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1783, 01, n. 1-4 (4, 11, 18, 25 janvier)
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M E R C U R E
D E F R A N C E
D É D I É A U R o I,
PAR UNE soCIÉTÉ DE GENS DE LETTREs,
•2•
C O N T E N A N T "-
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en proſe ; l'Annonce & l'Analyſe des
| Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
· vertes dans les Sciences & les Arts; les Spectacles,
l . . les Cauſes célèbres; les Académies de Paris & des
| Provinces; la Notice des Édits. Arrêts; les Avis
| ' particuliers, &c. &c. - -'-
| SAME D1 4 J A N v 1 E R 1783. .
- —-
Chez PAN c x o u c x E , Hôtel de
rue des Poitevins.
- -- •**
4vtt Approbation & Brevet du Roiº

«,2,202
M E R C U R E
D E F R A N C E
D É D I É A U R o I,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES»
C O N T E N A N T
Le Journal Politique des principaux événemens de
| toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
| vers $ en proſe ; tAnnonce & l'Analyſe des
| Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
- vertes dans les Sciences & les Arts; les Spe:tacles,
| -- ' les Cauſes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces; la Notice des Édits, Arrêts; les Avis
| particuliers, &c. Sc.
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| SAME D1 4 J A N v ! E R 1783. .
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| Chez PAN c x o U c x E, Hôtel de Itiou S3
| rue des Poitevins. # •#
4vº Approbation & Brevet du Roi.
# : # 5
"T A B L E
Du mois de Décembre 1782.
Priers FUGITIVES.
A Mde de P**,
A M. Briſoult , 4.
A M. C**, ib.
Air de l'Embarras des Ri
· cheſſes , 5
| Lettre à M. le Comte de Buf
- fon,
Enfantillage Philoſophique ,
4
Le Maſque, Anecdote Fran
goiſe ». 5 o
L*Ombre de Vert- Vert , - 97
Des Nations Sauvages avant
l'établiſſement de la Pro
- priété, I(3
JVers à Mlle M***, I45
Réponſe à une Epître très-flat
teuſe que M. Roger avoit
adreſſée à l'Auteur, I46
A Madame de C***, 147
Air de M. Monhéron, ibid.
Le Rouquet & les Etrennes ,
Conte , I49
Eſſai hiſtorique ſur la Biblio
thèque du Roi , 25
Collection des Moraliſtes an
ciens , 5 6
Mémoire ſur l'ancienne ville
de Tauroentum, 7o
Deſcription de la Machine
· pour reduire les fračiures des
jambes , 73
De la Paſſion de l'Amour, 1 18,
Bibliothèque Univerſelle des
Romans , I26
Dictionnaire Univerſel des
Sciences Morale, & c. 17°
Projet de Catacombes pour la
ville de Paris, 176
Nécrologie , 74
S P E c T A C L E S.
Concert Spirituel , I 35
Académie Roy.# Muſiq. 31 ,
I , 135 , 1 8o
Comédie Françoiſe, 18 I
Comédie Italienne , 39 , 1 38
Sciences & Arts , I 88
Suite des Nations Sauvages , -
V A R I É T É s.
16o| Lettre aux Auteurs da Mer
" Énigmes & Logogryphes , r * ;
6harrades , , 1e»
.. NoUvELL Es LITTÉR.
55 , 1 I 6 » I 68 Répo
Cllré » 42
nſe à une Queſtion ſur la
Danſe de l'Opéra, 35
Anécdotes , 46 , 9o
Répertoire Univerſel de Juriſ-Annonces & Notices , 92 ,
prudence » I3 141, 189
A Paris, de l'Imprimererie de M. LAMB
BAuDovIN, rue de la
»º •
ERT & F. J.
près s, Coſme.
- -- :-
Harpe,
4
| º
º -
| 1 · • • - -" | -- -
-
-
-
|
1
|
M E R C U R E
D E F R A N C E.
- SAME DI 4 JAN v I E R 1783.
| PIÈCES FU GIT IV ES
E N V E R S E T E N P R O S E.
MoT de Conſolation à un Grand-Homme.
-
E.-e. en notre pays que l'on nous apprécie ?
Quels que ſoient ſon rang, ſon génie,
Sa vertu même & ſon talent,
Nul n'eſt Prophète en ſa Patrie.
L'Hiſtoire, ton exemple enfin, tout nous l'apprend.
C'eſt chez lui plus qu'ailleurs qu'un Héros fait envie ;
Plus on lui doit, moins on lui rend.
Heureux encore, heureux ſi ſon renom brillant
N'irrite pas la calomnie !
Souvent ce qu'on admire offuſque, on le décrie : .
Scipion s'eſt bien vû citer cemme un brigand
Sa gloire toutefois en eſt-elle obſcurcie ?
C'eſt au pié des Autels qu'un ſage ſe défend ;
Il laiſſe aux Dieux le ſoin de ſon apologie ;
A ij
4 M E R C U R E
Le vainqueur d'Annibal, en les remerciant,
Se conſole & ſe juſtifie.
Un grand Homme accuſé n'endevient que plus grand;
Sa mémoire en eſt plus chérie :
Tu ſais qu'on l'opprime vivant,
Et que mort on le déifie.
( Par M. le Baron de Thomaſin de Juilly. )
IM P R o M P T U ſur le Portrait de Mme la
Vicomteſſe D*****. -
Po U R ſa Vénus, on dit que Praxitèle
De chaque Beauté prit un trait. -
Bien plus heureux en ce portrait,
· L'Artiſte n'eut qu'un ſeul modèle.
( Par un Conſeiller au Parlement de Bordeaux. )
, L E T T R E au Redačteur du Mercure.
JE vous envoie, Monſieur , un morceau que je
vous prie d'inſérer dans le Mercure. Je ſuis
· dépoſitaire de pluſieurs autres morceaux ſemblables
& du même Auteur. Si celui-ci intéreſſe le Public
autant que je le crois, je me ſervirai encore de la
voie de votre Journal pour les lui faire connoître.
Ces morceaux ſont tirés d'un ouvrage Anglois qui
a paru l'année dernière à Londres, où il a eu un
grand ſuccès ; il eſt intitulé : Lettres d'un Cultiva
teur Américain. L'Auteur eſt M. de Crevecoeur ,
Gentilhomme de Normandie , qui a quitté la
Nºs •
)
D E F R A N C E.
France dès l'âge de ſeize ans, qui a habité ſº .
vement pluſieurs contrées de l'Europe, & qui a fini
par ſe fixer en Penſilvanie. Il poſſédoit une habi
tation ſur les frontières de la Penſilvanie, qui fleu
riſſoit déjà par ſes travaux & ſes dépenſes, lorſque
la guerre actuelle eſt venue ; il a été une des pre
mières victimes des ravages affreux que les Anglois
ont commis dans ce pays par les mains des Sau
vages. Il a rempli ſon Livre de toutes les ſcènes
que le Nouveau-Monde lui a préſentées dans les
deux états oü il l'a vû, au milieu des proſpérités de
la paix & des déſolations de la guerre ; mais il a
écrit comme un bomme dont le coeur a beſoin de
recueillir tout ce qui l'a ému, & non comme un
homme qui deſtine ſes mavaux au Public. Singuliè
rement fait,par ſon caractère & par ſes moeurs, pour
aimer des Peuples qui réuniſſent toutes les lumières
de la civiliſation à la ſimplicité des temps antiques,
en parcourant l'Amérique ſeptentrionale il écrivoit
le ſoir tout ce qui l'avoit frappé dans la journée ;
mais ne portant dans ce travail aucun deſſein d'Au
teur, il manque des avantages que l'art d'écrire :1l1
roit pu ajouter au mérite intrinsèque du Livre.
Peut être auſſi les Lecteurs en ſeront-ils dédomma
gés par des peintures plus naïves, par des détails
plus vrais, par une manière plus originale. Si j'oſois
prévenir l'opinion publique & denner la mienne,
j'oſerois dire que l'Ouvrage de M. de Crevecoeur,
indépendamment du grand intérêt attaché aux ob
jets qu'il nous fait connoître, brille ſouvent de toutes
ces beautés que l'on ne rrouve que dans ces hom
mes que Ha Nature a créés Poëtes, Orateurs & Philo
ſophes.Ayant adopté dès ſa jeuneſſe une patrie An
gloiſe, il s'eſt jeté tont entier dans la langue de
ce pays; c'eſt dans celle-là qu'il liſoit & qu'il écri
voit, de manière que ſa langue natale eſt devenue
pour lui une langue étrangère. Ses amis ont cePea
— - --
-
A iij
6 M E R C U R E
-
dant jugé que perſonne ne pourroit mieux que lui
nous traduire ſon Ouvrage. Une telle traduction a
bien moins beſoin en effet de pureté & d'élégance
que de l'originalité du texte dans les choſes & les ex
preſſions ; cependant il a exigé de ſes amis de reyoir
ſon travail, & ils ſont occupés actuellement de ce
Aſoin. Si les morceaux que je vous prie de recevoir
dans le Mercure obtiennent l'intérêt public, l'Ou
vrage ne tardera pas à paroître avec des change
mens & des additions. J'ai l'honneur d'être, &c.
LAcRETELLE.
Deuxième Lettre de Jvan-A-X. Barliſle Pounty,
| 14 Novembre 1773.
Mon voyage de Lancaſter a été ſuſpendu par
une nouvelle connoiſſance que je viens de faire.
J'ai été invité d'aller à Douvres dans le Comté de
Kent , pour y paſſer quelque temps chez M. Wal
ter Mifflin La grande réputation dont il jouit eſt
moins fondée ſur ſa grande fortune que ſur l'émi.
nence de ſa vertu ; ſon humanité , que l'on peut
véritablement appeler le miel de l'Évangile , ſa
candeur , ſon affabilité & ſes connoiſſances le
rendent à mes yeux , comme à ceux du Public,
un de ces hommes touchans & vénérables qui ho
norent leur patrie & leur ſiècle. Je n'ai de ma vie
fait une connoiſſance qui m'ait tant flatté. Tout
ceci eſt venu de ce que lui avoit mandé mon
bon père adoptif Quel enchaînement d'événemens
& de renonnoiſſance ! J'ai demeuré preſque un mois
avec ce digne Cultivateur ; pendant cet intervalle
la fécondité de ſes lumières a fait germer en moi
le deſſein de raſſembler ſur le papier mille choſes
nouvelles & inſtructives auxquelles je n'aurois ja
mais pcnſé. -
our vous convaincre que Walter Mifflin mérite
D E F R A N C E. 7
tous mes éloges, ma vénération & mon reſpect,
permettez-moi de vous en rapporter quelques
traits. Il épouſa en 17 Phébé, fille jolie &
riche ; elle avoit au moins 327,ooc liv. tournois.
Les meubles, les bureaux, les armoires qu'elle ap
porta étoient, ſuivant la coutume du pays, de bois
d'acajou & de toute beauté ; ſes hardes, quoiqne
fimples, étoient opulentes & nombreuſes; car elle
n'étoit point de la ſecte des amis ( les Quakers. ) La
différence de culte n'en apporte aucune, comme
vous le ſavez, dans la paix & l'union des ménages.
Je connois bien des pays en Europe où on cultive
les Arts & les Sciences, & où cette aſſertion paroî
troit cependant ſi improbable qu'on en douteroit.
Une connoiſſance plus intime, l'exemple de ſon
mari la détermina dans peu de temps à entrer
dans la ſociété dont il étoit membre, celle des Amis.
Elle m'a aſſuré qu'il ne lui en avoit jamais parlé.
A peine yaſr-elle admiſe qu'elle ſe conforama à
ſes préceptes, & en adopta toutes les maximes ;
elle pouſſoit même le ſcrupule juſqu'à faire ôter
toutes les ſculptures & ornemens qui étoient ſur
ſes meubles, comme contraires à la ſimplicité
des Amis. Tout ce qui pouvoit être conſidéré
comme inutile ou ſuperflu fut vendu ; elle quitta
juſqu'aux , boucles de ſes ſouliers, pour les atta
cher , ſuivant la coutume, avec des cordons.
Il y avoit long-temps que pluſieurs Amis * avoient
propoſé d'émanciper leurs Nègres ; cette heureuſe
doctrine avoit déjà été promulguée & recommandée
dans pluſieurs Aſſemblées; déjà même, depuis plus
de quarante ans, un Membre de cette ſociété,
habitant la Ville de Flushing ſur l'Iſle de Naſſau,
* Les Quakers ont pris le nom de la Société des
1S,
•.
A iv
S M E R C U R E
l'Iſle-Longue, fameux par ſes connoiſſances médici
nales, ainſi que par ſes vertus chrétiennes, avoit
· donné la liberté à tous ſes Nègres, & par ſon teſta
ment leur avoit légué une ſubſiſtance décente.
Antoine Bénézet, petit-fils d'un François, publia
enfin à ce ſujet un excellent Livre. Cet Ouvrage a
cu tout l'effet dont l'Auteur pouvoit ſe flatter ; mais
non content de ce commencement de bien, il
abandonna ſes affaires à ſa femme, quitta ſa mai
fon, & fut de ſociété en ſociété prêchant la liberté
des Nègres. Cet homme ſimple & doux, ſans
avoir l'énergie de S. Paul, le feu de S. Auguſtin
ni la ſcience de S. Thomas, par-tout fut écouté
avec la plus grande attention, & par-tout fit des
proſélytes. Il avoit cependant à combattre la plus
forte des paſſions humaines, l'intérêt. N'ayant en
votre faveur la miſſion d'aucun Corps public, ni les
reſſources de l'Eloquence, lui demandai-je un jour,
comment avez-vous pu réuſſir # Par le moyen de
l'inſpiration de l'Eſprit de l'Univers, de l'heureuſe
diſpoſition de ceux à qui j'ai parlé, & de ma bonne
volonté, me répondit-il. Il a eu la ſatisfaction de
vivre aſſez long-temps pour voir ſa ſociété refuſer
d'admettre à ſa communion * ceux qui n'auroient
pas entièrement banni l'eſclavage de leurs maiſons.
j'ai recueilli à ce ſujet des anecdotes qui vous
feroient verſer des larmes.
Walter Mifflin avoit reçu de ſon père trente-ſept
Nègres, tant vieux que jeunes. Le jour qu'il aVO1t
fixé pour leur émancipation étant venu , il les ap
pela dans ſa chambre les uns après les autres.
Voici l'entretien qu'il eut avec l'un d'eux : « Eh
· * La communion des Quakers eſt de ſe raſſembler
pour méditer.
D E F R A N C E.
:
22
>>
2>
3>
bien, ami Jacques, quel âge as - tu : Mon Maître
j'ai vingt-neuf ans & demi. Comment, tu as
vingt-neuf ans & demi ? Tu aurois du, comme
nos frères blancs, être libre à vingt-un. La reli
gion & l'humanité m'enjoignent de te donner
aujourd'hui la liberté, & la juſtice m'ordonne
de te payer huit ans & demi de travail, qui, à
27o liv. par an, y compris ta nourriture & ton
habillement, fait la ſomme de 2195 liv. que je
te dois ; mais comme tu es jeune & vigoureux,
& qu'il faut que tu travailles pour te maintenir,
mon intention eſt de te donner une obligation
pour cette ſomme portant à l'ordinaire 7 pour
1oo d'intérêt. Voilà le commencement de ta
fortune. Écoutes, Jacques, tu es libre comme
moi, tu n'as plus d'autre maître que Dieu & les
loix ; va dans l'autre chambre trouver ma femme
Phébé, ton ancienne maîtreſſe, & mon neveu
Guillaume Roberts ; ils ſont occupés à écrire ta
manumiſſion ; auſſi-tôt que je l'aurai ſcellée &
ſignée devant témoins , tu iras la faire recorder
dans les livres de notre ſociété de Douvres, ainſi
que dans les regiſtres de la Comté. Puiſſe Dieu
te bénir, Jacques; ſois ſage & laborieux Dans
tous tes malheurs & détreſſes tu trouveras un
ami dans ton ancien maître Walter Mifilin. »
Jacques, ſurpris d'une ſcène ſi nouvelle, ſi tou
chante, ſi inattendue, fondit en larmcs, comme ſi
on lui eût dénoncé le plus grand des malheurs.
L'cffet ſoudain de l'étonnement, de la reconnoiſ
ſance & de pluſſeurs autres ſentimens lui gonflèrent
le coeur , & produiſirent même des mouvemens
convulſifs. Il pleura amèrement, & à peine put-il
s'exprimer : « Ah, mon Maître, que ferai-je de
32 ma liberté ? Je ſuis né ſous votre toit ; j'y ai
» toujours joui de tout ce dont j'avois bcſoin ;
» dans les champs nous travaillions enſemble, &
A v
I O M E R C U R E

2
90
j).)
39
95
je puis dire que je travaillois autant pour moi
comme pour vous, puiſque j'étois nourri des
mêmes viandes & vêtu des mêmes habits ;
nous n'allions jamais à l'Égliſe à pied ; nous
avions le ſamedi pour nous ; nous ne man
quions de rien. Quand nous étions malades,
notre bonne & tendre Maîtreſſe venoit à côté de
notre lit, nous diſant toujours quelque choſe de
conſolant : Eh bien, Jacques, eh bien, mon bon
garçon, qu'eſt-ce que tu as ? Ne te décourage
point ; le Médecin va bientôt venir ; j'aurai
ſoin de toi; ſouffre avec patience, c'eſt le premier
remède, &c. » Ah! quand je ſerai libre, oü irai-je ?
que ferai-je ? & quand je ſerai malade ! = c. Tu
- 25
22
»2
>>
>>
2b
2)
feras : comme les Blancs , tu iras te louer à
ceux qui te donneront les plus hauts gages.
Dans quelques années tu acheteras de la terre ; tu
épouſeras alors une Négreſſe ſage & induſtrieuſe
comme toi ; tu éleveras tes enfans comme je t'ai
élevé, dans la crainte de Dieu & l'amour du tra
vail. Après avoir vécu tranquille & libre, tu
mourras en paix : il faut abſolument que tu
reçoives ta manumiſſion. Jacques , il y a long
temps que j'aurois dû te la donner. Plût à Dieu ,
le père de tous les hommes, que les Blancs
n'euſſent jamais penſé à faire le commerce de
tes frères d'Afrique ; puiſſe-t il inſpirer à tous les
Américains le deſir de ſuivre , notre exemple !
Nous, qui regardons la liberté cemme le pre
mier de tous les biens, pourquoi la refuſerions
nous à ceux qui vivent avec nous ? —- Ah ! mon
Maître, que vous êtes bon ; c'eſt - à cauſe de
cela que je ne vous quitterai point. Je n'ai
jamais été eſclave; vous ne m'avez jamais parlé
que comme vous parlez aux hommes blancs 5 je
n'ai jamais manqué de rien, ni en ſanté, ni én
maladie ; je n'ai jan1ais travaillé plus que ne le
D E F R A N C E. l I
» font vos voiſins, qui travailient pour eux-mêmes ;
» j'ai été plus riche que pluſieurs Blancs, auxquels
» j'ai prêté de l'argent ; & ma bonne & chère
» Maitreſſe, qui ne nous commande jamais, mais
» qui nous fait faire tout ce qu'elle veut en nous
» diſant ſeulement : Jacques , je voudrois que tu
» fiſſes telle choſe , comment pourrai-je la quit
» ter ? Donnez moi par an ce que vous voudrez,
» ſous le nom d'homme libre ou d'eſclave, peu m'im
». porte,puiſque je ne puis qu'être heureux avec vous ;
» je ne vous quitterai jamais. — Eh bien, Jacques ,
» je conſens à ce que tu deſires.Après que ta manu
» miſſion aura ſubi les formes néceſſaires, je te
» louerai à l'année ; mais prends au, nioins une
» ſemaine de congé : ceci eſt une grande époque
» dans ta vie ; célèbre-la par la joie, par le repos par
» tout ce que tu voudras.— Non, mon Maître, nous
» ſommes en ſemailles; je prendrai mon congé dans
» un autre temps; qu'aujourd'hui ſeulement ſoit un
» jour de fête dans la famille noire. Puiſque vous le
» voulez, j'accepte donc ma liberté, & que ma pre
» mière action, comme homme libre, ſoit de vous
» prendre par la main, mon Maître, & de vous la
» ſerrer dans les miennes, en l'approchant, en la pla
» ;ant ſur mon coeur, où l'attachement & la recon
» noiſſance de Jacques ne finiront que quandil finira
s» de palpiter; que la ſeconde ſoit de vous aſſurer qu'il
· » n'y a point de travailleur dans le Comté de Kent
» qui ſera jamais plus diligent que celui qui doréna
» vant s'appellera le fidèle Jacques. »
L'homme peut-il offrir un encens plus agréable à
la Divinité ? -
· Quelque temps avant ſon mariage , le même
Walter Mifflin avoit vendu à Lewis Town, un
Nègre dont il étoit très-mécontent. La mauvaiſe
conduite de ce Nègre obligea ſon nouveau maître
de s'en défaire à un ſecond º, égale
V)
--r7
#
I.2. M E R C U R E -
ment mécontent, l'envoya à la Jamaïque, oü le
nerf de boeuf le rendit bientôt plus docile & plus
ſage. Ce Nègre, ſe rappelant la bonté & l'huma
nité de ſon premier maître, lui fit écrire une lettre
touchante , dans laquelle il lui peignoit ſa misère &
ſon repentir. Tel en fut l'effet ſur le coeur de Walter
Mifflin, tels furent les remords qu'elle lui inſpira,
que, regrettant d'avoir été la cauſe du malheur de
cet eſclave, il s'embarqua pour cette Iſle, d'où ,
après avoir racheté ſon ancien Nègre, il le ramena
à Philadelphie, & lui donna ſa liberté. -
Peut-on pouſſer plus loin la ſublimité de l'huma
nité, la perfection de la vertu, le ſcrupule du bien ?
Où trouveroit-on en Europe des perſonnes qui tra
verſeroient la mer, & ſacrifieroient ainſi 1oo louis
pour racheter un frère ? Tel eſt ce vénérable ami,
tels les trouveriez-vous en général, depuis un bout
du Continent juſques à l'autre , ſages, juſtes, hu
mains, hoſpitaliers, éclairés.
Nota. L'Auteur tient le récit de ces actions & de ces
ſcènes fi touchantes du neveu de M. Walter Mifflin,
M. Guillaume Roberts, intime ami de l'Auteur.
Copie du Certificat de Manumiſſion.
Moi Walter Mifflin, du Diſtrict de Douvres ,
Comté de Kent, Province de Penſylvanie, relâche
de l'eſclavage mon Nègre Jacques , âgé de 29 ans .
& demi. Je concède pour moi - même, mes exécu
teurs & adminiſtrateurs audit Nègre Jacques, tout
mon droit & toute autorité quelconque, ſur ſa per
ſonne ou ſur le bien qu'il peut avoir ou qu'il pourra
acquérir. Par cet acte , déclarant ledit Nègre Jac
ques abſolument libre, ſans aucune interruption, ni
de moi ni de ceux qui pourroient le réclamer , en
vertu d'héritage ou autrement. En témoignage de
cet inſtrument, j'y ai mis mon ſigne & mon cachet.
Signé & délivré en préſence de, &c.
-
L
-* ---- "
-
D E F R A N C E. 13
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Énigme eſt Quatrain; celui
duLogogryphe eſt Grenade , où ſe trouvent
grade, an, Ange , ré, âne , nager, rade ,
-- garde.
Explicat. des Charades du Mercure précédent.
Iº. Mercure; II, Homère; III, Thébain ;
IV, Pincette ; V, Corbeau ; VI, Etoile.
' - É N I G M E. -
EN un ſeul met j'offre une fleur, une Iſle,
Une arme, un fruit, un Royaume, une ville.
ÉNIGME oU LO GO GRYPHE.
A M 1 Lecteur, ma tête eſt ſous la tienne ;
Et fait l'office de pivot,
Tournant à droite, à gauche au moindre mot ;
Mais ma queue eſt aërienne,
Et ſouffler par-tout eſt ſon lot.
| . : d»
I4 M E R C U R E |
L O G O G R Y P H E.
C o M M E je ſuis ſans parure & ſans faſte,
Un moderne Poëte , Écrivain élégant,
De la Nature belle amant enthouſiaſte, - -
A chanté mes rivaux ſans m'aſſigner un rang. ..
Dans mes ſept pieds, Lecteur, ſi tu les décompoſes,
Tu trouveras pluſieurs métamorphoſes ;
Un ſupprimé, je t'offrirai d'abord
Le mets le plus ſalubre, & deux fleuves encor.
Du premier mot trouvé, ſi tu tranches la tête,
Je deviens d'un traité le plus sûr des garans.
Selon les Contes bleus, j'offre encore une bête
Dont le nom ſeul eſt l'effroi des enfans.
Pourſuis, & tu verras ( permets cette charade )
Ce qu'on deſire avoir, ce qu'on craint d'acquérir ;
Quand ces mots n'en font qu'un, ce qui te fait frémir ;
Un mal contagieux, dont l'accès te dégrade ;
Le cri de ce Cocher dont le char te pourſuit ; .
La sûreté du jour, plus encor de la nuit; - *
D'un zèle exagéré le pieux & triſte aſyle ;
Celui contre l'effort d'une mer indocile 5
Un mot qui, féminin, eſt ſous tes yeux, Lecteur; ,
Maſculin, près des Rois, un noble apprentiſſage ;
Le pays qui produit un vin reſtaurateur ;
De grains pourprés un nombreux aſſemblage,
Source où Bacchus a puiſé ſa liqueur ; -
: D E F R A N C E. 1s
· Un vaſe dont la formé en décide l'uſage ;
' º - - • " / • -
Le crime qui flétrit un hardi ſuborneur ;
Une eſpèce de blé, du pauvre la ſubſtance,
Et du pain qu'il fournit le principal apprêt;
Ce que cherche à groſſir le voeu de l'intérêt.
Fais encore un effort, & ton intelligence
Doit découvrir une ville en Provence ;
Un lieu que Fénelon orna de ſon pinceau
Quand Télémaque y fut conduit par Calypſo;
Un avide animal, malgré ta vigilance,
Furet de ta maiſon ; un viſcère connu,
Mais avec ſon voiſin trop ſouvent confondu.
Cherche celui de qui tu chéris l'impoſture,
Que ſon charme a rendu rival de la Nature ;
Il eſt encore en moi. J'ai long-temps diſcouru,
Et je n'ai pas tout dit; duſſé-je être gothique,
Je ne ſaurois finir ſans note de muſique.
( Par M. l'Abbé L..... Curé du N. )
L - EEEEMSEEEEEEEEEEEEEEAS EEEEEdEEtaatsk3sE3E-E-a
—-
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
D E la Manière d'Écrire l'Hiſtoire , par
M. l'Abbé de Mabli. A Paris, chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
ON n'a beſoin, pour ſentir combien cet
Quvrage mérite d'être lû, que de ſe rapeler
qu'il a pour Auteur un Philoſophe, qui a
16 M E R C U R E
porté la lumière dans les ténèbres de notre
Droit public, & traité cet objet important
avec autant de ſageſſe que de courage , à qui
nous devons des Ouvrages inſtructifs ſur les
conſtitutions des Républiques Grecques, de
Rome ancienne, de la Suède & de la Polo
gne ; qui enfin a ſi bien montré que la ſaine
Politique eſt toujours d'accord avec la Mo
rale , vérité connue, mais trop oubliée par
la foule des Politiques & des Hiſtoriens.
L'Auteur , dans tous ſes Livres, n'a eu
pour objet que l'utilité publique, la défenſe
des droits des hommes ; & la conduite de
toute ſa vie a été digne de ſes Ouvrages.
Celui qu'il donne aujourd'hui contient
des préceptes ſur la manière d'écrire l'Hiſ
toire : ils ſont préſentés ſous la forme de
Dialogues. .
M. l'Abbé de Mabli traite d'abord des
, connoiſſances néceſſaires à un Hiſtorien. Il
lui impoſe l'obligation d'avoir fait une étude
profonde du droit naturel, des principes de
la conſtitution des Etats, de ceux de l'Ad
miniſtration & de la Juriſprudence générale ;
enfin, de la Morale , dans ce ſens qu'elle
apprend à connoître les paſſions des hom
mes, & à juger leurs actions.
Peut-être eût-il fallu y ajouter l'étude des
Sciences phyſiques. L'Hiſtoire des Sciences
& des Arts eſt une partie eſſentielle de celle
d'un Peuple. L'état des connoiſſances phy
ſiques, & la perfection des Arts, influe ſur
la force des Nations, ſur leur bonheur, ſur
)
D E F R A N C E. 17
leur caractère, ſur leur legiſlation, ſur leurs
1m0CllIS.
Il parle enſuite de la manière de traiter
l'Hiſtoire generale d un grand Peuple, &
- l'Hiſtoire particulière d'une revolution ou
d'un ſeul homme, de l'ulage & de l abus,
ſoit des harangues que les ci ºotiens prètcnt
à leurs perſonnages, ſoit des te traits qu'ils
en tracent, ſoit des dilicita"ons ſur les
moeurs, ſur les Loix, le Coº re ce, & c.
qu'il faut quelquefois admettre , ns l l liſ
toire , lorſqu'elles ſont neceſisnes r ut
faire mieux entendre l origue des exe.e-
IneI]S.
On trouve dans cet Ouvrage un morcca1 |
trèsānſtructif ſur la manière de rendre intereſ.
- ſantes même les époquesdel'Hiſtoire que la
| -- médiocrité des pertonnages,ie defaut de catac.
tère des Peuples, & l'incoherence des e -
mens qui paroiſſent abandonnes au ha à, .
ſemblent devoir rendre neceſſairement i .
pides. M. l'Abbé de Mabli prouve très bien
ue lorſque les objets ſont grands, & le, c .
†des faits importantes, l'Hiſtorien
peut, en s'élevant au deſſus des homm &
\es peup\es qu'il veut peindre, plaite a (es
Lecteurs , & les intereſſer.
En parlant du ſtyle des Hiſtoriens lmettre
que leur ſtyle doit être grave, noble, §- 4 > .
ple. Il proſcrit abſolument la plaiſan§, -
opinion peut-être exagéree, parce qu'il eſt
des choſes trop mépriſables, trop abſ r§
pour que tout autre ton ne fût pas deplace,
18 M E R C U R E :
& dont cependant , ſi la ſtupidité d'un peu
ple leur a donné quelque importance, l'Hiſ
· torien eſt obligé de parler.
Le grand but de l'Hiſtoire eſt d'inſtruire
les hommes par l'exemple, ſur leurs droits,
ſur leurs vrais intérêts , ſur les maux qui les
| menacent, ſur les moyens de s'y ſouſtraire
& de les réparer ; de leur apprendre à con
noître la vertu, à la profeſſer avec courage,
à l'aimer lors même qu'elle les expoſe à des
calamités toujours moins funeſtes que le mal
heur & la honte de l'avoir perdue. Telle eſt
l'idée que ſe forme M. l'Abbé de Mabli des
devoirs d'un Hiſtorien , & il lui enſeigne à
les remplir. Il auroit été à deſirer qu'il s'étendît
un peu davantage ſur cette partie de
la critique qui enſeigne à balancer l'auto
rité du témoignage des Hiſtoriens, & l'in
vraiſemblance des événemens. C'eſt peut
être ce qu'il y a de plus difficile dans l'art
de l'Hiſtoire ; auſſi M. de Voltaire s'en eſt
occupé beaucoup dans les excellens pré
ceptes ſur la manière d'écrire l'Hiſtoire, qu'il
a répandus dans ſes Ouvrages.
Nous oſerons, après cet expoſé, haſarder
quelques critiques. 1°. Les Interlocuteurs
Théodon & Clidamon ſont un peu trop
dociles aux leçons de leur Maître : ils ne
s'aviſent point une ſeule fois de prendre la
défenſe de Voltaire , de Hume , de Ro
bertſon, de Duclos, qui ſont jugés avec
une exceſſive ſévérité. Ces Écrivains ont
pourtant des partiſans, des amis même; car
4
D E F R A N C E. I 9
tous ſont très modernes, & ceux qui ſont
merts avoient aſſez de mérite pour que leur
mémoire doivetrouver des défenſeurs. Il ſern
ble d'ailleurs que ces deux Diſciples ſoumis
n'aient jamais ouvert un Livre. Tout ce que
le Maître leur dit leur paroît nouveau.
2*. L'admiration de l'Auteur pour les
Anciens, nous paroît quelquefois le rendre
injuſte.
Par exemple, il reproche à M. de Voltaire
quelques lignes ſur le climat de Suède, dans
l'introduction à l'Hiſtoire de Charles XII.
On trouve dans les anciens Hiſtoriens , des
détails de ce genre bien plus étendus, &
l'Auteur ne leur en fait aucun reproche , il
n'obſerve point que Tacite a eſſayé, dans la
vie d'Agricola , d'expliquer la caufe des
ongs jours en Écoſſe, que cette explication
eſt inintelligible & ridicule, & que Tacite
auroit bien fait de prendre quelques leçons
des Aſtronomes de l'école d'Alexandrie.
M. l'Abbé de Mabli ne veut point que
ſon Diſciple Théodon écrive l'Hiſtoire an
cienne, traitée, dit il , par des génies qu'on
n'égalera jamais. Eſt-ce donc uniquement
la vanité qui doit nous porter à écrire ! Hiſ
toire } Ne peut-on pas avoir l'utilité pour
objet ? Avons-nous une bonne Hiſtoire Ro
maine ? Tite-Live, Saluſte, Polybe, Tacite,
Denis d'Halicarnaſſe , Dion , &c. º†
par d'immenſes lacunes , ſouvent oppº
quand ils parlent des mêmes époººº ! §
vent ils être regardés comme foºº
26 M E R C U R E
corps d'Hiſtoire ? Y a-t il un ſeul de ces
Auteurs dont l'Hiſtoire ne ſoit ſouillée par
l'eſprit de parti , par des contes , par des
erreurs de phyſique ?
Il ſe moque , avec raiſon, des miracles
ridicules rapportés par Strada ; mais il fait
grace aux prodiges de Tite - Live. Il n'y
croyoit pas , dit-il , mais les Romains y
croyoient. Strada n'auroit - il pas été en
droit d'alléguer la même excuſe ? Mais
puiſque les Romains croyoient à ces pro
diges, puiſque ſouvent le Sénat en avoit
· abuſé , puiſqu'il avoit trompé tant de
fois le peuple par des friponneries ſacrées,
n'étoit-ce pas un devoir pour un Hiſtorien,
· de démaſquer ces tours de Charlatans, &
d'en parler avec le mépris & l'horreur qu'ils
méritent ?
Enfin, l'Auteur parle de l'audace généreuſe
de Scipion Naſica, aſſaſſin de Gracchus, &
certainement il n'auroit pas loué, dans l'Hiſ
roire moderne , un aſſaſſinat commis de
ſang-froid contre un homme déſarmé, dont
tout le crime étoit de propoſer à un peuple
libre de faire quelques changemens dans ſes
Loix.
| 3°. On peut encore accuſer l'Auteur de
• quelque partialité. -
Par exemple, il critique à pluſieurs égards
l'Hiſtoire Univerſelle de M. de Voltaire,
qui n'a point fait d'Hiſtoire Univerſelle, qui
a publie un Eſſai ſur l'eſprit & les moeurs des
Nations, titre modeſte qui pouvoit mériter
•quelque indulgence.
En ſe rapelant ce titre, l'objet de l'Ou
vrage, ſa forme, (on ſait que M. de Vol
taire s'entretient, avec une de ſes amies, de
leurs études communes ) M. l'Abbé de
Mabli ſe ſeroit apperçu que la plupart de
-
ſes critieues n'avoient plus d'objet, excepté
l'accuſation d'infidélité, ſur laquelle on peut
lui oppoſer l'autorité de Robertſon, qui rend
un témoignage formel à l'exactitude de ce
même Ouvrage , & qui, ſans doute , eft
- en droit d'avoir auſſi un avis ſur l'Hiſ
|
| D E F R A N C E. 11
|
|
toire *.
| s-
-
* Quelques erreurs dans un Livre hiſtorique, ne
prouveroient rien contre l'exactitude d'un Auteur.
· Par exemple, tout le monde rend à M. l'Abbé de
Mabli la juſtice de le regarder comme un des Auteurs
les plus exacts qui ayent jamais écrit ; & cependant,
dans l'Ouvrage très-court que nous annonçons, il
: admire Tacite, pour la manière dont il rapporte la
mort d'Helvidius, & la mort d'Helvidius ne ſe
trouve point dans Tacite; il entre dans le détail de
ce que M. de Voltaire auroit dû dire dans l'Intro
duction à l'Hiſtoire de CharlesxII, & c'eſt préciſé
ment tout ce que M. de Voltaire a dit. Il avance que
c'eſt pour faire parade de ſon érudition que M. de
-
-Voltaire apprend, dans cette Hiſtoire, que Balta
veut dire bois, & Comour charbon, & M. de Vol
taire explique ces mots uniquement pour montrer,
par l'exemple des vifirs Baltagi & Comourgli, que
les Viſirs, les dépoſitaires des Sceaux de l'Empire
Ottoman ,
conſervent dans leur élévation le nom
qu'ils ont tiré de la fonction abjecte que , àans leur
22 M E R C U R E
Il reproche à M. de Voltaire de n'avoir
point ſenti que les déſordres de la Cour de
Léon X ont été la cauſe des troubles de
Religion , & l'on pourroit lui reprocher avec
plus de juſtice de l'avoir répété trop ſou
vent, d'avoir trop excluſivement attribué
cette révolution aux abus de laCour deRome.
Il lui reproche d'avoir dit que cette Cour
de Léon X avoit contribué à polir, à adou
cir les moeurs ; mais l'on ne peut nier ni
que les Lettres & les Arts ayent adouci les
moeurs, (Rouſſeau même en convenoit) ni
que ces Lettres & ces Arts ayent paſſe de
la Cour de Léon X à celle de France, &
de-là dans le reſte de l'Europe civiliſée.
M. de Voltaire a dit à un jeune Poëte, qui
le conſultoit ſur une Tragédie : cherchez
à frapper fort , plutôt qu'à frapper juſte.
M. l'Abbé de M# fait de ce conſeil une
maxime générale , qu'il attribue à M. de
Voltaire. Qu'il pardonne donc à ce grand
Homme d'avoir mal entendu un Capitulaire
de Charlemagne , vraiſemblablement un
peu moins clair que ce précepte de goût.
| Et, puiſque M. l'A. de M. ſe trompe quel
quefois, qu'il convienne qu'on peut être
d'un autre avis ſur les Capitulaires,ſans mé
riter l'accuſation de menſonge, d'ignoranc
ou d'étourderie. -
jeuneſſe ils exerçoient dans le Sérail. II ne s'agit point,
de langue Turque, mais d'une obſervation curieuſe
& importante pour la connoiſſance des moeurs
Orientales, - -
,
D E F R A N C E. 2 3
Il reproche à M. de Voltaire de ſe con
tredire, parce qu'il dit que les Suiſſes , qui
ignoroient les Sciences , & les Arts, étoient
Jages & heureux, & qu'ailleurs il ſe moque
des Loix ſomptuaires. Mais y a-t-il une
vraie contradiction entre ces deux opinions ?
Ne peut-on pas oroire même qu'il n'y a
point de bonheur pour une Nation ſans les
moeurs, ſans les vertus privées, qu'il n'y
a de moeurs , de vertus privées dans un
Peuple, que lorſque l'inégalité des fortunes
eſt peu ſenſible; & cependant , regarder
l, Loix ſomptuaires, non ſeulement comme
inutiles & contraires à leur objet, mais
comme une violation des droits des hom
mes, droits qu'il ne faut point violer, même
pour leur faire du bien ? Le luxe, d'ailleurs,
eſt-il un mal en lui-même ? N'eſt-il pas, au
contraire, un remède aux maux dont il eſt
la ſuite infaillible , comme ces infirmités
qui prolongent la vie d'un malade à qui ſa
mauvaiſe conſtitution a rendu néceſſaire ce
triſte remède ? . .. º . - -
Ces opinions peuvent ſe ſoutenir , &
dès lors on peut reconnoître l'utilité du luxe
à quelques égards, blâmer les Loix ſomp
tuaires, & croire cependant que la ſimpli
cité, l'égalité, peuvent ſeuls faire le bon
heur d'un Peuple. ' :
Peut-on dire, en parlant de M. deVoltaire,
qu'il eſt barbare & ſcandaleux de rire & de
plaiſanter des maux qui affligent l'humanité,
pag 49, comme ſi c'étoit outraser l'huma
" ...
14 M E R C U R E
nité, que d'employer tour-à-tour , contre
ſes ennemis, la§& l'éloquence, de
les couvrir à la fois d'horreur & de ridicule ?
Eſt-il permis d'oublier tant de pages ſubli
mes & pathétiques, où M. deVoltaire a vengé
les droits des hommes, & ſoixante ans de
travaux employés à les défendre ? Tant de
traits d'une morale ſi vraie, ſi touchante,
exprimés avec tant de charmes & tant de
force, ne devoient ils pas lui faire pardonner
d'avoir oſé, quelquefois, être gai & ſublime
" dans le même Ouvrage ? -
Mais quand on lit qu'en eût deſiré trou
ver dans Voltaire un Poëte qui eût aſſez de
fens.... un Écrivain qui eût aſſez de goût :
page 49 ; que ſon Hiſtoire Univerſelle #
qu'uneP#, page 13o ; que dans la
Vie de Charles XII , l'Hiſtorien marche
comme un fou à la ſuite d'un fou , page 229 ;
qu'il fait des #niaiſes , pag. 38 ;
qu'on n'entre point dans le détail de ce qu'une
de ſes réflexions a de gauche é de puérile ;
page 39 ; qu'il ne voit pas au bout de ſont
nez, page 4o ; un ignorant a beau faire, ſon
ignorance perce toujours par quelque côté.
Voltaire, par exemple.... pag. 294, il manque
de jugement & de goût ; avec un peu d'honº
· nêteté dans l'ame , on éviteroit les écarts où
il eſt tombé, page 3o4 * Voltaire a fini tous
» M. l'Abbé de Mabli donne deux exemples
de ces écarts. • •-- « -
· 1r. M. de Voltaire en parlaat des calculs ridicules
ſes
D E F R A N C E. 25
J'ès Ouvrages avant d'avoir bien compris ce
qu'il vouloit faire.... page 223. Voltaire a dit
quelque part , avec ſon bons ſens ordinaire....
page 66. Ces misères , en parlant de quelques
remarques de M. de Voltaire , rendent un
Ecrivain ridicule , page 2 95. Les maximes
| raiſonnables qui lui échappent quelquefois ,
ne ſervent qu'à prouver qu'il a peu de ſens...-
- †4S : Quand on lit toutes ces réHexions,&
ien d'autres encore , écrites à la barbe de
Meſſieurs les Philoſophes, page 47 ; tandis
que Voltaire eſt accuſe de manquer de goût,
page 49, & qu'on ſonge que cette manière

