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1782, 05, n.18-21 (4, 11, 18, 25 mai)
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16.40 Mo
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399
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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT 18332
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en proſe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & lesArts; les Spectacles ,
les Causes célebres ; les Académies de Paris & de
• Provinces ; la Notice desÉdits , Arrêts;les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 4 MAI 1782 .

A PARIS,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois d'Avril 1782 .
PIÈCES FUGITIVES . Les Aventures de Télémaque,
Vers à M. le Duc de Crillon,
82
La Mort d'Abel , Poëme, 183
3 Suite d'Adèle & Théodore ,
Airde Thésée ,
Vers à MM. de l'Académie (Second Extrait,)
49 deLyon,
Epitrefur les Divinités de la
Fable,
Vers à Rofe,
Romance,
103
Mémoire Physique & Medicinal
, 123
so Histoire générale & particu
lièredeBourgogne , 176
97 Les Après- Soupers de la So-
Vers en l'honneur des Da- ciété ,
mes de Romans , 145
SPECTACLES .
Pourle Portrait d'ane jolie Concert Spirituel ,
179
139
Françoise, 147 Acad. Roy. de Musiq 37 , 132
NoticefurM. Legouvé, ib. Comédie Françoise , 84, 136,
Enigmes & Logogryphes , 8 , Comédie Italienne , 86 , 184,
53, 101 , 173
NOUVELLES LITTER.
Discours prononcés dans l'AcadémieFrançoise
,
و
SCIENCES ET ARTS .
Découverte d'une nouvelle
Planète ,
VARIÉTÉS.
Adèle & Théodore , premier Histoire Naturelle ,
43
87
55Gravures, 45.91 , 141, 189 extrait,
Hiſtoire de ladernière Révo- Muſique,
lution de Suède,
93
73 Annonces Linéraires , 46, 94 ,
142 , 190
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT,
ruç de laHarpe , près S. Come , 1782 .
Fec 18.332
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI
4 MAI 1782.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS AA UN AMI.
SE pourroit- il que mon malheur F
A la fin t'eût rendu ma préſence importune,
Et qu'à la fois la volage fortune
M'eût emporté mes plaifirs & ton coeur ?
Quoi ! d'un infortuné le finiftre vifage ,
De la contagion nous offre-t'il l'image ?
Croit-t'on fon afpect dangereux ?
Eft-il donc vrai que l'amitié volage
·
Eſt ſemblable au fommeil qui fuit les malheureux ?
Mais non , pardonne un doute qui t'offenſe ;
Mon coeur s'eft effrayé d'une fauffe apparence.
Ah ! laiffe la fortune ingrate & fans pitié
Frapper fes favoris au fein de l'opulence ;
Elle eft faite pour l'inconftance
A il
MERCURE
Comme ton coeur pour l'amitié.
Senfible , vertueux , né pour la bienfaiſance ,
Tu m'a lié par la reconnoiſſance ;
Ne briſe point des noeuds par le temps affermis ;
Ne me rends point la vie à jamais importune ;
C'eſt être pauvre , Ami , que d'être ſans fortune
C'eſt n'être plus , que d'être ſans Amis,
A
L'AGNEAU poursuivi par le Loup , Fable.
مه
UN innocent Agneau paiſſoit dans la prairie,
Sire Loup , qui le voit , ſur ſon individu
Honnêtementjette ſon dévolu.
Trop inégale eſt la partie.
Force eft de fuir à l'animal bêlant ,
Qui , demi-mort & d'horreur palpitant ,
Fait maint& maint effort pour conſerver ſa vie.
Il alloit ſuccomber , quand il voit un buiſſon.
Vite, il court s'y cacher, il y trouve un aſyle ;
Mais , quand il faut fortir , à la ronce incivile
Il est contraint de céder ſa toiſon ,
Heureux d'en être quitte , ainſi qu'on peut le croire.
Pauvres Plaideurs , hélas! c'eſt bien-là votre hif
toire !
A
(ParM. Regnault ,Avocat à Chaource.)
DEFRANCE.
AIR DE L'ECLIPSE TOTALE.
68
LI-SON , jeune & ti mi - de, S'en va en
ta - pi-nois, Sans lu-mie-re & fans
guide , Pourtant va ſeu- le au bois , Pour-
15 د
tant va ſeule au bois;QuandFil - let - te
Va ſeu- let-te , C'eſt que pour ba- biller
, El - le ef-pere en ca - chette , Trouver
à qui par- ler , à qui par-
D
ler , à qui par - ler.
Aiij
MERCURE
Un foir , par aventure ,
Le cauſeur vintplus tard;
Fille avec peine endure
Le plus léger retard.
* La Bergère
Encolère
Feignit de s'en aller ;
i :
Onveut, quand on croit plaire
Trouver àqui parler.
Le galant aux écoutes
Entendit le refrain :
Dedétruire ſes doutes
Ils'occupa ſoudain ;
*Il rappelle
" La cruelle;
Etpour la conſoler ,
Fitbien vîte à la belle
Trouver à qui parler.
(Paroles de M. *** , Mufique de M.d'Aleyran)
DE FRANCE
7
CHARADES.
I.
MON premier eft une Loi Angloiſe , mon
fecond une viande fort commune , & mon
tout un jeu d'adreffe.
I 1..
Ma première eft dans une coffe , ma ſeconde
dans un moulin & les inftrumens
de mufique , & mon tout au fond des
rivières.
I I I.
On trouve ma première partie chez les
Rois , ma feconde auprès des malades, &
ma troifième avec les hommes débauchés.
I V.
Mon fecond emploie mon premier pour
en décorer mon tout ; & ce tout eft un
Moine .... un Moine noir.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft Boucles de cheveux
& de fouliers ; celui du Logogryphe eſt
Épigramme , où le trouvent page , Priam ,
pie , ( oifeau ) & Pie ( Pape ) , Pergame ,
âge , rime, rage , mer , épi.
A iv
MERCURE !
ÉNIGME.
LA règle m'affocie un frère ,
Je fuis rarement fans plufieurs.
J'ai de malicieuſes foeurs ,
Dont l'accord difficile & pourtant néceſſaire ,
Cauſe du mal à notre père.
On voit plus d'un homme de bien
Donner fon nom au fils d'un autre ;
Et nous tenons par fois le nôtre
De mères qui ne nous font rien.
Par M. du Ch. , Officier au Régiment du Roi. )
LOGOGR Y P H E.
DE plus d'un Voyageur j'ai c´ufé quelquefois
La fin tragique & déplorable.
Avec fix pieds, avec cinq , avec trois ,
Ma figure eft toujours femblable.
( Par M. H..... )
DE FRANCE.
1
NOUVELLES LITTERAIRES.
ou
NOUVEAU Théâtre Allemand ,
Recueil des Pièces qui ont paru avecfuccès;
fur les Theatres des Capitales de l'Allemagne
, par M. Friedel , Profeffeur en
furvivance des Pages de la Grande Écurie
du Roi , premier Volume ; Ouvrage
propofé par foufcription . A Paris , au
Cabinet de Littérature Allemande
S. Honoré , au coin de la rue de Richelieu
; chez la Veuve Duchefne , Libraire
rue S. Jacques ; Couturier fils , Libraire ,
quai des Auguftins ; & à Verfailles , chez
Blaizot , Libraire , rue Satory.
, rue
LES Allemands ne peuvent guères fe
flatter d'avoir un Théâtre national que depuis
trente ans. Leurs Auteurs Dramatiques
ont commencé par les Jeux du Carnaval ,
Pièces qui répondent à celles de nos vieux
Troubadours , & le plus ancien de ces Auteurs,
c'eſt Hans Rofenblüth .
En 1600 , Hans Sachs joua en Allemagne
, mais avec bien moins de génie ,
le rôle que Sakhefpear a joué en Angleterre
, c'eſt - à - dire , que fans étude
& fans naiffance ( il étoit Cordonnier de
profeffion ) , il obtint des fuccès brillans , &
même mérités relativement à fon fiècle &
Αν
ΤΟ MERCURE
au peu de progrès que l'Art Dramatique
avoit fait dans fa patrie.
Eckhof, Acteur Comique & Tragique,
cut la même réputation en Allemagne que
Garrick à Londres & le Kain en France. Il
eft à remarquer que ces trois célèbres Ac
teurs font morts dans la même année .
La première Pièce de M. Leffing , que
P'Allemagne regarde comme le premier de
fes Poëtes Dramatiques, fut jouée en 1747 ;
c'eft une Comédie intitulée : Le jeune
Savant. Sa meilleure Pièce , & le chefd'oeuvre
des Comédies Allemandes , c'eft
fa Minna de Barnhelm , que M. Rochon de
Chabannes a adaptée avec beaucoup de
fuccès à notre Théâtre.
Le grand Opéra ne remonte pas, en Allemagne
, au delà de l'époque de 1773 , & le
premier Ouvrage de ce genre eft Alcefte
par M. Wieland.
Les faits qu'on vient de lire font tirés
d'une Hiftoire abrégée du Théâtre Allemand
en tête du Volume que nous annonçons. M.
Friedel , jeune Littérateur, qui, par quelques
Traductions qu'on a juftement accueillies, a
déjà prouvé que notre Langue & notre
Littérature lui étoient également familières ,
croit être utile à la gloire de fon pays & à
nos Amateurs Dramatiques , en donnant en
François une Traduction des meilleures
Pièces Allemandes. Nous penfons qu'on ne
pouvoit choisir une époque plus favorable ;
& qu'une pareille entreprife mérite d'être
DE FRANCE.
encouragée. Voici fans doute le plus beau
moment qu'aient eu les Mufes Germaniques.
Une telle importation ne peut qu'être
utile à la Littérature Françoife. L'Allemagne,.
qui jufqu'à cette époque n'avoit eu dans ce
genre que des lumières à acquérir , & point
de modèles à donner , peut maintenant eutrer
en commerce avec les voisins , & traiter
avec eux par échange. Nous ne dirons
point que l'Art Dramatique y foit arrivé à
fa perfection. M. Friédel lui- même ne le
croit pas , lui en qui cette erreur feroit bien
plus excufable , parce qu'elle ne feroit qu'un
préjugé national , lui enfin qui auroit pref
que le droit de le penfer à double titre ,
comme Allemand & comme Traducteur.
Mais s'il eft vrai qu'on auroit tort de préfenter
cette opinion à des Lecteurs François
, il eft aufli une erreur dont ils doivent
fe garantir eux-mêmes ; c'eft cette fureur de
rapporter tout à fa Nation , à foi ; de ne
chercher dans les objets que les couleurs ,
les formes même fous lefquelles on les a
vus autour de foi ; de juger en un mot une
Pièce qui doit paroître fur le Théâtre de
Drury Lane , comme une Comédie qu'on
doit repréfenter fur le Théâtre des Tuileries.
Quoique le goût foit un , fes nuances´
font innombrables ; il eft néceffairement un
peu foumis à des raifons locales ; les ufages ,
les moeurs , les loix mêmes y impriment des
formes particulières ; & peut-être feroit- il
vrai de dire qu'on ne pourroit changer en
Avj
12 MERCURE
tièrement le Code Dramatique d'une Nation,
fans altérer fon Code légal , fans réformer
fes ufages & fes moeurs . Peut- être n'y
a-t- il pas , parmi les Anciens ou chez les
Étrangers , un feul Ouvrage qui, fidèlement
traduit, pût paroître avec un grand fuccès fur
notre Scène ; & cependant il n'eft pas raifonnable
de croire que , parmi les Anciens ou
chez les Étrangers , il ne fe foit pas fait un feul
bon Ouvrage. Cette réflexion doit nous avertir
de nous méfier de nous-mêmes en jugeant
un Ouvrage étranger , à ne pas prendre la
voix du préjugé pour celle de la raiſon , &
l'impulfion de l'habitude pour les infpirations
du goût.
Rien n'eft plus utile à l'Art Dramatique
que la connoiffance des Théâtres étrangers.
La comparaifon , aidée de la raiſon & du
goût , eft une poétique des plus inftructives.
Par elle on apprend à dépouiller les préjugés
nationaux ou à s'affermir dans fes bons
principes ; par elle enfin le jeune Auteur
Dramatique peut régénérer en quelque forte
le champ épuifé qu'il doit parcourir , & fe
compofer une phyfionomie qui paroiffe ne
devoir rien à l'imitation , & qui néanmoins
tienne toujours à la vérité.
Le Volume que nous annonçons contient
deux Tragédies , que nous allons faire
connoître fucceffivement : Emilie Galotti &
Clavifo. La première eft du célèbre M. Lef
fing , que l'Allemagne a perdu l'année der
mière à l'âge de cinquante-deux ans . Sa
DE FRANCE. 13
mort afourni une anecdote qu'on ne fera pas
fâché de trouver ici . Peu de jours après fon
trépas , la Troupe de Doebbelin , à Berlin ,
voulut payer le tribut d'hommage qu'elle crut
devoir à fon génie. La toile levée , le Théâtre
offrit au Spectateur un magnifique maufolée
, au milieu duquel étoit le tombeau
de Leffing avec fon portrait . Le mauſolée
étoit environne d'Acteurs & d'Actrices ,
qui ne jouoient point la douleur , & qui , en
peignant la plus profonde triftelle , ne faifoient
qu'exprimer , dit- on , leurs véritables
fentimens. Après un morceau de mufique
analogue à la circonftance , Mademoiſelle
Doebbelin prononça quelques vers à fa
louange . Jufques là cette cérémonie n'avoit
rien d'extraordinaire ; mais ce qu'il y eut de
très- remarquable , c'eft qu'après ce difcours ,
qui fut vivement applaudi , on donna Emilie
Galotti , dans laquelle tous les Acteurs parurent
vêtus en noir. Il faut avouer que faire
porter aux Perfonnages d'une Pièce le deuil
de fon Auteur, eft une idée affez étrange , &
qui annonce bien plus d'enthouſiaſme que
de goût. Sans doute ces Acteurs ont cru
qu'un acte de déraifon étoit plus propre à
exprimer leur douleur. Mais paffons à l'Ouvrage
même.
Le trait de Virginie, que fon père égorgea
de fa propre main pour la fouftraire aux
defirs d'un tyran , a fourni le fujet ou tout
au moins le dénouement de certe Tragédie.
Il s'agit içi d'un Prince éperduement amou
14 MERCURE
reux d'une jeune perfonne qu'on doit marier
le jour même , & à qui l'amour & l'honneur
défendent également d'écouter fes
propofitions. Cette paffion malheureuſe, &
plus encore la baffe complaiſance dun
favori intéreffé, entraînent le Prince dans les
plus grands défordres ; de façon que , fans
avoir rien ordonné , il fe trouve coupable
de rapt & de meurtre. Tel eft le but trèsmoral
que Leffing a donné à fa Tragédie ,
dont le dénouement eft l'affaffinat d'Émilie
Galotti par fon propre père , qui préfère la
perte de fa fille à celle de fon honneur. Nous
allons faire du plan une analyfe difcutée ,
pour faire tourner , s'il eft poffible , au profit
de l'Art , & la louange & la critique.
Le Prince paroît feul d'abord dans for
cabinet , affis devant une table couverte de
papiers & de lettres ; il en parcourt quel
ques- unes. Dès les premiers mots , par un
feul mot , par un feul mouvement on voit
ce qui fe paffe dans fon coeur , c'eft- à - dire ,
que l'expofition de la Pièce eft faite. Voici
les premières lignes de fon Monologue.
" Des plaintes , & toujours des plaintes !
des grâces qu'on follicite , & toujours
» des grâces ! quelle trifte occupation ! &
» l'on envie notre fort ! Ah ! je l'avoue , il
feroit bien digne d'envie fi nous pou-
" vions obliger tout le monde ! ...Émilie !
( en jetant les yeux fur la fignature d'une
» lettre qu'il vient d'ouvrir ! ) mais une
Émilie Brunefchi.... & non pas Galotti ! 33
DE FRANCE.
"
ود
>> Non, ce n'eſt point Émilie Galotti! Voyons,
que demande telle , cette Émilie Brunefchi?
( Il lit ) ; elle demande beaucoup ,
>> beaucoup ! ... mais elle ſe nomme Emilie !
>> Tout lui eft accordé. A ces mots il
figne le placet. Ce peu de mots dévoile tout
le coeur du Prince , & c'eſt ainſi qu'il faut
inftruire le Spectateur , ſans lui parler : il y
a làbien de l'adreſſe &de la vérité !
ود
On vient lui annoncer un Peintre,qui lui
apporte un portrait , qu'il lui avoit commandé,
d'une Comteffe Orfina qu'il n'aime
plus. Il trouve le portrait flatté. Le même
Peintre ſe trouve avoir fait auſſi le portrait
d'Emilie Galotti. Le Prince s'en faifit avec
tranſport , & dit à l'Artiſte , en le renvoyant
: " Allez trouver mon Tréſorier , &
" demandez lui pour ces deux portraits ....
>> tout ce que vous voudrez; oui , Comte ,
> tout ce que vous voudrez. » C'est bien
ainſi que parle la Nature.
Arrive le Marquis Marinelli, ſon favori,
qui n'eſt pas encore dans la confidence de
fon amour ,& qui lui annonce la nouvelle
du mariage du Comte Appiani. Et qui
épouſe-t- il, demande le Prince ?
MARINELLI,
C'eſt une certaine Émilie Galotti .
LE PRINCE,
:
Comment , Marinelli ? Une certaine....
16 MERCURE

MARINELLI.
ÉmilieGalotti.
LE PRINCE.
Émilie Galotti ?... Cela eft impoſſible.
MARINELLI.
Mon Prince , rien n'eſt plus certain .
LE PRINCE,
Non, vous dis-je , cela n'eſt pas , & ne peut-être...
Vous vous trompez de nom... la famille des Galotti
eſt étendue... ce peut- être une Galotti , mais non pas
Émilie Galotti ; Émilie !
:
MARINELLI.
Émilie... Émilie Galotti .
LE PRINCE.
Il y en a donc deux qui portent le même nom ? ...
D'ailleurs , vous diſiez , une certaine... une certaine.
Il n'y a qu'un ſot qui puiffe parler ainſi de la véritable....
MARINELLI.
Mon Prince , vous êtes hors de vous-même....
connoîtriez - vous cette Émilie ?
LE PRINCE.
C'eſt à moi d'interroger , & à vous de répondre...
Émilie Galotti ? la fille du Colonel Galotti qui a une
Terre aux environs de Sabionetta ?
MARINELLI.
Elle-même.
DE FRANCE.
17
LE PRINCE.
Qui demeure ici à Guaſtalla avec ſa mère ?
MARINELLI.
:
Elle-même.
LE PRINCE.
Près de l'égliſe de tous les Saints ?
Elle-même.
MARINELLI .
LE PRINCE.
Enun mot.... ( Ils'élancefur le portrait d'Emilie,
&le mettant dans les mains de Marinelli :) Tiens ....
celle-ci ? cette Émilie Galotti ? ... Répète encore ton
maudit elle-même , & plonge-moi un poignard dans
le coeur.
Elle-même.
MARINELLI.
Bourreau ! &c.
LE PRINCE,
On voit que cette manière de dialoguer
ade la chaleur & de la vérité ; mais le trait
qui termine ce premier Acte eſt ſublime.
Camille Rota , un des Conſeillers du
Prince , entre avec des papiers à la main.
Le Prince , que tout ſemble excéder , &
qui n'eſt occupé quede la paſſion qui l'entraîne
, lui demande s'il y a quelque autre.
choſe à ſigner.
ROTA.
Voici une ſentence de mort.
:
8 MERCURE
LE PRINC I.
Très- volontiers... donnez-la moi, vite.
ROTA, ( étonné&fixant lePrince.)
Mon Prince , j'ai dit une ſentence de mort.
LE PRINCE. :
Jel'aibien entendu. J'aurois déjà fait.Je fuispreffe.
ROTA , ( cherchant dansſes papiers.)
Je crois que je l'ai oubliée ! ... je vous demande
pardon, mon Prince ... Cela peut ſe différer juſqu'à
demain.
LE PRINCE.
Soit..... vous n'avez qu'à prendre tous les papiers:
il faut que je forte.... Demain, Rota , nous en ferons
davantage. ( 11fort. )
ROTA , ( feul , branlant ſa tête & prenant
lespapiers.)
Très-volontiers ! ... Une ſentence de mort , trèsvolontiers
! ... C'eût été celle de l'aſſaſſin de mon fils ,
que je n'aurois pas voulu la faire ſigner dans ce moment....
Très-volontiers ! très- volontiers ! cette réponſe
atrocemeperce le coeur.
3
Il n'y a point là d'emphaſe , & l'on ne
ſauroit exprimer la paffion d'une manière -
plus énergique : c'eſt là le beau ſimple , le'
vrai fublime.
Le ſecond Acte , qui ſe paſſe dans la maiſon
d'Emilie Galotti, avec la même vérité de
peinture , nous paroît donner plus de priſe
:
DE FRANCE. 19
à la critique. Le fourbe Angelo , agent du
fcélérat Marinelli , y veut concerter avec
Pierre , domeftique de la maiſon & fon
affocié , les moyens d'enlever Emilie Galotti
, qui doit partir avec fes parens pour
aller fe marier dans une campagne avee
Appiani . Un miférable qui fait métier d'affaffiner
pour de l'argent ( & c'est ce qu'avoue
Angelo en caufant avec fon camarade ) , n'eſt
malheureuſement que trop dans la Nature ;
mais nous croyons que ce n'eft point cette
Nature- là qu'il faut mettre au Théâtre :
d'ailleurs, l'Auteur n'avoit nullement befoin
d'employer un affaflin de profeffion à l'enlèvement
d'Emilie Galotti . Nous avons àpeu-
près le même reproche à faire à la -
Scène où Marinelli , pour exécuter le plan
qu'il a fourni lui- même , vient annoncer au
Comte Appiani que le Prince le mande
fur- le- champ pour le charger d'une ambal
fade honorable. Le Comte refuſe la faveur
du Prince ; & comme il en veut à Marinelli
, il en vient juſqu'à l'infulter. Marinelli
fait mine de vouloir en avoir raifon ; on le
prend au mot, & il s'enfuit pour ne point
le battre. Affurément il eft poffible qu'un
fcélérat foit un lâche , il eft poffible qu'un
grand Seigneur manque de coeur ; mais il y
a des convenances qu'on ne doit jamais
bleffer , & celle - ci eft fondée fur la raison.
Que le Marquis du Joueur s'enfuye devant
fon adverfaire , qu'il foit lâche après avoir
été fanfaron , cela eft comique , cela amufe ;
20 MERCURE
maisque dans une action aufli importante
dans un Ouvrage du ton de celui - ci , un
grand Seigneur joue le rôle d'un Marquis
ridicule , cela nous paroît tranchant & difparate.
Et qu'on ne s'imagine pas nous
trouver ici en contradiction avec nous
mêmes. L'action de ces deux Perſonnages
fans doute eſt également dans la Nature ;
mais en approuvant celle du Marquis du
Joueur , nous prouvons que celle de Marinelli
ne nous paroît répréhenſible que parce
qu'elle eſt déplacée : ce n'eit donc pas ici
une bizarrerie du goût françois , c'eſt une
délicateſſe fondée fur la raiſon , qui eſt de
tous les temps & de tous les lieux.
J
Emilie, dans le même Acte, a deux Scènes
pleines d'intérêt & de naïveté ; l'une * où ,
pourſuivie par le trouble & l'effroi , elle
vient raconter à ſa mère qu'elle a vu à l'Egliſe
le Prince qui a oſé lui faire des propofitions
; l'autre , où elle s'entretient des apprêts
de ſon mariage avec le ComteAppiani,
* Nous avons dit plus haut que notre langue étoit
familière à M. Friédel , & cela est vrai. Il faut pourtant
lui dénoncer à lui-même une faute qu'il a répétée
nombre de fois dans cette Scène. Émilie Galotti y
raconte une aventure qui vient de ſe paſſer dans le
moment; & dans tous les verbes dont elle ſe ſert
pour exprimer ſes idées , elle emploie toujours le
paffé au lieu du parfait: je le reconnus , ilme parla ,
&c. il falloit dire : je l'ai reconnu, il m'a parlé. Cette
faute échappe à bien des Écrivains; mais elle n'en eft
pasmoins une faute réelle.
DE FRANCE. 21.
qui, de fon côté , eft poursuivi par les plus.
noirs preffentimens.
L'action , au. troifième Acte , eft très- vive.
& intéreffante. L'enlèvement s'exécute. Un,
parti attaque la voiture comme pour la
piller ; un autre fe précipite du parc comme
pour voler au fecours ; & tandis que les
deux partis font aux prifes , un domeftique,
fe faifit d'Emilie , l'enlève fous prétexte de lamettre
en fûreté , & la tranfporte dans une
maiſon de plaifance du Prince , où le paffe
le troifième Acte. Le Comte Appiani , que,
Marinelli avoit trop bien recommandé à fes
affaffins , a été tué d'un coup de fufil. Les
alarmes d'Emilie , qui ne l'a pas vu périr,
mais qui craint pour la vie de Claudia , fa
mère , les cris & la jufte indignation de
Claudia, qui a été témoin de la mort d'Appiani
, qui a couru après fa fille , & qui , en
voyant Marinelli , foupçonne tout cet odieux
complot , tout cela doit produire de l'effet
au Théâtre. Mais nous avons remarqué une
Scène qui nous paroît bien hafardée ; c'eft
celle où le Prince vient fe préſenter aux
yeux d'Emilie. Il lui fait des excuſes pour
la déclaration qu'il a rifquée le jour même ;
il finit par lui dire : Venez , Mademoiſelle ,
venez partager des tranfports que vous approuverez
davantage , & il l'emmène malgré
fa réfiftance, Cette Gtuation eft trèsdélicate
; il eft vrai que le Prince ajoute furle
champ : Suivez-moi, Marinelli. Mais l'explication
que celui - ci donne à cet ordre ,
22 MERCURE
feroit échouer la Scène fur le Théâtre
François. « Suivez- nous , dit Marinelli à
part !... Cela peut fignifier : Ne nous fuivez
pas ! En effet , pourquoi les fuivrois-
» je ?... Il faut qu'il voye jufqu'à quel point
ss il pourra pouffer les chofes dans le tête-à-
» tête. » Et en effet Marinelli ne les fuit
pas. Cette interprétation & fon réſultat
blefferoient à coup sûr nos convenances
théâtrales.
Au quatrième Acte , la Comteffe Orfina
, ancienne Maîtreffe du Prince , & dont
il a été queſtion au premier Acte , vient le
trouver à la campagne. Le Prince , qui eft
avec Emilie , refufe de la voir. D'après
une demi - confidence , la Comteffe , qui a
déjà des foupçons , devine toute l'hiftoire ,
& accufe tout haut Marinelli d'avoir été
l'affaffin d'Appiani , pour délivrer le Prince
d'un rival incominode, Dans ce moment
arrive Odoard , père d'Emilie , de qui la
vertu farouche a été annoncée dès le fecond
Acte. Sur la nouvelle de l'accident furvenu
à fa femme & à fa fille , il arrive à demiinftruit
, & Marinelli fort pour l'aller annoncer
au Prince. Sur aucun prétexte ni
pour aucune raifon Marinelli , qui connoît
les difpofitions de la Comteffe , ne doit la
laiffer avec Odoard. Il a beau dire à celuiei
, en fortant , que la Comteffe eft folle.
ce moyen ufé de Comédie n'eft ici ni vraifemblable
ni fenfé. Auffi n'empêche-t- il pas
Odoard d'apprendre & de croire tout par
DE FRANCE.
23
la bouche de la Comteffe. Celle - ci , ne
refpirant que vengeance , & voyant le
vieillard embarraffé pour trouver une arme
meurtrière , lui remet un poignard dont elle
s'étoit munie. La mère d'Emilie arrive ,
Odoard affecte un air tranquille , fe délivre
de la préſence de fa femme , que la Comteffe
fe charge de conduire à Guastalla , &
il fort avec elle pour lui donner la main
jufqu'à fon carroffe. A ce quatrième Acte ,
l'action avance péu .
Le vieil Odoard remplit tout le cinquième.
Il redemande au Prince fa fille ,
qu'il veut conduire dans un Couvent. L'artificieux
Marinelli , pour renverfer ce projet
effrayant pour le Prince , allègue le deffein
où il eft de pourfuivre les affaffins du
Comte Appiani , & prétend qu'il faut
qu'Emilie foit conduite à Guaftalla , où l'on
ne manquera pas de l'interroger , parce que
la voix publique prétend que le Comte a
été affaffiné par un rival favorifé. Le Prince ,
feignant de céder à ce motif, veut au moins,
pour raffurer le père , qu'on donne pour
prifon à Emilie la maifon du Chancelier
Grimaldi , homme dont Odoard lui - même
reconnoît la probité. Le vieillard , qui doit
accompagner fa fille , confent à tout ; mais
avant de partir il demande un entretien particulier
avec Emilie , qu'on lui amène. C'eft
dans cette Scène , qu'après avoir fondé le
coeur & éprouvé le courage de fa fille , il lui
24 MERCURE
plonge dans le fein le poignard qu'il a reçu
des mains de la Comteffe.
Telle eft Emilie Galotti , Tragédie qui
n'eft pas fans un mêlange de traits comiques.
Hans Sachs , Auteur du feizièine
fiècle , eft le premier , dit l'Éditeur , qui ait
diftingué la Tragédie de la Comédie ; mais
il nous femble que cette diftinction ne
fubfifte guères , même aujourd'hui , chez
les Auteurs Allemands ; cela ne doit pas
étonner. En général , les limites qui féparent
les deux genres ne font jamais diftinctement
marquées que lorfque l'Art eft
parvenu à fa perfection , & elles finiffent
par s'effacer quand il eft à fon déclin. Le
Théâtre de chaque peuple peut juftifier cette
obfervation . Notre grand Corneille luimême
a mêlé le ton de la Comédie à fes
premiers Ouvrages tragiques. Cette réflexion
n'empêche pas qu'Emilie Galotti ne
nous paroiffe digne du fuccès qu'elle a obtenu
fur les Théâtres d'Allemagne , & du
choix que M. Friédel en a fait pour commencer
par elle fa traduction . L'action du
père d'Emilie nous paroît brufque & point
affez motivée ; il n'eft pas dans la néceffité
d'affaffiner fa fille comme le père de Virgi
nie , dont la fille eft une efclave dans les
mains de fon tyran. La Scène of Odoardconforme
cet affreux facrifice , offre des détails
indignes du ton de l'Ouvrage & de la
fituation. On eft fâché , par exemple , d'entendre
ce vieillard dire à la fille , qui veut fe
faifir
DE FRANCE 25
ſaiſir du poignard: Ma fille , ce n'est point
une épingle à cheveux. Le caractère de Marinelli
eſt profond, mais exagéré. On n'eft,
pas auffi ſcélérat ſans un motif bien puiffant
, & Marinelli n'en a guères de bien
déterminé ; il a l'air de ne chercher qu'à
flatter& à faire ſa cour. Nous avons trouvé
quelques plaifanteries d'un mauvais genre.
Marinelli , en réfléchiffant s'il laiffera entrer
la mère d'Emilie , s'écrie : « Quels yeux
ود
رد
رد
elle va faire quand elle verra la bretis
>> au pouvoir du loup !... Paſſe encore pour
les yeux , mais que le Ciel prenne pitié
de nos oreilles! ... Eh bien , à la fin les
>>meilleurs poumons s'épuiſent , & fuffent
même ceux d'une femme. » Dans la page
ſuivante la mère d'Emilie dit àBatista : " Ne
>> me prive pas plus long-tems de ma fille ;
"
ود où est- elle ? Madame,lui répondBariſta ,
elle ne feroit pas mieux en Paradis. Malgré
toutes ces taches , il n'en eſt pas moins
vrai que les caractères de cette Pièce font
marqués & contraſtés ; il y a de la vérité
dans tous; celui du père eſt énergique &
ſauvage ; celui d'Emilie eſt plein d'une naïveté
intéreſſante & d'une aimable ſenſibilité;
celui de Marinelli est vraiment profond
, & celui du Prince eſt préſenté avec
toute l'adreſſe imaginable. Il ſemble qu'il
ne foit coupable que d'amour. Son confident
eft toujours chargé des crimes, que le Prince
n'apprend que quand ils ſont commis , &
qu'il ſemble preſque forcé d'avouer. On
Nº. 13 , 4 Mai 1782
B
26. MERCURE
fent qu'il eſt impoſſible qu'il ne ſe rende pas
odieux en ſe ſervant toujours d'un ſcelerat
tel que Marinelli ; mais il n'eſt odieux qu'autant
qu'il doit l'être ; & l'Auteur , par la manière
dont il le fait agir & parler , ne laiffe
jamais oublier qu'il connoît le Théâtre &
le coeur humain. L'intrigue eſt aſſez bien
conduite , & le dialogue eſt quelquefois
brûlant , & toujours plein de vérité. Avec
de pareilles beautés un Anteur peut eſpérer
de faire pardonner ſes défaurs.
La ſeconde Pièce de ceVolume eſt très - fingulière
, & fera piquante pour des Lecteurs.
François.On en doit le ſujet àun homme vivant,
&néparmi nous, célèbre par des ſuccès
Littéraires & politiques , qui a joué un rôle
brillant au Théâtre&dansla Société , qui a ſu
faire lire des plaidoyers comme un ouvrage
d'imagination , & donner à la vérité le charme
& l'intérêt du roman. Il ne manquoit
plus à la fingularité de ces Mémoires , que
de fournir , du vivant de l'Auteur , le ſujet
d'une Tragédie dont il fût lui même le héros.
L'action eſt l'hiſtoire de ſon voyage en Efpagne.
L'analyſe de la première Tragédie
de ce Recueil , nous a menés trop loin pour
nous permettre de nous arrêter long- temps
fur celle- ci. Elle est de M. Wolfgang Goethe ,
déjà connu par d'autres Ouvrages , noramment
par les Paffions du jeune Werther. Sa
Pièce eft intitulee Clavijo ; & il n'a rien
changé à l'intrigue que le dénouement , qu'il
a rendu plus tragique que dans les Mémoi-
1
DE FRANCE.
27
res. Il s'eſt permis de faire changer lelieude
la Scène au milieu d'un Acte , ce qui ſuppoſe
une obſervation peu rigoureuſe des
tègles théâtrales. Dans la première Scène du
quatrième Acte , il y a beaucoup d'adreſſe
&d'eſprit ; mais on y trouve auffi des longueurs
& des détails que le goût auroit dû
profcrire. Il pouvoit , par exemple , ſe difpenſer
de faire compter parmi les motifs
qu'allègue Carlos à ſon ami Clavijo , pour
l'empêcher de ſe marier , le danger de gagner
une maladie de langueur en épouſant
une perſonne prefque toujours malade. Ce
motif est raiſonnable, ſans doute; mais c'eſt
un motif à alléguer dans la chambre d'un
ami , ou au coin de ſa cheminée , mais non
pas au Théâtre. C'eſt une eſpèce d'obſervation
technique qu'il falloit rejeter. On
doit toujours choiſir la nature qu'on veue
peindre. Il y a auſſi d'autres détails que
l'Auteur auroit dû ſupprimer, tels que celuici
: c'eſt de Ronac, c'est- à-dire M. de B .... ,
qui apprend que Clavijo s'eſt joué indignement
des promeſſes les plus facrées. " Non ,
>> dit- il furieux , que je le trouve ! il faut
>> que je le trouve. Ah ! fi je le tenois au-
» delà des mers, je le ſaiſirois , je l'attache-
12 rois tout vivant à un poteau , je dépece-
>> rois tous les membres , je les ferois rôtir
» à ſes yeux , & vous , femines , je vous en
» fervirois. L'Auteur de cette Tragédie a
pris , dans les Mémoires où il a puiſe ſon
ſujet , des phrafes & des converſations en
Bij
28
MERCURE
tières ; mais affurément il n'y a pas trouvé
la phrafe qu'on vient de lire.
Après ces obſervations critiques , nous
devons à la juftice de dire que cet Ouvrage ,
malgré fes défauts , annonce un talent diftingué
, & qu'il eft plein d'énergie dans les
détails. Le cinquième Acte , qui eft fort
court , nous paroîtroit fort étrange ; mais il
offre de grandes beautés. Le perfide Clavijo ,
après s'être dérobé à l'amour, à la vûe même
de la fenfible Marie de Ronac , arrive enveloppé
dans fon manteau, tenant une épée
fous fon bras , & précédé d'un Domeftique
qui porte un flambeau devant lui . Il fe trouve
devant la porte de fa maîtreffe , qu'il
aime toujours, mais qu'il abandonne par des
vûes d'ambition. Il y voit trois hommes en
manteaux noirs avec des flambeaux. Il fait
demander qui l'on va enterrer ; & les hommes
lui répondent froidement : Marie de
Ronac. Cette fituation eft terrible. Comme
le convoi fe met en marche , il leur crie ,
arrêtez , avec un fon de voix terrible. Il ôte
le drap mortuaire , & découvre le cercueil.
On y voit Marie couchée , les mains jointes ;
elle eft enfevelie dans un linceul blanc.
Clavijo effrayé fe recule , & détourne les
yeux en fe cachant la tête dans les plis de
fon manteau. De Ronac arrive , lui jette un
1egard terrible , & met la main fur fon
épée. Clavijo , accablé de remords , & qui
cherche à mourir , le provoque. Ils fe battent,
& de Ronac plonge fon épée dans le
DEFRANCE. 29
coeur de Clavijo , qui tombe ſur le cercueil ,
en diſant: je te remercie , mon frère , tu
nous unis. Cette expreffion mon frère ,
dans ce moment- là nous paroît fublime.
,
Il ne faut pas oublier que c'eſt ici une
Pièce deſtinée à un Théâtre étranger ; c'eſt
une idée qu'il ne faut jamais perdre de vûe ,
quand on lit la traduction d'un Ouvrage Allemand;
en un mot , il y a des choſes qu'on
doit admirer & ne pas imiter.
:
Nous croyons devoir exhorter M. Friedel
à poursuivre ſa Traduction , qui ne peut
qu'être utile à la Littérature Françoiſe , &
ſervir à la gloire de ſon pays *.
(Cet Article est de M. Imbert. )
:
VOYAGE Pittoresque du Royaume de
Naples & de Sicile. Tome II , grand infolio.
Prix , 24 liv. A Paris , chez de
Foffe , Graveur , vue du Carouſel.
1
)
la
:
L'AUTEUR de cet Extrait s'eſt laiffé en
traîner au plaiſir de l'écrire , par celui qu'il a
trouvé dans la lecture de l'Ouvrage.
Rien n'égale le luxe typographique , la
beauté des gravures, qui font autant de ta
bleaux. L'intelligence des Artiſtes a tracé
pour ainſi dire , une route délicieuſes où
* Ce premier Volume ſe vend 4 liv. 10 fols , le
deuxième a paru.
Biij
30 MERCURE.
l'on eſt promené mollement à travers les
fites les plus pittoreſques & les plus variés.
Tantôt un fertile rivage
Bordé de coteaux fortunés ,
Tantôt une rive fauvage
Et des délerts abandonnés....
Quoi de plus impoſant que ces terribles
&admirables phénomènes que la Nature
ſemble avoir étalés dans le Royaume de Naples?
Les vaſtes débris de la magnificence
Romaine , ſes cirques , ſes tombeaux , fes
temples en ruine ?
Quoi de plus doux , de plus confolant
que la deſcription de la Campanie ? Les
yeux & l'âme ſe repoſent au milieu de ces
belles campagnes , où le printemps a deux
faifons , & dont les Poëtes ont feint que
Cérès & Bacchus prenoient un ſoin paternel.
C'eſt-là que font ſitués ces monts. fi renommés
par l'excellence de leurs vins & par
la ſérénité de l'air , qui en fait la contrée la
plus délicienſe du globe.
Il en faut convenir , ce Voyage d'Italie
eſt infiniment fupérieur à celui de la Suiffe,
&n'a point cette manière mercantile qu'on
devroit foigneufement cacher dans les entrepriſes
de ce genre. En général , il eſt plus
facile de les concevoir que de les exécuter ,
& l'on ne peut guères les achever qu'avec
l'enthouſiaſme & l'indépendance d'un Amateur
éclairé des Arts.
DE FRANCE. 37
Le nom de M. l'Abbé de St. N. fe trouveroit
ici à fa place. Ceux qui le connoiffent
perfonnellement fuppléeront aux eleges
qui répugnent à la franchife de fa modeftie
& à l'aimable fimplicité de fes moeurs.
Ceux qui ne connoîtront que fon Oavrage
, qui ne font pas gâtés par la frivolité
de nos goûts , & la mefquinerie de nos
édifices , ceux là fauront apprécier ce qu'il
en a coûté de foins , de recherches , de fatigues
& de dépenſes , pour la perfection d'un
Ouvrage qui fait honneur au dix- huitième
fiècle.
L'élégance & la férie avec lefquelles font
préfentées toutes les antiquités d'Herculanum
& de Pompeia permettent de douter
qu'on fût plus fatisfait de voir le Mufcum
fameux dont elles font l'ornement.
L'imagination cft effrayée à l'afpect de ces
anciens volcans , de ces convulfions de la
Nature , qui chaffoient la mer de fes rivages
, qui écrafoient , qui engloutiffoient les
peuples & les villes ; c'eft au milieu des
plaines riantes fertiles de la Campanie ,
fous le plus beau ciel , fous la terre où naiffent
fans culture & les fruits & les fleurs ,
c'eft-là que le Créateur a placé les gouffres
épouvantables , comme il a placé la douleur
& la mort au fein des voluptés & des délices
de la vie.
Rien de plus piquant que le choix des
peintures d'Herculanum , de ces arabesques
d'un genre idéal & fantaſtique , de ces vales
BAV
32 MERCURE
dont les formes ſpirituelles & gracieuſes ne
vieilliront jamais.
Mais on ne peut conſentir à l'idolâtrie de
pluſieurs Antiquaires , dont il ſemble que le
reſpect pour ces monumens diminue avec le
temps qui les perfectionne .
Si Paris éprouvoit aujourd'hui le fort
d'Herculanum , & qu'on ne trouvât dans
une partie de ſes ruines que des peintures
médiocres , feroit - on fondé à croire qu'à
l'époque de 1782 , nous n'avions pas les
Robert , les Greuze , les Vernet , & que les
tableaux de ces grands Maîtres ne fuſſent
des chefs- d'oeuvres même pour leurs contemporains
?
Le théâtre d'Herculanum devient le ſujet
du plus riche burin , & des recherches les
plus ſavantes fur les ſpectacles des anciens.
Les combats de Gladiateurs & de bêtes
féroces , la paſſion des Romains pour ces
ſpectacles de fang , prouvent affez combien
ils étoient peu ſenſibles aux plaiſirs de l'efprit.
Nos moeurs attiques font tellement
étrangères à ces uſages , qu'il étoit d'un
homme de goût d'en parler laconiquement.
Il faut lire dans l'Ouvrage même les détails
qui ont rapport aux repréſentations
théâtrales des Anciens , à leurs maſques ſcéniques
, à leurs Acteurs .
C'eſt en vain qu'on cherche à ſe faire une
idée de leur déclamation , partagée entre le
gefte & la parole ; c'étoit cependant un Art
affajéti à des règles & à une méthode trèsDE
FRANCE. 33
févères ; mais ce font autant d'énigmes qui
n'ont pas été encore expliquées par de gros
Volumes.
Nos fpectacles modernes , malgré les défauts
qui femblent les caractérifer , ne fontils
pas encore plus fufceptibles d'illufion que'
ceux des Romains ? & le jour qui éclai-'
roit leur fcène théâtrale pouvoit- il fuppléer
aux lumières artificielles dont les nôtres font
entourées ? On conçoit que les Anciens fe
paffionnaffent pour desActeurs tels qu'Éfopus.
& Rofcius ; mais Lekain , Garrick , Préville
& Molé feront un jour vantés , par nos árrières
neveux , à bien plus jufte titre .
Il refte à parler des cirques. Celui de
Rome fut agrandi par Trajan : de fimples
particuliers , tels que Sallufte , en firent éle
ver à leurs frais.
Un mallif de conftruction , chargé de
ftatues & d'obélifques , traverfoit le cirque
prefqu'en entier dans fa longueur. On fait
que l'art confiftoit à favoir rafer les bornes
de ce iaflif.... Fervidis evitata ratis.
On nommoit Defultores ceux qui couroient
fur trois ou quatre chevaux à la fois ,
comme on l'a vû de nos jours.
Des choeurs de Muficiens animoient ces
Alfemblées ; les plus belles femmes , les
jeunes perfonnes en faifoient l'ornement.
On retrouve avec plaifir , dans Ovide , se
qui pourroit encore appartenir à nos moeurs.
" Gardez-vous , dit -il dans fon Art d'Aimer
, de parler d'amour à une jeune fille ,
Bv
デギ
MERCURE
>>tandis qu'elle regarde d'un oeil avide les
> courſes de chevaux & de chars , &c. &c.m
Ce Poëte , moins tendre peut être & plus
galant que Tibulle ,feint qu'il eſt au cirque
avec ſa maîtreffe; il cherche à la placer
commodément ,à la garantir de la foule......
il envieroit le fort du conducteur , mais il
craint qu'un regard de ſa maîtreffe ne lui
faſſe tomber les rênes des mains ......
........ Lora remiffa fluent.
Du temps d'Ovide , les grâces de l'eſpriz
fuppléoient aux forces du corps..... un fourire
le conſole de la palme qu'obtient fon
rival.....
Rifit& argutis quiddam promifit ocellis.
Les Anciens faiſoient un cas fingulier des
chevaux employés dans les courſes. Ceux
qui remportoient les prix étoient infcrits
dans les faſtes; on y lifoit leur nom , leur
âge, le nom de leur maître , le nombre de
leurs victoires.
On est encore émerveillé de la magnificence
de ces ſpectacles , qui atteſte la puiffance
, les richeſſes & la population d'un
grand Empire; mais la conſtitution du nôtre
&le climat ne permettent d'imiter que de
fort loin ces grands établiſſemens. Aujourd'hui
, que tour eſt ſoumis au calcul de la
raifon & de l'expérience, on pourroit leur
donner autant d'utilité que de ſplendeur.
Notre jeune Monarque, au milieu d'une
DE FRANCE.
35
Adminiſtration que l'état actuel de l'Europe
rend plus difficile & plus compliquée , n'a
pas dédaigné d'accorder un regard vivifiant
à cette branche d'économie , dont l'influence
s'étend également ſur la guerre , le commerce
& les travaux qu'exigent différens
Arts. Il n'a voulu en confier le ſoin qu'à un
Chef , dont l'activité & les talens fuſſent
capables d'aſſurer le ſuccès de ſes vûes éclairées.
La dernière penſée que fait naître cette
Deſcription de l'Italie , c'eſt qu'en inſpirant
le defir de faire ce beau voyage , il confoleroit
de ne pouvoir pas l'entreprendre **.
HYMNE AU SOLEIL , fuivi de pluſieurs
morceaux du même genre qui n'ont point
eucore paru , par M. l'Abbé de Reyrac ,
Cenſeur Koyal , Correſpondant de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres de Paris , &c. fixième Édition.
A Paris , chez Debure l'aîné , Libraire ,
quai des Auguſtins , 1782. in-8°.
" C'EST toujours , dit M. Colardeau dans
la Préface du Temple de Gnide , " c'eſt tou-
>> jours avec regret , avec une forte d'impa-
>> tience que je lis en profe desOuvrages où
*M. le Marquis de Conflans.
** Cet Article eft de M. le Marquis de Villetre ,
Auteurde l'extraitdes Cuvres de l' Abbéde Voiſenon
inféré dans le Mercure da mois de Mars..
Bvj
36
MERCURE

» les idées & les images de la poéfie font
» accumulées . »
Cependant , malgré tout le talent de M.
Colardeau pour la verfification , les vers de
fon Temple de Gnide font à peu près ou--
bliés , & la profe poétique & philofophique ,
la profe enchantereffe de M. de Montefquieu
vivra éternellement.
Quels vers pourroient faire oublier la
profe poétique de Télémaque ? & comment
pourroit- on profcrire un genre dont Télémaque
eft le modèle ?
Il feroit à defirer fans doute que nous euffions
le Poëme de Milton , traduit tout entier
en vers tels que ceux de cette belle tirade
de M. de Voltaire :
Toi , fur qui mon tyran prodigue fes bienfaits , &c.
mais en attendant ce miracle , qui vraiſemblablement
ne fe fera point , profcrironsnous
la profe éloquente & poétique de M.
Dupré de Saint-Maur ?
Le Poëme de la Mort d'Abel n'a t'il pas
plû en Allemagne dans la profe meſurée de
M. Geffner ? N'a t'il pas plû en France dans
la profe plus libre de M. Huber ?
On voit que
Si les raifons pouvoient nous manquer en tout cas ,
Les exemples fameux ne nous manqueroient pas.
N'excluons rien ; donnons la préférence
aux vers , tâchons d'en faire qui ne foient
point profaïques ; mais aimons la belle
DE FRANCE. 37
poéfie jufques dans la profe. Le Public montre
bien qu'il l'aime ; voilà en cinq ans fix
Éditions de l'Hymne au Soleil ; celle - ci renferme
, outre l'Hymne , un affez grand nombre
d'Ouvrages du même genre & du même
ton , dont quelques uns avoient déjà paru
dans l'Édition précédente , & quelques au
tres paroiffent pour la première fois . On
diftinguera parmi ces derniers , le chant
funèbrefur la mort de M. l'Abbé de Condillac ,
& le petit Poëme ou Hymne qui a pour
titre , la Création.
On fent que M. l'Abbé de Reyrac a pris
fur- tout Fénelon pour fon modèle , & qu'il
eft de fon école ; il le rappelle à beaucoup
d'égards. Profe ou poéfie , c'eft une très belle
langue , une belle mufique que celle- ci.
33
ן כ
و ر
33
Hymne au Soleil. « Printemps de la vie ,
jeuneffe riante , quand les fleurs dont tu
» embellis maintenant mon front fe feront
» flétries ; quand le feu du fentiment & du
" génie qui embrâfe mon âme fe fera éteint
fous les glaces de l'âge ; ô vieilleffe inexorable
! quand ta froide main aura fillonné
" mon vifage , & courbé fous fes coups mon
» corps appéfanti . ! Beaux arbres que j'ai
plantés , que mes yeux ont vu croître ,
quand je viendrai , en m'attendriffant ,
vousdemander , d'une voix prefque éteinte,
» un de vos rameaux pour foutenir mes
bras défaillans & ma marche chancelante ;
alors , abandonné du monde entier , trifte
» rébut de l'humanité , toute ma reffource ,
>>
"
""
""
38
MERCURE
1
20
99
hélas ! tout mon bonheur fera de fixer fur
toi mes regards ; fur toi , ô Soleil ! ô tendre
confolateur des vieillards , leur plus
doux fpectacle & leur dernier ami !
» Je viendrai tous les matins , d'un pas
tremblant , en louant les Dieux, m'affeoir
» devant toi , & te préfenter mes cheveux
» blancs ; je viendrai ranimer , à l'éclat de
» tes feux bienfaifans , les foibles étincelles
» de ma vie & les fources glacées de mon
fang ; & lorfqu'enfin , au déclin du jour
tombant fous la faulx du trépas , je fentirai
» le dernier fouffle de ma vie errer fur ma
bouche mourante , & fe détacher de mes
lèvres décolorées , mes bras s'étendront
» encore vers toi , & je demanderai aux
» Dieux de ne rendre le dernier foupir que
quand ton dernier rayon difparoîtra des
» bords de l'horizon.
"
90
Création. » Répands du haut des cieux tes
» rayons enchanteurs , four aimable du
» Soleil ; fais briller au fein de la nuit une
lumière plus calme , un jour moins éblouif-
» fant ; verfe par- tout les pavots du fommeil
& les charmes du repos ; épouse du
filence , règne avec lui , & tous deux
» rendez la Nature plus augufte & plus im
pofante.
321
39
" 33.
M. F'Abbé de Reyrac , à l'exemple de
Fénelon , imite ou traduit les morceaux des
grands Poëtes de l'antiquité , qui s'adaptent
naturellement à fes Ouvrages.
66.
Afyle des vents & des tempêtes , océa
DE FRANCE. 39
* profond , vaſtes mers , roulez autour de
ود
99

la terre vos flors impétueux, & que vos
bras étendus l'environnent & la preffent
de tous côtés..»
On reconnoît ici ces vers d'Ovide :
Necbrachia longe
Margine terrarum porrexerat amphisrite.
Voici un morceau qui eſt une véritable
Traduction.
20
" Un jour , en cultivant ſes champs , le
Laboureur épouvanté reculera d'horreur
>>à l'aſpect des boucliers & des caſques ron-
>>>gés de rouille , qu'il heurtera du foc de ſa
> chaurue , & qui retentiront en roulant
ود dans les fillons.. >>>>
Scilicet& tempus veniet cùm finibus illis
Agricola , incurvo terram molitus aratro
Exefa invenietfcabrâ rubigine pila ,
Autgravibus roftris galeas pulfabit inanes ,
Grandiaqus effofſſis mirabitur offafepulchris.
Traduction de M. l'Abbé Delille.
Unjour le Laboureur, dans ces mêmes fillous
Où dorment lesdébrisde tantde bataillons ,
Heurtant avec le ſoc leur antique dépouille ,
Trouvera fous ſes pas des dards rongés de rouille ,
Entendra retentir les caſques des Héros ,
Et d'un coeil effrayé contemplera leurs os.
Honneur aux vers , fans doute , & far

e
40
MERCURE
1
tout à de tels vers ; mais , encore un coup ,
quelque honneur aufli à la proſe de Fenelon
&de Reyrac.
L'abondance des matières nous force de
renvoyer au Mercure prochain les Articles
de Spectacles.
ACADÉMIE FRANÇOISE.
UNNCitoyen, qui ne s'eſt fait connoître qu'au
Secrétaire de l'Académie , & qui veut d'ailleurs gar
der l'anonyme , à préſenté à la Compagnie le Mémoire
ſuivant.
AMeſſieurs de l'Académie Françoife.
MESSIEURS ,
<<Tous les genres de talens obtiennent des ré-
> compenfes; la vertu ſeule n'en a pas. Si les moeurs
>> étoient plus pures & les âmes plus élevées , la
>> fatisfaction intérieure d'avoir fait le bien , feroit
>> un ſalaire ſuffiſant du ſacrifice qu'exige la vertu ;
>> mais pour la plupart des hommes il faut un autre
> prix; il faut qu'une action louable ſoit louée. Ces
> éloges ont été le premier objet des Lettres ; & c'eſt
>> en effet la fonction la plus honorable que puiffe
>> avoir le génie,
८८
>>L'Académie Françoiſe s'eſt rapprochée de çette
inſtitution antique , lorſqu'elle a propoſé à l'élo-
>> quence le Panégyrique des Sully , des d'Agueſſeau ,
20
30 des Fénelon , des Catinat , des Montaufier& d'au-
>> tres grands Perſonnages. Mais il n'eſt dans une
DE FRANCE. 41
» Nation qu'un petit nombre d'hommes dont les
» actions ayent un caractère de célébrité ; & le fort
» du peuple eft que fes vertus foient ignorées . Tirer
» ces vertus de l'obfcurité , c'eft les récompenfer ,
» & jeter dans le Public la femence des moeurs.
» Pénétré de cette vérité , un Citoyen prie l'Aca-
» démie Françoise d'agréer la fondation d'un Prix ,
» dont voici l'objet & les conditions :
לכ
dans
1º. L'Académie Françoife fera tous les ans ,
» une de fes Affemblées publiques , lecture d'un
Difcours qui contiendra l'éloge d'un acte de vertu .
2º . L'Auteur de l'action célébrée , homme ou
» femme , ne pourra être d'un état au- deffus de la
Bourgeoifie ; & il eft à defirer qu'il foit choifi dans
» les derniers rangs de la Société.
כ כ
A

ל כ
3 ° . Le fait qui donnera matière à l'Éloge , fe
» fera paffé dans l'étendue de la ville ou de la banlieue
de Paris , & dans l'espace des deux années
qui précéderont la diftribution du Prix. A l'Éloge
feront jointes des atteftations du fait , propres à
» en conftater la vérité. On choifit Paris , parce que
» l'Académie y étant établie , a plus de facilité
» pour vérifier les faits ; d'ailleurs , nulle part les
» moeurs du peuple n'ont plus befoin de réforme que
dans les Capitales.
23 4°. Le Difcours fera en profe , & ne fera pas de
» plus d'un demi - quart d'heure de lecture ; un tems
plus long ne feroit employé qu'à des differtations
étrangères à l'objet de l'inftitution .
35
ן כ
" 5° . La fondation fera de douze mille livres ; &
» l'intérêt de cette fomme fera employé à payer deux
» Médailles , dont une pour l'Auteur du Difcours ,
>> l'autre pour l'Auteur de l'action célébrée .
* On peut voir dans l'Almanach Royal de cette année
1782 , pages 418 & 419 , jufqu'où s'étend la banlieue de
Paris.
42 MERCURE
و د
» 6. Cette fomme de douze mille livres fera
placée en rente viagère fur la tête du Roi & fur
» celle de Monfeigneur le Dauphin ; & le Difcours
lû dans la Séance publique , fera préfenté à ce
jeune Prince. Ainfi , fes premiers regards feront
portés fur une claffe d'homines éloignée du
Trône , & il apprendra de bonne heure que parmi
eux il exifte des vertus. »>
39
30
L'Académie , avant d'accepter ces offres , a cru
devoir propofer au Donateur les changemens qui
fuivent.
1 °. Le Difcours , ou Récit , fera fait par le Dirceteur
de la Compagnie.
2. L'Académie ne pourroit accepter la donation
propofée , fi elle renfermoit la moindre difpofition
qui put intéreffer perfonnellement quelqu'un de fes
Membres . En conféquence , le revenu annuel des
douze mille livres fera entièrement employé à payer
une feule Médaille , qui fera donnée pour Prix de
l'acte de vertu ..
Le Donateur ayant adopté ces changemens , la
Compagnie a , d'une voix unanime , de l'aveu du
Roi fon augufte Protecteur , accepté la donation.
Elle annonce donc que , dans fon Affemblée publique
du 25 Août 1783 , elle donnera ce Prix pour
la première fois , en fe conformant aux conditions
prefcrites par le Donateur , & aux légers changemens
qu'elle y afaits.
Elle ne portera de jugement que fur les actes de
vertu dont le détail lui aura été remis par écrit , &
fera muni d'attestations fuffifantes.
Ce détail fera adreffé , franc de port , au Sicur
Demonville , Imprimeur - Libraire de l'Académie
rue Chriftine , & fera envoyé avant le premier Juin
1783 inclufivement. Ce terme eft de rigueur.
La date de chaque fait dont on enverra le détail ,
ne pourra remonter au-delà de deux ans avant l'é-

