs de l'Opéra
Auffi croyons nous que fi ce morceau etoit
chanté fimplement par cinq ou fix Coriphées ,
il feroit beaucoup plus d'effer. Il nous a femblé
auffi que dans le choeur des Démons , au
fecond Acte , le non qu'ils répondent au chant
d'Orphée n'eft pas toujours frappé avec
DV
82 MERCURE
affez d'à - plomb , de fermeté , ce qui affoiblit
un peu l'énergie de ce moyen hardi d harmonie
d'où , fuivant l'expreffion de J. J.
Rouffeau , ce grand Muficien a fu tirer dans
toute leur force les deux effets les plus contraires
, la raviffante douceur du chant d'Orphée,
& le flridor déchirant du choeur des Furies.
Nous foumettons cette obfervation aux
lumières de l'habile Artifte qui dirige l'Orcheftre
, dont l'exécution dans cet Opéra ,
pleine de chaleur & d'intelligence , laiffe
feulement à defirer un jeu plus doux dans
l'accompagnement de quelques morceaux de
chant.
50
Le Ballet des Champs Élysées , le feul qu'il
y ait dans cet Opéra , nous a paru defliné
avec goût , & bien exécuté par Mlles Dorival
, Dupré & Zacharie , & les fieurs Gardel
le cadet & Nivelon.
Orphée a été fuivi d'un Ballet Pantomime
nouveau en deux Actes , intitulé : la
Rofière , de la compofition de M. Gardel
l'aîné. Nous nous contenterons d'en indiquer
le fujet.
La Scène repréfente une place au fond de
laquelle eft la ftatue de l'innocence , avec
cette infcription : La plus fage demain recevra
la couronne , & fur le côté , la maifon
du Bailli , chez qui les prétendantes à la couronne
doivent venir fe faire infcrire : c'eft
Ja veille du couronnement . Trois Bergères fe
préfentent fucceffivement ; la première apporte
une cage qu'elle dépofe à la porte du
DE FRANCE. 83
Bailli ; fon amant qui la fuit fe faifit de la cage
, & ne la lui rend qu'après qu'elle lui a
donné la rofe qu'elle porte à fon côté. La
feconde eft une petite coquette qui appelle
& fuit tour-à tour fon amant , & qui finit
par lui donner un baifer. La troisième , ingénue
& modefte , rencontrant fon amant
au fortir de chez le Bailli , refufe de l'écouter
malgré les inftances ; le Berger , au défefpoir
, veut fe percer d'une de fes flèches ,
elle lui retient le bras par un mouvement involontaire
qu'elle feuible enfuite fe reprocher
, & s'éloigne en exigeant de lui qu'il ne
la fuive pas. Čes trois Bergères ont été ob
fervées par une ancienne Rofière & fon
mari , chargés de furveiller la conduite des
jeunes prétendantes. Le Seigneur , accompagné
de fa femme & d'un jeune enfant , arrive
au retour de la chaffe ; on lui fert fous un
berceau de fleurs un repas , pendant lequel
les Bergers & les Bergères exécutent différentes
danfes. La lune qui paroît indique la
fin du jour, un orage remplit l'entre : Acte ,
& le lever du foleil annonce l'action du fecond
. Le Théâtre repréfente les jardins du
château , le Seigneur s'y rend avec fa famille
& tout le village. Les trois Bergères font
placées fucceffivement fur un banc élevé
pour cet objet; les furveillans viennent rendre
compte en public de ce qu'ils ont obfervé
de la conduite des prétendantes. Le moyen que
le Compofiteur a imaginé eft également ingénieux
& fimple. Les furveillans répètent les
D vj
84
MERCURE
2
trois Scènes dont ils ont été témoins. Les deux
premières Bergères , honteufes de voir leurs
fautes devoilees ,s'échappent & vont fe cacher ;
dès que la troisième paroît , le bruit des fanfares
annonce que c'eft à elle qu'eſt deſtinée
la couronne , le Seigneur la place fur la tête ,
& la Dame la revêt du ruban bleu. Certé cé.
rémone eft fuivie de la fête de l'Arc , où
l'amiant de la Rotière remporte les deux prix ;
le Seigneur termine la fête en les uniflant
l'un a l'autre.
.. Le fuccès de ce Ballet a été équivoque
à la première reprefentation , & nous
croyons qu'il eft fufceptible de critiques
très juftes. Nous renvoyons à un autre artis
cle quelques obfervations que nous hafarderons
fur ce genre de Ballets. Nous dirons
feulement que celui ci eft termine par unpas
defix , fur une fymphonie concertante de
M. d'Avaux , qui a obtenu & qui mérite les
plus grands applaudiffemens ; le deflin en
eft très agréable & nouveau , & l'execution
en eft parfaite: il fuffit de dire qu'il eft dánfé
par Miles Guimard , Dorival & Gervais , &
les fieurs Gardel , Veftris & Nivelon . Les
trois prétendantes font les Dlles Doligni ,
Gervais & Dorival ; les Bergers font les
fieurs Frederic , Laurent & Nivelon les deux
furveillans , Mile Guimard & le fieur Veftris ,
qui chacun ont execute leurs rôles avec
les
talens diftingués qu'on leur connoît .
N. B. A la feconde repréfentation de la
Rofière, on a fupprimé l'orage , le foleil &
DE FRANCE. 85
la lune , ainfi que plufieurs détails qui faifoient
longueurs , & ces changemens ont
été avantageux à l'effet du Ballet.
COMÉDIE FRANÇOISE .
LE Lundi 21 Juillet
E Lundi 21 Juillet , on a remis les
Troyennes , Tragédie en cinq Actes , par feu
M. de Châteaubrun.
Hecube , veuve du Roi Priam , fes filles
Polixène , Andromaque & Caflandre , font
au pouvoir des Grecs . Hécube gemit für les
malheurs qu'elle a cauſes , en protégeant les
amours criminels d'Hélène & de Pâris. Caffandre
predit les maux qui menacent fa
mère , les feurs & la Grèce. On veut facrifier
Aftianax aux mânes d'Achille ; mais
comme on apprend que le Grand Prêtre at
fu le fouftraire à la fureur de fes ennemis ,
on arrache Polixène des bras de fa mère , &
c'eft elle qu'on immole fur le tombeau du
Nainqueur d'Hector. Hécube meurt accablée
de douleur & de defefpoir.
Cette Tragédie , qui a été donnée , pour lat
première fois, en 179 4 , a été remife le 7 Juin
1769. Elle fut représentée avec fuccès dans
fa nouveauté , elle a été revue avec quelque
plaifir à la remife dont nous venons d'indiquer
la date ; mais elie n'a point eu de fuccès
cette année . On a néanmoins donne des
applaudiffemens à quelques fituations touchantes
& amenées avec beaucoup d'adreffe ;
a
1
"
1
86 MERCURE
on a diftingué des vers bien tournés , des
détails intéreffans , & des morceaux traduits
ou très heureuſement imités des Tragiques
Grecs. Malgré tout cela , on a éprouvé de
l'ennui & de la fatigue . La multiplicité de
moyens que l'Auteur a employés pour donner
de l'intérêt à fon Quvrage , les éternelles
lamentations d'Hécube & de fes filles ne
pouvoient guères produire d'autre effet. M.
de la Harpe a dit , dans fa Préface de Philoctète
: Ce n'étoitpas un barbare que Châteaubrun
, & M. de la Harpe a raifon ; mais quoique
Châteaubrun ne fût pas un barbare ,
quoiqu'il fût verfé dans la connoiffance des
Anciens , tous fes Ouvrages Dramatiques.
prouvent qu'il n'a pas fenti le prix de cette
fimplicité fublime , noble & touchante ,
qui fait le principal mérite des Poëtes Grecs ;
qui attache un grand intérêt à un perfonnage
digne de l'exciter , & qui fait concourir
rous les autres perfonnages à l'accroiffement
& au foutien de ce même intérêt . C'eft le
fentiment de ces beautés , qu'avouent égale
ment la Nature & l'Art, qui a fait de Racine
un des premiers Tragiques du monde , qui
a donné aux belles Tragédies de Voltaire
l'âme , la vie , l'énergie , l'intérêt puiffant
qui les ont confacrées comme des chefd'oeuvres
; c'eft ce fentiment , aujourd'hui
prefqu'inconnu , qui peut feul éloigner de
notre Scène les Pantomimes Tragiques , auxquelles
on doit attribuer la chute du goût , &
qui feul encore peut donner des fucceffeurs
DE FRANCE.
87
aux Grands Maîtres qui ont honoré le Théâtre
François.
!
L
Le Mercredi 30 Juillet , on a repréfenté ,
pour la première fois , les Marins , ou le
Médiateur maladroit Comédie en cinq
Actes & en vers.
د
M. & Mme de Beaupré ont promis leur
fille Amélie , le premier à Gerfeuil , neveu
de fon ami Danville , la feconde au Marquis
de Lincourt.Tous deux reviennent de l'Amérique
fur la Frégate l'Antoinette. Lincourt eft
aimé , & Gerfeuil ne mérite que du mépris .
Le père du Marquis a acheté la terre de
Beaupré ; mais avant de mourir il a fait un
teftament , par lequel il a rendu la Terre à
fes premiers poffeffeurs , en les ptiant d'unir
leur fille Amélie au Marquis ; mais il à voulu
que la Terre appartint à M. & à Mme de
Beaupré , quand même l'union projetée n'auroit
pas lieu. C'est ce que Lincourt fait
connoître à Mme de Beaupré , en lui remettant
la donation de fon père. Étonnement de
Mme de Beaupré , & promeffe à Lincourt
de lui donner fa fille. Mais cet engagement
doit éprouver des oppofitions , puifque M.
de Beaupré en a pris un autre avec fon ami
Danville , en faveur de fon neven Gerfeuil ,
& qu'un dédit de cinquante mille écus le
rend difficile à rompre. Les chofes font en
cet état , lorfqu'un M. de Moncalme , frère
de M. de Beaupré , homme qui a la fureur
88 MERCURE
de metre la paix par tout , & dont les foins
n'aboutifient jamais qu'à une fin toute contraire
, apprend à M. de Beaupré , qui l'ignore
, que fi la Terre a été vendue , elle lui
a été rendue par une donation , qu'il n'y a
plus de difficultés , & que Gerfeuil peut
époufer Amélie. Mme de Beaupré , indignée ,
déchire la donation , & remet les chofes dans
un état de crife plus embarraffant que jamais.
Telle eft la première mal adieffe du
Médiateur: elle eft fuivie de beaucoup d'autres
qui ne font ni auffi heureufes ni auffi
piquantes. Enfin , il propofe aux amans de
laiffer au fort à décider entre eux . Ils acceptent
tous deux la propoſition ; mais Gerfeuil fe
dédit quand il voit que Lincourt choiiit le fort
des armes. Par le ministère d'un Valet , dont
on achette les fervices , on engage Gerfeuil
à écrire qu'il ne regarde pas Amélie comme
le plus tendre objet de fes voeux ; & que s'il
poffedoit la Terre des Beaupré , il le confoleroir
de ne pas époufer leur fille. Cette lettre ,
produite devant M. de Beaupré & devant
l'oncle de Gerfeuil , amène le dénonement.
Celui - ci eft renvoyé avec honte & mépris
par fon oncle même , & Lincourt épouse
Amélie.
Nous ne pouvons pas faire connoître tous
les moyens dont l'Auteur s'eft fervi pour
étendre en cinq Actes un fujet qui ne pouvoit
guères en comporter que trois , parce
que le dérail en feroit beaucoup trop long,
& que les fils de l'intrigue font beaucoup
DE FRANCE. 89
trop embrouillés pour qu'il foit poffible d'en
rendre un compte clair & fatisfaisant . Ce
que nous avons dit fuffit néanmoins pour
donner une idée jufte de l'Ouvrage ; & il n'eft
pas difficile d'en conclure que l'Auteur a ufé
de reffources tour à tour romanefques ou
invraisemblables . Pourquoi Mme de Beaupré
a - t'elle vendu la Terre de Beaupré à
l'infu de fon mari ? Pourquoi le teftament ,
ou l'acte quelconque qui fait rentrer les
Beaupré dins la propriété de leurs biens , fe
trouve - t'il anéanti parce que Mine de Beaupré
le déchire ? Ce teftamenr , fi c'en eſt un
eft donc olographe : Comment le Marquis
ne l'a t'il pas fait revêtir des formes ordon
nées par la Loi ? Si c'eft une donation , elle
eft donc fous fignature privée : quelle eft la
valeur d'un pareil acte ? Mme de Beaupré ne
fait aucun facrifice en déchirant un chiffon .
Ici toutes les convenances font oubliées .
Nous glifferons légèrement fur M. Danville ,
ancien Marin , homme franc , fenfible &
généreux , dont le langage , hériffé de termes
de Marine , eft plus fatigant que propre à
exciter le rire ou l'intérêt. Nous dirons feulement
que ce M. Danville a tort de crier
qu'on manque à fa parole , en payant un
dédit , parce que c'est un acte conditionnel
qui laiffe le choix entre deux manières d'agir.
On a beau dire qu'il ne l'a accepté que malgré
lui , ce dédit exifte, il eft entre fes mains ,
il a une valeur réelle , & toutes les belles
chofes qu'il debite fur la bonne foi , portent
୨୦ MERCURE
fur un faux fyftême . Nous ne demande
derons point à l'Auteur pourquoi il a fait de
Gerfeuil , du Capitaine d'une Frégate Fran
coife , un homme vil , bas , intéreffé , lâche ,
fans foi & fans honneur. Nous ne nous attacherons
qu'au principal caractère , à M. de
Moncalme. Ce médiateur mal- adroit , cet
ami de la paix , dont il a toujours le nom à
la bouche , devoit au moins être plaifant ,
& il ne l'eft pas . En voulant faire contrafter
fa douceur avec la brufquerie de M. de Beau
pré , l'Auteur n'a pas fenti qu'il falloit multiplier
les nuances de fa bonhommie , en va
rier les couleurs , & rendre le contrafte pi
quant & comique ; mais ce n'eft pas en lui'
faifant fans ceffe répéter , la paix ', la paix ,
qu'on pouvoit parvenir à ce bur. Quelques
vers placés en fituation ont d'abord fixé l'at
tention für ce perfonnage ; mais la monotonie
a éloigné la gaîté , & l'on n'a plus apperçu
dans M. de Moncalme qu'un homme
fans efprit , dénué de jugement , dont la phy
fionomie eft étrangère à la Comédie , & dont
le perfonnage , qui pis eft , ne fert ni à l'ac
tion ni à l'intérêt. On peut croire que cette
Comédie a été faite très rapidement : le ſtyle
en eft fort négligé . On y rencontre pourtant
des détails agréables , des vers bien faits , des
fituations comiques qui annoncent beaucoup
de connoiffance de la Scène , & qui peuvent
faite préfumer que l'Auteur obtiendra des
fuccès quand il voudra être fon propte juge
& fon juge févère ..
DE FRANCE. 91
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 22 Juillet , on a donné la première
repréſentation de l'Heureufe Erreur ,
Comédie en un Acte & en profe.
རྒྱུ
Une jeune Veuve s'eft propofé de ne ja
mais former de nouvel engagement . Pour
y parvenir , elle ne voit point d'hommes ,
à, l'exception d'un frère dont elle eft fort
aimée Le Comte d'Elval eft amoureux de
cette Veuve , & cherche les moyens de la
voir. Sophie , four du Comte , dans l'intention
de fervir fon frère , feint d'être mécon
tente d'une Femme de- Chambre qui fe prefente
chez la Veuve , & y eft reçue au même
titre, Cette Femme de Chambre perfuade à
fa nouvelle Maîtreffe que Sophie elle - même
a projeté de fe déguifer en homme , de fe
faire préfenter chez elle , & de lui infpiret
de l'amour. La Veuve fe propofe de recevoir
Sophie & de fe venger d'elle . C'eft dans ces
circonftances que le Comte d'Elval , cru Sophie
par la Veuve & par fon frère , fe pré-
Lente , eft admis , fait fa cour , & trouve
dans la manière dont la Veuve reçoit fes
déclarations , ainfi que dans la conduite du
frère , qui cherche à éprouver la prétendue
Sophie , une foule de contradictions & de
procédés qui l'éronnent & le choquent . On
croit l'embarraller par la propofition de
figner fon contrat de mariage, il le figne avec
>
"
92
MERCURE
tranfport ; & quand la Veuve , toujours per.
fuadée que le Comte d'Elval n'eft qu'une
femme , éclate en reproches , Sophie qui
paroît vêtue en Payfanne , fait connoître fes
projets , fes deffeins , met la Veuve au fait
de toute l'intrigue , a le plaifir de voir la
Veuve fe rendre à l'amour du Comte , &
devient elle- même l'époufe du frère de la
Veuve .
Cette Comédie a eu beaucoup de fuccès.
Le fonds en eft piquant & neuf. Il y a de
l'adreffe dins l'ufage des moyens qui font
paffer le Comte d'Elval pour Sophie aux
yeux du frère & de la four , fans qu'il en
fache rien. Les fituations dans lesquelles on
le foupçonne d'être une femme, en deviennent
plus comiques ; & la bonne foi qui dicte les
réponfes qu'il fait aux diverfes queftions
qu'on lui adreffe , en devient plus intéreffante.
La première repréfentation avoit des
longueurs qui ont difparu depuis. Leur
fuppreffion a ajouté quelque chofe au mérite
de l'Ouvrage. Le perfonnage de Sophie , qui
paroît pour expofer & ne reparoît que pour
dénouer , mérite quelques reproches ; mais
c'eft plus la faute du fujet que celle de l'Auteur.
La Pièce a été très bien jouée. Il faut
néanmoins donner des éloges particuliers à
Mme Verteuil & à M. Reymond. La première
a été gaie , fpirituelle & agréable dans
le rôle de la Veuve. Le fecond a joué le
Comte d'Elval avec une grande intelligence ,
beaucoup de vérité & d'aifance. Nous l'in
DE FRANCE. 93
viterons feulement à ne pas oublier qu'il
parle au Public , & que le premier devoir .
d'un Comédien eft de parler toujours affez
haut pour fe faire entendre , dans quelque
fituation qu'il fe trouve.
ANNONCES ET NOTICES.
P > HYTONOMATOTECNIE Univerfelle cell - 3-
dire, l'Art de donner aux Plantes des noms tirés de
leurs caractères nouveau fyftême au moyen duquel
on peut de foi - même , fans le fecours d'aucun Livre ,
nommer toutes les Plantes qui croiffent fur la furface
du Globe. Quatrième Cahier , par M. Bergeret ,
Chirurgien , Démonftrateur de, Botanique.
Cet important Ouvrage s'exécute avec le plus
grand foin. La Gravure a autant de netteté que
d'exactitude ; & les defcriptions qui accompagnent
la figure ne laiffent rien à defirer. Voici le nom des
Plantes que contient ce quatrième Cahier : Agaric
Boffette à Bride , Clavaire digitée , Sphaigne des
Marais , Bry argenté , Asperule , herbe à la Squinancie
, Véronique Germandrée , Véronique Officinale
, Viorne Laurier- Thym , Sceau de Salomon
Multiflore, Hellebore d'Hyver , Menthe Pouliot ,
Digétale pourprée . Cet Ouvrage fe diftribue tous les
deux mois par Cahiers de douze planches & vingtquatre
pages de defcription. La Soufcription pour le
papier de Hollande eft de 108 liv. par année ou
pour fix Cahiers ; cel'e du papier ordinaire , figures
coloriées , 54 liv . ; papier ordinaire , figures non coloriées
, 27 liv. On fouferit chez l'Auteur , rue d'Aotin
; Didot le jeune , quai des Auguftins ; Poiffon
Graveur , Cloître S. Honoré , cour des Enfans de
Choeur.
64
MERCURE
EUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot ; Tome II. A Paris , chez Jean-
François Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe , la
première porte cochère à droite en entrant par la
Place S. Michel.
Le fuccès de cette Édition juftifie nos éloges . Le
Volume que nous annonçons contient les Vies de
Péricles & de Fabius Maximus , d'Alcibiades & de
Coriolanus , de Paulus Emilius & de Timoléon.
T
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ruftique , fur les nouvelles découvertes les plus intereffantes
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petit format. Prix , 4 liv. 16 fols port franc par la
pofte. Le quatrième vol . qui vient de paroître , fe
vend féparément liv. 4 fols auffi port franc par la
pofte.
DE FRANCE, 95
LA Fuite à deffein , peint par H. Fragonard ,
gravé par C Macret & J. Couché. Prix , 3 liv. ; & fe
vend à Paris , chez J. Couché , Graveur , rue Saint-
Hyacinthe , la troifième porte- cochère à droite par
la Place S. Michel.
Cette jolie Eftampe eft touchée avec beaucoup de
légèreté.
La Mélomanie , Opéra- Comique en un Acte & en
vers, mêlé d'Ariettes , dédié à S. A. S. Mademoiſelle
DE CONDE , Princeffe du Sang , par M. S. Champein.
A Paris , chez Deflauriers , Marchand de Papier ,
rue S. Honoré , à côté de celle des Prouvaites ; &
aux Adreſſes ordinaires.
Cette Pièce eft du très - petit nombre de celles dont
la mufique a fait tout le fuccès fans le fecours des
paroles nous ne répérerons pas les reproches d'invraisemblance
qu'on a faits à l'intrigue , ni ceux
d'incorrection que mérite ,le ftyle. Nous ne rappelons
même ces défauts que pour mieux faire fentir
tout le mérite de la mufique qui les a fait pardonner.
Ce premier Ouvrage de M. Champein a donné de
lui les plus grandes efpérances. Il annonce du goût ,
une tête bien meublée d'excellens Ouvrages ; de la
clarté , de l'harinonie , & beaucoup d'idées agréables.
On doit diftinguer dans cet Ouvrage un air d'Élife
d'un très-bon ftyle ; un de Crifpin d'un grand effet ;
un autre de Géronte , dont l'accompagnement furtout
eft charmant ; un quinque dont l'idée eft tout
à fait heureufe. C'eft une forte d'air de bravoure
accompagné par quatre voix ; & un final dans lequel
le motif eft ramené avec beaucoup d'adreffe. Les
morceaux qui font très - bien au Théâtre ne feront
pas moins propres aux Concerts , & nous croyons
que la lecture de cet Ouvrage ne peut qu'ajouter à
fon fuccès.
LA Bergère des Alpes , Scène Lyrique , par M.
966 . MERCURE
Edelmann. Prix , 6 liv . A Paris , chez l'Auteur , rue
du Temple , près la rue Paftourelle .
Cette Scène a été exécutée deux fois , par l'Académie
Royale de Mufique , aux Concerts donnés aux
Tuileries lors du dernier incendie , & a paru faire
plaifir.
NUMEROS 109 & 110 du Journal d'Ariettes
Italiennes , dédié à la Reine. A Paris , chez Bailleux ,
Marchand de Mufique de la Famille Royale , rue
S. Honoré , près celle de la Lingerie , à la Regle d'or.
Ces deux Numéros contiennent un rondeau agréable
del Signor Bianchi , Maître de Chapelle de Naples
, qui n'eft pas le même que celui dont on connoît
quelques Ouvrages François , & un fort joli air
de Sarri , celui des Compofiteurs dans le genre féricux
qui réulit le plus maintenant en Italie . Ce
Journal le continne avec une exactitude qui affure
de plus en plus fon fuccès.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
INSCRIPTION ,
TABLE.
49
Versen Réponse àune Lettres
Bon Mot,
éirangers
Annales Poétiques.
52 Traité d'Architetture ,
66
71
75
ufiq. 79
Euvre de Cicéron ,
54 Comédie Françoise ,
55 Comédie Italienne ,
85
Stances imitées de Gefner , 2 Traité du Scrophules ,
Charade, Enigme & Logogry - Aca émie Roy. de
pře
Efais Philofophiques fur les Annonces & Notices ,
meurs de divers Animaux
J'AI
AP PROBATION.
93
Ilu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 9 Août. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris ,
kes Août 1783. GUIDL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 AOUT 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
TABLE AU des Amuſemens Naturels.
C'EST au hameau , loin d'un luxe impofteur ,
Et dans le fein de l'heureufe innocence ,
C'eft dans le coeur de la naïve enfance
Que du plaifir il faut chercher la fleur.
Nous pourfuivons fans ceffe le bonheur ,
Il eft en nous lorfque notre âme eft pure :
Pour le trouver , la route la plus sûre
Eft de rentrer au fond de notre coeur ,
Et de marcher plus près de la Nature.
Ah ! fi le ciel , propice à mes defirs ,
Un jour enfin prend pitié de ma peine ;
Si , pour tout bien m'accordant des loiſirs ,
La liberté daigne brifer ma chaîne ,
Omes amis ! Dieux ! avec quelle ardeur
N°. 33 , 16 Août 1783.
E
98
MERCURE
Je volerai dans un champêtre afyle !
Vous me verrez Philofophe tranquille ,
Et déformais difciple agriculteur ,
Greffant mes fruits , cueillant la violette ,
Ravi du chant de la fimple fauvette ,
Et de mes goûts confervant la candeur ,
Réalifer au fond de ma retraite
De l'âge d'or l'antique & douce erreur
Que tout mortel ou defire ou regrette,
Paifible enfin après avoir payé
En citoyen mon honorable dette ;
Après avoir vingt ans facrifié

Au bien public ma volonté fecrette ,
Loin des humains , heureux d'être oublié,
Je pafferai , fous de rians ombrages ,
Entre les bras de la tendre Amitié ,
Le ſoir d'un jour troublé par tant d'orages !
POUR conferver ma fenfibilité ,
Jufqu'au tombeau craignant l'indifférence ,
On me verra , vieillard plein de gaîté ,
Reprendre encor les hochets de l'enfance ,
Et me mêler à la folâtre danfe ,
Aux doux ébats de cet âge enchanté :
Les triftes jeux de la cupidité
Ne valent pas ces jeux de l'innocence,
CESSONS Ce rêve , & prenons le pinceau
Des deux Teniers , de l'Albane ou d'Apelle ,
DE 99
FRANCE
De cette joie aimable & naturelle ,
Et telle enfin qu'elle brille au hameau ,
Je vais tracer l'image en ce tableau;
Puife-t'il plaire autant qu'il eft fidèle !
N'attendez pas cependant un fajet
Nouveau , piquant , où l'efprit étincelle ;
Ma Mufe eft fimple, & mon vers doux comme elle,
Du fentiment tient tout fon intérêt.
J'AVOIS joué très -gros jeu chez Zelmire ,
J'avois perdu , j'en étois confterné ,
Et je fuyois cet air empoisonné
Que le joueur & corrompt & refpire :
Loin de la ville & des triftes dégoûts
Je m'exilois ; mon âme étoit flétrie......
Quand tout-à-coup une vafte prairie ,
Où les Plaifirs s'étoient raffemblés tous ,
Eu fufpendant ma fombre rêverie
Me pénétra de fentimens plus doux.
Elle touchoit au plus gai des villages :
Sous l'abri vert & les épais branchages
D'un orme iminenfe , au fon d'un fifre aigu ,
Qu'accompagnoit la mufette ruftique ,
Parmi les jeux de l'alégreffe antique ,
On célébroît l'Hymen de la Vertu.
Grands & petits que le plaifir raffemble ,
Sages & fols , enfans jeunes & vieux ,
Habit paré de rubans verts ou bleus ,
Bouquet en main , danfoient mêlés ensemble.
E ij
100 MERCURE
Je m'informai : le Seigneur du canton
Me diftingua , me pria de la fête.
Il marioit la gentille Marton .
Marton la fage , & belle autant qu'honnête ,
Charmante enfant , brunette faite au tour ,
Que , radieux & d'un air de conquête ,
Menoient au bal fon Époux & l'Amour.
Heureux moment ! fes jalouſes rivales ,
Ah! parlons mieux , la voix de fes égales
La proclamoit la Rofière du jour.
Ovolupté pour l'âme de fon père !
Je vis les pleurs , le bonheur de fa mère ;
D'Amour enfin je vis l'ancienne Cour.
Pour partager la publique alégreffe ,
Je contemplois , je parcourois fans ceffe
Sans me laffer tous ces groupes épars ;
Mes yeux rouloient des larmes de tendreffe ,
Et mon plaifir fe changeant en ivreſſe ,
Sur le bonheur j'arrêtois mes regards ,
Sur le bonheur que promettent nos Arts ,
Et qu'au village a fixé la fageffe.
Heureux enfans de ce fimple hameau !
Tant de gaîté régnoit fur vos rivages ,
Et j'éprouvois un tranfport fi nouveau ;
Tant de bonté brilloit fur vos vilages ,
Que tout le monde enfin me parut beau.
JE renaiffois : oh ! quelle différence
Entre ces jeux & ceux que je quitteis !
DE FRANCE. IOI
L'Humanité , la tendre Bienfaisance
De cette fête ayant fait tous les frais ,
Y préfidoient; douce Reconnoiffance !
Rare vertu ! c'est toi qui triomphois.
MAIS le vent fiffle & le tonnerre gronde ,
Et tout- à -coup , dans ce riant féjour ,
L'affreufe nuit , fon épaiffeur profonde ,
Vient éclipfer l'aftre éclatant du jour .
Un lourd nuage étend fes aîles fombres ,
S'abaiffe , fond , & le feu des éclairs
En longs ferpens échappés dans les airs ,
Accroît encor la trifte horreur des ombres.
Vers le hameau chacun court , chacun fuit ,
J'y cours en hâte , & je me réfugie
Dans une ferme au même inftant remplie
De cent enfans s'y jetant à grand bruit.
De chaque éclair la lumière foudaine
Me les offroit dans la frayeur plongés ;
La foudre éclate..... Autour de moi rangés ,
Pâles , tremblans , ils refpirent à peine.
Pauvres enfans ! qu'ils étoient affligés !
Ils fanglottoient , ils perdoient l'efpérance
De couronner ce beau jour par des jeux ;
Des jeux manqués font le deuil de l'enfance.
Je confolois les plus chagrins d'entre- eux ;
Je leur difois : donnez- vous patience ,
Mes bons amis ! attendez un inftant ;
Oui , le foleil paroîtra plus brillant :
1
E iij
102 MERCURE
Voyez-vous pas fe calmer la tempête ?
O beau foleil ! tu caches tes rayons ;
Quoi ! d'aujourd'hui nous ne te reverrons ,
S'écrioient- ils , & demain plus de fêre !
-
Tenez , voyez comme il dore le faîte
Et du clocher & de la grande tour !
Voyez briller dans les cieux l'arc immenfe ,
Qui , du beau temps annonce le retour !
Voici venir le grand flambeau du jour !
Il refplendit...... Célébrons ſa préſence !
Le voyez-vous ? Quelle réjouiflance !
Avec le jour naît l'efpoir du plaifir.
Eh ! quel plaifir ! celui de l'innocence !
Je vois enfin tous les fronts s'éclaircir ;
Et mes enfans , à leurs tranfports en profe ,
En s'écriant : le voilà , le voilà !
-
Le falsoient d'un cri , d'un cri de joie ,
Qui dans mon coeur long- temps retentira.
LA troupe vole , & les jeux recommencent :
Dans le préau le fignal eft donné ,
Le drapeau flotte au vent abandonné ;
Les tambourins & les hautbois s'avancent;
L'Hymen les fuit de roles couronné;
L'enfance joue & les Bergères danſent
Jufqu'à la fin de ce jour fortuné ,
Four mon bonheur , jour trop tôt terminé !....
LE vrai plaifir, le voilà , m'écriai - je !
DE 103 FRANCE.
Il fe prépare , il s'accomplit ainfi.
Les Jeux , les Ris compofent fon cortège ;
Il fuit la ville , il n'habite qu'ici .
Duffaulx ( 1 ) l'a peint comme eût fait le Corrége ,
Et mon crayon l'efquiffe d'après lui ....
RAPIDES ans ; & toi , froide vieillefle ,
Par qui déjà mes traits fent fillonnés !
Dans le tombeau , puifque vous m'entraînez
D'un bras de fer qui me pouffe & me preffe ,
Areculons (2 ) j'y veux marcher fans ceffe :
Ainfi du moins mes yeux feront tournés
Vers les plaifirs de ma belle jeuneffe .
( Par M. Bérenger. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Poiffon ; celui
de l'Enigme eft Baifer ; celui du Logogryphe
eft Dauphin , où l'on trouvent Pau ( ville ) ,
pain , pin ( arbre ) , Pan ( Dieu des bois ) ,
ah ! & du.
( 1 ) Ce Conte est tiré d'un Chapitre de M. Duffaulx ; De la
Paffion du Jeu , Partie II.
(2) Mot de Montaigne.
E iv
104 MERCURE
D'UN
CHARADE.
' UN grand arbre au plurier , mon premier eft
te nom ;
En écoutant l'écho , ta connois mon fecond ;
Pilote de l'État , mon tout veille au timen.
( Par M. L...y , R. D. G. )
ENIGM E.
DANs l'énigme du Sphinx , c'eft moi qui , fur le
foir ,
Soutiens cet animal que les ans feroient cheoir.
On voit dans mes cinq pieds la compagne volage
D'un oiſeau tour-à - tour domeftique ou fauvage ;
Ces champs où Proferpine , hélas ! cueilloit des fleurs
Quand un Dieu la ravit à fes Nymphes en pleurs ;
Une foeur de Didon ; bref, un titre cauftique ,
Et qu'on ne peut donner au Devin qui m'explique.
(Par M. Bl...., d' Arras . )
LOGO GRYPHE.
SANS ceffe l'on me bat fans que je fois coupable ; Α
A l'un je fuis nuifible , à l'autre favorable .
Dans mes cinq pieds , Lecteur , tu peux fort aisément
Trouver de Cupidon le fatal ornement ;
DE FRANCE.
105
Une note en mufique ; une petite ville
Que renferme un pays en bons vins très-fertile ;
Ce qui d'un bon cheval peut en faire un mauvais ;
De plus , un animal. Tout eft dit , je me tais .
( Par M. Berthier , Officier au Rég. de Picardie. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
L'AGRICULTURE , Poëme , dédié au Roi ,
par M. Roffet. Seconde Partie. A Paris,
de l'Imprimerie Royale.
L'HONNEUR d'avoir été imprimé au Louvre ,
aux frais du Roi , eft pour ce Poëme une diftinction
d'autant plus flatteufe , qu'elle eft
plus rare. Le Télémaque , la Henriade , l'EC
prit des Loix ne l'ont pas obtenue encore ..
M. Roffer nous dit dans fa Préface , que
Louis XV regardoit ce premier Poëme Géorgique
, dans notre langue , comme un Ouvrage
National , & qu'il voulut que la France le
dût àfa bienfaifance. Si telle fut l'opinion &
l'intention du feu Roi , c'eft le plus glorieux
de tous les éloges .
Un Ouvrage National eft celui qu'une
Nation adopte comme une production qui
porte le caractère de fon génie , comme an
monument de fa gloire , ou comme un objet
d'inftruction , d'agrément ou d'utilité ,
fpécialement fait pour elle ; & auquel de
Ev
106
MERCURE
ces titres que l'impreffion d'un Livre foit re
gardée comme un bienfait public , ce ne
peut être qu'un Ouvrage d'un mérite trèsdiftingué.
Le mérite d'un Poëme didactique eft en
raifon de fon utilité & de fon agrément : ces
deux mérites fe fuppléent de manière que
plus l'Ouvrage eft agréable , plus il fera difpenfé
d'être utile , & que plus il a d'importance
, moins il a befoin d'ornemens.
Virgile , en traitant du premier & du plus
précieux de tous les Arts , n'a pourtant pas
laiffé de réunir ces deux mérites au plus haut
degré, & fans avoir rien négligé pour être
exact , clair , méthodique du côté de l'inf
ruction , il s'eft rendu inimitable du côté de
la poéfie. Vanière , dans fon Poëme de la
Maifon Rafique , s'eft impofé , felon fes
moyens , la même tâche que Virgile ; & quoi
qu'en dife M. de Roffet, fon Ouvrage, quine
contient que fon fujet , mais qui l'embraffe ,
eft en même temps un Poëme très agréable ,
un traité auf inftructif que peut l'être un
Ouvrage en vers. Boileau , dans fon Art
Poétique , M. de Saint- Lambert , dans fon ..
Poëme des Saifons , M. l'Abbé de Lille ,
dans celui des Jardins , n'ayant pas un fujet
de cette première importance , ont redoublé
d'efforts pour y répandre tous les charmes
du coloris , de l'harmonie , de l'élocu
tion poétique ; pour varier , pour animer ,
par la vivacité des tours , des mouvemens &
des peintures , ce genre de poéfie naturel,
DE FRANCE. 107
lement froid , languiffant , monotone ; enfin
pour donner à leurs vers cet attrait qui les
fait relire avec un intérêt inépuifable & rou
jours nouveau .
M. de Roffet , dans ce Poëme de l'Agriculture
, préoccupé de la bonté du fonds , femble
avoir dédaigné d'en embellir les formes ,
& fur- tout de les varier. La facilité , l'élégance
, le naturel , la correction même s'y
font defirer trop fouvent , & c'est dommage ;
car une multitude de légères imperfections
font perdre à un Ouvrage de fon utilité , en
lui ôtant de fon attrait.
La première Partie de ce Poëme eft connuc
& mife à la place ; nous allons donner
une idée de la feconde avec tous les égards
que mérite le talent de M. de Roffet ; mais
auffi avec tout le refpect que nous devons à
la vérité.
Dans cette feconde Partie , le premier
Chant traite des plantes & des potagers ; le
fecond des étangs & des viviers ; le troiſième
des bofquets & des jardins.
Virgile,avoit raifon de regarder le potager
, le verger , les bofquets , les jardins
même d'agrément , comme attenants au fujet
des Georgiques ; & s'il ne les y a pas
compris , ce n'eft pas qu'il y vît plus de difficultés
qu'au détail des travaux ruftiques
qu'il avoit eu l'art d'ennoblir ; mais fatigué
d'une longue courfe , il étoit preffe d'arriver
au port.
E v}
108 MERCURE
Extremo ni jam fubfine laborum
Vela traham, & terris feftinem advertere proram.
Vanière a eu raifon de même d'étendre le .
domaine de fa Maifon Ruftique jufqu'aux
étangs , & d'y comprendre les pigeons &
les oifeaux de baffe- cour ; tout cela contribue
ou à la richeffe , ou aux délices de la
campagne; tour cela exige les foins de l'homme
, & une induftrie que le Poëte peut éclairer
ou encourager. Enfin, tous ces objets liés
par la Nature, forment un enfemble complet;
& je n'y vois point, comme M. de Roffet , que
chaque Livre faffe un Poëme particulier &
fans liaifon de l'un à l'autre , le fonds , le
fermier , le bétail , les troupeaux , tout cela
fe tient.
Mais quelle idée a eu M. de Roffer luimême
, de joindre à un fujet fi vafte & fi
fécond , un fujet d'une immenfité plus effrayante
encore , & qu'il pouvoit à peine
effleurer , entamer, la Botanique univerfelle ?
A quel propos l'ipécacuanha , la rhubarbe ,
le ginfeng , les mouffes de Laponie , la manne ,
le quinquina , viennent- ils le mêler aux plantes
cultivées dans nos champs & dans nos
jardins ?
L'excufe feroit dans la manière heureufe
dont le Poëte auroit décrit ou défini ces végétaux,
dans les notions diftinctes qu'il donneroit
de leurs vertus , poétiquement développées
, dans la richeffe & la beauté des déDE
FRANCE. 109
tails qu'auroient produit ces analyſes ; mais
pour nous dire :
L'aloës vient d'Afrique ,
Le féné d'Orient , le tabac d'Amérique .
Pour nous apprendre que la manne diftille
des fiênes de Calabre ; que la rhubarbe nous
vient de l'Amérique ou de la Chine ; que le
quinquina eft l'écorce d'une racine du Pérou
; & à- propos du quinquina , pour nous
décrire ainfi la fièvre :
Le quinquina détruit , utile à divers maux >
La fièvre , qui toujours marche à pas inégaux.
Frappé d'un froid foudain , d'abord l'homme s'étonne ;
Il en eft pénétré , frémit , tremble , friffonne .
Tout le corps eft pefant , la tête s'étourdit ;
Un feu brûlant fuccède au froid qui l'engourdit.
C'eft alors que , portant l'incendie & la flamme ,
La fièvre dans fon cours émeut le corps & l'âme .
En vérité , ce n'étoit pas la peine de toucher
à la Botanique.
Le Poëte avoit d'abord pofé en thèſe , que
dans tous les climats , la Nature a placé le
remède à côté du mal ; & cette fage économie
, bien démontrée , auroit feule mérité
au Poëme les honneurs de limpreflion au
Louvre ; mais pour fonder cette opinion fi
confolante , il eût fallu au moins indiquer
les fpécifiques des différens climats , ne pas
omettre tous les fimples dont la Nature nous
a pourvus ; enfin , ne pas nous cnvoyer au
110 MERCURE
bout du monde chercher des purgatifs , des
calmans & des fébrifuges. On diroit que M.
de Roffet n'a jugé digne de fon attention que
ce qui nous venoit de loin.
A la fin cependant , fe ramenant à fon fujet,
il veut bien jeter un coup d'oeil fur quelques
plantes qui fe cultivent dans nos champs .
telles que la garence , le paftel , le chanvre
& le lin; mais il n'en dit qu'un mot , & c'eft
au fafran qu'il s'attache. Ce morceau n'ap
prend rien , mais il eft plus facilement &
mieux écrit que tout ce qui précède.
Paffons au potager , où le Poëte préfume
que Virgile n'ofoit entrer , & où lui même
il entre fur les pas de Vanière avec une
pleine affurance . Je dis fur les pas de Vanière
, car il daigne le copier dans un grand
nombre de détails ; il en convient lui même.
" Le Père Vanière , dit- il dans fa Préface ,
" eft le feul qui ait traité en vers les légu
» mes & les étangs ; ce dernier Ouvrage
» eft fon premier Poëme. Malgré les correc-
» tions qu'il y a faites , il eft aifé de s'apper-
» ćevoir de la négligence qui y règne. Il y a
cependant des détails bien faits dont j'ai
tâché de profiter. » Il a tâché de profiter
auffi des détails du Livre des Légumes. Ft
loin de lui faire un reproche d'avoir prefque
fans ceffe imité Vanière , on eft fouvent
fâché qu'il ne l'ait pas fidèlement traduit. Il
eût éré à fochaiter fur tout qu'il eût pris fa
méthode , & cetre marche facile & fimple
dont Vanière fuit fon objet.
"3
ود و د
DE FRANCE. TYT
L'emplacement du potager , les deux
moyens de l'abreuver , les deux manières de
l'enclore , celle d'en divifer le fol , les inftrumens
du jardinage , les différentes efpèces
de plantes potagères , le temps de les
fémer , le lieu qui leur convient ; l'art inventé
par la Quintinie, de leur faire un prine
temps ou un été perpétuel ; l'heure où l'on
doit les arrofer , felon la différence des faifons
, & dans ces temps divers , les faces variées
que préfente le potager ; les animaux
qui le ravagent , & les moyens de les détruire
; la culture des plantes , commune à
toutes , propre à chacune ; enfin les avantages
du potager fur les autres jardins , &
l'heureufe condition de fon cultivateur :
Voilà ce qui s'appelle un plan régulier &
complet , & tel eft le plan de Vanière. M. de
Roffet ne s'en eft fait aucun : il a tout jeté
négligemment , fans ordre , fans deffein ; ce
qu'il dit d'une plante , & puis d'une autre ,
& puis d'une autre encore , ne tient à rien ,
ne mène à rien ; & dans ce Chant de fon
Poëme , le commencement , le milieu , la
fin pourroient changer de place , fans qu'il y
eût rien de dérangé.
La difficulté de ce fujet ingrat tenoit à
l'exiguité des détails & à la petiteffe avilie
des objets qu'il falloit nominer & ennoblir,
Or , l'objet le plus bas peut s'ennoblit , ou
par une épithète qui le relève & le décore ,
ou par une alliance d'idées acceffoires qui le
couvrent de leur éclat; mais lorfque la diffi
1
112 MERCURE
culté fe renouvelle à chaque vers , ou plutôt
à chaque hémiſtiche , on fe laffe , on épuife
même les moyens de parer le ſtyle ; & impatient
d'avancer , on fait des vers techniques
, comme en a fait Vanière ; ou bien l'on
paffe fous filence une foule d'objets que le
fujet préfente : c'eft le parti qu'a pris M.
de Roffet.
Il faut avouer cependant que Vanière a ſu
corriger la féchereffe de fa nomenclature par
des morceaux de poéfie qu'on ne retrouve
pas dans le Poëte François. Celui- ci , comme
je l'ai dit , va fans deffein d'une plante à
l'autre.
Humble , & fans s'élever fur fa tige rampante ,
La courge entre les fleurs fur la terre. ferpente ......
La fraife parfumée , amante des forêts ,
Groffit dans nos jardins , & veut l'ombre & le frais .
La chaleur la mûrit , mais toujours elle exige
Que d'abondantes eaux raffraichiffent fa tige.
Fille du Mont-Ida , la framboife , fa foeur ,
Plus diftinguée encore par fa divine odeur ,
Aime le frais comme elle , & naît plus parfumée
Si le foleil y joint fa chaleur enflammée.
Paris dans fes jardins voit naître les pois verds,
Favoris du printemps , ennemis des hivers .
Telle eft la marche de M. de Roffet , telle eft
fa poéfie ; & fi l'on veut en juger par comparaifon
avec le ftyle de Vanière , voici de
DE FRANCE.
113
l'une & de l'autre main , la defcription de la
même plante.
On voit le chou , vainqueur des frimats , des hivers,
Couvrir tout le jardin de fes feuillages verds ;
On voit croître celui dont la fleur délicate
Eſt ſemblable à l'ivoire , & dont le goût nous flatte ;
L'un que fon poids rend humble en pomme s'arrondit ;
L'autre , tel qu'un Cyprès , croît , s'élance & grandit.
(
Quid memorem quantú fe jadet Braffica laude ;
Sive volubilibus redit in fe frondibus , orbefque
Orbibus agglomerans capitis fub mole laborat ;
Tornatofimiles ebori feu candida flores
Ediderit; feu coffiferas imitata cupreffos ,
Seque fuas plicat in frondes , & acumen in album
Definit , ac tenui venit haud in gloria menfe ;
Sivé , hieme in media , cum catera frigore torpent ,
Lata viret , boreamque tracem , caurofque malignos
Defpiciens , vacuis ultrò dominatur in hortis.
L'inégalité des deux langues fe fait peutêtre
ici fentir plus que celle des deux talens ;
mais malgré l'extrême avantage du Poëte
Latin , je le répète encore , M. de Roffet ne
pouvoit que gagner à l'imiter encore plus
fouvent.
J'aurois voulu qu'au lieu de fes petites
excurfions fur la Fable de Garo & de la citrouille
, fur la piqûre de la tarentule , fur
la rave de Louis XI , fur le fcorbut , &c.
qui ne font pas d'un goût exquis , il nous eût
114 MERCURE
rendu ces réflexions fur l'antique frugalité ,
que le luxe a bannie de nos tables :
Quas epulas tantùm , lectos & ab arbore fructus
Prifea patrum novat virtus atque aurea frugi
Simplicitas , &c.
J'aurois voulu que dans cet épilogue , que
je crois devoir abreger:.
Heureux qui , loin du fafte , aux plantes qu'il cultive ,
Confacre de fes jours la courfe fugitive !
Il jouit de leurs dons : ſobre dans ſes repas ,
Il ne prend que des fruits fimples & délicats.....
Il vieillit lentement. Quand la mort , qui l'oublic ,
Semble à regret enfin lui demander la vie ,
Un paisible fommeil appefantit fes yeux ,
Et le rejoint tranquille au ſein de ſes ayeux.
il eût employé à peindre cette condition &
digne d'envie , & fi peu enviée, les traits touchans
& moins ufés que lui offroit ici fon
modèle.
Felices hominum curas , quas inter iniquo
Non fceleri, non invidia locus ! unus & horte
Et defideriis eft terminus ; una ferarum
Furta timent : vicinus , amans virtutis & aqui ,
Incuftoditumformidine liberat agrum.
At neque tranquillos amor infatiabilis auri
Sollicitat : lucrantur opes , partifque fruuntur ;
Sola relinquentes pueris haredia , raftros ,
Jugerapauca , domum luteam , cultumquefupremi
Numinis , & fandos mores , ftudiumque laboris.
DE FRANCE.
11f
Voyons le fecond Chant , fur les étangs
& les rivières. Celui ci eft prefque d'un
bout à l'autre , une imitation du quinzième
Livre du Poëme de Vanière , aux digreflions
près , qui , dans Vanière , font des métamor
phofes allez puériles , & qui dans le Poëme
de M. de Roffer , font des hors d'oeuvre affez
mal enchâffés , comme la porcelaine , les
canardières , le canal du Languedoc, l'aquéduc
de Montpellier , tous épiſodes dont le Poëte
auroit pu fe paffer fans que le Poëme y eût
rien perdu.
Voici donc le plan de Vanière ,
Étangs donnés par la Nature ; étangs arti
ficiels ; accident des digues rompues , à prévoir
en les conftruifant ; retraites à ménager
pour le poiffon parmi des rochers ou à l'om
brage ; foffés remplis d'eau vive à l'entour
des châteaux , & les moyens d'y nourrir le
poiffon ; peuplement des étangs , & pour
cela pêche dans les rivières ; précautions dans
le tranfport du poiffon qu'on aura pêché ;
différence dans les efpèces relativement aux
étangs ; poiffons qui aiment l'eau dormante ;
peiffons qui veulent de l'eau vive ; la carpe
dans l'une & dans l'autre ; fa prudence pour
fe fauver; fa longue vie ; le brochet , fa vo-1
racité ; la truite , les moyens de lui rendre
l'étang agréable ; guerre des poiffons ; animaux
funeftes aux étangs , & fingulièrement
la loutre ; cannes & joncs qu'il faut enlever
des étangs avec leur racine , au lieu de les
couper attention à nourrir les poiffons ,
1
116 MERCURE
nourriture qui leur convient ; pêche au
poiffon pernicieufe ; grande pêche ; petite
pêche à la lumière & à la ligne.
Tels font , article par article , dans un ordre
moins régulier , les matériaux dont M.
de Roffet a formé l'édifice du nouveau Chant
de fon Poëme. Mais il n'a fait que prouver
combien il eft difficile de traduire en François
les Poëtes même qui , dans la langue de
Virgile , ne l'ont imité que de loin.
Si l'on veut voir avec quelle affiduité M. de
Roffer a fuivi les traces de Vanière dans prefque
tous les détails de ce Livre , qu'on fe
donne la peine de rapprocher tous les endroits
correfpondans , & fingulièrement les
deux defcriptions de la carpe.
Dans le troifième Chant , fur les bofquets
& les jardins , M. Roffet avoit un rival plus
redoutable que Vanière , je ne dis pas dans
le P. Rapin , que peu de perfonnes lifent ,
mis dans M. l'Abbé de Lille , que tout le
monde a fous les yeux . Il paroît cependant
ne s'en être pas inquiété. « Si j'ai différé dé
les publier ( dit - il dans fa Préface , en
parlant de fes nouveaux Chants ) c'eft
» que j'ai voulu auparavant connoître quel-
» ques ouvrages affez reffemblans aux miens ,
» qui ont paru ; mais leur fort n'a rien changé
à mon projet. »
59
59
39
ور
Cette affurance eft toujours louable lorfque
le talent la foutient. Mais pour ofer
écrire fur les jardins après M. l'Abbé de
Lille , il ne fuffit pas d'un grand courage ,
DE FRANCE.
117
il faut de grandes forces . Il ne fuffit pas ,
pour l'égaler , de favoir dire en vers que
dans les bofquets ,
Les chênes , les ormeaux , les hêtres , les tilleuls ,
Arbres majestueux , ne règneront pas feuls.
De nous preſcrire d'y placer
De jeunes arbriffeaux dont les tiges égales
Ouvriront à nos pas de tortueux dédales ,
La charmille , le houx , l'érable , &c.
De nous apprendre que nous avons encore
à y planter ,
Le frêne , le peuplier , l'olivier , le fapin,
Le faule , le noyer , le châtaigner , le piu.
Et d'ajouter :
Pour répondre à vos voeux , cont arbustes faciles
Servent à vos defirs , également dociles .
Il ne fuffit pas même de peindre ainfi le
frais ombrage des bofquets de charmille :
Son bois fe courbe en ceintre , il ſe façonne en murs
Vers un fentier oblique & des détours obfcurs ,
Où des ombrages frais appellent le Zéphyre ;
Il y vole , il s'y joue , & l'air qu'on y reſpire
Donne dans les chaleurs , fous ces rameaux épais ,
La fraîcheur du printemps , le filence & la paix.
3
Ces vers font bien faits , il n'y a rien à
dire. Mais M. de Roffet n'a - t'il pas vû qu'il
avoit pour rival un Poëte , un Magicien qui
118 MERCURE
anime tout , qui embellit tout , qui fuit les
préceptes qu'il donne , lorfqu'il vous dit :
Soyez Peintre .Les champs , leurs nuances fans nombre,
Les jets de la lumière & les maffes de l'ombre ,
tour-à-tour
Les heures , les faifons , variant tour- à-
Le cercle de l'année & le cercle du jour ,
Et des prés émaillés les riches broderies ,
Et des rians coteaux les vertes draperies ,
Les arbres , les rochers , & les eaux & les fleurs ,
Ce font là vos pinceaux , vos toiles , vos couleurs...,
Sur-tout du mouvement. Sans lui , fans fa magie ,
L'efprit défoccupé retombe en léthargie ;
Sans lui fur vos champs froids mon ail gliffe au
hafard.
Taillez vos arbres , nous dit M. de Roffet.
M. de Roffet n'a t'il pas vû combien il
étoit dangereux de parler des arbres après
ce qu'en avoit dit M. l'Abbé de Lille ?
N'a - t'il pas fenti qu'avec les vers les mieux
taillés , on ne tient point contre la fierté
libre & la fouple mobilité d'une ſemblable :
poélie ? Ne s'eft il pas apperçu lui - même.
que tandis qu'il alloit s'enfermer dans le
moins magnifique des bofquets de Verſailles,
pour le donner la peine d'y faire les vers que
voici , fur les Fables d'Efope qu'on y a repréfentées
:
Juge entre deux pervers , le finge plein de rufe ,
Eroit le renard voleur qu'à tort le loup accufes
DE FRANCE. 119
7 D'un plumage étranger le fier geai rvêtu ,
Dépouillé par les paons , par les fins ft battu ;
Loué par le renard , le corbeau plein de joie ,
Pour lui montrer la voix abandonne fa proic.
M. l'Abbé de Lille nous tranfportoit dans .
ces même jardins , en no is difint , comme
un véritable enchanteur qu'il eft :
Venez ,fuivez mon yol au pays des prodiges , & c.
M.de Roffet s'eft chargé de la nomenclature
des arbres dont le parent les differentes fai
fons de l'année ; & de leurs noms il compofe
des vers :
Au fouffle du zéphyr , aux premières chaleurs ,
D'autres vont fe couvrir de feuilles & de fleurs.
Le gainier de Judée , & l'orme & la merife,
Le cifte , le rofier , l'épine , le cyrife.
Que le myrte y feroit un charmant arbriffeau !
Vous y pouvez du moins élever le fureau .
Mais eft ce là de la poéfie ? M. l'Abbé de
Lille nomme auffi quelquefois , mais comment
? Voyez , dit- il , au milieu de l'hiver ,
Voyez l'if & le lierre & le pin réfineux ,
Le houx luifant , armé de fes dards épineux ,
Er du laurier divin l'immortelle verdure ,
Dédommager la terre & venger la Nature.
Ce n'eft pas avec des notions vulgaires
de froides énumérations , des defcriptions
inanimées , qu'on fait un Poëme intéreflant,
120 MERCURE
L'attrait , l'utilité , le charme du Poëne didaétique
confifte , non pas à nous offrir des
idées nouvelles , ce feroit trop exiger du
Poëte ; mais à choisir parmi nos perceptions
fugitives ou parmi les obfervations réfléchies
des gens inftruits , celles qui , peintes des
couleurs de l'éloquence poétique, peuvent fe
changer en préceptes lumineux & féconds ,
frapper l'intelligence par leur jufteſſe & leur
clarté , l'imagination par des tableaux d'un
coloris naturel & brillant , la mémoire par
l'impreffion du nombre & de la cadence des
vers ; & après avoir choifi ces idées intéreffantes
, le premier procédé de l'art eft de
les difpofer , de les affortir , de les lier enfemble
, de manière que la leçon amène
l'exemple , l'exemple la leçon , & que tous
les détails du Poëme ne forment qu'un fyftême
régulier & fuivi. Alors fi le génie fe faifit
du fujet , il femble le couver & le féconder
fous fes aîles ; & tout ce qu'il lui fait produire
eft animé de fa chaleur.
Mais au contraire , fi le talent de rendre
l'inftruction attrayante vient à manquer , le
refte eft peu de chofe ; l'agrément , le plaifir
compenfent tout , & rien ne les compenfe.
Les hommes veulent bien s'inftruire , mais
ne veulent pas s'ennuyer.
Les épiſodes font une reffource pour orner
un fujet ftérile ; mais celui ci ne l'étoit
pas , & il me femble que M. de Roffet s'en eft
un peu trop défié. A peine a t'il donné cinquante
vers à la plantation des bofquets ,
qu'il
r
DE FRANCE. 121
qu'il en emploie quarante à fe plaindre que
l'on néglige les abeilles pour cultiver le ver
à foie ; & cette digreffion fe termine à fouhaiter
que tout le monde puiffe brûler de la
bougie.
Virgile n'avoit qu'une lampe , & fes vers
ne fentent pas l'huile.
L'aventure du beau Tircis & de fon luth ,
qui fait mourir un roffignol , ne tient guères
mieux au fujet , & ne laiffe pas d'y occuper
une place confidérable .
La defcription des jardins Chinois eft ce
qu'il y a de mieux dans ce dernier Chant.
Dans ces climats heureux , peuplés de tant de fages ,
S'offrent de tous côtés de vaftes héritages ;
Ils enferrent des lacs , des ruiffeaux , des vallons ,
Des forêts , des rochers , des antres & des monts ,
La Nature champêtre y règne en Souveraine ;
L'art y joint des palais , des toits de porcelaine,
Des cabanes , des ponts : la ferme a fes oifeaux ,
La vigne fes raifins , & les prés des troupeaux.
Le maître induſtrieux fait fon unique étude
De former un jardin , d'orner fa folitude.
Tout contraſte eft reçu , tout ordre eft rejeté ,
Tout y reçoit fon prix de fa variété.
Ce n'eft point-là , fans doute , un modèle
de poéfie ; mais l'objet s'y préſente affez nettement
à la penfée ; & s'il n'eft pas vivement
peint , au moins n'eft- il pas dégradé. La
peinture des Tuileries ne me paroît pas auffi
No. 33 2 16 Août 1783. F
122 MERCURE
digne ; & il auroit été facile à M. de Roffet
d'en faire un plus majestueux tableau.
Quelle foule innombrable y naît de toutes parts !
Les grâces , les attraits attirent les regards.
Plus fouvent on y voit le profond politique
Vouloir régler l'État fur un ton defpotique.
Quel bruit confus me frappe en un cercle arrêté !
Un Conteur ennuyeux parle à l'oifiveté .
On en chaffe le vice , & cette troupe impure
Des Phrynés , des Laïs , horreur de la Nature ,
Dont les yeux féducteurs & les foibles appas ,
Propofent des plaifirs qu'ils ne partagent pas.
L'on pardonne à l'ennui , l'on punit l'indécence.
L'homme frivole y parle , & l'homme grave y penſe.
La fymétrie & l'art , l'ordre & la majeſté ,
Des arbres , des bofquets font toute la beauté
Mais malgré tant d'éclat , malgré tant de nobleffe ,
Ce féjour enchanteur infpire la trifteffe.
M. l'Abbé de Lille penfoit auffi aux Tuileries
lorfqu'il a fait grâce aux jardins réguliers
, dont celui ci eft le plus beau modèle;
mais il en a parlé différemment.
Les Rois font condamnés à la magnificence , & c.
J'en ai dit affez pour donner une idée de
cette feconde Partie du Poëme de M. de Roffet.
Une critique fur les détails du ftyle auroit
été longue & inutile aux progrès de l'art.
Les incorrections , les inexactitudes , les
manque de liaiſon & de rapport dans les
DE FRANCE. 123
idées , les vers profaïques ou mal conftruits
frappent tous les Lecteurs . Ce que j'ai dû &
voulu faire entendre , c'eft qu'en écrivant
d'après un homme de goût & de talent
comme Vanière , il falloit faire plus d'efforts
pour approcher de fon modèle ; & qu'à
inoins de fe fentir un génie très rare , il ne
falloit pas toucher à un fujet que M. l'Abbé.
de Lille avoit fi ingénieufement & fi magnifiquement
traité.
GENEVIEVE DE CORNOU AILLES & le
Damoifel fans nom , roman de Chevalerie
inféré dans le fecond Volume de Janvier
1753 , de la Bibliothèque des Romans;
par M. de Mayer.
LA Bibliothèque des Romans a ranimé
depuis quelques années le genie romancier
affoupi quelquefois , jamais éteint , chez la
Nation Françoife. Parmi les Écrivains qui
ont enrichi cette Bibliothèque de leurs ai- .
mables productions , fe trouve M. de Mayer ,
Auteur du Roman que nous annonçons au
Public. Après l'avoir publié dans cette Collection
, il a voulu l'imprimer à part, & il l'a
dédié à Mme la Ducheffe de Polignac. Le
fonds en eft chevalerefque ; la partie drama- .
tique & le dialogue font écrits en vieux
ftyle , & offrent une peinture fidelle des
moeurs de l'ancien temps.
La belle Onolorie avoit eu du goût pourle
vaillant Alfred ; mais plus vaine que
Fij
124
MERCURE
1
tendre , elle lui avoit préféré Palmerin au
fortir d'un pas d'armes foutenu pour elle
contre les vingt plus vaillans Chevaliers de
la Bretagne. La vertu d'Onolorie n'avoit
pu tenir contre tant de gloire ; & la belle
Geneviève avoit été le fruit de fes nou-'
velles amours . Le valeureux Alfred , le coeur
dévoré de jaloufie & de chagrin , avoit fui
Onolorie fans pouvoir l'oublier ; & le
defir de fe venger de Palmerin n'étoit jamais
forti de fon coeur. Dans tous les tournois
, dans toutes les rencontres , ces deux
rivaux ne ceffoient point de s'attaquer , & ils
fe livroient les combats les plus cruels . Un
jour enfin Alfred fut vaincu , fut bleflé ,
tomba à la renverfe ; Palmerin , maître de
fa proie fuivant les loix de la Chevalerie , en
difpofa comme il lui plut ; & le bruit de la
mort d'Alfred fe répandit dans la Bretagne
& dans les Gaules. Cependant Alfred , qui
avoit cherché en vain à fe confoler avec
une Princeffe de l'Afie mineure , en avoit eu
un fils qu'il laiffoit dans l'ignorance de fon
nom & de fa naiffance . Deux amis d'Alfred
prirent foin de fon éducation ; ils l'avoient
deftiné à venger la mort de fon père. La belle
Geneviève & le beau Damoifel ( ce fut le
nom qu'on donna au jeune homme ) , tous
deux nés de pères rivaux & ennemis , & tous
deux amoureux l'un de l'autre fans fe connoître,
font les Héros de ce Roman intéreſfant
; & les épreuves par où l'on fait paffer
le Damoifel avant de lui faire connoître fon
DE FRANCE. 125
père qu'il doit venger , forment la majeure
partie de l'intrigue. Voici le fommaire de
fes triomphes & de les épreuves. Il triomphe
d'un Chevalier qui défendoit le portrait
de la Princeffe Grafilinde , & lui laiffe la
vie ; il paffe une nuit dans le Château de la
Ducheffe de Septimanie , & en fort auffi
fage qu'il y eft entré ; il attaque & terraffe
le confpirateur d'Agobard , auquel il tranche
la tête , il gravit la montagne eſcarpée
de vraie grandeur , & y fait voir force , courage
& humanité ; il arrive dans un hameau,
y prend du goût pour la vie paftorale , & ſe
montre fenfible ; il rencontre Geneviève ,
prend de l'amour pour elle ; mais cet amour
demeure toujours auffi refpectueux que tendre
; il veut fe féparer de fa chère Gene-"
viève pour aller venger fon père , & regrette
le temps qu'il a paffé avec elle : enfin , il
parcourt le Palais de Beauté , & en fort fans
reproche avec le renom du plus loyal Chevalier
quifût vú.
A la fin il apprend fon nom & l'histoire
de fon père; il apprend même ce que tout
le monde ignoroit : le barbare Palmerin ,
pour mieux jouir de fa vengeance , avoit
enfermé dans un fouterrain le malheureux
Alfred , qui n'étoit point mort , & dont il
prolongeoit exprès la vie & le fupplice. Le
beau Damoifel trouve le moyen de délivrer
fon père ; & malgré fon amour toujours
auffi tendre pour Geneviève , il obéit à ſon
devoir , & il s'en va dans les Gaules pour y
Fiij
126 MERCURE
combattre Palmerin & venger fon père .
On peut reprocher à ce Roman un peu
trop de defcriptions métaphyfiques & quelques
longueurs , fur tout au moment où fes
Héros arrivent en France. On voit que l'Auteur
, arrivé dans fa patrie , fe complait trop
à la décrire , & qu'il s'oublie dans les peintures
qu'il en fait ; mais ce que nous reprocherons
fur tout à M. de Mayer , ce font des
phraſes d'un ftyle précieux & maniéré qui
viennent déparer quelquefois les détails les
plus heureux. Il dit d'un coeur qui avoit
aimé plufieurs fois : Les Amours. l'avoient
percé de trop de flèches ; il y avoit bien des
années qu'il étoit découpépar les plaifirs ; en
vain vouloit elle le réunir par des projets de
réforme , &c. Ailleurs : Quelque effort que
Geneviève fit pour fe taire , elle ne pouvoit
fe défendre d'élancer en ondulations d'autant
plus fortes qu'elles étoient comprimées , fon
haleine , dont le Damoifel connoiffoit fi bien
les ponctuations.
Il eft certain qu'un pareil ftyle , s'il revenoit
fouvent , feroit jeter un Livre avec
indignation ; mais il faut nous hâter de dire
que ces fautes font rares dans le Roman que
nous annonçons ; qu'il eft écrit en général
avec autant de grâce que d'efprit , & qu'il
annonce une connoiffance parfaite des temps
où l'Auteur a tranfporté fon action & fes
Perfonnages . On y retrouve le charme du
vieux ftyle fans cet air grimacé trop ordinaire
à nos Auteurs marotiques . M. de
DE FRANCE. 127
Mayer a fu varier fa manière d'écrire , & il
a le talent d'être gracieux & énergique quand
il le veut & quand il le faut. Dans un moment
où le cruel Grimmer , père d'Onolorie
, va la faire brûler avec la belle Geneviève
, le Damoifel arrive par hafard fut la
place , & on lui apprend que deux Damoifelles
font deftinées au bûcher. - Deux
Damojfelles , dites-vous ! Oui , beau Damoifel
; l'une eft la Comteffe Onolorie , &
l'autre eft la Damoiſelle Geneviève , fa fille .
Recommencez , s'écria le Damoiſel en
battant de fes deux pieds la terre , recommencez.
Geneviève , dites vous ! Oni ,
-
-
-
Sire ; Geneviève de Cornouailles ! - de
Cornouailles . Elle eft ici ! - Oui , Sire ;
Elle eft ici. Elle va périr !
20 Sire.
"
و و
و د
"
"
- -
Oui ,
Qu'ont- elles fait ? - Grimmer ,
père de Dame Onolorie , veut punir fa
fille d'avoir fuivi le Chevalier Palmerin.
" Puiffances du Ciel, s'écria le Damoi-
» fel en frappant de fes deux mains le caf-
" que qui couvroit fa tête ; Puiffances du
Ĉiel , donnez - moi l'ufage de toutes mes
forces , de tout mon courage , de toute
» ma colère ! .... Elle eft à moi , Dame Ge-
» neviève ; n'a ni père , ni mère , ni ayeul ,
" ni nom ; n'a rien que moi , moi lui tient
» lieu de tout .... Malheur à qui ofera tou-
» cher fur ce mien tréfor ! .... Me doivent
" les tyrans compte de leur conduite , &
» dois affiftance aux malheureux .... Rage ,
fureur , démon, cruauté , ai tout , ai tout ;
و د
Fiv
128
MERCURE
.
» tout eft paffé dans mon coeur , & fait
» bouillonner mon fang , &c. »
Oppofons à ce dialogue un autre morceau
qui nous paroît délicieux , & qui terminera
agréablement cet article. Le bon
Alfred , arraché à fon fouterrain , où il avoit
langui pendant tant d'années , rendu à la
lumière , retrouvant fes vieux amis , fon
Koi , fon fils , eft témoin des apprêts qu'on
fait pour le venger. Griel, fon fidèle Écuyer,
doit aller combattre Palmerin . Le vieillard
lui dit N'y confens. Onolorie vit , dites-
» vous ? Onolorie ! Ah ! qu'elle vive. Griel ,
» vous en fouvenez : Dieu qu'elle fut
» belle ! qu'elle étoit belle le premier mo-
» ment que la vis fur le revêtement des
» foffés du Château de Grimmer! Sire ,
m'en fouviens. Tiens , mon cher
» Griel , vais te dire vrai ; vengeance ne peut
» trouver place dans mon coeur ; eſt jà tout
plein du plaifir de revivre , de voir le Damoifel
, de voir mon Roi , de re retrou
» ver. Puifque mon bras ne peut plus fou
» lever une épée , pourquoi conferverai - je
» dans mon fein le defir de m'en fervir ?
Qui ne peut plus fe battre ne doit plus
hair. Plus ne hais ; vive mon ennemi ,
"pourvu que mes amis vivent. Griel , ne
va point combattre ; va querir mon
» fils.
ود