-
de quelques Savans ſur l'accroiſſement de la popula
tion, a dit que les enfans ne ſe font pas à coups de
plume ; cette expreſſion eſt familière , indigne
peut-être de la majeſté de l'hiſtoire ; mais elle
n'eſt pas d'une indécence bien coupable ; il faudroit
même n'avoir aucune idée de l'état de la queſtion .
pour y entendre fineſſe. -
2°. Il a dit qu'un viol eſt auſſi difficile à prou
ver qu'à faire. Il faut être d'un naturel bien gai
pour trouver là une plaiſanterie. Nous y voyons
une vérité phyſique & morale, vérité dont l'igno
rance a coûté la vie à pluſieurs innocens.
• Il eſt fort peu important, que l'hiſtoire de Lu
crèce ſoit vraie ou qu'elle ne ſoit qu'un conte à
joindre aux cent autres contes rapportés par Tite
Live; mais ce qui eſt eſſentiel, c'eſt que des inno
cens ne ſoient pas traînés au ſupplice pour des crimes
imaginaires ou qu'ils n'ont pas commis.C'eſt un devoir
pour un Hiſtorien de chercher à prévenir ces forfaits
ou ces erreurs de la juſtice 5 & quel Hiſtorien a mieux
rempli ce devoir que M. de Voltaire ? -
N°. 1, 4 Janvier 1733- R
e.6 M E R C U R E
d'apprécier l'Auteur de la Henriade , de
Mahomet, d'Alzire, de l'Eſſai ſur les moeurs
& l'eſprit des Nations , & c. &c, &c. ce.
ſtyle, ce ton, ſi éloignés du ton grave &
décent du ſtyle noble & ſimple du reſte de
l'Ouvrage, ſont pourtant d'un homme qui a
des talens & des vertus, on ne peut que gé
mir & ſe taire. - .
| Nous demandons même à l'Auteur, dont
nous eſtimons les Ouvrages, & dont nous
reſpectons la perſonne , pardon d'en avoir
tant dit ; & nous aurions ſupprimé ces
remarques, ſi la manière avec laquelle un
Écrivain , ſi juſtement célèbre , traite.un
Homme de génie , & ceux qu'il regarde
comrne ſes Diſciples , n'étoit pas une ſorte
de triomphe pour une claſſe d'Hommes
dangereuſe, quoiqu'avilie, & que M. l'Abbé
de Mabli lui même le mérite. mépriſe autant qu'elle - - : •
, v , 3 , N'e. .. n,
,------
" S P E C T A C L # S.
| c o N c E R T s P 1 R 1 T U E L.
lL y a eu Concert Spi ituel la veille & le
jour de Noël. Dans celui d la veille ,
Mlle Vaillant a chanté, peur la preu ière
fois, un fort bel air de M. S cchini. * ctte
jeune Virtuoſe, qui ne s'etoit encore eſ
ſayee que dans des Concerts particu'iels ,
: g une fort jolie voix , allez de facilité dans
• --- ---
• 2 -
D E F R A N C E. 2 y
- Texécution, del'aſſurance dans l'intonation
* & un goût ſage. Elle ne prodigue pas les
ornemens, mais elle fait bien ce qu'elle
fait. Lorqu'en travaillant beaucoup, elle aura
donné à ſa voix encore plus de legèreté, &
qu'elle aura acquis cette ſenſibilité qui vient
avec l'âge, Mlle Vaillant pourra prétendre
à un rang diſtingue parmi les Cantatrices
, - Françoiſes. Nous avons loué la juſt ſſe de
| ſon intonation, quoiqu'elle ait paru y inan
, quer un peu dans§lmorceau , cc
• défaut ne lui eſt pas ordinaire. Nous igno
rons à quoi il faut l'attribuer , ma s nous
l'invitons à y faire attention. Ceux qui ont
ſuivi comme nous ſes progrès , doivenr
avoir trouvé ſa méthode infiniment perfec
- tionnée depuis quatre mois qu'elle reçoit des
| leçons de Mlle Farinèlla , Cantatrice Ita
lienne, d'un rare talent , à qui il ne man
que peut-être qu'une meilleure voix pour
étre la plus celèbre Chanteuſe ccunue.
• MM Breval ont été entendus avec plaitir
à ce Concert dans une ſymphonie concer
tante de leur compoſition, ainſi que MM
| Devienne & Solers, l'un dans un Concerto
| · de flûte, & l'autre ſur la Clarinette.,On a
- trouvé à ce dernier beaucoup de goût , de
netteté & une très jolie qualité de ſon. Le
Concert du jour de Noël n'a offert aºcºº
nouveauté. Mlle Renaud y a chººº ººº°
r>
- •- · · · -- - - , • - e ·
autant de ſuccès que l'année paſſée.
28 | M E R C U R E
AcADÉMiE RoYALE DE MUsIQUE.
LE 23 du mois dernier, on a donné la
première repréſentation du Seigneur Bien
faiſant , en quatre Actes , dont le premier
eſt entièrement neuf; le Poëme eſt de M.
Rochon de Chabannes, la muſique de M.
Floquet.
, L'aétion des trois premiers Actes eſt trop
connue pour avoir † d'être rappelée.
Voici le ſujet du nouvel Acte.
Le jour même où M. de Merſans marioit
Lucile , ſa fille, à M. de Sainville, il partit
avec ſon gendre pour une expédition mi
litaire. -
· Il s'agiſſoit de ſurprendre une ville.
Lucile, déſolée du départ de ſon père & de
ſon mari , ouvre la Scène , aſſiſe à ſa toi
lette, entourée de quatre femmes-de-Cham
bre qui la coëffent & la conſolent. Sa mère
arrive, & on leur annonce que MM. de
Merſans & Sainville reviennent couverts de
gloire. Pendant ce récit, on entend le tam
bour derrière le Théâtre. Les vers ſuivans,
en donnant une idée du ſtyle de l'Auteur,
feront mieux connoître qu'un extrait le prin
cipal incident de cet Acte. Un Guerrier dit :
Mais j'entends rouler les tambours.
Madame D E M E R s A N s, d'un air gai.
C'eſt la garde qui monte, & mon fils à la tête.
D E F R A N C E. 29
L E G U E R x 1 E R, étonné.
-
· Comment !
Madame D E M E R s A N s.
La belle fête
Qu'il va donner à l'auteur de ſes jours !
Trop jeune encor pour aller à la guerre,
Mon fils eſt avec nous malgré lui demeuré.
Il a d'abord bien murmuré
| De ſon repos involontaire ; .
Mais enfin, prenant ſon parti
| En homme de courage,
De la jeuneſſe du village
Il a formé lui-même un corps leſte & choiſi ;
- Et, guidé par les ſoins d'un ancien Militaire,
Il l'a mis en état d'accompagner ſon père.
-
· La Compagnie s'écrie en choeur :
Voyons manoeuvrer ces enfans ;
C'eſt un plaiſir pour une mère,
C'eſt un plaiſir pour des parens.
- & tout le monde ſort.
| .. , La Scène change, & repréſente la cour
du château. M. de Merſans le fils paroît à la
tête de ſa petite troupe, & la paſſe en revue.
On annoncel'arrivée de MM. de Merſans &
de Sainville, & l'on va au-devant d'eux. M.
de Merſans, en entrant ſur le Théâtre, eſt
enchanté de l'ardeur guerrière de ſon fils.
La feune troupe fait devant lui# évolu
l1
tgo M E R C U R E
tions militaires. Elles ſont interrompues pas
urie marche de Soldats qui portent les dra
peaux & traînent les deux pièces de canons
dont le Roi a fait préſent à M. de Merſans
pour le récompenſer de ſes exploits. L'Acte
eſt terminé par le ſerment que font tous les
Guerriers ſur ce bronze & ces drapeaux ſan
glans , d'être fidèles à la France.
Nous ne pouvons pas diſſimuler que cet
Acte n'a pas paru faire un bon effet. L'inten
tion en eſt très patrietique ; mais l'action
n'en eſt pas dramatique, & l'exécution n'en
eſt pas aſſez lyrique. La première Scène an
nonce un intérêt qui s'évanouit à la ſeconde ;
Lucile & ſa mère attendent chacune leur
mari; ils arrivent fans aucun incident qui
puiſſe donner la moindre inquiétude , &
l'entrevue de ces deux couples d'époux ne
produit pas même un mot de tendreſſe de
part ni d'autre. Il n'y a point-là proprement
une action; mais elle eſt remplacée par du
mouvement & du ſpectacle. Les manoeu
vres de la petite troupe, commandée par le
jeune Merſans, forment le principal intérêt
de cet Acte; & Mlle Audinot, qui joue le
rôle du jeune homme, les commande aveç
beaucoup de grâce & de préciſion.
Le ſtyle du nouvel Acte eſt le même que
celui des trois autres : le Public a été peut
être un peu ſévère à cet égard ; il attendoit
davantage de l'Auteur d'Heureuſement; mais
il faut ſe ſouvenir que l'Auteur du Miſan
trope a fait l'Opéra de Pſyché. º - - -
".
--
· B E F R A N C E. 31
" L'e>péra exige dans la coupe des Scènes ,
dans la marche du dialogue, dans le rhythme
des vers, des attentions & des formes ap
propriées aux procédés & aux effets de la
muſique, & que M. Rochon de Chabannes
n'a peut-être pas aſſez étudiées. Mais ſi dans
ſon poëme, l'incohérence de l'action, les
diſparates de ton, & les négligences de ſtyle
ſont effacées par des tableaux vifs & ani
més, qui, en occupant continuellement les
yeux & en frappant fortement l'imagina
tion , ne laiſſent pas à l'eſprit le temps de
réfléchir aux défauts, le Public doit lui
ſavoir gré de ſon travail, & l'Adminiſtration
del'Opéra deſirera ſans doute d'avoir ſouvert
des Ouvrages qui produiſent les mêmes effet ;
avec les mêmes défauts.
Quant à ces gens de goût trop difficiles,
qui venlent trouver toujours dans un Opé
fa une action qui les attache, quelques
Scènes qui les intéreſſent & des vers qui
flattent leur oreille ; qui ſont fâchés de voir
ſubſtituer la pantomime à la Poéſie, la tac
·tique à la danſe & les fanfares à la muſi-,
que; qui ſe plaignent que l'acceſſoire étou
cantinuellement le principal , & que le
goût s'égare par la confuſion de tous les
genres, nous leur répondrons :
Les délicats ſont malheureux ; ·-
ºil eſt plus aiſé de ſe plier au goût du Public,
que de le plier à ſon propre goût , & nous
ajouterons pour les conſoler , † tant qu}s
lV
32 - M E R C U R E ,
nous verrons ce même Public ſe porter en
foule à la deux centième repreſentation d'Ihigénie
en Aulide, il ne faut pas croire que
e goût du beau, du grand & du vrai †
perdu à ce T héâtre. -
La muſique du nouvel Acte n'a pas
paru digne de la réputation & des talens
de M. Floquet. On eſt fâché de n'y pas
trouver un ſeul air, un ſeul duo, d'un chant
agréable & ſenſible, & d'une forme pi
quante. Il eſt vrai que le poëme n'eſt pas
coupé pour ce genre d'airs. Un ſeul pouvoit
fournir au Compoſiteur un ſujet d'expreſ
ſion vive & brillante ; c'eſt celui du guer
rier : Voilà l'ardeur , voilà le gèle, & c. ,
& l'on a trouvé que le caractère en eſt
foiblement rendu. Nous n'avons reconnu
la main de l'habile Artiſte que dans le
choeur : Ccmhattons & c. , dont le chant
nous a paru brillant, l'harmonie ſavante &
claire, & les parties adroitement contraftées.
L'amour & l'intérêt de l'art nous déter
minent à relever une innovation qui a paru
choquer beaucoup de gens de goût. M.
Floquet a fait accompagner par le tambour
la marche & le choeur qui termine le pre
mier Acte. Nous lui repréſenterons que le
tambour n'eſt pas un inſtrument de muſi
que; qu'il n'a qu'un ton vague & indécis, qui
ne peut point ſe lier avec l'harmonie, & qui
en détruit même l'effet , que l'imitation des
objets eſt le véritable but des Arts , & qu'il
n'y a aucun mérite à ſubſtituer à cette imita
4> D E F R A N C E.
f • 1 A - - 3 3
| tien la réalité même; que la timbale IIIlIIe
| le tambour avec toute la vérite qu'exige
le Théâtre, & qu'ayant un ſ§ plus net
| & les deux tons d'un mede , elle peut faire
| une partie d'harmonie dans un grand Or
, cheſtre. Nous lui ferons obſerver que
| lorſqu'un Régiment marche § muſi
que, le tambour ceſſe au moment où les
inſtrumens jouent. C'eſt do§ dénaturer
un Art , loin d'en étendre les§» que
de cherchcr à produire des § par des
moyens étrangers à cet Art même.
| | | Quant aux trois Actes anc§, l'effet
| en a été à peu près le même que dans la
| mouveawté, le divertiſſement ingénieux & gai
du premier Acte; pluſieurs choeurs d'un bel
- effet; la muſique expreſſive de l'orage, le dé
ſordre pittoreſque des Payſans qui s'enfuient,
- le tableau terrible d'une ſ§ réellem nt
i embrâſée, & d'une mère ſe précipitant du
1 milieu des flammes avec ſon enfant , un
grand nombre d'airs de danſe variés &
très-piquants, & les danſes charmantes qu1
terminent l'action , tout cela forme un
\ enſemble fait pour attacher & pour plaire
dans tous les temps.
Nous n'avons rien à dire de l'exécution,
elle a été en# très ſoignée dans toutes
les parties. Le Divertiſſement du premier
Acte, de la compoſition de M. Gardel , n a
rien de remarquable que le, manoeuvres mi
Htaires des jeunes Soldats. Ils º de .
lances, & exécutent av cc cette † dv exs
|
|
34 , , M E R C U R p
mouvemens ; ils forment enſuite pluſieurs
évolutions qui, étant différentes de celles
de la tactique moderne, n'ont qu'une vérité
idéale, & n'en ſont que phus convenables à
la Scène Lyrique. L'habile Compoſiteur a
ſenti que dans un Ballet, ce n'étoit pas
l'image vraie d'un exercice militaire qu'il
falloit offrir aux Spectateurs , mais ſeule
ment un ſimulâcre d'exercice où l'on ne
perdît jamais de vûe le caractère & l'effet
de la danſe.
Les principaux Sujets de la Danſe ont
exécuté les différens pas avec leur ſupé
riorité ordinaire ; mais nous ne pouvons
nous diſpenſer d'obſerver que le pas de deux
ajouté au quatrième Acte , & danſé par
Mlle Gervais & le ſieur Veſtris, a été du
plus brillant effet. On ne peut plus ajouter
à l'éloge de la légèreté extraordinaire & de
Ja grâce brillante du jeune Veſtris ; Mlle
Gervais ſembloit s'être encore ſurpaſſée pour
diſputer de force & de légèreté avec ce char
mant Danſeur.
Nous deſireriops que la partie des déco
rations, qui tient au fond même du ſujet,
fût toujours traitée avec autant de foin &
de vérité qu'elle l'eſt dans cet Opéra, ſur
tout au ſecond Acte. La diſpoſition générale
de la montagne du fond, la manière dont
les routes y ſont tracées pour la fuite des
Payſans pendant l'orage , l'embrâſement
. de la maiſon , tout cela eſt conçu & exé
cuté avec beaucoup d'intelligence ; mais
DE t R A N c E. 3 f
l
un eſfet nouveau, qui fait honneur aux
talens du ſieur Boulay, Machiniſte de lO
- péra, c'eſt celui des nuages de la tempéte,
qui deſcendent & ſe développent peu à pcu
d'une manière pittoreſque.
Le Vendredi 17, Mlle Candeille, fille du
fieur Candcille , Muſicien de lOpéra, &
Compoſiteur connu par quelquesOuvrages,
a débuté dans le rôle d'Iphigénie en Aulide.
Une figure agréable & intereſſante , une
taille avantageuſe, une voix douce & ſen
ſ\b\e, une grande connoiſſance de la mu
Woue, & une action pleine d ame & d in
te\ïgence, quoiqu'elle ſoit très-jeune, &
Qu'elle n'eût jamais monté ſur aucun Théâ
tre , rendront ce Sujet précieux à l'Opera,
ſil'uſage & la confiance peuvent donner à
ſa voix la force & la sûreté néceſſaites pour
les rôles auxquels ſa figure & ſes talens ſem
blent la deſtiner. L'embarras & la timidité,
inſéparables à'un premier Début, ne lui ont
pas permis àe dep\oyer tous ſes moyens , il
faut \a vow & Ventendre encore pout juger
àe ce qu on peut en attendre.
Le même jour, Mlle Laporte, Cantattice
des choeurs, a débuté auſſi dans le rôle de
Colette , du Devin de Village. Sa jeuneſſe
mente de l'indulgence. Sa voix eſt aſſez
agréable » & elle n'a rien eu dans ſon jeu
ni dans ſon chant qui empêche qu'on
ne conçoive des eſpérances ſur ſon ta\ew*
E vj
36 . M E R C U R E
lorſqu'il ſera perfectionné par le travail &
l habitude.
C O M É D I E I TA L I E N N E.
Avasr de débuter à ce Spectacle, Made
moiſelle Buret cadette , avoit dejà fait
preuve de talent ſur le Théâtre de l'Acadé
mie Royale de Muſique. On ſe rappelle de
lui avoir vû rendre le rôle de Colinette à la
Cour, avec autant d'intelligence que de
fineſſg, & de lui avoir vû mériter des en- .
· couragemens très flatteurs dans le rôle de
· Colette du Devin du Village. On ſe rappelle
encore que ſa voix y a été trouvée foible ,
mais agréable & facile ; que ſa manière de
chanter annonçoit du goût & de la méthode.
On a retrouvé toutes ces qualités dans le jeu
& dans le chant de Mlie Buret , ſur la Scène
Italienne; mais on a été ſurpris que ſes moyens
paruſſent preſqu'auſſi foibles à ce Spectacle,
que ſur le Théâtre de l'Opéra. L'étonnement
d'un grand nombre de Spectateurs ceſſera
quand nous aurons dit que cette jeune
Débutante eſt exceſſivement timide , &
qu'au moment où elle paroît en Scène elle
éprouve un trouble ſi violent, que le volume
de ſa voix en diminue de moitié. Il eſt très
eſſentiel que Mademoiſelle Buret s'efforce
de vaincre cette timidité; car ſi, d'un côté,
elle eſt une preuve de modeſtie ; de l'au
tre, elle nuit trop à l'expreſſion muſicale
D E F R A N C E. 37
& à l'accent dramatique, pour que le Pu
blic n'en murmure pas à la longue. Nous
engagerons encore cette Actrice à moins
élever ſa voix dans le langage naturel , à la
porter plus ſouvent dans le médium , à en
varier les modulations, à étudier l'Art du
Dialogue , avec lequel elle ne paroît pas
très-familière. Ces defauts tiennent à l'ha
bitude de chanter l'opera, & l'on a remar
qué que tous les Comédiens qui ſe livroicnt
aux deux genres de la Comédie lyrique &
de la Comédie proprement dite , y to nºT
boient tous plus ou moins. C'eſt cº
veillant perpétuellement ſur ſoi-mênn e » ºº
s'occupant ſans ceſſe de la diſtance qui doiº
exiſter entre l'organe naturel & l'organº
modifié par les conventions de l'Art , qu'on
peut parvenir à être teur-à-tour un bºº
Chanteur & un Acteur vrai. Mademoiſell°
· Buret a trop d'eſprit, elle aime tre P 19º
talent, pour ne pas goûter nos réflexiQºº »
& nous aimons à croire qu'elle les conſidº
rera comme une ſuite de l'intérêt que n9º
prenons à ſes ſuccès.
Le Vendredi 2o Décembre , on * donné
la première repréſentation d'Anaximandre ,
Pièce en un Aéte & en Vers » Pº Monſieur
Andrieux. - -
Anaximandre aime Aſpaſie , º,†
mais il rougit d' aimer » * cache § i,
§il ne peut nº
38 , M E R C U R E
diſſimuler à la ſoeur d'Aſpaſie, qui vient à
bout de lui arracher ſon ſecret. Elle lui con
ſeille de ceſſer d'être dur & bruſque, s'il veut
parvenir à plaire; elle l'engage à acquérir des
talens, même de ceux qu'on peut nommer
ftivoles,& lui fait prendre une leçon de danſe.
Anaximandre eſt ſurpris dans cette occu
pation par Aſpaſie, & ſon amour propre
en eſt humilié. Cependant, un Oracle a dé
claré qu'Anaximandre ne plairoit à l'objet de
ſa tendreſſe qu'après avoir ſacrifié aux
Grâces. Anaximandre obéit, & il en réſulte
dans toute ſa perſonne un changement fi
extraordinaire, qu'Aſpaſie le méconnoît. Il
profite de ſon erreur pour l'éprouver , &
prend auprès d'elle le ton & le§d'un
nouvel Adorateur. On peut juger de ſa joie
quand ſa Pupille lui répond qu'elle préfére
roit Anaximandre à tous les Amans qui
pourroient lui vffrir leurs hommages. Il
tombe à ſes genoux, ſe fait connoître, &
l'épouſe. La ſoeur d'Aſpaſie a auſſi un Amant
qui devient ſon époux, du conſentement
d'Anaximandrc.
M. Andrieux, a pris quelques idées de ce
petit Ouvrage, dans une Romance de M.
François de NeufChâteau,qui porte le même
titre , & que l'on trouve dans un des Alma
nachs des Muſes. C'eſt un Eſſai dramatique
très-heureux, & qui annonce un homme fait
pour ſe diſtinguer. L'intérêt en eſt foible ,
mais la marche prouve de l'intelligence , de
la connoiſſance du Théâtre & de la juſteſſe
D E F R A N C E. 3 »
· dans les idées le ſtyle a de la grâce & de l*
facilité; quelquefois il pêche par de la fºi
bleſſe, mais les taches en ſont légères.La
manière dont cette Pièce a ete jouee a beau
coup ajouté à ſon metite. La naïveté de Mile
Dufayel , & la vivacité de Mme Reymond ,
forment un contraſte très piquant. Le jeu de
M. Granger eſt celui d'un Comedien con
- ſommé. Les nuances légères qu'il fait ſuccé
der les unes aux autres,pour montrer tour à
tour le Philoſophe & l'Amant , annoncent
autant d'âme que d'eſprit & d'adreſſe. Rien
de bruſqué, rien de trop tranchant , tou
jours des tranſitions ſenties par la nature &
à\r\gées par Vart , c'eſt ainſi que ſe deve
\oppe tous les jours, ſous les yeux des Ama
- teurs de la Capitale, le talent de ce char
mant Comédien , auquel quelques Acteurs
de cette ville affectent de trouver un jeu de
Province.
·.
V A R I É T É S.
L E T T R E aux Auteurs du Mercure.
- - - NM ALGRi le defir flatteur que j'aurois de voit
- M, le Comte de Treſſan partager avec moi le
mérite d'uiie petite Déccuverte, l'intérêt de la vé
rité, plus puiſſant que toute autre conſidération,
me force à dire que la manière dont j'ai expliqué
un phénomène qui a rapport à l'électricité º a
l'économie animale, celui de la ſécréticn du auiàe
électrique dans le poumon, eſt totalement dittéreuse
4e- M E R C U R E *
de celle qu'a employée cet illuſtre Littérateur. Comme "
l'Auteur de l'Extrait du Mercure avoit à rendre
compte d'un Ouvrage qui contient dans plus de
cinq cent pages un aſſez grand nombre de Dé
couvertes, il a dû ſe circonſcrire prodigieuſement,
& ne dire que deux mots ſur cet objct particu
lier; c'eſt ce qui a peut-être porté M. le Comte de
Treſſan à confondre mon explication avec la
ſienne, car il paroît qu'à l'époque de ſa lettre il n'avoit
pas encore vû mon Ouvrage de l'Electricité du
corps humain en état de ſanté & de maladie *. En
liſant le Chapitre entier & ceux qui le précèdent,
je ne doute point qu'il ne s'apperçoive bientôt de
la grande différence qui ſe trouve entre nos deux
opinions. Peut-être me trompé-je; mais il me ſem
ble que ſon explication n'eſt pas abſolument CO11
forme aux principes connus de l'Électricité , &
qu'elle porte ſur une baſe hypothétique, ce qui eſt
inévitable dans un Mémoire écrit en 1748 , temps
où la Phyſique, de même que pluſieurs autres
Sciences, n'étoit pas ce qu'elle eſt aujourd'hui. Ce
pendant la haute idée que j'ai des connoiſſances de
M. le Comte de Treſſan, me détermine à ſuſpendre
mon jugement juſqu'à ce que j'aye vû l'enchaîne
ment de ſes preuves dans l'Ouvrage qu'il doit
publier l'arnée prochaine.
Le vif intérêt qu'ont toujours inſpiré les produc
tions de M. le Comte de Treſſan, fait deſirer à
tout le monde que dans cet Ouvrage on puiſſe diſ
tinguer facilement les nouvelles Découvertes qu'il a
pu faire depuis trente-trois ans, de celles qu'il avoit
faites en 1748. On aime à connoître la marche de
l'eſprit humain en général, & celle ſur-tout des
* Cet Ouvrage, impriiné depuis trois ans, a été tra
† en Allemand, & actuellement on le traduit ca
tal1Clle
D E F R A N G E. 4 é
-
perſonnes auſſi diſtinguées que M. le Comte de
Treſſan l'eſt dans les Sciences & dans les Lettres.
Pour cet effet il fera ſans doute imprimer à part le
Mémoire lû en 1748 tel qu'il devroit ſe trouver au
Secrétariat de l'Académie, ou au moins tel qu'il
devroit être dans une copie paraphée avec le rap
port raiſonné des Commiſſaires, comme il l'eſt or
dinairement lorſqu'il s'agit d'objets importans. Ce
n'eſt pas qu'on doive regarder ici cette précaution
comme néceſſaire. M. le Comte de Treſſan eſt bien
fai pour être une exception aux règles : il le mérite
à toutes ſortes d'égards ; mais elle ſeroit dange
reuſe dans toute autre occaſion ; car il n'eſt aucun
des Auteurs qui depuis pluſieurs années ont annoncé
des Découvertes établies ſur des titres réels , qui ne
daſſent craindre de les voir partagées dans la ſuite
J'obſerverai en finiſſant cette Lettre, peut-être déjà
trop longue que les Académies n'approuvent jamais
· les hypotbèſes & les ſyſtêmes, même dans les Cu
Vrages auxquels elles décernent des Prix , comme
elles l'ont ſolemnellement déclaré dans pluſieurs oc
caſions, encore moins dans les Mémoires que pré
ſentent les Récipiendaires. Je ſuis enchanté d'avoir
trouvé cette occaſion de donner des témoignages
publics de la haute eſtime & de l'admiration particu
lière que les brillantes qualités & les excellentes
productions de M. le Comte de Treſſan m'ont inſ
pirées.
J'ai l'honneur d'être, &c.
L'Abbé BERT HoLoN, Membre
de pluſieurs Académies, & Pro
feſſeur de Phyſique expérimen
tale des États-Généraux de la
Province de Languedoc.
Paris, le , Décembre 17**
º M E R 6 U R E
A N E C D O T E S,
H.
M. DE MoNTEsQUIEu diſputoit ſur un
fait avec un Conſeiller du Parlement de
Bordeaux , qui avoit de l'eſprit , mais la tête
un peu chaude. Celui-ci, à la ſuite de plu
ſieurs raiſonnemens débités avec fougue ,
lui dit : « Monſieur le Préſident, ſi cela n'eſt
» pas comme ie vous le dis, je vons donne
» ma tête. — Je l'accepte, répond froide
ment Monteſquieu , les petits préſens
entretiennent l'amitié. » .
I I,
UN Eſpagnol qui avoit beaucoup de noms;
comme tous ceux de cette Nation, & pour
tout équipage un mechant rouſſin , entrant
vers l'heure de minuit dans un village où il
n'y avoit qu'une hôtellerie, frappa à la porte
de cette hôtellerie : le maître ſe leva, &
demanda qui c'étoit : « C'eſt, répondit l'Ef
» pagnol , Don Sanche Alphonſe-Ramire
» Juan-Pédro Carlos Franciſque Dominique
» de Roxas de Stuniga de Lesfuentes. »
L'Hôte, qui n'avoit qu'un lit de reſte, s'alla
recoucher , en lui diſant qu'il n'avoit point
de lits pour tant de monde , il ne voulut
jamais lui ouvrir la porte.
^-
D E F R A N C E. 43
I I I.
PHILIppe III, Roi d'Eſpagne, ayant ae*
cordé une Amniſtie générale à une ville ré
belle, à l'exception de quelques perſonnes,
un Courtiſan l'avertit du lieu où s'éteit ca
ché un Gentilhomme qui n'étoit pas cerm
pris dans l'Amniftie. « Vous feriez mieux »
» lui dit ce Princt de lui aller dire que je
» ſuis ici, que de ne dire le lieu où il eſt. »
I V.
Il eſt ordinaire de voir dans les priſonº
d'Angleterre des malheureux qui pouſlent
le mepris de la vie juſqu'à la férocité. Les
criminels ont le droit de vendre leur cada
vre à un Chirurgien, ils ſe ſervent de l'ar
gent pour s'enivrer & faite la débauche.Un
d'entre eux, convaincu d'un crime atroce »
fit venir un Chirurgien; & après bien des
, débats, il obtint deux guinées de ſa perſonne.
Quand il les eut reçues, il partit d'un éclat
· de rire. Le Chirurgien ſurpris, en demanda la
raiſon. º C'eſt, dit le criminel, en ſe tenant
» les côtes, que tu m'as acheté comme un
» homme qui doit être pendu , mais tu ſe
» ras bien attrapé, car je dois être brûlé. »
V. -
ON ſait avec quelle grandeur d'âme Louis
XIV , vers la fin de ſon règne , ſupportoît
les malheurs d'une guerre où il étoit ſeul
Z4 M E R C U R E :
contre preſque toutes les Puiſſances de l'Eu
rope : " Vous voyez où nous en ſommes :
» vaincre ou périr, dit-il au Maréchal de
» Villars, qui prenoit congé en partant pour
» la Flandre. Cherchez l'ennemi, & donnez
» bataille. ... Mais, Sire, reprit le Maréchal,
» c'eſt votre dernière armee..... N'importe,
» je n'exige pas que vous battiez l'ennemi,
» mais que vous l'attaquiez. Si la bataille
» eſt perdue, vous me l'écrirez à moi ſeul 3
» vous ordonnerez au Courier de ne voir
» que Blouin , je monterai à cheval ; je paſ
» ſerai par Paris, votre lettre à la main; je
» connois les François ; je vous menerai
» deux cent mille hommes, & je m'enſeve
» lirai avec eux ſous les ruines de la Mo
» narchie. »
Ce Prince diſoit aux Seigncurs de ſa Cour
qui partoient pour l'armée : * Si vous êtes
» battus, j'irai vous ſecourir; j'ai l'honneur
» d'être le plus ancien Soldat de mon
» Royaume. »
A N N O N C E S E T N O T I C E S.
A, . Ys E de quelques Pierres précieuſes, par M.
T. C. Achard, Membre de l'Académie Royale des
Sciences de Berlin, de la Scciété des Curieux de la
Nature de la même Ville, des Académies Éleéto
rales de Mayence & de Bavière, &c &c. Ouvrage
traduit de l'Allemand , avec des Remarques : par
M. J. B. Dubois, Conſeiller de la Cour de S. M.
le Roi de Pologne, Membre de l'Académie des
D E F R A N C E. 4ſ
-
sciences, Ats & les Leutes de Dijon, de la s°
§é des Cutieux delaNature de Berlin, de l'^º*-
démie Royale des Géographiles de Floºººº , de la
Société Phyſique de Dantiick, &c. A Patis, chez
Moutard, imprimeur-Libraire, rue des Mathuºns »
hôtel de Cluny.
On doit ſavoir beaucoup de gré à M. Dubºis de
nons avoir enricºis de la traduction de cet Quºrººc
important. M. Achatd, ſon Auteur, paroit avoir
fa une étude très-fructueuſe de la Science Yºº cul
tive. Outre # l'Ouvrage eſt uûle par les recher
ches curieuſes qu'il contient, le Traducteur cn a
augmenté l'intérèt par des Notes uès inſtructives.
| EsrAx PE repréſentant Noſtradamus fils , qui fait
voir à Marie de Médicis le Trône des Bourbons ;
un Génie tient ſur la tête de Marie une couronne
ſuſpendue.
Cette Eſtampe a été préſentée à MoNsIEUR ;
elle eſt inventée par M. Ranſonnette ſonð
& ſe vend à Paris, chez l'Àuteur, tue de Bièvre, la
petite maiſonneuve à côté du Chirurgien Prix, 6 liv.
DrcTIoNNAIRE des Merveilles de la Nature ,
par M. A. J. S. D., ſeconde Edition, 1 Vol. in-8°.
A Paris, vue & hôtel Serpente. Prix, 7 livres 1o ſols
broché, & 9 \iv. relié.
Cex Ouvrage a eu du ſuccès dans le temps
On ne peux accuſer ni le Libraire ni \ Auteur de
cna \atau\me quant à cette ſeconde Édition. Le Li
braire déclare, d' après l'Auteur , qu on n'y a rien
- /
ajouté & que l'ouvrage paroît aujourd'hui tel
qu'il étoit dans ſa nouveauté.
Les Poéſies de Boileau, 2 Volumes, dédiées au
Roi. Prix, le liv. brochés. — Les Fables de La
Fontaine , 1 Vol. in-18. Prix, 12 liv. brochés.
. Ces dcux Éditions même format & même parº
-
46 , M E R C U R E "
que la Collection des Moraliſtes anciens dédiée aû
Roi, ſoutiennent par le papier & le caractère la
brillante réputation que M. Didot s'eſt faite depuis
long-teRmps.
L E Sieur Co P, Succeſſeur du ſieur Adeline,
continue de débiter le Chocolat de ſanté pour les
eſtomachs foibles & délicats, & pour les Dames en
couche, ainſi que celui à la vanilld, & les Paſtilles
de cacao. Il demeure même maiſon du ſieur Adeline,
rue S. Honoré, attenant S. Roch. Pour éviter les
mépriſes, le nom & la demeure ſont imprimés ſur
les Tablettes.
NogvEAU Blanc de Vinaigre. Le ſuccès flat
teur & ſoutenu dont jouit depuis long-temps le
Pinaigre de rouge deſtiné à imiter les couleurs na
turelles a déterminé le ſieur Maille, Vinaigrier
Diſtillateur ordinaire du Roi & de Leurs Majeſtés
Impériales, à rechercher le ſecret & la compoſition
d'un nouveau Blanc également préparé par le Vinai
gre, & extrait de la perle & de la farine d'orge ; &
après pluſieurs années d'eſſais & de tentatives, le
ſuccès a encore couronné les combinaiſons ingé
nieuſes de cet Artiſte. Le ſieur Maille préviene
le Public que la vente de ce nouveau Blanc de
vinaigre a commencé lé 2o de Novembre. Son
· uſage communique au teint l'agrément & l'éclat de
la blancheur naturelle ; il adoucit & prévient les
rides ; & ſes qualités balſamiques, loin de nuire à
la peau, l'entretiennent dans une belle fraîcheur.
Le ſieur Maille eſt encore l'inventeur du célèbre
Vinaigre Romain, dont l'objet eft de blanchir les
dents, & d'arrêter les progrès de la carie qui s'y
forme. On trouve auſſi dans le même Magaſin plus
de deux cent ſorres de Vinaigres, ſoit pour la toi
lette & les bains, ſoit pour la table. -
Le ſiegr Maille prévient que la diſtribution de la
D E F R A N C E. 47
·
Moutarde pour les engelures, faite gratis en faveur
des pauvres, a commencé à l'ordinaire le premier
Dimanche de Novembre, & qu'elle ſera continuée
juſqu'au dernier Dimanche d'Avril ſuivant. Cette
diſtribution ſe fait chaque Dimanche depuis huit
heures du matin juſqu'à midi, au Magaſin général
du fieur Maille, rue S. André des Arcs, la porte
cochère vis-à-vis la rue Hautcfeuille, & pour la
Garde de Paris tous les jours. MM. les Curés de
toutes les Provinces de France & Supériears des Hô
pitaux jo iront du même avantage pout leurs pau
vres. On les piie ſeulement d'avoir à Varis un Cor
reſpondant qui ſe charge de venir au Bureau muni
d'un pot propre à contenir la Mou arde qui lui ſera
diſtribuée. Les pots du nouveau Blanc de Ninaigre
ſont du prix de 6 livres, & de 3 liv les mo n lrcs
boute\es du Vinaigre Romain , celle de Rouge »
première nuance, à 3 livres, la ſeconde 4 livrcs »
# la troiſième 5 liv.
CÉRÉMoNtEs & Coutumes Religieuſes de tous
les Peuples du Monde, repréſentées par des figures
deſſinées & gravées par Bernard Picard & autrcs
habiles Artiſtes, nouvelle Édition, enrichie de toutes
les figures compriſes dans l'ancienne Édition en
ſept Volumes, & dans les quatre publiés par forme
de Supplément , par une Société de Gens de Lettres
A Amſterdam , & ſe trouve à Paris, chez Laporte »
Libraire , rue des Noyers. .
On di^ribue déjà la première & la ſeconde Livrai
ſons de ceue Colleâion auſſi précieuſe qu'eſtimée,
& l'exécution répond à l'importance de l'Ouvrage,
Le Public do t accueillir une entrepriſe auſſi intéreſ.
ſante. Quand les figures n'en feroient pas connues,
le nom de l'Artiſte à qui on les doit en garantiroit
ſeul la beauté, & la refonte entière du texte ne laiſſe
rien à deſirer aux Connoiſſeurs. L'Ouvrage for
nuera quare Volumes.iu ſolie diviſés en quinze
48 · M E R Ç U R E
Cahiers ou Livraiſons, & chaque Cahier coûte
8 liv. On ſouſcrit à Paris, chez Laporte, Libraire,
rue des Noyers; Lamy, Libraire, quai des Auguſ
tins ; Prevoſt, Libraire, rue de la Harpe ; Brunet,
Libraire, à côté de la Comédie Italienne, & chez
les principaux Libraires de la Province & des Pays
étrangers.
-
AN EcDoT E s de la Cour de Philippe Auguſte ,
par Mlle de Luſſan, nouvelle Édition. A Paris,
chez Knapen, Imprimeur-Libraire, au bas du Pont
S. Michel, Gogué, Libraire, rue de Hurepoix ,
Nyon l'aîné, Libraire rue du Jardinet , Delaguette,
Imprimeur-Libraire, rue de la Vieille Draperie ;
3 Vol. in-12. Prix, 7 liv. 1o ſols bro^hés, 9 liv. rel.
Cet Ouvrage intéreſſant paſſe pour être le chef
d'oeuvrc dc ſon Auteur. L'opinion commune c'eſt
qu'il n'eſt pas de Ml e de Luflan ; mais comme en
fait de Littéraire le temps ne fait rien à l'affaire, on
| peut dire également que le nom ne fait rien à
l'Ouvr. ge.
-
-
Pour les Annonces des Titres de la Gravure,
de la Miſque & des Livres nouveaux, voyet les
Couvertures.
T A B L E.
|
Mor de Conſolation à un Concert Spirituel, 2s
Grand-Homme , 3 Acad. Royale de Muſiq. 28
Jmpromptu, 4 Comedie Italienne, 36
Lett e au Rédacteur du Mer 4 •ttre aux Auteurs du Mer
Cllf'c » ib. | cure, 39
Enigme & Iogogryphe, 1 3 Anccdotes, 4 l•
De la Manière d'écrire l'Hiſ-Annonces & Notices, 44
toire, ' I 5
A P P R o B A T I o N.
J'A 1 lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 4 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.A Paris •
le 3 Janvier 1783, GUID
-
«==#==×
TABLEAU POLITIQUE
' DE L'EUROPE, 1782.
LEs effets des combinaiſons politiques qui, de
puis quelques années, ont tendu toujours au méme
but, ſe ſont ſoutenues pendant le cours de celle
qui vient de s'écouler. L'Angleterre eſt d meurée r
iſolée, & la guerre eſt reſtée concentrée ſur les
mers. La neutralité aImée, fortifiée de deux gran
des Puiſſances, a concouru manifeſtement à rem
plir ces deux buts; & ſi, contie l'attente de l'Eu
rope, elle s'eſt bornée à protéger la navigation
àes Neutres, à enñchir le Nord par l'accioiſ
ſement de ſon commerce , ſans itº et ſur les
ô\veſtions des Puillances belligérantes & ſur le
retour de la paix, ce dernier objet n'entroit
pas ſans doute dans les vûes profondes du génie
hardi & ſublime qui a ſu lui donter l'exiſtence
& la circonſcrire dans les limites qu'elle n'a point
paſſées. Son intérêt eſt de nc pas ſe mêler des dif
férends actuels, de jouir de la liberté des mers,
d'attendre le traité qui doit l'aſſuret , & de n'in
tervenir alors , s'il eſt néceſſaire, que pour expri
mer ce voeu que ſa réunion peut rendre plus impo
ſant. Les évènemens qui doivent amener cette épo
que deûtée, quoique ceux de cette année n'aient
pas été tous heureux, ſemblent la rapprocher. Le
réſumé que nous en devons à nos lecteurs ſera court,
mais exact : ils y verront que fi les eſpérances que
nous avions conçues à la fin de la campagne pré
cédente, n'ont pas été réaliſées dans celle-ci, elles
ne ſont du moins que ſuſpendues.
Cette dernière campagne s'offroit aux Antilles
4 Janvier 1783- 3,
2 -
-
ſous un aſpect auſſi brillant que celle qui veuoit de
ſe termirer avec tant d'éclat ſur le Continent. Pen
dant que les aimées Françoiſe & Américaine ſe cou
vroient de gloire en Virginie, le Marquis de Bouillé
n'étoit pas reſté oiſif à la Martinique. En attendant
le retour du Comte de Graſſe de la Chéſapéak ,
ſans autres foi ces nav. les que 3 frégates, un cutter
& 3 bareaux armés, il avoit ſurpiis St-Euſtache,
où 4oo hommes ſous ſes ordres, en avoient fait 677
priſonniers de guerre. Immédiatement après le re
tour de l'Armée Navale , il avcit entrepris une
conquête plus diffi ile, celle de l'Iſle de St-Chriſ
tophe, qu'il ſoumit, malgré la garniſon nombreuſe
qui la défendoit & l'appui d'une eſcadre ennemie qui
débarqua même des troupes qu'il obligea de ſe rem
barquer avec perte.
Ces deux expéditions glorieuſes ſembloient pré
parer au ſuccès de celle que méditoient la France
& l'Eſpagne, & pour laquelle elles ſe propoſ ient
de réunir leurs forces. On peut juger de ſon impor
tance par les préparatifs. Aux 3 6 v-iſſeaux de ligue
que le Comte de Graſſe avoit à la Martinique, devoient
s'en joindre 7 partis de Breſt, aux ordies du Marquis
de Vaudreuil, avec des tranſports chargés de trou
, pes & d'approviſionnemens de toute eſpèce : 6 vaiſ
ſeaux Eſpagnols qui avoient mis à la voile, de Ca
dix, alloient en même-tems ſe réunir aux 13 que
commandoit à la Havare le Marquis de Solano,
Saint-Domiegue étoit le rendez-vous où devoient ſe
raſſembler les Bottes des deux Nations, s'y combi
ner & marcher enſuite à l'exécution des opérations
concertées en Europe.
-
' Ces plans ont été dérangés par une multitude
d'obſtacles de l'eſpèce de ceux que peut prévoir,
mais que ne ſauroit prévenir toute la prudence
humaine, qui trop ſouvent ſur les mers, eſt forcée
d'y oppoſer l'audace & de s'en remettre à la for
tune. L'eſcadre ſortie de Breſt en Décembre, accueil
( : )
lie par les tempêtes,#gée d'y renºrer, a"rès
avoir vu diſperſer u e patie de ſon convoi , dont
quelques bâtimens furent jettés perdart une t rur*e
épaiſie, au milieu d'une eſcadre Argloºſe. Le Mar
quis de Vaudreuil avec 2 vaiſſeaux ſe le meat , con
tinua ſa route ; & le ſecond convoi deſtiné 2 rcºn
placer le premier, n'ayant pu partir qu en Février ,
fut encore contrarié fat les vents. L i H erce dc
· ces délais ſur la campagne qui f t commencé e trºP
tard, en déconcerta les combinaiſons, & fut !*
cauſe de ſes déſaſtres. -
Une partie des renforts attendus d'Europe étanº
enfin arrivés, l'eſcadre avec un convoi nombrcu* »
des troupes & des approviſionnemens militaires de
toute eſpèce, mit au mois d'Avril à la voile de Forº
Rcyal, pour ſe rendre à St-Domingue ou 1'atten
douent les Eſpagnols. Les retards qu'avoit éprouvé
ſa ſottie , avoient laiſſé aux Anglois le tems de
1éanir leurs forces , & d'en recevoir d'EuroPc
Lheureux Rodney, renvoyé dans ces mers, y étoit
de retour, à la tête d'une eſcadre ſupérieure , avee
ſes talens & ſur-tout ſon bonheur. Le 8 Avril , les
deux flottes ſe rencontrèrent à peu de diſtance de
la Guadeloupe, où ſe réfugia le convoi pendant
le combat , dont l'avantage reſta aux François,
& après lequel il continua ſa route ſans être in
quiété ; ſoit que les vaiſſeaux de Rodney euſſent
trop ſouffert , ſºit, ce qui eſt plus vraiſemblable,
ou A , craignât de diminuer ſa ſupériorité en en
àétachant quelques-uns. Le ſalut de ce convoi au'il
importoit a l'Angleterre d'intercepter, joint à l'échec
qu'il avoit eſſuyé le s,eût pu lui cauſer de longs
repentirs , ſi les François contens de leur avantage,
euſſent ſuivi leurs tranſports, gagné St-Domingue
& joint les #pagnols Laſfai§ §§
ces regrets àl'Amirala§
rant pour lui 2 l'! juſtifié de ſa négligence ; & 7 vaiſ
ſeaux de ligne, l'Amiral même cnlºſés , ont étouffé
à 2,
les reproches de ſa Nation qui n'a plus vu que ſon
triomphe & ſes trophées. -
Nous nous interdirons toute réflexion ſur une
action dont les circonſtances ſont encore peu con
nues , & ne le ſeront mieux qu'après les recher
ches & les informations qu'elle doit occaſionner.
La France n'en a publié aucune relation ; & le
vainqueur s'eſt contenté d'annoncer qu'il avoit eu
l'avantage. Mais ſi c'eſt par ſes effets qu'on juge
d'une victoire, celle ci paroît s être réduite à l'hon
neur ' de la jou, née. Nulle entrepriſe n'en a été
» la ſuite; la France n'a vu aucune de ſes poſſeſſions
menacées ; elle n'a perdu aucune de ſes conquêtes.
L'a mée vaincue en a impoſé à l'armée victorieuſe,
qui eſt reſtée dans une inaction abſolüe à la Jamaï
que; & ſi l'Angleterre eſt parvenue à déconcerter les
plans de ſes ennemis, à arrêter leurs progrès, elle n'a
fait que ſuſpendre ces derniers, ſans qu'il lui ait
été poſſible d'en faire elle-même.
L'eſcadre Françoiſe réparée plus promptement,
a été la première en état de remettre en mer ; &
tandis qu'un vaiſſeau de ligne & 2 frégates déta
chés de cette eſcadre , alloient ruiner à la baie
d'Hudſon les établiſſemens de la Compagnie An
gloiſe, & lui cauſer une perte de pluſieurs millions,
Ie Marquis de Vaudreuil gagnoit le Continent oû
un nouvel ordre de choſes commençoit à s'ouvrir.
Le ſucceſſeur de Sir Henri Clinton, dans le
commandement général à New - Yorck, au nom
de ſa Nation déſabuſée de l'eſpoir qui l'avoit
égarée ſi long - tems de ſoumettre l'Amérique par
ſes armes , étoit porteur de paroles de paix au
Congrès; il avoit ordre de les appuyer d'une ſuſ
enfion d'hoſtilités devenue néceſſaire par l'impoſ
ſibilité de les continuer après les déſaſtres de la
campagne précédente, par la néceſſité enfin ſentie
de †ſur un ſeul point des forcesiimpru
démment diviſées ſur pluſieurs trop éloignés les uns
5
des autres pout ſe communiquer & ſe ſoutenir réc1
proq ement, & ſur-tout par celle de porter aux
Antilles toutes les troupes dont on pouvoit ſe paſſer
ſur le Continent, ſoit pour y tenter quelu'entre
priſe, ſoit pºur s'oppoſer à celles des ennemis.
- A l'apparition de l'eſcadre Françoiſe ſur ces côtes »
1'alarme a été générale; un convoi nombreux qui
amenoit des recrues d'Europe & qui touchoit à ſa
deſtination, s'en eſt écarté tout-à-coup pour ſe réfu
gier à Hallifax ; & New-Yorck n'a été raſſu1ée
qu'à l'arrivée tardive de l'Amiral Pigot, qui,malgré*
ſa grande ſupériorité, n'a fait qu'une promenade
inutile dans ces parages, où il s'eſt borné à recueiilir
ſur ſes vaiſſeaux les troupes néceſlaires aux iſles
dont il a repris la route, & où M. de Vaudreuil
l'a ſuivi.
Le ſort des armes ſoumis à tant de haſards qui
dérangent ſouvent les meilleures combinaiſons , a
préſenté Prelque les mêmes révolutions en Europe »
Le commencement de la campagne n'y avoit pas éré
moins brillant qu'en Amérique. si les François -
avant la journée du 11 Avril , y avoient repris
St-Euſtache, Eſſequibo, Démérary, enlevé St-Chrif
tophe, Nevis, Montſerrat, & détruit après cette
journée, les établiſſemens Anglois de la Baie d'Hud
ſon , tandis que les Eſpagnols s'emparoient de
Providence , l'iſle de Minorque étoit tombée , au
mois de Février ſous les armes de cette dernière
Puiſſance. Le vainqueur de Mahon avoit pris avec
ſon armée, la route de Gibraltar. Il avoit été choiſi
pour tenter un dernier effort contre ce rocher que
la nature & l'art ſe ſont réunis pour rendre impre
nable, & qu'on s'étoit contenté juſques-là de reſ
ſerrer ſans l'attaquer en forme. Les machines guer
rières que l'on avoit conſtruites pour le battle du
côté de la mer, auroient e i ſans doute un effet
terrible & déciſif, ſi elles avoient pu être à l'épreuve
des boulets rouges.
a 3
-
( 6 )
· Le bonheur de l'Angleterre qui avoit déconcerté
la grande expédition des iſles, ne s'eſt point démenti
en Europe. Àprès avoir détruit, devant Gibraltar ,
ces machines redoutables, il a favoriſé encore plus
ſingulièrement le Lord Hove. Secondé par les ven s
& les tempêtes qui ont écarté de ſa route une flotte
formidable qui l'attendoit depuis un mois, cet Ami
ral eſt parvenu à jetter des ſecours dans la Place.
| Ces ſuccès inouis ont dû étonner ſans doute ;
mais cette campagne terminée dans les deux mondes,
'une manière auſſi brillante pour la G. B. , a eu
réellement dans l'un & dans l'autre plus d'éclat que
de ſolidité. Le ravitaillement de Gibraltar a déter
miné les Eſpagnols à en abandonºer la conquête ;
& cette réſolution qu'on leur conſeilloit depuis long
tems, en leur diſant que c'étoit en Amérique qu'il
, falloit chercher à s'en procurer la reſtituticn, va
réunir les forces de la maiſon de Bourbon , juſ
qu'ici diviſées par la néceſſité de protéger ce ſiége.
Elle leur aſſure un concert d'opérations difficile
auparavant ; & ſur tous les points où el'es voudront
agir, une ſupériorité qu'il eſt déſormais impoſſible
à leur ennemi de leur faire perdre. -
L'Eſpagne va donc maintenant partager plus éga
lement le poids d'une guerre qui, juſqu'à préſent,
eſt tombé preſque tout entier ſur la France. Alliée
inf tigable, zèlée & toujours utile , la France a
laiſſé une patie de ſes forces en Eurofe, pour ſer
vir les vues de cette Puiſſance, Elle a fait les plus
grands efforts en Amérique en faveur des Etats
Unis , aux armées deſq els elle a joint les ſiennes ,
& qu'elle a aidés en même-tems de ſes troupes & dé
ſes tré ors. Seule, elle a conibattu aºx iſles & dans
l Inde cù elle a défendu ſes poſſeſſions & celles des
Hollandois.
Les diſſentions malheureuſes de cette Républiques
l'ont empêché de prendre une part active aux évène
mens. Elles ont pu ſuſpcndre l'effet des réſolutions de
chaque Province, & de celles des Etats Généraux ;
#dans # ports , arrêtés
tôt par les ven's §† #, tan
Amérique, en Afri § § § diſpara- En
ſon allié veiller : que & dans nde, elle a laiflé
# #e veiller a la sûreté ſes établiſſe - - - elle lui doit la reſtitution de S § iſl - Inc I2 S 5
de Démérary, d'Eſſe † #e ; celle
de§ſ, § crºu n du CaP
Nous ne§ 1:10S § # de Ceylan
eſpèce d'inaſtion ; † pas † Oll ICC d, cctt C
« û s'eſt trouvée § § § # les embarras
dépo rvu, ap:ès une† ; • e, p11 e au
†§ - guerre, 2 qui ta coniiitut1on Inn -- 1Tº c
ne laiſſe pas ccmme a x autres la facilié des : é olu
#†rapid s, & dont la icn cºr
†rar ſes d .
rechercher les §†- IT1
de rappeller ſon § : e les ##
tous les eſprits & cienne aaivité, de réun r,e ! n
A. prits & tous les voeux au parti ºº! dcft
être le ſeul, celui de l'intérêt général & de l' hon
neur de la République. Les momens ſont précieu* 3
& les moindres délais ſeroient aujourd'hui funeſtes
Ce ſont les guerres actives qui préparent les
paix avantageuſes , & ſolides. Cººle qui doº
mettre fin à l'embrâſement actuel » n'eſt ſans
doute pas éloignée. Les négociations qui doivens
l'amener, ſont commencées depuis quelqºº, m .
Revenue du vain eſpoir de reconquéº lº†:
& de celui qui lui avoit ſuccédé d° la d麺 é de ſon alliée & de la faire §nſentir. * ! tra1t
* 1 » r ^ - : er de front
ſéparé, l'Angleterre a dº fai1 e m#. 1'autrc •
ſon accommºdement av$° †t acie Les pré
*, , - - C - -
L'indépendance ne fait plus uº déja convenu* 5
jimi ai§ les Etats-º# † §le de l'# - - A
ceux avec la France ºº , à ia intérêts
que 1es dgersanºdi. ſcuſſions
mais il n'eſt pas étonnant
p cxig,enº "-
a 4
qu il s'agit de rég,lcr »
( 8 )
égales à leur importance. Ils embraſſent à la fois
les deux mondes; & les arrangemens à prendre en
Europe ne ſont peut-être pas moins délicats que
ceux qui ſont relatifs à l'Amérique, aux établiſſemens
d'Afrique , & en particulier à ceux de l'Inde où
les choſes ont bien changé de face pour la G. B.,
& oii toute l'Europe ſemble ſe réunir pour reclamer
la liberté du commerce.
La Compagnie qui dominoit ſeule dans ces contrées »
y eſt prodigieuſement affoiblie. Les forces de la
· France qui y ſont au moins égales dans le moment
préſent, s'y ſont déja meſurées pluſieurs fois avec
avantage. M. de Buſſy enfin y eſt arrivé avec ſon
nom , ſa réputation & des ſecours en hommes &
en argent, qui vont fortifier Hider-Aly , déja ſi
redoutable. Sa préſence peut , s'il en eſt beſoin ,
achever de ſoulever les peuples de cette partie de
l'Aſie, en ligcer les Souverains, & hâter une révo
Iution néceſſaire & juſte qui doit faire rentrer tôt
ou tard les Indiens dans leurs droits , remettre à
leur place les Marchands étrangers qui les oppri
ment & les borner à commercer à l'avenir ſur les
côtes où ils règnent en tyrans. Cette révolution peut
être retardée , mais elle paroît inévitable ; & la
philoſophie ne laiſſera pas échapper cette remarque
conſolante pour l'humanité, que dans le cours
tantôt lent, tantôt rapide des évènemens, tout tend
inſenſiblement à rétablir cet ordre auquel ſe ſont
oppoſés conſtamment la lutte de l'oppreſſion & de
la foibleſſe , les écarts de l'ambition, & l'abus du
pouvoir.
N
Ces ſpéculations intéreſſantes doivent ici faire
place aux faits qui nous ramènent aux grandes diſ
cuſſions qui nous annoncent le retour du ca'me.
Les négociations entamées depuis pluſieºrs mois ,
ſont peut - être au moment d'être terminées ;elles
occupent du moins encore les cabinets ; & les voeux
- L" !
· ( 9 )
pour leur ſuccès, ſont toujours accompagnés Pat
l'eſpérance.
Si le peuple Anglois, qui d'abord a demandé !
paix, enfié de ſes derniers avantages, ſennb le a§
jourd'hui deſirer la continuation de la guerre §
aura l'hiver devant lui pour apprécier le peu de ſoh dité des nouvelles eſpérances aux quelles il ſe l
& pour peſer ſur-tout ſes moyens.
Si, comme quelques-uns de ſes repréſentans n'o
pas craint de le faire entendre à l'ouverture du p
ment, il ſe flatte d'avoir atteint le grand but
ſe propoſoit, de détacher les Etats - Unis d
France, en accordant l'indépendance aux Premiers ,
s'il croit que ſatisfaits d'avoir obtenu l objet Pou#
lequel ils s'étoient armés, ils oublieront qu'il, #
doivent à la Puiſſance qui a combattu pour §
il outrage une Nation ſière & généreuſe qu'il ?
poſe prête à négliger la cauſe de l'allié auquel §
doit ſa liberté, & capable d'ingratitude au mon§
où elle jouit de ce bienfait. Il ſe défiéra de ſes juge
mens précipités ſur elle, en confidérant comb§t
s'eſt trompé, depuis le commencement de la $uerre,
Iivre
« l tle
Qu'iI
C la
elle
· dans tous ceux qu'il en a déja portés; & il recon
noîtra que tant que la paix ne ſera pas faite avec
la France, il ne ſera pas ſans ennemis ſur le Con
t1l1ºi]t, -
Epaiſé par ſes derniers efforts , pliant ſous le
poids d'une dette énorme, qu'il faut néceſſairement
augmenter par des emprants qui deviennent tous
les jours plus difficiles, parce qu'ils ſe ſont renou
vellés tous les ans , il apprendra que la France,
en commençant à négocier la paix, avoit déja les
fonds néceſſaires pour la campagne prochaine, qu'après
l'emprunt qu'elle vient de faire & qui les a
augmentés, il lui reſte encore de grands moyens
& de grandes reſſources. -
A ces conſidérations il en joindra de non moins
graves & de non moins importantes. En réflechiſ
a 5
-
( 1o )
ſant ſur la victoire de Rodney & ſur ſes ſuires,
il reconnoîtra que les deux Puiſſances ſe trouvent
au même état cu elles étoient avant le combat ;
que la ſituation des affaires eſt préciſément la ménne
où les avoit laiſſées la campagne précédente. La
perſpective que nous avions à la fin de 1781 , ne
ſe trouve en effet changée qu'en mieux à la fin de
1782. La réunion des forces de la France & de
celles de l'Eſpagne, que rien enfin ne retient plus
autour du rocher de Gibraltac, eſt encore une
circonſtance qui mérite ſon attention, & qui deit
au moins balancer ſon enthouſia me, pour le ſuccès
du ravitaillement de cette place. Une flotte formi
dable eſt prête à partir pour les Indes Occiden
tales ; où un Général actif & entreprenant, appellé
par le voe 1 des deux Nations à commander leurs
armées combinées, & dont les premiers ſuccès don
nent la plus juſte confiance, ouvrira de bonne heure,
avec 6o vaiſſeaux de ligne & 3o,ooo hommes de
troutes, une campagne qui ſera vraiſemblablement
la dernière.
Cette perſpective qui peut ramener la paix, &
qui conſole de la guerre, ſi elle continue, en fai
ſant du moins entrevoir ſon terme prochain, ter
mineroit naturellement le tableau de l'année, ſi nous
ne devions un coup d'oeil en paſſant , aux nuages
qui ſe ſont élevés ſur l'Orient & le Nord, & qui
menacent encore de l'orage.
· Les troubles de la Crimée où les Tartares deve
nus indépendans par la protection de la Cour de
Pétersbourg, ont dépoſé leur Khan pour en élite
un autre, mettent la Ruſſie & la Porte à la veille
d'une rupture La première eſt intéreſſée ſans doute
à ſouten r ſon cuvrage, dont la deſtruction eſt peut
être le voeu ſecret de la ſeconde, qui n'a cédé
qu'à la néceſſité , & qui a pu s'applaudit d'une N
révolution à laquelle elle n'avoit point eu , de
part, & qui tendoit à 1emettre les choſes dans
\
( 11 )
un ordre conforme à ſes deſirs. L'état de l'em -
pire Ottoman, les déſaſtres affieux de ſa Ca
pitale ont juſqu'ici ſuſpendu les 1éſolutions de
ia Porte; ils ſemblent s'oppoſer à la guerre que -
demande une populace inqºiète, conſultant moins
ſes moyens que ſes voeux imprudens. Le traité
de Kainardgi peut encore la prévenir, ſi de part
& d'autre on veut conſentir à le conſulter ſur ces
nouvelles diſcuſſions qui s'y trouvent prévues.
L'attention de l'Europe eſt fixée ſur ces démêlés
dont l'arrangement eſt incertain, & dont l'iſſue,
s'ils§à une rupture , peut devenir fatale
à la puiſſance Ottoman , dont l'abaiſſement ne ſau
, roit être vu par-tout d'un oeil égal. Mais quelque
intérêt que le Nord à raiſon le ſes liaiſons politiques,
& le Midi, à raiſon de ſon commerce, puiſſent
· prendre à cette querelle dont on ne connoît que
· les cauſes apparentes, & dont le developpement,
· ſi elle a des ſuites, n'appartient qu'a l'année pro
chaine, on ne remarque encore que des mouvemens
qui reſtent dans les cabinets, & que l'hiſtoire ne
doit ſaiſir que dans les faits. -
cyo
a 6
FT -
#===º##é==33
JOURNAL POLITIQUE
D E B R U X E L L E S.
T U R Q U I E.
De CoNsTANTINO PLE, le 2 0 Novemire.
Les travaux de notre arſenal ſe conti
nuent ſans relâche ſous l'inſpection du Ca
pitan-Bacha. 4 frégates ſe ſont déja poſtées
à l'embouchure du canal, pour ſe rendre
à Synope avec le premier vent favorable.
Suleiman, ci-devant Aga des Janiſſaires,
a été nommé au Gouvernement de Choc
zim , Kei Oſman, Bacha, à celui de Nico
médie ; & le Tſchaach-Bachi s'eſt démis de
ſon poſte en faveur de ſon frère.
Le bruit ſe répand qu'il s'élève de nou
veaux troubles en Perſe. Haſſan - Begzed
Han s'y eſt procuré un parti conſidérable,
qui ſemble lui aſſurer la ſupériorité , & on
dit qu'il ſe propoſe d'envoyer dans cette
Capitale un Miniſtre chargé de riches pré
ſens. Son projet eſt d'obtenir que la Porte le
#en qualité de Souverain de la
CI1C. - -
( 1; )
R U S S I E.
· De PÉ T E R s B o U R G, le 26 Novembre.
LE Grand-Duc & la Grande-Ducheſſe
ſont attendus dans cette Capitale le 3 du
mois prochain , ils ont dû arriver le 2o de
celui-ci à Riga.
L'Impératrice a nommé le 1 1 de ce mois
M. Jean Severin, ci devant ſon Secrétaire
de Légation à Conſtantinople , à la place
- de ſon Conſul général dans la Moldavie »
la Walachie & la Beſſarabie , M. de Laska
roff qui \'occupoit, eſt nommé Réſident àe
S. M. L. près le Khan de Crimée , dont on
ſe propoſe toujours le rétabliſſement. On ne
croit pas que la Porte, vu ſon état de foº
bleſſe actuel, ſe détermine à s'y oppoſcr
S U E D E.
E)e S T o c r H o L M, le 3 Décembre
M. Adams , fils du Miniſtre Plénipoten
tiaire des Etats-Unis de l'Amérique Septen
trionale auprès des Etats Généraux des Pro
vinces-Unies des Pays-Bas, eſt arrivé depuis
quelques jours dans cette Capitale. Il ne
paroît pas qu'il ſoit chargé d'aucune miſſion
politique , on dit ſeulement qu'il vient faire
· des achats de canons de fer,
Le Capitaine Koelberg, du corſaire Hol
landois le Veerenaar , eſt libre , ainſi que
ſonbatiment, à Marſtrand , depuis lc $ No
( 14 )
vembre , cependant il ne peut quitter ce
port qu'après avoir payé 1758 rixdalers pour
les dépenſes de ſon équipage pendant ſa
détention. Il avoit tiré une lettre de change
pour cette ſomme ſur ſes commettans, qui
n'ont pas voulu l'acquitter & qui l'ont laiſſé
proteſter.
A L L E M A G N E.
De HA M B o U R G, le 7 Décembre. .
RIEN de plus incertain que les nouvelles
qui ſe débitent ſur ce qui ſe paſſe en Cri
mée ; il eſt vrai que le bruit s'étoit répandu
des progrès des Ruſſes dans cette péninſule,
qu'on diſoit qu'ils avoient pacifiée , après
avoir défait une armée conſidérable de Tar
tares; alors les armées n'étoient pas encore
au moment de ſe joindre, puiſque celle des
Ruſſes n'étoient pas arrivées ſur la fron
tière. Aujourd'hui ces bruits ſe renouvellent ;
ils portent que Sahim Guerai eſt rétabli; mais
· les ſeuls garans qu'on puiſſe donner, quant
à préſenr, de cette nouvelle, ce ſont quel
ques Négocians Grecs venant d'Oczakow ,
qui l'ont portée en Pologne , d'où elle a
paſſé dans tous nos papiers. Elle ne tardera
pas à ſe confirmer, ſi elle eſt fondée.
En attendant , les lettres de Conſtanti
nople ne parlent que de préparatifs , qui
font craindre une guerre ; les Turcs met
tront en mer deux eſcadres ; ils fortifient le
port de Meſembria, qui appartient au Grand
i -- ,
|
|
t 15 W
Seigneur, ſur les côtes d'Europe ; & l'ordre
a été donné au Bacha de Choczim de rava
ger à 10 lieues à la ronde tous les environs
de cette Ville, ſi quelque corps de troupes
Ruſſes fait mine de s'en approcher. Mais
quoiqu'on puide conjecturer de ces diſpo
ſitions, ce n'eſt qu'au printems que les af
faires, à cet égard , pourront prendre un
tour déciſif.
» Le 27 du mois dernier, écrit-on de Vienne ,
il arriva un Coulier de Pétersbourg, a l'iſſue du
quel l'Empereur eut une longue conférence avec
| le Prince de Kaunitz. On en ignore l'objet & le ré
ſultat ; on a dut ſeulement que S. M. I., qui s'étoit
propoſé d'a\ler en Italie, a ſuſpendu ſon voyage ,
& qu'elle a ordonné des négociations d'argent , à
4 pour cent; M. Ettorn & Fils, d'Anvers, travaillent
à une levée de 2 millions de florins de Hollande ,
& il a été expédié dans les Pays-Bas des ordres
pour augmenter de 5o hommes par compagºº »
tous les régimens qui ſe trouvent dans ccs PIO
V11]ceS cr,
Nous liſons dans une lettre de Trèves »
que nous venons de recevoir , que l'Elec
teur penſe bien à mettre ſur un autre pied
ſon Univerſité, & tout ce qui regarde ! inſ
truction de la Jeuneſſe; qu'il a fait propoſer
· à différentes Abbayes d'y concou#r ',!º
que le Clergé ne s'eſt point aſſemblé à
Coblence ſur ce ſujet , & qu'il n'y avºit Pº
été queſtion de l'offre de 18,ººº florins
annuels , qu'on lui prêtoit dans une †
· de Mayence, inſérée dans un de § #
naux , ni d'aucune eſpèce de ſuppreſſion Cº
| --
()voyez le Journal du * Novembre dernier , Pag° 2°
A
- - s
-
| | -- * - º - - -- *
-
-
( 16 )
E S P A G N E.
De CA D 1 x , le 7 Décembre.
M. le Comte d'Eſtaing ne peut pas tarder
^ • • • -
à arriver ici ; & quoique l'armement de la
flotte n'ait ſouffert aucune interruption , ſa
/ J
préſence ne peut manquer d'accélérer en
core les travaux.
Le navire Impérial la Ville de Vienne ,
a mouillé hier matin dans cette baie ; il
vient de l'Iſle de France , & a mis 146 jours
à ſa traverſée. Voici les rapports du Capi
taine.
Il avoit laiſſé M. de Buſſy ſe préparant pour une
expédition à laquelle il ne doit pas employer moins
de 7 à 8ooo blancs; il n'attendoit pour partir que
la diviſion de M. de Peynier, qui devoit paroître
à la fin de Juillet à l'Iſle de France. On avoit
reçu avis que M. de Suffren avoit attaqué trois
fois l'Amiral Hughes ; ces combats n'avoient pas
été déſicifs , parce que l'Amiral Anglois s'étoit
toujours trouvé à portée de ſe retirer à Trincomale,
eù il ne pouvoit être forcé. On aſſuroit cependant
que, dans la dernière affaire, le vaiſſeau Amiral
avoit été briſé , & un ſecond obligé de faire côte.
On ajoute que M. de Suffren avoit débarqué l'ar
mée Françoiſe à Porto-Novo; après avoir fortifié
ce poſte dans lequel on avoit laiſſé un petit nombre
d'Européens & un corps conſidérable de Sipayes ,
l'armée Françoiſe s'étoit portée dans l'intérieur
du pays pour ſe joindre à Hyder-Aly, dont toutes
les diſpoſitions menaçoient Madras.
Il paroît qu'on ne pouvoit pas avoir le
3 Juillet à l'Iſle de France , des nouvelles
d'un troiſième combat entre les eſcadres de
l'Inde ; ainſi les détails donnés par le navire
Impérial , ne ſemblent pouvoir être rap
portés qu'au ſecond combat, dans lequel
l'Amiral Hughes a véritablement eu deux
, vaiſſeaux aſſez maltraités, pour qu'il ait été
obligé de les brûler ou de les faire échouer.
A N G L E T E R R E.
De L e N D R E s , le 23 Décembre.
Nos dernières nouvelles de l'Amérique
- /
Septentrionale nous ont été apportées par
· le paquebot le Swallow , parti de Nevy
Yorck le 24 Novembre. Elles ont diſſipé les
incertitudes & les inquiétudes qui reſtoient
encore ſur le ſort du Capitaine Aſgill, deſ
tiné à périr, en repréſailles de la mort de
l infortuné Huddy , la Gazette de New
- Yorck du 23 Novembre , contient à ce ſujet
la réſolution ſuivante du Congrès, en date
du 7 du même mois.
» D'après le rapport du Comité auquel avoit été
renvoyée une lettre d'un Commandant en chef, en
date du 19 Août, un rapport du Comité ſur cet
objet, & une motion de MM. Williamſon & Rul
ledge, y relative, & auſſi une autre lettre du Com
mandant en chef, en date du 2 5 Octobre, avec une
copie d'une lettre du Com e de Vergennes, en date
du 29 Juiilet dernier, par laquelle il intercédoit en
faveur du Capitaine Aſgill. — Arrêté q e le Com
mandant en chef aura ordre, & qu'il lui eſt donné
ordre par les préſentes , de mettre en liberté le Capi
taine Aſgill «. -
Le Général Washington , en envoyant
cet acte du Congrès au Capitaine Aſgill »
( 18 )
|
|
|
|
4
lui adreſſa la lettre ſuivante , datée du quar
tier général le 1 3 du même mois.
» M. c'eſt avec la ſatisfaction la plus vive que je
vous envoie la copie ci-incluſe d'un acte du Congrès
du 7 de ce mois, par lequel vous êtes délivré de la
ſituation facheuſe où vous avez été ſi long-tems.
Comme je ſuppoſe que votre intention eſt de vous
rendre à New - Yorck le plutôt poſſible, je vcus
adreſſe ci-joint t n paiſe pcrt à cet effet. — Votre
lettre du 1 8 Octobre m'a été 1 emiſe comme elle
devoit l'é re. Je vous prie de croire que ſi je n'y ei
pas répondu plutôt, ce n'eſt point par Inanq e d'égards
pour vous ni de ſenſibili é pour votre ſitua
tion, j'attendois d'un jour à l'autre ure déciſion ſur
votre affaire, & j'ai penſé qu'il valoit mieux ſºſ
pendre ma réponſe que de vous donner des eſpé
rances qui auroient pu ne ſe pas réaliſer. Vous vou
drez bien auſſi attribuer au même motif le retard
des lettres ci-incluſes qui m'ont été remiſes il y a
· une quinzaine de jours. - Je ne puis prendre congé
de vous, M., ſans vous aſſurer que, ſous quelque
point de vue que l'on puiſſe conſidérer ma conduite,
je n'ai jamais été animé par des motifs ſanguinaires
& je n'ai ſuivi d'autre impulſion que celle de mon
devoir , qui, ſelon moi, m'impoſoit l'obligation de
prendre, quoiqu'à regret, toutes les meſures néceſ
ſaires pour prévenir la répétition des excès qui
avoient donné lieu à ce te affaire. Il y a toute appa
- -
- -
· rence que cet objet important ſera rempli ſans ré
pandre le ſang d'une perſonne innocente, & je voºs
prie de croire que cette heureuſe iſſue ne me cauſe
pas moins de plaiſir qu'à vous même *. . . »
Ceux qui ont pris le plus tendre intérêt
au ſort de cet Cfficier , applaudiront à la
modération & à l'humanité du Congrès , ils
apprendront en même-tems avec plaiſir gue
M. Aſgill qui a paſſé en Europe ſur le même
( 19 ) .
paquebot , eſt arrivé actuellement en An
gleterre , où il va raſſurer & conſoler par
ſa préſence, ſa fmille & ſes amis, qui ont
long tems tremblé pour lui. -
Les papiers Américains arrivés en même
tems, offrent quanti é de réſolutions priſes
par le Congrès , au ſujet des propoſitions
de paix qui lui ont été faites par l'Argle
terre , & qui toutes manifeſtent ſon deſtein
de ne traiter que de concert avec la France.
Le 2 1 Oétobre il arrêta un jour de jeûne &
d'actions de graces pour le 28 Novembre ,
& publia à cette occaſion la proclamation
ſuivante. - - - -
» Le devoir indiſpenſable de tous les peuples
étant d'adreſſer non-ſeulement leurs prières au Dieu
tout-puiſlant, diſpenſateur de tout bien, pour obºe
nir ſa protection favorable dans les tems de détreſſe ;
mais auſſi de le louer d'une manière ſolem elle &
publique ſur ſa bonté en général, & en particulier
ſur l'interpoſition grande & frappante de ſa pro
vidence en notre faveur : en conſéquence, les Etats
Unis, aſſemblés en Congrès, ayant pris en conſidé
ration les traits multipli s de la faveur divine pour
ces Eta s, durant le cours de cette importante q'ie
relle, dans laquelle ils ſont engagés depuis ſi long
tems; de plus, l'Etat proſpère & avantageux des
· affaires publiques & les évènemens de la guerre dans
le cours de cette anrée qui approche de ſa fin ; ſur
tout l'harmonie des délibéra iºns publiques, qui eſt
néceſſaire pour la proſpérité de la choſe commune ;
l'entière union & la bonne intelligence qui juſqu'à
préſent ont eu lieu entre leſdits Etats & leurs Confé
dérés, malgré les efforts artificieux & imprévus
de l'ennemi commun, pour exciter la diviſion eº
les deux; que le ſuccès des armes des Etats-Unis &
( 2o ) -
de celles de leurs Confédérés, en même-tems la recon
noiſſance de leur indépendance pat une autre puiſſance
Européenne, ( la Hollande ) dont l'amitié & le com
merce doivent être d'un avantage grand & durable
pour ces Etats. En conſéquence, il eſt par celles-ci re
commandé en général aux habitans de ces Etats, de
faire attention; & les divers Etats ſont priés d'em
ployer leur autorité à fixer & ordonner que le Jeudi,
28 Nov., ſoit conſacré comme un jour d'actions de
graces publiques à Dieu pour toutes ſes miſéricordes ;
& que leſdits Etats recommandent de plus aux Ci
toyens de tous les rangs de témoigner leur recon
noiſſance à Dieu pour ſa bonté, par une obéiſſance
joyeuſe à ſes loix, & en avançant chacun ſuivant
ſon état & ſon influence, la pratique de la religion
vraie & non altérée, qui eſt la grande baſe de la
proſpérité du pays & du bien être du peuple «.
La Gazette de New-Yorck que nous
avons reçue par la même malle, eſt du 18
Novembre , & contient quelques articles
que nous tranſcrirons.
» M. Elias Bondinot, de la Province de New
Jerſey, a été élu Préſident du Congrès. - Un
Parlementaire venant de Boſton , nous a appris,
Samedi dernier, que l'eſcadre Françoiſe, mouillée
dans ce port, avoit été réparée complettement ;
mais que le vaiſſeau l'America, qui devoit la joindre
par ordre du Congrès, avoit été endommagé au
moment où on le lança, de manière à ne pouvoir
ſervir de quelque tems. — Les troupes Françoiſes,
a tx ordres du Comte de Rochambeau , étoient
arrivées près de Boſton, au départ du Parlementaire.
— Un ſchooner qui vient d'ariiver ici, nous apprend
que ſix jours après avoir quitté Ste-Lucie d'où il
vient, il avoit apperç , une eſcadre de 13 vaiſſeaux,
faiſant route au S. É.; il fut chaſſé par un cutter
qui ne put le joindre, — On aſſure que la Chambre
( 21 )
.
|
|
|
d'Aſſemb'ée de l'Etat de Connecticct, a paſſé un
acte pour rappeler tous ce x qui ont quit é ce pays ,
avec promeſle de leur teſtituer leurs proprieres &
de protéger leurs Feiſonnes : on n'excepte de cette
grace, que ceux qui ont pillé & déva :é la côte du
Contineiit. -
Les nouvelles arrivées des Iſles nous ont
été apportées par les paquebots le Carteret
& le Prince Henri-William, partis d' Anti
gues. Elles portent que cette Iſle eſt dans
l'état le plus florillant, ne manquant de rien
de ce qui lui eſt néceſſaire pour la vie & la
défenſe de ſes habitans. Les lettres particu
lières arrivées en même-tems de différentes
Iſles, ſemblent annoncer qu'on y projete
une expédition , dont le Major-Général Ma
thieu ſera chargé, & qu'on n'y attend pour
A'effectuer que la nouvelle poſitive du retour
de l'Amiral Pigot Nos papiers ne manquent
pas d'entrer à cette occaſion dans les détails
ſuivans.
» Les habitans de la Barbade, diſent ils, ont
préſenté au Général Mathews trois pétitions, pour
le prier de leur accorder ſon aſſiſtance dans une
expédition qu'ils projettent contre la Guiane, &
pour laquelle, ils offrent 2o3 volontaires. Cet eſ
prit de reſſentiment provient des grands déſavantages
que cette iſle a éprouvés en perdant le commerce
des Colonies, & ſur-tout d'un article de la capitula
tion, qui décharge les habitans de toutes dettes
envers la Grande-Bretagne & ſes iſles, juſqu'à ce
que ceux de Ste-Lucie ayent payé les leurs à la
France. -
Selon les mêmes rapiers on fait de grands
préparatifs à la Jamaïque.
( 22 )
» Le premier Octobre, M. Dirom , Député
Adjudant-Général, publia, en vertu des ordres du
Commandant en chef, une proclamation pour in
former le public que le Roi a autoriſé les ſieurs
William Henri Riketts & William Lewis , à lever
deux bataillons d'hommes de couleur libres, pour
être employés en qualité de Chaſſeurs & de troupes
légères au ſervice & à la défenſe de l'iſle. — Le
28 Octobre, le Gouverneur a mis un embargo ſur
tous les vaiſſeaux & bâtimens qui ſe trouvoient dans
les ports de la Jamaïque , & cet embargo doit
durer juſqu'à nouvel ordre. — La flotte de cette
iſle, compoſée d'une centaine de voiles, non com
pris ſix tranſports ayant à bord 1ooo priſonniers
François, a dû appareiiler le 25 Novembre, ſous
l'eſcorte de l'Ajax, de l'Ardent & de l'Hydre «.
On apprend de Portſmouth que toute
la petite eſcadre du Commodore Elliot y
eſt rentrée le 2o de ce mois. Le Bombay
Caſtle, le Romney, le Pégaſe & l'Ariane,
y ſont auſſi actuellement en sûreté , leurs
Capitaines rapportent , dit-on , qu'ils ont
· rencontré dans leur croiſière une eſcadre
ennemie de 1o vaiſſeaux de ligne, ayant
ſous ſon convoi 3o bâtimens, tant tranſ
ports que munitionnaires; ils ont pris chafſe
auſſi-tôt, & le Pégaſe a manqué d'être pris ;
il n'a échappé que par la ſupériorité de ſa
marche : l'Amirauté a en conſéquence en
voyé de ncuveaux ordres , pour que l'eſ
cadre deſtinée pour les Iſles ſoit portée à
15 vaiſſeaux de ligne , & pour qu'on pré
pare à Portſmouth des bâtimens de tranſ
port qui prendront les troupes qui doivent
s'embarquer ; il paroît d'après cela que le
( 23 )
Miniſtère a craint que les vaiſſeaux mar
chands ne fuſſent pas raſſembles à tems.
Selon les lettres de Plymouth , on y a
reçu également ordre d'équiper , le plutôt
poſſible, tous les vaiſſeaux qui ſont dans ce
Port , ce ſont l'Egmont , l'Aſie , de 64,
l'Artois , l'Hébé , de 4o , l'Appollon, de
3 2, l'Abondance, de 24 , tous ſont, dit
on deſtinés pour le dehors.
» L'Amirauté, diſent nos papiers, a nommé les
Capitaines qui doivent commander les vaiſſeaux
qu'on a réparés & approviſionnés depuis le retour
de l'eſcadre de Gibraltar, pour ſervir au - dehors.
Le commandement des forces navales eſt donné
au Chevalier John Lokhart Roſſ, & ce'ui des forces
de terre aux Généraux Dalling & Gray. Les Bu- .
reaux travaillent avec toute l'activité poſſible à
accélérer \'ext édition projettée. Les Artilleurs de
N colvich doivent s'embarquer ſur les tranſports
qºi ſont actuellement dans la Tamiſe, leſquels ſe
#ndront auſſi-tôt, avec tous les vaiſſeaux portant
l'artillerie, à Portſmou h, cü eſt le rendez vous
†- Cinq régimens de l'établiſſement d'Ir
ande ont, dit-on, ordre de ſe tenir prêts à s'em
barquer, & en va faire une augmentation de dix
compagnies dans l'établiſſement actuel des Soldats
de maiiue : elles doivent être levées avec toute la
célérité poſſible.- Pluſieurs jeunes Seigneurs s'em
barqueront en qualité de Volontaires avec le Général
Dalling. Les régimens nommés pour ſervir ſous
ſes ordres ſont le 36e, le 68e, le 77e & le 81e.
Cette expédition eſt, dit-on, deſtinée pour les iſles
de l'Amérique, où le Gouvernement eſt informé
que les François envoient un renfort de troupes
& de vaiſſeaux, & oü il préſume ºe doit ſe readºº
la dernière eſcadre partie de Bºſtº,
- ( 24 )
C'eſt au milieu de tous ces préparatifs de
guerre que l'on parle de paix & qu'on la
négocie ; qu'en annonçant au Parlement
qu'on y travaille , qu'en diſant même que
l'on a l'eſpoir de la conclure, on lui a ºe
mandé 1 1o,ooo matelots qu'il a votés , &
qui coûteront, à raiſon de 4 liv. ſt. par mois
pour leur entretien , y compris l'artillerie
de mer, 5,72 o,ooo liv. ſt.
» Aurons-nous la paix, aurons nous la guerre,
dit à cette occaſion un de nos papiers ? c'eſt ce
qu'il n'eſt pas aiſé de décider. Nos Miniſtres ſont
impénétrables , & ils cnt toujours obſervé le plus
profond ſilence à toutes les demandes qui leur ont
été faites au Parlement. M. Wraxall a prétendu,
dans la Chambre des Communes, que la France
faiſoit des demandes exho1bitantes du côté de l'Inde.
Il eſt certain que ſes affaires dans cette partie du
monde ſont dans une ſituation qui lui donne le drcit
d'exiger qu'elle y ſoit placée à l'avenir ſur un meilleur
pied qu'elle ne l'étoit en 176;. Ce n'eſt que d'après
cette psſition que nous re pouvons igrorer, que
M. Wraxall a conjecturé qu'elle demande la reſ
titution des trois Circars voiſins du Bengale. Ils
avoient été en effet cédés à M. de Buſſy, en 1753, par
les Princes du pays, & furent conquis ſur la France
dans la dernière guerre, Ces riches Provinces de
l'lnde ſont de la plus grande importance pour
y conſerver notre empire. Ie Gouvernement
n'a pas cru devoir ſe décider avant d'avoir con
ſulté les Directeurs de la Compagnie des Indes. Ils
ſe ſont aſſemblés à ce ſujet ; ils ont conféré avec
les Miniſtres : mais on ignore ce qu'ils cnt décidé.
En attendant, on s'égare ici en conjectures à perte
de vue;on embarraſſe le Miniſtère par des queſtions
auxquelles il ne peut ni ne doit répondre. Il eſt
certain que ſans le beſoin où il eſt de ſubſides,
le
-- • - ---- •
| -- ' -
- ( 2 5 )
- 1e parlement n'auroit pas été convoqué ; & il ſe
, peut qu'auſſi-tôt qu'ils auront été obtenus , il ſoit " .
diſſous *. -
Il ne paroît pas qu'il y ait encore d'autres
intérêts réglés que ceux entre la Grande
Bretagne & l'Amérique ; mais la Nation |
ignore encore de quelle marière ils l'ont
été. On n'en ſera inſtruit que lorſque le -
| Traité proviſionnel aura été mis ſous les
- yeux du Parlement ; cet objet a rempli une
partie des ſéances actuelles ; elle 5 n'off.ent
que les mêmes débats, & les détails dans
| leſquels nous ſommes déjt entrés nous
diſpenſent de les 1épéter. Nous nous bor
nerons ici à donner une idée des autres af
faires qui ont occupé la Chambre des Ccm
n unes juſqu'à ſon ajournement après les
| — vacances de Noë].
* La Chambre arrêta d'une voix unanime une
adreſſe de remerciement au Chevalier Edoard
H'ghes , Ccmmandant l'eſcade de S. M. dans -
1 Inde, au Cºmmodere Ki g & au Chevalie Eyre
| Coote. On obſerva ſeulement qu'on Le ſuppoſoit
pas qu'ils euſſent mis nos affaires ſur un meilleur
pied dans certe partie du monde, mais qu'ils avoient
mérité les remerciemens de la Nºtion pºur avºir
empêché qu'on ne nos fit beauco p plus de mal «.
» Le 19 le Secrétaire de la G erre fi t ne motion
qui paſſa, pour que la Chambre accordât à S. M. Une
ſomme de ſix cens mille livres po r les †: -
extraordinaires du dépa: tement des Extraor linair.s
de l'armée. — M. Fox fi une metien pour que ' s -
Miniſtres miſſent ſ.us les yeux de la èh-no, e lcs |
articles proviſionnels du T, cité avec l'Amérique ;
Le Lord'North fit ſur cette moüon un diſcours º !
| z Janvier 1783- b
.
–m(
26 )
fut généralement applaudi. Il préſenta ſ'état aétuel' -
des affaires ſous tous les points de vue imaginables,
& il déploya l'éloquence la plus mâle «.
» Le Lord Avocat fit une motion pour qu'on
renouvellât i'acte des peines & amendes contre le
Chevalier Thomas Rumbold & le ſieur Peter Petrin
qui ont amaſſé des biens énormes au ſervice de la
Compagnie des Indes. Le Chevalier Rumbold pré
ſenta une requête ; mais elle f,t rejettée. Selon
l'état des biens du Cbevalier Thomas Rumbold,
tei qu'il a été remis à la Chambre, le revenu des
biens fonds de ce particulier -monte à 2ooo livres
ſterling & ſes effets mobiliers à cent neuf mille.
—M. Pitt annonça qu'après la prorogation, il
mettroit ſous les yeux de la Chambre un plan de
réforme ſur la repréſentation du peuple au Parle
ment. Il déclara qu'il recevroit avec reconnoiſſance
tous les conſeils qu'on voudroit bien lui donner
our remplir ce travail ; & il aſſura que pendant
† fêtes il y auroit des conférences publiques dans
leſquelles on eſpéroit connoître l'opinion de la Na
tion. — M. Hartley , au grand étonnement de
toute la Chambre, fit la motion ſuivante : La Cham
bre eft d'avis que tous ceux qui conſeilleront de
continuer la guerre ſur le continent de l'Amérique,
ſoient déclarès ennemis de l'Etat. Pour la motion ,
I 3 ; contre 5o.
Le 23 , la Chambre ne s'eſt occupée que d'af
faires particulières juſqu'à 2 heures & demie,
l'Huiſſier à verge noire eſt venu lui annoncer
les ordres du Roi pour le ſuivre à la Chambre
des Pairs où S. M. venoit d'arriver. La Cham
bre s'y eſt rendue avec les bills d'argent qui ont
paſſé en loix, & pour leſquelles les Communes ont
reçu les remerciemens accoutumés. Après leur re
tour, la Chambre s'eſt ajournée au 2 1 Janvier,
& les Pairs au 27.
On prétend que lorſque M. Pitt a an
| ( 27 )
| noncé l'intention cù il étoit de faire une
motion relative à la réforme prºjettée dans
le Parlement , le Lord Avocat le pria de
prévenir la Chambre du jour cù il ſe pro
poſoit de la faire, pour que ceux des Mi
niſtres qui ne ſont pas de ſon avis ſur cette
affire importante, puſſent ſe préparer à la
diſcuter. -
La prorogation du Parlement au 2 1 Jan
vier , dit un de nos papiers, delivre nos
Miniſtres de la curioſité impatiente de quel
ques perſonnes qui voudroient que le Gou
vernement leur dît tous ſes ſecrets. D'ici à
cette époque il eſt probable qu'on ſaura enfin
à quoi s'en tenir ſur la paix ou la guerre ,
& alors les raiſons poar leſqucllcs l'un ou
l'autre parti aura été pris, ſeront ſoumiſes
à l'enquête que le Parlement a le droit d'exiger.
V.
» Le Chevalier John Jerwis, Commandant de
ce port, écrit-on de Plymouth, ne ceſſe d'envoyer
en croiſière les frégates & les ſloops qui ſo t ici.
- Nous avons actuellement dans le Gol e, 2
frégates & 1 cutter. On ne doute point que ces
bâtimens n'aient fait quelques priſes qu'ils auront
prebablement envoyées en Portugal. Le vaiſ
ſeau de S. M. le Médiator, de 44 canors, eſt
entré ici avec une priſe qu'il a faite ſur les Fran
çois; c'eſt un vaiſſeau François aPPellé la Ména
gère, chargé de munitions de gº , il étoit ſorti
de Bordeaux avec 5 autres bâ !º ºus le convoi
de 2 frégates Françoiſes, & † †ºéticane ap
pellée l' Alexander , de 2 *†éteit deſ\umé
pour le Port-au-Princcº Le IYié #r aNoit prºs
-• s,
•7
( 2 8 \
auſſi 2 vaiſſeaux de la flotte de Saint-D.mingue ;
mais il a été obligé de les abandonner , faute
d'hommes pour les amariner c«.
F R A N C E,
De V E R s A I L L E s , le 3 r Décembre.
L E Marquis d'Aſnières-la-Châtaigneraye,
ancien Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoiſes , & le Comte de Moléon, eu
rent , le 17 de ce mois, l'honneur de mon
rer dans les carroſſes du Roi & de chaſſer
avec S. M. M. Teſſier , Officier au Régi
ment de Lorraine , Dragons , eut, le 19 ,
l'honneur d'être préſenté à S. M. & de lui
faire ſes remerciemens pour la place de
Commiſſaire Général de la Maiſon du Roi ,
qu'elle a bien voulu lui accorder en ſur
vivance de M. Teſſier ſon pere.
Le 22 , le Duc du Châtelet a prêté ſer
ment entre les mains du Roi pour le Gou
vernement de Toul & Toulois , vacant par
la mort du Marquis de Lugeac.
Le même jour, le Comte O-Kelly, Miniſ
tre Piénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de M yence, eut l'honneur d'être préſenté
au Roi par le Comte de Vergennes, Mi
niſtre & Secrétaire d'Etat au département
des affaires étrangères , & de prendre corgé
de S. M. pour ſe rendre à ſa deſtination.
De P A R I s, le 3 I Décembre.
-
A L'ATTENTIoN eſt toujours tournée vers
les négociations qui doivent ramºnes la
- -

- E--
( 29 )
paix; on ſe flatte de vºir bientôt arrivet
les Meſſagers ºâºgleterre a§ les ſigna
turcs , ſi les papiers de Londres du , diſent
#ºny attend auſſi§ ſignatures de
ººº, on n'en peut rien inférer ſinon Guc
le ſecret de part & ºutte eſt bien ob -
que les négociations ººtinuent. L'eſpérance
de leur ſuccès ſe ſoutient & peut être tout
ſera-t-il arrangé pendant la COurte vacance
du Parlement ºtitannique , c'eſt - à - dire ,
avant les Rois.
*ctre dans une poſi - v -
º rès-reſpectable d§ Cette partie du1
monde; on en ºnd des nouvelle à chaque
» & peut-être ſºmmes-nous à la veille
d'en recevoir de plus fraîches que celles qu'a
A - - -
données le navi§ lmpérial arrivé l§ de ce
mois à Cadix.
* Un navire arrivé ici de la Mattin
#ourte traverſée, écrit-on de Nantes
les Anglois avoient raſſemblé 7 à $
Antigues, & ºu'on s'attendoit , dans Quelques-unes
de nos iſles , a une attaque de leur Part ; mais ayant
ºPPris l'arrivée de M. le Marquis de Bouillé a la
Martinique avec d§ ºſorts, & qu'il § jetté
des trottpes dans l - qui Pouvoient être
mºcnacés, ils ont renv * ºupes dans leurs
quartiers reſpectifs. A§ voilà -
ique après une
, rapporte que
ºco hommes 2
- tente Point de nou
Vcau, M. le Comte #'Eſtaing ºbligeta to§s ces
forces de deſcendre ſous le ve§ » au cas que la
campagne ait lieu, - - Le convoi parti de l'iſle
- - 4- - / - " - -
d'Aix, deſtiné pour la Mattiniq§ § §
-
>
3o )
| navires. Ils ſont tous heureuſement arrivés. La flûte
dont les Caoiſeurs Anglois ſe ſont emparés, étoit de
la petite eſcadre de M. de Borda, & s'en étoit ſé-.
parée. Ce convoi a répandu tant d'abondance dans
la Colonie déja avitaillée par les neutres, que le
bâtiment arrivé à Nantes a pris ſon chargement en
denrées d'Europe, c'eſt-à dire en vin & en ſavon.
Il a acheté le vin de Bordeaux à 5o liv., qui font
3 3 liv. argent de France, & le ſavon à 4o. Il vendra
ce dernier ici à 48 liv. , & le vin à 6o. Les ordres
que M. de Borda avoit de venir protéger le convoi
de l'iſle d'Aix, dès qu'il auroit mis à terre M. de
· Bouillé & ſes troupes, étoient fort ſages, & ont eu
1'heureux effet qu'on en attendoit, puiſque l'eſcadie
ſortie de Ste-Lucie, n'a rien pu entreprendre contre
Ce CUI1VO1 cc ,
On mande de Dunkerque que le 1 5 de ce
mois , le corſaire le Petit-Dunkerque y a
conduit le briq Anglois la Surpriſe de 15o
tonneaux, chargé à New-Yorck de tabac
pour Londres, & enlevé ſous l'Iſle de Wight.
Le 9 de ce mois, écrit-on de Cherbourg , il
eſt entré dans ce port le ſloop Anglois le Jean &
Mathieu, & le ſloop la Vigilante , le premier ,
chargé de 25o livres de thé & de 64 barils d'ea -
de-vie, alloit de Guerneſey à Londres, & a été
pris par le corſaire de ce port l'Alex indre , l'autre
de 4o tonneaux , chargé d'orge , allant de Peol .
à Liverpool , a été pris par la Sorºie de Dun
kerque.-Le 1o, le bricq Anglois le Roi-Geor#e ,
de 1 5o tonneaux, qui alloit, ſur ſon leſt, de Wa
-
-
- rerford à la Blanche-Havane, y a été envoyé far
Je corſaire de Dunkerque la Fantaiſie; le 1 1 , le
corſaire le Faucon, du même port, nous a envcyé
une autre priſe qui eſt un ſloop de 4o tornea ,
chargé de farine , allant de Chicheſter à Lenox : le
même Corſaire nous a envoyé encore le ſlo°P ên
)
e!ois le Thau, de 1 1o # .. chargé de pierres
de taille , allant de l'iſle de N. ight a Londres.
Le 8 de ce nnois M. de Caumartin , Cor12
ſeiller d Etat , Prevôt des Marchands de la
ville de Paris , eut l'honneur de préſenter
au Roi, à la Reine & à toute 1 , Famille
Royale la Médaille que cette Ville a fit frap
per à l'occaſion des Fêtes qui ont été célébrées
pour la naiiiance de Monſeigneur le Dau
phin , & auxquelles LL. MM. lui ont fait
j honrieur d'aſſiſter. Cette Médaille de 3 2
Iignes de diamètre , repréſente d'un cô:é
1es Buſtes du Roi & de la Reine avec cette
légende Ludovico XVI & M. Ant. Auſlr.
Fr. & Nav. Regi & Regine. A l'exergue :
Lutetia & de l'autre côté la Ville de Paris
préſente à LL, MM. le Tableau d'un Feſtin
que la Félicité publique accompagne avec
ces mots : So/emnia Delphini nata/itia ; à
l'exergue Rege & Regina urbem inviſentibus
2 1 Jan. 174'2.
» Parmi les divers aétcs de bien faiſance anncncés
depuis quelques années, la délivrance des priſonniers
pour dettes de mois de nourrices , eſt un de ceux qui
ont le plus intéreſſé. Rien en effet n'eſt ſi digne
de commiſération que le ſoit de ces pauvres pères
de famille, à qui il fut ſo haité, par la Bénédic
tion nuptiale, un grand nombre d'enfans qui ſont
devenus la cauſe de leur déſaſt:e. Leur empriſon
nement eſt moins une punition , qu'un dernier
moyen employé pour leur procurer des ſecours
de la part des perſonnes bienfaiſantes. Un géné
rcux citoycn conſacra l'année dernière, à l'occaſion
de la naiſſance de Mgr. le Dauphin, à la délivrance
de cette claſſe de priſonniers, 15coo liv, qu'il en
4
( 32 )
voya à MM. de Boiſſy ( rue Saint-Antoine, près
de la rue de Fourcy ), Tréſoriers de la Compagnie
de Meſſieurs de Charité pour l'aſſiſtance des pri
ſonniers & la délivrance de ceux détenus pour
dettes de mois de nourrices. Cette belle action a
été imitée. Pluſieurs perſonnes, tant de la Ca
pitale que des Provinces & même des pays étran
# ſe ſont empreſſées de contribuer à ce genre
c délivrance. Un notable citoyen de Paris, mariant
nne de ſes filles, fit précéder cette cérémonie par une
délivrance de priſonniers de cette eſpèce. Il envoya
à MM. de Boiſſy 6oo liv., dont l'emploi fut fait
à l'hôtel de la Force le 22 Août dernier, en pré
ſence de ce père vertueux, accompagné de ſa fille
& de ſon gendre futur. Les ſommes reçues pour
ces actes particuliers de bienfaiſance , ont monté
à 1o,866 liv., qui ont procuré la liberté de 176
priſonniers, dont 1o3 hommes & 73 femmes. En
joignant à cette ſomme toutes celles qui, depuis
l'heureuſe époque de la naiſſance de Mgr. le Dau
phin, ont été reçues pour le même objet, il en
réſulte une ſomme totale de 86,561 liv., avec la
uelle on a délivré 1721 débiteurs qui étoient pri
†, ou fugitifs pour éviter la priſon, Quelque
abondantes que ſoient ces aumênes, elles n'ont Point
tari la ſource des beſoins qui en ont été l'ebjet
on ſait que l'indigence ne ceſſera jamais de ſe
reproduire dans l'immerſité du peuple de Paris :
mais auſſi la bienfaiſance exiſtera toujours ; & les
coeurs qu'elle anime ne peuvent être invoqués
qu'avec ſuccès en faveur de ces pères infortunés,
dont l'empriſonnement a une cauſe auſſi attendriſ
·ſante «. · •
M. l'Abbé Bertholon , Profeſſeur de
Phyſique expérimentale des Etats-Généraux
de la Province de Languedoc , vient de
faire conſtruire à Paris des Paratonnerres ,
( : 3 )
à l'inſtar de ceux qu'il a fait élever à Lyon.
| Il y a maintenant un de ces a pareils ſirr
i'hôtel du Duc de Charoſt , déja frappé Ju
tonnerre ; un autte a été placé ſur le Cou
vent des Religieuſes Auguſtines Angloiſes :
la longueur totale du premier eſt de 1 2 5
pieds , & celle du ſecond de 1S3. L'un
s'enfonce dans un puits de 28 pieds , &
l'autre de 9o. Ces précautions, l'exactitude
· dans les jonctions , les communications
métalliques ménagées avec art, tout prouve
qu'ils ont été conſtruits d'après les meilleu s
principes.
» Le Parlement du Ccmté de Bourgogne, écrit on
de Beſançon, ſi célèbre par la ſageſie de ſes règ'emens,
crdonna, le 1 5 Janvier 1 598, qºe les Com
munautés de la Province, commettroient des Chaſ
ſeurs pour la deſtruction des loups, & qu'une ſomme
de 1o liv. ſeroit décernée pour 1écompe ſe, pour
chacun de ces animaux tués cu pris. Il a plu au
Gouvernement d'aſſigner, en 1776, des gratifications
en pareilles circonſtances : & des notcs qui viennent
de nous être communiquées, nous apprennent que
depuis qu'il a accordé ces gratifications, juſqu'au
Premier Mars 178o, on a tué en Franche-Comté,
*o73 loups, ſavoir 5 13 loups, 476 louves, &
1c84 louvetaux, On conçoit aiſément combien cet
établiſſement eſt utile, combien il eſt avantageux
pour l'Agriculture & pour la sûreté des campagnes «.
Nous nous empreſſons d'annoncer ici
une entrepriſe intéreſſante , qui fait hon
neur à ceux qui l'ont conçue, & qui mérite
routes ſortes d'enceuragemens de la part
du public : c'eſt une nouvelle #ºn des
j
34 )
CEuvres de Plutarque, traduites par Jac
ques Amyot. - -
» Elle ſera calquée ſur celle de Vaſcoſan, de 1567
& I 574, en 1 3 vol. in-8°., mais elle réunira en
même-tems l'avantage d'être plus exacte , mieùx
exécutée, & infiniment plus complette. On y join
dra les vies d'Annibal, de Scipion l'Africain, tra
duites par Charles de l'Ecluſe; celles d'Epaminon
das, de Philippe de Macédoine, de Denis l'aîné, de
Céſar Auguſte, de Plutarque, de Sénèque, de neuf
grands Capitaines, traduites du latin d'Emilius Pro-.
bus , la Décade ou les vies de 1o Empereurs, ex
traites & traduites de divers Auteurs, par Antoine
Allègre , imprimées en 1 556 par Vaſcoſan , ainſi
que les vies omiſes par Plutarque, traduites de
l'Anglois de Thomas Rowe; cette précieuſe collec- .
tion ſera terminée par les oeuvres morales de Plu
1arque ; elle ſera ornée de figures en taille-douce,
deſſinées & gravées par les plus grands Artiſtes qui,
au nombre de vingt, repréſenteront la plus belle
action de l'homme illuſtre , à la tête de la vie
duquel elles ſe trouveront. Avant la Préface de cette
nouvelle édition, ſera placé le portrait d'un jeune
héros , dont la modeſtie égale la valeur & la
ſageſſe. L'annoncer ainſi c'eſt le nommer. Ses vertus,
dans un âge où les hommes ne donnent ordinaire
ment que des eſpérances, retracent bien avantageu
ſement toutes les qualités du vainqueur de Carthage ;
& la poſtérité, en liſant la vie de Scipion l'Africain
& celle de M. le Marquis de la Fayette, partagera
entre eux ſon reſpect & ſon admiration. C'eſt à cet
aimable Seigneur que cette Edition eſt dédiée. Elle
contiendra 24 volumes in-8°. d'environ 5oo pages
imprimé ſur du Carré fin d'Angoulême. Oa en
tirera 1co exemplaires du même format ſur papier
de Hollande ; 5o in-4°. ſur papier ſuperfin de la
Fabrique de M. Mathieu Johannot d'Annonay , &
quelques-uns ſur du papier Velin, le premier fabri
-
3 5 )
qué en France par M. Réveillon, déja connu avan
tageuſement par la manufacture de parters rei:,ts
qu'il a élevée à Paris. L'impreſſion s'en fera chez M.
Pierres, Imprimeur ordinaire du Roi, qui a fa.t
fondre exprès des caractères pour cette Edition,
qui paroîtra en quatre livraiſons égales, dont la
première ſe fera à la fin d Octobre 178 ;. La ſouſ
cription eſt ouverte juſqu'au premier Avril prochain
pour Paris, & juſqu'au premier Mai pour la Pro
vince & pour les pays Etrangers. On doit prévenir
les Amateurs jaloux des premières Epreuves des
Eſtampes , qu'on ſuivra , dans leur diſtribution ,
l'ordre chronologique des Souſcriptions (1).
M. le Vaſſeur , Graveur du R bi , vient
de finir quatre Eſtampes , dont les ſujets
ne ſauroient être plus intéreſſans , & qui
ſont rendus avec tout le ſuccès qu'on avoit
lieu d'attendre d'un burin auſſi diſtingué
que le ſien. La première eſt d'après un
tableau de M.Verdier, & repréſente Octaviºn
rendant viſite à Ciéopâtre , ce tableau eſt
tiès-riche & de la plus grande exprcſſion.
Les deux principaux peiſonnages occupés
du ſoin de ſe tromper réciproqucm-nt,
^--
(1) Qn ſouſcrit à Paris chez M. J B. Cuſſac, Lib aire , au
Parnaſſe François, rue du vieux colºmbi r , en face de la
rue Caſſette. Le prix des 24 vol. in-8°. ſur carré fin d'Angou
lème ſera de 132 liv., dont ou payera 27 en ſouſcrivanr,
pareille ſommé ºr#cevant chaque livraiſon , à l'exception
de la dernière ponr laquelle on ne payera que 4 li .. Cetix jui
†#rai # # la biº
, , -- . que vol. in 3°. ſe payera , ſo';.—Le
prix du même format º Papier l'Hoºlande ſera de : s; 'iv.,
†§
#ºPºº ºº la dernière pour laquelle on ne don.
nera que 48-liv. - L'exemplaire in 4°., ſur papier d'Anno
#X : º # 2" V. .. dont 144 en ſouſcrivant, fomme à chaque livraiſon, & pareille - , & P
| -
- - b 6 - -
( 36 )
Octave voulant faire ſervir Cléopâtre à ſon
triomphe, & celle ci réſolue de mourir plu
tôt, ſont parfaitement rendus. La ſeconde
offre une jeune & jolie Laitière , debout
auprès de ſon cheval , ſur la tête duquel
elle s'apuye d'un bras ; d'après un tableau
de M. Greuſe. Le burin de M. le Vaſſeur
a ſupérieurement rendu l'eſprit du tableau
original ( 1). Les deux autres Eſtampes ſont
le combat d Hercule & d'Acheloüs, d'après
M. J. Chriſtophe, Peintre du Roi, & Tan
crède & Herminie, d'après Romanelli : elles
ont été gravées par M. François le Vaſſeur.
On lit dans l'Affiche de Meaux, que les centenaires
ſont très-rares dans cette ville, & même dans la
Province ; que cependant il y exiſte actuellement
une femme âgée de 1o 1 ans. La veuve Médard,
c'eſt ainſi qu'on l'appelle, qui vient d'eſſuyer une
forte maladie dont elle eſt bien rétablie, cffre un
phénomène plus étonnant encore que ſes années. Ses
cheveux qui depuis l'âge de 6o ans, étoient devenus
très - blancs , ont changé totalement de couleur
depuis 3 mois; ils ſont aujourd'hui d'un très-beau
L1O1I'.
On nous a fait paſſer la note ſuivante,
avec prière de l'inſérer dans ce Journal.
» Un citoyen qui aime ſa patrie, invite ſes
compatriotes à s'occuper des queſtions ſuivantes.
— 1 °. Quand, par qui & comment s'eſt introduit
I'uſage de faire payer les cartes chez ſoi ? 2°. N'eſt il
pas honteux pour une Nation policée comme la
nôtre, qu'on puiſſe lui reprocher un abus ſi con
[1] Le prix de chacune de ces Eſtampes eſt de 6 liv. Les
deux autres ſe vendenr 4 liv. chacune ; elles:ſe trouvent chez
M. J. C. le vaſſeur, Graveur du Roi & de S, M, I. & R. »
rue des Mâçons.
( 37 )
traire à l'honnêteté, ſi gênant pour la ſociété ?
3°. Quand il ne ſeroit pas mal-honnête de faire
payer les cartes à ſa ſociété, comment ne rougit
on pas de les faire payer quatre fois, ſix, dix
fois, &c. au - delà de ce qu'on les paye au mer
cenaire qui les débite ? 4°. Peut-cn pardonner ce
gain illicite aux Cafés, aux tripots même ? Ccm
ment le pardonner aux maiſons oü on fait parade
de grandeur, de nobleſſe & de généroſité ? 5°. Taxer
les cartes comme on le fait, n'eſt-ce pas faire payer
par ſes hôtes & ſes amis, les repas qu'on leur
donne, la bougie, le bois, la livrée , &c. &c. ?
6°. Y a-t-il un motif qui puiſſe excuſer un uſage
auſſi révoltant ? S'il n'y en a pas , ne mérite-t-il
pas d'être flétri & proſcrit « ?
L' Académie des Sciences, Arts & Belles
Lettres de Châlons-ſur-Marne , propoſe
pour ſujet du Prix qu'elle adjugera dans
ſon Aſſemblée publique du 25 Août 1784,
les moyens de perfectionner l'Education des
Colleges. Les Mémoires écrits en François
& en Latin ſeront envoyés francs de port
à M. Sabathier , Secrétaire perpétuel de
l'Académie, avant le premier Mars 1784.
Le Prix que l'Académie de la Rochelle avoit
propoſé pour l'éloge d'Anne de Montinorenci, Duc
& Pair , Grand-Maître, Connétable de France &
Premier Miniſtre de François I & François II, fut
adjugé dans ſa ſéance du 26 Juillet dernier, à
deux Diſcours compoſés par deux Avocats de cette
ville. L'Acceſſit a été donné à Madame de Châ,
teau-Renault. C'eſt ainſi que M. de Seignette, Se
crétaire de l'Académie, s'exprime ſur l'ouvrage
de cette Dame. - » La digne émule des Panégy
riſtes de Montmorenci, à laquelle on pourroit ap
pliquer ce que Virgile a dit de Penteſilée : —Au
detque viris concurere yirgo, a pris pour deviſe
33
-
eºtte maxime de le L#ºuter : Quand on écrit
"hiſtoire , il faut dire la vérité... .. Nous devons
Publier à ſa gloire que ſon diſcours n'annonce pas
fºulement un eſprit cultivé & accoutumé à réflé
chir & à comparer ſes idées, mais encore de la
force & de la grandeur d'ame; elle s'eſt miſe au
deſſus de certains préjugés à la mode qui auroient
ſans doute retenu la plume de quelques - uns de
nºs Ecrivains Philoſophes ; elle a eu le courage
d'élever ſa voix en faveur de la vertu auſtère,
des bons principes & de la ſaine Doctrine. A ccs
avantages, elle réunit encore le mérite d'un ſtyle
ſimple & pur, beaucoup de penſées fines & déli
cates , des morceaux également bien vus & bien
touchés , particulièrement celui de nos guerres
civiles. Mais ſa Péroraiſon ſur-tout efface celle
de ſes rivaux ; elle eſt tout-à-la-fois ingénieuſe ,
éloquente & ſublime, pleine d'ame, d'intérêt &
de ſentiment ( r).
, L'importance des Matières qui ſont trai
tées dans le ſeptième cahier des Réflexions
Philoſophiques ſur la civiliſation que vient
de faire paroître M. de la Croix, mérite
qu'on leur donne la plus grande publicité.
» L'Auteur, après avoir fait ſentir que les Déli
bérations qui produiſent les plus dangereux déſor
dres dans la ſociété ſont preſque tous impunis, pré
ſente une idée qui nous a paru neuve. » Jl exiſte ,
dit-il , en France un Tribunal auguſte, que l'on a
décoré , avec raiſon , du ncm de Tribunal de l'hon
neur. Là, les Chefs de la Nobleſſe militaire domi
nant ſur tous ſes membres , armés d'une auto1ité
T1 ] Cet Eloge Hiſtorique d'Anne de Montmorency , par
Madame Château Regnault , ſe trouve à Paris chez M. Mou
tard , Imprimeur Libraire de la Reine , de Madame , & de
Madam : la Comteſſe d'Artois , rue des Mathurins , Hôtel
de Clugny , in-8". , ptix , 6 ſols.
- | - '»
-
·.
Y
9
préeieuſe , ramènent à ſa parole le Gentilhommr
aſſez peu délicat pour ne s'en plus croire l'eſclave ,
forcent la vengeance à oublier ſes projets homi
cides dans les bras de ſon ennemi , enchaînent la
violence , & répandent ſur la lâcheté un voile de
des honneur. Le bien qui réſulte de ce Tribunal, eſt
inapréciable, en ce qu'il contient la fougue de l'ordie
des Citoyens le plus fier, le plus tumultueux & le plus
indomptable. Il ſeroit peut-être à déſirer qu'un a re
Trib nal dirigé dans le même eſprit , étendît ſon
empire ſur tous les Membres du Tiers-Etat, & füt
Juge des actions contraires aux bonnes moeurs , &
des procédés réprouvés par la vertu & la délicateſſe ".
-Nous voudrions pouvoir rapporter ici les moyens
que M. de la Croix indique dans le Chapitre ſur la
Commiſſion de Grace , pour faire tourner la capti
vité des Priſonniers détenus à Bicêtre & dans d'au
tres Priſons au profit de l'Etat & à l'avantage de
ceux qui ſont privés de leur liberté. L'Auteur fait
une réfléxion bien ſage ſur les dangers de l'oiſiveté
dans laquelle on fixe pendant des années entières
ces malheureux, » Eſt - ce dans la ſolitude d'un
ººéanon , ou dans l'horreur d'une ſalle de force,
9ue'le moral d'un eſcroc, d'un libertin, ſe punfiera ?
Eſt-ce-là qu'il acquerra la poſſibilité & contrac
tera l'habitude de vivre de ſon ſalaire , le jour où
#ndu à la liberté il faudra qu'il paye ſon pain , ſon
lit, des vêtemens ? A quoi un miſérable captif dont
tous les inſtans s'écoulent dans la gêne & l'aban
don, peut-il ſonger ? Il ne doit rêver qu'aux moyens.
de briſer la porte de ſa priſon, & d'en percer les
murs. Mais bien - tôt il retombe dans une eſpèce
d'abrutiſſement, ou de rage en fentant linutilité &
le danger de ſes efforts. Q 'on ſe peigne une troupe
de bandits entaſſés pêle-mêle dans une même cham
bre, couchés ſur la même paille , & auxquels on
apporte tous les jours, à une certaine heure , de
groſſiers alimens, comme à de vils animaux ren
( 4o ) -
fermés dans une Ménagerie. Maulire leurs gar
diens, prendre en averſion l'eſpèce humaine , conſ
pirer contie elle , ſe perfectionner dans la ſubti
lité du larcin , ſe plonger dans l'horreur des
vices les plus honteux , voilà l'emploi de leur
tems. Ainſi au lieu de purifier le crime , on r e
fait qu'en achever la corruption. » — Mais c'eſt
ſur-tout dans le chapitre de l Infanticide que l'Au
teur a développé des idées d'une grande utilité.
» Le grand oeuvre d'humanité & d'adminiſtration ,
dit M. Delacroix, ſeroit accompli, ſi à ce monu
ment que la bonté éclairée de nos Rois a élevé
pour recevoir l'enfance délaiſſée par la misère ou
la crainte du déshonneur, correſpondoient d'autres
monumens élevés pour les nourrir. Le premier ſe
roit moins accablé ſous cette charge, que l'averſion
pour les unions légitimes rend de jour en jour plus
grande. Il ſeroit poſſib'e d'imprimer à ces maiſons
un caraétère aſſez religieux , de les décorer d'un
aſpect aſſez vénérable, aſſez important pour les faire
adopter par le repentir. Des filles qui, après leurs
fautes, ſe dévoucroient à l'alaitement & ſucceſſive
ment aux autres ſoins qu'exige l enfance, n'auroient
pas ſans doute, aux yeux des hommes, le même
éclat que les vierges qui habitent les cloîtres; mais
elles acquerroient des droits à la reconnoiſſance de
l'eſpèce humaine ; & ſi un jour quelques-ures des
retraites, que de ſages Règlemens rendent d'années
en années plus déſertes, devenoient abſolument ſo
litaires, quel inconvénient y auroit-il à les conſacrer
à cet cbjet d'utilité publique ? Ce ſeroit à la prudence
des Chefs de ces demeures précieuſes à y aſſigner
des égards & des diſtinctions meſurées ſur l'édu
cation, l'exiſtence & les principes des perſennes
lui s'y ſeroient réfugiées, de prévenir des confu
§ humiliantes pour de véritables victimes de la
ſéduction & de l'erreur du moment *.
( 41 )
Maximilien Louis de Saiſſeval , Seigneur
de Rique-Maiſnil , &c. ancien Lieutenant
Colonel du Corps Royal d'Artillerie , por
tant les marques honorables de 17 bleſſu
res, & connu avantageuſement par la bat
terie qui foudroya la colonne Angloiſe à
Fontenoy, eſt mort le 24 Octobre dernier,
en ſon Château de Rique-Maiſnil, en Pi
cardie.
| Alexandre le Brun de Dinteville, Abbé
Commendataire de l'Abbaye de Licques ,
eſt mort le premier de ce mois dans ſon
Château de Dinteville , en Champ2gne ,
âgé de 7o ans.
Emmanuel-François de Groſſelles, Comte
de Flammarens & de Bouligneux, Baron de
Thouars, Maréchal des Camps & Armées
du Roi , grand Louvetier de France , eſt
mort en cette Ville le 2o de ce mois dans
la quarante-ſixième année de ſon âge.
De B RU x E L L E s , le 3 r Décembre.
, Lºs voeux pour la paix ne ſont pas moins
Yºs en Hºllande que par tout ailleurs , &
on ne s'y livre pas avec moins d'ardeur aux
-
/
- eſpérances de ſon retour prochain.
* Nos Miniſtres en Fra,ce, écrit-on de la Haye
ont, dit-cn entr'autres, informé les Ftats Généraux .
que certe Co r leur avoit déclaré que ſon inte .
tion n'avoit jamais été de détourner la République
des Prétentions quelle formoit contre la G. B.; mais
- ( 4z ) -
de lui faciliter les mo# de prendre part auſſi tôt
qu'il. ſe1oit poſſible , aux ºégociations de paix ;
qu'elle prendroit vivement ſes intérêts. Les Miniſ
#º ºyºnt témoigné combien L. #. p. éoient ſenſi
bles à l'aſſurance ouve§. Poſitive de la reſtitu
tion des poſſeſſions de la République. On leur a
#éPondu qu'elle pouvoit ſe rePoſer ſur l'amitié de
S. M. T. C.; qu'en ºººſ quence il avoit é§ §
dans les derrières ºPéchés envoyées à Londr§
la néceſſité où les âºglois étoient d'être juſtes à
l'égard de la RéPublique, qu'elle ne Pouvoit aban
donner cr. - -
La grande affaire de l'adreſſe préſentée
u Stadhouder par la Bourgeoiſie de la Haye,
eſt peut être à préſent à l§e d'être ter
minée ; le Prince , en l'accueillant, a prié
de fermer la ſouſcription de cette adreſſe 3
Ce qui a été fait ; on prétend auſſi que la
Cour de Juſtice de Holl§ , qui avoit été
chargée de faie des recherch§ le tu
multe qui eut lieu à cette occaſio le 6 §
º mºis, a fait ſon rapport au Comité du
Conſeil , ſelon quelques lettres , elle a dé
cidé qu'après des informations ſcrupuleuſes,
elle n'avoit pu découvrir rien qui ſoit ana
logue à quelque projet ſéditie§. - -
Quant à celle de l'Enſeigne de Witte, les
Etats de Zélande ont déclré les de ce mOIS,
à l'unanimité des voix, que ſon inſtruction
& ſon jugement appartiennent à cette Pro
vince , mais que ſous la réſerve de ſes droits
& de ceux des Villes , elle #abandonnoit
par délégation à la Cour de Hollande, Zé
-
( 43 )
--
lan 'e & Weſtfriſe , & que le Stadhouſer
ſeroit prié de concourir à ce que cette af
faire ſoit remiſe à cette Cour.
. » Toute la Nation, écrit-on d'Utrecht, avoit
les yeux fixés ſur l'iſſue d'une procédure intettée
par le Lord d'Athlone, nommé depuis environ 1 o
mois , par le Stadhouder, Gran-l - Baiilt de cette
ville. Il demandoit que l'Editeur d'une fe ille hed
domadaire, imprimée ici ſous le titre de Poſt-Van
Den Neder-Rhyn , fût condamné a l'amende de
1 ooo fiorins, pour s'être ſervi de certaines expreſ
ſions dans quelques numéros déſignés. L'Editeur
ayant demandé à défendre ſa cauſe, elle a été
plaidée le 12 de ce mois, avec un concours extraor
dinaire. Il a prouvé qu'il n'avoit pas enfeint la
detnière Ordonnance des Etats, en date du 4 Jail
let 17 81 , & qu'on ne pouvoit le condamner, ſans
condamner en même tems les Etats de la Province,
qui s'étoient ſervi d'expreſſions ſemblables, &
même plus fortes, au ſujet de la mauvaiſe direc
tion des affaires publiques. Le Jugement a déclaré
Ie Lord Comte d'Athlone, non-recevable dans cette
action , & obligé en conſéquence de payer les
frais de la procédure. Cette eſpèce de triomphe
du Parti patriotique, a cauſé une ſatisfacticn très
Vive , qui a éclaté par des témoignages publics,
ma\s paiſibles cc.
l-e3 lettres de la Haye parlent de pluſieurs
ºonférences entre le Miniſtre de Praſſe &
le Préſident de ſemaine des Etats Généraux ;
la Gaz-tte Hollandoiſe qui s'imprime à Haat
lem, a publié à ce ſujet, le 19 de ce mois >
l'article ſuivant , qui a paru traduit le 2o
dins la Gazette Françoiſe de la Haye.
* M. le Baron de Thulcmeyer , Envoyé extraor
• • ( 44 )
dinaire de S. M. le Roi de Pruſſe, a rendu viſite
à pluſieurs députés des villes de Hollande; on aſſure
que S. E. a montré à cette occaſion une lettre du
Roi ſon maître, dans laquelle S. M. s'exprime cn
ces termes. Qu'il a vu juſqu'ici avec beaucoup de
regret & de ſurpriſe, que les inſultes & attaques
injurieuſès contre le Prince Stadhouder & la Prin
ceſſe ſon épouſe, continuoient avec la même licence
ſans qu'on rendit au Prince la juſtice qu'il eſt en
droit d'attendre; qu'il ne pouvoit conſéquemment
† le ſilence plus longtems, d'autant que ces
hautes perſonnes lui étoient attachées en qualité
de neveu & de nièce ; qu'il ſe trouvoit obligé de
parler en leur faveur, & qu'il prioit MM. les Dé
putés d'employer leurs bons cffices, pour qu'il fût
mis enfin tout de bon des bornes à ces indécences ;
qu'il ſe flattoit qu'on voudroit bien aveir égard à ſa
requiſition , attendu qu'il ne pouvoit voir d'un
cril indifférent que l'on pourſuivît de telles inſul
tes, ſon neveu & ſa nièce, & que dans ce cas, il ſe
trouveioit forcé de s'intéreſſer pour eux de la ma
nière la plus forte «.
On a ſu depuis que M. de Thulemeyer
avoit en effet préſenté un Mémoire aux
Etats-Généraux le 17 de ce mois. L'Ecrit
qui donne ſujet aux plaintes eſt intitulé :
Brief over de waere oorgaeke van's lands
ongeval,gevonden tuſchen Utrecht en Amers
ford. Il demande la punition de l'Auteur &
de l'Imprimeur de cet Ecrit , ainſi que de
ceux qui ont été chargés du débit. Le même
jour les Etats Généraux prirent la réſolution
fuivante ſur ce Mémoire.
» Sur quoi ayant été délibéré, MM. les Députés
des Provinces reſpectives ont pris copie dudit Mé
( 45 ) , , .
moire, pour ê:re ccmnuniqué u'térieurement dans
leu s Provinces , & il a é:é arrété que copie du
ſuſdit Mémoiie ſera envoyée de la part de L. H. P.
aux Seigneurs Etats des Provinces, avec prière ſé
rieuſe de donner le plutôt poſſible les ordres les
plus précis pour découvrir l'Auteur du libelle, &
pour la punition d'icelui, auſſi bien que du Libraire
qui l'a débité & de ceux qui y ont eu part ; que copie
dudit Mémoire ſera préſentement 1e miſe en mains
de MM. de Lyndeu, de Hemmen & autres Députés
àe L. H. P. pour les aflaii es des Placard , & #
mens, pour, avec quelques Seigneurs & Miniſtres
du Conſeil d'Etat, examiner & propoſer quelles me
ſures il convient de prendre a l égard du ſuſdit
libelle, dans le diſtr ct de la Généraii.é , & faire
rapport du tout à cette aſſemblée «.
Nos lecteurs verront avec plaiſir l'article
ſuivant, que nous recevons de Liége. L'ac
cueil honorable qu'a reçu dans ſa patrie
l'homme célèbre qui l'honore par ſes talens
& par ſes qualités perſonnelles, ne peut que
les intéreſſer. Il n'en eſt aucun qui n'ait ap
plaudi aux compoſitions de M. Grétry , &
qui , en reconnoiſſance du plaiſir qu'elles
- lui ont fait éprouver , ne part2ge les tranſ
ports de ſes concitoyens.
» Nºus goûtons dans ce moment la ſatisfaction
de poſſéder patmi nous, notre Compatriote M. Gré
try , & il reçoit de toutes parts l'accueil dû à ſa
célébrité. S. A., qui depuis ong-tems l honore de
ſa bienveillance & de ſon eſt me, a daigné lui en
douner encore les marques les plus flatte ſes. Hier
au ſoir ( 2 : Décembre ) , M. Grétry ſe rendit à
| ſalle des Spectacles, & fut conduit à la loge Magiſ
A | ( 46 )
trale , cû MM. nos Bourgmeſlres régens le placè
1 ent au milieu d'e x. Les Ce médiens donncient ſon
tharmart Opéra de l'Amant jaloux , précédé d'un
divertifſement analogue à la péſence de M. Grétry
& compoſé en partie de celui qui avoit été repré
ſenté, il y a deux ans, à l inſtallation de ſon Buſte .
dans l'avant-ſcène du Théâtre. A la fin de cette
piece, un Tranſparent où étoit écrit : vive Grétry,
traverſa le haut du Théatre , s'arrêta au-deſſus de
la loge Magiſtrale , & en s'ouvrant, remit à MM. les
Bourgmeſtres régens un bouquet, qui fut préſenté
par eux , au nom de la Patrie , à l illuſtre Artiſte.
Les applaudiſſemens , les acclamations de la plus
nombreuſe aſſemblée qu'on eût jamais vue à notre
Théâtre, avoient commencé au moment de ſon
entrée ; ils redoublèrent & furent répétés vingt fois.
M. Grétry, auſſi cher à ſes amis par ſa modeſtie &
par l'aménité de ſes moeurs , qu'il l'eſt par ſes ta
lens , aux amateurs des beaux arts , fut vivement
touché de ces honorables témoignages de l'attache
ment de ſes Concitoyens, & ſa ſenſibllité fait l'éloge
de ſon coeur. Il aſſiſtera encore ce ſoir au Specta
cle, qui ſera honoré de la préſence de S. A. «
| Une lettre poſtérieure nous apprend que
les témoignages flatteurs qu'il a reçus de ſes
concitoyens , ne ſe ſont pas bornés là. Le
23 la Société d'Emulation tint une ſéance
publique extraordinaire à ſon occaſion , elle
le fit complimenter par ſon Secrétaire per
pétuel, & elle remit à M. Louis, Architecte
du Roi de Pologne, Directeur général des
Bâtimens de M. le Duc de Chartres , qui
avoit fait le voyage de Liége avec M. Grétry,
une patente d'Aſſocié honoraire.
( 47 )

· PRÉc1s DEs GAzETTEs ANcL. du 24 Décembre.
Le départ du Comte d'Eſtairg & l'armement de
Cadix , font fermenter toutes les têtes. On aſſure
qu'hier dans la matinée, le Lord Hcve a été prévenu
qu'il recevroit peut-être inceſſamment des ordres de
l'Amirauté,
L'Amirauté reçut hier la nouvelle de l'arrivée à
Falmouth de la Queen Charlotte , venant de la
Jamaïque. Ce vaiſſeau a rencontré, le 29 Décembre,
à la hauteur des Bermudes, l'eſcadre du Chevalier
· Sannuel Hood , allant de New-Yorck aux iſles du
Vent. D'après cette circonſtance, il eſt naru1el de
croire que M. de Vaudreuil a quitté Boſton , &
nous devons nous attendre à avoir inceſſamment des
nouvelles de ſon arrivée aux Iſles.
Le 22 la preſſe fut très-vive ſur la Tamiſe. Les
gens employés à ce ſervice , ont enlevé tous les
hommes qu'ils ont trouvés à bord des bâtimens,
depuis le Pont de Londres juſqu'à Gréenwich , ce
qui a procuré plus de 4ro Mateiots.
Le Lieutenant-Général Greig eſt ncmmé Com
mandant en chef des forces de S. M. dans l'Améri
que-Septentrionale, & il partira ſur les premiers
vaiſſeaux deſtinés pour New-Yorck, où il relevera
le Chevalier Guy Carleton. -
Le Chevalier de la Hereria & M. Dana, Négocia.
teurs pour la Cour de Madrid , ſont arrivés ici le
22. - Selon les bruits de Londres , la paix eſt en.
tièrement arrêtée à l'exception de quelques points
relatifs à l'Eſpagne, & qui ne ſont pas d'une grande
importance, mais pour leſquels on a tend une ré
ponſe de Madrid. Cette nouvelle a fait hauſſer les
fonds. Cependant on nous aſſure que le 2 1, M
Penn eſt parti pour l'aris, pour avoir quelqu'écla .
ciſſement au ſujet de l'Amérique, ce qui ſemb'e
annoncer que les affaires ne ſont pas ſi près d§
terminées.
- ( 48 ) -
Aucun des Miniſtres d'Etat ne s'abſentera de
Lond es pendant les fêtes. Le double objet d'une
négociation pour la paix & de vigoureux prépa
ratifs de guerre les occupe au point qu'il ne leur
reſte aucun tems à donner à leurs plaiſirs.
Le Lord North & le Comte de Guilford ont
aſſiſté, le 2o , au lever du Roi à Saint-James, où
le Lord North a eu une conférence avec S. M.
» On aſſure que l'Envoyé extraordinaire de
Pruſſe, a fait au nom du Roi ſon maître, de fortes
repréſentations au Miniſtère Britannique, touchant .
la priſe d'un navire Pruſſien, & qu'il avoit demandé
qu'on le remît au plutôt en liberté, & qu'on reſtituât
les effets qu'on avoit enlevés de ce navire. Le Miniſ
| tère a dit-on offert, de ſon côté, à M. l'Envoyé
extraordinaire, de payer la valeur entière des mar
chandiſes, mais celuici l'a refuſé. Ainfi on a été
obligé d'envoyer un bâtiment à la découver e du
corſaire qui avo't remis en mer, afin de ſavoir à qui
il avoit vendu les effets. Après quoi on a obligé
le Capitaine de ce corſaire de racheter les marchan
diſes, dont le propriétaire n'a voulu ſe deſſaiſir qu'à
un prix énorme. Ce n'eſt pas tout, ajoute-t-on, l'En
voyé extraordinaire Pruſſien a demandé par forme
d'indemniſation, une guinée pour chaque heure que
le navire Pruſſien a été retardé dans ſon voyage, à
compter du moment où le corſaire s'en eſt emparé,
juſqu'à celui où le navire remettra à la voile. Il
a notifié enſuite que le Roi ſon maître ſe flattoit
qu'on recommanderoit la prudence à tous les cor
ſaires Britanniques, qui ne devoient inſulter ſon
pavil'on ſous aucun prétexte, ſans quoi , 1l ſe ver
roit obligé de repouſſer par la force celles que l'on
- feroit à ſon pavillon *. . , , • • • •
- - " *
$
- ---- --- ------
| ſº . | ---- - --
-
|
D E F R A N C E.
| SAME D1 1 1 J AN v 1 ER 1783.
PIÈC ES FUGIT I V E S.
· E N V E R S E T E N P R O S E.
A Mme la Marquiſe DE.... en lui envoyant
les Etrennes Lyriques. *
DE nos gentils Anacréons,
| Daignes, ma charmante Glicère,
Accepter pour Étrenne un Recueil de Chanſons :
C'eſt l'art d'aimer que j'offre à l'art de plaire.
• Que ta voix touchante & légère - -
Faſſe entendre ce mot ſi doux à répéter :
La Beauté peut toujours chanter,
Mais l'Amant doit toujours ſe taire.
( Par M. le Ch. de Boiſgelou. )
* Nous rendrons compte inceſſamment de ce Recueil
très-agréable, qui ſe trouve chez l'Auteur, rue des Noa
. naindières, près la rue de la Mortellerie . --
Nº. 2, 1 1 Janyier 1783. C
l ,e M E R C U R E
-
4 A Madame * " *, en lai envoyant une
Bonbonière. .
Du froid Janvier voici la renaiſſance.
Mais l'an qui meurt, ou l'an qui rajeunit,
Pour vous n'amène aucune différence ;
On vous aime quand il finit,
On vous aime quand il commenee.
Il faut vous étrenner pourtant, & je le doi.
Mais, que choifir pour vos étrennes ?
Je ne ſuis pas chez vous embarraſſé des miennes.
Je vous y trouve ; &, croyez-moi,
Qui vous parle a reçu les ſiennes.
A des bonbons enfin mon préſent ſe réduit.
Ce joli mot ſouvent ſéduit
Tout-à-la-fois l'enfance & la vieilleſſe.
Mais que dis-je ? ſous d'autres noms,
Vos regards, vos diſcours, ſont autant de bonbons
Dont vous nous étrennez ſans ceſſe.
Jamais, il eſt trop vrai, (quel ſcandale ! à Paris ! )
Vous ne nous faites chère entière ;
Les bonbons ſont pour les amis,
Pour l'époux ſeul la bonbonière,
Que faire : le plus ſage eſt d'en perdre l'eſpoir,
Il faut ſe conſoler, cn ce jour d'étiquette,
| Par le bonheur qu'on vous ſouhaite,
De celui qu'on ne peut avoir.
f Par M. Imbert. )