DE FRANCE.
43
poque fixée pour la réception des pièces juftificatives,
c'est-à-dire , au delà du premier Juin 1781 .
L'Académie choiſira parmi ces faits celui qu'elle
croira le plus digne du prix,se réſervant , de l'aveu
du Donateur , la liberté de le partager, fi elle le
jugeconvenable.
Si la perſonne qui aura mérité le Prix eft préfente
àlaSéance publique , & qu'elle en air fait prévenir
quelques jours auparavant le Secrétaire de la Compagnie,
la Médaille ſera donnée à cette perſonne
par le Directeur préfidant à l'Aſſemblée.
L'Académie donnera tous les ans un Prix femblable
, qui fera indiqué par un Programme.
TABLEAU
GRAVURES.
ABLEAUde la France, diviſé par Gouvernemens
&Provinces, pour l'intelligence des cent quatre-vingt
Cartes levées géométriquement par MM. de l'Académie
des Sciences , dreſſé par le fieur Dupain-
Triel fils , Ingénieur-Géographe du Roi , rue des
Noyers Saint-Jacques , près S. Yves. Prix, 1 livre
10 fols enluminé.
L'Auteur a exprimé ſur ce Tableau les principales
Villes de la France , les grandes routes ; on y
diftingue les différentes Cartes qui compoſent chaque
Province, & celles dont il faut ſe munir pour
fuivre telle ou telle route, ou le cours de telle ou
relle rivière Ily a joint un Tableau figuré de tous
les caractères géographiques , & l'explication des
abréviations employées dans les Cartes de l'Aca
démie.
LeTroupeau Hollandois , Eſtampe de 11 pouces
de haut, fur 13 de large , gravé d'après le Tableau
original de Van-bloemen , par Joſeph Maillet. Prix ,
44 MERCURE.
I livre 10 fols. A Paris , chez Maillet , Graveur ,
rue des Francs-Bourgeois , Place S. Michel , à côté
du Jeu de Paume .
Récréation Espagnole , gravée d'après le Tableau
de Charles Lepeintre , par A. F. Daniel , Eſtampe
de même grandeur que la Converſation Eſpagnole
de Beauvarlet. Prix , 6 liv . A Paris , chez Lepeintre ,
rue du petit Bourbon , attenant la Foire S. Germain.
Reddition de l'Armée du Lord Cornwallis, gravée
par Godefroy. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Francs-Bourgeois , Porte S. Michel , & chez Ponce ,
Graveur de Mgr. le Comte d'Artois , rue Hyacinthe.
MM. Fonce & Godefroy ſe propoſent de repréſenter
ainſi tous les Événemens remarquables qui
concernent la Guerre actuelle de l'Amérique , &
d'accompagner chaque Eſtampe d'une Notice Hiſtorique
ſur les Commandans & les principaux Auteurs
d'une Révolution fi mémorable dans les Faſtes du
genre-humain , & où les François auront joué le
rôle leplus brillant. Ces Artiftes publieront alternativement
un ſujet antérieur & un ſujet poftérieur à
la Reddition de l'Armée de Cornwallis. Le prix de
chaque Estampe ſera de 1 livre 16 fols. Celle qu'ils
viennent de mettre au jour est d'une belle compoſition
; la gravure en eſt ſoignée : nous ne doutons
pas que le Public n'accueille favorablement une En
trepriſe de cette importance , & aufſi bien imaginée.
Portrait du Père Sauvé Moiffel , Supérieur Général
de l'Oratoire , gravé par C. F. Letellier , d'après
le Tableau de Capel. Prix , 1 livre 4 fols. A Paris ,
chez Letellier , rue des Vieilles Étuves , maifon
d'un Boutonnier.
Cahier d'Attributs de guerre& de Fontaines pour
orner l'Architecture , en fix feuilles Prix , I livre
4 fols. A Paris, chez Panferon , Architecte , rue des
DE
45
FRANCE.
Maçons. On trouve chez le même un autre Cahier
d'Attributs de chaſſe. Prix , I livre 4 ſols , & lavé ,
1- livre 16 fols.
Collection intéreſſante pour la Jeuneſſfe , ou Recueil
de petites Fables coloriées , enrichies de figures en
taille- douce , analogues à chaque ſujet , deux parties ,
chacune de vingt-huit Estampes. Prix , les deux ,
2 liv. 8 fols brochées ; & reliées , 3 liv. A Paris ,
chez Breffon Maillard , Graveur , rue S. Jacques ,
vis-à-vis la rue de la Parcheminerie , maiſon du
Limonadier , où l'on trouve des Alphabets à jour
diſpoſés de façon à pouvoir placer deux différentes
lettres à côté l'une de l'autre dans une eſpèce de couliffe
, & que l'on peut tranſpoſer d'une manière aifée.
& très -expéditive pour marquer le linge. L'alphabet
renfermé dans une boëte , les chiffres joints à une
phiole de liqueur ineffaçable & leurs dépendances , ſe.
vendent 6 liv.
MUSIQUE.
RECUEIL d'Airs , Rondeaux & Variations pour le
Forte-piano ou le Clavecin , avec accompagnement de
Violon , par M. l'Abbé L. B. Amateur. OEuvre III :
Prix , 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez le Duc , rue Traverfière
Saint Honoré.
Ouverture , Airs de Chants & Airs de Ballets
de l'Opéra de Thésée , arrangés pour le Clavecin &
le Forte- Piano , par M. Goſſec fils . Prix , 7 livres
4 fols . A Paris , chez l'Auteur , rue Fontaine au
Roi , Fauxbourg du Temple , vis-à-vis le troiſième
réverbère , & aux Adreſſes ordinaires de Muſique.
Due Concerti à Violino principale duo Violini
obligati , Viola , Baſſo corn , Flauti.
Composti dal Signor Aleſſandro Frixer, delto
46 MERCURE
Frizeri di Verona, Opéra V. Prix , 7 liv. 4 fols. A
Paris, chez l'Auteur , rue de Vaugirard , près la
Luxembourg , derrière la nouvelle Comédie , & aux
Adreſſes ordinaires de Muſique.
Six Sonates à Flûteseule & Baſſe, par T. Giordani
, OEuvre IX. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez
Muſſard , rue Aubry-le-Boucher , vis-à-vis le Commiſſaire
, & aux adreſſes ordinaires.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
MOLIÈREàlaNouvelle Salle, ou les Audiences
deThalie , Comédie en un Acte & en vers libres ,
repréſentéepour la première fois par les Comédiens
François,fur le nouveau Théâtre du Fauxbourg
Saint-Germain , le 12 Avril 1782 , par une Société
de Gens de Lettres. Prix , 1 liv. 4 ſols.A Paris , chez
Lambert & Baudoin , Imprimeurs- Libraires , ruc
de la Harpe , près S. Côme,
PremièrePartie du Tome XIVe de l'Histoire des
Hommes ancienne , in-12. & in- 8°. A Paris , chez
M de la Chapelle , rue Baffe , porte S. Denis.
Tréfor des Laboureurs dans les oiseaux de baffecour
, nouvelle Édition in- 12 , par M. Buchoz. A
Paris , chez Laporte , Libraire , rue des Noyers; & à
Rouen , chez Boucher le jeune.
Mémoirefur les dégradations des terres occafionnéespar
les torrens & par les inondations ; moyens
de les prévenir, & d'augmenter conſidérablement les
productions de la terre & de l'industrie , par M.
Licutaud ,Seigneur d'Aiglun, Pariiss,, chez
la Veuve Hériſſant, Imprimeur-Libraire , rue de la
Parcheminerie.
in-8 . A
Piſſor , Libraire , quai des Auguftins , vient de
DE FRANCE.
47
-
recevoir de Londres : The Annual Register for the
year 1780 , 1 Vol. in-8°. London. The Royal
Kalendar , for the year 1782 , 1 Vol. in - 12.
London.- Journal of Capitain Gook's last Voyage
to the pacific Océan on discoveries performed in
the years 1776, 1777 , 1778 & 1779 , 1 Vol.
in-8 . , avec figures. London.
Tome XLI de l'Histoire Universelle , nouvellement
traduite de l'Anglois par une Société de Gens
de Lettres , in- 8 . A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
Deuxième Volume du Cours complet d'Agricul
ture théorique , pratique , économique , & de Médecine
rurale& vétérinaire,ſuivi d'une Méthode pour
étudier l'Agriculture par principes , ou Dictionnaire
Univerſel d' Agriculture , par une Société d'Agricul..
teurs , rédigé par M. l'Abbé Rozier , in - 4°. Prix ,
12 livres en feuilles , avec des Planches en tailledouce.
AParis , rue & hôtel Serpente.
Traitéde l'Apoplexie & deses différentes espèces,
avec une nouvelle Méthode curative , dont l'utilité
eftprouvée par l'expérience ; on y traite également
de la Paralyfie & d'une nouvelle préparation mercuriellepropre
à l'usage extérieur , en forme de frictions
sèches pour les dartres & les maladies vénériennes ,
par M. Ponſart , Docteur en Médecine , Volume
in- 12. A Paris, chez Guillot , Libraire , rue de la
Harpe, près de l'ancien Collège de Bayeux .
L'Art du Comedien vu dansſesprincipes ,Volume
in- 12 . A Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire ,
rue S. Severin , & la Veuve Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques.
Cours d'Études à l'usage des Élèves de l'École
Royale Militaire , quatrième divifion , contenant
l'Abrégé de l'Histoire Romaine , Volume in- 12.
48 MERCURE
Prix , 2 livres relié . A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinet.
-
L'Aventurier François , ou Mémoires de Grégeire
Merviel , 2 Vol. in 12. A Paris , chez
Quillau , Libraire , rue Chriſtine , & la Veuve Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques.
Les Aventures d'un Provincial , ou Hiftoire du
Chevalier de Jordans , 2 Parties in- 12 . A Paris , chez
Baftien , Libraire , rue du Petit- Lion.
Euvres mélées en profe & en vers , par un Être
libre & penfant , première Partie in- 12. A Paris ,
chez les Marchands de Nouveautés.
Code de la Marine du mois d'Août 1681 , nouvelle
Édition in- 24. Prix , 1 livre 16 fols relié. A
Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguſtins .
Abrégé Chronologique de l'Hiftoire de la Maifon
de Savoie en vers artificiels , par M. l'Abbé de M…...
in- 12 . Prix , 1 livre 10 fols. A Paris , chez Monory ,
Libraire , rue de l'ancienne Comédie Françoiſe , visà
vis la Cour du Commerce.
TABLE.
VERS à un Ami ,
L'Agneau pourfuivi par
Loup , Fable ,
3Voyage Pittorefque du Royaule
me de Naples & de Sicile, 29
ib. Hymne au Soleil,
Air de l'Eclipfe Totale ,
Charades ,
5
Enigme & Logogryphe ,
Académie Françoiſe ,
7 Gravures ,
8 Mufique ,
Nouveau Théâtre Allemand, 9 Annonces Littéraires,
APPROBATION.
35
40
43
45
46
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 4 Mai. Je n'y ai
sien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 3 Mai 1782. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 1er. Mars.
LE Grand- Vifir fait tous les jours de
nouveaux progrès dans l'eftime & la confiance
du Sultan ; mais il paroît qu'il ne
produit pas les mêmes fentimens dans le
peuple ; on entend de fréquents murmures ,
& c'eft à des mécontentemens fecrets qu'on
attribue les incendies qui défolent cette
Capitale ; celui du 20 du mois dernier a
réduit en cendres près de 1000 maifons ; &
le lendemain 21 , le feu éclata encore en fix
endroits de la Ville à la fois.
On affure qu'on va remettre encore fur
le tapis l'affaire du traité de commerce entre
l'Espagne & cet Empire ; on dit que le Dragoman
de Suède s'eft donné beaucoup de
mouvemens pour cet objet , & on croit qu'ils
vont réuffir .
Le Patriarche fchifmatique , qui l'année
4 Mai 1782.
( 2 )
dernière fut déposé , eft parvenu en répandant
à propos de l'argent à fe faire un parti ;
on ne feroit pas étonné fi on voyoit le
Divan le rétablir bientôt ; il paroit que l'on
le defire , le Patriache actuel s'eft fait généralement
haïr par fa févérité , & dernièrement
il a été battu dans la bafilique même
où on lui a fracaffé le poignet à coups de
bâton.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 15 Mars.
LORSQUE l'Impératrice a donné une audience
folemnelle à l'Envoyé du Khan des
Tartares de la Crimée , ce Miniftre lui a
adreffé ce difcours.
Très-Séréniffime , Très- Invincible , Très - Grande
Impératrice & Très -Gracieufe Dame.
» Le Khan de la Crimée & toutes les nations
Tartares qui lui font foumiles , fe fouviendront éter
nellement que le don d'un Prince fouverain réfidant
au milieu d'elles , & d'un Gouvernement libre &
indépendant , eft l'ouvrage de vos auguftes mains.
La valeur & la durée de cette félicité dépendent
principalement de la continuation de votre afliftance
& de votre protection. Le Khan mon Maître &
toute la nation Tartare , témoignent par mon organe
& par l'écrit que je préfente refpectueusement à
V. M. I. leur reconnoiffance pour les bienfaits antérieurs
, & la prient de leur continuer la protection
Toute-Puiffante. Je m'eftime heureux d'avoir été
choifi pour ce fervice refpectueux , & je me jette en
toute humilité aux pieds de V. M. I. « .
L'Impératrice lui répondit par une aſſu(
3 )
rance de ſa protection & de ſa bienveillance.
S. M. I. en nommant le nouvel Archevêque
de Mohilow , adreſſa , le 17 Janvier
dernier , l'Ordonnance ſuivante au Sénat
dirigeant.
>> Nos ancêtres & Nous ayant accordé le libre
exercice de différentes religions dans notre Empire ,
&entr'autres celle de l'Egliſe Romaine , & comme
il ſe trouve un grand nombre de perſonnes qui
ſuivent ſes dogmes dans divers endroits de la Ruffie ,
même les plus éloignés , Nous avons jugé néceſſaire
en 1773 de créer pour elles un Evêque d'entre nos
ſujets, & nous choisîmes alors pour remplir cet
emploi l'Evêque Stanislaw Tshes Tſcherſoviſch ,
qui par les preuves non équivoques qu'il nous a
données depuis long-tems de ſon dévouement pour
notre Perſonne , de ſon zèle pour ſon Eglife , de la
ſageſſe avec laquelle il a conduit le troupeau qui
lui a été confié , & qui par ſes ſoins pour le bien
public, s'étoit rendu digne de notre bienveillance .
Actuellement renouvellant nos foins envers nos
fidèles ſujets de la religion Romaine , après avoir
pris les renſeignemens néceſſaires pour la meilleure
direction des affaires de leur Egliſe , nous avons jugé
bon de faire lesdiſpoſitions ſuivantes : 19. Nous
érigeons dès-à- préſent la ville de Mohilow , capitale
du Gouvernement de ce nom , en Archevêché de la
croyance Romaine, renfermant ſous la jurisdiction
de ſon Archevêque toutes les Egliſes & Monastères
de cette religion , qui ſe trouvent , tant dans les
Gouvernemens de Mohilow & de Polotski , que
dans nos deux Capitales & dans toutes les autres
parties de l'Empire de Ruſſie. 2º. Nous nommons
gracieuſement au Siége Archiepifcopal de l'Egliſe
Romaine de Mohilow l'Evêque Stanislaw Tiches
Tſcherfowiſch . 39. Pour l'aider dans ſes fonctions ,
a 2
( 4 )
nous nommons un Coadjuteur , & nous élevons à
cette dignité l'Abbé Jean Beniflafshi , Chanoine de
l'Archevêché de Mohilow & Supérieur de Danubourg
, & pour fon élévation au Siege Epifcopal ,
nous avons ordonné de prendre les mesures corvenables
. 4. Il fera affigné au Coadjuteur de l'Archevêché
de l'Eglife Catholique de Mohilow douze
cens roubles d'appeintement par an. 5 ° . L'Archevêque
de l'Eglife Romaine de Mohilow ne devra
recevoir des ordres de qui que ce foit , que de Nous
& de notre Sénat. 6º . Cet Archevêque créera un
Confiftoire , compofé de quelques Chanoines , natifs
de nos Etats ou qui y font naturalifés , pour examiner
& juger fous fa direction les affaires , tant
Eccléfiaftiques que féculières qui feront de fon reffort
; mais s'il arrivoit qu'on dût y juger un Séculier
, alors il devra faire appeller un Député du
Tribunal d'Etat , pour affifter , avec les autres Membres
du Confiftoire , au Jugement qui aura lieu ; &
ceux qui ne feroient pas fatisfaits du jugement du
Confiftoire & de l'Archevêque , pourront faire appel
au Sénat. 7 ° . Il eft défendu au College de Jul>
tice de Livonie , d'Eftonic & de Finlande de fe
mêler aucunement des affaires qui concernent les
Eglifes Catholiques Romaines . 8o . La nomination
des Supérieurs ou Chefs des Couvens & des Curés
aux Paroifles , & les autres avance mens aux grades
Eccléfiaftiques dans la religion Romaine , dépendront
dans toute l'étendue de l'Empire de Ruffie
de la volonté de l'Archevêque nommé par Nous ,
à qui nous ordonnons d'examiner par lui- même ou
fon Coadjuteur tous lefdits Supérieurs & Curés , &
de laiffer ou de nommer de nouveau ceux d'entre
eux qui feront nés nos fujets , ou qui le feront
devenus , & de démettre & renvoyer ceux qui auront
été envoyés du dehors pour un tems , & de ne
point les fouffrir à l'avenir , défendant de les recevoir
, fous peine d'être pourfuivi juridiquement ,
( 5 )
pour avoir défobéi aux Ordonnances de la Puiſſance
fupérieure. 9 °. Quant à ce qui regarde la direction
de l'Eglife Romaine de St.Pétersbourg , confirmée
par nos priviléges & règlemens touchant les élections
des Supérieurs , la diſpoſition des revenus &
de ce qui peut contribuer à l'avantage de ces revenus,
on devra procéder en conformité des ſuſdits
priviléges & règlemens ; mais pour ce qui concerne
lanomina ion des Prêtres à cette Eglife , on devra
ſe conformer aux règlemens ci-deſſus, par la raiſon
que, fi on a fouffert ci - devant qu'on appellat &
reçût des Moines étrangers , ce n'a été que , parce
que la Ruffie n'avoit pas alors ſes propres Evêques
de la religion Romaine. 10º. Nous confirmons la
défenſe que nous avons faite par nos Ordonnances
du 3 Juillet 1779 , au Gouverneur général de la
Roffie-Blanche, & du 31 Janvier 1780 à tous les
Gouverneurs généraux , de ne point laiſſer entrer fur
nos frontières des Eccléſiaſtiques de nomination
étrangère ; & nous ordonnons que par- tout où il
s'en préſentera , on ait à les renvoyer avec menace de
les livrer aux Tribunaux des Gouvernemens , pour
êtrejugés ſuivant les loix ; & parei lement ceux qui,
en contravention de la préſente Ordonnance , les
recevront ſans la permiſſion de l'Archevêque , feront
envoyés aux Tribunaux compétens , pour étre jugés
fuivant les Loix. 11º. Nous confirmons que tous
les Ordres religieux de la religion Romaine , dépendent
uniquement de l'Archevêque de Mohilaw ,
de ſon Coadjuteur & de ſon Conſiſtoire , ſans qu'ils
oſent prendre ſur eux de dépendre d'aucune autre
puiſſance Eccléſiaſtique , qui ne ſoit pas dans notre
Empire; de leur envoyer des revenus en partie du
lear , ni même d'avoir aucune connection avec eux ,
fous peine d'étre pourſuivis juridiquement pour leur
déſobéiffance à ſuivre les Ordonnances de la Puifſance
ſupérieure . 128. Nous ordonnons à l'Archevêque
de l'Egliſe Romaine de Mohilow , de nous
a3
1
( 6 )
envoyer un état circonstancié de tous les Monaftères
de cette Egliſe , ſpécifiant leſquels d'entr'eux
il juge vraiment utiles à la religion & à la patrie ,
foit par leurs connoiffances , ſoit par l'inftruction
de la jeuneffe, leurs foins à ſecourir les pauvres
& à affifter tous ceux qui ſont dans le beſoin ,
quelles meſures il devra prendre pour les conferver,
ou bien qui font ceux qui vivent dans la fainéantiſe
& uniquement pour eux- mêmes , qui ne
font rien pour le bien public , mais qui font à charge
à la Société, afin que nous puiſſions prendre à ce
fujet les meilleurs arrangemens poffibles , pour l'avancement
de la gloire de Dieu & pour le bien de la
Société. 13 ° . Nous confirmons nos précédentes
Ordonnances , qui défendent de recevoir aucune
bulle du Pape , ou aucun écrit envoyé en fon nom
ordonnant de les envoyer à notre Sénat , qui , après
en avoir examiné le contenu , & particulièrement s'il
ne s'y trouve rien qui ne foit pas conforme aux
Loix de l'Empire de Ruffie , ou aux droits de la
Puiffance Ecclefiaftique que nous avons reçue de
Dieu , fera tenu de nous en donner ſon avis , & d'attendre
notre permiffion , ou défenſe de rendre publiques
de pareilles bulles ou écrits «.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 10 Avril.
,
LE Pape viſite pendant ſon ſéjour dans
cette Capitale tous les objets qui peuvent
intéreſſer ſa curiofiré. Il a vu ſucceffivement
la Bibliothèque Impériale , le
Cabinet des Médailles , ceux des Arts ,
d'Hiſtoire naturelle , d'inſtrumens de Mathématique
, & c. Tous les jours S. S. donne
audience aux perſonnes de diſtinction , &
( 7 )
paroît àune croiſée pour donner la bénédiction
au peuple qui accourt ici en foule.
On croit qu'elle repartira vers la fin de ce
mois , & qu'elle dirigera ſa route fur Salzbourg
, Munich , Augsbourg & le Tirol ,
pour retourner en Italie.
>>>Le Comte de Sternberg & le Baron de Maffmuth,
Commiſſaires Impériaux, écrit- on de Prague,
accompagnés par le Secrétaire du Gouvernement &
leControleurdes Finances , ont été le 6 Mais dernier
, ſignifier leur fuppreſſion aux religieufes Céleftines
de notre nouvelle ville : elles peuvent refter
encore ſept mois dans leur cloître ; & pendant ce
temps-là , elles auront par jour , la Supérieure ,
40 kreutzers , & les ſimples religieuſes 30. -Le
19 Mars , on a célébré à Ramburg une fête trèsintéreſſante
. Cette ville , qui eſt dans le cercle de
Leutmeritz , & fait partie de la Seigneurie du Prince
de Lichtenstein , envoie chaque année pour plus de
400,000 florins de ſes toiles & de ſes coutils à
l'Etranger. Elle a célébré l'abolition de l'eſclavage
dans les Etats de S. M. Imperiale , par ungrand Te Deumenmuſique la ville & au bruit dcehsandtéécahuarges ddeesncolmobchrees de
mortiers. On y a diſtribué en même temps de nombreuſes
aumônes à plus de cent pauvres que la
folemnité avoit raſſemblés «.
Dimanche prochain , le Pape fera la confécration
d'un magnifique Autel conſtruit
depuis peu dans l'Egliſe de St- Michel , &
dont on évalue la dépenſe à 50,000 florins .
Comme cette confécration ſe ffeerraaaavveecbeaucoup
de ſolemnité , les curieux de ces édifiantes
& brillantes cérémonies auront de
nouveau de quoi ſe ſatisfaire.
a 4
( 8 )
De FRANCFORT , le 12 Avril.
LES lettres de Vienne contiennent les
détails ſuivans ſur la folemnité avec laquelle
le S. Pere a officié dans l'Eglise Saint- Etienne
le jour de Pâques .
>>A9 heures du matin , Sa Sainteté ſe rendit dans
un carroſſe de cérémonie à l'Egliſe de S. Etienne où
elle célébra la Meſſe pontificalement; elle fut ſervie
par les Cardinaux Migazzi , Bathiani & Hertzan ,
& par ſon Nonce. Elle prononça un diſcours latin
& donna de ſon trône la bénédiction au peuple.
Vers midi , elle ſe rendit en habits pontificaux ,
ayant la thiare ſur la tête , à la galerie de la Chancellerie
de Guerre , d'où aſſiſe ſur un trône elle
donna la bénédiction au peuple qui étoit aſſemblé
en foule. Cette cérémonie fut annoncée par toutes
les cloches de la ville & par une Salve de 150
coups de canon. Le mal d'yeux avoit empéché
l'Empereur d'entendre la grand Meſſe de Sa Sainteté.
Il y avoit ce jour- là plus de 30,000 étrangers dans
la ville ; & malgré les précautions que la Police
avoit priſes pour prévenir tous les accidens fâcheux,
il en eſt cependant arrivé quelques-uns ; il y a eu
quelques bras caflés ,des fculures. On a auffi trouvé
le lendemain ſur la place , une grande quantité de
fouliers qui ont été perdus. Le jour de Pâques ,
depuis 8 heures du matin , aucune voiture ne pouvoit
plus paſſer ; ce qui avoit fait hauffer prodigieuſement
le loyer des chaiſes à porteurs ; on en
a payé trois ducats , & même vingt florins «.
On dit que M. Klopſtock , l'un des plus
célèbres Poètes de l'Allemagne , a envoyé à
l'Empereur une Ode à la louange des nouvelles
réformes qu'il vient de faire ; & que
S. M. I. n'en a pas permis l'impreſſion , mais
a envoyé so ducats à l'Auteur.
(و )
On mande de Berlin qu'un Juif qui y
étoit établi & qui y jouifloit d'une grande
fortune , fut arrêté , il y a quelques jours ,
pour avoir fraudé, en très-peu de tems les
droits de l'Acciſe pour plus de 12,000 écus.
Il a été condamné aux travaux publics dans
la fortereſſe de Spaudare pour fix ans .
>> Dans la nuit du 4 aus Mars , lit- on dans une
lettre d'Albourg , us bâtiment de Lubeck , Capitaine
Toncin , venant de Saint-Ubes , avec une cargaiſon
de fel , en allant à Lieban , a fait naufrage
dans le vieux Schagne. On n'a rien pa ſauver de la
cargaiſon , & il n'y a eu que le Pilote & neuf måtelots
qui ont eu le bonheur d'échapper à la mer.
Dans la nuit ſuivante , un bâtiment Ecoſſois allant
à Gothinbourg a péri corps & biens , près du fanal.
Le 29 Mars , le bâtiment la Princeffe Louise ,
Capitaine Smith , arrivé des Indes Occidentales
avec une cargaiſon , eut le malheur d'être coupé en
deux par un glaçon , près d'Heſſinger ; il a coulé
bas. L'équipage ſeul a été ſauvé.
ITALIE.
De LIVOURNE , le 4 Avril.
Le Comte & la Comteſſe du Nord, après
avoir vu tout ce que cette Ville offre de remarquable
& s'être rendus à bord de l'efcadre
Ruſſe qui mouille dans ce port , ſont
partis pour Pife où ils reſteront quelques
jours & d'où ils ſe propoſent de revenir ici.
On dit que la République de Raguſe a
fait afficher un Edit qui défend à tous les habitans
de cet Etat de parler en aucune manière
de la Porte , de Veniſe ou de toute aue
as
( 10 )
tre Puiſſance quelconque à peine de l'E
trapade.
Le Roi de Naples vient de rendre un Edit
intéreſſant ſur l'Inquifition qui n'eſt point
établie dans le Royaume de Naples , mais
qui l'eſt dans la Sicile. Cet Edit eſt adreſlé
au Vice-Roi de cette Ifle & conçu ainſi :
>> S. M. fait que l'Inquifition fut odieuſe au peuple
dès ſon origine , quoique dans ces Provinces on
n'ait jamais adopté les erreurs que des ſectes répandirent
en d'autres lieux de l'Europe ; mais on la
déteſta , parce que tant dans ſes emprisonnemens
que dans ſes procédures , elle n'a jamais agi que de
la manière la plus illégale. Combien de fois ne
s'eſt-on pas jetté au pied du trône pour ſupplier le
Souverain de faire ſubſtituer les loix publiques aux
loix ſecrettes de ce Tribunal ? Combien de fois
les Rois prédéceſſeurs de S. M. & S. M. elle-même ,
ne l'ont-ils pas condamné ? Néanmoins ce Tribunal
ne s'eſt point déſiſté de ſon ancien ſyſteme : les
procès ſe font toujours d'après des dénonciations
cachées; elle ſe contente de témoins obſcurs dont
les accuſés ignorent les noms , ce qui les prive des
moyens de défenſe; elle prononce ſes ſentences fans
qu'ils connoiffent ni leurs délateurs ni les dépoſitions.
Le Grand Inquifiteur n'a pas même eu honte de
répondre dans une de ſes remontrances , que l'inviolabilité
du fecret étoit l'ame & l'effence de l'Inquisition
; qu'elle ne peut avoir de force fans le
fecret , & qu'il vaudroit mieux la fupprimer que
d'en changer les procédures. Sa Majeſté conſidérant
que de cette manière l'innocence peut être opprimée
, & voulant préſerver de tout jugement inique
les peuples dont le gouvernement lui eſt confié ,
fans néanmoins laiſſer impunis les perturbateurs
de la religion , a aboli & abolit entiérement le
Tribunal de l'Inquifition dans ſe Royaume de
( 1 )
Sicile ; laiſſant aux Evêques l'exercice de leur
ancienne jurisdiction en matière de foi , pourvu
qu'ils ſuivent la forme uſitée dans tous les Tribunaux
de Juſtice criminelle des Etats de Sa Majesté :
& pour que ces Prélats exercent plus facilement
leurs fonctions à cet égard , S. M. leur donne les
inſtructions ſuivantes : 1º. Si quelqu'un , eccléſiaſtique
ou laïque , eſt accusé d'héréfies , avant de le
citer & de l'empriſonner , il faut produire pardevant
le Vice-Roi , les preuves de l'accuſation
qu'on veut intenter ; & quand la permiſſion aura été
accordée pour l'emprisonnement par le Vice- Roi
que le procès aura été fait , que la ſentence aura été
prononcée , il faudra en exhiber de nouveau toutes
les pièces audit Vice-Roi avant d'en rien publier ni
mettre à exécution , afin que celui- ci communiquant
le tout à la Junte ſupérieure , puiſſe s'aſſurer
que cette ſentence eſt légale. 2 °. Quand un eccléſiaſtique
ou laïque aura été emprisonné , il pourra
prendre pour ſadéfenſe tel Avocat qu'il jugera lui
convenir , & il aura la liberté , ſans même être
obligé de la demander à perſonne , de parler à qui
bon lui ſemblera , & de faire uſage de papiers , de
plumes & d'enccrree , comme s'il ſe trouvoit dans ſa
propre maiſon . 3 ° . Dans les ſommations qui feront
faites concernant de ſemblables procès , on ſera
toujours tenu de ſpécifier le délit pour lequel ſe
feront les ſommations. 4°. Finalement S. M. ayant
deſſein d'appliquer à l'utilité publique les fonds
dont l'inquifition qu'elle abolit eft pourvue , ordonne
qu'on lui en produiſe d'abord l'état avec tous les documens
qui y ont rapport «.
Ce qui a fait que le Royaume de Naples
n'a point reçu l'Inquifition , c'eſt que les
Rois & les Papes ſe diſputoient le droit de
nommer les Inquifiteurs , ce qui fit qu'il n'y
en eut aucun de nommé; la Sicile avoit été
moins heureuſe .
( 12 )
ESPAGNE.
De CADIX , le 4 Avril.
Tout le convoi ſorti d'ici le 20 , excepté
s bâtimens qui entrèrent à Algefiras , a
relâché à Malaga; il y attendra la réponſe
aux repréſentations des intéreſſés qui ont envoyé
en Courpour avoir une eſcorte de vaifſeaux
de guerre juſqu'aux Canaries .
Les frégates la Carmen & la Ste-Perpetua
que le même coup de vent a fait aborder ,
ne font revenues ici qu'avec beaucoup de
-peine , & leur dommage eſt tel qu'il exigera
près d'un mois de travail.
C'eſt le 97e. régiment qui eſt entré àGibraltar
; les Anglois l'avoient porté à près
de 700 hommes. Le Commandant du blocus
, depuis l'arrivée de ce renfort , paroît
craindre plus que jamais une fortie , & il
prend toutes les précautions néceſſaires pour
la faire avorter. Les grandes gardes font renforcées,
le Corps des grenadiers qui , toutes
les nuits, protége les ouvrages , a été augmenté
, & comme ce ſervice eſt journalier ,
le Commandant , pour ne pas trop fatiguer
ſes meilleurs ſoldats , a demandé à notre
Gouverneur un régiment de cette garnison ,
& on va le lui envoyer.
•Les Officiers & environ 15 ou 20 matelots
de l'équipage de la Sainte- Catherine , revenus
à Algéfiras , avoient été déposés par la
frégate le Succès ſur le Cerbère ,une de celles
( 13 )
qui ſont entrées dans Gibraltar. Le Succès
avoit rencontré cette flotille deux jours après
fon combat , & a conduit en Angleterre où
il alloit ſe réparer , le Capitaine de la Sainte-
Catherine & le reſte de l'équipage de cette
malheureuſe frégate.
Le Roi a diſpoſé en faveur de M. le Duc
de Crillon des Commanderies vacantes par
la mort du Marquis de la Enſenada elles font,
dit-on , un objet de plus de 60,000 liv. de
rentes.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 22 Avril.
Nous n'avons aucune nouvelle officielle
de l'Amérique Septentrionale ; tout ce que
nous ſavons de ces contrées ſe réduit à des
lettres particulières , apportées par divers
bâtimens partis de New-Yorck le 4 Mars.
Selon ces lettres , la garniſon , à cette époque
, s'attendoit à une attaque que le Général
Vashington paroiſſoit ſe préparer à
former contre cette place , & l'on travailloit
à fortifier l'ifle & à ſe inettre en état de
réſiſter à l'ennemi. L'armée Américaine compoſée
d'environ 11,000 hommes étoit campée
dans les Jerſeys à 20 milles de New-
Yorck ; & depuis pluſieurs mois , il n'y
avoit point eu d'eſcrmeuches quoique l'hiver
eût été fingulièrement doux.
Quelques unes de ces lettres portent auffi
que toutes les frégates du Roi étoient en
( 14 )
croifière fur la côte d'Amérique , & que
quelques- unes étoient à la hauteur des Bermudes.
On fe flattoit qu'elles y feroient des
prifes confidérables qui ne pourroient que
faire le plus grand tort à nos ennemis.
Quant aux ifles , on n'a que la confirmation
de l'arrivée de l'Amiral Rodney & de
fa jonction avec l'Amiral Hood ; mais on
n'a rien appris de plus ; fi le Ministère en
fait davantage , il n'a pas jugé à propos d'en
inftruire la Nation. Il paroît que depuis cette
jonction nos forces fe trouvent portées à
3.3 ou 34 vaiffeaux ; fi cela ne nous met
pas en état d'entreprendre des opérations
offenfives , nous avons du moins les moyens
de conferver les ifles qui nous restent jufqu'à
l'arrivée de nouveaux renforts.
Des lettres écrites à bord de l'Hercule de
74 , en date d'Antigoa le 27 Février , portent
que ce vaiffeau y eft arrivé très- endommagé
dans fes oeuvres mortes ; il a été féparé
par un coup de vent de l'efcadre du
Chevalier Rodney qu'il fe propofoit de rejoindre
à Sainte- Lucie. L'état de délabrement
de ce vaiffeau , nous fait craindre que plufieurs
de l'efcadre de l'Amiral Rodney
n'aient auffi beaucoup fouffert , & qu'il ne
foit obligé à des réparations néceffairement
longues par la difette des matériaux avant
de pouvoir fonger à aucune entrepriſe . On
ne doute pas que l'amiral Hood lui- même ,
n'ait beaucoup de vaiffeaux qui exigent autant
de rems & de travail ; on fe rappelle
( 15 )
que lorfqu'il gagna la rade de baffe- terre ,
quand le Comte de Graffe l'eut quittée , il
expofa fon arrière- garde , qui dut fouffrir
beaucoup ; & il eft vraisemblable que le
refte de ſes vaiffeaux a dû effuyer des dom
mages dans les attaques fucceflives qu'ils
effuyèrent .
Tous ces détails ne diminuent pas nos
inquiétudes fur les évènemens qui doivent
avoir peut-être actuellement lieu dans ces
parages , & nous font attendre avec inquiétude
les premières nouvelles qui en arriveront.
Nous ne fommes pas plus tranquilles
fur ce qui fe paſſe dans l'Inde ; on ne nous
a annoncé ici que des victoires de Sir Eyre
Coote ; mais on ne nous a rien dit de l'échec
qui en a été la fuite , & qui n'a pas
laiffé d'être confidérable ; pour détourner
notre attention , on ne nous parle que de
l'arrivée de 2 vaiffeaux de ligne au Bengale ,
& d'un à Madraff. Le dernier eft le Monarque
de 70 canons ; & on croit que les
deux autres font le Sultan de 74 & le
Magnanime de 64 qui étoient partis avec
un convoi en Mars 1781 .
S'il faut en croire nos papiers , il y a des
lettres particulieres qui nous apprennent que
plufieurs vaiffeaux Anglois , avec des troupes
que l'onfuppofe être celles aux ordres du Général
Meadows , embarquées à bord de
l'efcadre du Commodore Johnstone , fe
font emparés de l'établiffement Hollandois
de Cochin , près le Cap Comorin; elles
( 16 )
ajoutent qu'un armement conſidérable avoit
auſſi mis à la voile pour attaquer Trinconomaly
, la principale fortereſſe des
Hollandois dans l'Iſle de Ceylan .
Ces nouvelles , quoiqu'on en diſe , ſont
au moins douteuſes ; & quand elles ſe
réaliſeroient , il n'en ſeroit pas moins für
qu'en conquérant les établiſſemens des
Hollandois , nous ne défendons pas les
nôtres , qui font toujours très-expofés , &
qu'Hyder - Aly , s'il eſt ſoutenu par les
François , comme il y a beaucoup d'apparence
, peut nous cauſer des pertes plus
ſenſibles , & dont rien ne nous dédommagera.
Cet état des choſes vient à l'appui du
compte que vient de rendre au Parlement
le Comité chargé de l'examen des affaires
de l'Inde : le Lord Avocat d'Ecoſſe inſiſte
particulierement ſur ce que la Chambre
laiſſe le Gouvernement de l'Inde à ſes
Gouverneurs naturels ; mais qu'elle les
afſujettiſſe à rendre compte de leur con--
duite ; il propoſa auſſi différentes réſolutions;
celles qui regardent le Carnate font
au nombre de 24 , & ont été difcutées
dans la Chambre. Nous les tranfcrirons
ici.
1º. Il paroît que depuis 1767 juſqu'en 1779
dans l'e'pace de 12 ans , l'excédent des revenus dela
Compagnie dans le Préſide du Fort Saint-George ,
au-delà les charges militaires & civiles , n'a jamais
ſuffi a Vachat des marchandises deſtinées à faire
paffer en Europe les remiſes convenues. 2º.- Dans
( 17 )
les 2 premières & adernières années de cette période
de 12 ans , les charges ont excédé 941,781 1 .
ſterling, revenus nets des quatre ans . 3 °. Que pendant
les 8 autres années où la guerre n'a caufé
aucune dépenſe , les revenus n'ont pas ſuffi à l'achat
de la moitié des marchandiſes deſtinées à faire paſſer
enEurope les remiſes convenues. 4°. Que dans les
12 ans entiers , les revenus nets n'ont excédé la
maſſe des charges que de 51,961 1. st. 5º. Que les
arrérages dûs par les Zemindars & par les Fermiers
des terres que poſsède la Compagnie, ſe ſont accrus à
un pointconfidérable, &qu'engénéral les Zemindars,
ſont dans ladétreſſe , & noyés de dettes . 6 °. Qu'outre
le tribut payable à la Compagnie , les Chefs des établiſſemens
fubordonnés ont été dans l'uſage d'exiger
de groſſes ſommes ſous le nom de don gratuit.
7°. Que ces dons gratuits font arbitraires , qu'ils
n'ont jamais été patiés en compte , & que les terres
des diſtricts de Jaghire & de Poonamallet ont été
uniformément louées au Nabab d'Arcate. 9º . Que
le Nabab eſt chargé de dettes , foit avec la Compagnie,
ſoit avec des particuliers , que les troupes mal
payées déſertent en grand nombre ,& ſe livrent ſouvent
à des mutineries dangereuſes. 10°. Que les
revenus du Tanjaour font diminués & le Royaume
dans un état de déclin alarmant. 11º. Qu'outre
la part qu'y a eu une mauvaiſe adminiſtration , une
descauſes de cedéclin eſt l'opinion qu'on s'eſt fermée
dans le pays , que le Gouvernement du Rajah ne
feroit pas de durée, & qu'on étoit à la veille d'une
révolution. ( Ici le Lord-Avocat fit une deſcription
de Tanjaour , qu'il appella le jardin de délices
de l'Univers , que la cupidité a converti en déſert,
» Le maître de ce beau jardin, le Roi de Tanjaour ,
a été traité avec une inhumanité révoltante par les
ſerviteurs de la Compagnie , qui ont tourmenté ,
vexé , perſécuté le légitiine propriétaire de ces contrées
, en ſecondant ſcandaleuſement les prétentions
( 181
/
du Nabab d'Arcate ).- 12°. Qu'avant & même à
l'époque de la rupture d'Hyder-Aly dans le Carnate
, en Juillet 1780 , le Gouvernement du Fort
Saint-George avoit négligé les préparatifs militaires.
13 °. Que le Gouvernement eſt reſponſable des
malheurs qui ont réſulté de ſa négligence. 14°. Qu'après
avoir eu conno ſſance de l'irruption, il a perſévéré
dans ſa nonchalance & fon indécifion.
15 ° . Qu'il paroît que le Nabab d'Arcate s'eſt déclaré
être dans l'impoſſibilité de contribuer à la force du
Préſide, à cauſe de ſes dettes & de la perte de
Tanjaour. 16 °. Que le Rajah de Tanjaour n'étoit
plus en état de fournir des ſubſides , & qu'il l'attribuoit
aux vexations du Nabab ſur ſon pays.
17°. Que lorſqu'on prit la réſolution de faire des
préparatifs de défenſe contre Hyder-Aly , on ne la
mit point à exécution . 18°. & 19 °. Que le Préfide
de Madrasa repréſenté à diverſes fois , fon manque
de reſſources , & la néceſſité de faire la paix avec les
Marattes , & qu'on n'y a fait aucune attention.
20 ° . 21 ° . Qu'il est néceſſaire de faire des règlemens
relativement à Arcate & à Tanjaour. 22°. Que les
droits & les prétentions du Nabab d'Arcate & du
Rajah de Tanjaour doivent être conſtates . 23 °. Qu'il
convenoit de prendre des meſures pour conſtater
la valeur préciſe des territoires du Jaghire & autres
appartenant à la Compagnie , & abolir l'uſage des
dons gratuits. 24°. En conſtatant le montant des
dettes du Nabab d'Arcate & du Rajah de Tanjaour ,
dans la vue de les liquider, il faudra diftinguer la
nature des prétentions des différens créanciers , pour
dénoncer & punir le péculat dont ſe ſeroit rendu
coupable aucun des ferviteurs de la Compagnie .
Tous ces articles furent approuvés ; c'eſt
dans une autre ſéance que le Lord Avocat
d'Ecoffe propoſera ceux qui regardent le
Carnate; ils font au nombre de 44.
( 149 )
Dans la même féance d'hier , le Secrétaire
de la guerre préfenta à la Chambre des Communes
une eſtimation des dépenfes pour les
nouvelles routes de communication & les
ponts dans les montagnes d'Ecolfe . On en
lut les titres , & la Chambre ordonna qu'on
laiffât l'eftimation fur le bureau .
Plufieurs de nos papiers annoncent que
la Compagnie des Indes fe propofe de rappeller
le Lord Macartney du Gouvernement
de Madras. Mais ces mêmes papiers ne difent
point quel fera fon fucceffeur.
Selon quelques nouvelles de l'Inde , il
n'y avoit , au mois de Décembre dernier ,
aucun vaiffeau de guerre au Cap de Bonne-
Efpérance ; mais les troupes Françoifes chargées
de fa défenfe , réunies à celles des Hollandois
, forment , dit- on , 6000 hommes.
On arme à Falfe- Bay 2 gros vaiffeaux Hollandois
, & on conftruit à la baie de Saldagne
2 nouvelles batteries ; cette baie eft
la même où le Commodore Johnſtone avoit
pris deux bâtimens de la Compagnie des
Indes Hollandoifes.
On ne compte plus ici , comme on le faifoit
il y a quelques jours , fur une paix avec
la Hollande ; toutes les nouvelles reçues des
Provinces Unies ne parlent que des mouvemens
qu'on s'y donne pour reconnoître l'in
dépendance de l'Amérique ; elles annoncent
déja une grande pluralité en faveur de cet
objet ; & on ne doute pas qu'il ne paffe enfin
à l'unanimité. Si cet évènement a lieu ,
( 20 )
comme on doit s'y attendre , il ne faut pas
eſpérer que nous puiffions traiter plus facilement
avec l'Amérique ſans la reconnoître
auffi pour un Etat indépendant , & ceft à
faire ce que l'on exigeoit de nous qu'aboutiront
les effots d'un nouveau Miniſtère dont
on attendait tout ; il fera la paix , mais aux
conditions auxquelles nous nous fommes
oppoſés , & en mettant fin àune réſiſtance
qui a feule allumé la guerre.
>> Il ne paroît pas probable , dit à cette occafion
un de nos papiers , que la grande flotte marchande
qui a récemment mis à la voile du Texel , ait hafardé
de meure en mer ſous une eſcorte auſſi
foible que l'eſt celle de fix frégates & de 2
floops de guerre , à moins que les Hollandois n'aient
éré a-peu-près certains qu'il n'y avoit point de dangers
à courir ; d'un autre côté , il n'eſt pas poffible
d'imaginer que nos Miniftres aient été afſez mal informés
de ce qui ſe paſſoit en Hollande , ou qu'ils
aient donné aflez peu d'attention aux intérêts de leur
pays , pour négliger cette occafion de porter au
commerce des Hollandois un coop aufli fenfible
que l'eût été la priſe du convoi & de fon'eſcorté ,
s'ils n'avoient pas eu des aſſurances équivalentes à
la certitude du retour de nos anciens alliés ; la liberté
qu'on a laiſſée à cette flotte de ſortir ſans être
moleſtće , afin que le commerce de la République
ne ſouffiît aucun délai , eſt peut-être une condition
préliminaire , tendante à l'ajustement définitif des
différends qui ſe ſont élevés entre les deux Na.
tions«.
Si la Nation a en effet cette eſpérance ,
le moment n'est pas loin où elle ſera cruel.
lement dérrompée ; & les Miniſtres qui auront
trahi ſon attente ſe trouveront
( 21 )
expofés à des oppofitions auffi vives que
celles qu'ont efluyé leurs prédécelleurs.
Ces derniers ne pouvoient fe mieux venger
qu'en quittant leurs places , & en les y faifant
entrer eux-mêmes ; car il y a bien des
perfonnes qui font perfuadées qu'ils ont
eu beaucoup de part au choix de leurs
fucceffeurs.
Le Duc de Portland , notre nouveau Vice - Roi ,
écrit-on de Dublin , eſt arrivé le 15. Il a été reçu
en débarquant par le Lord- Maire , les Aldermans
Sherifs & Communautés de la Cité ; l'infanterie de
la garnison bordoit les rues qu'il devoit traveler
pour fe rendre au Château ; il avoit un efcadron
de Dragons pour gardes. Le Confeil s'étant affemblé
vers les trois heures , le Duc a été introduit
en forme près du Comte de Carleifle , qila reçu
féant fous le dais de parade , dans la Chambre de
Préfence , d'où l'on s'eft rendu proceffionnellement
à la Chambre du Confeil , où la commiffion du
Duc a été lue ; & on lui a prêté le ferment. Le
Comte de Carleiſle lui a remis l'épée , & alors on
a tiré le canon dans le parc du Phénix de S. M. Les
régimens fous les armes , rangés dans la place du
Collége- Green , y ont répondu, Le Duc s'étant enfuite
rendu dans la Chambre de Préfence , a reçu
les complimens de la Nobleffe & autres perfonnes
de diftinction , fur fon heureuſe arrivée , pour fe
charger du Gouvernement du Royaume ".
Ce que les papiers publics ont dit de
la deftination de l'Amiral Barrington , pour
les Indes occidentales , ne fe confirme
point ; il eſt chargé d'une croifiere de
quelques jours , après laquelle il reviendra
à Spithéad . Alors 7 vaiffeaux de ſon eſcadre
feront incorporés dans la grande flotte ,
( 22 )
qui doit être fous les ordres de l'Amiral
Hove , & ont dit qu'il prendra avec les s
autres le chemin des Ifles , où il va relever
l'Amiral Rodney , qui eft enfin , diton
, décidément rappellé.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 30 Avril.
LES fix Corps des Marchands de la ville
de Paris , ayant à leur tête M. de Flandres
de Brunville , Procureur du Roi , ont eu
l'honneur d'être préfentés au Roi par le
Duc de Coffé , Gouverneur de Paris , & par
M. le Noir , Confeiller d'Etat , Lieutenant-
Général de Police ; ils ont offert au Roi &
à la Reine chacun une médaille d'or , qu'ils
ont fait frapper en mémoire de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin . M. Cantin ,
Marchand de dentelles , Garde du Corps de
la Draperie-Mercerie , qui a déja eu l'honneur
de complimenter le Roi le 4 Novembre
, au fujet de la naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , a eu celui de préſenter cette
médaille à LL . MM . qui l'ont reçue avec
bonté.
Le Roi & la Famille Royale fignèrent , le
22 de ce mois , le contrat de mariage du
Baron de Vergennes , Meſtre- de -Camp d'Infanterie
au régiment Royal-des Vailleaux ,
avec Mademoiſelle Pierre de Paffy.
La Comteffe de Narbonne a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la
( 23 )
Famille Royale , par la Ducheſſe de Nara
bonne-Lara , Dame d'honneur de Madame
Adélaïde de France.
Le Comte de Sainte- Aldegonde , qui
avoit précédemment eu l'honneur d'être
préſenté au Roi a eu , le 15 de ce mois ,
celui de monter dans les carroſſes de S. M. ,
&de chaffer avec elle.
De PARIS , le 30 Avril.
Nos nouvelles de la Martinique font du
10 Mats , époque du départ du cutter l'Efpérance
, commandé par M. de Maulevrier ,
&arrivé à Breſt , où il a amené M. le Marquis
de Saint-Simon & Madame la Marquiſe
de Bouillé.
»M. de Maulevrier , lit - on dans une lettre de
Breft , a laiífé M. le Comte de Graſſe à Fort-Royal
avec 32 vaitſeaux de ligne , dont quelques-uns font
en réparation. Le Général attendoit le renfort que
lui conduit M. de Mithon pour entreprendre quelque
opération . - L'Amiral Rodney étoit à Ste-
Lucie avec environ 33 vailleaux de ligne , manquant
de tout , & occupé à ſe réparer comme il peut. On
s'attend à un combat lorſque l'une des flottes voudra
mettre à la voile. - Comme il n'eſt point
queſtion dans ces rapports de l'eſcadre & du convoi
Eſpagnol que les papiers de Londres ont fait aborder
à la Dominique , on croit qu'ils auront été en
droiture à Saint-Domingue. Si ce convoi eût dû attérir
aux Iſles du Vent , il auroit certainement profité
de l'eſcorte des deux vaiſſeaux de M. de Vaudreuil
, car ce fut lui qui le rencontra vers la fin du
mois de Janvier à 80 lienes environ au vent de la
Martinique , comme on l'a dit dans le tems «.
( 24 )
Les fervices de M. de Saint-Simon méritoient
une récompenfe , & cet Officier- Général
vient d'obtenir le cordon rouge ; il
s'eft arrêté quelques jours à Breft , & n'eſt
arrivé ici qu'après M. de Maulevrier.
Ce n'est que le 2 Mars , & non le 21 Fé
vrier , comme on le croit à Londres , que
l'Amiral Rodney eft arrivé à Sainte-Lucie.
Un Matelot de l'efcadre du Comte de
Graffe a écrit à fa femme une lettre trèsplaifante
& très- comique pour exprimer que
l'Amiral manque de pain à Sainte-Lucie ;
qu'il eft à-peu-près auffi fort que nous ; mais
que fur la flotte Françoife on ne s'en embarraffe
guère , & qu'on eft très - empreflé
de fe mefurer avec lui.
La nouvelle la plus intéreffante pour
nous dans ce moment ; & que nous attendions
avec impatience , eft celle de l'arrivée
de M. de Mithon , avec les trois beaux
vaiffeaux & les troupes qu'il conduit. Tous
nos convois , depuis le commencement de
la guerre , ont attéri aux Ifles du Vent fans
être inquiétés , & nous avons appris que
celui- ci eft arrivé heureuſement à la Martinique
, où notre efcadre fe trouve renforcée
, & où de nouvelles troupes augmentent
l'armée deftinée aux opérations de
terre qu'on peut tenter encore avec fuccès .
» M. de la Motte- Piquet , lit-on dans une lettre
de Breft , en date du 20 , étoit prêt à mettre à la
voile le 15 de ce mois , on croyoit qu'il n'attendroit
pas les navires munitionnaires de Bordeaux
qui
( 25 )
qui doivent venir fous l'eſcorte de la Terpficore.-
Le 18 & le 19 font partis par un très - bon vént le
Protecteur , de 74 canons , commandé par M. de
Soulanges ; le Pegase , de 74 , par M. de Cillart, &
la frégate l'Andromaque , par M. du Rolland , ef.
cortant le convoi qu'on croit deſtiné pour l'Inde ,
& compofé de 18 à 20 bâtimens.
Des lettres poſtérieures nous apprennent
que le convoi eſt revenu ſous Berthaume ,
où il s'eſt réfugié , parce qu'il avoit été
averti par ſes vedettes , que dix vaſſeaux
Anglois portoient fur lui. On ne doute pas
que ce ne ſoit l'eſcadre de l'Amiral Barrington
, qui a été vue en mer à 25 lieues
d'Oueſſant , gouvernant au Sud .
>> Depuis pluſieurs jours , écrit-on de Rochefort ,
en date du 20 , un vent du Sud-Ouest , acompagné
de beaucoup de grains , règne conftamment ; dans ce
cas Barrington doit être retardé , & comme il ne
faut que 48 heures au convoi de St Domingue , qui
avoit relâché au Ferrol , pour entrer dans nos ports,
& que le même vent doit l'y conduire ; on s'attend
au cas qu'il parte , à avoir bientôt des nouvelles,
de fon arrivée. Nous ne ſommes pas bien certains
que Barrington aille croifer dans le Golfe de Gaf
cogne. Ilpeutignorer la ſtation de Made Guichen que
nous ne ſavons pas nous-mêmes , & on croit qu'il
reſtera à peu de diſtance de la Manche pour ne
pas trop s'aventurer devant des forces qu'il fait être
ſupérieures aux fiennes «.
Aux détails que l'on a déja donnés de
l'Inde , nous joindrons ceux- ci que nous
tirons d'une lettre particulière de l'Iſle de
France.
>>>Vous avez ſu les, nouvelles que nous a appor-
4 Mai 1782 . b
( 25 )
tées de Ceylan , d'où elle eſt venue en 26 jours ,
la frégate du Roi la Diligente. L'avantage remporté
par Hyder-Aly est très intéreſſant par ſes
ſuites. Après avoir détruit le corps que Sir Eyre
Coote avoit envoyé après lui ; lorſqu'il a feint de
fuir , il eſt revenu ſur ſes pas ; il eſt maître de la
côte depuis le Cap Comorin juſqu'à Madras; il
bloque cette ville de manière qu'on n'y peut entrer
quonny
par terre , & ſes navires la ferment du côté de la
mer , tandis que l'Amiral Hugues , tâchant de dédommager
ſa Nation ailleurs par des triomphes
faciles , s'amuſe à pilier des établiſſemens Hollandois
ſans défenſe . M. de Monnerond , envoyé
d'ici à Ceylan , y a raflemblé tous les approviſionnemens
& rafraîchiſſemens dont notre eſcadre ,partie
le 7 Décembre , pourroit avoir beſoin. - М.
Deſchiens a fait une priſe extrêmement riche ; elle
confifte en un bâtiment de 40 canons bien armé
qu'il a enlevé à l'abordage , & dont la cargaiſon
eſt estimées millions . Il l'a conduit à la côte de
Malabar ; il a fait pluſieurs autres priſes de sà
600,000 liv. Nos autres corſaires font des mer.
veilles «.
Nos corſaires en Europe ne ſont pas
moins heureux. Les lettres de nos ports,
préſentent les priſes ſuivantes.
Le corſaire de Dunkerque l'Aigle , s'eſt emparé
le to de ce mois , à trois quarts de lieue de
Darmouth , du cutter Anglois le Folckstone , de 8
canons de 2 livres. Ce bâtiment appartenant à un
particulier , mais frété pour le compte du Roi , al
loit de Portsmouth à Plymouth. Le même corſaire
s'eſt emparé de l'oeuvre des Amis , du ſloop le
Nancy , & du bricq l'Anne ; il a rançonné ce dernier
pour 1so guinées.-Le Commandant deDun.
kerque a conduit au Havre un bâtiment Anglois
de so toancaux , chargé de ſucie , poudre à canon
:
( 27 )
-
&diverſes marchandises ; il alloit de Londres à
Falmouth . Le corſaire de Calais le Diable à
Quatre , Capitaine Berthe , eft entré à Dieppe le 14
de ce mois avec le brigantin Anglois l'Amitié , de
100 tonneaux , qu'il avoit pris la veile. Ce bâtiment
, chargé de vivres , alloit d'Yarmouth à
Cowes «.
S'il faut en croire des lettres de Bordeaux ,
un riche Négociant de cette ville venant
d'Irlande , a apporté beaucoup de commifſions
pour l'achat d'une très-grande quantiré
de vins pour remplacer ceux de Portugal
dont l'importation en Irlande a été
prohibée , en conféquence des ſujets de
plainte que les Irlandois prétendent avoir
reçus des Portugais.
» Les Dames de Baynac, Abbeſſe & Religieuſes
de l'Abbaye Royale de Maubuiffon-lès-Pontoiſe ,
firent célébrer le 11 de Mars , un Service ſolemnet
pour le repos de l'ame de Madame Sophie de France.
Cette Abbeffe , qui a témoigné , par cet acte de
Religion , la part qu'elle prend à la douleur publique
, avoit pareillement , avec ſa Communauté ,
donné des preuves de fon empreſſement àpartager
la joie univerſelle des François à la naiſſance de
Mgr. le Dauphin , en faiſant célébrer à cette occafion
une Meſſe & chanter le Te Deum , à l'iſſue
deſquels on avoit diſtribué une grande quantité de
pain& de bled aux pauvres des domaines de l'Abbaye.
A cette époque encore elle avoit reçu un
nombre de jeunes perſonnes dont la vocation a
paru décidée à l'état Religieux , & qui , pour remplir
d'une manière plus particulière les intentions
des auguſtes Fondateurs de ceite Maiſon , qui doit
fou exiſtence à la munificence de nos Rois , ſe ſont
ba
( 28 )
,
toutes engagées à offrir au Ciel tous les Jeûnes ,
Prières , Communions & autres bonnes oeuvres
qu'elles ferorent avant & après leur Profeffion
ſpécialement pour la conſervation de Monſeigneur
le Dauphin & la proſpérité de la Famille Royale.
Ce voea , qui fait également honneur à leur Reli.
gion& à leur Patriotiſme , eſt une nouvelle preuve
de l'influence de la première de ces deux vertus
fur l'autre « .
Parmi les caufes intéreſſantes jugées au
Parlement de Paris , en voici une qui l'a été
à la Grand Chambre le 4 Mars dernier , &
qui mérite des détails; elle intéreſſe l'agriculture
& tous les habitans de la province
d'Artois.
La queſtion qu'offre cette Caufe , eſt de ſavoir
fi le défrichement des marais communaux de l'Arsois
, pour les convertir en terres labourables , &
le partage proportionnel entre tous les habitans
de la Province , les Seigneurs de fiefs , les Curés
des Paroifles , & tous les chefs radividuels de
chaque lieu , mariés ou non mariés , ſeroit plus,
avantageux que ces marais même laiſſes dans le
même état & dans l'indiviſion. Par une ſuire des
principes & des vues de bien public qui animent
le Gouvernement , occupé de favorifer l'agriculture
& de la faire fleurir , le Roi , far la requifition
de MM. les Députés des Etats d'Artois
avoit rendu des Lettres-Patentes , le 21 Novembre
1779 , qui ordonnoient le partage & le défrichement
des marais communaux de cette Province.
Une foule de corps & communautés d'Habitans de
Bourgs & Villages d'Artois ont formé oppofition
àces Lettres-Patentes , & ont demandé la confervation
de leurs marais dans l'état de communaux
dont ils prétendent retirer beaucoup plus d'avantage
,
( 29 )
( tels qu'ils font , parce qu'ils ſervent au chauffage
des Habitans , qui en extraient de la tourbe en
abondance. Ils font néceſſaires au rouiſſage & blanchiſſage
des lins , dont on fait en Artois un commerce
confidérable & très- renommé : en un mor,
ils fourniſſent des pâturages abondans pour les
beftiaux , & donnent par-la aux pauvres familles
le moyen de payer leurs impoſitions & de fubfifter';
ce qu'ils ſeroient hors d'état de faire , lorſque
chaque chef ſeroit réduit au demi - arpent de
terre qu'il retireroit du partage conforme aux
Lettres-Patentes. Les Mémoires fairs & diftribués
dans la Cauſe , ſont dans le cas d'être recherchés
par les Publiciſtes , les Economiſtes & toutes les
perfonnes occupées des progrès & des avantages
de l'Agriculture : ils y apprendront qu'il y a certains
pays , tels que l'Artois , ingrats pour l'Agriculture.
Le Parlement , par ſon Arrêt du 4 Mars ,
avant faire droit ſur les réclamations & oppofitions
à l'enregiſtrement des Lettres. Patentes , a
ordonné qu'il feroit informé pardevant un Commiſſaire
de la Cour , de la vérité des faits relatifs
aux avantages ou inconvéniens réſultans du deſfé
chement des marais; ſurſeoit , juſqu'après l'information
, au triage, partage & autres opérations
ordonnées par leſdites Lettres-Patentes ".
Le 8 decemois , à une heure après-midi ,
un orage affreux s'annonça à Villers-Cotterets
par trois violens coups de tonnerre
qui furent ſuivis d'une grêle de la groſſeur
d'une noix , ou d'une aveline au moins ,
taillée en pointe & pouffée par un vent du
nord; elle a caufé beaucoup de dommages ,
& particulièrement à l'Abbaye Royale de
St - Remy-St Georges-les-Villers-Cotterets ,
b3
( 38 )
Ordre de St- Benoît , Diocèſe de Soiſſons ,
la couverture de l'Egliſe a beaucoup fouffert;
il n'eſt resté aucun vitrage du côté
où le vent portoit ; on a remarqué qu'il y
a is ans à la même époque , cette Abbaye
éprouva le même déſaſtre par un vent du
midi.
L'Académie Royale de Chirurgie a tenu la féance
le II de ce mois ; elle a adjugé à M. Camper ,
ancien Profeſſeur d'Anatomie & de Chirurgie à
Amſterdam , le Prix fur cette queſtion : Comment
le vice des différentes excrétions peut influer fur
les Maladies Chirurgicales , & quelles sont les
règles relatives à cet objet. L'acceffit a été donné
à M. Champeaux , Chirurgien gradué , Membre
du Collége de Lyon. - Le prix d'émulation a été
accordé aM, Maune , Démonstrateur d'Anatomie à
'Ecole Royale des Chirurgiens de la Marine à Tou
lon. Les cinqpetites médailles d'or ont été remporrées
par MM. Bouillard , Chirurgien - Major de
'Hopital Royal Militaire à Briançon ; Duret, Chirurgien
Démonſtrateur de l'Ecole de la Marine à
Breft ; Colombiers , Chirurgien en chef de l'Hôtel-
Dien à Soiffons ; Vermillet , Chirurgien à Chanet ,
près Veoul, en Franche- Comté ; & Thivia , Chirurgien
à Curel , près Joinville en Champagne <«.
M. de Launay , Graveur du Roi , de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture
, vient de publier une nouvelle Eftampe
d'après M. Fragonard , Peintre du
Roi , & de la même Académie ; elle a pour
titre les Beignets , elle eſt digne des talens
des deux Artiſtes ; elle fait fuite à celles
qui ont para il y a quelque tems ſous le
titre de l'Heureuſe Fécondité , d'après M.
:
( 31 )
Fragonard ; & le BonheurduMénages d'a
près M. le Prince ; elle ſera ſuivie cette année
de trois autres de la même grandeur
& du même format qui completteront les
fix Eftampes précieuſes de ce genre , que
M. de Launay ſe propoſe de publier.
L'impoffibilité où ſe trouvent la plupart des Parens
& Inſtituteurs , de faire voir & même conce.
voir à leurs Enfans ou Elèves des fortifications
réelles , ce qui eſt d'autant plus néceſſaire , quela vûe
en facilite l'étude au moins de moitié ; a engagé le
ſieur Beffon , qui depuis long-temps s'eſt appliqué
àcette partie du Génie , à prévenir le Public qu'il
en fait ſuivant tous les ſyſtemes ; & pour en faciliter
l'acquiſition , il fait des fronts de Fortifications
compoſés de deux demi-baſtions à centre
plein , à centre vuide , à orillons , à flanc droit , à
foſſe ſec avec ſes défenſes , à foſſé plein d'eau , d'une
demi - lune , d'un chemin couvert avec ſes défenſes
& fon glacis ; le tout ſuivant le ſyſtême le plus généralement
adopté. Les Prix ſont depuis 48 livres
juſqu'à 192 livres; ſa demeure eſt , rue des Lions ,
la troiſième porte cochère à gauche , en entrant par
la rue Saint-Paul.
La Société Economique de Berne a rempli le devoir
que lui a impoſé la confiance ſi flatteule pour
elle de deux amis de l'humanité , qui en lui envoyant
deux Prix de cinquante loais neufs chacun
, pour être remis à l'Auteur du meilleur Mémoire
fur la Légiflation Criminelle , l'ont chargée
du ſoin de juger les Mémoires envoyés au Concours
, & de couronner celui qu'elle en jugeroit le
plus digne. La foule de ces Mémoires au nombre
(1) Tontes ces Eftampes ſe trouvent chez M. Delaunty ,
rue de la Bucherie , la porte cochère près la rue des Rats .
b +
( 32 )
,
de 44, arrivés à différentes époques , & écrits
dans la plupart des Langues uſitées aujourd'hui
en Europe; l'obligation que des Membres éloignés
du féjour de la Société ſe ſont impoté de les lire ,
de les comparer , & d'en faire des Analyſes qui
puſſent ſervir de baſe au jugement qu'ils préſenteroient
à la Société raſſemblée, ont occafionné des
délais que le Public voudra bien , par ces raiſons ,
pardonner. Plus il étoit impatient d'apprendre la
déciſion de la Société ſur un objet auſſi effentiel
que cette Question pour le bonheur des hommes
plus il importoit à celle-ci de ne pas précipiter ſon
jugement. Parmi le grand nombre des Mémoires
qui ont paru au Concours , la Commiſſion nommée
par la Société pour leur examen , a couronné unanimement
un Mémoire écrit en Langue Allemande ,
ayant pour deviſe : Satius est impunitum relinqui
facinus Nocentis , quam innocentem damnare. Les
deux Auteurs qui ont travaillé en commun à cet
Ouvrage , font M. de Globig , du Cabinet de S. A.
E. de Saxe , & M. Haftier , Secrétaire du Cabiner
& des Finances du même Electeur. Quelque dif
tinction que mérite ce Mémoire au jugement de
la Société , elle ne méconnoît pas cependant le
prix de pluſieurs autres , qui éclairciffent & répandent
plus ou moins de jour ſur quelques parties
de la Queſtion propoſée. La Société exhorte leurs
Auteurs à les publier dans le même format & le
même caractère , s'il eſt poſſible , que le Mémoire
couronné , qui ſera publié par la Société.
S'ils ne vouloient pas ſe charger eux- mêmes de ce
foin, la Société ſe réſerve la permiffion , & le droit ,
de le faire à ſes dépens , afin que la poſtérité ne
perde pas des lumières auffi précieuſes , raffemblées
pour fon inftruction & ſa conſervation , ſur un objet
auffi effentiel à Phumanité , que l'eſt la Légiflation
criminelle. Du reſte, il dépendra toujours des Au
( 33 )
teurs , de fe faire connoître ou de refter incontus ;
mais ceux de la part defquels la Société ne recevra
aucun avis , d'ici à la St. Michel prochaine , lui permettront
de s'approprier leurs ouvrages , & de les
publier en tout ou en partie , en François & en Alle;
mand.
L'Académie Françoife , pleine de refpect
pour la mémoire de Racine , ayant appris
par un de fes Membres , & à l'infu de Madame
Harriague , petite fille de ce grand
homme , que cette Dame , chargée de famille
, a peu de fortune , en a informé le
Roi , protecteur de cette Compagnie ; &
S. M. a fur le champ accordé à Madame
Harriague une penfion de 1200 liv.
"
3
Le Chevalier Delfino , Ambaffadeur de
la République de Venife , vient de faire
paffer à M. Franklin au Comte de
Buffon à MM. d'Alembert & de Lalande
, à l'Abbé Mably , au Marquis de
Condorcet , à l'Abbé Arnauld , & aux fieurs
Marmontel , Louis , Macquer & Duhameldu-
Monceau , des lettres d'agrégation à l'Académie
des Sciences , Lettres & Arts de
Padoue , nouvellement fondée par le Gouvernement
dans cette ville , déja célèbre
par fon Univerfité. Le premier volume des
Mémoires de cette Académie doit paroître
inceffamment..
L'Académie des Sciences a élu , le 20
Mars dernier , Meffier M. Meffier , déja Adjoint
de cette Académie , à la place d'Af
bs
( 34 )
ſocié , vacante dans la claſſe d'Aſtronomie,
par la promotion de M. le Gentil à celle
de Penſionnaire ſurnuméraire.
Marie Jofephe-Etienne de Clugny , épouſe
du Marquis de Piolens , eſt morte le 2.
Avril dans ſon Château d'Epine , âgée de
28 ans.
Charles Denis François d'Agay , ancien
Vicaire-Général d'Orléans & ancien Abbé
de Sorèſe , eſt mort à Besançon , le 19 de
ce mois , âgé de 85 ans .
Ordonnance du Roi du 17 Février , pour détacher
des cent fix bataillons des troupes provinciales,
3392 hommes de bonne volonté , deftinés pour le
ſervice de la marine. Autre du 22 Mars , qui enjoint
à tous fermiers , laboureurs & cultivateurs ,
de retirer le foir , après le travail , les coutres de
leurs charrues , & de les enfermer chez eux. --
Lettres Parentes données à Verſailles au mois de
Mars dernier , & enregistrées au Parlement le 15
de ce mois , portant établiſſement dans la villede
Saint - Quentin d'une Ecole gratuite de Deffin , &
d'un Bureau de charité pour l'affiſtance des pauvres
femmes en couche , & pour cel'es des vieux artiſans
infirmes. Ces établiſſemens ſont fondés & dotés
parM. de la Tour , Peintre du Roi , & Conſeiller
de l'Académie Royale de Peinture , originaire de
la Ville de Saint-Quentin ".
De BRUXELLES , le 30 Avril.
LES Dominicains établis dans ces Provinces
, conformément à l'ordre de l'Empereur
du 28 Novembre de l'année derniere ,
vont s'affembler ici pour procéder à l'é(
35 )
lection d'un Chef de l'Ordre , qui ſoit né
dans les Pays -Bas Autrichiens .
Les nouvelles de la Haye nous apprennent
que la grande affaire de la reconnoiſſance
de l'indépendance de l'Amérique
Septentrionale eſt terminée. 6 Provinces
avoient déja donné leur aveu à cette reconnoiſſance
, & le 16 de ce mois la
Gueldre a donné le ſien. Les Etats-Généraux
ont pris en conféquence du voeu unanime
des 7 Provinces , la réſolution d'admettre
& de reconnoître M. Adams en
qualisé d'Envoyé des Etats-Unis de l'Amérique
Septentrionale auprès de L. H. P.
,
>>Aufſi-tôt que cette réſolution fut priſe , M. Boréel,
Préfident de l'Afſemblée des Etats-Généran
pour la Province de Hollande , fit dire à M. Adams
qu'il pouvoit lui remettre ſes lettres de créance
ou les porter à l'Aflemblée , qui dès lors lui étoit
ouverte . M. Adams , fatisfait fans doute de l'ardeur
& de la folemnité avec laquelle la nation s'étoit
portée à cette démarche , a préféré de ſe rendre
chez le Préfident & de lui remettre ſes lettres de
créance. Il eſt inutile de chercher a décrire ici la
joie qu'a répandu cet heureux évènement : la Nation
en général en a montré la plus vive fatisfaction :
elle la regarde comme l'aurote d'un jour plus brillant
pour la République : elle briſe ſans retour de
vieilles liaiſons qui n'avoient été pour elle que des
chaînes , pour en former de nouvelles qui donneront
une baſe néceſſaire à ſa Liberté , à ſon exiſtence
politique , & qui la mettra à portée de devenir
auſſi riche & auſſi puiſſante qu'elle l'a jamais été.
On aſſure qu'à la première nouvelle de la conclufion
de cette affaire , le Duc de la Vauguyon a expédié
b6
( 36 )
un courier à ſa Cour ; & qu'on a pris des précautions
pour en faire parvenir promptement la nou
velle en Amérique «.
د
Cet évènement îte à l'Angleterre l'eſpé
rance qu'elle avoit conçue d'une paix particulière
avec la République ; il lui fait
perdre en même- temps celle de traiter avec
l'Amérique ſans l'indépendance fi elle
l'avoit conſervée encore ; les Etats - Unis
ne ſe déſiſteront pas d'un avantage reconnu
par une Puiſſance , & qui ne tardera pas à
l'être par toutes les autres , qui n'attendoient
que l'exemple , & qui l'imiteront tôt
ou tard.
Des lettres poſtérieures nous apprennent
que le 25 Avril M. Adams a été en conférence
avec les Membres des Etats-Généraux
; on ne doute pas qu'il ne ſoit à préſent
queſtion d'un traité de commerce entre
les deux Républiques.
Le 23 , ajoutent ces lettres , le Duc de la
Vauguyon , Ambaſſadeur de France , donna
un grand dîné à M. Adams , & y invita
tous les Miniſtres étrangers .
La Friſe revient encore à l'affaire éternelle
du Duc de Brunswick ; la lettre du Stadhouder
aux Etats de cette province ne
paroît pas les avoir fatisfaits; ils y ont fait
la réplique ſuivante .
>>>La lettre de V. A. S. du 15 du mois paſſé , fervant
de réponſe à la nôtre du 1 I du mois précédent ,
ayant été portée à notre connoiſſance &à nos délibérations
notre devoir nous oblige indiſpenſable
( 37 )
ment, attendu que l'affaire du Seigneur-Duc de B...
par l'envoi qu'on nous avoit fait de ſonMémoire ,
étant devenu une objet de délibération , a été rendue
commiſſoriale par nous , de porter ſous les yeux
de V. A. S. qu'elle paroît avoir mal ſaiſi le ſens du
mot Bons Habitans , employé dans notre miſſive ,
déſignant par-la_une commune mal- informée &
emportée par une aveugle paſſion. Loin de donner
à ce mot une pareille interprétation , nous pouvons
&devons affurer V. A. S. que la voix du Peuple ,
dans cette Province , relativement au Duc , n'eſt
aucunement celle d'une Commune égarée par la
panion & par la prévention ; mais celle de la grande
partie des Habitans , raffis , bien intentionnés ,zèlés
pour leur Patrie& la liberté , & par conféquent dignes
d'eſtime , priſaut au-deſſus de tout le repos t
fur-tout cette confiance néceffaire entre les Membres
de la Haute-Adminiſtration , auxquels eft confiće
la direction des affaires publiques , & le pouvoir
exécutif , & n'attendant que de-là le bien-être
conftant & perpétuel du pays. Telle eſt l'opinion
générale de cette Bonne- Commune , que nous avons
expoſée à V. A. S. dans notre miſſive , pour les rai-
Cons qu'on y allégue. En outre , d'après la Lettre
mentionnée , nous n'apprenons pas ſans étonnement,
que V. A. S. requiert de nous des preuves fondées
des ſoupçons conçus contre la direction du Seigneur-
Duc ; d'où nous ne pouvons conclure autre choſe ,
finon que V. A. S. voudroit nous repréſenter
comme les délateurs ou la partie dudit Seigneur-
Duc. Mais , que V. A. S. veuille ſe rappeller que
Guillaume I. , ce pere de la patrie , fi vénéré & fi
chéri , avec les autres Nobles Belges , outre qu'ils
reconnoisoient au- deſſus d'eux un Souverain légitime,
ont toujours été bien éloignés de vouloir
jamais comparoître ſous cette dénomination , contre
un Etranger ambitieux , alors placé dans une
,
( 38 )
haute digwité avouée , mais en même temps chargé
du poids de la haine nationale , la plus fondée ; en
conféquence nous eſpérons que V. A. S. , après une
réflexion ultérieure , conviendra avec nous qu'une
telle démarche ſeroit abſolument dérogatoire & trèsfort
au-deſſous de notre dignité de Souverain du pays,
que nous avons l'honneur de remplir. Nous avons par
notre précédente mitive, donné à connoître à V. A. S.
la haine générale & le mécontentement de nos bons
habitans , qui va tous les jours en augmentant , avec
fermeté & dûement , & nous penſons avoir à cer
égard rempli les devoirs de notre confcience : en
déclarant que le déclaratoire de V. A. S. pour la
justification du Seigneur-Duc eſt trop inſuffifant
pour nous , pour y pouvoir confentir. Sur
quoi , &c . «
-
On lit dans une lettre de la Haye les détails
ſuivans , qui , s'ils ſe confirment ne
pourroient être publiés dans une circonf
tance plus intéreſſante que celle où l'indépendance
de l'Amérique vient d'être reconnue.
,
Hier 20 , le Stadhouder a été informé par un
Exprès, qu'une chaloupe Danoiſe , Capitaine Allefoe,
venant de Copenhague à Amſterdam , eſt entrée
au Vlie le is de ce mois avec la nouvelle que
de deux flottes marchandes , l'une Angloiſe , l'autre
Ecoſſoiſe , qui avoient mouillé à Hitteroe portde
Norvege , dans leur paffage à la mer Baltique , la
première ayant fait voile ſous l'eſcorte d'une frégate
& d'un cutter au moment où paſſoit à la
même hauteur leſcadre Hollandoiſe du Capitaine
Staring , parti du Texel le 8 de ce mois , fut attaquée.
A la première décharge , le cutter fut démâté;
à la quatrième , la frégate & le cutter s'étoient rendus
avec huit à neuf navires marchands de leur
,
( 39 )
convoi. Deux lettres d'Amſterdam viennent à l'appui
de cette nouvelle : l'une porte qu'un boots entré
au Viie le 19 , a déclaré qu'en partant du cap de
Terneus près d'Hittetoe en Norvege , il y a vu
arriver deux frégates Hollandoiſes qui y amenoient
une frégate& un cutter Anglois , avec onze navires
marchands , dont elles s'étoient emparées ; la fe.
conde contient à-peu-près les mêmes détails.
L'affaire vraiment célèbre de Mademois
ſelle Hamilton , vient enfin d'être terminée
irrévocablement , & fans retour.
Madame & Mademoiselle Hamilton , de
l'illuſtre Maiſon de ce nom , étoient retirées
en France depuis quelques mois , lorſque
le ſieur Beresford , Prêtre Anglois , eſt venu
les y troubler & réclamer dans les Tribunaux
Melle. Hamilton , comme ſa femme , préten
dant qu'il l'avoit épouſée deux fois , l'une en
Ecofle , & l'autre à Londres. Mademoiselle
Hamilton s'eſt défendue , en foutenant que,
ces deux mariages , qui ſe détruiſent réciproquement
, étoient nuls , même en Angleterre
, & que par conféquent ils ne pouvoient
donner de droits contre elle en
France. Cetre affaire avoit d'abord été portée
,par le ſieur Beresford , devant les Juges
de Lille , & au Parlement de Douai; mais elle
a été évoquée par des Lettres - Patentes ,&
attribuée à la Chambre de la Tournelle du
Parlement de Paris , ſaiſie de la connoiffance
d'une plainte en crime de rapt , de
ſéduction , rendue par M. & Madame Hamilton
, contre le prétendu mari de leur
( 40 )
fille , qu'ils accuſoient d'avoir abuſé de
fon caractère de Prêtre & de Prédicateur ,
pour enlever à ſes parens l'héritière d'un
grand nom & d'une grande fortune , à
l'âge de quinze ans , par le ministère d'une
femme- de- chambre , qu'il avoit envoyée
exprès pour la féduire,lorſque lui-même
étoit fans fortune , ſimple Chapelain , fils
d'un Cordonnier , & Maître d'Ecole du
Village de Beudeley dans la Province de
Worcefter.
Le fieur Beresford a demandé que Mademoiselle
Hamilton lui fût rendue comme
ſa femme , ou qu'elle fût conduite en Angleterre
fous bonne & sûre garde , pour
être remiſe à un Juge de paix.
M. & Madame Hamilton ont demandé
au contraire , ou que la Cour ſtatuât ſur
la validité ou l'invalidité des mariages , ou
qu'en renvoyant les parties à ſe pourvoir
devant leurs Juges nationaux , elle voulût
bien accorder en France sûreté , liberté &
protection à Mademoiselle Hamilton.
Cette cauſe a été plaidée pendant ſept
Audiences à la Tournelle. Un concours
prodigieux de citoyens de tous les ordres ,
attités par la fingularité de l'affaire , & le
grand intérêt qu'elle inſpiroit , y a aſſiſté.
M. Target , dont tout le monde connoît
les talens , plaidéppoour le fieur Beresford.
Le premier des Orateurs , M. Gerbier
devoit porter la parole pour M. & Madame
a
( 41 )
Hamilton , mais il eſt tombé malade la veille
du jour où il devoit parler , & l'impoffibilité
de trouver , dans un moment où
pluſieurs grandes affaires occupoient le
Barreau , un ſeul Avocat qui pût ſe charger
de celle- ci , & s'en inſtruire en trois
jours , auroit expofé M. & Madame Hamilton
à être jugés ſans être entendus , fi
M. de Linon , ci - devant Intendant des
Finances de Monfieur , & Surintendant des
Finances deMadame , pour l'intérêt de l'humanité&
l'honneur National n'avoit deman .
dé & obrenu , fans être attaché au Barreau , la
permiſſion de les défendre. Sa démarche a
été vivement & univerſellement applaudie ,
& fon Plaidoyer , qui a été imprimé , fait le
plus grand honneur à ſon coeur&à ſes talens,
&lui donne des droits à la reconnoiſſance
de tous les étrangers , & à l'eſtime de ſes
concitoyens.
Le Parlement avoit jugé cette affaire le
25 Mars dernier ; mais elle l'a été de nouveau
, & définitivement au Conſeil des Dépêches
, par un Arrêt du propre mouvement
du Roi du 27 Avril 1782. Les diſpoſitions
en font trop importantes , pour ne pas
les rapporter en entier.
» Le Roi s'étant fait repréſenter , en fon
Confeil , PArrêt de ſon Parlement de Paris ,
du 25 Mars dernier , rendu ſur les conteſtations
qui étoient pendantes entre le
heur Benjamin Beresford , d'une part , &
( 42 )
le ficur Gawen Hamilton , la dame Rowau ,
fon époufe , & la demoiſelle Hamilton ,
leur fille , d'autre part , &c. &c.: Oui le
rapport : Le Roi , étant en fon Confeil , a
caflé & annullé , caffe & annulle l'Arrêt de
fon Parlement de Paris , du 25 Mars dernier;
ce faifant , a évoqué & évoque Sa Majeſté à
elle & à fon Confeil , tous les appels & demandes
refpectives des parties , circonftances
& dépendances , & y faifant droit , a déclaré
nulles les procédures faites tant au Châtelet
de Paris , qu'en tout autre des Tribunaux
de fon Royaume , fauf aux parties à fe
pourvoir , ainfi qu'elles aviferont , devant
leurs Juges naturels ; ordonne Sa Majesté
que les Gardes données à Mademoiſelle Ha
milton , feront inceffamment levées ; enjoint
Sa Majesté audit Bazin de fe retirer
fins délai , d'auprès dudit fieur Beresford
a mis & met Sa Majeflé ladite dame &
ladite demoiselle Hamilton , & ledit fieur
Beresford fous fa fauve- garde , tant qu'ils
feront dans fes Etats ; a fait & fait défenfes
audit fieur Beresford d'attenter à la
sûreté & à la tranquillité de ladite dame &
de ladite demoiſelle Hamilton , fous les
peines au cas appartenantes ; a déchargé &
décharge ladite dame & ladite demoiſelle
Hamilton des condamnations de domma-`
ges , intérêts & dépens prononcées contre
elles ; a ordonné & ordonne , Sa Majesté ,
que le préfent Arrêt fera fignifié de fon
( 43 )
exprès commandement , tant à la dame &
à la demoiſelle Hamilton , qu'audit fieur
Beresford & audit Bazin. Fait au Confeil
d'Etat du Roi , Sa Majefté y étant , tenu à
Verfailles, le 27 Avril 178 2. Signé, AMELOT.
D'après le vif intérêt que le Public a
témoigné prendre à cette fameufe caufe
& fur- tout à la difcuffion des Loix Angloifes
qui y font relatives , on verra fans doute
avec plaifir par les deux lettres ci - deffous ,
ce qu'on a penſé en Angleterre du plaidoyer
de M. de Limon pour M. & Madame
Hamilton. L'une eft de Mylord , Comte de
Shelburne , Principal Secrétaire d'Etat pour
les affaires étrangères ; l'autre eft du célèbre
Lord , Comte -de Mansfield , Pair
d'Angleterre , qui eft depuis 30 ans Juge
du Banc du Roi , Chef de la Juftice criminelle
, qui réunit , comme l'on fait , la
confiance du Roi & de la nation , & qui
eft justement appellé à Londres la Loi parlante.
Lettre du Mylord , Comte Shelburne , à M.
de Limon.
Londres le 12 Avril 1782 .
MONSIEUR ,
J'ai eu l'honneur de recevoir votre
lettre , ainfi que le mémoire qui l'accompagnoit
dont je fuis très- flatté. Votre
conduite envers mes compatriotes mérite
tous les éloges poffibles , ainfi que votre
( 44)
humanité ; acceptez je vous prie les miens,
vous m'obligerez , &c . &c .
J'ai l'honneur d'être avec une parfaite
confidération , &c .
}
Lettre de Mylord , Comte de Mansfield ,
à M. de Limon.
A Londres le 19 Avril 1782 .
MONSIEUR ,
:
:
J'ai reçu il y a quelques jours la
lettre très - obligeante que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire , & votre plaidoyer
pour Mademoiselle Hamilton que j'ai
lu avec plaifir & étonnement. En ſi peu de
jours , ſans être ni Avocat , ni Jurifconfulte,
pouvoir embraſſer un pareil ſujet dans toute
fon étendue & le traiter avec tant d'habileté
, excite mon admiration. Vous avez
pris , Monfieur , le rôle deſtiné à M. Gerbier
, & vous l'avez remplacé : on ne s'eft
point apperçu de l'absence d'Atlas quand
le fardeau a été foutenu par Hercule.
M. Elie de Beaumont m'a auffi envoyé
fon plaidoyer. Je me trouve ainfi au fait de
la queſtion ; mais , ignorant ſi elle a été.
décidée totalement & en dernier reffort , il
y auroit de l'indifcrétion de dire ce que j'en
penfe.
:
J'ai l'honneur d'être , &c .
Ces deux lettres qui prouvent que le
plaidoyer de M. de Limon a fait , à Londres
, la même impreffion qu'il a fait à
( 45 )
Paris , ſont conformes aux originaux écrits
l'un & l'autre en François (1).
Extrait d'une lettre écrite par le ſieur W. H. Van
* Hafſfelt , de la Havane , le 22 Janvier 1782 .
>>> Le vaiſſeau Hollandois , nommé d'abord l'Indien
, enfuite l'Union , & actuellement la Caroline-
Méridionale , parti du Texel le 12 Août der
nier , ſous les ordres du Commodore Gillon & du
Capitaine Joyner , après avoir coura plufiears hafards
& eſſuyé de violentes tempêtes , arriva enfin
à la Corogne avec deux priſes. Après nous y être.
pourrvvuuss de quelques rafraîchiffemens , nous dirigeames
notre courſe vers Ténériffe , où étant abordés
avec une autre capture , nous remimes à la
voile , du 22 au 23 , pouffés par un vent favorable .
Pour nous conformer à nos ordres , nous portames
vers l'Amérique ſeptentrionale , & vers la côte de
la Caroline du ſud : cependant n'ayant aucune information
, & flottant dans l'incertitude , nous tombames
dans ane flotte Angloiſe de 32 voiles , croifane
à la hauteur de Charles Town. Pendant cinq
jours nous vimes trois fois cette flotte , ſans qu'il
nous en arrivât rien de fâcheux. Inſtruits enfin , à
n'en pouvoir douter , que Charles -Town étoit encore
au pouvoir des Anglois , nous crumes raifonnable
de ne plus nous expofer comme nous l'avions fait ,
en nous approchant de la place afſez près pour que
nous paſſions diftinguer le fort Moultry & les maifons
de la ville. La ſaiſon ne nous permertoit guère
de paffer au nord : nos proviñons étoient d'ailleurs
fort diminuées ,& réſolumes d'aller radouber à la
!
(1) Ceux qui defireront une connoiffance plus détaillée
decette affaire, peuvent confulter le volume du Journal des
Caufes Célèbres pour le mois de Mai. A Paris , chez M.
des Effarts , rue Dauphine , Hôtel de Mouhi:
( 46 )
Havane. Il fut décidé que nous traverſerions le
golfe de la Providence , parage peu connu , où jamais
aucun vaiſſeau de guerre n'avoit paſſé : nous y cumes
23 pieds d'eau , profondeur confidérable , qui
nous démontra l'inexactitude des cartes ; nous n'avançames
cependant , par précauattiioonn,, que la fonde
à la main , le Commodore au haut du mât , &
moi occupé à deſſiner les terres & les rochers du
golfe que nous traverſames heureuſement , & que
nos obſervations , lorſque nous les aurons publiées ,
rendront moins redoutables pour la navigation. Le
ſervice que nous croyons avoir rendu aux Marins
en découvrant une route beaucoup plus courte ,
& peut-être plus sûre que les autres , fut récompenfé
après notretraverſée , puiſque nous tombames
fur une flottille de cinq bâtimens de la Jamaïque ,
dont trois étoient armés. Nous les primes tous , &
nous les amenames ici , où nous attendons des
ordres ultérieurs de la Caroline méridionale. Ces
priſes , chargées de ſucre & de rum , compenferont
amplement les frais de l'équipement ".
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 23 Avril.
Les cordons qui ont été accordés aux Ducs de
Richemond & de Devonshire & au Comte de Shel
burne , étoient vacans par la mort du Dac de Rutland
&des Comtes de Suffolk & de Rochefort.
Les épargnes du Bureau de la Trésorerie ſe monteront
à 80,0co liv. & celles di Bureau de la Marine
à 50,000 liv. On eſtime qu'il ſera économie..
800,000 liv. fur les marchés avec les Traitans.
En général la nouvelle Adminiſtration affure qu'on
peut épargner un million tous les ans ſur les objets
qu'elle a déja examinés.
Le Duc de Richemond a fait pendant ſa dernière
tournée dans la Province de Kent , plufieurs ſages
( 47 )
réformes. Il a fupprimé un grand nombre d'emplois
inutiles & à charge à l'Etat , tels que celui des
matelots deſtinés au ſervice des berges conſtruites ,
il y a quelques années , pour transporter les troupes
de Gravefend à Tilbury. Ce ſervice enlevoit beaucoup
de bons matelots àla marine.
Le Comte de Stairs a prouvé dans ſon ouvrage
fur l'état actuel des finances de ceRoyaume(( d'après
un calcul qui ne pourroit être conteſté que
dans le cas où l'emprunt de cette année ſeroit porté
à 17 millions ) , qu'en ſuppoſant que la paix fût
conclue dans le courant de l'année 1782 , le public
ſupporteroit annuellement une charge de 15 millions
en argent comptant , indépendamment des
frais de collecte & d'adminiſtration , & cela , fans
avoir diminué rien de la dette nationale , & fans
avoir fatisfait à aucun beſoin de l'Etat. Comme le
revenu public n'a jamais été porté à douze millions,
leGouvernement doit être fort embarraſſe ſur les
moyens de faire face à cette ſomme,
On a appris d'Irlande , que dans peu , il y aura
dans leGouvernement de ce Royaume , un changement
aufli favorable pour cette Nation , que la révolution
du Ministère & du Cabinet Britannique ,
Pa été pour la Grande-Bretagne , & que les noms
reſpectables mentionnés dernièrement dans la Chambre
Baffe , par M. Fox , feront portés bientôt ſur la
liſte des Conſeillers privés du Roi en Irlande , en
vertu des pouvoirs expédiés par le Colonel Fitz-
Patrick , nouveau Secrétaire d'Irlande , ſous le Duc
de Portland.
Il ſe débitoſt aujourd'hui à la Bourſe qu'un vai
fean de guerre Hollandois avec quelques frégates ,
s'eſt emparé dans les mers du Nord d'une soe. de
Charbonniers Anglois .
Les fonds qui avoient hauſſe ſur les bruits d'une
: ( 48 )
:
paix prochaine avec la Hollande , ont prodigieuſement
baillé,depuis quelques jours , & fur-toût
depuis les dernières nouvelles de la Haye , & les
acquéreurs commencent à craindre que le nouveau
Secrétaire d'Etat ne puiſſe accomplir, étant Miniftre ,
ce qu'il faifoit enviſager comme ſi facile , tandis
qu'il conduiſoit le parti de l'Oppofition .
: Tableau comparé des fonds. :
12. Avril. Banque , 3 pour cent , omnium
115
19 Avril 112
59
57
de l'emprunt.
15
10
Tous les papiers Anglois ont prétendu que le
convoi de St-Domingue avoit été entamé.On fait que
cen'eſt point ce convoi que les vents ont pu pouffer
vers Oueſſfant ; ileſt en sûreté à la Corgne & au Ferrol.
C'eſt le convoi de l'Inde forti de Breſt le 19 , qu'un
coup de vent fubit a rejetté ſur Oucilant. Tous les
bâtimens les plus riches ſont rentrés ; ceux qui ont
pu tomber dans l'eſcadre de l'Amiral Barrington ne
font ni conſidérables ni de valeur, Les papiers Anglois
annoncent 23 priſes & le convoi n'étoit que
de 19 à 20 , en y comprenant les neutres qui s'y
étoient joints .
Un corps confidérable de Négocians intéreſſés
au Commerce de New-Yorck ſe préſenta ces
jours derniers chez le Secrétaire d'Etat pour ſa.
voir fi l'intention du Gouvernement étoit de conſerver
cette place , & dans le cas où on l'évacueroit
quel feroit le fort de leur propriété , & s'ils
pouvoient y envoyer fürement des marchandises.
Le Miniſtre les reçut poliment& les aſſura que le
Gouvernement prendroit tout le ſoin poſſible de
leur propriété ; mais il ne leur conſeilla pas d'y
envoyer des marchandiſes .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IL MAI 1782 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A l'Académie Françoise, qui vient d'établir
un Prix annuel pour une action vertueufe ,
dont l'Auteurfera pris dans la Claſſe de
La Bourgeoisie.
GLOIRE
LOIRE à vous , docte Aréopage !
Arbitres de tout bon Écrit !
os Prix , de la Vertu ſont auſſi l'apanage!:
Votre équité , Juge du bel-eſprit,
Juſqu'au coeur étend ſon ſuffrage !
Trop heureux Fondateur ! à notre Nation
C'eſt donner un exemple utile autant que ſages
G'eft nous prouver qu'une bonne action
Vaut bien au moins un bon Ouvrage.
Nº. 19, 11 Mai 1782,
:
:
50
MERCURE
Oui , le premier arrêt qui doit être rendu,
Du coeur & de l'efprit va fixer l'harmonic.
Quel fpectacle pour la Patric
Que de voir juger la vertu
Par le tribunal du génie !
De la gloire auguftes foutiens ,
Déployez fa double auréole ;
Et qu'il forte de votre école
De grands Auteurs & de bons Citoyens.
DAIGNEZ m'ouvrir la nouvelle barrière.
Pour le Concours j'y veux placer ,
Non pas une vertu noble , riche & guerrière ;
Celle que je proclame eft fimple & roturière ;
Elle doit vous intéreffer.
Je n'emprunterai point l'agréable impofture
Dont l'éloquence orne la vérité ;
Je refpecte trop la beauté
Pour la gâter par la parure.
La tendre le Camus , jeune enfant dont les yeux
Ont vu douze printemps à peine ,
Sortoit de ce feftin pieux,
Où , fous un pain mystérieux ,
Se cache un Dieu , mort pour la race humaine,
Vers fon père elle court foudain,
Se jette dans fes bras : Mon père ,
-
Si votre fille vous eſt chère ,
Il m'en faut un gage certain.
DE FRANCE.
St
-
Explique-toi ; que faut-il faire ?
-C'eft une grâce infigne , un bienfait important.
-
Il faut m'accorder à l'inftant
Une penfion viagère
De cent écus fur la dot qui m'attend.
Pourquoi cela ? tu vis au ſein de ta famille ;
Rien ne manque à tes voeux. Tu veux donc voir tes
biens
Dès ce jour féparés des miens !
Nos coeurs ne le font point , ma fille.
ELLE n'écoute rien , & rien ne la diftrait.
Elle parle à fon père avec plus d'intérêt ;
Le preffe dans fes bras , l'arrofe de fes larmes.
Le père enfin , fenfible à fes tendres alarmes ,
Accorda tout ; car il pleuroit.
Ivre de joie alors , fière de fon ouvrage ,
D'une chambre prochaine elle appelle à l'inſtant
Une époule , qu'afflige un précoce veuvage ,
Et dont l'époux , en expirant ,
Lui laiffa pour tout bien huit enfans en bas-âge.
Elle l'amène , en proie aux tranſports les plus doux ,
Saute à fon cou , l'embraffe , & de larmes baignée :
— J'ai cent écus , dit- elle , à moi , pour chaque année ;
On me les donne , ils font à vous ;
J'ai bien rempli ma matinée !
Le père , enorgueilli de voir couler les pleurs ,
Confirme avec tranſport cet honnête artifice ;
Et cet exemple heureux qui gagne tous les coeurs
Cij
MERCURE
Anotre jeune Protectrice ,
Pour la veuve a créé de nouveaux bienfaiteurs,
VOILA , Meffieurs , l'Héroïne modeſte
Four qui de la vertu la lice doit s'ouvrir ;
D'autres y paroîtront ; & fi le Prix leur reſte ,
La mienne étoit au moins digne d'y concourir,
Elle ne cherchoit pas une gloire immortelle ;
Et fi le fort à mes voeux infidèle
Lui dérobe ce prix qui peut la ſignaler ,
Lemoyen de la conſoler ,
C'eſt de le mériter mieux qu'elle.
Heureux l'époux qui doit bientôt
La fier à ſon ſort d'une chaîne éternelle !
En ſe privant d'une part de ſa dot ,
Elles'en fit une plus belle,
Le ſortde cet époux en ſera plus heureux ;
-Son âme en doit être plus fière;
Trouver un coeur fi vertueux ,
C'eſt épouſer ſans doute une riche héritière .
Fille aimable , jouis du prix de tes bienfaits !
C'eſt peu de conſoler une âme maternelle ;
Ton exemple inſtruira les heureux que tu fais ;
Tu vas devenir à jamais
Leur bienfaitrice & leur modèle.
Our , ces enfans , dont elle a vu finir
Par ſes bienfaits la cruelle indigence ,
Trouveront dans ce ſouvenir
Une leçon de bienfaiſance ;
4
DE FRANCE. 53
Et quand on viendra leur conter
Qu'elle a de ſes biens même enrichi leur enfance ,
Leurs coeurs ſauront peut- être , avec reconnoifance,
Et la bénir & l'imiter.
(Par M. Imbert. )
LA RÉUSSITE INFAILLIBLE Conte
Avec de la naiſſance , du bien, de jolis
yeux, Lucinde pouvoit , je crois , raiſonnablement
ſe flatter d'être mariée à quinze
ans , & elle en avoit déjà vingt lorſque ſes
parens s'y déterminèrent ; il est vrai qu'ils
Ini laiſſoient l'honneur du choix , ainſi qu'ils
l'avoient annoncé dans le monde. Un choix...
Mais étoit- il sûr que Lucinde en feroit un
bon ? Affez frivole pour devenir coquette ,
affez raiſonnable pour devenir une femme
ſenſée , de quel côté ſe tournera-t- elle ? Les
douceurs des plaiſirs , les ſévérités de la
vertu l'enthouſiaſment également à l'excès ;
un roué en peut donc tirer parti aufli-bien
qu'un homme honnête; de plus il étoit affiché
que ſon coeur devoit être pour celui qui ſauroit
rendre plus aimables à ſes yeux les convenances
néceſſaires dans les mariages.
Ses parens la font enfin paroître dans le
monde , & auflitôt lui pleut de tout côté des
hommages , des voeux , parmi leſquels nous
diftinguerons ceux conſignés dans les Lettres
ſuivantes : yoici la première.
Cij
54 MERCURES
Trois amis , Mademoiſelle , vont vous offrir un
fentiment que vous leur avez également inſpiré ; leur
naiffance , leur fortune font pareilles , mais leurs
trois caractères très - différens ; comme il eft jufte
que vous les connoiffiez , ils auront foin de fe
peindre au naturel chacun dans une Lettre qu'ils auront
l'honneur de vous adreffer : qu'ils eftimeroient
heureux celui auquel vous permettriez des démarches
auprès de vos parens pour obtenir votre main !
Rivaux fans jaloufie , les autres vous entendroient
prononcer fur le bonheur d'un feul faus prendre la
Liberté d'en murmurer.
Lucinde reffentit à la réception de cette
Lettre un mouvement de joie ; trois Amans
enfemble pour début ! ce miracle étoit il réfervé
pour elle ? Mais Lucinde fortant du
Couvent, n'avoit point encore appris l'art de
conduire autant d'intrigues à- la-fois que
Céfar dictoit de Lettres : époufer l'un , confoler
les autres étoit fi fimple ; oui pour
de nos expérimentées . Le lendemain en arrive
une feconde.
Tout homme qui fe met fur les rangs , Mlle ,
doit d'abord annoncer fa naiffance , fon bien , fa
tournure ; j'ofe vous affurer qu'à mon égard ils font
tels qu'aucune femme , excepté vous , Mademoiselle,
ne feroit en droit de trouver mon hommage trop
hardi ; mais il est encore plus important de faire connoître
fon caractère & fon fyftême de conduite en
ménage ; le mien confifte à fermer la porte aux dégoûts
par la grande liberté qu'il faut y faire régner ,
à ne laiffer dans l'hymen de droits que ceux de
l'amour , à n'établir que les plaifirs pour feuls garans
des fermens , à ne confulter que l'état de fon coeur
DE FRANCE. 35
pour des careffes qui n'ontde grâces qu'autant qu'elles
font les fruits des defirs , & non des devoirs.
Quelques jours après une troifième Let
tre arrive.
Ce n'eft point un amour ordinaire , Mlle , que
j'ofe vous préfenter , c'eft le droit de me donner à
vous tout entier & pour toujours ; c'eft celui d'obte⚫
nir de votre part un retour pareil, que je demande la
faveur de pouvoir folliciter auprès de vos parens ;
mon coeur ne peut éprouver une demi - paffion , ni
fe contenter d'un demi-fentiment : quel bonheur
comparable à celui dont jouiffent deux coeurs bien
épris ! Careffes , tranfports , regards flatteurs , ten
dres propos rempliffent tous les momens ; l'on
n'exifte que deux dans le monde : & dans ces
êtres froids que l'empire feul des loix tient réunis ,
on ne voit que des hommes & des femmes machinés
, de l'âme defquels on a droit de douter à
foi feul cette portion de la Divinité , pour foi
feul fon bienfait.
:
Quelles espérances pour un coeur fufceptible
d'ivreffe ! Qu'ils font intéreffans ces
élans d'amour ! eux feuls peuvent faire les
douceurs de la vie ; fans eux l'on ne doit
compter que fur des momens faftidieux ;
ainfi le fort de Lucinde étoit de s'enflammer
à la peinture de chaque fentiment ; cela
eft affez rare , les femmes ne font cas ordinairement
que d'un feul ; mais Lucinde avoit
donné la préférence à ce dernier , lorfqu'elle
eut le foir une nouvelle Lettre à ouvrir.
Qu'il eft difficile , Mademoiſelle , de débuter par
vous parler raiſon ; il faut que mon enthouſiaſine
Civ
$ 6 MERCURE
pour elle foit fans bornes , puifque je lui dois la liberté
de le faire ; je crains de ne l'avoir pas affez confultée
lorsque j'ai eu la hardieffe de me mettre au
nombre des prétendans dont votre choix doit excufer
celle d'un feul ; fi par trop de préfomption au
jourd'hui je me fais écarté de fes principes , je puis
au moins vous affurer , Mademoiselle , que j'avois
toujours jufques- là foumis ma conduite à fes calculs
; ils m'ont appris que feulement dans le lien du
mariage , dans l'union légitime de deux cecurs
tendres , vertueux & fenfibles, exifte le vrai bonheur ;
la longue fuite des inftans ne peut alors altérer
celui que la raifon a établi fous la garde de ce
neud , elle empêche que la . perte de notre jeuneffe
même n'influe fur notre félicité , parce qu'elle
s'en eft chargée pour tous les momens , pour toutes
les années , pour toutes les circonftances .
« La liberté indéfinie a bien fes agrémens ,
» l'ivreffe de l'amour a bien les fiens auffi ;
» mais combien font préférables ceux
"
»
qu'offrent la raifon , & fur - tout une
» raiſon auffi douce , auffi perfuafive ! Je
veux n'écouter qu'elle , & je fais choix
» de qui fait me la faire autant aimer : »
voilà ce que Lucinde fe dit . Que penferiezvous
de cet homme à cataracte qui parleroit
des couleurs fur ce qu'il en auroit entendu
dire ? Quel éronnement lui devonsnous
fuppofer lorfque l'opération faite, fes
yeux feront arrivés au point de diftinguer
ce magique fpectacle fur lequel il avoit
difcouru ? Lucinde en étoit à ce point ; elle
ne connoiffoit la liberté , la raifon , l'amour
que par oui- dire.
DE FRANCE. 57
Elle fe réfout donc à faire un heureux ;
mais un point l'embarraffoit ; il s'étoit abfolument
tù fur fa figure , & il eft fi ordinaire
aux gens laids de parler raifon! Lucinde
fentoit que la fienne ne lui permettroit jamais
d'être heureufe avec un mari repouffant
; elle écrivit cette Lettre .
"
<<
Puifque je fuis obligée de choisir , je
» dirai avec la franchiſe exigée , que le premier
m'a plu, le fecond m'a ému , le troi-
» fième m'a perfuadée ; j'agrée donc les
démarches qu'il pourra faire auprès de
" mes parens. » Elle eut cependant la force
d'ajouter ce correctif : « Je defire que fa
figure puiffe arrêter fur lui mes yeux avec
complaifance , & puis enfuite « je ferai
» de Jeudi en huit au bal de l'Opéra. »
"
30
Jufqu'à ce jour elle fut fouvent avec fa
mère chez une ancienne amie , où certain
jeune homme , parent de la maifon , fe rendoit
régulièrement toutes les fois que Lucinde
y foupoit ; elle a déjà remarqué qu'il eft
aimable , mais fans trop y réfléchir ; elle
attribuoit fes foins à la galanterie ordinaire
d'un jeune homme ; cependant fon efprit ,
fa douceur , fa figure avoient fait naître dans
fon âme quelque bienveillance pour lui :
de ce fentiment à l'amour il n'y a guères
qu'un pas ; il ne manque plus qu'une occafion
.
Ce foir même Lacinde crut voir Dolban
plus trifte qu'à l'ordinaire. Ah ! ditelle
Dolban cft un des prétendans ;
C v
S
MERCURE
Dolban eft exclus , & fon coeur lui reproche
d'avoir prononcé fans connoître. Le
lendemain elle doit le revoir ; elle fe promet
de lui arracher fon fecret : enfin , ce
lendemain arrive ; alors timide , elle n'oſe
fatisfaire fa curiofité ; bientôt la converfation
générale fait briller les belles qualités
du coeur de Dolban . Lucinde commence à
fe perfuader qu'il eft dans la confidence de
fes trois Amans , & des Lettres qu'elle en a
reçues : le ton de mélancolie avec lequel il
s'exprime l'affure encore plus qu'il n'étoit
pas en fa faveur , & en vérité Lucinde en
étoit fâchée ; cette crainte tourmente le
coeur de Lucinde jufqu'au jour du bal . Un
mafque fe préfente pour celui dont elle a
daigné approuver les voeux , c'étoit Dolban
accompagné d'un inconnu à qui elle avoit
promis , & c'étoit à cet inconnu , qu'il falloit
facrifier ce Dolban ; elle avoit bien quelques
refources dans l'heureux si qu'elle
avoit placé en poft fcriptum de fa Lettre ;
mais ce que le mafque laíffoit voir ne lui
donnoit aucune espérance.
و ر
"
23
" Si vous étiez ( dit- elle avant qu'il pût
»réclamer fes droits ) exclus par votre
» figure , vous ne vous feriez pas préſenté ;
mais , quoi ! vous l'êtes par votre âme &
" votre raifon , fi elles font telles que vous
» me les avez peintes. » Il parut accablé.
« Écoutez , dit- elle , & jugez moi. Lorfque
» je vous ai répondu j'aimois déjà , & je ne
» m'en doutois pas ; je n'étois déjà plus
ور
DE FRANCE.
59
"
و د
ود
"
ور
و د
93
99
ود
libre , & je me le croyois encore ; je ne
» l'ai appris que par le defir que celui que
› j'aime fût vous , & par la crainte dont je
» fuis agitée depuis le moment de cette
» découverte, qu'il ne le fût pas ; fon efprit
" eft celui de votre aimable ami qui m'a
» écrit le premier ; fon coeur a toute la fen-
» fibilité que le fecond annonçoit dans fa
Lettre, fa raifon eft égale à la vôtre ; une
» longue connoiffance m'avoit bien inftruite
qu'il avoit toutes ces qualités , mais un
feul inftant m'a fait favoir qu'elles m'a-
» voient touchée : ah ! s'il étoit poffible que
» vous fuffiez.... Mais quelle chimère !
» Je ne puis plus aimer que lui , je ne
puis plus aimer que Dolban...... »
Le mafque à ce nom paroît transporté :
quoi , dit-il , ferois- je affez heureux !... A fa
voix , qui n'étoit plus contrefaite , à ſon exclamation
elle reconnut celui qu'elle aimoit
, pour celui qui avoit eu l'adreffe de
faire tomber fur lui le choix ; elle en devine
davantage , elle découvre fa fupercheric :
ah ! dit - elle , Dolban , les trois prétendans
n'ont plus nul myſtère pour moi ; je choiſis
le premier , le deuxième , le troiſième , le
fpirituel , le tendre , le raisonnable , car
c'est vous que je choisis ; vous avez fu trois
fois me plaire. Dolban connoiffoit les femmes
; il faut les attaquer de plus d'une manière.
Ayez donc même , avec de bonnes
vûes , toutes les qualités lorfque vous voulez
C vj
60 MERCURE
traiter avec elles , vous rencontrerez à coupsûr
celle qui doit vous faire aimer. Lemoyen
eft infaillible.
COUPLETS envoyés à une Campagnarde
le jour de Sainte- Véronique , ſa Fête.
AIR : Du Confiteor.
ALa ville , d'où je t'écris ,
Tout ce qu'on voit eſt inagnifique;
Mais comment ſe plaire à Paris
Quand on n'y voit pas Véronique ?
Je bâille à l'Opéra nouveau;
C'eſt aujourd'hui fête au hameau.
Au hameau, ta douce gaîté
Atous les coeurs ſe communique;
Et moi , dans ma triſte cité ,
Je dis , rêvant à Véronique ,
Que ne fuis-je encor paftoureau
C'eſt aujourd'hui fête au hameau.
Des fleurs , des baiſers , des chanfons,
Bergers , voilà votre partage;
Pour Véronique enflez vos fons ,
Labeauté veut un tendre hommage.
Bergères , quittez le fuſcau;
C'est aujourd'hui fête au hameau.
DE FRANCE. 61
COMMENT pourrois - je l'oublier ,
Ce jour d'alégreffe publique ?
De toutes parts j'entends crier :
Bouquets , bouquets pour Véronique !
Tout me rappelle un nom fi beau ;
C'eft aujourd'hui fête au hameau.
EN EST- IL aucune pour moi
Si loin de mon foyer ruftique ?
Amour , qui me tiens fous ta loi ,
Fais qu'à mon retour Véronique
Chante tout le long du coteau :
C'eft aujourd'hui fête au hameau.
( Par M. de la Louptière. J
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft Vers ; celui du
Logogryphe eft Rocher , où le trouvent roc
& roche.
1
Explicat. des Charades du Mercure précédent.
I , Billard ; II , Poiſſon ; III , Courtiſanne ;
IV , Cordelier.
*
"
62 MERCURE
ENIGM E.
Our je pourrois , Lecteur , profiter aux humains ; UI
Triftes , les confoler ; ignorans , les inftruire.
Leur donner des confeils quand ils font incertains ;
Méchans , les corriger , réprimer leur délire ;
Mais , le fais -je toujours ? Nanni , ma foi , nanni.
Même le plus fouvent je fais tout le contraire ;
Par mes foins la vertu cède au crime impuni ;
Et le mal que l'on fait , c'eft moi qui le fais faire.
Plaideurs , tous vos procès , fouvent mal entendus ,
C'est moi qui les ai faits & qui les ai perdus.
De vos fautes , mortels , je ris & je plaifante ;
Et , bien qu'on n'aime pas que je fois médifante ,
C'eft- là mon réconfort , je médis nuit & jour.
Lecteur , on me noircit , je noircis à mon tour.
Oh! pour lors , direz-vous , ceffez votre harangue ,
Allez vous corriger , prenez votre parti ;
Il eſt aifé de voir que vous êtes la langue ;
Vous le croyez ,
(Par M. Portier , Curé de Bonnemain
. }
eh bien ! vous en avez menti.
DE FRANCE. 63
LOGO GRYPH E.
D'UNE mère jamais je ne reçus le jour ;
Je le dois au génie & non pas à l'Amour.
Mes divers attributs ne fympathiſent guère ;
Tantôt j'aime la paix , tantôt je fais la guerre.
Analyſe mon nom de fept pieds compofé ,
Ami Lecteur ; & rien n'eſt plus aiſé
Que d'y trouver deux notes de mufique ;
Un mortel privé de raiſon ;
Une agréable & falubre boiffon
Qu'envie à nos climats l'Empire Britannique ;
Et de l'imagination
L'enfant léger & fantaſtique.
Je renferme encore en mon fein
Un grand fleuve de Franconie ;
Des Rois de Fez certaine Dynaſtie ;
Cet hon me induſtrieux , qui , dans un fouterrein ,
Prépare à l'ennemi mainte déconfiture ;
Le rendez - vous des eaux , & leur molle ceinture ;
Un nom fi cher au fentiment ;
L'être le plus abject qui ſoit dans la Nature ;
Un ouvrage fecret ; un canal tranſparent ;
De tous les métaux le principe ;
La mère du premier enfant ;
Le fynonyme du néant.
Oh ! pour le coup , tu me tiens , cher @dipe !
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
64
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
MOLIÈRE à la Nouvelle Salle , ou les
Audiences de Thalie , Comédie en un Acte
& en vers libres , repréfentée pour lapremière
fois par les Comédiens François , fur le
nouveau Théâtre du Fauxb. S. Germain ,
le 12 Avril 1782 , par une Société de
Gens de Lettres.
Difficile eft propriè eft communia dicere. HOR.
A Paris , chez Lambert & Baudouin ,
Imprimeurs-Libraires , rue de la Harpe ,
près S. Côme.
VOILA deux fois que l'incognito réuffit
très bien à M. de la Harpe ; fi cette précaution
étoit néceffaire , tant pis pour les
juges , mais enfin ils ont été juftes .
Un Critique a dit que cet Ouvrage n'eſt
pas gai , l'Auteur répond que le Public ,
qui en a ri , l'étoit donc beaucoup ; & tandis
que le Public eft en gaîté , l'Auteur a eſſayé ,
dans la Préface , de le faire rire encore , &
aux dépens de fes Critiques ,
At ille
Qui me commôrit , ( melius non tangere , clamo )
Flebit , & infignis tota cantabitur urbe,
DE FRANCE. 81
Mais paffons ; nous n'aimons pas mieux la
guerre dans la Littérature que dans la Poli
tique ; & fi nous avions le courage de faire
un reproche férieux à un homme d'un aufli
grand talent que M. de la Harpe , nous lui
reprocherions d'infulter à fes ennemis au
moment de fon triomphe.
On t'aime , & tu murmures !
Souffrirai-je à la fois ta gloire & tes injures ?
Nous lui reprocherions en général d'aimer
trop la guerre ; c'eft l'Achille de la Littérature
:
Impiger , iracundus , inexorabilis , acer ,
Nihil non arrogat armis.
Et cette raiſon , jointe à une autre qu'a dite
encore Horace ,
Qui pragravat aries
Infrà fe pofitas.
eft peut- être ce qui fait que pour obtenir
pleine & entière juftice , il eft quelquefois
obligé d'ufer d'adreffe & de fe cacher :
Ignotus amabitur idem.
L'inftallation des Comédiens dans la nouvelle
Salle, eft pour l'Auteur une occafion &
un prétexte de rétablir les vrais principes du
goût en les mettant dans la bouche de Molière.
Mais faire parler Molière n'étoit pas
une chofe facile ; plus ce nom eft illuftre
66 MERCURE
plus on devoit craindre d'en abuſer. Un
écolier , en lui prêtant
Ses façons de parler , ſes baſſeſſes , ſes rimes ,
en eût fait un écolier comme lui ; il falloit ne
faire dire à Molière que ce qu'il diroit vraiſemblablement
s'il voyoit ce que nous
voyons , & il falloit le lui faire dire comme
il le diroit ; c'eſt dans cette convenance que
M. de la Harpe nous paroît ſur-tout avoir
excellé. Molière est vraiment Molière ; c'eſt
par-tout ſa philoſophie propre , ſa fineſſe ,
ſa ſimplicité, ſa ſageſſe , ſa modération , fon
goût, ſon éloignement de tout excès ; rien
d'exalté , rien d'exagéré , rien de déclamatoire.
Juſte & plein d'une indulgence aimable
, voilà ce qu'il eſt toujours. Il eſt même
intéreſſant & touchant , lorſqu'il dit :
Tous mes camarades jadis
Pour moi furent autant d'amis .
Tout nous étoit commun , travaux , plaifir &gloire;
De tous leurs intérêts j'étois le défenſeur
Auprès de ce grand Roi , qu'au ſein de la victoire
Amuſoit de nos jeux la paiſible douceur.
Vos Élèves chéris ſont mes enfans , à moi ;
Je ſuis leur fondateur , leur père.
Avant de s'appeler Comédiens du Roi ,
Ils ont été long-temps la Troupe de Molière.
Je m'en ſouviens toujours ; & ce titre , à leurs
J'aime à le croire au moins , eſt encor précieux.
yeux ,
DE FRANCE 67
Voilà ce que Molière a dû dire , comme
Acomat doit dire :
Quoi ! tu crois , cher Oſmin , que magloire paſſde
Flatte encor leur valeur & vit dans leur penſée ?
Crois-tu qu'ils me ſuivroient encore avec plaiſir ,
Et qu'ils reconnoîtroient la voix de leur Viſir ?
C'eft de part & d'autre le même ſentiment
, le même cri de l'âme , avec la différence
d'expreffion marquée par la différence
des genres & des objets.
Cette convenance parfaite , que le Spectateur
peut n'avoir apperçue que confufément
, mais dont il a fenti l'effet continu ,
eſt ce qui a dû contribuer le plus à ſon
plaifir.
Quelquefois cette convenance eſt double ,
& l'Auteur peint d'un trait & le Perſonnage
qui parle & l'Actrice qui le repréſente ,
comme dans ce vers que Molière adreſſe à
Thalie , & que le Public applique ſi naturellement
à Mine Bellecourt :
Le rire vous va bien : il ſied à votre mine.
Les deux rôles de Melpomène & de Thalie
font encore d'une convenance parfaite: elles
ne diſent pas un mot qu'elles ne doivent
dire, qui ne ſoit de leur ton & qui n'aille à
leur caractère.
L'éloge de Molière paroît étranger à Melpomène;
auffi Melpomene ne parle- t'elle
que des eſſais de Racine encouragés par
68 MERCURE
Molière , & de Baron , introduit par lui fur
la Scène à douze ans.
Voici ce que Racine , devenu dévot &
ennemi du Spectacle qui avoit fait fa gloire ,
écrivoit en 1688 à Boileau .
ود
"La nouvelle qui fait ici le plus de bruit ,
» c'eft l'embarras des Comédiens , qui font
obligés de déloger de la rue Guéné
gaud , à caufe que Meffieurs de Sorbonne ,
» en acceptant le Collége des Quatre-Na-
» tions , ont demandé , pour première con-
» dition , qu'on les éloignât de ce Collége.
ود
Ils ont déjà marchandé des places dans
cinq ou fix endroits ; mais par- tout où ils
vont , c'eft merveille d'entendre comme
" les Curés crient . Le Curé de S. Germain
» de l'Auxerrois a déjà obtenu qu'ils ne fe-
» roient point à l'Hôtel de Sourdis , parce
99
que de leur Théâtre on auroit entendu
» tout à plein les orgues ; & de l'Égliſe on
» auroit parfaitement bien entendu les vio-
» lons. Enfin ils en font à la rue de Savoie ,
» dans la Paroiffe de S. André. Le Curé a été
» auffi au Roi , lui repréfenter qu'il n'y a
» tantôt plus dans fa Paroiffe que des auberges
& des coquetiers ; fi les Comédiens
y viennent , que fon Églife fera dé-
» ferte. Les Grands Auguftins ont auffi été
" au Roi , & le Père Lembrochons , Pro-
» vincial , a porté la parole ; mais on pré-
» tend que les Comédiens ont dit à S. M.
» que ces mêmes Auguftins , qui ne veulent
point les avoir pour voifins , font fort
ود
39
"
DE FRANCE. 69
"
affidus Spectateurs de la Comédie , &
qu'ils ont même voulu vendre à la Troupe
» des maifons qui leur appartiennent dans
» la rue d'Anjou , pour y bâtir un Théâtre ,
» & que le marché feroit déjà conclu fi le
» lieu eût été plus commode. M. de Louvois
a ordonné à M. de la Chapelle de lui envoyer
le plan du lieu où ils veulent bâtir
dans la rue de Savoie. Ainfi on attend ce
» que M. de Louvois décidera . Cependant ,
» l'alarme eft grande dans le quartier ; tous
les Bourgeois , qui font gens de Palais ,
trouvant fort étrange qu'on vienne leur
» embarraffer leurs rues ; M. Billard , fur-
» tout , qui fe trouvera vis - à - vis de la porte
» du parterre , crie fort haut ; & quand on
» lui a voulu dire qu'il en auroit plus de
» commodité pour s'aller divertir quelque-
» fois , il a répondu fort tragiquement : je
-" ne veux point me divertir. »
39
Boileau, qui , on ne fait pourquoi , haïſ
foit auffi la Comédie , répond :
" S'il y a quelque malheur dont on fe
puiffe réjouir , c'eft , à mon avis , de celui
des Comédiens ; fi on continue à les trai-
» ter comme on fait , il faudra qu'ils s'ail-
» lent établir entre la Villette & la porte
» S. Martin ; encore ne fais - je s'ils n'auront
point fur les bras le Curé de S. Laurent. »
Racine réplique ;
99
30
"Les Comédiens , qui vous font fi peu de
pitié, font pourtant toujours fur le pavé ;
& je crains , comme vous , qu'ils ne foient
70 MERCURE
" obligés de s'aller établir auprès des vignes
de feu M. votre père. Ce feroit un digne
Théâtre pour les OEuvres de M. Pradon . »
Boileau répond encore :
" De quelque pitoyable manière que vous
» m'ayez conté la difgrâce des Comédiens ,
je n'ai pu m'empêcher d'en rire. »
Il fait enfuite des plaifanteries un peu
lourdes fur Pradon , fur Chaumelé , fur certains
inconvéniens du local de la Villette &
de la porte S. Martin .
Ce que Racine & Boileau dégradent ainsi ,
voici comment Melpomène l'ennoblit.
Vous même l'avez vû , ce temps ,
Où nos Suppôts , jouets de mille changemens ,
N'obtenoient qu'avec peine un afyle précaire ,
Y tranfportoient leur Troupe errante & tributaire ,
De la ville aux fauxbourgs , de quartiers en quartiers,
Promenoient tour- à -tour leur Scène & leurs Foyers.....
Louis enfin , Louis , portant de toutes parts
Ce coup-d'oeil qui confole & ranime les Arts ,
Venge de cet affront Melpomène & la France ;
Ce Palais eft un don de fa magnificence......
Ces lieux
Sont eux- même un Spectacle ; ils offrent à la vûe
Des contours fpacieux l'élégante étendue ;
Le Talent peut y prendre un vol moins limité ,
La Scène , plus de pompe & plus de majeſté.
Thalie , qui fe trouve bien par- tout où
l'on rit , dit à Melpomene :
DE FRANCE.
7
Jevous fais compliment d'être ſi bien logée ,
Mais ce palais pourroit n'être qu'une belle
folitude ,
Il faut de Spectateurs l'orner inceſſamment ,
Et le Public en eſt le premier ornement.
Ce qui amène des réflexions fort naturelles
fur le mauvais goût qui entraîne la
Nation aux treteaux de la foire & des remparts.
Thalie & Melpomène font ces réflexions
chacune à leur manière. Thalie dit :
Que le peuple aujourd'hui
Rend les honnêtes gens auſſi peuple que lui .....
De votre Agamemnon la tragique famille ,
Avec tous ſes Héros , n'a jamais obtenu
Tout le ſuccès qu'obtient la famille Pointu.
Rapprochement heureux & vraiment plaifant.
Melpomène dit d'un ton plus noble
des vérités plus fortes .
Parmi tant de délire & de corruption ,
Comment faire goûter à la foule égarée
Les attraits délicats d'une Scène épurée ?
De cette abſurde école où l'on va ſe gâter ,
Qu'est-ce que la jeuneſſe enfin peut rapporter ?
De groſſiers jeux de mots , de plates parodies .
De- là , des âmes engourdies ,
Des coeurs froids & flétris , des eſprits dégoûtés ;
Ils ne ſont plus émus , s'ils ne ſont tourmentés.
Il faut&des horreurs & des atrocités ,
Des monftres , en tum inot,au lieu de Tragédics.
MERCURE
Le Drame , non pas tel que Mélanie,
Beverley & Jean Hennuyer peuvent le faire
concevoir , mais tel que la bizarrerie & le
mauvais goût moderne l'ont voulu établir ,
eſt à la Tragédie ce que la farce eſt à la Comédie.
On applaudira toujours aux éloquentes
réflexions que fait Molière à ce fujet.
Non, par ces peintures affreuſes ,
Trop près de la réalité,
Par ces images douloureuſes
Qui déſolent l'humanité ,
:
;
Vous corrompez ſans fruit la douceur noble & pure-
D'un plaiſir qui fut inventé
Pour conſoler des maux que nous fait la Nature....
Il faut que l'art exerce un moins triſte pouvoir ;
Qu'il émeuve mon coeur , & non qu'il le foulèves
Le Théâtre n'eſt pas l'hôpital ou la grève.
Si j'y viens pour verſer des pleurs ,
Cen'eſtpas pour me faire un tourment de mes larmes,
Non , c'eſt pour les aimneerr , pour y trouver des charmes......
A tous les mouvemens dont mon âme eſt ſaiſie ,
Se mêle un charme heureux , né de la poéfie,
En me faiſant frémir , en me faiſant pleurer ,
Elle me donne encor le plaiſir d'admirer.....
C'eſt un nectar divin verſé ſur ma bleſſure.....
Elle ennoblit la Scène , & vous l'aviliſſez ,
Elle attendrit les coeurs , & vous les flétriſſez.
Voilà fans doute la bonne doctrine , voilà
vraiſemblablement
DE FRANCE.
73
vraiſemblablement ce que Molière eût penſé,
voilàdonc ee qu'il doit dire , & voilà comme
il eſt beau de faire parler ungrand Homme.
Ces vers :
Qu'il émeuve mon coeur , & non qu'il le ſoulève ;
Le Théâtre n'eſt pas l'hôpital ou la grève......
Elle attendrit les coeurs , &vous les Aétriſſez.....
doivent paſſer en proverbe & pourront
porter coup.
Thalie ne ſe montre nulle part plus enjouée,
plus Thalie que dans la deſcription
du Journal de Paris; c'eſt , ſelon M. de la
Harpe, une gaîté innocente , & nous la pre
nons ſur ce pied.
Vous ſavez qu'une Thèſe , illuſtre en Italie,
Dans ſon titre annonçoit tout ce qu'on peutfavoir ;
Cette Thèſe eſt la feuille , & vous y pouvez voir ,
Et voir tous les matins les morts , les mariages ,
L'hiſtoire du moment , les Spectacles du ſoir ,
Les leçons de Phyſique & le prix des fourages ,
Et des livres & des fromages ,
t
Letemps qu'il fit la veille , un Poëme nouveau ,
Les querelles ſur la Muſique ,
Et la réponſe & la réplique ,
Et la Séance Académique ,
tpuis le combatdu taureau ,
La ſatyre & l'évithalame,
Untrait de bienfaiſance auprès d'une épigramme,
1 <cours des effets & la chûte d'un Drame.
No. 19 , 11 Mai 1782 . D
74 MERCURE
Le change , le marché , la couliſſe , les Arts ,
Scellés , mutations , domiciles , remparts ,
Les Sciences , les Prix , les vents & les orages ,
Le beurre & les oeufs frais , le tout en quatre pages.
Malgré le ridicule qui réſulte ici de quelques,
rapprochemens & de quelques contraſtes
, on pourroit tirer de cette deſcription
un éloge auffi bien qu'une critique ; mais
l'abus des Journaux & la manie folliculaire
ne pouvoient échapper aux traits de Thalie ,
Le dernier des grimauds , échappé du Collége ,
S'arrogede juger l'orgueilleux privilége ;
Et , prononçant en Maître , écrit enÉcolier,
L'appât du gain encore invite à ce métier ,
Et le talent au moins, pour dernière victoire ,
Force ſes ennemis à vivre de ſa gloire......
Comme le Charlatan vante ſur ſes tréteaux
Le baume merveilleux qui guérit tous les maux :
Meſſieurs,jesuis leſeul..... oui, leſeul infaillible,
Croyez, Meſſieurs , croyez , & fur-tout foufcrivez.
Les perſonnages épiſodiques de la Pièce
ont tous du comique. M, Miſogramme eſt
éloquent dans ſa burleſque colère contre le
bel eſprit :
MonCommis , àſa table écrivant de travers ,
Ne fait pas l'orthographo& fait fairedes vers....
Mon fils en rhétorique à fait ſa Tragédie.
Ma fille à quatorze ans juge déjà Corneille
DE FRANCE. 75
Ils ont toujours en mainje ne ſais quels chiffons ,
Où j'entends répéter d'un ton de ſuffiſance :
Nous croyons , nous jugeons , nous penfons , nous
blâmons......
Comme le Roi dit, nous voulons.
Sa tirade ſur le génie, & fur l'abus qu'on
fait de ce mot , a de la véhémence& de la
rapidité.
Baptifte le plagiaire, à qui Molière dit:
Le Parnaſſe eſt comme le monde;
On n'y permet qu'aux riches de voler.
Le Vaudeville , qui amuſe un moment
Molière , par ſa gaîté , par ſes refrains , qui
bientôt le fatigue par la continuité de fon
chant , & à qui Molière dit :
Il ne faut abuſer de rien ,
Et pas même du Vaudeville.
M. Claque , qu'on a oublié dans la lifte
des perſonnages , M. Claque ,
Qui gagnoit en bravo ſes vingt écus par mois.
& qui , s'indignant de voir des Spectateurs
affis au parterre , s'écrie dans ſa fureur ,
Soyez sûr déſormais , pour les voir applaudir ,
Qu'il faut abſolument qu'on leur faffe plaifir.
font tous des caractères diverſement plaifans
; & quoi qu'en diſe la bonne compagnie,
qui approuve tout à la Foire& blâme tout
à la Comédie , la Muſe du Drame eſt un
Dij
76 MERCURE
perſonnage vrai , & ne dit pas un mot qui
n'ait été même écrit par quelques défenſeurs
du Drame. Tous ces travers méritoient d'être
joués , & ils le font enfin.
Une des grandes raiſons des demi- connoiffeurs
, pour ne pas vouloir croire que
cette Pièce fût de M. de la Harpe , c'eſt que
Thalie , en parlatit du fauteuil de Molière ,
confervé à la Comédie , dit :
Mais vraiment , ce fauteuil en vaut bien quelques
autres.
Comment un homme de l'Académie auroit-
il fait cette plaifanterie ſur l'Académie ?
Puiflant argument ! c'eſt connoître l'Académie
, le Gècle , M. de la Harpe , & les
priviléges de Thalie !