-

DE FRANCE. 129
+
MÉDECINE Domeftique , ou Traité complet
des moyens de fe conferver en fanté , de
guérir & de prévenir les Maladies par le
régime & les remèdes fimples : Ouvrage
utile aux perfonnes de tout état , & mis à
la portée de tout le monde; par Guillaume
Buchan , M. D. du Collège Royal des
Médecins d'Édimbourg; traduit de l'Anglois
par J. D. Duplanil , Docteur en
Médecine de la Faculté de Montpellier ,
& Médecin Honoraire de S. A. R. Mgr.
le Comte d'Artois. Troifième Édition ,
revue , corrigée & confidérablement augmentée
fur la feptième Édition de Londres.
s Vol. in- 8 . Prix broc. , 25 liv. 4 fols ,
reliés , 30 liv . A Paris , chez Froullé ,
Libraire , Pont Notre- Dame , vis- à - vis le
Quai de Gèvres .
Nous annonçons avec plaifir la troifième
Édition de cet excellent Ouvrage. On ne
fauroit donner trop de publicité à un objet
d'une utilité auffi générale. Combien de lieux
& de circonftances dans lefquels le fecours
de la Médecine , étant impoffible ou difficile
à obtenir , on peut y fuppléer en confultant
cet Ouvrage! On pourroit objecter que de
pareils Écrits font dangereux , & qu'ils peuvent
induire dans des erreurs , d'autant plus
graves qu'il y va de la fanté , de la vie des
hommes. Mais cette objection fe trouve détruite
par la lecture de l'Ouvrage même. Le
Fv
MERCURE
-
130
favant Auteur a mis par tout autant de
clarté que de précifion ; il a dépouille fon
ftyle , autant qu'il l'a pu , des dénominations
fcientifiques ; il a fi bien fenti luimême
le danger , qu'il paroit toujours occupé
des moyens d'en preferver fes Lecteurs ;
d'ailleurs fon averfion pour les remèdes
qui ne font pas indifpenfables , & fon goût
pour les traitemens les plus fimples , lui
donnent plus de facilité pour y réuffir ; en
un mot , ſon ton de franchiſe , fi éloigné d'un
charlatanifie qui n'eft que trop ordinaire ,
nous répond de fes efforts , & fa fcience reconnue
eft un garant de leur fuccès.
Les deux premières Éditions de cette Tra
duction ont déjà produir un grand bien qui
ne peut qu'augmenter encore. Cet Ouvrage
a été de la plus grande utilité dans les canpagnes
, où il eft difficile d'avoir des Médecins
, foit à caufe de leur éloignement , foit
à caufe des frais qu'il en coûteroit pour les
appeler. Les Eccléfiaftiques qui s'y trouvent
confinés peuvent , par la lecture de la Médecine
Domeflique , fe rendre utiles à la
fanté de leurs ouailles , comme ils le font à
leur confcience par leur miniftère. Il ne faut
pourtant pas s'imaginer qu'il fuflife de jeter
rapidement les yeux fur cet Ouvrage , pour
fe trouver en état de guérir toutes fortes de
maladies. Il demande à être non pas lû rapidement
, mais étudié , médité ; & le Tra
ducteur , pour ne laiffer rien à defirer , indique
la manière dont il faut en faire uſage,
DE FRANCE. 311
Nous renvoyons pour cet objet nos Lecteurs
à fon Avertiffement , ainfi que pour
les augmentations & les changemens dont
il a enrichi cette nouvelle Édition . Nous nous
contenterons de dire qu'ils font confidérables
; il y a des articles entiers & nombre
de notes judicieufes qui ne peuvent qu'ajouter
à l'utilité de l'Ouvrage .
M. Duplanil , outre le fuccès que fa Traduction
avoit eu en France , a obtenu encore
un fuffrage des plus flatteurs , celui de
l'Auteur lui-même , qui , dans une nouvelle
Préface , a cru devoir des remercîmens publics
à fon Traducteur. Après avoir parlé
avec reconnoiffance des diverfes Traductions
qu'on a faites de fon Ouvrage , il ajoute :
Mais j'ai des obligations particulières au-
» Docteur Duplanil , Médecin de Paris , &
» de S. A. R. Mgr . le Comte d'Artois . Ce
» Médecin a augmenté mon Livre au point
d'en faire cinq Volumes ; & fa Traduction
élégante , ainfi que fes notes utiles , l'ont
» mis tellement à la portée des peuples de
» ce continent , qu'il eft actuellement traduit
dans toutes les langues de l'Europe
> moderne. »
و و
"
A ce témoignage de fa fatisfaction , M.
Buchan en a joint un autre , c'eft le don de
fon portrait qu'il a envoyé à M. Duplanil ,
avec un exemplaire de fa nouvelle Edition ;.
M. Duplanil n'a pas voulu que ce préfent
ne tournât qu'au profit de fon amour propre.
Il a eu recours au talent de M. Cochin ,
E vj
132 MERCURE
qui l'a fait graver fous fes yeux par M. Miger;
& le portrait de M. Buchan orne cette troifième
Édition .
APPERÇU d'un Citoyen fur la réunion des
deux Marines en France. A Amfterdam ,
& fe trouve à Paris , chez l'Auteur , rue
de Baujelois ; Granger , Pont Notre - Dame.
Nous nous empreffons d'annoncer un
Ouvrage que nous préfumons devoir être
accueilli favorablement du Public , vû l'importance
de la matière , fur- tout à la fin
d'une guerre fur laquelle toute l'Europe a eu
les yeux ouverts. Nous nous abftiendrons de
mettre au jour nos propres réflexions , nous
bornant à en tracer le plan ; c'eft dans l'Ouvrage
même que nous invitons nos Lecteurs
à faire les leurs.
L'Auteur anonyme , que nous fommes
tentés de croire un Militaire , nous paroît
avoir vu de près , & juger en homme du
métier. Il commence par établir le parallèle
entre la Marine Royale & la Marine Marchande
. Cette difcuffion , ainfi qu'il le dit
dans une note , nous a femblé néceffaire ,
parce que véritablement peu de perfonnes
ont affez médité cette partie pour ne pas s'expofer
à une confufion d'idées' fur les fonctions
& les talens refpectifs des Officiers de
la Marine & des Marins Marchands . En ren.
dant à ceux- là toute la juftice qui leur eft
DE FRANCE. 133
dûe , & en les comblant d'éloges , il paffe
en revue les connoiffances que leur état exige
, examen qui ne peut que confirmer la
haute opinion qu'on a généralement de ce
Corps refpectable.
Après avoir fait voir à quel point la Marine
Marchande diffère de la Marine du
Roi , il examine les moyens dont on s'eft
fervi pour les rapprocher , & il fait voir
qu'ils n'étoient & ne pouvoient être auffi
efficaces qu'on s'en étoit flatté ; que les grades
dont on a revêtu les Marins Marchands , à
caufe des fervices qu'ils ont pu rendre , n'ont
pû ni dû les fatisfaire entièrement , & qu'ils
n'étoient propres qu'à femer & entretenir la
difcorde.
L'Auteur cherche à établir une proportion
exacte entre le mérite & la récompenfe. En
conféquence il propofe d'admettre les Marins
Marchands dans le Corps de la Marine ,
en obfervant des gradations qui nous ont
paru judicieufes , mais fur lesquelles les
Militaires nous femblent devoir prononcer
plus compétemment.
La deuxième Partie de cet Ouvrage , où
l'Auteur trace la conduite à tenir pour l'inftruction
des jeunes Marins , eft celle qui
nous paroît la plus utile. Il demande que ce
foit fur la mer même qu'ils étudient la théorie
de la Marine. Il demande auffi que l'on ne
reçoive pas exclufivement à cette éducation
la Nobleffe , que l'on y admette de la claffe
134
MERCURE
Plébeïenne , les Sujets nés dans une condition
honnête.
L'Ouvrage eft femé de notes fur la Marine
Angloife , qui jettent fur la chofe un nouveau
jour. Au refte , l'Auteur , en préſentant
fon plan avec la plus grande modération ,
invite les Écrivains diftingués à s'occuper de
cette matière intéreflante . Il déclare n'avoir
ouvert la lice que dans cette intention. Cependant
, à en juger par ce qu'il dit dans un
court Avant - propos , it femble que luimême
pourroit y rentrer fi les circonftances
l'y invitoient. Il y exprime fes regrets fuc
la perte d'un Ouvrage qui embraffoit l'enfemble
de la Marine.
Quoi qu'il en foit , nous jugeons que cette
ébauche ne peut qu'être utile , & par ellemême
, & par les idées qu'elle pourra fuggérer
.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE Mercredi jo Juillet on a remis le
Médecin de l'Amour , Opéra Comique en
un Acte & en vers , mêlé d'ariettes , muſique
de M ........
Géronte veut époufer Laure ; mais fon
fils Léandre eft l'amant aimé de cette même
Laure, & Géronte n'en fait rien. Le refpe&
DE FRANCE. 4135
& la tendreffe filiale ont forcé le jeune hom
me à garder le filence. Les efforts qu'il fait
fur lui- même ont altéré fon tempérament ,
& minent infenfiblement ſa fanté. Géronte
alarmé confulte un Médecin de Village , qui
devine la canfe du mal , & qui fe fert d'un
moyen très adroit pour fervir Léandre. H
déclare à Géronte qu'il eft le rival heureux
de fon fils , & que le feul moyen de guérir
le jeune homme feroit de lui céder la maîtreffe
qu'il eft fur le point d'epoufer . Géronte
emploie toute l'éloquence , toute la chaleur
d'un père pour engager le Docteur à faire le
bonheur de Léandre . C'eft au moment même
que Géronte le jette à fes pieds pour implorer
la pitié , qu'il lui apprend la vérité , & il
l'abandonne à fes reflexions . Géronte balance
un moment, mais la tendreffe paternelle
l'emporte fur l'amour , & Léandre devient
heureux.
Tout le monde connoît l'amour d'Antiochus
pour Stratonice, que fon père Seleucus
étoit fur le point d'époufer , & le moyen
qu'employa le Médecin Érafiltrate . pour
faire connoître la caufe de la maladie d'Antiochus.
Il est facile de s'appercevoir que les
noms & l'état des perfonnages font feulement
changés , & que c'eft fur ce fait hiftorique
que M. Anfeaume a établi la fable de
fon Médecin de Village. Avant lui , de
Broffe l'aîné, Gillet de la Teffonnière , Quinault
, Danchet , Thomas Corneille , la
Grange Chance , Cahufac & quelques autres
136 MERCURE
avoient porté ce fujet ou fur la Scène Françoife
ou fur le Théâtre Lyrique fans y obte
nir beaucoup de fuccès . M. Anfeaume en a
obtenu davantage , foit qu'il ait été jugé
avec moins de févérité , foit qu'il ait employé
des moyens plus heureux que ceux
adoptés par les prédéceffeurs , ou qu'il les
ait plus adroitement appliqués au cadre qu'il
a choifi. Nous inclinons pour ce dernier
parti. La marche de la Pièce eft fage & raifonnable
; il y règne même de l'intérêt. Il y
a de la vérité dans le dialogue, & dans le ftyle
le mouvement qui convient à la Scène &
au rang des perfonnages .
Le Médecin de l'Amour a été repréſenté ,
pour la première fois , en 17,8 , avec un
fuccès très flatteur. M. de Laruerte en avoit
fait la musique , & cette musique eut alors
quelque réputatión. Un Amateur a voulu
exercer fes talens fur le même Ouvrage ;
on a écouté ſon ellai avec indulgence , on
lui a même
donné
des
applaudiffemens
. Nous defirons qu'il réponde par la
fuite aux espérances qu'on en a conçues &
qu'on en doit concevoir , fi nous en croyons
quelques gens de l'Art qui nous l'ont trèspofitivement
affuré .
Le Vendredi premier Août , on a repréfenté
, pour la première fois , Caffandre
Mécanicien , ou le Bateau Volant , Comédie-
Parade en un Acte & en Vaudevilles ."
Caffandre n'est qu'un Charlatan , qui a fait
DE FRANCE. 1371
imprimer dans les Papiers Publics qu'il feroit
un bateau volant , & qu'il voyageroft en
l'air à l'aide de cette machine. Il aime Ifabelle
; mais , comme cela fe pratique , Ifabelle
n'aime point fon Tuteur , & elle aime
Léandre , comme cela fe pratique encore.
Ce Léandre furprend le fecret de M. Caffandre
, & lui fait croire qu'il fera voler fon
bateau ; mais tandis qu'il eft fuppofé s'occuper
des moyens de répondre aux voeux du
bonhomme , on répand qu'il s'eft fervi du
bateau pour enlever Ifabelle. La troupe des
curieux , auffi crédule que le bonhomme ,
fe perfuade qu'elle apperçoit le bateau au
haut des airs , quelques uns vont même juſqu'à
dire qu'ils diftinguent Ifabelle & Léandre.
Tandis qu'on cherche à les voir diriger
leur courfe vers les régions céleftes , ils viennent
fe jeter aux pieds du Tuteur , déclarer
leur amour , & demander grâce . Caffandre
l'accorde , parce que Léandre le menace de
divulguer fon fecret.
Cette bagatelle eft , comme on le voit ,
établie fur une baſe bien fragile. Point d'intrigue
, point d'intérêt ; mais il y règne beaucoup
d'efprit & de gaîté. Les couplets font
coupés avec adreffe , & les vers en font
tournés avec facilité. On pourroit defirer
que l'Auteur ( M. Goulard ) bannît de
fes couplets quelques rebus un peu ufés , quelques
mots plaifans qui ne lui appartiennent
point, & dont d'autres fe font èmparés avant
lui ; enfin qu'il renonçât à des équivoques trop
138
MERCURE
graveleux. Nous en pourrons citer plufieurs;
nous nous en abftenons , pour ne pas mériter
un reproche ſemblable à celui que nous faifons
à M. Goulard.
ANECDOTES;
I.
UNE Princeffe Polonoiſe a donné à
Paris , il y a déjà environ une dixaine d'années
, une preuve bien authentique de ce
que peut fur une âme forte & élevée Théroïfme
de la générolité. Obligée de fe faire
faigner , elle fit appeler un hirurgien trèsconnu
& fort expérimenté , qui , malgré fon
habileté , eut le malheur de lui couper l'artère.
La gangrène ne tarda pas à infecter laplaie
, & elle gagna fi rapidement le bras ,
qu'il fallut en venir à l'amputation ; mais
cette nouvelle opération precipita les jours
de cette infortunee Princeffe. Deux jours
avant fa mort elle fit inferer dans fon teftament
ce qui funt : Perfuadée du tort que
mon accident fera au malheureux Chirurgien
qui eft la caufe de ma mort , je lui lègue
fur mes biens la fomme de deux cent ducats
de rente viagère , & lui pardonne de tout
mon coeur fa méprife. Je fouhaite ardemment
qu'il foit indemnifé par-là du difcrédit
que pourra lui caufer ma fatale cataſtrophe.
I I.
QUELQUES jeunes gens s'entretenoient
DE FRANCE. 139
d'un écho qui avoit fait plaifir dans la mufique
d'une Pièce nouvelle. A cette occafion ,
on fe mit à parler d'échos qui rendoient
deux , trois , quatre , cinq fyllabes . Chacun
citoit , exagéroit même , lorfqu'un Gaſcon ,
qui n'avoit encore rien dit , s'écria : qué mé
dites vous là, mes amis ? eh ! doncque ! quels
chiens d'échos qué tout céla : Vive célui dé
mon pays ! on lui dit : écho comment té
portes-tu ? Et l'écho répond : jé mé porte bien.
Voilà un écho , céla !
}
II I.
و
LORSQU'EN 1753 , on donna la Parodie de
l'Acte de Pigmalion , cette Pièce n'eut aucun
fuccès , & n'étoit pas faite pour reuflir.
"Quelqu'un ayant demandé à l'Auteur pourquoi
il avoit rifquée au Théâtre. « Il y a fi
long- temps , répondit il , que tout Paris
» m'ennuie en détail , j'ai voulu à la fin
prendre ma revanche en gros. »
ود
ANNONCES ET NOTICES.
·L.E danger d'aimer un Étranger , ou Hiſtoire de
Myladi Chefter & d'un Duc François , en 4 Parties ;
deuxième Édition . Prix , 4 liv. 16 fols. A Londres ,
chez Thomas Hookham , Libraire , N° . 147 , Vewbonde-
ftrect ; & à Paris , chez la Veuve . Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques.
Nous avons parlé de cet Ouvrage dans fa nouveauté
, & nous croyons lui avoir rendu juſtice ,
ainfi que le Public.
CEREMONIES OU Coutumes Religieufes de tous
140
MERCURE
les Peuples du Monde , en 4 vol. in-folio , divifées
en 15 Cahiers ou Livraiſons. Prix , 10 liv. broché ,
neuvième Livraiſon. A Paris , chez Laporte , Libraire,
rue des Noyers .
Le neuvième Cahier de cet important Ouvrage
renferme les Cérémonies de la Religion Catholique.
HISTOIRE de la Révolution des Sept Provinces
Unies des Pays - Bas , par M. Hilliard d'Auberteuil.
A Paris , de l'Imprimerie de Couturier , quai des
Auguftins.
Cet Ouvrage , qui eft proposé par Soufcription ,
renfermera 3 volumes in - 8 ° . Il y aura une Édition
in- 4° . papier fuperfin . L'Introduction de cette importante
Hiftoire paroît actuellement ; elle établit en
faveur de l'Ouvrage un préjugé avantageux , & confirme
la réputation que l'Auteur s'eft acquife dans
ce genre . Elle a le mérite du ftyle , de la précifion ,
& préfente de bonnes vûes. On foufcrit chez l'Auteur
, rue Montmartre & chez Couturier , quai
des Auguftins.
VIE Sacerdotale & Paftorale , dans laquelle les
Ecclefiaftiques apprendront , par les Saints Docteurs,
la manière de bien s'acquitter de leurs différentes
fonctions, & de fandifier toutes leurs actions , par un
Directeur du Séminaire. A Paris , chez Guillot , Libr.
rue de la Harpe.
Cette feconde Édition eft augmentée des préparations
& actions de grâces de la Meffe pour tous les
jours de la femaire.
TRAIT d'Ofteologie , par M. Bertin , Docteur-
Régen: de la Faculté de Médecine en l'Univerfité de
Paris , de l'Académie des Sciences , ci- devant preinier
Médecin du Prince des Valaquies & de Moldavie,
ancien Profeffeur de Chirurgie , & premier
DF FRANCE. 141
Médecin d'une des Armées du Roi . 4 vol . Prix rel .
10 liv . , du fonds de P. Fr. Didot le jeune. A Paris ,
chez Méquignon l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers .
Ce Traité eft le plus complet que nous ayons dans
ce genre. Il eft fuivi de trois Mémoires de M. Hérif
fant , D.-M. P. fur différens points de cette Science. :
RETRAITE de huit jours , fuivie des Prières à
faire après chaque méditation , par l'Auteur de la Vie
Sacerdotale. 2 vol. A Paris , chez Guillot , Libraire ,
rue de la Harpe.
Ce petit Ouvrage fait fuite à la pieufe Collection
de l'Auteur. Les Confidérations fur l'Amour de
Dieu , & fur l'amour de Notre Seigneur Jéfus Chrift ,
par le mére , fe trouvent chez le même Libraire.
GEOGRAPHIE de l'Inde , exacte & complette ,
écrite dans le pays même.
-
L'Auteur de cet Ouvrage eft le Père Jofeph
Tieffenthaler , natif de Trente , favant ex Jéfuite
& Miffionnaire apoftolique dans l'Inde , où il réfide
depuis près de quarante ans . Il eft écrit en latin . M.
Bernoulli , qui le traduit en françois , en propofe
deux Éditions. Une belle Édition grand in - 4 ° . fur
beau papier d'Hollande , avec vingt - quatre à
Planches ou au-delà , la plupart in - folio : une Edition
in-8 ° . plus à la portée par le prix du plus grand
nombre des Amateurs , ornée feulement de trois ou
quatre Cartes les plus néceffaires pour l'ufage du Livre.,
trente
On payera en foufcrivant pour L'Édition in - 8 * ,
6 liv. de France ou 4 marks argent de Hambourg ,
& à l'exception peut-être d'une partie du port il n'y
aura rien de plus à payer en recevant le Livre . L'Édition
in 4. formera un gros Volume partagé en
deux Parties , dont la première contiendra l'Ouvrage
entier du Père Tieffenthaler avec la première Livraiſon
des Planches. Cette Édition coûtera aux
142 MERC.URE
de
Soufcripteurs un louis neuf de 24 liv. de France on
16 marks argent de Hambourg. Il dépendra d'eux
payer la fomme entière en foufcrivant , ou bien
de ne payer d'abord que la moitié ; favoir , 12 liv .
de France ou 8 marks , & l'autre moitié quand ils
recevront la première Partie. Les noms des Soufcripteurs
s'imprimeront à la tête de l'Ouvrage . L'Édition
entière in- 8 ° . & la première Partie de celle
in - 4° . paroîtront vers la Saint - Jean de l'année prochaine
1784 , & la feconde Partie de cette dernière
vers la Saint -Michel de la même année. On ne
fera admis à foufcrire que jufqu'au premier Janvier
1784. Les Soufcripteurs fort éloignés qui trouveroient
trop de difficulté à foufcrire chez l'Auteur à
Berlin , pourront s'adreffer à quelqu'un des principaux
Libraires de leur Ville ou dans leur voisinage.
On peut lire dans le Profpectus des détails qui font
bien augurer de cet Ouvrage.
VISIBILIS & Invifibilis , Ecce Homo , Tels font
les titres de paraphrafes en vers François , de deux
ftrophes des Hymnes de Santeuil Chacune de ces
ftrophes , & la traduct on paraphrafée par M. Félix
Nogaret , eft gravée dans un cadre qui renferme
vingt fajets hiftoriques , tirés pour la première de
l'ancien . & pour la feconde du nouveau Teftament.
Les fujets hiftoriques font fpirituellement compofés
& deffinés par P. L. Durand , & gravés avec
beaucoup de foin & de délicateſſe par Marin Feffard ,
Auteur da Portrait de Mgr. de Juigné, Archevêque de
Paris , dans une bordure allégorique , inventée par
le même M. Nogaret . Ces Eftampes fe trouvent à
Paris , chez Feſſard , Pont aux Choux , rue Amelot ,
maifon de M Berayer , Salpêrtier du Roi ; & chez
Leboucher , Libraire , Quai de Gèvres . Prix , 1 liv .
chacune. On trouve auffi chez les mêmes le Portrai
de Mgr. l'Archevêque de Paris . Prix , 6 liv.
DE FRANCE. 143
SEPTIEME Eftampe de la fuite des événemens de
La Révolution Américaine. Prix , 1 liv . 16 fols . A
Paris , chez Godefroy , rue des Francs - Bourgeois ,
Porte S. Michel , & chez Ponce , rue S. Hyacinthe.
Cette Eftampe repréfente la prife de la Dominique .
MUSIQUE des Voyages de Rofine , Opéra - Comi
que en deux Actes & en Vaudevilles , tiré d'un
Conte de Piron. A Paris , au Bureau du fieur Lawalle
l'Ecuyer , Correfpondant des Spectacles de Province ,
Ceur du Commerce , F. S. G. Prix , 2 liv. 8 fols
Le fuccès de ce petit Ouvrage doit en faire recevoir
la Mufique avec plaifir. On invite l'Éditeur à
foigner davantage l'analogie des modulations dans
la fuite des airs . Par exemple , le N ° . 5 cft en la
majeur , & le N° . 6 eft en mi b. Ces deux tons ne
peuvent fe fuivre immédiatement. A la vérité , on a
mis au- devant du. N ° . un dieze qui femble vouloir
dire que l'air eft en mi naturel au lieu de mi b ; mais
ce dieze fe trouve ailleurs fans avoir cette fignification
.
NUMERO II de la nouvelle fuite de Pièces d'har
monie , contenant des Ouvertures , Airs & Ariettes
d'Opéras férieux & comiques , arrangés pour deux
Clarinettes , deux Cors & deux Baffons , par M.
Ozy . Prix , 6 liv . A Paris , chez M Boyer , au Magafin
de Mufique , rue Neuve des Petits - Champs ,
près celle S. Roch , N° . 83 ; & Mine Lemenu , rue
du Roule , à la Clef d'or.
Ce fecond Numéro contient l'Ouverture & un
Air de la Frafcatana , & quelques autres morceaux
choifis avec goût. Il nous paroît digne du premier
Numéro.
CONCERTO de Flûte avec Violons , Hautbois ,
Alto & Baffe, & Cors ad libitum , par M. Torlez.
144
MERCURE
A Paris , chez M. Muffard , Maître de Flûte , rue
Aubri-le -Boucher , maifon du Marchand de Vin ..
Prix , 4 liv . 4 fols.
RECUEIL d'Airs & Duos de Blaife & Babet ,
Opéra Comique de M. D. Z. , avec accompagnement
de Harpe , par M. Grenier , Organifte &
Maître de Harpe. Prix , 4 liv. 16 fols. A Paris , au
Bureau du fieur Lawalle l'Écuyer , Cour du Com
merce , F. S. G.
Ces Airs arrangés doivent faire plaifir dans le
temps où l'Ouvrage entier jouit d'un fi grand fuccès.
1ls en feroient fans doute davantage fi les accompagnemens
étoient faits рак l'Auteur lui -même , ou
au moins fous fes
yeux.
OUVERTURE de Renaud pour le Clavecin , par
M. Benaut. Prix , 3 liv. A Paris , chez Mlle Levaffeur ,
rue de la Monnoie , près la rue Boucher.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture .
TABL E.
TABLEAU des Amuſemens Apperçu d'un Citoyen fur la
Naturels ,
Charade , Enigme & Logo- | en France ,
grypke ,
97 réunion des deux Marines
132
104 Comédie Italienne , 134
138
139
L'Agriculture , Poëme , Ics Anecdotes ,
Geneviève de Cornouailles - 123 Annonces & Notices ,
Médecine Domeſtique , 129
APPROBATION.
JAI la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux >
Mercure de France pour le Samedi 16 Août. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 15 Août 1783. GUIDL.
*
2
MERCURE
DE FRANCE
.
SAMEDI 23 AOUT 1783 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE RETOUR VERS SES PÉNATES ,
Couplets.
AIR : Le connois - tu , charmante Eléonore.
ADIEU Paris : bofquets de Météline , *
Recevez-moi fous vos ombrages frais ;
Puiffé je au bord de votre onde argentine
Trouver enfin le filence & la paix !
ASSEZ long-temps des vents & de l'orage
Ma trifte Nef éprouva la fureur ;
Irois-je encor affronter un naufrage
Caché fouvent fous un calme trompeur ?
:A
NON , c'en eft fait ; j'ai vu tomber la chaîne
Jolie Baſtide auprès de Siftéron.
No. 34, 23 Août 1783 .
G
146
MERCURE
Qui fi long-temps me retint loin de vous;
Un Dieu propice a mis fin à ma peine ,
Et du deftin j'ai laſſé le courroux.
VOTRE préfence à mon âme attendrie
Va rappeler mille doux fouvenirs ,
Les jours fereins du printemps de ma vie ,
Le fonge heureux de mes premiers plaifirs.
Des lieux témoins des jeux de mon enfance
Le fouvenir a vécu dans mon coeur ;
Ce fouvenir du temps & de l'abſence ,
De Paris même eft demeuré vainqueur.
IL en eft temps , j'y reviens ; & j'abjure
De mes projets la trifte & longue erreur ;
Je me rapproche enfin de la Nature ,
De mes amis , & par eux du bonheur.
1
PÈRE chéri , qu'à l'égal de moi - même
Mon coeur aima dès fes plus jeunes ans ,
Je fais auffi combien le vôtre m'aime ,
Et je prévois nos doux épanchemens.
QUE Vous allez embellir ma retraite ,
Morts immortels , dont l'aimable entretien
Faifoit encor de mon âme inquiète
Au fein du bruit le charme & le foutien !
Des favoris du Dieu de l'harmonie
16
DE FRANCE. 147
.
J'aimai toujours les fublimes accords.
Chantres divins de Grèce & d'Aufonie ,
Vos vers brillans excitent mes tranfports !
Les tiens fur tout , voluptueux Horace ,
Peintre élégant & plein de vérité ,
Qui réunis & la force à la grâce ,
Et la fineffe à la facilité.
AMANT de Laure , à tes larmes fidelles ,
En te lifant , je mêlerai des pleurs ;
Mais je leur dois tes rimes immortelles ,
Et je pardonne à Laure fes rigueurs .
Vos vers en main , errant dans nos prairies ,
Sur nos coteaux de pampre couronnés ,
L'efprit rempli de douces rêveries ,
Je vais couler des momens fortunés.
De Vos Écrits l'égide ſalutaire ,
Du froid ennui fait émouffer les traits ;
Et près de vous , d'une aîle plus légère ,
Le temps s'enfuit fans laiffer de regrets.
Si par hafard dans quelque antre ruftique ,
Je retrouvois ce luth des Troubadours ,
Dont la Nature étoit le maître unique ,
Lorfqu'ils chantoient la guerre ou les amours.
Läs jeux malins de l'enfant de Cythère , and
Gij
148 MERCURE
Ses courts plaifirs & leurs fâcheux retours
Tenteroient peu ma Mufe trop févère ,
Qui fe,fouvient de fes perfides tours.
QUE de Suffren une voix plus brillante
Porte la gloire à l'Iminortalité ,
Peigne cinq fois de fa main triomphante
Du fier Anglois l'orgueil enfin dompté.
Moi, je dirai : la Nature plus belle
En nos climats , l'air plus doux & plus pur ,
De nos bofquets la parure immortelle ,
Et notre ciel de faphir & d'azur.
JE chanterai cette gaîté légère ,
Ce rire vrai qui règnent dans nos jeux ,
L'air pétillant , mais loyal & fincère
D'un peuple vif, mais bon & généreux.
Si quelquefois & votre voix touchante
Et votre lyre accompagnoient mes airs ,
De Météline , ô Déité charmante ! **
Ils pourroient plaire au Dieu même des vers.
ADIEU Paris : bofquets de Météline ,
Recevez-moi fous vos ombrages frais ;
* Not depuis longtemps cher à Siftéron & à la Provence ,
& depuis la dernière guerre devenu cher à la France entière,
** Madame de Mazières , excellente Muſicienne.
DE FRANCE.
149
Je viens au bord de votre onde argentine
Goûter enfin le filence & la paix.
(Par M. Méveillon , Avocat au Parlement. )
LE MAGISTRAT ET L'OFFICIER,
Fable.
UN enfant Roi venoit de naître ;
Tous à l'envi , grands & petits ,
Pour voir l'héritier de leur Maître ,
Au Louvre brûloient d'être admis.
Un Officier , fier de fon uniforme ,
S'avançoit d'un air cavalier ;
Entouré des replis d'une fimarre énorme ,
Un foutien de Thémis fuit les pas du Guerrier.
Tout bouffi de l'éclat de la Magiftrature ,
Il croit de fon honneur d'arriver le premier ;
Et preffant fa tardive allure ,
Il s'écrie hors d'haleine , avec un ton d'aigreur :
Arrêtez , mon petit Monfieur ,
Arrêtez , s'il vous plaît , quelqu'un de votre espèce
Ne doit point précéder celui qui , comme moi ,
Se trouve revêtu de l'important emploi
De punir les forfaits , d'étayer la foiblefſe ,
Et de faire en tous lieux craindre & béuir la Loi.
Lequel doit-on eftimer davantage ,
Ou l'homme qui fe voue au trifte apprentiſſage
D'un travail fec & rebutant ;
Ou le mortel , au coeur infouciant,
G iij
150
MERCURE
Qui , pour des rixes étrangères ,
Exerce fans
remords cet art
extravagant
Qui détruit les humains par la main de leurs frères ?
Il te fied bien , trifte pédant ,
Repart le bouillant Militaire ,
De déprimer l'art néceffaire
Qui , pendant ton fommeil , veille à ta sûreté,
Qui protège tes biens , tes châteaux , ta famille ,
Souftrait & ta femme & ta fille
Aux cutrages honteux d'un vainqueur irrité ?
Le Robin méditoit fa réplique nouvelle ;
Mais , témoin de leurs différens ,
Le Monarque qui prife également leur zèle ,
Du palais fait ouvrir la porte à deux battans ,
Et term ne ainfi la querelle.
(Par M. Crignon , d'Orléans , de plufieurs Académ. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft d'Ormeſſon ; celui
de l'Enigme eft Canne , où l'on trouve
cane , femelle du canard ; Enna , ancienne
montagne de Sicile , donnant fon nom à la
plaine où Proferpine fut enlevée par Pluton ;
Anne Anna foror , que me fufpenjam infomnia
terrent ? Virg. ) âne celui du Logogryphe
eft Carte à jouer , où l'on trouve
are , ré, Arc ( petite ville en Bourgogne ) ,
écart & rat.
DE FRANCE. IFII
CHARADE
.
Sur l'Air : Vous m'entendez bien.
LORSQUE Vous aurez mon dernier
Vous pourrez , Life , du premier
Et du tout faire ufage ,
Eh bien !
En femme honnête & fage ,
Vous m'entendez bien.
(ParM. R. L. T. à Coffé le Vivien , près Laval.)
ENIGME à Madame du Q………… .
QUATE
êtres différens forment mon foible corp
Diane aima les lieux où mon pié prend naiſſance ;
Mes côtes à Thétis doivent leur exiſtence ;
Un métal de mes nerfs compofe les refforts .
Enfin , je tiens ma peau d'un ver dont l'induftrie
D'Arachné même eût excité l'envie.
Je fers prefqu'en tout tems , foit que le Dieu des vents
Verfant des pleurs attrifte la Nature ;
Soit que Phébus ramenant la verdure ,
Sur l'horifon en feu darde fes traits perçans.
Ne changeant que de nom fous la même figure ,
Je conferve un beau teint , je fauve une parure ,
Et rends leurs efforts impuiffans.
Giv
152
MERCURE
J'aime à garder fur-tout un viſage agréable ,
Où la rofe & le lys s'effaçant tour- à- tour ,
Offrent aux yeux charmés une figure aimable
Comme la vôtre , Iris , ou celle de l'Amour.
( Par un Abonné , près Harcourt. )
LOGO
GRYPH E.
MALE dans
l'Encyclopédie ,
Femelle avec Reftaut , avec l'Académie ,
`Malgré tout mon éclat on ne me trouve plus ,
Ou peut-être jamais n'ai- je été qu'une fable.
J'ai douze pieds moins un. Prenez vos yeux d'Argus,
En me décompoſant je ferai , fuis & fus
Des defirs des mortels l'objet le plus durable ;
Des Dieux familiers un furnom ;
Un du Dieu des enfers; un terme de Marine ,
D'Architecture & de Blafon ;
Ce que la fièvre indique au bon Bléton ;
La ligne que décrit Planète qui chemine
Un genre crustacé ; l'enfant de Loyola
Que fi bien Paſcal habilla ;
Une terre pefante , argilleufe & flyptique ;
Un oiſeau carnacier qui devient domeftique ,
Et dut fon noir plumage au remords d'Apollon ;
Ceux
que Molière encore appeloit par leur. nom ;
L'Européen qui naît dans l'Amérique ;
Deux cercles de la ſphère ; une chauffure antique;
DE 153 FRANCE.
Ce dont on tire un banc , une table , ou des Dieux ;
Ce qui relève un bout quand vous pefez fur l'autre ;
Un de ces goûts par les Anglois tranſmis ,
Qui nous fait acheter leurs roffes à haut prix ;
L'épithète de maint apôtre
Qui fait- là comme ailleurs à coup sûr des paris .
Vous ne me tenez pas , courez vite
Voir des tableaux de Sainte- Marguerite .
( Par M. Vellifredi. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE des Animaux d'Ariftote , en Grec ,
avec la Traduction Françoife à côté du
texte , par M. Camus , Avocat au Parlement
, Cenfeur Royal , &c . A Paris ,
chez Deflaint , Libraire , rue du Foin
S. Jacques. 2 Vol. in - 4°. d'environ 1700
pages les deux ; Ouvrage dédié au Roi.
C'EST la première Traduction Françoife
qui ait paru de l'Hiftoire des Animaux d'Ariftote.
Le Traducteur commence par rap
peler les principales circonftances de la vie
du Philofophe Grec , qui étoit fort connu il
y a deux cent ans , mais qu'on femble de nos
jours avoir un peu trop oublié. Il naquit à
Stagire , petite ville de Macédoine , environ
l'an 354 avant J. C. ( la plupart des Auteurs
Gv
.3.0.24
AMER CURE
difent l'an 384. ) Né avec 3 ་ une taille vicieufe
& une langue embarraffée , il ne put avoir
Fidée de parler en Public , & de fe montrer
à la tribune aux harangues ; mais comme la
Nature l'avoit dedommagé de ces défauts
extérieurs par une bonne iéte , par un génie
fedme & élevé , il fe préfenta, avec fuccès
dans la carrière de la philofophie ; il fut Difciple
de Platon pendant vingt ans ; & s'il
n'égala point fon maitre en eloquence , s'il
n'atteignit pas fon eflor , peut - être un pou
trop fublime , dans les régions intellectuelles ,
ilde turpaffa certainement par l'étendue de
fes connoiffances réelles & folides , je veux
dire par la fcience de la Nature.
Hle fit de bonne heure une grande réputation
; & dans quel fiècle ? Dans celui où
la mémoire de Socrate fubfiftoit encore dans
tout fon éclat, & où flensifloient Xénophon
, Démosthène , Python , Zenon , Protagore
, Architas , Platon & tous les Difciples.
Son mérite fupérieur fut bientôt connu à
la Cour de Macédoine , où l'on fut l'apprécier
, & de plus , en tirer parti ; car le moment
de donner un Inftituteur au jeune Alexandre
étant arrivé , le Roi Philippe offrit
cette place à Ariftote , & lui ecrivit , comme
tout le monde fait , qu'il rendoit grâces aux
Dieux de ce que fon fils étoit venu au monde
affez à propos pour recevoir les leçons d'un
tel Maître.
Notre Philofophe paſſa , pour ainfi dire ,
DE FRANCE
. 155
de l'école de Platon à la Cour de Philippe ;
il y porta les lumières qu'il avoit puifées
dans une fource fi pure ; il y joignit celles
qu'il fut tirer de fon propre fonds , & les
confacra fans relâche pendant dix années à
l'éducation du jeune Prince; s'il ne put en
faire qu'un Heros , c'eft fans doute parce
qu'il ne trouva pas en lui l'étoffe d'un bon
Roi .
Philippe étant mort , Alexandre fe chargea
de récompenfer
fon Piécepteur , & il le
fit d'une manière grande , neuve , & digne
de l'Élève d'Ariftote. Ce fut en lui procurant
les moyens , par une vafte correfpondance
, de raffembler & fe rendre propres
les connoiffances
répandues dans l'Univers ,
dé conquérir , pour ainfi dire , toutes les vérités
de la Nature ; & il faut avouer que ce
fut la plus belle conquête d'Alexandre
, ou
du moins la feule qui pût tenter l'ambition
d'un vrai Philofophe . *
t , warly
* Il eft certain qu'une telle correfpondance feroit
encore aujourd'hui un grand & sûr ` moyen d'accé
lérer le progrès des Sciences Naturelles , fur- tout fi
nos Académies vouloient multiplier leurs Correfpondans
autant qu'il feroit néceffaire , en les choififfant
toujours également bien ; diriger leurs travaux fur
engager à un plan uniforme & bien médité ; les
ployer dans leurs obfervations des inftrumens comparables
, approuvés par elles , ou faits par des Artiftes
dignes de confiance ; les répartir , d'après des
vues fagement combinées , fur différentes lignés du
globe , & toujours dans les directions les plus avan
MG vj GovjPL
em156
MERCURE
Le nôtre ne fit ufage de cette récompenfe
fi noble , fi bien entendue , fi bien placée ,
que pour en mériter de nouvelles , & fon
Hiftoire des Animaux en fut l'undes premiers
fruits.
Dans la fuite Alexandre eut la fatisfaction
de donner à fon Précepteur une autre récom
penfe non moins intéreffante : s'étant cru
dans la néceffité d'affiéger Stagire , & de détruire
prefqu'entièrement cette ville pour
s'en rendre maître , comme il arrive ordinairement
, il la fit rebâtir par la feule raifon
qu'elle étoit la patrie d'Ariftote , & celuici
eut le double bonheur d'être en mêmetemps
la gloire & le falut de fon pays. Il ne
voulut cependant ni vivre ni mourir dans
tageufes pour rencontrer la vérité ; leur marquer
dans chaque genre le point d'où il faut partir , le
terme auquel on doit tendre , & le chemin pour y
arriver ; enfin leur recommander d'avoir principalement
en vûe le plus grand bien des hommes . Chaque
point de cette fphère immenfe renverroit la lumière .
vers fon centre , qui la réfléchiroit de toutes parts
avec un nouvel éclat ; bientôt les rayons des différens
foyers fe réuniroient dans un foyer principal , c'eftà-
dire , dans la tête d'un homme de génie , & c'eft
alors qu'un nouveau jour fe répandroit , fur l'Univers
, que tous les efprits feroient guidés vers la
vérité , tous les talens fécondés par l'émulation , que
les découvertes fe multiplieroient , que les connoiffances
en un mot deviendroient plus communes , 36
d'une utilité plus générale , ce qui oft le vrai but de
la fcience.
DE FRANCE. 157
cette patrie , qui fut peut être ou ingrate ou
indifferente. Pourquoi n'eut- il pas affez de
philofophie pour fupporter pailiblement ces
injuftices fi ordinaires , pour voir qu'il trouveroit
par- tout les mêmes hommes ? Ce fut
dans la capitale des Sciences & des Beaux-
Arts , ce fut à Athènes qu'il voulut fixer fon
féjour là il s'établit dans le Lycée , & y
fonda l'école Péripatéticienne. S'il fe fût contenté
d'y faire de la philofophie abſtraite , il
y auroit peut- être fini fes jours tranquillement
; mais un Roi de Perfe ayant empoifonné
l'Eunuque Hermias , qui étoit l'ami
d'Ariftote , celui- ci eut la noble témérité de
faire , à l'honneur du défunt , des vers pleins
de fentiment , & fans doute de celui de la
liberté. Ces vers ne pouvoient plaire au Roi
de Perfe ; & l'envie , qui n'attendoit qu'une
occafion de nuire , faifit avidemment celleci
pour accufer Ariftote , par l'organe d'un
Hierophante , du crime d'impiété. Rien de
neux prouvé en effet que cette accufation ;
Hermias étoit coupable , puifque le Roi de
Perfe l'avoit condamné & mis à mort ; cependant
Ariftote a fait des vers à fa louange ;
ces vers font une hymne ; donc il en a voulu
faire un Dieu , un Dieu d'un miférable fupplicié
! .... Ariftote , qui favoit bien que cette
logique feroit goûtée du Monarque Perfan ,
fortit d'Athènes , & fe réfugia à Chalcis ,
métropole de l'Eubée , où, felon les uns , il
but de la ciguë à 63 ans , & où , felon les
autres , il mourut dans fon lit à 70. Ce qui
158 MERCURE
me paroît de plus fingulier dans tout cela ,
c'est que le fort d'un Philoſophe auffi illuftre
foit fi peu connu.
Сс
Le plan de fon Hiftoire des Animaux eſt
grand & vafte; il embraffe toutes les espèces
vivantes , du moins toutes celles qui étoient
connues de fon temps , & comme de toutes
ces efpèces l'homme eft celle que l'homme
peur & doit le mieux connoître , Ariftote
l'établit comme le point de comparaifon au
quel il rapporte les obfervations diverfes
fur les parties correfpondantes des autres
efpèces ; mais dans tout cela il fe propofe
moins de faire connoître les individus
même les espèces & les genres , que de
donner une idée la plus vraie , la plus complete
poffible de l'animal en général , ou , fi
l'on veut , de l'animalité. Il commence
» cette Hiftoire , dit M. de Buffon , que
cite le Traducteur , par raffembler toutes
les obfervations qui portent fur des
» rapports généraux & fur des caractères
» fenfibles.... Il accumule les faits , & il
n'écrit pas un mot qui foit inutile. » Cela
s'appelle être jugé par les pairs , & bien jugé,
M. Camus confirme ce jugement en ajoutant
que l'étendue du génie d'Ariftote fe montre
par la généralité de fes vûes , & celle de fes
connoiffances par la multiplicité des exemples
qu'il rapporte. Tous les Lecteurs qui
connoiffent les Ouvrages du Naturalifte
Grec , fe feront honneur d'applaudir à ce
jugement fi vrai , fi bien motivé ; mais ils
33
DE FRANCE. ∙ 159
oferont accufer M. Camus de quelque enthoufiafme
lorfqu'ils lui entendront dire que
l'Hiftoire de l'Homme , confideré fimple--
ment comme animal , cft complerte dans fon
Cuvrage ; & que dans le nombre des animaux
de l'ancien monde , il n'en eft prefque
aucun , depuis le cetacee jufqu'à l'infecte ,
foit qu'il te meuve fur la terre , qu'il s'élève
dans les airs , ou qu'il demeure enleveli fous
les eaux , dont Ariftote ne nous apprenne
quelque particularité : « Qu'il feroit difficile
» de dire ce que nous avons ajouté à fes
connoiffances fur les oifeaux , & qu'il én
favoit fur les poiffons plus que les modernes
n'en ont obfervé , enfin , que tout
ce que nos yeux peuvent découvrir lui
femble
ور
و ر
,, connu. »

On ne s'occupera point à réfuter ici ce
que ces affertions
peuvent
apter
ici ce
d'exagéré ,
d'autant ples que dans d'autres momens où
Timagination du Traducteur eft moins exaltée
en faveur de fon original , il avoue que
les limites de certaines parties de l'Hiftoire
Naturelle ont été fort reculées depuis Ariftote
, fur tout dans les deux derniers fiècles ,
& il borne alors l'éloge de ce Philofophe à
dire que fes Ouvrages , compofés il y a ono
méritent encore l'attention des Natu- ans ?
Sila
même
le courage
de
relever
les
fautes
de fon
Auteur
, qui
, felon
lui , étoient
inévitables
dans
le temps

il viyoit
, & il
les
relève
avec
tous
les
ménagemens
, tous
les
égards
dûs
à un
mérite
aufli
éminent
,
160 MERCURE
confacré par une réputation de vingt fiècles.
M. Camus fe fait une religion de refpecter
un fi grand génie , mais il fe fait un devoir
encore plus facré de refpecter la vérité , d'en
conferver dans toute fa pureté le dépôt confié
à la philofophie . Tel eft , tel m'a paru
êrre l'efprit dominant dans fon Ouvrage. Il
reproche entre autres chofes à Ariftote d'avoir
cité quelques traits de merveilleux avec
trop de complaifance ; & fans entrer dans le
détail de plufieurs autres défauts qu'il a reconnus
dans les différens traités , je me contente
d'avertir qu'il les impute à fon fiècle ,
comme j'ai dit , à l'imperfection des Sciences
& des Arts , notamment de l'Anatomie
& de l'Optique. L'imperfection des Sciences
!..... Cependant Ariftote avoit un grand
génie , de grandes connoiffances , de grands
moyens pour en acquérir de nouvelles ; il
étoit fortement fécondé par un Roi puiffant
& magnifique , dont le vafte empire s'étendoit
fur les plus belles régions de l'Univers ,
qui ne vouloit rien foiblement , & qui avoit
fort à coeur de procurer à fon règne l'illuftration
attachée aux grands progrès de l'efprit
humain ; tant il eft vrai que les efforts
des plus puiffans Monarques , unis à ceux
des plus puiffans génies , ne peuvent porter
tout d'un coup les Sciences à leur perfection
, & que ce grand oeuvre exige encore
le concours d'un pouvoir fupérieur à tous
les autres pouvoirs , celui du temps.
Outre les erreurs qui regardent le fond
DE FRANCE. 161
des chofes , M. C. en relève d'autres qui regardent
la manière dont les chofes font préfentées
: par exemple , en général , le défaut
d'ordre , & en particulier des répétitions des
mêmes idées qui ne fe trouvent pas toujours
à leur place ; répétitions que M. C. veut bien
attribuer à une extrême facilité d'écrire , des
indications fouvent trop vagues des objets
dont il parle , & qu'il eft impoffible de reconnoître
aujourd'hui d'après ces indications ;
efpèces d'énigmes indevinables , qui , d'ailleurs
, valent peu la peine & le temps employés
par tant de bons efprits pour en trouver
le mor , & qui deviennent fans ceffe plus
obfeures fous les nuages des commentaires
& des variantes , lefquels vont fe multipliant
fans ceffe. M. C. a eu la patience de raffembler
affez de ces variantes pour en remplir
deux cent vingt- quatre colonnes en caractères
très fins ; de comparer plus de vingt,
tant manufcrits grecs & latins qu'éditions
aufli grecques & latines , fans compter les
innombrables commentaires. Ces comparaifons
laborieufes , celles de tous les autres
Ouvrages d'Ariftote , & même de tous les
textes des autres Naturaliftes où il eft queftion
des mêmes objets , foit de ceux qui ont
précédé Ariftote , tels qu'Hippocrate , Hérodote
, &c. foit de ceux qui l'ont fuivi , tels
que Théophrafte , Athénée , Plutarque , Pline,
Buffon , &c. Tout cela , joint aux fecours
de différens genres qu'il a trouvés auprès de
plufieurs Savans , MM. Caperonnier , de
162 MERCURE
Lalande , le Beau , &c. a mis M. C. en érat
de nous donner un gros Volume de notes
par ordre alphabétique , beaucoup plus confidérable
, & peut - être plus instructif que
celui du texte & de la traduction.
241 L'objet de ces notes eft , . d'indiquer
les découvertes poftérieures au fiècle d'Ariftote
, & qui ne font pas en petit nombre ,
même dans ces notes. 2 °. De comparer la
nomenclature ancienne avec la moderne , &
de perfectionner ou d'éclaircir l'une par
l'autre. , De faciliter au plus grand nombre
des Lecteurs l'intelligence des divers traités
d'Ariftote fur les animaux ; & j'avoue avec
plaifir que l'Auteur atteint fouvent fon but ;
mais il faut avouer auffi qu'il le manque
quelquefois , & apparemment de gaîté de
coeur , par exemple lorfqu'il emploie dans
fes notes des paffages grecs , fans aucune
traduction latine. M. C. ne s'eft point fans
doure perfuadé que ce grec tout fec fût à la
portée du plus grand nombre des Lecteurs du
dix-huitième fiècle..
Au refte , on ne peut que louer le travail
immenfe du Traducteur , les bonnes vûes
qui l'ont dirigé , fa bonne foi fcrupuleuſe à
ne parler qu'en doutant des chofes incertaines
, à avover , & corriger , non feulement
les fautes de fon Auteur , mais les fiennes
propres , qui peut- être n'euffent point été
apperçues ; il fe juge lui- même avec une modeftie
, une impartialité qui devroit bien
fervir de modèle à tous les Écrivains . Il a
DE FRANCE. -763
fort bien fenti que pour entendre fon Auteur
, il eût été plus à propos d'avoir beau
coup vu que d'avoir beaucoup lû ; & l'on
peut le mettre au rang de ces bons efprits qui
fe feroient rendus encore plus utiles à leur
fiècle , s'ils fe fuffent plus occupés des choſes
même que des Livres. Ce n'eft pas affutément
que je veuille faire regarder l'étude des
anciens Naturaliftes comme une étude fuperflue
; je penfe au contraire , avec l'Auteur
, qu'elle eft utile , ne fût ce que pour
comparer les méthodes des différens âges , & .
fe mettre en état de préférer la meilleure.
J'ajoute que cette étude des Anciens eft néceffaire
pour déterminer le climat originaire
propre à chaque animal , les migrations des
efpèces , les caufes , les époques , les circonftances
de leur paffage d'un pays à l'autre ,
les altérations diverfes qu'elles auront fubies
par l'influence du nouveau climat , &
même la multiplication réclle de ces efpè-
' ces ; ou pour décider , d'après l'expérience des
fiècles , que cette multiplication n'a point
lien en effet ; mais j'ajoute , & M. C. femble
n'être pas éloigné de mon avis , que l'on tirera
d'autant plus de lumières & d'avantages
de cette étude , que l'on connoîrra par foimême
la forme , Forganifation , les moeurs ,
Tes habitudes en un mot , l'hiftoire de tous
les animaux dont les Anciens ont parlé , &
de ceux même qu'ils n'ont pas connus.
Le Traducteur , dans fes notes , traité de
plufieurs matières générales , aux articles

164
MERCURE
«
Homme , Animal , Quadrupèdes , Oifeaux ,
Poiffons , Infectes , Caractères , Génération ,
&c. Dans ce dernier article , qui n'eft pas le
moins important , M. Camus fe propofe
» d'indiquer ce qu'Ariſtote a dit de capital ,
» & d'avertir de ce qu'on trouve de plus
» remarquable , foit dans les Anciens , foit
» dans les Modernes , pour expliquer ou
» confirmer ce qu'Ariftote a dit , ou pour le
ود
combattre ; » car il a , comme nous avons
vû , le courage , ou plutôt la fageffe de n'être
pas toujours de l'avis de fon Auteur , & il
s'appuie de toute l'autorité de plufieurs Naturaliftes
modernes , pour attaquer entreautres
fon opinion fur la génération fpontanée.
Anaximandre & Empedocle attribuoient
, comme on fait , à cette forte de
génération , la production première de tous
les êtres vivans ; & il feroit affez difficile de
n'être pas de leur avis , fi l'Etre Suprême n'avoit
daigné révéler à l'homme le grand myftère
de la création . Ariftote fe contentoit
d'admettre dans la fucceffion des temps , la
génération fpontanée de plufieurs animaux
ou animalcules ; il fuppofoit que ces animaux
naiffoient d'eux - mêmes , foit de la
terre putréfiée , foit des plantes , foit des fuperfluités
qui peuvent le rencontrer dans
les différentes parties du corps des autres
animaux. Ce fentiment d'Ariftote avoit été
adopté par tous les fectateurs de fa philofophie
; il n'avoit point paru abfurde à plufieurs
Pères de l'Églife , entre- autres à Saint
DE FRANCE.
165
Auguftin. Redi lui- même, qui avoit réfuté ,
rectifié un grand nombre de faits mal vûs ou
mal décrits , d'après lefquels on avoit voulu
l'établir , femble enfuite l'admettre pour les
infectes des galles , des champignons vivans ,
& c. , mais avec des reftrictions , & en attribuant
à l'âme des plantes le principal iôle
dans la production des infectes. Redi fe trom
poit encore , & M. C. ne l'ignore pas ; cependant
, quoiqu'il montre une grande répu- .
gnance à admettre cette voie de génération ,
& que même il traite fes partifans avec un
peu de févérité , il finit par avouer , avec
beaucoup de fageffe & de bonne foi , que
l'on n'a point encore affez de faits pour décider
cette grande queftion , & par conféquent
pour prononcer , dogmatiquement , comme
l'ont fait plufieurs Modernes , que la généra
tion fpontanée eft impoffible.
FABLES & Difcours en vers , fuivis de
differens morceaux en vers & en profe.
Prix broché, i liv. 16 fols. A Paris , chez
Théophile Barrois le jeune , Libraire , rue
du Hurepoix , près le Pont S. Michel.
Nous ignorons à qui l'on doit cette Brochure
; mais elle nous paroît prouver que
fon Auteur fait écrire agréablement en vers
& en profe. On y remarquera fur - tout une
vingtaine de Fables , deux Difcours en vers ,
un Éloge hiftorique de Lamothe , qui eft
écrit avec beaucoup de fageffe & d'intérêt ,
166 MERCURE
& des Réflexions judicieufes fur le génie national
des anciens Romains , comparé à celui
des Romains modernes . Les Difcours en vers ,
avec quelques inégalités de ftyle , offrent des
détails heureux , & font d'un bon gente de
verfification . Le premier eft intitulé : Effai
fur le goût , qu'il définit ainii :
Cet inftinct peu commun , mais fouvent défini ,
Eft l'ouvrage de l'art à la Nature uni .
C'eft l'art qui , par l'étude exerçant la jeuneffe ,
Nous ouvre les tréfors de Rome & de la Grèce ;
Qui , tenant du paffé le fidèle miroir ,
Forme nos yeux au beau , nous enfeigne àle voir ,
D'un plan mal arrangé condamne l'ordonnance ,
Et réprime à- propos la ftérile abondance .
Le ſecond a pour titre : les Projets . L'Auteur
y rappelle le Memnon de Voltaire , qu'il
couronne par ce vers heureux :
L'efprit forme les plans , le coeur fait les fottifes.
Quant aux Fables , voici celle qui nous a
paru réunir le mieux le mérite du fonds à celui
des détails.
Le Papillon & l'Escargot , Fable.
CERTAIN Auteur diffus , mais plein de fens ,
Nous coute à fa manière
Qu'un beau matin , lorfque bêtes & gens
Recommençoient leur travail ordinaire ,
Lorfque l'Abeille en bourdonnant fuçoit
DE FRANCE. 167 }
La fleur nouvellement éclofe
Tranquille au milieu d'une rofe ,
Un Papillon s'applaudiffoit.
De quoi ? de ne rien faire . A lui- même il penfoit.
Non loin de- là , forti du fein de la verdure ,
Un Eſcargot cherchoit pâture ,
Et portant la maifon lentement fe hâtoit.
Il avoit déjà quitté l'herbe ,
Et fe traînoit fur un arbre fruitier.
Mon Papillon , d'un air dur & fuperbe,
Apoftrophe auffitôt gros Jean , le Jardinier :
" Holà , dit -il , fot Ouvrier !
"J Que fais- tu donc avec ta bêche ?
» J'admire en vérité tant de foins fuperflus.
Ce duvet fi léger colore-t'il la pêche
» Pour qu'un fale Efcargot aille baver deffus ?
» Écrâfe cet infecte , il y va de ta gloire .
Gros Jean , comme vous pouvez croire ,
N'écoutoit pas ce beau parleur.
Mais l'Escargot , plein de fureur ;
"
Fier à fon tour dans fa coquille ,
Comme feu Diogène au fond de fon tonneau ,
Vous gourmanda le Sire en enfant de famille .
« Petit ver , aujourd'hui fi beau ,
Crois -tu changer de rang quand ta parure change ?
Depuis que tu quittas la fange ,
A peine neuf foleils ont fait groffir ces fruits.
» Plus vil encor que je ne fuis ,
cuphold
168
MERCURE
» Sur l'herbe , ainsi que moi , ta grandeur s'eft traînée.
» Moi , je fuis , fans rougir , mon humble deſtinée.
» Limaçon que Dieu fit , naît & meurt limaçon.
» Mais dis , qu'eft-ce qu'un Papillon ?
90
ל כ
» Une chenille ornée ,
Qui ver naquit & vers fera ,
Et d'où naîtront fans fin vers qu'on mépriſera :
A CETTE longue remontrance
Mon Auteur ne dit pas ce que l'on répondit :
Si Papillon fe tut , il fit bien. Qu'eût-il dit
De valable fa défenſe ?
pour
Se taire eft fort prudent en cette circonftance ;
Se corriger l'eft encor plus.
Profitez de l'avis , Meffieurs les parvenus ,
Et corrigez -vous en filence ?
29
MOYEN propofé pour perfectionner promptement
dans le Royaume la Meunerie & la
Boulangerie , par M. Parmentier , Cenfeur
Royal. A Paris , chez Barrois l'aîné ,
Libraire , quai des Auguftins .
JAMAIS les Savans n'ont été plus dignes
de l'eftime & de la reconnoiffance du genre
humain, que depuis qu'ils ont confacré leurs
talens & leurs veilles à l'etude des objets de
premier befoin. Si les principes de la Chimie
euffent toujours été appliqués à de pareils
objers , on n'auroit pas douré autrefois de
fon utilité; c'eft fur tout dans les Ouvrages
de
DE FRANCE. 169
de M. Parmentier qu'on pent juger du mérite
de cette Science quand elle cft bien dirigée.
Il n'existe pas en effet de queftion plus
intereffante que celle de multiplier les alimens
du peuple , d'en améliorer la qualité
& d'en diminuer le prix. Que ! homme pourroit
y être indifférent !
Après avoir préfenté le tableau très - abrégé
des caufes générales de l'imperfection du
pain qu'on fabrique dans le Royaume avec
les meilleurs grains , M. Parmentier démontre
jufqu'à l'évidence , que l'unique moyen
d'y remedier , c'eft de protéger le commerce
des farines & la nourriture économique
fans quoi nos Provinces feront toujours ,
même dans les temps d'abondance , chèrement
& mal alimentées ; car c'eft une vérité ,
que le pain coûte d'autant plus cher qu'il a
moins de qualité , parce que les manipulations
défectueufes altèrent les matières premières
, & occafionnent des frais que des
procédés mieux entendus font éviter. Cette
double confidération n'eſt- elle pas affez importante
pour mériter qu'on foit attentif au
remède propofé ?
Pour fixer l'opinion fur l'utilité du com.
merce des farines , M. Parmentier en confidère
les avantages fous fes différens rapports ;
il prouve que des établiſſemens de miouture
économique deviendroient de la plus grande
utilité , non feulement pour le Confommateur
, le Commerçant , le Meunier , le Boulanger
, mais encore pour le Gouvernement.
Nº. ; 3 , 13 Août 1783.
H
170 MERCURE
Cet objet eft traité par l'Auteur en Philofophe
, en Homme d'État , en Négociant , &
tout l'Ouvrage refpire l'anour de l'humanité.
VERS fur la Paix , lûs dans la Séance
Publique de l'Académie des Sciences ,
Belles Lettres & Arts de Lyon , le Mardi
6 Mai 1783 , par M. Vaffelier.
IL étoit naturel qu'un événement auffi
defirable que l'utile & glorieufe Paix dont
l'Europe eft redevable à notre fage Monarque
, montât la lyre de nos Poëtes . Parmi
ceux qui l'ont célebrée avec fuccès , on doit
compter M. Vaffelier , Auteur du petit Cuvrage
que nous annonçons. On y remarque
une facilité harmonieufe , & on n'y trouve
aucun des vices à la mode , la morgue
& le faux bel efprit. Nous allons en citer
une tirade :
Du Nord de l'Amérique , où Borée en fureur
De l'âpre & fombre hiver prolonge la rigueur ,
Jufqu'aux portes du jour où le flambeau du monde
Pénètre de fes feux les trésors de Golconde ,
Déjà la Renommée , en planant fur les eaux ,
De la fière Bellone a fait ceffer les maux.
Sur le vafte Océan l'altière indépendance
Promet au globe entier le calme & l'abondance.
Des rivages lointains dans nos ports fortunés ,
Les heureux Commerçans par les vents amenés
A nos productions ajoutent leurs richeffes .
De l'or du Sénégal on frappe nos eſpèces.
DE FRANCE. 171
La France à fes vaiffeaux partage l'Univers ,
Et reçoit dans fon fein le tribut des deux mers.
Ainfi Tyr & Sidon , Carthage , Alexandrie ,
Du Nil au Tanaïs , dé l'Inde à l'Ibérie ,
Soutenant les efforts de leurs Navigateurs ,
Parvinrent tour-à- tour au faîte des grandeurs.
Libre en fes mouvemens , le commerce s'élève ;
Il eft aux Nations ce qu'a l'arbre eft la sève ;
Dans les canaux divers circulent à la fois
Et la vigueur du peuple & la force des Reis.
Par lui les Médicis ont régné dans Florence :
Protégé fous Colbert , il féconda la France ;
Louis n'a combattu que pour la liberté ,
Et le Tyran des mers s'enfuit épouvanté.
CHEZ un peuple nombreux le luxe eft néceſſaire :
Des caprices du goût le riche tributaire ,
En répandant fon or , banuit l'oifiveté ,
Plus nuifible aux états que la frivolité :
La toifon des brebis que filent nos Bergères ,
Va couvrir le Colon des rives é rangères.
Le Vigneron content voit charger les vaiſſeaux
Des préfens que Bacchus prodigue à nos coteaux ,
Et du Cultivateur la famille avec joie
Veille & nourrit le ver dont elle obtient la foie ,
Que la Perfe jadis vendoit à nos aïeux.
De fes fils préparés , l'Artifte ingénieux ,
Empruntant des faifons l'inconftante parure ,
Sur un tiffa brillant imite la Nature ;
Hij
172
MERCURE
L'aiguille de Pallas fait éclore les fleurs ;
La navette au pinceau difpute fes couleurs ;
Et le deffin tracé par la main du génie ,
Fixs ,en fe variant , la mode rajeunie ,
Appelle nos voisins , fubjugue nos rivaux ;
Et le faite des Cours vient payer nos travaux,
DOUTES fur différentes Opinions reçues
dans la Société. Nouvelle Edition , revue
& augmentée , 2 Vol. A Londres , & fe
trouve à Paris , chez Cailleau, Imprimeur
Libraire , rue Galande,
La première Édition de ce petit Ouvrage
a paru l'année dernière , & un Homme de
Lettres , qui loue avec efprit ' & critique avec
politeffe , en a déjà relevé tout le mérite dans
ce Journal , par des citations & des obferva
tions également heureufes. Le debit rapide
de la première Édition & le fuccès de celleci
, rendroient inutile un fecond extrait , fi
on ne vouloit que faire connoître le Livre ,
Je m'occuperai dong effentiellement des idées
toujours piquantes , & fouvent fingulières ,
qu'il préfente ; je me permettrai de les
combattre. Il eft naturel de chercher à plaire
à l'Auteur d'un Ouvrage qui nous plaît.
Mais chacun a fa manière d'être flatté ; &
nous connoiffons le goût de l'Auteur des
Doutes ; il demande fur-tout de la critique ;
provoquer aina la contradiction , non feujement
par les opinions , mais par fon goût ,
DE FRANCE 174
eft d'un efprit ferme & élevé , qui aime la
vérité & la jufticè par- deflus toutes chofes,
Il n'eft pas ordinaire de fe defintereffer auth
noblement fur les Écrits. Il eft trop jufte de
répondre à cet exemple de courage par un
exemple de franchife . Ceux qui favent que
c'eft à une femme que je prontets cette entière
franchife , s'étonneront de mon enga
gement , & peut être s'en défieront ; & j'avouerai
que je ne repondiois pas de moi ,
fi je n'avois beaucoup d'éloges à mêler à mes
critiques , qui ne feront louvent que des
Doutes . Je prévois qu'en adoptant cette marche
, cet article fera plutôt une difcuffion de
ma part avec l'Auteur , qu'un extrait fur
fon Livre ; mais je compte fur l'intérêt des
objets que je parcourrai , & fur l'agrément
des citations que j'aurai à faire pour obtenir
l'excufe de mes longueurs .
Les idées de ce Livre roulent en général fur
deux objets , ce font ou des obſervations de
morale ou des réflexions fur les chofes que
l'on voit , & dont l'on parle fans celle dans
le monde. C'eſt déjà une preuve d'un bon
efprit de ne vouloir traiter que des fojets fug
lefquels notre efprit a fans ceffe été tourné ,
& qui contiennent l'experience de notre viel
entière. Aui on reconnoit dans ce Livre une
perfonne qui a vô ce qu'elle décrit , & qui
a conçu fes idées à l'afpect des chofes. Lors
même que le trait n'eft pas jufte , il n'eft jamais
vague ; le jugement énoncé peut être faux ,
mais l'objet auquel il fe rapporte eft toujours
Hi
174
MERCURE
bien indiqué. L'Auteur ne perd jamais cette
exacti-ude & cette fidélité , qui ne peuvent
appartenir qu'à une perfonne qui a beaucoup
vécu & beaucoup obfervé dans le grand
monde , fi ce n'eft quelquefois dans les notions
morales , plus difficiles à fixer , & qui
ne peuvent l'être complettement que par les
efprits accoutumés à joindre les méditations
de la philofophie à l'étude des hommes. Un
autre mérite particulier de ce Livre réfulte
du rapport continuel des idées avec le caractère
perfonnel de l'Auteur . Il y a des Livres
où l'Écrivain fe donne ou adopte un
caractère tout différent de celui que fes amis
lui connoiffent. Dans celui - ci , toutes les
idées reffemblent à la perfonne , & la font
reconnoître. Il est toujours heureux d'écrire
ainfi d'après tout ce qui domine en nous de
bon , & même d'imparfait. Quelque chofe
de plus animé , de plus ferme & de plus net ,
s'imprime dans la penfée & dans le ftyle ,
& les affortit mieux l'un à l'autre ; mais j'ouble
trop que la meilleure manière de faire
juger d'un Livre & de fon Auteur , c'eft de
les citer.
r
Ri n'a plus exercé une forte de colère
fatyrique , à laquelle l'Auteur fe livre fomvent
, que les fots & les gens à petites pré--
tentions. Parcourons un certain nombre de
fes penfées fur ces fujets , pour admirer les
unes , & faire quelques remarques fur les
autres.
"Je ne fache pas de plus fâcheufe alliance
DE FRA N˚C E.
175
"
" que celle de la mémoire avec la bêtife.
Que devenir avec un homme qui ajoute
à fon impertinence toutes celles d'autrui ?
> Toute perfonne qui penfe & qui parle
» fortement , eft de droit le fcandale des
petits efprits.
"
"
» Les fottifes d'un homme d'efprit ne
" font pas les mêmes que celles d'un for : il
eft un genre de bonne & de mauvaiſe
» conduite où la médiocrité n'atteint pas. »
Ces penfees , rendues d'une manière piquante
, font très juftes ; mais celle - ci l'eftelle
?
" Tout eft médiocre dans l'homme médiocre
, le coeur , l'âme , l'efprit . Il eft
fans vertus comme il eft fans vices ; il n'eft
acceffible ni à la joie ni à la douleur ; il
» eft content où il eft mécontent , rien au-
» delà. Il pleure par politeffe , il rit par
complaifance , & c. »,
39
Il me femble que la plupart de ces traits
ne conviennent point à l'objet. On peut
être médiocre à la fois dans l'âme & dans
l'efprit , mais on peur l'être auffi dans l'un
fans l'être dans l'autre . Cela fe voit tous les
jours. Un parfait honnête homme ſe trouve
fouvent être un génie borné. Un coeur foible
& bas eft fouvent joint avec un eſprit trèsfin
, très vafte , très élevé. L'âme & l'efprit
agiffent l'un fur l'autre ; mais ils ne nous
font pas donnés ou refufés dans la même
mefure. Pourquoi d'ailleurs ôter à l'homme
Hiv
176 MERCURE
médiocre des vices & des vertus ? Tout ce
qui eft grand ne lui convient pas , mais il y
a des vertus faciles & des vices bas qui vent
à l'homme médiocre beaucoup mieux qu'à
tout autre . Je conçois encore moins ' pourquoi
il n'éprouveroit ni joie ni douleur , &
pourquoi il ne pleureroit que par politeffe
& ne riroit que par complaifance . Cela convient
à l'imbécille , mais il y a loin de l'imbécille
à l'homme médiocre.
20
A partir d'après les fots jugemens de la
» fociété , bon & bête femblent être fyno-
" nyme. On diroit que la bêtife eft un brevet
» de bonté. »
J
Il en a peut- être été ainG autrefois ; il me
femble que cela eft changé ; & il faut faire
juftice à fon fiècle en bien comme en mal.
On commence à fentir ce qu'il y a de touchant
& même d'honorable dans la bonté.
Le titre de bon homme embellit les plus
belles réputations . Le defir de paller pour
bon eft même devenu une des fantaifies des
gens à la mode . Bon ne fignifie point du tout
bête . Si l'on dit encore de telle ou telle
perfonne , elle manque de talent , mais elle
eft pleine de bonté , il entre un éloge réel
dans ce mot , c'eft une qualité eftinable &
eftimée que l'on offre en dédommagement
d'une autre.
99
כ
و د
« En ne difant du mal que des gens de
mérite , on ne paffe gueres pour être méchant
, & je le conçois ; c'eft ne dire du
mal que de fort peu de monde ; & d'ail
DE FRANCE.
177
"
leurs la critique du mérite trouve beau-
" coup d'approbateurs. »
L'Auteur ne s'eft il pas laiffé prendre ici
à l'éclat d'un fophifme : Cherchons toujours
la vérité de ces chofes ci dans l'experience
du monde. Les gens de merite fans doute ne
forment pas le grand nombre , & ils ont
beaucoup d'ennemis. Mais la fociéré en général
les honore & les protège . Auffi le méchant
eft obligé d'ufer d'adi effe pour les artaquer
; il n'y a rien où il fe compromette
davantage . Écoutez dans tous les cercles les
preuves fur lefquelles on accufe un homme
d'être méchant ; la plus générale & la meil ·
leure fe tire du mal qu'il dit de Monfieur un
tel , que tout le monde eftime.
Ce qui domine en général dans ce Livre ,
comme nous l'avons dejà remarqué , c'eft
la haine des fots . L'Auteur les repouffe avec
une brufquerie très- piquante , fous quelques
noms qu'ils viennent s'offrir.
"
& Beaucoup de gens s'excufent du mauvais
choix de leurs fociétés , fur la néceffité de
>> recevoir habituellement chez eux des parens
fort mauffades. J'avoue que , père &
mère exceptés , je ne fens pas l'obligation
de facrifier fon goût à la bêtiſe de fa famille.
Une femme difoit à une de fes
amies , qui avoit perpétuellement chez
elle une troupe de coufins fort fors &
fort gauches : fi j'avois même des frères
» & des foeurs de cette espèce , tout ce que
» je pourrois en faveur du fang , feroit de
"
Hy
178 MERCURE
و ر
leur donner à dîner le jour des Rois , »
On fent à quoi il faut réduire cette plaifanterie
, dont l'exagération fait le fel . Mais ,
plaifanterie à part , l'Auteur avouera fans
doute qu'il faut mettre des bornes à tout ,
même à la haine des fots. Il eft bon de favoir
quelquefois fecouer le poids importun des
coufins & des coufines ; mais il feroit odieux
de les exclure de fa maifon. Celui qui les
éloigne prouve un goût difficile ; celui qui
les fupporte prouve de l'indulgence & de la
verta; & , après tout , une famille bien unie
a peut être plus de douceur , & mérite au
moins plus d'eftime qu'une fociété bien
choifie. Pour moi , j'avoue que j'aime à voir
un homme d'efprit defcendre de fa hauteur
& le faire petit avec les petits , & c'eft d'ailleurs
le meilleur parti qu'il ait à prendre.
Les délicats font malheureux ;
Rien ne fauroit les fatisfaire.
Voici une tirade où la colère de l'Auteur ,
contre les fots , eft parfaitement fondée &
éloquente.
" Les gens d'efprit ont trop d'inconvé-
» niens , dit - on fans ceffe , pour que l'on
» s'empreffe d'en rechercher la fociété. C'eft
99
avec de bons coeurs , c'eft avec des carac-
» tères sûrs qu'il faut vivre. Rien de mieux
» calculé certainement , & l'on compte
» s'être entouré de bons coeurs & de bons
caractères. Ces bons coeurs foupent avec
vingt perfonnes , & font leur treffet penDE
FRANCE. 179
ود
"
dant qu'on vous enterre ; ces bons coeurs
» demandent vos penfions ou vos places
» avant même que vous foyez mort , vont
» à votre inventaire marchander vos glaces ,
vos tableaux , vos chevaux , vos voitures ,
fe difputent vos dépouilles ; & ces bons
caractères , dont l'ineptie établit la sûreté ,
entendent tout de travers ce que vous
» dites , s'en formalifent , fe fâchent fans
fujet , fe bleffent fans motif , prennent
une vérité pour une erreur , une plaifan-
» terie pour un fcandale , & vont porter
leurs imbécilles opinions dans des fociétés
étrangères. Quand donc voudra - t'on s'ap-
» percevoir que le petit efprit et toujours
mal penfant , mal difant , & communé
» ment mal- faifant . »
ور
"
"
Je m'arrête un moment fur des idées d'un
autre genre.
و د
66
L'efprit naturel eft l'efprit le plus aimable
; l'efprit facile eft l'efprit le plus rare. »
Je dirois , l'efprit facile eft l'efprit le
moins rare , & il me femble que cela fe
prouveroit aifément. J'entends par la facilité
une manière de penfer , d'écrire & de
parler qui fatisfaffe l'attention , fans beaucoup
l'exercer. C'eft là certainement une
qualité très heureufe ; & celui qui en manqueroit
totalement , manqueroit de quelque
chofe d'effentiel . Tout ce qui eft pénible ne
peut être entièrement beau , parce que ce
qui eft doux & agréable fait partie du beat .
Mais il eft queftion ici des perfonnes chez
Hvj
180 MERCURE
qui la facilité eft la qualité
dominante ; &
parmi les hommes défi & de talent , ce
font ceux qui me
paroilent les moins rares.
A quoi tient cette facilité? A une
conceptionirės
vive , à une
comparaifon rapide des
objets ou des idees , à une
memoire sûre & fécone.
Or , il eft
natural que ces qualites ,
d'ailleurs i
heureufes ,
exciuent un peu la
forre
medication & le profon i
enthouliafine
d'où naifent les
grandes idées & les grands.
fentimens. Auffi ,
quoique la facilite le foit
fouvent alliée à
l'originalité ,
jamais elle ne
fur le premier
caractère du genie . La
Fontaine
plaît par elle , ce pur d'autres qualités qu'il
eft fi
delicicux & fi
admirable.
Lorfque Voltaire
eft fi grand dans les belles
Tragedies , it
eft encore plus paffionné que facile . La facilité
d'ailleurs appa tient bien plus au fentiment
qu'à la penfee; les
fentimens entrent
dans l'âme bien plus
ailément que les idées
dans l'efprit. Aufli le grand moyen pour les
penfeurs
originaux
d'obtenir le charme de la
facilité , c'eft de
réveiller
beaucoup de fentimens
dans
l'expofiton de leurs idées . On
voulu faire depuis quelque temps de la facilité
le mérite
fuprême. Avec cette règle ,
Tite Live
l'emporteroit fur Tacite , Maffillon
fur Boffuet ,
Voltaire en vers fur Racine
,
Voltaire en profe fur
Rouffeau , & c.
On n'a pas voulu voir qu'il eft certains talens
dont le
caractère & la marche
excluent cette
extrême facilitá.
Lorfque
Montefquieu a com
biné plufieurs idées qu'il veut
renfermer dans
a
DE FRANCE. 181
une feule phrafe , il ne cherche pas un tour
aife , les exprellions qui s appellent & s'uniffent
1 plus narurellement , une penfee f
pleine ne peut s'imprimer dans le langage
fans de puiflans efforts ; il faut qu'elle fubjugue
les mots avant de les adopter , qu'elle
les plie fous cetre anal gie hardie qui la
compofe elle même , qu'elle les arme de
force & de precifion , & qu'elle torte plus
nette & plus vivante de cet accord force des
fignes qui la reproduifent. Il vous montre
tout fon t avail , mais vous l'admirez ; il
exerce plus fortement votre penfee , mais il
vous paye de la peine par une plus grande
fatisfaction de lui & de vous même . Il en eft
ainfi des efprits léges & aimables dans la
fociété ; ils en font l'agrément le plus continuel
, mais les âmes fortes & les efprits
éne giques y font bien une autre imprethon ,
lorfqu ils fe reveillent & s'animent. De tout
cela , je crois pouvoir conclure qu'à aucun
égard les efprits faciles ne font ni les premiers
ni les plus rares.
" Le talent confifte dans la réunion de
l'imagination & de l'exécution .
" On dit fur le talent , depuis quelques
» années , des chofes inappréciables . Ce font
des apperçes , des definitions , des rapprochemens
, des contraftes. Que d'abus
d'efprit dans tout ce galimatias ! »
»
Depuis quelques temps les efprits dans
tous les genres fe font tournés vers la difcaffion
, on aime à apprécier tous les talens
182 MERCURE
à les diftinguer les uns des autres , à les mar
quer des caractères qui leur font propres,
Les pédans avoient un grand intérêt à accréditer
la maxime qu'il ne faut pas raifonner
dans les Arts , qu'il faut s'y borner à fentir.
En conféquence ils pouffoient de grands cris
d'admiration ( pour les anciens bien entendu )
& ils faifoient ainsi leurs preuves de goût &
de fenfibilité . Depuis qu'il faut rendre comp
te de fes impreffions , motiver les raifons
ou fes refus d'admirer , il n'y a plus que les
hommes qui ont vraiment du goût & de l'ef
prit, qui puiffent parler des Arts fans fe faire
moquer d'eux. On a auffi accufé cet efprit
de difcuffion que l'on a porté dans les Arts ,
de deffecher l'imagination & d'éteindre l'enthoufiafme.
Il n'y avoit que des efprits bien
faux ou bien bornés qui puffent vouloir
féparer la raison de la fenfibilité & de l'imagination
. Toutes ces grandes qualités fe fervent
l'une & l'autre, & c'eft leur réunion qui
compofe les vrais talens , dans quelque
gente que ce foit . A mefure que cet efprit
de difcuffion fe perfectionnera , le développement
des grands principes fera appercevoir
les défauts plus sûrement & plus rapidement
, apprendra à mieux pénétrer dans
les vraies beautés ; & ceux qui n'ont ni de
quoi bien faire , ni de quoi bien raifonnner
dans les Arts , feront bientôt appréciés pour
ce qu'ils valent. L'efprit du fiècle s'étant
tourné de ce côté , il falloit bien qu'on s'occupât
beaucoup des notions premières par
DE FRANCE.
183
lefquelles il falloit fe guider. Alors on a
cherché à fixer le fens de tous ces mots , trop
vaftes & trop indéfinis , de génie , de talent ,
d'efprit , de goût , de raifon , de fenfibilité ,
d'imagination ; on les a beaucoup employés ,
beaucoup combinés ; mais loin qu'il en ait
réfulté du galimatias , comme le penfe l'Auteur
, il en eft réfulté des idées plus nettes.
Il n'y a pas de bon Livre où ces mots ayent
été pris à contre fens ; ils ont aujourd'hui
uue fignification à peu près fixée entre les
vrais Gens de Lettres , c'est - à - dire , ceux qui
ont un bon efprit , de l'inftruction & du
talent ; il me femble même que s'ils ne font
pas encore bien définis dans l'efprit des gens
du monde éclairés , ils en font au moins en-'
tendus à peu près dans leur vrai fens .
Il me femble que l'on entend aujourd'hui
affez généralement par génie , le don d'inventer
ou d'exécuter , d'une manière neuve
& originale. Par talent , le don de penfer &
d'écrire d'une manière heureuſe , & qui annonce
une difpofition naturelle à bien traiter
un tel fujet. Par efprit , le don de concevoir
avec jufteffe , de combiner avec fineffe , de
rendre d'une manière piquante. Par le goût ,
le don de ne produire que des beautés pures ,
& de les reconnoître dans les productions
des autres.
On admet enfuite différens degrés dans ces
qualités , & l'on fait comment elles peuvent
fe féparer & fe réunir .
On ne peut rien concevoir de plus élev
184
MERCURE
que le génie , mais les hommes de génie ,
compares enfemble , peuvent nous paroître
plus grands les uns que les autres.
On peut avoir fait certaines choſes avec
génie ,Tans être en tout un homme de génie.
On admet bien plus de diftance entre les
hommes de talent & d'efprit qu'entre les
hommes de génie , parce que les premiers
ne donnent pas , comme les autres , les bornes
des facultes humaines , laiffent plus d'ef
pace pour les meturer.
On convient auffi que le génie étant la
fuprême beauté , renferme éminemment
toutes les autres qualites ; mais aufli que lorfque
le genie fe retire , il n'eft pas toujours
remplace par le talent ou l'efprit , & que
l'Écrivain ou l'Artifts peuvent alors manquer
effentiellement de goût.
On fait auffi qu'il n'y a rien de parfait
dans l'une de ces qualités , fi eile n'eſt ſoutenue
par les autres .
Je ne fais comment l'Auteur n'a pas obfervé
que ces notions étoient devenues communes
parmi les gens un peu éclairés ; car
je ne puis croire que ce foit ces idées claires
& fimples qu'il ait appelé du galimatias.
L'Auteur a rempli plufieurs Chapitres
d'ilées de ce genre ; & il montre combien
il eft digne de parler de l'efprit & du
goût. Voici d'excellens principes :
« On eft bien près du talent quand on fait
» & le bien juger & le bien fentir. Les
efprits médiocres doivent s'en tenir aux
19
DE FRANCE. 185
» règles , elles ont été faites pour eux.
" Il eft des règles que l'homme de goût
» ne viole point , foit qu'il les fache , foit
qu'il les ignore.
و د
"
Nulle qualité n'eft portée à la hauteur
fi l'efprit ne l'accompagne. "
L'Auteur de cet Article s'étant encore livré
à des difcuffions étendues für d'autres idées
du Livre qui allongeroient trop cet extrait .
on n'en donnera la feconde Partie que dans
le Mercure prochain.
LE Défaftre de Mefine , ou des Volcans ,
Ode Philofophique. A Park , chez les
Marchands de Nouveautés .
Le terrible événement de Meffine étoit
bien fait pour allumer la verve de nos Poëtes
Lyriques. L'Auteur de cette Ode , en nous
rappelant cet affreux défaftre , termine au
moins ce tableau par une idée qui confole
un peu fes Lecteurs. Il regarde , comme il
le dit dans fon Épître Dédicatoire à Mgr.
Comte d'Artois , ce phénomène terrible comme
le reftaurateur du genre humain. C'eſt là l'idee
fondamentale de cette Ode. L'Auteur commence
par promettre beaucoup :
Quelle carrière périlleuſe
S'offre aux enfans des doctes Sours ?
J'oferai braver les horreurs
D'une route fi dangereufe.
Au bruit horrible des volcans ,
A leurs feux vomis par torrens ,
186 MERCURE
J'habituerai mon Uranie ;
Et de Lucrèce imitateur ,
J'anirai le feu du genie
Aux froids travaux du fcrutateur.
Cette promeffe eft un peu ambitieufe ;
mais l'Auteur n'a fait qu'ufer da privilége
énoncé dans le Code Lyrique de toutes les
nations , qui permet au Poëte qui fait une
Ode, de la louer , même avant de l'avoir faite.
Cet Ouvrage eft un coup d'effai ; auffi y a t'il
fouvent de la foibleffe dans le ftyle , & de la
négligence dans les rimes ; car l'Auteur fait
rimer enflammée & Héraclée , épuiſe & réparé
, qui ne riment nulle part , & encore
moins dans l'Ode , le plus févère de tous les
Poëmes . Mais à travers les négligences , cet
Ouvrage annonce & prouve du talent ; on y
trouve de
l'enthoufiafme , cette qualité fi
rare , qui a manqué à tant d'hommes , même
célèbres.
La terre entr'ouvre les abymes ,
Engloutit les êtres vivans !
L'eau , les feux , tous les élémens
Se difputent tant de victimes !
Les tours , les temples , leurs autels ,
Qu'embraffent les tremblans mortels ,
S'écroulent , hârent leur ruine !
Tout fert à combler leur malheur!
Déjà la fuperbe Meffine
N'eft plus qu'un vafte champ d'horreur.
DE FRANCE
187
Mais voici l'idée qui tend à nous confoler.
Grand Dieu ! ta bonté , ta clémence
Préparoit elle ces fléaux ?
De vils , d'innocens animaux
Ont ils mérité ta vengeance ?
Que t'ont fait de fages humains ?
Refpectez les profonds defleins ,
Mortels ! étouffez ce murmure ,
Qu'ilfoit plus fage & plus inftruit :
Ce Dieu répare la Nature ,
Quand vous croyez qu'il la détruit.
La terre , après avoir fourni d'abondantes
moiffons , finit par s'épuifer , & a befoin
d'être réparée.
Déjà l'abondante Aufonie
Trompe le foin des Laboureurs ;
Flore ne fournit plus de Alcurs.
Aux bois fi vantés d'Idalie ;
L'Arabie , où le Voyageur
Ne traverſe qu'avec horreur
Des campagues vaftes , ftériles ;
-Ces déferts de fables brûlans
Ont été des pays fertiles ,
Peuplés de nombreux habitans.
L'idée qui domine dans cette Ode n'eft
que le réfumé d'un Ouvrage intitulé : Obfervations
&conjectures pour fervir à la théorie
de la terre , que l'Aateur promet de donner
inceffamment au Public .
188 MERCURE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LA feule nouveauté qu'ait offert le Concert
du 15 Août , eft un Concerto de M. Clementi
, exécuté fur le forté piano organifé ,
par Mile Candeille , de l'Académie Royale
de Mufique. Cette jeune Virtuofe eft extrêmement
bonne Muficienne ; elle a la main
très - brillante , l'exécution perice , beaucoup
de goût & de precision ; elle a été fort applaudie
, quoique cet inftrument falle en
général peu d'effet au Concert. On a regretté
de n'avoir pas entendu le nouveau Magnificat
de M. fon père , qui avoit été annonce , &
qu'une indifpofition fubite de M. Chéron a
empêché d'exécuter. On a auffi applaudi la
voix & le chant de Mlle Buret , que fes fuccès
au Concert devroient encourager pour
le Théâtre . Les talens connus de MM . Viotti
& Michel , & c. ont achevé de rendre le
Concert très - intéreffant.
ANNONCES ET NOTICES.
EUVRES choifies de le Sage , avec figures , feconde
Livraifon , contenant Gufman d'Alfarache ,
DE FRANCE: 189
·
2 vol. in- 8 ° . , le Bachelier de Salamanque , 1 vol.
in- 8 ° . On foufcrit pour lefdires OEuvres , conjointement
avec celles de l'Abbé Prévost , à aris
rue & hôtel Serpente , & chez les principaux Libraires
de l'Europe . La Collection des deux Au
teurs formera environ 50 vol . in 8 ° . avec des fig.
faites fous la direction de MM. Delaunay & Marillier,
Le prix de la Soufcription eft de 3 liv . 12 fols le
volume broché , & fera inaintenu ainfi jufqu'à la fin
de Décembre prochain ; palé lequel temps , ou pe
pourra plus foufcrire , & les volumes feront alors du
prix des liv. br. & 6 liv. rel On a tiré 24 exemplaires
fur papier d'Hollande , à 12 liv, le vol . br.
La troisième Livraiſon ſe fera à la fin du préſent
mois d'Août , & les autres fucceffivement de mois en
mois ; eles feront compofées de trois à quatre vol.
L'accueil que le Public a fait aux Livraiſons qui
ont pare , fon empreffeinent à les recevoir , démonttent
que l'on ne s'eft pas abufé fur l'intérêt que cette
Collection devoit produire.
REGNE de Henri IV ; Chronologie locale des
événemens du Règne depuis 1589 jufqu'en 1610 ,
par M. de Laroche. grand in 4° . compofé de cinq
Planches & Difcours . Prix , 7 liv . 10 fols , A Paris ,
chez Froullé , Libraire , pont Notre-Dame , & chez
Claude Antoine Jombert , fils aîné , Libraire du Roi
pour le Génie & l'Artillerie , ru Dauphine ,
Cet Ouvrage contient en fubftance ce qui s'eft
paffé d'intéreifant fous le règne d'Henri IV . La Carte
de France fur- tour préfente en abrégé le tableau des
événemens. Ces Cartes ont le mérite de l'exactitude
& de la netteté. Ceux qui voudront les joindre à
l'Hiftoire d'Henri IV , les trouveront féparément
chez l'Auteur , rue de l'Ourfine , enclos des Corde»
lières , F. S. Marcel
190
MERCURE
Vuz de la Ville de Meffine, deffinée par J. Houel
en 1779 , gravée à l'eau - forte par P. C. Lebas , le
jeune ; le Ciel, par Mlle Denis , & terminé par
Michel J. Houel. Prix , 6 livres prife chez
l'Auteur , rue du Coq S. Honoré , à côté du café
des Arts.
Cette Eftampe , que nous avons annoncée il y a
quelques mois , répond à nos espérances & à la
réputation que l'Auteur s'eft acquife par fon Voyage
Pittorefque de la Sicile. Elle repréfente la ville de
Meffine avant l'affreux trembl ment de terre du ୨
Février de cette année , qui a détruit cette ville . Cette
vûe eft priſe au Nord, d'où l'on voit partie des montagnes
, au pied defquelles cette ville eft bâtie ; à
gauche , la mer baigne un Quai orné d'une longue
fuite de palais , qui décorent de ce côté la ville d'un
mille de longueur. On voit auffi de ce même
point de vue les diverfes fortereffes , les tours & les
baftions qui défer dont fon port , de forme circulaire
, garni de vaiffeaux , près duquel eft la tour
du fanal.
1
La ville de Reggio en Calabre, s'apperçoit dans le
lointain . Elle eft désignée , ainsi que tous les autres
objets intéreffans de ce tableau , par des chiffres qui
en donnent l'explication au bas de l'Eftampe . On lit
auffi dans la légende qui préfente ces chiffres , les
divers noms que cette ville a eus , ainfi que fon importance
, rélativement aux autres villes de la
Sicile , les avantages de fon beau port , de fon commerce
, fa population , & ſon degré de longitude &
de latitude.
LA Fontaine enchantée de la vérité d'Amour ,
deffinée par C. N. Cochin , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , gravée à l'eau - forte par Aug. de Saint-
Aubin , & terminée au burin par C. S , Macret . Prix ,
6 liv. A Paris , chez Demonchy , Graveur , rue
DE FRANCE. 196
S. Benoît , la première porte-cochère à gauche par
la rue des Mathurins .
Cette Eftampe , qui mérite des éloges pour le deffin
& pour la gravure , repréfente Céladon , fous les habits
de Prêtreffe Druide , & Silvandre , défefpérés
tous deux des rigueurs de leurs Bergères , & s'expofant
à la fureur des lions qui gardent la Fontaine de
vérité d'Amour. Aftrée & Diane , affligées de la perte
de leurs amans , viennent à la Fontaine avec le
même deffein elles y trouvent ces Bergers , & fe
jettent entre- eux & les lions ; les licornes prennent
leur défenfe.
AH! du moins , épargnez mes aîles . Prix , 2 liv.
8 fois , à la même adreffe .
I
C'eſt le titre d'une Eftampe gravée par Jeanne
Deny , d'après le tableau original peint par Leclerc.
Elle repréfente l'Amour furpris par les Grâces , dont
l'une a brifé fon arc , & dont l'autre eft armée d'un
cifeau .
La partie du Bain interrompue , peint par Leclerc ,
& gravée par de Monchy ; même prix & même
adreffe que ci-deffus.
Cette Eftampe , & la précédente , font d'un effet
agréable .
RECUEIL d'Airs & Duos de Blaife & Babet ,
Opéra- Comique de M D. Z. , avec accompagnement
de Harpe , par M. Grenier , Organifte &
Maître de Harpe. Prix , 4 liv . 16 fols . A Paris , àu
Bureau du fieur Lawalle l'Écuyer , Cour du Commerce
, F. S. G.
Ces Airs arrangés doivent faire plaifir dans le
temps où l'Ouvrage entier jouit d'un fi grand fuccès.
Ils en feroient fans doute davantage fi les accompagnemens
étoient faits par l'Auteur lui-même , ou
au moins fous fes yeux.
192
MERCURE
SIX Quatuors concertans pour Flûte , Violon ,
Alto & Baffe , par M. Devienne le jeune , Muficien
de la Chambre de S. A. E. Mgr . ,le Cardinal de
Rohan. Prix , 9୨ liv . port franc par la Pofte. A Paris ,
chez Leduc , rue Traversière S. Honoré , au Magafin
de Mufique.
NUMÉRO 7 du Journal de Clavecin , contenant
Ouverture de Renaud , arrangée par M. Bambini ;
un Air d'Ariane , par Mme d'Argenville ; un Rondeau
, par M. Blin de la Cadie , & des Airs de danfe
de Renaud , par M. Wenek. A Paris , chez Leduc ,
aux mêmes Adrefles que ci-deffus . Prix chaque Cahier
, 2 liv. 8 fols . L'abonnement pour 12 Cahiers ,
15.liv. franc de port.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
LE Retour vers les Pénates,
Couplets , 145
Royaune la Meunerie & la
Boulangerie, 168
170
Le Magiftrat & l'Officier , Vers fur la Paix,
151
172
Fable , 149 Doutes fur différentes Opi-
Charade, Enigme & Logogry- nions reçues dans la Société,
phe
Hiftoiredes Animaux d'Arif Le Défaftre de Meffine , Ode
tote , en Grec , 153 Philofophique ,
Concert Spirituel , Fables& Difcours en vers, 165
Moyenproposépourperfections Annonces & Notices ,
ner promptement dans le
APPROBATION.
185
188
ibid.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 23 Août. Je n'y ai
rien tronvé qui puiffe en empêcher l'uuprellion . A Paris ,
le 22 Août 1783. GUIDL
2
MERCURE
DE FRANCE.