,
D E F R A N C E. j 1
IN O B ITU M Do M I N I DE R E Y R A c,
Diſtichon.
MU s 1s carus erat, nec non dilcâus Amicis ;
Plangit Relligio, dant lacrymaſque Sui.
( Pur M. Couret de Villeneuve, Imprimeur du
Roi à Orléans. )
LE FAT ET DIoGENE , Conte Moral.
U N jour un Fat aborda Diogènes :
Chacun ſait ce qu'alors il cherchoit dans Athènes ;
Mais ſa lampe brûloit en vain.
S'il eût pu , pour les lys, abasdonner la Grèce,
Il eût vu ce mortel, dont la haute ſageſſe,
Et la juſtice, & le coeur plus qu'humain,
Agroient de ce fardeau débarraſſé ſa main.
Je rapproche les temps, Lecteur , point de critique.
Voilà donc, dit le Fat, ce rigoureux cynique,
Qui va s'éclairant en plein jour ;
Pour qu'il me trouve l'homme unique,
Donnons-nous quelques airs de Cour.
Eh ! bonjour, mon ami, que je te remercie
D'avoir ainſi pour moi parcouru ta Patrie!......
Ton homme! le voilà, c'eſt moi.
Pour mc chercher tu t'es mis hors d'haleine ;
Je ſuis, en vérité, bien fâché de ta peine.
C i4
5 2 M E R C U R E
— Monſieur, ce n'eſt pas là de quoi.
— J'ai trop de grâces à te rendre ;
Et je viens, nouvel Aiexandre ,
Te demander ce que tu veux. " -
— Moins pauvre que le riche, en ſon paiais ſuperbe,
Comme l'inſecte obſcur qui végète ſous l'herbe,
Dans mon tonneau je vis heureux.
— Fort bien ; je ſuis aſſez content de ta réponſe ;
Mais je voudrois, pour mon honneur,
Que, tel que ce fameux vainqueur,
Lorſqu'en grand homme je m'annonce,
Tu m'euſſes répondu par un diſcours pareil.
»- Plût aux Dieux que le Sage, avec ma hardieſſe,
A la ſottiſe qui le bleſſe,
Pût crier : Ote-toi de devant mon ſoleil !
- Je ſaiſis ton diſcours; la morale en, eſt claire,
Mais comment ſe peut-il que ta lampe t'éclaire ?
Il s'eſt écoulé tant de jours ! . )
— Cela n'eſt pas bien difficile, -
Les ſots me fourniſſent mon huile ,
Ma lampe éclairera toujours
— D'une pareille allégorie
Je comprends aiſément l'adroite raillerie ;
Mais, ſais-tu bien qui je ſuis ?
Mes aïeux étoient tous ou Comtes ou Marquis ;
Et moi, pour ſoutenir l'éclat de ma nobleſſe,
Au Bal, au Spectacle, à la Cour,
On me voit briller tour-à-tour.
Je ſuis l'enfant gâté de la richeſſe;
i = 1 --- ------
|
:
- ---------- - --- --- --
D E F R A N C E. 53
Pour de l'eſprit j'en ai, mes amis me l'ont dit.
— Vous en avez, Monſieur, ſans contredit.
—Enfin, pour mes ſoupers, par-tout on me renomme ;
Je fais par jour quatre-vingt-dix jaloux,
Et plus d'une Belle aux yeux doux
Te diront ſi je ſuis un homme.
—Je cherche l'homrne ſeul, & non pas l'animal.
- Tu me paroîs un grand original,
Dit le Fat, en hauſſant la tête ;
Mais dis-moi, ce palais, d'un goût riche & nouveau,
Ne loge-t'il point une bête ?
- Vous vous moquez de mon tonneau ;
Combien de ſots, impudens petits-maîtres,
Énorgueillis de leurs ancêtres,
Qui n'avoient pas un logemcnt plus beau !
Qui refta ſot ? Sans peine on 1'imagine ;
Des fiers aïeux du Fat telle étoit l'origine.
Le cynique, du rang faiſoit très-peu de cas;
Il ſavoit que le coeur eſt ce qui fait les hommes.
Craignons que le trop de fracas, -
Sur ce que nous ne ſommes pas,
Ne faſſe voir ce que nous ſommcs.
( Par M. Pouteau neveu. )
#
C iij
-
5 4 M E R C U R E
· L E T T R E au Rédacteur du Mercure.-
-
-
Vou, avez rendu, Monſieur, un compte aſſez
étendu du Proſpectus de l'Ouvrage que M. l'Abbé
Rive annonce par ſouſcription. S'il ne s'agiſſoit que
d'annoncer le Livre, je me garderois bien de votr
loir ajouter quelque choſe à ce que vous en avez
dit. Il y a des traits qui valent mieux que des pages,
& des pages qui ſont au - defſus des Volumes ; mais
il me ſemble, Monſieur, que le ſujet de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Rive eſt aſſez peu connu pour qu'un
morceau qui le feroit connoître ne fût pas ſans inté
rêt. De vingt Hommes de Lettres même, auxqucls
on demanderoit ce que c'eſt que la Calligraphie, il
n'y en auroit pas trois peut-être qui puſſent ré
- †J'avoue que ce ne ſeroit pas un grand mal
eur, & qu'il eſt poſſible d'avoir quelque mérite
ſans ſavoir ce que c'eſt que la Calligraphie; mais il
eſt bon de ſavoir la choſe même qu'il n'eſt pas très
fâcheux d'ignorer. Une choſe que l'on ſait peut tou
jours être utile, & une choſe que l'on ignore peut
toujcurs nuire; il y a donc au moins un double
avantage à l'apprendre. Un anachroniſme aſſez peu
conſidérabie, devint un jour un grand ſujet d'humilia
tion pour le célèbre Rameau. Il vit qu'on fonrioit ;
il ſe leva avec fureur, & alla à ſon clavecin, où ſes
doigts, crrans au haſard, trouvèrent des ſons & des
accords ſublimes. Alors ſe tournant avec plus de
courage vers ceux qui avoient ſouri : je crois,
Meſſieurs, leur dit il, qu'il eſt un peu plus beau de
trouver de tels accords que de ſavoir préciſément
dans quelle année Mérovée ou Méroué, ou Méro
vite eſt mort. Vous ſavez, & je crée, & je penſe
que le ſavoir ne vaut pas le génie. - L'Hiſtoire ne
D # F R A N C B. y f
dit pas ſi les Savans en chronologie ſourirent trne
ſeconde fois, mais que Rameau fut heuretix de
trouver un clavtcin ſi près de ſes doigrs : Si ſon
malheur Pavoit placé dans un appartement ſans cla
vecin, la Chronologie avoit le deſſus, & les savans
humilioientle génie. D'ailleurs, s'il eſt poſſibfe d'avoir
du génie & de manquer de connoiſſances , il eſt
· plus facile encore d'être ignorant & de manquer de
génie; & je conſeillerai toujours aux trois quarts des
ens de ſavoir un peu de chronologie. Je reviens
à la Calligraphie, Monſieur. J'ai tâché de m'en faire
un tableau hiſtorique très-abrégé, & je vous 1'en
voie.Tous les traits en ſont fournis par M. l' A bbé
Rive ; je n'en ai changé que le ſtyle ; ce n'eſt pa°
que je croye le mien meilleur, mais je ſuis extrê
mement pareſſeux, & j'ai toujours trouvé beau
coup plus facile décrite vingt phraſes que d en
eopier une ſeule. M. l'Abbé Rive n'a pcirt rappro
ché de la Calligraphie les Gravures & les Eſtampes
de nos Livres modernes, Je finirai par ce rappro
chement qui m'a paru naturel, & ºui aura pour
Votre Journa! Pavantage de terminer un InorccauK
d'érudition par un morceau de Littérature.
Avant la découverte de l'Imprimeric, l'Art du
Peintre embelliſſoit les copies faites à la main,
comme celui du Deſſinateur & de la Gravure cm
bellit aujourd'hui les Ouvrages qui ſortent de ros
preſſes, & l'Art d'orner ainſi les manuſcrits s'appe- .
loit Ctlligraphie. On ſe bornoit quelquefois à enlu - A - - • : -- C
· miner les lettres, à varier lcurs couleurs , a faire ſer
penter aurour des marges des guirlandes de fleurs
diverſement entrelacées. Cet Art quelquefois avois
un objet plus utile, & alors il prenº † d'éten
due, il exigeoit plus de talent. si le mºnº # #
exemple, étoit une Hiſtoire , ºº déciivoit les ct
- .. #, ... les animaux peu cº**
fllIncS es && les Arts d un ſiècle , ! - - " - : - • . - 'le Peiutce en miniat#r*
» / • -%
nusS d un[1eC contre:e: 1g9IIlOl CC > C lv -
-
-
56 ' M E R C U R E
venoit au ſecours de l'Hiſtorien. Son pinceau met
toit ſous les yeux du Lecteur les coftumes, les in
ventions des Arts, les animaux curieux que la
plume de l'Écrivain ne pouvoit peindre qu'à l'imagi
nation. On comprend que, dans les temps d'igno
rance, ce ſecours de la peinture devoit être ſouvent
néceſſaire aux Écrivains pour faire lire leurs Ou
vrages. Les yeuz ſavent voir bien long-temps avant
l'eſprit. Il eſt arrivé de-là que c'eſt peut-être dans
la Calligraphie que l'on trouve l'hiſtoire la plus
fidelle de la Peinture, de l'Architecture, des uſages,
des habillemens civils, militaires, eccléſiaſtiques,
des modes, des meubles, des uſtenſiles, des inſtru
mens de guerre des ſiècles qui ont précédé la décou
verte de l'Imprimerie.
Cet Art étoit connu des Anciens, & il avoit reçu
chez eux la perfection qu'ils avoient donnée à tous
les Arts du Deſſin. Pomponius Atticus, l'ami de
Cicéron & de Brutus, avoit écrit en vers la vie des
plus grands Perſonnages de Rome, & chaque vie
étoit précédée du portrait du Héros dont elle fai
ſoit l'hiſtoire. Varron qui, par ſes connoiſſances au
moins pouvoit être un auſſi grand Biographe que
Plutarque, avoit écrit auſſi les vies de ſept cent
grands Hommes, toutes enrichies de leurs portraits.
Sept cent grands Hommes, c'eſt beaucoup, & cela
peut rappeler cet Opéra dans lequel on faiſoit dan
#er des troupes de Héros & de Dieux ; mais Rome
& la Grèce, dans les beaux jours de leur vertu & de
leur liberté, peuploient le Ciel de Dieux & la terre de
grands Hommes. Varron n'étoit guère fait pour prê
ter ſa plume à l'apothéoſe des talens & des vertus
médiocres : quoi qu'il en ſoit, ces deux manuſcrits
de varron & d'Atticus ont dû périr dans les ruines
de l'Empire Romain; & c'eſt une perte irréparable
pour l'Hiſtoire ancienne, pour la Peinture & Pour
la Calligraphie.
-- •--
-
----
D E F R A N C E. 57
1 Du ſiècle de ces deux Hommes célèbres, il faut
deſcendre au quatrième ſiècle de l'ère Chrétienne
| pour trouver quelques monumens de la Calligraphie
ancienne. Cet Art trouve alors dans l'Empire Ro
main une nouvelle religion & de nouvelles vertus,
des Saints à la place des grands Hommes. Elle con
ſacre leurs traits dans le calendrier Romain , &
orne de peintures une traduction grecque de la
- Genèſe. Les débris du ſiècle ſuivant nous préſentent
des lambeaux d'un Virgile & d'un Tétence embellis
de ſemblables ornemens.
Ces monumens de la Calligraphie de l'antiquité
ont été déjà répandus de nos jours par la Gravure,
& M. l'Abbé Rive ne ſe propoſe point d'en parler,
uoiqu'il reproche au burin qui les a régénérés ,
†péché très-ſouvent contre la reſſemblance.
Cet Art conſerve encore quelque goût & quelque
beauté depuis le ſixième juſqu'au dixième ſiècle ;
depuis le dixième juſqu'au quatorzième, les manuſ
crits ſont défigurés plutôt qu'embellis par la pein
- ture.Cet Art étoit alors dans la barbarie comme
tous les autres Arts.A cette dernière époque il com
mence à renaître avec le goût des Lettres & des con
noiſſances. Dès qu'il exiſte des manuſcrits qui méri
tent d'être lus, la Peinture les orne de ſes formes &
de ſes couleurs. Cet Art fit bientôt de grands pro
grès. M. l'Abbé Rive cite à ce ſujet Borel, qui dit
que « les Arts commencent par de petits & rudes
» principes, & puis ces façons informes ſont tant
» lêchées qu'on les amène à une divine perfection,
» parce qu'il eſt très - facile d'ajouter, & très diffi
» cile d'inventer. »
Ce langage de Borel peut un peu nous ſurpren
dre 5 mais ſa réflexion eſt pleine de ſens & de
vérité. -
C'eſt à cette renaiſſance de la CalligraPº º
/ rº * - : -
commence l'Ouvrage de M. l'Abbé * # v
—m
--
5 8 . M E R C U R E
Son plan eſt ſimple & très-bien entendu. Il as
raſſemblé par de grandes recherches les manuſcrits
qui montrent le mieux les progrès & les variations
de l'Art dont il écrit l'hiſtoire, ll a fait graver ſous
ſes yeux l'écriture des manuſcrits, & copier avec la
plus ſcrupuleuſe fidélité les defſins & les couleurs des
peintures. Vingt-ſix manuſcrits choifis parmi plus
de douze mille, & diſpoſés ſuivant leur ordre chro
nologique, mettront ſous les yeux les diverſes épo
ques de la Calligraphie depuis ſa renaiſſance juſqu'à
la découverte de l'Imprimerie, qui devoit la faire
tomber, mais à laquelle elle s'aſſocia pendant quel
que temps.
Chaque Planche ſera précédée ou ſuivie d'une
Notice hiſtorique qui fera connoître tout ce qui ne
peut l'être que par l'hiſtoire; & celles que M. l'Abbé
Rive donne aujourd'hui de ſon ſujet, font préſumer
avantageuſement de celles qu'il donnera dans la
fuite ſur tous les objets de ſon Ouvrage. M. l'Abbé
| Rive paroît poſſéder à fond tout ce qui regarde
l'hiſtoire de la Calligraphie & de l'Imprimerie, &
c'eſt une partie très - importante de l'hiſtoire de la
Littérature & du goût. C'eſt peu de poſſéder beau
coup de richeſſes , pour en jouir il ne ſuffit pas de les
avoir, il faut les connoître.
, On conçoit qu'un Ouvrage qui exige tant de
frais ne peut être donné à bon marché. La ſouſcrip
tion de celui de M. l'Abbé Rive coûtera quatrqe
Jeuis.
Cet Ouvrage eſt deſtiné ſur-tout à ceux qui ont
aſſez de fortune pour avoir de grandes bibliothè
ques, & pour eux ſon prix ne ſera trop conſidéra
·ble ni pour l'utilité de ſon objet, ni pour la beauté de
fon exécution. Il ſortira des preſſes déjà fi célèbres
de M. Didot ; & s'il faut en juger par le proſpec
tus, ee ſera le chefd'oeuvre de ces prcſſes. Nous
n'avons rien vû dans ce genre qui flatte plus les
|
D E F R A N C E 5 9
regards par Vaccord de la beauté des caractères &
du papier, & par la juſte proportion de la diſ
tance des lignes avec la groſſeur & la grandeur des
lettres.
En liſant ce que dit M. l'Abbé Rive dans ſon
proſpectus, du ſoin qu'avoient les Anciens d'embel
lir les manuſcrits par les formes du deſſin & les
couleurs de la peinture, on eſt frappé du rapport de
leur luxe calligraphique avec le luxe qu'on a tant
reproché de nos jours à la Typographie. Il ne paroît
pas que les Anciens en aient fait, comme nous , un
ſujet d'épigrammes & de plaiſanteries contre les
Écrivains. Apparemment on avoit alors plus d'in
dulgence pour les foibleſſes des Poëtes, & on leur
pardonnoit d'avoir de la vanité quand ils avoient
du talent. Je ne ſais pas même s'il n'y a pas _en
core plus de modeſtie que d'orgueil dans le faſte
des Éditions & des Gravures. Celui qui en a orné
ſon Héroïde, ſon Drame, ou ſon petit Poëme, ſem
ble dire au Lecteur : je ne me confie pas aſſez en
mon talent pour obtenir votre ſuffrage ; j'ai appelé
à mon ſecours le crayon de Cochin, le burin de
Marillier; les Tableaux que mes vers retraceront
imparfaitement à votre imagination, leurs deſſins
les mettront ſous vos yeux en les embelliſſant en
core ; & ſi je n'ai pu faire un bel Ouvrage, j'ai
voulu au moins que vous euſſiez un beau Livre. Oii
eſt de grâce l'amour-propre & la vanité d'un pareil
langage : N'y en auroit il point davantage dans
l'extrême ſimplicité de ces Éditions , ºu le Poëte
enorgueilli de ſa modeſtie même, ſemblº # dire :
Pour vous enchanter je n'ai † e mes
vers ; je n'appellerai point un autre talent four #
bellir mon Ouvrage; & c'eſt avec InCS § que §
fais les gravures de mon Poº°; Cepen† -
quelle riºue - ité lc3 poëtes aux beiles
quelie rigueur on a tra
• / | vu dans le faſte dº
· gravures | Que de vanité on * º
C x y
6o M E R C U R E
leurs Éditions ! Que d'épigrammes ſur les Planches
des Héroïdes de feu M. Dorat ! Comme on a voulu
lui ôter le mérite ou le bonheur du grand ſuccès de
ſes premiers Ouvrages,pour le donner à ſes Deſſina
teurs & à ſes Graveurs ! Je ne ſuis point entêté des
mille & un Ouvrages de Dorat ; & la plupart de
ſes productions ne me donnent pas plus l'idée de la
† & de la beauté, qu'un petit maître de nos jours
ien ſerré, bien étouffé dans ſes habits, couvert
d'ambre & de poudre , ne me donne l'idée de
l'Apollon du Belvedère. Cette comparaiſon, qui
n'eſt pas neuve, ſemble avoir été faite exprès pour
marquer la différence de la manière de Dorat &
du talent des Poëtes aimables de l'Antiquité. Mais,
quoi qu'on en diſe, Dorat n'a pas été tout-à-fait
indigne du bonheur dont les vers de ſa jeuneſſe ont
joui pendant quelques années ; s'il a beaucoup trop
abuſé de ce ton leſte, de cette manière quelquefois
piquante de parler avec légèreté des grandes choſes ;
ſi ſon eſprit eſt quelquefois recherché, l'harmonie
brillante de ſes petits vers annonce un talent natu
rel, un talent qui tient aux organes; & ſouvent il
mêle avec adreſſe les couleurs de l'imagination au
perſiflage d'un petit maître. On a cherché curieuſe
ment dans ſes Fantaiſies quelques vers où l'on a
trouvé le langage des précieuſes Ridicules ; on eût
pu y trouver plus aiſément encore des vers auſſi
piquans que la proſe d'Hamilton. Les vers ſur U1Il
Déménagement , l'Épître à Siphilis, celles à Vol
taire & à une Coquette, ſont des morceaux où il y
a plus d'eſprit encore que de perfiffage, & plus de
talent que d'eſprit. Les vers qu'il a faits en mourant
ſont d'un homme aimable & d'une âme forte, & ce
n'eſt pas du moins comme un caractère frivole qu'il
eſt deſcendu dans le tombeau. Sa mort feroit hon
neur à un Philoſophe, & un de ſes torts a été d'avoir
dit tant de mal de cette philoſophie dont il avoit les
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D E F R A N C E. 6 I
ſentimens dans le coeur, quoiqu'il fût incapable d'en
avoir les principes dans la tête. Celui qui a dit de
lui qu'il avoit étouffé ſon talent ſous ſes nombreux
Ecrits, a eu parfaitement raiſon; mais il fal'oit par :
| ler de ſon talent autrement que pour dire qu'il
l'avoit étouffé. Il lui a manqué ſans doute d'avoir
eu dans ſajeuneſſe un ami qui lui ait dit ſouvent a
peu près ce que Voltaire fait dire à Chaulieu par la
- Déeſſe du Goût, de n'aſpirer qu'à être le premier
des Poëtes aimables, & non le premier des Poëtes ;
je dis le premier, quoique je ne croye point qu'il
fût né pour l'être , mais quand on aſpire, ce doit
être toujours au premier rang ; le Poète doit êtrc
comme l'Amant : -
:
,
• J'aſpire aux plus grandes faveurs
Pour obtenir la plus légère.
· Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Énigme eſt Grenade ; celui
de l'Énigme ou du Logogrype eſt Couvent ;
- celui du Logogryphe eſt Potager, où ſe trou
" vent potage , Pô , Tage , ôtage, Ogre, or ,
âge, orage , rage , gare » porte , Trape (la),
, port, pages Rotº » grape , pot, rapt, orge ,
| pâte , part » Apt , grote, rat, rate , art
1 & ré.
#
62 M E R C U R E
· ' É N I G M E.
JE ſuis jeune & ſuis vieux, car le tems eſt mon père.
Aujourd'hui je ſuis doux, le lendemain mauvais ;
On me vend & revend ; je ne ſais pas, je ſais.
Je ne ſuis bon à rien, & je ſuis néceſſaire.
Je porte un habit bleu : je meurs quand je renais.
L O G O G R r P H E.
J'A 1 fait autour de moi s'aſſembler tout Paris,
Et mon ncm ſeul ſuffit pour exciter les ris.
Je n'entreprendrai pas de faire la critique
Des Amateurs nombreux qui prônent mes ſuccès,
J'aime bien mieux m'offrir ſous un maſque comique.
Mais je t'en ai trop dit, Leéteur ; tu me connois.
Cependant, de mes pieds combines la ſtructure,
Tu verras, par l'effet de leurs arrangemens,
Un terme de trictrac; un eſpace du temps ;
L'inſecte qui fait craindre aux chevaux ſa piqûre ;
· Ce qu'enfin l'élégant eſt jaloux de donner.
Le tout analyſé, tu dois me deviner.
(Par M. Bonneſin.)
A U T R E.
Doux objet de nos voeux & de notre eſpérance ;
Un pied de moins, je ſuis unc ville en Provcnce.
D E F R A N C E. 63
sarsartz Races-zxzara-DNOUVELLES
LITTÉRAIRES.
L'HIsToIRE de l'Art de l'Antique , par
M. WInkelmann , traduite de l'Ailemand
par M. Huber. A Leipſic, chez l'Autcur,
& chez Jean Gotth; & ſe trouve a l'ai s,
chez Nyon , Libraire, rue du Jat8inet.
3 Vol. in-4°. Prix, 45 liv. brochés.
LE nom de Winkelmann eſt célèbre au
jourd hui en Europe, par tout où l'on cul
tive les Arts, & où l'antiquité eſt encore à en
bonneur. Ne dans un petit bourg de l'Aile
magne , il porta au milieu de Rome une
ſenſibilité & un enthouſiaſme qui étonnoit
les hommes même nés ſous le ciel heureux
de Naples & de Florence, & nourris parmi les
chef d'oeuvres de l'Italie ancienne & mo
erne. Mais cet enthouſiaſme étoit éclairé ;
il naiſſoit de ſes lumières mêmes , & les
impreſſions qu'il recevoit des Arts lui ſer
voient à en approfondir les principes , à en
perfectionner la théorie. Les deſcriptions
qu'il fait d'une ſtatue, d'un bas relief, d'un
yaſe , d'un tableau, ſont quelquefois de
beaux morceaux de Poéſie. Les Peintres &
les Statuaires modernes, qui ont puiſé ſi
ſouvent les ſujets de lºrs Ouvrages dans
l'Illiade & dans kOdyſſée, ont traduit »
64 M E R C U R E ,
-
|
|
|
pour ainſi dire, Homère avec le pinceau ſur
la toile, avec le ciſeau ſur le marbre : Win
kelmann traduiſoit ainſi, dans une proſe ani
mée & poétique, les ſtatues , les bas reliefs
& les vaſes de l'antiquité. Il réuniſſoit au
plus haut degré ce qui a toujours formé
dans les Lettres les hommes extraordinaires,
une érudition étendue, une ſagacité d'eſ
prit prodigieuſe , & une ſenſibilité d'ima
gination qui prenoit tous les caractères des
beautés des Arts, qui tantôt étoit douce &
tantôt elevce. Tel étoit Winkelmann. Ses
Ouvrages ſont-ils lûs , ſont ils médités par
les Artiſtes & par les Hommes de Lettres ?
Son nom eſt célèbre ; mais ſes Écrits ne ſont
pas aſſez connus. Parmi nous le bel-eſprit
s'eſt égayé ſi ſouvent aux dépens de l'érudition
& de l'antiquité, qu'on eſt parvenu à regarder
l'ignorance comme la compagne du talent,
& qu'il ſemble que l'on craigne de s'inſ
truire , comme ſi les connoiſſances étoient
funeſtes à l'eſprit & au génie. On eſt per
ſuadé, par exemple, que c'eſt Homère, que
c'eſt le chantre immortel qui a ſi bien peint
la beauté & les grâces, qui fit perdre à Mme
Dacier les charmes & les grâces de ſon ſexe.
Mais probablement c'eſt la nature qui les
lui avoit refuſés, & non pas Homère qui
les lui avoit fait perdre. Elle & ſon mari,
diſoit Boileau , connoiſſent tout des anciens,
excepté l'eſprit & la grâce. Comment pour
roit on la perdre cette grace en méditant ſans
ceſſe les génies heureux dont elle a dicté les
D E F R A N C E. 65
Ouvrages Racine,parmi les ſolitaires de Port
Royal, apprit à en ſentir le charme & à le
reproduire dans ſes vers; c'eſt qu'il étoit né
pour le ſentir & pour le reproduire. Au
jourd'hui ce n'eſt pas ſans danger qu'un Écri
vain laiſſeroit trop voir dans ſon talent qu'il
a fait de grandes études; on ſe hâteroit de
arler avec éloge de ſes connoiſſances, &
† ne diroit rien, ou peu de choſe de
ſon eſprit & de ſon talent , par cet artifice
devenu trop commun , on croiroit l'avoir
proſcrit à jamais du petit nombre de ces
élus nommés gens de goût, pour le reléguer
à jamais dans la foule obſcure des Savans,
Autrefois c'étoit tout bonnement avec des
critiques & des injures qu'on tâchoit de nuire ;
de nos jours, c'eſt avec des éloges & même
· de l'honnêteté : Peffimum gcnus inimicorum
laudantes.
En liſant Winkelmann, on voit que dans
un homme organiſé pour le talent, l'érudi
tion la plus vaſte peut nourrir & alimenter
la flamme du génie & l'enthouſiaſme : les
connoiſſances les plus profondes & les plus
l†, quand il les applique aux
eautés de l'art, prennent la ſenſibilité de
- l'inſtinct. Quelquefois ce tact prompt & in
faillible de l'inſtinct, qu'il diſoit lui-même
avoir reçu de la Nature pour diſtinguer l'an
tique d'avec le moderne, le beau idéal d'avec
la copie fidelle & ſcrupuleuſe, deººe in
certain, héſite à prononcer le blâme † ap
probatien , alors il ſe rappelle une idée de
66 M E R C U R É

Platon, un paſſage de Strabon ou de Taufa
rias. Il pénètre auſſitôt dans toutes les inten
tions du ciſeau qui animoit la pierre on le mar
bre il y a deux ou trois mille ans; & ſon goût,
éclairé par l'erudition , ſent avec tranſport
des beautés que ſeul il n'auroit jamais ap
perçues.
| Winkelmann a fait un grand nombre
d'Ouvrages. Le nouveau Traducteur de
l'Hiſloire de l'Art , M. Huber, donne l'ex
trait de quelques-uns, dans une Préface très
bien faite, imprimée à la tête de cette Tra
duction. Deux hommes de Lettres qui, dans
un Journal trop tôt abandonné, ſe ſont oc
cupés quelque temps à tranſporter dans no
tre Littérature ies richeſſes des Littératures
étrangères, M. l'Abbé Arnaud & M. Suard,
nous ont fait connoître auſſi quelques Écrits
de Winkelmann. M. Huber rapporte des
morceaux de quelques extraits faits par Mf.
l'Abbé Arnaud : peu d'Hommes de Lettres
étoient auſſi dignes de parler de Winkel
mann ; & les connoiſſeurs qui auront vû les
morceaux de l'un & les ouvrages de l'autre,
auront été frappés ſans doute du rapport
ſingulier qu'on remarque entre lettr manière
de ſenti les Arts & d'en parler. On doit ſe
rappeler ſur-tout les Lettres ſur l'imitation
des Artiſtes G; ecs , traduites avec tant d'élé
gance & de nobleſſe par M. Suard, & réim
primées dans les Variétes Littéraires. Cet Ou
vrage , dit M. Huber, eſt à l'Hiſloire de
l'art ce que les Lettres Perſanes furent à
-
- · D E F R A N C E.
l'Eſprit des Loix. traité la queſtion Nduesllceaupſaerst doen lna'apfi b; 1Gº
nence des Grecs dans les Arts de l'iina ,
tion ; dans aucun Ouvrage , on n'a §
A U.
plus ſenſible la nature de cette beauté#
que Platon cherchoit dans les penſées §
nelles, & que tous les Grecs voyoient d 1 IlS
les belles formes de leurs athlètes, de ie §
courtiſanes & de leurs ftatues. Win kel
mann lui même, dans la chaleur modérée &
dans les mouvemens doux de ſon ſtyle, poffé.
doit cette grandeur tranquille, cette élévation
calme que, dans les momens même les plus
paſlionnes, les Artiſtes Grecs donnoient aux
Héros dont ils traçoient les figures, pour ne
pas altérer dans leurs traits, par des mouve
| mens convulſifs, cette harmonie des pro
portions d'où naît la beauté du corps, &
cette ſérénité dans la douleur qui annonce
une âme grande & ſublime. Comment ne
s'eſt il pas rencontré parmi les Hommes de
Lettres quelqu'un qui ait défendu la poéſie
'& l'éloquence ancienne, avec autant d'avail
tage que Winkelmann , celle des deſlins &
des ſtatues antiques, avec autant de philoſo
· phie, de verve & de goût : Où vit-il, s'écrie
le Panégyriſte de Térence & de Richardfon,
où eſt-il celui qui ſait réunir la † le
goût ? Qu'i1 paroiſſe, & je vais po(er ſa cou
- • § § § iis & du Laocoons
ronne aux pieds de l'Antinoiis & de Wir\ .
qu'il prenne donc la couroººº CCS†
mann , qu'il la poſe aux pieds dº eS
'que Winkelmann paffoit ſ* **
67
- I1
Té en Ii
*. »
e à Cººve vxN
68 M E R C U R E -
|
pler. Mais toi même, homme étonnant, toi
qui paroîs avoir reçu de la Nature deux gé
nies ſéparés l'un de l'autre, l'un poétique
pour peindre les paſlions , l'autre philoſo
phique pour chercher les vérités, n'as tu pas
réuni la verve & le goût dans tes divers
Ouvrages , ſi ce n'eſt pas dans chacun
d'eux ? Toute âme , dominée chaque fois
par l'impreſſion du moment, ne ſent qu'avec
tranfport lorſque l'enthouſiaſme la frappe,
ou ne reçoit que des impreſſions douces lorſ
qu'elle s'eſt ouverte aux ſenſations paiſibles
d'un goût pur & réfléchi. Il t'a manqué peut
être ce pouvoir heureux de diſpoſer de ſon
âme, de la faire paſſer, par des tranſitions
ſecrettes & inſenſibles, du fort au doux, du
ſublime à l'agréable , mais ces qualités, que
tu n'as pas réunies enſemble, qui plus que
toi les a poſſédées au plus haut degré ſéparé
ment ? J'ai cherché inutilement dans nos
premiers Écrivains un morceau de Littéra
ture d'un jugement plus ſain, d'un goût plus
délicat & plus exquis que ce morceau char
mant où tu t'entretiens avec le Lecteur ou
avec toi même, de la deſtinée & des talens
de Térence ; que ceux qui ne t'accordent
qu'un génie inégal & capricieux, qui ſem
blent mettre le goût qui juge & qui efface
à côté du talent qui produit, me diſent donc
ſi dans tout ce morceau il y a un mot qu'ils
vouluſſent changer pour un autre, qu'ils me
diſent ſi les expreſſions & les formes de tes
phraſes , ſi les mouvemens qui lient les idées
I) E F R A N C E. 69
les unes aux autres, n'y ont pas tous cette
vivacité & cette grâce que le talent ne renº
contre que dans les jours de bonheur : Pour
ton éloge de Richardſon , je ne demanderai
à perſonne ce qu'il en pcnſe. Les beautes de
licates & les idées fines n'ont peut-être
que peu de juges, & il faut interroger tout le
monde pour trouvet ceux qui ont le droit de
prononcer , l'impreſſion qu'on en reçoit n'ett
peut-être pas aſſez forte, aſſez decidee pour
n'avoir pas beſoin des'appuyer de celle des aº°
tres , mais la verve du genie ne laiſſe point de
ces doutes & de ces incertitudes , comme la
lumière, ce grand bienfait de la nature , elle
eſt faite pour tout le monde : pour en jouit .
i\ ne faut que des ſens : celui-là en ſeroit
privé ſans doute, qui pourroit entendre
l'hymne que tu prononces ſur les autels du
créateur de Clariſſe & de Grandiſſon , ſan#
éprouver pour ton génie les tranſports d ad
miration & d'amour que t'inſpire celui de
Richardſon Malheur à celui dont le goût
peut ſe ſouvenir des fautes qu'on peut rePrº
cher au tien dans ce morceau ! il jugera peuº
être comme la poſtérité, mais il ne l'aura
· jamais pour juge.
Je m'écarte , je le ſais, de winkelmann 2
& mes écarts ne peuvent pas avoir l'intérêt
de ceux de l'Écrivain dont le génie vient de
m'entraîner à celui-ci. Je ne ſais ſi parmi les
Lecteurs de ce Journal il en eſt qui m'au
roient pardonné plus volontiers de m'être
détourné de mon extrait, pour inſulter quels
· 7e M E R C U R E : - -
--
qu'homme célèbre de mon ſiècle ; mais il - l
y en aura peut être qui pardonneront à mon
goût les fautes qu'il ſe commettra que pour
honorer le grand takent. -
· Le plus beau monument de celui de Win
kelmann eſt l'Hiſtoire de l'Art. Il ne ſemble
n'avoir fait tous lesautres que pour chercher |
les connoiſſances & les idees neceſſaires à -
celui-ci. C'eſt ici que tout ſon genie eſt raſ
ſemblé , il eſt à peu - près impoſſible de le
| faire connoître par une analyſe. Les Ouvra
ges abondans en idées acceſſoires, & pau
| vres d'idees principales, ſont facilement ſou
| mis à un extrait. L'extrait même qui les reſ
ſerre en donne ſouvert une idée ttop avan- -
tageuſe : il produit une lumière dont l'éclat -
ne ſe retrouve plus dans l'Ouvrage. Dans les
| Livres bien faits, au contraire , dans ceux
: dont chaque idée eſt un anneau d'une chaîne
immenſe, ſi on veut en détacher quelques
· idées , toutes les autres les ſuivent ; & le
Livre entier , pour ainſi dire, veut entrer
dans l'extrait. Comment analyſer, par exem
- ple , une Hiſtoire de tous les Arts du deſlin,
qui, en commençant à ces époques preſ
· qu'effacées, où les Arts n'offrent que des
· fables, ſuit ſans aucune interruption le cours
· des Arts juſqu'au moment où tous leurs
· monutnens diſparoiſſent de la terre, pour
· être retirés , pluſieurs ſiècles après , des
· tombeaux de l'Empire Romain ; qui, en diſ
· tribuant avec ordre dans cet eſpace immenſe
· les objets les plus importans, s'arrête aſſez
, - D E F R A N C E. 71
ſur tous les détails pour y répandre & pour
y puiſer des lumieres , qui, en liant la
ſcience des Arts à celle de la Nature & des
Legiſlations, fait voir comment les climats
& les Gouvernenens ont concouru à don
ner ou à refuſer aux peuples & les formes
de la beauté, & cette ſenſibilite d'imagina
tion qui les adore & les reproduit dans les
Arts , qui , diſtinguant les traits & les for
mes auxquels chaque peuple a attribue la
beauté, donne des principes & des règles
preſqu'infaillibles pour reconnoître & diſ
tinguer les deſſins des Egyptiens , des Étruſ
ques, des Grecs & des Romains. Vûe nou
velle & de génie qui doit ſervir deſormais
de guide dans l'étude de l'Art Antique; qui,
en joignant à cette hiſtoire générale de l'Art,
l hiſtoire particulière de chaque tableau &
de chaque ſtatue, comme on joint la vie des
Hommes célèbres à l'hiſtoire des peuples,
attache aux beautés, aux paſſions & aux ca
ractères d'une ſtatue, cet intérêt & cette inſ
truction que des Peintres, tels que Plutarque
& Tacite, ſavent attacher aux ralens & aux
grandes vertus d'un Héros & d'un grand
Homme ; Ouvrage enfin qui, faiſant con
noître le génie des anciens , fait voir encore
qu'un moderne peut le pofſeder tout entier ;
Ouvrage qu'un homme, né pour les Arts,
ne pourra pas lire ſans ſe remplir de cet
enthouſiaſme , qu'il éprouveroit à la vûe du
Laocoon & de l'Apollon du Belvédère , Le
plus long extrait ne le feroit peut ºs pas
|
72 M E R C U R E ".
mieux connoître que le peu de lignes que je
viens d'en tracer. Ce qu'on y verroit, ſeroit .
moins l'Ouvrage que ſon ſujet & que l'im
preſſion que celui qui en rend compte en a
reçue, & c'eſt ce que j'ai tâché de faire.
2>
>>

>>
32
2.2
D3
|
Cependant , en faveur de ceux qui ne
pourront pas ſe procurer l'Ouvrage , je vais
copier un morceau qui fera connoître la
manière de Winkelmann dans ſes deſcrip
tions : je choiſis celle de l'Apollon du Bel
vedère.
« De toutes les productions de l'Art qui
ont échappé à la puiſſance du temps, la
ſtatue d'Apollon eſt, ſans contredit , la
plus ſublime. L'Artiſte a conçu cet Ou
vrage ſur l'idéal, & n'a employé de ma
tière que ce qu'il lui en falloit pour exé
cuter & rendre ſenſible ſa penſée.Autant
la deſcription qu'Homère a donnée d'Apol
lon ſurpaſſe les deſcriptions qu'en ont
faites après lui les Poëtes, autant cette
figure l'emporte ſur toutes les figures de
ce Dieu. Sa ſtructure eſt au-deſſus de celle
de l'homme, & ſon attitude reſpire la
majeſté. Un éternel printemps , tel que
celui qui règne dans les champs fortunés
de l'Élyſée, rêvet d'une aimable jeuneſſe
les mâles beautés de ſon corps, & brille
avec douceur ſur la fière ſtructure de ſes
membres. Tâchez de pénétrer dans l'em
pire des beautés corporelles ; cherchez à
devenir créateur d'une nature céleſte pour
élever votre âme à la contemplation des
beautés
D E F R A N C E, 73
» beautés ſurnaturelles ; car il n'y a rien ici
» qui ſoit mortel, rien qui ſoit ſujet aux
» beſoins de l'humanité : ce corps n'eſt ni
» échauffé par des veines, ni agité par des
» nerfs ; un eſprit céleſte, répandu comme
» un doux ruiſſeau, circule, pour ainſi dire,
» ſur toute la circonſcription de cette figure.
• Il a pourſuivi Python, contre lequel il a
• tendu, pour la première fois, ſon arc
» redoutable ; dans ſa courſe rapide, il l'a
» atteint, & lui a porté le coup mortel. De
» la hauteur de # joie, ſon auguſte re
» gard pénétrant dans l'infini, s'étend bien
» au-delà de ſa victoire. Le dédain ſiège ſur
» ſes lèvres; l'indignation qu'il reſpire gon
» fle ſes narines, & monte juſqu'à ſes ſour
» cils , mais une paix inaltérable eſt ex
* primée ſur ſon front; & ſon oeil eſt plein
* de douceur, comme s'il étoit au milieu
* des Muſes empreſſees à lui prodiguer
» leurs careſſes. Parmi toutes les figures de
• Jupiter, enfantées par l'Art & parvc
• nues juſqu'à nous, vous ne verrez dans
» aucune le père des Dieux approcher de
» cette grandeur avec laquelle il ſe mani
» feſta jadis àl'intelligence du Poëte, comme
» dans les traits que nous offre ici ſon fils.
» Les beautés individuelles de tous les au
» tres Dieux ſont réunies dans cette figure,
» comme dans la divine Pandore.Ce front
» eſt le front de Jupiter, renfermant la
» Déeſſe de la Sageſſe ; ces ſourcils, par
» leur mouvement,annoncent leur volonté; .
N°. 2, 1 1 Janvier 1733- D
74 M E R C U R E
33
33

»
»
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2p
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39
33
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»
22
22
33

23
33
32
1)
ces yeux, dans leur orbite ceintré, ſont
les yeux de la Reine des Déeſſes , & cette
bouche eſt la même bouche qui inſpiroit
la volupté au beau Bacchus. Semblables
aux tendres rejetons de la vigne, ſes beaux
cheveux flottent autour de ſa tête divine,
comme s'ils étoient légèrement agités par
l'haleine des Zéphirs ; ils ſemblent par
fumés de l'eſſence des Dieux, & attachés
négligemment fur le ſommet par la main
des Grâces. A l'aſpect de ce prodige de
l'Art , j'oublie tout le monde; je prends
moi même une poſition plus noble pour le
contempler avec dignité. Saiſi de reſpect,
je ſens ma poitrine qui ſe dilate & s'élève,
ſentiment qu'éprouvent ceux qui ſont rem
plis de l'eſprit de prophétie; je ſuis tranſ
porté à Déla & dans les bois ſacrés de la
Lycie, lieux qu'Apollon honoroit de ſa
préſence ; car la beauté que j'ai devant les
yeux paroît recevoir le mouvement comme º
la beauté qu'enfanta le ciſeau de Pigma-º
lion. Comment pouvoir te décrire, ô ini
mitable chef-d'oeuvre ! les traits que je
viens de crayonner, je les dépoſe à tes
pieds ; ainſi, ceux qui ne peuvent attein
dre juſqu'à la tête de la Divinité qu'ils ré
vèrent, mettent à ſes pieds la guirlande
dont ils auroient voulu la couronner. »
Quelle admiration ſentie ! quel enthou
ſiaſme ! ne croit on pas entendre un de ces
Trophètes à qui les beautés éternelles ſe ſont
révélées? N'eſt-ce point-là le langage d'un
D E F R A N C E. 7ſ
mortel qui ſort de la préſence de ſon Dieu ?
·Quel homme étoit- ce donc que l'Artiſte
créateur de cette ſtatue, qui ſemble donner
le génie comme la divinité qu'il repréſente !
On voit par ce morceau que M. Huber, à
qui nous devons cette Traduction de l'Hiſ
toire de l'Art , eſt capable de rendre tout
l'enthouſiaſme de Winkelmann pour les
Arts. Son nom promettoit ce mérite aſſez
rare dans les Traducteurs , dont l'enthou
ſiaſme paroît plus d'ordinaire dans les Pré
faces que dans les Traductions. On ſait que
c'eſt à lui que notre Littérature eſt redeva
ble des Traductions excellentes qui nous ont
fait connoître les Idylles charmantes & le
s Poëme touchant de M. Geſner, ainſi que les
· plus belles productions de la Poéſie Alle
mande. Il a ajouté à ſa Traduction une Vie
de Winkelmann , & ce morceau eſt très
curieux, très-intéreſſant pour ceux qui cher
chent dans les hommes extraordinaires les
rapports de leur caractère & de leur talent,
de leur caractère & des événemens de leur
vie.
* Nous réſervons pour l'ordinaire prochain
la fin de cet extrait.
-SF
yé M E R C U R E
TRAITÉ de la Phthiſie Pulmonaire , avee
la méthode préſervative & curative de cette
maladie , fondée ſur des Obſervations ,
par M. Raulin , Docteur en Médecine,
Agrégé Honoraire au Collége Royal de
Médecine de Nancy, Penſionnaire, Con
ſeiller-Médecin ordinaire du Roi, Cenſeur
Royal , ancien Inſpecteur Général des
Eaux Minérales du Royaume , & des
Maiſons de Santé de Paris , de la Société
Royale de Londres, des Académies Roya
les des Belles-Lettres, Sciences & Arts de
Pruſſe, de Bordeaux, de Rouen, de Châ
lons ſur Marne , & de celle de Rome.
Vol. in 8°. A Paris, chez l'Auteur, rue
de Bourbon-Ville-Neuvc, près de celle
des Filles-Dieu.
LA Phthiſie Pulmonaire doit être conſi
dérée comme un fléau de l'humanité; elle eſt
redoutable chez les deux ſexes & dans tous
les âges ; elle eſt contagieuſe & héréditaire,
& elle moiſſonne des familles entières lorſ
qu'elle a pris ce dernier caractère. Dans tous
ces cas, la pulmonie a été regardée juſqu'au
jourd'hui comme incurable , pour ne pas
dire toujours funeſte. M. Raulin, qui, de
uis cinquante ans, a fait une étude particu
† de cette maladie, a ſouvent eu le bon
heur de la prévenir, lorſqu'il a apperçu chez
ſes malades des ſignes ou des ſymptômes,
qui en ſont ordinairement des avant-cou
D E F R A N C E. 77
reurs; il en a garanti lorſqu'on a eu des rai
ſons pour la croire héréditaire, & il a pré
venu les effets de ſa contagion; il en a ſou
vent guéri des unes & des autres, & il rap
porte des obſervations qui le confirment.
Cet Ouvrage eſt bien écrit, le ſtyle en
eſt aiſé, clair & concis, il eſt fait pour inſ
truire le Public, pour lui donner de la con
fiance, & pour plaire aux Savans. Il eſt
diviſe en deux Parties, chaque partie en cinq
Sections, & chaque Section en pluſieurs
Chapitres, relatifs aux titres des Sections.
On trouve dans la première Partie, les diffé
rens caractères de la Phthiſie pulmonaire,
ſes différentes cauſes, ſes ſignes, ſes ſymp
tômes, tout ce qui a du rapport à la théorie
de cette maladie, tout ce qu'on peut dire
pour en donner une connoiſſance parfaite,
& pour en faire diſtinguer les § C2°
ractères, même par ceux qui ne ſont pas
initiés dans l'art de guérir. Tout dans cet
Ouvrage eſt étayé par des obſervations qui
appartiennent à l'Auteur, & par d'autres
Qu'il a priſes dans les Ouvrages des Médecins
les plus célèbres.
Dans la ſeconde Partie, M. Raulin reprend
º cauſes de la pulmonie qu'il a détaillées
º"s la première, & il donne plus d'éten
#ue à ſes ſignes, à ſes ſymptômes, à ſes cb
ºVations; il y en ajoute de nouvelles, il en
º,des indications pour en établir la vraie
méthode curative. Il indique dans le plus
grand détail les remèdes qui ſont propres
D iij
78 M E R C U R E ,
à cette maladie, ſelon ſes différentes cauſes
& ſes différens degrés. Ce qu'il y a de plus
conſoiant encore pour l'humanité ſouffrante,
c'eft qu'il prend tous les remèdes dans le
règne végétal ; il porte cette ſage méthode
juſqu'à faire voir, par des raiſons & des
autorités ſans réplique, que l'uſage du lait
eſt pernicieux dans tous les degrés de la pul
monie ; il ne le permet que dans la conva
leſcence; il exige même alors qu'on prenne
des précautions pour qu'il ne puiſſe pas
nuire.
L'Ouvrage de M. Raulin n'eſt pas ſuſcep
tible d'extrait , il eſt fait pour être lû , & ,
nous le répétons, pour faire connoître la
pulmonie, ſes différens degrés, & les remè
des les plus propres à la prévenir & à obtenir
ſa guériſon.
REcHErcHEs ſur les Végétaux nourriſſans,
· qui , dans les temps de diſette , peuvent
remplacer les alimens ordinaires , avec de
nouvelles Obſervations ſur la Culture des
Pommes de Terre , par M. Parmentier ,
Cenſeur Royal , de pluſieurs Académies
de Paris. De l'Imprimerie Royale , & ſe
trouve chez Barois l'aîné, Libraire, quai
des Auguſtins. *
L'OUvRAGE que nous annonçons eſt un
des plus utiles du ſiècle , puiſqu'il a pour
objet d'écarter la diſette de nos foyers. L'hiſ
toire eſt pleine d'exemples frappans des fu
D E F R A N C E. 79
neſtes effets de la famine. Ce fléau, qui fait
- taire la voix de la Nature & de la Reli
gion, ne ſe préſente pas toujours ſous un
aſpect formidable; cependant les maladies,
les langueurs & la mort décèlent ſon exiſ
tence ſous la chaumière & dans le plus triſte
réduit ; le miniſtère, empreſſé de tendre aux
malheureux une main ſecourable, n'eſt ſou
vent pas averti à temps, ou bien on ne peut
remplir ſes vûes paternelles vû la rareté
des comeſtibles que l'opulence enlève aux
pauvreS.
Les végétaux farineux que M. Parmen
tier indique, offrent aux hommes un genre
d'aliment qui ſupplée à tous les autres, &
peut les remplacer complètement dans des
temps de diſette. Mais avant de perter un
jugement ſur la valeur des reſſources pro
poſées, il faudroit avoir vu, dans les can
tons de nos Provinces les plus reculés des
grandes villes, des hommes courbés ſous
le poids accablant des travaux les plus pé
nibles, & avoir goûté le pain dont ils ſe "
· nourriſſent. On ſauroit qu'ils le préparent
dans les temps d'abondance, avec les pois,
les petites fèves , les haricots , la veſce &
l'avoine; & cet aliment compact, déſagréable
-& viſqueux, leur coûte ſouvent plus que le
meilleur pain de froment : trop heureux en
core quand ils en ont leur ſuffiſance ! Que
ſera - ce donc dès qu'il y aura cherté &
diſette ? C'eſt alors qu'il faudra néceſſaire
ment regarder comme un nouveau bienfait
•. D iv
8o M E R C U R E
de la Chimie, la découverte du pain de
pommes de terre & de celui d'amidon des
autres racines farineuſes.
En cherchant à multiplier les reſſources
alimentaires, le deſſein de M. Parmentier
n'a jamais été de faire entrer en concurrence
· les ſupplémens qu'il propoſe, ſoit pour la
qualité, ſoit pour le prix, avec les ſubſtances
nutritives, auxquelles nous ſommes telle
ment habitués, qu'elles ne manquent jamais
·ſans occaſionner la cherté & la famine. Il
tâche ſeulement d'approprier à nos organes
, quelques végétaux négligés par les animaux
eux-mêmes, & qui, dans des temps malheu
·reux , peuvent devenir moins nuiſibles pour
les pauvres, que toutes les choſes ſur leſ
· quelles on les a vû contraints de ſe jeter. M.
Parmentier expoſe enſuite les cauſes des
diſettes, les précautions qu'on doit employer
pendant le temps qu'elles durent, & quels
ſont les moyens de les prévenir. Cette partie
de l'Ouvrage eſt écrite avec le ſentiment
d'un coeur touché des malheurs de l'huma
nité, & qui voudroit les prévenir ou les
, ſoulager au moins. * Quel chagrin, s'écrie
» t'il, pour un Prince ami de l'humanité,
» de voir la diſette déſoler ſes États ! Quel
· » poids accablant pour le pauvre , d'être
, » tourmenté par le ſentiment d'un beſoin
» preſſant qu'il ne peut ſatisfaire ! On ne
» ſauroit enviſager le tableau affligeant de
» ces époques déſaſtreuſes, où l'induſtrie,
» aux priſes avec la néceſſité, a été chercher
| D E F R A N C E. 3
| » de quoi aſſouvir une faim cruelle & dé
| » vorante dans les debris des corps appar
| » tenans aux trois règnes de la Nature, dans
l » des matières terreuſes, oſſeuſes & ligneu
» ſes. Qni lira , ſans frémir , l'hiſtoire de
- » routes ces tentatives il ſpirées par le dé
- » ſeſpoir, & les ſuites horiibles qui en fu
, » rent la cataſtrophe ! Ces details des mal
» heurs & de l'ignorance de nos bons ayeux,
» offrent , il eſt vrai, tant d horreurs , que
» nous âvons cru devoir en épargner le récit
» à la ſenſibilité de nos Lecteurs, l'eſpèce
» humaine a aſſez de detracteurs tans four
» nir de nouvelles armes contre-elle. D'ail
» leurs , s'il y a eu des hommes aſſez abo
» minables pour établir leur fortune ſur la
» misère publique, & voir avec indiffé
• rence leurs concitoyens au depourvu des
choſes les plus indiſpenſables à la vie,
tandis qu'ils regorgeoient d'alimens de
toute eſpèce , 1l s'en eſt trouvé un plus
rand nombre chez qui le ſentiment de
§& d'humanite a marqué ces
momens de calamité par les traits I s plus
ſublimes. Mais tirons le rideau ſur nos
malheurs paſſes ; & s'il eſt poſſible de
laiſſer entrevoir l'eſpérance de les pré
venir, ce ſera au moins pour les coeurs ſen
fibles une ſécurite de plus pour jouir des
fruits de l'abondance, trop ſouvent étran
gère aux habitans de certains cantons,
qui n'en ont jamais goûté les douceurs. »
Les recherches de M. Parmentier ont déjà
3
D v
82 . ' M E R C U R E
fait naître le deſir d'en entreprendre de nou
velles : celles publiées aujourd'hui ſont rem
plies de vûes neuves & intéreſſantes, tant
ſur le méchaniſme de l'aliment , que ſur la
nature des grains dont l'habitant de toutes
les contrees fait ſa nourriture fondamentale.
Il y eſt également queſtion des effets des
champignons, & de la fermentation des
ſubſtances muqueuſes. Cet Ouvrage pré
cieux eſt terminé par des détails ſur les di
verſes méthodes de cultiver la pomme de
terre, ' & ſur les avantages infinis que ces
racines peuvent procurer aux hommes &
aux animaux. -
INsTRUcTioN pour les Bergers & pour les
· Propriétaires de Troupeaux ; par M.
· Daubenton, de l'Académie Royale dés
Sciences, de la Société Royale de Médé
cine , Lecteur & Profeſſeur d'Hiſtoire
Naturelle au Collége Royal de France ,
Garde & Démonſtrateur du Cabinet d'Hiſ
· toire Naturelle du Jardin du Roi, des
| Académies de Londres, de Berlin, de Pé
| tersbourg, de Vergara, de Dijon & de
Nancy. in 8 °. de 4oo pages, avec 22
planches, très - utiles & très - ſoigneuſe
ment gravées. A Paris, chez Ph. D. Pierres,
Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint
Jacques , 1782. , -
Si toutes les parties de notre économie
rurale pouvoient un jour être dirigées par
-
D E F R A N C E. 3 ;
|]t
i
".
de ſemblables Inſtructions , la France pour
roit ſe flatter de conduire progreflivement à
toute la perfection dont il eſt ſuſceptible ,
le plus noble & le plus neceſſaire de tous les
Arts, celui qui caracteriſe notre eſpèce d'une
manière plus ſpéciale, & qui diſcerne avec
tant d'avantages l'intelligence humaine de
l'inſtinct donné par la nature aux autres ani
maux, qu'elle n'a point rendus capables de
multiplier & perfectionner ſes productions.
L'illuſtre Auteur de cet excellent Ouvrage
en a rendu compre au Public dans un Aver
tiſſement que nous allons copier religieuſe
ment. Nos Lecteurs les plus inatentifs pour
ront juger, par cet exemple frappant, com
bien l'éloquence modeſte, ſimple & préciſe
du génie vraiment utile, diffère du jargon
brillant des beaux-eſprits ſuperficiels qui ſe
piquent de bien écrire, & du bavardage des
compilateurs. -
-
> /
. « Le Gouvernement m'ayant chargé de
faire des épreuves ſur des Troupeaux, pour
rechercher les moyens de perfectionner les
laines , j'ai été obligé d'étendre ces épreuves .
à tout ce qui pouvoit être bon pour la ſanté
des moutons, parce qu'elle influe beauceup
ſur les qualités de leurs toiſons. Je n'ai fait
l'Inſtruétion que je publie pour les Bergers
& pour les Propriétaires de Troupeaux,
qu'après quatorze années d'obſervations ;
j'ai ajouté à ce que j'ai vû par moi-même ,
les pratiques les mieux fondées que j'ai ap
priſes des gens de la campagne, ou que j'ai .
D vj
84 M E R C U R E
tirées des Livres écrits en France & dans
d'autres pays. Je n'ai pas jugé à propos de
me citer pour les choſes que j'ai découvertes ;
ce qui m'eſt perſonnel eût été de trop dans
cette Inſtruction : j'ai ſeulement cite la Ber
gerie que j'ai établie en Bourgogne, près de
la ville de Montbard, où je fais mes expé
riences ſur les moutons & ſur leurs pâtura
ges. Ces citations ferent remarquer les prin
cipaux réſultats du grand nombre d'épreuves
que j'ai faites : je m'expliquerai plus au long
dans un autre Ouvrage, où je rapporterai le
détail de mes expériences & les conſequences
que j'en ai tirées. »
» J'ai diſpoſe cette Hnſtruction par De
mandes & par Réponſes, pour la rendre plus
facile à entendre & à retenir de mémoire.
Je l'ai diviſée par Leçons , les premières ont
pour obiet ce que l'on doit ſe procurer avant
de fe charger d'un troupeau, tels ſont le lo
gement, les Bergers & les Chiens. Les Le
çons ſuivantes contiennent les connoifſances
nécefſaires pour choiſir les bêtes à laine,
our les conduire au pâturage, les nourrir,
§ accoupler, pous perfectionner les lair
mes, &c. » *-
» Je m'étois propoſé de faire imprime
cette Hnſtruction en petits caractères pour la
rend e moins coûteuſe. Mais j'ai éprouvé
que les gens de la campagne, qui font peu
d'ufage des Livres, ont moins de peine à lire
de gros caractères que de petits ; c'eſt ce
qui m'a déterminé à préferer celui que j'ai
|

D E F R A N C E. 3y
,
|
employé. Il ſera bon pour apprendre à lire ;
les Maîtres d'École des Villages pourront
s'en ſervir pour les jeunes gens qu'ils vou
dront exerccr à la lecture, & inſtruire en
même temps ſur la manière de ſoigner les
treupeaux »2
» J'ai eté obligé de joindre à cette Inſ
truction les planches gravees, qui etoient
neceſſaires pour la faire mieux entendre. Il
y a des gens de la campagne qui ne ſauroient
faire uſage de ces Planches , j'ai expli
ué dans la XIV° Leçon la manière dont i
§ s'y prendre pour diſlinguer les objets
qui ſont à remarquer dans les figures des
Planches. »> -
» Je me propoſe de publier les obſerva
tions que j'ai faites en grand dans les enclos
de ma Bergerie, ſur la culture & l'emploi
des diverſes eſpèces de pâturages pour les .
bêtes à laine, & ſur d'autres choſes qui peu
vent ſervir à leur nourriture. Je publierai
auſſi des obſervations ſur leurs maladies, j'ai
recherche des moyens pour les traiter aux
moindres frais pofſibles , car la Medecine
vétérinaire ne ſera pas miſe en pratique pour
les animaux de peu de valeur, ſi la depenſe
du traitement des maladies n'eſt propor
tionnee au prix de ces animaux. Je n'expo- '
ſerai aux Bergers & aux gens de la campa
gne,. que la partie de cette Médecine qui
peut êrre à leur portée. » , -
» Je n'ai ri n négligé de ce qni ponvoit
m'inſtruire moi même, & je continue mes
86 M E R C U R E
Expériences ſur les troupeaux de ma Ber
gerie, pour acquérir de nouvelles connoiſ
ſances. Je ne me fuis pas preſſe de faire une
Inſtruction pour les Bergers & pour les Pro
priétaires de Troupeaux : avant de donner
des Leçons , on ne peut trop s'aſſurer du
ſuccès qu'elles auront dans la pratique.Celui
qui m'a paru le plus important , & qui m'a
fait le plus de plaiſir, eſt l'amélioration des
laines au degré de ſuperfin, parce qu'il étoit
le principal objet de mes Expériences , &
qu'il ſera le plus utile pour les manufactu
res. A preſent que les laines de mes trou
peaux ſont ſuperfines, je vais obſerver ce
qui leur arrivera de génération en génération
par rapport à leur fineſſe & à leurs autres
qualités. » - - º . !
» J'ai mis à la ſuite de l'Inſtruction pour
les Bergers, deux Mémoires & les Extraits
de quatre autres que j'ai faits ſur les bêtes à
laine, & qui ſont imprimés dans les Re
cueils de l'Académie Royale des Sciences &
de la Société Royale de Médecine. Ces Mé
moires & ces Extraits ſeront utiles aux Ber
gers, aux Propriétaires de Troupeaux, aux
Commerçans & aux Manufacturiers en
laines. » : 2 •
( Cet Article eſt de M. l'Abbé Baudeau.)
A N C E. 89
D E F R A N Nr ils auront joui ;
m -#ions eſtima
—- littéraire »
S P E c T A C L E S. º
C O ME D I E F R A N Ç O I S E.
LE Dimanche 29 Décembre de l'année
dernière, on a donne une 1epielentation des
Philoſophes , avec un nouveau denouement.
On ſe ſouvient que lors de la termiſe de
cette Comédie au commencement de l'eté
dernier , l'ancien denouement fut très
mal reçu par une certaine claſſe de Spec
tateurs : qu'en particulier , les admirateurs
de J. J. Rouſſeau crièrent anathême à M.
Paliſſot, & l'accusèrent d'avoir inſulte aux
mânes de ce grand Homme. Nous rendimes,
dans le temps , compte de certe 1 emiſe ;
nous haſardâmes quelques reflexions ſur
l'inſulte pretendue faite au Citoyen de Ge
nève , comme ſur les moyens de donner à
l'entrée de Criſpin l'effet plaiſant qu'elle peut
produire , & nous crûmes, comme ncus le
croyons encore, que ce denouement devoit
être conſerve. Ou M. Paliſſot n'a pas penſé
comme nous , ou bien il a cédé à des conſi
dérations particulières; & voici comme il
a eſſayé de terminer ſa Comédie. Damis ,
rival du Philoſophe Valère , vient lui pro
poſer un cartel. Celui-ci le refuſe, ſous pré
texte de ſoumiſſion à la loi, qui défend les
duels. Ce reſſort devenant nul pour Damis ,
88 M E R C U R E
celui-ci remet à Cydaliſe une lettre écrite par
Valère, dans laquelle elle eſt traitée avec infi
niment de mépris. L'orgueil outragé fait plus
que la ra ſon , Cydaiiſe ouvre les yeux, &
chaſſe les chailatans qui l'ont trop long tems
abuſee. Il nous paroît tout ſimple qu'un
Égoïſte, tel que Valère, qui a mépriſe la
Loi & le Legiſlateur toutes les fois que l'un
& l'autre ont mis quelque obſtacle à la ſatis
faction de ſes deſirs, les invoque quand ils
peuvent lui être utiles. Cela nous paroît ren
trei dans le caractère d'un fourbe adroit , &
dont l'unique attention eſt de ſoumettre les
circonſtances & les uſages reçus à ſon plus
grand avantage , mais comme ce moyen ne
produit aucun interêt ; qu'il n'ajoute rien de
piquant à la ſituation, qu'il eſt abſolument
froid , & qu'il n'amène pas le denouement,
puiſqu'il eſt ſuivi d'un autre dont il eſt im- .
· poſſible de ſe diſpenſer ( quoiqu'il ne ſoit
ni plus neuf, mi plus chaud , ni plus intéreſ
ſant que le premier ) nous n'avons pas plus
· approuvé cette innovation que le Public.
.M. Paliffor ſait mieux que nous, que tout
denouement qui ne ſort pas du fonds du
ſujet, ne ſauroit produire un véritable in
· térêt , & qu'il eſt extrêmement difficile d'ajufter
ſi bien un nouvel incident à une in
trigue donnee, qu'il y paroiſſe eſſentielle
· ment & indiſpenſablement lié. Au reſte ,
cette Co rédie eſt plus eſtimée qu'applaudie.
| | Tel ſera le ſort de tous les Guvrages qui au
ront dû à des événemens quelconques, une
D E F R A N C E. 89
i
partie du grand ſuccès dont ils auront joui ;
de reparoître comme des productions eſtima
bles, dans l'acception purement littéraire,
quand ils ſeront auſſi bien écrits, auſſi bien
penſés que la Comédie des Philoſophes :
mais de ne produire au Theâtre qu'un effet
très-médiocre; ſur tout quand on en voudra
retrancher des ſituations ſuſceptibles de
quelque mouvement comique , & céder
lutôt à des impulſions paſſagères , qu'à
fintérêt de la Scène & de la vérité.
A N E C D O T E S.
L.
LA Cour d'Angleterre ayant intérêt d'atti
rer un Seigneur dans ſon parti, M. Walpole
va le trouver. * Je viens, lui dit-il, de la part
» du Roi, vous aſſurer de ſa protection,
» vous marquer le 1egret qu'il a de n'avoir
» encore rien fait pour vous, & vous of
» ftir un emploi plus convenable à votre
» mérite. — Milord, lui répliqua le Seigneur
» Anglois , avant de répondre à vos offres,
»s permettez - moi de faire apporter mon
- » ſouper devant vous.» On lui ſert au même
inſtant un hachis fait du reſte d'un gigot
dont il avoit diné. Se tournant alors vers
M. Walpole : " Milord, ajouta-t'il, penſez
» vous qu'un homme qui ſe contente d'un
» pareil repas , ſoit un homme que la
- Cour puiſſe aiſément gagner ? Dites au
9o M E R C U R E
» Roi ce que vous avez vû. C'eſt la ſeule
» réponſe que j'aie à lui faire. »
I I.
AU combat de la Route, le Comte d'Har
court, avec huit mille François, défait une
armée de vingt huit mille hommes. Le Mar
quis de Leganez, Général Eſpagnol, lui en
voie un Trompette pour l'échange de quel
ques priſonniers, & le charge de lui dire que
s'il étoit Roi de France, il lui feroit couper la
tête pour avoir haſardé une bataille contre
une armée ſi ſupérieure. º Et moi, répond le
» Comte d'Harcourt , ſi j'étois Roi d'Eſ
» pagne, je ferois couper la tête au Marquis
» de Leganez pour s'être laiſſé battre par
» une armée beaucoup plus foible que la
» ſienne. » -
-
-
I I I.
LE Duc de Montmerenci jouoit un jeu
où il ſe trouva un coup de trois mille piſ
toles ; il entendit un Gentilhomme qui di
ſoit à voix baſſe : « Voilà une ſomme qui
» feroit la fortune d'un honnête homme. »
Le Duc gagna le coup, & préſenta la ſomme
au Gentilhomme, en lui diſant : " Je vou
» drois, Monſieur, que votre fortune fût
» plus grande. » !
#
- -
• . . -
-
D E F R A N C E. 2 I
- A N N O N C E S E T N O T I C E S.
E.,a, de Michel de Montaigne, 3 Vol. in-8°.,
avec le Portrait de l'Auteur. A Paris, chez Jean
François Baſtien, Libraire-Éditeur, rue du Petit
Lion-Saint-Germain. — De la Sageſſe, par Char
ron , avec ſon Portrait, un Volume in-8°., chez
le même Libraire.
Ces deux Ouvrages font partie d'une entrepriſe
très-importante, & qui mérite d'être encouragée.
M. Baſtien s'eſt propoſé de nous donner de nos
meilleurs Auteurs François d'auſſi belles Éditions que
celles que nous annonçons au Public. On n'a qu'à
lire l'avis qu'il a mis à la tête de Montaigne , &
qui reſpire l'aumour & la vénération envers cet aima
ble Philoſophe, pour juger du travail que lui a
coûté l'impreſſien des Eſſais. Il a confronté toutes
les Editions antérieures ; il a fait diſparoître un
nombre infini de fautes, & il a pouſſé l'exactitude
juſqu'à vérifier les citations. On ſait que ſur cet
article Montaigne a eſſuyé quelques reproches, &
qu'il a été accuſé d'avoir ſouvent cité faux, pour
n'avoir voulu citer que d'après ſa mémoire. Une
^ innovation que M. Baſtien a jugée néceſſaire, c'eſt
la ſuppreſſion des Notes qui ſurchargeoient toutes
· les anciennes Editions. Il eſt vrai qu'il y en avoit une
foule de ſi oiſeuſes, de fi minutieuſes, qu'on étoit
ſouvent dépité d'avoir interrompu ſa lecture pour y
jeter les yeux. Le tirage de cette Edition eſt à ſi petit
nombre, qu'il peut ſervir a prouver le zèle déſinté
reſſé de 1'Editeur. L'in - 8 °. a été tiré à ſix cent
Exemplaires, dont cinquante papier d'Hollande , &
l'in-4°. à cent, dont vingt-cinq papier d'Hollande.
Prix, l'in 8°. 3o livres, in **. papier d'Holande
92 M- E R C U R E
6o livres, l'in-4°. 6o livres, in-4°. papier d'Hol
lande 12 o liv.
· L'Editeur a ſuivi les mêmes principes pour Char
ron. L'in-8°. papier d'Angoulême,ſe vend 15 livres,
in-8°. papier d'Hollande 3o livres, l'in-4°. papier
d'Angoulême, 3o livres, in-4°. papier d'Hollande,
6o liv. Le Volume de la Sageſſe contient huit cent
pages. Les OEuvres de Rabelais ſont ſous preſſe.
, VorAGEs autour du Monde & vers les deux
Poles,par terre & par mer, pendant les années 1767,
4s, é», 7o, 71, 72, 73 , 74 & 1776 ; par M. de
Pagès, Capitaine des Vaiſſeaux du Roi, Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S Louis, Correſ
pondant de l'Académie des Sciences de Paris. A
| | Paris, chez Moutard , Imprimeur-Libraire, rue des
Mathurins, hôtel de Cluny. -
Cet Ouvrage utile eſt remarquable par l'exacti
tude des détails & par les choſes curieuſes qu'il ren
| ferme. M. de Pagès eſt allé dans des pays où aucun
Voyageur n'avoit encere pénétré avant lui. Il nous
a donné le récit de trois voyages. L'un eſt un
voyage qu'il a fait autour du Monde par l'Améri
que ſeptentrionale, la mer du Sud, les Indes &
l'Arabie ; l'autre aux Terres Auſtrales ſituées au
Sud Oueſt du cap de Bonne-Eſpérance ; le troi
ſième eſt le voyage du Nord dans la mer glaciale &
aux Iſſes de Spitzberg. -
"-, En liſant la deſcription du premier voyage, on
eſt étonné du courage & de la perſévérance dont M.
de Pagès a eu beſoin ; il a traverſé ſix cent lieues de
pays ſauvages. Le troiſième voyage, celui de la
mer glaciale, eſt encore plus effrayant. M. de Pa
- gès, dans ſes relations, mêle à la connoiſſance des lieux
| celle des uſages & des moeurs. Son Ouvrage eſt
accompagné de Cartes précieuſes, qui ont le dou
· ble avantage de faire connoître des lieux ignorés, &
D E F R A N C E. 93
de réformer quelques etreurs géographiques conſa
crées juſqu'ici par le témoignage des Voyageurs.
VvEs pour la Géographie Phyſique, par M. du
Carla. L'objet de cet Ouvrage que propoſe M. du
Carla , eſt d'examiner la cauſe des ſéchereſſes, des
Pluies, des températures, des vents, des courans,
des inégalités & des déplacemens de la mer, & de
lire juſques dans l'intérieur du globe. Plufieurs mor
ceaux que l'Auteur a fait inſérer dans différens
Journaux, doivent donner une idée avantageuſe de
ſon travail. Cet Ouvrage formera quatre Volumes
in-8°., avec figures, pour leſquels on ſouſcrira
chez l'Auteur, cour du Commerce, près la rue des
Cordeliers ; & chez Quillau l'aîné, Libraire, rue
Chriſtine. Le prix de la ſouſcription eſt de 2o liv.,
dont on payera 5 liv. en recevant chaque Volume.
Ceux qui n'auront pas ſouſcrit payeront l'Ouvrage
24 liv.
BETMz4Ȏe au Bain, peint par Bounieu,
gravé par G. Ph. Benoiſt. Se vend à Paris, chez
Bounieu, à la Bibliothèque du Roi, & au Pavillon
de l'Orangerie des Tuileries.
Le † de Bethſabée au Bain, expoſé chez
TM. Bounieu, lui a mérité dans le temps de nom
*breux & d'illuſtres ſuffrages. Les Amateurs s'empreſ
ſeront ſans doute d'acquérir la Gravure que vient
* d'en faire M. Benoiſ\.
Penſées Morales de Cicéron, recueillies & tra
duites par M. Léveſque. .. A Paris, chez Didot
l'aîné, Imprimeur Libraire, rue Pavée S. André
des Arcs; & Debure l'aîné, Libraire, quai des Au
guſtins
: Ce petit Volume, remarquable par la beauté du
papier & du caractère, comme tout ce qui ſort des
preſſes de M. Didet, fait partie de la Collection
94 M E R C U R E
des Moraliſtes anciens dédiée au Roi. C'eſt le
huitième des Volumes de cette Collection qu'il a
publiés dans le courant de l'année 1782, & dont
nous allons donner ici la liſte, pour mettre chacun
à portée de voir d'un coup - d'oeil ſi ſa Collection
eſt complette. Manuel d'Epictète, 1 Volume : —
Penſées Morales de Confucius, 1 Volume : = Pen
ſées Morales de divers Auteurs Chinois, 1 Volume :
– Morale de Sénèque, 3 Volumes : - Penſées
Morales d'Iſocrate, 1 Volume : — & enfin Pen
ſées Morales de Cicéron, 1 Volume.
LEs Métamorphoſes d'Ovide en vers françois ,
Livre III, Traduction nouvelle, avec des Notes ;
par M. de Saint-Ange. A Paris, chez Valleyre
l'aîné, Imprimeur - Libraire, rue de la Vieille-Bou- . '
clerie. Prix, 1 livre 1o ſols, de même que le pre
mier & le ſecond Livre. Ceux qui prendront les
trois Parties à-la-fois, formant un Volume in-8°.
de 4oo pages, ne payeront que 3 liv. 12 ſols.
Le premier & le ſecond Livre ont déjà mis à
portée de juger le talent de M. de Saint-Ange en ce
genre. Nous en parlerons dans un de nos articles
Littéraires. -
M É M o I R E s Chronologiques & Dogmatiques
pour ſervir à l'Hiſtoire Eccléſiaſtique depuis 16oo
juſqu'en 1716, avee des Réflexions & des Remar
ues Critiques, par le R. P. d'Avrigny, nouvelle
dition en 2 Volumes in-8°., 6 liv. en feuilles ;
6 liv. 1o ſols brochés en carton, & 8 livres reliés
proprement.A Niſmes, chez Beaume, Imprimeur
Libraire , & à Paris, chez Deſprez, Imprimeur
Libraire, rue S. Jacques.
Cet Ouvrage peut ſervir de ſuite à l'Hiſtoire Ec
cléſiaſtique de M. l'Abbé Fleury, & à l'Hiſtoire de :
l'Égliſe Gallicane du P. de Longueval. Tout le
monde connoît la préciſion du P. d'Avrigny, la
D E F R A N C E. 9r
tournure piquante de ſon ſtyle & ſa critique éclai
rée. La manière dont le P. d'Avrigny diſcute tous
les faits qui appartiennent à l'époque dans laquelle
il s'eſt renfermé eſt ſi attachante, qu'on ne peut
quitter cette lecture, quclqu'étranger que l'on ſoit
aux matières qui en font l'objet. Le P. d'Avrigny ne
couroit point après l'eſprit, parce † ſortoit na
turellement de ſa plume. Peu d'Hiſtoriens peuvent
lui être comparés.
SAINTE BIE LE , traduite en françois, avee
l'explication du ſens littéral & du ſens ſpirituel,
tirée des ſaints Pères & des Auteurs Eccléſiaſtiques,
nouvelle Édition, miſe dans un meilleur ordre pour
la diſtribution des Volumes, & augmentée de plu
| ſieurs Pièces nouvelles, Notes & Sommaires, &
d'une Table générale raiſonnée des Matières conte
nues dans tout l'Ouvrage, en forme de Diction
naire, dont les trois premiers Volumes ſont actuel
lement en vente, au prix de 12 liv. en feuilles, &
12 liv. 15 ſols brochés en carton. A Niſmes, chez
Beaume, Imprimeur-Libraire ; & à Paris, chez
Deſprez, Imprimeur-Libraire, rue S. Jacques.
" Les premières Éditions de cet Ouvrage ont été
enlevées au moment où elles ont paru. Elles ont
été réimprimées Volume à Volume ; cette Bible a
toujours été compoſée de trente-deux Volumes de
différentes Éditions, qui ne s'accordoient que par
le format : la plupart de ces Volumes manquent
totalement.
L'Édition que l'on propoſe au Public eſt la §
mière qui joindra au mérite de l'ordre, de l'enſem
ble & de la meilleure diftribution, celle de la plus
parfaite exécution Typographique. Elle ſera com
poſée de vingt-quatre Volumes in-8°. en caractère
philoſophie, qui contiendront les trente - deux
Volumes des précédentes Éditions , & un grand
nombre de Pièces nouvelles, on paye 12 liv. , 5 ºls
96 M E R C U R E.
=-m=-
· en recevant les trois premiers Volumes brochés en
carton actuellement en vente. Les autres Volumes
paroîtront de mois en mois ; ils ſeront payés 4 liv.
cn feuilles, & 4 liv. 5 ſols brochés en carton.
AzxANAcH du Voyageur à Paris, conte
nant une deſcription intéreſſante de tous les monu
mens, chef-d'oeuvres des Arts & objets de curioſité
que renferme cette Capitale ; Ouvrage utile aux
Citoyens, & indiſpenſable pour l'Etranger ; par
M. T*****. année 1783. Prix, 2 livres 1o ſols
broché. A Paris, chez Hardouin, Libraire, rue des
Prêtres S. Germain l'Auxerrois, vis-à-vis l'Egliſe ; &
à Verſailles, chez Poinçot, Libraire, rue Dauphine.
Le titre ſeul de cet Almanach en prouve l'utilité.
Pour viſiter la foule de monumens dont cette Capi
tale eſt enrichie, on a beſoin d'un guide, & celui-là
peut vous ſuivre par tout. L'Editeur a donné cette
année de nouveaux ſoins à cet Ouvrage, qui eſt
augmenté de pluſieurs articles néceſſaires ou utiles.
T A B L E.
A Mme la Marquiſe de... 491Traité de la Phthiſie Pulmo
A Madame *** , 5o| naire, 7s
Diſtichon , 5 1| Recherches ſur les Végétaux
Le Fat & Diogène, Conte nourriſſans, 78
Moral, ibid.| Inſtruction pour les Bergers &
Lettre au Rédacteur du Mer-| pour les Propriétaires des
eure, 54| Troupeaux, 82,
Enigme & Legogryphe , , 62 |Comédie Françoiſe, 27
L'Hiſtoire de l'Art de l'An-|Anecdotes ! - t39
sique, 63 lAnnonces & Notices, 21
A P P R o B A T I o N.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 11 Janvier.Je n'y a4
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'imnnsſſion A Patise
le 1o Janvier 1733- G U I DL