OBSERVATIONS fur les Loix Criminelles
de France , par M. Boucher d'Argis ,
Conſeiller au Châtelet. A Paris , chez
Leboucher , Libraire , quai de Gêvres.
LES bonnes Loix ne peuvent être que,
le lent ouvrage de la raiſon développée
par l'expérience & perfectionnée par
les Sciences. Si l'on a vu quelques Nations
fortir tout-à-coup d'un état preſque ſauvage
avec de bonnes inſtitutions politiques ou
civiles , c'eſt que leurs Législateurs s'étoient
long-temps inſtruits au milieu des Nations
civiliſées.
Mais ces Nations civiliſées n'avoient pu
DE FRANCE. 77
elles-mêmes former leurs Loix que d'une
manière infiniment défectueuſe. Dès l'origine
d'une Société , il s'y élève une foule
d'objets à régler; on les règle à meſure qu'ils
ſe préſentent , & fans aucun plan général.
Ces déciſions particulières deviennent toute
la légiflation ; on ne fait encore rien de
mieux que d'en faire une collection & un
choix ,& de foumettre tout l'ordre ſocial à
ces principes qui ont été adoptés dans des
cas particuliers.
Lorſque l'impoſſibilité , où l'on refte
long temps , de procéder dans la légiflation
par des vûes générales & par de grands
réſultats , a déjà beaucoup reculé la perfection
des Loix , ce reſpect dont les
hommes ſe prennent naturellement pour
tout ce qui eſt ancien , devenant enfin une
forte de fuperftition , rend encore infructueux
pendant long-temps les progrès &
les efforts de la raiſon. Toutes les réformes
que l'on ſe permet ne détruiſent que des
abus devenus intolérables , & reſpectent encore
dans la législation le fond des vices
que l'on fait déjà y appercevoir.
Voilà les deux grandes fources de l'imperfection
des Loix dans toutes les Nations ,
& chez nous particulièrement. Les différentes
parties de notre légiſlation n'ont encore
reçu que des corrections foibles &
très- infuffifantes. Par une diftinction bien
fatale , notre Code Criminel , non - ſeulement
n'a pas participé à ces foibles progrès ,
:
Diij
78 -MERCURE
A
mais ils'eſt encore chargé de vices nouveaux,
en avançant de ſiècle en ſiècle. Les ſupplices
ont ſouvent augmenté de rigueur , & les
formes de l'inſtruction font toujours devenues
plus cruelles contre les accuſés. La dernière
Ordonnance leur a enlevé les derniers
privilèges que le ſouvenir du droit naturet
leur avoit confervés.
La raifon & l'humanité s'élèvent en
ſemble contre cette loi. Toutes ces réclamations
feroient-elles également fondées ? Il
ne faut ni les admettre ni les rejeter, ſans un
examen très-vaſte & très-impartial. Le ſyftême
entier de nos Loix Criminelles nous
eſt devenu ſuſpect; il ne fuffit done pas de
chercher des abus iſolés, pour les réformer
à part , il faut aller au fond même des
principes; il faut les foumettre à une dif
cuffion également ſage & courageuſe. On ne
fauroit trop réunir de vûes & d'obſervations
fur ce grand objet. On poſsède déjà
un grand nombre d'Ouvrages utiles qui en
préparent & en annoncent de meilleurs.
Pluſieurs Magiſtrats ont mêlé ici leur voix à
celle des Philofophes : que ne doit- on pas
eſpérer de la réunion de tant de voeux & de
lumières !
L'Ouvrage que nous annonçons eſt un
très-petit Volume , mais il n'en reſtera pas
moins parmi ceux que le Public lira avec
intérêt & inftruction , & que le Légifla-.
teur lui - même conſultera avec utilité.
Ony apperçoit ſur-tout le mérite très-préDE
FRANCE. 72
1:
cieux d'avoir été fait par un Magiſtrat qui a
pu fouvent prendre fes idées dans des faits
l'exercice de fes fonctions amenoit fous
Les yeux.
que
M. Boucher d'Argis parcourt les principaux
défauts de nos Loix Criminelles , &
fur chacun il fait fes réflexions , quelquefois
-combattant l'avis de ceux qui ont écrit avant
lui fur le même fujet , fouvent préfentant
-des vûes nouvelles. Il traite de la prifon ,
du ferment que l'on exige de l'accufé , des
.cas où le décret de prife de corps doit avoir
lieu , des avantages & des dangers de la
publicité de l'inftruction , du mystère que
l'on fait à l'accufé de la procédure , de la
juftice d'accorder un confeil à l'accufé , de
la néceffité de faire marcher enſemble la
preuve des chefs d'accufation & celle des
faits juftificatifs , de la barbarie de faire
fubir l'ignominie de la fellette à un homme
qui n'est pas encore réputé coupable de la
peine de mort , de la peine qui conviendroit
pour le vol , du banniffement , du fuicide ,
-& c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir fuivre
l'Auteur fur les plus importans de ces objets
; nous prendrions quelquefois la liberté
de le combattre ; mais dans les endroits
même où nous motiverions un avis différent
, nous aurions un grand plaifir à rendre
hommage à fes lumières , à la fagacité de
fon efprit , au fervice qu'il rend à la ſcience
fur laquelle il écrit ; nous nous plairons
Div
80 MERCURE
auffi à faire remarquer dans fon Livre le
genre de ftyle qui lui convenoit le mieux ,
un ftyle très - fimple , mais noble & élégant.
On en jugera par ce morceau fur l'interrogatoire
fur la fellette, ce barbare ufage contre
lequel il faut réclamer avec force , avec indignation
même, tant qu'il ne fera pas aboli.
و د
Il eſt encore dans notre pratique cri-
» minelle un ufage antique & barbare que
» les Ordonnances de nos Rois ont cepen-
» dant confacré , c'eſt celui de faire affeoir
» les accufés fur une petite fellette de bois
lorfqu'ils paroiffent devant leurs Juges
» pour fubir leur dernier interrogatoire ;
» cette coutume dérive d'un principe d'hu-
» manité , mais l'abus en eſt cruel. On a
» cru qu'un malheureux , accufé d'un délit
و د
ود
ود
grave , devoit être troublé au moment qui
» va pour jamais décider de fon fort , &
qu'il avoit befoin d'être dans une fitua-
» tion commode , afin que rien autre chofe
» ne l'occupât que le foin de la défenſe. On
» s'eft accoutumé à prendre les conclufions
du Ministère public pour règle de la gra
" vité ou de la légèreté du délit ; en forte
» que fi le Procureur du Roi conclut à unc
peine afflictive ou feulement infâmante,
» auffitôt on fait affeoir l'accufé ; mais au-
» jourd'hui ce n'eft plus un acte d'humanité,
c'eft une véritable peine qu'on inflige à
l'accufé ; & lorfqu'il s'y refufe , on l'y
» contraint par violence. De cela feul ne
réfulte- t- il pas que la féance fur la fellette
ور
ود
DE FRANCE. 81
eft actuellement une peine qu'on fait
» fubir d'avance à l'homme qui n'eſt pas
» encore jugé ? Un homme n'eft pas en-
"
"3
"
ود
33
core jugé, & on l'affujetit à l'infamie !
» Cette action n'eft-elle pas révoltante ? Et
cependant la Loi l'autorife. Quelle règle
prend- t'on pour décider fi l'on infligera ou
» non à l'accufé la peine de la fellette ? Ce
» font les conclufions du Ministère public ;
» c'est- à- dire , que l'avis d'un feul homme ,
» avis qui dans ce jugement n'eft compté
» pour rien , triomphe de la raifon & de
l'équité. Il ne dépend pas des Juges , que
l'examen le plus réfléchi d'un procès cri-
» minel aura convaincu de l'innocence de
l'accufé , de le fouftraire à l'infamie de la
» fellette. Prêts à l'abfoudre, ils font obligés
de le foumettre à cette ignominie ;
» l'innocent eft contraint de paroître au
» même lieu & dans la même pofture que
» le fcélérat , condamné au dernier fupplice,
» vient peut-être de quitter un moment
» auparavant. C'eft un principe d'humanité
qui jadis a introduit l'ufage de la fellette ;
mais l'équité n'en demande-t- elle pas aujourd'hui
l'abolition : Les accufés n'ignorent
plus que l'opinion du Ministère pu-
» blic leur eft contraire quand le Juge
» leur ordonne de s'affeoir fur ce fiège in-
» fâme; & , fuivant le crime dont ils font
prévenus, ils arbitrent eux - méines la
peine dont ils font menacés. Quel homme
» affez intrépide pour ne pas fe troubler en
"
"
ود
D v
$1 MERCURE
སྐ་
ce moment ! Toute efpérance fe diffipe
» alors , & celui que le fentiment intérieur
» de fon innocence -93 devroit raffurer davan
ور
ور
33
"
tage , ne peut plus y compter que bien
foiblement. Il eft déjà certain que le rés
quifitoire du Ministère public lui eft
» funefte ; l'imagination frappée par le préfage
finiftre de la fellette , tourmenté par
la crainte que l'opinion d'un feul homme
» ne foir bientôt adoptée par tous les Juges,
confervera-t-il cette égalité d'âme fi néceffaire
pour leur répondre ? La frayeur
dont il eft faifi , l'image d'un fupplice
quelconque dont il fe fent environné, ne
doivent elles pas influer fur fa défenſe ,
& l'affoiblir? Et cependant le fentiment
» du Ministère public n'eft point compté
lorfqu'on recueille les fuffrages ; l'accufé
qui n'eft point jugé est encore integri
ftatus : pourquoi donc accorder aux con-
» clufions des Gens du Roi un effet qu'elles
» n'ont point fur le jugement , & qu'elles
ne peuvent jamais avoir ? Un homme
doit- il être cenfé coupable avant que la
» fentence foit prononcée ; & avant que
cette fentence ait déclaré si a violé les
Loix ou s'il ne les a pas violées , faut- il
l'asfujétir à l'infamie qui doit faire partie
de la peine dûe à cette violation ? »
?
ود
ود
ود
Nous rapporterons encore un long morceau
; mais pour le combattre d'eft l'opie
nion de l'Auteur fur le fecret des procé
dures,
DE FRANCE. 83
53
"
Ce fecret de la procédure criminelle
» fubfifte encore aujourd'hui , & il eft bon
» de le maintenir , l'intérêt public l'exige ,
» autrement la Juftice verroit à tout mo-
» ment échapper les coupables qu'un devoir
rigoureux l'oblige de punir , & les preuves
qu'il eft également de fon devoir de cher-
» cher : faut-il fans ceffe élever une Nation
» rivale au mépris de notre propre Patrie ,
» & parce qu'un abus eft confacré chez elle
par un long ufage , l'ériger en oeuvre de
fageffe? Il femble que l'Anglomanie s'é-
» tende aujourd'hui for tous les objets in-
» différemment ; ce goût d'une mode éttan-
» gère s'eft accru par degrés , des vêtemens
» aux moeurs & des moeurs aux Loix.
Sans doute il fera digne de la bonté de
" notre Roi de reftreindre ce fecret abfolu
de la procédure criminelle , fecret pref-
» crit par les Réglemens , &
"3
33
"
"
fouvent
violé par la cupidité de quelques Officiers
miniftériels ; mais que d'abus entraîneroit
» avec elle une trop grande publicité de, la
procédure criminelle ! Ce feroit d'abord
livrer au mépris public un homme qui eft
» peut- être injuftement accufé. Le vulgaire
ne fe hâte que trop de juger ; auifnôt
qu'un homme eft fous la main de la Juf-
» tice , il s'érige autant de tribunaux que
» de cercles , que de fociétés. On y condamne
hardiment à la flétriffure ou à la
» mort un infortuné qui n'a peut- être à fe
reprocher que des imprudences , ou qui
33
D vj
84
MERCURE
» n'eft pas coupable ; en vain il eft abfous
par un jugement folemnel ; l'impreffion
» première laiffe des traces , & le temps
» ne les efface jamais qu'imparfaitement.
» Le fecret de la pratique criminelle fauve
du moins à l'accufé ces dangers. Quel-
» ques perfonnes auxquelles il eft impoffi-
» ble de le cacher, favent qu'il a eu le mal-
و ر
ود
"
"
heur d'être arrêté ; mais fi fon innocence
» eft reconnue , ou fi fa faute eft regardée
» comme affez légère pour ne pas mériter
» une longue détention , il peut au moins
» faire illufion à ceux qui l'ont ignorée.
» D'ailleurs , fi l'on admettoit ainfi à l'inf-
» truction des procès criminels tous ceux
» qui jugeroient à propos de s'y préſenter ,
» la Juftice ne feroit- elle pas en danger de
» voir journellement arracher de fes mains
les coupables dont la Société attend la
punition ? Tous les fcélérats font , pour
» ainfi dire , caufe commune , les affo-
» ciations parmi eux font fréquentes. On
pourroit , j'en conviens , prévenir ces vio-
» lences par une garde affez nombreuſe
»pour en impofer à la multitude ; mais
» cette publicité auroit encore d'autres
" abus. Le coupable qui , voulant fouftraire
» les traces de fon crime , a enfoui l'objet
» qu'il a dérobé , indiqueroit à l'affemblée
» le lieu de ce dépôt , dont il ne doit le
» fecret qu'à fon Juge , & alors qui empê-
» chera l'un des fpectareurs de fortir promp-
»tement & d'aller enlever la fomme ou les
"
DE FRANCE.
"
effets dont il eft effentiel que la Juſtice ſe
faififfe , pour les repréfenter tant aux
témoins qu'à l'accufé , & les rendre en
» fuite au propriétaire ? Cette publicité pro-
» cureroit encore aux complices de l'accufé
» les moyens de s'évader ; elle les avertiroit
» que les regards de la Juftice font fixés fur
» eux ; ils ne fuiroient d'une ville que pour
» aller dans une autre , à l'aide d'un nom
déguifé , y commettre d'autres crimes.
» L'intérêt général exige au contraire qu'ils
» ne puiffent échapper à la Juſtice , & qu'ils
» ne fortent de la fécurité où les laiffe l'igno-
» rance de ce qui fe paffe dans les Tribunaux
30
" qu'à l'inftant même où l'on s'affure de
» leurs perfonnes . Ce n'eft donc pas un fer-
» vice à rendre à l'humanité que de réfor-
» mer l'uſage où l'on eft aujourd'hui d'inf
» truite fecrètement les procès criminels. »
Nous avonons que cette opinion nous a
étonné dans M. Boucher d'Argis , qui puife
ordinairement fes motifs de décifion dans
les grands principes , & non dans l'apperçu
de quelques inconvéniens qui pourroient
réfulter des grands principes. Examinons
ceux qui foulèvent l'Auteur contre la publicité
de la procédure.
Premièrement , elle manifefteroit l'accufation
, & un homme innocent qui a eu le
malheur d'être accufé, ne pourroit échapper
au fecond malheur de refter fufpect dans
T'opinion publique par cette accufation.
Je ne conçois pas comment l'Auteur n'a
86 MERCURE
pas vu que le malheur qu'il impute à la
procedure publique ne vient que de la procédure
fecrète. Il eſt impoſſible qu'un
homme ſoit conduit en prifon , & que cet
événement reſte ſecret pour tous ceux qui le
connoiffent. Ce qu'on peut uniquement
empêcher , c'eſt que l'accuſation ne lui
nuiſe, s'il en fort juftifié : or , quel eſt pour
cela le meilleur moyen ? C'eſt d'ouvrir
au public l'information ; alors il ſe
convaint par lui même que l'accuſation eft
fauſſe. Cachez lui au contraire les preuves
pour & contre, renfermées dans la procé
dure , ce myſtère l'inquiète ; il a un fait
pour conjecturer le crime , c'eſt l'accufation.
Il en a un fecond pour conjecturer
l'innocence , c'eſt l'abſolution; mais entre
l'accufation & l'abſolution , le Public voudroit
voir & juger par lui - même , il lui
vient confuſement dans l'eſprit que les
Juges ont pu être trompés , ſéduits , corrompus
même, enfin , il reſte dans une incerti
tude forcée ſur l'honneur d'un homme , &
voilà ce qui le rend défiant tour-à- tour fur
la juſtice de la justification & fur celle de la
condamnation. Il eſt ſi vrai que ce ſecret de
la procédure eſt ſur-tout fatal à l'innocent
justifié , qu'il ne trouve jamais la Lois
plus dure que lorſqu'elle lui interdit de
manifeſter au Public , comme aux Magiftrats,
toutes les preuvesde fon innocence..
.: Secondement, la Justice ferait en dan
ger de ſe voir arracher un criminel , parce
DE FRANCE. 87
que les ſcélérats viendroient en corps & en
force fauver un de leurs camarades.
Il n'est pas vraiſemblable que M. Boucher
d'Argis ſe ſoit frappé férieuſement d'un
pareildanger. Il fait trop bien qu'il n'eſt pas
aiſe d'arracher une victime à la vengeance
de la Loi revêtue de toure la force publique.
On en voit tous les jours la preuve à la
Grève, où afſurément tout ſe paſſe en public,
& cependant ſans aucune tentative de
la part des ſcélérats .
Troiſièmement, le coupable, en indiquant
le lieu où il a caché les preuvesde fon crime,
donnera lemoyen à un homme qui voudra
le ſauver d'aller vite les enlever.
Cela pourroit arriver en effet; mais auffi
qui eſt ce qui empêchera la Juſtice de prévenir
, par fa propre diligence, le rôle officieuxde
cet ami du coupable ?
Quatrièmement , les révélations du cou
pable avertiroient ſes complices de s'enfuir.
Croyez- vous qu'ils aient attendu ce moment!
Tous les fauteurs d'un crime fuient
dès que l'un d'eux eſt arrêté. Vous direz :
mais fans la procédure publique , ils n'au
roient pas ſeulement connu que leur com
plice fût en prifon.. Ils l'auroient fu , à
moins que vous ne vouliezenvironner l'empriſonnement
même de précautions & de
myſtère , ce qui rendroit la Juſtice odieuſe
&ſuſpecte.
Concluons donc que ces inconvéniens ou
n'exiftent pas ou ſe réduisent àbien peu de
88 MERCURE
choſe ; mais est-ce par eux qu'il faut décider
une pareille queſtion ? Il ne faut
les y confidérer que pour les prévenir ou
les diminuer. Ce qu'il faut effentiellement
conſidérer ici , c'eſt que la Juſtice
doit fur- tout donner une grande preuve de
fon incorruptible impartialité ; c'eſt qu'elle
doit faire de la justification ou de la cons
damnation d'un accuſé un événement publie.
Pourquoi voulez-vous écarter le Public
de cette cauſe ? C'eſt la ſienne , c'eſt
en fon nom qu'on pourſuit le crime , c'eſt
pour ſon exemple qu'on le punit. Et ne
voyez-vous-pas combien ſa préſence peut
ſeconder les vûes pures de la Loi ? Des témoins
oferont- ils tromper la Juſtice devant
des hommes qui peuvent les démentir ?
D'ailleurs , les Juges eux- mêmes ne ſont- ils
pas ſujets aux paffions , & toujours voiſins
de l'erreur ? Ah! la vertu elle même ſuccomberoit
ſouvent , ſi elle n'appercevoit autour
d'elle la honte & la gloire. Tout nous ramène
donc à cette idée fi ſimple , qu'il ne
conviendroit pas à la Justice de marcher
dans les ténèbres , comme s'il s'agiffoit d'une
conſpiration contre les Citoyens.
(Cet Article eft de M. H.., Avocat au Parl.)
47
DE FRANCE. 89
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Jeudi 18 Avril , M. Chenard , Acteur
de la Troupe de Bruxelles , a debuté dans
l'emploi des Baffes-tailles , par le rôle de
Julien , dans Colinette à la Cour. Depuis ,
il a continué fon début par celui d'Orefte ,
dans l'Iphigénie en Tauride , de M. Gluck.
Sa voix a paru belle & fonore ; on y
remarque de la méthode & une grande
connoiffance de la mufique ; on delireroit
feulement un peu plus de goût , moins
d'éclats , & des tranfitions moins brufques.
Quant à fon jeu , il annonce de
l'ufage & de l'intelligence. Sa phyfionomie
ne manque pas de mobilité ; mais on voudroit
qu'il donnât à fes geftes plus de rondeur &
d'aifance ; qu'il mit plus de franchiſe dans
l'explofion de fa gaîté ou de fon chagrin ;
qu'il pafsât avec moins de rapidité de l'expreffion
d'un fentiment à un autre ; qu'il
fe familiarisât avec ces dégradations adroites
, qui apprennent au Spectateur que l'âme
du perfonnage qu'il a fous les yeux eft en .
proie à divers mouvemens, & qui le préparent
à partager une impreffion fi non étrangère
, au moins d'une autre nuance que celle
50 MERCURE
.
qu'il a éprouvée d'abord . Au refte , toutes
ces qualités peuvent s'acquérir ; M. Chenard
eft encore très-jeune ; il paroit avoir de la
fenfibilité. A ces deux heureufes qualités s'il
joint l'amour de fon état , il eft fait pour devenir
cher aux Amateurs de l'Opéra , & pour
mériter une réputation diftinguée .
Mlle Levaffeur , après une maladie affez
longue , a reparu dans le rôle d'Iphigénie
en Tauride. Elle a été reçue avec les plus
grands applaudiffemens , & a prouvé qu'ils
lui étoient dûs par la manière dont elle a
rempli fon perfonnage.
COMEDIE FRANÇOISE.
ON vient de remettre au Théâtre les
Tuteurs , Comédie en deux Actes & en vers,
par M. Paliffor.
Un père a donné, en mourant , trois Tuteurs
à fa fille , & il a voulu qu'elle ne pût
fe marier fans en avoir obtenu l'aveu unanime
de tous les trois. Par un malheur qui
n'eft pas rare , ce font trois perfonnages extravagans
qui ne peuvent jamais s'accorder
, & dont les idées font abfolument op.
polées ; l'un eft Nouvellifte , l'autre a la
fureur des Voyages , & le troisième eft un
Antiquaire. L'Amant de la jeune perfonne
vient néanmoins à bout de fe les concilier
tous. Ami des Nouvelles avec l'un ,
Voyageur avec le fecond , Antiquaire avec
DE FRANCE. وه
Je dernier, il les fait confentir à fon bon
heur,& il épouſe fa Maîtrelſe. "
4
Cet Ouvrage manque un peu de variété,
peut être même l'intrigue en est- elle trop
fimple ; mais elle fut repréſentée en 1754
pour la première fois ,& c'eſt dire que cette
Comédie eft une des productions de la jeuneffe
de M. Paliſfor : au reſte , le ſtyle eſt
du genre qui convient au ſujet , le dialogue
naturel & gai ; les Perſonnages parlent
tous leur langage , & la verſification en eſt
très-agréable. Je ne ſuis pas ſurpris que les
Repréſentations de cette Pièce aient fait
préſumer que M. Paliffot pouvoit courir
avec fuccès la carrière du Théâtre.... Eheu !
fifata dediffent.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jendi 25 Avril , on a donné pour la
première fois le Poëte fuppofé , ou les
Préparatifs de Fête Comédie en trois
Actes , mêlée d'Ariertes & de Vaudevilles ,
Muſique de M. Champein .
Babet & Perrin font Amans. Les parens
dujeune homme deſapprouvent cet amour,
parce qu'ils veulent donner pour femme à
leur fils une cerrgine Georgette qui leur
convient mieux. Dans le même tems , la
Dame du lieu donne un fils à fon Époux,
Pour célébrer cet heureux événement , Perrin
compoſe une Fête dont il priele Bailly de fe
92
MERCURE
:
donner pour Auteur. Celui- ci l'accepte d'aurant
plus volontiers qu'il eſt le rival de Perrin,
&que, profitant de ſes droits prétendus d'auteur,
il prend dans le divertiſſement le rôle de
l'Amant qui doit épouſer Babet. La Pièce
ſe répète , & le Seigneur , qu'on a inſtruit de
tout , déclare que la main de Baber doit ap
partenir à celui qui a compoſe la Fête.
Perrin ſe fait alors connoître , & le Bailli
perdant tout- à- la- fois ſa gloire & fes eſpérances
, eſt témoin du bonheur des Amans.
Cette Comédie a eu beaucoup de fuccès.
Les tableaux en ſont très-agréables ; le
ton en eſt doux & frais. Le dialogue a infiniment
de vérité , de fimplicité & de
grâces. Il ſuffit de dire que la même main
qui a tracé l'Amoureux de quinze ans , eft
celle à qui nous devons le Poëte ſuppoſé ,
pour perfuader à mes Lecteurs que rien
n'eſt plus juſte que les éloges que je donne
à la Pièce dont je viens de rendre compte.
M. Laujeon eſt d'ailleurs du petit nombre
des Auteurs dont les qualités perfonnelles
rendent le talent plus cher & plus intéreſfant.
La Muſique ajoute à la réputation que
M. Champein a commencé à ſe faire ; les
effets en font brillans & flatteurs. Il devroit
revoir avec plus de févérité quelques- uns de
fes morceaux ; la vérité de l'expreſſion y gagneroit.
DE FRANCE.
93
GRAVURES.
MARS & VENUS , Estampe
:
d'environ 12pouces
de large fur 16 de haut , inventée & gravée par
Ranſonnette , Graveur ordinaire de Monfieur. Prix ,
3 liv. AParis , chez l'Auteur , rue de Bièvre , petite
maiſon neuve à côté d'un Chirurgien.
Plan de l'Armée de Cornwallis , attaquée & faite
priſonnière dans Yorck-Town , par l'Armée Combinée
Françoiſe & Américaine, deſſine ſur les lieux
par les Ingénieurs de l'Armée. A Paris , chez le
Rouge , rue des Grands Auguſtins.- On trouve
chez le même la Province de New-Jerſey , diviſée
en Eſt & Oueſt , nommée vulgairement les Jersey.
Description de plusieurs nouvelles espèces d'Orthociratites
& d'Ostracites , par M. Picol de la
Périrouſe, Baron de Bazus , Correſpondant de l'Académie
des Sciences de Paris. in-fol. avec figures en
couleurs. A Paris , chez Didot le jeune , Libraire ,
Quai des Auguſtins , & à Toulouſe , chez Manavit ,
Libraire , rue S. Rome.
Numéro fixième des Antiquités d'Herculanum ,
in-4° . & in- 8 ° . compoſé chacun de 12 planches ,
contenant Is tableaux. Prix de l'in-4°. 9 liv. & de
l'in-8 °. 6 liv. A Paris , chez David , Graveur , rue
des Noyers.
Huitième Livraiſon des Costumes des Dignités ,
contenant fix Estampes relatives aux quatre facultés.
in-fol. Prix pour les Souſcripteurs, 9 liv, enluminées,
&4 liv. 10 ſols ſans enluminure. A Paris , chez
Dufios le jeune , Graveur , rue S. Victor , près la
Place Maubert.
Domino Muſicalfans intervalle , & DominoMus
94 MERCURE
fical avec intervalle , Jeux avec lefquels , en s'amufant
, on peut facilement & promptement fe rendre
Muficien. Ces jeux fe jouent de même que les Dominos
au point. Ils fe vendent 1 liv . 4 fols , & montés
en jetons de métail , 6 liv. le Jeu. Ils fe trouvent aux
adreffes ordinaires de Mufique , & chez le fieur
Bigant , Marchand Broffier , quai des Grands Auguf
tins , qui indique une perfonne qui montre la Mufique
avec ces Jeux.
Plafond de la Salle de Bordeaux , inventé &
peint par J. Robin , gravé par N. Lemire , Eftampe'
dédiée à Mgr. le Maréchal Duc de Mouchy , Commandant
de Guyenne. Le fujet de ce Plafond eft.
allégorique ; la compofition en eft ingénieufe &
diftribuée avec intelligence , & elle eft gravée avec
goût & propreté , ainfi qu'on a lieu de l'attendre des
talens de M. Lemire. Elle fe trouve chez M. Robin ,
Peintre du Roi , Cloître des Bernardins. Prix , 16
livres.
Le fieur Ifabey, Marchand d'Eftampes , rue de
Gêvres , a des bordures rondes & tournantes pour
encadrer cette Eſtampe & la voir de tous les fens ;
il en a auffi par lesquelles elle peut être attachée an
plafond dans les appartemens peu élevés.
S
MUSIQUE.
PARTIES Séparées de l'Infante de Zamora ,
parodiéfous la Mufique de la Frafcatana du célèbre
Paifiello , par M. Framery , Sur-Intendant de la
Mufique de Mgr. le Comte d'Artois . Prix , 12 liv.
La partition o liv. A Paris , chez d'Enonville , Receveur
des Loteries , au coin des rues de Vannes &
des deux Écus , & aux Adreffes ordinaires. Ceux qui
s'adreferont directement au fieur d'Enonville , &
DE FRANCE. 95
1
qui prendront en même-temps la partition & les
Parties ſéparées ne payeront le tout que 36 liv.
Six Ariettes , avec Accompagnement de deux
Violons, Alto & Baſſe , miſes au jour par Bernard.
Prix , 6 livres. A Paris , chez l'Éditeur , rue des Saints
Pères , maiſon de l'Armurier , & aux Adreſſes ordinaires.
Numéro 4 du Journal de Harpe. Cette Livraiſon
eſt compoſée de quatre Airs , avec des Accompagnemens
de MM. Boiffier , Cinier , Hinner & Lebugle.
Prix , I livre 16 fols. L'abonnement franc de port
eſt de 15 liv. A Paris , chez Leduc , rue Traverſière--
Saint-Honoré.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
DelAmour de la Patrie, OllEffaifur uneAmitié
patriotique , in- 12. Prix , I livre 4 fols. A Paris ,
chez Pichard, quai des Théatins.
La Paſſion de l' Amour , de ſes causes & des remèdes
qu'ilyfaut apporter en la conſidérant comme
maladie , par M. J. F.... Médecin Anglois , in- 12 .
Prix, 1 livre 4 fols. A Paris , chez Pichard , quai
des Théatins.
Détail des fuccès de l'Établiſſement que la Ville de
Paris afait enfaveurdes Perſonnes noyées , ſeptième
Partie, années 1779 , 1780 & 1781 ; on y a joint les
rapports particuliers envoyés des différentes Provinces
, & des Obſervations relatives à toute eſpèce
d'Aſphixies connues juſqu'à ce jour ; par M. Pia,
Volume in - 12. A Paris , chez Lottin l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue S. Jacques.
LePublic vengé, Comédie en un Acte ,repréſentée
en 1782 par les Comédiens Italiens , in- 8°. Prix ,
96
MERCURE
1 livre 10 fols.A Paris , chez Brunet , Libraire , rue
Mauconſeil.
Les Soupirs d'Euridice dans les Champs Elysées .
par M. de Vixonze , in- 8 °. A Paris , chez les
Marchands de Nouveautés.
Recueilpourfervir deſuite aux lectures pour les
Enfans & les jeunes Gens , ou Choix de petits
Contes également proprreessàles amuſer & à leur infpirer
le goût de la Vertu , Volume in- 12. A Paris ,
chez Nyon l'aîné , Libraire, rue du Jardinet.
Oraiſon Funèbre de Christophe de Beaumont ,
'Archevêque de Paris', par M. l'Abbé Thuel, premier
Vicaire de S. Médard, in 8° . A Paris , chez
l'Auteur , au Vicariat de S. Médard ; & chez Berton,
Libraire , rue S. Victor.
Catalogue des Livres de la Bibliothèque de M.
Turgot , Ministre d'État , dont la vente comunencera
le 7 Mai , & continuera les jours ſuivans , à
trois heures de relevée, dans la Salle des Auguſtins,
Volume in- 88. A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire,
quai des Auguſtins.
TABLE.
VERS à l'Académie Fran- Obfervations fur les Lois Criçoise,
76
LaRéussite infaillible , Conte , AcadémieRoy. de Mustq. 89
49 minelles,
53 Comédie Françoise ,
pagnarde, 60 Gravures ,
Couplets envoyés à une Cam- Comédie Italienne,
Enigme& Logogryphe, 62 Musique ,
Molière à la Nouvelle Salle , Annonces Littéraires,
64
APPROΒΑΤΙΟΝ.
१०
91
93
94
95
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 11 Mai. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. AParisa
Le10 Mai 1782, DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 8 Mars.
LA Porte vient d'envoyer des ordres précis
à ceux de ſes ſujets qui ſe ſont établis
depuis quelques années dans la Moldavie
&dans la Walachie , de revenir dans les
Domaines de S. H. Le terme qui leur eft
fixé pour obéir va juſqu'an is du mois
prochain.
Le Grand-Seigneur a donné la liberté à
un Gentilhomme François qui avoit été
pris ily a 3 ans ſur une frégate Maltoiſe qu'il
commandoit en ſecond.
Il paroît que le Patriarche ſchiſmatique
perd tous les jours l'appui qu'il s'étoit ménagé.
Il étoit parvenu , l'année dernière , à
faire condamner aux Galères quelques Marchands
Arméniens qui n'avoient point d'autre
crime que celui d'être Catholiques. Ils
font parvenus à manifeſter leur innocence ,
11 Mai 1782. C
1501
& l'injustice du Patriarche ; le Divan a déja
rendu la liberté à 3 de ces Marchands ; & les
autres eſpèrent de ne pas languir encore
long-tems dans les fers.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 10 Avril.
Le Roi vient de faire les changemens
fuiyans dans l'adminiſtration ſuprême des
Finances . La direction de la balance d'Etat
& des Finances eſt ſupprimée , & les fonctions
en ſont partagées entre le Collége
Royal des Finances & la Banque Royale
d'Emprunt , pour ce qui regarde les dettes
en pays étranger & leur rembourſement.
M. Steman , Conſeiller- privé , a été nommé
Miniſtre des Finances ; & le Comte de
Schimmelman , fils du feu Grand-Tréſorier,
a été déclaré Miniſtre du Commerce. Le
premier , qui étoit chef de la Chambre
Royale des rentes , a été remplacé par M.
de Mumſen , Conſeiller-privé , & le dernier
qui étoit chef de la Chambre générale
des Douanes , l'a été par M. de Reventlau
, ſecond Député au Collége du
Commiffariat de la Marine; ce poſte a été
donné à M, de Scheel , Chambellan.
Le vent contraire a forcé près de so bâtimens
de diverſes Nations , qui alloient
à la Baltique , de relâcher près de Cronenbourg
; il y en a dans ce nombre un Anglois
qu'un corfaire François avoit pris & relâ
(51 )
ché enſuite au moyen d'une rançon de soo
guinées.
Le vaiſſeau de guerre la Princeſſe Sophie-
Frédérique , Capitaine Lous , a été envoyé
dans le Sund pour y fervir de vaiſſeau
de garde. Les bâtimens le Roi de Danemarck
& la Princeffe Sophie Madelaine ont mis à
la voile pour la Chine.
Les actions de la Compagnie des Indes
Occidentales ſe ſoutiennent encore ; celles
de la Compagnie d'Aſie ſont tombées de
1900 rixdahlers à 1700 , & celle de la Bal
tique de 195 à 138 .
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 10 Avril.
LE 8 de ce mois on a commencé , dans
toutes les Egliſes de cette Capitale , à faire
les Prières d'uſage pour l'heureuſe délivrance
de la Reine qui avance dans ſa
groffeffe.
» Le Roi , par une notification expreſſe , vient
d'avertir ſes ſujets qu'Helſingor ſervira cette année,
comme la précédente , de lieu d'aflemblée pour tous
les navires Marchands Suédois , qui voudront navi.
guer ſous convoi. Le premier convoi partira le 29
Mai prochain , ſous la protection du Spreng-Porten,
frégate de guerre qui eſcortera ces bâtimens juſques
dans laMéditerranée , avec injonction à la frégate
de veiller ſoigneuſement à ce que chaque navire
duconvoi ſoitrendu à ſa deſtination; elle s'arrêtera
dans la même mer juſqu'au premier Septembre prochain,
& reprendra alors à la hauteur de Malaga
C2
52 }
les navires Marchands Suédois qui voudront revenir.
Le 2e. convoi partira du Sund le 14 Juillet
avec le Poftillon, frégate de guerre qui prolongera
fon escorte jufqu'au Cap Finiftère , & de-là reviendra
en Suède. Le 3e partira le 31 Août avec l'Illerim ,
& tiendra la même route que la précédente ; le
dernier fortira du Sund de 30 Septembre , fous la
protection de la frégate de Grypen , qui mènera
fon convoi jufqu'à Livourne , où elle paffera l'hiver,
en croifant par -tout où elle pourra être utile
aux navires Marchands Suédois. Vers la fin de
Février la frégate quittera fa ftation pour revenir ,
après avoir rempli une commiffion particulière à
Maroc. Dans fa route , elle prendra fous fon convoi
les navires Suédois deftinés pour Carlſcron « .
POLOGNE
De VARSOVIE , le 12 Avril.
LE 4 de ce mois Augufte - Alexandre
Prince de Czartoriski defcendant des
Jagellons, oncle maternel du Roi , Waiwodę
de Ruffie , Lieutenant- Général de l'armée de
la Couronne , Chef du régiment des Gardes
à pied , Chevalier des Ordres de l'Aigle
Blanc , de Saint- André , de Saint- Staniflas ,
&c. eft mort ici dans la 84e . année de
fon âge.
La Commiffion nommée pour l'examen de
l'affaire de l'Evêque de Cracovie , lit - on dans une
lettre de cette Ville , l'a trouvé , dit-on , incapable
d'exercer le fpirituel ; & quant au temporel , elle
le lui laiffe fous la direction de 2 Curateurs ; par cet
arrangement l'Evêque de Plocko , fon Coadjuteur ,
adminiftrera le fpirituel . La Commiſſion a auffi jugé
que ceux d'entre les Chanoines qui fe font le plus
( 53 )
empreſſés de donner leurs voix pour faire arrêter
leur Evêque , doivent être démis , & les autres condamnés
à 6 mois de retraite. Mais ce jugement
demande encore la confirmation du Conseil Permanent.
On a lieu de craindre que les terres de
l'Evêque & du Chapitre ſituées ſur le territoire
Impérial , & qui y ont été ſéqueſtrées , ne ſoient
entièrement perdues pour la Pologne. On croit que
l'intention de l'Empereur est d'en donner la jurifdiction
ſpirituelle & les revenus à l'Evêque de
Jarnocc.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 17 Avril.
IL arrive ici journellement des perſonnes
de diſtinction ; parini celles qui font venues
- tout récemment , ſe trouvent le Prince-
Evêque de Prague , le Prince-Evêque de
Freyfing , le Prince Bariatinsky , Miniſtre
de Ruffie à la Cour de France , venant
de Pétersbourg & retournant à ſon poſte ;
le Prince-Evêque de Breſlau , l'Evêque de
Raab , & le Prince Prélat de St Blaiſe.
On ne fait point encore quel eſt le réſultat
de la grande négociation que le Pape
eſt venu traiter lui-même , mais on fait que
les Ordonnances de l'Empereur s'exécutent
par-tout. On apprend que l'on n'a ſuſpendu
nulle part les fuppreffions de Couvens ;
quant aux affaires des Proteſtans dans le
Royaume de Hongrie , elles ne ſont pas
encore réglées ; l'exécution des Lettrespatentes
de l'Empereur ſouffrent quelques
C3
( 54 )
difficultés , le Confeil Royal de Presbourg
ne veut accorder aux Proteftans que 10
nouveaux Temples ; cette affaire eft , dit- on ,
maintenant portée devant S. M. I. , & on en
attend la décifion.
Tous les Seigneurs territoriaux de la Carniole
ont eu ordre d'envoyer leurs déclarations
aux Tribunaux fupérieurs , pour favoir
de combien de Curés & de Chapelains ils
auroient encore befoin dans leurs Seigneuries,
On dit que l'Empereur s'eft entretenu
très-long- tems avec le Prince de Kaunitz ;
le Feld-Maréchal de Lafcy , ajoute- t- on
étoit préfent , & doit aller inceffamment à
Berlin & à Drefde. Depuis ce tems on parle
du voyage d'un grand Souverain qui , en fe
rendant en Italie pour y prendre les bains ,
que les Médecins lui ont confeillé , paffera
dans cette Capitale & s'y arrêtera quelques
jours incognito.
La fête que le Baron de Breteuil a donné
le 14 de ce mois à l'occafion de la naiffance:
de Monfeigneur le Dauphin a été très brillante
; elle a été accompagnée d'un fuperbe
feu d'artifice tiré fur le Pratter , où fe trou
vèrent plus de 70,000 perfonnes , & malgré
cette affluence prodigieufe il n'eſt arrivé
aucun défordre.
Il paroît diverfes Ordonnances de l'Empereur
; la première défend d'enterrer les
morts dans les Eglifes des Villes & des
Villages ; toutes les fépultures doivent être
755 )
en plein champ , & il eft enjoint de jetter
de la chaux fur les cadavres. La feconde
défend de placer ailleurs que dans les fonds
publics , les deniers des Eglifes & d'autres
établiffemens pieux . La troifième exclut les
Moines de toutes les Chaires de Profeffeur ,
n'importe de quelle Faculté.
Le célèbre Abbé Métaftafe eft mort le
12 de ce mois dans la 84e. année de fon
âge ; il n'a point vu le Pape , parce que fa
maladie l'en a empêché ; mais dès que S. S.
l'a fu en danger , elle lui a envoyé fa bénédiction
in articulo mortis.
Le i de ce mois il fit une chaleur exceffive
quoiqu'il eut gelé la veille : il y eut
un orage pendant lequel la foudre tomba
en plufieurs endroits de cette Ville , & y tua
deux perfonnes .
De HAMBOURG , le 20 Avril.
SELON les lettres de Vienne , le départ
du Pape pour retourner à Rome eft prochain
, & on prétend qu'il fera fuivi de la
publication de quelques Ordonnances &
d'une entre autres qui profcrira tout recours
, tout appel au Tribunal de la Nonciature
dans les Etats de S. M. I.
2
י כ
L'Evêque de Gortz , lit -on dans une lettre de
Vienne , qui avoit refufé , comme l'on fait , de Publier
les nouvelles Ordonnances de l'Empereur concernant
la tolérance religieufe , eſt , dit-on , trèsmortifié
d'avoir déplu également à l'Empereur &
au Pape.. On raconte ici que lorsqu'on a inftruic
l'Empereur que la brochure qui a paru fous le
-
C4
756 )
titre : Qu'est-ce que le Pape ? & quelques autres
du même genre , excitoient beaucoup de mécon
rentemens , S. M. I. a répondu qu'il étoit vrai que
la liberté de la preffe entraînoit beaucoup d'inconvéniens
, mais que d'un autre côté , elle avoit auffi
Les avantages. Ce n'eft point en effet par des brochures
qu'il faut juger les hommes , mais par leurs
actions . Il a cependant été enjoint aux prépofés à
la cenfure des livres de fupprimer tous les écrits
licentieux ; & deux Cenfeurs ont perdu leur place
pour avoir eu trop d'indulgence. On affure que
peu avant l'arrivée du Pape , l'Empereur a dit
publiquement que la vifite du Comte & de la Comteffe
du Nord lui avoit été très - agréable ; que celle
du Pape le touchoit & qu'une troifième qu'il recevroit
peut-être à la fin de l'année , étonnera toute
l'Europe «.
-
On apprend de Berlin que le 7 de ce
mois on fit fauter quelques mines en préfence
du Roi , pour effayer fi la poudre qui
y avoit été mife l'automne dernière , s'étoit
bien confervée pendant l'hiver . L'effet répondit
parfaitement à l'attente qu'on en
avoit ; mais à cette occafion , le Corps
d'Officiers eut une grande frayeur , lorf
qu'il vit une grenade d'une demi-livre tomber
fur le Roi . Heureufement cette grenade
ne frappa que légèrement la hanche droite
de S. M. qui raffura elle- même les affiftans.
» Le Bacha de Trawinck , écrit- on d'Efclavonie ,
a notifié un ordre du Grand- Seigneur , qui fixe le
nombre d'hommes que chaque endroit de la Bofnie
deit fournir inceffamment; la ville frontière de Szrin ,
en fournira 150 , celle de Banialuka 200 , & celle
de Trawinck 300 , & ain les autres villes & endroits
(
5757 )
dans la même proportion. Ces troupes doivent fe
tenir prêtes à marcher au premier firman du Grand-
Seigneur , & fe rendre du côté de Bender. Tout eft
tranquille fur nos frontières , & jamais les Mufulmans
n'ont été plus honnêtes envers les Négocians
& autres fujets de Sa Majefté Impériale qu'ils le font
actuellement «.
On a fait à la fin de l'année dernière un
état de la population de la Bavière , il en
réfulte qu'elle renferme 815,195 habitans.
On en compte 37,840 à Munich , 316,891
dans le grand Bailliage de Munich , 260,049
dans celui de Straubing , & 200,415 dans
celui de Burghauſen.
Madame l'Electrice , écrit - on de Drefde ,
eft enceinte ; après 13 ans de mariage fans
poftérité , on craignoit de ne point voir
de rejettons de LL. AA. EE. régnantes. Cet
évènement heureux qui n'eft plus douteux
aujourd'hui , a rempli de joie tous les fujets
de l'Electeur ; les prières publiques
pour l'heureufe délivrance de l'Electrice
commenceront le 21 de ce mois.
ITALI E.
De LIVOURNE , le 10 Avril.
୭ ON apprend de Milan que le 9 du mois
dernier , on y a publié un decret impérial
par lequel les afyles dans les Eglifes font
fupprimés , & entre autres la loi du 9
Décembre 1757 qui les avoit favorisés.
La Régence de Mantoue a ordonné la
fuppreffion de 9 Couvens de Francifcains
CS
( 58 )
qui doivent être évacués en so jours ; comme
il y en a dont les revenus font confidérables
, elle a nommé une députation.compolée
des principaux citoyens de la ville
pour faire l'inventaire de leurs biens , meubles
& immeubles ainfi que de leur argenterie
; les Religieux pourront fe retirer dans
d'autres Couvens , ou refter dans le monde
avec une penfion , en obtenant préalablement
en ce dernier cas , les difpenfes néceffaires.
» On vient de voir à Ortone dans l'Abruze citérieure
, écrit-on de Naples , un phénomène aflez
fingulier ; une partie du continent située auprès
d'un monticule , s'en eft féparée pendant la nuit du
25 Février , & forme à préfent une île dans la mer
Adriatique. Cette île n'eft pas confidérable ; elle n'a ,
dit-on , que 150 aunes de largeur fur 600 de longueur.
Ce que cet évènement effre de plus remarquable
, c'eft la frayeur des habitans d'Ortone ,
qui fuyent de tous côtés , les femmes emportent
leurs enfans , & les hommes leurs effets les plus
tranfportables , de peur de devenir, infulaires à
la première nuit. La Reine approche du terme
de fa groffeffe , & on vient de nommer les perfonnes
deftinées à affifter à fes couches. L'Archevêque
s'eft déja rendu à Caferte pour les fonctions
du Baptême «.
ESPAGNE.
De CADIX , le 15 Avril.
ON a fait fortir 4 vaiffeaux de ligne pour
aller croiſer vers le Détroit ; avec eux font
fortis auffi les bâtimens frétés pour le Roi
( 59 )
qui doivent porter les batteries deftinées à
l'attaque des Moles. Notre Gouverneur a
reçu ordre d'envoyer pour cet effet à Algéfiras
140 canons de fonte , fans compter
50 autres qui viennent par terre de Ciudad
Rodrigo ; il y en a déja 136 au camp de St-
Roch. On peut juger d'après la grandeur
de nos préparatifs que la place fera attaquée
de manière à fuccomber.
Notre convoi de relâche à Malaga reviendra
avec celui qu'on attend de Minorque
à Algéfiras , & il profitera de fon
eſcorte pour le rendre ici. La Cour a promis
de lui donner des vaiffeaux de guerre
pour l'accompagner lorſqu'il remettra à la
voile.
Selon les lettres de Madrid , le Duc de
Crillon eft fréquemment à Aranjuez , où il
a de longues conférences avec S. M. L'objet
qu'on y traitoit étoit fans doute fort important
, puifque la dernière a duré près
de 3 heures. Il a été auffi fouvent enfermé
avec les Miniftres & avec M. d'Arçon .
M. de Turpin qui commandoit l'Hercule ,
vaiffeau de l'armée de M. le Comte de
Graffe , vient d'arriver ici de la Martinique
fur un bâtiment particulier. Cet Officier
eft fi malade , qu'on a craint à chaque inftant
de le perdre pendant la traversée. Il
pourra fe rétablir ici. Ce bâtiment ne nous
apporte des Antilles que les nouvelles que
nous favions déja.
Nous avons reçu des avis certains de
c 6
( 60 )
notre convoi forti de cette baie le 4 Janvier
dernier aux ordres de D. E. Borza ; il a été
en droiture à St - Domingue , & il mouilla
au cap le 12 Février. Les navires chargés
de vif- argent & ceux du commerce , continuèrent
leur route quelques jours après ,
& nous apprenons qu'ils entrèrent à la
Havane le 28 du même mois.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 30 Avril.
L'AMIRAUTÉ a reçu des nouvelles de
l'Amérique Septentrionale & des Iſles ; mais
elles font , en général , peu importantes &
fe réduifent au petit nombre de détails
fuivans :
Tout eft tranquille à New-Yorck , &
dans les environs , nos croifeurs ont fait
quelques prifes dans ces parages. La frégate
la Garland entre autres , s'eft emparé d'un
gros bâtiment Hollandois chargé de farines
déftinées pour les poffeffions Françoiſes &
Espagnoles,
Selon une de ces lettres en date du zo
Mars , le bruit couroit à New-Yorck qu'il
s'étoit livré dernièrement un combat trèsmeurtrier
près de Charles-Town dans la
Caroline Méridionale , entre les troupes
Angloifes & l'armée aux ordres du Général
Green. Mais on en ignore la date , les détails
& l'iffue ; un détachement s'étoit mis en
( 61 )
marche le 18 Février , & on croyoit qu'il
alloit attaquer le Général Gréen. :
Les nouvelles des Iſles ont été apportées
par le paquebot le Swift , chargé des dépêches
de l'Amiral Rodney qui a envoyé
l'avis de ſa jonction avec l'Amiral Hood ,
& fon plan d'opérations pour la campagne.
On areçu en même tems , par le Swift , lés
nouvelles ſuivantes .
» Quelques jours avant ſon départ de Sainte-
Lucie , un brigantin François pris par quelques vailſeaux
de S. M. en croiſière dans cette ſtation, avoit
éré envoyé à Sainte-Lucie. Ce bâtiment a donné à
l'Amiral Rodneydes nouvelles qui lui font concevoir
les plus grandes eſpérances , & qui ſont de la teneur
ſuivante: Lebrigantin a mis à la voile de Breſt le 1
Février avec M. de Guichen & 14 vaiſſeaux de ligne .
M. de Guichen a eſoorté juſqu'à une certaine latitude
les bâtimens avec leſquels il alloit de conſerve ,
& a fait route enſuite pour Cadix . Le même brigantin
a informé l'Amiral Rodney que 15 jours avant
d'arriver aux Iles , il s'étoit ſéparé de la flotte qui
étoit compoſée de 65 tranſports &de pluſieurs bâtimens
de commerce, & qui étoit convoyée par 3 vaifſeaux
de ligne & deux frégates , & qu'elle faifoit
route pour la Martinique. En conféquence de cet
avis , l'Amiral Rodney a mis auffitôt en mer avec
37 vaiſſeaux de ligne & un vaiſſeau de so canons ,
pour aller intercepter cette flotte. Lorſque le Swift
quitta les Ifles le 24 Mars , cet Amiral croiſoit
au vent de la Martinique «.
Pluſieurs des bâtimens marchands qui
étoient partis de Portsmouth le 11 Février ,
étoient arrivés à Sainte- Lucie , où ils ont
porté à l'eſcadre des proviſions dont elle
manquoit & qui l'ont miſe en état d'appa- .
reiller. On fait que cette flotte avoit été
( 62 )
difperfée à la hauteur des Açores ; & on fe
flatte , depuis qu'il en eft arrivé partie à
Sainte- Lucie , que le refte aura auffi le bonheur
de toucher à fa deftination .
Voilà tout ce que l'on fait jufqu'à préfent
des nouvelles apportées par ce paquebot ;
on fe flatte que rien ne confirmera celles
qui s'étoient d'abord répandues & qui devoient
nous inquiéter , on difoit que Tortola
s'étoit rendue aux François aux mêmes.
conditions que St- Chriftophe & Nevis , &
on ajoutoit même que la Barbade avoit fubi
le même fort ; mais jufqu'à préfent ces avis
fâcheux ne paroiffent être appuyés fur aucune
autorité.
Le Capitaine Taylor , commandant la
frégate du Roi la Proferpine , eft auffi arrivé
de la Jamaïque. Le 28 Février le Gouverneur
adreffa le difcours fuivant à l'affemblée
générale .
Les armemens prodigieux de la France aux
Antilles , où elle n'a déjà eu que trop de fuccès
& l'arrivée récente de forces redoutables , tant à
St.-Domingue qu'aux Inles de Cuba , démontrent
que l'ennemi eft déterminé à pourfaivre avec la
plus grande vigueur la guerre dans ces parages .
Je ne mériterois point la confiance que vous avez
bien voulu mettre en moi , fi je ne vous preffois
avec les inftances les plus vives , de vous occuper ,
le plutôt poffible , des meſures qu'il faut prendre
pour repouffer une attaque. La connoiffance que
j'ai des difpofitions des Habitans , des forces de
terre & de mer de S. M. , & de l'ardeur de la Milice
, ne me laiffe aucun doute qu'avec un fage
emploi de nos reffources intérieures , nous ne triom
( 63 )
phions des efforts combinés de l'ennemi contre cette
Colonie. On a , dit-on , reçu avis qu'une eſcadre
Françoiſe de 9 vaiſleaux de ligne avec 100 tranfports
eſt arrivée depuis peu au Cap François , &
qu'un armement composé de is vaiſſeaux de ligne
& de 13,000 hommes de troupes , eſt pareillement
entré à la Martinique. Il ne paroît plus douteux que
les plans concertés depuis quelque tems entre les
Cours de France & d'Eſpagne , pour la conquête
de certe Iſle , ne tarderont pas à être mis en exécution
, & que nous ferons attaqués par des forces
qui nous mettront dans la néceffité de déployer
toutes nos reflources pour n'y pas fuccomber. Les
talens de nos Commandans en chef, la valeur &
la diſcipline de l'armée que le Roi a envoyée à
notre défenſe , la bravoure & le patriotiſme d'une
Milice compoſée d'hommes libres qui combattent
pour la liberté , les ſecours que nous ne pouvons
manquer de recevoir de l'eſcadre de S M. , en ſtation
ici, la nature du pays , ſi ſingulièrement favorable
àune défenſe, tout ſe réunit pour nous confirmer
dans la ferme croyance que les ennemis ne
tarderont pas à ſe retirer de nos côtes , &que la honte
d'un échec ſera le ſeul fruit d'une entrepriſe aufli
téméraire &.
د
L'inquiétude qui règne dans cette Ifle
depuis la publication de la loi martiale
fait entrevoir le plus grand découragement ;
le jour du départ de la Proferpine on avoit
dépêché deux aviſos , l'un à New- Yorck
l'autre à l'Amiral Rodney. La Proferpine a
rencontré , dans le paſſage du Vent , s vaifſeaux
Eſpagnols & 2 frégates; quelques jours
auparavant on avoit vu entrer au Cap
19 tranſports qui appartiennent à cette
efcadre.
7
? 641
"La croifière de MM . de Solano & de Galvez ,
lit-on dans une lettre de la Jamaïque , a fingulièrement
épouvanté nos habitans ; le Gouverneur ne néglige
rien pour les raffurer , & on ne voit pas malheureufement
qu'il y réuffille. Il adreffe de beaux
difcours à l'affemblée ; & elle voudroit voir une
efcadre formidable veillant à la défenſe de l'lfle .
Les provifions font extraordinairement rares , & le
baril de farine fe vend 16 liv . fterl. La frégate de
S. M. la Sybille , de 28 canons , étant en croiſière .
à la hauteur de cette Ifle , a été priſe par un vaiſſeau
de guerre Espagnol & conduite à la Havane , d'où le
Capitaine a obtenu la permiffion de revenir ici fur la
parole. Le 18 Février , il eſt arrivé à Kingſton
unfloop du Roi venant de la Georgie après une
traversée de zo jours. Par la latitude de 27 23 &
longitude 67 37 , il a vu une flotte très-nombreuſe
portant au N. E.; un des vaifleaux lui a même
donné chaffe. Lorfqu'il étoit dans la rade de Pybée,
il y a été informé par un autre floop de S. M. , que le
Général Waynes s'étoit mis en marche avec une armée
pour aller affiéger Savanah , & qu'un certain
nombre de troupes s'étoit embarqué à Charles-
Town pour porter du fecours à la place menacée.
Le Sandwich commandé par le Chevalier
P. Parker , doit mettre à la voile vers le 15 Avril
avec un convoi deftiné pour l'Angleterre «.
La néceffité de faire paffer des fecours
à la Jamaïque , & en général dans toutes
nos ifles , eft vivement fentie. On a embarqué
le 19 de ce mois les détachemens
des 60e. , 79e. & 19e. régimens qui font
deflinés pour la première de ces poffeffions .
Les bâtimens chargés de porter dans ces
mers & dans l'Amérique feptentrionale
des troupes & des approvifionnemens font ,
( 65 )
dit- on , prêts ; il ne s'agit plus que de leur
donner des eſcortes ; on ne peut les fournir
qu'en diminuant l'efcadre de la Manche ;
& les nouveaux Miniftres ne voient pas
d'autre moyen de les remplacer , que de
raffembler & d'équiper tous les vaiffeaux
de garde & tous les vaiffeaux hopitaux ;
plufieurs de ceux de l'Inde feront convertis
en bâtimens de so canons & employés comme
convois en attendant que d'autres vaiffeaux
de guerre puiffent être armés pour
ce fervice. On travaille avec toute l'activité
imaginable dans nos chantiers. On y a multiplié
les ouvriers , & comme les nationaux
ne fuffifent pas , il a été envoyé à Hambourg
& dans d'autres ports l'ordre d'offrir
un traitement à tous les conftructeurs qu'on
pourra s'y procurer , & de les faire paffer .
le plutôt poffible en Angleterre pour le
fervice de la marine royale.
Le Lord Howe eft actuellement à Portfmouth
, où il veille lui-même aux travaux
néceffaires pour faire équiper le plus promp
tement poffible l'efcadre dont il doit prendre
le commandement ; il a hiffé fon pavillon
à bord du Victory de 100 canons. Il
n'y a que 4 vaiffeaux dans ce port & encore
font- ils en réparation ; mais on fe flatte
qu'ils feront bientôt prêts ; on y en attend
3 de Plymouth , & il y en a 8 à Spithead.
Cela ne fait en tout que 15 vaiffeaux ; ils
pourront être augmentés par quelques- uns
de l'efcadre de l'Amiral Barrington au re(
66 )
tour de ſa croifière ; & on affure que lorfque
celle de l'Amiral Howe ſera affez confidérable
pour pouvoir fortir ſans danger
elle tentera le ravitaillement de Gibraltar .
,
Dans ce moment on ne s'occupe ici que
du ſuccès de la croiſière de l'Amiral Barrington.
Il eſt arrivé à Ste-Hélène d'où il a
adreſſé le 25 de ce mois la lettre ſuivante
à l'Amirauté qui l'a publiée le 25 .
Le 20 de ce mois , Oueſſant ne nous reſtant
plus qu'à 23 lieues au N. E. E ; à 1 heure aprèsmidi
la frégate l'Artois , commandée par le Capitaine
Macbride , ſignala une flotte ennemie , mais
l'éloignement qui nous ſéparoit étoit ſi grand , que
je diftinguois à peine les couleurs des pavillons. Letems
étoit calme ; mais il fraîchitbieennttôôtt ,, & je fis
fignal de chaſſe générale. L'ennemi étoit encore fi
éloigné de nous , qu'à 3 heures ſeulement je pus le
reconnoître de la tête du grand mât. Sur le ſoir 7
de mes vaiſſeaux étoient fort de l'avant à moi. Le
Foudroyant, Capitaine Jervis , étoit le plus avancé ;
dans la nuit le vent ſoufflant bon frais & le tems
brumeux , le Foudroyant perdit de vue les vaifſeaux
qui marchoient de conferve avec lui , & à minuit 47
minutes il livra le combat au Pégafe , de 74 canons
&de 700 hommes d'équipage. Le feu fut fourenu
des deux côtés pendant 3 quarts d'heure , mais le
Foudroyant aborda le Pégaſe à babord , & lui fit
amener ſon pavillon . J'eflaierois en vain de vous
exprimer les éloges qui ſont dûs à la conduire courageuſe
du Capitaine Jervis , ainſi qu'à la difcipline
&àlabravoure de ſes Officiers &de tout ſon équipage.
Son propie récit que vous trouverez ci joint
doit ſeul parler en ſa faveur. -Quelques inftans
après le point du jour , le lendemain matin , le vent
qui ſouloit avec force du Sud, ſauta à l'Ouest , &
( 67 )
fa violemment , que je pouvois à peine porter mes
baſſes voiles pour quitter les eaux d'Oueflant &
gagner l'ouvert de la Manche , où je mis en panne
&reſtai juſqu'an 22 au ſoir pour réunir mon eſcadre.
Selon le rapport des priſonniers il devoit y
avoir 18 bâtimens , fous l'eſcorte du Protecteur &
du Pégafe , de 74 , de l'Andromaque , de 32 , & da
vaiſſeau l'Actionnaire , à 2 ponts , armé en flûte ;
le tout deſtiné pour l'Ile de France. Ce convoi avoit
mis à la voile de Breſt le 19. Je ne ſaurois vous
donner un détail exact des priſes que nous avons
faites ; on l'aura, ſans doute , à meſure que les bâtimens
amarinés entreront dans les Ports. Je crois
cependant qu'il doit y en avoir 10 « .
La relation du Capitaine Jervis eft conçue
ainfi.
>> Le 20, vers le coucher du ſoleil , j'étois aſſez
près pour découvrir que la flotte ennemic compoſée
de 3 ou 4 vaiſſeaux de guerre , dont 2 de ligne
faiſont ſignal à 17 on 18 voiles, de ſe difperfer.A
9heures & un quart j'apperçus le plus petit vaiſ
ſeau de guerre qui arraiſonnoit le vaiſſeau de ligne
le plus de l'avant. Peu de tems après il s'éloigna.
A10 heures&un quart ,le vaiſſeau de ligne le plus
de l'arrière, s'étant apperçu que nous portions fur
lui toutes nos voiles dehors , ſe retira; je le pourfuivis,
& à minuit 47 minutes j'engageai le combat
qui dura trois-quarts d'heure , au bout deſquels je
l'abordai à babord; & le vaiſſeau François de 74 canons,
nommé le Pégaſe , amena ſon pavillon. Il
avoit 700 hommes d'équipage , & il étoit commandé
par le Chevalier de Cillart.- Rien ne peut donner
-des preuves plus convaincantes de la bonne conduite
des Officiers & de la diſcipline de mon équipage ,
que le nombre des tués & des bleſſés , ainſi que les
avaries eſſuyées des deux côtés .-Je ſuis enchanté
de pouvoir vous aſſurer que 2 ou 3 hommes ont été
( 68 )
bleffés avec moi ; mais j'apprends par M. le Cheva
lier de Cillart , que le Pégafe a fupporté un carnage
confidérable , & que ce vaiffeau a été confidérablement
endommagé dans fa mâture & dans fes
vergues, fon mât de mizaine & fon petit mât de hune
fe font abattus peu de tems après l'action . Il ventoit
fi fort hier au matin , que j'ai eu beaucoup de peine à
faire paffer 80 hommes à bord de ma prife , contre
lefquels j'ai reçu 40 prifonniers . Je crains que 2 de
mes canots employés à cette opération n'aient péri .
Le mauvais état de ma prife & la violence des
James me forcèrent de faire un fignal de détreffe. Le
Commodore Elliot l'entendit & fit fignal au Quéen
d'affifter le vaiſſeau déſemparé ; hier au foir à 8 heyres
ils étoient au Sud Sud- Oueſt , environ à 4 milles
de diftance de nous ; je mis en panne juſqu'à 10 heures
, dans l'efpoir qu'ils me joindroient , mais ne les
appercevant pas , nous courûmes au vent Eft , &
fîmes 23 lieues avant le jour ; ne découvrant rien
encore , nous mîmes en panne , & ce ne fut qu'à
8 heures & demie que nous orientâmes nos voiles
pour rejoindre l'efcadre. Selon ce que j'ai pu recueillir
des prifonniers , cette petite efcadre commandée
par M. de Soulanges , & compofée du Protecteur
du Pégase & de l'Andromaque , effayoit
encore une fois de fe endre aux Indes Orientales.
Une partie des troupes qu'elle conduifoit ayant déja
été prife par l'efcadre aux ordres du Contre- Amiral
Kempenfeldt , à la vue des vaiſſeaux de guerre
dont on a fait men tion ci-deffus «.
Les prifes arrivées à Plymouth le 22 font
au nombre de 10 & forment 5750 tonneaux
, 130 canons & 1012 hommes d'équipage
, dont 43's foldats. S'il faut en croire
quelques avis le Pégafe eft auffi arrivé ;
& quelques lettres annoncent la prise de
( 69)
l'Actionnaire ; mais elle n'eft pas encore confirmée
.
On a lu dans la Gazette de la Cour
des nouvelles de l'Inde venant par Baffora
; mais on ne dit ni par qui elles font
écrites , ni à qui elles font adreffées . Elles
ne parlent que de l'affaire du 27 Septenbre
, entre Sir Eyre Coote & Hyder-Ali ;
cette bataille , affurément très - longue &
très- fanglante , a duré , dit-on , depuis 9
heures du matin juſqu'au coucher du foleil ;
nos troupes ont été victorieufes ; mais il
paroît que ce n'eft- là que la première partie
de la nouvelle ; la feconde portée à
l'Ile de France le 23 Novembre , par un
Navire arrivé de Ceylan en 26 jours , &
arrivé de- là en France , annoncé la revanche
prife par les Indiens , qui n'ont point
évacué le Carnate comme on l'a dit dans
nos papiers , & qui peuvent nous faire
encore beaucop de mal .
à
tres
-
Le 23 , M. Th. Townshend préfenta un bill tendant
permettre de loger les Troupes étrangeres venant
de Minorque chez les Habitans des Villes qu'on
choifira à cet effet , jufqu'à ce qu'on ait pris d'auà
leur arrangemens égard. Le Général Smith
s'oppofa à cette motion. Ce pays-ci , dit-il , a déja
affez de troupes pour le protéger contre les invafions.
Je ne vois pas pourquoi on retiendroit les
Troupes Hanovriennes , tandis que ce pays n'eſt
déja que trop furchargé de Soldats. M. Nolle
& le Comte de Nugent s'oppoferent à ce bill.
M. Th. Townshend répondit , que le bill n'avoit
point pour objet d'introduire des Troupes étrange(
70 )
res dans le Royaume , mais feulement de prendre
un arrangement provifoire & momentané à l'égard
d'un corps de Troupes étrangeres qui avoient combattu
pour la Grande-Bretagne , & qui , ayant été
faites prifonnieres de guerre à fon fervice , paffoient
actuellement en Angleterre , jufqu'à ce qu'elles puf
fent être transportées dans leur pays. Il affura la
Chambre que perfonne ne goûteit moins que lui
l'introduction de Troupes étrangeres , ou l'entretien
d'une armée fur pied ; mais que , dans le cas actuel,
la générosité & la néceffité forçoient de prendre un
arrangement provifoire & momentané , relativement
à ces étrangers.
Le 25 , la Chambre s'étant formée en Comité de
fubfides , M. Townshend , Secrétaire de la Guerre ,
fe leva , & dit : Les Miniftres , qui m'ont précédé
dans le pofte que je remplis , étoient dans l'ufage
de donner des éclairciffemens fur l'affaire actuelle ,
mais les eftimations des extraordinaires de l'armée
ayant été présentées par mon Prédéceffeur , & non
par moi à la Chambre , on ne doit pas s'attendre
que je traite à fonds cet objet , ni que je fois en
état de répondre à toutes les queftions que le Comité
jugera à propos de faire. Je ferai donc obligé
d'avoir recours à l honorable Membre qui a mis
les eftimations fur le Bureau , & que je fuis charmé
de voir ici. Je ne doute aucunement que l'honorable
Membre ne donne les éclairciffemens les plus
étendus fur l'affaire , & qu'il ne l'explique de maniere
à mériter toute l'approbation de la Chambre.
La fomme que je propoferai pour les extraordinaires
de l'armée , fe montera à 3,436,399 liv. fterl.; mais
le Bureau de la Guerre ne difpofe immédiatement
fur cette fomme que de 360, cco liv. ſterl.; le mani
ment du refte eft confié à plufieurs autres Bureaux.
En fuppofant donc que je fuffe depuis long - temps
en place , on ne fauroit me rendre comptable d'une
fomme plus forte que celle qui a été verfée dans
( 71 )
mon département. Les extraordinaires de l'armée;
pour l'année précédente , ſont ſoumis àl'examen des
Commiſſairesdes Comptes. D'après leur prudence ,
leur fagacité & l'attention qu'ils donnent à ce travail
, on ne ſauroit douter qu'il ne s'établiſſe des
Règlemens ſages & économiques qui diminueront
beaucoup à l'avenir les ſommes extravagantes auxquelles
ils ont été portés. Je ne puis paſſer ſous
filence un objet qui a groſſi à l'excès leur montant ,
je veux dire les Troupes provinciales ; ce corps eft
armé à l'inſu du Parlement , & dont il n'a jamais
étéfait la moindre mention dans mon département ,
pas plus que ſi elles n'euſſent jamais exiſté. Elles
n'y ſont connues qu'à titre fort onéreux , c'eſtà-
dire , par les ſommes conſidérables qu'on a avancées
pour leur paye. Il conclut par une motion , tendante
à ce que la ſomme prodigieuſe de 3,439,399 1.
ſt. foit octroyée à S. M. pour les extraordinaires
de l'armée . M. Jenkinson ( te dernier Secrétaire de
la Guerre ) , dit : Pendant le temps que j'ai été en
place , j'ai toujours adhéré à la plus ſtricte écono
mie , & j'ai toujours eu ſoin que l'argent du Public
ne fût pas prodigué. Les épargnes que j'ai faites
pendant le cours de la guerre , leſquelles ſe montent
à 460,000 1. au moins , ſomme ſept fois auffi
forte que celle qui a été épargnée pendant la derniere
guerre ; ces épargnes , dis je , feront foi de
ce que j'avance. Il expliqua enſuite la nature de
ces épargnes pour prouver qu'il s'étoit occupé ſcrupuleuſement
des intérêts publics. La ſomme de
90,000 1. ft. , épargnée ſur les extraordinaires de
1781 , auroit éré beaucoup plus forte , dit- il , ſi le
Bureau de la Guerre n'eût pas été obligé de faire
face aux engagemens pris avec quelques Traitans.
Si nous enviſageons , continua-t-il , le nombre immenſedeTroupes
que nous employons , la ſomme
demandée à la Chambre pour les extraordinaires
1
( 72 )