SAMEDI 30 AOUT 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
LE PETIT SOUPE R.
Dis -Mor donc , aimable Henriette
$
IS MOI
Lorſqu'au Théâtre , hier au foir ,
Laiffant , pour t'entendre & te voir ,
Crier bravo fur une ariette ;
A l'impreffion du moment
Ayant cédé fans réfiftance ,
Sans préambule , fans nuance
Je te déclarai brufquement
Mon caprice & ma préférence ;
Que me difoit ton ceil charmant ,
Et tout l'efprit de ton filence ,
Et ce fouris fi finement
Mêlé d'un rayon d'indulgence
Et d'un léger étonnement ?
No. 35 30 Août 1783.
I
194
MERCURE
2
PAR une règle affez commune ,
Puis-je les expliquer cous deux ?
La furpriſe étoit pour mes feux,
Et le fouris pour ma fortune.
Il eft vrai , j'ai paffé le temps
D'unc amoureufe impatience ;
Mais il eft tel pas dans ta danfe
Qui me remettroit à vingt ans.
Et crois-tu , jeune enchantereffe ,
Que dans ton bel oeil de faphir
Je puiffe encor voir fans ivreffe ,
Et fans que le trait du defir
A l'inftant m'atteigne & me preffe,
Briller le fignal du plaifir ?
DANS mon aſyle viens répandre ,
Son éclat , fon charme divin .
Afouper je t'y vais attendre.
Couvert bien net , du plus beau lin
Une pyramide de roſes ,
A chaque Grâce un plat bien fin.....
A toi feule tu les compofcs.
Sous tes doigts de lis jaillira
De l'Épernay l'ambre liquide ;
L'encens d'Amathonte & de Gnide
Sur un autel y brûlera.
Dans l'éclat tranſparent du verre ,
Sous mille formes s'y jouera
Une flamme vive & légère.
Vions faire affeoir à ton côté
;
DE 195
FRANCE.
Les deux enfans de la folie ,
L'enjouement & la volupté :
Du feu léger de la faillie
L'un à fouper peut pétiller ;
Plus fenfible & non moins aimable ,
L'autre s'y pourroit ennuyer.
Ah ! voudrois-tu la renvoyer
Quand nous aurons quitté la table!
( Par M. le Baron de T. )
CONT E.
CIRTAIN jour Defir infulta ,
Près de Cithère ,
Plaifir , qui beaucoup maltraita
Son adverfaire ;
Puis la querelle s'échauffa ,
-Et de colère
Plaifir , plus robufte , étouffa
Defir , fon frère :
Ce qui bien fort épouvanta
Toute la terre ;
Mais Vénus le reffufcita ,
C'étoit la mère.
Depuis ce jour entre- eux régnoit
Ouverte guerre ;
Pourtant Defir plus ne hargnoit
Plaifir fon frère ;
I j
196 MERCURE
Depuis la mort plus il n'étoit
Si témeraire ;
Si bien que quand Plaifir entroit
Chez la Bergère ,
Vite poltron Defir fortoit ,
Non fans colère.
Et qui du différend fouffroit ?
C'étoit myſtère.
Laffé de les voir défunis ,
Amour leur père
Raccommoda ces ennemis.
Et pour l'affaire ,
Quel médiateur fut admis ?
Ce fut Glycèré.
Depuis , règne entre ces amis
Amour fincère.
( Par M. Hoffman , de Nancy. )
VERS pour mettre au bas d'un Oranger
donné par J. J. Rouffeau.
UN illuftre Écrivain a planté cet arbuſte z
Sa main philofophique en cultiva la fleur.
Pour en fentir le prix , il faut avoir mon coeur,
Qu'il croiffe tous les ans pour couronner fon buſte.
( Par M. de Meude-Monpas. }
DE FRANCE. 461
COUPLETS à Mme D ** , le jour de fa Fête.
AIR : J'avois à peine dix-fept ans.
LE jour de fête de nos coeurs ,
Eſt le jour de ta fête.
Ma main d'une treffe de fleurs
Veut couronner ta tête.
Mais à Flore en vain j'ai recours ;'
C'eſt un trop foible
gage.
Pour toi le coeur trouve toujours
A faire davantage.
LA douceur & l'aménité
Forment ton caractère :
Par une rare égalité
Tu fais toujours nous plaire.
Mais que peut de tous nos difcours
Le ftérile langage ?
Pour toi le coeur trouve toujours
A dire davantage.
QUAND j'exprime les fentimens
D'un coeur tendre & fidèle :
Je me crois un de tes parens ;
J'en ai du moins le zèle .
Ma Muſe en vain , dans ſes atours
Cherche à te rendre hommage.
iij
198 MERCURE
18
Four toi le coeur trouve toujours
A faire davantage .
( Par M. de Saint - Ange. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft le Mariage ;
celui de l'Enigme eft Parapluie; celui du
Logogryphe eft Efearboucle , où l'on trouve
or , lares , Orcus , Orle ( commun à trois
Arts ) , fource , orbe , crabe , efcobar , tol ,
corbeau , crocus, Créole , colures , foc , bloc ,
bafcule , courfe & efcroc . On trouve dans les
Légendes , que Ste Marguerite tira une Efcarboucle
de la tête d'un dragon , avec qui on
la peint ordinairement .
CHARADES.
Mon premier nourrit les mortels ;
Mon fecond fert à diriger leurs âmes ;
Et mon tout eft un Sage aimable aux yeux des Dames;
Car ce fut au plaifir qu'il dreffa des autels.
DE FRANCE
.
199
AUTRE .
Jefais Efuis dans mon premier bien contraire à mauvais ;
Et puis de propre , ou clair , fynonime à-peu-près.
De travers , cher Lecteur , ne me mettez jamais.
ÉNIGM E.
A f'armée , au Palais , j'ai beaucoup de renom.
Je règne même aux champs ; lis , & connois mon nom.
LOGO GRYPH E.
MoN deftin , Lecteur curieux ,
Doit te paroître aſſez rifible ;
Car la nuit m'expofe à tes yeux ,
Et le jour me rend inviſible .
Me coupes- tu la tête ? Après ta cruauté
Il me refte de quoi couvrir ta nudité.
M'attaques-tu plus bas ? je fuis un jour de fête ,
Un ornement facré pour qui prêche la foi.
Si tu veux me couper & la queue & la tête ,
En cet état , que me refte-t'il ? Toi.
Iiv
200 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE de l'Article fur le Livre intitulé :
Doutes fur quelques opinions reçues dans
la Société.
JE
E regrette de ne pouvoir multiplier les citations
; mais , je le répète , il n'eft pas queftion
ici de faire connoître un Livre trèsrépandu
; j'entre plus dans les vûes de l'Auteur
en difcutant quelques- unes de les idées ;
je raifonne , je converfe avec lui , fans craindre
de lui déplaire par mes contradictions ;
& tout en converfant , me voici arrivé à un
des plus longs Chapitre du Livre , c'eft celui "
de la converfation.
Je ne releverai pas tout ce qu'il y a de
jufte & de bien obfervé dans ce Chapitre ,
qui me paroît un de ceux auxquels l'Auteur
a donné le plus de foins & d'affection ; je
n'en citerai qu'une tirade , fur laquelle j'ai
quelques réflexions à propofer.
ور
" Peut- être n'eft- il pas de genre d'efprit
» dans lequel il entre autant de qualités de
l'efprit que dans celui de la converfation ;
» auffi eft- il peu de talens plus rares . S'il
» faut beaucoup de fonds pour bien écrire ,
» que de parties ne faut- il pas pour bien
caufer ? De la jufteffe , de la facilité , de
» la politeffe , de l'ufage du monde , du
39
DE FRANCE. 201
goût , de l'imagination , de la légèreté , de
» ` la grâce , &c. »
ور
Il faut que l'Auteur le foit fait d'une belle
converfation un modèle idéal , pour trouver
qu'elle appelle tous les genres d'esprit , &
qu'elle ne peut appartenir qu'au talent le
plus rare. Il me femble que l'on en a dans
le monde une idée moins relevée , & que perfonne
n'a encore mis ainfi ce talent , fi ce
n'eft au- deffus , du moins à côté de celui de
bien penfer & de bien écrire. Je crois même
que pour prendre des notions entièrement
juftes fur ces objets , loin de les affimiler ,
il faut au contraire les bien diftinguer; c'eft
ce que je vais effayer de faire.
Je fuis loin de vouloir déprécier les attraits
, le mérite , l'utilité même de la converfation.
On pourroit dire en morale qu'elle
affoiblit trop les caractères à force de les
polir ; que , par fes charmes faciles , elle
nous diftrait trop des affections de famille &
des amitiés contractées , les meilleurs liens
des hommes , que fouvent elle nous enlève
à nos devoirs , à nos études , à la folitude, où
il eft fi bon au talent & à l'âme de venir s'interroger.
Mais il eftvrai auffi , qu'ouvrage
de la fociété policée , elle donne les qualités
que la fociété exige ; qu'appartenant prefqu'exclufivement
aux perfonnes polies &
éclairées , elle leur offre un délaffement mêlé
d'inftruction. Le jeune homme y apprend à
Connoître les hommes avec qui il doit vivre;
l'homme fait s'y maintient dans l'habitude
202 MERCURE
1
des qualités aimables; levieillard yéchappe à la
trifte folitude de fon âge , y recueille encore
quelquefois des refpects confolans & flatteurs
, & jouit au moins du plaifir de fe voir
avidement confulté & écouté fúr ces chofes
dont il a vû l'origine , & dont il eſt le dernier
témoin. Le fage , occupé de l'étude des hom
mes , y découvre des chofes que fon propre
coeur ne lui auroit pas révélées , & que
le tableau , ſouvent fi incomplet de l'hiftoire
, ne lui offroit pas. Il eft un grand nombre
d'obfervations fur le coeur humain , que
l'on ne peut faire qu'au milieu des hommes
réunis , & dans ces momens où leurs paffions
s'échappent & fe trahiffent. Il eft audi
un grand nombre de faits & de traditions
qui manquent à l'hiftoire , & dont la converfation
de certains hommes eft l'unique
dépôt. Si la converfation , par fes avantages ,
eft un utile & agréable dédommagement de
tout ce qu'il y a de vicieux dans les moeurs
extrêmement policées , elle a auffi quelque
chofe de bien intéreffant dans cette perfection
où l'on fait quelquefois l'amener. Comment
les hommes en font- ils venus à fe faire
une fi douce occupation du temps même de
leur oifiveté ? Comment des hommes , différens
d'efprit , d'humeur , de condition ,
qu'aucun intérêt ne raffemble , qu'aucune
affection ne lie , fous l'heureux voile d'une
bienveillance commune , qui commence &
finira peut être avec leur réunion , peuventils
à l'inftant entrer dans un commerce de
DE FRANCE. 203
confiance , tourner à l'amufement mutuel
le plaifir que chacun vient chercher , étouffer
l'envie de dominer , au moins la cacher ſous
l'envie de plaire , produire leurs idées & leurs
fentimens , en évitant l'opiniâtreté des difputes
& le choc des prétentions ? Qu'il eft
doux de rencontrer de ces perfonnes d'un
efprit éclairé , d'un caractère flexible , d'une
politeffe noble & gracieufe , qui , dans quelques
cercles qu'elles fe trouvent , ne difent
que ce qui eft à propos ; qui , prêtes également
à effleurer un fujet ou à l'épuifer , à le
quitter & à le reprendre , ne manquent jamais
le ton propre à celui qu'elles traitent ;
qui plaifent par la manière dont elles parlent
, qui plaifent encore par celle dont
elles écoutent , qui vous aident à avoir de
l'efprit , en vous montrant le leur , qui fe
livrent à vous fans s'arracher à une affemblée
, & rendent agréable à tout le monde ce
qu'elles répondent à un feul. Le plaifir que
font ces perfonnes fe multiplie , quand c'eft
l'une d'elles qui préfide à un cercle , & qu'elle
-joint au don de fe faire écouter avec cet
agrément , celui bien plus diftingué encore ,
de diriger la converfation de manière que le
fujet en foit toujours celui qui convient le
mieux au plus grand nombre ; qui fait enforte
que chacun y fourniffe la part d'inftruc
tion ou d'agrément qu'il peut y apporter , &
y foit utile par les chofes qui le flattent le
plus lui-même ; qui calme l'humeur , excite
la gaîté réprime la préfomption , fou-
"
Ivj
204 MERCURE
tient la timidité , arrête le bavardage , répare
les indifcrétions ; qui fait qu'un fot eft moins
à charge à la fociété , qu'un homme d'efprit
lui eft plus agréable ; qui fait , en répandant
autour d'elle cette envie de plaire qui l'anime
, gouverner réellement ce petit empire ,
fans rien laiffer appercevoir que les grâces de
fon efprit & les plaifirs dont elle fait jouir.
Mais ne confondons pas des chofes trop différentes.
Il n'y a rien de commun entre ces
dons fi précieux & fi aimables , & les facultés
qui font bien penfer & bien écrire. Le
monde non plus n'eft pas affez malheureux
pour que le talent qui lui plaît le plus foit
le plus rare. Les talens de grand Poëte & de
grand Orateur feroient- ils donc plus communs
? Cela n'eft , ni ne peut être . J'accorde
à l'Auteur que plufieurs des parties qui entrent
dans le talent d'écrire, entrent auffi dans
celui de la converfation. Ce dernier exige
auffi de la jufteffe d'efprit , de la facilité ,
du goût , de la grâce , de l'imagination , & c .
Mais dans l'un & l'autre talent ces qualités
font-elles dans la mênie mefure , & portentelles
fur des objets égaux ? Il y a loin , par
exemple , du goût , qui a mis tant de perfection
dans les vers de Racine , à cette
élégance noble & aifée qui brille dans les
difcours de l'homme du monde , de l'imagination
qui crée les fictions de l'Ariofte , de
la grâce qui enchante dans les récits de La
Fontaine , à cette grâce légère qui fe fait
fentir jufques dans les moindres propos d'un
DE FRANCE. 205
homme aimable , ou à cette imagination
qui lui fournit des contes plaifans , des faillies
brillantes , des mots heureux . La perfection
de l'homme qui plaît dans la fociété , ſe
compofe plutôt de la connoiffance des petites
chofes que des grandes , de fineffe que
de force , de tact que de goût , d'agrémens
que de graces , d'efprit que de talent , &
plus encore de foupleffe dans le caractère
que de facilité & de promptitude dans l'eſprit.
Son grand mérite eft de pouvoir captiver
toutes les affections de fon âme fous
l'envie de plaire . De là vient que ce font les
femmes qui vont le plus loin dans cette
fcience , parce qu'elles y fatisfont le plus
continuel de leurs penchans , en rempliffant
leur deftination . De- là vient que les hommes
fupérieurs , prefque toujours dominés par
leur génie , ou plutôt par leur âme , qui eft
leur génie même , qui ne peuvent ainfi à
tous les inftans fortir d'eux-mêmes, pour ap .
ne favent partenir tout entiers aux autres
montrer ce qu'ils ont de gai & d'aimable
dans l'efprit , que dans les momens où le
calme & la joie règnent dans leur humeur ,
& avec les perfonnes qu'ils aiment. Il arrive
pourtant quelquefois que l'homme doué des
grands talens l'eft en même temps du don de
plaire dans la fociété . Si alors on l'établiffoit
pour modèle dans la converfation , fi on y
exigeoit tout ce qu'il donne , il me femble
qu'on auroit tort ; on confondroit deux
dons différens qui ſe réuniſſent en lui , qui
,
206 MERCURE
ne s'excluent , ni s'appellent , on feroit honneur
à fa converfation des fruits de fon génie.
La bonne converfation fe maintient par
des qualités plus ordinaires . Des gens
d'un
efprit jufte & poli , converfent preſque toujours
beaucoup mieux enfemble que ne font
entre eux les efprits du premier ordre , parce
qu'ils favent mieux fe plier les uns aux autres
. Il ne faut pas confondre non plus le talent
qui fait fe communiquer dans la fociété,
& le don de bien converfer , l'homme
qui brille dans le monde & celui qui y plaît.
Obfervez - vous vous même lorfque vous
parlez de ces deux hommes ; vous vantez l'élocution
noble & aifée de l'un , l'éloquence
rapide de l'autre , la plaifanterie polie &
mefurée de celui ci , la verve de gaîté ou de
fatyre de celui - là. Vous fentez le befoin
de donner les éloges propres au talent , à
celui qui en a laiffé dans votre âme les impreffions.
L'une de ces manières d'être dans
le monde ne fuppofe pas l'autre, elles tiennent
à des qualités de l'âme & de l'efprit différentes.
On pourroit demander fi le talent qui
remporte de fi grands triomphes dans la fociété
, renferme en lui celui qui fe marquè
dans les beaux ouvrages ; ils peuvent également
fe trouver unis & féparés , l'un & l'autre
le voit tous les jours. Il eft naturel que
les talens où dominent enfemble l'efprit &
l'imagination , puiffent tout- à- la fois le répandre
dans la converfation & dans les
écrits. Cependant il eft des hommes qui
DE FRANCE. 207
2
n'ont de ces talens que ce qu'il en faut pour
traiter les chofes qui entrent dans la converfation
, & de la manière qu'elles peuvent y
être préfentées ; tandis qu'il en eft d'autres
chez qui la manière de penfer , de fentir &
de parler eft trop fupérieure au ton de la fociété
pour n'y être pas trop étrangère . Vous
trouvez auffi des perfonnes dont l'efprit
& l'imagination ne s'échauffent que dans la
méditation ; vous en rencontrez d'autres dans
qui ces facultés ne s'éveillent que par la contradiction
, & à la vue d'un auditoire qui les
anime & les tient en verve par fon attente
& fon attention . Cela dépend encore de la
timidité ou de la confiance , de l'ufage du
monde ou de fon inexpérience , de la facilité
ou de la lenteur dans la penfée & dans
la parole , enfin de tout ce qui gêne ou fa- !
vorile le développement de nos facultés.
Il eft encore une autre qualité qui a auffi un
grand avantage pour la converfation , c'eft
celle de favoir foutenir le difcours bien &
long- temps. Cette facilité appliquée à de
petits fujets , eft plutôt un figne de médiocrité
que de talent ; mais appliquée à des
fujets relevés & intéreffans , elle eft un don
très rare & très - brillant.
Ces objets dont on s'entretient beaucoup
, ne font pas ceux où les idées foyent
les plus éclaircies , ni s'éclairciffent le
plus aifément . En combattant des notions
qui ne m'ont pas paru juftes , j'ai tâché
d'énoncer mes idées de manière qu'elles
208 MERCURE
puiffent fervir au Lecteur pour en rencon
trer de plus nettes & de plus heureuſes.
Voici à quoi elles fe réduifent. Je pense que
le talent qui plaît dans la fociété, & celui
qui produit de beaux ouvrages , font auífi
différens dans leurs principes que dans leurs
effers ; qu'il importe de bien diftinguer dans
la converfation même ce qui vient de l'un
ou de l'autre de ces talens , pour les bien juger.
Je crois qu'entre les deux dons qui compofent
effentiellement la fcience du monde ,
celui de bien converfer & celui de bien diriger
une converfation , il faut encore admettre
une grande diftance ; il y a quelque
chofe de bien plus habile & de bien plus
heureux dans le dernier. Je crois auffi que
fi la converfation ne peut fe maintenir que
par ces hommes aimables qui pofsèdent émi
nemment l'efprit de fociété , elle ne peut
cependant s'animer & s'embellir à un certain
point que par ceux qui s'y gouvernent plutôt
par leur génie que par les bienféances.
En général , on plaît par la politeffe des difcours
& par la grâce des manières ; on frappe
par les faillies de l'imagination ou l'originalité
de l'efprit ; on attache par des fentimens
élevés ou touchans qu'on reçoit ou
qu'on communique.
J'évite de m'arrêter fur les Chapitres qui
préfentent des objets plus étendus que nouveaux
. Celui de l'éducation eſt aujourd'hui
de ce genre. L'Auteur n'a pas prétendu le
traiter à fond , mais expliquer quelques
DE FRANCE. 209
idées qui lui font particulières. Il fe déclare
pour l'éducation publique , dont il a éloquemment
développé un des principaux
avantages .
*
"
曾99
+
« C'eft dans les claffes qu'on acquiert la
grande fcience de connoître & les autres
" & foi même : on y juge , & l'on y eft jugé ,
& la juftice à cet égard y eft complette ;
» on y apprend tous fes défavantages ; on y
» eft averti qu'on eft laid , difforme , fans
efprit , fans adreffe, fans grâces , fans agré-
» mens ; tous les défauts y font foumis à la
sy
cenfure ; tous les vices y fout contraints à
» fe déclarer la guerre ; la vanité n'y eft pas
foufferte , l'ingratitude y fait horreur , l'a-
» varice y eft vexée , la tracafferie abhorrée ,
le menfonge méprifé , l'affectation raillée ,
l'humeur repouffée , l'offenſe rendue ; l'efprit
& le talent y ont une cour ; on s'y
» querelle , mais on s'y protège ; on s s'y dé-
» fend , on s'y oblige . Le choc des défauts ,
l'accord des qualités , le contraſte ou le
» rapport des fentimens , dévoile , étend &
perfectionne les idées. Les claffes font de
petites républiques ; & ce n'eft que dans le
fein des républiques que les caractères
» vertueux , courageux , généreux , peuvent
» fe former. Voilà , ce me femble , le ftyle
» de la Bruyère dans toute fa vivacité & fon
énergie . »
ود
ود
ور
30
"
ود
ور
99
ود
Jufqu'ici nous n'avons encore vâ dans
l'Auteur qu'un eſprit toujours fidèle au goût
& à la raifon , qui fait renfermer une idée
210 MERCURE
nette dans une phrafe précife , & qui l'anime
par une tournure vive ou ingénieuſe , qu'un
caractère franc qui fait juftice de tout ce qui
lui a paru injufte ou fâcheux dans la fociété.
Voici un fujet où fon coeur pouvoit paffer
dans fes idées & dans fon ftyle.
""
" La générofité , prife dans toute fon
» étendue , ne peut donc fe trouver que dans
» celui dont l'âme & l'efprit font également
fublimes . La prééminence fur toutes les
vertus lui appartient comme à la plus
noble & à la plus excellente. Nulle autre
» ne renferme autant de qualités & n'exclut
autant de vices . Elle eft inféparable du
courage , de la conftance , de la fidélité ,
de la juftice , de l'amitié , de la reconnoif-
» fance ; inacceffible à la jaloufie , à l'envie ,
» à la diffimulation , à l'intrigue : paffion de
l'âme élevée , fes vues & les actions font
» élevées comme elle ; apanage de l'efprit
fupérieur en goût & en lumières , elle
fuppofe néceffairement l'amour du grand ,
» du beau , du vrai , du jufte. Son efprit ,
au niveau de fon âme , lui révèle tous les
» moyens , tous les fecrets de faire des heu-
» reux ; toutes les manières , toutes les for-
"
20
و د
""
33
$5
mes de fervir & d'obliger , fans bleffer
» l'amour propre. L'homme éminemment
généreux , l'eft ou le feroit dans tous les
» états , toutes les circonftances ; il a toutes
» les générofités , celle même de recevoir
» la plus courageufe de toutes & la plus noble
peut - être. L'âme généreufe eft feule di-
>
DE FRANCE
. 21.1
33
"3
,,
gne & capable de fe pénétrer d'une vive
amitié, d'en fentir & d'en remplir tous les de-
» voirs, d'en apprécier & d'en goûter tous les
charmes. Elle feule a , pour fon ami , cette
eftime , ce refpect , cette confiance
, ce goût , cette tendreffe qui caractérisent
&
qui fondent une parfaite amitié ; elle feule
" eft capable de cette communication
fans
réferve de penfees & de fentimens
; elle
feule fait également
lui faire tous les dons
ou tenir tous les dons de lui; elle feule a
» le courage de lui repréfenter
fes défauts
» & fes torts , de l'avertir des devoirs qu'il
néglige , de lui rappeler les procédés qu'il oublie ; elle feule a la force de l'offenfer
» pour le fervir , de le bleffer pour le guérir,
de renoncer à tout , même à lui , pour
fon honneur.
»
و ر
ود
"J
و د
" "3
Voilà des idées élevées , des fentimens
nobles exprimés fimplement
. C'eſt le caractère
auquel l'Auteur obferve fort bien qu'on reconnoît les vraiment belles chofes. Ce font
là des traits qui honorent l'âme d'où ils font
fortis. Quand on penfe & l'on ſent ainsi
on s'élève affez au - deffus des principes frivoles
ou vils qui règnent fi fouvent dans le
monde , pour avoir le droit de parler avec une certaine hauteur de fes vices & de fes
ridicules.
"
Je n'éprouve
qu'un regret en me recueillant
fur ces Chapitres
de la générosité
& de l'amitié , dont je n'ai pas, à beaucoup
près , cité toutes les beautés , c'eft de n'y pas trot
212 MERCURE
ver par- tout une méditation affez approfondie
de l'objet , & d'y rencontrer quelquefois
des notions qui me paroiffent
fauffes.
L'Auteur a établi deux parallèles , l'un entre
l'homme bienfaiſant & l'homme généreux
, l'autre , entre l'homme libéral &
l'homme généreux. Dans ces parallèles , il y
a des traits parfaitement bien faifis ; mais j'ai
des critiques à faire fur ceux- ci :
« L'homme bienfaifant a de la fenfibilité
» fans énergie ; l'homme généreux a de l'éner
gie " & de la fenfibilité. »
Le nom même de bienfaifant annonce un
homme qui agit fans ceffe ; la vertu a donc
dans lui une énergie continuelle. Celui qui
fe contente de vouloir du bien à fes fem-
Elables manque fouvent d'énergie ; mais celui
qui paffe fa vie à leur en faire , ne peut
être un homme fans activité & fans courage
.
و ر
" L'homme bienfaifant eft l'ami de l'humanité
, l'homme généreux eft celui de
la vertu. »
On ne peut aimer l'humanité fans aimer
la vertu , ni la vertu fans l'humanité ; & il
entre également dans la bienfaifance & dans
la générofité d'aimer l'une & l'autre.
« L'homme bienfaifant s'afflige avec ceux
» que l'injuftice oppreffe ; l'homme généreux
s'indigne de l'oppreffion & s'arme
» contre l'oppreffeur. »
Voilà une différence parfaitement marDE
FRANCE. 213
quée , à l'exception pourtant qu'il eft du caractère
de l'homme bienfaifant de fecourir
les opprimés , encore plus que de s'affliger.
avec eux .
"
י כ
و ر
"
Voici l'autre parallèle en entier :
" La maifon de l'homme libéral annonce
» la profufion & tout le fafte de la magnificence
; celle de l'homme généreux an-
" nonce une fage abondance & tout le goût
d'une élégante fimplicité. Le premier fouf
" fre le pillage dans fa maifon , le fecond
» maintient l'ordre dans la fienne ; l'homme
libéral a vingt Valets de trop qu'il en-
" tretient avec luxe , leurs femmes vivent
dans fes palais , & leurs enfans y font éle-
» vés dans l'oifiveté & dans la molleffe ;
l'homme généreux a le nombre de Valets
» que fon état ou fon utilité comporte , &
» les entretient avec décence ; leurs femmes
reftent dans leur ménage qu'il foutient ,
» & leurs enfans font élevés & inftruits à
fes frais , loin de l'air infect & contagieux
des anti- chambres ; la table de l'homme
libéral eft couverte des mêrs les plus re-
» cherchés & les plus rares , celle de l'homme
généreux vous offre ceux que vous ai-
» mez ; le premier joue habituellement un
» gros jeu avec nobleffe ; le fecond joue
» avec égalité un jeu toujours médiocre ;
"3
و ر
33
2:3
و ر
و د
l'homme libéral eft magnifique , l'homme
généreux eft grand ; le premier donne
» avec pompe , le fecond donne avec modeftie
; l'homme libéral a le goût de ré
"
1
214
MERCURES
99
pandre , l'homme généreux a la paffion de
donner ; le premier attend l'occafion , le
fecond la fait naître ; l'homme libérál
» donne avec gaîté , l'homme généreux don-
" ne avec joie ; le premier donne avec grâce ,
» le fecond avec délicateffe; l'homme libé-
» ral donne par faillies , l'homme généreux
" par fentiment ; l'homme libéral donne
avec légèreté , l'homme généreux donne
avec choix ; le premier fait des largeffes
» à fes valets & des galanteries à fes amis ,
» le fecond enrichit fes amis & met fes va-
» lets à l'abri de l'indigence . Enfin l'homme
libéral fait des dons , & l'homine généreux
fait des fortunes ; car l'homme libé-
" ral ne donne guères que le fuperflu de fon
fuperflu , & l'homme généreux borne
» même , pour donner, fes befoins & fon
néceffaire. »
n
"
Il y a beaucoup d'efprit & des chofes bien
obfervees dans ce parallèle ; mais il me femble
qu'il denature les deux caractères , en
prêtant à l'un les défauts du diffipateur &
du faftueux , & à l'autre un esprit d'ordre
& de fageffe qui ne lui eft point effentiel.
" L'homme généreux a le nombre de
valets que fon etat comporte. »
Il en a fouvent davantage ; d'abord parce
qu'il ne pourroit fouvent prendre fur lui de
renvoyer des hommes qui lui feroient attachés.
Les enfans venoient prendre la place
des pères dans la maifon du Duc de Montaufier
, & ils y reftoient tous enſemble. On
DE FRANCE.
216
connoît le mot fi délicat & fi généreux de
M. Helvétius dans une occafion pareille : Ja
n'ai pas besoin d'eux , mais ils ont besoin de
moi. En fecond lieu , il eft un certain goût de
repréſentation noble qui convient affez à
l'homme généreux. Il ne fait guères s'arrêter
dans l'ordre & l'économie ; il eft de fa nature
un peu exceffif;, s'il fe permet du fafte ,
il ira jufqu'à la magnificence ; s'il veut beaucoup
donner , il fe retranchera tout ; il
même paffer tour- à-tour de la magnificence
à l'extrême frugalité , felon qu'il aura befoin
de l'une ou de l'autre pour fe conduire
avec grandeur.
pourra
" La table de l'homme libéral eft couverte
» des mets les plus rares , celle de l'homme
généreux vous offre ceux que vous ai-
" mez. >>>
Cela ne me paroît vrai ni de l'un ni de
l'autre. L'une de ces chofes appartient à
l'homme qui porte à l'excès les recherches
du luxe ; l'autre convient à l'homme delicat
& attentif , qui étend jufqu'aux plus petits
foins fon envie de plaire. Il importe de toujours
diftinguer foigneufement les qualités
qui peuvent fe joindre à la vertu que nous
voulons peindre , de celles que cette vertu
fuppofe néceffairement , & qui la caractérifent
elle- même.
« L'homme libéral donne avec gaîté ,
l'homme généreux donne avec joie. »
Il n'y a que l'avare qui ne donne pas avec
plaifir ; & de la gaîté à la joie , la difference
216 MERCURE
eft trop petite pour féparer deux caractères ,
D'ailleurs , je crois que l'homme libéral &
l'homme généreux donnent l'un & l'autre
, tantôt avec gaîté , tantôt avec joie ,
fuivant l'efpèce & le moment de leurs dons.
Ce qu'il y a de défectueux dans ces idées
vient de ce que l'Auteur , heureux de pouvoir
parler de la générofité avec fon âme ,
a laiffé à d'autres à la définir. Rien de
plus difficile que de bien fixer & de bien
borner les qualités que repréfentent ces expreffions
morales. Rarement on les médite
en les ifolant , & on leur attribue toujours,
quelque chofe des objets auxquels on les
allie. Chacun auffi leur donne une acception
particulière. Tout le monde les entend à
peu près , prefque perfonne ne les comprend
parfaitement. Pour les bien expliquer , il
faut moins faire un choix dans tous ces fens
divers , que chercher par l'analyfe celui qui
vient de la nature même de la chofe , & qui
n'a befoin que d'être bien déterminé pour
devenir celui de tout le monde. Il y auroit
un excellent Livre à faire en logique & en
morale, ce feroit une explication de toutes les
qualités de notre âme que nous appelons des
vices & des vertus , qui en contiendroit à la
fois la théorie & l'hiftoire. Me permettra
t'on d'effayer ici ce travail fur le mot générofité
? J'ai peut - être droit ici à un peu d'indulgence
; l'Auteur des Doutes s'eft emparé
des beautés du fujet ; il ne me refte pour
partage que fes difficultés.
Pour
DE FRANCE. 217
Pour bien entendre ce que c'eft que générofité
, il eft néceffaire de connoître aufli ce
que font les autres vertus qui l'avoiſinent, &
c'eft dans les premières affections du coeur
humain qu'il faut chercher leur principe &
leur développement.
L'homme n'a proprement qu'une paffion ,
de laquelle fortent toutes les autres , pour
devenir les mobiles de nos vices ou de nos
verrus ; cette patlion primitive & indeftructible
cft l'amour de nous mêmes.
L'amour de nous - mêmes , éclairé par la
raifon , s'apperçoit bientôt qu'il doit rendre
aux autres homines ce qu'il en attend , &
par là fe développe en nous la notion & le
fentiment de la juftice , qui nous fait une loi
d'être à l'égard des autres ce que nous defirons
qu'ils foient à notre égard.
L'amour de nous - mêmes , développé dans
la fociété de nos femblables , nous attache
involontairement à des êtres qui jouiffent &
fouffrent par les mêmes chofes , & dans
lefquels nous nous retrouvons fans ceffe .
De là un fentiment de bienveillance pour
notre espèce , qui nous donne le defir de voir
heureux tous ceux qui nous entourent , & qui
nous aflocie à toutes leurs joies & à toutes
leurs douleurs .
La raifon & le fentiment fe réuniffent donç
pour étendre fur les autres l'amour de nous
mêmes; & quand ils s'nniffent intimement
& fe développent dans toute leur force , ils
nous conduifent jufqu'a la fageffe , qui eft la
Nº. 35 , 30 Août 1783 .
K
218 MERCURE
Science de tout ce qui eft bon & utile , foit à
Phomme , confidéré individuellement ,
foit
aux hommes réunis en fociété , & jufques à la
vertu , prife dans toute fon étendue & fon
élévation , qui eft un accord conftant de nos
actions avec les confeils de lafagelje,
Mais le fentiment de la justice & celui de
la bienveillance peuvent avoir un autre developpement
où la raifon domine moins ,
où le penchant triomphe davantage,
Alors de la juftice & de la bienveillance ,
plutôt fenties que raifonnées , naiffent tout
enfemble ou féparément le défintérellement
qui nous fait immoler nos intérêts à ceux
des autres , lorfque l'équité feule nous y
oblige , & un fecond degré de bienveillance ,
que j'appellerois la bonté agillante , qui nous
rend induftrieux & attentifs à tous ces moyens
d'être utiles , qui font plutôt des fervices
que des bienfaits.
Le délintéreffement , dans une âme qui
veur plaire , deviendra la libéralité , qui eft
un penchant naturel à donner , mais avec une
certaine modération & avec peu de difcer
pement,
Quoiqu'aimable & cftimable , elle n'eft
point tout à fait une vertu , parce que fes
* ffets ne font pas toujours complertement
bons ; mais elle eft bien éloignée de la profufion
, qui eft une folie , & du fafte , qui
eft un vice ; elle répand moins que l'une
mieux que l'autre , & fur- tout par des motifs
tout différens .
DE FRANCE. 29
Da déûintéreffement unit à la bonté agif- ·
fante , naîtra la bienfaifance , qui dévoue'notre
fortune , notre crédit & nos foins au fou
lagement des opprimés & des malheureux. Elle
va bien plus loin dans fes dons que la libéralité
, & fur tout elle Its place mieux ; elle
eft ordinairement la qualité dominante de
l'âme, & l'application de la vie entière , elle
vient d'une profonde fenfibilité , & s'appuie
fur des principes & des règles. Mais les règles
ne font pas toujours les meilleures ,
parce que Thomme bienfaifant n'eft pas né
ceffairement un fage.
Enfin , de la bonté tournée en paffion dans
une âme emportée vers tout ce qui eft beau
& ce qui eft grand , naît la générofité , qui a
en elle les principes de toutes les vertus que
je viens de tracer , & qui en porte les effets
plus loin . Elle veut les hommages des hommes
, elle veut fe rendre à elle même de
nobles témoignages ; la gloire , la confcience
l'animent enfemblé , tout ce qui agit fur, elle
la meût fortement , tout ce qui entre dans
fes perfées s'y annoblit. Je la définis , ce befoin
d'eftime & d'amour , & cette paffion des
beaux faits , qui nous font placer notre bonheurdans
un continuel facrifice de nous- mêmes
aux autres & qui donnent toujours à nos
bienfaits & à nos fervices un caractère particulier
de grandeur ou de délicateffe. C'eft là
dignité , c'eft la beauté fuprême de l'homme ;
on defireroit un culte pour elle' ; & lorfque
l'idolâtrie ancienne plaçoit des hommes géné
و
Kij
220 MERCURE
reux parmi les Dicux , elle mettoit plurôt
da delire que de la profanation dans fa
reconnoiffance.
Rapprochons maintenant ces deux développemens
de l'amour de nous mêmes , dirige
vers le bien , & nous faitirons leurs
différens refultats . La vertu fondée fur la
fageffe , eft la réunion de toutes les excellentes
qualités que l'homme peut acquérir &
réunir ; la générofité , fans la fageffe , n'eft
que la meilleure des pallions & la plus belle
des vertus. Auffi l'homme généreux eft il plus
grand que parfait , il peut avoir des foib'elles
& même des vices , & alors fes foibleffes &
fes vices pourront non feulement ternir ,
mais même altérer fa générofité ; car il n'eft
pas donné à l'homme d'être toujours fidèle
à fes principes , ni même à fon caractère.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
EUDOXIE , Nouvelle Hiftorique , par
M. d'Arnaud . A Paris , chez la Veuve
Ballard & fils , Imprimeur du Roi , rue
des Mathurins.
ANNONCER un Conte , un Roman de M.
d'Arnaud , c'eft s'expofer à répéter des éloges
déjà écrits tant de fois ; car la réputation de
cer Auteur dans ce genre intérellant , eft
depuis long temps établie & juftifiée par de
nombreufes productions. Celui que nous
annonçons fait partie du troisième Volume
de fes Anecdotes Hiftoriques. Ce genre eft
DE FRANCE. 221
-
naturellement dangereux , en ce qu'il peut
défigurer , par un mêlange de vrai & de
faux , les faits & les perfonnages les plus intéreffans
; mais l'Anecdote d'Eudoxie eft à
l'abri de ce reproche , par le foin qu'a pris
l'Auteur d'y joindre des notes hiftoriques qui
mettent dans la main du Lecteur le véritable
fil des événemens. Avec cette précaution , en
lifant une pareille Anecdote , on a le double
avantage d'étudier l'Hiftoire , fans rien perdre
du plaifir qu'on trouve à lire des Romans.
Nous defirerions même que M. d'Arnaud
, toutes les fois qu'il travaillera dans ce
genre , voulût bien multiplier encore fes
notes hiftoriques , en les rejetant à la fin de
chaque Anecdote ; il feroit sûr alors de donner
toujours le même plaifir aux Amateurs
de Roman , fans alarmer les graves partifans
de l'Hiftoire.
Dans l'Anecdote d'Eudoxie , ce que l'Hif
toire a fourni à M. d'Arnaud , c'eft le tableau
des vertus & des talens de Pulchérie , four
de l'Empereur Théodofe II , & le mariage,
de ce dernier avec Athenais , furnommée
Eudoxie , en abjurant le Paganifme pour
embraffer la Religion Chrétienne . Les amours
de l'Empereur appartiennent à l'Auteur; &
c'eft fans contredit ce qu'il y a de plus intéreffant
à lire. En un mot , tout ce qu'il a emprunté
de l'Hiftoire eft raconté avec ce ftyle
animé qui manque fi fouvent à nos Hiftoriens
; & ce que lui a fourni fon imagination
, refpire ce ton de fenfibilité qui carac
Kj
222 MERCURE
térife tous les Ouvrages . C'eſt avec cette fènfibilité
intérellante qu'il a peint la langueur
inquiette de Théodole , dont le coeur fent le
befoin d'aimer fans avoir pu fe fixer encore.
Nous ne pouvons réfifter à l'envie de
citer une Anecdote , qui infpire à cet Emperear
un violent defir de partager fa couronne
avec un objet digne de fon amour. « Le
Prince aisoit à fe promener feul dans
les endroits écartés , & fur tout il fuyoit
cet appareil qui auroit pu le faire connoître.
Il apperçoit fur le penchant d'un
coteau un Pâtre entouré de fa femme &
de les trois enfans. L'homme étoit dans
la vigueur de l'âge ; la joie refpiroit far fon
front brûlé du foleil ; fa compagne annonçoit
la même gaîté , & elle avoit les agrémens
de la fimple nature : leur petite famille
s'amufoit avec eux , & ils alloient l'un &
l'autre l'embratfer tour- à tour. Quel fpectacle
pour une âme fenfible ! & celle de
Théodofe n'avoit point encore perdu de
cette délicateffe que l'âge & l'abus des fenfations
viennent émouffer . Il les aborde :
Mes amis , vous me paroiffez.contens ?
Oh , dit le Berger , il n'y a point dans l'Empire
d'homme aufli heureux que moi. Vous
le voyez j'ai une femme que j'aime , des
enfans qui me font également chers : ce fontla
toutes mes richeffes , il eft vrai ; mais ,
grâces au ciel ! je jouis d'une bonne fanté,
nous travaillons tous , & nos enfans déjà
commencent à nous prêter la main ; le morDE
FRANCE. 223
cean de pain que nous mangeons eft quelquefois
trempé de nos ineurs , j'en conviens ,
mais nous l'avons gagné, & il ne nous coûte
aucun reproche ; & puis quel mers vaut
l'appétit Comment , reprend Théodofe en
foupirant , vous ne defireriez rien ! - Defirer
! & quand je m'examine ..... fi je formois
des voeux ! .... Avec dix pièces d'or , j'aurois
tout ce que je puis fouhaiter aujourd'hui ,
une petite maifon , de quoi loger ma femme
& mes enfans , & environ un arpent de
terrein , & je mourrois fans aucune inquietude
; je laifferois ma pauvre famille à
fon aife ; car je les aime plus que moi - même ;
eft ce que vous n'éprouvez pas cela ? - Mon
ami , répond Théodofe , je n'ai pas le bonheur
d'être époux ni père , je ne fuis point
marié! Vous êtes donc bien à plaindre.
Il n'y a d'autre félicité que celle- là : tenez ,
l'Empereur lui - même ..... Oh ! malgré fa
grandeur , je le regarde comme très- malheureux
il n'a point encore de femme.
- Tu as raifon ; ne lui porte pas envie.
Vous pleurez ! Va , l'Empereur mérite ta
compaffion. - Ma companion ! il a toute
notre rendreffe . Tous les jours , ma femme
& mes enfans , nous prions Dieu pour lui
de tout notre coeur , qu'il le comble de fes
bénédictions ! Notre maître ! il; eft fi bon !
puiflions- nous avoir bientôt une Impératrice
digne de lui ! Théodofe vouloit cacher fes
larmes qui redoubloient : Mon ami......
mon ami. l'Empereur eft Hatté d'avoir
:
...
”” ។
Κιν
224 MERCURE.
l'attachement d'honnêtes gens tels que vous;
en attendant que vous receviez des témoigna
ges de fa fenfibilité , voici cinquante pièces
d'or. Cinquante pièces d'or , s'écria le Berger !
cinquante pièces d'or ! Ma femme ! mes enfans
! jerez vous aux pieds...- Relevez vous ,
& aimez moi. ود"
Mais ce qu'il y a fans doute de plus touchant
, c'eſt la inanière dont l'Empereur fe
fait aimer d'Eudoxie , tandis qu'on travaille
à fa converfion. On voit s'établir auprès de
l'endroit qu'elle a choifi pour demeure , un
jeune homme aimable avec l'extérieur de la
pauvreté. Il s'enflamme pour Eudoxie , déclare
fon amour, & parvient à fe faire aimer.
Le Lecteur , qui fait qu'on deftine à Eudoxie.
la main de l'Empereur , tremble à chaque
inftant que cet amour ne nuife à la fortune
; il tremble auffi qu'il ne faffe le malheur
de Théodoſe , pour lequel on s'inté
reffe ; & c'est avec des larmes d'attendriffement
qu'on voit à la fin que ce jeune homme
fi amoureux & fi tendrement aimé , n'eft autre
que Théodɔſe lui même , qui , avant
d'époufer Eudoxie , dont il n'eft pas connu ,
a voulu ne devoir rien à fon rang , la métirer
par fon amour , & l'obtenir d'ellemême.
Voilà l'art d'intéreffer , d'attacher , de furprendre
doucement l'âme du Lecteur ; &
c'eft un art que perfonne ne refuſe à M.
d'Arnaud.
DE FRANCE. 225
NÉCROLOGIE.
LES talens que la mort nous enlève , en
emportant nos regrets , nous laillent encore
un plaifir à goûter , celui de rendre hommage
à leur mémoire ; c'eft un moyen d'en
jouir encore par le fouvenir ; c'est tout- à la
fois un befoin que l'on fatisfait & un devoir;
de reconnoiffance qu'on acquitte.
و
Nous n'aurions pas cru devoir payer fi tôt
ce tribut à la Dame Billion , dite Billiony
Actrice de la Comédie Italienne , qui vient
de mourir âgée de 32 ans. C'est une perte
réelle pour le Théâtre qui l'a poffédée , &
pour le Public qui a long temps joui de fes,
talens , quoiqu'il l'ait trop tôt perdue. Elle
fe nommoit Catherine - Urfule Buffa , & éroit .
fille du ficur Buffa Placide , & de la Dlle Spinacouta.
Elle étoit née à Nancy en 1751 ,
& avoit été ainenée à Paris , où elle fut laiffee
dans les mains de Véronèle , qui prit foin.
de fon éducation.
Il eft difficile d'apporter au Théâtre des
talens plus précoces & plus univerfels . Elle
avoir montré & tôt de fi grandes difpofitions
pour la danfe & pour la mufique , que dès
l'âge de quatre ans on s'étoit cru obligé de
lui donner des Maîtres ; & l'on avoit choi
les fieurs Desbroffes , Laval & Malther , qui
trouvèrent leur jeune Élève digne des loins
qu'ils donnèrent à fes talens . Elle étoit à
Kv
226 MERCURE
peine dans fa huitième année , qu'elle parut
avec un fuccès diftingué dans les Ballets du
Théâtre Italien ; & on la choifit pour danfer
à la Cour un pas de deux avec la Dile
Guimard. Son talent pour la musique vo
cale n'avoit pas été plus lent ni moins heureux
à fe développer ; car c'eft pendant les
premiers faccès dans l'art de la danfe, qu'elle
fe fit applaudir dans la Soirée des Boulevards
comme Actrice & comme Chanteufe.
Envoyée à Bruxelles à l'âge de douze ans ,
elle s'y fit une réputation dans les Pièces à
Ariettes , fans abandonner l'emploi de première
Danfeufe ; & ayant époufe le feur
Bi lion , ancien Maîrre de Ballets du Théâtre
Italien & de l'Opéra Comique , elle vint à
Paris débuter dans les canevas Italiens , & y
doubla la Dlle Camille avec fuccès ; ce qui
n'eft pas un foible éloge auprès de ceux qui
ont vu cette célèbre Actice Italienne. Mais
comine l'art d'improvifer étoit étranger à la
Dame Billiony , & que c'est un talent plus
difficile qu'on n'imagine , l'étude qu'elle en
fit l'obligea de renoncer à la danfe.
On la reçut au Théâtre Italien en 1769 ;
& quoiqu'elle fut déjà très- connue à Paris ,
elle obtint des triomphes d'un genre nouveau
pour elle ; car elle doubla avec le plus
grand fuccès dans les Amoureufes , la Dame
Larnette , qui faifoit alors les délices de ce
Théâtre , & la Dame Trial , qu'on y voit
encore avec tant de plaifir. Deux ans après ,
elle fe fit entendre au Concert Spirituel ; &
DE FRANCE. 227
comme elle étoit bonne Muficienne , que fa.
voix étoit jufte , & qu'elle chantoit avec autant
d'art que de goût , elle y eut un fuccès
qui ne fit qu'ajouter à la réputation .
Si l'on joint à ces juftes motifs d'éloge les
applaudiffemens que la Dame Billioni obtint
comme Actrice dans les rôles qui lui furent
confies , on verra qu'elle n'a jamais fait que
des effais heureux , & qu'elle a eu le bonheur
de réuffir dans tous les genres qu'elle a
embraffes . Son jeu avoit fur tour de la vivacité
, de la légèreté & de la fineffe . Obfervons
en paffant que le talent de jouer la
Comédie eft d'autant plus digne de louange
dans un Acteur chantant , que cette dernière
qualité eft un obftacle pour y parvenir. L'habitude
du chant amène , fi l'on n'y fait attention
, celle de prendre la voix dans le haut,
ce qui exclut le ton naturel qui convient au
dialogue.
Quoique la difpofition naturelle aux tadens
en rende l'étude plus facile , l'exercice
en eft toujours pénible & fatiguant. La Dame
Billiony, née avec moins de force que d'ardeur
& de zèle , ne réfiftoit qu'avec peine à
fes travaux continus , quand des chagrins de
coeur vinrent porter le dernier coup à fa
fanté , la perte de deux enfans, élevés fous fes
yeux , la frappa mortellement ; & elle expira
victime de l'amour maternel .
( Cet Article eft de M. Imbert. )
K vj
228 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné à ce Spectacle , Mardi 26
de ce mois , la première repréſentation
d'Alexandre dans les Indes , paroles de M.
M*** , mufique de M. Mereau . Le temps né
ceffaire à l'impreflion du Mercure n'a pas per
mis d'attendre le jour de cette première repréfentation
pour être en état d'en rendre compte.
On a continué les repréfentations de Renaud
, d'Atys & d'Orphée. Mile Maillard a
remplacé Mlle Buret dans le rôle d'Euridice
; c'eft le quatrième rôle important
quelle joue depuis le départ de Mlle Saint-
Huberty; les talens qu'elle y a montrés pouvoient
feuls nous dédommager de l'ab
fence de cette excellente Actrice ; & elle a
rendu celui d'Euridice , pour lequel elle n'a
point eu de modèle , avec une jufteffe d'action
, une grâce , & fur- tout une fenfibilité
qui n'a rien laiffé à defirer.
Mlle Candeille , qui avoit débuté il y a
fix mois par le rôle d'Iphigénie , a chanté celui
de Sangaride dans Atys ; elle y a été vue
avecplaifir. Nous invitons encore certe jeune
Débutante , à qui la Nature a donné une
taille & une figure avantageufe , à laiffer acquérir
à fa voix une confifiance que fon âge
ne lui permet peut être pas d'avoir encore , &
DE FRANCE. 229
à fe préparer par là des fuccès décidés que fon
talent doit néceflairement lui mériter un jour.
Les repréfentations du Ballet de la Rofière
avoient été fufpendues par la petitevérole
furvenue à Mlle Guimard ; nous
neus empreffons d'annoncer que cette charmante
Danfeufe , fi juftement chérie du Public
, eft parfaitement rétablie . Mlle Dorival
l'a remplacée avec fuccès dans ce Ballet , &
Mile Dupré , qui y a joué le rôle de la Rofière,
y a mérité les plus grands applaudiffemens.
Lepas defix qui termine ce Ballet , &
dont l'idée neuve & agréable fait honneur
à M. Gardel , a acquis un enfemble & une
perfection d'exécution qui a été de jour en
jour plus fentie & plus vivement applaudie.
COMÉDIES FRANÇOISE ET ITALIENNE.
A L'INSTANT où nous écrivons cette
notice , on a donné à la Comédie Françoife ,
le Bienfait rendu , ou le Négociant , Comédie
remife au Théâtre , en cinq Actes & en
vers ; à la Comédie Italienne , la Clémence
de Henri IV, Comédie Héroïque en trois
Actes. Mais comme chacun de ces Ouvrages
n'a encore été joué qu'une fois , nous croyons
qu'il feroit indifcret de les juger fur une
feule repréſentation , & nous en attendrons
d'autres avant d'en entretenir nos Lecteurs.
Les mêmes raifons nous engagent à retarder
le compte que nous devons rendre des Dé-

230
7
MERCURE
buts de M. Dorfeuille. Les difpofitions que
ce Comédien peut avoir au talent méritent
d'être examinées avec attention. C'eſt ce que
nous ferons pour le prochain Mercure.
VARIÉTÉ S.
LETTRE à M. GARAT.
MONONSIEUR ,
VOTRE dernier article du Mercure a été , l'autre
jour , dans une Société où je me trouvois , l'occafion
d'une difpute très- vive , & qui dure encore. Vous
affirmez , page 106 du Mercure , Nº . 29 , que de
ce que Rouleau a imprimé fur l'Homme Sauvage ,
it réfulte que le Sauvage eft fans vertus : qu'on croit
affez généralement que, fuivant Routeau , l'homme
n'eft point fait pour la Société , & que cependant
Rouffeau a dit le contraire. Je ne veux point vous le
diffimuler , Monfieur , ces deux affertions , faites
d'un ton très -femme , ont fort étonné tout le monde ,
dans un affez gran i nombre de perfonnes elles n'ont
trouvé que deux défenfeurs . On a couru d'abord au
Difcours de Rouffeau , comme à un moyen bien
fimple de tout décider ; mais après qu'on y a eu je : é
les yeux , les opinions ont été plus partagéss encore ,
& la vôtre a eu plus de partifans . Des raifonuemens
on en eft venu aux paris , parce qu'il eft plus facile
de trouver des louis d'or que des raifons . Il falloit
des juges , on en a choiſi ; mais ils n'ont pas été
p'us d'accord que ceux qui s'en remettoient à leur
décifion les juges fe font mis à difputer comme
to les autres , & ils ont befoin qu'on les juge euxmdines
; tout le monde enfin s'elt réuni à dire qu'il
DE FRANCE. 231
-
feroit à defirer qu'on vous entendit encore ; on a
efpéré que le jugement de la difpute & des paris pourroit
devenir plus facile fi l'on connoiffoit les motifs
de vos deux affertions. Je me fuis chargé , Monfieur ,
de vous les demander par la voie du Mercure , & je
veux bien vous avouer que j'ai été le premier à foutenir
contre vous que Rouffeau a dit formellement
tout ce que vous affurez qu'il n'a point dit. Je viens
de relire deux ou trois fois le Difcours avec les notes
avant de prendre la plume pour vous écrire , &
j'en fuis plus perfuadé que jamais . Voici mes preuves
, Monfieur , fi vous les détruifez , elles ferviront
à étab ir votre opirion .
Dans toute la première partie de fon Difcoursfur
Inégalité des Conditions , je ne vois qu'un objet à
Rouffeau , c'eft de faire voir combien l'homme étoit
bon , heureux & fort dans l'état de nature , cemtien
la nature avoit mis d'obflacles à la civilisation pour
retenir l'efpèce humaine lans cet état d'ignorance
& de bonheur où elle l'avoit placée .
.
Dans la feconde partie , Rouffeau trace le tableau
des circonstances qui ont pu former la Société ; mais
dans ce tableau , chaque pas que l'homme fait vers la
civilifation l'éloigne de l'état naturel, chaque progrès
eft marqué par des crimes & par des malheurs.
Les deux parties du Difcours fe foutiennent &
concourert parfaitement au même réſultet.
Dans la première, l'homine ifolé eft heureux &
ben , parce qu'il eft dans fon état naturel ; dans la
feconde , on le voit malheureux & coupable , parce
qu'il a forcé la nature pour devenir un être focial.
Permettez , Monfieur , que je remette fous vos
yeux le commencement de la feconde partie ; Rouffeau
y exprime fes véritables fentimens avec tant
d'énergie , qu'il me paroît impoffible de ne pas les y
reconnoître.
« Le premier qui , ayant enclos un terrein , s'avifa
232 MERCURE
ود
ود
de dire : ceci eft a mor , & trouva des gens affez
fimples pour le croire , fut le vrai fondateur de la
» Société civile . Que de crimes , de guerres , de
» meurtres , que de misères & d'horreurs n'eût point
épargnés au genre-humain celui qui , arrachant
les pieux , & comblant le foffé , eût crié à fes
» femblables : Gardez - vous d'écouter cet impof-
» teurs vous êtes perdus fi vous oubliez que les fruits
» font à tous , & que la terre n'eft à perfonne.
>>
Penferez-vous encore , Monfieur , que Rouleau
ait cru l'homme fait pour la Société ? Il y a bientôt
trente ans que tout le monde elt perfuadé qu'il a dit
le contraire , & il feroit au moins bien étrange que
tout le monde fe fùt trompé fi long- temps.
J'aurois encore une autre queftion à vous faire ;
mais celle- ci vient de moi feul , elle n'a point fait
naître de difpute ; eft ce que vous penfez réellement
que l'amour n'ait pas été connu avant la vie
paftorale Cette pallion a - t'elle été ignorée des
hommes qui , vivant de poiffons fur le bord des lacs
ou des mers , n'ont pu ni élever des troupeaux ni cultiver
la terre N'êtes -vous pas tenté de croire qu'il
y a eu de l'amour dès qu'il y a eu un homine & une
femme ?
Au refte , Monfieur , votre morceau fur l'Hiftoire
des Paffions , que je n'adopte pas entièrement
comme vous voyez , m'a fingulièrement frappé : c'eft
une vûe neuve & vafte fur le coeur humain. La manière
dont vous envifagez la queftion traitée par
Rouleau , me paraît aufli très- nouvelle ; & il eſt
bien étonnant que perfonne n'ait fait avant vous les
diftinctions par lefquelles vous y répandez une fi
grande lumière. Je ne fuis pas toujours de votre avis ,
mais j'aime toujours votre talent ; je chercherai toujours
avec empreffument ces morceaux où l'on voit à
la fois l'Écrivain éloquent & fenfible , le penſeur profond
& le philofophe.
2
DE FRANCE. 233
P. S. N'oubliez pas , je vous prie , Monfieur , que ,
fuivant les conditions des parieurs , les preuves de
l'opinion de Rouffeau ne doivent être prifes que dans
le Difcours fur l'Inégalité des Conditions : vous
n'avez parlé que de cet Ouvrage , c'est donc de ce
qui y eft dit uniquement qu'il peut être queftion.
Rouffeau eft un peu fujet à varier il auroit pu facileinent
dire ailleurs quelque chofe de différent ou de
contraire.
( La Réponse de M. Garat paroîtra dans le
Numéro prochain. )
ANECDOTES.
I.
Les Acteurs de la Comédie Françoiſe vouloient
empêcher les Comédiens Italiens de
parler François. Cette affaire fut portée devant
Louis XIV ; Baron & Dominique fu
rent les Avocats des deux Troupes . Lorfque
Baron eut plaidé la caufe de fes Camarades
, le Roi fit dire à Dominique de parler
à fon tour. Cet Acteur , après avoir fait
quelques geftes dans fon caractère , dir au
koi . " Quelle langue Votre Majefté veurelle
que je parle ?.... Parle comme tu voudras
, lui dit le Roi. Je n'en veux pas
davantage , dit Dominique , en remerciant
» ce Monarque ; ma caufe eft gagnée . » Le
Roi rit de la furprife qu'on lui avoit faitę.
La parole eft lâchée , dit-il , je-n'en revien-
» drai pas . »
. و ر
33
و ر
""
234 MERCURE
I I.
UN Prédicateur difoit : " Lorfque le Père
» Bourdalone prêcha à Rouen , les Artifans
» quittoient leurs boutiques pour aller l'en-
ور
tendre ; les Marchands , leur négoce ; les
» Avocats , le Palais ; les Médecins , leurs
» malades. Pour moi , lorfque je prêchai
» l'année d'après , je remis toutes chofes
» dans l'ordre ; perfonne n'abandonnoit
plus fon emploi.
"" ود
I , I I.
M. DE MERCOEUR , père du Duc de Vendôme
& du Grand- Prieur , étoit un bon
Seigneur , qui ne s'étoit jamais piqué de
fcience ; il fut fait Cardinal. Un des amis de
Benferade lui étoit venu dire pour nouvelle
que ce Seigneur étoit entré dans le Collége
des Cardinaux. « C'eft , lui répondit- il , le
» premier où il foit jamais entré. »
Сс
I V. *
COMME l'Abbé Brueys avoit la vûe baſſe ,
il portoit des lunettes jufques dans fes repas.
Louis XIV , qui l'aimoit , s'informa un jour
comment il fe trouvoit de les yeux ; il lui
répondit : « Sire , mon neveu dit que j'y vois
" un peu mieux. ››
V.
NICOLE avoit peu de facilité à parler ; il
dfoit , au fujet d'un certain homme qui
DF FRANCÉ. 235
parloit bien : « Il me bat dans la chambre ;
mais je ne fuis pas plutôt au bas de l'efcalier
que je l'ai confondu. »
33
ANNONCES ET NOTICES.
D
UVRES de Geffner , traduites de l'Allemand par
M. Hubert & M. *** , en 3 Volumes grand in -4°.
ornées de 74 eftampes , & autant de culs de- lampes ,
de la compofition de M. le Barbier l'aîné , Peintre
du Roi.
Le Public a fait un accueil diftingué aux trois Livraifons
qui paroiffent de cette précieuſe Collection .
Les Connoiffeurs ont apprécié avec quelle intelligence
le Compofiteur a fenti le caractère du Poëte ,
& avec quelle vérité originale il l'a tranfmis dans fes
différens tableaux . Le Compofiteur avoit deux écueils
à éviter en peignant des Bergers tels que ceux du
Poëte Allemand: l'afféterie de nos Bergers d'Opéra
ou du Lignon , & la choquante groffièreté de nos
Tircis Villageois. Il falloit fe tranfporter aux temps
où Geffner place la plupart de fes Scènes fi intéresfantes
. Ce ne font pas les temps héroïques , encore
moins les temps modernes ; les mecurs des Bergers
de Geffner femblent fe rapprocher beaucoup des
mours patriarchales. Cette touchante , cette inimitable
fimplicité qui les caractérife , le Compofiteur
l'a faifie admirablement avec les nuances propres aux
Scènes Allemandes. Quelle variété n'a- t'il pas fu répandre
dans un nombre auffi confidérable de tableaux
, quoique dans le même genre du côté de l'exécution
? Enfin , au ton foutenu qu'ont ces eflampes
en général , l'on feroit tenté de croire qu'elles font
faites d'après des tableaux .
Cet Ouvrage, propofe par Soufcription , paroîtra
236 MERCURE


par Cahiers de fix eftampes à la fois , avec le texte
dont les fujets font tirés. Les deux premiers, Vol. contiendront
chacun trente-deux eftampes , ce qui
fera foixante-quatre. Le troifième , qui paroîtra en
entier
, ne contiendra dix fujets , que › parce qu'étant
compofé du Poëme d'Abel & de celui de Daphnis , dont les Chants font plus longs que les Idylles , il n'en peut contenir un plus grand nombre. L'on en fera une Livraifon tous les trois mois , à commencer
de la fin d'Août 1783 , époque où l'on donnera le troikième Cahier. L'on payera 9 liv. en foufcrivant , 9 liv . pour chaque Cahier , compofé de fix eftampes. Ily en aura huit de ce nombre , & deux de huit eftampes
; favoir , le cinquième & le dixième , pour
chacun defquels on payera 12 liv.; ces dix Livraiſons
feront les deux premiers volumes ; pour le troisième
volume , qui paroîtra en entier , comme nous avons dit , avec dix eftampes , l'on payera 15 liv. , les 9 liv. que l'on paye en fouferivant étant imputées fur ce volume. Ainfi , ces trois volumes coûterónt 120 liv.
aux Soufcripteurs
, & uso liv. à ceux qui n'auront
pas foufcrit. Il y a pour les curieux quelques exem- plaires fur grand papier. L'on foufcrit à Paris , chez M. le Barbier l'aîné , Peintre du Roi , rue Bergère ;
la Veuve Hériffant , Imprimeur- Libraire , rue Neuve
Notre-Dame & Barrois l'aîné , Libraire , quai des Auguftins. On prie les perfonnes de Province d'af franchir leurs lettres.
BOETII de Confolatione Philofophia Libri quinque
, Editio nova. Parifiis , Lamy , 1783 , 3 vol.
petit in - 12. du format & caractère des Elzevirs.
Prix brochés , 9 liv. , tiré fur papier d'Annonay' ; le
même grand papier , du format des Auteurs de MM..
Barbou , ; vol. br. , 15. liv.
L'Éditeur de cette nouvelle Édition , jaloux de
donner un texte correct , a confulté plufieurs maDE
FRANCE. 217
nufcrits anciens , qu'il a comparés avec les meilleures
Éditions , entre-autres celle que l'on regarde
comme la première , publiée à Nuremberg en 1496 ,
in -folio , & qui a fourni à l'Auteur plufieurs corrections
importantes. Il auroit bien voulu fe difpenfer
d'y ajouter des notes ; mais il a cru devoir expliquer
ce morceau de poéfie dans lequel Bocce
énonce fon fyftême fur la nature des âmes répandues
dans l'Univers ; morceau auli obfcur que fameux ,
& que les Commentateurs ont rendu plus inintelligible
encore. La nouvelle explication offre -t'elle toujours
le vérit ble lens ? C'est ce que nous ne déciderons
point ; mais elle nous a paru claire & vraifemblable.
Comme dans le cours de fon Ouvrage l'Auteur
rapporte plufieurs paffages des Poëtes Grecs qu'il
cite dans leur langue originale , l'Éditeur en a donné
la verfion latine à la fin , en a indiqué les fources ;
& il a accompagné de notes les endroits fur lesquels
il a fait de nouvelles corrections. Enfin pour rendre
fon Édition auffi complette qu'elle pouvoit l'être , il
a mis à la tête une Vie de Bocce , extraite de plufieurs
Écrivains modernes , avec un éclairciffement fur la
nature des différens mètres qui fe rencontrent dans
le texte ; & il termine le tout par une table raifonnée
, qui a le double avantage de remettre fous les
yeux du Lecteur les penfées du Philofophe Romain ,"
& les morceaux d'Hiftoire & de Philoſophie qu'il a
empruntés des fiècles antérieurs.
CEREMONIES & Coutumes Religieufes de tous
les Peuples du Monde , le tout en quinze Livraiſons
in-folio , qu'on pourra relier en quatre volumes.
La onzième Livraiſon eft actuellement en vente ,
& fe paye 10 liv. MM . les Soufcripteurs font priés
de faire retirer les Livraiſons à mesure qu'elles fe
diftribuent Le Libraire ne promet pas de compléter
238
MERCURE
ceux qui auront négligé de les retirer . On peut s'a
dretler encore pour cet Ouvrage , dont il ne refle que
très - peu d'exemplaires , à Paris , chez Laporte
Libraire , raz des Noyers , & en Province , chez les
Libraires les mi .ux afortis.
1
L'INNOCENCE fe réfugiant dans les bras de la
Justice , Bitampe de doare pouces fix lignes de haut
fur feize pouces de large , gravée par M. Bertolozzi ,
premier Graveur du Roi d'Angleterre , d'après le
tableau original peint au pastel par Mme Lebrun ,
de l'Académie Royale de Peinture . Prix , 12 liv .
avec la lettre , & 24 avant la lettre . A Paris , chez
M. Lerouge , Receveur des Loteries , rue de Cléry.
La réunion de ces deux talens promet beaucoup ;
les Amateurs , en voyant l'Eftampe , ne croiront pas
leurs efpérances trompées.
PORTRAIT du Vénérable Benott-Jofeph Labre ,
fuivant le modèle cavoys de Rome , haut de fept
pouces , large de cinq . Prix , 12 fols en noir , & à
la manière du crayon , 18 fols . A Paris , chez
Voyfard , Graveur , rue de la Harpe , en fice de la
rue Serpente , & chez Lefclapart , Libraire de
Monfieur , frère du Roi , Pont notre- Dame , N° . 23 ,
Benoit -Jofeph Labre eft né le 26 Mars 1748 ,
dans le Diocèfe de Boulogne en France , & mort
Rome le 16 Avril 1783 ..
Les Grâces enchaînées par l'Amour , & l'Amour
couronné par les Grâces , deux Eftampes faifant
pendant , de 12 pouces de haut fur 8 de large ,
gravées par Jofeph Maillet. Prix , 2 liv . 8 f. les deux.
A Paris , chez Maillet , Graveur , rue des Francs-
Bourgeois , porte 5. Michel , à côté du Jeu de Paulme.
Ces deux Ellampes , dont le titre explique le fujet,
font d'un effet agréable .
DE FRANCE. 139
LES Variétés à la Mode , troifième Tuite d'Airs
d'Opéras férieux & comiques , Romances , Vaudevilles
& Duos , arrangés pour le Clavecin , par M.
Céfar. Frix , 3 liv. 12 fols. A Paris , chez M. Boyer,
au magafin de Mufique , rue Neuve des Petits-
Champs , près celle S Roch , N ° 83 ; & chez Mme
Lemenu , rue du Roule , à la Cief d'or.
Le choix de ces Airs nous a paru agréable,
SYMPHONNIE en Triopour Forté-piano ou Harpe,
Violon & Violoncelle , par M. Cauville , Maitre de
Clavecin . Prix , 7 liv. 4. fols . A Paris , chez l'Auteur ,
maifon de M. Collin , N ° . 26 , rue de l'Univerfité ,
& Mile Caftagnery , rue des Prouvaires.
RECUEIL de petits Airs , arrangés pour le Cla
vecin ou le Piano forté. Prix 3 liv . A Paris , chez
Mile Caftagnery , même adreffe que ci- deffus,
CONCERTO per Forté- piano , con due Violini , &c.
grand orchestre , dédié à S. A. S. Mile de Condé' ;
compofté della fignora Cecilia , exécuté par elle au
Concert Spirituel , le 29 Mai 1783. Prix , 6 liv. A
Paris , chez l'Auteur , rue du Sépulcre , la deuxième
porte cochère après la petite rue Taranne , à gauche.
Mlle Cécile , qui ne s'appelle point Cecilia , a
affez de talent pour n'être point obligée de changer
fon nera. La terminaifon Italienne qu'elle y donne
n'y ajoute aucun mérite . Il n'en réfulte rien qu'one
bigarure défagréable & des fautes dans une langue
qu'on n'entend pas . Il faudroit , en annonçant un
Concerto , Compofto dalla fignora , & non pas compofte
della , &c. Au refte , cela ne fait rien à la ccmpofition
de Mlle Cécile. Ce qui y fair , ce qui eſt
vraiment un nouveau mérite , c'eft qu'elle n'a que
17 ans,
240
MERCURE
NUMERO VIII de la Troisième année du Journal
de Harpe , Violon ab libitum contenant un Air de
Blaife & Babet ; une Romance , par M. Monzin de
Lizys ; un Air des Ballets de Renaud, par M. Couart ;
un Air de M. Rabouin & un Air des Trois Fermiers
, par M. Belville . Prix , 2 liv. 8 fols . Abonnement
pour 12 Cahiers , 15 liv. franc de port A
Paris , chez M. Leduc , au Magafin de Mufique ,
rue Traverfière S. Honoré.
SINFONIA à grand Orchestre , del Signor Chardiny
, Muficien de l'Opéra . Prix , 4 liv. 16 fols. A
l'aris , au Bureau du fieur Lawalle- l'Écuyer , Correfpondant
des Spectacles de Province , Cour du
Commerce.
Nous demandons pardon à M. Cardiay d'avoir
traduit fon titre ; mais nous demandons toujours ce
qu'un titre Italien fait à de la musique.
ہ ک
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABB LL E.
LE Petit Souper ,
Conte ,
Vers pour mettre au bas
Granger ,
Couplets à Mme D** ,
193 Eudoxie , Nouvelle Hiftori.
195 que
d'un Nécrologie ,
220
215
196 Academ Ryale de Mufiq . 228
197 Comédies Françoise & Ital.229
Charades , Enigme & Logo Lettre à M. Garat,
gryphe , 198 Anecdotes ,
tes , 2001
Suite de l'Article fur les Dou- Annonces & Notices ,
2,0
233
235
APPROBATION,
le JAI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France pour le Samed 36 Août . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en einp cher l'impretion . A Paris ,
le 29 Août 1783. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 18 Juillet.
E Chef des Eunuques noirs ou Kiflar-
..
Seigneur , ne font pas les feuls Officiers de
S. H. qui ont encouru fa difgrace ; le Boftangi-
Bachi a été pareillement dépofé. C'eft
le Tréforier du Serrail qui a été nommé pour
remplacer le Kiflar - Aga ; on ignore les raifons
qui ont caufé la chûte de celui - ci ; il
faut qu'elles aient été bien graves , puiſqu'il
jouiffoit depuis long- tems de la faveur de
fon Maître , & on ne s'étoit pas apperçu jufqu'au
moment où il a été relégué à Kabira ,
qu'elle cût diminué.
Le renégat Anglois qui eft actuellement
à la tête de notre Artillerie fait fondre continuellement
depuis quelque tems une quantité
prodigieufe de canons ; la plupart des
travaux à cet effet fe font dans une fon-
2 Août 1783. a
( 2 )
derie voisine de fa demeure. Le Grand-
Seigneur y vient quelquefois & a des conférentes
avec cet Officier en qui il paroît
mettre beaucoup de confiance.
Il n'en a pas moins pour le Capitan Bacha,
qui, quoiqu'il ait faic fa fortie publique avec fa
flotte , dont partie eft dans le canal & l'autre
croife à l'entrée de l'Archipel , ne laiffe pas
de refter dans cette Capitale où il affifte à
toutes les délibérations du Divan & veille
aux travaux qui continuent fans relâche dans
nos Arfenaux .
RUSSIE.
De PÉTERSBOURG , le 27 Juin.
LE Chambellan de Wadkouski , Envoyé
par S. M. I. en Finlande pour s'informer de
P'état du Roi de Suède , en eft de retour depuis
quelques jours ; il a rapporté que l'accident
fâcheux farvenu à ce Prince n'ayant eu aucunes
mauvaites fuites , il comptoit toujours
fur l'entrevue qu'il devoit avoir avec l'Impératrice
à Frédéri ksham ; le départ de
S. M. I. qui avoit é é d'abord fixé au 29
de ce mois & enfuite fufpendu a eu lieu
hier.
On lit dans une lettre de Sibérie , datée
de Barnaul le 17 Mars dernier , les détails
fuivans :
Nous avons en un hiver très - tempéré ; & les
orages du fed qui ont très- commons ici pendant
cette faifon ne nous ont point incommodés . Le 15
} }
Janvier , le baromètre étoit à 28 pouces 2 lignes
mefure de Paris ; dans la nuit du 16 au 17 , il étoit
à 27 min. 10 fecondes ; l'après midi du même jour
17 28 min. & demie. Sur les 4 heures on reflentit
de légères fecoufles de tremblement de terre ; en en
éprouva auffi quelques unes à Sufan , Alci , Schangenberg
& en d'autres endroit ; mais nulle part
elles n'ont caufé de dommages «
DANEMAR CK.
De COPENHAGUE , le 6 Juillet.
Le bâtiment la Conftance eft arrivé des
Indes orientales chargé de café , d'épicerie ,
d'étain & de beis de teinture.
-Les 5 frégates Frar çoifes & le brigantin
de la même Nation qui ont mouillé ici ont
pris la route de Riga , où ils vont charger
des mâts.
> La Compagnie Afiatique a tenu le 4
de ce mois , une affemblée générale des
propriétaires ; l'ordre parti ulier du Roi qui
indiquoit cette affemblée défendoit en mêmetems
de rien publier de ce qui peut avoir
rapport aux affaires de cete Comp gnie.
M. Hoagh Guldbergh , Confeiller privé ,
en vertu d'une Commiffion écrite de la
main du Roi , a notifié à 1 Affemble , au
nom de S. M. , qu'elle approuvoit les démarches
qu'elle alloit faire conformén ent
aux loix pour connoître la nature des
befoins de la Comp g ie illui a également
déclaré que le Roi étoit fatisfait de l'adreffe
qui lui avoit été préfentée , & dans laquelle
,
a 2
( 4 )
cette Affemblée témoignoit fon refpect &
fa reconnoiffance , & annonçoit qu'elle attendoit
l'indemnité que S. M. avoit daigné
lui
promettre.
1
ALLEMAGNE.
De VIENNE le 12 Juillet.
,
L'EMPEREUR eft arrivé hier à 8 heures
du foir dans cette Capitale , jouiffant de la
meilleure fanté. Son voyage fur les frontières
de les Etats a duré 2 mois & dėmi
Le Prince de Starhemberg qui a réfidé
long-tems à Bruxelles & que S. M. I. a
nommé Grand- Maître de fa Cour , eft attendu
ici le 24 de ce mois. 4
On attend ici plufieurs bâtimens avec
des recrues qui viennent de l'Empire ; les
équipages pour les Officiers & les Soldats
font faits , & ils pourront marcher au pre--
mier ordre.
On a publié dernièrement un Règlement
qui contient les articles fuivans :
» 1 °. Les Curés des neuf Paroiffes de la ville recevront
un traitement annuel de 1500 florins ; mais
ils feront tenus de remettre tous les fix mois à la
caifle de Religion les droits d'étole & toutes les rétributions
quelconques qu'ils auront reçues . 201
Tous les Afpirans aux Cures dans les villages feront
tenus de prendre dans une Univerfité le grade de
Docteur en Théologic. 3. Les Canonicats feront
donnés de préférence aux Curés qui auront bien.
rempli les fonctions de leur Miniftere. 4°. Aucun
Eccléfiaftique ne pourra jamais occuper les Dignités
Epifcopales , Archiepifcopales ou autres dans l'E
1
( 5 )
glife, à moins qu'il n'en foit reconnu digne par une
conduite & des moeurs fans reproche. . Il ne
fera plus néceffaire à l'avenir d'être Noble pour être
reça Chanoine d'une Eglife Cathédrale ; S. M. J.
jugeant à propos de fupprimer l'usage qui exiftoit
dans la plupart des Chapitres & qui donnoit l'exclufion
à tous ceux qui n'étoient pas nés Gentilshommes
cc .
ོ ས
Le Prince de Kaunitz , Chancelier d'Etat ,
a écrit au Chapitre de Paffau pour l'inſtruire
de la réfolution de S. M. I. de ne point fe
défifter de ce qu'elle a jugé à propos de faire
par rapport à l'état de la Religion & à la
charge d'ames dans fes Etats héréditaires. Il
a affuré en même-tems le Chapitre qu'elle
n'avoit d'autres vues relativement aux biens
de l'Evêché qu'elle a fait occuper , que d'engager
le Chapitre à s'arranger avec elle à
cet égard d'une manière conforme à l'équité.
De HAMBOURG , le 15 Juillet.
S'IL faut en croire une lettre particulière
de Conftantinople , tel eft l'état des négociations
entre la Ruffie & la Porte.
» Le Grand - Seigneur defirant ardemment de
maintenir la paix , & de conclure le traité de commerce
propofé par l'Empire de Ruffie , avoit tour accordé
, mais avec quelques reftrictions qui répuguoient
au Ministère de Pétersbourg . S. H. confent
que les navires Ruffes paffent lib: ement de la mer
Noire dans l'Archipel fans effuyer de vifite ; mais il
fera bien entendu que les vaiffeaux ne feront pas
chargés d'artillerie ni de munitions de guerre . Les
bâtimens pourront prendre du riz & du café , mais
non dans les Provinces voifines de Conftantinople ,
a 3
( 6 )
---
& encore moins dans la Capitale même. La Porte
garan'ic encore la navigation Raffe contre les cor-
Lai es Barbarelques , mais feu ement dans les para
ges Ottomans . La Ruffle exige de fon côté que
le Grand- Seigneur oblige les trois Gouvernemens
Barbarefques de n'inquiéter aucun navire Ruffe dans
la Méditerranée , que diaille ars il s'engage à indemnifer
de tous les dommages de cette espèce qui
pourroient être faits par ces Puiffances . On prétend
enfin que l'Impératrice a fixé le 15 Juillet pour dernier
terme ; file Divan n'accorde pas tous ces objets
, la guerre fans autre explication ultérieure fera
regardée comme déclarée «.
Si les détails contenus dans cette lettre
font en effet exict ; & fondés , cette grande
affaire qui fixe depuis fi long - tems la curiofité
eft à préfent déci lée , les coups ne voit
pas tarder à fe porter. Les avis des frontières
de la Pologne & de la Turquie préparent
à ces évènemens.
" Maintenant , difent-ils , l'armée Raffe eft en
pleine marche , & les troupes de cette nation fe
montrent par-tout dans l'Ukraine Polonoife. Le
Prince Potemkin eft à Cherfon où le Kan des Tartares
fe trouve auffi ; il porte l'uniforme Ruffe avec
le titre de Capitaine dans l'un des régimens des Gardes
de l'Impérat ice , & il eft décoré de l'Ordre de
Ste-Anne. Selon quelques lettres l'avant -garde Ruffe
s'eft avancée fur les bords du Dnieper où elle a déja
pris pofte. Le Feld- Maréchal Comte de Romanzow
qui la commande à établi ſon quartier - général à
Kiow ; la divifion de 10 régimens d'infanterie &
de 8 de cavalerie , fous les ordres du Prince Potemkin
eft destinée contre la Beffarabie , celle du Prince
Repnin établira fon camp à Haman , & le corps de
réferve commandé par le Général Soltikow demeusera
poſté à Niemirow d'où il fe portera au premier
17
ordre du côté qui lui fera preferir. Les mouvemens
des troupes Auri hiennes ne font pas non plus
rallentis ; un Corps co fiderable pofté fur les frontières
de la Bolnie eft prêt à camper auffi -tôt que cela
fe a jugé néc flaine : mais ce qui fait prefumer que
ces préparatifs ne fort que des précautions , & que
les Tures n'en conçoivent point de défiance , c'eſt
qu'ils ont tiré 25,000 hommes de la Bofnte pour les
faire ma cher vers la mer Noire ; on en conclut que
fi la guerre éclate l'Empereur n y prendra point de
part ; & on efere que dans ce cas , l'accommodement
a quel on travai le depuis fi long- tems en vain
pourra bien enfin s'exécuter .
A
Quciquil en foit de ces nouvelles & de
ces mouvemens , il fe répand un bruit qui
doit , s'il fe realife , reculer l'ouverture de
la campagne fi elle eft décidée ; la pefte qui
s'eft manifftée dans plufieurs endroits &
fur- tour aux environs d'Oczakow , eft un
ennemi qu'on ne s'attendoit pas à trouver
& contre lequel on n'a point d'autre reffource
que l'éloignement ; un cordon de
peftiférés arrête plus fûrement une armée
que les retranchemens les plus redoutables ;
& le foldat le plus brave , qui s'avance
fans effroi au- devant des boulets de canon ,
n'hésite point à fuir devant la contagion.
» Un Ecrivain Ruffe , lit- on dans un de nos
papiers , témoin de l'empreffement des Européens
à aller chercher l'abondance & la liberté dans l'Amérique
Septentrionale , ne craint pas d'annoncer dans
un ouvrage qu'il a publié récemment , que la conquête
prochaine de la Grèce va éteindre dans tous les
efprits ce goût d'expatriation lointaine , & que les
campagnes de Salamine , d'Orchomene & de Marathon
feront bien autrement attrayantes , lorfque les
2 4
( 8 )
Roms reffufcités de Corinthe , de Sparte & d'Athenes
, appelleront les Savans , les Artiftes & les Grecs.
de tout l'Univers dans l'Empire aggrandi de Cacherine
II. Nos froids calculateurs politiques ne
voyent pas les chofes du même cil : ils prétendent
que l'invafion de la Grèce dépeuplera le Nord qui
fondra fur elle , & que le fiége de l'Empire fera forcé
de fe transférer avec les peuples dans le climat que
l'on veut enlever aux defpotes Ottomans. Avant de
prendre aucun parti entre ses deux fyftêmes oppofés ,
il eft fage d'attendre les évènemens que tant de circonftances
peuvent déranget. Jufqu'ici il n'a été
queftion que du concert des deux Cours Impériales
pour l'exécution de ce projet immenfe on commence
aujourd'hui à parler de l'union des autres
Puiffances intéreffées à le retarder ; & on prévoit
que le nombre & la grandeur de ces Puiffances donneront
letems à tous les différens spéculateurs ,
de
prévoir les fuites de la révolution projettée , de mûrir
leurs rêves , ou d'affoiblir leurs craintes «<.
On a ici une lettre d'un Officier Hanovrien
, datée de la baie de St- Salvador
dans l'Amérique méridionale le 14 Décembre
dernier.
-
-
» Nous fommes partis de Portſmouth le 11 Septembre
, & arrivés ici fans accident le 26 Novembre.
Pendant ce trajet la mort nous a enlevé un Enfeigne
& 8 hommes. Les malades au nombre de 300 font
rétablis , & reviendront demain à bord des Vaiffeaux.
Le 11 Novembre nous paffames la ligne fans
trop fouffrir de la chaleur. Il femble que c'eſt ici
le féjour du printems ; les vents frais tempèrent
beaucoup les chaleurs . Les légumes & les fruits ,
qu'on trouve en abondance , font délicieux ; il y en a
beaucoup qu'on a auffi en Allemagne , — La Ville eſt
bâtie au pied d'une Montagne efcarpée ; on y voic
beaucoup d'Eglifes & de Couvens. Elle eft peuplée
― -
-
9 }
-
de blancs , de mulâtres & de noirs ; le peuple eft
fans vêtement ; mais les riches & les gens de qualité
font ichement habillés & portent au côté une
éée ou un coureau de chaffe ; ils nous traitent avec
beaucoup d'amitié , & ils s'empreffent de nous inviter
à dîner. On mange bien chez eux. Mais on eft
fort mal couché ; le lit eft une efpèce de canapé de
bois , fur lequel eft placé une natte & des draps ,
le chevet eft rempli de rofeaux . Les riches ont des
fenêtres dans leurs mailons ; mais dans les autres ,
il n'y a a la place des fenêtres que des grilles de bois.
Les Moipes font très- ferviables , & fur- tout les Carmes
fe font fait un grand plaifir de nous montrer
leur Couvent. Le Marquis de Valenza , Vice-
Roi actuel , eft d'une affabilité & d'une honné ezé
fans égale ; nous ne pouvons affez nous louer de fes
civilités à notre égard. - La Ville eft défen due par
une Citadelle , dont la garnifon elt de quatre Régimens
bien vêtus , bien exercés & bien armés . On
doit le bon état des Troupes dans cette Colonie , au
fe Comte de Bukebeug , doat on parle toujours
avec éloge. Je ne fa rois fixer le jour où nous repartirons
d'ici ; mais ce fera fous très - peu de tems.
Nous venons d'apprendre que l'Amiral Parker a
paffé ici fur le Cato , & qu'il doit le rendre à Rio-
Janeiro "<
---
Les orages qui ont eu lieu dans une mulritude
d'endroits paroiffent être l'effet de
- l'état fingulier dans lequel depuis longtenis
l'atmosphère fe trouve prefque géné
ralement en Europe . Le brouillard qui voile
le foleil & nous en dérobé l'éclat , a defféché
les plantes dans quelques campagnes ;
dès que le foleil fe couche les vapeurs excefa
fivement divifées qui le compofent , fe condenfent
, & alors elles prennent une odeur
a s
( 10 )
infecte , dont on craint qu'il ne réſulte , à
la longue , quelques maladies contagieuſes .
Un de nos Phyficiens , à l'occafion des
derniers orages , vient de publier une differtation
fur le danger de fonner dans ces
circonftances ; il réfulte de fes calculs que
le tonnerre est tombé fur 386 clochers en
Allemagne , dans l'efpace de 33 ans , & que
113 fonneurs ont été les victimes de leur
imprudence à mettre les cloches en mouvement.
Si ce moyen éloigne quelquefois
les nuages quand ils ne font pas encore fur
l'endroit d'où l'on veut les écarter , il ne les
divife jamais lorsqu'ils font fur le lieu où
l'on fonne , & leur effet infaillible eft d'attirer
alors la foudre.
» L'hiver paffé , écrit- on de Coflin dans la Poméranie
, on découvrit dans les environs de cette ville
une bande de voleurs qui infeftoient les villages voifins.
On vint à bout d'en prendre quelques-uns & de
difperfer les autres . On prit fur- tout leur chef nommé
Daubenheim , natif de Zerran. C'étoit un homme
qui par la force & fa taille gigantefque déceloit
un caractère extraordinaire & entreprenant. On prit
en conféquence toutes fortes de précautions pour le
mettre hors d'état d'échapper . On le jetta dans un
cachot dont la fenêtre élevée de 9 pieds au- deffus de
la terre étoit fermée de groffes barres de fer ; on lui
garrotta les mains de manière qu'il ne pouvoit les
rapprocher l'une de l'autre ; il avoit les pieds également
enchaînés. Malgré toutes ces précautions it
vint à bout de rompre les fers & de fe fauver. On
le reprit le 17 Avril près de Colberg ; on ne fe contenta
pas de lui mettre aux pieds & aux mains des
fers beaucoup plus forts qu'auparavant , on lui atta(
II )
cha le col & le milieu du corps avec d'autres chaî
nes . Mais ayant été laiflé feul pendant 2 heures , il
vint encore à bout de tout brifer & de s'enfuir. Auffi
malheureux à fe cacher qu'il eft heureux à s'échap
per, il a été pris une troisième fois . On lui tient les
pieds & la main droite liés fur une eſpèce de croix ;
la main gauche l'eft également ; on ne lâche jamais
fes liens même pendant la nuit. Dass les commencemens
il pouffoit des foupirs ; il paroît actuellement
moins inquiet , & il fe flatte fans doute de
s'échapper encore une fois «<.
al
ITALI E.
De LIVOURNE , le 30 Juin.
ON lit dans une lettre de Gierbi , fur la
côte de Tunis , le fait fuivant qui paroît
affez fingulier pour être rapporté.
Il eft arrivé ici le navire l'Afcienza , Capitaine
Biaggio Milati , Vénitien , venant de Tunis & deftiné
pour Alexandrie. Ce Capitaine venu précédemment
de Hollande , en avoit amené 2 jeunes filles , dont
l'une étant morte le lendemain de fon arrivée dans
cette rade , a été enfevelie dans un fac rempli de fable
, & jettée dans l'eau par ordre du Capitaine à 3
milles de la côte. 5 jours après l'autre fille étant
venue auffi à mourir a eu la même fépulture. Les
marelots du navire interrogés fur cette aventure ont
déclaré que tout ce qu'ils favoient , c'eft que la veille
de leur départ leur Capitaine avoit amené ces deux
filles à bord; que pendant le voyage elles étoient,
reftées toujours enfermées dans fa chambre , & que
la veille de leur mort toutes deux fe portoient encore
très bien. On a préfumé de ces dépofitions que ces
deux filles avoient été tuées par le Capitaine . Le
Conful de Hollande inftruit de cet accident tragique ,
a 6
( 12 )

fait les perquifitions néceffaires afin qu'un for fair
auffi horrible foit puni , & qu'en même tems on
puiffe découvrir en Holiande les parens de ces infor
tunées «c.
ESPAGNE.
De MADRID , le 7 Juillet.
L'ESCADRE de Carthagène étoit encore à
la rade le 2 de ce mois ; on efpère que les
vents contraires qui l'y retenoient auront
changé ; & elle a dû mettre à la voile auffitôt
: on en attend la nouvelle à chaque inftant .