JOURNAL POLITIQUE
|
|
D E B R U X E L L E S.
|
T U R Q U I E.
De CoNSTANTINo PLE, le 25 Novembre
LE bruit ſe répand que Sahim-Guéray ,
ſoutenu par un corps de troupes Ruſtes :
eſt rentré dans la Crimée , d'où il avoit été
expulſé par une faction , & que ſon auto
rité y a été rétablie ſans qu'il y ait eu de
ſang répandu; on dit même que ſon frère,
que les Tartares avoient élu pour le rei1 -
placer , s'eſt démis volontairement de la
dignité qu'il avoit uſurpée , & qu'il s'eſt
/ - - -
raccommodé avec lui. On a lieu d'eſpérer
' que cet évènement facilitera l'arrangement
des difficultés qui ſe ſont élevées entre la
Ruſſie & la Porte , on ſait du moins que
l'Ambaſſadeur de France & l'Internonce
de la Cour de Vienne, agiſſent de concert
auprès de la Porte Ottomane pour cet objet.
. Le Grand - Seigneur a fait répondre au
Miniſtre Impérial, ſur les plaintes qu'il a
I 1 Janvier 1753. - C
( 5o )
portées contre les Régences Barbareſques ,
qu'il défendra les bâtimens Autrichiens ſur
les mers de ſa domination; cependant on
croit que pour avoir la paix avec ces Ré
gences , on lèvera une taxe ſur les bâti
mens qui font le commerce dans ces mers,
dont le produit ſera réparti entre les Puiſ
ſances Barbareſques.
R U S S I E.
De PÉTERS BoURG , le 6 Décembre.
LE Grand-Duc & la Grande-Ducheſſe
ſont arrivés le 1er. de ce mois dans cette Ca
pitale. L. A. I. jouiſſent de la meilleure
ſanté, quoique la rigueur de la ſaiſon &
les mauvais chemins aient rendu la fin de
leur voyage très-fatigante. Le 2 on célébra
l'anniverſaire de l'inoculation de l'Impéra
trice, & L A. I. parurent en public , &
reçurent les hommages de toute la Cour.
Hier la fête du nom de S. M. I. fut célébrée
avec la pompe ordinaire ; & l'Impératrice
fit à cette occaſion une promotion nom
breuſe de Chevaliers dans les différens
Ordres de cet Empire.
D A N E M A R C K.
:De co P E N HAGUE, le 8 Décembre. .
ON a fait le 5 de ce mois l'ouverture du
teſtament de la Princeſſe Charlotte Amélie,
- / • •
en préſence des mandataires des héritiers de
- | - _ - _ - ------------
( 5 1 )
cette Princeſſe , on en ignore encore toutes
les diſpoſitions , mais on ſait en général que
S. A. R. a inſtitué le Roi ſon legataire uni
· verſel, & qu'elle a deſtiné 1oo,c c rixdalers
à la fondation d'un Couvent de Demoi
ſelles.
Le Comte de Tott, Miniſtre d'Etat , eſt
dangereuſement malade.
A la fin du mois dernier, il eſt arrivé dans le
Sund 45 bâtimens venant de la Baltique ;
il en eſt parti encore 7o dans le même tcms
pour la mer du Nord , la plupart ſous Pa
villon Suédois & Pruſſien.
La frégate le Faroe, qui a ſervi de garde
· à Helſingor, eſt revenue dans cette garde.
Cinq de nos bâtimens ſont partis pour les
lndes Occidentales , chargés de proviſions
de toute eſpèce. Le Garge , vaiſſeau de la
Compagnie Aſiatique , a mis à la voile pour
ſe rendre au Bengale.
A L L E M A G N E.
De P I E N N E , le 1 6 Décembre.
: L'EMPEREUR a permis d'exporter dans les
Provinces Ottomanes des draps fabriqués
dans ſes Etats héréditaires , en payant un
droit de cinq douzièmes pour cent.
S. M. I a adreſſé des lettres circulaires à
tous les Cercles de Bohême, par leſquelles
elle ſupprirt.e, à commencer du 1er. Février
1783 , tous les péages particuliers , avec
défenſe de ne plus exiger aucun droit dans
C 2.
----- =-*
--
52 )
les endroits où il y en avoit. On n'en payera
déſormais qu'aux ponts , bacs & chauſſées
qui ſeront entretenus ſur le produit de ces
droits. .
Un Secrétaire-Interprète de la Cour , eſt
parti pour Trieſte , où il va recevoir, au
nom de l'Empereur , l'Envoyé Marocain ,
qui doit venir ici. La miſlion de cet Envoyé
a, dit-on , pour objet un Traité de com
merce , dont les principaux articles ſont,
à ce qu'on aſſure , déja arrêtés entre les
deux Cours reſpectives. On travaille dans
la Manufacture de porcelaine à pluſieurs ſer
vices, qui ſont deſtinés tant à cet Envoyé
qu'à ſon Maître.
De HA M B O U R G , Ve 2 0 Décembre.
ToUTEs les lettres des frontières de la
Turquie aſſurent le rétabliſſement de Sa
him-Guéray dans la Crimée , & la pacifi
cation de cette Peninſule ; quelques lettres
de Ruſſie annoncent l'arrivée à Pétersbourg
du Général-Major Samoilow , qui chargé -
de cette expédition, eſt venu rendre compte
à l'Impératrice de ſon exécution. On ignore
encore ſi cet évènement terminera les diffé
rens qui ſe ſont élevés entre cette Puiſſance
& la Porte. - -
» On aſſure toujours, diſent nos papiers, que le
' peuple Ottoman perſiſte à demander la guerre, &
que ſi elle a lieu , l'Empereur fera marcher une
armée de 6o,ooo hommes, pour obſerver celles des
Puiſſances belligérantes. Il a fait paſſer dans la
Bohême 5oo,ooo ſacs de bled, pour ſuppléer à la
t 5 ; )
récolte qui a manqué totalement cette année. Les
Princes de Moldavie & de Walachie, ajoute-t on,
ont reçu ordre d'établir des magaſins dans leurs
Principautés. Les garniſons des fortcrcſlss Turques
ſur le Danube, ſeront, dit-en, renforcécs, & il eſt
arrivé à Choczim un train conſidérable d'artillerie.
Le bruit court auſſi, qu'indépendamment de la levée
de 3o,ooo hommes dans les Etats de l'Empereur, on
ne tardera pas à en faire une nouvelle, qui ſera au
moins auſſi forte c*.
Les lettres de Pologne contiennent les
détails ſuivans ſur le nouveau duel entre
le Comte de Rzewuski & le Général Koſ
lowski.
» On ſait qu'ils ſe ſont déja battus à pluſieurs
repriſes; il paroît que la haîne qu'ils ſe ſont juré
réciproquement eſt irréconciliable , & qu'elle ne
finira que lorſque l'un ou l'autre, & peut-être tous
les deux, auront péri. Ils étoient convenus de ſe
battre cette fois au piſtolet, à la diſtance de la lon
† d'un mouchoir , dont chacun tiendroit un
out dans ſa bouche. On ignore ſi cet arrangement .
a été ponctuellement ſuivi dans le nouveau duel
qui vient d'avoir lieu entr'eux à la fin de Novembre,
à Miſampol , ſur les frontières Autrichiennes ; on
n'en connoît pas encore toutes les circonſtances
particulières ; mais on ſait que le Général a reçu
deux bleſſures, l'une à la cuiſſe & l'autre au coude.
Qn dit que le Comte de Rzewuski n'eſt pas encore
ſatisfait, & qu'il enverra un nouveau cartel au
Général, auſſi-tôt qu'il ſera guéri de ſes bleſſures «.
On écrit de Wilhelmſthal que l'Inſpec
teur des Bâtimens du Landgrave de Heſſe
caſſel, Sébaſtien Bauer y eſt mort à l'âge
de 1o3 ans, trois mois & cinq jours. Il
avoit ſervi & s'étoit trouvé à la bataille
de Krozla , livrée aux Turcs le 2 Août
C 3
( 54 )
-
1738 , où il fut fait priſonnier ; il étoit
reſté dans la captivité deux ans & demi.
» Pour prévenir la diſette de grains dans cette
ville, lit-on dans les lettres de Berlin , le Roi a
ordonné de fournir aux Boulangers, 5oo tonneaux
de farine, tirés de ſes magaſins. - Il a paru un
Edit, par lequel S. M. fait connoître ſes intentions,
relativement à l'admiſſion dans les Tribunaux des
demandes en divorce ; elle ordonne de les rejetter,
& fixe les cas dans leſquels elles pourtont être
admiſes. - S, M. a écrit au Comte de Hohen
zollern, Evêque - Coadjuteur de Culm, & Abbé
d'Oliva, une lettre par laquelle elle lui donne, pour
tout le Clergé Catholique, la même aſſurance qu'elle
avoit donnée au même Clergé dans ſes Etats de
Siléſie. En conſéquence de cette déclaration , le
Comte de Hohenzollern a fait chanter un Te Deum
au bruit du canon, dans l'Egliſe d'Oliva ct.
On apprend de Ratisbonne que la Diète
de l'Empire a repris ſes ſéances le 18 du
mois dernier, & que le 22 on y a publié
deux Décrets Impériaux ; le premier a pour
objet la ratification impériale du projet
qu'avoient donné les Evangéliques au ſujet
de la préſentation d'Aſſeſſeurs à la Chambre
Impériale de la part des Etats de la Con
feſſion d'Augsbourg. Dans le ſecond, S. M. I.
demande l'avis des Etats , relativement
à l'échange des terres ſituées ſur la Saar,
entre la Couronne de France & les Comtes
de la Leyen , afin qu'elle puiſſe connoître
dans cette affaire & y donner ſon con
ſentement.
» Dans l'année 1781 il eſt arrivée à Cronſtadt
783 bâtimens; le premier a mouillé dans ce Port le
--- / -—.
• , ( 5 ) , -
j Mai, & le dernier le 26 Octobre. On comptoît
dans ce nombre 463 bâtimens Anglois, 69 Danois,
61 Suédcis, 45 Pluſiens & ; Hollandois. Il en eſt
parti dans la même année 8o3 ; ſavoir, 467 pour la
Grande-Bretagne & l Irlande, 5o pour la France,
52 pour le Danemarck , 3o pour la S iède & 24
pour Amſterdam. Ces bâtimens ont exporté :
En fer. . , . . . . 5,56e, 1 16 puds.
Chanvie fin. . . . .. 1,738,36 ;
Autre chanvre. . , . . 4,985,9 88
| Lin & filaſſe. . . , . . 281,93o .
Sºif . . . . . . - 5 : 9.928
Toile. . . . . . . . 8o,2 19 ba'lots
Voiture & autres marchandiſes... 59,6o2 ballo:s.
Dans la mêne année il eſt arrivé à Rig, 889 bâti
mens, & il en eſt parti 892. Dans le nomore des
Premiers il y avoit 295 Suédois, 169 Anglois ,
1 )4 Danois, 95 Pruſſiens & 3 Hollandois «.
I T A L I E.
De L 1 V o U R N E , le 4 Decembre.
L'EscADRE Ruſſe qui mouille dans ce
port où elle doit paſſer l'hiver , eſt com
poſée des vaiſſeaux ſuivans : le Conſtantin
de 74 , Amiral Tſchilſchakoff, le Vić#or
de 66, Chef d'Eſcadre Spiritoff, Janua
rius 66, Capitaine Nokozoff; David 66,
Capitaine Moluski , Swatoſlaco 66, Ca
pitaine Sekerkin ; Patrick 3 2 , Capitaine
Deniſon , Slava, 3 2 , Capitaine Kirewski.
Cette eſcadre ſera , dit-on, renforcée au
Printems prochain de 8 ou 1o vaiſſeaux
de ligne. -
º Le commerce de ce port, écrit-on de Fiume,
fait tous les jºurs de nouveaux pregrès. Les mar
S 4
( 56 W -
chandiſes qu'on en er porte ſont du froment, de la
verieiie, du fucre & de la viande ſalée. On donne à
Livou ne, à cette dernière marchandiſe, la préfé
rence ſur celle venant d'Irlande. — On a lancé ici, il
y a q e'qies jours, 2 gros bâtimens, l'un appar.
tenant au 1 égociant Verpoorten de Trieſte, & l'autre .
à un tégcciait Grec de ce po t. La Compagnie de
commerce de Trieſte fait conſtruire à Porto-Ré un
bâ iment q i ſurpaſſera en grandeur tous ceux qu'on
avoit bâ is juſqu'à pr4ſent ce. -
On aſſure qu'il va paroître à Florence
un ordre du Grand Duc à tous les Evêques
de la Toſcane , de n'admettre plus per
fonne aux ordres ſacrés ſans une permiſſion
ſpéciale de la Cour , le mctif de cette diſ
poſition eſt , dit-on , l'accroiſſement pro
digieux des Eccléſiaſtiques, & la néceſſité
de choiſir mieux les ſujets qui aſpirent à
entrer dans cet Etat , où les connoiſſances,
la piété & les moeurs doivent être réunies.
» Le Roi, écrit-on de Naples, voulant étendre
le commerce de ſes Etats & particulièrement celui
de cette Capitale, a exempté de tous droits de ſortie
le bâtiment deſtiné pour les Philippines; ſon char
gement conſiſte en draperies , vins, raiſins ſecs
& autres fruits. Le David, vaiſſeau Ruſſe, actuelle
ment dans le port de Livourne, doit venir ici ;
il prendra à bord les préſens que S. M a faits au
Comte & à la Comteſſe du Nord, pendant leur
ſéjour dans cette Capitale *. --
E S P A G N E. ·
De c A D ix , le 13 Décembre.
M. le Comte d'Eſtaing eſt attendu au
jourd'hui à St-Roch , & demain un bateau
doit l'aller prendre au port Marie pour le
conduire vers ſon eſcadre. On continue à
caréner les vaiſſeaux qui doivent partir; &
pour hâter les travaux ainſi que tous ceux
de l'armement, on y a employé les égui
pages qu'on auroit été b en aiſe de faire
repoſer, mais dont les ſervices ſont eſſentiels.
A en juger par l'activité de ce port, on
ne pourroit s'empêcher de croire qu'il y
aura encore une campagne. Outre le grand
convoi de Toulon , qui après avoir relâché
à Malaga , entra ici le 17 Novembre , on
en attend un ſecond de 24 voiles qui eſt
actuellement mouillé dans quelques ports
de la côte , les vivres viennent en abon
dance de Malaga , de Carthagêne & de
Barcelonne ; on attend du Ferrol des mu
nitions de guerre avec le vaiſſeau le St
Firmin & quelques frégates. Il paroît que
cette grande flotte qui ſera compoſée de
45 vaiſſeaux au moins , de 2o fiégates ou
cutters , qui aura pour ſix mois de vivres,
& qui portera 15,ooo hommes, ſera en
état d'appareiller inceſſamment , & peut
être aura-t elle mis à la voile avant qu'on
ait ſu ici la ſignature des préliminaires ;
cela ſemble inévitable pour peu que cette
ſignature éprouve encore quelques retards.
A N G L E T E R R E.
- De L o N D R E s, le 3o Décembre.
LEs nouvelles apportées de New-Yorck
C y
—→
f
( 58 )
par le paquebot le Swallow , étoient peu
intéreſſantes , & ont été bientôt épuiſées ;
les articles qu'on peut y glaner encore ſe
réduiſent à peu de choſe , la récolte a été
très abondante dans la Penſylvanie & dans
pluſieurs autres Etats Américains , dans le
premier , le meilleur bled ne coûte pas
actuellement plus de 13 à 1 5 shelings le
quart , qui contient 8 boiſſeaux ; & l'Amé
rique eſt par conſéquent en état d'en fournir
à toutes les Puiffances avec leſquelles elle
n'eſt pas en guerre : ce ſera un avantage
pour nos ennemis , qui en profiteront pour
approviſionner leurs armées & leurs Iſles.
» Il y a plus de 6 ſemaines, lit-on dans une
lettre de New.Yorck, en date du 23 du mois der
nier, que nous avons ici 3o gros tranſports avec
leur complément de vivres & d'eau, tout prêts à
mettre à la voile. On ne voit pas encore à quoi
ils ſont deſtinés ; nous ne parciſſons ici ſonger à
aucune expédition, parce que tout annonce la pa'x
& la bonne amitié. On ſeroit tenté de croi e qu'on
ſe propoſe d'évacuer cette place, eu d'en tirer au
moins une bonne partie des troupes qui l'occupent
pour les porter ailleurs ; mais il ſemble que l'on re
doit prendre de parti déciſif à cet égard, que lorſque
tous les arrangemens ſeront entiérement terminés
avec la Cour de France. L'armée du Général Was
hington a quitté ſon quartier de Verplans - Point ,
our ſe porter dans les environs de Little-Britain,
à quelque diſtance d'ici, où elle reſtera cantonnée
pendant tout l'hiver. Quand à l'armée Françoiſe
aux ordres du Comte de Ro:hambeau, elle eſt dans
les environs de Boſton; on a lieu de croire qu'elle
va s'y embarq ier ſur l'eſcadre du Marquis de Vau
dreuil, qui y eſt à préſent entièrement réparée &
ravitaillée ; elle a trouve dans cette Place tout ce
qui lui étoit néceſſaire posr remplir ces deux ob
jets. Le Prince Guillaume Henri retournera ce pI1u
tems en Angleterre, avec l'Amiral D.gby «.
· Nos avis des Iſles ne ſont ni plus éten
dus ni plus piquans que ceux de l'Am rique
eprentrionale; ils confirment que le Général
Campbell craignant, à la Jamaïque, une at
taque de la part des Eſpagnols , a mis un
embargo ſur tous les vaiſleaux de cette Iſle ;
& une lettre d'Antigues annonce l'arrivée
de l'Arniral Pigot avec ſon eſcadre , on ſe
flatte qu'il profitera de ſa ſupériorité pour
tenter quelque entrepriſe contre nos cnne
mis dans ces mers ; on ſait que l'on avoit
déja projetté quelque expédition pendant ſon
abſence, & que 1o,ooo hommes avoient été
raſſemblés pour attaquer la Guadeloupe ;
l'arrivée du Marquis de Bouillé à la Mar
tinique, d'où il avoit fait paſſer 15oo hom
mes de renfort dans cette Iſle , a dérangé
nos combinaiſons ; les troupes aſſemblées
ont été renvoyées dans leurs quartiers. Il
faut croire que le retour de l'Amiral Pigot
dans ces par ges fera reprendre cette expédi
tion ou quelqu'autre 5 mais le ſuccès, malgré
notre avantage , eſt au moins douteux de
puis que M. de Bouillé ſe trouve à portée
de veiller ſur tous les points menacés. On
ſait combien ce Général eſt actif, entrepre
nant , audacieux même 3 & c'eſt à lui que
nous devons la perte des Iſles que nous
avons perducs
C 6
- ( 6o )
On avoit reçu par la voie de France la
nouvelle du combat du vaiſſeau François
le Scipion de 74, contre le london de 78,
le Torbay de 74 & le ſloop le Badger.
La Cour a publié la relation ſuivante écrite
par le Capitaine Kemptorne du London.
» Le 17 Oétobre nous rencontrâmes un vaiſſeau.
de ligne & une frégate enremie ; nous nous pré
parâmes pour le combat. A 2 heures 25 minutes
après-midi le vaiſſeau de ligne hiſſa pavillon Fran
çois, & tira ſes canons de retraite, ainſi que la fré
gate.Voyant qre leurs boulets raſſoient par-deſſus
nos têtes, nous nous élevâmes & ti âmes nos canons
de tribord au vaiſſeau de ligne ; à 8 heures nous
étions près du vaiſſeau de ligne : un quart-d'heure
après, commença une action au plus pi ès, avec un
feu très-vif qui continua près de 4o minutes ( la
frégate étant par le boſſoir du babord ); le vaiſſeau
de ligne tâchant d'arriver vent-arlière, nous mîmes
notre gouvernail à babord, pour croiter ſes boſſoirs
ou les mettre par le travers des écubiers ; mºis étant
engagés de fi près, nous abordâmes l'un l'autre de
1'avant & de l'arrière , le boſſoir de babo d de l'en
nemi par le travers de notre paſſavant de tribord ,
& l'action continua auſſi animée qu'auparavant ;
I'ennemi ſe dégagea de notre arrière, notre g agde
voile & celle de perroquet de fougue étant coiffées.
Nous tentâmes de virer vent arrière; mais cette ten
tative ne nous réuſſit pas : la maitreſſe pou'ie de la
droſſe du gouvernail ayant été briſée par le feu de
l'ennemi, avec une partie de la tamiſaille, le vaiſ
ſeau préſenta ſon avant au vent, avant qu'il fût en
notre pcuvoir de placer la barre au vent, par l'aſ
fiſtance des palans : l'ennemi eut le tems de paſſer
ſous le vent ſous notre arrière, & nous enfila avec
ſes cânons de tribord. Ayant encore viré vent ar
1ière, nous renouvellâmes l'action juſqu'à 1o heures
- ( 6 r )
2o minutes, que le vaiſſeau de ligne ceſſa de faire
feu, ſon pavillon étant alors baiſſé. Nous conclûmes
qu'il avoit amené, la frégate l'ayant quitté & ayant
ſerré le veut, ayant les amures a tribord. A 1o heures
4o minutes, le vaiſſeau de ligne étant preſqu'en
avant, nous nous apperçûmes qu'il s'élevoit & s'eloi
gnoit de nous ; nous ſeriâmes le vent alors pour
mettre quelques-uns de nos canons de l'avant en jcº,
& nous tirâmes trois ccups. Il boulina ſa grande
voile & ſembla mettre en panne, ſon grand hunier
moitié bas & les écoutes de ſon perroquet déployées.
Le Torbay étant arrivé à por ée d'être hélé, j'in
formai le Capitaine Gidion que je ſuppoſois que
l'ennemi avoit amené, & que je le priois d'aller à
ſa pourſuite, notre ſituation re nous permettant pas
de faire autant de voile que rous le déſirioas, ajou
tant que je le ſuivrois du moment où l'on pourroit
manoeuvrer le vaiſſeau. Le Capitaine Gidion fit voile
immédiatement. L'ennemi gagnoit alors le large
forçant de voile. A minuit, l'cnnemi étoi: en avant,
à la diſtance d'un mille & demi envi on ; le vent
pendant le reſte de la nuit & du leedemain matin
I'avoit mis en état de conſerver ſa diſtance hors de
la portée du canon, & il gouvernoit pour la terre,
que nous découvrîmes à la pointe du jour du 18, la
pointe orientale de l Iſle Hiſpaniola n'étant qu'a 4
ou 5 lieues; à 1o heures il faiſo t un calme preſque
plat; me trouvant ſi près du rivage, je ſerrai du cô:é
de la pointe du Nord, pour ne pas dériver ſur le
rivage, oü il n'y avoit pas de mouillage, & l'en
nemi étoit près des briſants, gouvernant le long de
la côte vers la baie de Samana. Le Torbay con
tinua la chaſſe. A une heure après midi, le ººdger
nous envoya deux pilotes; mais aucun nº voulut ſe
charger du vaiſſeau pour avancer plus avanº dans la
baie & ſuivre l'ennemi où Pous étions : A sures
& demie, le Torbay joignit l'ennemi , & c9ºynesça
--
- , - f - Int -
à lui tirer une bordée : ! courut lors vº" º $e
- ( 62 )
vers le rivage. Le Capitaire Gidion peut mieux vous
informer dans quel état il l'a laiſlé, car nous étions
à trop grande diſtance pour vous en donner un détail
précis, & nous n'avons pas eu depuis occaſion de lui
parler «.
- " ! " * " .
Pluſieurs lettres particulières font men
tion de ce combat , & contiennent les plus
grands éloges, de la conduite & de la ma
noeuvre de M. de Grimoard , Commandant
du Scipion. " , 7 , , .
· Les préparatifs que l'on voit faire pour
la campagne prochaine , ſemblent faire
craindre qu'elle n'ait lieu , & que les né
gociations de paix n'aient pas une iſſue auſſi
heureuſe qu'on avoit lieu de l'eſpérer , au
reſte elles continuent toujours, mais le ſe
cret qu'on obſerve eſt impénetrab'e ; on
ſe flatte encore qu'elles pourront être ter
minées avant le 1 1 , tems où le Parlement
doit ſe raſſembler ; ſi elles ne le ſont pas
encore, il n'en faudra pas conclure qu'elles
ſeront rompues; d ici à ce que la campgne
puiſſe r'ouvrir , il doit s'écouler du tems »
& il faut eſpérer qu'il ſera employé utile
ment pour le repos genéral. , .. !
· En attendant on ſe prépare non à fou
tenir nos avantages aux An illes, car nous
n'en avons guère eu que de très brillans ,
ſans qu'ils aient produit rien de ſolide, ni
à tenter des conquêtes, mais à nous mettre
en état de conſerver nos pºſſeſſions ; le
Gouvernement eſt convaincu que nos en ------ *---- r * v * rº -- . - _ -
nemis n'ont pas renoncé à faire quelque
"-
( 63 ) -
| tentative pour s'emparer de la principale de
nos iſles , & malgré les troupes que nous
y avons déja fait paſſer du continent de
l'Amérique, il ſe propoſe d'y en envoyer
d'Europe. Quatre régimens déſignés pour
- , s'y 1 endre s'embarquent ſur la Tamiſe à
bord de quelques navires marchands , ils
doivent être raſſemblés vers la mi-Janvier
prochain à Portſmouth où trois autres ré
gimens ont reçu ordre de ſe rendre des Ba
raques de Hilſey pour ſe tenir prêts à s'em
barquer dans ce port , où il eſt arrivé auſſi
un convoi avec des troupes de Plymouth.
C'eſt à la fin de Janvier qu'on prétend que
tout partira. Les troupes ſeront au nombre
de 5 à 6ooo hommes ſous les ordres des
Généraux Dalling & Grey; il ſera payé pour
leur tranſport io guinées par tête, outre
une indemnité de quelques ſchelings pour
le ſéjour des bâtimens dans nos ports &
aux iſles.
Ces armemcns & leur deſtination , celui
que nos ennemis raſſemblent à Cadix, &
que le Comte d'Eſtaing doit conduire aux
Antilles , ne font pas douver que ront le
| poids de la guerre ne ſe porte de ces cô és,
| ſi la campagne a lieR, & ſi la paix n'eſt
| pas ſignée avant qu'elle puiſſe s'ouV#- Le
départ d'une eſcadre de 9 à 19 vaiſſeaux
ſortis de Breſt le 8 de ce mais , fº Pºeſſer
tous ces préparatifs ; on ne doute P * que
la deſtination de cette eſcadre nº !§ eewr,
les Indes occidentales. On ſait ººº º été
( 64 ) -
rencontrée par le Bombay-Caſtle & le Pé.
gaſe , & que le dernier ne lui a échappé
qu'avec peine. Ils ſont rentrés le 18 à Portf
mouth , cù le Commodore Elli ,t eſt revenu
auſſi le 2o ; ils avoient été détachés pour
intercepter quelqucs bâtimens du convoi
de Saint Domingue dont ils n'ont vu aucun.
Le vaiſſeau le Médiator de 44 canons a été
plus heureux , le Capitaine Luttrell qui le
commande a adreſſé la lettre ſuivante à
l'Amirauté.
» Informé par un navire neutre qu'une frégate
Américaine alioit faire voile de Bordeaux , je me
pcrtai de ce côté, & le 19 du courant nous recon
numes 5 vciles auxquelles nous donnâmes chaſſe :
à huit heures nous les vîmes diſtinctement ; elles ſe
formoient en ligne de bataille ſerrée & diminuoient
de voiles dans leurs huniers pour nous attendre ; le
plus en avant étoit l'Eugénie , de 36 canons & 1 3o
hommes, deſtinée pour Port-au-Prince ; près de ce
vaiſſeau étoit un bricq Américain de 14 canons &
de 7o hommes , à côté un vaiſſeau à deux ponts,
de la longueur d'un vaiſſeau de 64 canons, armé en
flûte, appelſé la Ménagère , montant ſur ſon pre
mier pont 26 longs canons de 12 liv. & 4 de 6 liv. ;
ſur ſon gaillard d'arrière & celui de devant , 2 1 2
hommes ; immédiatement aptès ſuivoit l'Alexandre
de 24 canens de 9 liv. & de 1o2 hommes. A côté
de ce vaiſſeau étoit le Danphin Royal de 22 canons
& de 12o hommes , deſtiné pour les Indes Orien
tales; déterminé à jetter la confuſion dans leur
eſcadre pour tirer avantage de quelqu'un d'ex, &
· comptant ſur la vîteſſe de la marche du Médiator
· pour me tirer d'affaire, je portai ſur l'ennemi 5 à 1o
heures je reçus du ſecond pont de la Ménagère
: quelques boulets qui me convainqui.ent qu'clle
( 65 )
n'avoit pas de canons ſur ſon premier pont, quoi
qu'elle pa ut avoir tous ſes ſabords complets : je
continuai d a2t rocher ; à 1o heures & demie - l'at
1ière-gat de de leur ligne ſe ſépa a , le bicq & le
Dauphin Royal s'éloignèrent; la Ménagere , l'Et
génie & l'Alexandre virèrent vent aiiiere faiſa t
petites voiles : à 1 1 heures je portai ſur l'ennemi &
ſéparai l'Alexandre de ſes conſerves ; la premiè.e
bordée que je l i tirai de près, lui fit amener ſon
pavillon Américain & larg er ſes écoutes; la Ména
gère & l'Eugénie forcèrent de voile & profiterent
du vent : j'abordai la priſe, & tournai ſon avant
vers l'ennemi, faiſant petites voiles, pour avoir la
facilité d'en ti.er une centaine de priſonniers, étant
dans l'intention de donner chaſſe a la Ménagère. A
midi & demi je mis toutes voiles dehors en donnant
chaſſe, laiſſant la priſe, avec ordre de nous ſuivre,
ou de gouverrer pour l'Angleterre, ſi nous avions
la marche ſur elle. A trois heures, l'Eugénie ſerra
le vent en s'écartant de la Ménagère. A cinq heures ,
nous ouvrîmes notre feu ſur celle-ci, pour l'cm
pêcher de pointer contre nos mâts, en nous cou
vrant de fumée. A cinq heures & demie nous avions
gagné confidérablement. A ſix heures , je fus ac
cueilli d'un grain de vent ; trois des ſabords de ma
première batterie étant très endommagés, nous fû.
mes obligés de nous tenir devant le vent , l'eau
entrant ſur le pont juſqu'à la hauteur du genou ;
mais au moyen de nos pompes à chapelet , nous dé
gageâmes bien-tôt notre vaiſſeau & ſitôt qu'il fut en
sûreté, je ſerrai le vent ſur l'ennemi, forçant de voile
pour l'atteindre.A ſept heures nous commençames à
nous canonner réciproquemert ; notre mât de grand
perroquet , & notre vergue de petit perroquet
volant, furent emportés par le feu de l'ennemi.
Nous continuâmes le feu juſqu'à 9 heures , que
nous joignîmes ſon arrière, à la portée du piſto
let, & mîmes la barre au vent, pour lui donncr
( 66 ) - -
tne bordée entière de nos canons chargés à bou.
lets ou à grappe : l'ennemi s'en étant apperçu,
arriva au vent, amena ſon pavillon. Je fis diſ
continuer le feu , diminuer de voile, & me ju
geant à cinq milles de l'entrée de Ferrol, où l'on
devoit avoir entendu le bruit de notre canon, je
me hâtai d'éloigner les deux vaiſſeaux de la terre.
A onze heures du ſoir, l'Alexandre nous joignir.
A la pointe du jour nous découvrîmes l'iſle Siſarga,
& au large le Dauphin-Royal démâté de ſon†
mât de hune, déſemparé d'ailleurs, & le bricq
qui avoit perdu tous ſes mâts, excepté partie de
ſes mâts majeurs : je me crus cependant pas devcir riſ
quer le vaiſſeau de S. M. en leur donnant chaſſe.
Le 15 Décembre, à dix heures du ſoir, le Capi
taine , Stephen Grégory, de l'Alexandre, avoit
formé le deſſein de faire ſoulever les priſonniers,
& de s'emparer du Médiator; mais au moyen de
l'attention du Lieutenant RankIn, des Marines,
ce complot déſeſpéré fut prévenu ſans effuſion de
ſang. Le ſignal d'alarme dont il étoit convenu
étoit de tirer un canon de 18 liv. dans la Ste-Barbe
où il couchoit, car il mangeoit avec mon Lieute
nant, & avoit reçu toutes ſortes de civilités. A
dix heures- du ſoir, ie ſentis une ſecouſſe terri
ble, Provenant de quelqu'exploſion , & j'entendis
un cri de feu ; je fus bientôt informé que le coup
de canon avoit fait ſauter dans la mer le côté de
babord, & que le vaiſſeau faiſoit eau. L'ayant
mis en sûreté, je deſcendis & trouvai la ſainte
Barbe en feu, & tout ce qui étoit près de l'ex
ploſion fracaſſé. Grégory étoit habillé, ainſi que
ſes complices, quoiqu'ils euſſent feint d'aller ſe
coucher. On trouva dans leur hamac de la poudre
qu'ils s'étoient procurée pour amorcer le canon ;
& enfin toutes les preuves néceſſaires pour con
vaincre Gregory d'avoir mis le feu pour cauſer
une alarme & faire ſoulever les priſonniers. Tout
( 67 )
ayant été découvert & calmé, j'orſonnai qu'on
mît aux fers , & au pain & a l'eau Grégo y avec
ceux de ſes Officiers & gens que je ſoupçonnai
d'être entrés dans le complot. Les Officiers de la
Ménagère s'étant conduit en gens d'honneur , je
m'eſtime heureux d'avoir eu le taiiir de contin 1er
de les avoir à ma table , plaçant en eux la con
fiance due à leur parole.
Nos papiers conti nnent les d' ails ſui
vans d'une autre en repriſe a #ez ſe rb'able
à celle du Capitaine Stephen - Grégory ,
mais qui a eu plus de ſuccès. -
» Acton Harmon3, jeune et fant né à Londres,
dans une grande indigence , à qui on avcit fait
prendre le parti de la mer, il y a l ela es années,
ayant été bleſſé dans un combat, a b rd de la
Frégate le Loveſtof, fut renvevé comme eſtronié
& revint à Londres avec des béquilles. Quelque
tems après, nos Chirurgiens qui avoicnt entrepris
ſa guériſ n, réuſſirent a un tel p in qu'ils mirent
ce jeune homme en état de mircher : mais ne ſe
croyant pas aſſez de force pour ſuivre l'état de
matelot, il apprit le métier d'épinglier. Cet emploi
ne pouvcit convenir long tems à un jeune homme
auſſi entreprenant qu'Acton, ſes forces s'étant bien
tôt accrues, il réſolut de tenter de nouveau for
tunc ſur mer, & s'embarqua à Briſtol pour la Jamai
que Il fut p1is à ſon retour par l'ennemi & con
duit en France. Un Capitaine Marchand, preſſé de
Partir, & voulant completter ſon équipage, lui
alla Propoſer ainſi qu'à 2 de ſes compagnºns qui
étoieºt avec lui dans les priſons de Nantes, de
s'enrôler pour ſervir ſur le Trio deſtiné pour la
Virginie. Il n'y avoit ſur ce bâtiment de François
que le Capitaine, un matelot & un mouſſe , du
reſte il y avoit deux matelots Italiens & un Nègre.
Le vaiſſeau ſe trouvant à 1oo lieues en mer, nos
68 )
Arglois imaginèrent %. ſe révolter & gagnèrent ſe
matelot François qui entra dans leur complot. Pro
fitant de l'occaſion, ils trouvèrent moyen d'enfer
mer dans ſa chambre le Capitaine. Ils s'aſſurèrent
également des Italiens, & s'emparèrent du bâti
ment qu'ils conduiſirent heureuſement à Kinſale ,
d'où Acton a écrit à ſon père qu'on alloit vendre
le bâtiment, ainſi que ſa cargaiſon conſiſtant en
cau-de-vie & autres marchandiſes évalLées en total
à 3 ou 4 mille livre , ſterling.
-
Le Gouvernement a été inſtruit le 27 de
ce mois que le paquebot le Hanower ,
venant de Lisbonne , étoit arrivé à Fal
mouth , le Capitaine qui mit à la voile le
14, a fait le rapport ſuivant.
» A l'inſtant de ſon départ, un bâtiment venant
des Iſles Açores, avoit apporté la nouvelle que le
Capitaine Ingelfield , & 14 hommes de l'équipage
du Centaure, vaiſſeau de guerre, étoient arrivés à
Fyal, à bord d'une pinace ; ils avoient été 16 jours
cn mer, n'ayant des vivres que pour 3. Pluſieurs
chaloupes avoient recueilli les reſtes de l'équipage,
mais on craint qu'elles n'aient péri & porté notre
erte en marins noyés dans le cours de cet e année
à 28oo. L'Amirauté a reçu une lettre du Capitaine
Ingelfield, qui donne les détails de cet évènement,
qui nous fait croire plus que jamais à la perte de la
Ville-de-Paris & du Glorieux. — Le paquebot le
Hanover a apporté des dépêches de l'Amiral Hyde
Parker & du Chevalier Richard Hughes ; elles ſont
datées de Madère. Le premier y arriva le 27 Octo
bre avec le Cato , vaiſſeau de guerre, & le ſloop le
Hound; il en appareilla pour l'Inde le premier No
vembre. Le ſecond y arriva le premier Novembre
avec 8 vaiſſeaux de ligne; & après avoir fait de l'eau
& pris des vivres il en mit à la voile le 12 pour les
Iſles. - Le jour de l'ouragan, ſi funeſte au convoi
( 69 )
de la flotte de la Jamaiq e, le Centattre fut pris
en remorque par la Ville-de-Paris, dont il fut ſéparé
enſuite par un coup de mer, & il la perdit de vue
pendant la nuit après cette ſéparation ;il fut emporté
pendant plus de trcis ſemaines à la dérive, ſans ren
contrer aucun bâtiment ".
On dit qu'il eſt arrivé de nouvelles dépê
ches du Bengale par terre, & qu'elles ſont
datées de la fin du mois d'Août ; le Gouver
nement n'en a rien publié , ainſi il ne paroît
pas que la paix dont on nous flattoit avec
Hyder-Aly ſoit beaucoup avancée ; l'armée
Françoiſe qui l'a joint , ne donne pas lieu
d'eſpérer qu'il s'y prête : on prétend que M.
de Suffren avoit quitté Tranquebar à la fin
de Juin pour aller à Columbo , où deux
vaiſſeaux Hollandois l'ont joint ; on ajoute
qu'il ſera obligé d'aller faire des vivres à
l'Iſle de France , mais il nous a pris tant de
bâtimens qui en étoient chargés , qu'on
préſume qu'il peut ſe diſpenſer de faire ce
Voyage.
F R A N C E.
De V E R s A I L L E S , le 7 Janvier. .
Le 26 du mois dernier , le Baron de
Blome , Envoyé extraordinaire de Dane
marck, préſenta au Roi les Gerfauts d'Iſ.
lande , ce préſent que le Roi de Danemarck
eſt dans l'uſage de faire annuellement à S. M.,
fut reçu par le Comte de Vaudreuil, Grand
Fauconnier de France.
L. M. & la Famille Royale ont ſigné
| ( 7o )
-N
le 29 du même mois , le contrat de ma
riage du Marquis de Margueri avec Ma
denoiſelle de Seran. -
· Le 3 1 le Prince de Tarente & le Comte
du Hautier qui avoient précédemment eu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont
eu celui de monter dans le carroſſe de
S. M. & de chaſſer avec elle.
Le 28 M. Plaizot , Libraire du Roi &
de la Reine , eut l honneur de préſenter à
L. M. & à la Famille Royale l'Almanach
de Verſailles pour 1783 (1).
(1) L'accueil conſtant que le public fait à cet Almanach
depuis 1o ans en démontre l'utilité , qui eſt devenue pour
ainſi dire journalière , ſur-tout dans la Province, Indépen
damment de l'exactitude de la Nomenclature & de la diſtri
bution des diverſes matières qui le compoſent , les Précis
hiſtoriques en ſont bien faits , la Deſcription du Palais & des
Jardins de nos Rois, les Notices des Paroiſſes des environs
de Verſailles & des Maiſons Royales & Châteaux les plus à
portée de cette Ville , offrent des détails curieux. La partie
Typographique n'eſt pas moins ſoignée, & il ſuffit de dire
qu'elle ſort des preſſes de M. Pierres, Imprimeur ordinaire
du Roi. Cet Ouvrage qui eſt un petit in 12 de 376 Pages, for
mat commode & portatif, ſe vend à Verſailles chez le ſieur
Blaizot, Libraire du Roi & de la Reine, rue Satory , au Cabi
net Littéraire, & à Paris chez les ſieurs Valade, rue des Noyers,
langlois, rue du Petit-Pont, Deſchamps , rue St Jacqºes , &
Froullé , Pont Notre-Dame. Le prix de l'Almanach broché
eſt toujours de 1 liv. 4 ſols, -- On trouve auſſi chez le fieur
Blaizot le nouveau Plan de Verſailles, dreſſé par M. Contant
de la Motte, Ingénieur Géographe du département de la
Cuerre , attaché au Bureau des Fortifications, & gravé ar
le ſieur Croiſé, cravcur de la Marine. Ce plan qui eſt dédié à
M. le Prince de Poix, Gouverneur de la Ville , eſt beaucouP
plus complet qu'aucun de ceux qui ont paru juſqu'à ce jour &
comprend les agrandiſſemens & embelliſſemens que cette
ville a éprouvés depuis pluſieurs années, L'exacti ude , la
netteté & la correction du beſſin ne laiſſent rien à detireraiºfi
· que l'exécution, ce plan ſe vend : liv, & ſe trºuve auſſi à
Paris chez les ſieurs Fortin & de la Marche , Géographes »
rue de la Harpe,
( 71 )
(
| Le premier de ce mois les Princes &
ſes Princeſſes , ainſi que les Seigneurs &
les Dames de la Cour, ont eu l'honneur
de rendre leurs reſpects à L. M. à l'occa
ſion de la nouvelle année. Le Corps de
Ville de Paris, ayant à ſa tête le Duc de
Coſſé, s'acquitta du même devoir envers
S. M. & la Famille Royale ; le Grand
Conſeil eut également cet honneur le même
jour , le 3, le premier Préſident du Parlement
de Paris , les Préſidens à Mortiers & les
autres Préſidens de ce Parlement eurent le
même honneur , ainſi que la Chambre des
Comptes , la Cour des Aides , la Cour des
Monnoies & le Châtelet de Paris , à la tête
duquel étoit le Marquis de Boulainvilliers,
Prévôt de cette ville.
•,
De PA R r s , le 7 Janvier.
ON n'eſt pas plus inſtruit que l'on ne
1'étoit l'ordinaire dernier de l'état actuel des
négociations pour la paix. Tout ſemble
porter à croire que l'arrangement définitif,
s'il a lieu, comme on l'eſpère toujours, ne
pourra être conclu que vers le 2o ou le 2 5
de ce mois , avant la rentrée du Parlement
Britannique , qui a , dit - on, été prorogé
juſqu'au 28. En ce cas , M. le Comte
d'Eſtaing pourra bien avoir appareillé de
Cadix , car tout ſera prêt avant cette épo
que , & ſon arrivée dans ce port n'aura pas
peu contribué à accélérer les travaux de
|
( 72 )
l'armement. On ſait que dès le 23 & le 26
du mois dernier , l'Amirauté Angloiſe a
donné des ordres pour preſſer l'équipement |
des tranſports deſtinés pour les Indes Oc- |
cidentales. Cela ne ſemble pas annoncer un
terme prochain aux négociations ; mais
quelle que ſoit leur iſſue, il paroît que l'on .
ne verroit pas avec peine en France une
nouvelle campagne ; les diſpoſitions qui ont
été faites, les forces qu'on a aſſemblées , la
· certitude des fonds néceſſaires, l'activité du
Général qui doit en conduire les opérations, |
tout donne les plus juſtes eſpérances de .
ſuccès. |
Depuis l'arrivée à Cadix d'un navire
neutre parti de l'Iſle de France , il en a
mouillé un autre à la Corogne , qui vient
· des mêmes parages. Ce bâtiment eſt la cor
vette le Pérou , elle en apporte des lettres
particulières , qui nous apprennent pour
quoi nous ſommes encore privés des dépê
ches de nos Généraux.
» M. le Bailli de Suffren dépêcha dans le mois
, de Mai dernier, à l'iſle de France, M. Roche,
Commandant ci-devant le Sérapis, ſur un petit
- bâtiment armé ſeulement de 2 canons. A l'attérage
de cette iſle, ce navire rencontra, dit-on, une
frégate de guerre portant pavillon Anglois qui
manoeuvra pour s'en emparer. Le petit bâtiment,
ne voyant nul moyen d'échapper, jetta ſes paquets
à la mer. -
Cet évènement nous a privés des dépê
ches de M. de Suffren ; tout ce que con- -
tiennent les lettres particulières de l'Iſle de
France,
( 73 )
France, n'offre que les détails donnés par
M. Roche , qui avoit ſuivi M. de Suffren
dans ſon expédition. Voici les faits les plus
intéreſſans que nous nous empreſſons de
recueillir.
» L'eſcadre Françoiſe, depuis ſon apparition dans
l'Inde, s'eſt emparé de 1 14 bâtimens. 7o futent
pris par M. d'Orves, qui ne mºurut pas dans ſa
traverſée, comme l'avoit annoncé l'Amiral Anglcis ;
mais dans les premiers jours du mois de Février,
à la vue des côtes de Coromandel. M. de Suffren
en a pris 44 autres, parmi leſquels étoit un navire
de Chine, eſtimé 1,8oo,ooc livres. On a trouvé
ſur les autres 1o mille tonneaux de riz , vin ,
eau-de-vie & proviſions ſemblables, qui ont mis
M. de Suffren en état de ne point quitter ces pa
rages pour venir ſe ravitailler à l'iſle-de-France,
& qui ont été autant de reſſources enlevées à l'en
ne mi.- Dans le premier combat, une diviſion de
notre eſcadre ne put donner. On admira l'intrépidité
& l'audace de notre vaiſſeau Amiral, qui ſouffrit le
feu de tous les vaiſſeaux Anglois ſans y répon
dre, pour s'attacher a l'Amiral Anglois, & ne le
quitter que lorſqu'il l'eut forcé de braſſer-culer.
— Dans le ſecond combat, l'eſcadre entière ſe battit
à toute outrance, & M. du Chilleau, commandant
le Sphynx , s'y diſtingua. Les Anglois ne durent leur
ſalut qu'à la proximité de la côte où ils ſe réfugiè
rent, & on peut même dire qu'ils furent forcés de
s'échouer avec 6 de leurs vaiſſeaux, que la bonté du
fond leur a permis, depuis, de relever. 3 vaiſſeaux
de M. de Suffren, acharnés à la pourſuite de l'ennemi,
touchèrent auſſi, & le Général ne croyant pas devoir
s'engager auſſi avant que l'Amiral , Hughes, &
content de l'avoir laiſſé dans une fituation à ne
pouvoir tenir la mer de long-tems, fit ſignal d'aban
donner la chaſſe, & fut ſe réparcr à Tranquebar.
d · II Janyier I733,
( 74 ) «
— Ce rapport de M. Roche, a donné à l'Iſle
de France la plus haute idée des talens de M. de
Suffren & de ſes ſuccès ; le nom de ce Général
n'y eſt prononcé qu'avec vénération, ainſi qu'au
Cap de Bonne - É pérance. - Les ſeules nou
velles de terre que l'eſcadre eût reçue au com
mencement de Mai, étoient que notre petite armée
s'étoit emparée de Gondelour & du Fort-David ; elle
ſe préparoit à remonter vers Madras, pour coopérer
lus eſficacement avec le principal corps de troupes
†La corvette le Pérou eſt partie de
l'Iſle-de-France à la fin de Juillet c*.
On apprend de Breſt que le Protečteur
& le Marſeillois, de 74 , avec une frégate,
en ont fait voile pour une miſſion particu
lière , ils y ont laiſſé le Sagittaire , avec le
quel ils devoient d'abord ſortir. Le Témé
raire , le Magnanime & la Victoire, alloient
étre mis en rade ſous peu de jours.
» Voilà, lit on dans les lettres du même port, le
troiſième vaiſſeau du malheureux convoi de la Jamaï
ue, dont le ſort n'eſt plus douteux. Le Capitaine
Ingelfield du Centaure, eſt arrivé à Lisbonne avec 1 1
de ſes Matelots; ils avoient été les ſeuls de l'équipage
' qui aient eu le bonheur de ſe ſauver. Obligés d'aban
donner leur vaiſſeau , ils errèrent pendant 18 jours
· au gré des flots, ſur une eſpèce de radeau qu'ils
· avoient conſtruit, n'ayant qu'un biſcuit par jour,
& un verre d'eau † toute nourriture. Jettés
comme par miracle ſur une des Açores, ils y furent
accueillis. De-là ils ont paſſé à Lisbonne, ſur un
Bâtiment Portugais. Ils n'ont point vu la Ville-de
Paris ni le Glorieux , qui auront éprouvé ſans
doute le triſte ſort du Centaure , de l'Hector & du
Ramillies c«. - - -
" Nous nous empreſſons de préſenter ici le
réſumé des liſtes des priſes reſpectives
faites pendant l'année dernière par les Puiſ
ſances Belligérantes ; nous le devons à un
Citoyen eſtimable, qui nous en fait paſſer
un pareil tous les ans ; nous nous empreſ
ſons de lui en témoigner notre reconnoiſ
ſance.
» M., voici le relevé des priſes faites ſur mer
ſuivant les liſtes qui vous ont été envoyées par une
Compagnie d'aſſurance d'Angleterre, & que vous
avez publiées dans les 52 numéros de votre
Journal de l'année 1782.
Vaiſſeaux pris -
, ſur les Anglois. par les Anglois.
Par les François .. 192. Sur les François .. 149.
Par les Eſpagnols 24. Sur les Eſpagnols 23.
Par les Américains 87. Sur les Américains 45.
Par les Hollandois 3 I. Sur les Hollandois 13.
-
\ 3 34- 2 3Q.
· Excédent de la perte des Anglois, 1o4.
La Loi qui reſtreignoit la liberté de rançonner,
publiée en France en 1781 , a produit un très
bon effet, puiſque dans ces 192 navires pris aux
Anglois par les François , 35 ſeulement ont été ,
rançonnés ; tandis que les années précédentes on :
ea trouvoit moitié ou près des deux-tiets rendus
de cette manière aux Anglois.La nouvelle Loi
† défend de rançonner dans tous les cas, leur
era encore plus funeſte. Cette Loi, dictée pat la
plus ſaine politique, ſera auſſi avantageuſe aux
vrais intérêts de nos Armateurs, que nuiſible aux
entemis de l'Etat. — Une autre choſe aſſez re
marquable dans l'état ci-deſſus, c'eſt que les An
glois n'ont pris aux Hollandois, en 1782 , que
13 navires , tandis qu'ils leur en avoient pris, ou -
plutôt ſurpris , en 1781 , 254. On voit par le
2
( 76 )
relevé des années précédentes, que , dans cctte
guerre d'Armateurs , la balance devient chaque
année plus déſavantageuſe au commerce à : l'An
gleterre ; ce qui marque une progreſſion ſenſible
dans la diſette d'hommes qu'elle éprouve, & qui
ne fera qu'augmenter, ſi la guerre dure encore
quelque tems. Il s'en faut de beaucoup que la
Marine Royale des Puiſſances combinées ait été
auſſi heureuſe cette année que leur Marine Mar
chande. La liſte de ſes pertes eſt alarmante , &
vous la connoiſſez comme moi. Elle n'a pu prendre
aux ennemis une ſeule frégate de marque en 1782 ;
car la priſe de l'Annibal de 5o canons, dans l'Inde ,
ſemble avcir été faite à la fin de 178 1.—Je ſuis, avec
les ſentimens que vos talens & votre patriotiſme
doivent inſpirer à tout bon François, M. , &c.
ſigné, DEcRoIx «. - -
· Le 22 du mois dernier MM. du Bureau
d'Adminiſtration ſe rendirent dans le chef
| lieu de l'Ecole Royale gratuite de Deſſin,
pour la diſtribution des ſeconds Prix; après
un diſcours relatif au ſujet , on procéda à
cette diſtribution , qui fut faite par le Duc
d'Harcourt. Le 26 M. le Lieutenant Général
de Police, aceompagné du Bureau d'Admi
niſtration, ſe rendit aux Thuileries , galerie
de la Reine, pour la diſtribution des grands
Prix ; M. Bachelier , Directeur , ouvrit la
ſéance par le diſcours ſuivant. .
» MM., je ne vous rappellerai pas toutes les
faveurs dont le Magiſtrat qui nous préſide vous a
comblé depuis l'origine de cet établiſſement ;, ce
ſeroit douter des ſentimens dont vous devez être
pénétrés, & je connois toute votre ſenſibilité pour
ſes ſoins paternels. - Après avoir abondamment
v -
v ( 77 ) , * ^ -- _-
pourvu à tout ce qui peut intéreſſer votre inſtruc,
tion , ce Magiſtrat vient d'ajouter encore un degré
d'intérêt bien attendriſſant, ſa bonté a fait raſſem
bler pour vous toutes les reſſources qu'offre la Phar
macie, pour 1emédier aux accidens imprévus que
l'humanité peut éprouver. A ce bienfait il joint le
choix d'un Officier de ſanté pour vous donner des
ſecours, non-ſeulement dans les cas preſſans, mais
encore toutes les fois que vos parens croiront de
voir le conſulter. Ce dernier trait caractériſe bien
le coeur, le zèle & la prévoyance du Magiſtrat.
- Quelle ſatisfaction pour lui & pour MM. lcs
Adminiſtrateurs, ſi vous profitez de tous les avan
tages dont ils cnt environné vetre enfance ! -- Faites
en ſorte, par votre application à l'étude, qu'un jour
ils puiſſent s'applaudir de vos ſuccès. Quels repro
ches n'auriez-vous pas à vous faire, ſi tant de moyens
employés à vous faire parvenir, reſtoient ſans effets !
- Voyez dans vos Emules, ces nouveaux Citoyens
que la Patrie vient d'adopter ; imitez leur perſévé
rance. Les premières couronnes qu'ils ont reçues
les ont embraſés du deſir d'en mériter de nsuvelles.
Ils reçoivent aujourd'hui le prix de leurs veilles :
les talens qu'ils ont acquis pour la conſtruction des
bâtimens , leur ont obtenu la Maîtriſe de Maçon.
L'heureuſe habitude du travail qu'ils ont contractée
pendant le tems de leurs études, va tourner à préſent
au profit de leur fortune & de celle de leur génération.
- Animez-vous du même zèle, & que les grands
Prix qui vont vous être diſtribués, ne ſoient pour
vous qu'un encouragement pour en mériter de slus
conſidérables. Je ne ietarderai pas plus long-tem , le
· bºnheur de vous voir dans les bras d'un Magiſt at
, qui Vous aime c«.
Les grands Prix furent enſuite diſtribués
à MM. Normand , Brian, Allain , Feſſard ,
Barrié & Huré, qui furent embraſſés par le
3
( 78 )
Magiſtrat , au bruit des fanfares & des ac
clamations du public. 12 grands Acceſſit &
96 Prix farent auſſi délivrés dans la même
ſéance.
La ſuite des Gravures intéreſſantes, entrepriſes par
M. Ponce & M. Godefroy, dont les évènemens les
plus importaas & les plus glorieux de la guerre
actuelle fourniſſent les ſujets, ſe continue avec beau
coup de ſuccès. Nous avons annoncé ſucceſſivement
celles que nous ont offert la reddition de l'armée
du Général Cornwallis , de la ſurpriſe de St-Euſta
che, du ſiége du fort St-Philippe. Ces deux Artiſtes
· viennent d'en publier une nouvelle, qui repréſente
l'attaque de Brimſtone-Hill, dans l'Iſle de St-Chriſ
tophe; la vue en eſt priſe entre le fort Charles &
le ravin de Molinow. On lit au bas le précis hiſ
torique ſuivant - Le Marquis de Bouillé, débar
qué le 11 Janvier 1782 à la Baſſe-terre avec 6ooo
hommes , ouvrit la tranchée la nuit du 16 au 17
devant la fortereſſe de Brimſtone-Hill , où 1442
hommes s'étoient renfermés ſous les ordres des
Généraux Fraſer & Shirley : 15oo hommes que
les Anglois débarquèrent le 28 à Frégate-Bay, ten
tèrent en vain de s'introduire dans la place; ils furent
repouſſés par 3oo hommes, aux ordres de M. de Fle
chin. Le 12 Février la garniſon ( les Généraux ex
ceptés ) ſe rendit priſonnière de guerre : l'Iſle entière
& celle de Névis furent compriſes dans la capitula
tion. On y a trouvé 173 pièces d'artillerie.... L'Iſle
de St-Chriſtophe eſt une des plus fertiles & des
mieux cultivées des Antilles. Le 22 Février MM. de
Barras & de Flechin ajoutèrent à ces conquêtes celle
de l'Iſle de Monſerrat , oû l'on trouva 64 pièces
d'artillerie. — Cette Eſtampe, d'après le deſſin de
M. Paon, Peintre de S. A. S. Mgr le Prince de
Coºd4, & gravée par M. Ponce, Graveur de Mgr
le Comte d'Artois, eſt d'un effet auſſi piquant
.. SE -"
( 79 )
aue les précédentes. La complaiſance qu'ont eu lcs
Généraux de confier aux Auteurs les plans & vues
de la plupart des lieux que ces Eſtampes rep:éſentent
, les ont mis en état d'y mettre la plus
grande exactitude, qui jointe à l'intérêt que leurs
talens y répandent, en aſſure le ſuccès (1).
Nous avons annoncé à la fin de l'année
dernière la ſuperbe & précieuſe entrepriſe
de la nouvelle Editipn des peintures anti
ques deſſinées à Rome par Pietro-Sante
Bartholi & d'autres. Le célèbre M. Didot
l'aîné , qui s'eſt chargé de l'impreſſion ,
vient de nous adreſſer la lettre ſuivante que
nous nous empreſſons de tranſcrire. On ne
ſauroit donner trop de publicité à un avis
auſſi intéreſſant pour les acquéreurs de
ce magnifique Ouvrage; ils y verront une
délicateſſe & uHe honnêteté peut-être rares,
mais dignes d'un homme tel que M. Didot
l'aîné, & toujours inſéparables de la véri
table ſupériorité.
» M. , Permettez-moi de vous prier d'inſtruire
par votre Journal les Amateurs qui déſireront
ſouſcrire pour des exemplaires en Vélin , du Re
sueil des Peintures Antiques trouvées à Rome & c.,
qu'il n'y en a pas un ſeul à vendre, & qu'ils ne
pourront ſe dédommager qu'en ſouſcrivant pour
des exemplaires en Papier , dont il ne reſte qu'un
petit nombre.
» Les Sieurs Molini & Lamy, Libraires, n'ayant
oſé ſe flatter que cet Ouvrage auroit un ſuccès ſi
( 1 ) Le prix de chacune eſt de 1 liv. 1« ſols; elles ſe trou
vent chez M. Ponce , rue St-Hyacinthe, maiſon de M. de
Bure, & M. Godefroy , rue des Francs-Bourgeois, Porte St
Michel. Ils vont publier inceſſamment la priſe de la Grenade
& celle de Tabago.
-
-
d 4
- : ( 8o )
prompt & ſi complet , avoient cru s'être beaucoup
avancés en faiſant tirer à leurs fais, ſans être ſurs
du débit , ſeize exemplaires en Vélin du premier
volume de cet Ouvrage. En mºins de qui ºze jours
les ſeize exemplaires ont été retenus, & plus de dix
, autres leur ont été demandés. — Quelque ſédui
ſante que fût pour les entrepreneurs & pour moi, la
réimpreſſion en Vélin du premier volume ; je n'ai
apperçu dans une ſeconde édition , que la diminu
tion de valeur qu'éprouveroient ainſi les premiers
exemplaires entre les mains des Amateurs, qui ſe
ſont empreſſés de ſe les procurer ; & conjointement
avec les Libraires, j'ai 1efuſé abſolument de faire
une ſeconde édition. — Je ne rends ce compte au
Public, que pour obvier à ce que pareil déſagré
ment n'arrive à ceux qui déſireroient des exemplai
res en Papier , le petit nombre en étant invaria
blement fixé à celui indiqué dans le Proſpectus.
-Permettez-moi de profiter de cette occaſion pour
annoncer queljues Ouvrages que j'imprime actuel
lement. — 1°. Théâtre choiſî de P. Corneille , en
deux volumes grand in.4°. Cette édition, dont il
n'a été tiré que deux cents exemplai es, ſera con
forme pour le Papier & pour le Caractère, à l'Epi
thalame Angloiſe de M. William Jones , pour
laquelle j'ai fait ſ'eſſai d'un ſecond Caractère : elle
eſt connue de quelques Amateurs Le premier volu
me de ce Théâtre paroîtra à la fin de Février , &
le ſecond dans le courant de Juin. Le prix ſera de
72 livres les deux volumes , brochés en carton
—On ne ſouſcrira ni pour cette édition ni pour
celles que je me propoſe de faire dans la ſuite ; mais
·il faudra faire prendre le premier volume avant la
publication du ſecond : On payera deux louis en
recevant le premier volume auquel ſera annexée une
promeſſe de délivrer au porteur le ſecond volume
pºur la ſomme de 24 livres. On prévieat les À ma -
teurs des belles éditions qu'à l'époque de la publi
-
^
- ( 81 ) .
/
&
cation du ſecond volume , le prix des exemplaires
qui pourroient reſter, ſera de quatre louis. - 2°.
Collection choiſie de Romans Hiſtoriques relatifs
à l'Hiſtoire de France. On a joint à ces Ouvrages
une notice ſur les perſonnages dont il y eſt fait men
tion , avec des détails exacts ſur leurs ancêtres &
ſur leurs deſcendants : on a auſſi indiqué à la ſuite
de ces Romans les faits qui n'ont eu de réalité que
dans l'imaginarion de leurs Auteurs, & on a rétabli
les véritabies ; on a cru par ce moyen rendre cette
lecture plus utile & plus agréable. - On a com
mencé par l'Hiſtoire ſecrette de Bourgogne, en trois
volumes in-12 par Mlle. de la Fcrce : ils paroîtront
dans les premièrs jours de Février : ils ſeront in
ceſſamment ſuivis de l'Hiſtoire de Marguerite de
Valois Reine de Navarre en 6 vol mes in - 12.
—Si cet eſſai peut mériter l'approbation du Public,
la Collection ſe continuera, & pourra compoſer une
ſuite de 4o à 5e volumes, qui feront un corps ſur
l'Hiſtoire de France. Le prix de chaque voiume ſera
de 6 livres broché. On n'en a tité que peu d'exein
plaires & tous ſur d 1 Papier ſu,erfin de Fiance.
Ceux qui déſireront acquérir cet Ouvrage ſont priés
de ſe faire inſcrire : ils auront la liberté de prea
dre la Collection en tout, ou en partie c•.
J'ai l'honneur d'être. Signé , DiDoT l'aîné (1).
(1) Parmi les Ouvrages ſortis des preſſes de M. Didot
l'aîné , dans le cours de l'année dernière , nous annoncerons
ici les Fables de la Fontaine, 2 vol. in 12 5 les (E,vres de
Boileau , idem. des mêmes format , caractère & papier em
Ployés à la collection de Monſeigneur le Comtç d'Artois ; 8
vol. de la collection des Moraliſtes anciens, dédiée au Roi ,
contenant le Manuel d'Epiãete , Penſées Morales de Con
fucius , Penſées Morales de divers Auteurs Chinois , Mo
rale de Sénèque , Penſées Morales d' lſocrate , Penſées Mo
rales de Cicéron. On ſait que cettº Sºllection qui ſera conti
nuée, eſt imprimée ſur papier de Fººe , de la Fabrique de
MM. Johannot d'Annonay , & º des caractères gravés
ſous François I, par Claude Garanº9nt » ſondus par M. Four
d 5
( 82 )
Le Comte de St-Maurice de Germon
ville , Brigadier des Armées du Roi , Lieu
tenant-Commandant pour S. M. dans les
ville & fort de Briançon, eſt mort dans
cette place le 14 du mois dernier, âgé
d'environ 68 ans. -
· Philippe-Laurent de Reyrac , Bachelier
de lUniverſité de Bordeaux, Chanoine ré
gulier de la Congrégation de Chancelade,
Prieur Curé de la Paroiſſe de St-Maclou
d'Orléans, Aſſocié-Correſpondant de l'Aca
démie Royale des Inſcriptions & Belles
| Lettres, de la Société Royale d'Agriculture
d'Orléans , Cenſeur Royal & Inſpecteur
Général de la Librairie de la même ville ,
eſt mort le 22 du même mois dans la 49e.
année de ſon âge. -
Guillaume-François Berthier, Prêtre du
Diocèſe de Bourges , ancien Garde de la
Bibliothèque Royale , Adjoint à l'éducation
de S. M. & de Monſieur , Frere du Roi,
eft mort à Bourges le 15 Décembre, dans
la 79e, année de ſon âge. -
nier l'aîné. On a pu remarquer, en vºyant ces caractères, que
depuis François i, juſqu'à nos jours la Gravure Typographi
que n'avoit pas fait un pas de plus vers la perfection. On n'avoit
rien fait de mieux nulle part.Les connoiſſeurs ont prononcé entre
les types de Garamont & ceux de Baskerville. C'eſt à M. Didot
l'aîné qu'étoit réſervé l'honneur de faire faire de véritables
progrès à cet Art intéreſſant. Les caractères qu'il a gravés, &
qui ſervent au Corneil'e qu'il annonce , aux Peintures anti
ques, & c. ſont d'une beauté & d'une perfection dont rien
n'a approché juſqu'ici ; il paroît impoſſible d'aller plus loin .
§ il y a lieu de croire qu'ils formeront les dernières limites
e l'Art,
- ( 8 ; )
Thomas.Olivier Corſet, Prêtre, ancien
Miſſionnaire, connu par ſon talent diſ
tingué pour la chaire , ainſi que par ſes
travaux apoſtoliques , eſt mort le 17 Oc
tobre dans la Maiſon Royale de l'Enfant
Jéſus, dans la 81e. année de ſon âge.
De BR U x E L L E s, le 7 Janvier.
M. de Grumpipen, Chancelier de Bra
bant , a été chargé de travailler à un plan
pour ſimplifier les procédures , & de l'en
voyer enſuite à la Cour Impériale. |.
On mande de Lisbonne qu'il y a ordre
d'équiper ſur-le-champ 6 vaiſſeaux de
ligne & d'en armer encore d'autres pour
former deux eſcadres , dont l'une eſt deſti
mée à croiſer à la hauteur du Bréſil , &
l'autre ſur les côtes de Portugal.
Selon les lettres de la Haye le procès de
l'Enſeigne de Witte , conformément au
voeu des différentes provinces , va s'inſ
truire à la Cour de Hollande ; le Stadhou
der a lui-même préſenté aux Etats-Généraux
un mémoire pour cet effet ; & le 26 du
mois dernier cet Enſeigne a été tranſporté
à ſix heures du ſoir ſous une eſcorte con
venable de la priſon du Conſeil de Guerre
à celle de la Cour de Juſtice. Cela s'eſt
fait ſans bruit ; il y avoit peu de peuple
ſur ſon paſſage. -
» L'affaire de la fameuſe adreſſe qui a tant fait de
bruit, ajoutent les mêmes lettres , eſt enfin termi
née; on a fait des recherches ººncernant ceux qui
d 6
( 84 )
avoient été de maiſon en maiſon ſolliciter des ſigna
rures à cette adreſſe; ils ſe ſont décelés en diſparoiſ
ſant ; on a couru après eux , mais ils avoient
déja gagné le territoire de Clèves, oü l'on a refuſé
de les remettre aux archers Hollandeis. : On
attee d à préſent les réſolutions des Etats de chaque
Province, relativement au mémoire de l'Envoyé
de Pruſſe; on ne doute pas qu'on ne faſſe juſtice du
libelle qui l'a occaſionné ; mais il ne ſera pas ſi aiſé
de la faire de l'Auteur, qui n'eſt pas connu, & de
ceux qui ont continué à le débiter «.
Selon les lettres de Friſe , 6 villes de
cette province ont ſuivi l'exemple de celle
de Dockum en revendiquant le droit d'élire
leurs Magiſtrats & leurs Députés aux
Aſſemblées provinciales pour les mettre hors
de toute dépendance. Ces villes ſont Bols
waerd, Franeker, Sneek, Hindelopen, Ylſt,
Stavoren & Vorcun.
» On ſait, écrit on d'Arnhem, que le Gouver
nement Municipal de cette Province eſt primitive
ment démocratique, & que ce n'eſt que depuis peu
que l'inattentien & l'indifférence du peuple pour
le maintien rigide & ſcrupuleux de ſes priviléges,
avoient donné lieu à des changemens à cet égard.
Mais la commune part de cette ville ſentant jurée l'im
portance de ces uſurpations dans les circonſtances
préſentes, réclame aujourd'hui les droits & les pri
viléges de la ville dans l'établiſſement d'un Echevin
& d'un Conſeiller de la ville, en cas d'une vacance
ſurvenue par la mort, ſur quoi devoit être faite .
une nomination, dans laquelle le Stadhouder fait
un choix, ce qui ne s'eſt pas fait depuis quelque
tems, le Prince s'étant arrogé le droit de remplir
les places vacantes, ſans attendre de nomination
· antérieure, ſouvent en faveur de perſonnes qui y
ſont inhabiles par les règlemeos de régence. La
( 8 t )
Commune prie a les Vénérables de main
tenir à cet égard les anciens droits & priviléges
de la ville c«.
On connoît avec quelle force & quelle
fierté le Baron Robert-Gaſpard Vander Ca
pellan, a délivré ſouvent ſon avis dans
· les Etats de la province de Gueldre. Le 1 o
du mois dernier il prononça dans leur Aſ
ſemblée le Diſcours ſuivant ſur les délais
apportés à l'expédition de quelques vaiſſeaux
de la République pour Breſt.
» NN. & PP. SS., les plaintes énergiques & ſi
viſiblement fondées, l'inquiétude ſur la ſituation de
plus en plus critique de cette République, les preuves
alléguées d'une manière ſi ſérieuſe de mécontente
ment ſur la direction incompréhenſible des affaires,
· & ſuſpectée par la Nation entière, & dont vous ont
fait part les Provinces de Zélande & de Friſe, ainſi
qu'aux autres Confédérés, méritent certainement
une attention, une diſcuſſion plus qu'ordinaire. C'eſt
une ſcène, NN. & PP. SS., ſans exemple dans les
Annales de cet Etat, qu'une défiance, un murmure,
qu'une Nation toujours ſouffrante, toujours oppri
mée, ſoient autoriſés du ſuffrage de tant de Mem
bres reſpectables de la Confédération, qui condam
nant l'Adminiſtration des affaires, touchés du ſort .
qui menace une Nation infortunée, prient VV. NN.
PP. d'examiner , ſans perdre de tems, les cauſes du
mal, & de mettre efficacement la main à l'ouvrage,
pour le maintien de la chère Patrie. Une telle ou
verture, de telles inſtances, que l'on ne peut ſup
poſer n'avoir que des fondemens fragiles, & les
aſſurances de ceux à qui le Souverain a confié l'exé
cution de ſes ordres , qu'ils n'ont 1ien négligé :
2 q g 5 - x
qu'au contraire, ils ont, autant qu'il a été poſſible,
éprouvé & mis en oeuvre tout,º ºu'il étoit poſſible
de faire dans cette guerrc déſa ºcuſe , contre un
86 )
implacable ennemi ; # même on a tort de fe
plaindre d'une activité d'ailleurs ſi viſible : vciià des
contradictions qui doivent e#rayer VV. NN. PiP.,
tous les Habitans de la République, ſur les ſui,es
déplorables qui peuvent en 1éſulter. Cependant cn
ne ſauroit aveugler toute la Nation, ni toute l'Eu
rope. Obligés de tirer l'épée contre un ennemi per
fide, qui a toujours , ſous l'apparence de l'amitié,
couvé la ruine de cette République, & qui par-la,
a trouvé tant d'occaſions favorables pour nous pil
ler, nous enlever nos biens, & même pour ébranler
les fondemens de notre édifice politique; à peine a-t-il
Pu, quoique nous ſoyons depuis près de dcux an
nées en guerre ouverte, ſe faire que nous ayons agi
contre lui ſur la défenſive, quoiqu'on n'ait manqué
ni de pouvoir, ni de courage, toute petite qu'on
puiſſe repréſenter notre marine pour porter à l'ennemi
les coups les plus ſenſibles. Qui, parmiVV. NN.PP.,
qui, parmi nos Concitoyens, n'eſt pas fatigué d'une
direction ruineuſe, qui ne peut exiſter que parmi
nous ? & qui n'employeroit pas avec zèle ſon bien,
pour#aux progrès de ce mal, qui doit cauſer
notre chûte ? Une Nation courageuſe ne ſauroit
ſouffrir plus long-tems qu'on ſe joue ainſi de ſa
dignité & qu'on mine ainſi les fondemens de ſon
exiſtence; à la fin elle arrêtera, avec la fermsté qui
lui eſt particulière, la malice de ſes cnnemis, tant
internes qu'externes : elle exigera, NN. & PP, SS. ,
(à moins qu'on ne lui montre le contraire au plutôt)
que ſes Repréſentans, que VV. NN. PP. viennent
enfin la tranquilliſer par les efforts les plus patrio
tiques, afin que ſon ſang & ſes biens ne ſoient plus
diſſipés & prodigués inutilement. Oui, NN. & PP.
SS., tout nous annonce que les plaintes expoſées par
nos Confédérés d'une manière ſi frappante aux yeux
d'un public bien inſtruit, font une impreſſion pro
· fonde ſur les diſpoſitions de nos habitans : no3 Con
citoyens, animés de l'ancien héroïſme Batave, ſe
( 87 )
rappellent leurs courageux ancêtres. La race pré
ſente paroît diſpoſée à s'approprier les anciens titres
de ſon indépendance. En attendant, chacun eſpère
une diſpoſition génerale pour donner une ſatisfaction
· aux demandes légitimes du peuple ; ſur quoi doit
entrer auſſi en conſidération que le reſſentiment d'une
Nation ombrageuſe, dans le cas où elle échoue dans
ſes efforts pour le redreſſement légitime, doit tou
jours effrayer ſes Repréſentans. Il eſt donc plus que
rems que, de notre côté, il ſoit, avec la plus grande
célérité, ſatisfait à ces deſirs du peuple, ſoutenus
par des Membres auſſi reſpectables de la Confédé
ration & appuiés ſur ſa puiſſance inconteſtable, &
qu'on y prête l'oreille avec toute l'ardeur poſſible,
pour tranquilliſer une Nation qui ne doute qu'à
la dernière extrémité & qu'avec douleur , de la
bonne direction des affaires. Je pourreis m'étendre
plus au long, ſi je voulois détailler les choſes
inconcevables qu'on rencontre par - tout. - Je
m'aſſure que VV, NN. PP., conſidérant toutes
ces circonſtances ( pour me ſervir de l'exprefſion
de nos Confédérés de Friſe, ſi eſtimables par leur
franchiſe, & auxquels l'on ne ſauroit donner ja
mais aſſez d'éloges ), ſe perdront comme dans un
abîme de perplexité. Des idées effrayantes doivent
ſe préſenter à notre eſprit, ſi nous fixons notre
attention ſur les ſuites qui peuvent réſulter du
manège par lequel on a fait manquer une entre
priſe déja réſolue, & tendant à envoyer, d'après
la propoſition de S. M. T. C., quelques vaiſſeaux
à Breſt, tant eu égard à un allié puiſſant, géné
reux & bien-intentionné, que par rapport à l'évi
dence complette ( ſuivant l'expreſſion de MM. les
Etats de Groningue & des Ommelandes ) , d'un
manque de devcir dans l'adminiſtration des affaires
publiques. Le plan arrêté avec la #ºur de Nº
ſailles, pour agir de concert cont# #nemi cº†
mun; ce plan des meſures duquel VV- NN. **
- t 88 ) |
& les autres Confédérés étoient dans la plus grande
attente, à raiſon du ſecret que Mgr. le Stadhouder
Héréditaire gardoit avec une circonſpection ſi re
marquable ; ce plan dut avoir natureilement pour
effet , que, s'appercevant que de notre côté nous
ne rempliſſions poist le but propoſé, & que cette
campagne s'écouleroit encore, comme ci-devant,
ſans avoir pour ainſi dire tiré un coup de canon
contre l'ennemi, le Roi de France exigeoit qu'un
nombre de vaiſſeaux de guerre fût empioyé à lui
porter dommage. Quelle qu'ait été la promptitude
des Confédérés pour en prendre la réſolution, quelle
qu'ait été leur bonne volonté pour donner à un
allié puiſſant, & dont la§à notre égard
ne s'eſt pas démentie des preuves réelles de nos
intentions fincères pour coopérer avec lui, ils ſe
ſont vus fruſtrés de nouveau de la manière la plus
honteuſe, la plus inſultante. Jamais l'on n'a mé
priſé avec un dé,lain ſi offenſant l'autorité , la di
gnité de VV. NN. PP. & des autres Confédérés :
c'eſt en vérité une audace incompréhenſible & inex
ptimable; audace au ſujet de laquelle MM. les Etats
de Friſe & de Groningue ont témoigné avec tant
de raiſon la plus vive indignation , audace dont
les inſtrumens devront certainement être examinés
d'un oeil rigoureux, à moins qu'on ne veuille comp
ter la majeſté de cette république perdue à jamais.
Que doit-on penſer des rapports des Officiers de
mer, comme ſi des préparatifs néceſſaires, le man
que de proviſions de bouche, de voiles &c., avoient
rendu pour un certain tems le voyage de Breſt im
praticable, pendant que, dans le même tems, quel
ques vaiſſeaux de guerre ont été détachés pour une
expédition inutile vers la mer du Nord, expédition
que l'Etat a payée chèrement. Les trois vaiſſeaux des
Indes Orientales, qui ſont enfin arrivés, étoient
eſcortés ſuffiſamment, & défendus contre un en
nemi qui ne pouvoit abſolument paroître alors dans
( 89 )
ces parages. NN. & PP. SS., ce qui ſemble devoir
être principalement remarqué, c'eſt que les rapports
des Officiers de pavillon & Capitaines de vaiſſeaux
diffèrent eſſentiellement de la déclaration de MM. de
l'Amirauté d'Amſterdam, qui expoſent au jour des
marques fi évidentes de précaution : cela ſaute trop
aux yeux, pour que la Nation n'exige un examen
rigoureux de ces procédés inouis de ſes Officiers
· de pavillon & Capitaines de mer ; les circonſtances
ne demandent aucune indulgence, mais, au con
: traire, punition des coupables, pour ſervir d'exem
ple capable d'en effrayer d'autres, afin que par ces
précautions priſes à tems, VV. NN. PP. & les
autres Membres Souverains de l'Etat ne ſoient
plus dorénavant compromis par une conduite auſſi
dangereuſe , auſſi intolérable de la part des
ſerviteurs de VV. NN. PP. A cette occaſion , je
dois expoſer à quel excès on a porté les inſultes
·faites à l'auguſte ſouveraineté de la République.
Je veux parler du ton menaçant employé par quel
ques Officiers de pavillon & Capitaines de mer,
dans la requête connue de plaintes & demandes
· contre la licence des écrits hebdomadaires & Ga
zettes , portée par l'Amiral-Général lui-méme à
LL. HH. PP. ; circonſtance qu'on peut encore
ajouter aux choſes incompréhenſibles que l'on ren
contre par-tout. D'ailleurs, je ne cacherai pas non
plus, NN. & PP.SS. , que je ne ſuis pas peu em
barraſſé ſur les ſuites du mécontentement que
· S. M. T. C. doit néceſſairement concevoir contre
· la direction de nctre République, ſi offenſante
Pour elle, à l'occaſion du refus des vaiſſeaux qu'elle
a demandés ; rien ne peut me tranquilliſer à cet
égard, ſi ce n'eſt que je me flatte encore, que les
Adminiſtrateurs du pays doivent en avoir une
juſte idée, & qu'on verra par la ſuite que notre
#ºduite future, relativement à la Cour de Ver
ſailles, ſera combinée de façon que cette Répu
( 9o ) -
blique ſaura apprécier à ſa juſte valeur l inclinatio
& l'amitié du Roi de France. Cet Allié géné eux,
trop bien inſtruit de l'influence traîtreſſe qui met
cette Nation infortunée ſur le bord du précipice,
a fait parvenir, le 17 Juillet paſſé, par ſon Am
baſſadeur, à LL. H H. PP. ( & c'eſt un effet de
ſes ſentimens de compaſſion pour notre triſte ſitua
tion, ) l'aſſurance de ne plus ſéparer notre cauſe
de la ſienne. Les intentions bienfaiſantes de S. M.
ſont par-là ſi cla rement manifeſtées, que nous pou
vons faire fonds la-deſſus; & c'eſt ce qui eſt de la
plus grande importance pour la patrie, pour que
nous puiſſions répondre de l'Adminiſtration de
nos Affaires. Sans le concours bien intentionné
de la France, nous ne ſerons point en état
de nous , aſſurer à la paix prochaine aucun
avantage ſolide, aucune sûreté pour une libre navi
gation, aucune tranquillité à l'égard de la ſituation
critique dans les Indes Orientales & Occidentales.
Nos concitoyens le ſentent vivement, & attendent
que ſes Adminiſtrateurs ne laifſent rien échapper ,
pour qu'on s'oppoſe, conjointement avec la France,
d'une manière plus efficace à notre ennemi com
mun, qu'on n'a fait juſqu'à préſent. Ils ont déja
vû, que le plan de concert qu'on a concerté, ne
nous avoit pas rendu plus actifs ; & ſi l'on preºoit
ces meſures pour toute la guerre, on n'auroit pas
encore fait diſparoître , ce qui le rend inutile. La
Nation, N. & P. S., témoigne donc ſes voeux ar
dens pour faire une alliance fotmelle, offenſive &
défenſive , avec la France, notre Alliée naturelle,
quand ce ne ſeroit même que pour le tems de la
guerre préſente. Elle ſait, que c'eſt-là le ſeul moyen
de nous rendre actifs , & de faite perdre à ſon
ennemi l'eſpérance, dont il ſe berce encore conti
nuellement, de faire une paix particulière avec i'une
des Parties, au préjudice de l'autre. Une telle al
liance eſt en effet le ſoutien capable de maintenir
|. ( 91 )
-
i l'édifice chancelant de l'Etat ; par cette alliance en
peut empêcher le ſuccès pernicieux d'une direction
perverſe , & rétablir l'état floriſſant de la Patrie
dans les quatre parties du monde. La Nation a fixé
ſes regards ſur ce que j'ai l'honneur de propoſer à
V. N. P. Elle inſiſte fermement à ce qu'on veille
ſur ſes intérêts, au milieu de tant de dangers & de
Piéges dont elle ſe voit environnée de tous côtés.
Elle y comprend auſſi tout ce que nous avons vu
arriver relativement au priſonnier de Witte accuſé
de trahiſon ; à l'égard duquel je remarquerai ſeule
ment pour le préſent, que toutes les manoeuvres
qu'on a miſes en uſage dans cette occaſion , contre
la volonté du Souverain , ſous le prétexte ſpécieux
d'une juriſdiction militaire , rempliſſent tous les
Pays-Bas de terreur. Une telle juriſdiction déſa
vouée par le Souverain, & qui a été uſurpée ſur
un Peuple libre, ne peut sûrement être ſoufferte
plus long-tems au milieu de nous. V. N. P. con
vaincues de cela, s'y ſont oppoſées pluſieurs fois ,
& nous n'avons que trep éprouvé combien d'abus
ſe ſont déja gliſſés dans le Gouvernement, contre
le pouvoir légitime, & q i ne provenoient que de
ces prétentions abſurdes & dangereuſes. L'intro
duction d'une pareille Juriſdiction odieuſe dans
l'état d'un Peuple libre , ne ſauroit être regardée
que comme un rempart, derrière lequel le deſpo
tiſme veut aiguiſer ſes poignards , pour coufcr
• à la première occaſion favorable la veine des
droits & priviléges les plus ſacrés des Citoyens
libres. Notre houneur, nos poſſeſſions, & tout ce
• qui peut être cher à la génération préſente & fg
ture, exigent , N. & P. S., que nous & tous les
membres de la République s'arment , dans un tems
où le danger eſt ſi éminent , & , s ºPPoſent de la
manière la plus ſérieuſe, pour qu'ºº efface juſqu'au
nom d'une juriſdiction qui s'ar# †t de droits
illégitimes & qui eſt préjudiciab** l'Etat militaire
( 92
même. Nos Concitoyens , qui juſqu'à préſent, par
une connivence incompréhenſible,out ſoutenu de leur
propre argent une pareille uſurpation , attendent une
réſolution générale pour une abolition irrévocable
d'un Tribunal qui leur eſt auſſi inſupportable dans
le ſiécle préſent , que le Tribunal de ſang ſous les
tirans Eſpagnols ne l'a jamais été à leurs aucêtres.
Le moindre retard dans cette affaire eſt une perte
& même tout-à-fait contraire à notre conſtitution,
& quoique cette conſtitution contienne cela déja
expreſſément, une déclaration ultérieure raſſureroit
toute la Nation plus efficacement. Le Souverain a
trouvé à propos d'inſtituer le m'litaire pour la garde
& le maintien de la bonne diſcipline & de la ſubor
dination ; mais pour rien autre : dans ce que le ſol
dat a de commun avec le citoyen, & en général dans
tout ce qui regarde les délits commis dans une Ré
publique, il n'y a que le Juge-Civil qui puiſſe pro
nencer Arrêt. L'expérience la plus triſte au milieu
des circonſtances les plus critiques, où ſe trouve
notre Patrie, nous a appris que tout ce que l'cn a
fait juſqu'à préſent, pour ſauver l'Etat de ſa perte
prochaine, n'a ſervi de rien. La Nation attenl ce
pendant avec impatience qu'on prenne des meſures
efficaces contre une inactivité honteuſe qui a duré
ſi long tems, & contre le progrès d'une déſunion
encore plus dangereuſe, accompagnée d'entrepriſes
au préjudice de notre conſtitution, qui préſagent
aſſurément la ruine la plus déplorable d'un Pays an
ciennement ſi heureux , ſi l'on ne s'empreſſe avec
plus d'ardeur & de zèle à prendre des meſures plus
ſatisfaiſantes. Pour répondre à une ſi ſalutaire intea
tion, & pour tranquilliſer dès ce moment la Nation,
il me paroît que, dans une ſituation pareille, où il
n'eſt queſtion de rien moins que de conſerver la Pa
trie & ſes Habitans, on ne peut imaginer des meſu
res plus convenables que celles que les Scigneurs
Etats de Friſe ont propoſées à VV, NN. PP. dans leur
E- - -
miſſive du 15 Novembre paſſé ; ſavoir, de nommer
d'entre vous, NN. & PP.SS. & des autres Habitans de
la République, quelq es Membres habiles, qui, ani
més d'un vrai patriotiſme, & convaincus de la néceſ
ſité d'un prompt ſecours, ſauroient trouver les moyens
pour les mettre en exécution, & prendre les meſures
convenables pour s'oppoſer a la direction per verſe.
Les affaires les plus importantes étant enfin exami
nées mûrement, les délibérations & les réſolutions
des Régens auroient plus d'activité , & auroient
sûrement un effet plus ſatisfaiſant pour la Nation.
— Un compte rendu du Seigneut Prince d'Orange,
comme Amiral-Général de l'Union, revêtu en méme
tems du Stadhouderat , ſur - tout dans un Pareille
circonſtance, mérite d'être bien remarqué. Les plain
tes fondées de la Friſe, d'une impuiſſance prouvée à
pouvoir ſatisfaire plus long-tems au beſcin de ſon
contingent, exceſſivement hauſſé. Les inſtances équi
tables de la même Province, d'un compte public de
la caiſſe de la Généralité, étant honteux aux Mem
bres de l'Union, de n'en avoir aucune connoiſſance.
Ces objets, & pluſieurs autres de la même impor
rance, devroient être peſés & examinés dans ce tems
triſte & malheureux, par une telle commiſſion, d'une
manière qu'il ſeroit fort poſfible de réunir les eſprits,
de faire diſparoître la méfiance , & de faire revivre
par conſéquent l'unanimité néceſſaire, comme le ſeul
moyen pour la conſervation de la Patrie. Alors les
mouvemens que ſe donnent les pères de la Patrie >
peurront être dirigés avec plus de ſuccès au bonheur
de l'Etat ; & les Habitans, qui auparavant auroient
peut être fait beaucoup de difficultés pour contribuer
aux beſoins de la guerre, donneroient enſuite volon
tiers des ſommes conſidérables : c'eſt notre devoir >
NN. & PP. SS. de tranquilliſer d'autre manière la
Nation. Si VV. NN. PP. veulent ſe croire autoriſés
à diſpoſer velontairement des propriétés qu'elles
accordent ; & ſans cette précaution tranquilliſante
pluſieurs, de concert avec MM. les Etats de Friſe,
moi-même je ſerois obligé d'héſiter de la manière
-
94 )
la plus forte à conſentir aux pétitions ultérieures
pour les équipemens, autrement ſi néceſſaires. Ces
motifs importans, joints aux inſtances préſentes,
détaillées amplement dans la miſſive mentionnée ,
ſont plus que ſuffiſants pour " fixer l'attention de
VV. NN. PP. ſur eux , pour donner à connoître
avec toute la promptitude poſſible auxdits Seigneurs
Etats de Friſe, d'une manière & dans les termes les
plus convenables & les plus reconnoiſſans, la diſpo
ſition de VV. NN. PP. à travailler ſans perte de
tems à l'excution d'un plan auſſi patriotique ; décla
rant, vu qu'un délai ſeroit mertel pour ce Pays,
que VV. NN. PP. retraceroient de la manière la
plus ſincère aux autres hauts Confédérés, les cir
conſtances du danger où ſe trouve la chère Patrie,
pour les engager à embraſſer ces meſures ſi néceſ
ſaires. Une réſolution imprévue qui ne s'accorderoit
pas avec cela , ne ſera jamais adoptée pour ma juſ
tification ; proteſtant, dans ce cas, de la manière la
plus forte, contre les ſuites immanquablement fu
neftes qui doivent en réſulter ; & comme il m'im
porte infiniment que la Nation ſache ce que je fais
& ne fais pas dans cette poſition critique de la Patrie,
je demande que cet Avis ſoit inſéré dans les Recès
du Quartier, comme dans le Regiſtre fidèle de nos
procédés, & que nous puiſſions réclamer en tout
tems pour notre décharge.
PRÉcIs DEs GAzETTEs ANGL. du 31 Décembre.
| On dit que ſi la négociation de paix n'a pas lieu,
il y aura une déclaration de guerre en forme de
notre part, pour que nous profitions de l'avantage
de nos alliances ; mais on demande quelles ſont
dans ce moment-ci les alliances que nous pouvons
réclamer, ſi on en excepte les puiſſances redouta
bles de Heſſe d'Anſtach & de Brunſwick.
Il y a ordre à Plymouth d'approviſionner pour
3 mois la Fortitude de 74, & pour 6 la fréga:e la
Nemeſis. Le 2e. bataillon du régiment Royal, doit
ſe rendre à Portſmouth pour s'y embarquer. Les
:
9
vaiſſeaux de guerre dºu#. pour les deux Indes,
dcivent mouiller à Ste-Hélène, oü ſe trouve déja
partie de la flotte de l'Inde , qui appareillera le
plutôt poſſible; ce ſera une des plus conſidérables
qu'on ait envoyé dans cette partie du Monde depuis
la guerre; elle doit être eſcortée par une forte eſca
dre; il y aura à bord des vaiſſeaux de la Compagnie
un gros corps de troupes.
, L'Amirauté a reçu avis que la flotte de Terre
Neuve, pour l'Angleterre, eſt heureuſement a rivée
à Lisbonne, ſous le convoi des vaiſſeaux de guerre
l'Arethuſa de 38 ; l'GEolus de 32 & le Merlin
de 18.
La Reine de Portugal, en déclarant qu'elle eſt
prête à reconnoître les Etats-Unis pour libres &
indépendans & à leur offrir le privilége de com
mercer avec ſes ſujets Portugais, agit d'une manière
très-ſage & très-politique. Le commerce d'Améri
que ſera recherché par toutes les Nations; le moyen
de l'obtenir & de le conſerver avec avantage, eſt
de faire tout ce qu'il faut pour l'attirer chez ſoi
& de le débarraſſer de toutes les entraves poſſibles.
La lenteur qu'éprouvent les négociations pour la
pair, n'annonce pas leur terme prochain ; les arme
mens deſtinés pour les deux Indes & l'activité qu'on
y met, en vertu des ordres réitérés de la part de
l'Amirauté, ſemblent préparer à une nouvelle cam
pagne. - Il paroît décidé que l'Eſpagne a vérita
blement renoncé à Gibraltar, que nous voulions
mettre à un prix trop haut ; cela, dit-on, n'em
barraſſe pas médiocrement notre Cabinet, car il n'a
point d'échange à propoſer à cette Puiſſance, pour
ravoir les poſſeſſions qu'elle nous a enlevées. ^
PRIsEs faites ſur les Anlgois.—Par les François.—
Le Mary de la Jamaïque pour Londres, envoyé à
Breſt ; le Tartar de New-Yorck pour Glaſgow ,
envoyé à l'Orient; le Shallop de Yarmouth pour
Portſmouth, envoyé à Calais; le William de Pool
pour Neucaſtle, envoyé à Calais ; le Vigilant de
Pool pour Briſtol, envoyé en France 5 deux bâti
-
6 )
mens envoyés à Calais. Le John d'Exeter pour Lon
dres, envoyé en France ; 'Alexandre de Plymouth
pour l'Afrique, envoyé eu France; le Mars , envoyé
a....... ; le Betſey de Liverpool pour Londres,
envoyé à Morlaix ; la Jenny de la Fl, ride pour
Liverpool, envoyé au Cap François, l'Eliſabeth de
l'Iſle de Wight pour Briſtol, envoyé à Cherbourg ;
la Surpriſe de New Yorck pcur Londres, envoyée .
à Cherbourg ; la Nancy de l'Afrique peur les iſles,
envoyée à la Guadeloupe. — Par les Eſpagnols. —
Le Diſpatch de la Jamaïque pour New-Yorck ,
envoyé à Cuba. — Par les Américains. - L'In
duſtrie d'Antigues pour Pénobſcott, envoyé à....... ;
l'Eſquimaux de Terre - Neuve pour Labrader ,
envoyé en Amérique. , "
· PRIsEs faites par les Anglois. — Sur les Fran
fois. — Le Complaiſant du Hâvre , envoyé à
Weymouth ; la Bellerme de St-Domingie pour
France, envoyée à Plymouth ; le Conſolateur de
St-Domingue, id. ; un bâtiment de St-Demingue,
id. ; deux bâtimens pour la Martinique, envoyés à
la Barbade ; la Colombe du Cap François pour !
Bordeaux, envoyée à ....... ; le Liſard, envoyé à
Portſmouth ; un bâtiment de St Domingue, envoyé
à Briſtol; les Trois Frères de St-Domingue, envoyé
à Briſtol; un bâtiment de Nantes pour St-Domin
gue, id. ; la Marie-Eliſabeth-Pétronelle de Péterſ
bourg pour Bordeaux, envoyé à Plymouth ; cinq
bâtimens envoyés à Jerſey; l'Alexandre de Bordeaux
pour le Port-au-Prince, envoyé à Portſmouth : la
Ménagère, id. - Sur les Eſpagnols. - Un bâti
ment de Barcelonne pour Buenos-Ayres, envoyé à... ;
un bâtiment de munitions de guerre, envoyé à
Jerſey. — Sur les Américains. - Le Betſey de
la Guadeloupe pour Boſton, envoyé à Briſtol ; le
Good Deſign, envoyé à Ste Lucie; un bâtiment de
Nantes pour Baltimore, envoyé à Jerſey. -
| ' ERRATA. Au dernier numéro, page 48, ligne 25, l'Au
teur après avoir fait ſentir que les délibérations, &c. liſº* :
que les délits moraux. - - -
º
S
- L
x -
§M E R C U R E
D E F R A N C E.
SAME D I. 18 JAN v I E R 1783 .
- · •
PIÈCEs FUGITIvEs
E N V E R S E T E N P R G S E.
· IMPRoMPTU de Mlle DE SAINT-LÉGER,
: ſur ce que le haſard lui avoit accordé
l'honneur d'être Reine de la Feve.
| - A 1 R : Dans ma Cabane obſcure,
l - DU poids de ma fortune
· Je n'ai point à gémir :
Loin qu'elle m'importune,
Mon coeur en ſait jouir.
A Oui , la grandeur ſuprême
A les plus doux attraits
à Quand on peut dire : j'aime.....
J'aime tous mes Sujets.
| ( Par Mlle de Saint-Léger, Auteur des
| º & Lettres du Ch. de Saint-Alme, & du
Roman d'Alexandrine. ) ·--
Nº. 3 , 18 Janvier 1783. . É
#
|
.4
»-
—-
98 M E R C U R E
IMProMPTU à Mlle DE SAINT-LÉGER,
qui avoit improviſe à Table un très-joli
Couplet , ſur l'honneur qu'elle avoit d'čtre
Reine de la Féve,
A 1 R : Philis demande ſon Portrait,
Q v», Princefſe dans ſa Cour
Règne par l'étiquette.
Par les Talens & par l'Amour -
Ici règne Minette. - -
Phébus, du laurier des Neuf-Soeurs, - --
A couronné ſa tête ;
Et l'Amour lui ſoumet les coeurs
Par le droit de conquête. - '
( Par M. de Saint-Ange. )
É P 1 T. R E A U R o I.
DE notre foible enfance auguſte Bienfaiteur,
Reçois les voeux d'une École naiſſante.
A notre âge on n'eſt pas Docteur,
Mais on chérit les vertus que l'on chante. .
ſharoſt, qui nous raſſemble avec un zèle ardent,
Rour le bien de l'État ſait écrire & combattre ;
Du vertueux Sully le digne deſcendant,
• • • •
- --
-* · D E F R A N C E. 9>
A retrouvé ſon Henri-Quatre :
Et de ſoins paternels noblement conſumé,
Thélis fait reſpecter l'aſyle qu'il nous donne.
Ce Héros Citoyen, favori de Bellone,
: De l'éclat des vertus eſt encor plus charmé
Quand le devoir l'appelle auprès de ta Perſonne.
- Ta ſageſſe, qui veille aux droits des Souverains,
Veut que la Liberté renaiſſe ſur les ondes ;
La Paix, fille du Ciel, couronne tes deſſeins,
. Et prépare en ſecret le bonheur des deux Mondes.
Si nos braves Rivaux, tant de fois combattus,
Ces peuples d'Albion, nourris dans les alarmes,
-- A ton vaſte pouvoir ne rendoient pas les armes,
( Ils les rendroient à tes vertus.
º Mais quand les États ſont tranquilles,
" • Nos Écoles ne le ſont plus.
Serons-nous long-terºps inutiles ?
-- Dès notre ſeizième pristemps,
| Nous brûlons de marcher ſous tes fières enſeignes ;
Jaloux d'être nommés dans les faits éclatans
· Du plus juſte de tous les règnes.
Quelquefois immolée à des travaux ſans fruit,
A l'ombre du bonheur, qu'en vain elle pourſuit,
Sur l'aîle des regrets la jeuneſſe s'envole ; "
Mais en ſortant de notre École,
Munis d'un beau brevet pour voler au trépas,
Nous ſaarons, digne ſang d'une race fidelle,
commander, obéir avec le même ºe,
E ij /
I e)éo • M E R C U R E .
Au chemin de l'honneur devancer tes Soldats,
Et d'un preux Chevalier gagner l'illuſtre marque.
A vingt ans on rougit d'un indigne repos.
Faut-il tant de leçons pour ſervir un Monarque,
Qui, d'un regard , enfante des Héros ?
Quand tes yeux auront vû nos petites Armées,
D'un zèle impatient toujours plus enflammées,
Simuler des combats, des marches, des blocus,
Tu voudras que nos exercices,
Quand nous aurons atteint trois luſtres révolus,
Soient comptés déſormais au rang de nos ſervices.
C'eſt le moindre bienfait que nous eût aſſuré
Ta royale munificence .
Dans cet autre ſéjour aux armes conſacré,
Que ton auguſte Aïeul fonda pour notre enfance.
Lorſque des mêmes feux nos coeurs ſont embrâſés,
Aurons-nous des deſtins contraires ?
Serons nous moins favoriſés
Que nos couſins & que nos frères ?
Notre zèle jaloux peut-il mieux employer
L'âge heureux où l'honneur entr'ouvre la barrière ?
N'eſt ce pas déjà guerroyer
Que d'apprendre l'art de la guerre ?
L'Êlève, qui déjà te conſacre ſa foi,
Qui dans tes Légions mérite de l'emploi,
S'il ne vole aux dangers , dans ſa fleur ſe deſsèche ;
Les chercher, les braver, & les épuiſer tous,
Voilà pour ſes pareils le deſtin le plus doux
, " s
D E F R A N C E. , 1c I
Quand j'aſpire à planter tes drapeaux ſur la brêche,
Souffriras-tu, grand Roi, que je plante des choux !
( Par M. de Relongue de la Louptière ,
Élève-Gentilhomme de l'École Nationale
Militaire. )
A M. BÉ G o N , en lui donnant au jour de
l'An le Troiſième Livre de ma Tradučtion
d'Ovide en vers François. -
A U nouvel An on donne pour Étrennes
A l'enfant des bonbons, à Chloé des bijoux.
L'ami des Arts auſſi mérite bien les ſiennes.
Je ne puis rien offrir qui ſoit digne de vous ;
Mais ©vide du moins fera les frais des miennes.
" ( Par M. de Saint-Ange. )
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent. -
LE mot de l'Énigme eſt Almanach ; celui
du Logogryphe eſt Janot , où ſe trouvent
Jan, an, taon, ton; celui du ſecond Logo
gryphe eſt Paix, où ſe trouve Aix.
IO2 M E R C U R E
É N I G M E.
S I dans le Mersure, ma ſoeur
Et contrefaite, & laide en diable,
Sous un voile impénétrable,
A vos yeux, ami Lecteur,
N'a pas rougi de paroîtrc
A côté du tendre Amour,
" Pourquoi n'aurois-je pas mon tour ?
Dût-on ſoudain me reconnoître,
Je veux me montrer au grand jour :
L'amour-propre, il eſt vrai, ſemble me le défendre ;
Car je ſuis très petit, & qui plus eſt, tout rond.
Si la célébrité du nom
A cet honneur donne droit de prétendre,
Je puis aller mon train..... Le mien eſt familier
A la Nobleſſe, au Tapiſſier,
Uſité dans l'Aſtronomie,
Dans la Muſique & la Géométrie,
Et juſques chez le Cordonnier ;
Par-tout j'opère des merveilles. \
Le plus plaiſant, c'eft que, ſi l'on ajoute foi
Au proverbe, jadis certain Abbé, pour moi,
Perdit bête à longues oreilles.
( Par Mlle Henriette Deshallières,
à Sezanne, en Brie. )
-
)
V
V
D E F R A N C E. | 133
L O G 0 G R Y P H E.
D E u x conſonnes & cinq voyelles
Suffiſent pour former mon nom ;
Si comme l'Amour j'ai des aîles,
Je ne ſuis pas pour cela Cupidon.
Aux enfans de Cérès ſouvent je porte ombrage ;
Dans leurs filets auſſi quelquefois je ſuis pris.
Les Allemands, par une loi fort ſage,
Ont toujours mis ma tête à prix.
Pour te tirer de toute inquiétude,
Je vais m'expliquer clairement.
Par mes cinq premiers pieds je vis en ſolitude }
Avec mes trois derniers, je ſuis un élément ;
En moi tu trouveras un oiſeau domeſtique,
Qui des Romains ſauva la République ;
Du ciel le plus rare préſent ;
( Mais fi tu l'as trouvé fais-en ten confident; )
Ce ſouffle qui t'élève au-deſſus de toi-même,
Et que tu tiens de la bonté ſuprême ;
Un pronom perſonnel; un adverbe; un tréſor ;
Une meſure ; un Prêtre de l'Aſie ;
Ce qui te plaît enfin d'une fille jolie, "»
Un des miens fut, dit-on, chéri pendant ſa vie, !
- Et la Beauté * pleura ſa mort. - " " , " -
' ( Par M. couret de Villeneuve le jeunes
Impr. du Roi , à Orléan*. )
-
• Lesbie.
E iv
s z-e.
1o4 M E R C U R E
ſ-ME-EEEEEEEEE-rs-EE-A
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
S U I T E de l'Hiſtoire de l'Art Antique ,
par M. Winkelmann, traduite de l'Al
lemand , par M. Huber. A Léipſic, chez
l'Auteur, & chez Jean Goth; & ſe trouve
à Paris, chez Nyon, Libraire, rue du
Jardinet. 3 Völ. in-4°. Prix, 48 liv. br.
EN liſant la Vie de Winkelmann , on
voit que ſes talens & ſes goûts, réunis ſur
le même objet, formèrent de toute la ſenſibi
lité de ſon âme une paſſion unique , qui a
fait ſa deſtinée auſſi bien que ſes Ouvra
ges. La fortune n'eſt rien, ou peu de choſe ,
& la paſſion dominante de chaque homme
eſt le génie qui préſide à ſon ſort. Cette vé
rité ſort de toute part dans la vie de Win
kelmann.
Fils d'un Cordonnier pauvre de l'Allema
gne, il montra aſſez de diſpoſitions dans ſa
plus tendre enfance, pour engager ſon père
à faire la dépenſe de ſes études. Lorſque
dans les jours de repos & de plaiſir, ſes ca- |
marades ſe livroient à tous les jeux & à
toute la diſſipation de leur âge, il alloit
fouiller dans les ſablonnières de ſon pays,
& faiſoit éclater tous les ſignes de la joie &
du bonheur quand il parvenoit à déterrer
quelque urne antique : déjà il creuſoit la -
-- .
· D E F R A N C E. 1 o5
|
terre pour y trouver Rome & la Grèce.
Dans un âge plus avancé, voulant conti
nuer ſes études ſans qu'il en coûtât rien à
ſon père, il ſe fait Maître d'École dans un
village ; & , comme il le dit lui-même, tan
dis qu'il enſeignoit l'a, b, c à des enfans
couverts de galle & de teigne , il cherchoit
déjà le beau , & répétoit & méditoit tout
bas les morceaux les plus ſublimes de Platon
& d'Homère.
Il ne croyoit rien faire de beau en faiſant
ſubſiſter de ſes épargnes dans un rel métier,
ſon père devenu plus pauvre en vieilliſſant.
Il ſe nourriſſoit preſque toujours de pain
& d'eau, liſoit, & ſur-tout meditoit conti
nuellement, & faiſoit quelquefois trente &
quarante lieues à pied pour voir un tableau
ou une ſtatue. -
, Un Savant de ſon pays, aſſez éclairé pour
démêler toute l'étendue des connoiſſances &
de l'eſprit du jeune Winkelmann, lui fait
obtenir une place aſſez diſtinguée dans un
Collège d'Allemagne. Winkelmann fit tort
au Collège, qui fut déſerté par les Ftudians :
peut-être parut il au-deſſous de ſa place, par
la raiſon même qu'il étoit fort au deſius ;
peut être auſſi ſon génie étoit il trop preoc
cupé pour donner aſſez d'attention à des
écoliers. Les eſprits médiocres ont aſſez ſou
vent le talent ou la patience d'enſeigner aux
autres le peu qu'ils ont appris , un eſprit ſu
périeur a toujours un diſciple dont il s'oc
cupe nuit & jour, dont il •s les con
V
-
·
1 o3 M E R C U R E
moiſſances & les idées à chaque inſtant, &
c'eſt lui-même ; il ne peut guère en avoir
d'autres juſqu'au moment où l'eſprit humain
devient ſon diſciple.
Winkelmann ne trouvoit dans les Collè
s, ni les hommes, ni les ouvrages, ni
# reſſources dont ſon génie avoit beſoin.
Il venoit de lire un Livre du Comte de
Bunau, célèbre en Allemagne par ſon éru
dition, par ſon goût pour les Arts & par ſa
bibliothèque. Sans avoir perſonne qui le
recommandât , & ſans être recommandé
encore par ſa réputation, il écrivit du fond
de ſon école à ce Miniſtre, & lui demanda .
une place dans ſa bibliothèque du ton dont
un ambitieux demanderoit le trône du mon
de. Beaucoup d'hommes du rang & de la
†du Comte de Bunau n'auroient pas
nonoré cette lettre d'une réponſe, même de
refus. Le Comte de Bunau écrivit à Winkel
mann pour lui apprendre qu'il avoit une
place dans ſa bibliothèque. Winkelmann
courut s'en mettre en poſſeſſion, & tout ce
qu'il y trouva de curieux & de rare fut bien
tôt dans ſa tête. - -
, C'eſt là qu'il connut M. Archinto, Nonce
du Pape , depuis Cardinal, qui l'engagea à
ſe faire Catholique, en lui promettant une
place dans la bibliothèque du Vatican. . . .
, ... .. . .. .. Ce changement ſubit de
religion attira beaucoup de reproches à ſon
caractère. On l'accuſa d'être entré dans l'Égliſe
pour avoir des bénéfices , quoiqu'il
• D E F R A N C E. 1 oy
n'en ait jamais obtenu ni demandé. ...... .
l, N'oublions point de dire que M. Archin*
l to , qui lui avoit fait de ſi belles promefies ,
| le négligea entièrement à Rome , & ne lu1
montra plus que l'orgueil du Cardinalat. Le
père Bauch, au contraire, pauvre Capucin ,
qui avoit reçu ſon abjuration, eut le crédit
de lui faire donner une pention de cent écus.
Ce fut la ſeule fortune de Winkelmann
à Rome , juſqu'à ce qu'il ſe fûr lié d'amitié
avec le Cardinal Albani, qui fut ſon bien
faiteur, qui avoit aſſez de connoiſſances &
d'eſprit pour aſpirer à être ſon égal, & pour
s'honorer ſous la pourpre même de l'amitié
d'un homme de génie.
Winkelmann paſſoit ſa vie, pour ainſi dire,
avec des ſtatues; & il avoit coutume de dire .
qu'elles étoient comme les hommes, que pour
bien les connoître il falloit vivre avec elles.
- · Tous ſes plaiſirs & tous ſes chagrins n'eu
- rcnt plus d'autres cauſes. Une des plus gran
des peines de ſa vie vint de cette ſource, &
cette anecdote mérite d'être rapportée. Il
avoit beaucoup vécu à Ronme avec un Artiſte
- de mérite, M. Caſanova ; ils avoient très
ſouvent de ces diſputes ſi fréquentes entre
es Artiſtes modernes & les Amateurs en
thouſiaſtes de l'antiquité. On peut croire
que Winkelmann avoit le plus ſouvent l'avantage
dans ces combats, où la parole étoit
l'arme des combattans. M. Caſanova eut
recours à ſon pinceau. La prétention qu'il
vouloit ſur-tout humilier dans Winkel
- - E vj
L*^
1o3 M E R C U R E
mann, étoit celle de ce tact infaillible avec
lequel le ſavant & l'homme de goût préten
doit diſtinguer un Ouvrage antique d'un Ou
vrage moderne. M. Caſanova s'applique,
avec le plus grand ſoin à imiter le deſſin
& le ton de couleur des tableaux trouvés
dans les ruines d'Herculanum, & il parvient
enſuite, par des récits & des témoignages
dont l'artifice étoit habilement combiné, à
perſuader à Winkelmann que ces tableaux
ſont une découverte des nouvelles ruines
Le Savant les admire, parce qu'ils étoient
beaux en effet, & en parle dans un de ſes
Ouvrages avec l'enthouſiaſme que lui inſ
piroit le beau antique ; , c'étoit où l'at
tendoit M. Caſanova , qui dévoile alors
ſon artifice à la face de l'Europe, pour ren
dre la confuſion de Winkelmann univer
ſelle. Il en fut réellement au déſeſpoir , il
regarda l'action de M. Caſanova comme un
crime, & ſa confuſion d'un inſtant comme
une tache à ſa réputation.Sa ſenſibilité lui
exagéroit ſans doute le tort que pouvoir lui
faire cette mépriſe. M. Caſanova s'étoit tel
lement appliqué à copier la ligne & la for
me du deſſin antique, qu'il les avoit imités
comme on calque à la vitre. Il étoit aiſe de
tomber dans ce piège, même avec le tact le
plus sûr; il eſt probable que le Peintre ruo
derne, abandonné à ſon ſeul talent, n'eût
pas produit la même illuſion. •
| On écrivit un jour de l'Italie que Winkel
mann avoit été tué par une ſtatue. Cette plai
-
D E F R A N c E. 1o9
tourner à Rome. Caſaceppi, à forc
ſanterie avoit † fondement ; il avoit
en effet renverſe une ſtatue qui s'étoit bri
ſee en tombant à ſes pieds, & qui eût pu
l'écraſer ſi elle fût tombée ſur lui.
Il étoit réellement deſtiné à perdre la vie
par une ſuite de ſa paſſion pour les Arts.
Il entreprit de faire un voyage dans ſa
patrie. Il y étoit attiré par les objets les plus
chers à ſon coeur, & les plus grands interêts
pour ſa gloire. Il commence le voyage avec
M. Caſaceppi, Scuipteur Romain.A peine
Winkelmann a perdu de vûe ces beaux mo
numens d'Architecture, ces tableaux, ces
ſtatues avec leſquelles il vivoit, cette Italie
enfin où la Nature & les Arts offroient de
toute part à ſes yeux les images du beau
qu'il §, les regrets & la mélancolie
s'emparent de ſon âme. Son compagnon de
voyage n'apperçoit plus que la douleur ſur
les traits de ſa§, accoutumée à rendre
les impreſſions de l'enchantement & de
l'enthouſiaſme. Caſaceppi cherche à le
conſoler, veut le diſtraire, & le plaiſante
même ſur ſon état. Winkelmann garde
un profond ſilence, ne répond que par
des ſoupirs, & de temps en temps, en regar- .
dant les maiſons de leur route, il s'écrie avec
amertume : Quelle pauvre Architeôture !
Voyez ces toits ! Comme ils ſont terminés
en pointe ! Quelles formes ! Dès le ſecond
& le troiſième jour la douleur étoit ºop
forte pour la ſoutenir, & il voulut * § re
e dc !oins
11o , M E R C U R E
& d'encouragemens, parvint à le faire aller
juſqu'à Vienne , mais dans cette Ville même,
quoiqu'il y trouvât des beautes de l'Art que
ſon goût pouvoit eſtimes, quoique le Prince
de Kaunitz & pluſieurs autres Seigneurs le
comblaſlent d'amitié & d'honneurs, ſa ſanté
s'altéroit trop ſenſiblement pour qu'on ſon
geât à lui faire continucr ſonvoyage. Il ſe ſepas
ra de Caſaceppi,& reprit le chemin de Rome.
Il reprenoit des forces, de la gaieté & de la
vie a meſure qu'il ſe rapprochoit de l'Ita
lie; mais, hélas! il étoit condamné à ne la
revoir jamais. Il rencontre ſur ſa route un
ſcélerat qui le ſeduit aiſement en lui parlant
beaucoup de ſtatues & de médailles, & qui,
à Trieſte, le tue, dans une auberge, de plu
fieurs coups de poignard. Il mourut en par
donnant au monſtre quil'avoit empêche de re*
voir le Laocoon & l'Apollon du Belvedère.
Nous ſommes fachés, en finiſſant, de par
ler de quelque autre choſe que de Winkel
mann & de ſa paſſion; mais il y a dans ſon
aflaſſin un trait d'un autre genre qui doit
être remarqué. Arrêté & condamné à
mort, il avoua ſon crime ; il ajouta qu'il
avoit eu le deſſein de l'afſaſſiner la veille,
& qu'il le pouvoit avec plus de ſûreté ;
mais que Winkelmann lui offrit une taſſe
de chocolat avec tant de politeſſe & de
bonté, qu'il n'eut pas le courage de prendre
ſon poignard. Qu'il faut peu de choſe à .
l'humanite pour agir ſur l'âme même d'un
afſaſſin ! Quel mêlange de mouvemens con-.
•:

