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1783, 02, n. 5-8 (1, 8, 15, 22 février)
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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
ON TENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe; Annonce & Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
Les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI I FÉVRIER 1783.
HATEA
PALAIS
ROYAL
BIR
PARIS
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de
rue des Poitevins .
BRARY
STORIES
ivon Avec Approbation & Brevet du Rot
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d -
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TABLE
Du mois de Janvier 1783 .
PIÈCES FUGITIVES .
NOUVELLES LITTÉR .
3 toire , 15
Mot de Confolation à un De la Manière d'écrire l'Hif-
Grand-Homme ,
Impromptu fur le Portrait de L'H ftoire de l'Art de l'An-
Mde la Vicomteſ D *** ,, 4 tique , 63
Lettre au Rédacteur du Mer- Traité de la Phthifie Pulmo
cure ,
A Mmela Marquise de...
A Ma ame de ***
In Obituin Domini
Reyrac
ib . naire ,
1
76
49 Recherches fur les Végétaux
50 nourriffans ,
de Inftruction pour
Le Fat & Diogène , Conte
Moral ,
les Bergers
78
ع و
pour les Propriétaires des
Troupeaux ,
82
d. Suire de l'Hiftoire de l'An
Antique ,
'Lettre au Rédacteur du Mercure
, $ 4 Annales Poétiques ,
Monde Primitif, Impromptu de Mlle de Saini-
Léger ,
104
112
121
97 Elémens de Géographie , 126
Penfées Morales d'Ifocrate167
SPECTACLES.
Impromptu à Mlle St- Léger ,
'Epitre au Roi,
Vers à M Begon 2
ibid. Concert Spirituel,
Yol Académie R. de Mufiq.28,174
-A M. l'Abbé de Lille , 146 Comédie Italienne,
Remerciment à M. de Saint Variétés ,
Ange ,
Conte
2 147 Nécrologie ,
147 Sciences & Arts ,
26
36 , 128
39 , 128
184
131
Réflexions fur l'Hiftoire de Conftruction nouvelles du Pa-
Ruffie ,
Charade
148 lais Royal,
166
Anecdotes,
131
42 ? 89 , 136
91 , 138 ,.188
Enigmes & Logogryphes , 13 Annonces &
62 , 102, 166
Notices , 44 .
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F.
BAUDOUIN , rue de la Harpe , près S. Coſme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I FÉVRIER 1783 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSÉ.
AU MINISTRE PACIFICATEUR.
LA Fayette , Crillon, d'Estaing & Rochambeau ,
De leurs Concitoyens ont mérité l'hommage ;
La Victoire a cent fois , du laurier le plus beau ,
Orné leur front & leur image.
Eh! que ne doit-on pas ces vaillans Guerriers ,
Qui fouvent dans les Cours , immolés à l'envie ,
Dans l'efpoir de cueillir de ftériles lauriers ,
Pour défendre nos biens ont prodigué leur vie ?
Peut-on , fans être ingrat , oublier leurs bienfaits ?
Que dans le Temple de Mémoire
Le Temps , en gravant leurs hauts faits ,
Préfente à nos neveux l'exemple de leur gloire !
Mais ce Miniftre heureux , qui , fage en fes travaux ,
Pes bords de la Tamile aux rivages du Tibre ,
Aij
4
MERCURE
Sait , en fixant les droits de vingt peuples rivaux ,
Maintenir entre-eax l'équilibre ,
Qui du repos du monde eft le plus ferme appui ;
Cet illuftre mortel dont les mains triomphantes
Viennent enfin de fermer aujourd'hui
Du Temple de Janus les portes frémiflantes ;
Qui par-tout affurant la liberté des mers ,
A la fois fimple & grand , plein de gloire & modefte ,
Vient de verfer fur l'Univers
Des trésors de la Paix l'influence célefte:1
Voilà le vrai Héros de qui l'humanité
Doit chérir à jamais l'augufte bienfaiſance ;
Et qui , femblable à la Divinité ,
Par le bonheur commun fait fentir fa puiffance !
C'eſt en le béniſſant qu'on doit le célébrer.
Que fes deux fils , * fa fuperbe efpérance ,
Par des bienfaits pareils cherchent à s'illuftrer !
"
S'il eft beau de venger la France ,
Il eft encor plus doux de s'en faire adorer.
Ah ! fi ces vils ferpens que l'envie a fait naître ,
Vouloient , par ces complots fi communs à la Cour,
Priver d'an tel appui les Sujets & le Maître ,
Que fa feule vertu , produite au plus grand jour ,
Dans l'ombre au même inftant les fafſe diſparoître ,
Ainfi que ces vapeurs qui , du fond des marais ,
l'un
M. le Vicomte & M. le Chevalier de V.... ,
Capitaine de Dragons , & l'autre Officier aux Gardes
Françoiles.
DE FRANCE
.
Sexhalent pour troubler l'air pur que l'on refpire ,
Et quel'aftre du jour , dont l'éclat les attire ,
Dans la fange aufhtôt fait rentrer pour jamais .
( Par M. Blin de Sainmore. }
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Alarmes ; celui
de l'énigme eft.Toupie ; celui du Logogryphe
eft Bâtonnier (Chef de l'Ordre des Avocats ) ,
où le trouvent bát , nier ( verbe ) , baton ,
rat , Tobie , noir , Bonne ( Gouvernante
d'Enfans ) ton & rit.
CHARADE
à Mlle ***.
M ON premier jouit quelquefois
Du rare & flatteur avantage
De careffer vos jolis doigts
Quand vous vous mettez à l'ouvrage.
Mon fecond eft un inftrument
Qu'on accordé pour vous fur les bords du Permeffe ;
Et mon tout eft la douce ivreffe
Que l'on éprouve en vous voyant.
( Par M. de Châteaugiron , Cap . au
Rég, de Normandie. )
A jij
MERCURE
ENIGME à MHe PA.... DE LA CHA……..
DE tes caprices inconftans.
Le papillon fera l'image ,
Doris , fi tu veux faire ufage
De mes attributs différens.
Crois-moi , fuis mes frivoles traces ,
Laiſſe la conſtance en amour ,
Et fouffre que dans ton féjour ,
Le Plaifir à côté des Grâces
Te renouvelant les faveurs ,
T'apprenne à devenir volage
Au fein même de fes douceurs .
Des vertus le froid étalage
N'eft trop fouvent qu'un impofteur .....
Doris , jouis donc du bel âge !
Imite la touchante fleur
Que préfente ta belle image ;
Tandis que de fon doux vainqueur
Je ferai toujours le partage.
(Par M. du P...rat. )
DE FRANCE
.
Je n'ai
1
LOGOGRYPHE
.
E n'ai que quatre piés , & je fuis fans couleur .
Je produis tour -à-tour le plaifir , la douleur.
En moi l'on peut trouver, fans que l'efprits'applique
,
Un infecte rongeur ; une note en mufique ;
Une femme féduite , hélas ! pour ton malheur ,
Et qui défobéit aux volontés divines.
C'eſt aflez; je finis , rêve un peu : tu devines.
(Par M. de Saint Gervais , Officier an
Régiment de Picardie.
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
DISCOURS prononcé à la Séance Publique
de l'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts d'Amiens , le 25 Août 1782 , par
M. d'Agay , Intendant de la Province , fur
les avantages de la Navigation intérieure ,
auquel on ajoint la Carte de communication
de la Mer Méditerranée avec la Mer du
Nord , par le Canalprojeté en Bourgogne ,
les Canaux de Picardie.
&
par
L'INTENDANT d'une Province eft l'Homme
du Roi & de l'État , chargé de la répartition
des impôts que les befoins de l'État exigent
des Peuples , veillant fans ceffe pour le main
A iv.
8 MERCURE
ien de l'ordre public. Tout ce qui regarde
le Citoyen & la Province qui lui eft confiée ,
eft l'objet de fes foins . Solliciter des fecours
pour les malheureux , foulager les contribuables
par l'exacte répartition des charges ;
prévenir les vexations ou les réprimer; por
rer au pied du Trône les cris des infortunés ,
les traits de vertus dignes de louanges ou
de récompenfe ; inftruire les Miniftres des
événemens qui intéreffent le bien de fa Province;
feconder leurs opérations en les éclairant
; leur préfenter les objets utiles , les
moyens de faire le bien : telles font les fonc
tions d'un Intendant.
On ne peut lire le Difcours de M. d'Agay ,
fans reconnoître qu'il annonce les talens ,
les lumières , l'élévation néceffaires à cette
place importante. Son Ouvrage eft le réful
tat d'un travail immenfe ; les recherches
les plus étendues l'enrichiffent de toutes les
connoiffances en ce genre. Un petit nombre
de pages raffemble fous les yeux du Lecteur
l'hiftoire de tous les Canaux navigables du
monde entier. Le ftyle nous en a paru fage ,
noble , clair , élevé , rapide ; mais , ce qui
eft plus précieux encore , par - tout on y voit
l'Homme Public jaloux de contribuer à la
félicité des Peuples , à la grandeur du Roi ,
& au bien de la France. Rien de ce qui peut
faire le bonheur des hommes ne lui eſt étranger.
Il montre le bien , il le follicité , il le
fait goûter. Heureuſe la Province dont l'Adminiftrateur
éclairé dirige toutes les vûes
t
DE FRANCE
vers le bien public , & dont l'âme courageufe
efe lui confacrer fes veilles & fes travaux!
Le plan de l'Ouvrage eft fimple & grand :
c'eft la navigation du monde , & en particu
lier celle de la France & de la Picardie. Le
fondement de tous les États policés , dit l'Auteur
, eft l'Agriculture ; & le principe le plus
général de leur profpérité eft le Commerce.
L'Auteur part de ces deux principes importans
: l'Agriculture eft la bafe du Commerce
, & le Cominetce vivifie l'Agriculture
; mais fans les débouchés faciles , le
Commerce languit & tombe : de- là la néceffité
de fes communications , qui lient enfemble
tous les Empires , toutes les Régions.
Ainfi les mers uniffent les deux mondes , &
les canaux intérieurs , liens des Provinces ,
des Royaumes & des Peuples , ne font
qu'une fociété de la terre entière.
"
Cette vérité , fentie dans tous les temps ,
a dirigé les travaux de tous les États devenus
floriflans , vers cette fource d'abondance. « Il
» femble , dit M. d'Agay , en parcourant les
annales de l'Univers , que l'hiftoire des
grands Empires anciens & modernes , eſt
» en même temps celle des grands mony-
" mens érigés à la navigation intérieure ,
" & que ces accroiffemens font l'époque de
» leur force & de leur fplendeur. La célèbre
Babylone jouit encore de la gloire des
fuperbes aquéducs & canaux élevés par
Sémiramis...... La conftance des Chinois
à perfectionner cette branche importante
و ر
20
A v
ΤΟ MERCURE
"
de la félicité publique , avoit rendu , plu-
» fieurs fiècles avant l'Ere vulgaire , leurs
rivières nayigables , affuré leur commu-
» nication par des canaux , & formé dans
» ce vafte Empire une navigation générale ,
qui préfente l'image d'une feule ville immenfe
flottante fur les eaux.
"
و د
L'Égypte , qui difpute aux Chinois leur
antiquité , n'étoit pas moins leur rivale
dans l'art de fixer la fécondité & la cir-
» culation , dans le climat le plus ingrat
» en multipliant , par des canaux innom-
» brables , le feul fleuve qui l'arrofe ; mo-
» numens détruits en grande partie par des
conquérans Barbares ; mais plus honorables
pour l'Égypte , dans leurs veftiges &
» leurs ruines , que ces fameufes pyrami-
» des , ces maffes furprenantes & inutiles ,
qui perpétueront long- temps l'orgueil de
» leurs fondateurs.
"
13
C'eft avec ce ftyle rapide , plein d'une
fage philofophie , que M. d'Agay parcourt
tous les canaux navigables de tous les peu
ples & de tous les âges ; les Grecs , les Romains
, Venife , la Hollande , l'Angleterre
l'Italie , l'Allemagne , la Pruffe , la Pologne ,
le Danemarck , la Ruffie , l'Efpagne , le Pérou
, paffent tour à tour fous les yeux du
Lecteur étonné , que l'Auteur ramène enfin
à la France , à la Picardie.
**
A la vue de cette Patrie fi chère , M. d'Agay
femble s'animer d'un nouveau zèle , & répandre
encore plus d'intérêt fur les détails
DE FRANCE II
plus étendus auxquels il fe livre ; il n'en
cutes
aucun
: projets
conçus
, tentés
, exé
cutes ; calculs raifonnés des depenfes & des
avantages , tout eft prefenté , difcuté , & la
chaleur de l'éloquence fait difparoître l'aridité
du fujet. Avec quel enthoufiafme les
François retrouveront les noms chéris de
nos plus grands & de nos meilleurs Rois ,
dans tous les projets pour la jonction des
mers, & la vivification de la France par les
canaux. L'on ne s'en eft jainais plus occupé
que fous les règnes de Charlemagne , de
François Ier , de Henri IV & de Louis XIV.
" Il étoit réfervé au règne de Louis XIV ,
و د
"
و ر
$
fi
célèbre par l'émulation des talens & les
productions du génie en tous genres ,
» d'exécuter la première communication
» des mers , & le plus grand monument de
" navigation intérieure dont la France jouiffe
......... Le fuperbe canal qui joint enfemble
l'Océan & la Méditerranée , élève
» les bateaux jufqu'à fix cent pieds au- deffus
des mers , & les fait également monter &
defcendre d'une mer à l'autre ..... Il fait
éviter , par une navigation sûre de cin-
" quante quatre lieues , le circuit d'une na-
"
">
"
33 vigation incertaine de douze cent lieues
" autour des côtes d'Efpagne. C'eſt ainti
» que l'heureufe exécution de la jonction
» des mers dans les Provinces méridionales
, apprenoit à la France qu'il man-
» quoit à fa gloire & à fa profpérité , d'accomplir
l'ancien & célèbre projet de la
39.
"
A vj
12 MERCURE
» communication des mers du Nord au
» Midi , par l'intérieur du Royaume.
"3
Déjà la Nation , qui s'éclairoit de plus en
-plus par fes fuccès , formoit des voeux & des
projets , & le defir général des François patriotes
, étoit de voir unir enfin la Somme
avec l'Eſcaut , Amfterdam avec Marſeille ,
le Nord avec le Midi , projet aufli admirable.
par fon utilité, que par les grandes difficultés
que la nature oppofoit à cette entreprife , &
qui auroient triomphé de toutes les reffources
de l'Art ; mais c'est le privilège du
génie de vaincre les plus grands obftacles :
les montagnes s'abaillent & s'entr'ouvrent
devant lui. M. Laurent , déjà célèbre par de
grandes entrepriſes , couronnées par le fuc
cès , imagine , entreprend un canal fouterrain
fur une longueur de 7020 toifes. Bientôt
la Renommée avertit l'Europe qu'an
Ouvrage qui honore l'homme , eft commencé;
les Princes , les Perfonnages illuftres ,
les Hommes célèbres s'y rendent en foule.
Mais M. Laurent meurt ; la voix de la cri
tique s'élève contre cette grande entrepriſe
fur laquelle elle jette des nuages , & répand
les préjugés qui contrarient fi fouvent les
projets les plus utiles ; les travaux commencés
, prefque achevés , font interrompus. Le
plus beau monument des Arts & du talent
refte fufpendu ; mais le concours ne diminue
pas , déjà les éloges redoublent , & förment
le cri le plus général du Public pour
fa continuation M. d'Agay a l'honneur de
DE FRANCE. 13
recevoir au canal un Prince célèbre par fes
lumières & par fa fageffe , égale à fa puiffance
; ce Prince defcend dans le canal fouterrain
; il connoît les critiques , il veut en
peler les raifons , juger de leur folidité.
Il voit , il touche , il examine , il compare
; il réfute lui même toutes les objections,
& fon fuffrage illuftre eft le fceau
d'une gloire immortelle pour ce monument
à jamais fameux , & le préfage affuré de ſa
perfection prochaine.
La Province de Picardie n'occupe pas
feule le coeur du Magiftrat qui la préfide , il
porte un coup d'oeil patriotique fur les différentes
Provinces du Royaume. Il préfage
les canaux qui pourroient y augmenter l'abondance
& la fertilité : il indique ceux déjà
conçus ou exécutés par la bienfaisance du
Monarque chéri qui nous gouverne . De ces
canaux de vivification , de profpérité , fort
naturellement l'éloge de Louis XVI : il faut
voir dans le Difcours même avec quelle vér
rité , quelle nobleffe M. d'Agay a fu traiter
cette belle partie de fon Ouvrage. Tout
François , en le lifant , unit fon hommage
à celui du Magiftrat Auteur ; il répète fes
phrafes , fes mots ; & fon coeur attendri ſe
félicite de reconnoître l'expreffion de fes
fentimens.
Ce Difcours , dont la première Édition :
in-4° . eft épuifée , vient d'être réimprimé en
format in- 12 . Il fevend à Paris , chez Onfroi ,
Libraire , quai des Auguftins ; & à Amiens ,
14 MERCURE
chez J. B. Caron l'aîné , Imprimeur du
Roi. *
On a joint , dans cette nouvelle Édition
un Difcours du même Auteur , lû à l'Académie
d'Amiens le 25 Août 1774 , fur l'utilité
des Sciences & des Arts. Les bornes de cet
extrait nous obligent de paffer rapidement
fur cet Ouvrage. Nous nous contenterons de
citer les articles Philofophie & Eloquence.
Ces deux morceaux fuffront pour donner
une idée de ce Difcours , & du talent de
`M. d'Agay.
PHILOSOPHIE , La Grèce , co point pref-
» que imperceptible du globe , mais qui eſt
» devenue la patrie des Sciences & des Arts ,
» & même de la fagetfe , a plus fait pour
» le bonheur & la perfection de l'humanité ,
"
que les grands Empires qui ont envahi
» une partie de la terre , fouvent pour faire
» un plus grand nombre de malheureux.
Quel peuple a jamais produit autant de
Citoyens illuftres , de Sages , de Philofophes
, que cette heureufe région , où le
» feu du génie a naturalifé , pour ainsi dire ,
» les Sciences & les Arts avec les vertus
héroïques ; où les Romains puifoient leurs
loix , leurs modèles d'éloquence que l'on
admirera dans tous les fiècles ; où les penples
les plus éclairés de l'antiquité ren-
ود
"
* La plupart des Villes de Picardie , & plufieurs-
Académies du Royaume , ont délibéré de dépofer ce
Difcours dans leurs archives.
DE FRANCE. 15
"
"
"
">
» doient hommage au goût le pls pur qui
» diftinguoit les Sciences & les Arts de la
Grèce , & qui fait toujours le véritable
prix des connoiffances humaines.
ÉLOQUENCE . « C'eft par ce genre de fupériorité
, qu'elle a sú maintenir pendant
long - temps la liberté de fes Citoyens , en
déployant leur courage , réfléchi & dirigé
» par l'art & le génie , contre des armées
innombrables qui vouloient l'opprimer.
» Souvent l'éloquence feule de fes Orateurs
» lui a donné plus d'afcendant fur fes enne
" mis que des combats & des victoires.
""
33
>>
>>
Quel triomphe pour l'éloquence de Démofthène
, d'avoir vaincu l'ennemi le
plus dangereux de la Grèce , & fauvé
» l'honneur & la liberté de fa patrie par la
feule puiffance de cet Art admirable , qui
» fait maîtrifer les coeurs & régner fur les
efprits ! Eft- il un empire plus noble &
plus digne de la vertu & du génic qui
» cherche l'immortalité par des traits utiles
» à l'humanité?
و ر
و و
"3
" C'eſt par l'éloquence que les caractères
» durs & farouches s'attendriffent pour l'infortune
, & apprennent à goûter les char-
" mes de la fenfibilité & de la bienfaifance .
" C'eft elle qui fait régner la juftice & les
lois , en dévoilant dans les tribunaux les
و ر
و د
complots du crime & les artifices de la
» chicane ; qui déploie avec majeſté les
grandes maximes de la religion , & cou-
» ronne les vertus , après leur terme fatal ,
"
16 MERCURE
» dans ces éloges facrés que la flatterie ne
» peut plus corrompre ; c'eft elle qui fait
39
"
و ر
imprimer dans tous les cours l'audace &
» le mépris de la mort dans les combats , la
» douceur & la modération dans les victoires
; qui , dans le grand Art des négociations
, fait défärmer la jaloufie des Puif,
» fances rivales , vaincre leurs préjugés , af-
» fermir la confiance des Alliés , & fonder
» une paix folide fur l'heureux accord des
» intérêts des Peuples. Non , il n'appartient
qu'à l'éloquence d'émouvoir à fon gré
toutes les paffions pour les rendre utiles
» an bonheur de l'humanité , ou de les calmer
& d'embellir la raifon même ; en lui
prêtant les grâces du fentiment . Il n'appartient
qu'à cet Art fublime de couron
» ner par les talens l'utilité des Sciences &
des Arts , & de la graver dans tous les
coeurs par fes propres bienfaits . »
93
Ainfi le ftyle de M. d'Agay eft toujours
noble , fage , harmonieux ; fon éloquence
active & élevée. On voit par- tout dans ces
deux Ouvrages l'Adminiftrateur éclairé , le
Philofophe fage , ami du bien , zélé pour la
gloire du Prince & la félicité des Peuples.
DE FRANCE. 17
"
EUVRES Pofthumes de M. Pouteau >
Docteur en Médecine , Chirurgien en Chef
de l'Hôtel- Dieu de Lyon . 3 Vol. in- 8 °.
Prix , 18 liv . rel. A Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers ; & à
Lyon , chez M. Lombard , beau- frère de
l'Auteur , Négociant , rue de l'Enfantqui
Piffe.
-
CET Ouvrage eft fortement recommandé
par le nom de fon Auteur. M. Pouteau
étoit parvenu , dès la jeuneffe , à la place de
Chirurgien Major de l'Hôtel - Dieu ; ce qui
fait préfumer qu'il avoit fuppléé à l'expérience
par des talens extraordinaires. Il
l'exerça avec autant de zèle que d'intelligence
; & fa pratique , qui étendit au loin
fa réputation , lui valut la reconnoiffance de
fes Concitoyens & les hommages de l'Étran
ger. Il mourut à la fleur de fon âge, & fon
nom reftera placé parmi ceux des plus célèbres
Chirurgiens de ce fiècle .
Le premier Volume traite du vice cancé
reux. L'Auteur y parle de l'action des médi
camens extérieurement appliqués ; de l'utilité
du feu dans les rhumatifmes ; de la pulmonie
; & il eft terminé par un Mémoire fur
le rakitis & la gibbofité.
Dans le fecond Volume il eft fait mention
des fauffes anchylofes ; des dangers & des
avantages du feu appliqué fur le fommer de
la tête ; des douleurs fympathiques ; des
18 . MERCURE
coups à la tête qui forment des abfcès au
foie , des afphixies , de la luxation de la
cuiffe , de la rotule , & c. , des fecours à op
pofer à l'hémorragie ; des caufes de la faillie
del'os après une amputation , des apparences
de vie qu'on peut exciter dans un membret
qu'on vient de couper , & des antes animales
, & c . Les objets qui appartiennent à
la Chirurgie font traités dans ce Volume
d'une manière à ne laiſſer rien à deſirer. Les
douleurs fympathiques ont fourni à M. Pouteau
une difcuffion très ingénieufe . On dif
tinguera aufli l'article des luxations des muf
cles , fujet dont aucun Auteur ne s'étoit effentiellement
occupé auparavant. M. Pouteau
croit qu'il eft poffible de réfoudre une por
tion de membre entièrement coupée au
membre qui eft encore vivant, pourvu qu'on
procéde fur le champ à la jonction.
Le troifième Volume eft compofé de plufieurs
Mémoires très - curieux , qui traitent
des accouchemens & des naiffances précoces
& tardives ; du méchanifme de l'enfanter
ment , de quelques recherches particulières
fur les naiffances tardives , de l'huile d'olive
employée pour les morfures des vipères ; de
la préparation aux grandes opérations ; des
offifications ; des deux efpèces de fiftules ,
d'une nouvelle manière d'employer le laiton
pour les voies lacrymales ; de la ligature de
l'épiploon ; des précautions néceffaires pour
l'opération de la taille ; des moyens d'éviter
la contagion dans les hôpitaux , & c. & c .
DE FRANCE. 198
Tous ces objets importans font traités
dans cet Ouvrage avec une fagacité rare , &
digne de fon Auteur. Nous croyons que cette
précieufe Collection fera favorablement ac-.
cueillie par les gens de l'Art , & par les amis
de l'humanité.
"
*
ر
ALMANACH Littéraire. ou Étrennes
d'Apollon , contenant , 1º . quinze pages
de Variétés Préliminaires , où fe trouvent
le nouveau Pigmalion par M. Bret , le
Portrait d'un Parvenu par M. de la Louptrère
, & diverfes Pièces de MM. le Comte
de Barruel , le Chevalier de Rivarol ,
Feutry , Guyérand , le Gay ; des particularités
fur le Corte du Nord ; plufieurs
Traits intéreffans ; Bouquet à mon Papa,
par Mile de Saint - Léger. 2. Riesdel ,
Anecdote Allemande , par M. d'Arnaud ;
Dialogue entre la Mode & la Raifon , &
le Portrait Énigmatique de, la Curiofité ,
par M. de la Dixmerie ; Diverfités curieufes
; Idylle de M. Léonard ; Madrigal &
Bouquet de M. de Saint- Ange ; Pièces de
M. le Mierre ; Madrigal de M. le Ch. de
Boufflers ; Lettre de M. le Marquis de
Villette ; Lettres de Voltaire ; Vers du
même ; deux Épîtres badines de M. Damas
; Lettre du P. de Montefquieu ; Épî-
* Cet Almanach fe trouve chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , & chez les Marchauds
qui l'ont débité l'année dernière.
20 MERCURE
"
tre en grands vers par M. de Saint - Ange ;
Difcours en vers libres fur les Préjugés ,
par Mlle de Gaudin ; Épigramme par M.
Mérard de Saint- Juft ; Correfpondance.
Littéraire entre M. Paliffot & M. de Saint-
Ange; Chanfon traduite de Métaltaſe par
M. Bret ; Triolet de Mlle Defgranges ,
âgée de 12 ans , Épître par M. Bérenger ;
vers à une Coquette , par M. de la Louptière
; l'Habit & l'Oreiller , Fable , par M.
Crignon ; Bons Mots ; Lettre de J. J.
Rouffeau à M. Hubert ; Notice des principaux
Ouvrages , mêlée de traits curieux ,
& c. & c.
On ne peut fe figurer la quantité & la
diverfité des Pièces contenues dans ce Recueil
, profe , vers , lettres , anecdotes , bons
mots , fans que néanmoins la quantité des
matières nuife en rien au goût qui les diftribue.
C'est pour tâcher d'en donner une
idée , que nous avons tranfcrit le titre tout
entier , qui est une indication & une eſpèce
de table préliminaire. Auffi n'eft - il pas étonnant
que d'année en année le débit de cet
Ouvrage fe foit accrû au point que l'Aureur
a été obligé de réimprimer les trois premiers
Volumes 1777 , 1778 & 1779.
Pour entrer dans quelques détails , nous
diftinguerons dans les Variétés préliminaires
le Portrait du Parvenu , par M. de la Louptière
, Pièce que nous nous contentons d'indiquer
, parce qu'elle eft connue depuis trèsDE
FRANCE. 21
long- temps ; une Épître à Zélis , par M. le
Gay , & dont le début fait deviner le ton.
Enfin , Madame , expliquez-vous :
Bien qu'innocent , je défeſpère
De repouffer tant de foupçons jaloux .
De grâce,enfeignez -mei commenton peut vous plaire?
3
Pour moi , je n'y connois plus rien .
J'ai beau m'obſerver , j'ai beau faire ,
Tout ce que j'entreprends , croyant vous fatisfaire ,
Eft juſtement un sûr moyen
De m'attirer votre colère .
Cela vous déplaît-il ? Je fais tout le contraire ;
Et , pour pouffer ma patience à bout ,
Le contraire n'eft point encor de votre goût , &c. &c.
Un Bouquet de Mlle de St- Léger * à fon
Papa , Pièce remarquable par un mêlange de
verve , de philofophie & de fenfibilité très-
' rare dans une jeune perfonne. En voici quel
ques traits :
2
Je fentis le bonheur en ouvrant l'eil au jour ;
Mais combien ta tendreffe alla plus loin encore
Quand ma foible raiſon parut à fon aurore ,
Et que , fans calculer le nombre de mes ans ,
Tu voulus l'affermir par l'appui des talens !
Quand prêtant leurs fecours à ma foible jeuneſſe ,
Levant ce voile épais qui couvre l'avenir ,
* Elle eft Auteur des Lettres du Chevalier de Saint - Alme
& d'Alexandrine , Koman plein d'imagination & trèsintéreffans
, fur tout pour les Lecteurs de fon fexe.
122 MERCURE
Pour un âge plus mûr tu fus me garantir
Des écueils où languit une oifive molleffe !
Oui , tu me donnas tout : tu me donnas une âme,
Trop fenfible , ileft vrai , trop active , & de flamme ,
Mais fière & fans détour , préparée au malheur ,
Quoiqu'ignorant encor fon atteinte cruelle ,
Sévère dans fes loix , à fes defirs rébelle ,
Capable d'immoler dans fa noble vigueur
La nature à l'amour , & l'amour à l'honneur.
7
Il ne faut pas oublier des vers de M. le
Comte de Barruel à Madame, & à Madame
la Comteffe d'Artois , non plus que le nouveau
Pigmalion de M. Bret , Pièce qui feroit
plus agréable encore fi elle étoit plus courte.
Le dialogue entre la Mode & la Raifon ,
par M. de la Dixmerie , eft très-piquant , &
fera lû avec beaucoup de plaifir par ceux
qui aiment les Ouvrages de ce genre écrits
avec fineffe.
Rien de plus intéreffant que les moindres
Écrits de M. de Voltaire. Plufieurs Lettrés
de cet illuftre Écrivain à Mme la Comteffe
de la Neuville , imprimées dans ce Volume
pour la première fois , fuffiroient pour exciter
la curiofité des Lecteurs. Ils trouveront
dans cette petite Correfpondance ces grâces
légères & faciles que fa plume répandoit ,
pour ainfi dire malgré lui , fur les moindres
bagatelles ; enfin ce ton d'amabilité qui le
rend inimitable. Il faut diftinguer encore
V
DE FRANCE.
23
une Lettre qui lui fut adreffée par M. le
Comte de S ** , à l'occafion du nouvel an
1774, & la réponſe. Voici des vers qu'il
écrivoit à M. Helvétius .
Ne les verrai -je point , ces beaux vers que vous faites ,
Ami charmant , fublime Auteur ?
Le ciel vous anima de ces flammes fecrettes
Que nefentit jamais Boileau l'imitateur ,
Dans les triſtes beautés fi froidement parfaites,
Il eft des beaux -efprits , il eft plus d'un timeur ;
Il eft rarement des Poëtes.
Le vrai Poëte eft créateur;
Peut- être je le fus , & maintenant vous l'êtes.
La Pièce de M. le Mierre intitulée : Dif
cours d'un Récipiendaire à une Academie
d'hommes & de femmes , eft marquée à ce
coin d'originalité qui le caractérife .
Deux Épîtres légères de M. Damas fe font
diftinguer particulièrement dans l'Almanach
Littéraire , l'une adreffée à Mme Joli , fur
fon retour de Normandie , paroît approcher
du ton de Voltaire ; & l'autre adreffée à
Nanette , Marchande de Modes , eft abfolument
dans le genre de l'Auteur des Fantaifies.
Quelques vers en feront juger,
Veux-tu donc , bornant tes deſtins ,
De la mode inftrument ſervile ,
Toujours au comptoir immobile ,
Siéger parmi ces mannequins
Qui font-là cloués à la file ?
a
24
MERCURE
3
Paffe du moins pour ces laidrons ;
Tout prouve affez qu'ils ne font bons
Qu'à figurer là pour la vie.
Mais toi , fi fraiche & fi jolie ,
Pourquoi donc , Nanette , vouloir
Enterrer au fond d'un comptoir
·
Parmi des pavots doit -on voir
Sécher une brillante refe?
Je fais bien que tes doigts coquets
Au Dicu du goût dans fon palais ,
Elevant ces galans trophées ,
Ces pompons , ces colifichets ,
Nous font croire au règne des Fées ;
Sans doute je fais à propos
Applaudir à cet avantage ;
Mais de tous ces talens fi beaux
Qué te revient-il pour partage
Quand le foir rendue au repos ,
Dont après de fi longs travaux
Il eft fi doux de faire ufage,
Il te faut , les yeux demi-clos ,
Grimper jufqu'au fixième étage ,
Pour trouver ton lit fans rideaux ?
N'est- ce pas-là le ton de M. Dorat ? Et
encore :
Coquette , orgueilleuſe , étourdie ,
Sans doute il faut te craindre en tout;
Qui
DE FRANGE.
21
Qui fert tant la coquetterie ,
Doit en avoir auffi le goût.
On trouve rarement dans les Recueils annuelsd'auffibennes
Pièces que celle- ci ; aufli
ne doit- on pas être étonné que ceux qui paroiffent
plus tard le mettent à contribution.
Le Difcours en vers libres fur les Préjugés
, pat Mlle Gaudin , eft plein de grandes
beautés , & nous regrettons de ne pouvoir
en citer ici quelque chofe. Il ajoute encoreà
l'idée que diverfes Pièces ont pu donner
déjà des talens de cette Mufe aimable . Une
Epitre de M. Bérenger à Mlle S *** , fur la
naiffance d'un frère , feroit achevée fi elle
ne finiffoit d'une manière trop brufque , & ,
pour ainfi dire , tronquée.
Nous ne pouvons rien citer des anecdotes
ni des bons mots. Le goût que le Rédacteur
met dans ce choix eft affez connu. Il nous
refte à parler des notices que l'Auteur donne
des productions Littéraires qui ont paru dans
le cours de l'année ; elles font toutes trèsfoignées.
Ce font des extraits bien faits. Les
unes font raifonnées & analytiques , les autres
font un affemblage de traits piquans
ou d'anecdotes felon le genre de l'Ouvrage.
Ces notices font recommandables par un
ton d'honnêteté & par un efprit de juftice
qu'il feroit bien à fouhaiter de voir dans
les autres Recueils de ce genre. Il obferve
des loix de la politeffe avec autant de ferupule
que celles du goût....
Nº.5 , 1 Février 1783 .
B
26 MERCURE
Il y a dans ce Recueil plufieurs Pièces en
vers & en profe de l'Auteur de cet Article ;
mais il ne lui appartient pas de fe juger luimême,
SPECTACLES.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LORSQU'UN homme entre dans la carrière
des Arts , n'ayant pour guide & pour appui
que fon génie ; lorfque l'intrigue & la charlatanerie
, ces deux grandes reffources des
petits talens , lui font étrangères , il doit s'attendre
à être long - temps perfécuté , mé
connu , arrêté à chaque pas. Mais qu'il ne
perde point courage ; tous les obftacles s'applaniffent
peu-à- peu devant lui ; fes ennemis
fe laffent ou deviennent odieux & fufpects
; & le Public , éclairé par ces mêmes
productions qu'il n'avoit pas d'abord appré
ciées , rend enfin juftice à leur Auteur.
Il eft vrai qu'un Artifte qui fe préfente
après vingt-cinq ans de gloire & de fuccès
ne devroit pas éprouver les mêmes dégoûts ;
fon nom , fameux dans l'empire des Arts, par
roîtroit fait pour en impofer à fes détrac
teurs ; mais fi dans le nouveau pays où il
arrive , fon Art eft encore ignoré , s'il y
règne un faux favoir , pire que l'ignorance,
& l'on y a la manie des préférences exclu
DE FRANCE: 27
fives, & que l'on ait déjà choisi l'objet de ces
préférences , fon nom lui devient inutile ou
même dangereux ; & la réputation qui le
précède , en éveillant l'envie , n'eft pour lui
qu'un obftacle de plus.
On fe rappelle aujourd'hui , avec une efpèce
de honte , les excès où l'on ſe porta
d'abord contre l'Auteur de Roland . Les quolibets
, les plattes épigrammes , les comparaifons
injurieufes , rien ne fut épargné.
L'un vouloit reléguer dans les Concerts cette
muſique vraiment théâtrale ; l'autre appeloit
petits des chants nobles & paffionnés ; celuici
, en paffant condamnation fur le chant
critiquoit l'harmonie favante , mais pure &
mélodieufe , qui l'accompagne fans l'étouffer
jamais ; celui-là épluchoit les points &
les virgules , & prétendoit que M. Piccini
manquoit à l'expreffion des paroles , parce
qu'il n'avoit pas ponctué telle ou telle
phrafe à fa fantailie , quoique cette fantaifie
fût déplacée , & la penctuation régulière . Il
s'en trouva même qui osèrent reprocher des
fautes à l'un des Chefs de la première École
d'Tialie..... Qu'est - il arrivé de ces injuftes
Critiques ? Le temps a fait tout difparoître ,
excepté l'Ouvrage , dont la réputation a toujours
été en croiffant , & que l'on s'accorde
maintenant à regarder comme un chefd'oeuvre.
Atys fuivit Roland. Les clameurs , les farcafmes
, les menées recommencèrent ; un
folliculaire ne craignit pas d'imprimer que
Bij
28 MERCURE
Mob
tout le premier Acte étoit rempli de gentil
leffes Italiennes ; enfin , à l'exception du
morceau du fommeil , que l'envie , felon l'expreffion
d'un homme de goût , avoit choi
pour paroître jufte , au moins une fois , ce
fecond Ouvrage fut alors aufli mal jugé que
le premier. Mais par une révolution fembla
ble, on le voit tout différemment aujourd'hui ;
& l'on peut dire qu'à cette repriſe il reçoit
affez d'applaudiffemens pour prouver à M.
Piccini , qu'à force de talent & de conftance ,
i eft enfin parvenu à vaincre la plus grande
partie des préventions qui s'étoient élevées
contre lui. De nouveaux fuccès feront le
refte.
Lui feul étoit en droit de n'être pas
fatisfait de fon ouverture , qui avoit été gé
néralement goûtée ; mais celle qu'il vient de
mettre à la tête de fon Ouvrage , juftifie
cette févérité ; elle eft d'un caractere plus
élevé , plus pompeux ; le motif en eft
tiré ou imité du premier morceau de chant :
Amans , qui vous plaignez , & rappelle , ou
plutôt annonce la plainte amoureufe d'Atys .
Le fecond mouvement eft neuf , brillant
tonduit avec beaucoup d'art ; plein de traits ,
de chant & de beaux effets d'harmonie ; il
eft , fi l'on peut s'exprimer ainfi , d'une unité
variée , qui prouve autant d'imagination que
de favoir, autant de feu que de fageffe.
L'air dont je viens de parler eft trop connu
pour qu'il foit befoin d'en faire l'éloge. La
douce mélancolie qui y règne , l'expreffion
DE FRANCE. 29
naive d'un amour qui n'a point encore ofé
Le déclarer ; enfin le charme de cette mélodie
fimple & touchante , a réuni tous les
fuffrages ; on a fur- tout remarqué l'adreffe
avec laquelle le Muficien , fans changer de
mouvement fans s'éloigner trop de fon
fujet , a rendu ces vers :
Parmi l'allégreffe
D'un Peuple affemblé ,
Confus & troublé ,
De quelle trifteffe
Je fuis accablé!
Cet Art des nuances fans difparates , eft
connu de peu d'Artistes c'est celui des
grands Maitres ; c'eft fur-tout celui de M.
Piccini ; & il y a peu de fes morceaux de
mulque où l'on n'en pût trouver quelques
exemples.
L'annonce de la defcente de Cybèle en
fournit un atfez frappant . Cette annonce eft
éclatante , fon rhythme très- marqué, & la
nature des inftrumens qui y font employés
lui donnent un véritable air de fête ; mais du
milieu de ces chants d'alegreffe , fortent des
fons foutenus & refpectueux. Le vers Cybèle
va defcendre , chanté d'abord à voix feule ,
puis en duq , puis enfin en quatuor , ne pouvoit
être rendu par une expreflion muficale
plus agréable & plus jufte.
On entend toujours avec plaifir les deux
petites cavatines : la paix des coeurs indiffe
Bij
30 MERCURE
rens , & l'Amour fait verfer trop de pleurs...
Quand on ne feroit pas déjà dans le fecret
d'Arys , on devineroit bien au ton de fenfibilité
qu'il employe pour louer l'indifférence
, qu'elle n'eft plus dans fon coeur ; &
que s'il reproche à l'Amour les pleurs qu'il
fait verfer , c'eft qu'il en a lui- même à répandre
.
L'air , Eft- il un deftin plus cruel , rend
avec beaucoup de vérité , les combats qui fe
paffent dans le coeur de Sangaride . Après le
premier vers , l'orchestre interrompt la voix
par des efpèces de fanglots qui conduisent
à l'exclamation expreffive , Ah ! ...."qui fût
jamais plus à plaindre ; il faut voir fur- tour ,
comme dans la feconde partie de l'air , cette
exclamation prend une nouvelle force par
la manière imprévue dont le Muficien s'en
fert pour moduler , & pour revenir fans effort
, après un écart plein de hardieffe , au
même point dont il paroiffoit fort éloigné.
Rien n'eft plus commun que d'entendre
de prétendus Amateurs , & même des Compofiteurs
, ou foi- difant tels , accufer M. P.
de ne pas moduler affez , & de n'aller jamais
, comme ils le difent , que de la tonique
à la dominante. On ne peut attribuer des
affertions pareilles qu'à une profonde ignorance
, ou , qui pis eft , à une extrême mauvaife
foi. Aucun Maître , au contraire , ne
module avec plus de vigueur , & ne s'engage
avec plus de liberté & d'aifance dans
des routes variées & fouvent nouvelles. Ce
DE FRANCE
.
point feul demanderoit une longue difcuf
fion. Il faudroit prouver d'abord qu'il y a
plus de génie à créer du chant fans moduler
beaucoup , qu'à recourir fans ceffe à cette
reffource ; qu'il n'y en a aucun à s'égarer fans
choix , fans frein , fans règle , fans précaution
, dans des modulations baroques , d'où
l'on ne fort qu'avec des efforts que l'on fait
partager à fes auditeurs ; enfuite que l'art de
moduler d'une manière hardie , mais fage
qui demande un vrai favoir & un goût sûr,
n'eft connu que des Italiens ; que leur récitatifen
eft la preuve ; qu'ils y employent des
procédés qu'il leur feroit aifé de tranfporter
dans leurs airs , mais qu'ils ont de bonnes
raifons pour ne le pas faire ; qu'ils s'en fer-
Vent pourtant quelquefois , mais toujours à
propos , toujours fans excès ; qu'enfin celui
de tous peut-être qui en fait un ufage plus
fréquent & plus heureux , eft ce même
Maître que l'on accufe ridiculement de ne
quitter la tonique que pour la dominante , &
la dominante que pour la tonique ; mais cette
differtation nous meneroit trop loin. J'inviterai
feulement ces grands connoiffeurs à fe
rappeler , dans Roland , les airs : Oui , je le
dois , je fuis Reine ; Tu fais ce que j'ai fait
pour elle ; Je me reconnois , je refpire , &c.
Dans Atys , l'air de Sangaride , qui a donné
lieu à cette digreffion ; le duo du premier
Acte ; la Scène du fecond , O funefte amitié!
l'air de Cybèle , Tremblez, ingrats; le quatuor
du quatrième Acte , &c. &c . Ils trouveront
$
Biv
32
MERCURE
dans ces morceaux , & dans bien d'autres ,
des réponſes que je crois fans réplique , des
leçons fur cet art des modulations qu'ils
croyent fi bien favoir , & peut-être des raifons
pour prononcer au moins avec plus de
retenue leurs arrêts , qu'ils reconnoîtront
eux- mêmes n'être pas toujours infaillibles.
Revenons à Atys. Il revient lui même auprès
de Sangaride. Les voilà feuls. Que fe
diront- ils ? Une ritournelle charmante peint
leur embarras & leur trouble. Tout ce que
dit Arys , tout ce que répond Sangaride eft
précédé ou fuivi de quelque trait de cette
ritournelle , qui , revenant ainfi par parties ,
fait à chaque fois un nouveau plaifir , juſ
qu'au moment où Atys , ne pouvant plus fe
contenir , laiffe éclater fon défefpoir; lorcheftre
change alors de motif, & peint avec
énergie l'agitation qu'il éprouve & qu'il
daufe. Il feroit trop long de fuivre tous les
détails de cette Scène , qui eft fort étendue ,
mais où le Muficien , toujours d'accord avec
le Poëte , plaît , émeut , intéreffe d'un bour
à l'autre. Il faut être tout - à- fait infenfible
pour entendre , fans la plus douce émotion ,
ces vers fi touchans , rendus par un récitatif
fimple , mais de l'expreffion la plus tendre.
& la plus naïve .
Atys , par quel malheur faut-il vous voir périr ? .....
Atys , que vous feriez à plaindre
Si vous faviez tous vos malheurs ! ......
Si vous cherchez la mort , il faut que je vous fuive;
DE FRANCE
.
33
Vivez , c'eft mon amour qui vous en fait la loi.
ATY S.
Etcomment , & pourquoi voulez- vous que je vive ,
Si vous ne vivez pas pour moi ?
Ici commence un duo qu'il feroit auffi
difficile de louer comme il le mérite , qu'il
F'eft de lui refufer les éloges qui lui ſont dûs . On a mis, avec raifon , le duo de Roland
au-deffus de tous ceux que l'on avoit entendus
avant lui fur notre Théâtre ; mais je
n'hésite pas à dire que celui d'Atys lui eft
infiniment fupérieur , par l'élévation
des
idées , la grandeur du deffein , le contraſto
& l'enchaînement
des parties , la force de
l'expreffion , & par cet efprit d'originalité
, de création & de vie , dont il eft animé de
puis la première phraſe juſqu'à la dernière .
Le début du Cantabile eft d'une beauté raviffante
; c'eft un de ces chants larges & fpacieux,
dont le fecret ne s'apprend que fous
l'heureux ciel de l'Italie. Quel charme dans
cette plainte mutuelle de deux amans
prêts à fe féparer ! Comme ils s'interrogent
& fe répondent ! Comme ils fe réuniffent
enfuite avec l'accent de la douleur ! Mais
bientôt leur trouble augmente , le mouvement
change & fe précipite ; ils invoquent
le ciel , & lui demandent au moins la force
de fupporter leurs malheurs. Ils répètent
d'une manière auffi neuve qu'expreffive
cette
invocation : Ciel ! qui vois nos pleurs ; & il
eft difficile de n'en pas verfer avec eux. Ils
BY
34 MERCURE
reviennent enfuite à leurs premiers regrets ?
mais d'un ton plus animé , plus vif , plus
paffionné. Enfin leur défefpoir eft au comble
; le défordre de l'orcheſtre s'accroît avec
celui de leur âme ; & les accens qui terminent
de fi tendres adieux , laiffent dans celle
de l'auditeur une impreffion profonde .
Elle est bientôt , finon effacée , du moins
adoucie par la fymphonie brillante & majeftueuse
qui annonce l'arrivée de Cybèle. Le
caractère impofant & religieux de cette fymphonie
& du choeur qui la fuit , prouve
avec quelle foupleffe le génie fécond de M. P.
fe plie à tous les tons , & fait donner à chaque
fituation la couleur muficale qui lui eft.
propre.
Le nouveau choeur, Honorons le choix de Cy
bèle , eft d'un effet agréable , & le feroit davan
rage , fi l'on mettoit dans l'exécution l'enſem
ble & les nuances néceffaires ; mais en général
tous ces choeurs en efpalier , où l'on ne fait
qu'honorer,chanter, célébrer, font peu propres
à échauffer le génie d'un Compofiteur. L'une
des plus grandes obligations que l'on ait au
fyftême moderne , c'eft de leur avoir fubftitué
les choeurs en action ; & M. P. a fait
voir dans fon Iphigénie en Tauride , avec
quel fuccès il fait les employer , quand le
fujet qu'il traite en eft fufceptible.
L'air , Je reffens un plaifir extrême , que
chante Cybèle au commencement du fecond
Acte , eft plein de grace & de fraî
sheur. L'idée principale en eft neuve &
DE FRANCE
.
35
conduite avec un tel art , que , reparoiffant
toujours fous de nouvelles formes , elle devient
chaque fois plus piquante.
La Scène fuivante entre Célenus &
Atys eft refaite entièrement. Célonus , qui
ignore la paffion d'Atys , fe confie à lui ; il
a entendu gémir Sangaride ; il craint quelque
rival caché. L'air de jaloufie ajouté à
fon rôle, a de la force & de la chaleur. On
y a furtout applaudi ce trait : Tu fais le
tourment de l'Amour. Le Roi fort , en recommandant
à Atys de voir Sangaride , & de
tâcher d'éclaircir fes doutes. Atys refte partagé
entre fon amour & les remords que lui
caufe l'efpèce de perfidie dont il fe rend
coupable envers Célaenus. Ses combats , fes
incertitudes , font énergiquement
exprimés
par un beau récitatif obligé. C'eft dans ces
morceaux que peut briller tout le génie &
toute la fcience du Compofiteur
; & l'on
peut dire que dans celui- ci M. P. s'eft furpaffé
lui-même. Une ritournelle pittorefque
précède le premier vers : O funefte amitié
confiance accablante ! Les deux fuivans :
Sur quel abyme affreux vous tenez en ſuſpens
Mon âme incertaine & tremblante ,
font parf
faitement
déclamés , & accompagnés
par un murmure
fourd de l'Orcheftre
qui en redouble
l'expreffion
. Toute
l'harmonie
eft ici comme fufpendue
, elle
paroît devoir le réfoudre dans une modulation
, & tout- à- coup la baffe s'élevant d'un
3
B vj
36 MERCURE Y
-
demi ton feulement , entraîne les autres
parties dans une modulation différente
mais relative , où le motif inftrumental reparoît
avec quelque légère différence. Cetol
vers : Je fouhaite , je crains , je veux , je me
repens , eût été l'écueil d'un talent médiocre.
Il fe fut caffé la tête à trouver un trait de
fymphonie pour le fouhait , un autre pour
la crainte , un troisième pour la volonté, ungro
quatrième enfin pour le repentir , ce qui
n'eût produit qu'une affectation ridicule , &
n'eût rien dit pour vouloir trop dire. M. P.
a fimplement déclamé ce vers fans accompa
gnement , donnant à chacun de fes mots
l'expreffion qui lui convient , mais laiffant .
à l'Acteur la liberté de les feparer par les
tems qu'il jugeroit néceffaires : l'irréfolution
d'Atys continue. Il aime , il eft aimé ; Cybèle
même lui fera favorable .... mais la
voix du devoir fe fait entendre : elle l'accufe:
& l'épouvante. Toutes ces tranfitions font
admirablement exprimées par l'Orchestre.
Enfin les cinq derniers vers : Laiffe mon
coeur en paix , impuiffante vertu , &c. font récités
d'une manière fi pathétique , dans celuici
, fur tout :
Quand l'Amour malgré moi me contraint à merendre,
Hélas !
l'harmonie , par une progreffion imprévue
& cependant très naturelle , vient frapper un
accord fi plaintif , fi douloureux , qu'il eft
impoffible de n'en être pas ému.
DE FRANCE.
37
En jetant un coup d'oeil rapide fur les
beautés de cet Ouvrage , je fuis obligé de me
répéter fouvent, parce que les mêmes per
fections fe retrouvent dans la plupart des
morceaux qui le compofent. Une de celles)
que M. P. y a le plus prodiguées , c'eft l'originalité,
l'invention : c'eft la plus rare ; &
en Italie même on compte, aujourd'hui furtout
, peu de vrais inventeurs. M. P. a toujours
été juſtement regardé comme un des
plus féconds ; fa verve inépuifable enfante à
chaque inftant des combinaifons nouvelles
de fons & de rhythme ; & tandis qu'un petit
nombre de productions épuife totalement
des Compofiteurs , qui même dans leur
meilleur tems , n'ont jamais été fatigués par
le travail de la création , fon génie , après
une multitude prefqu'incroyable de productions
originales , femble , pour ainfi
dire , renaître fans ceffe de lui - même : de-là
vient dans chacun de fes Opéras cette profufion
de richeffes que l'on ne peut fe
laffer d'admirer : de -là vient que l'homme le
plus inftruit , le plus habitué à entendre de
la mufique , & le plus familiarifé avec les
Ouvrages des grands Maîtres , trouve toujours
dans les fiens ne foule d'idées & d'expreffions
nouvelles , dont il enrichit chaque
Ajour le Dictionnaire de la langue muficale.
On y peut infcrire l'air quel trouble agite
mon coeur , air dicté par le génie , & qui exprime
avec tant de force & de juftelle le
MERCURE
fens des paroles. Plein d'agitation & de
trouble , il fait partager à tout Spectateur
fenfible les mouvemens du coeur d'Atys. Du
milieu de cette efpèce de confuſion , où
règne cependant un ordre admirable , naît
& s'échappe en quelque forte une réflexion
touchante : ne pourrai- je , dit cet
Amant malheureux ,
Ne pourrai-je unir enſemble
L'innocence & le bonheur ?
Il faut être fans entrailles pour entendre
froidement le trait de mélodie que ces deux
vers ont infpiré au Muficien , fur - tour dans
la dernière partie , où , fe trouvant en mode
mineur , il lui a donné un accent encore
plus pathétique & plus pénétrant que dans
la première. Si cet air , l'un des plus beaux
que M. P. ait faits depuis fon arrivée en
France , n'eft pas applaudi autant & auffi
long -temps qu'il le mérite , c'eft que le Pu
blic attend avec impatience le morceau
qui le fuit , & dont il craint de perdre la
première note. Ce morceau , qui n'a de
modèle ni d'égal fur aucun Théâtre
vivement fenti ; l'envie même n'a pu
fufer des éloges ; mais ne voulant point fe
démentir , elle s'eft contentée d'y reconnoître
un chant délicieux , une mélodie charmante
, & c. expreffions vagues applicables à
tout , & qui , par conféquent , ne difent rien
quand il s'agit d'une production fublime à qui
rien ne reffemble . Il falloit parler de la cou
"
été
lui res
DE FRANCE. 19
1
leur vraie qui règne dans tout ce tableau , de
fon ordonnance fimple & riche en mêmetemps
, de fon harmonie pure & profonde ,
& de l'art infini dont le Peintre a eu befoin
pour fe varier dans un fujer i vaste , où
l'uniformité paroiffoit inévitable , où il ne
fembloit pas qu'il pût employer la magie du
clair obfcur , où fur- tout , follicitant , commandant
même une attention générale &
prolongée , il ne pouvoit efpérer grâce pour
la moindre négligence.
A peine l'air d'Atys eft-il fini , que l'on
entend fortir du fond de l'Orchestre , non
une vapeur harmonieufe , comme on l'a dit
fort plaifamment d'un autre fommeil , indigne
à tous égards d'entrer en comparaiſon
avec celui- ci , mais des fons doux , foutenus,
paifibles , qui fe fuccèdent , s'enchaînent , ſe
répondent , qui s'élèvent infenfiblement des
cordes les plus baffes aux plus élevées , pour
retomber enfuite , & pour exprimer cette
froide tangueur qui fe répand dans tous les
fens d'Atys. Le retour du premier trait de
chant & d'harmonie , ajoute encore au calme
qu'il éprouve , fes paupières commencent à
s'appelantir.
Le fommeil vient-il me furprendre ?
Hélas ! des malheureux c'eft l'anique douceur.
Rien de plus attendriffant que cette réflexion
parfaitement rendue par le Muficien,
Il n'eft peut- être pas inutile de remarquer
qu'en finiffant ces mots le fommeil vient il
40 MERCURE
mefurprendre ? l'accompagnement s'appuie
doucement fur un accord imprévu qui procure
à l'oreille une agréable furpriſe. Cette
obfervation peut paroître minutieufe ; elle
le feroit fi l'on y attachoit trop d'importance ;
mais elle peut contribuer à prouver avec
quelle fidékré M. P. s'attache à rendre le
fens des paroles . Ce trait n'a sûrement point.
été l'effet d'une combinaiſon ni la fuite d'un
raifonnement ; mais compofant par infpiration
, & pénétré lui-même du fentiment
qu'il avoit à peindre , les moindres inots lui
ont fourni des images , & il a trouvé fans,
réflexion , dans fon art & dans fon génie ,
le fecret de toutes ces nuances délicates .
Atys cède enfin au fommeil. Jufqu'ici tout
le charme eft produit par une feule partie
de l'Orchestre. La plus féduifante , la plus
féconde en fenfations tendres & volup
rueufes , celle des flûtes , des cors , des clarinettes
, vient achever l'enchantement ; &
c'eft avec cette nouvelle magie que recom
mence , pour la troifième fois , cette fymphonie
délicieuſe , qui s'étend & fe développe
à mesure que defcend le Dieu du fommeil &
que le grouppe de nuages dont il eft environné
fe répand lentement fur la Scène . Après huit
ou neuf meſures , au lieu de poursuivre en
majeur comme la première fois , on paſſe
fubitement à la modulation mineure , dont
l'expreffion eft toujours plus touchante ; &
c'eft encore une reffource que l'habile Artifte
s'étoit ménagée pour graduer les effets , &
DE FRANCE. 41
mettre de la variété dans ce qui n'en paroiffoit
pas fufceptible.Enfin , les fonges , Suivans
de Morphée , viennent chanter en fon hon
neur cet hymne fi long temps attendu , fi
avantageuſement annoncé , & qui tient
tout ce que l'Auteur avoit promis. C'eft - là
qu'il a déployé toutes les richeffes d'une imagination
modérée par le goût , qui fait s'arrêter
à propos , & ne paffe jamais le but
qu'elle atteint toujours. Le chant des trois ,
premiers vers étoit déja répandu dans différentes
parties de la ritournelle ; mais M. P.
tenoit en réferve celui du quatrième :
Retenez tous les coeurs dans une paix profonde.
Chant pur & prefque célefte , qui doit fon
effet, non - feulement à ce qu'il eft en luimême
, mais au contrafte qu'il forme avec
le paffage d'harmonie mineure auquel il fuccède.
Une voix feule le fait d'abord entendre,
& tout le choeur l'accompagne enfuite. Autre
nuance , autre fource de variété. Un nouveau
motif d'accompagnement vient alors
former une forte d'épifode au milieu de
cette belle Scène , & cependant les parties,
de chant fe jouent pour ainsi dire , en
fe répondant l'une à l'autre fur les paroles
: Calmez les foins , charmez les fens.
Elles modulent avec aifance , & de retour
au ton principal , elles fe raffemblent & s'arrêtent
une feconde fois fur ce mode mineur
, d'où s'élève encore le chant : Retenez
tous les coeurs , &c. avec cette différence-
2
42 MERCURE
qu'il étoit dans la bouche d'une hautecontre
, & que cette fois il reçoit d'une voix
de femme un nouveau degré d'intérêt. Ces
derniers mots : Dans une paix profondes
font exprimés en finiffant d'une manière qui
couronne parfaitement ce chef- d'oeuvre , où
l'on découvre toujours des beautés que l'on
n'avoit pas d'abord apperçues , & qui , ( pour
me fervir de l'expreffion d'un homme célè
bre , Juge irrécufable d'un Art où il a luimême
peu de rivaux , ) fera éternellement
honneur à l'Italie.
COMÉDIE ITALIENNE.
ou
LEE
Jeudi Janvier , on a donné , pour la
première fois , Ifabelle & Fernand
l'Alcade de Zalaméa , Comédie mêlée d'ariettes
, en trois Actes & en vers , mufique
de M.Champein.
Ifabelle , fille d'un riche Fermier , eft aimée
du jeune Fernand ; mais elle a le malheur
d'infpirer de l'amour à un jeune Officier ,
qui , après avoir fait éclater d'abord des fentimens
honnêtes , finit par le déterminer à
faire enlever Ifabelle , au moment même où
le père de la jeune perfonne vient d'être
nommé Alcade. Fernand arrache fa maîtreffe
des mains du raviffeur , qui eft arrêté &
* M. Sacchinf.
43
DE FRANCE.
conduit devant l'Alcade. Là , il propofe de
43
réparer , en époufant Ifabelle , le tort qu'il
a fait à fon honneur. Ce moyen de conciliation
défefpère Ifabelle & Fernand , qui
fe voient fur le point d'être punis de la faute
d'un imprudent. Néanmoins , comme l'honneur
de la fille du Fermier n'a point été
compromis publiquement , le père fe laiſſe
fléchir , couronne les voeux des jeunes amans,
& pardonne même au raviffeur , en faveur
de fon repentir. Nous n'avons point parlé
d'un jeune fils du Fermier qui vient d'embraffer
l'état Militaire , dont le rôle n'eft pas
dénué d'une espèce d'intérêt , & qui jette
quelquefois de la gaîté dans l'Ouvrage ; non
plus que d'un vieil Officier Général , dont
le perfonnage pouvoit être plus intéreſſant
& plus utile à l'action . Il y a encore d'autres
rôles qui ne font pas affez importans
pour que nous en parlions , fi nous en exceptons
toutefois celui de Clairette , qui devient
très- agréable par la manière dont Mme
Dugazon le joue & le chante..
Čet Ouvrage eft imité de l'Eſpagnol de
Calderone de la Barea. L'original eſt intitulé:
le Viol Puni. Il en a été fait plufieurs imi
tations Françoifes ; une feule mérite d'être.
citée. Nous en allons parler quand nous aurons
dit quelque chofe de celle dont nous
venons de donner l'analyfe .
Un fujer tel que celui- ci ne devoit point
être traité dans un Ouvrage Lyrique. Les facrifices
que le Poëte eft obligé de faire au
44
MERCURE
Muficien, afin de ne point donner aux Scenes
trop d'étendue , le privent d'une partie des
développemens qu'exigent les fujets d'une
certaine importance , & toutes les reffources
, tout le génie d'un Muficien ne pour
ront jamais fuppléer à ces détails heureux ,
par lefquels l'Écrivain Philofophe déploie ,
fous les yeux du Spectateur , la connoiffance
qu'il a acquife des paffions & des règles de
fon Art. C'eft vraisemblablement à cette
caufe qu'il faut attribuer le péu d'intérêt que
Fon a trouvé dans Ifabelle & Fernand , mal
gré les idées fraîches , les jolis détails qui s'y
rencontrent , & qui annoncent que l'Anteur
eft un homme d'efprit , M. Collot d'Herbois
a traité ce fujet tout différemment , & s'eſt
quelquefois écarté de l'Auteur Efpagnol ,
afin de ne point révolter les Spectateurs Fran
çois par des moeurs qui leur font étrangères
& par des tableaux trop révoltans. Dans
tout le refte , il a exécuté Calderone , & l'on
peut affurer qu'il l'a fouvent embelli. Il a ,
comme l'Auteur d'Ifabelle , changé le vicl
en un enlèvement ; mais il a fait du raviffeur
un amant aimé de la fille de Crefpo ; il
a donné un grand caractère à ce Fermier
devenu Alcade ; il a fondu le perfonnage de
Don Lope dans des nuances fucceflives de
brufquerie , de bonhommie , de loyauté &
de comique. Le moment où le raviffeur eft
fur le point d'être puni fuivant la rigueur
des loix , & où Don Lope , jaloux des prérogatives
de fon état , ordonne à fes Soldats
DE FRANCE. 45
·
de faire main- baffe fur les Payfans qui vont
exécuter les ordres de l'Alcade , eft un des
plus beaux que nous connoiffions au Théâtre.
L'aveu que vient faire Ifabelle , de fon
amour pour Don Louis , afin de l'arracher à
la mort , couronne très heureufement le
tableau qui le précède , & amène le dénouement
avec autant d'intérêt que de vérité.
Cet Ouvrage , qui eft repréſenté avec
fuccès fur les Théâtres de Province , porte
pour titre : le Paysan Magiftrat. Il pourroit
obtenir le même fuccès à Paris , fur tout fi
l'Auteur en retranchoit quelques plaifanteries
un peu baffes , foignoit davantage fon
ftyle, & faifoit difparoître quelques longueurs
capables d'en diminuer l'intérêt.
La mufique d'Ifabelle & Fernand eft de
M. Chainpein. On peut reprocher à ce jeune
Compofiteur de travailler trop vite , & d'abufer
de fa facilité. On remarque dans fes
compofitions des réminifcences fréquentes ,
de la négligence , des répétitions de traits
& de motifs. On voit encore qu'il ne fe
donne pas toujours le temps de réfléchir fur
les moyens qu'il adopte. Par exemple , le
fils de l'Alcade eft repréſenté par Mlle
Dufayel , & l'air que chante ce jeune homme,
pour exprimer l'amour qu'il a pour
l'état qu'il vient d'embraffer , eft accompa
gné par des timballes , des trompettes , avec
un fracas d'orchestre affourdiffant . Certai
nement fi M, Champein avoit fait un peu
d'attention à la nature de l'organe qui devait
46 MERCURE
fervir d'inftrument à cet air , il n'auroit pas fait
ufage d'un accompagnement auffi bruyant.
Nous pourrions porter plus loin nos obfervations
fur la mufique de cet Ouvrage ,
mais nous nous en abſtiendrons , parce que
nous fommes très-éloignés de vouloir dé
courager M. Champein , & que
l'intérêt que
nous prenons à fon talent eft la feule caufe
de notre févérité. Nous le prions d'en être
perfuadé. On a fort goûté la Romance chan
tée au premier Acte par Mme Trial , & la
chanfonnette chantée au fecond par Mme
Dugazon. Quelques autres morceaux ont été
auffi fort applaudis ; mais nous n'en fommes
pas moins autorifés à croire que fi M. Chain
pein veut obtenir des fuccès durables , il
faut qu'il approfondiffe davantage fes motifs
, qu'il en varie les différentes expreffions
avec foin , & qu'il s'occupe , non pas de
faire beaucoup , mais de bien faire.
Cent fois fur le métier remettez votre ouvrage .
Ce précepte ne regarde pas moins les Mu
ficiens que les Poëtes .
ANNONCES ET NOTICES.
LE CORAN , traduit de l'Arabe , accompagné
de notes , & précédé d'un Abrégé de la Vie de
Mahomet , tiré des Écrivains Orientaux les plus ef
timés par M. Savary, 2 Vol . in- 8 ° . A Paris ,
chez
Knapen & fils , Impr.-Libraires , au bas du pont
$. Michel , & Onfroy , Libraire , quai des Auguſt
DE FRANCE. 47
OD
Jufqu'ici , en parlant du Code que Mahomet
donna aux Arabes , on a toujours dit & écrit l'Alcoran.
Mais comme al coran vient du verbe Kara
(lire) , & que ce mot , compofé de l'article al & de
coran , fignifie la lecture , M. Savary a cru devoir
écrire le Coran. En effet , l'on écrit en Italien il
libro , & l'on ne dit pas en François l'illibro , parce
que ce feroit répéter en même-temps l'article François
& l'article Italien .
les
Cet Ouvrage nous a paru digne de l'attention du
Public. L'Auteur a paffé , par goût , une partie de fa
vie dans le Levant pour y étudier les moeurs ,
ufages , le commerce & la langue des' Arabes , des
Perfans & des Furcs , & c'eft fur les lieux même
qu'il a travaillé à cette Traduction. Nous nous hâtons
de l'annoncer à nos Lecteurs ; & en attendant
que nous puiffions en donner une analyfe , nous alfons
tranfcrire ici l'approbation du Cenfeur. « J'ai
confronté , dit-il , avec la plus fcrupuleafe attention
, plufieurs Chapitres de cette Traduction avec
le texte Arabe , & je les ai trouvés de la dernière
& exactitude. Le Traducteur a fu réunir la clarté, l'élé
gance & la précifion du ftyle , à la fidélité & à
Fexactitude. Je ne doute point que le Public ne reçoive
avec plaifir cet Ouvrage , qui manquoit à notre
Littérature , puifque nous n'avions aucune bonne
Traduction du Coran. La vie de Mahomet , qui eft
à la tête du Coran , & les notes qu'on a placées au
bas des pages , font tirées des plus fameux Docteurs
Mufulmans , & méritent par-là la confiance entière
du
Lecteur.
L'AMOUR à Espagnole , gravé d'après le
Tableau original de M. Leprince , par MM . de
Saint - Aubin & N. Pruneau. A Paris , chez A. de
Saint- Aubin , Grayeur du Roi & de fa Bibliothèque
MERCURE
rue Thérèſe , Butte S. Roch , & chez N. Pruneau ,
rue S. Jacques , vis- à-vis le Collège du Pleffis . Prix ,
3 liv.
Cette Eftampe eft d'un effet très-agréable ; les
détails en font très-foignés , & les têtes font d'une
heureufe expreffion.
Plan Scénographique de la Ville de Lyon fous
les Règnes de François Premier & de Henri II;
Ouvrage utile & curieux pour connoître les ac
croiffemens que cette Ville a reçus depuis ce temps,
Ce Plan a été réduit , deffiné & gravé par Moithey,
d'après un grand Plan gravé en vingt- cinq feuilles ,
& publié du Règne de Henri II . Prix , 2 livres
8 fols. - Autre Plan de la même Ville de Lyon
dans fon état préſent , avec les travaux de M. Perrache.
Prix , 1 liv . 4 fols. Les Perfonnes qui defireront
fe procurer ces deux Plans ne payeront que
3 livres . A Paris, chez le fieur Moithey , Ingénieur
Géographe du Roi , rue de la Harpe , vis - àvis la
Sorbonne ; & à Lyon , chez les Marchands d'Ef
tampes.
1
TABLE.
AUMiniftrePacificateur, 3 Euvres Pofthumes de M.
Charade , Enigme & Logo- Pouteau , 17
19 gryphe , Almanach Littéraire ,
Difcours prononcé à la Séance Acad. Royale de Mufiq. 26
Publique de l'Académie des Comedie Italienne,
Sciences d'Amiens , 71Annonces & Notices ,
AP PROBATION.
42
JA A Ilu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 1 Février. Je n'y al
sien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 31 Janvier 1783. GUIDI
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 8
FÉVRIER 1783 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à des Vers adreffés par
M. DE LA GRANGE CHANCEL * à
l'Auteur , qui avoit peint fon fils.
Qu
UAN votre Mufe folitaire
Me prodigue des complimens ,
Et dans des vers éloquens
Peint fi bien l'âme d'un père ,
Vous ignorez qu'au lieu de me flatter
Par une Épître enchantereffe
Que je n'ai pas fu mériter ,
Mon coeur en la lifant fe rouvre à la trifteffe.
Tout m'y retrace un père , ami de les enfans ,
* C'eft le fils du célèbre la Grange - Chancel.
No, 6 , 8 Février 1783 . C
رد
MERCURE
Dont la parque jaloufe a privé ma jeuneffe
Dans le moment où fa tendreffe
S'occupoit de mes premiers aus.
Hélas ! fans appui , fans fortune
Depuis ce jour fatal à moi-même livré ,
Par les paffions égaré ,
Traînant dans la misère une vie importune
J'ai langui long-temps ignoré.
Heureux encor fi j'avois fu connoître
Le prix de mon obfcurité !
Mais en vain j'ai voulu paroître
Dans l'aride fentier de la célébrité ;
Pour elle enfin j'ai quitté ma Patrie,
J'étois dans cet âge brillant
Où l'avenir paroît charmant.
Je dévorois les oeuvres du génie.
Au lieu de blâmer ma folie ,
Mes amis flattoient mon penchant ;
J'eus la foibleffe de les croire ,
Je pris mes goûts pour du talent ,
Et me crus formé pour la gloire.
Tout me charmoit dans l'Univers
La Peinture & la Poéfie ,
Douces compagnes de ma vie ,
Me confoloient dans les revers
Dont cette perte fut fuivie .
L'Hiftoire offroit à mes regards .
Tous ces rares mortels dont les divins Ouvrages ,
DE FRANCE.
SI
Immortalifant les beaux Arts ,
De la terre enchantée obtiennent les fuffrages ;
Je relifois avec émotion
>
Les plus beaux traits de leur hiftoire ,
Et je gravois dans ma mémoire
Ce qui flattoit ma jeune ambition.
L'illufion , dangereuſe ſyrène ,
Réalifoit tous mes projets ,
Et, commandant en Souveraine
Couronnoit déjà mes fuccès.
Trompé par fa fauffe lumière ,
Jevoulus des talens parcourir la carrière.
Je croyois à mon gré n'y cueillir que des fleurs.
Je m'approchai de la barrière ,
Dont l'afpect attrayant féduit les jeunes coeurs
Encouragé par l'efpérance ,
1
€
Je l'ouvris avec confiance :
Ne confultant que mon ardeur ,
J'ofai paroître dans la lice ;
Et ne reconnus mon erreur
Que fur le bord du précipice.
L'imprudente jeuneffe , en fes fougueux efforts ,
Croit que tout va céder àffon
impatience ;
Mais la févère
expérience
Vient à
pas lents modérer les tranſports.
Sa voix enfin fe fit entendre ;
Et mon efprit déconcerté ,
Refroidi par la vérité ,***
Ci
52
MERCURE
A l'inftant ceffa de prétendre
Aux hommages flatteurs de la poftérité.
Rêvant à ma folle entrepriſe ,
J'allai , dans ces momens de crife ,
Loin d'un monde,affligeant dévorer mes ennuis ;
Quand , tout-à-coup , la jeune Life
Enchanta mes yeux éblouis :
Soudain mes efprits fe calmèrent ;
Je fus moins malheureux auprès de la beauté ;
Ses yeux , fa voix bientôt me confolèrent
Des tourmens de la vanité.
J'oubliai dans fes bras les malheurs de ma vie ,
L'ambition & les talens.
Abjurant ma trifte manie ,
J'offris au feul Amour mes voeux & mon encens.
Ainfi , par la plus douce ivreffe ,
Ce Dieu , de mes progrès à ralenti le cours.
Le dégoût & l'ennui qu'enfante la molleffe ,
M'ont averti trop tard de ma foibleſſe ;
J'avois perdu mes plus beaux jours.
Mais vous , vertueux fils de ce fameux Lagrange ,
Dont le zèle indifcret brava l'autorité,
Et qui perdit , par une erreur étrange ,
Sa fortune & fa liberté ;
•
La vertu fit votre malheur .
Hélas ! chez les mortels efclaves de l'erreur ,
Ou la prend fouvent pour le crime.
DE FRANCE. 13
Cette cruelle vérité,
Vous montrant les dangers de l'humaine foibleffe
Dans un chemin peu fréquenté ,
Vous fit du moins rencontrer la fageffe.
Que votre fort eft différent du mien !
Soumis par goût aux lolx de la Nature ,
Vous ne connoiffez de lien
+
Que celui d'une amitié pure.
Vous ignorez les repentirs
Qu'entraîne l'abus du jeune âge ;
Jamais d'an importun nuage
Ils n'obfcurfiffent vos plaifirs.
Si vous parcourez les prairies ,
Flore parfame l'air des plus douces odeurs,
Ou vous conduit vers des rives fleuries ,
Pour vous montrer ſes plus vives couleurs ;
De fon amant la bienfaiſante haleine
Des feux du Dieu du jour garantit vos guérets ,
Et vous invite à venir dans la plaine
Raffembler les épis de la blonde Cérès.
Animé par votre préſence ,
Chacun travaille avec gaîté ,
Et vous préfente en liberté
Un tableau raviffant de l'antique innocence.
Vos yeux ne font frappés que d'objets enchanteurs
Ici , c'eft la jeune Pérette ,
Qui , la main fur la hanche & le pot fur la tête ,
Va rafraîchir les Moiffonneurs :
Cij
$4
-MERCURE
Là , réunis fous l'ombrage d'un hêtre ,
Evitant la chaleur du jour,
On voit les Bergers d'alentour
Danfer au fon d'une flûte champêtre.
Plus loin , affis dans un vallon ,
Lubin frédonne un air fur fa mufette.
Lucas , en traçant un fillon ,
Mêle fes chants aux chants de l'allouette.
Le Laboureur , dans fes travaux ,
f
Ne courbe pas un front ridé par la trifteffe ; )
Aux champs , aux bois , dans les hameaux ,
Vous entendez par- tout la voix de l'alegreffe ;
Et vous ne voyez pas comme nous , dans Paris ,
La haine des talens divifer les efprits ;
La cabale , avec impudence ,
Fouler aux pieds le mérite abattus
L'injuftice & la violence ,
La fortune & l'audace écrafer la vertu ;
L'honnête homme trompé par l'amitié perfide
Des méchans par l'envie à fa perte acharnés ,
Abreuvé des poifons de leur langue homicide ,
Éteindre dans les pleurs fes jours infortunés.
Ce fpectacle effrayant des humaines misères ,
N'afflige pas vos tranquilles vaffaux ,
A
A votre exemple ils vivent tous en frères ;
Et s'ils font malheureux , vous partagez leurs maux.
Dans la paix de la folitude ,
Adoré de tous vos enfans ,
DE FRANCE.
ss
Vorre plus agréable étude
Eft de former leurs coeurs & leurs talens.
Entre les bras d'une épouſe chérie ,
L'ambition ne va point vous troubler ;
Jamais la fombre jaloufie
Ne fe plaît à vous accabler ;
Vous n'entendez jamais fiffler
Les ferpens affreux de l'envie .
Loin du tumulte des cités ,
Cultivant le champ de vos pères ,
Vous préférez à nos chimères
De confolantes vérités .
Par des espérances trompeufes
Votre efprit n'eft point égaré ;
Par des paflions orageuſes
Votre coeur n'eft point déchiré.
Heureux près des foyers ruftiques.
Ou par vos mains le pauvre eft fecouru ,
Vous jouiffez du prix de la vertu
Au fein de vos Dieux domestiques.
( Par M. François , Peintre. )
LETTRE fur Bayonne & fur les Bafques.
UN Homme de Lettres , Monfieur , qui , le jour
de la S. Louis , s'eft trouvé préfent à l'Académie de
Bordeaux , vous a rendu un compte très- intéreffant
de cette Séance. Cet article m'appartenoit peut- être;
´mais l'intérêt même que j'y prenois eft une raiſon
C IV
56 MERCURE
de me féliciter de ce que M. de Gudin s'en foit emparé.
Le zèle fupplée toujours mal au talent , &
ne fuffit pas de s'intéreffer fortement aux chofes
pour en reproduire tout l'intérêt ; d'ailleurs , je
n'aurois pu vous dire que ce qu'on m'auroit raconté,
M. de Gudin a parlé de ce qu'il a vu & de ce qu'il a
entendu , & quand on écrit , c'est toujours un grand
avantage d'avoir à rendre compte d'une impreffion
qu'on a reçue. Mon regret fe borne donc à n'avoir
point affifté à cette Séance.
pour
les
Je regrette de n'avoir point vu une Séance dans
Jaquelle un Repréfentant de l'autorité fouveraine ,
qui a inftitué à fes frais un Prix d'émulation
jeunes Elèves d'un Savant patriote , a eu le bonheur
bien doux de pofer lui même fur la tête de fon fils
la première couronne du Prix dont il eft l'Inftitu
teur. Il femble que la Nature ait voulu le récompen
fer de ce qu'il a fait pour la Société.
Je regrette de n'avoir pas entendu ce Mémoire
où M. Dupré de Saint-Maur a cherché les moyens
de rendre à la Ville de Bayonne & au pays de Labour
le commerce, la population & le bonheur
qu'ils ont perdus . Il fuffit d'être homme , il fuffit du
moins d'être François pour s'intéreffer aux recherches
d'un Homme d'État fur le fort d'une partie confidérable
de la France ; mais vous jugez , Monfieur,
combien cet intérêt doit être plus vif & plus profond
pour un homme qui a reçu le jour dans les lieux
dont les befoins & les malheurs ont été l'objet de
ce Mémoire. M. Dupré de Saint-Maur étoit sûr
d'attirer l'attention de tous les hommes , mais il ne
pouvoit être écouté qu'avec attendriffement par
ceux à qui il parloit du bonheur de leur patrie ,
leur famille , du fort de leurs pères , de leurs enfans
& de leurs frères. Un Bayonnois ou un Bafque ne
pouvoit fixer fur lui dans ce moment que des yeux
mouillés de lafmes.
DE FRANCE.
Il m'a été refufé de jouir d'un fi doux fpectacle.
Permettez -moi , Monfieur , de chercher à m'en
confoler en entretenant un moment le Public , dans
votreJournal, des pays & des hommes dont la deftinée
a occupé les recherches de M. Dupré de Saint-
Maur . Il feroit plus utile à mes compatriotes , if
me feroit infiniment plus agréable à moi même de
vous envoyer le Mémoire de M. l'Intendant de la
Guienne. C'eft fous le point de vue où l'on envifage
un Adminiftrateur, que ces objets prennent fur -tout
pour le Public de l'intérêt & de l'importance ; mais
je puis faire connoître le caractère & les talens des
hommes dont M. Dupré de Saint- Maur a fait connoître
les befoins ; je puis faire voir combien ils
font dignes du bonheur qu'il voudroit leur procurer ,
& combien le Gouvernement trouveroit d'avantages
pour la France entière à aller à leur fecours
dans la détreffe où ils fe trouvent . Je ne chercherai
point à me défendre de l'amour que toute âme fenfible
a naturellement pour fa patrie , ce fentiment
eft peut-être l'éloge le moins fufpect d'un pays , &
trop vrai , trop profond dans mon coeur pour
que je fonge à l'exagérer.
'il eft
Vous devez vous rappeler , Monfieur , que le Mémoire
de M. Dupré de Saint-Maur roule fur les
caufes de la diminution du commerce de la Ville de
Bayonne & de la dépopulation du pays , & fur les
moyens d'y remédier . Je ne connois point d'objet
plus important pour un Intendant de la Généralité de
Guienne.
Ce n'eft pas le fort de la Ville de Bayonne, feulement
que l'état de fon commerce intéreffe ; une
partie confidérable de la France , l'Armagnac , le
Bigorre , le Béarn , la Baffe-Navarre fleuriffent ou
dépériffent à mesure que le commerce de Bayonne
dépérit on fleurit lui-même. Deux rivières qui traverfent
plufieurs de ces cantons , & qui coulent affez
Cv
$8.
MERCURE
près de tous les autres , l'Adour & la Nive , viennent
fe réunir au milieu de Bayonne pour le jeter enfemble
dans l'Océan , qui en eft à une très- petite dif
tance , à un quart de lieue . Bordeaux eft un point
de communication trop éloigné de ces Provinces
pour pouvoir y répandre le mouvement & la vie de
fon commerce ; elles luteront toujours avec trop
de défavantages contre les pays qui fe trouvent fur
les bords ou auprès de la Garonne , & dans le
commerce il eft impoffible de foutenir long - temps
des concurrences trop inégales. La Ville feule de
Bayonne eft placée de manière qu'elle peut à-lafois
& raffembler leurs richeffes dans fon fein, &
leur ouvrir le commerce de l'Océan , le feul que
puiffe donner aujourd'hui aux Peuples les profpérités
& la fortune. L'intérêt général du Royaume
eft attaché auffi au fort de Bayonne & des pays
qui l'environnent. Placés à une des extrémités de
la partie méridionale de la France , ils feront toujours
la force ou la foibleffe de l'une des barrières de
l'Etat . Si la culture & le commerce y fleuriffent ,
ils répandront leur activité fur l'Espagne qu'ils touchent
, & rendront enfuite à la France , par le commerce
, une partie des richeffes qu'ils auront fait naître
en Espagne. Si au contraire on les laiffe dans la
langueur où ils tombent , ils ne formeront plus bientôt
qu'un défert , dont la ftérilité fe répandra au
loin fur les deux Royaumes. Le fyftême des Gouvernemens
defpotiques eft de s'entourer , comme le
dit Montefquieu, de déferts & de frontières ravagées ;
celui des Monarchies au contraire eft de placer une
grande partie de leurs forces , de leur induftrie & de
leur bonheur dans les frontières. Les Etats font
comme les plantes, qui tirent une partie de leur fubfiftance
& de leur vie des extrémités de leurs rameaux
& de leurs feuilles .
Un feul fait peut nous faire voir combien il
DE FRANCE.
59
importe d'aller promptement au fecours de ces Provinces
& de cette Ville.
Vers la fin de la dernière guerre , en 1762 &
63 , on évaluoit la population de Bayonne à vingtcinq
ou trente mille âmes ; on n'en compte pas dix
mille aujourd'hui , la dépopulation a été de même
à-peu-près dans tous les cantons dont nous venons
de parler.
par
H
Le Gouvernement , qui feul pofsède les moyens
de rendre à ces vaftes pays leur bonheur & leurs
peuples , doit être sûr d'être parfaitement fecondé
l'activité naturelle , le caractère & le génie de
leurs habitans. Nous ne voulons point renouveler .
ici ces prétentions des Provinces , qui chacune en
talens & en valeur s'attribue la prééminence fur
toutes les autres. Les Anciens faifoient l'éloge d'une
Ville & d'une Province comme on fait aujourd'hui,
celui d'un Héros , d'un grand Écrivain , d'un grand
Miniftre ; mais nous n'avons pas la patience des
Anciens pour écouter l'éloge , & nous n'aimons pas
plus la vanité d'une Province que celle d'un homme.
La vanité s'ennoblit cependant en s'agrandiffant dans
fes objets ; & lorfqu'elle fe transforme en amour de
la patrie , elle eft la fource des plus belles actions
comme elle eft le fentiment le plus fublime. Cette
vanité , dont il eft permis de s'honorer , caractériſe
fingulièrement les Bayonnois. Il n'eft rien de bon
& de grand dont ils ne fe croient un peu plus capa
bles que le refte des hommes . Ils conviennent que
les circonftances , que la fortune leur a fouvent manqué
; mais ils ajoutent qu'ils n'ont jamais manqué à
la fortune , & qu'ils font arrivés à la gloire toutes
les fois qu'on ne leur en a pas fermé tous les che
mins. A quoi tiennent les talens & les deftinées ? Si
l'embouchure de l'Adour eût été un peu plus profonde
& un peu plus large , fi en tout temps elle eût
pu recevoir des vaiffeaux de Roi fans danger, nés à-
Gvj
60% MERCURE
la-fois pour la guerre & pour la mer , les Bayonnois
auroient fans doute placé fouvent leurs noms parmi
les Héros de la Marine Royale. Un banc de fable
peut- être les a empêchés de donner le jour à des
Dugué-Trouin & à des Tourville ; mais s'ils n'ont
pu fignaler leurs talens & leur courage fur ces
vaiffeaux qui , par leur étendue & par leur deftination
, font les vrais théâtres de la gloire de l'homme
de mer , dans une carrière moins brillante & moins
étendue, ils ont eu loug- temps une célébrité qui n'étoit
guères moins éclatante. Dans les dernières
guerres , les expéditions de leurs corfaires ont fait
fouvent l'admiration & l'entretien de la France . La
patrie elle-même , par les mains du Monarque , leur
a décerné fouvent des témoignages glorieux de fon
eftime & de fa reconnoiffance ; & fi l'Hiftoire fait
honorer les talens & la valeur , fi, long- temps affervie
aux Grands , elle fe confacre enfin aux grands noms,
elle n'oubliera point ceux des Foreftier, des Lafargue
& des Mainrielle . Dans cette guerre on n'a prefque
pas entendu parler de Bayonne , & c'eft fans doute ce
qu'il y a eu de plus cruel pour elle dans fa déca
dence . En redemandant fon commerce & fes habitans
, c'eft fun- tout la gloire & le bonheur de fervir
la patrie qu'elle redemande. Ses regrets font devenus
amers , fes plaintes fe font fait entendre au moment
fur - tout où elle s'eft vue dans le repos & dans l'obf
curité , tandis que toutes les Villes de mer cherchoient
les périls & la gloire dans les deux Mondes.
J'ai vu des Bayonnois , & ceci n'eft point un fait
que j'exagère , j'en ai vu qui n'ont rien perdu de lenr
propre fortune , & qui pleuroient en fongeant que le
nom de Bayonne n'avoit point été prononcé dans
cette guerre, Les talens qui diftinguent l'homme de
mer ne font pas les feuls que les Bayonnois croient
avoir reçus de la Nature ; ils fe croient auffi propres
aux Arts & aux talens aimables qu'à ceux du comDE
FRANCE 61
merce & de la Marine. Il eft poffible qu'ils fé trompent
; mais comment arrive- t- il donc qu'ils donnent
toujours d'eux aux Étrangers qui vifitent leur Ville
l'opinion qu'ils en ont eux - mêmes ? Communément
on n'eft pas fi prompt à entrer dans les fentimens
d'un amour-propre qui n'eft pas le nôtre . Les Étrangers
en effet paroiffent toujours étonnés de trouver
a l'extrémité du Royaume & aux pieds des Pyrénées ,
une Ville où la fociété offre le ton , l'efprit & l'élégance
des moeurs qu'on ne trouve guères que dans la
Capitale. Quelqu'un qui entreroit pour la première
fois en France du côté de l'Espagne,prendroit dans la
première Ville une idée à- peu- près complette de ce
qu'il y a de plus ingénieux & de plus aimable dans
les grâces & dans la politeffe françoife. Ordinairement
les Etrangers ne le jugent pas fi-tôr en France
lorfqu'ils font encore fi éloignés de Paris.
On voit par combien de motifs le fort de la Ville
de Bayonne a dû intéreffer M. Dupré de Saint-
Maur , & combien toute la France doit defirer de
connoître les moyens qu'il propofe pour relever un
commerce qui peut faire naître tant de richeſſes &
de talens pour le Royaume.
La deftinée du pays de Labour, qui dépend en
partie de celle de Bayonne , méritoit cependant une
attention particulière , & M. Dupté de Saint- Maur
la lui a donnée. Dans ce pays , l'un des trois cantons
qui forment la Bifcaye Françoife , vit un Peuple
qui , attaché à la France par l'amour que des fujets
doivent à leur Souverain , diffère d'ailleurs abfolument
des François par fon origine , fa langue , fes
coutumes , fes moeurs & fon caractère ; c'est ce
Peuple qu'on nomme Bafque , mais dont on ne
connoît en France que le nom , qui n'eft pas
même beaucoup connu. Caché entre les gorges des
Pyrénées , où les Goths , les Francs & les Sarrafins
ont toujours inutilement attaqué fa liberté , il a
62 MERCURE
échappé aux obfervations des Philofophes ,comme
aux glaives & aux chaînes des Conquérans . Rome ,
dans le temps même où , pour flatter Augufte , elle
faifoit fans ceffe le compte des Peuples qu'elle avoit
foumis , Rome , qui parle fouvent des Bafques , n'ofe
les mettre dans la foule des Nations qu'elle dénombroit
dans fes chaines. Autour d'eux les Peuples ont
changé vingt fois de langues , de moeurs- & de loix ;
ils montrent encore le caractère , ils obéiffent encore
aux loix , ils parlent encore la langue qu'ils
avoient il y a trois mille ans. Chez eux tout a réfifté
aux fiècles , & l'on diroit que derrière leurs montagnes
ils ont trouvé un afyle contre le temps, ainfi que
contre les conquérans & les oppreffeurs. Notre inquiète
curiofité va chercher aux deux Pôles des
peuplades de Sauvages pour y obferver l'homme
dans la fimplicité des befoins & des moeurs de la
Nature , & nous ne daignons pas jeter un regard fur
un Peuple qui eft à côté de nous , prefque fous nos
yeux , & qui nous offre l'homme tel qu'il étoit fous
l'influence de ces inftitutions primitives , où l'inftinct.
de la Nature étoit l'unique législateur des fociétés .
Ici, cependant, au lieu d'un objet de curiofité & d'inftraction
, nous en trouvons deux, la Nature & l'Antiquité
; en obfervant le Bafque dans ce petit nombre
même de rapports que peut lui donner un
état de fociété très - fimple , on peut voir comment
les Anciens s'y prenoient pour établir la vertu & le
bonheur de l'homme focial fur les fentimens & les
befoins les plus naturels à l'homme. Il conferve encore
dans fon caractère & dans fa vie des traits frappans
de cette bonté , de cette grandeur ,, de cette félicité
originelle que nous ne regardons que comme
un roman de philofophie , ou comme une tradition
qui s'eft embellie en s'enfonçant dans les regrets
des premiers âges. On ne lui taille point , comme
dit Montaigne , des devoirs qui paffent fa meſure.
DE FRANCE. 63
•
S'il eft bon père, bon fils , frère généreux , mari
facile & tendre , il a rempli tous fes devoirs de
citoyen ; & les vertus qui ailleurs font des facrifices
pénibles , ne font là que des fentimens toujours
prêts à devenir des paflions. Pour y être bon
citoyen il fuffit de n'être pas un méchant homme ;
voilà les vertus qu'il eft facile de faire naître , & fur
lefquelles il eft permis de compter. Les loix éternelles
de la Nature fervent de garant aux loix fociales;
mais lorsqu'on en exige davantage , lorfque la fociété
, dans le délire de fes progrès , s'eft fait des
befoins qu'elle ne peut remplir que par des vertus
furnaturelles , on aura un petit nombre d'âmes fubli
mes , & une foule de fripons , de fcélérats &
d'hypocrites. Le Bafque a de la bonté plutôt que
des vertus . Je fais bien que ceux qui l'ont offenfé
dans quelqu'un de ces fentimens même qui le rendent
facile & bon, n'en jugent pas de même. Prompt
& terrible dans fes vengeances , plus d'une fois il
en a donné des exemples qui ont effrayé , & beaucoup
de gens dans les pays voifins fe le repréfentent
toujours la carabine ou le poignard à la mains
mais les hiftoires de ce genre font celles qu'on
exagère le plus, parce que c'eft la frayeur qui les ra
conte. Ceux qui ont vécu parmi les Bafques , favent
que très - fouvent ils font nobles & généreux jufques
dans les reffentimens même où ils font implacables.
Le Bafque eft bon , mais de cette bonté naturelle
qui ne préferve pas des fureurs des paffions ; il eft
bon comme la Nature , qui a des tempêtes & des
fléaux , mais qui dans la marche ordinaire offre par
tout aux regards l'image fimple & touchante de
T'ordre & de la bienfaifance. Il s'en faut bien
cependant que l'inftinct feul le dirige dans fes actions
. Chez ce Peuple étranger à tous les Arts & à
toutes les Sciences , le fentiment des droits de
T'homme eft fi profond & fi développé, qu'il fait en
64 MERCURE
tirer la connoiffance de tous fes devoirs & de tous
fes droits dans la fociété . Flus d'une fois j'ai caufé
dans les champs avec des Laboureurs qui , appuyés
fur leur charrue , me tenoient à ce fujet des difcours
qui valoient mieux que tout le livre de Burlama
que. Cela peut furprendre , j'en conviens , & on ne
manquera point de dire que j'exagère fi l'on veut
juger du Laboureur Bafque par le payfan François.
Des Écrivains , même des Philofophes François , ont
rejeté plus d'une fois fur un fondement femblable
ze que l'Hiftoire nous raconte de la fageffe & de la
raifon avancées de quelques Peuples de l'Antiquité ,
qui ne connoifoient encore d'autre Art que celui de
l'Agriculture. De toutes les Nations , nous fommes
peut-être celle qui a le plus de peine à comprendre
combien les plus belles idées naiffent naturellement
dans l'homme lorfqu'il eft libre , & qu'il n'eft point
malheureux. Si des Voyageurs , qui favent obferver
& peindre des Peuples , ne nous avoient pas fait connoître
les hommes qu'ils ont vus dans les vallées
& fur les montagnes de la Suiffe , nous n'aurions
peut-être jamais cru férieufement à l'Hiftoire des
premiers fiècles de Rome. Quoiqu'il habite auffi
un pays de montagnes , le Bafque , cependant reffemble
on ne peut pas moins au Suiffe . La raiſon
forte & les fentimens droits que celui - ci tire du calme
de fes paffions , l'autre femble les trouver dans
l'énergie & la véhémence des fiennes : elles font terribles
, mais elles l'emportent avec violence où la
Nature veut le conduire. Les Bafquèles reffemblent
bien moins encore aux femmes de la Suiffe . Cellesci
, dit-on , font généralement belles & naïves . Les
Bafquèfes ne font pas belles en général , affez rarement
même elles font très-jolies. Lear ſenſibilité
très-vive eft auffi trop tôt éclairée pour leur promettre
d'être long temps naives , & l'on chercheroit
nutilement l'innocence des meurs dans un pays où
DE FRANCE. 65
les moeurs font très - févères ; mais chez aucun Peuple
peut être, les femmes n'ont mis davantage dans tous
leurs mouvemens & dans tous leurs regards l'exprefhion
& la grâce des paffions qu'elles enchaînent , ou
du moins qu'elles cachent dans leur coeur. Dans
les travaux même des champs , dont elles veulent
partager les plus difficiles avec l'homme , elles ont
le don de s'embellir & de plaire par les mouvemens
qui les fatiguent . Les formes de leur taille ne
font peut- être pas très-remarquables par l'élégance .
mais beaucoup par je ne fais quel charme qu'elles
prennent dans leur agilité & dans leur foupleffe ; en
les voyant marcher , fouvent chargées de fardeaux ,
on devine qu'elles doivent danfer avec beaucoup
de grâce & de légèreté ; & de tous les dons qu'elles
ont reçu de la Nature , celui- là du moins a été
connu , il leur a fait une efpèce de réputation. Leur
manière de s'habiller eft probablement la même
depuis beaucoup de fiècles ; mais elles femblent
n'avoir renoncé à la variété des modes qu'après
avoir trouvé celle qui leur fied le mieux , & qui
peut le plus ajouter à leurs agrémens. Leur coftume ,
qui n'appartient qu'à elles , plein de pudeur , mais
auffi de goût & d'adreffe , embellit aux regards tout
ce qu'il leur dérobe . C'eft fur tout dans leur âme,
ouverte à-la-fois aux plus vifs ſentimens de la Nature
& aux plus grandes terreurs de la religion , que
l'amour a la violence qu'il reçoit de ces combats ou
la paffion & la vertu luttent avec des forces égales,
cèdent & triomphent tour à - tour . Trop fouvent les
premières impreffions qu'on reçoit d'une femme font
les plus vives & les plus douces , & l'homme n'a
pas affez de vertu pour être conftant lorsqu'il ceffe
d'être heureux. Ce défordre , la fource de tant
d'autres défordres , eft peu connu dans les fentimens
dont elles font l'objet ; tel eft le charme inconcevable
de leurs paffions, qu'elles enflamment &
ي م
66 MÉR CU RËN
tetiennent par le bonheur qu'elles donnent plus en
core que par les defirs qu'elles infpirent . Le Bafque ,
naturellement léger & mobile, qui ne perd point fes
affections , mais qui en prend de nouvelles , n'eft
pas un très-fidèle amant , mais il eft un mari trèsfidèle.
Ce qu'on a dit des filles de quelques autres
pays, on peut le dire de lui. Il fe fixe dans le mariage,
qui donne , dit - on , tant d'envie de changer.
-
Au tefte , je fuis perfuadé que tout ce qu'il y a
de raifon & d'étendue dans les idées de ce Peuple ,
d'énergique , de fin & de délicat dans fes fentimens ,
il le doit beaucoup à la langue qu'il parle . Les belles
langues font comme des inftrumens très faciles &
très- harmonieux, qui perfectionnent le talent qui
s'en fert, qui infpirent réellement les idées qu'ils
expriment. Cela ne peut paroître un paradoxe qu'à
ceux qui n'ont ni oreille ni imagination . Contemporaine
des langues que parloient les Grecs & les Romains
, & même probablement d'une origine plus
ancienne encore , fa langue bafquèfe , qui ne peut
pas avoir toutes les richeffes de ces langues , en a
tous les grands caractères & toutes les grandes
beautés. Dans les mots fimples des fons qui peignent
les objets & les fentimens , dans les mots compofés
des élémens que l'on reconnoît toujours , & toujours
raffemblés fuivant l'analogie la plus exacte & la
plus heureufe des idées , dans la conftruction ane
hardieffe incroyable pour entrer dans la penfée de
tous les côtés , & cependant dans les mots des marques
sûres & infaillibles pour fixer rapidement leurs
rapports au milieu même des mouvemens les plus
paffionnés & les plus convulfifs de l'inverfion. Elle
eft bornée, il eft vrai, dans les objets que peut connoître
un Peuple qui n'eft qu'Agriculteur ; mais
quelle féconde richeffe d'idées & de fentimens elle a
fu faire naître dans le petit nombre d'objets où elle
fe renferme ! Comme ces enclos où d'habiles CultiDE
FRANCE. 67
vateurs fe plaisent à raffembler fur un fol doué de
la Nature , les fruits les plus délicats , les fleurs les
plus fuaves & les plus brillantes : elle réunit dans
un efpace borné les idées les plus heureufes & les
affections les plus touchantes. Avec quelle jufteffe
& quelle finele de tact elle a fouvent féparé des
nuances que les autres Peuples confondent dans les
mêmes fenfations & dans les mêmes mots ! Avec
quelle grâce & quels doux accens ,
feule entre tous
les Idiomes, elle a rendu des fentimens qui ailleurs
femblent perdus pour le coeur humain , parce qu'ils
le font pour les langues ! Lorfqu'après avoir refté
quelque temps fans m'en fervir j'en reprenois l'habitude
, j'avois peine à comprendre Feffet qu'elle
produifoit fur moi. En la parlant mes idées devenoient
plus faciles, plus pittorefques & plus rapides,
toutes mes affections plus fortes , plus douces , plus
tendres & plus pénétrantes ; je me fentois un autre
efprit & une autre âme. Combien de fois alors , en
me rappelant la vaine ambition qui me fait former
fans ceffe des projets & des plans d'Ouvrages ,
j'ai regretté avec amertume de ne pouvoir pas les
exécuter dans cette langue , qui eft comme un
génie qui vous infpire ! Sans doute je prenois pour
mon talent celui du Peuple qui l'a formée ; mais
telle étoit l'illufion où elle me plongeoit, que je me
ferois cru né pour la gloire , fi pour l'obtenir il eût
fuffi d'écrire dans la langue que j'ai parlée en naiffant.
Son origine touche à celle des Peuples qui
commencent l'Hiftoire , elle eft la même , & cela
m'a donné ſouvent une idée qui ne peut être bien
jugée que par ceux qui connoiffent quelqu'une des
langues primitives . Les mêmes caractères & prefque
des mêmes beautés fe retrouvent dans toutes celles
qui, par leur antiquité, fe rapprochent des temps où
le genre-humain , échappé à quelque grande catal
trophe , fe remettoit de fa frayeur , fortoit des
68 MERCURE
forêts , defcendoit des montagnes , & recommençoit,
pour ainfi dire , à rebâtir les fociétés. Ces belles
langues , ces langues qui étonnent l'homme comme
fi elles étoient faites pour être parlées par des êtres
plus parfaits que lui , ne feroient- elles pas échappées
auffi de ces temps antérieurs à l'Hiftoire , ou
g
T'efpèce humaine pouvoit avoir , dans ces facultés
phyfiques & morales , une perfection que les
malheurs qui ont frappé le Globe lui ont fait
perdre dans les ruines du monde primitif? Voyez
les langues dont la raiffance eft poftérieure
aucune ne peut leur être comparée ; & ce qu'il
y a de remarquable , comme toutes les autres
avoient à peu près les mêmes caractères & les
mêmes beautés , celles - ci ont auffi toutes à - peu-près
les mêmes défauts & les mêmes caractères ; elles
femblent faites par une espèce & pour une eſpèce.
inférieure .
·
Tout ce que j'ai dit jufqu'à préfent des Bafques ,
en fait un Peuple curieux pour le Savant, intéreflant
pour le Philofophe & pour l'Homme de goût ; mais
pour attirer l'attention & les bienfaits du Gouvernement
, il faut qu'on y voie encore un Peuple qui
peut être utile à la Nation . Les Bafques ont pour
l'Agriculture cette eftime qui étoit naturelle à tous
les Peuples de l'antiquité , & que la Philofophie
travaille peut-être inutilement à infpirer aux Peuples
modernes. Le Laboureur , fier de ce titre qu'on
lui donne & qu'il prend dans toutes les occafions
comme un titre d'honneur , s'affiet à la table du
Gentilhomme , & s'y croit à fa place , & le Gentil
homme penfe tout comme lui. Il eft facile de voir
quel parti un Gouvernement éclairé peut tirer d'un
Peuple chez lequel cette opinion , qui a fait la
grandeur des Nations anciennes , a toute la force
que les fiècles donnent aux opinions.
Comme Marin, le Bafque a encore des talens
DE FRANCE 69
qui lui ont fait une de ces réputations qui diftinguent
les Provinces. Elle doit être incontestable ,
car elle lui a été faite par des Provinces rivales . Sa
voix ne s'eft point fait entendre parimi des hommes
qui ne parlent que françois ; auffi tout ce qu'il a pu
mériter de gloire à cet égard eft il prefque abfolu
ment ignore. Qui connoit , par exemple , les titres
des Bafques à la gloire de la découverte du nouveau
Monde ? Quelques-uns de nos Hiftoriens ont eu
l'équité d'en parler ; mais aucun d'eux ne pouvoit
prendre affez d'intérêt à ce coin ignoré de la terre
pour les développer dans toute leur force ; il étoit
difficile même qu'ils les connuffent affez bien pour
cela. Ce n'eft point ici le lieu d'en faire l'examen.
Rien de ce qui regarde un pays où j'ai reçu le jour,
& où j'ai joui d'un bonheur dont je n'ai pas même
vu ailleurs l'image , ne peut m'être indifférent ;
mais j'ai examiné ailleurs cette tradition fi honorable
à ma patrie , & je me flatte non d'oter à Colomb
une gloire qu'il a fi bien méritée , & dont il a trop
peu joui , mais de faire entrer au moins mes compatriotes
en partage d'une fi belle gloire : eh ! ne
fuffit-il pas même de connoître le pays qu'ils habitent
pour juger des fervices qu'ils peuvent rendre ?
La richeffe d'un Etat confifte fans doute dans la
variété des hommes comme dans celle des productions
. Il eft des efpèces d'hommes qui ne viennent
fur les lieux hauts , fur les montagnes ; & lotfqu'un
Royaume a l'avantage d'avoir dans fon fein
le terrein qui les porte , un bon Gouvernement doit
tout faire fans doute pour en cultiver & pour en
conferver la race. Celle des Bafques diminue fenfiblement
tous les jours par des caufes dont il n'eft
pas impoffible d'arrêter promptement l'influence 3
elle ne dépérit point ; l'efpèce conferve fon caractère
dans toute la force ; mais elle fe perd , le pays
fe dépeuple , & fi l'on ne fe hâte d'y porter des
que
").
?
ن ك
70 MERCURE
fecours , ce qu'il en reftera ne fervira plus qu'à faire
voir quelle race d'hommes on a perdue.
C'eft beaucoup pour les hommes en place de profiter
des lumières qu'on leur préfenté , d'encourager
ceux qui en cherchent. M. Dupré de Saint- Maur en
cherche & en trouve lui-même. L'homme en place
fait encore les fonctions de l'Homme de Lettres &
du Philofophe. Cela eft beau , & cela n'eſt pas trèsrare
dans notre fiècle. On n'oubliera point les
exemples qu'on en a vus. 1
Ce jour fembloit être déftiné au nom & à la
gloire des Bafques dans l'Académie de Bordeaux .
M. Dupré de Saint- Maur venoit d'en parler avec intérêt
dans fon Mémoire , & M. Dupaty , Préfident à'
Mortier , faifant enfuite l'éloge de Quintilien dans
un Effai fur la Vie & les Ouvrages de ce Philofophe ,
faifoit l'éloge d'un Bafque fans le favoir peut-être.
Cet Ecrivain , né à Calagorri , dans la Celtibérie ,
étoit un Bafque en effet ; mais c'eft encore comme
la découverte du nouveau Monde , tout le monde
l'ignoroit. Le premier de fa nation peut- être qui ait
vécu dans un pays où l'on cultivoit les Arts & les
Lettres , il alla foutenir dans la Capitale de l'Empire
le bon goût qui ne trouvoit plus de défenfeur
parmi les defcendans du fiècle d'Augufte . Il fut
allier dans fes Ouvrages les idées fines , énergiques
& profondes du fiècle de Sénèque , de Tacite & des
deux Pline, à ce fens heureux , à cette fleur de bon
goût dont la Philofophie peut ternir la délicateffe en
étendant d'ailleurs & en fortifiant toutes les grandes
qualités de l'efprit . On peut juger aisément combien
un Magiftrat exercé long - temps aux triomphes de
Eloquence dans la plus belle carrière qu'elle ait
dans les Gouvernemens modernes, combien un efprit
auffi philofophique que celui de M. Dupary, a dû
puifer de lumières & faire fentir de beautés dans les
Inftitutions de l'Orateur , le plus beau monument
DE FRANCE. 71.
que la Philofophie ancienne ait élevé aux principes
de l'Eloquence & du goût antique. Le Public a pu
en juger par les morceaux que M. Gudin a cités des
Difcours de ce Magiftrat . M. Dupaty a fait voir
que dans cet Ouvrage , bien plus complet que le
Traité du Sublime de Longin , que la rhétorique &
la poétique d'Ariftote , Quintilien analyfe les
principes des Arts avec autant de fagacité qu'Ariftote
, & en peint les impreffions avec autant de
fenfibilité que Longin. Sa penfée eft fage , & fon
expreffion éclatante & pleine de tableaux. C'eft
dans fon Ouvrage que l'on peut fe faire une jufte.
idée de celle qu'avoient les Anciens de l'art de
former les hommes & les talens. Platon veut que,
l'éducation des enfans commence dans le fein
même de leur mère . Quintilien commence les
études de l'Orateur au moment qu'il vient de naître ,
Son berceau eft fa première école. Le Maître l'environne
dès qu'il peut fentir ; il veille , pour ainfi
dire , fur fes organes , pour n'y laiffer entrer que des
fenfations de talent & de génie. Quintilien veut
que dans les premiers fons que l'enfant bégai , il
s'exerce déjà aux tons & aux accens qui doivent
charmer ou enflammer dans la Tribune , dans le
Sénat , à la tête des Armées . L'Éloquence n'eft pas.
un Art qu'il veut enfeigner , mais un talent qu'il
veut donner , & dont il sème les germes dans les or
ganes, pour qu'ils fe développent avec le corps ,,
avec l'efprit & avec l'âme. Il ne croit point que.
l'Orateur foit différent de l'homme. Que tous nos
Rhéteurs font loin de cette manière d'envifager les,
talens , le bon goût & l'Eloquence ! Qu'il y a loin
de ces belles & grandes vûes, à ces cahiers de rhétorique
où l'on croit enfeigner à être éloquent &
fublime en donnant d'affez mauvaiſes définitions de
la catachrèle & de la lilote ! C'eft le fort de M.
Dupaty d'être toujours fingulièrement applaudi dans
72 MERCURE
toutes les Séances de l'Académie de Bordeaux.
Savez - vous , difoit un Orateur grec , pourquoi mes
paroles font toujours applaudies avec tranſport par
les Athéniens Ceft qu'elles leur rappellent mes
actions , qui veillent toujours à leur bonheur.
Je ne rends point compte de la Séance , & je ne
dois point parler des Mémoires des autres Académiciens
; mais le morceau qui a été lû par Dom
Carrère intéreffe encore la Province ; & quoique.
cette Lettre excède déjà les bornes d'un article du Mercure
, permettez-moi encore , Monfieur , quelques
réflexions fur ce fujet ; c'eft toujours la même Lettre ,
mais ce n'eft plus le même fujet . Ce favant Bénédictin
a voulu juftifier la mémoire d'Éléonore de
Guienne , accufée d'avoir eu, dans les courfes pieufes
des Croisades , une conduite très- légère & même un
peu galante, nous dit -on . Ce n'eft pas feulement les
Hiftoriens qui l'ont accuſée , c'eſt encore Louis le
jeune , fon mari ; mais un mari peut fe tromper en
pareil cas plus aifément encore que des Hiftoriens ,
& Dom Carrère n'a fait qu'ufer des droits d'un
Historien philofophe , qui peut non - feulement apprécier
les témoignages de quelques Écrivains , mais
appeler même à fon tribunal , & caffer les arrêts des
fiècles. C'eft dans le nôtre fur- tout que les Hiftoriens
fe font le plus fervi de ce privilège de leurs
fonctions . On a changé très-fouvent les places dennées
par ceux qui nous ont précédés ; on a détruit
ou créé des réputations , flétri ou réhabilité des
noms célèbres, Nous ne tranfmettrons pas le dépôt
de l'Hiftoire a nos defcendans comme nous l'avons
reçu de nos pères. Cet effet néceſſaire des progrès
de l'efprit philofophique a eu, comme tout le refte ,
fes avantages & fes inconvéniens .
Les avantages font fi fenfibles , qu'ils doivent
d'abord frapper tout le monde , quoiqu'on s'en foit
apperçu un peu tard. L'Hiftoire parle au nom des
fiècles i
DE FRANCE. 73
fiècles ; mais c'eft un petit nombre d'hommes qui
l'écrivent ; & au fond tous ces témoignages fi impofans
& fi magnifiques des Nations & des âges , fe
réduifent fouvent à deux ou trois voix qui parlent
loin du monde & des hommes. Quand le génie
parle fur-tout , on croit entendre tous les fiècles , &
on ne doute pas plus des faits qu'il peint que de la
beauté des tableaux qu'il en trace. Nous lui donnons
notre foi avec notre admiration . Telle cft la féduction
du grand talent. On, fait des objections à
Suétone ; on eft aifément Philofophe avec lui ; mais
avec Tacite on eft crédule , & les faits embellis de
fon ftyle femblent être une tradition facrée contre
laquelle le doute n'eft point permis. Je fais qu'on a
dit le contraire , & que beaucoup de gens prétendent
avoir plus de confiance dans la fimplicité de
Suétone. Je rends , compte de l'impreffion que j'ai
reçue. Il peut donc être utile , il eft même fouvent
néceffaire de fe pourvoir devant les fiècles futurs
contre ce qu'on appelle les jugemens des fiècles
paffés. Il ne faut pas qu'une injuftice ou une erreur
ait le droit de devenir éternelle , parce qu'elle eft
devenue historique . Voyez où commence l'Hiftoire ,
c'eft aux dépofitions des contemporains , c'est-àdire
, au milieu de l'injustice & de l'envie . On peut
dire encore que ces difcuffions animent l'Hiſtoire ,
& y répandent de la chaleur & du mouvement ; des
faits auxquels vous auriez fait peu d'attention
deviennent tous importans , prennent tous de l'inté
rêt du moment qu'ils deviennent les preuves des
crimes ou de l'innocence de quelque perfonnage qui
occupe une grande place dans l'Hiftoire , du inoment
que l'Hiftorien accule ou défend devant le
tribunal des fiècles , & que le Lecteur qu'il interroge
, à qui il demande fa voix & fon fuffrage ,
devient lui- même une partie de cet augufte tribunal
. Qui pourroit comparer effet du fimple récit du
No. 6,8 Février 1783 . D
74
MERCURE
meurtre de Clodius , à celui du beau difcours de
l'Orateur Romain pour Milon ? Quand Tacite juge
un homme , on ne fe croit pas feulement devant le
Sénat ou les Comicés , on a devant les yeux l'affemblée
du genre-humain. Voltaire & Hume font
parmi les modernes ceux qui ont le plus contribué à
établir cet ufage de révifer les procès des coupables
puiffans que l'Hiftoire abfout , ou des infortunés
illuftres qu'elle condamne , & tous les deux ont
porté dans ces examens ou un refpect profond de la
vérité , ou un grand amour de l'humanité.
ne
&
L'Écrivain dont l'âme ne fera pas remplie par ces
deux fentimens ou par l'un des deux au moins ,
laiffera voir que le danger de jeter tant de doutes
& d'incertitudes fur des faits adoptés par une eſpèce
de confentement univerfel . Il portera devant le tribunal
des fiècles l'efprit de chicane & de contention
qui a dégradé trop fouvent celui de la juſtice . Privé
du talent de peindre les faits & les hommes ,
du génie qui fait fortir des vérités nouvelles des
faits connus & avoués , il mettra l'audace & le
trouble de la difpute à la place du génie & du talent.
Il n'écrira l'Hiftoire que pour y chercher des
exemples & des preuves d'une paffion chérie , d'une
opinion par laquelle il veut flatter quelque parti ,
& alors c'est un fauffaire qui entre dans les archives
des âges. Tant de doutes & de problêmes qu'on fait
Centrer dans l'Hiftoire , en affoibliffant la foi qu'elle
demande , affoibliffent auffi l'utilité que l'on retire
de l'autorité de fes arrêts ; le méchant ne la
craindra plus , le jufte ne mettra plus en elle fon
efpérance , elle ne fera plus pour l'homme cette ef
pèce d'immortalité que fon âme trouvoit fur la
terre ; d'ailleurs , & ceci me paroît important ,
fouvent
au bout de quelques fiècles , même de quelques
années , les preuves fur lefquelles l'Hiftoire s'eft
décidée , font détruites ou affoiblies , les véritables
DE FRANCE. 75
pièces du procès ne fe retrouvent plus ; & quoique
l'arrêt ait été très-jufte lorfqu'en l'a prononcé , il
peut prendre dans la fuite les apparences de l'injuftice.
La logique néceffaire pour ces fortes de dif
cuffions , exige un genre d'efprit qui fe trouve plus
rarement encore que le talent de l'Hiftorien , &
cela en prouve le danger.
On peut remarquer que c'eft fur la réputation
des femmes célèbres qu'on a élevé le plus de doutes
& de problêmes . Brunehaut , Frédegonde , Blanche
de Caftille , Marguerite de Valois , Marie Stuard ,
&c. &c. & c . ont trouvé tour- à-tour des accufateurs
& des défenfeurs dans les Écrivains qui en ont
parlé. L'Hiftoire eft devenue une arène , où des
champions font defcendus pour fe battre pour ou
contre leurs vertus. Il femble qu'il foit plus difficile
à l'Hiftoire même de pénétrer dans le caractère des
femmes : les fecrets & les myftères fi naturels à leur !
fexe , ce befoin qu'elles ont de cacher les fentimens
les plus doux à leur coeur , les foibleffes les plus né- i
ceffaires à leur bonheur , enveloppe très-fouvent
leur vie publique dans les myftères de leurs paf- >
fons. Peut- être même que , juſques dans l'Hiftoire ,
où il ne refte d'elles que leur fouvenir , elles exercent
encore quelque chofe de l'empire de leurs
charmes , de la féduction de leurs foiblefes. Un→
Hiftorien vulgaire a beau raconter leur vie, il les
laiffe dans le tombeau ; il n'en a rien à craindre
mais le talent qui les fait revivre , en leur redonnant
leurs grâces & leur jeuneffe , leurs goûts & leurs
paffions , environne lui- même fon jugement d'illufions
& de pièges ; & pour l'homme fenfible qui
veut les juger , je les crois plus dangereufes encore
au tribunal de l'Hiftoire qu'à celui des Loix. It eft
impoffible , par exemple , que les charmes de Marie
Stoard , les agrémens de fon efprit , la fenfibilité
touchante & élevée de fon âme ne faffent dearer
Dij
76 MERCURE
fortement de croire à fon innocence. Quel tableau
la Philofophic procurera à l'Hiftoire ! que de larmes
le talent fera verfer fur fon échafaud , fi l'on
parvient à faire d'une femme fi aimable une victime
innocente de la jaloufie , dont la tête va
tomber fous la hache des bourreaux ! On voit de
combien de paffions l'Hiftorien eft environné , lorf
qu'il touche à ces perfonnes & à ces événemens , qui
font des foyers de paffions. En lifant M. Hume , on
fait des voeux pour que Marie Stuard foit inno- ,
cente ; on n'en doute plus lorfqu'on a lû l'excellente
Differtation de M. Gaillard ; mais les plus
fortes preuves de la vertu font peut - être les larmes
que l'on donne à fes malheurs.
C
des
La deftinée d'Éléonore de Guienne n'a été ni
aufli tragique ni auffi touchante ; mais
avoir plus d'intérêt encore pour la Province ou
Pelle doit
Dom Carrère écrit. Ce que nous avons pu connoltre
de fa manière de difcuter , le ton honnête &
impartial de fon ftyle annonce un ami de la vérité.
S'il difcute, ce n'eft point par impuiffance de peindre,
c'eft parce qu'un efprit fage doute fouvent , & qu'il
eft difficile d'avoir de la fagacité fans voir quel
quefois différemment des autres . On voudroit feulement
qu'il eût parlé des erreurs & non pas
calomnies des Hiftoriens . Éléonore , dans les courfes
de la Croifade , étoit très jeune encore ; elle avoit
un de ces caractères paffionnés & brillans d'où fem
blent fortir les événemens de l'Hiftoire. Son mari ,
Louis le jeune , étoit très- dévot , même un peu
trifte
peut-être . Il fe plaignoit fouvent de fa femme , &
I'Hiftoire l'a pris au mot. Que pouvons- nous en
favoir , & que devons-nous en croire aujourd'hui ?
Il me femble qu'il n'eft pas très néceffaire d'avoir
une opinion là-deffus . S'il eft queftion de fes galanteries
, par exemple , & que Dom Garrère veuille
abfolument qu'elle ne s'en foit permile aucune,
DE
ウラ
&FRANCE.
féroit- ce pas ici le cas de dire , à-peu-près comme
Mme de Laffai à fon mari : Eh ! mon Dieu 3
Monfieur , comment faites vous donc pour être fi
sûr de ces chofes-la ?
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c. GARAT .
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Délire ; celui de
l'Enigme eft Légèreté; celui du Logogryphe
eft Rêve , où fe trouvent ver , ré , Eve.
woodian ÉNIG ME.
MA rivale & moi tout-à - tour
Maîtrifons des efprits volages ;
Sages pour moi brûlent d'amour ;
Des foux lui rendent leurs hommages ;
Mais ils font rivaux ennemis.
Chez moi règne une autre méthode ;
Mes amans font rivaux, amis e
C'eft , dit-on , l'amour à la mode,
Les fiens font toujours malheureux ;
Auffi la nomme- t'on cruelle.
Je rends toujours les miens heureux s
Et pourtant chez mes amoureux
Je compte plus d'un infidèle
Aujourd'hui deux grands Souverains
D iij
78 MERCURE
Ju
A mes pieds mettent leur couronne ;
J'ai fixé leurs coeurs incertains :
Puiſqu'ils m'aiment je leur pardonne.
Faire le bonheur des humains
Eft tout ce que j'ambitionne.
Mais fongez , mortels , dans mes bras
Que , livrés à moi fans réſerve ,
Souvent le bonheur vous énerve ;
Car de quoi n'abufez-vous pas ?
( Par Mlle Augis de Montoire. )
LOGOGRYPHE.
UPITER & Thémis m'ont donné la naiffance.
J'apporte le bonheur , & je vois les humains
Des auteurs de mes jours bénir la bienfaiſance :
La corne d'Amathée eſt remiſe en mes mains
Et je la verfe, ami , pour le bien de la France.
De la Mythologie empruntant le fecours ,
Je veux en vain cacher mon exiſtence,
Un coeur François me defire toujours ,
Il n'eft heureux fans moi qu'en apparence ,
Et l'Univers enfin me devra les beaux jours.
J'ai trois pieds en latin , fi tu veux me connoître ;
Mais en François il en faut un de plus :
Mon voile eft enlevé , mes foins font fuperflus.
A l'exemple des Dieux , ton Prince m'a fait naître .
( Par M. Couret de Villeneuve le jeune ,
Impr. du Roi , à Orléans. )
DE FRANCE. 79
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
PORTE- FEUILLE d'un Troubadour , ou
Effais Poëtiques , fuivis d'une Lettre à
M. Grofley , de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres , fur les Trouvères & les
Troubadours. A Paris , chez Nyon l'aîné ,
Libraire , rue du Jardinet .
PARMI les Pièces recueillies dans le Porte-
Feuille d'un Troubadour , il y en a très- peu
qui n'aient été imprimées & réimprimées ,
ou féparément ou dans les Ouvrages Périodiques.
Les meilleures & les plus confidérables
ont enrichi fouvent notre Journal.
L'accueil favorable & encourageant qu'elles
ont reçu , ont déterminé M. Bérenger à les
retoucher & à les offrir de nouveau au Public
dans un petit Volume , qui doit être
recherché par tous ceux qui aiment les vers
élégans , faciles & harmonieux. Quelques
Juges févères reprochent à l'Auteur un coloris
trop pâle & trop uniforme , des détails
mefquins , & en général une verfification
élégante mais foible , harmonieufe , mais un
peu monotone. C'eft à lui à s'examiner luimême
, & à voir fi ces reproches font plus ou
moins fondés. Ce qu'il y a de très sûr , c'eft
que dans les defcriptions , fon pinceau paroît
s'affermir & approcher fouvent de la tou
Div
80 MERCURE
L
che des grands Maîtres. Voyez comme il
décrit fon goût pour l'étude des plantes.
Mon oeil fuit dans leur jeu ces vivantes machines ;
Je claffe , j'affortis leurs nuances fi fines' ;
Entouré conftamment de ces rians objets ,
J'étudie & leurs loix , & leurs rapports feerets ,
Et j'apprends de ces fleurs , fours & beautés rivales ,
Le propre caractère & les moeurs générales ;
Le difque d'un cryftal , de mes yeux rapproché ,
Groffit , dévoile , étend l'organe trop caché ;
Et d'un tranchant acier les fubtiles bleffures 3
M'aident à pénétrer leurs favantes ftructures.
Il étoit difficile de rendre auffi agréablement
des détails fi pen poétiques par euxmêmes.
Si M. Bérenger a le talent de décrire,
il poſsède auffi celui d'exprimer agréablement
fes idées & fes fenfations, & de les faire par
tager à fon Lecteur par des tournures heureufes
. Voici comme il peint La Fontaine
dans l'Épître à mes Livres.
1
Viens, viens me confoler , tendre & bon La Fontaine!
Tes fons en me charmant feconderont ma veine,
Cet éloge t'étonne , & tu fouris ; apprends ,
Bonhomme , que tu plais à tout âge , en tout temps.
Le monde vit d'erreurs ; les fables menſongères ,
De notre double enfance , hélas ! font les lifières !
Compère le renard amufoit mon printemps :
Combien tes deux pigeons me touchoient à vingt ans"
DE FRANCE. $.I
J'admiré ta fineffe & ta naïveté ,
Et ta grâce , plus belle encor que la beauté.
Toujours ta bonne-foi devient ton éloquence,
Tout l'art de nos Cenfeurs vaut- il ta négligence ?
Le triomphe du tien eft d'être méconnu."
C
Ils font ingénieux ; toi - feul es ingénu.
Mentor doux & riant , Auteur que je dévore ,
Que je fais , que je lis , que je relis encore ,
Ton bufte eft devant moi de refes couronné,
Vois à tes deux côtés Genlis & Sévigné ,
La fenfible Genlis , Sévigné qui t'égale
En naturel piquant , en grâce originale.
Ce morceau eft abfolument neuf. En rendant
compte de l'Epitre à mes Livres , nous
avions obfervé que l'Auteur n'avoit pas bien
caractérisé notre Fabulifte , ce qui étoit trèsfacile
à dire ; mais il en a profité , ce qui
étoit très- difficile à faire , & ce qui eft trèslouable.
C'eft fur- tout dans un pareil cas
qu'il eft vrai de dire :
La critique eft aifée , & l'art eft difficile.
...Le goût des Lettres , le rapport des talens
& des moeurs , le , domicile dans la même
ville ont lié l'Auteur avec celui de l'Hymne
au Soleil. Cette amitié , qui tient beaucoup
de place dans le coeur de M. Bérenger , ea
tient auffi beaucoup dans fes Ouvrages . Il
paroît même croire qu'entre amis tout eft
commun , jufqu'aux penfées & aux richeffes
de l'efprit ; car il einprunte fouvent fes ima
Dv
82 MERCURE
ges & fes idées de l'Hymne au Soleil ; mais
il est le premier à en avertir les Lecteurs ,
& c'est toujours pour lui une occafion de
rendre hommage aux talens de M. l'Abbé de
Reyrae. Si M. Bérenger n'avoit jamais loué
que de pareils Écrivains , on ne feroit pas
en droit de lui appliquer ces deux vers du
Milantrope :
Sur quelque préférence une eftime fe fonde ,
Et c'eft n'eftimer rien qu'eftimer tout le monde.
Rien de mieux que la louange , fans doute ,
quand elle est le tribut de l'eftime & de l'admiration.
Le befoin de louer les talens eft
une preuve de talent dans un vrai Poëte.
1 parle avec tranfport des Maîtres de fon Art ;
J'aime qu'au nom d'Homère il s'anime & rougiſſe,
Mais lorsque la louange eft une convention ,
lorfqu'on s'eft fait un fyftême de la prodiguer
à tout le monde pour capter des fuffrages
qu'il faudroit mériter , elle eft méprifable
; elle déshonore celui qui la donne ,
* M. l'Abbé de Reyrac vient de mourir à Orléans
. Cet Écrivain , dont les moeurs étoient auffi
douces que le ſtyle fera regretté de ceux qui chériffent
la vertu , & qui prennent intérêt aux bonnes
Lettres & au bon goût . S'il n'étoit pas, un penfeur
profond , fes idées étoient faines ; ce n'étoit point un
barbare. Il ne reflembloit point , comme tant d'au
tres Écrivains modernes , à cet Auteur dont parle
Horace : Excludit fanos Helicom poetas.
•
DE FRANCE. 83
fans honorer celui qui la reçoit , il la dé
daigne lui- même pour peu qu'il en foit
digne. M. Bérenger a trop de talent pour
donner l'exemple de la proftituer. Il eft intéreffé
plus que perfonne à ce qu'elle foit le
prix du mérite , & non pas un trafic où la
médiocrité feule peut trouver fon profit.
Nous terminerons cet article par les vers
que M. Imbert lui a adreffes. Cette petite
Pièce eft un modèle d'efprit & de fineffe .
Que votre Apollon gracieux
Sait avec Art débiter la fleurette !
Pour l'amour-propre d'un Poëte
Son doux parler eft bien infidieux.
Plus d'une fois l'encens , par fa fadeur extrême ,
Exhale des vapeurs d'ennui ;
L'efprit goûte le vôtre , & le coeur avec lui ;
Et vous mériteriez d'être chanté vous -même
Tout auffi bien que vous chantez autrui .
Mais , quand je veux répondre en Mufe énorgueillie ,
Ma fierté rencontre un écueil ;
Votre louange enfin m'inſpire de l'orgueil ,
Et vos vers de la modeſtie.
D vj
84
MERCURE
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOISE.
ON vientde remettre à ce Théâtre Bérénice,
Tragédie de Racine.
Depuis longtemps cet Ouvrage étoit
banni du Répertoire , parce qu'il a toujours
produit très peu d'effet à Paris . Nous ignorons
quelle circonftance a pu engager MM.
les Comédiens François à le faire reparoître.
> Quelle qu'elle foit , nous les en remercions
au nom de tous les Amateurs de la faine Lit
térature & de l'Art Dramatique. Ce n'eft pas
que nous regardions Bérénice comme une
Tragédie fufceptible de faire éprouver des
impreffions bien profondes. Une Pièce de
Théâtre , dont toute l'action roule fur l'impoffibilité
dans laquelle le trouve unEmpereur
d'époufer une Reine qu'il adore, ne peut attacher
fortement que les âmes douées d'une pro
fonde fenfibilité. C'eft du développement de
tous les fentimens qu'éprouvent deux cours
animés de la même paffion , d'un amour
qu'il faut immoler au devoir , que peut feulement
réfulter tout l'intérêt d'un pareil
Ouvrage & peut être fommes- nous dans
un temps où les mouvemens exagérés du
Drame , l'accumulation des incidens & des
tableaux , ainfi que l'abus des maximes ,
4
DE FRANCE. 85
" 4
ont rendu les deux tiers de nos Spectateurs
inhabiles à goûter la repréfentation d'une
Tragédie dont la marche , les caractères &
les fituations font de la plus grande fimplicité.
La remife de Bérénice a néanmoins fait
plaifir , parce que la mélodie enchantereffe
du ftyle de Racine fuffiroit feule pour faire
admirer cet Ouvrage , que nous avons nommé
Tragédie , pour nous foumettre à l'ufage ,
mais qui , dans le fond , n'eft qu'une longue
Élégie dialoguée en cinq Actes. Au reste ,
c'eft véritablement un chef d'oeuvre en fon
genre ; & nous ofons avancer qu'il eft trèspréfumable
que cette production , qui n'a
jamais eu de modèle , ne fera jamais imitée .
Racine avoit de l'âme , du goût & du génie ;
il connoiffoit le coeur humain , les pallions
qui l'agitent , leurs effets , leurs nuances ,
même les plus fugitives. C'eft avec ces
moyens que la Nature réunit fi rarement
dans le même Écrivain , qu'il a vaincu les
difficultés prefqu'infurmontables du fujer
qu'il avoit à traiter , fujet proposé par circonftance
, & fur lequel échoua le grand
Corneille. Cela feul peut fervir de preuve
à ce que nous venons d'avancer.
+
F
La remife de Roméo & Juliette , Tragédies
de M. Ducis , a fait beaucoup d'honneur au
talent de M. de la Rive, qui y repréfente le rôle
de Montaigu. Il avoit déjà paru dans ce rôle
en 1776 , & y avoit obtenu les plus vifs ap-
A pan
867 MERCURE. -
plaudiffemens. Plufieurs Journaux parlèrent
avec éloge de l'intelligence qu'il y avoir déployée
, & de l'effet qu'il y avoit produit.
On lui reprocha feulement un peu d'exagération
, l'ufage de quelques moyens profcrits
de la Scène par la délicateffe de notre goût ,
& des formes un peu jeunes pour l'âge du
perfonnage qu'il repréfentoit. Ces légères.
taches étoient d'autant plus excufables que
la jeuneffe de M. de la Rive , la nature de
fon organe , la nobleffe de fa figure fembloient
l'éloigner abfolument d'un rôle mar
qué du fceau de la vieilleffe , malgré l'énergie
du caractère & la force des fituations . Six
années d'expérience , & fans doute les réflexions
que l'amour de fon état & le defir de
plaire aux connoiffeurs ont fait faire à ce
jeune Comédien , ont atténué,une partie des
défauts qu'il avoit laiffé appercevoir dans
ce rôle , & fait difparoître les autres . Nous
nous empreffons , avec plaifir , de lui donner
les éloges qu'il nous a paru mériter , & nous
l'engageons à continuer de travailler avec le
même courage qu'il a montré juſqu'ici. Il
jouit déjà d'une réputation très - diftinguée ,
nous aimons à croire qu'elle peut augmenter
encore, & que nous verrons un jour le nom
de la Rive placé fur la ligne des premiers
Comédiens de la Scène Françoife.
A
Le Lundi 20 Janvier , on a donné , pour
la première fois , le Roi Léar , Tragédie en
cinq Actes , par M. Ducis .
DE FRANCE. 87
Le Théâtre Anglois de M. de la Placé , &
la Traduction de Shakespear , par M. lc
Tourneur , ont pu donner à ceux de nos Lecteurs
qui ne connoiffent point la langue Angloife
, & qui s'occupent des nouvelles de
notre Littérature , une idée de l'Ouvrage qui
a fervi de modèle à la nouvelle production
dont M. Ducis vient d'enrichir notre Théâtre.
Nous defirerions néanmoins pouvoir
donner ici l'analyſe de la Pièce originale ,
pour la fatisfaction de ceux de nos Abonnés
qui n'ont pas lû les Ouvrages de M. de la
Place & de M. le Tourneur ; mais les bornes
de ces articles ne nous permettent pas
de faire aujourd'hui la comparaifon des deux
Tragédies , & nous la remettrons à un temps
où les matières moins abondantes nous laifferons
l'efpace néceffaire pour cet objet.
Nous dirons feulement que fi la Tragédie
de Shakefpéar eft étincelante de beautés fublimes
, elle peut être en même- temps confidérée
comme un chef- d'oeuvre d'inconduite
& d'extravagance. M. Ducis s'eft emparé du
fonds de la Pièce Angloife , en a changé la
marche, & en a difpofé les fituations à fa
manière. Il a pris à Shakefpéar tout ce qu'il
en pouvoit prendre de relatif aux conventions
de notre Scène , en lui faifant fubit les
' modifications dont le fujer eft fufceptible ,
& dont les Spectateurs François font jaloux.
Voici quelle eft en fubftance la Fable de
M. Ducis.
+
, ་ ;
Le Roi Léar a marié deux de fes trois
a
88 MERCUREfilles
, & a partagé fon Royaume entre elles
deux. Elmonde , la troifième , calomniée par
fes foeurs , n'a éprouvé de la part de fon père
que des injuftices & des chagrins ; elle a
mênte été contrainte à fuir. Les deux aînées
n'ayant plus rien à attendre du koi , font
éclater la plus noire ingratitude , l'accablent
d'outrages , & le chaffent enfin de fon palais.
Errant , fugitif, perfecuté par fes remords ,
fuccombant fous le poids de l'infortune , le
malheureux Prince perd la raifon . Il arrive
dans un bois épais , où il eft accueilli par un
orage. C'est dans ce même bois qu'Elmonde
a trouvé un afyle ; c'eft- là qu'elle retrouve
fon père réduit à l'état le plus affreux , &
qu'elle cherche à lui donner toutes les confolations
dont elle eft capable. Quint, ancien
Miniftre de Léar , & fon ami fidèle , a deux
fils , dont l'un eft l'amant aimé d'Elmonde.
Ces deux fils ont formé le projet de punir
l'ingratitude des enfans de Léar , de les chaffer
du trône , & d'y rétablir ce Prince infortuné.
Ils font affez heureux pour réaffir
dans leur projet ; mais Léar remet la couronne
à fa fille , & confent qu'elle épouse
celui des deux fils de Quint dont elle eſt
aimée , & qui a le plus contribué à fa vengeance.
On a reproché à cet Ouvrage de n'être pas
clair dans fon expofition , d'être trop compliqué
dans fa marche , & d'être forcé dans
fon dénouement. Nous ofons affurer que ces
trois reproches font fondés ; néanmoins
DE FRANCE. 89
nous affurerons auffi que cette nouvelle production
de M. Ducis mérite tout le fuccès
dont elle jouit parce qu'elle porte avec elle
un intérêt très- puiffant ; que le tableau d'un
père & d'un Roi , réduit à la plus affreufe
misère , par l'ingratitude de ceux dont il a
fait le bonheur , & fecouru par ceux même
qu'il a outragés , offre un fpectacle très - attachant
, & fait pour parler à toutes les âmes
fenfibles . Il y a d'ailleurs de l'adreffe & du
talent dans les moyens que l'Auteur a employés
pour annoblir la folie de Léar . Rien
de plus difficile , à notre avis , que de
faifir lá nuance qui convient à un perfonnage
tragique , tel que Léar , & d'intéreffer
pour un fou. M. Ducis a vaincu ces
difficultés. Le moment où le Roi paroît avoir
oublié le rang qu'il a tenu , tous les événemens
de fa vie , fi ce n'eft peut être qu'il
fut père, eft un moment déchirant. En un
mot , on trouve dans la Pièce des morceaux
de détail très- pathétiques , quelques uns qui
avoifinent le fublime , d'autres qui font trèsnégligés
, des vers durs , des inverfions fatigantes
pour l'oreille , de l'exaltation dans
les idées , & prefque partout une ſenſibilité
profonde & entraînante. L'Auteur a été appelé
à grands cris : il a paru. On s'eft élevé ,
depuis quelques années , contre la foibleffe
des Auteurs qui ont confenti à paroître , en
perfonnes , dans le cadre deftiné à leurs Ouvrages
. Il nous femble que M. Ducis a jugé
que les proteftations que l'on a faites contre
༡༠ MERCURE
cer ufage , qui femble mettre le Poëte & le
Comédien fur la même ligne , font mal fondées.
A- t'il tort ? a- t'il raifon ? Ce n'eft point
ànons à prononcer . Sub judice lis eft.
Au Mercure prochain les Articles de la
Comédie Italienne.
VARIÉTÉ S.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
M ONSIEUR ,
EN donnant quelque étendue à mes Obſervations
fur la mafique d'Atys , je n'ai pas eu feulement pour
but de louer ce qui pouvoit fort bien fe paffer de
mes éloges : j'ai voulu , comme je l'avois annoncé ,
contribuer aux progrès de l'art ; & je n'y pouvois
parvenir qu'en développant les beautés les plus frappantes
de cet Ouvrage. Mais le fonds en eft fi riche ,
que , fans en avoir dit fur la première Partie tout ce
qu'il y avoit à dire , & fans avoir entammé la feconde
, j'ai paffé les bornes que l'abondance des marières
, qui compofent votre Journal , vous a forcé
de preferire à chacune. Je n'ai rien à répondre ,
Monfieur , à vos réflexions à cet égard ; & je facrifie
fans répugnance à des confidérations fi juftes , ce
que j'avois cru devoir dire de la fin du fecond Acte
& du troifième en entier , principalement de quelques
morceaux dont le fuccès s'accroît à chaque repréfentation
, tels , par exemple , que l'air terrible
de Cybèle : Tremblez , ingrats , de me trahir , air
que la plupart de ceux qui l'applaudiffent ne trouvent
beau que parce qu'il eft fort & bruyant , mais
où M. Piccini a déployé toute la fertilité , tout le
DE FRANCE.
༡ ་
feu de fon génie , toute la profondeur de fon Art;
où , parmi tant de fracas & de défordre , il fe pofsède
au point de ne pas laiffer échapper les nuances
les plus délicates. L'air auffi neuf que paffionné , auffi
fimple dans fon motif que riche dans fes détails &
dans fon enfemble , Malheureufe , hélas ! j'aime
encore , modèle , j'ofe dire inimitable d'un air tou--
chant & pathétique , qui , forti d'un feul jet de la tête
& du coeur d'un fi grand Maître , réunira toujours
les fuffrages des vrais Connoiffeurs & celui des
coeurs fenfibles . La Scène intéreffante qui le fuit , &
le charmant duo , Jurons de nous aimer toujours
où se trouve exprimé tout ce que l'amour infpire à
deux jeunes amans , divifés un inftant par un mou◄
vement de jaloufie , mais qui fe réuniffent pour ne
Le plus quitter qu'à la mort. Enfin , le quatuor du
troisième Acte , production admirable , dont l'analyfe
amenoit naturellement des réflexions utiles fur
la mufique d'action ou dramatique , & fur les qualités
qu'elle doit avoir.
7
Après avoir examiné les différentes parties de
ce beau tour , je revenois fur l'enfemble & fur l'économie
générale , qui ne mérite pas moins d'attention
& d'éloges.
Les Ballets venoient enſuite . Le coloris brillant ,
la grâce & la variété répandues dans les airs de
danfe , l'idée heureufe & parfaitement exécutée de
l'entrée des fonges & du tableau voluptueux qu'ils
offrent dans le fecond Acte , & quelques parties
agréables des Ballets qui terminent les deux autres ,
donnoient lieu à des obfervations que les Amateurs
de cet Art n'auroient peut- être pas dédaignées.
Quant à l'exécution théâtrale & muficale , j'y faifois
obferver quelques négligences qu'il feroit aufli
facile que néceffaire d'éviter ; mais je me plaifois à
rendre justice au talent & au zèle des premiers Sujets
& de l'Orchestre. En général, on fait trop peu d'at
92 MERCURE
tention à la partie inſtrumentale , qui en demanderoit
cependant une particulière. Je louois avec plaifir
la vigueur , la précision , le feu que l'Orcheſtre a
mis dans l'accompagnement de cet Opéra , ainfi que
l'intelligence & l'impartiale activité du Chef qui le
dirige.
Il est juste de donner aux Acteurs qui fe diftinguent
dans la partie du choeur des témoignages mo
tivés de la fatisfaction publique. J'en faifois un article
à part , où je me permettois quelques obfervations
critiques mêlées à de juftes louanges.
J'avois peu de chofes à dire fur le rôle d'Atys ;
les talens de M. Legros font fi univerfellement reconnus
, qu'il fuffit d'annoncer qu'il remplit un rôle
fi propre à les faire valoir , pour que le Public fache
d'avance tous les applaudiffemens qu'il y peut mériter.
Mile Duplant fe diftingue dans celui de Cybèle
non-feulement par les avantages que l'on eft habitué
à louer en elle , & qui n'ont jamais été plus marqués
que dans l'air : Tremblez , ingrats , de me trahir;
mais par l'attention qu'elle a de modérer fa voix, naturellement
forte & volumineufe , dans quelques endroits
qui demandent une expreffion plus douce &
plus tendre que les rôles de fon emploi ne l'exigent
ordinairement , & fur- tout dans l'air délicieux : Je
reffens un plaifir extréme.
M. Larrivée jette auffi de l'intérêt dans le rôle
fecondaire de Calenus ; mais ce qu'il m'avoit paru
néceffaire d'examiner avec plus de détail , c'eſt la
manière dont Mlle Saint- Huberty remplit celui de
Sangaride ; elle y met tant d'art & de naturel , fon
jeu eft fi vrai , fi bien raifonné , fi profondément
fenti , fon chant expreffif, lié , foutena , eft orné
avec tant de fageffe , nuancé avec tant de goût , que
je ne craignois pas de propofer ce qu'elle eft dans
cet Ouvrage, pour modèle de ce que devroit toujours
être une Cantatrice dramatique : de- là naifoient
DE FRANCE. 93
quelques idées affez nouvelles , & peut-être intéresfantes
, fur le chant théâtral , fur ce qu'il doit céder
au jeu de l'Acteur , & fur ce que celui - ci lui doit accorder
à fon tour.
Tous ces objets , traités avec quelque foin, auroient
pu n'être pas défagréables aux perfonnes qui fréquentent
ce Spectacle , & qui aiment à s'occuper de
tout ce qui peut y avoir rapport; mais d'autres Spectacles
réclament auffi l'attention publique ; & encore
une fois , Monfieur , je ne vois point de réponſe aux
objections que vous avez bien voulu me faire . Je
finis donc en vous priant d'agréer les témoignages de
ma reconnoiffance pour l'admiffion que vous m'avez
accordée dans les deux précédens Mercures , &
l'affurance des fentimens avec lefquels j'ai l'honneur
d'être , Monfieur ,
Votre très-humble & trèsobéiffant
Serviteur ,
MELOPHILE.
ANNONCES ET NOTICES.
HERBIER de la France , ou Collection complette
des Plantes Indigènes de ce Royaume , avec leurs
détails Anatomiques , leurs propriétés & leur ufage
en Médecine & dans les Arts , par M. Bulliard ,
Botanifte.
Cet important Ouvrage a toujours le même fuccès,
parce qu'il fe continue toujours avec la même exactitude
, tant pour les Livraifons que pour l'exécution .
La defcription qu'il offre de chaque Plante fatisfait
le Botanifte ; & ilne laiffe rien à defirer pour le deffin
& pour le coloris. C'eft M. Bulliard lui-même qui
a deffiné toutes les Plantes. Il les a fait graver & imprimer
à fes frais , & n'a employé pour cela que des
Artiftes célèbres . Cette manière de colorier les ob-
F
94 MERCURE
7
jets d'Hiftoire Naturelle a ,
fur toutes les autres ma-,
nières connues , l'avantage de la précision , & d'une
imitation plus fcrupuleufe ; elle conferve même les
couleurs les plus délicates , parce que fi le papier
vient à jaunir , on peut le blanchir en l'expofant nud
à la rofée .
Chaque année eft compofée de 12 Cahiers. Le
No. 32 vient de paroître ; il contient le Cocrifte .
Glabra ou Crête de Coq , la Nielle des champs , la
Perficaire brûlante , & l'Orange fauffe.
L'Ouvrage eft divifé en quatre Parties , qu'on
peut prendre féparément ; les Plantes Vénéneufes ,
les Champignons , les Plantes Médicinales , & les
Plantes graffes.
On paie chaque Cahier 3 liv .; le premier de la
Collection fe paie double. Les perfonnes de Pro-,
vince qui fouferivent pour l'Herbier entier doivent
envoyer liv . , & pour une partie feulement ,
72 liv. Il faut s'adreffer à M. Bulliard , rue des
Poftes , au coin de la rue du Cheval- Verd , à Paris ;
& chez Didot jeune & Belin , Libraires. Le Diction
naire Élémentaire de Botanique , avec 10 Planches
coloriées , paroîtra vers la fin de Mars. Les Soufcripteurs
le paieront 12 liv.
CÉRÉMONIES & Coutumes Religieufes de tous
les Peuples du Monde , en quatre Volumes in -folio ,
divifées en quinze Cahiers ou Livraiſons Prix , 8 liv.
brochés ; quatrième Livraiſon. A Paris , chez Laporte,
Libraire , rue des Noyers.
Le quatrième Cahier termine le premier Volume.
Par un Avis qui eft à la tête , le Libraire chargé de
cette grande entreprife , promet formellement que
l'Ouvrage fera fini & livré dans le courant de cette
année ; & la rapidité avec laquelle les Livraiſons fe
fuccèdent , femble ne laiffer aucun doute fur cet
engagement. Quoique le prix de ces quatre Volumes
DE FRANCE.
95
ait été réduit à la fomme de 120 liv. cependant , pour
aflurer une diftinction aux Soufcripteurs , on prévient
aujourd'hui que paffé le premier Avril prochain
, chaque Livraiſon coûtera 10 liv. , ce qui portera
le prix de la Collection entière à 15o liv.
On avertit les Soufcripteurs que les Planches nouvellement
tirées pourroient maeuler fi on les relioit
fur le champ. On les a renvoyées à la fin de chaque
Cahier , fans les claffer , parce qu'on a craint de
gâter le texte par le contact de ces mêmes Planches
récemment imprimées ; mais les chiffres qui diftinguent
chaque figure donnent la facilité de mettre tout
fa place .
CAFE de Santé. Le fieur Frenehard , ancien Officier
d'Office , qui s'eft occupé long- temps de Chimie
, & qui a fuivi des cours de Médecine , a conçu
& exécuté l'utile projet d'imaginer une liqueur qui
puiffe remplacer le Café. On eft généralement d'accord
aujourd'hui fur les inconvéniens de cette dernière
boiffon , prife le matin avec du lait. La poudre
du fieur Frenehard eft compofée de riz , d'orge , de
feigle , d'amandes & de fucre. Le goût en eft agréa
ble ; & la feule expofition de ce qui la compofe
fuffit pour prouver qu'elle eft fans inconvéniens
pour
la fanté . Elle ne peut qu'être utile aux tempéramens
fecs , bilieux , aux perfonnes attaquées d'infomnie ,
& dont le genre nerveux eft facile à s'irriter. La manière
de s'en fervir , c'eft d'en mettre une cueillerée
dans environ un demi- feptier d'eau bouillante , &
on la laiffe repofer après un bouillon ou deux
comme le café ordinaire. Il faut y mettre autant de
fucre que de poudre. Nous ne pouvons que recommander
l'ufage de cette liqueur , qui a des avantages
& pas un inconvénient. La poudre fe vend 40 fols
la livre , chez le fieur Frenchard , rue Sainte - Marguerite
, près celle des Cifeaux , maison du Boulanger.
a
>
96
. MERCURE
La Demoiselle Frenehard , fa four , ancienne
Coëffeufe , qui demeure même maiſon ,
vend une
Eau qui teint les cheveux gris , blancs ou rouges ,
en châtain, brun ou noir , & qui rétablit ceux qui -
font gâtés déjà par d'autres teintures . Celle- ci opère
dès les premiers jours. Les couleurs qu'elle imprime
durent autant que les cheveux , qui deviennent parlà
plus propres à la frifure , & qui garniffent beaucoup
plus . On en vend des bouteilles de 24 & 3 liv.
pour en faciliter l'effai ; & l'on y joint la manière
de s'en fervir. On peut en faire ufage fans danger.
7
ERRATA. Dans le dernier Article du Concert
Spirituel , en parlant de Mlle Vaillant , nous n'avons
fait mention que des leçons qu'elle reçoit maintenant
de Mlle Farinella nous avons reçu , à ce sujet ,
une lettre honnête de M. Aubert , Maître de Chant
& de Violoncelle , dans laquelle il réclame l'éducation
Muficale de Mlle Vaillant , & nous nous empreffons
de lui rendre le tribut d'éloges qu'il mérite .
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 44 , ligne 21 , Il a exécuté Calderone ; lifez :
Il a imité Calderone.
TABLE.
REPONSE à des Vers , 49 dour ,
Lettre fur Bayonne & fur les Comédie Françoife ,
Bafques ,
Enigme & Logogryphe ,
84
55 Lettre au Rédacteur du Mer
77 cure , 90
Porte- Feuille d'un Trouba- Annonces & Notices, 93
APPROBATIO N.JUGA
:
te
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 8 Février. Je n'y ai
zien trouvé qui puiffe en einpêcher l'imprefion. A Paris ,
le 7 Février 1783. GUID 1.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 FÉVRIER 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
A 1 X.
VERS SUR LA PAI X.
D'UN grand Roi , Miniftre fidèle
Toujours guidé par l'équité ,
Tes talens égalent ton zèle
Pour le bien de l'humanité.
Tu traces d'une main favante
Des bornes à l'ambition .
Ta politique bienfaifante
A fu forcer , même Albion ,
A t'accorder fa confiance.
C'eft ta fageffe qui balance
Les droits de chaque Nation ..
L'Europe voit l'indépendance .
Soufcrite enfin par les Anglois :
No. 7, 15 Février 1783 .
7/
E
98
MERCURE
L'Amérique , unie à la France ,
Des lys confacre les fuccès.
A la faveur d'une Paix sûre ,
Tous les Peuples de l'Univers
Vogueront libres fur les mers ,
"Selon les voeux de la Nature .
Vergennes , tes foins généreux
Éteignent le feu de la guerre :
Ta prévoyance falutaire
Ne tend qu'à faire des heureux .
( Par M. du Mas , Capitaine d'Infanterie,
Maréchal-Général des Logis des Gardes-
Françoifes. )
STANCES à Mile DE GAUDIN , È
l'occafion de fon Építre fur les Préjugés ,
publiée dans l'Almanach Littéraire , & de
fes Chanfons inférées dans les Étrennes
Lyriques de 1783.
VOTRE Apollon , mieux que tout autre ,
Entraîne le coeur enchanté;
Qui n'adore l'humanité
Quand une Grâce en eft l'Apôtre?
DEs vils préjugés qu'il terraffe ,
Vainqueur redoutable , hardi ,
Voltaire eût fans doute applaudi
Votre philofophique audace .
DE FRANCE. 991
D'APOLLON fille enchantereffe,
Qui de yous ne feroit jaloux ?
Vos vers , que je relis fans ceffe ,
Seront lûs mille ans après vous.
AH! qu'il eft beau de fon génie
D'occuper la poftérité ,
Sur-tout après avoir été
Femme aimable & femme jolie !
POUR ma. Nanon , c'eft autre chofe ;
Elle a vingt ans , quelques appas ;
Ecrit paffablement en profe ,
Aime les vers , & n'en fait pas.
Du luxe careffant l'idole ,.
Chaque jour les doigts délicats
Brillent dans ce temple frivole
Où la mode tient fes états.
LA, du goût Prêtreffe & modèle ,
Nanon , par fon art féducteur >
Ajoute un charme à la plus belle ,
Et prête un voile à la laideur.
MAIS l'art , dit- on , jamais ne donne
Que d'inutiles ornemens ,
Ces refrains ufés dès long- temps
N'en impofent plus à perfonne.
Eij
100 MERCURE
AINSI , de nos Drames forcés ,
Chez Melpomène & chez Thalie ,
On prend les écarts infenfés
Pour les vrais élans du génie.
L'ART peut embellir la Nature ,
Ainfi n'en blâmons que l'abus ;
On fait que l'on plaît fans parure ,'
Et parée on plaît encor plus.
MAIS quoi , ma Mufe doctorale
Triftement s'épuiſe en leçons ,
Au lieu de citer vos Chanſons,
Dont je goûte fort la morale !
GATTE , vin vieux , & jeune amie ,
C'eft mon refrain ; & je prétends
Que,fans ce doux emploi du temps ,
C'eft peu de chofe que la vie.
JADIS circuloient à la ronde,
Chanfons , bon vin , joyeux propos ,
Bannis aujourd'hui d'un grand monde,
Et toujours fobre & toujours faux.
EN VAIN votre Mufe l'excite ,
La gaîté loin de nous a fui ;
Pour une Démocrite aujourd'hui
On a vingt finges d'Héraclite .
DE FRANCE. IOL
HELAS ! quelle erreur eſt la nôtre ? …...
Mais n'eft-il pas temps de finir ?
En écoutant trop mon plaifir ,
Je pourrois fort bien nuire au vôtre.
Né pour rimer des bagatelles ,
C'eſt à tort que ma foible voix
Ofe ici chanter à la fois
Cypris & les neuf Immortelles.
( Par M. Damas.)
VERS pour placer au bas du Portrait de
M. l'Abbé DE REYRAC.
SU Rune Lyre d'or il chanta la Nature ;
Des vers les plus brillans fa profe a la fraîcheur,
Tous les tableaux font vrais , & jamais l'impofture
Ne farda fes vertus , fon ftyle , ni fon coeur.
( Par M. Crigon , d'Orléans , de plufieurs
Académies. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt Paix ; celui du
Logogryphe et Paix , où fe trouve Pax.
E iij
102 MERCURE
S
ΜΙ
CHARAD E…où ni
AMYLecteur , qui te piques
D'avoir l'efprit un peu fin
Je voudrois que tu m'expliques
Par quel étrange
deftin
J'ai ma tête en Italic
Et le coeur dans ton jardin ,
Quand de moi l'autre partie
A pris naiffance au moulin.
2
(Par un Amateur du Grand- Andely )
ÉNIGM“Ey 3500 40 LG MEN ?
JE détruis le génie en chargeant la mémoire ...
Je n'inftruis les humains
Que pour les rendre vains 、CI
2
Et toujours envieux d'une futile gloire.
( Par M. de Meude- Monpas.
Петродов
м
AUTRE.
L'ÉTÉ , je tombe fur vos têtes ;
L'Hiver , je grille dans le feu ;
Jom S
Mais , Été comme Hiver , j'arrondis un cheveu ,
Et fais tapage dans vos fêtes.
('Par M. Pat * , )
DE FRANCE. 103
LOGOGRYPHE
..
AMINTE fait briller , par mes traits délicats ,
Sa gaîté , fa fineffe, & bien d'autres appas. ,.
Ea moi l'on trouve encore une ville Helvétique ;
Cinq pronoms ; un zéro ; deux notes de mufique ;
Un habitant des cieux ; un autre des enfers ;
}
Ce qui divife l'an ; ce qui frappe les airs.
Voilà , dans les fix pieds qui compofent mon être ,
Plus qu'il n'en faut , je crois , pour me faire connoître,
( Par un Ecolier de Verſailles. ¿)
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
PENSEES Morales de Cicéron , recueillies
& traduites par M. Lévefque. A Paris ,
chez Didot l'aîné , & Debure l'aîné ,
Libraires , quai des Auguftins . 1 Vel .
Infcriptiones propter quas vadimonium deferi
poffit : at cum intraveris , dii deaques quàm
Nihil in medio invenies !
SIl'on a dit que les deux Ouvrages publiés
par M. Lévesque , & qui font partie de la
Collection des Moraliftes anciens , ne méritoient
pas d'être tirés de l'oubli auquel
deur médiocrité fembloit les avoir condamnés
; fi la plupart des Penfees qu'il a extraites
E iv
104 MERCURE
de Confucius & des Auteurs Chinois n'offrent
en effet qu'une morale , ou fauffe &
fuperftitieuſe , ou vague & fuperficielle ; en
un mot , fi des juges févères & doués de ce
tact exquis & sûr que donne l'étude réfléchie
des grands modèles , lui ont reproché d'avoir
étendu dans deux Volumes ce qui devoit à
peine occuper
dix pages, nous espérons qu'il
n'en fera pas de même du Recueil dont nous
allous rendre compte.
Ceux qui aiment Cicéron , qui le lifent ,
& qui favent par coeur les plus beaux endroits
de fes Écrits , obferveront fans doute
que cet Abrégé de fa Morale n'en donne
pas en général une grande idée ; ils accuferont
M. Lévefque d'avoir trahi la caufe qu'il
s'étoit chargé de défendre avec fuccès , &
d'avoir affoibli , énervé même à deffein Cicéron
, pour le livrer prefque fans combat à
ceux qui lui préfèrent Sénèque. On ne trouve
point , il est vrai , dans le Recueil de M.
Lévefque , un affez grand nombre de Penfées
où Cicéron montre autant d'efprit que de
raifon & de philofophie , tandis qu'on y ren
contre une foule de maximes qu'on lit avec
plaifir dans l'original , parce que l'élégance
& la richeffe de la forme font prefque ou
blier la foibleffe , & , fi nous ofons le dire ,"
la pauvreté du fonds ; mais qui , malgré tout
le talent de M. Lévesque , paroiffent dans fa
Traduction des vérités commones ,
quelles on ne feroit même aucune attention
sil ne les avoit pas jugées dignes de la fienne.
auxDE
FRANCE.