» Cette efcadre eft compofée des vaiffeaux de
ligne le Terrible , le St - Laurent , le St-Pafchal,
& le St-Jean- Baptifte ; des frégates la Carmen ,
la Rofe , la Junon , la Rufina ; des chébecs le Ca
talan , le Majorquain , le Gama , le Lebrel , le
Murcien , le Pilar , le St - Antoine , le St- Sebaftien,
le St-Louis; des galiotes le St-Blas , le St-Lin , le
Carmen , des brigantins le Vif, l'Infant , le Fincafter
; des 2 bélandres la Réſolution & le Tartare z
de 21 chaloupes canonnieres , 21 bombardes , 3. felouques
& 3 brûlots «
On trouve dans cette efcadre plus de vaiffeaux
de ligne , & même d'autres bâtimens
que D. Antonio Barcelo n'en avoit demandés.
Cela vient de ce que le nombre des
chaloupes canonnières & des bombardest
étant.confidérable , & leur fervice exigeant
22 hommes chacune , quoique dans la traverfée
elles n'aient befoin que de 5 ou 6
matelots , les vaiffeaux & les frégares porteront
tous les hommes qu'on voudra verfer
fur elles , au moment où l'efcadre attaquera
( 13 )
Alger. D'ailleurs les munitions , les vivres
&c , qu'il falloit à cette armée , ont exigé
cette augmentation de gros vaiffeaux.
M. le Comte d'Oreilly part demain pour
retourner à fon commandement de Cadix ; il
a reçu le Portrait du Roi de France , enrichi
de diamans , pour la valeur de 50,000 liv.
Ce préfent étoit accompagné de la lettre fuivante
de M. le Comte de Vergennes.
» M. le Comte d'Estaing , Monfieur , a rendu
compte au Roi de l'empiellement avec lequel vous
vous êtes porté à procurer aux forces de terre & de
mer de S. M. employées pendant la campagne dernière
dans l'étendue de votre Commandement , les
articles d'approvifionnement & autres fecours & ob❤
jets qui pouvoient leur être néceffaires pour concou
rir efficacement aux opérations auxquelles elles
étoient destinées. M. l'Amiral n'a pas négligé de
peindre à S. M. les fentimens d'humanité que vous
avez montrés pour le foulagement des malades &
bleffés des différens Corps & les foins que vous leur
avez conftamment prodigués comme aux propres
troupes de S. M. C. De mon côté , je me fuis fait
un devoir , Monfieur , de mettre fous les yeux du
Roi les témoignages que M. le Comte de Montmorin
a renfus à voire zèle pour le bien commun des
forces combinées des deux Couronnes & pour
maintenir entr'elles l'union dont l'amitié réciproque
des deux Monarques leur donnoit l'exemple. S. M.
a manifefté le contentement qu'elle a de votre conduite
dans tous les points relatifs à fon fervice , &
pour vous donner une marque de fa bienveillance
Elle m'a chargé de vous envoyer de fa part fon portrait
enrichi de diamans. En m'acquittant des
ordres du Roi à cet égard, je me félicite en mêmetems
, Monfieur, de pouvoir être l'interprète de l'ef
-
"
2
( 14 )
time que S. M. a conçue pour votre perfonne , &
l'organe de la faveur qu'Elle daigne vous accorder.
Je vous parlerois des fentimens particuliers que
vous m'avez infpirés , Monfieur , s'il étoit permis
de les mêler aux témoignages auffi glorieux pour
vous. C'eſt un hommage que mon coeur rend avec
plaifir à votre humanité , & le juſte tribut qu'on ne
peut refufer à vos vertus militaires & civiles. Je
vous prie d'agréer cet épanchement de ma vive fenfibilité
, pour les fervices que vous avez rendus avec
tant de zèle aux troupes de S. M. & de recevoir les
affurances , &c. Signé DE VERGENnes.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 22 Juillet.
LES papiers Américains apportés par les
derniers paquebots confirment les avis reçus
auparavant que les Etats -Unis perfiftent dans
leur refus de revenir fur leurs premières décifions
rigoureufes contre les Loyaliftes.
» Le feptième article du Traité provifionel , lit- on
dans une Gazette de Philadelphie , relatif à la reftitution
des Nègres & autres propriétés des habitans ,
par les Officiers civils & militaires de New-Yorck ,
n'étant pas encore rempli , mais différé fous divers
prétextes , nous penfons qu'il eft conforme à la politique
& aux principes de la juftice , de fufpendre
de notre côté l'accompliffement du quatrième article ,
& des autres qui font en faveur de la G. B. , jufqu'à
ce qu'elle ait exécuté le ſeptième , & qu'elle ait fait
une compenfation pour cette partie de notre propriété
qui ne peut nous être rendue. Nous ignorons
ce que l'on peat attendre des recommandations du
Congrès relativement au cinquième article de la
part d'un feul des Etats - Unis . Si les perfonnes en
( 15 )
faveur defquelles on réclame cette recommandation
doivent être confidérées comme citoyennes de quelques-
uns de ces Etats , nous fommes en droit d'en
agir avec elles comme il nous plaît , & c'eft infulter
notre dignité que de fuppofer le contraire , Si elles font
fujettes de la G. B. , la requifition eft abfurde & infolente.
Mais quoique le Congrès puiffe faire des recommandations
, les divers corps de Légiflation ne
font point obligés de s'y prêter. Mais nous ne voyons
point qu'il foit convenable d'admettre à jouir des
avantages de la liberté & de l'indépendante , des
hommes qui n'ont ceffé d'oppofer des obftacles &
des efforts à leur établiffement ".
Les fentimens paroiffent être généraux
dans tous les Etats- Unis ; les Officiers de la
Milice de Philadelphie , dans une Aflemblée
tenue le 29 Mai dernier , ont pris les réfolutions
fuivantes , qui y fent conformes.
1° . Que l'opinion de cette Affemblée eft qu'il ne
devoit pas être permis aux perfonnes qui ont joint
l'ennemi , ou qui ont éré expulfées , foit de cet Etat
foit d'aucun des Etat-Unis , de revenir ou de féjourner
parmi nous ; & , comme Officiers de la Milice
de la cité & des libertés de Philadelphie , nous fommes
déterminés à mettre en ufage tous les moyens
qui font en notre pouvoir , pour les en empêcher.
2º. Que pour arriver à cette fin falutaire , nous
nous unirons avec empreffement avec tous autres
Membres de la Communauté pour donner des inftractions
à nos repréfentants dans l'Affemblée .
3°. Que les perfonnes qui recèlent & entretiennent
chez elles ces ennemis de leur pays , devroient reffentir
le déplaifir le plus marqué de la pait des citoyens
de cette Cité & de fes libertés . 4° . Que l'opinion
de cette Compagnie eft qu'il foit convoqué le
plutôt poffible une affemblée de ville , pour prendre
en confidération la nature des inftructions à donner à
( IG )
nos repréfentants & telles autres mefutes qui pourront
paroître néceffaires ; & que l'on nomme un Comité
chargé de préparer les chofes de manière à mettre
certe réfolution en exception . 5°. Que les procédés
de cette Aflemblée feront communiqués le plutôt
poffible aux bataillons refpectifs , & immé liatement
publiés dans les papiers - nouvelles de cette Cité .
Les lettres qui font mention de la conférence
que les Généraux Carleton & Washington
ont eu à Dobbs-Ferry , fur la rivière du
Nord , difent que le premier a propofé de
laiffer à New-Yorck beaucoup de munitions
de guerre , & fur-tout de Marine , fi les Amé
ricains veulent fe relâcher un p. u de leur févérité
envers les Loyaliftes. Le Général
Washington ne pouvant rien prendre fur lui
dans cette occafion , a fair part de cette offre
au Congrès , les mêmes lettres ajoutent que
cette Aflemblée eft plus difpofée à prendre
les voies de douceur , que ne le font les
Etats en particulier.
On commence dans tous à éprouver les
avantages de la paix ; l'effet de la première
nouvelle de la fignature du traité proviſionnel
a été d'augmenter le prix des productions
du pays , & fur tout celui des terres qui a
doublé principalement dans la Virginie & le
Maryland. On y remarque de grands mouvemens
pour donner plus d'activité au commerce
, quelques Avanturiers fe propofent
d'en ouvrir un aux Indes.
No lettres des Iles nous donnent la lifte
fuivante des vaiffeaux qui y font encore.
Ce font le Torbay de 74 ; le Lion , le, Ruby
( 17 )
de 64 ; le Centurion, le Léandre , le Prefton de
so ; le Dauphin , le Diomède , la Résistance
PUlyffe de 44 ; la Concorde de 36 ; l'Alarme , le
Diamant , l'Emeraude , le Fox , l'Alemène , la
Magicienne de 32 ; le Champion , la Néméfis , le
Neftor , le Pégafe , la Proferpine , le St- Eustache ,
le Tartare , l'Albermale de 28 ; le Zèbre , le
Vainqueur , l'Aurore , la Barbade , le Berwick ,
le Cormoran , le Hornet de 16 ; le Ferbice , le
Childers , le Lively , le Mohaw & la Nymphe de
14 ; total 38 fans compter 10 ſchooners ou cutters «
Tout eft tranquille dans la plupart de
ces Ifles , où le commerce reprend fa première
activité .
Je fuppofe , écrit un habitant de St -Vincent à un
de fes amis retiré à la Jamaïque , que vous avez vu
les articles préliminaires , de la paix , notre ifle foumife
à la France pendant 4 ans retourne à fes anciens
maîtres . Plufieurs perfonnes de votre connoiffance
& de vos amis , qui l'ont quittée comme vous
à l'arrivée des François y reviennent ; j'efpère que,
vous ferez de même . On dit que nous aurons une
forte garnison , & que les François emmèneront
les Caraïbes à Ste Lucie & à Tabago, Si cela eft le
Gouverneur fera en état de difpofer de 40,000 acres
d'excellente terre & la meilleure de l'ifle. Lorfque
les François en ont pris poffeffion , ils ont fortifié la
montagne au- deffus de Kingftown qui forme un
pofte auffi refpectable que Brimitone- Hill dans St-
Chriftophe. Si la guerre avoit à recommencer un
jour , nous nous défendrions mieux & plus longtems
c
Les objets qui nous reftent à failir des
derniers débats Parlementaires qui n'ont pas
été tous également intéreffans pendant cette
feffion , fe réduifent aux fuivans.
» Le 10 , Sir Adam Ferguffon fit la motion d'une
( 18 )
adreffe au Roi pour le fupplier de vouloir bien ac
corder à M. White , Ecuyer , 2000 1. ft. pour le
récompenfer du travail qu'il a fait en qualite de Secrétaire
du Comité tecret pendant les années 1781
& 1782. Le Général Smith s'y oppofa en difan que
fi certe motion paffoit , il en feroit une pour une
fomme du double en faveur du Secrétaire qui a
travaillé pendant 126 jours avec le Comité choifi,
Sir Philippe Clerke trancha la difficulté, en propo
fant de voter 500 i . ft . à compte pour M. White &
de nommer des Commiffaires pour examiner fes
droits à un don plus confidérable , ce qui fur arrêté.
On mit enfuite fur le Bureau le fameux registre
contenant les noms des perfonnes qui avoient eu
en re les mains de l'argent appartenant à l'Etat &
dont elles n'avoient rendu aucun compte. M. Pitt
obferva que les fommes dont il y étoit fait mention
montoient à 44 millions ft . & il propofa une adreffe
au Roi pour le fupplier d'ordonner la reddition de
ces comptes. Le Lord North éleva des doutes fur
l'authenticité de ce registre qui eft l'ouvrage d'un
particulier & point du tout d'un Bureau ; il allégua
en preuve de fon infidélité qu'on avoit d'abord porté
ces fommes à so millions , qu'on les réduifoit à
préfent à 44 ; qu'il étoit de fait que de cette dernière
évaluation il falloit défalquer encore 30 millions
dont les trois derniers payeurs , MM. Rigby , Burke
& le Colonel Barré , ont compté ; que les héritiers du
Lord Holland avoient fait la même chofe de 12 ; de
manière qu'il n'en reftoit que 2 qui ne faifoient pas
un objet fort confidérable . M. Sheridan propofa de
fupprimer de la motion de M. Pitt la quotité de la
fomme, & de ne pas l'exprimer. La motion paſſa
ávec fon amendement.
Le 11 , après que les bills eurent reçu la fanction
royale , ainfi que nous l'avons dit , les Pairs s'occupèrent
de celui qui a pour objet d'établir un port
franc à la Dominique ; mais fur la motion du Duc
( 19 )
de Portland la motion en fut remiſe à 2 mois. Le
Duc trouva ce bili en contradiction avec plufieurs
autres , & quelques Membres jugèrent qu'il pouvoir
infpirer de la défiance aux Américains & à l'Irlande.
Il paroît en effet que le Gouvernement veat conferver
le privilége exclufif du commerce des ifles ;
& c'est ce que fuppofe naturellement l'établiſſement
d'un port franc ; tous les autres doivent être foumis
au monopole «,
Ceci vient à l'appui de ce que difent nos papiers
de la fpéculation du traité de commerce
& d'amitié avec les Américains . M. Hartley
a demandé qu'on y inférât une claufe , par
laquelle l'importation des productions de nos
Ifles ne feroit faite en Amérique que par nos
vaifleaux ; les Américains ont voulu pouvoir
employer auffi les leurs ; les ordres du Congrès
à fes Commiffaires font formels fur ce
fujet , & la négociation eft arrêtée par cet
incident.
Le 16 de ce mois le Roi eft venu au Parlement
, & a mis fin à la feffion actuelle par le
difcours fuivant.
Milords & Meffieurs. La faifon avancée de l'année
demande quelque relâche à la longue & laborieufe
attention que vous avez donnée au ſervice public
; il eft poffible que les befoins de ce même fervice
m'obligent à vous raffembler encore de bonne
heure , & d'après l'épreuve uniforme que j'ai faite
de votre affection pour moi & de votre zèle pour le
bien public , je fuis perfuadé que vous vous prêterez
de bonne grace à un inconvénient momentané
, & perfonnel , pour l'avantage permanent de
votre pays. Il fera néceffaire de reprendre le plutôt
poffible en confidération les affaires des Indes Orientales
, & de les fuivre avec une attention férieuſe &
( 20 )
• "
ininterrompue. J'avois espéré la fatisfaction de
vous informer avant la fin de la feffion , que les
termes de pacification étoient définitivement arrangés
; mais l'état compliqué de l'affaire difcutée à
traîné inévitablement la négociation en longueur ;
j'ai cependant toutes fortes de raifons de croire ,
d'après les difpofitions que marquent les diverfes
Puiffances intéreffées , qu'elles font parfairement portées
à en venir à une conclufion qui rende perma
nentes les bénédictions d'une paix fi ardemment & fi
également defirable pour toutes les parties.
1
Meffieurs de la Chambre des Communes . Je vous
remercie des fubfides que, vous avez fi libéralement
votés pour le fervice public , pour faciliter mes
arrangemens relatifs à l'établiffément féparé du Prince
de Galles , & pour me mettre en état d'acquiter ce
qui reftoit de dû à la charge de la Lifte Civile , fans
impofer de nouveaux fardeaux fur mon peuple.
Milords & Meffieurs . Je vous recommande inf
tamment de contribuer , par votre attention dans
vos provinces refpectives , à faire régner farmi mon
peuple cet efprit d'ordre , d'activité & d'induftrie
qui eft la vraie fource des revenus & de la puiflance
de certe nation , & fans lequel tous les règlemens
que l'on pourroit faire pour l'amélioration desuns
& l'accroiffement de l'autre , feroient fans effet .
Le Parlement a été prorogé au 9 Septembre.
On apprend d'Irlande que celui de ce
Royaume , qui devoit s'affembler le 8 de ce
mois , a été également prorogé à la même
époque.
Les Miniftres s'occupent des recherches fur le produit
des diverfes Manufactures & Fabriques du
Royaume. L'état qu'on en a donné en porte le produit
total à millions 410,000 1. ft. Savoir , les laines
16,800,000 liv . ; cuirs 10,500,000 ; ſoie 1,750,000;
chanyre 890,000 ; verre 630,000 ; papier 700,000 ;
( 21 )
porcelaine 1,000,000 ; papiers 3,350,000 ; étoffes
de coton 960,000 ; plomb 1,650,000 ; fer -blanc
1,000,000 ; fer 8,700,000 ; acier 3,400,000 . Les
Fabriques de fer , de verre , de porcelaine & de papier
font dans un état d'accroiffement ; celles de
coton , de cuir , de lin & de foieries décroiffent ;
celles de plomb varient , & celles de chanvre reftent
dans leur même état ; on ajoute qu'elles occupent
5.350,000 hommes.
" On a fait le tableau fuivant des dépenses
nationales ; M. Fox , dit- on , le trouve exact ;
mais le Lord North n'en juge pas tout- à -fait
de même,
Annuités à tems payables par le public 1,249,104 1. ft.
perpétuelles
Marine •
Armée •
2,000,000
1,200,000
6,256,565
3,500,000\
Artillerie . 300,000 .
Lifte civile avec l'addition
de 100,000 liv..
Dépenfes diverfes
2 R
Le revenu national eft de
A
1,900,000
200,000
Total 12,205,669
Refte à employer dans le fond
d'amortiffement
14,368,196
2,162,527
On compte que l'Oppofition qui a été affez
modérée pendant cette féance , fe ranimera à
la prochaine. Parmi les plans que l'on prête
aux Miniftres , & auxquels on dit qu'elle
s'oppofera , eft l'établiffement d'une taxe
d'un fcheling par livre fur tous les revenus
de quelqu'efpèce qu'ils foient ; cette taxe
produira bien près d'un million fter . , fi elle
ne paffe pas cette fomme ; mais fon produi
doit néceffairement beaucoup varier , & fuit
( 22 )
vre l'augmentation & la diminution des revenus
fur lefquels elle fera aflignée .
On lit dans un de nos papiers la lettre
fuivante de M. le Marquis de la Fayette à
Sir Henri Clinton.
» M. permettez-moi de vous adreffer une obferva
tion fur votre correfpondance imprimée que je viens
de lire. Je n'ai ni la prétention ni l'envie de réfuter ;
quoiqu'il arrive , toutes nos conteftations font finies.
Je n'ai à vous indiquer ici qu'un paflage de vos
lettres du 11 Juin & du 2 Août. Ayant dit au
Lord Cornwal.is qu'on pouvoit lui opponer un corps
de troupes continentales , comme le Marquis de la
Fayette l'observe , un corps de milice mal armé , il
vous plaît d'ajouter , auffi peu exercée que la milice
des Provinces méridionales , & de nulfervice , ce
qui femble faire parrie de ma lettre interceptée .
L'expérience a prouvé , je penfe , combien votre
delcription est peu jufte ; & aucun Américain ne
croira qu'elle vient de moi ; mais votre correfpondance
eft fi publique , que plein de confiance en
votre politelle & en votre honnêteté , je n'ai pas
héſité à tranſcrire ce paffage & à vous le renvoyer ,
comme à ſon véritable auteur. Je ſuis , & c. «.
*
La réponſe de Sir Henri Clinton , inférée
dans les mêmes papiers , eft conçue ainfi.
"
M. , en confequence de la lettre que vous
m'avez fait l'honneur de m'écrive , j'ai relu la pu
blication dont vous me parlez; je reconnois que la
remarque dont il y eft queſtion , paroît , de la manière
dont elle eft lacée , faire partie de votre lettre
interceptée . Vous avez certainement , droit à cer
aveu de ma part , permettez- moi d'y ajouter les
aff trances. &c. «.
Parmi les anecdotes fingulières qu'on lit
dans nos papiers , en voici une que nous
tranfcrirons.
( 23 )
» Il vit actuellement dans l'Ifle de Céphalonie ,
dans la mer Aduatique , un Anglois nommé Brown',
dont on raconte ainfi l'hiftoire qui m'a paru extraor
dinaire. A 21 ans il hérita d'un bien de 3000 livres
fterl. de rente dans le Devonshire , ce qui le mic en
état d'afpirer à la main d'une Dame d'un rang &
d'une fortune confidérable , dont il étoit éperdument
amoureux. Au moment où il alloit conclure ,
un Jugement de la Chancellerie , dans un procès
qui dutoit depuis quarante ans , le priva de cet
heritage ; & la dame ne voulut plus le voir. Son
chagrin fut très-vif, & pendant quelques années ,
il refta plongé dans la plus noire mélancolie s
il n'en fortic que pour ſe venger des dédains
d'une dame fur tout fon sèxe ; il devint galant & fém
ducteur , & l'on compte plufieurs jeunes perfonnes
dont il a détruit la réputation , & quelques- unes
dont il a dérangé la fortune. Ayant obtenu enfuite
une penfion de 800 1. ft. fur le bien qu'il avoit perdu
, il voyagea & porta dans les pays étrangers ce
goût de galanterie & de défordre ; il faillit à en être
la victime en s'introduifant dans un couvent , & il
n'évita la rigueur des loix que par une prompte-fuite.
A Venife il féduifit la femme d'un de fes compatriotes
fort riche , l'enleva & la conduiſit à Céphalonie
. La fituation de certe ifle lui plut ; il y acheta
une perite montagne , au bas de laquelle il le bâtit
une habitation , arrangea un pavillon dans le milieu
& un appartement d'été au lommet . La dame
qu'il y avoir conduite y eft morte & eft ente re fur
cette montagne ; i s'eft fait un ferrail de Grecques
& de Circaffiennes qui partagent fon tems avec la
culture d'un jardin & quelques livres . Telle étoit fa
Situation lorfqu'en reçu: fes dernières lettres, « .
Parmi les entrepriſes particulières qu'on
voit faire fréquemment dans ce pays , en
Voici une qui intéreffe les fciences , & que
nous nous empreffons d'annoncer.
( 24 )
-
Plufieurs perfonnes riches & éclairées ont ouvert
une foufcription dont le produit qui doit être de
16,000 l . ft. fera confacré à un voyage dans la mer
du Sud. Ceux qui en feront chargés , après avoir
pallé le détroit de Magellan , & croisé dans la mer
du Sud , fe rendront avec leur vaiſſeau au nord de
la Californie dans le port de Sir François Drake ; là
ils feront joints par d'autres voyageurs qui débarqués
d'Europe dans l'Amérique feptentrionale , l'auront
traversée par terre , pouraller s'embarquer avec
eus ; le vaiffeau tâchera de s'approcher le plus qu'il
fera poffible du pole feptentrional ; il fera chargé
de jetter dans la Nouvelle-Zélande quelques perfonnes
qui y formeront un établiſſement dans lequel
elles refteront trois ans , & pendant ce tems
elles cultiveront fur les lieux le chanvre du pays ,
& toutes les plantes dont ils verront que l'on peut
tirer des avantages utiles en en tranſportant la culture
en Angleterre. On engagera plufieurs Savans
pour cette expédition ; & on nomme déja parmi
ceux qui doivent en être le Docteur Prieftly. On
attend beaucoup d'avantages de cette entreprife pour
le progrès des Sciences . Sir Jofeph Banks & le
Docteur Heberden font au nombre des Soufcripteurs
« .
FRANCE.
De VERSAILLES , le 29 Juillet.
LE 20 de ce mois LL. MM. & la Famille
Royale fignèrent le contrat de mariage du
Marquis de Deux -Ponts , Comte de Forbach ,
avec Demoiſelle de Bethune Pologne .
Le même jour , le Marquis de Vergennes ,
Ambaffadeur du Roi près la République de
Venife , eut l'honneur de prendre congé de
S. M.
( 25 )
S. M. pour fe rendre à fa deftination , étant
préfenté par le Comte de Vergennes , Chef
du Confeil des Finances , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires
Etrangères.
Le 22 , la Ducheffe de Manchefter, épouse
de l'Ambaffadeur du Roi d'Angleterre , fut
préfentée à LL. MM . & à la Famille Royale
avec les cérémonies accoutumées. Cette
Ambaffadrice , après avoir été conduite à la
Salle des Ambaffadeurs dans le carroffe de la
Reine , par M. de Tolofan , Introducteur
des Ambaffadeurs , fut traitée à la table de
S. M. chez le Marquis de Talaru , fon premier
Maître-d'Hôtel , où il y avoit 2 tables
de 40 couverts chacune , dont la Princeffe
de Chimay , Dame d'Honneur de la Reine
& le Marquis de Talaru faifoient les honneurs.
M. Rogier de Monclin , Capitaine au Régiment
du Roi , a prêté le 20 ferment entre
les mains de S. M. , pour la place de Lieutenant-
de Roi de la Province de Champagne &
Brie , dont il a été pourvu fur la démiſſion
du Marquis de St Clair.
Le Duc de Crillon , qui eft de retour en
cette Cour , a eu l'honneur , à ſon arrivée
ici le 24 de ce mois , d'être préſenté à S. M.
par le Maréchal Duc de Duras , premier-
Gentilhomme de la Chambre du Roi en
exercice.
2 Août 1783. b
( 26 )
De PARIS , le 29 Juillet.
On doit s'attendre à recevoir bientôt des
nouvelles de l'expédition de D. Antonio Bar
celo ; on en a fans doute déja en Eſpagne ;
l'armement de Carthagène a dû mettre à la
voile le ; , & il ne lui a fallu que quelques
jours pour arriver devant Alger ; le premier
Courier ordinaire nous apprendra fans doute
ce qui aura été fait .
--
» Le vaiffèau la Couronne , écrit-on de Toulon ,
eft arrivé ici le 8 de ce mois ; ce vaiffeau faifoit
partie de l'efcadre de M. le Marquis de Vaudreuil ,
& eft un des trois qui s'en font féparés pour venir
dans ce port ; le Triomphant & le Souverain n'ont
pas tardé à paroître. Les vaiffeaux neufs , le
Mercure & le Séduiſant , avancent à vue d'oeil . Les
vieux font réparés ; & à mefure que l'an fort des
chantiers , il y eft tout de fuite remplacé par un
autre. Au premier ordre ils peuvent être armés . Ce
qui feroit croire que l'on a l'intention de tenir ici des
forces toujours prêtes à agir , c'est que depuis 8 jours
on fait des provifions pour un corps de troupes qui
doit fe raflembler dans les environs de cette ville « .
Selon les lettres de Breft , il n'y a pas moins
d'activité dans ce Port ; le nombre des Ou
vriers n'a point été diminué, & la construction
des vaiffeaux qui étoient fur les chantiers
avant la paix , & la réparation des vieux
n'ont point été interrompues. Les dernières
Alûtes en armement qui reftoient dans ce
Port , & qu'on croyoit devoir aller dans
(
}
27
le Nord , changent de deftination ; on les
charge de mâts , de bois de toute eſpèce ,
prêts à être employés , de voilures , &c. On
croit que ces envois font deftinés pour
Toulon.
Il y a environ vingt jours , écrit- on de Sallon
de Crau , qu'il règne dans ces contrées un brouillard
fingulier , & tel que nos vieillards affurent
n'avoir jamais rien vu de pareil. Ce brouillard
remplit l'atmosphère , & le foleil quoique trèschaud
( puifqu'à midi il fait monter le thermomètre
45 degrés ) n'a pas la force de le diffiper.
Il eft continué le jour & la nuit , mais avec une
intenfité qui varie. Quelquefois il nous mafque
les montagnes les plus voifines de la ville . Le ciel
qui eft ordinairement d'un beau bleu dans ce climat
, ne nous offre plus qu'un gris blanchâtre. Le
foleil qui eft fort pâle dans la journée , eft rouge
à fon lever , & plus rouge encore à fon coucher ,
& on peut le fixer en tout tems fans en être incommolé
, la lumiere de fes rayons étant abforbée
par le brouillard. On s'eft apperçu que ce
brouillard a quelquefois une odeur puante & trèsdifficile
à déterminer. Il est très -fec , puifqu'il ne
ternit pas feulement les glaces qu'on y expofe ,
qu'il defsèche les fels au lieu de les faire entrer
en déliquefcence , qu'il ne fait point monter l'hygromètre
, & qu'il n'empêche pas l'évaporation
d'être abondante . Il caufe une légère cuiffon dans
les yeux , & les perfonnes qui ont la poitrine dé
licate, en font désagréablement affectées. Dans la
nuit du 20 au 21 Juin , époque du ſolſtice , & à
minuit & un quart , nous eûmes un orage , accompagné
de grands coups de tonnerre & de beaucoup
de grêle , chofe affez rare pendant la nuit. On
obferva à 200 pas de Sallon une foudre afcen
b 2
( 28 )
dante. Le vent étoit alors au nord : depuis ce moment
le brouillard eft plus fort , & il n'a point été
dérangé par la bile , qui ſouffla le 27 avec beaucoup
de violence. Le baromètre fe foutient toujours
à l'état moyen ; la machine électrique ne
donne prefque point d'étincelles ; mais il y a beaucoup
d'électricité dans l'air , & le tonnerre gronde
fouvent. Ce brouillard ne me paroît avoir d'autre
caufe que la féche effe qui a régné fi long - tems
& qui a retenu dans la terre les vapeurs qu'elle exhale
ordinairement . Les dernières pluies ayant détrempé
la matiere de ces exhalaifons , elles montent
actuellement dans l'air avec l'eau qui lui fert de
véhicule , & quelques orages fuffiront pour les confommer
ou pour les abattre , ou fi le vent du
Sud amène dans peu , des nuages ,
nuages , ils s'imprégne
ront de ces exhalaifons qui difparoîtront avec
eux , & c. cc
On nous a fait paffer les détails fuivans du
tiphon qui a été obſervé aux environs de
Reims , & nous nous empreffons de les
tranfcrire.
» Le Mercredi 18 Jain vers midi , l'air étant
calme , la chaleur étouffante , le ciel caché par des
nuées d'orage grouppées à différentes couches &
dormantes
, on apperçut dans la rivière de Verle
au nord - oueft de Reims , lien dit la Foffe au
Chapitre , une agitation qui occupoit un espace
de 8 ou 10 pieds de diamètre. Les Pêcheurs voyant
l'eau moutonner de plus en plus & jaillir de tous
côtés , fe font bien vîte retirés à terre. Dans l'inſtant
il s'eft élevé des tourbillons d'eau , qui ayant
manqué la direction de la ligne afpirante font retombés.
La maffe agitée eft devenue circulaire , &
tout- à-coup du milieu s'eft élancée une fulée vaporeufe
, qui en peu de tems s'eft confondue avec
Les nues . La pointe de la trombe à fa naiflance fur
( 29 )
le milieu du monticule agité , avoit 6 pouces en- ,
viron de diamètre , le milieu paroiffoit plus gros
que le corps , & fous les nuées elle prenoit la figure
d'un entonnoir ; bientôt elle s'eft épaiffie , & alors
on a vu fenfiblement la vapeur monter en volute
& arriver au bord fupérieur de l'évalement , d'où
on voyoit très- diftinétement fortir la vapeur & fe
répandre dans les nuées en tout fens. Ce conducteur
a fubi des changemens & effets finguliers. Aux
deux tiers de fa hauteur il s'eft formé une lance
oblique qui traverfoit la trombe en croix de Saint-
André , elle était plus noi e que le refte de la
trombe , & au-deffus un étranglement ; le conducteur
lui -même le plus fouvent blanchâtre , devenoir
jaunâtre , dans d'autres inftans, plus fombre
& enfuite noir. Quelquefois l'eau en circulant trop
rapidement s'échappoit de la ligne conductrice par
la force centrifuge , alors elle formoit une espèce
d'enveloppe autour de la trombe , & retomboit le
long jufqu'à ce qu'elle cût été reçompée dans fa
chûte , enfuite elle remontoit avec rapidité & moins
raréfiée , ce qui fembloit imiter le jeu du pifton
d'une pompe . Pendant ce tems , il y avoit toujours
une grande agiration à la furface de la rivière , &
l'on a examiné d'affez près , pour s'appercevoir que
tout le contour du monticule étoit concave. Il s'eft
formé deux colonnes affez vifibles : Ce phénomène
a duré près d'une demi - heure à la même place ,
& les Pêcheurs voyant la trombe promener fa
queue & changer de place , fe font éloignés ; enfuite
elle a quitté la rivière & a paflé majeftueufement
dans les prairies , laiffant par- tout la trace de
fon paffage dans l'herbe , & defféchant dans un
clin d'oeil tous les foffés ifolés qu'elle rencontroit .
Le canal du Château du Marais n'a pas été defféché
entièrement , la trombe ne s'y eft point arrêtée
affez de tems , fon mouvement s'eft accéléré ; elle
a dirigé fa route par le Village de Champigni , où
b3
( 30 )
elle a enlevé le toit d'une grange , & dégradé les
murs. Au fortir de là , elle a labouré des teries
& fait voler le fable lorsqu'elle en a rencontré .
Enfin le bas de la queue s'eft affoibli , & le phénomène
a diſparu à la grande fatisfaction de tout
le monde..... C'eft à mon grand regret que je
ne puis vous donner des détails précis & phyfiquement
raisonnés. Par l'examen du tems que la trombe
a mis à déffécher des eaux ifolées , on auroit évalué
la quantité d eau pompée , & même par le ra-
Jentiffement du cours de la rivière au- deffous , &
auffi par fon accélération au-deffus. Il eût été curieux
de connoître le degré de rapidité de l'afcenfion
de la vapeur , l'inclinaiſon & la hauteur abfolue
de la colonne , l'état de l'atmosphère , & mille
autres obfervations qui auroient pu par la fuite
devenir intéreffantes . C'eſt en obfervant la marche
de la nature , que l'on peut faire les plus belles
découvertes. L'étude de la Dioptrique , de la fcience
des réfractions , & de tout ce qui a rapport à ce
phénomène ,, pourra conduire à la découverte d'une
trombe artificielle qui fuppléeroit à toutes la machines
hydrauliques «.
Un Anonyme a préfenté dernièrement à
Académie Françoife un Mémoire , qui a
été lu le 17 de ce mois ; fon objet intéreffant
a mérité les fuffrages de cette Société , qui en
applaudiffant aux vues de zèle pour le bien
public , & d'amour pour les Lettres qui animent
l'Auteur , verroit avec plaifir d'autres
Citoyens feconder fes vues. Nous tranfcrirons
ce Mémoire .
» Un Citoyen qui veut être inconnu , a fait remettre
à M. le Marquis de Condorcet , de l'Académie
Françoife , & Secrétaire de l'Académie des Science's
de Paris , fix cents livres , dont voici la deſtination,
( 31 )
Ce Citoyen a toujours été étonné que l'Aca
démie Françoiſe ne pût propofer un Prix d'Eloquence
que tous les deux ans. Il fouhaiteroit qu'outre ce
Prix d'Eloquence l'Academie pût propofer tous les
ans un Prix pour un Ouvrage de Profe . Il faudroit
pour cela que l'on fît un fonds au moins de douze
mille livres qui feroient placées fur le Roi. Ce Citoyen
eft fâché que fa fortune ne lui permette pas
de faire ce fonds ; mais il penfe affez bien de fes
Concitoyens pour croire que parmi le grand nombre
de
gens riches
qui demeurent
à Paris , & qui aiment
les Lettres
, il ne peut manquer
de s'en trouver
dixneuf
qui contribuent
d'une
auffi foible
fomme
que
lui à une fondation
qui manque
à la Nation
. L'Académie
de Châlons
- fur- Marne
, qui s'est fait beaucoup
d'honneur
par la belle devife
qu'elle
a thoile
( à l'Utilité
) & les beaux
fujets
de Prix qu'elle
a
donnés
, propofe
chaque
année
deux
ou trois fujets
de Prix de Profe
, tandis
que l'Académie
de la
Capitale
du Royaume
n'en peut propofer
qu'un
tous
les deux ans. Le Citoyen
qui parle feroit
au comble
du bonheur
fi fa propofition
pouvoit
réveiller
le
patriotisme
, ainfi que l'amour
des Lettres
& du
bien public
, & être fuivie
en France
, comme
elle
le feroit
vraisemblablement
en Angleterre
, d'une
fondation
beaucoup
plus confidérable
que celle qu'il
propofe
. M. de Condorcet
eft prié de vouloir
bien faire
part à l'Académie
Françoife
de cette Propofition
& du préfent
Mémoire
.
Le
Citoyen
Auteur
de cette
Propofition
, & la perfonne
qui a
remis
la fomme
à M. de Condorcet
, ne veulent
pas
être connues
, & il a donné
fa parole
d'honneur
à cette
derniere
qu'elle
ne le feroit
pas.
Les fix
cents
livres
refteront
entre
les mains
de M. de Condorcet
pendant
les fix derniers
mois
de la préſente
année
1773 ; & fi le projet
du Citoyen
ne peut avoir
lieu , la perfonne
qui a remis
la fomme
de fix cents
livres
la retirera
au premier
Janvier
prochain
-
-
b 4
( 32 )
Ce Citoyen n'entend aucunement gêner l'Académie
dans les fujets de Prix qu'elle pourroit propo'er ;
mais il lui demande la permillion de lui en indiquez
quelques-uns qu'elle eft entièrement libre d'adopter
ou de rejetter.
Sujets de Prix qui pourroient être propofés.
I. Quels feroient les moyens d'être utiles aux
Lettres , aux Sciences , aux Arts & à l'humanité ,
qui fuflent à portée de fimples particuliers ? Examen
de ce qu'ont fait dans ce genre beaucoup de fimples
particuliers , tels que St. Vincent de Paul , le Godinot ,
Chanoine de Reims , le Frère Cofme , la Garaye ,
Peirefc , l'homme de Roff , Chamouffet , & une
foule d'hommes vertueux de toutes les Nations qui
ont fondé des Hopitaux , des Colléges , qui ont fait
conftruire des Ponts , des Chemins , des Fontaines
& autres Bâtimens publics , ou qui ont fait des
Fondations & Etabliffemens utiles. II. Comme
il n'y a guères que les Membres des Académies dont
on faffe l'éloge , ne pourroit- on pas , après cinq ans ,
propofer pour fujer de Prix l'Eloge de tout ce que
la France auroit perdu , pendant ces cinq années , de
Citoyens célèbres par leurs verius ou leurs talens ?
Par ce moyen , le vertueux Turgot , que nous venons
de perdre , M. la Garaye , que nous avons
l'obligation de nous avoir fait connoître à l'illuftre
Auteur de l'excellent Théâtre d'Education , le Frère
Cofme , & c . , ne feroient pas moits fans que la
France versât quelques larmes fur leur tombe.
-
Quels feroient les moyens de répandre le goût des
Lettres , des Sciences & des Arts dans les différentes
Provinces ? III. Encyclopédie pour les jeunes
gens au- deffoss de vingt ans . IV. Cous complet
d'Education pour les Magiftrats , les Hommes publics
& les Nobles . V. Cours complet d'Education
pour les Négocians . VI . Cours complet
d'Education pour le peuple des Villes . — VII . Cours
-
-
( 33 )
-
complet d'Education pour le peuple des Campagnes
VIII. Cours complet d'Education pour les
hommes de la bourgeoilie. IX. Cours complet
d'Education pour les filles de condition . — X. Cours
complet d'Education pour les filles de la bourgeoifie .
On entend ici par cours complet d'Education , une
efpèce d'Encyclopédie faite pour chacune des clafles
qu'on vient de nommer , & qui contiendroit ce qu'il
lui eft important de favoir. On fent qu'il y auroit
une foule d'articles généraux qui pourroient fervir
à toutes ces Encyclopédies. XI. Quels feroient
les moyens de faire une excellente Encyclopédie ?
--
XIII. Quels feroient les moyens d'agrandir l'ef
prit humain , & de lui faire faire de plus grands
progrès dans chaque Science ? On ne reftraint
pas ici le mot de Sciences feulement à ce qui fait
l'objet de l'Académie des Sciences de Paris : on
prend ce mot dans un fens plus étendu , qui embraffe
toutes les connoiffances humaines , telies que
la Science économique , la Politique , la Jurifprudence
, le Droit public , l'Agriculture , la Science
du Commerce , & c. XIV. Parmi ces établiffemens
qui manquent aux Sciences , ne pourroit- on
pas compter une Académie des Langues vivantes ?
Er fur quel plan devroit - elle être formée ? On va
expofer ce qu'on entend par une Académie des Langues
vivantes. Cette Académie feroit compofée de
Membres verfés dans les Langues vivantes . Plufieurs
de fes Membres pourroient faire des cours publics
de toutes les Langues , tant de celles de l'Europe
que de celles qui font le plus répandues dans lesautres
parties du monde. D'autres feroient un Journal pareil
au Journal étranger , dont l'interruption afflige
tant de gens inftruits . Les uns continueroient la
Collection Académique qui contient l'Extrait ou la
Traduction des Mémoires de toutes les Académies
étrangères des Sciences . D'autres feroient une pareille
Collection Académique composée de morceaux de
bs
( 34 )
Littérature étrangère cu de Mémoires contenant des
Recherches favantes publiées en pays étrangers , du
genre de celles dont s'occupe l'Académie des Infcriptions
( 1 ) . Il y auroit des Membres attachés à
cette nouvelle Académie dans chaque Province de
l'Europe & dans les principales Contrées des autres
parties du monde. Cet établiffement répandroit les
plus grandes lumières dans la Nation , qui eft peutêtre
une de celles où l'étude des Langues étrangères
eft le plus négligée , non pas à la vérité des gens de
Lettres , mais du refte de la Nation , tandis qu'en
Angleterre & en Allemagne toutes les perfonnes qui
ont eu de l'éducation favent le François & fouvent
plufieurs autres Langues. Cet établiſſement feroit
utile pour
former des hommes qui rendroient le plus
grand fervice dans le Département des Affaires étrangères
, & pour infpirer le goût de l'occupation à
une foule de gens riches défoeuvrés , ou d'autres
perfonnes à qui leur état laiffe beaucoup de tems
B
& à qui l'ambition d'être de cette Académie feroit
entreprendre une étude auffi facile que celle d'apprendre
une Langue , & qui peu- à-peu le trouveroient
portées à effayer de traduire quelque Ouvrage utile.
Il femble qu'un établiſſement de ce genre fuffiroit
pour immortalifer un règne , & que le Miniftre
qui le propoferoit à un Souverain & qui contribue
roit à le faire adopter , fe couvriroit de gloire ,
& rendroit le plus grand ſervice à la Nation.
XV. Quels font les Hopitaux & autres établiffemens
formés en faveur des pauvres & des malades ,
(1 ) On eft étonné qu'une Compagnie auffi refpectable &
audi utile que l'Académie des Infcriptions ne faffe pas imprimer
le Recueil des Pièces qu'elle couronne , & n'insère
Ipas
dans le même Recueil les Mémoires qui lui paroîtroient
es meilleurs parmi ceux qui lui feroient préfentés par des
Perfonnes de cette Académie , comme le fait l'Académie des
ciences de Paris par le Recueil des Mémoires des Sayans
Etrangers qu'elle public.
( 35 )
tant chez les peuples anciens que chez les modernes ,
& ce qu'il y a de plus remarquable dans ceux de ces
établiflemens qui méritent d'être connus ?
On
défireroit que M. de Condorcet pût faire inférer
ce Mémoire dans le Mercure de France , dans le
Journal Encyclopédique , ou dans le Journal des
Savans ".
La lettre fuivante , qui vient de nous être
adreffée , offre un avis trop intéreffant pour
que nous en différions la publication.
» On ne voit que trop fouvent dans tous les Journaux
des demandes concernant la recherche d'actes
ou titres égarés , demandes qui restent la plupart
du tems infructueuses , peut être en ce que nombre
de ces actes ou titres , féjournant depuis longtems
dans des endroits où on ne les foupçonne pas , tels
que les Douanes , par exemple , n'en font jamais retirés
par les propriétaires , attendu , fans doute , leur
abfence ou leur décès , & paffent delà dans des Greffes
, oùils demeurent enfevelis dans un oubli éternel
La voie de votre Journal , généralement répandu
tant à Paris que dans la Province , où réfident
peut être ceux qui ont droit à ces titres , peur
leur indiquer le moyen de les recouvrer ; & c'eft
ce qui me détermine à vous prier de vouloir bien y
inférer la préfente. 11 n'avoit point été fait
depuis dix ans d'inventaire de tous les effets laiffés
à la Douane de Paris , & non rétirés ; auffi MM.
les Fermiers - Généraux viennent ils , fuivant l'ufage .
de le requérir : & il y a été procédé par MM. les
Officiers de l'Election . Parmi les effets qui s'y
trouvent , il y a nombre de papiers & registres
intéreffans pour leurs propriétaires , ou les héritiers
de ceux à qui ils appartenoient.
Ces papiers
forment trois cotes : la premiere , compofée
de titres & certificats de nobleſſe du fieur Guil-
Laume-François- Hector de Taffin , avec des armoi-
-
b6
( 36 )
ries fur parchemin.
pieces , dont nombre de divers Mémoires manufcrits
concernant M. Etienne Mary , Comte de Buffy Dagoneau
, Grand- Croix de l'Ordre de St. Philippe ,
& Chevalier de celui d'ancienne Nobleffe , Commandant
des Huffards Chaffeurs volontaires du Prince
Comte régnant de Limbourg Styrum , Duc de Hol
ftein , &c. quantité de lettres à fon adreffe & des
renfeignemens relatifs à ces différens objets .
La deuxieme contient 487
Et
la troifieme , compofée de 93 8 pièces , rea ferme nom .
bre de regiftres & de papiers concernant la comptabilité
des fieurs Guyot de Villers & Guyot de Chenifot
, Receveurs Généraux des Finances de la Géné
ralité de Rouen. -Ces papiers & legiftres demeurent
déposés au Greffe de l'Election de Paris fis Cour
du May , enclos du Palais où il faut s'adreffer pour
les reclamer , en juftifiant de fa propriété . J'ai l'honneur
d'être & c. Signé DIAM , Greffier en chef de
ladite Election « .
On lit dans une lettre d'Auvergne les détails
fuivans.
" La fonte des neiges , qui eut lieu vers le commencement
du mois de Mars dernier , & les pluies
qui furvinient en abondance jufqu'en Jain , s'étoient
fi fort infiltrées dans la montagne appelée le Valbeleix
, près de Breffe , & en avoient tellement détrempé
la terre , qu'une chaîne de rochers coupés à
pic , de la hauteur d'environ quatre- vingt toiles ,
étoit fur le point de fe précipiter , & d'enlèvelir fous
leurs ruines le village de la Valette , qui fe trouve
au bas . Dans ce danger auffi terrible qu'eminent , les
malheureux habitans , au nombre de quatre-vingt
trois , n'ont eu qu'à s'adreffer à M. de Chazerat ,
notre Intendant , par une requête du 2 Juin . Les ordres
ont été fi précis , les fecours fi prompts , que cette
chaîne de rochers quoiqu immenfe , a été entièrement
abattue & nettoyée le 28 du même mois , fans
? 37 )
qu'il y ait eu le moindre accident. Ces pauvres gens,
après avoir joui la nuit fuivante du repos qui naît
de la fécurité , n'eurent rien de plus preflé le lendemain
que d'aller participer à la joie de la fête de leur
Patron , & de former les voeux les plus vifs pour
ceux qui avoient confervé leurs jours
Nous avons annoncé le premier Volume
de la fuperbe édition de Télémaque , faite
par M. Didot l'aîné , avec fes nouveaux
caractères , & imprimé fur papier vélin , de
la fabrique de MM. Mathieu Johannot ,
d'Annonay ; le fecond vient de fortir des
mêmes preffes. Cet Ouvrage , dont il n'a été
tiré que 200 exemplaires , commence la
collection des Auteurs claffiques françois &
latins , imprimés par ordre du Roi , & deftinés
à l'éducation de Mgr. le Dauphin.
Nous ne pouvons rien ajouter à ce que
nous avons déja dit de la fupériorité des
preffes de M. Didot l'aîné . C'eft par de nouveaux
efforts & des fuccès qu'il répond à fes
Détracteurs . L'aigle s'élève dans les nues ,
& les fifflemens du ferpent qui rampe dans la
pouffère , ne fauroient interrompre fon vol,
ni même parvenir juſqu'à lui ( 1 ) .
Les deux Ariftes qui fe font réunis pour nous
donner des Tableaux gravés des principaux évènemens
de la dernière guerre viennent de publier la
grife de la Dominique . On y lit au bas les détails
Hiftoriques fuizares. » M. le Marquis de Bouillé avec
3 frégates & 2000 hommes de troupes arriva de
grand matin le 7 Septembre 1778 devant cette ifle .
(1) Cer Ouvrage . fe trouve chez M, Didot l'aîné rue Pavée
Saint André - des-Arts.
( 38 )
Le fieur Frontenau , Capitaine de Corfaire , enleva
le fort de Kachacrou l'épée à la main. M. de la
Chaife , Capitaine en fecond des Chaffeurs d'Auxerrois
, enleva avec 30 hommes une batterie défendue
par 40 en fautant dans les embrafures malgré
le feu du canon ; & le fort du Rofeau canonné
par la Tourterelle , capitula. Le fuccès rapide de
cette expédition eſt dû au zèle ardent des troupes en
général & à celui de tous les Officiers dont M. de
Bouillé fe loue beaucoup . Il y avoit dans l'ifle 500
hommes de garnifon & 188 pieces d'artillerie «<,
Cette Eftampe qui eft du meilleur effet a été gravée
par M. Godefroy de l'Académie Impériale & Royale
de Vienne ( 1 ).
Le rapport des Commiffaires nommés par
l'Académie Royale des Sciences pour examiner
la nouvelle encre que lui a préſentée le
fieur Salmon , détaille ainfi les avantages
qui affurent à cette encre une fupériorité décidée
fur toutes les autres.
» Cette encre qui eft pâle lorfqu'elle a été renfermée
, mais qui prend un beau noir par l'expofition
à l'air , nous a paru pofféder toutes les bonnes
qualités qu'on trouve dans celles qui font faites felon
les meilleurs procédés ; mais toutes celles que l'on
connoît ont l'inconvénient de s'épaiffir promptement
, par l'évaporation qui fe fait naturellement &
de fe moifir. Celle du fieur Salmon a laiffé dans les
épreuves que nous en avons faites , beaucoup moins
de réfidu par l'évaporation ; ce réſidu a été moins
liant & moins tenace , que celui des autres encres
que nous lui avons comparées , de forte qu'il s'eft
( 1 ) Le prix de cette Eftampe , comme celui des précédentes
eft de 36 fols ; elle fe trouve chez M. Godfroy , rue des
Francs Bourgeois , Porte Saint-Michel , & M. Ponce , re
Hyacinthe.
( 39 )
rediffous facilement en y ajoutant de l'eau & n'a
point contracté de moififfure. Par-là même cette
encre eft très coulante & fe sèché facilement. Nous
penfons donc que l'encre du feur Salmon fera d'un
ufage plus commode que celle qu'on a trouvée juſ
qu'à préfent dans le commerce ( 1 ) « .
MM. les Adminiſtrateurs- Généraux & intéreſſés
au Canal de Provence défirant faire continuer & conduire
à fa perfection cette grande & utile entreprise ,
ont fait dépofer les plans tracés , coupes , profils &
inftructions y relatives dans leur Bureau à Paris
rue Montmartre , vis - à -vis la rue du Croiffant nº.
-102 ; à Aix en Province chez MM. Michel , frères
Négocians place des Prêcheurs , & à Avignon chez
M. Commin , rue du Portail Matiron .
Les en- -
>
trepreneurs qui defireront fe charger des ouvrages
à conftruire , qui voudront avoir des renfeignemens
& faire des propofitions , pourront fe préfenter
aux endroits ci -deffus indiqués , ils trouveront
des perfonnés en état de leur donner tous
les éclairciffemens, dont ils auront befoin .
Vifibilis & invifibilis, Ecce Homo. Tels font
les titres des paraphrafes en vers françois de deux
ftrophes des hymnes de Santeuil ; chacune de ces
ftrophes & la traduction paraphrafée par M. Felix
Nogaret , eft gravée dans un cadre qui renferme
vinga fujets hiftoriques tirés pour la premiere de
l'Ancien & pour la feconde du nouveau Teftament.
Les fujets hiftoriques font fpirituellement compofés
& deffinés par P. L. Durand , & gravés avec beaucoup
de foin & de délicateffe par Marin Feffard , au-
(1) Cette Encre ne fe fabrique & ne fe trouve que chez le
Sr. Salmon , rue Dauphine , près la rue Chriftine , au portefeuille
Anglois. La pinte double coûte 2 liv . , & la bouteille
4 fols , que l'on rend en rapportant la bouteille . Il
y a dans
le même Magafin des Papiers de France & de Hollande , Cire
d'Efpagne de toutes couleurs & à odeur , des Plumes , des
Forte Feuilles & c,
7 40 Y
reur du Portrait de M. de Juigné , Archevêque de
Paris , dans une berdure allégorique inventée par le
méme M. Nogaret ( 1).
Madelaine - Dupont , Dame de Villers-
Canicourt , de Beuvri -Tenneville , Eftracelles
& c. , eft morte au Château d'Occoche
près Doulens , âgée de 83 ans ; elle faifoit ,
avec Mademoiſelle de Coupigny , ancienne
Prieure de l'Abbaye de Melline en Flandre
, âgée de 88 ans , & encore exiſtante ,
& un Jardinier auffi vivant dans fa 108e.
année , plus de 278 ans. Le Jardinier eft depuis
68 ans au fervice du Seigneur du lieu .
M. de la Pujade , ancien Aide Major des
Gardes - du - Corps du Roi , Compagnie de
Villeroy , eft mort le 1er. de ce mois , en
fon Château de la Pujade , près Lectoure en
Guyenne , âgé de 84 ans.
Elifabeth de Reilefne , veuve de N. Comte
Palatin de Dio de Montperoux , eft décédée
à Paray- le - Monial en Charolois le 4 de
ce mois , dans la 87e. année de fon âge.
De BRUXELLES , le 29 Juillet.
LE Gouvernement a publié deux Déclarations
de l'Empereur , en date du 2 de ce
( 1 ) Ces ftampes fe trouvent à Faris chez M. Feffard , qui
demeure préfentement Pont aux - Choux , rue Amelot , maifon
de M. Beruyer , Salpêtrier du Roi , & chez Leboucher ,
Libraire , quai de Gèvres , près le pont Notre - Dame , prix
I liv , chaque . On trouve auffi chez les mêmes , le Portrait
de l'Archevêque de Paris , prix 6 liv . La Cage Symbolique
, prix 2 liv . Le Tombeau de l'impératrice , prix 2 liv .
Idem de Dorat , prix 12 fols, ---
---
( 41)
mois. L'une a pour objet l'emploi des biens
des Trinitaires , & des Confrairies établies
pour le rachat des Captifs , fupprimés dans
les Pays-Bas. L'autre regarde les Hermites ,
& eft conçue ainfi.
S. M. voulant faire ceffer les inconvéniens qui
résultent du féjour des Hermites dans les bois & à la
campagne , a trouvé bon , de l'avis de fon Confeil-
Privé & c. de ftatuer & ordonner , les points & articles
fuivans : 1º. Tous les Hermites , fans diftinction
, qui fe trouvent actuellement établis dans quelque
hermitage ou autre habitation dans les bois ou à
la campagne , auront , dans la quinzaine de la publi
cation des préfentes , à s'en retirer à quitter le
nom & le vêtement d'Hermite. 2 °. Défend S. M.
à tous & un chacen , de porter ou de prendre à
l'avenir le nom ni l'habit d'Hermite , & à tous les
Officiers & Gens de Loi de permettre , ou de tolérer
qu'a l'avenir il s'établiffe dans leur reffort aucune habitation
ifolée fous le nom d'hermitage. 3. Les
Confeillers Fifcaux des refpectives Provinces formeront
inceffamment & remettront au Gouvernement
une lifte des hermitages fondés qui fe trouvent
dans leur reffort , avec un état des biens & des charges
de ces Fondations & des Chapelles qui pourroient
y être annexées , pour en être ordonné comme il
appartiendra. 4 ° . Les Hermites qui deffervent ces
Chapelles continueront , jufques à autre difpofition ,
à y demeurer , mais ils devront quitter d'abord le
nom & habit d'Hermite «.
>
Des lettres de Lisbonne portent que la frégate
Hollandoife le Faucon , de 24 canons
forcée d'y relâcher à caufe d'une voie d'eau ,
des dommages faits à fon gouvernail & des
maladies de l'équipage , y a rapporté que le
vaiffeau le Naffau Weilbourg , de 54 canons,
( 42 )
& un bâtiment armé avoient coulé bás , mais
qu'on en avoit fauvé les équipages.
» Les Etats de Hollande & de Weftfrife , écriton
de la Haye , reprirent le 15 leurs délibérations .
Le 11 les Députés des Amirautés refpectives remirent
aux Etats - Généraux le rapport juftificatif qui
leur avoit été demandé ſur la non -fortie de l'efcadre
deftinée pour Breft. Dans ce rapport qui eft muni de
pièces juftificatives , les Amirautés fe propofent de
prouver qu'on ne peut attribuer cet évènement ni à
leur mauvaife volonté ni à leur négligence , puifqu'elles
avoient donné les ordres néceffaires pour
l'expédition ; les Commiffaires nommés par L. H.
P. pour éclaircir cette affaire font d'opinion qu'elle
devroit être renvoyée aux Juges compétens , c'eft- àdire
, aux Amirautés elles-mêmes . · Les Directeurs
de la Compagnie des Indes orientales , dans un moment
où l'on s'occupe du traité définitif de paix , defireroient
qu'on y inférât quelques articles pour af
furer leurs droits qu'ils trouvent léfés dans leur com .
merce d'Afrique par les foins des Portugais à frauder
le péage d'Elmina , & par la protection & l'encoura .
gement que leur donnent les Anglois à cet effet. Ils
ont préfenté à L. H. P. un Mémoire détaillé de leurs
griefs qui contient en même-tems l'expofé des voeux
de la Compagnie qui les a exprimés fouvent , & qui
croit l'occafion actuelle favorable pour en obtenir
l'accompliffement «<,
-
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 8 Juillet.
Les Américains attendent avec impatience l'éva
cuation de New-Yorck , dont les délais ont occafionné
divers arrêtés pris par les Aſſemblés de plufieurs
Provinces Septentrionales.
Les habitans de Philadelphie ayant attiré chez
eux tant d'Angleterre que de France plufieurs Onvriers
en verre , ſe proposent d'établir en Amérique
cette branche précieufe du Commerce.
Le haut prix de l'or en Hollande fait beaucoup
( 43 )
de tort à l'Angleterre, il en eft embarqué chaque
femaine de très - grandes quantités par les Juifs ,
qui les font paffer à leurs Correfpondans à Amſterdam
& dans d'autres Places.
Les Espagnols conftruifent dans leurs différens
Arfenaux 20 vaiffeaux de ligne , qui font , dit-on ,
l'Aquilon & le Neptune de 100 canons ; la Conception
& la. Princefe de 80 ; le Santillane , le
Diligent , le Guipufcano , l'Eole , l'Atalante , la
Junon , l'Hector , la Reine de 70 ; l'Infante , le
Saint-Janvier , le Saint - Philippe , le Conquérant ,
le Sobre , le Solide , l'Alexandre , le Saint-Jacques
de 60. Le Conftructeur à la Havane , eft diton
Anglois ; des François préfident à Cadix & au
Ferrol ; à Groyne c'eft un Vénitien qui quittà fon
pays , il y a fept ans , & qui paffe pour le meilleur
Conftructeur de l'Europe ; dans les autres
chantiers , les Directeurs font Espagnols ; mais tous
les modèles étrangers.
On dit que la Aotte attendue de la Havane à
Cadix , outre quantité d'or & d'argent en barres ,
apporte en eſpèces 16 millions de dollars ; il y
en a 6 pour les Efpagnols , 4 pour la France , 3
pour l'Angleterre , 2 pour la Hollande & un pour
I'Italie.
Les premiers artifans de la liberté , écrit- on de
Dublin , qui ont foutenu long- tems en filence le
poids de l'indigence & de la famine , dans l'efpérance
que les riches viendroient à leurs fecours
fe laffent enfin de leurs fouffrances ; & réduits au
défelpoir par leurs excès , ils ont commencé ces
jours derniers à couper tous les vêtemens de mouffeline
& de nankin qu'ils ont rencontrés . Leur fureur
dirigée feulement contre les Fabriques , a
épargné les perfonnes qui en portoient fur elles les
productions.
Les Miniftres font dans l'intention de nommer
un Bureau de Commiffaires pour examiner les prérentions
des Loyaliſtes , & s'affarer du montant
( 44 )
réel de leurs pertes , pour pouvoir proportionner
les fecours aux befoins , & établir les diftinctions
néceſſaires entre les malheureux qui méritent notre
affiftance , & les gens avides qui la réclament fans
titres. Ce Bureau fera compofé de cinq perſonnes ,
& les Membres de la Chambre des Communes n'er
feront point exclus . Il fera pareillement chargé
de toutes les affaires relatives an Commerce entre
ce Pays & l'Amérique , pour régler & faire exécuter
le nouvel Etabliffement , & prévenir autant
qu'il fera poffible , tout appel fur le fens des actes
à la Cour de Weſtminſter .
anotting
L'annonce fuivante fe trouve dans prefqué tous
nos papiers . Place de Mendiant à vendre . Cette
place fituée dans un quartier de gens charitables ,
produit à fon propriétaire actuel 30 fchelings par
femaine , fans autre peine que d'attendre les fecours
journaliers des paffans. Elle peut convenir auffi à
un aveugle honoraire , c'est - à-dire , à un homme
qui voyant peu , fait profeffion de ne point voir
du tout , attendu qu'il y a un chien dreffé à conduire
fon maître. Cette place eft très-fûre & exempte
de toute taxe ; il y a même lieu de croire qu'elle
n'y fera jamais fujette , puifque les Miniftres ,
malgré tous leurs befoins n'y en ont mis encore
aucune. Le vendeur actuel prévient les acquéreurs
que le bonheur lui ayant donné une face de profpérité
, il n'a pas pu tirer de la pitié des pallans
des fecours auffi nombreux qu'en tireroit un homme
à face have & décharnée , & qu'il proportionnera
le prix de l'acquifition à la conftitution oftenfible
du gueux qui lui fuccédera . S'il étoit eſtropié , la
place lui coûtera 10 guinées de plus . On ne prendra
aucun effet public en payement .
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE .
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE
Demande en Penfion alimentaire pour un Bâtard ,
( 45 )
& en dommages - intérêts , formée par une fille
prétendue féduite.
1
24 ans
Le nommé C ...... Soldat mineur de
avoit entretenu pendant long - tems une liaiſon intime
avec la nommée L.... fille d'un Boulanger
agée de à 26 ans. Cette fille fous la fi d'une
promeffe verbale de mariage , devint enceinte dass
le commencement de l'année de 1771. C. ... ,, &
fa famille furent bientôt inftruits de fon état , il fat
paflé un acte authentique portant promeffe de ma
riage , & reconnoiffance de l'enfant dont la fille
L.... étoit enceinte ; les futurs époux declarent
auffi que leur intention étoit que l'eafant fût préfenté
au baptême fous leurs noms
enfin toutes
les conditions du mariage furent énoncées . Les père
& mère des futurs époux intervinrent dans l'acte ,
pour approuver le projet du mariage , la reconnoiffance
de l'enfant , & toutes les claufes y énoncées.
Les père & mère de C... s'engagèrent même à loger,
nourrir & entretenir les futurs , à prendre foin du
futur petit-fils ou petite fille , & à continuer de
prendre foin dudit enfant & de fa mère quand même
leur fils viendroit à mourir avant l'accompliffement
du mariage , & à donner part dans leur fucceffion
audit enfant à naître. Au mois d'Août 1771 las
fille L... accoucha d'un enfant mâle , qui fut préfenté
au baptême fous le nom de C... Sa famille prit foin
de l'enfant jufqu'en 1774. Le mariage étoit
cependant toujours différé fous divers prétextes.
Les fentimens de C... s'affoibliffoient infenfiblement,
de forte que la fille L... fat fur le point de former
fa demande en dommages & intérêts & en peafion
alimentaire pour fon fils, Cependant les promefies
des père & mère du jeune homme , de laiffer par
leur teftament qu'ils difoient avoir fait , 200 liv. de
rente à l'enfant
rent
— Les
père & de C... décédèrent
300
mere
les pourfuites
. -
neanmoins
fans
avor tefté. Leur
fils oublia
bientôt
& fa prétendue
Bt fon enfant
, fe maria
avec une autre fille, & s'éta(
46 )
blit à Dourdan. Ce fut alors que la fille L.
dépourvue de toute efpérance & de toute reffource ,
crut devoir former contre fon féducteur une demande
en dommages intérêts & en condamnation de
penfion alimentaire pour fon enfant , foit pour les
années écoulées depuis la naillance , foit pour l'ave
nir. Sentence du Bailliage de Dourdan qui lui accorde
300 liv . de dommages & intérêts & 65 liv .
par an pour l'entretien & nourriture de l'enfant , à
compter feulement de 1780 jufqu'à ce qu'il ait atteint
l'âge de 20 ans . Appel de ce Jugement ,
Arrêt du 31 Juillet 1782 , qui a mis l'appellation
& ce au néant , émendant en ce que la penfion
de l'enfant n'avoit été fixéé qu'à 65 liv . a condamné
le père de C... à payer 200 liv . de penfion audit enfant
jufqu'à l'âge de 20 ans , & à la mère 200 liv,
pour chaque année échue depuis 1774 jufqu'à préfent
, fauf la déduction des fommes payées & aux
dépens.
GRAND CHAMBRE.
Appréciateur de bled doit être choifi parmi les
Marchands de bled.
:
Le fieur Jourdain , ancien Marchand Epicier ,
ayant choifi la ville de Chartres pour la réfidence
le Juge de Police de cette ville le défigna pour être
appreciateur de bled . Le fieur Jourdain refufa cette
commiffion cependant le Juge confiima fa nomination
& le fit affigner pour prêter ferment , & faute
par le fieur Jourdain d'avoir fatisfait à cette formalité
le condamna à fournir & payer un homme pour
remplir en fon lieu & place ladite commiffion
moyennant une rétribution de 25 fols par chaque
jour de marché : & la même Sentence a nommé
d'office un Particulier , & c. Appel & Arrêt
du 28 Mai 1783 , qui a mis l'appellation & ce au
néant , émendant déchargé l'Appellant des condamnations
contre lui prononcées , & ordonne qu'on
-
}
( 47 )
ne pourra cho fir défoi mais pour Appréciateur de
bled , qu'ua Marchand de bled .
GRAND CHAMBRE.
En matière civile , compenfation de dommages
intérêts a lieu , à la différence de ceux accordés
en matière criminelle.
La Demoiſelle Duvernay avoit fait faifir les
meubles du fieur Guillet ; & dans les pourfuites
elle avoit pris la qualité de fille majeure : cependant
elle ne l'étoit pas , puifque , dans le même tems
qu'elle faifoit des poursuites au Parlement comme
majeure , elle demandoit au Châtelet , en qualité
de mineure , l'entérinement des Lettres de reſciſion
par elle prifes contre divers engagemens qu'elle avoit
contractés. Le fieur Guillet ayant demandé la
nullité des poursuites faites contre lui , Arrêt eft
intervenu en la Grand Chambre , en 1782 , qui a
déclaré toutes les pourfuites nulles , & a condamné
la Demoiſelle Duvernay à reftituer les meubles &
à payer 2000 livres de dommages - intérêts , &c.
--
Le feur Guillet voulut pourſuivre l'exécution
de fon Arrêt la Demoiſelle Duvernay demanda
compenfation fur la fomme de 60,000 liv. que le
fieur Guillet avoit été condamné à lui payer , pour
valeur d'un billet de pareille fomme foufcrit au
profit de la Demoiſelle Davernay par l'ancien Ambaffadeur
de Venife ; billet paffé à l'ordre du feur
Guillet. Queftion de favoir fi les 2000 livres de
dommages-intérêts entreroient en compenfation avec
la créance de la Demoiſelle Duvernay. Arrêt da
24 Mars 1783 qui a jugé qu'il y avoit lieu à la
compenfation , & a condamné le fieur Guillet aux
défens.
-
PARLEMENT DE PROVENCE.
Billet à ordre foufcrit par un Marchand en faveur
d'un Bourgeois , n'eft point de la compétence des
7 48 1
Confuls , quoique l'endoffement l'ait fait paffer
entre les mains d'un Commerçant.
:
Le fieur Gerentel , Ngociant à Lyon , réfidant à
Marfellie , fait un billet à ordre , valeur reche
comptant au profite de la Dame Puifech , qui n'étoit
point Marchande. La Dame Puifech endoffe le
biller aux fieurs Borely & Puech, Nigocrans à Montpellier
ceux-cr en pourfuivent le paiement ,
& font
affigner le fieur Gerentel au Cenfalar de Marfeille ;
Sentence qui le condamne à payer . Requête en
la Cour pour demander un forfis ; Arrêt qui l'accorde .
Les feurs Borely & Pucch fe pourvoient en révocation
; le fieur Gerentel excipe de l'incompétence des
Confuls. Arrêt du 13 Mai 1783 qui déboute les
fieurs Borely & Paech de leur demande en révocation
, & ordonne que l'Arrêt de furféance fera exécuté.
1
QUAL. PARLEMENT DE DOUAI. 22
Un Fermier dont le Bail eft réfilié par la mort d'un
Bénéficier , peut- il en Cambrefis exiger du fucceffeur
au Bénéfice au de fon nouveau Fermier,
une indemnité pour les fumures fur lesquelles
il a déja fait une ou deux récoltes ?
Denis Pierard étoit Fermier d'une partie des biens
de l'Archevêché de Cambrai : fon bail ayant été
réfilié par la mort de M. Roffel de Fleury qui le lui
avoit paffé , Pierard forma fa demande en reftitution
de labouts , femences & fumures , tant anciennes
que nouvelles . Après une inftruction devant le Fuge
de Cambrai , fuivie d'une Sentence & d'an Appel ,
Arrêt du 9 Janvier 1783 qui ordonne un rapport
d'Experts.
Arêt définitif du 21 Mai 1783 qui
ordonne à Macaire , nouveau Fermier , d'indemnifer
Pierard conformément aux procès - verbaux d'eftimation
defdits objets , condamne Macaire aux inté
rêts du jour de la demande , & aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 10 Julliet.
L'a'eftpoint encore terminée ; il paroît
que le parti que prennent les intéreffés .
de faire décider en Juftice la refponfabilité
des Directeurs , après l'avis que le
Roi avoit daigné leur donner lui-même ,
n'eft pas vu de bon oeil ; S. M. leur a fait
dire par M. Guldberg , qu'elle ne fe feroit
pas attendue à en voir fuivre un autre.
Cependant elle leur a permis de faire ce
qu'ils defirent , & leur a renouvellé la
promeffe qu'elle avoit faite de fe charger
de remplir le deficit de leur caiffe , fi la
Direction eft jugée devoir le rembourfer .
'AFFAIRE de la Compagnie Afatique
Pour encourager nos manufactures de
Molleton & d'Eramine , le Roi a défendu
l'importation de ces marchandiſes venant
de l'étranger dans les Duchés de Holftein
& de Slefwig , la Seigneurie de Pinneberg
& le Comté de Rantzau.
9 Août 1783.
( 50 )
Le commerce & la navigation ont beaucoup
d'activité dans la Balique ; dans le
anois de Mai il y a eu 1796 vaiffeaux qui`
ont paffé le Sund.
La récolte des fucres a été très- médiocre
dans l'Ile de Sainte - Croix ; on dit qu'on
n'en fera pas plus de 12,000 tonneaux cette
année.
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 11 Juillet.
Le Roi arriva ici avant - hier de fon
voyage de Finlande , il étoit parti de Tavaflehus
le 26 Juin , & avoit fait 6 milles la
première journée , & 8 la feconde fans
être incommoté. Le 29 il arriva à Fredericksham
, où l'Impératrice de Ruffie de-
"voit arriver à peu près dans le même- tems ;
'elle avoit fait louer dans cette ville deux
maifons affez vaftes pour la loger ainfi que
le Roi & toutes les perfonnes de leur fuite ;
elle avoit fait pratiquer par une galerie
conftruite en bis , une communication
entre les deux maifons qui avoient été meublées
avec la plus grande magnificence.
Lorfque les deux auguftes Voyageurs fe
font féparés , S. M. I. a fait préfent au Comte
de Creutz d'une boîte d'or avec fon portrait
entouré de diamans ; elle a diftribué
auffi d'autres préfens à toutes les perfonnes
de la fuite du Koi , qui a fon tour en a
fait à tous ceux qui accompagnoient l'Im)
pératrice ; il a donné à M. de Landskoy
la Grand'Croix de l'Ordre Polaire , & il
vient d'envoyer d'ici les lettres de Membre
honoraire de l'Académie Royale des Sciences
, à la Princeffe d'Afchkow.
S. M. s'étoit embarquée à Abo pour revenir
ici ; elle a éprouvé près des Scheres
une tempête qui l'a féparée du bâtiment
qui portoit fa tuite , & qui ayant été porté
dans une efpèce de golfe femé de rochers
& de brifans , a été pendant fix heures
dans le plus grand péril , & n'eft arrivé que
le foir. On a chanté le même jour dans la
Chapelle du Château un Te Deum en
action de graces du retour du Roi & de
fon rétabliſſement ; tout le Corps Diplomitique
y a affifté. Le foir il y a eu dans
La Salle publique de Spectacle , Comélie
& Bl , fuivis d'un divertiffement que la
Reine avoit ordonné.
S. M. qu'on attend Lundi de Wefteras
ira le lendemain s'établir avec toute la
Cour à Drottningholm ; & c'eft de là qu'après
s'être repofée quelques jours , elle ira
faire un tour à Carlfcron.
POLOGNE.
De VARSOVIE , les Juillet.
LE Confeil Permanent informé de l'entrée
des troupes Ruffes fur le territoire de
Pologne , fans fon aveu , dit- on , & même
à fon infu a remis une note au Comte
,
C 2
( 52 )
de Stackelberg ; on ignore la réponſe qu'il ·
y a faite ; mais on fait qu'il a expédié fuile-
champ un Courier à Pétersbourg. Ces
troupes qui ont dirigé leur marche par
Chwaftow fur Niemirow & Human , confiftent
, dit- on , en très - beaux hommes ,
particulièrement l'infanterie ; el'es obfervent
une difcipline exacte , & paient argent
comptant tout ce qu'on leur fournit. On
affure qu'un détachement s'en eft déja
avancé jufqu'au Dniefter ; leur approche a
répandu la terreur dans la Moldavie , d'où
nombre d'habitans , & fur- tout des Marchands
Grecs , fe font retirés avec leurs
meilleurs effets dans l'Ukraine Ruffe , &
quelques-uns en Pologne. Cependant les
progrès de l'armée Ruffe feront vrailemblablement
arrêtés par la pefte qui s'eft
déclarée dans la Turquie , les grandes chaleurs
en ont rapidement étendu les ravages
jufqu'à Balta & même jufqu'à Ozcakow .
Les Ottomans plus accoutumés à ce fléau
qu'aucune autre nation , ne feroient pas fâchés
fans doute que la contagion pénétrât
jufqu'à Cherfon & dans l'armée Ruffe
ou du moins qu'elle fût le moyen d'étouffer
la guerre dès fa naiffance.
Le Commandant de Kaminieck a écrit
au Département de la guerre qu'il a reçu
une lettre du Prince Potemkin , qui le prévient
qu'il compte s'approcher de cette place,
& qu'il fe flatte qu'il ne fera aucune difficulté
d'y recevoir les Officiers ou fes malades
, s'il arrive qu'il ait befoin de les y
153
"
loger. Le Commandant lui a répondu qu'il
ne pouvoit rien faire à cet égard fans avoir
les ordres du Confeil- Permanent qui lui a
fait paffer celui de ne rien faire qui puiffe
compromettre la fûreté de cette fortereffe .
ALLEMAGNE.
De
VIENNE , le 18 Juillet.
L'EMPEREUR
voulant reconnoître
le zèle
& les fervices du Comte d'Efterhazi , Chancelier
de Hongrie & de Tranfylvanie
, lui a
conféré la dignité de Ban de Croatie , d'Efclavonie
& de Dalmatie , vacante par la
mort du Comte de Nadafty ; l'intention de
S. M. I. eft qu'il continue en même- tems
les fonctions de Chancelier de Hongrie &
de Tranfylvanie
, & qu'il conferve les émolumens
attachés à cette place éminente.
» Il y a quelques jours , écrit - on de Presbourg
que 3 bâtimens périrent fur le Danube ; on ne
put fauver que trois perfonnes du grand nombre
de celles qui y étoient à bord. L'horifon
eft encore couvert de ce brouillard épais que l'on
remarque prefque par toute l'Europe ; les vents
violens qui ont régné ne l'ont point diffipé ; les
orages fe multiplient & on apprend de divers endroits
qu'ils ont caufé beaucoup de ravages. Le
4 de се mois il en éclara un à Prague : le tonnerre
tomba fur le clocher de la Cathédrale & tua les
perfonnes qui étoient occupées à fonner les cloches.
Selon des lettres de Weftphalie , il y
eut le 13 à Attendorn un incendie qui a prefqu'entièrement
confumé cette petite ville ; le Couvent
des Recollers & l'Eglife paroiffiale font a nom.
bre des édifices , brûlés «.
A
C3
( 54 )
De HAMBOURG , le 20 Juillet.
RIEN de plus contradictoire que les bruits
qui courent maintenant fur les affaires du
Levant. Selon les uns la pelte a fufpenda
les hoftilités , le Prince Potemkin a évacué
la Crimée & s'eft replié fur Cherfon your
éviter la contagion ; felon d'autres il occupe
avec fes troupes les principales plices de
la Péninfule , que le Kan a remifes entre fes
mains en fe déclarant le Vallal de 1 Impératri
e quelques avis même prétendent
qu'il a tout-à fair abdiqué , & cette nouvelle
annoncée déja précédemment fe répète aujourd'hui
fans qu'elle foit peut- être encore
authentique. Au milieu de ces incertitudes
voici ce que l'on lit dans quelques lettres..
» Les avis de la Hongrie & de la Pologne uocs
anto.cent tous que la pefte s'eft manifeftée avec
beaucoup de viclence , tant à Conftantinople que
dans les Provinces de la Turquie en Europe , jul
ques fur les confias , & il eft certain que ce flau a
fufpendu pour quelque tems les hoftilités piêtes à
Éclater entre la Ruffie & la Porte ; mais il ne l'eft
pas également que la guerre n'aura pas lieu. Il eft
vrai que par cet incident imprévu les Puiffances qui
cherchent à détourner l'orage dont l'Empire Ottoman
eft menacé , & qui s'intéreffent au maintien de la
paix , pourront mettre l'intervalle à profit pour
négocier. Mais il eft probable que la Cour de
Ruffie a pris trop décidément fon parti pour y renoncer
, fur- tout à préfent que la queftion fur la
libre entrée de fes forces navales dans la Méditerranée
& d'autres circonftances femblent intéreller fon
honneur. Elle paroît d'ailleurs avoir pris de longue
main fes mefures pour l'exécution du projet qui fa.
( 95 )
développe aujourd'hui. C'eft , dit - on , par fon
appui qu'Abul Fat - Kan , nouveau Sophi de Perfe a
tiomphe de fes compétiteurs , & qu'il eft monté
fur le Trône ; & il a , dit - on , promis fon fecours à
la Ruffie en cas d'une rupture avec la Porte. Celle- ci
trouvera encore des enrcmis en Georgie , cu les
Princes Heraclius & Salomon , auxquels la Ruffie a
fait préfent d'une couronne & d'un fceptre garnis de
brillans , ent promis de feconder fes vats. Sahim-
Guérai eft entièrement dévoué aux defirs de cette
'Puiffance , & c'eft fous fon nom qu'elle a demandé
la ceffion de la Tartarie de Budziack & la fortereffe
d'Oczakow , comme ayant autrefois appartenu à la
Crime. Parmi les moyens réunis Four humilier la
Puiffance Ottomane , on compte les troubles fo
mentés en Egypte & la révolution qu'on médite
dans les ifles de l'Archipel & la Grèce . Il s'eft déja
répandu des copies du manifefte adreflé aux Grecs
de ces ifles four les affurer que l'intention de l'Im-
Fératrice en prenant les a mes n'eft point de leur impofer
un nouveau joug , mais de les affranchir de
celui des Turcs & de leur rendre leur ancienne liberté.
Telle eft l'efquiffe du plan immenfe qu'on fuppofe
au Cabinet de Pétersbourg , & pour l'exécution
duquel les intérêts du commerce Ruffe ont d'abord
fervi de motif ou de prétexte. La Porte pénétrant
les deffeins de fes voifins , a fait par rapport
à la navigation & au commerce des facrifices qui
n'ont pu lui être dictés que par le defir d'éviter la
guerre . Mais la Ruffie cn fe contentant de ces avantages
ne voudra probablement pas lui donner le tems
de fe mettre en état de lui montrer plus de fermeté ; –
& l'ultimatum qu'elle a envoyé à Conftantinople , eft
conçu en termes fi décififs , qu'il ne laiffe au Divas
que le choix entre le confentement ou la négative ,
& que tout délai , toute tergiverſation fera regardée
comme un refus «<.
S'il faut en croire quelques uns de nos
€ 4
( 56 )
papiers , la Porte a tranché ce noeud difficile
& embarraffant en cédant tout ce qu'on
a voulu.
» Le 21 Juin , difent -ils , le traité d'amitié & de
commerce a été figné entre les Miniftres de l'Impératrice
& ceux de S. H. Le contenu en eſt entièrement
conforme aux defirs de S. M. I. Il confifte
en 81 articles dont voici les principaux.
Navigation & commerce libre dans tous les Etats &
Eaux de la Poite par terre & par mer fous pavillon
Ruffe , fans aucune reftriction . Capitulations de
routes les Nations avec la Porte , & fur- tout celles
des François & des Anglois , accordées aux Ruffes.
Affranchiffement de toutes les Sociétés privilégiées ,
ou monopoles pour la vente & l'achat des marchandifes
, ainfi que du droit de mefferiere ; fecours à
tous les bâtimens en cas de befoin ; douane unique
de 3 pour 100 pour toutes les marchandifes dimportation
& d'exportation payable une fois dans
l'endroit où le feront l'achat & la vente ; un tarif
général réglé auffi avec M. Bulgakoff qui fervira à
jamais pour toutes les places des Etats de la Porte ,
Pallage libre & fans aucun paiement de tranfit de
toutes marchandifes , grains & autres productions ,
manufactures , & c . de la Ruffie & des Etats des autres
Puiffances. Exportation libre des a ticles jaf
qu'ici défendus , comme du riz , du café , de l'hi i'e ,
de la foie , & c . Etabliffement de Poftes pour l'avantage
du commerce ; droit d'avoir des maifons , des
magains ; différentes ftipulations en faveur des fujets
Ruffes , relativement aux procès.
Toutes
ces ftipulations à peine conclues , & fans attendre
mêmeles ratifications ont été mi´es à exécution de la
part de la Porte dans toute leur étendue ; de manière .
que les fujets Rufles jouillent déja de tous les avantages
de ce traité du moment de la fignature «
D'après ce traité , on ne voit pas ce que
1 Ruffie peut exiger davantage , & comment
( 57 )
la Porte peut craindre la guerre après s'être
exécutée ainfi. On prétend cependant que
les inquiétudes fubfiftent encore ; elles font
fondées , s'il eft vrai que le Khan des Tartares
air abdiqué la Souveraineté & cédé la
Crimée aux Ruffes. Il feroit inutile d'examiner
fi un Souverain a le droit de donner le
pays qui lui eft foumis , & s'il eft le maître
de faire ce dernier acte d'une autorité à
laquelle il va renoncer ; il n'eft pas douteux
du moins qu'un Souverain électif qui
ne tient fes droits que de fes fujets ne peut
les remettre qu'à la Nation dont ils émanent.
Mais dans ce cas , s'il exifte en effet , le Prince
qui reçoit eft puiflant & en état de faire valoir
une pareille ceffion ; & la Porte qui
a montré trop d'éloignement pour la guerre
& fait trop de facrifices pour ne pas prouver
qu'elle n'y étoit pas préparée , n'eft peutêtre
pas encore en état de fe mêler de cette
affaire épineufe , qu'elle ne pourroit ni ne
devroit voir d'un bon oeil.
ב כ
Après avoir efluyé durant le cours de notre
voyage , écrit-on de Brody , pendant près de trois
femaines des orages terribles & continuels , qui
cauferent les plus grands ravages dans une ligne
directe depuis Breflau jufqu'ici ; une tempête plus
affreufe encore fe forma hier au - deffus de nos
têtes. Cet orage fat même fi terrible , que de ma vie
je n'en avois jamais vu de pareil ; chaque éclair étoit
fuivi de la foudre . Arrivé ici vers les 9 heures du
foir , la grande chaleur joint à la fatigue extraor
dinaire de la journée , m'obligea nonobſtant cet orage
terrible de me mettre au lit. A peine y eus je
pris place, qu'un coup de foudre femblable à l'ex-
& S
( 58 )
plofion du plus gros canon éclata/ d'une manière
épouvantable ; ce qui , avec le bruit que j'entendis .
auffi- tôt dans la rue , me fit quitter avec précipitation
le lit. Mes gens & moi vîmes auffi -tôt les flammes
dévorantes s'approcher de notre quartier conftruit de
bois ainfi que tous les autres édifices de cette malheureufe
ville. Nos perſonnes & nos effets le trouverent
dans le plus grand danger. Ayant je té ce que
nous avions de plus précieux dans notre voiture , nous
étions bien embarraffés de l'amener faute de chevaux
& detout autre fecours.Heureufement qu'uneperfonne
qui nous avoit vu à la foire de Leipfig nous en procura
, nous aida à gagner la porte & enfuite la rafe
Campagne où nous palsâmes le refte de la nuit. Id
eft impoffible de donner une idée des lamentations ,
des cris de douleur que pouffoit ce peuple infortuné
dont la plupart erraient en chemife çà & là comme
des gens privés de leurs fens. La nuit fe paffa dans
ces circonftances horribles & le matin l'incendie
durait encore. On affure que 575 maitons &
granges , deux Eglifes Ruffes, beaucoup de bétail, des
Hommes même ont été dévorés par les flammes . Le
feu fe montre encore dans plufieurs endroits au moment
que j'écris cette lettre , & un nouvel orage non
moins terrible que celui d'hier nous menace de
nouveaux malheurs . Je viens d'apprendre que les
Négocians ont eu le bonheur de fauver leurs marchandifes
& que le nombre des mailons ,
en cendres , ne monte qu'à 347 en tout « .
réduites
Selon des lettres de Landshut , une forêt
qui eft près de cette Ville s'eft enfoncée
dans la terre dans l'étendue d'environ un
quart de lieue de circuit , fans que l'on ait
fenti le moindre tremblement de terre , &
fans même que le terrein fe foir couvert
d'eau. Les fommets des arbres paroiffent
encore, Ce phénomène ne reffemble à rien
( 59 )
de ce que l'on connoît dans ce genre .
On lit dans un de nos papiers l'anecdote
fuivante qui offre un exemple fingulier des
effets de la prévention & de l'injuftice.
Dans une petite ville de Saxe , il parut , il y
a quelque tems , un jeune homme d'une très jolie
figure parmi les perfonnes da fexe dont il fixa '
l'attention , on diftingua la fille d'un bon bourgeois ,
dont le coeur étoit connu pour être extrêmement fcn-
Gble. Le jeune homme accueillit avec quelque froideur
les fentimens de Catherine ( c'étoit le nom
de la fille ) ; celle ci piquée de cet accueil dont
fon orgueil s'indignoit , fubftitua bientôt les menaces
aux manieres engageantes ; le bon jeune hom
me ne parut pas s'en alarmer , & la fille envieuſe:
de l'avoir pour mari ne lui diffimula pas fon deffein
, de le dénoncer comme un féducteur : après
avoir différé quelque tems ce projet , elle l'accom
plit enfin ; & elle demanda formellement que le
jeune homme qui l'avoit abafée l'epoufât ou qu'il
eût la tête tranchée aux termes de la loi . Cependant
elle alla communiquer à Jofeph Praw , c'étoit
le nom da jeune homme , la démarche qu'elle
alloit faire , avant de le livrer à la rigueur des lix.
Jofeph lui ayant répondu qu'elle ércit folle , elle
te quitta en fireur , & elle courut déclarer au Magiftrat
qu'elle étoit enceinte de lui . Auffitôt en
arrête le coupable , on le met en prifon , fon procès
eft fait ; il fe défend avec beaucoup de fangfroid
, & n'en eft as moins condamné à époufer
Catherine ou à avoir la tête tranchée. Il perfifte
dans fon refus d'époufer , jufqu'à la veille du jour
deſtiné à ſon exécution . Enfin ce jour étant venu
il demande à voir les juges , Catherine , les parens
& fés témoins : dès qu'ils furent tous affemblés
, il leur déclara qu'il lui étoit impoffible de
choifir ni Catherine , ni l'échaffaud , attenda que
2
6
( 60 )
fon fexe ne lui ayant pas permis d'être coupable
du crime dont on l'accufoit , il ne croyoit pas devoir
en fubir la peine , & il fe fit reconnoître pour
une fille cette déclaration inattendue fut un coup
de foutre pour tout l'auditoire , qui fortit précipiramment
de la prifon , & qui fut fuivi de la
coupable fi parfaitement innocentée . Catherine ne
pouvant résister à un revers fi inattendu , fit une
fauffe couche dont elle mourut ; & Jofeph Praw
retourna dans fa patrie fous les habits de fille , après
avoir reçu de toute la ville les marques du plus
vif intérêt.
ITALIE.
De LIVOURNE , le 11 Juillet.
LES quatre galères de Malte qui avoient
mouillé ici pendant quelques jours & dont
nous avons annoncé le départ , ont relâché à
Civita-Vecchia. Elles y ont été forcées par
quelques dommages que la principale a
éprouvé en touchant fur les sèches de Vado
dans lieu appellé Val di Vetri ; elle n'a été
débarraffée qu'à l'aide des autres galères fur
lefquelles on a fait paffer fon canon .
23
Le féjour des galères de Malte dans ce port ,
écrit - on de Civita-Vecchia , a donné lieu à un différend
de cérémonial entre le Bailli de Fr : flon qui
les commande & l'Abbé Fanturri notre Gouverneur.
Il s'agilloit de la vifite réciproque qu'ils devoient fe
faire , & de favoir lequel des deux la feroit le premier
; le Gouverneur & le Géaéral ont prétendu
l'un & l'autre qu'ils ne devoient que la feconde.
L'Abbé Fanturri pour faire décider la conteftation
s'eft adreffé à Rome , où elle a été jugée en fa faveur.
En conféquence il a attendu la vifite du Bailli
( 61 )
de Freflon qui n'a pas voulu la faire , & qui a dit
que puifqu'on avoit jugé néceffaire de recourir à
l'oracle du St - Siége fur cette difficulté , il croyoit
de fon côté devoir attendre aufli l'oracle du Grand-
Maître de Malte. En conféquence ni l'un ni l'autre
ne fe font vus , & il y a toute apparence que les galères
quitteront le port fans que cette vifice ait lieu.
Deux tartanes Napolitaines chargées de bois
de conftruction qu'elles tranfportent à Toulon font
parties depuis peu de ce port fous l'efcorte de la frégate
Françoife la Blonde qui les protégera jufqu'à
leur deſtination contre toutes les entrepriſes des corfaires
Barbarefques «.
Selon des lettres de Gênes plufieurs Officiers
étrangers , au nombre defquels eft le
Baron Beniowski , célèbre dans les derniers
troubles de Pologne , par fa captivité , ſon
heureufe évafion de la Sibérie & fes aventures
, fe font embarqués pour Conftantinople.
Notre Bey , lit - on dans des lettres de Tripoli
de Barbarie , eft earré en campagne depuis le commencement
d'Avril tant pour lever les taxes fur les
Maures que pour faire rentrer les rebelles dans le
devoir. Il a reçu des préfens à fon départ ; & les
Confuls étrangers fe font empreffés de lui préfenter
dans cette occafion quelques pièces d'étoffe précieufe,
du velours , du galon ou quelqu'autre objet de pris.
Une frégate Napolitaine s'empara , il y a 4 ans,
d'un chébec chargé de grains que le Roi de Maroc fai
foit paffer à notre Pacha. La Cour de Naples a envoyé
dernièrement 11,000 pièces au Prince Maure pour
Pindemnifer de cette perte. Ce Prince a fait paffer
cette fomme à notre Pacha pour le dédommager
auffi du grain qu'il lui envoyoit & qu'il n'avoit pas
reçu . On dit qu'une efcadre Vénitienne viendra
au printems prochain rendre vifite aux Piffances
( 62 )
Barbarefques ; on fuppofe que fon objet eft de rat
fermir la paix qui n'eft pas folidement établie avec
elles ".
Selon les lettres de Milan on affure qu'it
y fera publié inceflamment une Ordonnance
qui affujettira les terres & les autres biens du
Clergé aux mêmes taxes que payent celles
des féculiers .
Le brouillard dont on fe plaint dans
prefque toute l'Europe couvre aufli l'Italie ;
il eft fi épais fur la mer Adriatique , que
les bâtimens font obligés de faire des fignaux
pour ne pas fe heurter.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 29 Juillet.
Nos feules nouvelles de l'Amérique feptentrionale
fe réduisent à ce que nous fourniffent
les papiers Américains ; ils font rem
plis de réfolutions prifes par divers Corps
ou Communautés des Etats-Unis contre
l'admiffion des Loyaliftes , qui ne peuvent
maintenant rien efpérer de leur ancienne
patrie , & qui n'ont fans doute pas prévu
lorfqu'ils ont pris les armes contre elle , que
la paix déclareroit l'indépendance contre laquelle
ils combattoient , & au partage de
laquelle ils ne feroient plus admis.
Parmi les autres nouvelles que nous fourniffent
les mêmes papiers , font les détails
de la prife de New Providence par le Colonel
Deveaux. Il les a écrits lui- même à
( 63 )
an de fes amis à St Auguftin ; mais on n'en
a point d'avis officiels.
Selon le Colonel Deveaux , fes troupes de débarquement
étoient au nombre de 3'co hommes ; en
arrivant il s'empara de 3 grandes galères & d'un
fort que les Espagnols évacuèrent avec une précipitation
qui lui fit foupçonner un piége. Il découvrit
en effet une mèche qui en moins d'une demi - heure
devoit embrâfer un magafin & faire fauter deux
mines. S'étant enfaire avancé vers la principale place ,
il avoit fommé le Gouverneur de la rendre ; celui- ci
lui avoit répondu que la paix étoit faite; il prit cette
réponſe pour une rufe , mais enfin après une conférence
avec le Gouverneur , il confentir à une trève
de quelques jours , pour attendre des informations
plus pofitives de la paix. Mais le Colonel , fur le
prétexte que le Gouverneur Efpagnol faifoit continuer
les ouvrages néceſſaires
fa défenſe , recommença
les hoftilités qui ne furent pas longues , parce
que les Elpagnols , sûrs de la paix , & jugeant inútile
de s'expofer aux fuites d'un affaut pour défendre une
place qu'ils ne devoient pas conferver , acceptèrent
une capitulation . A la Havanne on avoit été
inftrait de cette conquête ; mais on y difoit qu'elle
avoit été faite par 300 hommes de troupes régulières ,
1100 Loyalistes & 400 Indiens : Le Colonel Deveaux
avoir en effet avec lui 2 Chefs Indiens , ayant chacun
zeo hommes fous les ordres , mais il dit qu'il ne les
débarqua point , & qu'il ne fe réſervoit de le faire
qu'en cas qu'il trouveroit de la réſiſtance.
Le Gouverneur de la Floride orientale
informé par les dépêches de Sir Guy Carleton
, de la fignature des préliminaires de
la paix & de la ceffion de cette province.
aux Efpagnols , en a inftruit les habitans
pour qu'ils euffent à régler leurs affaires ;
cependant il les prévient que le tems ne
( 64 )
leur manquera pas , parce que le traité définif
n'eft pas encore figné , & qu'il n'eft
pas vraisemblable que l'évacuation de la
Floride fe faffe dans le courant de cet été.
Il a promis des bâtimens de transport à
tous ceux qui voudroient aller s'établir ailleurs
, & à ceux des Loyaliſtes qui ont cherché
dans cette province un afyle & de la
protection , les bienfaits du Roi qui ne les
abandonnera
pas.
Selon des lettres de St - Auguftin , les Indiens des
parties méridionales ayant appris que la paix étoit
faite avec l'Amérique , & la Floride cédée aux Efpagnols
ont envoyé des Députés au Gouverneur
Tonyn qui leur a confirmé cette nouvelle. Ce n'eſt
poiar là , lui out-ils dit , ce que nous avoit promis
notre père le Colonel Staard ; nous regardions fa
parole comme celle du grand Roi , & nous y avions
la même confiance qu'en celle de Dieu. Nous voyons
aujourd'hui qu'elle n'étoit pas fincère. Nos pères &
nous, nous avons été trompés ; & la foi de ta grande
Nation n'eft que du vent & rien de plus . Nous ne
favions pas la caufe de votre querelle ; nous avons
quitté nos cabannes , nos femmes , nos enfans & pris
la hache pour combattre ceux que vous combattiez .
Vous nous avez engagés par de belles paroles dans
votre difpute , vos ennemis qui ne nous avoient rien
fait font devenus les nôtres ; & vous nous abandonnez
enfuite , & vous nous exhortez à faire la paix avec
ceux que fans vous nous n'aurions point haïs . Nous
ne la ferons point ; nous ne joindrons pas nos mains
dans celles des Espagnols qui ont verfé le fang de
os ancêtres. Que le grand Roi nous envoie des
vaiffeaux , & nous irons chercher de nouvelles
demeures ; ou qu'il nous fourniffe des armes & des
munitions , & nous garderons nos alyles & nous les
défendrons.
( 65 )
Les Commiffaires partis de Philadelphie
pour réclamer les effets enlevés aux Américains
, font arrivés à New- Yorck & à St-
Auguftin. Le Gouvernement de Savanah ,
dans la Caroline méridionale , avoit déja
prévenu l'objet de leur miffion en faifant
ces réclamations , & fur- tout celle qui regarde
les Nègres que l'on peut être tenté
de tranfporter dans nos ifles . On ignore
comment s'arrangera cette affaire qui ne
laiffera pas de fouffrir de grandes difficultés .
Le Gouverneur de Savanah en infiftant
fur cette réclamation , a fait auffi une tentative
pour décider quelques - uns des habitans
de la Floride , ceux fur tout qui font
attachés à la culture des terres , à venir en
chercher dans la Caroline où ils en trouveront
d'excellentes , à des conditions avantageufes.
On ne doute pas que plufieurs
ne fe décident à accepter ces offres , & ne
préfèrent au voyage long des ifles , ou à
celui de la nouvelle Ecofle , un féjour plus
rapproché d'eux , & un climat auquel ils
font déja accoutumés .
La Gazette de la Cour a publié derniè
rement les nouvelles fuivantes de l'Inde.
» Par le paquebot le Fox , parti de Bengale le 17
Février dernier , on apprend que la paix a été conclue
avec les Marattes ; que Hyder-Aly eft mort en
Décembre dernier , & que Typpo - Saïb , fon fucceffeur
, marquoit des difpofitions plus pacifiques
que fon père à l'égard des Anglois , ayant permis
à ceux qui étoient prifonniers dans les villes qu'il
avoit prifes , de communiquer librement avec le
166 )
prefide de Madrafs , & d'en recevoir des fecours
plus abondants ; en un mot , d'aller & revenir en
liberté ::
que M. de Suffren , après avoir fait de l'eau
à Achin , avoit traversé la baie de Bengale en (e
rendant à Ganjam avec 9 vaiffeaux de ligne & deux
frégates ; qu'à ce dernier endroit , il avoit pris la
frégate la Coventry & le vaiffeau de la Compagnie
le Blanford ; que la frégate la Medea avoit pris le
Aoop de guerre le Chacer , fe rendant de Trinquemale
à l'efcadre de M. de Suffren avec des dépêches
de M. de Bully , par lefquelles il paroît que le refte
de la flotte Françoiſe étoit dans une gra de détreffe ,
occafionnée par une diflenterie violente qui avoit
emporté beaucoup de monde , & mis les vaiffeaux ,
reftés en arrière , hors d'état de joindre M. de
Suffren auffi- tôt qu'il le Vétoit propolé ; que ce Com.
mandant François n'étoit refté que quelques jours
fur la côte , & qu'on le fuppofoit retourné à Trinquemale
, après avoir laiffé en croifiè : e , estre Ganjam
& la rade de Balla ore , deux fiégates , qui
avoient enlevé un nombre de navires , chargés de
destinés pour Madrafs cc.
riz ,
,
Les lettres que ce paquebot a apportées
ont été diftribuées & ajoutent quelques
détails ; elles nous apprennent que
P'harmonie étoit rétablie dans le Confeil
de Calcutta ; & on a befoin de la faire
régner par- tout , parce que les habitans de
ce pays immenfe commencent à penser à fécouer
le joug tyrannique des Européens . Les
Portugais craignent pour la ville de Goa ,
dans le voifinage de laquelle un Chef des
Marattes a raffemblé un corps nombreux ;
& on y craignoit , dit- on , tellement une
attaque , que ' le Gouverneur faifoit travailler
à réparer & à augmenter les forti
fications de la place.
( 67 )
M. de Saffren , lit- on dans une lettre particulière
de Bengale , eft encore fur la côte avec 11 vaiffeaux
de guerre feulement. Le Gouverneur & le
Confeil ont reçu de Bombay des avis par lefquels ils
nous apprennent que la flotte de Sir Edouard Hughes
étoit prefque réparée le 20 Janvier , & qu'elle en
partiroit à la fin de ce mois ( de Février ) , de manière:
que nous pouvons l'attendre vers le milieu ou la fin
d'Avril . Par la difpofition des vaiffeaux du Roi laiffés
dans ces meis & les petits bâtimens de la Compagnie ,
on fe flatte de recevoir des avis affez promps pour
prévenir toute perte ultérieure ; les détails de la force
& de lafituation actuelle du Commandeur de Suffien
nous parviennent journellement , & fent envoyés
fur-le champ dans tous les ports cù les inftructions
font néceffaires. Nous fommes délivrés d'un
grand embarras par la mort d'Hyder- Aly , arrivée
en Décembre dernier ; cet é ènement eft certain ; les
Indiens l'ont caché auffi long - tems qu'il a été poffible
, mais enfin il a éclaté . Nous pouvons dire que
nous avions un ennemi terrible. On se fauroit luk
contefter un courage & une fageffe dont il Y a peu
d'exemple ; c'étoit le feul Prince Indien en état de
s'oppofer aux Européens ; on l'a vu , dans les plus
grandes difficultés , développer un jugement & une
prévoyance que fes ennemis ne pouvoient s'empê
cher d'admirer . Si les armées avoient pu être compofies
d'autres hommes que d'Indiens , aucun Européen
n'auroit poffédé un pouce de terrain dans
l'Inde . Son fils n'a pas , à beaucoup près , les talens
politiques & guerriers de fon père , & nous nous
fattons qu'il ne fera pas difficile de l'amener à une
paix honorable «.
A cette lettre nous en joindrons une autre
écrite également de Bengale , en date du 9
Février ; elle contient des obfervations fur
le traité conclu entre nous & les Marattes
( 68 )
fur la fituation des Finances & des affaires de
La Compagnie , & fur notre pofition & celle
des François.
» Vous avez appris par mes lettres de l'année
dernière , que les hofti ités entre la Compagnie &
les Marattes avoient été fufpendues pendant un tems
confidérable , fans qu'il y eût eu aucune convention
formelle à cet effet , mais vraiſemb'ablement
par un confentement mutuel des deux parties
qui étoient fatiguées d'une guerre dont elles ne
retiroient aucun avantage , qui étoit parement défenfive
de la part des Marattes , & qui de la nôtre
doit être confilérée comme l'ouvrage de l'avarice
& de l'ambition d'individus qui ne fembloient travailler
que pour l'intérêt de la Compagnie , &
pour l'agrandiffement de fes poffeffions territoriales
. Aujourd'hui je vous informe qu'après de longues
négociations pour un traité définitif de paix ,
on vient enfin de le conclure . Il n'eft pas étonnant
que les Etats Mara: tes ayent montré de la méfiance
pour une troupe de gens qui avoient cherché tant
de fois à les tromper ; les articles ont été pendant
long-tems le fujet de difcuffions publiques , mais
malgré le voile myfté ie x dont on a cherché à
les couvrir , je crois qu'ils font affez exactement
connus. Nous devons évacuer la Province de Gu
zerat & Baroche , & garder l'Ile de Salfette & la
Ville de Balleen. Par le Traité de Poorunder conclu
fous l'adminiftration du Général Blavering , du Colonel
Monfon , & de M. Francis , dont l'infraction
de notre part en 1778 , a allumé le feu de
la guerie qui vient d'être éteint par le Traité
actuel ) nous devions garder l'iflè de Salfette , Baroche
, & on nous cédoit une étendue de Pays qui
devoir nous rapporter annuellement trois ou quatre
laks de roupies , de forte qu'en comparant le dernier
traité avec celui de Poorunder , le nouvea
nous eft plus défavantagexx ; nous avons ob.end
( 69 )
Baffeen à la place de Baroche , & nous avons perdu
le pays de
quatre laks qui devoit nous être cédé.
En comparant donc les deux traités ensemble , on
veria clairement que le dernier eft beaucoup plus
défavantageux pour nous que le premier . Mais fi
l'on confidère en outre que la guerre avec les Marattes
, qui vient d'être terminée , a coûté à la Compagnie
des fommes énormes , & l'a forcée de contracter
des dettes confidérables ; que pendant fa
durée , une armée d'Anglois qui ont été les premiers
agreffeurs , s'eft rendue à difcrétion à une de Marattes
; que nous avons été contraints en dernier
lieu de faire la paix , en employant la médiation
d'un Chef Maratte ( Mahajec Seindia ) à la générofité
duquel nous devons le falut de l'armée de
Bombay , & que nous avons payé de la plus noire
perfidie en envahiffant fes propres Etats ; lorfqu'on
réfléchit , dis je , fur ces particularités , tout être
Fenfant & ami de la Compagnie , doit maudire , ou
au moins méprifer les politiques qui nous ont mis
dans une pareille fituation . Après avoir eu l'humi ,
liation de voir une armée entière rendre les armes à
Wergaum , de demander la paix en fupplians , &
de rendre même plus que nous n'avions acquis pendant
quatre années d'une guerre ruineufe , eft- il
poffible que les Princes naturels & les Etats de
I'Indoftan , puiffent respecter la valeur & la bonnefoi
de la Nation comme ils l'ont fait jufqu'ici ? Si
nous_euffions confervé le pays de Guzerat , la feule
conquête avantageufe que acus ayons faite pendant
la guerre , il s'en faudroit encore de beaucoup que
fon produit cût fuffi pour payer l'intérêt de l'argent
que nous avons dépensé pour en faire la conquête
, & fi la Compagnie met d'un côté les dépenfes
quelconques que lui a occafionné la guerre
avec les Marattes , & de l'autre la valeur des acquifitions
qu'elle a faites , elle fera en état d'apprécier
les fervices que lui ont rendus les Employés
Il n'eft pas aifé de déterminer comment la Com
? 701
pagnie acquittera les detres qu'elle a été dans la
néceffité de contracter . La de te fur obligations
de Bombay , contractée principalement , fi elle ne
l'a pas été tout entière pour cet effet , monte e te
an crore quarante , & un crore & demi de roupies ; .
le Gouvernement ne peut pas même y payer l'intérêt
courant , & les obliga ions y font à so pour
cent de perte à Madrals : cette dette , à ce que j'ai
appris , eft de très peu inférieure à la deite de
Bombay , celle du Bengale eft infiniment plus confidérable
; dans cette dernière Place , le tréfor eft
vuide , & il est dû de très- gres arrérages aux diffé
rens Départemens , tant Civils que Militaires , &
les cargailors de retour pour l'Europe qui , avant
cet e guerre , fe faifoient à l'aide des revenus , fent
réduites de moitié , & cette moitié encore eft- elle
achetée aujourd'hui avec de l'argent emprunté.-
Le Chevalier Edouard Hughes eft à Bombay , ou
l'on répare l'efcadre Angloife . M. de Suffren croife
fur la côte de Coromandel avec la fenne ; les François
feront les maîtres pendant plufieurs mois du
commerce & de la navigation de la baie de Bengale
; y a des Croifeurs dans les rades de Ballafore
, qui s'emparent de tous les vaiffeaux qui entrent
& qui fortent d'ici. Au commencement de la
guerre avec la France , on a augmenté les travaux
de Bugde- Budge , on a élevé un nouveau fort fur
la pointe Mélancolie , pour défendre le paffage de
la rivière. Et quoique ces travaux dont on devoit
attendre les meilleurs effett , foient commencés
depuis plufieurs années , on n'y a pas encore achevé
une platte-forme , ni monté un canon , deforte
dans le cas d'une attaque imprévue , ces travaux
ne feroient d'aucun fecours , & pourroient être au
contraire d'un préjudice notoire. Le Gouvernement
trouve de l'argent pour payer une douzaine complette
d'Aides -de- Camp , qui forment latroupe dorée
d'un Gouverneur-Général , pour allouer des appoinsemens
conſidérables à un Ambaſſadeur à Bombay
que
( 71 )
qui n'eft jamais forti de Calcurta , pour foutenir
honorablement plufieurs Officiers de Juftice qui s'encouragent
réciproquement à ne rien faire , pour payer
les gages de quantité d'autres places fans exercice ,
dont l'énumération feroit trop longue ; mais au
milieu d'une guerre menée avec activité par des
enn mis entreprenans qui vont peut-être attaquer
EOS ports , notre Gouvernement ne peut point
trouver les moyens de mettre nos biens & nos vies
en fûreté «<,
Le règlement rédigé par le Confeil de l'Amirauté
, le 24 Juin dernier , pour établir
un nouvel ordre dans les ports & veiller
à la confervation des vaiffeaux mérite d'être
connu nous en placerons ici la fubftance .
Le préambule de cette Ordonnance expofe la
nécefli é de quelques règlemens à obſerver dans le
défarmement des vaiffeaux pour la confervation de
la marine , qui eft le rempart naturel de la G. B. &
fa feule défenfe . Le fyftême adopté précé lemment .
en tems de paix , fous le faux prétexte de foulager la
-nation étoit miférable , & voici celui qui fera luivi.
Tous les vaiffeaux de guerre dont les équipages
auront été payés & congédiés , feront défarmés ;
leurs bas- mâts refteront en place ; ils garderont à
bord les autres , les efpars , le gréement , &c. ainfi
que les munitions convenables excepté celles d'artillerie
. Les vaifleaux défarmés feront rangés par
divifions féparées ; favcir , ceux du premier rang
enfemble , ceux du fecond rang de mêine , & ainfi de
fuite . Chaque vaiffeau ou bâtiment aura un
Maître d'équipage , un charpentier , un cuifiaier , &
autres Officiers avec un nombre proportionné de
matelots dont aucun ne fera admis à ce fervice , s'il
n'eft conftaté qu'il a fervi pendant la dernière guerre
fans avoir aucune mauvaile note fur fon compte.
Tous les vaiffeaux de guerre dans chaque
port, feront partagés en 6 , 8 , ou un plus grand.
( 72-)
nombre de divifions . Pour obvier aux inconvéniens
relativement au commandement , il fera nommé un
Officier en chefpour chaque divifion , qui fera choifi
dans le nombre des Maîtres d'équipage de la marine
Royale. It exercera les fonctions d'Officier- Commandant
& d'Infpecteur en chef d'une divifion . Pour
prévenir toute conteftation fur le droit de préféance
parmi les Infpecteurs en chef , l'ancienneté de fervice
ne fera un titre pour aucun d'entr'eux à un commandement
fupérieur fur les autres , mais tous feront
fous les ordres des Commiffaires , ou autres
Officiers revêtus du commandement dans les chantiers
de S. M. Chaque Infpecteur & Officier marinier
nommé en vertu de ce règlement , aura la
paie attribuée à fes fonctions par l'Ordonnance gé
nérale de la marine. Tout autre individu employé à
bord d'un vaiffeau défarmé aura la paie ordinaire
d'un bon matelot , & la même ration qu'il auroit à
bord des vaiffeaux ou bâtimens de guerre de S. M.
lorfqu'ils font en activité . L'Infpecteur en
chef fera la vifite de fa divifion une fois la femaine, &
plus fouvent , fi le bien du fervice l'exige , afin de
veiller à ce que tout le monde rempliffe fon devoir.
A l'effet de tenir les vaiffeaux à une diſtance convenable
les uns des autres , chaque vaiffeau fera muni
d'un certain nombre d'efpars qui feront pris dans les
magafins des chantiers de S. M. & d'une quantité
fuffifante de cordages . L'Infpecteur en chef de chaque
divifion fera la demeure à bord de l'un des plus
gros vaiffeaux du centre. Il y occupera la chambre
da Confeil. Aucun autre Officier quelconque , ne
pourra occuper d'autre chambre que celle qui lui eft
deftirée ordinairement à bord du vaiffeau fur lequel
it ert. Il ne fera permis à perfonne d'avoir des femmes
ou enfans à bord. L'Ialpecteur en chefaura une
chaloupe armée de 4 ramens & d'un l'acron , deſtinée
à fon feul afage . Il s'en fervira auffi fouvent qu'il
le jugera à propos pour faire la vifite de tous les
vailleaux de fa divifion , ou pour faire la ronde de
nuit
( 73 )
suit & de jour pour examiner en quel état font les
vaiffeaux , & veiller à ce que le quart de nuit foit obfervé
régulièrement à bord de chacun. La confervation
des vaiffeaux pendant qu'ils font défarmés ,
défendant en grande partie du foin que l'on a de faire
circuler librement l'air dans toutes les parties , de les
préferver des vers , de les tenir fecs en hiver , & de
mouiller convenablement en été les partes expoides
aux rayens du ſoleil ; il eft ordonné de fe munir de
tentes faites avec de la toile à voile pour couviir les
vaiſſeaux de l'avant à l'arriere pendant les mois où la
chaleur exceffive rend cette précaution néceflaite , de
fauberter les ponts matin & foir , & d'airer les
côtés extérieurs au moins deux fois par jour. On
ouvrira tous les fabords , ainfi que les portes & les
fenêtres des chambres des Officiers , des foutes , &c .
depuis le lever du foleil jufqu'à fon coucher , pour
faire circuler l'air librement excepté dans les tems
où il régnera de fortes brumes ou lorsque l'air era
très -humide ; dans ces derniers cas il fera néceffaire
de tenir, fermés les tabords , &c . On fe ervira
chaque jour pendant le beau tems des mananches à
vent pour porter un air frais dans les entreponts ,
fond de cale & autres lieux . On s'en fer vira une fois
la femaine au moins en hiver. Il fera permis d'avoir
fur chaque vaiffeau ou bâtiment un certain nombre
de poêles de marine pour l'hiver On donnera , un
demi.boiff au de charbon par jour pour chaque
petit poële & unboiffeau pour les gros . Ils feront
allumés au point de jour & éteints avec le plus
grand foin au coucher du focil afin d'obvier aux
accidens . Pendant le tems qu'ils feront allumés
il y aura toujours un matelot au moins
dans l'endroit où eft le poële , afin de prévenir
les accidens , & pour entretenir un feu égal &
conftant. Chaque vaiffeau fera nettoyé & graité
de l'avant à l'arriere auf fouvent qu'il fera néceffaire
ou que l'infpecteur en chef l'ordonnera. Le
9 Avût 1783.
?
d
le
( 74 )
-
charpentier & fes aides feront munis de tous les
ufteafiles qu'exige ce travail L'Inspecteur en
chef de chaque divifion établira certains fignaux
de jour & de nuit dont l'état fera gardé à bord
de chaque vaiffeau , & qui feront employés pour
faire exécuter les divers travaux . Chaque vaiffeau
depuis le premier jufqu'au cinquieme rang , lera
muni de manches à vent , une pour chaque cale ,
de deux poëles pour chaque pont , de fauberts , de
feillots , de grattes &c. les vaiffeaux d'un moindre
rang auront deux manches à vent , fi cela eft
néceffaire , & ils feront pourvus d'autres uftenfiles
en quantité fuffifante. En cas d'accident , ou
fi les vaiffeaux avoient beſoin d'un radoub extraor
d naire , i en fera donné avis au Confeil de l'Amirauté
qui ordonnera à des maîtres charpentiers
des chantiers de S. M. de fe tranſporter à bord
pour travailler conjointement avec le charpentier
du vailfean & les aides , afin que le vaiffeau feit
toujours tenu en bon état & prêt à être équipé
toutes les fois que les circonftances l'exigeront
Le quart de jour fera réglé d'après les inftructions.
ordinaires pour la Marine. Il y aura un Officier
& deux matelots fur le gaillard d'arriere & un
matelot fur le gaillard d'avant ; les empaulettes
feront tournées , & la cloche fera piquée toutes
les heures , de même qu'il le pratique fur les vai
fcaux en commiffion & en activité. Pendant le quart
de nuit il y aura un Officier & quatre matelots
fur le gaillard d'arrière , & deux matelots fur le
gaillard d'avant des gros vaiffeaux , & un nombre
proportionné fur les vaiffeaux d'un rang inférieur,
La cloche fera piquée , & le cri uûté à l'autre &
bon quart , fera répété tous les quarts - d'heure , &
en cas de feu ( accident qu'on pourra prévenir en
obfervant à la rigueur la préfente Ordonnance
d'autant qu'il eft enjoint de ne garder du feu dans
aucune partie du vailleau excepté dans la cuifine )
ou dans le cas de tout autre accident , l'alarme fera
( 75 )
-
donnée au Commandant de la divifion , lequel donmèra
les ordres néceffaires & pourra envoyer demander
du fecours aux vaiffearx des autres divifions
ou dans les chantiers du Roi , fuivant l'exigence
du cas . Les amarres de chaque vaiffeau
feront vifitées au moins une fois tous les mois
ou même plus fouvent en hyver & dans le mauvais
tems , fi cela eft néceflaite. Le tenon des
mâts qui reftent en place , fera fouvent découvert
& goudronné ; les cap- moutons , les chaînes de
haubans & c. recevront un enduit une ou deux fəis
tous les ans : la garniture des fabords fera vifiée
& tenue en bon état . On aura la même attention
pour les tentes , les grelins , les chaloupes & autres
apparaux & uftenfiles de toute eſpèce. Les
équipages des divers vaiffeaux de chaque divifion
feront paffés en revue tous les mois par l'Infpecteur
en chef, & il fera envoyé au Confeil de l'Amirauté
un état de la fituation de chaque vaiffeau.
Aucune perfonne quelconque ne pourra s'abfenter
qu'après avoir obtenu la permiflion du Confeil
de l'Amirauté.
Le traité de commerce avec l'Amérique
n'eft pas encore conclu ; nos papiers préfentent
ainfi les obftacles qui le fufpendent.
» M. Hartley , en conféquence de fes inftructions ,
a exigé , en faveur de la Grande. Bretagne , le droit
exclufif de porter aux Etats - Unis , dans des vaiffeaux
Britanniques , les productions de nos Ifles ; les Commillaires
du Congrès n'ont pas voulu y confentir ,
& ont réclamé le même avantage pour eux. Un paquebot
a été expédié en conféquence à Philadelphie ,
pour inftruire de cette difficulté le Congrès , qui a
envoyé en réponſe l'ordre formel de ne pas le défifter
de ce point. Ainfi les arrangemens à prendre avec
la Hollande , ne font pas les feuls obſtacles qu'éprouve
le traité définitif ; on voudroit le rédiger de
d 2
( 76 )
manière qu'à l'exemple des traités antérieurs ,
fût pas fufceptible des ma vaiſes interprétations
axquelles la précipitation & la légèreté peuvent
donner lieu «.
Le Général Murray qui commandoit à
Minorque , n'a pas été heureux dans fon
Gouvernement , à fon retour en Angleterre ,
il a été traduit devant un Confei : de guerre ,
par fon Lieutenant ; il vient deffuyer un
nouveau procès au Tribunal de Guildhall ,
& il l'a perdu ; voici le fait .
Il avoit des raifons graves à Minorque pour
faire renvoyer un homme attaché au Tribunal de
Juftice de cette iſle. Il s'adreſſa au Juge Sutherland
pour l'engager à s'en défaire , le Juge refufa le Gouverneur
, & mit dans fon refus une obftination &
peut-être des procédés qui piquèrent le Lord Murray
qui finit par dépo er le Juge lai- méme & l'envoyer
en Angleterre , où ce dernier s'adrefla au Miniftère ;
il fet écrit à ce jet au Gouverneur qui confentif à
fon rétabliſſement pourvu qu'on lui fît les excufes
convenables. M. Sutherland partit en conféquence
pour Minorque ; mais ayant appris enfuite la prise
de l'ife par les Espagnols , il revint à Londres , cù il
a intenté un procès au Gouverneur auquel il alloit
demander pardon. Le Tribunal a jugé que quoique
le Lord Murray fût juftifié par les motifs , fa conduite
n'en eft pas moins répréhenſible. Il a uſé s'un
droit qu'il n'avoit pas ; il n y a que le Roi qui puiffe
déplacer un Juge qu'il a placé lui- même ; on a adjugé
en conféquence sooo 1. ft. de dommages & intérêts
à M. de Sutherland «.
FRANCE.
De VERSAILLES , les Août.
1
LE Baron de Breteuil ci- devant , Ambaffa
1
( 77 )
deur extraordinaire du Roi à la Cour de
Vienne , ayant été nommé Miniftre d'Erars,
eft entré le 20 du mois dernier en cette
qualité au Confeil.
Monfieur eft parti le premier de ce mois
pour faire un voyage en Lorraine ; ce Prince
Le rend d'abord à Metz où il pallera en revue
fon régiment des Carabiniers ; il fe rendra
de là à Thionville , à Nancy & à Luneville ,
& paffera en revue les régimens qui fe
trouveront fur fa route ; on compte qu'il
fera de retour ici le 14 de ce mois .
Le Marquis de Noailles , que le Roi a
nomméfon Ambaffadeur extraordinaire près
l'Empereur , eut , le 29 du mois dernier ,
l'honneur de faire fes remerciemens à S M.
à laquelle il fut préfenté par le Comte de
Vergennes , Chef du Confeil Royal des Finances
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département des affaires étrangères .
La veille , le Baron de Stael de Holſtein ,
Miniftre Plénipotentiaire du Roi de Suède ,
eut une audience du Roi , dans laquelle il
préfenta fa lettre de créance. Il fut conduit à
cette audience , ainſi qu'à celles de la Reine
& de la Famille Royale par M. de Tolozan ,
Introducteur des Ambaffadeurs ; M. de Sequeville
, Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaffadeurs , précédoit.
De PARIS , les Août.
LE Courier d'Espagne nous a appris enfin
la fortie de l'armement de Carthagêne qui
d
3
( 78 )
n'a pas eu lieu auffi tôt qu'on Fefpéroit ;
les vents contraires qui l'ont retenu dans
le port jufqu'au 12 du mois dernier , lui
ont encore fait obftacle les jours fuivans
qu'on en voyoit la plupart des vaiffeaux ; le
16 ils ont changé & il s'eft totalement élcigné
, comme le vent étoit alors devenu trèsbon
, on ne doute pas qu'il ne foit bientôt
devant Alger ; & on croir que le bombardement
aura pu commencer le 19 ou le 20.
On vient de charger dans ce port , lit- on dans
une lettre de B eft , des matières , des coldages , des
cables , fur les flüges du Roi l'Autruche , la Reine ,
1 Canada , le Grandburry & le petit bâtiment
l'Emeraude; tous ces navires font en rade, & n'attendent
qu'un ven favorable pour appareiller . On
dit qu'ils vont à Toulon , & que les effets qu'ils
ont à bord font deftinés pour ce département.
Le valean e Sagitaire de so canons , commandé
par M. de Cillant , eft entré dans notre rade la nuit
du 20 au 21 ; il revient de la côte d Afrique , où il
a été annoncer la paix. -La frégate l'Aigrette de
32 canens , commandée par le Chevalier de Cambis ,
eft a fi entrée en rade dans le même tems , avec 3
bâtimes de transport ; ils viennent de Saint - Domirgue
, & amènent le régiment de Cambre fis ; ils
avoient appareillé du mole Saint- Nicolas le 20 Mai.
On attend ici le Zélé de 74 canons qui doit être
parti du cap à la fin de Mai ou au commencement de
Juin , & le vaiffeau l'América , auffi de 74 , qui a
été donné au Roi far les Etats- Unis de l'Amérique.
Des nouvelles poftérieures nous ont appris
l'arrivée du Zélé à Breft , où il a débarqué
le Marquis de Rougé , qui eft mort
dans ce port d'une maladie aigüe quatre
( 79 )
jours après être defcendu à terre. Il venoit
d'obtenir un régiment.
M. le Contrôleur- Général des Finances
a écrit la lettre fuivante aux Députés du
Commerce.
2
» J'ai mis fous les yeux du Roi , Meffieurs , la
lettre qui m'a été adreffée par la Chambre de Commerce
de Dunkerque , pour demander que les droits
auxquels étoient fujets les différens poiloas de péche
étrangère par l'Arrêt da Confeil du 6 Juin 1763
foient rétablis à l'expiration du terme mentionné
dans la lettre qui vois a été écrite le 30 O&obre
dernies par le Miniitre des Finances . J'ai mis également
fous les yeux de S. M l'avis que vous avez
donné pour demander en témoignage de fa protec
tion pour la pêche nationale , le sétabliffement de
cette perception , S. M. vient d'ordonner conformément
à votre avis , que les poiffons de pêch: étrangére
feroient affujettis au paiement des droits impoés
par l'Arrêt du 6 Jain 1763 , pour avoir lieu fur
les harengs à compter du premier Septembre pro
chain , & fur les morues à compter du 30 Octobre
auffi prochain. Vous voudrez bien informer de ces
difpofitions les différentes Chambres de Commerce ,
foir qu'elles en donnent connoiffance aux Négocians
& Armateurs François . Je fuis , &c,
Les lettres de diverfes provinces font
mention des dégats caufés en plufieurs endroits
par les orages.
» Le village d'Affas fitué à 2 lieues de cette ville ,
nous écrit- on de Montpellier , vient d'effuyer deux
orages épouvantables ; l'un le 12 , & l'autre le 22
de ce mois. Le premier avoit emporté la plus grande
partie de deux récoltes pendantes , celles du vin &
de l'huile , qui faifoient tout l'espoir & toute la reffource
des habitans ; mais le dernier vient de tout
détruire. Une grêle d'une groffeur extraordinaire ,
d 4
( 80 )
& dont de certains grans pefoient jufqu'à une livre
& demie , a tout ravagé. Légumes , fruits , pâturages,
tout a été abîmé ; les toits des maifons ont été brifés
; les oliviers , les vignes , ont été totalement dépouillés
, les fonches fiacaffées ; & les pauvies habitans
qui fe reffentiront pendant bien long- tems du
ravage de certe cruelle journée , font plongés dans
la plus affreufe misère . Le château d'Affa‹ a été
cruellement maltraité , les toits , les vitres , les fenêtres
ont été fracaflés ; le lendemain les foflés
étoient encore remplis de 2 pieds de grêle , & cout
le canton préfente l'image dela plus affreufe dévalration
".
Une lettre de Saumur contient les détails
fivans d'un orage non moins funefte.
-
Je 14 Juillet dernier vers midi , on a éprouvé
dans les Paroifles de Cunault , Milly & les deux
Gernes à 4 ieues de cette ville , un orage dont les
fuites ont été bien funeftes : quoiqu'il n'y ait pas eu
de grêle , la pluie étoit fi confidérable qu'elle a formé
des torrens de tous les côtés qui ont fait des ravages
dont il n'y a pas d'exemple. A Canault , les eaux
trouvant une réſiſtance vis - à - vis l'églife du lieu qui
eft très- vafte & appartenoit aut efois à des Bénédic
tins non réformés fe font élevées à 10 à 11 pieds
dans un ancien cloître joignant la conère de cette
églife dont elles ont renversé une porte murée , &
l'ont enfuite remplie à 8 à 9 pieds de hauteur en 3
minutes ; du nombre des perfonnes qui fe trouvoient
dans l'églife il n'a péri que la foeur du Curé victime
de fon zèle pour fauver des ornemens ; un particulier
a gagné à la nage un autel , s'y eft tenu à une colonne
ayant de l'eau juſqu'av menton & a refté dans
cette fituation près des heures ; tous les ornemens ,
les livres ont été perdus. Aux deux Gennes , Paroiffes
voifires de Cunault , il y a eu 20 maifons de
renverfées avec perte de nombre d'effets , plufieurs
moulias à cau ont été très- endommagés avec peite
-
1
( 81 )
de grains & de farines ; mais ce qu'il eft bien intéref
fant de rendre public , c'eft le courage & la générofité
d'un particulier nommé Hardouin , charpentier ,
qui hors de tout danger s'eft précipité dans les endroits
les plus périlleux ; fa femme qui le jugeoit
capable d'actions auffi braves Ini crioit : où vas- tu ,
mon ami , tu vas périr ; il lui répondit en courant :
je vais fauver mes voisins ; il le porta effectivement
par- tout où les cris fe faifoient entendre ; il
eft parvenu avec des efforts incroyables à fauver
une vingtaine de perfonnes la plupart femmes & enfans
, qui fans les fecours de cet homme vigoureux
& adroit auroient infailliblement péri. Ce brave
homme épuisé de fatigues en nageant , fe préfenta à
une porte pour gagner un terrein élevé , mais dans
l'inftant elle fut fermée par l'impétuofité du torrent &
lai prit une jambe qu'il ne put dégager ; il a péri
après en avoir fauvé tant d'autres ; il laiffe une veuve
& 3 enfans dont l'aîné eft âgé de 4 à 5 ans , qui méritent
bien d'être mis fous la protection du Gouvernement
& d'avoir part à fes bontés . A Milly ,
plufieurs maifons , granges , écuries ont été également
détruites ; les caves que la plupart des habitans
de ce lieu occupent ont été remplies d'eau jufqu'au
cerveau , plufieurs encombrées , il n'y a heureufement
péri perfonne , mais beaucoup de beftiaux
& brebis avec des meubles , effets & grains ont
été perdus. Dans toutes ces Paroiffes les pertes
font confidérables dans les récoltes , & même dans
les domaines où les eaux ont fait des ravins & enfablemens
qui ne laiffent aucun espoir de culture «<.
-
A ces défaftres fe font joints des incendies
qui n'ont pas fait moins de ravages.
» Le 15 Juillet fur les 5 heures après- midi le feu
fe manifefta au village d'Embreville , Généralité de
Picardie , à la maifon d'un ferrurier ; en une demi .
heure 21 mailous ont été la proie des flammes . Une
paille échappée d'un fer rouge que travailloir le ferds
( 82 )
rurier , & qui a porté fur une couverture de chaume
a été la caule de cet évènement. M. d'Agay ,
Intendant de Picardie , a fait donner les premiers ! ecours
aux victimes de cet accident , en attendant '
qu'il leur en procure pour faire couvrir en tuiles
leurs nouvelles maiſons «.
On a parlé de l'expérience faite à Annonay
le S Juin dernier ; on ne fera pas
fâché de trouver ici le procès- verbal qui
en a été fait par les Etats particuliers &
affière du pays de Vivarais , qui a été adreſſé
à l'Académie Royale des Sciences , avec
des obfervations de l'Auteur de l'expérience.
Le procès- verbal du Jeudi matin 5 Juin , eft
conçu ainfi.
2
que