- -
· *----
D E F R A N C E. 1 1 1
traires! Quel abyſme que le coeur humain !
L'impreſſion générale que nous avons
reçue de la lecture de l'Ouvrage de Win
kelmann, ne nous a permis, juſqu'à préſent,
de parler que de ſes beautés ; mais Winkel
mann a ſubi ſans doute la loi commune; il
n'a point écrit un Ouvrage parfait. Des Ar
tiſtes & des Amateurs, dont le goût peut
être oppoſé au ſien,lui ont reproché des er
reurs de goût. L'enthouſiaſme, qui voit tout
dans quelques idées, qui épuiſe l'âme dans
quelques ſenſations , empêche par cela
même de tout voir & de tout ſentir. On
l'accuſe d'avoir attribué quelquefois à des
tableaux & à des ſtatues des motifs qu'ils
n'ont point , d'avoir vu quelquefois ſur le
marbre & ſur la toile ce qui n'étoit que
dans ſon imagination. Lorſque perſonne ne
peut atteindre au degré de ſon admiration,
on eſt autoriſé peut être à croire qu'il ne
ſent pas mieux que les autres, mais qu'il
exagère ce qu'il a ſenti. Ce qu'il y a de ſir
gulier, c'eſt que né lui-même en Allemagne,
il a paru croire que le génie n'apparteno t
qu'au ſoleil de la Grèce & de l'Italie. Cette
prévention,ſi oppoſée à un eſprit auſſi étenda
que le ſien,lui a fait commertre des injuſti
· ces dans ſes jugemens ſur des Artiſtes & des
Amateurs François. Son caractère n'étoit
pas propre non plus à adoucir les arrêts .
de ſon goûr. Accoutumé à vivre avec, des
ſtatues, devant leſquelles il laiſſoit †
ans ménagement ſon admiration & 1 ou
-*.
1 I 2 M E R C U R E
mépris, il a trop quelquefois traité les hom
mes comme les ſtatues. Senſible & délicat
dans ſon goût, il a été ſouvent bruſque, &
même groſſier dans ſon ſtyle. C'eſt un grand
· tort, lors même que l'on a raiſon; c'eſt un
tort inexcuſable lorſqu'on ſe trompe, & cela
eſt arrivé même à Winkelmann. *
( Cet Article eſt de M. Garat. )
ANNALEs Poétiques depuis l'origine de la
Poéſie Fran oiſe. Tome XXII°. A Paris,
chez les Éditeurs, rue de la Juſſienne,
vis à - vis le corps - de - garde, & chez
Mérigot le jeune, Libraire , Quai des
Auguſtins.
LEs Poëtes modernes reprochent au Public
ſon peu d'empreſſement à lire des vers; & le
* ERRAra. Il s'eſt gliſſé des fautes conſidérables
dans la première Partie de cet Extrait, dont l'Auteur
n'a pas pu corriger les épreuves. Page 64, ligne 3 :
traduiſoit ainſi, effacez ainſi. Page 65 , ligne 28 :
ce tact prompt & infaillible de l'inſtinct, effacez
de l'inſtinct, Page 67, ligne 22 : qui ait défendu la
Poéſie & l'Éloquence ancienne, liſez : qui ait défendu
la cauſe de la Poéſie & de l'Eloquence ancienne.
Page 68, ligne 18 : que tu n'as pas réunies enſem
ble, liſez : que tu n'as pu réunir enſemble. Page 7o »
ligne 27 : ſuit ſans aucune interruptisn le cours des
Arts, liſez : ſuit leur cours ſans aucune interruption.
Page 71, ligne 25 : aux talens & aux grandes ver
tus, effacez grandes. Page 72, ligne 3 1 : des beau
tés , corporelles , liſez : incorporelles. Page 75 :
comme la Divinité qu'il repréſente, liſez : qu'elle
repréſente.
D E F R A N C E. , 113
| Public, de ſon côté, prétend qu'on en imprime
trop.Nousn'examinerons point ſil'un des deux
a tort ou raiſon, mais nous croyons qu'il n'eſt
pas inutile de remettre quelquefois ſous nos
yeux les productions de nos anciens Poëtes.
Il eſt certain qu'on imprime beaucoup de
vers nouveaux. Outre les OEuvres que chaque
Auteur publie en toute ſaiſon , on voit une
foule de Recueils Poétiques qui trouvent
ſans doute des acheteurs, puiſqu'on les re
nouvelle tous les ans. Sans nous déclarer ici
ni pour ni contre les productions qui les
compoſent, il nous ſemble que les Auteurs
de ces poéſies doivent ſavoir quelquegré à ceux
qui prennent ſoin de les promener quelque
- fois dans le domaine de notre vieux Parnaſſe.
S'ils ſe jugent au deſſous de leurs prédéceſ
ſeurs, c'eſt leur être utile ſans doute que de
les rapprocher de leurs modèles , s'ils pré
fèrent leur toilette moderne au négligé an
tique, c'eſt leur préſenter une occaſion de
- s'eſtimer & de s'applaudir; c'eſt procurer des
jouiſſances à leur amour-propre. Ainſi, dans
tous les cas, on acquiert par-là des droits à
leur reconnoiſſance.
Tel eſt l'effet qui doit réſulter néceſſaire
ment du Recueil dont nous avons à parler
aujourd'hui. Ce 22°. Volume n'eſt pas moins
intéreſſant que ceux qui l'ont précédé. Il ren
ferme les poéſies de quatre Auteurs qui ſont
bien faits pour y jeter de la variété 3 c'eſt
Benſerade, Charleval, Scarron & Ménºge.Ce
ſont quatre phyſionomies aſſez diſtinººne
-
I I 4 M E R C U R E
nous allons faire connoîrre en peu de mots.
Benſerade n'avoit pas ce génie qui force
à l'admiration , mais il poſſedoit ce
talent aimable qui ouvre & applanit ſou
vent les routes de la fortune. C'étoit un bel
eſprit , fort propre à devenir homme de
cour. Auſſi le devint-il bicntôt; & ſes ſuc
cès ne ſe bornèrent pas à de ſtériles lauriers.
Sénécé a fait ſon portrait en ſix jolis vers
que voici : -
Ce Bel-eſprit eut trois talens divers,
Qui trouveront l'avenir peu crédule :
De plaiſanter les Grands il ne fit point ſcrupule,
Sans qu'ils le priſſent de travers ; -
Il fut vieux & galant ſans être ridicule, t
Et s'enrichit à compoſer des vers. -
Il ſe diſtingua ſur-tout par les vers qu'il
mettoit dans la bouche des grands Scigneurs
qui paroiſſoient dans les Ballets de la Cour ;
c'étoit des alluſions ingénieuſes & d'un genre
nouveau. Il avoit beaucoup d'amour pour
des pointes & les équivoques. On † en
juger par ſes poéſies & par ceux de ſes bons
mots qu'on nous a conſervés. Les Editeurs
des Annales Poétiques ont rapporté de lui
quelques anecdotes. En voici une qui n'eſt
pas des plus connues. « Un jour, de grand
matin, un premier Valet-de chambre du
Roi , ami de Benſerade, vint le trouver att
lit , & l'abordant , d'un air très - ſérieux :
Monſieur, luir dit-il, je voudrois avoir de
meilleures nouvelles à vous annoncer, mais l
/
D E F R A N C E. I r ;
faut vous diſpoſer ſur l'heure à obéir à Sa
Majeſté. Benſerade, épouvanté de ce préam
bule , & croyant y lire au moins un ordre
d'exil, s'écria : Ah! c'eſt ſans doute quelqu'un
qui , mécontent de ce que j'ai dit de lui dans
mes Ballets, m'aura deſſervi auprès du Roi.
Mais encore de quoi eſt-il queſtion ? Il faut ,
répliqua l'Envoyé, que vous receviez les trois
· cent piſtoles que voici , & que vous vous en
contentiez. Le Roi avoit promis de vous don
ncr tout ce qu'il gagneroit hier au ſoir, & ſon
· gain s'eſt borné à ces trois cent piſtoles. Ben
ſerade croyant rêver, ſe frotte les yeux de
la main gauche, & mettant la droite ſur la
bourſe , qui étoit ſur une table, tâte, exa
mine , & il ſe diſpoſoit à compter l'argent,
ouand celui qui l'avoit apporté lui dit :
Cela ſeroit long, Monſieur , & je ſuis oblige
de me trouver au lever du Roi. Benſerade
s'élance nud hors de ſon lit pour l'embraſſer,
& lui proteſte bien cordialement qu'il lui
permet de le ſurprendre ainſi, auſſi ſouvent
qu'il lui plaira. » - -
· Voici une épitaphe d'un Médecin qui
nous a paru piquante :
| Ci-gît par qui giſſent les autres,
Un Médecin des plus ſavans
En l'art ſi funeſte aux vivans ;
Diſons pour lui des patenôtres :
S'il en a de tant d'héritiers
Qu'il fit, ou ſeulement du tiers,
Il n'aura que faire des nôtres ;
l
I I 6 M E R C U R E
Tels gens en diſent volontiers.
A tout âge, à tout ſexe il déclara la guerre,
A force de ſaignée & d'infecte boiſſon ,
Quelle foule de morts il a trouvé ſous terre,
N'y dût-il rencontrer que ceux de ſa façon !
La ſanté fuyoit comme un lièvre,
Et devaEt lui doubloit le pas ;
Ce n'étoit que par le trépas
Qu'il venoit à bout de la fièvre ;
· Plus ennemi du quinquina
Qu'Augufte ne fut de Cinna ;
Vrai baſilic qui tuoit d'unc oeillade,
Des plus beaux jours il trancha le filet,
Et n'auroit pas épargné ſon mulet,
Si ſon mulet avoit été malade.
Il eſt certain que Benſerade ſe permet
toit des plaiſanteries qui auroient bien pu
fâcher les perſonnes qui en étoient l'objet.
Par exemple, il ne ceſſait pas de plaiſanter
ſur la laideur du Marquis de Genlis. C'étoit
l'unique ſujet des vers qu'il lui faiſoit dire,
& l'eſprit de chaque perſonnage qu'il lui
faiſoit jouer dans les Ballets du Roi.Voici un
quatrain qui peut en donner une idée :
Le Marquis de Genlis repréſentant un Démon.
N'a-t'on pas mille fois dit, écrit, imprimé
Que je ne ſuis pas beau ? Qui n'en eſt informé ?
Le monde eſt rebattu de ccs vieilles nouvelles ;
On me le reprochoit dès mes plus jeunes ans ;
D E F R A N C E. 1 17
Tant de Belles l'ont dit, & l'ont dit ſi long-temps,
Qu'elles-mêmes ne ſont plus belles.
Voici huit autre vers ſur le même Mar
quis de Genlis, qui forment une eſpèce de
réparation aſſez plaiſante :
Sur les traits de votre viſage
S'eſt trop exercé mon pinceau ;
Il eſt bon de mettre en uſage
Un ſujet qui ſoit plus nouveau ;
Ce qui jadis eut bonne grâce,
Ne l'auroit plus en ce temps-ci ;
Et comme enfin la beauté paſſe,
La laideur même paſſe auſſi.
Il entreprit un Ouvrage fort ſingulier , ce
fut de mettre en rondeaux les Métamor
phoſes d'Ovide ; & comme ſes amis lui
avoient repréſenté le ridicule de ce projet,
il ſe fâcha , & mit en rondeaux ſa préface,.
le privilége, & juſqu'à l'errata. -
Charleval s'eſt fait une réputation dans la
poéſie légère. Il eſt l'Auteur de ce quatrain
adreſſé à Mme Scarron, depuis Marquiſe de
Maintenon. - -
Bien ſouvent l'amitié s'enflamme ;
Et je ſens qu'il eſt mal-aiſé
Que l'ami d'une Belle Dame
Ne ſoit un amant déguiſé.
Ce Poëte étoit fort galant; c'eſt pourtant
118 M E R C U R E
à lui qu'appartient ce fameux quatrain con--
tre les femmes :
Au-dcdans ce n'eſt que malice,
Et ce n'eſt que fard au-dehors ;
Otcz-en le fard & le vice,
Vous en ôtez l'âme & le corps.
Il eſt vrai que ces vers, peu galans, impri
més dans divers Recueils, comme faits ccn
tre les femmes , ſont intitules dans les GEu
vres de l'Auteur , Epigramme corttre les
Coquettes , ce qui eſt une eſpèce de lénitif.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ouvrage
même pour l'article de Scarron, qui eſt très
curieux. Ce Poëte eſt auſſi original par ſes
vers que par l'hiſtoire de ſa vie. Il offrit à ſes
contemporains l'accord ſi rare du rire & de
la douleur. C'eſt de lui que Balzac écrivoit :
* Je dis enfin que le Prométhée, l'Hercule
& le Philoctète des Fables, ſans parler du
Job de la vérité, diſent de bien grandes cho
ſes dans la violence de leurs tourmens, mais
qu'ils n'en diſent point de plaiſantes ; que .
j'ai bien vû, en pluſieurs lieux de l'antiquité,
des douleurs conſtantes , des douleurs mo
deſtes, voire des douleurs ſages & des dou
leurs éloquentes; mais que je n'en ai point
vû de joyeuſes que celle ci. »
On ſait que Scarron eſt le créateur du
genre burleſque, genre aſſez miſerable, mais
dans lequel il a été ſi ſouvent imité, & ja
mais égalé. Il avoit mis ce genre ſi fort en
-
D E F R A N C E. , 1 19
vogue de ſon temps, que les Auteurs les plus
graves voulurent s'en mêler. Brebeuf en vint
juſqu'à traduire en vers burleſques ſon cher
Lucain , après l'avoir imité fort ſerieuſe
ment. On n'écrivoit plus , on ne liſoit plus
que des Ouvrages burleſques. Aux Écrits les
plus graves, les Libraires donnoient quel
quefois cette qualificatiou pour ſéduire l'a--
cheteur ; & la contagion devint telle, qu'on
oſa imprimer un Ouvrage ſous ce titre : La
Paſſion de J. Ch. en vers burleſques,
Mais, quoiqu'ayant écrit dans un mauvais
genre, Scarron n'en étoit pas moins un eſ
prit fécond & original ; # avoit beaucoup
de naturel; & le vrai talent perce ſouvent à
travers ſes bouffonneries. C'eſt en un mot
un Auteur qu'on ne doit pas imiter, mais
qu'il faut bien ſe garder auſſi de mépriſer.
Scarron ayant été préſenté à la Reine, lui
demanda la permiſſion d'être ſon malade ;
depuis il ſigna toujours Scarron , Malade de
la Reine.Voici des vers qu'il intitula : Avis
à la Reine, .. : -
Aimable mère de rnon.Roi,
* Princeſſe en vertus admirable,
Par qui mon deſtin miſérable
Sera changé, comme je croi :
Si l'honneur de votre ſervice - • ,
Me fait avoir un bénéfice,
Je ferai voirien un moment ,
Sans me rompte beaucoup la tête,
º -