que
de 1782 paroîtra fort modérée & fort jufte . Mais
je n'entrerai pas dans de plus longs détails fur cet
objet : cette affaire eft actuellement foumiſe à l'examen
des Commiffaires des Comptes , qui préviendront
par conféquent toute dépenfe qui ne fera pas
jufte ou néceflaire. Le Colonel Barré affura
les folles dépenfes du Bureau de la Guerre font
infoutenables ; que la Chambre ne s'imagine pas
qu'elle vote fimplement la fomme propofée ; car les
extraordinaires de l'armée , fi nous portons en compte
toutes les différentes fommes appliquées à cet objet,
fe monteront au moins à cinq millions , & en y
ajoutant les diverfes fommes octroyées pendant la
guerre , on verra que le total eft de vingt millions .
Je fuis indigné de voir les abus honteux qui ont
été commis jufqu'à préfent dans la répartition &
l'adminiftration des deniers publics . Nous avons
en Amérique cent Commiffaires qui dévorent les
inteftins de ce pays dévoué à la ruine ; leur falaire
eft de 30 shellings par jour. Plufieurs d'eux, quoique
payés pour des fonctions qu'ils font fuppofés avoir
remplies en Amérique , ne font jamais fortis de
l'Angleterre. Mais ce n'eft pas là le feul grief que
j'aie à produire , il en eft mille autres qui ont mis
la Nation fur le bord du précipice. -Le Chevalier
Philip-Jenning Clarke reprocha aux derniers
Miniftres la méthode difpendieufe qu'ils avoient
adoptée pour les fourrages de la Cavalerie en Amérique.
Il affura le Comité que trois grains d'avoine
coûtoient un demi penni à la Nation. - Le Colonel
Barré dit , qu'il étoit informé de borne part
qu'il y avoit eu jufqu'à dix-neuf Commiſſaires à la
fois à New-Yorck , & que le Commandant en chef
les auroit renvoyés en Angleterre , s'il n'eût craint
de défobliger les Miniftres . Il dir que tous les
Commiffaires employés pendant la derniere guerre
´n'avoient pas coûté à la Nation la douzième partie
( 73 ) :
tie de ce qu'ont coûté ceux qu'elle a actuellement
en Amérique.
Les affaires de l'Irlande fixent toujours
l'attention. Le Duc de Leinſter arrivé depuis
peu de Dublin , a eu des conférences
avec le Roi , ainſi que le Chevalier
Henri Cavendish, qui eſt reparti enſuite pour
l'Irlande. On dit que l'objet de ſon voyage
avoit été d'aſſurer la nouvelle Adminifcation
de l'attachement des Irlandois , & de
leur confiance dans le Gouvernement
actuel , à qui ils croient le defir & l'intention
de redrefer leurs griefs. Dans
cetre confiance,M. Grattam eſt décidé à différer
la fameuſe motion qu'il devoit faire
le 16 de ce mois , relativement à l'indépendance
de l'Irlande , juſqu'à ce qu'on
fût inſtruit des intentions du nouveau
Ministère. On croit qu'on fera entrer dans
le Conſeil-Privé de ce Royaume , MM.
Grattam , Yelverton & les aurres Chefs du
parti patriotique , qui pourront contribuer
à tempérer le zèle des partiſans de
l'indépendance .
M. Eden eſt auſſi retourné à Dublin ;
mais il paroît qu'il n'y porte pas des difpoſitions
bien favorables à la nouvelle
Adminiſtration. On en peut juger par la
lettre qu'il écrivit au Comte de Shelburne ,
peu après être arrivé de Dublin. C'eſt de
cette même lettre que M. Fox ſe plignit
le & dans la Chambre des Communes ;
elle étoit conçue ainfi.
11 Mai 1782. d
1
( 74 )
» Myiord , ayant de nouveau confidéré les entretiens
que vous avez eu la bonté de m'accorder
hier , je crois devoir vous expofer les raifons pour
lefquelles je me fuis excufé de me prêter à vos
defirs & entrer dans un détail de fentimens & de
faits , concernant les circonftances préfentes de
l'Irlande , & les meilleures mefures à y fuivre.
Lorfque j'arrivai à Londres , j'étois venu préparé ,
difpolé , & inftruit pour fervir , de la manière la
plus cordiale , à terminer l'adminiftration du Lord-
Lieutenant , de façon à la placer , avec tous les avantages
praticables , entre les mains de fon fucceffeur.
Je fuppofai néanmoins d'avance , ou que S. E. feroit
bientôt rappellée , mais non fans les égards qui lui
font dus , tant à la perfonne qu'à la place & à fes
fervices ; ou que les Miniftres de S. M. l'affifteroient
& l'inftruiroient pour conclure préalablement l'affaire
de la préfente feffion ( du Parlement ) , ainfi
que les différentes mefures publiques & arrangemens
de quelque difficulté & importance , qui font
immédiatement liées avec elle , & qui ne fauroient
être confommés en moins de quatre ou cinq mois.
-Ayant tro vé cependant , à mon extrême furpriſe ,
que la manière dont on donnoit la charge de Lord-
Lieutenant d'Eaffiriding au Lord Carmarthen équivaloit
à une infulte marquée & perfonnelle , lorsqu'on
confidère que la place qu'on lui ôtoit , étoit purement
honoraire , & qu'on en a dépouillé un Vice - Roi abfent
; ayant de plus appris de vous , Mylord , qu'il eft
vraisemblable que le Duc de Portland fera le Mef
fager immédiat & actuel de fa propre nomination ; dès
ce moment je me fuis excufé de toute communication
concernant des faits & des mesures , parce
que la conduite adoptée envers le préfent Lord-
Lieutenant doit , à mon avis , être fatale pour le
repos de les fucceffeurs durant un long eſpace
de tems , ruineufe pour tout bon gouvernement
& pour la tranquillité future de l'Irlande.
(75 )
Vous m'avez informé qu'on n'a pas eu intention
de faire un coup d'autorité perſonnel contre Mylord
Carlile; mais qu'on a adopté ce moyen de déplacer
le Lord Lieutenant comme une ſage meſure du
Gouvernement. Je diffère tellement de cette opi
nion, que je prendrois envain la peine de les importuner
ultérieurement ſur les affaires de l'Irlande. Je
rendrai , comme le devoir de ma ſituation préſente
l'exige , viſite à ceux d'entre les Miniſtres de S. M. ,
qui fontdiſpoſés à me voir ; & avec ce reſpect, qui
leur eſt dû , je ſoumettrai à leur jugement ce que je
viens d'expoſer . Le ſouci , qui me touche enſuite
deplus près , eſt d'agir comme je crois que Mylord
Carlifle voudroit que j'agiſſe pour fon honneur &
le ſervice du Public; deux objets , qui , en ce moment,
ne fauroient étre ſéparés . Je ſuis prêt ce ſoir
ou demain, à telle heure qu'on voudra, a recevoir
les ordres des Miniſtres de S. M. , ſoit ſeparément
ou collectivement. Demain , à 2 heures apres-midi ,
je me rendrai à la campagne pour rendre une viſite
de reſpect perſonnel & d'amitié particulière ; &
Lundı , dans la Chambre des Communes , j'expoſerai,
auffi pleinement que la foibleſſe de ma voix
le permettra , ce que je crois être les circonstances
préſentes de l'Irlande. Je le ferai fans aucun mélange
de plainte & avec l'attention la plus fcrup leuſe
pour faciliter tout ſyſteme ſubſéquent pour la tranquillité
publique. Je ſouhaiterois ſeulement que le
monde puiſſe conclure des faits Irlandois en contradiction
du traitement Anglois , que le préſent Lord-
Lieutenant d'Irlande, ( j'emprunte les propres termesde
ladernière lettre qu'il vous a éc ite , Mylord ),
aeu le bonheur de conduire les affaires de I Irlande ,
àune époque des plus critiques , ſaus déshonneur
pour le Gouvernement de S. M. , & avec beaucoup
d'avantages croiſſans pour les intérêts de c
Royaume «,
( 76 )
FRANCE.
De VERSAILLES , le 7 Mai.
LL. MM. & la Famille Royale fignèrent
le 7 du mois dernier , le contrat de mariage
du Vicomte d'Ecquevilly , Meftrede
- Camp en fecond du Régiment des
Deux- Ponts Dragons , avec Mademoiſelle
d'Eick.
Le Baron de Pirch , Meftre-de- Camp-
Lieutenant Commandant du Régiment
Royal Heffe - Darmstadt , eut le 26 du
mois dernier , l'honneur de monter dans les
carroffes du Roi , & de chaffer avec S. M.
Le Prince de Beauveau , Capitaine des .
Gardes du Corps du Roi , a eu le 27 du
même mois , l'honneur de remercier S. M.
pour le Gouvernement de Provence , que
S. M. lui a donné , & qui étoit vacant
par la mort du Prince de Marfan.
Aujourd'hui le Roi s'eft rendu à la
plaine des fablons , pour y faire la revue
de fes Gardes - Françoifes & Suiffes.
Le Roi , fur la demande du Cardinal de
Rohan , a bien voulu proroger jufqu'au premier
Juin prochain , le délai fixé d'abord
jufqu'au 28 Avril dernier , pour donner à
fes fujets qui font en Province , la facilité de
fe rendre volontairement dans les prifons
de cette Ville , & de profiter du pardon que
S. M. veut bien accorder à ceux d'entr'eux
dont les délits en feront jugés fufceptibles.
( 77 )
:
De PARIS , le 7 Mal.
Le convoi de St-Domingue , qui s'étoit
arrêté au Ferrol , a mouillé en entier à
l'ifle d'Aix , le 26 du mois dernier ; il étoit
compoſé de 164 voiles , dont s vaiſſeaux
de ligne. Les bâtimens deſtinés pour la
Rochelle & pour Nantes font entrés dans
leur port reſpectif.
M. de Barras étoit arrivé le 24 à l'iſle
d'Aix , d'où il écrivit la lettre ſuivante à M.
de la Touche-Tréville.
J'arrive , mon cher Commandant , de la Martini
que, d'où je ſuis parti le 27 Mars fur la frégate la
Concorde, je vous envoie les paquets pour la Cour.
-A mon départ pour la Martinique , l'armée Fran
çoiſe étoit mouillée au Fort Royal. Les ennemis
avoient 39 vaiſſeaux aux Iftes du Vent, dont deux
étoient en radoub , & un en carène . Tout le refte
étoit ſous voiles depuis 10 à 12 jours , pour inter
cepter notre convoi qui , cependant, eſt arrivé très
heureuſement. Il doubloit la Dominique , au moment
où les ennemis étoient à doubler la tête de
P'Ifle de la Martinique . Le jour de mon départ on
ignoroit ce qu'ils étoient devenus ; ils avoient dif
paru depuis 4 ou 5 jours ".
La Concorde a apporté quelques lettres
de la Martinique , en date du 23 & du
25 Mars. Nous raſſemblerons ici les principaux
détails qu'elles contiennent.
Latraverſée du convoi de M. de Mitton a été de 35
jours. On croyoit à l'époque du 25 Mars , que
Rodney inſtruitde l'expédition qu'on projettoit, avoit
été aux Iſſes ſous le Vent avec toutes ſes forces.-
Il y avoit eu des fêtes àla Martinique après le retour
de l'expédition de Saint-Chriftophe , l'une donnée
d 3
( 78 )
par la Colonie à M. de Bouillé , & l'autre par ce
Général à l'occaſion de la naiſſance de Monſeigneur
le Dauphin. On invita àces dernières réjouiſſances
les principaux Officiers de l'armée & de la flotte
Angloiſe , en rade à Sainte Lucie ; un ſeul ſe rendit à
cette invitation .- L'Amiral Rodney avoit 39 vaiffeaux
aux Antilles ; notre armée étoit de 34 depuis
l'arrivée de M. Mitton , & de 35 fi l'on compte
l'Expériment. Elle ne devoit pas tarder à faire voile
pour Saint-Domingue; & fi en effet la Jamaïque eft
l'expédition qu'on a en vue , & qu'on penſe y defcendre
avant le 15 ou le 20 Ayril, cette Iſle peut
être foumiſe avant les grandes chaleurs . Les Marins
prétendent qu'il eſt bien difficile à l'Amiral Rodney
d'empêcher la defcente des troupes , parce qu'elle
peut s'effectuer dans différens endroits au Nord
& à l'Eſt ; il en eſt de même de toute autre
Iſle que le projet ſeroit d'attaquer. L'activité
de M. le Marquis de Bouillé & de D. Bernard
Galvez donne les plus grandes eſpérances.-Les
Anglois qui manquoient de beaucoup de choſes
à Sainte-Lucie, leurs équipages ayant été à la demisation
pendant is jours , recurent un convoi quelques
jours avant le nôtre , ce qui mit Rodney en
État de fortir. Ce convoi ne peut être que celui de la
Princeffe- Caroline , qui fut diſperſé au fortir de la
Manche , & qui eſt arrivé ſans eſcorte «.
Des Couriers arrivés ſucceſſivement de
Breſt & de différens ports , ont détruit la
plupart des bruits qui s'étoient répandus
au ſujet du convoi de l'Inde ; on l'avoit
fait partir , parce qu'en paſſant le mois
d'Avril ſans mettre à la voile , il n'auroit
pu arriver à tems au Cap de Bonne-
Eſpérance , pour profiter de la mouſſon ,
& il auroit perdu en conféquence quel(
79 )
quesmois. Les vents qui étoient favorables
àfon départ ont changé tout-à-coup , & l'ont
jetté ſur Oueſſant. L'Amiral Barrington a
pris quelques bâtimens ; les autres ſont rentrés
dans divers ports ; on n'eſt inquiet que
du Pégafe. Le Protecteur mouilla à Breſt
le 23 , l'Actifquoique prêt n'étoit pas forti.
M. de Tronjolly qui a commandé notre
eſcadre dans l'Inde , dès le commencement
de la querelle , eſt arrivé ſur un petit bâtiment
qui n'a mis que 75 jours dans fa traverſée
du Cap de Bonne Eſpérance à Breft.
il ne peut rien nous apprendre , étant parti
de l'Ifle de France preſqu'en même-tems
que l'Argus dont on a vu les lettres il y a
plus de is jours.
4
Les lettres de Madrid nous apprennent
que le Duc de Crillon a été enfin décidément
nommé Général en chef de l'expédition
contre Gibraltar ; il aura ſous lui deux Lieutenans-
Généraux ; M. de Falkenhayn commandera
ſous ſes ordres les troupes Françoiſes
; on lui donne pour ſecond M. de
Bonzols. M. le Marquis de Crillon , que
fon pere appelle auprès de lui , ſe diſpoſe
à ſuivre ſon frere qui eſt déja en route. Il
faut , dit- on , qu'il ſoit le 15 à Madrid , fon
pere voulant le préſenter lui - même à la
Cour.
Le Corſaire le Fleſſinguois , Capitaine Jarry , a
Conduit à Calais , le 27 Avril ,le Brigantin Anglois
le Good- Intent , du port de 130 tonneaur , dont il
s'étoit emparé le 25 à la pointe d'Eſperes. - Le
BrigantinAnglois le François , du port de 80 tond
4
( 80 )
neaux , parti de Limerick pour aller à Corke , a été
pris le 26 Avril , par le corfaire de Dunkerque la
Victoire , repris le 20 par la frégate Angloiſe le
Monsieur , & pris de nouveau le 22 par le corfaite
le Commandant de Dunkerque , qui l'a conduit le 25 .
àCherbourg.
La Reine eft en pleine convalefcence ;
&S. M. fera en état de faire les honneurs
des Fêtes qu'on prépare à M. le Comte & 、
à Madame la Comteffe du Nord qu'on attend
ici du 20 au 25 de ce mois.
On dit que le Roi a fait dans ſa Marine
une promotion de so Lieutenants de
vailleau & 62 Enſeignes .
Les Cantons de Zurich & de Berne ont
adreffé aux Seigneurs Syndics de Genève
la lettre ſuivante.
-
L'affliction que nous avoit causée la part confédérale
que nous avons conftamment priſe à ce
qui concerne la proſpérité de votre République ,
pendant le cours des troubles intérieurs qui l'ont
agitée , eſt montée au plus haut degré par les triftes
informations que vous nous avez fait parvenir
dans vos Lettres du , & du 12 de ce mois.
Plus les fuites que l'erreur d'un moment ou la fermentation
élevée dans des eſprits échauffés par
quelqu'évènement ſubit ont déja ſouvent entraîné
dans votre Ville , ont été triſtes & funeſtes , &
moins nous avions lieu de nous attendre aux ſcènes
violentes qui viennent de s'y paffer , & elles nous
donnent à connoître la profondeur de la corruption
de votre République. - La priſe d'armes d'une
partie de votre Bourgeoisie & de vos Habitans , les
excès qui l'ont accompagnée , les mauvais traitemens
faits à vos Magiſtrats les plus reſpectables ,
la captivité de pluſieurs des principaux Citoyens de
( SI )
votre Ville , la deſtitution d'une grande partie des
Membres des petit & grand Conſeils , & la maniere
dont un nouveau Gouvernement a été établi , ne
fauroient être enviſagés par nous , que comme des
entrepriſes entierement contraires aux Loix de la
conſtitution qui a ſubſiſté chez vous dès l'origine
de la République ; ces entrepriſes portoient avec
elles la véritable empreinte de la violence & de
Pillégalité , & font de nature à détruire par les
fondemens , la ſûreté & la ſtabilité de tout Gouvernement.
- Nous nous voyons par-là dans la néceſſité
, T. C. A. E. C. , de vous faire ( comme
étant la ſeule Magiſtrature légale qui exiſte actuellement
dans votre République ) la déclaration que
nous ne faurions en aucune maniere reconnoître
comme légitime le nouveau Gouvernement établi
par la force des armes .- La part vive & fincère
que nous prenons toujours cependant an fort de
votre République bouleversée , & le ſouvenir des
anciennes alliances qui ont fubfifté entr'elle & nous ,
nous impofent encore particulierement le devoir de
rappeller à vos eſprits , T. C. A. E. C. , ainſi qu'à
celui de tous les Bourgeois & Habitans de votre
Ville , la triſte & dangereuſe poſition intérieure &
extérieure de la République. Il ne ſauroit vous
échapper combien ſes dangers ſeroient augmentés ,
&fa perte entiere rendue inévitable , fi les violences
exercées ne ſont pas redreſſées , la liberté du
commerce & la communication rétablies ſans délai ,
vos Concitoyens détenus libérés de leur arrêt , &
le repos public, la fûreté & la liberté légales entierement
rétablies. Nous devons particulierement
, T. C. A. E. C. , vous repréſenter les terribles
fuites que tout mauvais traitement fait à ceux
de vos Citoyens qui font arrêtés , pourroient entraî
ner pour votre Ville & pour ſes Habitans , ainſi que
lavengeance qui poursuivroit en tous lieux ceux qui
ds
( 82 )
-
en feroient les auteurs. Nous vous fommons
T. C. A. E. C. , de redoubler tous vos efforts pour
parvenir à ce but , par lequel feul votre ruine entiere
peut être prévenue. Dieu veuille que le facré
devoir de conferver la patrie pour foi & les fiens
fe réveille dans les cours de tous vos Bourgeois
& Habitans , c'eft alors feulement que nous pourrons
efpérer que les exhortations que nous vous
avons déja fi fouvent adreffées , tant de bouche que
par écrit , dans les meilleures intentions , mais malheureufement
en vain , produiront enfin quelqu'impreffion
; & que les cruelles diffenfions , les haines
& les hoftilités qui ont conduit en ce moment votre
République dans l'abîme , pourront être bannies
de tous les coeurs ; furquoi , T. C. A. E. C. , nous
Vous recommandons , avec tout le zele poffible ,
ainfi que nous à la protection du Très-Haut . -
-
Donné & fcellé en notre nom commun du Sceau
fecret de la Ville de Zurich , le 23 Avril 1782.-
Les Bourgmestre , Avoyer , petit & grand Confeils
des Villes de Zurich & de Berne.
On écrit d'Amiens que le 23 du mois
dernier , à 3 heures après midi , le feu
s'eft manifefté au petit Fauxbourg de Beauvais
de la Ville d'Amiens. L'incendie a ,
dit- on , commencé par la maifon d'une
veuve , qui avoit imprudemment placé
dans fa grange un panier de cendres de
tourbes encore brûlantes. Trois heures
après , il y avoit 39 maifons , 47 granges
& 98 étables confumées. Le refte
du Fauxbourg a été fauvé par les foins &
les fecours les plus actifs d'un peuple confidérable
, des Gardes-du - Corps en quartier:
à Amiens , du Comte de Quinemont leur
( 83 )
Commandant , de leurs autres Officiers
& de tous ceux de la Municipalité qui y
étoient accourus , ainſi que l'Intendant.
Le Bureau général établi avec ſuccès pour
l'extinction de la mendicité , & les Bureaux
particuliers des Paroiſſes ont déployé en
cette occaſion leur zèle & leur charité.
Perſonne n'a péri , & de tout le bétail de
ce Fauxbourg , deux vaches ſeulement ont
été brûlées.
>> Dom Pradine, Religieux de l'Abbaye de Froidmont
, Ordre de Citeaux, qui s'eſt fort occupé de la
conſtruction des Hopitaux , en a imaginé un dont il
amontré les plans & le modèle à pluſieurs perſonnes
de diſtinction , & il vient encore de le perfectionner
en ayant diſpoſé les Salles de manière à
y entretenir une libre circulation de l'air , au moyen
d'un ventilateur à feu. Il offre ſes ſervices gratis
à toutes les perſonnes chargées des conftr tions
de ces bâtimens, pourvu que l'on affranchiſſe julqu'à
Beauvais les plans que l'on défirera lui envoyer
: cette occupation est très-louable dans un
Religieux qui emploie l'intervalle que lui laiſſe ſes
devoirs au bien de l'humanité «.
On lit dans l'Affiche de Meaux , ſous la
date de Louetault , le 9 Février , l'anecdoto
ſuivante , qui peut égayer un inſtant nos
Lecteurs .
>> Les Collecteurs de la Paroiſſe , en tournée pour
recueillir les deniers de leur rôle des tailles , arrivèrent
en la maison d'un Journalier , & firent du
premier coup - d'oeil l'inventaire du mobilier de
leur redevable : une borte de paille & les vêtemens
qu'il avoit fur lui , furent reconnus pour tout fon
avoir, Le Sergent de contrainte apperçut un ane qui
d6
( 84 )
,
2
1
partageoit la demeure , peut-être même le lit de cet
infortuné. L'âne fut faifi , conduit au marché , mis
en vente & après plus d'une heure de criée , on
alloit l'adjuger pour 30 fols , lorfque les Collecteurs
touchés de l'état du malheureux Payfan , lui firent
rendre fon âne , qui pouvoit lui être utile , & dont
le prix n'eût pas payé les frais d'adjudication . Ce
Particulier retournant chez lui avec fon docile
compagnon rencontra un Garde - chaffe , chargé
d'un fort chevreuil qu'il venoit de tuer . Le Payfan
Ini offrit fon âne pour porter fa chaffe ; la propofition
eft acceptée ; le Chaffeur arrivé chez lei tire de fa
poche quelques pièces d'argent pour reconnoître le
fervice rendu ; mais le Payfan les refufe , & témoigne
feulement avoir envie de la peau du chevreuil .
Le Garde auffi-tôt le dépouille & la lui donne . Le
Payfan de retour dans fa chaumière , dit à fon âne :
Ecoute moi ; dans ce monde plus l'on eft brave
mieux l'on vaut ; fous ta peau d'âne ton corps
n'a été prifé que 30 fols , fous celle d'un chevreuil
il fera infiniment plus cher ; il me faut de
l'argent pour payer ces honnêtes Collecteurs , qui
n'ont pas voulu te livrer à un vil prix ; il faut que
» dépouillé de ta peau je te revêtifle de celle de
chevreuil que voici «. Auffi tôt l'âne eft décapité ,
fes jambes coupées , & il eft métamorphofé en chevreuil.
Après cette opération il va trouver le Marguillier
de fa Paroiffe , lui dit en confider ce qu'il a
Tué la nuit dernière à l'affut un très -beau.chevreuil , &,
l'engage , fous le fecret , à lui procurer la défaite de cet
animal . Le Marguillier ne perd pas de tems , court
chez le Curé , & lui dit à l'oreille le fecret du payfan.
Le Curé en fait part au Notaire ; celui - ci au Chirurgien
; ce dernier aux plus hupés du Bourg . On
fe donne rendez - vous , & l'on court le foir même
chez le prétendu Chaffeur ; chacun fe fait livrer
une portion du chevreuil , reconnu tel à la peau