105
Malgré ces défauts , que les admirateurs
de Cicéron pardonneront difficilement à M.
l'Evefque , il n'en eft pas moins un défenſeur
très-zélé & très- fincère de ce grand Orateur ,
qu'il croit même fort fupérieur à Sénèque.
Cependant, comme on ne peut pas raifonnablement
fuppofer que tant d'idées fines ,
ingénieufes , & quelquefois profondes , qui
brillent par intervalle dans Cicéron , ayent
échappé à la fagacité de M. Lévefque , &
qu'il n'en ait pas fenti la force & la jufteffe ,
il vaut mieux dire qu'il n'a lû aucun des Ouvrages
où ces Penfées fe trouvent , mais feulement
ceux dont l'objet eft purement moral
, & qui , par cela même , pouvoient lui
offrir plus facilement la matière d'un Volume.
Cette manière d'expliquer les omiffions graves
de M. Lévefque , nous paroît la meil
leure ; & fi elle ne le juftifie pas au tribunal
des Litterateurs Philofophes , les feuls hommes
fur le jugement defquels le Public difpenfe
tôt ou tard la louange ou le blâme
elle prouve au moins que c'eft pour avoir
négligé , ou peut être même ignoré les fources
où il devoit puifer , & non dans le def
fein de diminuer la gloire de Cicéron , que
M. Lévefque en a fait un extrait un peu fec
fouvent infidèle , & où l'on voit avec peine
qu'il s'eft bien plus occupé de faire lire que
de faire penfer.
M. Levefque a mis au-devant de la morale
de Cicéron une Vie de cer Orateur , qui ne
fuppofe ni beaucoup de recherches ni de
Ev
06 MERCURE
grands efforts de tête. Tout ce qu'on peut
dire d'intéreffant , d'utile & d'inftructif fut
la perfonne & les écrits de Cicéron , fut le
caractère de fa philofophie , & fur l'hiftoire
politique & civile de fon temps , fe trouve
dans l'excellent Ouvrage de Midleton , auquel
M. Lévefque a d'autant plus de raifon
de renvoyer le Lecteur , que ce qu'il en dit
lui même n'apprend abfolument rien , &
qu'en voulant réduire à trente pages les
quatre Volumes de l'Auteur Anglois , il a eu
l'art d'étrangler tous les faits , de ne rien de
velopper , de n'infpirer aucun intérêt pout
celui dont il écrit la vie , & de ne faire con
noître dans Cicéron ni l'Orateur , ni le Philofophe
, ni le Moralifte , ni l'homme d'État,
ni l'homme. Lorfque fur une natière quel
conque il a paru un bon Ouvrage , il faut
bien fe garder de traiter le même fujet , à
moins qu'on ne foit très sûr de faire mieux,
de trouver dans les mêmes objets de nouvelles
faces à confidérer , ou d'appercevoir ,
par une analyſe plus exacte & plus profonde ,
de nouveaux rapports entre les objets déjà
connus ; mais quand on n'ajoute rien à ce
qui a déjà été dit ou écrit ; quand on fe contente
de répéter en d'autres termes ou dans
un autre ordre les Penfées des autres , on ne
fait que multiplier les Livres fur une Scien
ce ou un Art , fans multiplier réellement la
Science ou l'Art , & l'on travaille fans honneur
pour foi- même , & fans utilité le
pour
Public. C'eft ce qui eft arrivé à M. Lévesque,
DE FRANCE. 107
& ce qu'il auroit évité , fi , au lieu de prendre
indiftinctement dans le Livre de Midleton
cinq ou fix faits ni plus ni moins im
portans que cent autres dont il ne dit rien ,
il fe fût appliqué à nous montrer Cicéron
comme un excellent Moralifte , auffi fupérieur
à Sénèque à cet égard , qu'il le furpaffe
comme Écrivain . Il auroit dû examiner le
jugement que Montagne , M. Dideroti &
l'Éditeur de Sénèque ont porté de Cicéron ,
difcuter leurs raifons & les réfuter folidement
; mais M. Lévefque n'a pas même lû ce
qu'ils ont écrit à ce fujet ; car il leur impute
entre autres un raifonnement bien ridicule
qu'affurément ils n'ont pas fait. Il femble , à
l'entendre , que Montagne , M. Diderot &
M. N. , aient compté les Maximes de morale
qu'on trouve dans Sénèque & dans Cicéron ,
& qu'après avoir reconnu par ce calcul que
Cicéron fournit moins de ces Maximes que
'Sénèque , ils en aient conclu que ce dernier
l'emporte fur Cicéron. Cette logique feroit
fans doute fort étrange ; mais ce n'eft pas
tout à fait celle des Auteurs dont M. Lével
que parle avec trop de mépris , & qu'il ap.
pelle avec dédain des Littérateurs. Voici
*.
* On en fera moins étonné , lorfqu'on faura que
M. Lévefque traite prefque auffi inal Voltaire dans
une Hiftoire de Ruffie , en gros Vol. in- 12. qui
n'a pas encore tout le fuccès qu'elle mérite , mais
dont le ftyle & les réflexions plairont certainement
aux Philofophes & aux gens du monde qui ont du
Evj
408 MERCURE
les propres termes de l'Éditeur Anonyme de
la Traduction de Sénèque. Comme il paroît
-être le premier qui , dans ce fiècle d'ailleurs
fi éclairé , air ofé préférer Sénèque à Cicé
ron , nous croyons que l'équité & l'impar
tialité dont nous faifons profeffion , ne nous
permettent pas de le condamner fans l'en..
tendre, d'autant plus que M. Léveſque lui
fait dire par tout précisément le contraire
de ce qu'il a dit.
M. Lagrange , encouragé par le fuccès de
fa Traduction de Lucrèce , entreprit celle
de Sénèque , de ce Philofophe qu'on ne
lit point fans fentir croître fon zèle pour
la vérité , fon refpect pour la vertu , fon
amour pour les gens de bien , fa haine
» pour les méchans ; fans hâter au fond de
» fon coeur le moment de faire une bonne
action ; en un mot , fans être meilleur ,
» ou fans defirer fincèrement de le devenir.
» M. Lagrange avoit choifi cet Auteur
» comme le plus moral , le plus grave de
» toute l'antiquité , celui dont la lecture eft
» la plus utile dans tous les âges & dans
> toutes les circonstances de la vie ; qui er
taffe vérités fur vérités , mais qui les entaffe
quelquefois avec tant d'ordre &
» de précifion , que , p'us rapprochées , elles
n'en font que plus fenfibles & plus évi
goût & des connoiffances , auffitôt qu'ils fe lafferont
de lire Tacite, & l'Effai fur l'Efprit & les Moeurs des
Nations,
DE FRANCE. 109
+93
dentes ; qui a lui- feul plus de connoiffances
, plus d'idées , plus de profondeur
» que Platon & Cicéron réunis & analyfés;
enfinqui , louvent avec autant d'éloquence,
» & des mouvemens oratoires d'un auffi
grand effet qu'aucuns de ceux dont leurs
" Ecrits offrent le modèle, a plus, de nerf,
و ر
"
plus de fubftance & de véritable sève
» dans cinq ou fix pages , que ces Auteurs
n'en ont dans cent. Sénèque eft dans fon
gente ce que Tacite , avec lequel il a
» d'ailleurs beaucoup de conformité , elt
dans le fien , le premier des Philofophes ,
» comme celui- ci eft fans exception le premier
des Hiftoriens.
و د
و ر
que
འ » On ne peut refufer à Cicéron un trèsbeau
génie , c'eft même prefque toujours
un Écrivain de grand goût : il faut fur-tout
» le lire pour bien connoître toute la pui
fance l'oreille a fur notre ame. Per-
» fonne , en effet , n'a porté plus loin que
lui la grace , le nombre & l'harmonie du
ftyle ; peut-être même fes Ouvrages , con-
" fidérés fous ce point de vue , ne laiffentils
rien à defirer. C'est par ce côté feul qu'il
» eft , en général , très fupérieur à Sénèque;
» mais il ne peut lui être comparé comme
»
Philofophe ; & l'on ne croit pas qu'il y
ait aujourd'hui un feul homme de Lettres ,
» vraiment digne de ce nom , pour qui
» cette affertion ne foit pas un fait démontré
Le mérite particulier & très différent de
116 MERCURE
,
Cicéron & de Sénèque nous paroît apprécié,
dans ce paffage avec affez de justelle & de
précifion. Nous ajouterons même que cette
feule page fait mieux connoître dans l'un &
l'autre la forte de génie qui leur eft propre &
qui les caractérife , que cette belle phrafe
de M. Lévefque , où il compare Cicéron à
ces Peintres qui ne travaillent que pour les
Temples & les grands édifices , & qui étonnent
par destouches fermes & hardies ; & Sénèque
à des Peintres de Cabinet , dont les Tableaux
plaifent par un fini précieux & par une
touche fine & légère. C'est bien ici qu'il faut
appliquer l'axionie fi connu , comparaifon
' eft pas raifon ; car affurément rien n'eft
plus vague que cette manière de juger ; elle
ne donne aucun réfultat , & n'éclaircit rien.
En effet , le Lecteur aura- t - il une idée bien
nette & bien exacte du mérite de Cicéron &
de Sénèque , quand il faura que le premier
eft un Peintre de Tableaux d'Eglife , & l'autre
un Peintre de Cabinet.
La préférence que M. N. donne à Sénèque
, confidéré feulement comme Moralifte ,
comme Penfeur , en un mot comme Philofophe,
fur Cicéron, nous a paru bien fondée . M.
Diderot & M. d'Alembert , dont l'autorité ,
fans être , à la vérité , d'un aufli grand poids
que celle de M. Lévefque, n'eft pourtant pas
à dédaigner , n'ont pas fur cette question,
purement philofophique , & par conféquent
du reffort de peu de Lecteurs , des idées oppofées
à celles de l'Editeur de Sénèque . Des
DE FRANICE . 111
>
perfonnes dignes de foi nous ont même afluré
avoir entendu dire à M. d'Alembert ,
qu'il en ſetọic du jugement de M. N. fur Ciceron
, comme du difcours de ce Sénateur à
Tibère dans lequel ceux qui n'avoient pas
eu le courage de parler avec la même liberté ,
retrouvoient avec plaifir l'expreffion de leurs
fentimens fecrets . Le fuffrage réuni de ces
deux Philofophes , dont les Ouvrages , ainfi
que ceux de Voltaire , ont le plus contribué
attendre l'efprit & les connoillances , à perfectionner
le goûr & la raifon , & , ce qui
'eft pas moins utile , à faire refpecter les
Sciences & ceux qui les cultivent , confolera
fans doute M. N. de la critique de M.
Lévefque . Nous cirerons bientôt un paffage
de Montagne , qui , joint à celui qu'on vient
de lire , & aux réflexions également folides
& judicieufes de M. Diderot fur cette matière
, prouvera clairement que M. Lévesque
n'a pas même entendu l'état de la question ,
& qu'on peut regarder tout ce qu'il oppofe
au fentiment de fes adverfaires comme un
coup perdu , telumque imbelle fine ictu con
jecit.
On n'auroit jamais dû , dit - il , comparer
» deux Auteurs , dont la manière d'écrire eſt
» fi différente . M. Lévefque fe crée exprès
des fantômes pour être plus sûr de les combattre
avec fuccès ; mais , comme le dit trèsbien
Cicéron , ce n'eft pas vaincre que de
s'emparer d'une place que perfonne n'avoit
intérêtde garder. Facile erat vincere non répu
712
MERCURE
•
gnantes. En effet , lorfque l'on compare Ci
céron à Séneque , ce n'eft ni Cicéron l'Ecrivain
éloquent & nombreux , ni Cicéron
l'Orateur , mais le Moralifte , le Penfeur ,
le Philofophe Ciceron que l'on compare au
Moralifte , au Penfeur , au Philofophe Sé
nèque.
و د
و ر
Montagne , ajoute M. Lévefque , aimoit
» mieux Senèque que Cicéron ; c'eft qu'ayant
» tourné toutes les études du côté de la Mo-
» rale , il préféroit l'Auteur qui lui four-
» niffoit dans ce genre les richelles les plus
» abondantes : au lieu de comparer les Ecri-
" vains entre eux , il comparoit le Moraliſte
» à l'Ecrivain. »
4
Quelque égard que nous ayons pour M.
Lévesque , comme on doit encore plus de
refpect à la vérité , il nous permettra , fans
doute , d'obferver qu'on ne trouve rien dans
Montagne de tout ce qu'il lui fait dire ici.
Cette méprife eft d'autant plus étrange , que
Montagne n'a jamais comparé Cicéron à
Sénèque , encore moins le Moralifte à l'Ecri
vain , & que dans le paffage dont M. Lévefque
veut parler, Cicéron eft abfolument
confidéré & jugé comme Moralifte.
"
39
33
Quant à Cicero , les Ouvrages qui me
peuvent fervir chez lui à mon deffeing , ce
font ceux qui traittent de la Philofophie
fpécialement morale . Mais , à confeffer
» hardiment la vérité , ( car , puifqu'on a
» franchi les bornes de l'impudence , il n'y
a plus de bride ) fa façon d'écrire mefemble
DE FRANCE
113
"
»
32
"J
و ر
ور
39
30
19
:
ennuyeufe , & toute autre pareille façon ;
car les préfaces , définitions , partitions ,
étymologies confument la plufpart de fon
Ouvrage ce qu'il y a de vif & de noëlle
eft étouffé par les longueries d'apprêts. Si
j'ai employé une heure à le lire , qui eft
beaucoup pour moi , & queje ramentoive
" ce que j'en ai tiré de fuc & de fubſtance
la plufpart du temps je n'y trouve que du
" vent : car iln'eft pas encore venu aux argu
» ments qui fervent à fon propos & aux raifons
qui touchent proprement le noeud que
» je cherche. Pour moi qui ne demande qu'à
» devenir plus fage , non plus favant ou élo-
» quent , ces ordonnances logiciennes &
Ariftotéliques ne font pas à propos j'en-
» tends affez que c'eft que mort & volupté;
» qu'on ne s'amufe pas à les anatomifer. Je
» cherche des raifons bonnes & fermes , d'ar
» rivée , qui m'inftruifent à en foutenir
l'effort , ni les fubtilités grammairiennes.
" ni l'ingénieufe contexture de paroles &
d'argumentations n'y fervent. Je veux des
» difcours qui donnent la première charge
» dans le plus fort du doubte : les liens lan-
" guiffent autour du pot ; ils font bons pour
» l'Efcholé , pour le Barreau & pour le
"Sermon , où nous avons loifir de fommeil-
» ler , & fomines encore , un quart d'heure
après, affez à temps pour en retrouver le
» fil. Il eſt befoin de parler ainfi aux Juges
qu'on veut gaigner à tort ou à droit , aux
enfans & au vulgaire , à qui il faut tout
"
و ر
و د
و د
23
4
""
"
114 MERCURE
» dire & voir ce qui portera. » &c. Effais ;
liv. 2 , chap. 10 , pag. 264 &fuiv.
M. Lévefque nous dit gravement que leju
gement defeizefiècles femble avoir marqué la
place de Cicéron & de Sénèque. Nous ne fa
vons pas ce qu'il entend par ce Jugement de
feize fiècles. On l'embarrafferoit beaucoup ,
fi on le fommoit de citer les monumens hif
toriques qui conftatent , felon lui , cette
fuite non interrompue de témoignages en faveur
de Cicéron contre Sénèque ; mais M.
Lévefque n'a rien à craindre à cet égard.
Nous le difpenfons volontiers de nous donnerles
preuves de ce fait qui , vrai ou faux ,
eft peu propre à décider une queftion qu'on
ne peut ni éclaircir ni réfoudre par la voie de
l'autorité . Nous nous contenterons de lui
faire la même réponse que Cotta fit au Stoï
cien Balbus , qui , pour lui prouver la vérité
d'une tradition , lui alléguoit la fondation de
quelques Temples , un Arrêt du Sénat , un
Proverbe : " J'attendois des raiſons , lui re
partit Cotta , & vous m'objectez des bruits
populaires. Rumoribus , inquit , mecum
pugnas , Balbe , ego autem à te rationes re
quiro. M. Lévefque auroit pu fe rappeler encore
un autre paffage de Cicéron qu'il rap
porte lui-même , où cet Orateur le moque de
ceux qui , pour appuyer un vain préjugé ,
citent l'opinion des Peuples & des Rois ;
" comme fi , ajoute Cicéron , il n'étoit pas
ordinaire au plus grand nombre de fe
tromper; comme fi , dans une caufe que
DE FRANCE.
115
» vous auriez à juger , vous deviez recueillir
les fuffrages de la multitude. » ( Voy, la
Maxime 194. ) to mus
Quoique l'Editeur de Sénèque ait toujours
parlé avec éloge, & même avec enthouhaſme ,
du ftyle de Cicéron , M. Lévelque s'eft cru
obligé d'en faire l'apologie , oubliant ou feignant
d'oublier que M. Diderot & M. N.
n'avoient jamais attaqué , fur ce point , la
réputation de ce grand homme. It prétend
done que Cicéron devoit donner de l'étendue
à fes penfées afin que ceux quiperdroient une
partie de fon difcours , puffent encore en fui
vre la chaine. Nous nous garderons bien de
croire , encore moins de dire avec quelques
Cenfeurs , d'un goût auffi sûr que difficile à
contenter y que cette phraſe eſt du nombre
de celles quelVoltaire appeloit du galimatias
doubles mais nous prierons M. Lévefque
de nous expliquer comment l'étendue qu'un
Orateur donne à fes pensées , fait qu'on peut
encore fuivre la chaîne de fon difcours ,
quand on en a perdu une partie . Si cette
phrafe pouvoit avoir quelque fens , ne ſel
roit- cepas celui que Montagne exprime beaucoup
plus clairement lorfqu'il dit que les
Ecrits de Cicéron font bons pour l'Efchole',
pour le Barreau & pour te Sermon , où nous
avons toifir de fommeiller & fommes encore ,
un quart d'heure après affez àtemps pour en
retrouver le fil. 115 busty supha ou
. و
Nous ne luivrons pas plus loin M. Lévef
que e puiſqu'il n'a pas craint d'infcrire
116 MERCURE
!
"
fon nom parmi les calomniateurs de Sénèque
, & de faire caufe commune avec les
Dion , les Xiphilin & les Suilius anciens &
modernes , il feroit inutile de lui en faire ici
le reproche.
Nous avions d'abord en le projet d'exami
ner fes idées fur la décadence vraie ou prétendue
du goût dans le fiècle de Sénèque ;
mais tout ce qu'il dit fur cette matière eſt ſi
vague , que nous ne croyons pas devoir nous
y arrêter. Comme il oppofe partout à des
raifonnemens qui fuppofent néceffairement
de la fagacité & de la logique , de fimples affertions
qui n'exigent ni l'une ni l'autre ,
comme il ne difcute rien , & qu'il réfout en
deux ligues des problêmes très compliqués ,
dont il s'eft occupé un quart d'heure , & fur
lefquels ceux qui les ont embrailés dans toute
leur généralité, font arrivés à des résultats trèsdifférens
des fiens ; en un mot comme les
cinq ou fix lignes que M. Lévefque a écrites
fur la queftion agitée dans l'introduction à la
Morale de Sénèque , prouvent affez qu'il ne
l'a pas approfondie , & qu'il l'a décidée un
peu trop légèrement , nous croyons que M.
N, eft fuffifamment diſpenſé de lui répondre,
& que , malgré les petites objections de M.
Lévesque , l'Éditeur de Sénèque peut dire
comme Dacier , ma remarque fubfifte.
A l'égard de la Morale de Cicéron, l'abrégé
que M. Lévesque vient d'en donner , ne per
met plus de douterque Montagne , M. Dide
rot &M. N. ne l'aient bienappréciée : on peut
DE FRANCE: 117
même regarder le Recueil que nous annonçons
comme la preuve la plus évidente , la
plus forte , & la feule qu'on pût encore defirer
de la vérité de leur opinion . Si M. Lévefque
fe fût contenté de dire que Cicéron eft
un Moralifte du premier ordre , auquel on ne
peut guère préférer un Auteur qui ne fût que
Moralifte , beaucoup de gens, qui ne connoiffent
Cicéron & Sénèque que de nom , ou
qui ,
Par le privilège
Qu'ont les pédans de gâter la raiſon
ont confervé dans l'âge mûr tous les préjugés
qu'on prend dans les Colleges , auroient pu
Fen croire fur fa parole ; mais aujourd'hui
que le Public a entre les mains les pièces inftructives
du procès , & qu'il peut juger , nous
fommes perfuadés que M. Levefque trouvera
peu de perfonnes de fon avis. Il eft vrai qu'en
ne prenant pas comme lui la plus grande partie
des réflexions morales dont il a formé
fon Recueil dans les Ouvrages philofophiques
de Cicéron , qui , fi l'on en excepte
le fecond Livre de la Divination , & le troifième
de la Nature des Dieux , font peutêtre
de tous fes Ecrits ceux où il y a le moins
dePhilofophie , en lifant avec attention toutes.
fes Harangues , fes Traités Oratoires & fes
Lettres , où il penfe & s'exprime quelquefois
comme Tacite ; en fe rendant plus difficile
fur le choix des Maximes , en retranchant
une foule d'idées vagues & de lieux
HIS MERCURE
communs , qui ne méritoient pas plus la
peine d'être dits une fois que d'être répétés ;
en un mot , en faisant tout ce que M. Lévefque
auroit dû faire & ce qu'il n'a point
fait , on pouvoit tirer de Cicéron un petit
Volume affez piquant , mais fur- tout plus
varié , plus utile & plus fubftantiel que le
fien. Il eft trifte fans doute qu'on puiſſe reprocher
à cet habile homme d'avoir eu trop
de confiance dans la bonté de fa cauſe , dans
les décifions de fes Maîtres , & de n'avoir
pas fenti que , fi dans un Extrait de Sénèque
ou de Tacite , on pouvoit , fans craindre d'affoiblir
ces Auteurs , omettre plufieurs de
ces penfées fines & délicates , fortes & profondes
qu'on rencontre fi fouvent dans
leurs Ecrits , Cicéron n'étoit pas affez riche,
en ce genre pour faire d'aufli grandes pertes
fans s'appauvrir.
Au refte , quoique ce nouvel abrégé de fa
Morale laiffe beaucoup à defirer , nous ne
dirons pas , avec quelques Gens de Lettres ,
que l'Extrait de cet Auteur eft encore à faire ;
mais nous ne diffimulerons point que l'Abbé,
d'Olivet nous paroît avoir fait , en général ,
un meilleur choix que M. Lévefqué ; qué
par- tout où ils ont rendu les mêmes penfées,
la traduction du premier eft plus exacte , &
montre fur tout une connoiffance beaucoup
plus étendue de la Langue Latine ; que fi let
ftyle de l'Abbé d'Oliver n'a ni l'élégance , nit
le nombre & l'harmonie de celui de Cicécon
, M. Lévesque n'a peut- être pas mieux
DE FRANGE. 112
fi
réuffi à donner au fien ces qualités fi rares ,
néceffaires , & fans lefquelles on ne peut pas
fe flatter d'avoir traduit cet Ecrivain éloquent
, dont elles font fouvent le principal
mérite. Enfin , nous obferverons qu'on
pourroit donner à l'Ouvrage de M. Lévesque
un bon fupplément , dans lequel le Public
verroit avec autant de plaifir que de furpriſe.
les penfées que ce favant Rédacteur n'a pas
jugées dignes d'entrer dans fa Collection . Ce
n'eft pas qu'il n'en ait recueilli de fort belles ,
mais elles font en petit nombre ; & d'ailleurs
celui qui , dans un affez long Extrait de Cicéron
, omettroit conftamment ce qu'il a dit
de plus ingénieux & de plus fenfé , mériteroit
la même récompenfe que ce Gladiateur,
à qui l'Empereur Galien envoya une cou
ronne pour prix defa mal adreffe , en difant
à ceux qui en murmuroient , qu'il étoit trèsdifficile
de frapper dix fois un taureau fans
lui porter un coupmortel. Taurum toties non
ferire difficile eft.
( Cet Article eft de M. Bernard. )
'
120 MERCURE
ETRENNES Lyriques Anacréontiques , pour
l'année 1783 , préfentées à MADAME ,
Soeur du Roi.
Les vers font enfans de la Lyre ,
Il faut les chanter , non les lire.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Nonaindières
, près celle de la Mortellerie , &
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.
Nous avons prévu le fuccès de ce Recueil ,
qui paroît pour la troifième fois , & dont
le débit s'augmente d'année en année. On
peut rencontrer encore , comme nous l'avons
déjà obfervé , quelques fociétés où l'on
ne lit point de vers ; mais quelle est celle où
l'on ne chante pas ! On trouve dans les
Étrennes Lyriques des Chanfons de tous les
tons. Il y en a dans le ton d'Anacreon & dans
celui de Vadé. Les Amateurs délicats ne goû
teront peut - être pas beaucoup celles de ce
dernier genre ; mais un Recueil n'eft pas fait
feulement pour la bonne compagnie. Pourquoi
la coterie la plus bourgeoife n'y trouveroit
t'elle pas auffi ce qui flatte fon goût ?
C'eft une espèce d'affortiment dans lequel il
faut que tout le monde trouve fon compte.
Chacun laiffe ce qui lui déplaît , ou prend
ce qui lui convient le mieux. M. de Piis , qui
fait les honneurs de celui - ci , par le nombre
& la variété de ſes Pièces , paroît , felon cette
idéc
DE FRANCE. 121
idée , avoir voulu plaire à toutes les claffes
de Lecteurs. Quelques - unes font d'une gaîté
grivoife & burlefque , telles que l'Amour
Chapelier & les trente-fix Chandelles. Dans
quelques autres le badinage eft plus agréable
& plus fin. L'Éclipfe de Lune , préfente une
Scène champêtre très- naïve & très volup
tueufe. Elle a le mérite , très- rare en Chanfons,
de former un joli tableau. Auffi a- t'elle
fourni le fujet de la gravure , dont l'exécu
tion répond à l'idée ; mais les couplets que
nous allons citer font vraiment lyriques .
Invocation à l'Hiver.
AIR : On compteroit les Diamans.
1
QUELS démons agitent les airs ?
C'en eft fait : les cieux s'obfcurciffent,
1
L'orage fond fur l'Univers ,
Et les torrens gonflés mugiffent.
Jouet des triftes Aquilons ,
La feuille des forêts voifines
Roule dans le fond des vallons ,
Et voltige fur les collines.
AMIS , l'Automne eſt en courroux
De voir la vigne en décadence ;
Il fuit après avoir chez nous
Vuidé fa corne d'abondance.
Mais , attendri par nos regrets ,
L'Hiver vient effuyer nos larmes.
Nº.7, 15 Février 1783.
F
122 MERCURE
Ce Dieu , couronné de cyprès ,
Ne laiffe pas d'avoir des charmes,
ASTRE du jour , c'eſt vainement
Que tu lances des traits perfides ;
D'un bouclier de diamant
Il couvre les fleuves rapides ,
Les arbres paroiffent fleuris
Sous les frimats que fa main verfe;
Et l'oeil féduit prend pour des lys
Les flots de neige qu'il difperfe .
CLORIS , que l'on voyoit trembler
Dans une barque vacillante ,
Ne craint plus rien , & pour voler
Choifit le traîneau de Derante.
Ce Berger , pendant les chemins ,
Sous la fourrure de fa Belle ,
Réchauffe à plufieurs fois des mains
Qu'elle exile & qu'elle rappelle.
MARIS , derrière les rofeaux ,
Ne va plus fe baigner fans doute ;
Mæris fur l'écorce des eaux ,
S'élance , part , gliffe , & fait route,
A fes patins qui fendent l'air ,
Et dont l'acier brille fans ceffe ,
Vulcain imprima de l'éclair
Et la lueur & la viteſſe.
VIENS donc , Hiver ; & fi tu veux
DE FRANCE 125
.
.
Que je chériffe ta préſence ,
Ramène avec toi dans ces lieux
L'ami dont je pleure l'abſence.
Malgré mon naturel gourmand ,
Et mon penchant à la tendreffe ,
J'ai fu lui garder strictement
Et mon vin vieux & fa maîtreffe.
;
On voit que M. de Piis ne renonce jamais
à fa gaîté, & que fon ftyle a toujours une
couleur joviale , lors même qu'il s'élève
mais c'eft là précisément le mérite des Couplets
que l'on vient de lire ; & le Critique
qui le blâmeroit , nous paroîtroit bien chagrin
. Ofons lui demander néanmoins fi l'épithète
de perfides , qu'il donne aux rayons
du foleil en hiver , n'eft pas un peu impropre
, & s'il ne préféreroit pas timides ?
Il nous eft impoffible de faire mention de
tous les Chanfonniers agréables qui figurent
dans ce Volume ; mais nous ne pouvons paffer
fous filence M. Sylvain Maréchal , connu
par plufieurs petites Pièces Anacreontiques
très jolies. La Chanfon que nous allons citer
nous paroît un chef- d'oeuvre.
Le Mois de Mai.
AIR: Réveillez- vous , Belle endormie.
HATEZ-VOUS , fortez de la ville ,
Tendres Beautés , jeunes amans ;
L'Amour vient de changer d'afyle ,
Mai vous appelle dans les champs."
Fij
724
MERCURE
L'OISEAU fait fon nid : doux préfage!
La feuille offre un voile aux plaifirs :
Le gazon croît, & la plus fage
En le foulant a des defits.
De fleurs couronnez votre tête ;
Que la joie anime vos pas .
De la Nature c'eft la fête ;,
Elle a repris tous fes appas.
Du moins fi la Beauté comme elle ,
Tous les ans pouvoit refleurir.
Mais , hélas ! le Temps fur fon aîle
Tous les ans nous vole un plaifir.
SANS nous plaindre de fa vîteffe ,
Érouffons de ftériles voeux .
Le temps fi court de la jeuneffe
Eft affez long pour être heureux.
Ces'jolies ftances auroient paru charman
tes au temps d'Anacréon , & le fiècle d'Horace
ne les eût pas moins goûtées que le
nôtre. Le naturel réuni à l'élégance , plaît
dans tous les temps & dans tous les pays.
Offrons encore aux Lecteurs de la bonne
compagnie , le Mouvement & le Repos , de
M. Cerutti ; PExemple bien & mal fuivi , de
M. Perès d'Uxo ; les Revenans du fiècle, par
M. le Gay ; la Fête au Hameau , par M. de
la Louptière ; les Invalides d'Amour , par
M. le Ch. de Nerciat ; la Femme du Monde,
DE FRANCE.
1251
par M. de Beaumarchais ; la Timidité , par
M. Marfolier des Vivetières ; les Moeurs du
Temps , par M. Croizetière de la Rochelle ,
qui tient , à jufte titre , une place très-diftinguée
dans ce Volume ; le Portrait de Rofine ,
par M. de Paftoret ; les quatre parties du
Jour, par M. de Beaumarchais , & les trois
jours après la Fête , par M. B **. D **.
·
Offrons aux Lecteurs les plus difficiles , les
Jeunes Amans , par M. Rochon de Cha
banes ; & foyons sûrs que cette Pièce , quoi
que très - longue , leur paroîtra très - courte.
Offrons leur tous les Couplets de M.
Garn **. , Auteur de la Chanfon J'ai vu
Life hier aufoir , & qui n'eft pas le même
que M. Garnier , dont on a lû quelques
Pièces dans l'Almanach des Mufes. Son badinage
en chanfon eft délicat , lors même
qu'il eft le plus jovial ; & fon ftyle , qui a
toujours de la préciſion , eft ſouvent élégant
& fleuri.
Il fuffit de citer le nom de MM. Collé &
;
... pour faire l'éloge d'une Chanfon
& leur nom , qui fe trouve plufieurs fois
dans ce Recueil , vaut mieux que tout ce
que nous pourrions en dire; mais nous dirons
que les Regrets d'une Mère fur la
mort d'un Enfant naturel , par M. Vielch
très jeune Poëte , font pleins de fenfibilité ,
de naturel & d'élégance. On en jugera par
ce couplet:
Le Ciel touché te délivre
Fiij
126 MERCURE
Du fupplice de fentir
Et le défefpoir de vivre ,
Et les horreurs de mourir.
Mais le tendre nom de mère
N'obtiendra pas ton fouris ;
Et je n'ai dans ma misère
Entendu que tes longs cris.
Diftinguons encore le premier jour qu'on
aime & le dernier jour qu'on aime , par un
Anonyme; le Bouquet difficile , par M. Laús
de Boiffy; à la Rofe , par M. de Saint-
Flofcel ; le Sincère Aveu , par M. le Ch. de
Cubières ; la Rofe , par M. de la Chabeauffière
; le Bouquet de Tendreffe , la Parodie,
par M. Pothier de Chaumont ; les Dénicheurs
d'Oiseaux , par M. Giraud ; la Cinquantaine
, par M. Callet ; le bon Confeil ,
par M. Félix Nogaret , couplets bachiques ,
pleins de verve & de gaîté. Voici le dernier.
Amis , laiffons- la venir ,
La parque févère ;
A cent ans je veux tenir ,
Sans trembler , mon verre.
La vieille dira : jarni !
Il ne fait pas bon ici ,
Il a la main sûre , ô gué ,
Il a la main sûre .
Enfin n'oublions pas Démocrite , par M.
Anfon, & l'Héraclite, par M. Bodkin , la Pièce
DE FRANCE. 127
#1
à Mlle qui époufoit un Horloger , & fur- tout
des couplets à une Marchande de Modes ,
fur un Ruban , par M. Damas , Auteur de
plufieurs Chanfons très- jolies qui ont paru
en tête de ce Journal. On fe fouvient fans
doute d'avoir lû celle qu'il adreffa à Mlle de
Gaudin , & la réponſe de cette Muſe , qui a
enrichi les Étrennes Lyriques de plufieurs
Pièces d'un genre très différent , mais toutes
très agréables. Le Rédacteur a auffi
inféré dans fon Recueil quelques bagatelles
lyriques de l'Auteur de cet article , qui eft
bien loin d'y mettre une importance que ce
genre de vers ne mérite pas , & qui les
abandonneroit volontiers aux critiques de
les détracteurs , fi des Pièces aufli légères
pouvoient en valoir la peine.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert Spirituel du Dimanche deux
Février , a commencé par une fort jolie
fymphonie de M. Rofetti , qui foutient trèsbien
la réputation qu'il s'est faite en ce genre.
Mlle Stekler a exécuté un Concerto de harpe
, de la compofition de M. Krumpholtz.
Cette jeune Virtuofe , qui joint des grâces
infinies à une force , une netteté , une précifion
étonnantes , donne une grande idée des
Fiv
128 MERCURE
talens de M. Krumpholtz , dont elle eft
l'Élève. On ne fauroit non plus donner trop
d'eloges aux charmes de fa compofition.
Mme Chiavacci , qu'on n'avoit point enten
due en Public depuis le depart des Bouffons ,
a chanté avec applaudiffement deux airs Italiens.
Sa timidité a paru'nuire à l'affurance
de les fons dans le premier , mais on a reconnu
dans le ſecond fa manière agréable &
facile , & il nous a femblé que le volume de
La voix étoit augmenté. Nous ne dirons rien
du Moret de M. l'Abbé Jumentier , c'eſt un
genre auquel depuis long temps le Public
ne prend plus guère d'intérêt ; mais on a
entendu M. Solers fur la clarinette , & M.
Bertheaume fur le violon , toujours avec un
égal plaifir.
COMÉDIE FRANÇOISE.
L'HEUREU HEUREUSE nouvelle de la Paix, a engagé
les Comediens François à remettre l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un Acte & en
vers , par M. Favart.
Cet Ouvrage fut compofé à l'occafion de la
Paix de 763. Repréſenté quelquefois depuis
cette époque , il a toujours été vû avec plaifir.
Il eſt trop connu pour que nous en donnions
une analyſe. Il fuffit de dire que les carac
tères que M. Favart a donnés aux Perfonnages
Anglois & François qu'il a introduits
dans fa Pièce , ont excité des applaudiſſeDE
FRANCE. 129
mens très- vifs , & que la circonftance a beau
coup ajouté au mérite de l'Ouvrage : Mérite
très - diftingué ; qui fait regretter que M.
Favart n'ait pas abandonné plus fouvent le
Théâtre Italien , pour s'occuper de productions
fufceptibles d'être repréſentées ſur la
Scène Françoife.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEVendredi 17 Janvier , on a joué , pour
la première fois , le Bon Ménage, Comédie
en un Acte & en profe.
Ce petit Ouvrage eftde l'Auteur des Deux
Billets , Comédie fort agréable , repréſentée .
avec fuccès fur le même Théâtre , il y a environ
deux ans ; & il en eft la fuite.
Mlle Rofalba , fille de M. Pandolphe , a
époufé un jeune homme nommé Lélio , fans
le confentement de fon père. C'eft chez Argentine
, femme d'Arlequin , que Lélio adref
fe les lettres qu'il écrit à ſon épouſe. Arlequin
n'eft point dans le fecret , parce qu'on
le connoît fort babillard , & qu'il eft très intéreffant
que le mystère du mariage de Rofaiba
ne foit pas connu de M. Pandolphe.
De fon côté , Argentine , qui doit à Rofalba
fon établiffement & fa fortune , lui a juré de
ne jamais trahir lefecret de fon hymen , quel
que chagrin qu'elle en puiffe éprouver . Pendant
une abfcence d'Argentine , un Valer ap
porte une lettre de Lélio , & la remet à Arle
F v
130 MERCURE
quin , qu'il prend pour un Valer comme lui ,
en lui recommandant de la remettre bien ſecrètement
à ſa maîtreffe. Cette lettre , qui
eft à l'adreſſe d'Argentine , inquiette beaucoup
Arlequin. L'ouvrira- t'il ne l'ouvrirat'il
pas : Il ne l'ouvrira point ; car ou elle accutera
ſa femme , ou elle ne l'accufera pas ;
& , de toute manière , il ſe repentira de l'avoir
ouverte. Argentine revient , voit la fatale
lettre , frémit , l'ouvre , la lit en tremblant
, la remet à fon mari . Nous n'entreprendrons
pas d'entrer dans les détails des
deux Scènes où Arlequin , qui fe croit trahi ,
s'explique avec Argentine , & laiffe éclater
tout ce qu'il éprouve de tourmens ,
de dé
fefpoir , d'amour , de douleur & de jaloufic:
elles font filées avec une adreffe & un intérêt
tout particuliers. La fituation d'Argentine
, qui ſe trouve preffée entre les foup.
çons d'Arlequin & la parole qu'elle a donnée
à Rofalba de garder fon fecret , eft extrêmement
attachante. Arlequin , entouré de
fes enfans , ému par les pleurs de la femme,
pénétré du ton de candeur & de vérité avec
lequel Argentine attefte fon innocence , pardonne
, tombe aux genoux de ſa bien aimée ,
& fe déclare feul coupable, lorfque Rofalba
arrive. Elle apprend aux deux époux que M.
Pandolphe a découvert fon mariage , lui a
pardonné fa défobéiffance , & a reçu Lélio
comme fon gendre. Cette explication donne
à Arlequin la raifon du filence de fa femme
& de la lettre de Lélio . Il finit en difant
DE FRANCE.
13.1
""
<<
à les enfans : Quand on a une bonne
femme , il vaut mieux s'en rapporter à
ce qu'elle dit qu'à ce qu'on voit ,
fans
quoi , point de bon menage. »
La petite Comédie des Deux Billets a eu &
mérité beaucoup de fuccès ; celle ci en mérite
davantage , & fait plus d'honneur au
talent de M. le Chevalier de Florian que
tous les autres Ouvrages Dramatiques. Il y
règne un mêlange d'efprit , de naïveté , de
comique & d'intérêt qui plaît à l'âme , qui fixe
l'attention & qui éveille la curiofité. Les Scènes
où Argentine & Arlequin fe trouvent entou
rés de leurs enfans , font filees avec intelligence,
& repréfentent bien l'intérieur d'un excellent
ménage. M. Carlin & Mme Gonthier
jouent leurs rôles avec beaucoup d'agrément
& de fenfibilité, & on ne fauroit leur donner
trop d'éloges.
Le Vendredi 24 du même mois , on a
donné la première repréfentation d'une petite
Comédie en un Acte & en vers , qui a
pour titre le Bouquet & les Étrennes , &
dont l'Auteur eſt M. Parifau .
Le fujet de cette Comédie eft tiré d'un
Conte de M. Imbert , qui a été imprimé dans
ce Journal il y a fix femaines. Comme la
marche de la Comédie & celle du Conte fortr
à peu près les mêmes , & que le fonds doit
en être connu de tous nos Lecteurs ,
n'en donnerons ici aucun détail. Nous di-
F vj
132 MER OURE
rons feulement qu'on en trouve de très- heureux
dans l'Ouvrage de M. Pariſau ; qu'il eft
écrit fouvent avec grâce , toujours avec fa
cilité ; & nous répèterons à cet Écrivain ce
que nous lui avons déjà dit plufieurs fois :
Que ce qu'il annonce de talent pour la Co
médie , fait defirer qu'il s'occupe de productions
plus capables de lui faire un nom , que
celles qu'il a fait repréſenter juſqu'à ce jour.
Le Mardi 28 , on a donné la première re
préfentation de Céphife , Comédie en profe
& en deux Actes .
Loueurs impertinens ou Cenfeurs téméraires .
Ce vers de Molière paroît être aujourd'hui
la deviſe des Juges de nos Parterres . Si jainais
un Ouvrage a été jugé légèrement , on peut
affurer que c'eft la Comédie de Cephile.
Quelques expreffions un peu hafardées ont
armé tout- à - coup la févérité du Public , &
de ce moment on n'a rien entendu. Or ,
comment , au milieu du tapage , des éclats
& des cris , a- t'on pu juger une Comédie dont
le fonds eft peu de chofe , & dont le prin
cipal mérite confifte dans les détails ? Voici
qu'elle eft la fable de ce petit Ouvrage .
Céphife a pris de l'amitié pour un fat , qui
lui a donne l'amour du bel- efprit. Un jeune
homme honnête & raifonnable , qui brûle
pour elle de la paffion la plus vraie , effrayé
de ce travers , eft fur le point de renoncer à
l'époufer , comme il fe l'étoit promis ; il fe
DE FRANCE. 133
brouille même avec elle ;; . mais au dénouement
Céphife reçoit une lettre de fon père ,"
elle ouvre les yeux, connoît fonerreur , & fe
réconcilie avec l'honnête jeune homme , qui
devient fon mari.
Nous conviendrons qu'un tel fonds n'eſt
guère intéreffant ; que les fujets de cette nature
font devenus communs ; que Marivaux
a peut être eu tout feul le fecret des moyens.
propres à les faire réuffir ; & qu'aujourd'hui
même ils font tellement ufés , qu'ils ne feroient
pas reçus aufli favorablement qu'ils
l'ont été il y a trente ans. Néanmoins nous
affurerons que Céphife ne méritoit pas un
traitement fi rigoureux que celui qu'elle a
éprouvé ; qu'il eft poffible de faire une Co
médie un peu longue & un peu froide , &
d'avoir de l'efprit & du talent : en confequence
nous engageons l'Auteur de Cephiſe à ne
point fe laiffer décourager par les cris des
détracteurs & des gens à paffion ; mais au
contraire , à écouter la voix confolatrice des
juges qui réuniffent des connoiffances à une
févérité honnête & décente , à choifir des
fujets plus capables de produire les effets que
la Scène exige , & fur- tout à être plus difficile
avec lui-même.
Le Mercredi 29 du même mois , Madame
Desforges a débuté dans l'emploi des Mères
& des Duègnes , par le rôle d'Aline , dans
la Belle- Arsène ; le Samedi fuivant , par celui
134
MERCURE
d'Hélène , dans Silvain ; & les Février, par
i;
le rôle d'Alix , dans les Trois Fermiers.
Il n'étoit guères poffible de trouver un
Sujet qui fût plus propre que Mme Desforges
à reftaurer un emploi dans lequel , depuis
quelque temps , le Public n'a pas trouvé
beaucoup d'Actrices dignes de lui plaire.
Mme Desforges joint à une taille noble &
majeftucufe , une belle phyfionomie ; de
la mobilité dans le mafque ; une voix agréa
ble quoiqu'elle ne foit pas très étendur ;
une prononciation pure , une articulation
nette ; un débit raisonnable & prefque tou
jours marqué des nuances que les circonf
tances exigent ; de l'intelligence ; un jeu
muet très bien entendu , & de la fenfibilité.
Ceux de nos Lecteurs qui connoiffent l'art
du Théâtre & fes difficultés , fentiront , fans
que nous le difions , qu'elle ne possède pas
toutes ces qualités au même degré de perfection
, & qu'il en eft quelques unes fur lef
quelles elle doit travailler avec afliduité ; mais
elle a le germe de toutes ; & , comme elle eſt
encore fort jeune on doit préfumer ,
non -feulement qu'elle parviendra à acquérir
ce qui lui manque , mais encore qu'elle
fe corrigera des défauts qu'on peut lui reprocher.
Par exemple , il y a quelquefois
de la roideur dans fes geftes , & de la contrainte
dans fon maintien. Ou elle rejette fon
bufte en arrière , ou elle le penche en avant ,
de manière à gêner fa refpiration , & à cacher
au Spectateur une partie de l'expreflion de fa
,
DE FRANCE.
135
phyfionomie. Quelquefois auffi , dans le débit
fimple ou dans le dialogue , elle élève ſa
voix dans les cordes aiguës , ce qui lui donne
un peu de monotonie & dé chant . Nous l'in
vitons à ceffer de mériter ces reproches ; &
nous ne craignons point d'affurer qu'avec du
courage , fur- tout fi la Comédie Italienne
rend juftice à fon talent , & confent à la faire
travailler auffi fouvent que l'exigent l'intérêt
du Théâtre & celui d'un fujet qui s'annonce
avec tant d'avantage , Mme Desforges doit acquérir
un jour une grande réputation.
Nous ne terminerons pas cet Article , fans
propofer un avis à quelques Actrices du
Theatre Italien , avis que nous croyons trèsnéceffaire.
On a toujours reproché aux Comédiennes
de ce Spectacle trop de recherche
dans leur parure, & un luxe très déplacé dans
les rôles des Payfannes & des Bergères . Jamais
elles n'ont plus mérité ce reproche. En vain
a- t on plufieurs fois donné des éloges à feu
Madame Moulinghen , & plus récemment à
Madame Dugazon , pour le coftume qu'elles
ont adopté dans certains rôles : Et l'exemple
& les éloges ont été également perdus. Il faut
donc faire un dernier effort , & dire aux perfonnes
qui jouoient le Samedi premier Février
dans Silvain , & le Mercredis du même
mois dans les Trois Fermiers ; que rien n'eft
plus ridicule dans une femme de village, que
ces touffes de gaze qui déguiſent la forme de
leurs bras ; que ces énormes juppons qui enfeveliffent
la moitié d'une Actrice dans une
136
MERCURE
efpèce de tonneau; que ces noeuds de ruban qui
coupent les manches par la moitié , qui environnent
le fein , & qui viennent flotter au
bas du corfage , ne
conviennent point à une
Payfanne ; que ce coftume eft celui d'une
femme qui le prépare à aller au bal , & non
celui d'une Villageoife honnête & fenfible ;
qu'enfin c'eft ôrer aux
repréſentations Dramatiques
une partie de leur illufion , que de
négliger le coftume qui convient à l'état &
au rang des
perfonnages , & que tôt ou tard
les véritables Amateurs du Théâtre feront
obligés de févir contre un abus qu'on a fouffert
trop long temps , & qui eft moins tolé
rable aujourd'hui que jamais.
ANECDOTES.
I.
LE
Comte de Livry aimant
beaucoup
Piron , avoit voulu que ce Poëte choisit
un
appartement dans fon château , & avoit
ordonné qu'on lui obéît , & qu'on le regardâr
comme le maître. La
première fois que
notre
Auteur prit
poffeffion de cet appartement
, ne voulant pas manger feul , il engagea
la Concierge , Janféniſte outrée , à lui
tenir
compagnie à table ; celle ci , pouffée
par un beau zèle , fe mit en tête de convertir
Piron. Le Poëte ne répondoit à toutes fes
objections que par ce refrain : « Chacun a
fon goût , Mme
Lamarre ; pour moi je
DE FRANCE.
137
>
» veux être damné. » Cette plaifanterie déplur
beaucoup à la Concierge ; mais , fans fe
rebuter , elle continua la bonne oeuvre , &
fit tout les efforts pour ramener la brebis
au bercail . A peine huit jours s'étoient écoulés
, que M. le Comte vint voir fi fon ami
ſe plaifoit à Livry. Il le furprit à l'heure du
dîner , dans l'infant même où la difpute ordinaire
finiffoit. " Eh bien , dit- t'il à Piron
» comment te trouves- tu ici ? es- tu content ?
» Te fert on bien ? Oui , M. le Comte,
répondit Piron ; mais Mme Lamarre ne
" veut pas..... Comment , morbleu , elle
» ne veut pas ! je prétends que tu fois ici le
» maître comme moi - même..... Entendez-
❞ vous , Madame? Et fi Monfieur me porte
» la moindre plainte....... en un mot , je
Calmez-vous , M. le Comte ,
» lui dit Piron , & daignez , je vous prie ,
» m'entendre jufqu'au bout ; Mme Lamarre
» ne veut pas que je fois damné. Eh ! pour-
و ر
» veux.....
30
-
-
quoi , s'il vous plaît , Madame , reprit le
» Comte n'eft- il pas le maître ? de quoi
» vous mêlez- vous? Encore une fois , je vous
» le répète , je veux qu'il faffe fa volonté ,
» & ce n'eft pas à vous à y trouver à redire, »
I I.
Mlle WOSTINGTON , Actrice Angloife ,
fortant de jouer un rôle d'homme , dit , en
rentrant au foyer : « En vérité , la moitié du
» Parterre vient de me prendre pour un
138 MERCURÈ
>> homme.
---
Que fait cela , lui répondit
» malignement une Comédienne , fi l'autre
» moitié fait le contraire?
Í I I.
19
UN premier Acteur de l'Opéra étant tombé
malade au moment d'une nouvelle repréſentation
, on choifit pour le remplacer
un Acteur fubalterne : celui- ci chanta , &
fut fifflé ; mais , fans fe déconcerter , il regarda
fixement le Parterre , & lui dit : « Je
" ne vous conçois pas ; quoi ! vous allez
» vous imaginer que pour fix cent livres
que je reçois par année , j'irai vous donner
» une voix de mille écus ! »
I V.
Le Grand- Frieur trouva un jour Palaprat
qui battoit fon Domestique ; il lui en fit
des reproches affez vifs. " Comment ,
» Monfieur , vous me blâmez, dit le Poëte ! 30
Savez- vous bien que , quoique je n'aie
» qu'un Laquais , je fuis auffi inal fervi que
» vous qui en avez trente ? »
ANNONCES ET NOTICES.
PHYTONOMATOTE
HYTONOMATOTECHNIE univerfelle , c'est- àdire
, l'art de donner aux Plantes des noms tirés
de leurs caractères , nouveau fyftême au moyen
duquel on peut de foi-même , fans le fecours d'aucun
Livre , nommer toutes les Plantes qui croiſſent fur la
DE FRANCE. 132
farface de notre Globe . A la publication de ce fyf
tême, on joint les figures, les defcriptions les plus méthodiques
, l'analyfe , les propriétés , les vertus ,
rufage , l'étymologie & la fynonymie de toutes les
Plantes de la France ; par M. Bergeret , Chirurgien ,
Démonftrateur de Botanique.
ל כ
GC
Le but de cet Ouvrage , que l'Auteur propoſe par
foufcription , eft d'obvier aux fréquentes erreurs où
font entraînés les Elèves en Botanique par la lecture
de certaines deſcriptions fouvent en contradiction
avec la Nature. L'idée que M. Bergeret donne
de fon fyftême eft bien propre à en faire defirer la
publication. Quiconque , dit- il , poffédera les
principes de ma méthode pourra aifément , fane
» le fecours d'aucun livre , pas même de celui qui
50 contient cette méthode , nommer toutes les
Plantes qu'il n'auroit jamais vues. Mais bien
plus, cent perfonnes parlant cent langues différentes,
éloignées de cent lieues les unes des au-
30 tres, nommeront & écriront les noms des mêmes
Plantes de la même manière que je les aurois
écrits. Les principes de mon fyftême font
faciles à faifir & à retenir ; ceux qui concernent
» & qui font connoître les noms des différens genres
de Plantes , peuvent être écrits fur moins de
douze cartes à jouer. Il en eft de même des
principes qui concernent & font connoître les
efpèces de plantes. » L'Auteur détaillera les uns &
les autres dans fon Introduction , qu'il doit publier
au plus tôt , & qu'on vendra féparément.
30
1. Il ne fera imprimer de fon Ouvrage
que deux cent Exemplaires ; en conféquence la foufcription
ne fera ouverte que jufqu'à la concurrence
de deux cent Soufcripteurs , dont moitié pour des
figures enluminées , & moitié pour des figures non
enluminées . 2 ° . Il fera envoyé aux Soufcripteurs
tous les deux mois , à commencer du mois de Jan'
140
MERCURE
vier 1783 , un cahier contenant douze Planches &
vingt quatre pages d'impreffion de format in - folio.
3. Chaque Soufcripteur pour les Exemplaires enluminés
payera 54 liv. par année ; favoir , 18 livres
en recevant le premier cahier , 9 liv. en recevant le
fecond , 9 liv. en recevant le troifième , 9 liv. en
recevant le quatrième , 9 liv, en recevant le cin
quième , & le fixieme fera remis gratis. Les perfonnes
qui foufcriront pour des cahiers non enluminés
, ne payeront que la moitié des prix ci- deffas.
4°. On donnera aux Soufcripteurs une reconnoif
fance fignée de l'Auteur ou du Libraire , dans la
quelle on fera mention des différens prix pour les
Cahiers avec Planches enluminées ou non enluminées.
5. On ne fera paffer aucun autre cahier aux
perfonnes dont la foufcription fe trouvera remplie ,
qu'elles n'aient auparavant renouvelé l'abonnement
& configné les fommes pour l'année fuivante.
6. L'Ouvrage fera imprimé des mêmes caractères
que le Profpectus & fur le même papier que
les figures. Il n'en fera tiré que douze Exemplaires
fur papier de Hollande. On foufcrira chez l'Au
teur , rue d'Antin ; Didot le jeune , Libraire & Imprimeur
de MONSIEUR , quai des Auguftins ;
Poiffon , Graveur en taille-douce , cour du cloître
Saint Honoré,
VOYAGE aux Indes Orientales & à la Chine ,
fait par ordre du Roi , depuis 1774 juſqu'en 1781 ;
dans lequel on traite des Moeurs , de la Religion , des
Sciences & des Arts des Indiens , des Chinois , des
Pégouins & des Madigaffes ; fuivi d'Obfervations
fur le Cap de Bonne- Efpérance , les Ifles de France
& de Bourbon , les Maldives , Ceylan , Malacca ,
les Philippines & les Moluques , & de Recherches
fur l'Histoire Naturelle de ces Pays; par M. Sonnerat,
Commiffaire de la Marine , Naturalifte Penfionnaire
DE FRANCE. 141
par
du Roi , Correfpondant de fon Cabinet , & de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , Membre de
celle de Lyon, 2 Vol . in - 4° . enrichis de cent quarante
Gravures , exécutées d'habiles Artiftes ; quatrevingt-
cinq font relatives aux Coftumes , aux Arts ,
aux Monumens & aux Cérémonies Religieufes des
Indiens & des Chinois ; les autres repréſentent des
Quadrupèdes , des Oifeaux & des Plantes. A Paris ,
chez l'Auteur , rue S. André- des- Arcs , vis-à- vis celle
de l'Éperon , maifon de M. Méniffier , Marchand
d'Étoffes de Soic ; Froullé , Libraire , fur le Pont
Notre-Dame; Nyon l'aîné , rue du Jardinet ; Barrois
le jeune , rue du Hurepoix.
Cet Ouvrage , dont le plan eft annoncé par le
titre , ne doit pas être confondu avec ces relations
copiées d'après des Voyageurs infidèles ou ignorans.
L'Auteur a vû tous les pays dont il parle ; il a obfervé
lce mours dont il fait la peinture ; & fon Ouvrage
n'offre des copies que des objets qu'il a examinés
& poffédés. Il a dépofé au Cabinet du Roi
plus de trois cens efpèces différentes d'oifeaux , cinquante
quadrupedes , nombre d'infectes & de papillons
, un herbier précieux , des reptiles & des échantillons
de différens bois.
Au mérite de bien choifir fes matériaux , M. Sonnerat
joint le talent de les bien difpofer ; & il rend
avec précifion ce qu'il a obfervé avec jufteffe . Il ne
s'eft pas borné à étudier les productions de la nature
, il a approfondi les ufages des pays qu'il
vilités & les mocurs des peuples avec lesquels il a
vécu. En un mot , cet Ouvrage eft une mine féconde
d'agrément & d'inftruction . Toutes les planches dont
ileft enrichi, font deffinées par M. Sonnerat lui -même.
L'Édition in quarto fe vend 48 liv. en feuilles
51 liv. brochée en carton , & 56 liv. reliée en veau's
76 liv. en grand papier de Hollande ; 124 liv. avec
les Planches caluminées fur papier de Hollande , &
142
MERCURE
le corps de l'Ouvrage fur papier de France ; 160 liv.
avec le corps de l'Ouvrage & les Planches enluminées
fur grand raiſin de Hollande . Les Enluminures
font dirigées par les Demoiselles de Surugues , connues
par leurs talens dans la Peinture ; on ne pourra
délivrer le fecond Volume des exemplaires enluminés
, qu'à la fin de Mars ou en Avril. Il y a auffi
une Édition in- octavo en trois Volumes , ornée de
fept grandes Gravures. Prix , 13 liv. 4 fols brochée ,
& 16 liv. reliée en veau. Ceux qui voudront mettre
à la tête de l'Ouvrage la belle Carte des Indes &de
la Chine de M. de l'Ifle , & celle du Théâtre de la
guerre dans l'Inde , par M. Boureet , comme elles
n'appartiennent point à l'Auteur , payeront féparément
, la première 1 liv. 16 fols , & la feconde 2 liv.
VOYAGE Pittorefque de Sicile , par M. Houel,
Peintre du Roi Le cinquième Chapitre de cet Ouvrage
fe publie ce mois- ci . L'intérêt que l'Auteur
fait mettre dans le texte & dans les eftampes , augmente
à chaque Cahier , par la variété des fujets
qu'il traite.
Ce Chapitre commence par les dernières inftructions
fur la ville de Sciacca , & traite de la pêche &
de la falaifon des Anchois. On y voit le récit de fon
départ & de fon voyage à Palerme , pendant lequel
il rencontre le fujet d'une eftampe très agréable,
repréfentant une Scène de la Moiffon ; après quoi il
s'arrête à la Bagaria , petit pays près de Palerme,
où eft la fameufe maifon de campagne du Prince de
Palagonia. Après une defcription exacte de ce lieu
célèbre par l'excès de fes bizareries , il repréfente &
décrit la Naumachie antique de Palerme , dont il
donne une vue perspective jointe à l'explication .
De-là il paffe à cette Capitale de la Sicile , qui n'en
eft pas éloignée , & près de laquelle fe fait la pêche
du Thon. Cette pêche lui a fourni trois cftampes
DE FRANCE, 143
la première offre le plan de la Tonnace , piège
avec lequel on prend les Thons ; il y a joint la repréfentation
de ce poiffon , & tous les détails de la pêche ;
la deuxième eftampe eft la prife de ce poiffon ; la
- troisième eft la pêche. Cette pêche cft un tableau
très-nouveau & très - curieux.
On foufcrit chez l'Auteur , rue du Coq S. Honoré ,
à côté du Café des Arts. Chaque Cahier fe paie
12 liv.
NUMMORUM veterum populorum & urbium ,
qui in mufeo G. Hunter affervantur , defcriptio figuris
illuftrata. Opera & ftudio C. Combe , 1 Volume
in-4° . Londini , 1782.
Le Cabinet de M. Hunter , eft fi connu de MM,
les Ainateurs , que nous nous difpenferons d'entrer
dans de plus grands détails. Les Planches de Médailles
, au nombre de foixante - huit , ſont gravées
avec le plus grand foin.
THE Plays ofW. Shakspeare , with the cor
rections and illuftrations of various commentators ;
to which are added notes by S. Johnſon and G.
Steevens ; with a fuplement containing additional
obfervations by feveral ofthe former commentators ;
to which are fubjoined the genuine Poems of the
fame Author , and feven Plays that have been
afcribed to him , 12 Vol. in - 8 ° . London.
Cette Édition eft la plus complette , & la plus
eftimée des Anglois. Les Perfonnes qui veulent
entendre bien Shakespeare , ne peuvent mieux faire
que de fe procurer cette Édition donnée par le Doc
teur Johnſon.
Ces deux Ouvrages fe trouvent chez Pilot,
Libraire , quai des Auguftins .
SYMPHONIE à grand Orchestre pour deus
144
MERCURE
Violons , deux Hautbois , deux Cors , deux Altos
& Biffe, compofée par M. le Comte de F... Officier
au Régiment du Roi , Infanterie , n° . 1.
Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris , chez Bignon , Place du
Louvre, & à l'Opéra , & aux Adreffes ordinaires
de Mufique .
deux
AIR de Bravoure pour un Deffus , avec accom
pagnement de deux Violons , deux Hautbois ,
Cors , Alto & Baffe , dédié à Mlle Beffon , par M. le
Comte de F .... Officier au Régiment du Roi , Infanterie.
Prix , 2 livres 8 fols. A Paris , aux mêmes
Adreffes que ci- deffus.
Le Triomphe de l'Amour, peint par Hauffman ,
gravé par Gabriel Scorodomoff. A Paris , chez
Mme Breton , Marchande d'Eftampes , dans le jardin
du Palais Royal , près le Café de Foy , & rue
du Chantre , maifon du Chandelier. Prix , 6 liv.
Cette Eftampe agréable eft dans la manière rouge
Angloife , & fait pendant à celle du Jugement de
Paris , qui fe trouve à la même adreſſe.
TABLE.
VERSfur laPaix, 97 Etrennes Lyriques Anacréon-
Stances à Mlle de Gaudin , 98 riques ,
Vers pour le Portrait de M. Concert Spirituel,
l'Abbé de Reyrac & Logo
Comédie Italienne ,
101 Françoife
,
Charade , Enigme
gryphe,
Penfées Morales de Cicéron , Annonces & Notices ,
101 Anecdotes ,
105
120
127
128
129
136
138
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 1s Février. Je n'y ai
xien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 14 Février 1783. GUIDL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 FÉVRIER 1783 ..
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE A MOLIÈRE.
>
OLIÈRE de nos mours , Cenfeur inimitable.
Et de tous nos travers , feul peintre véritable .
Toi , dont les défauts même ont un air féduifant ;
De l'art que tu créas en le reproduifant ,
Depuis que tu n'es plus , fais-tu quelle eft l'hiftoire ?
"Tes mânes étonnés auront peine à le croire.
La Comédie , hélas ! a brifé fes pinceaux ,
Et laiffe en paix régner les méchans & les fots.
Malheur à l'infenfé dont la plume novice
a gubi korak 16
S'armeroit maintenant pour détrôner le vice !
Le vice impunément domine dans Paris ;
On ne s'y moque plus de Meffieurs les maris.
"Cette Epitre eft tirée d'un nouveau Recueil de Poéfies
que l'Auteur va publieridand) wan
N°: 8 , 22 Février 1783 .
146
MERCURE
Chacun d'eux
y peut
être infidèle ou commode ,
Et tout , jufqu'aux vertus , y dépend de la mode.
LES François d'autrefois n'ont pas été meilleurs ,
J'en conviens avec toi ; mais tes crayons railleurs ,
S'ils ne les changeoient pas , du moins aux ris des Sages
Expofoient leurs travers , & même leurs vifages' ;
Et tel qui revenoit d'entendre Triffotin ,
Croyoit dans chaque Abbé retrouver un Cotin.
Tour eft changé : Regnard , dont tu vis la jeuneſſe ,
Regnard s'acheminant aux rives du Permeffe ,
Y rencontra Thalie , & d'un air aſſez doux ,
A cette aimable veuve il s'offrit pour époux.
Il lui plut : avec elle il partagea ton trône ,
Et ramafla les fleurs qu'en treffant ta 'couronne ,
La joyeuſe Déeffe avoit laiffé tomber.
Rarement fur la Scène on l'a vû fuccomber.
Son ſtyle eft vif, léger : fon intrigue frivole.
Chez lui l'action court , le dialogue vole.
Brillant dans fes récits , faillant dans fes portraits ,"
De la fine épigramme il épuife les traits ,
Mais eft - il fans défauts aux yeux de la critique ?
A-t'il , ainsi que toi , le but philofophique ?
Sait-il avec adreffe , avec dextérité ,
Raillant l'affreux Tartuffe & l'Avare hébété ,
Sous leurs pas en riant montrer le précipice ?
Non , loin d'en écarter , dans les fentiers du vice
Lui- même de fa main femble nous diriger,
ز
DE FRANCE. 147
11
Il ne cherche qu'à plaire , & point à corriger.
Des plus mauvaiſes meurs fon Théâtre eft l'école.
Je fais loin de vouloir que , moderne Nicole ,
Un Poëte comique , avec auſtérité ,
Ainfi que la vertu peigne la vérité ;
Il manqueroit fon but. Qu'il invoque ta Muſe ;
Sans jamais rien outrer , en tout temps elle amufe
REGNARD cut un rival qui ne fut pas le tien;
Du trône de Thalie ingénieux foutien ,
Dafrefni remplaça tes admirables Scènes ,
Par de légers portraits des fottifes humaines ;
Découfu dans fes plans , mais ferré dans ſes vers ,
Il peignit décemment les indécens travers
De ces vives beautés, pétulantes coquettes ,
Qui vont quêtant par- tout d'amoureufes fleurettes .
Souvent comme l'Abeille , enfant aîlé du ciel ,
La Muſe de Regnard * a dérobé ſon miel
Sur les diverfes fleurs que , rivale de Flore ,
Du Molière Romain la Muſe a fait éclore .
Dufrefni , plus fécond , dans les travaux d'autrui
A toujours dédaigné de chercher un appui.
Dufrefni créa feul fes plans , fes caractères ;
Seul il a fécondé fes veilles folitaires.
Regnard imite Plaute ; il n'a rien imité.
L'atticifme riant , l'aimable urbanité ,
* Allufion aux Ménechmes de Regnard , imités des
Ménechmes de Plante
G'ij
148
MERCURE
Prefque en tous les Écrits marchent de compagnie,
Et fon efprit par fois reffemble à ton génie.
Il meurt . Abandonnée au plus tendre regret ,
Sur fon troisième époux Thalie encor pleuroit.
Deftouches la confole : on lui doit des éloges ;
Il a fouvent charmé le Parterre & les Loges ,
Par les nobles atours de fes Drames touchans.
Ami de la décence , & fléau des méchans
Souvent avec fuccès de l'ami ✶ de Lélie ,
Il a reffufcité la Mufe enfevelie.
Il eft pur comme lui , comme lui languiſſant.
Pour s'élever à toi , fon génie impuiffant
Fait pourtant des efforts dignes qu'on s'en étonne .
Il redefcend bientôt , redevient monotone ,
Et fa gaîté fans ceffe eft voifine des pleurs ;
S'il nous attriftoit moins , il nous rendroit meilleurs.
<
Je ne te parle point de ces Drames funèbres
Qu'enfanta le faux goût au fein de fes ténèbres ;
Qui du charbon de Londre exhalent la vapeur ,
Et dont tout le mérite eft de nous faire peur.
De ces noirs Avortons le nombre ici fourmille ;
Et loin qu'avec tes fils certain air de famille
Sur leur fombre laideur nous fafcine les yeux ,
L'ennui toujours eft peint fur leur mafque odieux.
Leur embonpoint n'eft rien que de la bouffiffure ,
Et tous ont de leur chûte encor la neurtriflure.
* On fait que Térence fut ami du fameux Lélius.
G
DE FRANCE.
149
De Fagan , de Boifly je ne te parle pas :
J'ai défigné les Chefs , qu'importent les Soldats ?
Il en eft toutefois qu'au Pinde l'on renomme.
枣
Greffet fit le Méchant , quoiqu'il fut honnête homme.
Et Piron, dans les vers du Parnaffe avoués ,
S'eft joué de lui- même , & nous a tous joués .
Dancourt même ſouvent captive nos fuffrages.
UN
Un peu moins immortel que fes jolis Ouvrages ,
Dorat , toujours préfent à mon coeur éperdu ,
Aux mêmes lieux que toi fans doute eft defcendu .
Que du Célibataire il te faffe lecture :
De nos goûts paffagers cette noble peinture
Pourra..... Qu'allois - je dire ? Eft - ce être circonfpect ?
En louant fon ami l'ami paroît fufpect.
Taifons-nous : feulement , pour changer de chapitre,
Permets qu'en ton honneur j'achève cette Épître.
Il n'eft point de grand Homme , il n'eft point de
Héros ,
Qui feul dans fa carrière ait brillé fans , rivaux ,
Et qui du plus haut rang ne puiffe un jour defcendre .
Le Macédonien , qui mit l'Afie en cendre ,
Avoit accumulé cent triomphes divers ;
Mais Porus l'attendoit au bout de l'Univers ;
Non moins vaillant que lui , Porus fut le combattre.
Céfar , que des Gaulois l'effort ne put abattre ,
Ce Romain fi fameux qui vainquit les Romains ,
Seroit , fans Annibal , le premier des humains.
G iij
Iso
MERCURE
Le Chantre de Mantoue a la douleur amère
De partager la palme avec le vieil Homère ,
fa
Et Michel-Ange atteint à celle de Zeuxis.
Auprès d'Anacréon Tibulle s'eft affis.
Rome , qui fi long- temps fut l'émule d'Athènes ,
A vu dans Cicéron renaître Démosthènes .
La Grèce eut des Myrons ; la France , des Couftous ;
Tous ces mortels fontgrands , nous les admirons tous ;
Ils marchent tous de front dans leur noble carrière ;
Mais quel mortel jamais l'emporta fur Molière?
( Par M. le Chevalier de Cubières. )
SOPHRONIME , Nouvelle Grecque.
SOPHRONIME naquit à Thèbes , fon père ,
d'une famille ancienne de Corinthe , étoit
venu s'établit dans la capitale de la Béotie,
il y mourut, fa femme le fuivit bientôt
Sophronime à douze ans le trouva fans
parens , fans fortune & fans protecteur.
De tout ce qui lui manquoit , il ne regrettoit
que fon père & fa mère. Le pauvre
enfant alloit pleurer tous les jours für leur
tombe ; il revenoit enfuite manger le pain
que lui donnoit par charité un Prêtre de
Minerve.
Un jour que le malheureux orphelin s'é
toit perdu dans la ville , il entra dans l'atte
lier du fameux Praxitele. Il eſt faifi d'un
tranfport involontaire , à la vue de tant de
DE FRANCE. 35t
chef-d'oeuvres , il regarde , il admire ; &
s'adreffant à Praxitèle , avec cette hardieffe
& ces grâces qui n'appartiennent qu'à l'enfance:
« Mon père , lui dit - il , donne- moi
» un cifeau , & apprends- moi à devenir un
grand homme comme toi. » Praxitèle regarde
ce bel enfant , il eft étonné du feu qui
brille dans fes yeux ; & l'embraffant avec
tendreffe : « oui , je ferai ton maître , lui
» répond t'il , refte avec moi , j'espère que
tu me furpafferas .
ور
13
Le jeune Sophronime , heureux & reconnoiffant
, ne quitta plus Praxitèle , & fentit
bientôt fe développer le grand talent qu'il
avoit reçu de la Nature ; à dix- huit ans il
faifoit dejà des ouvrages que fon maître auroit
avoués.
>
Malheureufement pour lui , à cette époque
, Praxitèle mourut & laiffa par fon
teftament une fomme affez confidérable à
fon elève favori. Sophronime fut inconfolable
, le féjour de Thèbes lui devint adieux ;
il quitta fa patrie , & employa le legs de fon
bienfaiteur à parcourir la Grèce .
Comme il portoit dans toutes les villes
cet amour du beau , le defir d'apprendre qui
l'avoient enflammé dès l'enfance , chaque
jour le rendoit plus inftruit , chaque chefd'oeuvré
qu'il voyoit lui apprenoit un fecret.
Le befoin de plaire acheva de polir fon caactère
& fon efprit ; plus modefte à mesure
qu'il devenoit plus favant , penfant toujours
à ce qui lui manquoit , & jamais à ce qu'il
GIV
152 MERCURE
avoit acquis , Sophronime à vingt ans fut le
plus habile & le plus aimable des homines.
Réfolu de fe fixer dans une grande ville ,
il choifit Milet , Colonie Grecque , fur la
côte d'Ionie. Il y acheta une petite mailon,
des blocs de marbre , & fit des ftatues pour
vivre.
La réputation , trop lente quelquefois à
fuivre le mérite , ne le fut pas pour Sophronime.
Ses ouvrages furent eflimés , l'on ne
parla bientôt plus que de fon talent . Le jeune
Thébain , fans fe laiffer enivrer de ces éloges
, redoubla d'efforts pour les mériter.
Tranquille & folitaire dans fon attelier , il
confacroit fa journée au travail , le foir il fe
repofoit en difant Homère ; ce plaifir utile
élevoit fon âme, & fourniffoit à fon génie les
idées du lendemain. Satisfait du jour palle ,
& prêt pour le jour à venir , il remercioit
les Dieux , & fe livroit au fommeil.
Ce bonheur ne dura pas. Le feul ennemi
qui puiffe ôter le repos à la vertu , ne laila
pas Sophronime en paix. Carite , fille d'Ariftée
, premier Magiftrat de Milet , vint ,
avec fon père , vifiter l'attelier du jeune
Thébain.
f
Carite effaçoit toutes les beautés d'Ionic ,
& fon âme étoit encore plus belle que fon
vifage. Ariftée fon père , le plus priche des
Miléfiens , s'étoit confacré tout entier à l'é
ducation de fa fille. Il n'eut pas de peine à
lui faire aimer la vertus fes tréfors prodigués
lui donnèrent tous les talens qui l'embellifDE
FRANCE. 153
fent. Catite , avec feize ans , un efprit fin ,
une âme rendre , une figure charmante
penfoit comme Platon , & chantoit comme
Orphée.
Sophronime , en la voyant , la fentit un
trouble , une émotion qui lui étoient inconnus
. Il baiffa les yeux , if balbutia . Atiftée
attribuant fon embarras au respect , le
raffura par des paroles pleines de bonté.
" Montrez nous , lui dit il , votre plus belle
» ftatue ; tout le monde vante votre talent.
» Hélas ! répondit Sophronime , j'ai ofé faire
» une Vénus , dont j'étois content jufqu'à ce
» jour , mais je vois bien qu'il faut la refaire.
En difant ces mots , il découvroit
fa Vénus , & jetoit un coup d'oeil timide fur
Carite. Celle- ci , qui avoit compris fes paroles
, faifoit femblant de s'occuper de la
ftatue , & penfoit au jeune Sculpteur.
"
و د
"""
Ariftée , après avoir admiré les ouvrages
de Sophronime , fortit de l'attelier , & lui
promit de venir le revoir. Carite , en le
quittant , le falua d'un air gracieux ; Te pauvre
Sophronime s'apperçut pour la première
fois , quand elle fut partie , qu'il reftoit tour
feul dans fa maiſon.
Ce foir- là il ne lut point Homère ; il réflé
chit , il fe répéta bien qu'il alloit faire le
malheur de fa vie , s'il ofoit aimer celle qu'il
ne pouvoit jamais poffeder. Le lendemain ,
au lieu de travailler , il fe redit tout ce qu'il
avoit penfé la veille . Sa raifon combattit de
toute la force contre le penchant qui Fen-
Gy
114
MERCURE
trainoit ; mais depuis que le monde eft
monde , aucun de ces combats n'a fini à
l'avantage de la raiſon .
Déjà depuis long - temps Sophronime fe
difoit tous les jours qu'il falloit oublier
Carite , & tous les jours il couroit la ville ,
dans l'efpérance de la voir un moment. Plus
de travail , plus de repos ; les ftatues imparfaites
reftoient au fond de l'attelier , fans
qu'il daignât les regarder. Apollon , Diane ,
Jupiter n'étoient plus rien pour Sophronime
; toujours occupé de Carite , il paffoit
fa vie dans les cirques , dans les lieux publics
, dans les promenades. Quand il ne
l'avoit pas vûe , il revenoit penfer à elle ;
quand il l'avoit apperçue , il revenoit s'oc
cuper des moyens de la revoir.
Enfin , la réputation , fa conftance , fon
adreffe lui ouvrirent la maifon d'Artée. Il
vit plus fouvent Carite , il n'en fut que plus
amoureux. Comment ofer le lui dire ? Con
ment un Sculpteur fans fortune , fans parens
, pouvoit il prétendre au premier parti
de la ville ? Tout , juſqu'à fà délicatelle ,
lui défendoit de parler. Carite étoit fi riche ,
qu'il n'étoit pas permis à un homme pauvre
de la trouver belle. Sophronime favoit tout
cela , il étoit sûr de fe perdre en fe déclarant ,
mais il falloit mourir ou fe déclarer. Il écrivit
à Carite. Cette lettre fi tendre , fi foumife,
fi refpectueule , fut confiée à un esclave
d'Ariftée , à qui Sophronime donna tour ce
qu'il avoit amaffé du prix de fes ftatues. L'in
DE FRANCE
R
fidèle efclave , au lieu de porter la lettre à
Carite , courut la livrer à fon père.
Le vieux Ariftée , indigné de l'audace ,
abula ,, ppoouurr la première fois , du droit que
lui donnoit fa charge. Il fuppofa des crimes.
à Sophronime , l'accufa lui même dans le
confeil , & le fit bannir de la ville.
4
Le malheureux attendoit chaque jour , en
tremblant , la réponse de l'efclave ; il reçut
l'ordre de quitter Milet. Il ne douta pas que
Carite offenfée n'eût elle même follicité cette
vengeance : j'ai mérité mon fort , s'écria- t'il,
mais je ne puis m'en repentir. O Dieux !
rendez - la heureufe , & raffemblez fur ma
tête tous les maux qui pourroient troubler fa
vie. Sans murmurer de la rigueur de fes
Juges , il s'achemina triftement vers le port,
& s'embarqua fur un vaiffeau Crérois , qui
mettoit à la voile ; ce ne fut pas fans verfer
des larmes qu'il perdit de vue cette ville , où
il laiffoit tout ce qu'aimoit fon coeur.
Cependant le père de Carite crut devoir .
cacher à fa fille le véritable motif qui avoit
fait bannir Sophronime ; Carite s'en douta..
Elle avoit lû dans les yeux du Thébain tout
ce qu'elle n'auroit ofé lire dans fa lettre ;
elle donna quelques pleurs au fouvenir d'un
homme devenu malheureux pour l'avoir ai-,
mée ; mais Carite étoit bien jeune , elle l'oublia
bientôt ; & Ariftée , tranquille , ne fongeoit
plus qu'à marier fa fille , lorfqu'un
événement extraordinaire répandit la conf
ternation dans Milet..
Gij
156
MERCURE
Des Pirates de Lemnos furprirent un
quartier de la ville . Avant que les Citoyens
armés fuffent accourus pour les chaffer , ces
barbares pillèrent le temple de Vénus , &
enlevèrent jufqu'à la ftatue de la Déeffe .
Cette ftatue étoit le Palladium de Milet , à
fa poffeffion étoit attachée la félicité des
Miléliens.
Le peuple confterné envoie des Ambaffadeurs
à Delphes , pour confulter Apollon
L'Oracle répond que « Miler ne fera en sû
reté que lorfqu'une nouvelle ftatue de
Vénus , auffi belle que la Déeffe même ,
» aura remplacé celle que l'on a perdue.
"
22 .
Sur le champ les Miléfiens font publier
dans toute la Grèce , que la plus belle fille
de Milet , & quatre talens d'or , feront la
récompenfe du Sculpteur qui remplira les
conditions de l'Oracle. Plufieurs fameux Artiſtes
arrivent avec leurs ouvrages ; on les
expofe fur la place publique , les Magiftrats ,
le peuple admirent ; mais , dès que la ftatue
eft pofee fur l'aurel , un pouvoir furnaturel
la renverfe. Les Miléfiens défefpérés regrettent
alors Sophronime , ils demandent à
grands cris que l'on s'occupe de le chercher.
Ariftée lui- même eft obligé de prendre des
informations fur le vaiffeau Crérois où le
malheureux banni : s'étoit embarqué. L'on
rapproche les époques , les jours , l'on envoie
jufqu'en Crete , & l'on apprend que ce vaiffeau
a péri avec tout fon équipage à la hauteur
de l'Ile de Naxe..
DE FRANCE. 197
Les Miléfiens défolés , s'en prennent à leur
Magiftrat, & de fon peu de vigilance , caufe
de l'invafion des barbares , & de la mort de
Sophronime , qu'il avoit fait bannir injuſte--
ment. Le peuple paffe bientôt du murmure à
la révolte , il court à la maifon d'Ariſtée , il
l'entoure , il la force ; les larmes de Carite ,
fes cris , fes prières ne peuvent fauver fon
père ; Ariftée eft faifi , chargé de fers , &
traîné dans un cachot. Le peuple décide qu'il
n'en fortira que lorfque la ftatue de Vénus
aura été remplacée.
Carite au defefpoir , vent aller elle- même
à Athènes , à Corinthe , ou à Thèbes , chercher
un Artiste qui puiffe délivrer fon père.
Elle prend d'abord des mefures pour adoucir
fa prifon ; un efclave sûr doit veiller à
tous fes befoins. Carite , tranquille de ce côté,
équippe un vaiffeau , le charge de tréfors ,
& part.
Les premiers jours les vents femblent la
protéger , la moitié du chemin eft déjà faite ,
lorfqu'un orage épouvantable détourne le
vaiffeau de fa route , & force le Pilote de
fe réfugier dans une anfe qui lui étoit incon
nue. A peine y eft il , que l'orage ceffe , le
foleil revient , & Carite , invitée par la beauté
du temps , veut defcendre à terre , pour
ferepofer quelques heures de la fatigue de
la mer. Elle cft bientôt far le rivage . Un doux
fommeil , fur un lit de gazon , la délaffe ,
& lui fait oublier pour un moment toutes
fes peines. Ce fommeil ne fut pas long :
153
MERCURE
Carite s'éveille , & voyant que fes efclaves
dormoient encore , elle ne vent pas les trou
bler. Seule avec fes chagrins , elle fe promène
fur la rive ; & defirant de connoître ces lieux
inhabités , elle franchit les rochers qui mettoient
à l'abri des flors l'intérieur de l'Ifle.
Eile apperçoit une vallée délicieuſe , traverfée
par deux petits ruiffeaux , & couverte
d'arbres fruitiers. Elle s'arrête pour
contempler ce beau fpectacle. La nature étoit
alors dans les plus beaux jours du printemps ;
tous les arbres font fleuris ; les gouttes d'eau
de l'orage paffé, pendent encore à l'extrémité
de chaque fleur , & le foleil , en les frap-i
pant de fes rayons , parsème les branches de
pierres précieufes . Les papillons , heureux
de revoir le beau temps , recommencent à
voler fur les campanelles , des légions d'abeilles
bourdonnent au - deffus des arbres , n'ofant
pas toucher aux fleurs , de peur de
mouiller leurs aîles tranfparentes. Le roflignol
& la fauvette , revenus de leur frayeur ,
font retenrir l'écho de leur ramage , tandis
que leurs femelles , plus tendres , & ne forgeant
qu'à l'amour , voltigent fur la prairie ,
ellayent avec leur bee le foin encore trop
verd pour elles ; & lorfqu'elles ont trouvé
un brin d'herbe fec & flexible , pleines de
joie , elles l'emportent à tire d'ailes au nid
qu'elles ont commencé.
Carite admira ce fpectacle , & foupira.
Elle defcendit dans le vallon , & traverfant
la prairie , elle apperçut une petite cabane ,
DE FRANCE 159
entourée de noyers verds. Un bofquet lui en
déroboit l'entrée ; elle entre dans ce bofquet
, elle entend le murmure d'un ruilleau
qui ferpentoit à fes pieds ; bientôt les accens
d'une lyre fe mêlent à ce bruit fi doux , elle
écoute , une voix douce & tendre chante ces
paroles :
J'ai payé cher ce court moment d'erreur ,
Où j'ai cru que l'amour ſuffiſoit pour lui plaise ;
Je reffemble à ce téméraire
Dont la Reine du Ciel avoit féduit le cour :
Junon , plus barbare que fage ,
Feignit jufques à lui d'abaiffer fes appas ,
Il crut la ferrer dans fes bras .....
Le malheureux n'embrasfoit qu'un nuage.
Tel est mon trifte fort , hélas !
Et je fens trop que ma peine cruelle
Doit furvivre même au trépas ;
Si l'âme eft immortelle ,.
L'amour ne l'eft- il pas ?·
La voix n'avoit pas achevé, que Carite , reconnoiffant
Sophronime , tombe évanouie : au
bruit qu'elle fait , il accourt , il la voit , il la
prend dans fes bras , il la regarde encore , il
ne peur croire à fon bonheur ; il la porte
au bord du ruiffeau : de l'eau jetée fur fon
beau vifage la fait bientôt revenir à elle ;
Sophronime étoit à genoux : êtes- vous Carite
, difoit il , ou bien une Divinité ? Je fuis
la fille d'Ariftée , lui répondit elle avec dou760
MERCURE
ceur ; mon père eft en danger , vous fenl
pouvez le fauver. Ah ! parlez , reprit Sophronime
avec tranfport , que faut-il faire ?
ma vie eft à lui comme à vous.
Carite alors lui raconta le fervice qu'il
pouvoit rendre à fa patrie & à fon père , à
mefure qu'elle parloit , la joie brilloit dans
les yeux de Sophronime : raffurez - vous , lui
dit il d'un air fier ; j'ai dans ma cabane un
ouvrage qui doit plaire à votre Déeffe ,
comme à vos Concitoyens , il eft à vous dès
ce moment , Carite , mais j'exige que vous
ne le voyiez que dans le Temple de Milet.
La fille d'Ariftée y confentit , & Sophronime
lui raconta comment il s'étoit fauvé
du naufrage , feul avec fes outils de fculpture
. Il avoit trouvé dans cette Iſle déferte de
l'eau , des fruits & du marbre. Tranquille
dans la cabane qu'il s'étoit conftruite , il
avoit travaillé au chef d'oeuvre qui devoit
délivrer Ariftée . Venez , ajouta t'il , venez
voir l'afyle où je vivois en penfant à vous.
nom de
Carite fuit Sophronime , & entre avec
fui dans fa chaumière : par- tout le
Carite étoit écrit , par- tout fon chiffre & celui
de Sophronime étoient enlacés : pardon
nez , lui dit le Sculpteur ; feul dans cette Ille ,
j'ofois tracer les fentimens de mon coeur , je
n'avois pas peur d'être exilé, Ce mot fit venir
quelques larmes dans les yeux de la tendre
Carite ; elle regarda Sophronime , &
lui ferrant prefque la main , ah ! lui dit - elle ,
ce n'eft pas moi ..... Elle n'acheva pas ,
&
DE FRANCE. IGE
confidérant une ftatue couverte d'un voile
qui étoit fur une espèce d'autel : hâtons - nous ,
ajouta t'elle , d'aller retrouver mes efclaves ,
ils emporteront ce chef d'oeuvre , que je ne
dois voir qu'à Milet ; vous viendrez avec
moi; & quel que foit l'événement , je fens
que nous ne nous quitterons plus.
Sophronime
tranfporté , ofa baifer la
main de Carite , qui ne s'en facha pas. Ils
alloient prendre le chemin du rivage , quand
ils furent joints par les efelaves & les matelots
, qui , alarmés de l'abfence de leur
maîtreffe , parcouroient
l'Ile en la cherchant.
Carite leur ordonna de porter avec
précaution fur le vaiffeau la ftatue voilée ;
on lui obéit. Sophronime
ne quitta pas fa cabane fans remercier avec des larmes les
Divinités champêtres qui l'avoient protégé
dans cet afyle. Il pofa fur l'autel où avoit été
la ftatue , tous fes outils , & les confacra au
Dieu Pan , enfuite baifant refpectueufement
le feuil de la porte : je reviendrai , s'écria+ t'il ,
nourir ici , frje ne peux vivre pour Carite.
Après ces adieux , ils gagnèrent le vaiſſeau ,
& reprirent la route de Milet.
La traverfée ne fut pas longue , heureuſement
pour Carite , qui vouloit que Sophronime
eût délivré fon père avant de lui avouer
fa tendreffe . Si lewoyage eût duré plus longtemps
, peut - être le Sculpteud eût - il été récompenfé
par cet aveu , avant d'avoir mérité
de l'être. Mais la fagefle de Carite , le refpect
de Sophronime , & fur- tout le vent
162
MERCURE
favorable firent arriver les deux amans comme
ils étoient partis de l'Ile deferte.
Le nom de Sophronime répandit la joie
dans Miler. Le peuple qui l'aimoit s'affemble,
& décide que fa ftatue n'a pas beloin d'être
examinée par les Citoyens , & qu'elle doit
fur le champ fubir l'épreuve de l'autel de
Vénus. On le rend au Temple , une foule
iminenfe le remplit ; Carite fuivoit en tremblant
Sophronime , qui s'avançoit avec fa
ftatue couverte d'un voile. Il la poſe fut
l'Aurel d'un air modefte , mais non timide,
la ftatue refte debout. Alors il la découvre ,
& tout le monde reconnoît les traits de Carite.
C'étoit elle , c'étoit fa maîtreffe que
l'amoureux Sculpteur avoit pris pour modèle
de fa Vénus. Le portrait de Carite étoit li
bien dans fon coeur , que , loin d'elle , dans
fon Ifle , il avoit pu fe paffer d'original, &
en la faifant reffemblante , il avoit rempli les
conditions de l'Oracle , qui exigeoit une
ftatuei auffi belle que Vénus même.
La Deeffe fatisfaite , & non jalouſe , acr
cepte l'offrande , & manifefte , par la bouche
de fon Grand Prêtre , que 1 Oracle étoit acr
compli. Le peuple pouffe des cris de joie ,
il environne Sophroniue , il lui demande
avec transport de choilir fa récompenfe,
Délivrez Ariftée , répond tal , & je fuis trop
payé. On vole à la prifon du vieillard ; Ca
rite , preffée dans la foule , veut être la première
à brifer les fers de fon père , elle l'embraffe
, elle l'inftruit de fon bonheur , &
DE FRANCE. 163
baiffe les yeux toutes les fois qu'elle prononce
le nom de Sophronime. Ariftée recon
noiffant , demande fon libérateur ; il fe jeste,
dans fes bras , il le baigne de fes larmes,
mon ami , lui dit- il , je fus bien coupable ;
mais Carite doit réparer mon crime . En difant
ces mots , il joint dans fes mains celles
des deux amans. Tout le peuple applaudir ,
rous font heureux de leur bonheur , & So.
phronime & Carite vont fe jurer une éternelle
fidélité au pied de cette ftatue , preuve
certaine de la beauté de Carite & de l'amour
de fon époux .
( Par M. le Chevalier de Florian, )
Explication de la Charade , des l'Enigmes &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE
E mot de la Charade eft Polifſſon ; celur
de la première Enigme eft la Science ; celui
de la feconde eft Maron , confidéré comme
Maron d'inde , comme eſpèce de châtaigne
comme boucle de cheveux , & comme pièce
d'Artifice; celui du Logogryphe eft Minois ,
où fe trouvent Sion , moi , foi , fon , mon,
nos , o, fi , mi, S. Simon , Minos , mois
&fon.
漢
164
MERCURE
CHARADE.
Mon premier , du défordre offre toujours l'image : ON
Heureux celui qui jouit de mon fecond ;
Mais fi mon tout étoit votre apanage,
Vous feriez un pauvre garçon .
( Par M. le Normand de l'Ofier. )
AUTR E.
LA Loi défend mon premier ,
La peine en eft arbitraire ;
Et mon tout de mon dernier
Eft tout-à-fait le contraire.
( Par M. Delavigne. )
ÉNIG ME.
LECTEU
ECTEUR , Vous trouvez dans ma tête
Le Dieu des Bergers & des Bois ;
Et mon tout eft celui qui , par de juſtes loix ,
Fait juger de votre requête.
Il habille en bleu vos enfans ;
Mais on préfère ceux dont l'efprit intéreffe.
Les plus jolis font sûrs d'avoir la preſſe ,
Et le refte va battre aux champs.
( Par M. le Teffier , Curé de S. Gaud. )
DE FRANCE.
165
LOGOGRYPHE.
JE fuis du mafculin fur le cou de Zémire ,
Je deviens féminin flottant fur un navire .
Sans rien ôter , Lecteur , tranfpofe feulement,
J'offre dans mes cinq piés un fruit , un inftrument.
( Par M. H..... )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ALMANACH des Mufes , 1783. A Paris ,
chez Delalain l'aîné, Libraire , rue Saint-
Jacques , vis à- vis celle du Plâtre .
ON fait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Mufes eft le plus ancien & le plus répandu.
On le donne , on le reçoit en étrennes
; il eft attendu , defiré par les Amateurs,
par les jeunes Faifeurs fur-tout , qui brûlent
de favoir fi leur nom eft enregistré à ce greffe
poétique ; & Fon de demande comment on
trouve le nouvel ,Almanach , avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
fi la récolte de l'année jeft bonne ou mauvaife.
On n'eft pas d'accord tous les ans fur
fon degré de les opinions fe partagent
quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
erite
166 MERCURE
bonté réelle des poéfies, que du genre de vers
qui domine dans le Recueil , parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus vu
moins d'attraits pour les juges , même les
plus éclairés. Souvent aufli le tribut d'une
année fe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais , tour-à -tour un peu
moins bien , un peu moins mal , l'Almanach
des Mufes a toujours paffe pour être le meil
leur de nos Recueils poétiques. Le goût
exercé de l'Éditeur , la confiance méritée des
meilleurs Poëtes du jour , concourent à l'enrichir
; & fi depuis quelques années la mort
lui a enlevé fes plus riches tributaires , une
nouvelle race de Poëtes femble fortir de leur
cendre , & réclamer leur héritage.
Cependant , il faut en convenir , ce Recueil
a perdu, finon de fon mérite , au moins un
peu de fa nouveauté. Prefque toutes les Pièces
qu'on y inféroit autrefois n'avoient pas encore
vû le jour ; celles qui le compofent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mercure
ou dans le Journal de Paris ; & la raifon
de cette différence , c'eſt que le Journal de
Paris n'exiftoit pas encore , & que les Poëtes.
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure , effrayés peut-être
par ces deux vers plaifans & énergiques que
M. Robé avoit appliqués à ce Journal ;
Vaſte Clamart , où tant de trépaflés,
Giffent en paix l'un fur l'autre entaffés.
Mais aujourd'hui que le Journal de Par
DE FRANCE. 167
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célébrité , & que le Mercure , plus
en credit , leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux font devenus
une des mines les plus fécondes dé
Almanach des Mufes. En perdant ce degré
de nouveauté , encore une fois , il n'a rien
perdu de fon mérite ; mais il devroit exciter
moins d'empreffement ; & puifque fon fuccès
eft toujours le même ,c'eft un nouveau moiif
d'éloge pour l'Éditeur. Ileft vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans affez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté,
Au refte , cette Collection , qui n'eft guère
compofée que de vers faits dans l'année
préfente un tableau utile à ceux qui veulent
obferver les progrès ou la décadence de la
poéfie. On peut y voir les diverfes nuances fe
prolonger ou difparoître
fucceffivement; on
peur y découvrir tous les ans quel genre de
poélie vient de perdre ou de gagner fous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
infpire l'idée de changer notre plan pour l'extrait
quenous devons en faire. Nous parcour
Tons les divers genres de poéfie dans lesquels
fe font exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche ,
que nous fuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par euximêmes,
dans quels genres nos Mufes modernes
ont à déplorer leurs pertes , ou à s'éporgueillir
de leurs acquifitions, kjer
168 MERCURE!
t
Commençons par la grande poéfie , &
mettons M. de Fontanes à la têre de ceux
qui s'y font exercés. Nous aurions defiré plus
de jet , plus de liberté dans fa Traduction de
l'Ode d'Horace , Sic te diva potens cypri
Après avoir dit :
Garde , & rends - moi mon cher Virgile ,
Il ne falloit pas finir la ftrophe par ce vers
qui fuit immédiatement :
Garde la moitié de mon coeur. 1
parce que l'idée de garde devient froide ,
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint
celle de rends moi , qui ajoute au fens. Il y
a auffi une cfpèce d'irrégularité dans l'arran
gement des vers de la quatrième ftrophe:
#
L'homme ole tout : de crime en crime
Se précipite fa fureurilov v
Quand fon effor illégitime
Eut ravi le feu créateur ,
La fain , la pefte , aux yeux livides , &c.
Le fens qui finit après le fécond vers , ne devroit
finir qu'après le quatrième , parce que
de premier quatrain d'une ftrophe de dixvers
doit être féparé par le fens des deux tercers
qui la terminent. Cette efpèce d'enjambement
de phrafe , n'eft plus permife aujour
d'hui. Rien n'eft impoffible aux humains , qui
fe trouve plus bas , neft ni affez élégant , ni
affez poétique dans une ode.Le 290109
Nous parlerons avec plus de plaifir ( parce
que
DE FRANCE. 169
que nous avons plus de bien à en dire ) de
La Chartreufe de Paris , Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de fentiment
qui caractérife M. de Fontanes . Elle
refpire & communique une mélancolie profonde
& attachante .
Ici , dans les détours de ces fentiers couverts ,
Je jouis du foleil, de l'ombre & du filence.
O doux calme ! ces chars où s'affied l'opulence ,
Tous ces travaux , ce peuple à grands flots agité ,
Ces fons confus qu'élève une vafte cité ,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'afyle :
Le bruit les environne , & leur âme eft tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
Ce Temple, où chaque aurore entend de faints concerts
Sortir d'un long filence & monter dans les airs .
Sortir d'un longfilence , peint avec hardieffe ,
& les autres expreffions font poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons- nous à citer en
core fept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au fein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du fombre Monastère.
En vain le repouffant de fon regard auſtère .
La pénitence veille affife fur le feuil ,
Il entre déguifé fous les voiles du deuil.
Au Dieu confolateur en pleurant il fe donne.
A Comminge , à Rancé , Dieu fans doute pardonne ;
4 Comminge, à Rancé,qui ne doit quelques pleurs ? & c.
N°. 8 , 22 Février 1733 .
H
1
170
MERCURE !
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
poélies erfes , ne nous paroît pas inférieur à
La Chartreufe. La manière en eft large , harmonieufe
& lyrique .
M. Bérenger , qui a fouvent enrichi ce
Recueil de plufieurs morceaux de poéfie légère
, s'eft exercé plus d'une fois dans la
grande poésie. Quoique fa Pièce fur l'Hiver ,
inférée dans le Volume de cette année , ne
foit pas fon meilleur Ouvrage , il y a des
détails très
heureufement exprimés , & qui
confirment la réputation qu'il s'eft acquife.
On lit de lui , dans ce même Volume , deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermitage
, & les deux Chiennes. Ce dernier Ouvrage
eft plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville , qui s'étoit fait connoître
avantageufement par un Dialogue inféré
l'année dernière , a donné quatre morceaux.
de grande poésie . Ce font des imitations ,
qui , en laiffant defirer quelquefois plus de
correction & de foin , prouvent un talent
qu'on doit
encourager.
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers fans faire mention d'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
fes. On concevra une opinion avantageufe
de fon talent , d'après une Épître qu'il adre fle
à M. le Baron de Salis - Marfcheins. Ea
voici quelques vers :
Mais ce globe embrâfé qui s'allume fans ceffe ,
DE FRANCE. 171
Pourroit-il , comme nous , éprouver la vieilleſſe ?
O défaltre inoui ! fi le flambeau du jour ,
Confumé par le temps s'éclipfoit fans retour ,
Les planètes en deuil , veuves abandonnées ,
Rouleroient dairs les cieux , d'ombres environnées ;
La défolation rempliroit l'Univers ;
Les plus fombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure ,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature.
L'homme & les animaux pêle - mêle égarés ,
Poufferoient en mourant des cris défeſpérés ,
Et la mort , de fon crêpe enveloppant l'abîme .
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub.... , Mme de la Fer.... , M.
Drobecq , M. G ** , & M. de Monvel , ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub..... , qui commence le Volume , & qui
eft un peu moins propre , à être citée depuis
la nouvelle de la paix , eft ingénieufe & piquante.
C'eft un des meilleurs Ouvrages de
fen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel , parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquife de la Fer.... un tribut d'éloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
fi intéreflante , eft une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à fa
plume porte l'empreinte d'un efprit aimable
& d'un coeur fenfible. Nous invitons nos
Hj
172 MERCURE
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Mufes . Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'efprit fans affectation & de la précifion
fans féchereffe. Celle- ci eft anonyme.
Le Garde- Chaffe & les Perdrix , Fable.
DANS une immenfe & riche plaine ,
Sur les bords rians de la Seine ,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaffe vigilant
Les garantiifoit de l'outrage
De la belette au nez pointu ,
De l'émouchet au doigt crochu ,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et fi Perdrix forment des voeux ,
Elles en ont formé , je gage ,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eft attentif , difoient- elles !
Combien nous éprouvons les foins & la bonté!
C'eft un Dieu defcendu des voûtes immortelles
Pour préfider à notre sûreté
Dans ces retraites .
Elles fe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaffe arriva ,
Et le plomb , plus léger que leurs rapides aîles ,
En les atteignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles.
DE FRANCE. 173
*
Pour les épîtres , poéfies légères où érotis
ques, nous avons plufieurs perfonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic , qui , jeune en
core , a fu déjà illuftrer deux noms par les
productions de fon efprit , eft connue par
un bon goût de verfification , des penfees
gracieufes , & un ftyle piquant & vrai . On
lira d'elle avec plaifir deux Pièces , l'une
adreffée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomteffe de ** .
Une nouvelle rivale s'eft montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin , dont on lira avec plaifir un
petit Conte , intitulé : la Raifon dupe d
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un fexe à qui la Nature a fur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poésie devient
dans fes mains un nouveau moyen de
féduction ; il foumet à leur efprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes , même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre fexe
re fe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiflances.
Ontrouve dans le même Volume fix Pièces
de M. de Choify , qui confirment les éloges
qu'on a donnés à fa Mufe ingénieufe & brillante
; trois de M. Romans , pleines de vérité
& de grâce ; deux de M. de la Louptière
, connu & diftingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On fait que c'étoit auparavant Mme la Marquife
d'Entremont.
H iij
174
MERCURE
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki , Polonois , adreffée à M, Blanchard,
fur fon bateau volant. On lira aufli avec
plaifir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny . Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude . Quand
à un goût fain , à un ftyle plein de vérité ,
on joint une manière ingénieuſe , & ce char
me indéfiniffable qui manque plus d'une fois
aux efprits les plus brillans , on ne doit pas
craindre de produire des impreffions paflagères
, & l'on peut compter fur un reven
de gloire en retour du plaifir qu'on a donné.
M. le Chevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de fon
talent depuis long- temps apprécié. Nous al
lons citer la première , parce qu'elle eft des
plus coa rtes.
A CHLO É.
SELON VOUS , mon fexe eft léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut jager ,
Eft renouvelé d'âge en âge .
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la fentence .
Croyez - moi , c'eft injuſtement
Que l'on s'accufe d'inconftance .
IL n'eft point de longues amours ,
DE FRANCE.
175
J'en conviens ; mais prefque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans fa douce crédulité ,
Souvent de fa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au defir qu'il a fait naître ,
Vous voyez ce qu'il devroit être ,
Vous ne voyez plus ce qu'il eft.
Oui, vous placez fur fon vifage
Un mafque façonné par vous ;
Et , féduite par votre image ,
Vous divinifez votre ouvrage ,
Et vous tombez à fes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce mafque emprunté ,
De l'idole que l'on encenfe,
Montre bientôt la nudité :
On fe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de fa méprife ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit , ce que l'on aime
L'illufion n'eft plus la même ,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche , fuivant l'ufage ,
On paffe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage ,
On eft détronipé feulement,
Hiv
176 MERCURE
DES Amantes voilà 1 hiftoire ,
Chloé ; mais , vous pouvez m'en croire ,
C'eft auffi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eft la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède , je l'ignore.
Sans doute il n'en exifte aucun
Car le vôtre n'en eſt pas un :-
Ne point aimer, c'eft pis encore.
Il y a cette année fort peu de Contes d'une
cerraine étendue. Ceux qui fe font exercés
dans ce genre , ou dans celui des bons mors
rimés qui rentrent dans la même claffe ,font
M. Collin , M. Duault , M. D. T. , M.
Guyétand , M. Maffon de Morvilliers , M.
Pons de Verdun , & M. Pouteau . Le Devin
qui n'eftpas Sorcier , Confultation dialoguée ,
foutient la réputation de gaîté & d'originalité
que M. Collin s'eft déjà faite par les premiers
effais ; le dialogue en eft ført naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault , eft une
bourade affez plaifante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préfent incomplet , de M.
Pons de Verdun . Le voici :
A douze élus qui formoient un Chapitre ,
Depuis trois mois , Paul devoit mille francs ;
Mais fa caffette , en dépit du bon titre,
Pour les payer , lui demandoit trois ans.
Le verre en main , & les coudes fur table,
DE FRANCE.
177
Revant unjour à fortir d'embarras ,
Il fe fouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras ,
Que fraîchement fa truye avoit mis bas .
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant fon cas ,
Eft un projet que Paul trouve admirable ..
« C'eft le bon Dieu qui- m'infpire ceci !
ور
Remarque bien , dit il à ſon épouſe ,
» Remarque bien que nos gorets font douze ,
ور
» Et ces Meffieurs tout juste douze aufli.
ןכ
Joyeux , Dieu fait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en fecret ;
A chacun d'eux il préfente un goret ,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche ,
Trois ans de plus , comme il le defircit.
Le lendemain le Chapitre s'affemble :
Paul fait alors un grand figne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis fa voix ,
» J'aurai , dit- il , les douze voix enfemble ;
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en fortant lui cria :
& Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer , lors d'un ton papelard ,
Chaque Béat le tirant à l'écart ,
Lui dit : « mon cher , j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur , & j'ai vingt fois conclu
33 Que l'on devoit t'accorder un long terme ;
HY
178 MERCURE
.
» Notre Chapitre ainfi ne l'a voulu . »
Paul , attrifté du refus qu'il effuye ,
Songe aux gorets ; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas ! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre , il auroit cû ma truye
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eft plaifant.
e !
Parmi quelques épigrammes , on diftinguera
celle intitulée : le Repentir , par M.
Maffon de Morvilliers , connu par de jolis
vers dans plus d'un genre , mais fur tout par
le tour vif & mordant qu'il fait donner à
l'épigramme.
MUSE , alte-là ! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'infpirer d'autres chants ?
Comme un forçat , j'ai langui fur ma rame;
Qu'ai-je gagné la haine des méchans .
Si d'un pédant je peins le lourd mérite ,
Damon fe croit défigné dans mes vers.
Que je perfiffie un rimeur hypocrite ,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaifant , fi je force à fe taire
Ces plats grimauds , toujours fi contens d'eux ,
Qui vont traînant leur honte héréditaire ,
'Damis foutient qu'un fot & lui font deux ,
CHANTONS plutôt la candeur , la ſcience ,
La modeſtie avec tous fes attraits ;
Et ces Meffieurs , du moins en confcience ,
Ne croiront plus qu'on faffe leurs portraits.
DE FRANCE. 179
Ces vers font plaifans , mais ces Meffieurs
trouveront que cette réparation eft pire que
l'offenfe, & qu'un pareil repentir reffemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous refte à parler de la Chanfon , On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffeux ,
de M. de Br ... , & des détails agréables dans
la Romance & la Chanfon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle , intitulée : la
Vieille de feize ans , eft ingénieufe . Nous
allons rapporter un couplet de M. L ** , qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que .
perdre la raifon & perdre la mémoire
étoient la même chofe .
En dépit de votre argument ,
Je prouve le contraire .
Daignez m'accorder feulemen
Un bailer pour falaire .
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire ,
Je pourrois perdre la raifon ,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A .... fur un air
d'Albanèze, avoient déjà couru manufcrits ,
& on les retrouve avec plaifir dans ce Recueil
, ainfi qu'une chanfon guerrière de
M. Berquin, fi connu par fes Romances.
Hvj
180 MERCURE
& fes Idylles , avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poélies , pour mettre nos Lecteurs à portée
d'apprécier nos richeffes de cette année , nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
plufieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus , M. Blinde Sainmore
& M. de la Harpe , fe font réunis ( par
hafard fans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eft
connu , & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis long temps le Public.
Nous ne devrions peut - être pas parler de
Voltaire , n'ayant à louer de lui dans ce Recueil
que quelques détails dans une Épître ,
& une fort jolie épigramme . Un pareil éloge,
adreffé à un auffi grand nom , eft trop peu de
chofe ; mais il vaut encore mieux acquitter
une dette fi modique , que de fe rendre fulpect
d'un oubli criminel.
On lira avec plaifir , dans ce même Volume
, diveries Pièces de M. le Chevalier de
Laillard , de M. Doigny , de M. François de
Neufchâteau , de M. Flins , de M. Maréchal ,
& de M. de Sauv . ** , dont la réputation eft
fondée fur des Ouvrages plus importans ,
& qui jouiffent de l'eftime du Public.
Nous autions voulu parler auffi de M. le
Marquis de Villette , de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieufes , de M.
l'Abbé Dourneau , de M. Fallet , de M.
Fréron , de M. Marf **, de M. de Piis , de
DE FRANCE. 18i
M. Salaur , de M. Vigée , de M. Royou , de
M. Rebel , &c. qui ont contribué avec fuccès
à l'Almanach de cette année ; mais la
multiplicité des noms qui enrichiffent ce
Recueil , nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous font prefcrites , & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange.
On s'appercevra peut- être auffi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point
parlé , ceux qui font foufcrits de notre nom ,
en gardant le filence fur ces bagatelles , nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'est par modeftie : Dieu veuille feulement
qu'on ne dife point que c'eft par juſtice !
( Cet Article eft de M. Imbert. )
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
IL eft inutile de prévenir nos Lecteurs que
les Articles des Mercures précédens , où l'on
a rendu compte , avec tant de détail , de la
reprife d'Atys , ne font pas de l'Homme de
Lettres qui s'eft chargé depuis huit mois de
la rédaction des Articles de l'Opéra.
Cet Homme de Lettres fe feroit fait un
plaifir de rendre juftice au travail utile &
trop mal apprécié de l'Écrivain célèbre qui
a fait au Poëme de Quinault des correc
}
182 MERCURE
tions néceffaires , pour donner à l'action
plus de rapidité , & animer la Scène par des
fujets d'airs & de morceaux d'enfemble pro-
'pres à un genre de mufique qui n'exiftoit
point du temps de Quinault ; il auroit rendu
le plus fincère hommage aux grands talens
du Compofiteur ; & en louant toutes les
beautés de la mufique d'Atys , il n'auroit
fait que rendre les impreffions de plaifir
qu'il en a conftamment reçues.
Un ami des deux Auteurs , le défiant fans
doute de l'impartialité & des lumières du
Rédacteur ordinaire , a defiré qu'on lui confiât
le foin d'annoncer lui -même la repriſe de
cet Opéra, & d'apprendre au Public à en fentit
toutes les beautés. Le Rédacteur a fans effort
confenti à lui céder cette importante fonc
tion, perfuadé qu'il favoit mieux que perfonne
comment les amis defiroient d'être loués.
Cet ami s'eft déguifé fous le nom de Mé
lophile , & perfonne ne paroît avoir intérêt
à lever fon mafque. Son admiration pour la
mufique d'Atys eft fans bornes ; il n'y voit
qu'une multitude innombrable de beautés
dont à peine il fe croit digne de parler, &
il n'y a pas apperçu une tache.
Le Rédacteur avoue qu'en aimant & en
admirant , dans cette mufique , un grand
nombre de morceaux charmans & de différens
genres de beautés , il croit y appercevoir des
défauts ou des négligences qu'il auroit jugé ,
pour l'intérêt même de Fart , devoir indiquer
DE FRANCE. 183
felon fes lumières ; mais avec tous les égards
que l'on doit à un Compofiteur du mérite
& de la réputation de M. Piccini , il croit
même que des éloges fentis , mais modérés
par une critique honnête & motivée , fervent
mieux un Artifte dans l'opinion publique
qu'un enthoufiafme exceffif , trop difficile à
partager , & fouvent même à comprendre.
Il auroit applaudi , par exemple , à la nou
velle ouverture d'Atys , parce qu'il la trouve
fort fupérieure à l'ancienne ; mais il auroit
pas dit que l'Auteur avoit feul le droit de
n'être pas fatisfait de la première ; car
le Public , qui n'en avoit pas été fatisfait ,
avoit le droit de n'en être pas fatisfait.
Il n'auroit pas dit que le véritable art de moduler
n'eft connu que des Italiens , de crainte
de fe faire une querelle avec tous les Compofiteurs
& Amateurs de l'Europe , qui connoiffent
les favantes compofitions des Bach ,
des Hayden , des Wagenfeil & des Holzbauer
, fans parler d'autres grands Maîtres
Allemands & François , que nous ne nommons
pas , pour éviter toute comparaifon
embarraffante .
Il n'auroit pas penfé à exalter l'effet de tel
morceau qui n'a jamais fait d'effet , ni la
beauté d'expreffion de tel autre , qui n'eft pas
même fufceptible d'une expreflion frappante.
Il n'auroit jamais eû l'efprit de découvrir
dans un duo ces chants larges & spacieux
184
MERCURE
dont lefecret ne s'apprend que fous l'heureux
ciel de l'Italie; ce langagen'eft pas à la portée
des malheureux habitans du ciel de Paris . Il
auroit encore moins pu deviner que tel air
étoit forti d'un feul jet de la tête & du
coeur du Compofiteur. M. Piccini a du être
bien étonné de toutes les belles chofes qu'on
lui fait voir dans les propres Ouvrages.
Enfin , en rendant compte de fon fentiment
fur cet Opéra , il auroit , en Hiftorien
fidèle , rendu compte auffi de l'impreflion.
que la repréfentation a faite fur le Public.
Nous ne poufferons pas plus loin ces obfervations
, qui deviendroient inutiles pour
T'art , & faftidieufes pour nos Lecteurs . Nous
nous contenterons d'ajouter que ce n'eft pas
en accumulant les épithètes & les adverbes
qu'on loue efficacement les productions des
Arts ; qu'il y a des éloges qui nuifent plus
que des fatyres ; qu'une admiration emphatique
& illimitée infpire aux imeilleurs ef
prits une jufte défiance , excite à la contrariété
, prêce au ridicule , n'en impoſe qu'aux
fots , & leur en impofe même rarement.
M. Mélophile a t'il prétendu férieuſe- ,
ment faire croire à ceux qui ont eu la patience
de le lire , que la mufique d'Atys réu
niffoit toutes les perfections poffibles fans'un
feul défaut ? A t'il cru fervir M. Piccini en
imprimant un éloge que , depuis Homère
jufqu'à Racine , aucun Ouvrage de l'homme
n'a pu mériter. Pour nous , figcères admirateurs
de ce grand Maître , nous croyons que
DE FRANCE. 185
l'enthoufiafme aveugle de fes amis lui a fait
plus de mal que toutes les injuftices de fes,
détracteurs , & que s'il n'a pas eu ici tous les
fuccès que fa réputation & la fupériorité de
fon talent nous promettoit , c'eft qu'il lui a
manqué quelques amis aufi févères qu'éclairés
, plus attachés à la gloire qu'à leurs opinions,
& qui joigniffent au fentiment naturel
de la mufique une connoiffance réfléchie des
vrais principes de cet art , appliqué aux
grands effets de la poéfie dramatique ; principes
dont malheureufement le fecret ne s'ap
prend pas encore fous le beau ciel de l'Italie.
Nous finiffons par inviter M. Mélophile à
ne pas priver le Public des Obfervations
utiles qu'il annonce fur la mufique théâtrale
& fur le chant qui y convient. Cela ne peut
être que curieux.
Mardi 11 de ce mois , on a repris à ce
Théâtre l'Embarras des Richeffès. L'affluence
& le fuccès de cette première repréſentation
ont juftifié le jugement que nous en avons
porté dans la nouveauté . Les Auteurs y ont
faits des changemens heureux , dont nous
allons rendre compre.
M. Grétri , fupérieur aux petits entête
mens de l'amour propre , a retouché fon ouverture
, & l'a rendue plus piquante . Il n'y a
ci de changement au premier Acte que
dans le Ballet qui le termine. Au lieu du
divertiffement des jeux de l'arc & de la
1
186 MERCURE
courſe, c'eſt un divertiffement de Bergersqui
viennent dans un bosquet où eft la ftatue d
l'amour , dépofer à fes pieds des corbeilles
de fleurs & y fufpendre leurs guirlandes.
Les airs de danfe en font agréables & variés,
& refpirent le caractère d'une fête à la fois
élégante & champêtre. Le divertiſſement
eft coupé par un petit duo où Rofette le
plaint à la mère de Mirtil de n'y pas voir fon
amant que Plutus a retenti. Il paroît enfin.
Rofette vole au devant de lui ; & au mo
ment où elle le conduit à l'autel de l'Amour
le tonnerre fe fait entendre , le bofquet eft
détruit , & l'on voit s'élever le palais que
Plutus a promis à Mirtil.
Dans le fecond Acte le Poëte a fupprimé
quelques Scènes & quelques Choeurs inutiles
qui ralentiffoient la marche de l'action."
Dans le Divertiffement de Nymphes &
d'Amours , qui coupe cet Acte , on a fubftitué
à l'entrée des Guerriers , qui avoit paru
déplacée , une chacone , danfée par Mile Dupré
& le fieur Gardel , qui ont mérité & ob
tenu les plus grands applaudiffemens,
Il n'y a de changement au troisième
Acte que dans la manière dont Plutus revient
annoncer que d'accord avec l'Amour
il veut couronner la tendreffe de Mirtil &
de Rufette ; alors la Scène change , & re
préfente le bofquet & la montagne où s'exécutent
les jeux & les courfes qui for
moient auparavant le divertiffement du ,
premier Acte. C'eſt Mlle Guimard qui remDE
FRANCE. 18+
·
porte le prix de la courfe fur fes compagnes,
& qui eft vaincue enfuite par le fieur Vef
tris. Nommer ces deux charmans fuiets , c'eſt
être diſpenſé de tout élege ; ils en ont épuifé
toutes les formules.
Mlles Gervais & Pelin & le fieur Laurent
terminent agréablement cette fête , que M.
Grétri a embellie de plufieurs airs nouveaux
, & dont l'effet eft plus analogue au
fujet que le Ballet trop férieux des quatre
parties du monde qu'on y avoit mis d'abord.
Cet Ouvrage , dans l'état où il eft , nous
paroit offrir un fpectacle très - agréable par
le mouvement & la variété des tableaux , par
un mêlange piquant d'intérêt & de gaîté ,
& fur tout par une mufique fenfible ,
brillante , fpirituelle & toujours naturelle ,
mufique qu'on goûte davantage à meſure
qu'on l'entend davantage , & dont on ne
fentira tout le prix que lorfque plufieurs
autres Compofiteurs fe feront effayés dans le
même genre. Malgré les préventions de plufieurs
perfonnes contre ce genre , qui fera
peut être un jour de la plus grande reffource"
pour l'Opéra , l'expérience ne tardera pas à
faire fentir l'obligation qu'on doit avoir
aux Auteurs qui en ont enrichi ce Théâtre .
Miles Saint- Huberti & Audinot ont joué
& chanté leurs rôles avec le goût & l'intelligence
qu'on leur connoît , & dont elles
donnent chaque jour de nouvelles preuves.
Le fieur Lainez s'étant trouvé indifpofé a
été remplaéé dans le rôle de Mirtil par le
ISS MERCURE
fieur Rouffeau , qui a mis plus d'aifance &
de chaleur dans (on jeu , plus de précision
& de nuances dans fon chant qu'on n'avoit
droit d'en attendre de fon peu d'habitude de .
la Scène. Les applaudiffemens qu'il a mé
rités dans ce rôle , & ceux qu'il a obtenus depuis
dans le rôle encore plus important
d'Atys, doivent l'encourager à perfectionner
par l'étude & de bons confeils , les avan
tages que lui donnent la jeuneſſe & l'agré
ment de fa votx.
Le fieur Laïs , dont on connoît la belle voix
& l'excellent goût de chant , femble s'être
furpaffé lui même ; & il a obtenu , fur tout
dans la dernière ariette de Plutus , des applaudiffemens
dont il y a peu d'exemples.
Le fieur Chéron a rendu , avec le plus
grand fuccès , le rôle de Chryfante.
Avis aux Soufcripteurs de l'Encyclopédie
par ordre de matières.
PLUSIEURS Soufcripteurs de l'Encyclopédie par
ordre de matières , nous ayant prié de répondre à
différentes queftions & demandes relatives à cet
Ouvrage , nous nous empreffons de les fatisfaire.
1 °. Quant au caractère , qu'on trouve trop petit
pour un aufh grand Ouvrage , on peut voir , dans
l'Avis de la feconde Livraiſon , tout ce que nous
avons fait à ce fujet pour répondre aux defirs & à la
volonté du Public ; c'eft au moyen de ce petit caractère
, & d'une large juftification , que cette Encyclopédie
, qui comprendra près de moitié plus de Difcours
que celle in -folio , ne reviendra cependant
DE FRANCE. 189
aux Soufcripteors qu'à un peu plus du tiers du prix de
la première Edition in -folio de Paris.
20. Pour le papier , il eft conforme à celui du
Profpectus ; il doit être , d'après nos conventions
avec le Papetier , duplus beau Quarré de Limoges ,
& des meilleures Fabriques. Il eft abfolument de
même qualité que celui qu'on a employé pour l'Édition
in folio du Moréri , & de l'Histoire des Voyages
de M. l'Abbé Prévoſt , abrégée par M. de la Harpe ,
21 Vol . in-8 ° . ; le Dénizart , les OEuvres de d'Agueffeau
, font imprimés fur le même papier , & jamais
on ne s'en eft plaint.
La grande célérité de l'impreffion , le défaut de magafinage
, l'empreffement du Public pour ces Livraifons
font en partie la caufe que ce papier ne paroît pas
tout ce qu'il fera quand il aura magafiné cinq à fix
mois.Le Public peut déjà s'appercevoir que le papier
de la première Livraifon a gagné depuis qu'elle eft
dans fes mains , & qu'il gagnera avec le temps.
3 ° . Il faut auffi qu'on fafle attention que plus un
caractère eft petit , ferré, la juftification longue &
large , moins le papier paroît beau. Le Moréri & les
Ouvrages cités ci- deffus font imprimés avec un plus
gros caractère.
4. Preffé par les circonftances , & les fontes de
caractères , quoique commandées , n'étant pas prêtes
on s'eft fervi , pour deux Parties , de caractères qui
pas abfolument neufs . On a remédié à cela n'étoient
pour la fuite.
5. On a auffi pris des mefures pour que le papier
à l'avenir foit mieux collé , & pèfe même quelques
livres de plus.
6. Le tirage fera fait encore avec plus de foin.
Les Volumes imprimés chez MM . Stoupe & Simon ,
&c. font d'une très- belle impreffion , les caractères
étant neufs.
7°. On nous a relevé des omillions , des fautes
190 MERCURE
plus ou moins légères , comme fur le mot Caffation ;
elles feront toutes réparées dans le Vocabulaire univerfel
; comme ce Vocabulaire contiendra tous les
mots de chacune des parties , on joindra , on relevera
fous chacun de ces mots les fautes & les omiffions
, & l'Ouvrage fera difpenfé d'un Errata , auquel
on a rarement recours. Nous prions les Perfonnes
éclairées de nous faire paffer toutes leurs obferva→
tions à cet égard ; c'eft le
de donner à ce
moyen
grand Ouvrage toute la perfection dont il eft fufceptible.
8°. Quelques Perfonnes auroient defiré que les
Planches fullent jointes au Difcours ; mais la vue de
ces Planches , dont le premier Volurne eft actuellement
entièrement achevé , ne permet point cette
réunion , puifqu'elles font imprimées fur du grand
raifin fin double du poids de trente- fix livres.
9. Plufieurs Perfonnes craignent que la belle
Edition de M. Didot, à 1800 liv. ne nuife & ne préjudicie
à la première Édition ; toutes ces craintes ,
qu'on me permette de le dire , font mal fondées.
Cette belle Edition fera mot pour mot ſemblable à la
première. Quant à l'exécution typographique , elle
regarde entièreinent M. Didot . On monte un atelier
exprès abfolument féparé de l'entrepriſe actuelle ;
ainfi les travaux pour cette Edition ne peuvent ni
directement ni indirectement nuire à la première .
10. On diftribue actuellement gratis , hôtel de
Thou , rue des Poitevins , le modèle exact du
papier , du format & de l'impreffion de cette Édition
à 1800 liv. Quant au caractère , on le grave.
ANNONCES ET NOTICES.-
NOUVEAU Théâtre Allemand , ou Traduction
des Pièces qui ont para avec fuccès fur les Théâtres
DE FRANCE. 191
des Capitales de l'Allemagne , précédée de l'Hiftoire
du Théâtre Allemand ; par M. Friédel , Profeffeur
des Pages du Roi en furvivance , Tome V. A Paris ,
chez l'Auteur, au Cabinet de Littérature Allemande
, rue S, Honoré , au coin de celle de Richelieu
; la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques ,
& Couturier , Imprimeur-Libraire , quai des Auguftins
.
Cet important Ouvrage , dont les Volumes fe
fuccèdent exactement , paroît avoir mérité le
fuffrage des Amateurs de l'Art Dramatique . Pour
faciliter les Perfonnes qui n'ont pas foufcrit , on
propofe de donner les cinq Volumes qui paroiffent
pour le prix de la fouſcription , c'eſt - à - dire , pour
15 livres , en payant toutefois , comme les premiers
Soufcripteurs, 3 livres d'avance pour le fixième.
Volume, qui paroîtra le premier Avril. ´Ceux qui
ont acquis les quatre peuvent , à commencer par le
cinquième , entrer dans la claffe des Soufcripteurs, -
4
TROIS VUES du Fort Royal de la Martinique
, dédiées & préfentées à MADAME
gravées & dirigées par le fieur Née , d'après les
deffins de M. le Chevalier d'Épernay , Capitaine
au Corps Royal de l'Artillerie 1 ° . Vue du côté du
Port prife à mi-côte du morne qui eft au bas de
l'habitation de Mme Vanier : 2º . Vûe prife de la
première embrâfure de la batterie de la prifon du
côté du petit efcalier qui monte au fort : 3 ° . Vậc
du côté de la rade des Flamands prife à mi - côte du
morne de l'habitation de Mme Claverit,
Les Deffins de ces Vûes font dans le Cabinet de
MADAME ; elles font intéreflantes par leur exactitude
& par les fites qu'elles repréfentent . Les Arts
étant en général peu connus dans les Colonies , of
une infinité de circonftances s'oppofent à leurs progrès
, il feroit à defirer que MM. les Officiers des
192 MERCURE
Corps du Génie & de l'Artillerie , qui joignent
l'étude des Sciences néceffaires à leur état , le goût &
la pratique du Deffin , vouluffent bien , à l'exemple
de M. le Chevalier d'Épernay , rapporter de leurs
voyages , pour le fervice du Roi , des Vûes de chacune
des Colonies Françoifes. Ces Vues gravées dans
le format de celles de la Martinique , formeroient
par la fuite une Collection très-intéreflante , en yjoignant
les Cartes Géographiques.
Les trois Gravures que nous annonçons répondent
parfaitement à la réputation de M. Née , connu
depuis long-temps par la fineffe de fon burin & par
le nombre de fes Ouvrages. A Paris , chez l'Auteur,
rue des Francs- Bourgeois , Porte S. Michel ; & à
Verſailles , chez Blaizot , Libraire du Roi & de la
Reine , rue Satory . Prix , 1 liv. 10 fols chacune.
L'AMI DES ENFANS , par M. Berquin ,
Février 1783. Le prix de la foufcription pour l'année
courante eft de 13 livres 4 fols pour Paris , & de
16 liv. 4fols pour la Province, franc de port par la
pofte. On peut fe procurer aux mêmes conditions
l'année complette 1782. Le Volume de Mars paroi
tra le premier du mois.
TA BL E.
EPIT PITRE à Molière ,
145 Almanach des Mufes , 169
Sophronime , Nouvelle Grec Acad. Royale de Musiq. 181
10 Avisfur l'Encyclopedie, 188 que ,
Charades , Enigme & Logo Annonces& Notices,
gryphe
ΑΙ
1641
APPROBATION.
190
le J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Seeaus ,
Mercure deFrance , pour le Samedi 22 Février. Je n'v ai
rien trouvé quipuiffe en empêcher l'umureffion. A Paris ,
le 21 Février 1783. GUIDI.
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
TURQUI E.
De
CONSTANTINOPLE , le 10 Décembre.
TOUTES les nouvelles reçues de la Crimée
& de la Beffarabie , confirment le rétablif
fement du Khan Sahim- Guérai .
Le Prince Potemkin , difent ces lettres , arriva
vers la fin de Septembre à Cherfon , ville devenue
confidérable par les facilités qu'elle offre au commerce
& refpectable par fes fortifications ; il or
donna , à ce que l'on prétend , à 28 régimens de ſe
réunir à deux autres qui fervoient de ga de a Sahim-
Guérai & au Miniftre de Ruffie ; à l'approche de ces
troupes , les révoltés fé difpe sè ent ; partie fe réfugia
dans les montagnes , en proteftant de n'avoir
pris aucune part à la dernière révolution ; le frère
de Sahim-Guérai lui-même s'éloigna fur- le- champ ,
après avoir affuré qu'il avoit été forcé par les Tartares
, de difputer la fouveraineté à ſon frère , avec
lequel il étoit prêt à fe réconcilier , en le reconpour
vrai & légitime S uverain de la Pénin-
On ajoute que le Prince Potemkin avoi :
fait remettre la fomme de 200,000 oubles en
effèces , & le Cordon de l'Ordre de Ste- Anne
1er.
Février 1783
noiffant
fale.
2
( 2 )
4
enrichi de diamans , à Sahim- Guérai , qui peu de
jours auparavant fe trouvoit manquer dú nécenaire ,
Il s'eft clevé quelques troubles à Smyine ,
où ils ont été caufés par les levées faites
dans cette ville par des enrôleurs de Tunis ,
qui avoient obtenu la permition d'y recruter.
Ceux qui prennent parti dans les
troupes des Régen.es Barbarefques , font
toujours des hommes de la lie du peuple ,
des vagabonds & des débauchés ; ils ont
commis quelques défor tres . On a fu bientôt
que d'autres enrôleurs Barbarefques arrivoient
fur un bâtiment Ruffe & un bâtiment
de Livourne ; les Confuls Européens fe font
affemblés & ont envoyé ici un Mémoire
pour rendre compte de ce qui s'eſt paſſe ,
& demander qu'on refufe de pareilles per
miffions . Les Miniftres Européens font des
démarches en conféquence pour affurer la
tranquillité dans Smyrne. En attendant ,
on apprend de cette ville que le Gouver
nement a refufé d'admettre les nouveaux
enrôleurs , fans avoir à ce ſujet des ordres
ultérieurs de la Porte,
DANE MARCK.
De COPENHAGUE , le 4 Janvier.
IL eft arrivé dernièrement dans ce port
deux bâtimens ven ni de Guinée , & IL
aurres, des Indes Occidentales ces derniers
font chargés de fucre , de café , de tabac ,
de riz & d'autres marchandifes ; il en eft
( 3 )
arrivé auffi plufieurs de Groenland &
d'Illande.
Le nombre des naiffances pendant le cours de
l'année dernière dans cette Capitale , a été de 2822 ,
dont 1381 garçons , & 1441 files ; celui des morts
de 4244 , dont 2356 hommes , & 1888 femmes .
-
Dans l'Evêché d'Aggerhuus , il y a eu 10,839 naiffances
, dont 5478 garçons , & 5361 filles ; 2208
mariages , & 8096 morts , dont 4c64 hommes , &
4032 femmes. On a compté également pendant
l'année dernière , dans les paroites des Duchés de
Slefwick & de Holltein qui font fus l'inspection
du Sur Intendant général de Rendsbourg , 12 763
nailances , dont 6671 garçons , & 6092 filles , &
12,555 morts ; parmi ces derniers , il y avoit quatre
centenaites , 62 nouagénaires , & 563 octogénaires.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 4 Janvier.
LE Confeil Permanent s'occupe toujours
d'affaires de la dernière importance , deux
Notes , remifes depuis peu par le Miniftre
Pruffien , toutes deux relatives à un évènement
arrivé il n'y a pas long - tems en
Pruffe , mais dont le Public ignore encore
les particularités , viennent de lui donner
de nouvelles occupations.
Le Baron de Thugut , Miniftre de la
Cour de Vienne , eft fur fon départ , qu'on
dit fixé au 8 de ce mois.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , les Janvier.
VERS la fin du mois dernier , nous avons
2 2
( 4 )
éprouvé , pendant quelques jours , les variations
du tems les plus fingulières. Dans
la nuit du 21 , nous effuyâmes un ouragan
terrible ; le 22 au matin , il tomba de l'eau ,
& enfuite une grande quantité de neige ;
pendant qu'il neigeoit , le tonnerre gronda ,
& frappa la tour de St- Etienne , fans faire
cependant du dommage. Dans l'après-midi ,
le ciel s'éclaircit , le foleil parur , & fit
fondre la neige. Le 23 , il neigea de nouveau
, & le vent fut très-violent. Le 24 ,
un vent de Nord - oueft fouffla avec tant
de violence , qu'il caufa beaucoup de dégâts
dans la ville & les fauxbourga Le vent
cella un pou le 25 ,
mais la pluie & la neige
ne difcontinuèrent pas.
S. M. I. a jugé à propos de faire quelques
changemens dans l'Adminiftration de la Régence
de la Lombardie Autrichienne ; les
deux places de Confultor di Governo , ont
été fupprimées , & il a été créé une place de
Sénateur d'Etat , qui a été conférée auffi - tôt
au Chevalier Nicolo Pecci . Les affaires
d'adminiftration feront conduites , comme
auparavant , par fon S. A. R. l'Archiduc
Ferdinand , Gouverneur - Général de la
Lombardie Autrichienne , & feront traitées
dans un Confeil compofé du Miniftre &
Commiffaire Plénipotentiaire de l'Empereur
, & d'un Sénateur de Régence.
S. M. I. fe propofe de faire une réduction
des emplois dans les divers Colléges ; déja
plus de 20 Confeillers Auliques ont été mis
5%
à la penfion. La Chancellerie de Boheme
& d'Autriche , à laquelle la Chambre des
Finances a été incorporée , ne fera compofée
, dorénavant , que de 14 Confeillers.
Les travaux , dans l'Arfenal , font continués
jour & nuit , & la levée des recrues ,
en Bohême , fe fait fans interruption. Mille
chariots chargés de munitions font attendus
ici de Prague , on ignore encore s'ils y retourneront
, ou s'ils feront envoyés en Hongrie.
33
Il règne depuis quelque tems dans la ville de
Bries , écrit- on de Neufol dans la baute Hongrie ,
une maladie épidémique qui y culève beaucoup de
perfonnes. Elle fe manifefle par des ulcères au col
on a compté 26 perfonnes qui en font mortes dans
un jour. Des familles entières fortent de la ville ; &
viennent ici dans l'efpoir d'échapper à cette maladie.
Dans le cours de cette année , on a obtenu en
Esclavonic 7782 livres pefant de foie , des vers
qu'on y élève. On dit que la ville de Comorra a été
prefqu'entièrement détruite par un tremblement de
terre c
De HAMBOURG , le 7 Janvier.
LES démêlés qui fe font élevés entre la
Rullie & la Porte ne font pas encore arran➡
ges , on craint toujours que l'orage n'éclate .
" Les conférences fréquentes du Miniftre Autrichien
avec notie Miniflère , écrit-on de Pétersbourg,
accréditent le bruit qu'il y a actuellement des objets
de la plus grande importance fur le tapis entre ces
deux Cours ; on les croit relatifs à la fituation des
affaires avec la Porte , & on préfume que ces deux
Puiffances font convenues d'un concert à cet égards
On parle même d'une déclaration d'une nature aſſez
a 3
( 6 )
défagréable pour la Porre , qui doit lui être faite
& dont on fera mieux inftruit dans quelques femaines.
Cependant quelques perfonnes penfent qu'il n'y aura
point de rupture , que le Divan perfifte dans fon
fyftême pacifique , qu'il eft très - difpoté à obferver
la neutralité relativement à la Crimée , pourvu qu'il
n'y foit porté a cure atteinte au culte des Muful
mans , parce que dans ce cas , les dev irs religieux
de S. H. & fon honneur en qualité de Calife , lui
prefervent de s'y interpofer «.
Des lettres des fontieres de la Turquie
contiennent les détails fuivans.
Tout eft tranquille dans la Tranfylvanie ; mais
il n'en eft pas de même dans la Mldavie & la
Beffarabie , où les Mufulmans , malgré le établiffement
de Sahum - Guérai , font beaucoup de mouvemen
, & s'empreilent tant à pourvoir la fortereffe
de Bender de monitions de guerre & de vivres , qu'à
mettre en sûreté leurs effet les plus précieux . Plu
fieurs ont déja envoy la meilleure partie de leur
mobilier au-d lad Danube. D'un autre côté , nonobftant
le rétabiflement du Kan de Crmée , les
affaires de cette Pre: ifle font encore dans un état
très - critique. Si les Tartares fe voyoient foutenus ,
meine faiblement par la Porte , ils foutiendroient
volontiers par la force , le choix qu'ils ont fait de
leur nouveau Kan. A Conftantinople , les Janif
faires & le peuple demandent toujours la
le
guerre ,
Min ftère Ottoman montre à la vérité des difpoficions
pacifiques , mais c'est au tems à apprendre s'il ne
fant pas attribuer ce calme apparent à la maxime
ancienne des Orromans , de temporiſer juſqu'à
qu'il foient préparés pour la guerre «.
ce
En attend nt que l'on fache l'iffue qu'auront
ces mouvemens , on en remarque de
très-grands dans les Etats héréditaires de
l'Empereur. Le cordon de troupes qui fe
( 7 )
forme fur les frontières Ottomanes eft de
40,000 homes ; on continue les enrôlemens
militaires , & l'achat des provisions
de tou e efpèce. Les Officiers & Soldats
abfens de leurs Régimens , par congé , ont
reçu orde de rejoindre à la mi -Janvier ; &
il a été dit- on , défendu , fous peine de
mort , d'exporter des vivres dans les Provinces
Ortomanes. <
eurs
" Des let res de Conftantinople
, écrit - on de
Vienne , difent que le Ministère continue les conférences
avec les Gens de loi , fur la fituation actuelle
de l'Empire Ottoman , & que les travaux de l'arfenai
fon pouilés avec la plus grande vivacité.
éclaté
Les mêmes lettres ajoutent que le feu ayant
de nouveau dans la Capitale de 1 Empi e Ottoman ,
près de la Mo qute di Sultan Achmet , plufieu
maifons des perfonnes du Ministère ont été réduites
en cendres. On écrit de Varfovie , que fadeur de Ruffie déclaré dans les circonfque
tances actuelles , la République feroit bien de mettre
dans un bon état de défenfe fes frontières vers la
Turquie , il a été donné ordre de pourvoir la fortereffe
de Kaminiek , de tout ce dont elle pourra avoir
bef in «<.
-
ayant
l'Ambaf-
C'est le Prince - Evêque de Hildesheim
qui fuccéde a dans l'Evêché de Paderborn
au Prince-Evêque , mort le 26 Décembre
dernier il avoit été élu Coadjuteur de cet
Evêché le 2 Mars 1773.
ITALI
E.
De LIVOURNE
, le 31 Décembre. >
ON mande de Rome que le Pape a créé
deux Cardinaux dans le Confiftoire fecret
a 4
78 )
qu'il a tenu le 16 de ce mois : le premier eft
M. Jofeph Capece Zurlo , Archevêque de
Naples , & qui eft à Rome depuis quelque
tems pour régler les différens fubfiftans
entre le St - Siége & la Cour des Deux - Siciles.
S. S. lui a fait remettre gratis les bulles ,
dont les frais montent à 3000 ducats ; elle
s'eft réfervé le fecond Cardinal in petto.
» Le Sénat , écrit- on de Venife , ayant délibéré de
nouveau fur la propofition de déroger au décret par
lequel il avoit été ordonné que les Religieux ne
pourroient revêtir l'habit de l'Ordre dans lequel ils
voudroient entrer qu'à l'âge de 21 ans , & ne
prononcer leurs voeux folemnels qu'à l'âge de 25 ,
il a été réfolu , après une longue difcuffion , qu'on
feroit examiner de nouveau les divers écrits préfentés
fur cet objet au Magiftrat , & que fur le rapport
de cet examen , le Sénat prendroit une réfolution
définitive ".
Le 6 du mois dernier on avoit notifié aux
Capitaines des bâtimens Impériaux & Tofcans
, que les Régences d'Alger , de Tunis
& de Tripoli ont pris la réfolution de continuer
les hoftilités commencées contre le
pavillon Impérial & Tofcan. Le bruit s'eft
répandu depuis , que le Dey d'Alger a fait
relâcher les deux bâtimens Tofcans pris
dernièrement par un corfaire Algérien , &
qu'il a fait punir le Capitaine : on en attend
la confirmation avec impatience.
ESPAGNE,
De MADRID , le 7 Janvier.
Nos dernières lettres de Cadix font du 34
( 9 )
du mois dernier , & contiennent les détails
fuivans.
Le convoi que M. de Vialis a amené de Breft ,
ayant effuyé un coup de vent fur le Cap Sainte-
Marie, eft enfin entré aujourd'hui en entier dans
notre baye, à la réserve d'un tranfport qui a été
obligé de relâcher à la Corogne ; il a à bord 300
hommes & 1500 tentés , que l'Angel de la Guardia,
vaiffeau de ligne Efpagnol qui doit bientôt appareiller
de ce port , prendra à bord avant de ſe rendre
ici. L'efcadre qui avoit mieux réſiſté au coup de
vent, entra dans notre baie le 24 , mais le vent étant
foible , le vaiffeau le Centaure eut le malheur d'être
abordé par le Diadême , qui a endommagé la poupe;
on fe flatte cependant qu'il fera en état de faire la
campagne avec M. le Comte d'Eftaing , au moyen
de la grande activité que ce Général a introduite
dans nos arfenaux. Toutes les troupes venues de
Breft, tant celles qui étoient à bord des tranfports ,
que celles en garnifon fur les vailleaux de guerre ,
defcendront demain à terre , ici & à Sainte -Marie.
La frégate la Précieuse & la corvette la Poulette ,
efco tant 8 tranfports avec 1500 hommes , viennent
de meuiller dans notre rade ; c'eft le dernier
convoi qu'on attendoit de Toulon , d'où il eft venu en
8 jours de traversée. On compte que M. le
Comte d'Estaing pourra partir pour fon expédition
vers le 12 ou le is Janvier ; il paroit décidé que l'Ef- oule 15
pagne fournira 28 vaiffeaux de ligne ; les François ne
feront pas au nombre de moins de 20 cc.
-
Il paroît que fi la paix n'eft pas fignée
dici au 20 de ce mois , ou qu'on n'en feroit
pas inftruit à Cadix , l'efcadre combinée
mettra à la voile. Le Général eft , dit- on ,
maître abfolu de la flotte & de l'armée ;
les deux Cours lui ayant donné à cet égard
les pouvoirs les plus étendus. Il eft certain
2. &
( 10 )
d'obtenir tout ce qu'il demande : il a voulu
embarquer 300 Dragons Efpagnols , & ils
lui ont été accordés fur - le - champ. Une
partie des troupes arrivées étoient fans
armes , les Commiffaires n'en trouvoient
point à Cadix ; mais fur un fimple billet du
Général , M. d'Oreilly s'eft empreffé de fournir
toutes celles dont on avoit befoin.
C'est par un effer de fa prévoyance que
les Soldats des deux Nations ont été fournis
de gillets , de bas & de bonnets de
laine , précaution qui ne paroîtra pas inutile
à ceux qui favent que les nuits dans
plufieurs Ifles de l'Amérique font trèsfraîches
, & que le ferein , en certain tems
de l'année , eft mortel pour ceux qui s'y
expofent fans être vétus.
"C'eft fur ce Général que repofe actuellement
la confiance des deux Nations fi la
guerre continue ; quand même fon expédition
auroit encore plus de fuccès qu'on n'en
attend , les deux Cours lui auroient de bien
plus grandes obligations pour ce qu'il a
fait déja , s'il eft vrai , comme on le dit ,
que pendant fon court féjour à St-Ildephonfe
il a diffuadé le Roi d'infifter fur
la ceffion de Gibraltar , ayant prouvé que
dans moins de 3 ou 4 ans les Anglois
ferient les premiers à offrir cette fortereffe
qui leur devient de jour en jour
bien plus à charge qu'elle ne leur étoit
Adu tems de George II ; cependant ce Prince
avoit voulu dès ce tems-là traiter à différentes
reprifes de fon échange , parce qu'il
favoit l'eftimer à fa jufte valeur.
On lit les détails fuivans dans les lettres
du Camp de St- Roch du 24 Décembre.
--
» L'ennemi , depuis quelques jours , fait un feu
affez vif fur nos ouvrages avancés , & nous y avons
eu 6 tués & 11 bleffés : nous répondons par notre
artillerie , & nous avons lieu de croire qu'il s'en
trouve fort incommodé , puifqu'il ne ceffe d'augmenter
ſes caſemates pour le mettre à l'abri de
notre feu. Notre Général n'a jamais perdu dé
vue le vaiffeau le San - Miguel , que les vents ont
donné à l'ennemi , & qui eft mouillé au Mole- Neuf.
Depuis que D. Antonio Barcelo a pris le commandement
de la Marine , on a tenté de détruire ce
vaiffeau à l'aide des brûlots ; mais deux de ceux qui
furent envoyés pour cette expédition y échouerent ,
parce que l'un perdit fon mât au milieu de la baie ,
& l'autre fut furpris par une voie d'eau , de forte
que les équipages eurent bien de la peine à les ramener
au lieu d'où ils étoient partis. Le 18 , on fic
une nouvelle tentative . M. Stepar , Commandant
actuel des chaloupes canonnières, raffembla à Algéfiras
les bombardes & les chaloupes qui étoient en
état de tenir la mer , & à 10 heures du matin
D. Barcelo partit de ce port à la tête de deux divifions
, dont l'une étoit de 11 bombardes & l'autre de
12 chaloupes canonnières . Les bombardes avoient
ordre de former une ligne de bataille dont la droite
étoit marquée par la felouque que montoit D. Barcelo
, & la gauche , par le canot de M. Stepar. C
chaloupes canonnières devoient fe placer en avant
pour foutenir cette ligne contre la fortie des canonnières
de l'ennemi ; mais cet ordre ne fut point exécuté
, & plufieurs chaloupes qui ne s'avancèrent
point allez , firent feu , hors de portée. L'ennemi
fit auffi-tôt avancer 10 chaloupes canonnières , à
Ces
( 12 )
150 toifes au large en avant du San-Miguel ; &
leur feu fut fecondé par celui des ouvrages de la
place , depuis le baftion du Roi jufqu'à la pointe
d'Europe; le San-Miguel préfenta le côté à notre
attaque , pour donner moins de prife à nos bombar
des , mais malgré cette précaution, il tomba une
bombe fur la proue , & elle y mit le feu , que l'ennemi
fut long-tems à éteindre ; une autre bombarde
endommagea fon petit hunier & lui coupa des
manoeuvres effentielles , ce qui le força à ranger la
terre de près , pendant que fes chaloupes canonnières
foutenoient toujours leur pofte en avant ; enfin notre
ligne n'ayant jamais pu être en ordre , & D. Barcelo
ayant vu le San- Miguel fe rapprocher de terre , ce
qui rendoit inutile le feu des bombardes , fe retira
avec fa petite efcadre après avoir donné l'exemple
de la plus grande intrépidité, puifqu'il ne quitta
jamais le front de l'attaque. Quelques Officiers ont
mérité des éloges du Général, par la manière avec
laquelle ils fe font comportés dans cette action «.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 21 Janvier..
LES Circonftances actuelles ne fauroient être
plus intéreffantes ni plus critiques ; il s'agit
de la paix ou de la continuation de la guerre ;
les préparatifs continuent pour cette dernière;
les mouvemens qui fe font pour la première
reftent dans les Cabinets ; & la Nation ignore
encore où l'on en eft ; mais les armemens
qu'on fait toujours ne détruifent point les
efpérances. Le 17 de ce mois la réponſe
définitive de notre Cour relativement à la
paix fut fignée ; on s'attend que les préliiminaires
le feront à Verſailles , & on eſpère
( x 3 X
qu'aujourd'hui , jour de la rentrée du Pary
lement , il fera informé de ces nouvelles i
agréables ; ce qui fait craindre cependant
qu'il ne le foit pas encore , c'eſt que M.
Townshend , Secrétaire d'Etat , n'a point
écrit au Lord Maire pour l'informer, comme
il l'avoit promis , de l'iffue bonne cu mauvaiſe
des négociations ; on fe flattoir ici que
cette lettre pourroit précéder la rentrée du
Parlement , ou paroître le jour même de fa
rentrée ; mais il n'en faut pas conclure pour
cela que la paix n'aura pas lieu. Il réfulte
feulement du filence de M. Townshend
que les grandes nouvelles d'après lefquelles
il devoit écrire ne font point encore arrivées
; & cela n'étonnera pas fi l'on confidère
que notre réponſe définitive n'a été fignée
que le 17 , & que fi les prélninaires l'ont
été à Versailles , ils n'ont pu l'être que le 19
ou le zo ; nous ne pouvons donc pas avoir
reçu ces fignatures à préfent ; mais elles ne
peuvent tarder.
La hauffe des fonds eft prodigieuſe , &
malgré ce départ de nos flottes , le filence
de nos Miniftres , le peuple ne doute pas
de la paix & fait éclater fa joie dans tous
les quartiers. Il fe flatte toujours que cet
heureux évènement pourra encore être annoncé
ce foir aux deux Chambres du Parlement.
Nous allons voir le Grand - Confeil
de la Nation occupé d'objets dont la décifion
doit déterminer le fort de l'Angleterre ,
fixer fes intérêts & ceux de toute l'Europe ;
( 14 )
nos Miniftres paroiffent defirer d'y voir régner
l'union , & voici comment s'exprime
à ce fujet une des feuilles du parti de la
Cour.
» La fituation du Royaume dans le moment
actuel , réclame toute la fageffe & toute l'unanimité
de fes Miniftres , de fes Sénateurs & de fes Habitans.
C'est au Parlement à difcuter la confervation
de nos libertés civiles & religieufes ,
de nos arts , de notre commerce , de notre naviga
tion & de la gloire que nos armes le font acquifes
fur terre & fur mer. Dans une pofition auffi délicate ,
tous les Ecrivains politiques ne peuvent mettre trop
de prudence & de cir . onfpection dans leurs écrits,
Ils doivent dépofer tout efprit de parti , fufpendre
toute attaque & toute défenſe des hommes en place ;
renoncer à leurs opinions fpéculatives & fur- tout
facrifier leurs confidérations particulières à l'intérêt
général qui doit nous porter à mettre la plus grande
Confiance dans les repréfentans du peuple . Après les
fages meferes du Cabinet , c'eit à l'unanimité du
Pailement que nous fommes redevables de l'heurenfe
perfpective de la paix que tout femble nous
annoncer . Puiffe cette heureuſe réunion continuer
jufqu'à la fin . Nous connoiffons fa vertu , fon efficacité
, fon influence fur les confeils étrangers , & nous
devons être convaincus qu'elle peut rendre à la
G. B. fon ancienne fplendeur «.
Cette exhortation à l'union & à la modération
eft fans doute à propos ; mais on ne
doit peut être pas fe flarter qu'elle produife
beaucoup d'effet l'ufage dans ce pays eft
de defirer vivement une chofe , de ne plus
en être fatisfait lorfqu'on l'a obtenue , &
verfer le fiel & le farcafme fur les gens en
place qu'on a d'abord tourmentés pour rem
( 155ད
plir le voeu qu'on formoit ; la paix actuelle
en offrira fans doute un nouvel exemple ;
& il eft impoffible que la Nation foit également
contente de toutes les conditions auxquelles
elle fe fait.
L'indépendance de l'Amérique , dit un de nos
papiers , eft un évènement dont réfulte une variété
de conféquences fi importantes à l'Europe entière ,
qu'il eft impoffible au plus fage politique d'en fuivre
la progreflion , & même d'en former des conjectures
probables . Dans ce labyrinthe de conféquences
ultérieures , il eft un fait certain ; c'eft que dans le
cours actuel des chofes & fuivant tous les exemples
qu'a recueilli l'hiftoire , ces circonftances doivent
être pendant nombre d'années défavorables fi elles
ne font pas fatales à la G. B.; ce pay - ci tombera
dans la pauvreté & la foibleffe , tandis que les
ennemis deviendront puffans & opulens . Nos ennemis
font fi parfaitement convaincus de cette vérité ,
qu'elle eft le principe établi & la feule caufe de leur
alliance avec l'Amé ique , & de leur guerre avec là
G. B. La puiffance & l'opulence de la France , ont
été tellement exagrées par des perfonnes qui ont dans
la même proportion repréfenté dans un jour oppofé
les facultés aquelle de ce pays , qu'il eft à craindre
qu'une paix conclue dans ce moment , ne couvre la
Nation d'un opp: obre éternel ; car la moindre conceffion
de notre part feroit fuppofer à l'Europe entière
que la fupériorité de nos ennemis combinés , nous a
forcé de nous foumettre à leurs demandes . Il s'en
fuit donc que la politique exige que nous continuions
la guerreju qu'à ce que le fuccès de nos armes nous
ait m s en état de dicter des termes de paix qui nous
mettent à l'ab i du reproche & du mépris des Puiffances
étrangères , qui ont jufqu'à préfent eftimé &
admiré not e Nation ".
-
Il n'eft pas douteux que ces déclamations
716 )
vont le renouveller , & que les mêmes papiers
, qui au commencement de l'année
dernière crioient la paix , ne difent cette an
née qu'il falloit continuer la guerre ; mais ils
le feroient à préfent inutilement & trop tard;
la partie éclairée de la Nation applaudira à
la conduite de l'Adminiftration ; elle fait
que nos prétendus avantages de la campagne
dernière n'ont rien produit ; que nos
victoires n'ont eu aucunes fuites ; que nous
fommes dans la même pofition où nous
étions auparavant ; que l'Espagne en renonçant
au fiége de Gibraltar , laiffe les forces
de la Maifon de Bourbon libres de fe porter
ailleurs , & de conferver leur fuperiorité
; qu'une nouvelle campagne feroit infiniment
défaftreufe , & qu'à la fin nous (erions
dans le cas d'avoir des termes beau
coup moins favorables , après avoir mis le
comble à notre épuisement ; ce font les
prochains débats qui nous inftruiront des
conditions de la paix : on doit s'attendre à
des facrifices de notre part , & peut- être.
nos ennemis font- ils plus modérés que nous
ne l'avons été avec eux dans d'autres circonftances.
Il y a actuellement à Portfmouth un vaif,
feau de guerre armé , deftiné à fe rendre
en droiture en Amérique auffi-tôt que la
négociation entamée fera terminée. Le Général
Grey qui doit relever le Chevalier
Guy Carleton doit partir fur ce vaiffeau
D La frégate l'Aurore , écrit-on de Portsmouth en
( 17
?
date du 19 , vient de mettre à la voile. Le 17 , โร
frégate le Mirmidon eft parte pour les ifles , ainfi
que le floop le Merlin pourJ'Irlande . Le mème jour,
dans l'après - midi , le Commodo e Elliot eft parti
pour les ifles. Le 18 ap ès - midi , le Speedy, floop
armé , a mis à la voile avec des dé éches pour cé
Commodere ; il eit restré ce matin & M. Elliot
revient avec fon efcadie , pour ſe rend e a Ste Hélènes
cependant on ignore fi c'est le vent qui l'a em êché
de continuer la route , ou fi le Speedy Ii a remis un
contre ordre.. Ce matin le Romney, vaikean du
Roi de so canons , Commodore Gower , Capitaine
Osbern , la Minerve de 38 , Capitaine Pakenham ,
& la Latone de 38 , Capitaine Cosway , font fortis
pour une croifière La Vengeance eit defcendue à
Ste-Hélène , & l'Atlas en auroit fait autant , fans
une révolte de l'équipage , qui a refufé de partir fi
on ne lui payoit pas deux mois d'avance «<.
-
On lit dans une lettre de Plymouth , en
date du 17 , les détails fuivans.
39
L'efcadre du Commodore Jervis a ordre d'ap
pareiller au premier bon vent ; elle eft composée
des vaiffeaux foivans : le Salisbury de 58 , la Flora
de 36 , l'Hermione , l'Andromaque de 32 , l'Eu
ridice de 24 , le Speedy de 16 ; les brûlors le
Baran-Couta & l'Infernal , & la galiste à bombes
le Véfuve elle eft fuivie d'un grand nombre de
tranfports , & on croit cet armement destiné pour
la mer du Sud . Ce matin , l'Afia , de 64
a mis à la voile , avec des ordres qui ne feront
ouverts que lorfque ce vaiffeau fera à l'oueft des
Sorlingues ; on le croit deftiné pour les illes de
l'Amérique. La fregate la Néméfis , Capitaine
Vaillant , doit partir inceffamment pour Waterford ,
où elle fe joindra à la fregate le Boréas , & mettra
à la voile de conferve avec elle «.
Nous n'avons point de nouvelles de l'A
€
7-18 )
mérique Septentrionale ; lorfque le dernier
paquebot mit à la voile de New Yorck , lå
plupart des poftes qui avoient été occupés
par des Loyaliftes à Long- lfland , étoient
abandonnés , & les fortifications détruites.
On dit que le Chevalier Carleton a écrit
au Ministère que les Colons de Pénobfcort
defiroient être tous la protection de la G. B.
Cette nouvelle ne paroît pas être plus certaine
que celles qu'on dit avoir reçues de
la Jamaïque nos papiers prétendent que
les lettres particulières de certe lle annoncent
que l'armée combinée , fous les ordres
du Comte d'Eftaing , qui étoit à Cadix au
commencement de ce mois , étoit mouillée
à St Domingue , qu'elle y eft très- nombreufe
, & que les habitans de la Jamaïque
s'attendent d'un moment à l'autre à
être attaqués. Ce qu'il y a de plus pofitif
dans ces nouvelles , c'eſt qu'au départ du
Sommerfal , qui quitta Tortola le 7 du mois
dernier , & qui eft arrivé ici , les troupes
de la garnifon de Charles Town n'étoient
pas encore arrivées aux Indes Occidentales.
"" Nos affaires dans l'Inde , difent nos papiers ,
offrent un aspect vraiment critique . Malgré les
é hecs qu'a reçus Hyder-Aly , il commande encore
des forces confidérables , & continue de poffeder
un terrein immenfe dans le Carnate. Ainfi , puifqu'il
a été en état de tenir la campagne avec fes
propres troupes , que n'avons-nous pas à craindre
de fes fuccès , depuis que fon armée a été jointe
par les renforts que la France lui a envoyés ? In(
19 )
dépendamment des troupes que nous avons que
M. de Suffren a débarquées , & qui , fuivant les
avis que nous avons reçus , montent à près de
3000 hommes ; celles qui à - peu-près dans le même
tems ont été envoyées avec M. de Buffy , montent ,
fuivant nos informations , à plus de 6000 : avec
un accroiffement de Vétérans Européens de cette
force , qu'est- ce qu'Hyder-Aly n'eft pas en état d'entreprendre
? Nous n'avons à préfent rien à oppoſer
à ces forces combinées ; &, avant que notre fecours
indolent arrive, fuppofant même qu'il ne rencontre
en chemin aucun accident , le moins que nous avons
à craindre eft que nos troupes aient été réduites à
fe retirer dans leurs forts , laiffant l'ennemi maître
abfolu de la campagne. Ces conſidérations ſont ſérieufes
. Mais comment recouvrer le terrein që
nous avons perdu pour avoir envoyé des renforts
infuffifans à l'affiftance de ce pays ? C'eſt une queftion
embarraffante. Le difcours du Roi préfentoit
l'Et comme une fource de réparations pour nos
autres infortunes . Mais les Miniftres nous montrent-
ils , par leur activité à tirer parti de ces avantages
, qu'ils étoient fincères lorsqu'ils ont fait tenir
ce langage à leur Maître «< ?