» M. le Syndic a dit l'Affemblée ayant été
invitée hier dans l'après - midi à affifter à l'effai de la
Machine aéro-ftatique , découverte par les frères
Montgolfier de cette Ville , la plupart de les Membres
le font rendus fur la place des Cordeliers , où
ils ont apperçu un Vaiffeau de la capacité d'environ
vingt- huit mil'e pieds cubes , formant un Globe de
trente cinq pieds de diamètre conftruit en toile
& doublé intérieurement de pluften : s feuilles de papier
appliquées les unes fur les autres , fortifié de
quantité de cordes & de quelques pièces de bois &
de fil-de- fer. Ce Globe après s'êtie ené infenfib'ement
, s'eft élevé , au grand étonnement des
fepetateurs , avec une rapidité pregreffive , jufqu'à la
hauteur de cinq cents toifes , autant qu'on en a pu
juger à l'oeil , & après avoir refté en l'air environ
dix minutes , il eft defcendu lentement fur la terie ,
à la distance de fix cents toiles du point dont il eſt
parti , & comme cette découverte pourroit devenit
utile , M. de la Chedenette , Syndic , a cru devoir
propofer à l'Allemblée d'inférer dans fon procèsverbal
le récit de cette expérience , 'qui ne peur que
( 83 )
faire honneur à ceux qui ont inventé la Machine
aéro-ftatique , & l'Affemblée l'a ainfi délibéré .
Obfervations des inventeurs de la Machine.
Cette Machine mieux nommée Dios tatique est
conftruite de même matière & dimenfion que cideffus
; fa contenue n'est que de vingt- trois mile
pieds cubes , l'air extérieur en péfoit à - peu près
douze ; ainfi les vingt-trois mille pieds cubes de
gas renfermés ne pefoient que mille foixante dixhuit
livres , lefquels ajoutés aux cinq cents livres
du poids de la Machine , faifoient mille cinq cents
foixante dix- huit livres de rupture d'équilibre , &
c'est avec cette force que ce poids s'eft enlevé .
Il auroit dû parvenir jufqu'à la couche d'atmofphère
, dont la pefanteur eft d'environ neufgros
par pied cube , où qui fe trouvoit de ce poids au
moment de l'expérience. ( car les différentes tentatives
ont fait appercevoir une variation dans le
poids de l'air , indépendante du poids de la colonne
totale indiqué par le baromètre ) . Elle fe feroit
maintenue à cette hauteur , fi la Machine eût été
affez exactement faire , ou fi elle eût été affez grande
pour porter des matériaux & des hommes qui puffent
en opérer la reproduction , à mesure qu'il fè dithpoit
; dans cet état d'imperfection néceffité par des
vues économiques , elle s'eft élevé néanmoins à
cinq cents ou mi le toifes de hauteur , fuivant le
coup-d'oeil des divers fpectateurs , perfonne n'ayant
appliqué le cacul ; elle a parcouru environ feize cents
toiles en ligne droite , le tout dans l'efpace d'un peu
plus de dix minutes . La distance en ligne droite
étoit réellement de feize cents toiles , mas comme
le rédacteur du pro - ès - verbal ne l'a jugé qu'à l'oeil ,
& qu'il étoit placé au lieu du départ plus bas que
celui où elle est tombée d'environ cinquante toifes ,
il a dû néceffairement le croire moins éloigné. Cette
première erreur a dû faire juger la hauteur moindre
qu'elle ne l'étoit en effet , d'autant que le Globe ,
d G
( 84 )
médans
la plus grande élévation , paroiffoit former un
angle de quarante-cinq degrés avec la ligne hori
zontale à l'oeil du fpectateur , placé au point du départ
, ce qui paroîtroit annoncer une élévation de
mille toifes . Le vent étoit fud , les nuages
diocrement élevés , la pluie un peu abondante , mais
fans orage . Cette dernière circonftance a dû nuire
à l'effet , tant en difperfant le gas employé comme
moreur , qu'en furchargeant la Machine par fon
poids , & l'impulfion contraire qu'elle lui communiquoit
«.
L'Académie Royale des Sciences ayant
reçu ces pièces , a nommé Commiffaires
pour les examiner MM. Lavoisier , Defmarets
& l'Abbé Boffut.
ود
il
Quelques lettres de Picardie font mention d'un
crime atroce commis eavers le Curé de Dompierre ,
village à 2 lieues de Péronne , à la ſuite d'un démêlé
qui duroit depuis près de deux ans , entre lui & quel
ques-uns de fes fermiers , & qui avoit donné lieu ,
d'abord à des menaces , & enfuite à des voies de
fait , far lefquelles il y avoit eu au mois de Décem
bre dernier , procès - verbal & information . Le
Dimanche 29 Jain , le Curé annonça que le mardi
1er. Juillet , à deux heures & demie du matin ,
diroit une meffe baſſe Les 2 pre- pour les voyageurs.
miers coups pour cette meffe étant fonnés , il alla
à l'Eglife ; & dans le moment qu'il y entroit , on
lui tira , par une crevalle faite à une grange vis à
vis , & feulement à la diſtance de 20 pieds du portail
un coup de fufil , chargé de 10 à 12 cheviotines
, dont la plupart l'atteignirent au côté droit.
Il tomba dans l'églife , & il fut transféré au presby.
tère prefque mort. Auffitôt le Lieutenant Criminel
de Péronne le tranfporta à Dompierre , dreffa le
procès- verbal , & c. Le Curé , malgré tous les fecours
, eft mort le furlendemain vers les 9 heures du
feir. On a trouvé dans le foie deux chevrotines «
( 85 )
A côté de ce fait horrible nous en pla
cerons un autre plus confolant pour nos
Lecteurs ; c'eft un acte de générofité & de
vertu qui mérite d'être cité.
denied
Un riche Négociant de Lyon avoit avancé
50,000 liv. à un Fabricant fur des marchandifes à
fournir. Celui- ci voyant qu'il feroit forcé de manquer
, mais diftinguant , comme de raifon , ce Négociant
de fes autres Créanciers , l'informa de fa pofitien
critique , & lui affura en même tems les 50,000
liv. qu'il en avoit reçues . Vous m'avez fait votre
confident , lui dit le Négociant généreux ; je deviendrois
complice de votre banqueroute , fi j'acceptois
le payement que vous m'offrez . Oubliez votre dette ,
& confervez , s'il eft poffible , votre honneur &
otre crédit. Si malgré cela , vous êtes dans la malheureufe
néceffité de céder vos biens , en ce cas
rangez - moi au nombre de vos Créanciers , & je
partagerai proportionnément avec eux. Il y a
peu de perfonnes , fans doute , qui portent à ce point
la grandeur d'ame , l'équité rigide , & la délicateffe
de confcience «.
\

Nous avons annoncé dans le tems la belle
Edition de Plutarque , traduction d'Amyot ,
entrepriſe par M. Baftien ; il a publié fucceffivement
, conformément aux engagemens
qu'il a pris dans fon Profpectus , le Tome I.
des Vies des Hommes illuftres , & le
Tome I. des Euvres morales ; le Tome II.
des Vies vient de paroître , & fera fuivi
inceffamment du fecond des OEuvres morales
; cet ordre de publication mettra les
Lecteurs en état de jouir en même- tems des
deux parties de cet Ouvrage intéreffant.
L'Editeur s'eft engagé à publier le texte dans
toute la pureté , & les foins qu'il a portés
1
29
>
( 86 )
à la correction de ce même texte , à la beauté
de l'impreffion , donnent à cette Edition un
avantage que n'a aucune de celles qui
ont été publiées , pas même celle de Vafcofan
, fur laquelle elle mérite la préférence
à toutes fortes de titre ( 1 ) .
La nouvelle Edition des Cérémonies & Ceutumes
Religieufes de tous les Peuples du monde ,
avance avec une rapidité dont des Ouvrages de cette
étendue , & fur tout composés d'une fi grande quantité
d'Eftampes , ne font pas ordinairement fufceptibles
, & elle doit former 15 cahiers , dont le ge vient
de paroître . Nous ne répéterons pas ici ce que nous
'avons dit déja du mérite de cet Ouvrage , & du travail
de l'Editeur qui en a entièrement refondu le
texte qui en avoit befoin , & qui en le referrant
comme il devoit l'être , a diminué le nombre des
volumes & mis en conféquence en état d'en diminer
le prix fans rien faire perdre aux acquéreurs.
Un des avantages que peut procurer cet Ouvrage ,
& fur lequel nous infifterons , c'eft qu'il peut fervir
à l'inftruction des jeunes gens , & leur donner , en
Occupantagréablement leurs yeux , des idées générales
des coutumes de toutes les Nations de la terre , faciliter
les inftructions qu'ils doivent acquérir enfuite ,
& les mettre en état de lire avec plus de fruit l'hif
toire des peuples & des pays dont les traits caractériftiques
ne leur feront plus étrangers (2 ).
(1) Cette Edition formera 18 vol . qui paroiffent fucceffivement
de fix femaines en fix femaines. Le vol , in- 8 ° . papier
double d'Angoulême tiré à 600 Exemplaires coûte 7 liv .
Io f. broché en carton , l'in- 8 °. papier d'Hollande tité à 13
Exemplaires , & l'in- 4 ° . Fapier d'Angoulême tiré à 100 coûte
15 liv , l'in -4° . papier d'Hollande tiré à 13 , coûte 30 liv.
& l'in-4° . papier vélin tiré à 12 , 36 liv . Il fe trouve à Paris
chez M. Baftien , rue Ste-Hyacinthe , la première Porte
Cochère à droite en entrant par la Place St - Michel..
(2 ) Cet Ouvrage qui fera fini dans le mois de Décembre ,
fe trouve à Paris chez M. la Porte , rue des Noyers.
( 87 )
>
On a diftingué parmi les inventions utiles
les fourneaux économiques du fieur
Nivert ; il vient de les perfectionner & de
les arranger de manière que ceux qui les
préféreront , pourront fubftituer au feu des
lampions , celui du charbon dont la mefure
et déterminée . Cette invention l'a
conduit à une autre de ce genre , c'eſt
celui d'une cuifine portative qu'il a fou
mife à l'Académie Royale des Sciences dont
les Commiffaires nommés pour l'examiner ,
ont rendu compte ainfi :
» Cette Cuifine eft une boîte de tôle ou de cuivre
, de 2 pieds 2 pouces de long , 2 de la ge , &
is pouces de haut ; le deffus s'ouvre en deux parties,
& forme de chaque côté une petite table , qui deviennent
très- utiles pour le moment du travail ; les deux
petits côtés s'ouvrent auffi en s'abatrant , & donnent
à l'âtre une étendue plus que fuffifante . Cette
boîte contient trois grands fourneaux , qui peuvent
fervir chacun de trois côtés à la fois , outre que
leur partie inférieure fert encore à chauffer la partie
fupérieure du four qui eft au deffous ; elle contient
de plus une affez grande marmite , huit cafferoles
avec leurs couvercles , deux autres cafferoles plates ,
une rótiffoire propre à faire trois plats de ôts à la
fois , un coquemar de cafetière , une paffoire , une
rape , des moules à patifferie , des tourtières , des
cuillers à ragoûts , une écumoire , un mortier &
pilon , cuiller , à pot des cuillers à dégraiffer , un
gril , une falière , une pelle , une pincette , du linge ,
(1 ) Le fieur Nivet , demeure rue & vis - à - vis le Couvent
du Cherche-Midi , marlon de M. de la Fontaine ; on peut
voir chez lui des modèles de cette nouvelle invention , des
fourneaux économiques & de fes nouvelles tables de fanté
fi utiles à tout le monde , & fi intéreffantes pour les malades
& les valetudinaires.
( 88. )
"
& plufieurs uftenfiles néceſſaires à la cuifine , &c. ,
&c. , & c. ; il y a de plus des plaques de tôle qui fe
placent entre deux fourneaux , pour les y échauffer
& fervir enfuite d'âtre dans le four. Avec les trois
fouracaux qui peuvent tenir chacun une livre de charbon
; on peut faire neuf chofes à la fois ; fur un des
côtés le place la rotiffoire , qui peut contenir trois
plats de rôts ; fur l'autre côté , les marmites , cafetière
& coquemar , & fur les fourneaux , trois cafferoles
; fur les côtés abattus , en y plaçant de la braife
, on peut faire les chofes grillées & la pâtifferie
dans le four , & comme dans une Cuifine tous les
rageûts ne fe font pas à la fois , il eſt poſſible , au
moyen de cette machine , de faire commodément
& avec peu de charbon , un dîner au moins pour
douze perfonnes ou en peut faire auffi pour beaucoup
moins , en diminuant la dépenfe , parce que
fourneaux peuvent être réduits de moitié , ou même
des trois quarts , par le moyen de fonds poftiches qui
s'y adaptent. Cette efpèse de Cuifine peut être utile.
à bien des gens ; ceux qui auroient un appartement
fans cuifine , pourroient par là s'en procurer une
très- commode , dans une petite pièce même fans
cheminée ; il est même poffible de la placer en plein
air , parce qu'elle eft couverte d'un efpèce de grand
para ol , qui empêche que rien ne tombe dans les ragoûts
, ce qui peut la rendre fort utile à l'armée. Le
Feu de volume de cette machine , la grande quantité.
d'uftenfiles qu'elle contient , fa grande économie ,
relativement aux matières combuſtibles , & l'utilité
dont elle peut être , nous font penfer qu'elle mérite
l'approbation de l'Académie . Signés , BORY &
BRISSON .
les
M. Maupin , Auteur de différens Ouvrages fur
l'Agriculture , donne avis aux perfonnes qui demeurent
en Province , que pour leur en faciliter l'acquifition
, il confent à les leur faire paffer , franc de perr ,"
par la pofte , en lui en faisant tenir le prix par la
pofte & non autrement , & en l'affranchiffant , ainf
189 )
que la lettre de demande qu'elles lui adrefferont z
rue du Pont-aux- Choux , au petit hôtel de Poitou ( 1 ) .
Nous obferverons ici que fa manipulation des vins
a été exécutée par ordre du Gouvernement dès 17715
on répéta cette expérience l'année fuivante , & les
effets en ayant eté conftatés dans toutes les formes ,
ils furent promulgués dans tout le Royaume par
2000 lettres circulaires , imprimées au Louvre par
ordre du Roi.
De BRUXELLES , les Août.
SELON les lettres de La Haye les Etats
de Frife perfiftent dans la demande qu'ils
ont faite plufieurs fois d'une diminution de
la quote de cette Province aux fubfides de
la Généralité ; & ils ont fait remettre aux
Erats Généraux une réfolution par laquelle
ils font décidés , s'ils ne l'obtiennent pas ,
à ne plus payer les troupes qui font à la répartition
de leur Province. Les Etats Généraux
s'occupent actuellement d'un expédient
pour les détourner de l'exécution de cette
réfolution.
Les Etats de Hollande , ajoutent ces lettres ;
ont arrêté qu'il feroit fourni provifionnellement
à la Compagnie des Indes une fomme de 1,200,000
florins , à compte du fecours de 14 millions qu'elle
demande aux Etats- Généraux , & que les autres
Provinces feroient requifes de vouloir bien accorder
auffi provifionnellement de leur côté quelques
fecours à cette Compagnie ; ils ont de plus or-
(1) Théorie & nouveaux procédés pour la fermentation
& l'amélioration de tous les Vins & des Cidres &c . , joints
aux principales bévues des Vignerons & à l'avis & leçon
our Laboureurs , par M, Maupin , prix 3 liv. 12f. , avec le
Reçu figné de l'Auteur , à Paris chez Mufier & Gobreau ,
Libraires , quai des Auguftins.
( 90 )
donné qu'il lui fût avancé de leur part fur- lechamp
600, coo florins ; & ce payement a déjà été
fair. La rupture qu'on craignoit avec Alger , no
paroît pas devoir même avoir lieu . Cette Régence
menacée par l'Espagne , n'a pas befoin de multi
plier fes ennemis ; & cette circonftance a fa.ilité
un arrangement que M. Samuel Rys a fait avec
le Dey , & qui termine tous les différends ; on
lit cette nouvelle dans une lettre de ce Conful en
date du 26 Juin dernier «.
On lit dans une lettre de Paris les détails
fuivans .
Les fuicides font très - fréquens depuis quel
que tems ; on vient d'en voir un nouveau qui fait
beaucoup de bruit , & dont un vieillard de 91 ans
a été la victime. Sa fortune qui étoit co fidéiable
, fon âge mime , puifqu'à meture que la cat
rière fe prolonge, plus on femble s'attacher à la¦vie ,
ne l'ont point empêché de mettre fin à la fienne.
Ses infirmités , l'affoibliflement de fa vûe , la perte
de fon ouïe , le dépériffement de fes forces , font
les feules raifons qui l'ont déterminé à quitter la
fociété à laquelle il fe trouvoit inutile. Le 31
Juillet , après le Plaidoyer que prononça M. l'Avocat
- Général Séguier , ce qui duia depuis huit heures
& demie jufqu'à une heure , la Cour après un
délibéré d'environ une demi - heure , tendit, un
Arrêt dont voici le di pofitif , conforme aux Con.
clufions de M. l'Avocat - Général.
des Requêtes du Palais ir firmée , fait droit fur les
appels & demandes de MM. de Montefquiou , enfemble
fur les Conclufions de M. l'Avocat-Général
, fans s'arrêter aux fins de non- recevoir de
MM. de la Boulbenne , leur fait défenfes de plus
à l'avenir prendre les nom & armes des Montelquiou
, & s'en dire iffus par mâles , ni dirc&emert ,
ni indirectement ; ordonne que le nom de Mon.
tefquiou fera rayé de tous les actes où MM. de
- La Sentence
I
( 91
fa Boulbenne l'auront pris , fupprime leurs Mémoi
res , permet à MM. de Moutefquiou de faire imprimer
& afficher l'Arrêt ; condamne MM. de la
Boulbenne aux dépens ; donne acte au P.ocureur-
Général de les réferves contre les qualités de
Fezenfac , &c. «
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 30 Juillet.
On apprend de New-York , qu'en vertu de l'ordre
publié dans la Gazette de cette ville , pour
que les Loyaliftes portent leurs déclarations au
Bureau de l'Adjudant- général , ples de fix mille
réfugiés , Torys , &c. ont demandé à paffer dans
la nouvelle Ecoffe . Cette émigration augmente pro.
digienfement par la conduite des habitans de l'Amétique
Unie , qui font déterminés à ne fouffrir
dans ce pays aucun des malheureux qui en ont
abandonné la caufe.
Les Etats Americains n'ont pas montré plus d'unarimité
dans leur fyftême de réfiftance à la Grande
Bretagne qu'ils n'en manifeftent aujourd'hui dans
leur reffentiment contre les Loyalistes . De la baie
de Maffachuffet à la Penfylvanie , il paroît que le
fyftême dominant eft de chaffer tous les Loyalistes
qui font dans le pays & d'empêcher d'y rentrer
ceux qui s'en font rétirés .
Les troupes continentales qui étoient à Savanah
font en marche pour Charles- Town , où elles
trouveront des bâtimens qui les tranſporteront dans
leurs états refpectifs .
On lit dans les derniers papiers de New - York
qu'on y mettra en vente la frégate la Caroline
Méridionale de 40 Canons , prite fur les Améri
cains & la Sibylle de 36 , prife fur les François
dans fon paffage des Indes Occidentales à Philadelphie.
L'avertiffement porte que la premiere a
été conftruite en Hollande il y a 4 ans. On trouve
fingulier ici que ces vaiffeaux fe vendent à New-
Yo.k , fur-tout s'ils font dans l'état où on les pré
( 92 )
fente. Il ne peut y avoir d'acheteurs que les Amé
ricains qui , fans doute , faifiront cette occafion d'ajouter
ces deux frégates à leur Marine , à un prix
d'autant plus médiocre , qu'ils n'auront point de concurrens.
Nos papiers ont annoncé que l'efcadre Ruffe confif
tant en feize vailleaux de guerre , dont 11 de ligne
, étoit fortie de Cronstadt le 10 de ce mois ,
& qu'elle étoit attendue ſous peu de jours aux Danes,
on elle devoit mouiller avant de fe rendre à Portf
moch ; mais cette nouvelle n'a aucun fondement.
» On vient de voir à Newmarket un exemple fin
gulier des viciffitudes du jeu . Un jeune homme arrivé
depuis quelques mois des Indes occidentales , le préfenta
à une table de jeu ; il avoit 10 l . ft. dans fa
poche , & il ne put s'empêcher d'être tenté de les
rifquer ; il les mit fur une carte & gagna ; il conti
nua & gagna encore ; fon bonheur fut fi conftant
qu'en moins de 2 heures il fe trouva avoir 17,000l. ft.
de gain. Il fe retira avec des billets de banque pour
ee te fomme. A peine fut - il chez lui ' que quelques
amis vinrent le féliciter ; lorfqu'ils furent fortis il
vint d'autres perfonnes lui faire compliment ; elles
l'engagèrent à jouer encore & lui gagnèrent les
17,000 l. ft. & 2500 par deffus «.
On travaille avec la plus grande célérité dans
les chantiers du Roi à carener tous les vaiffeaux qui
en ont besoin & à finir les vaiſſeaux neufs. Il paffe
même pour très-certain qu'on va mettre en commiffion
de nouveaux vaiffeaux ; que quelques-uns de
ceux deftinés à des ftations au dehors font contremandés
& qu'on enverra des vaiffeaux d'une plus
grande force dans les lieux où l'on ne devoit employer
que des frégates & des floops .
» On a reçu hier matin des nouvelles du Prince
Guillaume-Henri qui étoit parti le 26 pour aller
s'embarquer à Greenwich fur le yacht l'Augufte qui
doit le tranfporter fur le continent. Ce Prince voya.
gera pendant un an ; alors il reviendra en Angleterre
V
793
où il fe livrera tout entier à l'étude des connoiffances
néceffaires aux marins ; le Capitaine Elphinfton qui
l'accompagne commandoit le Warwich a bord duquel
le trouvoit ce Prince lorfque ce vaiffeau prit la
frégate l'Aigle. Leur liaifon s'elt formée pendant le
tems qu'ils out fervientemble «.
La guerre qui menace d'éclater entre la Ruffie
& la Porte n'eft pas vue généralement du même
eil dans ce Pays . Nos négocians qui fentent le prix
du commerce qu'ils font dans le Levant , ne feroient
pas difpofés à fe le voir enlever ; & tous s'accordent
à penfer qu'il eft à propos que les Turcs reftent
où ils font , & qu'on s'oppofe aux projets
formés contr'eux pour les chaffer de 1Europe.
Une nation plus active qui les remplaceroit
ôteroit à toutes les Puiffances maritimes les avanta
ges d'un commerce intéreffant , & dont la perte feroit
très-fenfible. Il réfuite de cette fermentation
générale que les Puillances dont les mouvemens alar
ment depuis quelque tems celles qui ont befoin de la
paix , ne pouvant ignorer les difpofitions de ces der
nieres , regarderont peut-être à deux fois les conféquences
d'une démarche plus decifive «.
L
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND ' CHAMBR
Caufe entre les Curé & Marguilliers de St-Etiennedu-
Mont , & les Curé & Marguilliers de St-Benoift.
De inquelle de ces deux Paroiffes font
les Ecoles de Droit ? 1
Les nouvelles Ecoles de Droit bâties fur l'ancien
terrein du Collège de Lizieux , qui étoit fi
tué, partie dans la Seigneurie de Ste - Genevieve ,
& dès lors de la Paroiffe St -Etienne- du -Mont , &
(1) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de is liv, par an , chez M. Mars , Avocat , rue & Hôtel
Serpente,
7 94 )
partie dans la Seigneurie des Dames de Longchamps;
& à ce titre de la Paroiffe St- Benoît , a donné lieu à
la queftion de favoir fur laquelle de ces deux Pa
roiffes devoit être fixé le nouveau bâtiment des
Ecoles de Droit. Les Curé & Marguilliers de
St- Bencit prétendoient que l'ancien College de Li
zieux étant , à raifon de la principale porte d'entrée
, de la Paroiffe St - Benoit , les nouvelles Eco+
les qui y ont été ſubſtituées devoient être de la
même paroifle. Les Ceré & Marguilliers de
St-Etienne fourenoient , au contraire , que la principale
porte des Ecoles fe trouvant aujourd hui fur
la cenfive & dans la Seigneurie Ste- Genevieve , Curé.
primitif de St Etienne -du -Mont , lefdites Ecoles de- .
voient être de la Paroiffe St - Etienne . Ces débats
ont donné lieu à une nomination d'Experts &
à des Mémoires contenant une difcuffion fort éten
due. Arrêt du 13 Mai 1783 qui a décidé que
le Bâtiment des Ecoles de Droit feroit déformais
de la Paroifle St - Etienne -du - Mont. Dépens compenfés
entre les Parties .
COUR DES AIDES DE
-
PARIS.
La contrainte par corps a- t -elle lieu contre un
débiteur de Deniers Royaux , âgé de 70 ans.
L'importance de cette cause a mérité une difcuffien
étendue , dans la Gazette des Tribunaux :
en voici l'apperçu . Le fieur A.... , Receveur
général des Finances , étant mort au mois d'Octobre
1780 , le fieur B.... fut commis pour achever
fon exercice. Ce Commis commença par demander
communication des compres & des regiftres
du feur A .... Calcul fait , il fut reconnu que.
le fieur C... . , Caiffier du feur A.... étoit débiteur
d'une femme de 194,062 liv. 16 fols 6 den . ,
tant pour excédent de recettes , qui ne fe trouvoit
pas en caiffe , que pour erreur de calcul dans différens
Bordereaux & pour omiffion de recette.
-
--
195 )
+
Les héritiers bénéficiaires du fieur A.... , & le
fieur B.... fe réunirent pour faire affigner le fieur
C.... en la Cour des Aides , en condamnation
de la fufdite fomme , & par corps. Le fieur
C.... demanda un délai , & conclat à être déchargé
de fa contrainte par corps.
La demande
étoit fondée fur fon âge de plus de 80 aus , &
donna lien à la queſtion de favoir fi l'âge de 70
ans peut exempter de la contrainte par corps un
debiteur de deniers Royaux. Arrêt du 31
--
Mai 1783 en la premiere Chambre , qui fans s'arrêter
à la demande de C.... , le condamne à payer
les 194,062 liv. 16 fols 6 den. & par corps .
CAUSE EXTR. DU Journ. des Causes CÉLÈBRES ( 1 ) .
CHATELET DE PARIS.
Suicide occafionné par la paffion du jeu , & peine
prononcée contre les infracteurs de la derniere
loi , qui a profcrit les jeux défendus.
De toutes les paffions , la plus forte , la plus funefte
, c'eſt la paffion du jeu . Les autres trouvent
du moins , leurs bornes dans les forces de l'homme
, dont l'épuifement met , malgré lui , un terme
à leurs excès. D'ailleurs , c'eſt le coupable même
qui en eft ordinairement le premier & le feul puni.
Mais celle du jeu fe change en fureur ; & après.
avoir fait le malheut de toutes les victimes infortunées
dont le fort eft lé à celui du joueur ,
elle le précipite ordinairement dans un fombre défelpoir
, & le porte à attenter à la propre vie. Si
l'on connoiffoit les caufes des fuicides qui fe commettent
dans la capitale , on frémiroit de voir que
(1) On fouferit pour ce Journal chez M. des Effarts , Avo
cat , qui nous a fourni lui- même cet extrait , & chez Mérigor
le jeune , Libraire ; prix 18 liv. & 24 liv. pour la Province.
( 95 )
la paffion du jeu eft fans doute celle qui aims
molé le plus de ces folles victimes . It eft inutile
de pénétrer ici l'intérieur des familles , & de préfenter
le tableau affligeant de tant d'époules en
larmes , de tant d'enfans ruinés & jettés dans la
plus affreue indigence par un pere joueur. C'est
pour prévenir ces malheurs que le Roi a renou
vellé tout récemment les fages loix de les prédéceffeurs
contre les affemblées de jeux publics &
ruineux, & qu'il a porté des peines févères con
tre cet abus trop multiplié , & la fource de tant
de maux. Mais l'abus eft fi enraciné , qu'il réfiſte
à la loi , & la braver . Il n'y a qu'une exécution rigoureufe
& conftante qui puiffe en triompher. Au
mapris de ces défenſes un Médecin , dérogeant à
la noblete & à la gravité de fon état , continuoit
de tenir , avec la femme , une aſſemblée de jeu ou
tripot , qui fe prolongeoit bien avant dans la nuit
dans un appartement au troisième , rue neuve des
petits-champs , donnant fur le Palais Royal. Un
feur Temporal , poffédé de la paffion du jeu , y
alloit habituellement : il y perdit facceffivement
plufieurs fommes confidérables . Il difparut quel
le malheureux ques jours ; & , le 18 Mars 1781 ,
fut trouvé noyé . Il y a apparence qu'il périt vic
time volontaire de fon défeſpoir. M. le Procureur
du Roi au Châtelet , inftruit de ces faits , fit affigner
& informer contre le Médecin & fa femme , & requit contre eux la condamnation de l'amende
de 3000 liv. portée par les lettres parentes du
S
Mars 1781 , & toutes récentes contre ceux qui
donnent à jouer . Sentence eſt intervenue le 11 Mai
fuivant , conforme aux conclufions de M. de Saint-
Fargeau , en la Chambre de Police du Châtelet de Paris
, qui a condamné le Médecin & la femme en
3000 liv, d'amende , pour avoir enfreint les défenfes
portées par l'édit du 5 Mars , & a ordonné
l'impreffion & l'affiche de la Sentence."
I
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES
.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE
, le 30 Juillet.
LES,fujets Ruffes commencent
déja à
jouir de tous les avantages que leur
affure le traité de commerce conclu le 21 de
ce mois ; l'abolition des monopoles leur en
procurera d'intéreffans ; jufqu'ici la Compagnie
qui avoit celui des toiles , gagnoit près
de cent pour 100 fur les marchandifes qu'elle
débitoit ; elle vendoit 11 & quelquefois 13
piaftres la pika , qu'elle achetoit des Anglois
pour 6 feulement. Celle du fer produit
des gains proportionnés . Un bâtiment
Ruffe eft arrivé de Taganrock , chargé de
ce métal. La Maifon de commerce Ruffe
James & Sidney , à qui il étoit adreffé , s'eft
empreffée de le vendre à un prix fort audeffous
de celui qu'on payoit auparavant ; la
Compagnie Turque a murmuré ; & quelques-
uns de fes Intéreffés , foutenus par des
Janiffaires , ont cherché à s'en venger , en
1 6 Août 1783 . e
( 198 )
faififfant les Vendeurs & en les traînant en
prifon. M. de Bulgakoff a auffi - tôt porté des
plaintes de cette violence , dont les auteurs
ont été réprimandés , & menacés de perdre
la tête s'ils la renouvelloient.
On s'attend que le traité donnera lieu à
bien de nouvelles fcènes de ce genre , jufqu'à
ce que les Turcs foient accoutumés à
cette nouveauté ; mais on doute qu'on leur
en laiffe le tems. La nouvelle de la réfignation
de Sahim - Guéray en faveur de la Ruffic
& de la prise de polleffion faite de la Crimée
par les troupes de cette Puiffance , a fait ici
beaucoup de fenfation. La pefte qui fe fait
toujours fentir dans cette prefqu'ifle doit
fufpendre les opérations des Ruffes , & donner
au Gouvernement le tems de délibérer
fur le parti qu'il a à prendre. En attendant ,
les préparatifs de guerre continuent , & la
contagion ne les rallentit pas ,; on eft ici plus
familiarifé avec ſes effets , que l'on ne l'eft
ailleurs ; & ils n'interrompent aucune opération
; c'eft peut- être une des cauſes du retour
fréquent de ce fléau & de l'extenfion
de fes ravages. Ils fe font fentir dans le
Fauxbourg de Pera , dont toutes les rues
offrent le fpectacle lugubre de morts que
l'on porte dans les cimetières , & de malades
qu'on tranfporte dans les Hopitaux , d'ici à
Alep , il n'y a prefque point de villages qui
ne foient infectés.
199 )
8
RUSSI E.
De PETERSBOURG , le 10 Juillet.
L'IMPERATRICE eft arrivée ici les de ce
mois , de retour de fon voyage à Fideriksham.
Elle n'a pas fait un long séjour dans
cette Capitale , d'où elle s'eft rendue à
Chefmé , pour affifter à la célébration de la
fête anniverfaire de la fameufe bataille navale
emportée fur les Ottomans . De Chefmé
elle eft retournée à Czarsko- Zelo , cù elle
paffera le refte de la faifon , & où l'on à
célébré avant - hier l'anniverſaire de fon
avènement au Trône , & hier la fête du nom
du Grand -Duc.
M. Archetti , Archevêque de Chalcédoine,
& Nonce du Pape à Varfovie , eft arrivé iei
le 4 de ce mois , en qualité de Miniftre du
St - Siége en cette Cour.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 16 Juillet.
ON commence à s'entretenir ici de confédérations
; & plufieurs parlent d'une Diète
extraordinaire qui fera tenue encore dans
le courant de cette année , mais on ne voit
pas quelles feroient les raifons de cette
affemblée. En attendant on met le Comte
de Branick à la tête de ceux qui jugent une
confédération néceffaire dans les circonftances
préfentes où l'on craint une guerre, entre
C. 2
( 100 )
la Ruffie & la Porte . Il lève , ajoute-t on , des
troupes qu'il paye très- bien.
?
Selon les nouvelles des frontières un
corps nombreux d'armée Ruffe eft pofté auprès
de Kaminieck . On lui fuppofe le projet
de tenter quelque chofe fur Choczim , les
Généraux en connoiflant à fond la force ,
la garnifon & Partillerie . Quant à la Crimée
on dit qu'actuellement les Ruffes en font en
poffeffion , & cet évènement fait craindre
encore la guerre qu'on croyoit ne devoir
plus avoir lieu depuis la fignature du traité
de commerce entre la Ruffie & la Porte , &
lequel cette dernière Puiffance a ac-
Tout
ce que la première defiroit.
La pefte , lit on dans plufieurs lettres , fait les
plus grands ravages dans la Crimée ; elle a empê
ché les troupes Ruffes de s'étendre ; le régiment d'A
zoff avoit beaucoup fouffert ; on a pris le parti à
Kertfch & à Jenikalé de brûler la plupart des édifices
& de transporter les malades fous des tentes.
Prefque tous les villages de la Péninfule font égale
ment infectés de la contagion. Les Ruffes pour en
empêcher l'extenfion ont interdit toute communication
entre les Corps refpectifs de leur armée. Parmi :
les précautions étranges prifes contre ce fléau , on
parle de l'exécution du plan de M. Samoïlowitz qui
aveit propofé d'inoculer la pefte. Si l'on en croit
quelques nouvelles , il a inoculé plus de mille perfonnes
; fon procédé pour la guérir eft d'employer
des frictions de glace fur les parties du corps affligées
par des bubons. On ajoute que M. Samoï'o .
witz a obtenu de l'Impératrice une penfion confidérable
en récompenfe d'une découverte auffi utile à
l'humanité «.
Ce procédé extraordinaire mérite quelques
( 101 )
détails , nous en placerons ici quelques - uns .
M. Samoïlowitz eft Affefleur des Collégés de
S. M. I. de toutes les Ruffies , Docteur en
Médecine , Chirurgien Major du Sénat de
Moskou; en 1771 il étoit dans cette ancienne
Capitale lorfqu'elle étoit affligée de la pefte ;
il étudia la nature & les effets de cette maladie
qu'il prit trois fois lui-même , & dont il
fe guérit : il affure dans les Mémoires qu'il a
publiés depuis cette époque, que la pefte, depuis
le moment où elle a éclaté jufqu'à la fin
de fon cours , n'atta que jamais deux fois la
même perfonne , s'il l'a eue trois fois pendant
la durée de la même épidémie , c'eft
qu'il n'avoit pas été radicalement guéri ; &
c'étoit le même virus qui n'avoit pas été
chaffé qui renouvelloit le mal . De cette cbfervation
, il conclut que le meilleur moyen
d'en arrêter les ravages , eft de l'inoculer . Il
infifte fur l'avantage qu'on en retire en préparant
les fujets ; en leur communiquant un
virus choifi , & c. Un des effets de cette méthode
eft de raffurer le malade & ceux qui
l'entourent ; la peur emporte plus de monde
que le mal même. M. Samoilovitz ne prétendoit
pas qu'on fît cet effai au hafatd ; fon effer
pouvoit être de porter la contagion où elle
n'étoit pas ; il vouloit qu'on faisît la premiere
occafion où elle fe feroit déja manifeftée pour
inoculer les perfonnes qui n'en auroient pas
été attaquées , fans craindre de faire naître
le mal dans un pays. Les circonftances ont
préfenté cette occafion ; & c'eſt alors qu'il a
e 3
( 102 )
tenté fa Méthode . Si en effet elle répond à ce
qu'il en promet , il eft difficile de rendre un
plus grand fervice à l'humanité ( 1 ).
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 26 Juillet.
ON parle beaucoup d'un nouveau voyage
de l'Empereur , qui fera dans cette Capitale
un féjour moins long qu'on ne le defireroit.
Il y aura des camps en Bohême & en
Moravie. S. M. I. fe propofe de vifiter le
premier & d'aller enfuite faire un tour à la
Cour de
Wurtemberg.
Il vient d'être adreffé à la Chancellerie de
Bohême un ordre de l'Empereur , relatif aux
mariages , que ce Tribunal eft chargé felon
l'ufage de faire paffer à tous les Tribunaux,
inférieurs. Il contient en fubftance..
» La Religion qui eft le fondement & l'appui de
toutes les Loix , permet qu'un homme non marié
époufe une femme ou une fille libre ; elle ne fait &
ne reconnoît entre les hommes aucune diftinction de
rang ou de dignité ; c'eft l'orgueil feul ,fondé fur la
nobleffe des ancêtres & des préjugés établis par
l'ufage qui ont inventé les mariages de confcience.
Ceux-ci qui n'ont point d'autre fource doivent donc
être révoqués , à préfent qu'ils fe trouvent affujettis
aux mêmes proclamations publiques & aux mêmes
formalités que les autres mariages , ainfi qu'aux engagemens
qui réfultent d'un contrat confacré égale.
ment par la Religion & par les Loix . Celui qui rou
( 1 ) On trouve à Paris chez Méquignon, rue des Cordeliers ,
le Mémoire de M. Samoïlowitz fur l'inoculation de la Peſte.
( 103 )
git d'un hymen clandeftin doit s'en abftenir ; mais
dès qu'il a cru fon bonheur & fa fatisfaction inté
reffés à former une union de cette efpece , il doit
avoir la fermeté de l'avouer publiquement & de furmonter
tous les vains préjugés à cet égard «.
Le Bureau général des Dépôts a été ſupprimé
, à l'avenir tous les dépôts feront con
fiés à l'Adminiftration des Départemens refpectifs
.
Le Prince de Starhemberg qui n'étoit attendu
que le 24 de ce mois dans cette Capitale
, y eft arrivé le 22 ; & le fur- lendemain
il a prêté ferment entre les mains de l'Empereur
en qualité de Grand-Maître de la Cour
Impériale.
L'Evêque de Paffau eft venu ici pour traiter
lui- même des affaires de fon Evêché avec
la Cour Impériale ; il a déja eu une audience
de l'Empereur à ce fujet.
" Le 14 de ce mois il éclata à Berchtoldfdorf
un orage accompagné de grêle qui a haché les vignes
de manière que toute espérance de vendange eft
perdue pour cette année ; le même malheur eſt arrivé
à Brunn , Enzeefdorf , Modling & plufieurs
autres endroits . Les brouillards dont on fe plaint
par tout règnent dans plufieurs diftricts de la Hongrie
; mais ils y font fi épais qu'ils interceptent prefque
lejour , & que toutes les après- midi , às heures
du foir , il n'eft plus poffible de voir à fe conduire
dans les rues : un autre phénomène fingulier ,
remarqué dans tous les endroits où il y a des bains
chauds , c'eft que les bains font actuellement d'un
degré plus chauds qu'ils ne le font ordinairement « .
De HAMBOURG , le 30 Juillet.
Les incertitudes fubfiftent toujours relati-
€ 4
( 104 )
la
vement à la guerre entre les Ruffes & les
Turcs ; fi le traité de commerce qu'ils viennent
de conclure annonçoit un arrangement
prompt & certain , il paroît au moins reculé
par la prife de poffeffion de la Crimée en
vertu de l'abdication du Kan qui , dit- on , reçoit
une penfion de 80,000 roubles pour
ceffion qu'il a faite de fes Etats à l'Impératrice
de Rullie, tandis que fes deux freres en rece
vront également une de 10,000 chacun. On
fait que les préparatifs ne font rallentis
nulle part , ni fur les frontières de la Ruffie ,
ni fur ceux de la Turquie. La demande formelle
des territoires qui dépendoient ancien
nement de la Péninfule , doivent inquiéter
férieufement le Divan , qui , après avoir vu ,
à la fin de la dernière guerre , ce pays fecouer
le joug de fa dépendance , & former en apparence
un Etat libre , ne paroît guère devoir
confentir à le voir paffer fous la domination
des Ruffes. Au refte , on affure que tous les
Cabinets de l'Europe s'occupent actuellement
de cette grande querelle , à laquelle ils prennent
tous un intérêt plus ou moins grand ;
on fe flatte que de la difcuffion de ces intérêts
divers , il réfultera quelque traité géné
ral qui ramènera la tranquillité.
C'est au tems à diffiper les obfcurités répandues
fur les difpofitions des Puiffances
intéreffées au commerce du Levant , & à nous
apprendre à quoi aboutiront les mouvemens
& les préparatifs qui continuent dans les
( 105 )
deux Empires ; en attendant les opinions vatieht
fingulièrement , & la plupart de nos
papiers qui s'épuifoient en réflexions fur la
foibleffe des Ottomans , fur la néceflité de
les éloigner d'Europe , commencent à revenir
un peu en leur faveur.
» Si l'on s'en rapporte à diverfes lettres , lit- on
dans un de ces papiers , on ne prendra pas une grande
idée de la tactique des Ottomar s & de leur manière
de camper ; mais fans examiner s'il n'y a pas
un peu d'exagération dans le portrait défavantageuz
qu'on en fait , on croit pouvoir affurer qu'aujourd'hui
la docilité avec laquelle ils reçoivent les inftructions
des Européens , établira bientôt parmi
feurs troupes l'ordre & la difcipline néceflaires pour
le fuccès. Sous Charles XII les Suédois à force de
battre les Ruffes leur apprirent enfin à les battre euxmêmes
; & l'art militaire eft une fcience que les
Tures pourroient également apprendre de leurs
vainqueurs. Quoi qu'il en feit de ces fuppofitions ,
le Ministère ne néglige rien pour les réalifer . Le
Bacha de Bofnie qui réfide à Traunick a reçu dernièrement
un firmas en conféquence duquel il a redoublé
d'activité , & fait paffer aux Spahis des environs
, l'ordre de fe tenir prêts à marcher
Widdin , place fituée far le Danube entre Nicopoli
& Belgrade. Les habitans de cette Province qui portoit
autrefois le titre de Royaume , fe nomment
Bochnaks , & paflent pour de très - bons guerriers .
On fe rappelle un trait qui leur fait honneur . Dans
la guerre précédente le Grand - Seigneur fit marcher
un corps confidérable de foldats de cette contrée ,
& leur fit promettre fous ferment qu'ils ne revetroient
ni leurs foyers ni leurs femmes qu'après avoir
chaffé les Ruffes des rives du Danube. Quand la paix.
es
vers
( 106 )
fut conclue , le Grand- Seigneur fit dire aux Bochnaks
qu'ils pouvoient retourner chez eux . Ces braves
gens refusèrent d'obéir parce que les Ruffes étoient
encore fur les lieux d'où ils avoient promis de les
chaffer. Un corps de 6c00 d'entr'eux écrivit au
Commandant de l'armée Turque : foyez sûr que
nous pouvons tenir le paſſagejufqu'à demain midi ;
& que quand l'ennemi l'aura forcé , il n'existera
plus aucun de nous. Ils tinrent en effet parole ; de
tels foldats ne femblent pas à mépriter « .
Selon les lettres de Hongrie , il eft arrivé
le 3 de ce mois à Semlim deux Couriers étrangers
, l'un a continué fa route pour Conftantinople
avec des dépêches ; l'autre attend à
Semlim des dépêches de la Capitale de l'Empire
Ottoman , pour les porter en toute diligence
à fa Cour ; on croit qu'elles décideront
de la paix ou de la guerre.
"
On n'a pas ceffé , écrit on de Vienne , les envois
de munitions de guerre qui partent continuellement
pour la Hongrie ; il y a plus de 600 canons de
fer fur les bords du Danube qui font deftinés pourles
frontières de ce Royaume . Tous les embarquemens fe
font pendant la nuit. Malgré la conftance & l'étendue
de ces préparatifs , on croit cependant ici beaucoup
plus à la paix qu'à la guerre. On a arrêté deux
étrangers venant des frontières Turques , & on alfure
qu'ils étoient porteurs de papiers de la plus
grande importance. La pefte qui fait beaucoup de
ravages dans différentes Provinces de l'Empire
Turea , dit-on , gagné la Dalmarie Vénitienne ,
par ordre de la République on prend toutes les précautions
poffibles pour arrêter les progrès de ce
fléau ".