(85 )
qui habilloit encore le cadavre expoſé. L'affluence
desAcheteurs fut fi confidérable , que le prix de la
livre de l'animal fut exhorbitant ; enforte que ce
malheureux âne de 30 fols , avec peau & vie , a
procuré ſans la peau 66 liv. à fon maître. Le payſan
va trouver le Collecteur porte-bourie , & paye.
le taux pour lequel il eſt impoſé au Rôle , & lui
fait beaucoup de remercimens de la bonté qu'il a
cue de lui faire remettre ſon âne. Tout le Bourg
cependant doit ſe mettre en fête ; M. le Curé a
commencé : vingt-cinq perſonnes étoient raffemblées
chez lui . Le premier & le ſecond ſervice dif
paroiſſent comme un éclair ; chacun ſe réſervoit
pour le rôt. La fête étoit pour manger du chevreuil.
La pièce attendue paroît. On la dévore des
yeux. Le Curé s'empreſſe d'en faire les honneurs
fon couteau tranchant s'exerce , & à force de bras
il difféque la pièce ; chacun ſe trouve ſervi. Les
Convives trouvent le mets fort dur ſous la dent ;
ils ſe regardent les uns & les autres , ſe diſant des
yeux : Ce n'est pas là du chevreuil......, Il eût été
indifcret de la part des Convives de ſe queſtionner
ouvertement , & de faire connoître à leur Hôte leur
doute ſur la nature du mets qu'on leur avoit ſervi .
Au fortir de table , pluſieurs ſe diſent : C'eſt ſûrement
de l'âne , M. le Curé le fait .... Non , reprend
un autre ; c'eſt certainement un tour qu'on lui a
joué , & il nous le joue ſans le ſavoir. A peine
l'aſſemblée fut-elle ſéparée que le Bourg retentiſſoit
que tous ceux qui croyoient avoir acheté du chevreuil
, n'avoient acheté que de l'âne. Le payſan ſe
doutant du mauvais effet de cette infidélité , avoit
déménagé pour aller s'établir ailleurs , & on a fini
par rire de la ſupercheţie.
}
:
Onabeaucoup multiplié depuis quelques
années les ſecours pour les différentes parties
de l'éducation ; on a des Elémens bien.
( 86 )
faits pour toutes les branches de favoir
& d'inftruction ; celle du latin n'eft pas
la moins intéreffante par fon importance ,
fon utilité , fon ufage , & on peur ajouter
fa néceflité. Le travail de M. Vaniere
pour en fimplifier & en faciliter létu le
a toujou s mérité d'être diftingué , & fes
fuccès ont prouvé les avantages de fa Méthode
, à laquelle il faut toujours recourir
de préférence à toutes les autres . Il n'y
en a point de plus fimple , de plus claire ,
de plus commode. Nous avons vu des
perfonnes de l'un & de l'autre fexe , s'en
fervir utilement pour apprendre en peu
de tems & fans Maîtres , une langue qui
coûte ordinairement 7 à 8 ans de leçons ,
en fuivant les Cours ordinaires ; cette Méthode
, qui forme un Cours complet de
latinité , eft renfermée en 10 parties in-8 ° .
qu'on vient de réimprimer , & qu'on ne
fauroit trop recommander aux perfonnes
dont l'éducation a été négligée , & qui
peuvent y fuppléer fans déranger le cours
de leurs occupations ordinaires ; à celles ,
qui ne font fans doute pas en petit nombre
, & qui ayant appris le latin , en ont
confervé peu de traces , & aux étrangers ,
qui y trouveront en même tems des fecours
pour connoître la langue françoife 1 .
(1 ) Ce Cours de Latinité de M. Vaniere fe trouve
chez Boudet , Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , la
porte-cochère vis-à-vis la rue du Plâtre. Juſqu'an 1 Oce
( 87 )
>>Nous sommes toujours , écrit-on de Genève,
en date du 28 Avril , dans la même pofition. La
Ville , au pouvoir de la Bourgeoisie & des 11 Chefs
qu'elle a choiſis , les Magistrats qu'elle a mis en
charte - privée toujours gardés ſoigneuſement &
plus ou moins maltraités , ſuivant que les factionnaires
qu'on met à leur porte ſont plus ou moins
humains & raisonnables . Lorsque l'arrivée des
troupes de France dans le pays de Gex a été annoncée
, quelques fanatiques ont échauffé l'eſprit
du peuple , & l'ont porté à aller creuſer le foffe
de la Ville qui regarde la France. On y a vu des
femmes , des enfans & meme un Miniſtre. Cette
folie , dont pluſieurs Repréſentans ſe moquent euxmêmes
, paroît un peu calmée. Un tiers parti a
voulu propoſer un arrangement , les Conſtitutionnaires
ont répondu qu'ils ne pouvoient entendre
à rien que du conſentement du Roi de France.
Il paſſe pour certain que le Roi de Sardaigne fait
avancer des troupes pour agir de concert avec la
France , & les Cantons de Zurich & de Berne ont
vraiſemblablement le même deſſein, du moins on
doit le croire en liſant la lettre qu'ils ont écrite aux
Syndics de Genève , & non au Conſeil actuel , auquel
ils en avoient fait renvoyer une autre , qu'il
avoit cru pouvoir leur écrire avec la note qui fuit :
Copied'une Lettre du Chancelier de Berne , adressée
à la Chancellerie de Genève , le 15 Avril 1782 .
MM. La République de Berne ne pouvant reconnoître
pour fon allié, un Conſeil qui , au mépris
des Loix, a été créé par une faction ſéditieuſe , les
tobre prochain il ne cofitera que 18 livres. A cette
époque il ſe vendra , comme auparavant , 24. liv. On
trouve chez le même Libraire , l'Atlas en 108 Cartes de
MM. Robert , Géographes du Roi , prix 6 louis d'or relié
en veau , ou 128 liv. en carton. On fait que c'eſt le Recueil
de Cartes le plus complet. Il en renferme 7 ſur l'Amé
rique ſeule.
( 88 )
armes à la main, à la place de celui qui ſe trouvoit
légitimement établi , c'eſt par l'ordre de L. L. E. E.
que lapréſente lettre eft renvoyée. Ce 15 Avril 1732 .
Chancelleriede la Ville & République de Berne.
Charles-Auguſtin , Marquis de Harchies ,
eſtmort le 10 Avril dernier , en ſon Hôtel
àArras.
>> La demoiselle le Clerc fabrique un Rouge
végétal de la plus belle qualité , & dans la compofition
duquel on s'eft affuré qu'il n'entre rien de
nuiſible à la peau , ce qui doit prévenir & diſſiper
toute eſpèce de crainte de la part des perſonnes qui
daigneront en faire uſage. Ses dépôts font chez
M. Granchez , Bijoutier de la Reine, au petit Dunkerque
, quai Gonti ; & chez M. Regnault , Marchand
Bijoutier , ſucceſſeur de M. Sprote, rue Saint-
Honoré , près l'Oratoire , à la Gerbe d'or « .
Les numéros fortis au rirage de la Loterie
Royale de France du ter de ce mois , font :
49 , 40 , 30 , 60 & 76 .
De BRUXELLES , le 7 Mai.
On vient de publier ici la déclaration
de S. M. I. par laquelle tous les Couvens de
P'Ordre de St- Benoît , dans les Pays Bas Autrichiens
, feront foumis à la Jurisdiction
des Evêques.
On parle d'une grande réduction dans
cette Cour; elle conſiſtera , dit-on , en 53
perſonnes de divers rangs dont les appointemens
ſont conſidérables ; ſavoir 17 grands
Officiers , 14 Gentilshommes de Chambre
14 Secrétaires , 6 Copiſtes & 2 Gardes de
Chancellerie.
2
( 89 )
> Le Pape , écrit- on de Vienne , eſt parti le 22
Avril : il retourne en Italie par le Tirol ; il a priš
congé de l'Empereur par un beau Diſcours latin ,
dans lequel il louoit les éminentes qualités de S. M. Ι.
&la piété de ſon peuple.- L'Empereur , pour lai
témoigner la conſidération particulière qu'il a pour
fa perfonne , a créé , dit- on , le Comte Onefti ,
neveu de S. S. , Prince du St. -Empire , & lui a fait
remiſe des droits de Chancellerie, qui font un objer
de 180,000 livres . On ajoute que le Pape n'a pas
encore jugé à propos d'accepter le dip'ôme. En
remerciant S. M. I. , il la ſupplia de trouver bon
que ſon neveu ne jouiffe pas encore de cette illuftration
, & que , dans des tems plus heureux , ſa
famille puifle jouir des faveurs de S. M. I. «.
Les lettres de créance que M. Adams ,
Miniſtre Plénipotentiaire des Etat-Unis de
l'Amérique , a préſentées en cette qualité
anx Etats Généraux , font du premier Janvier
1781 , la cinquième année de l'indépendance
de l'Amérique , & conçues ainfi.
>>Les Etats-Unis de l'Amérique , déterminés par
un vif ſentiment de la ſageſſe&de la magnanimité
de V. H. P. , ainſi que par votre attachement inviolable
aux droits de l'humanité , & défirant culriver
l'amitié d'une nation éminente par ſa ſageſſe
& fon équité , out nommé le noble Jean Adams ,
ci-devant Député au Congrès , de la part des Etats
de Maſſachusetts , & Membre du Conseil de ces
Etats , pour réfider auprès de Vous en qualité de
Ministre - Plénipotentiaire , afin de vous affurer
plus particulièrement de notre grande eſtime pour
V. H. P. Nous prions vos V. H. P. d'ajouter foi
entière à ce que notredit miniſtre vous délivrera ',
de notre part , & fur-tout de l'aſſurance qu'il vous
donnera de la ſincérité de notre amitié & de notre
) وه (
reſpect. Dieu ait V. H. P. en ſa ſainte garde &
protection «.
On apprend de la Haye que le 24 Avril
le nouveau Miniſtre préſenta aux Etats-
Généraux un mémoire dans lequel il leur
propoſa un traité de commerce entre les
deux Républiques ; il fut reçu à l'Aſſemblée
avec les cérémonies ordinaires , & recon
duit de même ; il fut auſſi conduit le même
jour à l'audience du Stadhouder.
On dit que le plan d'opérations maritimes
pour la campagne prochaine eſt arrêté
entre la France & la République; les Etats-
Généraux ont pris à ce ſujet la réſolution
fuivante.
>
>Oui le rapport de M. de Lynden de Hemmen
& autres Députés de L. H. P. pour les Affaires
étrangères , en conféquence de la réſolution Commiſſoriale
du 12 de ce mois , ayant examiné le
Mémoire de M. le Duc de la Vauguyon , Ambaffadeur
de S. M. le Roi de France près la République ,
pour régler avec cette Cour la manière dont on
pourroit agir enſemble ſur mer contre l'ennemi
commun , pendant la campagne prochaine : fur
quoi ayant été délibéré , il a été trouvé bon &
arrêté qu'il ſera répondu à M. le Duc de la Vauguyon
, Ambaſſadeur de S. M. le Roi de France ,
fur fondit Mémoire. - Que c'eſt avec bien du
contentement & de la fatisfaction que L. H P. ont
reçu l'affurance de la continuation de l'affection
de S. M. envers la République , de fon defir de
favoriſer leurs vues , ainſi que de la diſpoſition favorable
de S. M. de lui donner des preuves réelles ,
tant dans la conjoncture préſente que dans toutes
( 91 )
autres où le repos & le bien-être de la République
ſeroient intéreſſiés . Que L. H. P. ayant déja reçu ,
dans cette guerre, des preuves de l'amitié de S. M. ,
à l'égard de leurs poſſeſſions dans les Indes Orientales
& Occidentales , & particulièrement à l'occafion
de la conquête de l'Iſſe de St. Eustache COMquiſe
par ſes armes , en ſont pénétrées de reconnoiffance.
Que , n'ayant rien plus à coeur que d'entretenir
& de cultiver , par tous les moyens convenables
, l'affection de S. M. pour cette République ,
affection que L. H. P. mettent au plus haut prix ,
&d'en agir à cet égard avec la candeur & ladroiture
les plus parfaites , elles ont pris en conféquence
de leurs réſolutions , du 4 du courant , qu'elles ont
communiqué à S. M. Qu'à l'égard de la réſolution
, par laquelle S. A. S. le Prince d'Orange &
de Naſſau eſt prié , en ſa qualité d'Amiral-Général
de l'Union , de former , pour la campagne prochaine
, avec la Cour de France , un plan convenable
d'opérations navales contre l'ennemi commun
, L. H. P. ayant fait attention au deſir de S. M.
contenu dans ledit Mémoire , tendant à ce que
L. H. P. annonçaſſent ultérieurement leur intention
fur un ſujet fi important , par une Déclaration
amicale & préciſe , Elles ne font point difficulté de
déclarer ouvertement dès-à-préſent que , lorſque
le plan des mefures communes fur mer contre
l'ennemi ſera arrêté , L. H. P. ne s'écarteront réciproquement
, en aucune manière , ni pour quelque
raiſon que ce ſoit , de l'exécution de ce plan d'opérations
navales arrêtées pour la campagne prochaine
, & qu'elles ne s'en laiſſeront détourner que
d'un conſentement réciproque. -- Et fera remis
l'extrait de la préſente réſolution de L. H. P. par le
Directeur Tinne , en l'absence de l'Agent van den
Burch de Spieringshoek , à M. le Duc de la Vauguyon
".
(92 )
4 L'Ambaſſadeur de France continue d'avoir
des conférences fréquentes avec le
Stadhouder , relativement à ce plan , qui ,
s'il n'eſt pas encore arrêté définitivement
ne fauroit tarder à l'être .
» Cette manière de procéder , lit-on dans une
lettre de la Haye , doit fingulièrement étonner les
Anglois , qui , àla nouvelle de la propofition d'une
paix particulière , faite par leur nouveau Ministère
ne ſuivant que l'opinion défavorable qu'ils avoient
conçue du courage & de la fierté de la Nation , annonçaient
amphatiquement que nous nous empref.
ſerions de courir au-devant de cette offres que le
mépris & l'indignation avec lesquels cette offre a
été rejettée , leur apprennent que la nation Belgique ,
d'abord difficile à ſe déterminer , ne revient pas
aiſément des impreffions qu'elle a reçues. Aufli
M. Went-Worth , à fon retour en Angleterre , n'a
pu s'empêcher d'avouer qu'il n'y avoit aucune eſpé
rance que l'offre d'une paix particulière pût réuffir
, vu les diſpoſitions des Hollandois : il parle
avec le dernier étonnement de la chaleur & de
l'activité avec lesquelles tous les diſtricts des Provinces-
Unies pouffoient l'affaire de la reconnoif
ſance de l'indépendance de l'Amérique «.
On lit dans une lettre de Lisbonne , en
date du 18 Mars , les détails ſuivans .
>> On fait qu'on a toujours attribué ici la perte
de l'Ifle de Ste.-Catherine à la trahifon d'un de
nos Officiers. Ce foupçon s'eſt fortifié par ſa fuite.
Il eſt ſorti des Etats de la domination Portugaiſe ;
on ne fait où il s'est réfugié. On lui fait ſon procès
• par contumace , & le 9 de ce mois il a été exécuté
en effigie, Cette effigie en paille , traînée , à la queue
( 93 )
d'un cheval dans toutes les rues de la Ville , a été
brûlée ſur la place de Ribera-Nuova , & les cendres
en ont été jettées au vent. Le Gouverneur de l'Iſle
& les autres Officiers ont été envoyés en exil dans
les environs de Goa , avec trois ſujets d'un moindre
grade. Quelques jours après cette exécution ,
la frégate de guerre la Notre-Dame de Nazareth,
partit pour Rio- Janeiro , où elle a ordre d'aller
prendre à bord tous les effets en or & en diamans
qui s'y trouvent pour le compte de la Couronne ,
ainſi que pour celui du commerce " .
-f
Onlitdans des lettres d'Algéſiras , en date
du 15 Avril, les détails ſuivans :
>> Depuis l'arrivée du ſecours qui pénétra il y a
quelque tems dans Gibrakar, le Commandant du
blocus paroît redouter une ſortie; & toutes les
nuits il y prépare les troupes , ſoit en renforçant
tous les poſtes qui font le plus expoſés , ſoit en
donnant de fauſſes alarmes pour qu'elles foient fur '
pied au premier ſignal. Depuis ce tems les travaux
du camp ſemblent n'avoir pour objet que de ſe
mettre à l'abri de toute ſurpriſe. On a garni de canons
tous les endroits par où les ennemis peuvent
diriger leur approche , & on a garni la batterie de
St-Martin de 6 pièces , qui enfilent la porte de terre,
Le Commandant ſemble avoir d'autant plus de raiſon
de ſe tenir ſur ſes gardes, que les ennemis lui
ont enlevé , il y a 7 ou 8 jours , une de ſes Sentinelles
avancées , &que par toutes fortes de moyens ,
ils tenteront de tirer d'elle les lumières dont ils ont
beſoin pour diriger leur attaque , ainſi qu'ils profi
tèrent , il y a 6 mois , de celles que leur portèrent 2de
nosdéſerteurs. -- 200 canons de fonte qu'ilsdoivent
emporter font en route;ily en a 150de 24 livres de
) ور (
balles , quelques autres de 18 , & pluſieurs de 36 &
de48«.
: Selon les lettres de Madrid , M. d'Arçon
eſt parti le 21 pour Algefiras , & l'on ne
doute pas que ſon projet d'attaque ne ſoit
celui qui a été adopté. Les préparatifs qu'il
exige occuperont pendant quelque tems Algéfiras&
le camp de St-Roch. On ne croit
pas que le Duc de Crillon quitte la Cour
avant la fin du mois de Mai.
La Gazette de Madrid , du 23 Avril ,
donne à l'article de Barcelone une lettre
de l'Empereur , bien flatteuſe pour le Duc
de Crillon. S. M. I. le félicite ſur la conquête
de Mahon , avec la franchiſe & la joie d'un
particulier qui ſe réjouiroit avec ſon ami du
ſuccès de fes travaux , & qui ſembleroit en
partager la gloire.
Le 24 Avril dernier , il y eut à la hauteur d'Ambleteufe
un combat très- vif entre le Corſaire , de
Dunkerque , le Robecq , de 18 canons , & la frégate
Angioiſe le Crocodile , portant 30 canons & 4 caronades.
Le Capitaine Van-Stabel , déjà connu par
pluſieurs actions d'éclat , n'ayant pu éviter d'être
joint par la frégate qui avoit l'avantage du vent ,
le combat s'engagea à fix heures du foir , & dura
juſqu'a dix &demie avec un acharnement égal des
deux parts. Van-Stabel , ſans être déconcerté par la
ſupériorité des forces ennemies , renta l'abordage à
différentes repriſes , & l'Anglois l'évita toujours.
On ſe battit pluſieurs heures à la portée du piſtolet
, juſqu'à ce que la frégate Angloiſe fut forcée
( 95 )
de fuir vent arriere vers la radedes Dunes , après
avoir éteint tous ſes feux , quoique notre brave
Corfaire eût fait , au contraire , hifler à la corne
d'artimon trois fanaux , pour rappe'er au combat
un ennemi qu'il ſe trouvoit hors d'état de pourſuivre;
les mars étant fort endommagés , routes
fes manoeuvres coupées , ſes voiles criblées , & le
corps du bâtiment percé de part en part de 16 boulets
, dont 8 à fleur d'eau. Il eſt revenu à la rade de
Dunkerque le 25 , avec un perit floop qu'il avoit
pris un moment avant d'être attaqué , & le 26 il eft
rentrédans le port au milieu des applaudiſſemens de
toute la Ville , inſtruite des temoignages de valeur
qu'il avoit donnés en cette occafion. Le nombre des
Fués & belés eſt peu conſidérable pour un combat
ſi long & fi opiniâtre , dans lequel le bâtiment
aété tellement maltraité , qu'on ne peut concevoir
qu'il n'ait pas péri avec tout ſon équipage.
-PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , le 30 Avril.
L'Amiral Pigot a été au lever du Roi , & il a cu
une longue conférence avec S. M. ſur ſon départ
prochainpour les Ifles , avec un renfort de vaiſſeaux
de ligne. Cet Officier a bailé hier la main de S.M. ,
pour la remercier de ſa nomination à la place de
P'Amiral Rodney , il partira le premier Mai pour
Portmouth , on il s'embarquera à bord du Romney..
-L'Amiral Barrington conſervera , dit-on,le commandement
de l'efadre de la Manche, Cet Amiral a
mouillé le 25 à Sainte-Hélène , avec le Britannia , le
Royal-George , l'Océan , le Foudroyant , l'Alexandre,
la Bellonne , l'Edgar , la Solitude , & la frégate
la Prudente; 1 Union n'eſt pas encore rentrée;
la Queen &le Samſon ſont reſtés en croiſière ;
( 96 )
le premier donnoit chaffe à un vaiſſean François,
Ce vaifleau eft vraiſemblablement l'Actionnaire,
Ceux qui diſent qu'il eſt pris ne s'appuient que fur
cette lettre de Plimouth du 26. - » Ce foir leCapitaine
du ſénaut Suédois la Villa-Nova , débarqua
de la Queen devant la Sonde. Il rapporte que la
Queen prit l'Actionnaire , vaiſſeau armé en flûte
après une chaffe de 25 heures. Ce vaiſſeau perce
pour 64 canons , n'en avoit que ſur ſon ſecond
pont. La Queen & l'Actionnaire au départ du Capis
raine Suédois , faifoient voile pour Portsmouth "",
: Si cette nouvelle est vraie , on ne tardera pas à en
être inftruit &.
>>Le floop de S. M. l'Hélène de 14 canons , venant
de l'Orient, de conſerve avec le Buffalo , a
rencontré un gros corſaire François de 16 canons ,
portant du 12 & du 9 , & ayant 130 hommes d'équi
pages. Le combat fut vif& long. Le corſaire après
avoir long-tems foutenu ſon feu, porta fur le Buffalo
, qu'il prit pour un gros vaiſſeau de l'Inde , & il
ne s'apperçut de ſa mépriſe que lorſque celui- ci
ouvrit ſa batterie baſſe & montra fos canons. Le
corfairen'amena cependant qu'après que le Buffalo
lui eut envoyé 2 boulets de 24 , qui le percèrent
depart en part. Il n'y avoit pas moins de 73 Anglois
àbord de ce bâtiment. Le Capitaine lui-même qui
s'appelle Chittey , eſt de Greenwich , mais il a de
meuré quelque tems à Douvres.
ERRATA. La lettre de Surêne que nous avons inférée
dans le Journal du 13 Avril , page 86 , eſt de M.
Loftın & non Poftin . Il faut lire que M. l'Abbé d'Hélłót
vient d'accorder dès-à-préſent àſes Domestiques les penfions
dontils ne devroientjouir qu'après lui , de manière à
leur aſſurer le néceſſaire , d'augmenter considérablement
les revenus des Pauvres de Suréne , & enfin d'y insti
sner , &c.
1
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 MAI 1782.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
MA CONFESSION ,
Réponse à des Vers très - ingénieux.
QuU I que tu ſois, tu m'as bien peu connu:
Je fais ne taire , & je ne fais pas feindre.
Tu vas juger combien mon coeur eſt nû.
Oui ,j'en conviens , oui , l'Amour eft à craindre.
Qui , plus que moi , doit redouter l'Amour ?
Il commença les chagrins de ma vie ;
Je l'adorais , & mon âme aſſervie

Le crut long- temps ſans aîle , ſans détour.
Ilma trompé: j'aimois mon eflavage ,
Et l'Amour ſait ſi j'euſſe été volage!
Il fait auffi quelles longues douleurs
Furent le prix de ma foibleſſe extrême !
Nº. 20 , 18 Mai 1782. E
୭୫
MERCURE
A l'Amitié , je dérobai mes pleurs ;
Je déteftai l'Amour , l'Amour lui- même !
Dans l'Univers , ifolé , fans recours
Tout à mes yeux couverts de triftes ombres ,
Tout le peignit des couleurs les plus foinbres ;
Et le printemps , je m'en fouviens toujours ,
Revint deux fois confoler la Nature
Sans ranimer le flambeau de mes jours.
Le temps enfin adoucit ma bleffure ,
Et la raiſon vint m'offrir ſon appui .
Heureux qui fuit fa loi fimple & paifible !
Mon coeur me refte , & je ſuis aujourd'hui
Plus défiant , mais non pas moins fenfible.
Je fuis l'Amour & j'ai besoin de lui !
Ilma trompé , mais mon coeur lui pardonne !
L'Amitié même , & fi franche & fi bonne ,
Comme l'Amour , fe joue auffi de nous.
L'Amour , comme elle , a de légères chaînes ;
Il a caufé mes plus cruelles peines ;
Mais je lui dois mes momens les plus doux.
Et maintenant , que mes douleurs paffées
Viennent encore obfcurcir mes penſées ,
Mon coeur plus libre aime , en briſant ſes fers ,
Le fouvenir des maux qu'il a foufferts.
Voilà mon coeur tel qu'il fe voit lui -même,
Le tien , trompé par l'oeil de l'Amitié,
De ma candeur s'eft un peu défié.
Je le conçois ; mais s'il eft vrai que j'aime ,
Voici les veux qu'aux autels de l'Amour
DE FRANCE. 92
Ma voix timide élève chaque jour.
Dieu des amans ! Dieu cruel que j'adore!
Je fuis , hélas ! aveugle comme toi !
Mefouris- tu pour me trahir encore ?
Ah! tu le peux; & ce n'eft pas pour moi ,
Dieu de mon coeur ! que ma bouche t'implore!
Si la beauté , doux objet de mes feux ,
En l'éprouvant, doit bénir ton empire ,
Que Zulmé cède à l'ardeur qu'elle inſpire.
Que fon amant foit aimé , foit heureux
Defon bonheur ! Mais fi Zulmé doit craindre
En tes liens les maux que tu m'as faits ,
Que de fon coeur rien n'altère la paix ,
Et , de nous deux , que je fois feul à plaindre.
LE LIERRE ET LE MUR, Fable.
Αν
U pied d'un mur tout neuf naquit un jeune
Lierre :
Voifin , lui dit l'arbuste , écoutez ma prière :
Je fuis fi foible , hélas ! que faute d'un appui
Je tamperai triſtement fur la terre ;
Laiſſez moi m'appuyer , verdir de pierre en pierre
Sans vous je péris aujourd'hui.
Les murs ont , dit- on , des oreilles ;
Le nôtre avoit , je penfe , un coeur.
Quoi qu'il en foit , le voilà bienfaiteur ,
E ii
ICO MERCURE
·
Sans crier , Dieu t'affifte ! ou charités parcilles. *
Qu'arriva-t'il enfin ? Le voici , cher Lecteur :
Un demi-fiècle après , de l'appui tutélaire ,
Le mur devenu vieux obtint le doux falaire ;
Le Lierre avec cent jets d'un tronc plein de vigueur ,
Étaya les vieux pans de fon vieux protecteur.
Obligeons fans délai quand nous pouvons le faire.
(Par M. Bérenger, )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE
E mot de l'Enigme eft Plume à écrire ; ~
celui du Logogryphe eft Minerve , où fe
trouvent mi , re , ivre , vin , rêve , Mein ,
Mérin , Mineur , mer , rive , mère , ver,
mine , veine , mine , Eve , rien,
* Une petite monnoie , un morceau de pain ne coûtent
guères plus à donner , & font une réponse beaucoup plus
honnête qu'un Dieu vous affifte ; comme fi les dons de
la Providence n'étoient pas entre les mains des hommes,
& qu'il y eût d'autres greniers fur la terre que les magalins
des riches , J. J. Nouvelle Hél.
DE FRANCE. 101
ÉNIGME.
LAA
Nature eſt ma mère , &j'ai , ſuivant les lieux,
Pour père le Zéphir , l'Amour & le Génie.
Onme rencontre aux champs comme à l'Académie ,
Et quelquefois dans deux beaux yeux .
Je confonds unDocteur , & j'amuſe un infecte ;
Le Poëte & l'amant vont au loin me chercher ,
Si de cet Univers on pouvoit m'arracher ,
Chez les humains plus d'ordre , & pourtant plus de
fecte.
Je rampe obfcurément ou plane dans les cieux.
Je ſuis un petit être à peu-près inviſible ;
Pourtant je comprends tout , & même l'impoſſible.
J'embellis la beauté , j'égale l'homme aux Dieux.
Il n'eſt que moi qui puiſſe me connoître ,
Mais ſans jamais avoir pu m'expliquer.
D'après ces vers vous penſez que peut-être
Prétendre à la clarté c'eſt vouloir me moquer.
Simple & fuperbe enfin , téméraire ou timide ,
J'inſpire le plaifir & je fais le bonheur.
Heureux qui , me plaçant ſur le ſein de Zélide ,
Me démêlera dans ſon coeur !
E iij
102 MERCURE
LOGOGRYPHE.
SOOUUVVEENNTT l'on memépriſe,
mire ,
& ſouvent l'on m'ad-
Youtdoré chez lesGrands , craffeux chez les petits.
Je fais pleurer &je fais rire ;
Ici , j'ennuie , & là , je divertis.
Je parle François , Anglois , Suiffe.
Qu'on me blâme ou qu'on m'applaudiffe ,
Cela m'eſt fort indifférent ,
Itje ſuis peutouché des honneurs qu'on merend.
J'adopte & je preſcris les plus ſaintes maximes ;
Je forme à la vertu , je porte à tous les crimes.
Je critique à propos , je loue également ,
Et je ſuis cependant ſans goût , ſans connoiſſance;
:
Je parle de tout ſavamment
Sans jugement& fans ſcience.
Tel ne vit que pour moi ; mais il devroit penfer
Quequand il me rend mépriſable ,
Par un retour inévitable
Je le fais auffi mépriſer.
Souvent on me vole, on me pille,
Mais je ne perds jamais mon bien ;
Moi-même ſouvent je m'habille
D'un habit qui n'eſt pas le mien.
J'ai cinq pieds , dans lesquels vous trouverez ſans
peine
DE FRANCE.
103
Ce qui borde la Loire , ou le Rhône ou la Seine ;
Une cruelle paffion ,
Qui , quelquefois , fait perdre la raiſon ;
Un inſecte rampant ; un pronom vient enſuite.
Lecteur , vous me tenez , que dirai -je de plus ?
Ce qu'à regret toujours on quitte ,
Un bel enfant du Dieu Bacchus .
(Par M. *** , de la ville d' Aramon, en Lang.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
IDYLLES & Poëmes Champêtres , par
M. Léonard. A la Haye , & ſe trouvent à
Paris , chez de Senne , Libraire , au Palais
Royal , paſſage de Richelieu.
ON
a défini l'Idylle un Poème qui a pour
objet de peindre la nature & les moeurs
champêtres dans leur belle ſimplicité. Le
caractère principal de ce genre de Poéſie
eft , comme on fait , la délicateſſe & la
naïveté. Le ſoin des troupeaux , les fruits ,
les fleurs , le ſpectacle de la campagne , les
jeux, les combats, les amours des Bergers ,
voilà les objets qu'elle ſemble préférer : voilà
les tableaux qui nous charment dans les
Idylles de Théocrite & dans les Bucoliques
de Virgile. Rien de réfléchi , rien de raffiné
dans leurs Paſtorales. C'eſt la nature , mais
la nature dans ſa fleur. Les plus humbles
Eiv
104 MERCURE
objets s'embelliffent ſous leur plume du
coloris le plus poétique. M. de Saint-Ange
a exprimé ces réflexions en très beaux vers
dansune Épître ſur les Poëtes qui ont chanté
la campagne.
Ocharme de Virgile ! illuſion ſupreme !
Je ſuis aux champs ; j'oublie & l'Auteur & moi-même.
Je veux un Écrivain , qui vrai dans tous ſes tons,
S'il me peint des Bergers m'intéreſſe aux moutons,
J'aime mieux m'occuper d'une fleur ou d'un hêtre ,
D'un ruiſſeau , d'un gazon , d'une mouſſe champêtre,
Que des traits raffinés d'un rimeur bel -efprit ,
Qui me montre l'Auteur dans tout ce qu'il décrit.
Rien de plus vrai en général que ces règles
de goût. Mais fi l'on fait attention
qu'aujourd'hui nos moeurs font abfolument
éloignées des moeurs pastorales , on conviendra
fans doute que notre goût eſt devenu,
pour ainſi dire , trop citadin , pour s'accommoder
en François de la ſimplicité de Théocrite
ou de Virgile. Ce qui n'eſt que fimple
courroit grand riſque de nous paroître fade.
"On a reproché à Fontenelle , obſerve M.
de Saint-Ange dans une de ſes notes fur
Ovide , * le tour fin & ingénieux qu'il prête
au langage de ſes Bergers ; ce reproche eſt
* Le premier & le ſecond Livre des Métamorphoſes
en vers François , ſe trouve chez l'Auteur
maiſon de M. le Sage , ou chez Monori , Libraire ,
rue des Foflés S. Germain des Prés.
DE FRANCE.
105
fondé ſans doute. J'oſe penſer néanmoins
que ledéfaut de Fontenelle eſt moins d'avoir
trop d'eſprit, que de manquer de l'expreſſion
du ſentiment & de l'imagination du ſtyle. Il
eſt vraiſemblable qu'il paroîtroit moins beleſprit
, s'il étoit plus Poëte. » Nous croyons
qu'il y a beaucoup dejuſteſſe dans cette obſervation;
mais comme cette opinion n'eſt
pas la plus généralement reçue , nous allons
mettre nos Lecteurs à portée de ſe déterminer
par eux- mêmes.Qu'ils liſent l'Églogue
ſuivante de Fontenelle , & qu'ils décident fi
en effer l'Auteur y a mis trop d'eſprit ou
trop peu de poéſie.
Vous allez donc quitter, pour la première fois ,
De nos hameaux la demeure tranquille.
Soyez quelques momens attentive à ma voix.
Climène , vous partez ; vous allez à la ville;
Climène, il vous ſera peut- être difficile :
De retrouver du plaiſir dans nos bois.
Là , d'illuſtres amans vous rendront leurs hommages ;
Leur rang ou leur adreſſe à vous faire la cour ,
Tout vous éblouira dans ce nouveau ſéjour.
Que deviendrai -je, hélas ! au fond de nos bocages ,
Moi qui n'ai pour tous avantages
Qu'unemuſette & mon amour ?
:
Ils vous mettront ſans doute au-deſſus de leurs belles ;
Ils vous prodigueront un encens dangereux .
Leurs éloges ſont doux , mais ſouvent infidèles.
Cependant , vous viendrez à mépriſer pour eux
1
1
Ev
406 MERCURE
Ces louanges ſi naturelles
Que vous donneient mes regards amoureux.
Tout ce qu'ils vous diront , je vous l'ai dit , Climène :
Mais ils vous le diront d'un air plus aſſuré ,
Avec un art flatteur des Bergers ignoré.
Moi , je ne vous l'ai dit qu'en trouble , qu'avec peine,
D'une voix craintive , incertaine ;
Je l'ai dit , & j'ai ſoupiré.
N'allez pas quitter pour leur plaire
Les manières qu'on prend dans nos petits hameaux.
Rapportez-moi cette rougeur fincère ,
Ce timide embarras , enfin tous ces défauts
D'une jeune & fimple Bergère.
Rapportez-moi juſqu'à cet air févère
Que vous avez pour moi comme pour mes rivaux.
Vous verrez à la ville un exemple contraire;
Mais de votre rigueur je ne veux vous défaire
Que par la pitié de mes maux.
J'ai vu la même ville où vous allez paroître :
Pour la belle Climène elle a vu mes langueurs
Parmi tous les plaiſirs qui flattoient tant de coeurs,
J'y regrettois notre féjour champêtre ,
Et votre vûc , & même vos rigueurs.
Non , je n'ai garde de prétendre
Que tout vous y ſemble ennuyeux;
Mais, de quelque côté que vous tourniez les yeux ,
Dites , &ne craignez jamais de vous méprendre
Et dires , s'il ſe peut d'une manière tendre :
C'eſt ici que l'on aima mieux
DE FRANCE. 107
S'occuper de moi que de prendre
Tous les plaifirs de ces beaux lieux.
On s'apperçoit aifément que cette Idylle ,
charmante pour le fond des pensées & fouvent
par la délicateffe des tours , manque
abfolument de tout ce qui peut flatter
l'oreille & l'imagination d'un Amateur de
vers. Nous ne parlons pas feulement de
quelques expreffions & de quelques tournures
triftement profaïques , telles que leur
adreffe à vousfaire la cour , pour tous avantages
; d'un air plus affuré ; qu'en trouble ,
qu'avec peine ; les manières qu'on prend dans
nos petits hameaux , &c. Nous parlons de la
Pièce dans fon enſemble. Elle eft correctement
rimée , mais abfolument dénuée d'images
poëtiques , & l'harmonie en eft négligée .
Voici une autre Idylle qui ne fuppofe peutêtre
pas moins d'efprit , mais où il paroît
moins que dans celui de Fontenelle , parce
que l'Auteur avoit un peu de ce fens poétique
dont l'Auteur des mondes étoit abfolument
dépourvu. Nous l'offrons d'autant plus
volontiers à nos Lecteurs , qu'elle eft peu
connue , & que nous fommes très- peu riches
en ce genre de Littérature.
LES MAITRES , Idylle.
DANS le deffein de plaire à la jeune Liſette ,
Que charmoient les accords de ma douce mufette ,
J'apprenois fous Tirfis , le plus vieux des Bergers ,
E vj
108 MERCURE
A chanter les jardins , les bois & les vergers ,
A célébrer Bacchus , Cérès , Flore & Pomone ,
Les charmes du Printemps , les plaifirs de l'Automne :
J'apprenois comme Pan , uniffant fept rofeaux ,
En l'honneur de Syrinx , forma les chalumeaux ;
Comme on doit à Pailas la flûte au doux murmure "
Le luth au blond Phébus , & la lyre à Mercure.
En gardant nos troupeaux près de Liſette affis ,
Je répétois les airs que m'enſeignoit Tirfis.
Mais elle , dédaignant les fons de ma muſette ,
D'un airfroid & diftrait filoit fa quenquillette.
L'Amour qui l'apperçut , touché de mon tourment ,
Vint s'offrir de m'apprendre à chanter autrement.
Laiffe-là , me dit- il , ces chanfons peu
touchantes :
J'en fais pour un amant de plus intéreſſantes .
Il chante de fes traits le pouvoir glorieux ,
Les amours des mortels & les amours des Dieux ,
Les ouvrages charmans de fa divine Mère ,
Les plaifirs & les jeux qui règnent à Cithère ,
Les tranſports enflâmés , les foupirs , les langueurs ,
Et les foins empreffés qui lui gagnent les coeurs ;
Enfin , des airs fi doux que Lifette attendrie
Oublia fes moutons paiffans dans la prairie ;
Le fuſeau s'échappa de fes doigts interdits.
Depuis elle fe plaît aux airs que je lui dis ;
Depuis j'ai de Tirfis dédaigné l'art champêtre,
Et c'est toi feul , Amour, que j'ai choifi pour maître !
Le cadre de cette Idylle eft infiniment ingénieux
; car d'ailleurs la poéfie y eft encore
DE FRANCE. 109
trop peu de chofe. Combien d'expreffions
pittorefques ou figurées ; combien de détails
charmans n'eût pas fourni à un véritable
Poëte l'idée renfermée dans ces deux vers :
J'apprenois comme Pan , uniffant fept rofeaux ,
En l'honneur de Syrinx , forma les chalumeaux.
Voyez combien cet heureux trait de la
Fable eft brillant de poéfie fous le pinceau
d'Ovide ! Nous nous fervons de la Traduction
de M. de Saint- Ange.
Au moment où le Dieu qui vole fur les pas
Se prépare à faifir la Naïade rébelle ,
Il faifit des rofeaux qu'il embraffe au lieu d'elle.
Ces rofeaux , que fon fouffle agite & fait frémir ,
Par fa bouche preffés , femblent alors gémir.
Pan , furpris & charmé de cette voix plaintive ,
Prête amoureufement une oreille attentive :
Ces foupirs fi touchans des joncs harmonieux ,
De la Nymphe pour lui font les derniers adieux.
A te perdre , ô Syrinx , fi le Ciel me condamne ,
Ah! puiffai-je du moins par ce nouvel organe
T'entretenir encore Il dit , & fept roſeaux ,
Tous affortis entre -eux , quoiqu'entre- eux inégaux,
Forment un inftrument que fon amour invente ,
Et qui retint depuis le nom de fon amante.
Ce dernier vers fait allufion au nom de
Syrinx , qui fignifie auffi en grec une flûte
paftorale. Au furplus , un des plus grands
défauts de nos Écrivains dans l'Idylle , c'eſt
110 MERCURE .
qu'ils n'y parlent que d'amour. En rendant
tous nos Bergers galans , nous avons trop
borné ce genre de poéfie. Les Allemands ne
font point tombés dans ce defaut. Leurs
Poëtes vivent moins que nous dans les villes .
C'est d'après leurs propres fenfations qu'ils
ont peint les douceurs d'une vie prefque
paftorale. Leurs Idylles refpirent la fimplicité
de la vertu , les bonnes moeurs , la philofophie
champêtre. Auffi font-ils nos maîtres
en ce genre. Il y a près de vingt ans que
M. Léonard imita quelques Idylles Allemandes
avec fuccès. On y remarqua de la
grâce , de la douceur , de l'élégance & de la
fenfibilité ; mais la réputation qu'il s'étoit
d'abord acquife ne s'eft pas foutenue . On
étoit alors beaucoup moins difficile fur les
vers qu'on ne l'eft aujourd'hui ; & d'ailleurs ,
prefque toutes les imitations qu'il a données
depuis ne valent pas , à beaucoup près , fes
premiers effais. L'heureux Vieillard eſt une
des Pièces par où il a commencé , & c'eſt une
de fes meilleures. Cette Idylle , & une autre
qui a pour titre le Bonheur , font , fans
contredit , ce qu'il a fait de mieux. Nous
allons tranfcrire la dernière , quoiqu'elle foit
très longue , parce que nous la regardons
comme fon chef- d'oeuvre .
Le Bonheur.
HEUREUX , qui , des mortels oubliant les chimères ,
Poſsède une compagne , un livre , un ami sûr ,
Et vit indépendant fous le toit de fes pères !
DE FRANCE THI
Pour lui le Ciel fe peint d'un éternel azur ;
L'innocence embellit fon front toujours paisible ;
La vérité l'éclaire & defcend dans fon coeur;
Et , par un fentier peu pénible ,
La Nature qu'il fuit le conduit au bonheur.
Tout ce début nous paroît poëtique , naturel
, excellent. Les trois derniers vers furtout
font très-heureux.
En vain , près de fa folitude ,
La difcorde en fureur fait retentir la voix :
Livré dans le filence au charme de l'étude ,
Il voit avec douleur , mais fans inquiétude ,
Les États fe heurter pour la caufe des Rois,
Il n'y a rien à reprendre dans tout ceci.
Tout est bien , très bien . Aux charmes de
l'étude au pluriel feroit peut- être plus conforme
au génie de notre langué & de notre
poéfie . C'eft une nuance légère , & fur laquelle
nous expofons notre façon de fentir ,
mais comme un fimple doute.
Tandis que la veuve éplorée
Aux piés des Tribunaux va porter fes clameurs ,
Dans les embraffemens d'une époufe adorée ,
De la volupté feule il fent couler les pleurs.
Il laiſſe au loin mugir les orages du monde.
Sur les bords d'une eau vive , à l'ombre des berceaux,
Il dit , en béniffant fa retraite profonde :
Ceft dans l'obfcurité qu'habite le repos.
112 MERCURE
Le fage ainfi vieillit à l'abri de l'envie ,
Sans regret du paffé , fans foin du lendemain ;
Et quand l'Étre éternel le rappelle en fon fein
Il s'endort doucement pour renaître à la vie.
Nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer
le charme que nous éprouvons en
tranfcrivant ces vers. Ils ont cette douce fenfibilité
qui pénètre l'âme , en inême- temps
que l'oreille eft Alattée par cette harmonie
délicate qui complette le preftige de la poésie ,
& fans laquelle les vers mieux penfes fatiguent
par leur monotonie , fe lifent rarement
, & ne fe gravent jamais dans la mémoire.
Si le Ciel l'eût permis , tel feroit mon deftin.
Quelquefois éveillé par le chant des fauvettes ,
Et par le vent frais du matin ,
J'irois fouler les prés femés de violettes ;
Et mollement affis , un la Bruyère en main ,
Au milieu des bofquets humectés de rofée ,
Des vanités du genre humain
J'amuferois.en paix mon oifive penſée .
Le regard fixé vers les cieux ,
Loin de la fphère étroite où rampe le vulgaire ,
J'oferois remonter à la cauſe première ,
Et lever le rideau qui la couvre à mes yeux.
Tandis que le fommeil engourdit tous les êtres,
Ma Mufe , au point du jour , errante fur les fleurs ,
Chanteroit des Beigers les innocentes moeurs ,
DE FRANCE. iis
Et frapperoit l'écho de fes pipeaux champêtres.
Coulez avec lenteur , délicieux momers !
Ah ! quel raviffement égale
Celui qu'un ciel ferein fait naître dans nos fens !
Quel charme prête à nos accens
L'éclat majeſtueux de l'aube matinale !
N'a t'on pas raifon de penfer que des termes
métaphyfiques , tels que tous les êtres
doivent être abfolument bannis , fur- tout de
la poéfie ? Ne feroient- ils pas beaucoup
mieux à leur place dans un Poëme fur la
phyfique , ou du moins fur la morale ? Au
refte , les vers fuivans ne doivent pas permettre
d'inifter fur cette obfervation critique.
Quel plaifir fur la mouffe , à l'ombre des bois verds ,
De reſpirer le baume & la fraicheur des airs ,
D'entendre murmurer une fource toinbante ,
Bourdonner fur le thym l'abeille diligente :
Ici , du roffignol réfonner les concerts ;
Là, foupirer d'amour la colombe innocente.
Souvent la douce pa'x qui règne dans les bais
Éleveroit ma Mufe à des objets fublimes ;
J'oferois confacrer mes rimes
A chanter les Héros , les Vertus & les Lois.
De la nuit des tombeaux écartant les ténèbres ,
Souvent j'évoquerois ces oracles célèbres
A qui l'enthousiafme a dreffé des autels ,
Ces efprits créateurs , ces bienfaiteurs du monde ,
114
MERCURE
Qui par des Écrits immortels ,
Ont chaffé loin de nous l'ignorance profonde.
Les moindres taches fe remarquent dans
un ouvrage plein d'élégance , de pureté &
de délicateffe. Profonde eft mis ici abſolument
pour la rime. On a une ignorance profonde
d'une fcience , d'un art , des ufages
du monde ; mais l'ignorance perfonnifiée ,
& fans être fuivie d'un mot en régime affujéti
, n'eft point profonde.
Raffemblés devant moi , les grands Légiflateure
Offriroient à mes yeux leur code politique ,
Précieux monument de la fageffe antique.
D'autres , des Nations me décriroient les moeurs ,
Et l'affligeant tableau des humaines erreurs ,
Et les faits éclatans confignés dans l'hiſtoire.
Combien je bénirois Titus & fa mémoire !
Que Socrate mourant me coûteroit de pleurs !
Mais , puiffai-je oublier les Héros deftructeurs
Dont le malheur public a fait toute la gloire !
Dans un beau clair de lune , à penfer occupé ,
Et des mondes fans nombre admirant l'harmonie ,
Je voudrois promener ma douce rêverie
Sous un feuillage épais d'ombres enveloppé ,
Ou le long d'un ruiffeau qui fuit dans la prairie.
La nuit me furprendroit affis dans un feftin
Auprès d'une troupe choifie ,
Converfant de philofophie ,
Et raifonnant le verre en main
DE FRANCE.
Sur le vain fonge de la vie.
Pour fauver de l'oubli fes Écrits & fon nom •
Qu'un autrefe confume en de pénibles veilles ;
Si je cueillois , Églé , fur tes lèvres vermeilles
Le prix flatteur d'une chanfon ,
A mes vers négligés fi tu daignois fourire ,
Seroit- il pour mon coeur un fuffrage plus doux ?
T'intéreffer , te plaire , eft le but où j'afpire :
De l'immortalité je ferois moins jaloux.
Que me fait près de toi l'opinion des hommes ?
Que me fait l'avenir? le préfent eft à nous.
Notre Univers eft où nous fommes.
Beaucoup de Poëtes, foi - difans légers , ont
perfifflé la postérité & la renommée qui les
a pris au mot. M. Léonard exprime ici ,
avec préciſion , un fentiment vrai ; & en partage
fon illufion.
Mais le temps ennemi précipitant fon cours,
Fanera fur mon front la brillante couronne
Dont je fuis décoré par la main des Amours ,
Comme on voit fe faner le feuillage d'automne.
Ce trait me paroît bien heureux & bien
naturel. J'avoue que je n'y fuis pas médiocrement
fenfible. Ce qui fuit n'eft pas moins
bien.
Bienfaifante Amitié que j'adorai toujours ,
Répare du plaifir les douloureuſes pertes :
Ses fources dans mon coeur feront encore ouvertes ,
116 MERCURE
Si ta faveur me reſte au déclin de mes jours.
Félicité du fage ! ô fort digne d'envie !
C'eſt à te poſſéder que je borne mes voeux.
Eh! que me faudroit- il pour être plus heureux ?
J'aurai dans cette courte vie
Joui de tous les biens répandus ſous les cieux.
Chéri de toi , ma douce amie ,
Et des coeurs droits qui m'ont connu ,
D'un riant avenir égayant ma penſée ,
Adorateur de la vertu ,
N'ayant point à gémir de l'avoir embraffée ,
Libredes paffions dontl'homme eft combattu ,
Je verras ſans effroi ſe briſer mon argile.
Qu'a- t'on à redouter lorſqu'on a bien vécu?
Unjour pur eſt ſuivi par une nuit tranquille.
Ce vers eft bien , mais La Fontaine a dit
bienmieux encore ,
Rien ne trouble ſa fin: c'eſt le ſoir d'un beaujour.
Malheur à celui qui ne ſeroit pas vivement
pénétré du charme de cet hémiſtichet
La fin de l'idylle de M. Léonard répond
à tout ce qu'on vient de lire. C'eſt une apoftrophe
touchante à ſes amis & à ſa maî
treffe. Il faut achever de la tranfcrire , c'eſt
la meilleure façon d'en faire l'éloge.
Pleurez , ô mes amis , quand mon luth ſous mes
doigts
Cefferade ſe faire entendre ;
DE FRANCE. 117
Et fi vous marchez quelquefois
Sur la terre où fera ma cendre ,
Dites vous l'un à l'autre : il avoit un coeur tendre ;
De l'a nitié fidelle il a chéri les lois.
Et toi , qui réunis les talens & les charmes ,
Quand , près de mon tombeau , tu porteras tes pas ,
Tu laifferas peut- être échapper quelques larmes.
Ah ! fi je puis brifer les chaînes du trépas ,
Pour vifiter encor ces retraites fleuries ,
Ces bois , ces coteaux , ces prairies ,
Où tu daignas fouvent me ferrer dans tes bras ,
Si mon âme vers toi peut defcendre ici -bas ,
Qu'un doux faififfement t'annonce ma préſence !
Quand , le coeur plein de tes regrets ,
Tu viendras méditer dans l'ombre des forêts
Songe que fur ta tête elle plane en filence.
Toute certe Pièce eft abfolument dans
le goût de Tibulle. Les Dames qui ne peu
vent pas lire en latin ce Poëte annable, peuvent
s'en faire une idee d'après cene Idylle.
C'eſt ſon abandon voluptueux & tendre , fa
poéfie douce , fes longueurs charmantes , &
dont on lui fait gré , parce qu'il y développe
toujours des fenfations vraies & delicates.
Combien n'eft- on pas étonné , après cette
lecture , de ne trouver dans tout le refte de
l'Édition que des Pièces mediocres ou audeffous
du médiocre , fi l'on en excepte le
Village détruit , une Idylle à Doris , les
Plaifirs du rivage, & quelques morceaux
118 MERCURE
dans deux autres Pièces intitulées : L'Hermitage
& la Solitude , & qui ne font guères
que des redites foibles de l'Idylle que nous
avons tranfcrite. On regrette que M. Léonard
ait prefque toujours négligé ce précepte
de Despréaux :
Soyez-vous à vous- même un Critique févère .
Le plus grand défaut de prefque tout fon
Recueil, c'eft qu'il eft vuide de poéſie &
d'idées. Ce font des vers foibles fuivis par
d'autres vers foibles , & ainfi de fuite : ce
n'eft rien. Il n'y a pas de plus grand défaut
que celui là , fi ce n'eft peut- être celui d'un
Poëte baroque , qui prend une bizarrerie
grotefque pour de l'originalité , une trivialité
bouffonne pour de la gaieté naïve , &
qui , eftropiant fans ceffe la langue & difloquant
la poéfie, choque à- la- fois le plus
rudement du monde le bon goût , le bon
fens & l'oreille.
N. B. L'Édition de M. Léonard contient
, outre fes Idylles , le Temple de
Gnide mis en vers , & la Journée du Printemps.
Nous rendrons compte de ces deux
Poëmes dans un des Numéros fuivans.
DE FRANCE. 119
RECUEIL Hiftorique & Chronologique de
faits mémorables , pour fervir à l'Hiftoire
générale de la Marine & à celle des décou
vertes ; nouvelle Édition , augmentée d'un
tableau des principaux événemens maritimes
, depuis le commencement de la
guerre préfente jufqu'à nos jours . A Paris ,
chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardinet
, & Onfroy , rue du Hurepoix ,
1781. 2 Vol. in- 12 . de 5 à 6co pages .
Prix , 6 liv. les deux Volumes relies.
C'EST ici un de ces Livres qu'on fe hâte
de faire & de publier à la faveur des circonftances
du moment. Ces Livres font rarement
bons , parce qu'on ne fe donne guères
le temps de les travailler, & qu'il s'agit moins
de les bien faire que de les bien vendre , en
les faifant paroître à propos , en faififfant une
occafion fugitive & des conjonctures éphémères.
Auffi , le plus grand fuccès de ces
Ouvrages eft- il toujours éphémère comme
ces conjonctures , & il eft rare que les évé
nemens publics ayent fait éclore un Livre
qui foit refté. Lorfque Tite- Live écrivoit
l'Hiftoire de fon pays , lorfque le Préſident
de Thou écrivoit l'Hiftoire de fon temps ,
lorfque Montefquieu méditoit pendant vingt
ans l'Esprit des Lois , ils ne s'occupoient
point de l'à - propos , & ne dépendoient pas
des circonftances du moment. Au refte ,
c'eft tirer parti de ces circonstances que de
120 MERCURE
faire un Livre utile , qui , fans cela , n'auroit
peut être pas été fait. Tel
eft celui
- ci.
Ce n'eft
point
une
Hiftoire
fuivie
& liée de
la Marine
, c'eft
un Recueil
de faits
mémorables
pour
fervir
à cette
Hiftoire
. Tous
ces
faits
font
détachés
; les expéditions
maritimes
des
differentes
Nations
paroiffent
tour
- àtour
fur la fcène
, en fe croifant
perpetuellement
, & fans
autre
ordre
que l'ordre
chronologique
; mais
cet ordre
fuffit
, & il eſt
fatisfaifant
même
aux yeux. L'année
, toujours
placée
en tête de chaque
événement
, comme
dans
l'Abrégé
Chronologique
de M. le Préfident
Hénault
, fait
la feparation
naturelle
des
différens
faits
; & ceux
qui
voudront
avoir
l'Hiftoire
fuivie
de la Marine
des différens
peuples
, n'auront
à faire
qu'un
déplacement
facile
& qu'un
rapprochement
des
divers
articles
qui
concernent
chaque
Nation
en particulier
.
ཊྛེ་
L'Auteur commence à l'année 1656 du
monde , & fes premiers mots font : Après
le déluge, &c. de- là il paffe à l'année 2513 ,
puis à l'an 302. A mefure qu'on avance
les époques fe fuivent de plus près , les faits
font au plus détaillés & plus nourris de
circonstances.
On trouve dans ce Recueil quelques faits
qui n'appartiennent peut être pas effentiellement
à la Marine ; celui ci , par exemple
, qui eft rapporté à l'année 33 16.
Bias s'étant embarqué avec plufieurs
méchans hommes , le vailleau fut rencontré
DE FRANCE. 121
+
99
tré par des Pirates. Ses compagnons de
voyage s'écrièrent , en les voyant : Nous
fommes perdus fi l'on nous reconnoît ; &
moi auffi , dit Bias , fi l'on ne me reconnoît
" pas. "
"
Il eſt clair que , quelque part que Bias fe
für trouvé en fi mauvaiſe compagnie , le mot
auroit été le même.
39
Il en eft de même du trait fuivant.
Périclès étoit en mer : pendant le voyage
il furvint une éclipfe de foleil qui effraya
» tous les Matelots , & fur - tout le Pilote.
» Alors Périclès mettant fon manteau de-
» vant les yeux du Pilote , lui demanda fi
» cette action lui paroiffoit être un prodige
effrayant. Non , répondit le Pilote . Et quel
fujet de crainte peux - tu donc avoir , lorf-
» que la lune étendfon manteau devant l'oeil
» du monde ? n
22
30
Ce fait montre que Périclès favoit la
caufe des éclipfes , & que le Pilote & les
Matelots ne la favoient pas ; mais Périclès
eût trouvé fur terre la même ignorance.
Ces deux faits peuvoient donc arriver indifféremment
fur terre & fur mer ; mais
enfin , ils font arrivés fur la mer , ce qui a
fuffi à l'Auteur pour leur donner place dans
l'Hiftoire de la Marine.
On pourroit trouver encore que l'émimération
des expéditions de terre des Amiraux
de Bonnivet , Chabot & d'Annebaut
eft étrangère à l'Hiftoire de la Marine . De
ces trois Amiraux de François I , qui ,
N. ao , 18 Mai 1782 .
20 , F
122 MERCURE
tous trois , commanderent pluſieurs fois des
Armées de terre , d'Annebaut eſt le ſeul qui
ait commandé ſur mer. L'Auteur expoſe fa
campagne navale de 1545, mais il auroit
dû s'y borner , comme il s'eſt borné aux entrepriſes
maritimes de l'Amiral de Coligny ,
qui lui auroit fourni bien d'autres details
s'il avoit voulu peindre en lui le General
de terre.
On conçoit que l'Hiſtoire moderne occupe
la plus grande partie de cet Ouvrage.
Tout ce qui précède Jeſus-Chriſt ne remplit
que les 138 premières pages du premier
Volume.
"
ود
:
2
Comme l'Auteur ne cite pas ſes autorités ,
nous ignorons où il a pris le trait ſuivant :
« L'Armée de Callicratidas étant réduite.
à la dernière extrémité par la famine , il
refuſa cinquante mille écus pour le prix
>> d'une grâce injufte. Je les accepterois , lui
>> dit Cleandre , un de ſes Officiers ,fij'étois
• Callicratidas ; & moi auſſi , répartit Cal-
» licratidas ,fij'étois Cléandre. » On connoît
le mot d'Alexandre à Parménion : Et
ego pecuniam quam gloriam mallem,fi Parmenio
effem. " Et moi aufli , je préférerois
>> l'argent à la gloire ſi j'étois Parménion . »
Callicratidas vivoit plus d'un demi- fiècle
avant Alexandre ; celui - ci n'auroit - il
fait que le répéter ? Au reſte , rien de plus
commun chez les Hiſtoriens que ces attributions
d'un même fait & d'un même mot
àdifférens perſonnages .
:
DE FRANCE. 123
Nous fommes étonnés que , dans cette
même première partie , l'Auteur , en parlant,
des courfes des Phocéens , n'ait pas dit un
mot de la fondation de Marſeille , & n'ait
pris l'Hiftoire Maritime de ce peuple navigateur,
qu'à une époque poftérieure d'environ
cinquante fept ans , c'eft à-dire , à celle de
la priſe de Phocée en Ionie par Harpagus ,
Lieutenant de Cyrus. On fait que les Phocéens
, près de tomber au pouvoir des Perfes ,
ayant obtenu un jour pour délibérer fur les
propofitions que leur faifoit le vainqueur
ou plutôt fur les lois qu'il leur impofoit , ils
employèrent ce jour à s'embarquer avec
leurs femmes , leurs enfans , tout ce qu'ils
purent emporter de leurs effets , & les ftatues
de leurs Dieux , & qu'ils fe retirèrent
d'abord dans l'Ile de Chio , puis à Cyrne
c'eft à- dire , dans l'Ifle de Corfe , où , vinge
ans auparavant , ils avoient déjà bâri une
ville , puis enfin , les uns fur la côte d'Italie ,
les autres fur celle de Provence & à Marfeille
, qui exiftoit , comme nous l'avons dit ,
depuis cinquante fept ans , & qui étoit déjà
peuplée de leurs concitoyens. On fait qu'en
partant de l'Ionie ils jetèrent dans la mer
une barre ou maffe de fer , & qu'ils s'enga
gèrent par ferment à ne revenir dans leur
patrie qué quand cette barre furnageroit,
Cefermentfur la maffe de fer fut long - temps
célèbre dans la Grèce , où cette phraſe étoit
paffée en proverbe , tant que la maffe de fer
des Phocéensfera aufond de la mer.
Fit
124
MERCURE
Horace , dans la feizième Ode du cinquième
Livre , a décrit cette émigration forcée
des Phocéens , & ce ferment de ne plus
rentrer dans leur patrie,
Phoc&orum
Velut profugit execrata civitas
Agros atque lares proprios , habitandaque fana
Apris reliquit & rapacibus lupis ;
Ire pedes quòcumque ferent , quocumque per undas
Notus vocabit , aut protervus Africus ....
Sedjuremus in hac : fimul imis faxa renârint
Vadis levata, ne redire fit nefas ?
Neu converfa domum pigeat dare lintea , quando
Padus Matina lavarit cacumina :
In marefeu celfus procurrerit Apenninus :
Novâque monftra junxerit libidine ,
Mirus amor juvet ut tigres fubfidere cervis
Adulteretur & columba milvio :
Credula necflavos timeant armenta leones ;
Ametque falfa levis hircus aquora.
Comme les Phocéens s'enfuirent de
leur pays , en l'abjurant avec des fermens
& des malédictions , & abandonnèrent
leurs champs , leurs Dieux lares & leurs
» temples aux ravages des fangliers & à la
» rapacité des loups , allons où nos pas
» nous porterons , où les vents nous pouf-
» ferons..... Mais jurons que le retour ne
» nous fera permis que quand les rochers
» mâgeront fur les eaux , que le Pô lavera
DE FRANCE. 11
93
les fommets de Mâtine , qu'on verra
l'Apennin courir au fein des mers , quand
» un amour monftrueux aura joint les tigreffes
avec les cerfs , la colombe avec le
» milan ; quand les troupeaux crédules cefferont
de craindre les lions , & que le
" bouc habitera les flots. >>
83
"
On pourroit être tenté d'abord de demander
fi cette accumulation d'impoffibilités
ajoute quelque chofe au ferment de la barre,
& s'il ne falloit pas s'en tenir au premier
exemple. Horace s'empreffe avec goût de
prévenir cette objection par les deux vers
Inivans :
Hac, & quapoterunt reditus abfcindere dulces ,
Eamus omnis execrata civitas.
33
" Faifons, en un mot, tous les fermens capables
de nous ôter toute eſpérance de
" retour.
Mais ce n'eft pas Horace que nous avons
à examiner , c'est le Livre des faits de la
Marine ; il n'en contient pas un feul qui ne
foit connu , mais il a le mérite de les raffembler
& de les préfenter à leur époque
précife. Celles de ces expéditions maritimes
qui doivent plaire le plus au Lecteur , font
celles qui ont pour objet des découvertes ,
& elles font toutes rapportées ici jufqu'aux
dernières & aux plus récentes . L'Ouvrage eft
terminé par un tableau des principaux événemens
maritimes de la guerre préſente , &
Fiij
126 MERCURE.
c'eft ce morceau qui a fait faire tout l'Ouvrage.
Le ftyle de l'Auteur eft fimple dans le
cours du Livre , & un peu pompeux dans
la Préface . C'eft dans la Préface qu'il parle
des Nations qui occupent l'empire des
» mers , & qui femblent faire courber les
flots fous le poids de leurs navires. »
n
Si l'Auteur a parlé au phyfique & au proles
navires font réellement courber
les flots , il n'y a point là de ſemblant. S'il
a voulu imiter ce paffage de l'Oraiſon Funèbre
de la Reine d'Angleterre par Boffuet:
" O voyage bien différent de celui qu'elle
» avoit fait fur la même mer , lorfque ve-
» nant prendre poffeffion du fceptre de la
» Grande Bretagne , elle voyoir , pour ainfi
dire , les ondes fe courber fous elle , &
foumettre toutes leurs vagues à la dominatrice
des mers ! »
Ce n'étoit pas le cas ; Boffuet étoit un
Orateur , & le contrafte des deux voyages ,
dont le dernier étoit une fuite pleine de
danger , l'autorifoit à être pompeux dans la
defcription du premier.
C'eft encore dans la Préface qu'on trouve
cette phrafe trop magnifique :
" Les glorieux triomphes de ces habiles
» Capitaines , leur donneront des aîles pour
aller cueillir des palmes fur le plus terrible
& le plus perfide de tous les élé-
7
"
mens. »
Nous trouvons à la page 61 du premier
DE FRANCE. 127