En attendant des détails plus intéreffans
que doivent nous fournir les débats Parlemen
taires , nous placerons ici un article galement
fingulier & piquent que nous fournit
un de nos Journ'ux ; c'eſt l'Univerfal - Magafine
du mois d'Octobre dernier.
Nous nous contenterons de le traduire
exactement.
»Les recherches alchymiques font regardées depuis
long-tems comme des vifions ridicules . I paroît
cependant que la pierre philofo, hale n'eft point
ue chimère ; & on doit au moins fufpendre fon
jugement après avoir lu la brochure qui vient d'être
I 201
ついす
publiée fous ce titre : Relation matic de plufieurs experiences
faites fur le mercure , l'argent & lor, à
Guilford , en Mai 1782 , dans le laboratoire
de James Price , M. D. F. R. S. Ces expériences
faires en préfence des témoins les plus refpecta
bles , lèvent tous les doutes fur cet objet . Le Ducteur
Price ne s'attribue point ici le mérite de la
découverte , puifqu'il affure que Raimond Lulle &
Jean Baptifte Porta avoient ce rare fecret . Nous
ajouterons feulement que nous préfentons l'article
fuivant à nos Lecteurs , comme un fait plus
eurieux qu'utile ; car le Docteur Price nous apprend
dans fon introduction , que la matière qui opère
ce changement extraordinaire des métaux lui a
coûté tout l'or & l'argent qu'elle a produit ; qu'il
ne pourroit s'en procurer d'autre que par un procedé
également long , ennuyeux & pénible ; qu'il
a d'ailleurs éprouvé récemment que ce travail a des
effers fi pernicieux pour la fanté , qu'il n'eft pas
tenté de l'entreprendre de nouveau. A la première
de ces expériences , furent préfens le Révérend
M. Anderlon , Eccléfiaftique réfidant près de Guilford
, très verfé dans la Philofophie expérimentale
& fur-tout dans fes branches chymiques ' ; le Capitaine
François Grole , connu avantageufement par
fon goût pour l'antiquité , par les recherches & par
fes ouvrages ; M. Ruffel , un Magiftrat du lieu fami
liarifé par fes fonctions avec tout ce qui regarde
les métaux précieux , & inftruit de tous les procédés
employés par les Artiftes pour en affurer la valeur
dans le commerce , & l'Enfeigne D. Grole. Tous les
ingrédiens & tous les inftrumens emplo, és dans
l'expérience , à l'exception de la poudre de projec
tion , furent fournis & apportés par ces Meffieurs.
Le principal ingrédient fut une demi - once de mer
cure , achetée par le Capitaine Groſe , chez un Arothicaire
de la Ville ; elle fut mife dans un petit
creufet de Heffe fourni par M. Ruifel , - fur un
--
1
( 21 )
fox dont les matières avoient été apportées & exa
minées par la Compagnie , qui fit préalablement
l'infpection du morter dans lequel elles furent
broyées. Avant que le creufet fût placé fur le feu ,
un demi-grain d'une certaine poudre , de couleur
d'un rouge foncé , fourni par l'Auteur , fut foigneu
fement pelé par M. Ruffel , & ajouté aux autres
ingrédiens par M. Anderfon . La première circonftance
remarquable & en effet merveilleufe , fut
qu'un quart-d'heure après qu'on eut jetté ce demigrain
de poudre, & qu'on eut placé le creafet fur le
feu , la Compagnie obferva que quoique le creufet
für devenu rouge , le mercure ne montra aucun
figne d'évaporation , ni meme d'ébullition . Le feu
ayant été élevé à un très haut degré , une baguette
de fer fut plongée dans la matière contenue dans
le creufer , & les fcories qui adhéièrent à la pointe
en ayant été détachées & montrées à la Compa;
gnie , furent trouvées être remplies de petits globules
d'un métal blanchâtre , que l'Auteur fit obferver
ne pouvoir être du mercure, qui avoit évidem
ment été fixé dans cette forte chaleur , mais devoir
être une fubftance intermédiaire entre le mercure &
un métal plus parfait. M. Ruffel jetta alors dans
le creufet une petite quantité de borax qu'il avoit
apporté. La matière fut confervée dans un violent
feu rouge & blanc , pendant environ un quartd'heure.
Le creufet ayant été enfuite retiré , refroidi
& rompu , on trouva au fond un globule de métal
jaune , qui , réuni à de plus petits globales détachés
des fcories , fut mis dans une balance exacte ; &
pelé loigneufement , il donna le poids juſte de 10
grains. Ce métal fut , en préfence de la Compagnie ,
mis dans une bouteille qui fut bouchée & fcellée
du fceau de M. Anderfon , pour être foumis à un
examen ultérieur , quoique tous ceux qui étoient
préfens fuffent déja perfuadés que c'étoit de l'or. -
Le fceau ayant été reconnu & levé le lendemain
( 22 )
matin en préſence des mêmes témoins auxquels
s'étoit joint le Capitaine Auften , le gros globule
fut pelé hydroftatiquement , & fa gravite spécifi
que, comparée celle de leau , fut cftimée a peuprès
de 20 à . Ce même globu e qui peloit 9 grams
un quart , fue alors battu & réduit en lame platte.
M. Ruffel qui l'examina a la manière dont les Artiftes
vérifient les métaux deftinés au commerce , déclara
que c'étoi de l'or auffi bon qué le grain d'or des Raf
fineurs , & qu'il achetteroit tout or femblable à celui
qu'il venoit d'examiner au plus haut prix exigé
pour l'ox le plus pur. La moitié de cette plaque
ayant été envoyée au Docteur Higgins , il en a ,
dans fa répoule à l'auteur certifié la pureté.
D'autres ellais furent faits avec l'autre moitié.
Ayant eté diffoute dans de l'eau régale , use
parie de la folution donna avec l'alkali volatil
@n précipité qui fut trouvé être de l'or fuminant.
Une autre partie étant mêlée avec de l'étain
donna une couleur cramoine , de laquelle ,
avec une cuiffon convenable , on forma le pour
pre de Caffius. Use troisième portion mêlée avec
de l'æther vitriolique , lui fit prendre la cou
leur jaune que donnent les folutions de l'or ,
par l'évaporation offrit de légères rayures pour
Prées , qui parurent en divers endroits fur le
jaune . Enfin le titre de ce métal à la qualité de
véritable or , ne parut pas po voir être conteſté.
&
Dans la tecande & la troifieme expériences faites
Pone & l'autre avec le plus grand foin &
toutes les précautions pour éviter jufqu'au foupçon
de la poffibilité d'être trompé , on produifit
un métal blanc par la projection fur le mercure
, d'une petite quantité de podre blanche
fournie par l'Auteur La fixation du mercure ne
fur pas moins remarquable ; lorfque le creufet
eut rougi au feu , ture la compagnie vir ce
Auide immobile au fond , fans bouillir ni fumer.
( 23 )
1
Ce phénomène fut obfervé dans la feconde expérience
; il arriva dans la troifième , que par
quelque délai accidentel , le mercute avoit commencé
à bouillir ; mais l'ébullition cefla auffi-tôt qu'on eut
jetté deilus la poudre blanche , & elle ne reparut
plus , même quand le creutet & le mercure eurent
acquis la plus grande chaleur. L'argent produit
dans ces deux expériences , fut tellement perfectionné
dans les deux fuivantes , la quatrième & la cinquième ,
qu tranfm é par la projection d'une tres petite
quantité de poudre rouge qui y fut jettée pendant
qu'il étoit en fufion , qu'il fut trouvé par l'effai
qu'en firent MM. Pratt & Dean , Ellayeurs Jurés à
Cheapfide , contenir de l'or de la plus grande pureté
dans la proportion du huitième de ton poids. La
6e expérience fut faite le r5 Mai dernier , en préſence
de Sir Philippe Norton Clarke , du Docteur Anderfon
, lu Capitaine Grofe , du Docteur Spence , de
En eigne Grove & de M. Hallamby ; elle fut répétée
plufieurs fois devant M. Anderſon le Docteur Spence
l'Enfeigne Grofe . Une perfonne de la compagnie
prit deux onces de mercure dans un vafe placé dans
le laboratoire, & contenant environ douze livres de
ce métal fluide , deſtiné à diverfes expériences. Ces
deux onces farent mêlées dans un mortier avec une
goutte ou deux d'éther vitiolique. Sur ce mercure
qui étoit très-brillant & d'une fluid té remarquable
on mit à peine un grain de poudre blanche avec
laquelle on 1- broya pendant environ 3 minutes . En
penchant enfuite le mortier comme pour en verfer
le mercure & en le remettant dans fon alliere , il fut
obfervé que ce fluide avoi acquis une telle denfité ,
qu'il ne couloit qu'avec peine , & même point du
touri fembloit faire maffe . Ayant éte paflé à travers
sune étoffe , il refta un amalgame d'une confitance
folide , & de laquelle en la plaçant fur un charbon
de bois , on challa le mercure qui n'avoit point été
fixé à l'aide de la flamme d'une lampe dirigée par un
>
"
( 24)
>
chalumeau. Il refta alors un morceau de beau métal
blanc , que tous les effais prouvèrent étre de l'argent.
Son poids étoit de 18 grains. Mais comme il étoit
refté beaucoup de ce métal dans le mercure déja
paffé , on l'en fépara , & on en trouva encore 11
grains , qui joints aux 18 en formerent 29 d'argent
obtenu des deux onces de mercure ; l'accroiffement
en proportion de la poudre , étoit de 28 à 1.
La feptième & la huitième expériences furent faites.
en préfence des Lords Onflow, King & Palmerstone ,
Sir Robert Barker Sir N. Clarke , Baronnets ;
MM. O - Manning , Anderfon , Pollen , Robinton ,
Clerks , le Docteur Spence Will- Mann Gods
chall , Will-Smith , Will-Godschall junior , Ecuyers,
MM. Gregory & Ruffel . Nous paflerons la feptième
Expérience , dans laquelle la poudre blanche de
I'Auteur fut employée & produifit quarante fois
fon poids en argert , en en jettant un feul grain
fur du Mercure tiré , comme dans le précédent
effai du vale placé dans le Laboratoire. Nous
expoferons feulement ici les particularités les plus
effentielles de la huitième Expérience , dans laquelle
l'Auteur employa fa poudre rouge , & qui fut faite
le 25 Mai dernier. Il faut obferver que dans cette
occafion , comme dans les précédentes , la compa
gnie prit toutes les précautions pour n'être point
trompée , & que M. Price avoit exigé lui-même
toute fon attention à cet égard.
3
Un flux compofé de charbon de bois & de borax
fur mis dans un petit creufet anglois ; & dans un
petit creux pratiqué par l'impreffion du doigt , au
milieu de ce flux , on mit une demi - once de mercure
qui fut pelée par un des affiftans . Un demigrain
de la poudre rouge de l'Auteur y fut jetté par
fe Lord Palmerstone. Le creufet ayant été couvert
d'un couvercle pris , comme le creufet , parmi un
grand nombre d'autres , fut placé fut le feu & entouré
de charbons allumés. Quand le creuiet eut
acquis
( 25 )
acquis une chaleur rouge , le couvercle fut retiré ;
le mercure fut vu dans un état tranquille fans
fumer ni bouillir , & il continua dans cet état quand
il fut lui-même complertement embrafé. Le couvercle
ayant été replacé , le feu fut graduellement
augmenté & porté au plus haut degré. Le creufet refta
à ce feu blanc pendant trente minutes ; il fut alors
retiré , refroidi & rompu . On trouva au fond un
globule de métal que le coup fit tomber , & qui fut
trouvé remplir exactement le creux fait au flux qui
étoit vitrifié. Plufieurs autres petits globules étoient
répandus parmi les fcories attachées aux côtés du
creufet. On en diftribua des fragmens aux perfonnes
préfentes qui les demandèrent. Le plus gros
globale dont on a parlé & qui étoit au fond du
creufer , ainfi que l'argent produit dans l'expérience
précédente par la projection de la poudre blanche ,
fut mis entre les mains des Effayeurs , qui certifièrent
que l'un étoit de l'or & l'autre de l'argent parfaitement
purs. Un court détail de deux expériences
femblables faites le Mardi fuivant 28 Mai ,
fur une plus groffe maffe , & devant quelques - uns
des mêmes témoins , termine cette fingulière & curieufe
relation . « 12 grains de poudre blanche ,
obferve l'Auteur en finiffant , ont produit fur 30 onces
de mercure , au- delà d'une once & un quart ou 600
grains de métal blanc fixe , ou d'argent , comme
l'effai l'a démontré , ce qui eft en proportion de so
à 1. Et deux grains de poudre rouge fur une once
de mercure , ont produit deux dragmes ou 120
grains de métal teint & fixe ou d'or , c'eft-à-dire
Ces foixante fois le propre poids de la poudre.
dernières portions d'or & d'argent , ajoute l'Auteur ,
auffi bien qu'une partie du produit des premières
expériences , ont été préfentées au Roi , qui a bien
voulu donner des témoignages de fon approbation
Telle eft la
--
- כ
périences probitance du procès-verbal des expar
pour démontrer la
Ier. Février 1783.
b
` 726 )
eertitude de la tranfmutation du mercure en or &
en argent , & de la tranfmutation de ce dernier en
or , par l'addition d'une très -petite quantité d'une.
poudre inconnue. Cette découverte chymique eft
fans doute intéreffante & curieufe ; mais la manière
dont l'Auteur y eft arrivé , mourra probablement
avec lui , puifqu'il n'a pas jugé à propos de la communiquer
à fes Lecteurs «.
Les noms & les qualités des témoins ,
les circonstances des phénomènes décrits
avec préciſion , la dégradation du mercure ,
ou fi on l'aime mieux , la réduction de fes
parties les plus métalliques en or , ou en
argent , nous femblent devoir arrêter un
inftant l'attention des Savans qui cultivent
la Chymie Métallurgique. Nous penfons
qu'ils diftingueront le récit de cette tranfmutation
, d'avec celle qui fut faite à Prague
en 1648 , par l'Empereur Ferdinand III ,
ainfi que celle des fix millions d'or que.
Raymond Lulle fit à la Tour de Londres ,
pour Edouard , Roi d'Angleterre. A l'occafion
de ces faits , nous obferverons qu'avant
Staahl , les Chymiftes attribuoient au
foufre tous les phénomènes que préfentent
les travaux de la Métallurgie; ce grand homme
fe faifit de cette fubftance , la décompofa ,
en fit une analyfe exacte , & recompola
le foufre avec toutes fortes de matières,
Malgré la révolution & les changemens
qu'a occafionés le génie chymique de Sraahl ,
fes fucceffeurs étoient bien éloignés de foupçonner
( avant la découverte de M. Cheel )
que l'acide de ce même foufre , en fe mo(
27 )
difiant avec la terre animale , produiroit.
une matière qui s'enflamme par le feel
contact de l'air , & qui eft capable de
produire des effets auffi incendiaires que
ceux que l'Hiftoire nous raconte du feu
grégeois . Tout le monde a entendu parler
de la fameufe coupe d'émeraude que pofsède
la République de Gênes ; M. de la
Condamine a obfervé que ce précieux vale
étoit parfemé de petites bulles ; cependant ,
la grandeur énorme de cette coupe , qui a
plus de 14 pouces de diamètre , fon origine
, les bulles obfervées par l'illuftre la
Condamine , ont été , pour les Savans de
tous les pays , & auroient vraisemblablement
été pour long - tems un problême inexplicable
, fr M. Croharé , Chymifte de Mgr le
Comte d'Artois , en fondant les émeraudes ,
n'en avoit donné la folution. Ces exemples ,.
ainfi que beaucoup d'autres que nous aurions
pu rapporter , doivent nous engager ,
comme l'a obfervé l'Auteur de l'Univerfal
Magazine , à fufpendre notre jugement fur
les faits extraordinaires , opérés foit par la
nature , foit par le génie des hommes ( 1 ) ..
( 1) Nous ne doutons pas que ces expériences n'engagent
bien des curieux à parcourir la bibliothèque Alchymique ;
nous leur indiquerons en paffant un Ouvrage récent dans ce
genre : Difcours Philofophique fur les trois principes , Animal,
Végétal & Minéral , ou la clefdu Sanduaire Phile-
Sophique par Sabine Stuart de Chevalier . A Paris , chez
Quillau l'aîné , rue Chriftine , au Magafio Littéraire par abonnement.
2 vol. in - 12 . prix 6 liv . broché , au lieu de 11 qu'ils
fe font vendus d'abord,
A
!
b 2
( 28 )
FRANCE.
De VERSAILLES , le 28 Janvier.
LE Roi a accordé les entrées de fa
chambre au Prince Maximilien - Jofeph
frère du Duc des Deux Ponts , au Duc
de Luynes & au Chevalier de Durfort.
Le 19 M. d'Agueffeau de Frefne , Avocat
-Général du Parlement de Paris , a prêté
ferment entre les mains du Roi pour la
place de Prévôt- Maître des Cérémonies de
Ï'Ordre du St-Elprit , dont il a été pourvu
fur la démiffion de M. d'Agueffeau , ſon
père.
Le même jour M. Hocquart , préfenté
au Roi par le Garde des Sceaux de France ,
eut l'honneur de faire fes remerciemens à
S. M. pour la place de premier Préſident
du Parlement de Metz , à laquelle le Roi
l'a nommé.
à
La Ducheffe Pauline de Mortemart , eut
l'honneur d'être préfentée le même jour
1. M. & à la Famille Royale , par la Ducheffe
de Mortemart , douairière , & de
prendre le tabouret.
Le Chevalier de Roll , Colonel d'Infantterie
, Aide - Major des Gardes Suiffes , eut
l'honneur d'être préſenté à la Famille
Royale le 22 du mois dernier , & le 24 ,
celui de monter dans les carroffes du Roi
& de chaffer avec S. M.
,
( 29 )
1
De PARIS , le 28 Janvier.
On ne parle plus aujourd'hui
que de
la Paix , dont les préliminaires
ont été
fignés le zo de ce mois ; le même jour ,
on envoya à la Bourfe un Bulletin , pour
annoncer cette nouvelle fi intéreffante
pour
le Commerce ; on auroit defiré pouvoir la
donner également ce même jour à la partie
du public qui ne fort que le foir pour aller
aux fpectacles , en faifant jouer la Comédie
de l'Anglois à Bordeaux , fur le Théâtre
de la Nation ; mais les Comédiens
n'étoient
point préparés , & M. Mollé , en verant
annoncer la deuxième repréſentation
du
Roi Léar , tragédie de M. Ducis , qui venoit
d'être donnée pour la première fois ,
avec le plus grand fuccès , fe contenta d'ajouter
, En attendant l'Anglois à Bordeaux ,
Comédie , remife au Théâtre à l'occafion de
la Paix.
Les préliminaires
, fignés le 20 de ce
mois , fixent la curiofité générale ; bien des
perfonnes fe font empreffées
de publier
plufieurs bulletins , dont il eft difficile de
juger de l'exactitude
, parce qu'ils ne s'accordent
pas fur tous les points ; en attendant
que l'on foit mieux inftruit , nous donnerons
le fuivant , que nous ne choififfons
que parce qu'il eft le plus étendu , mais que
nous ne conteftons
ni ne garantiffons
.
Le Sénégal & l'ifle de Gorée à la France , ainfi
que Tabago & Sainte- Lucie ; les autres conquêtes
b3
30 1
rendues en ftipulant les conditions pour les Caraïbes
de Saint - Vincent ; Terre-Neuve partagée par
une ligne diagonale , pour la pêche de la mue,
dans la partie orientale de l'ifle ; Pondichery rendu
avec 162 aldées on villages ; Mahé , Karical , &c.
rendus dans le même état qu'à la paix de 17633
plus de Commiffaire à Dunkerque . Minorque
& les deux Florides aux Efpagnols ; convention
pour la coupe di bois de campêche. Le traité
des Hollandois provifoire. L'armiftice après
l'échange des ratifications ; favoir , 12 jours dans
la Manche & mers voifines , fans conferver l'expreffion
de mers Britanniques , 20 jours aux Açores
; 2 mois jufqu'à la ligne ; 4 mois pour les
ndes .
-
Les préliminaires ayant été fignés avant
midi , dès les 4 heures , tous les Couriers
chargés de les porter aux Cours refpectives ,
étoient partis. Après qu'on aura reçu ici la
ratification du Roi d'Angleterre , M. le Comte
de Mouftier , Miniftre du Roi à Trèves ,
paflera , dit -on , à Londres , jufqu'après la
conclufion du Traité , qu'on y enverra un
Ambafladeur ;, & comme le Traité doit être
figné à Verſailles , l'Angleterre ne tardera
pas , fans doute , à y envoyer une Ambaffadeur
extraordinaire , qu'on croit devoir
être le Duc de Richemont.
3 .
>
Selon les lettres de Cadix , du 3 de ce
mois , M. le Comte d'Eftaing étoit toujours
à Carraque , occupé de fon armement
qu'il preffoit avec la plus grande célérité ,
faifant travailler continuellement , & ne
fouffrant aucune interruption les dimanches
& les fêtes. On croit que cette activité aura
( 31 )
été arrêtée le 19 ou le 20 de ce mois ,
F'arrivée du Courier , parti le 9 ; on dit
aujourd'hui que ce Courier a été annoncer
à Cadix la ceflation des hoftilités , qui devoit
fuivre la fignature des articles préli
minaires.
·
Nous venons d'apprendre que le Che
valier de Borda , montant le Solitaire de 64
canons , qui avoit conduit M. le Marquis
de Bouillé à la Martinique , étant forti de
Fort Royal avec une frégate & une corvette
, pour croifer au vent de la Barbade ,
eft tombé , le tems étant fort brumeux ,"
dans l'efcadre de 8 vaiffeaux détachés de
l'armée de Howe , fous les ordres du Contre
- Amiral Hughes. La frégate feule a
échappé.
le L'Académie Royale de Chirurgie propoſe pour
fujet du Prix de l'année 1784 , de déterminer les
différentes conftructions des ftylets ou fondes folides
, & des fondes cannelées ; quels font les cas où
elles doivent être admifes fuivant leur forme particulière
, & quelle eft la méthode d'en faire ufage.
Pour celui de 1785 : En quel cas les cifeaux à
incifion , dont la pratique vulgaire a tant abufé,
peuvent être confervés dans l'exercice de l'Art
quelles en font les formes variées , relatives à dif
férensprocédés opératoires ; quelles font les raifons
de préférer ces inftrumens à d'autres qui peuvent
& également divifer la continuité des parties ,
quelles font les diverfes méthodes de s'en fervir.
Chacun de ces Prix eft une médaille d'or de 500 liv .
de la fondation de M. de la Peyronie . Les Difcours
doivent être envoyés , francs de port , à M. Louis ,
Secrétaire perpétuel de cette Académie .
b 4
( 32 )
Parmi les productions extraordinaires
qui naiffent quelquefois dans les potagers ,
les Amateurs du jardinage diftingueront
fans doute , celle d'un melon d'une groffeur
rare , qui pefoit 35 livres ; ce beau fruit.
eft né l'année dernière dans le jardin de.
M. de Neirac , Avocat , fils du Subdélégué
de Vabres en Auvergne ; c'eſt ainſi qu'il en
parle dans une lettre.
J'ai fait pendant long-tems des recherches
pour connoître l'efpèce de ce melon ; je n'ai plus
Trouvé le papier qui fervoit d'enveloppe à la graine,
qui devoit être numéroté. M. l'Abbé Roger ,
m'a été de quelque fecours pour découvrir l'extrait
baptiftaire de ce beau fruit , dans la defcription
qu'il a faite de différentes efpèces de melons. J'ai
cru reconnoître le mien à celle du melon-morin ,
qui brode beaucoup , & devient très- gros. C'eft ,
ajoute-t-il , l'efpèce que les Maragers cultivent le
plus ordinairement. Voici la manière dont j'ai cultivé
le pied qui a produit ce beau melon : j'avois
d'abord fait faire une petite couche composée de
partie de terre de notre jardin , de crotin de che
val & de terreau du four , qui n'eft autre chofe
que de la feuille de bruyère pourrie . Je fis femer
fur cette couche de la graine d'aubergines , d'où
je les ôrai quand elles furent affez fortes pour être
plantées ; alors j'y femai 3 ou 4 graines de melon ,
3 levèrent ; l'un de ces pieds prit le deſſus & étouffa
· les autres ; il devint fuperbe & vigoureux en peu
detems ; onne tarda pas à appercevoir quelques petites
formes. L'une d'elles prit beaucoup plus vite un certain
accroiſlement ; les autres périrent. J'ai fait arrofer
de tems en tems le pied à caufe de la féchereffe
qui a été très-longue. Je fis femer d'autres graines
de la même eſpèce dans un terrein que je n'avois
( 33
pas fait préparer à cet effet , mais qui eft pourtant bon ; une fois que les graines ont été levées , la Pro- vidence a fait tout le refte ; on n'en a pris nul foin ;
& pourtant j'ai eu de bons melons , un entr'autres
de 15 livres & demie, qui a été très-bon . Le gros auroit été excellent ; il étoit un peu paffé quand il a été mangé ; mais j'ai voulu facrifier la bonté du melon à
celle de la graine «<. On lit , dans les Affiches de Provence
,
que la nuit du Jeudi au Vendredi
10 de
ce mois , vers les 4 heures & demie , on a reffenti á Marſeille
une fecouffe de tremblement
de terre , qui a duré environ deux
fecondes ; elle a été plus fenfible dans les
quartiers élevés , que dans les parties inférieures.
Perfonne
n'ignore
que les Grecs , les
Romains , & toutes les nations policées
ont confacré & confacrent
par des monumens
publics , les noms & les vertus de
leurs concitoyens
. L'Auteur
de l'Epitaphe
fuivante a toujours
defiré que le Gouvernement
établit un Tribunal
national , au
jugement
duquel feroient foumis les citoyens
après leur mort ; il réfulteroit
de cette fage
inftitution
, que les honnêtes
gens feroient
encore plus excités à la vertu , par l'efpé- rance que leur mémoire
feroit tranfmife
à
la poftérité
avec des éloges dignes d'eux , & les méchans
deviendroient
peut - être
meilleurs
par la honte de la flétriflure
qui
feroit imprimée
à leurs noms.
Hic jacet Jacobus VAUCANSON
,
& probatiffimâ
inter Helvios domo
ex antiquâ
oriundus
bs
( ( 34 )
,
,
& unus è Regiâ Scientiarum Academia. Felix
natura emulus nova edidit miracula ; Sud Sponte
fe
moventem anatem finxit grana ingerentem
digerentem , egerentem , ut ipfa anates confan
guineam crederent
& natura ftupens fe propè
victam
confiteretur.
Divinitatis quafi confors.
fictitio tibicini, animam afflavit : intimam pulmonum
compagem eâ folertiâ concinnavit , ut
micante lingua , & digitis micantibus , muficos
fonos fic apte fiftulâ
modularetur , ut ipfi tibicines
novo tibicini inviderent. De patriâ benè
meritus artes novis artibus
promovit . Mathematica
fagacitate organum illud
excogitavit
quo bombycum fila nitidiùs , fubtiliùs evolverentur
, & quo finguli opifices vicariam opifi-
હ
cum operam præftarent , & vectigalia ,
opifices_vicariam
extraneis ferviliter erogata , in publica com- priùs
moda cederent. Civis & parens optimus , blanda
morum comitate , piâ
adversùs
confanguineos
caritate
commendabilis ; inter civium defideria ,
familia planctus , fuorum gemitus diem fuum
obiit
M. D. CC. LXXII . Hoc perennè pietatis monu- 74 die 21
Novembris
mentum pofuêre Par M.
TROCHEREAU
DE LA BERLIERE , ancien
Commiffaire de la
Marine , &
Correfpondant de
l'Académie des
Sciences de Rouen.
J natus annos
.....
M.
d'Aubenton , de
l'Académie Royale des
Sciences , chargé par le
Gouvernement de
faire des
épreuves fur des
troupeaux , pour
rechercher les moyens de
perfectionner les
laines , vient de
publier un
Ouvrage bien
intéreffant fur ce fujer ; il eft le fruit de 14
années
d'obfervations , qu'il a
étendues à
rout ce qui pouvoit être bon à la fanté des
troupeaux , qui influe
beaucoup fur les qua6351
(
lités des toifons . Cet Ouvrage , revêtu de
l'approbation de l'Académie , & imprimé
fous fon Privilége , ne fauroit être trop
recommandé à tous ceux qui vivent à la
campagne , & qui s'y occupent de diverfes
branches d'Economie , & fur - tour de
l'éducation des troupeaux . L'Auteur s'eft
attaché à y répandre beaucoup d'ordre , de
clarté , d'exactitude , & à le mettre à la
portée des Lecteurs de toutes les claffes.
L'impreffion en a été très foignée ( 1 ) .
La feconde livraiſon de l'Encyclopédie eft actuel.
lement en vente. Cette feconde livraiſon eft compofée
du Teme fecond , première partie de la Jerifprudence
; du Tome premier , première partie de la
Littérature; & du Tome 1er. , première partie de la
Géographie . Les Éditeurs font obligés de répéter
(1 ) Inftrudion pour les Bergers & pour les Propriétaires
de troupeaux. Par M. d'Aubenton de l'Académie Royale des
Sciences , de la Société Royale de Médecine , Lecteur & Profeffeur
d'Hiftoire naturelle au Collége Royal de France ,
Garde & démonftrateur du Cabinet d'Hiftoire Naturelle du
Jardin du Roi , des Académies de Londres , de Berlin , de
Pétersbourg , de Vergara , de Dijon & de Nancy. Un vol .
in-8° . A Paris , de l'Imprimerie de Ph.-D. Pierres , Impri
meur ordinaire du Roi , rue St - Jacques.
Le fieur Viffe , Libraire , fue de la Harpe , au coin de la rue
Serpente , vient d'acquérir quelques exemplaires d'un Ouvrage
très-intéreffant , dont il nous fuffit de placer ici le titre :
Tables d'intérêts fimples & compofés à diverfes rentes ,fuivies
de celles de MM de Buffon & Halleyfur la mortalité dans
les différens âges de la vie , de divers calculs latifs aux
annnuitésfur des vies , & c. Par Alexandre Fatio de Veveyen
Suiffe. 1 vol . in-fol . , prix 8 liv . broché. I
7
(1 ) Le Tome premier , première Partie du Commerce , que
l'on comptoit pouvoir publier dans cette feconde Livraifon ,
ne pouvant être prêt que dans quinze jours , fera publié avec
Plufieurs Perla
troifième Livraifon au mois d'Avril.
fonnes , qui ont fouferit à l'édition actuelle , auroient defiré
b 6
( 36 )
ici qu'il faut que MM. les
Soufcripteurs aient la
bonté de fe prêter à recevoir ainfi , jufqu'à ce que
l'Ouvrage feit plus avancé , des Volumes entiers
& des demi-Volumes. Cette
publication par demi-
Volumes n'entraîne aucune espèce d'embarras pour
le Public , parce qu'on ne peut faire relier cet Ouvrage
que lorfque le Vocabulaire univerfel , qui
indiquera l'ordre des Volumes , en y
renvoyant ,
aura paru. L'Ouvrage & le Vocabulaire étant dépendans
l'un de l'autre , toute reliure actuelle feroic
abfolument perdue. Cette feconde livraiſon , compofée
de trois demi-Volumes , brochée en carton ,
coûte 18 liv . , & en feuilles 16 liv. 10 fols , conformément
au
Profpectus. M. Pierres s'eft chargé
de
l'impreffion de la
Littérature ; M. Cellot de la
Géographie ; M. Stoupe , de la
Jurifprudence. On
indiquera à chaque nouvelle Partie le nom de Meffieurs
les
Imprimeurs. - N. B. La
Soufcription de
l'Encyclopédie au prix de 751 livres fera ouverte
jufqu'à la fin d'Avril 1783 .
un plus gros caractère, & payer cependant le même prix; mais
ces Perfonnes veulent
l'impoffible . Chacun des Volumes
in-4 . actuels étant de 800 pages , d'un petit caractère , d'une
juftification
extraordinaire ( on nomme juftification la lon
gueur & la largeur des pages ) ,
comprennent autant de matière
que quatre à cinq Volumes in-4°. qui n'auroient que
600 pages , & qui feroient imprimés en Saint Auguſtin ,
caractère ordinaire des in-4° .; de forte que les 53 Volumes
in-4° . tiennent lieu de plus de 200 de ces Volumes. Il faut
encore obferver
que certe
Encyclopédie , qui comprendra le
même nombre de planches de l'édition in folio de Paris,
Compris les Supplémens , & qui renfermera près de moitié
plus de difcours , ne coûte aux
Soufcripteurts qu'un peu plus
du tiers du prix de la première édition in-folio. Le Public
n'ayant voulu ni de l'édition in-4°. à trois colonnes , &
encore moins de l'édition in- 8 ° . à deux colonnes , puifqu'au
14 de Mars 1782 il n'y avoit pas 30 Soufcriptions de ce dernier
format, c'eft par l'effet d'une nouvelle combinaiſon &
en propofant l'édition actuelle in-49 . à deux colonnes , fur
le papier de Limoges , que l'empreffement du Public a alors
déterminé le fuccès de cette entrepriſe. Plufieurs Per-
--
( 37 ) }
M. Dezauche , rue des Noyers , dont
nous avons annoncé précédemment deux
Hémisphères ou grande Mapemonde , en
deux feuilles , vient de publier deux nouvelles
Cartes qui y font fuite. Ce font deux
Hémisphères Septentrional & Méridional ,
coupés à l'Equateur , ou la Terre vue des
Poles , pour montrer plus diftinctement les
terrès arctiques & antarctiques. Ces Cartes ,
faites par MM. de Lifle & Buache , premiers
Géographes du Roi , & de l'Académie Royale
des Sciences , ont été revues , corrigées &
augmentées par M. Dezauche leur fucceffear;
on y trouve les nouvelles Découvertes
du Capitaine Cook , & les différens Voyages
de ce célèbre Navigateur ( 1 ) .
Le 16 du mois dernier , écrit - on d'Etampes ,
des voleurs fe font introduits dans l'Eglife des
Barnabites de cette ville , par la porte d'entrée de
leur maison , qui étoit ouverte. A l'aide d'un paffepar-
tout , ils ont pénétré dans la Sacriftie qui eft
précisément derrière l'Autel , fe font gliffés dans
fonnes qui font de la première Soufcription au prix de 672 1 .
auroient auffi defiré que leurs paiemens actuels fuffent diffé
rens des paiemens de celles qui font de la feconde Soufcription
; mais cet arrangement n'auroit pu encore avoir
lieu fans beaucoup d'embarras ; c'eft pour les prévenir qu'ils
feront tous égaux pour les deux Souſcriptions juſqu'à l'inſtant
où les premiers Soufcripteurs auront payé 672 liv. pour
les Volumes de difcours & fept de planchés , en feuilles ,
& à cet inftant les paiemens qui continueront pour ceux de
la feconde Soufcription , n'auront pas lieu pour les premiers.
On en préviendra par des Avis particuliers.
53
( 1 ) Leur prix eft de 2 liv. 1of. On trouve auffi chez M, Dezauche
les Campagnes du Maréchal de Maillebois , compofées
de quantité de Plans de Batailles , Marches d'Armées , &c.
Par M, le Marquis de Pezay , prix 144 liv.
( 38 )
T'Eglife , y ont enlevé le Calice & un Rochet trèsfin
& très-beau. Ils fe font enfuite retirés , en laif
fant ouverte la porte de la Sacriftie . Ce vol paroît
avoir été fait fur les huit heures du foir , pendant
le fouper des Religieux , parce qu'ils font dans
l'ufage de ne fermer lear poite d'entrée qu'après
leur fouper ; ce qu'ils ont fait fans s'appercevoir
da vol. Quelques particuliers prétendent avoir vu ,
à huit heures & demie ou neuf heures du foir ,
trois quidams vêtus en gris , ayant chacun un gros
bâton , fe promener aux environs de cette Eglife ,
& s'en aller par les remparts de la ville . Cet objet
intéreffe trop les Citoyens , pour ne pas le publier
avec célérité. On prie les Orfèvres de la Province
, dans le cas où un Calice leur feroit préfenté
par des inconnus , de vouloir bien recourir
anx voies que leur zèle leur fuggère en pareille
circonstance .
On écrit de Caftres que l'utile établiffement
d'un Cours d'Accouchemens pour
l'inftruction des Sages-Femmes , formé fous
les aufpices de l'Evêque de cette Ville , &
dirigé par M. Joard , Chirurgien- Major ,
& Surveillant des Hopitaux du Languedoc ,
continue d'avoir le plus grand fuccès . L'Intendant
de Bordeaux vient d'en former un
pareil , & l'Archevêque de Toulouſe fe
propofe de former aufli , dans fon Diocèle ,
une Ecole , qui a pour objet de veiller plus
sûrement à la confervation des femmes en
couche & à celle de leurs enfans.
» Le fieur Duboft , Sergent en charge des Gardes
de la Ville de Paris , continue de vendre fon Siropde
-Vie , tiré du règne des végétaux . Son Effence
de Beauté , d'un ufage égal pour la barbe , pour
le teint des Dames , & qui fert aufli de pâte pour
-
+
739 )
les mains. Son Sirop ftomachique - cordial , dont
les propriétés font de ranimer la circulation du
fang , de réveiller l'appétit , & de faciliter la digeftion
. Sa Poudre purgative , nommée Or potable
, fouveraine pour la guérifon des laits répandus
, des tremblemens de nerfs , & c. ; on peut
prendre ce purgatif fans garder aucun régime , ea
donner même aux enfans nouveaux - nés : il eft approuvé
par deux Arrêts du Parlement , rendus fur
le rapport des plus célèbres Médecins . - Le Rouge
de Paris , tiré du règne végétal , prix , 3 liv. , &
6 liv. 10 f. le fot. Pomade de Ninon Lenclos ,
Four préferver la peau des rides , pour les effacer
même , & la tenir dans un état continuel de fraîcheur.
Sa qualité eft de préferver du hâle du foleil
, & d'effacer les rides qui en proviennent.
Eau Univerfelle , dite du Grand - Seigneur , antifcorbutique
, céphalique , diaphorétique , opthalmique
, &c . Cuirs à Rafoirs , qui exemptent
de la néceffité d'avoir des pierres pour les repalfer.
- Elixir pour la bouche & pour les dents .
Limonade en poudre , diurétique & apéririve ,
très rafraîchiffante. On met une once de cette
poudre dans une chopine d'eau ; on bat le tout
enfemble , & la limonade eft faite. Eau de Cologne
fupérieure , avec la manière d'en faire ufage.
-
Ceux qui feront à l'Auteur l'honneur de lui
écrire , font priés d'affranchir leurs lettres. Il demeure
enclos du Temple , à Paris . Il a formé des
dépôts , à Grenoble , chez Madame Durent & Compagnie
à Versailles , au bas de l'efcalier des
Princes ; à Xaintes en Xaintonges , chez M. Gaillard,
Négociant : il n'en a plus à Lyon . Pour la
sûreté des Acheteurs & pour prévenir les contrefaçons
, il fera paffer franc de port , dans tout le
Royaume , tous les envois dont on lui fera fa demande
directement , pourvu que la fomme foir
au-deffus de 30 liy. “,
( 40 )
L'Académie Françoife , dans fon Affem
blée du 16 de ce mois , a adjugé le Prix
fondé par un Anonyme , au meilleur Ouvrage
fait en faveur de l'Education , aux
Converfations d'Emilie, Ouvrage de Madame
d'Epinay , en 2 volumes in- 12 . Ils fe vendent
chez Belin , Libraire , rue St-Jacques ,
près St -Yves. Prix , 6 liv. relié.
Adrien-Théodore Roderigue , Comte
d'Andelot , Chevalier de l'Ordre Royal &
Militaire de St-Louis , eft mort ici le 26
Décembre dernier , dans la 64e année de
fon âge.
Blanche - Fortunée de Reinont , épouse.
du Comte de la Foreft , Brigadier d'Infan
terie , Lieutenant de Roi de la Citadelle de
Belançon , eft morte en cette Ville le 9 de
ce mois .
Jeanne- Françoife Geneviève Demouchet
de Villedieu , Abbeffe de Bellecombe ,
Diocèle du Puy , eft morte en fon Abbaye
le 7 de ce mois dans la 54e année de fon
âge.
De BRUXELLES , le 28 Janvier.
Le nombre des bâtimens qui font entrés
dans le port d'Oftende , pendant le cours
de l'année dernière , monte à 2636 ; & on
apprend que pendant la même année il n'y
a pas eu moins d'activité dans les ports
Autrichiens de Fiume , de Buccari & de
Portoré ; les bâtimens qui y font entrés mon(
41 )
-
tent à 1747 , & ceux, qui en font fortis à
2132. Ces derniers étoient chargés de tabac,
de viande falée , de fucre , de fyrop , de boîtes , de douves , de bois de conftruction
, de rames , de charbons
, de potaffe , de cire , de laine , de poiffons
frais & fecs , de bled , de cuivre , de fuif & de vins . En 1781 le nombre des bâtimens
fortis de ces
Ports ne montoit qu'à 1700 ; le commerce
actif de ces Ports s'eft donc accru en 1782
de 432 bâtimens
.
3
Les trois Régimens , connus en Hollande
fous le nom de Brigade Ecoffoife , ont été
mis fur le pied des troupes nationales de
la République ; on a fait une nouvelle for-.
mule de ferment que doivent prêter les
Officiers ; on leur a accordé 6 femaines
pour
>
fe mettre en état de le faire , & on
écrit que ce terme leur a paru trop court
& qu'ils ont demandé un nouveau délai ;
il eft en effet néceffaire à plufieurs , qui
font encore jeunes , & qui doivent écrire
dans leur patrie .
» Le Gouvernement ajoutent ces lettres , paroit
décidé à faire difparoître toutes les traces
des anciennes liaifons ou chaînes que l'Angleterre
lui avoit impofées fous le nom d'alliance.
On dit que l'on a publié en Angleterre ce que
la Nation penfe à cet égard dans une lettre attribuée
au Lord Grantham ; ce Miniftre allure que
ceux qui voudront prêter le ferment , n'ont rien
à craindre du Gouvernement Britannique , mais
que ce même Gouvernement accueillera avec dif
tinction ceux qui préféreront d'abandonner le fervice
des Etats Généraux ".
42 )
On lit dans les papiers Hollandois que
les
Plénipotentaires de la République à
Paris , reinirent le 6 di mois dernier à M.
Fitz-Herbert un Mémoire contenant les
propofitions des Etats Généraux , auquel , le
31du même nois , le
Plénipotentiaire Anglois
fit la réponſe fuivante.
а
כ כ
Le fouffigné Plénipotentiaire de S. M. B.
reçu ordre de fa Cour de proofer à MM.
les Plénipotentiaires des Etats - Généraux , en réponſe
à leur Mémoire , les articles fuivans..
1º. Comme les différentes relations particulières
qui avoient fubfiité depuis tant d'années entre la
G. B. & la République ont ceffé , autant par une
fuite naturelle de la préfente guerre , que par la
conduite de la Rép bine antérieurement à la
rupture ; & que LL. HH. PP . paroiffent être très-peu
difpofées à renouveller dans le moment actuel
toutes ces anciennes liaiſons , S. M. propofe,
que les deux Etats le gouverneront , quant aux
relations de commerce qu'ils peuvent avoir entre
eux , purement & fimplement par les principes
généraux du droit des gens ; à quoi le
fouffigné a ordre d'ajouter , qu'autfi - tôt que les
Nations , engagées dans la préfente guerre commenceront
à former les nouveaux arrangemens
de commerce , que les nouveaux rapports qui
fubfifteront entre elles rendront probablement
nécefaires , S. M. par une fuite de fes bonnes
difpofitions envers la République , fera prête à
contracter avec elle tels engagements de commerce
, qui pourront convenir à la fituation des
deux Etats & à leurs intérêts refpectifs . Ce te
propofition qui place LL. HH . PP. dans la même
fituation vis - à - vis de l'Angleterre , que celle où
elles fe trouvent vis - à - vis de plufieurs autres
( 43 )
Pays Maritimes & Commerçans de l'Europe
contient tout ce que le Roi pourroit leur accorder
, eu égard à la pofition relative des deux
Narions , & conformément à la taifon & à la
juſtice ; car , quant à ce qui eft allégué dans le
Mémoire de MM. les Plénipotentiaires de Hollande
, relativement à la propofition faite par
M. Fox a M. de Simolm , eft incontestable
gre ke te propofition a été néceffairement liée
avec celle de la conclufion d'une paix féparée
avec la Hollande , & qe cette fec nde offre
ayant été rejettée par LL. HH . PP. , la première
eft devenue dès l'inftapt méme nulle & de nul
effet , & enfin , fous quelque point de vue qu'on
voudra l'ecvifager , comme entièrement non
avenue . 2 ° . Le Roi , par un effet de la modération
, confent de reftir er à LL. HH. PP . toutes
les poffeffions , qui leur ont été enlevées par fes
armes dans la prétente guerre , & dont il fe trouvela
faifi à la conclufion de la paix , à l'exception
de Trincosomale dans l'ifle de Ceylan avec
fes dé, endances. 3 ° . Le Roi ne fçauroit admettre
la demande d'un dédommagement des pertes
que
les Provinces Unies ont efluyées dans la
guerre actuelle , puifqu'une telle prétention répagne
également aux principes les plus clairs de
la raifon & du droit des gens ; mais Sa Majefté
confentira fans peine à ce que la décifion des .
prifes faites avant la rupture par fes Sujets for
ceux de Leurs Hautes Puiflances foit remife aux
Cours de Juftice de l'Amirauté Britannique ,
formément aux règles établies par toutes les Nations.
Du refte le fouffigné ne fauroit fe
difpenfer d'ajouter que , quant à ce qui eft infinué
dans le troisième article du fufdit Mémoire ,
relativement à la prétendue origine de la rupture
entre les deux Pays , l'Angleterre auroit de quoi
-
con(
44 )
ces rai
conftater par des raifonnemens irréfragables ;
qu'il n'y a pas de moyens qu'elle n'ait tentés
pour éviter cette guerre , & que ce fut avec un
regret extrême , qu'elle s'y eft yue nécellairement
entraînée : mais on n'infiſte pas fur c
fonnemens , parce qu'il eft difficile de ne point
fentir , combien une pareille difcuffion , dont
l'unique effet feroit d'aigrir les animofités de part
& d'autre , auroit été nuifible & déplacée au moment
d'une Négociation pour le rétabliſſement
de la paix. La Cour de Londres a lieu de fe flatter
que ces articles feront regardés comme fourniffant
une nouvelle preuve de la modération du
Roi & de fon defir conftant de parvenir à une
réconciliation prompte & permanente avec toutes
les parties impliquées dans la préfente guerre.
Les Miniftres Hollandois , après avoir
communiqué cette réponſe à la Cour de
Verfailles , y répliquèrent par le Mémoire
fuivant , qui fut remis les de ce mois à
M. Fitz-Herbert.
" Les fouffignés Ambaffadeur & Miniftre-
Plénipotentiaire des Etats - Généraux des Provinces-
Unies , ont vu avec beaucoup de peine dans la réponte
de M. Fitz - Herbett le peu de difpofition de
fa Cour , pour accélerer la réconciliation avec la
République à des conditions équitables. Les foulfignés
le trouvent obligés , 1º . de demander des
éclairciffemens fur ce que la cour de Londres entend
par les principes généraux du droit des gens.
Si par cette dénomination générale elle entend
celui , qui eft puifé dans le droit primitif des nations
, qui rend la navigation & le tranfport de
toutes fortes de marchandifes indiftinctement entièrement
libre , fans reftriction quelconque , à
45
l'exception de ce qui eft communément reconnu
pour contrebande , favoir , munitions de guerre ,
telles qu'elles font nommément exprimées dans le
Traité de 1674 , qui fubfiftoit ci -devant entre l'Angleterre
& la République , & celui de la navigation
de l'année 1713 , entre la France & la G. B .;
les fouffignés ofent fe perfuader , que LL . HH.
PP . ne feront aucune difficulté de l'admettre pour
bafe irrévocable de la négociation , & qu'elles fe
prêteront même avec plaisir à fonder fur cette baſe
irrévocable le traité définitif de Paix ; & enfuite
un traité de Commerce particulier , auffi-tôt que
les nations , engagées dans la préfente guerre ,
commenceront à former les nouveaux arrangement
de Commerce , que les nouveaux rapports
qui fubfifteront entre elles pourroient rendre néceffaires.
2. Les fouffignés ne peuvent guères
concilier l'exception de Trinconomale avec la modération
reconnue de S. M. B. , & quoique les
ordres des Etats - Généraux ne leur permettent
point d'entrer en difcuffion fur cet objet , tant
que le premier point ne fera pas arrangé , ils ne
préfument pas que dans aucun tems LL. HH.
PP. puiffent les autorifer à foufcrire à cette condi
tion. 3 °. Pour ce qui regarde le dédommagement
, on peut fe réferver de s'en occuper , lorfqu'on
aura pu s'entendre fur les deux autres articles.
Au refte les fonffignés guidés par le feul
motif d'éviter tout ce qui pourroit aigrir les efprits
au
moment qu'ils s'occupent du rétabliſlement
de la Paix , s'abftiendront
de faire des obfervations
fur quelques paffages de la réponſe de M. le Plénipotentiaire
de S. M. B.; ils fe flattent ,
que la cour de Londres ne tardera pas à donner
des éclairciffemens
plus fatisfaifants , & que M.
7461
Fitz-Herbert voudra bien employer fes bons offices ,
pour que le Ministère de S. M. fe rapproche da
vantage des demandes modérées , propofées dans
le mémoire du 6 Décembre , & concourre au
rétablillement d'une Paix folide & durable ,
On fe flatte que depuis que les préliminaires
entre la France , l'Espagne & la G. B.
font arrêtés , le Ministère de Londres &
celui de Hollande fe font rapprochés ; on
lit à ce fujet les obfervations fuivantes
dans une lettre de la Haye.
C'est en effet Trinconomale que les Anglois
vouloient abfolument garder , qui a retardé la
fignature des préliminaires. Il paroît aujourd'hui
que le Cabinet de S. James , s'eft défifté de cette
prétention . Cependant on affure qu'il perfifte à
vouloir un port & un établiſſement dans l'ile de
Ceylan , en échange de celui - là ; il veut outre
cela garder Negapatam & un autre petit Comptoir
qu'il nous a enlevés. Nos Plénipotentiaires
n'ayant pas des pouvoirs affez étendus pour confentir
à de pareilles ceffions , fe font excufés de
figner le traité provifoire , & ils ont dépêché"
aux Etats- Généraux pour avoir de nouvelles inftractions.
C'est peut- être la raifon qui fit partic
fur-le- champ M. le Duc de la Vaaguyon qui eft
arrivé ici. On ne préfume pas que les Etats - Géné
raux cèdent jamais aux Anglois un pofte dans
liffe de Ceylan , ce feroit un fujet de guerres éter
nelles , parce que des voifins auffi actifs & auffi
intriguans , ne manqueront pas de foulever à
tout propos , les naturels du pays , contre nous ;
on fait que ces peuples font affez braves & affez
aguerris. Il faudra que les Etats confentent à
la ceffion de quelques petits établiemens que
( 47 )
nous avons fur la côte de Coromandel . On eft
curieux de favoir ce qui a été ftipulé pour les
Princes Indiens ; quant à Hyder- Aly , la médiation
de la France peut amener la paix avec la
Compagnie Angloife ; mais elle fera obligée de
faire des facrifices. On fait qu'il defire depuis
long- tems la Province de Maduré & Trichenapaly ;
& on fait auffi que la Compagnie les lui avoit
déjà offertes «.
C'eft le 18 de ce mois , après-midi , que
M. le Duc de la Vauguyon arriva à la Haye.
Les lettres de la Haye nous apprennent que
le même foir il eut une longue conférence
avec le Confeiller- Penfionnaire de la Province.
Les mêmes lettres portent que le Vice-
Amiral Hartfink remit il y a quelques jours
aux Etats - Généraux , les procès - verbaux de
ce qu'il a fait pendant qu'il a commandé
l'efcadre de la République au Texel it a
demandé en même tems de quitter ce commandement
; & le Vice-Amiral Pierre- Henri.
Reynst a été défigné pour lui fuccéder.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 21 Janvier.
Les Lords de la Régence à Hanovre , ont écrit
à M. Townshead , que les ordres du Miniſtère
étoient éxécutés , & que 6000 hommes de troupes
de l'Electorat pouvoient le porter par- tout où
on le defireroit.
Lorfque M. Grenville s'eft procuré un vote de
la Chambre des Communes , portant » que pour
( 48 )
a faire face au dépenfes néceffaires pour la protection
des Colonies , il convient de les affujettir à cer
tains droits de Timbre ; les Américains devoient
fuck pluss des quarante millions aux Négociants de la
G. B. Ne pourroit on pas démander à quoi
montent les remifes faites fur cette fomme depuis
cette époque. La totalité ou du mois la majeure
partie de cette fomme , augmente confidérablement
les dépenfes de la Guerre , ou les pertes
qu'elle a occafionnées,
200
wd , ofang
Dans le feu que les bombardes Espagnoles ont
fait fur la prife le St- Michel de 74 , fit on dans une
lettre de Gibraltar du 19 Décembre , une bombe a
par malheur atteint ce vaiffeau , où elle a tué 3
homines en a bleſſé IS. Le bâtiment a reçu
quelques dommages , la bombe étant tombée fur
un de fes canons .
(
15.
auffi
Un Officier au fervice de la Compagnie des
Indes , vient d'arriver à l'hôtel de la Compagnic.
Il avoit pris fon paffage à bord d'un bâtiment
Danois venant de Tranquebar , & qui a relâché
à Sie-Helène. Il apporte la nouvelle de l'arrivée à
Ste Helène du vaiffeau de la Compagnie des Indes
2 que l'on attendoit . Le Comte de Dartmouth à
péri dans la traverfée , outre une cargaifon pré
eieufe dont ce vaiffeau étoit chargé , il avoit à
bord 150,000 liv. fterl. en efpèces. La plus grande
partie de cette fomme appartenoit à des particuliers.
On prétend avoir reçu par la même voic , l'avis
que le Chevalier Eyre- Coote étoit entré en cam-
099mpagne , avec fix mois de provifions ,
On a reçu par la même
Commodore Bickerton. Il avoit encore pour un
ne voie des nouvelles du
mois de chemin , avant d'arriver à la côte de Coro
mandel , lorfqu'il fut rencontré par le bâtiment
dagsmatic Danois , dont on vient de parler,
104
A forvita
Leroyoki ash urt, à
index ? :s ?
2016-20
3140
alivio
Stinemu ob obed
28 , supiile
alstsvinu nouslig
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 15 Décembre.
,
IL ne tranfpire plus rien icì des affaires
de la Crimée depuis le rétat liffement de
Sahim Gueray ; fes deux fiè es fe font ſoumis
au vainqueur qui le a traités avec
clémence ; les Tartares qui les avoient foutenus
, fe font retirés avec leurs familles en
Afie , où ils ont tranfpoité leurs d、meures. Il
eft probable , à préfent que le calme eft rétabli
dans cette périnfule , que la Port fera
mieux di pofée à conferve . la paix av.c fes
voifins . Les troubles intérieurs de quelques
Provinces de l'Empire paroiffeut être un motif
de plus de 'y determiner. Ils continuent
fur-tout dans le Ku dift n où quel ues
Pachas ont reçu ordre de fe rendre avec les
troupes de leurs Gouvernemens.
>
L'efprit de révolte & de fédition n'a pas
ceffé non plus dans cette Capitale , où il y
8 Février 1783 . C
1
750 )
a eu de nouveau un incendie, qui s'eft manifefté
près de la Moſquée du Sultan Achmet
, & qui a confumé plufieurs maiſons ,
dont une dixaine appartiennent à des Membres
du Divan.
On apprend de Sinyrne que les troubles
fe diffipent dans cette Ville , où la Porte a
envoyé un Monbachir muni d'un Firman ,
pour examiner la conduite du Cadi & du
Muffelim. Cet Envoyé Ottoman leur a fait
des reproches très - vifs , & leur a déclaré
qu'ils feroient refponfables des troubles qui
pourroient naître encore ; il a déposé le
Buluck Bafchi ou Chef de la patrouille , &
les Habitans de la Ville auroient fouhaité
qu'il eût traité avec la même févérité le
Muffelim.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 8 Janvier.
L'EKKS , vaiffeau de garde à Nybourg ,
a été détaché de fes ancres dins l'ouragan
terrible de la nuit du jour de l'an , & jetté
contre un rocher , où il s'eft brifé près de
l'ifle de Moen. On eft parvenu à fauver l'équipage.
Le Kromprintz , de la Compagnie Afiatique
, Capitaine Schifter , eft parti pour
Tranquebar & Canton , avec une cargaison
de marchandiſes.
Le nombre des vaiffeaux qui , l'année
dernière ont paffé le Sund en venant de la
( 51 )
Baltique , eft de 8330 ; il y en avoit 2117
Suédois , & 1262 Anglois.
Le Traité de commerce & d'amitié entre
cette Cour & celle de Ruffie , vient d'être
rendu public ; il contient 37 articles , dont
voici la fubftance.
1º. Il fubfiftera une amitié fincère & parfaite
entre les deux Cours & leurs Sujets refpectifs. Elles
le prêteront une affiftance mutuelle dans toutes les
occafions , & fur-tout dans celles relatives au commerce
& à la navigation. 2 ° . Liberté entière de
confcience pour les Sujets des deux Cours dans
leurs Etats. 3. Ils y jouiront refpectivement des
prérogatives des Nations les mieux favorisées dans
l'un ou dans l'autre Etat ; cependant dans les cas où
ce Traité ne ftipuleroit pas expreffément un privilége
en faveur de l'une ou de l'autre de ces deux
Nations , leurs Sujets fe conformeront , quant au
commerce , aux Règlemens & Loix du Pays où ils
fe feront établis, 4°. Les Sujets refpectifs pourront
naviguer librement , acheter des marchandifes , les
vendre & les tranfperter tant par mer que par térre
dans les ports , villes & rades des deux Puiffances
contractantes où l'entrée n'en eft pas prohibée.
Les Iles Danoifes en Amérique & les autres Etabliffemens
Danois hors de l'Europe , & les ports
Ruffes dans la mer Noire & la mer Cafpienne ,
ainfi que les poffeffions Ruffes en Afie , font ехсер-
tés de cette ftipulation. 5° . Les Sujets refpectifs
acquitteront les droits de douane établis par les
Tarifs actuels ou ceux qui feront faits à l'avenir ; les
Danois auront le droit dans les Etats Ruffes de
payer les droits de douane avec les espèces courantes
dans le pays , excepté dans les ports de Livonie
, d'Iflande & de Finlande , qui cnt des Tarifs
& des priviléges particuliers. 6 °. Les Ruffes jouiront
dans les Etats Danois des avantages fuivans.
C 2
752 )
"
1. Ils ne payeront dans le Sund que 8 ftuvers pour
10 puds de tabac d’Ukraine . 2º . Les marchandifes
qui pafferont par le Sund payeront les droits d'après
les tarifs & les mefures des endroits où elles feront
débarquées, 3 ° . Les poutres de Riga de la longueur
de s jufqu'a 9 toifes , payeront deux & demi rixort
par 20 pieces ; celles au - deffous de cette longueur
à proportion de la longueur donnée . 40. Le laft
d'alun ca in ( foude ) ou 12 tonneaux de Riga ,
payeront au paffage 12 ftuvers , 79. Les Rufles ne
payeront au pallage du Sund qu'un pour cent pour
toutes les marchan difes non (pécifiées dans le Tarif.
8 °. Les bâtimens Ruffes ne feront point vifiés au paf-
Lage du Sund ; on ajoutera foi , pour la perception
des droits , aux certificats & pafle- ports donnés par
les Magiftrats ou les Chambres de Douane des endroits
où les bâtimens auront pris leurs chargemens.
90. La Chambre de Douane dans l'Orefund détaillera
dans les quittances les droits perçus pour chaque
espèce de marchandile , à moins que le Capi
taine ne fe contente d'une quittance générale pour être
expédie plus promptement. 10°. Les bâtimens Ruffes
qui auront payé dans le S nd les droits de douane ,
n'en payeront pas de nouveaux s'ils retournent dans
la Baltique , ou s'il font forcés par le vent de reve
nir dans le Sund . 110. Ils ne payeront aucuns droits
en paffant devant la forereffe de Gluckstadt & devant
d'autres endroits Danois fur l'Elbe . 120. Les
bâtimens des Sujers Danois ou Ruffes que le gros
tems ou d autres circonftance forceront de fe refu
gier dans les ports des deux Cours refpectives ,
pourront s'y réparer & y prendre tout ce dont ils
auront befoin , ils remettront à la voile fans être
vifités & fans payer de droits de douane , mais pendant
le tems de leur féjour dans ces ports ,
ils no
pourront rien vendre de leur cargaison. 130. Aucun
bâtiment marchand ou vaiffeau de guerre apparte
nant aux Sujets refpectifs des deux Cours , ni fon
€
$3 S
équipage & dépendances , ne pourront être arrétés
dans les ports refpectifs & leur cargaiſon ne pourra
point étre failie Cette défenfe cependant ne s'é endra
pas lur la fifie qui pourra le faire pour dettes
perfonne les . 140. Aucun defdits bâtimens des Sujets
refpectifs ne pourra être forcé à fervir en guerre
ou a fire des tranfports malgré lut. 15. En cas de
naufrage fur les côtes , les Sujets reſpectifs au ont
toute affiftance pour eux , leurs bâtimens & effets ,
mai ils acquitteront les droits auxquels les S jets
de l'Etat où le naufrage s'eft fair font affujettis.
160. Dans le cas où l'une des Cours contractantes
Le trouveroit en guerre avec d'autres Puiffances , il
fera libre à l'autre de continuer le commerce avec
ces Puiflances. 17 ° . Les deux Cours admettent pour
principes, de neutralité les quatre points fuivans :
1. tous les bâtimens pourront naviguer librement
de port à port & fur les côtes des Puiffances en
guerre; 2 ° . les effets des fujets des Puiffances en
guerre, qui fe trouveront à bord des bâtimens peutres
, feront libres , les marchandifes de contrebande
exceptées ; 3 ° . un port n'eft censé être bloqué , que
lorfque les vaiffeaux de la Puiffanice qui l'attaque
font poftés de manière qu'il y auroit un danger
vifible d'y entrer ; 4°. les bâtimens neutres ne pourront
être arrêtés que fur un fait & par des raifons
légitimes ; ils feront jugés fans délai ; la procédure
fera uniforme , prompte & conforme aux loix , &
outre l'indemnité adjugée aux bâtimens arrêtés mal
propos , il fera donné farisfaction pour Pinfulte
faite au pavillon. 18 ° . Lorfque les bâtimens des
fujets refpectifs , qui navigueront fans convoi , rencontreront
des vaiffeaux de guerre ou des corfaites
appartenans à une des deux Cours contractantes qui
fera en guerre avec une autre Puiffance , ils en pourront
être vifités , & ils ne devront pas jetter leurs
papiers à la mer . Lefdits . vaiffeaux de guerre ou
corfaires fe tiendront éloignés des bâtimens à la
à
€ 3
( 54 )
portée du canon , & ils ne pourront envoyer à bord
des bâtimens que 2 ou 3 hommes , pour l'examen
des paffe-ports & des autres papiers . Mais files bâtimens
font efcortés d'un ou de plufieurs vaiffeaux
de gere , la vifite n'aura pas lieu , on fe contentera
de la déclaration du Capitaine, commandant le convoi
, que les bâtimens n'ont pas de contrebande
à bord. 19. Après la vifite ou la déclaration , les
bâtimens continueront librement leur route; mais
s'ils avoient reçu quelque dommage de la part des
vaiffeaux de guerre ou des corfaires vifitans , ceuxci
feront refponfables tant pour le dommage qu'ils
autont caufé que pour l'infulte faite au pavillon.
20°. Dans le cas où il fe trouveroit des marchandifes
de contrebande fur un des bâtimens des fujets
refpect f , le vaiſſeau qui l'aura vifité aura le droit
de le conduire dans un port où la contrebande fera
jugée & confifquée par les Juges de l'Amirauté, mais
les autres marchandifes & effets feront rendus . Si
un bâtiment qui a des marchandises prohibées à fon
bord , eft a rêté & vifité en pleine mer par un vailfeau
de guerre ou confaire de l'une des deux Cours
contractantes en guerre avec une autre Puiſſance ,
´il fera ' ibre à ce bâtiment d'abandonner au capteur
ces marchandiſes , lequel fera tenu de s'en contenter.
21 ° . Les marchandifes fuivantes feront répu
tées être prohibées : canons , mortiers , armes à
feu , piftolets , bombes , grenades , pierres à fufil,
mèches , poudre à canon , falpêtre , foufre , cuiralfes
, piques, érées, baudriers , étuis à cartouches ,
felles & brides ; on n'excepte que ce qui fera nécef
faire à la défense & à l'équipage du bâtiment. 22 °. Si
une des deux Cours contractantes fe voyoit engagée
dans une guerre avec une autre Puiffance , il fera
libre aux fujets de l'autre Cour confervant la paix.
d'acheter ou de faire conftruire pour leur compte ,
dans tel tems que ce foit , autant de bâtimens qu'ils
jugeront à propos chez la Puiffance en guerre avec
"
( 55 )
l'autre. 23. Les fujets d'une Puiffance en guerre
avec l'une des deux Cours contractartes , qui fe
trouveront au fervice des deux Cours refpectives .
ceux qui font naturalifés & même ceux qui pen
dant la guerre obtiennent le droit de bourgeoifie ,
feront regardés comme les fujets natifs des Etats
refpectifs des deux Cours contractantes . 24° . Com
me il fera libre aux deux Cours refpectives d'établir
des Confuls dans leurs Etats , les fujets refpectifs
pourront faire juger leurs procès & autres affaires
par les Confuls ; mais fi les parties en conteftation
ne jugent pas à
de s'adreffer aux Confuls , propos
elles pourront faire juger leur affaire par les Juges
da domicile , qui feront enforte que la justice foit
rendue promptement . 25 ° . Lefdits Confuls pourrout
arranger des conteftations & rendre des jugemens
dans les affaires de procédure; mais quant
à leurs propres
affaires , ils feront foumis aux Loix
& aux Tribunaux du pays où ils réfiderout .
La fuite à l'ordinaire prochain.
POLOGNE
.
De VARSOVIE
, le 9 Janvier. g
LE Prince Augufte Sulkowsky , Waivode
de Pofnanie , a deſtiné la fomme de 7000
ducats que lui doit le Tréfor de la Couronne
, pour être employée à la reconſtruction
du Palais de la République
, que le feu
a détruit dernièrement
.
ALLEMAGNE
.
De VIENNE
, le 11 Janvier.
LA Princeſſe Elifabeth de Wurtemberg a
C 4
( 56 )
reçu de la Grande Ducheffe de Tofcane
l'Ordre de la Cr ix Etoilée.
L'Empereur a fupprimé le Confeil d'Etat ;
la plupart des Confei lers & autres Perfonnes
qui travail ent dans ce département , ont
été placés dans la Chancelle : ie Privée d'État.
On dit que le Grand-S igncur a déclaré
folemnellement qu'il déf pprouvoit les brigandages
exe cés par quelques - uns de fes
fuje s fur le territoire Autrichien ; & qu'il
a prié la Cour de Vienne de faire arrêter à
l'avenir & ponir felon la rigueur des loix
tous ceux qui fe permettent de pareils excès.
On mande de Goe z en Styrie , que depuis
le 2 de ce mois on y fuit le même règlement
de police que l'Empereur a donné à Vienne
, & par lequel les criminels font employés
aux travaux publics de la ville.
On a découvert , il y a quelque tems , écrit-on
de Prague , une nouvelle carrière de jafpe , dans la
Seigneurie de Toeplitz ; il y en a de deux espèces ,
l'une d'un verd foncé avec des taches d'un verd plus
clair , très - tranchantes ; l'autre d'un verd pâle , avec
des points d'un jaune pâle . Ce jafpe très- abondant
dans cette carrière , reçoit bien le poli « .
Le nombre des naiffances dans cette Capitale
eft monté , pendant le cours de l'année
dernière à 9392 , & celui des morts à
0,974.
De HAMBOURG , le 15 Janvier.
L'ATTENTION eft toujours fixée fur les
démêlés de la Ruffie & de la Turquie ; les ar(
57)
memens & les préparatifs qui fe font de part
& d'autre ont fait craindre avec raiſon une
rupture ; felon les lettres des frontières
Ottomanes , il y étoit arrivé des ordres de
faire une levée générale de troupes &
que les Corps de cavalerie devoient fe tenir
prêts à entrer en campagne au premier
fignal. D'un autre côté , on apprend de
Vienne que malgré la rigueur de l'hiver , les
troupes en garaifon dans cette Ville ont
exécuté depuis peu les manoeuvtes les plus
difficiles ; on a exercé l'infanterie à oppoſer
des chevaux de frife à la cavalerie Turque ,
à tendre & détendre des tentes ; l'Artillerie
a auffi été exercée à feconder toutes
ces manoeuvres ; on travaille à forger un
grand nombre d'armes , entr'autres des
fabres , des bayonnettes , qu'on croit deftinés
pour la Ruffie , parce que les magafins
de l'Empereur en font fuffifamment pourvus
; les tranfports pour la Hongrie , ajoutent
les mèmes lettres , fe continuent toujours
, & la plupart partent la nuit .
Ces mouvemens femblent annoncer une
guerre prochaine . Cependant , depuis quelques
jours il fe répand des nouvelles plus
confolantes relativement aux démêlés avec
la Turquie. Les troubles de la Crimée étant
finis , on préfume qu'il n'y a plus aucun fujet
de rupture entre la Ruffie & la Porte ;
& on dit que le Divan a promis d'accéder
aux propofitions des deux Cours Impériales
, de manière à les contenter. La Rullie a
7 48 )
demandé une réponte prompte & pofitive
fur quelques articles du dernier traité , &
l'Empereur , outre quelques fujets de plaintes
, a propofé encore à la Porte plufieurs
points importans concernant le commerce.
de fes fujeis , & la liberté du tranfit dans
quelques Provinces de la Turquie Européenne.
L'état de l'Empire Ottoman , les
troubles qui fe font manifeftés dans plufieurs
Provinces , ceux qui expoſent journellement
la Capitale , où les incendies fe renouvellent
malgré la févérité du Grand-Vifir , qui , diton
, depuis quelque temps fait étrangler
chaque nuit 10 à 12 perfonnes foupçon
nées d'avoir caché des mèches dans différens
quartiers , font eſpérer que le Grand-
Seigneur eft très-difpofé à tous les arrange
imens qui peuvent éloigner la guerre.
Au moment où tout paroît s'arranger de
ce côté , l'attention fe réveille & fe porte
fur l'Allemagne. L'Electeur Palatin a cu
dernièrement un attaque d'apoplexie , à laquelle
il a heureuſement réfifté , mais dont
il lui eft refté une paralyfie. Les fpéculatifs
forment déja des conjectures fur les
mouvemens que peut caufer fa fuccellion ;
ils oublient que le dernier traité de paix
de Tefchen ne laiffe plus aucun lieu a de
nouvelles difficultés à ce fujet.
» On affure , lit- on dans quelques lettres écrites
de la Croatie , que la pefte s'eft manifeftée dans la
province de Bofnie ; on a pris de notre côté & du
côté de l'Esclavonie , toutes les précautions poffibles
( 59 )
pour empêcher que ce fléau terrible ne vienne ravager
ces deux Provinces . Il a été tiré un cordon de troupes
fur les frontières , & toute relation avec les habitans
de Bofnie eft défendue très - févèrement «‹.
Il est entré dans le port de Stettin dans le
cours de l'année dernière , 1147 bâtimens ,
& il en eft forti 1170 ; l'importation des vins
de France est montée à 20,000 oxhoff.
>
Le nombre des bâtimens entrés à Dantzick
dans la même année eſt de 447 celui
des bâtimens qui en font fortis eft de 449 ;
l'exportation de toute eſpèce de grains s'eft
montée à 9900 laſts .
M. Bufching a inféré dans une de ſes feuilles hebdomadaires
, un tableau comparé des naiffances dans
tous les Etats du Roi de Prufle de l'année 1740 , où
le Roi actuel eft monté fur le trône , & de l'année
1780. Le réſultat de ce tableau eft celui- ci ; on a
compté dans la première année environ 84,000 naif .
fances , & dans la dernière 218,499 . Les enfans de
l'Etat Militaire n'y font pas compris. Depuis 1767
jufqu'en 1782 , on a compté dans ces mêmes Etats
3,021,360 naiffances , & 2,661,331 morts . Le
Militaire n'eft pas non plus compris, dans cette énumération
«.
ITALIE .
De MILAN , le 12 Janvier.
L'ORDONNANCE de l'Empereur concernant
les exemptions des droits de péage & de'
douane dans la Lombardie Autrichienne ,.
darée de Vienne le 4 Novembre , & publiée
ici le 26 du mois dernier , contient
en fubftance ,
c 6
7609
1°. Toutes les exemptions de péages & de douane
dont avoient joui des Communautés , des familles ,
des individus du Clergé féculier & régulier, cefferont
à l'avenir. 2 °. Cette fuppreffion d'exemptions s'étendra
fur les denrées en nature , & fur les abonnemens
en argent. 3 ° . Les hopitaux & d'autres pieux
établiſſemens , les Canonicats & les petits bénéfices
des Eglifes Cathédrales , & en général les Cures du
Clergé féculier continueront de jouir du privilége
d'exemptions , comme fervans de fupplément à leurs
befoins , jufqu'à ce qu'on ait trouvé un autre moyen.
pour les foulager. 4° . Le même privilége d'exemption
aura lieu pour les Maiſons d'Education & pour
Tes Couvens qui juftifieront que les exemptions leur
fervent de fupplément à leurs befoins ; ces Couvens
en jouiront juſqu'à ce qu'on puiſſe augmenter leurs
revenus de ceux des Couvens fupprimés ou des .
Couvens qui ferent fupprimés par la fuite. 5º . Les
exemptions acquifes à titre onéreux , continueront
d'avoir lieu , jufqu'à ce que le Gouvernement ait
trouvé des moyens de dédommager les poffeffeurs
de ces priviléges . 6° . Les Communautés & familles
de Mantoue qui auront acquis à titres onéreux ces
exemptions , & qui auront préfenté leurs priviléges
à la Commiffion établie en 1769 , continueront d'en
jouir. 7°. Les exemptions de péages qui feront accordées
à l'avenir par contrats ou à titre de récompenfe
pour l'avancement de l'agriculture , du commerce,
des manufactures &c. , formeront une excep
tion de la règle prefcrite dans l'article 2. 8°. La
même chofe fera obfervée quant aux exemptions
militaires. 9° . Le Gouvernement aura foin que
exemptions acquifes à titre onéreux , foient examinées
inceffamment , & fupprimées moyennant un
dédommagement. 10 ° . Les Chambres qui percevront
les droits de péage , rendront un compte particulier
des droits qui rentreront par la fuppreffion des
exemptions i-deffus mentionnées ; une partie de ces.
les
( 61 )
fonds fera employée au rembourfement des privi
léges d'exemptions acquis à titre onéreux , & l'autre
partie au dégagement des droits régaliens , & à
l'acquittement des dettes des provinces &c.
La Chartreufe de Pavie , fupprimée dernièrement
, eft un des plus beaux monumens
du 14e. fiècle. Elle avoit été bâtie par Jean
Galeazzo-Vifconti , Duc de Milan ; l'Eglife
eft très- belle , & très- riche en ftatues , tableaux
& autres ornemens . Elle renferme
dans fon tréfor une grande quantité de vafes
d'or & d'argent montés de perles & de
pierres précieuſes . C'eft dans ce Couvent
que François Ier. , Roi de France , fut conduit
après la perte de la bataille de Pavie ,
dans laquelle il avoit été fait prifonnier.
Il a été publié une dépêche Impériale ,
par laquelle il eft ftatué qu'à la mort des
perfonnes employées au fervice de l'Etat ,
& qui , pendant le cours de dix ans , auront
tenu une conduite irréprochable , le
tiers de leurs appointemens fera confervé
en penfion à leur femme & à leurs enfans.
On dit qu'il a été enjoint à tous les Membres
des Chartreufes fupprimées à Pavie ,
Mantoue & Carignan , de quitter le nom
qu'ils auroient pris dans l'acte de leurs profeffions
religieufes , & de ne fe fervir que.
de celui qui leur avoit été donné à la cé-,
rémonie de leur baptême ; enfin , de fe
conduire en tout comme s'ils n'avoient ja
mais porté l'habit de Saint Brung.
( 62 )
Le Duc de Ste - Elifabeth , écrit- on de Naples ,
ci- devant Ambaladeur de S. M. Sicilienne aux Cours .
de Vienne & de Madrid , s'étoit rendu au commencement
de ce mois à la Cour pour rendie fes devoirs
au Roi ; mais l'heure de l'audience n'étant pas encore
venue , & le Duc remarquant que S. M. s'étoit retirée
dans une des falles , s'y préfenta fur-le- champ. Le
Roi lui demanda comment il fe porioit , très bien
Sire , répondit-il , quoique mon âge feit fi avancé ,
que je me reflouvienne très - bien d'avoir vu bâtir ce
palais . Au moment même , le Roi entendant le bruit
d'une voiture , s'approcha de fon balcon pour voir
ce que c'étoit ; & en fe retournant un inftant après ,
il vit le Duc qui étoit tombé mort à fes pieds. Ce
vénérable vieillard avoit 80 ans .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 25 Janvier.
Nos nouvelles de l'Amérique Septentrionale
ne nous apprennent point encore
que le Général Carleton fe difpole à évacuer
New-Yorck ; il eft vraisemblable qu'il laiffera
ce foin au Général Grey , fon fuccef- ·
feur , que le Roi a revêtu du cordon rouge ,
& qui partira inceffamment . Quant à Charles-
Town fon évacuation eft décidée depuis
long-tems , & fans doute effectuée maintenant
nos papiers ajoutent feulement qu'on
vouloit conferver un pofte à Beaufort , à
quelques milles de cette ville , parce que ce
port pouvoit nous être utile ; mais les Américains
qui en ont jugé de même , ont eu
la précaution d'y envoyer des troupes & de
le fortifier. Un corps de Loyaliftes , au nom(
63 )
bre de 3000 , a déja fait voile de Charles-
Town pour la Jamaïque , où il eft vraifemblablement
arrivé dans le moment actuel.
Parmi les autres nouvelles du Continent
il y a une lettre de Bofton en date du 4
du même mois , contient les détails fuivans.
"
» On a lieu d'être étonné du changement qui
s'eft opéré dans les efprits depuis le commencement
de cette guerre. Cet Etat , où l'on trouvoit
autrefois des Puritains fi enthoufiaftes , fi fanatiques
, admet une tolérance inconnue dans tous les
autres pays proteftans . C'eft ce que l'on peut voir
par la cérémonie obfervée à l'inhumation du Chevalier
de l'Epiae , Enfeigne de la frégate Françoife
l'Amazone. Le convoi funèbre fe fit Vendredi paffé
à midi , dans l'ordre fuivant . Une compagnie de
Marines , armes renverfées , Tambours coeffés
marchoit proceffionnellement à la tête du convoi ,.
fuivoit un Prêtre portant un Crucifix d'argent.
Immédiatement après le corps , porté par quatre
Marines , & le poële foutenu par fix Officiers ,
ayant chacun un cierge allumé en main. Deux
Prêtres , dont un vêtu d'un furplis , lifant l'Office
des Morts , & chacun un cierge à la main ; venoient
enfaite S. E. le Marquis de Vaudreuil , fon
Honneur le Lieutenant - Gouverneur , l'honorable
Confeil , le révérend Clergé , le Corps des Hommes
choifs ( felett men ) , & plufieurs des plus refpectables
perfonnages de la ville , accompagnés des
Officiers de l'Etat - Major & aures du régiment
de Boſton l'enſemble efcorté par nombre d'of
ficiers François . En arrivant à la place de l'enterrement
, le corps fut dépofé fous l'Eglife , & les
Marines tirèrent trois volées de leur moufqueterie.
La cérémonie étoit très - folemnelle , & a donné une
nouvelle preuve de la cordialité , fympathie & ami .
:
7649
tié qui fubfiftent entre les citoyens & les fujets des
Nations confédérées de France & d'Amérique «.
Nous n'avons aucune nouvelle des Iles
où il paroît que le foin de pourvoir à la défenfe
de la Jamaïque , nous a empêchés de
profiter de notre fupériorité pour tenter de
faire quelque conquête fur nos ennemis ,
qui bientôt feront en état de faire encore.
des entreprifes contre nos poffeffions ‹ on a
cherché à nous confoler de cette inaction,
forcée , en nous préfentant dans la perfpective
une expédition intéreffante confiée au
Général Dalling ; l'objet qu'on lui prêtoit étoit
d'aller reconquérir la Floride Occidentale ,
& d'attaquer les Efpagnols à la Nouvelle-
Orléans
ou peut être dans quelques-unes
de leurs Provinces de la baie de Honduras ;
on fait que ce projet avoir été toujours celui
de l'ancien Gouverneur
de la Jamaique ; on
lui donnoit des forces pour cette expédition
ou pour toute autre de cette importance ;
maintenant
tous ces grands projets s'éva
nouiffent ; la paix qu'on annonçoit depuis fi
long-tems eft enfin décidée. C'eft avant-hier
que cette nouvelle intéreffante
a été répandue.
Le 21 , la Nation qui l'attendoit avec impa
tience , s'étoit portée en foule au Palais de
Weftminſter pour l'entendre
annoncer dans
les deux Chambres du Parlement ; & on
avoit eu le regret d'être trompé , la féance
de la Chambre haute fut très - courte ,
fe réduifit à l'ajourner au 23 ; celle des
Communes qui ne fut pas plus active , n'offrir
&
165 )
---
pas un mot fur la paix ; la Chambre s'ajourna
au 22 ; la même foule s'y tranfporta ce jour-là ,
& la curiofité ne fut pas plus fatisfaite . Enfin
avant-hier au foir le Lord Grantham écrivit
au Lord Maire la lettre fuivante , qui a fuppléé
celle que M. Townshend avoit promis.
» Mylord , j'ai la fatisfaction de vous informer
, qu'an courier arrivé à l'inftant de Paris a apporté
les articles préliminaires , entre la G. B. &
la France , & entre la G. B. & l'Espagne , fignés
à Versailles le zo de ce mois , par M. Fitz -Herbert ,
Miniftre Plénipotentiaire de S. M. , & les Miniftres
Plénipotentiaires des fufdites Cours. Les préliminaires
avec la Hollande ne font pas encore fignés ;
mais on eft convenu d'une ceffation d'hoftilités avec
cette République. — Je m'empreffe de vous faire
part de cet évènement important , afin que vous,
le rendiez , public dans cette ville , fans perte de
tems. J'ai l'honneur & c . Signé , GRANTHAM .
Cet heureux évènement a été reçu
avec beaucoup d'empreffement par la partie
éclairée de la Nation , qui gémiffoit de la
durée d'une guerre ruineufe , & qui a été
généralement malheureufe pour la Grande-
Bretagne ; l'armiftice qui doit fuivre la fignature
des préliminaires , va mettre fin à l'effufion
de fang , & fufpendre les armemens
que l'on faifoit par- tout, & dont la plupart ne
feroient pas arrivés à tems à leur deftination .
Le Comité des Directeurs de la Compagnie
des Indes qui s'étoit rendu à Portsmouth
pour veiller à l'embarquement des troupes
qui vont dans ces contrées fur les vaiffeaux
de la Compagnie , n'auront plus à y
faire
( 66 )
paffer que celles qui y font néceffaires pour
pourvoir fes différens établiffemens , & les
mettre en état de le foutenir contre les Princes
Indiens , jufqu'à ce que la paix foit faite
avec eux .
Nos nouvelles d'Afie le réduifent à celles
qu'a apporté le Capitaine Chriftie , Commant
de l'Annibal , pris par M. de Suffren ,
& arrivé à Portſmouth fur un vaiffeau Danois
; on fait que les Directeurs de la Compagnie
le font affemblés à cette occafion ;
mais il ne tranfpire que ceci des rapports
du Capitaine Chriftie .
liv. ft.
pas
Les vailleaux le Chapman , la Réſolution , le
Lord North , le Hafting , deftinés pour l'Europe ,
font à Ste- Hélène. Le Comte de Darmouth , autre
va fleau de la Compagnie qui a pé i fur une des Iles
de Nicebar , avoit le chargement le plus riche & le
plus confidérable , qu'ait jamais eu aucun vaiffeau
des Indes ; on ne l'évalue à moins de 400,000
On affure que M. de Suffren qui s'étoit
retiré à Tranquebar après fon engagement avec
l'Amiral Hughes , en étoit parti à la fin de Juin pour
fe rendre à Columbo , ou il efpéroit recevoir des
renforts de toute eſpèce . Il ne paroît pas , comme on
l'a prétendu ici, que le Gouvernement Danois à Tran
quebar , ait refufé aux François de fe réparer '; mais
les vaifleaux de Danemarck qui apportent dans cet
établiffement quantité de munitions navales pour en
faire commerce , n'arrivant pas , M. de Suffren , las
de les attendre , avoit mis à la voile.
deftinés pour les Indes font les fuivans . L'Halfewell,
le Barwell, le Pigot , l'Atlas , le Duc de Kingston,
le Lord Macartney , le Comte d'Oxford , le Fox ,
le Vanfittart, le Bellamont. Ces dix doivent aller
à Madras & au Bergale ; les 7 fuivans à Madras &
- Les vaiffeaux
767 )
en Chine. Le Stormont , le Vrai Breton , I'Yorck,
le Lafcelles , le Houghton , le London , le Comte
de Sandwich. Le Walpole va à Ste-Hélène , Madras
& Bencoolen, & le Prince dans l'Inde.
La paix va faire faire fans doute quelque
changement à ces difpofitions , ainfi qu'à
celles pour l'Amérique & les Illes ; elle va
auffi laiffer au Miniſtère le tems de terminer
les affaires de l'Irlande , ce Royaume
afpire toujours à voir affurer fon Indépendance
abfolue de la légiflation Britannique.
Le 7 de ce mois , les Corps des Volontaires
prirent à Tuam la réfolution fuivante , qu'on
peut regarder comme le fentiment général de
ce Royaume.
» Réſolu qu'une récente détermination judiciaire
du Comte de Mansfield dans la Cour du Banc du
Roi dans la Grande -Bretagne , eft ane infraction du
pacte entre la Grande- Bretagne & l'Irlande , lequel
étoit fuppofé avoir été conclu par la révocation d'un
acte de la législation Britannique , paffé dans la
fixième année du règne de George II , & a fervi à
confirmer & fanctifier la juftice & la fageffe des
opinions politiques de ce grand & éclairé patriote
Henri Flood Ecuyer , quant à la néceffité de quelque
éclairciffement final concernant l'indépendance de
la légiflation Irlandoife, de tout pouvoir quelconque.
Les mêmes fentimens fe trouvent déve
loppés avec plus de détails encore dans
l'adreffe fuivante au Lord Vicomte de
Beauchamp , arrêtée dans une affemblée de
la première Compagnie des Volontaires de
Belfaſt.
35 Mylord , nous avons dernièrement pris la
liberté de préfenter à V. S. les témoignages de
( 639
画
-
notre reconnoiffance bien ſentie , à raison de l'hone
neur qu'a fait à notre fociété la célèbre lettre de
V. S. fur les affaires d'Irlande. Depuis cette époque ,
notre reconnoiffance a , s'il eft pollible , augmenté ,
lorfque nous avons obfervé la notice que vous avez
donnée , de deux propofitions tendantes à remplir le
voeu de l'Irlande , lefquelles doivent être faites le
29 de ce mois , dans la Chambre des Communes de
la G. B. : ce but ne peut être rempli par un vote du
Parlement Britannique , quelqu'amplement qu'il
puiffe déclarer les intentions dans la révocation da
bill de la fixième année du règne de George II .
Parce que des votes ne conftituent pas les loix ;
& parce qu'en Parlement , des ftatuts ne peuvent
être commentés par des ftatuts . L'Irlande s'at
tend donc , qu'il fera déclaré par une loi Britannique
,, que la G. B. renonce pour toujours à toute
prétention de faire des loix pour ce Royaume , extérieurement
ou intérieurement , dans aucun cas quel
conque , Sans cette affurance légale de la fiacérité
de no re foeur Royaume , nous craignons beaucoup
qu'il ne s'élève des mécontentemens , des méfiances
& des jaloufies , qui , à bien des égards , & au fu--
prême degré , peuvent être fâcheufes pour l'Empire.
Nous fupplions ardemment V. S. , au nom
d'une nation que vous avez déja honorée de votre
protection & qui vous confidère avec reconnoiffance
& confiance , de perfévérer dans votre fage
& jufte deffein à ſon égard. Le 22 Janvier vous
pouvez peut-être avoir une occafion de nous rendre
fervice ; mais le 29 eft le jour consacré à l'honneur
d'un Seigneur qui eft le premier ami & le plus décidé
de l'indépendance & des droits conftitutionnels dans
le fénat Britannique
. - Nous avons fait
tention à des ordres de nullité & des appels ,
aucun homme qui hélite à rendre cette affaire
ne croyons pas qu'il exifte parce que nous
- peu
d'at(
69 )
-
complette. Nous aurions bien des excufes à faire
à V. S. de ce que nous l'importunons en cette occafion
, fi nous n'étions certains combien vous prenez
d'intérêt a 1. profpérité de toutes les branches du
domaine de S. M. «
Il paroît que le Ministère eft réfolu de
donner toute la fatisfaction
poffible à l I∙ lande
; on en peat juger par la motion fuivante ,
faite par M. Townshend
le 22 de ce mois à
la Chambre des Communes
.
"Qu'il foit permis de préfenter un bill pour écarter
& prévenir tous doutes qui fe font élevés ou
pourroient s'élever concernant les droits exclufifs du
Parlement & des Cours d'Irlande en matière de légiflation
& de judicature , & pour empêcher qu'aucun
appel des Cours de S. M. dans ce Royaume ne
foit reçu ,
entendu & jugé dans aucune des Cours de
S. M. dans le Royaume de la Grande - Bretagne
On jugera mieux des intentions du Gou
vernement & de la nature des arrangemens
qu'il veut prendre pour donner fatisfaction
entière
à l'Irlande , lorfque le bill de M. Townshend
fera préfenté au Parlement , & qu'il y fera difcuté : dans la feance du 22 il n'y a eu
fur ce fujer que ce qu'on appelle une converfation
entre le Lord Beauchamp
, & le
Chancelier
de l'Echiquier
d'une part , & MM. Eden , Fitz Patrick & Grenville , qui
étoient Secréta res , l'un du Comte de Carleifle
, l'autre du Duc de Portland , & le
dernier du Comte Temple ; cette converfa
tion ne nous apprend rien de poſitif.
( 40 )
Le Grafton , l'Elizabeth & l'Aurore , écrit-on
de Gofport , qui étoient partis pour l'Inde avec
une frégate , font revenus à Ste-Hélène en conféquence
d'un avifo qu'on leur avoit expédié ; toutes
les flottes deftinées pour le dehors ont pareillement
relâché à cette rade , où elles reſteront jufqu'à nouvel
ordre. Les approches de la paix ont fans doute
donné lieu à ces nouvelles difpofitions. — On apprend
que le vaiffeau de guerre le Carnatic , apallé
à Woolwich , parce que le tirant d'eau à Deptford
n'eft pas affez grand pour y achever le travail de
l'intérieur de ce vaifeau .
fortir du baffin dans quelques jours , & il doit être
L'Albion fera prêt à
remplacé auffi-tôt par un autre vaiffeau de 74 canons.
On travaille actuellement à la quille du
Bellerophon , de 74 , qui eft en construction à Frinf
bury. Le Ruffel exigera une réparation complette
avant d'être en état de mettre en mer«.
-
-
Des
dépêches pour le Général
Conway
apportées avant- hier par un Officier , ont été
portées fur-le- champ à S. M. , & ont donné
lieu à un Confeil qui s'eft tenu le même foir.
Le Charles-Town , frégate de S. M. , arrivée de
New-Yorck à Spithéad , a apporté des dépêches de Sir
Guy Carleton & du contre-Amiral Digby; il paroît par
ces lettres du premier que le Lord Hood , avant fon
départ pour les Indes
Occidentales , avoit demandé
au Général un corps de troupes qu'il vouloit diſtri
buer fur fes vailleaux , pour fervir comme troupes
de marine , & être
employées aux
expéditions qui
pourroient avoir lieu contre les Ifles Françoifes du
Vent & fous le Vent ; mais le Chevalier Carleton le
lui a refufé , parce qu'il avoit befoin de toutes fes
troupes pour défendre New-Yorck , & qu'il auroit
été imprudent à lui de s'affoiblir. - La lettre du
contre-Amiral Digby ne contient que la relation
( 71 )
de la prife de la frégate Américaine la South Caroline.
FRANC E.
De VERSAILLES , le 4 Février.
LE Roi a nommé à l'Abbaye de Gorze ;
Diocèfe de Merz , l'Archevêque de Séleucie ,
Nonce du Pape en France ; à l'Abbaye de
Silly , Ordre de Prémontré , Diocèle de Séez ,
l'Abbé Hennebert , Chapelain ordinaire de
Madame , fur la nomination & préſentation
de Monfieur en vertu de fon apanage .
Le 26 du mois dernier , le Comte de
Mouftier que le Roi a nommé fon Miniftre
Plénipotentiaire près S. M. B. eut l'honneur
d'être préfenté à S. M. par le Comte de
Vergennes , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département des affaires étrangères ,
& de prendre congé pour fe rendre à
Londres .
Le Marquis de Montagu - Lomagne , qui
avoit précédemment eu l'honneur d'être
préfenté au Roi , a eu , le 23 du mois
dernier , celui de monter dans les carrolles
de Sa Majesté , & de chaffer avec Elle.
Le premier de ce mois , veille de la Purification
, l'Univerfité de Paris , ayant à fa
tête M. Charbonner , Recteur , a eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeftés & à
Monfeigneur le Dauphin , le cierge de la .
Chandeleur , fuivant l'ufage.
( 72)
De PARIS , le 4 Février.
LES articles
préliminaires entre le Roi
de France & le Roi
d'Angleterre , fignés
le 20 du mois dernier. à Versailles , ont
paru
aujourd'hui dans la Gazette de France
& font les fuivans :
Le Roi T. C. & le Roi de la G. B. , animés d'un
defir égal de faire ceffer les calamités d'une guerre
deftructive , & de rétablir entr'eux l'union & la
bonne intelligence , aufh néceffaires pour le bien de
l'humanité en général , que pour celui de leurs
Royaumes , Etats & Sujets refpectifs , ont nommé
à cet effet ; favoir, de la part de S. M. T. C. , le feur
Charles Gravier , Comte de Vergennes , Confeiller
en tous les Confeils ,
Commandeur de fes Ordres,
Confeiller d'Etat d'épée , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , & des
Commandemens & Finances de S. M ,
ayant le département des Affaires étrangères : Et de
la part de S. M. B , le fieur Alleyne Fitz-Herbert ,
Miniftre
plénipotentiaire de S. M. le Roi de la G. B.;
Lefquels , après s'être duement communiqué leurs
plein pouvoirs en bonne forme , font convenus des
arricles préliminaires fuivans : 19. Aufſi- tôt
Préliminaires feront figués & ratifiés , l'amitié fin
que les
cère fera rétablie entre S. M. T. C. & S. M. B. ,
leurs Royaumes , Etats & Sujets , par mer & par
terre , dans toutes les parties du Monde : il fera envoyé
des ordres aux Armées & Efcadres , ainfi
qu'aux Sujets des deux Puiffances , de ceffer toute
hoftilité , & de vivre dans la plus parfaite union , ea
oubliant le pafé , dont leurs Souverains leur donnent
l'ordre & l'exemple ; & pour l'exécution de
cet article , il fera donné , de part & d'autre des
paffe-ports de mer aux vaiffeaux qui feront expédiés
pour en porter la nouvelle dans les poffeffions def
dites Puiffances . 2 °. S. M. le Roi de la G. B.
2
con.
fervera
( 73 )
fervera la propriété de l'Ile de Terre- Neuve & des
Ines adjacentes , ainfi que le tout lui a été cédé par
l'article XIII du Traité d'Utrecht , fauf les exceptions
qui feront ftipulées par l'article V du préfent
Traité. 3 °. S. M. le Roi de France , pour prévenir
les querelles qui ont eu lieu jufqu'à préfent entre
les deux Nations Françoife & Angloife , renonce au
droit de pêche qui lui appartient en vertu du même
article du Traité d'Utrecht , depuis le cap Bonavifta ,
jufqu'au cap Saint-Jean , fitué fur la côte orientale
de Terre- Neuve , par les cinquante degrés de latitude
Nord ; au moyen de quoi la pêche Françoife
commencera audit cap Saint-Jean , paffera par le
Nord , & defcendant par la côte occidentale de l'Ifle
de Terre- Neuve , aura pour limites l'endroit appellé
Cape-Raye , fitué au 47e degré so min . de latitude.
4. Les Pêcheurs François jouiront de la pêche qui
leur eft affignée par l'article précédent , comme ils
ont droit d'en jouir en vertu du Traité d'Utrecht.
5. S. M. B. cédera en toute propriété à S. M. T. C.
les Inles de Saint - Pierre & Miquelon . 6 °. A l'égard
du droit de pêche dans le golfe de Saint - Laurent ,
les François continueront à en jouir , conformément
à l'article V du Traité de Paris . 7º. Le Roi de la
G. B. reftituera à la France l'Ile de Sainte- Lucie ,
& lui cédera & garantira celle de Tabago. 80. Le
Roi T. C. reftituera à la G. B. , les Illes de la Grenade
& les Grenadins Saint- Vincent , la Dominique
, Saint- Chriftophe , Nevis & Montferrat , &
les Places de ces Ifles conquifes par les armes de la
France & par celles de la G. B. feront rendues
dans le même état où elles étoient quand la conquête
en a été faite ; bien entendu qu'un terme de
18 mois à compter de la ratification du Traité
définitif , fera accordé aux Sujets refpectifs des
Couronnes de France & de la G. B. , qui fe feroient
établis dans lefdites Ifles & autres endroits qui fe.
ront reftitués par le Traité définitif , pour vendre
8 Février 1783.
>
?
d
( 74 )
leurs biens , recouvrer leurs dettes , emporter leurs
effets , & fe retirer eux- mêmes , fans être gênés à
caufe de leur religion , ou pour quelque autre que
ce puiffe être , excepté pour les cas de dettes ou de
procès criminels. 9. Le Roi de la G. B. cédera
& garantira en toute propriété à S. M. T. C. , la
rivière de Sénégal & fcs dépendances , avec les
forts de Saint-Louis , Podor , Galam , Arguin &
Portendick. S. M. B. reftituera auffi l'Ifle de Gorée ,
laquelle fera rendue dans l'état où elle fe trouvoit
lorfque les armes Britanniques s'en font emparées.
10°. Le Roi T. C. garantira de fon côté à S. M. lé
Roi de la G. B. , la poffeffion du fort James & de la
rivière de Gambie. 110. Pour prévenir toute dif
cuffion dans cette partie du Monde , les deux Cours
conviendront , foit par le Traité définitif , ſoit par
un acte fépaté , des limites à fixer à leurs poffeffions
refpectives. Le commerce de la gomme le fera à
l'avenir comme les Nations Françoife & Angleife le
faifoient avant l'année 1755. 12 ° . Pour ce qui eft
du refte des côtes de l'Afrique , les Sujets des deux
Puiffances continueront à les fréquenter felon l'ulage
qui a eu lieu jufqu'à préfent . 130. Le Roi de la G. B.
reftituera à S. M. T. C. , tous les établiemens qui
lui appartenoient au commencement de la guerre
préfente , fus la côte d'Orixa & dans le Bengale ,
avec la liberté d'entourer Chandernagor d'un foffe
pour l'écoulement des eaux ; & S. M. B. s'engage à
prendre les mesures qui feront en fon pouvoir pour
afurer aux sujets de la France , dans cette partie de
l'Inde , comme fur les côtes d'Orisa , de Coromandel
& de Malabar , un commerce sûr , libre &
indépendant , tel que le faifoit l'ancienne Compagnie
Françoife des Indes orientales , foit qu'ils le fallent
individuellement ou en corps de compagnie. 14 .
Pondichéri fera également rendu & garanti à la
France , de même que Karikal ; & S. M. B. pro
curera , pour fervir d'arrondiflement à Pondichery ,
(
75
les deux diftricts de Valanour & de Bahour ; & à
Karikal , les quatre Magans qui l'avoifinent . 15 ° . La
France rentrera en poffeffion de Mahé , ainfi que de
fon Comptoir à Surate , & les François feront le
commerce dans cette partie de l'Inde , conformément
aux principes établis dans l'article XIII de ce
Traité. 160. Dans le cas que la France ait des Alliés
dans l'Inde , ils feront invités , ainfi que ceux de la
G. B. , à accéder à la préfente pacification : & à cer
effet , il leur fera accordé , à compter du jour que
la propofition leur en fera faite , un terme de quatre
mois , pour le décider ; & en cas de refus de leur
part , L. M. T. C. & B. conviennent de ne leur
donner aucune affiftance directe ou indirecte contre
les poffeffions Françoifes ou Britanniques , ou contre
les anciennes poffeffions de leurs Alliés refpectifs ;
& L. M. leur offriront leurs bons offices pour un
accommodement entr'eux. 170. Le Roi de la G. B. ,
voulant donner à S. M. T. C. une preuve fincère de
réconciliation & d'amitié , & contribuer à rendre
folide la Paix prête à être rétablie , confentira à
l'abrogation & fuppreffion de tous les articles relatifs
à Dunkerque , à compter du Traité de Paix conclu
à Utrecht en 1713 inclufivement juſqu'à ce jour.
18°. On renouvellera & on confirmera par le traité
définitif, tous ceux qui ont fubfifté juſqu'à préſent
entre les deux Hautes Parties contractantes , & auxquels
il n'aura pas été dérogé , foit par ledit traité ,
foit par le préfent traité préliminaire ; & les deux
Cours nommeront des Commiffaires pour travailler
fur l'état du commerce entre les deux Nations , afin
de convenir de nouveaux arrangemens de commerce
fur le fondement de la réciprocité & de la convenance
mutuelle. Lefdites deux Cours fixeront amiablement
entr'elles un terme compétent pour la durée .
de ce travail . 19. Tous les pays & territoires qui
pourroient avoir été conquis , ou qui pourroient
l'être, dans quelque partie du Monde que ce foit ,
>
d 2
( 76 )
-
par les armes de S. M. T. C. , ou par celles de
S. M. B., & qui ne font pas compris dans les préfens
articles , feront rendus fans difficulté , & fans exiger
de compenfation. 20 ° . Comme il eft néceffaire d'af
figner une époque fixe pour les reftitutions & évacuations
à faire par chacune des Hautes Parties contractantes
, il eft convenu , que le Roi de la G. B.
fera évacuer les Illes de St-Pierre & Miquelon, trois
mois après la ratification du traité définitif , ou
plus tôt, fi faire fe peut : Ste-Lucie aux Antilles , &
Gorée en Afrique , trois mois après la ratification
du traité définitif, ou plus tôt , fi faire le peut. -Le
Roi de la G. B. rentrera également en poffeffion , au
bout de trois mois , après la ratification du traité
définitif, ou plus tôt , fi faire fe peut , des ifles de la
Grenade , les Grenadins , St Vincent , la Dominique,
St-Chriftophe , Névis & Montferrat . - La
France fera mife en poffeffion des villes & comptoirs
qui lui font reftitués aux Indes orientales , & des
territoires qui lui font procurés , pour fervir d'ar
rondiffement à Pondichery & à Karikal , fix mois
après la ratification du traité définitif , ou plus tôt ,
fi faire le peut.
- La France remettra au bout du
même terme de fix mois , les villes & territoires
dont les armes fe feroient emparées fur les Anglois,
ou fur leurs alliés dans les Indes orientales ; en conféquence
de quoi les ordres néceffaires feront en
woyés par chacune des Hautes Parties contractantes
, avec des paffe-ports réciproques pour les vaiffeaux
qui les porteront immédiatement après la
ratification du traité définitif. 21 ° . Les prifonniers
faits refpectivement par les armes de S. M. T. C. &
de S. M. B. par teire & par mer, feront , d'abord
après la ratification du traité définitif, réciproquement
& de bonne foi , rendus fans rançon : & en
payant les dettes qu'ils auront contractées dans leur
captivité ; & chaque Couronne foldera reſpecti
-
( 77 )
vement les avances qui auront été faites pour la
fubfiftance & l'entretien de fes prifonniers , par le
Souverain du pays où ils auront été détenus , conformément
aux reçus & aux états conftatés , & autres
titres authentiques qui feront fournis de part & d'autre.
22. Pour prévenir tous les fujets de plainte
& de conteftation qui pourroient naître à l'occaſion
des prifes qui pourroient être faites en mer depuis
la fignature de ces articles préliminaires , on eft
convenú réciproquement , que les vaiffeaux & effets
qui pourroient être pris dans la Manche & dans les
mers du Nord, après l'efpace de douze jours , à
compter depuis la ratification des préfens articles
préliminaires , feront de part & d'autre reftitués ;
que le terme fera d'un mois , depuis la Manche & les
mers du Nord jufqu'aux Ifles Canaries inclufivement
, foit dans l'Océan , foit dans la Méditerranée ;
de deux mois depuis lefdites Ifles Canaries , jufqu'à
la ligne équinoxiale ou l'équateur ; & enfin de cinq
mois dans tous les autres endroits du Monde , fans
aucune exception ni autre diſtinction plus particu
lière de temps & de lieux. 23 ° . Les ratifications des
préfens articles préliminaires , feront expédiées ca
bonne & due forme , & échangées dans l'efpace
d'un mois , ou plus tôt fi faire le peut , à compter du
jour de la fignature des préfens articles . En for
de quoi nous fouffignés Miniftres Plénipotentiaires
de S. M. T. C. & de S. M. B. , en vertu de nos
plein-pouvoirs refpectifs , avons figné les préfens
articles préliminaires , & y avons fait appofer le
cachet de nos armes . Fait à Verfailles le 20 Janvier
1783. Signé GRAVIER DE VERGENNES . ( L. S.
Signé ALLEYNE FITZ-HERBERT ( L. S. ) ¿c
Les pluies continuelles ont fi fort dé
gradé les chemins , que tous les Couriers
éprouvent un retard confidérable ; celui
d 3
( 78 )
d'Espagne n'eft arrivé que fort tard . Les
lettres de Cadix qu'il a apportées font du
10 ; elles nous apprennent que l'armement
alloit être bientôt prêt , & que l'embarquement
des troupes auroit lieu le 14 , enforte
que le 16 ou le 17 la flotte pouvoit mettre
à la mer , fi le vent étoit favorable . Il feroit
fâcheux que cette fois il fecondât l'impatience
de la flotte & de l'armée , parce que fi elles
ont été retenues quelques jours de plus dans
le port , le vent leur aura épargné une fortie
inutile. Le Courier parti d'ici le 9 n'alloit
qu'à Madrid , & ne portoit aucun ordre à
M. le Comte d'Eftaing ; ce n'a été que le
14 , lorfqu'on fut certain d'un prompt ac
commodement , qu'on expédia celui qui
devoit fufpendre l'armement, Il ne peut
guère arriver à Cadix que le 25 ou au
le 24 ; & alors on ne feroit pas étonné
25 ou au plutôt
qu'il ne trouvât l'armée partie..
Le jour de la fignature des
préliminaires ,
il partit
plufieurs Couriers , outre ceux envoyés
dans les différentes Cours de 1Europe.
On dit
aujourd'hui que la plupart
alloient dans nos ports y porter les ordres
du Roi , qui mettent un embargo fur tous
les bâtimens , il
fubfiftera , fans doute , juf
qu'après le terme fixé pour l'armistice convenu
entre les Puiffances
belligérantes. Dès
que la
ratification de la Cour de Londres
fera arrivée , M. le Comte de Mouftier , nom
mé Miniftre
Plénipotentiaire près S. M. B. ,
partira pour fa deftination.
( 79 )
Les Plénipotentiaires Hollandois n'ont
Encore rien figné ; on dit qu'ils ne paroiflent
guères difpofés à fe relâcher de leurs
premières demandes , qui font la reftitution
de tout ce qui leur a été enlevé , & une indemnité
proportionnée au dommage que
Pagreffion des Anglois a caufé à leur commerce.
Nous attendons à tout moment la frégate
qui ramène M. le Comte de Rochambeau
& l'Etat-Major de fon armée , ainfi que
l'avifo qui doit nous annoncer l'arrivée de
M. de Vaudreuil à St- Domingue.
Parmi les lettres apportées de la Martinique
par la frégate la Friponne , il y en a plufieurs
particulières , dont l'une offre les détails
fuivans ; elle eft du 11 Novembre .
» Je profite du départ de la frégare la Fri
ponne , pour vous donner des nouvelles de notre
Colonie , & de l'état dans lequel nous nous trouvons
en ce moment. Nous avons craint les Anglois
pendant quelque tems : comme ils étoient
ici en force très-fupérieure , nous ne favions fur
quelle de nos ifles ils tourneroient leurs efforts.
L'arrivée de M. le Marquis de Bouillé , fa préfence
, & les renforts qu'il a amenés avec lui ,
nous ont d'abord raffurés : l'heureufe arrivée d'un
convoi de 80 voiles , chargé de munitions de guerre
& de toute forre de provifions de bouche , avec
le régiment de Berwick & les Chaffeurs de Dillon
, a mis le comble à notre joie. Nous attendions
ce précieux convoi avec une impatience mêlée
de crainte : nous favions que les Anglois croifoient
en force au vent de l'ifle pour l'intercepter , & nous
d 4
( 80 )
n'avions rien à leur oppofer pour favorifer fon en
trée. L'Officier qui nous l'a fi heureuſement amené ,
eft le Comte de Macnemara,qui montoit l'Amphion,
de so canons , ayant 2 frégates fous les ordres :
la réputation de ce brave & intelligent Capitaine
eft faite depuis long- tems. Le lendemain de l'arrivée
du convoi , nous avons vu l'efcadre Angloife
; elle eft venue reconnoître la rade : elle aura
eu fans doute un grand crève - coeur , en voyant
tout le convoi à l'abri de fes pourſuites « .
Nous ajouterons à cette lettre l'extrait
fuivant d'une de Marſeille, en date du 15
Janvier.
pour
» Il eft entré dans notre port 6 vaiffeaux Hollan
dois , venant de l'Inde , avec de riches cargaifons ;
les circonstances de la guerre les avoient long-tems
retenus à Cadix , d'où ils ont fait voile le 11 Décem
bre fe rendre ici de conferve avec le navire
Je Comte d'Artois , venu du cap François . Ce convoi
eft parti de Cadix fous l'efcorte du vaiffeau de
ligne le Suffifant, des frigates la Montréal & la
Lutine , & de la corvette la Floride. Le Suffifant l'a
quitté à la hauteur de Malaga , & eft allé rejoindre
l'armée combinée à Cadix. Un coup de vent à la
hauteur de Barcelone a ſéparé le refte de l'eſcorte
du convoi . La vente de détails des cargaifons de ces
vaiffeaux fera faite ici ; & on attend à cet effet un
Commiflaire de la Compagnie Hollandoife des Indes
des. Certe Compagnie a fait la vente en gros
mêmes cargaisons à M. Berard , Conful de Suède
à l'Orient , pour la fomme de 11 millions tournois,
Hier , la frégate la Friponne eft arrivée ici après
la traversée la plus prompte & la plus heareufe.
Elle étoit partie de la Martinique le 6 Décembre ,
& de la Guadeloupe le 13 ; elle avoit à bord M.
d'Arbaud , Gouverneur de cette dernière Colonie, &
( 81 )
ARGR Les lettres
Madame fon époufe. Au départ de la Friponne tout
étoit tranquille dans nos Colonies ; les Anglois
avoient renoncé au projet d'attaquer la Guadeloupe ,
depuis que M. de Bouillé étoit arrivé à la Martinique
. L'Amiral Pigot croifoit alors au vent de cette
dernière Ifle avec 13 vaiffeaux de ligne ; mais on
croyoit qu'il alloit prendre la route de la Jamaïque ,
où l'on n'eft, pas fans allarmes .
d'Arles portent qu'un bâtiment Marocain ayant été
pouffé vers la côte , à l'embouchure du Rhône , a
échoué à 6 lieues de cette Ville. Ce bâtiment avoit
à bord un Ambaffadeur de Maroc , qui fe rend à
Conftantinople avec une affez nombreufe fuite de
femmes , d'enfans & d'efclaves . Il a été accueilli par
les habitans de la côte , qui ont envoyé demander
à Arles des vivres pour tout le monde. On a fait
paffer fur-le- champ de cette Ville , huit quintaux
de pain & d'autres comeftibles , avec prière à l'Am
baffadeur de ne pas s'en approcher , attendu qu'il n'a
pas fait quarantaine. Un Exprès arrivé à Marseille
à ce sujet , eft vénu demander des bâtimens qui
puiffent conduire l'Ambaffadeur avec fa fuite à fa
deftination ".
L'Académie Françoife , dans fon affemblée
du 30 Janvier , a donné , pour la feconde
fois , à M. de la Cretelle , Avocat
en Parlement , le legs annuel de 1200 liv.
fait par le Comte de Valbelle , en faveur
d'un Homme de Lettres au choix de cette
Compagnie.
Ceux qui ont droit à la fucceffion du
fieur Bernardin , qui enfeignoit les Mathé
matiques , en 1720 , à l'Académie de Vandenil
, & les héritiers du fieur Desfoffes.
Maître en fait d'armes , qui donnoit auffi
ds
( 82 )
au même tems des leçons d'armes à la
même Académie , font priés de le faire
connoître au fieur d'Auptain , Caiffier du
Prêt gratuit de Saint - Sulpice , qui a des
chofes intéreffantes à leur communiquer.
Il demeure à la maifon neuve , place Saint-
'Sulpice.
On lit dans un papier public le fait fuivant
, qui eft fans doute curieux.
» Le 10 Septembre dernier , le Prieur de l'Ab
baye & Cure d'Epernay , s'apperçut qu'il avoit été
volé : les foupçons tombèrent fur le nommé Louis-
Charles Evrois , dit Saint- Louis , fon domestique
fa voix perça jufqu'au tribunal de la Juftice. Le
Subftitut du Procureur Général rendit plainte contre
ce domeftique , qui fut décrété de prife de corps ,
arrêté le même jour & interrogé fur l'heure . Il
avoua le vol qu'il avoit caché dans fa chambre :
on l'y conduifit le lendemain. L'on trouva , dans
une gourde placée fur une planche au- deffus de la
porte , 46 doubles louis , 109 louis , 2 demi - louis ,
25 écus de 6 liv. dans une bourfe & 16 dans un
fac. Une partie de ces fommes étoit des dépôts confiés
au Prieur ; l'autre appartenoit à la bourfe des
pauvres. Le 10 Octobre , le domeftique fut condamné
à être pendu , envoyé à la Conciergerie du
Palais à Paris ; & la Sentence ayant été confirmée ,
il fut renvoyé à Epernai pour y être exécuté. Parti
de Paris par le carroffe public , fous la conduite d'un
Cavalier de Robe - courte , Saint - Louis trouva,
le 22 Décembre , le moyen de rompre les fers &
de fe fauver. Il marcha pendant deux nuits & deux
jours dans les bois & les chemins de traverſe, arriva
à Epernay le 24 , veille de Noel , vers les huit
heures du foir , entra dans l'Eglife , s'introduifit
( 8 , )
dans la maifon des Religieux , fut fe cacher dans
le grenier à foin ; & pendant le tems de la Meffe
de minuit , il entra dans la cuifine , fe raffafia ,
emporta du pain , de la viande , & les clefs de la
porte de l'efcalier du clocher , monta à la chambre
des hôtes , qui étoit ouverte , y prit un diap & une
Couverture , retourna avec les provifions & effets
dans le grenier à foin , y paffa quatre jours . Chaque
foir , il alloit à la cuifine pour s'y approvifionner.
Le cinquième jour , pendant que les Tonneliers
qui travailloient dans le cellier étoient allés
goûter à la cuifine , il fe gliffa dans le cellier , prit.
plufieurs bouteilles de vin qu'il porta dans fon gre
Lier; & le foir , quand tout repofa dans la mailon ,"
il monta au clocher , établit fa demeure fur la voûte
au-deffus du choeur : fon ménage étoit pourvu de
tour ce qui lui étoit nécellaire ; on y trouva du
pain , du vin , de la viande , du lard , de la poudre
pour les cheveux , de la pommade liquide & en
bâton , un miroir , des rafeirs , &c. , &c . Le 9
Janvier dernier , le Prieur étant invité à dîner en
ville , vint caufer avec fes Religieux au réfectoire ,
jufqu'à l'heure où il devoit fortir. Etant monté
dans fa chambre plutôt qu'à fon ordinaire , pour
s'y difpofer , it entendit des coups fourds qui lai
femblèrent partir de la voûte du choeur. Il en
avertit fes Religieux . L'un d'eux , jeune homme
fort & plein de courage , monta au clocher pour
voir la caufe de ce bruit. La première porte qui
donne fur le jardin , & qui communique à un
ancien cimetière , étoit fermée ; on en chercha inutilement
la clef. 11 fe fervit d'une échelle pour monter
fur le mur avec le domeftique du Prieur . La porte
de l'escalier du clocher étoit auffi fermée : ils l'en- ¸
foncèrent. Ils ne doutèrent plus que quelqu'un ne
fe fut réfugié dans la voûte du choeur. Ils en furent
convaincus , en appercevant un très-grand feu
allumé , & des provifions de bouche. Ils firent des
d 6
( 84 )
recherches fans pouvoir rien découvrir. L'Officier
commandant la Maréchauffée de cette ville , airivant
dans ce moment de la campagne avec un de
fes Cavaliers , informé de ce qui le paffeit , fe
rendit au haut du clocher avec fon Cavalier , & y
fut joint par les autres qu'il avoit mandés . Ils découvrirent
, dans la flèche du clocher , un homme
qu'ils reconnurent pour être le nommé Louis . Il
fut fur le-champ arrêté & feuillé : on trouva fur
lui cinq roffignols & trois clefs «.
On ajoute que le 11 du même mois le
voleur fubit à Épernay la peine portée par la
Sentence.
» Les dartres , la teigne & la plupart des maladies
cutanées réſiſtent ordinairement à tous les remèdes.
On s'eft occupé long-tems à chercher un fpécifique ,,
on n'en avoit point trouvé d'efficaces . C'eſt le fieur
Dacher qui vient enfin de faire cette découverte
utile à l'humanité. Les vertus de fon Remède antidartreux
font conftatées de la manière la plus authentique.
Depuis le tems qu'il a fait annoncer fa
découverte dans les papiers publics , il a guéri plas
de 200 maladies de cette espèce ; des fuccès auffi
conftans ne laiſſent aucun doute fur l'efficacité de ce:
nouveau Remède ; il prévient le Public qu'il conti
nuera de donner les foins gratis aux pauvres . Quant
aux perfonnes aifées qui fouhaiteront être traitées
fous les yeux de leur Médecin ordinaire , il déclare
qu'il ne fe refufe jamais d'adminiftrer fon Remède:
en préfence de gens de l'art ; affuré du fuccès , il ne
peut que gagner en travaillant devant des témoins
éclairés ; l'impofteur fe cache , la vérité ne craint
pas le grand jour. Ce Remède confifte dans une eau
ftomachique & anti-dartreufe , très-lympide , &
agréable au goût. Pour la commodité du Public &
éviter les frais de tranfport , ie fieur Dacher envoie
dans les Provinces l'eau pure ou l'Elixir qui en fair
la baſe. Chaque bouteille de pinte de cet Elixir com
( 85 )
·
pofe 30 à 40 pintes de boiffon ordinaire , & dure
environ un mois , & le double pour les enfans . Quatre
ou fix bouteilles d'Elixir fuffifent ordinairement
pour la cure de cette cruelle maladie. Quand on l'a
héritée de fes pere & mere , ou qu'elle eft ancienne
& invétérée , elle exige quelquefois un traitement
plus long , mais la guérifon eft sûre . Le régime
doit être des plus doux ; il n'eft point affujertiffant ,
&l'on peut vacquer à fes affaires ; comme ce Remède
eft agréable , il rétablit le ton de l'eftomac &
favorife les digeftions . On le continue fans peine ;
le bien qu'on en éprouve d'ailleurs y engage . Le prix
de chaque bouteille d'Elixir eft 12 livres. Il a été
ainfi réduit pour le mettre à portée de tout le monde.
Le fieur Dacher le fait un plaifir d'entretenir avec
fes malades une correfpondance fuivie pendant le
traitement , & de leur indiquer les moyens qu'une
longue expérience lui a appris être les plus convenables
pour être plutôt délivré des démangeaifons ,
&c. La même dofe d'Elixir pour la compofition de
l'eau komachique & anti- dartreufe ne pouvant être
égale pour tout le monde , & devant être plus ou
moins active , fuivant le tempérament , l'âge ou la
conftitution des perfonnes qui en ufent , il eft néceffaire
qu'elles faffent connoître à l'Auteur leur tempérament
, la qualité de leurs dartres , & s'il y a
complication d'autres maladies . Elles auront foin
d'affranchir leur Lettre. La demeure du fieur Dacher
eft rue du Bacq , fauxbourg Saint- Germain , à l'ancien
hôrei des Moufquetaires Gris , où on le trouve:
jufqu'à midi, & le foir depuis fix heures . Comme
la teigne eft une maladie encore plus défagréable:
que les dartres , & que le feul Remède qu'on a
trouvé ( & qui le plus fouvent ne réuffit pas ) révolte
la nature , puifqu'il confifte à écorcher en
vie le pauvre patient , on croit devoir rapporter
ici une cuie opérée par le fieur Dacher fur trois
cafans d'un Médecin qui en étoient affligés depuis
cure : - }}
( 86 ) dix ans , & qui avoient fait fans fuccès les Remèdes connus. Ce Médecin a lui-même certifié ainfi cette
Nous , Docteur en Médecine de l'Univer
fité de Montpellier
, ancien Médecin des Camps & Armées du Roi en Allemagne
, ci-devant Médecin de l'hopital
royal & militaire de Phalsbourg
en Alface , Médecin actuel de l'Hopital royal & mili- taire de Philippeville
en Haynaut , Affocié correl pondant de la Société royale des Sciences de Metz , &c. certifions
que l'Eau ftomachique
de M. Dacher , combinée
& mariée avec le lait , le régime & des purgatifs
par intervalle
, a guéri mes trois enfans , ma hiile aînée âgée de 17 ans , mon fils aîné de 14 ,
mon ca let de 13, d'une dartre vive dégénérée
en teigne , plutôt sèche qu'humide
, qu'ils avoient au fommet de la tête , & qu'ils avoient contractée
à mon infçu par le moyen d'une fervante qui le pei- gnoit avec le même peigne dont fe fervoient mes enfans , ayant ladite maladie cutanée , il y a environ dix ans , & pour laquelle maladie cutanée je n'ai ofé rien faire , d'autant plus que toutes les fois je voulois mettre en avant quelque Remède plutôt favorable
à la tranfpiration
& à la déperation
du fang, que tous autres , leur vue s'affoibliſſoir
, ce qui me faifoit craindre de frapper trop fort de la circonférence
au centre , & par conféquent
d'inté reffer notablement
le coeur , le cerveau , ou le pou mon , d'où ftrictement
dépend la vie. Affez pro- fond phyficien
pour ne pas me laiffer entraîner à des préjugés groffiers ou frivoles , je rends affez de juftice à M. Dacher , qui fans aucun motif d'intérêt a bien voulu s'intéreſfer
à mes enfans pour les gué- rir, n'y ayant que la force de la vérité qui doit , être facrée chez les hommes qui forme la bafe de mon aveu. J'avoue en même tems que nombre de perfonnes
avoient employé plufiers Remèdes
fim. ples , & d'autres plus compofés
, où entroit le pré- cipité rouge fans fuccès , à la continuation
defquels
que
( 87 )
je me fuis oppofé , crainte d'empirer leur état
Paris ce 8 Mars 1780. Signé, O KERINE , Médecin
de l'Hopital Royal & Militaire de Philippeville
en Haynaut.
Les Etats des batêmes , mariages , morts ,
enfans trouvés , profeffions religieufes de la
ville & fauxbourgs de Paris pendant l'année
dernière , offrent les réfultats fuivans. Bâtêmes
19,387 ; mariages 4878 ; morts 18,953 ;
enfans trouvés 5444 ; profeffions religieufes
1.17 . Le nombre des batêmes de 1782 , com
paré à celui de 1781 , offre une diminution
de 845 , celui des mariagcs de 92 , celui des
morts de 1227 , celui des enfans trouvés de
164 , celui des profeffions religieufes eft
augmenté de 30.
» Le fieur Launoy , Marchand de Modes & Fabri
quant de Rouge , à l'ufage de la toilette des Dames,
vient de trouver , après bien des recherches , le ,
moyen de le perfectionner au premier degré de
fupériorité , rant pour la beauté , que pour la falubrité
de la Peau. Il compofe auffi le véritable
Blanc de Venile pour blanchir la Peau , avec Pommade,
qui en ôtant le Rouge du vifage , enlève
auffi les taches & les boutons , & elle peut être
employée également à la fuite de la Petite- Vérole ,
pour empêcher d'en être marqué. Ces trois objets ,
peuvent- être employés fans aucun danger , n'étant
compofés que de chofes qui peuvent entrer dans le
corps humain. La Manufacture & le Magafin du
fieur Launoy , tant pour les Modes , que pour ces
trois objets , eft aux Armes de France , rue Jacob ,
Fauxbourg St- Germain à Paris. Les Marchands
& Commiffionnaires , qui font des envois pour la
Province & les Pays Etrangers auront avec le
fieur Launcy , la Marchandiſes entité
de pouvoir donner des
Tous ces objets peuvent fe
( 88 )
tranfporter
dans les Pays les plus éloignés , fans craindre la corruption
. Les Perfonnes de Province auront la même facilité , en lui écrivant & affranchiffant
leurs lettres «<,
Les Numéros
fortis au tirage de la Loterie
Royale de France du premier de ce mois ,
font : 6. 26. 18. 74 & 82.
De BRUXELLES
, le 4 Février.
ON alu dans ce Journal la lettre des Minif
tres Plénipotentiaires
aux Magnifiques
Seigneurs,
de Genève qui accompagnoit
l'Edit de
pacification
. L'acte de garantie & le traité de neutralité
inférés à la fuite de cet Edit méritent
auffi d'être connus. La première de ces
pièces eft conçue ainfi :
,
que
S. M. le Roi de
Et d'autant
que S. M. T. C. Sardaigne
& la République
de Berne , en interve- mant dans les diffentions
de la République
de Ge- nève , & en prévenant
de nouveaux
troubles par un
Edit. à fixer fa conftitution
, & à lui affurer propre
but la conune
paix durable , n'ont eu pour fervation
, le bonheur
& la profpérité
de la République
, ils ont par une fuite des mêmes motifs de bienveillance
envers elle , accordé
la garantie des
promettant
,
articles
contenus
au préfent Edit , (fans néanmoins
toucher à la fouveraineté
& à l'in- dépendance
de la République
, réfervées
ici de la
manière
la plus folemnelle
) d'en maintenir
l'exé- cution , & de ne pas permettre
qu'il y foit porté aucune atteinte
de quelque
manière
que ce foit ,
s'engageant
en outre en cas de mouvemens
fédi- tieux , de prifes d'armes
ou de violences
que le Gouvernement
n'auroit
pu réprimer
, d'intervenir de concert , même fans en être requis , & fur la
feule notoriété
publique
, en la forme & de la
manière
dont ils conviendront
entr'eux , pour
( 89 )
rétablir l'autorité légitime , la tranquillité & la
sûreté publique , le réfervant pour cet effet la
faculté d'employer tous les moyens qu'ils cftime-→
ront convenables aux circonftances , & en particu
lier fe faire rigoureufement rembourfer par le
parti qui feruit jugé coupable , tous les frais qu'au
roit occafionnés l'exercice de la garantie. Le préfent
engagement ne pouvant néanmoins préjudicier en rien
tant au traité de Soleure de 1579 , entre S. M. T. C.
& les Canton de Zurich & de Berne , qu'à celui de
1584 , qui fbfifte entre ces deux Cantons & la
République de Genève. Et afin que dans tous les
tems la République de Genève puiffe éprouver
l'avantage qi doit réfulter pour elle de la garan
tie de leurfdites MM , T. C. & Sarde , & de la
République de Berne , il a été arrêté & figné entre
lesdites Paifances un traité de neutralité perpétuel
irrévocable , relatif à ladite République ,
dont la teneur fuit ci-après.
L'intérêt que S. M. T. C. , S. M. Sarde & la
République de Berne prennent au bonheur & à la
profpérité de la République de Genève , les ayant
déterminés à venir à fon fecours pour y rétablir
l'autorité légitime , l'ordre & la tranquillité , lefdites
Puiflances ont eftimé que le moyen le plus
efficace de prévenir le retour des troubles paffés ,
& d'affermir la conftitution de cet Etat , étoit de
garantir , ainfi qu'elles l'ont fait , le Gouvernement
qui vient d'être établi dans Genève ; elles ont de
plus confidéré que pour affurer à cette garantie
l'activité & l'énergie qu'elle doit avoir , prévenir
tout ce qui pourroit en gêner l'exercice , & pour
voir d'autant mieux à l'indépendance & à la tranquillité
de ladite République , il étoit néceffaire de
convenir entr'elles , par un traité de neutralité
à la fuite de celui de garantie , des meſures les
plus propres à parvenir à ce but , en conféquence
elles ont ftatué ce qui fuit. 1 °. Dans les tems
ordinaires Gi lefdites Puiffances étoient dans le
>
( 90 )
cas d'exercer leur garantie , & de rétablir dans
Genève la tranquillité qui feroit troublée au point
que le Gouvernement fût réduit à ne pouvoir
réprimer la licence , & agir conformément aux
loix , elles fe concerteront le plus promptement
poffible , fur les moyens de remplir leurs engagemens
envers la République. 2 ° . Si ce qu'à Dieu ne
plaiſe , il ſurvenoit une rupture entre deux des Puiffances
garantes , elles enverroient des Plénipotentiaires
dans un lieu appartenant à la troiſième ,
pour y avifer de bonne-foi avec ceux de cette dernière
au meilleur moyen d'exercer leur garantie, &
décideroient s'il conviendroit mieux que ces trois
Puiffances fiffent marcher des troupes vers Genève ,
dont le territoire feroit dès- lors réputé neutre entre
les deux Puiſſances en guerre , ou fi on ne fereit
marcher
que les troupes de la Puiffance neutre , chacune
des Puiffances alors en guerre fe chargeant
de payer un tiers des frais de cette expédition, 3
Si les rois Paiffances fe trouvoient en
guerre,
elles
enverrcient chacune leurs Plénipotentiaires , foit à
Genève , foit dans un lieu tiers , pour y décider les
mefures les plus propres à rétablir la tranquillité dans
la République ; & dans le cas où il feroit indifpenfable
d'y envoyer des troupes , le territoire de
Genève feroit réputé neutre , & aucune des Puiffances
n'y pourroit exercer des actes d'hoftilité
contre les neutres >
auroient l'ordre de le compofer refpectivement ,
au contraire , les Commandans
pour le bien de la République , avec la même hatmonie
que fi la plus profonde paix régnoit entre
leurs Souverains. 4° . Dans le cas d'une guerre en
tre deux des Puiffances garantes , ou même entre
toutes les trois , fi l'on avoit lieu d'efpérer que
la
feule préfence de leurs
Plénipotentaires fuffit pour
la tranquillité dans Genève , les trois Puiffances y
en fervient paffer chacune de leur côté , & il leur
feroit preferit de traiter des affaires de la Républi
que avec la même impartialité & le même concert
( 91 )
que fi d'ailleurs il n'exiftoit aucun fujet de divifion
entre leurs Souverains refpectifs. 5º . La Ville & le
Territoire de Genève feront encore réputés neutres
toutes les fois qu'étant calme & tranquille , deux ou
les trois Puiffances garantes auroient guerre entr'elles
, & entretiendroient des troupes dans fon voifinage
, aucune de ces Puiffauces ne pourra dans ce
cas exiger de la République que les devoirs & offices
contenus aux traités réservés dans l'acte de garantie.
La préfente convention eft déclarée perpétuelle
& irrévocable.
Les lettres de la Haye portent que l'Envoyé
extraordinaire de Pruffe a remis le 21
du mois dernier au Préfident des Etats-Généraux
, un nouveau Mémoire conçu ainfi :
» H. & P. S. Le Roi s'étoir flatté , que les repréfentations
& infinuations amicales , que le Souf
figné à faites par ordre exprès de S. M. à plufieurs
membres diftingués des Etats - Généraux des Provinces-
Unies , au fujet de la malheureufe fermentation
intérieure , qui fe manifefte préfentement en Hollan
de , produircient un effet defiré & conforme aux affurances
pofitives qu'on lui a données a cet égard :
mais , S. M. vient d'apprendre avec autant de déplaifir
que de furprife , que ces mouvemens - intérieurs
, au lieu de fe calmer , vont toujours en aug.
meurant ; & qu'on ne fonge qu'à ôter au Prince
Stadhouder le commandement des troupes & la
Marine & à le priver par-là des principales & plus
effentielles prérogatives de fa charge de Capitaine
& Amiral Général & Héréditaire. Le Roi ne
fauroit s'imaginer que ce foir- là le fentiment & le
vau général de la Nation & des Régents de l'Etat.
S. M. eft plutôt perfuadée , que ce n'eft que l'idée
particulière de quelques per omnes , qui veulent du
mal à la Séréniflime Maifon de Naffau , par one
fuite de quelque haine ou vae particulière à elles
fans confulter le véritable bien & l'intérêt général
( 92 )
de l'Etat . Tout bon Hollandois fe reffouviendra
avec
reconnoiffance , que les fondemens de fa liberté
& de fa
profpérité préfemte ont été jettés par les
Princes de l'illuftre Maifon d'Orange & de Naffau ,
& acquis en partie aux dépens de leur fang ; que
c'eft elle , qui a formé & raffermi toute la conftitution
préfente de la République , & qui après des
viciffitudes & révolutions
extraordinaires , effemblantes
en quelque façon à celle d'à-préfent , a retiré
les Provinces- Unies des dangers imminens ,
dont elles étoient menacées , & les a rétablies dans
leur ancien luftre. C'eft fans doute de la confervation
de cette forme de
Gouvernement , qui a fi
heureufement fubfifté depuis deux fiècles , & de
celle du
Stadhoudérat qui en eft inféparable ,
que dépend le bonheur & la sûreté de la Républi
que. Tout bon patriote Hollandois doit être con
vaincu de cette vérité. Toutes les Puiffances voifines
en paroiffent également pénétrées & font fur
prifes de voir fubfifter & augmenter dans le fein
des Provinces- Unies des diffentions auffi dange
reufes que déplacées , dont les fuites pourroient
devenir auffi funeftes à la République qu'elles l'ont
été à d'autres Etats , qui fe font trouvés dans le
même cas ces Piffances voilines font toutes éga
lement intéreffées au maintien du fyftême préfent
de la République de Hollande. Le Roi l'eft encore
plus
particulièrement , tant par les liens du parentage
, qui l'uniffent à la Séréniffime Maiſon d'Orange
, qu'en qualité de voifin le plus proche &
d'ami conftant & fincère de la République . S. M.
eft perfuadée , & elle fait par les afferances les plus
pofitives , que le Prince Stadhouder a les vues les
plus pures & les plus falutaires pour le bien de la
République & pour le maintien de fa préfente
conftitution : que , fi des perfonnes mal - intentionnées
lui en
attribuent d'autres , c'eſt par une
fiction auffi deftituée de toute
vraisemblance qu'injuricufe
à fa perfonne & à fes lumières : que le Prince
( 93 1
fuivra & exécutera plutôt invariablement le fyftême
& les principes , qu'il trouvera adoptés & établis
par la Puiffance fouveraine des Provinces Unies ;
& qu'il écartera à l'avenir jufqu'aux foupçons du
contraire. Le Souffigné Envoyé - Extraordinaire a
l'honneur d'expofer toutes ces confidérations importantes
à LL. HI . PP.; il eft chargé , par les ordres
les plus précis du Roi , de les recommander à leur
plus férieufe réflexion & de les requérir , qu'elles
veuillent rejetter & faire mettre de côté toute propofition
& idée tendante à diminuer les juftes prérogatives
du Stadhoudérat , & à changer la forme de
leur Gouvernement établi & fi heureuſement ſubfiftante
depuis fi longtems ; & qu'elles prennent
plutôt des mesures efficaces , pour étouffer les diffenfions
inteftines , pour arrêter les entreprifes des
factieux , pour fupprimer leurs libelles injurieux
& pour rétablir non- feulement l'union néceffaire ,
mais auffi l'autorité & la confidération dues au
Prince Stadhouder & aux perfonnes , qui concou
rent au Gouvernement de la République. S. M. fe
flatte , que LL. HH. PP. voudront recevoir les
repréfentations d'un voifin , qui eft leur véritable
ami , qui n'eft pas indifférent au fort de la Républi
que, mais qui prendra toujours l'intérêt le plus vif
& le plus zélé à la voir confervée dans fon état
préfent «.
On lit dans quelques lettres de Hollande
les réflexions fuivantes à l'occafion de ce
Mémoire.
ל כ
foit
Comme il n'a été porté jufqu'à préfent aucune
atteinte aux prérogatives légitimes du Prince ,
en fa dignité politique de Stadhouder , foit dans
fes charges Militaires ; & que les réfolutions prifes
en différentes villes , fur la prière des citoyens
mêmes , par rapport aux recommandations ,
concernent que des abus introduits illégalement
contre des fermens qui fe renouvellent , chaque
ne
( 94 )
que
année ; on ignore à quoi peuvent être relatifs les
rapports fait à S. M. Pruffienne , qu'on ne fonge
pas à moins qu'à ôter au Stadhouder le comman
dement des Troupes & de la Marine , à moins
ce ne ſoit à une délibérarion actuellement pendante
aux Etats de Hollande & de Weft- Frife. On fe
rappelle , que les députés de la ville d'Amfterdam
proposèrent le 18 Mai 1781 , dans l'affemblée de
LL. NN. & GG . PP. de nommer un comité ,
avec lequel le Stadhouder fe confulteroit fur la
conduite des opérations de guerre . Le peu de fruit,
qu'on a retiré de la dernière campagne , a fait remettre
cette propofition fur le tapis , & après la
demande faite à ce fujet par quelques députés ,
pour avoir des éclairciffemens , la ville d'Amfterdam
a fait remettre aux Etats un mémoire , par lequel
elle cite des exemples de pareils comités , notamment
en 1665 , & elle s'attache à prouver , que
l'établillement d'un tel comité ne porte aucun préjudice
ni à l'autorité de S. A. en qualité d'Amiral-
Général , ni aux fonctions des Amirautés , puifqu'il
n'a pour but que d'effectuer une direction prompte
& réglée des affaires. Depuis que ce mémoire a
été remis , il eft queftion , dit- on , d'établir dans
les principaux ports des commiffaires , qui préfens
fur les lieux feroient à portée de voir tout par leurs,
yeux , de donner des ordres dans des cas imprévus ,
& de prévenir ainfi des délais , tels que ceux qui
empêchèrent l'année dernière l'expédition ordonnée
de Breft , lorfqu'on confuma en confultations &
meffages entre la Haie & le Texel le terme fixé
pour le départ de l'efcadre. Les Officiers , dont la
conduite a paru répréhenfible en cette occafion
vont être jugés par les Amirautés , aux départemens
defquelles chacun deux appartient. Quant au com
mandement des Troupes de terre , l'on se fçait
point qu'il fe foit rien paffé à ce sujet dans la
République , fi ce n'est qu'il eſt queſtion de réduire
"
3
"
fa jurifdiction Militaire dans les bornes préfcrites
par les loix & par la conftitution ; bornes , qui
avoient été manifeftement paffées entre autres
par l'établiffement du Haut- Confeil - de - Guerre,
L'illégalité de ce tribunal , que n'a jamais autorifé
Ja Puiffance Souveraine , vient d'être démontrée de
nouveau par un mémoire très - détaillé , en date du
Janvier , que la cour de juftice de Frife a remis
aux Etats de fa province , fur la requifition qu'ils
lui avoient adreflée à ce fujet «.
f
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 27 Janvier.
Le Gouvernement a reçu le 24 des dépêches de
Terre-Neuve , en date du 2 Janvier. Mais elles ne
contiennent rien qui foit relatif à la flotte partie de
New-Yorck & deftinée pour l'Angleterre.
Le Warwick de so & un floop , font arrivés de
New -Yorck, Ces deux vaiffeaux , ainfi que la frégate
le Charles-Town, rentrée auparavant , fervoient de
convoi à une flotte de bâtimens marchands , dont
un feul eft arrivé.
54
Une lettre de New - Yorck , venue par une frégate
arrivée à Portſmouth , porte que plufieurs loyaliftes ,
dans l'idée que la ville feroit évacuée par les troupes
du Roi , avoient emballé leurs meilleurs effets , &
qu'ils avoient deffein de s'embarquer en même tems
que les troupes & de profiter du convoi , en attendant
qu'ils trouvent l'occafion de paffer en Angleterre.
·
On a remis au Bureau de la Pofte , un grand
nombre de lettres de Charles -Town. Elles ont été
apportées par le vaiffeau de guerre l'Adamant ',
arrivé à Plymouth. Il a appareillé le 14 Décembre
de Charles - Town , que le Général Leflie & fa famille
avoient quittée quelques jours auparavant , pour fe
rendre par mer à New- Yorck. La plupart des habitans
étoient allés à la Jamaïque , & les troupes s'embarquoient
pour les Ifles du Vent. On préfumoit que
la place feroit entièrement évacuée vers le 20. La
196 )
fregate le Fox avoit fait voile pour la Jamaïque
avec plusieurs tranfports.
Le Gouverneur Bull & quelques Loyalifies font
arrivés à Londres il y a deux jours , venant de
Charles- Town. A leur départ , cette place étoit
fur le point d'être évacuée .
La garnifon de Charles Town étoit compofée ,
y compris les Corps Loyaliftes , de 8 mille hommes.
Toutes ces troupes font allées renforcer les garnifons
dans nos ifles aux Indes occidentales, Une
très grande partie eft allée à la Jamaïque .
Rien ne prouve plus fortement l'intégrité des
Miniftres , que le zèle avec lequel ils favoriſent
le plan qui a pour objet une repréſentation plus
égale du peuple dans le Parlement . Cette conduite
eft une preuve manifefte qu'ils ne defirent point
>affurer les fuccès de leurs mefures par l'influence
de la corruption qu'ils s'efforcent eux-mêmes d'extiper.
Cependant ce plan ne peut paffer fans le
confentement de tout le Corps Légiflarif ; & il eft
à craindre que la vive oppofition qu'il rencontrera
de la part de la Chambre haute , ne le falle avorter.
Deux Couriers de Berlin & de Vienne , font
arrivés fucceffivement ces jours derniers au Bureau du
Lord Grantham , avec des dépêches qui furent miles
le lendemain matin fous les yeux de S. M.
Des dépêches pour M. Harris , Ambaſſadeur de
S. M. à la Cour de Pétersbourg , furent ſcellées
du grand Sceau le 23 .
Le 25 , M. Gérard de Rayneval , a eu une audience
particulière du Roi , dans laquelle il a préfenté
les lettres de créance à S. M. Le Vicomte de
Vergennes lui a été préfenté le même jour , ainsi que
le Chevalier de la Hérédia.
Aujourd'hui le Lord Keppel a donné fa démillion
de la place de premier Lord de l'Amirauté ; & le roi
y a nommé fur- le- champ le Lord Howe.
JOURNAL POLITIQUE.
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 27 Décembre.
LE
E Divan s'affemble fréquemment ; l'objet
de fes délibérations eft ,
dit -on ,
deux Mémoires préfentés par les Ambafladeurs
de Vienne & de Pétersbourg ; la première
de ces Cours , ajoute- t-on , appuye
fortement les demandes de la feconde , &
en forme auffi quelques-unes ; on fe flatte
toujours que l'efprit de paix préfidera aux
Confeils du Sultan ; jufqu'à préfent il y a
dominé ; l'affaire de la Crimée paroît terminée,
la Porte n'a pris au un parti & s'eſt
bornée à négocier pendant que les troupes
Ruffes marchoient vers cette péninfule ; clle
a perfifté à éviter toute démarche , qui l'entraîneroit
à la guerre qu'elle ne défire pas ,
en défendant aux Tartares difper fés qui fe
font réfugiés dans le Cuban & dans d'autres
Provinces voifines de la Crimée , de fe '
préfenter dans cette Capitale : cette attention
Is Février 1783,
e
( 98 )
རིག་
festrouannonce
fuffisamment fes difpofitions actuelles
; on ignore fi elles ne changeront
point dans le cas où il feroit vrai que la
Ruffie prévoyant que la tranquillité qu'elle
a rétablie en Crimée , pourroit n'être que
paffagère , voudroit faire occuper par les troupes
tous les endroits fortifiés de la prefqu'île
. Cette démarche la rendroit prefque
entièrement maitrefle du pays , & la Porte
pourroit réclamer à fon tour le Traité de
Kainardgi , en vertu duquel il doit être abfolument
indépendant & libre.
DANEMARCK;
De COPENHAGUE , le Is Janvier.
LES bâtimens partis dernièrement du
Sund pour aller aux Indes Occidentales , y
font rentrés à caufe des vents contraires , &
mouillent dans la rade de ce Port , où ils
attendent le premier bon vent pour remettre
à la voile.
Le nombre des naiffances dans l'Evêché
de Chriftianfand en Norwège , eft monté
pendant l'année dernière à 3876 ; & celui
des morts à 2676.
Fin du Traité de Commerce entre la Ruffie & le
Danemarck.
26. Les Comptoirs de Douane en Ruffie , où le
fait l'enregistrement des contrats d'achat & de vente
des marchan difes , examineront foigneufement fi les
Commiffionnaires font munis d'ordres en règle de
la part de leurs Commettans , la parole feule de:
Commiffionnaires n'étant pas fuffifante pour con
1995།
clure des marchés. Les Commiffionnaires auront
foin de ne jamais outre-paffer dans les marchés les
pouvoirs qu'ils auront reçus . La même choſe ſera
obfervée dans les Comptoirs de Douane en Danemarck
, à l'égard defdits contrats que des Négocians
Ruffes concluront dans les Etats Danois.
27. Les Sujets refpectifs pourront compter fur
toute afliftance poffible contre ceux qui ne rempliront
point les engagemens d'un contrat fait dans
la forme preferite & enregistré dans un Comptoir
de Douane. 28 ° . Les Négocians Danois pourront
payer les marchandifes qu'ils auront achetées en
Ruffie , avec les espèces qui y ont cours & qu'ils
auront reçu en paiement pour les marchandifes
vendues en Ruffie. Les Négocians Ruffes jouiront
du même avantage dans les Etats Danois . 299. On
prendra de part & d'autre toutes les précautions
pour que le choix des marchandifes foir confié à
des gens dont la probité & les lumières font connees
, & qui , en cas d'évènement , feront en état
de bonifier la perte dont ils feront la caufe . 30 ° . Les
Sujets refpectifs auront dans les endroits où ils
demeureront , pleine liberté de tenir les livres de
commerce dans telle langue qu'ils voudront.
31. S'il arrivoit qu'un Sujet Danois fît faillite dans
les Etats de la Ruffie , & vice verfa , fans qu'il ait
obtenu le droit de Bourgeoifie , les créanciers du
débiteur nommeront , fous l'autorité de la Juftice
de l'endroit , des Curateurs auxquels feront confiés
les effers , livres & papiers du débiteur ; & dans le
cas où ceux des créanciers , dont les prétentions
forment les deux tiers de la maffe , conviendroient
par voix d'un certain ordre pour la diftribution de
la maffe , leur arrêté fera fuivi & fera loi aux autres
créanciers. Quant aux Sujets des Etats refpectifs
qui font naturalifés & qui ont obtenu le droit de
Bourgeoisie , ils feront foumis , en cas de banqueroute
, aux loix , règlemens & ſtatuts du pays où
€ 2
( 100 )
ils auront été naturalifés . 32 ° . Il fera permis aux
Négocians Danois établis en Ruffie , de faire bâtir
des maifons dans toutes les villes de ce Empire ,
den acheter , de les vendre & de les donner en
louage , fi toutefois le droit de Bourgeoisie ou un
autre privilége n'eft pas en oppofition avec une
pareille acquifition dans l'un ou dans l'autre endroit .
Les maisons à Pétersbourg , à Mofcou & à Archangel
, habitées par des Négocians Danois , Leront
exemptes du logement de gens de guerre pour
tout le tems que ces maifons leur appartiendront
& qu'ils les occuperant. Dans les autres villes de
I'Empire Ruffe , les maifons achetées ou bâties par
des Négocians Ruffes , ne jouiront d'aucuns priviléges
particuliers ; dans le cas cependant où il
feroit jugé a propos de prendre le paiement pour
le logement de gens de guerre , les Négocians
Danois feront traités à cet égard comme les Sujets,
Rutles . S. M. Danoife s'oblige à accorder dans fes
Etats de pareils priviléges aux Négocians Ruffes.
339. Ceux des Sujets relpectifs qui voudront quitter
les Provinces , Villes & Etats de l'une ou de l'autre
des deux Cours contractantes , obtiendront les
paffe - ports néceflaires , & ils pourront emporter
librement les biens qu'ils auront importé & ceux
qu'ils auront acquis pourvu toutefois qu'ils aient
payé préalablement leurs detres , & qu'ils aient acquitté
les droits établis par les loix , règlemens
& ftatuis des Etats refpectifs . 34° . Les biens &
effers des Sujets refpectifs qui mourront dans les
Etats refpectifs , appartiendront à leurs héritiers ,
foit ab inteftat , foir par teftament , & ils pourront
en prendre poffeffion eux- mêmes , ou par procuration
, ou par les Exécuteurs teftamentaires , après
qu'ils en auront acquitté les droits fixés par les
loix . Dans le cas où les héritiers feroient abfens ,
ou mineurs , un Notaire public dreffera un inventaire
de tout le bien délaiffé , en préfence
( for)
>
des Juges de l'endroit , du Conful de la Nation
du défunt , & de deux témoins dignes de foi ;
& le montant de la fucceffion fera déposé dans
un établiffement public , ou entre les mains de
deux ou de trois Négocians nommés à cec effet.
35 ° . Dans le cas où la guerre s'éleveroit entre les
deux Cours contractantes , ce que Dieu veuille détour
er on ne pourra arrêter aucun des fujets
effectifs ni confifquer leurs biens & bâtimens ,
mais il leur fera accordé au moins un délai d'un
an , pour vendre leurs effets ou les tranfporter
ailleurs , & pour aller fe rendre où bon leur femblera
; il fera a fi permis à l'un & à l'autre de
faire avec fes effets comme il jugera à propos , &
les débiteurs des fujets refpectifs feront tenus de
fatisfaire leurs créanciers comme en tems de Faix .
36° . Le préfent Traité durere pendant douze an .
nies ; avant leur échéance les deux Cours contractantes
pourront fi bon leur femble , convenir d'une
prolongation de ce Traité. 37. Les deux Cours
contractantes s'obligent mutuellement de ratifier le
préfent Traité de commerce ; les ratifications feront
échangées dans l'efpace de fix femaines , à
compter du jour de la fignature «<
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 15 Janvier.
LA reconstruction du Palais Krafinski ,
détruit par un incendie le 15 Décembre
dernier , eft un des objets qui occupent le
Confeil Permanent ; comme c'eft dans ce
Palais que s'affembloient les différens départemens
de l'Etat , il eft important de le
rétablir promptement. La Commiffion du
Tréfor a déja conclu à cet effet un contrat
e 3
( 102 )
avec M. Martini , Architecte de la République.
On vient de faire un état des taxes impofées
fur différens articles , & dont le produit
fait une partie des revenus de la République
; on y lit que les Perruquiers de cette
ville payent pour leur privilége , après en
avoir déduit les frais ordinaires , une fomme
annuelle de 450,000 florins de Pologne . On
peut juger de ce qu'ils doivent gagner par
cette taxe , en effet extraordinaire.
Selon les rapports qu'on a reçus des Paroiffes
Catholiques , il y a eu l'année dernière
dans cette Capitale 3565 baptêmes ,
4684 morts , 620 mariages ; 27 Diflidens
font rentrés dans le fein de la Religion dominante
; & 10 Juifs ont été baptifés.
Les démêlés qui fe font élevés entre les
Diffidens de cette Capitale durent toujours ;
mais on fe flatte qu'ils feront bientôt terminés
par un arrangement fatisfaisant pour
l'une & pour l'autre partie. Les conférences
qui fe tiennent à ce fujer & auxquelles affiftent
le Roi & l'Ambaffadeur de Ruffie ,
ne peuvent qu'accélérer ce grand ouvrage.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 21 Janvier.
LE bruit fe renouvelle que le couronnement
de l'Empereur , en qualité de Roi de
Hongrie , aura lieu dans le mois d'Avril
prochain.
( 103 )
Le 8 de ce mois il a paru une nouvelle
Ordonnance concernant les Ecoles , où l'on
admet les enfans des Juifs : elle contient
entre autres les articles fuivans .
Les enfans Juifs feront reçus dans les Ecoles
latines comme les Chrétiens , fans diftinction ,
pourvu qu'ils aient l'atteftation ordinaire que l'on
exige ; on avertira les parens de les tenir toujours
proprement , & on ne fouffrira pas qu'ils aient la
moindre marque diftin&tive , pour ne pas les expofer
aux railleries des autres enfans ; inconvénient
que l'exemple des Profeffeurs préviendra d'ailleurs ,
ou au befoin , des punitions convenables . Quoique
toute vente , échange ou trafic foient défendus entre
Ecoliers , on y aura particulièrement l'oeil , fur-tour
pour les enfans Juifs , afin d'éviter les diffentions .
Les enfans Juifs n'entreront en claffe qu'après la
prière accoutumée , ils en fortiront avant celle qui
fe fait à la fin , & n'affifteront point aux inftructions
concernant la religion Chrétienne qui fe font les
Mercredis & Samedis . Enfin les Fêtes particulières
aux deux religions feront des jours de vacances
pour les ans & pour les autres «.
De HAMBOURG , le 24 Janvier.
TOUT eft encore bien vague & bien
incertain dans ce qu'on publie de l'accomamodement
entre la Ruflie & la Porte ; le
fujet des démêlés fubfifte toujours ; & il
paroît que jufqu'à préfent l'état de la Porte
qui doit lui faire défirer la paix , a feul prévenu
une rupture . Elle ne s'eft point oppofée
au rétabliffement de Sahim - Guérai ; mais
elle ne voit pas fans jaloufie les efforts qu'a
faits fa rivale , le fuccès qui les a fuivis ,
€ 4
( 104 )
& fur-tout les forces qu'elle peut vouloir
conferver dans une contrée qui doit être
indépendante & libre , fous le prétexte d'y
conferver le calme & de prévenir de nouvelles
révoltes . On affure que le mémoire,
que cette Puillance a fait remettre dernièrement
au Divan , eft conçu de la manière
la plus énergique ; on y exige , dit- on , que
la Porte s'engage à ne plus fe mêler à l'avenir
de ce qui peur concerner la Crimée ;
& on infifte de la manière la plus preffante
fur le tranſport libre & exempt de toutes
fortes
d'entraves , des comestibles de quelque
efpè e qu'ils foient par la Mer Noire
dans la Mer Blanche &
l'Archipel , ainfi
que fur le maintien des priviléges dont doivent
jouir la Moldavie & la Walachie. Ce
mémoire a éré , dit- on ,
fortement appuyé
par l'Empereur ; on ignore encore la réponſe
qu'y a fait la Cour
Ottomane ; mais on
prétend que la Ruffie a tellement combiné
la
diftribution de fes troupes de terre , que
100,000 hommes font prêts à agir au premier
fignal; elle a mis d'ailleurs fes forces,
navales fur un pied très - reſpectable dans
ces mers; il y a à Cherfon 3 vaiffeaux de
guerre prêts à mettre à la voile , 6 autres
en
conſtruction ; on y compte encore 13
frégates & 10 à Azoph . On apprend de
Pétersbourg que le détachement
d'artilleurs
& de
bombardiers qui avoient reçu ordre .
il y a quelque tems , de fe tenir prêts à
marcher , s'étoient mis en route le 26 Dé(
105 )
cembre , avec un gros train de pièces de
canon pour des fiéges , & dirigeoit fes pas
du côté des frontièrès de la Turquie .
Les armemens continuent dans les Etats
de la Maifon d'Autriche. Les tranfports de
munitions fur le Danube , pour la Hongrie ,
continuent toujours ; & on voit à Vienne
arriver & partir fouvent dès couriers pour
Pétersbourg & pour Berlin.
"On parle plus que jamais , dit un de nos papiers ,
d'une guerre
fur le Continent ; les plus fortes apparences
femblent l'annoncer. Toutes les Compagnies
d Infanterie en garnifon dans les Pays - Bas Autrichiens
, vont être portées à 150 & à 200 hommes ;
la Cavalerie fera augmentée à proportion . On tra
vaille fans relâche à Gand à la conftruction de 12,000
tentes . A Vienne , on ne met pas moins d'activité
dans les préparatifs ; on paye 7 kreutzers par heure ,
les ouvriers qui veulent travailler la nuit ; on y a
fait l'effai de faire porter les bagages par les chevaux
, au moyen de felles d'une nouvelle invention ;
& cet effai a , dit- on , fi bien réuffi , qu'un che af
médiocre eft en état de porter jufqu'à 400 ivres
pefant. On diminuera , par ce moyen , le nombre des
chariots , toujours très-embarraffans dans les armées.
Comme en cas d'une guerre contre le Turc , une
flotte feroit d'un graad fecours , on prétend que la
République de Venife fe déclarera auffi ; mais cette
flotte n'existe pas encore ; il faut la conftruire
l'équiper , &c . On conçoit que de fi grands & de fi
valtes projets , ne font pas à la veille de s'exécuter ,
& ils ne pourroient goere l'être , fans allumer , peutêtre
, une guerre générale.
On écrit de Vienne qu'il y eft arrivé dernièrement
un Courier de Berlin , avec des
dépêches de cette Cour ; on juge de leur
es
( 106 )
importance par la diligence qu'a fait ce
Courier , & qu'elles ont été très-agréables
à l'Empereur , parce qu'il lui a fait donner
une gratification de 200 ducats.
Des lettres de Conftantinople portent que
le Prince Ypfilandi , ancien Hofpodar de
Walachie , relégué à Rhodes , y a été étran
glé par l'ordre du Grand- Seigneur ; fes deux
fils ont été arrêtés en même-tems ; mais on
croit qu'ils feront relâchés , parce que l'Internonce
Impérial a fortement intercédé
pour eux.
» Notre commerce de l'année dernière , écrit- on
de Dantzick , a confifté principalement dans l'envoi
de bois de conſtruction pour la Marine , nous en
avons fourni aux François , aux Espagnols , aux Anglois
& aux Hollandois. Les Anglois feuls en ont
chargé 137 bâtimens. Il n'eft venu dans cette année
qu'un feul bâtiment Hollandois , portant le pavilon
de fa Nation . Les falines nouvellement découvertes
dans le diſtrict de Cracovie , feront auffi en
exploitation le printems prochain . On écrit de.
Wieliczka , où il y a un grand nombre de galeries
de mines , que l'Eglife de cet endroit s'eft écroulée ,
& que pleurs maiſons font menacées d'éprouver
un pareil délre «.
--
ITALI E.
De LIVOURNE , le 16 Janvier.
SIDY- ISMAEL HAYA , gendre du dernier
Bey de Tunis , qui s'étoit expatrié déja il y a
quelques années à caufe des différends qu'il
avoit eus avec les beaux- frères , vient d'en
avoir de nouveaux avec eux , & fur- tout
? 107 )
avec le Bey actuel ; il a quitté en conféquence
une feconde fois fon pays , un bâtiment
Tofcan l'a tranfporté à Civita-Vecchia
où il fait quarantaine , après quoi il viendra
ici par terre. Sa fuite eft compofée de fes
deux filles , & d'un domeftique nombreux ,
où l'on compte 4 Dames & quelques Efclaves
Chrétiens . Il a avec lui un tréfor confidérable
, outre les effets & les joyaux qu'il avoit
envoyés ici d'avance.