( 107 )
ITALI E.
De LIVOURNE , le 16 Juillet.
UNE felouque expédiée par le Comman →
dant de l'Ifle de Gorgone , & arrivée ici , a
apporté l'avis des funeftes effets d'un orage
affreux qu'on y a éprouvé le 10 de ce mois .
" La grêle & la pluie duroient depuis tout l'aprèsmidi
; vers les 10 heures elles paroiffoient diminuer ;
& un fergent accompagné d'un cadet ſe rendit à la
batterie du fort de la Tour- Neuve , pour y vifiter
la fentinelle. La foudre tomba au moment même fur
le magafin à poudre fitué près de cette batterie . L'explofion
fit fauter en l'air une poutre du fort & endómmagea
les bâtimens voifins . Le fergent fut tué ; le
cadet qui fe trouvoit avec lui déchiré en pièces &
jetté au loin ainfi que la fentinelle. Les foldats en
quartier fous la batterie & le Commandant ont été
bleffés . Plufieurs canons ont été pouffés à plus de
100 pas de la batterie , & entr'autres un de bronze
qui a été rompu en deux pièces ; au départ de la felouque
il en manquoit encore un qu'on n'avoit pas
encore retrouvé. Les vivres , les provifions , & c.
font prefque entièrement gâtés . Il fe trouvoit dans
le magafin 2780 liv. de poudre , tant en barils
qu'en cartouches «.
Le même jour , au moment de l'exploſion
on avoit reffenti ici une fecouffe qu'on attribuoit
à un tremblement de terre , & l'on
avoit entendu un éclat violent , qui étoit
fans doute celui de l'exploſion . On a envoyé
dans cette Ifle des tartanes chargées de provifions
, de bois & de matériaux pour répa
rer le fort & les bâtimens endommagés , &
l'Ingénieur Lotti a été chargé de diriger ces
travaux.
e 6
( ICS )
L'Electeur Palatin , à fon retour de Rome ,
a paffé par Mantoue ; il fe difpofoit à reprendre
la route de l'Allemagne , & il n'a
point été aux bains de Pife , comme on
difoit qu'il en avoit le deffein en venant en
Italie.
» L'Evêque de Scala , écrit- on de Naples , avoit
follicité auprès da Roi la permiffion de fe rendre à
Rom : pour y vifiter les lieux faints . S. M. la lui a
refafée , en témoignant en même- rems qu'elle défapprouvoit
la conduite des Evêques qui , fans aucun
prétexte ou fous de fr.voles , abandonnoient leur réfilence
, & interrompoient l'exercice de leurs fonc
tions. Oa dit que l'Evêque malgré ce refus eft parti
fecrètement pour faire le voyage qu'il avoit projeté.
Les brouillards contingent toujours dans ce
Royaume , & font quelquefois fi épais qu'on ne
voir point à fe conduire. Quelques perfonnes
croient devoir attribuer leurs canles aux exhalaifons
que prodaifent les continuels tremblemens de
terre de la Calabre ; & ce qui femble appuyer leur
opinion , c'eft que ces brouillards ont quelquefois
une odeur de foufre «.
ESPAGNE.
De MADRID , le 24 Juillet.
Les lettres de Cathagêne nous ont appris
que
l'armement raffemblé dans ce port , fous
les ordres de D. Antonio Barcelo , en avoit
mis à la voile le 13 de ce mois ; les calmes
continuels qu'il a éprouvés juſqu'au 16 ,
l'ont retenu les 3 jours fuivans à la vue de ce
port , & ce n'est que le 16 , après avoir fait
teuer les petits bâtimens par les gros , qu'ila
dépaffé le Cap de Palos , le vent ayant changé
( 109 )
& étant devenu favorable à cette époque , on
ne doute pas que ce Chef d'Eſcadre ne foit
arrivé à fa deftination vers le 19 ou le 20 :
ainfi nous ne pouvons tarder à préfent à recevoir
des nouvelles de fon expédition fur
le fuccès de laquelle on compte toujours.
» Il vient de mouiller dans ce port , liton dans
une lettre de Cadix , un navire venant de la Havane ,
d'où il a appareillé le premier du mois dernier avec
l'efcadre de D. Jofeph Solano , & le réfor qu'il efcorte
en Europe ; il a mis 44 jours à fa trayerfée ; "&
nous nous flattons de voir arriver à la fin de ce m is
ou au commencement du prochain les richeffes que
nous apporte cette flotte & qui doivent vivifier le
commerce de cette ville. Lorfque D. Jofeph Solano
eft parti de la Havane , le bâtiment qui avoit été
chargé de porter la nouvelle de la fignature des préliminaires
de la paix à Buenos - Ayres , étoit revenu
de fa miffion. Le Gouverneur de Buenos- Ayres a dû
expédier fur- le-champ des couriers au Pérou & au
Mexique pour y annoncer ce grand évènement , qui
ne peut qu'avoir caufé beaucoup de fatisfaction dans
toutes les poffeffions éloignées de S. M. «
ANGLETERRE.
De LONDRES , le s Août.
Les papiers Américains , qui feuls nous
fourniflent quelques nouvelles de ces contrées
, préfentent quelques articles piquans ,
que nous tranferirons . Telle eft entr'autres
la convention fuivante , conclue dans le
mois de Mai dernier à Tarento par les fix
Nations fauvages , avec le Chevalier John
Johnfton , Surintendant des affaires qui les
concerne.
( 110 )
» Par la grace de Dieu invincible , nous fix nations
& réfugiés loyaux , jurons par la haute puiffance
& fainteté de Dieu , par fon royaume , par la
ſubſtance des cieux , par le foleil , par la lune , par
les étoiles , par la terre & par tout ce qui eft fous la
terre, par les crânes & tous les péricrânes chevelus
de nos mères , par nos têtes , & par toute la force
de nos ames & de nos corps , par la mort du grand
Chevalier William Johnſton , que toi notre frère &
fon fils , Chevalier John Johnſton , qui lui fuccèdes
dans la furintendance de nos affaires , nous ne t'abandonnerons
d'aucune manière dans tes grandes &
intéreffantes affaires ; que nos nations dufent- elles
être détruites anéanties au point qu'il ne reste de
nous que quatre ou cinq hommes au plus , nous te
défendrons & tous ceux qui t'appartiendront en la
moindre chofe ; que fi ta as beſoin de nous , nous
irons toujours avec toi. Si nous ne tenons pas exactement
la promeffe que nous te faiſons , alois que
la juftice de Dieu tombe fur nos têtes , que fa vengeance
nous détruiſe nous & notre poftérité , qu'elle
balaye tout ce qui nous appartient & qu'elle en faffe
un bloc de pierre ou une maffe de terre , & que la
terte puiffe s'entr'ouvrir & dévorer nos corps & nos
ames cc.
Une lettre d'Albany , en date du même
mois , contient les détails fuivans .
» Le 16 de ce mois M. Jofeph Mayal , habitant
de la Province de Tryon , traverfant les bois entre
Cherry-Valley & Thurlow , fit rencontré par un
fergent & deux foldats Anglois qui lui ordonnèrent
de les fuivre comme leur prifonnier. Il marcha avec
eux juſqu'à la rivière Sufque Hannah où ayant choifi
un endroit pour la paffer à gué , il fut convenu que
le plus grand qui étoit un des foldats marcheroit le
premier , ce qui fut effectué ; comme les deux autres
Le préparoient à le fuivre & avoient posé pour cet
effet leur fufil & leur havrefac à terre , Mayal fe
( III )
faifit d'un des fufils & les poufla l'un & l'autre avec
la croffe dans la rivière. Auffi-tôt que le foldat fut
revenu à lui , il parvint à paffer la rivière ; mais le
fergent revint fur fes pas & tâcha de fe faifir de
Mayal qui lui paffa une balle au travers du corps
avec le fufil qu'il avoit dans les mains , & prenant
avec lui les autres fufils il s'en retourna fain & fauf.
Maya fut leur prifonnier pendant 24 heures ; il dit
qu'ils habitoient autrefois les bords de la rivière
Mowhawk ; qu'ils avoient quitté Niagara le 17
Avril, & qu'à cette époque on n'y avoit pas encore
reçu de nouvelles officielles de la paix. Le fel fe
vendoit dans cette ville 5 f. 6 den. le boiſſeau , le
meilleur thé bou 7 f. la livre , le rum des ifles 6 f.
6 den . le gallon , & le prix de plufieurs articles étoit
auffi bas qu'en 1774 “.

Au départ des dernières nouvelles le Congrès
étoit occupé d'un objet de la plus grande
importance , & dont les circonftances ont
démontré la néceffité ; c'eft un nouvel acte
d'union & de confédération perpétuelle con
clu de manière à pouvoir raflembler avec
célérité & énergie les forces de la République
au moment du befoin. On a reconnu
qu'il y avoit des occafions où un feul état
pouvoit , quand il ne fe rendoit pas à l'unanimité
, fufpendre les opérations les plus né -
ceflaires & les plus importantes ; on l'a vu
furtout , quand le Congrès a établi une taxe
foncière ; tous les Etats y avoient confenti ,
à l'exception de ceux de Virginie & de Rhode-
Inland , dont l'oppofition arrêta cette meſure
falutaire , jufqu'à ce qu'ils l'euffent retiré &
donné leur confentement. Dans des circonftances
difficiles , où les réfolutions ne peu(
112 )
vent être différées fans danger , & où il con
vient de prendre un parti prompt & vigoureux
, il eft impoffible de confulter chaque
Etat particulier , & de perdre du tems à lui
développer la néceffité d'une meſure qui , fi
elle eft retardée , devient inutile ; il eſt donc
effentiel , au moment de la paix , de prévoir
cet
inconvénient , & de revêtir le Congrès
d'un pouvoir qui peut être borné à ces
circonftances , & qui fera la fûreté générale.
L'Auteur du Sens commun , qui a fi longtems
écrit pendant la guerre fur les affaires
publiques , & qui peut-être a influé fur les
opinions des Américains & fur l'efprit & la
vigueur qu'ils ont montrés , vient de prendre
la plume pour la dernière fois , & de leur
donner encore quelques avis fur leur conduite
à verir & fur les premières opérations
auxquelles ils doivent fe livrer. Nous tranfcrirons
ici cette lettre intéreflante.
Les tems d'épreuves font paffés , la révolution
la plus étonnante & la plus complete , dont les
Annales du monde faffent mention , eft enfin con.
fommée avec autant de gloire que de bonheur.
Mais ce paffage du danger extrême à la fûrete parfaite
, du tumalte de la guerre à la tranquillité
de la paix ,
quoiqu'agréable dans la fpéculation ,
demande un certain tems pour laiffer aux efprits
le tems de fe remettre & de fe préparer à en goû
ter les do ceurs . Le calme même nous caufe ure
forte
d'étourdiffement , quand il furvient & fe dé
clare trop précipitamment . Un orage qui cefferoit
tout-à - coup après nous avoir tourmentés longtems
& avec la plus grande violence , nous laifferoit dans
un état de furprise , plutôt que de jou flance , &
(
113 }
il nous faut quelques momens de recueillement ,
avant de pouvoir favourer fans trouble toute la
félicité du repos . S'il y a des cas où l'ame puifle
paffer tout-à- coup d'un fentiment à un autre oppofé
, fans que ce paffage brufque lui faffe éprouver
aucune fenfation douloureufe , ces cas au moins ,
font très - rares. Les plus grands plaifirs de l'ame
font la réflexion & la comparaifon , & il faut que
ces facultés aient le tems de fe développer avant
que nous puiffions nous livrer à la contemplation
des nouvelles fcènes qui fe deploient fous nos yeux.
Dans la circonftance actuelle , l'importance extrê
me de l'objet , les viciffitudes fi fréquentes de la
fortune à notre égard , les dangers fans nombre &
de toute efpèce auxquels nous avons eu le bon
heur d'échapper ; le point d'élévation où nous nous
trouvons actuellement portés , eft la vafte perfpective
qui s'ouvre devant nous , tout nous invite à
nous livrer au charme de la contemplation .
---
Sentir qu'il eft en notre pouvoir de rendre un monde
heureux ; apprendre aux hommes l'art de l'être euxmêmes
; déployer fur le théâtre de l'univers un caractère
jufqu'alors inconnu : introduire un nouve!
ordre de chofes & être en quelque forte chargés
d'une nouvelle création , eft une pofition fi gloricufe
, qu'elle invite au recueillement de la ré
flexion pour le mieux pénétrer de tout fon prix
& de fon importance. C'eft dans les premiers
momens de ce calme qui a enfin fuccédé à de fi
terribles & de fi longues tempêtes , qu'il convient
de reporter nos regards fur les évènemens pour
y apprendre ce qui nous refte à faire. Jamais
je le répète , aucun Etat n'a eu des efpérances auffi
flatteufes que celui-ci . A fa naiffance comme à celle
d'un beau jour , il n'a vu qu'un horifon ferein &
riant. Sa caufe étoit jufte , fes principes généreux ,
fon caractère tranquille & ferme. Toute fa conuite
a été fubordonnée aux règles les plas ftric(
114 )
Il y
tes de l'ordre & il prouvoit l'augufte empreinte de
l'honneur fur tout ce qui l'environnoit.
a bien peu de pays , & peut- être même n'en exifte
t- il pas un feal qui puiffe fe vanter d'une pareille
origine. Tout , jufqu'au premier établiſſement des
Etats Unis correfpond au caractère de la révolu
tion. Rome , qui tenoit jadis avec tant d'orgueil
le Sceptre de l'Univers , Rome elle- même n'avoit
été dans l'origine que le repaire d'une troupe de
brigands. Le pillage & la rapine ont été le fondement
de fes richeffes , & elle n'a dû fa grandeur
qu'à l'oppreffion du refte de la terre. L'Amérique
ne fera jamais dans le cas de rougir , en rappor
tant l'hiſtoire de fa naiſſance & des évènemens par
lefquels elle eft parvenue à l'Empire . Le fouvenir
du paffé , s'il produit l'effet qu'on a lieu d'en
attendre , doit lui infpirer l'ambition la plus louable
, celle d'ajouter encore à la réputation qu'elle
s'eft faite au moment même de fa naiffance . L'univers
l'a vue grande dans l'adverfité lutter fans le
moindre découragement contre une foule d'obftacles.
Il l'a vue oppofer avec audace , avec fierté même
, le courage à la détreffe , & redoubler d'efforts
, à mesure que la tempête devenoit plus vio
lente. Comme il eft impoffible de déployer plus
de grandeur d'ame & de magnanimité , to it -ce que
l'on peut dire de l'Amérique , c'eft que fi fa gloire
eft extrême , elle eft méritée . Son devoir actuelle
ment eft de montrer à l'univers qu'elle peut fup .
porter la profpé ité & que la conduite pendant la paix
fera digne de celle quil a tant illuftrée dans la guerre .
Voici maintenant les Américains rendus aux
occupations de la vie tranquille & domestique , non
pour gémir de leurs défaftres à l'ombre funèbre des
cypres , mais pour recueillir , fur leur propre terre
& fous leurs vignes , les fruits de leurs travaux ,
& la récompenfe de leurs peines. Dans cette fituation
, puiffent-ils ne jamais oublier qu'une bonne
( 115 )

réputation Nationale eft auffi importante que l'indépendance
; qu'elle porte avec elle un charme qui
gagne tous les hommes & triomphe de l'inimitié
même ; qu'elle donne une dignité fouvent fupérieure
à la puiflance , & commande le refpect avec plus
d'efficacité que la pompe & la fplendear . Ce feroit un
malheur à jamais déplorable , que la moindre tache ,
quelle qu'en pût être la caufe , fouillât une révolution
qui doit couvrir d'un honneur immortel le
fiècle où elle s'eft opérée , & qui a contribué plus que
tout autre évènement humain ( fi on peut donner ce
nom à une telle révolution ) à éclairer l'univers , &
à répandre parmi tous les hommes l'efprit de liberté
& de générofité. Ce n'a pas été une des moindres
calamités de cette longueguerre, que celle de fermer
l'ame à ces fenfations délicates qui , dans d'autres
tems , paroiffent fi agréables . Le fpectacle conftant
de la défolation émouffe la fenfibilité , & l'oeil forcé
de voir ces fcènes finiftres , finit par ſe familiarifer
avec elles . C'eft ainfi que la plupart des obligations
morales de la fociété s'affoibliffent , jufqu'à ce que
l'habitude , transformée en néceffité , foit alléguée
comme une excufe , lorfqu'elle est réellement un
crime. Néanmoins qu'une Nation ait une haute idée
de la réputation , & rien ne lui coûtera pour la conferver.
Aucune m'a donné de plus belles efpérances
que les Américains , aucune n'a de plus grandes
obligations à remplir. La dette contractée par l'Amérique
, eft l'objet le plus frivole , fi on la compare à
la caufe qu'elle nous a fait gagner , & aux avantages
infinis qui doivent en dériver. Pour être heuregie ,
elle n'a qu'à le vouloir. Le monde entier eft à fa
difpofition. Il n'y a maintenant aucune Puiffance
Etrangère qui faffe le monopole de fon commerce ,
ni inquiette fa légiflation , & la puniffe de la profpérité.
Elle eft enfin paffée , la criſe qui feroit toujours
arrivée dans un tems ou dans un autre , mais
qui ne pouvoit arriver dans un tems plus favorable.
( 116 )
toute
Au lieu d'un maître
impérieux ,
l'Amérique a obtentu
un allié , dont les ennemis même n'ont pu s'empêcher
de
reconnoître la
magnanimité vraiment exemplaire
, &
l'extrême
généiòfité.
l'indépendance & un
commerce univerfel , les Etats ,
Avec la paix ,
tant
féparément que
collectivement , auront le tems
& les moyens de régler & d'établir leurs intérêts
domeftiques , & d'ôter à la calomnie mêine ,
occafion d'élever le moindre nuage fur leur honneur .
Il eft plus aifé de
conferver fa réputation , que de la
recouvrer quand on l'a perdue , & voilà pourquoi
tout homme qui , par quelques vues
criminelles ou
par défaut de jugement , a porté dans les ténèbres la
moindre atteinte à la
réputation d'un autre , lui a fait
ne bleffare qu'il ne fera plus en fon pouvoir de
guérir.
Puifque nous nous fommes fait un
patrimoine deftiné fur- tout pour notre poſtérité , il
faut qu'il lui foit tranſmis dans toute fon honorable
intégrité. Le peu que cela pourra coûter , fi on le
compare à
l'importance des Etats , à la grandeur de
l'objet & du prix de la réputation nationale , ne fera
qu'un échange profitable . Mais l'union des Etats cft
ce quidoit le plus fixer l'attention de tous les hommes,
qui penfent , elle comprend tous les intérêts fubor
donnés dont ce
préalable une fois rempli , la conciliation
devient facile. C'eft fur ce
fondement que
repofe
l'importance & la grandeur de notre caractère
national. Voilà ce qui nous donnera
confidération audehors
&
tranquillité au- dedans . C'est par cette union
feulement que les
Américains font & peuvent être
connus comme Nation dans le monde. C'eft le pavillon
des Etats -Unis qui fait la sûreté de nos vail- ,
feaux & de notre
commerce , tant fur les mers que
dans les ports étrangers. Les paffeports pour pénétrer
dans
l'intérieur du
Continent , nous feront accordés
au même titre . Tous nos traités
d'alliance ,
de paix ou de commerce , font conclus fous la fouveraineté
des Etats -Unis , & c'eft le feul nom ou titre
( 117 )
fous lequel nous foyons connus de l'Europe.
-- La
divifion de l'Empire en Etats , tient à nos convenances
' particulières , mais chez l'Etranger cette diftin&tion
ceffe. Les affaires de chaque Etat font locales. Elles
ne peuvent s'étendre par-delà fes limites , & quand
les plus riches d'entr'eux feroient le facrifice de tour
ce qu'ils possèdent pour un objet de revenu , ces
reffources ne fuffiroient pas pour foutenir la fouveraineté
contre une attaque étrangère . Enfin nous
n'avons d'autre fouveraineté nationale , que comme
Etats - Unis. Ce feroit même un malheur pour nous
que nous en euffions une autre , parce qu'elle nous
coûteroit trop à conferver , & qu'il feroit impoffible
de la foutenir. Des individus ou des Etats individuels
peuvent le donner le nem qu'il leur plaît ; mais les
hemmes , & fur-tout ceux qui font nos ennemis , ne
peuvent être tenus en respect par le vain fon d'un
nom . Il faut que la fouveraineté ait le pouvoir de
protéger toutes les parties qui la compofent & qui
la conftituent ; or , comme Etats - Unis , nous femmes
en état de foutenir l'importance du titre ; mais autres
ment nous ne le fommes pas ; notre union affermie
& cimentée par de fages règlemens , cft pour nous
le moyen le moins cher & le plus facile de devenir
une grande & puiffante Nation , & c'est la plus heureufe
invention que la fituation de l'Amérique lui
permît d'adopter . En effet , prenant de chaque Etat
les forces qui , iſolées , ne peuvent lui être d'aucun
fecours , elle en forme un enſemble qui fert à tout.
Les Etats de Hollande font un exemple des inconvéniens
qu'entraîne la divifion de la fouveraineté.
Cette défunion les expofe fans ceffe aux intrigues ,
& donne fur eux à leurs ennemis , un avantage
dont cette République ne s'apperçoit que trop
par les pertes & les malheurs qu'elle éprouve.
Enfin l'efpèce d'impoffibilité où font les Hollandois
de prendre une réfolution fur les mesures
propofées & de mettre enfuite ces arrêtés à exécu(
118 )
tion , eft pour eux , comme elle feroit pour nous ,
une fource intariffable de calamités Il en eft des
Etats confédérés comme des individus dans la fociété
Le facrifice de quelque portion de propriété eft
néceffaire pour la confervation du tout. Sous ce
point de vue , Eos dons même tournent à notre
avantage , & nous retirons un intérêt annuel bien
au-deffus du capital. Je ne puis retenir un mouvement
de chagrin & même d'indignation lorfque j'en
tends porter la moindre atteinte au refpe &t avec lequel
tout citoyen de l'Amérique devroit parler de l'union,
ce grand palladium de notre liberté & de notre exil
rence. C'est la chofe la plus facrée qui exifte dans
la conftitution d'Amérique , c'eft celle qui eft faite
pour nous impofer le plus d'orgueil & d'enthou
fiafme. Le titre de citoyen des Etats - Unis eft netre
caractère national , celui de citoyen de quelqu'Etat
particulier n'eft qu'une diftinction locale . Ce titre
n'eft fair pour fervir qu'entre nous ; c'eſt ſous l'autre
que nous fommes connus de l'Univers , enfin notre
grand titre eft celui d'Américains ; les autres varient
fuivant les Pays . J'ai employé tous les moyens
qui étoient en mon pouvoir pour concilier les affections
ainfi que les intérêts & animer du même efprit
tous les citoyens de l'Amérique. Dans le deffein de
concourir avec plus de fuccès à pofer cette pierre
fondamentale de la révolution , je n'ai voulu occuper
aucune place quelconque relative ni à ma
profeffion particuliere ni aux affaires publiques ; je
me fuis tenu éloigné de tous les partis & de tout efprit
de parti ; j'ai fait même le facrifice de ces intérêts
particuliers , toujours incompatibles avec les
grandes vues , en effet il ne faut que jetter les yeux
fur l'étonnante révolution qui eft notre ouvrage ,
fe bien pénétrer de fon importance pour fentir que
les petites guerres & les querelles indécentes , occafionnées
par l'efprit de parti , font auffi déshonoran
tes pour notre caractère que préjudiciables à notre
repos. C'eft la caufe de l'Amérique qui m'a rendu
---
&
(
119
auteur. Profondément prénétré de fes intérêts & du
danger que couroit ce Pays , en cherchant une réconciliation
impraticable & contre nature , avec des
ennemis qui vouloient abfolument nous voir à leurs
pieds , lorfque le parti qui fût fatisfaire & fauver
les Américains étoit la déclaration d'indépendance ,
il m eft devenu impoffible de garder un filence trop
douloureux pour ma fenfibilité ; & fi dans le cours
de fept années má plume a rendu quelque fervice à
l'Amérique , peut- être n'a-t elle pas nui non plus à
la gloire de la littérature en fe dévouant avec
autant de liberté que de défintéreffement , à la cauſe
dugenrehumain , & en faifant voir qu'il peut y avoir
des génies faus proftitution. L'indépendance m'a
toujours paru praticable & même propofable ,
pourvu qu'il fût poffible de tourner vers cet objet
les efprits des Américains , & l'hiftoire du monde
entier n'offre point d'exemple d'une grande nation
répandue fur un territoire immenfe , parmi laquelle
une infinité de circonftances avoit établi tant de
variété , & dont l'efprit étoit accoutumé depuis
long-tems à une certaine manière de penfer , qui ait
adopté fi fubitement & fi efficacement un nouveau
fyftême politique , & qui perfiftant dans la réfolution
avec une fermeté auffi inébranlable , ait ſupporté
d'un front égal la bonne & la mauvaiſe for
tune dans une longue fuite d'évènemens , jufqu'au
moment où le fuccès a couronné fon entreprise.
Mais à préfent que la guerre eft enfin terminée ,
& que chacun va retourner dans le fein de fa famille ,
pour s'y livrer aux douceurs que lui promettent
cette vie paifible & des tems plus heureux , je crois
pouvoir auffi moi - même prendre quelque repos.
J'ai rempli avec le plus grand zèle , depuis le commencement
jufqu'à la fin , la tâche que je m'étois
impofé ; dans quelque contrée que le fort conduife
mes pas , je foutiens toujours une honorable fierté
en me rappellant la part que j'ai eu à ce grand ouvra
( 120 )
ge , & un fentiment de gratitude pour la nature &
la Providence , qui m'ont mis à portée d'être de
quelqu'utilité à mes femblables.
+
Le tabac eft un objet important de commerce
de l'Etat de Virginie ; on dit qu'il
n'occupe pas moins de 3000 matelots , & on
porte à 76,000 tonneaux celui qu'on y a recueilli
l'année dernière . On ſe rappelle qu'avant
la guerre celui qui paffoit dans les Manufactures
Britanniques faifoit un objet de
So0,000 liv. fterl. par an , & on regrette
beaucoup la perte d'un commerce fi intéreffant.
La Virginie en fournit à la Hollande ,
à l'Espagne & à l'Allemagne ; on n'a pas vu
moins de 7 bâtimens chargés de cette denrée
, & venant tous de la Virginie , dans le
mois dernier à Hambourg ; ce qui annonce
l'activité des fpéculations de cet Etat naiffant
, c'eft que les Maîtres de ces navires
enrôlent à très gros gages le plus qu'ils peu
vent de matelots étrangers ; on dit qu'ils
ont la préférence fur les Agens de la
Ruffie , qui enrôlent ainfi des matelots partout
où ils peuvent , & autant qu'ils en peuvent
trouver.
» Nous nous flattons toujours , écrit-on de Briftol
, de voir renouer la correſpondance entre la G. B.
& l'Amérique ; les avantages que nous nous en promettons
& que nous craignons de perdre font trèsfenfibles.
Ce voeu que nous formons & le defir de
le voir réalisé , exalte toutes les têtes ; on en a vu
un effet le 22 du mois dernier ; le James, Capitaine
Atwood , arriva ce jour-là de Virginie , chargé de
tabac ; une troupe de négocians avec une bande de
muficiens
( 121 )
muficiens alla au-devant de lui fur la rivière d'Avon
dont les deux bords étoient couverts d'une foulet
prodigieufe de peuple. Le Capitaine rapporte que
jes vaiffea x partis de ce port pour la Virginie &
pour Philadelphie , y ont été bien reçus «.´
S'il faut en croire des nouvelles de plufieurs
ports , on y équipe actuellement so
vaiffeaux de guerre , & on eft auffi occupé
dans nos chantiers qu'on l'étoit il y a 8 mois ;
tous ces mouvemens cependant ne paroiffent
qu'être en conféquence de nouveaux règlemens
de la marine. Selon un état qu'on
trouve dans prefque tous nos papiers nous
avons 624 vailleaux de différentes grandeurs,
en comprenant 98 qui font fur les chantiers ;
on en compte , dans ce nombre , 124 de 60
à 110 canons .
On a calculé que depuis la paix on a réformé
, dans la marine , 30,000 matelots &
autant d'homines dans l'armée de terre ; cela
en fait 60,000 qui font fans emplois depuis
4 mois , & on s'en alarme avec d'autant plus
de raifon que tant de bras oififs peuvent de
venir dangereux , & qu'en effet les vols fe
multiplient prodigieufement depuis quel
que tems .
» M. Bembridge dont le procès a fait beaucoup
de bruit , & qui refte feul depuis la mort de M. Po
well en buite aux recherches , a été déclaré coupable
par le Juré au Tribunal du Banc du Roi ; on fait
qu'il étoit accufé ainfi que fon collègue de quelque
inexactitude dans les comptes du feu Lord Holland
& que le déficit dont on fe plaint n'eft pas au deffous
de 50,000l . ft. Il vient d'appeller de ce Jugement
& il compte fur un témoignage nouveau qui n'a pas
16 Août 1783. f
(
) ( 122
été entendu dans la première inftruction de fon af
faire.
Le malheureux Ryland dont l'affaire n'a pas fait
moins de bruit à l'occafion des billets de la Compagnie
des Indes qu'on l'accufe d'avoir fabriqués luimême
, ou du moins négociés les fachant faux , &
qui fut reconnu par le cordonnier chez lequel il s'étoit
logé, à fon nom qui fe trouva fur fes fouliers , a
été jugé dernièrement. Sa fuite , fon changement de
nom , le coup de rafoir qu'il le donna à la gorge
Jorfqu'il fe vit près d'être arrêté étoient au moins
des indices violens qu'il étoit coupable ; n'étant pas
encore en état d'élever la voix à caufe de fa bleffure ,
il temit fa défenſe par écrit au Tribunal ; elle a été
affez adroite ; les pleurs de fa femme , fes prières ,
fon trouble , dont l'innocence accufée n'eft pas
exempte , & le defir naturel de préférer de fe jufti
fier de loin , font ce qu'il a allégué pour excufer fa
fuite ; quant au coup de rafoir il déclare qu'il avoit
perdu la tête. La partie la plus importante de ſa juſtification
& la plus folide étoit la conduite précé
dente ; il rappella qu'ayant été forcé de faire banqueroute
une fois , il a fatisfait fes créanciers & leur
a payébeaucoup plus que la Loi ne l'auroit exigés
le tableau de fa fortune qui eft fans doute confidérable
puifqu'il la porte à un fond de 17,000 l. ft. 200
de penfion qu'il tient des bontés du Roi , & 2000 de
revenu que lui produit fon induftrie , eft encore une
des preuves qu'il alléguoit contre la vraisemblance
qu'il fe fut rendu coupable d'un pareil crime. Le
Juré l'a cependant déclaré coupable ; on dit qu'il a
été préfenté une requête au Roi pour obtenir la
grace , & qu'elle eft appuyée par quantité de perfonnes
de confidération ,
A ces cauſes nous en joindrons une autre
'd'une nature au moins fingulière , dans laquelle
il s'agit de décider à qui appartiendra
une des plus riches propriétés du Royaume
25
( 123 ).
fortie d'une des plus grandes maiſons par la
foibleffe , l'inconduite & l'on peut dire le
vice , & que fe difputent des étrangers. Le
fond de cette caufe intéreffe les moeurs &
la police , & mérite des détails.
Miftriff Smith , femme d'un Avocat de ce nom
qui vivoit à Grais -Inn en 1730 , fe fépara de fon
mari avec une penſion de 200 1. ft . & fe mit fous la
protection du Comte de Bradford fur l'efprit duquel
elle prit un empire fingulier ; après en avoir eu un
fils qui fut baptifé fous le nom d'Harrifon , elle lui
fit faire un reftament par lequel il laiffoit tous les
biens réels à ce fils , & à fes héritiers pour toujours ;
ordonnant qu'en cas qu'il vînt à mourir avant d'être
marié ou après fans enfans , la totalité de les biens
pafferoit à Miftri Smith fa mère avec pouvoir d'en
difpofer à fa volonté. Le Lord mourut fans changer
ce teftament ; Miftriff Smith s'empara d'un legs
confidérable , & recueillit les revenus des biens de
fon fils qui vivoit alors avec elle. Un chirurgien
nommé Small , avec lequel elle fe lia , la fubjugua
comme elle avoit fubjugué le Lord , & prit le maniement
de fa fortune ; pour la fervir dans le projet
qu'elle avoit formé de faire prendre à Harrifon fon
fils le nom de Newport qui étoit celui de famille du
Comte de Bradford , il ouvrit fa maison , qu'il fermoit
à tout le monde , à M. Pulteney depuis Comte
de Bath , qui follicita & obtint l'acte du Parlement
néceffaire. Peu de tems après le jeune Newport eut
des maux de tête ; Small le traita ; les maux fe diffipèrent
, mais l'efprit en fouffrit ; & l'enfant tomba
dans une imbécillité qui dégénéra en démence ; on
fit les formalités néceffaires , & il fut reconnu juridiquement
& déclaré infenfé . Alors Miftriff Smith
mourut après avoir légué par un teſtament ſes biens
propres montant à 100,000 l. ft. à ſon ami Small ,
en reconnoiffance des bons foins qu'il avoit cus
f2
{ 124 ད་
d'elle & de fon fils ; pour reconnoî re également
ceux de M. Pulteney , elle lui donna & à fes
héritiers tous les biens du Comte de Bradford
ffon fiis mouroit fans poftérité , & l'en établit
curateur , tandis qu'elle somma Sir Henri Bridger
`man pour veiller fur la perfonne de ce fils . Auffi
tôt on fit adjuger par la Chancellerie une penfion à
l'infenfé , & ordonner le dépôt du furplus des re
venus dans la caille de l'Adminiftrateur - général ,
pour lai être remis s'il recouvroit fa ralfon. Ce
ne fut pas tout , M. Pulteney fit pafler au Parle
ment un bill qui défendoit le mariage des infen.
fés , & privoit feurs esfans de leurs héritages.
Cette foi qui parut fi fage à la Nation , dont
il reçut
les remerciemens , lui affura ainfi qu'à
fes defcendans 12,000 liv . ft. de rente. Les reve
nus de ces biens dépofés par les foins du Comte
de Bath dans la caiffe défignée , accumulés pen ,
dant 42 ans avec les intérêts jufqu'à la mort de
Newport , forment à préfent près d'an million ft,
Scien une ancienne loi , les biens propres d'un
bâtard & d'us infenfé reviennent à la Couronne ;
les biens réels , ceux du Comte de Bradford, font
irrévocablement donnés aux héritiers du Comte
de Bath , repréfentés par Miff Pulteney , qui avec
les autres biens de les ancêtres , eft la plus riche
hérijere da Royaume . A préfent les parens de M.
Smith afpirent aux biens propres , & fe difpo ent
à les difputer à la Couronne ; malgré la publicité
du commerce de leur parente avec le Comte de
Bradford , fa féparation d'avec fon mari n'a jamais
'été légale ; ce dernier ne s'eft pas laffé de la vi
firer fréquemment , & ils prétendent qu'en conféquence
de l'axiome , pater eft quem nuptie de
monftrant , que Newport doit être 1egardé comme
fon fils. Il eft queftion de favoir s'ils hériteront
ou fi ce fera la Couronne , des biens propres ;
mais ceux du Comte de Bradfort fent perdus pour
fa famille .
( 125 )
FRANC E.
De VERSAILLES , le 12 Août.
LE 3 LL. MM . & la Familk Royale fignèrent
le contrat de mariage du Marquis de
Redon , Capitaine de Dragons au Régiment
des Deux Ponts , avec la Baronne de Mauvilly
, & celui de M. de Laffone , Médecin
ordinaire de la Reine , avec Mlle. Faucon.
Le même jour , le Comte de Pignatelly ,
Ambaffadeur extraordinaire du Roi des
Deux-Siciles , a eu une audience particulière
du Roi , à qui il a été préfenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeil Royal des
Finances Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le Département des Affaires Etrangères.
Le Baron de la Houfe , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi à la Cour de Copenhague , de
retour par congé , eut l'honneur d'être préfenté
le même jour à S. M. par le même Miniſtre.
De PARIS , le 12 Août.
On a reçu ici de la Chine les détails affli-
ON
geans du défaftre de l'Ifle de Forinofe. C'eft
ainfi qu'on les raconte.
» Au mois de Maí de l'année derrière , la mer
s'éleva fur les côtes de la Chine à une hauteur démefurée
, & couvrit entièrement , pendant 8 heures ,
life Formole , de manière que la plus grande
partie de fes malheureux habitans a péri ; & que
la mer en fe retirant , n'a fait , de la plupart des
habitations , qu'un monceau de décombres . C'e
M. Bertin , Miniftre d'Etat , qui a reçu ce récit affli(
126 )
geant ; on fait qu'il a une correfpondance fuivie
avec les Miffionnaires établis dans cet Empire , &
jafques dans le palais de l'Empereur. A la lettre
qui lui a été envoyée , cft jointe une relation , en
Italien , de ce tersible évènement , faite , dit- on,
par l'Empereur lui - même , qu'on fe propose d'envoyer
à l'Académie des Infcriptions , & qui alors
fera traduite & rendue publique. L'Empereur a voulu
juger par lui- même du défaftre qu'une partie de fes
fujets venoit d'éprouver ; & en parcourant les
vinces Orientales de fon Empire , il a eu encore la
douleur de voir fon peuple en proie aux vexations
de quelques Mandarins ; il en a fait juftice , en faisant
couper plus de 300 têtes «.
pro-
Huit millions d'habitans , car c'eft à ce nombre
qu'on porte ceux de Formofe , paroîtront
une population bien
extraordinaire pour une
Ifle à laquelle les relations les plus accrédi
tées donnent 130 à 140 lieues de circuit ;
mais quand il n'y en auroit eu que la moitié,
& d'après les calculs les plus modernes, il dec'eft
voit y avoir ce nombre, une terrible
cataftrophe que celle- là. Il eft inutile de
rappeller que les Chinois étoient les feuls
maîtres de l'Ile depuis qu'ils en avoient
chaffé les Hollandois en 1661 .
Le vaiffeau le Souverain , écrit- on de Toulon ,
le
dernier qu'on attendoit de l'efcadre de M. de Vaudreuil
, rentré dans ce port le 21 Juillet , a rencontré
l'armement forti de Carthagêne aux ordres de Don
Antonio Barcelo ; les Officiers remarquent qu'il a dû
avoir les vents contraires depuis le 16 qu'il parvint
à doubler le cap de Palos , jufqu'au 25 ; ainfi on
fuppofe ici qu'il n'aura pu paroître devant Alger au
plutôt , que le 27 ou le 28. Les travaux de notic
arfenal font toujours dans la plus grande activité ,
& il fe fait des préparatifs comme s'il devoit y avoir
1 127
un embarquement prochain. La contagion s'étant
de nouveau manifeftée à Conſtantinople , la quaran
taine la plus rigoureuſe a été ordonnée dans tous les
poris de Provence , pour les bâtimens qui viennent
du Levant. On apprend de Marfeille que lc
Capitaine Brouza , du navire le Nouveau Lion Couronné,
venu du Port-au - Prince , rapporte avoir vu
le 4 Juin dernier , fut les ifles Tercères , un navire de
So canons , qu'il a jugé Hollandois d après la conftruction
; il paroifloit abfolument abandonné , &
fortoit au gré du vent. Le Capitaine ajoute que ce
navire n'étoit qu'à un mille de, diſtance du Nouveau
Lion Couronné, & qu'il n'a vu perfonne fur fon
bord , malgré les fignaux qu'il a faits «.
Tous les vaiffeaux qu'on attendoit à Breft
font rentrés dans ce port. Peu de jours après
l'arrivée du Sagitaire , qui venoit des côtes
d'Afrique , on y a vu mouiller l'America,
vaiffeau donné au Roi par le Congrès , qu'a
amené M. de Macarty ; le bois en est trèsbeau
, très-bon , & le travail fini .
" Le 3 Août , entre cinq & fix heures du foir ,
il est tombé pendant plus d'un demi quart d'heure ,
fur la Paroiffe de Maleſtable , près de Longuy , dans
le Perche , à 3 lieues de Mortagne , une grêle effroyable
, dont les moindres grêlons étoient comme
des oeufs de pigeons , la plupart comme des oeufs
de poules , & quelques - uns comme le poing. Plufeurs
avoient des pointes irrégulières qui perçoient
comme des dards . Il fembloit que ce fûr une pluie
de pierre. En un inftant toutes les vitres des maisons
& bâtimens expofés au couchant d'où venoit la
nuée , ont été mises en pièces , & plus de la moitié
des tuiles des couvertures tant du Château que
baffe -cour , fermes & maifons du village ont été
brifées , de forte qu'il faut tout recouvrir . Mais
c'eft encore là la moindre perte. On devoit comf£
4
( 128 )
mencer la moiffon le lendemain. Elle a été entièrement
ravagée : les bleds , les orges , les avoines &
les chanvres , font fi totalement hâchés , qu'à peine le
produit dédommagera-t- il des frais de la récolte ,
qui vont doubler par la peine plus grande qu'on aura
à Lamaffer tous les épis épars & la plupart égrainés.
Ils fourniront à peine la femence. Les arbres qui
promettcient la plus abondante récolte en cidre ,
feule boiffon de ce pays , font non- feulement dépouiliés
de la majeure partie de leurs fruits , mais
le jeune bois eft brifé pour la plupart , & un grand
nombre de branches ou rompues , ou fendues , ou
endommagées jufqu'au vif. Les fruits qui reftent
fur les arbres font prefque tous frappés de la grêle ;
ainfi nulle espérance de récolte pour cette année ,
& ily a tout lieu de craindre qu'une partie des arbres
ne périfle , & que ce qui reflera ne donne pas du fruit
d'ici à plufieurs années . Les jardins potagers ne
font pas non plus épargnés. Tous les légumes jufqu'aux
choux font perdus . On a trouvé da gibier
tué dans les champs . Enfin pour terminer ce trifte
détail , M. Dupré de St- Maur a vu le lendemain ,
cinq femmes & quatre ou cinq enfans , dont trois
avoient plufieurs trous à la tête , & les autres des
meurtriffures aux bras & aux jambes «.
Un défaftre pareil s'eft fait, fentir dans le
Hainault , le même jour & à la même heure ;
c'eft ainfi qu'on nous en écrit les détails.
» Le 3 courant , entre cinq & fix heures du foir ,
il eft furvena fubitement une grêle très -forte fuivie
d'un orage & de plufieurs coups de tonnerre , qui
ont fait un ravage confidérable & ne laiffent pas la
moindre espérance de récolte , dans un très- grand
nombre de Bourgs & Villages , qui environment la
Villed'Aveftes en Hainant ; plufieurs perfonnes tuées,
le gibier écrasé , le bétail égaré dans les campagnes ,
les arbres renverfés les maifons enlevées dans
plufieurs de ces endroits ; tout ce canton enfir,
( 129 )
n'offre plus dans ce moment , qu'un tableau déſeſpérant
. La Ville d'Avelnes n'en a pas été plus à l'abri ,
les fenêtres & couvertures de toutes les Maifons ,
des Pavillons , Cazernes , Eglifes , Communautés
& autres Edifices publics , font fracafiés par la grêle
qui étoit de la gruffeur d'un cuf; on ne peut jufqu'a
préfent évaluer la perte que ce fiéau a occafionné ,
mais elle eft extrême & jette le peuple dans la plus
grande, confternation «.
Un Obfervateur à qui nous avons l'obligation
de quelques détails intéreffans , nous
a fait paffer les fuivans , qui portent encore
la même date .
» Le Dimanche 3 Arût , il a paffé fur Rheims un
débris d'orage accompagné de tonnerre & gréle. Il
y avoit des grélons de la groffeur d'un petit oeuf de
poule , irréguliers , gainis de peintes & bien traofparents
. A travers les plus gres qui étcient trapezeides
on a apperçu , laffé fondie , vu & touché
des vrais crapauds jaunâtres & des cfcargots avec
leurs coquilles . A Tinqueux village voifin , il eft
tombé une congellation bizarre large comme la
main & fur la quelle étoit empreinte un croix . Maigré
cela l'orage a fait peu de dégâts , ces groffes
males n'ayant été parfemtes que loin à loin. On
prétend avoir vu des herbes étrangères incrustées
dans l'intérieur de quelques éclats , mais je n'ai pu
le vérifier , n'ayant trouvé perfonne qui ait fair cas
de ces ordures & corps étrangers . Je defire que
perfonne n'ait eu fujer de vous faire une defcription
plus défaftre fe de cet orage «,
Les incendies font fouvent les effets de
Pimprudence ; ceux qui n'ont pas d'autre
caufe , peuvent fervir de leçon .
Le 11 de Juillet , à huit heures du foir , un
incendie a confumé le grenier à foin & une partie
du bâtiment du fieur Fournier , au moulin de la
fs
( 130 )
Vigerie , Paroiffe de Condat. On a
découvert que
deux enfans de 11 à 12 ans , voulant donner du
foin aux chevaux ,
allèrent dans l'écurie avec une
chandelle allumée . L'un monta fur le ratelier poury
faire tomber du foin , & l'autre éleva la chandelle
pour
l'éclairer. Le foin étoit
nouvellement ferré &
très-fec. La flamme de la
chandelle l'atteint , le brûle
& gagne
rapidemement
jufqu'aux toits. Les enfans
ont peur , ils
s'échappent ; mais craignant d'être
blâmés ils n'ofent appeller du fecours. Le feu fait
des progrès , à l'inftant la
couverture eft embrasée ;
elle s'affaifle ; un torrent de flammes & de fumée
jaillit à une hauteur
extraordinaire. Il fut heureuſement
apperçu de loin. Plus de 150 payfans des Paroiffes
d'Ile & de Condat &
plufieurs Bourgeois accoururent
au fecours . A force de travail ils arrêtent
l'incendie. A l'activité & au foutien du
ces bonnes gens pendant prefque toute la nuit , on courage de
n'auroit pas dit qu'ils euffent travaillé pendant le
jour ils avoient
cependant été haraffés de peine &
de chaleur. Mais il faut rendre juftice au peuple : le
fpectacle de
l'infortune agrandit fon ame. On évalue
le
dommage canfé par cet incendie à près de
4000 livres «,
:
Les traits de
bienfaifance
méritent de la
publicité ; & c'eft à ce titre que nous nous
empreffons de
recueillir celui - ci , qu'on
nous minde de Bellifle en
Beaujolois.
» Le régime des corvées vient d'être changé dans
cette
Province.
Autrefois le pauvre comme le riche
étoient fujets à cette
fervitude & y
contribuoient
également. C'étoit une injuftice. Le riche devoit
être plus chargé que le pauvre . Le
Gouvernement
J'a fenti ; il a
fubftitué une
impofition à cette fervitude
perfonnelle. La
répartition de cette
impofition
Le fait au marc la livre de la taille , de manière que
le riche paye à raifon de les facultés ; ce qui allège
le pauvre. Chaque année il fait un rôle de l'impe(
131 )
ition de la tâche des corvées affignée aux Paroifles
du Beaujolois. Dans la plupart de ces Paroiffes l'on
ne recueille que des vins. Cette denrée a éprouvé
cette année une diminution confidérable ; le débit
en a même été très- difficile ; les bleds fort chers ;
ce qui a réduit les habitans dans une détreffe affreufe.
La Paroiffe de Durette en Beaujolais a été hors
d'état de faire face à l'impofition de la corvée . Le
collecteur chargé du recouvrement de cette impofition
, n'avoit pu même fournir aux frais du rôle.
M. Dulac , Procureur du Roi en la Sénéchauffée de
Dombes , Seigneur Haut- Jufticier de cette Paroiffe ,
informé de la trifte pofition où étoient réduits fes
jufticiables , eft venu à leur fecours , & au moment
où ils étoient menacés d'exécutions , il a eu la générofité
de payer pour eux l'impofition du prix de la
tâche qui leur avoit été impoſée , avec déclaration
qu'il n'entendoit faire aucune répétition . Par ce
moyen il ne s'eft point fait de rôle , & la Paroiffe
de Durette s'eft trouvée libérée d'une charge qu'il
lui étoit impoffible de fupporter «.
Le 21 Mai de cette année , il y a eu à
l'Abbaye Royale de Port- Royal une cérémonie
édifiante , dont les détails ne nous
font pas parvenus dans le tems ; c'eft celle
de la profeffion de Madame Henriette-Marie
de Montperoux , à laquelle le Nonce du
Pape a préfidé,& M. l'Abbé l'Enfant a prononcé
le Difcours d'ufage dans ces circonftances .
Nous n'avons donné dernièrement que le
précis très fommaire de l'Arrêt du Parlement,
rendu dans l'affaire de MM. de Montefquiou
, contre MM. de la Boulbene ; en
voici les difpofitions en entier.
» LOUIS , &c. Après que Treilhard , Avocat
du Marquis de Montefquiou , du Comte d'Artai-
£ 6
( 152 )
gnan , de l'Abbé de Poylobon-Montefquiou - Marfan,
de l'Abbé de Montefquiou- Saintrailles & autres ;
Delamalle , Avocat de l'Abbé de Montefquiou la
Boulbene ; Henry , Avocat de Montefquiou la
Boulbene ; & Polverel , Avocat du Chevalier de
Montefquioù la Boulbene , ont été ouis fendant
onze Audiences : enfemble Séguier pour notre Procureur
Général , & qu'il en a été délibéré.
Notredite Cour, faifant droit fur les appels refpectif
des Parties , a mis & met les appellations &
ce dont eft appel au néant ; émendant , évoquant
le principal & y faifant droit , reçoit les intervenans
Parties intervenantes ; faifant droit fur ladite intervention
, ſur les demandes des Parties de Treilhard ,
enfemble fur les conclufions de notre Procureur-
Général , donne acte auxdites Parties de Treilhard
de leur déclaration qu'elles n'entendent point fe
fervir des deux pièces argüées de faux ; fans avoir
égard aux fins de non - recevoir propofées par les
Parties de Delamalle , Polverel & Henry , fait défenfes
auxdites Parties de prendre à l'avenir le nom
& les armes des Parties de Treilhard , & de fe dire
directement ou indirectement iffus par mâles des
auteurs defdites Parties de Treilhard ; en conféquence
, autorifé lefdites Parties de Treilhard à faire
rayer le nom de Montefquiou de tous regiftres de
baptêmes , mariages & fépultures , & de tous actes
dans lefquels lefdites Parties de Delamalle, Polverel
& Henry auroient pu prendre ledit nom de
Montefquiou , & à faire faire mention en marge
defdits regifties & minutes d'actes du préfent Arrêt;
à cet effet tous dépofitaires defdits regiftres & actes .
contraints de les repréfenter , quoi faifant déchar
gés : donne acte à notre Procureur- Général des réferves
& proteftations qu'il fait contre les noms
& qualités de Fezenfac & Baron d'Armagnac prifes
par aucunes des Parties de Treilhard , dans les différentes
requéres fignifiées en la caufe , toutes défenfes
au contraire réfervées auxdites Parties de
7233 )
Treilhard : ordonne que les mémoires des Parties
de Delamalle , Polverel & Heary , feront & demeureront
fupprimés , permet aux dites Parties de
Treilhard de faire imprimer & afficher le préfent
Arrêt à leurs frais & dépens ; condamne lefdites
Parties de Delamalle , Henry & Polverel aux dépens
des caufes principales d'appels & demandes,;
fur le forplus des demandes , fins & conclufions
des Parties , les met hors de Cour : Si mandons , &c.
Fait en Parlement , le 31 Juillet 1783 “ .
'On fait que les Membres de la Maifon de
Montefquiou ont joint à leur nom celui de
Fefenzac , en vertu d'une permiffion du Roi ,
donnée fur les preuves de leur defcendance
des Comtes de Feferfac , fournies à S. M.
en 1777 ( Gazette de France de la même
année , 14 Novembre ) . M. l'Avocat- Général
Séguier , après avoir rendu compte des
titres de la Maifon de Montefquiou depuis
Raimond Aimeri de Montefquiou , qui vivoit
dans le XIe. fiècle , a obfervé que la
permiflion de porter le nom de Fefenlac n'avoit
été donnée que par une lettre du Miniftre
, écrite de l'ordre du Roi , au Marquis
de Montefquiou , mais qu'il n'y avoit pas eu
de Lettres Patentes adreflées au Parlement.
Ce Magiftrat a en conféquence propofé
les réferves que l'on y a adoptées , réferves
qui n'interdifent en aucune manière
aux Membres de la Maifon de Montef
quiou la faculté de prendre le nom de Fefenfac
, & qui ne peuvent donner aucune
efpèce d'atteinte à leurs droits légitimes.
Il Signor Luigi Maffari , Romain , Peëte improvifateur,
Membre de plufieurs Académies , étant are
( 134 )
rivé dans cette Capitale après avoir parcouru toute
l'Europe , & avoir eu l'honneur d'improvifer devant
l'Impératrice de Ruffie , & dans plufieurs autres
Cours , a l'honneur de prévenir les amateurs de
la littérature Italienne que le 19 de ce mois il ou
vrira une Affemblée publique où il improvifera en
vers Italiens fur tous les fujets que les affiftans voudront
lui propofer ; il chantera ou déclamera fes
vers fur différentes mefures au gré des auditeurs .
L'Affemblée fe tiendra au Mufée de Paris ,
Dauphine. Le billet fera de 6 1. On les prendra chez
Me. Mirepoix , Marchande Parfumeuſe , au petit
Carreau Nº. 33 «.
rue
Parmi les Gravures qui font le plus d'honneur
à nos Artiftes , on diftinguera la Fontaine
enchantée de la vérité d'amour , gravée
par M. Macret , d'après le deffin de M.
Cochin , Chevalier de l'Ordre de St- Michel ,
qui fe trouve dans le Cabinet de M. Roflin ,
Chevalier de l'Ordre Royal de Vaſa , Peintre
ordinaire du Roi , de fon Académie de
Peinture & de Sculpture , de l'Académie
Royale de Stockholm , à qui elle eft dédiée.
Le fujet en eft tiré de l'Aftrée. Céladon fous
les habits de Prêtreffe des Druides , & Silvandre
, défefpérés des rigueurs de leurs Bergères
, s'exposent à la fureur des lions qui
gardent la fontaine enchantée de la vérité
d'amour ; Aftrée & Diane affligées de la
perte de leurs Amans , viennent à la fontaine
avec le même deffein ; elles y trouvent
les Bergers & fe jettent entr'eux &
les lions ; les Licornes prennent leur défenfe.
Ce fujet intéreffant & riche par la
multitude prodigieufe de figures qui toutes
( 135 )

·
ont un caractère , & par une infinité d'ac
ceffoires qui rentrent tous dans le ſujet &
qui font tous également foignés , eft du plus
grand effet.
L'exécution eft telle qu'on doit
l'attendre d'Artiſtes de la
réputation de MM.
Cochin & Macret (1 ).
Les numéros fortis au tirage de la loterie
Royale de France , le premier de ce mois ,
font : 48 , 7 , 3 , 36 & 16.
+
De
BRUXELLES , le 12 Août.
Le bruit le
renouvelle que
l'Empereur fe
difpofe à faire rouvrir l'Efcaut , & que c'eſt
à
l'exécution de ce projet qu'eft deſtinée une
fomme de 2 millions de florins , dont on
doit faire
l'emprunt , fur un plan
qu'attendent
de Vienne MM. Nettine & Fils , Banquiers.
On a reçu en Hollande des lettres du Cap
de Bonne-Efpérance , en date du 7 Mai .
» Elles portent que les vaiffeaux armés de la
Compagnie des Indes Orientales le Holland & le
Schonderloo en avoient mis à la voile le 5 Avril , &
que le vaiffeau le Java étoit prêt à les ſuivre ; que
(1 ) Cette gravure fe trouve chez M. de Monchy , Graveur,
Cloître Saint -Benoît , la première porte cochère à gauche en
entrant par la rue des Mathurins ; le prix en eft de 6 liv.-
On trouve chez le même Artiſte 2 autres Eftampes en pendant,
l'une eft la Partie de Bain interrompue , gravée par M. de
Monchy d'après le tableau original de Leclerc , qui eft d'un
effet très-agréable par le trouble & l'embarras de plufieurs
Nymphes qui cherchent à fe dérober aux yeux des indifcrets.
L'autre préfente l'Amour entre les mains de trois Nymphes
irritées , dont l'une brife fon arc , & l'autre eft armée d'une
paire de cifeaux ; il lui tend (es mains jointes en lui difant ,
Ah! du moins épargnez mes ailes ; mot qui fert de titre à
l'Eftampe qui a été gravée par M. Deny d'après un tableau de
Leclerc. Ces deux Eftampes , l'une & l'autre ingénieufes, mé-
-ritent une place dans les cabinets.
( 136 )
+
le Morguefter , autre vaiffeau de la Compagnie ,
arrivé de Ceylan au Cap , en étoit reparti avec la
Atte Françoife ; la flûte Pruffienne le Prince Hé
réditaire de Pruffe , en avoit mis à la voile pour
I'Europe , & que la Concorde , partie de Batavia
le 17 Janvier , y étoit arrivée , ainfi que le navire
le Potsdam , parti d'Amfterdam en dernier lieu &
deftiné pour Batavia & la Chine. D'autres lettres
reçues de Porto- Praya , ifle de St Jago , annoncent
qe les vaiffeaux de guerre Hollandois le Waffe
naar , Euftache, la Princeffe Louife , & le vailleau
armé de la Compagnie des Indes le Gerechtegheid ,
y étoient arrivés , & qu'après y avoir pris de l'eau
ils en remettroient à la voile pour 1 : Cap de Bonne-
Efpérance ,
-
Les autres lettres qu'on a reçues de l'Inde
font d'une dare fort antérieure à toutes celles
dont les évènemens peuvent nous intérefler;
on en a une de Batavia , qui eft du premier
Octobre , où il n'eft queftion que de la revue
faite dans le mois précédent du Corps de
toutes les Milices nationales tant à pied qu'à
cheval , levé au commencement de l'année
dernière , & qui monte à 8570 hommes ;
on remarque dans la relation publiée de
cette revue , que le Roi de Bantam y affifta
incognito , accompagnant le Gouverneur
Général de la Compagnie marchande , qui
eft toujours nommé dans certe relation avant
le Roi de Bantam , qui n'y paroît que pour
groffir & orner la fuite de S. E.
Dans un moment où l'attention de l'Europe
eft tournée du côté de la Turquie , on
ne fera pas fâché de trouver ici le portrait du
'Sultan actuel , c'eft ainfi qu'on le trouye
dans la plupart de nos papiers.
( 137 )
n
Le Sultan Abdul - Hamed , né le 18 Mai 1724
étoit fils d'Achmet III , qui fut détrôné en 1730 .
Dès fa plus tendre enfance , il a éprouvé le malheur
, il a paffé la plus grande partie de fa vie
dans une effèce de prifon d'état , qui n'a fini que
le 21 Janvier 1774 , à la mort de Muſtapha III ,
fon frere & fon prédéceffeur. Ce Prince , quelques
heures avant d'expirer , l'en fit fortir , le déclara
fon Succeffeur , & lui recommanda Selim , fon fils
unique , alors enfant d'environ 12 ans. Il fut proclamé
Sultan le même jour , prit les rênes du Gouvernement
dans le tems critique d'une guerre avec
la Ruffie , & fit la paix , après avoir changé pref
que tous les membres du Divan , qui avoient pris
un trop grand afcendant fur fon frere . Au lieu de
fe venger de fa prifon fur la perfonne du jeune Selim ,
il le retint dans fon palais , le combla de careffes , &
eut pour lui tous les foins d'un tendre pere. Ge jeune
prince vit encore & a auteint fa 22eme. année. C'eft
ainfi qu'Achmet dès le premier moment de fon adminiftration
a donné des preuves de fa grandeur
d'ame , de fa douceur & de fon équité. Affermi fur
le Trône , il s'occupa de réformes néceffaires ; il
veilla principalement à l'adminiftration de la juftice.
Les Gouverneurs & les Bachas qui avoient
épuifé les fujets confiés à leur direction ; ceux
qui s'étoient rendus coupables de vexations , ferent
dépofés , bannis , plufieurs même punis de
mort. Dans ces efforts louables & qu'il continue ,
il eft vigoureufement foutenu par le Grand- Vifir
actuel & par le Capitán- Bacha ou Grand-Amiral ,
deux hommes d'une fermeté , d'une fidélité reconnue
à l'abri de toute corruption . C'eſt par leur zèle
& leur vigilance que les Mufulmans , n'aguères fi
opprimés n'ont actuellement prefque rien à redouter
des vexations de leurs Gouverneurs : c'eft par
des efforts continuels que ces Miniftres font enfin
parvenus à lever , en partie , le plus grand obf
( 138 )
tacle qui ait empêché jufqu'à préfent la Nation
Turque de fe civilifer davantage. Cet obſtacle confiftoit
dans l'averfion la plus infurmontab'e contre
les moeurs & les ufages des Européens , & , par
une fuite de la même averfion , contre l'introduc
tion de toute efpèce de nouveautés ou de réformes
oppofées à leurs anciennes coutumes . Ce préjugé
nuifible eft déjà furmonté en partie ; les Turcs ont
enfin , fans même beaucoup de répugnance , vu d'un
oeil affez indifférent introduire plufieurs ufages Européens
dans le département civil , auffi bien que
dans le militaire . Si l'on peut ajouter foi aux nouvelles
les plus récentes , cette Nation & les troupes
actuellement asimées par un patriotifme plus
exalté montrent plus de bravoure : on veit auffi ,
avec beaucoup de furprife , que dans toure l'éten
due de ce vafte Empire la molleffe Asiatique dif
paroît & fait place à une activité , à ure diligence
inconnues jufqu'à préfent. Quoique celles-ci n'aient
pas encore atteint le point où elles fout montées en
Europe , on peut néanmoins fe flatter , que les
difficultés qui jufqu'à préſent s'y font oppofées ,
difparoftront enfin tout- à fait. L'éducation de l'Empereur
à l'Ecole du malheur , a fans doute contribué
à fes progrès en tout genre. Pendant tout le
cours de fa vie privée & éloignée du grand mende,
il s'appliqua ardemment à la lecture , il cultiva
les fciences : on le dit même très-favant en botanique,
à l'étude de laquelle lui a beaucoup fervi
fa grande connoiffance de diverfes langues de l'Europe.
Il n'étale plus le fafte extérieur de la plûpart
des Princes Afiatiques , qui les place à une fi
grande diftance de leurs fujets. Il entretient un
commerce affez familier avec les fiens. Souvent il
parcourt , pied ou à cheval , les rues principales
de Conftantinople , accompagné d'une fuite peu
nombreufe , quelquefois même travefti , pour mieux
examiner le tout , & veiller à ce que les habitans
n'aient aucun fujet de fe plaindre. İl vifite affidueà
$
1:139 )
ment les Arteliers publics , en particulier les fon
deries de canons , & dans les incendies fréquens
qui défolent la Capitale , auxquels l'expofent la
grande quantité d'édifices de bois & le peu de foin
qu'ont les Turcs d'y obvier , on le voit paroître
auffi -tôt dans l'endroit le plus périlleux pour y donner
les ordres convenables. Une chofe digne de
remarque , c'eft que depuis plus de neuf ans qu'a
déjà duré fon règne , le peuple ne s'eft pas encore
foulevé une fois ; fi l'on excepte les troubles furvenus
en Egypte ou en d'autres Provinces éloignées ,
Peu de Sultans ont joui avant lui de cet avantage
qui prouve en quelque maniere l'amour & l'eftime
que les fujets ont pour les bonnes qualités . Son
port , fa taille , fa phifionomie ont d'ailleurs beaucoup
d'agrémens. Quoique ce Prince foit d'un naturel
très-pacifique & très - doux , il a néanmoins
témoigné toujours une grande paffion pour l'art
de la guerre , dans lequel on prétend qu'une étude
continuelle lui a procuré de profondes connoiflances.
S. H. , âgée d'environ 60 ans , eft père de
plufieurs enfans , dont l'aîné , Sultan Soliinan , a
feulement atteint fa quatrieme année le 17 du mois
de Mars pallé.
Le 9 Juillet , le Marquis de Soyecourt ,
Maréchal de Camp, veufen premières noces
de Marie Anne- Paule Antoinette de Bauvilliers
de St- Aignan , & en fecondes noces
de Marie- Eleonore Augufte de Béthune , a
époufé Henriette de Naflau Saarbruck , née
Princefle d'Empire , Chanoineffe d'Herford.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 6 Août. |
La Compagnie des Indes publie partout que Typpo
Sayb , le fils d'Hider - Aly , eft dévoué à nos intérêts
; mais ce dernier fait ne paroît pas auffi clair
qu'on voudroit nous le perfuader. Ce Prince ainfi
que fon pere ne peut conferver fes Etats fans l'al(
140 )
liance & l'appui de quelque Puillance Européenne ,
& d'après fon éducation & les principes de fon
pere , on peut dourer que cette Paillance foit plutôt
Grande- la Bretagne que la France.
Le Bureau de la Marine a frété 12 bâtimens
de soo tonneaux , qui feront employés à aller chercher
des munitions navales dans la Baltique .
Selon les lettres d'Irlande , le Parlement de ce
Royaume a été diffous le 25 du mois dernier , &
il en a été convoqué un nouveau dont l'aſſemblie
eft fixée au mois de Septembre prochain ; on ra-
'conte à cette occafion que l'ordre pour la diffolu
tion étoit arrivé le 16 ; mais qu'il ne put être mis
à exécution fur le champ , parce que par une erreur
affez étrange faite dans les Bureaux du Miniftre ,
on avot oublié de joindre dans le même paquet
T'ordre de la convocation d'un nouvean. On croit
ici que cet arrangement ne produira pas les effets
qu'en attendent les Miniftres ; on dit que l'on
auroit plus obtenu du Parlement qui exifloit , que
l'on n'obtiendra du fuivant , qui pourra n'être compofé
que de Membres difpofés à fouftraire entiè
rement le Pays au joug de la G. B. , au lieu que
les précédens étoient préparés , & les volontaires
avoient reçu une première impulfion.
2
Nous venons , écrit - on de Dublin , d'être té
moins d'une fceae très défagréable. Les volontaires
commandés pour fe rendie dans une grande plaine
à 2 journées de ceste Ville , où ils devoient pafler
en revue étoient partis ; les Ouvriers Tifferands
ont profité de leur abfence pour s'ameuter ; ils le
font affemblés & ont arraché tous les vêtemens
de toile étrangère qu'ils ont tro ivés aux perfonnes
qu'ils ont rencontrées ; ils déchirèrent les fiches
des Dames , leurs robes de mouſſeline des Indes ;
& pour juftifier ces violences , ils promenè
rent deux cadavres dans les rues , en criant voilà
de malheureux Ouvriers qui font morts de faim.
Dans ce tumulte , il y a eu quelques perfonnes mal(
141 )
traitées & bleflées , il a duré trois jours & n'a fini
qu'au retour des Volontaires.
و
Plufieurs Nababs de retour de l'Inde où ils
out amallé des richelles par des moyens qu'on
a raifon de foupçonner de peu de délicateffe , ont
effayé d'introduire dans les Tribunaux des moyens
d'éluder la Juftice , en inftruifant leurs domeftiques
à rendre de faux témoignages ; ils acquittent leurs
detres en faifant jurer à ces malheureux qu'ils ont
porté l'argent. Dans une action pour dette intentée
contre un des hommes inculpés dans l'affaire du
Lord Pigot , un valet payé par fon maître pour jurer
à faux , dit qu'il l'avoit vu mettre dans une lettre
qu'il avoit portée au demandeur , un billet de banqe.
Les Juges ayant fouri , le valet fut fi déconcerté
, qu'il n'ofa pas aller plus avant ; & vrailemblablement
il a perdu par- là la récompenfe qui lui
avoit été promiſe.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE.
Sergens des Juftices Seigneuriales ont le droit de
faire des prifées & ventes forcées ou volontaires ,
en vertu des mandemens de leurs Juges concur
rement avec les Jurks Prifeurs Royaux..
2
Cette Caufe intéreffe le Public & les Seigneurs
Hauts-Jufticiers. Le nommé Croloi , Vigneron au
Chatelet en Brie , étant mort & ayant laille peu
de meubles , fa veuve & fes héritiers ont obtenu
fur Requête du Prévôt du Châtelet la permiffion
d'en faire faire la vente à l'encan par Bizin , Sergent
du lieu. Les fieurs Gauthier Quillier &
Lille , Jurés Prifeurs au Bailliage de Melun , croyant
voir une entreprife fur les droits de leurs charges
, ont prétendu que les Sergens des Hautes - Jultices
ne pouvoient faire de ventes même entre
les jufticiables de leurs Juftices , qu'autant qu'elles
le faifoient en vertu de Sentences , & qu'elles étoient
"
( 142 )
"
forcées , mais non les ventes volontaires en vertu
de fimples Ordonnances de leurs Juges ; celles- ci
comme celles en vertu du Scel Royal , appartenant
aux Jurés - Prifeurs Royaux. En conféquence
de cette prétention ils ont fait affigner Ba
zin au Parlement , afin d'exécution des Edits , Déclarations
& Règlemens concernant leurs Offices ;
que défenfes lui fuffent faites de les troubler dans
leurs fonctions , & cependant par provifion , qu'il
fût condamné à leur remettre les minutes des precès-
verbaux , & les émolumens des ventes qu'il avoit
faites fur fimples Ordonnances ou Mandemens de
fon Juge. Les Dame Prieure & Religieufes nobles
du Monaftère Royal de St-Louis de Poiffy , Dames
du Châtelet , fous le nom du Roi , font intervenues
pour le maintien des droits de leur Haute-
Juſtice. Arrêt du 16 Mai 1783 fur les conclu
fions de M. le Procureur Général & au rapport
de M. Bruant qui reçoit les Prieure & Religieufes &c.
Parties
intervenantes ...... , les maintient dans le
droit & poffeffion de faire exercer leur Juſtice ,
& de nommer aux Offices au nom du Roi....
Maintient & garde Bazin dans le droit & poffef
fion de faire , en vertu des mandemens du Juge
de ladite Juftice , concuremment avec les Huiffiers
Prifeurs Royaux , les prifées & ventes forcées ou
volontaires , dans l'étendue & entre les Jufticiables
de ladite Juftice du Châtelet , fait défenfés
aadit Gauthier & à tous autres de l'y troubler ,
condamne lefdits Gauthier & Conforts aux dépens,
GRANDCHAMBRE
.
Caufe entre le fieur Noguet , Prêtre , Patron de
la Cure de
Pecqueuze

--
-
& Le fieur Breu ,
Patronage réel
Patron de la même Cure.
laïque , prêté entre les mains des
Eccléfiaftiques ,
ne perd pas fa nature , quelque longtems qu'il
y demeure, & refte toujours Patronage laïque.
Il s'agiſſoit de ſavoir à qui appartenoit le droit
( 143 )
de la Cure de Peequenfe , fi c'étoit au Prieur de
Notre-Dame de Long-Pont , Ordre de Clugny , jadis
Seigneur de Pecquenze , ou à M. de Chavannes
Doyen des Confeillers de la Cour , & acquéreur
depuis 1769 de ladite Seigneurie.- La Cure
de Pecqueuze a vaqué au mois de Septembre 1782
par la mort du fieur Boulch. Le fieur Preu en a
été pourvu le 23 du même mois , fur la préfentation
du Prieur de Notre-Dame de Long-Pont
& a pris poffeffion le 10 Octobre fuivant.
Le 4 Février 1783 , M. de Chavannes , en fa qualité
de Seigneur de Pecqueuze, a nommé à la même Cure
le fiear Noguet , qui a pris poffeffion le fix. Cette
double prife de poffeffion a engagé la complainte
au Châtelet entre les deux Patrons ; ils ont chacun
demandé la maintenue. Une Sentence par défaut
du 21 Février l'a accordée au fieur Noguet , le fieur
Pieu en a interjeté appel fimple en la Cour. Le
fieur Noguet a , de fon côté , in erjetré appel comme
d'abus des provifions du fieur Breu, La quef
tion étoit de favoir fi le Bénefice étoit un Patro
nage Laïque ou un Patronage Eccléfiaftique . Et la
Cour s'eft décidée fur les mêmes moyens qui en
1787 l'avoient déterminée à confirmer le droit de
préfentation de M. le Préfident d'Ormeffon à la Cure
de Thiais , comme propriétaire de la Seigneurie de
Thiais achetée du Roi , qui antérieurement la tenoit
des Bénédictins.
GRAND CHAMBRE.
-
Penfion des Célestins fécularifés.