Volume , une faure qui n'eſt peut -être que
d'impreflion. « Brafidas ordonna à fon Pilote
» de conduire fon navire à terre , quelle
» chofe qui pût arriver. » C'eft quelque chofe
qu'il faut , qualifcumque effet eventus .
و د
Quel que foit l'intérêt qui fait parler la Reine.....
Quels que foient en ces lieux les droits de votre place.
OBSERVATIONS fur les Troubadours , par
l'Éditeur des Fabliaux. A Paris , chez
Eugène Onfroy , Libraire , quai des Auguftins
. Vol. in 8 °.
IL arrive bien fouvent en Littérature &
en Philofophie , qu'un fait regardé comme
certain par la multitude , ne peut tenir contre
l'examen du premier homme de fens qui
le difcute. En voici une nouvelle preuve.
Tous les Hiftoriens , tous les Littérateurs
François , Italiens , Efpagnols , & d'après
eux , tous ceux des autres Nations ont dit ,
écrit & affuré , que nos Provinces Méridio-
"nales avoient non-feulement cultivé les pre-
*mières la Poéfie en langue vulgaire , mais
qu'elles avoient eu l'honneur plus grand encore
d'avoir en ce genre fourni au refle de la
France les premiers modèles & les premiers
maîtres qu'elle ait eus . Cette opinion étoit fi
'bien établie , qu'en douter , c'étoit paffer
pour être à la fois ignorant & mal intentionné.
Lorfque M. le Grand , en publiant fes
Fabliaux , il y a environ deux ans , jeta quel-
FIV
128 MERCURE
que doute fur l'authenticité de ce fait, il
s'éleva du fond du midi une clameur générale
; on écrivit contre lui avec chaleur , on
vanta plus quejamais les avantages du climat
&les talens des peuples méridionaux. Or ,
quand on vante ſes titres , quand on s'en
prévaut , on s'expoſe à les voir examiner.
C'eſt ce que vient de faire M. le Grand dans
une courte differtation très - modérée , trèsinſtructive
, très- forte en raiſons , très abondante
en faits.
Il nous apprend qu'admis dès fa jeuneſſe
auprès du vieux& reſpectable Sainte-Palaye,
il avoit été guidé par lui dans l'étude des
deux Romanes Françoise & Provençale ,
c'est- à- dire , dans les deux langues qu'on
parloit autrefois en France , l'une au
Nord, l'autre au Sud de la Loire , & qu'il
avoit particulièrement été inſtruit à refpecter
les charmes de la langue Provençale , &
les poéfies des Troubadours , dont M. de
Sainte- Palaye avoit raſſemblé les petites
Pièces éparſes , avec le même ſoin qu'un
amant recueille les lettres , les chanſons ,
les paroles qui échappent à ſa maîtreſſe.
Il nous apprend que quelques Hommes
de Lettres s'efforcèrent en vain de faire un
corps d'Ouvrage de cet amas informe; que
l'Abbé Laugier , qui eut le courage d'en
faire la rédaction , eut le courage plus grand
encore de jeter ſon travail au feu , tant il le
trouva froid & dénué d'intérêt ; & il obferve
qu'en vain un autreHomme de Lettres ,plus
DE FRANCE. 129
heureux & plus habile, eft venu à bout de nous
donner en trois Volumes une Hiftoire des
Troubadours avec un choix de leurs poéfics ;
cet Ouvrage fi defiré , fi attendu , n'a eu aucun
fuccès.
Il ajoute que pour lui , il s'étoit fait la
loi de ne jamais écrire , qu'il craignoit de
rifquer fon repos & fa tranquillité fur ces
mers remplies d'écueils , couvertes d'ennemis ,
& fans ceffe infeftées de Pirates. Nous aurions
trop perdu s'il avoit pu garder la réfolution.
Le repos ne convient qu'aux gens
incapables de braver les dangers & de franchir
les obftacles. Les eaux ftagnantes font
plus nuifibles à l'humanité, que les mers ora
geufes & les torrens dévastateurs. Les Pirates
ne doivent point empêcher Cook &
Bougainville de faire le tour du monde &
de découvrir de nouveaux rivages . Les Pi
rates Littéraires font trop vils & trop mé
prifés pour être redoutables.
M. le Grand avoit donc tort de s'effrayer
pour des cris qui ne nuifent guères qu'à
ceux qui les jettent ; & nous devons bénir la
Dame qui lui défia de produire quelque
Ouvrage des Poëtes de la Romane Françoife ,
qui fût fupérieur aux Écrits des Troubadours,
puifque c'eft à ce défi que nous devons
le Recueil des Fabliaux qu'il a publiés
& qui a fi bien réuffi .
De ces Préliminaires où M. le Grand nous
apprend par quelle fuite d'événemens il eft
devenu Auteur malgré lui , il paffe à l'oxa-
Бу
130
MERCURE
mendes reproches que lui ont fait cinq An
teurs , qui, peut être, ne ſavoient pas comme
lui les deux langues dans lesquelles ont ecrit
les Troubadours & les Trouveurs , dont il
s'agit de peſer le mérite.
Il reſulte de cet examen que M. de Sainte-
Palaye avoit raſſemble quatre mille Pièces
des Troubadours , qui font toutes , ou de
petites Chanſons amoureuſes , ou de petites
Pièces faryriques; que les Provinces ſituées
au Nord de la Loire n'avoient aucune connoiffance
des Chanſons des Troubadours ,
dont elles n'entendoient pas la langue ; &
que les Provinces qui ſont au Sud de cette
rivière , ne connoiffoient pas les Fabliaux de
nos Trouveurs, écrits dans une langue qui
leur étoit étrangère; que dans le temps où
les Troubadours ne faifoient que des Chanfons
très mediocres , nos Trouveurs compoſoient
des tabliaux & des Poëmes qui
demandoient plus d'imagination , plus d'art ,
plus d'interêt. Que ſi les Italiens ont loué
quelquefois les Troubadours , ce font nos
Trouveurs qu'ils ont préféré , puiſque ce
font eux qu'ils ont imité dans leurs longs
Poëmes, & qu'ils ont tous cité notre Archevêque
Turpin , auquel on attribuoit une Vie
de Charlemagne & de Roland , quoiqu'elle
n'ait été faite que long temps après lui , par
Jean Turpin , Moine de S. Denis ; Hiſtoire
qui a été l'origine d'une foule de Romans
dans notre ancienne langue , & d'une prodigicuſe
quantité de Poëmes dans la langue
DE FRANCE. 131
Italienne. Il en réſulte encore que Boccace ,
poſterieur d'un fiecle à nos Fabliers , a pris
d'eux le genre du Conte , & la plupart des
Hiſtoriettes dont il a formé ſon Recueil.
Enfin , il en réſulte que fi l'Italie doit aux
Troubadours le goût des vers & lapoésie lyrique
, elle doit à nos Provinces Septentrionales
les Contes & les Romans.
M. le Grand obſerve qu'aucun des cinq
Critiques qui ſe ſont élevés contre ſon afſertion,
ne cite aucun Ouvrage qu'on puiſſe
comparer à nos Fabliaux ou à notre Roman
de la Roſe, quoiqu'il n'en faſſe pas grand
cas. Peut-être même le dépriſe-t'il un peu
trop.
Les Critiques ont repris ouvertement
M. le Grand d'avoir dit dans la Préface de
ſes Fabliaux , que la Nature ſembloit avoir
départiſpécialement au nord de la Loire les
dons éminens de l'esprit. A ce mot, les imaginations
vives & brillantes des Provinces
méridionales ſe ſont fort exaltées , & ont
nié le fait. M. le Grand, pour réponſe, leur
cite le nom de tous nos grands Hommes ,
Poëtes , Peintres , Artiſtes , Orateurs ; Corneille
, Racine , Voltaire , Boileau , La Fontaine
, Deſcartes , Fontenelle , Molière , le
Brun, le Pouffin , &c. &c. Condé , Turenne ,
du Gueſclin , du Queſne , &c. & c. Tous
font nés , non dans les riches climats des
imaginations vives & brillantes , mais fur
ces rives où des brouillards ne permettent que
des organes épais & engourdis , car c'eſt
1
Fvj
13,2 MERCURE
ainſi que s'exprime un de ces Critiques , qui
ne fera vraiſemblablement pas pencher la
balance du côté de ſon pays.
M. le Grand. obſerve que ces climats où
règnent de prétendus brouillards , ont produit
les Hommes qui ſe ſont le plus diftingués
par leur imagination , tandis que ces
Gaſcons, fi vains de leur efprit & de la vivacité
de leur imagination , au lieu de Poëtes ,
ont produit deux des plus grands Philoſophes
dont la France s'honore , Momagne &
Monteſquieu. Il pouvoit faire la même obfervation
fur nos autres Provinces méridionales:
la Provence & l'Auvergne ont vu
naître Gaffendi & le Chancelier de l'Hôpital.
Ils font plus célèbres qu'aucun de leurs
Poëtes..
Voilà les fairs : qu'en doit on conclure ?
Que les Provinces ſeptentrionales auront
toujours plus d'Hommes à grande imagination
que les Provinces méridionales ? Non
fans doute. M. le Grand remarque lui- même
que la gloire de Rome & de la Grèce a
paffé , que la nôtre peut s'éclipſer , que tout
peut changer; il dit que ſi le climat influe
fur les eſprits, il n'y influe pas autant que
pluſieurs autres cauſes, telles que les loix ,
la religion, les uſages , l'éducation , &c. Son
Ouvrage , loin de faire naître des haines , ne
doit produire qu'une noble émulation entre
toutes les Provinces : que chacune compte
fes grands Hommes , cherche quelles cauſes
ont haté ou retardé le développement de
DE FRANCE. 133
leur génie , maintienne ou faffe les inftitutions
favorables à ce développement , & ne
fouffre pas qu'aucune autre la furpalle en
progrès ou en zèle . Que chacun ajoute fes
obfervations à celles de M. le Grand : fi elles
confirmoient les fiennes , il auroit rendu le
fervice le plus éminent aux Provinces méridionales
, en détruifant le préjuge qui engagcoit
peut être leur jeuneffe à fe livrer à des
ouvrages d'imagination , & à négliger le
genre plus grave de la morale & de la philofophie
, auquel leur génie paroît être plus
propre. Il est beau d'être Racine ou Boileau
Chaulieu ou La Fontaine ; mais les noms de
Montagne & de Montefquieu , de l'Hôpital
& de Gaffendi , ne fe font pas entendre avec
moins de plaifir.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 6 Mai , on a repréſenté , pour
la première fois , Agis , Tragédie en cinq
Actes , par M. Laignelot.
Agis IV , de la Famille des Eurypontides ,
en montant fur le trône de Sparte , forma
le projet de rétablir l'ancienne difcipline de
Lycurgue. Léonidas , fon Collègue , foutenu
par les plus riches Citoyens & par les femmes
, combattit ce deffein généreux ; il fut
134
MERCURE
d'abord exilé ; mais le parti qu'il avoit dans
la ville , paivint bientôt à le faire rappeler.
Un Éphore fit arrêter Agis , & le conduifit
dans une priſon , où il fut étrangle ,
ainſi que ſon aïeule Archidanie , & la mère
Ageſiſtrate. On rapporte qu'à l'inſtant de ſa
mort , voyant quelqu'un qui pleuroit auprès
de lui : Sechez vos larmes , lui dit- il ,
victime de la plus affreuſe injustice , ce n'est
pas moi que vous devez plaindre. Agiatis la
veuve, fut forcée d'epouler enfuite Cleomène
, fils de Leonidas, qui mourut aufli
malheureuſement que le vertueux Agis.
Ce trait hiſtorique a dejà fournı le ſujet
d'une Tragédie intitulée la Mort d'Agis, dont
l'Auteur est Guérin de Boufcal , & qui fut
imprimée en 1642. Dans cet Ouvrage, Agis,
gendre de Leonidas , cherche à ramener Lacédémone
aux loix de Licurgue ; mais à peine
a- t'il vu approuver ſon projet & exiler Léonidas
, fon beau-père , fon collègue & fon
ennemi , que la face des affaires change ,
qu'il eſt arrête , condamné & execute à
l'inſtant même où Cléonide , fa femme , &
fille de Leonidas , vient d'obtenir que la peine
de mort foit commuée en celle de l'exi).
Cette Princefle ſe poignarde , & laifle fon
père en proie aux remords les plus affreux,
L'Auteur de la Bibliothèque du Théâtre
François , & le nouvel Hiſtorien de ce même
Theatre,s'expliquent fur cetteTragédie d'une
manière fort différente. Le premier aſſure
qu'elle eft froide, languiſſante & très-médio
DE FRANCE. 135
crement écrite. L'autre au contraire , en parlant
de Bouſcal , dit que l'Auteur d'une pareille
Tragédie devroit être moins obfcur.
Nous croyons que l'Ouvrage de Boufcal eft
en effet un des meilleurs de cet Écrivain ,
qu'on y peut remarquer des étincelles de
génie , de la fenfibilité & de l'efprit ; mais
que le fujet eft peu propre à exciter un grand
intérêt; que les maurs & le caractère des
Spartiates font affez étrangers à la plupart
des Spectateurs & des Lecteurs , pour ne
produire fur leurs âmes qu'un effet trèsmédiocre
; que d'ailleurs le ftyle de
Boufcal a prefque tous les défauts des Écrivains
de fon fiècle. Mais nous penfons auffi
qu'il y a de l'élévation & de la force dans
fes idées , & quelquefois même de la nobleffe
dans fon expreflion.

Quoi qu'il en foit , paffons à l'analyſe de
la Tragédie nouvelle. Les deux rivaux viennent
de combattre , Agis a été vaincu . Sa
femme , qui avoit fuivi la fortune de fon
père Léonidas profcrit & fugitif , retourne
vers fon époux quand celui- ci devient malheureux.
Agis a encore un parti dans Sparte ,
Léonidas en redoute les efforts ; & pour ne
pas perdre fa vengeance , il feint de confentir
à l'exécution du projet d'égalité de biens
propofé par Agis ; il fe réconcilie même en
apparence avec fon gendre , & peu après le
fait arrêter dans un feftin. Dévoué aux fureurs
du Tyran , le Sénat condamne Agis à
la mort. Mais le peuple , foulevé par la mère
136
MERCURE
du jeune Prince , prend les armes en fa faveur
, les portes de la prifon font enfoucées ;
Léonidas eft tué par Agis à l'inftant où il va
frapper la mère de ce malheureux Roi , qui ,
atteint d'un coup mortel , meurt lui- même
après s'être vengé.
On voit que la marche de la Tragédie
nouvelle eft plus compliquée que celle de
Boufcal ; que M. Laignelot a cherché à fuppléer
aux effets pathétiques que le fujet ne
comportoit pas toujours , par un intérêt de
curiolité qui fe feroit mieux fentir fi l'on
n'appercevoit pas quelquefois de l'embarras
& de l'obfcurité dans Faction. On voit encore
qu'il a étudié les moeurs du Peuple qu'il
vouloit porter fur la Scène , & qu'il les a
affez approfondies pour les préfenter fou
vent avec autant d'énergie que de vérité. Le
caractère d'Agis nous a femblé quelquefois
un peu exagéré , celui de fa mère nous a pare
noble & beau. Cette Princeffe a une fenfibilité
vraiment digne des beaux jours de Lacé
démone. Mais dans ces deux rôles , comme
dans tous les autres , nous avons remarqué
que l'Auteur le livroit trop au plaifir de prolonger
les détails , & qu'il oublioit que l'action
en acquéroit de la langueur . Malgré ces
obfervations , malgré la lenteur & l'embarras
de l'expofition , la monotonie de quel
ques Scènes , le vuide abfolu de quelques
autres, & les défauts d'un dénouement qu'on
paroît s'être efforcé de rendre tragique , cer
Ouvrage mérite encore beaucoup d'éloges
DE FRANCE. 137
c'eft un très-heureux début . Il annonce de
grandes difpofitions au talent , & il fait préfumer
que M. Laignelot , en faisant choix
d'un fujet plus heureux , obtiendra dans un
autre Ouvrage un fuccès plus brillant encore
que celui qu'il vient d'obtenir.
L'Auteur de Tarfis & Zélie a placé dans
ce Roman un épifode dont le fond eft pris
du trait hiftorique que nous avons rapporté
plus haut. Il l'a arrangé à fa manière , & il eft
très- intéreffant ; mais la marche & les libertés
que donne un Roman, procurent des reffour
ces qui font abfolument interdites par les
loix du Théâtre , & qui ne peuvent fe concilier
avec la règle des vingt- quatre heures.
Nous parlerons dans le Mercure prochain
de l'Homme Dangereux , Comédie nouvellement
repréfentée au Théâtre François , &
du Paporeux , aurre Comédie jouée au
Théâtre Italien .
Nous
VARIÉTÉS.
ous venons de fire par hafard dans une
Feuille , déjà ancienne & oubliée , d'un Journal qu'on
ne lit guères , que M. d'Alembert , dans l'Éloge
qu'il a fait de M. de Saint-Aulaire à la dernière
Séance publique de l'Académie Françoife , avoit dit
à peine quelques mots de cet Académicien , & beaucoup
plus parlé du Marquis de la Fare. Comme
nous étions préfens à la lecture de cet Éloge , auquel
nous avons rendu , ainfi que plufieurs autres
Journaliſtes & tous les bons Juges , la juftice qu'il
128 MERCURE
mérite , nous croyons devoir attefter que M. d'Alembert
n'y a dit qu'un feul mot du Marquis de la
Fare ; favoir , qu'on lui avoit attribué la Pièce de
M. de Saint Aulaire , à laquelle l'Académie fut fi
favorable , & Defpréaux fi peu. Ce feul trait du
Journalifte fuffiroit pour faire voir combien il refpecte
peu la vérité , & combien par conféquent il
mérite peu de réponſe fur fes autres critiques.
Nous ajouterons feulement que M. d'Alembert n'a
pas dit un mot dans cet Éloge qui ne fût relatif à
M. de Saint-Aulaire , même en parlant de fes amis ,
de fes ennemis & de fes fociétés.
(Par un des Rédacteurs du Mercure. )
LORSQU'ON a rendu compte de l'Ouvrage de
M. Thouvenel , on a dit que jamais le phénomène
des Sourciers n'avoit été préſenté avec tant de vraifemblance
, & que ce Savant l'avoit fait fortir de la
claffe des merveilles , pour le ranger dans celle des
faits les plus naturels . On a ajouté , quant à fon fyftême
fur les rapports qui exiftent entre les phénomènes
de laba guette divinatoire, du magnétisme &
de l'électricité , que les détails en étoient difpofés
avec toute l'intelligence que donne une imagination
féconde & un efprit formé par le travail & par
l'étude.
Mais on a annoncé alors qu'il reftoit une chofe
à faire à l'Auteur pour répondre victorieuſement à
toutes les objections faites contre l'existence des
Sourciers ; c'étoit de foumettre celui qui a fait le
fujet de fon Ouvrage , à l'examen des Phyficiens incrédules
de la Capitale , opération qui fuffifoit ,
avons -nous dit , pour juftifier la délicateffe & la
bonne-foi de M. Thouvenel ; elle vient enfin
d'être exécutée. Il exifte déjà un grand nombre
DE FRANCE
139
d'épreuves faites avec tout le ſuccès defirable en
préſence de beaucoup de témoins dignes de foi ,
pris dans tous les états & dans les différens Corps
lavans. Nous en ferons connoître les réſultats ; il
eſt juſte que nous répétions encore ici que les
honneurs du triomphe ſont d'autant plus grands
pour M. Thouvenel , qu'il a eu des juges plus difficiles
à convaincre , & qu'il a prouve d'une manière
impoſante un fait qui peut devenir infiniment
utile à la Phyſique & à la Société.
GRAVURES.
ATLTLAASS Nouveau , première Livraiſon, contenant,
1 °. Mappemonde en deux Hémisphères ; 2°. Mappemonde
platte ; 3º . le Monde connu des Anciens ;
4. l'Europe; 5 °. Iſles Britanniques , Carte Physique
; 6°. idem , Carte ancienne; 7° . Ifles Britanniques,
Angleterre ; 8°. idem , Écoffe; 9. idem ,
Irlande; 10º. Golfe du Mexique ; 11. Floride ;
12. Nord & Sud Caroline , Géorgie , grand infolio;
par M. Mentel, Hiſtoriographe de Mgr. le
Comte d'Artois. A Paris , chez l'Auteur , rue de
Seine, hôtel de Mayence. Ces Cartes répondent aux
promefſes que M. Mentel avoit faites au Public
dans ſon Profpectus. Nous ne doutons pas que ſes
Souſcripteurs ne les trouvent ſupérieurement exécutées.
La ſeconde Livraiſon paroîtra au mois de
Juin.
MUSIQUE.
L'ART de ſe perfectionner dans le Violon , où l'on
donneà étudier des Leçons ſur toutes les poſitions
des quatre cordes du Violon & les différens coups
d'archet; ces Leçons, où les doigts font marqués
2
140 MERCURE
dans les endroits difficiles , ſont tirées des Sonates &&
Concerto des meilleurs Auteurs Italiens & Allemands,
&c. Cet Ouvrage fait la ſuite de la Méthode pour le
Violon , par M. Corrette. Prix , 9 liv. A Paris , chez
Mlle Caſtagnery , rue des Prouvaires .
Numéro 34. Ouverture & petits Airs , contenant
le Concert du Ballet de Mirza , les Airs de
l'Amant jaloux & des Événemens imprévus , arrangés
pour le Clavecin ou la Harpe , par M. Lafieux ,
chaque Cahier 2 liv.8 ſols. Prix de l'abonnement
36 liv. A Paris , chez Girard, rue de la Monnoie;
Dubois , rue S. Dominique ; & chez l'Auteur , rue
S. Jacques , vis-à-vis celle des Mathurins.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ISOGRA SOCRATIS Opera omnia , Grace & Latinè, cum
Verfione nova , triplici indice , variantibus lectionibus,
& Notis. Edidit. A. Auger, Regia Infcript.
Parif. Acad. Socius , 3 Vol. in 8 °. Prix , 24 liv.
en feuilles , & in - 4°. grand papier ſuperfin de
France , 108 liv. A Paris , chez Didot l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue Pavée- Saint-André ; Debure ,
Libraire , quai des Auguſtins ; Jomhert , Libraire ,
rue Dauphine ; & Barrois le jeune , Libraire , quai
desAuguſtins.
Détail général des Fers , Fonte , Serrurerie,
Ferrure & Clouterie , à l'usage des Bâtimens , avec
les Tarifs des prix , par M. Bonnot , Vérificateur
de Serrurerie , Volume in-8 °. Prix , 6 liv. broché. A
Paris , chez l'Auteur , rue du Four , près de la
Croix Rouge , maiſon d'un Papetier ; & B. Morin,
Imprimeur-Libraire , rue S. Jacques.
Lettres d'Abailard & d'Héloïfe , nouvelle Traduction
, avec le Texte à côté , par J. F. Baſtien ,
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141
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Exemplaires in - 89 . ſur papier Saint- Augustin. Prix ,
10 livres , & fur papier d'Hollande. Prix , 20 livres
brochés.
Les Droits des trois Puiſſances alliées sur plu.
fieurs Provinces de la République de Pologne ; les
Réflexions d'un Gentilhomme Polonois fur les Lettres
- Patentes & Prétentions de ces trois Puiſſances ,
avec une Préface de l'Éditeur , pour fervir d'Introduction
, 2 Vol. in- 8 ° . Prix , 3 livres 12 ſols . A
Paris , chez Onfroy , Libraire , quai des Auguſtins.
- On trouve à la même adreſſe un Effai fur le
rétabliſſement de l'ancienne forme du Gouvernement
de Pologne ,fuiyant la Constitution primitive de la
République , par le Comte de Wielhorski , Grand-
Maître-d'Hôtel du grand Duché de Lithuanie , in-
8 °. Prix , 2 liv. 8 fols broché.
Seconde Partie du Tome XIV de l'Histoire an
cienne des Hommes , in- 12 & in - 8 °. A Paris , chez
M. Lachapelle , rue Baffe du Rempart .
Les Amours de Pſyché & Cupidon , par M. de la
Fontaine , 1 Volume, faiſant ſuite à la Collection
des petits formats. A Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés .
Hiſtoire Ecclésiastique de Bretagne , Tome IV,
in-12. Prix , 2 liv. 10 ſols. A Paris , chez Valade ,
Imprimeur - Libraire, rue des Noyers ; à Saint-
Malo, chez Hovius fils ; & à Rennes , chez Blouet.
Mémoirefur lepaſſage par le Nord, qui contient
auſſi des Réflexions ſur les Glaces , par M. le Duc
de Croy , in-4 °. A Paris, chez Valade , Imprimeur
Libraire , rue des Noyers .
Principes de Philofophie générale de Physique,
de Chimie& de Géométrie transcendante , par M.
Béguin, Profeſſeur de Philoſophic au Collège de
142
MERCURE.
Louis- le-Grand , 2 Vol. in - 80. , avec figures. Prix ,
10 liv. reliés. A Paris , chez Nyon l'aîné, Libraire ,
rue du Jardinet.
Chronologie Phyſique des Éruptions des Volcans
éteints de la France Méridionale , par M. l'Abbé
Giraud- Soulavie , Volume in - 8. , avec cinq Planches.
A Paris , chez Quillau , Libraire , rue Chriftine
; Belin , Libraire , rue S. Jacques ; & Mérigor
l'aîné , Libraire , quai des Auguſtins.
Recueil de Jurisprudence Féodale , ou nouvelles
Instructions fur les Domaines corporels , fixes , cafuels&
rentes , Droits de lods & ventes , de relief
& de rachat , d'enſaiſinement & autres Droits Domaniaux
réunis , par Edit du mois d'Août 1777 , en
une Administration , ſuivi d'un Traité fur les Bois
du Roi , par un Employé Supérieur de la Ferme Générale
des Domaines du Roi , in- 8 ° . , Tome premier.
A Paris , chez Onfroy , Libraire , quai des Auguſtins.
Lefang innocent vengé, ou Discours fur les réparations
dûes aux Accuſés innocens , couronné par
l'Académie de Châlons en 1781 , in- 8 °. , par M.
Briffot de Warville. A Paris , chez Deſauges , Libraire
, rue S. Louis-du Palais.
LesMoyens d'adoucir les Loix pénales en France
fans nuireà lafûretépublique , ou Discours couronnéspar
lAcadémie de Châlons en 1780 , fuivis de
celui qui a obtenu l'acceffit , & des Extraits de quelques
autres Mémoires préſentés à la même Académie ,
Volume in - 8 ° . Prix , 5 liv. A Châlons fur-Marne ,
chez Seneuze , Impriıneur-Libraire ; & à Paris,
chez Deſauges , Libraire , rue Saint-Louis-du-Palais.
L'Apolion moderne , ou le Développement intellectuel
par les fons de la Musique , par C. R. Brijon ,
deuxième OEuvre. Prix , 7 livres 16 fols en blanc ,
avec des Exemples & des Leçons gravés , Volume
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& Bélion , Libraire , rue de Confort. A Paris , chez
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Poésies & Pièces fugitives diverſes deM. le Chevalier
de B... Volume in- 8 ° . A Paris , chez Deſenne,
Libraire , au Palais Royal , Paſſage de Richelieu .
Nouveau Manuel de l'Arpenteur , par M. Ginel ,
Arpenteur , Volume in . 8 °., avec figures. Prix ,
6 liv. relié.
LeGuide du Fermier, traduit de l'Anglois ſur la
quatrième Édition , nouvelle Édition in 12 , 2 Parties.
Prix , 2 liv. brochées. A Paris , chez Fournier ,
Libraire , rue du Hurepoix, :
Recueil complet des plus beaux morceaux de Poésies
Italiennes Lyriques , Erotiques & Fugitives , avec
des Remarques critiques ſur le génie de la Poésie
Italienne , par M. Baffi , Membre de plusieurs
Académies, proposépar Soufcription en 8 Volumes
in-8°.
On n'admettra dans ce Recueil que les ſeules Pièces
qui ſont conſacrées dans les Annales de la Poéſie Ita-
Jienne , comme les plus dignes de paſſer à la poſtérité.
Deux eſpèces de notes accompagneront les morceaux qui
en feront fufceptibles. Les unes feront des Remarques
critiques; les autres expliqueront les difficultés qui tiennent
à la Syntaxe ou à l'idiome poétique. Ce Recueil
pourra le diſputer en correction , quant à l'Orthographe ,
aux Editions les plus ſoignées del'Italie . La Souſcription.
reſtera ouvertejuſqu'à la fin de Juillet 1782. On n'exigera
rien des Souſcripteurs qu'au moment de la diſtribution
des Volumes , qui leur ſeront fournis deux à deux. On
paiera , en les recevant , 6 livres pour chaque Volume
in-8°. broché , & 24 livres pour chaque Volume in-4°.
papier d'Hollande , broché. On ſouſcrit à Paris , chez
M.Bafli , rueNeuvedes Petit-Champs , maiſon du grand
Bureau de la Poſte de Paris , à côté de la rue des Bons-
Enfans ; chez M. Lambert & F. J. Baudouin , Imprimeurs-
Libraires , rue de la Harpe , près S. Côme ; & chez
les principaux Libraires de l'Europe.
144 MERCURE
Avisfurle Répertoire Univerſel de Jurisprudence.
COMME le but qu'on ſe propoſe en offrant un Ouvrage
par Souſcription , eſt d'obtenir des avances qui en facilitent
l'Edition , il eſt jufte qu'on ne participe aux avantages
de la Souſcription qu'autant qu'on a contribué à ces
avances : ainſi , les perſonnes qui ont des Volumes du
Répertoire univerſel & raiſonné deJurisprudence , & qui n'en
auront pas retiré les ſuites d'ici au is Septembre de la
préſenteannée 1782 , ne pourront exiger les Volumes qui
doivent être délivrés gratis aux Souſcripteurs , qu'en
payant ces Volumes au même prix que les autres Il ſera
remis à chaque perſonne , qui , avant l'époque fixée, retirera
ces ſuites ou qui ſe procurera un Exemplaire complet
, une Reconnoiſſance ainſi conçue:
Jem'oblige à fournir gratis à M....... les trois derniers
Volumes du Répertoire univerſel & raiſonné de Jurifprudence
, & même tous ceux qui excéderont le nombre de
Soixante.
On ne délivrera les Volumes gratis qu'aux perſonnes
qui repréſenteront la reconnoiffance qui leur aura été
donnée. On s'adreſſera à Paris , chez Viſſe , rue de la
Harpe, près de la rue Serpente . Les Tomes XLIX & L
viennent d'être mis en vente.
TABLE.
MAConfeffion , 971 laMarine,
Le Lierre& le Mur , Fable , 97 Obfervations fur les Trouba-
Enigme & Logogryphe , IO dours,
Idylles& Poëmes Champêtres , Comédie Françoise,
103 Variétés,
RecuellHistorique & Chrono- Gravures ,
Ls logique defaits mémorables , Muſique,
I pour fervir à l'Histoire de Annonces Littéraires,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
127
133
137
139
ibid.
140
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 18 Mai. Je n'y ai
dien trouvé qui puiſſe en empêche l'impreſſion. A Paris ,
Le 17Mai 1782. DESANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.-
De CONSTANTINOPLE , le 12 Mars.
LE nouvel Hofpodar de Valachie a été
revêtu , le 26 du mois dernier , du Caftan
ou de la Robe d'honneur par S. H.; &
le 4 de ce mois , il a reçu les deux queues
qui font une des diftinctions attachées à fa
dignité ; il doit partir inceffamment : on
ne doute pas qu'il ne foit preffé de ſe rendre
dans fa Réfidence ; fon féjour ici lui coûte
fort cher ; il eft obligé , depuis fa nomination
au Gouvernement de la Valachie , de
payer journellement aux Officiers du Dian
& du Serrail des fommes aff z confidérables
qu'on évalue à 5 ou 600 piaftres par jour.
Le Capitan Bacha a été très - dangereusement
malade ; pendant quelque tems on a
craint de le perdre ; les grands qui en eftiment
les talens , & les petits dont il s'eft
fait aimer , ont pris la plus vive part à ſa ·´
18 Mai 1782,
( 98 )
maladie , & fe réuniffent pour témoigner
leur joie de fon rétabliffement.
On vient d'établir ici une pofte régulière
pour les lettres afin de faciliter une correlpondance
plus exacte entre cette Capitale ,
Buchareſt & la Ruffie. Les expéditions de
ces poftes font fixées au II & au 26 de
chaque mois.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 15 Avrit.
LE Roi a donné 12,000 rixdahlers pour
fervir à la réparation de la frégate le Bornholm
, qui fe trouve à Niewport , en Irlande ;
où M. Mathias de Billé , Capitaine de cette
frégate , eft mort âgé de 46 ans.
L'Amirauté a donné des ordres pour équi
per encore s vaiffeaux de guerre , au nombre
defquels fera la Wagrie.
On dit que le Courier que la Cour a expédié
il y a quelque tems pour l'Espagne
a été chargé de remettre au Ministre du Roi
en France des dépêches , par lefquelles il lui
eft ordonné de demander la médiation de la
Cour de France , pour obtenir de celle d'Efpagne
un accommodement à l'amiable , touchant
l'affaire de la frégate Danoiſe le St-
Jean , prife & conduite à Cadix.
L'inconftance de la faifon , & les variations
fubites que le tems a effuyées pendant
cet hiver , ont occafionné ici beaucoup de
( 99 )
maladies ; il y a peu de maifons dans cette
Capitale qui en foient exemptes.
Le Comte de Scheel , Grand- Ecuyer , a
obtenu fa démiffion , & va fe retirer fur fes
terres de Jutlande , avec la Comteffe fon
épouſe.
On apprend de Norwége qu'il eft arrivé
à Hittercë un convoi Anglois , compofé de
70 bâtimens , la plupart de Newcaſtle , &
chargés de charbons de terre , dont une
partie eft deftinée pour cette Capitale , &
les autres pour divers Ports de la Baltique.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 24 Avril.
LE Pape eft parti avant - hier pour
retourner en Italie ; fon féjour dans cette
Capitale a été d'un mois , le 19 il avoit
tenu un Confiftoire , dans lequel il donna
le chapeau aux Cardinaux Firmian &
Bathiani ; il prononça à cette occafion le
difcours fuivant .
Avant de mettre fin à ce Confiftoire , nous ne
voulons point paffer fous filence ce que nous ne
defirons cacher à perfonne. Rien ne nous a été plus
agréable & plus confolant que de voir S. M. l'Empereur
que nous avons toujours infiniment confidéré
, & de nous trouver à portée de lui témoigner
notre attachement particulier & notre affection
pour fa perfonne. Dans les différens entretiens que
nous avons eus avec lui , fur des objets qui regardent
notre Miniftère apoftolique , nous avons almiré
fon affabilité , fon hofpitalité , fa piété exem
C 2
( 100 )
plaire, les qualités rares de ſom eſprit , & fon entière
application aux affaires du Gouvernement. Notre
coeur paternel n'a pas été moins ſenſiblement touché,
en voyant par nous-même que la piété&la
religion ont conſervé toute leur pureté, toute leur
intégrité dans cette brillante Capitale , ainſi que
parmi le peuple nombreux qui accouroit de toutes
parts au-devant de nous dans notre paſſage par les
Etats Autrichiens. Nous n'oublierons point de faire
de ces innombrables habitans , l'éloge qu'ils méritent
, & nous tâcherons de maintenir & ſeconder
leur ferveur par nos inſtantes prières au Très-Haut,
Nous invoquons le Seigneur tout-puiſſant , le Dieu
demiféricorde , qui n'abandonne aucun de ceux qui
ont recours à lui , pour qu'il lui plaiſe les confirmer
dans leurs ſaints propos, & faire tomber abondamment
ſur eux la roſde féconde de ſes célestes bénédictions
«.
Le 22 le S. Père , après avoir entendu
la Meſſe , ſe rendit chez l'Empereur , &
après avoir pris congé de S. M. I. , de l'Archiduc
Maximilien , des Miniftres, ſoit de
la Cour , foit Etrangers ,& leur avoir donné
ſa bénédiction , monta en carroſſe avec l'Empereur
, qui l'accompagna juſqu'au Couvent
des Pères Auguſtins de Maria-Brunn , ſur le
chemin de Burkersdorff; c'eſt là que ſe fit
la ſéparation. Le Comte de Cobentzel eſt
chargé d'accompagner S. S. juſqu'aux frontières
de la Bavière , & dela juſqu'au terri
toire de Veniſe , en traverſant le Tirol.
ככ Il paroît une Ordonnance de l'Empereur en
datedu 11 de ce mois. Elle potte entr'autres , qu'à
commencer du premier Mai prochain , la régence
de la Baffe-Autriche ſera ſupprimée & remplacée
par un ſeul Tribunal d'appellation pour l'Autriche,
( 101 )
au-deſſous & au-deſſus de l'Ems. On y pourra inter
jetter appel de toutes les Sentences épiſcopales , à
moins qu'il ne s'agiffe de prononcer ſur la validité
dequelque Sacrement , comme ſur celle du mariage
&ſur le divorce. A l'égard du Conſeil-Aulique de
la Chancellerie de l'Empire , les choſes reſteront
comme il a été ordonné le 10 Juillet 1770. Les
TribunauxMilitaires , ainſi que ceux des crimes , ne
dépendront point de ce Tribunal . Les pourſuites en
Juſtice ne pourront être continuées que juſqu'à la
troifieme inſtance ; les Tribunaux des Seigneurs
fonciers des villages & des bourgs , dont les Sentences
n'étoient exécutées qu'après avoir été confirmées
par un Tribunal ſupérieur ſeront ſupprimées ,
&les plaideurs pourront s'adreſſer directement aux
Tribunaux qui avoient le droit de confirmer «.
L'Empereur vient de réduire à 3 pour
100 les rentes des ſommes qui ont été prêtées
à l'Etat en différens tems. La Chambre
des Finances a reçu une nouvelle forme ;
elle ne dirigera dorénavant que la Banque ,
le Crédit , les diverſes Caiſſes , les Domaines
, le Commerce & la Navigation. On dit
que le Comte de Sinzendorf , auteur de
toutes les réformes qui ſeront faites dans les
Finances , aura la direction de cette Chambre.
On apprend de Bade , en Hongrie , qu'on
a découvert près d'un Village pluſieurs colonnes
milliaires qui avoient été poſées ſous
les règnes des Empereurs Septime-Sévère ,
Antonin Caracalla , Maxinin & Philippe.
On dit que la ſucceffion du célèbre Métaſtaſe
monte à 150,000 florins en argent
ouen effets, :
3
( 102 )
De HAMBOURG , le 29 Avril.
Le Pape parti de Vienne le 22 de ce
mois , eſt arrivé le 26 à Munich , où il n'a
dû s'arrêter que 13 jours ; il a dû en partir
aujourd'hui pour Augsbourg.
>> Les Recrues que l'Angleterre doit tirer cette
année de l'Allemagne , écrit-on de Lippstadt , confil.
teront en 970 hommes de Heſſe , ſous les ordies du
Colonel de Hatzfeld , 300 d'Auſpach , ſous le Capitaine
Cramont , & 387 de Hanau , ſous le Capitaine
Dehlau. Ces troupes qui ont été embarquées ſur
24 navires , deſcendirent le Wefer le 13 & le 14de
ce mais . Les Recrues de Brunswick , au nombre de
219 , ſe mirent en marche de Wolfenbuttel le 11 ,
pour Nieuburg , où elles ſe ſont embarquées ſur le
Wefer , pour ſe joindre aux autres troupes à
Bremerlehe ec,
Les enrôlemens continuent toujours dans
la Bavière , & ils ne cefferont que lorſque
tous les régimens feront complets .
On a fait le tableau ſuivant du nombre &
de la répartition des troupes de S. M. Pruffienne
dans tous ſesEtats.
Infanterie. Hommes.
Dans les Marches de Brandebourg • 38,823
Dans le Magdebourg •
• 14,916
Dans la Pomeranie 10,555
Dans la Pruffe orientale & occidentale 27,087
Dans les Provinces du Cercle de Westphalie