Le nombre des naiflances à Florence a
été pendant l'année dernière de 3567 : dont
1785 garçons & 1782 filles ; il y a eu dans
ce nombre 162 enfans trouvés .
ESPAGNE.
De CADIX , le 14 Janvier.
HIER on alloit faire embarquer les troupes
Efpagnoles , lorfqu'il vint un ordre de la
Cour de fufpendre cet embarquement juf
qu'à la veille du départ de la flotte , afin
qu'elle ne confomme pas les vivres qui font
à bord des vailleaux. Cet ordre eft fort fage ,
parce qu'à vue d'ail elles auroient pu refter
8 à 10 jours en rade. Malgré la prévoyance
& l'activité de M. le Comte d'Estaing on
croit qu'il faudra encore ce tems là pour
achever l'approvifionnement de l'armée. Les
vivres venus de Toulon , de toutes nos Provinces
voifines & même des côtes de Barbarie
n'ont pas été encore fuffifans pour
completter ceux que l'efcadre doit emporter,
e 6 .
( 108 )
nous en attendons de nouveaux qui arrivent
journellement & qu'on embarque à meſure
qu'on les débarque des tranfports qui les
apportent. Ce ne font pas les munitions
navales , ni , à proprement parler , le radoub
des vaiffeaux qui retarderont le départ de
cet immenfe armement.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 1ër. Février.
LES uniques nouvelles que nous avons des
Ifles , c'eft le départ de l'Amical Pigot pour
la Jamaïque , & l'arrivée de Sir Richard
Hughes à la Barbade , où il s'eft arrêté
pour faire de l'eau , & d'où il a pris
la route de la Jamaïque ; fon efcadre a eu
le bonheur de rencontrer dans fon paffage
le Solitaire , de 64 canons , & une frégate
de 36 , qu'on croit être la Lively Paker ,
prife auparavant par les François. Le premier
a été forcé d'amener , & on dit que
la frégate a fubi le même fort.
Dans ce moment , les nouvelles de cette
efpèce ont perda leur intérêt ; la paix , qui
fauve fans doute la Jamaïque , nous occupe
uniquement ; & nos voeux font pour
l'arrivée prochaine à leur destination ,
des avifos qu'on a expédiés pour mettre
fin aux hoftilités , & arrêter le fang qui
peut encore couler jufqu'à ce qu'on foit
inftruir de cette grande nouvelle . Ce fut
le 23 du mois dernier que le fiear Ogg , an
( 109 )
des Meffagers d'Etat , arriva au Bureau du
Lord Grantham , Secrétaire d'Etat , avec les ;
articles préliminaires , fignés à Verfailles
entre la France , l'Efpagne & la Grande-
Bretagne , par les Plénipotentiaires refpectifs.
Le même foir , le Lord Grantham écrivit
cette nouvelle au Lord Maire ; elle fur annoncée
le 25 dans la Gazetre de la Cour;
& le 27 , une copie des préliminaires fut
préfentée à la Chambre Haute par le Lord
Grantham , & à la Baffe , par M. Townshend.
On arrêta , dans la première , fur la requifition
même du Miniftre , que ces Préliminaires
feroient imprimés. Dans la feconde
, la même motion fouffrir quelques
difficultés de la part de M. Townshend , qui
dit qu'elle étoit fans exemple ; qu'il y avoit
dans les Cours étrangères , fur le fecret des
traités , une délicarelle qu'on ne connoiffoit
pas dans notre Gouvernement ,
mais que
cependant il falloit refect r. Il fe rendit à
la fin , lorfqu'on eut obfervé qu'il étoit bien
fingulier que les Miniftres ne fuffent pas
plus d'accord , fur le même fujet , & qu'il
y en cût un qui fit , dans 1 Chambre-
Haute , une propofition que fon collègue
rejettoit dans celle des Communes. Ces
préliminaires doivent trouver place ici ;
nous n'y mettrons pas ceux avec la France
que nous avons déja donnés ; voici ceux
de l'Espagne
.
» Le Roi de la G. B. & le Roi d'Espagne , animés
d'un defir égal , de faire ceffer les calamités d'une
7110 )
guerre deftructive , & de rétablir entr'eux l'union
& la bonne intelligence , auffi néceffaires pour le
bien de l'humanité en général , que pour celui de
leurs Royaumes , Etats & Sujets refpectifs , ont
nommé à cet effet , favoir , de la part de S. M. le
Roi de la G. B. , le fieur Alleyne Fitz-Herbert , Miniftre
Plénipotentiaire de S. M.; & de la part de
S. M. le Roi d'Espagne , Don Pierre - Paul Abarca
de Bolea-Ximenès d'Urnea , & c. Comte d'Aranda
& Caftel Florido , Marquis de Torres , de Villanan
& Rupit , Vicomte de Rueda & Yoch , Baron des
Baronnies de Gavin - Sierano , & c. , & c. , Riche-
Homme par naiffance en Aragon , Grand - d'Ef age
de la première claffe , Chevalier de l'Ordre de la
Toifon d'Or & de celui du Saint- Efprit , Gentilhomme
de la Chambre du Roi en exercice , Capitaine
- Général de fes Armées , & fon Ambaffadeur
auprès du Roi T. C.; lefquels , après s'être duement
communiqués leurs pleins pouvoirs en bonne forme ,
font convenus des articles préliminaires fuivans.
1. Auffi-tôt que les préliminaires feront fignés &
ratifiés , l'amitié fincère fera rétablie entre S. M. B.
& S. M. C. , leurs Royaumes , Etats & Sujets , par
mer & par terre , dans toutes les parties du monde :
il fera envoyé des ordres aux armées & efcadres ,
ainfi qu'aux Sujets des deux Puiffances , de ceffer
toure hoftité , & de vivre dans la plus parfaite
unien , en oubliant le paffe , dont leurs Souverains
leur donnent l'ordre & l'exemple ; & pour l'exécu
tion de cet article , il fera donné , de part & d'autre ,
des raffe- poris de mer aux viffeaux qui feront
expédiés pour en porter la nuelle dans les poffelfions
det i es Puiflances . ? ". S. M. C. confervera
'Ife de Minorque . 3 ° . S. M. B. cédera à S. M Č.
la Floride orientale ; & S. M. C. confervera a Floride
o cidentale ; bien entendu que le terme de
dix- huit mois , à com er du jour de la ratification
du traité définitif, Lera accordé aux sujets de S. M. B.
( 111 )
qui font établis dans l'Ifle de Minorque & dans les
deux Florides , pour vendre leurs biens , recouvrer
leurs dettes , & tranfporter leurs effets , ainfi que
leurs perfonces , fans être gênés à cause de leur
Religion , ou fous quelque autre prétexte que ce
puifle , hors celui de dettes & de procès criminels .
Et S. M. B. aura la faculté de faire transporter de
la Floride orientale tous les effets qui peuvent lui
appartenir , foit artillerie ou autres. 4º . S. M. C.
ne permettra point à l'avenir que les Sujets de S. M. B.
ou leurs ouvriers foient inquiétés ou moleſtés , fous
aucun prétexte que ce foit , dans leur occupation de
couper , charger & tranfporter le bois de teinture
ou de campêche , dans un diftrict dont on fixera les
limites ; & pour cet effet , ils pourront bâtir fans
empêchement , & occuper fans interruption , les
maifons & les magafins qui feront néceffaires pour
eux , pour leurs familles & pour leurs effets , dans
un endroit dont on conviendra , foit dans le traité
définitif , ou dans fix mois après l'échange des ratifications.
Et S. M. C. leur affure , par cet article ,
l'entière jouiffance de ce qui fera ftipulé ci- deffus ;
bien entendu que ces ftipulations feront cenfées
ne déroger en rien aux droits de fa Souveraineté.
5. S. M. C. reftituera à la G. B. les Ifles de Providence
& des Bahamas , fans exception , dans le
même état où elles étoient quand elles ont été conquifes
par les armes du Roi d'Espagne , 6º . Tous les
Pays & Territoires qui pourroient avoir été conquis ,
ou qui pourroient l'être, dans quelque partie du monde
que ce foit , par les armes de S. M. B. ou par celles de
S. M. C. , & qui ne font point compris dans les
préfens Articles , feront rendus fans difficulté , &
fans exiger de compenfations. 7. On renouvellera
& confirmera par le Traité définitif tous ceux
qui ont fubfifté jusqu'à préfent entre les deux
hautes Parties contractantes , & auxquels il n'aura
pas été dérogé , Loit par ledit Traité , ſoit par le
་
( 112 )
préfent Traité préliminaire ; & les deux Cours nom
meront des Commiffaires pour travailler fur l'état
de commerce entre les deux nations , afin de convenit
de nouveaux arrangemens de commerce , fur
le fondement de la réciprocité & de la conve
nance mutuelle ; & lefdites denx Cours fixeront
amiablement entre elles un terme compétent.pour
la durée de ce travail. 8 °. Comme il eft néceffane
d'affigner une époque fixe pour les reftitutions
& évacuations à faire par chacune des hautes
Parties contractantes , il eft convenu que le Roi de
la G. B. féra évacuer la Floride Orientale , trois
mois après la ratification du Traité définitif , ou
plutôt fi faire le peur. Le Roi de la G. B. rentrera
également en poffeffion des Ifles de Bahama ,
fan's exception , dans l'efpace de trois mois après
la ratification du Traité définitif. En conféquence
de quoi , les ordres nécellaires feront envoyés par
chacune des Parties contractantes , avec les paffeports
réciproques pour les vaiffeaux qui les porte
font , imm diatement après la ratification du Traité
définitif. 9. Les prifonniers faits refpectivement
par les armes de S. M. B. , & de S. M. C. , par
mer & par terre , feront , d'abord après la ratifi
cation du Traité définitif , réciproquement & de
bonne fai rendas , fans rançon , & en parant les
dettes qu'ils auront contractées dans leur captivité ;
& chaq e Couronne foldera refpect vement les
avances qui auront été faités , pour la fubfiftance
& l'entretien de fes prifonniers , par le So verain
d: pays où ils a ront été détenus , conformément
aux reçus , & aux états conftatés , & aux titres
authentiques qui feront fournis de part & d'autre,
10. Pour prévenir tous les fujets de plaintes &
de conteftations , q i pourroient naître à l'occafion
des ri es qui pourroient être faites en mer ,
de
puis la fignature de ces Articles préliminaires , on
elt couvenu réciproquement, que les vailleaux &
( 113 )
"
effets qui pourroient être pris dans la Manche , ou
dans les Mers du Nord , après l'efpace de douze
jours , à compter depuis la ratification des préfens
Articles préliminaires
, feront de part & d'autre reftitués que le terme fera d'un mois depuis la
Manche & les Mers du Nord , jufqu'aux Ifles Canaries inclufivement
, foit dans l'Océan , foit
dans la Méditerranée
; de deux mois depuis lefdites
Ines Canaries , jufqu'à la ligne Equinoxiale , ou l'Equateur ; & eafin de cinq mois dans tous les
autres endroits du Monde , fans exception ,
diftinction plus particuliere de temps & de lieu. 11. Les retifications des préfens Articles préliminaires
feront expédiées en bonne & due forme , & changées dans l'efpace d'un mois , ou plutôt ,
fi faire le du jour de la fignacure
peut , compter
des préfens Articles . En foi de quoi , Nous fouffignés
Plénipotentiaires
, & c.
à
ni autre
Les articles convenus avec l'Amérique
doivent être inférés dans le Traité , &
conftituer ce même Traité de paix propofé
entre la Grande-Bretagne & les Etats-Unis ;
ils furent fignés à Verfailles le 30 Novembre
dernier , par M. Richard Ofwald , de la part
de l'Angleterre , MM. John Adams , Benjamin
Franklin , John Jay & Henri Lau.
rens, de la part de l'Amérique, MM . Caleb-
Witeford , Secrétaire de la Commiffion Britannique
, & W. T. Franklin , Secrétaire
de la Commiffion Américaine , le fignèrent
auffi comme témoins. Nous les mettrons ici.
» Attendu que l'expétie ce démontre que des
avantages réciproques & une convenance mutuelle
forment le feul fondement permanent de paix & d'amitié
entre les Etats ; il a été convenu de former les
articles du Traité propofé fur de tels principes
( 114 )
d'équité libérale & de réciprocité , queles avantages
partiaux ( femences de la difcorde ) en étant exclus ,
il foit établi entre les deux Pays une correfpondance
fi avantageule & fi fatisfaifante , qu'elle promette &
affure , à l'un & à l'autre , une paix & une harmonic
perpétuelles . 1 °. S. M. B. reconnoît lefdits Etats-
Unis : favoir , le New-Hampshire , la baie de Maflachuffet
, Rhode-Ifland & les Plantations de Providence
, le Connecticut , le New-Yorck, le New-Jerfey ,
la Penſylvanie , la Delaware , le Maryland , la Virginie
, la Caroline Septentrionale , la Caroline Méridionale
& la Géorgie , être des Etats-Libres , Souverains
& Indépendants ; qu'il traite avec eux comme
tels, & tant pour lui-même , que pour les héritiers
& fucceffeurs , renonce à toute prétention de Gou
vernement , propriété & droits territoriaux fur iceux ,
& toute partie d'iceux ; & afin de prévenir toutes
difputes qui pourroient s'élever au fujet des limites
defdits Etats -Unis , il eft convenu & déclaré , par les
préfentes , que ce qui fuit eft & conftituera leurs
limites ; favoir : 2 ° . Depuis l'angle N. O. de la
Nouvelle-Ecoffe ; c'eft-à-dire , l'angle formé par une
ligne tirée exactement du N. depuis la fource de la
rivière Ste-Croix jufqu'au pays montagneux , le long
defdites montagnes qui féparent les rivières qui le
déchargent dans le fleuve St -Laurent , de celles qui
tombent dans l'Océan Atlantique , à la fource la plus
N. O. de la rivière Connecticut ; de- la defcendant le
long du mi ieu de cette rivière , jufqu'au 4 se degré
de latitude N.; de-là , par une ligne exactement O.
par la même latitude , jufqu'à ce qu'elle parvienne à
la rivière des Iroquois ou Cataraquy ; de- là , le long
du milieu de ladite rivière , jufqu'au lac Ontario ,
traverfant le milieu dudit lac , jufqu'à ce qu'elle
arrive à la communication par eau entre ce lac &
le lac Erie de - là , le long du milieu de ladite
communication dans le lac Erie , traverfant le milieu
dudit lac , jufqu'à ce qu'elle arrive à la communica
( 115 ).
tion par cau entre ce lac & le lac Huron ; de-là tra
verfant le milieu dudit lac , juſqu'à la communication
par cau entre ce lac & le lac fupérieur ; de-là
traverfant le lac fupérieur , au Nord des Ifles Royales
& Philippeaux , jufqu'au long lac ; de-là au milieu
dudit long lac , & la communication par cau entre
ce lac & le lac des Bois , audit lac des Bois ; de-là
traverfant ledit lac , jufqu'à la pointe la plus N. O.
d'icelui ; & de - là , fuivant un cours directement
Oueft , jufqu'à la rivière Miffiffipi ; de là , par une
ligne à tirer le long du milieu de ladite rivière
Miffiffipi , jufqu'à ce qu'elle coupe la partie la plus
au N. du 31 degré de latitude Sept.; au Sud , par
une ligne à tirer directement Eft de la détermination
de la dernière ligne mentionnée , par la latitude du
31e. degré au N. de l'équateur , jufqu'au milieu de
la rivière Apalachicola ou Catahouche ; de- là , le
long du milieu d'icelle , jufqu'à fa jonction avec
la rivière Flint; de- là , droit à la fource de la rivière
Ste-Marie , & de-là defcendant le long du milieu de
la rivière de Ste Marie jufqu'à l'Océan Atlantique ;
Eft , par une ligne tirée le long du milieu de la
rivière Ste-Croix depuis fon embouchure dans la
baie de Fundy , jufqu'à fa fource , & depuis fa fource
directement au Nord , jufqu'aux fufdites montagnes
qui féparent les rivières qui fe jettent dans l'Océan
Atlantique de celles qui tombent dans le fleuve St-
Laurent , comprenant toutes les Ifles à 20 lieues de
toute partie des côtes des Etats - Unis , & fituées
entre les lignes à tirer exactement Eft des points.
où lefdites limites entre la Nouvelle Ecoffe d'une
part , & la Floride Orientale de l'autre , toucheront
refpectivement la baie de Fundy , & l'Océan Atlantique
; à l'exception de ces Ifles qui font à préfent ou
ont été jufqu'à préfent dans les limites de ladite
Province de la Nouvelle Ecofle. 3 ° . Il eft convenu
que le peuple des Etats - Unis continuera de jouir ,
fans moleftation , du droit de pêcher du poiffon de
( 116 )
route efpèce fur le grand - banc , & tous les autres
bancs de Terre- Neuve ; auffi dans le golfe de St-
Laurent , & dans tous les autres endroits de la mer ,
où les habitans des deux pays ont été de tout tems
jufqu'à préfent dans l'habitude de pêcher , & auffi ,
que le habitans des Etats- Unis auront la liberté de
prendre du poiffon de toute e pèce , dans telle partic
de la côte de Terre- Neuve que fréquenteront les
pêcheurs Britanniques ( mais nuilement de le fécher
& le faler fur cette Iſle ) ; & auffi fur les côtes , baies
& criques de tous les autres domaines de S. M. B.
en Amérique ; & que les pêcheurs Américains auront
Ja liberté de fécher & faler du poiffon dans toutes
les baies , havres & criques de la Nouvelle- Ecoffe ,
des Ines Madelaine & Labrador , où il n'y a point
d'établiffemens , pendant tout le tems qu'il n'y ca
aura point; mais auffi- tôt qu'il fera fait des établif
femens dans ces Places , ou aucune d'elles , il ne fera
pas permis auxdits pêcheurs de fécher ou faler du
poiffon dans un pareil établiſſement , fans faire préa
lablement un agrément à cet effet avec les habitans ,
propriétaires , ou poffeffeurs du terrain . 4 ° . Il eft
convenu , que les créanciers , de fart & d'autre , nè
rencontreront aucun empêchement légal au recou
vrement de l'entière valeur , en argent fterling ,
de toutes juftes dettes contractées julqu'à préfent.
5. Il eft convenu que le Congrès recommandera
férieufement à la légiſlation des Etats respectifs , de
pourvoir à la reft tution de tous biens , droits & propriétés
qui ont été confifqués , appartenant à des
Sujets Britanniques , & auffi aux biens , droits &
propriétés des perfonnes réfidant dans les diftricts ca
poffeffion des armes de S. M. , & qui n'ont pas porté
les armes contre lefdits Etats ; & que toutes perfon
nes d'autre defcription quelconque auront liberé
entière d'aller dans aucune partie ou parties des
Treize Etats - Unis , & d'y réfider douze mois fans
être moleſtées dans les tentatives qu'elles feront pour
( 117 )
obtenir la reftitution de tels de leurs biens , droits &
propriétés qui peuvent avoir été confiíqués ; & que
le Congrès recommandera aufſi ſérieuſement aux différens
Etats , une reconfidération & révision de tous
actes & loix concernant ces objets , de manière à
rendre lefdites Loix ou Actes parfaitement compatibles
, non-feulement avec la juftice & équité , mais
avec cet efprit de conciliation , qui , au retour des
bénédictions de la paix , devroit univer ellement
prévaloir , & que le Congrès recommandera auſſi
inftamment aux différens Etats , que les biens
droits & propriétés des perfonnes qui viennent d'être
mentionnées , leur feront reftitués , à la charge par
elles de rendre à tontes perfonnes qui peuvent être
actuellement en poffeffion le prix de bonne- foi ( s'il
en a été donné aucun ) que de telles perfonnes
peuvent avoir payé pour l'acquifition d'aucune
defdites terres ou propriétés depuis la confiſcation .
Et il eft convenu que toutes perfonnes qui ont quel
qu'intérêt dans les terres confifquées , foit par des
dettes , des contrats de mariage , ou autreinent , ne
rencontreront aucun empêchement légal dans la
pourfuite de leurs juftes droits. 6°. Qu'il ne fe
fera plus à l'avenir de confifcations , ni ne fe commencera
aucune pourfuite contre aucune perfonne
ou perfonnes , pour ou à raifon de la part qu'elle
ou elles peuvent avoir prifes dans la préfente guerre;
& que perfonne re fupportera à cet égard aucune
perte ou dommage à l'avenir , foit en fa perfonne ,
liberté ou propriété ; & que celles qui peuvent être
détenues fur de pareille charges , au tems de la ratification
du Traité en Amérique , feront immédiatement
élargies & les pourfuites ainfi commencées
feront di continuées. 7º. Il y aura une paix folide
& permanente entre S. M. & lefdits Etats , & entre
les fujets de l'une & les citoyens de l'autre pour,
quoi , toutes hoftilités , tant par mer que par terre ,
cefferont immédiatement ; tous prifonniers de part
( 118 )
& d'autre feront mis en liberté ; S. M. , avec toute
la diligence convenable , & fans caufer aucune de
truction , ou enlever aucuns Nègres , ou autres propriété
des habitans Américains , retirera toutes les
armées , garaifons & flottes defdits Etats - Unis , &
de tous ports , places & havres dans iceux , laiffant
dans toutes les fortifications l'artillerie Américaine
qui peut y être ; & ordonnera & fera auffi immédia
ment reftituer& délivrer aux propres Etats & perfon.
nes , à qui ils appartiennent , les archives , regiſtres
& papiers appartenans à aucuns defdits Etats ou leurs
concitoyens , lefquels , dans le cours de la guerre ,
peuvent être tambés entre les mains de fes Officiers.
8. La navigation du Miffiffipi , depuis la fource
jufqu'à l'Océan , reflera pour toujours libre & ou
verte pour tous les Sujets de la G. B. & les Citoyens
des Etats- Unis . 9 °. En cas qu'il arrivât que quelque
Place ou Territoire appartenant à la G. B. ou aux
Erats Unis , fût conquis par les armes de l'un ou
de l'autre , avant l'arrivée de ces articles en Amérique
, il eft convenu que ladite Place ou Territoire,
fera reftitué fans difficulté , & fans exiger de com .
penfation «.
La lecture de ces articles occafionna quel
ques débats , mais ils furent courts : ils
feront peut- être plus étendus lorſqu'on en
viendra à un examen plus détaillé , le Commodore
Johfton laiffa échapper quelques
traits d'humeur contre la reconnoiffance
de l'Indépendance Américaine , en difant
que les Miniftres devoient faire favoir par
quelles raifons ils s'étoient déterminés à un
fi grand facrifice. M. Eden parla vivement
contre le cinquième article des préliminaires
avec l'Amérique , où il trouva qu'on
n'avoit pris aucune précaution en faveur
( 119 )
des Loyaliftes , qu'il repréfenta fuyant de
Charles- Town pour fe rendre à St-Auguftin
& à New-Yorck , & obligés enfuite d'abandonner
ces deux places , puifque l'Angleterre
les cédoit . Ces difcuffions furent fufpendues
, pour être reprifes fans doute dans
un autre moment ; on a lieu cependant de
s'attendre qu'elles ne feront pas bien vives.
Dans la féance du 29 Janvier , tout ce qui
fe paffa relativement à l'Amérique , fe réduit
à ceci , qui n'entre point dans le
fond du Traité.
M. David Hartley ordonna au Clerc de la
Chambre de lire diverfes claufes de l'acte prohibitoire
, relatives à l'Amérique , afin de prouver l'impoffibilité
d'établir aucunes liaiſons entre les deux
Pays , tant que cette Loi ne feroit point révoquée.
Si les Miniftres , dit- il , avoient defiré d'effectuer
une réconciliation finoère avec les Etats Unis , ils
auroient déja écarté cet obftacle ; mais j'obferverai
à regret qu'ils ont montré , dans toutes les occafions
, une répugnance à accorder à l'Amérique ce
que la néceflité les a forcés enfin de lui accorder.
Il faut certainement dégager notre commerce de
ces entraves , fi les Etats - Unis de l'Amérique & la
Grande Bretagne font convenus d'une ceffation
d'hoſtilités , ainfi que le très - honorable Secrétaire
nous l'a donné hier à entendre. Je m'attendois
qu'avant de prendre la parole , il auroit mis le
traité fur le bureau . ( Il fut interrompu en cet endroit
par M. Townshend , qui déclara qu'on avoit
confenti à une ceffation d'hoftilités , ainfi que le
Gouvernement en avoit été informé ; mais que
n'ayant point encore reçu d'avis formel fur cet
objet , il n'avoit pu produire les papiers demandés. )
M. Hartley reprit fon fujet , & fe fervit de plu120
)
-
de
fears argumens
pour prouver qu'il étoit conve nable de révoquer l'acte en queftion. Si la Chambre, dit-il , agrée ma motion tendante à faire révoquer , cet acte ( & je n imagine pas qu'elle foit fufceptible
d'aucune objection , puifque nous avons re connu l'indépendance
de l'Amérique
) , je me pro pofe de demander
la permiffion
de préfenter un bill pour rétablir notre commerce avec l'Amérique. Il fit alors fa première motion tendante à ce qu'il lui fût permis de préfenter un bill pour révoquer un acte paflé dans la feizième année du règne S. M. , lequel nous défend de commercer avec cer-
Le Colonel
taines Colonies de l'Amérique. Hartley feconda la motion. M. Townshend fe leva , & dit : La motion eft entièrement
inutile , parce que l'acte en queftion ne nous défend de commercer
avec les Colonies qu'auffi long - tems que durera leur révolte ; ainfi , du moment que F'Angleterre
a déclaré leur indépendance
, l'acte a été conféquemment
annullé , parce qu'on ne peut déformais
fuppofer que ces Colonies foient dans un état de rebellion. Mais je ne puis m'empêcher d'obferver
que la difcuffion de femblables
objets dans les circonftances
actuelles , me paroît très- déplacée. Ce n'eft pas là le moment de faire des règlemens
relatifs à notre commerce avec les Etats- Unis de l'Amérique
. Nous n'avons pas encore con- clu un traité définitif avec ces Etats ; nous ne pou- donc favoir quelles font les loix qu'il faut révoquer, & quelles font celles qu'il faut laiffer en vigueur. Pour mettre fin à cette difcuffion , je pro-
M. Burke dit qu'il
pofe donc l'ordre du jour. étoit fort étonné qu'aucun Membre de la Cham- bre voulût s'opposer à ce qu'une affaire de cette importance
fût prife en confidération
; que M. Townshend
avoit été précédemment
d'une opinion tout- à - fait différente , puifqu'il avoit fait les plus vifs reproches
à l'ancienne
Adminiſtration
,
lorfqu'elle
vons
pas
( 121 )
lorfqu'elle s'étoit oppofée à toute motion fem
blable à celle qui étoit actuellement fous les yeux
de la Chambre. M. Eden foutint que la révocation
de cet acte étoit la chofe du monde la plus
inutile , ' attendu que le commerce de l'Angleterre
n'y gagneroit abfolument rien ; mais que pour l'acte
de navigation il étoit indifpenfable de le changer.
parce qu'en vertu de cet acte , tel qu'il eft aujour
d'hui , il eft impoffible aux vaiffeaux Américains
d'entrer dans les Ports Britanniques fans être faifis.
Le Chancelier de l'Echiquier dit , que par un
acte paffé , il y a 2 ans , S. M. étoit autorisée à révoquer
elle- même l'acte prohibitoire , & qu'ainfi cette
motion n'étoit d'aucune néceffité , attendu que la
révocation feroit bien plutôt faite par Lettres-Patentes
, que par la propofition d'un Bill au Parlement,
M. David Hartley voyant que l'intention du
Ministère étoit de s'occuper de cette affaire , retira
fa motion , & la Chambre fe forma en Comité de
voies & moyens.
-
Les ordres de ne plus preffer les matelots
, & de ne plus courir contre les Fran
çois , ont été délivrés ; & on prépare , dans
plufieurs ports du Royaume une grande
quantité de marchandifes qu'on fe propoſe
d'envoyer en Amérique.
>
Le retour de la paix permet de s'occuper
à préfent des affaires intérieures ; on croit
que la réforme Parlementaire fouffrira de
grandes difficultés , & on remarque que
l'ancien parti de Rockingham , qui fait
profeffion des principes du pur Whiggifne ,
sy oppofe , tandis que le Minifte e ctu 1
paroît difp fé à l'accorder. » N.tre conftitution
, dit M. Burke à cette o cafion , a
été , durant plufieurs fiècles , un objet d'ad-
15 Février 783.
f
( :122 )
miration pour toutes les parties du Globe ;
que le Minilire ou tout autre qui ofera у
porter une main profane , prenne garde aux
fuites de fon entreprise ".
On avoit lu , dans un papier miniftériel ,
cette réflexion au moins fingulière après l'an
nonce de la paix. L'Angleterre eft de nouveau
elle - même ; & Ecoffe & l'Irlande
doivent être à préfent circonfpectes dans
leurs prétentions. Cela fembloit annoncer
qu'on n'étoit point difpofé à fatisfaire ce
dernier Royaume ; cependant on a applani .
1 plupart des difficultés , & le Roi vient de
créer , pour elle , l'Ordre de S. Patrice. S. M.
en fera le Chef. Le nombre des Chevaliers
fèra de 16 , leur cordon , bleu célefte pâle . Le
Parlement de ce Royaume a été prorogé
du 28 Janvier au 25 Mars prochain.
Le Roi a nommé le Vicomte Howe ;
'Amiral Hugh Pigot , Charles Brett, Richard
Hopkins , John Jefferis Pratt , John Aubrey ,
John Levefon Gower , Commiffaires pour
remplir l'Office de Lord Grand- Amiral des
Royaumes de la G. B. & d'Irlande , des
domaines , ifles & territoires y appartenants.
Toute la ville étoit hier , écrit on de
Portſmouth en date du 28 Janvier , en rumeur à
l'occasion d'un évènement dont nous n'avions point
encore vu d'exemple. Les Montagnards du 77e régimert
en garnifon ici , avoient reçu ordre la veille
de fe tenir prêts à s'embarquer pour l'Inde . Ils s'affemblèrent
en effet fur la parade , mais ce ne fut que
pour déclarer la ferme réfolution qu'ils avoient prife
de ne point s'embarquer. Ils alléguèrent , pour railon .
( 123 )
de lear refus , qu'ils n'avoient été engagés que pour
trois ans , ou pour le tems de la querie d'Amérique ,
& qu'en conféquence il ne vouloit pois taller dans
flade , tandis que lears Officiers qui les avoient
vendus a la Compagnie , refte tent en Anglerie. Le
Colonel étoit abfent , mais le Lieutenant- Colonel &;
les autres Officiers voulant les fo cer de s'emba quer ,
fe virent inveftis par ces hommes furienx , auxquels
ils n'échappèrent qu'après avoir reçu force cups.
Le Lieutenant- Colonel entr'autres a cté horriblement.
ma traité Les Montaguards fe rendiren enfuite au
magafin du Régiment , cù iis fe fournirent de perdre
& de balles . Un détachement d Invalides que o fit
marcher contre eux , fut obligé de fe retirer , après
avoir eu un homme tué & plufieurs bleflés . Li Che
valier Thomas Pye & le Chev liar John Cartier ,
Maire de cette ville , firent tous leurs effor & pur
appailer ce tumulte . Il y parvingent enfi , en
promettant aux Montagnards qu'ils ne feroient point
embar ués , qu'on n'eûr reçu de nouveaux o‘dies.
Alors ceux- ci confentirent à le féparer il -ictournèrent
le soir à leurs qua ties , raffablement ftisfaits
. Ce matin il lear a été annoncé que leur cmbarquement
n'auroit point lieu.
Cette émeute a occafionné la lettre fuivante
du Lord George Gordon à Mylord
Shelburne.
Je viens de recevoir dex lettres de Portmonth
du 77e Reiment d'Infanterie de S. M , les Montagnards
d'Athol , & je crois qu'il ef de mon devoir
de me tre fan fer re de tems l'erait vart de
l'une de ceslettres fous le yeux de V. S , romme.
premier Min ftre., Nous devons nous embiquer ,
m'écrit - on , mis il y a all met to lie de
croire que le foldarsy on o eront avec la réfiltance
la plus opiniâtre. Le tem feul FOUrra nu ap
prendre comment cette affaire le terminera. Nous
1
响着
·f 2
( 124
ད
vous affurons que nous n'avons pas fu un mot de oe
projet avant le 15 , que nous fommes partis d'Andower
pour nous rendre ici . Nous avons reçu de nouveaux
ordres d'embarquement pour demain matin à
dix heures. Nous n'avons de reffource que dans Votre
protection & dans votre appui . Nous fommes avec
le plus profond refpect , Milord , vos très -humbles
& c. « - Je n'ai pour le moment rien à ajouter fur
ce fujet , fi ce n'eft que dans le cas où , d'après la
bonte opinion que les Montagnards d'Athol veulent
bien avoir de moi , V. S. ou le Cabinet du Roi juge
roit que je peux être de quelqu'utilité dans cette
affai e , je partirai cette nuit même pour Portſmouth,
ou j'écrirai une lettre , ou j'enverrai un exprès avec
un mell ge verbal , enfin je ferai tout ce qui fera
jufte , convenable & honnête . Excufez , je vous prie ,
la précipitation «,
L'affaire du Commandant de Minorque
eft enfin terminée ; c'eft ainfi qu'en rend
compte un de nos papiers.
,
Le Contell de Guerre affemblé pour juger le
Général Murray a terminé hier fes féances. Les
charges contre cet Officier étoient au nombre de
29 ; 27 ont été déclarées frivoles & deftituées de
fondement. Quant aux deux autres , le Général
Murray a reçu une réprimande de la Cour , d'abord
fur fa conduite relativement à la défenſe qu'il avoit
faite le 15 Octobre , de tirer des canons d'aucune
efpèce , fans un ordre exprès du Gouverneur & de
lui feulement ; enfuite pour avoir mis à l'enchère
quelques munitions & c. , au moyen de quoi , felon
la charge , le Général s'eft procuré un bénéfice particulier.
Après la lecture de la Sentence , le Juge
Avocat s'eft adretſé au Chevalier William Draper,
accufateur du Général Murray , & lui a dic que la
Cour defiroit qu'il fit des excafes au Général
Murray , pour lui avoir intenté ce procès . Le Chevalier
Draper y confentit , & fit fes excufes au Gé(
125 )
néral , enfuite le Juge Avocat a pareillement engage,
au nom de la Cour , le Général Murray de faire auffi
des excufes au Chevalier Draper , pour avoir bleffé
fa fenfibilité comme foldat , par la conduite qu'il
avoit tenue , relativement à cet Officier , pendant
qu'il commandoit à Minorque. Mais le brave vétéran
a refufé formellement de fe prêter au defir de la
Cour , en déclarant qu'il étoit le protecteur de fon
propre honneur , & qu'il laiffoit aux autres le foin
de venger le leut.
Un autre de nos papiers nous préfente
auffi une affaire bien fingulière & fort
malheureuſe.
Vendredi dernier offrit un fpectacle touchant
devant la CourdeJuftice de l'Old Bailey . M. Daniel
Magennis , homme refpectable & Docteur en Médecine
, fut condamné à mort , pour caufe de meurtie
fur la perfonne de Jonh Hardy , fon hôte . Par les
procédures il parut , que fe trouvant le 28 Décembre
au foir dans un appartement qu'il occupait chez le
Sieur Hardy, il voulut vuider le pot - de- chambre ; &
qu'un peu de cette eau ayant coulé dans un des appartemens
au-deffous , Hardy entra dans une colère fi
furieufe qu'il monta à la chambre du Docteur , le
maltraita , le prit par les cheveux & le menaça de le
jetter par la fenêtre , M. Magennis criant au fecours
fans que perfonne vint à fon aide , prit un canif qui
étoit fur la table , en bleffa fon agreffeur ; & les
coups ayant porté dans le coeur , Hardy expira
quelques momens après . On vit à cette procédure
le Marquis de Barington , le Comte d'Effingham ,
le Général-Major Murray , M. Edmund Burke , le
Major Flemming & l'Alderman Sawbridge , tous
venus pour dépofer en faveur des moeurs douces
& de la conduite irréprochable de l'Accufé. Le
Juge Willes , de fon côté , avoit expofé au Juré la
caufe fous un jour fi favorable , que chacun crut
que le Médecin ne feroit déclaré que fimple homi-
£ 3
( 126 )
cide ; mais contre toute at ene les Jurés le condam
nèrent à la mort comme Affaifin. Le Secrétaire ayant
fait lecture au Docteur de la Sentence prononcée
contre lui , declara n'avoir jamais été tant affecté
en rump iffant les fonctions de fa charge . On penfe
cependant que M. le Secrétaire d'Etat Townshend
a déja follicié auprès de S. M. le pardon du malheureux
Docteur.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 11 Février.
LE 2 de ce mois , Fête de la Purification
de la Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint-
Elprit s'affemblèrent vers les 11 heures &
die du matin dans le Cabinet du Roi ;
S. M. fortit de fon appartement pour fe
rend e à fa Chapelle , précédée de Mgr. le
Comte d'Artois , du Prince de Condé , du
Duc de Bourbon ; du Prince de Conti , du
Duc de Penthièvre & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre . Deux Huiffirs
de la Chambre du Roi portant leurs
males précédoient S. M qui après avoir
entenu la Meffe , chantée par fa Mufique ,
célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
Command:ur de l'Ordre , premier Aumônier
de S. M. , & à laquelle la Marquife
de Belfiunce fit la quête , fut reconduite , dans
le même ordre , à fon appartement.
De PARIS , le 11 Février.
L'ÉCHANGE des ratifications des préliminaires
de la paix entre la France & l'Angle,
( 127 )
tèrre , a été fait le 3 de ce mois à Versailles:
Les préliminaires conclus avec l'Espagne y
ont été portés par M. Campos , parti le 20
du mois dernier , d'où on l'attend inceffimment
avec la ratification de la Cour de
Madrid , qui fera vraisemblablement
échangée
ici entre l'Ambaffadeur d'Eſpagne & le
Plénipotentiaire
Anglois .
M. le Comte du Mouftier eft parti ; on
dit qu'il a été retenu à Calais par la groffe
mer. On s'attend à voir arriver bientôt
l'Ambaffadeur d'Angleterre , parce qu'on
commence à s'appercevoir des préparatifs
de départ que fait M. Fitz-Herbert.
Le traité des Hollandois paroît toujours
remis à un autre tems ; mais en affure que
leurs Plénipotentiaires ici ont figné l'Atmiftice
avec les Plénipotentiaires Anglois .
C'eft lorfque le Traité général fera conclu
& publié , que l'on pourra parler avec plus
de détails de cette paix qui termine une
guerre glorieufe aux armes de la Nation ,
& qui n'a pas fait moins d'honneur à la
fageffe , à la profondeur & au génie qui ont
dirigé les mouvemens politiques , qui , après
avoir circonfcrit , pour ainfi dire , l'embrafement
tant qu'il a duré , contenu toutes
les Puiffances , & les avoir empêché d'y
prendre part , y ont mis fin fans avoir befoin
de la médiation & de l'intervention d'aucune
.
Tous les travaux ont , dit - on , été fufpendus
à Breft , à la nouvelle de la fignature
£f 4
( 128 )
des préliminaires , & on a fait partir far lechamp
les frégates & les corvettes qui
étoient en rade , pour aller porter cette
agréable nouvelle dans les lieux éloignés.
C'eft la Surveillante qui a été dans l'Inde ,
PAftrée aux Antilles , &c. Les ordres font ,
dit- on , déja donnés pour faire revenir tous
nos vaiffeaux qui font à Cadix ; quelquesuns
vont défarmer à Toulon , d'autres à
Rochefort , & le plus grand nombre à Breft.
" La fignature des préliminaires de paix , écrit - on
de се dernier port , dont un Courier vient de nous
donner la certitude , n'étoit pas faite pour être reçue
ici avec autant de plaifir que dans toutes les autres
villes du Royaume. Notre jeune Noblefle guerrière
me voit qu'avec peine fa valeur enchaînée, & éloigner
les avancemens auxquels elle afpire ; mais ces confdérations
ne peuvent influer fur les fentimens vraiment
patriotiques de la plupart de nos Officiers ; ils
préfèrent le bonheur & la tranquillité de l'Etat à leur
gloire particulière.
Les Etats de Bretagne fe font féparés après
avoir terminé toutes les affaires pour lef
quelles ils étoient affemblés , à la fatisfaction
de la Cour & de leur Province. Comme ils
s'étoient repofés fur la fageffe & la bonté
du Roi , concernant leurs différentes réclamations
, S. M. leur a écrit , de fa propre
main , la lettre la plus flatteufe , contenant
l'affurance de maintenir , dans tous les
tems , leurs franchifes & leurs immunités.
Un procès bien extraordinaire , lit- on dans les
Affiches de Touloufe , du mois dernier , fait diverfion
dans cette Ville aux affaires générales : voici
le fait. Il y a environ quinze ans qu'un particulier ,
( 129 )
2
chargé de dettes , acheta un cadavre , & ayant joué
le matade , s'efquiva fubtilement , laiffant dans fa
chambre fermée & dans fon lit ce cadavre ; il fut
vifité dans un état de putréfaction , qui ne permit
pas de douter que ce ne fut le particulier évadé ; il
fut enterré fous fon nom , tan is qu'il paffoit lui. même aux Indes Orientales . La femme de cet homme
s'eft mariée en fecondes noces , & a des enfans de fon
fecond mari. Ily a environ trois mois que le premier
il s'eft préeft
revenu avec une fortune confidérable ;
fenté à fes créanciers qu'il a fatisfaits , & à fes amis
qui l'ont reconn . Enfin , après avoir découvert la
demeure de fa femme , il est allé la vifiter , & fa
femme l'a reconnu . Le fecond mari , informé de cet
évènement , d'accord même , dit on , avec fon époule,
a accufé le revenant de fuppofition de perfonne , & la femme refufe de retourner au prem er mari. Telle
eft la nature d'une caufe célèbre que vont plaider
trois Avocats diftingués de Touloufe.
Un papier public nous préfente un récit
d'un autre genre , mais bien plus extraordinaire
, & nous nous empreffons de le tran
crire.
» Pierre Beuchon , Laboureur à St - Seine fur-
Vingeanne , âgé d'environ 40 ans , infatigable dans
les travaux de fon état , homme de probité , d'un
commerce doux , bon mari & bon père , étoit
attaqué depuis près de 3 ans d'une maladie qu'on
a qualifiée d'épilepfie ; les accès qu'il en a reffentiss
ont été fi différens , enfin fi funeftes & fi incroya
bles , que le détail peut en être intéreffant. Les pre- miers fe manifeftèrent en 1778. C'étoit des foibleffes
qui lui ôtoient la connoiffance ; il fe plaignoit auparayant
de fentir dans l'eftomac un corps qu'il avoit
envie de vomir , & le fang fe portoit à la tête. Les'
Médecins confultés ordonnèrent du repos , des faignées
& de la diète; ce qui fut en général affez mall
£ f
7130 )
exécuté. Ces accès qui étoient 3 à 4 mois à revenir,
acquirent plus de force , & au lieu de fe terminer par
des forblelles , par rent te ir des convulfions. Le
malade faifoit quelquefois des courfes & teucit des
Propos vagues qui avoient tous un caracte d'ambition
; au commencement d'Octobre dernier , il
reprochoit à une de fes filles qui tenoit les cornes de
fa charrue , de ne les enfonce pas allez ,
pour trouver
une bourfe cachte , difont - il , dans ce champ ;
ientré chez lui , il dépava fon écurie four la même
caufe. Le 7 Octobre , il eut plufieurs de ces accès ,
qui tous n'annonçoient rien de dangereux ; fa femme,
craignant leur re ou la nit , e garea le frère du
malade à coucher avec lui , pour l'empêcher de fortir
, fi ceste envie lui prenoit. Il étoit tranquille
en fe couchant; à minuit , il s'éveilla , & you'ut
fe lever ; fon frère le preffa de fe rendormir , &
voyant qu'il ne l'écoutait pas , eflaya de le retenir ;
le malade furieux l'écorcha d'une main depuis
le deffis de la tête jufqu'a : bas da vifage avec les
ongles , qui tous avoient fait leurs traces & l'étrangloit
de l'autre, qu'il avoit portée au cou , ce frère
fe débarraffa , & le furieux s'évada ea chemife , fut
chez fa mère , qui demeuroit fort lein , la trouva au
lit, l'embraffa endrement & lui dit : Je vais combattre
des bataillons , mettre tout à feu & àfang ;
Dieu ma ordonné de tout tuer, & le Diable m'a
promis des forces ; je vais maffecrer mon frère &
mettre le feu à ſa maiſon , pour détruire fa femme
& ſes enfans. Comme M. Foulon , Curé du lieu ,
en impofoit à ce malheureux , on courutle prier de
venir le ramener à la maiſon , ce qui éuffiffoit ordinairement.
La mère allarmée de l'état & des propos
de fon fils , envoya chez l'autre , pour l'avertir du
danger qu'il couroit ; le forcené y étoit déja , &
ayant enfoncé la porte , avoit pris la belle foeur aux
Treheveux , & d'an coap de poing dans l'eftomac ,
l'avoir renve : fée par teire, où il la laifïa , la croyanc
( II )
morte ; entendant un enfant crier , il prit le berceau
& le jetta dans la rue ; il s'élança auffi - tôt fur ce
pauvre perit , & difoit , en le tenant le tuerai-je ,
ne le tuerai-je pas ? La fervante ariiva , voulut
prendre l'enfant & le fauver . Elle fut terraffée à
coups de pietres , perdit connoiffance & parut feulement
refpirer Is à 16 heures encore . Pendant qu'il
affaffinoit cette fille , la mère de l'enfant revenue
à elle, le ramaffa , rentra chez elle , & s'y enferma
le mieux qu'elle put . Pierre Beuchen , en fortant de
chez lui , avoit été fuivi par une de fes filles d'environ
12 ans , qui l'obfervoit dans les courfes , & qui
le voyant aflommer la fervante , s'approcha & le
tira par la chemife pour le détourner ; il ramaffa
des pierres & les lui jetta , la pour fuivit & lui fit
faire le tour de l'Eglife ; elle n'évita la mort qu'en
fe cachant derrière des arbres Le Curé , averti des
meurtres par un fecond avis , accourt , une lanterne
à la main , accompagné du Marguiller & du Maître
d'école : le forcené , intimidé à la vue de fon Palteur
, le fauva du village de St- Seine- l'Eglife dans
celui de St-Seine-les- Halles , u il habitoit . Le Coré ,
continuant fa route , trouva la fervante baignée
dans fon fang , la fit porter chez fa maitreffe , où il
lui adminiftra les fecours fpirituels qu'elle put re-
' cevoir . Une fcène plus fanglante chcore commençoit
à S -Seine-les- Halles. Beuchon va frapper à la
porte d'une de fes tantes infirme & âgée , chez
laquelle étoit une de fes filles d'environ 7 ans
il terraffe cette vieille femme , la frappe à la tête , &
la laife pour morte ; il court à fafille , qui s'étoit
fauvée dans la rue , la renverse & la foule aux pieds.
Une voifine charitable profita d'un moment d'éloignement
de ce malheureux , pour ramaffer la petite
& la porter dans la maison , dont elle ferma la
porre . Beuchon y ' revinc autli-iot ; & ne pouvant
y pénétrer , if y lança par la fenêtre une grêle
de pierres; de là il rentra chez lui . Sa femme , qui
$ 6
( 132 )
ignoroit ce qui s'étoit paffé & qui avoit la fièvre
étoit au lit ; ce furieux s'arme d'un chenet , la prend
par les cheveux & la traîne dans la rue. Cette femmeappelle
à fon fecours fes deux valets , qui font forcés
de fuir & de fe cacher. Pierre Petit- Fourg , âgé de 24
ans , fon voifin & fon filleul , vole à fes cris , fe précipite
fur le forcené , lui artache le chenet, & retire
fa marraine qui fut relevée par le frère & la foeur de
ce jeune homme , & empertée chez eux : elle avoit
reçu plufieurs coups à la tête qui lui avoient fait des
bleffures très - dangereufes ; elle a été conduite à
I'Hopital de Dijon , où elle a été trépanée avec
fuccès , & l'on efpère de la guérir. Pierre Petit-
Fourg, qui luttoit contre le furieux , voyantla femme
en sûreté , fongea à lui - même , & appella à fon
fecours ; mais perfonne n'arrivant , il parvint
à fe débarraffer, après avoir reçu quelques bleffu .
res légères. Son père , âgé d'environ foixante ans ,
& infirme , l'avoit entendu de fon lit ; il fe leva
& fut à la voix ; il arriva au moment où fon fils
venoit de s'échapper ; Beuchon couroit après ; le
père entendant marcher devant lui , fuit celui qu'il
eroit être fon fils ; Beuchon l'entend , revient fur
fes pas , le renverfe d'une pierre , lui ouvre le crâne
en trois endroits , & lui caffe l'épaule gauche ;
ce malheureux père eft mort fix jours après. Les
cris des Petic- Fourg avoient réveillé les voifins ,
qui fe difpofoient à fortir ; mais Beuchon , aut
milieu de la nuit la plus obfcure , où l'on ne
voyoit pas à quatre pas , paroiffant feul jouir de
la vue comme en plein jour , joignant une légèreté
inconcevable à cette nyctalopie , alloit rapidement
d'un bout de la rue à l'autre , quoiqu'elle fût trèslongue
, atteignoit avec des pierres , dent il étoit
toujours muni , ceux qui fortoient de leurs maifons
& qui n'appercevoient pas celui qui les leur lançoit.
Des attaques de cette efpèce intimidèrent les habitans
, ils fermèrent leurs portes , pour ne fortis
( 133 )
que
qu'au jour. Beuchon s'etant apperçu que fa femme
avoit été conduite chez les Petit- Fourg , vint à la¹
porte , pour l'enfoncer ; n'en pouvant venir à bout,
& appercevant par la fenêtre fa femme auprès du
feu , entourée de ceux qui l'avoient fecourue , il
lança par cette fenêtre une grêle de pierres qui ble
sèrent grièvement la mère & la fille Fetit- Fourg.
* Perfonnes au moins ont été tuées cu bleffées
par ce furieux en moins de trois quarts- d'heure. Il
difparut avant le jour ; comme on ignoroit ce qu'il
étoit devenu , on craignoit le renouvellement de
fcènes auffi tragiques . Les craintes ne fe diffipèrent
que le 26 Octobre , à la vue de fon cadavre ,
la rivière avoit charrié auprès de la forge , ce qui:
fait croire qu'il s'eft noyé la nuit même de les meur--
tres. I laiffe 6 enfans , dont la plus grande a 15.
ans , & une femme entre la vie & la mort. En
rendant ce récit public , on n'a pas en l'intention
de fatisfaire une oifive curiofité ; mais on effère
que la poffibilité de voir , dans les mêmes circonf
tances , fe renouveller des fcènes antli affreufes ,.
engagera à fe défier des plus foibles marques d'alié--
nation , lorquelles fuccéderont à des attaques d'épi--
lepfie. L'imbécillité eft ordinairement la fuite des
accès réitérés de cette maladie . Ce fait prouve qu'ils
peuvent être fuivis d'une frénéfie terrible. C'eſt un
nouveau motif pour furveiller les malheureux qui
font fujets aux accès épileptiques , & pour leur por
ter tous les fecours que la charité confeille & que
l'intérêt public exige «
A ce récit effectivement fingulier , nous
en joindrons un autre qu'on nous mande
de Melleroy en Gâtinois.
» L'évènement funefte dont nous venons d'être
témoins , peut être un avis important pour les perfonnes
qui habitent une campagne ifolée , de fe
précautionner contre une infinité de vagabonds ,
gens fans aveu , & mendians valides qui infeftens
7134
f
actuellement nos pays couverts . Le 1er . de ce mois , ' deux' inconnus fe difant Marchands de cochons ,
dont l'un en portoit les marques par une ceinture
de ferge , fe préfentent pendant la Grand Meffe dans
une Ferme éloignée de trois quarts de lieue , dé
pendance de cette Paroiffe , & habitée par le Syndic
du lieu , & demandent à un petit domeftique qu'ils
trouvent dans la cour , fi fon maître n'a pas des co- chons à vendre : Fun d'eux faifit en même- remsle
jeune-homme au collet , & veut l'entraîner dans la
mai on , parce qu'il a quelque chofe à lui dire ;
mais celui -ci foupçonnant de mauvais deficios , s'obſtine à refter dans la cour : la fille aînée de la
maifon qui étoit dans une chambre reculée , vient
au bruit , & demande ce que veulent ces étrangers :
le chemin de Châtillon- fur- Loing , dit l'autre voleur
en rentrant brufquement ; & fans attendre de réponle,
il fe jette fur elle , la terraffe , & lui demande
laiffe
la bourſe ou la vie . Malheureux ! lui- di -elle ,
moi la vie , & prends ce que tu voudras ; & elle lui
jette les clefs qu'elle tenoit à la main. Il me faut
20,000 francs fur l'heure , reprend ce fcélérat , ou
je te tue; & tout en proférant ces menaces , voyant
qu'elle ne cherchoit qu'à fe dégager , il lui ferme
la bouche d'une main pour l'empêcher de crier , en
lui enfonçant les ongles dans la chair dont on voit
encore les empreintes profondes , & de l'autre la
frappe fur la tête à grands coups de poing & de la
crofle d'un piftolet , qui fans doute n'avoit pu partir
, la traîne par les cheveux , & la couvre de bleffures
& de fang. Pendant ce tems , fon complice
pourfuivoit le piftolet dans les reins le petit domellique
qui s'étoit échappé de fes, mains , & qui
s'étant faifi d'un bâton de fagots , fe retourna &
en déchargea un grand coup fur la tête du voleur ,
qui lâche anfi -tôt fon piftolet , & le fait tomber
fans connoillance : le croyant mort , Pfaffin court
à la maison pour aider fon camarades & pour n'être
( 135 )
"
!
}
+
point furpris , il s'arme d'un fufil accroché à la
cheminée , & fe met à la porte pour faire le
guer,
Une autre fille de la même mailon qui gardoit fes
moutons à peu de diftance , entendant du bruit &
un coup de pistolet , croit d'abord que ce font des
chaffeurs ; mais le bruit continuant, fa curiofité & fans
doute un preffentiment naturel du malheur de fa foeur ,
lui font prendre le chemin de la Ferme . Le 1er. objet
qui fe préfente à fa vue , c'eft le jeune domestique
baigné dans fon fang & cherchant à fe fauver, qui
lui dit d'une voix foible & mourante : Ah ! Marie ,
où allez - vous ? il y a des voleurs chez vous qui
tuent votre four & pillent la maiſon ; ils m'ont
affalliné. Cette fille refte un inftant immobile ; mais
reprenant les forces & preflée par le fentiment de la
nature qui l'appelloic au fecours de fa foeur , elle
s'avance en entrant dans la cour elle apperçoit un
homme qui la couche en joue & la menace de lui
brûler la cervelle fi elle ofe paffer plus avant ; mais
bravant les menaces du fcélérat cette fille intrépide
fe précipite dans la maifon , & du petit bâton
qu'elle avoit , frappe & met en fang celui qui malfacroit
fa four , & parvient à dégager celle- ci : l'autre
voleur accourt ; & c'eft alors que s'engage un combat
fort inégal fans doute , mais très - opiniâtre : à
force de recevoir & de donner les coups les plus
terribles , de s'accrocher de meubles en meubles ,
ces filles infortunées parvinrent à fortir dans la cour ,
traînant à 20 pas de diftance après elles les voleurs
qui vouloient en vain les retenir , & qui las de leurs
efforts inutiles , lâchèrent prife , & rentrèrent dans
la maison , forcèrent les armoires & prirent une
fomme très -modique. Ils étoient tellement bleſſés
qu'ils ont enfanglanté les meubles , le linge , les
papiers qu'ils ont tenverfés par-tout : leur trouble
les empêcha d'appercevoir deux ou trois écus &
quelques pièces d'argenteric qu'ils répandirent avec
les effets ; & craignant d'être furpris , ils s'évaderent,
emportant avec eux le fufil dont ils s'érciéns
"
( 136 )
-
#
emparé .On n'eft point encore parvenu à les prendre
mais les marques qu'ils portent de la défenſe coura-
`geufe de nos deux héroïnes , dont l'intrépidité feroit
honneur à l'homme le plus hardi , ne manqueront
pas de les faire connoître . Les trois perfonnes blef
fées font heureufement hors de danger «.
A ces détails effrayans , nous en joindrons
de plus confolans ; nous les puifons dans
une lettre de Dijon.
par
» Le prix du bled a tout-à - coup augmenté ici ,
au point qu'on vendoit liv. 14 f . une mesure de
froment pefant 45 à so liv. , fuivant la qualité
de ce grain . Le pauvre pouvoit à peine fe procucaufé
la
rer du pain ; & le défaut d'ouvrage ,
faifon , alloit augmenter la misère. Il commen
çoit à murmurer ; l'émeute fort confidérable , arrivée
en 1778 , n'avoit pas eu d'autre principe : on
délibéroit fur les moyens de prévenir un pareil
malheur ; M. Feydeau de Brou , Intendant de notre
province , a jugé , avec nos Officiers Municipaux ,
que le feul digne de confiance étoit de donnerde
Pouvrage aux pauvres valides. Dans un foffé de
cette ville , à l'oueft , eft un marais dont les ex
halaifons ont fenfiblement influé fur les maladies
fébiles qui ont regné en 1780 , & cette année-ci.
A quelque distance , dans la même direction , il
y avoit un étang dont le défléchement imparfait durant les étés fecs n'avoit pas peu contribué à
infecter l'air . Les Chartreax avoient entrepris de
combler cet étang : la ville s'étoit décidée à faite
porter dans le marais tous les décombres produits
par les conítructions ; mais auffi il auroit fallu beaucoup
de tems pour opérer le defféchement . On a
réfolu d'y établir un attelier de charité , d'y em ployer les hommes , les femmes , & les enfans au
& de couvrir ce marais d'un pied
de terre prife dans les battes voifines , & en fai- fant régaler les talus des foffés . Le nombre de
deffus de 8 ans
2
11375 ceux qui ont aecouru à cet attelier a été fi conft
dérable que leur paiement alloit faire pour la ville
un objet de dépenfe qui l'auroit furchargée . L'Ia- tendant eft venu à fon fecours ; il a dit aux Officiers
Municipaux que , tandis que les malheureux
étoient dans le befoin , il fe reprochoit le luxe de
fa table , fe propofoit de retrancher chaque fe- maine un des foupers d'apparat qu'il donnoit ; & qu'il pricit la Ville de permettre qu'il contribuât
par 2000 liv . à la bonne cuvre qu'elle faifoit ,
en attendant qu'il pût faire mieux. Cette fomme
a été comptée fur-le- champ . M. Feydeau de Brou ne s'en eft pas tenu là : il a écrit aux Chartreux
que , pour accélérer le travail qu'ils faifoient faire
dans leur étang , il leur enverroit , s'ils le trou- voient bon , une centaine de travailleurs de fon
attelier , perfuadé qu'ils s'emprefferoient
de pro- curer ce foulagement aux pauvres , en même- tems
qu'ils hâteroient la purification de l'air dans le
voisinage de la ville . Ces religieux , qui , dans toutes
les occafions , fe font diftingués par leurs abondantes
aumônes , n'ont pu , par de très bonnes
raifons , accepter cette offre ; mais ils ont envoyé
à la ville rco louis pour contribuer à la dépenfe
de lartelier ".
-
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Châlons-fur - Marne , a propofé ,
pour le Prix qu'elle adjugera dans fon
Affemblée publique du 25 Août 1784 ,
un Sujet intéreffant ; ce font les moyens de
perfectionner l'éducation des Colleges . Les
Mémoires , écrits en latin & en françois.
doivent être adreffés ; francs de port , à
M. Sabatier , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, avant le premier Mai 1784.
M. Delaunay , Graveur du Roi , de
Académie Royale de Peinture & de Sculp
( 138 )
ture , & de celle de Copenhague , vient de
publier une nouvelle Eftampe , d'après M.
Fragonard , Peintre du Roi ; elle reprefente
une Mère de famille entourée de fes enfans ,
prête à couper du pain au plus petit qui
lui en demande , & à qui elle dit : dites
donc s'il vous plait. Rien de plus frais , de
plus agréable & de plus intéreffant que ce
Tableau ; on ne peut rien voir de plus fini ;
nous fupprimons ici les éloges , le nom de
l'Artifte célèbre à qui on la doit fuffit ;
depuis long-tems , le Public lui rend juftice ,
en diftinguant fes productions , comme elles
méritent de l'être. Cette belle Eftampe
fait fuite à celles de même forme & de
même grandeur que l'Auteur a publiées :
l'heureufe Fécondité ; les Beignets , d'après
M. Fragonard , & le bonheur du Ménage ,
d'après M. Leprince. Elle doit être fuivie
de deux autres du même genre , que
M.
Delaunay fe propofe de publier , pour completter
les fix qu'il a promifes , & qui formerent
une collection très précieufe . Les
deux Chaffes , d'après MM. Wanloo &
Boucher , & gravées par M. Flippart , ayant
par la mort de ce dernier paffé en propriété
à M. Delaunay , il avertit le Public qu'on en
trouvera chez lui des épreuves au prix de
3 liv. chacune , au lieu des que les vendoit
leur Auteur ( 1 ) .
On fe rappelle d'avoir vu à Paris en 1780
( 1 ) M. Delaunay, demeure rue de la Bucherie , nº. 26, la
porte cochère après la rue des Rats.
( 139 )
le célèbre Paul Jones , M. Moreau le jeune
le sein , d'après n ture , au mois de Mai
de la même année , il a gravé à l'eau forte ce
portrait très-reffemblant , qui a é éfini au bu
rin par M. J. B. Foffeyeux 1 ) .
เ
M. Ranfonnette , Graver de Monfieur , a préſenté
à ce Prince une Eftampe que nous nous empreflons
d'annoncer : elle repréfence N ftradamus fils , fai ant
voir , dans l'avenir , à Marie de Médicis le Trône
des Bourbons qui lui eſt deſtiné ; le deffin & la
gravure font du même Auteur . Cerre Ellampe intéreffante
, eft d'an effet rrès- agréable & très -piquant ,
& elie a reçu de Monfieur l'accueil le plus flatteur
pour l'Artifte (2 ).
C'eft par erreur que dans quelques Journaux &
fur-tout dans une Gazetre étrangè e on a annoncé que
l'Estampe du Couronnement de Volaire ne paroîtroit
qu'à la fin de Mai 1783. Certe Eftampe a paru au
mois de Juillet , & il n'y en a point l'autre du même
fujer que celle qu'a grav'e M. Gaucher d'après le
delfin de M. Moreau. Cet e Eitampe fe diftribe toujours
avec le Profpectus , chez l'Auteur , rue Saint-
Jacques vis-à- vis Saint Yves .
Les perfonnes qui ont annoncé la fuccellion
de Pierre le Normin , mort en
Sardaigne , revenant des Ifles , font priées
d'en donner avis à M. Braflé , Avocat au
Parlement , rue Guénég pd , Nº 22 .
L'époque jbilire d'un mariage , écrit-on le Dreux,
cft n événement rar dont en tranfmer le oevenir
pour la confolation del'hamanité, pour offriruse agréa
ble perfpective aux je mes é , eux , & leur infpirer des
(1 ) C Portrait fe trouve chez l'Auteur , rue du Coq St-
Honoré , près le Louvre .
(2) Le pricen eft de 6 liv , ; elle fetrouve chez M. Ranfonnette
, Graveur de Monfieur , tue de Bièvre , la petite maiſon
neuve à côté du Chirurgien,
( 140 )
maximes de fageffe & d'économie . M. Jacques -Daniof
Cottin & Dame Elifabeth Poupart , jouiffans l'un &
l'autre d'une bonne fanté , viennent , après so
années de mariage de célébrer cet évènement. Ils
ont habillé plufieurs pauvres de leur Paroiffe à
Dreux , & ont laiffé au Curé le choix des fujets,
comme étant plus inftruit des vrais befoins de
l'indigence. M. Cottin , porte un nom très - conna
dans le Royaume. On obferva à la grande Chan
cellerie , comme une chofe unique & des plus
honorables
que les dernières Lettres Patentes
qui ont donné la Nobleſſe à M. Cottin de St-
Quentin , étoient les feptièmes expédiées en fa
veur du même nom & méritées s'être
pour
quis la plus grande diftinction dans les premières
branches du commerce. M. J. D. Cottin a été
un des Directeurs de l'ancienne Compagnie Royale
de la Chine pour les recouvremens , & eft devenu
célèbre par une des entreprises les plus avanta
geufes à la France . C'eft lui qui le premier fol
licita les Lettres- Patentes qui permirent la libre
fabrication des Indiennes , c'eft encore lui qui en
établit la première fabrique dans le Royaume. I
vit aujourd'hui dans la retraite au milieu d'une
famille refpectable , & ne paroît jaloux que
la confidération qu'on mérite par de grands talens
& des vertus felides.
" acde
On a établi , à l'Ile - de - France , une
Caiffe d'efcompte , fur laquelle on lit les
détails fuivans , dans une lettre écrite de
cette Ifle.
Les Adminiſtrateurs en Chef des Iſles - de - France &
de Bourbon , voulant contribuer à la profpérité de
ces Colonies , ont approuvé un projet qui leur a été
préfentépour l'établiffement d'une Caifle d'Efcompte.
Son objet eft d'efcompter les billets des perfonnes
folvables , au taux d'un pour 100 par mois , & de
recevoir l'argent du public au même taux ; on a
( 141 )
formé en conféquence une Société folidaire , dont
l'acte d'affociation a été vu & approuvé. La Caiſſe
fera ouverte tous les jours de la femaine , excepté
les Samedis , Dimanches & jours de Fêtes , depuis &
heures du matin jufqu'à 11 , à compter du premier
Juillet prochain. Voici quelques- uns des articles de
l'acte d'affociation . 1. Le fonds de la Caiffe fera
de 3 millions , dont 2 feront fournis par le Roi , qui
veut bien en faire l'avance à la Société , & le troisième
par les Intéreffés , chacun au prorata de fon intérêt,
149.Le fieur Fortier fera autorifé à efcompter
tous les papiers qui feront préfentés à la Caiffe ;
mais pour affurer & étendre le crédit & l'utilité publique
que cette Colonie doit retirer de l'établiſſement
d'une Caiffe de ce genre , il ne pourra ,
dans aucun
cas , recevoir pour plus de 40,000 liv . de billets
d'un même particulier , Armateur , Négociant &
habitant , même d'aucun des Affociés à ladite Caiffe ;
& le plus long terme pour le remboursement defdits
billets ne fera pas de plus de 3 mois, Le fieur Fortier
prendra , lorfqu'il le pourra , l'avis de M. l'Infpecteur
M. Broutin , avec lequel il fera tenu de s'entendre
pour les titres qui ne lui paroîtront pas mériter
une confiance entière ; ils n'accepteront que les billets
endoffés par 2 particuliers , & ne pourront , moyennant
ce , les fieurs Fortier & Broutin dans aucuns
cas , être refponfables du retard dans les paiemens ou
autres évènemens quelconques. 21. Tous les
billets de crédit de la Société , feront fignés par les
4 Affociés conjointement , ou au moins par 3 d'entr'eux
, en cas d'abfence ou de maladie de l'un d'eux ;
& le Caiffier de la Société fignera en marge leur
enregistrement & la date d'icelui . Signés BROUTIN,
OURY , FORTIER , LE ROUX , KERMOSERAND.
L'abfence d'un des Auteurs des Ecoles Nationales
Militaires , a obligé de fufpendre l'impreffion des
Mémoires qu'elle publie , jufqu'à fon retour , qui
a été retardé par des affaires importantes. Il re
peut être éloigné maintenant ; l'impreffion des
( 142 )
Mémoires va être reprise & continuée de manière
que ceux qui s'intéreffent au faccès de ces Ecoles
ne perdront rien.
De BRUXELLES , le 11 Février.
On écrit de Vienne que l'Empereur a
formé le projet d'y établir une Academie
des Sciences , & que M. le Baron Van
Swieten eft chargé d'en rédiger le Plan .
» On apprend de la Haye , que le Roi de Pruffe a
fait répondre aux plaintes des Etats de Hollande ,
fur le refus qu'a fait la Régence de Clèves d'airéter .
les 3 principaux Auteurs de l'émente populaire du 6
Décembre dernier , que S. M. a prouve la conduite
de la Régence, d'autant plus que plufieurs réquisitions
faites par le Roi aux Etats , dans des cas femblables ,
ont été fans effet ; qu'il avoit paru par le refus de
l'Ordre équestre d accéder aux plaintes adreflées ; au
Roi , que c'étoit purement une affaire de paris que
S. M. étoit fortement intéreflée au maintien de la
conftitution actuelle de la République , & ne pou
vant être indifférente aux démarches de la Province.
de Hollande pour diminuer les droits & les préroga
tives du Stadhouder , elle eípéroit que les Etats- Généraux
y mettroient ordre « .
>
L'affaire de la Paix de la Hollande avec
l'Angleterre eft maintenant l'objet qui
occupe les Provinces ; les dépêches envoyées
par les Ambaffadeurs de la Répu--
blique , prifes ad referendum par les Etats-
Généraux , font maintenant à l'examen des
Commiffaires. On eft sûr que les poffeffions,
de la République ne cauferont point de
difficultés ; on a des copies de la déclaration
remife le 2 Décembre d rnier , par ordre
du Roi , aux Ambaffa leurs de LL. HH. PP. ,
par M. le Comte de Vergennes ; elle eft
conçue ainfi.
1
( 143 )
Le fouffigné , Miniftre & Secrétaire d'Etat des
Affaires Etrangères , a mis fous les yeux du Roi , le
Mémoire que S. E. M. de Berkeniode , Ambaſſadeur
de L. H. P. , & M. de Brantfen , lear Ministre Plénipotentiaire
, ont eu ordre de préfenter , pour prier
S. M. de vouloir bien leur promettre la reftitution
des Colonies de la République qui ont été prifes par
les armes de la France fur l'ennemi commun. Le
Roi , toujours difpofé à donner à L. H. P. des
preuves de fon conftant & fincère intérêt , ne balance
pas à les faire affurer que S. M. , en reprenant fur
l'ennemi commun quelques -unes des Colonies qu'il
avoit enlevées à la République , a eu principalement
en vue de lui épargner les facrifices qu'elle auroit pu
être dans le cas de faire pour les recouvrer à la paix.
Jamais S. M. ne s'eft propofé de faire entrer ces
Colonies dans la balance des reftitutions , & des
compenfations qu'elle pourroit offrir à l'Angleterre.
Le Roi n'hésite donc pas à faire déclarer que
intention conftante , eft de rendre à la République
celles de fes Colonies qui pourront fe trouver dans
fes mains , lorfque la paix générale permettra à S.
M. de donner à L. H. P. cette marque nouvelle de lon
affection «.
fon
A préfent que l'on a la connoiffance des
préliminaires de la paix de la France , de
l'Espagne & des Etats - Unis d'Amérique
avec l'Angleterre , on eft fort empreffé de
connoître ceux qui auront lieu entre cette
Puiffance & la Hollande.
On affure , écrit -on de la Haye , que nos Plénipotentiaires
ont figné l'armistice , mais l'arrangement
définitif eft renvoyé à un autre tems. Les
Anglois paroiffent vouloir garder ce qu'ils ont pris ;
nous ne voulons , de notre côté , rien céder ; cet
accommodement , en conféquence , n'éprouvera pas
peu de difficultés . On pourroit demander à préfent à
l'un des deux partis qui divifent la République , elle
eft la Puillance amie , celle qui mérite le mieux no.re
( 144 )
confiance & notre affection , de celle qui non feulement
nous a toujours protégés , mais qui nous rend
encore nos poffeffions qu'elle a arrachées à l'ennemi ,
cu de celle qui nous en a dépouillées , lorfque peutêtre
parun refte d'attachement pour elle nous n'avons
pas cru devoir les défendre & qu'elle veut conferver?
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 4 Février.
On a fcellé hier au grand Sceau des dépêches pour
l'Ambaffadeur du Roi auprès de S. M. Très-Fidèle.
Le 27, les Miniftres étrangers s'affemblèrent à leur
Hôtel , où M..de Rayneval fut introduit & compli
menté fur le nouveau caractère dont fa Cour vient,
de le revêtir.
On croit que le Marquis d'Almodovar , ci-devant
Ambaffadeur d'Efpagne en cette Cour , doit revenir
avec le même caractère , auffi-tôt après la ratification
des préliminaires de la paix. On affure affi
que M. Laurens va être déclaré Ambaffadeur des
États- Unis ici , & qu'il fera fon entrée publique à
Londres avec la plus grande magnificence.
Le Marquis de Carmarten eft nommé pour aller
figner à Versailles le traité définitif ; il reftera en
France en qualité
d'Ambaffadeur de la Cour Britannique.
Le Lord Mount- Stuard ira à Madrid ; M.
Ofwald à
Philadelphie ; & on croit
Yorke retournera à la Haye auffi-tôt
arrangé.
que le Chevalier
que tout y fera
On fait des préparatifs
à la Tour pour célébrer la paix.
Le Miniftre Ruffe a reçu du Miniftre de fa Cour
à la Haye , quelques dépêches qu'il a communiquées
à M. Townshend.
2 On affute geu le Roi s'entretenant , il y a quelques
jours , avec le comte de Shelburne , lui a dit qu'il
comptoit, au mois d'Août prochain , faire le voyage
d'Irlande , à moins que quelque éve ement imprévu
pe l'empêchât de quitter Londres dans cette fallon.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 2 Janvier.
N s'occupe ici du rétabliffement de
incendies ; il a été publié un ordre du Grand-
Seigneur , qui prefcrit aux Propriétaires de
reconftruire leurs maifons ou d'en venire le
terrein . Les mouvemens qu'on le donne de
tous côtés pour obéir , employent une quantité
exceflive de matériaux , qui deviennent
d'une cherté exceflive , & qui fourniffent
aux Négocians de cette Capitale un vaſte
objet de fpéculations .
Les diffentions continuent de régner en
Afie , où les troubles augmentent fans ceffe
par les extorfions des Pachas. On a pris des
mefures pour les diffiper & pour contenir
ceux-ci dans leur devoir ; Dandfchi- Méhémet
, Gouverneur d'Erzerum , a été arrêté
récemment , & on va lui faire rendre compte
de fa conduite.
22 Février 1783.
( 145 )
Pendant que le concert des Cours de
Vienne & de Pétersbourg donne de juftes
inquiétudes à la Porte , la République de
Vénife vient de la raffurer fur l'envoi que
la Ruffie & elle vont fe faire réciproquement
d'un Miniftre extraordinaire. Le Bayle
de la République , en notifiant cette réfolution
au Miniflère Ottoman , a déclaré qu'elle
ne devoit donner aucun ombrage , puifque
la miffion de ces Miniftres n'avoit pour but
que l'avantage du commercè des deux Etats.
RUSSIE.
De PÉTERSBOURG , le 2 Janvier.
L'ESCADRE Ruffe qui , aux ordres du
Comte de Wainowick , avoit croifé dans
la mer Cafpienne en eft de retour à Aftracan
; elle a fait dans cette mer des décou
vertes importantes pour le commerce. Le
Comte deWainowick a conclu un Traitéqui
y eft relatifavec le Schah de Perfe , & fait plu
fieurs établiffemens dans fes Etats ; il a amené
avec lui des Députés Perfans , qui font chargés
de la part de leur Maître de préfens pour
l'Impératrice ; lorfqu'il les aura conduits au
pied du Trône , & qu'il aura rendu compte
de fon expédition il retournera dans la
mer Cafpienne avec des bâtimens chargés
de productions Ruffes.
›
On apprend d'Archangel que la navigation
de ce Port eft fermée depuis le mois
de Novembre ; il en eft parti pendant l'an147
(
)).
née
dernière 117
bâtimens , dont 23 neufs ,
conftruits pour le compte des Anglois , qui
en ont encore
commandé autant pour cette
année.
DANEMAR C. K.
De
COPENHAGUE , le 22 Janvier.
M. Moſten Eden , Envoyé
extraordinaire
de la Cour de Londres , doit prendre congé
du Roi & de la Famille Royale ; M. Elliot
qui le remplace ,
préfenterà le même jour
fes lettres de créance.
S. M. ayant vu que les marchandiſes de
luxe , tirées des Pays étrangers , & la prodigalité
dans les repas , étoient la caufe de
la ruine d'un grand nombre de fes Sujets ,
a jugé à propos d'y remédier , par un Règlement
du 20 de ce mois , par lequel elle
preferit la mife dans
l'habillement & l'ordonnance
des tables ; elle exhorte fes Sujets
à s'y conformer , pour la difpenfer de la
néceffité de le faire exécuter par des moyens
défagréables . Ce Règlement profcrit l'importation
des ouvrages d'or & d'argent venant
de
l'Etranger .
La groffeffe de l'époufe du Prince Héré
ditaire a été déclarée à la Cour.
SUEDE.
De
STOCKHOLM , le 22 Janvier.
IL vient d'arriver un Courier de Verg
2
( 148 )
failles ; il a apporté des préfens magnifi
ques pour la Reine , le Duc de Smolande ,
& la Ducheffe de Sudermanie qui a repré
fenté la Reine de France au baptême du Duc
de Smolande.
On écrit de Gothembourg , que dans le
cours de l'année dernière , il eft entré dans
ce Port 693 bâtimens Etrangers & 812 Suédois
; il en eft forti pour l'Etranger 647 , &
860 pour les autres Ports de Suède.
ALLEMAGNE
De VIENNE , le 25 Janvier.
ON travaille férieufement ici à débarraffer
le commerce des entraves qu'il avoit
rencontrées jufqu'à préfent dans les Etats
de S. M. I. Le fyftême actuel de la Douane
fera abfolument changé , & les droits feront
diminués. Des Négocians éclairés font chargés
de travailler de concert à la confection
d'un nouveau plan pour cette partie . On
en efpère beaucoup , & notre commerce
gagnera infiniment , fur- tour fi , comme
on le dit , la navigation de la mer Noire
devient libre.
On affure que le nombre des recrues levées
dans les Etats héréditaires monte à
80,000 hommes , dont la plupart ont été
renvoyés dans leurs familles à condition
de rejoindre leurs régimens au premier
ordre:
Les armuriers de cette ville & ceux établis
dans la Haute - Autriche , travaillent
( 149 )
16,000 cafques de fer d'une nouvelle
invention ; ils font auffi chargés de fournir
plufieurs milliers de fabres & de bayonnettes.
Le bruit fe renouvelle que le Duc Frédéric
de Wurtemberg fera nommé Vice-
Roi de Hongrie.
Une Ordonnance de l'Empereur en date
du 20 Décembre dernier , fupprime la fervitude
qui avoit fubfifté jufqu'à préfènt
dans l'Autriche.
Il réfulte d'un nouveau dénombrement
fait depuis peu dans cette capitale , qu'elle
renferme 200,000 habitans . On a compté
dans ce nombre 88 Docteurs en Droit ,
222 Docteurs en Médecine , 75 Chirurgiens
, 169 Sage -Femmes & 4 Dentiſtes.
On a déterré près de Bude en Hongrie ,
une colonne milliaire , dont l'infcription
prouve clairement que les Romains avoient
appellé cette ville Aquineum.
De HAMBOURG , le 28 Janvier.
TOUTES les nouvelles annoncent aujourd'hui
que la Porte ne néglige rien pour éviter
les dangers d'une guerre qui , dans les circonftances
préfentes , pourroit lui être funefte.
On prétend qu'elle a répondu verbalement
aux mémoires des Cours de Vienne
& de Pétersbourg , qu'elle confentoit au
paffage libre des vaiffeaux Ruffes armés , de
la mer Noire par le détroit des Dardanelles
vers l'Archipel , tant en allant qu'en reve-
& 3
( 150 )
nant ; qu'elle promet de plus de laiffer jour
les Principautés de Walachie & de Moldavie
des libertés qui leur ont été affurées par le
traité de Kainardgi , de forte que les Hofpo
dars de ces deux Provinces ne feront plus
dépofés arbitrairement , mais feront inamovibles
dans leur dignité moyennant le payement
d'un tribut certain & invariable pendant
leur vie.
כ כ
Malheureuſement pour la Porte , ajoutent ces
lettres , à mefure qu'elle fait des facrifices , on lui
en demande de nouveaux ; & felon le cours ordinaire
des affaires dans la politique , une conceffion de
fa part femble donner le droit de lui en impofer
une autre. Sahim Guérai exige , dit- on aujourd'hui ,
Ja cetlion d'Oczakow & du territoire circonvoisin
comme ayant appartenu ci- devant à la Crimée. Le
motifde la prétention eft la sûreté de fa domination ;
mais on apperçoit ailément que cette nouvelle poffelfion
feroit à la bienféance de fes alliés , bien plus
encore qu'à la fienne , fur-tout s'il eft vrai que la
Ruffie tiendra dorénavant un nombre de fes troupes
en garnifon dans la Piefqu'ifle ; il en coûtera beau
coup à S. H. , de renoncer à une place par la ceffion
de laquelle elle perdroit abfolument toute communication
avec les anciens feudataires «<.
Ces prétentions ne font pas les feules
qu'on forme contre l'Empire Ottoman ; la
Maifon d'Autriche veut , dit- on , profiter
des circonftances pour demander auffi fatisfaction
de diverfes infractions faites au traité
conclu entre les deux Puiffances ; c'eft ainfi
que s'expriment à ce fujer quelques papiers.
3
Les circonstances font favorables pour faire
rentrer la maison d'Autriche dans quelques pollef
fions qui lui ont été enlevées ; elle pourroit redemander
Belgrade , Niffa , Widdin , & même toute la
( ISI )
five du Danube jufqu'à Warna. Belgrade , prife trois
fois par les Turcs , & en dernier lieu en 1739 qu'ils
la gardèrent , n'eft qu'à 92 milles de Conftantinople.
Nila , à 7 journées de Belgrade , eft en leur pouvoir
depuis 1737 , par la trahifon du Général Donat
Les Hongrois tâchèrent envain de s'emparer de
Widdin en 1739. Warna , fituée près de l'embouchure
du Danube dans la mer Noire , eft à 30
milles de Conftantinople. Elle fut piife par les Turcs
en 1444 , à la fuite d'une victoire qu'ils remportèrent
fur Ladiflas , Roi de Hongrie «.
» On affure , lit-on dans une lettre de Pologne ,
qu'il arrive fouvent des Exprès de Conftantinople à
Buchareſt & à Jaffy , & que les Hofpodars de Moldavie
& de Walachie , font très -inquiets , parce
qu'ils ont appris qu'il étoit queftion de grands changemens
dans ces provinces. On dit qu'on vient
de recevoir des lettres de Conftantinople , danslefquelles
on lit que le Grand Vifir a été déposé ,
qu'il eft remplacé par le Kiaja-Bey , & que la Porte
éoit prête à fatisfaire aux demandes des Cours dé
Vienne & de Pétersbourg « .
On dit que l'Empereur veut , à l'exemple
du Roi de Pruffe , affermer le café dans fes
Etats ; il n'y aura que les Fermiers qui le vendront
brûlé & réduit en poudre.
Selon des lettres de Vienne , il a été notifié
dans tous les Etats héréditaires qu'à
l'avenir la nomination aux Bénéfices vacans
dans les Chapitres , appartiendra au Souverain
, & que les mois où la Cour de Rome y
nommoit n'auront plus lieu.
Conformément au nouveau Règlement
relatif aux affaires intérieures de l'Empire ,
& d'après le plan dont il a été convenu ,
on a intimé aux Confeillers- rapporteurs de .
8.4.
7152 1
ne point remplir comme ci- devant leurs
fonctions dans leurs propres mailons , mais
feulement dans le palais de la
Chancellerie ,
où des falles ont été difpofées à cet effet ;
chaque femaine ils y tiendront treis feflions
en pleine audience , & plus fi l'abondance
des affaires l'exige : ces Magiflrats s'y trou
veront tous les jours , fans en excepter les
jours de fête , depuis huit heures du matin
´jufqu'à midi , & depuis trois heures de l'après-
dîner jufqu'à fept heures .
Il y a eu outre cela une fuppreffion de
50
Confeillers ; ceux qui ont fervi pendant
dix ans , recevront en penfion le tiers de
leurs
appointemens ; ceux qui auront fervi 20
ans , les deux tiers, & ceux qui auront rempli
leurs fonctions pendant quarante ans , recevront
leur falaire entier.
On obferve ici que l'hiver de cette année
eft des plus
extraordinaires : il tombe de la
neige affez fréquemment ; mais elle ne tient
point : un vent du midi la fait fondre prefqu'auffi-
tôt , ce qui caufe de fâcheufes inondations.
La nuit dernière il eft tombé une
pluie fi confidérable que les chemins font
impraticables
.
» On reçoit ici tous les jours , écrit on de Rati
bonne , des nouvelles fâcheufes du dégât qu'a caufé
dans nos environs , le terrible orage du 15 de ce
mois. Le tonnerre eft tombé trois fois à Pleinting
près de Wilshofen , mais heureuſement fans mettre
le feu. Le vent violent qui fouffloit a arraché un
grand nombre de chênes & d'arbres fruitiers , &
dans plufieurs endroits il a enlevé les couvertures
des maifens ; le dégât feul occafionné dans les bois ,
{
( 153 )
eft évalué à plufieurs milliers de florins c
On mande de Mayence que l'Electeur a
adreffé à la Régence des ordres par lesquels
il l'a chargée de faire publier qu'à l'avenir
les Proteftans dans la Seigneurie d'Eichsfeld
pourront acquérir des terres , le droit de
Bourgeoifie , & être reçus fans difficulté dáns
les corporations des métiers .
30
Ayant fait au mois de Septembre dernier , écrit
de Bude le P. Jofeph Jakuficks , un voyage dans
l'Esclavonie , pour examiner dans le diſtrict de
Syrmie , les reftes des antiquirés Romaines , je
m'attachai particulièrement à l'examen d'un Foffé
appellé vulgairement le Foffé de Probus , où d'après
la tradition , l'Empereur de ce nom a été tué par fes
Troupes. En fuivant le long de ce Foffé , je décou
vris dans plufieurs endroits des veftiges d'édifices
très-vaftes , fur- tout près de Kraljev - Cze & de
Petrovacz ; je vis auffi au premier endroit un Cercueil
de pierre que l'on avoit déterré peu de tems
avant non arrivée. Ce Cercueil a 6 pieds & 6 pouces
de long , fur 3 pieds de large. Il renfermoir
les oflemens d'un Homme de moyenne taille , qui
avoit placé à fes pieds deux autres Cadavres . Une
Agrafe ( Fibula) fe trouva fur l'épaule droite ; cette
Agrafe & l'Aiguille , qui eft dedans , fe font bien
confervées ; elle eft de Bronze & dorée. Ily avoit encore
dans ce Cercueil , une Bague d'argent montée
d'une pierre Lazuli , & les reftes d'un Tuyau de
verre de la longueur de 4 pouces , & d'un pouce
de diamètre. Ce Tuyau , qui me paroît avoir fait
partie d'une Lampe , renfermoit une matière argentine
& blenâtre qui s'enflammoit & difparur
F'ayant frottée fur la main. Jignore encore de quof
cette matière eft composée . Dans ce même
voyage , je vis auffi trois pierres fur lesquelles
on pouvoit encore lire ce qui fuit :
21
( 154 )
CEMAES. LICCAVFAMANTINVS.
HO --
SE TAMNORVM . DEO
M. GENTE. VNDIVS
CENTVRIA SECVN
DA. IN FLVMEN. PER
IT HEMONA. POSV
ERE. LICCAVS. PATE
R. LORIQVS. ET LICA
IOS COGNATI.
Cette Pierre a été trouvée en 1782 , à Putincze
en Syrmie ; elle a 2 pieds de haut , fur un pied
9 pouces de large.
2º. IVL. AELIO. DVILICL
FL. PANN. VIX . ANN. XLV
STATORIA. SVRA CON
IVX . ET IVL. IANVA
RIVS. FIL AEMIL. CA
RVS. TR
Cette Pierre a été trouvée à Kraljevcze en
Syrmie en 1782 ; elle a 2 pieds & un pouce de
haut , fur 2 pieds 8 pouces de large.
3º . MONITORI. PRO
SALVTE. ADQVE
INCOLVMITATE
D.-N. GALLIENI. AVG.
ET MILITVM
VEXILI . LEGGERMANICIANA
ET BRITANICIN
M. AVXILIS.
-
ARVM
ETALIANVS
ECT. AVG. N.
t ITVS
P.
Trouvée à Mitrovicz ( anciennement Syrmiom )
en 1782 ; elle a 4 pieds de haut , fur 2 de large.
ITALIE.
#
De LIVOURNE , le 20 Janvier.
LES préparatifs que l'on voit faire fur
l'efcadre Ruffe , mouillée dans ce port , fait
préfumer qu'elle ne tardera pas à partir , &
qu'elle fe rend dans l'Archipel.
» Le Roi , écrit -on de Turin , toujours attentif à
ce qui peut intéreffer le bien- être de fes peuples , s'eft
déterminé , vu la difette actuelle des grains , à rendre
le 14 du mois dernier , une Ordonnance par laquelle
il eft prefcrit à tous propriétaires & fermiers de terre
dont la récolte aura été bonne , de faire porter des
grains au marché fur l'injonction qui leur en fera
faite , pour les Y vendie au prix courant. Tous les
Gouverneurs , Commandans &c . , font autorisés à
faire enlever les grains que la cupidité entaffe , & à
les faire vendre au prix courant , aux hopitaux &
aux communautés ; & les Eccléfiaftiques font invités
à fe livrer à tout ce que l'efprit de charité doit leur
infpirer en ces fâcheufes circonftances ".
SETATS UNIS DE L'AMÉRIQUE SEPT.
DE Philadelphie les Décembre. Les
actionnaires de la banque de l'Amérique
feptentrionale , s'affemblèrent le 4 Novembre
pour élire les Directeurs qui feront chargés
de l'adminiftration des affaires de cette
Société l'année prochaine. On examina les
comptes des Directeurs qui alloient être
remplacés ; & l'affeinblée fatisfaite de leur
conduite , & de l'état où ils ont mis cet
établiffement tout-à- fait nouveau dans ce
g 6
( 156 )
pays , arrêta unanimement des remercie
mens.
>
Un Comité des créanciers dans cette
ville & dans les environs a préfenté
la pétition fuivante à l'Affemblée générale
de l'Etat de Penfylvanie.
כ כ
eble
Repréfentent humblement , que les Requérans
ont été nommés par les Proprétaires des certificats
du Bureau d'Emprunt , & autres créanciers des
Etats- Unis , dans la ville & dans le voisinage de
Philadelphie , à une affemblée générale desdits
créanciers pour former un Comité , & qu'ils ont
été charg's de prendre toutes les mesures conve
nables , foit par pétition , ou autrement , pour
tenir l'établiffement de fonds fufflans
pour ,
payement réguler & ponctuel de l'intérêt des dettes
publiques , actuellement exiftantes , jufqu'à ce que
le capital en foi remboursé en entier. Que confidérant
votre honorable Chambre , comme la vraie
gardienne des droits des citoyens de Penfylvanie ,
& yoyant que , d'après la préfente fituation des
affaires des Etats Unis , les reffources pour affigner
des fonds applicables au payement des dettes , dont
ils font débiteurs envers les citoyens de cet Etat , di
pendent , de arrangemens qui feront pris par la
régiflation , les Requérans le croyent indifpenfa
blement obligés de mettre fous vos yeux leur pofition
affligeante , & les charges pénibles que fuppor
rent les créanciers publics de la Penfylvanie , & de
réclamer votre médiation. Tout confidéré , ce
Lecours doit-il être fourni par le tréfor Continental,
ou vaut-il mieux que l'Etat faffe un fonds le
paré pour acquitter ce qu'il doit à fes propres
citoyens ? C'est ce que les Requérans laiffent à dé
cider à la fagacité de la Chambre. En mêmetemps
, ils prennent la liberté de vous obferver ,
que fi le premier de ces deux moyens étoit obftrué
par les circonftances relatives aux autres Etats , que
―
( 157 )
9
le fecond y feroit moins expofé. Qu'il a été
préfenté une pétition à la dernière Chambre d'afemblée
, par un Comité des créanciers publics le 19
Août dernier ; avec une copie de la pétition du
même Comité , préfentée au Congrès , en date du
8 Juillet , à laquelle la Chambre pourra le référer.
Que les detres confidérables , & en grand n m
bre ci- deffus mentionnées , pour articles fournis
pour l'ufage des Etats-Unis , ont été généralement
contractées en argent du Continent ; à diverfes
époques , & fur des taux différens , & que les Officiers
& Agens , qui ont contracté ces dettes pour
le fervice du public , n'étant point autorisés à les
liquider & à les régler , fuivant leur jufte valeur
le montant de ces dertes eft encore incertain , parce
que la valeur de l'argent Continental varie fans
celle ; les créanciers n'ont d'ailleurs que des gages
peu folides . Il est donc néceffaire qu'une fanétion
publique & authentique fire leurs prétentions d'une
manière certaine & fatisfaifante . Ces dettes ont été
contractées dans l'efpérance d'en prompt payement.
Animés par cet elpoir , par le zèle & par le defir
qu'ils avoient qe l'armée ne manquât point de
provifions dans des temps critiques , plufieurs d'entre
ces créanciers ont confacré au bien public cette
même propriété , & ces mêmes fervices , dont ils
faifoient dépendre la fubfiftance de leurs familles ,
& le payement de leurs dettes. Ces citoyens après
avoir donné les preuves les plus éclatantes de
zèle & de patriotifme , fe voyant fruftrés dansleur
attente fe fint trouvés dans la pofition la
plus embarraffante & la plus défaftreuſe .
n'ignorons pas que les befoins publics nés d'évènemens
imprévus , & d'une foule de circonftances
que la révolution a occafionnés , "ont pu forcer
quelquefois le Gouvernement de manquer à fes.
engagemens les plus facrés , pour fatisfaire à des
néceffités du moment ; & Eous n'oublions point
3
,
17
Nous
( 158 )
l'obligation où nous fommes de pourvoir aux nou
veaux fubfides qui peuvent être exigés pour le fervice
public. Mais on ne parviendra à empêcher que les
engagemens les plus formels ne foient violés de nouveau
, & à affurer le fuccès de l'octroi des fubfides ,
qu'en rétabliffant tellement le crédit public qu'il foit
poffible de tirer par anticipation unavantage immédiat
des revenus des années futures. Efpérer qu'une taxation
immédiate peut feule fuffire pour les fubfides
qu'exige une guerre difpendieufe , c'eft le faire illu
fion; car la chofe ne feroit pas même pollible dans
le plus vigoureux état de maturité d'une République
bien conftituée. Ainfi il y auroit de la folie à
ne compter que fur notre pofition actuelle , à l'exclufion
du crédit public. Ce n'eft que dans les Gouvernemens
defpotiques qu'il eft permis de fe faire un
fyftême de la violation de la foi publique & de l'op
preffion d'une partie de la Communauté pour l'ai.
fance & l'utilité des autres . Une réciprocité d'avantages
& de fûreté , une égalité de contributions , &
un refpect infini pour la juftice & pour l'équité , dans
les actes de légiflation , voilà ce qui eft abfolument
effentiel à l'exiftence d'une République & au bonheur
d'hommes libres fous quelque forme de Gouvernement
que ce foit.
Tant que les ennemis ont été fupérieurs en force ,
tant que leurs déprédations ont empêché le Gou.
vernement civil d'agir librement , & l'ont mis dans
le cas d'impofer de plus fortes contributions fur
les individus , les Créanciers fe font diftingués par
une continuité fans exemple d'efforts de courage
& de patience , dans la ferme confiance que lorf
qu'on feroit à l'abri de toute invafion , le Gouver
nement civil fe liquideroit vis-à- vis d'eux , & feroit
contribuer chaque Membre de la Communauté
felon les pouvoirs refpectifs . Cet heureux tems eft
enfin arrivé , & ils efpèrent que la prudence , la
faine politique , la juftice & l'humanité détermi
neront promptement à adopter des mefures qui
( 1597 )
procurent du foulagement aux Créanciers publics
& qui faflent renaître la confiance également néceffaire
au maintien du bon ordre & de la sûreté
dans la fociété , & à l'existence du crédit public.
-
Les Requéraus font très éloignés d'exiger le
remboursement immédiat du capital , fur- tout de
celui des dettes réfultantes des emprunts , mais ils
préfument que fi l'on établiffoir un ordre conve
nable dans les reffources de l'Etat , elles feroient
plus que fuffifantes pour affurer le payement exact
de l'intérêt annuel & l'extinction graduelle du capital
dont l'Etat eft débiteur envers fes propres
Citoyens , & cela d'une manière qui faciliteroit la
levée du contingent des fubfides qu'il eft obligé
de fournir pour le fervice Continental . Un tel
arrangement n'appauvriroit aucunement l'Etat , &
ne diminueroit point la maffe de fes reffources .
Les fommes que l'on préléveroit fur l'enfemble
pour être appliquées à cet objet , feroient auffi - tôt
réparties entre les individus , qui , juſqu'à préfent
ont contribué au- delà de leurs quote-parts refpectives
& alors l'extenfion donnée à leurs facultés
les encourageroit à fournir de nouvelles contributions.
Il eſt certainement plus facile , en mêmetems
qu'il eft plus jufte & plus équitable , que toure
la Société paye l'intérêt annuel , que fi une feule
partie de cette Société fupportoit le poids & da
capital & des intérêts , tandis que tous prennent
également part aux avantages. Les Requérans fupplient
donc l'honorable Chambre de daigner adopter
les moyens qui lui paroîtront convenables & conformes
à la juftice & à l'équité , pour procéder
fans délai à une liquidation des fommes incertaines
dues par le Public aux Citoyens de cet Etat. Ils
la fupplient auffi de daigner pourvoir efficacement ',
en affignant des fonds ftables , à l'acquittement
éventuel de toutes les fommes dûes par le Public
audits Citoyens , foit que leurs créances foient
›
( 160 )
fondées fur des emprunts , ou fur d'autres titres
& de pourvoir au payement exact des intérêts ,
jufqu'à ce que le capital ait été remboursé en entier
".
Le 3 de ce mois l'Affemblée générale de
Philadelphie a paffé un acte pour empêcher
qu'il ne fe forme aucun Etat nouveau &
indépendant dans les limites de cet Etat.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 7 Février.
Nous n'attendons plus avec la même
impatience , & nous ne recherchons plus
avec la même curiofité les nouvelles des
Indes Occidentales & du Continent de l'Amérique.
Le tranfport armé le William,
arrivé de Terre-Neuve à Corke , a informé
Le Gouvernement qu'environ 12 bâtimens
venant de New-Yorck & d'Hallifax , étoient
arrivés en bon état à Saint - Jean , où
ils avoient conduit 2 riches prifes Américaines
chargées d'indigo & de tabac.
J
Par un autre bâtiment qui a mouillé à
Limerick , & qui eft venu de New-Yorck
en 22 jours de traversée , on a appris que
plus de 200 familles avoient quitté cette ville
pour le rendre à Hallifax dans la Nouvelle-
Ecoffe ; l'opinion générale à New - Yorck
étoit que cette place feroit évacuée au printems.
Le Général Carleton y étoit encore ,
mais on croyoit qu'il feroit bientôt remplacé,
& en attendant il continuoit d'envoyer
des effages au Congrès par le canal du
Général Washington
.
( 181 )
La conclufion de la paix qui jette maintenant
un peu d'indifférence fur tout ce qui
fe paffe dans ces contrées , donne lieu ici
à différens mouvemens.
Les Propriétaires Planteurs , Négocians & autres
Intéreffés dans le Commerce de l'Ile de Tabago
, après s'être affemblés plufieurs fois , ont
préfenté un Mémoire au Roi contre la ceffion de
cette Ile. Les Commiffaires chargés de ce Mémoire
ont eu enfuite une conférence avec le Lord
Shelburne , qui leur a répondu que l'Ifle étant cédée
& garantie à la France , par la Grande - Bretagne ,
il étoit impoffible de revenir fur cette affaire ; mais
il les a affurés en même-tems que lai & les autres
Miniftres du Roi concourroient avec le plus grand
zèle par leurs recommandations auprès de la Cour
de Verſailles , à procurer les meilleures conditions
Foffioles aux Propriétaires des terres & autres intéreffés.
Tel eft en fubftance le compte qui a été
-rendu de cette affaire le de ce mois à cette AC
femble ; on arrêta le projet d'un Mémoire qui
doit être préfenté aux Miniftres Britanniques & à
M. de Rayneval. On décida auffi d'envoyer un
Agent à Verfailles pour traiter avec cette Cour ,
& tâcher de rétablir les conditions que les Négociateurs
Britanciques avoient négligé d'employer , afin
de mettre ceux qui ne voudroient pas refter fujets
de la France , en état de vendre leurs biens cc.
Cet article des préliminaires de la paix.
n'eft pas le feul qui ait affecté nos Négocians
; ceux qui ont intérêt au commerce
du Canada , ont auffi porté un Mémoire au
Lord Shelburne.
>
Les limites fixées pour marquer l'étendue des
territoires des 13 Etats- Unis ont difent - ils , fi
complertement bouché les paffages du pays defcendant
à Montréal , que le commerce des Pelleteries
7162 )
fera totalement anéanti par cette difpofition. At
tant valoit mettre le Canada au nombre des facrifices
qu'on a faits pour obtenir la paix , puifqu'on a cédé
tous les avantages qu'on pouvoit retirer de cette
Province. Lorfque les traités définitifs auront été
figués , obfervent-ils , il ne fera pas poffible de
porter au marché de Québec une feule
peau fans la
permiffion des Gouverneurs des forts Américains.
On prétend que le Comte de Shelburne a été trèsfurpris
d'apprendre qu'il y avoit de tels inconvé
niens à craindre , & qu'il a dit qu'en n'avoit pas
prévu qu'il dût réfulter d'auffi grandes conféquences
de la manière dont on avoit fixé les limites ; qu'au
refte c'étoit à M. Townshend qu'il falloit s'adreffer.
Les Perfonnes intéreffées au commerce de
la Floride Occidentale , s'élevent aufli contre
les ceffions faites à l'Eſpagne.
+
Ils s'affemblèrent ces jours derniers , & après
avoir lu & médité l'article de cette ceffion , il leur
parut évident que les Terriens , les Colons & autres
Habitans de cette Province alloient le trouver
dans la pofition la plus critique , attendu qu'il
n'avoit été pris aucun arrangement pour que ceux
qui ne voudroient pas devenir fujets de l'Eſpagne
puiffent difpofer de leurs propriétés , & qu'il n'avoit
été ftipulé aucun article pour qu'ils euffent
la facilité de recouvrer ce qui leur étoit dû , & de
fauver du naufrage les débris de leur fortune. L'af
femblée a nommé en conféquence un Comité , qui
eft chargé de dreffer un Mémoire , pour être mis
fous les yeux des Miniftres du Roi , & du Minifière
d'Espagne. Les Négocians qui ont des propriétés
dans la Floride Orientale fe font affemblés égale
ment , & ont pris les mêmes réfolutions pour les
mêmes motifs.
Pendant que les Commerçans s'occupent
ainfi de leurs intérêts , les Loyaliftes Américains
qui font fans doute plus à plaindre ,
( 163 )
ne fe font oubliés
. Le 4
pas de ce mois ils
fe font affemblés , & ont nommé des délégués
chargés de repréfenter leur trifte fitua
tion. Ces délégués font le Lord Dunmore ,
pour la Virginie ; Sir W. Pepperel pour
Maffachuffer ; le Gouverneur Franklin pour
New-Yorck & fes dépendances ; le Gouverneur
Bull pour la Caroline méridionale , &
M. Galloway pour Philadelphie.
» On a offert , dit un de nos papiers , à ceux des
Loyaliftes Américains à qui la propofition pourroit
convenir , des terres dans la nouvelle Ecoffe & le
Canada , & l'on croit généralement que malgré la
différence extrême qui fe trouve entre les climats
Méridionaux & ces deux Provinces Septentrionales ,
plufieurs des Loyalistes préféreront ces deux afyles
ceux dont ils jouiffoient plus agréablement au Sud.
Comme il eft probable que quelques milliers de ces
braves gens ne réuffiront jamais à recouvrer leurs
patrimoines confifqués , il l'eft par conféquent que
la néceffité les forcera à devenir planteurs fous la
protection de l'Angleterre , foit dans la nouvelle
Ecoffe , foit dans les vaftes contrées du Canada :
d'autres , qui peut - être parviendront à le faire ref
tituer leurs propriétés , ne pourront jamais fupporter
les défagrémens qui les attendent dans leur
ancienne patrie , & quitteront des contrées devenues
infupportables pour eux «.
La plupart de nos papiers anti -Miniftériaux,
en rapportant tous ces faits , obfervent qu'il
n'y a prefque aucune claffe de Citoyens , fi
l'on en excepte les adhérens immédiats du
premier Miniftre , qui n'ait quelque objection
à faire contre la paix. On lit dans un les réflexions
fuivantes.
» A préfent que les articles de paix font connus
( 164 )
-
--
dit un de nos papiers , il faut avouer que la
France a déployé de grands talens , dans une
négociation qui fait le plus grand honneur
à fon Confeil ; puifque non content de procurer
à ce pays & à l'Espagne une paix avantageufe &
honorable , il eft encore parvenu à nous séparer
pour jamais de l'Amérique , & à diminuer le tiers
de notre commerce , celui qui après l'Inde étoit
notre foutien & faifoit notre gloire. L'acquifition
que les François font dans l'Inde , les place dans
une fituation formidable pour nous dans cette partie
du monde ; car fi dans la fuite ils y font en guerre
avec nous , il nous fera impoffible d'avoir par terte
des fecours du Bengale , pour la partie méridionale ,
Fuifque le terrein qui leur eft affigné eft pofitivement
dans le coeur du Carnate. Ce font fans doute ces
confidérations qui ont caufé , le 28 , dans la Chambre
des Communes , des réclamations fi vives. Le
parti Ministériel eft parvenu à arrêter cette effervefcence
, en appellant l'ordre du jour , & en fai
fant remettre cette difcuffion des articles de paix
à la féance prochaine. Il fe flatte vraisemblable
ment de fe fortifier d'ici à ce tems. Si quel
que chofe pouvoit nous confoler , c'eft de voir la
Nation s'élever contre plufieurs articles humilians
qu'elle pourra rompre lorfque nous aurons renoné
avec les Américains & que l'amitié commune
fera rétablie entre nous , ainfi qu'avec des Puiffances
qui réclameront peut - être notre alliance. La
ceffion des deux Florides eft inexplicable , à moins
qu'on n'ait eu en vue de mettre fans ceffe les Elpagools
& les Américains aux prifes.
-
}
Ce n'eft qu'après l'échange, de toutes les
ratifications , que le Traité préliminaire feta
mis fous les yeux du Parlement ; & c'eft
alors que les débats feront intéreffans ; en
attendant nous placerons ici un précis de la
( 165 )
féance du 3 de ce inois , dans laquelle il fut
queftion des divers objets fuivans.
M. Burke annonça à la Chambre que fous pen
de jours il préfenteroit un bill à l'effet d'expliquer
& de changer quelques endroits du , bill de réforme
préfet té par lui l'année derniere. Il ajouta
que ce bill avoit befoin de ces changemens &
qu'en effet il ne l'avoit mis fous les yeux de la Chambre
à cette époque qu'à la follicitation de l'honorable
ami qui lui avoit fuccédé dans le miniftere ; que pendant les vacances du Parlement , il s'étoit
occupé férieufement de cette affaire & qu'il fe
flattoit d'avoir donné à ce bill toute la perfection
dont il est fufceptible. M Minchin pria enfuite
la Chambre de faire attention à quelques remar
ques qu'il avoit faites fur les articles préliminaires
de la paix . Ils n'expliquent point , dit-il , de quelle
maniere doit être réglé le commerce des diverfes
nations , & comme je crois qu'il eft très-important
que tous les fujets de la G. B. aien: fur cet objet des
connoiffances , voici quelle eft ma pro, ofition ;
--
Qu'il foir mis fous les yex de la Chambre
des copies des états du nombre de bâtimens ap- partenans aux Ifles de Guerafey & de Jerley, & employés dans la nouve le Ecoffe aux pêcheries , en fpécifiant leur nombre chaque année depuis 1763 jufqu'en 1777 ; des états de la quantité de gomme importée du Sénégal pendant le même
efpace de tems ; des états du nombre d'efclaves
exportes de nos poffeffions Africaines pendant le
même efpace de tems ; enfin des états de la quantité de bois de campêche importée pendant le même ef- pace de tems. M. Eden dit que felon lui , il y avoit une infinité d'affaires de la premiere nécelfité
dont il auroit fouhaité que l'on s'occupât avant celle de la ratification. La révocation de l'acte
prohibitoire
, ajouta-t-il , ne fuffit point pour o4-
-
( 166 )
vrir le commerce entre la Grande-Bretagne & l'Ir
lande , fi l'on ne fait rien par- dela ; mais je
n'infifterai pas fir cet objet pour le moment , &
je me contente de la parole donnée par M. Pitt
que les Miniftres du Roi ont pris cette affaire
en confidération . · Le Lord Newhaven témoigna
fon chagrin de ce qu'il avoit appris que les articles
préliminaires ne feroient difcutés dans la Chambre
des Communes qu'après leurs ratifications ; attendu
que , dans ce cas , l'affaire étant terminée , toutes
ces difcuffions feroient abfolument inutiles . M.
Townshend Secrétaire d'Etat , dit qu'il n'avoit
jamais été d'ufage que la Chambre difcutât des
articles préliminaires avant leur ratification , mais
que S. M. ayant pris la réfolution de ratifier ceux
qui viennent d'être conclus , il efpéroit être en
état de les mettre fous les yeux de la Chambre
avant la fin de la femaine . - Le Chevalier W. Dol
ben convint qu'en effet jufqu'à préſent on n'étoit
poit dans cet ufage , mais il prétendit que la circonftance
actuelle offroit une nouvelle queftion,
en ce qu'il s'agiffoit de favoir fi dans une négociation
par laquelle S. M. abdiquoit une partie de
fes Domaines , la Chambre des Communes n'avoit
pas le droit de dire fon avis avant que cette abdi-
Il a été or- cation fût totalement confommée .
donné que les articles préliminaires préfentés à
cete Chambre par M. Townshend feroient pris
en confidération le Vendredi 8 de ce mois .
L'affaire de la révolte du 77e. régiment
avoit été auffi l'objet de plufieurs débats
dans la Chambre des Communes le 29
& le 31 Janvier. Ces débats , après avoir
été très - vifs le premier jour , finirent le
fecond à caufe de l'avis fuivant qui avoit
paru dans la Gazette de la Cour.
Comme il s'eft élevé des doutes fur l'étendue
( 167 )
& le vrai fens des ordres de S. M. , datés du Burcau
de la Guerre le 16 Décembre 1775 , relativement
à l'enrôlement des Soldats engagés depuis ce tems
dans les Régimens d'Infanterie en marche , S. M.
déclare par la préfente que tous les hommes qui
fervent dans tout Régiment ou Corps d'Infanterie
en marche & qui ont été enrôlés depuis la date dudit
ordre ,feront licenciés après la ratification du Traité
définitif de paix , pourvu qu'ils aient fervi pendant
trois années , à compter de la date de leurs enga
gemens , & tous les hommes enrôlés & fervant aifi
que ci-deffus qui n'ont pas complété le terme de
leur fervice en entier , feront licenciés à l'expiration
des trois années , à compter de la date de leurs
engagemens refpectifs . Et en même tems , aucun
homme enrôlé fous les conditions ci- deffus mentionnées
ne fera envoyé pour le fervice du dehors ,
à moins qu'il n'ait été enrôlé de nouveau au fervice
de S. M.
Il paroît que l'exemple des Montagnards
a cu des effets contagieux , on en peut juger
par la lettre fuivante de Portſmouth en
date du 2 de ce mois.
Le 68. Régiment embarqué depuis quelques
jours à bord de Tranfports pour les Ifles de l'Amérique
, apprenant que les Montagnards n'iroient
point dans l'Inde , a formé la réfolution de refter
auffi en Angleterre. En conféquence , à la pointe du
jour , on vit les Tranſports faiſant voile dans le
Port , mais un vaiffeau de guerre qui tira fur eux les
empêcha d'exécuter leur deffein . Un feul Tranſport
chargé d'environ 300 hommes , fut porté fi près de
la Côte qu'ils defcendirent tous à terre . Ces Troupes
fe mirent auffi - tôt en marche vers la ville pour
demander des quartiers au Lord George Lenox.
Celui- ci , bien loin de faire ce qu'elles défiroient ,
voulut les forcer de fe rembarquer ; mais elles le
( 168 )
refusèrent , & on fut obligé de les envoyer aux
Baraques d'Hilfey , où elles refteront juſqu'à ce qu'il
ſoit arrivé de nouveaux ordres de Londres.
Comme le Gouvernement ignore quelles
feront les difpofitions d'Hyder- Aly loriqu'il
recevra la nouvelle de la pacification ,
l'embarquement des troupes deftinées pour
l'Inde n'a pas encore été contremandé ,
comme tous les autres mouvemens & préparatifs
de guerre.
-
On donne , dit un de nos papiers , pour motif de
la retraite du Lord Keppel le mauvais état de fa fanté;
mais on eft perfuadé que c'eft une diverfité de fenţi .
mens relativement à la facification qui l'a déterminé
ainfi que le Duc de Richemont à quitter une adminiſtration
où ils étoient refiés après la retraite de M.
Fox , & des autres Membres du parti de Rockingham.
S'il faut en croire divers rapports , ils ont même
refufé de figner les préliminaires. Les articles de la
pacification qu'on croit devoir être le plus vivement
cenfurés par le parti de l'Oppoſition , font ceux qui
accordent la liberté de la pêche de Terre Neuve aux
Américains , l'abandon des Loyaliftes , & ce qui
regardoit Dunkerque dans les anciens traités . L'oppofirion
à laquelle le Ministère doit s'attendre , fera, diton
, d'autant plus formidable, que les deux paitis entre
lefquels celui du Lord Shelburne tient le milieu , femblent
fe difpofer à le combattre , excepté fur le feul
article de l'indépendance Américaine , au fujet de
laque le M. Fox & fon parti le font expliqués trop
fouvent & trop pofitivement pour le rétracter anjourd'hi.
Le Comte de Catlifle a résigné fa
place de Grand- Maître de la Maiſon du Roi ; on ne
fait pas encore précisément ce qui y a donné lieu ,
mais on foupçonne que M. Fox y a beaucoup contribué.
-
L'efcadre
( 169 )
L'efcadre fortie le 16 Janvier de Portfmouth
pour les Indes orientales , fous les
ordres du Commodore Kingfmill , a effuyé
de fi fortes bourafques dans le golfe de
Gafcogne , que le Grafton de 74 , un des
vaiffeaux qui la compofoient , eft rentré à
Portſmouth démâté de tous fes mâts ; l'Eli-
Jabeth de même force l'a fuivi le lendemain
& dans le même état ; l'Afia de 64 fortie
pareillement le 18 , eft revenue à Spithéad ,
& la divifion pour la côte de Guinée
eft toujours retenue à Torbay par les
vents contraires.
L'augmentation des dettes nationales , à compter
de l'an 1700 jufqu'en 1782 , a été préſentée ainfi . En
1700 elles montèrent à 16 millions fterl, Pendant
la guerre fous la Reine Anne , cette dette , en 1714 ,
fe trouva monter à 55 millions ferl . Depuis ce tems
jufqu'à l'année 1740 , que nous avons eu la paix
elle éprouva une foible diminution , puifqu'elle étoit
encore de 47 millions. La guerre qui finit à la paix
d'Aix - la - Chapelle en 1748 , la fit remonter à 72
millions ; la guerre qui fiait en 1763 , la porta à
148 millions , 12 ans de paix ne la firent diminuer
que de 12 millions , par conféquent elle étoit de 136
millions lorsque les troubles de l'Amérique éclatérent
; actuellement elle est de 200 millions fterling ;
ainfi l'Angleterre a gagné par cette guerre une
augmentation de 64 millions fterl. dans fa det e
nationale . Encore ne compte-t-on pas la perte qu'elle
fait des 13 Etats- Unis , des poffeffions qu'elle doit
céder à la France & à l'Efpagne , ni les diminutions
importantes des revenus du Royaume , ni celle d'un
grand nombre de fes fujets , de fon commerce , de
fes fabriques &c. Il n'eſt donc pas étonnant qu'elle
22 Février 1783. h
( 170 ).
cherche à s'indemnifer par quelqu'autre branche de
commerce , en acquérant des poffeffions dans life de
Ceylan,
FRANCE.
De VERSAILLES , le 18 Février.
LB 9 de ce mois , M. Hoquart a prêté.
ferment entre les mains du Roi , pour la
place de premier Préfident du Parlement de
Merz.
Le 10 , le Comte d'Adhémar , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi à Bruxelles , que
S. M. a nommé fon Ambaffadeur près
S. M. B. , eut l'honneur de faire fes remerciemens
à S. M. à laquelle il fut préſenté par le
Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au département des affaires étrangères,
Le Roi a nommé à la Prélatúre de la
Sainte-Chapelle du Palais à Paris , l'Abbé
de Moy , Curé de Saint- Laurent.
M. Hullot de Veroncelles , Avocat au Parlement
a eu l'honneur d'être préſenté à
Monfieur , en qualité de l'un de fes Maîtres
des Requêtes , par le Chancelier de ce
Prince.
De PARIS , le 18 Février.
LA ratification des préliminaires de la
paix entre l'Espagne & l'Angleterre , eft
( 171 )
arrivée de Madrid , & a été échangée ici
ces jours derniers .
Au départ du Courier , parti de Madrid
le 2 Janvier , celui qui avoit été à Cadix ſufpendre
les travaux de l'armement , en étoit
de retour ; ainfi l'on ne craignoit plus que
M.. le Comte d'Estaing mît à la voile
puifqu'il ne devoit quitter le port qu'après
avoir reçu de nouvelles inftructions.
Les lettres de Cadix font du 25 Janvier ;
ce jour-là , M. le Comte d'Estaing alloit
pafler en revue les troupes Françoiſes qui
étoient au port Royal & au port Ste - Marie .
Le Courier parti d'ici le 14 fera arrivé à
Cadix le 25 ou le 26 , puifque nous favons
par Madrid que le 27 on y avoit été
prévenu que les préliminaires étoient arrangés
& qu'ils alloient être fignés. »
Quoique l'Espagne n'ait pas encore reconnu
formellement Pindépendance des
Etats- Unis , elie traitoit & regardoit depuis
long-tems les Américains qui abordoient à
la Havane & dans les autres ports , comme
un peuple libre & indépendant ; nous
apprenons aujourd'hui que M. Jay , l'un
des Commiffaires qui ont figné ici le traité
de paix avec l'Angleterre , doit partir pour
l'Espagne où il déployera le caractère d'Ambaffadeur
des Etats - Unis.
Nous n'avons point encore de nouvelles
de M. le Marquis de Vaudreuil ; mais on
eft fans aucune inquiétude fur fon efcadre
& fur fon convoi . On préfume qu'au lieu
h 2
( 172 )
7
de fe rendre en droiture à St- Domingue ,
il aura été relâcher dans un port où il aura
pu apprendre quelle ftation les ennemis
ont pu choifir pour effayer de l'intercepter.
Il y a apparence qu'il fe fera arrêté à Porto-
Rico , plutôt que de defcendre à Carthagène
au continent Efpagnol , où quelques
perfonnes le font aborder.
les
» Les bruits de paix qui couroient depuis quel
ques jours , écrit-on de Toulon , fe font enfin
réalifés ; le Commandant de la Marine a reçu des
dépêches qui lui donnent avis que les préliminai
res ont été fignés , & qui mandent à ce Comman
dant de donner les ordres pour faire défarmer
tous les corfaires qui fe trouveront armés dans
les Ports de fon diftrict , & de fufpendre les ar
memens des bâtimens du Roi jufqu'à nouvel or
dre Un convoi de 47 voiles , deftiné pour
différentes échelles du Levant , parti ces jours det
niers de Marſeille , mouilla dans notre rade , &
le premier de ce mois , au matin , il appareilla de
nouveau pour le rendre à fa defination , fous l'ef
corte de la frégate la Lutine , commandée par
M. de Ginefte , qui avoit reçu ordre précédemment
de prendre pour fix mois de vivres . — La
corvette la Flèche , commandée M. de Pezepar
nas Lieutenant de vaiffeau , mit à la voile le jo
du mois dernier pour aller remplir une miffion
particulière fur les côtes d'Italie. La Friponne,
commandée par M. de Blachon , qui a ramené depuis
peu M. d'Arbaud de la Guadeloupe , a reçu
ordre de défarmer , & va entrer dans le port pour
cet effet. La frégate le Montréal a été mile
en rade avant- hier. La frégate neuve la Minerve,
de 40 canons , dont le commandement eft donné
depuis long-tems au Comte de Bonneval , vient
d'être doublée en cuivre , & eft prête à entrer en
arinement «.
-
-
( 173 )
Les lettres de Marfeille portent que les
Echevins & Députés du commerce de cette
ville , ont fait avertir les familles des gens
de mer & marelors qui ont fouffert par
les malheurs de la guerre , qu'elles peuvent
fe préfenter dès à préfent à la Chambre du
Commerce pour le faire inferire , à l'effet
d'être comprifes dans les répartitions des
fommes qui ont été affignées pour leur foulagement
par les négocians de la place .
16.164
Depuis le 14 Décembre dernier jufqu'à ce jour ,
écrit- on de Certe , il eft entré dans ce port
bâtimens de diverfes Nations , parmi lesquels enviton
70 venant des côtés d'Espagne & du Rouffitlon
; & les autres de divers ports d'Italie & de Piovence
, tous chargés de différentes marchandiſes , à
Lexception de quelques bâtimens Gênois qui font
venus charger des vins de nos environs pour leur
compte. Dans ce nombre eft une polacre de conftruction
Napolitaine , fous pavillon Barbarefque; le Capitaine
& l'équipage font Grecs de Nation , à l'exception
da Pilote qui eft Génois . Ce bâtiment , qui a
été frété à Livourne pour venir charger ici des
vins pour divers particuliers , a apporté un chargement
de bois à brûler. Depuis cette même époque
, il a mouillé auffi dans ce port 19 vaiſſeaux
Danois ou Suédois , qui font venus charger ici des
vins , eaux- de- vie & autres articles pour divers
ports de 1 Etranger. Deux de ces vailleaux étoient
chargés de tabac pour la Manufacture Royale de
cette Ville . Depuis le commencement du mois
paffé , il eft forti de ce port 21 1 bâtimens pour différentes
deftinations . Nous mang ons de bâtimens
pour lexportation des marchandi es . Il arrive chaque
jour une quantité de bar ues du canal de
Touloufe , chargées de toutes fortes d'articles des
h 3
( 174 )
Ifles deftinés pour Marfeille , ce qui a fait augmenter
le fret. L'activité eft fi grande dans notre port ,
que plufieurs Maifons de commerce ont obtenu
la permiffion de faire travailler dans les magafins ,
portes fermées , les jours de fêtes & dimanches ;
depuis la guerre nous avons vu flotter ici les pavillons
ou bannières de prefque toutes les Nations. Depuis
le 13 Janvier on a commandé de nouveau aux habitans
, la pénible corvée des réparations de la butte
& des baſtions qui fetvent pour l'école des Canonniers
Gardes-côtes , lefquels , à ce qu'on dit , ont
ordre de fe rendre ici le 11 de Février. Quoique ce
foit une forte charge pour les habitans , & qu'elle
femble devoir être répartie fur diverfes Communaurés
de la Province , il n'y manque cependant jamais
aucun homme & tous s'y rendent fans murmure.
Si le mérite d'une découverte eft en raison
de fon utilité , celle que nous annonçons
doit mériter à fon Auteur de la reconnoiffance.
Le fieur Léger vient d'inventer des mèches qui ne don
nent ni odeur ni fumée quelque commune que foit
T'huile qu'on y emploie , elles ont l'avantage de brûler
avec égalité & fans vacillation , de confumer moins
d'huile dans un tems donné , que les lampes ordinaires,
& de durer plus long- tems que les mèches de coton
connues jufqu'à préfeat. Elles ont mérité l'approbaticn
que leur a donnée l'Académie Royale des Sciences fur
le rapport de M. le Marquis de Condorcet , de M.
Lavoisier & de M. le Comte de Milly , Commiffaires
qu'elle avoit nommés pour les examiner , &
qui ont fait diverfes expériences dont le réſultat a
mérité le certificat le plus avantageux . » On peut
fubftituer , difent - ils , à tous les moyens d'éclairer
plus difpendieux , connus jufqu'à préfent ; elles
nous ont para réunir des avantages dont toutes
les claffes de la fociété peuvent tirer parti , &
qui font d'autant plus précieux , qu'ils regardent
les
( 175 )
plus directement la claffe des citoyens les moins
riches , dont on ne s'occupe que trop rarement «
Ces méches font propres à différens ufages , foit pour
garnir les réverbères , les lampes portatives , celles
de cabinet deſtinées aux Gens de Lettres & aux Arriftes
, pour échauffer les fourneaux à lampes à l'ufage
des Chymiftes & Alchymiftes. Les prix en font
modiques , & chacune de ces mèches dure 14 ou 15
jours. M. Léger en a établi 3 dépôts , l'un rue Saint-
Honoré , vis -a -vis Saint-Roch , au Bienvenu ; le
fecond , à l'Abbaye St - Germain , cour des Princes ,
rue da Cardinal , chez le fieur Clément ; & le troifième
, Cour St -Martin , chez le fieur Brillet
Ferblantier. Il fera des envois en Province & dans
les Pays Etrangers , en affranchiffant le port des
lettres & de l'argent. Tous les paquets de mèches
de fa compofition feront figués de lui & cachetés de
fon cacher.
Les établiffemens de bienfaifance fe mul
tiplient depuis quelques années ; celui que
vient de former M. le Marquis de Frefnaye
mérite d'être connu ; ce font des Prix qu'il
fe propofe de donner tous les ans aux Habitans
de fes Paroiffes du Bangneuf- le- Forêt.
» Il y en aura quatre chacun de so livres , deux
de Sagefle , & deux d'Induftrie . 19. Comme rien
ne contribue tant à former de bons Citoyens que
la bonne conduite & les bonnes moeurs de la jeuneffe
, M. le Marquis de Frefnaye voulant faire
naître & encourager l'émulation , donnera un Prix
à celle des jeunes filles de la Paroiffe qui fera reconnue
avoir eu le plus de foumiffion & de refpect
envers fes pere & mere , qui aura été la plus laborieufe
, bien inftruite dans les devoirs de la Reli
gion , & qui fe fera conduite avec le plus de fageffe &
de décence , 29. Un Prix fera donné à celui des jeunes
garçons qui fera reconnu avoir eu les qualités cih
4
( 176 )
.
par
deflus , & avoir été le plus fobre , le plus pac
fque, & le plus fage. Les filles ne pourront prétendre
au Prix que depuis l'âge de 16 ans , jufqu'à
25 , & les garçons , depuis l'âge de 20 , julqu'à 30.
3º. Comme de l'Agriculture faite avec foin & intelligence
dépendent fa fertilité & par conféquent
l'aifance & le bonheur de la Paroiffe , il fera donné
un Prix à celui des Laboureurs qui aura le mieux
réuffi par un labour profond & une terre bien travaillée
& bien engraiffée fur tout ce qu'il aura enfemencé
dans cette année ; on fera une vifite fur
les Prés pour voir s'ils font en bon état. 4º. L'augmentation
& le foin des beftiaux devant contribuer
beaucoup à l'avantage de la Paroiffe , foit par le
profit qu'on en retireSpar la vente , foit les engrais
qu'ils procurent , il y aura encore un prix
a celui qui aura élevé les plus beaux veaux fuivant
la portée de fon lieu ; & pour que les Métayers
puiffent participer à ce Prix , il faudra que
leurs boeufs foient dans le meilleur état poffible ,
& qu'ils pouvent par là que leurs foins s'étendent
fur tous leurs beftiaux . M. le Marquis de Frelnaye
entend que tous les Métayers de la Terre de Frefnaye
, par conféquent de la Lacconniere , Saint-
Duen , & Saint- Hilaire , participent au même encouragement
, & puiffent concourir pour le Prix
des deux derniers articles. Ces Prix fe donneront
cette année 1783 , à la fin de l'été , dan une
Affemblée de Paroiffe , où fe trouveront M. le
Marquis de Frefnaye , M. le Curé , les Procureurs ,
Syndics de Fabrique en place , les deux qu'i's on
remplacés , fix anciens habitans , dont la probité
& la bonne conduire feront reconnues . Ils jugeront
après avoir fair les informations les plus exactes
, ceux qui autont mérité d'être couronnés , ayant
rempli le plus fcrupuleufement les conditions de
ce Programme «<,
-
On nous mande de la Paroiffe de Château-
<
( 197 )
vieux en Berry , un fait malheureux , qui
peut fervir de leçon , & que pour cette
raiſon nous nous empreffons de publier .
» Un Garde- chaffe ayant un furet , pria un Payfan
de garder cet animal chez lui pour quelques :
heures ; c'étoit le jour de Saint-Vincent , Féte Pa
tronale de la Paroiffe , le Paysan mit le furet dans
un tonneau qui étoit debout dans la ruelle d'un
lit où dormoit un enfant de fept mois ; cela fait ,
il fe rendit avec fa femme & le Garde , chez un
voifin pour y paffer le refte de la foirée , environ
une heure & demie après , la mere revint chez elle
pour voir fon enfant ; mais quelle fut la douleur ,
de le trouver mort & tué par le furet , qui non
fealement lui avoit fucé le fang , mais lui avoit
mangé tout le nez , & auroit été plus avant encore;
il eft impoffible de peindre la peficion de
cette mere , fon défefpoir fe fent mieux qu'il ne
s'exprime , mais fon imprudence peut fervir de
leçon et.
3
A ce fait malheureux nous joindrons une
anecdote qui pourra paroître plaifante , &
détromper les détracteurs des villes , ou prouver
du moins que l'objet de l'intérêt peut
différer , mais avoir par-tout les mêmes effets.
» Bien des gens croyent que le luxe dans les
Villes gênant le goût pour les mariages , y fait
préférer les richeffes , & qu'à la Campagne le
choix eft plus libre , moins intéreſſé & par con- féquent plus heureux ; un évènement arrivé içî hier
au foir peut fixer les opinions fur le défintéreflement
en amour des paylaas : un d'eux marioit fa
fille & lui donnoit 29 écus de dot & l'ameublement
ordinaire ; les deux familles étoient aflemblées
avec les voisins , & le Notaire finifloit le Contrat ,
hs
( 178 )
lorfque le mariage rompit fur une paire de pantoufles
que le
futurigeoit , & que le pere de
la fille s'obftina de refufer. Un des affiftans propofa
fa foeur très -laide & plus âgée que l'autre ,
en offrant les 29 écus & les meubles . Donnerez.
vous les pantoufles , dit le jeune homme ? Oui
sûrement répondit l'autre ; en ce cas repliqua le
jeune homme faites- là venir , nous changerons les
noms du Contrat. Ce qui fut exécuté fur le
champ «.
On vient de publier l'avis fuivant aux
créanciers &
prétendants droits aux biens
des maifons de MM . les Princes de Rohan ,
Duc de
Montbazon & de Guéménée .
Ceux des Créanciers qui n'ont pas rapporté les
titres & mémoires qui établiffent leurs droits , font
invités & requis de les produire à Me. Boulard ,
Notaire à Paris , dans les trois mois fixés
rêt du Confeil d'Etat du Roi du 7 Décembre 1782 ,
l'Arpar
ainfi qu'il eft ordonné par Jugement qui a homolo
gué l'acte d'union , rendu le 2 Janvier 1783 , par
MM . les
Commillaires du Confeil , auxquels la connoiffance
de la liquidation de toutes les dettes &
affaires a été attribuée ; faute de quoi ils demeureront
déchus de tous droits , en vertu du préfent avis,
& fans qu'il foit befoin d'aucunes fignifications ni
fommations , ainfi qu'il eft porté auxdits Arrêt &
Jugement , dont on délivrera des copies à toutes
féquifitions & fans aucuns frais , en l'étude dudit
Me. Boulard , rue St -André-des- Arcs.
Parmi les affaires qui s'élèvent fouvent
entre des
Particuliers , il y en a
quelquesunes
qui ont des caufes bien fingulières ;
celle-ci que nous
fourniffent les Affiches de
Flandres eft de ce genre.
Un Boucher & un Marchand de Poteries entrèrent
en même-tems dans une groffe ferme près de Valen
1
( 179
)
cicanes , l'un pour y acheter des beftiaux
, & l'autre pour y vendre des poteries
; ils attachèrent
chacun
leurs chevaux
aux mêmes barreaux
d'une fenêtre de la maiſon. Use fervante
, portant deux fceaux de
lait , vint à paffer près de ces chevaux
, au moment même qu'un jeune Chaffeur
fe difpofoit
à tirer fur
un dindon grifaillé , perché fur un arbre qui donnoit fur la ferme, dont le toit étoit couvert de paille. Le
Chaffeur
bleffe l'animal
à mort , qui , faifant de vains
efforts pour s'envoler
, tombe fur le toit de la ferme & de la exactement
dans un des fceaux de lait que
portoit la fervante
. Les chevaux
furent épouvantés
peur. Le
par le bruit. La fille tomba en foibleffe
de cheval du Boucher
le cabra de manière
qu'il caffa
fa bride , heurta & renverfa
l'autre qui étoit chargé de deux paniers pleins de poteries
, & calla par les Fuades la jambe à un poulain. Le Chaffeur
ne vou
lant point perdre fa proie , entre dans la ferme pour
la réclamer
. Etonné de voir que c'étoit un dindon du fermier , il offrit de le payer 9 francs ; mais les
gens
de la ferme l'accablèrent
d'injures
, le Boucher lui donna des coups de fouet , caffa fon fufil , & le
Marchand
de Poteries
lui jetta un teffon à l'oeil , qu'on
croit qu'il perdra . Le jeune homme
ainfi maltraité prit la fuite , & rendit plainte contre le fermier
& le
marchand
de poteries
ces derniers
de leur côté ont
porté la leur , qui conclud
à ce que le Chaffeur
foir
puni de prifon , condamné
à l'amende
& à tous dépens
, dommages
& intérêts. Différens
amis refpec- tifs des parties tâchent de les accommoder
; en atten
dant, de bons Avocats
confultés
fur cette affaire , en
raifonnent
diverſement
. Il eft certain que c'eft une preuve que les plaifirs de la chaffe font fou
nouvelle
vent commettre
de grandes
étourderies
aux jeunes
gens.On lit dans l'Affiche
de Dauphiné
les détails fuivans d'un Procès bien étrange ; nous nous bornerons
à les tranfcrire
.
hồ
( 180 )
que
"
Les
Religieux de certaines Provinces qui fe
trouvent charges
d'acquitter plus de Mefles
Prêtres de leurs
Monaftères n'en peuvent célé- que les
brer ont
accoutumé d'en
tranfmettre la charge
& le montant de
l'honoraire aux
Monaftères d'autres
Provinces. Le Frère G. de St- François , Reli
gieux Ca.me
Déchauffé du couvent de Marseille ,
étoit en
relation fur cer objet ,
principalement
avec les Prieurs des Carmes
Dechauffés de Dunker-
St Omer & de Lille en Flandres. Le fieur
Abbé B. Prêtre , de la Société des Jétuites avant la
deftruction , retiré à Marseille , où il vivoit fans
exercice des fonctions
facerdotales , chercha à for
mer des liai ons avec le Frere G. , & parvint à furprendre
fa confiance . Il profita de l'état d'infirmité
prefque
habituelle de ce
Religieux , pour s'emparer
de la
correfpondance
concernant
l'honoraire des
Meffes ; il lei perfuada de la lui remettre , & même
de lui livrer les blanc-feings , que le Frère G. lui
livra en effet ; le fieur B. s'en fervoit , pour les
remplir
d'obligations en forme de lettres de change
, ou de mandars écrits de fa main , & même
de le tres miffives , par lefquelles il affuroit les
correfpondants , qu'il exiftoit à Marseille une fociété
de Prêtres qu'il
fuppofoit s'êre vouée au foin d'acquitter
ces Meſſes , renvoyées des autres Provinces ,
gratuitement ou moyennant un honoraire inférieur
à
l'honoraire réglé , à la charge
d'appliquer le produit
au befoin des Millions ou à d'autres oeuvres. lé
Pies. Le Frère G.; ou le fieur B. fous fon nom
fe procurcir à Marseille le produit de l'honoraire
des Meffes , pa le moyen des mandats , qu'il tiroit
fur ceux qui les lui avoient adreffées ; la plus grande
partie éoit rée ( forvent à l'infu du Frère G. ) à
Paris fur le Frère S. , Carme
Déchauffé , à qui les
correfpondants du Frère G. étoient averris d'envoyer
des fonis à Paris. Le fieur B.
recomman
doit , par de lettres mi lives écrites fur les blancsfeings
du Frère G. , qu'on adrefsât les réponses à
t
( 181 )..
M. B. Prêtre , Docteur de Sorbonne ; il négocioie
ordinairement les mandats à un efcompte au-deffous
de celui de la place , afin de les convertir plutôt en
argent ; & le Frère S. , à qui les fonds étoient faits
avant l'échéance , payoit exactement . Ces mandats
ont été acquittés pendant environ dix années , fans
qu'il paroiffe d'aucun emploi des fonds comptés à
l'Abbé B. par ceux à qui ces mandats étoient re
mis à Maifcille . Les Supérieurs locaux du Frère
G. ont long- temps ignoré cette négociation , ou
du moins la manière dont l'Abbé B. s'en étoit em
paré , & ont pris des mesures pour en faire ceffer
l'abus au moment qu'ils ont pu le foupçonner : le
fieur B. eft même accafé d'avoir impofé à ceux
à qui il remettoit les mandats , la loi du fecret à
l'égard de ces Supérieurs locaux . Le Frère G. interrogé
par eux en dernier lieu , a foutenu qu'il n'avoit
reçu du produit de la négociation que la fomme de
9900 livres , qu'il affure avoir employée en aumônes
; & cette fomme n'a aucune proportion
avec celles qui font parvenues aux mains de l'Abbé
B. , dans le cours d'environ dix années . La fupercherie
fut reconnue par le Prieur de Dunkerque ;
& l'Abbé B. , inftruit de cette découverte par diverfes
lettres que le Prieur écrivit fous fon adreffe
au Frère G. , fe hâta de multiplier , avant qu'elle
fe répandit au loin , de nouveaux mandats pour des
femmes capables de le dédommager d'un feul coup
de la ceffation d'un commerce frauduleux auquel
il falloit déformais renoncer. Il négocia ces mana
dats ; & dans le même temps il ofa écrire au Frère
G. à Paris , de laiffer protefter les mandats déjatirés
& ceux qui pourroient l'être encore , ajoutant
qu'il étoit d'accord avec les porteurs , quoique les
mandats fuffent tous tirés par lui , c'est - à - dire
par le Frère G. , fous le nom duquel il écrivoit
toujours à la faveur des blancs-feings . C'eft ainfi
que le fieur B., non content de verfer dans le commerce
des papiers qu'il favoit ne devoir pas être
182 )
payés , projettoit encore d'en faire circuler d'autres
dont lui - même empêchoit le paiement. Mais croyant
fe mettre à l'abri de la punition que ce trafic fcanduleux
, fondé fur la fuppofition & le faux , ne
pouvoit qu'attirer fur lui , il crut s'y fouftraire
en obtenant de la main du Frère G. divers écrits
ou déclarations , tendants à ratifier tout ce qu'il
avoit fait au nom de ce religieux. Le protêt de
quelques mandats a donné lieu à des affignations
à la jurifdiction confulaire de Marseille . Les
mandats , dont les porteurs font connus dans cette
ville , s'élèvent à la fomme de 28,000 livres ; &
il y a eu des affignations & des fentences de con
damnation pour la fomme d'environ 7000 livres ,
montant des mandats : mais il en exifte d'autres .
Le fieur B. , lorfqu'on eft allé à lui , pour lui
demander raifon de tant de fourberies , & pour
connoître par lui le nombre des blancs- (eings &
des mandats , a donné différentes fois deux rôles
qui ne font point entièrement conformes , & a
fui avec précipitation vers Nice. Quant au Frè e
G. , il a déclaré ne pouvoir déterminer le nombre
des blancs- féings par lui remis au fieur B. L'Arrêt du
26 Novembre 1782 , a été conforme aux conclufions
du Procureur - Général . Le Parlement de
Dauphiné , par Arrêt du 7 Janvier 1783 , a fer
mis au Procureur Général du Roi au Parlement
d'Aix , de faire exécuter l'Arrêt dont s'agit dans le
reffort de la Cour , & de le faire imprimer & afficher
par -tout où befoin fera «.
·
Le 16 du mois dernier le Musée de Paris
a tenu une féance publique , dont nous
donnerons ici les détails .
M. Cailhava , Préfident en exercice , a ouvert
cetre féance par l'éloge de feu M. l'Abbé de Reyrac ,
Correfpondant du Mufée. M. Court de Gebelin ,
Préfident Honoraire perpétuel , a lu un fecond Mémoire
fur la Danfe oblique des Anciens : il a expliqué
en particulier l'objet & l'origine orientale des trois
( 183 )
modes de la Mufique grecque , appellés Lydien ,
Dorien & Phrygien , faifant voir leurs rapports
avec la Danfe oblique & avec les trois faifons de
l'année Egyptienne. M. Vieilh a lu la traduction en
vers libres de la première Elégie de Tibulle. M. Beguillet
, fon Introduction à l'hiftoire de la conquête
des Gaules par Jules - Céfar. M. l'Abbé Cournand ,
un des Secrétaires du Mufée , a lu un morceau fur
les Abeilles , & un autre fur les Lapons , tous deux
en vers de quatre fyllabes. M. Paftoret , des Réflexions
fur le danger de l'éloquence au Barreau
M. Vieilh , un commencement de traduction en
grands vers de la Forêt de Windfor de Pope. M.
L'Abbé Brizard , la fuite de fes Mémoires fur Henri
IV. M. Le Changeux , diverfes Fables en vers .
M. l'Abbé Cordier de Saint- Firmin a annoncé , 1
l'exposition par M. Couafnon , Sculpteur du Roi
& Affocié libre du Mufée , du Bufte de M. Le Noir ,
Lieutenant- Général de Police , & du Bufte de M.
l'Abbé Vogler , Correfpondant du Mufée ; 2 °. le
préfent du Bufte de Santeuil fait au Muſée par M.
l'Abbé Mulot , Prieur de Saint-Victor & Membre de
la Société. Le Concert a commencé enfuite
fymphonie de Toefqui. Mlle . Le Boeuf a chanté an
air Italien. M. Neveu a exécuté un Trio de Piano
Forté de fa compoſition . M. Ozi , de la Mufique de
Madame de Monteſſon , un Concerto de Baffon ,
Mile. Le Boeufa chanté une feconde fcène Italienne.
M. Soler a exécuté un Concerto de Clarinette . M.
Murgeron a chanté une Ariette Italienne , M. Miroir
a exécuté fur le Piano Forté , pour la réception au
Mufée. Le Concert a fini par l'ouverture d'Iphigénie.
·Cette féance a été auffi nombreuſe , auſſi brillante
& non moins applaudie que celle du 21 Novembre .
Si cette Société continue à fe perfectionner , elle
deviendra auffi utile que renommée.
par une
Le feu d'Artifice , commandé par le Bureau de la
Ville de Paris , à l'occaſion de la naiffance de Mor
le Dauphin , & de la réception du Roi & de la Reile
( 184 )
12
à l'Hôtel - de-Ville , n'ayant pas eu tout le fuccès
defiré , a donné lieu à une conteftation fur le pale
ment du prix convenu entre le fieur de la Variniere ,
Artificier & MM. les Prévôt des Marchands & Eche
vins de la Ville de Paris. Il y a eu plufieurs Mémoi
res fur cette affaire qui a été jugée le 12 de ce mois :
l'Arrêt rendu fur les conclufions de M. d'Agueſſeau ,
condamne les Prévôt des Marchands & Echevins de
la Ville de Paris , à payer la fomme de 18,053 liv.
avec les intérêts , à compter du jour de la demande.
Les termes injurieux du Mémoire de la Variniere
fupprimés. Les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris condamnés aux dépens. ?
Conftance- Gabrielle Bonne le Vicomte du
Rumain de Coëtenfao , veuve de Louis-
Marie Alexandre , Comte de Polignac , Vi
comte de Cauferans , Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Clermont- Prince , & Dame.
d'Honneur de la Ducheffe de Chartres , eft
morte le 16 du mois dernier dans fa 360
année.
༢
1 Il vient de paroître , relativement au
commerce de la Chine , un Arrêt du Confeil
que nous nous empreffons de tranfcrire.
Le Roigérant informé que les Ports de fon
Royaume ne fe trouvent pas fuffisamment pourvus
des marchandiſes de l'Inde & de la Chine qui font
néceffaires , foit pour la confommation de fes
Sujets , foit pour les échanges avec l'Etranger;
S. M. a réfolu de profiter des premiers inftans de
la caix , pour procurer , le plutôt pollible , à fon
Royaume , un approvisionnement fuffifant de divers
objets que fournit le commerce de la Chine. C'eſt
dans cette vue 2
qu'après s'être fait repréfenter
l'Arrêt , de foo Confeil , du 13 Août 1769 , par lequel
le privilége exclufif de la Compagnie des Indes
a été fufpenda ; enfemble l'Arrêt du 6 Septembre
7185 )
fuivant , portant règlement pour le commerce de
l'Inde , S. M. a confidéré que fi , dans les circonftances
actuelles , on s'en rapportoit , pour un approvifionnement
auffi important , aux péculations
des particuliers , on ne pourroit pas être affuré que
leurs entreprifes fuffent effectuées affez promptement
pour espérer des retours dès l'année 1784 ,
& qu'il feroit plus avantageux & plus fûr d'encharger
un Armateur qui dirigeroit cette opération
pour le compte de Sa Majefté ; & Sa Majesté ayant
fait choix du fieur Grandclos - Mellé , dont Elle
connoît l'expérience & le zèle : Oui le rapport , &c.
a ordonné & ordonne ce qui fuit. 1 ° . Le Roi autorife
le fieur Grandclos - Meflé à emprunter , pour.
le compte de S. M. , foit à la groffe , foit de toute
autre manière qui fera jugée convenable , juſqu'à
concurrence d'une fomme de trois mil ions , pour
être employée en totalité à faire le fonds d'une
expédition de commerce pour la Chine , dont S. M.
a confié la direction audit fitur Grandelos- Meflé ;
à l'effet de quoi S. M. fera remettre inceffamment
à fa difpofition un nombre fuffifant de bâtimens
pour remplir cette deftination . 2 ° . Le produit des
cargaisons de retour demeurera (pécialement affecté
au paiement des empr. nts qu'aura faits le lit fieur
Grandclo - Meflé. S. M. entend que les bénéfices
qui pourront résulter de cette opération , foient
employés à l'encouragement du commerce de l'Inde ,
& Elle fe réserve d'y faire participer auffi ceux des
créanciers de la Compagnie des Indes qui reftent
encore à liquider. 3 ° . En conféquence des difpofitions
portées au préfent Arrêt , & jufqu'à ce qu'il
en air été autrement ordonné par S. M. , il fera
forfis à la délivrance des permiffions qui pourroient
être demandées par des Armateurs particuliers ,
foit en France , foit aux Ifles de France & de Bourbon
, pour le commerce de la Chine «.
Le Roi donne quatre navires de fa ma
( 186 )
rine à M.
Grandclos -Meflé pour l'expédi
tion du
commerce en Chine , que S. M.
l'a
chargé de
diriger ;
l'emprunt des 3 milfions
, a été
templi fur- le- champ ; M. Grandclos
- Meflé en a
feulement
réfervé
quelques
parties aux
villes
maritimes
l'Orient ,
Nantes , & c.
telles que
1
3
Les
Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France du 16 de ce mois , font :
25. 15. 68. 37 & S.
De
BRUXELLES , le 18 Février..
ON lit dans des
lettres de
Lisbonne en
date du 18 du mois
dernier , les détails
fuivans.
Dans les premiers jours de ce mois , le fameux
Jofeph-Policarpe de Azevedo , jadis Valet-de-Chambre
du Duc
d'Aveiro , eft mort ici à Hopital
général , il avoit pris la fuite au moment où il
apprit que fon Maître étoit arrêté . C'est le même
Jofeph
Policarpe déclaré par Sentence coupable
d'avoir tiré fur le Roi , ainfi qu'on le voit dans la
vie du Marquis de Pombal , tome II . Ce Particulier
fe voyant près de mourir , a confeflé au Prêtre qui
l'a affifté dans fes derniers momens , qu'il étoit vrai
ment
coupable du délit dont il avoit été accufé , &
l'a fupplié de rendie aptès fa mort fa
déclaration
publique , de peur qu'on
n'accusât de fon crime
quelqu'innocent ; il a ajouté qu'il ne s'étoit jamais
éloigné de cette ville ; & que pour fubfifter il avoit
fait dans les rues le
commerce d'encre à écrire , fans
que
perfonne l'ait jamais reconnu.
La Reine ,
ajoutent
d'autres lettres, inftruire
que la G. B.
reconnoiffoit
l'indépendance des
Américains , a
déclaré que ces
derniers au(
187 )
ront déformais la liberté de commercer dans
tous les Ports de fa domination. On dit auffi
que le Portugal va envoyer des Agens en
Amérique pour y acheter des grains , & que
refpectivement quelques Miniftres des nouveaux
Etats-Unis iront à Lisbonne conclure
un Traité d'amitié & de commerce entre ces
deux Puiffances .
S'il faut en croire quelques lettres d'Angleterre
, on y a reçu avis qu'Hyder Aly
avoit fait la paix avec les Anglois dans le
mois de Septembre dernier ; fi cette nouvelle
eft vraie , on peut l'avoir reçue par
la voie de terre ; & dans ce cas , il faut que
l'Angleterre ait accordé à Hyder-Aly tout ce
qu'il a voulu.
כ כ
Long-tems avant que l'Angleterre fongeât à
reconnoître l'indépendance de l'Amérique , lit- on
dans quelques lettres de Paris , le Congrès d'une
main défendoit la liberté , & de l'autre dreffait les
loix & les règlemens de l'union des Etats refpectifs .
Ce code vient , dit- on , d'être envoyé à M. l'Abbé
de Mably , pour qu'il l'examine & le corrige . C'eft
le plus grand honneur auquel un Ecrivain Philofophe
& Politique puiffe prétendre , que de devenir ainfi
le Légiflateur d'une grande Nation c
La prix de la Hollande éprouve toujours
des difficultés ; mais on n'eſt pas inftruit de
ce qui en fait pofitivement l'objet.
Tout ce que difent les lettres de France &
d'Angleterre à cette occafion , écrit - on de la Haye ,
fur la ceffion de Trincomali ou de Négapatnam , eft
abfolument incertain . Nous ignorons même fi nous
ferons obligés de faire une de ces ceflions. Quand
aux indemnifations , il ne paroît pas que nous de
vions en efpérer aucune , finon celle dont il eft
( 188 )
queftion dans le Mémoire remis au mois de Décembre
dernier , par M. Fiz Herbert , à nos deux
Miniftres à Paris. En attendant il eft certain que
rien n'eft encore figné, & que l'on ne paroît pas
décidé à fe défifter des premières demandes qui
ont été faites ; favoir , la reltitution de toutes les
Places qui nous ont été enlevées l'année dernière :
fur-tout on compte auffi fur les bons offices de la
France. On prétend que les 6 vaiffeaux de guerre
& les navires armés de la Compagnie des Indes
Orientales dont le départ avoit été fufpendu , doi
vent être prêts à mettre à la voile le du mois
prochain , d'où l'on peut inférer que quand même
la Paix feroit conclue , on eft réfolu de mettre nos
poffeffions aux Indes dans un état de défenſe refpectable
contre toute attaque imprévue. Les Etats-
Généraux ont arrêté unanimement , d'après l'ordre
formel des Etats des autres Provinces , que les pré
paratifs & les armemens fur mer , foient pouflés
avec ardeur & activité , qu'il n'y ait aucune lenteur
dans le Département de Hollande , & qu'il fût donné
connoiffance aux Colléges respectifs de l'Amirauté
pour leur fervir d'inftruction à cet effer . Certe
réfolution annonce pour l'avenir une adactivité qu'on
n'a pas eve précédemment dans un tems où elle
eût été plus néceffaire «.
-
Les Etats-Généraux ont envoyé à Londres
M. Tor , ci-devant leur Réfident à Venife.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 8 Février.
L'ordre de ceffer le paiement des gratifications
aux Marelets aété expédié . On parie d'une réforme
prochaine de 2 Compagnies dans tous les Régimens ;
ma's on ignore encore le nombre de ceux qui formeront
l'état de paix . Les Lords Lieutenans des
Comtés ont reçu ordre de licencier les Régimens
de Milices ; les armes de ces Corps doivent être
dépofées dans les Comtés refpectifs .
--
( 189 )
Il a été réfolu dans le Confeil qu'on garderoit
pendant la paix un Corps confidérable de Troupes
de Marine , parce qu'il a été reconnu que ces Troupes
avoient rendu les fervices les plus effentiels à
I'Etat pendant la dernière guerre,
Les Commiflaires de la Marine ont fait informer
les Propriétaires des vaiffeaux de la Jamaïque qui
avoient été frétés pour y tranfporter des Troupes ,
que les Lords Commiſſaires de l'Amirauté venoient
d'envoyer des ordres pour que ces Troupes ne fuſ
fent point embarquées.
On ne fera revenir en Angleterre qu'un petit
nombre de Troupes qui font actuellement en Amé.
rique. On a le projet de les répartir dans les Ifles ,
à la Jamaïque , à la Barbade & à Hallifax & dans
le Canada.
Depuis les préliminaires de la paix , la paye des
Matelots dans la Marine Marchande eft déja tombée
de 4 liv. qu'ils avoient par mois à 35 fchelings .
On apprend que les Américains , lorfque nos
Troupes évacuèrent Charles-Town & qu'elles fe
trouvoient encore dans la rade , font rentrés dans la
ville le même jour. On y a fait des feux de joie &
des illuminations . On affure qu'auſſi - tốt que les
Américains curent reçu la nouvelle de la paix , le
Congrès publia un acte d'amniftie , mais dans la
quelle ne feront pas compris M. Galloway , ni le
Général Arnold.
Il s'eft tenu à bord du Warspite , dans le Port de
Portsmouth , un Confeil de Guerre en vertu des
ordres de l'Amirauté qui avoit demandé qu'on examinât
fi le Capitaine , les Officiers & l'Equipage du
Centaure avoient eu quelque part à la perte de ce
vaiffeau . Il a été décidé unanimement qu'ils devoient
tous être acquittés à cet égard , & qu'on ne pouvoit
que louer le courage & l'activité qu'ils avoient manifeftés
en cette occafion.
( 190 )
ג כ
La Lettre fuivante , écrit- en deDublin , a été envoyée
le 27 au Lord Maire par ordre du Lord
Lieutenant d'Irlande .
Mylord , j'ai ordre du
Lord Lieutenant de vous faire connoître la fatisfaction
fingulière qu'il éprouve en vous faifant paffer
une Copie de la motion faite le 23 de ce mois dans
la Chambre des Communes d'Angleterre par M.
Townshend & qui a paffé d'une voix unanime «
Ce fut en 1688 , lors de la révolution , que fe
fit le premier Etabliffement de la taxe des Terres ,
Depuis ce tems , qui forme une période de 95 ans ,
elle a fubi les changemens qui fuivent.
A fchelling par livre
A 2 fchellings
A3 fchellings
A 4 Schellings
·
• 3 ans
1.8
24
50
95
- Le
1
Le Lord Mounftewart , nemmé Amballadeur du
Roi à la Cour de Madrid , a fait , le 6 de ce mois ,
fes remercimens à S. M. à cette occafion.
même jour le Miniftre de Portugal a part au
lever , & a déclaré formellement que le bruit qui
s'étoit répandu de la mort de fa Souveraine étoit
deftitué de tout fondement.
1 .
Dans la Séance de la Chambre des Communes
du 5 Février , le Chevalier George Jouge , Secré
taire de la Guerre fit les deux motions fuivantes,
1°. pour qu'il fût c &troyé une fomme n'excédant
pas 296,507 14 f. 3 d. un demi penny pour les
extraordinaires de l'armée , à compter du 31 Jan
vier 1782 jufqu'au 25 Mars de la même année,
& depuis ledit jour 25 Mars jufqu'au 6 Décem
bre fuivant.
2º. Pour qu'il fût octroyé une fomme ultérieure
( 191 )
de 340,346 liv. 19T. 6 d. pour un autre compte
d'extraordinaire. Ces motions paſsèrent fans aller
aux voix.
Les articles de la paix ne feront foumis à l'examen
de la Chambre des Communes que dans le
courant de la femaine prochaine.
Le Gouvernement a donné des ordres pour
que le Crown de 64 canons , & une frégate elcortaflent
la flotte qui doit aller aux Ifles de l'Amé . -
rique . Elle doit partir pour Portſmouth au premier
bon vent , & elle attendra vingt - quatre heures
les vaiffeaux qui doivent fortir des Dunes.
L'étab iffement de notre marine en tems de paixfera
de 30 vaiffeaux de ligne en commiffion ; l'intention
du Gouvernement eft d'entretenir conftamment
une efcadre de 10 à 12 vailleaux de guerre
aux Ifles . On affure qu'aucun vaiffeag de ligne
ne fera retiré de commiffion avant 6 à 7 mois.
On dit que beaucoup de nos Conftructeurs ont
paffé en Hollande pour travailler dans les Chantiers
de la République.
-
>. On attend à Londres , dans le courant du mois
le Général Elliot , qui revient de Gibraltar fur le
vailleau de guerre le St -Michel.
M. Ofwald , qui a figné les préliminaires de la
paix avec les Américains , en qualité de Commiſlaire
de la G. B. , eft né en Ecoffe , où il a des biens
confidérables. Il étoit Agent de l'Armée dans la
dernière guerre , & l'on affure qu'il lui eft encore dû
par le Gouvernement 50,000 liv. pour ce fervice ;
mais il efpère que cette fomme va enfin lui être
payée.
. Suivant le Bill de mortalité pour l'année 1782
il y a eu 17,101 baptêmes & 17,918 enterremens ,
ce qui fait une différence de 817 .
( 192 )
上
En 1762 le nombre des bâptêmes a monté à
15,351 , & celui des enterremens à 26,326 , diffé
rence 10,975.
Il feroit intéreffant de favoir ce qui a pu occa
fionner une fi grande différence dans la population
à ces deux époques.
PRISES FAITES SUR LES AANGLOIS. Par les
François. La Fortune , de Sainte-Lucie pour
Londres ; le Meffenger , de Londres pour Cork ; le
Morfon , de Lancaſter pour Antigues ; la Catherine,
de Terre- Neuve pour Sainte-Lucie , envoyée à la
Martinique ; l'Anne , envoyée à Calais. Par les
Espagnols. -2 Bâtimens de Londres pour Venife
& pour le Levant , envoyés à Ceuta ; 1 Bâtiment de
Liverpool pour le Levant ; le Dolphin , de Londres
pour la Méditerranée , envoyé à Ceuta. Par les
Américains. Le British Queen , des Bermudes
pour Walifan , envoyé à Bofton ; le Thomas , de
Liverpool pour Charles-Town , envoyé à New-
London ; l'Océan , de Québec pour Whitehaven.
1
PRISES FAITES PAR LES ANGLOIS. Sur les
François. Un Bâtiment de la Guadeloupe pour
Bordeaux , envoyé à Plymouth ; la Maria-Rofina
Catharina de Memel pour Bordeaux , envoyée id.;
le Solitaire , envoyé à la Baibade ; un Bâtiment
envoyé id.; un autre envoyé à Huff ; un autre envoyé
aux Dunes. Sur les Espagnols. — La
Noftra Sennora de los Dolores , de la Havane pour
Cadix , envoyée aux Bermudes. Sur les Hol
Landois. Un Bâtiment de Curaçao pour Amfter
dam , envoyé à la Jamaïque. Sur les Américains
Un Bâtiment pour la Grenade , envoyé à Fal
mouth ; le South- Carolina , pour la France , envoyé
à New-Yorck; la Ranalta , envoyée id.