M. l'Evêque d'Amiens a rendu en 1780 un Décret
d'extinction & fuppreffion du Couvent des Cé
Jeftins d'Amiens qui , en exécution de la Bulle d'extinction
& fécularisation de tout l'ordre des Céleftins
, font autorisés à vivre dans le fiècle. Ce
Décret fixe la penfion de chaque Religieux fécularifé
, à 1800 liv. pour le Prieur & deux octo
génaires , & à 1500 liv. pour les autres . Le Roi
( 144 )
---
a donné des Lettres-patentes confirmatives de ce
Décret ; mais les Religieux , au nombre de quaire,
y ont formé oppofition , en ce que la penfion de
1500 liv. eft trop modique. Arrêt du 23 Juillet
1783 rendu fur les conclufions de M. l'Avocat-
Général Segnier , qui , fans avoir égard à l'oppofition
a ordonné qu'il feroit paffé outre à l'enregiſtrement
des Lettres parentes , à la charge tou
tefois que la penfion des Religieux de ladite maifon
des Célestins d'Amiens feroit & demeureroit
fixée à 1800 liv. par an pour chacun.
PARLEMENT DE DOUA I.
Compétence des Confuls.
Le 17 Février 1783 , le fieur Fondeur a fait
affigner la veuve Hennion au Confulat de Lille
en payement de 223 florins pour dentelles , qu'il
a prétendu avoir fournies à feu fon mari. La veuve
Hennion a comparu , n'a point propofé de déclinatoire
, & a défendu au fond. Les 18 & 22
Février , le Confulat de Lille a rendu deux Sentences
interlocutoires , auxquelles les Parties ont
acquiefcé. Le premier Mars , troisieme Sentence
dont la veuve Hennion a appellé. Le fieur
Fondeur n'a point été arrêté par cet appel, il a
pourfuivi l'audience au fond , & a obtenu Sentence
par défaut qui condamne la veuve Hennion a
payement des 223 florins & en l'amende pour avoir
appellé d'une Sentence rendue en dernier reffort.
La veuve Hennion a encore appellé de
tence , & pour faire recevoir les deux Appels au
Parlement , elle les a qualifiés tant comme de Jége
incompétent , qu'autrement, Le Subftitur qui a
porté la parole pour MM. les Gens du Roi a ef
timé qu'il y avoit lieu d'admettre Fondeur à pronver
d'une manière pofitive que le fieur Hennion
ou fon époufe avoient fait le commerce de den
relles. Artêt du premier Juillet 1783 , qui déclare
qu'Appel n'échet.
- ;
cette SenJOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
F.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 16 Juillet.
L'IMPERATRICE vient de faire une promotion
militaire très- nombreuſe , dont
la lifte a été publiée le 9 de ce mois , jour
de la Fête du nom du Grand - Duc ; onze
Généraux Majors ont été avancés au grade
de Lieutenant- Général ; on compte dans ce
nombre le Comte de Woronzow , nommé
précédemment par S. M. I. pour aller réfider
à Venile en qualité de fon Plénipotentiaire.
Douze Brigadiers & deux Colonels
d'artillerie ont été nommés Généraux Majors;
la promotion s'est étendue à quantité d'autres
Officiers de l'Etat Major ; S. M. I. a
également nommé les Commandans des
Régimens de Colaques qu'elle a fait lever
depuis peu dans la petite Ruffie , & qui font
au nombre de 10. Les Princes Gangarin &
Tufiakin qui étoient Gentilshommes d'hon
neur ont reçu la clef de Chambellan.
23 Août 1783. g
7146 )
On reçoit de Wybourg,ville commerçante,
Capitale de la Carélie Finoife , la nouvelle
d'un incendie qui y a éclaté la nuit du 11
de ce mois dans le voisinage du port &
à l'endroit même où fe trouvent la plupart
des magaſins tant du Gouvernement que du
commerce. Les fecours portés à propos l'ont
empêché de s'étendre , & de faire autant de
ravages qu'on avoit lieu de le craindre.
On évalue la perte à 100,000 roubles dont
30,000 pour le commerce & le refte pour la
Couronne,
Le 15 de ce mois l'Archevêque de Chalcédoine
, Nonce du Pape à Varsovie , &
venu ici en qualité d'Ambaffadeur du St-
Siége , a eu une audience folemnelle de
l'Impératrice à laquelle il a remis fes lettres
de créance. S. M. I. étoit revenue de Czars
ko-Zelo pour cet effet.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 24 Juillet.
LES mouvemens des troupes Ruffes ne
paroiffent point fe rallentir ; des détachemens
confidérables arrivent fucceffivement
& groffiflent le nombre de celles qui étoient
entrées déja dans l'Ukraine Polonoife , où
elles fe font emparé de tous les grains
qu'elles y ont trouvé ; elles y forment de
gros magafins , & leurs Commiffaires ont.
déja contracté pour la meilleure partie de
récolte prochaine. Ces difpofitions , fi
( 147 )
elles ne donnent pas la certitude de laguerre
, annoncent du moins qu'on s'y attend
; & il paroît que les Turcs ne pourront
guère l'éviter qu'en failant encore des facrifices
, & fur tout celui de la Crimée
dont la Ruffié eft déja en poffeffion , ainfi
que de l'Ile de Tamar . On dit que le
plan d'étendre fa domination & fa puiffance
de ce côté eft fort ancien ; Pierrele-
Grand l'avoit d'abord conçu ; la Cour
de Pétersbourg ne l'a jamais perdu de vue ,
& elle a faifi la circonftance de la derniere
guerre pour commencer à l'exécuter ;
elle avoit fait reconnoître
l'indépendance
de la Crimée par le traité de Kainardgi ,
& mainter ant elle s'en eft einparée inopinément.
Il paroît que foit qu'elle y domine
comme protectrice du Khan , foit
qu'elle y exerce directement le pouvoir
fouverain , elle eft parvenue dès- à- préfent
à détacher un fleuron très- précieux de la
Couronne Otomane.
Les deux corps entrés fur les terres de
ce royaume & affemblés
maintenant à
Niemirow & à Human , doivent , dit on
s'avancer dans la Podolie & la Wolhynie ,
où ils prendront leurs quartiers , l'un à
Granow & l'autre à Polonna.
S
Au fléau de la pefte , centre l'extenfion
duquel on prend toutes les précautions poffibles
, s'en eft joint un autre qui afflige l'Ukraine
& la Grande Pologne ; des nuées
de
fauterelles répandues dans les campag
2
( 148 )
gnes y dévorent la fubfiitance des hommes
& des beftiaux.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 3 Août.
L'EMPEREUR Continue encore fon
féjour dans cette Capitale , d'où l'on croit
qu'il fe rendra bientôt à Laxembourg. Le
camp de Minkendorf qu'on difoit contremandé
, a lieu ; les troupes qui devoient le
compofer s'y font déja rendues , & les ma
noeuvres font commencées.
M. de Pezold , Doyen des Miniftres
'étrangers , qui réfidoit ici depuis trentetrois
ans , en qualité de Miniftre de l'Electeur
de Saxe , eft mort le 25 du mois
dernier , âgé de 80 ans , & généralement
regretté par fes qualités perfonnelles.
Le confentement du Pape à l'érection
' de l'Evêché de Lintz eft arrivé dernièrement
; le courier qui l'a apporté avoit auffi
des dépêches qu'on dit relatives aux différends
qui s'étoient élevés au fujet de
l'Archevêché de Milan . Comme les deux
Cours défirent fincèrement le maintien de
la bonne intelligence entr'elles , & concourent
également à vaincre les obftacles qui
peuvent la troubler , on affure que ceuxci
n'exiftent plus à préſent.
On vient d'arrêter deux faux monnoyeurs ,
'dont l'un fabriquoit des pieces de 20 Kreutzers
& Pautre des ducats. Un criminel
( 149 )
qui a fait un dommage bien plus confidé
rable a été arrêté à Prague ; on l'accufe
d'avoir contrefait & mis en circulation
pour plus de 80,000 florins de billets de
banque.
S. M. I. a arrêté la lifte des Couvens
qui pourront fubfifter dans les Etats Héréditaires
; le nombre des individus dan's
chaque maifon eft fixé , & la permiſſion
de recevoir des novices limitée à proportion.
L'armée impériale actuellement fur pied
eft , dit-on , de 24,0000 hommes , fans compter
les milices des frontières & les troupes
irrégulières.
De HAMBOURG , le s Août.
Nous ne fommes pas mieux inftruits au
jourd'hui que nous ne l'étions il y a 15 jours
de ce qui fe paffe dans le nord & dans la
Crimée ; les rapports vagues & contradictoires
qu'on remarque dans toutes les lettres
de divers endroits nous apprennent qu'on
'n'y eft pas mieux informé ; les nouvelles de
Pologne & celles de Pétersbourg même , ne
nous donnent pas de meilleures lumières fur
la marche des troupes Ruffes & fur les endroits
qu'elles occupent . Des armées à Pétersbourg
, il n'y a point d'autres couriers
que ceux des Miniftres & des Généraux , &
il paroît qu'on ne laiffe pafler que les lettres
qui ne font aucune mention des mouvemens
& des deffeins des armées . Ce que
8 3
( 150 )
l'on fait fe réduit à la prife de poffeffion de
la Crimée & de l'ifle de Taman par les Ruffes,
qui eft un fait pofitif, tout le reft: n'offre
que des
fpéculations & des rêves politiques
enfantés par l'envie
d'expliquer les deffeins
de la Ruffie , en faifant marcher fes troupes
au moment où elle a obtenu par fes négociations
avec le Divan tous les
avantages
qu'elle
pouvoit defirer pour le commerce
de fes fujets. On ignore la raifon qui a fait
différer la
publication du
Manifefte qu'elle
avoit préparé à
l'occafion de fon invafion en
Crimée & qu'elle avoit fait
imprimer en
Ruffe , en
Allemand & en François . Jufqu'à
préfent elle n'a fait qu'en donner com
munication aux
différentes Cours de l'Europe
; il y a quelque tems qu'il avoit été envoyé
à celles du nord , & ce n'eft que depuis
peu qu'il l'a été auffi à celles du midi.
On pourra bien , dit un de nos papiers , cacher
pendant quelque tems les
opérations de l'armée de
terre ; mais il n'en fera
mens de la flotte. On fait que celle- ci est encore pas de même des mouve-
Cronstadt , & s'il en faut juger par la quantité de
હૈ
matelots qu'on en a retirés & qu'on a fait partir furle
champ pour la mer Noire , à peine en doit-il refter
up nombre fuffifant pour 10 à 12 vaiffeaux , qui
pourront apparei ler au plutôt vers la fin du mois de
Septembre. Ainfi tout ce qui a été publié au fujet
de fon départ eft
controuvé. Il en eft de même de
quelques relations de l'entrevue de
l'Impératrice avec
le Roi de Suède ; elles font arriver le Prince un jour
plus tard que
l'Impératrice au rendez -vous , & il y
étoit au
contraire 6 heures avant S. M. I. , qui avoit
été retardée par un accident furvenu à ſa voiture,
( 151 )
Elle parut très affligée d'avoir été prévenue ; &
lorfque ce Prince la quitta , croyant qu'elle alloit
monter en voiture , non -feulement elle voulut le voir
partir , mais elle refta encore dans l'endroit 6 heures
après lui pour compenfer celles que S. M. étoit reftée
à l'attendre «.
Les nouvelles de la Hongrie portent que
les préparatifs & les mouvemens des tronpes
n'y font point rallentis. Vers le milieu
du mois dernier on a vu paffer à Presbourg
divers tranfports de munitions de guerre ,
& entr'autres 10 bâtimens chargés de bombes
, 500 fapeurs venant de Gratz & de
Linz un détachement de pontoniers a paffé
par la même ville & fe rend fur les frontiè
res , où plufieurs régimens qui ont eu ordre
de s'y raffembler font déja en marche.
On lit dans nos papiers l'article fuivant
daré de Gratz le 26 du inois dernier.
» Le Général Riefe , Commandant de cette place ,
fur , il y a quelques jours , reveillé à 11 heures du
foir. Un Officier de Perau lui apporta des Lettres
ainfi qu'un paquet cacheté de trois Aigles Impériales
& adreffé directement à l'Empereur. Il étoit
accompagné de deux étrangers , que le Comman
dant de Cronstad : avoit envoyés ici pour les faire
tranfporter plus lcin . On les regardoit comme
des efpions. Immédiatement après leur arrivée &
après avoir vu le contenu des dépêches , le Général
Riefe ordonna au Lieutenant Leonardi & à cinq
foldats , pourvus de poudre & de plomb , de conduire
ces prifonniers à Vienne. Il confte par les
lettres apportées , que ces prifonniers avoient été
au nombre de trois , mais qu'un d'eux s'étoit échappé
en route. Son fignalement vient d'être envoyé de
tous côtés. Arrivés à Cariftadt , minis de paſſe
8 4
( 152 )
ports , ils prétendoient le faire paffer pour des Né--
gocians. Chacun d'eux avoir des chemifes & des
mouchois avec lui . Ils vouloient vendre fans avoir
des
marchand.fes , & faire des acquifitions fans favoir
en quel genre ; qui pis eft , ils ne pouvoient
s'énoncer fans l'affiftance d'en interprète . Pour furcroit
de malheur , le jour même de leur arrivée
à Carlstadt , toute
communication avec les Turcs
fut
févérement défendue , de manière qu'il devint
impoffible à ces prétendus Négocians de paſſer la
frontière pour le fauver fur le territoire Turc.
Rédaits à la derniere extrémité , ils donnèrent lieu
à des foupçons véhémens , au point que le Géné
ral Giulay les fit vifiter & l'on trouva fur eux
des lettres de change
confidérables , pour environ
30,000 florins. On les dit ingénieurs , & qu'ils
s'étoient flattés de pouvoir , par cette route , arriver
beaucoup plus vite à Belgrade , que par la voie
de la
Méditerranée & de
Conftantinople , en exa
minant , chemin fai ant , de près , les
préparatifs qui
On a appris depuis qu'ils
-w- fe font de notre côté.
ont été remis en liberté «.
Le
Prince
Guillaume - Henri ,
troisième
fils du Roi
d'Angleterre , eft arrivé le 1er
de ce mois à Stade d'où il s'eft rendu le 2
à
Hanover où tout étoit
préparé pour le recevoir.
Le Prince
Fréderic fon frère ne fe
rendra à
Ofnabrug que dans le mois prochain
pour
prendre
poffeffion de cet Evêché ;
la
cérémonie de la
preftation du
ferment de
fidélité de la part du
Chapitre & des habitans
aura lieu le 16 de ce mois , & fera
au nom du Prince par le Baron de Buſch qui reçue
doit s'y rendre à cet effet.
Des lettres de Rome parlent d'un
accident qui
y a caufé ces jours
derniers une
grande alarme.
Le Pape ,
revenant à 8 heures du foir des prières
( 153 )
de quarante heures , fut furpris d'une défaillance
à l'entrée de fes Appartemens : on le mit au lit , ou
l'on lui donna tous les fecours poffibles & on lei
fit deux faignées : malgré cela il refta fans connoiffance
ance pendant plus de trois quarts d'heure : on lui
adminiftra les Sacremens ; mais eufin une troiſeme
faignée le foulagea, & le rétabliffement fut fi prompt
que le lendemain matin S., S. parut jouir de la fanté
la plus parfaite. L'on attribue cet accident à une
trop grande replétion du Pontife , qui l'a incommodé
pendant la chaleur étouffante qu'on éprouvoit
à Rome & dans toute l'Italie depuis une quinzaine
de jours .
On fe rappelle le différend qui s'étoit
élevé entre le Chevalier Elliot , Miniftre
d'Angleterre à Copenhague , & le Baron de
Kniphaufen ; on écrit de Bareuth , dans le
Brandebourg, qu'ils fe font battus le 11 de ce
mois au piftolet ; au me coup le Chevalier
Elliot a été bleffé légèrement à la jambe.
On trouve dans la plupart de nos papiers
l'état fuivant des armées Impériales &
Royales à la fin de l'année dernière .
3
L'Infanterie Allemande eft compofée de 46 régimens
, chacun de bataillons ou de 12 compagnies.
Le complet de chaque régiment eft de 2920
hommes , ce qui en fait 134,320. L'Infanterie
Hongroife confifte en 11 régimens , dont la compofition
eft la même que celle de l'Infanterie Allemande
, & fair 32,120 hommes . L'Infanterie
Croate eft compolée de 17 régimens de diverfes
forces. Il y en a de 2580 , de 2050 & de 1600
hommes , faifant 39,110 hommes : Le total
de l'Infanterie eft de 205,550 hommes. La
Cavalerie confifte : 1 ° . en 12 régimens de Cuiraffiers
dont 10 ont 6 escadrons 3. ou 1199 hommes
-
8 S
( 154 )
,
chacun , & deux de 8 efcadrons ou 4590 hommes
chacun. 2 °. Ens régimens de Chevaux légers de
6 eſcadions chacua cu de 1199 hommes. 30. En7
regimens de Dragons de 6 efcadrons chacun ou 1199
hommes chacun . 4 ° . En 8 régimens de Haffards de 8
efcadrons chacun , ou de 1583 hommes ; excepté le
régiment de Wurmfer , qui eft de 3000 homines.
5. Ens régimens de Huffards de Græniz de di
verfes forces , les uns de 2 les autres de 4 &
de 6 efcadrons , chacun de 300 hommes . Le total
de la Cavalerie eft de 234 eſcadrons ou de 48,613 .
L'Artillerie de campagne eft compofée de régimens
, chacun de 4 bataillons ou de 2986 hommes
, faifant 8958. Les Toiks ou foldats de
marine employés fur les bâtimens du Danube , les
Sapeurs , les Pontonniers , les Mineurs , fe montent
a 12,740 hommes. Total de l'armée 275,861
hommes. Dans cet état ne font pas compris
les Bataillons de Grenadiers , les Ingénieurs , les
Chaffeurs , les Arqucbufiers , & l'Etat Major..
--
ITALI E.
De LIVOURNE , le 30 Juillet.
TROIS Couriers extraordinaires venant.
de Naples , ont paffé il y a quelques jours
par Florence ; ils fe rendent l'un en France ,
le fecond en Espagne , & le troiſième à
Vienne , où ils vont porter la nouvelle du
malheureux accouchement de la Reine qui ,
la nuit du 18 au 19 de ce mois , a mis au
monde une Princeffe morte. S. M. étoit
auffi bien que fon état pouvoit le permettre.
Le Maréchal Pignatelli, lit on dans quelques
lettres de Naples , elt revenu dans cette capitale.
( 155 )
Le Roi lui a témoigné fa fatisfaction de fa conduire
pendant le défaftre de la Calabre. Les frégates royales
ont apporté so quintaux d'argenterie retirée des
décombres des villes que les tremblemens de terre
ont renversées . On croit que S. M. les fera conver
tir en monnoie pour l'employer au foulagement des
malheureufes victimes de ce fléau . Il y a eu
ici une difpute très- vive entre les Cadets nobles &
les Employés aux Tribunaux ; un de ces jeunes Officiers
bouillant & plein de feu , ayant eu affaire dans
un greffe de ces Tribunaux pour y chercher une expédition
, ne la trouva pas prête ; & trouvant peu
convenable la réponſe qui fut faite à la demande fur
la caufe de ce délai , doana des coups de canne au
Commis ; cela fit & devoit faire beaucoup de bruit.
Ses camarades prirent fon parti & s'attroupèrent
pour faire un mauvais parti à tous ces Employés de
Juftice ; on ne parvint à y mettre ordre qu'en les
envoyant tous aux arrêts . S. M. a nommé une Commiffion
pour examiner cette affaire & la décider. En
attendant les arrêts des Cadets fubfiftent toujours ;
le feul adouciffement qu'on leur a accordé eſt de ſe
promener l'après - dîner ; mais ils ne peuvent fortir
de leurs quartiers qu'en corps & avec leurs Officiers
qui font chargés de veiller à leur conduite « .
Selon les lettres de Milan , le dernier
Courier de Vienne y a apporté la nomination
de l'Archevêque de cette ville ; elle
n'étoit pas encore publique , mais on affuroit
que le choix de S. M. I. s'étoit fixé fur
M. Ben. Erba , à préfent Vicaire- Général
Capitulaire ; on dit qu'il ne prendra poffeffion
qu'après la publication concernant la
difcipline eccléfiaftique. Le 15 de ce mois
il a été publié dans cette ville un nouvel
Edit , qui ôte aux Notaires Apoftoliques la
g 6
( 156 )
faculté de recevoir les teftamens ni aucun
autre acte public.
ESPAGNE.
De MADRID , le 28 Juillet.
Nous venons de recevoir par un Courier
de Cadix l'agréable nouvelle de l'arrivée
de l'efcadre de D. Jofeph Solano avec la
flotte de la Havane. Il a fait fa traversée
en cinq jours , parce qu'il n'a pas été forcé
comme les deux dernières flortes , à prendre
une route longue & détournée pour éviter
l'ennemi. Ces deux flottes avoient mis ,,
l'une 77 jours , l'autre 90 à leur voyage.
༡༠
Le papier monnoie qui avoit perdu juſqu'à
22 pour 100 pendant le féjour des
armées devant Gibraltar , ne perdoit plus
il y a huit jours à Cadix , qu'un & demi
pour 100. Il y a apparence que l'arrivée.
du tréfor le remettra au pair.
,
On croit ici que D. Antonio Barcelo doit
être actuellement devant Alger ; & cela eft
vraisemblable s'il n'a point eu le vent contraire
; quelques avis portent cependant
qu'il a effuyé des obftacles depuis le 16
qu'il a doublé le Cap de Palos jufqu'au 25 .
Nous n'avons reçu aucune nouvelle directe
depuis cette première époque.
ANGLETERRE.
De
LONDRES , le 12 Août.
LE 7 de ce mois fur les huit heures du
(
157
1
matin la Reine eft accouchée heureuſement
d'une Princeffe à Windfor ; le travail a été
long & pénible ; mais on a la fatisfaction
d'apprendre que S. M. & la Princeffe font
auffi bien qu'il eft poffible de le defirer.
Nous n'avons point eu pendant quelque
tems de nouvelles directes de l'Amérique
feptentrionale ; nos papiers y ont
fuppléé par des détails qui paroiffent un
peu extraordinaires , & qui font tirés de la
Gazette de New-Yorck qui de fon côté les
annonçoit comme ayant été puifés dans le
Penfylvania Packet de Philadelphie que
nous n'avons pas ; felon ces détails , un corps
de troupes Américaines , en quartier à Phila
lelphie , s'eft révolté contre fes Officiers ,
& conduit par des Sergents , a entouré l'Hôtel
du Congrès le 21 Juin ; l'objet de ce
mouvement étoit de fe faire payer les cinq
années d'avance qu'il a été décidé de donner
aux troupes , mais dont les fonds n'ont pas
été encore faits . Le Congrès a jugé à propos ,
, ajoure-t-on , de fe retirer à Prince -Town
dans l'Etat de New-Jersey. Les premières
nouvelles que l'on recevra de l'Amérique
feptentrionale , ne manqueront pas de donner
des détails plus circonftanciés fi cette
mutinerie a en effet exifté , ce qui paroît
encore douteux à bien des perfonnes .
Les autres papiers Américains que l'on a
& qui ne parlent point de cet évènement
peut-être parce qu'en effet ils font d'une date
antérieure , offrent quantité de réſolutions
contre les Loyaliſtes.
( 158 )

» Comme la guerre eft actuellement finie , on
commence à jetter les yeux fur les différens excès
foit militaires , foit autres commis par des partis
de mercenaires dirigés par des Commandans Britan
niques pour pouffer les opérations militaires avec la
dernière rigueur. Cetifte coup -d'oeil offre le fpec
tacle de quantité de villes dont quelques- unes contiennent
1000 maifons & les autres entre 4 & 500
toutes bien conftruites & dans une fituation riante
qui font maintenant pre qu'entièrement détruites ;
telles font Charles - Town , New- London , Norwalk,
Fair- Field , Efopus , maintenant Kingſton , Falmouth
, Dambury , Norfolk , Portſmouth , Suffolk ,
&c. ainfi que Royalton & une douzaine de villages
fitués fur les bords de la Mohawk. Les métairies ,
les moulins , d'autres poffeffions paifibles & éloignées
de la grande route , ont été par centaines facrifiées
aux flammes , & leurs habitans plongés dans la misère
& le défefpoir par cette manière barbare de
faire la guerre. Il n'eft guère vraisemblable que la
génération actuelle qui a vu & efluyé des excès fem
blables , puiffe les oublier & les pardonner affez -tôt
pour permettre à ceux qui s'en font readus coupables
de s'établir au milieu d'eux .
Toutes les réfolutions prifes contre les
Loyaliſtes fe reffentent de l'impreffion générale
de ce tableau. Ce n'eft que dans la
Caroline feptentrionale qu'on a cru devoir
févir avec moins de rigueur. L'efprit de
conciliation a prévalu dans l'affemblée de
cet Etat , qui le 17 Mai dernier prit la
réfolution fuivante .
d'ac-
» Attendu que c'eft la politique de tous les Etats
fages , en terminant les guerres civiles ,
corder un Acte de pardon & d'amnistie pour les of
fenfes paffées ; & que divers citoyens de cet Etat &
autres habitans d'icelui ont encouru , pendant la
( 159 )
dernière guerre malheureufe , de groffes peines & pénalités
pour des offenfes commifes contre le repos
public & le Gouvernement de cet Etat : attendu auffi
que l'Affemblée générale , defirant férieufement
d'obferver les articles de paix , eft d'ailleurs difpofée
à pardonner en toutes occafions plutôt qu'à punir ,
là où la néceffité d'une punition exemplaire a ceffé :
A ces caufes , qu'il foit ftatué par l'Aſſemblée générale
de l'Etat de la Caroline Septentrionale , comme il
cft ftatué par l'autorité ſuſdite , que toute forte ou
efpèce de trahison , foit au premier ou au fecond
degré , de félonie , ou de délit envers 1 Etat , fait
& commis depuis le 4 Juillet 1776 par aucune perfonne
ou perfonnes quelconques , foit pardonnée ,
remife , & effacée par un oubli parfait pourvu toujours
, que cet Acte ou quelque partie d'icelui ne
s'étendra à accorder pardon , décharge , ni bénéfice
quelconque à des perfonnes , qui ont pris des com
miffions , ou qui ont agi comme tels au fervice du
Roi de la G. B. , ni à ceux qui font nommés dans
aucunes des Loix , dites Loix de confifcation ; ni à
ceux qui fe font attachés aux intérês Britaniques ,
qui ost continué à ſe tenir hors des limites de l'Etat
& qui n'y font point revenus douze mois avant la
date du préfent Ate : pourvu de plus qu'aucune partie
d'icelui ne s'étendra à pardonner Pierre Mallet ,
David Fanning , & Samuel, Andrews , ou aucune
perfonne ou perfonnes , coupables de meurtre commis
de guet- à- pens & de propos délibéré , de vol ,
viol , d'incendie , ou d'aucun crime de cette eſpèce ,
nonobftant toute chofe à ce contraire , ou contenue
dans le préfent Acte : pourvu auffi que rien dans cet
Acte ne fera expliqué , comme s'il empêchoit quelque
citoyen de cet Etat d'inftituer fon action civile ,
pour recouvrer les dettes ou dommages : pourvu
enfin , que rien de ce qui y eft contenu ne donnera à
perfoone , qui fera dans le cas de profiter du bénéfice
de cette Loi , le droit d'élire ou d'être élu à aucun
Office ou Pofle de confiance de cet Etat ou à y rem(
160 )
lauplir
aucun Office Civil ni Militaire. Et attendu
que par un Acte , paſſé à Wake - Court - Houſe ,
» tous Officiers Civils & Militaires , qui étoient
prifonniers fur leur parole , ont été fufpendus dans
l'exécution de leurs Emplois refpectifs & requis de
comparoître à la prochaine Affemblée générale pour
rendre raifon , fi aucune ils en avoient , pourquoi ils
ne feroient pas deftitués defdits Emplois ; & attendu
que plufieurs des Officiers fufdits ont négligé de
comparoître conformément a la réquifition faite
par l'acte de l'Affemblée ; qu'il foit ftatué par l'Allem
blée générale de l'Etat de la Caroline - Septentrio
nale , comme il eſt ſtatué par la préfente & par
torité fufdite , » que tous Officiers , qui fe trouvent
dans ce cas , foit Civils ou Militaires , fout déclarés
par la préfente fufpendus dans l'exécution de leurs
différents Emplois , jufqu'à ce qu'ils ayent comparu
à quelque Affemblée future , & qu'ils ayent été réta
blis dans l'exécution de leurs Offices refpectifs ou
deftitués , conformément à lears mérites ou à leurs
fautes « pourvu néanmoins que rien de ce qui eft
contenu dans le préfent Acte ne foit interprété comme
tendant à exclure un Juge de paix de l'exercice des
fonctions de fon Office , dès qu'il prouvera à la fatisfaction
de la Cour de fon Comté ,
parferment ou
autrement , qu'il a été fait prifonnier fans fon confentement
on aveu tacite , & qu'après la capture
ne s'eſt pas arrêté volontairement près de l'Ennemi ,
& qu'il n'a point pris de part active à ſon ſervice en
aucune manière , fit en lui fourniſſant volontaire
ment des provifions , en portant les armes
acceptant aucun Pofte dans les Etabliffemens Civils.
Lu trois fois & ratifié en l'Affemblée générale le 17
Mai 1783 .
ou en
il
Selon d'autres avis de l'Amérique , le
fecond traité d'union offenfive & défenfive
entre les Erats-Unis , a été arrêté ; il eft femblable
au précédent ; mais il donne au Con(
161 )
grès le pouvoir d'agir en qualité de Corps
législatif repréfentant chaque Etat , pour
faire la guerre & la paix , propofer des
taxes , nommer les Miniftres étrangers . Les
Etats fe réfervent chacun en particulier le
droit de donner des inftructions à leurs
délégués au Congrès , ainſi qu'à leurs agens
au dehors , relativement aux conditions de
paix , aux règlemens de commerce .
On lit dans un papier Américain l'eftimation
fuivante du produit de l'impôt fur
les articles importés.
Avant la guerre les exportations de la Grande-
Bretagne , en Amérique , étoient eftim/ es de trois
à quatre millons fterling , y compris le thé ; mais
on n'y comprenoit pas les importations , d'Irlande
& d'Ecoffe , ainfi que celles de Hollande. On croiz
actuellement pouvoir évaluer les importations de
toutes les marchandifes d'Europe , à l'exception du
thé , de l'eau-de-vie & du viu , à 3,500,000 liv.
fterling , qui , à 4 shellings , 6 den. le dollar , font
une,fomme de 15,555,554 doll . , fur laquelle l'im
pôt de cinq pour cent eft de 777,773 . Sur
2,000,000 gallons de rum & d'autres liqueurs fortes
, à 66,666..60..90 .
--
-
100.000 ditto de vin
de Madère , 13 , 3 3 3 . . 30. 600.000 , ditto d'autre
vin, 40,000 . 300,000 thé bou , 20,000.
25,000 , ditto autres thés , 6,666 . - 75,000 quinfaux
fucre , y compris celui en pains , 46,666.-
100,000 café & cacao 2,200 . 2,000,000 Gallons
, melaffe, 22,223 . -Total 999,550.- Déduit
pour la perception environ 8 pour 79,594.
Revenu net , fur cette eſtimation , 915.955 .
Il n'y a point de donnée précife d'après laquelle ce
calcul piffe être fait avec quelque dégré de certitude
On s'eft réglé en partie fur le nombre des
habitans , & fur les importations d'articles particu
( 162 )
-
liers dans le port de Philadelphie. L'exactitude
de l'évaluation eft d'autant moins importante , que
l'acte du 16 Décembre 1782 , porte que , fi le revenu
excède en aucun tems l'intérêt annuel , le réfidu for
mera un fonds d'amortiffèment pour l'acquittement
du principal, & que s'il fe trouve infuffifant les
Etats feront requis d'augmenter leurs octrois de
revenus.
Un de nos papiers préfente l'état fuivant
du commerce de la Grande Bretagne .
Les profits annuels fur le commerce d'Europe
monte it ·
4,000,000
4,000,000
2,030,003
fur celui de l'Inde
fur celsi des In.s à fucre
fur celui de l'Amérique feptentrionale .. 1,000,000
Total 11,000,000
En faisant ce calcul on a pris une année de paix , &
felon toutes les apparences ce Royaume après avoir
fatisfait à tous les engagemens , ajoutera tous les ans
à fes richelfes environ 7 ou 8 millions fterl. «
LE paquebot le Swallow parti de New-
Yorck le 17 Juillet , & arrivé ici le 11 de
ce mois , nous annonce l'arrivée prochaine
des troupes Heffoifes qu'on ramène en Europe
, mais qui font en bien moindre nombre
que nous n'avions lieu de l'efpérer , &
qué leur Souverain n'eft en droit d'exiger ;
nous ferons obligés de payer une fomme
confidérable pour remplir ce deficit. Parmi
les nouvelles intéreffantes que nous avons
reçues par cette voie , on diftingue celle de
la réfignation du Général Washington . Cet
homme juftement célèbre qui n'a occupé
be poſte éminent où l'Amérique l'avoit appellé
, & dans lequel il a montré des talens
( 163 )
qui le mettent au rang des plus grands Capitaines
, que pour opérer la révolution qui
nous prive de nos Colonies , & former une
puiflance nouvelle qui lui doit fon exiſtence ,
a abdiqué fon commandement ; il n'a pas
attendu que l'Amérique formât aucuu voeu
à cet égard ; & au moment où fes ennemis
l'accufoient de fonger à s'emparer de
l'autorité fuprême fous le titre de protecsteur
ou de dictateur , il a écrit une lettre
circulaire à chacun des Etats- Unis , pour
leur annoncer qu'il abandonne un commandement
devenu inutile par l'accompliffement
du plan qui l'y avoit fait élever , & qu'il va
fe retirer dans la Virginie & achever fa
carrière dans la condition obfcure d'un fimple
citoyen. Cette lettre qu'on var te comme
un chef- d'oeuvre de noblete , d'hércime &
defenfibilité, contient des confeils à fes compa
triotes auxquels il croit leur bonheur & l'exiftence
des Etats attachés ; il leur recommande
l'union fous un pouvoir fédératif aſſez étendu
pour veiller au bien général , & réunir leurs
forces au befoin avec la promptitude &
l'énergie néceffaire ; un attachement inviolable
à la juftice publique , l'adoption d'un
établiffement de paix convenable , l'attention
à écarter les préjugés locaux , & à ne
fe confidérer chacun en particulier , que
comme faifant partie d'un tout refpectable.
Il termine cette lettre par des voeux pour
le bonheur général auquel le fien particulier
eft attaché,
1
( 164 ) .
Nos papiers font remplis de paragraphes
relatifs au traité définitif de paix dont la
fignature eft attendue inceffamment ; entre
autres caufes qu'ils donnent des délais ,
qu'il ne faut fans doute chercher que dans
la nature des objets qui reftoient à difcuter ,
il y en a un qui offre férieufement celle-ci ,
qu'on peut joindre aux rêves politiques dont
la plupart font ordinairement remplis.
Le 4 du mois dernier étoit fixé pour la figna
ture & l'échange général des divers traités à Paris ,
& il fut envoyé des inftructions à ce fujer aux Plénipotentiaires
Anglois. Cependant , deux jours avant
le terme fixé , on reçut la nouvelle de la prife de
New Providence & des ifles Bahama , ce qui déter
mina les Miniftres Anglois à fufpendre le traité
avec l'Espagne , à moins que l'article concernant la
ceffion de la Floride orientale pour les ifles Bahama
ne fût ou rayé ou pallié d'une manière particulière.
C'étoit le matin du jour où l'on devoit mettre la
dernière main aux traités ; & avant que le courier de
Londres n'arrivât à Paris avec les dépêches , le Duc
de Mancheſter étoit allé trouver les autres Miniftres
& fes paquers ne lui furent remis qu'une heure avant
qu'il fût probable que tout, fûr terminé. Ce nouvel
incident par rapport à l'Eſpagne arrêta toutes les autres
Puiffances. Un courier fut envoyé à Madrid ,
un autre courier revint avec des dépêches par lef.
quelles il étoit ordonné au Miniftre de S. M. C. de
tout fufpendre jufqu'à ce qu'on le fût informé fi
New Providence avoit été prife dans le tems fpécifié
pour la ceffation des hoftilités . Voilà ce qui a arrêté
la fignature des traités , & la raifon pour laquelle les
autres Puiffances accufent nos Miniftres d'être là
caufe de ce délai. Au furplus cette démarche eſt une
preuve de tous les efforts qu'ils font pour que la nas
tion ne cède rien de ce qu'elle peut conferver
( 165 )
La furprife des Iles de Bahama par le
Colonel Deveaux a r mené fur lui Pattention
, & nos papiers préfentent à cette occafion
les anecdotes fuivantes.
Le Colonel Deveaux eft né dans la Caroline-
Méridionale ; fes ancêtres étoient des François , que
la révocation de l'Edit de Nantes avoit forcés de
quitter leur patrie ; ils allèrent avec plufieurs autres
perfonnes de leur cultè , chercher un afyle dans les
déferts de la Caroline- Méridionale ; il eft un peu
fingulier que ce foit deux defcendans de ces réfugiés
qui ayent fait quelques coups d'éclat dans cette
guerre & la précédente. On avoit vu un M. Dupré
combattre avec fuccès dans les Indes - Orientales ,
contre les anciens compatriotes les François ; & on
vient de voir M. Deveaux enlever New- Providence
aux Efpagnols ; en 1779 , quand le Général Prévost
fit une irruption fubite dans la Caroline , M. André
Deveaux & fon fils , qui eft le jeune Colonel dont il
eft question ici , joignirent l'armée Royale , & reftèrent
attachés à la caufe Britannique. Le jeune Deveaux
obtint une Commiffion dans un régiment Provincial ,
& fut bientôt Capitaine. En 1780 , quand la Caroline
fut recouvrée , fon activité & fon zèle le recommandèrent
à nos Généraux ; il fut conftamment employé
, & toujours il développa beaucoup d'intrépidité.
Quelque tems avant que Charles - Town fût
évacué , il avoit été élevé au grade de Major. Il
accompagna la partie des troupes qui -allèrent à St-
Auguftin. Toutes les hoftilités contre les rebelles
étant interdites par un acte du Parlement , il dirigea
fon attention contre les établiffemens des Espagnols
dans la Floride Occidentale ; il y employa les reftes
de fa fortune & toutes les reffources qu'il put obtenir
fur fon crédit. Il avoit voulu d'abord aller à Penfa
cola , qui avoit exigé des François & des E pagn Is
des forces de terre & de mer confidérables , où il
favoit la garnifon Eſpagnole affoiblie par les mala7166
dies , & fans ceffe inquiétée par les Indiens voisins.
Mais Providence étant infiniment plus près , il y
dirigea fa courfe. Il eft fâcheux que la reddition
n'ait eu lieu qu'après le terme expiré pour les
hoftilités , felon les préliminaires .
L'inquétude que l'on avoit pour quelques
vaiffeaux que nous attendons de l'Inde
eft heureufement diffipée.
Le Tartare , Capitaine Fiot , parti le 8 Juin der
nier de Ste-Helene , de conferve avec le Neptune ,
le Royal Admiral , le Rochefort , le Lord Mulgrave
, le Deptford & le Locko , tous , ainfi que
lui , vaiffeaux de la Compagnie des Indes , eft arrivé
feul dans les Dunes après cinq femaines de
traversée , rapidité de marche dont on ne fe rappelle
point d'exemple : vers le 23 Juin il avoit été
féparé de fes conferves , que l'on n'attend pas defitôt
, mais qu'il a laiffées en bon état ; enforte que
fon arrivée a répandu la joie dans le cercle étendu des
intéreflés , ce qui eft d'autant plus naturel que l'on
penfoit avoir des raifons de croire que les Hollandois
avoient fecrètement expédié une efcadre pour
les intercepter : il paroît par le rapport du Capi .
taine Fiet , qu'elle étoit compofée de trois vaiffaux
à deux ponts & de deux frégates , qui avoient appa
reillé du Cap de Bonne Espérance : or , il eft facile
de calculer que les hoftilités n'ayant point ceffé audelà
de l'équateur , lorfque ces vaiffeaux de la Com
pagnie mirent à la voile , s'ils euffent tombé dans
cette efcadre , ils euffent été de bonne prife.
On a parlé de la perte du Grosvenor ,
vaiffeau de la Compagnie des Indes ; deux
matelots échappés à ce défaftre & arrivés
du Cap de Bonne-Efpérance , ont rapporté
les détails fuivants des fatigues innouies
qu'ils ont effuyées.
Le Grosvenor périt le 12 Août 1782 , & quinze
1167 )
matelots eurent le même fort. Le Capitaine , les
Officiers , les Paffagers , ainfi que leurs domeftiques
& les matelots , arrivè ent à la côte de la Cafierie.
Ils fe déterminèrent à ne point ſe ſéparer , & s'effor
cèrent de gagner quelque établiffement Hollandoisau
Cap. Les Cafres firent fouvent pleuvoir fur les
matelots , des nuées de pierres , & les attaquèrent
auffi avec des lances. M. C. Newman , Paffager , fut
tué dans l'une de ces attaques . Plufieurs matelots
périrent de fatigae & de misère . Les Cafres les
chaffoient comme des moutons ; & quand à leur
tour , pour ufer de repréfailles , les matelots leur
envoyoient des pierres , ils le défendoient avec des
targes ( 1 ) & fuyoient lâchement. Les Cafres n'emmenèrent
point les femmes , que le hafard fembloit
avoir deftinées à partager un fort fi funefte , mais
ces fauvages les maltraitèrent toutes indiftinctement
fans refpect pour leur fexe , ni compaffion pour l'état
de mifère où elles fe trouvoient réduites . Outre les
Cafres , les gens du Grofvenor avoient encore à
combattre les bêtes féroces , dont la Cafrerie cít
couverte. Ils étoient obligés toutes les nuits d'allu
mer des feux pour écarter ces animaux , dont quelques-
uns de leurs compagnons avoient été dévorés,
D'autres fe trouvèrent égarés , & plufieurs étoient
morts avant que ceux- ci les euffent quittés. De
tout l'équipage du Grofvenor , fix hommes feulement
, y compris ces deux matelots , demeurèrent
faufs. Quatre de ces malheureux marchèrent enfemble
jufqu'à un établiffement Hollandois , où ils
furent jettés dans une prifon. Ils en furent délivrés
& embarqués fur un vaiffeau Danois , qui fit voile
de cet établiſſement le 15 Mars . Ils étoient arrivés
au Cap la veille de Noël. Enfin , ces matelots ſont
perfuadés que leurs compagnons , qui étoient tous
attaqués d'une langueur mortelle , y auront fuccombé.
Ils avoient été perdus avec eux pendant
( 1 ) Efpèce de Bouclier dont ufoient les Romains.
7168 )
cinq femaines. Dans les derniers jours ils avoient
été réduits à ne vivre que de balcine ; plufieurs
même à manger leurs fouliers Malgré le tableau
eftrayant que préfente cette relation , chacun s'em
prette d'en entendre raconter les particolarités.
Nous avons parlé du procès du malheu
reux Ryland , qui eft condamné à mort ,
& qui ne peut l'éviter à moins que
que le Roi
ne daigne lui faire grace. Il a été préfenté
deux Requêtes en la faveur ; l'intérêt qu'il
-inſpire cit encore augmenté par les détails
fuivans qu'on lit dans quelques- uns de nos
papiers.
William Wynn Ryland , eft un Artifte dont la
réputation , en le plaçant au-deffus de la plupart de
ceux qui profefient le même art , le rend l'égal de
Ceux qui tiennent le premier rang . Il excelle fur tout
dans les portraits au deflin , & on ne lui peut com
parer perfonne pour la reffemblance & la perfection.
Peu après l'acceffion du Roi au trône , la Société ,
pour l'encouragement des Aris , p opofa un Prix de
100 guinées pour la meilleure gravure d'un tableau
de M. Ramfey . Il y eut une foule de concurrens,
plus attirés par l'honneur que par l'espoir de la récompenfe.
Ce fut Ryland qui obtint la couronne.
Depuis ce tems fa fupériorité a été reconnue ; le
Comte de Bute devint fon protecteur , & le recom
manda au Roi , comme un Artifte qui méritoit les
faveurs ; quelques difficultés s'étant élevées entre ce
Lord & M. Strangeway , qui avoit été choisi pour
aller chez l'Etranger , recueillir des gravures étran
gères pour le Roi , Ryland fut nommé pour le rem
placer il partit chargé des ordres du Roi , muni de
lettres de recommandation pour les plus habiles
Artistes étrangers , & il fut fi heureux dans fon
voyage , qu'il en rapporta une collection très-precieufe,
S. M. en fut fi fatisfaite , qu'elle lui accorda
une

( 169 )
·
une penfion de 200 liv , ft. Il s'occupa enfuite tour
entier de fa profeflion , & quelque tems après il
établit une Imprimerie en Taille Douce , qu'il garda
quelque-tems avec un Affocié ; les affaires allérent
mal ; il fit banqueroute ; mais fes créanciers furent
tellement fatisfaits de fon intégrité , qu'ils lui en
donnèrent un certificat. Il reprit fa profeſſion , & y
fit des gains qui le mirent en état de payer toutes les
dettes , ce qu'il fit avec une probité rare ,
dans un
moment oùil ne pouvoit être forcé par la loi de payer
feulement un fol. La fortune lui fut favorable ; les
gains , en peu d'années , le mirent en état d'acheter
des poffeffions , & de fe trouver avec 3000 liv. ft.
de revenu , tant de fon induftrie que de fes acquitions.
Il paroît en effet , par l'examen de fes regiftres
qui a été fait par des Commiffaires nommés à cet
effet , que dans le cours de 7 ans , il a tiré de France
& d'Allemagne , au- delà de 9000 liv . ft. , qui font
le produit des gravures qu'il y a envoyées , & qui
font toutes l'ouvrage de fon barin ; il a actuellement
15 nouvelles planches d'après Mortimer , Cipriani
& Angelica , auxquelles il alloit mettre la dernière
main , lorfque fon malheureux accident lui eft
arrivé. Le Roi avoit toutes fortes de bontés pour
lui ; il en obtint , il y a quelques années , la grace
d'un de fes parens , qui après avoir diffipé la fortune ,
avoit été voler fur les grands chemins , & qui devoit
fubir la peine infligée par les loix pour ce crime.
On n'a pas eu un feul reproche à lui faire jufqu'à ces
derniers tems ; il perfifte à fe dire innocent ; & il a
répété dernièrement à fes amis , que le préjugé du
Fublic & des Juges faifoit feul fon malheur ; mais
qu'il s'en confolcit par le témoignage de fon propre
coeur , qui le déclaroit innocent ; qu'il fe fenteit
affez de courage pour fubir le fort qui le menaçoit ,
& qui le facrifioit à la clameur publique ; que cepen
dant un rayon de grace biilloit encore foiblement à
fes yeux. Il eft âgé de 46 ans ; il a une femme & 4
enfans.
23 Août 1783.
h
( 170 )
Un voyageur de beaucoup d'efprit a
préſenté deux tableaux intéreffans , dont la
plupart de nos papiers fe font emparés ;
l'un eft un parallèle entre les dames Fran
çoifes & les Angloiſes ; l'autre une efquiffe
du caractère des Italiens : nous les traduirons
l'un & l'autre.
» Le caractère des femmes eſt un ſujet qui a exercé
la plume d'une foule d'Ecrivains célèbres .. Il eft
donc difficile de prêter de nouvelles nuances aux
portraits qu'ils en ont tracés. Mais lorsqu'on parle
d'une nation , le fujet re feroit pas complètement
traité , fi l'on ne difoit pas quelque chofe des femmes
qui y jouent un fi grand rôle. Je me contenterai d'effleurer
les objets principaux de la différence qui fe
trouve entre les Françoifes & les Angloifes.
Lorfqu'une Françoiſe entre dans une aſſemblée on la
reconnoît à ſa démarche , elle ſe préſente mieux
qu'aucune autre. Sa parure eft plus élégante & plus
artiftement arrangée. Lorfqu'elle parle , elle enchante
: les yeux , fes lèvres , fes paroles , fes geftes ,
tout prévient en fa faveur . Son langage eft celui de
l'amabilité ; fes accens font ceux des Graces . Elle fait
embellir une bagatelle & exciter l'intérêt fur un rien.
N'eft- elle pas de votre avis elle propoſe le fien avec
enjouement. Le tour élégant qu'elle donne à un
compliment en ôte la fadeur ; & lorſqu'elle le veut ,
elle fait aiguiser une épigramme mieux qu'aucune
autre femme. Ses yeux étincellent d'efprit. Les
faillies de fon imagination font les délices de la fociété.
Raconte-t- elle une hiſtoire , elle eſt inimitable,
Les mouvemens de fon corps font décens & ailés.
On remarque en elle une vivacité douce & uniforme
& une gaieté qui ne ſe dément pas . Son unique ambition
eft de plaire aux autres & d'en obtenir du
retour. Sa vivacité peut quelquefois reſſembler à la
folie , mais alors elle n'en eft peut- être que plus
agréable & plus intéreſſante. Les Angloiſes ſurpaſ
7171 )
fent les Françoifes dans plufieurs points ; les Françoifes
les furpaffent dans beaucoup d'autres . J'ai
parlé de ces différences dans un autre Ouvrage . Je
me contenterai de dire ici qu'une Françoiſe poſsède
mieux qu'aucune autre femine , l'art de vivifier les
facultés intellectuelles . Elle donneroit de l'efprit à
un fot. Elle pince avec tant d'adreffe les cordes de
l'amour propre qu'elle donne contre toute attente
de l'énergie & de l'effor à l'imagination . Elle électrife
un corps qui ne paroiffcit pas fufceptible de
l'être. J'ai parlé ici des Ang'cifes & j'ai eu torr.
Ce n'étoit pas d'abord mon dellein , mais j'ai pensé
que c'étoient les feules femmes qui méritaflent d'entrer
en parallèle avec les Françoifes . Il faut une meilleure
plume que la mienne pour affigner des bornes
aux prétentions refpectives du beau fexe des deux
pays. Je n'aurai pas la témérité de prononcer fur un
feul point. Je ne déciderai pas fi en fait de beauté ,
la taille & la fraîcheur du teint doivent être préférées
aux graces du niaintien & à l'expreffion de la phyfionomie
, ou fi ces deux dernières qualités doivene
l'emporter fur la fraîcheur du teint & fur la taille.
Je n'examinerai point fi une Françoife piquante doit
l'emporter fur une Angloife fenfible , ou fi une vive
fenfibilité mérite d'être préférée à la vivacité & à
l'efprit. La difcuffion d'un fujet auffi important feroit
trop longue. J'hafarderai feulement une efquiffe.
Qu'on le repréſente une Déeffe douée tout à la
fois des attributs de Junon & de Minerve , une telle
Déeffe eft l'emblême des Angloifes . Vénus avec toutes
les graces & les imperfections peut être regardée
avec affez de fondement comme l'emblême des
Françoiles . J'ai décidé la queſtion fans le vouloir
car j'ai donné la préférence aux Angloifes . J'avois
oublié un point & qui plus eft un point effentiel . Il
n'admet point de conteftation parce qu'il eft fondé
fur l'opinion générale ; le voici : les Angloifes font
les meilleures époufes qui exiftent. Les maris qui ne
les rendent pas heureufes font bien méprifables.
h 2
( 172)
Caractère des Italiens. Il eft rare de trouver ea
ce pays le jufte milieu. On n'y voit que des extrémes.
On n'entend nulle part de meilleure mufique , & nulle
part ( fi ce n'eft à l'Opéra de Paris ) les oreilles font
plus cruellement déchirées. La vue eft charmée &
blefée tour- à-tour par les peintures & les ftatues les
plus belles & les plus déceftables . Point de citoyens
dans ce pays ; il y règne un luxe énorme parmi les
individus ; le peuple y eft dans la plus atfreufe misère.
Il en eft de même relativement à la Religion .
On ne voit qu'une aveugle fuperftition ou un athéifme
décidé . Le caractère de la nation offre les contraftes
les plus frappans. L'Italien en général eft exceffivement
bon , ou il cft méchant au fuprême degré.
Il y a d'excellens coeurs dans ce pays , mais ils
y font très- rares , de même que les chef- d'oeuvres
en peinture. Les hommes y naiffent avec de fortes
paffions , & comme ils ne reçoivent point une éducation
propre à les tempérer , on ne doit pas s'étonner
qu'ils commettent fouvent de grands crimes .
Sous an extérieur froid ils cachent des coeurs brûlans
, & ils ne prennent un extérieur compofé que
por mieux déguifer l'état de leurs ames . L'amour
la jaloufie & la vengeance , font leurs paffions domi
nantes . Comme ils n'attachent de prix qu'aux plaifirs
des fens , & qu'ils connoient à merveille le
tempérament de leurs femmes & les rufes de leurs
rivaux , leur jalouſie eſt toujours éveillée & leur vengeance
eft implacable . Il en eft à-peu près
de même de leur efprit . Les gens àtalens forment le
plus grand nombre; il y a peu de gens bornés , &
les hommes médiocres y font très- rares . » Pourquoi
וכ
donc , ne demandera-t-on , ne produifent- ils au
cun chef-d'oeuvre ? Parce qu'ils ont une imagination
déréglée & qu'ils n'ont point de philofophie , &
parce que le bon goût n'a pas encore pénétré dans
Ieur pays. Quelle en eft la raifen ? C'est qu'il n'y a
en Italie ni un Londres ni un Paris , & que cette
contre n'a jamais poflédé un Louis XIV. Les --
173 )
voyageurs ont fouvent porté an faux jugement fur
les Italiens & principalement fur les Napolitains. I's
penfent que ces derniers n'ont pas d'esprit parce
qu'ils manquent d'idées. Un homme qui n'eft jamais
forti de fon pays & qui n'a point de lecture ne peut
avoir que très- peu d'idées ; mais qu'on interroge le
Napolitain fur tous les objets qu'il eft à portée de
connoître , & l'on verra s'il manque de capacité naturelle.
On peut le comparer au fol de fon pays : un
champ bien cultivé dans le royaume de Naples donne
les récoltes les plus abondantes ; fi au contraire la
culture en eft nég ige , il ne produit que des ronces
& des épines . I. en eft de même de l'esprit des habitans
de ce pays. Lorſqu'il eft cultivé , il cft capable
de tout ; n'eftal point cultivé , il ne produit que vices
& folie .
FRANCE.
De VERSAILLES , le 19 Août.
MONSIEUR eft arrivé le 14 de ce mois
au foir du voyage qu'il vient de faire en
Lorraine.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint
Calés , Ordre de Saint- Benoît , Diocèle du
Mans , l'Abbé d'Avilliers , fur la préfentation
de Monfieur en vertu de fon apanage.
ཟཞ
Le 15 , Fête de l'Affomption de la Vierge ,
L. M. & la Famille Royale affiftèrent dans
1 Chapelle du Château , à la Grand'Meffe
célébré par l'Evêque de Séez , premier
Aumônier de Monfieur , & chantée par la
mufique du Roi ; la Comteffe de Polaftron ,
Dame du Palais de la Reine fit la quête.
L'après midi le Roi & la Famille Royale
h 3
( 174 )
fe ren litent à la Chapelle , & affiſtèrent à
la Proceffion qui a lieu tous les ans pour
l'accompliffement du voeu de Louis XIII.
M. Moreau , Confeiller en la Cour des
Comptes , Aides & Finances de Provence ,
premier Confeiller de Monfieur , & Hif
toriographe de France , a eu l'honneur de
préfenter au Roi & à la Famille Royale
le 15 volume de fes Difcours fur l'Hiftoire
de France ( 1 ) .
De PARIS , le 19 Août.
LES lettres d'Eſpagne nous apprennent
que le 24 Juillet D. Antonio Oforno appareilla
de Cadix avec 12 vaiffeaux de ligne
, quelques frégates & 3. bâtimens légers
. Comme il avoit pris autant de vivres
qu'il en faudroit pour une campagne , on
lui fuppofoit une deftination dont il ne
devoit être inftruit qu'à une certaine huteur
où il ouvriroit fes paquets. Les lettres
de Madrid ne lui en donnent aucune autre
que le Ferrol où il va défarmer.
(1 ) Cet Ouvrage intitulé : Principes de Morale , de Politique
& de Droit Public , puifés dans l'Hiftoire de la Monarchie
, le trouve à Paris chez Moutard , rue des Mathurins.
Le Tome XV contient le dix- neuvième Difcours , le règne
de Louis-le- Gros , & une Notice historique des Affifes de
Jérufalem . Prix 3 liv. 12 fols broché. On trouve chez le même
l'Ifle inconnue ou Mémoires du Chevalier de Gaftines , 4 vol.
in-12. Ancienne Chronique de Girard d'Euphrate , Duc de
Bourgogne , &c. extraite de l'Edition de 1549 , in-folio ,
mife en François moderne , & augmentée de la Conclufion
de ce Roman , 2 vol. in-12 .
( 175 )
Nous avons reçu , ajoutent ces dernières lettres ,
des nouvelles de l'armement d'Alger ; elles font en
date du 16 Juillet au foir & du 173 le vent qui étoit
très -bon pour les gros vaiffeaux , étoit trop fort pour
les petits , & la chaloupe canonnière , nº . 9 , fat fi
endommagée , que l'on fut obligé de l'abandonner ,
après en avoir retiré l'équipage. Quelques autres
qui avoient auffi fouffert des avaries , abordèrent à
la nouvelle Tabarca , près d'Alicante , où elles furent
raccommodées fur le champ. Dans la même nuit ,
ajoute- t - on , cinq chaloupes ou bombardes furent
féparées de l'efcadre avec le vaiffeau de ligne le St-
Pafqual, qui fans doute ne les aura pas abandonnées.
Voilà tour ce que l'on fait de la traverfée de cet
a mement jufqu'au 17 , qu'à raifon de l'inconftance
des vents , on ne croit pas avoir pu arriver à la deftination
avant le jo ou le 31 « .
L'arrivée de la flote de la Havane a
remis beaucoup d'or & d'argent dans le
commerce de Cadix ; il remplace en partie
celui qui , pendant la guerre , a été s'enterrer
dans l'Inde , où qui a paffé en Amérique.
L'Angleterre foupire plus que toute autre
Puiffance après ces précieufes matières dont
elle commençoit à manquer. Nous avions
été plus heureux ; les flottes & l'armée Efpagnoles
avoient porté une grande quantité
de piaftres à Saint - Domingue , d'où elles
ont été apportées ici fucceffivement. On
dit que depuis 15 jours la caiffe d'efcompte
en a fait fondre elle feule pour plus
de 20 millions de livres tournois.
» Ces richeles , lit on dans une lettre de Cadix ,
feront bientôt fuivies de plus confidérables . Lorfque
D. Jofeph Solano eft parti de la Havane , o venoit
d'envoyer 2 vaiffeaux de ligne pour chercher le tréfor
h 4
( 176 )
& les fruits de la Vera- Crux ; on affure qu'ils feront
bien plus confidérables , puifqu'on ne les porte pas à
moins de 20 millions de piaftres en eſpèces . Ce riche
tréfor eft attendu ici dans tout le mois de Janvier
de l'année prochaine. Il aura une eſcorte fuffifante ,
dans laquelle fera un vailleau neuf qu'on conftruit à
la Havane, & qui fera achevé à la fin du mois d'Octobre
; ce vaiffeau eft le St-Domingo. On attend .
auf les fonds en efpèces de Carthagène & de Buenos-
Ayres. On compte qu'ils arriveront vers la mi-
Septembre , & ceux de Lima vers le mois d'Avril
1784 ".
Quelques nouveaux détails qui ont tranf
piré en attendant la relation entière du défaftre
de l'Ile Formofe , rabattent beaucoup
des premiers qui paroiffent avoir été fort
exagérés . L'ouragan qui fit monter les
eaux à une hauteur exceffive , & fembla
menacer de déraciner l'Ifle , dura 8 heu
res ; il a péri une quantité confidérable
de monde , ainfi que près de 60 vaiffeaux
de guerre , & plus de 300 navires chargés
de vivres , munitions , marchandifes , & c.
Mais comme on fait que tous ces bâtimens.
Chinois font de frêles & petites embarcations
, le malheur très - confidérable en
effet l'eft moins cependant qu'on ne l'avoit
d'abord annoncé .
Il paroît une nouvelle impreffion de l'Hiftoire
fecrette de Bourgogne , par Mdlle de la Force , chez
Didor. On a inféré en tête une généalogie de la
Maifon de Caumont , & enfuite des branches de la
Force , dont étoit iflue Mdlle de la Force & de Beauvilla
, dont l'héritier avoit été marié par M. le Duc
de la Force à Mdlle de Galard Béarn Braflac , fa
petite- fille , on rapporte une branche ſous le nom de
( 177 )
fa
Caumont Ganville. Ce dernier article paroît avoir
été copié dans un Mercure du mois de Février 1758.
Comme le Duc de la Force , chef de la maifon , étoit
à cette époque dans fon Château de la Force , où il
eft mort en 1762 , ( & non en 1727 , comme l'annonce
la généalogie imprimée dont il eft question )
& qu'il paroît qu'il n'a eu non plus que le Marquis
& la Marquife de Caumont aucune connoiffance du
Mercure de 1758 , la Marquife de Caumont ,
petite-fille , Gouvernante des enfans de Monfeigneur
le Comte d'Artois , & fur- Intendante de leur Maiſon ,
fe croit obligée de rendre publique la déclaration
qu'elle fait , qu'elle ne reconnoit pour mâles de fa
Maifon , que les deux fils qu'elle a eu du Marquis de
Caumont Beauvilla , & que s'il exifte quelques
exemplaires de l'Hiftoire fecrette de Bourgogne , cu
la généalogie de fa Maiſon fe trouve , elle défavoue
cette généalogie , comme fauffe & imprimée fans
fon aveu. Signé, AMELOT DE LA FORCE. BRASSAG
DE CAUMONT.
Le vaiffeau le Baron de Binder , appartenant
à la Compagnie Impériale des Indes ,
venant de l'Ile de France , a touché le mois
de Juillet dernier à Malaga , & a continué
enfuite fa route pour Triefte.
On a parlé de l'expérience faite dans le
mois de Juin dernier à Annonay en Vivarais
, d'une machine aeroftatique ; fon Auteur
M. Montgolfier eft à Paris , cù l'on dit
qu'il va répéter cette expérience en préfence
de l'Académie Royale des Sciences .
On parle d'un globe qui fera fait pour cet
effet , & qui feroit bien confidérable s'il
avoit les dimenfions qu'on lui fuppofe ; on
ne lui donne pas moins de 100 pieds de
diamètre , ce qui feroit très difficile à exéhs
( 178 )
cuter ; car cette grandeur dont on peut fe
former une idée en la comparant à la calotte
de la nouvelle Halle , qui a 120 pieds
de diamètre , entraîneroit néceffairement
beaucoup de charpente , & un poids par
conféquent bien lourd. Comme tout eft de
mode ici , plufieurs particuliers vont auffi
s'occuper du même objet ; on dit qu'un
Prince fait faire , fous la direction d'un
Académicien , un glebe de 68 pieds , & il
y a une foufcription ouverte pour une pareille
machine de 30 pieds. M. Montgolfier
n'a pas encore donné le procédé qu'il a
tenu pour avoir de l'air inflammable ; mais
on fait qu'il a pu s'en procurer en faisant
brûler de la paille mouillée , &c.
» Le 1er de ce mois , Monfieur allant paffer en
revue fon régiment des Carabiniers qui eft en garnifon
à Metz , eft arrivé à Châlons fur les 9 heures du
feir , au bruit des cloches & de l'artillerie. Toutes les
rues qu'il a traversées étoient illuminées. Artivé à .
l'Hôtel de l'Intendance , il a trouvé fous les armes
la Compagnie de l'Arquebufe , & plufieurs Brigades
de Maréchauffée , qui ont eu l'honneur de faire fa
garde concurremment. Ce Prince a bien voulu recevoir
enfuite les hominages des Officiers Municipaux
& les vins d'honneur. Après avoir vu de fon
appartement tirer un feu d'artifice qui a très - bien
réulli , Monfieur s'eft mis à table avec les principaux
Officiers de la Cour , & pendant tout le tems
de fon fouper, une mafique militaire a joué différens
airs de guerre & des fanfares. Au fortir de table ,
Monfieur a témoigné beaucoup de fatisfaction de
voir une fuperbe illumination qui étoit en face de
fon Palais. Le lendemain matin ce Prince eft parti
pour Verdun au milieu d'une foule de citoyens ,
( 179 )
qui n'ont ceffé de donner des marques publiques de
leur joie & de leur fatisfaction ".
Les nouvelles de divers endroits font
encore mention de plufieurs orages arrivés
le 3 de ce mois , jour où il femble qu'ils
ont été préfque généraux.
Ce jour , écrit- on de Soiffons , on a effuyé dans
le Soiffonnois un orage violent accompagné de grêle
qui a ravagé des champs entiers , & plufieurs dont
les moiffons étoient coupées & encore fur terre ,
fans qu'il en foit resté aucun veftige . L'Election de
Soiffons , celle de Château-Thierry & principalement
celles de Laon & Guife ont le plas fouffert.
Des moulins , des maifons & des fermes ont été em-.
portés , des chevaux & beftiaux tués dans la campagne.
M. Le Pelletier , Intendant de cette Province ,
a envoyé fur le champ vérifier & conftater ces défaftres
& s'eft porté lui-même aux endroits qui ont le
plus fouffert , avec tout l'intérêt & le zèle éclairé
dont il a toujours donné des preuves à tous les cultivateurs
de cette Province. Quelques jours avant
-un chartier avoit été tué fur la voiture par le tonnerre
fur la route de Braime à Soiffons «.
Le même jour il y eut un pareil orage
à Rolleboife fur Seine . La grêle a tout
ravagé dans les meilleurs cantons de cette
Paroiffe ; elle étoit très groffe & très-abondante
, beaucoup de pièces de gibier ont
été tuées ou trouvées mortes dans la campagne
. Les malheureux habitans ont fait
pafler le procès verbal de ce défaftre à M.
l'Intendant de Rouen , dont ils réclament
des foulagemens que leur trifte fituation
leur rend néceffaires , & que fon humanité
ne peut leur refufer.
2
h 6
( 180 )
La nuit du 11 au 12 Juillet , le feu du Ciel a réduit
en cendres la moitié du bourg de Neubourg. ,
Ce fut fur les 4 heures du matin , que la foudre
tomba fur une grange qu'elle embrâfa ; la contiguité
des bâtimens facilita les progrès rapides des flammes ,
qui en 6 à 7 heures de tems , s'étendirent dans un
efpace de 800 toifes en longueur fur 200 de largeur.
Quoique tout le monde fûr levé , il ne fut pas poffible
de travailler à éteindre le feu , qui brûloit avec
une activité prodigieufe ; les habitans confternés , ne
s'occupoient qu'à fauver ce qu'ils pouvoient de leurs
effers ; ce ne fut qu'environ une ou deux heures
après ce coup fatal , que les habitans des campagnes
voifines accourus , apportèrent véritablement du
fecours ; on abattit des maifons pour couper la
communication des flammes ; la Marquife de Beuvron
, réveillée par les gens , envoya fur-le- champ
fon Architecte , & le fit fuivre par les ouvriers de
tous les atteliers qu'elle a dans fon Château. Cette
réunion de fecours employés utilement , fit ceffer les
ravages des flammes fur les 11 heures . 40 familles
fe trouvent réduites à la plus grande indigence &
dépourvues de tout. La Marquile de Beuvron s'eft
empreffée de procurer du foulagement aux plus infortunés
; fon Boulanger a eu ordre de leur fournir
du pain , elle a fait donner des afyles à ceux qui en રે
manquoient ; & le Marquis de Beuvron , arrivé le
lendemain , a fecondé ces foins bienfaifans.
perte eft évaluée entre 4 & 500, oco liv. ; mais fans
fecours extraordinaires , comment remettre tant de
malheureux fur pied. Qu'il me foit permis , ajoute la
perfonne qui nous a fait paffer ces détails , de préfenter
une idée. On fait que le Neubourg a l'avantage
d'avoir créé & vu naître l'Opéra ; c'eft du Neubourg
que toutes les machines ont été tranſportées
à Paris , & que de-là l'Opéra s'eft enfuite établi par
toute l'Europe . Quelques repréſentations au profic
de ces malheureux , en foulageroient une partie ; &
les Amateurs pourroient - ils ne pas céder au mou-
-- La
( 181 )
vement fi naturel d'aider des
infortunés , & de venir
à leur fecours .
M.
Suchet , l'aîné , vient de nous faire
pafler la note
fuivante que nous nous empreffons
de
tranfcrire .
ג כ
Monfieur ,
voudriez -vous bien
annoncer que
ma
nouvelle
méthode de filer la foie ,
approuvée par
l'Académie
Royale des Sciences de Paris le 22 Février
dernier
, que le
Gouvernement m'a chargé de
rendre
publique , & dont les
avantages
confiftent à
économiser les trois quarts des
combustibles , à ob
tenir une foie plus parfaite & plus
abondante , & à
prévenir le déchet à
l'ouvraiſon , eft
actuellement
mife en pratique dans mon attelier à
Largentiere en
Vivarais , qu'il fera ouvert jufqu'au 1er
Septembre
prochain à toutes les
perfonnes qui
fouhaiteront en
prendre
connoiffance , qu'elles auront la liberté d'y
prendre toutes les
dimenfions des baffines , croifures
& ce qui en dépend , qu'on leur en fournira même
de chaque un ou plufieurs modèles pour
pouvoir les
faire exécuter avec plus de facilité & de précifion «.
Le
Répertoire choisi de nos richeffes
Dramatiques ,
entrepris plufieurs fois & toujours
abandonné , manque
encore à la Nation ; plufieurs Hommes de Lettres
viennent de fe réunir pour le lui procurer ; ils ont
devant les yeux les fautes de ceux qui les ont précédés
, & ils les
éviteront ; le choix des pièces qui
fera fait avec goût , le foin qu'on
apportera à l'im
preffion , le format , le papier , le caractère , ne laifferont
rien à defirer au Public ; le
Profpectus qui en
offre un modèle , en donne l'idée la plus
avantageule .
La
collection
contiendra les
meilleures tragédies
comédies , drames , opéras ,
comédics à ariettes ,
comédies de fociété ,
proverbes & autres pièces
jouées fur les différens Théâtres , depuis l'origine
des
Spectacles en France. Il en paroîtra un volume
tous les mois , de manière que les 12 qui complerteront
l'année ,
contiendront 40 à 44 pièces , jamais
( 182 )
moins de 40 , diftribuées ainfi ; 18 à 20 du Théâtre
François , tragique & comique , 4 de l'Opéra , 9
Théâtre Italien & de l'Opéra comique , 8 à io du
Théâtre bouffon , de Société , de la Foire & du
Boulevard . Chaque pièce fera précédée de la préface,
d'une notice de la vie de l'Auteur , & des anecdotes
les plus pieuantes auxquelles cette pièce aura donné
lieu ( 1 ).
L'Encyclopédie a été réimprimée dans
le tems en Italie : l'Encyclopédie méthodique
étoit faite pour obtenir le même
avantage. M. le Nonce de Vienne vient de
le mander à M. l'Abbé Bergier par une
lettre en date du 26 Juillet dernier , où
l'on lit entr'autres : l'Imprimeur Manfze de
Venife a déja demandé & obtenu le privilege
pour réimprimer la nouvelle Encyclopédie
par ordre de matières ; c'est votre
nom qui l'y a principalement engagé.
La Penfion Académique de l'Ecole Royale d'Equi-
( 1) Cette petite Bibliothèque des Théâtres deformat in- 1 8.-
le même que celui des Après-Soupers de la Société & des Mo ralifies , imprimés chez M. Didot l'aîné , fera imprimée par M. Valade , dont on connoît la jolie Collection des Fores François ; il y a joint une édition complette de la Morale de Confucius qui fait fuite à ces petits formats , & dont quelques
exemplaires tirés fur papier vélin que nous avons eu fous les yeux font de la plus grande beauté , & font le plus grand
honneur à fes preffes . On pourra fe procurer la perite Biblio- thèque des Théâtres , port franc dans tout le Royaumé pour l'année entière au prix de 36 liv.; chaque volume coûtera 41. à ceux quin'auront pas foufcrit & chaque pièce féparée 1 liv. 4 fols . On en tirera quelques exemplaires fur papier vélin
dont la foufcription
pour les amateurs des belles Editions fera de 4 liv. pour l'année . On foufcrit chez Belin , Libraire, rue St -Jacques ; rue de Marivaux , Place du Théâtre Italien , & au Bureau rue des Moulins , Butte St-Roch , maifon de
M. Richard , Tapiflier. On n'exige des Soufcripteurs que l'en- gagement de payer l'abonnement de l'année en recevant le
premier volume.
( 183 )
tation des Tuileries , à Paris , rétablie fous les aufpices
du Grand- Ecuyer de France , offre aux pères la
facilité de complexer l'éducation de leurs enfans ,
par tous les exercices convenables aux jeunes gens
bien nés , & eft propre en même tems à les affurer
fur les dangers du féjour de cette Capitale . Cet
avantage eft fur- to.t fenfible pour les étrangers
qui , n'ayant , pour la plupart , à Paris , que des relations
peu fuivies , étoient obligés de confier leurs
enfans au hafard , ou de les priver d'un complément
d'éducation qu'ils ne pouvoient recevoir nulle part
ailleurs dans la même perfection , foit que l'on envifage
l'exellence des Maîtres , foit que l'on confidère
toutes les reffources que Paris fournit à l'émulation
pour la culture de l'efprit & la politeffe des manières .
Cette Penfion étoit précédemment tenue par M. le
Chevalier Dugas , Ecuyer du Manège des Tuileries ;
mais M. de Villemotte , fon fucceffeur , ayant confidéré
que les occupations de fa place ne lui permettroient
pas de fe livrer à l'adminiftration intérieure
du penfionnat , M. le Prince de Lambesc a trouvé
bon qu'elle fût confiée aux foins de M. de Maugonne
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , qui a été ci - devant chargé d'une éducation
des plus diftinguées . Cet établiffement eft fixé rue
du Sauffai , fauxbourg Saint Honoré , Hôtel de
l'Académie Royale , où les Elèves feront logés &
nourris convenablement , & y (uivront leurs différens
exercices fous l'infṛection de M. de Maugonne ,
ou de celui qui le repréfentera . Les inftructions feront
l'Equitation , les Aimes , le Voltigé qu'ils recevront
des Maîtres de l'Académie , & M. de Maugonne
y joindra un Coars de Technologie Militaire.
Pour mettre à profit le féjour des Elèves à Paris ,
leur procurer une diffiparion utile , on confacrera
une après- midi de chaque ſemaine à vifiter avec eux
les divers monumens de la ville , & les atteliers des
Astiftes , de manière qu'ils ruiffent prendre une idée
de ce que les arts , fot agréables , foit utiles , offrent
·
&
(( 184 )
d'intéreffant. On n'admettra point d'Elèves qu'ils
n'aient 13 à 14 ans , & qu'ils n'aient fait leur première
Communion , pour les Catholiques. Le prix
de la penfion fera de 2400 liv. , payable par quartiers
& toujours d'avance , & 200 liv. d'entrée pour fourniture
de draps , ferviettes , couvert , &c.; ce qui
fera 800 liv. pour le premier , & 600 liv. pour les
fuivans ; & de plus 12 liv. lors des étrennes pour
le portier & domeftiques .
» L'Académie Royale des Sciences & Belles-Let
tres d'Angers , dans fa Séance publique de Pâques
1785 , donnera un Prix dont le fujer eft la queſtion
fuivante: Quels font les moyens les plus convena
bles & les moins difpendieux de pourvoir , dans
les Provinces , à la confervation des Enfans-trouvés
; & de leur donner l'éducation la plus utile à
l'Etat. Le Prix fera une médaille d'er de la valeur de
300 liv. Les ouvrages feront envoyés avant le prémier
Janvier 1785 à M. de Narcé , premier Secrétaire
perpétuel , demeurant dans la Cité : fi le port ,
n'en eft pas affranchi , ils ne feront pas retirés «<.
30 Françoife Rivalin , née à St-Gilles en bas Poitou ,
mariée à Nicolas Bouchet , eut Louife Bouchet ,
mariée à Rochefort en Aunis , avec François Laigle ,
dont font iffus François Laigle, né en 1706 , mort la
même année , François-Julien , né en 1708 , Françoife
, en 1709 , Jacques - Pafcal , né en 1711 , mort
en 1721 , François - Daniel , né en 1721 , & Marie.
Louife , en 1713 ; de ces fix enfans nés à Rochefort
, deux feulement fe trouvent décédés fuivant
les regiftres , de forte qu'on ne fait ce que font de
venus François -Julien , Françoife, François - Daniel
& Marie- Louife : ces quatres enfans on l'un deux
pouvant avoir été mariés & avoir laiſlé des héritiers
directs , on defire de les connoître , pour leur pro
curer une fucceffion échue à St- Gilles , dans laquelle
le Procureur-Fifcal du lieu exerce les droits d'héré
dité de ladite Françoife Rivalin , ou les ayans caufes ,
comme abfents. Pour avoir des renfeignements fur
( 185 )
eette fucceffion , il faut s'adreffer à M. Giron , Pro.
cureur- Fifcal de St - Gilles- fur - Vic , en bas Poitou «
Le Vicomte Turpin de Jouhé , Capi ;
taine des vaiffeaux du Roi , Commandant
des Gardes de la Marine de Rochefort , y
eft mort au mois d'Avril dernier.
Les numéros fortis an tirage de la loterie
royale de France du 16 de ce mois , font :
12 & 81 . 76 , 2 50 › ›
De BRUXELLES , le 19 Août.
On a parlé de la réfolution prife par les
Erats de la Province de Frife relativement
à la demande qu'ils font d'une diminution
dans la quote part qu'ils payent à la généralité
, & à leur déclaration de ne payer
ce qu'ils doivent fur l'état de guerre que
jufqu'au premier de ce mois. Les Etats-
Généraux leur avoient adreffé une lettre
dans le mois de Juin pour les inviter à revenir
fur cette réfolution en leur repréſentant
les conféquences qui pourroient en réfulter
, & ne tendre à rien moins qu'à diffoudre
les liens de l'union . Cette lettre n'a
apporté aucun changement aux difpofitions
de la Frile ; & par une réfolution en date
du 19 Juillet dernier , elle a déclaré s'en
tenir à fa première réſolution .
Utrecht & Groningue fe trouvent auſſi
trop chargés & demandent également une
diminution ; la première prérend ne pouvoir
fournir que 4 florins 16 fols 7 deniers
& demi dans le cent ; l'une & l'autre de
ces Provinces defirent qu'on procède à un
( 186 )
nouvel examen des Finances , & qu'on
s'occupe des changemens néceffaires à faire
dans les quotes .
On a pris auffi dans les dernières affemblées
des Etats de Frife deux réſolutions
que nous citerons ; la première a pour objet
de mettre des bornes à toute jurifdic
tion militaire.
Après avoir délibéré fur une propofition du quar
tier d'Ooftergoo , tendant à mettre en activité la
Commiſſion antérieurement nommée fur le point
de la jurifdiction militaire , & à la qualifier pour
reprendre les travaux , fe fixant à cet égard ว
l'une des propofitions alternatives , mifes fur le tapis
par ladite Commiffion dans fon premier rapport
provifionnel : il a été trouvé bon & entendu , ainfi
qu'il eft fait par la préfente , que la Cemmiffion
relative à la jurifdiction militaire , continuera fes
opérations ; & que , pour donner à cet égard un
plus grand appui à fes délibérations , il fera dès
a-préfent arrêté , qu'en conformité de la deuxième
propofition , développée dans le rapport provifionnel
de ladite Commiffion , l'Auditeur Militaire , devant
toujours être Frifon - né , fera tenu de prêter ferment
à la Province ; que les troupes , qui
fe trouvent actuellement ici en garnifon си
viendront à cet effet dans cette Province par la
fuite , outre le ferment général de fidélité , en vertu
de l'union d'Utrecht , doivent encore jurer & promettre
spécialement , qu'au cas qu'ils fuffent , dans
cette Province , convoqués comme membres du
Confeil de Guerre , alors & toujours encore , ils
fuivroient les Règlemens , les Loix & les Statuts déja
faits , ou encore à faire ici concernant la Juftice &
l'adminiſtration d'icelle. Les avis des Chambres ,
refpectivement pris fur cette affaire , devant fervir
de fuite aux délibérations qu'on formera à cet
égard.
C
-
"
( 187 )
+
La feconde eft de la teneur fuivante.
Ayant délibéré fur un rapport , fait par MM .
les Députés de L. H. P. concernant les affaires maritimes
, le 2 Juin de cette année , à l'aſſemblée de
L. H. P. fur une miffive de Son Alteffe le
Prince d'Orange & de Naffau , écrite à la Haye le
2 du mois de Mai précédent , touchant le nombre
des vaiffeaux qui , au cas que la paix fût conclue ,
devoient encore refter en commiffion cette année .
Il a été trouvé bon & entendu , de charger MM .
les Comités de L. N. P. en moindre nombre ,
qu'avec MM . les Confeillers & miniftres Friſons
à l'Amirauté de cette Province , ils examinent ledit
rapport & en rendent compte à L. N. P. Réfolu
en même tems : Puifque L. N. P. ne font
gueres informées de la fituation des négociations
de paix , ce qui feroit pourtant très - néceffaire pour
délibérer fur cette matière , à quoi elles s'étoient
même attendu dès avant la tenue de la préfente
diète, que MM. les Comités à la généralité ſeroient
chargés , comme ils le font par la préfente ,
d'en informer le plutôt polfible L. N. P. & de leur
alléguer en même-tems les raifons pour lesquelles
des informations exactes à cet égard ne leur ont
pas été envoyées plutôt.
--
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 12 Août.
Il y a ordre de travailler avec la plus grande activité
aux vaiffeaux de guerre en armement dans la Tamife
pour qu'ils puiffent mettre en mer très inceffamment.
Malgré tous les bruits de guerre qui s'accréditent
de plus en plus les fonds hauffent ; cet évènement
prouve la confiance du public dans le Ministère
actuel ; car il eft bien certain que fous toute autre
Administration une circonstance (emblable aurait fait
tomber les fonds de 4 à 5 pour 100 .
Les préparatifs immenfes qui fe font dans tous les
( 188 )
chantiers du Roi donnent lieu à une multitude de
fpéculations au moins incertaines. Les Miniftres obfervent
le plus profond fecret fur leur objet , & ce
filence qui leur fait certainement beaucoup d'honneur
eft favorisé par la féparation du Parlement . Les Wigs
hors de place prenoient un plaifir cruel à tourmenter,
d'interrogations fans fia , leurs fucceffeurs , à qui
cette circonftance donne au moins quelques mois de
répit.
Quelqu'étrange que cela puifle paroître il n'en eft
pas moins vrai qu'un certain Général Américain , qui
eft actuellement penfionné par le Gouvernement , eft
fur le point de partir pour l'Amérique. On le dit
chargé d'une commiflion particulière.
On écrit de Bristol qu'un Négociant du voifinage
eft forti de ce port audi-tôt après la fignature des
fréliminaires de la paix avec l'Amérique , & s'eft
rendu à Philadelphie dans le deffein d'y établir une
correfpondance de commerce , mais qu'il y a été fi
mal reçu qu'il en eft reparti fur- le - champ , & que
même il eft déja de retour en Angleterre..
La ftabilité de la banque de Philadelphie eft l'objet
qui fixe principalement l'attention du Congrès &
des différens Etats de l'Amérique . Il a été fait
aux plus fortes Maifons de Hollande des propo
fitions très-avantageafes pour les engager à accrui
tre le principal , en fe rendant créanciers de la Ban
que , & en effet plufieurs riches Négocians d'Amfterdam
y ont déja envoyé des fommes confidé
rables.
Les piaftres d'Espagne font actuellement la principale
monnoie courante en Amérique. Il n'y a pas ,
à beaucoup près , autant de Louis- d'or en circulation
que l'on pourroit le croire , d'après la liaifon
étroite de la France & des Etats - Unis. Quant
aux efpèces Angloifes , elles font devenues fort
rares dans ce Pays. On voit par là que l'argent n'eft
pas commun en Amérique. Au furplus cet évènement
eft heaucoup moins étonnant que celui d'une
( 189 )
guerre foutenue par le papier monnoie qui n'a dû
fa valeur qu'aux circonftances & s'eft anéanti de
lui même auffi- tôt qu'elles ont ceflé . On ne peur
trop admirer un expédient qui a contribué plus
qu'aucun autre à l'indépendance de l'Amérique.
Tous nos papiers ne font pleins que de l'éloge
d'un Ingénieur François de l'Ile de France , auquel
on attribue une découverte bien intéreffante
& bien précieufe. La première nouvelle que nous
en avons eue nous vient de la Chine , dans une
lettre datée de Canton le 31 Janvier . » La
maniere
de trouver
la longitude
en mer , cher- chée depuis
fi long- tems fi inutilement
, four la
quelle
il a été promis
des Prix fi confidérables
,
eft enfin découverte
, & ce qui m'afflige
c'eft que
c'eft un François
& non pas un Anglois
à qui nous
la devons
. Il fe nomme
Sornay
, & eft Ingénieur
à l'Ile-de France
. Uu navire
Impérial
qui eft arrivé
nos a apporté
cet inftrument
: je ne fuis pas
affez Aftron
me pour en expliquer
les principes
,
mais le fait eft qu'il eft d'une grande
fimplicité
,
de la grandeur
d'un cadran
ordinaire
, & qu'un
en fant pourroit
s'en fervir. Avec fon fecours
la
longitude
for mer ne coûte pas plus à trouver
que la
latitude
; il fuffit d'obferver
le foleil à midi. Cette
importante
découverte
doit faire la plus grande
fenfation
en Europe
, & le nom de Sornay
cevenu
immortel
doit devenir
auffi cher à fa Patrie.
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE (1 ).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Accaparement défendu.
Les revendeurs & revendeufes ne doivent point
aller au devant des comeftibles , pour les enlever ,
( 1 ) Cet ouvrage , dont M. Mats , Avocat au Parlement
de Paris , eft l'Aureur , paroît tous les Jeudis , depuis huit
ans fans interruption . On trouve toujours dans chaque feuille
un certain nombre d'articles ; 1. I une Notice de Caufes ci(
190 )
avant l'arrivée dans les marchés , & avant que les
bourgeois en foient fournis. -- Les nommés Lalnier
, Taupin , Valleton & autres revendeurs de
comestibles a Troyes , avoient été condamnés en
l'amende , en 1770 , pour avoir accaparé. Sur l'appel
, Arrêt du 28 Mai qui a ordonné que les Arrêts
& Reglemens fur le fait de la police dans les marchés
, feroient exécutés felon leur forme & teneur ;
en conféquence a fait défenfes d'aller au - devant des
dentées qui s'apportent aux marchés , ni d'en acheter
ou faire acheter avant les heures prefcrites par
les Officiers de police ; enjoint aux revendeurs &
revendeufes de fe mettre dans les places qui leur
feront indiquées , fous peine d'amende , confifcation
des denrées , même d'être expulfés des marchés
, & autres peines qu'il appartiendra ; a déclaré
les faifies faites bonnes & valables , & les
denrées confifquées au profit des pauvres prifonniers
de la ville de Troyes. Ordonné l'impreffion
& affiche de l'Arrêt.
GRAND' CHAMBRE.
L'affiftance aux Proceffions du S. Sacrement eft
libre & volontaire,
Une Sentence de police de la ville de Tours avoit
condamné les fieurs Boulard & le Moine à affifter
à la proceffion de la Fête Dieu , & avoit prononcé
viles & criminelles ; 2 ° . un expofe de queftions fur lesquelles
on demande l'avis des Jurifconfultes ; 3 ° . les réponses à ces
mêmes queſtions ; 4° . des differtations fur des points de
Droit , d'Ordonnance ou de Coutume ; 5 ° . une indication
des Mémoires & Plaidoyers imprimés ; 6º , l'annonce &
l'objet des Livres de Droit , de Jurifprudence qui peuvent y
avoir rapport ; 7°. les Arrêts du Confeil , ceux des Parlements
& autres Cours Souveraines , Sentences de Police , en
un mot , tout ce qui fait Loi ou Règlement dans le Royaume ;
8 , un article de Légiflation étrangère. On ne s'abonne que
\chez l'Auteur , moyennant 15 liv. par an. On y trouve la
Collection de l'Ouvrage depuis fon origine. Le Bureau eft
ouvert tous les jours Rue & Hôtel Serpente.
( 1911
une amende contre les contrevenans. Appel & Arrêt
du 6 juillet fur les conclufions de M. l'Avocat-
Général d'Agueffeau , qui a mis l'appellation , &
ce au néant , émendant , a déchargé les fieurs Boulard
& le Moine , des condamnations prononcées
contre eux .
GRAND'CHAMBRE.
Pigeons fuyards.
Le Procureur Fifcal de la juſtice de Francheville ,
près Lyon , vient de requérir une nouvelle publication
des Arrêts & Règlemens rendus fur cette matière
, & leur exécution contre la dame de Carmonche
, qui , n'ayant que trois arpens de terres
labourables , avoit une prodigieufe quantité de Pigeons
fuyards. La Sentence du Juge de Francheville
a ordonné l'exécution des Règlemens , & a
fait défenfes à cette dame , & à tous autres qui
n'ont pas cinquante arpens de terres labourables ,
d'avoir des Pigeons fuyards , & l'a condamnée en
une amende. Sur l'appel en la fénéchauffée de Lyon ,
Sentence qui confirme celle du Juge de Francheville.
Appel en la Cour. Arrêt confirmatif, rendu
fur les conclufions de M. l'Avocat - général Seguier ,
le 16 Juillet 1783 .
GRAND' CHAMB R E.
Oppofition à un Mariage.
Les ficur & dame Tirel avoient formé oppofition
au mariage que leur fils vouloit contracter avec la
demoiſelle O ... fille peu fortunée. La Cour , par
fon Arrêt du 26 Fév. dernier , avoit continué la cauſe
à trois mois , pour donner le tems au fieur Tirel fils ,
de réfléchir fur l'engagement qu'il vouloit contracter
. Néanmoins à Texpiration du délai , le fieur
Tirel fils à poursuivi fa demande en main levée
de l'opposition de fes père & mère. Nouveaux
moyens de ceux- ci pour arrêter le Mariage . Arrêt
du 16 Juillet 1783 , qui continue la caufe à fix
mois.
( 192 )
1
ARLEMENT DE DOUAY.
Donation entre - vifs dans la coutume de
Tournefis.
Le 17 Mars 1780 le Geur Philippe- Alexan lre .
Jofeph de Mouveaux fir donation entre- vifs à la dame
fa Mère , de plufieurs héritages finés a Wanchain &
Bourghelles , villages de Tournefis , cédés à la
France par le traité d'échange & de limites , du 16
Mai 1769. Le Donateur s'eft deshérité par procureur
, entre les mains des Juges fonciers , de la
fituation des biens ; mais la donation n'a pas été
adhéritée du vivant du Donateur. Après la mort
de celui-ci el e a appréhendé les biens par mife de
fait , fous l'autorité de la Gouvernance de Lille .
La veuve Delval , héritière ab inteftat des biens
dennés , allignée pour voir décréter la mife de
fait , a fourenu la Gouvernance de Lille incompé
tente , & la nullité de 1 donation faute d'adhéri
tance prife da vivant da Donateur. Sentence
du 27 Avril 1783 , qui rejette l'exception déclina
toire & confirme la denation Appel . Arrêt du-14
mai 1783 quimet l'appellation au néant avec amende
& dépens .
--
ERRATA. Nous nous empreffons de redifier ici plufieurs
fautes effentielles qui fe font gliffées dans l'impreffion du
Mémoire remis par un citoyen genéreux entre les mains de M.
le Marquis de Condorcet pour être mis fous les yeux de l'Académie
Françoiſe . Page 32 , parmi les perfonnes qui
méritent un éloge public on nomme l'Abbé Godinot , &
non le Godinot. Avant le quatorzième fujet , on a omis
le fuivant : quels font les établiffemens , qui manquent aux
Lettres , aux Sciences & aux Arts , & quels feroient les
moyens de perfectionner ceux déja formés? A la Note ,
page 34 , ligne , où l'on dit qu'on defireroit de l'Académie
des Infcriptions & Belles Lettres qu'elle fit imprimer les
Mémoires qui lui paroîtroient les meilleurs parmi ceux qui,
bui feroient préfentés par des perfonnes de cette Académie ;
lifez , qui ne feroient pas de cette Académie--
Ajoutez à la
fin » Ceux qui voudront contribuer à cette fondation pour
> ront remettre à M. le Marquis de Condorcet la fomme pour
laquelle ils voudront y contribuer ; elle leur fera rendue le
» premier Janvier 1784 , fi le montant des foufcriptions ne
y va pas à 12,000 liv, «<
----
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 10 Août.
Apefte fe fait toujours fentir dans cette
Capitale , mais elle n'a pas la même
violence qu'on lui a vu les années précédentes
pendant l'été , & fes ravages font
moindres ici que dans les environs cù elle
continue d'emporter beaucoup de monde.
On ne doute plus que les Ruffe. ne foient
à préfent maîtres de la Criniée & de l'ifle
de Taman ; nous ignorons comment s'arrangera
cette nouvelle difficulté , élevée au
inoment où toutes celles relatives au commerce
avoient été arra gées ; nous ne verrons
pas fans inquiétude cette Puiffance
maitreffe d'un pays abondant e bois propres
à la conftruction , & qui la mettroit en
état d'avoir une marine & de couvrir la
mer Noire de fon pavillon , & de là de le
porter dans la Méditerranée. En attendant
nous continuons nos préparatifs de guerre ;
on conftruit de nouveaux vaiffeaux , & on
30 Août 1783.
( 194 )
équipe tout ce qui eft en état d'être armé
pour le joindre aux 70 qui font ftationnés
entre les Dardanelles & Gallipoli. Aucune
des galiotes armées n'a encore mis à la voile
pour la mer Noire.
1 RUSSIE.
De PÉTERSBOURG , le 21 Juillet.
LA Livonie a envoyé ici des députés pour
remercier l'Impératrice du règlement qu'elle
a bien voulu donner en faveur de ce Diftrict.
Ce règlement affranchir du lien féodal
tous les fiefs qui y font fitués , & les délare
parfaitement allodiaux ; ce qui affure à
chacun la libre poffeffion de fon bien , &
prévient quantité de différends & de procès
dans les familles.
S. M. I. a fait préfent au Général Brown ,
Gouverneur de la Livonie , de quatre champs.
de terres appartenans à la Couronne & voifins
de celles qu'il possède ; on les évalue
à 8000 ducats ; elle a donné en même- tems
une très -belle terre près d'Aftracan au Comte
de Narkow , Vice- Préfident du College des
Mines , & au Prince Wafemskoy , une
augmentation d'appointemens de 7000 roubles
, outre 12,000 pour la table par an.
Ce dernier eft parti pour Riga , où ilpaffera
quelques femaines pour faire l'infpection
des ouvrages importans d'hydraulique que
le feu Général Bauer y a fait commencer
le long de la Dwina , & dont l'intendance
lui a été confiée à la mort de cer Officier.
( 195 )
SUEDE.
De
STOCKHOLM , le 29 Juillet.
LA Cour eft à
Drottningholm depuis le
15 de ce mois , & le 20 il y eut cercle pour
la
première fois. Ces jours
derniers le Roi
dont le bras n'eft pas
entièrement guéri
& qui eft obligé de le porter encore en
écharpe , alla faire une vifite au Duc d'Oftrogothie
, qui
commande le camp près de
Wefteras ; S. M. y a vu
manoeuvrer fes
troupes , & bientôt elle partira pour Cronftadt
, où l'on
conftruit fous la
direction de
l'Amiral Trolle ,
plufieurs
vaiffeaux de ligne
& des
frégates ; le
nombre des
premières
eft de 6 , & celui des
dernières eft de 4 ;
on vient d'en
achever deux qui feront lancés
à l'eau en
préfence de S. M. Elle fuit
avec
beaucoup de vivacité le plan de former
une marine , comme le feul moyen de faire
refpecter fon
commerce .
ALLEMAGNE.
1
De
VIENNE , le 7 Août.
6
L'EMPEREUR
continue de jouir de la
meilleure fanté dans
l'Augarten ; le 3 de
ce mois il alla à
Schonbrun où
l'Archiduc
Maximilien lui donna un
concert. Il n'a
point encore été au camp de
Laxembourg ;
on croit qu'il s'y rendra dans les
derniers
jours pour affifter aux
manoeuvres.
i 2
( 196 )
Selon plufieurs lettres da Danube , on
y a reçu des frontières de la Turquie la
nouvelle de la dépofition de l'Hofpodar.de
Walachie , Nicolas Caraggia ; on ajoute que
Drako Suzo , ancien Interprète de la Porte ,
a été nommé pour le remplacer.
L'Evêque de Paffau eſt toujours dans cette
capitale , on dit que l'affaire qu'il y eft,
venu , négocier prend une tournure plus
favorable ; & il paroît que quelques villages
déja enclavés dans les Etats héréditaires ,
feront tout ce que perdra cet Evêché.
Les députés de 84 familles qui fe font
réfugiés de Macédoine fur le territoire de
l'Empereur , font venus dans cette Capitale .
pour
folliciter la permiffion des établir dans
la Bohême & dans la Moravie ; S. M. I. a
bien voulu la leur accorder.
On dit ici que le nombre des Couvents
de Capucins dans l'Autriche fera réduit
à trois.
De HAMBOURG , le 30 Juillet.
LFs ténèbres répandues fur les' mouve
mens du Nord ne font pas encore diffipées ;
les letres de Conftantinople annoncent
beaucoup de mécontentement pirmi le
peuple & on ignore quelle en fera la
fuite.. L
و د
Lorſque le traité de commerce avec la Roffic
fut figné & publié , lit - on dans ces lettres , on entendit
quelques mum res , qui ont bien augmenté
depuis que l'on fait que cette Puiffance a pris pof
*
7197
feffion de la Crimée. La populace ne s'y borna pas g
elle demanda la guerre à grands cris , on vi quelques
mutins attaquer des Ruffes , & commettre
divers actes de violence. Aucun vaiffeau de cette
Nation n'cfe plus aborder ; le 30 Juin dernier, on
poufla les excès plus loin à Scio . Quelques Turcs
ayant eu une altercation avec un matelot Ruffe , le
pourfuivirent à bord de fon navire , en jetrèrent le
pavillon à bas , & eufin mallacrèrent impitoyabiemet
ce malheureux , avec lequel ils avoient eu
querelle. Le Capitaine avec tout fon monde s'eft
rendu ici pour demander juftice ".
On n'eft pas inftruit du parti que prendra
la Ruffie dans ces circonftances ; mais on ne
croit pas qu'elle évacue les places dont elle
eft en poffeffion ; ce qui paroît certain ,
c'eft que les hoftilités femblent être fufpendues
pour quelques rems ; le Prince Potemkin
a quitté Cherfon pour fe rendre à
Pétersbourg en toute diligence ; & les lettres
de Pologne difent qu'il a paffé à Berdyczew
le 8 du mois dernier. On ne fait
pas quel eft le motif de fon voyage ; on
fuppofe qu'il n'en a pas d'autre que des
nouvelles qu'il a reçues de Conftantinople ,
& qui exigent vraisemblablement des ordres
poftérieurs & précis de fa Souveraine.
En attendant que toutes ces obfcurités
fe diffipent , quelques uns de nos papiers
préfentent les obfervations fuivantes fur la
ceffion de la Crimée , les projets qu'on a
prêtés aux Ruffes & les moeurs des Tartares.
» On dit que le Kan de Crimée a cédé fon
empire aux Reffes , & que c'eft là le motif de
13
( 198 )
5
leur invafion de cette prefqu'Ife. Mais quand ce
Prince en auroit eu la volonté , il paroît qu'il n'en
avoit pas le droit ; il eft plutôt le Général que le
maître des Tartares. Ses finances font très de
peu
chole , elles ne confiftent qu'en quelques revenus.
fonciers , deux falines qu'il afferme , les douanes
-de deux ports de Balaclava & de Kos- Lévé , &
quelques légers impôts. Outre les Princes de fa
famille qui ont le titre de Sultans , il y a un autre
corps qui repréfente à- peu-près la haute nobleffe
du tems du gouvernement féodal , & qui prot ge
le peuple contre les vexations du Kan & celles des
Turcs . Ils ont à leur tête un Chef qui a le titre de
Beg. Le concours des Sultans & des Chirin- Beys
ne feroit même pas fuffifant pour autorifer cene
donation ; il faudroit que le peuple y confentit ,
ce qui n'eft pas probable : Sahin- Gherai feroit à
la Ruffie un don qui pourroit lui coûter à conquérir
, & dont le plus grand avantage feroit une
armée de 80,000 hommes qui marche ordinairement
avec le Kan , car lorfque c'eft fon fils ou l'un
de fes Généraux qui commande , elle ne va qu'à
40 ou so mille . La Cour de Ruffie veut ,
sjoute-t- on , abolir Pefclavage des Chrétiens parmi
les Mahométans. Mais ce font les Tartares euxmêmes
qui en fourniffent le plus grand nombre..
Ils enlevent quelquefois dans une courfe d'un mois
ou deux , 50 mille perfonnes qu'ils revendent dans
les Etats du Grand- Seigneur. Voici une anecdote gee
l'on ne fait peut - être pas dans l'Occident , &
qui prouvera que fi l'abolition de l'esclavage étoit
le vrai motif de la guerre , la Ruffie autoit commencé
par attaquer les Tartares. Dans le tems que
Krim-Gherai , parti du Boudgiac , dirigeoit fa marche
vers le fort Sainte-Elifabeth , dans la nouvelle
Servie , le Calga Sultan faifoit une irruption andelà
de la rive gauche du Dnieper , vers Bachmud.
Les Tartares qui s'avançoient à grandes jour
( 199 )
nées vers cette place , arrivèrent aux environs le
4 Février , jour fixé par un riche bourgeois pour
célébrer les noces de fa fille. Il eft d'uſage chez
*tous ceux qui fuivent le rit Grec , d'accompagner
la cérémonie du mariage d'une autre qu'on regarde
comme indifpenfable. On conduit en pompe les
deux époux au bain. Quoiqu'il y en eût plufieurs
dans la ville , la mere de la mariée leur préféra
ceux d'un village voilin , nommé Saint -Nicolas : les
Tartares apperçurent la proceffion nuptiale , fondirent,
deffus , l'enlevèrent & vendirent les mariés &
tous ceux qui les accompagnoient . Si donc l'abolition
de l'esclavage étoit le vrai motif de la guerre ,
il faudroit commencer par la faire aux Tartares ;
leur religion , leur efprit d'indépendance , en fontune
nation bien difficile à foumettre au Gouvernement
abfolu des Ruffes . . . . ¸¶ .
On lit dans quelques autres de nos papiers
une nouvelle affez extraordinaire , &
qu'ils donnent cependant pour authentique
, le Grand Seigneur , difent- ils , a fait
publier un Edit de tolérance pour toutes
les religions Chrétiennes , en leur accordant
l'exercice public dans tous les Etats ,
& en leur promettant fa protection fpéciale.
33 Depuis avant- hier , écrit-on de Gratz en date
du 26 Juillet , les bruits d'une guerre prochaine
femblent diminuer ; le Teneur des livres di Département
Militaire a été chargé de dreffer l'état de toutes
les dépenfes faites à cet égard depuis le premier Janvier
de cette année. On ne manque pas de fuppofer
qu'il s'agit de fixer les frais qui ont été faits jufqu'ici ,
les Turcs feront que obligés de les payer.
deux François arrêtés en dernier lieu & transportés
avec tant de précaution à Vienne , après y avoir été
&
- - Les
1
i 4
( 200 )
reconnus pour de véritables Négocians par le Corps
da Commerce , ont été remis en liberté , & pourvus
de bonnes atteftacions . On prétend que la caufe de
leur trouble & de leur marche oblique qui les a
rendus fufpects , étoit la faite d'une belle infidèle
qu'ils moient avec eux , & qui avoit trouvé le
moyen de les quitter clandeftinement , avec une
groffe fomme d'argent qu'elle leur avoit dérobée ",
Nous avons donné dans le mois de Mai
dernier un état comparatif des importations
& des exportations du port de Pétersbourg
pendant l'année 1781 ; on en a fait un
femblable pour l'année 1782 , que nous
placerons ici.
Noms des Nat. Exportat. Importations.
Roubles. Copeiks. Roubles Cop.
Roffes • •
2,598,469 45 5,563,287 47
· Aglois 6,269.341 27 2,852,229
67
Elpagnols 185,460 912 44,198 19
Danois . 32.428
3.550
Hollandois 229,570 556,199
Suiffes .. 66,965 80,543
8888-8
99
80
Sujers des
Etats de
l'Empereur 4,017 99 733,783 97
Baffe Saxe 7,166
934 96,093 75
Portugais 105,796 47 358,912 80
Dantzikois
54,141
Suédois . 228,480 73 38,146.
François . 296,697 177,316 95.
Roftokois 305,578 196,285
Italiens .
Hambourg. 375,485