126> M E R C U R E
Que, qui fait bien une requête,
Sait bien faire un remercîment. -
On voit que Scarron avoit pris l'habit Ec
cléſiaſtique , mais il ne fut jamais engagé
dans aucun Ordre ; & il diſoit fort plaiſam
ment qu'il demandoit un bénéfice ſi ſimple,
ſi ſimple, qu'il ne fallût que croire en Dieu
pour le deſſervir.
Gilles Ménage fut auſſi eſtimé de ſon
temps, qu'il eſt peu lû dans le nôtre. Il faut
pourtant convenir que c'étoit un Littérateur
fort inſtruit, & qu'il écrivoit bien dans plu
ſieurs langues. Il a fait peu de vers François.
Il n'avoit jamais l'efſor d'un grand Poëte ;
mais quelquefois la correction ſuppléoit à
ſon défaut de génie ; & il a des vers aſſez
bien tournés. Nous allons en rapporter quel
ques-uns adreſſés à Chapelain :
Mais je ſais que l'Amour eſt un mal néceſſaire.
Ses ardeurs, ſes tranſports n'ont rien de volontaire ;
Les Princes, les Bergers, les Sujets & les Rois
Cèdent également au pouvoir de ſes loix ;
C'eſt un commun tribut, qu'avant la ſépulture,
Tôt ou tard, jeune ou vieux, on doit à la Nature.
Il n'eſt point de mortel qui ne ſente à ſon tour,
Et le dard de la mort, & les traits de l'amour. '
Ainſi, puiſque ton coeur, dans l'avril de ſon âge,
N'a point ſubi le joug de l'amoureux ſervage ;
Amour, n'en doute point, dans une autre ſaiſon,
De ſes traits enflammés bleſſera ta raiſon : .
Nous
|
$. --* : -A - -
----- E ----- : -
D E F R A N C E. | 2 ?
Nous verrons Chapelain, dans ſa froide vieilleſſe,
Proſterné tous les jours aux pieds de ſa maîtreſſe,
Souffrir indignement ſes plus rudes mépris.
Nous verrons ce Caton peindre ſes cheveux gris,
Lire des madrigaux avecque des lunettes ;
D'une tremblante voix débiter des fleurettes »
Réciter des rondeaux, chanter des triolets,
Et d'une main ridée écrire des poulets.
Ce Volume eſt terminé par la notice des
Poëtes dont on n'a point recueilli de Poé
ſies. On lira avec plaiſir celle de Mairet.
MoNDE PRIMITIF analyſé & comparé
avec le Monde Moderne , neuvième
Volume, contenant le Dictionnaire Éty
mologique de la Langue Grecque, en di
colonnes, & un Diſcours préliminaire
ſur l'Origine des Grecs & de leur Langue,
en deux cent quarante pages ſans les
Tables; par M. Court de Gebelin, in
4°. Paris, 17S2. Chez l'Auteur , rue
Poupée S. André des-Arcs *.
CE , neuvième Volume du Monde Pri
mitif, offre un ſpectacle extraordinaire dans
un ſiècle où l'on en voit tant, & dans tant de
* Chacun des Volumes de cet Ouvrage ſe vend
ſéparément pour la commodité du Public : le peu
d'Exemplaires complets qui en reſtent coûteront
déſormais 13 liv. par Volume broché.
Nº. 3, 18 Janvier 1783. F
-
122 M E R C U R E
genres; un Dictionnaire Étymologique de la
Langue Grecque en François, dans la Langue
d'un Peuple qui paſſe chez toutes les Nations
pour s'appliquer fort peu aujourd'hui à cette
ſorte de Littérature. Il faut donc que l'Au
teur ait cru ou que les François avoient plus
de goût qu'on ne penſe pour l'étude de cette
belle Langue, ou que ce Dictionnaire, faci
litant cette étude,en rendroit la connoiſſance
plus commune. Ceux qui ont le goût de la
ſaine Antiquité, & qui ſavent que plus on
ſe rapprochera des Grecs, qui imitoient la
belle Nature, & plus on parviendra à faire
des Ouvrages immortels comme les leurs,
doivent voir avec plaiſir une tentative auſſi
intéreſſante pour faciliter la lecture des
Grecs dans leur propre Langue, ſeule ma
nière de les bien étudier,& de ſe remplir de
leur eſprit & de leur génie. -
Ce Volume d'ailleurs marche ſur la même
ligne que les précédens ; c'eſt le même
ordre, la même méthode, Les mots de la
Langue Grccque y ſont claſſés par familles
nombreuſes, dont le chef eſt toujours un
mot primitif, les mêmes qu'on a déjà vus
dans les Origines Françoiſes & dans les La
tines, les mêmes qu'on retrouverä dans les
Crigines Orientales. On ſe trouve à ſon aiſe
en voyant chez les Grecs les inêmes familles
avec leſquelles on a déjà fait connoiſſance
dans les Langues qu'on poſsède, en s'ap
percevant qu'on n'aura à étudier que de
D E F R A N C E. 12 t'
#.
nouvelles formes dont il eſt fort aiſé de ſe
rendre compte, & que cette Langue ſi belle
puiſa ſes mots dans le magaſin commºun à
· tous les Peuples. Cette unité eſt un puiſ
ſant encouragement pour l'étude des Lan
gues, en abrégeant le travail qu'elles exi
geoient, & eſt très conſolante par l'idée des
rapports primitifs qui régnèrent entre toutes
les Nations.
· Il deit être en même temps très-ſatisfai
ſant pour un être raiſonnable de voir que
chaque mot eut ſa cauſe, & qu'aucun ne
fut inventé arbitrairement ; & que le mot
en apparence le plus iſolé, tient cependant à
une famille immenſe répandue dans tout
l'Univers, & entée ſur la Nature.
Ce qui caractériſe ce Dictionnaire,ce n'eſt
pas ſeulement cette diſtribution de mots par
familles, mais ſur - tout les objets ſuivans :
1°. les radicaux grecs, qu'on portoit à plus
de deux mille, ſont réduits au plus petit
nombre poſſible ; l'Auteur démontrant qu'ils
étoient preſque tous des mots compoſés :
Nec-tar, par exemple, ſignifie qui préſerve
de la mort. Deipnon (le dîner) qui matte
la faim. Eor-tê (fête) le jour preſcrit.
An ankê (la néceſſité) ce qui preſſe & ſerre.
Kamaſines , épithète que le célèbre Empe
docle donnoit aux poiſſons, & dont on
ignoroit la cauſe, ceux qui s'élancent en
peſant ſur leur queue; Oknos (pareſſeux)
mot qu'en mettoit au rang des radicaux,
celui qui ne ſe meut pas. Kun khrºmos .
- F d
I14 M E R C U R E
nom du Roi des Cailles, le Roi du trou
†ainſi Kin, Roi, nous rappelle la bril
nte étymologie de Lat cinia, ſurnom de
Junon en qualité de Reine de la contrée :
c'eſt le même radical chez les Grecs & chez
les anciens Peuples de l'Italie.
2°. L'Auteur donne la raiſon d'une mul
titude de mots d'Arts , de Sciences, de
Plantes, &c. dont on n'avoit jamais ſoup
çonné l'origine : on en pourroit rapporter
nombre d'exemp'es.
3°. Il étend cette attention juſques ſur les
adverbes & ſur les prépoſitions, dont il fait
voir les rapports étroits avec des primitifs
qui en fixent la vraie valeur phyſique & pri
mitive. Ce n'eſt pas une de ſes moindres
decouvertes. -
Une choſe très-remarquable , c'eſt que
dans l'enſemble de ces familles grecques,
l'Auteur trouve la démonſtration des prin
cipes qu'il a répandus dans tous les Volumes
précédens,ſur lavaleur & ſur l'origine de cha
· que lettre,
C'eſt ſur-tout dans le Diſcours prélimi
naire qui eſt à la tête de ce , neuvième
Volume, qu'il s'ouvre des routes nouvelles.
Ce n'eſt pas qu'il ait eu des matériaux
juſqu'à préſent inconnus, qu'il ait découvert
de nouveaux monumens ; mais par la ma
nière dont il les interroge & dont il les com-.
bine entre- eux, il en tire des réſultats qui
étonnent,
Ce Diſcours Préliminaire eſt diviſé en
t5 E F R A N C E. 12 f
trois Parties. La première traite de l'origine
de la Nation grecque, démontrée par ſa
Géographie ou par le local de ſes Peuples
& par le nom de ſes contrées, fleuves, mon
tagnes, &c. La ſeconde prouve cette même
origine par l'Hiſtoire primitive des Grecs,
Latroiſième traite de la mature de leur Lan
gue, & de ce qui a rapport au Dictionnaire
étymologique grec lui-même,
Dans la deuxième Partie, M. de G. après
avoir rapporté les divers ſyſtêmes des Sa
vans ſur l'origine des Pélages, & ayant fait
voir qu'ils étoient nuls dans leurs réſultats,
s'attache à prouver les quatre points ſui
vans, de la diſcuſſion deſquels dépend l'Hiſ
toire primitive des Grecs.
, 1". Que Moyſe a parfaitement déſigné les
quatte grandes divifions de la Pélagie ou
Grèce primitive.
2°. Que l'Hiſtoire de Deucalion s'accorde
parfaitement avec ce récit de Moyſe, &
qu'il fut père non-ſeulement des Hellènes,
mais de tous les Pélages.
3°. Que les Hellènes ne furent qu'une
† des Pélages, préciſément ceux qui
abitoient entre la Macédoine & le Pélo
ponèſe.
,4°. Que les Hiſtoriens Grecs s'étant trom
és ſur ces divers points, ont totalement
rouillé la chronologie & les origines de
leur Nation, qui, dès ce moment, ſortent du
chaos dans lequel elles étoient plongées.
La troiſième Partie traite des dialectes de
F iij
'1 à 6 M E R C U R E
la Langue grecque, dialecte elle même de la
Langue primitive, & de l'uſage du Diction
naire étymologique dont ce Diſcours eſt
ſuivi. -
Nous regrettons de ne pouvoir entrer ici
dans de plus grands détails. Ce qu'on lira
avec plaiſir dans l'Ouvrage même, perdroit
trop par l'analyſe que nous pourrions en
faire, & nous y renvoyons les Lecteurs qui
ſont avides d'inſtruction, & qui ſont en
même-temps ſenſibles aux charmes de l'ima
gination & de l'eſprit.
ELÉMENs de Géographie. A Paris, chez
la Veuve Ballard & fils, Imprimeurs du
Roi, rue des Mathurins, 1 Vol. in-8°.*
L E s bons Livres claſſiques ſont rares,
ſoit qu'ils préſentent plus de difficultés quson
n'imagine, ſoit que le ton de ſimplicité qui
convient à ces † d'Ouvrages ne flatte
pas aſſez l'ambition & l'amour-propre d'un
Auteur. On ne ſauroit trop recommander
la lecture & l'uſage de celui que nous an
nonçons au Public. La manière dont le ſujet
eſt expliqué dans une très-courte Préface,
annonce la netteté & la préciſion qui carac
teriſent l'Ouvrage. - i
* On trouve chez le même Libraire le Livre in
titulé : Extrait des différens Ouvrages imprimés ſur
la Vie des Peintres. 2 vol. in-8°. -
-
.
- -
D E F R A N C E. 12y
ts Les premiers regards de l'homme au
ſertir de l'enfance, ſe portent ſur lui-même
& ſur ce qui l'environne. Les Inſtituteurs
deſtinés à lui faciliter l'examen de ces deux
objets intéreſſans, lui expliquent d'abord ce
qu'il eſt, & lui développent enſuite ſes
rapports avec ſes ſemblables. » -
» De ces deux connoiſſances dérive afſez
naturellement celle de ce théâtre où nous
devons, pendant quelques inſtans, repréſen
ter les courtes ſcènes de la vie humaine. »
º La Géographie, c'eſt-à-dite, la théorie
des différentes parties du Globe que nous
' habitons, eſt donc une ſcience de première
néceſſité. Il ſeroit honteux & même nuiſible
de l'ignorer. »
Cette manière de définir, claire & pré
ciſe, annonce un bon eſprit, & c'eſt cet
eſprit qui a préſidé à l'Ouvrage entier. Il eſt
fait par demandes & réponſes, aſſez éten
dues pour inſtruire de ce qu'il eſt néceſſaire
de ſavoir, & aſſez conciſes pour ne pas ſur
charger la mémoire. On y a joint une
vingtaine environ de Cartes gravées avec
exactitude, qui offrent un grand ſecours &
à la mémoire & à l'intelligence tout à-la
fois. On n'eftime peut-être pas aſſez ces
ſortes d'Ouvrages, dans leſquels l'amour de
la gloire entre peur bien moins que l'amour
de l'humanité; celui ci eſt les fruits des loi
ſirs d'un homme inſtruit (ce qui eſt prouvé
Par l'Ouvrage), & d'un Citoyen, inſpiré par
le deſir d'être utile. -
F iv
128 M E R C U R E
S P E C T A C L E S.
COM É D IE ITAL I E N N E.
LE Jeudi 9 de ce mois, on a donné, pour
la première fois, Iſabelle & Fernand , ou
l'Alcade de Zalaméa , Comédie en trois
Actes & en vers, mêlée d'ariettes.
Le peu de temps qui nous reſte ne nous
permettant pas d'entrer dans tous les dé
tails néceſſaires pour établir un jugement
ſur cet Ouvrage, comme pour le comparer
avec le Drame Eſpagnol qui lui a ſervi de
modèle, nous renvoyons cet article au pro
chain Mercure.
º = •ve
V A R I É T É S.
A MM. les Rédacteurs du Mercure , cn
réponſe à la Lettre inſérée au Mercure du
3 I Août 1782.
M : s s 1 E v R s,
· ENTRE l'Auteur de cette Lettre & moi, il s'agit
d'un fait digne de l'attention générale. A-t-on pré
paré du charbon de terre de manière à le pouvoir
ſubſtituer au charbon de bois dans les travaux de la
métallurgie ? Si on y eſt parvenu, on y peut parve"
nir encore. Cela ſeroit infiniment utile, puiſqu'en"
D E F R A N C E. I1 3
diminuant la conſommation du charbon de bois, les
forêts du Royaume ſeroient plus conſervées.
J'ai avancé publiquement qu'on a fait dans deux
forges de Bourgogne des épreuves heureuſes en
rand du charbon ainſi préparé ; j'ai déclaré que
ous l'autorité de M. de Fleſſelles , Intendant de
Lyon, j'en avois fait faire à Lyon des expériences
variées, multipliées & ſatisfaiſantes : j'ai circonſtan
cié les lieux, les temps, les opérations, les perſonnes
qui ont agi ou vu ;j'en ai rendu compte au Gouver
nement; j'en ai informé le Public dans les Affiches
de Lyon même du 6 Août 1777, & dans la Gazette
du Commerce du..... Septembre 1777.
C'eſt dans cet état de publicité que l'Auteur d'un
Ouvrage imprimé en 178o & de la Lettre à laquelle
je réponds, a dit que « l'on ne peut débithuminiſer le
» charbon de terre au point de ne plus aigrir les
» métaux, & qu'on ne ſauroit s'en ſervir avec ſuc
* cès dans aucun affinage.... Que des ignorans ont
* eru à la poſſibilité de cette préparation.... Que
º jamais charlatanerie ne fut plus promptement &
» plus généralement reconnue. »
, Sans me livrer à aucun écart du point eſſentiel, je
dis à l'Auteur : « Détruiſez, Monſieur, les preu
* ves que j'ai données, & démontrez que du 22
» Juillet au mois de Septembre 1777, le charbon de
* terre préparé n'a point été employé avec ſuccès
º dans l'affinage de Lyon ni dans les autres atc
» liers que j'ai indiqués. »
, Cet Anonyme ne comprend pas le motif que
jai eu de m'élever contre ſon aſſertion ; cependant
lº lui ai dit que c'étoit par amour pour la vérité, la
juſtice & l'intérêt des Arts ; il accuſe d'ignorance
ºu, qui ont cru, de charlatanerie ceux qui ont
Publié : or j'ai cru, j'ai publié & j'ai ſigné ce que je
ºis & publie encore. Mon reſpect pour l'eſüme
Publique me permettoit-il de me taire * si une
V N
'1 3o M E R C U R E
lâche apathie m'eût fait abandonner ce que je me
dois à moi même, j'en ſerois ſorti au moins à la
voix impérieuſe de mon état d'Inſpecteur des Ma
nufactures, qui me preſcrit de prendre la cauſe du
Commerce & des Arts. -
Il eſt vrai, comme l'Auteur l'objecte, que j'ai
paſſé un mois environ à Paris en 178o ; mais per
ſonne ne m'y a nié les expériences que j'avois #
à Lyon ; & quand tous ceux qui préparent du char
bon n'en fourniroient que de mauvais aujourd'hui,
cela ne détruiroit pas la certitude de ma propoſition,
que je répète. Le charbon de terre préparé a été em
ployé avec ſuccès dans l'affinage de Lyon & dans
pluſieurs autres atteliers.
· Je crois inutile de redire que ce charbon avoit
été fourni par M. le Comte de Stuard : que j'en
ignore la préparation, & que je n'y ai nul intérêt. .
L'Auteur obſerve qu'en rapportant la Note de
ſon Ouvrage je l'avois tronquée.J'ai rapporté fidèle
ment la négation, qui eſt ſeule importante, à ce qu'il
me paroît. Si un fait eſt conſtant, à quoi ſert de diſ
cuter les raiſonnemens par leſquels on le veut juger
impoſſible ? Allons aux expériences, & évitons le re
proche de Montagne, qui nous diroit : Plaiſans
cauſeurs ! -
Je finiſſois, lorſque j'ai reçu du Bureau de l'Af
finage la déclaration ci-jointe, que je vous ſupplie
de faire imprimer avec ma Lettre. ' :
Si mon Contradicteur ne ſe rend pas à cette nou
velle preuve, je n'ai plus rien à lui dire.
J'ai l'honneur d'étre, Meſſieurs,
Votre, &c. BRIs s eN,
Inſpecieur des Manu
faitures , & Cenſeur
Royal. «
|
-
- D E F R A N C E. 13 t
Exrr 11r des Regiſtres de l'Affrage de Lyon, &
l'article de la Dépenſe du quartier de Juillet 1777.
· Du 2 Août 1777, payé à M. Mcric, pour le
compte de M. le Comte de Stuard, deux cent
quarante neuf voies de charbon de terre préparé à
3 liv. font 747 liv. Nous ſouſſignés, Régiſſeurs des
Affinages de Lyon, déclarons l'Extrait ci-deſſus con
forme à l'original, & en outre que nous n'avions
fait cet achat utile à notre Régie, qu'après pluſieurs
expériences favorables; enfin, que nous n'avons pas
revu de charbons ſemblables à celui dont il s'agit
en cet article. A Lyon, le 1 1 Scptembre 1782. Signé,
Barmont, Vernier & Proſt. -
· S CJ E N C ES E T A RTS.
A R C H I T E C T U R E.
· Conſtructions nouvelles du Palais-Royal.
Pou, bien apprécier le Monument qui s'élève
actuellement dans le Jardin du Palais-Royal, il n'eſt
pas inutile, avant- d'en lire une deſcription ſuc
cinte, de connoître les intentions du Prince pro
priétaire qui en a ordonné l'exécution, & les
données embarraſſantes auxquelles le local a forcé
de ſe conformer. -
M. le Duc de Chartres a voulu, 1°. qu'il fût
élevé un corps de bâtiment de toute la lar
geur du Jardin, pour ſervir d'augmentation à l'an
cien Palais ; 2°. qu'un autre bâtiment, environnant
tout le reſte de la promenade, réunît à l'avantage de
maſquer les maiſons bourgeoiſes, qui étoient ſans
F vj
132 M E R GE U R E
agrément pour le coup d'oeil, celui de pouvoir
être occupé par des Particuliers aiſés, & déeoré avec
aſſez de richeſſe pour paroître une dépendance im
médiate &§du Palais; 3°. enfin, qu'il fût
établi dans ces nouvelles bâtiſſes des promenoirs
couverts, à l'uſage du Public, qui communiquaſſent
enſemble, & qu'on ouvriroit également par la ſuite
dans tout le rez-de-chauſſée du Palais habité au
jourd'hui.
A l'égard des données, voici celles qui ont
paru les plus gênantes. Il falloit que les percés du
nouveau Palais correſpondiſſent à ceux du corps
de-logis principal bâti entre les deux cours : ainſi
on a été limité pour l'eſpacement des ouverteres.
Il falloit auſſi que l'élévation des promenoirs n'ex
cédât pas celle qui ſe trouve depuis le ſol des
cours juſqu'au premier étage : ainſi on a été limité
our les hauteurs. Il falloit encore ſubordonner
l'exhauſſement de tout ce qui devoit ſe conſtruire à
la hauteur des combles qui exiſtent déjà ; de même
que la décoration de la partie du Palais neuf qui
regardera la cour royale, ſera aſſujétie à celle des
trois autres côtés bâtis depuis long-temps.
. Ces conſidérations, jointes à beaucoup d'autres,
ont déterminé l'Artiſte à employer une ordonnance
ui fût auſſi ſimple dans ſa maſſe & uniforme dans
es parties que l'étendue du plan préſentoit d'accord
& d'enſemble. Le bel effet des promenoirs des An
ciens prouve que les grandes façades en ligne droite
& l'uniformité des détails donnent à l'Architecture
un caractère de grandeur qu'on n'obtiendroit jamais
par des variétés de maſſes & de décorations, offertes
dans un petit eſpace enfermé comme celui-ci, où
les formes ne peuvent pas être deſſinées bien diſ
tinctement par † qui les environnent. La planta
tion du jardin, parvenue à ſa maturité, ſuffiroit
d'ailleurs pour empêcher de les appercevoir.
,
|
D E F R A N G E. I3 ;
Mais s'il a été convenable de rendre très-ſimple
la forme générale du† , & de ſuivre une décora
tion abfolument uniforme, c'étoit une raiſon de
plus pour s'attacher à faire paroître les détails de
cette décoration auſſi grands que le local pouvoit le
comporter. On s'eſt donc déterminé à n'employer
ni ſoubaſſement ſurmonté d'un ordre , ni pluſieurs
ordres l'un ſur l'autre, &c. mais un grand & ſeul
ordre montant de fond & embraſſant par ſa hau
teur tous les étages ;il dominera même toujours les
plantations : en un mot, ce ne ſont point des mai
ſons particulières dont la deſtination eſt foiblement
déguiſée par quelques ornemens ſemés dans leurs
façades, qu'on a voulu annoncer à tous ceux qui
entreroient dans le jardin ; mais la vaſte enceinte du
Palais d'un Prince de la maiſon de France. S'il eſt
vrai que dans les bâtimens importans deſtinés à
être habités, en donne ſouvent à l'Architecture des
dimenſions trop petites pour favoriſer ſes effets,
c'eſt un reproche qu'on n'a pas voulu mériter à
l'égard de celui-ci. -
Le Jardin eſt donc enfermé dans tout ſen pour
tour par un enſemble de bâtimens de forme rectan
gulaire, dont le développement eſt d'environ trois
cent cinquante toiſes; trois côtés ſerviront à loger
des particuliers; le quatrième, contigu à l'ancien
Palais, ſera la demeure du Prince. -
Les trois premiers côtés ſont décorés d'un ordre
eompoſé en pilaſtres, qui, depuis le ſel juſqu'au
deſſus de l'entablement , s'élève à quarante-deux
- pieds; une baluſtrade qui règne tout autour cache
une partie de la manſarde, & termine avec grâce
l'ordre qui la ſupporte.
· Les logemens conſiſtent dans un rez-de chauſſée,
un entreſol & trois étages, dont deux ſont pris dans
la hauteur de l'ordre, & le troifième dans la man
ſarde. Ce corps de bâtiment a quarante-deux pieds
I 34 · M E R C U R E
de largeur ſur les faces latérales, & ſoixante pieds
ſur celle du fond, oü l'on a eu plus de facilité pour
s'étendre. Des rues de vingt-ſept pieds de largeur
ſéparent ces nouveaux établiſſemens des maiſons
† formoient auparavant l'enceinte du Jardin. I1.
era ouvert à l'extrémité des ru-s qui avoiſinent le
Palais, deux iſſues pour les voitures, & on s'en pro
curera également dans la partie du fond, indépen
damment du paſſage qui ſert déjà aux gens de
pied vis-à-vis la rue de Vivienne, qu'on rendra
beaucoup plus commode. . · · · ·
Le rez-de-chauſſée des trois corps de bâtimens
décorés en pilaſtres, ſera en partie occupé par des
boutiques, où l'on ne trouvera que des choſes de
luxe & d'agrément, & par une galerie couverte,
percée autour du Jardin par cent quatre-vingt arca
des, à chacune deſquelles il y aura un réverbère ;
& quoique cette galerie ne ſerve que de communi
cation pour joindre le Palais où ſeront établis les
Principaux promenoirs, on a encore ménagé dans
la partie parallèle à la rue Neuve des Petits-Champs,
deux veſtibules, chacun de cinquante pieds de lar
geur ſur ſoixante de profondeur, afin de faciliter
la réunion du Public, ainſi que les débouchés.
On doit obſerver à l'égard des arcades du Jardin,
que quelques perſonnes ont trouvés trop étroites,
qu'indépendamment de la ſujétion réſultante des
hauteurs & des eſpacemens déjà fixés par les an
ciennes conſtructions qu'il a fallu conſerver, les
ſaines règles de la convenance auroieut ſuffi pour
empêcher d'en augmenter les dimenſions. Des
arcades fort larges néceſſitent des maſſifs propor
tionnés pour en ſupporter les pouſſées : & toute ap
parence de lourdeur devoit être évitée avec ſoin
dès qu'on avoit fait choix d'un ordre d'Architecture
ſwelte & élégant; d'ailleurs, on n'a dû figurer ni
des portes-cochères ni dcs portes de remiſes, Farce
D E F R A N C E. 1 3 5
qu'il ne viendra point de voitures dans le Jardin,
mais des portes de galerie qui ouvrent l'entrée d'une
promenade intérieure, & † pourroit même
vitrer par la ſuite dans les ſaiſons rigoureuſes.
La partie neuve du Palais qu'on établit actuel
lement au midi, formera la quatrième façade du Jar
din. Son ordre d'Architecture eſt le même qui a
ſervi pour les trois autres côtés, avec cette diffé
rence qu'au lieu de pilaſtres ce ſont ici des colonnes;
qu'au lieu d'arcades & d'entreſols , on deſtinera
toute cette hauteur à des promenoirs publics ; qu'au
lieu de deux étages pris dans le reſte de l'ordre, il
n'y en aura qu'un ſeul; & qu'enfin il ſera élevé au
deſſus de celui-ci un ſecend étage décoré par un
attique, dont la richeſſe ſera proportionnée à celle
de la colonnade inférieure.
Le principal promenoir ſous le Palais neuf, ſcra
ſupporté par ſix rangs de colonnes doriques ; ſa
hauteur ſera égale à celle des galeries du Jardin. Il
aura trois cent ſoixante pieds de longueur, ſoixante
ſix pieds de largeur, & communiquera par la ſuite
à d'autres promenoirs pratiqués dans les parties
conſervées de l'ancien Palais, dont on détruira pour
cet effet les logemens du rez-de-chauſſée & de
l'entreſol.
On n'entre dans aucun détail à l'égard des déco
rations & diſtributions intérieures du §. elles
n'intéreſſent que le Prince ; mais ce qu'il importe au
Public de ſavoir, c'eſt qu'une partie du premier
étage ſur le Jardin ſera § à un Muſeum ,
ou toutes les belles productions des Arts, aujourd'hui
éparſes dans les appartemens du Palais Royal, ſeront,
ainſi que celles qu'on pourra acquérir oncore, réu
nies & diſpoſées le plus avantageuſement poſſible
pour l'inſtruction des Artiſtes & des Amateurs.
-
-- " -- -- = -
|
136 M E R C U R E
A N E C D O T E S ;
I. -
UN Pair d'Angleterre revenoit de ſes
Terres à Salisbury; il étoit ſeul dans ſa voi
ture ; ſon Domeſtique, qui couroit devant,
étoit fort éloigné ; deux hommes ſe préſen
tèrent le ſoir ſur le grand chemin, & or
donnèrent au Poſtillon d'arrêter; & faiſant
mille excuſes au Lord de ce qu'ils interrom
poient un moment ſon voyage, ils le priè
rent de leur donner de l'argent; mais n'étant
pas, diſoient-1ls, aſſez inſolens pour taxer
un homme de ſon rang, ils déclarèrent qu'ils
ſeroient contens de ce qu'il voudroit bien
leur donner. Le Lord leur préſenta une
groſſe bourſe de jetons de cuivre, qu'il avoit
par haſard ſur lui , les Voleurs la prirent
ſans l'ouvrir , & lui firent mille remercî
mens. Le Lord, réfléchiſſant ſur le préſent
qui en étoit l'objet, eut des remords de
tromper des brigands qui étoient auſſi polis,
& tenant à ſes ſcrupules, ſe crut obligé de
répondre à la confiance qu'ils lui témoi
gnoient ; il les rappela au mement qu'ils ſe
retiroient, leur redemanda ſa bourſe, en
leur faiſant voir ce qu'elle contenoit , &
leur faiſant mille excuſes d'avoir voulu les
tromper, leur préſenta tout l'argent qu'il
avoit ſur lui, & que les Voleurs acceptèrent,
D E F R A N C E: 13y
-
en élevant juſqu'au ciel la juſtice, la probité
& l'honneur du Lord , dont ils prirent con
gé, en donnant généreuſement une demi
guinée au Poſtillon, afin qu'il réparât, en
poufſant ſes chevaux, le retard que cette
ſcène avoit apporté au voyage du Lord.
I I.
UN Aſtrologue prédit la mort d'une fem
me que le Roi aimoit; & le haſard ayant
juſtifié ſa prédiction , le Prince fit venir
l'Aſtrologue : " Toi qui prévois tout , lui
» dit-il, quand mourras-tu ?..... Trois jours
» avant Votre Majeſté, répondit cet homme,
» qui ſoupçonnoit que le Roi lui tendoit
un piège. »
I I I.
· L. OPINIUs, qui dans la ſuite fut Conſul,
avoit, étant jeune, mauvaiſe réputation,
& paſſoit pour efféminé ; ce fut alors que,
rencontrant AEgilius, jeune homme de bonne
humeur, dont l'air annonçoit le même dé
faut, quoiqu'il ne l'eût pas, il lui dit, pour
e lui reprocher : « Dis-moi, cher AEgi
lius, quand viendras-tu me voir avec ta
» laine & ta quenouille ? AEgilius, retor
quant le reproche, lui dit plaiſamment :
» en vérité, je n'oſe , car maman m'a dé
• fendu d'aller chez les femmes de mau
» vaiſe vie. » -
:
2
138 M E R C U R E
A N N O N C E S E T N O T I C E S.
Cossiet,arross Générales ſur l'Éducation, &
particulièrement ſur celle des Princes. Seconde Édi
tion, rcvue & augmentée. A Bouillon, & ſe trouve
à Paris, chez les Marchands qui vendent les Nou
veautés. -
Deux grands objets occupent aujourd'hui nos Lit .
térateurs Philoſophes; la Juriſprudence Criminelle
& l'Éducation. Ne nous plaignons point de la mul
titude d'Ouvrages qui paroît ſur ces detix points fi
importans. Il eſt difficile qu'à travers une foule
d'erreurs & de paradoxes, il ne jailliſſe pas quel
ques vérités utiles; & nous en avons un ſi grand
beſoin ! Ne nous rcbutons point par la peine de les
chercher, & encourageons ceux qui s'efforcent de
nous les offrir. ·, -
L'Ouvrage que nous annonçons aujourd'hui traite
de l'Éducation , & particulièrement de celle des
Princes. Quand il parut pour la première fois, quel
ques perſonnes reprochèrent à l'Auteur de n'avoir
pas aſſez développé ſes principes ; & il a cru devoir
déférer à leur avis. Il s'arrête d'abord à deux opi
nions également exagérées, qui ont été ſoutenues de
nos jours ſur le pouvoir de l'Éducation; les uns p é
tendent qu'elle peut tout ſur la Nature ; les autres
penſent que la Nature n'en reçoit aucune influence.
L'Auteur de ces Conſidérations Générales combat
cette dernière opinion , nous croyons que ſes preu
ves ſont victorieuſes; & nous penſons, comme lui ,
que les grands talens qui triomphent d'une Éducation
contraire, ne prouvent rien coatre ce principe, &
que c'eſt une exception qui ne détruit point la règle
Mais fi l'Éducation a tant de pouvoir, pour
quoi le progrès des lumièrcs n'a-t'il pas conduit on:
D E F R A N C E. 1 g9
eore à la découverte d'une méthode sûre & inconteſ
table ? C'eſt que rien n'eſt ſi difficile à trouver. Un
grand point qu'on n'a pas ſouvent cherché, & qui
eft pourtant indiſpenſable, c'eſt « le parfait accord
de l'Éducation commune, ou vulgairement uſitée,
avec les loix ou la conſtitution de l'Etat dans lequel
les individus la reçoivent. » En effet, le but dºune
bonne inſtitution étant de faire coopérer chaque in
dividu au bonheur général, il ne faut pas que l'Edu
cation qu'elle lui donne ſoit contrariée par celle des
loix. Mais une réaction bien néceſſaire encore, c'eſt
que les loix ſoient ſecondées auſſi par l'éducation
particulière.
Delà l'Auteur paſſe à l'Inſtitution des Princes. Ce
qu'elle offre de plus embarraſſant, c'eſt que dans les
êtres deſtinés à commander aux autres, il y a deux
#à former, l'homme réel & la perſonne du
Prince. L'individu que l'on forme en lui n'eſt qu'un ;
mais ſa valeur politique, comme Souverain , eſt
d'un calcul tout différent. L'inſluence de ces êtres
privilégiés eſt infinie. « Le Prince en eux donne à
l'homme une force extraordinaire juſques dans les
moindres choſes. Ce qu'ils deſirent, ils le veulent ;
ce qu'ils veulent, ils le commandent Leurs geſtes
ſont entendus, leurs penchans entraînent, leurs paſ
fions ſont des orages. »
D'après cela, comment ne pas trembler en leur
choiſiſſant des Inſtituteurs ? Après les vertus néceſ
faires à un emploi ſi délicat, l'Auteur penſe que l'at
tachement du Maître pour ſon Elève, eſt le reſſort
le plus puiſſant pour rendre l'inſtitution fructueuſe,
parce que, dit-il, c'eſt au coeur ſeul qu'il appartient
d'ouvrir le coeur de l'homme. Il faut auſſi que l'Inſ
tituteur ſoit le modèle des vertus qu'il veut commu
niquer. L'Auteur cite à ce propos Fénelon , qui fut
obligé de vaincre le naturel du Duc de Bourgogne,
long-temps rébelle à ſes leçons. - Peu-à-peu, dit-il,
- - -
14e , M E R C U R E , , , , ,
le Duc de Bourgogne devint ce que Fénelon deſiroit
qu'il fût, & ce qu'il étoit lui-même à ſes yeux.... En
un mot, ce Prince devint la conquête abſolue de
ſon Inſtituteur. »
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans tous ſes
détails. Son Ouvrage eſt eſtimable par ſon objet, &
par des idées ſaines & utiles qui lui appartiennent en
propre. Nous aurions deſiré qu'il eût un peu moins
† les agrémens du ſtyle. II dit, page 44, le
grand eſpoir dans l'éducation des Princes, porte
principalement ſur le vif attachement qu'on leur
porte. A la vérité, la néceſſité, telle qu'elle de ce
ſentiment, a été généralement reconnue ; mais la
perſuaſion de cette grande vérité, au point que je
dis, n'a peut-être jamais été vivement ſentie. -
La répétition de porte eſt une négligence qui
étonne ; perſuaſion ſentie n'eſt pas François ; & telle
qu'elle , au point que je dis, ſont des expreſſions
beaucoup trop familières. On trouve ailleurs éduquer
pour élever; & vis-à-vis d'eux, pour envers eux ,
à leur égard. On peut, on doit reprocher à l'Auteur
ces négligences, parce que d'autres morceaux de ſon
Ouvrage prouvent qu'il a de quoi les éviter.
- Gn pêtit l'accuſer auſſi d'avoir traité ſon ſujet
d'une manière quelquefois un peu vague ; mais il
peut ſe juſtifier par ſon titre, qui ne promet que des
Conſidérations générales.
LEs Après-Soupers de la Société.A Paris, chez
l'Auteur, rue des Bons-Enfans, vis-à-vis la cour
des Fontaines du Palais Royal. Tome IV.
Il ſuffit de dire que ce Cahier renferme Hirza,
Tragédie de M. de Sauvigny, pour prouver que ce
n'eſt pas un des moins importans de cette Collection.
Cette Pièce, qui a réuſſi au Théâtre, & qui méritoit
ſon ſuccès, eſt trop connue pour qu'on s'attende à
en trouver ici l'analyſe. Nous nous conteaterons de
D E F R A N C E. 1 41
dire que l'Auteur a fait entrer depuis peu dans ſon
cinquième Acte le beau trait du Chevalier d'Aſſas.
† Cahier eſt terminé par deux Pièces Fugitives ;
l'une eſt une Épître à Glycère ſur le titre d'Ami
d'une jolie Femme; l'autre, une Traduction d'une
Epître en vers latins, adreſſée en 1661 à M. le Duc
de Montauſier, & imprimée dans les Recueils du
temps, ſous le nom de M. R...... Chacune de ces
deux Épîtres a ſon agrément particulier.
Prssor, Libraire, Quai des Auguſtins, vient de
recevoir de Londres : The R-L Regiſter, With an
notations by another hand London, 7 Vol. in-12.
— The Hiſtory of the late Warin Germany Betven
the King of Pruſſix and the Empreſſ of †I
and her Allies, by Major Général Lloyd, 2 Vol,
in-4". avec des Cartes & Plans enluminés. London.
— The Hiſtory of the Iſle of Wight, 1 Vol. in-4°,
enrichi de belles Gravures. London. — The Moal
lakat, or, ſeven Arabian Poems Which Were ſuſ
pended on the Temple at Mecca ;With a tranſſation,
a Preliminary Diſcourſe and notes by W. Jones,
I Vol. in-4°. London.
Tous ces Ouvrages ſont nouveaux & intéreſſans,
ſur-tout l'hiſtoire de la guerre d'Allemagne, qui
convient à tous les Militaires.
ExPzrcArroN de la ſainte Bible, ſelon le
ſens littéral & ſelon le ſens ſpirituel, tirée des ſaints
Pères & des Auteurs Eccléſiaſtiques, nouvelle Édi
tion, augmentée de pluſieurs Pièces nouvelles, &
ſéparée du Texte & de la Traduction, pour ſervir
de Supplément aux autres Pièces, & principalement
à l'Abrégé du Commentaire de Dom Calmet, connu
ſous le nom de Bible de Vence, réimprimée à Tou
louſe en format in-s°., dont les deux premiers ſont
actuellement en vente au même prix que ccux de la
142 M E R C U R E
Bible complette. A Niſmes, chez Beaume, Impfi
meur-Libraire; & à Paris, chez Deſprez, Impri
meur-Libraire, rue S. Jacques. -
Ceux qui ont la Bible d'Avignon ou toute autre
Bible, n'ont pas beſoin qu'on leur donne une ſeconde
fois le latin de la Vulgate, la Traduction de M. de
Sacy, ſes Notes. Pour épargner au Public la dépenſe
onéreuſe que lui occaſionneroit ce double emploi
des mêmes Matières, on lui propoſe cette Éditien
ſéparée du Texte, de ſa Traduction, des Notes. On
n'y fera entrer que les Préfaces & les Explications
de M. de Sacy & de ſes Continuateurs. On joindra à
cette Collection les Pièces nouvelles qui doivent
entrer dans la nouvelle Édition de la Bible de M.
de Sacy. Les deux premiers Volumes de cette Édition
ſont actuellement en vente. On paye en les recevant
en feuilles 8 livres, & brochés en carton 8 livres
1o ſols. Les Volumes ſuivans paroîtront de deux
mois en deux mois.
JovRNAL de Harpe. A Paris, chez Leduc,
Marchand de Muſique, rue Traverſière - Saint
Honoré. -
: L'Editeur de ce Journal vient d'y faire une inno
vation que nous croyons devoir annoncer. S'étant
apperçu de la difficulté de raſſembler un aſſez
grand nombre de jolis Airs pour compléter ſes
Livraiſons, il s'eſt décidé à y joindre des Ouver
tures, des Airs de Ballets, des Rondeaux, des
Pots - Pourris, des petites Pièces, avec un Accom- .
pagnement de Violon ad libitum détaché de la par
tie de Harpe ; il ajoutera auſſi cet agrément à des
Airs de chant tirés des granis Opéras & des Opéras
Comiques. Le prix de ce Journal & de celui de
Clavecin eſt de 15 livres. Chaque Cahier ſe vendra
dorénavant 2 livres 8 ſols. Le premier Numéro qüi
paroît actuellement , contient le Vaudeville de la
/
T,- - -
|
D E F R A N C E. 14#
nouvelle Omphale , Accompagnement de M.
Legros; l'Ouverture de Félix arrangée par M.
Mayer; un Divertiſſement par M. Deleplanque, &
un Air de la nouvelle Omphale, Accompagnement
par M. Burkhoffer.
EsrAxrPE repréſentant Antoine-Éléonor-Léon le
Clerc de Jaigné, Archevêque de Paris, Duc de Saint
Cloud, Pair de France , dédiée au Roi, deſſinée par
F. Nogaret, & gravée par M. Feſſard. -
Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette
Allégorie, qui eſt conçue avec autant de juſteſſe
que d'imagination. On doit tout à-la-fois des éloges
au deſſin & à la gravure de cette Eftampe, dont l'exé
éution nous a paru ne laiſſer rien à deſirer. Prix,
6 liv. A Paris , chez Feſſard, rue & Iſle S. Louis,
maiſon du Charron, vis à-vis le corps-de-garde.
L E Lundi 27 de ce mois, il paroîtra une Eſ
tampe gravée d'après un Tableau capital de Van
dyck, qui ſe trouve dans la riche Collection du
Roi. Ce Tableau, qui eſt un des chef-d'oeuvres de
ſon célèbre Auteur, repréſente Charles Premier,
Roi d'Angleterre, en pied, & habillé en ſatin
blanc. Ce Prince eſt accompagné par le Marquis
d'Hamilton ſon prcmier Écay r, tenant un ſuperbe
cheval , derrière eſt un Page qui poite le manteau
du Roi. La ſcène eſt dans le Parc de Gréenvich,
qui offre un riche & maguifique payſage, terminé
par une vûe de la Tamiſe. -
Cette Eſtampa porte vingt-trois pouces de haut,
ſur quinze & demi de large, & eſt impriaée ſur la
feuille entière du papier grand aigle, & gravée par
Robert Thange, Graveur du Roi. Elle ſe diſtri-.
buera chez lui à l'hôtel d'Eſpagne, rue Guénégaud,
juſqu'au 8 du mois prochain, depuis dix heures
# M E R C U R E
† qu'à une, & enſuite chez le ſieur Baſan, rue &
ôtel Serpente.
NovvEzz E Porcelaine. Il eſt un Art, celui
de faire la Porcelaine, que nous avons porté en
France au degré de la perfection. Nous ſommes
parvenus à rendre l'Europe entière notre tributaire
dans ce genre, après l'avoir été pendant des ſiècles
de la Chine, du Japon & de la Saxe. Dans le nom
bre des Manufactures qui ſe ſont élevées, il en eſt
LlnC † mérite d'être§c'eſt celle établie
rue de Bondy, derrière l'Opéra, & formée ſous la
protection de S. A. R. Mgr. le Duc d'Angoulême.
Elle a la propriété d'aller au feu ; elle eſt d'un blanc
agréable. Le biſcuit ea eſt beau. Elle réunit la
variété des couleurs & l'élégance du deſſin & des
formes; mais ce qui la diſtingue des autres Porce
laines, c'eſt l'imitation étonnante des fleurs, entre
autres des Jacynthes, qui ont le port & la vérité de
la Nature. -
- T A B L E.
I.MPReMPTU de Mlle St-Annales Poétiques J> 1 I2
Léger, »7|Monde Primitif, ... 12 r
Impromptu d Mlle St-Léger,|Élémens de Géographie, 126
58| Comedie Italienne, I28
Épître au Roi, ibid.A MM. les Rédacteurs du
M. Bégon , I© ſ A Mercure de France, ibid.
Enigme & Logogryphe, 1o2|Architecture I3 I
Suite de l'Hiſtoire de l'Air An§ " 136
Antique, 1o4|Annonces & Notices, 128
A P P R o B A T I o N.
J'A1 la 2 p# ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, peur le Samedi 18 Janvier. Je n'y ai
mien trouvé qui puiſſe en #º l'impreſſion. A Paris •.
Je 17 Janvier 1713. GUI
:
JOURNAL POLITIQ xz zE
| DE BRUxEL LE s. :
- -- --
D ' A N E M A R C K.
De Co P E N H A GU E, le 16 Décezzz,--
ON apprend d'Aalbourg que le bâtimene
la Grace, Capitaine George Michels, venan , -
, d'Amſterdam & allant à Philadelphie , §
échoué près de Weſterwig , l'équipage & - -
une partie de la cargaiſon ont été ſauvés. -
Le 9, il eſt parti d'ici 3 bâtimens Suédois
pour Carlſcron. Le 12, huit autres ont fais
- voile pour la mer du Nord ; il y en avoit
dans ce nombre deux Anglois allant à Lon
- dres. On compte actuellement dans le Sund
huit bâtimens deſtinés pour la Mer du Nord
L'Ordonnance relative à l'extenſion de la liberté
du Commerce dans les Iſles de St-Thomas & de St
ean, eſt du 4 du mois dernier. Elle porte n°. que
I'uſage du papier timbré ſera ſupprimé dans ces deux
· Iſles, & conſervé ſeulement pour les paſſe-poits de
· mer. 2°. Que tous les navires Danois, conſtruº
- dans les ports de cette Nation cu aiileurs, armés °†
* non armés, pourront être employés à l'avenir § -
2 navigation entre St-Thomas , St-Jean & les aº » ,
I 3 Janvier r 783. C
| -•1 =
98 )
Iſles & Places Américaines, & de-là en Europe. 3°.
Que les Patrons des navires Américains, pourront
vendre dans ces deux Iſles leurs marchandiſes, tant
en grcs qu'en détail. 4°. Que la navigation & le
commerce entre leſdites Iſles & les autres parties du
Monde, ſeront libres pour l'aller & le retour. 5 °.
Le café, le tabac, l'indigo, le cacao, les bois Amé
ricains, le ſucre, le riz, exempts de tous droits à
leur importation dans ces deux Ifles, ne payeront à
la ſortie qu'un droit de 5 pour 1oo, lorſqu'on les
exportera directement dans les ports étrangers d'Eu
rope, & que 2 & demi pour 1oo, quand on les
Portera dans des ports Danois.
P O L O G N E.
De VA R s o V I E , le 14 Décembre.
L E 1 5 de ce mois le feu prit au Palais
Kraſinski , l'un des plus beaux monumens
d'Architecture qu'il y eût dans cette Ca
pitale. Les flammes ſe répandirent d'abord
avec tant de violence qu'il ne fut pas poſſible
d'en arrêter les progrès. Les murs extérieurs
ont été conſervés; mais tout l'intérieur a été
réduit en cendres. Il eſt très-heureux qu'on
ait eu le tems de ſauver les archives des dif
férens Départemens dépoſés dans cet édifice.
La cauſe de l'incendie n'eſt pas connue; la
perte qu'il a cauſée eſt évaluée à plus d'un
million.
» Le Général Braun, Gouverneur de la Livonie,
adreſſa, le 18 du mois dernier, au Duc de Courlande,
une lettre paur l informer que S. M. I. de Toutes les
Ruſſies, le requéroit de ne pas mettre des entraves
au tranſit & au commerce de ſes ſujets, & de laiſſer
:
paſſer librement, ſans droits de douane, de port &
de paſſage, les marchand ſes tranſportées de la
Pologne & de la Lithuanie a Riga, & de Riga par la
Courlande dans l'Empire Ruſſe ; de vei'ler a l'exécu
tion pleine & entière du traité d'Oliva, ainſi que
d'autres, & en particulier de celui ccnclu en 17 15
entre la ville de Riga & le Duc de Courlande, par
lequel il eſt permis à la p1emière d'exercer de ſes
ports tout le commerce du Duché , le Duc alors
régnant ayant renoncé à teute , expor a'ion des
comeſtibles & de toutes ſortes de grains de ſes
propres ports. On ignore encore la réponſe que le
Duc de Courlande a faite à cette inſinuation º. .
A L L E M A G N E.
De VI E N N E , le 24 Décembre.
ON travaille jour & nuit dans nos Arſe
naux , & il ſera inceſſamment envoyé en
Hongrie une grande quantité de chevaux de
friſe. On dit que le nombre des jeunes gens
inſcrits ſur l'état des recrues, monte à 8o,coo.
Ils ont été, pour la plupart , renvoyés dans
leurs familles , mais ſous l'obligation de ſe
rendre à leurs régimens reſpectifs auſſi tôt
qu'ils en recevront l'ordre. ,
S. M. I. conſtamment occupée des moyens
de procurer le bien de ſes ſujets, a adreſſé au
Gouvernement de Tranſylvanie des ordres
par leſquels elle lui enjoint de ſuivre le plan
adopté dans le Royaume de Hongrie pour
rendre la claſſe d'hommes connus ſous le nom
de Bohémiens plus utile à l'Et t. Conformé
ment à ce plan, ils ne demeurer nt plus ſé
parément, & leur habillement ſera comme
- C 2
- - 1co ) - ,
celui des autres ſujets , il leur ſera permis
de ſe marier avec les autres habit ns, & on
les emploiera à l'Agriculture.
On a établi à Reichenau en Stirie cinq
nouvelles Fcrges pour l'exploitation des mi
nes de fer de ces environs.
: » Parmi les avantages dont jouit ce Royaume,
écrit-on de Presbourg, l'état floriſſant du commerce
n'eſt pas un des moindres , ſur tout quand on ſe
rappelle qu'a trefois on n'exportoit annuellement
de Tranſylvanie en Wala hie & en Moldavie, que
pour 7o coo florins de marchandiſes , tandis que l'on
débitcit en Tranſylvanie pour plus de éco co, fi d'ef
fets. Les prcductions que nous vendîmes en 1778 aux
Mahom tans , peuvent aller à 241,8oo forins, & les
marchandiſes des Turcs , apportées la même année .
en Horgrie , peuvent être évaluées à environ
I,328,4oo florins. Par une liſte des années 1779
& 178o, il pnroît que les effets importés pendant
ces deux ans en Horgrie, excédoient les marchan
diſes exportées, d'environ 13 millions de fiorins.
Actuellement c'eſt tout le contraire , & le com
merce fait chaque jour quelques nouveaux progrès.
Les marchandiſes Autrichiennes que l'on tranſporte
le long du Danube & de'la mer Noire en Turquie,
y ont un grand débit, ce qui anime les Négocians
à former de plus fortes entrepriſes «.
S. M. I. a envoyé à Prague 3 grandes
médailles d'argent qui doivent être diſtri
buées à trois de ſes ſujets qui auront cul
tivé des arbres avec un ſoin particulier ,
comme une marque de ſa ſatisfaction & de
la Protection qu'elle accorde à cette bran
che d'induſtrie.
-
( 1c 1 )
•EE---
, IXe H A M B o U R G, le 24 Décembré. ,
QUoiQUE les lettres de Conſtantinople
annoncent qu'on y ait rallenti les arme
mens, depuis qu'on y a ſu la ſoumidion de
la Crimée & le rétabliſſement de Sahim
Gueray , on ne voit pas que les préparatifs
militaires ccſſent dans les autres Etats où
ils avoient commencé. Selon qu lques let
tres, à meſure que les régimens de cavalerie
défilent de la Bohéme & de la Moravie
pour la Hongrie , ceux qui étoient dans ce
Royaume ſe mettent en marche pour la
Tranſylvanie.
| » On continue toujours , écrit-on de Vienre , à
tranſporter en Hongrie de la groſſe artillerie &
des munitions de guerre. Tous les Officiers &
Soldats qui ſont faits par congé, ont reçu ordre
de joindre leurs régimens dans le courant de Jan
vier. On ne croit pas cependant qu'il y aura une
guerre avec la Porte ; mais il paroît qu'on veut
lui dema der un dédommagement pour les pcrtes
qu'ont eſſuyées les ſujets de l'Empereur établis ſur
les frontières de la part de bandes de Brigands
Ottcmans. — Il arrive journellement , ajou
tent ces lettres , dans les Etats de S. M. I. des
familles entières, venant des Provinces Ottomancs
qu'elles quittent, pour ſe ſouſtraire aux vexations
des Gouverneurs Turcs. Ces nouveaux Colons ſont
reçus avec bonté , & on leur procure toutes les
facilités qu'ils peuvent deſirer pour s'établir ſoli
dement ; il y a dans ce nombre beaucoup de Grecs,
dont pluſieurs entendent parfairement l'exploitation
des mines, & qu'on ſe propoſe d'employer avec
ſºlccès. - On a trouvé de très-riches mincs
d'argent dans le Diſtrict d'Erzerom, & des nines
e 3
( 1o2 )
d'or dans celui de Diarbeck. La plupart ſont né
gligées par les Turcs, faute de bois. Depuis quel
que tems , ils ont découvert dans la Natolie, une
mine de cuivre qu'on dit être très-abondante. On
en vend l'oka ou deux livres & demie peiant, à
raiſon de 32 kreutzers ou 22 ſols «.
On dit que l'argenterie trouvée dans les
Couvens ſupprimés dans les Etats Hérédi
taires de la Maiſon d'Autriche , eſt évaluée
à 1,4oo,cco florins, & les biens immeubles
& les capitaux à 27 millions de florins.
» Un jeune Poète, lit - on dans une lettre de
Vienne, plus eſtimé par ſon talent que par ſa
prudence, ayant fait imprimer un Poëme contre le
Clergé & le Pape, ſans en avoir obtenu la per
miſſion, & ayant en même-tems oſé le dédier à
l'Empereur, S. M. I. a écrit la lettre ſuivante au
chef de la Police. — Vous ſignifierez à un parti
culier nommé Waſchke, Auteur d'un Pcëme indé
cent, la j ſte indignation que m'a cauſée la témérité
qu'il a eue de me l'envoyer & de me le dédier. Je
lui défends de faire publier à l'avenir ſes écrits, &
je veux que le Libraire qui lui a prêté ſon miniſtère,
ſoit puni ſelon la ſévérité de la loi c .
Le Chapitre Collégial de Notre-Dame de
Munich , voulant perpétuer la mémoire du
ſéjour du Pape dans cette Ville , & de la
Meſſe qu'il célébra dans cette Egliſe , a
· fait graver ſur marbre en lettres d'or , l'inſ
cription ſuivante , qui eſt placée à côté du
M ître-Autel : Pius VI , Windobona Italiam
repetens, Pontificum max. primºs, hanc ur
bem inviſit , Caroli Theodori Ducis Ele#oris
amicus & gratiſſ. hoſpes ipſoque hoc loco
ſacra peregit III, Cal. Maii 1782.
v,
( 1o3 )
I T A L I E.
De NA P L E s , le 6 Décembre.
L E Roi ſe rendit le 2 de ce mois au
nouveau Conſeil des Finances , S. M. ne
s'étoit point fait annoncer ; & elle pro
nonça le diſcours ſuivant , qui fit la plus
vive impreſſion fur lcs Membres du Conſeil,
& qui ne peut qu'ajouter à l'amour des
Peuples pour un Souverain , qui ne s'oc
cupe que de leur bonheur.
» Je viens vous ſurprendre ; mais je vous vois
avec plaiſir occupés des importantes affaires que
j'ai confiees à votre zèle & à votre probité ; j'ai
voulu vous confitmer de vive voix ce que je vous
ai commandé par écrit ; ma volonté conſtaate étant
que vcus ſuiviez de point en point les inſtructions
que j'ai faites moi - même pour l'exercice de vos
fonctions. Mes intentions vous ſont déja connues ;
mais je vous les rappellerai ſouvent, afin que vous
n'en perdiez jamais la mémoire. Je ne demande
aucune augmentation dans mon tréſor, ſi ce n'eſt
celle qui procédera d'une meilleure adminiſtration
des finance3. Je n'entends point qu'on demande rien
de plus à mon peuple , mais, au contraire, qu'on
le ſoulage autant qu'il ſera poſſible. Je vous or
donne, & je recommande à votre zèle, de détruire
toute gêne & toute vexation pour ce peuple que
j'aime, & qui attend de l'amour qu'il me porte,
que je faſſe ceſſer les peines qu'il éprouve en men
propre nom. Cherchez tous les moyens poſſibles
de le ſoulager, & aidez-le auſſi à tirer le plus grand
avantage des productions, que la Providence a ac
cordées à mon Royaume — Vous ſavez que je ſuis
né au milieu de ce Peuple, que je l'aime dès mon
C 4
( 1o4 )
enfance. Je rends graces tous les jours à Dieu de
m'avoir fait Souverain & pète d'un peuple dans le
cceur duquel je règne ſans avoir beſoin de gardes
ni de troupes. Depuis long tems je ſouſfois de ne
pouvoir le ſoulager. Je vous ai choiſis pour rem
plir ce deſir de ma tendreſſe, parce que je vous ai
reconnus les plus capables de coopérer avec zèle
à l'accompli ement de mes vues paternelles. Oc
cupez vous avec courage du ſoin de me ſeconder,
afin que mon peuple vcie combien je l'aime véri
tablement. Je n: vous dis 1ien ici d ºnt je ne ſois
pénétré depuis long - tems. Vous l'avez vu dans
l'Edit que je vous ai adreſſé : vous-mêmc, M. Cor
radini, qui connoiſſez l'état de mes P. ovinces, &
que j'ai chargé de les parcourir, vous ſavez les
misères & les vexations dont mes Sujets étoient
accablés ci-devant , faites-en le tableau à vos col
lègues, afin qu'ils apprennent combien ma ſolli
citude eſt juſte & néceſſaire. Vous auſſi, Marquis
de Marco , vous avez été témoin de l'infort ne de
mes Provinces. Travaillez donc tous de concert ;
je vous recommande l'union ; propoſez-moi ce que
vous trouverez être le plus convenable, & exé
cutez-le avec le courage de la bonne intention. Si
cependant vous croyez devoir m'avertir en parti
culier de quelque choſe qui puiſſe opérer une meil
leure adminiſtration , venez à moi , je vous écou
terai toujours avec plaiſir ; j'écouterai, j'accueillerai
de méme tous ceux qui me propoſeront des moyens
utiles au ſoulagement de mon peuple. — Je vous
ai choiſis pour vous mettre à la tête de cette opé
ration 1m;ortante, parce que j'ai reconnu que per
ſonne n'eſt plus en état que vous de la diriger.
C'eſt donc à vous, & je l'eſpère de votre zèle,
à me propoſer les moyens les plus prop es à rem
plir mes vues. Parlez , vous me trouverez prét à
adopter les propoſitions que vous me ferez à cet
égard. Je voudrois déja voir les routes du Royaume
( 1o ; )
|
terminées, les Provinces ſoulagées, & leur mont et
air ſi combien je deſire ardemment de rendre heu
reux mon peuple par tous les moyets q - la juſtice
& mon affection pour lui m'inſpireront. Je trouverai
en vous d'habiles coopérateurs ,.& c'eſt par vous
que j'eſpère d'arriver bientôt à ce moment de con
ſolation, que j'ambitionne depuis ſi long-tems ".
E S P A G N E. -
De CA D 1 x, le 2 o Décembre. .
M. le Comte d'Eſtaing arriva ici avant
hier au ſoir ; il s'y arrêtera 3 ou 4 jours
avant d'aller en rade & d'arborer ſon pa
villon ſur le vaiſſeau qui lui cſt deſtiné, &
qui ne peut être que le Majeſtueux. Hier
ce Général fut voir ſa flotte , il ſe promena.
dans la baie pendant long-ttms , & viſita
chaque vaiſſeau ſans ſortir de ſa chaloupe
L'activité qu'on met à cet armement , ne
laiſſe pas douter qu'il ne ſoit p.êt dans un
mois au plus tard. -
Le Vice-Amiral a été très-content des tra
vaux ordonnés pendant ſon abſ nce & de
l'état de la flotte , tous les Officiers de la
marine Eſpagnole demandent à ſervir dans
cette expédition ; & le Miniſtre ne pouvant
tous les ſatisfaire, fera ſans doute beaucoup
de mécontents , les Officiers Franç is ne
montrent pas moins d'empreſſement , M. de
la Motte-Piquet dit h utement, que s'il leur
eſt permis de ſortir, il ne doute pas que
ous un tel chef, on ne faſſe d'excellente
beſogue en Amérique. . - | | -
• • • • e 5
•-| "
º,
( 1c6 )
Il ne s'eſt rien paſſé d'intéreſſant devant
Gibraltar. Le feu de nos ligncs tient tou
jours l'ennemi en haleine ; il n'y répond
cependant que. foiblement ; il ménage ſes
muni ions , & depuis quelque tems ſes mor
- tiers & ſes obuſiers , au lieu de fer , n'en
voyent plus que des pierres ; on a encore
tiré du camp de St-Roch quelques compa
- gnies des Gardes, qui ont repris le chemin
de Madrid.
A N G L E T E R R E.
De L o N D R E S , le 4 Janvier.
LE paquebot la Sally , parti de New
Yorck le premier Décembre , n'a point
apporté de nouvelles de l'Amérique Septen
trionale; tout étoit alors dans l'inaction ſur
le Continent; les troupes Américaines ſont
dans leurs quartiers, & les nôtres depuis
long temps ne ſongent à aucune expédition
de ces côtés, où nos Généraux ont été plus
occupés de négociations que d'opérations
militaires. Selon les rapports de la Sally,
outre les tranſports , au nombre de 3o,
qui ſe trouvent à New-Yorck, on y en atten
doit encore une vingtaine, qui devoient com
pletter un convoi , dont le départ paroiſſoit
fixé à une quinzaine de jours aptès l'arrivée
de ces bâtimers. Le Général Carleton attend
ſon ſucceſſeur pour revenir en Europe , il
demande ſon rappel , quel que puiſſe être
le réſultat du traité actuellement fur le
( 1c7
|
tapis : c'eſt le Général Grey qui eſt nommé
pour le remplacer.
On avoit reçu à New - Yorck, avant le
départ de la Sally, des nouvelles de l'alarme
où l'on étoit de nouveau à la Jamaïque,
d'une expédition projettée contre cette
Iſle par les François & les Eſpagnols. Le
Gouverneur Campbell qui y commande,
& l'Amiral Rowley qui a # ſes ordrcs
les vaiſſeaux de guerre de S. M. dans cette
ſtation, avoient jugé néceſſaire d'en infor
mer Sir Guy Carleton & l'Amiral Hood.
Ce dernier a dû partir pour ſe rendre dans
cette Iſle , où l'Amiral Pigot doit être à pré
ſent arrivé pour la raſſurer.
Nos lettres directes de la Jamaïque en
nous inſtruiſant que l'alarme y eſt générale,
nous apprennent auſſi qu'on y a pris tou
tes les meſures poſſibles pour la mettre
dans un état reſpectable de défenſe , en
y élevant pluſieurs nouvelles batteries. La
loi Martiale y eſt toujours en vigueur.
On preſſe avec beaucoup d'activité les
renforts qu'on doit y envoyer d'ici. Les
Marchands faiſant le commerce des Iſles
ont été informés hier par l'Amirauté, que
la Hotte qu'on deſtine à paſſer dans ces
parages, partira de Sri héad au premier
bon vent après le 1 5 de ce mois , & qu'elle
attendra 24 heures les vaiſſeaux des Dunes ;
il ſe pourroit cependant que ſon départ ne
fût pas encore ſi prochain , car on ignore
'encore quels ſont les vaiſſeaux de guerre qui
e 6
( Io8 )
doivent l'eſcorter. S'il en faut croire nos
papiers, le beſoin qu'on a de matelots aux
Ides a déterminé l'Amirauté à mettre ſur
chacun des vaiſſeaux qui en prendront la
route , 1oo matelots au-delà du complet ,
qu'on répartira enſuite ſur les bâtimens
qui manquent de bras. Mais cette quantité
de matelots eſt - elle aiſ e à trouver : nous
ſavons que nous n'en avons pas autant que
nous en aurions beſoin pour completter les
équipages des bâtimens prêts à partir ; &
que pour ſe les procurer , il faut dépouiller
ceux qui ne doivent mettre à la voile que
dans quelque tems.
» On a obſervé , dit un de nos papiers, que
tout Etat ſe ruinoit inſailliblement, lorſqu'il em
plovoit à la guer1e plus que la centième partie de
ſes habitans : nos opérations militaires occupent,
pour le ſervice actuel, la cinquantième partie au
moins de la population de la Grande-Bretagne. On
peut concevoir combien cette cinquantième partie
enlevée à notre agriculture, à nos manufactures ,
appauvrit le royaume & accelère ſa ruine ; après
· cela cn demandera comment il eſt poſſible de dire
dans une poſificn auſſi effrayante , que nous avons
aſſez de reſſources & de vigueur pour préférer la
continuité de la guerre à une paix déſavantageuſe ?
Si elle peut l'être dans ce mement, combien ne le
ſera-t-elle pas davantage après une nouvelle campa
gne qui peut être malheureuſe, que nous ne pou
vons ſoutenir qu'en faiſant§prodigieux,
qui nous mettront hors d'état de les répéter s'ils
devenoient néceſſaires, & qui nous forceroient à
ſubir pleinemenr la loi de nos ennemis cr.
On peut juger de l'état de la Nation par le
( 1c9 )
calcul ſuivant des taxes payables à p°rpétui
té, & impoſées depuis le commenccmºnt
d : la guerre avec l'Amérique. Ce table u
ne peut qu'intéreſſer dans les circonſtan
ces actuelles.
En 1776. liv. ſterl.
Timbre ſur les Actes & Contrats . 3 n,coo
ſur ies Pa iers Nouvelles . 1 8,coo
ſur les Cartes à jouer . . 6,ooo
Droits additionnels ſur les Carroſſes I 9,ooo
-
-
-
-
- 73,o>o
- En 1777.
Taxes ſur les Domeſtiques . . . 1o r,orc
Timbre . . . . . . . . . 55,ooo
Droits additionnels ſur le Verre
- 4 5,coo
Droits ſur les Ventes par encan . 37,oco
- 2.4.2 ,C OO
En 1778.
Taxe ſur le Loyer des Maiſons . 2 64,ooo
Droit additionnel ſur les Vins . . 72,ooo
--
33 6,coo
En 1779.
Taxe ſur les taxes, ſavoir : une ſur
charge additionnelle de cinq rour
cent ſur les Droits de Douane & ',
d'Acciſe . .. . . . .. . . 3 14,cco
Une Taxe ſur les Chevaux de Poſte I 64,ooo
- 473,Coo
En 178o.
Taxe additionnelle ſur la Drêche . ;1e,oco
Droit additionnel ſur les Ietits Vins
4"
( 1 1c )
de groſeille, framboiſe, &c. faits
dans la Grande-Bretagne . . . zo,617
Sur les Liqueurs diſtillées dans le
Royaume . ' . .. • . . - 4,5 57
Sur l'Eau-de vie . . . . . . 3 5,3 IO
Sur le Rum . . . . . - . 7o,958
Second droit additionnel ſur les Vins 72,ooG>
Droit additionnel ſur l'Exportation
du Charbon . . . . . . I2,839
Cinq pour cent additionnels ſur les
Taxes ci-deſſus . . . . . 46, I 39
Droit additionnel ſur le Sel . . 69,ooo
Droits addi ionnels ſur le Timbre 5 I,ooo
Droit ſur les Permiſſions de vendre -
du Thé . . . .. • • • . 9, 185
^,- -
7o1,6o5
En 1781.
Cinq pour cent ſur l'Acciſe, excepté
la Drêche, le Savon, les Chan
delles & les Peaux . . . . 15e,ooo
Eſcompte des Douanes . . . . 167,ooo
Sur le Tabac, 7 farthings par livre,
(environ 3 ſous & demi tournois) 6 I,co9
Sur le Sucre, un demi ſou par livre,
( environ 1 ſ tournois). . . . 3z6,ooo
7o4,ooc3
II a été impoſé depuis ſur le papier
& les Almanachs . . . . . 1 Ic,ooo
-g
Total . . . . - . 2,644,6o5
La Dette nationale étoit exactement, le 5 Juillet
178 r, de 177, lo6,ooo liv. ſterl. L'intérêt annuel
prélevé ſur le Public eſt de 6,812,cco liv. ſterl.
- Fel eſt l'état de la Dette fondée & des Taxes
( I1 I )
impoſées pour payer l'intérêt dû aux Créanciers
publics. La Dette non-fondée peut être computée
comme ci-après.
Dette de la Marine au premier Jan
vier 1782 , à environ . . . 9,ooo,oca
Dépenſes extraordinaires de l'Armée 3,occ,ooo
Vote de crédit de la dernière Seſſion 1,ooo,ooo
Dette dc l'Artillerie . . . . . I,ooo,oOO
Sommes à voter pour l'Extraordi
naire de la Marine . . . .. 1,oco,ooo
Billets de l'Echiquier en circulation,
environ . . . . . . - . 4,OCO,OOQ
Emprunts faits à la Banque d'Angle
tCIrc . .. • • • • • • • 2,COO,OO€º
-
2 I,ooo,ooo»
En ſuppoſant, lorſqu'on fera les fonds
néceſſaires pour fonder cette ſomme,
que l'emprunt ou le marché qui ſe
fera avec le Publie ſoit négocié
comme il l'a été pendant les deux
ou trois dernières années à 5 &
demi pour cent, l'intérêt annuel à
payer pour 2 1 millions, ſera de - 1,155,ooe
--
Récapitulation. »4
Principal fondé le 5 Juillet 1781 . .. 177,2c6,coo
Principal non fondé le premier Jan
vier 1782 . . . .. • • • 21,ooo,ooo
--
Total de la dette Nationale au ſuſdit
dernier jour . . . . .. . .. 198,2o6,ooº
•--*
Intérêt payé pour lequel on avoit fait
des proviſions par des taxes le 5
Juillet 1781 , . . . .. . 6,889,°°°
Intérêts à payer pour les dettes non
( 1 12 )
fondées, dues le 1er Janvier 1782 . I, I 5 5,oco
* - -
-- Total des intérêts . . . 8,o44,oco
-
Ainſi le premier Janvier 1782, la dette nationale,
fondée ou non fond e, doit avoir été de 198,2o6,ooo
livres ſterl. , & l'intérêt de 8,o44.ooo liv. ; ce qui
eſt près du double de ce que le ºublic payoit en
taxes avant que la guerre actuelle n'eût éclaté ;
l'intérét a"nuel au premier Janvier 1776 , étant de
4,3 oo,oº9 livres ſterl. envi on. -
Dans cette poſition, il eſt naturel de faire
des voeux pour la paix ; ils ſont généraux
parmi les gcns ſages , on ſait que les né
gociations continuent , mais on ignore où
elles en ſont. Il paroît qu'on eſt convenu
à peu près de ſes faits avec l'Amérique
d'abord , enſuite avec la France , il eſt à
préſent queſtien de s'arranger avec l Eſpa
gne , la négoci tion eſt entamée ; & dès
que les Couriers qui ont été expédiés à
M dri l ſeront de retour , elie touchera
vraiſ mblablement à ſa fin ; alors nous ver
rons pºut être arriver un Miniſtre Hollan- .
doi°. ºr :
· Nos papiers continuent de ſe livrer à des
conjectures à perte de vue ſur les conditions
du traité de paix , mais ils n'en ſont pas plus
2V2 ſl CCS, · · · · · · · · · · · · -
22 On ne peut, di ent-iſs, remarquer ſans ſur
# en liſant de ſang froi l les derniers débats
e la Chambre des Communes, la conduite très
différente des mêmes hommes en place & hcrs
de p'ace. Ceux qui, d4ns le tems où ils étoient
rangés dans le parti de l'Oppoſition, faiſoient ſans
( 1 13 )
-X
ceſſe des queſtions tendantes à extorquer les ſecrets
du Gouvernement & à les faire connoître aux en
remis, ne ſont pas plutôt aſſis au timon de l'Etat,
qu'ils prennent de l'humeur toutes les f is qu'on
les interroge avec candeur ſur des cbjets qui prê
tent aux ſpéculations & a la cenſure publique : on
ne peut rien en arracher ; & la Nation, qu'ils di
ſoient qu'il falloit inſtruire, leur paroît maintenant
devoir ignorer tout ce qui ſe patie, & les choſes
qui l'intéreſſent le plus. Ils ſe taiſent ſur les con
ditions de paix dont ils auroient pu cependant
donner une idée, parce q 'elles ne ſemblent pas
être de la nature des projets d'expéditions mili
taires dont le ſecret ſeul aſſure le ſuccès «.
Ceux de nos politiques qui croient que
la ceſſion de Gibraltar eſt un des ar,icles en
négociation , & qui, quoiqu'il ait l'aveu du
Lord Shelburne, ſouffre des difficultés dans
· le Conſeil , ſe ſont empreſlés d'inſérer dans
le Général Advertiſer les co ſidérations ſui
vantes ſur l'abandon de cette Place, qu'ils
regardent comme très-indifférente pour la
Grande-Bretagne.
» Quelque fondé qu'on ſoit à combattre les pré
jugés qu'une Nation entière a embraſſés, nous ne
parvenons guères à les extirper. Le vulgaire eſt ſou
vent plus attaché aux noms qu'aux choſes, & re
nonce difficilement aux erreurs que lui dicte l'igno
rance. Gibraltar eſt peut être un de ces noms qui em
portent avec eux plus de cette infiuence magique
attachée aux noms. A quoi pourroit-on at ribuer
d'ailleurs l'idée générale que l'Eſpagne paroît
avoir conçue de l'importance dont eſt pour elle la
reſtitution de Gibraltar ? Eſt-ce parce qu'on l'ap
pelle ordinairement la clef de la Méditerranée ?
Mais à quoi bon garder la clef d'un coffre vuide ?
-=T-..
( 114 )
Ét de quel avantage nous eſt cette clef, ſi toutes les
Nations de l'Europe peuvent en ouvrir la ſerrure &
s'en procurer l'entrée. Dernièrement les François,
Danois , S :édois , Pruſſiens , Ruſſes & Portugais
n'ont ils pas paſſé & repaſſé comme ils ont voulu
dans cette Mer ſi bien gardée, & dont les côtes ne
ſont habitées que des Princes peu puiſſans de peti
tes Républiques & des Pira es barbares. Lorſque
nos Poſſeſſeurs de terre ſauront que pour conſerver
ce rocher aride avec Minorque , nous employons
la moitié de la taxe de la terre, ils voudront, ſans
doute balancer les avantages que nous pouvons re
tier de l'énorme dépenſe d'un million ſterling que
nous y faiſons chaque année. Il eſt cependant prouvé
que les bâtimens marchands que nous y avons en
voyés pour commercer n'ont jamais valu , même
avec leur cargaiſon, un million ſte lit g, & nous
aurions pu faire ce même commerce ſans avoir
Gibraltar. Voici à la vérité une objection un peu
ſpécieuſe qu'on peut faire pour ſoutenir la néceſſité .
de conſerver cette Fortereſſe, c'eſt qu'elle nous a
ſervi à occuper pendant tiois ans toutes les forces
Eſpagnoles. Mais d'un autre côté, ſur 8o mille
hommes de troupes que le Roi d'Eſpagne emploie
en tems de paix, convenons qu'il y en a eu 3o mille
bien exercés & diſciplinés à ce ſiége qui valent au
jourd'hui des vétérans, & à qui on peut faire atta
quer avec ſuccès nos autres Poſſeſſions, & ſi la guerre
continue, nous pourrions payer bien cher l'argent
que nous avons fait dépenſer en cette occaſion à
S. M. C. Quoiqu'il en ſoit, il eſt toujours vrai que
nous prodiguons des millions pour garder quelques
arpens qui ne peuvent nourrir que des ſinges & des
porc épis, Georges II ne demandoit pas mieux que
de l'abandonner à l'Eſpagne, mais de mauvais con
ſeils l'en ont empêché. Sans cela il ſavoit très-bien
que Gibraltar étoit le lien ſecret du Pacte de famille
( 115 )
& qu'il ſeroit éternellement un ſujet de querelle
entre l'Eſpagne & la Grande-Bretagne. Rien n'eſt
cependant plus ruineux pour nous qu'une guerre
avec l'Eſpagne. Nous devrions être ſes Alliés natu
rels pour le commerce ; nos intérêts devroient être
unis. Pui que c'eſt ainſi, cédons Gibraltar, faiſons
ceſſer toute diſcorde ; que l'orgueil national diſpa
roiſſe devant la politique; ne faiſons pas les Don-Qui
chote, & croyons enfin que ce caſque de Mambrin
n'eſt qu'un vrai baſſin de Barbier. Depuis vingt ans
nous ne faiſons que très-peu de commerce par la
Méditerranée. Ce n'eſt qu'un peu de poiſſon , &
pour peut être 1oo mille livres ſterling de marchan
· diſes que nous tirons de la foire de Salerne. Le
commerce du Levant n'en a plus que le nom. La
Compagnie de Turquie eſt trop peu de choſe pour
la citer. Il eſt certain que Gibraltar nous a déja oc
caſionné trois g erres avec l'Eſpagne, & que depuis
la ſucceſſion d'Hanovre nous n'aurions pas eu de
guerre avec cette Couronne. On dit que la Cour
d'Eſpagne rous a offert une Iſle en échange pour
Gibraltar. Il y auroit de la folie de notre pait de ne
pas l'accepter, d'autant que le Roi & ſes Miniſtres
penchent pour cet échange ; ce ſeroit pour nous une
précieuſe acquiſition, puiſque nous nous plaignons
de ne pas avoir aſſez d'Ifles dans l'Amérique. En
effet, ſi la partie la plus fertile de la Jamaïque eſt
' cultivée, d'un autre côté les Barbades ſont bien
épu ſées,
Il paroît en effet que la Nation comººce
à attacher moins d importance à la P9 eſtion
de Gibraltar, & ce changemen, dans ſes
i'ées peut être venu de Pinlifféreº ººe
montre, dit-on, aujourd'hui l E †
ſa reſtirution. Si en effet elle ne èa§
plus elle ne doit pas embarraſſer * -
( I I 6 )- -
ment le Cabinet qui voudroit ſans doute ra--
voir Minorque , & qui n'a rien à propoſer
en échange à cette Puiſſance. La difficulté
de ſoutenir la guerre eſt une raiſon natu
relle de deſirer la paix , & ſi pluſieurs de
nos papiers , tentent de raſſurer la Nation
ſur l'éloignement de celle - ci, il y en a
d'autres qui lui préſentent un tableau plus
vrai de ſa ſituation.
On diſoit dernièrement que ſi le Traité entre
la France & la G. B. ne ſe conclud pas, le
Gouvernement eft réſolu de déclarer la guerre avec
les formalités ordinaires, & cela afin d'être en droit
de faire valoir nos alliances. Mais quelles ſont les
alliances que nous pourrions reclamer ? Le Traité
que nous avons avec la Ruſiie , n'eſt ni offenſif .
ni défenſif; il ne concerne que le commerce. Le -
Danemarck ne peut nous être bon à rien , depuis
le trai é de neutralité. Les Traités que nous avions
-
avec la Pruſſe , n'exiſtent plus. La S ,ède eſt l'al'iée-
naturelle de la France. Naples appartient à une bran- -
che de la maiſon de Bourbon. Le Roi de Sardaigne |
ſeroit bien notre ami , mais à quoi peut il nous
être bon, puiſqu'il n'a point de fiotte ? Les autres
Etats d'Italie n'ont aucun rapport avec nous. La
Pologne eſt hors d'état de nous aider , ne pouvant !
pas ſe ſoutenir elle même ; l'Empereur n'eſt pas
notre allié : les Turcs ſont menacés d'une attaque
ſérieuſe de la part des Puiſſances combinées de
l'Autriche & de la Ruſſie. Nous n'avons de traité
avec aucun des Electorats , à l'exception de celui -
d'Hanovre, Le Portugal , malgré le bien qu'il nous
veut, obſerve une ſtricte neutralité. — Il ne nous
reſte donc d'alliés que le Landgrave de Heſſe , le
Margrave d'Anſpaeh, & le Duc de Brunſvick. Mais
ce n'eſt pas avec des traités que nous obtiendrons . |
· ( 1 17 ) •
: Au ſecours ; toute notre cérémonie de publication
· de guerie n'y fera rien. Il leur faut de bon effets
- de la banque. Pour ce qui eſt de nos anciens amis,
les Hollandois, au lieu de ſecours , nous ne devons
attendre d eux que reſſent mei t & vengeance.
Les incertitudes où nous ſommes encore
ne ſe diſſiperont guère avant la rentrée du
Parlement , ſi la paix n eſt pas conclue à
cette époque, il eſt à crain re que la carn
- pagne prochaine n'ait lieu. On parle tou
jours de la diſſolution prochaine du Parle
ment auſſi-tôt que l'affaire des ſubſides ſera
| arrangée ; & on s'attend enſuite à bien des
· changemens , dans l'Adminiſtration.
» Le Gouvernement eit , dit - on , porté à diſ
ſoudre le Parlement , par deux raiſons également
déterminantes. La première eſt la longueur du tems
néceſſaire pour terminer les négociations relatives à
la paix , qui pourroit être encore a rêtée par de .
- nouvelles enquêtes ; la ſeconde , c'eſt que le parti
du Lord North, & du Duc de Bedford ſont trop forts
pour que le Miniſtère actuel puiſſe lui réſiſter. Il y a
· trois partis dans la Chambre des Communes ; 1°.
celui du Lord Shelburne ; 2°. celui du Lord North,
| ſous les drapeaux duquel s'enrôle le parti de Bed
· ford ; 3°. celui de M. Fox ; ce dernier a perdu
preſque toute ſon influence , par la conduite diſ
parate de ſon chef & celle de ſon fidèle Achate, M.
Shelburne : l'un & l'autre ne peuvent pardonner au
Lord Shelburne de les avoir fait ſes dupes. Le Lord
| North a ſoutenu jnſqu'à préſent l'Adminiſtration
actuelle, & il eſt clair qu'il peut faire pencher la
balance du côté qu'il lui plaît ; on ne doit donc
pas douter qu'il n'épie l'occaſion favorable pour
· rentrer dans le Miniſtère, quoiqº'il affecte de mé
priſer les brigues, & les profits attachés à la place
d'un Miniſtre cr.
( 1 18 ) :
Au moment où l'on parle de la diſſolution
prochaine du Parlement, on peut obſerver
que jamais il n'y a eu un plus grand nombre
d'affaires importantes à ſoumettre à ſes dé
libérations. Paix, famine, indépendance pour
l'Irlande , indépendance pour l'Amérique ,
réformes de toute eſpèce , économie publi
que , proviſions à raſſembler; tant d'objets
ſi ſérieux ne ſe ſont jamais trouvés à trai
ter enſemble dans aucune époque de l'Hiſ
toire Britannique.
Ce qui n'ajoute pas peu à nos embarras,
c'eſt que les habitans de la partie ſeptentrio
nale du pays de Galles , viennent de ſe ſou
lever àl'occaſion de la cherté du pain, & que
le Gouvernement a été obligé de faire mar
cher des troupes pour appaiſer la révolte.
On débitoit, il y a quelques jours , que
le Gouvernement avoit des raiſons auſſi ex
traordinaires que chagrinantes pour cacher
au public l'arrivée de la Ville de Paris &
du Glorieux aux Iſles du Cap verd; on ne
conçoit pas trop quelles pourroient être ſes
raiſons. On aſſuroit hier que 5 vaiſſeaux
avoient dû partir de Spithéad , pour proté
ger le retour de ces deux priſes dans nos
ports; & cependant il eſt certain que le Mi
niſtère n'a reçu aucune nouvelle relative à
ces vaiſſeaux , dont la perte ne ſemble plus
être aujourd'hui douteuſe. -
» Une perſonne arrivée de Portſmouth hier,
diſent pluſieurs de nos papiers, aſſure que l'embar
quement des troupes s'y fait avec beaucoup de célé
( 1 19 )
-
rité, & que le Lord Keppel y étoit attends pour
preſſer le départ de l'eſcadre ; le Commodore Elliot
qui en prend le commandement, a ordre de tout
diſ oſer pour mettre à la voile le plutôt poſſible.
Il ſe rend aux Iſles avec 6 vaiſſeaux de ligne, & doit
monter la Quéen c*.
» La Compagnie des Indes a reçu hier ordre de
préparer ſes dépêches & ſes papiers, parce qu'il a
été nommé un convoi pour ſa flotte qui doit partir
inceſſamment après celui qui va aux Iſles. — Elle
attend dans le courant de ce mois, 8 vaiſſeaux de
l'Inde qui arrivent ſous une forte eſcorte «.
» La flotte pour la côte d'Afrique, ſortie de Portſ
mouth le premier de ce mois, eſt compoſée du
Rotterdam de 54, de la Sibylle de 1 6, & des vaiſ
ſeaux munitionnaires le Hornet & le Jane, pour
1e compte du Gouvernement , ainfi que de quatre
vaiſſeaux pour le compte de la Compagnie d'Afrique.
4oo recrues ſont embarquées pour renforcer les
Etabliſſemens Anglois à Gorée & à Cape-Corfe
Caſtle. Les vaiſſeaux munitionnaires ſont chargés
de l'artillerie & des autres munitions qu'on fait
paſſer tous les ans ſur cette côte. Le Rotterdam &
la Sibylle, iront enſuite joindre l'Amiral Pigot aux .
Iſles ce.
» Notre poſition dans l'Inde eſt fâcheuſe ; la
France a lieu de s'y promettre de grands ſuccès,
attendu la ſupériorité des forces qu'elle y a envoyées ;
peut-être devons-nous nous hâter de faire la paix ,
avant qu'elle en reçoive des nouvelles qui pourroient
lui faire porter plus haut ſes prétentions «.
» Si on accorde à cette Puiſſance les demandes
qu'elle eſt en droit de faire dans l'Inde , il eſt à
craindre que nos poſſeſſions & notre commerce n'y
ſoient à ſa diſcrétion, ou qu'elle n'ait du moins la
liberté de les inquiéter toutes les fois qu'elle le jugera
à Propos. L'empire que nous y poſſédons & qui nous
- ( 12o ) " -
| donne l'eſpérance de nous dédommager de celui que
· nous perdons en Amérique, mérite aſſurément d'étre
conſervé c*.
, Les vols ont été ſi multipliés depuis quel
que tems qu il ſeroit impoſiible d'en faire
l énumé ation. Quatre perſonnes depuis 8
jours ont été aſſaſſinées. Il y a actuellement
dans les priſons de New-Gate plus de 3oo
priſonniers, dont : 1 ſont condamnés à mort,
3o ont eu un ſurſis, 7o attendent qu'on les
tranſporte en Afrique , & tous les autres doi
vent être bientôt jugés pour leurs crimes reſ
pectifs.
Il y a quelques jours , écrit-on de Dublin, qu'un
homme vint chez un Marchand de cette ville , &
il lui dit qu'il arrivoit de la campagne, où il avoit
vu pluſieurs de ſes amis qu'il lui nomma, ſur quoi
le Marchand le retint à diner , au ſortir duquel
l'Etranger lui dit qu'il avoit donné rendez-vous hors
de la ville, à quelqu'un de ſa connoiſſance qui devoit
s'y trouver le ſcir même, & il preſſa le Marchand
de l'accompagner à ce rendez-vous. Le Marchand
y ayant conſenti, lorſqu'ils furent dans un endroit
de cette route fort écarté, l'Etranger l'attaqua ſubi
tement, & l'ayant volé, il le blefla d'un coup de
, piſtolet dans la tête, & le laiſſa pour mort. Auſſi-tôt
. après le ſcélérat courut à la ville, & vint trouver
· la femme de ce Marchand, à qui il dit qu'étant
avec ſon mari, ils avoient été attaqués par une
: troupe de coquins, & que ſon mari avoit été aſſaſſiné
- par eux. Sur quoi la jeune femme courut pour aller
· au ſecours de ſon mari & lui laiſſa comme à un
vrai amt de la famille, le ſoin de la maiſon & d'un
enfant quelle nourriſſoit ; & pendant ſon abſence ,
t le coquin ne manqua pas de voler tout l'argent &
les effets qu'il put emporter. On croit que le mari
Ju'en
Supplément aux Nouvelles de Londres , le Samedi
18 Janvier 1783.
LA réponſe définitive de notre Cour, rciativement à la Taix ,
été ſignée hier au ſoir. Les Préliminaires le ſeront à Verſailles ; .
on préſume, avec fondement , que le Parleiuent ſcra informé d
toutes ces nouvelles agréables le 2 1 , jour de ſi rentrée. On dit qu'i
y aura inceſſamment un Armiſtice, dans lequel ſeront compris les
États-Généraux des Pays-Bas, & les États-Unis de l'Amérique
Septentrionale. Quant aux conditions de la Paix, il faut attendre
pour avoir des notions certaines, l'ouverture des débats Parlemen
taires ; jamais ils n'auront roulé ſur des objets plus importans
M. Pitt doit faire ſa Motion ſur la repréſentation du Peuple at
Parlement.
Le Lord Beauchamp propoſera d'établir ſolidement la conſtitution
de l'Irlande par une renonciation ſolemnelle de la ſuprématie , au
lieu d'une fimple révocation de l'acte déclatatoire.
Le Lord Avocat d'Écoſſe préſentera ſon réglement pour fixer la
conſtitution de nos territoires dans l'Inde. Il pourſuivra auſſi les dé
iinquans contre leſquels il y a des procédures entamees.
M. Fox demandera le rétabliſſement du bill de mariage.
M. Pitt fera une Enquête ſur l'état de la dette nationale, qui
ſe monte aujourd'hui à près de cinq milliards de livres tournois ,
dont près de trois ſont à la charge de la Guerre ; & il ſuggé
rera des projets au moyen deſquels on pourra établir un cours
régulier de rembourſemens pour parvenir à l'extinction de cette
dette énorme. Enfin, les Officiers des différens départemens con
tinueront leur examen ſur les Subſides, les voies , les moyens &
les nouveaux emprunts que nous ſerons obligés de faire pour ſolder
cette guerre ruineuſe, dont toute la Nation voit arriver la fin avec
joie. -
Le 16 au matin, la Frégate de S. M. le Charles- Taivn , a mouillé !
Spithéad. Ce Bâtiment arrive de New Yorck avec de nouvelles Dé
pêches du Chevalier Guy Carleton, & du Contre-Amiral Digby , qui
annoncent la priſe d'une ſuperbe Frégate Américaine , nººººº la
South Carolina, commandée par le Capitaine Jognº º. Vaiſſeau a
été conſtruit en Hollande, & ſe nommoit autreſºº l' Indien.
(Samedi 25 Janvier 1783 . ) ".
De Portsmouth, le 17 Jana ier.
L'Eliſabeth, de 74; le Grafton, de 74; l' Europe, de 74; l'Iphigé
nie, de 32 ; & le Slccp le Swallow, ont appareillé hier pour l'Inde.
Ce matin, le Portland, de 5o, & le Phaéton, de 32, ont pareille
ment mis à la voile.
La Frégate le Mirmidon a mouillé à Sainte - Hélène avec les tranſ
ports deſtinés pour les Iſles de l'Amérique.
Le Commºdore Elliot a fait ſignal ce matin de déſaffourcher ;
toute ſon Eſcadre eſt à Sainte-Hélène : elle eſt compcſée de cinq
Vaiſſeaux de Ligne, d'une Frégate & de deux Brûlots.
De Verſailles , le 22 Janvier 1783.
Lundi 2o de ce mois, les Préliminaires de la Paix entre le Roi
& le Roi de la Grande-Bretagne, & ceux de la Paix entre le Rci
d'Eſpagne & Sa Majeſté Britannique, ont été fignés ici. Les ratifica
tions doivent être échangées dans l'eſpace d'un mois. Les Provinces
Unies des Pays-Bas ont été compriſes dans l'Armiſtice qui doit être la
ſuite de ces Préliminaires, & dont les différentes époques commen
ceront du jour où les actes de ratification ſeront échangés. Les États
Unis de l'Amérique ſeptentrionale ont accédé audit Armiſtice par
des déclarations réciproques entre le Miniſtre Plénipotentiaire d'An
gleterre & les Miniſtres Plénipotentiaires chargés de leurs pouvoirs ;
& il aura lieu entre les Anglois & les Américains du même jour où
il commencera entre les autres Puiſſances Belligérantes.
M. Fitz-Herbert, Miniſtre Plénipotentiaire de Sa Majeſté Britar4
nique, a eu le 21 ſa première audience du Roi, dans laquelle il a
· remis à Sa Majeſté ſes lettres de créance. -
( 12 1 )
n'en reviendra pas, de ſorte que cette malheureuſe
femme perdra à la fois ſon mari & tout ce qu'elle
poſſédoit.
L'extrait ſuivant des obſervations du Doc
teur Heberden ſur la nature & les effets de
l'eau , méritent toute l'attention des naviga
tCllIS.
» Quelque long-tems qu'on conſerve l'eau de
ſource, elle ne ſe gâte jamais, parce que quoique
chargée de beaucoup de particules étrangères, elle
n'a aucune ou très-peu de portions de la nature végé
tale ou animale. Les Matelots devroient dºnc bien
obſerver de ne pas prendre, comme ils font ordi
nairement, d'eau de rivière près de grandes villes,
qu'ils conſervent enſuite dans des vaiſſeaux de bois,
car cette eau ſe corrompt enſuite très-promptement,
d'où il en réſulte des maladies putrides très-dange
reuſes. L'eau de ſource eſt au contraire très-pré
fé: able. Si on la garde dans des bouteilles de pierre
ou de terre, ou même dans des jarres de terre,
quand ils feroient faire le tour du monde à cette
eau, eile reſtera toujours auſſi bonne qu'elle l'étoit
le jour qu'ils l'ont puiſée.
F R A N C E.
| De VE R s A I L L E s , le 14 Janvier.
L E 6 de ce mois , à 7 heures du matin ,
Madame la Comteſſe d'Artois eſt heureuſe
ment accouchée d'une Princeſſe , que le
Roi a nommée Mademoiſelle d'Angoulême.
Cette Princeſſe a été ondoyée par l'Evêque
de Termes, premier Aumônier de Mgr. le
Comte d'Artois , aſſiſté du Vicaire de la
Paroiſſe.
Le 7, le Prince Doria Pamphili, Nonce
i 5 Janvier I733, f
( 1 22 )
extraordinaire du Pape , préſenta à S. M.
les langes bénis par le Pape pour Monſei
gneur le Dauphin. Ces langes ſont de la
plus grande magnificence , tant par leur
nombre, que par la richeſſe & le goût de
l'ouvrage. Cette préſentation ſe fit avec l'ap
pareil ordinaire dans ces occaſions ; le Prince
de Vaudemont , Prince de la Maiſon de
Lorraine, M. de la Live de la Briffe , In
troducteur des Ambaſſadeurs , & M. de
Sequeville, Secrétaire ordinaire du Roi pour
la conduite des Ambaſſadeurs , allèrent à
Paris dans les carroſſes du Roi & de la
Reine prendre le Nonce dans ſon Hôtel ,
& le conduiſirent à Verſailles , où il eut une
audience publique de S. M.
Le Roi a diſpoſé du 3° régiment d'Etat
Major, en faveur du Comte des Eſcotais ,
Brigadier, & ci-devant Meſtre-de-Camp en
ſecond du régiment de Boulonnois, infante
rie; il a nommé à la place de Meſtre-de-Camp
Lieutenant - Commandant du régiment de .
Penthièvre , infanterie , le Comte de Par
daillan ; & à celle de Meſtre-de - Camp
Lieutenant en ſecond du même régiment le
Comte du Authier ; l'un & l'autre ont eu
l'honneur de faire leurs remerciemens au
Roi, à qui ils ont été préſentés par le Duc
de Penthièvre.
De PA R I S, le 14 Janvier.
ON parle toujours de la paix , ſelon le
- - A - /
bruit général, la ſignature ne peut en être
º,
( 1 : ; ) *s lle aura
4,
i
J[
#
-
le
on ſe flattº oujours Gº
lieu avaºº \e 2 1 , j9º auquel dºº ſe raſler
nt ſºritanniquº ! le tcms nous
§à cette époººº :
raſitout ſera termº
haine ; mais quand
- F
(loigntc 5
pas fait alors » !
cdeétcteiſéipoon.Lº lettres de Cadix poitent º
§ci de M. de Vialis oût
la flotte & le C
• / -
mouillé le , Décembr° dans la baie cnº
bon éta#:
§ § ftegate lº Précieuſe » écrit-on dº Toulon S
commandº par le Chevalier de Cypierrºº » Capt
§e de vaiº : & la corvctº la Poulette , Pº!
le Chevalicr de Cogelin » mirent à la voile lc !*
- ur ſe rendie à Cadix , elles
Décembre après midi ' º
ſcorte les trois gabartºº du Roi , la
§t ſous leºº
† le Rhône & la Durancº » air ſi quc 5
navircs de commercº ! ſur leſquels oº ! réparti les
ns déja annoncé lº prochain
§oupes doº nous avi°
le vaiſſeaº l'Heureux » de 74 ca
ut lancé à
§mbarquemº, .
- ſtruit dans º° port , v.
s avec le,P u9 and ſuccès
§imcº Suiſſe , qui
Ville, étant ort, cº reg,l-
- §alité de ſou
eſt en §niſon dans cº nnent * reconnu cº* jours dernict$ » , -
Colonc! ! " d'Ernelt , portcr l'avenir º° T,Cl Il
lui d' lach c*. /
• ^. envoYº de
Er
10\
eſt le quatº $ 2.
( 1 24 )
Toulon à Cadix ; & c'eſt le dernier qui
devoit partir de ce port pour cette deſti
nation. Ces troupes réunies au corps de M.
le Baron de Falkenhayn , & à celui que
conduit M. de Vialis , formeront, avec les
Eſpagnols qui les attendent à St - Domingue,
la plus grande armée qu'on ait jamais vue ſur
pied dans les Iſles.
Les dépêches de l'Inde que le Gouverne
ment attendoit , ſont enfin arrivées ; elles
ajoutent aux détails que nous avons déja
donnés d'après des lettres particulières , &
en rectifient pluſieurs ; nous allons placer
ici le précis qu'elles offrent des opérations
des eſcadres de S. M. -
» Lorſque les Angleis déclarèrent la guerre à la
Hollande , les premières vues du Roi portèrent
d'abord ſur la conſervation du Cap de Bonne-Eſpé
rance & fur celle de l'Iſle Ceylan. Pour aſſurer ces
deux établiſſemens importans, & préparer le ſuccès
des opérations que S. M. projettoit dans l'Ifle, Elle
fit partir, dès le mois de Janvier, une frégate pour
annoncer la guerre dans toutes ies poſſeſſions Hol
| landoiſes en Aſie , & pour fixer avec les divers
Gouvernemens des établiſſemens de la République
& de S. M., ainſi qu'avec le Commandant de l'eſ
cadre du Roi à l'Iſle de France , les opérations dont
elle préparoit les diſpoſitions en Europe. En conſé
quence, dès le 21 Mars 1781 , on fit pattir de Bref
deux fortes eſcadres &: deux convois chargés de
troupes, qui ne dûrent ſe ſéparer que vers Madère,
pour laiſſer les Anglois en ſuſpens ſur la partie où
le Roi vouloit porter ſes plus grands efforts, &
affurer, Par cette incertitude, une aſſez grande ſu -
-( 12 5 )
périorité en Amérique & # Aſſe, pour déterminer
ies révolutions qui devoient precurer l indépen
dance à ces deux vaſtes Pays. — Le départ de
l'eſcadre de Johnſtone des por,s d'Angleterie, avoit
précédé de peu de jours ceile que le Bailli de Sºffren
conduiſoit au Cap : on a sû la circonſtance ſingu
lière qui engagea une action à Praya, à laq'ielle on
a dû la conſervation du Cap. — Lorſque les deux
eſcadres de S. M. furent réunies & réparées à l'Iſle
de France, elies en pattirent le 7 Décembre 1781 ,
ſous les ordres du Comte d O: vcs, pour ſe rendre
à la côte de Coromandel. Le 22 Janvier 1782 , on
apperçut une voile ; le Général fit ſignal de chaſſe ;
le Héros, commandé par le Bailli de Suffren Saint
Tropez,joignit le bâtiment'de chaſſe & s'en empara ;
c'étoit le vaiſſeau Anglois l'Annibal, de 5o canons.
Le 3 de Février, le Comte d'Orves voyant dépérir
ſa ſanté, chargea le Bailli de Suffren du comman
dement de l'eſcadre. Le 4 , on fit une priſe venant
de Ganjam. Le 5 , on apperçut la terre & on fit plu
ſieurs priſes chargées de proviſions pour Madras,
Le Comte d'Orves mourut le 9. Le 14 , l'eſcadre
ſe trouvant en vue de Madras, mouilla à trois lieues
au nord de cette Place, pour ne pas la dépaſſer pen
dant la nuit. Au jour le Bailli de Suffren fit route
ſur l'eſcadre Atgloiſe qui étoit emboſſée très-près
de terre. Les calmes & la poſition des ennemis ne
Permettant pas de tenter une attaque avec quelque
apparence de ſuccè;, l'eſcad e du Roi mouilla à une
lieue de celle des Anglois. A une heure le Général
fit ſignal d'appareiller & dirigea ſa route ſur Pondi
chéry ; à 4 heures & demie l eſcadre Angloiſe mit
à la voile; au ſoleil couché on la releva au nord
n brl-oueſt, les vents étant à l'eſt-nord-eſt, le Bai li
de Suffren fit ſignal de marcher ſur deux colºnnes,
& de tenir le plis près pour ne pas tomber ſous !º vent. On s'apper; it au jour que la fotre étoit
f »2
· ( 126 )
ſépatée de l'eſcadre du Roi , & l'on ſignala en
même-tems onze bâtimens dans l'oueſt-ſud-oueſt ;
l'eſcadre du Roi ſe dirigea deſſus. On reconnut
bientôt que c'étoit l'eſcadre Angloiſe, dont quel
ques bâtimens détachés chaſſoient le convoi , &
s'étoient déja empatés de quelques navires : à cinq
heures & demie l'Amiral Anglois mit en panne, &
fit ſignal de 1alliement à ſon eſcadre. L'avant-garde
de l'eſca ire du Roi ſe trouvoit à deux lieues &
dem'e des ennemis, mais l'arrière-garde en étoit à
cinq lieues. On s'apperçut dans la nuit que les
en emis avoient pris les amures à babord ,
le Bailli de Suffren fit ranger ſon eſcadre à la
même route, au jour , il ſe trouva au vent
de l'arrière des enne mis ; mais la contrariété des
vents ne lui rermit d'engager le combat qu'à trois
heures & demie. Il fut obligé de le faire ceſſer à
ci q heures & demie, à cauſe de la brume, de la
pluie & du tems orageux, ſi extraordinaire dans
ces parages. Les ennemis en profitèrent pour s'éloigner.
Ces diverſes contrariétés ont arrêté une :
victoire qui aurcit dû décider du ſort de l'Inde.
L'eſcadre du Roi mouilla le 19 à Pondichéry. -
Le 1er de Mars , la Bellonne , commandée par
M. de Beaulieu , arriva à Pondichéry avec la cor
vette Angloiſe le Chaſſeur, de 18 canons de ſix,
dont el'e s'étoit emparée après un léger combat.
M. de Beaulieu a détruit dans ſa croiſière 1 5 gros
bâtimens chargés de vivres pour Madras, & a
repris un des bâtimens du convoi dont les ennemis
s'étoient emparés le 16 Février. — Le 1 1 Mars,
le Bailli de Suffren fit débarquer à Porto-Novo
les rroºpes & les munitions de guerre qui étoient
à bord des tranſports. Cete opération ayant été
terminée le 22 , l'eſcaire mit à la voile le 2.3
pour aller chercher les ennemis. — Le 8 Avril ,
le Capitaine du navire le Briſſac donna avis qu'il
( 127 )
avoit découvert 14 voiles faiſant route au N. N. E,
Le Bailli de Suffren fit auſſi-tôt le ſignal à l'eſcadre
de potter au Nord un quart Nord Eſt : les vents
étoient alors E. S. E. Le 9 on apperçut 14 bâti
mens dans le Nord : il fa:ſoit calme. A ſept heures
il s'eleva une biſe de Nord-Eſt : l'eſcadre Angloiſe
avcit les amures à babord ; l'eſcadre du Roi tint
la bordée oppoſée juſqu'à 1 1 heures, que le Gé
néral fit ſignal de former l'ordre de bataille, en
virant de bord ſur les ennemis : les Angleis con
tinuoient à tenir vent & prenoient la fuite. A cinq
eu es du ſoir, les meilleurs voiliers s'étoient con
ſidérablement rapprochés d'eux ; mais notre arrière
garde étoit très-éloignée. Le 1o, on continna la
chaſſe. La Fine prit un bâtiment venant de Trin
quemale, à bord duquel étcit M. Boydt, que le
Lord Macartney avcit envoyé en ambaſſade auprès
du Roi de Candie. Le 1 1 , l'eſcadre du Roi chnſ
ſoit toujours celle des ennemis, malgré les efferts
que l'Amiral Anglois faiſoit pour éviter le combat :
le Bailli de S ff en crut s'appercevoir que l'inten
tion de l'Amiral Hughes étoit de paſſer en avant
de l'eſcadre pour gagner Trinquemale, ce qui dé
termina ce Général à faire courir larg :e ſur la
route du S. S. E. - Le 12 , l'eſcadie Ang'oiſe,
qui avoit fait porter vent largue, reſtoit à trois
lieues dans le S. S. E. A ſept heures du matin ,
le Général fit ſignal à l'eſcadre de forcer de voiles
ſur l'ennemi, qui gouvernoit au S. O. & fuyoit
a toutes voiles vent arrière, A neuf heures , l'eſ
cadre Angloiſe, gênée par la terre, prit enfin le
Parti de combattre. Le Général fit ſignal de for
mer la ligne de combat ſur le même bord que
I'ennemi ; mais comme pluſieurs de nos vaiſſeaux
étoient très éloignés, elle ne fut formée qu'à midi
Peu de tems après, il fit ſignal à toute l'eſcadre
d'ariiver, & à l'arrière-garde de forcer de voilºº
f 4
( 128 )
:
Le Biſarre eut ordre d'attaquer par la hanche ſe
vaiſſeau de queue de la ligne ennemie , compoſée
de 1 1 vaiſleaux, & même de le doubler. A une
heure un † la tête de l'eſcadre ennemie com
mença le feu ſur le Vengeur, qui étoit le vaiſſeau
de tête de notre ligne, & ſur l'Artéſien , qui le
ſuivoit. A une heure 4o minutes, le Héros , monté
par le Général, ouvrit ſon feu à portée de mou -
queterie ſur i'Amiral Anglois. L'intention du Bailli
de Suffren étoit de reſter par le travers de l'Ami
fal ; mais les manoeuvres de ſon vaiſſeau ayant été
hachées, il le dépafſa malgré lui, & combattit à
demi portée de fuſil le vaiileau qui étoit en avant,
A deux heures quarante minutes, le vaiſſeau An
lois qui ſe trouvoit par le travers du Général ,
† démâté de ſon màt d'artimon & de ſon grand
mât. Le gréement & les manoeuvres du Héros
étoient dans un ſi pitoyable état, qu'il ne pouvoit
plus manoeuvrer. Le Bailli de Suffren combattit "
cependant encore contre les vaiſſeaux de l'avant
garde, juſqu'à ce que l'Orient & le Brillant le
joignirent & paſsèrent ſous le vent à lui. L'Amirat
Angle is arriva en même tems, & paſſa ſous le vent
du vaiſſeau démâté pour ſe réunir à ſon avanr
arde. A quatre heures, les Anglois ayant reviré,
e Général fit ſignal d'exécºter le même mou
vement ; il eſpéroit qu'on pour rcit s'emparer du
vaiſſeau démâté ; mais un vaiſſeau Anglois le re
morqua & le conduiſit dans ſa ligne avant qu'on eut
pu le joindre : après le revirement de bord, pluſieurs
vaiſſeaux combattoient encore. A 5 heures un quait
le Héros perdit ſon petit mât de hune; le Général
paſſa ſur l'Ajax qui ſe trouvoit très-près de lui. Il
continua à porter ſur les ennemis. A ſix heures, il
fit ſignal de ceſſer le combat. A ſept heures & demie,
l'Ajax toucha à pluſieurs repriſes; le Héros, l'Orient
& le Brillant qui étoient très-déſemparés, reſtoient
* - ( 129 ) - !
de l'arrière de l'eſcadre, ce qui engagea le Géaéral
à faire le ſignal de mouiller. Le Héros jetta ſon
ancre par ſix braſſes au milieu de l'eſcadre Angloiſe.
Le tems très-noir & pluvieux déroba aux ennemis
la poſition de ce vaiſſeau. M. de Moiſſac qui le com
mandoit , en l'abſence du Général , profi a d'un
inſtant favorable pour couper ſon cable, & venir
mouiller à côté de l'Ajax. La Fine qui avoit été
envoyée pour le remorquer , aborda le vaiſſeau
Anglois l'Iris de 5o canons, dont elle ſe ſépara
ſans combattre. Au jour, l'eſcadre du Roi ſe trouva
mouillée à deux tiers de lieue de l'eſcadre Angloiſe,
chacun s'occupart de ſon côté à réparer ſes dom
mages. — Le 17, l'eſcadre du Roi étant en état de
faire voile, le Bailli de Suffren appareilla & louvoya
juſqu'au 2o devant les ennemis qui reſtèrent em
boſſés, ſans faire aucun mouvement. Leur poſition
avantageuſe ne permit pas de les attaquer au mouil
lage. L'eſcadre du Roi fit route vers Batacolo, afin
d'aller prendre quelques rafraîchiſſemens & remettre
inceſſamment en mer, pour chercher l'eſcadre An
gloiſe ſi elle ſortoit de Trinquemale. — Le vaiſſeau
Anglois qui a été démâté dans le combat du 12
A vril, eſt le Monmouth, de 68 canons. — L'eſcadre
a pris, détruit ou coulé bas , plus de 5o bâtimens
chargés de vivres pour Madras. Les ennemis ſe ſont
emparés des navires le Lawriſton, chargé de muni
tions de guerre, & le Toſcan qui ſervoit d'hopital
à la ſuite de l'eſcadre. — 1 39 hommes ont été tués
pendant le combat du 12 Avril, & 3 64 bleſſés ; dans
le nombre des premiers, on compte le Vicomte de
Bourdeille, Lieutenant de Vaiſſeau; MM. de l'Anner
chienna & de Bielke, Officiers Suédois ; le Baron de
Rochemore & MM. de Coutlés, Enſeignes de vaiſ
ſeaux ; le Vaſſeur de Seligny, Officier auxiliaire, &
de Barance, Garde de la Marine. MM. de Cillart &
de Galles, Capitaines de vaiſſeau ; Paſtraſcourt &
f 5
( 1 ;o )
Gouler, Officiers auxiliaires, & d'Aigremont ,
Garde de la Marine, ont été b'eſſés. — Il réſulte de
:
ces deux combats, que le débarquement de l'avant
garde du Marquis de Buſly , a été effectué ſans
obſtacle, & qii'il aura aſſuré celui de l'armée de ce
Général. - Les troupes du Roi qui compoſoient
cette avant - garde, étoient attendues par 5ooo
Cipayes que Hyder-Ali-Kan avoit envoyés pour
favoriſer leur débarquement. L'armée Angloiſe étoit
ſortie de Madras pour s'y oppoſer; mais ayant été
attaquée ſur la route par le Nabab, clle fut obligée
de rentrer dans cet e ville. — M. Duchemin expédia
auſſi - tôt deux Officiers à Hyder-Ali-Kan, pour
l'informer de ſon arrivée à Porto.Novo, & con
certer leur jonction, — Ce Piince témoigna la plus
vive ſatisfaction de l'arrivée des troupes du Roi dans
l'Inde. Il offrit de les pourvoir de tout ce dont elles
pourroient avoir beſoin , & il détacha de ſon armée
un corps de Cipayes & pluſieurs mille Cavaliers de
ſon Cerkar, qu'il ſubordonna entièrement aux ordres
de M. Duchemin, qui y joignit 3ooo Cipayes qui
furent levés & complettés en peu de jours. M.
Duchemin marcha à Gaudelour dont il s'empara : il
ſe propoſ it de marcher avec ſes forces ſur Néga
patnam pour le ref rendre, afin d'ôter aux Anglois
- les reſſources en vivres qu'ils tiroient du Tanjaour,
& afin que du cap Comorin à Madras, il ne leur
reſtât pas un poſte ſur la côte de Coromandel. —
L'arrivée des troupes du Roi a empêché Hyder-Ali
Kan de faire ſa paix avec les Anglois, qui, pour l'y
engager, lui offroient la province de Maduré, & la
place forte de Trichenapaly, que ce Prince, depuis
long-tems, deſire de joindre à ſes poſſeſſions. On a
eu nouvelle que la Cour Maratte de Ponnah, qui
étoit au moment de céder aux inſtances & aux offres
avantageuſes que lui faiſoit le Conſeil ſuprême de
Calcutta, avoit rompu toute négociation avec lui.
ſi
( 1 3 1 )
Ces diſpoſitions de la # d'Hyder-Ali Kan & des
Maractes , auront certainement été confirmées &
miſes en action, par l'envoi de deux vaiſſeaux &
d'un corps de troupes que le Marquis de Buiſi a fait
| partir de l Iſle de France, avec un convoi qui a dû
arriver en Juillet à Ceylan, & par l'avis qu'il leur a
fait donner, dès le mois de Juin, de ſon arrivée
prochaine dans l'Inde, avec une réunion de forces
qui devoit leur promettre de grands ſuccès.
Selon des lettres de Breſt, le Protecteur
& le Marſeillois ont été à l'Iſle d'Aix, où
ils auront dû trouver un convoi, & lorſ
que celui qu'on prépare à l'Orient ſera prêt,
ces deux vaiſſeaux les conduiront aux Indes
orientales. -
» Le corſaire de Dunkerque le Fox, a envoyé le
3o du mois dernier à Cherbourg , le ſloop le
Diſpatch , de 4o tonneaux, chargé de pierres de
taille, & allant de Port-Land à Portſmouth, dont
il s'.ſt emparé le 29 du même mois. — Le 5 de
ce mois, il eſt arrivé à Calais 2 bâtimens Anglois,
dont l'un, le brigantin l'Apollon , de Sunderland,
de 3oo tonneaux, chargé de fer & de chanvre, a
été pris par le corſaire la Sophie ; & l'autre, le
Truelove , de Londres, de 35o tonreaux, venant
de la Jamaïque, avec un chargement de ſucre, de
tabac, de bois de campêche, & de cacao , a été
pris par le corſaire le Petit-ſans-peur «.
Nous avons annoncé dernièrement une
nouvelle édition des GEuvres complettes de
Plutarque, en 24 volumes; on nous ſaura
gré ſans doute d'en faire connoître une
autre projettée depuis long temps par M.
Baſtien , à qui l'on doit déja celles des
- f 6
( 1 3 2 )
Effais de Michel Montagne, de la Sageſſé
de Charrcn , & c, (1) Ces éditions ſont pºé
cieuſes par leur beauté , leur correction ,
l'attention avec laquelle on a fait diſparoître
toutes les fautes qui défiguroient les pré
cédentes, & ſur tout par le ſoin qu'ona porté
à rétablir le véritable texre dans toute ſon
exactitude & ſa pureté. Les GEuvres com
plettes de Plutarque méritoient les ſoins
de cet habile Editeur. Il avoit déja publié
un Proſpectus de cette belle entrepriſe ;
il vient d'en donner un ſecond pour annon
cer un changement qu'il a cru devoir faire
à la forme de ſa première ſouſcription ; il
ne lui a été dicté que par le deſir d'être
utile , & de faciliter l'acquiſition de ſon
édition , qui dans 16 vol. grand in 8°. &
in-4°. , contiendra les 1 3 de l'édition de
Vaſcoſan , imprimés en 1 567 & 1 574, &
le ſupplément qui fait le 14e. vol. Le pre
mier vol. qui eſt ſous preſſe ſera orné des
portraits de Plutarque & d'Amyot , con
tiendra la vie de ces deux illuſtres perſon
nages, & paroîtra à la fin du mois d'Avril pro
(1)Les Eſſais de Michel Montagne, grandin-8°", 3 vol.
papier d'Angoulême, coûtent , brochés, 5o liv. # grand in-8°.
papier d e Hollande , 6o. — In:4°. , papier d'Angoulême,
co; in-4°. , papier de Hollande, 1 o. - La Sageſſe de
Charron, grand in 8°., 1 vol., papier d'Angoulême , 15 liv.
Le même, papier de Hollande, 3o liv. Le même , in-4°. , pa
pier d'Angoulême, 3o , papier de Hollande , 5o. - Les
ðEuvres de Rabelais qui paroîtront dans deux mois, forme
ront 2 vol. in-8°. qui, en papier d'Angoulême , coûteront
24 liv. , en papier de Hollande , 48. Les mêmes , de format
in-48., papier d'Angoulême, 48 , & papier de Hollande, 96.
-
( 1 3 ; )
7
chain , & les autres volumes de 6 mois en
6 mois (1). ·
Le portrait de Madame la Ducheſſe de
Chartres , peint par M. Dupleſlis , a été
juſtement admiré au ſallon de 1773 ; le
public n'a pas été moins ſatisfait du mérite
de la peinture que du choix de l'inſtant
ſaiſi par M. Dupleſſis ; cet inſtant eſt bien
fait pour retraccr aux yeux de tous les époux
unis une ſéparation néceſſitée par le ſervice
de la Patrie. La Princeſſe eſt repréſentée
ſeule au bord de la mer , appuyée près
d'un rocher ſur lequel elle vient de tracer
avec un pinceau :
Vainement je veux lire.
A chaque mot. . .
Une rêverie inquiette, occaſionnée & en
tretenue par des vaiſſeaux vus dans le loin
tain lui ont fait tomber le livre des mains :
ce ſentiment a été très bien rendu par M.
(i) On payera, en ſouſcrivant pour l'in-8°., papier d'An
goulême , 7 liv. 1o ſ., & la même ſomme en recevant chaque
vol., à l'exception du dernier qui ſera délivré gratis. On ne
tirera que 55o exemplaires. Pour le même format, papier de
Hollande, dont on ne tirera que , o exemplaires, on donnera,
en ſouſcrivant , 15 liv., & ainſi de volume en volume juſ
qu'au dernier qu'on recevra gratis. Le prix eſt le même pour
le formatin-4°., papier d'Angoulême, dont il ne ſera tiré que
75 exemplaires ; pour le papier de Hollande , dont il n'y aura
que 25 , le prix ſera de 3o liv. & ainſi de ſuite. Ceux qui ont
ſouſcrit aux conditions du premier Proſpectus peuvent retirer
leurs fonds, en laiſſant ſeulement la ſomme déſignée pour les
différens papiers ou formats qu'ils ont choiſis, ou retirer les
volumes†qu'ils paroîtront ſans rien payer juſqu'à ce
que leur dépôt ſoit rempli. La ſouſcription eſt ouverte
chez M. Baſtien , Editeur , rue du Petit-Lyon , Fauxbourg
St-Germain , & ſera irrévocablement fermée à la fin de Ma**
prochain. - -
( 134 )
Henriquez , Graveur du Roi & de S. M.
l'Impératrice de toutes les Ruſſies , de l'Académie
de St-Pétersbourg, qui vient de
graver ce tableau intéreſſant, & il a traité
le reſte de l'Eſtampe avec autant de ſoin
· que d'effet (1 .
Les Artiſtes à qui l'on doit la ſuite intéreſſante
de gravures deſtinées à repréſenter les évèuemens
les plus mémorables de la guerre actuelle, viennent
de publi r la priſe de la Grenade. L'inſtant choiſi
eſt celui oü M. le Comte d'Eſtaing, maître, le 4
Juillet au point du jour, du morne de l'Hopital ,
pour répoadre à l'Officier qui venoit lui demander
à capituler de la part du Commandant Anglois,
tira ſa montre & lui donna une heure & demie
pour envoyer ſes propoſitions, qui ne furent pas
acceptées. L'attiſte a fait entrer dans ſa compo
ſition toutes les circonſtances les plus intéreſſantes.
On y voit un Officier ôtant ſon épaulette & l'at
tachant ſur l'épaule du brave Houradou, Sergent
des Grenadiers du régiment de Hainault, qui avoit
été embraſſé & fait Oſfieier par le Général, pour
avoir ſauvé la vie à M. de Vence, tandis qu'il
abaiſſoit le pavillon Anglois. Tous les détails de
cette Eſtampe ſont parfaitement choiſis & ſupé
rieurement exécutés. M. le Paon, Peintre du Prince
de Condé, en a exécuté le deſſin qu'a gravé M.
Godefroy , de l'Académie Impériale & Royale de
Vienne (2) cs.
(1) Cette Eſtampe qui forme un tableau , porte environ
2o pouces de largeur ſur 16 de hauteur, & ſe trouve chez
l'Auteur M. Henriquez , rue de la Vieille-Bouclerie, au coin
de la rue Mâcon ; le prix en eſt de 6 liv.
(2) Le prix de cette Eſtampe eſt de 1 liv. 16 ſ. comme les
précédentes , & ſe trouve chez M. Godefroy, rue des Francs
Bourgeois, Porte St Michel , & M. Ponce, rue Hyacinthe,
maiſon de M. de Bure. Celle-ci qui repréſente la priſe de Ta
bago , paroîtra inceſſamment,
-
( 135 )
On lit dans les Affiches de Dauphiné
l'article ſuivant.
» Le 9 Décembre, on a reſſenti à Vinai & dans
les vil'ages voiſins deux ſecouſſes violentes de trem
blement de terre. Vers les trois heures du matin,
· pluſieurs habitans furent éveillés par un bruit ſem
blable à celui d'un caron tiré de loin , & ſentirenr
trembler leurs lits & leurs appartemens, pendant
quelques ſecondes. Un demi-quart d'heure après,
le même bruit & la même ſecceſſe recommencè
rent, mais moins fortement. Dats quelques maiſons
on a en endu remuer les chaiſes, & tinter la vaiſ
ſelle. Chez un particulier la ccmmotion a été ſi vio
lente, qu'ayant fait tomber un chaudron qui étoit
ſur un buffet, les gens de la maiſon ptirent la fuite,
craignant d'être enſevelis ſous ſes ruines. Un char
retier qui ſe trouvoit alors ſur la grande route, à
un quart de lieue du bourg de Vinai, vit ſes chevaux
effrayés s'arrêter tout-à-coup, & demeura lui-même
immobile pendant un aſſez longtems ; il fut ſi ému
qu'arrivé au bourg, il fit lever les gens de la pre
mière maiſon qu'il rencontra, en demandant du ſe
cours, Il dit qu'il a entendu, au-deſſus de ſa tête, à
J'inſtant de cet évènement, un bruit pareil à celui de
pluſieurs chariots courants enſemble , & qui alloit
du nord au midi. Un habitant de Beaulieu qui ſe
trouvoit hcrs de chez lui dans ce moment-là, afſu1e
avoir pareillement diſtingué une ccmmotion vio
lente dans l'air, qui étoit calme & couvert ; & avoir
comme apperçu au-deſſus de lui des nuages plus
épais que les brouillards qui régnoient cette nuit, ſe
Porter du nord au midi avec la plus grande rapidité,
A la campagne , les chiens ſe ſont mis à aboyer ,
comme à l'approche d'un étranger qui les ſurprend.
Le même tremblement de terre s'eſt fait ſentir à
Bcaulieu, Teſche, Rolland, Quincivet, Lablach°»
- ( 1 36 ) . -
Charroi , I angier, & c. mais plus violemment dans
des e droits que da s d autres. On racente qu'il y
a environ vingt-cinq ans , que le 1 5 Septemb e,
entre onze heures & minuit , un ſemblable évène
ment arriva dans le voiſinage de Voiron, & qu'il fut
très-ſenſ ble auſſi aux Échelles, au Pont-de-Beau
voiſin, & dans les environs cc. -
Les lettres de Cherbourg contiennent
l'avis ſuivant , qui peut intéreſſer les Né
gocians & Armateurs de divers ports , &
c'eſt un titre pour lui donner de la publi
cité.
» Il a échoué un gros navire de 6 à 7oo ton
neaux ſur la côte du Rozel , Amirauté de Cher
bourg, à 5 lieues de cette ville, chargé de mâtures ,
chanvre, planches, fer, brai & goudron. Il n'a été
trouvé perſonne à bord de ce navire. On y a vu
ſur une planche deux cleſs en ſautoir & cette inſ
cription : Meuthinion, n. 3 , Sumenech St-Ane
incidit 3 1 Maii 1782. Ceux qui peuvent y être
intéreſſés ſont avertis afin qu'ils faiſcnt leurs diii
gcnces cr,
François de Duras, né le 19 Juillet 1697,
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de St-Louis , Chevalier de l'Ordre de St
Lazare , & ancien Chef de Brigade des
Gardes du Corps du Roi , eſt mort le 19
Décembre dernier à Marſillac en Bourbon
nois.
Le Marquis de la Treſne , Lieutenant
Général des Armées du Roi , eſt mort à
Bordeaux dans la 72e année de ſon âge.
Les numéros ſortis au tirage de la Lote
4
,
t 137 ) -
rie Royale de France, du 2 de ce mois,
ſont : 45 , 6 1 , 22 , 1 , 67.
De BRU X E L L E s , le 14 Janvier.
O N apprend de Lisbonne, que la f égnte
la N. D. de Lazareth, entra le 24 du mois
dernier dans ce port ; elle venoit de Rio
Janeiro, & a mis 9o jours à ſa traverſée ;
elle en a apporté les quintos ou revenus de
S. M., montant avec d'autres ſommes pour
Lisbonne, à 4 millions & demi de cruſades
en or , à une grande ſomme encore en piaſ
tres d'Eſpagne, ſans compter le produit des
mines de diamant. Les mêmes lettres con
firment l'arrivée dans le même port d'un
convoi de 18 bâtimens Anglois de Terre
neuve, qui y ont été eſcortés par la frégate
de leur Nation l'Eolus.
L'affaire de l'Enſeigne de Witte fait tou
jours beaucoup de bruit en Hollar de, &
on ne ſeroit pas étonné qu'elle finît par
faire ſupprimer tout-à-fait le haut Conſeil de
guerre ; pluſieurs Provinces s'élèvent déjà
contre ce Tribunal.
» Les Etats de Hºllande , lit- on dans une lettre
d'Amſterdam, ont réſolu de reprendre leurs déli
bérations ſur les uſurpations de la juriſdiction
militaire. Ies Juges ordinaires ort déjà porté des
plaintes contr'elle , & on ſe rappelle qu'elles ont été
très-fortes en 1772 , par la Cour de Hollande &
de Zélande. Ce Tribunal fit érigé par le défunt
Sadhouder en 1748, & il eſt à propos de remar
q er qu'il n'a jamais été autoriſé ni reconnu par
( 1 38 )
les Etats Souverains de #e Province particu
lière, ni même par les Etats Généraux qui ſont
le corps repréſentatif de l'union. Cependant ce
Tribunal, ainſi que les Conſeils de guerre de cha
que régiment particulier, ſe ſont depuis arrogé
le droit de juger non-ſeulement les délits ordi
naires commis par les militaires, mais même leurs
procès civils, ſur les queſtions les plus épineuſes
du droit Belgique ou Romain. Il en eſt réſulté
qu'en vertu de ce ſyſtême, déſavoué & proſcrit par
des loix expreſſes, les militaires depuis le Velt-Ma
réchal juſqu'aux moindres ſoldats , leurs femmes,
leurs enfans, leurs dcmeſtiques mêmes, ont été mis
abtolument hors de toure dépendance du pouvoir
civil, & forment ſous l'autorité du Stadhouder, qui
approuve ou caſſe les Sentences à volonté, un corps
diſtinct, ſéparé & indépendant au ſein de l'Etat «.
Les Etats-Généraux ont rendu un placard
contre les libelles diffamatoires en général ,
& en particulier contre celui qui a donné
lieu au Mémoire du Miniſtre de Pruſſe, &
qui eſt intitulé : Lettre ſur les vraies cauſes
de la décadence de l'Etat , trouvée entre
Utrecht & Amersford ; ils ont promis une
récompenſe de 14,ooo florins à celui qui en
découvrira l'Auteur ou l'Imprimeur, ou
tout autre qui y auroit trempé. Si le dé
nonciateur eſt lui - même complice de ce
libelle , il eſt par Jonné, dès à préſent, pour
tous les délits qu'il pourroit avoir commis
contre le Gouvernement ; il jouira de la
récompenſe promiſe, & ſon nom ſera tenu
ſecret. Si une pareille offre ne conduit pas
à la découverte , elle prouvera du moins
que les Etats Généraux n'ont rien négligé
pour y parvenir & ſatisfaire le Roi de Pruſle.
( 139 ) - A
Dans quelques Provinces on a pris les mê
mes meſures, qui ne diffèrent que dans la
valeur de la ſomme promiſe.
» La Province d'Utrecht, lit-on dans quelques
lettres, n'a pas été la dernière à publier un pareil
placard. Elle a donné par-la une nouvelle preuve
de ſon impartialité & de ſon indignation contre
les Ecrivains ſéditieux , comme elle en avcit
déja donné une dans la ſentence rendue relative
ment à l'affaire du papier p blic intitulé : la Poſte
du Bas-Rhin. Ce tricmphe du parti patriotique
dans cette occaſion, a été vu avec beaucoup de
ſatisfaction par les habitans d'Utrecht. Ils ont té
moigné leur joie par des 1éjouiſſances qui ſe ſont
paſſées de la manière la plus décente. On a eſſayé
· de les fai,e paſſer, dans quelques écrits périodiques,
comme une émeute ſemblable à celle qui a eu lieu à la
Haye.La Gazette Françoiſe de cette même ville, a co
pié même un article ſur ce ſujet, qui en donnoit cette
idée ; mais elle a eu ordre de le rétracter enſuite.
On ne doute plus que les Etats de Hollande qui
n'ont pas appris avec indifférence le refus qu'a fait
la Régence de Clèves d'arrêter, au mois pro
viſionnellement , les nommés Underhen & Ver
meulen, qu'on regarde comme les principaux a -
· teurs du tumulte du 6 Décembre, & qui ſe ſont
· décelés par leur fuite, n'en porte des plaintes au
Roi de Pruſſe. Ils obſervent que le refus d'un
| arrêt proviſionnel , ſous prétexte qu'on ne nom
moit pas le délit dont on les acc ſoit, peut être
regardé comme contraire à l'équité & à la bonne
intelligence qui devoit ſubſiſter entre deux voiſins
pour la meilleure exécuticn de la juſtice; & ils
eſpèrent que S. M. leur donnera non-ſealement
ſatifaétion en témoignant ſon mécontentement,
mais qu'elle voudra bien ordonner qu'on ne faſſe plus
échouer, par de pareils refus, les efforts de nos
Cours de Juſtice & des autres Celléges de judi
-
( 14o )
sature, pour arrêter dans leur fuite des ſujets
ſuſpects ce. º
Lorſque le Stadhouder remit aux Etats
Généraux le Mémoire dont il a été parlé ,
il annonça qu'il ſeroit ſuivi de Pièces juſti
ficatives , elles vieniient de paroître ; elles
, ſont diviſées ſous 8 Mémoires , dont nous
| allons indiquer le contenu. -
» Le premier eſt un Pré-avis des Colléges d'Ami
rauté, pour porter les forces nava'es de la Réju
blique à un pied reſpectable : il fut remis le 1o
Mars 1779, jour où S. A. S. propoſa qu'en même
tems les ferces de terre faſſert portées à 5o ou 6o
mille hommes. Les Colléges expoſent dans leur
mémoire, comment nos forces navales étoient cenſ
tituées dans les tems antérieurs , commençant par
l'année 1648, époque de la paix conclue avec l'Eſ
pagne ; tems où l'on étoit déja d'opinion , que durant
la paix méme , les forces navales devoient reſter
fixées à 6o vaiſſeaux ; ſavoir, 2o pour aller en
croiſière, 2o autres pour les eſcorter, & autant
pour reſter ſtationnés dans les ports. On fait en
ſuite mention des différens degrés cû les forces
navales de la République ſe ſont trouvées, ainſi
que du changement des chartres des vaiſſeaux ; l'Amiral
Tromp monta d'abord un vaiſſeau de 5o ,
Puis un de 6o canons, l'un & l'aotre les plus
grands de ſa fiotte; l'on donna enſuite au Vice-Ami
ral Waſſenaar un vaiſſeau de 74, & même dans
la deuxieme guerre avec l'Angleterre, on mit 72
vaiſſeaux en mer , dont 3 6 de 6o à 8o canons, &
le reſte de 4o à 6o; non compris 12 frégates,
yachts-d'avis , brûlots, &c. vaiſſeaux d'eſcorte &
l 8 autres gardés en réſerve. Après quoi on paſſe à
l'annnée 1685 , où l'on réſolut que la flotte natio
nale ſeroit compoſée de 96 vaiſſeaux, dont 2 o de
8o canons, 28 de 7o, 24 de 6o, & autant de 5o ;
& de 9o frégates de 42, de 36 de 28, de 14,
--- - - -
- - -- T
' 141 )
de 18 & de 16 canons. Ce paragraphe eſt terminé
par l'én mération des navires de guerre exiſtans dans
ladite année. On vient enſuite à la détermination
des forces navales, dont on auroit actuellement be
ſoin , & qui d'après l'avis du Lieutenart - Général
de Waſſenaar,du Vice-Amiral Hartſink, du Contre
Amiral Vis, devroient conſiſter en douze vaifleaux
de 7o canons , chacun pourvu d'un équipage de
5 5o hommes ; trente vaiſſeaux de 6o canons, avec
4 5o hommes chacun ; douze dito de 4o canons
de 1 3 dans une rangée, avec 27o hommes ; douze
dito de 36 canons , avec 33o hommes ; douze dito
de 2o canons, avec 1 5o hornmes ; quatre brû'ots,
chacun pourvus de 4o hommes ; ſix yachts-d'avis,
montés de 6o hommes chacun ; deux vaiſſeaux
d'hopital, avec 7o hommes, & enfin trois galiotes
à bombes , pourvues chacune de 5o hommes. De
tous ces vaiſſeaux, bien éq ipés & ſuffiſamment
pourvus de tout, on pourroit former trois eſcadres,
chacune de quatre vaiſſeaux de 7o & huit de 6o
canons, avec le nombre de frégates, de brûlots,
& c. , requis ; & pour une réſerve ou les convois,
ſix vaiſſeaux de 6o , douze dito de 5 e, ſix dito
de 4o, douze de 35 & autant de 2o canons. On
in lique après cela ce qui devroit être exécuté pour
protéger les embouchures de la République, de
même que les moyens à employer, ſoit pour la
conſtruction des navires, ſoit pour l'enrôlement
des équipages néceſſaires. On expoſe auſſi , les
frais requis pour ces différens objets , en ob
ſervart la différence énorme qui , à tous égards,
a lieu dans ces tems-ci, comparés au tems paſſé,
dans la conſtruction & l'équipement d'une flotte,
tant eu égard à la plus grande capacité de navires,
aux équipages plus nombreux qu'ils exigent, que
par rapport à la hauſſe du prix § bois , de toutes
les munitions navales quelconques & à l'augmenta
ticn des ſoldes. Après avoir tracé un tableau rapide
de ces divers objets, ainſi que de la décadence où
142 )
ſont tombés les différens Colléges d'Amirautés, il
eſt queſtion de la répartition des vaiſſeaux que de
vroient fournir ces mêmes Colléges, ou de l'éva
luation des frais néceſſaires pour cette opération -
Les numéros 2 , 3 & 4 contiennent des ordres, datés
de la Haye 24 Décembre, & adreſſés aux Capi
taines de Bruin , Satink & Volbergen , pour s'arrê
ter, dans l'attente de nouveaux ordres, à la rade du
Helvoetſluis. Des miſſives de la même nature aux
Capitaines Staring & Comte de Rechteren. Le nu
méro 5 , contient un ordre au Capitaine Berghuis,
daté la Haye , le 28 Décembre 178o, pour ne pas
mettre à la voile du Vlie, &c. le numéro 6, un
Avis, daté de la Haye, du 27 Décembre 178o, par
lequel S. A. S. prévient tous les Pilotes des barques
de Pêcheurs de Valardingen, de Marsſluis & au
tres de ce Pays, d'être ſur leurs gardes contre les
navires Britanniques , inſinuant en même-tems à
ces Pilotes, d'éviter tous les ports Anglois, de ſe
retirer avec la plus grande célérité en Hollande,
d'atteindre l'un de nos ports, ſoit le Texel , ſoit
Goedereede ou la Meuſe. Le numéro 7 eſt un
ordre au Capitaine Staring, commandant la frégate
l'Argo , en date du 3 1 Décembre 178o de la Haye,
& par lequel ce Capitaine eſt chargé de protéger,
autant qu'il eſt en lui , les vaiſſeaux ſtationnés au
Nieuwe-Diep, de faire tout ſon poſſible pour les
défendre ccntre une attaque ennemie, & en cas de
· beſoin , de former même une batterie des canons
à tirer pour cet effet de la frégate le Zephyr & des
bâtimens marchands ; enfin de reſter au Texel juſ
qu'à un ordre ultérieur. — Le numéro 8 eſt un or
dre général de S. A., daté auſſi de la Haye le 25 Dé
cembre 178o, à tous les Commandaes des vaiſſeaux
de la République, comme auſſi à tous les Patrons
de navires marchands, d'être ſur leurs gardes contre
les vaiſſeaux Anglois, de ſe mettre en sûreté de la
manière la plus praticable ce.
Selon les liſtes des naiſſances & des morts
( 143 ) -
d'Amſterdam , il y eſt mort dans le cours
de l'année dernière 8,445 perſ nnes , & par
conſéquent 2,444 de moins que l'année
178 1 , où le nombre des morts montoit à
1o,889. Il y a eu 1 1 33 mariages proclamés,
697 célébrés à l'Hôtel de Ville ; : 54 1 dans
les Eg'iſes Réformées , & 3c2 dans les Lu
thériennes. Le nombre des batêmes dans les
Egliſes montent en tout à 43 : 8.
PRÉcIs DEs GAzETTEs ANG L. du 5 Janvier.
Les affaires de ce pays ſont dans une ſitua
tioa preſque ſemblable à celle des aliiés lois du
traité de Gertruydenberg La négociation pour les
préliminaires a duré un hiver en ier. Les alliés,
énorgueil'is par des ſuccès inattendus, ne vouioient
point entendre à une ceſſation d'armes. M. Ménº 9,cr,
Miniſtre de France, étoit très-habile négociateur,
plein de zèle pour la gloire de ſon Roi. Toute la
différence de l'affaire ne conſiſtoit que dans un ar
ticle qui parut à la fin, comme on veira paroître
nos articles proviſionnels.
| Malgré la lenteur apparente des négociations,
il eſt évident que les Miniſtres n'en craignent point
la rupture ; & quoiq l'on continue avec la même
activité les préparatifs pour la campagnc , en cas
de quelque incident imprévu, on s'attend à une
ceſſation prochaine d hoſtilités.
On prévoit qu'à la paix il ſe trouvera environ
3oo mille hommes qui n'auront d'autre reſſource
que la fainéantiſe ; très-peu d'entr'eux rep: endront
leur premier état : la plupart paſſeront en Amé
rique, ou entreront au ſervice des Paiſſances étran
ères. L'Empereur a actuellement des Agens à
Londres pour # 2Ultdnt qu'ils pourront de
conſtructeurs, qu'i
En pareille occaſion, les François & les Eſpagnols
compte employer à Trieſte.
( 144 ) -
en ent , profité pour conſtruire des vaiſſeaux de
" guerre.
-1
Les moyens employés par le Miniſtère pour
connoître les ſentimens de la Nation relativement
à la ceſſion de Gibraltar, reſſemblent beaucoup à
ceux dont M. Grenville a fait uſage pour tâter
le pouls des Américains relativement à l'acte du
Timbre ; & il eſt probable que cet évènement, ſi
par malheur il a lieu, ſeroit, à pluſieurs égards,
auſſi funeſte que le premier. — On dit que l'Eſ- .
pagne offre 3 millions pour avoir cette Place.
Le 3 , l'Ainbaſſadeur de Ruſfie, accompagné du
Lord de Grantham , a eu une audience du Roi,
avec lequel il eſt reſté enfermé pendant une heure.
Le Gouvernement qui ne laiſſe échapper aucune
eccaſion de ſervir les Américains loyaliſtes, a donné
de l'emploi à pluſieurs d'entr'eux dans la marine &
dans l'armée.
Hier matin Lady Juliana Penn eſt partie peur
Paris, afin de voir le Docteur Franklin , relative
ment à ſes biens dans la province de Penſylvanie,
en cas que la G. B. reconnoiſſe l'indépendance de
I'Amérique.
On aſſure que le Général Dalling qui doit com
mander les trompes nouvellement embarquées à
Portſmouth pour une expédition ſecrette, eſt parti
aujourd'hui pour ſe rendre en cette place & s'y
embarquer ſur l'eſcadre qui eſt à l'ancre & prête à
appareiiler de Ste-Hélène.
L'Amital Rodney eſt dangereuſement malade à
Huntingdon. On a mandé M. Baker, Médecin de
Londres, pour le traiter. - . ,
On dit que le Capitaine Aſgill ne tardera pas à ſe
rendre à Paris ; il doit y aller pour remercier le Roi
de France, qui daigna s'intéreſſer à ſon ſort, en
faiſant écrire au Congrès par M. le Comte de Ver
genne. C'eſt à cette puiſſante recommandation, que
ce jeune Officier doit le bonheur d'avoir échappé
aux cruelles repréſailles que la néceſſité forçoit un
Général juſte & humain d'employer.
M E R C U R E
· D E F R A N C E.
SAME D1 25 JANvIER 1783.
-E-A-
- P I È C ES FU GITIV E S.
- E N V E R S E T E N P R O S E.
VE r s à M. l'Abbé D E L 1 L L E,
· · · ſur ſon Poème des Jardins.
- Tu veux dans nos Jardins, au lieu des fiers Céſars,
Que des mortels chéris s'offrent à nos regards ;
Aux vertus, aux talens , fi cette gloire eſt dûe, " ",
Si le génie a droit à ces homneurs divins,
Tu n'entreras jamais dans nos Jardins
Sans y rencontrer ta Statue. - -
: ( Par M. Latour de la Montagne ,
de Bordeaux. ·) -- A
- | -
«*
| N°. 4, 25 Janvier 1783
—=m-1
I46 M E R C U R E
REMERcIMENT à M. DE SAINT-ANGE ,
qui m'avoit envoyé le Troiſième Livre de
ſa Traduction d'Ovide en vers François.
J E l'ai relu vingt fois votre ouvrage enchanteur,
A l'harmonie, au goût élégamment fidèle;
Combien je porte envie à cet Art ſéducteur !
L'envie eſt ici-bas choſe ſi naturelle !
Ovide a des défauts où l'eſprit étincelle ;
Vous ſavez les voiler : grâce à vous, le Lecteur
Ne verra déſormais dans l'heureux Traducteur
Que les beautés de ſon modèle.
De ces Auteurs fameux, honneur du nom Romain,
· A douze ans ſéparé, pour cauſe,
Je connois peu leur langue, & je plains mon deſtin ;
Mais vous les traduiſez ; j'ai perdu peu de choſe
Lorſque j'ai perdu mon latin.
Oui, dans tous les pays, pour juger l'Écrivain,
Le coeur eſt la pierre de touche ;
Lorſque, par un charme conſtant,
Il attache, il égaye, il touche, -
Lorſque ſon vers cité, paſſant de bouche en bouche ;
Nous intéreſſe en amuſant ; .
Enfin au coeur ſéduit donner à chaque inſtant
Un plaiſir qui jamais ne change,
Voilà le ſecret du talent,
Et c'eſt le ſecret de Saint-Ange.
D E F R A N C E. I.47
•--
Dovide en tout rival heureux,
Vous l'imitez juſques dans ſa doctrine ;
Le jour, vous l'employez à célébrer Corinnc,
On dit que loin de ſa patrie,
Au ſein des plus affreux climats,
Ce Poëte charmant, dont vous ſuivez les pas,
Vit périr ſa Muſe bannie,
Victime des ſots ennemis.
--
PoUR votre bonheur & le nôtre,
N'allez pas terminer vos jours loin du pays
Où ſans ceſſe on relit ſon Ouvrage & le vôtre ;
Ils y perdroient trop, vos amis,
- Et j'y perdrois plus que tout autre.
| . - ^ ( Par M. Damas. )
C o N T E.
/ Guittor, un beau matin, ſortant de ſon village,
Eſt attaqué par des Voleurs,
Qui, ſans être émus de ſes pleurs,
Lui prennent cent écus qu'il avoit en partage.
Notre bon homme déſolé
Enfile promptement le chemin de la ville ;
, Il arrive tout eſſoufflé
Chez certain Avocat qu'on lui dit très-habile ;
Bref, il raconte ſon malheur,
Au Juriſconſulte il expoſe
su
148 · M E R C U R E
Sa famille dans la douleur ;
Il eſt content, ſi, pour unique clauſe,
Il peut ravoir ſes cent écus.....
Je m'intéreſſe à votre cauſe , -
Lui répond l'Avocat; mais, ſuivant nos ſtatuts,
Il faut ( la choſe eſt peut-être un peu dure )
Débourſer cent autres écus
Pour commencer la procédure.
Le Villageois, enclin à la cenſure,
Juſtement étonné d'un ſi criant abus,
Réplique au Juge avec malice :
« Dans mou affaire on voit évidemment
» Que pour vous eſt le bénéfice,
» Et pour moi tout le détriment;
» Ainſi, que les Voleurs dorment tranquillement,
» J'aime encore mieux leur laiſſer mon argent
» Que d'enrichir en vain Meſſieurs de la Juftice. » "
( Par M. le Comte de Roſières, Offi. au R. d'Aunis )
-
RÉFLExIoNs fur l'Hiſtoire de Ruſſie,
par M. Léveſque, imprimée en cinq Vol.
in-12. 4 Paris , chez Deburc , Libraire »
en 1782. -
JE diſois un jour : la mort, qui met le ſceau aux
grandes réputations, affermira la gloire de Voltaire ;
l'envie qie ſes talens inſpirèrent à ſes Contempo
rains, s'endormira auprès de ſa tombe ; le prodi
gieux éclat qu'il répandit n'éblouiſſant plus leurs
yeux, doit permettre à ſes ſucceſſeurs dans la'car
D E F R A N C. E. 149
rière des Lettres de le juger avec impartialité. O
combien je me trompois en parlant ainſi ! Si l'on ne
doit pas conſidérer comme un de ſes ennemis l'Au
teur d'une nouvelle Hiſtoire de Ruſſie , qui a quel
quefois parlé de ce grand Homme d'une manière con
venable, on eſt au moins forcé de le regarder comme
un de ſes plus dangereux détracteurs. Plus les éloges
qu'il lui donne paroiſſent ſincères & mérités, plus
ils impriment de poids à la critique qu'il fait de ſes
Ouvrages. On ſent aſſez que M. Léveſque, en tra
vaillant un ſujet déjà traité par Voltaire, a quel
qu'intérêt à affoiblir l'eſtime dûe au Tableau de ce
grand Peintre : montrer ſes défauts, c'eſt appeler in
directement les ſuffrages ſur l'Ouvrage qu'il eſſaye
de lui ſubſtituer. Si les fautes que c § à faire
remarquer M. Léveſque ſont réelles, & que ſa cri
tique ſoit ſaine & ſans amertume, il eſt à l'abri de
tout reproche ; & en faveur de ſon zèle pour la vé
rité, on peut lui paſſer de dépriſer le travail (je ne
puis dire de ſon rival, Voltaire n'en a point en
core) pour faire valoir le fien; mais ſi cette critique
étoit mal fondée, M. Léveſque auroit plus d'un tort.
, Telle eſt la manière dont il juge l'Hiſtoire de
Ruſſie ſous Pierre-le-Grand.
-- « Si le célèbre Auteur avoit été mieux ſervi par
p2 ceux # lui envoyoient des Notes, je n'aurois
pas oſé écrire après lui la vie de Pierre I. Il
paroît qu'on ne lui avoit fait traduire que des
extraits mal faits & tronqués de l'Hiſtoire de
Pierre-le-Grand. On voit § le commencement
de la guerre de Suède qu'on lui laiſſoit même
ignorer des circonſtances de la bataille de Narva,
qui affoibliſſent la gloire des vainqueurs & la
honte des vaincus. Un Allemand employé au
Cabinet, & chargé d'envoyer des Mémoires à
Voltaire, le ſervoit mal, parce qu'il croyoit en
avoir reçu une offenſe, & parce Sº! ſe propo
1re .. | M É R C U R E ,
' » ſoit d'écrire l'Hiſtoire du même Prince, L'Ou
» vrage de Voltaire m'a fourni un petit nombre dè
» faits qu'il me paroît appuyer ſur de bonnes auto
» rités. Ce grand Homme connoiſſoit les défauts
» de ſon Livre; il diſoit quelquefois : Je ferai gra
» ver ſur ma tombe, ci-gît qui a voulu écrire l'Hiſ
» toire de Pierre-le-Grand ». — Hiſtoire de Ruſſie,
ome I, page 29. ' ' ' - • º. , º
Obſervons d'abord à M. Léveſque que Voltaire
n'a point fait la vie de Pierre-le-Grand. Ce n'eſt là
ni le titre ni le ſujet de ſon Ouvrage : s'il eût voulu
nous donner la vie de Pierre, nous aurions de lui un
Ouvrage dont le plan & les détails ne reſſemble
roient point au plan de l'Hiſtoire de Ruſſie ſous
Pierre-le-Grand. - º - " . J
Comment M. Léveſque ſait - il, & comment lui
paroît il qu'on n'envoyoit à Voltaire que des'ex
traits mal faits & tronqués de l'Hiſtoire de Pierre
le-Grand ? Suffit-il de tracer au haſard des alléga
tions de cette nature, qui tendent à faire ſoupçon
ner la véracité de l'Hiſtoire de Ruſſie ſous Pierre-le
Grand, ſans les appuyer des preuves que le moins
judicieux des Lecteurs a droit d'exiger. N'eſt - il pas
infiniment plus vraiſemblable au contraire qu'un
Ouvrage entrepris ſous les auſpices de l'Impérattice
Eliſabeth, & favoriſé par elle, n'a manqué d'aucuû
des ſecours que l'Auteur ce ceſſoit de réclamer poit
fa compoſition ? Ne ſait-en pas qu'indépendamment
des Mémoires qui lui furent prodigués , on pouſſà
Pattention juſqu'à faire dreſſer les Cartes & les
Plans dont il croyoit avoir beſoin pour ſaiſir plus
aiſément & rendre avec plus de vérité les événemens
† auroit moins bien conçus ſans ces importans
ecours ? · -* , - -
Sur quoi donc M. Léveſque eſt-il fondé à dire
qu'on laiſſoit ignorer à Voltaire des circonſtances de
la bataille de Narva qui affoibliſſoient la gloire
| | -*
D E F R A N C E. r 5 r
des vainqueurs & la honte des vaincus ? Le récit qu'if
en fait lui-même, au ſtyle près qu'il eſt loin d'imiter,
eſt eſſentiellement ſemblable à celui de Voltaire.
Celui-ci donne 9ooo hommes aux Suédois & 4ooco
aux Ruſſes. M. Léveſque porte l'armée Suédoiſe a
18 ooo ou à 9ooo hommes & celle des Ruſſes à
32ooo. Tous les deux conviennent que la diſcorde
qui régnoit entre les Généraux Ruſſes & Allemands
de l'armée Ruſſe occaſionna ſa défaite. M. Léveſque
ajoute ſeulement au tableau la défection de la cava
lerie Ruſſe, qui empêcha la diviſion de Veid d'ar
rêter les ſuccès des Suédois, & prétend que les deux
régimens des Gardes ne purent être enfoncés ; ces
petits faits ont pu ſans danger être connus & négli
gés par Voltaire. M. Léveſque aſſure que pendart
la nuit de cette journée de Narva il fut fait un
Traité par lequel la diviſion de Golovin eut per
miſſion de ſe retirer avec armes & bagages, & que
lorſque celle de Veid ſe préſenta pour défiler, ſui
vant la convention, les Suédois, au mépris du Traité,
la pillèrent, la déſarmèrent & la laiſsèrent ainſi re -
tºurner en Ruſſie. M. Léveſque a-t-il vu ce Traité
dans les Archives de l'Empire de Ruſſie : S'il exiſ
toit, il eſt hors de doute que Pierre-le Grand eût
dénoncé à l'Europe entière une infraction auſſi ma
nifeſte au droit des gens & de la guerre, & que ce
fait eût été pleinement avéré. Voltaire ne dit rien
de ce Traité : peignant à grands traits, négligeant
les petits détails ſi ſouvent incertains & preſque tou
jours indifférens, il ſe borne à dire que le Roi de
Suède permit à la moitié des Ruſſes de repaſſer la
rivière avec leurs armes, & renvoya l'autre moitié
déſarmée. Ce récit eſt, quant au fait, entièrement
conforme à celui de M. Léveſque; les minces détails
qui ſemblent les différencier ſont à peine dignes
d'occuper un Hiſtorien. Qu'importe, par exemple ,
au Lecteur de ſavoir avec une grande exactitudº
- G lv
r52 M E R C U R E
éombien Pierre-le-Grand avoit de ſoldats lorſqu'un
Viſir enveloppa ſon armée ſur les bords du Pruth ?,
M. Léveſque lui en donne ;8ooo, Voltaire aſſure
que ſon armée étoit réduite à 22ooo, & en cela il
eſt plus exact que le nouvel Hiſtorien, puiſque
Pierre I déclare lui-même dans l'Ordonnance qu'il
publia pour le couronnement de ſa femme l'Impéra
trice Catherine, qu'il n'avoit ſur les bords du Pruth
que 22ooo hommes lorſqu'elle ſut négocier une
paix glorieuſe pour une armée enveloppée par 7oooo
ennemis. Peut-on faire à M. Léveſque un reproche
bien grave pour s'être trompé ſur un tel fait ? Je ne
le crois pas, parce que le nombre des Ruſſes dans
eette circonſtance,un peu enflé ou diminué,ne change
rien à l'événement du Pruth. M. Léveſque, en s'effor
nt d'atténuer les malheurs ou les fautes des Ruſſes
à Narva, & d'exalter la diſcipline ou la valeur de
leurs troupes, ne ſent pas qu'il diminue la gloire de
Pierre I. Ce qui étonne dans ce créateur de la
Ruſſie, c'eſt de ſavoir qu'il n'eut d'abord que de
mauvaiſes troupes, c'eſt de le voir continuellement
battu avec elles, ne pas déſeſpérer de les former
à la victoire, y travailler avec une conſtance égale
à ſon courage, & y réuſſir de manière à leur
apprendre enfin à battre à Pultava le redoutable
Charles XII. M. Léveſque rappetiſſe preſque tou
jours Pierre-le-Grand, & peut-être même ſouvent
ſans le vouloir. Voltaire, ſans être infidèle, l'offre
par-tout à l'admiration de la poſtérité, qui n'a pu,
ſans injuſtice, lui refuſer ce ſentiment. Quand Bou
chardon liſoit l'Illiade, il trouvoit que les Héros
d'Homère avoient dix pieds de hauteur; les Bou
ehardons futurs n'en donneroient pas cinq à Pierre I
s'ils ne le connoiſſoient que par M. Léveſque.
· Qu'eſt-ce que cet Allemand chargé d'envoyer des
Mémoires à Voltaire, qui le ſervoit mal parce qu'il
croyoit en avoir reçu une offenſe, & qu'il ſe propo•
-
D E F R A N C E. F 5 3
ſoit d'écrire lui-même l'Hiſtoire du Czar Pierre I?
Quand on cite une anecdote auſſi contemporaine, il
faut, ſi l'on veut obtenir quelque créance, nommer
cet Allemand employé au Cabinet, qui rendoit un ſi
mauvais office à la Ruſſie & à la fille dePierre I,
l'Impératrice Eliſabeth ; il faut dire l'offenſe qu'il
avoit reçue de Voltaire ; il faut montrer toutes les
fautes que le coupable Correſpondant lui a fait
faire; il faut prouver tout cela par des pièces au
nt1ques. .
-- M. Léveſque avoue que l'Hiſtoire de Voltaire
- lui a fourni un petit nombre de faits.Avec plus
de franchiſe il auroit pu dire qu'il l'a ſuivie pas
à pas; qu'elle eſt le flambeau qui l'a éclairé; qu'il
a vu preſque tous les faits ſous l'aſpect où les
†Voltaire; & qu'enfin, pour toute la partie
e ſon Hiſtoire de Ruſſie qui traite du Règne de
• Pierre I, il s'eſt borné, pour ainſi dire, à délayer les
phraſes de Voltaire , à détruire linimitable magie
de ſon ſtyle, pour y ſubſtituer la langueur du ſien.
On ne pourroit ici lui reprocher qu'une ſorte ds
Plagiat malheureuſement trop commun, mais ailleurs,
en reliſant ſon Ouvrage, M. Léveſque ne ſe repro7
cheroit-il pas lui-même quelque choſe de moins ex
cuſable ?
Il prétend que Voltaire connoiſſant les défauts de
ſon Livre, diſoit quelquefois : « Je ferai graver ſur
» ma tombe, ci - gît qui voulut écrire l'Hiſtoire de
» Pierre-le-Grand. • Si Voltaire eût habituellement
tenu ce diſcours depuis la publication de ſon Ouvrage,
comme l'aſſure M. Léveſque, il eſt clair qu'il en fau
droit conclure que Voltaire en faiſoit iui-même peu de
cas, & voilà le ſentiment que M. Léveſque paroît
- vouloir ſuggérer au Public , mais la vérité eſt que
voltaire ne diſoit point cela quelquefois, qu'il l'a
écrit ume feute fois à M. de Schouvalof, & à quelle
occaſion ? en lui demandant des Inſtructions, des
G v
1 r 4 M. E R C U R E r - !
Mémoires pcur la continuation de ſon travail. Cette
manière de préſenter ce diſcours de Voltaire eſt elle
bien louable ? eſt-ce là ce qu'ii eſt convenu de nom
-- - -
mer une honnêteté littéraire ? -
M. Léveſque, en nous apprenant que le double w
n'eſt point employé dans la langue des Ruſſes, que
quelques-uns l'ont mal-à-propos appliqué à la ter
minaiſon de noms propres, tels que Romanow, qut
doit s'écrire"ccmme il ſe prononce, Romanof,
ajoute que Voltaire lui-même s'y étoit trompé, &
prononçoit Romanow. C'eſt ici M. Léveſque qui ſe
trompe. Voltaire voyoit trop de Puſſes pour ſe
tremper ſur la prononciation de leurs noms pro
pres. S'il écrivoit comme pluſieurs d'entre-eux Ro
mancu, il ſavoit fi bien qu'il falloit prononcer Ro
manof, que dans l'Édition in-8°. de l'Hiſtoire de
Ruſſie que j'ai ſous les yeux il rétablit en note au
bas des pages la prononciation Ruſſe des noms pro
pres, quand, dans le texte, il emploie le double w
dans leur orthographe. C'eſt ainſi qu'il cite formel
lement en note Romanof, Schovalof, Soltikoſ. Il
n'ignoroit pas cette prononciation, lorſqu'il diſoit
dans ces charmans vers ſur la Tactique : -
*
Allez , de Belzébuth déteſtable Libraire,. - 2
Portez votre tactique au Chevalier de Tot;
Il fait marcher les Tures au nom de Sabaotk :
C'eſt lui qui , de canons couvrant les Dardanelles,.
A tuer les Chrétiens inſtruit les Infidèles.
Allez, adreſſez-vous à Monſieur Romanzoff *,.
Aux vainqueurs tout ſanglans de Bender & d'Azoph,
· A Frédéric, ſur tout, offrez ce bel Ouvrage, &c. &c.'
« Voltaire, dit M. Léveſque, n'a voulu trouver
» l'ivoire foſſile près de l'embouchure de l'Amom
* Qu'on écrivoit pourrant Romanzcv. - . )
•-'
D E · F R A N - C E. I $ 5.
ss que pour contrarier des faits certains rapportes
25 par M. de Buffon. Il prétend que fi l'on en ren
» contre dans les plaines de la Sibélie, c'eſt qu'il y,
» a été perdu par des Marchands. » M. Léveſque
ne détruit à cet égard qu'en partie le doute de Vol
taire. Pour donner gain de cauſe à M. de Buffon, il
falloit prouver que cet ivoire foſſile fût une produc
tion indigène de la Sibérie. Au lieu de cette preuve
directe, M. Léveſque dit poſitivement qu'on n'en
rencontre point à l'embouchue de l'Amom ; qu'on
le trouve à découvert après les grandes inondations
ſur les bords de la mer Glaciale, & que le meilleur
ſe tire des bords de la Katanga dans le pays des
Samoiedes & ſur ceux de l'indiguirka, chez les Jou
kaguirs au-delà du cercle polaire. Si Voltaire le fai
ſoit trouver ſur les bords de l'Amom, entre le 48
& le 53° dégré de latitude nord, M. Léveſque le fait
rencontrer du 7o au 75° degré de latitude du nord, &
dans des pays auſſi éloignés le la Sibérie que l'embou
chure de l'Amom , en ſorte qu'on eſt fondé à faire ſur
ces deux rapports la première queſtion, trouve-t'on
habituellement, ou ne trouve-t-on pas de l'ivoire fcſ.
file en Sibérie : C'étoit celle là à laquelle M. Leveſ
que devoit répondre. - -
Le nouvel Hiſtorien de Ruſſie dit, en parlant du
Traité de paix conclu entre les Ruſſes & les Chi
ncis : « je ne trouve nulle part la formule du ſer
» ment que Voltaire attribue aux deux Nations.
» Les Chinois n'ont pas fait élever non plus deux
* colonnes de marbre, comme il l'avance, pour im
* mortalifer cette négociation. Il eſt vrai que par
* un article du Traité il leur fut permis d'élever un
º monument pour marquer les limites. » C'eſt
bien la faute de M. Léveſque s'il ne trouve nulle
part la formule de ce ſerment. Voltaire , auquel il
ſert à repouſſer l'accuſation d'athéiſme intentée com
· tre les Chinois, cite ſés Autçurs & l'arnonº cºmms
-
G " }
- q
|
156 M E R C U R E
extraite des Mémoires de la Chine & de ceux des Jé
ſuites Gabillou & Pereira, Médiateurs & Interprêtes
de ce Traité même. Le Traité, ajoute-t-il, fut, ſui
vant un uſage des Orientaux, gravé ſur deux gros
marbres qui furent poſés pour ſervir de bornes aux
deux Empires. Il n'eſt point là queſtion de colonnes
pour immortaliſer une négociation ; mais le monu
ment qu'il fut permis aux Chinois d'élever & le
poteau dont parle enſuite M. Léveſque reſſemblent
fort aux deux gros marbres annoncés par Voltaire.
Pour ſavoir lequel de Voltaire ou de M. Léveſ- *-
que a raiſon ſur un point de l'Hiſtoire de Pierre I,
il faudroit connoître les loix de la Ruſſie & celles de
l'Égliſe grecque. « Voltaire dit : Pierre avoit répu
» dié Eudoxia Lapoukin ſon épouſe, dont il avoit
» eu deux enfans. Les loix de ſon Egliſe permettent |
» le divorce ; & ſi elles l'avoient défendu, il auroit |
» fait une loi pour le permettre. M. Léveſque dit
» au contraire : Les loix de l'Egliſe grecque défen
» dent ſévèrement le divorce, & Pierre ne devint | |
» libre qu'en forçant ſa malheureuſe épouſe à em- -
» braſſer la vie religieuſe. Il acquit la liberté d'un #
» homme veuf, parce que ſa femme étoit morte au | il
•» monde. » On ne ſauroit être ſur un même fait
d'avis plus diamétralement oppoſé. Lequel a raiſon ?
Je l'ignore. Comment ſe fair il qu'Eudoxia,répudiée
& Religieuſe au Couvent de Souzdal quitte ſon
Cloître & ſoit enſuite fiancée, par Doſphéi, Arche
vêque de Roſtof, au Major, général Glebof, dont
elle étoit devenue amoureuſe. Le ſupplice que
Pierre I fit ſubir à Doſiphéi & Glebof , ne leur fut
infligé qu'à raiſon d'une conjuration dont on les crut
coupables; mais ils ne paroiſſent pas avoir été punis
l'un pour avoir voulu épouſer l'Impératrice répu
diée, & l'autre pour avoir fiancé une Religieuſe.
Doſiphéi & Glebof regardoient donc la répudiation
d'Eudoxia comme annullant ſon premier mariage ,
|
+ = --
-
-