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
ON TENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe; Annonce & Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
Les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI I FÉVRIER 1783.
HATEA
PALAIS
ROYAL
BIR
PARIS
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de
rue des Poitevins .
BRARY
STORIES
ivon Avec Approbation & Brevet du Rot
'b 19333de nog stogong otroh
d -
si & sqom'b
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ならさ
as empty
TABLE
Du mois de Janvier 1783 .
PIÈCES FUGITIVES .
NOUVELLES LITTÉR .
3 toire , 15
Mot de Confolation à un De la Manière d'écrire l'Hif-
Grand-Homme ,
Impromptu fur le Portrait de L'H ftoire de l'Art de l'An-
Mde la Vicomteſ D *** ,, 4 tique , 63
Lettre au Rédacteur du Mer- Traité de la Phthifie Pulmo
cure ,
A Mmela Marquise de...
A Ma ame de ***
In Obituin Domini
Reyrac
ib . naire ,
1
76
49 Recherches fur les Végétaux
50 nourriffans ,
de Inftruction pour
Le Fat & Diogène , Conte
Moral ,
les Bergers
78
ع و
pour les Propriétaires des
Troupeaux ,
82
d. Suire de l'Hiftoire de l'An
Antique ,
'Lettre au Rédacteur du Mercure
, $ 4 Annales Poétiques ,
Monde Primitif, Impromptu de Mlle de Saini-
Léger ,
104
112
121
97 Elémens de Géographie , 126
Penfées Morales d'Ifocrate167
SPECTACLES.
Impromptu à Mlle St- Léger ,
'Epitre au Roi,
Vers à M Begon 2
ibid. Concert Spirituel,
Yol Académie R. de Mufiq.28,174
-A M. l'Abbé de Lille , 146 Comédie Italienne,
Remerciment à M. de Saint Variétés ,
Ange ,
Conte
2 147 Nécrologie ,
147 Sciences & Arts ,
26
36 , 128
39 , 128
184
131
Réflexions fur l'Hiftoire de Conftruction nouvelles du Pa-
Ruffie ,
Charade
148 lais Royal,
166
Anecdotes,
131
42 ? 89 , 136
91 , 138 ,.188
Enigmes & Logogryphes , 13 Annonces &
62 , 102, 166
Notices , 44 .
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT & F.
BAUDOUIN , rue de la Harpe , près S. Coſme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I FÉVRIER 1783 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSÉ.
AU MINISTRE PACIFICATEUR.
LA Fayette , Crillon, d'Estaing & Rochambeau ,
De leurs Concitoyens ont mérité l'hommage ;
La Victoire a cent fois , du laurier le plus beau ,
Orné leur front & leur image.
Eh! que ne doit-on pas ces vaillans Guerriers ,
Qui fouvent dans les Cours , immolés à l'envie ,
Dans l'efpoir de cueillir de ftériles lauriers ,
Pour défendre nos biens ont prodigué leur vie ?
Peut-on , fans être ingrat , oublier leurs bienfaits ?
Que dans le Temple de Mémoire
Le Temps , en gravant leurs hauts faits ,
Préfente à nos neveux l'exemple de leur gloire !
Mais ce Miniftre heureux , qui , fage en fes travaux ,
Pes bords de la Tamile aux rivages du Tibre ,
Aij
4
MERCURE
Sait , en fixant les droits de vingt peuples rivaux ,
Maintenir entre-eax l'équilibre ,
Qui du repos du monde eft le plus ferme appui ;
Cet illuftre mortel dont les mains triomphantes
Viennent enfin de fermer aujourd'hui
Du Temple de Janus les portes frémiflantes ;
Qui par-tout affurant la liberté des mers ,
A la fois fimple & grand , plein de gloire & modefte ,
Vient de verfer fur l'Univers
Des trésors de la Paix l'influence célefte:1
Voilà le vrai Héros de qui l'humanité
Doit chérir à jamais l'augufte bienfaiſance ;
Et qui , femblable à la Divinité ,
Par le bonheur commun fait fentir fa puiffance !
C'eſt en le béniſſant qu'on doit le célébrer.
Que fes deux fils , * fa fuperbe efpérance ,
Par des bienfaits pareils cherchent à s'illuftrer !
"
S'il eft beau de venger la France ,
Il eft encor plus doux de s'en faire adorer.
Ah ! fi ces vils ferpens que l'envie a fait naître ,
Vouloient , par ces complots fi communs à la Cour,
Priver d'an tel appui les Sujets & le Maître ,
Que fa feule vertu , produite au plus grand jour ,
Dans l'ombre au même inftant les fafſe diſparoître ,
Ainfi que ces vapeurs qui , du fond des marais ,
l'un
M. le Vicomte & M. le Chevalier de V.... ,
Capitaine de Dragons , & l'autre Officier aux Gardes
Françoiles.
DE FRANCE
.
Sexhalent pour troubler l'air pur que l'on refpire ,
Et quel'aftre du jour , dont l'éclat les attire ,
Dans la fange aufhtôt fait rentrer pour jamais .
( Par M. Blin de Sainmore. }
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Alarmes ; celui
de l'énigme eft.Toupie ; celui du Logogryphe
eft Bâtonnier (Chef de l'Ordre des Avocats ) ,
où le trouvent bát , nier ( verbe ) , baton ,
rat , Tobie , noir , Bonne ( Gouvernante
d'Enfans ) ton & rit.
CHARADE
à Mlle ***.
M ON premier jouit quelquefois
Du rare & flatteur avantage
De careffer vos jolis doigts
Quand vous vous mettez à l'ouvrage.
Mon fecond eft un inftrument
Qu'on accordé pour vous fur les bords du Permeffe ;
Et mon tout eft la douce ivreffe
Que l'on éprouve en vous voyant.
( Par M. de Châteaugiron , Cap . au
Rég, de Normandie. )
A jij
MERCURE
ENIGME à MHe PA.... DE LA CHA……..
DE tes caprices inconftans.
Le papillon fera l'image ,
Doris , fi tu veux faire ufage
De mes attributs différens.
Crois-moi , fuis mes frivoles traces ,
Laiſſe la conſtance en amour ,
Et fouffre que dans ton féjour ,
Le Plaifir à côté des Grâces
Te renouvelant les faveurs ,
T'apprenne à devenir volage
Au fein même de fes douceurs .
Des vertus le froid étalage
N'eft trop fouvent qu'un impofteur .....
Doris , jouis donc du bel âge !
Imite la touchante fleur
Que préfente ta belle image ;
Tandis que de fon doux vainqueur
Je ferai toujours le partage.
(Par M. du P...rat. )
DE FRANCE
.
Je n'ai
1
LOGOGRYPHE
.
E n'ai que quatre piés , & je fuis fans couleur .
Je produis tour -à-tour le plaifir , la douleur.
En moi l'on peut trouver, fans que l'efprits'applique
,
Un infecte rongeur ; une note en mufique ;
Une femme féduite , hélas ! pour ton malheur ,
Et qui défobéit aux volontés divines.
C'eſt aflez; je finis , rêve un peu : tu devines.
(Par M. de Saint Gervais , Officier an
Régiment de Picardie.
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
DISCOURS prononcé à la Séance Publique
de l'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts d'Amiens , le 25 Août 1782 , par
M. d'Agay , Intendant de la Province , fur
les avantages de la Navigation intérieure ,
auquel on ajoint la Carte de communication
de la Mer Méditerranée avec la Mer du
Nord , par le Canalprojeté en Bourgogne ,
les Canaux de Picardie.
&
par
L'INTENDANT d'une Province eft l'Homme
du Roi & de l'État , chargé de la répartition
des impôts que les befoins de l'État exigent
des Peuples , veillant fans ceffe pour le main
A iv.
8 MERCURE
ien de l'ordre public. Tout ce qui regarde
le Citoyen & la Province qui lui eft confiée ,
eft l'objet de fes foins . Solliciter des fecours
pour les malheureux , foulager les contribuables
par l'exacte répartition des charges ;
prévenir les vexations ou les réprimer; por
rer au pied du Trône les cris des infortunés ,
les traits de vertus dignes de louanges ou
de récompenfe ; inftruire les Miniftres des
événemens qui intéreffent le bien de fa Province;
feconder leurs opérations en les éclairant
; leur préfenter les objets utiles , les
moyens de faire le bien : telles font les fonc
tions d'un Intendant.
On ne peut lire le Difcours de M. d'Agay ,
fans reconnoître qu'il annonce les talens ,
les lumières , l'élévation néceffaires à cette
place importante. Son Ouvrage eft le réful
tat d'un travail immenfe ; les recherches
les plus étendues l'enrichiffent de toutes les
connoiffances en ce genre. Un petit nombre
de pages raffemble fous les yeux du Lecteur
l'hiftoire de tous les Canaux navigables du
monde entier. Le ftyle nous en a paru fage ,
noble , clair , élevé , rapide ; mais , ce qui
eft plus précieux encore , par - tout on y voit
l'Homme Public jaloux de contribuer à la
félicité des Peuples , à la grandeur du Roi ,
& au bien de la France. Rien de ce qui peut
faire le bonheur des hommes ne lui eſt étranger.
Il montre le bien , il le follicité , il le
fait goûter. Heureuſe la Province dont l'Adminiftrateur
éclairé dirige toutes les vûes
t
DE FRANCE
vers le bien public , & dont l'âme courageufe
efe lui confacrer fes veilles & fes travaux!
Le plan de l'Ouvrage eft fimple & grand :
c'eft la navigation du monde , & en particu
lier celle de la France & de la Picardie. Le
fondement de tous les États policés , dit l'Auteur
, eft l'Agriculture ; & le principe le plus
général de leur profpérité eft le Commerce.
L'Auteur part de ces deux principes importans
: l'Agriculture eft la bafe du Commerce
, & le Cominetce vivifie l'Agriculture
; mais fans les débouchés faciles , le
Commerce languit & tombe : de- là la néceffité
de fes communications , qui lient enfemble
tous les Empires , toutes les Régions.
Ainfi les mers uniffent les deux mondes , &
les canaux intérieurs , liens des Provinces ,
des Royaumes & des Peuples , ne font
qu'une fociété de la terre entière.
"
Cette vérité , fentie dans tous les temps ,
a dirigé les travaux de tous les États devenus
floriflans , vers cette fource d'abondance. « Il
» femble , dit M. d'Agay , en parcourant les
annales de l'Univers , que l'hiftoire des
grands Empires anciens & modernes , eſt
» en même temps celle des grands mony-
" mens érigés à la navigation intérieure ,
" & que ces accroiffemens font l'époque de
» leur force & de leur fplendeur. La célèbre
Babylone jouit encore de la gloire des
fuperbes aquéducs & canaux élevés par
Sémiramis...... La conftance des Chinois
à perfectionner cette branche importante
و ر
20
A v
ΤΟ MERCURE
"
de la félicité publique , avoit rendu , plu-
» fieurs fiècles avant l'Ere vulgaire , leurs
rivières nayigables , affuré leur commu-
» nication par des canaux , & formé dans
» ce vafte Empire une navigation générale ,
qui préfente l'image d'une feule ville immenfe
flottante fur les eaux.
"
و د
L'Égypte , qui difpute aux Chinois leur
antiquité , n'étoit pas moins leur rivale
dans l'art de fixer la fécondité & la cir-
» culation , dans le climat le plus ingrat
» en multipliant , par des canaux innom-
» brables , le feul fleuve qui l'arrofe ; mo-
» numens détruits en grande partie par des
conquérans Barbares ; mais plus honorables
pour l'Égypte , dans leurs veftiges &
» leurs ruines , que ces fameufes pyrami-
» des , ces maffes furprenantes & inutiles ,
qui perpétueront long- temps l'orgueil de
» leurs fondateurs.
"
13
C'eft avec ce ftyle rapide , plein d'une
fage philofophie , que M. d'Agay parcourt
tous les canaux navigables de tous les peu
ples & de tous les âges ; les Grecs , les Romains
, Venife , la Hollande , l'Angleterre
l'Italie , l'Allemagne , la Pruffe , la Pologne ,
le Danemarck , la Ruffie , l'Efpagne , le Pérou
, paffent tour à tour fous les yeux du
Lecteur étonné , que l'Auteur ramène enfin
à la France , à la Picardie.
**
A la vue de cette Patrie fi chère , M. d'Agay
femble s'animer d'un nouveau zèle , & répandre
encore plus d'intérêt fur les détails
DE FRANCE II
plus étendus auxquels il fe livre ; il n'en
cutes
aucun
: projets
conçus
, tentés
, exé
cutes ; calculs raifonnés des depenfes & des
avantages , tout eft prefenté , difcuté , & la
chaleur de l'éloquence fait difparoître l'aridité
du fujet. Avec quel enthoufiafme les
François retrouveront les noms chéris de
nos plus grands & de nos meilleurs Rois ,
dans tous les projets pour la jonction des
mers, & la vivification de la France par les
canaux. L'on ne s'en eft jainais plus occupé
que fous les règnes de Charlemagne , de
François Ier , de Henri IV & de Louis XIV.
" Il étoit réfervé au règne de Louis XIV ,
و د
"
و ر
$
fi
célèbre par l'émulation des talens & les
productions du génie en tous genres ,
» d'exécuter la première communication
» des mers , & le plus grand monument de
" navigation intérieure dont la France jouiffe
......... Le fuperbe canal qui joint enfemble
l'Océan & la Méditerranée , élève
» les bateaux jufqu'à fix cent pieds au- deffus
des mers , & les fait également monter &
defcendre d'une mer à l'autre ..... Il fait
éviter , par une navigation sûre de cin-
" quante quatre lieues , le circuit d'une na-
"
">
"
33 vigation incertaine de douze cent lieues
" autour des côtes d'Efpagne. C'eſt ainti
» que l'heureufe exécution de la jonction
» des mers dans les Provinces méridionales
, apprenoit à la France qu'il man-
» quoit à fa gloire & à fa profpérité , d'accomplir
l'ancien & célèbre projet de la
39.
"
A vj
12 MERCURE
» communication des mers du Nord au
» Midi , par l'intérieur du Royaume.
"3
Déjà la Nation , qui s'éclairoit de plus en
-plus par fes fuccès , formoit des voeux & des
projets , & le defir général des François patriotes
, étoit de voir unir enfin la Somme
avec l'Eſcaut , Amfterdam avec Marſeille ,
le Nord avec le Midi , projet aufli admirable.
par fon utilité, que par les grandes difficultés
que la nature oppofoit à cette entreprife , &
qui auroient triomphé de toutes les reffources
de l'Art ; mais c'est le privilège du
génie de vaincre les plus grands obftacles :
les montagnes s'abaillent & s'entr'ouvrent
devant lui. M. Laurent , déjà célèbre par de
grandes entrepriſes , couronnées par le fuc
cès , imagine , entreprend un canal fouterrain
fur une longueur de 7020 toifes. Bientôt
la Renommée avertit l'Europe qu'an
Ouvrage qui honore l'homme , eft commencé;
les Princes , les Perfonnages illuftres ,
les Hommes célèbres s'y rendent en foule.
Mais M. Laurent meurt ; la voix de la cri
tique s'élève contre cette grande entrepriſe
fur laquelle elle jette des nuages , & répand
les préjugés qui contrarient fi fouvent les
projets les plus utiles ; les travaux commencés
, prefque achevés , font interrompus. Le
plus beau monument des Arts & du talent
refte fufpendu ; mais le concours ne diminue
pas , déjà les éloges redoublent , & förment
le cri le plus général du Public pour
fa continuation M. d'Agay a l'honneur de
DE FRANCE. 13
recevoir au canal un Prince célèbre par fes
lumières & par fa fageffe , égale à fa puiffance
; ce Prince defcend dans le canal fouterrain
; il connoît les critiques , il veut en
peler les raifons , juger de leur folidité.
Il voit , il touche , il examine , il compare
; il réfute lui même toutes les objections,
& fon fuffrage illuftre eft le fceau
d'une gloire immortelle pour ce monument
à jamais fameux , & le préfage affuré de ſa
perfection prochaine.
La Province de Picardie n'occupe pas
feule le coeur du Magiftrat qui la préfide , il
porte un coup d'oeil patriotique fur les différentes
Provinces du Royaume. Il préfage
les canaux qui pourroient y augmenter l'abondance
& la fertilité : il indique ceux déjà
conçus ou exécutés par la bienfaisance du
Monarque chéri qui nous gouverne . De ces
canaux de vivification , de profpérité , fort
naturellement l'éloge de Louis XVI : il faut
voir dans le Difcours même avec quelle vér
rité , quelle nobleffe M. d'Agay a fu traiter
cette belle partie de fon Ouvrage. Tout
François , en le lifant , unit fon hommage
à celui du Magiftrat Auteur ; il répète fes
phrafes , fes mots ; & fon coeur attendri ſe
félicite de reconnoître l'expreffion de fes
fentimens.
Ce Difcours , dont la première Édition :
in-4° . eft épuifée , vient d'être réimprimé en
format in- 12 . Il fevend à Paris , chez Onfroi ,
Libraire , quai des Auguftins ; & à Amiens ,
14 MERCURE
chez J. B. Caron l'aîné , Imprimeur du
Roi. *
On a joint , dans cette nouvelle Édition
un Difcours du même Auteur , lû à l'Académie
d'Amiens le 25 Août 1774 , fur l'utilité
des Sciences & des Arts. Les bornes de cet
extrait nous obligent de paffer rapidement
fur cet Ouvrage. Nous nous contenterons de
citer les articles Philofophie & Eloquence.
Ces deux morceaux fuffront pour donner
une idée de ce Difcours , & du talent de
`M. d'Agay.
PHILOSOPHIE , La Grèce , co point pref-
» que imperceptible du globe , mais qui eſt
» devenue la patrie des Sciences & des Arts ,
» & même de la fagetfe , a plus fait pour
» le bonheur & la perfection de l'humanité ,
"
que les grands Empires qui ont envahi
» une partie de la terre , fouvent pour faire
» un plus grand nombre de malheureux.
Quel peuple a jamais produit autant de
Citoyens illuftres , de Sages , de Philofophes
, que cette heureufe région , où le
» feu du génie a naturalifé , pour ainsi dire ,
» les Sciences & les Arts avec les vertus
héroïques ; où les Romains puifoient leurs
loix , leurs modèles d'éloquence que l'on
admirera dans tous les fiècles ; où les penples
les plus éclairés de l'antiquité ren-
ود
"
* La plupart des Villes de Picardie , & plufieurs-
Académies du Royaume , ont délibéré de dépofer ce
Difcours dans leurs archives.
DE FRANCE. 15
"
"
"
">
» doient hommage au goût le pls pur qui
» diftinguoit les Sciences & les Arts de la
Grèce , & qui fait toujours le véritable
prix des connoiffances humaines.
ÉLOQUENCE . « C'eft par ce genre de fupériorité
, qu'elle a sú maintenir pendant
long - temps la liberté de fes Citoyens , en
déployant leur courage , réfléchi & dirigé
» par l'art & le génie , contre des armées
innombrables qui vouloient l'opprimer.
» Souvent l'éloquence feule de fes Orateurs
» lui a donné plus d'afcendant fur fes enne
" mis que des combats & des victoires.
""
33
>>
>>
Quel triomphe pour l'éloquence de Démofthène
, d'avoir vaincu l'ennemi le
plus dangereux de la Grèce , & fauvé
» l'honneur & la liberté de fa patrie par la
feule puiffance de cet Art admirable , qui
» fait maîtrifer les coeurs & régner fur les
efprits ! Eft- il un empire plus noble &
plus digne de la vertu & du génic qui
» cherche l'immortalité par des traits utiles
» à l'humanité?
و ر
و و
"3
" C'eſt par l'éloquence que les caractères
» durs & farouches s'attendriffent pour l'infortune
, & apprennent à goûter les char-
" mes de la fenfibilité & de la bienfaifance .
" C'eft elle qui fait régner la juftice & les
lois , en dévoilant dans les tribunaux les
و ر
و د
complots du crime & les artifices de la
» chicane ; qui déploie avec majeſté les
grandes maximes de la religion , & cou-
» ronne les vertus , après leur terme fatal ,
"
16 MERCURE
» dans ces éloges facrés que la flatterie ne
» peut plus corrompre ; c'eft elle qui fait
39
"
و ر
imprimer dans tous les cours l'audace &
» le mépris de la mort dans les combats , la
» douceur & la modération dans les victoires
; qui , dans le grand Art des négociations
, fait défärmer la jaloufie des Puif,
» fances rivales , vaincre leurs préjugés , af-
» fermir la confiance des Alliés , & fonder
» une paix folide fur l'heureux accord des
» intérêts des Peuples. Non , il n'appartient
qu'à l'éloquence d'émouvoir à fon gré
toutes les paffions pour les rendre utiles
» an bonheur de l'humanité , ou de les calmer
& d'embellir la raifon même ; en lui
prêtant les grâces du fentiment . Il n'appartient
qu'à cet Art fublime de couron
» ner par les talens l'utilité des Sciences &
des Arts , & de la graver dans tous les
coeurs par fes propres bienfaits . »
93
Ainfi le ftyle de M. d'Agay eft toujours
noble , fage , harmonieux ; fon éloquence
active & élevée. On voit par- tout dans ces
deux Ouvrages l'Adminiftrateur éclairé , le
Philofophe fage , ami du bien , zélé pour la
gloire du Prince & la félicité des Peuples.
DE FRANCE. 17
"
EUVRES Pofthumes de M. Pouteau >
Docteur en Médecine , Chirurgien en Chef
de l'Hôtel- Dieu de Lyon . 3 Vol. in- 8 °.
Prix , 18 liv . rel. A Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers ; & à
Lyon , chez M. Lombard , beau- frère de
l'Auteur , Négociant , rue de l'Enfantqui
Piffe.
-
CET Ouvrage eft fortement recommandé
par le nom de fon Auteur. M. Pouteau
étoit parvenu , dès la jeuneffe , à la place de
Chirurgien Major de l'Hôtel - Dieu ; ce qui
fait préfumer qu'il avoit fuppléé à l'expérience
par des talens extraordinaires. Il
l'exerça avec autant de zèle que d'intelligence
; & fa pratique , qui étendit au loin
fa réputation , lui valut la reconnoiffance de
fes Concitoyens & les hommages de l'Étran
ger. Il mourut à la fleur de fon âge, & fon
nom reftera placé parmi ceux des plus célèbres
Chirurgiens de ce fiècle .
Le premier Volume traite du vice cancé
reux. L'Auteur y parle de l'action des médi
camens extérieurement appliqués ; de l'utilité
du feu dans les rhumatifmes ; de la pulmonie
; & il eft terminé par un Mémoire fur
le rakitis & la gibbofité.
Dans le fecond Volume il eft fait mention
des fauffes anchylofes ; des dangers & des
avantages du feu appliqué fur le fommer de
la tête ; des douleurs fympathiques ; des
18 . MERCURE
coups à la tête qui forment des abfcès au
foie , des afphixies , de la luxation de la
cuiffe , de la rotule , & c. , des fecours à op
pofer à l'hémorragie ; des caufes de la faillie
del'os après une amputation , des apparences
de vie qu'on peut exciter dans un membret
qu'on vient de couper , & des antes animales
, & c . Les objets qui appartiennent à
la Chirurgie font traités dans ce Volume
d'une manière à ne laiſſer rien à deſirer. Les
douleurs fympathiques ont fourni à M. Pouteau
une difcuffion très ingénieufe . On dif
tinguera aufli l'article des luxations des muf
cles , fujet dont aucun Auteur ne s'étoit effentiellement
occupé auparavant. M. Pouteau
croit qu'il eft poffible de réfoudre une por
tion de membre entièrement coupée au
membre qui eft encore vivant, pourvu qu'on
procéde fur le champ à la jonction.
Le troifième Volume eft compofé de plufieurs
Mémoires très - curieux , qui traitent
des accouchemens & des naiffances précoces
& tardives ; du méchanifme de l'enfanter
ment , de quelques recherches particulières
fur les naiffances tardives , de l'huile d'olive
employée pour les morfures des vipères ; de
la préparation aux grandes opérations ; des
offifications ; des deux efpèces de fiftules ,
d'une nouvelle manière d'employer le laiton
pour les voies lacrymales ; de la ligature de
l'épiploon ; des précautions néceffaires pour
l'opération de la taille ; des moyens d'éviter
la contagion dans les hôpitaux , & c. & c .
DE FRANCE. 198
Tous ces objets importans font traités
dans cet Ouvrage avec une fagacité rare , &
digne de fon Auteur. Nous croyons que cette
précieufe Collection fera favorablement ac-.
cueillie par les gens de l'Art , & par les amis
de l'humanité.
"
*
ر
ALMANACH Littéraire. ou Étrennes
d'Apollon , contenant , 1º . quinze pages
de Variétés Préliminaires , où fe trouvent
le nouveau Pigmalion par M. Bret , le
Portrait d'un Parvenu par M. de la Louptrère
, & diverfes Pièces de MM. le Comte
de Barruel , le Chevalier de Rivarol ,
Feutry , Guyérand , le Gay ; des particularités
fur le Corte du Nord ; plufieurs
Traits intéreffans ; Bouquet à mon Papa,
par Mile de Saint - Léger. 2. Riesdel ,
Anecdote Allemande , par M. d'Arnaud ;
Dialogue entre la Mode & la Raifon , &
le Portrait Énigmatique de, la Curiofité ,
par M. de la Dixmerie ; Diverfités curieufes
; Idylle de M. Léonard ; Madrigal &
Bouquet de M. de Saint- Ange ; Pièces de
M. le Mierre ; Madrigal de M. le Ch. de
Boufflers ; Lettre de M. le Marquis de
Villette ; Lettres de Voltaire ; Vers du
même ; deux Épîtres badines de M. Damas
; Lettre du P. de Montefquieu ; Épî-
* Cet Almanach fe trouve chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , & chez les Marchauds
qui l'ont débité l'année dernière.
20 MERCURE
"
tre en grands vers par M. de Saint - Ange ;
Difcours en vers libres fur les Préjugés ,
par Mlle de Gaudin ; Épigramme par M.
Mérard de Saint- Juft ; Correfpondance.
Littéraire entre M. Paliffot & M. de Saint-
Ange; Chanfon traduite de Métaltaſe par
M. Bret ; Triolet de Mlle Defgranges ,
âgée de 12 ans , Épître par M. Bérenger ;
vers à une Coquette , par M. de la Louptière
; l'Habit & l'Oreiller , Fable , par M.
Crignon ; Bons Mots ; Lettre de J. J.
Rouffeau à M. Hubert ; Notice des principaux
Ouvrages , mêlée de traits curieux ,
& c. & c.
On ne peut fe figurer la quantité & la
diverfité des Pièces contenues dans ce Recueil
, profe , vers , lettres , anecdotes , bons
mots , fans que néanmoins la quantité des
matières nuife en rien au goût qui les diftribue.
C'est pour tâcher d'en donner une
idée , que nous avons tranfcrit le titre tout
entier , qui est une indication & une eſpèce
de table préliminaire. Auffi n'eft - il pas étonnant
que d'année en année le débit de cet
Ouvrage fe foit accrû au point que l'Aureur
a été obligé de réimprimer les trois premiers
Volumes 1777 , 1778 & 1779.
Pour entrer dans quelques détails , nous
diftinguerons dans les Variétés préliminaires
le Portrait du Parvenu , par M. de la Louptière
, Pièce que nous nous contentons d'indiquer
, parce qu'elle eft connue depuis trèsDE
FRANCE. 21
long- temps ; une Épître à Zélis , par M. le
Gay , & dont le début fait deviner le ton.
Enfin , Madame , expliquez-vous :
Bien qu'innocent , je défeſpère
De repouffer tant de foupçons jaloux .
De grâce,enfeignez -mei commenton peut vous plaire?
3
Pour moi , je n'y connois plus rien .
J'ai beau m'obſerver , j'ai beau faire ,
Tout ce que j'entreprends , croyant vous fatisfaire ,
Eft juſtement un sûr moyen
De m'attirer votre colère .
Cela vous déplaît-il ? Je fais tout le contraire ;
Et , pour pouffer ma patience à bout ,
Le contraire n'eft point encor de votre goût , &c. &c.
Un Bouquet de Mlle de St- Léger * à fon
Papa , Pièce remarquable par un mêlange de
verve , de philofophie & de fenfibilité très-
' rare dans une jeune perfonne. En voici quel
ques traits :
2
Je fentis le bonheur en ouvrant l'eil au jour ;
Mais combien ta tendreffe alla plus loin encore
Quand ma foible raiſon parut à fon aurore ,
Et que , fans calculer le nombre de mes ans ,
Tu voulus l'affermir par l'appui des talens !
Quand prêtant leurs fecours à ma foible jeuneſſe ,
Levant ce voile épais qui couvre l'avenir ,
* Elle eft Auteur des Lettres du Chevalier de Saint - Alme
& d'Alexandrine , Koman plein d'imagination & trèsintéreffans
, fur tout pour les Lecteurs de fon fexe.
122 MERCURE
Pour un âge plus mûr tu fus me garantir
Des écueils où languit une oifive molleffe !
Oui , tu me donnas tout : tu me donnas une âme,
Trop fenfible , ileft vrai , trop active , & de flamme ,
Mais fière & fans détour , préparée au malheur ,
Quoiqu'ignorant encor fon atteinte cruelle ,
Sévère dans fes loix , à fes defirs rébelle ,
Capable d'immoler dans fa noble vigueur
La nature à l'amour , & l'amour à l'honneur.
7
Il ne faut pas oublier des vers de M. le
Comte de Barruel à Madame, & à Madame
la Comteffe d'Artois , non plus que le nouveau
Pigmalion de M. Bret , Pièce qui feroit
plus agréable encore fi elle étoit plus courte.
Le dialogue entre la Mode & la Raifon ,
par M. de la Dixmerie , eft très-piquant , &
fera lû avec beaucoup de plaifir par ceux
qui aiment les Ouvrages de ce genre écrits
avec fineffe.
Rien de plus intéreffant que les moindres
Écrits de M. de Voltaire. Plufieurs Lettrés
de cet illuftre Écrivain à Mme la Comteffe
de la Neuville , imprimées dans ce Volume
pour la première fois , fuffiroient pour exciter
la curiofité des Lecteurs. Ils trouveront
dans cette petite Correfpondance ces grâces
légères & faciles que fa plume répandoit ,
pour ainfi dire malgré lui , fur les moindres
bagatelles ; enfin ce ton d'amabilité qui le
rend inimitable. Il faut diftinguer encore
V
DE FRANCE.
23
une Lettre qui lui fut adreffée par M. le
Comte de S ** , à l'occafion du nouvel an
1774, & la réponſe. Voici des vers qu'il
écrivoit à M. Helvétius .
Ne les verrai -je point , ces beaux vers que vous faites ,
Ami charmant , fublime Auteur ?
Le ciel vous anima de ces flammes fecrettes
Que nefentit jamais Boileau l'imitateur ,
Dans les triſtes beautés fi froidement parfaites,
Il eft des beaux -efprits , il eft plus d'un timeur ;
Il eft rarement des Poëtes.
Le vrai Poëte eft créateur;
Peut- être je le fus , & maintenant vous l'êtes.
La Pièce de M. le Mierre intitulée : Dif
cours d'un Récipiendaire à une Academie
d'hommes & de femmes , eft marquée à ce
coin d'originalité qui le caractérife .
Deux Épîtres légères de M. Damas fe font
diftinguer particulièrement dans l'Almanach
Littéraire , l'une adreffée à Mme Joli , fur
fon retour de Normandie , paroît approcher
du ton de Voltaire ; & l'autre adreffée à
Nanette , Marchande de Modes , eft abfolument
dans le genre de l'Auteur des Fantaifies.
Quelques vers en feront juger,
Veux-tu donc , bornant tes deſtins ,
De la mode inftrument ſervile ,
Toujours au comptoir immobile ,
Siéger parmi ces mannequins
Qui font-là cloués à la file ?
a
24
MERCURE
3
Paffe du moins pour ces laidrons ;
Tout prouve affez qu'ils ne font bons
Qu'à figurer là pour la vie.
Mais toi , fi fraiche & fi jolie ,
Pourquoi donc , Nanette , vouloir
Enterrer au fond d'un comptoir
·
Parmi des pavots doit -on voir
Sécher une brillante refe?
Je fais bien que tes doigts coquets
Au Dicu du goût dans fon palais ,
Elevant ces galans trophées ,
Ces pompons , ces colifichets ,
Nous font croire au règne des Fées ;
Sans doute je fais à propos
Applaudir à cet avantage ;
Mais de tous ces talens fi beaux
Qué te revient-il pour partage
Quand le foir rendue au repos ,
Dont après de fi longs travaux
Il eft fi doux de faire ufage,
Il te faut , les yeux demi-clos ,
Grimper jufqu'au fixième étage ,
Pour trouver ton lit fans rideaux ?
N'est- ce pas-là le ton de M. Dorat ? Et
encore :
Coquette , orgueilleuſe , étourdie ,
Sans doute il faut te craindre en tout;
Qui
DE FRANGE.
21
Qui fert tant la coquetterie ,
Doit en avoir auffi le goût.
On trouve rarement dans les Recueils annuelsd'auffibennes
Pièces que celle- ci ; aufli
ne doit- on pas être étonné que ceux qui paroiffent
plus tard le mettent à contribution.
Le Difcours en vers libres fur les Préjugés
, pat Mlle Gaudin , eft plein de grandes
beautés , & nous regrettons de ne pouvoir
en citer ici quelque chofe. Il ajoute encoreà
l'idée que diverfes Pièces ont pu donner
déjà des talens de cette Mufe aimable . Une
Epitre de M. Bérenger à Mlle S *** , fur la
naiffance d'un frère , feroit achevée fi elle
ne finiffoit d'une manière trop brufque , & ,
pour ainfi dire , tronquée.
Nous ne pouvons rien citer des anecdotes
ni des bons mots. Le goût que le Rédacteur
met dans ce choix eft affez connu. Il nous
refte à parler des notices que l'Auteur donne
des productions Littéraires qui ont paru dans
le cours de l'année ; elles font toutes trèsfoignées.
Ce font des extraits bien faits. Les
unes font raifonnées & analytiques , les autres
font un affemblage de traits piquans
ou d'anecdotes felon le genre de l'Ouvrage.
Ces notices font recommandables par un
ton d'honnêteté & par un efprit de juftice
qu'il feroit bien à fouhaiter de voir dans
les autres Recueils de ce genre. Il obferve
des loix de la politeffe avec autant de ferupule
que celles du goût....
Nº.5 , 1 Février 1783 .
B
26 MERCURE
Il y a dans ce Recueil plufieurs Pièces en
vers & en profe de l'Auteur de cet Article ;
mais il ne lui appartient pas de fe juger luimême,
SPECTACLES.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LORSQU'UN homme entre dans la carrière
des Arts , n'ayant pour guide & pour appui
que fon génie ; lorfque l'intrigue & la charlatanerie
, ces deux grandes reffources des
petits talens , lui font étrangères , il doit s'attendre
à être long - temps perfécuté , mé
connu , arrêté à chaque pas. Mais qu'il ne
perde point courage ; tous les obftacles s'applaniffent
peu-à- peu devant lui ; fes ennemis
fe laffent ou deviennent odieux & fufpects
; & le Public , éclairé par ces mêmes
productions qu'il n'avoit pas d'abord appré
ciées , rend enfin juftice à leur Auteur.
Il eft vrai qu'un Artifte qui fe préfente
après vingt-cinq ans de gloire & de fuccès
ne devroit pas éprouver les mêmes dégoûts ;
fon nom , fameux dans l'empire des Arts, par
roîtroit fait pour en impofer à fes détrac
teurs ; mais fi dans le nouveau pays où il
arrive , fon Art eft encore ignoré , s'il y
règne un faux favoir , pire que l'ignorance,
& l'on y a la manie des préférences exclu
DE FRANCE: 27
fives, & que l'on ait déjà choisi l'objet de ces
préférences , fon nom lui devient inutile ou
même dangereux ; & la réputation qui le
précède , en éveillant l'envie , n'eft pour lui
qu'un obftacle de plus.
On fe rappelle aujourd'hui , avec une efpèce
de honte , les excès où l'on ſe porta
d'abord contre l'Auteur de Roland . Les quolibets
, les plattes épigrammes , les comparaifons
injurieufes , rien ne fut épargné.
L'un vouloit reléguer dans les Concerts cette
muſique vraiment théâtrale ; l'autre appeloit
petits des chants nobles & paffionnés ; celuici
, en paffant condamnation fur le chant
critiquoit l'harmonie favante , mais pure &
mélodieufe , qui l'accompagne fans l'étouffer
jamais ; celui-là épluchoit les points &
les virgules , & prétendoit que M. Piccini
manquoit à l'expreffion des paroles , parce
qu'il n'avoit pas ponctué telle ou telle
phrafe à fa fantailie , quoique cette fantaifie
fût déplacée , & la penctuation régulière . Il
s'en trouva même qui osèrent reprocher des
fautes à l'un des Chefs de la première École
d'Tialie..... Qu'est - il arrivé de ces injuftes
Critiques ? Le temps a fait tout difparoître ,
excepté l'Ouvrage , dont la réputation a toujours
été en croiffant , & que l'on s'accorde
maintenant à regarder comme un chefd'oeuvre.
Atys fuivit Roland. Les clameurs , les farcafmes
, les menées recommencèrent ; un
folliculaire ne craignit pas d'imprimer que
Bij
28 MERCURE
Mob
tout le premier Acte étoit rempli de gentil
leffes Italiennes ; enfin , à l'exception du
morceau du fommeil , que l'envie , felon l'expreffion
d'un homme de goût , avoit choi
pour paroître jufte , au moins une fois , ce
fecond Ouvrage fut alors aufli mal jugé que
le premier. Mais par une révolution fembla
ble, on le voit tout différemment aujourd'hui ;
& l'on peut dire qu'à cette repriſe il reçoit
affez d'applaudiffemens pour prouver à M.
Piccini , qu'à force de talent & de conftance ,
i eft enfin parvenu à vaincre la plus grande
partie des préventions qui s'étoient élevées
contre lui. De nouveaux fuccès feront le
refte.
Lui feul étoit en droit de n'être pas
fatisfait de fon ouverture , qui avoit été gé
néralement goûtée ; mais celle qu'il vient de
mettre à la tête de fon Ouvrage , juftifie
cette févérité ; elle eft d'un caractere plus
élevé , plus pompeux ; le motif en eft
tiré ou imité du premier morceau de chant :
Amans , qui vous plaignez , & rappelle , ou
plutôt annonce la plainte amoureufe d'Atys .
Le fecond mouvement eft neuf , brillant
tonduit avec beaucoup d'art ; plein de traits ,
de chant & de beaux effets d'harmonie ; il
eft , fi l'on peut s'exprimer ainfi , d'une unité
variée , qui prouve autant d'imagination que
de favoir, autant de feu que de fageffe.
L'air dont je viens de parler eft trop connu
pour qu'il foit befoin d'en faire l'éloge. La
douce mélancolie qui y règne , l'expreffion
DE FRANCE. 29
naive d'un amour qui n'a point encore ofé
Le déclarer ; enfin le charme de cette mélodie
fimple & touchante , a réuni tous les
fuffrages ; on a fur- tout remarqué l'adreffe
avec laquelle le Muficien , fans changer de
mouvement fans s'éloigner trop de fon
fujet , a rendu ces vers :
Parmi l'allégreffe
D'un Peuple affemblé ,
Confus & troublé ,
De quelle trifteffe
Je fuis accablé!
Cet Art des nuances fans difparates , eft
connu de peu d'Artistes c'est celui des
grands Maitres ; c'eft fur-tout celui de M.
Piccini ; & il y a peu de fes morceaux de
mulque où l'on n'en pût trouver quelques
exemples.
L'annonce de la defcente de Cybèle en
fournit un atfez frappant . Cette annonce eft
éclatante , fon rhythme très- marqué, & la
nature des inftrumens qui y font employés
lui donnent un véritable air de fête ; mais du
milieu de ces chants d'alegreffe , fortent des
fons foutenus & refpectueux. Le vers Cybèle
va defcendre , chanté d'abord à voix feule ,
puis en duq , puis enfin en quatuor , ne pouvoit
être rendu par une expreflion muficale
plus agréable & plus jufte.
On entend toujours avec plaifir les deux
petites cavatines : la paix des coeurs indiffe
Bij
30 MERCURE
rens , & l'Amour fait verfer trop de pleurs...
Quand on ne feroit pas déjà dans le fecret
d'Arys , on devineroit bien au ton de fenfibilité
qu'il employe pour louer l'indifférence
, qu'elle n'eft plus dans fon coeur ; &
que s'il reproche à l'Amour les pleurs qu'il
fait verfer , c'eft qu'il en a lui- même à répandre
.
L'air , Eft- il un deftin plus cruel , rend
avec beaucoup de vérité , les combats qui fe
paffent dans le coeur de Sangaride . Après le
premier vers , l'orchestre interrompt la voix
par des efpèces de fanglots qui conduisent
à l'exclamation expreffive , Ah ! ...."qui fût
jamais plus à plaindre ; il faut voir fur- tour ,
comme dans la feconde partie de l'air , cette
exclamation prend une nouvelle force par
la manière imprévue dont le Muficien s'en
fert pour moduler , & pour revenir fans effort
, après un écart plein de hardieffe , au
même point dont il paroiffoit fort éloigné.
Rien n'eft plus commun que d'entendre
de prétendus Amateurs , & même des Compofiteurs
, ou foi- difant tels , accufer M. P.
de ne pas moduler affez , & de n'aller jamais
, comme ils le difent , que de la tonique
à la dominante. On ne peut attribuer des
affertions pareilles qu'à une profonde ignorance
, ou , qui pis eft , à une extrême mauvaife
foi. Aucun Maître , au contraire , ne
module avec plus de vigueur , & ne s'engage
avec plus de liberté & d'aifance dans
des routes variées & fouvent nouvelles. Ce
DE FRANCE
.
point feul demanderoit une longue difcuf
fion. Il faudroit prouver d'abord qu'il y a
plus de génie à créer du chant fans moduler
beaucoup , qu'à recourir fans ceffe à cette
reffource ; qu'il n'y en a aucun à s'égarer fans
choix , fans frein , fans règle , fans précaution
, dans des modulations baroques , d'où
l'on ne fort qu'avec des efforts que l'on fait
partager à fes auditeurs ; enfuite que l'art de
moduler d'une manière hardie , mais fage
qui demande un vrai favoir & un goût sûr,
n'eft connu que des Italiens ; que leur récitatifen
eft la preuve ; qu'ils y employent des
procédés qu'il leur feroit aifé de tranfporter
dans leurs airs , mais qu'ils ont de bonnes
raifons pour ne le pas faire ; qu'ils s'en fer-
Vent pourtant quelquefois , mais toujours à
propos , toujours fans excès ; qu'enfin celui
de tous peut-être qui en fait un ufage plus
fréquent & plus heureux , eft ce même
Maître que l'on accufe ridiculement de ne
quitter la tonique que pour la dominante , &
la dominante que pour la tonique ; mais cette
differtation nous meneroit trop loin. J'inviterai
feulement ces grands connoiffeurs à fe
rappeler , dans Roland , les airs : Oui , je le
dois , je fuis Reine ; Tu fais ce que j'ai fait
pour elle ; Je me reconnois , je refpire , &c.
Dans Atys , l'air de Sangaride , qui a donné
lieu à cette digreffion ; le duo du premier
Acte ; la Scène du fecond , O funefte amitié!
l'air de Cybèle , Tremblez, ingrats; le quatuor
du quatrième Acte , &c. &c . Ils trouveront
$
Biv
32
MERCURE
dans ces morceaux , & dans bien d'autres ,
des réponſes que je crois fans réplique , des
leçons fur cet art des modulations qu'ils
croyent fi bien favoir , & peut-être des raifons
pour prononcer au moins avec plus de
retenue leurs arrêts , qu'ils reconnoîtront
eux- mêmes n'être pas toujours infaillibles.
Revenons à Atys. Il revient lui même auprès
de Sangaride. Les voilà feuls. Que fe
diront- ils ? Une ritournelle charmante peint
leur embarras & leur trouble. Tout ce que
dit Arys , tout ce que répond Sangaride eft
précédé ou fuivi de quelque trait de cette
ritournelle , qui , revenant ainfi par parties ,
fait à chaque fois un nouveau plaifir , juſ
qu'au moment où Atys , ne pouvant plus fe
contenir , laiffe éclater fon défefpoir; lorcheftre
change alors de motif, & peint avec
énergie l'agitation qu'il éprouve & qu'il
daufe. Il feroit trop long de fuivre tous les
détails de cette Scène , qui eft fort étendue ,
mais où le Muficien , toujours d'accord avec
le Poëte , plaît , émeut , intéreffe d'un bour
à l'autre. Il faut être tout - à- fait infenfible
pour entendre , fans la plus douce émotion ,
ces vers fi touchans , rendus par un récitatif
fimple , mais de l'expreffion la plus tendre.
& la plus naïve .
Atys , par quel malheur faut-il vous voir périr ? .....
Atys , que vous feriez à plaindre
Si vous faviez tous vos malheurs ! ......
Si vous cherchez la mort , il faut que je vous fuive;
DE FRANCE
.
33
Vivez , c'eft mon amour qui vous en fait la loi.
ATY S.
Etcomment , & pourquoi voulez- vous que je vive ,
Si vous ne vivez pas pour moi ?
Ici commence un duo qu'il feroit auffi
difficile de louer comme il le mérite , qu'il
F'eft de lui refufer les éloges qui lui ſont dûs . On a mis, avec raifon , le duo de Roland
au-deffus de tous ceux que l'on avoit entendus
avant lui fur notre Théâtre ; mais je
n'hésite pas à dire que celui d'Atys lui eft
infiniment fupérieur , par l'élévation
des
idées , la grandeur du deffein , le contraſto
& l'enchaînement
des parties , la force de
l'expreffion , & par cet efprit d'originalité
, de création & de vie , dont il eft animé de
puis la première phraſe juſqu'à la dernière .
Le début du Cantabile eft d'une beauté raviffante
; c'eft un de ces chants larges & fpacieux,
dont le fecret ne s'apprend que fous
l'heureux ciel de l'Italie. Quel charme dans
cette plainte mutuelle de deux amans
prêts à fe féparer ! Comme ils s'interrogent
& fe répondent ! Comme ils fe réuniffent
enfuite avec l'accent de la douleur ! Mais
bientôt leur trouble augmente , le mouvement
change & fe précipite ; ils invoquent
le ciel , & lui demandent au moins la force
de fupporter leurs malheurs. Ils répètent
d'une manière auffi neuve qu'expreffive
cette
invocation : Ciel ! qui vois nos pleurs ; & il
eft difficile de n'en pas verfer avec eux. Ils
BY
34 MERCURE
reviennent enfuite à leurs premiers regrets ?
mais d'un ton plus animé , plus vif , plus
paffionné. Enfin leur défefpoir eft au comble
; le défordre de l'orcheſtre s'accroît avec
celui de leur âme ; & les accens qui terminent
de fi tendres adieux , laiffent dans celle
de l'auditeur une impreffion profonde .
Elle est bientôt , finon effacée , du moins
adoucie par la fymphonie brillante & majeftueuse
qui annonce l'arrivée de Cybèle. Le
caractère impofant & religieux de cette fymphonie
& du choeur qui la fuit , prouve
avec quelle foupleffe le génie fécond de M. P.
fe plie à tous les tons , & fait donner à chaque
fituation la couleur muficale qui lui eft.
propre.
Le nouveau choeur, Honorons le choix de Cy
bèle , eft d'un effet agréable , & le feroit davan
rage , fi l'on mettoit dans l'exécution l'enſem
ble & les nuances néceffaires ; mais en général
tous ces choeurs en efpalier , où l'on ne fait
qu'honorer,chanter, célébrer, font peu propres
à échauffer le génie d'un Compofiteur. L'une
des plus grandes obligations que l'on ait au
fyftême moderne , c'eft de leur avoir fubftitué
les choeurs en action ; & M. P. a fait
voir dans fon Iphigénie en Tauride , avec
quel fuccès il fait les employer , quand le
fujet qu'il traite en eft fufceptible.
L'air , Je reffens un plaifir extrême , que
chante Cybèle au commencement du fecond
Acte , eft plein de grace & de fraî
sheur. L'idée principale en eft neuve &
DE FRANCE
.
35
conduite avec un tel art , que , reparoiffant
toujours fous de nouvelles formes , elle devient
chaque fois plus piquante.
La Scène fuivante entre Célenus &
Atys eft refaite entièrement. Célonus , qui
ignore la paffion d'Atys , fe confie à lui ; il
a entendu gémir Sangaride ; il craint quelque
rival caché. L'air de jaloufie ajouté à
fon rôle, a de la force & de la chaleur. On
y a furtout applaudi ce trait : Tu fais le
tourment de l'Amour. Le Roi fort , en recommandant
à Atys de voir Sangaride , & de
tâcher d'éclaircir fes doutes. Atys refte partagé
entre fon amour & les remords que lui
caufe l'efpèce de perfidie dont il fe rend
coupable envers Célaenus. Ses combats , fes
incertitudes , font énergiquement
exprimés
par un beau récitatif obligé. C'eft dans ces
morceaux que peut briller tout le génie &
toute la fcience du Compofiteur
; & l'on
peut dire que dans celui- ci M. P. s'eft furpaffé
lui-même. Une ritournelle pittorefque
précède le premier vers : O funefte amitié
confiance accablante ! Les deux fuivans :
Sur quel abyme affreux vous tenez en ſuſpens
Mon âme incertaine & tremblante ,
font parf
faitement
déclamés , & accompagnés
par un murmure
fourd de l'Orcheftre
qui en redouble
l'expreffion
. Toute
l'harmonie
eft ici comme fufpendue
, elle
paroît devoir le réfoudre dans une modulation
, & tout- à- coup la baffe s'élevant d'un
3
B vj
36 MERCURE Y
-
demi ton feulement , entraîne les autres
parties dans une modulation différente
mais relative , où le motif inftrumental reparoît
avec quelque légère différence. Cetol
vers : Je fouhaite , je crains , je veux , je me
repens , eût été l'écueil d'un talent médiocre.
Il fe fut caffé la tête à trouver un trait de
fymphonie pour le fouhait , un autre pour
la crainte , un troisième pour la volonté, ungro
quatrième enfin pour le repentir , ce qui
n'eût produit qu'une affectation ridicule , &
n'eût rien dit pour vouloir trop dire. M. P.
a fimplement déclamé ce vers fans accompa
gnement , donnant à chacun de fes mots
l'expreffion qui lui convient , mais laiffant .
à l'Acteur la liberté de les feparer par les
tems qu'il jugeroit néceffaires : l'irréfolution
d'Atys continue. Il aime , il eft aimé ; Cybèle
même lui fera favorable .... mais la
voix du devoir fe fait entendre : elle l'accufe:
& l'épouvante. Toutes ces tranfitions font
admirablement exprimées par l'Orchestre.
Enfin les cinq derniers vers : Laiffe mon
coeur en paix , impuiffante vertu , &c. font récités
d'une manière fi pathétique , dans celuici
, fur tout :
Quand l'Amour malgré moi me contraint à merendre,
Hélas !
l'harmonie , par une progreffion imprévue
& cependant très naturelle , vient frapper un
accord fi plaintif , fi douloureux , qu'il eft
impoffible de n'en être pas ému.
DE FRANCE.
37
En jetant un coup d'oeil rapide fur les
beautés de cet Ouvrage , je fuis obligé de me
répéter fouvent, parce que les mêmes per
fections fe retrouvent dans la plupart des
morceaux qui le compofent. Une de celles)
que M. P. y a le plus prodiguées , c'eft l'originalité,
l'invention : c'eft la plus rare ; &
en Italie même on compte, aujourd'hui furtout
, peu de vrais inventeurs. M. P. a toujours
été juſtement regardé comme un des
plus féconds ; fa verve inépuifable enfante à
chaque inftant des combinaifons nouvelles
de fons & de rhythme ; & tandis qu'un petit
nombre de productions épuife totalement
des Compofiteurs , qui même dans leur
meilleur tems , n'ont jamais été fatigués par
le travail de la création , fon génie , après
une multitude prefqu'incroyable de productions
originales , femble , pour ainfi
dire , renaître fans ceffe de lui - même : de-là
vient dans chacun de fes Opéras cette profufion
de richeffes que l'on ne peut fe
laffer d'admirer : de -là vient que l'homme le
plus inftruit , le plus habitué à entendre de
la mufique , & le plus familiarifé avec les
Ouvrages des grands Maîtres , trouve toujours
dans les fiens ne foule d'idées & d'expreffions
nouvelles , dont il enrichit chaque
Ajour le Dictionnaire de la langue muficale.
On y peut infcrire l'air quel trouble agite
mon coeur , air dicté par le génie , & qui exprime
avec tant de force & de juftelle le
MERCURE
fens des paroles. Plein d'agitation & de
trouble , il fait partager à tout Spectateur
fenfible les mouvemens du coeur d'Atys. Du
milieu de cette efpèce de confuſion , où
règne cependant un ordre admirable , naît
& s'échappe en quelque forte une réflexion
touchante : ne pourrai- je , dit cet
Amant malheureux ,
Ne pourrai-je unir enſemble
L'innocence & le bonheur ?
Il faut être fans entrailles pour entendre
froidement le trait de mélodie que ces deux
vers ont infpiré au Muficien , fur - tour dans
la dernière partie , où , fe trouvant en mode
mineur , il lui a donné un accent encore
plus pathétique & plus pénétrant que dans
la première. Si cet air , l'un des plus beaux
que M. P. ait faits depuis fon arrivée en
France , n'eft pas applaudi autant & auffi
long -temps qu'il le mérite , c'eft que le Pu
blic attend avec impatience le morceau
qui le fuit , & dont il craint de perdre la
première note. Ce morceau , qui n'a de
modèle ni d'égal fur aucun Théâtre
vivement fenti ; l'envie même n'a pu
fufer des éloges ; mais ne voulant point fe
démentir , elle s'eft contentée d'y reconnoître
un chant délicieux , une mélodie charmante
, & c. expreffions vagues applicables à
tout , & qui , par conféquent , ne difent rien
quand il s'agit d'une production fublime à qui
rien ne reffemble . Il falloit parler de la cou
"
été
lui res
DE FRANCE. 19
1
leur vraie qui règne dans tout ce tableau , de
fon ordonnance fimple & riche en mêmetemps
, de fon harmonie pure & profonde ,
& de l'art infini dont le Peintre a eu befoin
pour fe varier dans un fujer i vaste , où
l'uniformité paroiffoit inévitable , où il ne
fembloit pas qu'il pût employer la magie du
clair obfcur , où fur- tout , follicitant , commandant
même une attention générale &
prolongée , il ne pouvoit efpérer grâce pour
la moindre négligence.
A peine l'air d'Atys eft-il fini , que l'on
entend fortir du fond de l'Orchestre , non
une vapeur harmonieufe , comme on l'a dit
fort plaifamment d'un autre fommeil , indigne
à tous égards d'entrer en comparaiſon
avec celui- ci , mais des fons doux , foutenus,
paifibles , qui fe fuccèdent , s'enchaînent , ſe
répondent , qui s'élèvent infenfiblement des
cordes les plus baffes aux plus élevées , pour
retomber enfuite , & pour exprimer cette
froide tangueur qui fe répand dans tous les
fens d'Atys. Le retour du premier trait de
chant & d'harmonie , ajoute encore au calme
qu'il éprouve , fes paupières commencent à
s'appelantir.
Le fommeil vient-il me furprendre ?
Hélas ! des malheureux c'eft l'anique douceur.
Rien de plus attendriffant que cette réflexion
parfaitement rendue par le Muficien,
Il n'eft peut- être pas inutile de remarquer
qu'en finiffant ces mots le fommeil vient il
40 MERCURE
mefurprendre ? l'accompagnement s'appuie
doucement fur un accord imprévu qui procure
à l'oreille une agréable furpriſe. Cette
obfervation peut paroître minutieufe ; elle
le feroit fi l'on y attachoit trop d'importance ;
mais elle peut contribuer à prouver avec
quelle fidékré M. P. s'attache à rendre le
fens des paroles . Ce trait n'a sûrement point.
été l'effet d'une combinaiſon ni la fuite d'un
raifonnement ; mais compofant par infpiration
, & pénétré lui-même du fentiment
qu'il avoit à peindre , les moindres inots lui
ont fourni des images , & il a trouvé fans,
réflexion , dans fon art & dans fon génie ,
le fecret de toutes ces nuances délicates .
Atys cède enfin au fommeil. Jufqu'ici tout
le charme eft produit par une feule partie
de l'Orchestre. La plus féduifante , la plus
féconde en fenfations tendres & volup
rueufes , celle des flûtes , des cors , des clarinettes
, vient achever l'enchantement ; &
c'eft avec cette nouvelle magie que recom
mence , pour la troifième fois , cette fymphonie
délicieuſe , qui s'étend & fe développe
à mesure que defcend le Dieu du fommeil &
que le grouppe de nuages dont il eft environné
fe répand lentement fur la Scène . Après huit
ou neuf meſures , au lieu de poursuivre en
majeur comme la première fois , on paſſe
fubitement à la modulation mineure , dont
l'expreffion eft toujours plus touchante ; &
c'eft encore une reffource que l'habile Artifte
s'étoit ménagée pour graduer les effets , &
DE FRANCE. 41
mettre de la variété dans ce qui n'en paroiffoit
pas fufceptible.Enfin , les fonges , Suivans
de Morphée , viennent chanter en fon hon
neur cet hymne fi long temps attendu , fi
avantageuſement annoncé , & qui tient
tout ce que l'Auteur avoit promis. C'eft - là
qu'il a déployé toutes les richeffes d'une imagination
modérée par le goût , qui fait s'arrêter
à propos , & ne paffe jamais le but
qu'elle atteint toujours. Le chant des trois ,
premiers vers étoit déja répandu dans différentes
parties de la ritournelle ; mais M. P.
tenoit en réferve celui du quatrième :
Retenez tous les coeurs dans une paix profonde.
Chant pur & prefque célefte , qui doit fon
effet, non - feulement à ce qu'il eft en luimême
, mais au contrafte qu'il forme avec
le paffage d'harmonie mineure auquel il fuccède.
Une voix feule le fait d'abord entendre,
& tout le choeur l'accompagne enfuite. Autre
nuance , autre fource de variété. Un nouveau
motif d'accompagnement vient alors
former une forte d'épifode au milieu de
cette belle Scène , & cependant les parties,
de chant fe jouent pour ainsi dire , en
fe répondant l'une à l'autre fur les paroles
: Calmez les foins , charmez les fens.
Elles modulent avec aifance , & de retour
au ton principal , elles fe raffemblent & s'arrêtent
une feconde fois fur ce mode mineur
, d'où s'élève encore le chant : Retenez
tous les coeurs , &c. avec cette différence-
2
42 MERCURE
qu'il étoit dans la bouche d'une hautecontre
, & que cette fois il reçoit d'une voix
de femme un nouveau degré d'intérêt. Ces
derniers mots : Dans une paix profondes
font exprimés en finiffant d'une manière qui
couronne parfaitement ce chef- d'oeuvre , où
l'on découvre toujours des beautés que l'on
n'avoit pas d'abord apperçues , & qui , ( pour
me fervir de l'expreffion d'un homme célè
bre , Juge irrécufable d'un Art où il a luimême
peu de rivaux , ) fera éternellement
honneur à l'Italie.
COMÉDIE ITALIENNE.
ou
LEE
Jeudi Janvier , on a donné , pour la
première fois , Ifabelle & Fernand
l'Alcade de Zalaméa , Comédie mêlée d'ariettes
, en trois Actes & en vers , mufique
de M.Champein.
Ifabelle , fille d'un riche Fermier , eft aimée
du jeune Fernand ; mais elle a le malheur
d'infpirer de l'amour à un jeune Officier ,
qui , après avoir fait éclater d'abord des fentimens
honnêtes , finit par le déterminer à
faire enlever Ifabelle , au moment même où
le père de la jeune perfonne vient d'être
nommé Alcade. Fernand arrache fa maîtreffe
des mains du raviffeur , qui eft arrêté &
* M. Sacchinf.
43
DE FRANCE.
conduit devant l'Alcade. Là , il propofe de
43
réparer , en époufant Ifabelle , le tort qu'il
a fait à fon honneur. Ce moyen de conciliation
défefpère Ifabelle & Fernand , qui
fe voient fur le point d'être punis de la faute
d'un imprudent. Néanmoins , comme l'honneur
de la fille du Fermier n'a point été
compromis publiquement , le père fe laiſſe
fléchir , couronne les voeux des jeunes amans,
& pardonne même au raviffeur , en faveur
de fon repentir. Nous n'avons point parlé
d'un jeune fils du Fermier qui vient d'embraffer
l'état Militaire , dont le rôle n'eft pas
dénué d'une espèce d'intérêt , & qui jette
quelquefois de la gaîté dans l'Ouvrage ; non
plus que d'un vieil Officier Général , dont
le perfonnage pouvoit être plus intéreſſant
& plus utile à l'action . Il y a encore d'autres
rôles qui ne font pas affez importans
pour que nous en parlions , fi nous en exceptons
toutefois celui de Clairette , qui devient
très- agréable par la manière dont Mme
Dugazon le joue & le chante..
Čet Ouvrage eft imité de l'Eſpagnol de
Calderone de la Barea. L'original eſt intitulé:
le Viol Puni. Il en a été fait plufieurs imi
tations Françoifes ; une feule mérite d'être.
citée. Nous en allons parler quand nous aurons
dit quelque chofe de celle dont nous
venons de donner l'analyfe .
Un fujer tel que celui- ci ne devoit point
être traité dans un Ouvrage Lyrique. Les facrifices
que le Poëte eft obligé de faire au
44
MERCURE
Muficien, afin de ne point donner aux Scenes
trop d'étendue , le privent d'une partie des
développemens qu'exigent les fujets d'une
certaine importance , & toutes les reffources
, tout le génie d'un Muficien ne pour
ront jamais fuppléer à ces détails heureux ,
par lefquels l'Écrivain Philofophe déploie ,
fous les yeux du Spectateur , la connoiffance
qu'il a acquife des paffions & des règles de
fon Art. C'eft vraisemblablement à cette
caufe qu'il faut attribuer le péu d'intérêt que
Fon a trouvé dans Ifabelle & Fernand , mal
gré les idées fraîches , les jolis détails qui s'y
rencontrent , & qui annoncent que l'Anteur
eft un homme d'efprit , M. Collot d'Herbois
a traité ce fujet tout différemment , & s'eſt
quelquefois écarté de l'Auteur Efpagnol ,
afin de ne point révolter les Spectateurs Fran
çois par des moeurs qui leur font étrangères
& par des tableaux trop révoltans. Dans
tout le refte , il a exécuté Calderone , & l'on
peut affurer qu'il l'a fouvent embelli. Il a ,
comme l'Auteur d'Ifabelle , changé le vicl
en un enlèvement ; mais il a fait du raviffeur
un amant aimé de la fille de Crefpo ; il
a donné un grand caractère à ce Fermier
devenu Alcade ; il a fondu le perfonnage de
Don Lope dans des nuances fucceflives de
brufquerie , de bonhommie , de loyauté &
de comique. Le moment où le raviffeur eft
fur le point d'être puni fuivant la rigueur
des loix , & où Don Lope , jaloux des prérogatives
de fon état , ordonne à fes Soldats
DE FRANCE. 45
·
de faire main- baffe fur les Payfans qui vont
exécuter les ordres de l'Alcade , eft un des
plus beaux que nous connoiffions au Théâtre.
L'aveu que vient faire Ifabelle , de fon
amour pour Don Louis , afin de l'arracher à
la mort , couronne très heureufement le
tableau qui le précède , & amène le dénouement
avec autant d'intérêt que de vérité.
Cet Ouvrage , qui eft repréſenté avec
fuccès fur les Théâtres de Province , porte
pour titre : le Paysan Magiftrat. Il pourroit
obtenir le même fuccès à Paris , fur tout fi
l'Auteur en retranchoit quelques plaifanteries
un peu baffes , foignoit davantage fon
ftyle, & faifoit difparoître quelques longueurs
capables d'en diminuer l'intérêt.
La mufique d'Ifabelle & Fernand eft de
M. Chainpein. On peut reprocher à ce jeune
Compofiteur de travailler trop vite , & d'abufer
de fa facilité. On remarque dans fes
compofitions des réminifcences fréquentes ,
de la négligence , des répétitions de traits
& de motifs. On voit encore qu'il ne fe
donne pas toujours le temps de réfléchir fur
les moyens qu'il adopte. Par exemple , le
fils de l'Alcade eft repréſenté par Mlle
Dufayel , & l'air que chante ce jeune homme,
pour exprimer l'amour qu'il a pour
l'état qu'il vient d'embraffer , eft accompa
gné par des timballes , des trompettes , avec
un fracas d'orchestre affourdiffant . Certai
nement fi M, Champein avoit fait un peu
d'attention à la nature de l'organe qui devait
46 MERCURE
fervir d'inftrument à cet air , il n'auroit pas fait
ufage d'un accompagnement auffi bruyant.
Nous pourrions porter plus loin nos obfervations
fur la mufique de cet Ouvrage ,
mais nous nous en abſtiendrons , parce que
nous fommes très-éloignés de vouloir dé
courager M. Champein , & que
l'intérêt que
nous prenons à fon talent eft la feule caufe
de notre févérité. Nous le prions d'en être
perfuadé. On a fort goûté la Romance chan
tée au premier Acte par Mme Trial , & la
chanfonnette chantée au fecond par Mme
Dugazon. Quelques autres morceaux ont été
auffi fort applaudis ; mais nous n'en fommes
pas moins autorifés à croire que fi M. Chain
pein veut obtenir des fuccès durables , il
faut qu'il approfondiffe davantage fes motifs
, qu'il en varie les différentes expreffions
avec foin , & qu'il s'occupe , non pas de
faire beaucoup , mais de bien faire.
Cent fois fur le métier remettez votre ouvrage .
Ce précepte ne regarde pas moins les Mu
ficiens que les Poëtes .
ANNONCES ET NOTICES.
LE CORAN , traduit de l'Arabe , accompagné
de notes , & précédé d'un Abrégé de la Vie de
Mahomet , tiré des Écrivains Orientaux les plus ef
timés par M. Savary, 2 Vol . in- 8 ° . A Paris ,
chez
Knapen & fils , Impr.-Libraires , au bas du pont
$. Michel , & Onfroy , Libraire , quai des Auguſt
DE FRANCE. 47
OD
Jufqu'ici , en parlant du Code que Mahomet
donna aux Arabes , on a toujours dit & écrit l'Alcoran.
Mais comme al coran vient du verbe Kara
(lire) , & que ce mot , compofé de l'article al & de
coran , fignifie la lecture , M. Savary a cru devoir
écrire le Coran. En effet , l'on écrit en Italien il
libro , & l'on ne dit pas en François l'illibro , parce
que ce feroit répéter en même-temps l'article François
& l'article Italien .
les
Cet Ouvrage nous a paru digne de l'attention du
Public. L'Auteur a paffé , par goût , une partie de fa
vie dans le Levant pour y étudier les moeurs ,
ufages , le commerce & la langue des' Arabes , des
Perfans & des Furcs , & c'eft fur les lieux même
qu'il a travaillé à cette Traduction. Nous nous hâtons
de l'annoncer à nos Lecteurs ; & en attendant
que nous puiffions en donner une analyfe , nous alfons
tranfcrire ici l'approbation du Cenfeur. « J'ai
confronté , dit-il , avec la plus fcrupuleafe attention
, plufieurs Chapitres de cette Traduction avec
le texte Arabe , & je les ai trouvés de la dernière
& exactitude. Le Traducteur a fu réunir la clarté, l'élé
gance & la précifion du ftyle , à la fidélité & à
Fexactitude. Je ne doute point que le Public ne reçoive
avec plaifir cet Ouvrage , qui manquoit à notre
Littérature , puifque nous n'avions aucune bonne
Traduction du Coran. La vie de Mahomet , qui eft
à la tête du Coran , & les notes qu'on a placées au
bas des pages , font tirées des plus fameux Docteurs
Mufulmans , & méritent par-là la confiance entière
du
Lecteur.
L'AMOUR à Espagnole , gravé d'après le
Tableau original de M. Leprince , par MM . de
Saint - Aubin & N. Pruneau. A Paris , chez A. de
Saint- Aubin , Grayeur du Roi & de fa Bibliothèque
MERCURE
rue Thérèſe , Butte S. Roch , & chez N. Pruneau ,
rue S. Jacques , vis- à-vis le Collège du Pleffis . Prix ,
3 liv.
Cette Eftampe eft d'un effet très-agréable ; les
détails en font très-foignés , & les têtes font d'une
heureufe expreffion.
Plan Scénographique de la Ville de Lyon fous
les Règnes de François Premier & de Henri II;
Ouvrage utile & curieux pour connoître les ac
croiffemens que cette Ville a reçus depuis ce temps,
Ce Plan a été réduit , deffiné & gravé par Moithey,
d'après un grand Plan gravé en vingt- cinq feuilles ,
& publié du Règne de Henri II . Prix , 2 livres
8 fols. - Autre Plan de la même Ville de Lyon
dans fon état préſent , avec les travaux de M. Perrache.
Prix , 1 liv . 4 fols. Les Perfonnes qui defireront
fe procurer ces deux Plans ne payeront que
3 livres . A Paris, chez le fieur Moithey , Ingénieur
Géographe du Roi , rue de la Harpe , vis - àvis la
Sorbonne ; & à Lyon , chez les Marchands d'Ef
tampes.
1
TABLE.
AUMiniftrePacificateur, 3 Euvres Pofthumes de M.
Charade , Enigme & Logo- Pouteau , 17
19 gryphe , Almanach Littéraire ,
Difcours prononcé à la Séance Acad. Royale de Mufiq. 26
Publique de l'Académie des Comedie Italienne,
Sciences d'Amiens , 71Annonces & Notices ,
AP PROBATION.
42
JA A Ilu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 1 Février. Je n'y al
sien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 31 Janvier 1783. GUIDI
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 8
FÉVRIER 1783 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à des Vers adreffés par
M. DE LA GRANGE CHANCEL * à
l'Auteur , qui avoit peint fon fils.
Qu
UAN votre Mufe folitaire
Me prodigue des complimens ,
Et dans des vers éloquens
Peint fi bien l'âme d'un père ,
Vous ignorez qu'au lieu de me flatter
Par une Épître enchantereffe
Que je n'ai pas fu mériter ,
Mon coeur en la lifant fe rouvre à la trifteffe.
Tout m'y retrace un père , ami de les enfans ,
* C'eft le fils du célèbre la Grange - Chancel.
No, 6 , 8 Février 1783 . C
رد
MERCURE
Dont la parque jaloufe a privé ma jeuneffe
Dans le moment où fa tendreffe
S'occupoit de mes premiers aus.
Hélas ! fans appui , fans fortune
Depuis ce jour fatal à moi-même livré ,
Par les paffions égaré ,
Traînant dans la misère une vie importune
J'ai langui long-temps ignoré.
Heureux encor fi j'avois fu connoître
Le prix de mon obfcurité !
Mais en vain j'ai voulu paroître
Dans l'aride fentier de la célébrité ;
Pour elle enfin j'ai quitté ma Patrie,
J'étois dans cet âge brillant
Où l'avenir paroît charmant.
Je dévorois les oeuvres du génie.
Au lieu de blâmer ma folie ,
Mes amis flattoient mon penchant ;
J'eus la foibleffe de les croire ,
Je pris mes goûts pour du talent ,
Et me crus formé pour la gloire.
Tout me charmoit dans l'Univers
La Peinture & la Poéfie ,
Douces compagnes de ma vie ,
Me confoloient dans les revers
Dont cette perte fut fuivie .
L'Hiftoire offroit à mes regards .
Tous ces rares mortels dont les divins Ouvrages ,
DE FRANCE.
SI
Immortalifant les beaux Arts ,
De la terre enchantée obtiennent les fuffrages ;
Je relifois avec émotion
>
Les plus beaux traits de leur hiftoire ,
Et je gravois dans ma mémoire
Ce qui flattoit ma jeune ambition.
L'illufion , dangereuſe ſyrène ,
Réalifoit tous mes projets ,
Et, commandant en Souveraine
Couronnoit déjà mes fuccès.
Trompé par fa fauffe lumière ,
Jevoulus des talens parcourir la carrière.
Je croyois à mon gré n'y cueillir que des fleurs.
Je m'approchai de la barrière ,
Dont l'afpect attrayant féduit les jeunes coeurs
Encouragé par l'efpérance ,
1
€
Je l'ouvris avec confiance :
Ne confultant que mon ardeur ,
J'ofai paroître dans la lice ;
Et ne reconnus mon erreur
Que fur le bord du précipice.
L'imprudente jeuneffe , en fes fougueux efforts ,
Croit que tout va céder àffon
impatience ;
Mais la févère
expérience
Vient à
pas lents modérer les tranſports.
Sa voix enfin fe fit entendre ;
Et mon efprit déconcerté ,
Refroidi par la vérité ,***
Ci
52
MERCURE
A l'inftant ceffa de prétendre
Aux hommages flatteurs de la poftérité.
Rêvant à ma folle entrepriſe ,
J'allai , dans ces momens de crife ,
Loin d'un monde,affligeant dévorer mes ennuis ;
Quand , tout-à-coup , la jeune Life
Enchanta mes yeux éblouis :
Soudain mes efprits fe calmèrent ;
Je fus moins malheureux auprès de la beauté ;
Ses yeux , fa voix bientôt me confolèrent
Des tourmens de la vanité.
J'oubliai dans fes bras les malheurs de ma vie ,
L'ambition & les talens.
Abjurant ma trifte manie ,
J'offris au feul Amour mes voeux & mon encens.
Ainfi , par la plus douce ivreffe ,
Ce Dieu , de mes progrès à ralenti le cours.
Le dégoût & l'ennui qu'enfante la molleffe ,
M'ont averti trop tard de ma foibleſſe ;
J'avois perdu mes plus beaux jours.
Mais vous , vertueux fils de ce fameux Lagrange ,
Dont le zèle indifcret brava l'autorité,
Et qui perdit , par une erreur étrange ,
Sa fortune & fa liberté ;
•
La vertu fit votre malheur .
Hélas ! chez les mortels efclaves de l'erreur ,
Ou la prend fouvent pour le crime.
DE FRANCE. 13
Cette cruelle vérité,
Vous montrant les dangers de l'humaine foibleffe
Dans un chemin peu fréquenté ,
Vous fit du moins rencontrer la fageffe.
Que votre fort eft différent du mien !
Soumis par goût aux lolx de la Nature ,
Vous ne connoiffez de lien
+
Que celui d'une amitié pure.
Vous ignorez les repentirs
Qu'entraîne l'abus du jeune âge ;
Jamais d'an importun nuage
Ils n'obfcurfiffent vos plaifirs.
Si vous parcourez les prairies ,
Flore parfame l'air des plus douces odeurs,
Ou vous conduit vers des rives fleuries ,
Pour vous montrer ſes plus vives couleurs ;
De fon amant la bienfaiſante haleine
Des feux du Dieu du jour garantit vos guérets ,
Et vous invite à venir dans la plaine
Raffembler les épis de la blonde Cérès.
Animé par votre préſence ,
Chacun travaille avec gaîté ,
Et vous préfente en liberté
Un tableau raviffant de l'antique innocence.
Vos yeux ne font frappés que d'objets enchanteurs
Ici , c'eft la jeune Pérette ,
Qui , la main fur la hanche & le pot fur la tête ,
Va rafraîchir les Moiffonneurs :
Cij
$4
-MERCURE
Là , réunis fous l'ombrage d'un hêtre ,
Evitant la chaleur du jour,
On voit les Bergers d'alentour
Danfer au fon d'une flûte champêtre.
Plus loin , affis dans un vallon ,
Lubin frédonne un air fur fa mufette.
Lucas , en traçant un fillon ,
Mêle fes chants aux chants de l'allouette.
Le Laboureur , dans fes travaux ,
f
Ne courbe pas un front ridé par la trifteffe ; )
Aux champs , aux bois , dans les hameaux ,
Vous entendez par- tout la voix de l'alegreffe ;
Et vous ne voyez pas comme nous , dans Paris ,
La haine des talens divifer les efprits ;
La cabale , avec impudence ,
Fouler aux pieds le mérite abattus
L'injuftice & la violence ,
La fortune & l'audace écrafer la vertu ;
L'honnête homme trompé par l'amitié perfide
Des méchans par l'envie à fa perte acharnés ,
Abreuvé des poifons de leur langue homicide ,
Éteindre dans les pleurs fes jours infortunés.
Ce fpectacle effrayant des humaines misères ,
N'afflige pas vos tranquilles vaffaux ,
A
A votre exemple ils vivent tous en frères ;
Et s'ils font malheureux , vous partagez leurs maux.
Dans la paix de la folitude ,
Adoré de tous vos enfans ,
DE FRANCE.
ss
Vorre plus agréable étude
Eft de former leurs coeurs & leurs talens.
Entre les bras d'une épouſe chérie ,
L'ambition ne va point vous troubler ;
Jamais la fombre jaloufie
Ne fe plaît à vous accabler ;
Vous n'entendez jamais fiffler
Les ferpens affreux de l'envie .
Loin du tumulte des cités ,
Cultivant le champ de vos pères ,
Vous préférez à nos chimères
De confolantes vérités .
Par des espérances trompeufes
Votre efprit n'eft point égaré ;
Par des paflions orageuſes
Votre coeur n'eft point déchiré.
Heureux près des foyers ruftiques.
Ou par vos mains le pauvre eft fecouru ,
Vous jouiffez du prix de la vertu
Au fein de vos Dieux domestiques.
( Par M. François , Peintre. )
LETTRE fur Bayonne & fur les Bafques.
UN Homme de Lettres , Monfieur , qui , le jour
de la S. Louis , s'eft trouvé préfent à l'Académie de
Bordeaux , vous a rendu un compte très- intéreffant
de cette Séance. Cet article m'appartenoit peut- être;
´mais l'intérêt même que j'y prenois eft une raiſon
C IV
56 MERCURE
de me féliciter de ce que M. de Gudin s'en foit emparé.
Le zèle fupplée toujours mal au talent , &
ne fuffit pas de s'intéreffer fortement aux chofes
pour en reproduire tout l'intérêt ; d'ailleurs , je
n'aurois pu vous dire que ce qu'on m'auroit raconté,
M. de Gudin a parlé de ce qu'il a vu & de ce qu'il a
entendu , & quand on écrit , c'est toujours un grand
avantage d'avoir à rendre compte d'une impreffion
qu'on a reçue. Mon regret fe borne donc à n'avoir
point affifté à cette Séance.
pour
les
Je regrette de n'avoir point vu une Séance dans
Jaquelle un Repréfentant de l'autorité fouveraine ,
qui a inftitué à fes frais un Prix d'émulation
jeunes Elèves d'un Savant patriote , a eu le bonheur
bien doux de pofer lui même fur la tête de fon fils
la première couronne du Prix dont il eft l'Inftitu
teur. Il femble que la Nature ait voulu le récompen
fer de ce qu'il a fait pour la Société.
Je regrette de n'avoir pas entendu ce Mémoire
où M. Dupré de Saint-Maur a cherché les moyens
de rendre à la Ville de Bayonne & au pays de Labour
le commerce, la population & le bonheur
qu'ils ont perdus . Il fuffit d'être homme , il fuffit du
moins d'être François pour s'intéreffer aux recherches
d'un Homme d'État fur le fort d'une partie confidérable
de la France ; mais vous jugez , Monfieur,
combien cet intérêt doit être plus vif & plus profond
pour un homme qui a reçu le jour dans les lieux
dont les befoins & les malheurs ont été l'objet de
ce Mémoire. M. Dupré de Saint-Maur étoit sûr
d'attirer l'attention de tous les hommes , mais il ne
pouvoit être écouté qu'avec attendriffement par
ceux à qui il parloit du bonheur de leur patrie ,
leur famille , du fort de leurs pères , de leurs enfans
& de leurs frères. Un Bayonnois ou un Bafque ne
pouvoit fixer fur lui dans ce moment que des yeux
mouillés de lafmes.
DE FRANCE.
Il m'a été refufé de jouir d'un fi doux fpectacle.
Permettez -moi , Monfieur , de chercher à m'en
confoler en entretenant un moment le Public , dans
votreJournal, des pays & des hommes dont la deftinée
a occupé les recherches de M. Dupré de Saint-
Maur . Il feroit plus utile à mes compatriotes , if
me feroit infiniment plus agréable à moi même de
vous envoyer le Mémoire de M. l'Intendant de la
Guienne. C'eft fous le point de vue où l'on envifage
un Adminiftrateur, que ces objets prennent fur -tout
pour le Public de l'intérêt & de l'importance ; mais
je puis faire connoître le caractère & les talens des
hommes dont M. Dupré de Saint- Maur a fait connoître
les befoins ; je puis faire voir combien ils
font dignes du bonheur qu'il voudroit leur procurer ,
& combien le Gouvernement trouveroit d'avantages
pour la France entière à aller à leur fecours
dans la détreffe où ils fe trouvent . Je ne chercherai
point à me défendre de l'amour que toute âme fenfible
a naturellement pour fa patrie , ce fentiment
eft peut-être l'éloge le moins fufpect d'un pays , &
trop vrai , trop profond dans mon coeur pour
que je fonge à l'exagérer.
'il eft
Vous devez vous rappeler , Monfieur , que le Mémoire
de M. Dupré de Saint-Maur roule fur les
caufes de la diminution du commerce de la Ville de
Bayonne & de la dépopulation du pays , & fur les
moyens d'y remédier . Je ne connois point d'objet
plus important pour un Intendant de la Généralité de
Guienne.
Ce n'eft pas le fort de la Ville de Bayonne, feulement
que l'état de fon commerce intéreffe ; une
partie confidérable de la France , l'Armagnac , le
Bigorre , le Béarn , la Baffe-Navarre fleuriffent ou
dépériffent à mesure que le commerce de Bayonne
dépérit on fleurit lui-même. Deux rivières qui traverfent
plufieurs de ces cantons , & qui coulent affez
Cv
$8.
MERCURE
près de tous les autres , l'Adour & la Nive , viennent
fe réunir au milieu de Bayonne pour le jeter enfemble
dans l'Océan , qui en eft à une très- petite dif
tance , à un quart de lieue . Bordeaux eft un point
de communication trop éloigné de ces Provinces
pour pouvoir y répandre le mouvement & la vie de
fon commerce ; elles luteront toujours avec trop
de défavantages contre les pays qui fe trouvent fur
les bords ou auprès de la Garonne , & dans le
commerce il eft impoffible de foutenir long - temps
des concurrences trop inégales. La Ville feule de
Bayonne eft placée de manière qu'elle peut à-lafois
& raffembler leurs richeffes dans fon fein, &
leur ouvrir le commerce de l'Océan , le feul que
puiffe donner aujourd'hui aux Peuples les profpérités
& la fortune. L'intérêt général du Royaume
eft attaché auffi au fort de Bayonne & des pays
qui l'environnent. Placés à une des extrémités de
la partie méridionale de la France , ils feront toujours
la force ou la foibleffe de l'une des barrières de
l'Etat . Si la culture & le commerce y fleuriffent ,
ils répandront leur activité fur l'Espagne qu'ils touchent
, & rendront enfuite à la France , par le commerce
, une partie des richeffes qu'ils auront fait naître
en Espagne. Si au contraire on les laiffe dans la
langueur où ils tombent , ils ne formeront plus bientôt
qu'un défert , dont la ftérilité fe répandra au
loin fur les deux Royaumes. Le fyftême des Gouvernemens
defpotiques eft de s'entourer , comme le
dit Montefquieu, de déferts & de frontières ravagées ;
celui des Monarchies au contraire eft de placer une
grande partie de leurs forces , de leur induftrie & de
leur bonheur dans les frontières. Les Etats font
comme les plantes, qui tirent une partie de leur fubfiftance
& de leur vie des extrémités de leurs rameaux
& de leurs feuilles .
Un feul fait peut nous faire voir combien il
DE FRANCE.
59
importe d'aller promptement au fecours de ces Provinces
& de cette Ville.
Vers la fin de la dernière guerre , en 1762 &
63 , on évaluoit la population de Bayonne à vingtcinq
ou trente mille âmes ; on n'en compte pas dix
mille aujourd'hui , la dépopulation a été de même
à-peu-près dans tous les cantons dont nous venons
de parler.
par
H
Le Gouvernement , qui feul pofsède les moyens
de rendre à ces vaftes pays leur bonheur & leurs
peuples , doit être sûr d'être parfaitement fecondé
l'activité naturelle , le caractère & le génie de
leurs habitans. Nous ne voulons point renouveler .
ici ces prétentions des Provinces , qui chacune en
talens & en valeur s'attribue la prééminence fur
toutes les autres. Les Anciens faifoient l'éloge d'une
Ville & d'une Province comme on fait aujourd'hui,
celui d'un Héros , d'un grand Écrivain , d'un grand
Miniftre ; mais nous n'avons pas la patience des
Anciens pour écouter l'éloge , & nous n'aimons pas
plus la vanité d'une Province que celle d'un homme.
La vanité s'ennoblit cependant en s'agrandiffant dans
fes objets ; & lorfqu'elle fe transforme en amour de
la patrie , elle eft la fource des plus belles actions
comme elle eft le fentiment le plus fublime. Cette
vanité , dont il eft permis de s'honorer , caractériſe
fingulièrement les Bayonnois. Il n'eft rien de bon
& de grand dont ils ne fe croient un peu plus capa
bles que le refte des hommes . Ils conviennent que
les circonftances , que la fortune leur a fouvent manqué
; mais ils ajoutent qu'ils n'ont jamais manqué à
la fortune , & qu'ils font arrivés à la gloire toutes
les fois qu'on ne leur en a pas fermé tous les che
mins. A quoi tiennent les talens & les deftinées ? Si
l'embouchure de l'Adour eût été un peu plus profonde
& un peu plus large , fi en tout temps elle eût
pu recevoir des vaiffeaux de Roi fans danger, nés à-
Gvj
60% MERCURE
la-fois pour la guerre & pour la mer , les Bayonnois
auroient fans doute placé fouvent leurs noms parmi
les Héros de la Marine Royale. Un banc de fable
peut- être les a empêchés de donner le jour à des
Dugué-Trouin & à des Tourville ; mais s'ils n'ont
pu fignaler leurs talens & leur courage fur ces
vaiffeaux qui , par leur étendue & par leur deftination
, font les vrais théâtres de la gloire de l'homme
de mer , dans une carrière moins brillante & moins
étendue, ils ont eu loug- temps une célébrité qui n'étoit
guères moins éclatante. Dans les dernières
guerres , les expéditions de leurs corfaires ont fait
fouvent l'admiration & l'entretien de la France . La
patrie elle-même , par les mains du Monarque , leur
a décerné fouvent des témoignages glorieux de fon
eftime & de fa reconnoiffance ; & fi l'Hiftoire fait
honorer les talens & la valeur , fi, long- temps affervie
aux Grands , elle fe confacre enfin aux grands noms,
elle n'oubliera point ceux des Foreftier, des Lafargue
& des Mainrielle . Dans cette guerre on n'a prefque
pas entendu parler de Bayonne , & c'eft fans doute ce
qu'il y a eu de plus cruel pour elle dans fa déca
dence . En redemandant fon commerce & fes habitans
, c'eft fun- tout la gloire & le bonheur de fervir
la patrie qu'elle redemande. Ses regrets font devenus
amers , fes plaintes fe font fait entendre au moment
fur - tout où elle s'eft vue dans le repos & dans l'obf
curité , tandis que toutes les Villes de mer cherchoient
les périls & la gloire dans les deux Mondes.
J'ai vu des Bayonnois , & ceci n'eft point un fait
que j'exagère , j'en ai vu qui n'ont rien perdu de lenr
propre fortune , & qui pleuroient en fongeant que le
nom de Bayonne n'avoit point été prononcé dans
cette guerre, Les talens qui diftinguent l'homme de
mer ne font pas les feuls que les Bayonnois croient
avoir reçus de la Nature ; ils fe croient auffi propres
aux Arts & aux talens aimables qu'à ceux du comDE
FRANCE 61
merce & de la Marine. Il eft poffible qu'ils fé trompent
; mais comment arrive- t- il donc qu'ils donnent
toujours d'eux aux Étrangers qui vifitent leur Ville
l'opinion qu'ils en ont eux - mêmes ? Communément
on n'eft pas fi prompt à entrer dans les fentimens
d'un amour-propre qui n'eft pas le nôtre . Les Étrangers
en effet paroiffent toujours étonnés de trouver
a l'extrémité du Royaume & aux pieds des Pyrénées ,
une Ville où la fociété offre le ton , l'efprit & l'élégance
des moeurs qu'on ne trouve guères que dans la
Capitale. Quelqu'un qui entreroit pour la première
fois en France du côté de l'Espagne,prendroit dans la
première Ville une idée à- peu- près complette de ce
qu'il y a de plus ingénieux & de plus aimable dans
les grâces & dans la politeffe françoife. Ordinairement
les Etrangers ne le jugent pas fi-tôr en France
lorfqu'ils font encore fi éloignés de Paris.
On voit par combien de motifs le fort de la Ville
de Bayonne a dû intéreffer M. Dupré de Saint-
Maur , & combien toute la France doit defirer de
connoître les moyens qu'il propofe pour relever un
commerce qui peut faire naître tant de richeſſes &
de talens pour le Royaume.
La deftinée du pays de Labour, qui dépend en
partie de celle de Bayonne , méritoit cependant une
attention particulière , & M. Dupté de Saint- Maur
la lui a donnée. Dans ce pays , l'un des trois cantons
qui forment la Bifcaye Françoife , vit un Peuple
qui , attaché à la France par l'amour que des fujets
doivent à leur Souverain , diffère d'ailleurs abfolument
des François par fon origine , fa langue , fes
coutumes , fes moeurs & fon caractère ; c'est ce
Peuple qu'on nomme Bafque , mais dont on ne
connoît en France que le nom , qui n'eft pas
même beaucoup connu. Caché entre les gorges des
Pyrénées , où les Goths , les Francs & les Sarrafins
ont toujours inutilement attaqué fa liberté , il a
62 MERCURE
échappé aux obfervations des Philofophes ,comme
aux glaives & aux chaînes des Conquérans . Rome ,
dans le temps même où , pour flatter Augufte , elle
faifoit fans ceffe le compte des Peuples qu'elle avoit
foumis , Rome , qui parle fouvent des Bafques , n'ofe
les mettre dans la foule des Nations qu'elle dénombroit
dans fes chaines. Autour d'eux les Peuples ont
changé vingt fois de langues , de moeurs- & de loix ;
ils montrent encore le caractère , ils obéiffent encore
aux loix , ils parlent encore la langue qu'ils
avoient il y a trois mille ans. Chez eux tout a réfifté
aux fiècles , & l'on diroit que derrière leurs montagnes
ils ont trouvé un afyle contre le temps, ainfi que
contre les conquérans & les oppreffeurs. Notre inquiète
curiofité va chercher aux deux Pôles des
peuplades de Sauvages pour y obferver l'homme
dans la fimplicité des befoins & des moeurs de la
Nature , & nous ne daignons pas jeter un regard fur
un Peuple qui eft à côté de nous , prefque fous nos
yeux , & qui nous offre l'homme tel qu'il étoit fous
l'influence de ces inftitutions primitives , où l'inftinct.
de la Nature étoit l'unique législateur des fociétés .
Ici, cependant, au lieu d'un objet de curiofité & d'inftraction
, nous en trouvons deux, la Nature & l'Antiquité
; en obfervant le Bafque dans ce petit nombre
même de rapports que peut lui donner un
état de fociété très - fimple , on peut voir comment
les Anciens s'y prenoient pour établir la vertu & le
bonheur de l'homme focial fur les fentimens & les
befoins les plus naturels à l'homme. Il conferve encore
dans fon caractère & dans fa vie des traits frappans
de cette bonté , de cette grandeur ,, de cette félicité
originelle que nous ne regardons que comme
un roman de philofophie , ou comme une tradition
qui s'eft embellie en s'enfonçant dans les regrets
des premiers âges. On ne lui taille point , comme
dit Montaigne , des devoirs qui paffent fa meſure.
DE FRANCE. 63
•
S'il eft bon père, bon fils , frère généreux , mari
facile & tendre , il a rempli tous fes devoirs de
citoyen ; & les vertus qui ailleurs font des facrifices
pénibles , ne font là que des fentimens toujours
prêts à devenir des paflions. Pour y être bon
citoyen il fuffit de n'être pas un méchant homme ;
voilà les vertus qu'il eft facile de faire naître , & fur
lefquelles il eft permis de compter. Les loix éternelles
de la Nature fervent de garant aux loix fociales;
mais lorsqu'on en exige davantage , lorfque la fociété
, dans le délire de fes progrès , s'eft fait des
befoins qu'elle ne peut remplir que par des vertus
furnaturelles , on aura un petit nombre d'âmes fubli
mes , & une foule de fripons , de fcélérats &
d'hypocrites. Le Bafque a de la bonté plutôt que
des vertus . Je fais bien que ceux qui l'ont offenfé
dans quelqu'un de ces fentimens même qui le rendent
facile & bon, n'en jugent pas de même. Prompt
& terrible dans fes vengeances , plus d'une fois il
en a donné des exemples qui ont effrayé , & beaucoup
de gens dans les pays voifins fe le repréfentent
toujours la carabine ou le poignard à la mains
mais les hiftoires de ce genre font celles qu'on
exagère le plus, parce que c'eft la frayeur qui les ra
conte. Ceux qui ont vécu parmi les Bafques , favent
que très - fouvent ils font nobles & généreux jufques
dans les reffentimens même où ils font implacables.
Le Bafque eft bon , mais de cette bonté naturelle
qui ne préferve pas des fureurs des paffions ; il eft
bon comme la Nature , qui a des tempêtes & des
fléaux , mais qui dans la marche ordinaire offre par
tout aux regards l'image fimple & touchante de
T'ordre & de la bienfaifance. Il s'en faut bien
cependant que l'inftinct feul le dirige dans fes actions
. Chez ce Peuple étranger à tous les Arts & à
toutes les Sciences , le fentiment des droits de
T'homme eft fi profond & fi développé, qu'il fait en
64 MERCURE
tirer la connoiffance de tous fes devoirs & de tous
fes droits dans la fociété . Flus d'une fois j'ai caufé
dans les champs avec des Laboureurs qui , appuyés
fur leur charrue , me tenoient à ce fujet des difcours
qui valoient mieux que tout le livre de Burlama
que. Cela peut furprendre , j'en conviens , & on ne
manquera point de dire que j'exagère fi l'on veut
juger du Laboureur Bafque par le payfan François.
Des Écrivains , même des Philofophes François , ont
rejeté plus d'une fois fur un fondement femblable
ze que l'Hiftoire nous raconte de la fageffe & de la
raifon avancées de quelques Peuples de l'Antiquité ,
qui ne connoifoient encore d'autre Art que celui de
l'Agriculture. De toutes les Nations , nous fommes
peut-être celle qui a le plus de peine à comprendre
combien les plus belles idées naiffent naturellement
dans l'homme lorfqu'il eft libre , & qu'il n'eft point
malheureux. Si des Voyageurs , qui favent obferver
& peindre des Peuples , ne nous avoient pas fait connoître
les hommes qu'ils ont vus dans les vallées
& fur les montagnes de la Suiffe , nous n'aurions
peut-être jamais cru férieufement à l'Hiftoire des
premiers fiècles de Rome. Quoiqu'il habite auffi
un pays de montagnes , le Bafque , cependant reffemble
on ne peut pas moins au Suiffe . La raiſon
forte & les fentimens droits que celui - ci tire du calme
de fes paffions , l'autre femble les trouver dans
l'énergie & la véhémence des fiennes : elles font terribles
, mais elles l'emportent avec violence où la
Nature veut le conduire. Les Bafquèles reffemblent
bien moins encore aux femmes de la Suiffe . Cellesci
, dit-on , font généralement belles & naïves . Les
Bafquèfes ne font pas belles en général , affez rarement
même elles font très-jolies. Lear ſenſibilité
très-vive eft auffi trop tôt éclairée pour leur promettre
d'être long temps naives , & l'on chercheroit
nutilement l'innocence des meurs dans un pays où
DE FRANCE. 65
les moeurs font très - févères ; mais chez aucun Peuple
peut être, les femmes n'ont mis davantage dans tous
leurs mouvemens & dans tous leurs regards l'exprefhion
& la grâce des paffions qu'elles enchaînent , ou
du moins qu'elles cachent dans leur coeur. Dans
les travaux même des champs , dont elles veulent
partager les plus difficiles avec l'homme , elles ont
le don de s'embellir & de plaire par les mouvemens
qui les fatiguent . Les formes de leur taille ne
font peut- être pas très-remarquables par l'élégance .
mais beaucoup par je ne fais quel charme qu'elles
prennent dans leur agilité & dans leur foupleffe ; en
les voyant marcher , fouvent chargées de fardeaux ,
on devine qu'elles doivent danfer avec beaucoup
de grâce & de légèreté ; & de tous les dons qu'elles
ont reçu de la Nature , celui- là du moins a été
connu , il leur a fait une efpèce de réputation. Leur
manière de s'habiller eft probablement la même
depuis beaucoup de fiècles ; mais elles femblent
n'avoir renoncé à la variété des modes qu'après
avoir trouvé celle qui leur fied le mieux , & qui
peut le plus ajouter à leurs agrémens. Leur coftume ,
qui n'appartient qu'à elles , plein de pudeur , mais
auffi de goût & d'adreffe , embellit aux regards tout
ce qu'il leur dérobe . C'eft fur tout dans leur âme,
ouverte à-la-fois aux plus vifs ſentimens de la Nature
& aux plus grandes terreurs de la religion , que
l'amour a la violence qu'il reçoit de ces combats ou
la paffion & la vertu luttent avec des forces égales,
cèdent & triomphent tour à - tour . Trop fouvent les
premières impreffions qu'on reçoit d'une femme font
les plus vives & les plus douces , & l'homme n'a
pas affez de vertu pour être conftant lorsqu'il ceffe
d'être heureux. Ce défordre , la fource de tant
d'autres défordres , eft peu connu dans les fentimens
dont elles font l'objet ; tel eft le charme inconcevable
de leurs paffions, qu'elles enflamment &
ي م
66 MÉR CU RËN
tetiennent par le bonheur qu'elles donnent plus en
core que par les defirs qu'elles infpirent . Le Bafque ,
naturellement léger & mobile, qui ne perd point fes
affections , mais qui en prend de nouvelles , n'eft
pas un très-fidèle amant , mais il eft un mari trèsfidèle.
Ce qu'on a dit des filles de quelques autres
pays, on peut le dire de lui. Il fe fixe dans le mariage,
qui donne , dit - on , tant d'envie de changer.
-
Au tefte , je fuis perfuadé que tout ce qu'il y a
de raifon & d'étendue dans les idées de ce Peuple ,
d'énergique , de fin & de délicat dans fes fentimens ,
il le doit beaucoup à la langue qu'il parle . Les belles
langues font comme des inftrumens très faciles &
très- harmonieux, qui perfectionnent le talent qui
s'en fert, qui infpirent réellement les idées qu'ils
expriment. Cela ne peut paroître un paradoxe qu'à
ceux qui n'ont ni oreille ni imagination . Contemporaine
des langues que parloient les Grecs & les Romains
, & même probablement d'une origine plus
ancienne encore , fa langue bafquèfe , qui ne peut
pas avoir toutes les richeffes de ces langues , en a
tous les grands caractères & toutes les grandes
beautés. Dans les mots fimples des fons qui peignent
les objets & les fentimens , dans les mots compofés
des élémens que l'on reconnoît toujours , & toujours
raffemblés fuivant l'analogie la plus exacte & la
plus heureufe des idées , dans la conftruction ane
hardieffe incroyable pour entrer dans la penfée de
tous les côtés , & cependant dans les mots des marques
sûres & infaillibles pour fixer rapidement leurs
rapports au milieu même des mouvemens les plus
paffionnés & les plus convulfifs de l'inverfion. Elle
eft bornée, il eft vrai, dans les objets que peut connoître
un Peuple qui n'eft qu'Agriculteur ; mais
quelle féconde richeffe d'idées & de fentimens elle a
fu faire naître dans le petit nombre d'objets où elle
fe renferme ! Comme ces enclos où d'habiles CultiDE
FRANCE. 67
vateurs fe plaisent à raffembler fur un fol doué de
la Nature , les fruits les plus délicats , les fleurs les
plus fuaves & les plus brillantes : elle réunit dans
un efpace borné les idées les plus heureufes & les
affections les plus touchantes. Avec quelle jufteffe
& quelle finele de tact elle a fouvent féparé des
nuances que les autres Peuples confondent dans les
mêmes fenfations & dans les mêmes mots ! Avec
quelle grâce & quels doux accens ,
feule entre tous
les Idiomes, elle a rendu des fentimens qui ailleurs
femblent perdus pour le coeur humain , parce qu'ils
le font pour les langues ! Lorfqu'après avoir refté
quelque temps fans m'en fervir j'en reprenois l'habitude
, j'avois peine à comprendre Feffet qu'elle
produifoit fur moi. En la parlant mes idées devenoient
plus faciles, plus pittorefques & plus rapides,
toutes mes affections plus fortes , plus douces , plus
tendres & plus pénétrantes ; je me fentois un autre
efprit & une autre âme. Combien de fois alors , en
me rappelant la vaine ambition qui me fait former
fans ceffe des projets & des plans d'Ouvrages ,
j'ai regretté avec amertume de ne pouvoir pas les
exécuter dans cette langue , qui eft comme un
génie qui vous infpire ! Sans doute je prenois pour
mon talent celui du Peuple qui l'a formée ; mais
telle étoit l'illufion où elle me plongeoit, que je me
ferois cru né pour la gloire , fi pour l'obtenir il eût
fuffi d'écrire dans la langue que j'ai parlée en naiffant.
Son origine touche à celle des Peuples qui
commencent l'Hiftoire , elle eft la même , & cela
m'a donné ſouvent une idée qui ne peut être bien
jugée que par ceux qui connoiffent quelqu'une des
langues primitives . Les mêmes caractères & prefque
des mêmes beautés fe retrouvent dans toutes celles
qui, par leur antiquité, fe rapprochent des temps où
le genre-humain , échappé à quelque grande catal
trophe , fe remettoit de fa frayeur , fortoit des
68 MERCURE
forêts , defcendoit des montagnes , & recommençoit,
pour ainfi dire , à rebâtir les fociétés. Ces belles
langues , ces langues qui étonnent l'homme comme
fi elles étoient faites pour être parlées par des êtres
plus parfaits que lui , ne feroient- elles pas échappées
auffi de ces temps antérieurs à l'Hiftoire , ou
g
T'efpèce humaine pouvoit avoir , dans ces facultés
phyfiques & morales , une perfection que les
malheurs qui ont frappé le Globe lui ont fait
perdre dans les ruines du monde primitif? Voyez
les langues dont la raiffance eft poftérieure
aucune ne peut leur être comparée ; & ce qu'il
y a de remarquable , comme toutes les autres
avoient à peu près les mêmes caractères & les
mêmes beautés , celles - ci ont auffi toutes à - peu-près
les mêmes défauts & les mêmes caractères ; elles
femblent faites par une espèce & pour une eſpèce.
inférieure .
·
Tout ce que j'ai dit jufqu'à préfent des Bafques ,
en fait un Peuple curieux pour le Savant, intéreflant
pour le Philofophe & pour l'Homme de goût ; mais
pour attirer l'attention & les bienfaits du Gouvernement
, il faut qu'on y voie encore un Peuple qui
peut être utile à la Nation . Les Bafques ont pour
l'Agriculture cette eftime qui étoit naturelle à tous
les Peuples de l'antiquité , & que la Philofophie
travaille peut-être inutilement à infpirer aux Peuples
modernes. Le Laboureur , fier de ce titre qu'on
lui donne & qu'il prend dans toutes les occafions
comme un titre d'honneur , s'affiet à la table du
Gentilhomme , & s'y croit à fa place , & le Gentil
homme penfe tout comme lui. Il eft facile de voir
quel parti un Gouvernement éclairé peut tirer d'un
Peuple chez lequel cette opinion , qui a fait la
grandeur des Nations anciennes , a toute la force
que les fiècles donnent aux opinions.
Comme Marin, le Bafque a encore des talens
DE FRANCE 69
qui lui ont fait une de ces réputations qui diftinguent
les Provinces. Elle doit être incontestable ,
car elle lui a été faite par des Provinces rivales . Sa
voix ne s'eft point fait entendre parimi des hommes
qui ne parlent que françois ; auffi tout ce qu'il a pu
mériter de gloire à cet égard eft il prefque abfolu
ment ignore. Qui connoit , par exemple , les titres
des Bafques à la gloire de la découverte du nouveau
Monde ? Quelques-uns de nos Hiftoriens ont eu
l'équité d'en parler ; mais aucun d'eux ne pouvoit
prendre affez d'intérêt à ce coin ignoré de la terre
pour les développer dans toute leur force ; il étoit
difficile même qu'ils les connuffent affez bien pour
cela. Ce n'eft point ici le lieu d'en faire l'examen.
Rien de ce qui regarde un pays où j'ai reçu le jour,
& où j'ai joui d'un bonheur dont je n'ai pas même
vu ailleurs l'image , ne peut m'être indifférent ;
mais j'ai examiné ailleurs cette tradition fi honorable
à ma patrie , & je me flatte non d'oter à Colomb
une gloire qu'il a fi bien méritée , & dont il a trop
peu joui , mais de faire entrer au moins mes compatriotes
en partage d'une fi belle gloire : eh ! ne
fuffit-il pas même de connoître le pays qu'ils habitent
pour juger des fervices qu'ils peuvent rendre ?
La richeffe d'un Etat confifte fans doute dans la
variété des hommes comme dans celle des productions
. Il eft des efpèces d'hommes qui ne viennent
fur les lieux hauts , fur les montagnes ; & lotfqu'un
Royaume a l'avantage d'avoir dans fon fein
le terrein qui les porte , un bon Gouvernement doit
tout faire fans doute pour en cultiver & pour en
conferver la race. Celle des Bafques diminue fenfiblement
tous les jours par des caufes dont il n'eft
pas impoffible d'arrêter promptement l'influence 3
elle ne dépérit point ; l'efpèce conferve fon caractère
dans toute la force ; mais elle fe perd , le pays
fe dépeuple , & fi l'on ne fe hâte d'y porter des
que
").
?
ن ك
70 MERCURE
fecours , ce qu'il en reftera ne fervira plus qu'à faire
voir quelle race d'hommes on a perdue.
C'eft beaucoup pour les hommes en place de profiter
des lumières qu'on leur préfenté , d'encourager
ceux qui en cherchent. M. Dupré de Saint- Maur en
cherche & en trouve lui-même. L'homme en place
fait encore les fonctions de l'Homme de Lettres &
du Philofophe. Cela eft beau , & cela n'eſt pas trèsrare
dans notre fiècle. On n'oubliera point les
exemples qu'on en a vus. 1
Ce jour fembloit être déftiné au nom & à la
gloire des Bafques dans l'Académie de Bordeaux .
M. Dupré de Saint- Maur venoit d'en parler avec intérêt
dans fon Mémoire , & M. Dupaty , Préfident à'
Mortier , faifant enfuite l'éloge de Quintilien dans
un Effai fur la Vie & les Ouvrages de ce Philofophe ,
faifoit l'éloge d'un Bafque fans le favoir peut-être.
Cet Ecrivain , né à Calagorri , dans la Celtibérie ,
étoit un Bafque en effet ; mais c'eft encore comme
la découverte du nouveau Monde , tout le monde
l'ignoroit. Le premier de fa nation peut- être qui ait
vécu dans un pays où l'on cultivoit les Arts & les
Lettres , il alla foutenir dans la Capitale de l'Empire
le bon goût qui ne trouvoit plus de défenfeur
parmi les defcendans du fiècle d'Augufte . Il fut
allier dans fes Ouvrages les idées fines , énergiques
& profondes du fiècle de Sénèque , de Tacite & des
deux Pline, à ce fens heureux , à cette fleur de bon
goût dont la Philofophie peut ternir la délicateffe en
étendant d'ailleurs & en fortifiant toutes les grandes
qualités de l'efprit . On peut juger aisément combien
un Magiftrat exercé long - temps aux triomphes de
Eloquence dans la plus belle carrière qu'elle ait
dans les Gouvernemens modernes, combien un efprit
auffi philofophique que celui de M. Dupary, a dû
puifer de lumières & faire fentir de beautés dans les
Inftitutions de l'Orateur , le plus beau monument
DE FRANCE. 71.
que la Philofophie ancienne ait élevé aux principes
de l'Eloquence & du goût antique. Le Public a pu
en juger par les morceaux que M. Gudin a cités des
Difcours de ce Magiftrat . M. Dupaty a fait voir
que dans cet Ouvrage , bien plus complet que le
Traité du Sublime de Longin , que la rhétorique &
la poétique d'Ariftote , Quintilien analyfe les
principes des Arts avec autant de fagacité qu'Ariftote
, & en peint les impreffions avec autant de
fenfibilité que Longin. Sa penfée eft fage , & fon
expreffion éclatante & pleine de tableaux. C'eft
dans fon Ouvrage que l'on peut fe faire une jufte.
idée de celle qu'avoient les Anciens de l'art de
former les hommes & les talens. Platon veut que,
l'éducation des enfans commence dans le fein
même de leur mère . Quintilien commence les
études de l'Orateur au moment qu'il vient de naître ,
Son berceau eft fa première école. Le Maître l'environne
dès qu'il peut fentir ; il veille , pour ainfi
dire , fur fes organes , pour n'y laiffer entrer que des
fenfations de talent & de génie. Quintilien veut
que dans les premiers fons que l'enfant bégai , il
s'exerce déjà aux tons & aux accens qui doivent
charmer ou enflammer dans la Tribune , dans le
Sénat , à la tête des Armées . L'Éloquence n'eft pas.
un Art qu'il veut enfeigner , mais un talent qu'il
veut donner , & dont il sème les germes dans les or
ganes, pour qu'ils fe développent avec le corps ,,
avec l'efprit & avec l'âme. Il ne croit point que.
l'Orateur foit différent de l'homme. Que tous nos
Rhéteurs font loin de cette manière d'envifager les,
talens , le bon goût & l'Eloquence ! Qu'il y a loin
de ces belles & grandes vûes, à ces cahiers de rhétorique
où l'on croit enfeigner à être éloquent &
fublime en donnant d'affez mauvaiſes définitions de
la catachrèle & de la lilote ! C'eft le fort de M.
Dupaty d'être toujours fingulièrement applaudi dans
72 MERCURE
toutes les Séances de l'Académie de Bordeaux.
Savez - vous , difoit un Orateur grec , pourquoi mes
paroles font toujours applaudies avec tranſport par
les Athéniens Ceft qu'elles leur rappellent mes
actions , qui veillent toujours à leur bonheur.
Je ne rends point compte de la Séance , & je ne
dois point parler des Mémoires des autres Académiciens
; mais le morceau qui a été lû par Dom
Carrère intéreffe encore la Province ; & quoique.
cette Lettre excède déjà les bornes d'un article du Mercure
, permettez-moi encore , Monfieur , quelques
réflexions fur ce fujet ; c'eft toujours la même Lettre ,
mais ce n'eft plus le même fujet . Ce favant Bénédictin
a voulu juftifier la mémoire d'Éléonore de
Guienne , accufée d'avoir eu, dans les courfes pieufes
des Croisades , une conduite très- légère & même un
peu galante, nous dit -on . Ce n'eft pas feulement les
Hiftoriens qui l'ont accuſée , c'eſt encore Louis le
jeune , fon mari ; mais un mari peut fe tromper en
pareil cas plus aifément encore que des Hiftoriens ,
& Dom Carrère n'a fait qu'ufer des droits d'un
Historien philofophe , qui peut non - feulement apprécier
les témoignages de quelques Écrivains , mais
appeler même à fon tribunal , & caffer les arrêts des
fiècles. C'eft dans le nôtre fur- tout que les Hiftoriens
fe font le plus fervi de ce privilège de leurs
fonctions . On a changé très-fouvent les places dennées
par ceux qui nous ont précédés ; on a détruit
ou créé des réputations , flétri ou réhabilité des
noms célèbres, Nous ne tranfmettrons pas le dépôt
de l'Hiftoire a nos defcendans comme nous l'avons
reçu de nos pères. Cet effet néceſſaire des progrès
de l'efprit philofophique a eu, comme tout le refte ,
fes avantages & fes inconvéniens .
Les avantages font fi fenfibles , qu'ils doivent
d'abord frapper tout le monde , quoiqu'on s'en foit
apperçu un peu tard. L'Hiftoire parle au nom des
fiècles i
DE FRANCE. 73
fiècles ; mais c'eft un petit nombre d'hommes qui
l'écrivent ; & au fond tous ces témoignages fi impofans
& fi magnifiques des Nations & des âges , fe
réduifent fouvent à deux ou trois voix qui parlent
loin du monde & des hommes. Quand le génie
parle fur-tout , on croit entendre tous les fiècles , &
on ne doute pas plus des faits qu'il peint que de la
beauté des tableaux qu'il en trace. Nous lui donnons
notre foi avec notre admiration . Telle cft la féduction
du grand talent. On, fait des objections à
Suétone ; on eft aifément Philofophe avec lui ; mais
avec Tacite on eft crédule , & les faits embellis de
fon ftyle femblent être une tradition facrée contre
laquelle le doute n'eft point permis. Je fais qu'on a
dit le contraire , & que beaucoup de gens prétendent
avoir plus de confiance dans la fimplicité de
Suétone. Je rends , compte de l'impreffion que j'ai
reçue. Il peut donc être utile , il eft même fouvent
néceffaire de fe pourvoir devant les fiècles futurs
contre ce qu'on appelle les jugemens des fiècles
paffés. Il ne faut pas qu'une injuftice ou une erreur
ait le droit de devenir éternelle , parce qu'elle eft
devenue historique . Voyez où commence l'Hiftoire ,
c'eft aux dépofitions des contemporains , c'est-àdire
, au milieu de l'injustice & de l'envie . On peut
dire encore que ces difcuffions animent l'Hiſtoire ,
& y répandent de la chaleur & du mouvement ; des
faits auxquels vous auriez fait peu d'attention
deviennent tous importans , prennent tous de l'inté
rêt du moment qu'ils deviennent les preuves des
crimes ou de l'innocence de quelque perfonnage qui
occupe une grande place dans l'Hiftoire , du inoment
que l'Hiftorien accule ou défend devant le
tribunal des fiècles , & que le Lecteur qu'il interroge
, à qui il demande fa voix & fon fuffrage ,
devient lui- même une partie de cet augufte tribunal
. Qui pourroit comparer effet du fimple récit du
No. 6,8 Février 1783 . D
74
MERCURE
meurtre de Clodius , à celui du beau difcours de
l'Orateur Romain pour Milon ? Quand Tacite juge
un homme , on ne fe croit pas feulement devant le
Sénat ou les Comicés , on a devant les yeux l'affemblée
du genre-humain. Voltaire & Hume font
parmi les modernes ceux qui ont le plus contribué à
établir cet ufage de révifer les procès des coupables
puiffans que l'Hiftoire abfout , ou des infortunés
illuftres qu'elle condamne , & tous les deux ont
porté dans ces examens ou un refpect profond de la
vérité , ou un grand amour de l'humanité.
ne
&
L'Écrivain dont l'âme ne fera pas remplie par ces
deux fentimens ou par l'un des deux au moins ,
laiffera voir que le danger de jeter tant de doutes
& d'incertitudes fur des faits adoptés par une eſpèce
de confentement univerfel . Il portera devant le tribunal
des fiècles l'efprit de chicane & de contention
qui a dégradé trop fouvent celui de la juſtice . Privé
du talent de peindre les faits & les hommes ,
du génie qui fait fortir des vérités nouvelles des
faits connus & avoués , il mettra l'audace & le
trouble de la difpute à la place du génie & du talent.
Il n'écrira l'Hiftoire que pour y chercher des
exemples & des preuves d'une paffion chérie , d'une
opinion par laquelle il veut flatter quelque parti ,
& alors c'est un fauffaire qui entre dans les archives
des âges. Tant de doutes & de problêmes qu'on fait
Centrer dans l'Hiftoire , en affoibliffant la foi qu'elle
demande , affoibliffent auffi l'utilité que l'on retire
de l'autorité de fes arrêts ; le méchant ne la
craindra plus , le jufte ne mettra plus en elle fon
efpérance , elle ne fera plus pour l'homme cette ef
pèce d'immortalité que fon âme trouvoit fur la
terre ; d'ailleurs , & ceci me paroît important ,
fouvent
au bout de quelques fiècles , même de quelques
années , les preuves fur lefquelles l'Hiftoire s'eft
décidée , font détruites ou affoiblies , les véritables
DE FRANCE. 75
pièces du procès ne fe retrouvent plus ; & quoique
l'arrêt ait été très-jufte lorfqu'en l'a prononcé , il
peut prendre dans la fuite les apparences de l'injuftice.
La logique néceffaire pour ces fortes de dif
cuffions , exige un genre d'efprit qui fe trouve plus
rarement encore que le talent de l'Hiftorien , &
cela en prouve le danger.
On peut remarquer que c'eft fur la réputation
des femmes célèbres qu'on a élevé le plus de doutes
& de problêmes . Brunehaut , Frédegonde , Blanche
de Caftille , Marguerite de Valois , Marie Stuard ,
&c. &c. & c . ont trouvé tour- à-tour des accufateurs
& des défenfeurs dans les Écrivains qui en ont
parlé. L'Hiftoire eft devenue une arène , où des
champions font defcendus pour fe battre pour ou
contre leurs vertus. Il femble qu'il foit plus difficile
à l'Hiftoire même de pénétrer dans le caractère des
femmes : les fecrets & les myftères fi naturels à leur !
fexe , ce befoin qu'elles ont de cacher les fentimens
les plus doux à leur coeur , les foibleffes les plus né- i
ceffaires à leur bonheur , enveloppe très-fouvent
leur vie publique dans les myftères de leurs paf- >
fons. Peut- être même que , juſques dans l'Hiftoire ,
où il ne refte d'elles que leur fouvenir , elles exercent
encore quelque chofe de l'empire de leurs
charmes , de la féduction de leurs foiblefes. Un→
Hiftorien vulgaire a beau raconter leur vie, il les
laiffe dans le tombeau ; il n'en a rien à craindre
mais le talent qui les fait revivre , en leur redonnant
leurs grâces & leur jeuneffe , leurs goûts & leurs
paffions , environne lui- même fon jugement d'illufions
& de pièges ; & pour l'homme fenfible qui
veut les juger , je les crois plus dangereufes encore
au tribunal de l'Hiftoire qu'à celui des Loix. It eft
impoffible , par exemple , que les charmes de Marie
Stoard , les agrémens de fon efprit , la fenfibilité
touchante & élevée de fon âme ne faffent dearer
Dij
76 MERCURE
fortement de croire à fon innocence. Quel tableau
la Philofophic procurera à l'Hiftoire ! que de larmes
le talent fera verfer fur fon échafaud , fi l'on
parvient à faire d'une femme fi aimable une victime
innocente de la jaloufie , dont la tête va
tomber fous la hache des bourreaux ! On voit de
combien de paffions l'Hiftorien eft environné , lorf
qu'il touche à ces perfonnes & à ces événemens , qui
font des foyers de paffions. En lifant M. Hume , on
fait des voeux pour que Marie Stuard foit inno- ,
cente ; on n'en doute plus lorfqu'on a lû l'excellente
Differtation de M. Gaillard ; mais les plus
fortes preuves de la vertu font peut - être les larmes
que l'on donne à fes malheurs.
C
des
La deftinée d'Éléonore de Guienne n'a été ni
aufli tragique ni auffi touchante ; mais
avoir plus d'intérêt encore pour la Province ou
Pelle doit
Dom Carrère écrit. Ce que nous avons pu connoltre
de fa manière de difcuter , le ton honnête &
impartial de fon ftyle annonce un ami de la vérité.
S'il difcute, ce n'eft point par impuiffance de peindre,
c'eft parce qu'un efprit fage doute fouvent , & qu'il
eft difficile d'avoir de la fagacité fans voir quel
quefois différemment des autres . On voudroit feulement
qu'il eût parlé des erreurs & non pas
calomnies des Hiftoriens . Éléonore , dans les courfes
de la Croifade , étoit très jeune encore ; elle avoit
un de ces caractères paffionnés & brillans d'où fem
blent fortir les événemens de l'Hiftoire. Son mari ,
Louis le jeune , étoit très- dévot , même un peu
trifte
peut-être . Il fe plaignoit fouvent de fa femme , &
I'Hiftoire l'a pris au mot. Que pouvons- nous en
favoir , & que devons-nous en croire aujourd'hui ?
Il me femble qu'il n'eft pas très néceffaire d'avoir
une opinion là-deffus . S'il eft queftion de fes galanteries
, par exemple , & que Dom Garrère veuille
abfolument qu'elle ne s'en foit permile aucune,
DE
ウラ
&FRANCE.
féroit- ce pas ici le cas de dire , à-peu-près comme
Mme de Laffai à fon mari : Eh ! mon Dieu 3
Monfieur , comment faites vous donc pour être fi
sûr de ces chofes-la ?
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c. GARAT .
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Délire ; celui de
l'Enigme eft Légèreté; celui du Logogryphe
eft Rêve , où fe trouvent ver , ré , Eve.
woodian ÉNIG ME.
MA rivale & moi tout-à - tour
Maîtrifons des efprits volages ;
Sages pour moi brûlent d'amour ;
Des foux lui rendent leurs hommages ;
Mais ils font rivaux ennemis.
Chez moi règne une autre méthode ;
Mes amans font rivaux, amis e
C'eft , dit-on , l'amour à la mode,
Les fiens font toujours malheureux ;
Auffi la nomme- t'on cruelle.
Je rends toujours les miens heureux s
Et pourtant chez mes amoureux
Je compte plus d'un infidèle
Aujourd'hui deux grands Souverains
D iij
78 MERCURE
Ju
A mes pieds mettent leur couronne ;
J'ai fixé leurs coeurs incertains :
Puiſqu'ils m'aiment je leur pardonne.
Faire le bonheur des humains
Eft tout ce que j'ambitionne.
Mais fongez , mortels , dans mes bras
Que , livrés à moi fans réſerve ,
Souvent le bonheur vous énerve ;
Car de quoi n'abufez-vous pas ?
( Par Mlle Augis de Montoire. )
LOGOGRYPHE.
UPITER & Thémis m'ont donné la naiffance.
J'apporte le bonheur , & je vois les humains
Des auteurs de mes jours bénir la bienfaiſance :
La corne d'Amathée eſt remiſe en mes mains
Et je la verfe, ami , pour le bien de la France.
De la Mythologie empruntant le fecours ,
Je veux en vain cacher mon exiſtence,
Un coeur François me defire toujours ,
Il n'eft heureux fans moi qu'en apparence ,
Et l'Univers enfin me devra les beaux jours.
J'ai trois pieds en latin , fi tu veux me connoître ;
Mais en François il en faut un de plus :
Mon voile eft enlevé , mes foins font fuperflus.
A l'exemple des Dieux , ton Prince m'a fait naître .
( Par M. Couret de Villeneuve le jeune ,
Impr. du Roi , à Orléans. )
DE FRANCE. 79
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
PORTE- FEUILLE d'un Troubadour , ou
Effais Poëtiques , fuivis d'une Lettre à
M. Grofley , de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres , fur les Trouvères & les
Troubadours. A Paris , chez Nyon l'aîné ,
Libraire , rue du Jardinet .
PARMI les Pièces recueillies dans le Porte-
Feuille d'un Troubadour , il y en a très- peu
qui n'aient été imprimées & réimprimées ,
ou féparément ou dans les Ouvrages Périodiques.
Les meilleures & les plus confidérables
ont enrichi fouvent notre Journal.
L'accueil favorable & encourageant qu'elles
ont reçu , ont déterminé M. Bérenger à les
retoucher & à les offrir de nouveau au Public
dans un petit Volume , qui doit être
recherché par tous ceux qui aiment les vers
élégans , faciles & harmonieux. Quelques
Juges févères reprochent à l'Auteur un coloris
trop pâle & trop uniforme , des détails
mefquins , & en général une verfification
élégante mais foible , harmonieufe , mais un
peu monotone. C'eft à lui à s'examiner luimême
, & à voir fi ces reproches font plus ou
moins fondés. Ce qu'il y a de très sûr , c'eft
que dans les defcriptions , fon pinceau paroît
s'affermir & approcher fouvent de la tou
Div
80 MERCURE
L
che des grands Maîtres. Voyez comme il
décrit fon goût pour l'étude des plantes.
Mon oeil fuit dans leur jeu ces vivantes machines ;
Je claffe , j'affortis leurs nuances fi fines' ;
Entouré conftamment de ces rians objets ,
J'étudie & leurs loix , & leurs rapports feerets ,
Et j'apprends de ces fleurs , fours & beautés rivales ,
Le propre caractère & les moeurs générales ;
Le difque d'un cryftal , de mes yeux rapproché ,
Groffit , dévoile , étend l'organe trop caché ;
Et d'un tranchant acier les fubtiles bleffures 3
M'aident à pénétrer leurs favantes ftructures.
Il étoit difficile de rendre auffi agréablement
des détails fi pen poétiques par euxmêmes.
Si M. Bérenger a le talent de décrire,
il poſsède auffi celui d'exprimer agréablement
fes idées & fes fenfations, & de les faire par
tager à fon Lecteur par des tournures heureufes
. Voici comme il peint La Fontaine
dans l'Épître à mes Livres.
1
Viens, viens me confoler , tendre & bon La Fontaine!
Tes fons en me charmant feconderont ma veine,
Cet éloge t'étonne , & tu fouris ; apprends ,
Bonhomme , que tu plais à tout âge , en tout temps.
Le monde vit d'erreurs ; les fables menſongères ,
De notre double enfance , hélas ! font les lifières !
Compère le renard amufoit mon printemps :
Combien tes deux pigeons me touchoient à vingt ans"
DE FRANCE. $.I
J'admiré ta fineffe & ta naïveté ,
Et ta grâce , plus belle encor que la beauté.
Toujours ta bonne-foi devient ton éloquence,
Tout l'art de nos Cenfeurs vaut- il ta négligence ?
Le triomphe du tien eft d'être méconnu."
C
Ils font ingénieux ; toi - feul es ingénu.
Mentor doux & riant , Auteur que je dévore ,
Que je fais , que je lis , que je relis encore ,
Ton bufte eft devant moi de refes couronné,
Vois à tes deux côtés Genlis & Sévigné ,
La fenfible Genlis , Sévigné qui t'égale
En naturel piquant , en grâce originale.
Ce morceau eft abfolument neuf. En rendant
compte de l'Epitre à mes Livres , nous
avions obfervé que l'Auteur n'avoit pas bien
caractérisé notre Fabulifte , ce qui étoit trèsfacile
à dire ; mais il en a profité , ce qui
étoit très- difficile à faire , & ce qui eft trèslouable.
C'eft fur- tout dans un pareil cas
qu'il eft vrai de dire :
La critique eft aifée , & l'art eft difficile.
...Le goût des Lettres , le rapport des talens
& des moeurs , le , domicile dans la même
ville ont lié l'Auteur avec celui de l'Hymne
au Soleil. Cette amitié , qui tient beaucoup
de place dans le coeur de M. Bérenger , ea
tient auffi beaucoup dans fes Ouvrages . Il
paroît même croire qu'entre amis tout eft
commun , jufqu'aux penfées & aux richeffes
de l'efprit ; car il einprunte fouvent fes ima
Dv
82 MERCURE
ges & fes idées de l'Hymne au Soleil ; mais
il est le premier à en avertir les Lecteurs ,
& c'est toujours pour lui une occafion de
rendre hommage aux talens de M. l'Abbé de
Reyrae. Si M. Bérenger n'avoit jamais loué
que de pareils Écrivains , on ne feroit pas
en droit de lui appliquer ces deux vers du
Milantrope :
Sur quelque préférence une eftime fe fonde ,
Et c'eft n'eftimer rien qu'eftimer tout le monde.
Rien de mieux que la louange , fans doute ,
quand elle est le tribut de l'eftime & de l'admiration.
Le befoin de louer les talens eft
une preuve de talent dans un vrai Poëte.
1 parle avec tranfport des Maîtres de fon Art ;
J'aime qu'au nom d'Homère il s'anime & rougiſſe,
Mais lorsque la louange eft une convention ,
lorfqu'on s'eft fait un fyftême de la prodiguer
à tout le monde pour capter des fuffrages
qu'il faudroit mériter , elle eft méprifable
; elle déshonore celui qui la donne ,
* M. l'Abbé de Reyrac vient de mourir à Orléans
. Cet Écrivain , dont les moeurs étoient auffi
douces que le ſtyle fera regretté de ceux qui chériffent
la vertu , & qui prennent intérêt aux bonnes
Lettres & au bon goût . S'il n'étoit pas, un penfeur
profond , fes idées étoient faines ; ce n'étoit point un
barbare. Il ne reflembloit point , comme tant d'au
tres Écrivains modernes , à cet Auteur dont parle
Horace : Excludit fanos Helicom poetas.
•
DE FRANCE. 83
fans honorer celui qui la reçoit , il la dé
daigne lui- même pour peu qu'il en foit
digne. M. Bérenger a trop de talent pour
donner l'exemple de la proftituer. Il eft intéreffé
plus que perfonne à ce qu'elle foit le
prix du mérite , & non pas un trafic où la
médiocrité feule peut trouver fon profit.
Nous terminerons cet article par les vers
que M. Imbert lui a adreffes. Cette petite
Pièce eft un modèle d'efprit & de fineffe .
Que votre Apollon gracieux
Sait avec Art débiter la fleurette !
Pour l'amour-propre d'un Poëte
Son doux parler eft bien infidieux.
Plus d'une fois l'encens , par fa fadeur extrême ,
Exhale des vapeurs d'ennui ;
L'efprit goûte le vôtre , & le coeur avec lui ;
Et vous mériteriez d'être chanté vous -même
Tout auffi bien que vous chantez autrui .
Mais , quand je veux répondre en Mufe énorgueillie ,
Ma fierté rencontre un écueil ;
Votre louange enfin m'inſpire de l'orgueil ,
Et vos vers de la modeſtie.
D vj
84
MERCURE
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOISE.
ON vientde remettre à ce Théâtre Bérénice,
Tragédie de Racine.
Depuis longtemps cet Ouvrage étoit
banni du Répertoire , parce qu'il a toujours
produit très peu d'effet à Paris . Nous ignorons
quelle circonftance a pu engager MM.
les Comédiens François à le faire reparoître.
> Quelle qu'elle foit , nous les en remercions
au nom de tous les Amateurs de la faine Lit
térature & de l'Art Dramatique. Ce n'eft pas
que nous regardions Bérénice comme une
Tragédie fufceptible de faire éprouver des
impreffions bien profondes. Une Pièce de
Théâtre , dont toute l'action roule fur l'impoffibilité
dans laquelle le trouve unEmpereur
d'époufer une Reine qu'il adore, ne peut attacher
fortement que les âmes douées d'une pro
fonde fenfibilité. C'eft du développement de
tous les fentimens qu'éprouvent deux cours
animés de la même paffion , d'un amour
qu'il faut immoler au devoir , que peut feulement
réfulter tout l'intérêt d'un pareil
Ouvrage & peut être fommes- nous dans
un temps où les mouvemens exagérés du
Drame , l'accumulation des incidens & des
tableaux , ainfi que l'abus des maximes ,
4
DE FRANCE. 85
" 4
ont rendu les deux tiers de nos Spectateurs
inhabiles à goûter la repréfentation d'une
Tragédie dont la marche , les caractères &
les fituations font de la plus grande fimplicité.
La remife de Bérénice a néanmoins fait
plaifir , parce que la mélodie enchantereffe
du ftyle de Racine fuffiroit feule pour faire
admirer cet Ouvrage , que nous avons nommé
Tragédie , pour nous foumettre à l'ufage ,
mais qui , dans le fond , n'eft qu'une longue
Élégie dialoguée en cinq Actes. Au reste ,
c'eft véritablement un chef d'oeuvre en fon
genre ; & nous ofons avancer qu'il eft trèspréfumable
que cette production , qui n'a
jamais eu de modèle , ne fera jamais imitée .
Racine avoit de l'âme , du goût & du génie ;
il connoiffoit le coeur humain , les pallions
qui l'agitent , leurs effets , leurs nuances ,
même les plus fugitives. C'eft avec ces
moyens que la Nature réunit fi rarement
dans le même Écrivain , qu'il a vaincu les
difficultés prefqu'infurmontables du fujer
qu'il avoit à traiter , fujet proposé par circonftance
, & fur lequel échoua le grand
Corneille. Cela feul peut fervir de preuve
à ce que nous venons d'avancer.
+
F
La remife de Roméo & Juliette , Tragédies
de M. Ducis , a fait beaucoup d'honneur au
talent de M. de la Rive, qui y repréfente le rôle
de Montaigu. Il avoit déjà paru dans ce rôle
en 1776 , & y avoit obtenu les plus vifs ap-
A pan
867 MERCURE. -
plaudiffemens. Plufieurs Journaux parlèrent
avec éloge de l'intelligence qu'il y avoir déployée
, & de l'effet qu'il y avoit produit.
On lui reprocha feulement un peu d'exagération
, l'ufage de quelques moyens profcrits
de la Scène par la délicateffe de notre goût ,
& des formes un peu jeunes pour l'âge du
perfonnage qu'il repréfentoit. Ces légères.
taches étoient d'autant plus excufables que
la jeuneffe de M. de la Rive , la nature de
fon organe , la nobleffe de fa figure fembloient
l'éloigner abfolument d'un rôle mar
qué du fceau de la vieilleffe , malgré l'énergie
du caractère & la force des fituations . Six
années d'expérience , & fans doute les réflexions
que l'amour de fon état & le defir de
plaire aux connoiffeurs ont fait faire à ce
jeune Comédien , ont atténué,une partie des
défauts qu'il avoit laiffé appercevoir dans
ce rôle , & fait difparoître les autres . Nous
nous empreffons , avec plaifir , de lui donner
les éloges qu'il nous a paru mériter , & nous
l'engageons à continuer de travailler avec le
même courage qu'il a montré juſqu'ici. Il
jouit déjà d'une réputation très - diftinguée ,
nous aimons à croire qu'elle peut augmenter
encore, & que nous verrons un jour le nom
de la Rive placé fur la ligne des premiers
Comédiens de la Scène Françoife.
A
Le Lundi 20 Janvier , on a donné , pour
la première fois , le Roi Léar , Tragédie en
cinq Actes , par M. Ducis .
DE FRANCE. 87
Le Théâtre Anglois de M. de la Placé , &
la Traduction de Shakespear , par M. lc
Tourneur , ont pu donner à ceux de nos Lecteurs
qui ne connoiffent point la langue Angloife
, & qui s'occupent des nouvelles de
notre Littérature , une idée de l'Ouvrage qui
a fervi de modèle à la nouvelle production
dont M. Ducis vient d'enrichir notre Théâtre.
Nous defirerions néanmoins pouvoir
donner ici l'analyſe de la Pièce originale ,
pour la fatisfaction de ceux de nos Abonnés
qui n'ont pas lû les Ouvrages de M. de la
Place & de M. le Tourneur ; mais les bornes
de ces articles ne nous permettent pas
de faire aujourd'hui la comparaifon des deux
Tragédies , & nous la remettrons à un temps
où les matières moins abondantes nous laifferons
l'efpace néceffaire pour cet objet.
Nous dirons feulement que fi la Tragédie
de Shakefpéar eft étincelante de beautés fublimes
, elle peut être en même- temps confidérée
comme un chef- d'oeuvre d'inconduite
& d'extravagance. M. Ducis s'eft emparé du
fonds de la Pièce Angloife , en a changé la
marche, & en a difpofé les fituations à fa
manière. Il a pris à Shakefpéar tout ce qu'il
en pouvoit prendre de relatif aux conventions
de notre Scène , en lui faifant fubit les
' modifications dont le fujer eft fufceptible ,
& dont les Spectateurs François font jaloux.
Voici quelle eft en fubftance la Fable de
M. Ducis.
+
, ་ ;
Le Roi Léar a marié deux de fes trois
a
88 MERCUREfilles
, & a partagé fon Royaume entre elles
deux. Elmonde , la troifième , calomniée par
fes foeurs , n'a éprouvé de la part de fon père
que des injuftices & des chagrins ; elle a
mênte été contrainte à fuir. Les deux aînées
n'ayant plus rien à attendre du koi , font
éclater la plus noire ingratitude , l'accablent
d'outrages , & le chaffent enfin de fon palais.
Errant , fugitif, perfecuté par fes remords ,
fuccombant fous le poids de l'infortune , le
malheureux Prince perd la raifon . Il arrive
dans un bois épais , où il eft accueilli par un
orage. C'est dans ce même bois qu'Elmonde
a trouvé un afyle ; c'eft- là qu'elle retrouve
fon père réduit à l'état le plus affreux , &
qu'elle cherche à lui donner toutes les confolations
dont elle eft capable. Quint, ancien
Miniftre de Léar , & fon ami fidèle , a deux
fils , dont l'un eft l'amant aimé d'Elmonde.
Ces deux fils ont formé le projet de punir
l'ingratitude des enfans de Léar , de les chaffer
du trône , & d'y rétablir ce Prince infortuné.
Ils font affez heureux pour réaffir
dans leur projet ; mais Léar remet la couronne
à fa fille , & confent qu'elle épouse
celui des deux fils de Quint dont elle eſt
aimée , & qui a le plus contribué à fa vengeance.
On a reproché à cet Ouvrage de n'être pas
clair dans fon expofition , d'être trop compliqué
dans fa marche , & d'être forcé dans
fon dénouement. Nous ofons affurer que ces
trois reproches font fondés ; néanmoins
DE FRANCE. 89
nous affurerons auffi que cette nouvelle production
de M. Ducis mérite tout le fuccès
dont elle jouit parce qu'elle porte avec elle
un intérêt très- puiffant ; que le tableau d'un
père & d'un Roi , réduit à la plus affreufe
misère , par l'ingratitude de ceux dont il a
fait le bonheur , & fecouru par ceux même
qu'il a outragés , offre un fpectacle très - attachant
, & fait pour parler à toutes les âmes
fenfibles . Il y a d'ailleurs de l'adreffe & du
talent dans les moyens que l'Auteur a employés
pour annoblir la folie de Léar . Rien
de plus difficile , à notre avis , que de
faifir lá nuance qui convient à un perfonnage
tragique , tel que Léar , & d'intéreffer
pour un fou. M. Ducis a vaincu ces
difficultés. Le moment où le Roi paroît avoir
oublié le rang qu'il a tenu , tous les événemens
de fa vie , fi ce n'eft peut être qu'il
fut père, eft un moment déchirant. En un
mot , on trouve dans la Pièce des morceaux
de détail très- pathétiques , quelques uns qui
avoifinent le fublime , d'autres qui font trèsnégligés
, des vers durs , des inverfions fatigantes
pour l'oreille , de l'exaltation dans
les idées , & prefque partout une ſenſibilité
profonde & entraînante. L'Auteur a été appelé
à grands cris : il a paru. On s'eft élevé ,
depuis quelques années , contre la foibleffe
des Auteurs qui ont confenti à paroître , en
perfonnes , dans le cadre deftiné à leurs Ouvrages
. Il nous femble que M. Ducis a jugé
que les proteftations que l'on a faites contre
༡༠ MERCURE
cer ufage , qui femble mettre le Poëte & le
Comédien fur la même ligne , font mal fondées.
A- t'il tort ? a- t'il raifon ? Ce n'eft point
ànons à prononcer . Sub judice lis eft.
Au Mercure prochain les Articles de la
Comédie Italienne.
VARIÉTÉ S.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
M ONSIEUR ,
EN donnant quelque étendue à mes Obſervations
fur la mafique d'Atys , je n'ai pas eu feulement pour
but de louer ce qui pouvoit fort bien fe paffer de
mes éloges : j'ai voulu , comme je l'avois annoncé ,
contribuer aux progrès de l'art ; & je n'y pouvois
parvenir qu'en développant les beautés les plus frappantes
de cet Ouvrage. Mais le fonds en eft fi riche ,
que , fans en avoir dit fur la première Partie tout ce
qu'il y avoit à dire , & fans avoir entammé la feconde
, j'ai paffé les bornes que l'abondance des marières
, qui compofent votre Journal , vous a forcé
de preferire à chacune. Je n'ai rien à répondre ,
Monfieur , à vos réflexions à cet égard ; & je facrifie
fans répugnance à des confidérations fi juftes , ce
que j'avois cru devoir dire de la fin du fecond Acte
& du troifième en entier , principalement de quelques
morceaux dont le fuccès s'accroît à chaque repréfentation
, tels , par exemple , que l'air terrible
de Cybèle : Tremblez , ingrats , de me trahir , air
que la plupart de ceux qui l'applaudiffent ne trouvent
beau que parce qu'il eft fort & bruyant , mais
où M. Piccini a déployé toute la fertilité , tout le
DE FRANCE.
༡ ་
feu de fon génie , toute la profondeur de fon Art;
où , parmi tant de fracas & de défordre , il fe pofsède
au point de ne pas laiffer échapper les nuances
les plus délicates. L'air auffi neuf que paffionné , auffi
fimple dans fon motif que riche dans fes détails &
dans fon enfemble , Malheureufe , hélas ! j'aime
encore , modèle , j'ofe dire inimitable d'un air tou--
chant & pathétique , qui , forti d'un feul jet de la tête
& du coeur d'un fi grand Maître , réunira toujours
les fuffrages des vrais Connoiffeurs & celui des
coeurs fenfibles . La Scène intéreffante qui le fuit , &
le charmant duo , Jurons de nous aimer toujours
où se trouve exprimé tout ce que l'amour infpire à
deux jeunes amans , divifés un inftant par un mou◄
vement de jaloufie , mais qui fe réuniffent pour ne
Le plus quitter qu'à la mort. Enfin , le quatuor du
troisième Acte , production admirable , dont l'analyfe
amenoit naturellement des réflexions utiles fur
la mufique d'action ou dramatique , & fur les qualités
qu'elle doit avoir.
7
Après avoir examiné les différentes parties de
ce beau tour , je revenois fur l'enfemble & fur l'économie
générale , qui ne mérite pas moins d'attention
& d'éloges.
Les Ballets venoient enſuite . Le coloris brillant ,
la grâce & la variété répandues dans les airs de
danfe , l'idée heureufe & parfaitement exécutée de
l'entrée des fonges & du tableau voluptueux qu'ils
offrent dans le fecond Acte , & quelques parties
agréables des Ballets qui terminent les deux autres ,
donnoient lieu à des obfervations que les Amateurs
de cet Art n'auroient peut- être pas dédaignées.
Quant à l'exécution théâtrale & muficale , j'y faifois
obferver quelques négligences qu'il feroit aufli
facile que néceffaire d'éviter ; mais je me plaifois à
rendre justice au talent & au zèle des premiers Sujets
& de l'Orchestre. En général, on fait trop peu d'at
92 MERCURE
tention à la partie inſtrumentale , qui en demanderoit
cependant une particulière. Je louois avec plaifir
la vigueur , la précision , le feu que l'Orcheſtre a
mis dans l'accompagnement de cet Opéra , ainfi que
l'intelligence & l'impartiale activité du Chef qui le
dirige.
Il est juste de donner aux Acteurs qui fe diftinguent
dans la partie du choeur des témoignages mo
tivés de la fatisfaction publique. J'en faifois un article
à part , où je me permettois quelques obfervations
critiques mêlées à de juftes louanges.
J'avois peu de chofes à dire fur le rôle d'Atys ;
les talens de M. Legros font fi univerfellement reconnus
, qu'il fuffit d'annoncer qu'il remplit un rôle
fi propre à les faire valoir , pour que le Public fache
d'avance tous les applaudiffemens qu'il y peut mériter.
Mile Duplant fe diftingue dans celui de Cybèle
non-feulement par les avantages que l'on eft habitué
à louer en elle , & qui n'ont jamais été plus marqués
que dans l'air : Tremblez , ingrats , de me trahir;
mais par l'attention qu'elle a de modérer fa voix, naturellement
forte & volumineufe , dans quelques endroits
qui demandent une expreffion plus douce &
plus tendre que les rôles de fon emploi ne l'exigent
ordinairement , & fur- tout dans l'air délicieux : Je
reffens un plaifir extréme.
M. Larrivée jette auffi de l'intérêt dans le rôle
fecondaire de Calenus ; mais ce qu'il m'avoit paru
néceffaire d'examiner avec plus de détail , c'eſt la
manière dont Mlle Saint- Huberty remplit celui de
Sangaride ; elle y met tant d'art & de naturel , fon
jeu eft fi vrai , fi bien raifonné , fi profondément
fenti , fon chant expreffif, lié , foutena , eft orné
avec tant de fageffe , nuancé avec tant de goût , que
je ne craignois pas de propofer ce qu'elle eft dans
cet Ouvrage, pour modèle de ce que devroit toujours
être une Cantatrice dramatique : de- là naifoient
DE FRANCE. 93
quelques idées affez nouvelles , & peut-être intéresfantes
, fur le chant théâtral , fur ce qu'il doit céder
au jeu de l'Acteur , & fur ce que celui - ci lui doit accorder
à fon tour.
Tous ces objets , traités avec quelque foin, auroient
pu n'être pas défagréables aux perfonnes qui fréquentent
ce Spectacle , & qui aiment à s'occuper de
tout ce qui peut y avoir rapport; mais d'autres Spectacles
réclament auffi l'attention publique ; & encore
une fois , Monfieur , je ne vois point de réponſe aux
objections que vous avez bien voulu me faire . Je
finis donc en vous priant d'agréer les témoignages de
ma reconnoiffance pour l'admiffion que vous m'avez
accordée dans les deux précédens Mercures , &
l'affurance des fentimens avec lefquels j'ai l'honneur
d'être , Monfieur ,
Votre très-humble & trèsobéiffant
Serviteur ,
MELOPHILE.
ANNONCES ET NOTICES.
HERBIER de la France , ou Collection complette
des Plantes Indigènes de ce Royaume , avec leurs
détails Anatomiques , leurs propriétés & leur ufage
en Médecine & dans les Arts , par M. Bulliard ,
Botanifte.
Cet important Ouvrage a toujours le même fuccès,
parce qu'il fe continue toujours avec la même exactitude
, tant pour les Livraifons que pour l'exécution .
La defcription qu'il offre de chaque Plante fatisfait
le Botanifte ; & ilne laiffe rien à defirer pour le deffin
& pour le coloris. C'eft M. Bulliard lui-même qui
a deffiné toutes les Plantes. Il les a fait graver & imprimer
à fes frais , & n'a employé pour cela que des
Artiftes célèbres . Cette manière de colorier les ob-
F
94 MERCURE
7
jets d'Hiftoire Naturelle a ,
fur toutes les autres ma-,
nières connues , l'avantage de la précision , & d'une
imitation plus fcrupuleufe ; elle conferve même les
couleurs les plus délicates , parce que fi le papier
vient à jaunir , on peut le blanchir en l'expofant nud
à la rofée .
Chaque année eft compofée de 12 Cahiers. Le
No. 32 vient de paroître ; il contient le Cocrifte .
Glabra ou Crête de Coq , la Nielle des champs , la
Perficaire brûlante , & l'Orange fauffe.
L'Ouvrage eft divifé en quatre Parties , qu'on
peut prendre féparément ; les Plantes Vénéneufes ,
les Champignons , les Plantes Médicinales , & les
Plantes graffes.
On paie chaque Cahier 3 liv .; le premier de la
Collection fe paie double. Les perfonnes de Pro-,
vince qui fouferivent pour l'Herbier entier doivent
envoyer liv . , & pour une partie feulement ,
72 liv. Il faut s'adreffer à M. Bulliard , rue des
Poftes , au coin de la rue du Cheval- Verd , à Paris ;
& chez Didot jeune & Belin , Libraires. Le Diction
naire Élémentaire de Botanique , avec 10 Planches
coloriées , paroîtra vers la fin de Mars. Les Soufcripteurs
le paieront 12 liv.
CÉRÉMONIES & Coutumes Religieufes de tous
les Peuples du Monde , en quatre Volumes in -folio ,
divifées en quinze Cahiers ou Livraiſons Prix , 8 liv.
brochés ; quatrième Livraiſon. A Paris , chez Laporte,
Libraire , rue des Noyers.
Le quatrième Cahier termine le premier Volume.
Par un Avis qui eft à la tête , le Libraire chargé de
cette grande entreprife , promet formellement que
l'Ouvrage fera fini & livré dans le courant de cette
année ; & la rapidité avec laquelle les Livraiſons fe
fuccèdent , femble ne laiffer aucun doute fur cet
engagement. Quoique le prix de ces quatre Volumes
DE FRANCE.
95
ait été réduit à la fomme de 120 liv. cependant , pour
aflurer une diftinction aux Soufcripteurs , on prévient
aujourd'hui que paffé le premier Avril prochain
, chaque Livraiſon coûtera 10 liv. , ce qui portera
le prix de la Collection entière à 15o liv.
On avertit les Soufcripteurs que les Planches nouvellement
tirées pourroient maeuler fi on les relioit
fur le champ. On les a renvoyées à la fin de chaque
Cahier , fans les claffer , parce qu'on a craint de
gâter le texte par le contact de ces mêmes Planches
récemment imprimées ; mais les chiffres qui diftinguent
chaque figure donnent la facilité de mettre tout
fa place .
CAFE de Santé. Le fieur Frenehard , ancien Officier
d'Office , qui s'eft occupé long- temps de Chimie
, & qui a fuivi des cours de Médecine , a conçu
& exécuté l'utile projet d'imaginer une liqueur qui
puiffe remplacer le Café. On eft généralement d'accord
aujourd'hui fur les inconvéniens de cette dernière
boiffon , prife le matin avec du lait. La poudre
du fieur Frenehard eft compofée de riz , d'orge , de
feigle , d'amandes & de fucre. Le goût en eft agréa
ble ; & la feule expofition de ce qui la compofe
fuffit pour prouver qu'elle eft fans inconvéniens
pour
la fanté . Elle ne peut qu'être utile aux tempéramens
fecs , bilieux , aux perfonnes attaquées d'infomnie ,
& dont le genre nerveux eft facile à s'irriter. La manière
de s'en fervir , c'eft d'en mettre une cueillerée
dans environ un demi- feptier d'eau bouillante , &
on la laiffe repofer après un bouillon ou deux
comme le café ordinaire. Il faut y mettre autant de
fucre que de poudre. Nous ne pouvons que recommander
l'ufage de cette liqueur , qui a des avantages
& pas un inconvénient. La poudre fe vend 40 fols
la livre , chez le fieur Frenchard , rue Sainte - Marguerite
, près celle des Cifeaux , maison du Boulanger.
a
>
96
. MERCURE
La Demoiselle Frenehard , fa four , ancienne
Coëffeufe , qui demeure même maiſon ,
vend une
Eau qui teint les cheveux gris , blancs ou rouges ,
en châtain, brun ou noir , & qui rétablit ceux qui -
font gâtés déjà par d'autres teintures . Celle- ci opère
dès les premiers jours. Les couleurs qu'elle imprime
durent autant que les cheveux , qui deviennent parlà
plus propres à la frifure , & qui garniffent beaucoup
plus . On en vend des bouteilles de 24 & 3 liv.
pour en faciliter l'effai ; & l'on y joint la manière
de s'en fervir. On peut en faire ufage fans danger.
7
ERRATA. Dans le dernier Article du Concert
Spirituel , en parlant de Mlle Vaillant , nous n'avons
fait mention que des leçons qu'elle reçoit maintenant
de Mlle Farinella nous avons reçu , à ce sujet ,
une lettre honnête de M. Aubert , Maître de Chant
& de Violoncelle , dans laquelle il réclame l'éducation
Muficale de Mlle Vaillant , & nous nous empreffons
de lui rendre le tribut d'éloges qu'il mérite .
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 44 , ligne 21 , Il a exécuté Calderone ; lifez :
Il a imité Calderone.
TABLE.
REPONSE à des Vers , 49 dour ,
Lettre fur Bayonne & fur les Comédie Françoife ,
Bafques ,
Enigme & Logogryphe ,
84
55 Lettre au Rédacteur du Mer
77 cure , 90
Porte- Feuille d'un Trouba- Annonces & Notices, 93
APPROBATIO N.JUGA
:
te
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 8 Février. Je n'y ai
zien trouvé qui puiffe en einpêcher l'imprefion. A Paris ,
le 7 Février 1783. GUID 1.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 FÉVRIER 1783 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
A 1 X.
VERS SUR LA PAI X.
D'UN grand Roi , Miniftre fidèle
Toujours guidé par l'équité ,
Tes talens égalent ton zèle
Pour le bien de l'humanité.
Tu traces d'une main favante
Des bornes à l'ambition .
Ta politique bienfaifante
A fu forcer , même Albion ,
A t'accorder fa confiance.
C'eft ta fageffe qui balance
Les droits de chaque Nation ..
L'Europe voit l'indépendance .
Soufcrite enfin par les Anglois :
No. 7, 15 Février 1783 .
7/
E
98
MERCURE
L'Amérique , unie à la France ,
Des lys confacre les fuccès.
A la faveur d'une Paix sûre ,
Tous les Peuples de l'Univers
Vogueront libres fur les mers ,
"Selon les voeux de la Nature .
Vergennes , tes foins généreux
Éteignent le feu de la guerre :
Ta prévoyance falutaire
Ne tend qu'à faire des heureux .
( Par M. du Mas , Capitaine d'Infanterie,
Maréchal-Général des Logis des Gardes-
Françoifes. )
STANCES à Mile DE GAUDIN , È
l'occafion de fon Építre fur les Préjugés ,
publiée dans l'Almanach Littéraire , & de
fes Chanfons inférées dans les Étrennes
Lyriques de 1783.
VOTRE Apollon , mieux que tout autre ,
Entraîne le coeur enchanté;
Qui n'adore l'humanité
Quand une Grâce en eft l'Apôtre?
DEs vils préjugés qu'il terraffe ,
Vainqueur redoutable , hardi ,
Voltaire eût fans doute applaudi
Votre philofophique audace .
DE FRANCE. 991
D'APOLLON fille enchantereffe,
Qui de yous ne feroit jaloux ?
Vos vers , que je relis fans ceffe ,
Seront lûs mille ans après vous.
AH! qu'il eft beau de fon génie
D'occuper la poftérité ,
Sur-tout après avoir été
Femme aimable & femme jolie !
POUR ma. Nanon , c'eft autre chofe ;
Elle a vingt ans , quelques appas ;
Ecrit paffablement en profe ,
Aime les vers , & n'en fait pas.
Du luxe careffant l'idole ,.
Chaque jour les doigts délicats
Brillent dans ce temple frivole
Où la mode tient fes états.
LA, du goût Prêtreffe & modèle ,
Nanon , par fon art féducteur >
Ajoute un charme à la plus belle ,
Et prête un voile à la laideur.
MAIS l'art , dit- on , jamais ne donne
Que d'inutiles ornemens ,
Ces refrains ufés dès long- temps
N'en impofent plus à perfonne.
Eij
100 MERCURE
AINSI , de nos Drames forcés ,
Chez Melpomène & chez Thalie ,
On prend les écarts infenfés
Pour les vrais élans du génie.
L'ART peut embellir la Nature ,
Ainfi n'en blâmons que l'abus ;
On fait que l'on plaît fans parure ,'
Et parée on plaît encor plus.
MAIS quoi , ma Mufe doctorale
Triftement s'épuiſe en leçons ,
Au lieu de citer vos Chanſons,
Dont je goûte fort la morale !
GATTE , vin vieux , & jeune amie ,
C'eft mon refrain ; & je prétends
Que,fans ce doux emploi du temps ,
C'eft peu de chofe que la vie.
JADIS circuloient à la ronde,
Chanfons , bon vin , joyeux propos ,
Bannis aujourd'hui d'un grand monde,
Et toujours fobre & toujours faux.
EN VAIN votre Mufe l'excite ,
La gaîté loin de nous a fui ;
Pour une Démocrite aujourd'hui
On a vingt finges d'Héraclite .
DE FRANCE. IOL
HELAS ! quelle erreur eſt la nôtre ? …...
Mais n'eft-il pas temps de finir ?
En écoutant trop mon plaifir ,
Je pourrois fort bien nuire au vôtre.
Né pour rimer des bagatelles ,
C'eſt à tort que ma foible voix
Ofe ici chanter à la fois
Cypris & les neuf Immortelles.
( Par M. Damas.)
VERS pour placer au bas du Portrait de
M. l'Abbé DE REYRAC.
SU Rune Lyre d'or il chanta la Nature ;
Des vers les plus brillans fa profe a la fraîcheur,
Tous les tableaux font vrais , & jamais l'impofture
Ne farda fes vertus , fon ftyle , ni fon coeur.
( Par M. Crigon , d'Orléans , de plufieurs
Académies. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt Paix ; celui du
Logogryphe et Paix , où fe trouve Pax.
E iij
102 MERCURE
S
ΜΙ
CHARAD E…où ni
AMYLecteur , qui te piques
D'avoir l'efprit un peu fin
Je voudrois que tu m'expliques
Par quel étrange
deftin
J'ai ma tête en Italic
Et le coeur dans ton jardin ,
Quand de moi l'autre partie
A pris naiffance au moulin.
2
(Par un Amateur du Grand- Andely )
ÉNIGM“Ey 3500 40 LG MEN ?
JE détruis le génie en chargeant la mémoire ...
Je n'inftruis les humains
Que pour les rendre vains 、CI
2
Et toujours envieux d'une futile gloire.
( Par M. de Meude- Monpas.
Петродов
м
AUTRE.
L'ÉTÉ , je tombe fur vos têtes ;
L'Hiver , je grille dans le feu ;
Jom S
Mais , Été comme Hiver , j'arrondis un cheveu ,
Et fais tapage dans vos fêtes.
('Par M. Pat * , )
DE FRANCE. 103
LOGOGRYPHE
..
AMINTE fait briller , par mes traits délicats ,
Sa gaîté , fa fineffe, & bien d'autres appas. ,.
Ea moi l'on trouve encore une ville Helvétique ;
Cinq pronoms ; un zéro ; deux notes de mufique ;
Un habitant des cieux ; un autre des enfers ;
}
Ce qui divife l'an ; ce qui frappe les airs.
Voilà , dans les fix pieds qui compofent mon être ,
Plus qu'il n'en faut , je crois , pour me faire connoître,
( Par un Ecolier de Verſailles. ¿)
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
PENSEES Morales de Cicéron , recueillies
& traduites par M. Lévefque. A Paris ,
chez Didot l'aîné , & Debure l'aîné ,
Libraires , quai des Auguftins . 1 Vel .
Infcriptiones propter quas vadimonium deferi
poffit : at cum intraveris , dii deaques quàm
Nihil in medio invenies !
SIl'on a dit que les deux Ouvrages publiés
par M. Lévesque , & qui font partie de la
Collection des Moraliftes anciens , ne méritoient
pas d'être tirés de l'oubli auquel
deur médiocrité fembloit les avoir condamnés
; fi la plupart des Penfees qu'il a extraites
E iv
104 MERCURE
de Confucius & des Auteurs Chinois n'offrent
en effet qu'une morale , ou fauffe &
fuperftitieuſe , ou vague & fuperficielle ; en
un mot , fi des juges févères & doués de ce
tact exquis & sûr que donne l'étude réfléchie
des grands modèles , lui ont reproché d'avoir
étendu dans deux Volumes ce qui devoit à
peine occuper
dix pages, nous espérons qu'il
n'en fera pas de même du Recueil dont nous
allous rendre compte.
Ceux qui aiment Cicéron , qui le lifent ,
& qui favent par coeur les plus beaux endroits
de fes Écrits , obferveront fans doute
que cet Abrégé de fa Morale n'en donne
pas en général une grande idée ; ils accuferont
M. Lévefque d'avoir trahi la caufe qu'il
s'étoit chargé de défendre avec fuccès , &
d'avoir affoibli , énervé même à deffein Cicéron
, pour le livrer prefque fans combat à
ceux qui lui préfèrent Sénèque. On ne trouve
point , il est vrai , dans le Recueil de M.
Lévefque , un affez grand nombre de Penfées
où Cicéron montre autant d'efprit que de
raifon & de philofophie , tandis qu'on y ren
contre une foule de maximes qu'on lit avec
plaifir dans l'original , parce que l'élégance
& la richeffe de la forme font prefque ou
blier la foibleffe , & , fi nous ofons le dire ,"
la pauvreté du fonds ; mais qui , malgré tout
le talent de M. Lévesque , paroiffent dans fa
Traduction des vérités commones ,
quelles on ne feroit même aucune attention
sil ne les avoit pas jugées dignes de la fienne.
auxDE
FRANCE.