Dans la Siléſe
Total de l'Infanterie

• 10,530
• • 32,832
. 134,743
( 103 )
Cavalerie. Hommes.
Dans les Marches de Brandebourg & dans
la Pomeranie
11,456
3,450
11,228
Dans la Siléfie
12,082
• 38,206
Dans le Magdebourg
Dans la Pruſſe orientale & occidentale
Total de la Cavalerie
Il faut ajouter à ce nombre de troupes 10,260
hommes de l'Artillerie : ainſi l'Armée du
Roi eſt forte de
hommes .
• 183,209
Le feu Prince de Czartoriski étoit un des
plus riches Seigneurs de la Pologne ; on dit
qu'après avoir fourni à toutes les dépenses
de fa maiſon , il faiſoit encore 100,000
ducats d'épargne tous les ans ; on en a
trouvé 800,000 dans ſes coffres .
» Les 4 Corateurs , écrit-on de Cracovie, que le
Confeil Permanent a donnés à M. de Soltyck , Evêque
de cette Ville, font tous de ſa famille; ce ſont
MM. Malachowsky,Palatin de Cracovie; M. Soltyk,
Pala in de Sandomir ; M. Kerewsky , Garde du Sceau
de la Couronne , & M. le Chanoine Soltyk. Le Chapitre
de la Cathédrale eſt ſuſpendu de ſes fonctions ;
quelques-uns de ceux qui ont montré le plus d'acharnement
feront caffés ; d'autres condamnés à
quelques mois de retraite. Le décret eſt ſigné du
9 de ce mois; mais il n'eſt point encore confirmé.
- L'Abbé d'Oliva , Monastère de la Pologne, près
de Dantzick , ſi célèbre par la paix de 1660 , entre
l'Empereur & les Rois de Suède & de Pologne ,
étant mort dernièrement , & fon fiere qui étoit fon
plus proche héritier , étant abſent , le Magistrat de
Dantzick a fait mettre le ſcellé ſur ſes effets; on
c 4
7.104 )
ignore fi fa riche fucceffion paffera à fa famille ou à
l'Abbaye ; on en a écrit d'abord au Roi de Pruffe «.
ITALI E.
De
LIVOURNE , le Is Avril.
ON apprend de Gènes que le Sénat a ordonné
de faire fortir une polacre , 2 galères ,
an chébec , une flûte & une barque pour
nettoyer les mers voifines de quelques corfaires
barbarefques qui
viennent de s'y
montrer.
32 L'éboulement des terres
d'Ottone , ville à 12
milles de Chieti , entre la Pefcare & le Sangro ,
offre un fpectacle
horrible. Toutes les maifons
fruées au bord du gouffre , font près d'y tomber,
leurs
fondemens n'ayant plus de
confiftance ; & l'on
craint , vu la quantité de tourbières qui l'avoifinent
, qu'un écroulement général , femblable à celui
de 125 , qui engloutit plus de 2000 ames , ne cauſe
bientôt la ruine entière de cette
malheureuſe Ville.
Ottone fut érigée en Evêché par Paul IV en 1470 ;
elle fe glorifie de deux chofes , du corps de Saint-
Thomas, Apôtre , qu'elle a richement enchâffé dans
fa
Cathédrale , & du Palais de
Marguerite d'Autriche
, fille naturelle de Charles -Quint &
Ducheffe
douairière de Florence & de Parme, qui embellit fa
grande place
La guerre actuelle eft
favorable au commerce
de la
République de Ragufe ; les Négocians
Anglois , établis dans plufieurs ports
d'Italie , ayant équipé, à leurs frais, & à l'infu
du
Gouvernement de la
Lombardie , quantité
de corfaires qui
infeſtent la
Méditerranée , le
pavillon
Hollandois ne paroît plus avec fûreté
( 105 )
ſur cette mer. Les Négocians des Provinces-
Unies qui ont des affaires dans les échelles du
Levantſeſervent du pavillon Ragufois, ce qui
a augmenté conſidérablement la navigation
de la République depuis 6 mois , & inſpiré ,
à la Régence , le defir d'une liaiſon entr'elle
&lesEtats-Généraux , auxquels elle a adreſſé
la lettre ſuivante :
» H$ & P. S. , notre navigation ayant toujours
eu depuis notre premier établiſſement des preuves
conſtantes de la prédilection particulière avec laquelle
elle eſt conſidérée par l'illuſtre Nation de
V. H. P. , au point même que vos Confuls l'ont
aiſiſtée & protégée en diverſes occafions , comme
lui portant la plus grande faveur & affection ; nous
avons auſſi aujourdhui la fatisfaction inexprimable
d'apprendre que pluſieurs bâtimens appartenans à
notre navigation ont été frétés pour diverſes Villes
&Ports des Etats fi heureux de V. H. P. Ne voulant
pas manquer à notre devoir dans une occaſion ſi
agréable, nous prenons la liberté de nous préſenter
devant vos V. H. P. avec nos Lettres reſpectineuſes ,
afin de leur recommander nos navires & d'implorer
en même-tems la continuation de leur puiſſante
protection pour toute notre nation. Nous regarderons
comme un généreux effet des ſentimens
élevés & gracieux de V: H. P. qu'Elles agréent
favorablement les premières inſtances que nous
venons faire près d'elles , dans la ferme confiance
d'en recevoir de la confolation. En attendant nous
les aff rons de notre vive reconponfance & des
obligations inexprimables que nous avons à V. H. P.
Nous leur en faiſons les remerciemens les plus expreffifs
&les plus obligeans ; & nous nous nommons,
avec tout le reſpect poſſible , de V. H. P. ,
les très-humbles ſerviteurs .
es
( 106 )
On apprend de Tripoli de Barbarie que
le Bey fait de grands préparatifs pour la
cérémonie de la circoncifion de fes trois fils .
Il y aura , à cette occafion , des fêtes fuperbes
pendant 3 jours , dont on dit que les frais
pafferont sooo ducats. Il donnera un grand
repas aux Confuls étrangers qui , felon l'ufage
, en pareille circonftance , ne manqueront
pas de lui faire de nombreux & inagnifiques
préfens.
5000
On écrit de Palerme que le Vice - Roi , accompagné
de la Junte , a mis à exécution
l'Edit du Roi portant abolition du St. Office.
Il a fait brûler tous les Procès criminels , &
remettre en liberté toutes les perfonnes détenues
dans les prifons de l'Inquifition .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 7 Mai.
LE Ministère vient enfin de recevoir les
dépêches officielles relatives à la perte des
Illes de St Chriftophe , Nevis & Mont-
Sarrat. Les détails qu'il en a publiés dans
la Gizette de la Cour du 3 de ce mois ,
étoient déja connus ; la première de ces
Ifles peut être regardée comme un magafin
des productions de l'Amérique ; elle eſt
fur-tout très-fertile en fucre & en rum ; on
peut fe faire une idée de fon importance
en confidérant que l'on y chargeoit , tous
les ans , environ 50 navires pour l'Angleterre
, 17 pour les Barbades , 22 pour An(
1 )
Supplément aux Nouvelles de Londres , le Samedi
11 Mai 1782 .
SUR la nouvelle de l'apparition d'une Eſcadre Hollandoiſe , de onze
Vaiſſeaux de ligne , vers les côtes du Nord de notre Ifle , la confternation
s'eſt répandue par tout. Le peuple a craint une invafion combinée
avec la France. Les Habitans de Pool ont chaffé leurs troupeaux
des bords de la mer , & ſe font retirés avec eux au milieu des
terres ; le trouble s'eſt augmenté encore quand on a vu que le Gouvernement
engageoit , par des lettres circulaires , tous les Citoyens à
s'armer & à s'exercer à la hâte aux manoeuvres militaires . Pluſieurs
Membres de la Chambre des Communes ont reproché aux Miniftres
cette démarche imprudente & timide qui mettoit les armes à la main
de toute une Nation que fon caractère pouvoit porter aux attentats
les plus funeſtes à la Constitution ; mais M. Fox a fait taire
cette oppoftion naiſſante en retraçant ſommairement l'état précaire
& chancelant où se trouvoit aujourd'hui l'Ifle de la Grande-
Bretagne , qu'une guerre malheureuſe privoit des bras que le Peuple
foudeye pour défendre ſes foyers , & qu'une inauvaiſe Adminiftration
avoit laiffée en butte aux invafions d'un Ennemi qui auroit
pu ( fi le Roi ne confioit la défenſe de la Mère-Patrie à tous fes
fidèles Sujets ) forcer en vainqueur les Anglois à recevoir la paix fur
leur propre territoire , en accablant peut-être la Nation de contributions
, & en la couvrant de honte . --- Voici la copie de la Lettre clrculaire
adreſſée à tous les Corps de Ville du Royaume de la Grande
Bretagne.
,
« M. le Roi m'a ordonné de vous exprimer toute l'étendue de
ſa confiance dans l'énergie & la fidélité de ſon Peuple , & combien
il eſt perfuadé qu'en ce moment de crife , il recevra de ſes Sujets
des preuves évidentes de zèle & d'attachement. Sa Majesté ayan
prévu que des meſures ſages , vigoureuſes , & conduites avec ativité
, la feroient parvenir , non-feulement à tromper ſes Ennemis
dans leur attente , à faire échouer leurs projets , mais auſſi à ſe
montrer redoutable au milieu de l'union dans ſon Royaume , en
acquérant par là même de nouvelles forces , pour faire au dehors
les efforts les plus puiſſans pour foutenir fon honneur , défendre
l'intérêt du Public , & jeter de folides fondemens pour une paix
glorieuſe , durable & point hafardée ; Sa Majesté m'a ordonné de
vous dire que nos Capitales & toutes les Villes de la Grande Bretagne
offrant , par leur nombreuſe population , les moyens les plus
faciles pour lever fans peine , exercer fans interruption , & réunir
avec célérité des Corps de Citoyens , le Plan ci joint qui a été donné
à S. M. pour augmenter proviſoirement les forces du Royaume ,
pourroit , étant adopté ou perfectionné , ſelon les circonstances ,
&la poſition des Villes dont vous êtes les principaux Magiftrats
, déterminer promptement , & de la manière la plus analogue
à la conſtitution , la compofition d'une addition formidable à
lamaſſe des forces de la Nation dans le Royaume. C'eſt dans ces
vues que le Roi m'a donné ſes ordres ; & je vous fignifie fon
*ſes instances , pour que vous examiniez ce Plan le plus pre
( Sam. 18 Mai 1782. )
de
(2 )
tement qu'il vous fera poffible ; après quoi , vous voudrez bien
m'adreſſfer vos remarques & vos objections ſur l'exécution d'un pro
jet dont le but eft de mettre à l'abri vos perſonnes & vos biens en
défendant l'État . Signé , SHELBURNE . - ('Le plan ſe trouvera dans
le Journal prochain . )
Pluſieurs Lettres de Goſport & de Portsmouth nous apprennent
que , le ro de ce mois , le Lord Howe a levé l'ancre avec II Vaifs
feaux de Ligne , Fregates & 2 Brûlots .
Nos Politiques font diviſés ſur la deſtination de cette Efcadre .
Ceux qui n'ont point été étourdis par la crainte de voir les Hollandois
s'amufer à piller nos Côtes , diſent qu'elle doit effayet d'aller
intercepter leur Flotte ,fi elle double les Orcades & le Nord de
l'Irlande , pour ſe rendre dans l'Inde . D'autres prétendent qu'elle
defcend la Manche pour former une jonction avec l'Amiral Kempenfeldt
, à la hauteur d'Oueſſant , & pluſieurs enfin affurent que
ces onze Vaiffeaux vont ſe tendre aux Dunes , où ils trouveront ,
avec deux Vaiſſeaux de ligne , les Amiraux Roff & Drake , qui
iront de conſerve croifer dans la Mer du Nord , & peut être même
attaquer les Ports & les Arfenaux Hollandeis. Ils affiument même
avec confiance qu'il s'équipe affez de Vaiſſeaux dans les différens
Ports du Royaume , pour renforcer au beſoin l'Eſcadre de la Manche.
Mais malgré tout cer étalage d'opérations hardies , & de reffources
inépuiſables , il n'eſt malheureuſement que trop vrai que
nos Vaiſſeaux de la Tamiſe n'ont point affez de bras pour lever
leurs ancres , & que les preffes les plus rigoureuſes & les plus vio
lentes ne nous procurent qu'un petit nombre d'hommes , inhabiles
au fervice de la Mer , ou bien de vieux Matelots rouillés ou infirmes.
Jamais on n'a parlé de paix auſſi généralement. Hier même
M. Mansfield demanda dans la Chambre des Communes , à
M. Fox , fi les Plénipotentiaires , qui venoient faire des propofitions
de la part de l'Amérique , s'étoient évanouis comme des ombres ;
&pourquoi , lui qui ſemblait autrefois tant porté pour la paix
avoit-il l'air aujourd'hui d'en être fort éloigné ? Je ne reviens point
furmeses paroles paſſées , lui répondit ce Miniftre , & je ſoutiens ce
que j'ai avancé il ya quelques mois en affûrant à la Chambre
que des perſonnes autoriſées par le Congrès étoient prêtes à traiter
de la paix ; mais ne les ayant jamais vues ni connues
m'eft impoſſible de ſavoir quels termes elles vouloient offrir A
l'égard de mes diſpoſitions pour la paix en général , la ſeule chofe
qu'il me foit permisis de proférer , c'eſt que les Miniftres du Roi n'y
mettront aucune entrave , dès qu'ils pourront l'obtenir à
,
د
it
honorables.
des termes
( 107 )
tigues , 40 pour Mont- Sarrat , Nevis & Tortola
, & 169 pour Jamaïque . On craint avec
raifon que fa perte n'entraîne la faillite de
plufieurs maifons . Si elle eft fenfible pour
le commerce , elle ne l'eft pas moins pour
la Cour ; fuivant une lifte qui fe trouve dans
tous nos papiers publics les revenus que
la Couronne tiroit des 297 navires qu'on
y chargeoit montoient annuellement à
1,210,626 liv. fterl . On fait que cette Ifle , où
Chriſtophe Colomb aborda en 1473 , eft la
feule des découvertes de ce grand homme qui
en porte le nom ( 1 ) .
,
Il eft conftant , dit un de nos papiers , en parlant
de ces pertes , que nos poffeffions aux Ifles de
l'Amérique font actuellement réduites à un trèspetit
nombre; nous avons perdu la Grenade , la
Dominique , Saint- Vincent , Saint-Christophe , Tabago,
Nevis, Mont-Sarrat & probablement Tortola ,
de manière que de toutes les Ifles que nous avions à
la dernière paix , il ne nous refte plus que la Barbade,
Antigues & la Jamaïque , auxquelles nous
pouvons ajouter Sainte-Lucie , conquife par l'Amiral
Barrington. Nous n'avons donc plus que 3 Colonies
aux Inles du Vent , & c'eft pour garder ces poffef
fions que nous y entretenons une efcadre de plus de
30 vaiffeaux de ligne. Les dépenfes d'un armement
( 1 ) M. le Chevalier de Langeac , en publiant fon Poëme
de Colomb dans les fers à Ferdinand & Isabelle après la
découverte de l'Amérique , couronné l'année dernière par
J'Académie de Marfeille , y a joint un Précis hiftorique
fur Colomb. Cet ouvrage intéreffant par le fond du ſujet ,
les recherches & la philofophie dont il eft rempli , ne fait
pas moins d'honneur à l'Auteur que le Poëme. Il fe trouve
à Paris chez Jembert , rue Dauphine.
e 6
( 108 )
de cette force , deftiné fimplement à une guerre
défenſive , fuffiroient pour ruiner une nation beaucoup
moins épuifée d'hommes & d'argent, que ne
l'eft actuellement l'Angleterre. Et que ferons-nous
encore avec ces forces ? Quoiqu'on prétende, d'après
la lifte des dernières Gazettes de la Cour, que l'Amiral
Rodney a une fupériorité de 9 vaiffeaux de
ligne fur le Comte de Graffe , qu'on dit qu'il bloque
à la Martinique , on ne laiffe pas d'être très- inquiet
fur la poffibilité d'un changement qui changeroit
la face des chofes . On fait que les François ,
réunis aux Efpagnols , ont encore 17 vaiffeaux au
Cap François & 12,000 hommes de troupes de débarquement,
tout cela eft viſiblement deftiné contre
la Jamaïque. Il faut que Rodney parte pour la fecourir
; & adieu le blocus du Comte de Graſſe à
Fort-Royal , dont il peut fortir pour ſe réunir à ces
17 vaiffeaux ; & alors c'eft lui qui aura la fupériorité.
Ce prétendu blocus d'ailleurs a pu n'exifter
que dans les têtes de nos politiques à Londres , puifqu'on
fait que le convoi parti de Breft en Mars
eft arrivé fain & fauf , malgré la vigilance de
Rodney ".
Il eſt tout fimple que cet état des choſes.
nous faffe attendre avec anxiété un paquebor
qui a dû partir de la Jamaïque le 21
Mars , & qui n'eft pas encore arrivé.
La Cour n'a rien publié de l'Amérique
feptentrionale que les liftes des prifes envoyées
par l'Amiral Digby , les déclarations
du Chevalier Clinton aux Loyalistes que
dans tous les cas on fera traiter comme
les troupes Britanniques ; cela n'empêche
pas que nos papiers ne prétendent que les
lettres de ce Général qui , le 24 Mars , commandoit
encore à New-Yorck , ne contien(
109 )
nent des affurances poſitives de la plus
grande tranquillité dans ces contrées , &
même des détails qui annoncent toujours
la poffibilité d'une réconciliation avec les
Américains , à des conditions qui les rétabliront
dans le rang & les droits des ſujets
de laGrande-Bretagne; mais on doute de la
réalité de ces belles eſpérances.
La Gazette de la Cour du 4 de ce mois
contient la lettre ſuivante du Capitaine
Maitland du vaiſſeau la Queen en date de
la hauteur du Start le 28 Avril.
>> Le 21 courant , le Commodore Elliot donna ,
vers les 10 heures, le ſignal d'aſſiſter le Foudroyant
&ſa priſe : le veut ſouffloat violemment ; auffi-tôt
qu'il le permit , je pris la méthode la plus expéditive
pour faire paſſer les prifonniers d'un bord à
l'autre&le réparer. Le lendemain , vers les 3 heures ,
nous en avions tiré 300 prifonniers & envoyé un
Officier avec 40 hommes , en addition aux so que
le Capitaine Jervis avoit déja mis à bord. Vers ce
tems Lous reconnûmes un vaiſſeau gouvernant vers
le Sud ; je découvris bientôt que ce n'étoit pas un,
vaiſſeau Anglois ; on me dit que ce devoit être le
Protecteur de 74 canons : j'ordonnai au Pégafe ,
ainſi qu'a l'un des cutters de conſerve , de faire voile
pour le premier port d'Angleterre , & je portai vers
la voile étrangère , que j'atteignis après 14 heures
de chaſſe. Nous la prîmes à la premiere bordée ;
il ſe trouva que c'étoit l'Actionnaire de 64 canons ,
armé en flûre «.
Selon les lettres de Portsmouth , l'Amiral
Kempenfeld mit à la voile dans la matinée
du 3 avec les vaiſſeaux ſuivans .
>>Le Royal George de 100 canons ; la Bellone ,
la Fortitude,le Goliath ,le Courageux de 74 ; le
( 110 )
Samfon & le Vigilant de 64 ; le Monfieur de 36.
-Le Medwai & le Cambridge doivent , dit- on ,
le joindre à la hauteur de Plymouth , & alors fon
eſcadre ſera de 9 vauſicaux de ligne & une frégate.
-
, Le Lord Howe , ajoutent les mêmes lettres
devoit appareiller auſſi le 4 ou les avec l'Amiral
Barrington : leur eſcadre eſt compoſée des vailleaux
ſuivans . Le Victory , la Britannia de 100 canons ;
l'Océan , l'Union de 90 ; le Foudroyant de 30 ;
l'Edgard, l'Alexandre de 74 ; le Raisonnable de 64 ,
&le Panther de 60. On croit que ces 9 vaiſſeaux
doivent ſe joindre à Peſcadre de l'Amiral Kempenfeld;
alors tous feront fous le commandement de
l'Amiral Howe : on les dit deſtinés à intercepter le
convoi que les François attendent de St.-Domingue;
mais il paroît que nous nous y prenons trop tard ,
& des lettres particulières nous apprennent que
ce convoi qui avoit relâché au Ferrol , eſt entré
dans les ports de France «.
Le rappel de l'Amiral Rodney eſt décidé
depuis long- tems , c'eſt à- dire , depuis
le changement de l'Aminiſtration ; mais
le choix de ſon ſucceſſeur a bien varié ;
on a nommé ſucceſſivement dans nos papiers
lesAmirauxKempenfeld & Barrington .
Aujourd'hui c'eſt l'Amiral Pigot , qui en
effet eſt parti le 2 de ce mois pour Plymouth
, où il s'embarquera ſur le Jupiter
avec ſon fils , & fon neveu le Lord Auguſte
Fitzroy. A fon arrivée aux Indes
occidentales , le Lord Rodney lui remettra
le commandement de ſon eſcadre. Il y a
long- tems que le Lord Pigot ne ſervoit
plus ; on dit que depuis 20 ans il n'eſt
pas monté ſur un vaiſſeau , & qu'il vivois
dans la retraite.
( 111 )
1
د
Les dernières féances du Parlement ont
été très- intéreſſantes par les diſcours qui
ont été prononcés. Le 29 , le Lord Avocat
d'Ecoffe propoſa un bill portant des
peines afflictives contre Sir Thomas Rumbold
, ancien Gouverneur du Fort Saint-
Georges , & contre MM. John Whitehill
& Peter Perring , ci-devant employés de
la Compagnie des Indes. Cette forme de
procéder parut un peu bruſque à Sir Thomas
Rumbold , qui étoit préſent ; mais
cela n'empêcha qu'elle ne paffat ainſi que
la motion qui leur défendoit de fortir de
l'Angleterre pendant un an , de tranſporter
& d'aliéner leurs biens && effets .
Le 30 , M. Thomas Pitt fit une motion
bien intéreſſante , relativement à la dette
nationale ; il s'agiſſoit de nommer un
Comité chargé de conſtater le montant
des diverſes ſommes votées comme ſubſides
depuis le s Janvier 1776 , juſqu'au
5 Avril 1782 , celui de l'intérêt annuel de
ces ſommes , du produit annuel des terres ,
le montant des déficits ; & comme cette
motion paſſa ſans oppofition , les plaiſans
n'ont pas manqué de dire que l'on publiera
bientôt le bilan de la G. B.
M. Sawbridge fit enſuite la motion qu'il
avoit annoncée quelques jours auparavant
, au ſujet de la penſion de 1000 liv.
ſterl. accordée au Lord North ; mais il
trouva des oppoſitions fortes , & M. Fox
lui-même la déſapprouva. Son diſcours à
cette occafion mérite d'être cité.
( 112 )
s Je me flatte, dit- il,qu'on me ſoupçonnemoins
quequi ce ſoit de chercher àſouſtraire les ci-devant
Miniſtres à la rigueur des enquêtes que leur conduite
demande de la juſtice du Parlement ; mais je
ne puis approuver la motion partielle de Ihonorable
Membre , par la raiſon que ſi nous bornons
notre enquête à examiner ſi la penſion du ſieur Robinſon
a été méritée ou non , il ſembleroit que
toute l'inconduite de l'ancienne Adminiſtration ſe
borne à avoir mal appliqué des penſions : or , lorfqu'on
en viendra aux grandes enquêtes que les circonftances
rendent indiſpenſables , j'eſpère qu'elles
feront générales , qu'elles embraſſeront toutes les
branches de l'Adminiſtration ; alors il faut s'attendre
, non-feulement à de l'étonnement , mais au frémiſſement
; la ſituation des affaires eft telle que
lorſque je croyois en faire le tableau ſur la fin du
règne de la dernière Administration , j'en faifois à
peine l'e'quiſſe , j'étois bien éloigné de concevoir à
demi l'affreuſe étendue des maux accumulés fur nos
têtes ; il ne falloit rien moins que la multitude des
preuves que j'ai trouvées dans les Bureaux de mon
Département , pour me convaincre du danger imminent
dans lequel ſe trouvoit l'Empire à l'époque
où j'y fais entré : on ne peut ſe former une idée
de l'état de foibleſſe , de dénuement , d'épuisement
déplorable dans lequel j'ai trouvé le Royaume.
Eh ! qui eût pu concevoir en effet que des Miniftres
qui devoient connoître cet épuiſement général ,
qui ne pouvoient ignorer qu'ils n'avoient pas la
moitié des moyens néceſſaires pour faire face à la
Maiſon de Bourbon ſeule , aient choisi le moment
où cette vérité étoit plus évidente pour ajouter les
forces de la Hollande à la maſſe de force déja trop
puiffante à laquelle ils ſentoient qu'ils n'étoient pas
en état de réſiſter ! Qui eûr cru que des Miniftres
au milieu des précipices qui les environnoient de
,
7113 )
toutes parts , aient pu être affez infenfés pour tenir ;
jufqu'au dernier moment , le langage hautain & infolent
que j'ai trouvé dans la correfpondance qui
avoit lieu entre le Lord Stormont & différentes
Cours d'Europe dans le courant même de Décembre
dernier ce qui n'eſt pas bien ancien , & conftitue
une époque à laquelle l'infolence , qui ne convient
en aucun temps , ne pouvoit être regardée
que comme une folie ; oui , c'eft en Décembre dernier
que les Miniftres avoient la conftance d'ofer
parler encore aux Puiffances médiatrices de la punition
de Van-Berkel , qu'ils propofoient cette punition
exemplaire comme article préliminaire d'un
Traité de Paix à conclure avec la Hollande ! Or ,
il eft à obferver que je n'ai pu revenir de mon éton
nement , lorfqu'en prenant connoiffance des papiers
relatifs à cette querelle fufcitée entre nous & la
République , j'ai vu que , non-feulement elle n'avoit
point de motif, mais pas même de prétexte : Qui
eût pu croire enfin , qu'après ce qui s'étoit paffé
dans cette Chambre au fujet de la guerre d'Améri
que , les Miniftres aient eu la démence de donner
aux Officiers qu'ils employeient des inftructions
dans lesquelles on voit percer leurs notions abfurdes
fur la poffibilité de ramener par la force les Américains
à l'obéiſſance : leurs vieilles rodomontades ,
leurs rêveries de victoires & de conquêtes , tout
cela étoit très- férieufement expliqué , & annonce
qu'ils penfoient très- gravement que leur ancien fyftême
étoit encore praticable ; enforte que leur
grande affaire , celle qui abforboit tous leurs foins ,
étoit , d'une part , la conquête de l'Amérique , &
de l'autre , le châtiment de Van- Berkel ; & voila les
Hommes d'Etat que nous avions ! Je fuis fâché
d'avoir à déclarer à la Chambre que la perspective
d'une paix féparée avec la Hollande n'eft pas tout,
à-fait auffi prochaine qu'on s'en étoit flatté d'abord ;
( 114 )
mais je fuis convaincu que ſi le règne de la derniere
Administration eût été plus court ſeulement
de quelques mots , nous ferions actuellement en
paix avec la République. - Tant de bévues , tant
de folies accumulées démontrent la néceffité indi
renfab e d'une enquête : elle est néceſſaire à la Natin
; elle l'eft effentiellement au repos , peut- être
même à la fûreté de l'Adminiftration actuelle : f le
Peuple ne connoît pas parfaitement la fituation de
ſes affaires , s'il ne voit pas liement dans quel
état de foibielle fon pays a paſſe des mains de la
dernière A miniſtration dans celles de la nouvelle ,
il fera difficile , peut- être dangereux pour leGouwernement
actuel , de recourir à ces mesures rigou
reuses & extrêmes que la ſituation critique des affatres
peut seule excuser , lorſqu'il s'agit de lever
des hommes & de l'argent : meſures cependant indifpenfables
& de néceflité abfolue , parce qu'elles
foot l'unique moyen probable qui nous reſte préfentement
pour nous dégager du peſant fardeau des
calamités entaſſes ſur nos têtes. Je le répète donc ,
il faut en venir aux enquêtes pour faire fentir
au peuple la néceflité inévitable de ces meſures
vigoureuſes . Hélas! combien de fois , dans cette
Chambre, ne me ſuis-je pas élevé contre la négligence
qui laiſſoit dépérir notre marine; Dieu fait
combien j'étois éloigné de ſoupçonner même l'état
pitoyable dens lequel nous l'avons trouvée : j'ai
repréſenté cent fois les dangers auxquels nous expofoit
la négligence des Miniſtres relativement à la
défenſe intérieure du Royaume , je ne voyois pas la
dixième partie de ces dangers; il faut que le peuple
les contemple dans toute leur étendue, & la voix
ſeuledes enquêtes peut produire cet effet.->> Mais ,
me dira-t-on , voulez-vous expoſer ainſi notre foibleſſe
aux yeux de nos ennemis , aux yeux de l'Europe
entière ? Juſte Ciel ! que leur appren frons-nous
qu'ils ne connoiffent mieux que nous : combien n'eſt
( 115 )
pas abſurde cette affectation de force, ce langage
hautain que l'on croyoit ſuppoſer beaucoup de tranquillité
dans ceux qui le tenoient , tandis que ceux à
qui l'on tenoit ce langage , tandis que le monde
entier ſavoit que nous étions foibles & dans un
dénuement abſolu de défenſe. A quoi abontifioient
ces rodom ntades déplacées ? à faire fiffler les actears
qui les employoient , & à confirmer l'Europe
dans l'opinion trop juſtement étable , qu'une nation
qui a recours aux expreſſions bourioufflées de la
menace , tandis qu'on la voit chanceler fur le bord
du précipice , eſt une nation folle , qu'il faut d'autant
plus ſe garder d'affiſter qu'il n'est pas poſſible de la
ſauver de ſa propre frénéfie «.
Le Lord Avocat d'Ecoffe répondit à ce
discours d'une manière très- fage , & qui
annonce que l'Oppoſition qui laiſſe actuellement
les Miniſtres tranquilles , peut fommeiller
, mais n'être pas détruite,
>> Je doute , dit-il , qu'il foit parfaitement conforme
aux fuggeftions de la faine politique , de
choiſir le moment de criſe actuelle pour inftituer
des enquêtes . - Períonne ne doute que la Grande-
Bretagne ne ſe trouve plongée dans un état de calamité
alarmante, & que les nouveaux Miniſtres ne
ſe ſoient chargés d'une tâche très - difficile ; mais
plus la Nation eſt pénétrée de cette triſte vérité ,
plus elle ſent qu'elle n'a d'eſpoir de falut que dans
l'unanimité : inſtituer des enquêtes , c'eſt ſemer des
diffentions qui détruiront cette unanimité naiſſante ;
toute queſtion qui intéreſſe perſonnellement quelque
Membre diftingué de la communauté , intéreſſe néceffairement
tous ſes amis on partiſans , tous ceux
qi , par une conformité de principes politiques ,
par égards , par reconnoiſſance , par les lieus du
fang ou l'amitié privée , lui font attachés : en ſorte
qu'en tourmentant infructueuſement peut- être un
i
( 116 )
ſeul individu , vous ne pouvez calculer le nombre
de ceux qui , ſe déclarant pour lui , ſe détacheront
de la cauſe que vous appellez publique , pour s'attacher
à ſa cauſe particulière : adieu l'unanimité.
Les Miniſtres juſqu'à préſent n'ont éprouvé encore
aucune oppofition : ils ſe ſont occupés des affaires
publiques on les a ſecondes : mais s'ils en viennent
aux tracalleries perſonnelles , qu'ils prennent garde
èeux; ils peuvent remarquer que lorſqu'on a fu
qu'ils propoſoient de faire aujourdhui des motions
de cette eſpèce tout le monde s'eſt em
preffé de les voir débuter dans cette carrière
& que la Chambre eſt infiniment plus nombreuſe
qu'à l'ordinaire ; que cette circonstance leur tienne
lieu d'avis. Si , comme ils le prétendent , leur
objet eſt de démontrer au Peuple qu'ils ont pis la
Marine en mauvais état , qu'ils la mettent for un
meilleur pied , le Peuple jugera par comparaiſon ,
que l'on pouvoit faire , il y a quelques mois , la
pair avec la Hollande ; qu'ils faffent cette paix à
préſent , le Peuple dira qu'ils ont mieux fait que
leurs Prédécesseurs . Mais , en attendant , ce même
Peuple ne pourroit-il pas demander au Secrétaire
d'Etat qui nous menace de ſes enquêtes , pourquoi
depuis qu'il eſt Miniſtre il n'a pas fait avec l'Amérique
cette paix qu'il offroit de conclure à l'instant ,
tandis qu'il étoit fimple Membre de la Chambre ?
C'eſt qu'en général aucune paix ne ſe conclut auſſi
facilement que la guerre s'allume ".
La motion de M. Sawbridge fut rejettée;
mais on accueillit celle du Lord Surrey qui
demanda qu'il fût coremuniqué à la Chambre
un état des penfions , appointemen's&
furvivantes accordés entre le 15 Février &
le premier Avril de cette année.
Le premier de ce mois on fit , à la Chambre
Haute , la ſeconde lecture du bill , dont
:
( 117 )
>
l'objet eft d'exclure de la Chambre des Communes
, quiconque fe charge , par contrat
de fournir au Gouvernement , n'importe
quels articles deftinés au fervice du public.
Ĉe bill n'avoit éprouvé d'oppofition que de
la part du Lord Chancelier & du Comte de
Mansfield ; ils parlèrent encore l'un & l'autre
contre ce Bill ; le Duc de Richemond leur
répondit avec force , & le Lord Camden ,
Préfident du Confeil , ajouta quelques réflexions
qui ramenèrent la majorité en fa
faveur.
» On a demandé , dit-il , s'il existe une preuve
qu'un Membre du Parlement ait été corrompu par
un Miniftre au moyen de quelque contrat paflé
entr'eux pour quelques fournitures . Je demande ,
moi , s'il eft quelqu'un qui doute que cela n'ait
été conftamment ? Où le doute n'existe pas , la
preuve eft inutile. Eft-il un feul de vous , Milords ,
qui , dans le fond de fa confcience , ne foit pas convaincu
fans preuve , par la nature même de la
chofe , par la manière dont fe paffoient les contrats ,
qu'ils étoient un pacte de corruption ? Le Membre
des Communes a un vote à donner ; le Miniftre ,
un contrat à fa difpofition, Celui - ci a beſoin du
yote , celui-là defire le contrat ; rien de fi aifé à
rapprocher que des intérêts tendans fi di : ectement
à le rapprocher ; en deux mots l'affaire eft faite .
S'agit-il de s'affurer du vote d'un Membre muet ?
une petite entreprife le met à la raison , pourvu qu'il
tire de net environ seco liv. ft. il votera l'aliénation
des 3 Royaumes . S'agit-il d'un Orateur ? l'éloquence
eft une denrée rare , par conféquent chère.
Il faut acheter , à quelque prix que ce foit, celui
qui en eft doué. En deux mots , tout ceci eft commerce
d'échange. Le contrat eft la marchandiſe du
( 18 )
de
Miniftre ; le vote , celle du Membre ; tout s'arrange ,
excepté le peuple , qui fait les frais de ce marché. Il
me refte à vous obferver , Milords , que le peuple en
général a defiré ce bill ; élevelez-vous une barrière
entre le voeu unanime du peuple & la condefcendance
que la Chambre des Communes lui a marquée
; fi telle eft votre intention , je ne vois rien à
faire tant pour moi que pour mes collègues , que
réfigner demain ; puifque les efforis que nous pouvons
tenter pour rétablir les affaires de ce pays ,
feroient contrariés par cette branche de la légiflation
. Je vous fupplie même , fi vous rejettez aujourd'hui
le bill qu'on vous préfente , de confidérer
mes collègues & moi , comme ceffant de ce moment
même de prendre part à l'Adminiftration «<,
FRANCE.
De VERSAILLES , le
14 Mai.
LE 28 du mois dernier le Roi nomma à
l'Abbaye régulière de Leoz , Ordre de
Câteaux , Diocèfe de Tournai , D. Antoine
Belleau , Religieux de la même Abbaye ; à
celle du Mafd'azil , Ordre de St- Benoît ,
Diocèfe de Rieux , l'Abbé de Barral , Vicaire-
Général de Sens ; à celle de St- Rigaud ,
Ordre de St - Benoît , Diocèfe de Chartres ,
la Dame de Luberfac , Religieufe de l'Abbaye
de Ligneux , même Ordre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur , en vertu
de fon Appanage .
Le Duc de Gravina , Grand - d'Espagne &
premier Ecuyer du Roi des Deux Siciles ,
a pris congé de LL. MM. & de la Famille
Royale.
( 119 )
De PARIS , le 14 Mai.
Le bricą le Jeune Dauphin , de 14 canons
& de so hommes d'équipage , commandé
par le Vicomte de Pluvinel, arrivé à l'Orient,
a apporté des dépêches du Comte de Kerfaint
, & les pavillons pris à Démérari fur
les Anglois. Les détails de cette expédition
font les fuivans .
>> Dans la nuit du 29 au 30 Janvier dernier , le
Comte de Kerſaint fit débarquer 250 hommes fur
la côte de l'Eſt de Démérari , ſous le commandement
du Chevalier d'Alais . Ces Troupes étoient
deſtinées à attaquer le fort , tandis qu'il devoit
s'emparer de l'entrée de la rivière avec ſa Divifion ;
mais les guides ayant égaré le détachement , les
frégares parurent au jour à cette même entrée de
la rivière , après avoir touché pluſieurs fois ſur
des bas-fonds , & furmonté des difficultés de toute
eſpèce. A la vue de nos frégates , l'Ennemi abandonna
le fort , & tous les bâtimens de guerre &
autres remontèrent la rivière. Le Comte de Kerfaint
vint mouiller à portée de piſtolet du fort ,
que les Ennemis avoient abandonné . Il envoya 20
hommes pour s'emparer de ce poſte. A neuf heures
du foir , M. d'Alais arriva avec ſon détachement
excédé de fatigue , ſes guides l'ayant fait traverter
des marais impraticables . Le 31 , le Comte de Kerfaint
ſe mit à la pourfaite de l'Ennemi , en remопь
tant la rivière. Le premier Février , il reçut un
meſſage au nom du Gouverneur & du Commodore
Tahourdin : ils demandoient la même Capitulation
accordée ci- devant par Sir George Rodney , &
d'être renvoyés ſur leur parole à la Barbade , avec
leurs effets & leurs domeſtiques. Ces articles convenus
, le Comte de Kerſaint ayant remonté encore
( 120 )
-
la rivière , l'espace de fix lieues , fe trouva en vue
de l'Ennemi , qui baiffa auffi-tôt fon pavillon . Le
Baron de Lucius fut dépêché avec so hommes de
la Légion de Lauzun , pour prendre poffeilion d'Efféquibo.
Les , le pavillon du Roi y fat arboré.
Le 8 , le Chevalier de Suzannet , Lieutenant de vailfeau
, commandant la frégate l'Aimable, & ayant
quelques corvettes à fes ordres , alla s'emparer de
Berbiche , qui fe rendit également fans refiftance.
La divifion du Comte de Kerfaint étoit compofée
de l'Iphigénie , de 32 canons , qu'il commande ;
l'Aimable , de 32 , par le Chevalier de Suzannet ;
le Roffignol , de 22 , par le Chevalier de Kerfaint ;
le Chien-de-chaffe , de 20 , par le Vicomte de Pluvinel
; le David , de 24 , par le Chevalier Dombideau
; & deux Chates. Les bâtimens pris font ,
l'Orenoque , 22 canons de neuf ; la Barboude , 28 ,
dont 20 de neuf ; le Rodney , 22 de fix & de quatre
; le Sylphe, 18 de quatre ; le Stormont , 16
de quatre ; le Henri , 8 de quatre ; & treize navires
marchands , dont plufieurs de To à 24 canons.
Il s'eft trouvé environ 403 prifonniers fur les bâtimens
de guerre. On efpère d'en trouver encore
dans le haut de la rivière , ainfi que des bâtimens
marchands. Il y avoit dans les fortereffes plus de
80 pièces de canon . Le Comte de Kerfaint fait
les plus grands éloges du zèle des Officiers de terre
& de mer , ainfi que de l'ardeur qu'ont montrée les
Equipages & les Troupes à fes ordres. Le Vicomte
de Pluvinel a rencontré à la hauteur du cap Finiſtère
un Corfaire de la force du Jeune- Dauphin ,
dont il s'eft rendu maître après trois heures de
combat. Le lendemain , il a eu trois engagemens
différens avec une corvette de 20 canons , qu'il a
contraint de prendre la fuire . Le trait qu'il cite ,
donne une idée bien caractérisée de la bravoure de
fon équipage. Les valets ayant manqué au dernier
combat, les Matelots déchirèrent leurs chemifes &

leurs
( 121 )
leurs veſtes pour bourrer les canons , & le feu ne
fit point interrompu. -M. de Chêne , Lieutenant
en premier da régiment d Armagnac , paſſager fur
leJeune-Dauphin , a été grievement bleſſé à la joue
dans la première action. Cette bleſſure ne l'a pas
empêché de garder ſon poſte dans les autres. Le
Vicomte de Pauvinel fait les plus grands éloges de
la fermeté & de la valeur de M. de Montaut ,
Garde de la Marine , & de Meſſieurs Gauvain &
Perlier , Officiers auxiliaires , qui l'ont parfaitement
ſecondé . M. Hafting , Hollandois , & habitant de
Démérary , qui repaſſoit en Europe , n'a pas voulu
être témoin oifif dans ces différens combats , &
s'eſt montré le digne neveu de l'Amiral de ce nom.
Quatre hommes ont été tués à bord du Jeune-
Dauphin ; treize ont été bleſſés.
Il y a quelques jours que l'on débite ,
d'après plusieurs lettres de Breft , que les
Anglois ont perdu dans l'Inde un convoi
de 20 voiles , eſcotté par un vaiſleau de
40 canons. On fait honneur de cette priſe
aux Hollandois; l'arrivée du petit bâtiment
de l'Ifle de France qui a amené M. de Tron
jolly , a donné cours à cette nouvelle , que
rien ne ſemble garantir encore .
>>>Un bâtiment Parlementaire , écrit- on de Brest ,
en date du 3 Mai , arrivé de Plimouth avec 200 prifeaniers
, a rapporté que , la veille de ſon départ ,
il y eſt entré le Pégase avec neof aures vaiſſeaux
de notre convoi de l'Inde. Le Pégase s'eſt battu
contre trois vaiſſeaux & deux fregates ennemies ;
il a eu 80 hommes tant tués que bleffés . Le Capitaine
eſt du nombre des derniers. Ce vaiſſeau eft
arrivé démaré & criblé de coups de canons. -Au
départ de ce Parlementaire , on n'avoir point à Plimouth
, non plus qu'ici , des nouvelles de l'Action-
18 Mai 1782 . f
( 122 )
--
-
naire , ce qui nous fait efpérer que ce vaiffeau étant
en-avant du convoi , aura pu éviter d'entrer dans
la Manche , & donnant au large dans le fud , gagner
le port de Rochefort , ou quelqu'autre mouillage
fur la côte d'Espagne , pourvu toutefois qu'il n'ait
pas été poursuivi par les vaiffeaux de l'efcadre ennemie.
Des 20 à 22 vaiffeaux da convoi de l'Inde ,
neuf font donc dans les ports de l'Angleterre , &
huit dans les nôtres , y compris le Superbe qui
arriva ici hier , de même que l'Andromaque &
l'Actifvenus quelques jours auparavant de Rofcoff ,
cù ils s'étoient retirés ; refte trois ou cinq dont on .
ignore le fort. Il eft forti depuis quelques jours.
de ce port , une corvette & la frégate l'Attalante ,
ayant environ 300 hommes de troupes , pour une
expédition prompte & fecrette. Il fort aujourd'hui
cinq bâtimens de tranfports fous l'escorte d'une
frégate & d'un lougre , deftinés pour la Martinique.
Ce petit convoi porte des munitions effentielles à
l'armée du Comte de Graffe. Nous attendons
avec impatience le grand convci de Bordeaux , qui
apporte des approvifionnemens néceflaires , ainfi
que quatre navires qui doivent être chargés pour
le fervice de l'Amérique Septentrionale. Dès qu'il
feta arrivé , M. de la Motte- Piquet mettra a la
voile. Il faut que l'armée Angloife fe foit retirée ;
depuis plufieurs jours on n'a rien apperçu
à la mer ".
Selon d'autres lettres de Breit , tout ce
qui a échappé à l'Amiral Barrington du
convoi de l'Inde , doit avoir reçu ordre de
remettre à la voile ; à ce convoi fe joindront
les vailleaux de l'Ile d'Aix deftinés pour
l'Inde. M. de Sillans , & non de Cillart comme
les Anglois l'ont écrit , Commandant du
Pégafe , a envoyé les détails fuivans de fon
combat.
Le 20 Avril, étant à 9 heures du foir à une
7123 )
lieue & demie du Protecteur , & fentant que ce
vaiffeau devoit être confervé de préférence au Pégafe
, par la connoiffance que j'avois des fommes
d'argent embarquées à fon bord , je me décidat à
courir vent arrière , dans l'efpérance que les vailfeaux
ennemis les plus à portée me fuivroient ; ce
qu'ils firent en effet. A une heure après minuit , le
Foudroyant le trouva dans ma hanche à portée du
piftolet, je dirigeai fur lui le feu que cette pofition'
me permettoit de faire , & je confervai toute ma
voilure fans changer de route ; ne pouvant faire
aucun mal à un ennemi dont la vîteffe rendoit tous
mes mouvemens inutiles , je me décidai pour der.
nière reſſource , à l'aborder , me flattant que je ferois
peut- être affez heureux pour endommager fa
mâture & m'échapper en me dégageant , fi les hafards
de l'abordage étoient en ma faveur ; il n'en
a réfulté aucun de ceux que j'avois eſpérés , les
2 vaiffeaux accrochés près d'une heure & demie ,
ont combattu au feu de la moufqueterie. A 3 heures
du matin , le mât d'artimon du Pégafe eft tombé ,
ainfi que le petit mât de hune , & la barre du gouvernail
a été coupée au rez de la mortaife . L'approche
de l'efcadre ennemie m'a déterminé à rendre le Pégafe
au Foudroyant , contre lequel il ne m'étoit
plus poffible de faire aucune réfiſtance. J'ai eu dans
ce combat 80 hommes tués roides & 40 bleffés ; du
nombre des premiers eft M. de Bompart , Officier
auxiliaire ; M. de la Houffaye , Enfeigne de vaifleau ,,
a eu la jambe emportée ; MM. de Vaires , Enteigne
de vaiffeau , & de Trobriant , Garde de la Marine ,
font légèrement blessés « .
Nos nouvelles d'Eſpagne annoncent que
M. de Guichen eft rentré à Cadix le 25
du mois dernier. Ceux de nos Officiers qui
vont à Gibraltar font partis. On dit que M.
de Falkenhayn & M. de Bonzols auront
entre eux 20 Aides-de-camp ; c'eſt , dit on ,
f 2
( 124 )
le ſeul moyen qu'on a trouvé pour contenter
notre ardente jeuneſſe ; le nombre des artilleurs
de cette diviſion ſera augmenté , &
on fera auffi marcher une compagnie de
fapeurs .
M. Grenville , accompagné de deux Mefſagers
d'Etat , eſt arrivé ici le 9 de ce mois
de Londres. Il vient , dit- on , pour les affaires
de la Grenade , & pour traiter d'autres
objets.
Un Citoyen qui déſire de reſter inconnu ,
a fait préſenter à l'Académie Royale des
Sciences le Mémoire ſuivant.
د
>>M>M. , tandis qu'on applaudit au ſuccès desArts,
tandis qu'on admire les prodiges nouveaux dont ils
embelliſent & enrichiffent journellement la Société ,
on ignore , ou plutôt on oublie que , preſque toutes
leurs opérations font malfaines ou meurtrières. Il
s'en faut seu que le dénombrement des différentes
claſſes d'ouvriers ne ſoit une lifte de victimes .
Carrier , Plâtrier , Chaufournier , Briquetier , Tuilier
, Tailleur de pierres , Verrier , Miroitier , ou
du moins , Ouvrier qui met au tain , Doreur ſur métaux
, Peintre , Broyeur de couleurs , &c. Foulon
Cardeur , Tifferand , Tanneur , Corroyeur , Chapelier
, Buandier , & c. Cribleur , Blutier , Saunier ,
Braffeur , &c . Amidonnier , Chandelier , Potier de
terre , &c. Ouvriers qui creuſent les puits , vident
les foſſes d'aiſance , enterrent les morts , &c. Tous
les Ouvriers employés à tirer les métaux des
mines , & la plupart de ceux qui les travaillent , & c .
Dans toutes ces profeſſions , la matière extraite ou
fabriquée s'atténue ou ſe volatiliſe , s'infinue dans le
corps humain , & y porte des particules arſenicales ,
fulfureuſes , m'talliques , vénéneuſes , & c. ou des
molécules incifives , cu une pouffière qui arraque
Iespoumons, ou un air corrompu , eſpèce de mouf
( 125 )
fette artificielle. Lorsque la décompoſition de la
matière n'eſt pas pernicieuſe , les ouvriers périffent ,
ou par l'aftion excelfive du feu , ou par une ſituation
forcée & continue , comme les Tailleurs , les
Tireuſes des Ouvriers en foie &c. Souvent la nature
des travaux occafionne des morts violentes ,
ou des accidens funeftes . Tel eſt le fort des gens
de peine , qui font forcés de porter des poids excef
fifs , de ceux qui font placés au-deſſus des meules
mues avec une grande viteſſe , de ceux qu'on enferme
dans des roues pour y imprimer , par leur
poids& par leur marche , un mouvement de rotation
, &c. Les moins malheureux des Artiſans contractent
des infirmités graves , comme la foibleſſe
ou la perte de la vue, &c. Quel trifte réſultat de
l'industrie ! Nos bâtimens font cimetés avec du
fang , nos vêtemens en font teints , nos plaiſirs en
font infectés : il n'eſt point de jour où la richeffe
n'ordonne des meurtres ; & la vie humaine eſt miſe
àprix comme un effet commerçable. Cependant ,
parce que le ſpectacle de la mort n'est pas préſent ,
parce qu'on peut ſe prévaloir de l'uſage (cette excufe
des ames foibles ), on croit n'être pas inhumain.
Si tels étoient l'ordre naturel & indiſpenſable des
choſes , & la malheurenſe condition de l'humanité ,
que pour jouir il fallût ſacrifier ſes ſemblables ,
quel homme pourroit , fans rougir & fans frémir ,
fatisfaire à de prix ſes beſoins , ſes goûts , ſes plaiſirs ?
Mais que penſer d'une Nation célèbre par la douceur
de ſes moeurs , faite pour la Société , pour s'affecter
& pour aimer ſes ſemblables ? que penſer de ces
Barbares inftruits & polis , qui , ſans rien perdre
de leurs jouiſſances , peuvent en prévenir les
effets funeftes , & cependant mépriſent ou négligent
de tels ſoins ? Qu'on ſupplée les hommes par des
machines , qu'on les remolace rar des animaux ,
qu'on éloigne le travailleur de l'objet , qu'on farilite
ſon action par des inſtrumens , qu'on emploie
f3
( 126 )
des préfervatifs contre des impreffions mal - faines
ou des accidens funeftes ; après quelques frais &
quelque tems confacrés à l'invention , à l'effai , à
la perfection des méthodes nouvelles , on verra le
danger de plufiears profeflions ceffer , ou du moins
diminuer; peut- être même , fi des intérêts fecondaires
peuvent être comptés après de fi grands intérêts
, peut- être bientôt les ouvrages feront plus
finis & moins difpendieux . L'humanité ordonne la
recherche de tels expédiens , le bien de l'Etat l'exige ,
la taifon indique la poffibilité du fuccès ; déja plus
d'un exemple l'a prouvé ; cependant perfonne encore
n'a fait d'une telle étude fon objet principal .
On vous propofe , MM . , de fonder un Prix annuel
en faveur d'un Mémoire ou d'une Expérience qui
rende les opérations des Arts mécaniques moins
mal-faines ou moins dangereufes . L'Académie fera
connoître chaque année quel doit être l'objet du
Mémoire ou de l'expérience ; & le premier Priz
fera donné dans l'Affemblée publique d'après Pâques
1783. On deftine à cette fondation une fomme de
12,000 liv. , qui fera placée dans le nouvel emprunt
en rente viagere , fur la tête du Roi & fur celle de
Mgr. le Dauphin , & les intérêts ferviront à payer
une Médaille qui formera le Prix «<,
>
L'Académie ayant , avec la permiffion du
Roi , accepté d'une voix unanime la donation
du Citoyen , Auteur de ce Mémoire
a propofé pour le premier Prix de ce genre ,
qu'elle donnera en 1783 , & confiftant en
une médaille de 1080 liv. le fujet fuivant.
» Déterminer la nature & les caufes des
maladies auxquelles font exposés les DOREURS
AU FEU OU SUR MÉTAUX ; & la meilleure manière
de les préferver de ces maladies , foit par des
moyens phyfiques , foit par des moyens mécaniques .
L'Académie s'eft déterminée pour ce sujet , parce
( 127 )
qu'il a déja occafionné quelques tentatives ; que le
peu de tems accordé aux Savans qui concourront ,
ne comportoit pas un ſujet qui demandat des recherches
plus multipliées ; que les Mémoires pour.
ront fournir des connoiffances utiles , même pour
pluſieurs autres Arriſtes ; enfin , parce que les objets
fur leſquels s'applique cette dorure au feu , ſont
aujourd'hui fi nombreux , & forment une branche
de commerce ſi conſidérable , qu'ils multiplient tous
les jours les victimes de cet Art , ſi nuiſible à ceux
qui le pratiquent. Les Savans & Artiſtes de toutes
Jes Nations font invités à travailler fur ce ſujet ,
&méme les Aſſociés étrangers de l'Académie. Elle
s'eſt fait une loi d'exclure les Académiciens regnicoles
de prétendre à ce Prix. Ceux qui compoſeront
font invités à écrire en françois ou en latin , mais
ſans aucune obligation : ils pourront écrire en telle
langue qu'ils voudront , l'Académie fera traduire
leurs Mémoires. Les ouvrages feront adreflés à
Paris , au Secrétaire perpétuel de l'Académie. Ils
ne feront reçus que juſqu'au 15 de Février 1783
excluſivement; ce terme eſt de rigueur. L'Académie ,
à ſon aſſemblée publique d'après Pâques 1783 , proclamera
la Pièce qui aura mérité ce Prix. L'Académic
donnera tous les ans un Prix ſemblable « .
Quoique nous ignorions le nom du Donateur
, nous ſommes certains & autoriſés
à dire que c'eſt la même perſonne qui a
donné il y a 2 ans un fonds de 12,000 liv.
à l'Académie des Sciences , pour des objets
relatifs aux Sciences ou aux Arts , & dépendans
du choix de cette Compagnie. C'eſt
aufli le même Citoyen qui a donné récemment
à l'Académie Françoiſe un fonds de
12,000 liv. pour récompenfer tous les ans
l'Ouvrage de Littérature le plus utile au
f4
( 128 )
bien de l'humanité , & un autre fonds de
12,000 liv . pour récompenfer tous les ans
un acte de vertu exercé dans la claffe du
Peuple & dans la Ville ou Banlieue de Paris ,
ce qui fait en tout 48,000 liv. données en
2 ans par la même perfonne aux deux Académies
pour des objers utiles de différens
genres. La Nation & l'Humanité doivent à
ce généreux Citoyen une égale reconnoiffance.
Parmi les entrepriſes intéreflantes de ce
fiècle , on s'empreffera de diftinguer celle
de MM. Renaud & du Creux , qui fe
propofent de nous donner une Galerie des
Hommes illuftres vivans ; elle confiftera
en portraits exécutés par les plus habiles
Artiftes , qui offriront en taille- douce les
traits des Rois , des Miniftres , des Généraux
, des Prélats , des Chefs d'Ordre , des
Hommes , en un mot , qui auront bien
mérité de leurs femblables ; on n'excluera
aucun pays ; le Guerrier fameux , qui' ,
fur les bords de la Délavare , foutient
l'étendart de la liberté , y figurera près du
Miniftre dun Defpote Afiatique , s'il s'en
trouve en effet un dans l'Orient qui fçache
ne pas facrifier les droits de l'Homme
à celui du Trône. Ces portraits feront
accompagnés de notices rédigées par des
Gens de Lettres connus & qui feront
d'artant moins fufpectées , que ce font des
contemporains qui les offriront à des
contemporains. Cette collection , qui de

( 129 )
viendra très - intéreſlante , ne fauroit être
trop encouragée.
>> Vous avez rendu compte , M. , dans votre
Journal , de la tranflation des priſonniers pour dettes
dans la priſon de l'Hôtel de la Force; époque mémorable
du règne bienfaiſant de notre auguſte Monarque
, qui s'eſt attendri ſur le ſort des êtres ,
ſouvent plus malheureux que coupables , confondus
avec les vils & odieux rebuts de la Société , dont
elle réclame & follicite une vengeance proportionnée
aux maux qu'ils lui ont fait fouffrir. Vous ne
jugerez peut-être pas hors de propos de faire connoître
au Public un Arrêt de règlement concernant
la police de l'intérieur de la priſon de l'Hôtel de
la Force , que les Magiftrats chargés du maintien
dela haute Police ont rendu le 19 Février 1782 ,
*dont les ſages diſpoſitions font une nouvelle preuve
du zèle prudent & éclairé du Parlement pour tous
les objets qui intéreſſent le bonheur public. Cet
Arrêt de règlement contient 29 articles qu'il feroit
fans doute trop long de tranſcrire ici , & dont il
ſuffira de faire appercevoir l'utilité & le mérite
tout le monde étant à portée de ſe le procurer.
-Certains articles règlent les exercices de religion
& de piété auxquels font aſſujettis tous les priſonniers
, fous des peines plus ou moins graves , en
cas de récidives. D'autres veillent à la police des
chambres & des dortoirs , & fur-tout au maintien
(1 ) Le format de cet Ouvrage ſera in-folio ; il en paroîtra
6vol . tous les ans ; le prix des 6 volumes ſera de 96 liv. rendus
francs de port dans tout le Royaume . La première livrai
fon fe fera aumois de Juillet prochain & fucceſſivement de
4 en 4 mois. On foufcrit chez MM. Renaud , Ducreux ,
freres , rue Feydeau à Paris. MM les Soufcripteurs pour
leſquels MM. Renaud , Ducreux font la recette foit fur le
Trefor royal , la Taille , la Ville ou le Clergé , pourront les
charger de retenir leur abonnement fur la perception qu'ils
auront faite pour eux. Toutes lettres & paquets relatifs
cette entrepriſe doivent être affranchis ,
fs
( 130 )

-
:
des moeurs , par la féparation des filles & des
femmes prifonnières d'avec les hommes prifonniers
, & l'infpection fur les perfonnes du fexe qui
peuvent venir voir les prifonniers les mères ,
femmes , filles ou foeurs peuvent feulement entrer
en dedans de la prifon des hommes ; les étrangers
ne peuvent leur parler qu'au parloir feulement , &
réciproquement de même des hommes pour la prifon
des femmes. D'autres articles veillent contre
les monopoles de tous les genres & de toutes les
efpèces que les Concierges pourroient commettre
contre les prifonniers , en en exigeant de l'argent ,
fous quelques prétextes que ce puiffe être , foit
même ceux que les anciens prifonniers pourroient
exiger des entrants à titre de bien -venue ; le tout
fous des peines graves contre les contrevenants.
-D'autres prefcrivent les égards que les Concierges
doivent avoir pour les prifonniers , règlent le prix
du loyer des chambres particulières , les heures de
repos , la quantité de boiffon que les prifonniers
peuvent faire venir . D'autres enfin règlent l'état
& la tenue des livres , regiftres pour infcrire l'entrée
& la fortie des prifonniers. En un mot , la prudence
des difpofitions de ce règlement fe porte fur tous les
détails de sûreté , de bon ordre & de tranquillité
qu'il eft poffible de prévoir ".
-
Dans un moment où les bois fixent
particulièrement l'attention du Gouvernement
, où de bons citoyens fe font empreffés
d'expofer d'excellentes vues fur l'aménagement
des forêts , & où plufieurs ont préfenté
d'excellentes vues confirmées par
l'expérience , les règlemens exiftans fur
eette partie importante ne fauroient être
trop connus. C'eft à ce titre que nous
annonçons un Code pénal des Eaux &
Forêts , qui offre un Précis raisonné des
( 131 )
Ordonnances , Arrêts & Règlemens ſur
les délits , peines & amendes en matières
d'Eaux & Forêts ( 1 ) .
>> La nouvelle de la marche prochaine des troupes
de France & quelques avis de Turin , écrit-on de
Genève, en date du 7 Mai , ont donné lieu à d'afſez
grands mouvemens parmi les Repréſentans. Il a
été queſtion de ſe mettre en état de défenſe , puis de
négocier pour un accommodement. La découverte
vraie ou fauſſe de la tentative d'un ouvrier logé
dans les Caſemates , pour ouvrir une poterne , a
fait mettre quelques perſonnes en prifon , on les a
relâchées. Les plus violens du paiti Repréſentant
font de tems en tems des choſes que fûrement leurs
Chefs ne leur preſcrivent pas . Ils ont inſulté des
Officiers Suiffes & Piémontois. Au reſte la garde
des portes eſt plus ſévère que jamais , pour empêcher
les Conſtitutionnaires de ſortir. Les ôtages continnent
à être tantôt bien , tantôt mal traités. On
parloit de les conduire dans la priſon, & peut-être
devroient-ils deſirer d'y être , parce qu'ils y vivroient
plus tranquiles que dans l'Auberge où on
les a réunis , & plus à l'abri des mauvais traitemens
de quelques Fanatiques. Les lettres de Suiffe annoncent
que MM. de Berne ſont dans la diſpoſition de ſe
concerter avec la France pour mettre fin à nos malheurs
.
> Une Compagnie vient de former dans une
(1) Cet Ouvrage utile aux Officiers des Eaux & Forêts ,
aux Avocats , aux Procureurs ainſi qu'aux Adminiſtrateurs
&Préposés à la Collecte des amendes & même aux Seigneurs
& à leurs Officiers , eſt de M. Henriquez , Avocat
en Parlement , Procureur- Fifcal de S. A. S. Monfeigneur
le Prince de Condé , en la Maîtriſe des Eaux & Forêts de
Dun. Il ſe trouve àParis chez Delalain , le jeune , ruc
St-Jacques.
f6
( 132 )
maiſon ſituée rue Saint-Dominique au Gros-Caillou ,
la 2e. porte cochère à gauche , un établiſſement de
bains fecs , ou bains de vapeurs & de fumigations ,
àl'instar de ceux établis en Prufſe , en Allemagne
&dans la Perſe , approuvés par la Société royale
de Médecine. L'efficacité de ces bains eſt reconnue
contre diverſes maladies , comme douleurs externes
, rhumatismes , lait répandu , ſciatiques , maladies
de la peau , & c .
De BRUXELLES , le 14 Mai.
COMME il y a maintenant peu de troupes
en garniſon dans cette Ville , le Magiſtrat
a noté l'âge des Bourgeois en état
de porter les armes , pour en former quelques
Compagnies , qui feront placées dans
les différens quartiers dont les troupes
avoient ci - devant la garde. En attendant ,
il ne ſe trouve à chaque porte de la Ville
qu'un portier , ſans aucune garde dans l'intérieur
, parce que l'Empereur ne veut
pas que les troupes foient employées pour
la police de la Bourgeoifie.
On dit qu'on vient d'ouvrir à Amſterdam
une négociation des millions de florins
de Hollande , às pour 100 pendant dix
ans , en faveur des Etats-Unis de l'Amérique.
Selon des lettres de la Haye , le Duc
de Brunswich Wolfenbuttel doit partir inceſſamment
pour ſon Gouvernement de
Bois - le-Due , & on fait les préparatifs néceſſaires
pour fon départ.
Le Stadhouder eſt parti ces jours dermiers
pour aller paſſer en revue la flotte
f
( 133 )
en rade au Texel , & qui mettra tout de
fuite à la voile. Elle est compoſée , dit- on ,
d'un vaiſſeau de 74 , de 7 de 64 , de 8 de
so , de deux de 44 , & de pluſieurs autres
bâtimens de guerre ; à la fin de ce mois
elle pourra être augmentée de 6 autres
vaiſſeaux de ligne .
Le diſcours prononcé par M. le Baron
de Capelle de Marſch à l'affemblée des
Etats de Nimègue , pour délibérer fur l'offre
d'une paix particulière avec l'Angleterre ,
eſt digne de cet illuſtre citoyen , & conçu
ainfi.
>>>Le tems eſt donc arrivé où nous rendons hom
mage à la liberté , aux priviléges & à la dignité de
la nation Batave , en prêtant l'oreille à ſa voix , qui
a demandé avec tant d'énergie & qui demande en.
core que cette République reconnoiſſe l'indépen
dance de nos frères les Américains , devenus libres à
la Pointe de l'épée , & que nous prenions avec eux
des meſures pour favorifer notre proſpérité réciproque
& pour affurer une liberré affermie des
deux côtés par le courage & l'intrépidité, à l'effroi
de tous les tyrans qui foulent aux pieds les droits
les plus facrés des nations. Je me réjouis , N. & P. S. ,
de cet heureux évènement, avec tous les Belges
bien intentionnés; & j'admire en même-tems dans
le cours de ces évènemens , comment le Dieu de nos
pères, à qui la tyrannie eſt en horreur , a daigné
jetter un oeil favorable ſur les Pays-Bas-Unis , fur
toute l'humanité, lorſque nous & tous les peuples
de l'univers étoient naguères menacés d'être obligés
de plier par-tout ſous le deſpotiſme univerſel des
mers de la part des infolens Bretons; deſpotiſme
plus à redouter qu'aucun autre , qui jamais ait eu
lieu dans ce moment, nous voyons avec étonne
: ( 134 )
ment , les orgueilleux Bretons qui s'imagincient
pouvoir impunément , dans toutes les occaſions , par
la bouche même d'un Ambaſſeur qu'ils nous avoient
envoyé pour notre perte , nous outrager par le langage
le plus amer & le plus inſultant , qui eſt encore
dans le ſouvenir de nous tous , après nous
avoir attaqués & pillés de la manière la plus perfide ,
être actuellement les premiers à offrir la paix à cette
République , dans la crainte d'une juſte vengeance
qu'ils nous voyent, contre leur attente, en état de leur
faire éprouver de la manière la plus ſenſible dès que
nous aurons pris férieuſement les armes que la
Providence nous offre. -Il nous faut , N. & P. S. ,
il nous faut rendre un nouvel hommage à la voix
du peuple. Elle nous crie : Point de paix particulière,
point deſuſpenſion d'armes ! point de rétabliſſement
d'anciens traités avec un ennemi qui ne
les a jamais respectés , & qui les a toujours attaqués
& violés de la manière la plus arbitraire !
Tel eſt le langage de nos Concitoyens bien intentionnés
. La propoſition faite depuis peu à cet Etat
par les Miniſtres de S. M. I. de Ruffie, conformément
à la Déclaration du Ministère actuel d'Angleterre
, pour nous engager dans une réconciliation
particulière avec notre ennemi , ou pour nous porter
àune ceſſation d'hoſtilités avec lui, n'eſt pas recevable
: l'un & l'autre doivent être rejettés d'une
manière convenable à la dignité de la République .
Le nouveau Cabinet du Roi d'Angleterre eſt trop
éclairé pour s'être imaginé que cette nation auroit
la fottiſe de ſe laiſſer prendre à ce piége ; je ſerois
plutôt incliné à penser qu'elle n'a fait ces avances
que pour le ménager une route à la paix générale .
C'eſt cependant une chose intolérable que notre
ennemi , au milieu de ſa détrefle , ait oſé nous préſenter
la paix en nous offrant la jouiſſance d'une
navigation libre ; comme s'il dépendoit de lui de
donner ou d'ôter un avantage dont la poſſetſion
( 135 )
nous appartient , auſſi bien qu'à tous les peuples du
monde. La République eſt en état de faire éprouver
à cet infracteur des traités qu'elle peut maintenir ſes
droits par la force de ſes armes : ce ne ſeroit pas la
première fois que le Breton auroit tremblé devant le
pavillon de cet Etar. Les intérêts de la patrie , de
toute l'Europe, exigent donc que nous tâchions de
nous venger , au moins durant la campagne prochaine,
& faire éprouver à notre ennemi héréditaire
qu'on ne nous outrage pas impunément. La nation
eſt donc autoritée à rompre à jamais tout traité avec
une telle nation : elle est trop bien inftruite pour ne
pas fentir que le rétabliſſement des traités de 1674
&de 1678 étoit inutile & préjudiciable. Le tems eft
venu , N. & P. S. , de tenter , par des meſures & des
repréſailles convenables , d'abolir le joug de ce traité
de navigation , ſi odieux & fi fatal au commerce &
aux fabriques de cet Etar. Outre ces motifs ,
il en eſt encore d'autres qui nous obligent de rejetter
les propofitions Angloiſes, &dene point faire de
paix particulière. V. N. P. fentent déja que je veux
parlerdes marques éclatantes d'inclination que cette
Répúblique a éprouvées de la manière la plus noble
de S. M. T. C. A préſent que nous avons réfolu
de nous concerter avec les ennemis de notre ennemi
pour l'humilier encore davantage , pouvons -nous
confentir à quelque paix que conjointement avec
notre allié naturel & non avant qu'il ne paroiffe
qu'il eſt hors d'état de ſe conduire dorénavant d'une
manière arbitraire avec nous & les autres peuples.
Que nous ayons été ſauvés du bord du précipice où
nous avoient conduits les artifices employés , ſoit audedans
, foit au-dehors , par cet ennemi odieux , c'eſt ,
après Dieu , non à nous-mêmes , mais au Roi de
France que nous en ſommes redevables . Que la
conduite de cet Etat ait donc pour guides , les principes
de la reconnoiffance. Grandes font les obligations
de cette République envers ce Monarque , ami
( 136 )
de l'humanité ! Que ſeroient devenues nos Colonies ,
que feroit devenu cet Etat , ſans le ſecours des François
! C'eſt , N. & P. S. , le même voifin puiſſant ,
qui, dans le tems que nos peres combattoient pour
fecouer le joug Eſpagnol , aida à nous en délivrer ;
qui, dans ces tems , a affranchi nos têtes de celui
des Brerons , que dans les commencemens nous ne
paroufions pas redouter. Ainfi pénétrés des ſentimens
de la plus vive reconnoiflance , nos Concitoyens
attendent que cette République ſe lie actuellement
des noeuds les plus étrois avec une nation
gen rente qui prend à coeur nos intérêts & notre
propriété ; avec une Puiſſance qui a plus de ſoin de
nous , que nous n'en avons nous-mêmes , avec un
allié naturel qui , dans ces jours , n'a exigé de
nous que ce qui devoit ſervir à notre confervation
& à notre avantage . C'eſt la voix de la
Nation entière , c'eſt le cui, c'eſt le voru d'une Commune
bien inftraite , qui , graces à Dieu , a des idées
faines de fa poſition; qui defire ardemment de voir
que, ſans délai ultérieur, la combinaiſon promiſe
des meſures avec le Roi de France pour la campagne
prochaine , foit , de notre côté , vigoureuſement
exécurée.-Elle ſe flatte , elle est enchantée d'avoir
vu dans ce moment une preuve de bonne intention ,
d'appercevoir enfin, & comme il faut , que des biens
& du ſang qu'elle a prodigué fi continuellement ,
avec tant d'empreſſement pour la conſervation de la
chère patrie & qu'elle offre encore avec tant de
patience, il foit enfin fait un emploi expéditif, bon
&utile: par-là ſeul cette République doit ſubſiſter
ou tomber. Sans commerce , fans navigation , fans
pêches , ſans colonies , bientôt c'en est fait de nous.
Des vaiſſeaux de guerre, des flottes bien équipées
peuvent nous conferver; voilà l'unique moyen de
faire revivre la proſpérité Belgique & fa gloire
preſqu'éteinte. Dès qu'une activité bien dirigée
bien intentionnée dans la priſe des meſures offen
2
( 137 )
fives & défenſives contre notre ennemi ſe développeta
, on verra renaître le doux contentement , la
jote & la profperité parmi nous. Ainfi , les griefs
fondés, les plaintes juſtes d'un peuple fi fortement
injurié pourront être redreff s. Des hommes
libres défavouent une adminiftration arbitraite . Un
joug onéreux elt toujours infopportable aux tétes
devenues libres a la pointe de lépée; la confervation
de la patrie ne peat ni ne dost leur être indifférente.
Jamais le cri, non pas d'une populace furieuſe
& féduire, mais d'une nation libre , oui la
voix de la meilleure partie de la nation n'a jamais
demandé quelque chose qui ne fût pas raisonnable.
Là , N. & P. S. , portons notre attention ; tâchons
par ce moyen de fatisfaire nos habitans qui ont
confié leur cauſe à nos foins. Pour y fatisfaire ,
je ſuis d'opinion que les Comités de V. N. P. à la
énéralité foient autorisés pour , au nom de cette
Province , déclarer à la Table de L. H. P. , qu'en
vertu des raiſons alléguées ci-deſſus , cette Rép
blique ne peut accepter aucune ſuſpenſion d'armes ,
aucune paix ſéparée, offerte par l'Angleterre; cepen
dant avec une Déclaration polie pour S. M. I. de
Ruffie , que la République eſt prête de coopérer au
rétabliſſement de la tranquillité en Europe , dès
qu'elle ſera convaincue de la poſſibilité de pouvoir
obtenir de ſon ennemi la réparation de tant d'outrages
& l'indemniſation de tant de pertes . Qu'elle
ne peut accepter d'autre paix , que celle qui ſe
concilie avec ſes intérêts véritables , & , en mêmetems
, avec ceux de ſes alliés avec lesquels elle a
contracté des engagemens ſolemnels pour réduire
d'une manièreglorieuſe l'ennemi commun à la raiſon.
- Ensuite , N. & P. S. , il faudroit que dès à préſent
la République ſe précautionnat contre tout ce
qui , dans le cas d'une pacification , pourroit ſervir
au rétabliſſement d'alliances antérieures avec le
Royaume de la G. B. , Royaume qui ne fir jamais
( 138 )
de traités avec nous que pour ſe ménager des prétextes
pour nous outrager .-Tandis qu'il eſt d'une
néceſlité indiſcenſable que cette République doit
tâcher de profiter de toutes manières des bonnes
diſpoſitions du Roi de France , pour affermir , ſur
les principes les mieux intentionnés , une amitié
toujours permanente , une correſpondance fincère
avec cet Empire , comme le moyen unique d'aſſurer
notre conftitution , notre liberté , notre conſidération
& notre bien- être contre tous les deſſeins cachés
de nos ennemis , & pour en détourner l'influence
ultérieure. -De cette manière , ainſi que par l'union
avec une République qui s'intéreſſera à la continua .
tion de notre liberté , les Pays-Bas-Unis ſe releveront
glorieuſement de l'humiliation où ils ſe
trouvoient réduits par l'influence traîtreuſe des
Anglois. Unis avec un Empire puiſſant , qui , dès
le commencement de la Répulique , s'eſt toujours
comporté comme notre allié naturel , & qui n'a
été notre ennemi que par les artifices des Anglois ,
toujours occupés à notre ruine ; alliés avec une
Puiſſance qui avance de toutes manières notre vénérable
Grandeur , qui ſe trouve en état de nous
préſerver ſur le Continent ( à quoi , N. & P. S. ,
cette Province eſt ſi fortement intéreſſée ) contre
toutes les attaques pernicieuſes ; ce que notre armée
ne fauroit jamais effectuer : or , comme l'augmentation
de nos forces de terre , dont la direction
principale ſe trouve confiée plutôt à des étrangers
qu'à des nationaux , n'est qu'onéreuſe , que dangereuſe
pour cette République ; c'eſt un motif pour
agir fincèrement de concert avec la France , avec
un Empire qui , auſſi- tôt qu'il verra des preuves de
notre bonne- foi , de notre ſincère reconnoiſſance ,
ira indubitablement au-devant de cet Etat , & le
traitera de la manière la plus généreuſe. Tout ce
que je viens de dire à V. N. P. s'accorde avec la
voix du Peuple ; mais avant de terminer mon dif
( 139 )
cours , je ne puis m'abſtenir d'y ajouter que nos
habitans s'attendent toujours qu'enfin il ſoit conftaté
à quoi & à qui doivent être attribués la nonchalance ,
l'inaction permanentes , lesquelles , malgré toutes
les apparences d'activité qu'on a voulu développer ,
ont , à la honte éternelle de cette République , en
licu dans la délibération & l'exécution des meſures
néceſſaires pour s'oppoſer à tems & vigoureuſement
àun ennemi furieux , & détourner ſon entrepriſe ,
déja trop bien exécutée.- La Nation eſt en droit
d'exiger qu'à l'avenir ſes biens & fon fang ne foient
plus inutilement prodigués. C'eſt à bon droit ,
N. & P. S. , que la Nation demande que les perquifi
tions les plus rigoureuſes ſoient faites avec ſévérité
fur la cauſe du malheur de la patrie , afin de découvrir
par-là les conſeils de perverſité , de trahifon &
mauvaiſe foi donnés , ainſi que les malverſations
exercées par nos ennemis au-dedans; afin que leurs
influence & progrès ſoient empéchés , rendus inutiles
; que même ceux qui ont cherché à ruiner
ce pays , & qui, pour cette cauſe , étant accablés du
poids de la juſte haine nationale , n'ont pu ſe purger
devant le Tribunal de la Nation , puiſſent être punis
ſans égard des perſonnes , ou du moins expulfés du
milieu de cet Etat . - V. N. P. conviendront volontiers
avec moi , qu'il ſeroit à ſouhaiter que , pour
ſatisfaire à l'équité , à la juſte attente de toutes les
Provinces confédérées , des Membres du Gouvernement
, honnêtes , bien intentionnés , mais outragés
, fuffent rétablis pour le ſervice de la patrie.
Elles conçoivent , que par-là , j'ai principalement en
vue un évènement criant , arrivé dans une Province
limitrophe; évènement ſans exemple dans un pays ,
où le droit & la justice devoient avoir lieu , &
auquel , N. & P. S. , nous devons nous intéreſſer
par rapport aux ſuites . C'eſt la dépoſition criminelle
d'un Membre de l'Ordre Equestre dans la Province
-d'Overiffel ( qui n'a pu ſouffrir l'oppreſſion de la
( 140 )
Portion laplus urile de la Société ) par une pluralité
de voix , fans forme de procès & à la face de la Juftice,
ſans être coupable d'aucune prévarication . J'ai
l'honneur de ſoumettre mon avis aux coufidérations
de V. N. P. , avec la réquisition que , vu l'importance
des affaires qui y font expoſées , & pour ma juftication
auprès d'une nation dont je veux toujours
foutenir les droits , il puiſſe être inféré dans le reces
de ce quartier ".
L'infertion de ce diſcours , dans les notules
du Quartier , a été différée fous certaines
conditions .
,
>>C'eſt bien aujourd'hui , lit - on dans une lettre
de France , que Paris eſt le pays des merveilles ;
chaque jour voit naître une invention nouvelle
ou , pour mieux dire , des prodiges. On ne nous
promet rien moins , 1º. que de naviguer dans l'air ;
2º, de rendre un avis de Breſt , ou de Toulon , ou
de Bayonne à Versailles , de quelque étendue qu'il
foit , &la réponte de Verſailles a l'un de ces ports ,
enmoins de tems qu'il n'en faudroit au Scribe le
plus habile pour le copier liſiblement ; 39. enfin
d'éteindre tout incendie ( & fans doute le
feu allumé par ce boulet ) avec un petite quantité
d'un liquide préparé à cet effet. Tous ces objets
méritent peut- être quelques détails . - Lepremier ,
de l'invention de M. Blanchard , Mechanicien qui a
des talens , eſt une caiſſe , ou plutôt un navire de
6 à 7 pieds de long , composé de lattes de bois fort
minces , longues de 2 ou 3 pouces , couvertes d'un
papier-carton verniflé & peint. Ce navire , dont la
hauteur est de 7 à 8 pieds , eſt entièrement fermé ;
du haut fortent 4 leviers de fer où feront attachés
4 aîles ou voiles , dont les deux principales ont 40
à so pieds d'envergure : il portera 2 hommes ; &
par le jeu des aîles , qui feront miſes en mouvement
par les pieds & les bras de l'Inventeur , ce
( 141 )
navire doit s'élever dans l'air , y planer , y naviguer
enfin comme un vaiſſeau manoeuvre ſur l'eau .
Tout Pans a couru , les de ce moi , pour voir la
démonstration de cette machine. L'Inventeur a fermé
ſa porte depuis ce tems pour achever de la perfectionner
: il promet de partir dans trois ſemaines de
la Vilietre , de venir ſe repoſer ſur les tours de
Notre- Dame , d'en defcendre pour aller faire un
tour à Paily , d'où il reviendra en ſuivant le coars
de la riviere , qu'il remontera à 10 , 20 & 30 oifes
de fa surface. On n'aura pas de peine a crotre que
les farcaſmes pleuvent fur cet Arufte. Cependant
des gens ſenſés , des perſonnes meme qui ont
des connoiffances en méchanique lui ſavent gré de
ſes efforts ; & quand même cette machine ne répondroit
pas à l'attente de l'Inventeur , ils diſent
qu'elle eft arfez ingénieuſe pour faire excuſer ſes
prétentions. Quant au projet de donner des avis
avec rapidité , il eſt encore un fecret on le
propoſe ſeulement , & on affare qu'il n'y est queſtion
ni depavillon , ni de feu , ni de bruit de canon , ni de
pigeons , ni de tout autre moyen connu. -L'épreuve
da moyen d'éteindre un violent incendie avec
une petite quantité de liquide , a été faite il y a
quelques jours fur la rivière , vis-à- vis la place
de Louis XV Elle a réufli parfaitement. On mit le
feu à des planches & à des tonneaux remplis de
brai & de goudron & d'autres matières combuftibles.
L'eau ordinaire qu'on puiſoit à la riviere , &
en grande quantité , ne faisoit qu'alimenter le feu
&lui donner plus de force L'inve weur l'éreignit
avec ſa liqueur en deux ou trois coups de féringue
où il l'avoit re fermée. Cette dernière invention
fera fort utile à la Marine ; & nous n'aurions peutêtre
pas perdu les beaux vaiſſeaux qui ont été confumés
tant à Breſt qu'aux Antilles & à l'Ile-de-
France , ſi l'on avoit eu a bord quelques bouteilles
de cette eau,
( 142 )
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 8 Mai.
Le bruit d'une paix prochaine avec la France ſe
ſoutient toujours , & pluſieurs perſonnes affurent
que le premier de ce mois deux Particuliers de
distinction font partis de Londres pour ſe rendre à
Paris . On ajoute que leur voyage eſt la fuite d'ouvertures
qui ont été faites pour une Négociation
prochaine. Le 29 au ſcir , le ſieur Potter , Courier
du Cabinet , eſt parti avec des dépêches pour la
Cour de Madrid. On les dit relatives à des projets
de paix.
M. Laurens a été entièrement déchargé de l'obligation
contractée par lui & par ſes amis , de paroître
toutes les fois qu'il en ſeroit ſommé pour
répondre aux accuſations qui pourroient être intentées
contre lui comine Ambaſſadeur du Congrès auprès
de la République de Hollande. On dit qu'il eſt
revenu à Londres , après avoir eu des Conférences
vec M. Adams , & qu'en conféquence il doit propoſer
au Gouvernement des termes de pacification
qui certainement feront acceptés .
-
2
S'il eſt poſſible de trouver des hommes pour
armer les vaiſſeaux actuellement en commiflion
ainſi que ceux qui feront lancés à l'eau d'ici à deux
mois , nous en aurons affez , non-feulement pour
envoyer des renforts confidérables à notre Eſcadre
des Iles , mais encore pour en entretenir une de
40 Vaiſſeaux de ligne pour la protection particulière
de la G. B. & de fon commerce.
La Gazette de la Cour contient une Proclamation
du Roi , qui promet le pardon à tous les Contrebandiers
qui ſont convaincus ou qui font entre
les mains de la Juſtice , à condition qu'ils prendront
du ſervice à bord des Vaiſſeaux de S. M. ,
ou qu'ils procureront un ou pluſieurs hommes ,
ſuivant l'importance de leur délit. Le Roi a également
offert le pardon à tous les Déſerteurs qui rejoindront
avant le 17 Juin prochain.
1
:
( 143 )
Le Lord Townshend eit nommé Commandant
du camp qui doit être formé à Warley. Celui de
Coxheath ſera ſous les ordres du Général Pitt.
Pluſieurs régimens ſeront auffi campés près de
Newcastle , & formeront un corps de 4000 hommes
, en y comprenant un régiment de Dragons.
Le camp de Coxheath ſera compofé de 14,000
hommes , & la circonstance de la guerre avec la
Hollande fera porter celui de Warley à 17,000
hommes , indépendamment de l'Artillerie & de la
Cavalerie. On a pallé des marchés pour le bois &
le fourrage des camps qui auront lieu l'Eté prochain.
Cette fourniture coûtera 16 pour cent de moins
que l'année dernière.
Le Paquebot le Sandwich a apporté des Lettres
de New-York , par leſquelles il paroît qu'un détachement
de 2000 hommes , tiré de la garniſon de
cette Place , eſt ſur le point de s'embarquer pour
les Iſles de l'Amérique. Des Lettres écrites à
bord d'un des Vaiſſeaux de S. M. , en date du 22
Mars en mer , à la hauteur des Iſles ſous le Vent ,
portent que l'Amiral Rodney a envoyé la frégate
le Convert , deux ſloops de guerre & un ſchooner ,
à Tortola , Iſle environ à ſo lieues au N. O. de
Saint Chriftophe , pour en faire fortir Paul Jones
avec l'Eſcadre qu'il commande ; mais il avoit appareillé
de cette Iſle avant leur arrivée. Ils eurent
cependant le bonheur de rencontrer & de prendre
un cutter François , qui a été vendu , dit-on ,
१००० liv. ſterl.- Le Général Cuningham , Gouverneur
de la Barbade , eſt rappelé.-Onditque
l'on a retiré à l'Amiral Rodney la penſion de
2000 liv. ſterl . qui lui avoit été accordée en récompenſe
de ſon expédition de Saint-Euftache.
Les plus grands Financiers de l'Angleterre font
actuellement occupés à de nouveaux arrangemens ,
& le Public doit voir avec plaisir , que le Docteur
( 144 )
-
Price , ainſi que Meffers David Hartley , Burke ,
Priestley & Strachey, tout tous employés par la nou
velic Admitration . M. Charles Fox ne s'eft.
point fait efface de la liste des Clubs , comme on
l'avoi annoné : il continue de ſe rendre dans ces
affemblées , mais il n'y joue plus . CeMLiftre
manque it il va quinze jours d'argent pour poufler
la négociation avec les Hollandoi . I en demanda
à la Tréſorerie ; on lui dit que le Bureau n'étoit
pas aiſemblé & que d'ailleurs il n'y avoit pas
d'argent. It en témoigua de la ſurpriſe , & afin
que les affaires de la Nation ne fouffaffent point ,
il tisa fur fon Banquier , l'argent dont il avoit
beſoin: il est le premier Minitre qui ait jamais
avancé de ſa propre called l'argent pour les
beſoins publics.- Il feroit curieux de ſavoir de
quelle façon l'argent de M. For a opéré dans la
négociation ; mais c'eſt ce qu'on ne dit pas.
,
Un des Nabeb: centre qui portcient les réſolutions
de la Chambre des Communes , vient de ſe
fauver.
e
Voici un nouvel exemple du ſarg-froid & de la
gaité du Lord Noth. Le jour qu'en lut à la
Chambre des Commures le bill fortant exclufion
des Traitans , M. Burke , en s'adreſſant au Lord
North , dit qu'il étoit fort aiſe que le bill fût
aſſiſté de fon poids. Le Lord répondit fer- le- hamp
qu'il pouvoit donc ajouter dans la balance 317 livres
7 onces , poids de maic , qui étoit le poids
précis de ſon corps.
La Reine eft groſſe de cinq mois ; mais cette nou .
velle n'a point encore été déclarée
ERRATA. Journal du 4 Mai , page 22 , M. Cantin ,
Marchand de dentelles , & c. eut l'honneur de préfenter
à IL . MM. la Médaille au sujet de la naissance de
Monseigneur le Dauphin. Lifez , M. Courtier , &c .
2
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 MAI 1782 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
AM. BID AUT , ſurſa Nomination à la
Charge de Contrôleur des Bâtimens de
MONSIEUR.
Ο του VOUS , jadis mon compagnon,
Et de travaux & d'indigence ;
Le fort entre- nous deux , dit- on ,
Met aujourd'hui quelque diſtance:
Et j'applaudis en conféquence
Au Prince qui , dans ſa Maiſon
Par une Charge d'importance -
Vient de récompenfer enfin
La droiture & l'expérience ,
Qui vous ont de ſa bienfaiſance
Apas lents frayé le chemin :
N°. 21 , 25 Mai 17821 G
146 MERCURE
Une ſi juſte récompenſe
Vous venge des coups du deſtin.
Ami , je vous en félicite ;
Car à peu-près vous voilà quitte
Des injuftices , des hauteurs ,
Et de l'abord dur & fi triſte
De ces faquins calculateurs
Dont je vous épargne la liſte.
Oui , fans chercher d'exemple ailleurs ,
Vous prouvez que , ſans protecteurs ,
Et fur-tout protecteurs d'élite ,
On va lentement aux honneurs
Quand on y va par le mérite.
Qu'importe ? enfin , vous y voilt.
Onvous donne la préférence;
Mais j'entends ; de ce bienfait-là
Vingtmille francs ſont la quittance.
Quevoulez-vous ? Preſque toujours
C'eſt de Plutus ou des Amours
Que notrebonheur eſt l'ouvrage,
La Fortune , aveugle & volage ,
Comme eux préſide à nos deſtins ;
Et l'on fait que chez les humains
Sides yeux ils n'ont pas l'uſage ,
Ils l'ont doublement de leurs mains.
Combiende fots l'or met en place !
Faut-il donc ici les compter ?
Non, ami , je vous en fais grâces
DE FRANCE: 145
J'en aurois trop à vous citer ;
Etpuis je ſens déjà qu'en marge
Sur ces vers bien longs en effet ,
Vous n'avez que trop de ſujet
D'uſer des droits de votre Charge.
Adieu , Monfieur le Contrôleur
Santé , plaiſir , fortune , honneur ,
Vous avez tout en abondance ;
Mais moi , loin de croire au bonheur ,
Apeine en ſuis-je à l'eſpérance.
(ParM. Damas.)
VERS
A Mile...... , en lui envoyant l'Ouvrage
de Madame DE GENLIS , intitulé :
Adèle & Théodore.
Ovous , dont l'éducation VOUS ,
Offre, à ſeize ans , tout ce que la culture
Peut ajouter à la perfection
Du plusbeau fonds orné par laNature ;
Quand vous lirez cet Ouvrage charmant.
Où les Grâces , à leur manière ,
Onthabillé la morale ea Roman ,
G
148 MERCURE
Souvent les pleurs du ſentiment
Viendront mouiller votre paupière ;
Et, parmi les plaiſirs de la jeune ſaiſon ,
Quand tout , autour de vous, répète : qu'elle est belle !
A l'école de la raifon
Vous voudrez encor ſuivre Adèle ,
Et prendre pour vous la leçon
Dont vous nous offrez le modèle,
A M. GUIRAUDET le Fils , Médecin ,
' qui m'avoit envoyé des Vers.
L'
ART de guérir &l'art de plaire
Vivoient comme deux ennemis ;
Mais vous les avez réunis ;
Eſculape embraffe for père.
On vous a vu ſur l'Hélicon
Briller dans une cauſe ingrate ,
Et l'on s'eſt dit : Anacreon
Apris la robe d'Hypocrate.
(ParM. Auguste Gaude.)
LE ROSSIGNOL ET LE BUTOR , Fable,
UN
N petit Roffignol , au tendre & doux ramage,
Diſoit à ce ſtupide oiſeau
Qui mugit tous les foirs au bord d'un marécage :
Mais... Butor, mon ami , pourquoi dans ce roſeau
DE FRANCE. 149
Enfoncer votre bec , & par un cri ſauvage
Effrayer tout le voisinage ?
C'eſt , répond le ſouffleur , que ſans cela ma voix
Ne fait ouïr qr'un foible & très - rauque murmure...
Je vous plains , cher Butor , d'avoir tout-à-la- fois
Contre vous l'Art & la Nature.
Conſolez- vous pourtant; je fais un sûr moyen
Pour vous empêcher de déplaire...
Et quel eſt- il , beau petit Muficien ,
Ce moyen sûr ?- C'eſt de vous taire.
ORATEURS, dont le ſtyle eſt plat ou bourſoufflé,
Profitez de l'avis du petit chantre aîlé.
BA
(Parfeu M. de Marvielles. )
ÉPIGRAMME.
As à quelqu'un , tout le long d'une allée,
Certain Auteur ſa Pièce récitoit ,
Dont l'autre ayant la cervelle troublée
Bas contre lui de ſon côté peſtoir,
Lorſqu'un Paffant , coupant leur promenade,
Au-devant d'eux fit un grand bâillement :
Paix , à l'Auteur ſouffla ſon camarade ,
Unpeu plus bas; cet homme vous entend.
( Par M. Pouteau lejeune.)
L
Gij
250 MERCURE
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE
E mot de l'Enigme eft la Penfée ; celui
du Logogryphe eft Livre , où se trouvent
ve , ire, ver, il, vie , ivre.
ENIGM E.
CINQ voyelles , une confonne
In François compofent mon nom
Et je porte fur ma perfonne
De quoi t'écrire fans crayon.
LOGO GRYPHE.
DILU te garde, Lecteur , de jamais approcher
De ma dangereuſe perſonne ;
La mort , qui , toujours m'environne ,
Vient affez tôt fans la chercher.
Cependant que , fur cette efquiffe ,
La crainte , ami , ne te faififfe ;
Loin de toi je fais mon féjour ;
Rarement je fuis à la ville ,
Et plus rarement à la Cour ;
Non pas qu'un Courtisan habile
Ait mieux que moi l'art de ramper;
DEFRANCE.
Mais de tout palais magnifique
Je hais le ſuperbe portique ,
Et veux un lieu pour me cacher.
C'eſt affez me faire connoître ;
Maintenant écoute , Lecteur :
Plus de cinq pieds forment mon être ,
Etfix font toute ma valeur.
J'offre , ſi l'on me met en pièces ,
Un bien ſans lequel les richeſſes
Ne ſont d'aucune utilité;
Cequi ſert comme de barrière
A la fureur d'une rivière ;
Unnom des enfans reſpecté ,
Qui très-ſouvent déſarme un père
Et le ramène à la bonté ,
Quand il veut ſuivre la colère;
L'un des ſept tons ;& cet oiſean
Non moins babillard qu'une femme.
Mais pourquoi ce trait d'épigramme ?
Ne gâtons pas notre pinceau.
En me donnant un tour nouveau ,
Ce petit animal , qu'enferre
Le ſein ténébreux de la terre ,
Paroît à tes yeux au grand jour ;
Tu vois encor un vaſte empire
Où les Grecs ont fait leur ſéjour ,
Etd'où vient le plus beau porphyre ;
Ce qui , du printemps au retour ,
Giv
132
MERCURE
Dans les champs commence à paroître ,
Anronçant le fruit qui va naître.
Enfin , aux lois du Tout- puiffant
Cette rébelle créature
Qui , pour un plaifir d'un moment ,
Dans un gouffre de maux a plongé la Nature,
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'AMI DES ENFANS , par M. Berquin.
Nos. , 2 , 2 , 4. A Paris , chez Pillot &
Théophile Barrois , Libraires , quai des
Auguftius.
LE titre feul de ce Livre prévient en
faveur de l'Auteur & de l'Ouvrage. Celui
qui aime beaucoup les enfans ne fera jamais
une mauvaife action , difoit une femme connue
; en lifant l'Ouvrage de M. Berquin , on
voit , on fent que le titre de fon Livre exprime
un fentiment habituel de fon âme.
On n'en a point fait où l'on retrouve mieux
les grâccs & le charme de l'enfance , ni qui
foit plus propre à infpirer toutes les vertus
aux enfans . Rien ici ne leur donne l'idée d'un
maître & d'une école. L'Ami des Enfans n'a
point pris avec eux ce ton dogmatique de
l'enfeignement qui les ennuie & les effraje .
Il faut peut - être des travaux & des études
DE FRANCE.
1 ༼ ;
pénibles pour acquérir des lumières ; les
vertus bien plus néceffaires à notre bonheur
font heureufement bien plus faciles à acquérir
; elles naiffent fur - tout des affections
de la nature , & ces affections font les plus
douces jouiffances de l'âme . Les enfans n'ont
encore aucune des paffions qui produifent
nos vices , & ils ont déjà tous les fentimens
d'où fe forment les vertus les plus néceffaires
& les plus aimables. Ils font très fenfibles
à la pitié , très- portés à la bienfaiſance & à
la générosité. La nature a preſque tout fait ,
& ce feroit déjà une excellente éducation
que celle qui conferveroit dans toute leur
pureté les heureufes difpofitions qu'elle
nous donne. Nous allons toujours , dit Montagne
, accufant la nature des vices que nous
plantons nous - mêmes dans l'âme de nos enfans.
L'objet de M. Berquin eft de développer
les fentimens qu'elle leur donne. Les
enfans aimeront le Livre de leur ami. A
quelqu'endroit qu'ils l'ouvrent , ils y trouveront
des hiftoires touchantes mifes en action
dans de petits Drames , ou racontées
avec les grâces & la naïveté de leur âge . On
fait combien l'imagination neuve des enfans
eft avide de toutes les hiftoires qui ont
quelqu'intérêt , & comme, pour les entendre,
ils oublient fouvent les heures des repas &
du fommeil. Ils trouveront ici une nouvelle
fource d'intérêt & de plaifir. Les Héros des
Hiftoires & les perfonnages des Drames font
des enfans comine eux ; les enfans fe retrou
G v
154
MERCURE
ventpar-tout dans cet Ouvrage. Clémentine
&Geneviève , Jacquot & Saint- Firmin ſont
dejeunes filles & de petits garçons bien nés
&bien élevés qu'on leur donne pour camarades
& pour amis. Les détails du ſtyle rappellent
aufli toujours les objets qui amuſent
le plus l'enfance , comme les inſtrumens de
leurs jeux , & les animaux dont ils font les
compagnons de leurs plaiſirs. La ſcène des
Hiſtoires &des Drames eſt le plus ſouvent
à la campagne , où les enfans jouiffent des
momens les plus heureux de leur âge. Dans
les récits de M. Berquin , les jeunes filles
font preſque toujours entourées d'oiſeaux
qu'elles nourriffent , ou de fleurs qu'elles
cultivent de leurs mains. Preſque toujours
M. Berquin place ſes enfans au milieu des
ſcènes les plus douces & les plus touchantes
de la nature; & il a le talent de les peindre
avec les couleurs vives & fraiches qu'elles
préſentent à l'imagination de l'enfance ; il
fait reproduire l'intérêt qu'y prennent les
enfans. Talent bien rare & bien heureux ,
puiſqu'il ſuppoſe dans celui qui le poſsède,
l'innocence & la bonté de l'âge aimable auquel
il ſe confacre.
On a déjà vu dans le Mercure quelquesuns
des morceaux de cet Ouvrage , comme
le Serin & la Neige; ils ont eu beaucoup de
ſuccès, & il y en a qui en méritent encore
davantage.
L'Auteur recueille quelquefois dans la
fociété les Hiftoires qu'il raconte aux enDE
FRANCE. 155
fans. La vérité les rend alors plus intéreffantes
comme plus inftructives. Telle eft
celle- ci que l'Auteur propoſe à M. Greuze ,
comme le fujet d'un tableau charmant.
" Madame P. , jeune femme auffi diftinguée
par les grâces & la tournure piquante
» de fon efprit, que par la délicateffe de fes
fentimens & la force de fon caractère ,
reprenoit un jour Pauline , fa fille aînée ,
» d'une légèreté bien pardonnable à fon
» âge. Pauline , touchée de la douceur que
» fa mère mettoit dans fes reproches , ver-
"
"
foit des larmes de repentir & d'attendrif-
» fement. Caroline , âgée alors de trois ans ,
» voyant pleurer fa foeur , grimpe fur les
barreaux d'une chaife pour atteindre juf-
» qu'à elle ; d'une main prend fon mou-
» choir dont elle lui effuie les yeux , & de
» l'autre lui gliffe dans la bouche un bon-
» bon qu'elle rouloit dans la fienne. Il me
femble que M. Greuze pourroit faire un
tableau charmant de ce fujet. »
ود
"
Cette petite Caroline , fi tendre & fi aimable
avec fa foeur , fournit encore le fujet
d'un autre morceau dans le quatrième Volume.
Nous croyons que M. Berquin feroit
Bien de faire reparoître ainfi quelquefois far
la fcène les enfans qu'il y a déjà mis . On a
fait connoiffance avec eux , on s'y eft attaché,
on y prend bien plus d'intérêt qu'à
ceux qu'on voit pour la première fois.
Le fujet de Philippine & Maximin eft
à-peu-près le même que celui de la mau
Gvj
156 MERCURE
vaife Mère dans les Contes Moraux de M.
Marmontel . On fe rappelle ce Conte, on
fe rappelle fans doute tous ceux de M.
Marmontel ; ils forment un des meilleurs
Ouvrages du fiècle , & , ce qui n'arrive pas
toujours , c'eft un de ceux qu'on lit & qu'on
relit le plus. Dans le Conte de M. Marmon
tel , lorfque la mère eft malade , un de fes
enfans s'approche de fon lit dans les ténèbres
; elle ne fonge qu'au fils aîné qu'elle
idolâtre , auquel elle facrifie le cadet ; elle
ne doute point que ce ne foit fon fils aîné :
eft ce vous , mon fils , lui dit - elle , non , ma
mère, c'eft Jacquot , répond l'enfant . Il eft
impoffible d'entendre cette réponſe fans en
étre ému jufqu'aux larmes.
La fin de l'hiftoire de Maximin & Philippine
produit peut être une impreffion auffi
forte & aufli touchante.
Mme de Cerni leur mère, adore Maximin
fon fils , qui eft beau comme l'Amour; & Philippine
fa fille , qui n'a point de beauté , elle
l'abandonne à la négligence , aux duretés
même des domeftiques. La tendreffe & la
bonté de Philippine ne la touchent point
parce que fa fille n'a point une figure qui
fatte fon orgueil. Elle tombe dangereufement
malade. Maximin ne fe montre pas infenfible
au danger de fa mère ; mais Philippine
, heureuſe au milieu de fes craintes , de
pouvoir donner pour la première fois à fa
mère des fains qu'elle ne rebate pas , la
veille jour & nuit fans que les prières & les
DE FRANCE. 157
ordres même puiffent l'engager à prendre
un moment de repos ; elle ne s'éloigne du
chevet du lit de fa mère , que lorfque fa
mère eft abfolument hors de danger.
ور
"
Un jour que Mme de Cerni s'entretenoit
avec les deux enfans des maux
qu'elle avoit foufferts dans fa maladie , &
» les remercioit des foins tendres & empreffés
qu'elle avoit reçus de leur amour :
Mes chers enfans , ajouta - t - elle , vous
" pouvez l'un & l'autre me demander ce
qui vous fera le plus de plaifir ; je m'en-
" gage à vous l'accorder li vos defirs ne
font pas au- deffus de ma fortune . Que
» defires tu , Maximin ? Une montre &
339
"
"
99
"
--
-
-
» une épée , maman . - Tu les auras dermain
à ton lever. Et vous , Philippine ? - Moi ,
» maman , moi , répondit - elle toute tremblante
, je n'ai rien à defirer fi vous m'ai-
> mez. Ce n'eft pas me répondre . Je
» veux auffi vous récompenfer ; Mlle , que
» deſirez vous ? Parlez . Quoique Philippine
fût accoutumée à ce ton févère , elle
en fut plus abattue encore qu'elle ne
» l'avoit jamais été . Elle fe jeta aux pieds de
fa mère , la regarda avec des yeux tout
" mouillés de larmes , & cachant tout- à-
» coup fon vifage dans fes mains , elle bal
» butia ces mots : Donnez moi feulement
deux baifers , de ceux que vous donnez à
» mon frère.
"
» Mme de Cerni attendrie jufqu'au fond
de fon coeur , y fentit naître pour fa fille
158 MERCURE
» tous les fentimens d'une mère ; elle la prit
» dans fes bras , la ferra avec tranſport con-
»tre fon fein , & l'accabla de bailers. Phi-