Pruffiens . 228,780
Négocians &
Voyageurs
1,034,608
241,674
81 116,068
44 91,920
ྂ 。༠
85
80
10
( 201 )
3
Noms des Nat.
Exportat.
Roubles. Copeiks.
Importations.
Roubles . Cop.
de diverfes
Nations 48,239 57.
3715324 141
Capitaines de
vailleau 25,328 1 17 135,558 35
Total .
11,467,347 8712,204,482 163
L'Importation de cette année a excédé l'exportation
de la fomme de 737,135 roubles 29 copeiks.
L'importation de cette année a excédé celle de
l'année 1781 de la fomme de 2,622,129 roubles 28
copeiks .
Mais
l'exportation de l'année 1781 a
excédé celle de cette année de la fomme de 1,437,092
roubles 74 copeiks. Les droits de douane fe
font montés , dans l'année 1782 , à la fomme de
2,322,007 roubles 84 cop. Ils avoient rapporté dans
l'année 1780 la fomme de
2,077,430 roubles 16
copeiks , & dans l'année 1781 celle de
2,274,300
roubles 9 cepeiks .
Etat de l'or , de l'argent & d'autre monnoie étrangère
importés à
Pétersbourg en 1782.
De
Copenhague , en or pour 235 roubles
en argent.
En ducats , pour
En louis d'or , pour
En or de Portugal , pour
1,286
17,853
350
4,000
En écus Holland. , pour
316,700
En lingots d'argent,pour 38,350
Autre monnaie étrangère
, pour
Monnoie de cuivre étran
gère , pour
Total
196 10 cop
IO I
COP-
579,070 roubles 21 COP
A ce tableau nous joindrons l'état des
15
( 202 )
navires arrivés à Cronstadt dans le cours de
l'année dernière.
Nombre des Bâtimens.
Anglois , 220. Hoilan iois , 2. Danois , 74. Lubekois
, 45. Roftokois , 41. Hambourgeois , 4.
Ruffes , 40. Pruffiens , so . Dantzikois , 4. Suédois ,
67 D'Oftende , 23. De Stralfund , 1. Portugais ,
12. Bremois , 11. D'Arensbourg , 1. Impériaux , 7.
Vénitiens , 1. Flamands , 1. Total 604. Du
nombre de ces bâtimens 508 étrangers & 24 Ruffes
ont chargé des marchandifes de Ruffie & ont fait
voile du port de Cronstadt dans la même année.
Les autres y font reftés pour y paffer l'hiver .
La Cour de Drefde s'occupe très -férieufement
d'établir un commerce direct avec
1'Amérique feptentrionale & de le confier
à une Compagnie. Voici le plan qui lui
a été préſenté pour cet effet par un Négociant
de Leipfick .
19. Il fera fait un fonds de 250,000 rixdalers,
lequel proviendra de 500 actions à soo rirdalers
chacune . 2 ° . Ceux qui prendront une ou plufieurs
actions ne payeront d'abord que la 3me partie de la
fomme totale des actions. 3. Deux Négocians de
Leipfick feront chargés de l'achat & de l'expédition
des marchandifes. 4. Ils acheteront de la premiè
re mife des actionnaires , qui fait une fomme de
83,333rixdalers , des productions & des marchandifes
de Saxe convenables à l'Amérique feptentrionale
, en chargeront un bâtiment , fur lequel fe
trouvera un Sprecargue expérimenté & l'enverront
à l'endroit de fa deftination. . Lorsque le bâti
ment y fera arrivé , fa cargaifon y fera vendue ou
échangée , & le bâtiment rapportera en retour des
productions & marchandises de l'Amérique feptentrionale.
6 °. La première expédition d'un bâriment
érant faire , on fera rentrer le fecond tiers des ac(
203 )
tions & on
expédiera de nouveau un
bâtiment avec des
marchandifes de Saxe. 7 °. Si au retour du premier
bâtiment la vente des
marchandifes
Américaines
n'eft pas profitable pour la
Compagnie , la 3 me expédition
de
bâtiment n'aura pas lieu & la
Compagnie
ceffera. 8. Les actions feront
intéreffées à 4
pour cent. 9. La Cour enverra un Réfident à Philadelphie
, qui fera chargé de veiller aux intérêts de
la
Compagnie ".
On
mande de
Konigsberg que les orages
ont caufé
beaucoup de
ravages
dans les
environs & fur- tout dans le plat pays , &
que la petite ville de
Seébourg a été prefqu'entièrement
détruite par le feu du ciel .
» On fait , écrit- on de Berlin , les
préparatifs
pour le voyage du Roi en Siléfie ou S. M. paffera les
troupes en revue. Voici la roure qu'Elle prendra.
Elle partira de Potfdam le 15 & arrivera le même
jour à Croffen ; le 16 à Glogaw , le 17 à Liegniz ,
le 18 à
Silberberg , le 19 à Glaz , le 20 à Neill ou
elle
féjournera jufqu'au 24 , le 25 à Brieg & à Breslaw
ou Elle reftera jufqu'au 28. Le 29 elle fera au
camp où on fera des
manoeuvres les 30 & 31. Le
1er
Septembre retour jufqu'à
Grünberg , & 2 arrivée
à Potſdam .
L'affaire de la
fucceffion dans les
Margraviats de Bareath &
d'Anfpach , dont il eft
queftion dans le traité de paix de
Tefchen , vient
d'être
déterminée par la Cour
Impériale & la nôtre ,
de
manière à ne plus laiffer aucune matière à des
conteftations futures «<,
Selon
diverfes
lettres de
Pétersbourg
on dit que le traité
d'alliance entre cette
Cour & celle de
Vienne y a été
publié ,
& que S. M. I. a fait
annoncer en
mêmetems
qu'elle a pris
poffeffion de la
Crimée ,
qui ,
déformais réunie à fon
Empire , fera
i 6
( 204 )
gouvernée en fon nom par un Adminiftra
teur Ruffe..
ITALI E.
Be LIVOURNE , le 29 Juillet.
LES lettres de Naples offrent le tableau
fuivant de la population de ce Royaume.
Selon le calcul qui a été fait l'année der
nière , il y avoit 2,187,086 hom. 2,250,262
femmes , 85,203 garçons , 81,633 filles ,
45,525 Prêtres , 24,694 Moines , & 20,973
Religieufes. On n'a point compris dans
cet état les troupes.
"
» Les habitans de Caftel Monardo , ville de la
Calabre ultérieure , détruite par le tremblement de
terre du 28 Mars dernier , fe font retirés dans un
lien agréablement fitué à 2 milles de leur ancienne
ville , à proximité de la mer , favorable au commerce
qu'ils fe propafent d'y établir & où l'air
eft des plus falubres. C'eft-là qu'ils vont rebâcis
une ville nouvelle , qui perdra fon ancien nom pour
prendre celui de Philadelphie , déjà le plan en eft
formé & approuvé par des ingénieurs . Ils font ré
fugiés fous des tentes & ont fait élever un monu
ment destiné pour la grande place avec cette inf
cription . Ferd. IV. Reg. P. F. A. a
MDCCLXXXIII Magnis iteratifque terra
motibus: Caftromonardo a fondamentis deleto
Ordo populufque Paucis amiffis civibus incolumis
Quod felix fauftumque fit Hic publici concilii
decreto VIII. id. April, Novam fedem fixit A
novum urbi dedit nomen . Philadelphia Loc. det.
munificentia ampliff. dynafta Hectoris Pignatilli
Ducis Vibonenfis «
( 205 )
ESPAGNE,
De CADIX , le 6 Août.
LA fortie de la divifion de D. Antonio
Oforno a donné lieu à bien des conjectures
qui toutes enfin s'évanouiffent peu- àpeu.
On étoit fi prévenu qu'elle devoit
entrer dans la Méditerranée , qu'on n'a
pas manqué de dire que par le rumb de
vent qu'elle avoit à fon départ elle ne
pourroit prendre une autre route , & on
la croyoit déja au- delà du Détroit , lorfque
le 29 un bâtiment Génois qui eft entré
dans la Baye nous a appris qu'il l'avoit
rencontrée fur le Cap Lagos. Il n'a
pas moins fallu que cette certitude pour
perfuader qu'elle n'avoit pas d'autre defti
nation que le Ferrol.
Les nouvelles que l'on a de D. Antonio
Barcelo font du 27 du mois dernier ; ce
jour-là il fe trouvoit devant Oran , &
comme il étoit peu éloigné d'Alger , qu'un
bon vent pouvoit l'y porter en 24 heures ,
on ne doute pas qu'actuellement le bombardement
ne foit commencé,& on en attend
des nouvelles avec impatience.
3
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 19 Août.
LA fête de l'anniverfaire de la naiflance
du Prince de Galles , à laquelle on n'a pu
( 206 )
donner , à caufe de la circonftance de la
couche de la Reine , tout l'éclat qu'elle
doit avoir , fur- tout dans l'époque où il
entre dans fa majorité , eft remiſe au mois
d'Avril prochain ; de manière que les trois
grands Galas de la Cour fe trouveront
placés à des tems & à des faifons , où ,
pour les rendre plus brillans , les perfonnes
qui y feront admifes feront obligées à
des dépenfes qui produiront quelques avantages
à nos Marchands & à nos Manufactures.
La fête de la Reine a lieu dans
le mois de Janvier , & par conséquent en
hiver ; celle du Prince de Galles aura lieu
au printems ; & celle du Roi qui vient
enfuite fe célèbre en Juin , au commencement
de l'été. Cette difpofition entraîne
la néceffité de fe pourvoir d'habits de gla
des trois faifons. Le Prince s'eft contenté ,
le 12 de ce mois , de donner un grand
repas dans une maiſon publique de Windfor
aux perfonnes de fa fuite ; mais il n'y a
point affifté , & il a dîné avec le Roi au
Château ; il n'y a eu ni pétards ni fufées ;
car c'eft ainfi que le peuple prend ordinairement
part à la joie de fes Souverains ;
il a respecté l'état de la Reine & fupprimé
le bruit qui pouvoit
l'incommoder.
On parle
beaucoup du choix que le
Prince Edouard , quatrième fils de L. M. ,
le Prince Erneft- Augufte & le Prince Augufte
Frédéric , qui le fuivent immédiatement
, font des états auxquels ils fe defti(
207 )
"
nent. Le premier fe propofe d'entrer dans
l'armée , & fon éducation fe dirige far les
inftructions qui conviennent à un militaire ;
les deux autres , à l'exemple du Prince Guillaume
Henri , fe deftinent à la marine. Le
dernier des fils du Roi qui entre dans fa
douzième année , a , dit- on , des difpofitions
pour Eglife . Si chacun de ces Princes fuit
ces différentes deftinations , on ne fera pas
étonné de les voir dans quelque tems remplir
tous les principaux poftes de l'Eglife ,
de la marine & de l'armée.
Le Roi ayant confirmé la Sentence du
Confeil de Guerre dans l'affaire du Lisutenant-
Colonel Wall , qui eft pleinement
juſtifié , M. Charles Gould , qui faifcit les
fonctions de partie publique dans ce Tribunal
, lui a écrit la lettre fuivante.
לכ
Ayant eu l'honneur de mettre fous les yeux de
S. M. la procédure du Conſeil de Guerre que
vous aviez demandé , je vous envoie copie de
l'opinion de la Cour fur chaque charge , & de fon
jugement fur le tout. S. M. a daigné le confirmer &
en ordonner l'exécution . Elle a bien voulu en mêmetems
attribuer la modération de la Sentence aux fentimens
des Membres du Confeil , qui les ont difpofés
ૐ montrer à vos accufateurs to te l'indulgence qui
pouvoit fe concilier avec la juftice qui vous étoit
due ; ils ont trouvé toutes les Charges amaffées
artificieufement & en fi grand nombre , les unes
fans fondement & les autres exagérées. Je dois vous
informer auffi que S. M. m'a ordonné d'exprimer
au Capitaine Robert tout fon mécontentement de
ce qu'il a ofé porter devant le Confeil de Guerre
quantité de plaintes perfonnelles dont il n'a pu prouver
aucune.
( 208 )
Selon nos papiers , une des charges portées contre
le Lieutenant - Colonel Wall ,, étoit d'avoir frappé un
Sergent qui avoit allumé du feu à peu de diftance
du magafin à poudre du Fort. Ce fait n'a pu être
prouvé ; mais le Confeil a jugé que s'il l'étoit , le
Sergent eût mérité une punition plus févère , & que
le coup qu'auroit pu lui donner le Commandant ne
pouvoit être regardé que comme l'effet d'une paffion
vive & fubite , dont il eût été difficile à l'homme le
plus modéré de fe défendre dans une pareille circonf
tance. La défenfe de M. Wall fut courte ; il ne témoigoa
que du regret d'y être obligé , & il laiffa à la
Cour le foin de prononcer d'après les faits ; après
un fervice honorable de 23 ans en Afie , en Améri–
que & en Europe , il fut envoyé en Afrique pour
y
commander ; & il dit que cette partie de ſa vie a
été la plus
malheureufe ; les dangers du climat , tous
les
inconvéniens le réunirent pour lui faire éprouver
plus de peine & de dégoûts qu'il n'en avoit eu nulle
part , au milieu d'hommes défefpérés toujours prêts
à fe révolter , & dont les difcordes - fans ceffe tenailfantes
le
plongeoient dans des embarras qu'une vigi.
lance continuelle ne pouvoit prévenir.
S'il faut en croire
quelques- uns de nos
papiers , les rapports du bâtiment Danois ,
arrivé
dernièrement de l'Inde , ont confirmé
la paix avec les Marates , la mort
d'Hyder Aly , les
difpofitions
pacifiques de
fon fils ,
l'affection des Princes de ce pays
à la Grande
Bretagne , & l'érat riant des
affaires de notre
Compagnie ; mais ces nouvelles
ne font pas encore
confirmées . On
fait même que le Roi de
Tanjaour , dont
l'amitié ou la haine font d'une très grande
importance eft dévoué au parti de la
France.
1209
La Cour de feffion d'Ecoffe a jugé , il
y a quelque tems , une caufe curieufe.
>
» Miff Gordon , jeune demoiselle , élevée en
France & Catholique-Romaine , réclamoit , comme
la plus proche héritière , un bail avantageux fur
les terres d'Auchanachy , formant annuellement un
revenu clair de aço liv. ftert. M. Rofe Watſon
Je plus proche héritier Proteftant , intenta ure action,
infiftant que Miff Gordon n'avoit pas droit de jouir
du revenu fans jurer la Formule. Il fe fondoit fur
une Acte de l'an 1700 , qui déclare , que toure perfonne
, profeffant la religion Papifte , paffé l'âge de
15 ans , fera inhabile à fuccéder , comme héritière ,
à quelque perfonne que ce foit , ni à recueillis aucun
bien par voie de Succeffion , ou d'autre transport
venant d'aucune perfonne à qui lefdits Papiftes pourroient
fuccéder en qualité d'héritiers , d'aucune façon ,
jufqu'à ce que lesdits héritiers fe fuffent purgés de
Papifme de la manière mentionnée. M. Watfon fou
ten it , que cet Acte excluoit les Papiftes de fuccéder
comme héritiers , dans aucune eſpèce que ce foir.
D'un autre côté , Miff Gordon foutenoit , que le
ftatur étoit hautement pénal & devoit être interprété
à la rigueur ; qu'il ne contenoit aucune claufe pour
empêcher les perfonnes de fuccéder à des hypothè
ques , mais à des bien fonds. Pour appuyer cette
interprétation , Mifl Gordon allégua fept des droits ,
d'après lefquels les Catholiques - Romains peuvent
fuccéder , malgré la rigueur des Loix pénales . Plufeurs
des Juges parlèrent affez longtems . La Cour
voulut bien abfoudre la défenderefle ; & Miſſ Gordon
fut autorisée à fuccéder à cette hypothèque
lucrative , qui doit fe payer encore pendant dixhuit
ans ".
Les nouvelles intérieures offrent peu de
détails à la curiofité , ce font celles que
nous ont apportées les papiers Américains
( 210 )
qui intéreffent dans le moment préfent ;
nous fifirons d'abord une pièce très - importante
& qui donnera une jufte idée des
liaifons d'intérêt qui fubfiftent entre la
France & les Etats - Unis . On y verra quel
fondement ont les bruits que les ennemis
de l'une & de l'autre Puiflan e n'ont celle
de répandre fur les vues intéreffées qu'on
fuppofoit à la première en faifant des avances
à la feconde fur les engagemens
que celle - ci avoit été obligée de contracter
& fur les sûretés qu'elle avoit dû donmer.
On y verra que la nouvelle République
, loin d'avoir de lourds facrifices à
faire à la généreufe alliée qui l'a fecourue ,
en eft traitée avec un définiéreffement &
une cordialité qui ne peuvent laiffer aucun
doute fur la Nobleffe de fes procédés . C'eſt
le Congrès lui - même qui a fait publier
cette pièce.
Attendu que Benjamin Francklin , notre Miniftre
Plénipotentiaire à la cour de Verſailles , en vertu
des pouvoirs dont il eft revêtu , a fait , le 16 Juillet
de l'an de grace 1782 , avec Charles Gravier, Comte
de Vergennes , &c. Confeiller du Roi en tous fes
confeils, Commandeur de fes ordres , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , &c. revêtu de plains pouvoirs
de S. M. à cet effet , conclu & figné un Contrat
entre S. M. & les Etar -Unis de l'Amérique feptentrionale
, dans les termes fuivants ; favoir :
Comme il a plû au Roi de le prêter aux prières
qui lui ont été faites au nom & de la part des Provinces-
Unies de l'Amérique feptentrionale , pour
les affifter dans la guerre & l'invafion , fous laquelle
ils ont gémi durant plufieurs années : & S. M.
( 211 )
>
après avoir conclu un traité d'amitié & de commerce
avec le dites Provinces , confédérées le 6 Février
1778 , ayant eu la bonté de les ſecourir , nonfeulement
par fes forces de terre & de mer , mais
aufhau moyen d'avances en argent , auſſi abondantes
qu'elles ont été efficaces , dans la fituation critique
où leurs affaires avoient été réduites ; il a été jugé
convenable & néceffaire de fixer exactement le montant
de ces avances les conditions auxquelles le
roi les a faites , les époques auxquelles le Congrès
des Etats- Unis s'eft engagé à les rembour'er au
tréfor Royal de S. M. & enfin de régler cette
matière d'une façon à prévenir dans la fuire toutes
difficultés capables de troubler la bonne harmonie,
que S. M. et réfolue de maintenir & de conferver
entr'Elle & lefdits Etats Unis . A l'effet donc de
remplir un but auffi louable , & dans la vie de tefferrer
les liens d'amitié & de commerce , q i fub.
fiftent entre S. M. & lefdits Etats- Ums , nous , Charles
Gravier de Vergennes , & c. Conſeiller du rei în
tous les confeils , Commander de fes Ordres , Miniftre
& Secrétaire d'Etat de fes Commandemens
& Finances , revêtu de pleins pouvoirs de S. M.
à nous donnés à cet effet ; & nous Benjamin Fran
klis , Miniftre Plénipotentiaire des Etats - Unis de
l'Amérique Septentrionale , pareillement revêtu de
pleins pouvoirs di Congrès defdits Etats pour le
préfent objet , après nous être duement communiqué
nos pouvoirs refpectifs , nous fommes convenus
des articles fuivans : 1 ° . il eft convenu &
certifié que
les fommes avancées par S. M. au Congrès
des Etats Unis , à titre d'emprunt , dans les
années 1778 , 1779 , 1780 , 1781 , & dans la préfente
année 1782 , montent à la fomme de dixhuit
millions de livres , argent de France , conformément
aux vingt-un reçus fuivans , fignés par le
fufdit Miniftre du Congrès , & donnés en vertu
de les pleins pouvoirs , ( ici les reçus de cette famme
felon leurs dates. ) par lefquels reçus ledit Miniftre
( 212 )
a promis , au nom du Congrès , de la part des
Treize Etats- Unis , de faire payer & rembourser
au tréfor royal de S. M. le premier Janvier 1788 ,
à la maifon de fon principal Banquier à Paris iad.
fomme de dix-huit millions a gent de France , avec
intérêts à taifon de cia pour cent par an. 2 ° . Con.
fidéré , que le paiement d'un & gros capital , à une
feule époque ftipulée le premier Janvier 1988, pourroit
beaucoup incommoder les finances du Congrès
des Etats- Unis , & que peut- être il feroit même
impraticable fur ce pied ; il a plû à S. M. pour cette
railon de fe relâcher à cet égard de la teneur des
reçus que le Miniftre du Congrès a donné pour les
dx hait millons de livres tournais mentionnés
dans l'article précédent ; & Elle a confenti que le
remboursement du capital en argent comptant au
tréfor Royal , ſe faffe en douze paiemens égaux de
1,500,000 liv. chacun , & feulement en douze an
nées , à commencer de la troisième année après la
paix. 3. Quoique les reçus du Miniftre du Congrès
des Etats Unis portent : que les dix-huit millions
de livres tournois fus mentionnés doivent être
payés au tréfor Royal , avec intérêts à raison de
cinq pour cent par an S. M. voulant donner aux
dits Etats - Unis une nouvelle preuve de fon amitié ,
il lui a plu de leur faire préfent de tout le montant
des arrérages d'intérêts jufqu'à ce jourd'hui , & depuis
cette époque jufqu'au jour de la date du traité
de paix , & de les leur remettre ; -faveur que
Miniftre du Congrès des Etats - Unis , reconnoît
profluer purement de la bonté du roi , & qu'il
accepte , au nom defdits Etats - Unis , avec une
profonde & vive reconnoiffance. 4° . Le paiement
dedits dix- huit millions de livres tournois , fe fera ,
en argent comptant , au tréfor Royal de S. M. à
Paris , en douze parties égales , & aux époques fti
pulées dans l'article II ci-deffus. Les intérêts de ladirefomme,
à raison de cinq pour cent par an , com
le
( 213 )
menceront à courir à la date du traité de paix le
paiement s'en fera à chaque époque de rembourfemens
partiels du capital , & ils diminueront à
proportion avec les rembourfemens ; fauf néanmoins
au Congrès defdits Etats Unis , de fe libérer
plutôt de cette obligation par des paiemens anticipés ,
au cas que l'état de leurs finance , le leur pe metre, & c.
3°. Quoique l'emprunt de 5 milions de florins de
Holiande , accordé par les Era s - Généraux des Provinces-
Unies des Pays- Bas , aux termes de l'obligation
paffée les Novembre 1781 entre S. M. & lefius
Erars-Généraux , ait été fait au nom de S. M. &
garanti par elle , il eft néanmoins reconnu par ces
préfentes , que ledit emprunt a été fait en réalité pour
le compte & le fervice des Etats - Unis de l'Amérique-
Septentrionale , & que le capital , montant , felon une
évaluation modérée , à la fomme de 10 millions de
livres tournois , a été payé auxdits Etats - Unis , conformément
au reçu pour le paiement de ladite fomme ,
doncé par le fouffigné Miniftre du Congres , le 7 Juin
dernier. 6. Par la convention dudit S Novembre
1781 , il a plu au Roi de promettre & de s'engager
à fournir & à payer au comptoir- général des Etats-
Généraux des Pays Bas , le capital dudit emprunt
avec les intérêts , de forte qu'il foit entièrement
remboursé en cinq ans , les paiemens devant fe
faire à dix époques égales , dont la première comla
fixième année après la date de l'emprunt,
7°. A chaque terme le Congrès fera remettre au
Tréfor Royal le montant des intérêts & du rembourfement.
S. M. voulant bien prendre fur fon
compte les autres frais de remife en Hollande
ainfi que de l'efcompte dont elle fait préfent au
Congrès. 8 °. Le Congrès fera de même tenu de
les reftituer à S M. par paiemens égaux , à raiſon
de 4 pour 100 durant les cinq premières années
de la négociation.
mencera
( 214 )
A cette pièce intéreffante nous en joindrons
quelques - unes relatives à la refignation
du Général Washington , qui détruit
tout ce qu'on difoit des vues ambiti.ufes
qu'on lui prêtoit. Cet évènement a peutêtre
fait plus de fenfation ici qu'en Amérique
, où il aura paru plus fimple . C'eft
ainfi qu'un de nos papiers s'exprime à ce
fujer.
La retraite du Général Washington , met le fceau
à fa gloire. A compter de cette époque , il eft für
que lon nom fera tranfmis à la pcftérité , comme
celui du plus grand homme de fon fiècle ; il a choifi
le moment favorable pour érernifer la réputation ,
& le voilà maintenant à l'abri des caprices de la fortune
. Combien fa conduite a été différente de nos
prétendus patriotes , qui facrifient leurs principes à un
fordide intérêt , on dont le courage circenffect ne fe
montre qu'après le danger.L'Amérique n'aura point de
pareils reproches à faire à ſon héros . Il a paru dans la
lice auffi-tôt qu'elle a été ouverte , jamais les moindres
émolumens n'ont fouillé la générofité de fes
fervices , & actuellement il le retire fans penfion.
Après avoir entrepris & mis à fin le grand ouvrage
de l'indépendance Américaine , ap ès avoir créé un
Empire la feule demande qu'il fafle à la nation
qu'il a rendue libre & fouveraine , & qu'il regarde
comme le prix le plus précieux de tous fes facrifices ,
c'eft qu'elle aime la paix , qu'elle faſſe juſtice & ſe
fouvienne de fes destes & des créanciers généreux ,
auxquels l'Amérique eft redevable de la hiberté. Tel
eft le caractère de ce grand homme , & il ne faut
point dourer que le legs qu'il a fait au moment de la
diffolution politique , n'infpire aux différens Membres
des affemblées Provinciales , un fentiment plus
profond de leurs devoirs , fous le double rapport de
"
( 215 ) .
citoyens & d'hommes que tout ce qui a été écrit . On
dit jufqu'à préfent , fi la juftice & la reconnoiffance
ne font pas les fruits de ces fublimes adieux , les
Erats - Unis dont Washington avoit porté la conftitution
, & la puiffance à un tel degré d'élevation &
de gloire , voit tomber à la retraite , dans un efclavage
plus aviliffant , que celui dont ils avoient brilé
les fers.
La lettre circulaire par laquelle le Général
a pris congé , fi l'on peut s'exprimer
ainfi , de toute fonction publique en
remettant fon commandement , mérite d'être
tranfcrite ; elle eft adreffée à tous les Chefs
des Etats-Unis en général & en particulier;
c'eft de celle reçue par M. William Gréen ,
Gouverneur de l'Etat de Rhode- Ifland , que
l'on en a tiré la copie qui a paru dans la
plupart des Gazettes Américaines ; elle eſt
datée du Quartier - Général de Newburgh ,
le 18 Juin dernier.
Monfieur , le grand objet pour lequel j'ai eu
l'honneur d'avoir un commandement au fervice de
mon pays , étant rempli , je me prépare à le réſigner
entre les mains du Congres , & à rentrer dans cette
retraite domestique que je n'ai quittée qu'à regret ,
après laquelle je n'ai pas ceffé un inftant de foupirer,
& dans laquelle , loin du tumulte & du fracas du
monde , je compte paler le refte de ma vie dans un
repos qui ne fera plus interrompu. Mais avant d'exécuter
cette réfolution , je crois qu'il eft de mon
devoir de m'adreffer à vous officiellement four la
dernière fois ; de vous féliciter des évènemens glorieux
que le Ciel a daigné produire en notre faveur ;
de vous faire hommage de mes fentimens fur quelques
fujets importans qui me paroiffent intimement
( 216- )
-
liés avec la tranquillité des Etats - Unis ; de prendre
congé de V. E. comme homme public , & de donner "
ma bénédiction finale à ce pays , au fervice duquel
j'ai paflé la fleur de mes ans ; pour lequel j'ai confumé
tant de jours dans l'anxiété , tant de nuits confacrées
aux veilles , & dont le bonheur qui m'eft extrêmement
cher , ne conftiruera jamais une partie
médiocre du mien. - Pénétré de la plus vive fenfibilité
dans cerre circonftance heureuſe, je réclamerai
de votre indulgence la liberté de m'étendre davantage
fur le fujet de notre fatisfaction réciproque ,
Si nous confidérons l'importance & le prix de l'objet
pour lequel nous combattions , l'incertitude du
fuccès , & la victoire brillante qui a couronné nos
effores , nous trouverons les plus grands motifs poffibles
de reconnoiffance & de réjouiffance : un pareil
évènement doit verſer une fatisfaction bien vive &
bien pure dans toute ame fenfible foit qu'on le regar
de comme une fource de jouiffance préfente, foit
qu'on le regarde comme le principe devant produire
norre profperité future. Nous avons lieu de nous féliciter
du fort que nous a fait la Providence , fous
quelque point de vue que nous le contemplions , naturel
, politique ou moral. Les Citoyens de l'Amérique
placés dans une pofition digne d'envie , feuls
propriétaires & fouverains uniques d'un vaſte continent
, qui réunit les différens fols & climats du
monde , & qui produit toutes les chofes néceffaires
& agréables à la vie , font en conféquence de la paix
reconn is abfolument libres & indépendans ; à dater
de ce moment ils doivent êrre regardés comme des
acteurs , déployant leurs talens fur un théâtre exporé
aux yeux de l'Univers , & qui femble fingulérement
de iné par la Providence au développement
de la grandeur & de la
félicité
humaines . Non-feulement
ils le trouvent environnés de tour ce qui
peut fatisfaire les jouiffances privées , mais le Ciel a
mis le comble aux bénédictions qu'il a répandues fur
eux
( 217 )
eux , en leur donnant , pour completter leur félicitépolitique
, des moyens infiniment plus sûrs que ceux
qu'aucune autre nation a jamais eus à fa difpofition.
On fentira mieux la jufteffe de ces obfervations &
l'on le rappelle les circonftances heureufes où notre
République a pris rang parmi les nations . Les fondemens
de notre Empire n'ont point été pofés dans les
fiècles ténébreux de l'ignorance & de la fuperftition ,
mais à une époque où les droits de l'homme étoient
mieux connus & plus clairement définis qu'en aucun
autre tems ; les recherches de l'efprit humain fur la
félicité fociale ont été portées à une très-grande
étendae ; les trésors de connoiffances acquiles par
les travaux des philofophes , des fages & des législateurs,
fe font accumulés pendant une longue fuite
d'années ; & dans leurs écrits ouverts au monde
entier nous pouvons
puifer des connoiffances
qui peuvent être heureufement
appliquées à la formation
de notre
Gouvernement
; la culture libre des →
belles- lettres , l'extenſion
illimitée du commerce
le rafinement
progreffif des moeurs , l'élévation
infenable
des idées , & par- deffus tout la lumière pure
& bien faifante de la révélation , ont par leur influcnce
amélioré
l'espèce humaine, & ajouté encore aux
biens qui résultent de la fociété. C'eſt dans cette période
fortunée que les Etats- Unis ont reçu l'exiften
ce , & s'il arrivoit que leurs citoyens ne fuffent pas
complètement libres & heureux , ce feroit entièrement
leur faute. Telle est notre fituation , telle
eft notre perfpective ; mais quoique la Providence
nous tende ainfi la coupe de bénédiction , quoique la
félicité devienne notre apanage , fi nous faififlons
l'occafion qui la met notre portée , il me femble
cependant qu'il eſt encore au choix des Etats- Unis
de fe rendre refpectables , & de jouir de toutes ces
profpérités , ou de devenir méprifables & malhe
reux : ce moment eft pour eux la pierre de touche
politique ; les yeux du monde entier font fixés fur
30 Août 1783.
( 218 )
eux : c'eſt celui d'établir ou de perdre pour jamais
leur caractère national : c'eft celui qu'il faut faifir
pour donner au Gouvernement fédéral le nerf &
l'énergie qui le mettront en état de répondre au but
de fon inftitution ; ou il peut être l'inftant fatal qui
relâchant les refforts de l'union , anéantiſſant le ciment
de la confédération , nous expofera à devenir
les jouets de la politique Européenne qui pourrafuf
ciser un Etat contre un autre , pour empêcher que
leur importance ne prenne de l'accroiffement , & pour
les faire fervir à leurs vues intéreflées . La chûte ou
la profpérité des Etats - Unis dépend du ſyſtême politique
qu'ils vont adopter ; & dans cette alternati .
ve , il eft encore incertain fi la révolution fera réellement
une bénédiction ou une malédiction , nonfeulement
pour la génération actuelle , mais pour
plufieurs millions d'hommes à naître dont les deſti .
nées font enveloppées dans les nôtres.- Con
vaincu , comme je le fuis , de l'importance de la
crife actuelle , le filence feroit un crime ; je parlerai
donc fans déguifement le langage de la liberté & de
la fincérité. Ceux qui ne penfent pas comme moi en
matières politiques pourront me reprocher de m'écarter
de la ligne tracée par mon devoir peut- être
ils attribueront à l'arrogance ou à l'oftentation ce
que je fais n'être que le réfultat des intentions les
plus pures ; mais la droiture de mon coeur qui fut
toujours au- deffus de ces motifs indignes ; la part
que j'ai prife jufqu'à préſent aux affaires , ma réfolu
tion de ne plus m'en mêler , le defir ardent que j'éprouve
de jouir tranquillement dans une vie privée
après tous les travaux de la guerre , des avantages
qui résultent d'un Gouvernement fage & libéral ;
tout doit convaincre mes concitoyens que je ne puis
avoir des vues finiftres en communiquant avec fi
peu de réferve les opinions contenues dans cette
adreffe. Quatre chofes , felon mon opinion , font
effentielles au bien-être , je puis même dire , à l'exiftence
des Etats -Unis , comme Puiffance , indépen(
219 )
dante. 1. Une union indiffoluble des Etats fous une
tête fédérale . 2º . Un égard facré pour la juftice
publique. 3 °. L'adoption d'un établiflement convenable
en tems de paix . 4 ° . Enfin une difpofition pacifique
& amicale générale parmi les habitans des
Etats-Unis & qui feule peut les conduire à oublier les
-préjugés locaux , les opinions politiques affectées à
certains lieux ; à faire les conceffions mutuelles qu'e
xige la profpérité générale , & même , dans quel
ques cas , à facrifier leurs avantages perfonnels à
l'intérêt de la communauté. Tels doivent être les
fondemens du glorieux édifice de notre Indépendance
& de notre caractère national : la liberté en eft
la bafe ; & quiconque oferoit en faper les fondemens
ou en renverfer la ftructure , fous quelque prétexte
fpécieux que ce puiffe être , mériteroit l'exécration
là mieux fondée & le châtiment le plus févère que
puiffe infliger une nation léſée. Je ferai quelques obfervations
fur les trois premiers articles ; j'abandonne
le dernier au bon fens & à la confidération férieufe
de ceux qui y font immédiatement intéreffès .

-
Quoiqu'il ne foit peut-être pas néceffaire ou convenable
pour moi d'entrer ici dans une difcuffion particulière
des principes de l'union , & de renouveller la
grande queftion fi fouvent agitée , & qui confifte à
décider s'il eft convenable ou non de déléguer au
Congrès une portion plus étendue de pouvoirs ; il
n'en eft pas moins de mon devoir , ainfi que de celui
de tout vrai patriote , de poſer fans réſerve , &
d'infifter fur les propostions fuivantes : Si les Etats
ne permettent pas au Congrès l'exercice des prérogatives
dont la conftitution l'a indubitablement revêtu
, tout tendra rapidement à l'anarchie & à la
confufion ; il eft indifpenfable pour le bien des
Etats pris féparément , qu'il réfide quelque part un
pouvoir fuprême pour régler & gouverner les intérêts
généraux de la République confédérée ; fans
cela l'union ne peut être d'une longue durée ; il faut
k 2
( 220 )
}
que chaque Etat fe préte fidèlement aux dernières.
propofitions & demandes du Congrès , & du parti
contraire il ne peut réful er que les fuites les plus
funeftes ; tontes mefutes tendantes à diffoudre
Panion , à violer ou à diminuer l'autorité fouveraine
doivent ê e confidérées comme hoftiles
à la liberté & à l'indépendance de l'Amériques
& leurs auteurs être traités en conféquence ;
en un mot , à moins que par la concurience des
Etats nous ne foyons mis à portée de participer aux
f uits de la révolution , & de jouir des avantages
effentiels de la fociété civile fous une forme de Gouvernement
auffi libre , aufli pur , fi bien à l'abri des
dangers de l'oppreffion que celui qui a été conçu &
a lopté par les articles de la confédération , on aura
à regretter tant de fang , tant d'argent prodigués
fans objet, tast de fouffrances fupportées fans compenfation
, tant de facrifices faits envain. - Je
pourrois expofer ici quantité d'autres confidérations
pour prouver que fans une entiere conformité à l'efprit
de l'union nous ne pouvons exifter comme Puiflance
Indépendante , mais il fuffit à mon objet d'en
préfenter une qui me paroît de la plus grande impor
tance. Ce n'est que dans notre caractère d'Etats - Unis,
formant enfemble un feul Empire , que notre Indé
pendance eft reconnue par les Nations étrangères ;
que notre puillance peut mériter leurs égards , &
notre crédit fe foutenir chez elle ; les Traités des
Paiffances Européennes avec les Etats- Unis de l'Amérique
deviennent nuls au moment de la diffolution
de l'union : nous nous retrouvons alors à - peu -près
dans l'état de nature , ou peut-être une expérience
funefte nous apprendra-t- elle qu'il eft une progreffion
naturelle & néceflaire de l'extrémité de l'anarchie à
l'extrémité de la tyrantie , & que le pouvoir arbitraire
s'établit , on ne peut pas plus aifément , fur les
ruines de la liberté , quand on en abufe au point de la
porter jufqu'à la licence. Quant à l'oblervance
de la juftice publique : le Congrès dans fa dernière
-
( 221 )
adreffe aux Etats -Unis , a prefque épuisé ce fujet ; il
a fi clairement développé fes idées , & fait fentir fi
fortement l'obligation où le trouvent les Etats de
rendre une juftice complette à tous nos créanciers
publics ; il s'eft exprimé à ces égards avec tant de dignité
& d'énergie que je ne pense pas que quiconque
s'intéreffe réellement à l'honneur & à l'indépendance
de l'Amérique , puiffe hésiter un inftant fur la néceffité
d'adopter les meures propofées : " fi les argu- '
mens du Congrès ne produifent pas la conviction ,
je ne connois rien qui puiffe avoir une plus grande in.
fence , fur- tout lorfque l'on réfléchit que le fyftême
propofé, étant le réfultat de la fageffe collective de
tour le Continent , doit être regardé finon comme
parfait , certairement comme le moins fufceptible
d'e bjections qu'il foit poffible de lui fubftituer ; &
que s'il n'eit pas mis en exécution immédiate , on
verra arriver une banqueroute nationale avec toutes
fes funeftes friter , avant qu'il foit poffib'e de propofer
ou d'adopter aucun autre plan , tant les circonftances
préfentes font preffantes : telle eft l'alternative
qui fe préfente dans ce moment aux Etats-
Unis . Il n'eft pás douteux que le pays ne foir en é at
d'acquiter les dettes qu'il a contractées pour fa défenfe
; je me flatte qu'il ne manque pas d'inclination
à le faire le fentier que nous trace le devoir
cft devant nos yeux ; dans tous les cas poffibles , on
trouvera toujours que l'honnêteté eft la meilleure
la feale vraie politique : foyons donc juftes comme
Nation ; rempliffons les contrats publics que le
Congrès avoir le droit indubitable de paffer pour
foutenir la guerre , avec cette même bonne foi
dont nous nous fuppofon: tenus nous -mêmes à l'égard
de nos engagemens perfonnels : en attendant , que l'on
inculque faitement dans l'efprit des citoyens de
l'Amérique une attention fériefe à fe livrer avec
empieffement à leurs occupations comme individus
& comme membres de la fociété : c'eft alors qu'ils
::
k 3
( 222 )
donneront du nerf aux refforts du Gouvernement ,
& qu'ils vivront heureux fous fa protection ; cha
cun recueillera les fruits de fon travail , chacun
jouira de fes acquifitions , faas moleftation & fans
danger.
La fuite à l'ordinaire prochain .
L'étendue de cette lettre nous force à
la partager , nous en donnerons la fuite
F'ordinaire prochain , en attendant on a
lieu d'eſpérer qu'elle produira l'effet que
fon auteur en attend , & que fi , comine
le prétendent quelques papiers , il règne
en effet une forte de fluctuation dans les
Etats- Unis , elle eft propre à y mette fin .
On prétend que les divers Etats ne voient
que d'un oeil inquiet tout ce qui paroît
tendre à augmenter le pouvoir du Congrès
, & qu'ils regardent l'établiſſement
d'un revenu permanent comme tendant à
former une aristocratie dangereufe. On fait
qu'en général les craintes & les jaloufies
font naturelles aux Républiques naiffantes ,
& qu'on eft fouvent dans l'ufage de les exagérer
; elles doivent attendre la main lente
du temps pour voir leur Gouvernement
appuyé fur la bafe folide de l'harmonic
politique.
4
FRANCE.
De VERSAILLES , le 26 Août.
LE 17 de ce mois , Monfeigneur Comte
d'Artois & Madame Comteffe d'Artois ont
tenu fur les Fonts de baptême , dans la
Chapelle du Château , la fille de M. Ho:
( 223 )
chereau de Gaflonville , Lieutenant Colonel
de Cavalerie , Porte- étendard & Com
mandant de l'Hôtel des Gardes du- Corps
de ce Prince.
Le 21 de ce mois , l'Evêque d'Oleron
& l'Evêque de Nancy ont prêté , en cette
qualité , pendant la Meffe , ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
L'Archevêque d'Auch avoit auffi , quelques
jours auparavant , prêté le même ferment
entre les mains de S. M.
Le 23 , jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , l'on a chanté , fuivant l'ufage ordinaire
, un Te Deum dans l'Eglife Paroiffiale
de Notre - Dame de cette Ville.
Madame le Brun , de l'Académie de
Peinture , a eu l'honneur de préfenter au
Roi & à la Reine une Eftampe repréſentant
l'Innocence fe réfugiant dans les bras de la
Juftice. Cette Eftampe , gravée par Baitolozzi
, Graveur de S. M. B. d'après un Tableau
de Madame le Brun , eft dédiée à la
Reine.
De PARIS , le 26 Août.
LES dernières lettres de Madrid nous
donnent enfin des nouvelle de D. Antonio
Barcelo & du bombardement d'Alger ; on
y a reçu des lettres de ce Commandant ; elles
contiennent les détails de fa navigation &
de fes premières opérations devant la place
ennemie. C'eſt ainſi qu'on préfente les uns
& les autres .
k 4
( 224 )
» Les vents contraires qui ont retenu fi long-tems
l'efcadre à Carthagêne , n'ont pas difcontinué depuis
fa fortie ; ce ne fut que le 26 Juillet qu'elle arriva
auprès d'Oran , où l'on répara quelques avaries pendant
un calme qui furvint , & dont on profita. Le
lendemain l'efcadre continua fa route , & le 29 elle
parvint enfin devant la baie d'Alger ; mais les vents
étoient toujours contraires , la mer groffe , & il y
avoit du danger à effayer de s'approcher ; on auroit
pu être je.té à la côre ; le Général tint donc la haute
mer , en attendant un moment favorable qui ne fe
préfenta que le premier de ce mois. Il forma fa ligne
le plus près qu'il lui fut poffible. Elle étoit compofée
de 18 bombardes qui en faifoient le front ; 13
cha
loupes canonnières étoient aux aîles pour les fou
tenir , & les chébecs , les bélandres , les bateaux
d'abordage & les autres bâtimens de guerre furent
poftés de manière à pouvoir s'opposer à tout navite
que les engemis auroient pu être tentés d'envoyer.
A 2 heures & demie de l'après - midi , le feu commença
& dura jufqu'au coucher du foleil ; les bombardest
ne fe retirèrent qu'après avoir épuifé leurs munitions.
Toutes ne purent pas fervir ce jour - là ; les unes en
-
farent empêchées par la mer , les autres par l'humidité
qu'avoit contract e leur poudre ; cependant le
nombre des bombes envoyées dans la ville , fut de
380. Les ennemis firent un feu très - vif; ils tirèrent
1075 coups de canons , dont les boulets passèrent
au-delà de la ligre ; ils envoyèrent auffi 30 bombes ;
mais tout le mal qu'ils firent, fit.de tuer 2 hommes
& d'en bleffer aurant. Le lendemain 2 , à la même
heure que la veille , le Général fit commencer une
nouvelle ataque ; elle ne finit qu'à 4 heures & demie .
Les ennemis firent fortir 22 bâtimens , dans le
deffein de tenter quelqu'effort contre la ligne ; mais
les chaloupes canonnières les chauffèrent & vivement,
qu'ils furent forcés de fe retirer promptement dans
le port. Les bombardes jettèrent ce jour 375 bombes ;
les ennemis y répondirent par 1436 coups de canon
( 225 )
& so bombes. L'effet des bombes Espagnoles fut
de mettre le feu dans la ville à l'Eft du côté des
môles , où il dura une heure , & au centre vers le
Sud , our on le vit continuer toute la foirée. D. Antonio
Barceló loue généralement tous les Officiers qui
l'ont fecondé , & l'ardeur & la bonne volonté des
équipages. Il termine fa lettre en difant que fi le tems
change en mieux , comme il l'espère , & que le vent
fe foutienne pendant quelques jours au fud-oueft ou
à l'oueft , il le flatte de remplir la miffion dont il a
été chargé de pucir Alger. Ses dépêches ont été
apportées par le Commandant du brigantin le Fincafter
, D. Joachim Mofcofo , qui rapporte que
quoiqu'il eût reçu fes dépêches dans la nuit du 2 , il
ne put cependant doubler la pointe du Pefcado avant
le lendemain 3 heures du matin , Cette circonftar ce
l'a mis à portée de voir de loin la troisième attaque
qui a eu lieu ce jour-là à 6 heures & demie . Il croit
qu'elle a eu plus de fuccès que la précédente , ayant
vu 2 des trois premières bombes tomber au milieu
d'Alger , & pendant tout le tems de l'attaque , 8 à g
bombes en l'air à la fois ; mais la fumée épaiffe qui
s'élevoit des batteries ennemies , l'a empêché d'en
voir les effets. A 7 heures trois quarts , le vent ayant
fraîchi , il en profita pour s'éloigner «.
Les premières lettres de Madrid nous apprendront
fans doute quelle aura été l'iffue
de cette expédition .
"
» Le 4 de ce mois , écrit-on de Falaife , le feit
prit à fept heures du matin , dans la Paroiffe de la
Hoquette , à un demi-quart de lieue de l'Eglife :
une étincelle emportée par le vent , fur une maifon
couverte de chaume alluma l'incendie. Le vent
étoit très - violent & fouffloit du fud- oueft , dans la
direction d'une fuite de trente mailons contigües ,
terminées par une ferme très - confidérable . Quoique
en plein jour , le danger n'étoit pas moins
grand , par la difette des fecours. Les hommes
* S
1226 )
étoient prefque tous difperfés dans les campagnes ,
où ils faifoient la moiffon : il ne reftoit guères que
des femmes ; & l'eau étoit à cent toifes du feu . M.
Be thier , Religieux de l'ordre de Citeaux , Prieur-
Curé de cette Paroiffe averti , fait au fli-tôt forner le
tochin , & court (ur les lieux , il trouve déja trois
maiſons enflammées , & une troupe de femm.sen
pleurs & dans une confternation oifive : il falloit un
exemple de courage , il le donna ; il ofe entre le
premier dans une de ces maifons enflammées , & en
artache les meubles qu'il peut faifir : ce devouement
du Pafteur ranime les efprits ; ils eurent honte de
mettre plus de prix à leur vie , qu'il n'en meroit à
la fienne. Et les femmes & ce qui le trouvoit d'hom
mes , oubliant le danger le mettent tous à travailler;
mais il falloit diriger leurs efforts pour les rendre
utiles ; le Prieur les rangea lui-même , forma promp
tement une chaîne de bras , depuis l'étang jufqu'à
l'incendie ; & par fon activité & le bon ordre qu'il
mit par - tout , il parvint en moins de deux heures ,
à arrêter le progrès da feu , & à fauver une portion
de fa Paroiffe , qui alloit être embrasée , s'il eût eu
ou moins de zèle , ou moins de fang froid ; grace à
fes foins , il n'y a eu que trois maiſons & deux étables
de brûlées ; & fa plus douce récompenfe a été
de recueillir toutes les bénédictions de les paroiffiens
, qui l'ap , elloient leur Sauveur. La Paroiffe de
la Hoquette , eft à trois quarts de lieue de Falaiſe ,
dans le Diocèle de Sécz «.
Nous avons parlé de l'orage arrivé dans
le Soiffonnois ; on nous mande que la Ville
& Comté de Bohaim en a beaucoup foufferr.
Parmi les infortunés qui ont le plus
perdu dans cette occafion malheureufe ,
on compte un des anciens Fermiers de
l'endroit qui , airfi que fon frère , le trouve
dans l'impoffibilité préfente de répond
( 227 )
à fes engagemens & de payer fes redevances
: l'un & l'au re font chargés de famille
& hors d'état de fubfifter. Les Maire
& Echevins de la Ville ont envoyé des
atteftations de leur part à M. Chevalier
d'Aunay rue Culture Sainte- Catherine
, petit Hôtel de Lamoignon , qui a
bien voulu fe charger de recevoir les dons
que les perfonnes bienfaifantes voudront
deftiner au foulagement de ces infortunés.
On peut joindre le fait fuivant à ceux
qu'on a recueil'is relativement aux effets
particuliers & finguliers du tonnerre.
Le feu du Ciel eft tombé , dans divers endroits ,
aux environs de Nérac fans y faire du ravage ;
mais il a produit un effet affez fingulier à M ***.
L'Abbé ** étoit chez lui lorfque le tonnerre y
tomba ; après avoir parcouru plufieurs endroits de
la maifon , il s'introduifit dans l'appartement de
l'Abbé , & vint fe réfugier dans fa chemife . L'Abbé
tombe étendu fur fon parquet & bien perfuadé qu'il
eft mort ; on vole à fon fecours , il ne veut pas
qu'on le touche; à la tête près il fe croit calciné
& craint de tomber en cendres . Cependant on examine
fa montre , elle n'étoit même pas arêtée ; cela
le tranquillife pour le corps ; on le déshabille , Га
chemife , fes habits étoient inta&s ; mais il avoit
l'eftomac & la cuitfe filonnés .
On mande de Bordeaux un évènement
intéreffant que nous nous empreffons de
tranfcrire.
» Un enfant tombé dans la rivière , étoit emporté
par l'eau à la vue de fes parens défolés. Un jeune
Anglois , nommé Hedley , témoin de leur effroi ,
accourt , voit l'enfant furnager de loin ; il franchit
leftement quelques gabarres amarrées contre le ri
k 6
( 228 )
vage , & fe jettetout habillé dans la tivière. Il difpa
roit aufli-tôt ; on le croit noyé ; mais après quelques
inftans on le voit reparoître , tenant l'enfant qu'il
avoit fauvé d'une main & nageant de l'autre pour
gagner le rivage. Les applaudillemens qu'il reçut ne
peuvent s'exprimer; mais après avoir renda l'enfant
à fa mère , il fe perdit dans la foule , en difant ( culement
qu'il s'eftimoit très -houreux d'avoir fait , à fi
peu de frais , la confolation d'une honnête famille « .
MM. Mercier & Cofferon ont été élus
Echevins le 16 de ce mois , dans une Affemblée
générale du Corps de Ville.
Des cygnes fauvages & paflagers s'abattirent , il
y a quelque tems , dans les eaux de Chantilly , attirés
fans doute par les cygnes privés qui font en grand
nombre dans le canal. On eft parvenu à les prendre
& à les éjointer , de manière qu'ils se font parfaitement
naturalifés dans ce beau lieu , & qu'ils y font
leur ponte. Comme leur voix , différente de celle des
sygnes domeftiques , eft affez agréable , ils ont donné
lieu de penser que les anciens Poètes n'avoient pas eu
tant de torrs , en vantant celle des cygnes du Méandre.
Pour les venger de l'injuftice que nous leur faifons
en les foupçonnant d'avoir voulu nous en impofer , il
a été demandé à l'Académie des Infcriptions , des
Commiffaires qui vinflent conftater que tous les
cygnes n'avoient pas la voix défagréable. L'Acadé
mic s'eft empreffée d'envoyer quatre de fes Membres
à Chantilly, où ils ont été très- bien reçus ; les cygnes
ont chanté; ils ont véritablement quelques fons fort
agréables , & que les nôtres n'ont jamais pu produite ;
mais comme ils faifoient leur ponte en ce moment , &
qu'il falloit les exciter pour les entendre , ce ne fera
qu'au p intems prochain qu'on pourra juger de toute
l'étendue & de la beauté de leur voix. Ainfi il fe peut
que fur les bords du Méandre , les cygnes anciens
fuffent encore plus habiles que ceux- ci , qu'on croit
être venus du fond du Nord.
( 229 )
On lit dans un papier public l'anecdote
hiftorique fuivante qui peut piquer la curiofité
de nos Lecteurs .
» La Ducheffe d'Angoulême , bru de Charles IX
eft morte au commencement de ce fiècle ; fon Epitaphe
fe trouve dans l'Eglife de la Paroiffe de Montmort
, Diocèle de Châlons en Champagne , Election
d'Epernay , Terre qui appartient au Marquis de
Mostmort , Lieutenant- Général des armies du Roi ,
ancien Major de S. M. Cette Epitaphe eft conçue
ainti : Ici , font renfermées les entrailles de trèshaute
& puiffante Princeffe , Françoife de Nargonne
, Ducheffe d'Angoulême , veuve de très-haut &
très puiffant Prince Charles de Valois , fils légiti
mé de Charles IX , Roi de France , morte en ce
jour le somejour d'Août 1713 , âgée de 92 ans
après avoirpaffé 68 ans de viduité dans la retraite
& dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes.
-
Ceci ceffera de paroître extraordinaire fi l'on
confière que le Duc d'Angoulême étoit fort avancé
en âge lorfqu'il époufa Mile de Nargonne qui étoit
fort jeune , & dont la carrière a été affez longue
pour lier le long intervalle du règne de Charles IX
more en 1574 avec ce fiècle- ci. La Duchelle
d'Angoulême maria Mlle de Ranicourt fa petite-nièce
avec le Marquis de Montmort , qui venoit d'acheter
la Terre de ce nom diftante d'une lieue de celle de
Mareuil qu'habitoit la Ducheffe d'Angoulême ; c'eft
de ce mariage qu'eft né le Marquis de Montmort
celui qui exifte ; il a connu dans fon enfance la Ducheffe
d'Angoulême. Cette Princeffe ayant vendu la
Terre de Marenil quelques années avant la mort
pour venir paffer le refte de fes jours à Montmort
avec fa petite nièce qu'elle aimoit tendrement. On
croit que fon corps eft au Val- de- Grace , fon coeur
à l'Abbaye des Filles de Sezanne & fes entrailles à
Montmart. Charles IX avoit eu de Marie
Toucker , fille du Lieutenant particulier au Présidial

( 230 )
d'Orléans un fils mort en bas âge , & Charles de
Valois qui fut fucceffivement Grand- Prieur de France
, Comte d'Auvergne & Duc d'Angoulême . C'eſt
cè Prince qui a fait la branche des derniers Ducs
d'Angoulême «.
Un autre papier nous préfente l'anecdote
fuivante qui eft d'une fingularité plaifante.
Deux Ecclefiaftiques , d'un caractère paisible , fe
rencontrèrent chez M. le Prieur d'Olon en Limcufin
, leur ami commun ; ils y fou , èrent & y couchèrent.
Etant endormis , bientôt une même espèce
de rêve agi e leur imagination . L'un , M. le Prieur
de *** , fonge qu'il eft aflailli par des voleurs ;
l'autre , M *** , Ch . à G *** , 1ê e d'êt e chez
fon frère , & de later contre des coquins qui étoient
venus pour l'affaffiner . Tous deux , pouflés par la
fureur, ils s'élancent du lịt , l'un à la fuite de l'autre,
fe poursuivent , s'attaquent avec violence . Le Prieur
faifit le Chanoire avec tant de force au bras droit ,
que les doigts y reftèrent imprimés plufieurs jours.
Le Chanoine fe défend ; croyant étie habillé il
veut le fouiller pour chercher fon couteau . Deux
Meffieurs qui étoient couchés dans un autre lit de
la même chambre , s'éveillent au bruit des Rêveurs
combattans , & ils les feparent. Les deux Eccléfialtiques
fe plaignent mutuellement des coups donnés
& reçus , & rient de l'aventure . Ils fe remirent au
lit , parlant long- tems de l'identité de leur rêve ,
fe rendormirent enfin & furent de nouveau tourmentés
dans leur femmeil du même forge . Iiss'élan
cèrent encore à terre , mais en fautant ils s'éveillèrent
& fe félicitèrent qu'un prompt réveil leur
épargnât le renouvellement des douleurs de leur
Premier combat.
On lit dans une lettre de Montpellier
les détails fuivans relatifs à la foire de
Beaucaire.
» La Paix ne lui a paș donné l'éclat auquel on
( 231 )
>
s'attendoit ; on a remarqué feulement un grand
nombre de barques Catalanes chargées d'Anchois
qui , à caufe de leur quantité , ne ſe font vendes
que trois livres le gros baril , & il s'en eft
même donné une partie à 55 fous ; mais on a auffi
remarqué que les barils petoient fix livres de moins
que l'année dernière. Les trois parties principales
du Commerce de cette Ville , comme la Draperie
, la Toilerie & la Tanoerie , y ont éprouvé
différentes révolutions . La Draperie a été demandée ;
la Toilerie & les Moulelines l'ont été beaucoup ;
mais la Tannerie a été grêlée , & bien des Tanneurs
le 27 , n'avoient pas vendu la moitié de ce qu'ils
avoient déja vendu l'année dernière le 24. En géné
ral la recette des débiteurs a été très - mauvaiſe ,
la plus grande partie n'a payé qu'en papier , & fort
peu d'argent. Nos nouvelies Fabriques de Coton
dignes rivales de celles de Rouen , auroient eu fans
doute à fe glorifier de la Foire par le grand débit de
leurs rayeures & mouchoirs ; mais la jaloufie & la
concurrence ont fai donner ces marchandiſes à bas
prix. La rue de la Teinture a beaucoup vendu , la
plupart des Marchands s'étant propofés en arrivant
de vendre à tout prix ; & les magafins ouverts
pour le compte des Boardelois ont été les premiers
à donner l'exemple. La Ferme s'étant apperçue
qu'il y avoit toujours en Foire une plus grande
quantité de cafés venant de Bordeaux , qu'il n'en
étoit déclaré à 1 hôtel des Fermes de cette Ville ,
pour prévenir cette fraude ou abus , on a exigé de
chaque Marchand de cette denteée le rapport de
l'acquit des droits qu'il avoit payé à Bordeaux >
& une foumiffion de la quantité qu'il en avoit pour
en faire la comparaifon . Les payemens ont été un
peu durs le 26 ; mais auroient été plus ai és par
le fecours des négocia ions , fi les Détenteurs de
l'argent n'avoient voli mettre un prix trop haut
à leurs efpèces qui font devenues plus communes
le dernier jour de la Foire, Les Lyonnois qui ache7232
1
tent la foie avoient porté une certaine quantité de
numéraire pour l'employer à leurs achats , mais la
foie a manqué fur la fin , elle a augmenté , & l'on
croit que cette dernière augmentation eft d'un heureux
augure pour la Foire d'Alais , qui ſe tient à la
fin de ce mois. Rien autrement de remarquable , ft
ce n'eft la préfence de l'Archi luc qui a parcouru lat
Foire , fait quelques emplettes , & charmé tout le
monde par fon affabilité «.
» Il y a plus de 25 ans que l'élixir odontalgique
du fieur Leroi de la Faudigniere , eft généralement
connu par-tout. Auffi eft ce en conféquence de fon
efficacité , que des envieux , après avoir échoué dans
le projet de le décrier , & cherché inutilement tous
les moyens d'en découvrir la compofition , ont pris
le parti de le contrefaire , ainfi que l'imprimé que le
fieur le Roi de la Faudiguiere remet aux perfonnes
qui ont recours à lui , pour leur enfeigner la manière
de faire ufage de fon fpécifique . On a même été ,
dans une de ces contrefaçons imprimée à la Rochelle ,
jufqu'à annoncer au public que le fieur Leroi de la
Faudigniere demeure rue St-Honoré , tandis que
depuis plus de dix ans fon logement eft rue & place
royale. Cet homme utile trop au-deffus des menées
ténébreufes de l'envie & de l'avidité , ne reclameroit
point à cet égard , fi on ne nuifoit qu'à lui feul ;
mais l'amour du bien public qui lui a fait tourner
fes recherches vers un objet d'utilité générale , lui
fait craindre avec raifon que , trompés par les apparences
, une partie de fes concitoyens n'aient recours
à des remèdes dangereux , ou du moins fans effica
cité. C'est pour cette raison qu'il déclare que , quoiqu'il
ait pris les précautions nécellaires pour qu'à fa
mort (on pays jouille encore de fa découverte, il
n'a confié fon fecret à qui que ce foit , & qu'on ne
trouve fon élixir que chez lui , rue & place royale « .
Le fieur Duboft , Sergent des Gardes de l'Hôtel
de Ville de Paris , en los du Temple , & à Ver
failles , au bas de l'efcalier de la Reine , dont les
( 233 )
diverfes compofitions font fi avantageufement connues
, continue avec fuccès le débit de fon Effence
pour la barbe ; de celle de beauté , pour le teint des
Dames , pour en entretenir la fraîcheur , préferver
des boutons & entretenir la blancheur des mains ;
de fa pommade de Ninon l'Encles , pour préſerver
des rides & les effacer ; ainfi que de fa pommade
du Soir , pour ôter le rouge & le hâle provenant
du foleil , garantir la peau des gerçures & la rafraîchir
; & de fon Rouge de Paris , tiré du règne
vigétal , avec privilége du Roi. Il offre des eflais
de ces trois articles gratis , jufqu'à la fin de Septembre
prochain , aux pertonnes honnêtes qui vous
dront les comparer avec d'autres du même genre.
Le prix de la pommade de Ninon , qui ne s'emploie
que le matin , eft de 6 liv. 12 liv . & 24 liv.; de
celle du foir , pour rafraîchir la peau , 3 liv. 6 liv .
12 liv.; du Rouge fuperfin , 6 liv . & de l'inférieur ,
3 liv. Ceux qui feront l'honneur d'écrire à l'Auteur,
font priés d'affranchir leurs lettres .
De BRUXELLES , le 26 Août.
·
S'IL faut en croire plufieurs lettres on
s'atrend à la fignature prochaine des traités
définitifs de paix ; la conclufion de cette
grande affaire eft généralement défirée , &
peut être plus en Angleterre qu'ailleurs ,
à caufe de la ftagnation cù reftent les affaires
, & les fpéculations des Commerçans
qui n'ofent trop fe livrer à de grandes
entrepriſes avant cette époque. On dit que
ce qui l'a reculée jufqu'à préfent c'est
l'ultimatum des Etats- Généraux qui fe trouve
encore retardé par la maladie de M. de Bleyf
wick , Confeiller , Penfionnaire de Hollande .
On efpère ici , écrit- on de la Haye , que le retard
de la fignature de la paix aura donné le tems
( 234 )
de faire inférer dans le traité quelqu'article qui
puifle pourvoir aux griefs dont notre Compagnie
des Indes . Occidentales fe plaint , relativement à la
protection que les Portugais trouvent de la part
des Anglois fur la côte de Guinée . Les Etats
de Hollande avoient nommé des Commiffaires
pour examiner quelques objets relatifs au militaire .
Ils viennent , dit- on , de faire leur rapport à l'A
femblée. Il s'agit d'abolir la vente des Compagnies ,
de re plus donner d'emplois fupérieurs à des Offi
ciers , à moins qu'ils ne les rempliffent en per
foane , de ne conférer par conféquent aucune
charge honorifique à des Officiers , pour com.
mander des régimens à la place de quelque Prince ,
& enfin de ne nommer dans les régimens Nationaux
, que des natifs du pays aux places d'Offi
ciers & même de Sergens.
On a parlé d'une émeute qui avoit eu
licu au commencement de ce mois à
Arnhem ; la lettre fuivante en préſente
ainfi les caufes & les détails.
Le 6 de ce mois , il fortit de la Maifon- de-
Ville une publication , qui ordonnoit que les pauvies
& ceux qui n'étoient pas en état de payer la foffe ,
fercient à l'avenir enterrés dans le nouveau cimetiere.
Vers le foir une foule de peuple s'attroupa ; on
infinua à quelques Membres du Confeil qu'on feroit
les derniers efforts pour recouvrer l'ancien cimetiere
attenant à la grande Eglife. Le lendemain il y
cut Affemblée du Collège des Communes ; le peuple
y envoya trois Commillaires pour favoir pofitivement
les Mag ftras vouloient reftituer ou non
l'ancien cimetiere ? Point de réponse decifive. La
foule de peuple augmenta. Plufieurs habitans paroiffoiert
réfolus d'en venir aux dernières extrémités.
Le Magiftrat avoit environné la place de la Maiſonde
Ville d'un nombreux détachement de la garnifon
& pofté 16 Cavaliers fous les arbriffeaux , ce qui ,
235 )
joint au filence obſtiné que gardoit le Confeil , ne
fit qu'enflammer le peuple. Les militaires chargeant .
à balle , la bourgeoifie courut aux armes Citoyens !
montrez ce que vous êtes ; armez- vous de vos fufils
& de vos épées ! Défendez vos priviléges foulés
aux pieds ! Tel étoit le cri général répété par
mil'e voix. L'alarme fonne , & aufh - tôt deux Compagnies
font prêtes à marcher. Arrivés fur la place
d'arme , les bourgeois chargent leurs fufils à balles
& fe portent droit à la Maifon-de- Ville , où tout
préfageoit une fcène fanglante : mais après avoir
battu la caifle & falué les citoyens armés , le dérachement
militaire leur abandonna le terrein & fe
retira dans fes poftes . Tout cela fe paffa le dimanche
, à 3 heures après-midi , pendant le Service Divia.
A 8 heures du foir on enterra dans le nouveau
cimetiere la femme d'un fergent de la garnifon
fous l'efcorte de 16 Cavaliers & d'un bataillon de
Baden-Durlach . Le lundi , à une heure après- midi ,
la populace enleva le cadavre du tombeau , porta le
cercueil par les rues ; plufieurs gens armés précédoient
& fuivoient en criant Vivat ! Houze ! Le
cortège traverfant la place le long de la garde fous
les armes , alla dépofer ce cercueil devant l'Hôtel du
Prince où le Commandant de la ville eft logé. Ici
le peuple s'arrêta . De là , plufieurs femmes coururent
dans la grande Eglife , dans celle de St Jean , pour
fonner les cloches pendant qu'on enterroit le corps
dans l'Eglife de St - Jean . On ait que tel avoit été le
vou de cette panvre femme , fans qui elle eût été
enterrée dans l'ancien cimetiere , en face de la maifon
du Juif Meyer qui l'a achetée. On arracha du cime
iere externe les baluftrades de fer ; l'une fit portée
par des hommes , l'a tre par des femmes devant
la maiſon du Juif , enfuite on en renverfa les murs.
On caffa auffi toutes les vitres de la maiſon qu'occupe
le Major de la Place : ce qui certainement
auroit entraîné de plus grandes fuites , fi la garde
bourgeoife ne s'y für oppofée. Le 8 au foir , on an(
236 )
nonça l'arrivée d'un régiment Suiffe de Nimègue !
ali-tôt les bourgeois demeurans dans les fauxbourgs
prirent les armes , & fe poftèrent à la tête
du pont de bateaux , qui fut même démonté à 8
heures ; & le 9 au matin, fur les inftances réitérées
des Communes , le Magiftrat s'eft enfin décidé , 1º .
à rendre l'ancien cimetiere ; 2 °. à ne pas donner
d'emplois aux étrangers ; 3 ° . à prêter toujours l'c
reille aux Commiffaires de la bourgeoifie ; & -4°. à
lui accorder toute forte de fatisfaction & d'avanta
ges. Actuellement tous les efprits font calmés
& on ne craint plus aucunes mauvaiſes fuites « .
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 19 Août.
Aucune des conditions des préliminaires de la
paix ne fe trouve encore remplie ; nous occupons
New Yorck , que l'on s'attendcit à voir évacué pe
de tems après les Ifles qui devoient être reftituées
réciproquement re le font point ; la Floride n'a pas été
1endue aux Efpagrols , & à l'exception du délarme
ment des vaiffeaux, du licentiement de la milice , les
Puiffances belligérantes font dans la fituition où elles
étoient avant la cellation des hoftilités .
Le Congrès , lit-on dans une lettre d'un Officier
de New - Yorck , en date du 16 Juin , le plaint déjà
que nous avons enfreint le Traité provifionnel dansl'article
concernant les Nègres , & il a envoyé des
inftructions au Docteur Fracklin à Paris fur ce fujet.
Il eft vrai que nous en avons envoyé Sco dans la
Nouvelle- Ecoffe avec 10,000 réfugiés ; mais Sit Gui
Carleton obferve que le Gouvernement ayant
donné fa parole aux Nègres fugitifs , il ne peit la
violer; & que fi les Commiffaires décident qu'ils
auroient dû être rendus , l'honneur de l'Angleterre
s'y oppofe & lui preferit de les payer. Il feroit inhumin
de reftituer ces infortunés ; parce que plu
fieurs fubiroient des punitiors & peut- être la mort.
Les actes paffés contre les Loyaliftes en éloiguent
beaucoup de leur pays , où ils auroient été
( 237 )
bien-aifes de refter . Plus de 10,000 font dans la
Nouvelle- Ecolle ; plufieurs vont aux Ifles , d'autres
dans le Canada . A l'exception de 2000 hommes
l'armée Américaine eft débandée.
X On dit quand il fut jugé néceffaire que le Général
Anglois & le Général Américain euflent une entrevue
, Sir Gui Carleton invita celui - ci à venir avec le
nombre d'amis qu'il voudroit choisir dans les lignes
Bianniques. Le Général Washington lui répondit ,
que comme Particulier , il regarderoit comme un
honneur d'aller rendie fes devoirs au Général Carleton
; mais qu'ayant un caractè e public il ne pouvoit
aller vifiter une garnifon ennemie ; l'armée
Angloife ne devant être confidérée que comme étran
gère & venue pour agir hoftilement contre fon
pays ; il croyoit en conféquence que toutes les
avances pour une réconciliation devoient être faites
par le pouvoir envahiffeur au pouvoir envahi , & il
finit par inviter lui-même Sir Carleton à venir dîner
avec lui ; le Général Anglois accepta & fut reçu
avec beaucoup d'égards , de politelle & même de
mag ificence.
L'Univerfité de Philadelphie a conféré le degré
de Docteur en Droit au Général Washington , qui
paffe en effet pour le plus grand Législateur de nos
jours. Il n'eft encore âgé que de 3 ans , & cependant
il avoit dès l'année 1759 le rang de Colonel.
On a fait l'état du nombre des Gazettes qui ont
été imprimées dans toute l'étendue du royaume
d'Angleterre pendant les 8 années précédentes ; il
elt conçu ainfi .
1775.
1776 .
1777.
1778.

1779.
1780.
1781 .
1782.

• · 12; 680,000.
12,830,000 .
• 13,150,643 .
· 13,240,639
• · 14,106,842
14,217,371
14,397,600
15,272,519
( 238 )
GAZETTE DES TRIBUNAUX ABRÉGÉE.
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre le fieur Dran , pourvu par réfignation
de la Cure de Notre- Dame d'Alençon , &
le fieur Huault de la Befnarderie , prétendant
droit au même Bénéfice .
Pour valider une réfignation , la furvie du réfi
gnant , au jour entier cù le courier porteur de la
réfignation eft arrivé à Rome , eft- elle néceflaire ? ou
fon exiftence ledit jour fuffit- elle , quand même ce
jour deviendroit celui de la mort ? Selon le principe
que 'le jour du décès d'un homme doit être compté
tout entier au nombre des jours de fa vie . La quef
tion vient d'être décidée en faveur du réfignataire .
Le deux Août 1782 , le fieur Goupil , Curé de
Notre-Dame d'Alençon , près Briffac en Anjou ,
paffe une procuration pour réfigner fon Bééfi.e
en faveur du fieur Dron , avec retenue de penfion.
Cet acte , en bonne forme , arrive à Rome le 23
Avril. Le même jour le fieur Goupil décède fur
les 10 heures du foir. Le 26 Avril le Chapitre
d'Angers , Patron de la Cure , y nomme le fieur
Huault de la Befnarderie , qui obtint des provi
fions le 30 Mai & prend poffeffion le lendemain.
Lé fieur Huault de la Befnarderie étoit déja établi
dans le presbitère , lorfque le 20 Octobre le fieur
Dron , muni de les provificns de Cour de Rome ,
fe préfente pour prendre poffcffion . Le fieur Huault
s'y oppofe & refufe de lui céder la place. La
complainte s'engage en la Sénéchauffée d'Argers.
Le fieur Huault interjette appel comme d'abus des
provifions de fon compétiteur. Alors lé fieur Dron
demande à être envoyé provifoirement en poffeffion
de la Cure , ou en cas de difficulté , que les revenus
du Bénéfice foient léqueftrés. C'eſt ſur cette demande
(1 ) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de 15 liv, par an , chez M. Mars , Avocat , rue & Hôtel
Serpente,
( 239 )
provifoire qu'il s'agiffoit de ftatuer . - Arrêt du 2
Août 1783 , qui a accordé la récréance au Geur Dron
& a condamné le fieur Huault de la Befnarderie aux
dépens .
PARLEMENT DE DAUPHINÉ.
Caufe entre l'Abbé Alliey & l'Abbé Giraud ,
Fondation d'une Chapelle.
Etienne Garnier , Curé de Vallonife , fonda une
Chapelle le 7. Avril 1513 , fous l'invocation de Notre-
Dame de l'Annonciation ; foit pour le Droit de
Patronage , foit pour la Rectorie de cette Chapelle ,
il eut en vue du nom Garnier , defcendant en ligne
mafculine ; mais à défaut de ceux- ci , ne donna- t- il
pas la préférence à fes parens en ligne collatérale ?
Voilà la principale question.
Le Fondateur commence d'abord par inftituer la
Chapelle ,fon héritière univerfelle , inftituit heredem
univerfalem pradictam Capellaniam ; dela il paffe au
Droit de Patronage , il veut que cette prérogative appartienne
à fes patens en ligne mafculine delcendante
de Briançonnet , fon frère aîné , in linea mafculina
ipfius Brianconeti , à défaut de la ligne de celui-ci ,
à celle de Guignes , fon deuxième frère feulement ,
in linea mafculina tantum ; enfin à défaut de celleci
, à celle d'Antoine en ligne mafculine , comme
deffus , in linea mafculina , ut fuprà. Il nomme
enfuite les Recteurs qui doivent jouir de la Chapelle;
il n'appelle plus ici les trois branches de les frères ,
fingulatim ; mais il exige la ligne mafculine , fans fe
fervir du mot tantùm , répété par deux fois quand il
s'agit de Patronage , nominavit & ordinavit ex nunc
prout ex tunc in Rectorem ipfius Capellania Seniorem
& antiquiorem de progenie & natum in linea
mafculina ipfius teftatoris . Quelques phrafes plus
bas , le Fondateur femble fe relâcher en faveur de
fon parent quelconque , pourvu qu'il foit le plus
près ; il prévoit en finiffant le cas où le Recteur qu'il
vient de nommer auroit un autre Bénéfice , & alors
( 240
per
il veut que le Recteur remette la Chapelle à fon plus
près parent. Propinquiori &fufficientiorifua natura
& progeniei , s'il ne fait pas cette rémillion of réfi- "
gnation , le Bénéfice ira fans difficulté & de plein
droit à fon plus près paient , comme deffus
tineat pleno & integro jure , fine contradictione ,
propinquiori & fufficientiorifua natura &progenici i
ut fuprà. Tel et l'ordre & la difpofition du Fonda-"
teur : tous les defcendans en ligne mafculine font dé
cédés , & il ne refte que Marguerite & Anne Garnier ,
foeurs , qui quoique femme , prétendent encore la
repréfenter, & ont en conféquence exercé leur droit
deprésenter au Bénéfice . Après la mort du fieur Roux,
dernier Re&eur , l'Abbé Giraud fe fit pourvoir par
M. l'Evêque d'Embrum ; il n'attendit pas le delaide
quatre mois accordé au Patronage Laic , & cela dans
la fuppofition que celui des leurs Garnier étoit ,
éteint fi l'Abbé Giraud eût été parént des Garnier,
peut -être n'y auroit-il pas en de difficulté , mais il
leur étoit étranger. Les fours Garnier de leur côté
avoient , négligé de préfenter dans les quatre mois,
enforte que la collation de l'Archevêque n'auroit
fouffert aucune atteinte , s'il fe fù: conformé à l'acte en
de fondation , s'il eût nommé le plus près parent
d'Etienne Garnier : c'cft -là où le réduifoit toute la
difficulé ; il s'agilfoit de favoir fi le Fondateur avoit
exclu tout étranger de la Rectorie , tant qu'il y au
roit des parens quelconques en ligne masculine ,
en ligne collatérale.Le feur Al res , parent en ligne ,
collatérale , préfenté après les quatre mois par les
foeurs Garnier & pourvu fucceffivement par M.
l'Archevêque , avoit appellé comme d'abus , des
provifions accordées à l'Abbé Giraud par l'O.dinaire
avant les fiernes, Arrêt d'Audience du 3 Avril 1783 ,
qui a déclaré y avoir abus dans les provisions accor
dées à l'Abb Giraud en conféquence a mantenu
définitivement l'Abbé Alliey en la poffeffion du Bénéfice
a condamné l'Abbé Giraud à reftituer les frais
par lui perçus & aux dépens,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le