105
Malgré ces défauts , que les admirateurs
de Cicéron pardonneront difficilement à M.
l'Evefque , il n'en eft pas moins un défenſeur
très-zélé & très- fincère de ce grand Orateur ,
qu'il croit même fort fupérieur à Sénèque.
Cependant, comme on ne peut pas raifonnablement
fuppofer que tant d'idées fines ,
ingénieufes , & quelquefois profondes , qui
brillent par intervalle dans Cicéron , ayent
échappé à la fagacité de M. Lévefque , &
qu'il n'en ait pas fenti la force & la jufteffe ,
il vaut mieux dire qu'il n'a lû aucun des Ouvrages
où ces Penfées fe trouvent , mais feulement
ceux dont l'objet eft purement moral
, & qui , par cela même , pouvoient lui
offrir plus facilement la matière d'un Volume.
Cette manière d'expliquer les omiffions graves
de M. Lévefque , nous paroît la meil
leure ; & fi elle ne le juftifie pas au tribunal
des Litterateurs Philofophes , les feuls hommes
fur le jugement defquels le Public difpenfe
tôt ou tard la louange ou le blâme
elle prouve au moins que c'eft pour avoir
négligé , ou peut être même ignoré les fources
où il devoit puifer , & non dans le def
fein de diminuer la gloire de Cicéron , que
M. Lévefque en a fait un extrait un peu fec
fouvent infidèle , & où l'on voit avec peine
qu'il s'eft bien plus occupé de faire lire que
de faire penfer.
M. Levefque a mis au-devant de la morale
de Cicéron une Vie de cer Orateur , qui ne
fuppofe ni beaucoup de recherches ni de
Ev
06 MERCURE
grands efforts de tête. Tout ce qu'on peut
dire d'intéreffant , d'utile & d'inftructif fut
la perfonne & les écrits de Cicéron , fut le
caractère de fa philofophie , & fur l'hiftoire
politique & civile de fon temps , fe trouve
dans l'excellent Ouvrage de Midleton , auquel
M. Lévefque a d'autant plus de raifon
de renvoyer le Lecteur , que ce qu'il en dit
lui même n'apprend abfolument rien , &
qu'en voulant réduire à trente pages les
quatre Volumes de l'Auteur Anglois , il a eu
l'art d'étrangler tous les faits , de ne rien de
velopper , de n'infpirer aucun intérêt pout
celui dont il écrit la vie , & de ne faire con
noître dans Cicéron ni l'Orateur , ni le Philofophe
, ni le Moralifte , ni l'homme d'État,
ni l'homme. Lorfque fur une natière quel
conque il a paru un bon Ouvrage , il faut
bien fe garder de traiter le même fujet , à
moins qu'on ne foit très sûr de faire mieux,
de trouver dans les mêmes objets de nouvelles
faces à confidérer , ou d'appercevoir ,
par une analyſe plus exacte & plus profonde ,
de nouveaux rapports entre les objets déjà
connus ; mais quand on n'ajoute rien à ce
qui a déjà été dit ou écrit ; quand on fe contente
de répéter en d'autres termes ou dans
un autre ordre les Penfées des autres , on ne
fait que multiplier les Livres fur une Scien
ce ou un Art , fans multiplier réellement la
Science ou l'Art , & l'on travaille fans honneur
pour foi- même , & fans utilité le
pour
Public. C'eft ce qui eft arrivé à M. Lévesque,
DE FRANCE. 107
& ce qu'il auroit évité , fi , au lieu de prendre
indiftinctement dans le Livre de Midleton
cinq ou fix faits ni plus ni moins im
portans que cent autres dont il ne dit rien ,
il fe fût appliqué à nous montrer Cicéron
comme un excellent Moralifte , auffi fupérieur
à Sénèque à cet égard , qu'il le furpaffe
comme Écrivain . Il auroit dû examiner le
jugement que Montagne , M. Dideroti &
l'Éditeur de Sénèque ont porté de Cicéron ,
difcuter leurs raifons & les réfuter folidement
; mais M. Lévefque n'a pas même lû ce
qu'ils ont écrit à ce fujet ; car il leur impute
entre autres un raifonnement bien ridicule
qu'affurément ils n'ont pas fait. Il femble , à
l'entendre , que Montagne , M. Diderot &
M. N. , aient compté les Maximes de morale
qu'on trouve dans Sénèque & dans Cicéron ,
& qu'après avoir reconnu par ce calcul que
Cicéron fournit moins de ces Maximes que
'Sénèque , ils en aient conclu que ce dernier
l'emporte fur Cicéron. Cette logique feroit
fans doute fort étrange ; mais ce n'eft pas
tout à fait celle des Auteurs dont M. Lével
que parle avec trop de mépris , & qu'il ap.
pelle avec dédain des Littérateurs. Voici
*.
* On en fera moins étonné , lorfqu'on faura que
M. Lévefque traite prefque auffi inal Voltaire dans
une Hiftoire de Ruffie , en gros Vol. in- 12. qui
n'a pas encore tout le fuccès qu'elle mérite , mais
dont le ftyle & les réflexions plairont certainement
aux Philofophes & aux gens du monde qui ont du
Evj
408 MERCURE
les propres termes de l'Éditeur Anonyme de
la Traduction de Sénèque. Comme il paroît
-être le premier qui , dans ce fiècle d'ailleurs
fi éclairé , air ofé préférer Sénèque à Cicé
ron , nous croyons que l'équité & l'impar
tialité dont nous faifons profeffion , ne nous
permettent pas de le condamner fans l'en..
tendre, d'autant plus que M. Léveſque lui
fait dire par tout précisément le contraire
de ce qu'il a dit.
M. Lagrange , encouragé par le fuccès de
fa Traduction de Lucrèce , entreprit celle
de Sénèque , de ce Philofophe qu'on ne
lit point fans fentir croître fon zèle pour
la vérité , fon refpect pour la vertu , fon
amour pour les gens de bien , fa haine
» pour les méchans ; fans hâter au fond de
» fon coeur le moment de faire une bonne
action ; en un mot , fans être meilleur ,
» ou fans defirer fincèrement de le devenir.
» M. Lagrange avoit choifi cet Auteur
» comme le plus moral , le plus grave de
» toute l'antiquité , celui dont la lecture eft
» la plus utile dans tous les âges & dans
> toutes les circonstances de la vie ; qui er
taffe vérités fur vérités , mais qui les entaffe
quelquefois avec tant d'ordre &
» de précifion , que , p'us rapprochées , elles
n'en font que plus fenfibles & plus évi
goût & des connoiffances , auffitôt qu'ils fe lafferont
de lire Tacite, & l'Effai fur l'Efprit & les Moeurs des
Nations,
DE FRANCE. 109
+93
dentes ; qui a lui- feul plus de connoiffances
, plus d'idées , plus de profondeur
» que Platon & Cicéron réunis & analyfés;
enfinqui , louvent avec autant d'éloquence,
» & des mouvemens oratoires d'un auffi
grand effet qu'aucuns de ceux dont leurs
" Ecrits offrent le modèle, a plus, de nerf,
و ر
"
plus de fubftance & de véritable sève
» dans cinq ou fix pages , que ces Auteurs
n'en ont dans cent. Sénèque eft dans fon
gente ce que Tacite , avec lequel il a
» d'ailleurs beaucoup de conformité , elt
dans le fien , le premier des Philofophes ,
» comme celui- ci eft fans exception le premier
des Hiftoriens.
و د
و ر
que
འ » On ne peut refufer à Cicéron un trèsbeau
génie , c'eft même prefque toujours
un Écrivain de grand goût : il faut fur-tout
» le lire pour bien connoître toute la pui
fance l'oreille a fur notre ame. Per-
» fonne , en effet , n'a porté plus loin que
lui la grace , le nombre & l'harmonie du
ftyle ; peut-être même fes Ouvrages , con-
" fidérés fous ce point de vue , ne laiffentils
rien à defirer. C'est par ce côté feul qu'il
» eft , en général , très fupérieur à Sénèque;
» mais il ne peut lui être comparé comme
»
Philofophe ; & l'on ne croit pas qu'il y
ait aujourd'hui un feul homme de Lettres ,
» vraiment digne de ce nom , pour qui
» cette affertion ne foit pas un fait démontré
Le mérite particulier & très différent de
116 MERCURE
,
Cicéron & de Sénèque nous paroît apprécié,
dans ce paffage avec affez de justelle & de
précifion. Nous ajouterons même que cette
feule page fait mieux connoître dans l'un &
l'autre la forte de génie qui leur eft propre &
qui les caractérife , que cette belle phrafe
de M. Lévefque , où il compare Cicéron à
ces Peintres qui ne travaillent que pour les
Temples & les grands édifices , & qui étonnent
par destouches fermes & hardies ; & Sénèque
à des Peintres de Cabinet , dont les Tableaux
plaifent par un fini précieux & par une
touche fine & légère. C'est bien ici qu'il faut
appliquer l'axionie fi connu , comparaifon
' eft pas raifon ; car affurément rien n'eft
plus vague que cette manière de juger ; elle
ne donne aucun réfultat , & n'éclaircit rien.
En effet , le Lecteur aura- t - il une idée bien
nette & bien exacte du mérite de Cicéron &
de Sénèque , quand il faura que le premier
eft un Peintre de Tableaux d'Eglife , & l'autre
un Peintre de Cabinet.
La préférence que M. N. donne à Sénèque
, confidéré feulement comme Moralifte ,
comme Penfeur , en un mot comme Philofophe,
fur Cicéron, nous a paru bien fondée . M.
Diderot & M. d'Alembert , dont l'autorité ,
fans être , à la vérité , d'un aufli grand poids
que celle de M. Lévefque, n'eft pourtant pas
à dédaigner , n'ont pas fur cette question,
purement philofophique , & par conféquent
du reffort de peu de Lecteurs , des idées oppofées
à celles de l'Editeur de Sénèque . Des
DE FRANICE . 111
>
perfonnes dignes de foi nous ont même afluré
avoir entendu dire à M. d'Alembert ,
qu'il en ſetọic du jugement de M. N. fur Ciceron
, comme du difcours de ce Sénateur à
Tibère dans lequel ceux qui n'avoient pas
eu le courage de parler avec la même liberté ,
retrouvoient avec plaifir l'expreffion de leurs
fentimens fecrets . Le fuffrage réuni de ces
deux Philofophes , dont les Ouvrages , ainfi
que ceux de Voltaire , ont le plus contribué
attendre l'efprit & les connoillances , à perfectionner
le goûr & la raifon , & , ce qui
'eft pas moins utile , à faire refpecter les
Sciences & ceux qui les cultivent , confolera
fans doute M. N. de la critique de M.
Lévefque . Nous cirerons bientôt un paffage
de Montagne , qui , joint à celui qu'on vient
de lire , & aux réflexions également folides
& judicieufes de M. Diderot fur cette matière
, prouvera clairement que M. Lévesque
n'a pas même entendu l'état de la question ,
& qu'on peut regarder tout ce qu'il oppofe
au fentiment de fes adverfaires comme un
coup perdu , telumque imbelle fine ictu con
jecit.
On n'auroit jamais dû , dit - il , comparer
» deux Auteurs , dont la manière d'écrire eſt
» fi différente . M. Lévefque fe crée exprès
des fantômes pour être plus sûr de les combattre
avec fuccès ; mais , comme le dit trèsbien
Cicéron , ce n'eft pas vaincre que de
s'emparer d'une place que perfonne n'avoit
intérêtde garder. Facile erat vincere non répu
712
MERCURE
•
gnantes. En effet , lorfque l'on compare Ci
céron à Séneque , ce n'eft ni Cicéron l'Ecrivain
éloquent & nombreux , ni Cicéron
l'Orateur , mais le Moralifte , le Penfeur ,
le Philofophe Ciceron que l'on compare au
Moralifte , au Penfeur , au Philofophe Sé
nèque.
و د
و ر
Montagne , ajoute M. Lévefque , aimoit
» mieux Senèque que Cicéron ; c'eft qu'ayant
» tourné toutes les études du côté de la Mo-
» rale , il préféroit l'Auteur qui lui four-
» niffoit dans ce genre les richelles les plus
» abondantes : au lieu de comparer les Ecri-
" vains entre eux , il comparoit le Moraliſte
» à l'Ecrivain. »
4
Quelque égard que nous ayons pour M.
Lévesque , comme on doit encore plus de
refpect à la vérité , il nous permettra , fans
doute , d'obferver qu'on ne trouve rien dans
Montagne de tout ce qu'il lui fait dire ici.
Cette méprife eft d'autant plus étrange , que
Montagne n'a jamais comparé Cicéron à
Sénèque , encore moins le Moralifte à l'Ecri
vain , & que dans le paffage dont M. Lévefque
veut parler, Cicéron eft abfolument
confidéré & jugé comme Moralifte.
"
39
33
Quant à Cicero , les Ouvrages qui me
peuvent fervir chez lui à mon deffeing , ce
font ceux qui traittent de la Philofophie
fpécialement morale . Mais , à confeffer
» hardiment la vérité , ( car , puifqu'on a
» franchi les bornes de l'impudence , il n'y
a plus de bride ) fa façon d'écrire mefemble
DE FRANCE
113
"
»
32
"J
و ر
ور
39
30
19
:
ennuyeufe , & toute autre pareille façon ;
car les préfaces , définitions , partitions ,
étymologies confument la plufpart de fon
Ouvrage ce qu'il y a de vif & de noëlle
eft étouffé par les longueries d'apprêts. Si
j'ai employé une heure à le lire , qui eft
beaucoup pour moi , & queje ramentoive
" ce que j'en ai tiré de fuc & de fubſtance
la plufpart du temps je n'y trouve que du
" vent : car iln'eft pas encore venu aux argu
» ments qui fervent à fon propos & aux raifons
qui touchent proprement le noeud que
» je cherche. Pour moi qui ne demande qu'à
» devenir plus fage , non plus favant ou élo-
» quent , ces ordonnances logiciennes &
Ariftotéliques ne font pas à propos j'en-
» tends affez que c'eft que mort & volupté;
» qu'on ne s'amufe pas à les anatomifer. Je
» cherche des raifons bonnes & fermes , d'ar
» rivée , qui m'inftruifent à en foutenir
l'effort , ni les fubtilités grammairiennes.
" ni l'ingénieufe contexture de paroles &
d'argumentations n'y fervent. Je veux des
» difcours qui donnent la première charge
» dans le plus fort du doubte : les liens lan-
" guiffent autour du pot ; ils font bons pour
» l'Efcholé , pour le Barreau & pour le
"Sermon , où nous avons loifir de fommeil-
» ler , & fomines encore , un quart d'heure
après, affez à temps pour en retrouver le
» fil. Il eſt befoin de parler ainfi aux Juges
qu'on veut gaigner à tort ou à droit , aux
enfans & au vulgaire , à qui il faut tout
"
و ر
و د
و د
23
4
""
"
114 MERCURE
» dire & voir ce qui portera. » &c. Effais ;
liv. 2 , chap. 10 , pag. 264 &fuiv.
M. Lévefque nous dit gravement que leju
gement defeizefiècles femble avoir marqué la
place de Cicéron & de Sénèque. Nous ne fa
vons pas ce qu'il entend par ce Jugement de
feize fiècles. On l'embarrafferoit beaucoup ,
fi on le fommoit de citer les monumens hif
toriques qui conftatent , felon lui , cette
fuite non interrompue de témoignages en faveur
de Cicéron contre Sénèque ; mais M.
Lévefque n'a rien à craindre à cet égard.
Nous le difpenfons volontiers de nous donnerles
preuves de ce fait qui , vrai ou faux ,
eft peu propre à décider une queftion qu'on
ne peut ni éclaircir ni réfoudre par la voie de
l'autorité . Nous nous contenterons de lui
faire la même réponse que Cotta fit au Stoï
cien Balbus , qui , pour lui prouver la vérité
d'une tradition , lui alléguoit la fondation de
quelques Temples , un Arrêt du Sénat , un
Proverbe : " J'attendois des raiſons , lui re
partit Cotta , & vous m'objectez des bruits
populaires. Rumoribus , inquit , mecum
pugnas , Balbe , ego autem à te rationes re
quiro. M. Lévefque auroit pu fe rappeler encore
un autre paffage de Cicéron qu'il rap
porte lui-même , où cet Orateur le moque de
ceux qui , pour appuyer un vain préjugé ,
citent l'opinion des Peuples & des Rois ;
" comme fi , ajoute Cicéron , il n'étoit pas
ordinaire au plus grand nombre de fe
tromper; comme fi , dans une caufe que
DE FRANCE.
115
» vous auriez à juger , vous deviez recueillir
les fuffrages de la multitude. » ( Voy, la
Maxime 194. ) to mus
Quoique l'Editeur de Sénèque ait toujours
parlé avec éloge, & même avec enthouhaſme ,
du ftyle de Cicéron , M. Lévelque s'eft cru
obligé d'en faire l'apologie , oubliant ou feignant
d'oublier que M. Diderot & M. N.
n'avoient jamais attaqué , fur ce point , la
réputation de ce grand homme. It prétend
done que Cicéron devoit donner de l'étendue
à fes penfées afin que ceux quiperdroient une
partie de fon difcours , puffent encore en fui
vre la chaine. Nous nous garderons bien de
croire , encore moins de dire avec quelques
Cenfeurs , d'un goût auffi sûr que difficile à
contenter y que cette phraſe eſt du nombre
de celles quelVoltaire appeloit du galimatias
doubles mais nous prierons M. Lévefque
de nous expliquer comment l'étendue qu'un
Orateur donne à fes pensées , fait qu'on peut
encore fuivre la chaîne de fon difcours ,
quand on en a perdu une partie . Si cette
phrafe pouvoit avoir quelque fens , ne ſel
roit- cepas celui que Montagne exprime beaucoup
plus clairement lorfqu'il dit que les
Ecrits de Cicéron font bons pour l'Efchole',
pour le Barreau & pour te Sermon , où nous
avons toifir de fommeiller & fommes encore ,
un quart d'heure après affez àtemps pour en
retrouver le fil. 115 busty supha ou
. و
Nous ne luivrons pas plus loin M. Lévef
que e puiſqu'il n'a pas craint d'infcrire
116 MERCURE
!
"
fon nom parmi les calomniateurs de Sénèque
, & de faire caufe commune avec les
Dion , les Xiphilin & les Suilius anciens &
modernes , il feroit inutile de lui en faire ici
le reproche.
Nous avions d'abord en le projet d'exami
ner fes idées fur la décadence vraie ou prétendue
du goût dans le fiècle de Sénèque ;
mais tout ce qu'il dit fur cette matière eſt ſi
vague , que nous ne croyons pas devoir nous
y arrêter. Comme il oppofe partout à des
raifonnemens qui fuppofent néceffairement
de la fagacité & de la logique , de fimples affertions
qui n'exigent ni l'une ni l'autre ,
comme il ne difcute rien , & qu'il réfout en
deux ligues des problêmes très compliqués ,
dont il s'eft occupé un quart d'heure , & fur
lefquels ceux qui les ont embrailés dans toute
leur généralité, font arrivés à des résultats trèsdifférens
des fiens ; en un mot comme les
cinq ou fix lignes que M. Lévefque a écrites
fur la queftion agitée dans l'introduction à la
Morale de Sénèque , prouvent affez qu'il ne
l'a pas approfondie , & qu'il l'a décidée un
peu trop légèrement , nous croyons que M.
N, eft fuffifamment diſpenſé de lui répondre,
& que , malgré les petites objections de M.
Lévesque , l'Éditeur de Sénèque peut dire
comme Dacier , ma remarque fubfifte.
A l'égard de la Morale de Cicéron, l'abrégé
que M. Lévesque vient d'en donner , ne per
met plus de douterque Montagne , M. Dide
rot &M. N. ne l'aient bienappréciée : on peut
DE FRANCE: 117
même regarder le Recueil que nous annonçons
comme la preuve la plus évidente , la
plus forte , & la feule qu'on pût encore defirer
de la vérité de leur opinion . Si M. Lévefque
fe fût contenté de dire que Cicéron eft
un Moralifte du premier ordre , auquel on ne
peut guère préférer un Auteur qui ne fût que
Moralifte , beaucoup de gens, qui ne connoiffent
Cicéron & Sénèque que de nom , ou
qui ,
Par le privilège
Qu'ont les pédans de gâter la raiſon
ont confervé dans l'âge mûr tous les préjugés
qu'on prend dans les Colleges , auroient pu
Fen croire fur fa parole ; mais aujourd'hui
que le Public a entre les mains les pièces inftructives
du procès , & qu'il peut juger , nous
fommes perfuadés que M. Levefque trouvera
peu de perfonnes de fon avis. Il eft vrai qu'en
ne prenant pas comme lui la plus grande partie
des réflexions morales dont il a formé
fon Recueil dans les Ouvrages philofophiques
de Cicéron , qui , fi l'on en excepte
le fecond Livre de la Divination , & le troifième
de la Nature des Dieux , font peutêtre
de tous fes Ecrits ceux où il y a le moins
dePhilofophie , en lifant avec attention toutes.
fes Harangues , fes Traités Oratoires & fes
Lettres , où il penfe & s'exprime quelquefois
comme Tacite ; en fe rendant plus difficile
fur le choix des Maximes , en retranchant
une foule d'idées vagues & de lieux
HIS MERCURE
communs , qui ne méritoient pas plus la
peine d'être dits une fois que d'être répétés ;
en un mot , en faisant tout ce que M. Lévefque
auroit dû faire & ce qu'il n'a point
fait , on pouvoit tirer de Cicéron un petit
Volume affez piquant , mais fur- tout plus
varié , plus utile & plus fubftantiel que le
fien. Il eft trifte fans doute qu'on puiſſe reprocher
à cet habile homme d'avoir eu trop
de confiance dans la bonté de fa cauſe , dans
les décifions de fes Maîtres , & de n'avoir
pas fenti que , fi dans un Extrait de Sénèque
ou de Tacite , on pouvoit , fans craindre d'affoiblir
ces Auteurs , omettre plufieurs de
ces penfées fines & délicates , fortes & profondes
qu'on rencontre fi fouvent dans
leurs Ecrits , Cicéron n'étoit pas affez riche,
en ce genre pour faire d'aufli grandes pertes
fans s'appauvrir.
Au refte , quoique ce nouvel abrégé de fa
Morale laiffe beaucoup à defirer , nous ne
dirons pas , avec quelques Gens de Lettres ,
que l'Extrait de cet Auteur eft encore à faire ;
mais nous ne diffimulerons point que l'Abbé,
d'Olivet nous paroît avoir fait , en général ,
un meilleur choix que M. Lévefqué ; qué
par- tout où ils ont rendu les mêmes penfées,
la traduction du premier eft plus exacte , &
montre fur tout une connoiffance beaucoup
plus étendue de la Langue Latine ; que fi let
ftyle de l'Abbé d'Oliver n'a ni l'élégance , nit
le nombre & l'harmonie de celui de Cicécon
, M. Lévesque n'a peut- être pas mieux
DE FRANGE. 112
fi
réuffi à donner au fien ces qualités fi rares ,
néceffaires , & fans lefquelles on ne peut pas
fe flatter d'avoir traduit cet Ecrivain éloquent
, dont elles font fouvent le principal
mérite. Enfin , nous obferverons qu'on
pourroit donner à l'Ouvrage de M. Lévesque
un bon fupplément , dans lequel le Public
verroit avec autant de plaifir que de furpriſe.
les penfées que ce favant Rédacteur n'a pas
jugées dignes d'entrer dans fa Collection . Ce
n'eft pas qu'il n'en ait recueilli de fort belles ,
mais elles font en petit nombre ; & d'ailleurs
celui qui , dans un affez long Extrait de Cicéron
, omettroit conftamment ce qu'il a dit
de plus ingénieux & de plus fenfé , mériteroit
la même récompenfe que ce Gladiateur,
à qui l'Empereur Galien envoya une cou
ronne pour prix defa mal adreffe , en difant
à ceux qui en murmuroient , qu'il étoit trèsdifficile
de frapper dix fois un taureau fans
lui porter un coupmortel. Taurum toties non
ferire difficile eft.
( Cet Article eft de M. Bernard. )
'
120 MERCURE
ETRENNES Lyriques Anacréontiques , pour
l'année 1783 , préfentées à MADAME ,
Soeur du Roi.
Les vers font enfans de la Lyre ,
Il faut les chanter , non les lire.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Nonaindières
, près celle de la Mortellerie , &
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.
Nous avons prévu le fuccès de ce Recueil ,
qui paroît pour la troifième fois , & dont
le débit s'augmente d'année en année. On
peut rencontrer encore , comme nous l'avons
déjà obfervé , quelques fociétés où l'on
ne lit point de vers ; mais quelle est celle où
l'on ne chante pas ! On trouve dans les
Étrennes Lyriques des Chanfons de tous les
tons. Il y en a dans le ton d'Anacreon & dans
celui de Vadé. Les Amateurs délicats ne goû
teront peut - être pas beaucoup celles de ce
dernier genre ; mais un Recueil n'eft pas fait
feulement pour la bonne compagnie. Pourquoi
la coterie la plus bourgeoife n'y trouveroit
t'elle pas auffi ce qui flatte fon goût ?
C'eft une espèce d'affortiment dans lequel il
faut que tout le monde trouve fon compte.
Chacun laiffe ce qui lui déplaît , ou prend
ce qui lui convient le mieux. M. de Piis , qui
fait les honneurs de celui - ci , par le nombre
& la variété de ſes Pièces , paroît , felon cette
idéc
DE FRANCE. 121
idée , avoir voulu plaire à toutes les claffes
de Lecteurs. Quelques - unes font d'une gaîté
grivoife & burlefque , telles que l'Amour
Chapelier & les trente-fix Chandelles. Dans
quelques autres le badinage eft plus agréable
& plus fin. L'Éclipfe de Lune , préfente une
Scène champêtre très- naïve & très volup
tueufe. Elle a le mérite , très- rare en Chanfons,
de former un joli tableau. Auffi a- t'elle
fourni le fujet de la gravure , dont l'exécu
tion répond à l'idée ; mais les couplets que
nous allons citer font vraiment lyriques .
Invocation à l'Hiver.
AIR : On compteroit les Diamans.
1
QUELS démons agitent les airs ?
C'en eft fait : les cieux s'obfcurciffent,
1
L'orage fond fur l'Univers ,
Et les torrens gonflés mugiffent.
Jouet des triftes Aquilons ,
La feuille des forêts voifines
Roule dans le fond des vallons ,
Et voltige fur les collines.
AMIS , l'Automne eſt en courroux
De voir la vigne en décadence ;
Il fuit après avoir chez nous
Vuidé fa corne d'abondance.
Mais , attendri par nos regrets ,
L'Hiver vient effuyer nos larmes.
Nº.7, 15 Février 1783.
F
122 MERCURE
Ce Dieu , couronné de cyprès ,
Ne laiffe pas d'avoir des charmes,
ASTRE du jour , c'eſt vainement
Que tu lances des traits perfides ;
D'un bouclier de diamant
Il couvre les fleuves rapides ,
Les arbres paroiffent fleuris
Sous les frimats que fa main verfe;
Et l'oeil féduit prend pour des lys
Les flots de neige qu'il difperfe .
CLORIS , que l'on voyoit trembler
Dans une barque vacillante ,
Ne craint plus rien , & pour voler
Choifit le traîneau de Derante.
Ce Berger , pendant les chemins ,
Sous la fourrure de fa Belle ,
Réchauffe à plufieurs fois des mains
Qu'elle exile & qu'elle rappelle.
MARIS , derrière les rofeaux ,
Ne va plus fe baigner fans doute ;
Mæris fur l'écorce des eaux ,
S'élance , part , gliffe , & fait route,
A fes patins qui fendent l'air ,
Et dont l'acier brille fans ceffe ,
Vulcain imprima de l'éclair
Et la lueur & la viteſſe.
VIENS donc , Hiver ; & fi tu veux
DE FRANCE 125
.
.
Que je chériffe ta préſence ,
Ramène avec toi dans ces lieux
L'ami dont je pleure l'abſence.
Malgré mon naturel gourmand ,
Et mon penchant à la tendreffe ,
J'ai fu lui garder strictement
Et mon vin vieux & fa maîtreffe.
;
On voit que M. de Piis ne renonce jamais
à fa gaîté, & que fon ftyle a toujours une
couleur joviale , lors même qu'il s'élève
mais c'eft là précisément le mérite des Couplets
que l'on vient de lire ; & le Critique
qui le blâmeroit , nous paroîtroit bien chagrin
. Ofons lui demander néanmoins fi l'épithète
de perfides , qu'il donne aux rayons
du foleil en hiver , n'eft pas un peu impropre
, & s'il ne préféreroit pas timides ?
Il nous eft impoffible de faire mention de
tous les Chanfonniers agréables qui figurent
dans ce Volume ; mais nous ne pouvons paffer
fous filence M. Sylvain Maréchal , connu
par plufieurs petites Pièces Anacreontiques
très jolies. La Chanfon que nous allons citer
nous paroît un chef- d'oeuvre.
Le Mois de Mai.
AIR: Réveillez- vous , Belle endormie.
HATEZ-VOUS , fortez de la ville ,
Tendres Beautés , jeunes amans ;
L'Amour vient de changer d'afyle ,
Mai vous appelle dans les champs."
Fij
724
MERCURE
L'OISEAU fait fon nid : doux préfage!
La feuille offre un voile aux plaifirs :
Le gazon croît, & la plus fage
En le foulant a des defits.
De fleurs couronnez votre tête ;
Que la joie anime vos pas .
De la Nature c'eft la fête ;,
Elle a repris tous fes appas.
Du moins fi la Beauté comme elle ,
Tous les ans pouvoit refleurir.
Mais , hélas ! le Temps fur fon aîle
Tous les ans nous vole un plaifir.
SANS nous plaindre de fa vîteffe ,
Érouffons de ftériles voeux .
Le temps fi court de la jeuneffe
Eft affez long pour être heureux.
Ces'jolies ftances auroient paru charman
tes au temps d'Anacréon , & le fiècle d'Horace
ne les eût pas moins goûtées que le
nôtre. Le naturel réuni à l'élégance , plaît
dans tous les temps & dans tous les pays.
Offrons encore aux Lecteurs de la bonne
compagnie , le Mouvement & le Repos , de
M. Cerutti ; PExemple bien & mal fuivi , de
M. Perès d'Uxo ; les Revenans du fiècle, par
M. le Gay ; la Fête au Hameau , par M. de
la Louptière ; les Invalides d'Amour , par
M. le Ch. de Nerciat ; la Femme du Monde,
DE FRANCE.
1251
par M. de Beaumarchais ; la Timidité , par
M. Marfolier des Vivetières ; les Moeurs du
Temps , par M. Croizetière de la Rochelle ,
qui tient , à jufte titre , une place très-diftinguée
dans ce Volume ; le Portrait de Rofine ,
par M. de Paftoret ; les quatre parties du
Jour, par M. de Beaumarchais , & les trois
jours après la Fête , par M. B **. D **.
·
Offrons aux Lecteurs les plus difficiles , les
Jeunes Amans , par M. Rochon de Cha
banes ; & foyons sûrs que cette Pièce , quoi
que très - longue , leur paroîtra très - courte.
Offrons leur tous les Couplets de M.
Garn **. , Auteur de la Chanfon J'ai vu
Life hier aufoir , & qui n'eft pas le même
que M. Garnier , dont on a lû quelques
Pièces dans l'Almanach des Mufes. Son badinage
en chanfon eft délicat , lors même
qu'il eft le plus jovial ; & fon ftyle , qui a
toujours de la préciſion , eft ſouvent élégant
& fleuri.
Il fuffit de citer le nom de MM. Collé &
;
... pour faire l'éloge d'une Chanfon
& leur nom , qui fe trouve plufieurs fois
dans ce Recueil , vaut mieux que tout ce
que nous pourrions en dire; mais nous dirons
que les Regrets d'une Mère fur la
mort d'un Enfant naturel , par M. Vielch
très jeune Poëte , font pleins de fenfibilité ,
de naturel & d'élégance. On en jugera par
ce couplet:
Le Ciel touché te délivre
Fiij
126 MERCURE
Du fupplice de fentir
Et le défefpoir de vivre ,
Et les horreurs de mourir.
Mais le tendre nom de mère
N'obtiendra pas ton fouris ;
Et je n'ai dans ma misère
Entendu que tes longs cris.
Diftinguons encore le premier jour qu'on
aime & le dernier jour qu'on aime , par un
Anonyme; le Bouquet difficile , par M. Laús
de Boiffy; à la Rofe , par M. de Saint-
Flofcel ; le Sincère Aveu , par M. le Ch. de
Cubières ; la Rofe , par M. de la Chabeauffière
; le Bouquet de Tendreffe , la Parodie,
par M. Pothier de Chaumont ; les Dénicheurs
d'Oiseaux , par M. Giraud ; la Cinquantaine
, par M. Callet ; le bon Confeil ,
par M. Félix Nogaret , couplets bachiques ,
pleins de verve & de gaîté. Voici le dernier.
Amis , laiffons- la venir ,
La parque févère ;
A cent ans je veux tenir ,
Sans trembler , mon verre.
La vieille dira : jarni !
Il ne fait pas bon ici ,
Il a la main sûre , ô gué ,
Il a la main sûre .
Enfin n'oublions pas Démocrite , par M.
Anfon, & l'Héraclite, par M. Bodkin , la Pièce
DE FRANCE. 127
#1
à Mlle qui époufoit un Horloger , & fur- tout
des couplets à une Marchande de Modes ,
fur un Ruban , par M. Damas , Auteur de
plufieurs Chanfons très- jolies qui ont paru
en tête de ce Journal. On fe fouvient fans
doute d'avoir lû celle qu'il adreffa à Mlle de
Gaudin , & la réponſe de cette Muſe , qui a
enrichi les Étrennes Lyriques de plufieurs
Pièces d'un genre très différent , mais toutes
très agréables. Le Rédacteur a auffi
inféré dans fon Recueil quelques bagatelles
lyriques de l'Auteur de cet article , qui eft
bien loin d'y mettre une importance que ce
genre de vers ne mérite pas , & qui les
abandonneroit volontiers aux critiques de
les détracteurs , fi des Pièces aufli légères
pouvoient en valoir la peine.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert Spirituel du Dimanche deux
Février , a commencé par une fort jolie
fymphonie de M. Rofetti , qui foutient trèsbien
la réputation qu'il s'est faite en ce genre.
Mlle Stekler a exécuté un Concerto de harpe
, de la compofition de M. Krumpholtz.
Cette jeune Virtuofe , qui joint des grâces
infinies à une force , une netteté , une précifion
étonnantes , donne une grande idée des
Fiv
128 MERCURE
talens de M. Krumpholtz , dont elle eft
l'Élève. On ne fauroit non plus donner trop
d'eloges aux charmes de fa compofition.
Mme Chiavacci , qu'on n'avoit point enten
due en Public depuis le depart des Bouffons ,
a chanté avec applaudiffement deux airs Italiens.
Sa timidité a paru'nuire à l'affurance
de les fons dans le premier , mais on a reconnu
dans le ſecond fa manière agréable &
facile , & il nous a femblé que le volume de
La voix étoit augmenté. Nous ne dirons rien
du Moret de M. l'Abbé Jumentier , c'eſt un
genre auquel depuis long temps le Public
ne prend plus guère d'intérêt ; mais on a
entendu M. Solers fur la clarinette , & M.
Bertheaume fur le violon , toujours avec un
égal plaifir.
COMÉDIE FRANÇOISE.
L'HEUREU HEUREUSE nouvelle de la Paix, a engagé
les Comediens François à remettre l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un Acte & en
vers , par M. Favart.
Cet Ouvrage fut compofé à l'occafion de la
Paix de 763. Repréſenté quelquefois depuis
cette époque , il a toujours été vû avec plaifir.
Il eſt trop connu pour que nous en donnions
une analyſe. Il fuffit de dire que les carac
tères que M. Favart a donnés aux Perfonnages
Anglois & François qu'il a introduits
dans fa Pièce , ont excité des applaudiſſeDE
FRANCE. 129
mens très- vifs , & que la circonftance a beau
coup ajouté au mérite de l'Ouvrage : Mérite
très - diftingué ; qui fait regretter que M.
Favart n'ait pas abandonné plus fouvent le
Théâtre Italien , pour s'occuper de productions
fufceptibles d'être repréſentées ſur la
Scène Françoife.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEVendredi 17 Janvier , on a joué , pour
la première fois , le Bon Ménage, Comédie
en un Acte & en profe.
Ce petit Ouvrage eftde l'Auteur des Deux
Billets , Comédie fort agréable , repréſentée .
avec fuccès fur le même Théâtre , il y a environ
deux ans ; & il en eft la fuite.
Mlle Rofalba , fille de M. Pandolphe , a
époufé un jeune homme nommé Lélio , fans
le confentement de fon père. C'eft chez Argentine
, femme d'Arlequin , que Lélio adref
fe les lettres qu'il écrit à ſon épouſe. Arlequin
n'eft point dans le fecret , parce qu'on
le connoît fort babillard , & qu'il eft très intéreffant
que le mystère du mariage de Rofaiba
ne foit pas connu de M. Pandolphe.
De fon côté , Argentine , qui doit à Rofalba
fon établiffement & fa fortune , lui a juré de
ne jamais trahir lefecret de fon hymen , quel
que chagrin qu'elle en puiffe éprouver . Pendant
une abfcence d'Argentine , un Valer ap
porte une lettre de Lélio , & la remet à Arle
F v
130 MERCURE
quin , qu'il prend pour un Valer comme lui ,
en lui recommandant de la remettre bien ſecrètement
à ſa maîtreffe. Cette lettre , qui
eft à l'adreſſe d'Argentine , inquiette beaucoup
Arlequin. L'ouvrira- t'il ne l'ouvrirat'il
pas : Il ne l'ouvrira point ; car ou elle accutera
ſa femme , ou elle ne l'accufera pas ;
& , de toute manière , il ſe repentira de l'avoir
ouverte. Argentine revient , voit la fatale
lettre , frémit , l'ouvre , la lit en tremblant
, la remet à fon mari . Nous n'entreprendrons
pas d'entrer dans les détails des
deux Scènes où Arlequin , qui fe croit trahi ,
s'explique avec Argentine , & laiffe éclater
tout ce qu'il éprouve de tourmens ,
de dé
fefpoir , d'amour , de douleur & de jaloufic:
elles font filées avec une adreffe & un intérêt
tout particuliers. La fituation d'Argentine
, qui ſe trouve preffée entre les foup.
çons d'Arlequin & la parole qu'elle a donnée
à Rofalba de garder fon fecret , eft extrêmement
attachante. Arlequin , entouré de
fes enfans , ému par les pleurs de la femme,
pénétré du ton de candeur & de vérité avec
lequel Argentine attefte fon innocence , pardonne
, tombe aux genoux de ſa bien aimée ,
& fe déclare feul coupable, lorfque Rofalba
arrive. Elle apprend aux deux époux que M.
Pandolphe a découvert fon mariage , lui a
pardonné fa défobéiffance , & a reçu Lélio
comme fon gendre. Cette explication donne
à Arlequin la raifon du filence de fa femme
& de la lettre de Lélio . Il finit en difant
DE FRANCE.
13.1
""
<<
à les enfans : Quand on a une bonne
femme , il vaut mieux s'en rapporter à
ce qu'elle dit qu'à ce qu'on voit ,
fans
quoi , point de bon menage. »
La petite Comédie des Deux Billets a eu &
mérité beaucoup de fuccès ; celle ci en mérite
davantage , & fait plus d'honneur au
talent de M. le Chevalier de Florian que
tous les autres Ouvrages Dramatiques. Il y
règne un mêlange d'efprit , de naïveté , de
comique & d'intérêt qui plaît à l'âme , qui fixe
l'attention & qui éveille la curiofité. Les Scènes
où Argentine & Arlequin fe trouvent entou
rés de leurs enfans , font filees avec intelligence,
& repréfentent bien l'intérieur d'un excellent
ménage. M. Carlin & Mme Gonthier
jouent leurs rôles avec beaucoup d'agrément
& de fenfibilité, & on ne fauroit leur donner
trop d'éloges.
Le Vendredi 24 du même mois , on a
donné la première repréfentation d'une petite
Comédie en un Acte & en vers , qui a
pour titre le Bouquet & les Étrennes , &
dont l'Auteur eſt M. Parifau .
Le fujet de cette Comédie eft tiré d'un
Conte de M. Imbert , qui a été imprimé dans
ce Journal il y a fix femaines. Comme la
marche de la Comédie & celle du Conte fortr
à peu près les mêmes , & que le fonds doit
en être connu de tous nos Lecteurs ,
n'en donnerons ici aucun détail. Nous di-
F vj
132 MER OURE
rons feulement qu'on en trouve de très- heureux
dans l'Ouvrage de M. Pariſau ; qu'il eft
écrit fouvent avec grâce , toujours avec fa
cilité ; & nous répèterons à cet Écrivain ce
que nous lui avons déjà dit plufieurs fois :
Que ce qu'il annonce de talent pour la Co
médie , fait defirer qu'il s'occupe de productions
plus capables de lui faire un nom , que
celles qu'il a fait repréſenter juſqu'à ce jour.
Le Mardi 28 , on a donné la première re
préfentation de Céphife , Comédie en profe
& en deux Actes .
Loueurs impertinens ou Cenfeurs téméraires .
Ce vers de Molière paroît être aujourd'hui
la deviſe des Juges de nos Parterres . Si jainais
un Ouvrage a été jugé légèrement , on peut
affurer que c'eft la Comédie de Cephile.
Quelques expreffions un peu hafardées ont
armé tout- à - coup la févérité du Public , &
de ce moment on n'a rien entendu. Or ,
comment , au milieu du tapage , des éclats
& des cris , a- t'on pu juger une Comédie dont
le fonds eft peu de chofe , & dont le prin
cipal mérite confifte dans les détails ? Voici
qu'elle eft la fable de ce petit Ouvrage .
Céphife a pris de l'amitié pour un fat , qui
lui a donne l'amour du bel- efprit. Un jeune
homme honnête & raifonnable , qui brûle
pour elle de la paffion la plus vraie , effrayé
de ce travers , eft fur le point de renoncer à
l'époufer , comme il fe l'étoit promis ; il fe
DE FRANCE. 133
brouille même avec elle ;; . mais au dénouement
Céphife reçoit une lettre de fon père ,"
elle ouvre les yeux, connoît fonerreur , & fe
réconcilie avec l'honnête jeune homme , qui
devient fon mari.
Nous conviendrons qu'un tel fonds n'eſt
guère intéreffant ; que les fujets de cette nature
font devenus communs ; que Marivaux
a peut être eu tout feul le fecret des moyens.
propres à les faire réuffir ; & qu'aujourd'hui
même ils font tellement ufés , qu'ils ne feroient
pas reçus aufli favorablement qu'ils
l'ont été il y a trente ans. Néanmoins nous
affurerons que Céphife ne méritoit pas un
traitement fi rigoureux que celui qu'elle a
éprouvé ; qu'il eft poffible de faire une Co
médie un peu longue & un peu froide , &
d'avoir de l'efprit & du talent : en confequence
nous engageons l'Auteur de Cephiſe à ne
point fe laiffer décourager par les cris des
détracteurs & des gens à paffion ; mais au
contraire , à écouter la voix confolatrice des
juges qui réuniffent des connoiffances à une
févérité honnête & décente , à choifir des
fujets plus capables de produire les effets que
la Scène exige , & fur- tout à être plus difficile
avec lui-même.
Le Mercredi 29 du même mois , Madame
Desforges a débuté dans l'emploi des Mères
& des Duègnes , par le rôle d'Aline , dans
la Belle- Arsène ; le Samedi fuivant , par celui
134
MERCURE
d'Hélène , dans Silvain ; & les Février, par
i;
le rôle d'Alix , dans les Trois Fermiers.
Il n'étoit guères poffible de trouver un
Sujet qui fût plus propre que Mme Desforges
à reftaurer un emploi dans lequel , depuis
quelque temps , le Public n'a pas trouvé
beaucoup d'Actrices dignes de lui plaire.
Mme Desforges joint à une taille noble &
majeftucufe , une belle phyfionomie ; de
la mobilité dans le mafque ; une voix agréa
ble quoiqu'elle ne foit pas très étendur ;
une prononciation pure , une articulation
nette ; un débit raisonnable & prefque tou
jours marqué des nuances que les circonf
tances exigent ; de l'intelligence ; un jeu
muet très bien entendu , & de la fenfibilité.
Ceux de nos Lecteurs qui connoiffent l'art
du Théâtre & fes difficultés , fentiront , fans
que nous le difions , qu'elle ne possède pas
toutes ces qualités au même degré de perfection
, & qu'il en eft quelques unes fur lef
quelles elle doit travailler avec afliduité ; mais
elle a le germe de toutes ; & , comme elle eſt
encore fort jeune on doit préfumer ,
non -feulement qu'elle parviendra à acquérir
ce qui lui manque , mais encore qu'elle
fe corrigera des défauts qu'on peut lui reprocher.
Par exemple , il y a quelquefois
de la roideur dans fes geftes , & de la contrainte
dans fon maintien. Ou elle rejette fon
bufte en arrière , ou elle le penche en avant ,
de manière à gêner fa refpiration , & à cacher
au Spectateur une partie de l'expreflion de fa
,
DE FRANCE.
135
phyfionomie. Quelquefois auffi , dans le débit
fimple ou dans le dialogue , elle élève ſa
voix dans les cordes aiguës , ce qui lui donne
un peu de monotonie & dé chant . Nous l'in
vitons à ceffer de mériter ces reproches ; &
nous ne craignons point d'affurer qu'avec du
courage , fur- tout fi la Comédie Italienne
rend juftice à fon talent , & confent à la faire
travailler auffi fouvent que l'exigent l'intérêt
du Théâtre & celui d'un fujet qui s'annonce
avec tant d'avantage , Mme Desforges doit acquérir
un jour une grande réputation.
Nous ne terminerons pas cet Article , fans
propofer un avis à quelques Actrices du
Theatre Italien , avis que nous croyons trèsnéceffaire.
On a toujours reproché aux Comédiennes
de ce Spectacle trop de recherche
dans leur parure, & un luxe très déplacé dans
les rôles des Payfannes & des Bergères . Jamais
elles n'ont plus mérité ce reproche. En vain
a- t on plufieurs fois donné des éloges à feu
Madame Moulinghen , & plus récemment à
Madame Dugazon , pour le coftume qu'elles
ont adopté dans certains rôles : Et l'exemple
& les éloges ont été également perdus. Il faut
donc faire un dernier effort , & dire aux perfonnes
qui jouoient le Samedi premier Février
dans Silvain , & le Mercredis du même
mois dans les Trois Fermiers ; que rien n'eft
plus ridicule dans une femme de village, que
ces touffes de gaze qui déguiſent la forme de
leurs bras ; que ces énormes juppons qui enfeveliffent
la moitié d'une Actrice dans une
136
MERCURE
efpèce de tonneau; que ces noeuds de ruban qui
coupent les manches par la moitié , qui environnent
le fein , & qui viennent flotter au
bas du corfage , ne
conviennent point à une
Payfanne ; que ce coftume eft celui d'une
femme qui le prépare à aller au bal , & non
celui d'une Villageoife honnête & fenfible ;
qu'enfin c'eft ôrer aux
repréſentations Dramatiques
une partie de leur illufion , que de
négliger le coftume qui convient à l'état &
au rang des
perfonnages , & que tôt ou tard
les véritables Amateurs du Théâtre feront
obligés de févir contre un abus qu'on a fouffert
trop long temps , & qui eft moins tolé
rable aujourd'hui que jamais.
ANECDOTES.
I.
LE
Comte de Livry aimant
beaucoup
Piron , avoit voulu que ce Poëte choisit
un
appartement dans fon château , & avoit
ordonné qu'on lui obéît , & qu'on le regardâr
comme le maître. La
première fois que
notre
Auteur prit
poffeffion de cet appartement
, ne voulant pas manger feul , il engagea
la Concierge , Janféniſte outrée , à lui
tenir
compagnie à table ; celle ci , pouffée
par un beau zèle , fe mit en tête de convertir
Piron. Le Poëte ne répondoit à toutes fes
objections que par ce refrain : « Chacun a
fon goût , Mme
Lamarre ; pour moi je
DE FRANCE.
137
>
» veux être damné. » Cette plaifanterie déplur
beaucoup à la Concierge ; mais , fans fe
rebuter , elle continua la bonne oeuvre , &
fit tout les efforts pour ramener la brebis
au bercail . A peine huit jours s'étoient écoulés
, que M. le Comte vint voir fi fon ami
ſe plaifoit à Livry. Il le furprit à l'heure du
dîner , dans l'infant même où la difpute ordinaire
finiffoit. " Eh bien , dit- t'il à Piron
» comment te trouves- tu ici ? es- tu content ?
» Te fert on bien ? Oui , M. le Comte,
répondit Piron ; mais Mme Lamarre ne
" veut pas..... Comment , morbleu , elle
» ne veut pas ! je prétends que tu fois ici le
» maître comme moi - même..... Entendez-
❞ vous , Madame? Et fi Monfieur me porte
» la moindre plainte....... en un mot , je
Calmez-vous , M. le Comte ,
» lui dit Piron , & daignez , je vous prie ,
» m'entendre jufqu'au bout ; Mme Lamarre
» ne veut pas que je fois damné. Eh ! pour-
و ر
» veux.....
30
-
-
quoi , s'il vous plaît , Madame , reprit le
» Comte n'eft- il pas le maître ? de quoi
» vous mêlez- vous? Encore une fois , je vous
» le répète , je veux qu'il faffe fa volonté ,
» & ce n'eft pas à vous à y trouver à redire, »
I I.
Mlle WOSTINGTON , Actrice Angloife ,
fortant de jouer un rôle d'homme , dit , en
rentrant au foyer : « En vérité , la moitié du
» Parterre vient de me prendre pour un
138 MERCURÈ
>> homme.
---
Que fait cela , lui répondit
» malignement une Comédienne , fi l'autre
» moitié fait le contraire?
Í I I.
19
UN premier Acteur de l'Opéra étant tombé
malade au moment d'une nouvelle repréſentation
, on choifit pour le remplacer
un Acteur fubalterne : celui- ci chanta , &
fut fifflé ; mais , fans fe déconcerter , il regarda
fixement le Parterre , & lui dit : « Je
" ne vous conçois pas ; quoi ! vous allez
» vous imaginer que pour fix cent livres
que je reçois par année , j'irai vous donner
» une voix de mille écus ! »
I V.
Le Grand- Frieur trouva un jour Palaprat
qui battoit fon Domestique ; il lui en fit
des reproches affez vifs. " Comment ,
» Monfieur , vous me blâmez, dit le Poëte ! 30
Savez- vous bien que , quoique je n'aie
» qu'un Laquais , je fuis auffi inal fervi que
» vous qui en avez trente ? »
ANNONCES ET NOTICES.
PHYTONOMATOTE
HYTONOMATOTECHNIE univerfelle , c'est- àdire
, l'art de donner aux Plantes des noms tirés
de leurs caractères , nouveau fyftême au moyen
duquel on peut de foi-même , fans le fecours d'aucun
Livre , nommer toutes les Plantes qui croiſſent fur la
DE FRANCE. 132
farface de notre Globe . A la publication de ce fyf
tême, on joint les figures, les defcriptions les plus méthodiques
, l'analyfe , les propriétés , les vertus ,
rufage , l'étymologie & la fynonymie de toutes les
Plantes de la France ; par M. Bergeret , Chirurgien ,
Démonftrateur de Botanique.
ל כ
GC
Le but de cet Ouvrage , que l'Auteur propoſe par
foufcription , eft d'obvier aux fréquentes erreurs où
font entraînés les Elèves en Botanique par la lecture
de certaines deſcriptions fouvent en contradiction
avec la Nature. L'idée que M. Bergeret donne
de fon fyftême eft bien propre à en faire defirer la
publication. Quiconque , dit- il , poffédera les
principes de ma méthode pourra aifément , fane
» le fecours d'aucun livre , pas même de celui qui
50 contient cette méthode , nommer toutes les
Plantes qu'il n'auroit jamais vues. Mais bien
plus, cent perfonnes parlant cent langues différentes,
éloignées de cent lieues les unes des au-
30 tres, nommeront & écriront les noms des mêmes
Plantes de la même manière que je les aurois
écrits. Les principes de mon fyftême font
faciles à faifir & à retenir ; ceux qui concernent
» & qui font connoître les noms des différens genres
de Plantes , peuvent être écrits fur moins de
douze cartes à jouer. Il en eft de même des
principes qui concernent & font connoître les
efpèces de plantes. » L'Auteur détaillera les uns &
les autres dans fon Introduction , qu'il doit publier
au plus tôt , & qu'on vendra féparément.
30
1. Il ne fera imprimer de fon Ouvrage
que deux cent Exemplaires ; en conféquence la foufcription
ne fera ouverte que jufqu'à la concurrence
de deux cent Soufcripteurs , dont moitié pour des
figures enluminées , & moitié pour des figures non
enluminées . 2 ° . Il fera envoyé aux Soufcripteurs
tous les deux mois , à commencer du mois de Jan'
140
MERCURE
vier 1783 , un cahier contenant douze Planches &
vingt quatre pages d'impreffion de format in - folio.
3. Chaque Soufcripteur pour les Exemplaires enluminés
payera 54 liv. par année ; favoir , 18 livres
en recevant le premier cahier , 9 liv. en recevant le
fecond , 9 liv. en recevant le troifième , 9 liv. en
recevant le quatrième , 9 liv, en recevant le cin
quième , & le fixieme fera remis gratis. Les perfonnes
qui foufcriront pour des cahiers non enluminés
, ne payeront que la moitié des prix ci- deffas.
4°. On donnera aux Soufcripteurs une reconnoif
fance fignée de l'Auteur ou du Libraire , dans la
quelle on fera mention des différens prix pour les
Cahiers avec Planches enluminées ou non enluminées.
5. On ne fera paffer aucun autre cahier aux
perfonnes dont la foufcription fe trouvera remplie ,
qu'elles n'aient auparavant renouvelé l'abonnement
& configné les fommes pour l'année fuivante.
6. L'Ouvrage fera imprimé des mêmes caractères
que le Profpectus & fur le même papier que
les figures. Il n'en fera tiré que douze Exemplaires
fur papier de Hollande. On foufcrira chez l'Au
teur , rue d'Antin ; Didot le jeune , Libraire & Imprimeur
de MONSIEUR , quai des Auguftins ;
Poiffon , Graveur en taille-douce , cour du cloître
Saint Honoré,
VOYAGE aux Indes Orientales & à la Chine ,
fait par ordre du Roi , depuis 1774 juſqu'en 1781 ;
dans lequel on traite des Moeurs , de la Religion , des
Sciences & des Arts des Indiens , des Chinois , des
Pégouins & des Madigaffes ; fuivi d'Obfervations
fur le Cap de Bonne- Efpérance , les Ifles de France
& de Bourbon , les Maldives , Ceylan , Malacca ,
les Philippines & les Moluques , & de Recherches
fur l'Histoire Naturelle de ces Pays; par M. Sonnerat,
Commiffaire de la Marine , Naturalifte Penfionnaire
DE FRANCE. 141
par
du Roi , Correfpondant de fon Cabinet , & de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , Membre de
celle de Lyon, 2 Vol . in - 4° . enrichis de cent quarante
Gravures , exécutées d'habiles Artiftes ; quatrevingt-
cinq font relatives aux Coftumes , aux Arts ,
aux Monumens & aux Cérémonies Religieufes des
Indiens & des Chinois ; les autres repréſentent des
Quadrupèdes , des Oifeaux & des Plantes. A Paris ,
chez l'Auteur , rue S. André- des- Arcs , vis-à- vis celle
de l'Éperon , maifon de M. Méniffier , Marchand
d'Étoffes de Soic ; Froullé , Libraire , fur le Pont
Notre-Dame; Nyon l'aîné , rue du Jardinet ; Barrois
le jeune , rue du Hurepoix.
Cet Ouvrage , dont le plan eft annoncé par le
titre , ne doit pas être confondu avec ces relations
copiées d'après des Voyageurs infidèles ou ignorans.
L'Auteur a vû tous les pays dont il parle ; il a obfervé
lce mours dont il fait la peinture ; & fon Ouvrage
n'offre des copies que des objets qu'il a examinés
& poffédés. Il a dépofé au Cabinet du Roi
plus de trois cens efpèces différentes d'oifeaux , cinquante
quadrupedes , nombre d'infectes & de papillons
, un herbier précieux , des reptiles & des échantillons
de différens bois.
Au mérite de bien choifir fes matériaux , M. Sonnerat
joint le talent de les bien difpofer ; & il rend
avec précifion ce qu'il a obfervé avec jufteffe . Il ne
s'eft pas borné à étudier les productions de la nature
, il a approfondi les ufages des pays qu'il
vilités & les mocurs des peuples avec lesquels il a
vécu. En un mot , cet Ouvrage eft une mine féconde
d'agrément & d'inftruction . Toutes les planches dont
ileft enrichi, font deffinées par M. Sonnerat lui -même.
L'Édition in quarto fe vend 48 liv. en feuilles
51 liv. brochée en carton , & 56 liv. reliée en veau's
76 liv. en grand papier de Hollande ; 124 liv. avec
les Planches caluminées fur papier de Hollande , &
142
MERCURE
le corps de l'Ouvrage fur papier de France ; 160 liv.
avec le corps de l'Ouvrage & les Planches enluminées
fur grand raiſin de Hollande . Les Enluminures
font dirigées par les Demoiselles de Surugues , connues
par leurs talens dans la Peinture ; on ne pourra
délivrer le fecond Volume des exemplaires enluminés
, qu'à la fin de Mars ou en Avril. Il y a auffi
une Édition in- octavo en trois Volumes , ornée de
fept grandes Gravures. Prix , 13 liv. 4 fols brochée ,
& 16 liv. reliée en veau. Ceux qui voudront mettre
à la tête de l'Ouvrage la belle Carte des Indes &de
la Chine de M. de l'Ifle , & celle du Théâtre de la
guerre dans l'Inde , par M. Boureet , comme elles
n'appartiennent point à l'Auteur , payeront féparément
, la première 1 liv. 16 fols , & la feconde 2 liv.
VOYAGE Pittorefque de Sicile , par M. Houel,
Peintre du Roi Le cinquième Chapitre de cet Ouvrage
fe publie ce mois- ci . L'intérêt que l'Auteur
fait mettre dans le texte & dans les eftampes , augmente
à chaque Cahier , par la variété des fujets
qu'il traite.
Ce Chapitre commence par les dernières inftructions
fur la ville de Sciacca , & traite de la pêche &
de la falaifon des Anchois. On y voit le récit de fon
départ & de fon voyage à Palerme , pendant lequel
il rencontre le fujet d'une eftampe très agréable,
repréfentant une Scène de la Moiffon ; après quoi il
s'arrête à la Bagaria , petit pays près de Palerme,
où eft la fameufe maifon de campagne du Prince de
Palagonia. Après une defcription exacte de ce lieu
célèbre par l'excès de fes bizareries , il repréfente &
décrit la Naumachie antique de Palerme , dont il
donne une vue perspective jointe à l'explication .
De-là il paffe à cette Capitale de la Sicile , qui n'en
eft pas éloignée , & près de laquelle fe fait la pêche
du Thon. Cette pêche lui a fourni trois cftampes
DE FRANCE, 143
la première offre le plan de la Tonnace , piège
avec lequel on prend les Thons ; il y a joint la repréfentation
de ce poiffon , & tous les détails de la pêche ;
la deuxième eftampe eft la prife de ce poiffon ; la
- troisième eft la pêche. Cette pêche cft un tableau
très-nouveau & très - curieux.
On foufcrit chez l'Auteur , rue du Coq S. Honoré ,
à côté du Café des Arts. Chaque Cahier fe paie
12 liv.
NUMMORUM veterum populorum & urbium ,
qui in mufeo G. Hunter affervantur , defcriptio figuris
illuftrata. Opera & ftudio C. Combe , 1 Volume
in-4° . Londini , 1782.
Le Cabinet de M. Hunter , eft fi connu de MM,
les Ainateurs , que nous nous difpenferons d'entrer
dans de plus grands détails. Les Planches de Médailles
, au nombre de foixante - huit , ſont gravées
avec le plus grand foin.
THE Plays ofW. Shakspeare , with the cor
rections and illuftrations of various commentators ;
to which are added notes by S. Johnſon and G.
Steevens ; with a fuplement containing additional
obfervations by feveral ofthe former commentators ;
to which are fubjoined the genuine Poems of the
fame Author , and feven Plays that have been
afcribed to him , 12 Vol. in - 8 ° . London.
Cette Édition eft la plus complette , & la plus
eftimée des Anglois. Les Perfonnes qui veulent
entendre bien Shakespeare , ne peuvent mieux faire
que de fe procurer cette Édition donnée par le Doc
teur Johnſon.
Ces deux Ouvrages fe trouvent chez Pilot,
Libraire , quai des Auguftins .
SYMPHONIE à grand Orchestre pour deus
144
MERCURE
Violons , deux Hautbois , deux Cors , deux Altos
& Biffe, compofée par M. le Comte de F... Officier
au Régiment du Roi , Infanterie , n° . 1.
Prix , 2 liv. 8 fols. A Paris , chez Bignon , Place du
Louvre, & à l'Opéra , & aux Adreffes ordinaires
de Mufique .
deux
AIR de Bravoure pour un Deffus , avec accom
pagnement de deux Violons , deux Hautbois ,
Cors , Alto & Baffe , dédié à Mlle Beffon , par M. le
Comte de F .... Officier au Régiment du Roi , Infanterie.
Prix , 2 livres 8 fols. A Paris , aux mêmes
Adreffes que ci- deffus.
Le Triomphe de l'Amour, peint par Hauffman ,
gravé par Gabriel Scorodomoff. A Paris , chez
Mme Breton , Marchande d'Eftampes , dans le jardin
du Palais Royal , près le Café de Foy , & rue
du Chantre , maifon du Chandelier. Prix , 6 liv.
Cette Eftampe agréable eft dans la manière rouge
Angloife , & fait pendant à celle du Jugement de
Paris , qui fe trouve à la même adreſſe.
TABLE.
VERSfur laPaix, 97 Etrennes Lyriques Anacréon-
Stances à Mlle de Gaudin , 98 riques ,
Vers pour le Portrait de M. Concert Spirituel,
l'Abbé de Reyrac & Logo
Comédie Italienne ,
101 Françoife
,
Charade , Enigme
gryphe,
Penfées Morales de Cicéron , Annonces & Notices ,
101 Anecdotes ,
105
120
127
128
129
136
138
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 1s Février. Je n'y ai
xien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion. A Paris ,
le 14 Février 1783. GUIDL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 FÉVRIER 1783 ..
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE A MOLIÈRE.
>
OLIÈRE de nos mours , Cenfeur inimitable.
Et de tous nos travers , feul peintre véritable .
Toi , dont les défauts même ont un air féduifant ;
De l'art que tu créas en le reproduifant ,
Depuis que tu n'es plus , fais-tu quelle eft l'hiftoire ?
"Tes mânes étonnés auront peine à le croire.
La Comédie , hélas ! a brifé fes pinceaux ,
Et laiffe en paix régner les méchans & les fots.
Malheur à l'infenfé dont la plume novice
a gubi korak 16
S'armeroit maintenant pour détrôner le vice !
Le vice impunément domine dans Paris ;
On ne s'y moque plus de Meffieurs les maris.
"Cette Epitre eft tirée d'un nouveau Recueil de Poéfies
que l'Auteur va publieridand) wan
N°: 8 , 22 Février 1783 .
146
MERCURE
Chacun d'eux
y peut
être infidèle ou commode ,
Et tout , jufqu'aux vertus , y dépend de la mode.
LES François d'autrefois n'ont pas été meilleurs ,
J'en conviens avec toi ; mais tes crayons railleurs ,
S'ils ne les changeoient pas , du moins aux ris des Sages
Expofoient leurs travers , & même leurs vifages' ;
Et tel qui revenoit d'entendre Triffotin ,
Croyoit dans chaque Abbé retrouver un Cotin.
Tour eft changé : Regnard , dont tu vis la jeuneſſe ,
Regnard s'acheminant aux rives du Permeffe ,
Y rencontra Thalie , & d'un air aſſez doux ,
A cette aimable veuve il s'offrit pour époux.
Il lui plut : avec elle il partagea ton trône ,
Et ramafla les fleurs qu'en treffant ta 'couronne ,
La joyeuſe Déeffe avoit laiffé tomber.
Rarement fur la Scène on l'a vû fuccomber.
Son ſtyle eft vif, léger : fon intrigue frivole.
Chez lui l'action court , le dialogue vole.
Brillant dans fes récits , faillant dans fes portraits ,"
De la fine épigramme il épuife les traits ,
Mais eft - il fans défauts aux yeux de la critique ?
A-t'il , ainsi que toi , le but philofophique ?
Sait-il avec adreffe , avec dextérité ,
Raillant l'affreux Tartuffe & l'Avare hébété ,
Sous leurs pas en riant montrer le précipice ?
Non , loin d'en écarter , dans les fentiers du vice
Lui- même de fa main femble nous diriger,
ز
DE FRANCE. 147
11
Il ne cherche qu'à plaire , & point à corriger.
Des plus mauvaiſes meurs fon Théâtre eft l'école.
Je fais loin de vouloir que , moderne Nicole ,
Un Poëte comique , avec auſtérité ,
Ainfi que la vertu peigne la vérité ;
Il manqueroit fon but. Qu'il invoque ta Muſe ;
Sans jamais rien outrer , en tout temps elle amufe
REGNARD cut un rival qui ne fut pas le tien;
Du trône de Thalie ingénieux foutien ,
Dafrefni remplaça tes admirables Scènes ,
Par de légers portraits des fottifes humaines ;
Découfu dans fes plans , mais ferré dans ſes vers ,
Il peignit décemment les indécens travers
De ces vives beautés, pétulantes coquettes ,
Qui vont quêtant par- tout d'amoureufes fleurettes .
Souvent comme l'Abeille , enfant aîlé du ciel ,
La Muſe de Regnard * a dérobé ſon miel
Sur les diverfes fleurs que , rivale de Flore ,
Du Molière Romain la Muſe a fait éclore .
Dufrefni , plus fécond , dans les travaux d'autrui
A toujours dédaigné de chercher un appui.
Dufrefni créa feul fes plans , fes caractères ;
Seul il a fécondé fes veilles folitaires.
Regnard imite Plaute ; il n'a rien imité.
L'atticifme riant , l'aimable urbanité ,
* Allufion aux Ménechmes de Regnard , imités des
Ménechmes de Plante
G'ij
148
MERCURE
Prefque en tous les Écrits marchent de compagnie,
Et fon efprit par fois reffemble à ton génie.
Il meurt . Abandonnée au plus tendre regret ,
Sur fon troisième époux Thalie encor pleuroit.
Deftouches la confole : on lui doit des éloges ;
Il a fouvent charmé le Parterre & les Loges ,
Par les nobles atours de fes Drames touchans.
Ami de la décence , & fléau des méchans
Souvent avec fuccès de l'ami ✶ de Lélie ,
Il a reffufcité la Mufe enfevelie.
Il eft pur comme lui , comme lui languiſſant.
Pour s'élever à toi , fon génie impuiffant
Fait pourtant des efforts dignes qu'on s'en étonne .
Il redefcend bientôt , redevient monotone ,
Et fa gaîté fans ceffe eft voifine des pleurs ;
S'il nous attriftoit moins , il nous rendroit meilleurs.
<
Je ne te parle point de ces Drames funèbres
Qu'enfanta le faux goût au fein de fes ténèbres ;
Qui du charbon de Londre exhalent la vapeur ,
Et dont tout le mérite eft de nous faire peur.
De ces noirs Avortons le nombre ici fourmille ;
Et loin qu'avec tes fils certain air de famille
Sur leur fombre laideur nous fafcine les yeux ,
L'ennui toujours eft peint fur leur mafque odieux.
Leur embonpoint n'eft rien que de la bouffiffure ,
Et tous ont de leur chûte encor la neurtriflure.
* On fait que Térence fut ami du fameux Lélius.
G
DE FRANCE.
149
De Fagan , de Boifly je ne te parle pas :
J'ai défigné les Chefs , qu'importent les Soldats ?
Il en eft toutefois qu'au Pinde l'on renomme.
枣
Greffet fit le Méchant , quoiqu'il fut honnête homme.
Et Piron, dans les vers du Parnaffe avoués ,
S'eft joué de lui- même , & nous a tous joués .
Dancourt même ſouvent captive nos fuffrages.
UN
Un peu moins immortel que fes jolis Ouvrages ,
Dorat , toujours préfent à mon coeur éperdu ,
Aux mêmes lieux que toi fans doute eft defcendu .
Que du Célibataire il te faffe lecture :
De nos goûts paffagers cette noble peinture
Pourra..... Qu'allois - je dire ? Eft - ce être circonfpect ?
En louant fon ami l'ami paroît fufpect.
Taifons-nous : feulement , pour changer de chapitre,
Permets qu'en ton honneur j'achève cette Épître.
Il n'eft point de grand Homme , il n'eft point de
Héros ,
Qui feul dans fa carrière ait brillé fans , rivaux ,
Et qui du plus haut rang ne puiffe un jour defcendre .
Le Macédonien , qui mit l'Afie en cendre ,
Avoit accumulé cent triomphes divers ;
Mais Porus l'attendoit au bout de l'Univers ;
Non moins vaillant que lui , Porus fut le combattre.
Céfar , que des Gaulois l'effort ne put abattre ,
Ce Romain fi fameux qui vainquit les Romains ,
Seroit , fans Annibal , le premier des humains.
G iij
Iso
MERCURE
Le Chantre de Mantoue a la douleur amère
De partager la palme avec le vieil Homère ,
fa
Et Michel-Ange atteint à celle de Zeuxis.
Auprès d'Anacréon Tibulle s'eft affis.
Rome , qui fi long- temps fut l'émule d'Athènes ,
A vu dans Cicéron renaître Démosthènes .
La Grèce eut des Myrons ; la France , des Couftous ;
Tous ces mortels fontgrands , nous les admirons tous ;
Ils marchent tous de front dans leur noble carrière ;
Mais quel mortel jamais l'emporta fur Molière?
( Par M. le Chevalier de Cubières. )
SOPHRONIME , Nouvelle Grecque.
SOPHRONIME naquit à Thèbes , fon père ,
d'une famille ancienne de Corinthe , étoit
venu s'établit dans la capitale de la Béotie,
il y mourut, fa femme le fuivit bientôt
Sophronime à douze ans le trouva fans
parens , fans fortune & fans protecteur.
De tout ce qui lui manquoit , il ne regrettoit
que fon père & fa mère. Le pauvre
enfant alloit pleurer tous les jours für leur
tombe ; il revenoit enfuite manger le pain
que lui donnoit par charité un Prêtre de
Minerve.
Un jour que le malheureux orphelin s'é
toit perdu dans la ville , il entra dans l'atte
lier du fameux Praxitele. Il eſt faifi d'un
tranfport involontaire , à la vue de tant de
DE FRANCE. 35t
chef-d'oeuvres , il regarde , il admire ; &
s'adreffant à Praxitèle , avec cette hardieffe
& ces grâces qui n'appartiennent qu'à l'enfance:
« Mon père , lui dit - il , donne- moi
» un cifeau , & apprends- moi à devenir un
grand homme comme toi. » Praxitèle regarde
ce bel enfant , il eft étonné du feu qui
brille dans fes yeux ; & l'embraffant avec
tendreffe : « oui , je ferai ton maître , lui
» répond t'il , refte avec moi , j'espère que
tu me furpafferas .
ور
13
Le jeune Sophronime , heureux & reconnoiffant
, ne quitta plus Praxitèle , & fentit
bientôt fe développer le grand talent qu'il
avoit reçu de la Nature ; à dix- huit ans il
faifoit dejà des ouvrages que fon maître auroit
avoués.
>
Malheureufement pour lui , à cette époque
, Praxitèle mourut & laiffa par fon
teftament une fomme affez confidérable à
fon elève favori. Sophronime fut inconfolable
, le féjour de Thèbes lui devint adieux ;
il quitta fa patrie , & employa le legs de fon
bienfaiteur à parcourir la Grèce .
Comme il portoit dans toutes les villes
cet amour du beau , le defir d'apprendre qui
l'avoient enflammé dès l'enfance , chaque
jour le rendoit plus inftruit , chaque chefd'oeuvré
qu'il voyoit lui apprenoit un fecret.
Le befoin de plaire acheva de polir fon caactère
& fon efprit ; plus modefte à mesure
qu'il devenoit plus favant , penfant toujours
à ce qui lui manquoit , & jamais à ce qu'il
GIV
152 MERCURE
avoit acquis , Sophronime à vingt ans fut le
plus habile & le plus aimable des homines.
Réfolu de fe fixer dans une grande ville ,
il choifit Milet , Colonie Grecque , fur la
côte d'Ionie. Il y acheta une petite mailon,
des blocs de marbre , & fit des ftatues pour
vivre.
La réputation , trop lente quelquefois à
fuivre le mérite , ne le fut pas pour Sophronime.
Ses ouvrages furent eflimés , l'on ne
parla bientôt plus que de fon talent . Le jeune
Thébain , fans fe laiffer enivrer de ces éloges
, redoubla d'efforts pour les mériter.
Tranquille & folitaire dans fon attelier , il
confacroit fa journée au travail , le foir il fe
repofoit en difant Homère ; ce plaifir utile
élevoit fon âme, & fourniffoit à fon génie les
idées du lendemain. Satisfait du jour palle ,
& prêt pour le jour à venir , il remercioit
les Dieux , & fe livroit au fommeil.
Ce bonheur ne dura pas. Le feul ennemi
qui puiffe ôter le repos à la vertu , ne laila
pas Sophronime en paix. Carite , fille d'Ariftée
, premier Magiftrat de Milet , vint ,
avec fon père , vifiter l'attelier du jeune
Thébain.
f
Carite effaçoit toutes les beautés d'Ionic ,
& fon âme étoit encore plus belle que fon
vifage. Ariftée fon père , le plus priche des
Miléfiens , s'étoit confacré tout entier à l'é
ducation de fa fille. Il n'eut pas de peine à
lui faire aimer la vertus fes tréfors prodigués
lui donnèrent tous les talens qui l'embellifDE
FRANCE. 153
fent. Catite , avec feize ans , un efprit fin ,
une âme rendre , une figure charmante
penfoit comme Platon , & chantoit comme
Orphée.
Sophronime , en la voyant , la fentit un
trouble , une émotion qui lui étoient inconnus
. Il baiffa les yeux , if balbutia . Atiftée
attribuant fon embarras au respect , le
raffura par des paroles pleines de bonté.
" Montrez nous , lui dit il , votre plus belle
» ftatue ; tout le monde vante votre talent.
» Hélas ! répondit Sophronime , j'ai ofé faire
» une Vénus , dont j'étois content jufqu'à ce
» jour , mais je vois bien qu'il faut la refaire.
En difant ces mots , il découvroit
fa Vénus , & jetoit un coup d'oeil timide fur
Carite. Celle- ci , qui avoit compris fes paroles
, faifoit femblant de s'occuper de la
ftatue , & penfoit au jeune Sculpteur.
"
و د
"""
Ariftée , après avoir admiré les ouvrages
de Sophronime , fortit de l'attelier , & lui
promit de venir le revoir. Carite , en le
quittant , le falua d'un air gracieux ; Te pauvre
Sophronime s'apperçut pour la première
fois , quand elle fut partie , qu'il reftoit tour
feul dans fa maiſon.
Ce foir- là il ne lut point Homère ; il réflé
chit , il fe répéta bien qu'il alloit faire le
malheur de fa vie , s'il ofoit aimer celle qu'il
ne pouvoit jamais poffeder. Le lendemain ,
au lieu de travailler , il fe redit tout ce qu'il
avoit penfé la veille . Sa raifon combattit de
toute la force contre le penchant qui Fen-
Gy
114
MERCURE
trainoit ; mais depuis que le monde eft
monde , aucun de ces combats n'a fini à
l'avantage de la raiſon .
Déjà depuis long - temps Sophronime fe
difoit tous les jours qu'il falloit oublier
Carite , & tous les jours il couroit la ville ,
dans l'efpérance de la voir un moment. Plus
de travail , plus de repos ; les ftatues imparfaites
reftoient au fond de l'attelier , fans
qu'il daignât les regarder. Apollon , Diane ,
Jupiter n'étoient plus rien pour Sophronime
; toujours occupé de Carite , il paffoit
fa vie dans les cirques , dans les lieux publics
, dans les promenades. Quand il ne
l'avoit pas vûe , il revenoit penfer à elle ;
quand il l'avoit apperçue , il revenoit s'oc
cuper des moyens de la revoir.
Enfin , la réputation , fa conftance , fon
adreffe lui ouvrirent la maifon d'Artée. Il
vit plus fouvent Carite , il n'en fut que plus
amoureux. Comment ofer le lui dire ? Con
ment un Sculpteur fans fortune , fans parens
, pouvoit il prétendre au premier parti
de la ville ? Tout , juſqu'à fà délicatelle ,
lui défendoit de parler. Carite étoit fi riche ,
qu'il n'étoit pas permis à un homme pauvre
de la trouver belle. Sophronime favoit tout
cela , il étoit sûr de fe perdre en fe déclarant ,
mais il falloit mourir ou fe déclarer. Il écrivit
à Carite. Cette lettre fi tendre , fi foumife,
fi refpectueule , fut confiée à un esclave
d'Ariftée , à qui Sophronime donna tour ce
qu'il avoit amaffé du prix de fes ftatues. L'in
DE FRANCE
R
fidèle efclave , au lieu de porter la lettre à
Carite , courut la livrer à fon père.
Le vieux Ariftée , indigné de l'audace ,
abula ,, ppoouurr la première fois , du droit que
lui donnoit fa charge. Il fuppofa des crimes.
à Sophronime , l'accufa lui même dans le
confeil , & le fit bannir de la ville.
4
Le malheureux attendoit chaque jour , en
tremblant , la réponse de l'efclave ; il reçut
l'ordre de quitter Milet. Il ne douta pas que
Carite offenfée n'eût elle même follicité cette
vengeance : j'ai mérité mon fort , s'écria- t'il,
mais je ne puis m'en repentir. O Dieux !
rendez - la heureufe , & raffemblez fur ma
tête tous les maux qui pourroient troubler fa
vie. Sans murmurer de la rigueur de fes
Juges , il s'achemina triftement vers le port,
& s'embarqua fur un vaiffeau Crérois , qui
mettoit à la voile ; ce ne fut pas fans verfer
des larmes qu'il perdit de vue cette ville , où
il laiffoit tout ce qu'aimoit fon coeur.
Cependant le père de Carite crut devoir .
cacher à fa fille le véritable motif qui avoit
fait bannir Sophronime ; Carite s'en douta..
Elle avoit lû dans les yeux du Thébain tout
ce qu'elle n'auroit ofé lire dans fa lettre ;
elle donna quelques pleurs au fouvenir d'un
homme devenu malheureux pour l'avoir ai-,
mée ; mais Carite étoit bien jeune , elle l'oublia
bientôt ; & Ariftée , tranquille , ne fongeoit
plus qu'à marier fa fille , lorfqu'un
événement extraordinaire répandit la conf
ternation dans Milet..
Gij
156
MERCURE
Des Pirates de Lemnos furprirent un
quartier de la ville . Avant que les Citoyens
armés fuffent accourus pour les chaffer , ces
barbares pillèrent le temple de Vénus , &
enlevèrent jufqu'à la ftatue de la Déeffe .
Cette ftatue étoit le Palladium de Milet , à
fa poffeffion étoit attachée la félicité des
Miléliens.
Le peuple confterné envoie des Ambaffadeurs
à Delphes , pour confulter Apollon
L'Oracle répond que « Miler ne fera en sû
reté que lorfqu'une nouvelle ftatue de
Vénus , auffi belle que la Déeffe même ,
» aura remplacé celle que l'on a perdue.
"
22 .
Sur le champ les Miléfiens font publier
dans toute la Grèce , que la plus belle fille
de Milet , & quatre talens d'or , feront la
récompenfe du Sculpteur qui remplira les
conditions de l'Oracle. Plufieurs fameux Artiſtes
arrivent avec leurs ouvrages ; on les
expofe fur la place publique , les Magiftrats ,
le peuple admirent ; mais , dès que la ftatue
eft pofee fur l'aurel , un pouvoir furnaturel
la renverfe. Les Miléfiens défefpérés regrettent
alors Sophronime , ils demandent à
grands cris que l'on s'occupe de le chercher.
Ariftée lui- même eft obligé de prendre des
informations fur le vaiffeau Crérois où le
malheureux banni : s'étoit embarqué. L'on
rapproche les époques , les jours , l'on envoie
jufqu'en Crete , & l'on apprend que ce vaiffeau
a péri avec tout fon équipage à la hauteur
de l'Ile de Naxe..
DE FRANCE. 197
Les Miléfiens défolés , s'en prennent à leur
Magiftrat, & de fon peu de vigilance , caufe
de l'invafion des barbares , & de la mort de
Sophronime , qu'il avoit fait bannir injuſte--
ment. Le peuple paffe bientôt du murmure à
la révolte , il court à la maifon d'Ariſtée , il
l'entoure , il la force ; les larmes de Carite ,
fes cris , fes prières ne peuvent fauver fon
père ; Ariftée eft faifi , chargé de fers , &
traîné dans un cachot. Le peuple décide qu'il
n'en fortira que lorfque la ftatue de Vénus
aura été remplacée.
Carite au defefpoir , vent aller elle- même
à Athènes , à Corinthe , ou à Thèbes , chercher
un Artiste qui puiffe délivrer fon père.
Elle prend d'abord des mefures pour adoucir
fa prifon ; un efclave sûr doit veiller à
tous fes befoins. Carite , tranquille de ce côté,
équippe un vaiffeau , le charge de tréfors ,
& part.
Les premiers jours les vents femblent la
protéger , la moitié du chemin eft déjà faite ,
lorfqu'un orage épouvantable détourne le
vaiffeau de fa route , & force le Pilote de
fe réfugier dans une anfe qui lui étoit incon
nue. A peine y eft il , que l'orage ceffe , le
foleil revient , & Carite , invitée par la beauté
du temps , veut defcendre à terre , pour
ferepofer quelques heures de la fatigue de
la mer. Elle cft bientôt far le rivage . Un doux
fommeil , fur un lit de gazon , la délaffe ,
& lui fait oublier pour un moment toutes
fes peines. Ce fommeil ne fut pas long :
153
MERCURE
Carite s'éveille , & voyant que fes efclaves
dormoient encore , elle ne vent pas les trou
bler. Seule avec fes chagrins , elle fe promène
fur la rive ; & defirant de connoître ces lieux
inhabités , elle franchit les rochers qui mettoient
à l'abri des flors l'intérieur de l'Ifle.
Eile apperçoit une vallée délicieuſe , traverfée
par deux petits ruiffeaux , & couverte
d'arbres fruitiers. Elle s'arrête pour
contempler ce beau fpectacle. La nature étoit
alors dans les plus beaux jours du printemps ;
tous les arbres font fleuris ; les gouttes d'eau
de l'orage paffé, pendent encore à l'extrémité
de chaque fleur , & le foleil , en les frap-i
pant de fes rayons , parsème les branches de
pierres précieufes . Les papillons , heureux
de revoir le beau temps , recommencent à
voler fur les campanelles , des légions d'abeilles
bourdonnent au - deffus des arbres , n'ofant
pas toucher aux fleurs , de peur de
mouiller leurs aîles tranfparentes. Le roflignol
& la fauvette , revenus de leur frayeur ,
font retenrir l'écho de leur ramage , tandis
que leurs femelles , plus tendres , & ne forgeant
qu'à l'amour , voltigent fur la prairie ,
ellayent avec leur bee le foin encore trop
verd pour elles ; & lorfqu'elles ont trouvé
un brin d'herbe fec & flexible , pleines de
joie , elles l'emportent à tire d'ailes au nid
qu'elles ont commencé.
Carite admira ce fpectacle , & foupira.
Elle defcendit dans le vallon , & traverfant
la prairie , elle apperçut une petite cabane ,
DE FRANCE 159
entourée de noyers verds. Un bofquet lui en
déroboit l'entrée ; elle entre dans ce bofquet
, elle entend le murmure d'un ruilleau
qui ferpentoit à fes pieds ; bientôt les accens
d'une lyre fe mêlent à ce bruit fi doux , elle
écoute , une voix douce & tendre chante ces
paroles :
J'ai payé cher ce court moment d'erreur ,
Où j'ai cru que l'amour ſuffiſoit pour lui plaise ;
Je reffemble à ce téméraire
Dont la Reine du Ciel avoit féduit le cour :
Junon , plus barbare que fage ,
Feignit jufques à lui d'abaiffer fes appas ,
Il crut la ferrer dans fes bras .....
Le malheureux n'embrasfoit qu'un nuage.
Tel est mon trifte fort , hélas !
Et je fens trop que ma peine cruelle
Doit furvivre même au trépas ;
Si l'âme eft immortelle ,.
L'amour ne l'eft- il pas ?·
La voix n'avoit pas achevé, que Carite , reconnoiffant
Sophronime , tombe évanouie : au
bruit qu'elle fait , il accourt , il la voit , il la
prend dans fes bras , il la regarde encore , il
ne peur croire à fon bonheur ; il la porte
au bord du ruiffeau : de l'eau jetée fur fon
beau vifage la fait bientôt revenir à elle ;
Sophronime étoit à genoux : êtes- vous Carite
, difoit il , ou bien une Divinité ? Je fuis
la fille d'Ariftée , lui répondit elle avec dou760
MERCURE
ceur ; mon père eft en danger , vous fenl
pouvez le fauver. Ah ! parlez , reprit Sophronime
avec tranfport , que faut-il faire ?
ma vie eft à lui comme à vous.
Carite alors lui raconta le fervice qu'il
pouvoit rendre à fa patrie & à fon père , à
mefure qu'elle parloit , la joie brilloit dans
les yeux de Sophronime : raffurez - vous , lui
dit il d'un air fier ; j'ai dans ma cabane un
ouvrage qui doit plaire à votre Déeffe ,
comme à vos Concitoyens , il eft à vous dès
ce moment , Carite , mais j'exige que vous
ne le voyiez que dans le Temple de Milet.
La fille d'Ariftée y confentit , & Sophronime
lui raconta comment il s'étoit fauvé
du naufrage , feul avec fes outils de fculpture
. Il avoit trouvé dans cette Iſle déferte de
l'eau , des fruits & du marbre. Tranquille
dans la cabane qu'il s'étoit conftruite , il
avoit travaillé au chef d'oeuvre qui devoit
délivrer Ariftée . Venez , ajouta t'il , venez
voir l'afyle où je vivois en penfant à vous.
nom de
Carite fuit Sophronime , & entre avec
fui dans fa chaumière : par- tout le
Carite étoit écrit , par- tout fon chiffre & celui
de Sophronime étoient enlacés : pardon
nez , lui dit le Sculpteur ; feul dans cette Ille ,
j'ofois tracer les fentimens de mon coeur , je
n'avois pas peur d'être exilé, Ce mot fit venir
quelques larmes dans les yeux de la tendre
Carite ; elle regarda Sophronime , &
lui ferrant prefque la main , ah ! lui dit - elle ,
ce n'eft pas moi ..... Elle n'acheva pas ,
&
DE FRANCE. IGE
confidérant une ftatue couverte d'un voile
qui étoit fur une espèce d'autel : hâtons - nous ,
ajouta t'elle , d'aller retrouver mes efclaves ,
ils emporteront ce chef d'oeuvre , que je ne
dois voir qu'à Milet ; vous viendrez avec
moi; & quel que foit l'événement , je fens
que nous ne nous quitterons plus.
Sophronime
tranfporté , ofa baifer la
main de Carite , qui ne s'en facha pas. Ils
alloient prendre le chemin du rivage , quand
ils furent joints par les efelaves & les matelots
, qui , alarmés de l'abfence de leur
maîtreffe , parcouroient
l'Ile en la cherchant.
Carite leur ordonna de porter avec
précaution fur le vaiffeau la ftatue voilée ;
on lui obéit. Sophronime
ne quitta pas fa cabane fans remercier avec des larmes les
Divinités champêtres qui l'avoient protégé
dans cet afyle. Il pofa fur l'autel où avoit été
la ftatue , tous fes outils , & les confacra au
Dieu Pan , enfuite baifant refpectueufement
le feuil de la porte : je reviendrai , s'écria+ t'il ,
nourir ici , frje ne peux vivre pour Carite.
Après ces adieux , ils gagnèrent le vaiſſeau ,
& reprirent la route de Milet.
La traverfée ne fut pas longue , heureuſement
pour Carite , qui vouloit que Sophronime
eût délivré fon père avant de lui avouer
fa tendreffe . Si lewoyage eût duré plus longtemps
, peut - être le Sculpteud eût - il été récompenfé
par cet aveu , avant d'avoir mérité
de l'être. Mais la fagefle de Carite , le refpect
de Sophronime , & fur- tout le vent
162
MERCURE
favorable firent arriver les deux amans comme
ils étoient partis de l'Ile deferte.
Le nom de Sophronime répandit la joie
dans Miler. Le peuple qui l'aimoit s'affemble,
& décide que fa ftatue n'a pas beloin d'être
examinée par les Citoyens , & qu'elle doit
fur le champ fubir l'épreuve de l'autel de
Vénus. On le rend au Temple , une foule
iminenfe le remplit ; Carite fuivoit en tremblant
Sophronime , qui s'avançoit avec fa
ftatue couverte d'un voile. Il la poſe fut
l'Aurel d'un air modefte , mais non timide,
la ftatue refte debout. Alors il la découvre ,
& tout le monde reconnoît les traits de Carite.
C'étoit elle , c'étoit fa maîtreffe que
l'amoureux Sculpteur avoit pris pour modèle
de fa Vénus. Le portrait de Carite étoit li
bien dans fon coeur , que , loin d'elle , dans
fon Ifle , il avoit pu fe paffer d'original, &
en la faifant reffemblante , il avoit rempli les
conditions de l'Oracle , qui exigeoit une
ftatuei auffi belle que Vénus même.
La Deeffe fatisfaite , & non jalouſe , acr
cepte l'offrande , & manifefte , par la bouche
de fon Grand Prêtre , que 1 Oracle étoit acr
compli. Le peuple pouffe des cris de joie ,
il environne Sophroniue , il lui demande
avec transport de choilir fa récompenfe,
Délivrez Ariftée , répond tal , & je fuis trop
payé. On vole à la prifon du vieillard ; Ca
rite , preffée dans la foule , veut être la première
à brifer les fers de fon père , elle l'embraffe
, elle l'inftruit de fon bonheur , &
DE FRANCE. 163
baiffe les yeux toutes les fois qu'elle prononce
le nom de Sophronime. Ariftée recon
noiffant , demande fon libérateur ; il fe jeste,
dans fes bras , il le baigne de fes larmes,
mon ami , lui dit- il , je fus bien coupable ;
mais Carite doit réparer mon crime . En difant
ces mots , il joint dans fes mains celles
des deux amans. Tout le peuple applaudir ,
rous font heureux de leur bonheur , & So.
phronime & Carite vont fe jurer une éternelle
fidélité au pied de cette ftatue , preuve
certaine de la beauté de Carite & de l'amour
de fon époux .
( Par M. le Chevalier de Florian, )
Explication de la Charade , des l'Enigmes &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE
E mot de la Charade eft Polifſſon ; celur
de la première Enigme eft la Science ; celui
de la feconde eft Maron , confidéré comme
Maron d'inde , comme eſpèce de châtaigne
comme boucle de cheveux , & comme pièce
d'Artifice; celui du Logogryphe eft Minois ,
où fe trouvent Sion , moi , foi , fon , mon,
nos , o, fi , mi, S. Simon , Minos , mois
&fon.
漢
164
MERCURE
CHARADE.
Mon premier , du défordre offre toujours l'image : ON
Heureux celui qui jouit de mon fecond ;
Mais fi mon tout étoit votre apanage,
Vous feriez un pauvre garçon .
( Par M. le Normand de l'Ofier. )
AUTR E.
LA Loi défend mon premier ,
La peine en eft arbitraire ;
Et mon tout de mon dernier
Eft tout-à-fait le contraire.
( Par M. Delavigne. )
ÉNIG ME.
LECTEU
ECTEUR , Vous trouvez dans ma tête
Le Dieu des Bergers & des Bois ;
Et mon tout eft celui qui , par de juſtes loix ,
Fait juger de votre requête.
Il habille en bleu vos enfans ;
Mais on préfère ceux dont l'efprit intéreffe.
Les plus jolis font sûrs d'avoir la preſſe ,
Et le refte va battre aux champs.
( Par M. le Teffier , Curé de S. Gaud. )
DE FRANCE.
165
LOGOGRYPHE.
JE fuis du mafculin fur le cou de Zémire ,
Je deviens féminin flottant fur un navire .
Sans rien ôter , Lecteur , tranfpofe feulement,
J'offre dans mes cinq piés un fruit , un inftrument.
( Par M. H..... )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ALMANACH des Mufes , 1783. A Paris ,
chez Delalain l'aîné, Libraire , rue Saint-
Jacques , vis à- vis celle du Plâtre .
ON fait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Mufes eft le plus ancien & le plus répandu.
On le donne , on le reçoit en étrennes
; il eft attendu , defiré par les Amateurs,
par les jeunes Faifeurs fur-tout , qui brûlent
de favoir fi leur nom eft enregistré à ce greffe
poétique ; & Fon de demande comment on
trouve le nouvel ,Almanach , avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
fi la récolte de l'année jeft bonne ou mauvaife.
On n'eft pas d'accord tous les ans fur
fon degré de les opinions fe partagent
quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
erite
166 MERCURE
bonté réelle des poéfies, que du genre de vers
qui domine dans le Recueil , parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus vu
moins d'attraits pour les juges , même les
plus éclairés. Souvent aufli le tribut d'une
année fe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais , tour-à -tour un peu
moins bien , un peu moins mal , l'Almanach
des Mufes a toujours paffe pour être le meil
leur de nos Recueils poétiques. Le goût
exercé de l'Éditeur , la confiance méritée des
meilleurs Poëtes du jour , concourent à l'enrichir
; & fi depuis quelques années la mort
lui a enlevé fes plus riches tributaires , une
nouvelle race de Poëtes femble fortir de leur
cendre , & réclamer leur héritage.
Cependant , il faut en convenir , ce Recueil
a perdu, finon de fon mérite , au moins un
peu de fa nouveauté. Prefque toutes les Pièces
qu'on y inféroit autrefois n'avoient pas encore
vû le jour ; celles qui le compofent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mercure
ou dans le Journal de Paris ; & la raifon
de cette différence , c'eſt que le Journal de
Paris n'exiftoit pas encore , & que les Poëtes.
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure , effrayés peut-être
par ces deux vers plaifans & énergiques que
M. Robé avoit appliqués à ce Journal ;
Vaſte Clamart , où tant de trépaflés,
Giffent en paix l'un fur l'autre entaffés.
Mais aujourd'hui que le Journal de Par
DE FRANCE. 167
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célébrité , & que le Mercure , plus
en credit , leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux font devenus
une des mines les plus fécondes dé
Almanach des Mufes. En perdant ce degré
de nouveauté , encore une fois , il n'a rien
perdu de fon mérite ; mais il devroit exciter
moins d'empreffement ; & puifque fon fuccès
eft toujours le même ,c'eft un nouveau moiif
d'éloge pour l'Éditeur. Ileft vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans affez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté,
Au refte , cette Collection , qui n'eft guère
compofée que de vers faits dans l'année
préfente un tableau utile à ceux qui veulent
obferver les progrès ou la décadence de la
poéfie. On peut y voir les diverfes nuances fe
prolonger ou difparoître
fucceffivement; on
peur y découvrir tous les ans quel genre de
poélie vient de perdre ou de gagner fous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
infpire l'idée de changer notre plan pour l'extrait
quenous devons en faire. Nous parcour
Tons les divers genres de poéfie dans lesquels
fe font exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche ,
que nous fuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par euximêmes,
dans quels genres nos Mufes modernes
ont à déplorer leurs pertes , ou à s'éporgueillir
de leurs acquifitions, kjer
168 MERCURE!
t
Commençons par la grande poéfie , &
mettons M. de Fontanes à la têre de ceux
qui s'y font exercés. Nous aurions defiré plus
de jet , plus de liberté dans fa Traduction de
l'Ode d'Horace , Sic te diva potens cypri
Après avoir dit :
Garde , & rends - moi mon cher Virgile ,
Il ne falloit pas finir la ftrophe par ce vers
qui fuit immédiatement :
Garde la moitié de mon coeur. 1
parce que l'idée de garde devient froide ,
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint
celle de rends moi , qui ajoute au fens. Il y
a auffi une cfpèce d'irrégularité dans l'arran
gement des vers de la quatrième ftrophe:
#
L'homme ole tout : de crime en crime
Se précipite fa fureurilov v
Quand fon effor illégitime
Eut ravi le feu créateur ,
La fain , la pefte , aux yeux livides , &c.
Le fens qui finit après le fécond vers , ne devroit
finir qu'après le quatrième , parce que
de premier quatrain d'une ftrophe de dixvers
doit être féparé par le fens des deux tercers
qui la terminent. Cette efpèce d'enjambement
de phrafe , n'eft plus permife aujour
d'hui. Rien n'eft impoffible aux humains , qui
fe trouve plus bas , neft ni affez élégant , ni
affez poétique dans une ode.Le 290109
Nous parlerons avec plus de plaifir ( parce
que
DE FRANCE. 169
que nous avons plus de bien à en dire ) de
La Chartreufe de Paris , Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de fentiment
qui caractérife M. de Fontanes . Elle
refpire & communique une mélancolie profonde
& attachante .
Ici , dans les détours de ces fentiers couverts ,
Je jouis du foleil, de l'ombre & du filence.
O doux calme ! ces chars où s'affied l'opulence ,
Tous ces travaux , ce peuple à grands flots agité ,
Ces fons confus qu'élève une vafte cité ,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'afyle :
Le bruit les environne , & leur âme eft tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
Ce Temple, où chaque aurore entend de faints concerts
Sortir d'un long filence & monter dans les airs .
Sortir d'un longfilence , peint avec hardieffe ,
& les autres expreffions font poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons- nous à citer en
core fept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au fein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du fombre Monastère.
En vain le repouffant de fon regard auſtère .
La pénitence veille affife fur le feuil ,
Il entre déguifé fous les voiles du deuil.
Au Dieu confolateur en pleurant il fe donne.
A Comminge , à Rancé , Dieu fans doute pardonne ;
4 Comminge, à Rancé,qui ne doit quelques pleurs ? & c.
N°. 8 , 22 Février 1733 .
H
1
170
MERCURE !
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
poélies erfes , ne nous paroît pas inférieur à
La Chartreufe. La manière en eft large , harmonieufe
& lyrique .
M. Bérenger , qui a fouvent enrichi ce
Recueil de plufieurs morceaux de poéfie légère
, s'eft exercé plus d'une fois dans la
grande poésie. Quoique fa Pièce fur l'Hiver ,
inférée dans le Volume de cette année , ne
foit pas fon meilleur Ouvrage , il y a des
détails très
heureufement exprimés , & qui
confirment la réputation qu'il s'eft acquife.
On lit de lui , dans ce même Volume , deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermitage
, & les deux Chiennes. Ce dernier Ouvrage
eft plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville , qui s'étoit fait connoître
avantageufement par un Dialogue inféré
l'année dernière , a donné quatre morceaux.
de grande poésie . Ce font des imitations ,
qui , en laiffant defirer quelquefois plus de
correction & de foin , prouvent un talent
qu'on doit
encourager.
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers fans faire mention d'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
fes. On concevra une opinion avantageufe
de fon talent , d'après une Épître qu'il adre fle
à M. le Baron de Salis - Marfcheins. Ea
voici quelques vers :
Mais ce globe embrâfé qui s'allume fans ceffe ,
DE FRANCE. 171
Pourroit-il , comme nous , éprouver la vieilleſſe ?
O défaltre inoui ! fi le flambeau du jour ,
Confumé par le temps s'éclipfoit fans retour ,
Les planètes en deuil , veuves abandonnées ,
Rouleroient dairs les cieux , d'ombres environnées ;
La défolation rempliroit l'Univers ;
Les plus fombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure ,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature.
L'homme & les animaux pêle - mêle égarés ,
Poufferoient en mourant des cris défeſpérés ,
Et la mort , de fon crêpe enveloppant l'abîme .
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub.... , Mme de la Fer.... , M.
Drobecq , M. G ** , & M. de Monvel , ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub..... , qui commence le Volume , & qui
eft un peu moins propre , à être citée depuis
la nouvelle de la paix , eft ingénieufe & piquante.
C'eft un des meilleurs Ouvrages de
fen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel , parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquife de la Fer.... un tribut d'éloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
fi intéreflante , eft une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à fa
plume porte l'empreinte d'un efprit aimable
& d'un coeur fenfible. Nous invitons nos
Hj
172 MERCURE
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Mufes . Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'efprit fans affectation & de la précifion
fans féchereffe. Celle- ci eft anonyme.
Le Garde- Chaffe & les Perdrix , Fable.
DANS une immenfe & riche plaine ,
Sur les bords rians de la Seine ,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaffe vigilant
Les garantiifoit de l'outrage
De la belette au nez pointu ,
De l'émouchet au doigt crochu ,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et fi Perdrix forment des voeux ,
Elles en ont formé , je gage ,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eft attentif , difoient- elles !
Combien nous éprouvons les foins & la bonté!
C'eft un Dieu defcendu des voûtes immortelles
Pour préfider à notre sûreté
Dans ces retraites .
Elles fe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaffe arriva ,
Et le plomb , plus léger que leurs rapides aîles ,
En les atteignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles.
DE FRANCE. 173
*
Pour les épîtres , poéfies légères où érotis
ques, nous avons plufieurs perfonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic , qui , jeune en
core , a fu déjà illuftrer deux noms par les
productions de fon efprit , eft connue par
un bon goût de verfification , des penfees
gracieufes , & un ftyle piquant & vrai . On
lira d'elle avec plaifir deux Pièces , l'une
adreffée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomteffe de ** .
Une nouvelle rivale s'eft montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin , dont on lira avec plaifir un
petit Conte , intitulé : la Raifon dupe d
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un fexe à qui la Nature a fur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poésie devient
dans fes mains un nouveau moyen de
féduction ; il foumet à leur efprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes , même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre fexe
re fe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiflances.
Ontrouve dans le même Volume fix Pièces
de M. de Choify , qui confirment les éloges
qu'on a donnés à fa Mufe ingénieufe & brillante
; trois de M. Romans , pleines de vérité
& de grâce ; deux de M. de la Louptière
, connu & diftingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On fait que c'étoit auparavant Mme la Marquife
d'Entremont.
H iij
174
MERCURE
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki , Polonois , adreffée à M, Blanchard,
fur fon bateau volant. On lira aufli avec
plaifir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny . Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude . Quand
à un goût fain , à un ftyle plein de vérité ,
on joint une manière ingénieuſe , & ce char
me indéfiniffable qui manque plus d'une fois
aux efprits les plus brillans , on ne doit pas
craindre de produire des impreffions paflagères
, & l'on peut compter fur un reven
de gloire en retour du plaifir qu'on a donné.
M. le Chevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de fon
talent depuis long- temps apprécié. Nous al
lons citer la première , parce qu'elle eft des
plus coa rtes.
A CHLO É.
SELON VOUS , mon fexe eft léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut jager ,
Eft renouvelé d'âge en âge .
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la fentence .
Croyez - moi , c'eft injuſtement
Que l'on s'accufe d'inconftance .
IL n'eft point de longues amours ,
DE FRANCE.
175
J'en conviens ; mais prefque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans fa douce crédulité ,
Souvent de fa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au defir qu'il a fait naître ,
Vous voyez ce qu'il devroit être ,
Vous ne voyez plus ce qu'il eft.
Oui, vous placez fur fon vifage
Un mafque façonné par vous ;
Et , féduite par votre image ,
Vous divinifez votre ouvrage ,
Et vous tombez à fes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce mafque emprunté ,
De l'idole que l'on encenfe,
Montre bientôt la nudité :
On fe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de fa méprife ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit , ce que l'on aime
L'illufion n'eft plus la même ,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche , fuivant l'ufage ,
On paffe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage ,
On eft détronipé feulement,
Hiv
176 MERCURE
DES Amantes voilà 1 hiftoire ,
Chloé ; mais , vous pouvez m'en croire ,
C'eft auffi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eft la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède , je l'ignore.
Sans doute il n'en exifte aucun
Car le vôtre n'en eſt pas un :-
Ne point aimer, c'eft pis encore.
Il y a cette année fort peu de Contes d'une
cerraine étendue. Ceux qui fe font exercés
dans ce genre , ou dans celui des bons mors
rimés qui rentrent dans la même claffe ,font
M. Collin , M. Duault , M. D. T. , M.
Guyétand , M. Maffon de Morvilliers , M.
Pons de Verdun , & M. Pouteau . Le Devin
qui n'eftpas Sorcier , Confultation dialoguée ,
foutient la réputation de gaîté & d'originalité
que M. Collin s'eft déjà faite par les premiers
effais ; le dialogue en eft ført naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault , eft une
bourade affez plaifante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préfent incomplet , de M.
Pons de Verdun . Le voici :
A douze élus qui formoient un Chapitre ,
Depuis trois mois , Paul devoit mille francs ;
Mais fa caffette , en dépit du bon titre,
Pour les payer , lui demandoit trois ans.
Le verre en main , & les coudes fur table,
DE FRANCE.
177
Revant unjour à fortir d'embarras ,
Il fe fouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras ,
Que fraîchement fa truye avoit mis bas .
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant fon cas ,
Eft un projet que Paul trouve admirable ..
« C'eft le bon Dieu qui- m'infpire ceci !
ور
Remarque bien , dit il à ſon épouſe ,
» Remarque bien que nos gorets font douze ,
ور
» Et ces Meffieurs tout juste douze aufli.
ןכ
Joyeux , Dieu fait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en fecret ;
A chacun d'eux il préfente un goret ,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche ,
Trois ans de plus , comme il le defircit.
Le lendemain le Chapitre s'affemble :
Paul fait alors un grand figne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis fa voix ,
» J'aurai , dit- il , les douze voix enfemble ;
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en fortant lui cria :
& Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer , lors d'un ton papelard ,
Chaque Béat le tirant à l'écart ,
Lui dit : « mon cher , j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur , & j'ai vingt fois conclu
33 Que l'on devoit t'accorder un long terme ;
HY
178 MERCURE
.
» Notre Chapitre ainfi ne l'a voulu . »
Paul , attrifté du refus qu'il effuye ,
Songe aux gorets ; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas ! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre , il auroit cû ma truye
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eft plaifant.
e !
Parmi quelques épigrammes , on diftinguera
celle intitulée : le Repentir , par M.
Maffon de Morvilliers , connu par de jolis
vers dans plus d'un genre , mais fur tout par
le tour vif & mordant qu'il fait donner à
l'épigramme.
MUSE , alte-là ! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'infpirer d'autres chants ?
Comme un forçat , j'ai langui fur ma rame;
Qu'ai-je gagné la haine des méchans .
Si d'un pédant je peins le lourd mérite ,
Damon fe croit défigné dans mes vers.
Que je perfiffie un rimeur hypocrite ,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaifant , fi je force à fe taire
Ces plats grimauds , toujours fi contens d'eux ,
Qui vont traînant leur honte héréditaire ,
'Damis foutient qu'un fot & lui font deux ,
CHANTONS plutôt la candeur , la ſcience ,
La modeſtie avec tous fes attraits ;
Et ces Meffieurs , du moins en confcience ,
Ne croiront plus qu'on faffe leurs portraits.
DE FRANCE. 179
Ces vers font plaifans , mais ces Meffieurs
trouveront que cette réparation eft pire que
l'offenfe, & qu'un pareil repentir reffemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous refte à parler de la Chanfon , On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffeux ,
de M. de Br ... , & des détails agréables dans
la Romance & la Chanfon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle , intitulée : la
Vieille de feize ans , eft ingénieufe . Nous
allons rapporter un couplet de M. L ** , qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que .
perdre la raifon & perdre la mémoire
étoient la même chofe .
En dépit de votre argument ,
Je prouve le contraire .
Daignez m'accorder feulemen
Un bailer pour falaire .
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire ,
Je pourrois perdre la raifon ,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A .... fur un air
d'Albanèze, avoient déjà couru manufcrits ,
& on les retrouve avec plaifir dans ce Recueil
, ainfi qu'une chanfon guerrière de
M. Berquin, fi connu par fes Romances.
Hvj
180 MERCURE
& fes Idylles , avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poélies , pour mettre nos Lecteurs à portée
d'apprécier nos richeffes de cette année , nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
plufieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus , M. Blinde Sainmore
& M. de la Harpe , fe font réunis ( par
hafard fans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eft
connu , & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis long temps le Public.
Nous ne devrions peut - être pas parler de
Voltaire , n'ayant à louer de lui dans ce Recueil
que quelques détails dans une Épître ,
& une fort jolie épigramme . Un pareil éloge,
adreffé à un auffi grand nom , eft trop peu de
chofe ; mais il vaut encore mieux acquitter
une dette fi modique , que de fe rendre fulpect
d'un oubli criminel.
On lira avec plaifir , dans ce même Volume
, diveries Pièces de M. le Chevalier de
Laillard , de M. Doigny , de M. François de
Neufchâteau , de M. Flins , de M. Maréchal ,
& de M. de Sauv . ** , dont la réputation eft
fondée fur des Ouvrages plus importans ,
& qui jouiffent de l'eftime du Public.
Nous autions voulu parler auffi de M. le
Marquis de Villette , de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieufes , de M.
l'Abbé Dourneau , de M. Fallet , de M.
Fréron , de M. Marf **, de M. de Piis , de
DE FRANCE. 18i
M. Salaur , de M. Vigée , de M. Royou , de
M. Rebel , &c. qui ont contribué avec fuccès
à l'Almanach de cette année ; mais la
multiplicité des noms qui enrichiffent ce
Recueil , nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous font prefcrites , & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange.
On s'appercevra peut- être auffi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point
parlé , ceux qui font foufcrits de notre nom ,
en gardant le filence fur ces bagatelles , nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'est par modeftie : Dieu veuille feulement
qu'on ne dife point que c'eft par juſtice !
( Cet Article eft de M. Imbert. )
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
IL eft inutile de prévenir nos Lecteurs que
les Articles des Mercures précédens , où l'on
a rendu compte , avec tant de détail , de la
reprife d'Atys , ne font pas de l'Homme de
Lettres qui s'eft chargé depuis huit mois de
la rédaction des Articles de l'Opéra.
Cet Homme de Lettres fe feroit fait un
plaifir de rendre juftice au travail utile &
trop mal apprécié de l'Écrivain célèbre qui
a fait au Poëme de Quinault des correc
}
182 MERCURE
tions néceffaires , pour donner à l'action
plus de rapidité , & animer la Scène par des
fujets d'airs & de morceaux d'enfemble pro-
'pres à un genre de mufique qui n'exiftoit
point du temps de Quinault ; il auroit rendu
le plus fincère hommage aux grands talens
du Compofiteur ; & en louant toutes les
beautés de la mufique d'Atys , il n'auroit
fait que rendre les impreffions de plaifir
qu'il en a conftamment reçues.
Un ami des deux Auteurs , le défiant fans
doute de l'impartialité & des lumières du
Rédacteur ordinaire , a defiré qu'on lui confiât
le foin d'annoncer lui -même la repriſe de
cet Opéra, & d'apprendre au Public à en fentit
toutes les beautés. Le Rédacteur a fans effort
confenti à lui céder cette importante fonc
tion, perfuadé qu'il favoit mieux que perfonne
comment les amis defiroient d'être loués.
Cet ami s'eft déguifé fous le nom de Mé
lophile , & perfonne ne paroît avoir intérêt
à lever fon mafque. Son admiration pour la
mufique d'Atys eft fans bornes ; il n'y voit
qu'une multitude innombrable de beautés
dont à peine il fe croit digne de parler, &
il n'y a pas apperçu une tache.
Le Rédacteur avoue qu'en aimant & en
admirant , dans cette mufique , un grand
nombre de morceaux charmans & de différens
genres de beautés , il croit y appercevoir des
défauts ou des négligences qu'il auroit jugé ,
pour l'intérêt même de Fart , devoir indiquer
DE FRANCE. 183
felon fes lumières ; mais avec tous les égards
que l'on doit à un Compofiteur du mérite
& de la réputation de M. Piccini , il croit
même que des éloges fentis , mais modérés
par une critique honnête & motivée , fervent
mieux un Artifte dans l'opinion publique
qu'un enthoufiafme exceffif , trop difficile à
partager , & fouvent même à comprendre.
Il auroit applaudi , par exemple , à la nou
velle ouverture d'Atys , parce qu'il la trouve
fort fupérieure à l'ancienne ; mais il auroit
pas dit que l'Auteur avoit feul le droit de
n'être pas fatisfait de la première ; car
le Public , qui n'en avoit pas été fatisfait ,
avoit le droit de n'en être pas fatisfait.
Il n'auroit pas dit que le véritable art de moduler
n'eft connu que des Italiens , de crainte
de fe faire une querelle avec tous les Compofiteurs
& Amateurs de l'Europe , qui connoiffent
les favantes compofitions des Bach ,
des Hayden , des Wagenfeil & des Holzbauer
, fans parler d'autres grands Maîtres
Allemands & François , que nous ne nommons
pas , pour éviter toute comparaifon
embarraffante .
Il n'auroit pas penfé à exalter l'effet de tel
morceau qui n'a jamais fait d'effet , ni la
beauté d'expreffion de tel autre , qui n'eft pas
même fufceptible d'une expreflion frappante.
Il n'auroit jamais eû l'efprit de découvrir
dans un duo ces chants larges & spacieux
184
MERCURE
dont lefecret ne s'apprend que fous l'heureux
ciel de l'Italie; ce langagen'eft pas à la portée
des malheureux habitans du ciel de Paris . Il
auroit encore moins pu deviner que tel air
étoit forti d'un feul jet de la tête & du
coeur du Compofiteur. M. Piccini a du être
bien étonné de toutes les belles chofes qu'on
lui fait voir dans les propres Ouvrages.
Enfin , en rendant compte de fon fentiment
fur cet Opéra , il auroit , en Hiftorien
fidèle , rendu compte auffi de l'impreflion.
que la repréfentation a faite fur le Public.
Nous ne poufferons pas plus loin ces obfervations
, qui deviendroient inutiles pour
T'art , & faftidieufes pour nos Lecteurs . Nous
nous contenterons d'ajouter que ce n'eft pas
en accumulant les épithètes & les adverbes
qu'on loue efficacement les productions des
Arts ; qu'il y a des éloges qui nuifent plus
que des fatyres ; qu'une admiration emphatique
& illimitée infpire aux imeilleurs ef
prits une jufte défiance , excite à la contrariété
, prêce au ridicule , n'en impoſe qu'aux
fots , & leur en impofe même rarement.
M. Mélophile a t'il prétendu férieuſe- ,
ment faire croire à ceux qui ont eu la patience
de le lire , que la mufique d'Atys réu
niffoit toutes les perfections poffibles fans'un
feul défaut ? A t'il cru fervir M. Piccini en
imprimant un éloge que , depuis Homère
jufqu'à Racine , aucun Ouvrage de l'homme
n'a pu mériter. Pour nous , figcères admirateurs
de ce grand Maître , nous croyons que
DE FRANCE. 185
l'enthoufiafme aveugle de fes amis lui a fait
plus de mal que toutes les injuftices de fes,
détracteurs , & que s'il n'a pas eu ici tous les
fuccès que fa réputation & la fupériorité de
fon talent nous promettoit , c'eft qu'il lui a
manqué quelques amis aufi févères qu'éclairés
, plus attachés à la gloire qu'à leurs opinions,
& qui joigniffent au fentiment naturel
de la mufique une connoiffance réfléchie des
vrais principes de cet art , appliqué aux
grands effets de la poéfie dramatique ; principes
dont malheureufement le fecret ne s'ap
prend pas encore fous le beau ciel de l'Italie.
Nous finiffons par inviter M. Mélophile à
ne pas priver le Public des Obfervations
utiles qu'il annonce fur la mufique théâtrale
& fur le chant qui y convient. Cela ne peut
être que curieux.
Mardi 11 de ce mois , on a repris à ce
Théâtre l'Embarras des Richeffès. L'affluence
& le fuccès de cette première repréſentation
ont juftifié le jugement que nous en avons
porté dans la nouveauté . Les Auteurs y ont
faits des changemens heureux , dont nous
allons rendre compre.
M. Grétri , fupérieur aux petits entête
mens de l'amour propre , a retouché fon ouverture
, & l'a rendue plus piquante . Il n'y a
ci de changement au premier Acte que
dans le Ballet qui le termine. Au lieu du
divertiffement des jeux de l'arc & de la
1
186 MERCURE
courſe, c'eſt un divertiffement de Bergersqui
viennent dans un bosquet où eft la ftatue d
l'amour , dépofer à fes pieds des corbeilles
de fleurs & y fufpendre leurs guirlandes.
Les airs de danfe en font agréables & variés,
& refpirent le caractère d'une fête à la fois
élégante & champêtre. Le divertiſſement
eft coupé par un petit duo où Rofette le
plaint à la mère de Mirtil de n'y pas voir fon
amant que Plutus a retenti. Il paroît enfin.
Rofette vole au devant de lui ; & au mo
ment où elle le conduit à l'autel de l'Amour
le tonnerre fe fait entendre , le bofquet eft
détruit , & l'on voit s'élever le palais que
Plutus a promis à Mirtil.
Dans le fecond Acte le Poëte a fupprimé
quelques Scènes & quelques Choeurs inutiles
qui ralentiffoient la marche de l'action."
Dans le Divertiffement de Nymphes &
d'Amours , qui coupe cet Acte , on a fubftitué
à l'entrée des Guerriers , qui avoit paru
déplacée , une chacone , danfée par Mile Dupré
& le fieur Gardel , qui ont mérité & ob
tenu les plus grands applaudiffemens,
Il n'y a de changement au troisième
Acte que dans la manière dont Plutus revient
annoncer que d'accord avec l'Amour
il veut couronner la tendreffe de Mirtil &
de Rufette ; alors la Scène change , & re
préfente le bofquet & la montagne où s'exécutent
les jeux & les courfes qui for
moient auparavant le divertiffement du ,
premier Acte. C'eſt Mlle Guimard qui remDE
FRANCE. 18+
·
porte le prix de la courfe fur fes compagnes,
& qui eft vaincue enfuite par le fieur Vef
tris. Nommer ces deux charmans fuiets , c'eſt
être diſpenſé de tout élege ; ils en ont épuifé
toutes les formules.
Mlles Gervais & Pelin & le fieur Laurent
terminent agréablement cette fête , que M.
Grétri a embellie de plufieurs airs nouveaux
, & dont l'effet eft plus analogue au
fujet que le Ballet trop férieux des quatre
parties du monde qu'on y avoit mis d'abord.
Cet Ouvrage , dans l'état où il eft , nous
paroit offrir un fpectacle très - agréable par
le mouvement & la variété des tableaux , par
un mêlange piquant d'intérêt & de gaîté ,
& fur tout par une mufique fenfible ,
brillante , fpirituelle & toujours naturelle ,
mufique qu'on goûte davantage à meſure
qu'on l'entend davantage , & dont on ne
fentira tout le prix que lorfque plufieurs
autres Compofiteurs fe feront effayés dans le
même genre. Malgré les préventions de plufieurs
perfonnes contre ce genre , qui fera
peut être un jour de la plus grande reffource"
pour l'Opéra , l'expérience ne tardera pas à
faire fentir l'obligation qu'on doit avoir
aux Auteurs qui en ont enrichi ce Théâtre .
Miles Saint- Huberti & Audinot ont joué
& chanté leurs rôles avec le goût & l'intelligence
qu'on leur connoît , & dont elles
donnent chaque jour de nouvelles preuves.
Le fieur Lainez s'étant trouvé indifpofé a
été remplaéé dans le rôle de Mirtil par le
ISS MERCURE
fieur Rouffeau , qui a mis plus d'aifance &
de chaleur dans (on jeu , plus de précision
& de nuances dans fon chant qu'on n'avoit
droit d'en attendre de fon peu d'habitude de .
la Scène. Les applaudiffemens qu'il a mé
rités dans ce rôle , & ceux qu'il a obtenus depuis
dans le rôle encore plus important
d'Atys, doivent l'encourager à perfectionner
par l'étude & de bons confeils , les avan
tages que lui donnent la jeuneſſe & l'agré
ment de fa votx.
Le fieur Laïs , dont on connoît la belle voix
& l'excellent goût de chant , femble s'être
furpaffé lui même ; & il a obtenu , fur tout
dans la dernière ariette de Plutus , des applaudiffemens
dont il y a peu d'exemples.
Le fieur Chéron a rendu , avec le plus
grand fuccès , le rôle de Chryfante.
Avis aux Soufcripteurs de l'Encyclopédie
par ordre de matières.
PLUSIEURS Soufcripteurs de l'Encyclopédie par
ordre de matières , nous ayant prié de répondre à
différentes queftions & demandes relatives à cet
Ouvrage , nous nous empreffons de les fatisfaire.
1 °. Quant au caractère , qu'on trouve trop petit
pour un aufh grand Ouvrage , on peut voir , dans
l'Avis de la feconde Livraiſon , tout ce que nous
avons fait à ce fujet pour répondre aux defirs & à la
volonté du Public ; c'eft au moyen de ce petit caractère
, & d'une large juftification , que cette Encyclopédie
, qui comprendra près de moitié plus de Difcours
que celle in -folio , ne reviendra cependant
DE FRANCE. 189
aux Soufcripteors qu'à un peu plus du tiers du prix de
la première Edition in -folio de Paris.
20. Pour le papier , il eft conforme à celui du
Profpectus ; il doit être , d'après nos conventions
avec le Papetier , duplus beau Quarré de Limoges ,
& des meilleures Fabriques. Il eft abfolument de
même qualité que celui qu'on a employé pour l'Édition
in folio du Moréri , & de l'Histoire des Voyages
de M. l'Abbé Prévoſt , abrégée par M. de la Harpe ,
21 Vol . in-8 ° . ; le Dénizart , les OEuvres de d'Agueffeau
, font imprimés fur le même papier , & jamais
on ne s'en eft plaint.
La grande célérité de l'impreffion , le défaut de magafinage
, l'empreffement du Public pour ces Livraifons
font en partie la caufe que ce papier ne paroît pas
tout ce qu'il fera quand il aura magafiné cinq à fix
mois.Le Public peut déjà s'appercevoir que le papier
de la première Livraifon a gagné depuis qu'elle eft
dans fes mains , & qu'il gagnera avec le temps.
3 ° . Il faut auffi qu'on fafle attention que plus un
caractère eft petit , ferré, la juftification longue &
large , moins le papier paroît beau. Le Moréri & les
Ouvrages cités ci- deffus font imprimés avec un plus
gros caractère.
4. Preffé par les circonftances , & les fontes de
caractères , quoique commandées , n'étant pas prêtes
on s'eft fervi , pour deux Parties , de caractères qui
pas abfolument neufs . On a remédié à cela n'étoient
pour la fuite.
5. On a auffi pris des mefures pour que le papier
à l'avenir foit mieux collé , & pèfe même quelques
livres de plus.
6. Le tirage fera fait encore avec plus de foin.
Les Volumes imprimés chez MM . Stoupe & Simon ,
&c. font d'une très- belle impreffion , les caractères
étant neufs.
7°. On nous a relevé des omillions , des fautes
190 MERCURE
plus ou moins légères , comme fur le mot Caffation ;
elles feront toutes réparées dans le Vocabulaire univerfel
; comme ce Vocabulaire contiendra tous les
mots de chacune des parties , on joindra , on relevera
fous chacun de ces mots les fautes & les omiffions
, & l'Ouvrage fera difpenfé d'un Errata , auquel
on a rarement recours. Nous prions les Perfonnes
éclairées de nous faire paffer toutes leurs obferva→
tions à cet égard ; c'eft le
de donner à ce
moyen
grand Ouvrage toute la perfection dont il eft fufceptible.
8°. Quelques Perfonnes auroient defiré que les
Planches fullent jointes au Difcours ; mais la vue de
ces Planches , dont le premier Volurne eft actuellement
entièrement achevé , ne permet point cette
réunion , puifqu'elles font imprimées fur du grand
raifin fin double du poids de trente- fix livres.
9. Plufieurs Perfonnes craignent que la belle
Edition de M. Didot, à 1800 liv. ne nuife & ne préjudicie
à la première Édition ; toutes ces craintes ,
qu'on me permette de le dire , font mal fondées.
Cette belle Edition fera mot pour mot ſemblable à la
première. Quant à l'exécution typographique , elle
regarde entièreinent M. Didot . On monte un atelier
exprès abfolument féparé de l'entrepriſe actuelle ;
ainfi les travaux pour cette Edition ne peuvent ni
directement ni indirectement nuire à la première .
10. On diftribue actuellement gratis , hôtel de
Thou , rue des Poitevins , le modèle exact du
papier , du format & de l'impreffion de cette Édition
à 1800 liv. Quant au caractère , on le grave.
ANNONCES ET NOTICES.-
NOUVEAU Théâtre Allemand , ou Traduction
des Pièces qui ont para avec fuccès fur les Théâtres
DE FRANCE. 191
des Capitales de l'Allemagne , précédée de l'Hiftoire
du Théâtre Allemand ; par M. Friédel , Profeffeur
des Pages du Roi en furvivance , Tome V. A Paris ,
chez l'Auteur, au Cabinet de Littérature Allemande
, rue S, Honoré , au coin de celle de Richelieu
; la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques ,
& Couturier , Imprimeur-Libraire , quai des Auguftins
.
Cet important Ouvrage , dont les Volumes fe
fuccèdent exactement , paroît avoir mérité le
fuffrage des Amateurs de l'Art Dramatique . Pour
faciliter les Perfonnes qui n'ont pas foufcrit , on
propofe de donner les cinq Volumes qui paroiffent
pour le prix de la fouſcription , c'eſt - à - dire , pour
15 livres , en payant toutefois , comme les premiers
Soufcripteurs, 3 livres d'avance pour le fixième.
Volume, qui paroîtra le premier Avril. ´Ceux qui
ont acquis les quatre peuvent , à commencer par le
cinquième , entrer dans la claffe des Soufcripteurs, -
4
TROIS VUES du Fort Royal de la Martinique
, dédiées & préfentées à MADAME
gravées & dirigées par le fieur Née , d'après les
deffins de M. le Chevalier d'Épernay , Capitaine
au Corps Royal de l'Artillerie 1 ° . Vue du côté du
Port prife à mi-côte du morne qui eft au bas de
l'habitation de Mme Vanier : 2º . Vûe prife de la
première embrâfure de la batterie de la prifon du
côté du petit efcalier qui monte au fort : 3 ° . Vậc
du côté de la rade des Flamands prife à mi - côte du
morne de l'habitation de Mme Claverit,
Les Deffins de ces Vûes font dans le Cabinet de
MADAME ; elles font intéreflantes par leur exactitude
& par les fites qu'elles repréfentent . Les Arts
étant en général peu connus dans les Colonies , of
une infinité de circonftances s'oppofent à leurs progrès
, il feroit à defirer que MM. les Officiers des
192 MERCURE
Corps du Génie & de l'Artillerie , qui joignent
l'étude des Sciences néceffaires à leur état , le goût &
la pratique du Deffin , vouluffent bien , à l'exemple
de M. le Chevalier d'Épernay , rapporter de leurs
voyages , pour le fervice du Roi , des Vûes de chacune
des Colonies Françoifes. Ces Vues gravées dans
le format de celles de la Martinique , formeroient
par la fuite une Collection très-intéreflante , en yjoignant
les Cartes Géographiques.
Les trois Gravures que nous annonçons répondent
parfaitement à la réputation de M. Née , connu
depuis long-temps par la fineffe de fon burin & par
le nombre de fes Ouvrages. A Paris , chez l'Auteur,
rue des Francs- Bourgeois , Porte S. Michel ; & à
Verſailles , chez Blaizot , Libraire du Roi & de la
Reine , rue Satory . Prix , 1 liv. 10 fols chacune.
L'AMI DES ENFANS , par M. Berquin ,
Février 1783. Le prix de la foufcription pour l'année
courante eft de 13 livres 4 fols pour Paris , & de
16 liv. 4fols pour la Province, franc de port par la
pofte. On peut fe procurer aux mêmes conditions
l'année complette 1782. Le Volume de Mars paroi
tra le premier du mois.
TA BL E.
EPIT PITRE à Molière ,
145 Almanach des Mufes , 169
Sophronime , Nouvelle Grec Acad. Royale de Musiq. 181
10 Avisfur l'Encyclopedie, 188 que ,
Charades , Enigme & Logo Annonces& Notices,
gryphe
ΑΙ
1641
APPROBATION.
190
le J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Seeaus ,
Mercure deFrance , pour le Samedi 22 Février. Je n'v ai
rien trouvé quipuiffe en empêcher l'umureffion. A Paris ,
le 21 Février 1783. GUIDI.
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
TURQUI E.
De
CONSTANTINOPLE , le 10 Décembre.
TOUTES les nouvelles reçues de la Crimée
& de la Beffarabie , confirment le rétablif
fement du Khan Sahim- Guérai .
Le Prince Potemkin , difent ces lettres , arriva
vers la fin de Septembre à Cherfon , ville devenue
confidérable par les facilités qu'elle offre au commerce
& refpectable par fes fortifications ; il or
donna , à ce que l'on prétend , à 28 régimens de ſe
réunir à deux autres qui fervoient de ga de a Sahim-
Guérai & au Miniftre de Ruffie ; à l'approche de ces
troupes , les révoltés fé difpe sè ent ; partie fe réfugia
dans les montagnes , en proteftant de n'avoir
pris aucune part à la dernière révolution ; le frère
de Sahim-Guérai lui-même s'éloigna fur- le- champ ,
après avoir affuré qu'il avoit été forcé par les Tartares
, de difputer la fouveraineté à ſon frère , avec
lequel il étoit prêt à fe réconcilier , en le reconpour
vrai & légitime S uverain de la Pénin-
On ajoute que le Prince Potemkin avoi :
fait remettre la fomme de 200,000 oubles en
effèces , & le Cordon de l'Ordre de Ste- Anne
1er.
Février 1783
noiffant
fale.
2
( 2 )
4
enrichi de diamans , à Sahim- Guérai , qui peu de
jours auparavant fe trouvoit manquer dú nécenaire ,
Il s'eft clevé quelques troubles à Smyine ,
où ils ont été caufés par les levées faites
dans cette ville par des enrôleurs de Tunis ,
qui avoient obtenu la permition d'y recruter.
Ceux qui prennent parti dans les
troupes des Régen.es Barbarefques , font
toujours des hommes de la lie du peuple ,
des vagabonds & des débauchés ; ils ont
commis quelques défor tres . On a fu bientôt
que d'autres enrôleurs Barbarefques arrivoient
fur un bâtiment Ruffe & un bâtiment
de Livourne ; les Confuls Européens fe font
affemblés & ont envoyé ici un Mémoire
pour rendre compte de ce qui s'eſt paſſe ,
& demander qu'on refufe de pareilles per
miffions . Les Miniftres Européens font des
démarches en conféquence pour affurer la
tranquillité dans Smyrne. En attendant ,
on apprend de cette ville que le Gouver
nement a refufé d'admettre les nouveaux
enrôleurs , fans avoir à ce ſujet des ordres
ultérieurs de la Porte,
DANE MARCK.
De COPENHAGUE , le 4 Janvier.
IL eft arrivé dernièrement dans ce port
deux bâtimens ven ni de Guinée , & IL
aurres, des Indes Occidentales ces derniers
font chargés de fucre , de café , de tabac ,
de riz & d'autres marchandifes ; il en eft
( 3 )
arrivé auffi plufieurs de Groenland &
d'Illande.
Le nombre des naiffances pendant le cours de
l'année dernière dans cette Capitale , a été de 2822 ,
dont 1381 garçons , & 1441 files ; celui des morts
de 4244 , dont 2356 hommes , & 1888 femmes .
-
Dans l'Evêché d'Aggerhuus , il y a eu 10,839 naiffances
, dont 5478 garçons , & 5361 filles ; 2208
mariages , & 8096 morts , dont 4c64 hommes , &
4032 femmes. On a compté également pendant
l'année dernière , dans les paroites des Duchés de
Slefwick & de Holltein qui font fus l'inspection
du Sur Intendant général de Rendsbourg , 12 763
nailances , dont 6671 garçons , & 6092 filles , &
12,555 morts ; parmi ces derniers , il y avoit quatre
centenaites , 62 nouagénaires , & 563 octogénaires.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 4 Janvier.
LE Confeil Permanent s'occupe toujours
d'affaires de la dernière importance , deux
Notes , remifes depuis peu par le Miniftre
Pruffien , toutes deux relatives à un évènement
arrivé il n'y a pas long - tems en
Pruffe , mais dont le Public ignore encore
les particularités , viennent de lui donner
de nouvelles occupations.
Le Baron de Thugut , Miniftre de la
Cour de Vienne , eft fur fon départ , qu'on
dit fixé au 8 de ce mois.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , les Janvier.
VERS la fin du mois dernier , nous avons
2 2
( 4 )
éprouvé , pendant quelques jours , les variations
du tems les plus fingulières. Dans
la nuit du 21 , nous effuyâmes un ouragan
terrible ; le 22 au matin , il tomba de l'eau ,
& enfuite une grande quantité de neige ;
pendant qu'il neigeoit , le tonnerre gronda ,
& frappa la tour de St- Etienne , fans faire
cependant du dommage. Dans l'après-midi ,
le ciel s'éclaircit , le foleil parur , & fit
fondre la neige. Le 23 , il neigea de nouveau
, & le vent fut très-violent. Le 24 ,
un vent de Nord - oueft fouffla avec tant
de violence , qu'il caufa beaucoup de dégâts
dans la ville & les fauxbourga Le vent
cella un pou le 25 ,
mais la pluie & la neige
ne difcontinuèrent pas.
S. M. I. a jugé à propos de faire quelques
changemens dans l'Adminiftration de la Régence
de la Lombardie Autrichienne ; les
deux places de Confultor di Governo , ont
été fupprimées , & il a été créé une place de
Sénateur d'Etat , qui a été conférée auffi - tôt
au Chevalier Nicolo Pecci . Les affaires
d'adminiftration feront conduites , comme
auparavant , par fon S. A. R. l'Archiduc
Ferdinand , Gouverneur - Général de la
Lombardie Autrichienne , & feront traitées
dans un Confeil compofé du Miniftre &
Commiffaire Plénipotentiaire de l'Empereur
, & d'un Sénateur de Régence.
S. M. I. fe propofe de faire une réduction
des emplois dans les divers Colléges ; déja
plus de 20 Confeillers Auliques ont été mis
5%
à la penfion. La Chancellerie de Boheme
& d'Autriche , à laquelle la Chambre des
Finances a été incorporée , ne fera compofée
, dorénavant , que de 14 Confeillers.
Les travaux , dans l'Arfenal , font continués
jour & nuit , & la levée des recrues ,
en Bohême , fe fait fans interruption. Mille
chariots chargés de munitions font attendus
ici de Prague , on ignore encore s'ils y retourneront
, ou s'ils feront envoyés en Hongrie.
33
Il règne depuis quelque tems dans la ville de
Bries , écrit- on de Neufol dans la baute Hongrie ,
une maladie épidémique qui y culève beaucoup de
perfonnes. Elle fe manifefle par des ulcères au col
on a compté 26 perfonnes qui en font mortes dans
un jour. Des familles entières fortent de la ville ; &
viennent ici dans l'efpoir d'échapper à cette maladie.
Dans le cours de cette année , on a obtenu en
Esclavonic 7782 livres pefant de foie , des vers
qu'on y élève. On dit que la ville de Comorra a été
prefqu'entièrement détruite par un tremblement de
terre c
De HAMBOURG , le 7 Janvier.
LES démêlés qui fe font élevés entre la
Rullie & la Porte ne font pas encore arran➡
ges , on craint toujours que l'orage n'éclate .
" Les conférences fréquentes du Miniftre Autrichien
avec notie Miniflère , écrit-on de Pétersbourg,
accréditent le bruit qu'il y a actuellement des objets
de la plus grande importance fur le tapis entre ces
deux Cours ; on les croit relatifs à la fituation des
affaires avec la Porte , & on préfume que ces deux
Puiffances font convenues d'un concert à cet égards
On parle même d'une déclaration d'une nature aſſez
a 3
( 6 )
défagréable pour la Porre , qui doit lui être faite
& dont on fera mieux inftruit dans quelques femaines.
Cependant quelques perfonnes penfent qu'il n'y aura
point de rupture , que le Divan perfifte dans fon
fyftême pacifique , qu'il eft très - difpoté à obferver
la neutralité relativement à la Crimée , pourvu qu'il
n'y foit porté a cure atteinte au culte des Muful
mans , parce que dans ce cas , les dev irs religieux
de S. H. & fon honneur en qualité de Calife , lui
prefervent de s'y interpofer «.
Des lettres des fontieres de la Turquie
contiennent les détails fuivans.
Tout eft tranquille dans la Tranfylvanie ; mais
il n'en eft pas de même dans la Mldavie & la
Beffarabie , où les Mufulmans , malgré le établiffement
de Sahum - Guérai , font beaucoup de mouvemen
, & s'empreilent tant à pourvoir la fortereffe
de Bender de monitions de guerre & de vivres , qu'à
mettre en sûreté leurs effet les plus précieux . Plu
fieurs ont déja envoy la meilleure partie de leur
mobilier au-d lad Danube. D'un autre côté , nonobftant
le rétabiflement du Kan de Crmée , les
affaires de cette Pre: ifle font encore dans un état
très - critique. Si les Tartares fe voyoient foutenus ,
meine faiblement par la Porte , ils foutiendroient
volontiers par la force , le choix qu'ils ont fait de
leur nouveau Kan. A Conftantinople , les Janif
faires & le peuple demandent toujours la
le
guerre ,
Min ftère Ottoman montre à la vérité des difpoficions
pacifiques , mais c'est au tems à apprendre s'il ne
fant pas attribuer ce calme apparent à la maxime
ancienne des Orromans , de temporiſer juſqu'à
qu'il foient préparés pour la guerre «.
ce
En attend nt que l'on fache l'iffue qu'auront
ces mouvemens , on en remarque de
très-grands dans les Etats héréditaires de
l'Empereur. Le cordon de troupes qui fe
( 7 )
forme fur les frontières Ottomanes eft de
40,000 homes ; on continue les enrôlemens
militaires , & l'achat des provisions
de tou e efpèce. Les Officiers & Soldats
abfens de leurs Régimens , par congé , ont
reçu orde de rejoindre à la mi -Janvier ; &
il a été dit- on , défendu , fous peine de
mort , d'exporter des vivres dans les Provinces
Ortomanes. <
eurs
" Des let res de Conftantinople
, écrit - on de
Vienne , difent que le Ministère continue les conférences
avec les Gens de loi , fur la fituation actuelle
de l'Empire Ottoman , & que les travaux de l'arfenai
fon pouilés avec la plus grande vivacité.
éclaté
Les mêmes lettres ajoutent que le feu ayant
de nouveau dans la Capitale de 1 Empi e Ottoman ,
près de la Mo qute di Sultan Achmet , plufieu
maifons des perfonnes du Ministère ont été réduites
en cendres. On écrit de Varfovie , que fadeur de Ruffie déclaré dans les circonfque
tances actuelles , la République feroit bien de mettre
dans un bon état de défenfe fes frontières vers la
Turquie , il a été donné ordre de pourvoir la fortereffe
de Kaminiek , de tout ce dont elle pourra avoir
bef in «<.
-
ayant
l'Ambaf-
C'est le Prince - Evêque de Hildesheim
qui fuccéde a dans l'Evêché de Paderborn
au Prince-Evêque , mort le 26 Décembre
dernier il avoit été élu Coadjuteur de cet
Evêché le 2 Mars 1773.
ITALI
E.
De LIVOURNE
, le 31 Décembre. >
ON mande de Rome que le Pape a créé
deux Cardinaux dans le Confiftoire fecret
a 4
78 )
qu'il a tenu le 16 de ce mois : le premier eft
M. Jofeph Capece Zurlo , Archevêque de
Naples , & qui eft à Rome depuis quelque
tems pour régler les différens fubfiftans
entre le St - Siége & la Cour des Deux - Siciles.
S. S. lui a fait remettre gratis les bulles ,
dont les frais montent à 3000 ducats ; elle
s'eft réfervé le fecond Cardinal in petto.
» Le Sénat , écrit- on de Venife , ayant délibéré de
nouveau fur la propofition de déroger au décret par
lequel il avoit été ordonné que les Religieux ne
pourroient revêtir l'habit de l'Ordre dans lequel ils
voudroient entrer qu'à l'âge de 21 ans , & ne
prononcer leurs voeux folemnels qu'à l'âge de 25 ,
il a été réfolu , après une longue difcuffion , qu'on
feroit examiner de nouveau les divers écrits préfentés
fur cet objet au Magiftrat , & que fur le rapport
de cet examen , le Sénat prendroit une réfolution
définitive ".
Le 6 du mois dernier on avoit notifié aux
Capitaines des bâtimens Impériaux & Tofcans
, que les Régences d'Alger , de Tunis
& de Tripoli ont pris la réfolution de continuer
les hoftilités commencées contre le
pavillon Impérial & Tofcan. Le bruit s'eft
répandu depuis , que le Dey d'Alger a fait
relâcher les deux bâtimens Tofcans pris
dernièrement par un corfaire Algérien , &
qu'il a fait punir le Capitaine : on en attend
la confirmation avec impatience.
ESPAGNE,
De MADRID , le 7 Janvier.
Nos dernières lettres de Cadix font du 34
( 9 )
du mois dernier , & contiennent les détails
fuivans.
Le convoi que M. de Vialis a amené de Breft ,
ayant effuyé un coup de vent fur le Cap Sainte-
Marie, eft enfin entré aujourd'hui en entier dans
notre baye, à la réserve d'un tranfport qui a été
obligé de relâcher à la Corogne ; il a à bord 300
hommes & 1500 tentés , que l'Angel de la Guardia,
vaiffeau de ligne Efpagnol qui doit bientôt appareiller
de ce port , prendra à bord avant de ſe rendre
ici. L'efcadre qui avoit mieux réſiſté au coup de
vent, entra dans notre baie le 24 , mais le vent étant
foible , le vaiffeau le Centaure eut le malheur d'être
abordé par le Diadême , qui a endommagé la poupe;
on fe flatte cependant qu'il fera en état de faire la
campagne avec M. le Comte d'Eftaing , au moyen
de la grande activité que ce Général a introduite
dans nos arfenaux. Toutes les troupes venues de
Breft, tant celles qui étoient à bord des tranfports ,
que celles en garnifon fur les vailleaux de guerre ,
defcendront demain à terre , ici & à Sainte -Marie.
La frégate la Précieuse & la corvette la Poulette ,
efco tant 8 tranfports avec 1500 hommes , viennent
de meuiller dans notre rade ; c'eft le dernier
convoi qu'on attendoit de Toulon , d'où il eft venu en
8 jours de traversée. On compte que M. le
Comte d'Estaing pourra partir pour fon expédition
vers le 12 ou le is Janvier ; il paroit décidé que l'Ef- oule 15
pagne fournira 28 vaiffeaux de ligne ; les François ne
feront pas au nombre de moins de 20 cc.
-
Il paroît que fi la paix n'eft pas fignée
dici au 20 de ce mois , ou qu'on n'en feroit
pas inftruit à Cadix , l'efcadre combinée
mettra à la voile. Le Général eft , dit- on ,
maître abfolu de la flotte & de l'armée ;
les deux Cours lui ayant donné à cet égard
les pouvoirs les plus étendus. Il eft certain
2. &
( 10 )
d'obtenir tout ce qu'il demande : il a voulu
embarquer 300 Dragons Efpagnols , & ils
lui ont été accordés fur - le - champ. Une
partie des troupes arrivées étoient fans
armes , les Commiffaires n'en trouvoient
point à Cadix ; mais fur un fimple billet du
Général , M. d'Oreilly s'eft empreffé de fournir
toutes celles dont on avoit befoin.
C'est par un effer de fa prévoyance que
les Soldats des deux Nations ont été fournis
de gillets , de bas & de bonnets de
laine , précaution qui ne paroîtra pas inutile
à ceux qui favent que les nuits dans
plufieurs Ifles de l'Amérique font trèsfraîches
, & que le ferein , en certain tems
de l'année , eft mortel pour ceux qui s'y
expofent fans être vétus.
"C'eft fur ce Général que repofe actuellement
la confiance des deux Nations fi la
guerre continue ; quand même fon expédition
auroit encore plus de fuccès qu'on n'en
attend , les deux Cours lui auroient de bien
plus grandes obligations pour ce qu'il a
fait déja , s'il eft vrai , comme on le dit ,
que pendant fon court féjour à St-Ildephonfe
il a diffuadé le Roi d'infifter fur
la ceffion de Gibraltar , ayant prouvé que
dans moins de 3 ou 4 ans les Anglois
ferient les premiers à offrir cette fortereffe
qui leur devient de jour en jour
bien plus à charge qu'elle ne leur étoit
Adu tems de George II ; cependant ce Prince
avoit voulu dès ce tems-là traiter à différentes
reprifes de fon échange , parce qu'il
favoit l'eftimer à fa jufte valeur.
On lit les détails fuivans dans les lettres
du Camp de St- Roch du 24 Décembre.
--
» L'ennemi , depuis quelques jours , fait un feu
affez vif fur nos ouvrages avancés , & nous y avons
eu 6 tués & 11 bleffés : nous répondons par notre
artillerie , & nous avons lieu de croire qu'il s'en
trouve fort incommodé , puifqu'il ne ceffe d'augmenter
ſes caſemates pour le mettre à l'abri de
notre feu. Notre Général n'a jamais perdu dé
vue le vaiffeau le San - Miguel , que les vents ont
donné à l'ennemi , & qui eft mouillé au Mole- Neuf.
Depuis que D. Antonio Barcelo a pris le commandement
de la Marine , on a tenté de détruire ce
vaiffeau à l'aide des brûlots ; mais deux de ceux qui
furent envoyés pour cette expédition y échouerent ,
parce que l'un perdit fon mât au milieu de la baie ,
& l'autre fut furpris par une voie d'eau , de forte
que les équipages eurent bien de la peine à les ramener
au lieu d'où ils étoient partis. Le 18 , on fic
une nouvelle tentative . M. Stepar , Commandant
actuel des chaloupes canonnières, raffembla à Algéfiras
les bombardes & les chaloupes qui étoient en
état de tenir la mer , & à 10 heures du matin
D. Barcelo partit de ce port à la tête de deux divifions
, dont l'une étoit de 11 bombardes & l'autre de
12 chaloupes canonnières . Les bombardes avoient
ordre de former une ligne de bataille dont la droite
étoit marquée par la felouque que montoit D. Barcelo
, & la gauche , par le canot de M. Stepar. C
chaloupes canonnières devoient fe placer en avant
pour foutenir cette ligne contre la fortie des canonnières
de l'ennemi ; mais cet ordre ne fut point exécuté
, & plufieurs chaloupes qui ne s'avancèrent
point allez , firent feu , hors de portée. L'ennemi
fit auffi-tôt avancer 10 chaloupes canonnières , à
Ces
( 12 )
150 toifes au large en avant du San-Miguel ; &
leur feu fut fecondé par celui des ouvrages de la
place , depuis le baftion du Roi jufqu'à la pointe
d'Europe; le San-Miguel préfenta le côté à notre
attaque , pour donner moins de prife à nos bombar
des , mais malgré cette précaution, il tomba une
bombe fur la proue , & elle y mit le feu , que l'ennemi
fut long-tems à éteindre ; une autre bombarde
endommagea fon petit hunier & lui coupa des
manoeuvres effentielles , ce qui le força à ranger la
terre de près , pendant que fes chaloupes canonnières
foutenoient toujours leur pofte en avant ; enfin notre
ligne n'ayant jamais pu être en ordre , & D. Barcelo
ayant vu le San- Miguel fe rapprocher de terre , ce
qui rendoit inutile le feu des bombardes , fe retira
avec fa petite efcadre après avoir donné l'exemple
de la plus grande intrépidité, puifqu'il ne quitta
jamais le front de l'attaque. Quelques Officiers ont
mérité des éloges du Général, par la manière avec
laquelle ils fe font comportés dans cette action «.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 21 Janvier..
LES Circonftances actuelles ne fauroient être
plus intéreffantes ni plus critiques ; il s'agit
de la paix ou de la continuation de la guerre ;
les préparatifs continuent pour cette dernière;
les mouvemens qui fe font pour la première
reftent dans les Cabinets ; & la Nation ignore
encore où l'on en eft ; mais les armemens
qu'on fait toujours ne détruifent point les
efpérances. Le 17 de ce mois la réponſe
définitive de notre Cour relativement à la
paix fut fignée ; on s'attend que les préliiminaires
le feront à Verſailles , & on eſpère
( x 3 X
qu'aujourd'hui , jour de la rentrée du Pary
lement , il fera informé de ces nouvelles i
agréables ; ce qui fait craindre cependant
qu'il ne le foit pas encore , c'eſt que M.
Townshend , Secrétaire d'Etat , n'a point
écrit au Lord Maire pour l'informer, comme
il l'avoit promis , de l'iffue bonne cu mauvaiſe
des négociations ; on fe flattoir ici que
cette lettre pourroit précéder la rentrée du
Parlement , ou paroître le jour même de fa
rentrée ; mais il n'en faut pas conclure pour
cela que la paix n'aura pas lieu. Il réfulte
feulement du filence de M. Townshend
que les grandes nouvelles d'après lefquelles
il devoit écrire ne font point encore arrivées
; & cela n'étonnera pas fi l'on confidère
que notre réponſe définitive n'a été fignée
que le 17 , & que fi les prélninaires l'ont
été à Versailles , ils n'ont pu l'être que le 19
ou le zo ; nous ne pouvons donc pas avoir
reçu ces fignatures à préfent ; mais elles ne
peuvent tarder.
La hauffe des fonds eft prodigieuſe , &
malgré ce départ de nos flottes , le filence
de nos Miniftres , le peuple ne doute pas
de la paix & fait éclater fa joie dans tous
les quartiers. Il fe flatte toujours que cet
heureux évènement pourra encore être annoncé
ce foir aux deux Chambres du Parlement.
Nous allons voir le Grand - Confeil
de la Nation occupé d'objets dont la décifion
doit déterminer le fort de l'Angleterre ,
fixer fes intérêts & ceux de toute l'Europe ;
( 14 )
nos Miniftres paroiffent defirer d'y voir régner
l'union , & voici comment s'exprime
à ce fujet une des feuilles du parti de la
Cour.
» La fituation du Royaume dans le moment
actuel , réclame toute la fageffe & toute l'unanimité
de fes Miniftres , de fes Sénateurs & de fes Habitans.
C'est au Parlement à difcuter la confervation
de nos libertés civiles & religieufes ,
de nos arts , de notre commerce , de notre naviga
tion & de la gloire que nos armes le font acquifes
fur terre & fur mer. Dans une pofition auffi délicate ,
tous les Ecrivains politiques ne peuvent mettre trop
de prudence & de cir . onfpection dans leurs écrits,
Ils doivent dépofer tout efprit de parti , fufpendre
toute attaque & toute défenſe des hommes en place ;
renoncer à leurs opinions fpéculatives & fur- tout
facrifier leurs confidérations particulières à l'intérêt
général qui doit nous porter à mettre la plus grande
Confiance dans les repréfentans du peuple . Après les
fages meferes du Cabinet , c'eit à l'unanimité du
Pailement que nous fommes redevables de l'heurenfe
perfpective de la paix que tout femble nous
annoncer . Puiffe cette heureuſe réunion continuer
jufqu'à la fin . Nous connoiffons fa vertu , fon efficacité
, fon influence fur les confeils étrangers , & nous
devons être convaincus qu'elle peut rendre à la
G. B. fon ancienne fplendeur «.
Cette exhortation à l'union & à la modération
eft fans doute à propos ; mais on ne
doit peut être pas fe flarter qu'elle produife
beaucoup d'effet l'ufage dans ce pays eft
de defirer vivement une chofe , de ne plus
en être fatisfait lorfqu'on l'a obtenue , &
verfer le fiel & le farcafme fur les gens en
place qu'on a d'abord tourmentés pour rem
( 155ད
plir le voeu qu'on formoit ; la paix actuelle
en offrira fans doute un nouvel exemple ;
& il eft impoffible que la Nation foit également
contente de toutes les conditions auxquelles
elle fe fait.
L'indépendance de l'Amérique , dit un de nos
papiers , eft un évènement dont réfulte une variété
de conféquences fi importantes à l'Europe entière ,
qu'il eft impoffible au plus fage politique d'en fuivre
la progreflion , & même d'en former des conjectures
probables . Dans ce labyrinthe de conféquences
ultérieures , il eft un fait certain ; c'eft que dans le
cours actuel des chofes & fuivant tous les exemples
qu'a recueilli l'hiftoire , ces circonftances doivent
être pendant nombre d'années défavorables fi elles
ne font pas fatales à la G. B.; ce pay - ci tombera
dans la pauvreté & la foibleffe , tandis que les
ennemis deviendront puffans & opulens . Nos ennemis
font fi parfaitement convaincus de cette vérité ,
qu'elle eft le principe établi & la feule caufe de leur
alliance avec l'Amé ique , & de leur guerre avec là
G. B. La puiffance & l'opulence de la France , ont
été tellement exagrées par des perfonnes qui ont dans
la même proportion repréfenté dans un jour oppofé
les facultés aquelle de ce pays , qu'il eft à craindre
qu'une paix conclue dans ce moment , ne couvre la
Nation d'un opp: obre éternel ; car la moindre conceffion
de notre part feroit fuppofer à l'Europe entière
que la fupériorité de nos ennemis combinés , nous a
forcé de nous foumettre à leurs demandes . Il s'en
fuit donc que la politique exige que nous continuions
la guerreju qu'à ce que le fuccès de nos armes nous
ait m s en état de dicter des termes de paix qui nous
mettent à l'ab i du reproche & du mépris des Puiffances
étrangères , qui ont jufqu'à préfent eftimé &
admiré not e Nation ".
-
Il n'eft pas douteux que ces déclamations
716 )
vont le renouveller , & que les mêmes papiers
, qui au commencement de l'année
dernière crioient la paix , ne difent cette an
née qu'il falloit continuer la guerre ; mais ils
le feroient à préfent inutilement & trop tard;
la partie éclairée de la Nation applaudira à
la conduite de l'Adminiftration ; elle fait
que nos prétendus avantages de la campagne
dernière n'ont rien produit ; que nos
victoires n'ont eu aucunes fuites ; que nous
fommes dans la même pofition où nous
étions auparavant ; que l'Espagne en renonçant
au fiége de Gibraltar , laiffe les forces
de la Maifon de Bourbon libres de fe porter
ailleurs , & de conferver leur fuperiorité
; qu'une nouvelle campagne feroit infiniment
défaftreufe , & qu'à la fin nous (erions
dans le cas d'avoir des termes beau
coup moins favorables , après avoir mis le
comble à notre épuisement ; ce font les
prochains débats qui nous inftruiront des
conditions de la paix : on doit s'attendre à
des facrifices de notre part , & peut- être.
nos ennemis font- ils plus modérés que nous
ne l'avons été avec eux dans d'autres circonftances.
Il y a actuellement à Portfmouth un vaif,
feau de guerre armé , deftiné à fe rendre
en droiture en Amérique auffi-tôt que la
négociation entamée fera terminée. Le Général
Grey qui doit relever le Chevalier
Guy Carleton doit partir fur ce vaiffeau
D La frégate l'Aurore , écrit-on de Portsmouth en
( 17
?
date du 19 , vient de mettre à la voile. Le 17 , โร
frégate le Mirmidon eft parte pour les ifles , ainfi
que le floop le Merlin pourJ'Irlande . Le mème jour,
dans l'après - midi , le Commodo e Elliot eft parti
pour les ifles. Le 18 ap ès - midi , le Speedy, floop
armé , a mis à la voile avec des dé éches pour cé
Commodere ; il eit restré ce matin & M. Elliot
revient avec fon efcadie , pour ſe rend e a Ste Hélènes
cependant on ignore fi c'est le vent qui l'a em êché
de continuer la route , ou fi le Speedy Ii a remis un
contre ordre.. Ce matin le Romney, vaikean du
Roi de so canons , Commodore Gower , Capitaine
Osbern , la Minerve de 38 , Capitaine Pakenham ,
& la Latone de 38 , Capitaine Cosway , font fortis
pour une croifière La Vengeance eit defcendue à
Ste-Hélène , & l'Atlas en auroit fait autant , fans
une révolte de l'équipage , qui a refufé de partir fi
on ne lui payoit pas deux mois d'avance «<.
-
On lit dans une lettre de Plymouth , en
date du 17 , les détails fuivans.
39
L'efcadre du Commodore Jervis a ordre d'ap
pareiller au premier bon vent ; elle eft composée
des vaiffeaux foivans : le Salisbury de 58 , la Flora
de 36 , l'Hermione , l'Andromaque de 32 , l'Eu
ridice de 24 , le Speedy de 16 ; les brûlors le
Baran-Couta & l'Infernal , & la galiste à bombes
le Véfuve elle eft fuivie d'un grand nombre de
tranfports , & on croit cet armement destiné pour
la mer du Sud . Ce matin , l'Afia , de 64
a mis à la voile , avec des ordres qui ne feront
ouverts que lorfque ce vaiffeau fera à l'oueft des
Sorlingues ; on le croit deftiné pour les illes de
l'Amérique. La fregate la Néméfis , Capitaine
Vaillant , doit partir inceffamment pour Waterford ,
où elle fe joindra à la fregate le Boréas , & mettra
à la voile de conferve avec elle «.
Nous n'avons point de nouvelles de l'A
€
7-18 )
mérique Septentrionale ; lorfque le dernier
paquebot mit à la voile de New Yorck , lå
plupart des poftes qui avoient été occupés
par des Loyaliftes à Long- lfland , étoient
abandonnés , & les fortifications détruites.
On dit que le Chevalier Carleton a écrit
au Ministère que les Colons de Pénobfcort
defiroient être tous la protection de la G. B.
Cette nouvelle ne paroît pas être plus certaine
que celles qu'on dit avoir reçues de
la Jamaïque nos papiers prétendent que
les lettres particulières de certe lle annoncent
que l'armée combinée , fous les ordres
du Comte d'Eftaing , qui étoit à Cadix au
commencement de ce mois , étoit mouillée
à St Domingue , qu'elle y eft très- nombreufe
, & que les habitans de la Jamaïque
s'attendent d'un moment à l'autre à
être attaqués. Ce qu'il y a de plus pofitif
dans ces nouvelles , c'eſt qu'au départ du
Sommerfal , qui quitta Tortola le 7 du mois
dernier , & qui eft arrivé ici , les troupes
de la garnifon de Charles Town n'étoient
pas encore arrivées aux Indes Occidentales.
"" Nos affaires dans l'Inde , difent nos papiers ,
offrent un aspect vraiment critique . Malgré les
é hecs qu'a reçus Hyder-Aly , il commande encore
des forces confidérables , & continue de poffeder
un terrein immenfe dans le Carnate. Ainfi , puifqu'il
a été en état de tenir la campagne avec fes
propres troupes , que n'avons-nous pas à craindre
de fes fuccès , depuis que fon armée a été jointe
par les renforts que la France lui a envoyés ? In(
19 )
dépendamment des troupes que nous avons que
M. de Suffren a débarquées , & qui , fuivant les
avis que nous avons reçus , montent à près de
3000 hommes ; celles qui à - peu-près dans le même
tems ont été envoyées avec M. de Buffy , montent ,
fuivant nos informations , à plus de 6000 : avec
un accroiffement de Vétérans Européens de cette
force , qu'est- ce qu'Hyder-Aly n'eft pas en état d'entreprendre
? Nous n'avons à préfent rien à oppoſer
à ces forces combinées ; &, avant que notre fecours
indolent arrive, fuppofant même qu'il ne rencontre
en chemin aucun accident , le moins que nous avons
à craindre eft que nos troupes aient été réduites à
fe retirer dans leurs forts , laiffant l'ennemi maître
abfolu de la campagne. Ces conſidérations ſont ſérieufes
. Mais comment recouvrer le terrein që
nous avons perdu pour avoir envoyé des renforts
infuffifans à l'affiftance de ce pays ? C'eſt une queftion
embarraffante. Le difcours du Roi préfentoit
l'Et comme une fource de réparations pour nos
autres infortunes . Mais les Miniftres nous montrent-
ils , par leur activité à tirer parti de ces avantages
, qu'ils étoient fincères lorsqu'ils ont fait tenir
ce langage à leur Maître «< ?