D E F R A N € E. 117
& ſes voeux de religion comme n'étant pas un
empêchement à un nouvel hymen du vivant même
de ſon premier époux. Tout cela n'eſt ni dans
· nos moeurs ni dans nos loix, & peut faire penſer que
le divorce n'eſt pas ſi défendu en Ruſſie que l'aſſure
M. Léveſque.
Preſque toutes les actions extraordinaires qui ont
ſervi de matière aux éloges donnés au Czar Pierre
ſont préſentées par M. Léveſque comme étant éloi
gnées d'en mériter. Un échantillon de ſa manière de
voir, donnera l'idée qu'il faut concevoir de l'Ou
vrage de cet Hiſtorien. Écoutons-le. - Pierre ſavoit
» ce qui manquoit à ſon peuple, & même il ſe
» l'exagéroit peut-être ... Environné depuis l'en
» fance d'une foule d'Étrangers, il les avoit écou
» tés ... Ils lui dirent que leurs petits pays devoient
» ſervir de modèle à ſon vaſte Empire , que chez
» eux ſeuls régnoient les bonnes Loix, les vraies
• Sciences, le Goût unique, univerſel, & les ſeuls
» uſages que duſſent adopter des Nations policées ;
» ils étoient ſes Inſtituteurs, pouvoit-il ne les pas
» croire ? II ſe laiſſe conduire dans la patrie de ſes
» Précepteurs prévenus & intéreſſés ; il abandonne
• ſon pays.... Il va ſe faire inſulter par le Gouver
• neur d'une petite Ville ; il parcourt des contrées
» étrangères pour y devenir l'objet d'une curioſité
» peut - être offenſante. Il apprend chez les Hol
» landois à faire des vaiſſeaux. Son père Alexis n'en
• ſavoit pas faire; mais ſous ſon règne des aven
» turiers en avoient conſtruit ſur des mers preſque
• toujours glacées.... Il étudia l'Anatomie; il exa
• mina les Évolutions Militaires des Allemands ;
» mais il n'avoit qu'à aimer la Marine, les Arts,
-» les Sciences, la Guerre, des Conſtructeurs, des
» Savans, des Artiſtes, des Guerriers ſeroient ac
» courus à ſa Cour, feroient bientôt nés autour de
• lui.Au lieu de conſulter les Etrangers, il devoit
158 " M E R C U R E ,
» rejeter tout ce qu'ils kui avoient appris, toutes les
idées, les préjugés qu'il avoit pris de ſes Inſtitu
teurs nationaux, & ne conſulter que ſon eſprit
& ſa raiſon. :
» La robe des Ruſſes, comme celle des Aſiati
ques , ne changeoit jamais de forme. Pierre
leur fit prendre un habit dont la forme & le
goût changent chaque année; il les fait raſer :
ne devoit il pas prévoir qu'après les avoir ainſi
rapprochés des femmes, ils ſeroient bien près
d'en contraéter les foibleſſes ?... que cette épo
# funeſte n'étoit pas éloignée , & que bientôt
es Sujets ſeroient moins ſoumis aux Loix de
l'Etat, qu'aux caprices des Tailleurs & des
Marchandes de Modes. --
» Si le Czar affligea les hcmmes en rognant
leurs habits, il réjouit les femmes en leur fai
ſant obtenir plus de liberté. Sévèrement renfer
mées dans leurs maiſons, elles avoient peu de
communication avec les hcmmes, & n'oſoient
ſe montrer en public. Pierre les arracha à leur
retraite & à la pureté des moeurs ; il les appcla
dans la ſociété des hommes : c'étoit alors les in
viter à en partager les débauches » t
Eſt - ce bien un Écrivain du dix - huitième ſiècle
qui ſe fait ainſi l'apôtre de l'ignorance & de la bar
barie : Eſt-ce bien un homme de nos jours qui peut
penſer que ſans l'exceſſive protection donnée par
Pierre-le Grand aux Arts & aux Sciences l'Empire
.de Ruſſie pût briller aujourd'hui de l'éclat qu'il ré
pand? Suffiſoit-il à un Prince qui habitoit la zône
glaciale d'aimer les Arts pour les fixer ſous ce cli
, mat où ils ont tant de peine à germer ? Pierre ſavoit
bien que, même en allant au-devant d'eux, il auroit
· peine à les déterminer à ne pas fuir ſon pays. Sans
ſes voyages & ſes inſtitutions, & ſes prodigieux
: travaux, la Ruſſie eût elle vu ſes Flottes quitter la
22
#
-
-20
D E F R A N C E. 159
Baltique pour aller vaincre les Ottomans ſous les
murs de la Ville de Conſtantin ? Sans la Tactique des
troupes modernes eût il vaincu Charles XII, & ſes
Succeſſeurs euſſent ils battu Frédéric ? La Ruſſie au- .
roit-elle dans les Cours de l'Europe l'inâuence qu'elle
commence à prendre ſans tous les heureux change
mens qu'il opéra ? La Nobleſſe y ſeroit-clle libre, le
Clergé y ſeroit-il penſionné & Citoyen, & le Peuple
ſeroit-il au moment de jouir du bienfait inapprécia
ble d'un des Codes de Loix les plus ſages qu'on ait
donnés aux hommes ? Avouons-le, ſans Pierre I. la
Ruffie ſeroit barbare. Quoi, les Ruſſes en ſe coupant
la barbe, portant un habit court, & admettant les
femmes à leur ſociété, s'expoſent à devenir des Siba
rites, & la proie des Nations avides de les ſubjuguer ?
M. Léveſque croit-il que les François, les Anglois,
aujourd'hui ſi ſavans & ſi civiliſés, ne vaillent pas les
François & les Anglois des ſeptième & huitième ſiè
cles ? Quoi, Turenne, Condé, Luxembourg n'égale
roient pas nos Paladins des Croiſades ! Nos Montef
quieu, d'Agueſſeau ne l'emporteroient pas ſur nos
antiques Rachinbourgs ? Et parce que nous nous
poudrons & que nons changeons nos modes, que
nous allons à l'Opéra & au Coliſée, nous ſerons
tout-à-l'heure la lie des Nations ! Des argumens de
cette eſpèce ne méritent pas qu'on faſſe à ſon Lec
teur l'injure de les réfuter. - --
Je ceſſerois ici tout examen de l'Hiſtoire de Ruſ
fie de M. Léveſque, qui me ſemble ſur tout propre à
faire reſſouvenir de celle de Voltaire, ſi je ne
me croyois pas obligé de repouſſer les reproches
plus fréquens que mérités qu'on a faits à ce dernier
d'avoir en général écrit l'Hiſtoire avec plus de grâce"
que de fidélité. Il mettoit tous ſes ſoins à découvrir
la vérité, c'eſt une juſtice qu'on doit lui rendre; s'il
n'a quelquefois embraſſé que ſon image, au moins
c'étoit l'image de la vérité qu'il prenoit pour elle
16o M E R C U R E
même : à quels Hiſtoriens pourroit-on, ſans les
fiatter, donner toujours un pareil éloge ?
M. Léveſque affecte de dire que Voltaire
étoit mal inſtruit : qu'on juge, ſur ce qui ſuit, de la
valeur de cette imputation. J'extrais fidèlement ce
qu'on va lire d'une ſuite de Lettres adreſſées par Vol
taire depuis le commencement de l'année 1757 juſ -
qu'en 173o, à Son Excellence M. le Comte Ivan
Ivanitz de Scnouvalof, grand Chambellan de Ruſſie.
Cctte correſpondance m'a été communiquée par M.
le Comte Pierre Razoumouski, Général-Major des
Armées de Ruſſie, & il l'avoit copiée ſur les origi
naux mêmes des Lettres de Voltaire que M. le Conte
Schouvalof lui avoit communiqués.
c« Je vois avec ſatisfaction, Monſieur, que vous
» jugez, comme moi, que ce n'eſt pas aſſez d'écrire
les actions & les entrepriſes en tout genre
de Pierre-le-Grand ; l'eſprit éclairé qui règne au
jourd'hui dans les principales Nations de l'Eu
rope demande qu'on approfondiſſe ce que les
Hiſtoriens effleutoient autrefois à peine. On veut
ſavoir de combien une Nation s'eſt accrûe, quelle
étoit ſa population avant l'époque dont on parle,
quelle eſt depuis cette époque le nombre de
· troupes régulières qu'elle entretenoit & celuiqu'elle
entretient ? Quel a été ſon commerce & comment
il s'eſt étendu? Quels Arts ſont nés dans le pays ?
Quels Arts y ont été appelés d'ailleurs & s'y ſont
perfectionnés? Quels étoient à-peu-près les reve
nus de l'État & à quoi ils montent aujourd'hui ?
Quelle a été la naiſſance & les progrès de la
Marine ? Quelle eſt la proportion § nombre des
Nobles avec les§& les Moines ?
Quelle eſt celle de ceux-ci avec le Cultivateur,
&c. &c. ? On a des notions aſſez exactes de
toutes les parties qui compoſent l'Etat en France,
en Angleterre, en Allemagne, en Eſpagne ; mais
D E F R A N C E. 1 61
» un tel tableau de la Ruſſie ſeroit bien plus intéreſ
» ſant, parce qu'il ſeroit plus nouveau, parce qu'il
» feroit connoître une Monarchie dont les autres
» Nations n'ont pas des idées bien juſtes ; parce
» qu'enfin ces détails pourroient ſervir à rendre
» Pierre-le-Grand, l'Impératrice ſa fille, votre Na
» tion & votre Gouvernement plus reſpectables. La
» réputation a toujours été comptée parmi les forces
» véritables des Royaumes....
» Je n'ai point fait uſage d'une vie de Pierre-le
» Grand fauſſement attribuée au prétendu Boyard
» Neſteſuranoy, & compilée par un nommé Rouſ
» ſel en Hollande; ce n'eſt qu'un Rccueil de ga
» zettes & d'erreurs très-mal rédigé : d'ailleurs, un
» homme ſans aveu qui écrit ſous un faux nom ne
» mérite aucune créance. .. Je ne crois pas,
» Monſieur, qu'il faille toujours s'étendre ſur les
» détails des guerres, à moins que ces détails ne
» ſervent à caractériſer quelque choſe de grand &
» d'utile. Les anecdotes de la vie privée ne me pa
» roiſſent mériter d'attention qu'autant qu'elles font
» connoître les moeurs générales. On peut encore
» parler de quelques foibles d'un grand homme,
» ſur tout quand il s'en eſt corrigé.... Mon principal
» objet eſt de raconter tout ce que Pierre Ier a
fait d'avantageux pour ſa patrie, & de peindre
ces heureux commencemens qui ſe perfectionnent
tous les jours.... Je ſens bien qu'il doit ſe paſſer
un peu de temps avant # je reçoive les Mé
moires que vous avez la bonté de me deſtiner.
Plus j'attendrai, plus ils ſeront amples.... Il paroît
important de ne point intituler cet Ouvrage Vie
ou Hiftoire de Pierre Ier. Un tel titre en
gage néceſſairement l'Hiſtorien à ne rien ſup
» primer ; il eſt forcé alors de dire des vérités
» odieuſes; & s'il ne les dit pas, il ſe déshonore. Il
• faudroit donc prendre pour titre ainſi que pour
1 62 M E R C U R E
>2
3>
:>>
ſujet la Ruſſie ſous Pierre Ier. Une telle an4
ronce écarte toutes les anecdotes de la vie pri
vée du Czar , & n'admet que celles qui ſont liées
aux grandes choſes qu'il a commencées. Les foi
bleſſes eu les emportemens de ſon caractère n'ont
rien de commun avec ces objets importans. -
» J'ai envoyé à Votre Excellence une eſquiſſe de
l'Hiſtoire de l'Empire ſous Pierre-le Grand,
depuis Michel Romanow juſqu'à la bataille de
Narva. Il y a des fautes que vous reconnoîtrez
aiſément.... Je ne vous ai adreſſé ce léger crayon
qu'afin d'obtenir de vous des inftruétions ſur les
erreurs ou je ſerai tombé.... Il vous ſera aiſé de
me faire parvenir les corrections néceſſaires.... Je
· me ſuis muni de tout ce qu'on a écrit ſur Pierre
le-Grand, & je vous avoue que je n'ai rien trouvé
qui puiſſe me donner les lumières que j'aurois
deſirées. Pas un mot ſur l'établiſſemcnt des Manu
factures; rien ſur les communications des fleuves,
ſur les travaux publics, ſur les Monnoies, ſur la
Juriſprudence, ſur les Armées de térre & de mer.
Ce ne ſont que des coapilations très-défectueuſes
de quelques Manifeftes ou Écrits publics qui n'ort
aucun rapport avec ce qu'a fait Pierre Ier , de
grand, de nouveau & d'utile : en un mot ,
Monſieur, ce qui niérite le mieux d'être connu
' de toutes les Nations ne l'eſt en eſfet de perſonne.
» La dernière Lettre de Votre Excellence me
flatte que dans quelque temps je recevrai non
ſeulement les documens authentiques du règne de
Pierre le-Grand, mais encore ceux qui peuvent
ſervir à la gloire de votre Nation.... Il n'y a
-point d'exemple ſur la terre d'une Nation qui
ſoit devenue ſi conſidérable en tout genre en ſi
peu de temps. Il ne vous a fallu qu'un demi
ſiècle pour embraſſer tous les Arts utiles & agréa
•1
- D E F R A N C E. 16 ;
» bles. C'eſt ſur-tout ce prodige unique que je
2» voudrois développer.... -
» Je ſuis très-ſenſible à votre thé de la Chine ;
» mais je vous avoue que des inſtructions ſur le
» règne de Pierre le-Grand me ſeroient infiniment
» plus précieuſes. Mon âge avance ; je ferai mettre
» ſur mon tombeau : Ci git qui vouloit écrire
» l'Hiſtoire de Pierre-le-Grand, Je ne doute pas
» que Votre Excelience n'ait d'autres occupations
» qui emportent la plus grande partie de ſon
» temps ; mais s'il vous en reſte, ſongez, Monſieur,
» que c'eſt moi qui vous conjure aujourd'hui de ne
» pas oublier le Héros ſans les ſoins duquel vous ne
» ſeriez peut-être pas un des génies les plus cultivés
» & les plus aimables de l'Europe. Votre eſprit
» s'eſt embelli de toutes les Sciences que ce grand
» Homme a fait naître ; la Nature a beaucoup fait
» pour vous, mais Pierre-le-Grand n'a pcut - être
» pas fait moins ... - -
- » Votre dernier envoi d'inſtructions met le com
» ble à vos magnifiques préſens. Je me flatte que
» vous m'honorerez bientôt de la ſuite de ces Mé
» moires inſtructifs.... J'eſpère vous envoyer tout
» l'Ouvrage l'hiver prochain Je vous prie de trou
º ver bon que je me livre à mon goût & à ma ma
» nière de penſer. Chaque Peintre doit ſuivre ſon
» génie & employer les couleurs qui réuſſiſſent le
º mieux. J'écris dans ma langue ; la plupart des
» noms doivent être à la Françoiſe. Nous ne diſons
» point Alexander, mais Alexandre ; nous #
» nonçons Auguſte, & non pas Auguſtus, Cicéron
» au lieu de Cicéro. Les noms propres chargés de
» doubles w & de conſonnes ſeront au bas des
» pages.Je ſuis bien sûr de me rencontrer avec un
» homme plein de goût tel que vous êtes, en
» évitant toute affectation, & ſur - tout l'affecta -
» tion de faire d'une vie un panégyrique....
--
164 M E R C U R E
-
parler ſincèrement, tout ce qui tend à nous faire
trop valoir nous met toujours au-deſſous de ce
que nous ſommes. Vous ne voulez pas non plus
qu'on démente des faits avérés & connus de toute
l'Europe. En déguiſant une vérité au Public, on
affoiblit toutes les autres, & la plus mauvaiſe de
toutes les politiques eſt de mentir.
» J'ai pouſſé l'Hiſtoire juſqu'à la bataille de Pul
tava. Le Journal que Votre Excellence a eu la
bonté de m'envoyer me ſert à conſtater les dates
& à rapporter les événemens avec exactitude... .
Je vois bien dans les Mémoires qu'on m'a con
fiés quel jour on a pris une Ville ; je vois le nom
bre des morts, des priſonniers dans une bataille...
Mais le Lecteur dcſirera ſavoir comment Pierre
traita les principaux Officiers Suédois après la
bataille de Pultava; comment la plupart des Capi
taines & Soldats furent tranſportés en Sibérie ;
comment ils y véeurent; avee quelle généroſité
fut renvoyé le Prince de Wirtemberg; pourquoi
le Comte Piper fut détenu dans une priſon rigou
reuſe ; comment on traita les Généraux Reinſ
child & Lewenchaupt; quel fut l'appareil du
triomphe à Moſcou ? Un billet, un mot, une ré
ponſe de Pierre deviennent dans de telles circonſ
tances des choſes importantes pour la poſtérité;
ſes négociations ſur - tout doivent être un des plus
grands objets de ſon Hiſtoire.... Il eſt §
que toutes ſes grandes entrepriſes ſoient préſen
tées au Public dans un jour ſi lumineux & d'une
manière ſi impoſante que les Lecteurs ne puiſſent
pas regretter les anecdotes déſagréables dont tant
de livres ſont remplis, & que la gloire du Héros
empêche de s'informer des foibleſſes de l'homme...
» Tout a été fidèlement écrit ſur les Mémoires
que vos bontés m'ont fait tenir. Vous aurez in
ceſſamment un Volume entier qui embraſſe
D E F R A N C E. 16r
» toutes les ſuites de la mémorable journée de Pul
» tava. J'ai toujours beſoin de nouveaux éclairciſ
» ſemens ſur la campagne du Pruth. Cette affaire
» n'a jamais été fidèlement écrite, & le Public eſt
» auſſi incertain qu'il eſt avide d'en connoître le
» fond & les acceſſoires.Je ne doute pas que vous
» ne me faſſiez communiquer ce qu'on pourra con
» fier de vos archives.
» J'ai reçu le Panégyrique de Pierre-le-Grand
» que votre Excellence a eu la bonté de m'en
» voyer.... Je vous ai l'obligation d'avoir reçu des
» Mémoires plus inſtructifs qu'un Panégyrique.
» J'attends toujours vos nouveaux Mémoires avec
» l'empreſſement du zèle que vous m'avez inſpiré.
» Je me flatte que j'aurai autant de ſecours pour les
» événemens poſtérieurs à la bataille de Pultava que
» j'en ai eu pour ceux qui la précèdent.... Je n'ai
» point l'hiſtoire du Kamchatka ; elle m'eſt abſolu
» ment néceſſaire. »
Le Lecteur eſt maintenant en état de juger ſi Vol
taire ne ſe donnoit pas les ſoins néceſſaires pour écrire
fidèlement l'Hiftoire, & s'il a manqué de ſeceurs
pour celle de Ruſſie, cemme l'a prétendu M. Léveſque.
Expiieuion de l'Énigme & du Lºeoeoeºs
- du Mercure précédent ,
LE moi de l'Énigme eſt Point ; celui du
Logogryphe eſt Moineau , où ſe trouvent
oine , eau , oie , ami , âme, moi , nis
miné , Iman , mine. · · · · . -
, !
:
- · · : · : · >
| | # - - , , 2 , t 5
, 2 -- - : -
- , --
—=m1
166 M E R C U R E
C H A R A D E.
M o N premier eſt une voyelle,
Mon ſecond prouve la douleur,
- Et mon tout déchire le coeur
D'un véritable amant éloigné de ſa belle.
( Par M. de Châteaugiron , Capitaine au
Régiment de Normandie. )
É N I G M E.
, DE la jeuneſſe, innocente amuſette,
semblable à qui me fait mouvoir3
Sachez, que plus on mc fouette,
Mieux auſſi je fais mon devoir
( Par un Écolier de Sixième. ) .
L O G O G R F P H E. :
- Dus Juge & d'un Huiſſier j'ai l'habit & la mine ,
chefd'un ordre célèbre, & fameux au Palais » *
Je ſiège en un lieu ſaint au-deſſous de l'hermine.
Tu me connoîtras mieux, Lecteur, à d'autres traits
Mes neuf pieds mis en trois, le Premie* ſied à l'âne,
souvent le dernier ſert d'excuſe à qui fait mal ;
Je fais des deux premiers trembler uu dos profâne
on trouve dans mon tout un petit animal ;
Une écorce moulue; un aveugle célèbres
Une vapeur; un fieuve; une couleur funèbrei
D E F R A N C E. 167
La fille qui préſide à des jeux enfantins,
Et qui de leurs débats appaiſe le tumulte.
Ce qui fait la muſique ; & ce qui dans leur culte
Diſtingue de nos jours les Grecs & les Latins.
ammmmmmmam-sm-ama
· NOUVELLES LITTÉRAIRES. )
PENsÉEs Morales d'Iſocrate , extraites de
.2
ſes QEuvres , & traduites par M. l'Abbé
Auger. A Paris, chez # l'aîné, Im
primeur du Clergé en ſurvivance, rue
Pavée Saint - André-des- Arcs, & chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, 1782.
CE choix de Penſées Morales d'Iſocrate
fait partie de la Collection des Moraliſtes
· anciens , & comme la Philoſophie fait &
doit toujours faire le principal mérite de
l'éloquence, bien loin de lui être contraire,
comme l'ont cru des Écrivains ſans élo,
quence & ſans philoſophie, c'eſt un très
bon projet que celui d'extraire des Ouvra
ges des bons Orateurs les idées morales dont
ils ſont remplis, c'eſt rendre plus ſenſible,
par le rapprochement, l'utilité de ces Ou
vrages ; & d'ailleurs M. l'Abbé Auger , qui
a donné une bonne Édition & une bonne
Traduction * des GEuvres complettes d'Iſo
, * Elles ſe trouvent à Paris, chez Dcbure, Jom
bcrt lejeune, & Barrois le jeune. . - . .. !
-
- -
168 - M E R C U R E
crate, a été bien-aiſe de détruire l'idée que
pluſieurs perſonnes ſe ſont faite de cet Ora
teur, º qu'elles ne regardent que comme
» un Écrivain poli & agréable, ne s'aviſant
» guères de chercher en lui un grand Phi
» loſophe & un excellent Moraliſte. »
Peur les detromper, M. l'Abbé Auger
emploie deux moyens. Premièrement, il
rapporte les témoignages de Platon & de
Denys d'Halicarnafle en faveur d'Iſocrate.
Secondement, il préſente ce Recueil de Pen
ſées Morales, où on trouve d'excellentes
leçons pour les Républiques, pour les Mo
narques & pour les Parriculiers. Il a rnis à
la tête du Recueil une Vie abrégée d'Iſo
crate, où il s'attache ſur-tout à le faire con
noître comme Philoſophe & Moraliſte; M.
l'Abbé Auger en a mis une beaucoup plus
étendue & plus détaillée à la tête de ſa Tra
duction des GEuvres complettes d'Iſocrate.
Cet Orateur naquit à Athènes dans la
première année de la quatre-vingt-ſixième
olympiade, cinq ans avant la guerre du Pé
loponèſe, quatre cent trente-ſix ans avant
PEre Chrétienne. La foibleſſe de ſa voix, &
une timidité inſurmontable ne lui permirent
jarnais de monter dans la tribune & de
parler en Public; mais il ouvrit ume école
d'éloquence, où il forma des Diſciples par
fes leçons & par des diſcours qu'il compo
ſoit ſur différenres matières. -
Il pouſſa fort loin ſa carrière, ſans éprou
ver aucune de ces incommodités, qui ſont
preſque
D E F R A N C E. 169
preſque inſéparables du grand âge. Cicéron
cite la vieilleſſe d'Iſocrate comme un exem
ple de ces vieilleſſes douces & agréables que
procure ordinairement une vie tranquille,
ſage & bien réglée , & dont il eût pu être
lui même un exemple ſans le glaive d'An
toine. Ce que M. l'Abbé Auger dit ici, d'a--
, près Cicéron , rappelle la vénérable & heu
reuſe vieilleſſe du Doyen actuel de la Litté
rarure Françoiſe, & peut-être de la Littéra
ture Européenne, M. de Burigny , à qui une
carrière de quatre-vingt-onze ans, conſa
· · crée à l'étude & à la vertu, laiſſe encore
· une ſanté robuſte, une mémoire étendue,
- l'uſage de tous ſes ſens, la jouiſſance de
tous les plaiſirs de l'eſprit, l'habitude jour
· malière des lectures inſtructives, la faculté
· même de compoſer & d'écrire, le goût &
les agrémens de la ſociété, l'eſpérance enfin
- d'un grand nombre de jours ſereins, & la
certitude que tout le monde les lui ſou
haite : - -
Et ſupereſt Lacheſ quôd torqueat, & pedibus ſe .
Ipſe ſuis, portat. -
Vrai modèle des moeurs du Savant & de
l'Homme de Lettres; jamais il n'a connu ni
l'orgueil, ni l'intrigue , ni l'envie , Savant
utile & ſans faſte; Écrivain ſans prétention,
ſimple dans ſon ſtyle, ſimple dans ſes moeurs ;
Criſpi jucunda ſenectus »
N°. 4,25 Janvier 1733. H
- ----
17e M E R C U R E
Cujus ſunt mores qualis facundia , mite
Ingenium.
· C'eſt avec un plaiſir mêlé d'attendriſſement
que nous lui payons ici ce tribut d'eſtime &
de reſpect qu'il n'a point recherché, qu'il
n'a point deſiré, auquel il ne s'attend pas,
& dont il aura la modeſtie d'être étonné,
tandis que tant d'intrigans Littéraires em
ployent de ſi étranges moyens pour ſe faire
proſtituer dans les Journaux des éloges qu'ils
ſavent ne leur être pas dûs. -
Iſocrate mourut dans la quatre-vingt
Clix-neuvième année de ſon âge , n'ayant pu
ſurvivre au déſaſtre de Chéronée. « On peut .
• dire qu'il fut un de ceux que ce funeſte
v revers enleva à la ville d'Athènes. » Il
s'obſtina, depuis la nouvelle de cette ba
taille, à ne prendre aucune nourriture; &
Citoyen ſenſible, il mourut pour la Patrie,
n'ayant pu combattre pour elle.
Iſocrate, comparé comme Moraliſte, avec
Épictète, eſt un Philoſophe plus agréable &
moins ſévère ; s'il enſeigne à être heureux
& vertueux en vivant parmi les hommes, il
ne néglige pas l'art de plaire, grand moyen,
ſinon d'être plus vertueux, au moins d'être
plus heureux. Son langage a plus de grâce
& de douceur; ſes leçons ſont auſſi aimables
qu'utiles. V.
Le compte que Nicoclès, Roi de Sala
mine, rend à ſes ſujets, des principes de
ſon adminiſtration & de ſa conduite, n'eſt
D E F R A N C E. 171,
pas un des moindres ornemens de ce Re
cueil. -
« Rappelez-vous dans quelles circonſtan
» ces je montai ſur le trône. Le tréſor de
l'État étoit épuiſé.... Tout demandoit les
plus grands ſoins, beaucoup d'attention
& de dépenſes. Je n'ignorois pas que,
» dans ces conjonctures..... on ſe voit ſou
» vent forcé d'agir contre ſon caractère. Au
» cune conſidération ne m'a fait abandon
» ner mes principes; j'ai réglé tout avec l'iné
tégrité la plus ſcrupuleuſe, ſans négliger
» ce qui pouvoit contribuer à la gloire & à
» la proſpérité de mon Royaume. -
» Bien éloigné de cette ambition qui con
voite les poſſeſſions d'autrui, & qui,
» pour entreprendre ſur ſes voiſins, n'a be
» ſoin que de ſe croire des forces ſupé
» rieures, on m'a vû réſiſter aux exemples
» que j'avois ſous les yeux, refuſer même
2
2
©3
3>
2
» les pays qui m'étoient offerts......
» Sur l'article de la tempérance ( ou de la
continence ) j'ai encore plus à dire en ma
» faveur ; je ſavois qu'il n'eſt rien de plus
» cher aux hommes que leurs femmes &
leurs enfans ; que les injures faites à ces
32
pardonnent le moins , que de pareils ou
trages occaſionnent les plus triſtes cataſ
trophes, & que pluſieurs particuliers, des
fv1 onarques même , en ont été les victi
» -mes. A cet égard , je n'ai eu rien à me re
» procher; & du premier moment de mon
objets de leur tendreſſe ſont celles qu'ils '
H 1j |
17: M E R c U R E
» règne, prenant un engagement légitime,

2x
33

:
je me ſuis interdit tout autre goût : non
que je ne sûſſe qu'on pardonne aiſé
ment ces foibleſſes à un Prince, pourvu
que dans ſes plaiſirs il ménage l'honneur
- de ſes Sujets; mais j'ai voulu que ma con
duite fût à l'abri du plus léger reproche...,
ſachant que la foule des Citoyens aime à
prendre exemple ſur ſes Maîtres. J'eſti
mois auſſi que les Rois devoient être plus
parfaits que de ſimples particuliers , en
proportion de la ſupériorité de leur rang;
& il me ſemble que ce ſeroit en eux le
comble de l'injuſtice, de forcer leurs Su
jets à ſe tenir dans la règle, tandis qu'ils
s'en affranchiroient eux-mêmes. D'ailleurs,
voyant des âmes aſſez communes qui
triomphoient des autres paſſions, & de
très-grands perſonnages qui s'étoient laiſſé
vaincre par la volupté, je me ſuis fait une
gloire de réſiſter à ſes attraits & de m'éle
ver par cet effort, non au-deſſus du ſim
ple vulgaire, mais au deſſus des Héros les
plus recommandables par toute autre
vertu. Pour 1noi, je ne connois rien de
ſi criminel que ces Princes qu'on voit, au
mépris d'un lien formé pour la vie, chans
ger d'objet tous les jours, &, par leur in
conſtance affliger une compagne à laquelle
ils ne voudroient rien pardonner. Ces
Princes, qui, ſidèles à leurs autres enga
gemens, ne ſe font aucun ſcrupule de
violer le plus ſacré de tous, & le plus in
, , D E F R A N C E. 173
33
» .
32
33
23
violable, ne ſentent point qu'une pareille
conduite leur prépare, juſques dans leur
palais même, des diſſentions & des trou
bles; mais un Monarque ſage, non con
, tent de maintenir la paix dans les États
qu'il gouverne, doit s'éttidier à la faire
régner dans ſa propre maiſon, & dans
tous les lieux qu'il habite. »
Parmi les leçons qu'Iſocrate donne à un
jeune Prince qu'il veut former, on peut
remarquer celles ci :
« Il n'eſt pas néceſſaire qu'on vous exhorte
à vous inſtruire, ſi vous ſentez combien
il eft révoltant que l'inſenſé gouverne le
ſage, & que l'homme ſans mérite com
mande à l'homme d'un mérite diſtingué.
Plus l'ignorance vous aura choqué dans
les autres, plus vous ſerez preſſe vous
même d'acquérir des§utiles.
» Raſſemblez auprès de vous tout ce qu'il
y a de ſages dans votre Royaume. Appe
lez en, s'il le faut, des pays les plus éloi
- gnés. Recherchez les Poëtes & les Philo
ſophes les plus eſtimables ; écoutez les
maximes des uns, pratiquez les leçons des
a llIICS. -
» Ne faites rien avec colère ; affectez
toutefois d'être irrité lorſqu'il eſt à propos.
Exact dans la recherche des faures, ſoyez
modéré dans la punition; que la peine ſoit
touiours au - deſſous du délir. »
La Traduction de M. l'Abbé Auger nous
paroît élégante & d'un fort bon ſtyle ; nous
H iij
174 M E R C U R E -
lui propoſerions un doute ſur cette phraſe :
" J'ai préféré de me renfermer dans les li
» mites de mes anciens États,plutôt que d'en
» reculer les frontières par la violence &
» l'injuſtice. » -
On préfère une choſe à une autre ; on
choiſit de faire une choſe plutôt qu'une au
tre; mais préfère peut-il aller avec plutôt ?
N'eſt-ce pas un pléonaſme ? Nous relevons
cette faute, s'il eſt vrai que c'en ſoit une,
parce qu'elle ſe trouve plus d'une fois dans
cette Traduction, & parce que nous l'avons
rencontrée ailleurs dans des Ouvrages même
aſſez bien écrits.
S P E C T A C L E S.
AcADÉMIE RoYALE DE MUSIQUE. .
D A N s le ſiécle du Génie & du Goût, -
Atys a paſſé pour le plus bel Opéra de Qui
nault, après Armide : il a même conſervé
cette réputation dans notre fiècle, juſqu'au
moment où, par une révolution ſubite, on
a voulu bannir de la Scène lyrique les fic
tions brillantes de la Mythologie; mais on
lui a reproché dans tous les temps la ma -
nière dont il ſe termine. Atys ſe tue ſur
le corps de Sangaride. Cybèle ſe repent trop
tard d'avoir pouſſé ſi loin ſa vengeance. Elle
change Atys en Pin. Les Corybantes, les
-
/,
- D E F R A N c E. 175
------- a- ----
| Nymphes des bois & des eaux viennent ho
norer le nouvel Arbre, & le conſacrer à
Cybèle. Cette fête a toujours paru triſte &
de peu d'effet.Auſſi chaque fois que l'on a
remis cet Opéra avec la Mufique de Lulli,
on l'a fini par les fureurs & la mort d'Atys.
En le réduiſant en trois Actes, & en l'ac
commodant au ſyftême de la muſique mo
derne, M. M. ... crut devoir ſuivre l'uſage
qu'il trouva établi ; & lorſque l'Atys de
M. Piccini fut donné en 17So , un choeur |
lugubre chanté par le Peuple terminoit le
Spectacle. Le§, en applaudiſſant aux
beautés ſans nombre dont cet ouvrage eſt
| plein , regretta que la fin n'amenât pas une
1 fête agréable qui pût effacer l'impreſſion
cruelle cauſée par la mort des deux Amans.
C'eſt donc pour ſe conformer au goût
du Publfc que M. M. ... a changé toute la
dernière partie du troiſième Acte , & le nou
veau dénouement qu'il a imaginé paroît être
| le ſeul convenable au ſujet & à la ſituation,
le ſeul qui pût diſpenſer les perſonnages de
ſe retrouver dans la même poſition où ils
étoient quelques Scènes auparavant; le ſeul
enfin conforme à la marche & à la logique des
paſſions.
, Cybèle, à la fin du ſecond Acte, croit
découvrir une rivale dans Sangaride ; elle
médite dès lors une vengeance affreuſe.
s
-
Quel noir projet mon coeur enfante !
Quelle horrible peine il invente !
H iv
176 M E R C U R E
Atys, combien tu vas gémir !
Ah! ma vcngeance m'épouvante ;
Je n'y puis penſer ſans frémir.
Ces deux derniers vers ont été, en quel
que ſorte, le germe du nouveau dénouement.
Cybèle n'a encore que des ſoupçons ; &
quoique ſa fureur ne puiſſe plus ſe contenir,
elle balance , elle eſt elle-même effrayée de
la noirceur de ſes projets , mais lorſqu'au
troiſième Acte elle ſurprend Atys & Sanga
ride enſemble , qu'elle eſt témoin de leur
tendreſſe , de leurs ſermens, qu'elle entend
les noms injurieux qu'ils lui donnent ; plus
de retenue, plus de doute; la Déeſſe §
| roit pour ainſi dire, & toute en proie aux
paſſions d'une mortelle, elle ne retient plus
de ſa divinité que le pouvoir de poufſer auſſi
loin qu'il lui plaît ſa vengeance. Elle trouble
la raiſon d'Atys, qui prend Sangaride pour
un monſtre, & la poignarde, en croyant
combattre pour elle. Il ouvre enfin les yeux,
& ſon déſeſpoir eſt au comble, quand il ſe
reconnoît pour l'aſſaſſin de ſa maîtreſſe.
Alors la rage de Cybèle eſt aſſouvie, & la
pitié commence à reprendre ſes droits. Elle
ordonne d'éloigner le corps de Sangaride.
Atys ſe jette avec fureur ſur cette dépouille
chérie.
Ah! cruelle, ne m'ôtez pas
Ce qui reſte de tant d'appas :
Je veux la ſuivre, je l'adore
D E F R A N c E. zz
Juſques dans l'horreur du trépas :
En fuſſiez-vous jalouſe encore,
Je veux expirer dans ſes bras.
Il veut ſe frapper : Cybèle effrayée vole à
ſon ſecours, & s'ecrie :
Arrête : je fus trop cruelle.
Arrête; & vis du moins pour elle
Si tu ne peux vivre pour moi.
· Je vais la rappeler de la nuit éternelle.
Mère des Dieux , elle a tout pouvoir ſur ce
lui des enfers , elle l'invoque, & lui rede
· mande Sangaride :
O Pluton ! ô mon fils, cède aux voeux de Cybèle !...
(A Sangaride. )
Et toi, pour qui la mort va révoquer ſa loi,
Revois le jour, revois un amant ſi fidèle :
Je ſerai dans les cieux moins heureuſe que toi.
· A r Y s ( voyant Sangaride ſe ranimer. )
Dieux ! . - -
S A N c A R 1 D E. -
Qui rappeile au jour mon âme fugitive ? -
, SA N G A R 1 D E & A T Y s.
D g o.
Ah ! vous laiſſez-vous déſarmer ?
que je vive,
qu'elle vive,
Ah! conſentez-vous {
{ Et que je vive pour l'aimer ?
Et qu'elle vive pour m'aimer ?
A H v.
178 M E R C U R E
Le - Choeur.
Ah ! vous laiſſez-vous déſarmer ?
Ah! conſentez-vous qu'elle vive,
Et qu'elle vive pour l'aimer ? .
C Y B È L E, ( uniffant Atys & Sangaride.)
Ceſſez de répandre des larmes,
Mortels, oubliez à jamais
Et ma colère & vo°alarmes ;
Ne penſez plus qu'à mes bienfaits.
( Elle remonte aux cieux. )
A T Y s, S A N G A R I D E, & le Choeur.
Ceſſons de répandre des larmes, &c.
Il étoit difficile d'exprimer d'une manière
plus rapide & plus claire le changernent qui
ſe fait dans le coeur de Cybèle, & dans la
· ſituation d'Atys & de Sangaride. Tout autre
développement feroit longueur ; tout autre
dénouement ſeroit étranger & poſtiche ;
celui-ci, en un mot, étoit le ſeul convenable
au ſujet & au moment donné de l'action.
J'ai dit auſſi qu'il étoit fondé ſur la marche
naturelle des paſſions. En effet, au Théâtre,
une Déeſſe paſſionnée doit être agitée des
mêmes mouvemens, & ſe porter aux mêmes
excès qu'une ſimple mortelle. Une femme
jalouſe peut concevoir le projet de faire
périr ſa rivale, & l'on n'en a que trop vu
d'exemples. C'eſt ſans doute un moyen de
ſe faire haïr davantage; mais aveuglée par ſa
A
,
D E F R A N C E. 179
| fureur, elle ne raiſonne pas ainſi ; elle eſ
père même en ſecret jouir un jour du fruit
de ſon crime ; & que devient cette eſpé
rance ſi celui pour qui elle l'a commis re
fuſe de ſurvivre à ce qu'il aime ? Quelle
femme ou plutôt quelle furie ne ſe laiſſe
pas alors déſarmerº Et ſi la pitié rentre un
inſtant dans ſon coeur, les ſentimens géné
reux qu'avoit étouffés la ſoif de la ven
geance, n'y rentrent-ils pas en même temps ?
Et par une ſuite naturelle ne doit elle pas,
ſi elle eſt Déeſſe & toute-puiſſante, ſe ſer
vir de ſon pouvoir pour rappeler à la vie
celle qu'il y a quelques inſtans elle s'eſt fait
une joie barbare de voir expirer à ſes yeux ?
J'ai dit enfin que le dénouement employé
par M. M.... étoit le ſeul qui ne remît pas
- les Perſonnages dans la même poſition où ,
- ils étoient avant cette Scène. Pluſieurs per
ſonnes auroient voulu que Cybèle ne laiſsât
point Atys tuer Sangaride, & s'épargnât
ainſi les frais d'une réſurrection. Au mo
ment où cet Amant s'écrie dans ſon délire :
» Il faut combattre : Amour, ſeconde mon courage.
il falloit, prétend-t'on, que le Roi ſe jetât
au devant de lui, & l'arrêtât ; que Sangaride
ne ſortît point du Théâtre; qu'elle & Celoe
nus recommençaſſent à tâcher de flechir
Cybèle; que tout le peuple vînt ſe jeter à
ſes pieds, ce qui eût fait un ſpectacle auſſi
pompeux qu'intéreſſant , qu'enfin touchée
de tant de larmes & du déſeſpoir d'Atys,
- L
H vj
18o M E R C U R E
elle lui rendit en même-temps & la raiſon
& ſa mait eſſe.
| Tout cela eſt fort beau ſans doute ; mais
n'étoit-ce pas remettre les choſes au même
point où elles etoient avant le quatuor ?
Tout a été employé pour attendrir l'impla
cable Deeſſe : que feront de plus les cris &
les génuflexions du peuple : Si elle ſe defend,
elle ne dira que ce qu'elle a dejà dit : ſi elle
cède, ce qu'elle a dit, ce qu'elle a projeté
n'eſt plus qu'un vain étalage. Pourquoi trou
bler le bon ſens de ce pauvre Atys pour le
lui rendre a l'Inſtant même , avant que ſa
démence ait produit aucun effet ? Quelle
étoit donc cette vengeance horrible qui
devoit tant le faire gémir, & dont elle étoit
elle même epouvantée ? Ne voyoit elle pas
dès lors Sangaride ſous le poignard d'Atys ?
Bientôt vous ſerez trop vengé, dit elle en
core à Celoenus. $# noirs projets ont donc
fermente dans ſon âme, & c'eſt à l'inſtant
de l'exploſion, qu'elle s'arrête & qu'elle par
donne , comme elle auroit pu pardonner
ſans faire tant de bruit. Non, il faut que ſa
fureur ſoit aſſouvie, il faut que Sangaride .
expire pour qu'elle puiſſe revenir à des ſen
timens plus doux , retour annoncé par cette
horreur que lui cauſoit la ſeule idée des ex
cès où elle s'alloit porter, mais qui n'eſt
vraiſemblable qu'au moment où elle ne
peut aller plus loin ſans une ferocité dont
on ne doit pas ſuppoſer qu'une femme, &
ſur tout une Déeſſe, ſoit capable.
D E F R A N C E. 18 r
Que l'on pèſe ces raiſons avec impartia
lité, & que l'on apprecie enſuite les cla
| meurs de certaines gens contre un Homme
- de Lettre s que l'on devroit plutôt remercier
du ſoin qu'il a pris de ſe conformer en cette
occaſion au deſir marque du Pubiic ;
d'avoir trouve le ſeul denouement raiſonna
ble que l'on pût ſubſtituer à l'ancien, & de
l'avoir execute d une manière qui laiſſe auſſi
peu à deſirer du côte du ſtyle que du côte du
plan & des idees. Si l on veut reli e ſans
- partialité les vers que j'ai cites, qn y trou
| · vera difficilement de quoi § les re -
proches que font à M. M..., des cenſeurs
incapables d'ecrire quatre lignes avec cette
élégante ſimplicité. Parmi tant de beaux Cu
vrages que nous voyons paroître ſur ce
Theâtre , & quelquefois même avec un
, grand ſuccès, parmi tels ou tels chef d'oeu
- vres qui s'allongent ou ſe raccourciſſent au
gré des Auteurs, ou dans leſquels le lieu de
la Scène, le coſtume, la nation & le carac
tère des Perſonnages ſont auſſi arbitraires
|
t
que l'étendue & la durée de l'action, trouve
t'on un ſeul vers qui valle :
1 - - -
l Je ſerai dans les cieux moins heureuſe que toi ?
y trouve t'on des airs auſſi bien coupés, auſſi
purement écrits que les ſuivans ?
Brûlé d'une flamme
Qui fait mon malheur,
Il faut dans mon âme
182 M E R C U R E
Cacher ma douleur.
Il faut que j'expire
Victime du ſort,
Sans même oſer dire
Qui cauſe ma mort.
QUEL trouble agite mon coeur !
Que d'ennemis il raſſemble !
Ne pourrai-je unir enſemble
L'innocence & le bonheur ? &c.
MALHEUREUx ! hélas! j'aime encore,
De l'infidelle que j'adore
Mon coeur ne peut ſe détacher.
Je ſens le trait qui me déchire ;
Et je redouble mon martyre
En m'efforçant de le cacher.
JE vais poſſéder Sangaride :
Ah ! qui fût jamais plus heureux ?
Sa bouche innocente & timide
A daigné répondre à mes voeux.
J'ai lû mon deſtin dans ſes yeux :
Un ſoupir a trahi ſon âme.
Dans ces inſtans délicieux
J'ai ſenti redoubler ma flamme ;
Dans ſes regards j'ai vû les cieux.
Je vais poſſéder Sangaride, &c.
On conviendra qu'il y a dans ces vers un
/ • - y - -
mérite peu commun aujourd'hui, celui de la
D E F R A N C E. 183
facilité & de la grâce; &, ſi l'on eſt juſte,
on cefſera de payer, par des reproches ou de
froides plaiſanteries, les efforts d'un homme
ſans lequel Roland & Atys n'exiſteroient pas
pour nous, & à qui l'on doit en partie les
progrès que commence à faire, quoique len
tement, le goût de la bonne muſique.
Ce ſeroit ici le lieu d'entrer dans quelques
détails ſur les autres changemens qu'il a jugé
néceſſaires dans le Poëme de Quinault , mais
lors de la nouveauté de cet Opera , feu M.
l'Abbé Remy en fit un examen fort judicieux
· que l'on peut conſulter, & qui ſe trouve
dans le ſecond Mercure de Mars 178o. Je
me contenterai donc d'y renvoyer ceux qui
ne ſe laiſſant point entraîner par d'injuſtes
préventions, forment une claſſe privilegiée,
dont les ſuffrages peuvent ſeuls dédommager
l'Homme de Lettres & l'Artiſte des faux
jugemens de l'ignorance & des fureurs de
I'envie.
M. l'Abbé R. s'étendit plus ſur le Poëme
que ſur la partie muſicale, à laquelle il ren
dit cependant juſtice, & dont il parla avec
une admiration éclairée. Cette partie mérite
d'être développée un peu davantage. C'eſt
ce que je feraile mieux qu'il me ſera poſſible
dans le Mercure prochain. Ami des Arts,
mais ſur-tout ami de la vérité, ſi pour parler
dignement de cet Ouvrage , il me manque
quelque choſe du côté des lumières, je tâ
cherai d'y ſuppléer par l'extrême deſir d'être
juſte, de contribuer, autant qu'il eſt en moi,
184 , M E R C U R E
aux progrès d un Art que j'ai toujours paſ
ſionnement aime, & de payer un legitime
tribut d eloges a l'homme de genie, un peu
mieux apprecie maintenant qu il ne le fût
d'abord, mais que tant de gens s'acharnent
encore a meconnoitre.
N É c « o z o o 1 E.
· M. l'Abbé de Reyrac.
Les Lettres viennent de perdre M. l'Abbé
de Reyrac , Prieur - Cure d' ) leans , des
Academies de l ouiouſe x de Bordeaux, &
Correſpondant de l'Academie des Inſcrip- .
tions & Belles-Lettres de Paris. Il eſt mort
à Orleans le 22 de Decembre, age de 49 ans.
M. l Abbe de Reyrac a ecrit en vers & en
proſe, quoiqu 1l n'ait laiſſe qu un petit nom .
bre d'Ouvrages. Son titre litteraire, ( & il .
n'en faut qu un pour être eſtime de ſes con
temporains, mê me de la poſterite) c'eſt ſon ,
Hymne au So eil , Ouvrage très ſouvent
reimprime, & qui a merite l'eftime des Gens
de Lettres & le ſuftrage du Public. Nous
ne mettrons pas , pour cet ecrit, , M. de
. Reyrac au nombre de nos bons Poëtes ,,
parce que nous ne croyons pas qu'on puiſſe
être Poëte ſans faire des vers. Quelque ad
mirable que ſoit Télemaque, il ne prou
vera jamais que Fenelon eût pu faire un ex
cellenr Poëme. Comme il ne ſuffit pas, pour
mériter le titre de bon Poëte, d'être un
D E F R A N C E. 185
bon verſiſicateur, nous croyons auſſi qu'il
faut verſifier pour être Poëte, & que
Poéte en proſe ſont deux mots abſolu
ment contradictoires. Un homme qui veut
faire un Poëme , aimera toujours mieux
écrire en vers , ſi la Nature i'a fait Poëte ;
& quiconque écrit des Poëmes en proſe, fait
un aveu d'impuiſſance poétique ; la ditfi
culté vaincue ne conſtitue pas ſeule le mérite
des beaux Arts, mais elle y entre pour beau
coup; & il n'en eſt pas moins vrai que ſi
vous ôtez la difficulté, vous détruiſez le mé
rite, & par conſéquent la gloire. Que ſer
voit il d'inventer les vers, ſi on ne devoit pas
les diſtinguer de la proſe ? Ce talent eſt ſi
particulier, que tels Écrivains très - ingé -
nieux , s'ils ne ſont pas nés pour faire des
vers, deviennent méconnoiſſables quand ils
s'en mêlent; en proſe, ils étincellent de traits
piquans ; en vers , ils ſont preſque ſans eſ
prit , parce qu'ils cherchent un talent que la
Nature leur a refuſé; c'eſt à dire, qu'ils per
dent , en exerçant un Art qui ne leur eſt pas
naturel , juſqu'aux qualités indépendantes
de cet Art même. Qu'on juge maintenant ſi
un Poëte , qui renonce à ce mérite-là, ne
renonce pas à une partie de ſa gloire, & s'il
ne laiſſe pas une grande déduction à faire
dans le calcul de ſes beautés poétiques. L'opinion
qui admet les Peëmes en proſe, de
vient aujourd'hui plus dangereuſe que ja
mais , n'encourageons pas le Public à con
fondre tous les genres, il n'y eſt que trop
diſpoſé.
186 M E R C U R E. -
Quel mérite reſtera t'il donc à celui qui
réuſſit dans ces ſortes d'Ouvrages ? Celui
d'un bon Écrivain; & cette qualité eſt aſſez
précieuſe & aſſez rare pour ſuffire à l'ambi
tion du talent littéraire. On préférera tou
jours la bonne proſe aux vers médiocres , les
bons Ouvrages en proſe ne ſont pas com
muns; & l'on peut faire un grand éloge d'un
Auteur ſans l'appeler Peëte.
Sans cette qualifieation, M. l'Abbé de
Reyrac n'en aura pas moins fait un Ouvrage
très eſtimable. Son Hymne au Soleil a de
l'harmonie, de l'élégance & de la nobleſſe; il
y a des détails d'une beauté ſupérieure, & l'on
y reſpire par tout le geût de la bonne anti
quité. Il donna d'abord ſon Ouvrage comme
une Traduction du Grec , & l'on y fut
trompé. Il a fait des Idylles en proſe dignes
de marcher avec l'Hymne au Soleil. Nous
avons auſſi de lui quelques vers qui ne ſont
guères que médiocres, & des Odes ſacrées,
Ouvrage de ſa jeuneſſe, qu'il a condamné
lui-même dans un âge plus avancé, puiſqu'il
l'a exclu du Recueil de ſes oeuvres. -
Il entra dans la carrière de l'Éloquence
ſacrée; il y parut avec ſuccès, & fut appelé
dans les Chaires de Bordeaux & de Tou- .
louſe.Aux palmes ſacrées qu'il y cueillit, ſe
joignirent d'autres lauriers , les Academies
de ces deux grandes villes s'emprefsèrent de
le reeevoir.
Aux talens de l'eſprit, M. l'Abbé de
Reyrac joignoit toutes les qualités du coeur.
D E F R A N C E. 187
Une ſenſibilité douce qui ſe peignoit ſur ſa
phyſionomie, ſembloit appeler l'amitié. Bon
Paſteur, bon ami, bon parent, il emporta les
regrets de tous ceux qui lui étoient unis par
le ſang, ou que le haſard avoit placés autour
de lui. Cet éloge eſt dans la bouche de tous
ceux qui l'ont connu.
Ce qui doit ajouter aux regrets de ſes
amis , c'eſt qu'au moment où la mort l'a
enlevé, quelques bienfaits accordés à ſon
mérite & à ſes travaux , alloient lui pro
curer une honnête aiſance ; & il ſe diſpoſoit
à venir cultiver en paix, dans la Capitale,
& les Lettres & l'Amitié.
N. B. Nous avions annoncé la nouvelle
de la mort de M. Monvel, qui avoit été
répandue & même imprimée, ſans que per
fonne eût ſongé à la contredire. Nous a
prenons avec ſatisfaction que cette§
étoit fauſſe, & nous croyons devoir en aver
tir le Public. Il jouit toujours en Suède de ſa
double réputation d'Auteur & de Comédien.
Avec un peu de Philoſophie, il doit avoir
ri de ſe voir inſcrit parmi les morts, &
d'avoir entendu, vivant, le langage de la
poſtérité. Si nous avons fait quelques obſer
vations critiques ſur ſes talens , du moins
nos louanges n'ont pas dû lui paroître ſuſ
pectes. Ce qui ajoute au plaiſir que nous
avons d'apprendre qu'il eſt vivant , c'eſt
qu'il aura le temps de nous donner lieu de
retrancher de nos critiques , & d'ajouter
nos éloges. ( cet Articie eſt de M. Imberº ?
– -
188 M E R C U R E
A N N O N C E S E T N O T I C E S. !
A revi, de la Langue Françoiſe, ou Exa
men philoſophique & analytique, 1°. des Principes
Méchaniques qu'elle obſerve dans ſa formation ou
ſon Étymologie, auſſi-bien que dans ſon Ortho
graphe ou ſa prononciation ; 2°. Des Principes
Métaphyſiques ſur leſquels ſe trouve établie ſa
Syntaxe ou ſa conſtruction ; Ouvrage originaire
ment compoſé en Anglois par M. le Chevalier de
Sauſeuil, & aujourd'hui traduit en François par lui
même, 6 Volumes in-4°. A Paris, chez l'Auteur,
rue Princeſſe-Saint-Sulpice, en face du Marchand de
Couleurs ; & chez Barrois le jeune, Libraire, quai
des Auguſtins, 1783. - -
Chaque Volume contiendra quatre-vingt feuilles
d'impreſſion ou environ. Le prix des ſix Volumes
in-4°. en feuilles ſera de 192 livres, dont on
payera en s'inſcrivant, 96 livres ; en recevant les
Volumes I & II au premier Octobre 1783 , 24 liv. ;
en recevant les Volumes III & IV au premier Jan
vier 1784 , 3 6 livres ; en recevant les Volumes V &
VI au premier Avril 1784, 3 6 liv. Total, 192 liv.
La ſouſcription ne ſera ouverte, ſoit pour la France
ou pour les Pays étrangers, que juſqu'au premier
Avril 1783. Le premier Volume ſera accompagné
du Portrait de l' Auteur, gravé par David, d'après
l'original de même grandeur, peint à l'huile & ſur
cuivre par Kimly, Peintre de l'Éiecteur Palatin, &
d'une autre Gravure emblêmatique analogue à la
nature de l'Ouvrage. Les Tomes III & IV qui com
pletteront l'Édition Ang'oiſe ſont actuellement ſous
preſſe en Angleterre, & ſe tirent au nombre de
deux mille pour completter lesTomes I & II qui ont
été tirés à pareil nombre. On propoſe de délivrer ce
D E F R A N C E. 189
qu'il en reſte ſéparément ou conjointement avec
l'Édition Françoiſe aux conditions ſuivantes : 1°. en
s'inſcrivant pour l'Edition Angloiſe ſeulement & re
cevant les deux premiers Volumes, 96 livres, au
moyen de quoi on recevra les deux autres Volumes
francs dès qu'ils paroîtront, c'eſt-à-dire, dans l'eſ
pace d'un an au plus tard : 2°. ceux qui s'inſcri
ront pour les deux Editions à-la-fois ne payeront
non plus que 96 liv. de première miſe, & recevront
cependant les deux premiers Volumes Anglois en
s'inſcrivant, ſans même ſurcharger les autres miſes
poſtérieures pour l'Edition Françoiſe , ſinon qu'ils
payeront de plus & ſéparément 96 liv. lors ſeule
ment que les deux ſubſéquens & derniers Volumes
Anglois paroîtront, & en les retirant. Le Bureau
pour la recette des ſouſcriptions & la livraiſon de
l'Ouvrage aux termes & conditions ci-deſſus énon
cés, eſt ouvert tous les jours che7 l'Auteur, rue Prin
ceſſe-Saint-Sulpice, en face du Marchand de Cou
leurs; & chez Barrois le jeune, Libraire, quai des
Auguſtins, à Paris.
LE ſieur Superchy, Graveur, vient de mettre
au jour une Eſtampe de quatorze pouces, ſur dix
d'encadrement, repréſentant en pied l'Empereur
avec le grand Duc de Toſcane, peints à Rome par
le Chevalier Pompéo de Battoni. Se vend à Paris,
chez l'Auteur , Marchand d'Eſtampes, Place de
Louis XV, à la porte de l'Orangerie. Prix, 3 liv.
On trouve chez le même Graveur le Portrait
du €ardinal de Fleury, gravé par Houbraken,
d'après Antreau, & dont il a fait l'acquiſition à
· la vente du feu ſieur Flipart, Graveur. Prix, 1 liv.
CÉRÉMoNrEs & Coutumes Religieuſes de tous
· les Peuples du Monde, en quatre Volumes in folio,
diviſés en quatre Cahiers ou Livraiſons, Prix, 3 liv
brochés, -
19o M E R C U R E
Voici déjà la troiſième Livraiſon de cet Ouvrage
important. On ne peut que louer l'exactitude de
l'Editeur, qui promet la quatrième Livraiſon pour
le premier de Février. Une choſe qui doit éton
mer encore, c'eſt la modicité du prix dans un mo
ment où les Graveurs ſont payés ſi cher. Les trois
premières Livraiſons contiennent trente-neuf Gra
vures tant ſimples que doubles, qui ſeroient vendues
ſéparément 2 l. au moins, & qui ſont cédées pour 24 l.
GEvvREs complettes de Plutarque, contenant
les Vies des Hommes illuſtres & les Traités moraux
& philoſophiques ſuivant la traduction d'Amyot,
† in-8°. & in-4°., ſeize Volumes de près de
ix cent pages chacun, contenant les treize Volumes
de l'Édition de Vaſcoſan, imprimée en 1567 &
1574, & le Supplément qui fait le quatorzième
Volume. A Paris, chez J. Fr. Baſtien, Libraire &
Editeur, rue du Petit-Lion, Fauxbourg S. Germain.
Le Montaigne & le Charron que M. Baſtien
vient de publier, doivent donner une idée avanta
geuſe du Plutarque qu'il annonce. Un nouveau
Proſpectus qu'il répand,propoſe de nouvelles condie
tions plus avantageuſes que celles énoncées dans le
premier qu'il avoit fait courir. Le premier Volume,
qui ſera orné des Portraits de Plutarque & d'Amyot,
paroîtra à la fin d'Avril prechain, & les autres de
ſix en ſix ſemaines. En ſouſcrivant (& la ſouſcrip
tion ne ſera ouverte que juſqu'à la fin de Mars pro
chain ) on donnera 7 liv. 1o ſols, & on payera
même ſomme en recevant chaque Volume in-3°.
papier d'Angoulême, broché en carton & étiquette,
tiré à cinq cent cinquante Exemplaires. Le dernier
ſera délivré gratis. On payera de même 1 5 livres
pour l'in 8°. papier de Hollande, tiré à cinquante
Exemplaires, & pour l'in-4°. pap. d'Angoulême, tiré
à ſoixante-quinze Exemplaires ; & 3o liv. pour l'inº
4°. papier de Hollande.
D E P R A N C E. 191
Les Perſonnes qui ont ſouſcrit déjà, ſont libres
de retirer leurs fonds pour ſouſcrire ſelon les condi
tions nouvelles. Le papier & lc caractère de l'E--
dition du Plutarque ſeront les mêmes que ceux qu'on
a employés pour Montaigne & pour Charron.
Jo v R N A z de Guittare, mois de Janvier 1783.
Petits Airs, avec accompagnement de Guittare,
paroles & muſique par des Amateurs, dédiés à la
Beauté. Prix, 2 livres 8 ſols, & pour les Souſcrip
teurs, 1 livre 16 ſols.A Paris, chez Mme Borrelly,
Marchande de Muſique, rue Feydeau, à côté de la
rue Neuve de Montmorency, à l'Ariette du jour ;
Mlle Caſtagnery, rue des Prouvaires, & aux
Adreſſes ordinaires ; à Verſailles, chez Blaizot, rue
Satory; & en Province, chez les Marchands de
Muſique.
On ſouſcrit chez Mme Borelly. Il paroîtra chaque
mois, à commencer du premier Janvier 1733 , un
Cahier compoſé de quatre Ariettes. Le prix de la
ſouſcription eſt de 1 livre 16 ſols par Cahier. On
payera trois mois en recevant le premier Cahier,
# mois en recevant le quatrième, & ainſi de
ll1tC.
L E s Aventures de Mathurin Bonice, premier
habitant de l'Iſle de l'Eſclavage, ancien Miniſtre du
Roi de Zanfara, tirées de ſes Mémoires ; par un
Académicien des Arcades , en quatre Parties. A
Paris, chez Guillot, Libraire de MoNsIEUR, rue
de la Harpe, au deſſus de celle des Mathurins.
Mathurin Bonice a vu bien des pays & ſubi de nom
breuſes aventures.Une des premières a été de déſer
ter d'un régiment pour s'être battu contre un Ser
gent trop rigoureux. S'étant embarqué, il eſt fait
preſque ſur-le-champ eſclave. Dans tout le premier
Volume on le voit toujours vendu & acheté. Il
voyºge beaucoup, & ne fait que changer de maître
& de pays. On le voit toujours au ſervice de maî
4
º
Aſ - - -
I92 M E R C U R E
tres idolâtres ou infidèles, & toujours agacé par de
jolies ou jeunes femmes ; mais il demeure toujours
religieux & toujours chaſte. Après bien des tra
verſes, il parvient à être Miniſtre ou Conſeiller du
Roi de Zanfara, & ce n'eſt pas là la partie la
moins intéreſſante de ſes Mémoires. La mort du
Monarque, aſſaſſiné par des conjurés, lui fait perdre
de ſon crédit, & il prend le parti de retourner dans
ſon pays pour y jouir en paix des débris de ſa
fortune. Une marâtre qui s'étoit emparée de l'eſprit
' de ſon père le fait chaſſer, & Mathurin Bonice va
s'établir & finir ſes jours à Lucerne.
La lecture de cette Hiſtoire ou de ce Roman n'eſt
· dangereuſe pour aucun âge ; & quoiqu'il y ait
peu d'intérêt pour le coeur , il attache au moins
l'eſprit. Il eſt rempli de détails de moeurs & d'Hiſtoire
Naturelle qui prouvent ou que le Héros a beaucoup
voyagé, ou que l'Auteur eſt un homme inſtruit.
ON prévient Meſſieurs les Souſcripteurs de l'Ency
clopédie par ordre de Matières , que la ſeconde
Livraiſon de cet Ouvrage ſera miſe en vente le
Lundi 27 de ce mois,
T A B L E.
Vens à M. l'Aité de Lille, charade, 16s
145 Enigme & Logogryphe, ib.
Remerctment à M. de Saint | Penſées Morales d'Iſocrate ,
Ange, 14é 1 67
Conte , 147'Acad. Royale de Muſiq. 174
Réflexions ſur l'Hiſtoire de Nécrologie , 184
Ruſſie , 148 Annonces & Notices, 188
A P P R O B A T I C) N.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 25 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui# en empêcher l'impreſſion. A Paris,
le 24 Janvier 1783. - G U I D I.
-
-
4{•=-—esº*.)a*2A4•=#-
JOURNAL POLITIQUE
D E B R U X E L L E S.
R U S S I E.
De PÉT E R s B o v R G, le 1 , Décembre.
LE Grand - Duc & la Grande - Ducheſſe
continuent de jouir de la meilleure ſanté ;
ils ſont à préſent parfaitement remis des fa
tigues de leur voyage , & prennent part à
toutes les fêtes qui ſe donnent à la Cour
pendant le ſéjour de S. M. I. dans cette
Capitale. On a célébré avec beaucoup de
pompe le 7 & le 1 1 de ce mois, celles de S.
George & de S. André ; il y eut à cette
occaſion gala & bal paré à la Cour. Ces
deux jours , conformément à l'uſage , l'Im
pératrice dîna en public avec les Chevaliers
de ces deux Ordres , qu'elle avoit faits le
5, jour où l'on avoit célébré la fête de ſon
11Olll .
Un des Secrétaires du Miniſtre qui réſide
ici de la part de l'Empereur , , parti il y a
quelque tems pour Vienne, en eſt de retour
2J Janyier 174 3. # -
T 2 _ -EE E
( 146 )
Depuis ce tems ce Miniſtre a de fréquentes
conférences avec le Prince Potemkin , ce qui
fait préſumer qu'il ſe traite dans ce moment
des affaires importantes entre les deux Cours.
D A N E M A R C K,
De C o P E N H A G U E , le 22 Décembre.
LA Reine Douairière a acheté un grand
bâtiment attenant l'Hopital Royal , à qui
elle en a fait préſent pour ſervir à l'aggran
diſſement de cet Hoſpice des malades & des
infortunés.
Depuis le 16 juſqu'au 19 de ce mois, il
eſt parti d'ici 8 bâtimens pour les Indes
Occidentales, chargés de proviſions & d'au
tres marchandiſes.
P O L O G N E.
De VA R s o V I E , le 24 Décembre. |
L'ARCHITECTE de l'Etat a préſenté un
plan pour la réparation & la reconſtruction
du Palais de la République, qui a été dé
truit par le dernier incendie. Les travaux
§ dans leſquels on mettra la plus
grande économie, ſont évalués à un million
de florins.
Il y a depuis quelque tems des confé
rences chez le Roi & chez le Grand-Chan
celier de la Couronne ; l'Ambaſſadeur de
Ruſſie y aſſiſte; & on croit qu'elles ont pour
objet, les diſſentions qui règnent entre les
Diſſidens.
- ( 147 ) , .
On dit que le Général Koſſowski eſt mort
des ſuites des bleſlu es qu'il a reçues dans
ſon duel avec le Comte de Rzewuski.
A L L E M A G N E.
De VI E N N E , le 1er. Janvier.
L E 26 du mois dernier , l'Empereur ,
| accompagné du Prince Maximilien, & ſuivi
des grands Officiers de la Couronne , ainſi
que de la principale Nobleſſe , ſe rendit à
la Chapelle de la Cour , cù ſe trouvoit la
Princeſſe Eliſabeth de Wurtemberg. Le Ser
vice divin, auquel aſſiſta le Nonce Apoſto
li ue , fut célébré par le Cardinal Archevê
que de cette Ville ; & lorſque l'Evangile eut
été chanté , la Princeſle s'approcha de l'Au
tel , & s'étant miſe à genoux, prononça à
haute voix, de la manière la plus édifiante,
les articles de ſa profeſſion de foi, de ſon
adhéſion aux dogmes de l Egliſe Catholique.
Cet acte terminé elle retourna à ſa place ;
& après la communion du Cardinal célé
brant , elle s'approcha de nouveau de l'Au
tel, & fut admiſe , pour la première fois,
au Sacrement de l'Euchariſtie, qu'elle reçut
des mains de Son Eminence. La Meſſe finie,
le Cardinal lui adminiſtra la Confirmaticn ,
& dans cette cérémcnie la Comteſſe de
Chanclos repréſenta la Grande Ducheſſe de
'Toſcane en qualité de marraine de la Prin
ceſſe, qui reçut le nom de Louiſe, Le Car
8 2
( 148 )
dinal - Archevêque lui adreſſa le diſcours
ſuivant.
» Dans tous les actes ſolemnels de religion, que
V. A. S. vient de faire avec tant d'édification en
préſence de notre auguſte Monarque, & de toute la
Cour Impériale, je ne puis qu'adorer les conſeils de
cette divine Sageſſe , qui atteint avec force d'une
extrémité à l'autre, & diſpcſe tout avec douceur.
— Béni ſoit Dieu le Pere de N. S. J. C. , le Pere de
miſé1icorde, & le Dieu de toute conſolation , q i
par un acte de ſa bienfaiſance, vous a appellé à ſon
admirable lum'ète par des voies qu'il ne prépare
qu'à fort peu d'ames. — L'Epouſe myſtérieuſe des
Cantiques devoit chercher ſon biéfi-aimé par des
hauteurs eſcarpées au travers des ronces & des épi
nes : mais quelle marche différente n'eſt pas celle
que Dieu a tenue avec V. A. ! Sa bonté ſuprême vois
a appellée à lui non par le chemin des travaux, des
amertumes & des peines ; mais par tout ce qu'il y a
de plus billant & de plus grand ſur la terre, par le
choix que S. M. l'Empereur a fait de vous pour
veus unir à ſon auguſte Neveu. – Vous ſentez par
ces bienfaits , MADAME , de quelle reconnoiſſance
vous devez être pénétrée pour celui qui eſt le Roi
des Rois, & le Seigneur des Seigneurs ! & pour
notre Monarque, qui eſt ſon image & ſon répré
ſentant ſur la terre. — Il faut croire de coeur pour
être juſtifié, & confeſſer ſa foi par ſes paroles, pour
obtenir le ſalut. - V. A. S. vient de remplir l'un &
l'autre de ces devoirs, & je ne doute nullement,
que cette foi ſans laquelle il eſt impoſſible de plaire
à Dieu , ne ſoit profondément gravée dans votre
ame tous les jours de votre vie , qu'elle n'anime
votre eſprit, qu'elle n'enflamme votre coeur, & ne
ſoit conſtamment la règle de votre volonté & de
vos actions. — Permettez donc , MADAME , qu'en
ce jour j'adreſſe mes voeux ſincères au Tout-Puiſ