En attendant des détails plus intéreffans
que doivent nous fournir les débats Parlemen
taires , nous placerons ici un article galement
fingulier & piquent que nous fournit
un de nos Journ'ux ; c'eſt l'Univerfal - Magafine
du mois d'Octobre dernier.
Nous nous contenterons de le traduire
exactement.
»Les recherches alchymiques font regardées depuis
long-tems comme des vifions ridicules . I paroît
cependant que la pierre philofo, hale n'eft point
ue chimère ; & on doit au moins fufpendre fon
jugement après avoir lu la brochure qui vient d'être
I 201
ついす
publiée fous ce titre : Relation matic de plufieurs experiences
faites fur le mercure , l'argent & lor, à
Guilford , en Mai 1782 , dans le laboratoire
de James Price , M. D. F. R. S. Ces expériences
faires en préfence des témoins les plus refpecta
bles , lèvent tous les doutes fur cet objet . Le Ducteur
Price ne s'attribue point ici le mérite de la
découverte , puifqu'il affure que Raimond Lulle &
Jean Baptifte Porta avoient ce rare fecret . Nous
ajouterons feulement que nous préfentons l'article
fuivant à nos Lecteurs , comme un fait plus
eurieux qu'utile ; car le Docteur Price nous apprend
dans fon introduction , que la matière qui opère
ce changement extraordinaire des métaux lui a
coûté tout l'or & l'argent qu'elle a produit ; qu'il
ne pourroit s'en procurer d'autre que par un procedé
également long , ennuyeux & pénible ; qu'il
a d'ailleurs éprouvé récemment que ce travail a des
effers fi pernicieux pour la fanté , qu'il n'eft pas
tenté de l'entreprendre de nouveau. A la première
de ces expériences , furent préfens le Révérend
M. Anderlon , Eccléfiaftique réfidant près de Guilford
, très verfé dans la Philofophie expérimentale
& fur-tout dans fes branches chymiques ' ; le Capitaine
François Grole , connu avantageufement par
fon goût pour l'antiquité , par les recherches & par
fes ouvrages ; M. Ruffel , un Magiftrat du lieu fami
liarifé par fes fonctions avec tout ce qui regarde
les métaux précieux , & inftruit de tous les procédés
employés par les Artiftes pour en affurer la valeur
dans le commerce , & l'Enfeigne D. Grole. Tous les
ingrédiens & tous les inftrumens emplo, és dans
l'expérience , à l'exception de la poudre de projec
tion , furent fournis & apportés par ces Meffieurs.
Le principal ingrédient fut une demi - once de mer
cure , achetée par le Capitaine Groſe , chez un Arothicaire
de la Ville ; elle fut mife dans un petit
creufet de Heffe fourni par M. Ruifel , - fur un
--
1
( 21 )
fox dont les matières avoient été apportées & exa
minées par la Compagnie , qui fit préalablement
l'infpection du morter dans lequel elles furent
broyées. Avant que le creufet fût placé fur le feu ,
un demi-grain d'une certaine poudre , de couleur
d'un rouge foncé , fourni par l'Auteur , fut foigneu
fement pelé par M. Ruffel , & ajouté aux autres
ingrédiens par M. Anderfon . La première circonftance
remarquable & en effet merveilleufe , fut
qu'un quart-d'heure après qu'on eut jetté ce demigrain
de poudre, & qu'on eut placé le creafet fur le
feu , la Compagnie obferva que quoique le creufet
für devenu rouge , le mercure ne montra aucun
figne d'évaporation , ni meme d'ébullition . Le feu
ayant été élevé à un très haut degré , une baguette
de fer fut plongée dans la matière contenue dans
le creufer , & les fcories qui adhéièrent à la pointe
en ayant été détachées & montrées à la Compa;
gnie , furent trouvées être remplies de petits globules
d'un métal blanchâtre , que l'Auteur fit obferver
ne pouvoir être du mercure, qui avoit évidem
ment été fixé dans cette forte chaleur , mais devoir
être une fubftance intermédiaire entre le mercure &
un métal plus parfait. M. Ruffel jetta alors dans
le creufet une petite quantité de borax qu'il avoit
apporté. La matière fut confervée dans un violent
feu rouge & blanc , pendant environ un quartd'heure.
Le creufet ayant été enfuite retiré , refroidi
& rompu , on trouva au fond un globule de métal
jaune , qui , réuni à de plus petits globales détachés
des fcories , fut mis dans une balance exacte ; &
pelé loigneufement , il donna le poids juſte de 10
grains. Ce métal fut , en préfence de la Compagnie ,
mis dans une bouteille qui fut bouchée & fcellée
du fceau de M. Anderfon , pour être foumis à un
examen ultérieur , quoique tous ceux qui étoient
préfens fuffent déja perfuadés que c'étoit de l'or. -
Le fceau ayant été reconnu & levé le lendemain
( 22 )
matin en préſence des mêmes témoins auxquels
s'étoit joint le Capitaine Auften , le gros globule
fut pelé hydroftatiquement , & fa gravite spécifi
que, comparée celle de leau , fut cftimée a peuprès
de 20 à . Ce même globu e qui peloit 9 grams
un quart , fue alors battu & réduit en lame platte.
M. Ruffel qui l'examina a la manière dont les Artiftes
vérifient les métaux deftinés au commerce , déclara
que c'étoi de l'or auffi bon qué le grain d'or des Raf
fineurs , & qu'il achetteroit tout or femblable à celui
qu'il venoit d'examiner au plus haut prix exigé
pour l'ox le plus pur. La moitié de cette plaque
ayant été envoyée au Docteur Higgins , il en a ,
dans fa répoule à l'auteur certifié la pureté.
D'autres ellais furent faits avec l'autre moitié.
Ayant eté diffoute dans de l'eau régale , use
parie de la folution donna avec l'alkali volatil
@n précipité qui fut trouvé être de l'or fuminant.
Une autre partie étant mêlée avec de l'étain
donna une couleur cramoine , de laquelle ,
avec une cuiffon convenable , on forma le pour
pre de Caffius. Use troisième portion mêlée avec
de l'æther vitriolique , lui fit prendre la cou
leur jaune que donnent les folutions de l'or ,
par l'évaporation offrit de légères rayures pour
Prées , qui parurent en divers endroits fur le
jaune . Enfin le titre de ce métal à la qualité de
véritable or , ne parut pas po voir être conteſté.
&
Dans la tecande & la troifieme expériences faites
Pone & l'autre avec le plus grand foin &
toutes les précautions pour éviter jufqu'au foupçon
de la poffibilité d'être trompé , on produifit
un métal blanc par la projection fur le mercure
, d'une petite quantité de podre blanche
fournie par l'Auteur La fixation du mercure ne
fur pas moins remarquable ; lorfque le creufet
eut rougi au feu , ture la compagnie vir ce
Auide immobile au fond , fans bouillir ni fumer.
( 23 )
1
Ce phénomène fut obfervé dans la feconde expérience
; il arriva dans la troifième , que par
quelque délai accidentel , le mercute avoit commencé
à bouillir ; mais l'ébullition cefla auffi-tôt qu'on eut
jetté deilus la poudre blanche , & elle ne reparut
plus , même quand le creutet & le mercure eurent
acquis la plus grande chaleur. L'argent produit
dans ces deux expériences , fut tellement perfectionné
dans les deux fuivantes , la quatrième & la cinquième ,
qu tranfm é par la projection d'une tres petite
quantité de poudre rouge qui y fut jettée pendant
qu'il étoit en fufion , qu'il fut trouvé par l'effai
qu'en firent MM. Pratt & Dean , Ellayeurs Jurés à
Cheapfide , contenir de l'or de la plus grande pureté
dans la proportion du huitième de ton poids. La
6e expérience fut faite le r5 Mai dernier , en préſence
de Sir Philippe Norton Clarke , du Docteur Anderfon
, lu Capitaine Grofe , du Docteur Spence , de
En eigne Grove & de M. Hallamby ; elle fut répétée
plufieurs fois devant M. Anderſon le Docteur Spence
l'Enfeigne Grofe . Une perfonne de la compagnie
prit deux onces de mercure dans un vafe placé dans
le laboratoire, & contenant environ douze livres de
ce métal fluide , deſtiné à diverfes expériences. Ces
deux onces farent mêlées dans un mortier avec une
goutte ou deux d'éther vitiolique. Sur ce mercure
qui étoit très-brillant & d'une fluid té remarquable
on mit à peine un grain de poudre blanche avec
laquelle on 1- broya pendant environ 3 minutes . En
penchant enfuite le mortier comme pour en verfer
le mercure & en le remettant dans fon alliere , il fut
obfervé que ce fluide avoi acquis une telle denfité ,
qu'il ne couloit qu'avec peine , & même point du
touri fembloit faire maffe . Ayant éte paflé à travers
sune étoffe , il refta un amalgame d'une confitance
folide , & de laquelle en la plaçant fur un charbon
de bois , on challa le mercure qui n'avoit point été
fixé à l'aide de la flamme d'une lampe dirigée par un
>
"
( 24)
>
chalumeau. Il refta alors un morceau de beau métal
blanc , que tous les effais prouvèrent étre de l'argent.
Son poids étoit de 18 grains. Mais comme il étoit
refté beaucoup de ce métal dans le mercure déja
paffé , on l'en fépara , & on en trouva encore 11
grains , qui joints aux 18 en formerent 29 d'argent
obtenu des deux onces de mercure ; l'accroiffement
en proportion de la poudre , étoit de 28 à 1.
La feptième & la huitième expériences furent faites.
en préfence des Lords Onflow, King & Palmerstone ,
Sir Robert Barker Sir N. Clarke , Baronnets ;
MM. O - Manning , Anderfon , Pollen , Robinton ,
Clerks , le Docteur Spence Will- Mann Gods
chall , Will-Smith , Will-Godschall junior , Ecuyers,
MM. Gregory & Ruffel . Nous paflerons la feptième
Expérience , dans laquelle la poudre blanche de
I'Auteur fut employée & produifit quarante fois
fon poids en argert , en en jettant un feul grain
fur du Mercure tiré , comme dans le précédent
effai du vale placé dans le Laboratoire. Nous
expoferons feulement ici les particularités les plus
effentielles de la huitième Expérience , dans laquelle
l'Auteur employa fa poudre rouge , & qui fut faite
le 25 Mai dernier. Il faut obferver que dans cette
occafion , comme dans les précédentes , la compa
gnie prit toutes les précautions pour n'être point
trompée , & que M. Price avoit exigé lui-même
toute fon attention à cet égard.
3
Un flux compofé de charbon de bois & de borax
fur mis dans un petit creufet anglois ; & dans un
petit creux pratiqué par l'impreffion du doigt , au
milieu de ce flux , on mit une demi - once de mercure
qui fut pelée par un des affiftans . Un demigrain
de la poudre rouge de l'Auteur y fut jetté par
fe Lord Palmerstone. Le creufet ayant été couvert
d'un couvercle pris , comme le creufet , parmi un
grand nombre d'autres , fut placé fut le feu & entouré
de charbons allumés. Quand le creuiet eut
acquis
( 25 )
acquis une chaleur rouge , le couvercle fut retiré ;
le mercure fut vu dans un état tranquille fans
fumer ni bouillir , & il continua dans cet état quand
il fut lui-même complertement embrafé. Le couvercle
ayant été replacé , le feu fut graduellement
augmenté & porté au plus haut degré. Le creufet refta
à ce feu blanc pendant trente minutes ; il fut alors
retiré , refroidi & rompu . On trouva au fond un
globule de métal que le coup fit tomber , & qui fut
trouvé remplir exactement le creux fait au flux qui
étoit vitrifié. Plufieurs autres petits globules étoient
répandus parmi les fcories attachées aux côtés du
creufet. On en diftribua des fragmens aux perfonnes
préfentes qui les demandèrent. Le plus gros
globale dont on a parlé & qui étoit au fond du
creufer , ainfi que l'argent produit dans l'expérience
précédente par la projection de la poudre blanche ,
fut mis entre les mains des Effayeurs , qui certifièrent
que l'un étoit de l'or & l'autre de l'argent parfaitement
purs. Un court détail de deux expériences
femblables faites le Mardi fuivant 28 Mai ,
fur une plus groffe maffe , & devant quelques - uns
des mêmes témoins , termine cette fingulière & curieufe
relation . « 12 grains de poudre blanche ,
obferve l'Auteur en finiffant , ont produit fur 30 onces
de mercure , au- delà d'une once & un quart ou 600
grains de métal blanc fixe , ou d'argent , comme
l'effai l'a démontré , ce qui eft en proportion de so
à 1. Et deux grains de poudre rouge fur une once
de mercure , ont produit deux dragmes ou 120
grains de métal teint & fixe ou d'or , c'eft-à-dire
Ces foixante fois le propre poids de la poudre.
dernières portions d'or & d'argent , ajoute l'Auteur ,
auffi bien qu'une partie du produit des premières
expériences , ont été préfentées au Roi , qui a bien
voulu donner des témoignages de fon approbation
Telle eft la
--
- כ
périences probitance du procès-verbal des expar
pour démontrer la
Ier. Février 1783.
b
` 726 )
eertitude de la tranfmutation du mercure en or &
en argent , & de la tranfmutation de ce dernier en
or , par l'addition d'une très -petite quantité d'une.
poudre inconnue. Cette découverte chymique eft
fans doute intéreffante & curieufe ; mais la manière
dont l'Auteur y eft arrivé , mourra probablement
avec lui , puifqu'il n'a pas jugé à propos de la communiquer
à fes Lecteurs «.
Les noms & les qualités des témoins ,
les circonstances des phénomènes décrits
avec préciſion , la dégradation du mercure ,
ou fi on l'aime mieux , la réduction de fes
parties les plus métalliques en or , ou en
argent , nous femblent devoir arrêter un
inftant l'attention des Savans qui cultivent
la Chymie Métallurgique. Nous penfons
qu'ils diftingueront le récit de cette tranfmutation
, d'avec celle qui fut faite à Prague
en 1648 , par l'Empereur Ferdinand III ,
ainfi que celle des fix millions d'or que.
Raymond Lulle fit à la Tour de Londres ,
pour Edouard , Roi d'Angleterre. A l'occafion
de ces faits , nous obferverons qu'avant
Staahl , les Chymiftes attribuoient au
foufre tous les phénomènes que préfentent
les travaux de la Métallurgie; ce grand homme
fe faifit de cette fubftance , la décompofa ,
en fit une analyfe exacte , & recompola
le foufre avec toutes fortes de matières,
Malgré la révolution & les changemens
qu'a occafionés le génie chymique de Sraahl ,
fes fucceffeurs étoient bien éloignés de foupçonner
( avant la découverte de M. Cheel )
que l'acide de ce même foufre , en fe mo(
27 )
difiant avec la terre animale , produiroit.
une matière qui s'enflamme par le feel
contact de l'air , & qui eft capable de
produire des effets auffi incendiaires que
ceux que l'Hiftoire nous raconte du feu
grégeois . Tout le monde a entendu parler
de la fameufe coupe d'émeraude que pofsède
la République de Gênes ; M. de la
Condamine a obfervé que ce précieux vale
étoit parfemé de petites bulles ; cependant ,
la grandeur énorme de cette coupe , qui a
plus de 14 pouces de diamètre , fon origine
, les bulles obfervées par l'illuftre la
Condamine , ont été , pour les Savans de
tous les pays , & auroient vraisemblablement
été pour long - tems un problême inexplicable
, fr M. Croharé , Chymifte de Mgr le
Comte d'Artois , en fondant les émeraudes ,
n'en avoit donné la folution. Ces exemples ,.
ainfi que beaucoup d'autres que nous aurions
pu rapporter , doivent nous engager ,
comme l'a obfervé l'Auteur de l'Univerfal
Magazine , à fufpendre notre jugement fur
les faits extraordinaires , opérés foit par la
nature , foit par le génie des hommes ( 1 ) ..
( 1) Nous ne doutons pas que ces expériences n'engagent
bien des curieux à parcourir la bibliothèque Alchymique ;
nous leur indiquerons en paffant un Ouvrage récent dans ce
genre : Difcours Philofophique fur les trois principes , Animal,
Végétal & Minéral , ou la clefdu Sanduaire Phile-
Sophique par Sabine Stuart de Chevalier . A Paris , chez
Quillau l'aîné , rue Chriftine , au Magafio Littéraire par abonnement.
2 vol. in - 12 . prix 6 liv . broché , au lieu de 11 qu'ils
fe font vendus d'abord,
A
!
b 2
( 28 )
FRANCE.
De VERSAILLES , le 28 Janvier.
LE Roi a accordé les entrées de fa
chambre au Prince Maximilien - Jofeph
frère du Duc des Deux Ponts , au Duc
de Luynes & au Chevalier de Durfort.
Le 19 M. d'Agueffeau de Frefne , Avocat
-Général du Parlement de Paris , a prêté
ferment entre les mains du Roi pour la
place de Prévôt- Maître des Cérémonies de
Ï'Ordre du St-Elprit , dont il a été pourvu
fur la démiffion de M. d'Agueffeau , ſon
père.
Le même jour M. Hocquart , préfenté
au Roi par le Garde des Sceaux de France ,
eut l'honneur de faire fes remerciemens à
S. M. pour la place de premier Préſident
du Parlement de Metz , à laquelle le Roi
l'a nommé.
à
La Ducheffe Pauline de Mortemart , eut
l'honneur d'être préfentée le même jour
1. M. & à la Famille Royale , par la Ducheffe
de Mortemart , douairière , & de
prendre le tabouret.
Le Chevalier de Roll , Colonel d'Infantterie
, Aide - Major des Gardes Suiffes , eut
l'honneur d'être préſenté à la Famille
Royale le 22 du mois dernier , & le 24 ,
celui de monter dans les carroffes du Roi
& de chaffer avec S. M.
,
( 29 )
1
De PARIS , le 28 Janvier.
On ne parle plus aujourd'hui
que de
la Paix , dont les préliminaires
ont été
fignés le zo de ce mois ; le même jour ,
on envoya à la Bourfe un Bulletin , pour
annoncer cette nouvelle fi intéreffante
pour
le Commerce ; on auroit defiré pouvoir la
donner également ce même jour à la partie
du public qui ne fort que le foir pour aller
aux fpectacles , en faifant jouer la Comédie
de l'Anglois à Bordeaux , fur le Théâtre
de la Nation ; mais les Comédiens
n'étoient
point préparés , & M. Mollé , en verant
annoncer la deuxième repréſentation
du
Roi Léar , tragédie de M. Ducis , qui venoit
d'être donnée pour la première fois ,
avec le plus grand fuccès , fe contenta d'ajouter
, En attendant l'Anglois à Bordeaux ,
Comédie , remife au Théâtre à l'occafion de
la Paix.
Les préliminaires
, fignés le 20 de ce
mois , fixent la curiofité générale ; bien des
perfonnes fe font empreffées
de publier
plufieurs bulletins , dont il eft difficile de
juger de l'exactitude
, parce qu'ils ne s'accordent
pas fur tous les points ; en attendant
que l'on foit mieux inftruit , nous donnerons
le fuivant , que nous ne choififfons
que parce qu'il eft le plus étendu , mais que
nous ne conteftons
ni ne garantiffons
.
Le Sénégal & l'ifle de Gorée à la France , ainfi
que Tabago & Sainte- Lucie ; les autres conquêtes
b3
30 1
rendues en ftipulant les conditions pour les Caraïbes
de Saint - Vincent ; Terre-Neuve partagée par
une ligne diagonale , pour la pêche de la mue,
dans la partie orientale de l'ifle ; Pondichery rendu
avec 162 aldées on villages ; Mahé , Karical , &c.
rendus dans le même état qu'à la paix de 17633
plus de Commiffaire à Dunkerque . Minorque
& les deux Florides aux Efpagnols ; convention
pour la coupe di bois de campêche. Le traité
des Hollandois provifoire. L'armiftice après
l'échange des ratifications ; favoir , 12 jours dans
la Manche & mers voifines , fans conferver l'expreffion
de mers Britanniques , 20 jours aux Açores
; 2 mois jufqu'à la ligne ; 4 mois pour les
ndes .
-
Les préliminaires ayant été fignés avant
midi , dès les 4 heures , tous les Couriers
chargés de les porter aux Cours refpectives ,
étoient partis. Après qu'on aura reçu ici la
ratification du Roi d'Angleterre , M. le Comte
de Mouftier , Miniftre du Roi à Trèves ,
paflera , dit -on , à Londres , jufqu'après la
conclufion du Traité , qu'on y enverra un
Ambafladeur ;, & comme le Traité doit être
figné à Verſailles , l'Angleterre ne tardera
pas , fans doute , à y envoyer une Ambaffadeur
extraordinaire , qu'on croit devoir
être le Duc de Richemont.
3 .
>
Selon les lettres de Cadix , du 3 de ce
mois , M. le Comte d'Eftaing étoit toujours
à Carraque , occupé de fon armement
qu'il preffoit avec la plus grande célérité ,
faifant travailler continuellement , & ne
fouffrant aucune interruption les dimanches
& les fêtes. On croit que cette activité aura
( 31 )
été arrêtée le 19 ou le 20 de ce mois ,
F'arrivée du Courier , parti le 9 ; on dit
aujourd'hui que ce Courier a été annoncer
à Cadix la ceflation des hoftilités , qui devoit
fuivre la fignature des articles préli
minaires.
·
Nous venons d'apprendre que le Che
valier de Borda , montant le Solitaire de 64
canons , qui avoit conduit M. le Marquis
de Bouillé à la Martinique , étant forti de
Fort Royal avec une frégate & une corvette
, pour croifer au vent de la Barbade ,
eft tombé , le tems étant fort brumeux ,"
dans l'efcadre de 8 vaiffeaux détachés de
l'armée de Howe , fous les ordres du Contre
- Amiral Hughes. La frégate feule a
échappé.
le L'Académie Royale de Chirurgie propoſe pour
fujet du Prix de l'année 1784 , de déterminer les
différentes conftructions des ftylets ou fondes folides
, & des fondes cannelées ; quels font les cas où
elles doivent être admifes fuivant leur forme particulière
, & quelle eft la méthode d'en faire ufage.
Pour celui de 1785 : En quel cas les cifeaux à
incifion , dont la pratique vulgaire a tant abufé,
peuvent être confervés dans l'exercice de l'Art
quelles en font les formes variées , relatives à dif
férensprocédés opératoires ; quelles font les raifons
de préférer ces inftrumens à d'autres qui peuvent
& également divifer la continuité des parties ,
quelles font les diverfes méthodes de s'en fervir.
Chacun de ces Prix eft une médaille d'or de 500 liv .
de la fondation de M. de la Peyronie . Les Difcours
doivent être envoyés , francs de port , à M. Louis ,
Secrétaire perpétuel de cette Académie .
b 4
( 32 )
Parmi les productions extraordinaires
qui naiffent quelquefois dans les potagers ,
les Amateurs du jardinage diftingueront
fans doute , celle d'un melon d'une groffeur
rare , qui pefoit 35 livres ; ce beau fruit.
eft né l'année dernière dans le jardin de.
M. de Neirac , Avocat , fils du Subdélégué
de Vabres en Auvergne ; c'eſt ainſi qu'il en
parle dans une lettre.
J'ai fait pendant long-tems des recherches
pour connoître l'efpèce de ce melon ; je n'ai plus
Trouvé le papier qui fervoit d'enveloppe à la graine,
qui devoit être numéroté. M. l'Abbé Roger ,
m'a été de quelque fecours pour découvrir l'extrait
baptiftaire de ce beau fruit , dans la defcription
qu'il a faite de différentes efpèces de melons. J'ai
cru reconnoître le mien à celle du melon-morin ,
qui brode beaucoup , & devient très- gros. C'eft ,
ajoute-t-il , l'efpèce que les Maragers cultivent le
plus ordinairement. Voici la manière dont j'ai cultivé
le pied qui a produit ce beau melon : j'avois
d'abord fait faire une petite couche composée de
partie de terre de notre jardin , de crotin de che
val & de terreau du four , qui n'eft autre chofe
que de la feuille de bruyère pourrie . Je fis femer
fur cette couche de la graine d'aubergines , d'où
je les ôrai quand elles furent affez fortes pour être
plantées ; alors j'y femai 3 ou 4 graines de melon ,
3 levèrent ; l'un de ces pieds prit le deſſus & étouffa
· les autres ; il devint fuperbe & vigoureux en peu
detems ; onne tarda pas à appercevoir quelques petites
formes. L'une d'elles prit beaucoup plus vite un certain
accroiſlement ; les autres périrent. J'ai fait arrofer
de tems en tems le pied à caufe de la féchereffe
qui a été très-longue. Je fis femer d'autres graines
de la même eſpèce dans un terrein que je n'avois
( 33
pas fait préparer à cet effet , mais qui eft pourtant bon ; une fois que les graines ont été levées , la Pro- vidence a fait tout le refte ; on n'en a pris nul foin ;
& pourtant j'ai eu de bons melons , un entr'autres
de 15 livres & demie, qui a été très-bon . Le gros auroit été excellent ; il étoit un peu paffé quand il a été mangé ; mais j'ai voulu facrifier la bonté du melon à
celle de la graine «<. On lit , dans les Affiches de Provence
,
que la nuit du Jeudi au Vendredi
10 de
ce mois , vers les 4 heures & demie , on a reffenti á Marſeille
une fecouffe de tremblement
de terre , qui a duré environ deux
fecondes ; elle a été plus fenfible dans les
quartiers élevés , que dans les parties inférieures.
Perfonne
n'ignore
que les Grecs , les
Romains , & toutes les nations policées
ont confacré & confacrent
par des monumens
publics , les noms & les vertus de
leurs concitoyens
. L'Auteur
de l'Epitaphe
fuivante a toujours
defiré que le Gouvernement
établit un Tribunal
national , au
jugement
duquel feroient foumis les citoyens
après leur mort ; il réfulteroit
de cette fage
inftitution
, que les honnêtes
gens feroient
encore plus excités à la vertu , par l'efpé- rance que leur mémoire
feroit tranfmife
à
la poftérité
avec des éloges dignes d'eux , & les méchans
deviendroient
peut - être
meilleurs
par la honte de la flétriflure
qui
feroit imprimée
à leurs noms.
Hic jacet Jacobus VAUCANSON
,
& probatiffimâ
inter Helvios domo
ex antiquâ
oriundus
bs
( ( 34 )
,
,
& unus è Regiâ Scientiarum Academia. Felix
natura emulus nova edidit miracula ; Sud Sponte
fe
moventem anatem finxit grana ingerentem
digerentem , egerentem , ut ipfa anates confan
guineam crederent
& natura ftupens fe propè
victam
confiteretur.
Divinitatis quafi confors.
fictitio tibicini, animam afflavit : intimam pulmonum
compagem eâ folertiâ concinnavit , ut
micante lingua , & digitis micantibus , muficos
fonos fic apte fiftulâ
modularetur , ut ipfi tibicines
novo tibicini inviderent. De patriâ benè
meritus artes novis artibus
promovit . Mathematica
fagacitate organum illud
excogitavit
quo bombycum fila nitidiùs , fubtiliùs evolverentur
, & quo finguli opifices vicariam opifi-
હ
cum operam præftarent , & vectigalia ,
opifices_vicariam
extraneis ferviliter erogata , in publica com- priùs
moda cederent. Civis & parens optimus , blanda
morum comitate , piâ
adversùs
confanguineos
caritate
commendabilis ; inter civium defideria ,
familia planctus , fuorum gemitus diem fuum
obiit
M. D. CC. LXXII . Hoc perennè pietatis monu- 74 die 21
Novembris
mentum pofuêre Par M.
TROCHEREAU
DE LA BERLIERE , ancien
Commiffaire de la
Marine , &
Correfpondant de
l'Académie des
Sciences de Rouen.
J natus annos
.....
M.
d'Aubenton , de
l'Académie Royale des
Sciences , chargé par le
Gouvernement de
faire des
épreuves fur des
troupeaux , pour
rechercher les moyens de
perfectionner les
laines , vient de
publier un
Ouvrage bien
intéreffant fur ce fujer ; il eft le fruit de 14
années
d'obfervations , qu'il a
étendues à
rout ce qui pouvoit être bon à la fanté des
troupeaux , qui influe
beaucoup fur les qua6351
(
lités des toifons . Cet Ouvrage , revêtu de
l'approbation de l'Académie , & imprimé
fous fon Privilége , ne fauroit être trop
recommandé à tous ceux qui vivent à la
campagne , & qui s'y occupent de diverfes
branches d'Economie , & fur - tour de
l'éducation des troupeaux . L'Auteur s'eft
attaché à y répandre beaucoup d'ordre , de
clarté , d'exactitude , & à le mettre à la
portée des Lecteurs de toutes les claffes.
L'impreffion en a été très foignée ( 1 ) .
La feconde livraiſon de l'Encyclopédie eft actuel.
lement en vente. Cette feconde livraiſon eft compofée
du Teme fecond , première partie de la Jerifprudence
; du Tome premier , première partie de la
Littérature; & du Tome 1er. , première partie de la
Géographie . Les Éditeurs font obligés de répéter
(1 ) Inftrudion pour les Bergers & pour les Propriétaires
de troupeaux. Par M. d'Aubenton de l'Académie Royale des
Sciences , de la Société Royale de Médecine , Lecteur & Profeffeur
d'Hiftoire naturelle au Collége Royal de France ,
Garde & démonftrateur du Cabinet d'Hiftoire Naturelle du
Jardin du Roi , des Académies de Londres , de Berlin , de
Pétersbourg , de Vergara , de Dijon & de Nancy. Un vol .
in-8° . A Paris , de l'Imprimerie de Ph.-D. Pierres , Impri
meur ordinaire du Roi , rue St - Jacques.
Le fieur Viffe , Libraire , fue de la Harpe , au coin de la rue
Serpente , vient d'acquérir quelques exemplaires d'un Ouvrage
très-intéreffant , dont il nous fuffit de placer ici le titre :
Tables d'intérêts fimples & compofés à diverfes rentes ,fuivies
de celles de MM de Buffon & Halleyfur la mortalité dans
les différens âges de la vie , de divers calculs latifs aux
annnuitésfur des vies , & c. Par Alexandre Fatio de Veveyen
Suiffe. 1 vol . in-fol . , prix 8 liv . broché. I
7
(1 ) Le Tome premier , première Partie du Commerce , que
l'on comptoit pouvoir publier dans cette feconde Livraifon ,
ne pouvant être prêt que dans quinze jours , fera publié avec
Plufieurs Perla
troifième Livraifon au mois d'Avril.
fonnes , qui ont fouferit à l'édition actuelle , auroient defiré
b 6
( 36 )
ici qu'il faut que MM. les
Soufcripteurs aient la
bonté de fe prêter à recevoir ainfi , jufqu'à ce que
l'Ouvrage feit plus avancé , des Volumes entiers
& des demi-Volumes. Cette
publication par demi-
Volumes n'entraîne aucune espèce d'embarras pour
le Public , parce qu'on ne peut faire relier cet Ouvrage
que lorfque le Vocabulaire univerfel , qui
indiquera l'ordre des Volumes , en y
renvoyant ,
aura paru. L'Ouvrage & le Vocabulaire étant dépendans
l'un de l'autre , toute reliure actuelle feroic
abfolument perdue. Cette feconde livraiſon , compofée
de trois demi-Volumes , brochée en carton ,
coûte 18 liv . , & en feuilles 16 liv. 10 fols , conformément
au
Profpectus. M. Pierres s'eft chargé
de
l'impreffion de la
Littérature ; M. Cellot de la
Géographie ; M. Stoupe , de la
Jurifprudence. On
indiquera à chaque nouvelle Partie le nom de Meffieurs
les
Imprimeurs. - N. B. La
Soufcription de
l'Encyclopédie au prix de 751 livres fera ouverte
jufqu'à la fin d'Avril 1783 .
un plus gros caractère, & payer cependant le même prix; mais
ces Perfonnes veulent
l'impoffible . Chacun des Volumes
in-4 . actuels étant de 800 pages , d'un petit caractère , d'une
juftification
extraordinaire ( on nomme juftification la lon
gueur & la largeur des pages ) ,
comprennent autant de matière
que quatre à cinq Volumes in-4°. qui n'auroient que
600 pages , & qui feroient imprimés en Saint Auguſtin ,
caractère ordinaire des in-4° .; de forte que les 53 Volumes
in-4° . tiennent lieu de plus de 200 de ces Volumes. Il faut
encore obferver
que certe
Encyclopédie , qui comprendra le
même nombre de planches de l'édition in folio de Paris,
Compris les Supplémens , & qui renfermera près de moitié
plus de difcours , ne coûte aux
Soufcripteurts qu'un peu plus
du tiers du prix de la première édition in-folio. Le Public
n'ayant voulu ni de l'édition in-4°. à trois colonnes , &
encore moins de l'édition in- 8 ° . à deux colonnes , puifqu'au
14 de Mars 1782 il n'y avoit pas 30 Soufcriptions de ce dernier
format, c'eft par l'effet d'une nouvelle combinaiſon &
en propofant l'édition actuelle in-49 . à deux colonnes , fur
le papier de Limoges , que l'empreffement du Public a alors
déterminé le fuccès de cette entrepriſe. Plufieurs Per-
--
( 37 ) }
M. Dezauche , rue des Noyers , dont
nous avons annoncé précédemment deux
Hémisphères ou grande Mapemonde , en
deux feuilles , vient de publier deux nouvelles
Cartes qui y font fuite. Ce font deux
Hémisphères Septentrional & Méridional ,
coupés à l'Equateur , ou la Terre vue des
Poles , pour montrer plus diftinctement les
terrès arctiques & antarctiques. Ces Cartes ,
faites par MM. de Lifle & Buache , premiers
Géographes du Roi , & de l'Académie Royale
des Sciences , ont été revues , corrigées &
augmentées par M. Dezauche leur fucceffear;
on y trouve les nouvelles Découvertes
du Capitaine Cook , & les différens Voyages
de ce célèbre Navigateur ( 1 ) .
Le 16 du mois dernier , écrit - on d'Etampes ,
des voleurs fe font introduits dans l'Eglife des
Barnabites de cette ville , par la porte d'entrée de
leur maison , qui étoit ouverte. A l'aide d'un paffepar-
tout , ils ont pénétré dans la Sacriftie qui eft
précisément derrière l'Autel , fe font gliffés dans
fonnes qui font de la première Soufcription au prix de 672 1 .
auroient auffi defiré que leurs paiemens actuels fuffent diffé
rens des paiemens de celles qui font de la feconde Soufcription
; mais cet arrangement n'auroit pu encore avoir
lieu fans beaucoup d'embarras ; c'eft pour les prévenir qu'ils
feront tous égaux pour les deux Souſcriptions juſqu'à l'inſtant
où les premiers Soufcripteurs auront payé 672 liv. pour
les Volumes de difcours & fept de planchés , en feuilles ,
& à cet inftant les paiemens qui continueront pour ceux de
la feconde Soufcription , n'auront pas lieu pour les premiers.
On en préviendra par des Avis particuliers.
53
( 1 ) Leur prix eft de 2 liv. 1of. On trouve auffi chez M, Dezauche
les Campagnes du Maréchal de Maillebois , compofées
de quantité de Plans de Batailles , Marches d'Armées , &c.
Par M, le Marquis de Pezay , prix 144 liv.
( 38 )
T'Eglife , y ont enlevé le Calice & un Rochet trèsfin
& très-beau. Ils fe font enfuite retirés , en laif
fant ouverte la porte de la Sacriftie . Ce vol paroît
avoir été fait fur les huit heures du foir , pendant
le fouper des Religieux , parce qu'ils font dans
l'ufage de ne fermer lear poite d'entrée qu'après
leur fouper ; ce qu'ils ont fait fans s'appercevoir
da vol. Quelques particuliers prétendent avoir vu ,
à huit heures & demie ou neuf heures du foir ,
trois quidams vêtus en gris , ayant chacun un gros
bâton , fe promener aux environs de cette Eglife ,
& s'en aller par les remparts de la ville . Cet objet
intéreffe trop les Citoyens , pour ne pas le publier
avec célérité. On prie les Orfèvres de la Province
, dans le cas où un Calice leur feroit préfenté
par des inconnus , de vouloir bien recourir
anx voies que leur zèle leur fuggère en pareille
circonstance .
On écrit de Caftres que l'utile établiffement
d'un Cours d'Accouchemens pour
l'inftruction des Sages-Femmes , formé fous
les aufpices de l'Evêque de cette Ville , &
dirigé par M. Joard , Chirurgien- Major ,
& Surveillant des Hopitaux du Languedoc ,
continue d'avoir le plus grand fuccès . L'Intendant
de Bordeaux vient d'en former un
pareil , & l'Archevêque de Toulouſe fe
propofe de former aufli , dans fon Diocèle ,
une Ecole , qui a pour objet de veiller plus
sûrement à la confervation des femmes en
couche & à celle de leurs enfans.
» Le fieur Duboft , Sergent en charge des Gardes
de la Ville de Paris , continue de vendre fon Siropde
-Vie , tiré du règne des végétaux . Son Effence
de Beauté , d'un ufage égal pour la barbe , pour
le teint des Dames , & qui fert aufli de pâte pour
-
+
739 )
les mains. Son Sirop ftomachique - cordial , dont
les propriétés font de ranimer la circulation du
fang , de réveiller l'appétit , & de faciliter la digeftion
. Sa Poudre purgative , nommée Or potable
, fouveraine pour la guérifon des laits répandus
, des tremblemens de nerfs , & c. ; on peut
prendre ce purgatif fans garder aucun régime , ea
donner même aux enfans nouveaux - nés : il eft approuvé
par deux Arrêts du Parlement , rendus fur
le rapport des plus célèbres Médecins . - Le Rouge
de Paris , tiré du règne végétal , prix , 3 liv. , &
6 liv. 10 f. le fot. Pomade de Ninon Lenclos ,
Four préferver la peau des rides , pour les effacer
même , & la tenir dans un état continuel de fraîcheur.
Sa qualité eft de préferver du hâle du foleil
, & d'effacer les rides qui en proviennent.
Eau Univerfelle , dite du Grand - Seigneur , antifcorbutique
, céphalique , diaphorétique , opthalmique
, &c . Cuirs à Rafoirs , qui exemptent
de la néceffité d'avoir des pierres pour les repalfer.
- Elixir pour la bouche & pour les dents .
Limonade en poudre , diurétique & apéririve ,
très rafraîchiffante. On met une once de cette
poudre dans une chopine d'eau ; on bat le tout
enfemble , & la limonade eft faite. Eau de Cologne
fupérieure , avec la manière d'en faire ufage.
-
Ceux qui feront à l'Auteur l'honneur de lui
écrire , font priés d'affranchir leurs lettres. Il demeure
enclos du Temple , à Paris . Il a formé des
dépôts , à Grenoble , chez Madame Durent & Compagnie
à Versailles , au bas de l'efcalier des
Princes ; à Xaintes en Xaintonges , chez M. Gaillard,
Négociant : il n'en a plus à Lyon . Pour la
sûreté des Acheteurs & pour prévenir les contrefaçons
, il fera paffer franc de port , dans tout le
Royaume , tous les envois dont on lui fera fa demande
directement , pourvu que la fomme foir
au-deffus de 30 liy. “,
( 40 )
L'Académie Françoife , dans fon Affem
blée du 16 de ce mois , a adjugé le Prix
fondé par un Anonyme , au meilleur Ouvrage
fait en faveur de l'Education , aux
Converfations d'Emilie, Ouvrage de Madame
d'Epinay , en 2 volumes in- 12 . Ils fe vendent
chez Belin , Libraire , rue St-Jacques ,
près St -Yves. Prix , 6 liv. relié.
Adrien-Théodore Roderigue , Comte
d'Andelot , Chevalier de l'Ordre Royal &
Militaire de St-Louis , eft mort ici le 26
Décembre dernier , dans la 64e année de
fon âge.
Blanche - Fortunée de Reinont , épouse.
du Comte de la Foreft , Brigadier d'Infan
terie , Lieutenant de Roi de la Citadelle de
Belançon , eft morte en cette Ville le 9 de
ce mois .
Jeanne- Françoife Geneviève Demouchet
de Villedieu , Abbeffe de Bellecombe ,
Diocèle du Puy , eft morte en fon Abbaye
le 7 de ce mois dans la 54e année de fon
âge.
De BRUXELLES , le 28 Janvier.
Le nombre des bâtimens qui font entrés
dans le port d'Oftende , pendant le cours
de l'année dernière , monte à 2636 ; & on
apprend que pendant la même année il n'y
a pas eu moins d'activité dans les ports
Autrichiens de Fiume , de Buccari & de
Portoré ; les bâtimens qui y font entrés mon(
41 )
-
tent à 1747 , & ceux, qui en font fortis à
2132. Ces derniers étoient chargés de tabac,
de viande falée , de fucre , de fyrop , de boîtes , de douves , de bois de conftruction
, de rames , de charbons
, de potaffe , de cire , de laine , de poiffons
frais & fecs , de bled , de cuivre , de fuif & de vins . En 1781 le nombre des bâtimens
fortis de ces
Ports ne montoit qu'à 1700 ; le commerce
actif de ces Ports s'eft donc accru en 1782
de 432 bâtimens
.
3
Les trois Régimens , connus en Hollande
fous le nom de Brigade Ecoffoife , ont été
mis fur le pied des troupes nationales de
la République ; on a fait une nouvelle for-.
mule de ferment que doivent prêter les
Officiers ; on leur a accordé 6 femaines
pour
>
fe mettre en état de le faire , & on
écrit que ce terme leur a paru trop court
& qu'ils ont demandé un nouveau délai ;
il eft en effet néceffaire à plufieurs , qui
font encore jeunes , & qui doivent écrire
dans leur patrie .
» Le Gouvernement ajoutent ces lettres , paroit
décidé à faire difparoître toutes les traces
des anciennes liaifons ou chaînes que l'Angleterre
lui avoit impofées fous le nom d'alliance.
On dit que l'on a publié en Angleterre ce que
la Nation penfe à cet égard dans une lettre attribuée
au Lord Grantham ; ce Miniftre allure que
ceux qui voudront prêter le ferment , n'ont rien
à craindre du Gouvernement Britannique , mais
que ce même Gouvernement accueillera avec dif
tinction ceux qui préféreront d'abandonner le fervice
des Etats Généraux ".
42 )
On lit dans les papiers Hollandois que
les
Plénipotentaires de la République à
Paris , reinirent le 6 di mois dernier à M.
Fitz-Herbert un Mémoire contenant les
propofitions des Etats Généraux , auquel , le
31du même nois , le
Plénipotentiaire Anglois
fit la réponſe fuivante.
а
כ כ
Le fouffigné Plénipotentiaire de S. M. B.
reçu ordre de fa Cour de proofer à MM.
les Plénipotentiaires des Etats - Généraux , en réponſe
à leur Mémoire , les articles fuivans..
1º. Comme les différentes relations particulières
qui avoient fubfiité depuis tant d'années entre la
G. B. & la République ont ceffé , autant par une
fuite naturelle de la préfente guerre , que par la
conduite de la Rép bine antérieurement à la
rupture ; & que LL. HH. PP . paroiffent être très-peu
difpofées à renouveller dans le moment actuel
toutes ces anciennes liaiſons , S. M. propofe,
que les deux Etats le gouverneront , quant aux
relations de commerce qu'ils peuvent avoir entre
eux , purement & fimplement par les principes
généraux du droit des gens ; à quoi le
fouffigné a ordre d'ajouter , qu'autfi - tôt que les
Nations , engagées dans la préfente guerre commenceront
à former les nouveaux arrangemens
de commerce , que les nouveaux rapports qui
fubfifteront entre elles rendront probablement
nécefaires , S. M. par une fuite de fes bonnes
difpofitions envers la République , fera prête à
contracter avec elle tels engagements de commerce
, qui pourront convenir à la fituation des
deux Etats & à leurs intérêts refpectifs . Ce te
propofition qui place LL. HH . PP. dans la même
fituation vis - à - vis de l'Angleterre , que celle où
elles fe trouvent vis - à - vis de plufieurs autres
( 43 )
Pays Maritimes & Commerçans de l'Europe
contient tout ce que le Roi pourroit leur accorder
, eu égard à la pofition relative des deux
Narions , & conformément à la taifon & à la
juſtice ; car , quant à ce qui eft allégué dans le
Mémoire de MM. les Plénipotentiaires de Hollande
, relativement à la propofition faite par
M. Fox a M. de Simolm , eft incontestable
gre ke te propofition a été néceffairement liée
avec celle de la conclufion d'une paix féparée
avec la Hollande , & qe cette fec nde offre
ayant été rejettée par LL. HH . PP. , la première
eft devenue dès l'inftapt méme nulle & de nul
effet , & enfin , fous quelque point de vue qu'on
voudra l'ecvifager , comme entièrement non
avenue . 2 ° . Le Roi , par un effet de la modération
, confent de reftir er à LL. HH. PP . toutes
les poffeffions , qui leur ont été enlevées par fes
armes dans la prétente guerre , & dont il fe trouvela
faifi à la conclufion de la paix , à l'exception
de Trincosomale dans l'ifle de Ceylan avec
fes dé, endances. 3 ° . Le Roi ne fçauroit admettre
la demande d'un dédommagement des pertes
que
les Provinces Unies ont efluyées dans la
guerre actuelle , puifqu'une telle prétention répagne
également aux principes les plus clairs de
la raifon & du droit des gens ; mais Sa Majefté
confentira fans peine à ce que la décifion des .
prifes faites avant la rupture par fes Sujets for
ceux de Leurs Hautes Puiflances foit remife aux
Cours de Juftice de l'Amirauté Britannique ,
formément aux règles établies par toutes les Nations.
Du refte le fouffigné ne fauroit fe
difpenfer d'ajouter que , quant à ce qui eft infinué
dans le troisième article du fufdit Mémoire ,
relativement à la prétendue origine de la rupture
entre les deux Pays , l'Angleterre auroit de quoi
-
con(
44 )
ces rai
conftater par des raifonnemens irréfragables ;
qu'il n'y a pas de moyens qu'elle n'ait tentés
pour éviter cette guerre , & que ce fut avec un
regret extrême , qu'elle s'y eft yue nécellairement
entraînée : mais on n'infiſte pas fur c
fonnemens , parce qu'il eft difficile de ne point
fentir , combien une pareille difcuffion , dont
l'unique effet feroit d'aigrir les animofités de part
& d'autre , auroit été nuifible & déplacée au moment
d'une Négociation pour le rétabliſſement
de la paix. La Cour de Londres a lieu de fe flatter
que ces articles feront regardés comme fourniffant
une nouvelle preuve de la modération du
Roi & de fon defir conftant de parvenir à une
réconciliation prompte & permanente avec toutes
les parties impliquées dans la préfente guerre.
Les Miniftres Hollandois , après avoir
communiqué cette réponſe à la Cour de
Verfailles , y répliquèrent par le Mémoire
fuivant , qui fut remis les de ce mois à
M. Fitz-Herbert.
" Les fouffignés Ambaffadeur & Miniftre-
Plénipotentiaire des Etats - Généraux des Provinces-
Unies , ont vu avec beaucoup de peine dans la réponte
de M. Fitz - Herbett le peu de difpofition de
fa Cour , pour accélerer la réconciliation avec la
République à des conditions équitables. Les foulfignés
le trouvent obligés , 1º . de demander des
éclairciffemens fur ce que la cour de Londres entend
par les principes généraux du droit des gens.
Si par cette dénomination générale elle entend
celui , qui eft puifé dans le droit primitif des nations
, qui rend la navigation & le tranfport de
toutes fortes de marchandifes indiftinctement entièrement
libre , fans reftriction quelconque , à
45
l'exception de ce qui eft communément reconnu
pour contrebande , favoir , munitions de guerre ,
telles qu'elles font nommément exprimées dans le
Traité de 1674 , qui fubfiftoit ci -devant entre l'Angleterre
& la République , & celui de la navigation
de l'année 1713 , entre la France & la G. B .;
les fouffignés ofent fe perfuader , que LL . HH.
PP . ne feront aucune difficulté de l'admettre pour
bafe irrévocable de la négociation , & qu'elles fe
prêteront même avec plaisir à fonder fur cette baſe
irrévocable le traité définitif de Paix ; & enfuite
un traité de Commerce particulier , auffi-tôt que
les nations , engagées dans la préfente guerre ,
commenceront à former les nouveaux arrangement
de Commerce , que les nouveaux rapports
qui fubfifteront entre elles pourroient rendre néceffaires.
2. Les fouffignés ne peuvent guères
concilier l'exception de Trinconomale avec la modération
reconnue de S. M. B. , & quoique les
ordres des Etats - Généraux ne leur permettent
point d'entrer en difcuffion fur cet objet , tant
que le premier point ne fera pas arrangé , ils ne
préfument pas que dans aucun tems LL. HH.
PP. puiffent les autorifer à foufcrire à cette condi
tion. 3 °. Pour ce qui regarde le dédommagement
, on peut fe réferver de s'en occuper , lorfqu'on
aura pu s'entendre fur les deux autres articles.
Au refte les fonffignés guidés par le feul
motif d'éviter tout ce qui pourroit aigrir les efprits
au
moment qu'ils s'occupent du rétabliſlement
de la Paix , s'abftiendront
de faire des obfervations
fur quelques paffages de la réponſe de M. le Plénipotentiaire
de S. M. B.; ils fe flattent ,
que la cour de Londres ne tardera pas à donner
des éclairciffemens
plus fatisfaifants , & que M.
7461
Fitz-Herbert voudra bien employer fes bons offices ,
pour que le Ministère de S. M. fe rapproche da
vantage des demandes modérées , propofées dans
le mémoire du 6 Décembre , & concourre au
rétablillement d'une Paix folide & durable ,
On fe flatte que depuis que les préliminaires
entre la France , l'Espagne & la G. B.
font arrêtés , le Ministère de Londres &
celui de Hollande fe font rapprochés ; on
lit à ce fujet les obfervations fuivantes
dans une lettre de la Haye.
C'est en effet Trinconomale que les Anglois
vouloient abfolument garder , qui a retardé la
fignature des préliminaires. Il paroît aujourd'hui
que le Cabinet de S. James , s'eft défifté de cette
prétention . Cependant on affure qu'il perfifte à
vouloir un port & un établiſſement dans l'ile de
Ceylan , en échange de celui - là ; il veut outre
cela garder Negapatam & un autre petit Comptoir
qu'il nous a enlevés. Nos Plénipotentiaires
n'ayant pas des pouvoirs affez étendus pour confentir
à de pareilles ceffions , fe font excufés de
figner le traité provifoire , & ils ont dépêché"
aux Etats- Généraux pour avoir de nouvelles inftractions.
C'est peut- être la raifon qui fit partic
fur-le- champ M. le Duc de la Vaaguyon qui eft
arrivé ici. On ne préfume pas que les Etats - Géné
raux cèdent jamais aux Anglois un pofte dans
liffe de Ceylan , ce feroit un fujet de guerres éter
nelles , parce que des voifins auffi actifs & auffi
intriguans , ne manqueront pas de foulever à
tout propos , les naturels du pays , contre nous ;
on fait que ces peuples font affez braves & affez
aguerris. Il faudra que les Etats confentent à
la ceffion de quelques petits établiemens que
( 47 )
nous avons fur la côte de Coromandel . On eft
curieux de favoir ce qui a été ftipulé pour les
Princes Indiens ; quant à Hyder- Aly , la médiation
de la France peut amener la paix avec la
Compagnie Angloife ; mais elle fera obligée de
faire des facrifices. On fait qu'il defire depuis
long- tems la Province de Maduré & Trichenapaly ;
& on fait auffi que la Compagnie les lui avoit
déjà offertes «.
C'eft le 18 de ce mois , après-midi , que
M. le Duc de la Vauguyon arriva à la Haye.
Les lettres de la Haye nous apprennent que
le même foir il eut une longue conférence
avec le Confeiller- Penfionnaire de la Province.
Les mêmes lettres portent que le Vice-
Amiral Hartfink remit il y a quelques jours
aux Etats - Généraux , les procès - verbaux de
ce qu'il a fait pendant qu'il a commandé
l'efcadre de la République au Texel it a
demandé en même tems de quitter ce commandement
; & le Vice-Amiral Pierre- Henri.
Reynst a été défigné pour lui fuccéder.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 21 Janvier.
Les Lords de la Régence à Hanovre , ont écrit
à M. Townshead , que les ordres du Miniſtère
étoient éxécutés , & que 6000 hommes de troupes
de l'Electorat pouvoient le porter par- tout où
on le defireroit.
Lorfque M. Grenville s'eft procuré un vote de
la Chambre des Communes , portant » que pour
( 48 )
a faire face au dépenfes néceffaires pour la protection
des Colonies , il convient de les affujettir à cer
tains droits de Timbre ; les Américains devoient
fuck pluss des quarante millions aux Négociants de la
G. B. Ne pourroit on pas démander à quoi
montent les remifes faites fur cette fomme depuis
cette époque. La totalité ou du mois la majeure
partie de cette fomme , augmente confidérablement
les dépenfes de la Guerre , ou les pertes
qu'elle a occafionnées,
200
wd , ofang
Dans le feu que les bombardes Espagnoles ont
fait fur la prife le St- Michel de 74 , fit on dans une
lettre de Gibraltar du 19 Décembre , une bombe a
par malheur atteint ce vaiffeau , où elle a tué 3
homines en a bleſſé IS. Le bâtiment a reçu
quelques dommages , la bombe étant tombée fur
un de fes canons .
(
15.
auffi
Un Officier au fervice de la Compagnie des
Indes , vient d'arriver à l'hôtel de la Compagnic.
Il avoit pris fon paffage à bord d'un bâtiment
Danois venant de Tranquebar , & qui a relâché
à Sie-Helène. Il apporte la nouvelle de l'arrivée à
Ste Helène du vaiffeau de la Compagnie des Indes
2 que l'on attendoit . Le Comte de Dartmouth à
péri dans la traverfée , outre une cargaifon pré
eieufe dont ce vaiffeau étoit chargé , il avoit à
bord 150,000 liv. fterl. en efpèces. La plus grande
partie de cette fomme appartenoit à des particuliers.
On prétend avoir reçu par la même voic , l'avis
que le Chevalier Eyre- Coote étoit entré en cam-
099mpagne , avec fix mois de provifions ,
On a reçu par la même
Commodore Bickerton. Il avoit encore pour un
ne voie des nouvelles du
mois de chemin , avant d'arriver à la côte de Coro
mandel , lorfqu'il fut rencontré par le bâtiment
dagsmatic Danois , dont on vient de parler,
104
A forvita
Leroyoki ash urt, à
index ? :s ?
2016-20
3140
alivio
Stinemu ob obed
28 , supiile
alstsvinu nouslig
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 15 Décembre.
,
IL ne tranfpire plus rien icì des affaires
de la Crimée depuis le rétat liffement de
Sahim Gueray ; fes deux fiè es fe font ſoumis
au vainqueur qui le a traités avec
clémence ; les Tartares qui les avoient foutenus
, fe font retirés avec leurs familles en
Afie , où ils ont tranfpoité leurs d、meures. Il
eft probable , à préfent que le calme eft rétabli
dans cette périnfule , que la Port fera
mieux di pofée à conferve . la paix av.c fes
voifins . Les troubles intérieurs de quelques
Provinces de l'Empire paroiffeut être un motif
de plus de 'y determiner. Ils continuent
fur-tout dans le Ku dift n où quel ues
Pachas ont reçu ordre de fe rendre avec les
troupes de leurs Gouvernemens.
>
L'efprit de révolte & de fédition n'a pas
ceffé non plus dans cette Capitale , où il y
8 Février 1783 . C
1
750 )
a eu de nouveau un incendie, qui s'eft manifefté
près de la Moſquée du Sultan Achmet
, & qui a confumé plufieurs maiſons ,
dont une dixaine appartiennent à des Membres
du Divan.
On apprend de Sinyrne que les troubles
fe diffipent dans cette Ville , où la Porte a
envoyé un Monbachir muni d'un Firman ,
pour examiner la conduite du Cadi & du
Muffelim. Cet Envoyé Ottoman leur a fait
des reproches très - vifs , & leur a déclaré
qu'ils feroient refponfables des troubles qui
pourroient naître encore ; il a déposé le
Buluck Bafchi ou Chef de la patrouille , &
les Habitans de la Ville auroient fouhaité
qu'il eût traité avec la même févérité le
Muffelim.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 8 Janvier.
L'EKKS , vaiffeau de garde à Nybourg ,
a été détaché de fes ancres dins l'ouragan
terrible de la nuit du jour de l'an , & jetté
contre un rocher , où il s'eft brifé près de
l'ifle de Moen. On eft parvenu à fauver l'équipage.
Le Kromprintz , de la Compagnie Afiatique
, Capitaine Schifter , eft parti pour
Tranquebar & Canton , avec une cargaison
de marchandiſes.
Le nombre des vaiffeaux qui , l'année
dernière ont paffé le Sund en venant de la
( 51 )
Baltique , eft de 8330 ; il y en avoit 2117
Suédois , & 1262 Anglois.
Le Traité de commerce & d'amitié entre
cette Cour & celle de Ruffie , vient d'être
rendu public ; il contient 37 articles , dont
voici la fubftance.
1º. Il fubfiftera une amitié fincère & parfaite
entre les deux Cours & leurs Sujets refpectifs. Elles
le prêteront une affiftance mutuelle dans toutes les
occafions , & fur-tout dans celles relatives au commerce
& à la navigation. 2 ° . Liberté entière de
confcience pour les Sujets des deux Cours dans
leurs Etats. 3. Ils y jouiront refpectivement des
prérogatives des Nations les mieux favorisées dans
l'un ou dans l'autre Etat ; cependant dans les cas où
ce Traité ne ftipuleroit pas expreffément un privilége
en faveur de l'une ou de l'autre de ces deux
Nations , leurs Sujets fe conformeront , quant au
commerce , aux Règlemens & Loix du Pays où ils
fe feront établis, 4°. Les Sujets refpectifs pourront
naviguer librement , acheter des marchandifes , les
vendre & les tranfperter tant par mer que par térre
dans les ports , villes & rades des deux Puiffances
contractantes où l'entrée n'en eft pas prohibée.
Les Iles Danoifes en Amérique & les autres Etabliffemens
Danois hors de l'Europe , & les ports
Ruffes dans la mer Noire & la mer Cafpienne ,
ainfi que les poffeffions Ruffes en Afie , font ехсер-
tés de cette ftipulation. 5° . Les Sujets refpectifs
acquitteront les droits de douane établis par les
Tarifs actuels ou ceux qui feront faits à l'avenir ; les
Danois auront le droit dans les Etats Ruffes de
payer les droits de douane avec les espèces courantes
dans le pays , excepté dans les ports de Livonie
, d'Iflande & de Finlande , qui cnt des Tarifs
& des priviléges particuliers. 6 °. Les Ruffes jouiront
dans les Etats Danois des avantages fuivans.
C 2
752 )
"
1. Ils ne payeront dans le Sund que 8 ftuvers pour
10 puds de tabac d’Ukraine . 2º . Les marchandifes
qui pafferont par le Sund payeront les droits d'après
les tarifs & les mefures des endroits où elles feront
débarquées, 3 ° . Les poutres de Riga de la longueur
de s jufqu'a 9 toifes , payeront deux & demi rixort
par 20 pieces ; celles au - deffous de cette longueur
à proportion de la longueur donnée . 40. Le laft
d'alun ca in ( foude ) ou 12 tonneaux de Riga ,
payeront au paffage 12 ftuvers , 79. Les Rufles ne
payeront au pallage du Sund qu'un pour cent pour
toutes les marchan difes non (pécifiées dans le Tarif.
8 °. Les bâtimens Ruffes ne feront point vifiés au paf-
Lage du Sund ; on ajoutera foi , pour la perception
des droits , aux certificats & pafle- ports donnés par
les Magiftrats ou les Chambres de Douane des endroits
où les bâtimens auront pris leurs chargemens.
90. La Chambre de Douane dans l'Orefund détaillera
dans les quittances les droits perçus pour chaque
espèce de marchandile , à moins que le Capi
taine ne fe contente d'une quittance générale pour être
expédie plus promptement. 10°. Les bâtimens Ruffes
qui auront payé dans le S nd les droits de douane ,
n'en payeront pas de nouveaux s'ils retournent dans
la Baltique , ou s'il font forcés par le vent de reve
nir dans le Sund . 110. Ils ne payeront aucuns droits
en paffant devant la forereffe de Gluckstadt & devant
d'autres endroits Danois fur l'Elbe . 120. Les
bâtimens des Sujers Danois ou Ruffes que le gros
tems ou d autres circonftance forceront de fe refu
gier dans les ports des deux Cours refpectives ,
pourront s'y réparer & y prendre tout ce dont ils
auront befoin , ils remettront à la voile fans être
vifités & fans payer de droits de douane , mais pendant
le tems de leur féjour dans ces ports ,
ils no
pourront rien vendre de leur cargaison. 130. Aucun
bâtiment marchand ou vaiffeau de guerre apparte
nant aux Sujets refpectifs des deux Cours , ni fon
€
$3 S
équipage & dépendances , ne pourront être arrétés
dans les ports refpectifs & leur cargaiſon ne pourra
point étre failie Cette défenfe cependant ne s'é endra
pas lur la fifie qui pourra le faire pour dettes
perfonne les . 140. Aucun defdits bâtimens des Sujets
refpectifs ne pourra être forcé à fervir en guerre
ou a fire des tranfports malgré lut. 15. En cas de
naufrage fur les côtes , les Sujets reſpectifs au ont
toute affiftance pour eux , leurs bâtimens & effets ,
mai ils acquitteront les droits auxquels les S jets
de l'Etat où le naufrage s'eft fair font affujettis.
160. Dans le cas où l'une des Cours contractantes
Le trouveroit en guerre avec d'autres Puiffances , il
fera libre à l'autre de continuer le commerce avec
ces Puiflances. 17 ° . Les deux Cours admettent pour
principes, de neutralité les quatre points fuivans :
1. tous les bâtimens pourront naviguer librement
de port à port & fur les côtes des Puiffances en
guerre; 2 ° . les effets des fujets des Puiffances en
guerre, qui fe trouveront à bord des bâtimens peutres
, feront libres , les marchandifes de contrebande
exceptées ; 3 ° . un port n'eft censé être bloqué , que
lorfque les vaiffeaux de la Puiffanice qui l'attaque
font poftés de manière qu'il y auroit un danger
vifible d'y entrer ; 4°. les bâtimens neutres ne pourront
être arrêtés que fur un fait & par des raifons
légitimes ; ils feront jugés fans délai ; la procédure
fera uniforme , prompte & conforme aux loix , &
outre l'indemnité adjugée aux bâtimens arrêtés mal
propos , il fera donné farisfaction pour Pinfulte
faite au pavillon. 18 ° . Lorfque les bâtimens des
fujets refpectifs , qui navigueront fans convoi , rencontreront
des vaiffeaux de guerre ou des corfaites
appartenans à une des deux Cours contractantes qui
fera en guerre avec une autre Puiffance , ils en pourront
être vifités , & ils ne devront pas jetter leurs
papiers à la mer . Lefdits . vaiffeaux de guerre ou
corfaires fe tiendront éloignés des bâtimens à la
à
€ 3
( 54 )
portée du canon , & ils ne pourront envoyer à bord
des bâtimens que 2 ou 3 hommes , pour l'examen
des paffe-ports & des autres papiers . Mais files bâtimens
font efcortés d'un ou de plufieurs vaiffeaux
de gere , la vifite n'aura pas lieu , on fe contentera
de la déclaration du Capitaine, commandant le convoi
, que les bâtimens n'ont pas de contrebande
à bord. 19. Après la vifite ou la déclaration , les
bâtimens continueront librement leur route; mais
s'ils avoient reçu quelque dommage de la part des
vaiffeaux de guerre ou des corfaires vifitans , ceuxci
feront refponfables tant pour le dommage qu'ils
autont caufé que pour l'infulte faite au pavillon.
20°. Dans le cas où il fe trouveroit des marchandifes
de contrebande fur un des bâtimens des fujets
refpect f , le vaiſſeau qui l'aura vifité aura le droit
de le conduire dans un port où la contrebande fera
jugée & confifquée par les Juges de l'Amirauté, mais
les autres marchandifes & effets feront rendus . Si
un bâtiment qui a des marchandises prohibées à fon
bord , eft a rêté & vifité en pleine mer par un vailfeau
de guerre ou confaire de l'une des deux Cours
contractantes en guerre avec une autre Puiſſance ,
´il fera ' ibre à ce bâtiment d'abandonner au capteur
ces marchandiſes , lequel fera tenu de s'en contenter.
21 ° . Les marchandifes fuivantes feront répu
tées être prohibées : canons , mortiers , armes à
feu , piftolets , bombes , grenades , pierres à fufil,
mèches , poudre à canon , falpêtre , foufre , cuiralfes
, piques, érées, baudriers , étuis à cartouches ,
felles & brides ; on n'excepte que ce qui fera nécef
faire à la défense & à l'équipage du bâtiment. 22 °. Si
une des deux Cours contractantes fe voyoit engagée
dans une guerre avec une autre Puiffance , il fera
libre aux fujets de l'autre Cour confervant la paix.
d'acheter ou de faire conftruire pour leur compte ,
dans tel tems que ce foit , autant de bâtimens qu'ils
jugeront à propos chez la Puiffance en guerre avec
"
( 55 )
l'autre. 23. Les fujets d'une Puiffance en guerre
avec l'une des deux Cours contractartes , qui fe
trouveront au fervice des deux Cours refpectives .
ceux qui font naturalifés & même ceux qui pen
dant la guerre obtiennent le droit de bourgeoifie ,
feront regardés comme les fujets natifs des Etats
refpectifs des deux Cours contractantes . 24° . Com
me il fera libre aux deux Cours refpectives d'établir
des Confuls dans leurs Etats , les fujets refpectifs
pourront faire juger leurs procès & autres affaires
par les Confuls ; mais fi les parties en conteftation
ne jugent pas à
de s'adreffer aux Confuls , propos
elles pourront faire juger leur affaire par les Juges
da domicile , qui feront enforte que la justice foit
rendue promptement . 25 ° . Lefdits Confuls pourrout
arranger des conteftations & rendre des jugemens
dans les affaires de procédure; mais quant
à leurs propres
affaires , ils feront foumis aux Loix
& aux Tribunaux du pays où ils réfiderout .
La fuite à l'ordinaire prochain.
POLOGNE
.
De VARSOVIE
, le 9 Janvier. g
LE Prince Augufte Sulkowsky , Waivode
de Pofnanie , a deſtiné la fomme de 7000
ducats que lui doit le Tréfor de la Couronne
, pour être employée à la reconſtruction
du Palais de la République
, que le feu
a détruit dernièrement
.
ALLEMAGNE
.
De VIENNE
, le 11 Janvier.
LA Princeſſe Elifabeth de Wurtemberg a
C 4
( 56 )
reçu de la Grande Ducheffe de Tofcane
l'Ordre de la Cr ix Etoilée.
L'Empereur a fupprimé le Confeil d'Etat ;
la plupart des Confei lers & autres Perfonnes
qui travail ent dans ce département , ont
été placés dans la Chancelle : ie Privée d'État.
On dit que le Grand-S igncur a déclaré
folemnellement qu'il déf pprouvoit les brigandages
exe cés par quelques - uns de fes
fuje s fur le territoire Autrichien ; & qu'il
a prié la Cour de Vienne de faire arrêter à
l'avenir & ponir felon la rigueur des loix
tous ceux qui fe permettent de pareils excès.
On mande de Goe z en Styrie , que depuis
le 2 de ce mois on y fuit le même règlement
de police que l'Empereur a donné à Vienne
, & par lequel les criminels font employés
aux travaux publics de la ville.
On a découvert , il y a quelque tems , écrit-on
de Prague , une nouvelle carrière de jafpe , dans la
Seigneurie de Toeplitz ; il y en a de deux espèces ,
l'une d'un verd foncé avec des taches d'un verd plus
clair , très - tranchantes ; l'autre d'un verd pâle , avec
des points d'un jaune pâle . Ce jafpe très- abondant
dans cette carrière , reçoit bien le poli « .
Le nombre des naiffances dans cette Capitale
eft monté , pendant le cours de l'année
dernière à 9392 , & celui des morts à
0,974.
De HAMBOURG , le 15 Janvier.
L'ATTENTION eft toujours fixée fur les
démêlés de la Ruffie & de la Turquie ; les ar(
57)
memens & les préparatifs qui fe font de part
& d'autre ont fait craindre avec raiſon une
rupture ; felon les lettres des frontières
Ottomanes , il y étoit arrivé des ordres de
faire une levée générale de troupes &
que les Corps de cavalerie devoient fe tenir
prêts à entrer en campagne au premier
fignal. D'un autre côté , on apprend de
Vienne que malgré la rigueur de l'hiver , les
troupes en garaifon dans cette Ville ont
exécuté depuis peu les manoeuvtes les plus
difficiles ; on a exercé l'infanterie à oppoſer
des chevaux de frife à la cavalerie Turque ,
à tendre & détendre des tentes ; l'Artillerie
a auffi été exercée à feconder toutes
ces manoeuvres ; on travaille à forger un
grand nombre d'armes , entr'autres des
fabres , des bayonnettes , qu'on croit deftinés
pour la Ruffie , parce que les magafins
de l'Empereur en font fuffifamment pourvus
; les tranfports pour la Hongrie , ajoutent
les mèmes lettres , fe continuent toujours
, & la plupart partent la nuit .
Ces mouvemens femblent annoncer une
guerre prochaine . Cependant , depuis quelques
jours il fe répand des nouvelles plus
confolantes relativement aux démêlés avec
la Turquie. Les troubles de la Crimée étant
finis , on préfume qu'il n'y a plus aucun fujet
de rupture entre la Ruffie & la Porte ;
& on dit que le Divan a promis d'accéder
aux propofitions des deux Cours Impériales
, de manière à les contenter. La Rullie a
7 48 )
demandé une réponte prompte & pofitive
fur quelques articles du dernier traité , &
l'Empereur , outre quelques fujets de plaintes
, a propofé encore à la Porte plufieurs
points importans concernant le commerce.
de fes fujeis , & la liberté du tranfit dans
quelques Provinces de la Turquie Européenne.
L'état de l'Empire Ottoman , les
troubles qui fe font manifeftés dans plufieurs
Provinces , ceux qui expoſent journellement
la Capitale , où les incendies fe renouvellent
malgré la févérité du Grand-Vifir , qui , diton
, depuis quelque temps fait étrangler
chaque nuit 10 à 12 perfonnes foupçon
nées d'avoir caché des mèches dans différens
quartiers , font eſpérer que le Grand-
Seigneur eft très-difpofé à tous les arrange
imens qui peuvent éloigner la guerre.
Au moment où tout paroît s'arranger de
ce côté , l'attention fe réveille & fe porte
fur l'Allemagne. L'Electeur Palatin a cu
dernièrement un attaque d'apoplexie , à laquelle
il a heureuſement réfifté , mais dont
il lui eft refté une paralyfie. Les fpéculatifs
forment déja des conjectures fur les
mouvemens que peut caufer fa fuccellion ;
ils oublient que le dernier traité de paix
de Tefchen ne laiffe plus aucun lieu a de
nouvelles difficultés à ce fujet.
» On affure , lit- on dans quelques lettres écrites
de la Croatie , que la pefte s'eft manifeftée dans la
province de Bofnie ; on a pris de notre côté & du
côté de l'Esclavonie , toutes les précautions poffibles
( 59 )
pour empêcher que ce fléau terrible ne vienne ravager
ces deux Provinces . Il a été tiré un cordon de troupes
fur les frontières , & toute relation avec les habitans
de Bofnie eft défendue très - févèrement «‹.
Il est entré dans le port de Stettin dans le
cours de l'année dernière , 1147 bâtimens ,
& il en eft forti 1170 ; l'importation des vins
de France est montée à 20,000 oxhoff.
>
Le nombre des bâtimens entrés à Dantzick
dans la même année eſt de 447 celui
des bâtimens qui en font fortis eft de 449 ;
l'exportation de toute eſpèce de grains s'eft
montée à 9900 laſts .
M. Bufching a inféré dans une de ſes feuilles hebdomadaires
, un tableau comparé des naiffances dans
tous les Etats du Roi de Prufle de l'année 1740 , où
le Roi actuel eft monté fur le trône , & de l'année
1780. Le réſultat de ce tableau eft celui- ci ; on a
compté dans la première année environ 84,000 naif .
fances , & dans la dernière 218,499 . Les enfans de
l'Etat Militaire n'y font pas compris. Depuis 1767
jufqu'en 1782 , on a compté dans ces mêmes Etats
3,021,360 naiffances , & 2,661,331 morts . Le
Militaire n'eft pas non plus compris, dans cette énumération
«.
ITALIE .
De MILAN , le 12 Janvier.
L'ORDONNANCE de l'Empereur concernant
les exemptions des droits de péage & de'
douane dans la Lombardie Autrichienne ,.
darée de Vienne le 4 Novembre , & publiée
ici le 26 du mois dernier , contient
en fubftance ,
c 6
7609
1°. Toutes les exemptions de péages & de douane
dont avoient joui des Communautés , des familles ,
des individus du Clergé féculier & régulier, cefferont
à l'avenir. 2 °. Cette fuppreffion d'exemptions s'étendra
fur les denrées en nature , & fur les abonnemens
en argent. 3 ° . Les hopitaux & d'autres pieux
établiſſemens , les Canonicats & les petits bénéfices
des Eglifes Cathédrales , & en général les Cures du
Clergé féculier continueront de jouir du privilége
d'exemptions , comme fervans de fupplément à leurs
befoins , jufqu'à ce qu'on ait trouvé un autre moyen.
pour les foulager. 4° . Le même privilége d'exemption
aura lieu pour les Maiſons d'Education & pour
Tes Couvens qui juftifieront que les exemptions leur
fervent de fupplément à leurs befoins ; ces Couvens
en jouiront juſqu'à ce qu'on puiſſe augmenter leurs
revenus de ceux des Couvens fupprimés ou des .
Couvens qui ferent fupprimés par la fuite. 5º . Les
exemptions acquifes à titre onéreux , continueront
d'avoir lieu , jufqu'à ce que le Gouvernement ait
trouvé des moyens de dédommager les poffeffeurs
de ces priviléges . 6° . Les Communautés & familles
de Mantoue qui auront acquis à titres onéreux ces
exemptions , & qui auront préfenté leurs priviléges
à la Commiffion établie en 1769 , continueront d'en
jouir. 7°. Les exemptions de péages qui feront accordées
à l'avenir par contrats ou à titre de récompenfe
pour l'avancement de l'agriculture , du commerce,
des manufactures &c. , formeront une excep
tion de la règle prefcrite dans l'article 2. 8°. La
même chofe fera obfervée quant aux exemptions
militaires. 9° . Le Gouvernement aura foin que
exemptions acquifes à titre onéreux , foient examinées
inceffamment , & fupprimées moyennant un
dédommagement. 10 ° . Les Chambres qui percevront
les droits de péage , rendront un compte particulier
des droits qui rentreront par la fuppreffion des
exemptions i-deffus mentionnées ; une partie de ces.
les
( 61 )
fonds fera employée au rembourfement des privi
léges d'exemptions acquis à titre onéreux , & l'autre
partie au dégagement des droits régaliens , & à
l'acquittement des dettes des provinces &c.
La Chartreufe de Pavie , fupprimée dernièrement
, eft un des plus beaux monumens
du 14e. fiècle. Elle avoit été bâtie par Jean
Galeazzo-Vifconti , Duc de Milan ; l'Eglife
eft très- belle , & très- riche en ftatues , tableaux
& autres ornemens . Elle renferme
dans fon tréfor une grande quantité de vafes
d'or & d'argent montés de perles & de
pierres précieuſes . C'eft dans ce Couvent
que François Ier. , Roi de France , fut conduit
après la perte de la bataille de Pavie ,
dans laquelle il avoit été fait prifonnier.
Il a été publié une dépêche Impériale ,
par laquelle il eft ftatué qu'à la mort des
perfonnes employées au fervice de l'Etat ,
& qui , pendant le cours de dix ans , auront
tenu une conduite irréprochable , le
tiers de leurs appointemens fera confervé
en penfion à leur femme & à leurs enfans.
On dit qu'il a été enjoint à tous les Membres
des Chartreufes fupprimées à Pavie ,
Mantoue & Carignan , de quitter le nom
qu'ils auroient pris dans l'acte de leurs profeffions
religieufes , & de ne fe fervir que.
de celui qui leur avoit été donné à la cé-,
rémonie de leur baptême ; enfin , de fe
conduire en tout comme s'ils n'avoient ja
mais porté l'habit de Saint Brung.
( 62 )
Le Duc de Ste - Elifabeth , écrit- on de Naples ,
ci- devant Ambaladeur de S. M. Sicilienne aux Cours .
de Vienne & de Madrid , s'étoit rendu au commencement
de ce mois à la Cour pour rendie fes devoirs
au Roi ; mais l'heure de l'audience n'étant pas encore
venue , & le Duc remarquant que S. M. s'étoit retirée
dans une des falles , s'y préfenta fur-le- champ. Le
Roi lui demanda comment il fe porioit , très bien
Sire , répondit-il , quoique mon âge feit fi avancé ,
que je me reflouvienne très - bien d'avoir vu bâtir ce
palais . Au moment même , le Roi entendant le bruit
d'une voiture , s'approcha de fon balcon pour voir
ce que c'étoit ; & en fe retournant un inftant après ,
il vit le Duc qui étoit tombé mort à fes pieds. Ce
vénérable vieillard avoit 80 ans .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 25 Janvier.
Nos nouvelles de l'Amérique Septentrionale
ne nous apprennent point encore
que le Général Carleton fe difpole à évacuer
New-Yorck ; il eft vraisemblable qu'il laiffera
ce foin au Général Grey , fon fuccef- ·
feur , que le Roi a revêtu du cordon rouge ,
& qui partira inceffamment . Quant à Charles-
Town fon évacuation eft décidée depuis
long-tems , & fans doute effectuée maintenant
nos papiers ajoutent feulement qu'on
vouloit conferver un pofte à Beaufort , à
quelques milles de cette ville , parce que ce
port pouvoit nous être utile ; mais les Américains
qui en ont jugé de même , ont eu
la précaution d'y envoyer des troupes & de
le fortifier. Un corps de Loyaliftes , au nom(
63 )
bre de 3000 , a déja fait voile de Charles-
Town pour la Jamaïque , où il eft vraifemblablement
arrivé dans le moment actuel.
Parmi les autres nouvelles du Continent
il y a une lettre de Bofton en date du 4
du même mois , contient les détails fuivans.
"
» On a lieu d'être étonné du changement qui
s'eft opéré dans les efprits depuis le commencement
de cette guerre. Cet Etat , où l'on trouvoit
autrefois des Puritains fi enthoufiaftes , fi fanatiques
, admet une tolérance inconnue dans tous les
autres pays proteftans . C'eft ce que l'on peut voir
par la cérémonie obfervée à l'inhumation du Chevalier
de l'Epiae , Enfeigne de la frégate Françoife
l'Amazone. Le convoi funèbre fe fit Vendredi paffé
à midi , dans l'ordre fuivant . Une compagnie de
Marines , armes renverfées , Tambours coeffés
marchoit proceffionnellement à la tête du convoi ,.
fuivoit un Prêtre portant un Crucifix d'argent.
Immédiatement après le corps , porté par quatre
Marines , & le poële foutenu par fix Officiers ,
ayant chacun un cierge allumé en main. Deux
Prêtres , dont un vêtu d'un furplis , lifant l'Office
des Morts , & chacun un cierge à la main ; venoient
enfaite S. E. le Marquis de Vaudreuil , fon
Honneur le Lieutenant - Gouverneur , l'honorable
Confeil , le révérend Clergé , le Corps des Hommes
choifs ( felett men ) , & plufieurs des plus refpectables
perfonnages de la ville , accompagnés des
Officiers de l'Etat - Major & aures du régiment
de Boſton l'enſemble efcorté par nombre d'of
ficiers François . En arrivant à la place de l'enterrement
, le corps fut dépofé fous l'Eglife , & les
Marines tirèrent trois volées de leur moufqueterie.
La cérémonie étoit très - folemnelle , & a donné une
nouvelle preuve de la cordialité , fympathie & ami .
:
7649
tié qui fubfiftent entre les citoyens & les fujets des
Nations confédérées de France & d'Amérique «.
Nous n'avons aucune nouvelle des Iles
où il paroît que le foin de pourvoir à la défenfe
de la Jamaïque , nous a empêchés de
profiter de notre fupériorité pour tenter de
faire quelque conquête fur nos ennemis ,
qui bientôt feront en état de faire encore.
des entreprifes contre nos poffeffions ‹ on a
cherché à nous confoler de cette inaction,
forcée , en nous préfentant dans la perfpective
une expédition intéreffante confiée au
Général Dalling ; l'objet qu'on lui prêtoit étoit
d'aller reconquérir la Floride Occidentale ,
& d'attaquer les Efpagnols à la Nouvelle-
Orléans
ou peut être dans quelques-unes
de leurs Provinces de la baie de Honduras ;
on fait que ce projet avoir été toujours celui
de l'ancien Gouverneur
de la Jamaique ; on
lui donnoit des forces pour cette expédition
ou pour toute autre de cette importance ;
maintenant
tous ces grands projets s'éva
nouiffent ; la paix qu'on annonçoit depuis fi
long-tems eft enfin décidée. C'eft avant-hier
que cette nouvelle intéreffante
a été répandue.
Le 21 , la Nation qui l'attendoit avec impa
tience , s'étoit portée en foule au Palais de
Weftminſter pour l'entendre
annoncer dans
les deux Chambres du Parlement ; & on
avoit eu le regret d'être trompé , la féance
de la Chambre haute fut très - courte ,
fe réduifit à l'ajourner au 23 ; celle des
Communes qui ne fut pas plus active , n'offrir
&
165 )
---
pas un mot fur la paix ; la Chambre s'ajourna
au 22 ; la même foule s'y tranfporta ce jour-là ,
& la curiofité ne fut pas plus fatisfaite . Enfin
avant-hier au foir le Lord Grantham écrivit
au Lord Maire la lettre fuivante , qui a fuppléé
celle que M. Townshend avoit promis.
» Mylord , j'ai la fatisfaction de vous informer
, qu'an courier arrivé à l'inftant de Paris a apporté
les articles préliminaires , entre la G. B. &
la France , & entre la G. B. & l'Espagne , fignés
à Versailles le zo de ce mois , par M. Fitz -Herbert ,
Miniftre Plénipotentiaire de S. M. , & les Miniftres
Plénipotentiaires des fufdites Cours. Les préliminaires
avec la Hollande ne font pas encore fignés ;
mais on eft convenu d'une ceffation d'hoftilités avec
cette République. — Je m'empreffe de vous faire
part de cet évènement important , afin que vous,
le rendiez , public dans cette ville , fans perte de
tems. J'ai l'honneur & c . Signé , GRANTHAM .
Cet heureux évènement a été reçu
avec beaucoup d'empreffement par la partie
éclairée de la Nation , qui gémiffoit de la
durée d'une guerre ruineufe , & qui a été
généralement malheureufe pour la Grande-
Bretagne ; l'armiftice qui doit fuivre la fignature
des préliminaires , va mettre fin à l'effufion
de fang , & fufpendre les armemens
que l'on faifoit par- tout, & dont la plupart ne
feroient pas arrivés à tems à leur deftination .
Le Comité des Directeurs de la Compagnie
des Indes qui s'étoit rendu à Portsmouth
pour veiller à l'embarquement des troupes
qui vont dans ces contrées fur les vaiffeaux
de la Compagnie , n'auront plus à y
faire
( 66 )
paffer que celles qui y font néceffaires pour
pourvoir fes différens établiffemens , & les
mettre en état de le foutenir contre les Princes
Indiens , jufqu'à ce que la paix foit faite
avec eux .
Nos nouvelles d'Afie le réduifent à celles
qu'a apporté le Capitaine Chriftie , Commant
de l'Annibal , pris par M. de Suffren ,
& arrivé à Portſmouth fur un vaiffeau Danois
; on fait que les Directeurs de la Compagnie
le font affemblés à cette occafion ;
mais il ne tranfpire que ceci des rapports
du Capitaine Chriftie .
liv. ft.
pas
Les vailleaux le Chapman , la Réſolution , le
Lord North , le Hafting , deftinés pour l'Europe ,
font à Ste- Hélène. Le Comte de Darmouth , autre
va fleau de la Compagnie qui a pé i fur une des Iles
de Nicebar , avoit le chargement le plus riche & le
plus confidérable , qu'ait jamais eu aucun vaiffeau
des Indes ; on ne l'évalue à moins de 400,000
On affure que M. de Suffren qui s'étoit
retiré à Tranquebar après fon engagement avec
l'Amiral Hughes , en étoit parti à la fin de Juin pour
fe rendre à Columbo , ou il efpéroit recevoir des
renforts de toute eſpèce . Il ne paroît pas , comme on
l'a prétendu ici, que le Gouvernement Danois à Tran
quebar , ait refufé aux François de fe réparer '; mais
les vaifleaux de Danemarck qui apportent dans cet
établiffement quantité de munitions navales pour en
faire commerce , n'arrivant pas , M. de Suffren , las
de les attendre , avoit mis à la voile.
deftinés pour les Indes font les fuivans . L'Halfewell,
le Barwell, le Pigot , l'Atlas , le Duc de Kingston,
le Lord Macartney , le Comte d'Oxford , le Fox ,
le Vanfittart, le Bellamont. Ces dix doivent aller
à Madras & au Bergale ; les 7 fuivans à Madras &
- Les vaiffeaux
767 )
en Chine. Le Stormont , le Vrai Breton , I'Yorck,
le Lafcelles , le Houghton , le London , le Comte
de Sandwich. Le Walpole va à Ste-Hélène , Madras
& Bencoolen, & le Prince dans l'Inde.
La paix va faire faire fans doute quelque
changement à ces difpofitions , ainfi qu'à
celles pour l'Amérique & les Illes ; elle va
auffi laiffer au Miniſtère le tems de terminer
les affaires de l'Irlande , ce Royaume
afpire toujours à voir affurer fon Indépendance
abfolue de la légiflation Britannique.
Le 7 de ce mois , les Corps des Volontaires
prirent à Tuam la réfolution fuivante , qu'on
peut regarder comme le fentiment général de
ce Royaume.
» Réſolu qu'une récente détermination judiciaire
du Comte de Mansfield dans la Cour du Banc du
Roi dans la Grande -Bretagne , eft ane infraction du
pacte entre la Grande- Bretagne & l'Irlande , lequel
étoit fuppofé avoir été conclu par la révocation d'un
acte de la législation Britannique , paffé dans la
fixième année du règne de George II , & a fervi à
confirmer & fanctifier la juftice & la fageffe des
opinions politiques de ce grand & éclairé patriote
Henri Flood Ecuyer , quant à la néceffité de quelque
éclairciffement final concernant l'indépendance de
la légiflation Irlandoife, de tout pouvoir quelconque.
Les mêmes fentimens fe trouvent déve
loppés avec plus de détails encore dans
l'adreffe fuivante au Lord Vicomte de
Beauchamp , arrêtée dans une affemblée de
la première Compagnie des Volontaires de
Belfaſt.
35 Mylord , nous avons dernièrement pris la
liberté de préfenter à V. S. les témoignages de
( 639
画
-
notre reconnoiffance bien ſentie , à raison de l'hone
neur qu'a fait à notre fociété la célèbre lettre de
V. S. fur les affaires d'Irlande. Depuis cette époque ,
notre reconnoiffance a , s'il eft pollible , augmenté ,
lorfque nous avons obfervé la notice que vous avez
donnée , de deux propofitions tendantes à remplir le
voeu de l'Irlande , lefquelles doivent être faites le
29 de ce mois , dans la Chambre des Communes de
la G. B. : ce but ne peut être rempli par un vote du
Parlement Britannique , quelqu'amplement qu'il
puiffe déclarer les intentions dans la révocation da
bill de la fixième année du règne de George II .
Parce que des votes ne conftituent pas les loix ;
& parce qu'en Parlement , des ftatuts ne peuvent
être commentés par des ftatuts . L'Irlande s'at
tend donc , qu'il fera déclaré par une loi Britannique
,, que la G. B. renonce pour toujours à toute
prétention de faire des loix pour ce Royaume , extérieurement
ou intérieurement , dans aucun cas quel
conque , Sans cette affurance légale de la fiacérité
de no re foeur Royaume , nous craignons beaucoup
qu'il ne s'élève des mécontentemens , des méfiances
& des jaloufies , qui , à bien des égards , & au fu--
prême degré , peuvent être fâcheufes pour l'Empire.
Nous fupplions ardemment V. S. , au nom
d'une nation que vous avez déja honorée de votre
protection & qui vous confidère avec reconnoiffance
& confiance , de perfévérer dans votre fage
& jufte deffein à ſon égard. Le 22 Janvier vous
pouvez peut-être avoir une occafion de nous rendre
fervice ; mais le 29 eft le jour consacré à l'honneur
d'un Seigneur qui eft le premier ami & le plus décidé
de l'indépendance & des droits conftitutionnels dans
le fénat Britannique
. - Nous avons fait
tention à des ordres de nullité & des appels ,
aucun homme qui hélite à rendre cette affaire
ne croyons pas qu'il exifte parce que nous
- peu
d'at(
69 )
-
complette. Nous aurions bien des excufes à faire
à V. S. de ce que nous l'importunons en cette occafion
, fi nous n'étions certains combien vous prenez
d'intérêt a 1. profpérité de toutes les branches du
domaine de S. M. «
Il paroît que le Ministère eft réfolu de
donner toute la fatisfaction
poffible à l I∙ lande
; on en peat juger par la motion fuivante ,
faite par M. Townshend
le 22 de ce mois à
la Chambre des Communes
.
"Qu'il foit permis de préfenter un bill pour écarter
& prévenir tous doutes qui fe font élevés ou
pourroient s'élever concernant les droits exclufifs du
Parlement & des Cours d'Irlande en matière de légiflation
& de judicature , & pour empêcher qu'aucun
appel des Cours de S. M. dans ce Royaume ne
foit reçu ,
entendu & jugé dans aucune des Cours de
S. M. dans le Royaume de la Grande - Bretagne
On jugera mieux des intentions du Gou
vernement & de la nature des arrangemens
qu'il veut prendre pour donner fatisfaction
entière
à l'Irlande , lorfque le bill de M. Townshend
fera préfenté au Parlement , & qu'il y fera difcuté : dans la feance du 22 il n'y a eu
fur ce fujer que ce qu'on appelle une converfation
entre le Lord Beauchamp
, & le
Chancelier
de l'Echiquier
d'une part , & MM. Eden , Fitz Patrick & Grenville , qui
étoient Secréta res , l'un du Comte de Carleifle
, l'autre du Duc de Portland , & le
dernier du Comte Temple ; cette converfa
tion ne nous apprend rien de poſitif.
( 40 )
Le Grafton , l'Elizabeth & l'Aurore , écrit-on
de Gofport , qui étoient partis pour l'Inde avec
une frégate , font revenus à Ste-Hélène en conféquence
d'un avifo qu'on leur avoit expédié ; toutes
les flottes deftinées pour le dehors ont pareillement
relâché à cette rade , où elles reſteront jufqu'à nouvel
ordre. Les approches de la paix ont fans doute
donné lieu à ces nouvelles difpofitions. — On apprend
que le vaiffeau de guerre le Carnatic , apallé
à Woolwich , parce que le tirant d'eau à Deptford
n'eft pas affez grand pour y achever le travail de
l'intérieur de ce vaifeau .
fortir du baffin dans quelques jours , & il doit être
L'Albion fera prêt à
remplacé auffi-tôt par un autre vaiffeau de 74 canons.
On travaille actuellement à la quille du
Bellerophon , de 74 , qui eft en construction à Frinf
bury. Le Ruffel exigera une réparation complette
avant d'être en état de mettre en mer«.
-
-
Des
dépêches pour le Général
Conway
apportées avant- hier par un Officier , ont été
portées fur-le- champ à S. M. , & ont donné
lieu à un Confeil qui s'eft tenu le même foir.
Le Charles-Town , frégate de S. M. , arrivée de
New-Yorck à Spithéad , a apporté des dépêches de Sir
Guy Carleton & du contre-Amiral Digby; il paroît par
ces lettres du premier que le Lord Hood , avant fon
départ pour les Indes
Occidentales , avoit demandé
au Général un corps de troupes qu'il vouloit diſtri
buer fur fes vailleaux , pour fervir comme troupes
de marine , & être
employées aux
expéditions qui
pourroient avoir lieu contre les Ifles Françoifes du
Vent & fous le Vent ; mais le Chevalier Carleton le
lui a refufé , parce qu'il avoit befoin de toutes fes
troupes pour défendre New-Yorck , & qu'il auroit
été imprudent à lui de s'affoiblir. - La lettre du
contre-Amiral Digby ne contient que la relation
( 71 )
de la prife de la frégate Américaine la South Caroline.
FRANC E.
De VERSAILLES , le 4 Février.
LE Roi a nommé à l'Abbaye de Gorze ;
Diocèfe de Merz , l'Archevêque de Séleucie ,
Nonce du Pape en France ; à l'Abbaye de
Silly , Ordre de Prémontré , Diocèle de Séez ,
l'Abbé Hennebert , Chapelain ordinaire de
Madame , fur la nomination & préſentation
de Monfieur en vertu de fon apanage .
Le 26 du mois dernier , le Comte de
Mouftier que le Roi a nommé fon Miniftre
Plénipotentiaire près S. M. B. eut l'honneur
d'être préfenté à S. M. par le Comte de
Vergennes , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département des affaires étrangères ,
& de prendre congé pour fe rendre à
Londres .
Le Marquis de Montagu - Lomagne , qui
avoit précédemment eu l'honneur d'être
préfenté au Roi , a eu , le 23 du mois
dernier , celui de monter dans les carrolles
de Sa Majesté , & de chaffer avec Elle.
Le premier de ce mois , veille de la Purification
, l'Univerfité de Paris , ayant à fa
tête M. Charbonner , Recteur , a eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeftés & à
Monfeigneur le Dauphin , le cierge de la .
Chandeleur , fuivant l'ufage.
( 72)
De PARIS , le 4 Février.
LES articles
préliminaires entre le Roi
de France & le Roi
d'Angleterre , fignés
le 20 du mois dernier. à Versailles , ont
paru
aujourd'hui dans la Gazette de France
& font les fuivans :
Le Roi T. C. & le Roi de la G. B. , animés d'un
defir égal de faire ceffer les calamités d'une guerre
deftructive , & de rétablir entr'eux l'union & la
bonne intelligence , aufh néceffaires pour le bien de
l'humanité en général , que pour celui de leurs
Royaumes , Etats & Sujets refpectifs , ont nommé
à cet effet ; favoir, de la part de S. M. T. C. , le feur
Charles Gravier , Comte de Vergennes , Confeiller
en tous les Confeils ,
Commandeur de fes Ordres,
Confeiller d'Etat d'épée , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , & des
Commandemens & Finances de S. M ,
ayant le département des Affaires étrangères : Et de
la part de S. M. B , le fieur Alleyne Fitz-Herbert ,
Miniftre
plénipotentiaire de S. M. le Roi de la G. B.;
Lefquels , après s'être duement communiqué leurs
plein pouvoirs en bonne forme , font convenus des
arricles préliminaires fuivans : 19. Aufſi- tôt
Préliminaires feront figués & ratifiés , l'amitié fin
que les
cère fera rétablie entre S. M. T. C. & S. M. B. ,
leurs Royaumes , Etats & Sujets , par mer & par
terre , dans toutes les parties du Monde : il fera envoyé
des ordres aux Armées & Efcadres , ainfi
qu'aux Sujets des deux Puiffances , de ceffer toute
hoftilité , & de vivre dans la plus parfaite union , ea
oubliant le pafé , dont leurs Souverains leur donnent
l'ordre & l'exemple ; & pour l'exécution de
cet article , il fera donné , de part & d'autre des
paffe-ports de mer aux vaiffeaux qui feront expédiés
pour en porter la nouvelle dans les poffeffions def
dites Puiffances . 2 °. S. M. le Roi de la G. B.
2
con.
fervera
( 73 )
fervera la propriété de l'Ile de Terre- Neuve & des
Ines adjacentes , ainfi que le tout lui a été cédé par
l'article XIII du Traité d'Utrecht , fauf les exceptions
qui feront ftipulées par l'article V du préfent
Traité. 3 °. S. M. le Roi de France , pour prévenir
les querelles qui ont eu lieu jufqu'à préfent entre
les deux Nations Françoife & Angloife , renonce au
droit de pêche qui lui appartient en vertu du même
article du Traité d'Utrecht , depuis le cap Bonavifta ,
jufqu'au cap Saint-Jean , fitué fur la côte orientale
de Terre- Neuve , par les cinquante degrés de latitude
Nord ; au moyen de quoi la pêche Françoife
commencera audit cap Saint-Jean , paffera par le
Nord , & defcendant par la côte occidentale de l'Ifle
de Terre- Neuve , aura pour limites l'endroit appellé
Cape-Raye , fitué au 47e degré so min . de latitude.
4. Les Pêcheurs François jouiront de la pêche qui
leur eft affignée par l'article précédent , comme ils
ont droit d'en jouir en vertu du Traité d'Utrecht.
5. S. M. B. cédera en toute propriété à S. M. T. C.
les Inles de Saint - Pierre & Miquelon . 6 °. A l'égard
du droit de pêche dans le golfe de Saint - Laurent ,
les François continueront à en jouir , conformément
à l'article V du Traité de Paris . 7º. Le Roi de la
G. B. reftituera à la France l'Ile de Sainte- Lucie ,
& lui cédera & garantira celle de Tabago. 80. Le
Roi T. C. reftituera à la G. B. , les Illes de la Grenade
& les Grenadins Saint- Vincent , la Dominique
, Saint- Chriftophe , Nevis & Montferrat , &
les Places de ces Ifles conquifes par les armes de la
France & par celles de la G. B. feront rendues
dans le même état où elles étoient quand la conquête
en a été faite ; bien entendu qu'un terme de
18 mois à compter de la ratification du Traité
définitif , fera accordé aux Sujets refpectifs des
Couronnes de France & de la G. B. , qui fe feroient
établis dans lefdites Ifles & autres endroits qui fe.
ront reftitués par le Traité définitif , pour vendre
8 Février 1783.
>
?
d
( 74 )
leurs biens , recouvrer leurs dettes , emporter leurs
effets , & fe retirer eux- mêmes , fans être gênés à
caufe de leur religion , ou pour quelque autre que
ce puiffe être , excepté pour les cas de dettes ou de
procès criminels. 9. Le Roi de la G. B. cédera
& garantira en toute propriété à S. M. T. C. , la
rivière de Sénégal & fcs dépendances , avec les
forts de Saint-Louis , Podor , Galam , Arguin &
Portendick. S. M. B. reftituera auffi l'Ifle de Gorée ,
laquelle fera rendue dans l'état où elle fe trouvoit
lorfque les armes Britanniques s'en font emparées.
10°. Le Roi T. C. garantira de fon côté à S. M. lé
Roi de la G. B. , la poffeffion du fort James & de la
rivière de Gambie. 110. Pour prévenir toute dif
cuffion dans cette partie du Monde , les deux Cours
conviendront , foit par le Traité définitif , ſoit par
un acte fépaté , des limites à fixer à leurs poffeffions
refpectives. Le commerce de la gomme le fera à
l'avenir comme les Nations Françoife & Angleife le
faifoient avant l'année 1755. 12 ° . Pour ce qui eft
du refte des côtes de l'Afrique , les Sujets des deux
Puiffances continueront à les fréquenter felon l'ulage
qui a eu lieu jufqu'à préfent . 130. Le Roi de la G. B.
reftituera à S. M. T. C. , tous les établiemens qui
lui appartenoient au commencement de la guerre
préfente , fus la côte d'Orixa & dans le Bengale ,
avec la liberté d'entourer Chandernagor d'un foffe
pour l'écoulement des eaux ; & S. M. B. s'engage à
prendre les mesures qui feront en fon pouvoir pour
afurer aux sujets de la France , dans cette partie de
l'Inde , comme fur les côtes d'Orisa , de Coromandel
& de Malabar , un commerce sûr , libre &
indépendant , tel que le faifoit l'ancienne Compagnie
Françoife des Indes orientales , foit qu'ils le fallent
individuellement ou en corps de compagnie. 14 .
Pondichéri fera également rendu & garanti à la
France , de même que Karikal ; & S. M. B. pro
curera , pour fervir d'arrondiflement à Pondichery ,
(
75
les deux diftricts de Valanour & de Bahour ; & à
Karikal , les quatre Magans qui l'avoifinent . 15 ° . La
France rentrera en poffeffion de Mahé , ainfi que de
fon Comptoir à Surate , & les François feront le
commerce dans cette partie de l'Inde , conformément
aux principes établis dans l'article XIII de ce
Traité. 160. Dans le cas que la France ait des Alliés
dans l'Inde , ils feront invités , ainfi que ceux de la
G. B. , à accéder à la préfente pacification : & à cer
effet , il leur fera accordé , à compter du jour que
la propofition leur en fera faite , un terme de quatre
mois , pour le décider ; & en cas de refus de leur
part , L. M. T. C. & B. conviennent de ne leur
donner aucune affiftance directe ou indirecte contre
les poffeffions Françoifes ou Britanniques , ou contre
les anciennes poffeffions de leurs Alliés refpectifs ;
& L. M. leur offriront leurs bons offices pour un
accommodement entr'eux. 170. Le Roi de la G. B. ,
voulant donner à S. M. T. C. une preuve fincère de
réconciliation & d'amitié , & contribuer à rendre
folide la Paix prête à être rétablie , confentira à
l'abrogation & fuppreffion de tous les articles relatifs
à Dunkerque , à compter du Traité de Paix conclu
à Utrecht en 1713 inclufivement juſqu'à ce jour.
18°. On renouvellera & on confirmera par le traité
définitif, tous ceux qui ont fubfifté juſqu'à préſent
entre les deux Hautes Parties contractantes , & auxquels
il n'aura pas été dérogé , foit par ledit traité ,
foit par le préfent traité préliminaire ; & les deux
Cours nommeront des Commiffaires pour travailler
fur l'état du commerce entre les deux Nations , afin
de convenir de nouveaux arrangemens de commerce
fur le fondement de la réciprocité & de la convenance
mutuelle. Lefdites deux Cours fixeront amiablement
entr'elles un terme compétent pour la durée .
de ce travail . 19. Tous les pays & territoires qui
pourroient avoir été conquis , ou qui pourroient
l'être, dans quelque partie du Monde que ce foit ,
>
d 2
( 76 )
-
par les armes de S. M. T. C. , ou par celles de
S. M. B., & qui ne font pas compris dans les préfens
articles , feront rendus fans difficulté , & fans exiger
de compenfation. 20 ° . Comme il eft néceffaire d'af
figner une époque fixe pour les reftitutions & évacuations
à faire par chacune des Hautes Parties contractantes
, il eft convenu , que le Roi de la G. B.
fera évacuer les Illes de St-Pierre & Miquelon, trois
mois après la ratification du traité définitif , ou
plus tôt, fi faire fe peut : Ste-Lucie aux Antilles , &
Gorée en Afrique , trois mois après la ratification
du traité définitif, ou plus tôt , fi faire le peut. -Le
Roi de la G. B. rentrera également en poffeffion , au
bout de trois mois , après la ratification du traité
définitif, ou plus tôt , fi faire fe peut , des ifles de la
Grenade , les Grenadins , St Vincent , la Dominique,
St-Chriftophe , Névis & Montferrat . - La
France fera mife en poffeffion des villes & comptoirs
qui lui font reftitués aux Indes orientales , & des
territoires qui lui font procurés , pour fervir d'ar
rondiffement à Pondichery & à Karikal , fix mois
après la ratification du traité définitif , ou plus tôt ,
fi faire le peut.
- La France remettra au bout du
même terme de fix mois , les villes & territoires
dont les armes fe feroient emparées fur les Anglois,
ou fur leurs alliés dans les Indes orientales ; en conféquence
de quoi les ordres néceffaires feront en
woyés par chacune des Hautes Parties contractantes
, avec des paffe-ports réciproques pour les vaiffeaux
qui les porteront immédiatement après la
ratification du traité définitif. 21 ° . Les prifonniers
faits refpectivement par les armes de S. M. T. C. &
de S. M. B. par teire & par mer, feront , d'abord
après la ratification du traité définitif, réciproquement
& de bonne foi , rendus fans rançon : & en
payant les dettes qu'ils auront contractées dans leur
captivité ; & chaque Couronne foldera reſpecti
-
( 77 )
vement les avances qui auront été faites pour la
fubfiftance & l'entretien de fes prifonniers , par le
Souverain du pays où ils auront été détenus , conformément
aux reçus & aux états conftatés , & autres
titres authentiques qui feront fournis de part & d'autre.
22. Pour prévenir tous les fujets de plainte
& de conteftation qui pourroient naître à l'occaſion
des prifes qui pourroient être faites en mer depuis
la fignature de ces articles préliminaires , on eft
convenú réciproquement , que les vaiffeaux & effets
qui pourroient être pris dans la Manche & dans les
mers du Nord, après l'efpace de douze jours , à
compter depuis la ratification des préfens articles
préliminaires , feront de part & d'autre reftitués ;
que le terme fera d'un mois , depuis la Manche & les
mers du Nord jufqu'aux Ifles Canaries inclufivement
, foit dans l'Océan , foit dans la Méditerranée ;
de deux mois depuis lefdites Ifles Canaries , jufqu'à
la ligne équinoxiale ou l'équateur ; & enfin de cinq
mois dans tous les autres endroits du Monde , fans
aucune exception ni autre diſtinction plus particu
lière de temps & de lieux. 23 ° . Les ratifications des
préfens articles préliminaires , feront expédiées ca
bonne & due forme , & échangées dans l'efpace
d'un mois , ou plus tôt fi faire le peut , à compter du
jour de la fignature des préfens articles . En for
de quoi nous fouffignés Miniftres Plénipotentiaires
de S. M. T. C. & de S. M. B. , en vertu de nos
plein-pouvoirs refpectifs , avons figné les préfens
articles préliminaires , & y avons fait appofer le
cachet de nos armes . Fait à Verfailles le 20 Janvier
1783. Signé GRAVIER DE VERGENNES . ( L. S.
Signé ALLEYNE FITZ-HERBERT ( L. S. ) ¿c
Les pluies continuelles ont fi fort dé
gradé les chemins , que tous les Couriers
éprouvent un retard confidérable ; celui
d 3
( 78 )
d'Espagne n'eft arrivé que fort tard . Les
lettres de Cadix qu'il a apportées font du
10 ; elles nous apprennent que l'armement
alloit être bientôt prêt , & que l'embarquement
des troupes auroit lieu le 14 , enforte
que le 16 ou le 17 la flotte pouvoit mettre
à la mer , fi le vent étoit favorable . Il feroit
fâcheux que cette fois il fecondât l'impatience
de la flotte & de l'armée , parce que fi elles
ont été retenues quelques jours de plus dans
le port , le vent leur aura épargné une fortie
inutile. Le Courier parti d'ici le 9 n'alloit
qu'à Madrid , & ne portoit aucun ordre à
M. le Comte d'Eftaing ; ce n'a été que le
14 , lorfqu'on fut certain d'un prompt ac
commodement , qu'on expédia celui qui
devoit fufpendre l'armement, Il ne peut
guère arriver à Cadix que le 25 ou au
le 24 ; & alors on ne feroit pas étonné
25 ou au plutôt
qu'il ne trouvât l'armée partie..
Le jour de la fignature des
préliminaires ,
il partit
plufieurs Couriers , outre ceux envoyés
dans les différentes Cours de 1Europe.
On dit
aujourd'hui que la plupart
alloient dans nos ports y porter les ordres
du Roi , qui mettent un embargo fur tous
les bâtimens , il
fubfiftera , fans doute , juf
qu'après le terme fixé pour l'armistice convenu
entre les Puiffances
belligérantes. Dès
que la
ratification de la Cour de Londres
fera arrivée , M. le Comte de Mouftier , nom
mé Miniftre
Plénipotentiaire près S. M. B. ,
partira pour fa deftination.
( 79 )
Les Plénipotentiaires Hollandois n'ont
Encore rien figné ; on dit qu'ils ne paroiflent
guères difpofés à fe relâcher de leurs
premières demandes , qui font la reftitution
de tout ce qui leur a été enlevé , & une indemnité
proportionnée au dommage que
Pagreffion des Anglois a caufé à leur commerce.
Nous attendons à tout moment la frégate
qui ramène M. le Comte de Rochambeau
& l'Etat-Major de fon armée , ainfi que
l'avifo qui doit nous annoncer l'arrivée de
M. de Vaudreuil à St- Domingue.
Parmi les lettres apportées de la Martinique
par la frégate la Friponne , il y en a plufieurs
particulières , dont l'une offre les détails
fuivans ; elle eft du 11 Novembre .
» Je profite du départ de la frégare la Fri
ponne , pour vous donner des nouvelles de notre
Colonie , & de l'état dans lequel nous nous trouvons
en ce moment. Nous avons craint les Anglois
pendant quelque tems : comme ils étoient
ici en force très-fupérieure , nous ne favions fur
quelle de nos ifles ils tourneroient leurs efforts.
L'arrivée de M. le Marquis de Bouillé , fa préfence
, & les renforts qu'il a amenés avec lui ,
nous ont d'abord raffurés : l'heureufe arrivée d'un
convoi de 80 voiles , chargé de munitions de guerre
& de toute forre de provifions de bouche , avec
le régiment de Berwick & les Chaffeurs de Dillon
, a mis le comble à notre joie. Nous attendions
ce précieux convoi avec une impatience mêlée
de crainte : nous favions que les Anglois croifoient
en force au vent de l'ifle pour l'intercepter , & nous
d 4
( 80 )
n'avions rien à leur oppofer pour favorifer fon en
trée. L'Officier qui nous l'a fi heureuſement amené ,
eft le Comte de Macnemara,qui montoit l'Amphion,
de so canons , ayant 2 frégates fous les ordres :
la réputation de ce brave & intelligent Capitaine
eft faite depuis long- tems. Le lendemain de l'arrivée
du convoi , nous avons vu l'efcadre Angloife
; elle eft venue reconnoître la rade : elle aura
eu fans doute un grand crève - coeur , en voyant
tout le convoi à l'abri de fes pourſuites « .
Nous ajouterons à cette lettre l'extrait
fuivant d'une de Marſeille, en date du 15
Janvier.
pour
» Il eft entré dans notre port 6 vaiffeaux Hollan
dois , venant de l'Inde , avec de riches cargaifons ;
les circonstances de la guerre les avoient long-tems
retenus à Cadix , d'où ils ont fait voile le 11 Décem
bre fe rendre ici de conferve avec le navire
Je Comte d'Artois , venu du cap François . Ce convoi
eft parti de Cadix fous l'efcorte du vaiffeau de
ligne le Suffifant, des frigates la Montréal & la
Lutine , & de la corvette la Floride. Le Suffifant l'a
quitté à la hauteur de Malaga , & eft allé rejoindre
l'armée combinée à Cadix. Un coup de vent à la
hauteur de Barcelone a ſéparé le refte de l'eſcorte
du convoi . La vente de détails des cargaifons de ces
vaiffeaux fera faite ici ; & on attend à cet effet un
Commiflaire de la Compagnie Hollandoife des Indes
des. Certe Compagnie a fait la vente en gros
mêmes cargaisons à M. Berard , Conful de Suède
à l'Orient , pour la fomme de 11 millions tournois,
Hier , la frégate la Friponne eft arrivée ici après
la traversée la plus prompte & la plus heareufe.
Elle étoit partie de la Martinique le 6 Décembre ,
& de la Guadeloupe le 13 ; elle avoit à bord M.
d'Arbaud , Gouverneur de cette dernière Colonie, &
( 81 )
ARGR Les lettres
Madame fon époufe. Au départ de la Friponne tout
étoit tranquille dans nos Colonies ; les Anglois
avoient renoncé au projet d'attaquer la Guadeloupe ,
depuis que M. de Bouillé étoit arrivé à la Martinique
. L'Amiral Pigot croifoit alors au vent de cette
dernière Ifle avec 13 vaiffeaux de ligne ; mais on
croyoit qu'il alloit prendre la route de la Jamaïque ,
où l'on n'eft, pas fans allarmes .
d'Arles portent qu'un bâtiment Marocain ayant été
pouffé vers la côte , à l'embouchure du Rhône , a
échoué à 6 lieues de cette Ville. Ce bâtiment avoit
à bord un Ambaffadeur de Maroc , qui fe rend à
Conftantinople avec une affez nombreufe fuite de
femmes , d'enfans & d'efclaves . Il a été accueilli par
les habitans de la côte , qui ont envoyé demander
à Arles des vivres pour tout le monde. On a fait
paffer fur-le- champ de cette Ville , huit quintaux
de pain & d'autres comeftibles , avec prière à l'Am
baffadeur de ne pas s'en approcher , attendu qu'il n'a
pas fait quarantaine. Un Exprès arrivé à Marseille
à ce sujet , eft vénu demander des bâtimens qui
puiffent conduire l'Ambaffadeur avec fa fuite à fa
deftination ".
L'Académie Françoife , dans fon affemblée
du 30 Janvier , a donné , pour la feconde
fois , à M. de la Cretelle , Avocat
en Parlement , le legs annuel de 1200 liv.
fait par le Comte de Valbelle , en faveur
d'un Homme de Lettres au choix de cette
Compagnie.
Ceux qui ont droit à la fucceffion du
fieur Bernardin , qui enfeignoit les Mathé
matiques , en 1720 , à l'Académie de Vandenil
, & les héritiers du fieur Desfoffes.
Maître en fait d'armes , qui donnoit auffi
ds
( 82 )
au même tems des leçons d'armes à la
même Académie , font priés de le faire
connoître au fieur d'Auptain , Caiffier du
Prêt gratuit de Saint - Sulpice , qui a des
chofes intéreffantes à leur communiquer.
Il demeure à la maifon neuve , place Saint-
'Sulpice.
On lit dans un papier public le fait fuivant
, qui eft fans doute curieux.
» Le 10 Septembre dernier , le Prieur de l'Ab
baye & Cure d'Epernay , s'apperçut qu'il avoit été
volé : les foupçons tombèrent fur le nommé Louis-
Charles Evrois , dit Saint- Louis , fon domestique
fa voix perça jufqu'au tribunal de la Juftice. Le
Subftitut du Procureur Général rendit plainte contre
ce domeftique , qui fut décrété de prife de corps ,
arrêté le même jour & interrogé fur l'heure . Il
avoua le vol qu'il avoit caché dans fa chambre :
on l'y conduifit le lendemain. L'on trouva , dans
une gourde placée fur une planche au- deffus de la
porte , 46 doubles louis , 109 louis , 2 demi - louis ,
25 écus de 6 liv. dans une bourfe & 16 dans un
fac. Une partie de ces fommes étoit des dépôts confiés
au Prieur ; l'autre appartenoit à la bourfe des
pauvres. Le 10 Octobre , le domeftique fut condamné
à être pendu , envoyé à la Conciergerie du
Palais à Paris ; & la Sentence ayant été confirmée ,
il fut renvoyé à Epernai pour y être exécuté. Parti
de Paris par le carroffe public , fous la conduite d'un
Cavalier de Robe - courte , Saint - Louis trouva,
le 22 Décembre , le moyen de rompre les fers &
de fe fauver. Il marcha pendant deux nuits & deux
jours dans les bois & les chemins de traverſe, arriva
à Epernay le 24 , veille de Noel , vers les huit
heures du foir , entra dans l'Eglife , s'introduifit
( 8 , )
dans la maifon des Religieux , fut fe cacher dans
le grenier à foin ; & pendant le tems de la Meffe
de minuit , il entra dans la cuifine , fe raffafia ,
emporta du pain , de la viande , & les clefs de la
porte de l'efcalier du clocher , monta à la chambre
des hôtes , qui étoit ouverte , y prit un diap & une
Couverture , retourna avec les provifions & effets
dans le grenier à foin , y paffa quatre jours . Chaque
foir , il alloit à la cuifine pour s'y approvifionner.
Le cinquième jour , pendant que les Tonneliers
qui travailloient dans le cellier étoient allés
goûter à la cuifine , il fe gliffa dans le cellier , prit.
plufieurs bouteilles de vin qu'il porta dans fon gre
Lier; & le foir , quand tout repofa dans la mailon ,"
il monta au clocher , établit fa demeure fur la voûte
au-deffus du choeur : fon ménage étoit pourvu de
tour ce qui lui étoit nécellaire ; on y trouva du
pain , du vin , de la viande , du lard , de la poudre
pour les cheveux , de la pommade liquide & en
bâton , un miroir , des rafeirs , &c. , &c . Le 9
Janvier dernier , le Prieur étant invité à dîner en
ville , vint caufer avec fes Religieux au réfectoire ,
jufqu'à l'heure où il devoit fortir. Etant monté
dans fa chambre plutôt qu'à fon ordinaire , pour
s'y difpofer , it entendit des coups fourds qui lai
femblèrent partir de la voûte du choeur. Il en
avertit fes Religieux . L'un d'eux , jeune homme
fort & plein de courage , monta au clocher pour
voir la caufe de ce bruit. La première porte qui
donne fur le jardin , & qui communique à un
ancien cimetière , étoit fermée ; on en chercha inutilement
la clef. 11 fe fervit d'une échelle pour monter
fur le mur avec le domeftique du Prieur . La porte
de l'escalier du clocher étoit auffi fermée : ils l'en- ¸
foncèrent. Ils ne doutèrent plus que quelqu'un ne
fe fut réfugié dans la voûte du choeur. Ils en furent
convaincus , en appercevant un très-grand feu
allumé , & des provifions de bouche. Ils firent des
d 6
( 84 )
recherches fans pouvoir rien découvrir. L'Officier
commandant la Maréchauffée de cette ville , airivant
dans ce moment de la campagne avec un de
fes Cavaliers , informé de ce qui le paffeit , fe
rendit au haut du clocher avec fon Cavalier , & y
fut joint par les autres qu'il avoit mandés . Ils découvrirent
, dans la flèche du clocher , un homme
qu'ils reconnurent pour être le nommé Louis . Il
fut fur le-champ arrêté & feuillé : on trouva fur
lui cinq roffignols & trois clefs «.
On ajoute que le 11 du même mois le
voleur fubit à Épernay la peine portée par la
Sentence.
» Les dartres , la teigne & la plupart des maladies
cutanées réſiſtent ordinairement à tous les remèdes.
On s'eft occupé long-tems à chercher un fpécifique ,,
on n'en avoit point trouvé d'efficaces . C'eſt le fieur
Dacher qui vient enfin de faire cette découverte
utile à l'humanité. Les vertus de fon Remède antidartreux
font conftatées de la manière la plus authentique.
Depuis le tems qu'il a fait annoncer fa
découverte dans les papiers publics , il a guéri plas
de 200 maladies de cette espèce ; des fuccès auffi
conftans ne laiſſent aucun doute fur l'efficacité de ce:
nouveau Remède ; il prévient le Public qu'il conti
nuera de donner les foins gratis aux pauvres . Quant
aux perfonnes aifées qui fouhaiteront être traitées
fous les yeux de leur Médecin ordinaire , il déclare
qu'il ne fe refufe jamais d'adminiftrer fon Remède:
en préfence de gens de l'art ; affuré du fuccès , il ne
peut que gagner en travaillant devant des témoins
éclairés ; l'impofteur fe cache , la vérité ne craint
pas le grand jour. Ce Remède confifte dans une eau
ftomachique & anti-dartreufe , très-lympide , &
agréable au goût. Pour la commodité du Public &
éviter les frais de tranfport , ie fieur Dacher envoie
dans les Provinces l'eau pure ou l'Elixir qui en fair
la baſe. Chaque bouteille de pinte de cet Elixir com
( 85 )
·
pofe 30 à 40 pintes de boiffon ordinaire , & dure
environ un mois , & le double pour les enfans . Quatre
ou fix bouteilles d'Elixir fuffifent ordinairement
pour la cure de cette cruelle maladie. Quand on l'a
héritée de fes pere & mere , ou qu'elle eft ancienne
& invétérée , elle exige quelquefois un traitement
plus long , mais la guérifon eft sûre . Le régime
doit être des plus doux ; il n'eft point affujertiffant ,
&l'on peut vacquer à fes affaires ; comme ce Remède
eft agréable , il rétablit le ton de l'eftomac &
favorife les digeftions . On le continue fans peine ;
le bien qu'on en éprouve d'ailleurs y engage . Le prix
de chaque bouteille d'Elixir eft 12 livres. Il a été
ainfi réduit pour le mettre à portée de tout le monde.
Le fieur Dacher le fait un plaifir d'entretenir avec
fes malades une correfpondance fuivie pendant le
traitement , & de leur indiquer les moyens qu'une
longue expérience lui a appris être les plus convenables
pour être plutôt délivré des démangeaifons ,
&c. La même dofe d'Elixir pour la compofition de
l'eau komachique & anti- dartreufe ne pouvant être
égale pour tout le monde , & devant être plus ou
moins active , fuivant le tempérament , l'âge ou la
conftitution des perfonnes qui en ufent , il eft néceffaire
qu'elles faffent connoître à l'Auteur leur tempérament
, la qualité de leurs dartres , & s'il y a
complication d'autres maladies . Elles auront foin
d'affranchir leur Lettre. La demeure du fieur Dacher
eft rue du Bacq , fauxbourg Saint- Germain , à l'ancien
hôrei des Moufquetaires Gris , où on le trouve:
jufqu'à midi, & le foir depuis fix heures . Comme
la teigne eft une maladie encore plus défagréable:
que les dartres , & que le feul Remède qu'on a
trouvé ( & qui le plus fouvent ne réuffit pas ) révolte
la nature , puifqu'il confifte à écorcher en
vie le pauvre patient , on croit devoir rapporter
ici une cuie opérée par le fieur Dacher fur trois
cafans d'un Médecin qui en étoient affligés depuis
cure : - }}
( 86 ) dix ans , & qui avoient fait fans fuccès les Remèdes connus. Ce Médecin a lui-même certifié ainfi cette
Nous , Docteur en Médecine de l'Univer
fité de Montpellier
, ancien Médecin des Camps & Armées du Roi en Allemagne
, ci-devant Médecin de l'hopital
royal & militaire de Phalsbourg
en Alface , Médecin actuel de l'Hopital royal & mili- taire de Philippeville
en Haynaut , Affocié correl pondant de la Société royale des Sciences de Metz , &c. certifions
que l'Eau ftomachique
de M. Dacher , combinée
& mariée avec le lait , le régime & des purgatifs
par intervalle
, a guéri mes trois enfans , ma hiile aînée âgée de 17 ans , mon fils aîné de 14 ,
mon ca let de 13, d'une dartre vive dégénérée
en teigne , plutôt sèche qu'humide
, qu'ils avoient au fommet de la tête , & qu'ils avoient contractée
à mon infçu par le moyen d'une fervante qui le pei- gnoit avec le même peigne dont fe fervoient mes enfans , ayant ladite maladie cutanée , il y a environ dix ans , & pour laquelle maladie cutanée je n'ai ofé rien faire , d'autant plus que toutes les fois je voulois mettre en avant quelque Remède plutôt favorable
à la tranfpiration
& à la déperation
du fang, que tous autres , leur vue s'affoibliſſoir
, ce qui me faifoit craindre de frapper trop fort de la circonférence
au centre , & par conféquent
d'inté reffer notablement
le coeur , le cerveau , ou le pou mon , d'où ftrictement
dépend la vie. Affez pro- fond phyficien
pour ne pas me laiffer entraîner à des préjugés groffiers ou frivoles , je rends affez de juftice à M. Dacher , qui fans aucun motif d'intérêt a bien voulu s'intéreſfer
à mes enfans pour les gué- rir, n'y ayant que la force de la vérité qui doit , être facrée chez les hommes qui forme la bafe de mon aveu. J'avoue en même tems que nombre de perfonnes
avoient employé plufiers Remèdes
fim. ples , & d'autres plus compofés
, où entroit le pré- cipité rouge fans fuccès , à la continuation
defquels
que
( 87 )
je me fuis oppofé , crainte d'empirer leur état
Paris ce 8 Mars 1780. Signé, O KERINE , Médecin
de l'Hopital Royal & Militaire de Philippeville
en Haynaut.
Les Etats des batêmes , mariages , morts ,
enfans trouvés , profeffions religieufes de la
ville & fauxbourgs de Paris pendant l'année
dernière , offrent les réfultats fuivans. Bâtêmes
19,387 ; mariages 4878 ; morts 18,953 ;
enfans trouvés 5444 ; profeffions religieufes
1.17 . Le nombre des batêmes de 1782 , com
paré à celui de 1781 , offre une diminution
de 845 , celui des mariagcs de 92 , celui des
morts de 1227 , celui des enfans trouvés de
164 , celui des profeffions religieufes eft
augmenté de 30.
» Le fieur Launoy , Marchand de Modes & Fabri
quant de Rouge , à l'ufage de la toilette des Dames,
vient de trouver , après bien des recherches , le ,
moyen de le perfectionner au premier degré de
fupériorité , rant pour la beauté , que pour la falubrité
de la Peau. Il compofe auffi le véritable
Blanc de Venile pour blanchir la Peau , avec Pommade,
qui en ôtant le Rouge du vifage , enlève
auffi les taches & les boutons , & elle peut être
employée également à la fuite de la Petite- Vérole ,
pour empêcher d'en être marqué. Ces trois objets ,
peuvent- être employés fans aucun danger , n'étant
compofés que de chofes qui peuvent entrer dans le
corps humain. La Manufacture & le Magafin du
fieur Launoy , tant pour les Modes , que pour ces
trois objets , eft aux Armes de France , rue Jacob ,
Fauxbourg St- Germain à Paris. Les Marchands
& Commiffionnaires , qui font des envois pour la
Province & les Pays Etrangers auront avec le
fieur Launcy , la Marchandiſes entité
de pouvoir donner des
Tous ces objets peuvent fe
( 88 )
tranfporter
dans les Pays les plus éloignés , fans craindre la corruption
. Les Perfonnes de Province auront la même facilité , en lui écrivant & affranchiffant
leurs lettres «<,
Les Numéros
fortis au tirage de la Loterie
Royale de France du premier de ce mois ,
font : 6. 26. 18. 74 & 82.
De BRUXELLES
, le 4 Février.
ON alu dans ce Journal la lettre des Minif
tres Plénipotentiaires
aux Magnifiques
Seigneurs,
de Genève qui accompagnoit
l'Edit de
pacification
. L'acte de garantie & le traité de neutralité
inférés à la fuite de cet Edit méritent
auffi d'être connus. La première de ces
pièces eft conçue ainfi :
,
que
S. M. le Roi de
Et d'autant
que S. M. T. C. Sardaigne
& la République
de Berne , en interve- mant dans les diffentions
de la République
de Ge- nève , & en prévenant
de nouveaux
troubles par un
Edit. à fixer fa conftitution
, & à lui affurer propre
but la conune
paix durable , n'ont eu pour fervation
, le bonheur
& la profpérité
de la République
, ils ont par une fuite des mêmes motifs de bienveillance
envers elle , accordé
la garantie des
promettant
,
articles
contenus
au préfent Edit , (fans néanmoins
toucher à la fouveraineté
& à l'in- dépendance
de la République
, réfervées
ici de la
manière
la plus folemnelle
) d'en maintenir
l'exé- cution , & de ne pas permettre
qu'il y foit porté aucune atteinte
de quelque
manière
que ce foit ,
s'engageant
en outre en cas de mouvemens
fédi- tieux , de prifes d'armes
ou de violences
que le Gouvernement
n'auroit
pu réprimer
, d'intervenir de concert , même fans en être requis , & fur la
feule notoriété
publique
, en la forme & de la
manière
dont ils conviendront
entr'eux , pour
( 89 )
rétablir l'autorité légitime , la tranquillité & la
sûreté publique , le réfervant pour cet effet la
faculté d'employer tous les moyens qu'ils cftime-→
ront convenables aux circonftances , & en particu
lier fe faire rigoureufement rembourfer par le
parti qui feruit jugé coupable , tous les frais qu'au
roit occafionnés l'exercice de la garantie. Le préfent
engagement ne pouvant néanmoins préjudicier en rien
tant au traité de Soleure de 1579 , entre S. M. T. C.
& les Canton de Zurich & de Berne , qu'à celui de
1584 , qui fbfifte entre ces deux Cantons & la
République de Genève. Et afin que dans tous les
tems la République de Genève puiffe éprouver
l'avantage qi doit réfulter pour elle de la garan
tie de leurfdites MM , T. C. & Sarde , & de la
République de Berne , il a été arrêté & figné entre
lesdites Paifances un traité de neutralité perpétuel
irrévocable , relatif à ladite République ,
dont la teneur fuit ci-après.
L'intérêt que S. M. T. C. , S. M. Sarde & la
République de Berne prennent au bonheur & à la
profpérité de la République de Genève , les ayant
déterminés à venir à fon fecours pour y rétablir
l'autorité légitime , l'ordre & la tranquillité , lefdites
Puiflances ont eftimé que le moyen le plus
efficace de prévenir le retour des troubles paffés ,
& d'affermir la conftitution de cet Etat , étoit de
garantir , ainfi qu'elles l'ont fait , le Gouvernement
qui vient d'être établi dans Genève ; elles ont de
plus confidéré que pour affurer à cette garantie
l'activité & l'énergie qu'elle doit avoir , prévenir
tout ce qui pourroit en gêner l'exercice , & pour
voir d'autant mieux à l'indépendance & à la tranquillité
de ladite République , il étoit néceffaire de
convenir entr'elles , par un traité de neutralité
à la fuite de celui de garantie , des meſures les
plus propres à parvenir à ce but , en conféquence
elles ont ftatué ce qui fuit. 1 °. Dans les tems
ordinaires Gi lefdites Puiffances étoient dans le
>
( 90 )
cas d'exercer leur garantie , & de rétablir dans
Genève la tranquillité qui feroit troublée au point
que le Gouvernement fût réduit à ne pouvoir
réprimer la licence , & agir conformément aux
loix , elles fe concerteront le plus promptement
poffible , fur les moyens de remplir leurs engagemens
envers la République. 2 ° . Si ce qu'à Dieu ne
plaiſe , il ſurvenoit une rupture entre deux des Puiffances
garantes , elles enverroient des Plénipotentiaires
dans un lieu appartenant à la troiſième ,
pour y avifer de bonne-foi avec ceux de cette dernière
au meilleur moyen d'exercer leur garantie, &
décideroient s'il conviendroit mieux que ces trois
Puiffances fiffent marcher des troupes vers Genève ,
dont le territoire feroit dès- lors réputé neutre entre
les deux Puiſſances en guerre , ou fi on ne fereit
marcher
que les troupes de la Puiffance neutre , chacune
des Puiffances alors en guerre fe chargeant
de payer un tiers des frais de cette expédition, 3
Si les rois Paiffances fe trouvoient en
guerre,
elles
enverrcient chacune leurs Plénipotentiaires , foit à
Genève , foit dans un lieu tiers , pour y décider les
mefures les plus propres à rétablir la tranquillité dans
la République ; & dans le cas où il feroit indifpenfable
d'y envoyer des troupes , le territoire de
Genève feroit réputé neutre , & aucune des Puiffances
n'y pourroit exercer des actes d'hoftilité
contre les neutres >
auroient l'ordre de le compofer refpectivement ,
au contraire , les Commandans
pour le bien de la République , avec la même hatmonie
que fi la plus profonde paix régnoit entre
leurs Souverains. 4° . Dans le cas d'une guerre en
tre deux des Puiffances garantes , ou même entre
toutes les trois , fi l'on avoit lieu d'efpérer que
la
feule préfence de leurs
Plénipotentaires fuffit pour
la tranquillité dans Genève , les trois Puiffances y
en fervient paffer chacune de leur côté , & il leur
feroit preferit de traiter des affaires de la Républi
que avec la même impartialité & le même concert
( 91 )
que fi d'ailleurs il n'exiftoit aucun fujet de divifion
entre leurs Souverains refpectifs. 5º . La Ville & le
Territoire de Genève feront encore réputés neutres
toutes les fois qu'étant calme & tranquille , deux ou
les trois Puiffances garantes auroient guerre entr'elles
, & entretiendroient des troupes dans fon voifinage
, aucune de ces Puiffauces ne pourra dans ce
cas exiger de la République que les devoirs & offices
contenus aux traités réservés dans l'acte de garantie.
La préfente convention eft déclarée perpétuelle
& irrévocable.
Les lettres de la Haye portent que l'Envoyé
extraordinaire de Pruffe a remis le 21
du mois dernier au Préfident des Etats-Généraux
, un nouveau Mémoire conçu ainfi :
» H. & P. S. Le Roi s'étoir flatté , que les repréfentations
& infinuations amicales , que le Souf
figné à faites par ordre exprès de S. M. à plufieurs
membres diftingués des Etats - Généraux des Provinces-
Unies , au fujet de la malheureufe fermentation
intérieure , qui fe manifefte préfentement en Hollan
de , produircient un effet defiré & conforme aux affurances
pofitives qu'on lui a données a cet égard :
mais , S. M. vient d'apprendre avec autant de déplaifir
que de furprife , que ces mouvemens - intérieurs
, au lieu de fe calmer , vont toujours en aug.
meurant ; & qu'on ne fonge qu'à ôter au Prince
Stadhouder le commandement des troupes & la
Marine & à le priver par-là des principales & plus
effentielles prérogatives de fa charge de Capitaine
& Amiral Général & Héréditaire. Le Roi ne
fauroit s'imaginer que ce foir- là le fentiment & le
vau général de la Nation & des Régents de l'Etat.
S. M. eft plutôt perfuadée , que ce n'eft que l'idée
particulière de quelques per omnes , qui veulent du
mal à la Séréniflime Maifon de Naffau , par one
fuite de quelque haine ou vae particulière à elles
fans confulter le véritable bien & l'intérêt général
( 92 )
de l'Etat . Tout bon Hollandois fe reffouviendra
avec
reconnoiffance , que les fondemens de fa liberté
& de fa
profpérité préfemte ont été jettés par les
Princes de l'illuftre Maifon d'Orange & de Naffau ,
& acquis en partie aux dépens de leur fang ; que
c'eft elle , qui a formé & raffermi toute la conftitution
préfente de la République , & qui après des
viciffitudes & révolutions
extraordinaires , effemblantes
en quelque façon à celle d'à-préfent , a retiré
les Provinces- Unies des dangers imminens ,
dont elles étoient menacées , & les a rétablies dans
leur ancien luftre. C'eft fans doute de la confervation
de cette forme de
Gouvernement , qui a fi
heureufement fubfifté depuis deux fiècles , & de
celle du
Stadhoudérat qui en eft inféparable ,
que dépend le bonheur & la sûreté de la Républi
que. Tout bon patriote Hollandois doit être con
vaincu de cette vérité. Toutes les Puiffances voifines
en paroiffent également pénétrées & font fur
prifes de voir fubfifter & augmenter dans le fein
des Provinces- Unies des diffentions auffi dange
reufes que déplacées , dont les fuites pourroient
devenir auffi funeftes à la République qu'elles l'ont
été à d'autres Etats , qui fe font trouvés dans le
même cas ces Piffances voilines font toutes éga
lement intéreffées au maintien du fyftême préfent
de la République de Hollande. Le Roi l'eft encore
plus
particulièrement , tant par les liens du parentage
, qui l'uniffent à la Séréniffime Maiſon d'Orange
, qu'en qualité de voifin le plus proche &
d'ami conftant & fincère de la République . S. M.
eft perfuadée , & elle fait par les afferances les plus
pofitives , que le Prince Stadhouder a les vues les
plus pures & les plus falutaires pour le bien de la
République & pour le maintien de fa préfente
conftitution : que , fi des perfonnes mal - intentionnées
lui en
attribuent d'autres , c'eſt par une
fiction auffi deftituée de toute
vraisemblance qu'injuricufe
à fa perfonne & à fes lumières : que le Prince
( 93 1
fuivra & exécutera plutôt invariablement le fyftême
& les principes , qu'il trouvera adoptés & établis
par la Puiffance fouveraine des Provinces Unies ;
& qu'il écartera à l'avenir jufqu'aux foupçons du
contraire. Le Souffigné Envoyé - Extraordinaire a
l'honneur d'expofer toutes ces confidérations importantes
à LL. HI . PP.; il eft chargé , par les ordres
les plus précis du Roi , de les recommander à leur
plus férieufe réflexion & de les requérir , qu'elles
veuillent rejetter & faire mettre de côté toute propofition
& idée tendante à diminuer les juftes prérogatives
du Stadhoudérat , & à changer la forme de
leur Gouvernement établi & fi heureuſement ſubfiftante
depuis fi longtems ; & qu'elles prennent
plutôt des mesures efficaces , pour étouffer les diffenfions
inteftines , pour arrêter les entreprifes des
factieux , pour fupprimer leurs libelles injurieux
& pour rétablir non- feulement l'union néceffaire ,
mais auffi l'autorité & la confidération dues au
Prince Stadhouder & aux perfonnes , qui concou
rent au Gouvernement de la République. S. M. fe
flatte , que LL. HH. PP. voudront recevoir les
repréfentations d'un voifin , qui eft leur véritable
ami , qui n'eft pas indifférent au fort de la Républi
que, mais qui prendra toujours l'intérêt le plus vif
& le plus zélé à la voir confervée dans fon état
préfent «.
On lit dans quelques lettres de Hollande
les réflexions fuivantes à l'occafion de ce
Mémoire.
ל כ
foit
Comme il n'a été porté jufqu'à préfent aucune
atteinte aux prérogatives légitimes du Prince ,
en fa dignité politique de Stadhouder , foit dans
fes charges Militaires ; & que les réfolutions prifes
en différentes villes , fur la prière des citoyens
mêmes , par rapport aux recommandations ,
concernent que des abus introduits illégalement
contre des fermens qui fe renouvellent , chaque
ne
( 94 )
que
année ; on ignore à quoi peuvent être relatifs les
rapports fait à S. M. Pruffienne , qu'on ne fonge
pas à moins qu'à ôter au Stadhouder le comman
dement des Troupes & de la Marine , à moins
ce ne ſoit à une délibérarion actuellement pendante
aux Etats de Hollande & de Weft- Frife. On fe
rappelle , que les députés de la ville d'Amfterdam
proposèrent le 18 Mai 1781 , dans l'affemblée de
LL. NN. & GG . PP. de nommer un comité ,
avec lequel le Stadhouder fe confulteroit fur la
conduite des opérations de guerre . Le peu de fruit,
qu'on a retiré de la dernière campagne , a fait remettre
cette propofition fur le tapis , & après la
demande faite à ce fujet par quelques députés ,
pour avoir des éclairciffemens , la ville d'Amfterdam
a fait remettre aux Etats un mémoire , par lequel
elle cite des exemples de pareils comités , notamment
en 1665 , & elle s'attache à prouver , que
l'établillement d'un tel comité ne porte aucun préjudice
ni à l'autorité de S. A. en qualité d'Amiral-
Général , ni aux fonctions des Amirautés , puifqu'il
n'a pour but que d'effectuer une direction prompte
& réglée des affaires. Depuis que ce mémoire a
été remis , il eft queftion , dit- on , d'établir dans
les principaux ports des commiffaires , qui préfens
fur les lieux feroient à portée de voir tout par leurs,
yeux , de donner des ordres dans des cas imprévus ,
& de prévenir ainfi des délais , tels que ceux qui
empêchèrent l'année dernière l'expédition ordonnée
de Breft , lorfqu'on confuma en confultations &
meffages entre la Haie & le Texel le terme fixé
pour le départ de l'efcadre. Les Officiers , dont la
conduite a paru répréhenfible en cette occafion
vont être jugés par les Amirautés , aux départemens
defquelles chacun deux appartient. Quant au com
mandement des Troupes de terre , l'on se fçait
point qu'il fe foit rien paffé à ce sujet dans la
République , fi ce n'est qu'il eſt queſtion de réduire
"
3
"
fa jurifdiction Militaire dans les bornes préfcrites
par les loix & par la conftitution ; bornes , qui
avoient été manifeftement paffées entre autres
par l'établiffement du Haut- Confeil - de - Guerre,
L'illégalité de ce tribunal , que n'a jamais autorifé
Ja Puiffance Souveraine , vient d'être démontrée de
nouveau par un mémoire très - détaillé , en date du
Janvier , que la cour de juftice de Frife a remis
aux Etats de fa province , fur la requifition qu'ils
lui avoient adreflée à ce fujet «.
f
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 27 Janvier.
Le Gouvernement a reçu le 24 des dépêches de
Terre-Neuve , en date du 2 Janvier. Mais elles ne
contiennent rien qui foit relatif à la flotte partie de
New-Yorck & deftinée pour l'Angleterre.
Le Warwick de so & un floop , font arrivés de
New -Yorck, Ces deux vaiffeaux , ainfi que la frégate
le Charles-Town, rentrée auparavant , fervoient de
convoi à une flotte de bâtimens marchands , dont
un feul eft arrivé.
54
Une lettre de New - Yorck , venue par une frégate
arrivée à Portſmouth , porte que plufieurs loyaliftes ,
dans l'idée que la ville feroit évacuée par les troupes
du Roi , avoient emballé leurs meilleurs effets , &
qu'ils avoient deffein de s'embarquer en même tems
que les troupes & de profiter du convoi , en attendant
qu'ils trouvent l'occafion de paffer en Angleterre.
·
On a remis au Bureau de la Pofte , un grand
nombre de lettres de Charles -Town. Elles ont été
apportées par le vaiffeau de guerre l'Adamant ',
arrivé à Plymouth. Il a appareillé le 14 Décembre
de Charles - Town , que le Général Leflie & fa famille
avoient quittée quelques jours auparavant , pour fe
rendre par mer à New- Yorck. La plupart des habitans
étoient allés à la Jamaïque , & les troupes s'embarquoient
pour les Ifles du Vent. On préfumoit que
la place feroit entièrement évacuée vers le 20. La
196 )
fregate le Fox avoit fait voile pour la Jamaïque
avec plusieurs tranfports.
Le Gouverneur Bull & quelques Loyalifies font
arrivés à Londres il y a deux jours , venant de
Charles- Town. A leur départ , cette place étoit
fur le point d'être évacuée .
La garnifon de Charles Town étoit compofée ,
y compris les Corps Loyaliftes , de 8 mille hommes.
Toutes ces troupes font allées renforcer les garnifons
dans nos ifles aux Indes occidentales, Une
très grande partie eft allée à la Jamaïque .
Rien ne prouve plus fortement l'intégrité des
Miniftres , que le zèle avec lequel ils favoriſent
le plan qui a pour objet une repréſentation plus
égale du peuple dans le Parlement . Cette conduite
eft une preuve manifefte qu'ils ne defirent point
>affurer les fuccès de leurs mefures par l'influence
de la corruption qu'ils s'efforcent eux-mêmes d'extiper.
Cependant ce plan ne peut paffer fans le
confentement de tout le Corps Légiflarif ; & il eft
à craindre que la vive oppofition qu'il rencontrera
de la part de la Chambre haute , ne le falle avorter.
Deux Couriers de Berlin & de Vienne , font
arrivés fucceffivement ces jours derniers au Bureau du
Lord Grantham , avec des dépêches qui furent miles
le lendemain matin fous les yeux de S. M.
Des dépêches pour M. Harris , Ambaſſadeur de
S. M. à la Cour de Pétersbourg , furent ſcellées
du grand Sceau le 23 .
Le 25 , M. Gérard de Rayneval , a eu une audience
particulière du Roi , dans laquelle il a préfenté
les lettres de créance à S. M. Le Vicomte de
Vergennes lui a été préfenté le même jour , ainsi que
le Chevalier de la Hérédia.
Aujourd'hui le Lord Keppel a donné fa démillion
de la place de premier Lord de l'Amirauté ; & le roi
y a nommé fur- le- champ le Lord Howe.
JOURNAL POLITIQUE.
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 27 Décembre.
LE
E Divan s'affemble fréquemment ; l'objet
de fes délibérations eft ,
dit -on ,
deux Mémoires préfentés par les Ambafladeurs
de Vienne & de Pétersbourg ; la première
de ces Cours , ajoute- t-on , appuye
fortement les demandes de la feconde , &
en forme auffi quelques-unes ; on fe flatte
toujours que l'efprit de paix préfidera aux
Confeils du Sultan ; jufqu'à préfent il y a
dominé ; l'affaire de la Crimée paroît terminée,
la Porte n'a pris au un parti & s'eſt
bornée à négocier pendant que les troupes
Ruffes marchoient vers cette péninfule ; clle
a perfifté à éviter toute démarche , qui l'entraîneroit
à la guerre qu'elle ne défire pas ,
en défendant aux Tartares difper fés qui fe
font réfugiés dans le Cuban & dans d'autres
Provinces voifines de la Crimée , de fe '
préfenter dans cette Capitale : cette attention
Is Février 1783,
e
( 98 )
རིག་
festrouannonce
fuffisamment fes difpofitions actuelles
; on ignore fi elles ne changeront
point dans le cas où il feroit vrai que la
Ruffie prévoyant que la tranquillité qu'elle
a rétablie en Crimée , pourroit n'être que
paffagère , voudroit faire occuper par les troupes
tous les endroits fortifiés de la prefqu'île
. Cette démarche la rendroit prefque
entièrement maitrefle du pays , & la Porte
pourroit réclamer à fon tour le Traité de
Kainardgi , en vertu duquel il doit être abfolument
indépendant & libre.
DANEMARCK;
De COPENHAGUE , le Is Janvier.
LES bâtimens partis dernièrement du
Sund pour aller aux Indes Occidentales , y
font rentrés à caufe des vents contraires , &
mouillent dans la rade de ce Port , où ils
attendent le premier bon vent pour remettre
à la voile.
Le nombre des naiffances dans l'Evêché
de Chriftianfand en Norwège , eft monté
pendant l'année dernière à 3876 ; & celui
des morts à 2676.
Fin du Traité de Commerce entre la Ruffie & le
Danemarck.
26. Les Comptoirs de Douane en Ruffie , où le
fait l'enregistrement des contrats d'achat & de vente
des marchan difes , examineront foigneufement fi les
Commiffionnaires font munis d'ordres en règle de
la part de leurs Commettans , la parole feule de:
Commiffionnaires n'étant pas fuffifante pour con
1995།
clure des marchés. Les Commiffionnaires auront
foin de ne jamais outre-paffer dans les marchés les
pouvoirs qu'ils auront reçus . La même choſe ſera
obfervée dans les Comptoirs de Douane en Danemarck
, à l'égard defdits contrats que des Négocians
Ruffes concluront dans les Etats Danois.
27. Les Sujets refpectifs pourront compter fur
toute afliftance poffible contre ceux qui ne rempliront
point les engagemens d'un contrat fait dans
la forme preferite & enregistré dans un Comptoir
de Douane. 28 ° . Les Négocians Danois pourront
payer les marchandifes qu'ils auront achetées en
Ruffie , avec les espèces qui y ont cours & qu'ils
auront reçu en paiement pour les marchandifes
vendues en Ruffie. Les Négocians Ruffes jouiront
du même avantage dans les Etats Danois . 299. On
prendra de part & d'autre toutes les précautions
pour que le choix des marchandifes foir confié à
des gens dont la probité & les lumières font connees
, & qui , en cas d'évènement , feront en état
de bonifier la perte dont ils feront la caufe . 30 ° . Les
Sujets refpectifs auront dans les endroits où ils
demeureront , pleine liberté de tenir les livres de
commerce dans telle langue qu'ils voudront.
31. S'il arrivoit qu'un Sujet Danois fît faillite dans
les Etats de la Ruffie , & vice verfa , fans qu'il ait
obtenu le droit de Bourgeoifie , les créanciers du
débiteur nommeront , fous l'autorité de la Juftice
de l'endroit , des Curateurs auxquels feront confiés
les effers , livres & papiers du débiteur ; & dans le
cas où ceux des créanciers , dont les prétentions
forment les deux tiers de la maffe , conviendroient
par voix d'un certain ordre pour la diftribution de
la maffe , leur arrêté fera fuivi & fera loi aux autres
créanciers. Quant aux Sujets des Etats refpectifs
qui font naturalifés & qui ont obtenu le droit de
Bourgeoisie , ils feront foumis , en cas de banqueroute
, aux loix , règlemens & ſtatuts du pays où
€ 2
( 100 )
ils auront été naturalifés . 32 ° . Il fera permis aux
Négocians Danois établis en Ruffie , de faire bâtir
des maifons dans toutes les villes de ce Empire ,
den acheter , de les vendre & de les donner en
louage , fi toutefois le droit de Bourgeoisie ou un
autre privilége n'eft pas en oppofition avec une
pareille acquifition dans l'un ou dans l'autre endroit .
Les maisons à Pétersbourg , à Mofcou & à Archangel
, habitées par des Négocians Danois , Leront
exemptes du logement de gens de guerre pour
tout le tems que ces maifons leur appartiendront
& qu'ils les occuperant. Dans les autres villes de
I'Empire Ruffe , les maifons achetées ou bâties par
des Négocians Ruffes , ne jouiront d'aucuns priviléges
particuliers ; dans le cas cependant où il
feroit jugé a propos de prendre le paiement pour
le logement de gens de guerre , les Négocians
Danois feront traités à cet égard comme les Sujets,
Rutles . S. M. Danoife s'oblige à accorder dans fes
Etats de pareils priviléges aux Négocians Ruffes.
339. Ceux des Sujets relpectifs qui voudront quitter
les Provinces , Villes & Etats de l'une ou de l'autre
des deux Cours contractantes , obtiendront les
paffe - ports néceflaires , & ils pourront emporter
librement les biens qu'ils auront importé & ceux
qu'ils auront acquis pourvu toutefois qu'ils aient
payé préalablement leurs detres , & qu'ils aient acquitté
les droits établis par les loix , règlemens
& ftatuis des Etats refpectifs . 34° . Les biens &
effers des Sujets refpectifs qui mourront dans les
Etats refpectifs , appartiendront à leurs héritiers ,
foit ab inteftat , foir par teftament , & ils pourront
en prendre poffeffion eux- mêmes , ou par procuration
, ou par les Exécuteurs teftamentaires , après
qu'ils en auront acquitté les droits fixés par les
loix . Dans le cas où les héritiers feroient abfens ,
ou mineurs , un Notaire public dreffera un inventaire
de tout le bien délaiffé , en préfence
( for)
>
des Juges de l'endroit , du Conful de la Nation
du défunt , & de deux témoins dignes de foi ;
& le montant de la fucceffion fera déposé dans
un établiffement public , ou entre les mains de
deux ou de trois Négocians nommés à cec effet.
35 ° . Dans le cas où la guerre s'éleveroit entre les
deux Cours contractantes , ce que Dieu veuille détour
er on ne pourra arrêter aucun des fujets
effectifs ni confifquer leurs biens & bâtimens ,
mais il leur fera accordé au moins un délai d'un
an , pour vendre leurs effets ou les tranfporter
ailleurs , & pour aller fe rendre où bon leur femblera
; il fera a fi permis à l'un & à l'autre de
faire avec fes effets comme il jugera à propos , &
les débiteurs des fujets refpectifs feront tenus de
fatisfaire leurs créanciers comme en tems de Faix .
36° . Le préfent Traité durere pendant douze an .
nies ; avant leur échéance les deux Cours contractantes
pourront fi bon leur femble , convenir d'une
prolongation de ce Traité. 37. Les deux Cours
contractantes s'obligent mutuellement de ratifier le
préfent Traité de commerce ; les ratifications feront
échangées dans l'efpace de fix femaines , à
compter du jour de la fignature «<
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 15 Janvier.
LA reconstruction du Palais Krafinski ,
détruit par un incendie le 15 Décembre
dernier , eft un des objets qui occupent le
Confeil Permanent ; comme c'eft dans ce
Palais que s'affembloient les différens départemens
de l'Etat , il eft important de le
rétablir promptement. La Commiffion du
Tréfor a déja conclu à cet effet un contrat
e 3
( 102 )
avec M. Martini , Architecte de la République.
On vient de faire un état des taxes impofées
fur différens articles , & dont le produit
fait une partie des revenus de la République
; on y lit que les Perruquiers de cette
ville payent pour leur privilége , après en
avoir déduit les frais ordinaires , une fomme
annuelle de 450,000 florins de Pologne . On
peut juger de ce qu'ils doivent gagner par
cette taxe , en effet extraordinaire.
Selon les rapports qu'on a reçus des Paroiffes
Catholiques , il y a eu l'année dernière
dans cette Capitale 3565 baptêmes ,
4684 morts , 620 mariages ; 27 Diflidens
font rentrés dans le fein de la Religion dominante
; & 10 Juifs ont été baptifés.
Les démêlés qui fe font élevés entre les
Diffidens de cette Capitale durent toujours ;
mais on fe flatte qu'ils feront bientôt terminés
par un arrangement fatisfaisant pour
l'une & pour l'autre partie. Les conférences
qui fe tiennent à ce fujer & auxquelles affiftent
le Roi & l'Ambaffadeur de Ruffie ,
ne peuvent qu'accélérer ce grand ouvrage.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 21 Janvier.
LE bruit fe renouvelle que le couronnement
de l'Empereur , en qualité de Roi de
Hongrie , aura lieu dans le mois d'Avril
prochain.
( 103 )
Le 8 de ce mois il a paru une nouvelle
Ordonnance concernant les Ecoles , où l'on
admet les enfans des Juifs : elle contient
entre autres les articles fuivans .
Les enfans Juifs feront reçus dans les Ecoles
latines comme les Chrétiens , fans diftinction ,
pourvu qu'ils aient l'atteftation ordinaire que l'on
exige ; on avertira les parens de les tenir toujours
proprement , & on ne fouffrira pas qu'ils aient la
moindre marque diftin&tive , pour ne pas les expofer
aux railleries des autres enfans ; inconvénient
que l'exemple des Profeffeurs préviendra d'ailleurs ,
ou au befoin , des punitions convenables . Quoique
toute vente , échange ou trafic foient défendus entre
Ecoliers , on y aura particulièrement l'oeil , fur-tour
pour les enfans Juifs , afin d'éviter les diffentions .
Les enfans Juifs n'entreront en claffe qu'après la
prière accoutumée , ils en fortiront avant celle qui
fe fait à la fin , & n'affifteront point aux inftructions
concernant la religion Chrétienne qui fe font les
Mercredis & Samedis . Enfin les Fêtes particulières
aux deux religions feront des jours de vacances
pour les ans & pour les autres «.
De HAMBOURG , le 24 Janvier.
TOUT eft encore bien vague & bien
incertain dans ce qu'on publie de l'accomamodement
entre la Ruflie & la Porte ; le
fujet des démêlés fubfifte toujours ; & il
paroît que jufqu'à préfent l'état de la Porte
qui doit lui faire défirer la paix , a feul prévenu
une rupture . Elle ne s'eft point oppofée
au rétabliffement de Sahim - Guérai ; mais
elle ne voit pas fans jaloufie les efforts qu'a
faits fa rivale , le fuccès qui les a fuivis ,
€ 4
( 104 )
& fur-tout les forces qu'elle peut vouloir
conferver dans une contrée qui doit être
indépendante & libre , fous le prétexte d'y
conferver le calme & de prévenir de nouvelles
révoltes . On affure que le mémoire,
que cette Puillance a fait remettre dernièrement
au Divan , eft conçu de la manière
la plus énergique ; on y exige , dit- on , que
la Porte s'engage à ne plus fe mêler à l'avenir
de ce qui peur concerner la Crimée ;
& on infifte de la manière la plus preffante
fur le tranſport libre & exempt de toutes
fortes
d'entraves , des comestibles de quelque
efpè e qu'ils foient par la Mer Noire
dans la Mer Blanche &
l'Archipel , ainfi
que fur le maintien des priviléges dont doivent
jouir la Moldavie & la Walachie. Ce
mémoire a éré , dit- on ,
fortement appuyé
par l'Empereur ; on ignore encore la réponſe
qu'y a fait la Cour
Ottomane ; mais on
prétend que la Ruffie a tellement combiné
la
diftribution de fes troupes de terre , que
100,000 hommes font prêts à agir au premier
fignal; elle a mis d'ailleurs fes forces,
navales fur un pied très - reſpectable dans
ces mers; il y a à Cherfon 3 vaiffeaux de
guerre prêts à mettre à la voile , 6 autres
en
conſtruction ; on y compte encore 13
frégates & 10 à Azoph . On apprend de
Pétersbourg que le détachement
d'artilleurs
& de
bombardiers qui avoient reçu ordre .
il y a quelque tems , de fe tenir prêts à
marcher , s'étoient mis en route le 26 Dé(
105 )
cembre , avec un gros train de pièces de
canon pour des fiéges , & dirigeoit fes pas
du côté des frontièrès de la Turquie .
Les armemens continuent dans les Etats
de la Maifon d'Autriche. Les tranfports de
munitions fur le Danube , pour la Hongrie ,
continuent toujours ; & on voit à Vienne
arriver & partir fouvent dès couriers pour
Pétersbourg & pour Berlin.
"On parle plus que jamais , dit un de nos papiers ,
d'une guerre
fur le Continent ; les plus fortes apparences
femblent l'annoncer. Toutes les Compagnies
d Infanterie en garnifon dans les Pays - Bas Autrichiens
, vont être portées à 150 & à 200 hommes ;
la Cavalerie fera augmentée à proportion . On tra
vaille fans relâche à Gand à la conftruction de 12,000
tentes . A Vienne , on ne met pas moins d'activité
dans les préparatifs ; on paye 7 kreutzers par heure ,
les ouvriers qui veulent travailler la nuit ; on y a
fait l'effai de faire porter les bagages par les chevaux
, au moyen de felles d'une nouvelle invention ;
& cet effai a , dit- on , fi bien réuffi , qu'un che af
médiocre eft en état de porter jufqu'à 400 ivres
pefant. On diminuera , par ce moyen , le nombre des
chariots , toujours très-embarraffans dans les armées.
Comme en cas d'une guerre contre le Turc , une
flotte feroit d'un graad fecours , on prétend que la
République de Venife fe déclarera auffi ; mais cette
flotte n'existe pas encore ; il faut la conftruire
l'équiper , &c . On conçoit que de fi grands & de fi
valtes projets , ne font pas à la veille de s'exécuter ,
& ils ne pourroient goere l'être , fans allumer , peutêtre
, une guerre générale.
On écrit de Vienne qu'il y eft arrivé dernièrement
un Courier de Berlin , avec des
dépêches de cette Cour ; on juge de leur
es
( 106 )
importance par la diligence qu'a fait ce
Courier , & qu'elles ont été très-agréables
à l'Empereur , parce qu'il lui a fait donner
une gratification de 200 ducats.
Des lettres de Conftantinople portent que
le Prince Ypfilandi , ancien Hofpodar de
Walachie , relégué à Rhodes , y a été étran
glé par l'ordre du Grand- Seigneur ; fes deux
fils ont été arrêtés en même-tems ; mais on
croit qu'ils feront relâchés , parce que l'Internonce
Impérial a fortement intercédé
pour eux.
» Notre commerce de l'année dernière , écrit- on
de Dantzick , a confifté principalement dans l'envoi
de bois de conſtruction pour la Marine , nous en
avons fourni aux François , aux Espagnols , aux Anglois
& aux Hollandois. Les Anglois feuls en ont
chargé 137 bâtimens. Il n'eft venu dans cette année
qu'un feul bâtiment Hollandois , portant le pavilon
de fa Nation . Les falines nouvellement découvertes
dans le diſtrict de Cracovie , feront auffi en
exploitation le printems prochain . On écrit de.
Wieliczka , où il y a un grand nombre de galeries
de mines , que l'Eglife de cet endroit s'eft écroulée ,
& que pleurs maiſons font menacées d'éprouver
un pareil délre «.
--
ITALI E.
De LIVOURNE , le 16 Janvier.
SIDY- ISMAEL HAYA , gendre du dernier
Bey de Tunis , qui s'étoit expatrié déja il y a
quelques années à caufe des différends qu'il
avoit eus avec les beaux- frères , vient d'en
avoir de nouveaux avec eux , & fur- tout
? 107 )
avec le Bey actuel ; il a quitté en conféquence
une feconde fois fon pays , un bâtiment
Tofcan l'a tranfporté à Civita-Vecchia
où il fait quarantaine , après quoi il viendra
ici par terre. Sa fuite eft compofée de fes
deux filles , & d'un domeftique nombreux ,
où l'on compte 4 Dames & quelques Efclaves
Chrétiens . Il a avec lui un tréfor confidérable
, outre les effets & les joyaux qu'il avoit
envoyés ici d'avance.
Le nombre des naiflances à Florence a
été pendant l'année dernière de 3567 : dont
1785 garçons & 1782 filles ; il y a eu dans
ce nombre 162 enfans trouvés .
ESPAGNE.
De CADIX , le 14 Janvier.
HIER on alloit faire embarquer les troupes
Efpagnoles , lorfqu'il vint un ordre de la
Cour de fufpendre cet embarquement juf
qu'à la veille du départ de la flotte , afin
qu'elle ne confomme pas les vivres qui font
à bord des vailleaux. Cet ordre eft fort fage ,
parce qu'à vue d'ail elles auroient pu refter
8 à 10 jours en rade. Malgré la prévoyance
& l'activité de M. le Comte d'Estaing on
croit qu'il faudra encore ce tems là pour
achever l'approvifionnement de l'armée. Les
vivres venus de Toulon , de toutes nos Provinces
voifines & même des côtes de Barbarie
n'ont pas été encore fuffifans pour
completter ceux que l'efcadre doit emporter,
e 6 .
( 108 )
nous en attendons de nouveaux qui arrivent
journellement & qu'on embarque à meſure
qu'on les débarque des tranfports qui les
apportent. Ce ne font pas les munitions
navales , ni , à proprement parler , le radoub
des vaiffeaux qui retarderont le départ de
cet immenfe armement.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 1ër. Février.
LES uniques nouvelles que nous avons des
Ifles , c'eft le départ de l'Amical Pigot pour
la Jamaïque , & l'arrivée de Sir Richard
Hughes à la Barbade , où il s'eft arrêté
pour faire de l'eau , & d'où il a pris
la route de la Jamaïque ; fon efcadre a eu
le bonheur de rencontrer dans fon paffage
le Solitaire , de 64 canons , & une frégate
de 36 , qu'on croit être la Lively Paker ,
prife auparavant par les François. Le premier
a été forcé d'amener , & on dit que
la frégate a fubi le même fort.
Dans ce moment , les nouvelles de cette
efpèce ont perda leur intérêt ; la paix , qui
fauve fans doute la Jamaïque , nous occupe
uniquement ; & nos voeux font pour
l'arrivée prochaine à leur destination ,
des avifos qu'on a expédiés pour mettre
fin aux hoftilités , & arrêter le fang qui
peut encore couler jufqu'à ce qu'on foit
inftruir de cette grande nouvelle . Ce fut
le 23 du mois dernier que le fiear Ogg , an
( 109 )
des Meffagers d'Etat , arriva au Bureau du
Lord Grantham , Secrétaire d'Etat , avec les ;
articles préliminaires , fignés à Verfailles
entre la France , l'Efpagne & la Grande-
Bretagne , par les Plénipotentiaires refpectifs.
Le même foir , le Lord Grantham écrivit
cette nouvelle au Lord Maire ; elle fur annoncée
le 25 dans la Gazetre de la Cour;
& le 27 , une copie des préliminaires fut
préfentée à la Chambre Haute par le Lord
Grantham , & à la Baffe , par M. Townshend.
On arrêta , dans la première , fur la requifition
même du Miniftre , que ces Préliminaires
feroient imprimés. Dans la feconde
, la même motion fouffrir quelques
difficultés de la part de M. Townshend , qui
dit qu'elle étoit fans exemple ; qu'il y avoit
dans les Cours étrangères , fur le fecret des
traités , une délicarelle qu'on ne connoiffoit
pas dans notre Gouvernement ,
mais que
cependant il falloit refect r. Il fe rendit à
la fin , lorfqu'on eut obfervé qu'il étoit bien
fingulier que les Miniftres ne fuffent pas
plus d'accord , fur le même fujet , & qu'il
y en cût un qui fit , dans 1 Chambre-
Haute , une propofition que fon collègue
rejettoit dans celle des Communes. Ces
préliminaires doivent trouver place ici ;
nous n'y mettrons pas ceux avec la France
que nous avons déja donnés ; voici ceux
de l'Espagne
.
» Le Roi de la G. B. & le Roi d'Espagne , animés
d'un defir égal , de faire ceffer les calamités d'une
7110 )
guerre deftructive , & de rétablir entr'eux l'union
& la bonne intelligence , auffi néceffaires pour le
bien de l'humanité en général , que pour celui de
leurs Royaumes , Etats & Sujets refpectifs , ont
nommé à cet effet , favoir , de la part de S. M. le
Roi de la G. B. , le fieur Alleyne Fitz-Herbert , Miniftre
Plénipotentiaire de S. M.; & de la part de
S. M. le Roi d'Espagne , Don Pierre - Paul Abarca
de Bolea-Ximenès d'Urnea , & c. Comte d'Aranda
& Caftel Florido , Marquis de Torres , de Villanan
& Rupit , Vicomte de Rueda & Yoch , Baron des
Baronnies de Gavin - Sierano , & c. , & c. , Riche-
Homme par naiffance en Aragon , Grand - d'Ef age
de la première claffe , Chevalier de l'Ordre de la
Toifon d'Or & de celui du Saint- Efprit , Gentilhomme
de la Chambre du Roi en exercice , Capitaine
- Général de fes Armées , & fon Ambaffadeur
auprès du Roi T. C.; lefquels , après s'être duement
communiqués leurs pleins pouvoirs en bonne forme ,
font convenus des articles préliminaires fuivans.
1. Auffi-tôt que les préliminaires feront fignés &
ratifiés , l'amitié fincère fera rétablie entre S. M. B.
& S. M. C. , leurs Royaumes , Etats & Sujets , par
mer & par terre , dans toutes les parties du monde :
il fera envoyé des ordres aux armées & efcadres ,
ainfi qu'aux Sujets des deux Puiffances , de ceffer
toure hoftité , & de vivre dans la plus parfaite
unien , en oubliant le paffe , dont leurs Souverains
leur donnent l'ordre & l'exemple ; & pour l'exécu
tion de cet article , il fera donné , de part & d'autre ,
des raffe- poris de mer aux viffeaux qui feront
expédiés pour en porter la nuelle dans les poffelfions
det i es Puiflances . ? ". S. M. C. confervera
'Ife de Minorque . 3 ° . S. M. B. cédera à S. M Č.
la Floride orientale ; & S. M. C. confervera a Floride
o cidentale ; bien entendu que le terme de
dix- huit mois , à com er du jour de la ratification
du traité définitif, Lera accordé aux sujets de S. M. B.
( 111 )
qui font établis dans l'Ifle de Minorque & dans les
deux Florides , pour vendre leurs biens , recouvrer
leurs dettes , & tranfporter leurs effets , ainfi que
leurs perfonces , fans être gênés à cause de leur
Religion , ou fous quelque autre prétexte que ce
puifle , hors celui de dettes & de procès criminels .
Et S. M. B. aura la faculté de faire transporter de
la Floride orientale tous les effets qui peuvent lui
appartenir , foit artillerie ou autres. 4º . S. M. C.
ne permettra point à l'avenir que les Sujets de S. M. B.
ou leurs ouvriers foient inquiétés ou moleſtés , fous
aucun prétexte que ce foit , dans leur occupation de
couper , charger & tranfporter le bois de teinture
ou de campêche , dans un diftrict dont on fixera les
limites ; & pour cet effet , ils pourront bâtir fans
empêchement , & occuper fans interruption , les
maifons & les magafins qui feront néceffaires pour
eux , pour leurs familles & pour leurs effets , dans
un endroit dont on conviendra , foit dans le traité
définitif , ou dans fix mois après l'échange des ratifications.
Et S. M. C. leur affure , par cet article ,
l'entière jouiffance de ce qui fera ftipulé ci- deffus ;
bien entendu que ces ftipulations feront cenfées
ne déroger en rien aux droits de fa Souveraineté.
5. S. M. C. reftituera à la G. B. les Ifles de Providence
& des Bahamas , fans exception , dans le
même état où elles étoient quand elles ont été conquifes
par les armes du Roi d'Espagne , 6º . Tous les
Pays & Territoires qui pourroient avoir été conquis ,
ou qui pourroient l'être, dans quelque partie du monde
que ce foit , par les armes de S. M. B. ou par celles de
S. M. C. , & qui ne font point compris dans les
préfens Articles , feront rendus fans difficulté , &
fans exiger de compenfations. 7. On renouvellera
& confirmera par le Traité définitif tous ceux
qui ont fubfifté jusqu'à préfent entre les deux
hautes Parties contractantes , & auxquels il n'aura
pas été dérogé , Loit par ledit Traité , ſoit par le
་
( 112 )
préfent Traité préliminaire ; & les deux Cours nom
meront des Commiffaires pour travailler fur l'état
de commerce entre les deux nations , afin de convenit
de nouveaux arrangemens de commerce , fur
le fondement de la réciprocité & de la conve
nance mutuelle ; & lefdites denx Cours fixeront
amiablement entre elles un terme compétent.pour
la durée de ce travail. 8 °. Comme il eft néceffane
d'affigner une époque fixe pour les reftitutions
& évacuations à faire par chacune des hautes
Parties contractantes , il eft convenu que le Roi de
la G. B. féra évacuer la Floride Orientale , trois
mois après la ratification du Traité définitif , ou
plutôt fi faire le peur. Le Roi de la G. B. rentrera
également en poffeffion des Ifles de Bahama ,
fan's exception , dans l'efpace de trois mois après
la ratification du Traité définitif. En conféquence
de quoi , les ordres nécellaires feront envoyés par
chacune des Parties contractantes , avec les paffeports
réciproques pour les vaiffeaux qui les porte
font , imm diatement après la ratification du Traité
définitif. 9. Les prifonniers faits refpectivement
par les armes de S. M. B. , & de S. M. C. , par
mer & par terre , feront , d'abord après la ratifi
cation du Traité définitif , réciproquement & de
bonne fai rendas , fans rançon , & en parant les
dettes qu'ils auront contractées dans leur captivité ;
& chaq e Couronne foldera refpect vement les
avances qui auront été faités , pour la fubfiftance
& l'entretien de fes prifonniers , par le So verain
d: pays où ils a ront été détenus , conformément
aux reçus , & aux états conftatés , & aux titres
authentiques qui feront fournis de part & d'autre,
10. Pour prévenir tous les fujets de plaintes &
de conteftations , q i pourroient naître à l'occafion
des ri es qui pourroient être faites en mer ,
de
puis la fignature de ces Articles préliminaires , on
elt couvenu réciproquement, que les vailleaux &
( 113 )
"
effets qui pourroient être pris dans la Manche , ou
dans les Mers du Nord , après l'efpace de douze
jours , à compter depuis la ratification des préfens
Articles préliminaires
, feront de part & d'autre reftitués que le terme fera d'un mois depuis la
Manche & les Mers du Nord , jufqu'aux Ifles Canaries inclufivement
, foit dans l'Océan , foit
dans la Méditerranée
; de deux mois depuis lefdites
Ines Canaries , jufqu'à la ligne Equinoxiale , ou l'Equateur ; & eafin de cinq mois dans tous les
autres endroits du Monde , fans exception ,
diftinction plus particuliere de temps & de lieu. 11. Les retifications des préfens Articles préliminaires
feront expédiées en bonne & due forme , & changées dans l'efpace d'un mois , ou plutôt ,
fi faire le du jour de la fignacure
peut , compter
des préfens Articles . En foi de quoi , Nous fouffignés
Plénipotentiaires
, & c.
à
ni autre
Les articles convenus avec l'Amérique
doivent être inférés dans le Traité , &
conftituer ce même Traité de paix propofé
entre la Grande-Bretagne & les Etats-Unis ;
ils furent fignés à Verfailles le 30 Novembre
dernier , par M. Richard Ofwald , de la part
de l'Angleterre , MM. John Adams , Benjamin
Franklin , John Jay & Henri Lau.
rens, de la part de l'Amérique, MM . Caleb-
Witeford , Secrétaire de la Commiffion Britannique
, & W. T. Franklin , Secrétaire
de la Commiffion Américaine , le fignèrent
auffi comme témoins. Nous les mettrons ici.
» Attendu que l'expétie ce démontre que des
avantages réciproques & une convenance mutuelle
forment le feul fondement permanent de paix & d'amitié
entre les Etats ; il a été convenu de former les
articles du Traité propofé fur de tels principes
( 114 )
d'équité libérale & de réciprocité , queles avantages
partiaux ( femences de la difcorde ) en étant exclus ,
il foit établi entre les deux Pays une correfpondance
fi avantageule & fi fatisfaifante , qu'elle promette &
affure , à l'un & à l'autre , une paix & une harmonic
perpétuelles . 1 °. S. M. B. reconnoît lefdits Etats-
Unis : favoir , le New-Hampshire , la baie de Maflachuffet
, Rhode-Ifland & les Plantations de Providence
, le Connecticut , le New-Yorck, le New-Jerfey ,
la Penſylvanie , la Delaware , le Maryland , la Virginie
, la Caroline Septentrionale , la Caroline Méridionale
& la Géorgie , être des Etats-Libres , Souverains
& Indépendants ; qu'il traite avec eux comme
tels, & tant pour lui-même , que pour les héritiers
& fucceffeurs , renonce à toute prétention de Gou
vernement , propriété & droits territoriaux fur iceux ,
& toute partie d'iceux ; & afin de prévenir toutes
difputes qui pourroient s'élever au fujet des limites
defdits Etats -Unis , il eft convenu & déclaré , par les
préfentes , que ce qui fuit eft & conftituera leurs
limites ; favoir : 2 ° . Depuis l'angle N. O. de la
Nouvelle-Ecoffe ; c'eft-à-dire , l'angle formé par une
ligne tirée exactement du N. depuis la fource de la
rivière Ste-Croix jufqu'au pays montagneux , le long
defdites montagnes qui féparent les rivières qui le
déchargent dans le fleuve St -Laurent , de celles qui
tombent dans l'Océan Atlantique , à la fource la plus
N. O. de la rivière Connecticut ; de- la defcendant le
long du mi ieu de cette rivière , jufqu'au 4 se degré
de latitude N.; de-là , par une ligne exactement O.
par la même latitude , jufqu'à ce qu'elle parvienne à
la rivière des Iroquois ou Cataraquy ; de- là , le long
du milieu de ladite rivière , jufqu'au lac Ontario ,
traverfant le milieu dudit lac , jufqu'à ce qu'elle
arrive à la communication par eau entre ce lac &
le lac Erie de - là , le long du milieu de ladite
communication dans le lac Erie , traverfant le milieu
dudit lac , jufqu'à ce qu'elle arrive à la communica
( 115 ).
tion par cau entre ce lac & le lac Huron ; de-là tra
verfant le milieu dudit lac , juſqu'à la communication
par cau entre ce lac & le lac fupérieur ; de-là
traverfant le lac fupérieur , au Nord des Ifles Royales
& Philippeaux , jufqu'au long lac ; de-là au milieu
dudit long lac , & la communication par cau entre
ce lac & le lac des Bois , audit lac des Bois ; de-là
traverfant ledit lac , jufqu'à la pointe la plus N. O.
d'icelui ; & de - là , fuivant un cours directement
Oueft , jufqu'à la rivière Miffiffipi ; de là , par une
ligne à tirer le long du milieu de ladite rivière
Miffiffipi , jufqu'à ce qu'elle coupe la partie la plus
au N. du 31 degré de latitude Sept.; au Sud , par
une ligne à tirer directement Eft de la détermination
de la dernière ligne mentionnée , par la latitude du
31e. degré au N. de l'équateur , jufqu'au milieu de
la rivière Apalachicola ou Catahouche ; de- là , le
long du milieu d'icelle , jufqu'à fa jonction avec
la rivière Flint; de- là , droit à la fource de la rivière
Ste-Marie , & de-là defcendant le long du milieu de
la rivière de Ste Marie jufqu'à l'Océan Atlantique ;
Eft , par une ligne tirée le long du milieu de la
rivière Ste-Croix depuis fon embouchure dans la
baie de Fundy , jufqu'à fa fource , & depuis fa fource
directement au Nord , jufqu'aux fufdites montagnes
qui féparent les rivières qui fe jettent dans l'Océan
Atlantique de celles qui tombent dans le fleuve St-
Laurent , comprenant toutes les Ifles à 20 lieues de
toute partie des côtes des Etats - Unis , & fituées
entre les lignes à tirer exactement Eft des points.
où lefdites limites entre la Nouvelle Ecoffe d'une
part , & la Floride Orientale de l'autre , toucheront
refpectivement la baie de Fundy , & l'Océan Atlantique
; à l'exception de ces Ifles qui font à préfent ou
ont été jufqu'à préfent dans les limites de ladite
Province de la Nouvelle Ecofle. 3 ° . Il eft convenu
que le peuple des Etats - Unis continuera de jouir ,
fans moleftation , du droit de pêcher du poiffon de
( 116 )
route efpèce fur le grand - banc , & tous les autres
bancs de Terre- Neuve ; auffi dans le golfe de St-
Laurent , & dans tous les autres endroits de la mer ,
où les habitans des deux pays ont été de tout tems
jufqu'à préfent dans l'habitude de pêcher , & auffi ,
que le habitans des Etats- Unis auront la liberté de
prendre du poiffon de toute e pèce , dans telle partic
de la côte de Terre- Neuve que fréquenteront les
pêcheurs Britanniques ( mais nuilement de le fécher
& le faler fur cette Iſle ) ; & auffi fur les côtes , baies
& criques de tous les autres domaines de S. M. B.
en Amérique ; & que les pêcheurs Américains auront
Ja liberté de fécher & faler du poiffon dans toutes
les baies , havres & criques de la Nouvelle- Ecoffe ,
des Ines Madelaine & Labrador , où il n'y a point
d'établiffemens , pendant tout le tems qu'il n'y ca
aura point; mais auffi- tôt qu'il fera fait des établif
femens dans ces Places , ou aucune d'elles , il ne fera
pas permis auxdits pêcheurs de fécher ou faler du
poiffon dans un pareil établiſſement , fans faire préa
lablement un agrément à cet effet avec les habitans ,
propriétaires , ou poffeffeurs du terrain . 4 ° . Il eft
convenu , que les créanciers , de fart & d'autre , nè
rencontreront aucun empêchement légal au recou
vrement de l'entière valeur , en argent fterling ,
de toutes juftes dettes contractées julqu'à préfent.
5. Il eft convenu que le Congrès recommandera
férieufement à la légiſlation des Etats respectifs , de
pourvoir à la reft tution de tous biens , droits & propriétés
qui ont été confifqués , appartenant à des
Sujets Britanniques , & auffi aux biens , droits &
propriétés des perfonnes réfidant dans les diftricts ca
poffeffion des armes de S. M. , & qui n'ont pas porté
les armes contre lefdits Etats ; & que toutes perfon
nes d'autre defcription quelconque auront liberé
entière d'aller dans aucune partie ou parties des
Treize Etats - Unis , & d'y réfider douze mois fans
être moleſtées dans les tentatives qu'elles feront pour
( 117 )
obtenir la reftitution de tels de leurs biens , droits &
propriétés qui peuvent avoir été confiíqués ; & que
le Congrès recommandera aufſi ſérieuſement aux différens
Etats , une reconfidération & révision de tous
actes & loix concernant ces objets , de manière à
rendre lefdites Loix ou Actes parfaitement compatibles
, non-feulement avec la juftice & équité , mais
avec cet efprit de conciliation , qui , au retour des
bénédictions de la paix , devroit univer ellement
prévaloir , & que le Congrès recommandera auſſi
inftamment aux différens Etats , que les biens
droits & propriétés des perfonnes qui viennent d'être
mentionnées , leur feront reftitués , à la charge par
elles de rendre à tontes perfonnes qui peuvent être
actuellement en poffeffion le prix de bonne- foi ( s'il
en a été donné aucun ) que de telles perfonnes
peuvent avoir payé pour l'acquifition d'aucune
defdites terres ou propriétés depuis la confiſcation .
Et il eft convenu que toutes perfonnes qui ont quel
qu'intérêt dans les terres confifquées , foit par des
dettes , des contrats de mariage , ou autreinent , ne
rencontreront aucun empêchement légal dans la
pourfuite de leurs juftes droits. 6°. Qu'il ne fe
fera plus à l'avenir de confifcations , ni ne fe commencera
aucune pourfuite contre aucune perfonne
ou perfonnes , pour ou à raifon de la part qu'elle
ou elles peuvent avoir prifes dans la préfente guerre;
& que perfonne re fupportera à cet égard aucune
perte ou dommage à l'avenir , foit en fa perfonne ,
liberté ou propriété ; & que celles qui peuvent être
détenues fur de pareille charges , au tems de la ratification
du Traité en Amérique , feront immédiatement
élargies & les pourfuites ainfi commencées
feront di continuées. 7º. Il y aura une paix folide
& permanente entre S. M. & lefdits Etats , & entre
les fujets de l'une & les citoyens de l'autre pour,
quoi , toutes hoftilités , tant par mer que par terre ,
cefferont immédiatement ; tous prifonniers de part
( 118 )
& d'autre feront mis en liberté ; S. M. , avec toute
la diligence convenable , & fans caufer aucune de
truction , ou enlever aucuns Nègres , ou autres propriété
des habitans Américains , retirera toutes les
armées , garaifons & flottes defdits Etats - Unis , &
de tous ports , places & havres dans iceux , laiffant
dans toutes les fortifications l'artillerie Américaine
qui peut y être ; & ordonnera & fera auffi immédia
ment reftituer& délivrer aux propres Etats & perfon.
nes , à qui ils appartiennent , les archives , regiſtres
& papiers appartenans à aucuns defdits Etats ou leurs
concitoyens , lefquels , dans le cours de la guerre ,
peuvent être tambés entre les mains de fes Officiers.
8. La navigation du Miffiffipi , depuis la fource
jufqu'à l'Océan , reflera pour toujours libre & ou
verte pour tous les Sujets de la G. B. & les Citoyens
des Etats- Unis . 9 °. En cas qu'il arrivât que quelque
Place ou Territoire appartenant à la G. B. ou aux
Erats Unis , fût conquis par les armes de l'un ou
de l'autre , avant l'arrivée de ces articles en Amérique
, il eft convenu que ladite Place ou Territoire,
fera reftitué fans difficulté , & fans exiger de com .
penfation «.
La lecture de ces articles occafionna quel
ques débats , mais ils furent courts : ils
feront peut- être plus étendus lorſqu'on en
viendra à un examen plus détaillé , le Commodore
Johfton laiffa échapper quelques
traits d'humeur contre la reconnoiffance
de l'Indépendance Américaine , en difant
que les Miniftres devoient faire favoir par
quelles raifons ils s'étoient déterminés à un
fi grand facrifice. M. Eden parla vivement
contre le cinquième article des préliminaires
avec l'Amérique , où il trouva qu'on
n'avoit pris aucune précaution en faveur
( 119 )
des Loyaliftes , qu'il repréfenta fuyant de
Charles- Town pour fe rendre à St-Auguftin
& à New-Yorck , & obligés enfuite d'abandonner
ces deux places , puifque l'Angleterre
les cédoit . Ces difcuffions furent fufpendues
, pour être reprifes fans doute dans
un autre moment ; on a lieu cependant de
s'attendre qu'elles ne feront pas bien vives.
Dans la féance du 29 Janvier , tout ce qui
fe paffa relativement à l'Amérique , fe réduit
à ceci , qui n'entre point dans le
fond du Traité.
M. David Hartley ordonna au Clerc de la
Chambre de lire diverfes claufes de l'acte prohibitoire
, relatives à l'Amérique , afin de prouver l'impoffibilité
d'établir aucunes liaiſons entre les deux
Pays , tant que cette Loi ne feroit point révoquée.
Si les Miniftres , dit- il , avoient defiré d'effectuer
une réconciliation finoère avec les Etats Unis , ils
auroient déja écarté cet obftacle ; mais j'obferverai
à regret qu'ils ont montré , dans toutes les occafions
, une répugnance à accorder à l'Amérique ce
que la néceflité les a forcés enfin de lui accorder.
Il faut certainement dégager notre commerce de
ces entraves , fi les Etats - Unis de l'Amérique & la
Grande Bretagne font convenus d'une ceffation
d'hoſtilités , ainfi que le très - honorable Secrétaire
nous l'a donné hier à entendre. Je m'attendois
qu'avant de prendre la parole , il auroit mis le
traité fur le bureau . ( Il fut interrompu en cet endroit
par M. Townshend , qui déclara qu'on avoit
confenti à une ceffation d'hoftilités , ainfi que le
Gouvernement en avoit été informé ; mais que
n'ayant point encore reçu d'avis formel fur cet
objet , il n'avoit pu produire les papiers demandés. )
M. Hartley reprit fon fujet , & fe fervit de plu120
)
-
de
fears argumens
pour prouver qu'il étoit conve nable de révoquer l'acte en queftion. Si la Chambre, dit-il , agrée ma motion tendante à faire révoquer , cet acte ( & je n imagine pas qu'elle foit fufceptible
d'aucune objection , puifque nous avons re connu l'indépendance
de l'Amérique
) , je me pro pofe de demander
la permiffion
de préfenter un bill pour rétablir notre commerce avec l'Amérique. Il fit alors fa première motion tendante à ce qu'il lui fût permis de préfenter un bill pour révoquer un acte paflé dans la feizième année du règne S. M. , lequel nous défend de commercer avec cer-
Le Colonel
taines Colonies de l'Amérique. Hartley feconda la motion. M. Townshend fe leva , & dit : La motion eft entièrement
inutile , parce que l'acte en queftion ne nous défend de commercer
avec les Colonies qu'auffi long - tems que durera leur révolte ; ainfi , du moment que F'Angleterre
a déclaré leur indépendance
, l'acte a été conféquemment
annullé , parce qu'on ne peut déformais
fuppofer que ces Colonies foient dans un état de rebellion. Mais je ne puis m'empêcher d'obferver
que la difcuffion de femblables
objets dans les circonftances
actuelles , me paroît très- déplacée. Ce n'eft pas là le moment de faire des règlemens
relatifs à notre commerce avec les Etats- Unis de l'Amérique
. Nous n'avons pas encore con- clu un traité définitif avec ces Etats ; nous ne pou- donc favoir quelles font les loix qu'il faut révoquer, & quelles font celles qu'il faut laiffer en vigueur. Pour mettre fin à cette difcuffion , je pro-
M. Burke dit qu'il
pofe donc l'ordre du jour. étoit fort étonné qu'aucun Membre de la Cham- bre voulût s'opposer à ce qu'une affaire de cette importance
fût prife en confidération
; que M. Townshend
avoit été précédemment
d'une opinion tout- à - fait différente , puifqu'il avoit fait les plus vifs reproches
à l'ancienne
Adminiſtration
,
lorfqu'elle
vons
pas
( 121 )
lorfqu'elle s'étoit oppofée à toute motion fem
blable à celle qui étoit actuellement fous les yeux
de la Chambre. M. Eden foutint que la révocation
de cet acte étoit la chofe du monde la plus
inutile , ' attendu que le commerce de l'Angleterre
n'y gagneroit abfolument rien ; mais que pour l'acte
de navigation il étoit indifpenfable de le changer.
parce qu'en vertu de cet acte , tel qu'il eft aujour
d'hui , il eft impoffible aux vaiffeaux Américains
d'entrer dans les Ports Britanniques fans être faifis.
Le Chancelier de l'Echiquier dit , que par un
acte paffé , il y a 2 ans , S. M. étoit autorisée à révoquer
elle- même l'acte prohibitoire , & qu'ainfi cette
motion n'étoit d'aucune néceffité , attendu que la
révocation feroit bien plutôt faite par Lettres-Patentes
, que par la propofition d'un Bill au Parlement,
M. David Hartley voyant que l'intention du
Ministère étoit de s'occuper de cette affaire , retira
fa motion , & la Chambre fe forma en Comité de
voies & moyens.
-
Les ordres de ne plus preffer les matelots
, & de ne plus courir contre les Fran
çois , ont été délivrés ; & on prépare , dans
plufieurs ports du Royaume une grande
quantité de marchandifes qu'on fe propoſe
d'envoyer en Amérique.
>
Le retour de la paix permet de s'occuper
à préfent des affaires intérieures ; on croit
que la réforme Parlementaire fouffrira de
grandes difficultés , & on remarque que
l'ancien parti de Rockingham , qui fait
profeffion des principes du pur Whiggifne ,
sy oppofe , tandis que le Minifte e ctu 1
paroît difp fé à l'accorder. » N.tre conftitution
, dit M. Burke à cette o cafion , a
été , durant plufieurs fiècles , un objet d'ad-
15 Février 783.
f
( :122 )
miration pour toutes les parties du Globe ;
que le Minilire ou tout autre qui ofera у
porter une main profane , prenne garde aux
fuites de fon entreprise ".
On avoit lu , dans un papier miniftériel ,
cette réflexion au moins fingulière après l'an
nonce de la paix. L'Angleterre eft de nouveau
elle - même ; & Ecoffe & l'Irlande
doivent être à préfent circonfpectes dans
leurs prétentions. Cela fembloit annoncer
qu'on n'étoit point difpofé à fatisfaire ce
dernier Royaume ; cependant on a applani .
1 plupart des difficultés , & le Roi vient de
créer , pour elle , l'Ordre de S. Patrice. S. M.
en fera le Chef. Le nombre des Chevaliers
fèra de 16 , leur cordon , bleu célefte pâle . Le
Parlement de ce Royaume a été prorogé
du 28 Janvier au 25 Mars prochain.
Le Roi a nommé le Vicomte Howe ;
'Amiral Hugh Pigot , Charles Brett, Richard
Hopkins , John Jefferis Pratt , John Aubrey ,
John Levefon Gower , Commiffaires pour
remplir l'Office de Lord Grand- Amiral des
Royaumes de la G. B. & d'Irlande , des
domaines , ifles & territoires y appartenants.
Toute la ville étoit hier , écrit on de
Portſmouth en date du 28 Janvier , en rumeur à
l'occasion d'un évènement dont nous n'avions point
encore vu d'exemple. Les Montagnards du 77e régimert
en garnifon ici , avoient reçu ordre la veille
de fe tenir prêts à s'embarquer pour l'Inde . Ils s'affemblèrent
en effet fur la parade , mais ce ne fut que
pour déclarer la ferme réfolution qu'ils avoient prife
de ne point s'embarquer. Ils alléguèrent , pour railon .
( 123 )
de lear refus , qu'ils n'avoient été engagés que pour
trois ans , ou pour le tems de la querie d'Amérique ,
& qu'en conféquence il ne vouloit pois taller dans
flade , tandis que lears Officiers qui les avoient
vendus a la Compagnie , refte tent en Anglerie. Le
Colonel étoit abfent , mais le Lieutenant- Colonel &;
les autres Officiers voulant les fo cer de s'emba quer ,
fe virent inveftis par ces hommes furienx , auxquels
ils n'échappèrent qu'après avoir reçu force cups.
Le Lieutenant- Colonel entr'autres a cté horriblement.
ma traité Les Montaguards fe rendiren enfuite au
magafin du Régiment , cù iis fe fournirent de perdre
& de balles . Un détachement d Invalides que o fit
marcher contre eux , fut obligé de fe retirer , après
avoir eu un homme tué & plufieurs bleflés . Li Che
valier Thomas Pye & le Chev liar John Cartier ,
Maire de cette ville , firent tous leurs effor & pur
appailer ce tumulte . Il y parvingent enfi , en
promettant aux Montagnards qu'ils ne feroient point
embar ués , qu'on n'eûr reçu de nouveaux o‘dies.
Alors ceux- ci confentirent à le féparer il -ictournèrent
le soir à leurs qua ties , raffablement ftisfaits
. Ce matin il lear a été annoncé que leur cmbarquement
n'auroit point lieu.
Cette émeute a occafionné la lettre fuivante
du Lord George Gordon à Mylord
Shelburne.
Je viens de recevoir dex lettres de Portmonth
du 77e Reiment d'Infanterie de S. M , les Montagnards
d'Athol , & je crois qu'il ef de mon devoir
de me tre fan fer re de tems l'erait vart de
l'une de ceslettres fous le yeux de V. S , romme.
premier Min ftre., Nous devons nous embiquer ,
m'écrit - on , mis il y a all met to lie de
croire que le foldarsy on o eront avec la réfiltance
la plus opiniâtre. Le tem feul FOUrra nu ap
prendre comment cette affaire le terminera. Nous
1
响着
·f 2
( 124
ད
vous affurons que nous n'avons pas fu un mot de oe
projet avant le 15 , que nous fommes partis d'Andower
pour nous rendre ici . Nous avons reçu de nouveaux
ordres d'embarquement pour demain matin à
dix heures. Nous n'avons de reffource que dans Votre
protection & dans votre appui . Nous fommes avec
le plus profond refpect , Milord , vos très -humbles
& c. « - Je n'ai pour le moment rien à ajouter fur
ce fujet , fi ce n'eft que dans le cas où , d'après la
bonte opinion que les Montagnards d'Athol veulent
bien avoir de moi , V. S. ou le Cabinet du Roi juge
roit que je peux être de quelqu'utilité dans cette
affai e , je partirai cette nuit même pour Portſmouth,
ou j'écrirai une lettre , ou j'enverrai un exprès avec
un mell ge verbal , enfin je ferai tout ce qui fera
jufte , convenable & honnête . Excufez , je vous prie ,
la précipitation «,
L'affaire du Commandant de Minorque
eft enfin terminée ; c'eft ainfi qu'en rend
compte un de nos papiers.
,
Le Contell de Guerre affemblé pour juger le
Général Murray a terminé hier fes féances. Les
charges contre cet Officier étoient au nombre de
29 ; 27 ont été déclarées frivoles & deftituées de
fondement. Quant aux deux autres , le Général
Murray a reçu une réprimande de la Cour , d'abord
fur fa conduite relativement à la défenſe qu'il avoit
faite le 15 Octobre , de tirer des canons d'aucune
efpèce , fans un ordre exprès du Gouverneur & de
lui feulement ; enfuite pour avoir mis à l'enchère
quelques munitions & c. , au moyen de quoi , felon
la charge , le Général s'eft procuré un bénéfice particulier.
Après la lecture de la Sentence , le Juge
Avocat s'eft adretſé au Chevalier William Draper,
accufateur du Général Murray , & lui a dic que la
Cour defiroit qu'il fit des excafes au Général
Murray , pour lui avoir intenté ce procès . Le Chevalier
Draper y confentit , & fit fes excufes au Gé(
125 )
néral , enfuite le Juge Avocat a pareillement engage,
au nom de la Cour , le Général Murray de faire auffi
des excufes au Chevalier Draper , pour avoir bleffé
fa fenfibilité comme foldat , par la conduite qu'il
avoit tenue , relativement à cet Officier , pendant
qu'il commandoit à Minorque. Mais le brave vétéran
a refufé formellement de fe prêter au defir de la
Cour , en déclarant qu'il étoit le protecteur de fon
propre honneur , & qu'il laiffoit aux autres le foin
de venger le leut.
Un autre de nos papiers nous préfente
auffi une affaire bien fingulière & fort
malheureuſe.
Vendredi dernier offrit un fpectacle touchant
devant la CourdeJuftice de l'Old Bailey . M. Daniel
Magennis , homme refpectable & Docteur en Médecine
, fut condamné à mort , pour caufe de meurtie
fur la perfonne de Jonh Hardy , fon hôte . Par les
procédures il parut , que fe trouvant le 28 Décembre
au foir dans un appartement qu'il occupait chez le
Sieur Hardy, il voulut vuider le pot - de- chambre ; &
qu'un peu de cette eau ayant coulé dans un des appartemens
au-deffous , Hardy entra dans une colère fi
furieufe qu'il monta à la chambre du Docteur , le
maltraita , le prit par les cheveux & le menaça de le
jetter par la fenêtre , M. Magennis criant au fecours
fans que perfonne vint à fon aide , prit un canif qui
étoit fur la table , en bleffa fon agreffeur ; & les
coups ayant porté dans le coeur , Hardy expira
quelques momens après . On vit à cette procédure
le Marquis de Barington , le Comte d'Effingham ,
le Général-Major Murray , M. Edmund Burke , le
Major Flemming & l'Alderman Sawbridge , tous
venus pour dépofer en faveur des moeurs douces
& de la conduite irréprochable de l'Accufé. Le
Juge Willes , de fon côté , avoit expofé au Juré la
caufe fous un jour fi favorable , que chacun crut
que le Médecin ne feroit déclaré que fimple homi-
£ 3
( 126 )
cide ; mais contre toute at ene les Jurés le condam
nèrent à la mort comme Affaifin. Le Secrétaire ayant
fait lecture au Docteur de la Sentence prononcée
contre lui , declara n'avoir jamais été tant affecté
en rump iffant les fonctions de fa charge . On penfe
cependant que M. le Secrétaire d'Etat Townshend
a déja follicié auprès de S. M. le pardon du malheureux
Docteur.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 11 Février.
LE 2 de ce mois , Fête de la Purification
de la Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint-
Elprit s'affemblèrent vers les 11 heures &
die du matin dans le Cabinet du Roi ;
S. M. fortit de fon appartement pour fe
rend e à fa Chapelle , précédée de Mgr. le
Comte d'Artois , du Prince de Condé , du
Duc de Bourbon ; du Prince de Conti , du
Duc de Penthièvre & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre . Deux Huiffirs
de la Chambre du Roi portant leurs
males précédoient S. M qui après avoir
entenu la Meffe , chantée par fa Mufique ,
célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
Command:ur de l'Ordre , premier Aumônier
de S. M. , & à laquelle la Marquife
de Belfiunce fit la quête , fut reconduite , dans
le même ordre , à fon appartement.
De PARIS , le 11 Février.
L'ÉCHANGE des ratifications des préliminaires
de la paix entre la France & l'Angle,
( 127 )
tèrre , a été fait le 3 de ce mois à Versailles:
Les préliminaires conclus avec l'Espagne y
ont été portés par M. Campos , parti le 20
du mois dernier , d'où on l'attend inceffimment
avec la ratification de la Cour de
Madrid , qui fera vraisemblablement
échangée
ici entre l'Ambaffadeur d'Eſpagne & le
Plénipotentiaire
Anglois .
M. le Comte du Mouftier eft parti ; on
dit qu'il a été retenu à Calais par la groffe
mer. On s'attend à voir arriver bientôt
l'Ambaffadeur d'Angleterre , parce qu'on
commence à s'appercevoir des préparatifs
de départ que fait M. Fitz-Herbert.
Le traité des Hollandois paroît toujours
remis à un autre tems ; mais en affure que
leurs Plénipotentiaires ici ont figné l'Atmiftice
avec les Plénipotentiaires Anglois .
C'eft lorfque le Traité général fera conclu
& publié , que l'on pourra parler avec plus
de détails de cette paix qui termine une
guerre glorieufe aux armes de la Nation ,
& qui n'a pas fait moins d'honneur à la
fageffe , à la profondeur & au génie qui ont
dirigé les mouvemens politiques , qui , après
avoir circonfcrit , pour ainfi dire , l'embrafement
tant qu'il a duré , contenu toutes
les Puiffances , & les avoir empêché d'y
prendre part , y ont mis fin fans avoir befoin
de la médiation & de l'intervention d'aucune
.
Tous les travaux ont , dit - on , été fufpendus
à Breft , à la nouvelle de la fignature
£f 4
( 128 )
des préliminaires , & on a fait partir far lechamp
les frégates & les corvettes qui
étoient en rade , pour aller porter cette
agréable nouvelle dans les lieux éloignés.
C'eft la Surveillante qui a été dans l'Inde ,
PAftrée aux Antilles , &c. Les ordres font ,
dit- on , déja donnés pour faire revenir tous
nos vaiffeaux qui font à Cadix ; quelquesuns
vont défarmer à Toulon , d'autres à
Rochefort , & le plus grand nombre à Breft.
" La fignature des préliminaires de paix , écrit - on
de се dernier port , dont un Courier vient de nous
donner la certitude , n'étoit pas faite pour être reçue
ici avec autant de plaifir que dans toutes les autres
villes du Royaume. Notre jeune Noblefle guerrière
me voit qu'avec peine fa valeur enchaînée, & éloigner
les avancemens auxquels elle afpire ; mais ces confdérations
ne peuvent influer fur les fentimens vraiment
patriotiques de la plupart de nos Officiers ; ils
préfèrent le bonheur & la tranquillité de l'Etat à leur
gloire particulière.
Les Etats de Bretagne fe font féparés après
avoir terminé toutes les affaires pour lef
quelles ils étoient affemblés , à la fatisfaction
de la Cour & de leur Province. Comme ils
s'étoient repofés fur la fageffe & la bonté
du Roi , concernant leurs différentes réclamations
, S. M. leur a écrit , de fa propre
main , la lettre la plus flatteufe , contenant
l'affurance de maintenir , dans tous les
tems , leurs franchifes & leurs immunités.
Un procès bien extraordinaire , lit- on dans les
Affiches de Touloufe , du mois dernier , fait diverfion
dans cette Ville aux affaires générales : voici
le fait. Il y a environ quinze ans qu'un particulier ,
( 129 )
2
chargé de dettes , acheta un cadavre , & ayant joué
le matade , s'efquiva fubtilement , laiffant dans fa
chambre fermée & dans fon lit ce cadavre ; il fut
vifité dans un état de putréfaction , qui ne permit
pas de douter que ce ne fut le particulier évadé ; il
fut enterré fous fon nom , tan is qu'il paffoit lui. même aux Indes Orientales . La femme de cet homme
s'eft mariée en fecondes noces , & a des enfans de fon
fecond mari. Ily a environ trois mois que le premier
il s'eft préeft
revenu avec une fortune confidérable ;
fenté à fes créanciers qu'il a fatisfaits , & à fes amis
qui l'ont reconn . Enfin , après avoir découvert la
demeure de fa femme , il est allé la vifiter , & fa
femme l'a reconnu . Le fecond mari , informé de cet
évènement , d'accord même , dit on , avec fon époule,
a accufé le revenant de fuppofition de perfonne , & la femme refufe de retourner au prem er mari. Telle
eft la nature d'une caufe célèbre que vont plaider
trois Avocats diftingués de Touloufe.
Un papier public nous préfente un récit
d'un autre genre , mais bien plus extraordinaire
, & nous nous empreffons de le tran
crire.
» Pierre Beuchon , Laboureur à St - Seine fur-
Vingeanne , âgé d'environ 40 ans , infatigable dans
les travaux de fon état , homme de probité , d'un
commerce doux , bon mari & bon père , étoit
attaqué depuis près de 3 ans d'une maladie qu'on
a qualifiée d'épilepfie ; les accès qu'il en a reffentiss
ont été fi différens , enfin fi funeftes & fi incroya
bles , que le détail peut en être intéreffant. Les pre- miers fe manifeftèrent en 1778. C'étoit des foibleffes
qui lui ôtoient la connoiffance ; il fe plaignoit auparayant
de fentir dans l'eftomac un corps qu'il avoit
envie de vomir , & le fang fe portoit à la tête. Les'
Médecins confultés ordonnèrent du repos , des faignées
& de la diète; ce qui fut en général affez mall
£ f
7130 )
exécuté. Ces accès qui étoient 3 à 4 mois à revenir,
acquirent plus de force , & au lieu de fe terminer par
des forblelles , par rent te ir des convulfions. Le
malade faifoit quelquefois des courfes & teucit des
Propos vagues qui avoient tous un caracte d'ambition
; au commencement d'Octobre dernier , il
reprochoit à une de fes filles qui tenoit les cornes de
fa charrue , de ne les enfonce pas allez ,
pour trouver
une bourfe cachte , difont - il , dans ce champ ;
ientré chez lui , il dépava fon écurie four la même
caufe. Le 7 Octobre , il eut plufieurs de ces accès ,
qui tous n'annonçoient rien de dangereux ; fa femme,
craignant leur re ou la nit , e garea le frère du
malade à coucher avec lui , pour l'empêcher de fortir
, fi ceste envie lui prenoit. Il étoit tranquille
en fe couchant; à minuit , il s'éveilla , & you'ut
fe lever ; fon frère le preffa de fe rendormir , &
voyant qu'il ne l'écoutait pas , eflaya de le retenir ;
le malade furieux l'écorcha d'une main depuis
le deffis de la tête jufqu'a : bas da vifage avec les
ongles , qui tous avoient fait leurs traces & l'étrangloit
de l'autre, qu'il avoit portée au cou , ce frère
fe débarraffa , & le furieux s'évada ea chemife , fut
chez fa mère , qui demeuroit fort lein , la trouva au
lit, l'embraffa endrement & lui dit : Je vais combattre
des bataillons , mettre tout à feu & àfang ;
Dieu ma ordonné de tout tuer, & le Diable m'a
promis des forces ; je vais maffecrer mon frère &
mettre le feu à ſa maiſon , pour détruire fa femme
& ſes enfans. Comme M. Foulon , Curé du lieu ,
en impofoit à ce malheureux , on courutle prier de
venir le ramener à la maiſon , ce qui éuffiffoit ordinairement.
La mère allarmée de l'état & des propos
de fon fils , envoya chez l'autre , pour l'avertir du
danger qu'il couroit ; le forcené y étoit déja , &
ayant enfoncé la porte , avoit pris la belle foeur aux
Treheveux , & d'an coap de poing dans l'eftomac ,
l'avoir renve : fée par teire, où il la laifïa , la croyanc
( II )
morte ; entendant un enfant crier , il prit le berceau
& le jetta dans la rue ; il s'élança auffi - tôt fur ce
pauvre perit , & difoit , en le tenant le tuerai-je ,
ne le tuerai-je pas ? La fervante ariiva , voulut
prendre l'enfant & le fauver . Elle fut terraffée à
coups de pietres , perdit connoiffance & parut feulement
refpirer Is à 16 heures encore . Pendant qu'il
affaffinoit cette fille , la mère de l'enfant revenue
à elle, le ramaffa , rentra chez elle , & s'y enferma
le mieux qu'elle put . Pierre Beuchen , en fortant de
chez lui , avoit été fuivi par une de fes filles d'environ
12 ans , qui l'obfervoit dans les courfes , & qui
le voyant aflommer la fervante , s'approcha & le
tira par la chemife pour le détourner ; il ramaffa
des pierres & les lui jetta , la pour fuivit & lui fit
faire le tour de l'Eglife ; elle n'évita la mort qu'en
fe cachant derrière des arbres Le Curé , averti des
meurtres par un fecond avis , accourt , une lanterne
à la main , accompagné du Marguiller & du Maître
d'école : le forcené , intimidé à la vue de fon Palteur
, le fauva du village de St- Seine- l'Eglife dans
celui de St-Seine-les- Halles , u il habitoit . Le Coré ,
continuant fa route , trouva la fervante baignée
dans fon fang , la fit porter chez fa maitreffe , où il
lui adminiftra les fecours fpirituels qu'elle put re-
' cevoir . Une fcène plus fanglante chcore commençoit
à S -Seine-les- Halles. Beuchon va frapper à la
porte d'une de fes tantes infirme & âgée , chez
laquelle étoit une de fes filles d'environ 7 ans
il terraffe cette vieille femme , la frappe à la tête , &
la laife pour morte ; il court à fafille , qui s'étoit
fauvée dans la rue , la renverse & la foule aux pieds.
Une voifine charitable profita d'un moment d'éloignement
de ce malheureux , pour ramaffer la petite
& la porter dans la maison , dont elle ferma la
porre . Beuchon y ' revinc autli-iot ; & ne pouvant
y pénétrer , if y lança par la fenêtre une grêle
de pierres; de là il rentra chez lui . Sa femme , qui
$ 6
( 132 )
ignoroit ce qui s'étoit paffé & qui avoit la fièvre
étoit au lit ; ce furieux s'arme d'un chenet , la prend
par les cheveux & la traîne dans la rue. Cette femmeappelle
à fon fecours fes deux valets , qui font forcés
de fuir & de fe cacher. Pierre Petit- Fourg , âgé de 24
ans , fon voifin & fon filleul , vole à fes cris , fe précipite
fur le forcené , lui artache le chenet, & retire
fa marraine qui fut relevée par le frère & la foeur de
ce jeune homme , & empertée chez eux : elle avoit
reçu plufieurs coups à la tête qui lui avoient fait des
bleffures très - dangereufes ; elle a été conduite à
I'Hopital de Dijon , où elle a été trépanée avec
fuccès , & l'on efpère de la guérir. Pierre Petit-
Fourg, qui luttoit contre le furieux , voyantla femme
en sûreté , fongea à lui - même , & appella à fon
fecours ; mais perfonne n'arrivant , il parvint
à fe débarraffer, après avoir reçu quelques bleffu .
res légères. Son père , âgé d'environ foixante ans ,
& infirme , l'avoit entendu de fon lit ; il fe leva
& fut à la voix ; il arriva au moment où fon fils
venoit de s'échapper ; Beuchon couroit après ; le
père entendant marcher devant lui , fuit celui qu'il
eroit être fon fils ; Beuchon l'entend , revient fur
fes pas , le renverfe d'une pierre , lui ouvre le crâne
en trois endroits , & lui caffe l'épaule gauche ;
ce malheureux père eft mort fix jours après. Les
cris des Petic- Fourg avoient réveillé les voifins ,
qui fe difpofoient à fortir ; mais Beuchon , aut
milieu de la nuit la plus obfcure , où l'on ne
voyoit pas à quatre pas , paroiffant feul jouir de
la vue comme en plein jour , joignant une légèreté
inconcevable à cette nyctalopie , alloit rapidement
d'un bout de la rue à l'autre , quoiqu'elle fût trèslongue
, atteignoit avec des pierres , dent il étoit
toujours muni , ceux qui fortoient de leurs maifons
& qui n'appercevoient pas celui qui les leur lançoit.
Des attaques de cette efpèce intimidèrent les habitans
, ils fermèrent leurs portes , pour ne fortis
( 133 )
que
qu'au jour. Beuchon s'etant apperçu que fa femme
avoit été conduite chez les Petit- Fourg , vint à la¹
porte , pour l'enfoncer ; n'en pouvant venir à bout,
& appercevant par la fenêtre fa femme auprès du
feu , entourée de ceux qui l'avoient fecourue , il
lança par cette fenêtre une grêle de pierres qui ble
sèrent grièvement la mère & la fille Fetit- Fourg.
* Perfonnes au moins ont été tuées cu bleffées
par ce furieux en moins de trois quarts- d'heure. Il
difparut avant le jour ; comme on ignoroit ce qu'il
étoit devenu , on craignoit le renouvellement de
fcènes auffi tragiques . Les craintes ne fe diffipèrent
que le 26 Octobre , à la vue de fon cadavre ,
la rivière avoit charrié auprès de la forge , ce qui:
fait croire qu'il s'eft noyé la nuit même de les meur--
tres. I laiffe 6 enfans , dont la plus grande a 15.
ans , & une femme entre la vie & la mort. En
rendant ce récit public , on n'a pas en l'intention
de fatisfaire une oifive curiofité ; mais on effère
que la poffibilité de voir , dans les mêmes circonf
tances , fe renouveller des fcènes antli affreufes ,.
engagera à fe défier des plus foibles marques d'alié--
nation , lorquelles fuccéderont à des attaques d'épi--
lepfie. L'imbécillité eft ordinairement la fuite des
accès réitérés de cette maladie . Ce fait prouve qu'ils
peuvent être fuivis d'une frénéfie terrible. C'eſt un
nouveau motif pour furveiller les malheureux qui
font fujets aux accès épileptiques , & pour leur por
ter tous les fecours que la charité confeille & que
l'intérêt public exige «
A ce récit effectivement fingulier , nous
en joindrons un autre qu'on nous mande
de Melleroy en Gâtinois.
» L'évènement funefte dont nous venons d'être
témoins , peut être un avis important pour les perfonnes
qui habitent une campagne ifolée , de fe
précautionner contre une infinité de vagabonds ,
gens fans aveu , & mendians valides qui infeftens
7134
f
actuellement nos pays couverts . Le 1er . de ce mois , ' deux' inconnus fe difant Marchands de cochons ,
dont l'un en portoit les marques par une ceinture
de ferge , fe préfentent pendant la Grand Meffe dans
une Ferme éloignée de trois quarts de lieue , dé
pendance de cette Paroiffe , & habitée par le Syndic
du lieu , & demandent à un petit domeftique qu'ils
trouvent dans la cour , fi fon maître n'a pas des co- chons à vendre : Fun d'eux faifit en même- remsle
jeune-homme au collet , & veut l'entraîner dans la
mai on , parce qu'il a quelque chofe à lui dire ;
mais celui -ci foupçonnant de mauvais deficios , s'obſtine à refter dans la cour : la fille aînée de la
maifon qui étoit dans une chambre reculée , vient
au bruit , & demande ce que veulent ces étrangers :
le chemin de Châtillon- fur- Loing , dit l'autre voleur
en rentrant brufquement ; & fans attendre de réponle,
il fe jette fur elle , la terraffe , & lui demande
laiffe
la bourſe ou la vie . Malheureux ! lui- di -elle ,
moi la vie , & prends ce que tu voudras ; & elle lui
jette les clefs qu'elle tenoit à la main. Il me faut
20,000 francs fur l'heure , reprend ce fcélérat , ou
je te tue; & tout en proférant ces menaces , voyant
qu'elle ne cherchoit qu'à fe dégager , il lui ferme
la bouche d'une main pour l'empêcher de crier , en
lui enfonçant les ongles dans la chair dont on voit
encore les empreintes profondes , & de l'autre la
frappe fur la tête à grands coups de poing & de la
crofle d'un piftolet , qui fans doute n'avoit pu partir
, la traîne par les cheveux , & la couvre de bleffures
& de fang. Pendant ce tems , fon complice
pourfuivoit le piftolet dans les reins le petit domellique
qui s'étoit échappé de fes, mains , & qui
s'étant faifi d'un bâton de fagots , fe retourna &
en déchargea un grand coup fur la tête du voleur ,
qui lâche anfi -tôt fon piftolet , & le fait tomber
fans connoillance : le croyant mort , Pfaffin court
à la maison pour aider fon camarades & pour n'être
( 135 )
"
!
}
+
point furpris , il s'arme d'un fufil accroché à la
cheminée , & fe met à la porte pour faire le
guer,
Une autre fille de la même mailon qui gardoit fes
moutons à peu de diftance , entendant du bruit &
un coup de pistolet , croit d'abord que ce font des
chaffeurs ; mais le bruit continuant, fa curiofité & fans
doute un preffentiment naturel du malheur de fa foeur ,
lui font prendre le chemin de la Ferme . Le 1er. objet
qui fe préfente à fa vue , c'eft le jeune domestique
baigné dans fon fang & cherchant à fe fauver, qui
lui dit d'une voix foible & mourante : Ah ! Marie ,
où allez - vous ? il y a des voleurs chez vous qui
tuent votre four & pillent la maiſon ; ils m'ont
affalliné. Cette fille refte un inftant immobile ; mais
reprenant les forces & preflée par le fentiment de la
nature qui l'appelloic au fecours de fa foeur , elle
s'avance en entrant dans la cour elle apperçoit un
homme qui la couche en joue & la menace de lui
brûler la cervelle fi elle ofe paffer plus avant ; mais
bravant les menaces du fcélérat cette fille intrépide
fe précipite dans la maifon , & du petit bâton
qu'elle avoit , frappe & met en fang celui qui malfacroit
fa four , & parvient à dégager celle- ci : l'autre
voleur accourt ; & c'eft alors que s'engage un combat
fort inégal fans doute , mais très - opiniâtre : à
force de recevoir & de donner les coups les plus
terribles , de s'accrocher de meubles en meubles ,
ces filles infortunées parvinrent à fortir dans la cour ,
traînant à 20 pas de diftance après elles les voleurs
qui vouloient en vain les retenir , & qui las de leurs
efforts inutiles , lâchèrent prife , & rentrèrent dans
la maison , forcèrent les armoires & prirent une
fomme très -modique. Ils étoient tellement bleſſés
qu'ils ont enfanglanté les meubles , le linge , les
papiers qu'ils ont tenverfés par-tout : leur trouble
les empêcha d'appercevoir deux ou trois écus &
quelques pièces d'argenteric qu'ils répandirent avec
les effets ; & craignant d'être furpris , ils s'évaderent,
emportant avec eux le fufil dont ils s'érciéns
"
( 136 )
-
#
emparé .On n'eft point encore parvenu à les prendre
mais les marques qu'ils portent de la défenſe coura-
`geufe de nos deux héroïnes , dont l'intrépidité feroit
honneur à l'homme le plus hardi , ne manqueront
pas de les faire connoître . Les trois perfonnes blef
fées font heureufement hors de danger «.
A ces détails effrayans , nous en joindrons
de plus confolans ; nous les puifons dans
une lettre de Dijon.
par
» Le prix du bled a tout-à - coup augmenté ici ,
au point qu'on vendoit liv. 14 f . une mesure de
froment pefant 45 à so liv. , fuivant la qualité
de ce grain . Le pauvre pouvoit à peine fe procucaufé
la
rer du pain ; & le défaut d'ouvrage ,
faifon , alloit augmenter la misère. Il commen
çoit à murmurer ; l'émeute fort confidérable , arrivée
en 1778 , n'avoit pas eu d'autre principe : on
délibéroit fur les moyens de prévenir un pareil
malheur ; M. Feydeau de Brou , Intendant de notre
province , a jugé , avec nos Officiers Municipaux ,
que le feul digne de confiance étoit de donnerde
Pouvrage aux pauvres valides. Dans un foffé de
cette ville , à l'oueft , eft un marais dont les ex
halaifons ont fenfiblement influé fur les maladies
fébiles qui ont regné en 1780 , & cette année-ci.
A quelque distance , dans la même direction , il
y avoit un étang dont le défléchement imparfait durant les étés fecs n'avoit pas peu contribué à
infecter l'air . Les Chartreax avoient entrepris de
combler cet étang : la ville s'étoit décidée à faite
porter dans le marais tous les décombres produits
par les conítructions ; mais auffi il auroit fallu beaucoup
de tems pour opérer le defféchement . On a
réfolu d'y établir un attelier de charité , d'y em ployer les hommes , les femmes , & les enfans au
& de couvrir ce marais d'un pied
de terre prife dans les battes voifines , & en fai- fant régaler les talus des foffés . Le nombre de
deffus de 8 ans
2
11375 ceux qui ont aecouru à cet attelier a été fi conft
dérable que leur paiement alloit faire pour la ville
un objet de dépenfe qui l'auroit furchargée . L'Ia- tendant eft venu à fon fecours ; il a dit aux Officiers
Municipaux que , tandis que les malheureux
étoient dans le befoin , il fe reprochoit le luxe de
fa table , fe propofoit de retrancher chaque fe- maine un des foupers d'apparat qu'il donnoit ; & qu'il pricit la Ville de permettre qu'il contribuât
par 2000 liv . à la bonne cuvre qu'elle faifoit ,
en attendant qu'il pût faire mieux. Cette fomme
a été comptée fur-le- champ . M. Feydeau de Brou ne s'en eft pas tenu là : il a écrit aux Chartreux
que , pour accélérer le travail qu'ils faifoient faire
dans leur étang , il leur enverroit , s'ils le trou- voient bon , une centaine de travailleurs de fon
attelier , perfuadé qu'ils s'emprefferoient
de pro- curer ce foulagement aux pauvres , en même- tems
qu'ils hâteroient la purification de l'air dans le
voisinage de la ville . Ces religieux , qui , dans toutes
les occafions , fe font diftingués par leurs abondantes
aumônes , n'ont pu , par de très bonnes
raifons , accepter cette offre ; mais ils ont envoyé
à la ville rco louis pour contribuer à la dépenfe
de lartelier ".
-
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Châlons-fur - Marne , a propofé ,
pour le Prix qu'elle adjugera dans fon
Affemblée publique du 25 Août 1784 ,
un Sujet intéreffant ; ce font les moyens de
perfectionner l'éducation des Colleges . Les
Mémoires , écrits en latin & en françois.
doivent être adreffés ; francs de port , à
M. Sabatier , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, avant le premier Mai 1784.
M. Delaunay , Graveur du Roi , de
Académie Royale de Peinture & de Sculp
( 138 )
ture , & de celle de Copenhague , vient de
publier une nouvelle Eftampe , d'après M.
Fragonard , Peintre du Roi ; elle reprefente
une Mère de famille entourée de fes enfans ,
prête à couper du pain au plus petit qui
lui en demande , & à qui elle dit : dites
donc s'il vous plait. Rien de plus frais , de
plus agréable & de plus intéreffant que ce
Tableau ; on ne peut rien voir de plus fini ;
nous fupprimons ici les éloges , le nom de
l'Artifte célèbre à qui on la doit fuffit ;
depuis long-tems , le Public lui rend juftice ,
en diftinguant fes productions , comme elles
méritent de l'être. Cette belle Eftampe
fait fuite à celles de même forme & de
même grandeur que l'Auteur a publiées :
l'heureufe Fécondité ; les Beignets , d'après
M. Fragonard , & le bonheur du Ménage ,
d'après M. Leprince. Elle doit être fuivie
de deux autres du même genre , que
M.
Delaunay fe propofe de publier , pour completter
les fix qu'il a promifes , & qui formerent
une collection très précieufe . Les
deux Chaffes , d'après MM. Wanloo &
Boucher , & gravées par M. Flippart , ayant
par la mort de ce dernier paffé en propriété
à M. Delaunay , il avertit le Public qu'on en
trouvera chez lui des épreuves au prix de
3 liv. chacune , au lieu des que les vendoit
leur Auteur ( 1 ) .
On fe rappelle d'avoir vu à Paris en 1780
( 1 ) M. Delaunay, demeure rue de la Bucherie , nº. 26, la
porte cochère après la rue des Rats.
( 139 )
le célèbre Paul Jones , M. Moreau le jeune
le sein , d'après n ture , au mois de Mai
de la même année , il a gravé à l'eau forte ce
portrait très-reffemblant , qui a é éfini au bu
rin par M. J. B. Foffeyeux 1 ) .
เ
M. Ranfonnette , Graver de Monfieur , a préſenté
à ce Prince une Eftampe que nous nous empreflons
d'annoncer : elle repréfence N ftradamus fils , fai ant
voir , dans l'avenir , à Marie de Médicis le Trône
des Bourbons qui lui eſt deſtiné ; le deffin & la
gravure font du même Auteur . Cerre Ellampe intéreffante
, eft d'an effet rrès- agréable & très -piquant ,
& elie a reçu de Monfieur l'accueil le plus flatteur
pour l'Artifte (2 ).
C'eft par erreur que dans quelques Journaux &
fur-tout dans une Gazetre étrangè e on a annoncé que
l'Estampe du Couronnement de Volaire ne paroîtroit
qu'à la fin de Mai 1783. Certe Eftampe a paru au
mois de Juillet , & il n'y en a point l'autre du même
fujer que celle qu'a grav'e M. Gaucher d'après le
delfin de M. Moreau. Cet e Eitampe fe diftribe toujours
avec le Profpectus , chez l'Auteur , rue Saint-
Jacques vis-à- vis Saint Yves .
Les perfonnes qui ont annoncé la fuccellion
de Pierre le Normin , mort en
Sardaigne , revenant des Ifles , font priées
d'en donner avis à M. Braflé , Avocat au
Parlement , rue Guénég pd , Nº 22 .
L'époque jbilire d'un mariage , écrit-on le Dreux,
cft n événement rar dont en tranfmer le oevenir
pour la confolation del'hamanité, pour offriruse agréa
ble perfpective aux je mes é , eux , & leur infpirer des
(1 ) C Portrait fe trouve chez l'Auteur , rue du Coq St-
Honoré , près le Louvre .
(2) Le pricen eft de 6 liv , ; elle fetrouve chez M. Ranfonnette
, Graveur de Monfieur , tue de Bièvre , la petite maiſon
neuve à côté du Chirurgien,
( 140 )
maximes de fageffe & d'économie . M. Jacques -Daniof
Cottin & Dame Elifabeth Poupart , jouiffans l'un &
l'autre d'une bonne fanté , viennent , après so
années de mariage de célébrer cet évènement. Ils
ont habillé plufieurs pauvres de leur Paroiffe à
Dreux , & ont laiffé au Curé le choix des fujets,
comme étant plus inftruit des vrais befoins de
l'indigence. M. Cottin , porte un nom très - conna
dans le Royaume. On obferva à la grande Chan
cellerie , comme une chofe unique & des plus
honorables
que les dernières Lettres Patentes
qui ont donné la Nobleſſe à M. Cottin de St-
Quentin , étoient les feptièmes expédiées en fa
veur du même nom & méritées s'être
pour
quis la plus grande diftinction dans les premières
branches du commerce. M. J. D. Cottin a été
un des Directeurs de l'ancienne Compagnie Royale
de la Chine pour les recouvremens , & eft devenu
célèbre par une des entreprises les plus avanta
geufes à la France . C'eft lui qui le premier fol
licita les Lettres- Patentes qui permirent la libre
fabrication des Indiennes , c'eft encore lui qui en
établit la première fabrique dans le Royaume. I
vit aujourd'hui dans la retraite au milieu d'une
famille refpectable , & ne paroît jaloux que
la confidération qu'on mérite par de grands talens
& des vertus felides.
" acde
On a établi , à l'Ile - de - France , une
Caiffe d'efcompte , fur laquelle on lit les
détails fuivans , dans une lettre écrite de
cette Ifle.
Les Adminiſtrateurs en Chef des Iſles - de - France &
de Bourbon , voulant contribuer à la profpérité de
ces Colonies , ont approuvé un projet qui leur a été
préfentépour l'établiffement d'une Caifle d'Efcompte.
Son objet eft d'efcompter les billets des perfonnes
folvables , au taux d'un pour 100 par mois , & de
recevoir l'argent du public au même taux ; on a
( 141 )
formé en conféquence une Société folidaire , dont
l'acte d'affociation a été vu & approuvé. La Caiſſe
fera ouverte tous les jours de la femaine , excepté
les Samedis , Dimanches & jours de Fêtes , depuis &
heures du matin jufqu'à 11 , à compter du premier
Juillet prochain. Voici quelques- uns des articles de
l'acte d'affociation . 1. Le fonds de la Caiffe fera
de 3 millions , dont 2 feront fournis par le Roi , qui
veut bien en faire l'avance à la Société , & le troisième
par les Intéreffés , chacun au prorata de fon intérêt,
149.Le fieur Fortier fera autorifé à efcompter
tous les papiers qui feront préfentés à la Caiffe ;
mais pour affurer & étendre le crédit & l'utilité publique
que cette Colonie doit retirer de l'établiſſement
d'une Caiffe de ce genre , il ne pourra ,
dans aucun
cas , recevoir pour plus de 40,000 liv . de billets
d'un même particulier , Armateur , Négociant &
habitant , même d'aucun des Affociés à ladite Caiffe ;
& le plus long terme pour le remboursement defdits
billets ne fera pas de plus de 3 mois, Le fieur Fortier
prendra , lorfqu'il le pourra , l'avis de M. l'Infpecteur
M. Broutin , avec lequel il fera tenu de s'entendre
pour les titres qui ne lui paroîtront pas mériter
une confiance entière ; ils n'accepteront que les billets
endoffés par 2 particuliers , & ne pourront , moyennant
ce , les fieurs Fortier & Broutin dans aucuns
cas , être refponfables du retard dans les paiemens ou
autres évènemens quelconques. 21. Tous les
billets de crédit de la Société , feront fignés par les
4 Affociés conjointement , ou au moins par 3 d'entr'eux
, en cas d'abfence ou de maladie de l'un d'eux ;
& le Caiffier de la Société fignera en marge leur
enregistrement & la date d'icelui . Signés BROUTIN,
OURY , FORTIER , LE ROUX , KERMOSERAND.
L'abfence d'un des Auteurs des Ecoles Nationales
Militaires , a obligé de fufpendre l'impreffion des
Mémoires qu'elle publie , jufqu'à fon retour , qui
a été retardé par des affaires importantes. Il re
peut être éloigné maintenant ; l'impreffion des
( 142 )
Mémoires va être reprise & continuée de manière
que ceux qui s'intéreffent au faccès de ces Ecoles
ne perdront rien.
De BRUXELLES , le 11 Février.
On écrit de Vienne que l'Empereur a
formé le projet d'y établir une Academie
des Sciences , & que M. le Baron Van
Swieten eft chargé d'en rédiger le Plan .
» On apprend de la Haye , que le Roi de Pruffe a
fait répondre aux plaintes des Etats de Hollande ,
fur le refus qu'a fait la Régence de Clèves d'airéter .
les 3 principaux Auteurs de l'émente populaire du 6
Décembre dernier , que S. M. a prouve la conduite
de la Régence, d'autant plus que plufieurs réquisitions
faites par le Roi aux Etats , dans des cas femblables ,
ont été fans effet ; qu'il avoit paru par le refus de
l'Ordre équestre d accéder aux plaintes adreflées ; au
Roi , que c'étoit purement une affaire de paris que
S. M. étoit fortement intéreflée au maintien de la
conftitution actuelle de la République , & ne pou
vant être indifférente aux démarches de la Province.
de Hollande pour diminuer les droits & les préroga
tives du Stadhouder , elle eípéroit que les Etats- Généraux
y mettroient ordre « .
>
L'affaire de la Paix de la Hollande avec
l'Angleterre eft maintenant l'objet qui
occupe les Provinces ; les dépêches envoyées
par les Ambaffadeurs de la Répu--
blique , prifes ad referendum par les Etats-
Généraux , font maintenant à l'examen des
Commiffaires. On eft sûr que les poffeffions,
de la République ne cauferont point de
difficultés ; on a des copies de la déclaration
remife le 2 Décembre d rnier , par ordre
du Roi , aux Ambaffa leurs de LL. HH. PP. ,
par M. le Comte de Vergennes ; elle eft
conçue ainfi.
1
( 143 )
Le fouffigné , Miniftre & Secrétaire d'Etat des
Affaires Etrangères , a mis fous les yeux du Roi , le
Mémoire que S. E. M. de Berkeniode , Ambaſſadeur
de L. H. P. , & M. de Brantfen , lear Ministre Plénipotentiaire
, ont eu ordre de préfenter , pour prier
S. M. de vouloir bien leur promettre la reftitution
des Colonies de la République qui ont été prifes par
les armes de la France fur l'ennemi commun. Le
Roi , toujours difpofé à donner à L. H. P. des
preuves de fon conftant & fincère intérêt , ne balance
pas à les faire affurer que S. M. , en reprenant fur
l'ennemi commun quelques -unes des Colonies qu'il
avoit enlevées à la République , a eu principalement
en vue de lui épargner les facrifices qu'elle auroit pu
être dans le cas de faire pour les recouvrer à la paix.
Jamais S. M. ne s'eft propofé de faire entrer ces
Colonies dans la balance des reftitutions , & des
compenfations qu'elle pourroit offrir à l'Angleterre.
Le Roi n'hésite donc pas à faire déclarer que
intention conftante , eft de rendre à la République
celles de fes Colonies qui pourront fe trouver dans
fes mains , lorfque la paix générale permettra à S.
M. de donner à L. H. P. cette marque nouvelle de lon
affection «.
fon
A préfent que l'on a la connoiffance des
préliminaires de la paix de la France , de
l'Espagne & des Etats - Unis d'Amérique
avec l'Angleterre , on eft fort empreffé de
connoître ceux qui auront lieu entre cette
Puiffance & la Hollande.
On affure , écrit -on de la Haye , que nos Plénipotentiaires
ont figné l'armistice , mais l'arrangement
définitif eft renvoyé à un autre tems. Les
Anglois paroiffent vouloir garder ce qu'ils ont pris ;
nous ne voulons , de notre côté , rien céder ; cet
accommodement , en conféquence , n'éprouvera pas
peu de difficultés . On pourroit demander à préfent à
l'un des deux partis qui divifent la République , elle
eft la Puillance amie , celle qui mérite le mieux no.re
( 144 )
confiance & notre affection , de celle qui non feulement
nous a toujours protégés , mais qui nous rend
encore nos poffeffions qu'elle a arrachées à l'ennemi ,
cu de celle qui nous en a dépouillées , lorfque peutêtre
parun refte d'attachement pour elle nous n'avons
pas cru devoir les défendre & qu'elle veut conferver?
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 4 Février.
On a fcellé hier au grand Sceau des dépêches pour
l'Ambaffadeur du Roi auprès de S. M. Très-Fidèle.
Le 27, les Miniftres étrangers s'affemblèrent à leur
Hôtel , où M..de Rayneval fut introduit & compli
menté fur le nouveau caractère dont fa Cour vient,
de le revêtir.
On croit que le Marquis d'Almodovar , ci-devant
Ambaffadeur d'Efpagne en cette Cour , doit revenir
avec le même caractère , auffi-tôt après la ratification
des préliminaires de la paix. On affure affi
que M. Laurens va être déclaré Ambaffadeur des
États- Unis ici , & qu'il fera fon entrée publique à
Londres avec la plus grande magnificence.
Le Marquis de Carmarten eft nommé pour aller
figner à Versailles le traité définitif ; il reftera en
France en qualité
d'Ambaffadeur de la Cour Britannique.
Le Lord Mount- Stuard ira à Madrid ; M.
Ofwald à
Philadelphie ; & on croit
Yorke retournera à la Haye auffi-tôt
arrangé.
que le Chevalier
que tout y fera
On fait des préparatifs
à la Tour pour célébrer la paix.
Le Miniftre Ruffe a reçu du Miniftre de fa Cour
à la Haye , quelques dépêches qu'il a communiquées
à M. Townshend.
2 On affute geu le Roi s'entretenant , il y a quelques
jours , avec le comte de Shelburne , lui a dit qu'il
comptoit, au mois d'Août prochain , faire le voyage
d'Irlande , à moins que quelque éve ement imprévu
pe l'empêchât de quitter Londres dans cette fallon.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 2 Janvier.
N s'occupe ici du rétabliffement de
incendies ; il a été publié un ordre du Grand-
Seigneur , qui prefcrit aux Propriétaires de
reconftruire leurs maifons ou d'en venire le
terrein . Les mouvemens qu'on le donne de
tous côtés pour obéir , employent une quantité
exceflive de matériaux , qui deviennent
d'une cherté exceflive , & qui fourniffent
aux Négocians de cette Capitale un vaſte
objet de fpéculations .
Les diffentions continuent de régner en
Afie , où les troubles augmentent fans ceffe
par les extorfions des Pachas. On a pris des
mefures pour les diffiper & pour contenir
ceux-ci dans leur devoir ; Dandfchi- Méhémet
, Gouverneur d'Erzerum , a été arrêté
récemment , & on va lui faire rendre compte
de fa conduite.
22 Février 1783.
( 145 )
Pendant que le concert des Cours de
Vienne & de Pétersbourg donne de juftes
inquiétudes à la Porte , la République de
Vénife vient de la raffurer fur l'envoi que
la Ruffie & elle vont fe faire réciproquement
d'un Miniftre extraordinaire. Le Bayle
de la République , en notifiant cette réfolution
au Miniflère Ottoman , a déclaré qu'elle
ne devoit donner aucun ombrage , puifque
la miffion de ces Miniftres n'avoit pour but
que l'avantage du commercè des deux Etats.
RUSSIE.
De PÉTERSBOURG , le 2 Janvier.
L'ESCADRE Ruffe qui , aux ordres du
Comte de Wainowick , avoit croifé dans
la mer Cafpienne en eft de retour à Aftracan
; elle a fait dans cette mer des décou
vertes importantes pour le commerce. Le
Comte deWainowick a conclu un Traitéqui
y eft relatifavec le Schah de Perfe , & fait plu
fieurs établiffemens dans fes Etats ; il a amené
avec lui des Députés Perfans , qui font chargés
de la part de leur Maître de préfens pour
l'Impératrice ; lorfqu'il les aura conduits au
pied du Trône , & qu'il aura rendu compte
de fon expédition il retournera dans la
mer Cafpienne avec des bâtimens chargés
de productions Ruffes.
›
On apprend d'Archangel que la navigation
de ce Port eft fermée depuis le mois
de Novembre ; il en eft parti pendant l'an147
(
)).
née
dernière 117
bâtimens , dont 23 neufs ,
conftruits pour le compte des Anglois , qui
en ont encore
commandé autant pour cette
année.
DANEMAR C. K.
De
COPENHAGUE , le 22 Janvier.
M. Moſten Eden , Envoyé
extraordinaire
de la Cour de Londres , doit prendre congé
du Roi & de la Famille Royale ; M. Elliot
qui le remplace ,
préfenterà le même jour
fes lettres de créance.
S. M. ayant vu que les marchandiſes de
luxe , tirées des Pays étrangers , & la prodigalité
dans les repas , étoient la caufe de
la ruine d'un grand nombre de fes Sujets ,
a jugé à propos d'y remédier , par un Règlement
du 20 de ce mois , par lequel elle
preferit la mife dans
l'habillement & l'ordonnance
des tables ; elle exhorte fes Sujets
à s'y conformer , pour la difpenfer de la
néceffité de le faire exécuter par des moyens
défagréables . Ce Règlement profcrit l'importation
des ouvrages d'or & d'argent venant
de
l'Etranger .
La groffeffe de l'époufe du Prince Héré
ditaire a été déclarée à la Cour.
SUEDE.
De
STOCKHOLM , le 22 Janvier.
IL vient d'arriver un Courier de Verg
2
( 148 )
failles ; il a apporté des préfens magnifi
ques pour la Reine , le Duc de Smolande ,
& la Ducheffe de Sudermanie qui a repré
fenté la Reine de France au baptême du Duc
de Smolande.
On écrit de Gothembourg , que dans le
cours de l'année dernière , il eft entré dans
ce Port 693 bâtimens Etrangers & 812 Suédois
; il en eft forti pour l'Etranger 647 , &
860 pour les autres Ports de Suède.
ALLEMAGNE
De VIENNE , le 25 Janvier.
ON travaille férieufement ici à débarraffer
le commerce des entraves qu'il avoit
rencontrées jufqu'à préfent dans les Etats
de S. M. I. Le fyftême actuel de la Douane
fera abfolument changé , & les droits feront
diminués. Des Négocians éclairés font chargés
de travailler de concert à la confection
d'un nouveau plan pour cette partie . On
en efpère beaucoup , & notre commerce
gagnera infiniment , fur- tour fi , comme
on le dit , la navigation de la mer Noire
devient libre.
On affure que le nombre des recrues levées
dans les Etats héréditaires monte à
80,000 hommes , dont la plupart ont été
renvoyés dans leurs familles à condition
de rejoindre leurs régimens au premier
ordre:
Les armuriers de cette ville & ceux établis
dans la Haute - Autriche , travaillent
( 149 )
16,000 cafques de fer d'une nouvelle
invention ; ils font auffi chargés de fournir
plufieurs milliers de fabres & de bayonnettes.
Le bruit fe renouvelle que le Duc Frédéric
de Wurtemberg fera nommé Vice-
Roi de Hongrie.
Une Ordonnance de l'Empereur en date
du 20 Décembre dernier , fupprime la fervitude
qui avoit fubfifté jufqu'à préfènt
dans l'Autriche.
Il réfulte d'un nouveau dénombrement
fait depuis peu dans cette capitale , qu'elle
renferme 200,000 habitans . On a compté
dans ce nombre 88 Docteurs en Droit ,
222 Docteurs en Médecine , 75 Chirurgiens
, 169 Sage -Femmes & 4 Dentiſtes.
On a déterré près de Bude en Hongrie ,
une colonne milliaire , dont l'infcription
prouve clairement que les Romains avoient
appellé cette ville Aquineum.
De HAMBOURG , le 28 Janvier.
TOUTES les nouvelles annoncent aujourd'hui
que la Porte ne néglige rien pour éviter
les dangers d'une guerre qui , dans les circonftances
préfentes , pourroit lui être funefte.
On prétend qu'elle a répondu verbalement
aux mémoires des Cours de Vienne
& de Pétersbourg , qu'elle confentoit au
paffage libre des vaiffeaux Ruffes armés , de
la mer Noire par le détroit des Dardanelles
vers l'Archipel , tant en allant qu'en reve-
& 3
( 150 )
nant ; qu'elle promet de plus de laiffer jour
les Principautés de Walachie & de Moldavie
des libertés qui leur ont été affurées par le
traité de Kainardgi , de forte que les Hofpo
dars de ces deux Provinces ne feront plus
dépofés arbitrairement , mais feront inamovibles
dans leur dignité moyennant le payement
d'un tribut certain & invariable pendant
leur vie.
כ כ
Malheureuſement pour la Porte , ajoutent ces
lettres , à mefure qu'elle fait des facrifices , on lui
en demande de nouveaux ; & felon le cours ordinaire
des affaires dans la politique , une conceffion de
fa part femble donner le droit de lui en impofer
une autre. Sahim Guérai exige , dit- on aujourd'hui ,
Ja cetlion d'Oczakow & du territoire circonvoisin
comme ayant appartenu ci- devant à la Crimée. Le
motifde la prétention eft la sûreté de fa domination ;
mais on apperçoit ailément que cette nouvelle poffelfion
feroit à la bienféance de fes alliés , bien plus
encore qu'à la fienne , fur-tout s'il eft vrai que la
Ruffie tiendra dorénavant un nombre de fes troupes
en garnifon dans la Piefqu'ifle ; il en coûtera beau
coup à S. H. , de renoncer à une place par la ceffion
de laquelle elle perdroit abfolument toute communication
avec les anciens feudataires «<.
Ces prétentions ne font pas les feules
qu'on forme contre l'Empire Ottoman ; la
Maifon d'Autriche veut , dit- on , profiter
des circonftances pour demander auffi fatisfaction
de diverfes infractions faites au traité
conclu entre les deux Puiffances ; c'eft ainfi
que s'expriment à ce fujer quelques papiers.
3
Les circonstances font favorables pour faire
rentrer la maison d'Autriche dans quelques pollef
fions qui lui ont été enlevées ; elle pourroit redemander
Belgrade , Niffa , Widdin , & même toute la
( ISI )
five du Danube jufqu'à Warna. Belgrade , prife trois
fois par les Turcs , & en dernier lieu en 1739 qu'ils
la gardèrent , n'eft qu'à 92 milles de Conftantinople.
Nila , à 7 journées de Belgrade , eft en leur pouvoir
depuis 1737 , par la trahifon du Général Donat
Les Hongrois tâchèrent envain de s'emparer de
Widdin en 1739. Warna , fituée près de l'embouchure
du Danube dans la mer Noire , eft à 30
milles de Conftantinople. Elle fut piife par les Turcs
en 1444 , à la fuite d'une victoire qu'ils remportèrent
fur Ladiflas , Roi de Hongrie «.
» On affure , lit-on dans une lettre de Pologne ,
qu'il arrive fouvent des Exprès de Conftantinople à
Buchareſt & à Jaffy , & que les Hofpodars de Moldavie
& de Walachie , font très -inquiets , parce
qu'ils ont appris qu'il étoit queftion de grands changemens
dans ces provinces. On dit qu'on vient
de recevoir des lettres de Conftantinople , danslefquelles
on lit que le Grand Vifir a été déposé ,
qu'il eft remplacé par le Kiaja-Bey , & que la Porte
éoit prête à fatisfaire aux demandes des Cours dé
Vienne & de Pétersbourg « .
On dit que l'Empereur veut , à l'exemple
du Roi de Pruffe , affermer le café dans fes
Etats ; il n'y aura que les Fermiers qui le vendront
brûlé & réduit en poudre.
Selon des lettres de Vienne , il a été notifié
dans tous les Etats héréditaires qu'à
l'avenir la nomination aux Bénéfices vacans
dans les Chapitres , appartiendra au Souverain
, & que les mois où la Cour de Rome y
nommoit n'auront plus lieu.
Conformément au nouveau Règlement
relatif aux affaires intérieures de l'Empire ,
& d'après le plan dont il a été convenu ,
on a intimé aux Confeillers- rapporteurs de .
8.4.
7152 1
ne point remplir comme ci- devant leurs
fonctions dans leurs propres mailons , mais
feulement dans le palais de la
Chancellerie ,
où des falles ont été difpofées à cet effet ;
chaque femaine ils y tiendront treis feflions
en pleine audience , & plus fi l'abondance
des affaires l'exige : ces Magiflrats s'y trou
veront tous les jours , fans en excepter les
jours de fête , depuis huit heures du matin
´jufqu'à midi , & depuis trois heures de l'après-
dîner jufqu'à fept heures .
Il y a eu outre cela une fuppreffion de
50
Confeillers ; ceux qui ont fervi pendant
dix ans , recevront en penfion le tiers de
leurs
appointemens ; ceux qui auront fervi 20
ans , les deux tiers, & ceux qui auront rempli
leurs fonctions pendant quarante ans , recevront
leur falaire entier.
On obferve ici que l'hiver de cette année
eft des plus
extraordinaires : il tombe de la
neige affez fréquemment ; mais elle ne tient
point : un vent du midi la fait fondre prefqu'auffi-
tôt , ce qui caufe de fâcheufes inondations.
La nuit dernière il eft tombé une
pluie fi confidérable que les chemins font
impraticables
.
» On reçoit ici tous les jours , écrit on de Rati
bonne , des nouvelles fâcheufes du dégât qu'a caufé
dans nos environs , le terrible orage du 15 de ce
mois. Le tonnerre eft tombé trois fois à Pleinting
près de Wilshofen , mais heureuſement fans mettre
le feu. Le vent violent qui fouffloit a arraché un
grand nombre de chênes & d'arbres fruitiers , &
dans plufieurs endroits il a enlevé les couvertures
des maifens ; le dégât feul occafionné dans les bois ,
{
( 153 )
eft évalué à plufieurs milliers de florins c
On mande de Mayence que l'Electeur a
adreffé à la Régence des ordres par lesquels
il l'a chargée de faire publier qu'à l'avenir
les Proteftans dans la Seigneurie d'Eichsfeld
pourront acquérir des terres , le droit de
Bourgeoifie , & être reçus fans difficulté dáns
les corporations des métiers .
30
Ayant fait au mois de Septembre dernier , écrit
de Bude le P. Jofeph Jakuficks , un voyage dans
l'Esclavonie , pour examiner dans le diſtrict de
Syrmie , les reftes des antiquirés Romaines , je
m'attachai particulièrement à l'examen d'un Foffé
appellé vulgairement le Foffé de Probus , où d'après
la tradition , l'Empereur de ce nom a été tué par fes
Troupes. En fuivant le long de ce Foffé , je décou
vris dans plufieurs endroits des veftiges d'édifices
très-vaftes , fur- tout près de Kraljev - Cze & de
Petrovacz ; je vis auffi au premier endroit un Cercueil
de pierre que l'on avoit déterré peu de tems
avant non arrivée. Ce Cercueil a 6 pieds & 6 pouces
de long , fur 3 pieds de large. Il renfermoir
les oflemens d'un Homme de moyenne taille , qui
avoit placé à fes pieds deux autres Cadavres . Une
Agrafe ( Fibula) fe trouva fur l'épaule droite ; cette
Agrafe & l'Aiguille , qui eft dedans , fe font bien
confervées ; elle eft de Bronze & dorée. Ily avoit encore
dans ce Cercueil , une Bague d'argent montée
d'une pierre Lazuli , & les reftes d'un Tuyau de
verre de la longueur de 4 pouces , & d'un pouce
de diamètre. Ce Tuyau , qui me paroît avoir fait
partie d'une Lampe , renfermoit une matière argentine
& blenâtre qui s'enflammoit & difparur
F'ayant frottée fur la main. Jignore encore de quof
cette matière eft composée . Dans ce même
voyage , je vis auffi trois pierres fur lesquelles
on pouvoit encore lire ce qui fuit :
21
( 154 )
CEMAES. LICCAVFAMANTINVS.
HO --
SE TAMNORVM . DEO
M. GENTE. VNDIVS
CENTVRIA SECVN
DA. IN FLVMEN. PER
IT HEMONA. POSV
ERE. LICCAVS. PATE
R. LORIQVS. ET LICA
IOS COGNATI.
Cette Pierre a été trouvée en 1782 , à Putincze
en Syrmie ; elle a 2 pieds de haut , fur un pied
9 pouces de large.
2º. IVL. AELIO. DVILICL
FL. PANN. VIX . ANN. XLV
STATORIA. SVRA CON
IVX . ET IVL. IANVA
RIVS. FIL AEMIL. CA
RVS. TR
Cette Pierre a été trouvée à Kraljevcze en
Syrmie en 1782 ; elle a 2 pieds & un pouce de
haut , fur 2 pieds 8 pouces de large.
3º . MONITORI. PRO
SALVTE. ADQVE
INCOLVMITATE
D.-N. GALLIENI. AVG.
ET MILITVM
VEXILI . LEGGERMANICIANA
ET BRITANICIN
M. AVXILIS.
-
ARVM
ETALIANVS
ECT. AVG. N.
t ITVS
P.
Trouvée à Mitrovicz ( anciennement Syrmiom )
en 1782 ; elle a 4 pieds de haut , fur 2 de large.
ITALIE.
#
De LIVOURNE , le 20 Janvier.
LES préparatifs que l'on voit faire fur
l'efcadre Ruffe , mouillée dans ce port , fait
préfumer qu'elle ne tardera pas à partir , &
qu'elle fe rend dans l'Archipel.
» Le Roi , écrit -on de Turin , toujours attentif à
ce qui peut intéreffer le bien- être de fes peuples , s'eft
déterminé , vu la difette actuelle des grains , à rendre
le 14 du mois dernier , une Ordonnance par laquelle
il eft prefcrit à tous propriétaires & fermiers de terre
dont la récolte aura été bonne , de faire porter des
grains au marché fur l'injonction qui leur en fera
faite , pour les Y vendie au prix courant. Tous les
Gouverneurs , Commandans &c . , font autorisés à
faire enlever les grains que la cupidité entaffe , & à
les faire vendre au prix courant , aux hopitaux &
aux communautés ; & les Eccléfiaftiques font invités
à fe livrer à tout ce que l'efprit de charité doit leur
infpirer en ces fâcheufes circonftances ".
SETATS UNIS DE L'AMÉRIQUE SEPT.
DE Philadelphie les Décembre. Les
actionnaires de la banque de l'Amérique
feptentrionale , s'affemblèrent le 4 Novembre
pour élire les Directeurs qui feront chargés
de l'adminiftration des affaires de cette
Société l'année prochaine. On examina les
comptes des Directeurs qui alloient être
remplacés ; & l'affeinblée fatisfaite de leur
conduite , & de l'état où ils ont mis cet
établiffement tout-à- fait nouveau dans ce
g 6
( 156 )
pays , arrêta unanimement des remercie
mens.
>
Un Comité des créanciers dans cette
ville & dans les environs a préfenté
la pétition fuivante à l'Affemblée générale
de l'Etat de Penfylvanie.
כ כ
eble
Repréfentent humblement , que les Requérans
ont été nommés par les Proprétaires des certificats
du Bureau d'Emprunt , & autres créanciers des
Etats- Unis , dans la ville & dans le voisinage de
Philadelphie , à une affemblée générale desdits
créanciers pour former un Comité , & qu'ils ont
été charg's de prendre toutes les mesures conve
nables , foit par pétition , ou autrement , pour
tenir l'établiffement de fonds fufflans
pour ,
payement réguler & ponctuel de l'intérêt des dettes
publiques , actuellement exiftantes , jufqu'à ce que
le capital en foi remboursé en entier. Que confidérant
votre honorable Chambre , comme la vraie
gardienne des droits des citoyens de Penfylvanie ,
& yoyant que , d'après la préfente fituation des
affaires des Etats Unis , les reffources pour affigner
des fonds applicables au payement des dettes , dont
ils font débiteurs envers les citoyens de cet Etat , di
pendent , de arrangemens qui feront pris par la
régiflation , les Requérans le croyent indifpenfa
blement obligés de mettre fous vos yeux leur pofition
affligeante , & les charges pénibles que fuppor
rent les créanciers publics de la Penfylvanie , & de
réclamer votre médiation. Tout confidéré , ce
Lecours doit-il être fourni par le tréfor Continental,
ou vaut-il mieux que l'Etat faffe un fonds le
paré pour acquitter ce qu'il doit à fes propres
citoyens ? C'est ce que les Requérans laiffent à dé
cider à la fagacité de la Chambre. En mêmetemps
, ils prennent la liberté de vous obferver ,
que fi le premier de ces deux moyens étoit obftrué
par les circonftances relatives aux autres Etats , que
―
( 157 )
9
le fecond y feroit moins expofé. Qu'il a été
préfenté une pétition à la dernière Chambre d'afemblée
, par un Comité des créanciers publics le 19
Août dernier ; avec une copie de la pétition du
même Comité , préfentée au Congrès , en date du
8 Juillet , à laquelle la Chambre pourra le référer.
Que les detres confidérables , & en grand n m
bre ci- deffus mentionnées , pour articles fournis
pour l'ufage des Etats-Unis , ont été généralement
contractées en argent du Continent ; à diverfes
époques , & fur des taux différens , & que les Officiers
& Agens , qui ont contracté ces dettes pour
le fervice du public , n'étant point autorisés à les
liquider & à les régler , fuivant leur jufte valeur
le montant de ces dertes eft encore incertain , parce
que la valeur de l'argent Continental varie fans
celle ; les créanciers n'ont d'ailleurs que des gages
peu folides . Il est donc néceffaire qu'une fanétion
publique & authentique fire leurs prétentions d'une
manière certaine & fatisfaifante . Ces dettes ont été
contractées dans l'efpérance d'en prompt payement.
Animés par cet elpoir , par le zèle & par le defir
qu'ils avoient qe l'armée ne manquât point de
provifions dans des temps critiques , plufieurs d'entre
ces créanciers ont confacré au bien public cette
même propriété , & ces mêmes fervices , dont ils
faifoient dépendre la fubfiftance de leurs familles ,
& le payement de leurs dettes. Ces citoyens après
avoir donné les preuves les plus éclatantes de
zèle & de patriotifme , fe voyant fruftrés dansleur
attente fe fint trouvés dans la pofition la
plus embarraffante & la plus défaftreuſe .
n'ignorons pas que les befoins publics nés d'évènemens
imprévus , & d'une foule de circonftances
que la révolution a occafionnés , "ont pu forcer
quelquefois le Gouvernement de manquer à fes.
engagemens les plus facrés , pour fatisfaire à des
néceffités du moment ; & Eous n'oublions point
3
,
17
Nous
( 158 )
l'obligation où nous fommes de pourvoir aux nou
veaux fubfides qui peuvent être exigés pour le fervice
public. Mais on ne parviendra à empêcher que les
engagemens les plus formels ne foient violés de nouveau
, & à affurer le fuccès de l'octroi des fubfides ,
qu'en rétabliffant tellement le crédit public qu'il foit
poffible de tirer par anticipation unavantage immédiat
des revenus des années futures. Efpérer qu'une taxation
immédiate peut feule fuffire pour les fubfides
qu'exige une guerre difpendieufe , c'eft le faire illu
fion; car la chofe ne feroit pas même pollible dans
le plus vigoureux état de maturité d'une République
bien conftituée. Ainfi il y auroit de la folie à
ne compter que fur notre pofition actuelle , à l'exclufion
du crédit public. Ce n'eft que dans les Gouvernemens
defpotiques qu'il eft permis de fe faire un
fyftême de la violation de la foi publique & de l'op
preffion d'une partie de la Communauté pour l'ai.
fance & l'utilité des autres . Une réciprocité d'avantages
& de fûreté , une égalité de contributions , &
un refpect infini pour la juftice & pour l'équité , dans
les actes de légiflation , voilà ce qui eft abfolument
effentiel à l'exiftence d'une République & au bonheur
d'hommes libres fous quelque forme de Gouvernement
que ce foit.
Tant que les ennemis ont été fupérieurs en force ,
tant que leurs déprédations ont empêché le Gou.
vernement civil d'agir librement , & l'ont mis dans
le cas d'impofer de plus fortes contributions fur
les individus , les Créanciers fe font diftingués par
une continuité fans exemple d'efforts de courage
& de patience , dans la ferme confiance que lorf
qu'on feroit à l'abri de toute invafion , le Gouver
nement civil fe liquideroit vis-à- vis d'eux , & feroit
contribuer chaque Membre de la Communauté
felon les pouvoirs refpectifs . Cet heureux tems eft
enfin arrivé , & ils efpèrent que la prudence , la
faine politique , la juftice & l'humanité détermi
neront promptement à adopter des mefures qui
( 1597 )
procurent du foulagement aux Créanciers publics
& qui faflent renaître la confiance également néceffaire
au maintien du bon ordre & de la sûreté
dans la fociété , & à l'existence du crédit public.
-
Les Requéraus font très éloignés d'exiger le
remboursement immédiat du capital , fur- tout de
celui des dettes réfultantes des emprunts , mais ils
préfument que fi l'on établiffoir un ordre conve
nable dans les reffources de l'Etat , elles feroient
plus que fuffifantes pour affurer le payement exact
de l'intérêt annuel & l'extinction graduelle du capital
dont l'Etat eft débiteur envers fes propres
Citoyens , & cela d'une manière qui faciliteroit la
levée du contingent des fubfides qu'il eft obligé
de fournir pour le fervice Continental . Un tel
arrangement n'appauvriroit aucunement l'Etat , &
ne diminueroit point la maffe de fes reffources .
Les fommes que l'on préléveroit fur l'enfemble
pour être appliquées à cet objet , feroient auffi - tôt
réparties entre les individus , qui , juſqu'à préfent
ont contribué au- delà de leurs quote-parts refpectives
& alors l'extenfion donnée à leurs facultés
les encourageroit à fournir de nouvelles contributions.
Il eſt certainement plus facile , en mêmetems
qu'il eft plus jufte & plus équitable , que toure
la Société paye l'intérêt annuel , que fi une feule
partie de cette Société fupportoit le poids & da
capital & des intérêts , tandis que tous prennent
également part aux avantages. Les Requérans fupplient
donc l'honorable Chambre de daigner adopter
les moyens qui lui paroîtront convenables & conformes
à la juftice & à l'équité , pour procéder
fans délai à une liquidation des fommes incertaines
dues par le Public aux Citoyens de cet Etat. Ils
la fupplient auffi de daigner pourvoir efficacement ',
en affignant des fonds ftables , à l'acquittement
éventuel de toutes les fommes dûes par le Public
audits Citoyens , foit que leurs créances foient
›
( 160 )
fondées fur des emprunts , ou fur d'autres titres
& de pourvoir au payement exact des intérêts ,
jufqu'à ce que le capital ait été remboursé en entier
".
Le 3 de ce mois l'Affemblée générale de
Philadelphie a paffé un acte pour empêcher
qu'il ne fe forme aucun Etat nouveau &
indépendant dans les limites de cet Etat.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 7 Février.
Nous n'attendons plus avec la même
impatience , & nous ne recherchons plus
avec la même curiofité les nouvelles des
Indes Occidentales & du Continent de l'Amérique.
Le tranfport armé le William,
arrivé de Terre-Neuve à Corke , a informé
Le Gouvernement qu'environ 12 bâtimens
venant de New-Yorck & d'Hallifax , étoient
arrivés en bon état à Saint - Jean , où
ils avoient conduit 2 riches prifes Américaines
chargées d'indigo & de tabac.
J
Par un autre bâtiment qui a mouillé à
Limerick , & qui eft venu de New-Yorck
en 22 jours de traversée , on a appris que
plus de 200 familles avoient quitté cette ville
pour le rendre à Hallifax dans la Nouvelle-
Ecoffe ; l'opinion générale à New - Yorck
étoit que cette place feroit évacuée au printems.
Le Général Carleton y étoit encore ,
mais on croyoit qu'il feroit bientôt remplacé,
& en attendant il continuoit d'envoyer
des effages au Congrès par le canal du
Général Washington
.
( 181 )
La conclufion de la paix qui jette maintenant
un peu d'indifférence fur tout ce qui
fe paffe dans ces contrées , donne lieu ici
à différens mouvemens.
Les Propriétaires Planteurs , Négocians & autres
Intéreffés dans le Commerce de l'Ile de Tabago
, après s'être affemblés plufieurs fois , ont
préfenté un Mémoire au Roi contre la ceffion de
cette Ile. Les Commiffaires chargés de ce Mémoire
ont eu enfuite une conférence avec le Lord
Shelburne , qui leur a répondu que l'Ifle étant cédée
& garantie à la France , par la Grande - Bretagne ,
il étoit impoffible de revenir fur cette affaire ; mais
il les a affurés en même-tems que lai & les autres
Miniftres du Roi concourroient avec le plus grand
zèle par leurs recommandations auprès de la Cour
de Verſailles , à procurer les meilleures conditions
Foffioles aux Propriétaires des terres & autres intéreffés.
Tel eft en fubftance le compte qui a été
-rendu de cette affaire le de ce mois à cette AC
femble ; on arrêta le projet d'un Mémoire qui
doit être préfenté aux Miniftres Britanniques & à
M. de Rayneval. On décida auffi d'envoyer un
Agent à Verfailles pour traiter avec cette Cour ,
& tâcher de rétablir les conditions que les Négociateurs
Britanciques avoient négligé d'employer , afin
de mettre ceux qui ne voudroient pas refter fujets
de la France , en état de vendre leurs biens cc.
Cet article des préliminaires de la paix.
n'eft pas le feul qui ait affecté nos Négocians
; ceux qui ont intérêt au commerce
du Canada , ont auffi porté un Mémoire au
Lord Shelburne.
>
Les limites fixées pour marquer l'étendue des
territoires des 13 Etats- Unis ont difent - ils , fi
complertement bouché les paffages du pays defcendant
à Montréal , que le commerce des Pelleteries
7162 )
fera totalement anéanti par cette difpofition. At
tant valoit mettre le Canada au nombre des facrifices
qu'on a faits pour obtenir la paix , puifqu'on a cédé
tous les avantages qu'on pouvoit retirer de cette
Province. Lorfque les traités définitifs auront été
figués , obfervent-ils , il ne fera pas poffible de
porter au marché de Québec une feule
peau fans la
permiffion des Gouverneurs des forts Américains.
On prétend que le Comte de Shelburne a été trèsfurpris
d'apprendre qu'il y avoit de tels inconvé
niens à craindre , & qu'il a dit qu'en n'avoit pas
prévu qu'il dût réfulter d'auffi grandes conféquences
de la manière dont on avoit fixé les limites ; qu'au
refte c'étoit à M. Townshend qu'il falloit s'adreffer.
Les Perfonnes intéreffées au commerce de
la Floride Occidentale , s'élevent aufli contre
les ceffions faites à l'Eſpagne.
+
Ils s'affemblèrent ces jours derniers , & après
avoir lu & médité l'article de cette ceffion , il leur
parut évident que les Terriens , les Colons & autres
Habitans de cette Province alloient le trouver
dans la pofition la plus critique , attendu qu'il
n'avoit été pris aucun arrangement pour que ceux
qui ne voudroient pas devenir fujets de l'Eſpagne
puiffent difpofer de leurs propriétés , & qu'il n'avoit
été ftipulé aucun article pour qu'ils euffent
la facilité de recouvrer ce qui leur étoit dû , & de
fauver du naufrage les débris de leur fortune. L'af
femblée a nommé en conféquence un Comité , qui
eft chargé de dreffer un Mémoire , pour être mis
fous les yeux des Miniftres du Roi , & du Minifière
d'Espagne. Les Négocians qui ont des propriétés
dans la Floride Orientale fe font affemblés égale
ment , & ont pris les mêmes réfolutions pour les
mêmes motifs.
Pendant que les Commerçans s'occupent
ainfi de leurs intérêts , les Loyaliftes Américains
qui font fans doute plus à plaindre ,
( 163 )
ne fe font oubliés
. Le 4
pas de ce mois ils
fe font affemblés , & ont nommé des délégués
chargés de repréfenter leur trifte fitua
tion. Ces délégués font le Lord Dunmore ,
pour la Virginie ; Sir W. Pepperel pour
Maffachuffer ; le Gouverneur Franklin pour
New-Yorck & fes dépendances ; le Gouverneur
Bull pour la Caroline méridionale , &
M. Galloway pour Philadelphie.
» On a offert , dit un de nos papiers , à ceux des
Loyaliftes Américains à qui la propofition pourroit
convenir , des terres dans la nouvelle Ecoffe & le
Canada , & l'on croit généralement que malgré la
différence extrême qui fe trouve entre les climats
Méridionaux & ces deux Provinces Septentrionales ,
plufieurs des Loyalistes préféreront ces deux afyles
ceux dont ils jouiffoient plus agréablement au Sud.
Comme il eft probable que quelques milliers de ces
braves gens ne réuffiront jamais à recouvrer leurs
patrimoines confifqués , il l'eft par conféquent que
la néceffité les forcera à devenir planteurs fous la
protection de l'Angleterre , foit dans la nouvelle
Ecoffe , foit dans les vaftes contrées du Canada :
d'autres , qui peut - être parviendront à le faire ref
tituer leurs propriétés , ne pourront jamais fupporter
les défagrémens qui les attendent dans leur
ancienne patrie , & quitteront des contrées devenues
infupportables pour eux «.
La plupart de nos papiers anti -Miniftériaux,
en rapportant tous ces faits , obfervent qu'il
n'y a prefque aucune claffe de Citoyens , fi
l'on en excepte les adhérens immédiats du
premier Miniftre , qui n'ait quelque objection
à faire contre la paix. On lit dans un les réflexions
fuivantes.
» A préfent que les articles de paix font connus
( 164 )
-
--
dit un de nos papiers , il faut avouer que la
France a déployé de grands talens , dans une
négociation qui fait le plus grand honneur
à fon Confeil ; puifque non content de procurer
à ce pays & à l'Espagne une paix avantageufe &
honorable , il eft encore parvenu à nous séparer
pour jamais de l'Amérique , & à diminuer le tiers
de notre commerce , celui qui après l'Inde étoit
notre foutien & faifoit notre gloire. L'acquifition
que les François font dans l'Inde , les place dans
une fituation formidable pour nous dans cette partie
du monde ; car fi dans la fuite ils y font en guerre
avec nous , il nous fera impoffible d'avoir par terte
des fecours du Bengale , pour la partie méridionale ,
Fuifque le terrein qui leur eft affigné eft pofitivement
dans le coeur du Carnate. Ce font fans doute ces
confidérations qui ont caufé , le 28 , dans la Chambre
des Communes , des réclamations fi vives. Le
parti Ministériel eft parvenu à arrêter cette effervefcence
, en appellant l'ordre du jour , & en fai
fant remettre cette difcuffion des articles de paix
à la féance prochaine. Il fe flatte vraisemblable
ment de fe fortifier d'ici à ce tems. Si quel
que chofe pouvoit nous confoler , c'eft de voir la
Nation s'élever contre plufieurs articles humilians
qu'elle pourra rompre lorfque nous aurons renoné
avec les Américains & que l'amitié commune
fera rétablie entre nous , ainfi qu'avec des Puiffances
qui réclameront peut - être notre alliance. La
ceffion des deux Florides eft inexplicable , à moins
qu'on n'ait eu en vue de mettre fans ceffe les Elpagools
& les Américains aux prifes.
-
}
Ce n'eft qu'après l'échange, de toutes les
ratifications , que le Traité préliminaire feta
mis fous les yeux du Parlement ; & c'eft
alors que les débats feront intéreffans ; en
attendant nous placerons ici un précis de la
( 165 )
féance du 3 de ce inois , dans laquelle il fut
queftion des divers objets fuivans.
M. Burke annonça à la Chambre que fous pen
de jours il préfenteroit un bill à l'effet d'expliquer
& de changer quelques endroits du , bill de réforme
préfet té par lui l'année derniere. Il ajouta
que ce bill avoit befoin de ces changemens &
qu'en effet il ne l'avoit mis fous les yeux de la Chambre
à cette époque qu'à la follicitation de l'honorable
ami qui lui avoit fuccédé dans le miniftere ; que pendant les vacances du Parlement , il s'étoit
occupé férieufement de cette affaire & qu'il fe
flattoit d'avoir donné à ce bill toute la perfection
dont il est fufceptible. M Minchin pria enfuite
la Chambre de faire attention à quelques remar
ques qu'il avoit faites fur les articles préliminaires
de la paix . Ils n'expliquent point , dit-il , de quelle
maniere doit être réglé le commerce des diverfes
nations , & comme je crois qu'il eft très-important
que tous les fujets de la G. B. aien: fur cet objet des
connoiffances , voici quelle eft ma pro, ofition ;
--
Qu'il foir mis fous les yex de la Chambre
des copies des états du nombre de bâtimens ap- partenans aux Ifles de Guerafey & de Jerley, & employés dans la nouve le Ecoffe aux pêcheries , en fpécifiant leur nombre chaque année depuis 1763 jufqu'en 1777 ; des états de la quantité de gomme importée du Sénégal pendant le même
efpace de tems ; des états du nombre d'efclaves
exportes de nos poffeffions Africaines pendant le
même efpace de tems ; enfin des états de la quantité de bois de campêche importée pendant le même ef- pace de tems. M. Eden dit que felon lui , il y avoit une infinité d'affaires de la premiere nécelfité
dont il auroit fouhaité que l'on s'occupât avant celle de la ratification. La révocation de l'acte
prohibitoire
, ajouta-t-il , ne fuffit point pour o4-
-
( 166 )
vrir le commerce entre la Grande-Bretagne & l'Ir
lande , fi l'on ne fait rien par- dela ; mais je
n'infifterai pas fir cet objet pour le moment , &
je me contente de la parole donnée par M. Pitt
que les Miniftres du Roi ont pris cette affaire
en confidération . · Le Lord Newhaven témoigna
fon chagrin de ce qu'il avoit appris que les articles
préliminaires ne feroient difcutés dans la Chambre
des Communes qu'après leurs ratifications ; attendu
que , dans ce cas , l'affaire étant terminée , toutes
ces difcuffions feroient abfolument inutiles . M.
Townshend Secrétaire d'Etat , dit qu'il n'avoit
jamais été d'ufage que la Chambre difcutât des
articles préliminaires avant leur ratification , mais
que S. M. ayant pris la réfolution de ratifier ceux
qui viennent d'être conclus , il efpéroit être en
état de les mettre fous les yeux de la Chambre
avant la fin de la femaine . - Le Chevalier W. Dol
ben convint qu'en effet jufqu'à préſent on n'étoit
poit dans cet ufage , mais il prétendit que la circonftance
actuelle offroit une nouvelle queftion,
en ce qu'il s'agiffoit de favoir fi dans une négociation
par laquelle S. M. abdiquoit une partie de
fes Domaines , la Chambre des Communes n'avoit
pas le droit de dire fon avis avant que cette abdi-
Il a été or- cation fût totalement confommée .
donné que les articles préliminaires préfentés à
cete Chambre par M. Townshend feroient pris
en confidération le Vendredi 8 de ce mois .
L'affaire de la révolte du 77e. régiment
avoit été auffi l'objet de plufieurs débats
dans la Chambre des Communes le 29
& le 31 Janvier. Ces débats , après avoir
été très - vifs le premier jour , finirent le
fecond à caufe de l'avis fuivant qui avoit
paru dans la Gazette de la Cour.
Comme il s'eft élevé des doutes fur l'étendue
( 167 )
& le vrai fens des ordres de S. M. , datés du Burcau
de la Guerre le 16 Décembre 1775 , relativement
à l'enrôlement des Soldats engagés depuis ce tems
dans les Régimens d'Infanterie en marche , S. M.
déclare par la préfente que tous les hommes qui
fervent dans tout Régiment ou Corps d'Infanterie
en marche & qui ont été enrôlés depuis la date dudit
ordre ,feront licenciés après la ratification du Traité
définitif de paix , pourvu qu'ils aient fervi pendant
trois années , à compter de la date de leurs enga
gemens , & tous les hommes enrôlés & fervant aifi
que ci-deffus qui n'ont pas complété le terme de
leur fervice en entier , feront licenciés à l'expiration
des trois années , à compter de la date de leurs
engagemens refpectifs . Et en même tems , aucun
homme enrôlé fous les conditions ci- deffus mentionnées
ne fera envoyé pour le fervice du dehors ,
à moins qu'il n'ait été enrôlé de nouveau au fervice
de S. M.
Il paroît que l'exemple des Montagnards
a cu des effets contagieux , on en peut juger
par la lettre fuivante de Portſmouth en
date du 2 de ce mois.
Le 68. Régiment embarqué depuis quelques
jours à bord de Tranfports pour les Ifles de l'Amérique
, apprenant que les Montagnards n'iroient
point dans l'Inde , a formé la réfolution de refter
auffi en Angleterre. En conféquence , à la pointe du
jour , on vit les Tranſports faiſant voile dans le
Port , mais un vaiffeau de guerre qui tira fur eux les
empêcha d'exécuter leur deffein . Un feul Tranſport
chargé d'environ 300 hommes , fut porté fi près de
la Côte qu'ils defcendirent tous à terre . Ces Troupes
fe mirent auffi - tôt en marche vers la ville pour
demander des quartiers au Lord George Lenox.
Celui- ci , bien loin de faire ce qu'elles défiroient ,
voulut les forcer de fe rembarquer ; mais elles le
( 168 )
refusèrent , & on fut obligé de les envoyer aux
Baraques d'Hilfey , où elles refteront juſqu'à ce qu'il
ſoit arrivé de nouveaux ordres de Londres.
Comme le Gouvernement ignore quelles
feront les difpofitions d'Hyder- Aly loriqu'il
recevra la nouvelle de la pacification ,
l'embarquement des troupes deftinées pour
l'Inde n'a pas encore été contremandé ,
comme tous les autres mouvemens & préparatifs
de guerre.
-
On donne , dit un de nos papiers , pour motif de
la retraite du Lord Keppel le mauvais état de fa fanté;
mais on eft perfuadé que c'eft une diverfité de fenţi .
mens relativement à la facification qui l'a déterminé
ainfi que le Duc de Richemont à quitter une adminiſtration
où ils étoient refiés après la retraite de M.
Fox , & des autres Membres du parti de Rockingham.
S'il faut en croire divers rapports , ils ont même
refufé de figner les préliminaires. Les articles de la
pacification qu'on croit devoir être le plus vivement
cenfurés par le parti de l'Oppoſition , font ceux qui
accordent la liberté de la pêche de Terre Neuve aux
Américains , l'abandon des Loyaliftes , & ce qui
regardoit Dunkerque dans les anciens traités . L'oppofirion
à laquelle le Ministère doit s'attendre , fera, diton
, d'autant plus formidable, que les deux paitis entre
lefquels celui du Lord Shelburne tient le milieu , femblent
fe difpofer à le combattre , excepté fur le feul
article de l'indépendance Américaine , au fujet de
laque le M. Fox & fon parti le font expliqués trop
fouvent & trop pofitivement pour le rétracter anjourd'hi.
Le Comte de Catlifle a résigné fa
place de Grand- Maître de la Maiſon du Roi ; on ne
fait pas encore précisément ce qui y a donné lieu ,
mais on foupçonne que M. Fox y a beaucoup contribué.
-
L'efcadre
( 169 )
L'efcadre fortie le 16 Janvier de Portfmouth
pour les Indes orientales , fous les
ordres du Commodore Kingfmill , a effuyé
de fi fortes bourafques dans le golfe de
Gafcogne , que le Grafton de 74 , un des
vaiffeaux qui la compofoient , eft rentré à
Portſmouth démâté de tous fes mâts ; l'Eli-
Jabeth de même force l'a fuivi le lendemain
& dans le même état ; l'Afia de 64 fortie
pareillement le 18 , eft revenue à Spithéad ,
& la divifion pour la côte de Guinée
eft toujours retenue à Torbay par les
vents contraires.
L'augmentation des dettes nationales , à compter
de l'an 1700 jufqu'en 1782 , a été préſentée ainfi . En
1700 elles montèrent à 16 millions fterl, Pendant
la guerre fous la Reine Anne , cette dette , en 1714 ,
fe trouva monter à 55 millions ferl . Depuis ce tems
jufqu'à l'année 1740 , que nous avons eu la paix
elle éprouva une foible diminution , puifqu'elle étoit
encore de 47 millions. La guerre qui finit à la paix
d'Aix - la - Chapelle en 1748 , la fit remonter à 72
millions ; la guerre qui fiait en 1763 , la porta à
148 millions , 12 ans de paix ne la firent diminuer
que de 12 millions , par conféquent elle étoit de 136
millions lorsque les troubles de l'Amérique éclatérent
; actuellement elle est de 200 millions fterling ;
ainfi l'Angleterre a gagné par cette guerre une
augmentation de 64 millions fterl. dans fa det e
nationale . Encore ne compte-t-on pas la perte qu'elle
fait des 13 Etats- Unis , des poffeffions qu'elle doit
céder à la France & à l'Efpagne , ni les diminutions
importantes des revenus du Royaume , ni celle d'un
grand nombre de fes fujets , de fon commerce , de
fes fabriques &c. Il n'eſt donc pas étonnant qu'elle
22 Février 1783. h
( 170 ).
cherche à s'indemnifer par quelqu'autre branche de
commerce , en acquérant des poffeffions dans life de
Ceylan,
FRANCE.
De VERSAILLES , le 18 Février.
LB 9 de ce mois , M. Hoquart a prêté.
ferment entre les mains du Roi , pour la
place de premier Préfident du Parlement de
Merz.
Le 10 , le Comte d'Adhémar , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi à Bruxelles , que
S. M. a nommé fon Ambaffadeur près
S. M. B. , eut l'honneur de faire fes remerciemens
à S. M. à laquelle il fut préſenté par le
Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au département des affaires étrangères,
Le Roi a nommé à la Prélatúre de la
Sainte-Chapelle du Palais à Paris , l'Abbé
de Moy , Curé de Saint- Laurent.
M. Hullot de Veroncelles , Avocat au Parlement
a eu l'honneur d'être préſenté à
Monfieur , en qualité de l'un de fes Maîtres
des Requêtes , par le Chancelier de ce
Prince.
De PARIS , le 18 Février.
LA ratification des préliminaires de la
paix entre l'Espagne & l'Angleterre , eft
( 171 )
arrivée de Madrid , & a été échangée ici
ces jours derniers .
Au départ du Courier , parti de Madrid
le 2 Janvier , celui qui avoit été à Cadix ſufpendre
les travaux de l'armement , en étoit
de retour ; ainfi l'on ne craignoit plus que
M.. le Comte d'Estaing mît à la voile
puifqu'il ne devoit quitter le port qu'après
avoir reçu de nouvelles inftructions.
Les lettres de Cadix font du 25 Janvier ;
ce jour-là , M. le Comte d'Estaing alloit
pafler en revue les troupes Françoiſes qui
étoient au port Royal & au port Ste - Marie .
Le Courier parti d'ici le 14 fera arrivé à
Cadix le 25 ou le 26 , puifque nous favons
par Madrid que le 27 on y avoit été
prévenu que les préliminaires étoient arrangés
& qu'ils alloient être fignés. »
Quoique l'Espagne n'ait pas encore reconnu
formellement Pindépendance des
Etats- Unis , elie traitoit & regardoit depuis
long-tems les Américains qui abordoient à
la Havane & dans les autres ports , comme
un peuple libre & indépendant ; nous
apprenons aujourd'hui que M. Jay , l'un
des Commiffaires qui ont figné ici le traité
de paix avec l'Angleterre , doit partir pour
l'Espagne où il déployera le caractère d'Ambaffadeur
des Etats - Unis.
Nous n'avons point encore de nouvelles
de M. le Marquis de Vaudreuil ; mais on
eft fans aucune inquiétude fur fon efcadre
& fur fon convoi . On préfume qu'au lieu
h 2
( 172 )
7
de fe rendre en droiture à St- Domingue ,
il aura été relâcher dans un port où il aura
pu apprendre quelle ftation les ennemis
ont pu choifir pour effayer de l'intercepter.
Il y a apparence qu'il fe fera arrêté à Porto-
Rico , plutôt que de defcendre à Carthagène
au continent Efpagnol , où quelques
perfonnes le font aborder.
les
» Les bruits de paix qui couroient depuis quel
ques jours , écrit-on de Toulon , fe font enfin
réalifés ; le Commandant de la Marine a reçu des
dépêches qui lui donnent avis que les préliminai
res ont été fignés , & qui mandent à ce Comman
dant de donner les ordres pour faire défarmer
tous les corfaires qui fe trouveront armés dans
les Ports de fon diftrict , & de fufpendre les ar
memens des bâtimens du Roi jufqu'à nouvel or
dre Un convoi de 47 voiles , deftiné pour
différentes échelles du Levant , parti ces jours det
niers de Marſeille , mouilla dans notre rade , &
le premier de ce mois , au matin , il appareilla de
nouveau pour le rendre à fa defination , fous l'ef
corte de la frégate la Lutine , commandée par
M. de Ginefte , qui avoit reçu ordre précédemment
de prendre pour fix mois de vivres . — La
corvette la Flèche , commandée M. de Pezepar
nas Lieutenant de vaiffeau , mit à la voile le jo
du mois dernier pour aller remplir une miffion
particulière fur les côtes d'Italie. La Friponne,
commandée par M. de Blachon , qui a ramené depuis
peu M. d'Arbaud de la Guadeloupe , a reçu
ordre de défarmer , & va entrer dans le port pour
cet effet. La frégate le Montréal a été mile
en rade avant- hier. La frégate neuve la Minerve,
de 40 canons , dont le commandement eft donné
depuis long-tems au Comte de Bonneval , vient
d'être doublée en cuivre , & eft prête à entrer en
arinement «.
-
-
( 173 )
Les lettres de Marfeille portent que les
Echevins & Députés du commerce de cette
ville , ont fait avertir les familles des gens
de mer & marelors qui ont fouffert par
les malheurs de la guerre , qu'elles peuvent
fe préfenter dès à préfent à la Chambre du
Commerce pour le faire inferire , à l'effet
d'être comprifes dans les répartitions des
fommes qui ont été affignées pour leur foulagement
par les négocians de la place .
16.164
Depuis le 14 Décembre dernier jufqu'à ce jour ,
écrit- on de Certe , il eft entré dans ce port
bâtimens de diverfes Nations , parmi lesquels enviton
70 venant des côtés d'Espagne & du Rouffitlon
; & les autres de divers ports d'Italie & de Piovence
, tous chargés de différentes marchandiſes , à
Lexception de quelques bâtimens Gênois qui font
venus charger des vins de nos environs pour leur
compte. Dans ce nombre eft une polacre de conftruction
Napolitaine , fous pavillon Barbarefque; le Capitaine
& l'équipage font Grecs de Nation , à l'exception
da Pilote qui eft Génois . Ce bâtiment , qui a
été frété à Livourne pour venir charger ici des
vins pour divers particuliers , a apporté un chargement
de bois à brûler. Depuis cette même époque
, il a mouillé auffi dans ce port 19 vaiſſeaux
Danois ou Suédois , qui font venus charger ici des
vins , eaux- de- vie & autres articles pour divers
ports de 1 Etranger. Deux de ces vailleaux étoient
chargés de tabac pour la Manufacture Royale de
cette Ville . Depuis le commencement du mois
paffé , il eft forti de ce port 21 1 bâtimens pour différentes
deftinations . Nous mang ons de bâtimens
pour lexportation des marchandi es . Il arrive chaque
jour une quantité de bar ues du canal de
Touloufe , chargées de toutes fortes d'articles des
h 3
( 174 )
Ifles deftinés pour Marfeille , ce qui a fait augmenter
le fret. L'activité eft fi grande dans notre port ,
que plufieurs Maifons de commerce ont obtenu
la permiffion de faire travailler dans les magafins ,
portes fermées , les jours de fêtes & dimanches ;
depuis la guerre nous avons vu flotter ici les pavillons
ou bannières de prefque toutes les Nations. Depuis
le 13 Janvier on a commandé de nouveau aux habitans
, la pénible corvée des réparations de la butte
& des baſtions qui fetvent pour l'école des Canonniers
Gardes-côtes , lefquels , à ce qu'on dit , ont
ordre de fe rendre ici le 11 de Février. Quoique ce
foit une forte charge pour les habitans , & qu'elle
femble devoir être répartie fur diverfes Communaurés
de la Province , il n'y manque cependant jamais
aucun homme & tous s'y rendent fans murmure.
Si le mérite d'une découverte eft en raison
de fon utilité , celle que nous annonçons
doit mériter à fon Auteur de la reconnoiffance.
Le fieur Léger vient d'inventer des mèches qui ne don
nent ni odeur ni fumée quelque commune que foit
T'huile qu'on y emploie , elles ont l'avantage de brûler
avec égalité & fans vacillation , de confumer moins
d'huile dans un tems donné , que les lampes ordinaires,
& de durer plus long- tems que les mèches de coton
connues jufqu'à préfeat. Elles ont mérité l'approbaticn
que leur a donnée l'Académie Royale des Sciences fur
le rapport de M. le Marquis de Condorcet , de M.
Lavoisier & de M. le Comte de Milly , Commiffaires
qu'elle avoit nommés pour les examiner , &
qui ont fait diverfes expériences dont le réſultat a
mérité le certificat le plus avantageux . » On peut
fubftituer , difent - ils , à tous les moyens d'éclairer
plus difpendieux , connus jufqu'à préfent ; elles
nous ont para réunir des avantages dont toutes
les claffes de la fociété peuvent tirer parti , &
qui font d'autant plus précieux , qu'ils regardent
les
( 175 )
plus directement la claffe des citoyens les moins
riches , dont on ne s'occupe que trop rarement «
Ces méches font propres à différens ufages , foit pour
garnir les réverbères , les lampes portatives , celles
de cabinet deſtinées aux Gens de Lettres & aux Arriftes
, pour échauffer les fourneaux à lampes à l'ufage
des Chymiftes & Alchymiftes. Les prix en font
modiques , & chacune de ces mèches dure 14 ou 15
jours. M. Léger en a établi 3 dépôts , l'un rue Saint-
Honoré , vis -a -vis Saint-Roch , au Bienvenu ; le
fecond , à l'Abbaye St - Germain , cour des Princes ,
rue da Cardinal , chez le fieur Clément ; & le troifième
, Cour St -Martin , chez le fieur Brillet
Ferblantier. Il fera des envois en Province & dans
les Pays Etrangers , en affranchiffant le port des
lettres & de l'argent. Tous les paquets de mèches
de fa compofition feront figués de lui & cachetés de
fon cacher.
Les établiffemens de bienfaifance fe mul
tiplient depuis quelques années ; celui que
vient de former M. le Marquis de Frefnaye
mérite d'être connu ; ce font des Prix qu'il
fe propofe de donner tous les ans aux Habitans
de fes Paroiffes du Bangneuf- le- Forêt.
» Il y en aura quatre chacun de so livres , deux
de Sagefle , & deux d'Induftrie . 19. Comme rien
ne contribue tant à former de bons Citoyens que
la bonne conduite & les bonnes moeurs de la jeuneffe
, M. le Marquis de Frefnaye voulant faire
naître & encourager l'émulation , donnera un Prix
à celle des jeunes filles de la Paroiffe qui fera reconnue
avoir eu le plus de foumiffion & de refpect
envers fes pere & mere , qui aura été la plus laborieufe
, bien inftruite dans les devoirs de la Reli
gion , & qui fe fera conduite avec le plus de fageffe &
de décence , 29. Un Prix fera donné à celui des jeunes
garçons qui fera reconnu avoir eu les qualités cih
4
( 176 )
.
par
deflus , & avoir été le plus fobre , le plus pac
fque, & le plus fage. Les filles ne pourront prétendre
au Prix que depuis l'âge de 16 ans , jufqu'à
25 , & les garçons , depuis l'âge de 20 , julqu'à 30.
3º. Comme de l'Agriculture faite avec foin & intelligence
dépendent fa fertilité & par conféquent
l'aifance & le bonheur de la Paroiffe , il fera donné
un Prix à celui des Laboureurs qui aura le mieux
réuffi par un labour profond & une terre bien travaillée
& bien engraiffée fur tout ce qu'il aura enfemencé
dans cette année ; on fera une vifite fur
les Prés pour voir s'ils font en bon état. 4º. L'augmentation
& le foin des beftiaux devant contribuer
beaucoup à l'avantage de la Paroiffe , foit par le
profit qu'on en retireSpar la vente , foit les engrais
qu'ils procurent , il y aura encore un prix
a celui qui aura élevé les plus beaux veaux fuivant
la portée de fon lieu ; & pour que les Métayers
puiffent participer à ce Prix , il faudra que
leurs boeufs foient dans le meilleur état poffible ,
& qu'ils pouvent par là que leurs foins s'étendent
fur tous leurs beftiaux . M. le Marquis de Frelnaye
entend que tous les Métayers de la Terre de Frefnaye
, par conféquent de la Lacconniere , Saint-
Duen , & Saint- Hilaire , participent au même encouragement
, & puiffent concourir pour le Prix
des deux derniers articles. Ces Prix fe donneront
cette année 1783 , à la fin de l'été , dan une
Affemblée de Paroiffe , où fe trouveront M. le
Marquis de Frefnaye , M. le Curé , les Procureurs ,
Syndics de Fabrique en place , les deux qu'i's on
remplacés , fix anciens habitans , dont la probité
& la bonne conduire feront reconnues . Ils jugeront
après avoir fair les informations les plus exactes
, ceux qui autont mérité d'être couronnés , ayant
rempli le plus fcrupuleufement les conditions de
ce Programme «<,
-
On nous mande de la Paroiffe de Château-
<
( 197 )
vieux en Berry , un fait malheureux , qui
peut fervir de leçon , & que pour cette
raiſon nous nous empreffons de publier .
» Un Garde- chaffe ayant un furet , pria un Payfan
de garder cet animal chez lui pour quelques :
heures ; c'étoit le jour de Saint-Vincent , Féte Pa
tronale de la Paroiffe , le Paysan mit le furet dans
un tonneau qui étoit debout dans la ruelle d'un
lit où dormoit un enfant de fept mois ; cela fait ,
il fe rendit avec fa femme & le Garde , chez un
voifin pour y paffer le refte de la foirée , environ
une heure & demie après , la mere revint chez elle
pour voir fon enfant ; mais quelle fut la douleur ,
de le trouver mort & tué par le furet , qui non
fealement lui avoit fucé le fang , mais lui avoit
mangé tout le nez , & auroit été plus avant encore;
il eft impoffible de peindre la peficion de
cette mere , fon défefpoir fe fent mieux qu'il ne
s'exprime , mais fon imprudence peut fervir de
leçon et.
3
A ce fait malheureux nous joindrons une
anecdote qui pourra paroître plaifante , &
détromper les détracteurs des villes , ou prouver
du moins que l'objet de l'intérêt peut
différer , mais avoir par-tout les mêmes effets.
» Bien des gens croyent que le luxe dans les
Villes gênant le goût pour les mariages , y fait
préférer les richeffes , & qu'à la Campagne le
choix eft plus libre , moins intéreſſé & par con- féquent plus heureux ; un évènement arrivé içî hier
au foir peut fixer les opinions fur le défintéreflement
en amour des paylaas : un d'eux marioit fa
fille & lui donnoit 29 écus de dot & l'ameublement
ordinaire ; les deux familles étoient aflemblées
avec les voisins , & le Notaire finifloit le Contrat ,
hs
( 178 )
lorfque le mariage rompit fur une paire de pantoufles
que le
futurigeoit , & que le pere de
la fille s'obftina de refufer. Un des affiftans propofa
fa foeur très -laide & plus âgée que l'autre ,
en offrant les 29 écus & les meubles . Donnerez.
vous les pantoufles , dit le jeune homme ? Oui
sûrement répondit l'autre ; en ce cas repliqua le
jeune homme faites- là venir , nous changerons les
noms du Contrat. Ce qui fut exécuté fur le
champ «.
On vient de publier l'avis fuivant aux
créanciers &
prétendants droits aux biens
des maifons de MM . les Princes de Rohan ,
Duc de
Montbazon & de Guéménée .
Ceux des Créanciers qui n'ont pas rapporté les
titres & mémoires qui établiffent leurs droits , font
invités & requis de les produire à Me. Boulard ,
Notaire à Paris , dans les trois mois fixés
rêt du Confeil d'Etat du Roi du 7 Décembre 1782 ,
l'Arpar
ainfi qu'il eft ordonné par Jugement qui a homolo
gué l'acte d'union , rendu le 2 Janvier 1783 , par
MM . les
Commillaires du Confeil , auxquels la connoiffance
de la liquidation de toutes les dettes &
affaires a été attribuée ; faute de quoi ils demeureront
déchus de tous droits , en vertu du préfent avis,
& fans qu'il foit befoin d'aucunes fignifications ni
fommations , ainfi qu'il eft porté auxdits Arrêt &
Jugement , dont on délivrera des copies à toutes
féquifitions & fans aucuns frais , en l'étude dudit
Me. Boulard , rue St -André-des- Arcs.
Parmi les affaires qui s'élèvent fouvent
entre des
Particuliers , il y en a
quelquesunes
qui ont des caufes bien fingulières ;
celle-ci que nous
fourniffent les Affiches de
Flandres eft de ce genre.
Un Boucher & un Marchand de Poteries entrèrent
en même-tems dans une groffe ferme près de Valen
1
( 179
)
cicanes , l'un pour y acheter des beftiaux
, & l'autre pour y vendre des poteries
; ils attachèrent
chacun
leurs chevaux
aux mêmes barreaux
d'une fenêtre de la maiſon. Use fervante
, portant deux fceaux de
lait , vint à paffer près de ces chevaux
, au moment même qu'un jeune Chaffeur
fe difpofoit
à tirer fur
un dindon grifaillé , perché fur un arbre qui donnoit fur la ferme, dont le toit étoit couvert de paille. Le
Chaffeur
bleffe l'animal
à mort , qui , faifant de vains
efforts pour s'envoler
, tombe fur le toit de la ferme & de la exactement
dans un des fceaux de lait que
portoit la fervante
. Les chevaux
furent épouvantés
peur. Le
par le bruit. La fille tomba en foibleffe
de cheval du Boucher
le cabra de manière
qu'il caffa
fa bride , heurta & renverfa
l'autre qui étoit chargé de deux paniers pleins de poteries
, & calla par les Fuades la jambe à un poulain. Le Chaffeur
ne vou
lant point perdre fa proie , entre dans la ferme pour
la réclamer
. Etonné de voir que c'étoit un dindon du fermier , il offrit de le payer 9 francs ; mais les
gens
de la ferme l'accablèrent
d'injures
, le Boucher lui donna des coups de fouet , caffa fon fufil , & le
Marchand
de Poteries
lui jetta un teffon à l'oeil , qu'on
croit qu'il perdra . Le jeune homme
ainfi maltraité prit la fuite , & rendit plainte contre le fermier
& le
marchand
de poteries
ces derniers
de leur côté ont
porté la leur , qui conclud
à ce que le Chaffeur
foir
puni de prifon , condamné
à l'amende
& à tous dépens
, dommages
& intérêts. Différens
amis refpec- tifs des parties tâchent de les accommoder
; en atten
dant, de bons Avocats
confultés
fur cette affaire , en
raifonnent
diverſement
. Il eft certain que c'eft une preuve que les plaifirs de la chaffe font fou
nouvelle
vent commettre
de grandes
étourderies
aux jeunes
gens.On lit dans l'Affiche
de Dauphiné
les détails fuivans d'un Procès bien étrange ; nous nous bornerons
à les tranfcrire
.
hồ
( 180 )
que
"
Les
Religieux de certaines Provinces qui fe
trouvent charges
d'acquitter plus de Mefles
Prêtres de leurs
Monaftères n'en peuvent célé- que les
brer ont
accoutumé d'en
tranfmettre la charge
& le montant de
l'honoraire aux
Monaftères d'autres
Provinces. Le Frère G. de St- François , Reli
gieux Ca.me
Déchauffé du couvent de Marseille ,
étoit en
relation fur cer objet ,
principalement
avec les Prieurs des Carmes
Dechauffés de Dunker-
St Omer & de Lille en Flandres. Le fieur
Abbé B. Prêtre , de la Société des Jétuites avant la
deftruction , retiré à Marseille , où il vivoit fans
exercice des fonctions
facerdotales , chercha à for
mer des liai ons avec le Frere G. , & parvint à furprendre
fa confiance . Il profita de l'état d'infirmité
prefque
habituelle de ce
Religieux , pour s'emparer
de la
correfpondance
concernant
l'honoraire des
Meffes ; il lei perfuada de la lui remettre , & même
de lui livrer les blanc-feings , que le Frère G. lui
livra en effet ; le fieur B. s'en fervoit , pour les
remplir
d'obligations en forme de lettres de change
, ou de mandars écrits de fa main , & même
de le tres miffives , par lefquelles il affuroit les
correfpondants , qu'il exiftoit à Marseille une fociété
de Prêtres qu'il
fuppofoit s'êre vouée au foin d'acquitter
ces Meſſes , renvoyées des autres Provinces ,
gratuitement ou moyennant un honoraire inférieur
à
l'honoraire réglé , à la charge
d'appliquer le produit
au befoin des Millions ou à d'autres oeuvres. lé
Pies. Le Frère G.; ou le fieur B. fous fon nom
fe procurcir à Marseille le produit de l'honoraire
des Meffes , pa le moyen des mandats , qu'il tiroit
fur ceux qui les lui avoient adreffées ; la plus grande
partie éoit rée ( forvent à l'infu du Frère G. ) à
Paris fur le Frère S. , Carme
Déchauffé , à qui les
correfpondants du Frère G. étoient averris d'envoyer
des fonis à Paris. Le fieur B.
recomman
doit , par de lettres mi lives écrites fur les blancsfeings
du Frère G. , qu'on adrefsât les réponses à
t
( 181 )..
M. B. Prêtre , Docteur de Sorbonne ; il négocioie
ordinairement les mandats à un efcompte au-deffous
de celui de la place , afin de les convertir plutôt en
argent ; & le Frère S. , à qui les fonds étoient faits
avant l'échéance , payoit exactement . Ces mandats
ont été acquittés pendant environ dix années , fans
qu'il paroiffe d'aucun emploi des fonds comptés à
l'Abbé B. par ceux à qui ces mandats étoient re
mis à Maifcille . Les Supérieurs locaux du Frère
G. ont long- temps ignoré cette négociation , ou
du moins la manière dont l'Abbé B. s'en étoit em
paré , & ont pris des mesures pour en faire ceffer
l'abus au moment qu'ils ont pu le foupçonner : le
fieur B. eft même accafé d'avoir impofé à ceux
à qui il remettoit les mandats , la loi du fecret à
l'égard de ces Supérieurs locaux . Le Frère G. interrogé
par eux en dernier lieu , a foutenu qu'il n'avoit
reçu du produit de la négociation que la fomme de
9900 livres , qu'il affure avoir employée en aumônes
; & cette fomme n'a aucune proportion
avec celles qui font parvenues aux mains de l'Abbé
B. , dans le cours d'environ dix années . La fupercherie
fut reconnue par le Prieur de Dunkerque ;
& l'Abbé B. , inftruit de cette découverte par diverfes
lettres que le Prieur écrivit fous fon adreffe
au Frère G. , fe hâta de multiplier , avant qu'elle
fe répandit au loin , de nouveaux mandats pour des
femmes capables de le dédommager d'un feul coup
de la ceffation d'un commerce frauduleux auquel
il falloit déformais renoncer. Il négocia ces mana
dats ; & dans le même temps il ofa écrire au Frère
G. à Paris , de laiffer protefter les mandats déjatirés
& ceux qui pourroient l'être encore , ajoutant
qu'il étoit d'accord avec les porteurs , quoique les
mandats fuffent tous tirés par lui , c'est - à - dire
par le Frère G. , fous le nom duquel il écrivoit
toujours à la faveur des blancs-feings . C'eft ainfi
que le fieur B., non content de verfer dans le commerce
des papiers qu'il favoit ne devoir pas être
182 )
payés , projettoit encore d'en faire circuler d'autres
dont lui - même empêchoit le paiement. Mais croyant
fe mettre à l'abri de la punition que ce trafic fcanduleux
, fondé fur la fuppofition & le faux , ne
pouvoit qu'attirer fur lui , il crut s'y fouftraire
en obtenant de la main du Frère G. divers écrits
ou déclarations , tendants à ratifier tout ce qu'il
avoit fait au nom de ce religieux. Le protêt de
quelques mandats a donné lieu à des affignations
à la jurifdiction confulaire de Marseille . Les
mandats , dont les porteurs font connus dans cette
ville , s'élèvent à la fomme de 28,000 livres ; &
il y a eu des affignations & des fentences de con
damnation pour la fomme d'environ 7000 livres ,
montant des mandats : mais il en exifte d'autres .
Le fieur B. , lorfqu'on eft allé à lui , pour lui
demander raifon de tant de fourberies , & pour
connoître par lui le nombre des blancs- (eings &
des mandats , a donné différentes fois deux rôles
qui ne font point entièrement conformes , & a
fui avec précipitation vers Nice. Quant au Frè e
G. , il a déclaré ne pouvoir déterminer le nombre
des blancs- féings par lui remis au fieur B. L'Arrêt du
26 Novembre 1782 , a été conforme aux conclufions
du Procureur - Général . Le Parlement de
Dauphiné , par Arrêt du 7 Janvier 1783 , a fer
mis au Procureur Général du Roi au Parlement
d'Aix , de faire exécuter l'Arrêt dont s'agit dans le
reffort de la Cour , & de le faire imprimer & afficher
par -tout où befoin fera «.
·
Le 16 du mois dernier le Musée de Paris
a tenu une féance publique , dont nous
donnerons ici les détails .
M. Cailhava , Préfident en exercice , a ouvert
cetre féance par l'éloge de feu M. l'Abbé de Reyrac ,
Correfpondant du Mufée. M. Court de Gebelin ,
Préfident Honoraire perpétuel , a lu un fecond Mémoire
fur la Danfe oblique des Anciens : il a expliqué
en particulier l'objet & l'origine orientale des trois
( 183 )
modes de la Mufique grecque , appellés Lydien ,
Dorien & Phrygien , faifant voir leurs rapports
avec la Danfe oblique & avec les trois faifons de
l'année Egyptienne. M. Vieilh a lu la traduction en
vers libres de la première Elégie de Tibulle. M. Beguillet
, fon Introduction à l'hiftoire de la conquête
des Gaules par Jules - Céfar. M. l'Abbé Cournand ,
un des Secrétaires du Mufée , a lu un morceau fur
les Abeilles , & un autre fur les Lapons , tous deux
en vers de quatre fyllabes. M. Paftoret , des Réflexions
fur le danger de l'éloquence au Barreau
M. Vieilh , un commencement de traduction en
grands vers de la Forêt de Windfor de Pope. M.
L'Abbé Brizard , la fuite de fes Mémoires fur Henri
IV. M. Le Changeux , diverfes Fables en vers .
M. l'Abbé Cordier de Saint- Firmin a annoncé , 1
l'exposition par M. Couafnon , Sculpteur du Roi
& Affocié libre du Mufée , du Bufte de M. Le Noir ,
Lieutenant- Général de Police , & du Bufte de M.
l'Abbé Vogler , Correfpondant du Mufée ; 2 °. le
préfent du Bufte de Santeuil fait au Muſée par M.
l'Abbé Mulot , Prieur de Saint-Victor & Membre de
la Société. Le Concert a commencé enfuite
fymphonie de Toefqui. Mlle . Le Boeuf a chanté an
air Italien. M. Neveu a exécuté un Trio de Piano
Forté de fa compoſition . M. Ozi , de la Mufique de
Madame de Monteſſon , un Concerto de Baffon ,
Mile. Le Boeufa chanté une feconde fcène Italienne.
M. Soler a exécuté un Concerto de Clarinette . M.
Murgeron a chanté une Ariette Italienne , M. Miroir
a exécuté fur le Piano Forté , pour la réception au
Mufée. Le Concert a fini par l'ouverture d'Iphigénie.
·Cette féance a été auffi nombreuſe , auſſi brillante
& non moins applaudie que celle du 21 Novembre .
Si cette Société continue à fe perfectionner , elle
deviendra auffi utile que renommée.
par une
Le feu d'Artifice , commandé par le Bureau de la
Ville de Paris , à l'occaſion de la naiffance de Mor
le Dauphin , & de la réception du Roi & de la Reile
( 184 )
12
à l'Hôtel - de-Ville , n'ayant pas eu tout le fuccès
defiré , a donné lieu à une conteftation fur le pale
ment du prix convenu entre le fieur de la Variniere ,
Artificier & MM. les Prévôt des Marchands & Eche
vins de la Ville de Paris. Il y a eu plufieurs Mémoi
res fur cette affaire qui a été jugée le 12 de ce mois :
l'Arrêt rendu fur les conclufions de M. d'Agueſſeau ,
condamne les Prévôt des Marchands & Echevins de
la Ville de Paris , à payer la fomme de 18,053 liv.
avec les intérêts , à compter du jour de la demande.
Les termes injurieux du Mémoire de la Variniere
fupprimés. Les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris condamnés aux dépens. ?
Conftance- Gabrielle Bonne le Vicomte du
Rumain de Coëtenfao , veuve de Louis-
Marie Alexandre , Comte de Polignac , Vi
comte de Cauferans , Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Clermont- Prince , & Dame.
d'Honneur de la Ducheffe de Chartres , eft
morte le 16 du mois dernier dans fa 360
année.
༢
1 Il vient de paroître , relativement au
commerce de la Chine , un Arrêt du Confeil
que nous nous empreffons de tranfcrire.
Le Roigérant informé que les Ports de fon
Royaume ne fe trouvent pas fuffisamment pourvus
des marchandiſes de l'Inde & de la Chine qui font
néceffaires , foit pour la confommation de fes
Sujets , foit pour les échanges avec l'Etranger;
S. M. a réfolu de profiter des premiers inftans de
la caix , pour procurer , le plutôt pollible , à fon
Royaume , un approvisionnement fuffifant de divers
objets que fournit le commerce de la Chine. C'eſt
dans cette vue 2
qu'après s'être fait repréfenter
l'Arrêt , de foo Confeil , du 13 Août 1769 , par lequel
le privilége exclufif de la Compagnie des Indes
a été fufpenda ; enfemble l'Arrêt du 6 Septembre
7185 )
fuivant , portant règlement pour le commerce de
l'Inde , S. M. a confidéré que fi , dans les circonftances
actuelles , on s'en rapportoit , pour un approvifionnement
auffi important , aux péculations
des particuliers , on ne pourroit pas être affuré que
leurs entreprifes fuffent effectuées affez promptement
pour espérer des retours dès l'année 1784 ,
& qu'il feroit plus avantageux & plus fûr d'encharger
un Armateur qui dirigeroit cette opération
pour le compte de Sa Majefté ; & Sa Majesté ayant
fait choix du fieur Grandclos - Mellé , dont Elle
connoît l'expérience & le zèle : Oui le rapport , &c.
a ordonné & ordonne ce qui fuit. 1 ° . Le Roi autorife
le fieur Grandclos - Meflé à emprunter , pour.
le compte de S. M. , foit à la groffe , foit de toute
autre manière qui fera jugée convenable , juſqu'à
concurrence d'une fomme de trois mil ions , pour
être employée en totalité à faire le fonds d'une
expédition de commerce pour la Chine , dont S. M.
a confié la direction audit fitur Grandelos- Meflé ;
à l'effet de quoi S. M. fera remettre inceffamment
à fa difpofition un nombre fuffifant de bâtimens
pour remplir cette deftination . 2 ° . Le produit des
cargaisons de retour demeurera (pécialement affecté
au paiement des empr. nts qu'aura faits le lit fieur
Grandclo - Meflé. S. M. entend que les bénéfices
qui pourront résulter de cette opération , foient
employés à l'encouragement du commerce de l'Inde ,
& Elle fe réserve d'y faire participer auffi ceux des
créanciers de la Compagnie des Indes qui reftent
encore à liquider. 3 ° . En conféquence des difpofitions
portées au préfent Arrêt , & jufqu'à ce qu'il
en air été autrement ordonné par S. M. , il fera
forfis à la délivrance des permiffions qui pourroient
être demandées par des Armateurs particuliers ,
foit en France , foit aux Ifles de France & de Bourbon
, pour le commerce de la Chine «.
Le Roi donne quatre navires de fa ma
( 186 )
rine à M.
Grandclos -Meflé pour l'expédi
tion du
commerce en Chine , que S. M.
l'a
chargé de
diriger ;
l'emprunt des 3 milfions
, a été
templi fur- le- champ ; M. Grandclos
- Meflé en a
feulement
réfervé
quelques
parties aux
villes
maritimes
l'Orient ,
Nantes , & c.
telles que
1
3
Les
Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France du 16 de ce mois , font :
25. 15. 68. 37 & S.
De
BRUXELLES , le 18 Février..
ON lit dans des
lettres de
Lisbonne en
date du 18 du mois
dernier , les détails
fuivans.
Dans les premiers jours de ce mois , le fameux
Jofeph-Policarpe de Azevedo , jadis Valet-de-Chambre
du Duc
d'Aveiro , eft mort ici à Hopital
général , il avoit pris la fuite au moment où il
apprit que fon Maître étoit arrêté . C'est le même
Jofeph
Policarpe déclaré par Sentence coupable
d'avoir tiré fur le Roi , ainfi qu'on le voit dans la
vie du Marquis de Pombal , tome II . Ce Particulier
fe voyant près de mourir , a confeflé au Prêtre qui
l'a affifté dans fes derniers momens , qu'il étoit vrai
ment
coupable du délit dont il avoit été accufé , &
l'a fupplié de rendie aptès fa mort fa
déclaration
publique , de peur qu'on
n'accusât de fon crime
quelqu'innocent ; il a ajouté qu'il ne s'étoit jamais
éloigné de cette ville ; & que pour fubfifter il avoit
fait dans les rues le
commerce d'encre à écrire , fans
que
perfonne l'ait jamais reconnu.
La Reine ,
ajoutent
d'autres lettres, inftruire
que la G. B.
reconnoiffoit
l'indépendance des
Américains , a
déclaré que ces
derniers au(
187 )
ront déformais la liberté de commercer dans
tous les Ports de fa domination. On dit auffi
que le Portugal va envoyer des Agens en
Amérique pour y acheter des grains , & que
refpectivement quelques Miniftres des nouveaux
Etats-Unis iront à Lisbonne conclure
un Traité d'amitié & de commerce entre ces
deux Puiffances .
S'il faut en croire quelques lettres d'Angleterre
, on y a reçu avis qu'Hyder Aly
avoit fait la paix avec les Anglois dans le
mois de Septembre dernier ; fi cette nouvelle
eft vraie , on peut l'avoir reçue par
la voie de terre ; & dans ce cas , il faut que
l'Angleterre ait accordé à Hyder-Aly tout ce
qu'il a voulu.
כ כ
Long-tems avant que l'Angleterre fongeât à
reconnoître l'indépendance de l'Amérique , lit- on
dans quelques lettres de Paris , le Congrès d'une
main défendoit la liberté , & de l'autre dreffait les
loix & les règlemens de l'union des Etats refpectifs .
Ce code vient , dit- on , d'être envoyé à M. l'Abbé
de Mably , pour qu'il l'examine & le corrige . C'eft
le plus grand honneur auquel un Ecrivain Philofophe
& Politique puiffe prétendre , que de devenir ainfi
le Légiflateur d'une grande Nation c
La prix de la Hollande éprouve toujours
des difficultés ; mais on n'eſt pas inftruit de
ce qui en fait pofitivement l'objet.
Tout ce que difent les lettres de France &
d'Angleterre à cette occafion , écrit - on de la Haye ,
fur la ceffion de Trincomali ou de Négapatnam , eft
abfolument incertain . Nous ignorons même fi nous
ferons obligés de faire une de ces ceflions. Quand
aux indemnifations , il ne paroît pas que nous de
vions en efpérer aucune , finon celle dont il eft
( 188 )
queftion dans le Mémoire remis au mois de Décembre
dernier , par M. Fiz Herbert , à nos deux
Miniftres à Paris. En attendant il eft certain que
rien n'eft encore figné, & que l'on ne paroît pas
décidé à fe défifter des premières demandes qui
ont été faites ; favoir , la reltitution de toutes les
Places qui nous ont été enlevées l'année dernière :
fur-tout on compte auffi fur les bons offices de la
France. On prétend que les 6 vaiffeaux de guerre
& les navires armés de la Compagnie des Indes
Orientales dont le départ avoit été fufpendu , doi
vent être prêts à mettre à la voile le du mois
prochain , d'où l'on peut inférer que quand même
la Paix feroit conclue , on eft réfolu de mettre nos
poffeffions aux Indes dans un état de défenſe refpectable
contre toute attaque imprévue. Les Etats-
Généraux ont arrêté unanimement , d'après l'ordre
formel des Etats des autres Provinces , que les pré
paratifs & les armemens fur mer , foient pouflés
avec ardeur & activité , qu'il n'y ait aucune lenteur
dans le Département de Hollande , & qu'il fût donné
connoiffance aux Colléges respectifs de l'Amirauté
pour leur fervir d'inftruction à cet effer . Certe
réfolution annonce pour l'avenir une adactivité qu'on
n'a pas eve précédemment dans un tems où elle
eût été plus néceffaire «.
-
Les Etats-Généraux ont envoyé à Londres
M. Tor , ci-devant leur Réfident à Venife.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 8 Février.
L'ordre de ceffer le paiement des gratifications
aux Marelets aété expédié . On parie d'une réforme
prochaine de 2 Compagnies dans tous les Régimens ;
ma's on ignore encore le nombre de ceux qui formeront
l'état de paix . Les Lords Lieutenans des
Comtés ont reçu ordre de licencier les Régimens
de Milices ; les armes de ces Corps doivent être
dépofées dans les Comtés refpectifs .
--
( 189 )
Il a été réfolu dans le Confeil qu'on garderoit
pendant la paix un Corps confidérable de Troupes
de Marine , parce qu'il a été reconnu que ces Troupes
avoient rendu les fervices les plus effentiels à
I'Etat pendant la dernière guerre,
Les Commiflaires de la Marine ont fait informer
les Propriétaires des vaiffeaux de la Jamaïque qui
avoient été frétés pour y tranfporter des Troupes ,
que les Lords Commiſſaires de l'Amirauté venoient
d'envoyer des ordres pour que ces Troupes ne fuſ
fent point embarquées.
On ne fera revenir en Angleterre qu'un petit
nombre de Troupes qui font actuellement en Amé.
rique. On a le projet de les répartir dans les Ifles ,
à la Jamaïque , à la Barbade & à Hallifax & dans
le Canada.
Depuis les préliminaires de la paix , la paye des
Matelots dans la Marine Marchande eft déja tombée
de 4 liv. qu'ils avoient par mois à 35 fchelings .
On apprend que les Américains , lorfque nos
Troupes évacuèrent Charles-Town & qu'elles fe
trouvoient encore dans la rade , font rentrés dans la
ville le même jour. On y a fait des feux de joie &
des illuminations . On affure qu'auſſi - tốt que les
Américains curent reçu la nouvelle de la paix , le
Congrès publia un acte d'amniftie , mais dans la
quelle ne feront pas compris M. Galloway , ni le
Général Arnold.
Il s'eft tenu à bord du Warspite , dans le Port de
Portsmouth , un Confeil de Guerre en vertu des
ordres de l'Amirauté qui avoit demandé qu'on examinât
fi le Capitaine , les Officiers & l'Equipage du
Centaure avoient eu quelque part à la perte de ce
vaiffeau . Il a été décidé unanimement qu'ils devoient
tous être acquittés à cet égard , & qu'on ne pouvoit
que louer le courage & l'activité qu'ils avoient manifeftés
en cette occafion.
( 190 )
ג כ
La Lettre fuivante , écrit- en deDublin , a été envoyée
le 27 au Lord Maire par ordre du Lord
Lieutenant d'Irlande .
Mylord , j'ai ordre du
Lord Lieutenant de vous faire connoître la fatisfaction
fingulière qu'il éprouve en vous faifant paffer
une Copie de la motion faite le 23 de ce mois dans
la Chambre des Communes d'Angleterre par M.
Townshend & qui a paffé d'une voix unanime «
Ce fut en 1688 , lors de la révolution , que fe
fit le premier Etabliffement de la taxe des Terres ,
Depuis ce tems , qui forme une période de 95 ans ,
elle a fubi les changemens qui fuivent.
A fchelling par livre
A 2 fchellings
A3 fchellings
A 4 Schellings
·
• 3 ans
1.8
24
50
95
- Le
1
Le Lord Mounftewart , nemmé Amballadeur du
Roi à la Cour de Madrid , a fait , le 6 de ce mois ,
fes remercimens à S. M. à cette occafion.
même jour le Miniftre de Portugal a part au
lever , & a déclaré formellement que le bruit qui
s'étoit répandu de la mort de fa Souveraine étoit
deftitué de tout fondement.
1 .
Dans la Séance de la Chambre des Communes
du 5 Février , le Chevalier George Jouge , Secré
taire de la Guerre fit les deux motions fuivantes,
1°. pour qu'il fût c &troyé une fomme n'excédant
pas 296,507 14 f. 3 d. un demi penny pour les
extraordinaires de l'armée , à compter du 31 Jan
vier 1782 jufqu'au 25 Mars de la même année,
& depuis ledit jour 25 Mars jufqu'au 6 Décem
bre fuivant.
2º. Pour qu'il fût octroyé une fomme ultérieure
( 191 )
de 340,346 liv. 19T. 6 d. pour un autre compte
d'extraordinaire. Ces motions paſsèrent fans aller
aux voix.
Les articles de la paix ne feront foumis à l'examen
de la Chambre des Communes que dans le
courant de la femaine prochaine.
Le Gouvernement a donné des ordres pour
que le Crown de 64 canons , & une frégate elcortaflent
la flotte qui doit aller aux Ifles de l'Amé . -
rique . Elle doit partir pour Portſmouth au premier
bon vent , & elle attendra vingt - quatre heures
les vaiffeaux qui doivent fortir des Dunes.
L'étab iffement de notre marine en tems de paixfera
de 30 vaiffeaux de ligne en commiffion ; l'intention
du Gouvernement eft d'entretenir conftamment
une efcadre de 10 à 12 vailleaux de guerre
aux Ifles . On affure qu'aucun vaiffeag de ligne
ne fera retiré de commiffion avant 6 à 7 mois.
On dit que beaucoup de nos Conftructeurs ont
paffé en Hollande pour travailler dans les Chantiers
de la République.
-
>. On attend à Londres , dans le courant du mois
le Général Elliot , qui revient de Gibraltar fur le
vailleau de guerre le St -Michel.
M. Ofwald , qui a figné les préliminaires de la
paix avec les Américains , en qualité de Commiſlaire
de la G. B. , eft né en Ecoffe , où il a des biens
confidérables. Il étoit Agent de l'Armée dans la
dernière guerre , & l'on affure qu'il lui eft encore dû
par le Gouvernement 50,000 liv. pour ce fervice ;
mais il efpère que cette fomme va enfin lui être
payée.
. Suivant le Bill de mortalité pour l'année 1782
il y a eu 17,101 baptêmes & 17,918 enterremens ,
ce qui fait une différence de 817 .
( 192 )
上
En 1762 le nombre des bâptêmes a monté à
15,351 , & celui des enterremens à 26,326 , diffé
rence 10,975.
Il feroit intéreffant de favoir ce qui a pu occa
fionner une fi grande différence dans la population
à ces deux époques.
PRISES FAITES SUR LES AANGLOIS. Par les
François. La Fortune , de Sainte-Lucie pour
Londres ; le Meffenger , de Londres pour Cork ; le
Morfon , de Lancaſter pour Antigues ; la Catherine,
de Terre- Neuve pour Sainte-Lucie , envoyée à la
Martinique ; l'Anne , envoyée à Calais. Par les
Espagnols. -2 Bâtimens de Londres pour Venife
& pour le Levant , envoyés à Ceuta ; 1 Bâtiment de
Liverpool pour le Levant ; le Dolphin , de Londres
pour la Méditerranée , envoyé à Ceuta. Par les
Américains. Le British Queen , des Bermudes
pour Walifan , envoyé à Bofton ; le Thomas , de
Liverpool pour Charles-Town , envoyé à New-
London ; l'Océan , de Québec pour Whitehaven.
1
PRISES FAITES PAR LES ANGLOIS. Sur les
François. Un Bâtiment de la Guadeloupe pour
Bordeaux , envoyé à Plymouth ; la Maria-Rofina
Catharina de Memel pour Bordeaux , envoyée id.;
le Solitaire , envoyé à la Baibade ; un Bâtiment
envoyé id.; un autre envoyé à Huff ; un autre envoyé
aux Dunes. Sur les Espagnols. — La
Noftra Sennora de los Dolores , de la Havane pour
Cadix , envoyée aux Bermudes. Sur les Hol
Landois. Un Bâtiment de Curaçao pour Amfter
dam , envoyé à la Jamaïque. Sur les Américains
Un Bâtiment pour la Grenade , envoyé à Fal
mouth ; le South- Carolina , pour la France , envoyé
à New-Yorck; la Ranalta , envoyée id.
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