| ( 149 )
|
ſant à l'occaſion d'un évènement, qui eſt auſſi ſatis
faiſant pour l'Egliſe Catholique, dont V. A. eſt de
venue un illuſtre membre, qu'eſſentiel pour votre
ſalut. - Daignez être perſuadée , que parmi les
momens heureux & flatteurs, que les bienfaits im
mortels de feue S. M. l'Impératrice Reine de glo
rieuſe mémoire, m'ont fait ſouvent éprouver §
le long cours de mes années, il n'y en a aucun qui
m'ait plus intéreſſé, que celui qui me rend le dépo
ſitaire de vos ſentimens de piété & de religion «.
Il a été publié à Presbourg , par ordre de
S. M. I. , que le Roi d'Angleterre a permis
d'importer dans ſes Royaumes les vins d'Hon
grie & d'Autriche , ainſi que la ſoie, du crû
de ces Pays , & les bois de charpente, en
payant les ſimples droits d'entrée.
De HA M B o U R G , le 2 Janvier.
L E s dernières nouvelles des frontières de
la Turquie portent , que l'on ignore encore
ſi la paix ſe maintiendra entre cet Empire
& celui de Ruſſie. Quelques perſonnes qui
prétendent pénétrer dans les ſecrets de la
politique Ottomane, croient que la guerre
entre les deux Puiſſances , dépend des af
faires qui ſe paſſent actuellement en Europe ;
& ſi cette conjecture a quelque probabilité,
elle ne tardera vraiſemblablement pas à être
vérifiée. En attendant les armemens conti
nuent ; l'Empereur , en conſéquence, n'a
point ſuſpendu les approviſionnemens qu'il
fait faire en Hongrie , & l'on dit qu'il a
# ordre d'acheter 2ooo chevaux de
dt,
g 3
( 1 5o )
» Depuis 15 jours, écrit-on de Dantzick, on reſ.
ſent ici le froid le plus rigoureux, & toute navi
gation ſe trouve arrêtée ; mais comme il tombe
beaucoup de neige , on ſe flatte que le commerce,
à l'aide des traîneaux, reprendra quelque mouve
ment. - Il étoit queſtion ici d'un achat conſidéra
ble de bois de matine pour les Anglois ; mais les
marchés ont été ſuſpendus d'après les bruits d'une
négociation de paix très-avancée. — Il paroît que
la G. B. éprouve une grande diſette de grains , &
que ſes envois multipliés dans toutes ſes #oſſeſſions
ont épuiſé chez elle une denrée ſi néceſſaie , &
dont la dernière récolte n'avoit pas d'ailleurs été
tiès-abcndante , ſans ccmpter q :e depuis 8 ans
les enrôlemens & les predes ont dû ravir bien des
bras à l'agriculture. Pluſieurs maiſons de commerce
de ce pays , établies ici , enlèvent des magaſins
entiers de froment, dont le prix s'élève en propor
tion des demandes qui en ſont faites. — Selon les
lettres de Mittau, l'Ukaſe de l'Impératrice de Ruſ
ſie, envoyé par le Général Braun , Gouverneur de
la Livonie à la Cour de Courlande , avoit d'abord
donné beaucoup d'inquiétudes ; mais on s'y eſt
tranquilliſé , attendu qce les ccnventions & les
traités ſur leſquels ſe fonde le miniſtère de Péterſ
bourg ont été changés par des conventions ſubſé
quentes ; c'eſt ce que le Duc de Courlande a repré
ſenté par un mémoire envoyé à l'Impératrice ; &
l'on ſe promet de l'équité de cette Souveraine
qu'elle ſe déſiſtera de ſes prétentions ruineuſes pour
le Duché cc. -
On dit que 36 familles Juives de Mahon
& de Gibraltar , ont fait propoſer à l'Electeur
de Mayence , de leur permettrc de
s'établir dans l'Electorat, où elles formeront
des manufaétures de draps , d'acier , &c.
Ces familles, ajoute t-on, ſont très riches »
- ( 1 5 1 )
& ont obtenu la permiſſion de faire leurs
établiſſemens entre Mayence & Francfoit.
» Il paroîtra inceſſamment, écrit-on de Vienne ,
un nouveau Règlement concernant la manutention
des poſtes & meſſageries. — La commiſſion pour
les affaires Eccl-faſtiques a ordre de mette dans
peu ton nouveau plan d'adminiſtration ſous les
yeux de S. M. I., pour qu'elle puiſſe le faire
examiner & le faire exécuter. — Il a paru à Fa'zbourg
un ſupplément à la lettre paſtorale de l'Ar
chevêque de cette Ville, par lequel il enj int à tous
les P, édicateurs de ſon Diocèſe de mettre par écrit
les Sermcns qu'ils prononceront, pour les repré
ſenter lorſqu'il l'exigera, & de mettre en marge
s'ils les ont com : o'és eux-mêmes ou tirés de quel
qu'ouvrage imprimé «.
Des lettres de Paderborn nous appren
nent que le Prince-Evêque de cette Ville y
eſt mort le 26 du mois dernier , dans la
76e. année de ſon âge.
/ Marie-Charlotte-Antoinette de Savoie ,
époºſe du Prince Antoine Clément , frère
de l'Electeur de Saxe , eſt morte à Dreſde
de la petite vérole , cette Princeſſe, qui eſt
fort regrettée , étoit née le 13 Avril 1764.
22 Cn a arrêté le 12 du mois dernier à Elſterwer.
da, lit-on dans des lettres de Peterſwalda, ſur les
frontières de Saxe & de Bohême, un Officier qui
a ſervi dans les troupes de pluſieurs Puiſſances ; iI
eſt accuſé d'avoir fait de fauſſes ſignatures au nom
de l Empereur & du Prince de Kaunitz, & d'avoir
fabriq"é par ce moyen des ordres du Cabinet, pour
ſervir ſes intérêts particuliers : on l'a tranſporté à
Prague ſous bonne eſcorte cc.
4?
$ 4
( 152 )
E S P A G N E.
De CA D 1 x , le 24 Décembre.
H 1 E R nous vîmes arriver la frégate de
guerre le lºichmond ; M. le Marquis de la
Fayette en deſcendit, & nous apprit qu'il
avoit laiſſé la flotte & le convoi François ſortis
de Breſt il y a 17 jours, ſur le Cap Ste-Marie.
Dans ce moment cette flotte & partie du con
voi viennent de mouiller dans la baie; ils ſont
dans le meilleur état. Le convoi de Toulon
n'a pas été auſſi heureux ; contrarié par les
gros tems , il a ſouffert quelques avaries.
M. le Comte d'Eſtaing a paſſé 3 ou 4
jours ſans trop preſſer les travaux de ſon
armement, mais après l'arrivée d'un Courier
qu'il reçut avant-hier , il a redoublé d'acti
vité , & il a annoncé qu'il partiroit ſans les
vaiſſeaux qui ne ſe trouveroient pas prêts le
12 ou le 15 du mois prochain. Comme on
ſait qu'il tiendra parole, chaque Officier fait
travailler ſur ſon bord , nuit & jour, avec
la plus grande célérité. -
Le Majeſtueux que montera ce Général ,
eſt déja doublé d'un côté, & demain tout
l'ouvrage ſera terminé. Il paroît que quel
ques vaiſſeaux François qu'on croyoit ne
pouvoir pas être de cette eſcadre , ſeront
radoubés & équipés à l'époque fixée par le
Général.
Nous n'avons point d'autre lettre du camp
( 153
-
de St Roch, que la ſuivante en date du 14
de ce mois.
» Les ennemis ont élevé ſur le Paſtel une neu
velle batterie de 2o canons , & ils en conſtruiſent
d'autres ſur la pointe d Europe. — Le 12 au ſoir
le Comte de Ligneville , Aide-de-Camp du Comte
d'Eſtaing, arriva ici. Il paroît que ce Général a les
pouvoirs les pius étendus, puiſqu'il a été envoyé
des ordres au Baron de Falkenhayn, à Don Gaëtan
de Langara qui commandera l'armée Eſpagnole, de
ſuivre abſolument les ordres du Vice-Amiral. Le
Comte d'Eſtaing ſe rendra à Cadix avant de venir
viſiter nos travaux , & voir notrc Général. Il eſt
arrivé à Cadix un ordre de la Cour de France à
tous les Officiers François qui ſont en cette Ville,
de ne pas s'écarter & de ſe tenir prêts à partir
pour une expédition ſecrette. — Le Marquis & le
Comte de Crillon s'y trouveront pour recevoir le
Comte d'Eſtaing, & l'accompagneront vraiſembla
blement lorſqu'il ſe rendra au camp. — Avant-hier,
vers midi, notre Général, accompagné du Comte
de Ligneville, a'la viſiter quelques travaux qui ſe
font dans les batteries des ouvrages avancés ; dans
ce moment un coup de canon de la place les couvrit
tous deux de ſable qu'un boulet détacha du parapet ,
à deux pas de l'endroit où ils étoient. Ce Généal ſe
contenta de faire remarquer aux Officiers qui le ſui
voient, l'inutilité de ce coup de canon , & il pour
ſuivit l'examen des travaux avec la plus grande
tranquillité. - Depuis que les opérations maritimes
des blocus ſont cunfiées au brave Don Barcelo, il
n'en re plus ſi aiſément dans la place de bâtimens
ravitailleurs de la côte d'Afriqae. Les chaloupes ca
nonnières ſe ſont emparées dernièrement de pluſieurs
de ces bâtimens, ſo is le feu de l'ernemi ; de ſorte
que les rafraîchiſſemens de détail, dont la garniſon
n'a Pas reçu une grande quantité, commencent à
s
$ 5
- - - --
( 154
devenir rares dans c#. Il paroît que le convoi
du Lord Howe a ſur-tout mis dans la place beau
coup de munitions; du moins ſi l'on en juge par la
Protutton de feu inutile , qu'elle ne ceſſe de faire
contre nos ouvrages avancés.
A N G L E T E R R E.
De L o N D R E s , le I 4 Janvier.
LE Gouvernement a reçu des dépêches
de New-Yorck, en date du mois de Dé
cembre ; il n'en a rien publié ; tout ce qu'on
dit qui en tranſpire , c'eſt que le Chevalier
Carleton a rerenu une f égate ſur laquelle il
doit revenir en Angleterre ; on croit qu'il
a dû appareiller le 4 de ce mois.
Ce n'eſt que le 15 Décembre que le Lord
Hood a dû quitter Sandy-Hook, avec une
partie de ſon eſcad e, & faire route vers
Ch r'es Town pour y prendre ſous ſon
convoi le reſte des troupes de cette gar
niſon, & les conduire aux Iſles.
Selon les mèmes nouvelles , le Marquis
de Vaudreuil n'étoit point encore ſorti de
Boſton , mais des lettres interceptées autori
ſent à croire qu'il ſe propoſoit de quitter
· bientôt cette rade pour ſe rendre dans la
Chéſapeak, où M. de Solano devoit réunir
ſes forces aux ſiennes, & de là ſe rendre
au Cap-François, Iſle Saint Domingue, ren
dez-vous des flottes & des armées combi
nées, où l'armée Françoiſe aux ordres de M.
de Rochambeau , embarquée à bord de
·,
.l
:
- ( 155 ) -
l'eſcadre de M. de Vaudreuil, ſeroit groſſie
par 7oo vétérans très-bien diſciplinés, &
par 7 à 8ooo Eſpagnols.
Les papiers Américains arrivés en même
tems que ces dépêches, contiennent la lettre
ſuivante du Général Washington au Cheva
lier Carleton, en date du 8 Septembre.
» Je ne puis m'empêcher de remarquer que V. E.
a pris pluſieurs fois l'occaſion de mentionner que
toutes hoſtilités ſont ſuſpendues de votre part : —
J'avoue que cette expreſſion demande de la mienne
quelque explication , je ne conçois pas qu'il puiſſe
exiſter d'autre ſuſpenſion d'hoſtilités , que celle qui
réſulte de l'agrément mutuel des Puiſſances Belligé
rantes, & qui s'étend tant ſur les opérations§
ue ſur celles de terre — ſi V. E. a jugé à propos,
e ſon côté , d'établir une ſuſpenſion partielle, la
choſe eſt poſſible ; mais, eſt-ce l'effet de quelques
motifs politiques ou autres, ce n'eſt pas à moi qu'il
appartient de le décider ; un fait cependant bien
notoire, eſt que les croiſeurs Britanniques ſur nos
côtes ont été plus vigilans que de coutume ; or,
auſſi long-tems que les Américains entendront leurs
véritables intérêts, lorſqu'on leur parlera d'une ſuſ
penfion d'hoſtilités, ils ſe formeront difficilement
une idée de ſon exiſtence ſur terre tandis qu'elle ne
s'étendroit pas ſur mer. — Je ne puis attribuer les
incurſions des ſauvages dans la partie du Nord de
nos f ontières occidentales aux cauſes dont V. E.
ſuppoſe qu'elles dérivent : je ne puis non plus ad
mettre qu'elles ſoient commiſes ſans les inſtructions
du Commandant en chef en Canada ; car ſuivant le
rapport des priſonniers & déſerteurs, il appert, que
ces partis deſtructeurs ſont compoſés de troupes
blanches commandées par des Officiers de troupes
réglées, auſſi bien que de ſauvages : & ce ſeroit un
ſoléſcime dans la ſubordination militaire de ſuppo"
| g 6
( 156 )
fer que ces partis ſeroient en campagne à l'inſçu
du Commandant en chef c«.
La réponſe du Général Carleton eſt du
12 du même mois, & conçue ainſi.
» Quoique notre ſuſpenſion d'hoſtilités puiſſe être
appellée partielle , j'ai cru qu'il ſuffiſoit d'avoir
empêché ces actes de cruauté ( avouée ) dans les
Jerſeys, dont j'ai eu occaſion de faire mention plus
d'une fois. Mais ſi l'on choiſiſſoit la guerre, je n'ai
jamais entendu que cette ſuſpenſion dût avoir d'au
tres conſéquences que celle d'inciter à faire la guerre
comme la† les Nations policées.Je penſe comme
V. E. qu'il eſt néceſſaire qu'il y ait un agrément
mutuel pour qu'il exiſte une ſuſpenſion d'hoſtilités ;
& que ſans cet agrément mutuel l'un ou l'autre
parti a la liberté d'agir comme il le trouve conve
nable ; je dois néanmoins vous déclarer franchement
en même-tems, que, n'étant pas en état de diſcerner
l'objet que vous ſoutenez, je déſapprouve toutes
hoſtilités, ſoit par mer, ſoit par terre, car elles ne
tendent qu'à multiplier les détreſſes des individus,
lors même que le ſuccès ne peut être d'aucunavantage
au Public. — Quant aux ſauvages, j'ai des aſſuran
ces poſitives, que, depuis une certaine époque peu
diſtante de mon arrivée ici, il n'a pas été détaché de
parti d'Indiens, & qu'il avoit été dépêché des meſſa
gers pour ra; peller ceux qui étoient en campagne
avant ce tems-là. J'ai auſſi des aſſurances particu
lières de la déſapprobation de tout ce qui eſt arrivé
au parti ſur le côté de Sandusky , excepté de ce qui
étoit indiſpenſable pour ſe défendre «.
S'il faut en croire quelques-uns de nos
papiers , le paquebot le Duc de Cumber
land , parti de New-Yorck le 18 Décembre,
a apporté pluſieurs lettres, dont ce qui ſuit
eſt la ſubſtance.
-
,
' . ( 157 -
Le Vulture y éteit#le 6 de Charles-Town
avec des lettres de cette dernière place par leſquelles
nous apprenons les nouvelles ſuivantes. 6ooo Loya
liſtes ont appareillé tant de la Jamaïque que de St
Auguſtin. On a fait une tentative pour ſurprendre le
fort Johnſtone, les rebelles ent été repouſſés, un
Officier a été tué & quelques hommes cnt été faits
priſonniers. Pluſieurs rebelles ont été expulſés de
la ville à cauſe de leur caractère de violence & de
méchanceté. Quelques particuliers ont obtenu la
permiſſion de reſter dans la ville avec leurs tffets,
en cas que les troupes Britanniques euſſent ordre de
s'en éloigner. Le 63e & le 64e régimens ont, dit
on, été embarqués pour la Caroline. L'Adamant
devoit partir le premier Décembre avec une fiotte
pour la Grande-Bretagne. Le vaiſſeau de guerre
l'Aſſurance, a pris un bâtiment de 22 canons, où il
s'eſt trouvé 22,ooo piaſtres avec une forte cargaiſon
de ſucre, allant de la Havane à Maryland. Le bâti
ment ſeul a été vendu 16,ooo guinées à Charles
Town.
, On a différentes lettres des Iſles, en date
du 7 Décembre, qui annoncent l'arrivée de
l'Amiral Pigot à la Barbade , & le départ
de Ske-Lucie de la frégate la Proſerpine,
avec un petit convoi pour la Jamaïque.
» L'Amiral Pigot, au départ du bâtiment qui a
apporté ces lettres, croiſcit au vent de la Guade
loupe avec 14 vaiſſeaux de ligne. On faiſoit à Anti
† des préparatifs pour la réception de 1o ooo
ommes , avec leſquels l'Amiral vouloit tenter
quelqu'expédition ; mais il attendoit po r cela
l'arrivée de l'Amiral Hood. Il eſt malheureux que
nctre eſcadre ſe ſoit ainſi diviſée, parce qu'elle n'a
pas été en état de rien entreprendre ; & en attendant
le tems s'écoule, & il eſt à craindre qu'elle n'ait
pas celui de rien faire avant l'arrivée aux Iſlcs des
- | ( 158 )
-
renforts que les ennemis attendent d'Europe, &
qui leur donneront une grande ſupériorité. On ſait
que le retour de M. de Bouillé à la Martinique a déja
dérangé les projets du Gouverneur d'Antigues,
qui avoit raſſemblé un gros corps de troupes pour
attaquer la Guadeloupe, & que ce Gouverneur a
été obligé de les renvoyer dans leurs garoiſons
reſpectives ; il eſt bien à craindre que M. d'Eſtaing
à ſon tour ne déconcerte tous les projets de l'Amiral
Pigot, & qu'il ne tente lui-même quelque conquête
1mportante ce.
La néceſſité de preſſer le départ des ren
forts deſtinés pour ces parages , ſe fait tous
les jours mieux ſentir, & nos papiers ne
parlent que de l'activité des Lords de l'Amirauté
dans leur département.
L'Amirauté a tenu hie , diſent-ils, un conſeil à
1'iſſue duquel on a envoyé de nouveaux ordres aux
Commiſſaires de tous les chantiers.
-
Les vaiſſeaux ſuivants ont été mouiller le 12
au matin de Portſmouth à Sainte-Hélène, d'où ils
doivent appareiller pour les iſles, auſſi tôt que les
derniers ordres ieront arrivés. Le Blenheim, 98 ,
Commodore Elliot, l'Atlas 98, le Cambridge 8o,
l'Edgar 74, l'Egmont 74 , la Fortitude 74, le
Pégaſe 74 , le Gange 74, le Crown 64 , le Samp
ſon 64, l'Alexander & quelques autres vaiſſeaux
attendent le convoi. Toutes les troupes qui ſe trou
voient à Porſmouth ſont embarquées & deux nou
veaux Régimens, ſavoir le 52e. & le 77e ſe ſºnt
mis en marche aujourd'hui pour les caſernes d'Hilſea.
Le reſte des vaiſſeaux qui doivent po,ter des
troupes aux iſles, a mis à la voile hier de Graveſend.
Il y a un convoi nommé pour eſcorter ces tranſ
por s des Dunes à Portſmouth. /
| Les chaleupes canonnières que l'on conſtruit à
Voolwich , ſont exactement modelées ſur celles
-
| . .. \ I 59 • • -
|
· des Éſpagnols ſi vantées pour la facilité avec ſa
quelle elles vont à la voile & à la rame. On a fait
ſeulement quelque léger changement propoſé par le
Général Elliot pour la couverture des ponts, qui
ſeront de liége enchâſſé dans de l'étain. Quatre
de ces chaloupes ſont déja prêtes & elles vont être
envoyées à Gibraltar en pièces, mais ſi bien numé
rotées, qu'elles pourront être aiſément raſſemblécs.
Le 12 au ſoir on a fait à Goſport une preſſe ſur
les vaifleaux de la Compagnie des Indes & ſur tous
les vaiſſeaux indiſtinctement pour completter les
équipages des vaiſſeaux de guerre, deſtinés pour
les Iſles.
Tous les nouveaux Matelots qui faiſoient leur
école ſur les vaiſſeaux de garde ont été envoyés
à Spithéad , avec les hommes preſſés. -
Les Lords Commiſſaires de l'Amirauté
ont informé hier les Négocians faiſant le
commerce des Iſles , que conformément à
- leur requête, les Commandans en chef des
vaiſſeaux de S. M. , en ſtation à la Jamaï
que , auront des inſtructions pour que le
dernier convoi d'été partant de cette Iſle
pour l'Europe, en appareille tous les ans le
1o Juillet & non le premier Août.
Le Général Dalling eſt arrivé hier de ſa
maiſon de campagne, pour faire les prépa
ratifs qu'exige lexpédition qui lui eſt con
fiée ; il partira ſous peu de jours pour
Portſmouth.
Les bruits qui ſe répandent ſur la paix
ſont ſi variés & ſi contredits par les prépa
ratifs de guerre qui ſe font , qu'il ſemble
qu'on ne peut compter ſur rien. Le Public
- - A -
- doit donc attendre patiemment pour être
I ( 14o )
éclairé, la lettre que M. Townshend, Se
cretaire d'Etat, s'eſt engagé à écrire au Lord
Maire dès qu'il y aura quelque meſure priſe
avec certitude. En attendant , nos papiers
reviennent ſur celle qu'il écrivit avant la
rentrée du Parlement, & l'un d'eux fait les
obſervations ſuivantes. -
Il y en a plus d'une à faire ſur la lettre de M.
Townshend aux gouverneurs de la Banque. D'abord
nous ſommes sûrs que le Miniftre ne veut ni n'oſe
tromper le pub'ic ; & d'après cela nous devons con
venir qu'il montre autant de vigueur que de ſageſſe
en forçant la France à donner une réponſe déciſive
ſur l'objet important d'une guerre future ou d'une
paix préſente avant l'aſſemblée du Parlement. Les
conſéquences avantageuſes qui réſultent de cette
conduite du Miniſtère ſont ſenſibles & frappantes : il
eſt impoſſible aétuellement que la négociation traîne
en longueur. Si la paix eſt conclue, le ſoulagement
qu'en recevra la Nation eſt manifeſte; & ſi la gueire
ſe continue, cette même Nation fera de nouveaux
efforts pour ſoutenir le Gouvernement, bien per
ſuadée qu'il a fait tout ce qui a dépendu de lui pour
la tirer de la détreſſe cii elle ſe trouve. Ajoutez à
cela que l'avis donné par le Secrétaire d'Etat à la
Banque eſt très-honnête de la part du Miniſtère ; cela
cm, êche de jouer dans les fonds, & cela prévient
tous les agiotages qui ont toujours lieu avant la
concluſion d'un traité de paix. En tout , il n'y a
aucun doute que l'Adminiſtration ne deſire bien
ſincérement de faire une paix auſſi honorable que
la Nation a droit de l'attendre dans ce moment ci.
Dans l'incertitude où l'on eſt ſur la durée
de la guerre ou le retour de la paix, ceux de
nos papiers qui cherchent à nous raſſurer
nous annoncent un traité ayantageux à la
,- - -
ſuppoſe à cette Puiſſance les diſpoſitions les
plus favorables pour nous ; on les infère de
la protection qu'elle accorde aux négocians
Anglois établis chez elle. Il eſt tout ſimple
qu'elle protège des hommes qui portent chez
elle leurs talens , leur fortune & leur in
duſtrie; mais il n'en faut pas conclure qu'elle
en eſt plus diſpoſée à embraſſer la querelle de
leur patrie dont elle ne peut tirer aucun
avantage, & qui l'expoſeroit à des embarras
qui pourroient la détourner des ſoins néceſ
ſaires pour le bonheur d'un Empire vaſte
où la Souveraine a déja beaucoup fait, mais
· où il reſte encore à faire.
Comme il ne tranſpire rien de ce qui ſe
paſſe, que l'on en eſt réduit aux conjectures,
que ces dernières rempliſſent tous nos pa
piers, nous réunirons dans l'extrait ſuivant
( 161 ) -
veille d'être conclu avec la Ruſſie. On
-
:
| celles qui nous ont paru les plus piquantes,
| & le peu de faits que l'on ſait. -
| » S'il y avoit une cauſe à la hauſſe ſurvenue dans
| nos fonds il y a dix à quinze jours, il ne s'enſuit
pas pour cela que leur baiſſe doive être attribuée à
aucune fâcheuſe nouvelle, car il n'en eſt arrivé au
cune qui ait pu produire cet évènement : l'incertitude
où eſt le Public, ne peut être une raiſon pour dire
que les négociations ſont rompues, & que la guerre
· va recommencer avec plus de vigueur que jamais.
• Lorſque l'on penſe aux diverſes circonſtances qui
, peuvent affecter les fonds, & aux artifices mis en
pratique pour les faire hauſſer ou baiſſer, il eſt aiſé
de voir que la baiſſe dernière ne prouve point qu'il
ſoit ſurvenu quelque obſtacle à la nègociation, &
162
encore moins qu'il faille s'attendre à la continuation
de la guerre & aux dépenſes énormes d'une nou
velle campagne.
Les Lords de l'Amirauté font préparer un état
général de la Marine, qui doit être mis ſous les
yeux du Parlement auſſi - tôt qu'il reprendra ſes
ſéances.
On forme à préſent un état de tout le bois de
conſtrrction qui peut être employé dans les chan
tiers du Roi, ainſi que celui qui peut être coupé
dans les forêts du Royaume. Lorſque cet inventaire
ſera fait, il ſe trouvera ſans doute qu'à aucune
époq le les magaſins n'ont été mieux pourvus qu'ils
*e le ſont aujourd'hui.
Il a été expédié des ordres en Ruſſie pour y
Acheter 2ooo tonnes de ſalpêtre pour le ſervice du
Roi, attendu qu'il ne s'en trouve plus dans les ma
gaſins de la Compagnie des Indes.
Les Membres du Parlement ne ceſſent de s'adreſſer
aux Miniſtres pour ſavoir ce qu'ils dcivent dire à
leurs conſtituans ſur l'état actuel des négociations,
mais ils n'en reçoivent d'autre réponſe , ſinon que
les Miniſtres du Roi font tous leurs efforts pour
conclure une paix, & qu'ils eſpèrent qu'elle n'eſt
pas éloignée. -
Hier, de grand matin , il a été expédié deux
Couriers, l'un pour la France & l'autre pour l'Eſ
pagne, où ils vont porter la déciſion du Conſeil
tenu le 9 au ſoir chez le Lord Grantham.
Le même jour, l'Amirauté a expédié un Courier
à Portſmouth , qui a porté, à ce qu'on aſſure,
I'ordre de faire partir, au premier bon vent, 4 vaiſ
ſeaux de ligne, 1 frégate & 3o tran ports chargés
de troupes. Le Gouvernement ne parle point de la
deſtination de cet armement.
Le Public nomme toujours le Duc de Richmond
eu le Général Conway pour ſigner le Traité de Paix,
-
|
ſi les difficultés ſurvenues ne font pas rompre les
négociations.
Les lettres apportées par le paquebot de Lis
bonne , le Hampden , ont été remiſes ce matin.
Elles annoncent le retour du bâtiment que le Con
ſul d'Angleterre dans ce port a expédié il y a plus
de deux mois pour aller à la découverte de la Ville
de-Paris & du Glorieux. Le Capitaine a rendu le
compte le plus exact de ſa croiſière , tant autour
des Açores & des iſles du Cap-Verd, qu'aux lati
tudes de Fayal & de Bonaviſta ; mais toutes ſes
recherches ont été infructueuſes , n'ayant apperçu
ni les vaiſſeaux manquans, ni les débris d'aucin
bâtiment qui aient pu lui apprendre le ſort des
malheureux à bord de ces vaiſſeaux.
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE SEPT.
De Philadelphie le 2 r Novembre.
L'ExPÉDITIoN des Etats du Sud contre les
Etats Sauvages, nos ennemis, eſt toujours
pouſſée avec vigueur, & on ſe flatte qu'elle
mettra fin à leurs hoſtilités.
Des lettres de New-Yorck , en date du -
14 de ce mois , nous apprennent que le
· Chevalier Carleton avoit pafſé en revue 7
à 8ooo hommes, qui depuis ont dû s'em
barquer ſur le convoi deſtiné pour les iſles.
Les mêmes lettres portent que les Loyaliſtes
partis il y a environ 5 ſemaines pour la
Nouvelle Ecoſſe, étoient arrivés dans certe
Province, où le Commandant en chef leur
a concédé des terreins très-fertiles dont ils
ſont extrêmement ſatisfaits.
t 164 )
Une partie des troupes de la Nouvelle
Yorok a reçu ordre d'aller prendre ſes quar
tiers d'hiver à Long-Iſland , & le Général
Washington a établi le ſien à New-bourg.
Depuis la révolution , il n'y a jamais eu
tant de déſertions qu'actuellement dans les
troupes Britanniques. Les ſoldats Anglois
& Heſſois déſertent par bandes & viennent
nous demander des terres.
L'Aſſemblée de la Providence a rejetté
tout d'une voix, le 1er, de ce mois, les arrêtés
du Congrès du 3 Février 178 I , qui recom
mandoient aux différens Etats d'inveſtir le
Congrès du pouvoir néceſſaire pour lever
un droit de 5 pour 1 co , ſur les marchan
diſes & ſur les effets pris. Cette Aſſemblée
a nommé un Comité pour rédiger une let
tre qui ſera adreſſée au Préſident du Con
gtès , & dans laquelle on expoſera les rai
ſons qui empêchent l'Aſſemblée de conſen
tir à la demande qui lui a été faite.
F R A N C E.
De VE R s A I L L E s , le 2 r Janvief.
MADAME la Comteſſe d'Artois eſt dans
l'état le plus ſatisfaiſant à tous égards , &
Mademoiſelle d'Angoulême ſe porte auſſi
très-bien.
Le 12 de ce mois, LL.MM. & la Famille
Royale ſignèrent le contrat de mariage du
( 165
Comte d'Aſtorg,Sous-Lieutenant des Gardes
du-Corps , avec Mademoiſelle de Cely.
Le même jour la Comteſſe de Boulain
villiers , & la Comteſſe de Chériſey eurent
l'honneur d'être préſentées à LL.MM. & à
la Famille Royale , la première par la Com
teſſe de Seſmaiſons , & la ſeconde par la
Comteſſe de Boiſgelin, Dame pour accom
pagner Madame Victoire de France.
Le 14 , le Prince héréditaire de Hohen
Zollern-Sigmeringen , fut préſenté à LL.
MM. & à la Famille Royale avec les for
malités accoutumées, conduit par l'Intro
ducteur des Ambaſſadeurs, & précédé par
le Secrétaire ordinaire pour la conduite des
Ambaſſadeurs,
, De PA R I s , le 2 o Janvier.
LA paix eſt toujours l'objet du voeu gé
néral & de l'entretien des ſpéculatifs ; à les
en croire , elle devoit être déclarée le 12
ou le 15 de ce mois ; & ces deux jours
ſe ſont écoulés en nous laiſſant dans les
Le nouveau plan de Verſailles que le ſieur Blaizot , Libraire
du Roi & de la Reine, rue Satory , eſpéroit pouvoir diſtri
buer peu de tems après l'Almanach de cette Ville , ne pourra
être prêt que dans les premiers jours de Février , à cauſe de
quelques changemens intéreſſans qui ſont ſurvenus. Ce retard
ne ſervira qu'à ajouter à ſa perfection. Le prix en ſera tou
jours de 3 liv. A Verſailles chez le ſieur Blaizot, & à Paris,
# le ſieur Fortin & de la Marche , Géographes, rue de la
arpe.
- L| |*
#
( 1 66 )
mêmes incertitudes.Elles ne regardent que ſon
époque préciſe , on continue à ne pas douter
de ſon 1etour très-prochain.Malgré cette at
tente, les armemens ſe font avec la même acti
vité, & ſelon les lettres de Cadix, on met tant
de célérité à celui de l'armée combinée, qu'on
ne ſeroit pas étonné qu'un Courier expédié
d'ici le 9 de ce mois à M. le Comte d'Eſ
taing , ne trouvât plus cet Amiral.
Ceux qui prétendent que notre paix &
celle de l'Eſpagne ſont arrangées , & qu'il
n'eſt plus queſtion à préſent que de la paix
particulière des Hollandois , ſe fondent
ſur le prompt départ de M. le Duc de la
Vauguyon, qui véritablement repartit Mardi
dernier pour la Haye. -
Quoi qu'il en ſoit, de tout ce qu'on dit à
ce ſujet , on a lieu de croire que l'état des
affaires dans l'Inde , ne peut qu'influer ſur
le retour de la paix ; nos avantages y ſont
tels que nous pouvions les deſirer. Le pre
mier combat du 18 Mars a aſſuré le débar
quement des troupes , qui ſous les ordres de
M. Duchemin , ont joint Hyder - Aly. La
nuit ſeule mit fin au ſecond du 12 Avril,
dans lequel l'Amiral Hughes eſſuya des
dommages conſidérables, & ne dut ſon ſalut
le lendemain qu'à la poſition reſpectable
qu'il prit à la côte. Nos deux armées de terre
& de mer dans ces contrées ont été ren
forcées depuis par les ſoins de M. de
Buſſy , qui a fait partir de l'Iſle de-France
( 167 )
|
|!
4
les vaiſſeaux l' Illuſtre & le St-Michel, avec
la frégate la Conſolante, & 9 flûtes char
gées de troupes. Il n'eſt pas douteux que le
Général n'ait pris peu de tems après la même
route. La lettre ſuivante de l'Iſle de France,
en date des premiers jours de Juillet ,
annonce ainſi ſes diſpoſitions.
» Le convoi qui vient d'étre expédié à M. de
Suffren, a été préparé avec la plus grande célérité.
Il conſerve la ſupériorité à M. de Suffren, qui ſera
en état de s'oppoſer aux ennemis, même après
qu'ils auront reçu les renforts qu'ils attendent d'Eu
rope. — L'arrivée de M. de Peynier & de ſa
flotte à Falſe-Bay le 17 Mai, & ſon départ pour
l'iſle de France, dans les premiers jours de ce
mois, ſont un acheminement favorable aux grands
objets que nous avons , en vue. - L'infatigable
activité du Général l'a deja mis dans le cas d'en
voyer toutes ſes expéditions politiques aux dif
férens Princes de l'Aſie. ll eſt à préſent occupé
des préparatifs militaires. Il entre dans tous les
détails ; il voit & ſuit lui-même ce travail auſſi
étendu que pénible.
Le navire Anglois la Cérès, chargé de
vins de Portugal & de fruits ſecs, pris par
le Corſaire Américain la Réſolution , eſt
entré à l'Orient le 1o de ce mois avec un
navire Eſpagnol de 3oo tonneaux, chargé de
mâtures, dont les Anglois s'étoient emparé
le 8 du mois dernier, & qui a été repris le
28 par le corſaire le Boucanier.
» Le 6 de ce mois, éc it on de Dunkerque, il
eſt entré dans ce port le ſloop Anglois le Dau
Phin, d'environ 6o tonneaux, chargé à Londres
( 168 )
pour Darmouth, de ſucre, chanvre & autres mar
chandiſes dont le Corſaire de Dunkerque la Sophie,
Capitaine Moulſton, s'eſt emparé à l'inſtant où
ce bâtiment ſe diſpoſoit à entrer à Darmouth.
— Le corſaire le Faucon de ce port, y a con
duit le 8 le cutter le Snare, dont il s'eſt emparé
le 6 à la hauteur de Ch iſt-Church, ſur la côte
de Kent. — Le Corſaire le petit Dunkerque a
conduit le 1o de ce mcis dans notre rade le bâ
timent Anglois la Fanny, de 25o tonneaux, chargé
à Antigues pour Londres de 348 boucauts de
ſucre & de quelques balles de coton, dont il s'eſt
emparé le 9 à une lieue de Dungerneſſ. ce
Au relevé que nous avons donné dans
le Journal du 1 1 de ce mois, des priſes
reſpectives faites pendant l'année dernière
par les Puiſſances Belligérantes, nous join
drons ici la liſte ſuivante des pertes de la Ma
rine Royale Angloiſe. Elle rectifiera ce qui a
été dit, que les Puiſſances combinées ne
lui avoient pas enlevé une ſeule frégate, &
que la priſe de l'Annibal dans l'Inde , date
de 178 I. -
VAIssEAUx. L'Annibal de 5o canons, pris dans
l'Inde par les François le 17 Juin 1782. — FRg
GATEs. La Sybille de 32, priſe en Amérique en
1782 , par les Eſpagnols. Le Brillant , le Mi
norca , le Calonne de 28 , le Porcupine de 26 ,
pris, échoués ou coulés bas dans la Méditerranée
en 1782 , par les Eſpagnols. La Barbade de 28 ,
l'Orenoque & le Rodney de 22 , pris en Améri
que le 31 Janvier 1782, par la diviſion de M. de
Kerſaint. - SLooPs. Le Raoccon , le Sylph de
18 , le Policac de 16, pris en 1782 , par les
François en Amérique. L'Alligator de '8, pris
par
( 1 69 )
2 |
»
:
ar les mêmes en Europe. L'Héléna , de 16, le '
Fracaſtle de 14, pris dans la Méditerranée par les
Eſpagnols. Le Chacer de 14, pris dans l'Inde par les
François. Le Fliyng-Fiſh de 14 , échoué le 4
Novembre ſous Calais. - CUTTERs. Le Stormont
de 16 , le Falkſtone de 1o, pris l'en le 3 1 Jan
vier en Amérique, l'autre le 1o Août en Europe,
par les François. La Nymphe de la mer de 6 échouée
& priſe, le 4 Novembre près Calais. — PAQUE
BoTs, BIGANTINs , CHEB Ecs & BATIMENs ARMÉs.
Le Speedy, le Swift de 26, pris en Amérique le
15 Juillet par les François. La Georgienne de 22,
le Crawford de 18, pris dans la Méditerranée le
14 Novembre par les Eſpagnols. I e Benjamin de
16 , l'Eliſe , la Minerve & le Général Elliot
de 1o, pris dans la Méditerranée en Juillet, Août &
Octobre par les mêmes. L'Allégeance de 1o ,
pris en Amérique par les François. Le Granthamz
& le Courier de 6, pris en Europe par les mêmes.
La Députation du Parlement de Beſan
çon fut admiſe le 9 de ce mois à l'Audience
du Roi, qui fit rayer en ſa préſence des re
giſtres qu'elle avoit apportés , tous les act:s
ccntraires à ſes ordres. S. M. dit :
» Je vous ai mandé , afin que vous n'affectiez
plus d ignorer que tout ce qui s'eſt fait en mon
nom s'eſt fait par mes ordres. — J'ai fait biffer
vos Arrêts pour ne plus laiſſer de traces d'actes
, auſſi contraires à la ſoumiſſion dont vous devez
donner l'exemp'e à mes Sujets de votre reſſort.
— J'écouterai toujours ce que mon Parlement me
1epréſentera pour le bien de mes Sujets de la
Fianche-Comté ; mais il doit m'eux s'aſſurer de
1'exactitude des faits qu'il m'expoſe. — Ses
Arrêts & ſes arrêtés ne doivent jamais lui faire
des titres pour défendre ce que j'ai ordonné
2 5 Janvier 174'3.
( 17o )
1 i pour ordonncr rien de contraire à mes vo!ºn
tés. -- Mon Peuple ne fait qu'un avec moi : ſes
droits & ſes intérêts ſont les miens ; c'eſt dans
ma main ſeule qu'ils repoſent, & j'en ſuis le gar
dien ſuprême. — Si cette maxime , qºi doit être
gravée dans le coeur de tout Sujet fidèle , venoit
a s'effacer , je ccmpte que les Officiers de mon
Parlement la 1appelleroient à mes Peuples. — Re
tournez à vos fonctions ; rendez bonne juſtice à
mes Peuples ; c'eſt un droit particulier que je vous
ai confié, & dont vous ne ſauriez vous acquitter
avec trop d'attention & de zèle «.
Le Roi ordonna que ce qu'il venoit de
dire fût écrit ſur les regiſtres , & lu aux
Chambres aſſemblées.
Les Amateurs des belles Editions nous
ſauront gré de leur annoncer ici l'entre
priſe la plus vaſte , la plus magnifique &
la plus précieuſe qui ait jamais été conçue ;
c'eſt l'Encyclopédie Méthodique qui leur
eſt propoſée par ſouſcription au prix de
18oo liv. pour 1o6 Volumes de Diſcours
in-4°. grand papier, & 7 Vol. de Plan
ches , imprimée en entier par le célèbre M.
Didot l'aîné, avec ſes nouveaux caraétères.
On ne peut mieux faire connoître cette
ſuperbe & unique entrepriſe , qu'en laiſſint
parler l'Editeur lui-même. C'eſt ainſi qu'il
s'exprime dans le Proſpectus qu il vient de
publier.
» Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcri" pour
l'Edition de l Encyclopédie en retit Pa ier,
nous ayant repréſenté qu il ºe ſuffiſo pas
de faire une Edition qui fût à la portée des
( 171 )
ſortunes les moins aiſées ; qu'il y avoit en
France & chez l'Etranger des Amateurs ri
ches & curieux qui ſouſcriroient avec plaiſir
pour une belle Edition de cet Ouvrage, le
plus conſidérable de la Nation : c eſt par
reſpect pour leurs avis, & par l'envie de
ſatisfaire tout le monde , que nous nous
ſommes déterminés à publier le Proſpectus
de cette Edition, & que nous avons engagé
le ſieur Didot l'aîné à ſe charger ſeul de
l'exécution de cette entrepriſe, pour laquelle
on n'emploiera que du Papier grand raiſin
double , des meilleures Fabriques de l'Au
vergne , & du poids au moins de trente
ſix livres la rame. Cet Imprimeur ſe pro
poſe de monter pour cette belle Edition un
atrelier qui le mette à portée de remplir , au
gré des amateurs, tout ce que promet cette
Souſcription : il ne donne point ici le mo
dèle du caractère, qui n'exiſte point encore ;
mais on peut être aſſuré que ce caractère,
qui doit être un peu plus fort que le Cicero
de ce Proſpectus, ſera gravé avec préciſion,
fondu avec exactitude, & conforme , pour
les proportions, au caractère qui a ſervi à
l'Edition des Peintures trouvées à Rome,
& à celui qui ſert actuellement à l'Edition
du Théâtre choiſi de P. Corneille, qui va
paroître inceſſamment, & dont on ne tire
que deux cents Exemplaires. '
. » Mais comme on ne pourroit entrepren
dre ſûrement & avec confiance une Editiºº
h 2
| ( 172 ) -
ſi conſidérable, & qui exige tant de frais,
ſans être au moins aſſuré de la rentrée de
ſes fonds; que les avances d'une pareille en
trepriſe, qui ne doit jamais être ſuſpendue
ni retardée , forment un objet très-impor
tant , parce que les papiers qu'on doit y
employer n'exiſtant ni dans les manufactu
res, ni dans les magaſins, il faut en faire
fabriquer une quantité conſidérable avant
de commencer, & qu'il faut de plus avoir
le tems de graver & de fondre les caractè
res, de monter pluſieurs preſſes nouvelles,
de s'aſſurer d'un local convenable, & c. c'eſt
par toutes ces conſi dérations, qu'en ouvrant
dès ce jour une Souſcriotion, elle ſera ri
goureuſement fermée pour tout le monde
le premier Mai 1783.
, Comme il eſt impoſſible de faire une
belle Edition en tirant à gros nombre , on
ne recevra que ſix cents Souſcriptions, &
l Edition n'aura lieu qu'autant qu'il y aura
cinq cents Souſcripteurs. Si, contre toute
attente , le nombre des amateurs ne s'éle
voit pas à cette quantité d'ici au premier
Mai prochain, à cette époque l'argent ſera
ſur-le-champ rendu aux Souſcripteurs. Le
nombre des Souſcriptions étant rempli au
premier Mai, on fera graver & fondre les
caractères néceſſaires à cette entrepriſe, &
fabriquer les papiers convenables, & l'on
mettra ſous preſſe au premier Mai 1784.
A la fin de chaque mois , à commencer à
( 173 )
cette époque, le Public recevra régulière :
ment deux volumes , de manière que les
volumes de cette Edition, une fois en ventc,
ſeront toujours publiés deux à deux, &
quelle ſera finie & terminée en cinq ans ,
à compter du premier Mai 1784, c'eſt à
dire, peu de tems après l'Edition du petit
pap1er.
On gravera exprès pour cette édition de
nouvelles planches de toutes les Figures ;
elles ſeront tirées ſur du grand railin fin
double d'Auvergne de la première qualité ;
& afin que le Public puiſſe avoir toute ſüreté
à cet égard, on s'engage à repréſenter les
Planches des deux éditions aux perſonnes
qui voudroient s'en convaincre par elles
mêmes.
-
» Nous laiſſons la liberté aux Souſcrip
teurs de l'édition, petit papier , de faire
l'échange de leurs billets de ſouſcription
contre ceux de l édition grand papier , & on
leur tiendra compte de la totalité de ce qu'ils
auront payé juſqu'à ce jour. Mais afin de ne
point embarraſſer la comptabilité dans cette
grande entrepriſe , & de prévenir les em
barras de ces échanges , nous prions les
Souſcripteurs anciens de nous mander ſinº
plement , par un écrit ſigné d'eux , qu'ils
ſont dans la volonté de ſouſcrire à l'édition
de Didot l'aîné, & on fera leur compte en
leur envoyant le premier volume de plan
ches , & en faiſant reprendre les volumes
h 3
( 174 ) -
de Diſcours qu'ils ont reçus ; de ſorte que
leurs paiemens ſoient de niveau avcc ceux
des nouveaux Souſcripteurs.
» Le prix de chaque volume in-4. grand
papier, de 75 à 8o feuilles , ſera de 1 5 liv.
en blanc ; & chaque volume de planches
de 29o à 3oo planches ſera du prix de 3o l ;
ainſi le Public n'aura jamais à payer à-la fois,
& par mois , plus de 3o liv. , ſoit Four une
livraiſon de deux volumes de Diſcours, ſoit
pour une livraiſon d'un volume de Planches.
» La ſouſcription eſt actuellement ou
verte , & on paie , en ſe faiſant inſcrire ,
la ſomme de 72 liv. On tiendra compte de
cetre avance ſur les trois dernières livrai
ſons, pour leſquclles on ne payera que 18
liv. On délivrera à chaque Souſcripteur une
quitrance d'à-compte , conçue en ces tcr
IIl , S :
· Je reconnois que Monſienr.... a ſouſcrit pour
un Exemplaire grand Papier de l'Ercyclepédie
méthodique , en io6 volumes de Diſcours & 7 de
Planches , & qu'il a payé la ſomme de 72 liv. à
compte de celle de 18oo livres, conformément au
Proſpectus de Souſcription.
» On imprimera à la tête du premier vo
lume la liſte des perſonnes qui ont ſouſcrit
pour cette grande entrepriſe. La ſouſcription
de cette édition étant fermée à l'époque du
premier Mai 1783 , nous nous obligeons de
ne pouvoir la continuer, ſous quelque pré
texte que ce ſoit , & nous prenons cet enga -
( 175 )
-
gement, tant pour nous que pour nos ayafis
cauſe.
» La brochure de chaque volume in 4. en
carton , coûtera 12 ſols. On ne peut faire
relier cet Ouvrage , que lorſque le dernier
volume aura paru , parce que c'eſt le Voca
bulaire univerſel qui indiquera l'ordre des
volumes en y renvoyant. Le papier qu'on
employera au Diſcours de cette édition, ſera
de même qualité que celui qu'on employe
aux planches de l'édition petit papier. On
peut voir le premier volume de Planches ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
» N. B. Cette édition , que nous annon
çons au prix de 18oo livres , paroîtra peut
être chère à quelques perſonnes, comparée
au prix de l'édition en petit papier ; mais
elles doivent conſidérer qu'on ne peut la
tirer qu'à très-petit nombre, & que le prix
des livres eſt toujours en raiſon du nombre
du tirage , & de la beauté des caractères, du
papier & de l'impreſſion : elle eſt d'ailleurs
bon marché , comparée au prix de la pre
mière édition qui s'eſt vendue juſqu'à 18oo
liv., puiſqu'elle comprendra le même nom
bre de planches, qu'elle renfermera moitié
plus de Diſcours, &-qu'elle ſera d'une exé
cution infiniment ſupérieure.
| » S'il y a quelques volumes de plus , les
Souſcripteurs ne les payeront que moitié du
prix de la ſouſcription.
» On ſouſcrit à Paris, chez Panckoucke »
h 4
176 )
Hôtel de Thou , rue des Poitevins ; à Liége,
chez Plomteux , Imprimeur des Etats , à
Londres, chez Elmſly , dans le Strand ".
A cette annonce, nous en joindrons une
autre , qui n'intéreſſera pas moins nos
Lecteurs.
C'eſt celle des Cérémonies & Coutumes Religieuſes
de tous les Peuples du monde , ornées de figures
deſſinées & gravées par Bernard Picard & autres
habiles Artiſtes , contenant toutes les figures de
l'ancienne Edition de cet Ouvrage en 7 vol. , &
selles des 4 vol. de Supplément ; le tout en 15
parties in-fol., qu'on pourra relier en 4 volumes. .
Nous avions ſuſpendu l'annonce de cette entrepriſe,
parce que nous en attendions l'exécution, pour y
prendre nous-mêmes toute la confiance que nous
deſirions inſpirer. L'Editeur, jaloux de remplir ſes
engagemens, a été au-delà des promeſſes qu'il avoit
faites dans ſon Proſpectus; il n'annonçoit la diſtri
bution du premier cahier , qu'au commencement de
ce meis; & à cette époque il a été en état de donner
, le 3e. Le 4e., qui doit terminer le premier volume
de cette collection, doit paroître le premier Mars
prochain ; & l'exactitude avec laquelle on a fait la
Première livraiſon, ne doit laiſſer aucun doute ſur
celle de la 4e & des ſuivantes. — Cette Edition n'a
1ien de commun avec la première que les planches
& le titre. Le texte en eſt entièrement refondu &
refait à neuf On ſait combien il en avoit beſoin ;
, de tous les exemplaires qui ont été répandus en
Europe , il n'y en a peut-être pas quatre dont le texte
ait été parcouru. Il a toujours rebuté par ſa pro
lixité , ſa ſéchereſſe , la confuſion des matiè: es,
l'incorrection du ſtyle & la partialité des Auteurs.
L'homme de Lettres chargé de le refaire, a puiſé
, dans les meilleures ſources , s'eſt borné à en re
-
« 177 )
cueillir l'eſſentiel, & a pris pour guide la plus ſaine
philoſophie ; un goût éclairé a préſiié a l'emploi
qu'il a fait de ſes recher hes, & à l'ordre qu'il a
mis dans ſon travail. Ce nouveau texte devient
indiſpenſable à ceux qui ont les anciennes Editions
des Cérémonies Religieuſes, & l'Editeur, pour leur
en faciliter l'acquiſiti n, s'eſt déterminé à le détacher
des figures, & à l'offrir à ceux qui voudront ſe le
procurer. Il formera le 12e volume des Editions en
11, & complettera ainſi à peu de frais un ouvrage
| eſtimable que défigure un texte qu'on ne peut lire.
On y joindra une table raiſonnée, dont l'objet ſera
de renvoyer à la page où ſe trouvent les planches de
l'ancienne Edition, ceux qui deſireront les conſulter.
Le prix de ce volume ſeul en papier ordinaire ſera de
24 iiv., dont cn payera la mo ié en ſouſcrivant, &
en grand papier de 48 , dont on payera également
24 en ſouſcrivant ; on payera le ſurplus en recevant
l'ouvrage. — En offrant cet avantage aux p oprié
taires de l'ancienne Edition en 11 volumes , l Editeur
a cru dcvoir faciliter auſſi à ceux de l'Edition en 7
volumes les moyens de completter leur ouvrage,
en ſe procurant les planches qui forment le ſupplé
ment, & qui'eur ſont abſolument néceſſaires ; il s'eſt
en conſéquence décidé en lesr faveur , de joindre
ces § au texte , qu'ils payeront 36 liv. en
papier ordinaire & 72 en grand papier, en payant
la moitié en ſonſcrivant , & le ſurplus en retirant
l'ouvrage. — On doit obſerver ici que le texte &
les figures, c'eſt-à-dire, les volumes ſervant de
ſupplément à l'Edition en 7 volumes, ſont portés
dans les ventes à 2co, 2 5o & quelquefois 3oo liv.
— La nouvel'e Edition que nous annonçons, ne
peut manquer d'être accueillie ; les Eſtampes en ſont
très-ſoignées, & l'on peut dire que depuis qu'il ſe
fair & ſe vend des gravures, il ne s'en eſt jamaº
vendu à un plus bas prix ; les trois cahiers º"
h 5
( 178 )
paroiſſent, n'en contiennent pas moins de 59, qui
a un prix modéré, devroient coûter ſeules preſque
autant que la collection entière, dont le prix , à
raiſon de 8 liv. par cahier, ne ſera que de 12o l, &
elles n'en coûtent que 24. Cette modération de prix
ne ſubſiſtera que juſqu'au premier Avril prochain
que la ſouſcription ſera irrévocablement fermée.
Paſſé ce tems, chaque cahier coûtera 1e liv. à ceux
qui n'auront pas ſouſcrit, & la collection entière
15o liv. au lieu de 12o. La rapidité avec laquelle les
cahiers ſe ſuccèdent les uns aux autres, les ſoins dc
l'Editeur pour ſatisfaire dans tous les points les
voeux du Public, ne permettent pas de craind e qu'il
manque à aucun de ſes engagemens, & il promet de
nouveau poſitivement que l'ouvrage ſera entièrement
terminé avec l'année qui s'écoule. — On ſouſcrit à
Paris chez Laporte, rue des Noyers ; Lamy, quai
des Auguſtins ; Prevoſt, rue de la Harpe ; Brunet,
rue Mauconſeil, & en Province & dans les pays
étrangers, chez tous les principaux Libraires (1).
Frere Charles - Bernard Davy d'Amfre
ville , Chevalier Profès de l'Ordre de St
Jean de Jéruſalem , Commandeur d'Eſtre
pigny au Grand - Prieuré de France , eſt
mort le 7 Novembre dernier , âgé de 7o
alllS. -
Frere Antoine Apollinaire de Guignes
Moreton de Chabrillant , Bailli - Grand
Croix du même Ordre , Grand-Bailli de
manoſque , Commandeur de Ste - Luce ,
(1) La ſuite aux Epoux malheureux , deux parties en
feuilles , annoncée par erreur à 1 liv. 4 ſals ſur les cou
verturºs de ce Journal , ſe vend 1 liv. 16 ſols. Cet Ouvrage
*ait fuite aux anciennes Editions des Epoux malheureux, &
º trouve chez le même Libraire, rue des Noyers. "
( 179 )
premier Gentilhomme de la Chambre &
Capitaine des Gardes du feu Prince de Conti,
eſt mort le 29 Décembre, âgé de 75 ans.
FrereJean-François le Baſile d'Argenteuil,
Bailli , Grand-Croix du même Ordre , ci
devant Procureur-Général dudit Ordre au
Grand Prieuré de France, Meſtre-de-Camp
de Cavalerie & ancien Sous- Lieutenant
des Gardes-du-Corps du Roi , eſt mort le
6 de ce mois , âgé de 6o ans. -
" Les Numéros ſortis au tirage de la Loterie
Royale de France du 16 de ce mois, ſont :
2 I. 2. 72. 67 & 8 j.
» Déclaration du Roi, en interprétation de l'Edit
du préſent mois, portant création de Dix millions
de rentes perpétuelles ; par laquelle Sa Majeſté fait
connoître les titres dont auront à juſtifier les Pro
priétaires de rentes, qui voudront en employer les
capitaux dans ledit Emprunt ; du zo Déc. 1732.
— 1°. Les Propriétaires de rentes qui voudront en
employer les capitaux dans la création ordonnée par
notre Edit de ce mois, ſeront tenus de rapporter au
ſieur Micault d'Harvelay , Garde de notre Tréſor
royal, conformément audit Edit, leurs quittances
de rembourſement, leurs contrats & titres nouvels,
paſſés en exécution de l'Edit du mois de Décembre
1764, pour les objets qui y ont été aſſujettis & les
certificats des Conſervateurs des hypothèques & des
Payeurs, comme il n'y a ſur leſdites rentes aucune
ſaiſie ni oppoſition ſubſiſtante, à l'égard des pièces
juſtificatives de la propriété deſdites rentes, nous
accordons aux Propriétaire3 des rentes d'ancienne
création , les facilités ci après. 2 °. Les Proprié
taires des rentes qui ſe payent à l'Hôtel-de-ville »
& qui ont été créées antiérieurement à l'Eiit du
· ( 18o )
mois de Décembre 1764, pourront ſe diſpenſer de
produire les anciennes pièces de leur propriété , en
rapportant l'immatricule du Payeur, à compter ſeu
lement de la paſſation du titre nouvel, & les pièces
qui établiront leurs droits en cas de mutation ſur
venue depuis l'emploi fait du paiement des arrérages
deſdites rentes , dans le dernier compte jugé en la
Chambre, lequel emploi ſera conſtaté par le certi
ficat du Payeur , mis au bas de l'immatricule qui
ſera délivrée ſans frais par leſdits Payeurs. 3°. Les
Propriétaires des rentes, intérêts ſur les tailles &
augmentation de gages , pourront ſe diſpenſer de
produire les anciennes pièces de leur propriété, en
rapportant le certificat de l'emploi du paiement de
leurs arrérages dans le dernier compte, jugé anté
rieurement à l'année 1773 , lequel certificat ſera
délivré par le Garde des livres, dont la rétribution
ſera fixée modérément par chaque Chambre des
Comptes ; ils rapporteront de plus les titres de pro
priété qui établiront leur droit en cas de mutations
poſtérieures audit emploi, du paiement de leurs arré
rages. 4°. Les Propriétaires de toutes les antres
rentes ſeront tenus de rapporter les pièces qui éta
bliront leur droit, à compter du titre primordial,
ou ſeulement à compter de la reconſtitution , ſi
leſdites rentes ont été reconſtituées. Voulons que la
dépenſe des rembourſemens ainſi faits par ledit
ſieur d'Harvelay, ſoit paſſée & allouée ſans diffi
culté dans ſes comptes Si vous mandons que ces
préſentes vous ayiez à faire enregiſtrer & le con
renu en icelles, garder & exécuter ſelon leur forme
& teneur : Car tel eſt notre plaiſir, & c. ce
Le Roi a rendu, le 4 Décembre, un Règlement
pour la Table à bord des Vaiſſeaux à la mer ; il eſt
dit dans le préambule que, S. M. s'étant fait ren
dre compte des repréſentations qui ont été faites à
diverſes époques par les Officiers généraux de ſa
( 181 ) •-'
marine, & les Capitaines de ſes vaiſſeaux, ſur les
inconviéniens de divers genres attachés aux Tables
qu'ils ont tenues juſqu'à préſent, & dont un des
principaux tendoit à rendre les commandemens
trop onéreux pour la plupart des Officiers, & en
mettoit pluſieurs dans l'impoſſibilité d'en charger ;
S. M., pour prévenir des circonſtances auſſi pré
judiciables à ſon ſervice, a réſolu de ſupprimer
les Tables. - Ce Règlement , qui contient 44
articles, porte de nouvelles diſpoſitions pour la
nourriture des Officiers compoſant les Etats-majors
des vaiſſeaux de S. M. Les Capitaines ne ſeront
chargés dorénavant que de celle des Capitaines en
ſecond ; les autres Officiers établiront une table
entr'eux, & ils recevront chacun par jour pour leur
ſubſiſtance, quarante ſous dans les campagnes d'Eu
rope, & trois livres dans celles de long cours. Plus,
deux rations qui leur ſeront fournies de la Muni
- tionnaire.
De B R U x E L L E s, le 2 r Janvier.
L'INSTRUcTIoN de l'affaire de l'Enſeigne
de Witte & du Jardinier Van Brackel a été
commencée de nouveau par la Cour ordi
· naire de Hollande ; le 6 de ce mois l'un &
l'autre ont ſubi un interrogatoire , auquel
on dit que tous les Conſeillers de cette Cour
ont aſſiſté; on en ignore les réſultats; mais
la fermentation que cette procédure a cauſée
ſubſiſte toujours , elle fait élever bien des
voix contre la Juriſdiction militaire , qu'on
ne ſeroit pas étonné de voir ſupprimer , ou
du moins reſtreindre beaucoup ; un fait ré
· cent peut contribuer à cette révolution.
• ( 182 )
» Un Soldat de la garniſon dc cette Ville ,
écrit - on d'Utrecht , coupab'e d'un délit civif,
vient d'être arrêté par ordre du banc de nos Eche
vins. Ce procédé eſt une ſuite du ſyſtême qu'il a
adopté ſur la Juriſdiction Militaire, contre laquelle
il a donné un Mémoire très - étendu & très - fort
de choſes. Cet évènement a fait renaître les an
ciennes conteſtations. On dit même que l'Oſiicier
en chef a reclamé le délinquant au nom du Haut
Conſeil-de-Guerre, & qu'on a refuſé de le livrer.
C'eſt dans cette Ville ſur-tout, ainſi que dans toutes
celles qui renferment des garniſons, que l'on eſt
le plus à portée de ſentir les inconvéniens de la
Juriſdiction Militaire. L'abus à cet égard eſt par
venu au point que les Militaires, depuis le premier
grade juſqu'au dernier, étoient venus à bout de ſe
ſouſtraire entièrement, eux, leurs femmes & leurs
enfans, au pouvoir civil ; & que ſous l'autorité du
Stadhoudher, qui approuvoit ou condamnoit arbi
trairement les déciſions, il s'étoit formé une nou
velle puiſſance indépendante «c.
Les villes de Friſe continuent avec la
même ardeur & le même ſuccès à ſe rendre
indépendantes de l'influence Stadhoudé
rienne dans les points où l'on avoit aban
donné au Stadhouderat des prérogatives
qui ne ſont pas compriſes dans la teneur
de ſes inſtruétions , & qui nuiſoient à l'in
dépendance des Adminiſtrateurs dans leurs
fonctions politiques. La ville de Leuwarde
a ſuivi l'exemple des 7 autres villes de Friſe,
qui ſont rentrées dans le droit de cellation
aux emplois , mais elle a changé quelque
choſe dans la manière d'en diſpoſer , elle a
chargé d'y nommer les ſeuls Régens du
qtl rtier. . - - . -
( 183 )

- • • / -
incompérent dans cette affaire.
On dit que le rapport des Amirautés, au
ſujet du refus des Officiers de mer de ſe
rendre à Breſt , a été préſenté aux Etats de
Hollande , on ajoute que l'Amirauté d'Amſ
terdam ſoutient que ces Officiers ne ſont
reſponſables qu'à ſon département , parce
qu'elles ſont de ſon reſſort, & qu'en con é
quence un Comité des Etats-Généraux ſeroit
V,
| Le diſcours que le Stadhouder prononça
à l'Aſſemblée des Etats Généraux , en leur
préſentant la pétition générale de l'état de
guerre pour cette année 1783 , mérite d'être
remarqué , nous le placerons ici.
» S. A. & le Conſeil-d'Etat ayant rempli leur
fonction en ce qui concerne l'état de guerre
pour l'année 1783 , eſpérent que V. H. P. & les
Confédérés voudront bien prendre en bcnne part
fi, à la préſentation de cette pétition générale, quci
qu'anciennement ç'ait toujours été la coutume, ils
ne s'expliquent pas plus amplement ſur les circonſ
tances où la République ſe trouve actuellement :
le peu d'effet qu'ils ont vu réſulter de leurs repré
ſentations à cet égard, n'eſt guères propre à les
encourager ; & les affaires leur paroiſſent être dans
une poſition, qu'ils ne ſauroient preſque par où
commencer & encore moins par où finir. L'affec
tion & le zèle de S. A. & du Conſeil d Etat pour
le ſalut de la patrie & pour tout ce qu'elle a de plus
cher , n'ayant cependant éprouvé aucune altération,
ils ſe borneront à rappeller à V. H. P. & par leur
canal, aux confédérés, ce qu'ils pourront trouver
de plus utile & de plus avantageux pour ſauver la
République ; la maxime que nos ancêtres crurent ne
devoir jamais abandonner pour conſerver cet Etat
dans une fituation reſpectable étoit qu'il ne pouvois
( 1$4 )
"• - - - " • • • - - -
ſe maintenir ſins alliances , ſans troupes , ſans
| places de frontieres & flottes. Un Etat entouré de
* voiſins puirſans & toujours inférieur en forces, ne .
peut jamais être tranquille ſur les deſſeins qu'on
peut former pour ſa ruine , s'il ſe trouve dénué
d'une eſpérance fondée d'être ſecouru par d'autres
en cas de beſoin. Mais comme la matière des al
liances eſt d'une délicateſſe extrême & l'eſt devenue
encore davantage dans ces tems, par les procédés
iniques que la République a éprouvés de la part
d une Puiſſance ſur laquelle on devoit naturelle
ment ſe confier , puiſque depuis plus d'un ſiècle on
vivoit en paix, en amitié avec elle, S. A. & le
le Conſeil d'Etat craignent de s'expliquer à cet
égard plus amplement & preférent d'abandonner
cet objet à la conſidération des confédérés mêmes.
Quant à ce qui concerne les troupes, on ſait com
bien peu l'Etat en a actuellement ; il eſt certain
que quoique les garniſons ci-devant placées dans les
vii'es de barrières & conſiſtant toujours en peu
de bataillons, ſe ſoient rapprochées de l intérieur,
le même corps d'armée réuni ſuffit néanmoins à
peine dans les tems les plus calmes , à former une
garniſon médiºcre pour toutes les places-frontières,
ſans qu'il puiſſe en reſter un excédent pour des
accidens imprévus, tel que ſecourir une place con
tre une attaque redoutée, encore moins poir pou
voir en former un corps lorſqu'il ſeroit des plus
néceſſaires pour couvrir une frontière foible, ce
qui oblige S. A. & le Conſeil-d'Etat de requérir
d'une manière preſſante que ſur cet objet les Con
fédérés daignent ſe demander à eux-memes, ſi, dans
ces tems, ils peuvent maintenir la Répablique avec
des troupes de terre auſſi peu nombreuſes & s'y repoſer
ſans inquiétude; quoique ce oit une vérité démon
trée, que celui qui ſe trouve hors d'état de ſe défen
dre ſoi-même, ne peut avoir qu'un eſpoir bien foible
qu'un autre s'expoſe pour lui au danger; ſans faire
:
( 185 )
mention qu', n E at, dont le ſecours & l'aſſiſtance dé
pendent abſolument d'un autre , doit naturellement
perdre ſa liberté & ſon indépendance, & ſera obligé
de ſe comporter ſuivant le bon f laiſir & la volonté
de ſon protecteur. Des frontières, par ou il faut
entendre des Places fortifiées, pourvues de tout ce
qu'exige une bonne défenſe, & ſituées ſur les li
mites, ſont, avant tout , néceſſaires à un pays :eſ
ſerré dans un territoire étroit qui ne peut, qu'à
1'aide de fortifications, de retranchemens, d'inon
dations, &c., empêcher un ennemi, même après
le gain d'une bataille, de pénétrer dans ſon ſein,
& qui, au défaut de ces moyens, ſeroit ſur-le
champ couvert de troupes ennemies, & conquis.
Une place forte , bien munie de tout , pourvue
d'une bonne garniſon, par-là bien défendue, peut,
pendant un aſſez long eſpace de tems, ar êter une
armée entière, & procurer le tems néceſſaire pour
prendre des meſures ſagement combinées , & op
poſer une réſiſtance ultérieure. Cette République
a fourni pluſieurs exemples de cette vérité devenue
d'autant plus impottante, que la République eſt
à préſent dénuée de tout cc qui pouvoit porter le
nom de barrière : on ne peut donc aſſez-tôt mettre
les anciennes frontières dans un état de défenſe
, reſpectable , & les pourvoir abondamment de ce
qui y eſt néceſſaire. A cette oc aſion, S. A. & le
Conſeil d'Etat ne peuvent s'abſtenir de déclarer
- p
rondement, que ſi les Confédérés veulent ſérieu
ſement mettre dans cet état de défenſe néceſſaire
toutes les frontières de l'Etat , il faut qu'ils ac
cordent non - ſeulement leurs conſentemens aux
pétitions faites pour cet effet il y a quelques an
nées , mais qu'ils propoſent & fourniſſent auſſi les
deniers requis au Comptoir - Général de l'Union ,
afin qu'on puiſſe en faire l'emploi néceſſaire, Le
quatrième point que S. A. & le Conſeil d'Etat
dºivent auſſi abandonner à la ſollicitude réelle des
- ( 1 86 ) -
| Confédérés, ccncerne l'augmentation & ſ'amélio
rai n de la marine du pays & de ſes forces na
vales. La mer eſt la frontière des Provinces prin
cipales, & la mer eſt égaiement la ſource du bien
être de cet e Rt publique; c'eſt-là que l'on trouvè
la ſource de ſes Finances , & prcſque tout ce qui
exige de l'argent comptant : cette frontière ne peut
être convenablement aſſutée contre un ennemi, que
par une Puiflance navale, & l'uſage & lcs avan
tages de la mer mis à l'abri des vexations, q'ie par
des vaiſleaux de guerre. Rien de plus notoire ce
pendant que la décadence déplorable des forces
navales de la République, qui, depuis le commen
cement de ce ſiècle, a de jour en jour décliné, &
dont l'encouragement n'a jamais été pris à coeur,
ainſi qu'il auroit convenu. Il eſt maintenant bien
certain, qu'à l'éruption de la guerre ſi injuſte de
l'Empire Britannique contre ce te République, on
s'eſt occupé du rétabliſſement & de l'extenſion les
· forces navales avec beaucoup de zèle & d'énergie,
& qu'on y a déja fait une réforme, une augmen
tation raiſonnable ; mais il l'eſt auſſi que le réta
blifſement convenable d une marine auſſi déchue ,
exige le travail ſuivi de pluſieurs années; que celle
de cette République n'cſt pas encore portée à cette
élévation, & n'a même pu l'être au point qui ſeroit
bien néceſſaire pour pouvoir faire tête à un ennemi
puiſſant. Si l'on veut, à cet égard, ſuivre l'ancienne
maxime de la République, & porter la marine à
un état formidable, il faut non-ſeulement conti
nuer à tenir la main à l'ouvrage avec zèle & fer- :
meté, tant pour la conſtruction que pour l'équi
pement, mais encore ne pas ſe ralentir lorſque les
tems ſeront devenus plus calmes, ou qu'une paix
deſirée ſera conclue ; c'eſt pendant ſa durée que
les opérations de la marine pourront toujours, avec
moins de frais & plus d'avantage, être portées à
une conſiſtance convenable, à quoi doit beaucoup
( 187
contribuer le plan déja porté par les Confédérés
à la concluſion concernant la formation d'un Corps
de Mariniers, afin d'être, par ce moyen, conſtam
ment pourvu d'Officiers bons & expérimentés au
ſervice de mer dans tous les grades quelconques :
plan qui pourra auſſi, dans le même eſpace de tems,
être effectué de la maeière la plus facile & la moins
cnéreuſe pour les C onfédérés. Alors & au moyen
de ces objets réunis, la République pourra , en
peu d'années, mériter véritablement le titre de
Puiſſance maritime dcnt elle n'a q e le nom.
Comme, pour tout ce qui vient d'étie allégué, il
faut des eſpèces, & que les Ce liéges d'Amirauté
reſpectifs ſe ti ouvent hors d état de faire la moindre
avance , ſoit pour conſtruire des vaiſſeaux , ſoit
· pour les équiper, S. A. & le Conſeil d Etat ſelli
citent , de la manière la plus preſſatte, les Con
fédérés, qu'il leur plaiſe, le plutôt poſible, de ſe
montrer réellement par la prompe contribution &
le paiement eſfectif de leurs quotes reſpectives dans
les pétitions cou antes , tart pour la conſtruction
des vaiſſeaux, que pour les équipemens déja faits ;
deux objets où diverſe Provinces ſont encore aſſez
fortement arrié ées, ce qui certainement ne peut
produire que le retard , le ralentiſſement de tout
ce qui doit être effectué pour le bien du pays &
pour la plus grande utilité de la cauſe commune.
A- -
PRÉcIs DEs GAzETTEs ANGL. du 15 Janvier.
Il s'eſt tenu hier un Comité de correſpondance
à l'hôtel de la Compagnie des Indes. Demain il
doit ſe tenir une atſemblée de Directeurs.
» Tout le monde à la manoeuvre ct , eſt le mot
des Bureaux de la Marine. On fait les plus grands
préparatifs dans toutes les parties de ce départe
ment , & ſuivant les perſonnes les mieux inſtrui
tes, le Lord Howe ne tardera pas à remettre à
la voile. / . .
- ( 133 )
Quelque probable que ſoit la concluſion de la .
paix, il n'en eſt pas moins certain qu'il n'y a pas
le moindre relâchement dans les préparatifs pour
la campagne prochaine. On équipe des vaiſſeaux
dans tous nos ports ; on embarque les troupes
pour le pays étranger; on lève de nouvelles forces.
Si la paix eſt encore éloignée, ces armemens &
cette augmentation de troupes ſont indiſpenſable
ment néceſſaires ; & dans le cas où la paix eſt
prochaine, il eſt toujours prudent de nous tenir
en garde contre les nouveaux obſtacles qui pour
roient la retarder.
Rien n'eſt ſi coatradiétoire que nos diſpoſitions,
tant pour la paix q'ie pour la guerre ; nos Géné
raux , nos Amiraux reçoivent des ordres pour
partir à l'inſtant, & le moment d'après ils reçoi
vent des contr'ordres , de ſorte qu'on les voit
auſſi-tôt courit à leurs terres. Il eſt fort à crain
dre que pendant cette longue négociation, nos
ennemis, qni ſavent bien ce qu'ils veulent faire,
n'entreprennent qcelqu'expédition ſecrette, ou ne
ſe préparent à une vigoureuſe défenſe en gagnant
de l'avance pour le tems, de ſorte qu'ignoraIt où
il faut envoyer du ſecours, contre qºi , nous ne
pourrons plus repouſſer les attaques d'cnncmis auſſi
nombreux. -
Beaucoup de perſonnes croyent toujours q'ie le
Lord Shelburne, étant ennemi de l'Indépeºdance
Américaine, il ne ſeroit par fàché de voir con
tinuer la guerre. En ſuppoſant que tout cela ſoit
vrai, on doit être bien ſurpris du retour du Cheva
lier Gui Carleton, que les Miniſtres actuels avoient
envoyé en Amérique, & qui n'a demandé ſon
rappel, que parce qu'on s'eſt déterminé à aban
donner l'Amérique, projet auquel il s'eſt toujours
oppoſé. C'eſt une énigme qu'il faut laiſſer expli
quer au tems, qui peut ſeul dévoiler les ſecrets
de myſtérieux Adminiſtrateurs. - -
|
( 189 )
Pendant que le Public fiotte dans une incerti
tudes continuelle , entre la † & la paix, le
commerce ſouff e predigieuſemer t, la plupait des
ordres pour les articles d'exportations étant ſuſ
pendus en totalité ou en partie, tant par rapport
au haut prix des aſſurances, qu'à la probabilité
d'un augmentation conſidérable ſur le prix des
différentes marchandiſes, ſi la paix ſe fait prompte
Il]5fht. - -
Le Lord Grantham & M. de Rayneval ont reçu
hier pluſieurs Couriers de Paris, ce qui donne l eu
à une aſſemblée des Miniſtres d'Etat & a beaucoup
de conjectures dans le Public,qui croit enfin toucher
au moment de la révélation des ſecrets de la négo
ciation. On aſſure comme un fait poſi if que le Gou
vernement attendoit ſous peu de jours un Courier
qui doit apporter les réponſes définitives des Cours
de Verſailles & de Madrid. M. Tcwnshend ne man
quera sûrement pas d'en communiquer ſur-le-champ
le réſultat par une ſeconde lettre aux Gouverneurs
de la Banque.
Le Mornhg-Poſt aſſure poſitivement que le Duc
de Richemond partira dans peu avec une ſuite nom
breuſe pour la Cour de France, où il doit avoir le
caractère d'Ambaſſadeur ; ce Seigneur a été choiſi
pour remplir ce poſte par le Roi & par ſon Conſeil
Privé : les fourniſſeurs de ſa maiſcn ont ordre de
Préſenter leurs Mémoires avant ſon déparr.
Les Hellandois auront bientôt dans l'lnde ſix ou
ſept vaiſſeaux de ligne. S'ils peuvent joindre les
François, l'eſcadre ennemie ſera ſupérieure à celle
de l'Amiral Hughes quand même celui-ci ſeroit
joint par le Commodore Bickerſton.
Les cinq vaiſſeaux de ligne & les deux frégates
qui compoſent le convoi & l'eſcadre de la flotte pour
l'Inde, partiront au premier bon vent ſans attendre
les vaiſſeaux de la Compagnie.
( 1 9o )
f Une petite flotte a pris ſon chargement à Terre
| Neuve, & a dû appareiller à la fin de Décembre
pour Porto.
Le Caton de 64 & la frégate la Pallas ſont
attendus d'Hallifax ; les dernières nouvelles portent
qu'ils étoient réparés & qu'ils devoient partir vers
le milieu du mois dernier.
Un bâtiment a appris à New-Yorck que les troupes
employées dans le Pénobſcot, ont été renforcées par
des détachemens d'Hallifax.
Le Gouvernement a expédié un Courier extraor
dinaire en Irlande, pour porter au Lord Lieutenant
de ce Royaume, des dépêches de la plus grande
1mportance. . "
Le Chancelier de l'Echiquier travaille à une ré
forme dans l'Adminiſtration des Douanes , qui
mettra à portée d'expédier plus vîte la beſogne,
& en même-tems d'épargner de l'argent à la Na
tion Pour y parvenir, il confère avec les plus an
ciens commis de cette partie, & montre, dans tout
ce travail, les plus grandes lumières. •
Malgré tout ce qu'en a dit de contraire à cet
égard , le Gouvernement n'a pas aſſez conſulté la
gloire & le vrai intérêt de la Couronne, pour ac
quitter les arrérages de la liſte civile qui ſont dis
depuis ſi long-tems, & il y en a encore trois termes
a payer.
PRIsEs FAITEs sUR LEs ANGLoIs. — Par les
François. La Fanny d'Antigues pour Londres,
envovée a Dunkerque ; la Providence de Portſ
mouth pour Liverpool , envoyée à Breſt; le Tre
lanny de la Jamaïque pour Londres, env yé à
Ca ai ; le Joyce de Darmouth pour Tetre-Neuve,
envoyé Cherb urg. --— Par les Eſpagnols. La
Santa-Caſa de Lorette de Londres pour Veniſe, en
voyée à Ceuta; le Savior de Londres pour Veniſe ,
".
( 191 )
envºyé à Ceuta ; la Georgienne & le Cru: ford,
de Gibraltar envoyé à Cagix. Par les Amé.
ricains. Le Torbay de Charles-Town pour Lon
dres, envoyé en Amérique ; le Molly de Liver
pool pour les iſl:s, envoyé à la Maitiniq e ; le
Betzey des Bermudes pour Penobſcot , envoyé
à Sal m; la Grace de Londres pour Antigues , en
voyée à Philadelphie.
PRIsEs FAITEs PAR LEs ANGLoIs. - Sur les
Francois. Un bâtiment pour Breſt , envoyé à
Jerſey ; 4 bâtimens pour Breſt, envoyés à Jerſey ;
les Trois Soeurs de S. Domingue pour la France,
envoyées à Briſtol; le Mars du Cap de Bonne-Eſpé
rance pour S. Malo, envoyé à Kin'ale. — Sur les
Eſpagnols. La N. S. de Carmen , envoyée à
Jerſey , deux bâtimens envoyés à New.Yor-k; un
bâtimenr de la Havanne pour Maryland, envoyé à
Charles-Town. - Sur les Américains. Le Trio
de Nantes pour la Virginie, envoyé à Kinſale.
· P. S. De Paris le 21 Janvier. Un bâtiment
Américain qui eſt entré dans la rivière de Bor
· deaux, venant de Boſton d'cu il é oit parti dans les
premiers jours de Décembre , nous avoit annoncé
que M. de Vaudre.il ſe préparoit 2 embarquer
Farmée de M. de Rochambeau, pour la conduire
aux Antilles. Il faut qu'un autre bâ iment ait fait
encore plus de diligence, puiſque l'on vient d'être
info mé que M. le Marquis de Vaudreuil a q litté
Boſton le 24 Décembre, avec toutes les t oupes
qu'il conduit en droiture à St-D mingue. C'eſt M.
le Chevalier de Viom ſi il qui , dit-on , les com
mande. M. le Comte de Rochambeau, M le Baron
de Viomeſnil M. le Chevalier de Ch tillon & la
plupart des Officiers de l'Eta Maor, ne ſuivent pas
l'armée. Ils ont été à Philadelphie, où ils auront
( r 92 )
-
trouvé une frégate qui les ramenera en France. —
Le vaiſſeau du Congrès l'America, que les papiers
Anglois avoient dit étre hors d'état de ſervir, étoit
dans la ligne & a fait route avec l'eſcadre Françoiſe.
-- Selon les lettres de Cadix, on comptoit que
M. le Comte d'Eſtaing ſeroit en état de partir du
I 5 au 2o Janvier.
Les eſpérances qu'on avoit du retour prochain de
la paix, ſont enfin réaliſées; les articles préliminaires
ont é é ſignés à Verſailles Lundi 2o de ce mois, par
M. le Comte de Vergennes & M. Fitz Hebert pour
la France & l'Angleterre, & par M. le Comte
d'Aranda & M. Fitz Hebert pour l'Eſpagne & l'An
gleterre,
E R RATA. Il s'eſt gliſſé une faute eſſentielle dans
l'annonce q le nous avons faite dans le numéro précédent
de ce Journal , pages 13 2 & 153 , de la ſuperbe édition que
M. Baſtien, rue ð Petit-Lion , ſauxbourgSt-Germain , prépare
des GEuvres complettes de Plutarque , contenunt les Vies
des Hommes illuſtres & les Traités moraux & philoſophiques
ſuivant la Traduction d'Amyot, grand in-8°. & in-4°. ,
1 6 volumes de près de coo pages chacun , contenant les
13 vol. de l'Edition de Vaſcoſan, imprimée en 1567 & 1474, .
& le Supplément qui fait le quatorzième volume. On lit dans
le Proſpºdus de cette éditiºn que ie premier volume, qui
eſt actuellement ſous preſſe , ſera orné des portraits de
Plutat que & d'Amyot & contiendra la vie de ces deux !
illuſtres perſonnages, parcîtra à la fin d'Avril prochain, &
les autres volumes de ſix en ſix ſeraines, au lieu, de ſix ,
mois en ſix mois, comme on l'a dit mal à-propos dans ce
Journal. L'habile & ſavant Editeur ne ſe propoſe pas ſeule
ment de ſoigner cette impreſſion, & de faire une édition
ptécieute qui occupera une p'ace diſtinguée dans les Biblio
thèques, il veut en faire jouir promptement les amateurs,
& les volumes ſe ſuccéderont avec la plus grande célérité.
Ils ſeront tirés à un très-petit nombre ; l'in-8". , papier
d'Angouiême, ne le ſera qu'à 55o ; le même format, papier
d'Hollande, à ro : l'in-4°., papier d'Angoulême, à 75 ;
& le même format, papier d'Hollande à 25 La ſouſcription
ſera irrévocablement fermée à la fin de Mars prochain,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le