lippine , qui recevoit pour la première
» fois les careffes de fa mère , fe livra à
» toutes les effufions de fa joie & de fon
» amour ; elle baifoit les yeux , les joues , les
cheveux , les mains , les habits de fa
» mère. Maximin , qui ne pouvoit s'empêcher
d'aimer fa four , confondit fes em-
» braffemens avec ceux de Philippine.
ور
99
>
39
L'Hiftoire de Jacquot eft , pour le moins ,
auffi attendriffante ; mais le grand intérêt eft
au commencement & c'eft un grand défaut
dans une Hiftoire. Il eft d'autant plus
inexcufable ici , que M. Berquin pouvoit &
devoit même difpofer autrement l'ordre de
fa narration. Il a commencé par ce qui devoit
terminer le récit de l'Hiftoire.
Madeleine , mère de Jacquot , qui avoit
travaillé tout l'été dans les champs , tombe
malade de fatigue. Julien fon père , qui étoit
un honnête Cordonnier , perd peu - à - pen
toutes les pratiques , parce qu'elles craignent
d'être mal fervies dans une maifon où il y a
une femme malade. Ils empruntent pour
s'acquitter envers le Médecin & l'Apothicaire
, & font hors d'état de payer le loyer de
leur maifon . On les menace de faifir leurs
meubles , & ils n'ont pas de pain à donner
à leurs enfans. Julien , jeune encore , s'engage;
il fe fait Soldar pour fortir d'embarras
, comme il le dit lui-même , pour payer
DE FRANCE. 159
fes dettes avec le prix de fon engagement.
Madeleine , de fon côté , confie fes enfans à
Suzon, fa voifine , dont elle a reçu plufieurs
fois des fecours , & veut aller dans le village
voifin demander du chanvre à filer à un
Tifferand. Quelques momens après on entend
du bruit dans fa maifon ; fon amie y
entre , & trouve Madeleine étendue roide
morte aux pieds d'une échelle. Il étoit naturel
de penfer qu'elle avoit voulu monter au
grenier pour y prendre un fac où elle pourroit
mettre la filaffe ; qu'ayant encore les
yeux troubles de larmes , elle n'avoit pas
bien pofé le pied fur le plus haut bâton
de l'échelle , & qu'elle étoit tombée la tête
la première fur le carreau. Son fac , qui étoit
à fes côtés , le difoit affez . Mais elle étoit fi
malheureuſe , qu'on aima mieux croire
qu'elle avoit voulu finir fa vie elle- même . Le
Bailli fur -tout publia ce foupçon pour fe
faire honneur d'une grande pénétration d'efprit.
Il fit enterrer Madeleine avant le jour ,
fans aucune cérémonie , fans Prêtre , fans
cierges, & à l'extrêmité du cimetière. Suzon ,
quoiqu'une pauvre veuve elle- même , devint
la mère des deux enfans de Madeleine. Un
Curé , chez lequel Madeleine avoit fervi ,
voulut fe charger des deux enfans , mais Jacquot
ne voulut jamais s'éloigner de l'endroit
où l'on avoit mis fa mère.
" M. de Curfol revenoit un jour à cheval
» d'une promenade dans les terres ; comme
» il paffoit le long des murs de ce cimetière ,
160 MERCURE
"
39
99
» il entendit des gémiffemens qui partoient
» de fon enceinte. Ce digne Gentilhomme
» avoit le coeur trop compatiffant pour héfiter
de voler au fecours du malheureux
qu'il entendoit ainfi gémir. Il mit pied à
» terre, donna fon cheval à garder au Domeftique
qui le fuivoit , & franchit d'un
» faut les marches du cimetière . Il s'éleva fur
le bout de fes pieds , tourna fes yeux de
toutes parts ; enfin il apperçut à l'extrê
mité , dans un coin , une fofle recouverte
de terre encore toute fraiche. Sur cette
foffe étoit étendu un enfant d'environ cinq
ans qui pleuroit. M. de Curfol s'approcha
» de lui d'un air d'amitié , & lui dit : que
fais-tu là , mon petit ami ?
»
'99
33
L'ENFAN T.
J'appelle ma mère . Hier on l'a couchée
fe lève pas.
ici , & elle ne
M. DE CURSOL.
» C'eſt apparemment qu'elle eft morte ,
» mon pauvie enfant.
"3
L'ENFANT.
Oui , on dit qu'elle eft morte ; mais je
" ne puis pas le croire. Elle fe portoit f
» bien l'autre jour quand elle me laiffa chez
notre voifine Suzon ! elle me dit qu'elle
alloit revenir , & elle ne revient pas. Mon
père s'en eft allé , mon petit frère auffi ,
» & les autres enfans du village ne veulent
plus de moi.
"
»
DE FRANCE.. 161
+
M. DE CURSO L.
» Ils ne veulent plus de toi , & pourquoi
» donc ?
L'ENFAN T.
» Je n'en fais rien ; mais lorfque je veux
» aller avec eux , ils me chaffent & me laiffent
tout feul.. Ils me difent aufli de vilaines
chofes fur mon père & fur ma
mère. C'eftce qui me fait le plus de peine,
» O ma mère , lève- toi , lève - toi !
ود
ود
» Les larmes rouloient dans les yeux de
M. de Curfol.
" Tu dis que ton père s'en eft allé & ton
» frère aufli ? où font- ils donc ?
L'ENFANT.
» Je ne fais pas où eft mon père, & mon
petit frère eft parti hier pour un autre
village ; il vint un Monfieur , tout noir
» comme notre Curé , qui l'emmena avec
? lui.
"
M. DE CURSO L.
» Et où demeure - tu à préfent ?
L'ENFANt.
» Chez la voifine Suzon . J'y ferai juſqu'à
ce que ma mère revienne comme elle me
» l'a promis. Je l'aime bien , mon autre
» mère Suzon ; mais ( en montrant la foffe )
j'aime encore plus ma mère qui eft là . Ma
» mère ! ma mère ! pourquoi es tu fi long-
و د
162 MERCURE
» temps couchée ? quand eft- ce que tu te
leveras ?
"
ود
M. DE CURSO L. )
1
+8
» Mon pauvre enfant , tu as beau l'appeler
, tu ne la réveilleras jamais.
L'ENFAN T.
" Eh bien , je veux coucher ici, & dormir
auprès d'elle. Ah ! je l'ai vue lorſqu'on l'a
portée dans un grand coffre. Comme elle
» étoit pâle ! comme elle étoit froide ! je
» veux coucher ici , & dormir auprès d'elle.
29
» M. de Curfol ne put plus retenir fes
» larmes ; il fe pencha vers l'enfant , le prit
» dans fes bras, l'embraffa avec tendreffe ,
» & lui dit ; comment t'appelle - tu , mon
» cher ami ?
30
L'ENFAN T.
» On m'appelle Jacquot quand je fuis bien
fage , & Jacques quand je fuis méchant.
» M. de Curfol fourit au milieu de fes
larmes. Veux- tu me conduire chez Suzon ?
L'ENFANT .
» Oh ! oui , oui , mon beau Monfieur.
"
Jacquot fe mit à courir devant M. de
» Curfol auffi vite que fes petits pieds pou-
» voient le lui permettre , & il le conduifit
» à la porte de Suzon . »
Je ne connois point de dialogue qui faffe
venir plus fouvent les larmes aux yeux.
Quand on écrit ainsi pour les enfans , on eft

DE FRANCE. 163
·
sûr de faire encore une impreffion profonde
fur tous les hommes fenfibles.
On fe doute bien que M. de Curfol fe
charge du fort de Jacquot & de Suzon ;
mais il ne les fépare point l'un de l'autre , &
laiffe Jacquot auprès du tombeau de ſa mère.
L'Hiftoire d'Amand offre auffi des beautés
du même genre. C'eft un enfant qui fait
femblant d'être malade , & veut fe laiffer
mourir de faim pour augmenter la portion
de pain de fon père & de fes frères & foeurs.
C'eft un bel exemple , mais peut-être eft il
trop beau. Il faut que les vertus qu'on donne
pour modèles aux enfans foient naturelles
& faciles. Il s'agit de leur en inſpirer l'amour
, & non pas de les leur faire admirer
feulement . Il faut craindre que la morale ne
devienne pour eux un objet de ſpéculation
plutôt que de pratique ; c'eft ce qu'elle eft
pour la plupart des hommes. On y cherche
& on y juge le talent de l'Auteur comme
dans les Beaux- Arts ; on veut y trouver des
modèles de bon goût plutôt que de bonnes
moeurs , & la vertu profanée par les embelliffemens
même qu'elle reçoit du talent ,
ne fert plus qu'à étonner & amuſer l'imagination
des hommes corrompus.
Nous n'avons trouvé dans tout l'Ouvrage
de M. Berquin que ce feul exemple d'une
vertu qui peut paroître outrée ; lui même ,
dans fon Profpectus, convient du danger qu'il
y auroit à offrir aux enfans des modèles qui
-feroient au deffus des forces de leur âme.
164 MERCURE
Cet article s'étendroit beaucoup trop fi
nous voulions rendre compre des quatre
petits Drames qu'on lit dans cet Ouvrage.
Nous en parlerons dans l'annonce des Nos,
prochains. S'il est vrai que le Drame foit un
genre fubordonné , ce ſeroit peut être une
raiſon d'en faire le ſpectacle des enfans comme
du peuple. Et pourquoi , par exemple , certains
jours de la ſemaine , ne pourroit-on
pas repréſenter les Drames de cette Collection
fur nos petits Theatres ? On ſe plaint
de n'y voir que des Pièces qui bleſſent le
goût,&qui ne peignent que desmoeurs baffes
& groffières : ils deviendroient alors des écoles
de moeurs & de vertus .
On a obſervé que les jeunes filles , dans
les Hiftoires & dans les Drames de M. Berquin,
font toujours bonnes , toujours aimables;
ce n'est qu'aux petits garçons qu'il
dorine des défauts &de la méchanceté ; c'eſt
peut- être par ſentiment plutôt que par réflexion
que M. Berquin a établi cette différence
entre les enfans des deux ſexes ; mais
nous croyons que la réflexion ici confirmeroit
le ſentiment. Elles connoiffent plutôt la
pitié , elles ont plutôt le defir de plaire , &
cedefir, qu'on reproche ſi ſouvent aux femmes
, eſt ſouvent pour elles une ſource de
vertus comme de grâces.
Ce Livre , fait pour les enfans, est trop
bien fait pour ne pas plaire à tous les âges.
Lorſqu'on a connu les hommes , on ſent
croître ſon goût pour les enfans; on les aime
DE FRANCE.
165
davantage à meſure qu'on détache ſon coeur
du monde, où il eſt beſſe ſi ſouvent & detant
demanières. Le ſpectaclede leur innocence &
de leurs jeux adoucit & calme les paffions.
On retrouvera dans cet Ouvrage ce charme
confolant qu'on éprouve en voyant leur bonheur.
Et comment un Livre , fait pour infpirer
des vertus aux enfans , pourroit il être
ſans intérêt pour les hommes ?
Nous penfons enfin que l'Ami des Enfans
mérite d'être mis à côté des Conversations
d'Émilie , par Mme, d'Épinai , & du Theâtre
d'Éducation de Madame la Comteſſe de
Genlis. C'eſt un grand éloge, mais nous le
croyons mérité,
( Cet Article est de M. Garat. )
HISTOIRE d'Alexandre- le- Grand , par
Quinte-Curce , traduite par M. Beauzée ,
de l'Académie Françoiſe, 2 Vol. in- 12. A
Paris , chez Barbou ,Imprimeur- Libraire,
rue des Mathurins .
ON convient affez généralement que la
plupart de nos Hiftoriens n'ont qu'un mérite
médiocre , & que ſans le defir naturel
de s'inſtruire , on ne fait comment une perſonne,
qui a le goût des Hiſtoires anciennes ,
pourroit ſe réſoudre à l'ennui que donnent
les nôtres. D'où vient cette difference fi remarquable
? Ce n'eſt pas des faits , qui dans
les Annales modernes , font plus exacts &
auſſi intéreſſans; elle ne vient donc unique-
7
:
,
166 MERCURE
ment que de la manière dont ils font racontés
, c'eſt à-dire , du ftyle , cette partie de
l'Art d'écrire qui , dans toutes les langues &
dans tous les genres , diftingue l'homme de
génie de celui qui n'a que de l'inftruction.
L'Hiftoire moderne n'a été le plus fouvent
qu'une compilation plus ou moins judicieuſe,
rédigée par des Écrivains médiocres. L'Hiftoire
ancienne a toujours été écrite par des
plumes éloquentes. C'eft à l'Éloquence , dit
Cicéron , à écrire l'Hiftoire. Hiftoria opus
eft maximè Oratorium. Auffi , quoique rien
ne foit fi connu que les faits contenus dans
Sallufte , Tite- Live , Tacite & Quinte- Curce,
on les relit , on les médite fans ceffe avec
un nouveau charme , à- peu - près comme
on aime à relire Homère & Virgile , quoique
dès l'enfance on les fache prefque par
coeur. Peut- être ne font- ils guères moins
difficiles à bien traduire que ces Poëtes. Nous
ne prétendons pas nier que parmi les traductions
que nous en avons il ne s'en trouve
quelques-unes qui ne méritent de l'eftime ;
mais nous ofons penfer que la meilleure
eft encore bien éloignée d'être bonne. Telle
eft celle de Vaugelas. Ce ne font pas quelques
contre-fens , quelques tournures ou
quelques expreffions furannées que nous
lui reprochons. Son grand défaut , c'eft qu'il
ne traduit point le ftyle. Le fien n'eſt jamais
que correct ; celui de Quinte- Curce eft toujours
élégant & figuré. Pour bien rendre cet
Écrivain, il faudroit avoir, comme lui , une
DE FRANCE. 167
belle imagination , & un Grammairien ne
fe doute même pas de cette partie du talent
fi rare & fi féduifante. Malgré ce que nous
venons de dire , il nous femble que la tra
duction de Vaugelas mériteroit d'être retour
chée par une plume élégante , qui donneroit
plus de vivacité à fes phrafes , plus de
précifion & de coloris à fon ftyle , & qui
corrigeroit les locutions qui ont vieilli . On fe
fouviendra toujours que c'eft un des premiers
bons Ouvrages en profe écrits en François.
M. Beauzée a mieux aimé retraduire entièrement
Quinte - Curce à fa manière ;
mais nous doutons que fa manière foit
meilleure que celle de Vaugelas. Dans for
fyftême de traduction , il paroît n'avoir
pas fenti que la verfion des mots n'eft prefque
jamais celle de la penfée. Il eft rigoureufement
littéral ; il nivèle exactement fes
phrafes fur les phrafes latines ; il ne les ouvre
& ne les ferme qu'où elles s'ouvrent &
fe ferment dans le texte : enfin , il rend
fcrupuleufement juſqu'aux conjonctions &
aux particules , & en tient un fidèle compte ,
tant pour leur arrangement local que pour
leur nombre. Qu'en eft- il réfulté ? C'est que
par une fidélité trop fervile à la lettre , il eft
fouvent infidèle à la manière de l'Hiftoren
latin. Il a ſubſtitué fans ceffe les circonlocutions
d'une profe purement grammaticale
, à la diction la plus élégante ,
la plus figurée & la plus nombreuſe.
Pour faire fentir la jufteffe de nos obferva168
MERCURE
tions aux perfonnes même qui ne favent pas
le latin , nous oppoferons le françois de
Vaugelas à la profe de M. Beauzée , en
prenant la liberté de rajeunir un peu l'ancien
Traducteur , & de changer des locutions
qui étoient élégantes quand il écrivoit
, mais qu'il ne fe fût pas permifes aujourd'hui.
Nous prenons pour échantillon l'endroit
où Darius interroge Charidéme fur
fon armée : ce paffage eft court & intéreſſant.
Nec quidquam illi minus quam multitudo
hominum defuit : cujus tùm univerfa afpectu
admodum latus , purpuratis folita vanitate
fpem ejus inflantibus , converfus ad Charidemum,
Athenienfem belli peritum , & ob exilium
infeftum Alexandro ( quippe Athenis
jubente eo fuerat expulfus ) percontari coepit ,
fatifne ei videretur inftructus ad obterendum
hoftem.
Traduction de M. Beauzée.
"Effectivement , ce qui lui manquoit le
» moins c'étoient les hommes , auſſi la vûe
», de cette multitude le comblant alors de
" joie , & fes courtilans enflant fes efpé-
30
rances par les vains propos que l'adula-
» tion avoit coutume de leur fuggérer, il' fe
» tourne vers l'Athénien Charideme , homme
expérimenté dans la guerre , & ennemi
»juré d'Alexandre pour avoir été banni
d'Athènes par fon commandement , & lui
» demanda s'il lui paroiffoit affez en force
pour écrafer fon ennemi. »
"
Traduction
DE FRANCE. 169
Traduction de Vaugelas.
Ce qui lui manquoit le moins , c'étoit le
nombre desfoldats. A l'aspect de toute cette
multitude, enflé de l'espérance d'un fuccès
que lui promettoit bienplus encore la flatterie
ordinaire de ſes courtisans , ilſe tourna vers
Charidême , Athénien expérimenté dans l'Art
de la guerre , & fur-tout ennemi d'Alexandre,
qui l'avoit fait exiler defa patrie , &
lui demanda s'ilpenſoit qu'avec une telle arméeilpût
écraferfon ennemi.
Il eſt inutile de remarquer que M. Beauzée,
dans ſa verſion, ne procède que par circonlocutions
, fans élégance & ſans grâce. Il
a expliqué le latin. Vaugelas s'eſt efforcé de
le traduire.
At ille & fortisfua & regia fuperbia oblizus
, verum , inquit, & tu forfitan audire nolis
; & ego nifi nunc dixero, alias nequid
quam confitebor.
Traduction de M. B.
• Charidême , oubliant & ſa ſituation &
- l'orgueil du trône , lui répondit : Peut
être n'aimerez-vous pas à entendre la vé-
>> rité ; & toutefois ſi je ne la dis aujour-
>> d'hui , vainement la dirai-je dans un autre
temps.
Traduction de Vaugelas.
Charidême , oubliantfa dépendance& Por
gueildes Rois, lui répondit : La vérité, Sei
N°. 21 , 25 Mại 1782. H
170
MERCURE
gneur , pourra vous déplaire ; mais fi je n'ai
le courage de la dire ici , en vain voudriez
yous l'entendre dans un autre temps.
Hic tanti apparatûs exercitus , hac tot gentium
& totius Orientis excita fedibus fuis moles
, finitimis poteft effe terribilis ; nitet pur
purâ auroque ; fulget armis & opulentiâ ,
quantam , qui oculis non fubjecêre, animis
concipere non poffunt.
Traduction de M. B.
Cette armée d'un fi grand appareil ,
» cet amas de tant de Nations que vous
» avez tirées de tous les coins de l'Orient
» peut être formidable pour vos voisins ; la
» pourpre , l'or , l'éclat des armes , tout y
» annonce une opulence qu'on ne fauroit
imaginer fi on ne l'avoit vûe . »
ود
Traduction de Vaugelas.
Cet appareil fi impofant de votre armée ,
cet amas tumultueux de tant de Nations
affemblées de tous les coins de l'Orient , peut
être redoutable à vos voisins. Tout votre
camp brille d'or& de pourpre. Si les yeux ne
l'ont pas vue , l'efprit ne peut fe figurer une
telle magnificence.
Sed Macedonum acies torva fanè & inculta
, clypeis hafifque immobiles cuneos &
conferta robora virorum tegit : ipfi phalangem
vocant peditum ftabile agmen ; vir viro , ar
mis arma conferta funt : ad nutum monentis
intenti , fequifigna , ordines fervare didicere,
!
DE FRANCE. 170
quod imperatur, omnes exaudiunt ; obfiftere
circum ire , difcurrere in cornua , mutare
pugnam, non duces magis quam milites callent;
& ne auri argentique ftudio teneri
putes , adhuc illa difciplina paupertate magiftrâftetit
: fatigatis humus cubile eft ; cibus
quem occupant fatiat ; tempora fomni
actiora quam noctis funt. Jam Theffali equites
, & Acarnanes Atholique , invicta bella
manus ,fundis , credo , & haftis igne duratis.
repellentur. Pari robore opus eft : in illâ terrâ
que hos genuit auxilia quærenda funt : argentum
iftud atque aurum ad conducendum
militam mitte.
Traduction de M. B.
« Mais l'armée des Macédoniens , vérita-
" blement affreuse à voir, & fans aucune
parure , ne fait que couvrir de boucliers
» & de piques fes bataillons inébranlables
» &fes forces réunies ; ils donnent le nom
» de phalange à un corps d'infanterie qui
combat de pied - ferme ; les hommes y
font ferrés , les armes dont ils font hériffés
» les rendent impénétrables .
ود
Traduction de Vaugelas .
L'armée des Macédoniens n'offre qu'un
afpect farouche & affreux : couverte de boucliers
& hériffée de piques , elle préfente un
rempart impénétrable ; leur phalange eft un
corps d'infanterie qui combat de pied -ferme ,
& dont les rangsfontfiferrés que les hommes
Hij
172
MERCURE
&les armes,preffés enſemble, neforment qu'une
maffe terrible & inébranlable.
On ne ſent que trop combien la profe
traînante & embarraſſée du moderne Grammairien
, défigure les images frappantes&
énergiques de Quinte Curce ; mais on retrouvera
toutes les beautés que le nouveau
Traducteur fait regretter , dans des vers que
l'Auteur de la Henriade ſemble avoir imités
de l'Hiſtorien d'Alexandre,
Les Courtiſans en foule attachés à ſon fort ,
Du ſein des voluptés s'avançoient à la mort,
Des chiffres amoureux , gages de leurs tendreſſes ,
Traçoient ſur leurs habits les noms de leurs maîtreſſes :
Leurs armes éclatoient du feu des diamans ,
De leurs bras énervés friveles ornemens.
Ardens , tumultueux , privés d'expérience ,
Ils portoient aux combats leur fuperbe imprudence,
Orgueilleux de leur pompe , & fiers d'un camp nome
breux ,
Sans ordre ils s'avançoient d'un pas impétueux.
D'un éclat différent mon camp frappoit leur vûe.
Mon armée en filence , à leurs yeux étendue ,
N'offroit de tous côtés que farouches Soldats
Endurcis aux travaux , vieillis dans les combats,
Accoutumés au ſang & couverts de bleſfures ;
Leur fer &leurs mouſquets compoſoient leurs parures,
Le Poëte a embelli les idées de l'Hiſtorien
: en l'imitant il l'a furpaffé. M. Beau
zée reſte ſouvent au-deſſous,
DE FRANCE. 175
Traduction de M. B.
*Attentifs au moindre figne de leur Chef,
» ils ont appris à fuivre leurs enfeignes , à.
» garder leurs rangs , tous obéiffent au com
"
"?
mandement : faire face à l'ennemi , l'en-
» velopper , fe porter fur les aîles , changer
» l'ordre de bataille , Capitaines & Soldats.
l'entendent tous également ; & ne croyez.
pas que l'amour de l'or ou de l'argent les
faffe agir , puifque c'eft aux leçons de la
pauvreté qu'ils doivent juſqu'à ce jour le
maintien de cette difcipline. Leur lit de
" repos eft la terre. Ils fe contentent de ce
qu'ils trouvent pour nourriture . Leur
fommeil ne dure jamais toute la nuit.
" Eh bien ! la cavalerie invincible des
Theffaliens , des Acarnaniens , des Éto-
» liens , la repouffera- t - on avec des frondes
» & de fimples bâtons durcis au feu ? Je
» n'en crois rien. "
"
23
Traduction de Vaugelas.
Attentifs au moindre figne de leurs Chefs ;
vous les voyez fuivre leurs enfeignes , garder
leurs rangs , faire tous les mouvemens de
l'exercice militaire. Tous à-la-fois, obéiſſent &
l'ordre. Faut- il faire face à l'ennemi , tourner
à droite, à gauche , & changer la forme
d'un bataillon , les Capitaines ne l'entendent
pas mieux que les foldats. N'imaginez pas
que l'or & l'argent les conduifent ; c'est à
P'école de la pauvreté qu'ils ont appris cene
Hiij
174
MERCURE
difcipline ; c'eft fous les loix de la pauvreté
qu'elle s'eft maintenue jufqu'à ce jour. Ontils
faim? Toute nourriture leur eft bonne.
Sont - ils fatigués ? Ils couchent fur la
dure , & fe lèvent toujours avant le foleil.
Penfez - vous que la cavalerie Theffalienne
, les Acarnaniens & les Étoliens
peuples invincibles à la guerre ,
guerre , puiffent être
repouffes avec des frondes & de fimples ef
pontons que la flamme a durcis ?
Le ftyle de M. Beauzée eft il affez élégant
, convient - il à la vivacité du difcours
de Charidême , convient- il au ton noble de
l'hiftoire ?
Traduction de M. B.
" C'eſt à forces égales qu'il faut les com-
» battre ; c'eft dans leur pays qu'il faut
» chercher des fecours : envoyez-y cet or
» & cet argent poury enrôler des foldats. »
Traduction de Vaugelas.
Non , non : il faut leur oppofer des forces
pareilles aux leurs , c'eft dans leur pays
qu'il faut chercher du fecours contre eux :
envoyezy cet amas d'or & d'argent , & échangez
le contre desfoldats.
Erat Dario mite ac tractabile ingenium ,
nififuam naturam plerumque fortuna corrumperet.
Itaque veritatis impatiens , hofpitem ac
fupplicem , tunc maximè utilia fuadentem ,
abftrahi juffit ad capitale fupplicium ille ,
ne tum quidem libertatis oblitus , habeo in
DE FRANCE. 175
quit paratum mortis mea ultorem ; expetet
panas mei confilii fpreti is ipfe contrà quem
tibifuafi. Tu quidem licentiâ regnifubitò mutatus
, documentum eris pofteris homines,
cum fe permifere fortuna etiam naturam dedif
cere. Hac vociferantem , quibus erat imperatum
, jugulinat , fera deinde pænitentia fubiit
Regem , ac vera dixiffe confeffus eum fepeliri
juffit.
Traduction de M. B.
" Darius étoit né avec un caractère doux
» & flexible , fi la fortune , comme c'est l'or-
» dinaire , n'avoit pas chez lui perverti la
» nature. Ne pouvant donc fouffrir la vérité
, il condamna à la mort un homme à
qui il avoit accordé l'hofpitalité , qui la
» lui avoit demandée , & qui lui donnoit
» alors des avis utiles . Celui - ci confervant
» encore dans ce moment toute fa liberté :
ود
"
ود

» par
>
j'ai , dit - il , un vengeur tout prêt ; vous
»ferez puni d'avoir méprifé mon conſeil
celui même contre qui je vous l'ai
" donné. Et vous , que l'abus du pouvoir
fuprême a fi fubitement changé , vous
» montrerez par votre exemple à la poſtérité
, que quand une fois les hommes fe
font laiffes aller au gré de la fortune , ils
perdent de vue les fentimens même de la
» nature. Tandis qu'il parloit ainfi à haute
voix , ceux qui en avoient reçu l'ordre le
» tuèrent. Le Roi s'en repentit dans la fuite
lorfqu'il n'étoit plus temps ; & ayant
"
"
ود
و د
H iv.
176 MERCURE
1
>> connu la vérité de ſes avis , il lui fit
>> rendre les honneurs de la ſépulture. »
Traduction de Vaugelas.
Darius étoit d'un caractère doux & modéré;
mais ſouvent l'ivreſſe de la grandeur
dépravoit fon heureux naturel. La vérité
L'offenfa ; il fit traîner inhumainement aufupplice
un étranger qu'il avoit reçu dans ses
États, qui s'étoit misfous fa protection , &
qui même alors lui donnoit le confeil le plus
falutaire. Charidême continuant de lui parler
avec la même liberté: le Ciel , dit- il, me
garde un vengeur ; bientôt celui contre quij'ai
donné des avis ſi ſages , vous punira de les
avoir méprisés. Et vous , Prince , que l'abus
du pouvoirfouvent a changé tout-à- coup en
tyran,vous apprendrez par votre exemple à
Lapostéritéque quand unefois lafortuneégare
les Rois, ils oublient jusqu'aux Sentimens.
même de la nature. Comme il proféroit ces.
paroles à haute voix,il fut étrangléparceux
qui en avoient reçu l'ordre. Un repentir tardif
vint faifir le Roi ; il reconnut qu'il ne lui
avoit dit que trop vrai , & lui fit rendre les.
honneurs de laſépulture.
Ce paffage fuffit pour faire juger la verfion
entière de M. Beauzée. Cette verfion.
eſt précédée d'une préface qui eſt à-la-fois.
une introduction , & dans laquelle on
trouve une longue differtation ſur un paffage
de Quinte Curce. Il paroît que cet endroit
a beaucoup embarraffé le Secrétaire
DE FRANCE. 177
'
perpétuel de l'Académie des Infcriptions
quoique néanmoins l'explication en foit
très -fimple & très naturelle . Le voici
Quinte- Curce , après avoir décrit la confternation
que répandit dans l'armée d'Ale
xandre une éclipfe de lune , obferve que les
Devins Égyptiens que ce Prince fit confulter >
favoient très- bien la raison de ce phénomène
, mais qu'ils la tenoient cachée au
vulgaire. At illi qui fatis fcirent temporum
orbes implere deftinatas vices , lunamque deficere
, cum aut terramfubiret aut fole premeretur,
rationem quidem ipfis perceptam non
edocent vulgus. L'Hiftorien , dit M. Dupuy,
» a- t-il eu une idée bien nette de la caufe
» des éclipfes lunaires ? Il femble , à l'entendre
que la lune peut s'éclipfer en deux
cas , ou lorfque terram fubit, ou lorfque
premitur à fole. On peut donner un bon
» fens à la première expreflion parce
qu'effectivement la lune s'éclipfe lorf-
» qu'elle paffe fous la terre ( terram fubit )
» qui eft entre elle & le foleil ; mais qu'a t-
» il prétendu lorfqu'il a dit que la lune
» fouffre éclipfe , quum fole premitur , lorfqu'elle
eft preffée par le foleil ? Hiftoire
de l'Académie des Infcriptions & Belles
Lettres , Tome XXIX , page 24.
33
99 "
Il nous femble que le fens de l'Hifto
rien eft très- raifonnable . Lunam deficere ne
fignifie pas que la lune fouffre éclipfe , quum
fole premitur. Quinte- Curce veut dire
fans doute que lorfque la lune paffe ente
4
178 MERCURE
le foleil & la terre , celle - ci eft privée de
fa lumière : en effet , la partie lumineufe de
la lune fe trouve alors oppofée au foleil ,
& l'autre partie qu'elle prefente à la terre
eft abfolument dans l'ombre ; c'eft alors
que les Aftronomes difent qu'elle eft en
conjonction. Cette explication eft plus
fimple & plus fatisfaifante que celle de M.
Beauzée ; il voit , comme M. Dupuy, une
erreur où il n'y en a point ; mais il rejette
cette faute fur les copiftes , & prétend que
l'on doit lire : Quum ita terram fubiret ut
fole privaretur.
Au furplus , l'introduction eft un précis
de la vie d'Alexandre pour fuppléer aux
deux premiers Livres de Quinte - Curce qui
nous manquent , & que Freinshémius a reftitués.
M. Beauzée à enrichi ce précis de
plufieurs traits que les Hiftoriens d'Alexandre-
le- Grand n'ont pu lui fournir. En
voici un très- remarquable.
" Sa naiffance , dit - il , fut annoncée par
des prodiges , que la flatterie avoit imaginés
, que les préjugés du paganifme ou les
» preftiges de l'admiration répandirent , &
qui furent crus par l'imbécillité ; mais il
en eft un ignoré de tous les Hiftoriens
d'Alexandre , & qui a droit d'être cru de
> tout l'Univers ; c'eft que Daniel , quelques
deux cent ans avant la naiffance de ce
Prince , a prédit très- clairement la rapidité
» & la nature de fes conquêtes , la vafte
étendue & la courte durée de fon EmDE
FRANCE. 179
و ر
pire , & le partage qui s'en fit auffi - tôt
après fa mort entre fes Capitaines. »
Voyez Daniel , chap. 2 , 6 & 7. M. Beauzée
joint à ce paffage une réflexion qui y vient
très -bien.
39
" Rien ne prouve mieux que ces Conquérans
fameux , dont les exploits épou-
» vantent notre foibleffe , & nous jettent
» dans une ftupide admiration , ne font en
effet que les inftrumens aveugles de la
» Providence divine , qui , en condamnant
leurs crimes , les fait fervir fouvent contre
leur gré à l'exécution de fes vûes adorables.
"
33 "
HERBIER de la France , ou Collection
complette des Plantes indigènes de ce
Royaume , par M. Bulliard. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Poftes , au coin
de la rue du Cheval Verd.
CETTE Collection des Plantes du
Royaume , coloriées à l'aide de l'impreffion
, fut commencée en Juin 1780 ; la
vingt- quatrième Numéro qui vient de
paroître , complettera ies deux premières
années.
On prie MM. les Soufcripteurs de renouveler
leur abonnement avant la fin de .
Juin , en envoyant à l'Auteur la fomme
de 36 liv. franche de port pour la troifième
année.
Par le Profpectus de cet Ouvrage , on an
H vj
180 MERCURE
nonça qu'on diviferoit certe Collection en
plufieurs parties , afin que chacun pût fe pro--
carer celle qui lui deviendroit néceffaire ;
on prévint le Public qu'on commenceroit.
par l'Hiftoire des Plantes vénéneufes , par .
celle des Champignons , & que les Plantes
ufuelles , tant médicinales qu'alimentaires
& c. viendroient enfuite . La première partie
(l'Hiftoire des Plantes vénéneufes , avec.
un Difcours fur les poifons végétaux ) fe
trouvera finie vers la fin de cette année .
M. Bulliard vient de mettre fous preffe
des Elémens de Botanique , fuivis d'un
Abrégé des Systêmes & des Méthodes des
Auteurs modernes les plus généralement fui--
vis . Pour faciliter l'intelligence des termes
de cette Science , & répandre plus de clarté
fur les exemples pris dans la Nature , fans :
lefquels on étudieroit toujours infructueufement
, il a mis à la fuite de fes Élémens:
un grand nombre de Planches auffi bien coloriées
que celles de fon Herbier ; elles fervent
à l'explication d'un Dictionnaire rar
fonné de tous les termes , tant françois que
latins , confacrés à la phyfique des végétaux ,
ce qui rend fes principes fa faciles que tout
le monde pourra faire fa récréation de l'étude
de la Botanique . Aujourd'hui qu'on ſe ·
fait de prefque toutes les Sciences une forte
d'aimufement , M. Bulliard a bien fenti que
pour rendre familière l'étude des Plantes ,
il falloit fimplifier les moyens , & en rendre
les leçons agréables & inftructives tout-à-laDE
FRANCE.
fois. Il y a déjà pluſieurs Jardins de Botani
que où l'on fait les leçons ſur les figures élé
mentaires de cet Ouvrage , & où l'on remplace
dans les démonſtrations les individus
qui manquent en nature , par les Planches
coloriées qui ſe trouvent dans ſon Herbier.
Ces Élémens de Botanique font in - 4 . ,
même format que l'Herbier de la France ;
ils ſe vendront féparément 12 livres. Il faut
s'adreſſer à l'Auteur , rue des Poftes , au
coin de celle du Cheval Verd , à Paris ; & à
Didot jeune & Belin , Libraires , à Paris.
Les Perſonnes qui defireroient s'abonner.
pour tout ce qui compoſe l'Herbier de la
France juſqu'à ce jour, ſont priées d'en
voyer III liv. pour les trois premières an
nées; elles recevront les deux premières furle-
champ..
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LEDimanche 12 Mar , on a remis l'InconnuePerfécutée
* , Comédie- Opéra en trois
* On vient de nous adreſſer une autre Comédie
ſous le même titre, Elle eſt de M. Moline , & imitée
de l'Italien , comme celle dont nous allons parler.
En tête de l'Ouvrage eſt une Lettre adreffée aux
Auteurs du Journal de Littérature. M. Molines'y plaint
de l'adoption qu'on a faite dans le Drame qu'on jouc
182 MERGURË
Actes , parodiée fur la mufique d'Anfofli.
Nous avons déjà rendu compte de cet
Ouvrage dans le Mercure du 6 Octobre de
l'année dernière ; mais comme il reparoît
aujourd'hui avec des changemens & des additions
confidérables , nous fommes obligés
d'entrer dans de nouveaux détails . Les corrections
faites au Poëme , en rendent la marche
plus vraisemblable , & donnent à quelques
fituations un intérêt mieux gradué ,
par conféquent plus fufceptible des effets
que le Théâtre exige. Florival , qui ne paroiffoit
qu'au troifième Acte , ouvre
maintenant le fecond par un monologue ,
dans lequel il expofe fon amour , fa jalousie
& fes inquiétudes. Il entre dans le château
du Baron fon père , fous un prétexte plaufible
, fe retire fans avoir été apperçu par
d'autre perfonne que par un Domestique
qui ne le connoît pas ; & cette Scène , qui
jette dans fon coeur toutes les fureurs de
l'amour jaloux, prépare affez bien aux éclats,
aujourd'hui , de quelques-unes de fes idées & de plufieurs
de fes vers . Sa Pièce , repréſentée à la Cour en
1776 , & deſtinée à l'être enſuite à la Comédie Italienne
, ne l'a point été fur ce Théâtre , par des raiſons particulières
; mais elle a été imprimée , & M. Moline
croit , qu'en profitant de fon travail , on devoit au
moins , par des guillemets , indiquer ceux de fes vers
dont on a fait ufage. Nous nous contenterons de déférer
à nos Lecteurs les plaintes de M. Moline , & nous
nous garderons bien de nous permettre aucune obfervation.
DE FRANCE. 183
au défefpoir qui le portent à quitter, au troi
fième Acte , fon pays , fa femme & fes en
fans . Le dénouement eft toujours aufli brufqué
, & ne produit , par cette raiſon , qu'une
partie de l'intérêt qui pourroit en résulter. Un
reproche que l'on doit encore faire à l'Auteur ,
c'eft d'avoir négligé de corriger des fautes de
ftyle affez graves , de n'avoir pas écarté quelques
vers bourfoufflés qu'il a placés dans la
bouche de perfonnages fubalternes , & qui
annoncent une prétention à laquelle nous
ne voulons pas donner d'épithète.
Quant à la mufique , elle a eu , à cette
reprife , un fuccès beaucoup plus décide que
celui qu'elle obtint lors des repréſentations
qui furent données à la Salle des Menus.
On a remarqué que les accompagnemens ,
quoique fort travaillés , préfentoient des
motifs clairs & brillans , que jamais les
effets de l'harmonie n'en banniffoient les
grâces & les charmes de la mélodie. Ge
qu'on y a fur tout admiré , c'eſt la variété
des idées & des expreffions ; mérite qui feroit
plus palpable fi les paroles mifes fous
quelques morceaux , ne s'écartoient pas un
peu trop des intentions du Muficien . Les
rôles de Laurette & de Germon font joués
par Mlle Saint -Huberti & par M. Laïs. Autant
de goût que d'intelligence , quelquefois
feulement un peu d'exagération , voilà ce
que nous avons cru appercevoir dans l'Actrice
. Pour l'Acteur , il eft impoffible , quant
à la partie du chant , de mériter de plus
184 MERCURE
grands éloges. Méthode , goût , adreffe , expreflion
, rien n'y manque ; fon jeu le forme
de jour en jour , & nous fommes portés à
croire qu'en continuant d'exercer fon talent
par la réflexion & par l'étude , M. Laïs peut
acquérir un jour une grande réputation.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE Vendredi 10 Mai , on a repréſenté ,
pour la première fois , le Satyrique , ou
' Homme Dangereux , Comédie en trois
Actes & en vers , par M. Paliffot.
Valère , devenu l'ami d'Oronte , fe propofe
d'épouferla Pupille du vieillard , dont il
a tout à fait fubjugué l'efprit . Il a pour rival un
certain Dorante , homme raisonnable , qui a
fu fe faire aimer de la jeune perfonne , mais
que , par des manoeuvres auffi adroites que perfides
, il vient à bout de rendre odieux à
Oronte. Il pouffe l'atrocité juſqu'à compofer
des couplets fatyriques contre fon bienfaiteur
, jufqu'à accufer Dorante d'en être l'Auteur.
Mais comme les méchans fe trahiffent
toujours par quelqu'endroit , Valère a la
bêtife de fe laiffer furprendre par les fauffes
confidences d'une Soubrette intelligente , &
de lui confier fon fecret. L'arrivée de M..
Pamphlet , l'Imprimeur de Valère , dévoile
fon caractère horrible , le monftre fe retire
avec l'audace d'un fcélérat qui a levé le maf
DE FRANCE. 1$$
que , & Dorante époufe fa maîtreffe.
Telle eft la marche de cette Comédie , à
laquelle on a reproché de manquer d'action ,
& qui nous paroît avoir celle qui lui convient.
Dans une Comédie de caractère , c'eft
par les développemens
que l'Auteur fait tirer
de fon principal perfonnage , que l'action
prend fon effor & tout fon mouvement.
Une intrigue y eft néceffaire , fans doute
mais nous croyons qu'elle doit être fimple ;
car fi les refforts en étoient trop multipliés ,
le Spectateur fatigué perdroit de vue l'objet
principal , & l'Auteur auroit manqué
fon but . Affez d'incidens pour exciter la
curiofité & pour fixer l'attention , voilà
peut être tout ce qu'il faut dans une Comédie
de caractère. Si l'on nous demandoit
fur quelle autorité nous nous fondons
pour parler ainsi , nous citerions le Mifantrope.
Nous n'ignorons pas qu'on a reproché
à cette Comédie d'être dénuée d'action , &
de n'être pas affez attachante. Nous ne répondrons
point à ce reproche ; cette difcuffion
nous entraîneroit trop loin ; d'ailleurs ,
tout Lecteur inftruit y pourra répondre ,
après avoir relu cet Ouvrage admirable. M.
Paliffor , en mettant le Satyrique furla Scène,
a vraisemblablement
fenti qu'un tel perfonnage
ne pouvoit s'y préfenter que pendant
un espace de temps affez mefuré pour
qu'il ne devint pas infupportable. Il a diftribué
fon action en trois Actes : par - tout
c'eftfon principal caractère qui fait marcher
786 MERCURE
l'action ; fon intrigue eft établie en conféquence
de l'étendue de cette action . Voilà ,
du moins à notre avis , tout ce qu'il pouvoit
faire. Nous defirerions pourtant que Valère
fût démafqué par un moyen plus délié que
celui que l'Auteur emploie, en lui faiſant confier
très légèrement à une Soubrette un ſecret
très important,& dont dépend le fuccès de fon
deffein. Nous defirerions encore que M. Pamphlet
n'eût pas l'air de tomber des nues tout
exprès pour former le dénouement. Nos
grands Maîtres ont quelquefois ufé de reffources
femblables ; mais ce n'eft pas fur de
tels objets qu'on les a pris & qu'on peut
les prendre pour modèles. Au refte , le ſtyle
eft élégant, facile , brillant & pur. Le dialogue
et d'une grande vérité. La bonhommie
d'Oronte, & la probité éclairée de Dorante,
contraftent parfaitement avec la perfidie de
Valère . On a déjà dit fouvent que M. Paliffot
étoit l'Ariftophane du fiècle ; cet Ouvrage
doit confirmer dans une telle opinion. On
pourra lui reprocher d'avoir pris de temps.
en temps dans cette Comédie le ton âcre &
mordant de la fatyre ; mais on peut auffi ,
en conféquence de la nature du fujet qu'il
avoit à traiter & du perfonnage qu'il devoit
faire parler , lui appliquer ce vers d'Horace
:
Reddere perfona fcit convenientia cuique.
DE FRANCE. 187
COMÉDIE ITALIENNE.
13 LEVendredi ; Mai , on a donné la première,
repréſentation du Vaporeux , Comédie nouvelle
en deux Actes & en profe.
Saint- Far, à force d'avoir multiplié fes jouif
fances , a pris pour la vie un dégoût prefqu'invincible.
Retiré dans un afyle folitaire ,
fon âme ne fe livre qu'aux idées les plus
triftes & les plus fombres. La mort , voilà
tout ce qu'il defire , & le fuicide eft le moyen
qui doit la lui faire trouver. Celui qu'on
emploie pour l'arracher à ces cruelles idées
eft auffi fimple qu'ingénieux . On vient à bout
de lui perfuader que fa femme eft attaquée de
la confomption , & qu'elle a formé le projet
de quitter la vie. Saint - Far , qui aime encore
fa femme , fe propofe de la détourner de
fon deffein. Tout ce que la raifon & la fenfibilité
peuvent imaginer pour ramener une
tête égarée, il s'en fert avec chaleur ; on croit
bien qu'il réuffit ; mais à l'inftant même ,
la femme ufe contre fon mari des mêmes
raifons qu'il a oppofées à fa prétendue réfolution
: elle le rend à lui-même & au bonheur.
1
Greffet a traité ce fujet , il y a 35 ans ,
dans fa Comédie de Sidney. L'égarement
d'un homme qui envifage la mort comine
fon unique reffource , y eft peint d'une
manière très énergique , mais feulement
dans les détails. L'Auteur du Vaporeux
188 MERCURE
·
a donné plus de jeu à fon caractère ; il
en a fu faire reffortir un intérêt plus preffant,
& les traits de comique & de gaieté
qu'il en a fu tirer par les Perfonnages avec
lefquels il le met en oppofition , annoncent
du talent pour la Comédie. Le Perfon :
nage de Gros - René eft très heureufement
deffiné ; il eft beaucoup plus plaifant &
plus utile que le Payfan de Sidney. Le ftyle
a de la vérité , de la grâce ; le Dialogue ne
mérite pas moins d'éloges . On ne peut qu'en
gager l'Auteur anonyme de cette Comédie, à
continuer de travailler dans un genre qui luk
promer des fuccès , en s'obfervant toute
fois fur la pente qu'il paroît avoir à imiter
la metaphyfique de Marivaux.
GRANDE
GRAVURES.
RANDE Chaffe aux Cerfs , Eftampe gravée par
M. Aliamet , Graveur du Roi , d'après un Tableau
peint par Berghem , elle eft de 18 pouces &
demi de largeur , fur 24 pouces de hauteur. Prix ,
12 liv. Nicolas Berghem eft un des Païfagiftes qui
ont le plus contribué à la gloire de l'École des
Pays-Bas. Il deffinoit d'après nature les animaux , &
les peignoit d'une touche très -fpirituelle. Le Tableau
de cet Artifte , gravé par M. Aliamet , étoit un des
principaux ornemens de la Collection de M. Blondel
de Gagny. Les Connoiffeurs le regardent même
comme un Tableau capital de Berghem , par l'immenfité
du lieu qu'il repréfente , la variété des objets
qu'on y découvre , le choix des figures qu'il y a
placées ; le brillant , l'accord & la vivacité du colo
DE FRANCE. 189
ris. L'Eſtampe de M. Aliamet peut en être confide
rée comme une traduction fidelle. On y retrouve
P'harmonie , la vérité du païſage & la diſtribution
fage de la lumière, qui rendent fi précieux l'original ,
dont le coloris eſt remplacé très - habilement par
l'intelligence & la pureté des travaux de la Gravure.
Troisième & quatrième Vues près de Dreſde ,
gravées par lemême , d'après Wagner. Prix , I liv,
4 fols chacune. A Paris , chez Aliamet , rue des
Mathurins. Ces deux petites Eſtampes , de , pouces
& demi de largeur , ſur 7 & demi de hauteur ,
font pendant.
Minerve écarte le Dieu de la Guerre &protège la
Fécondité, dédiée à S. M. la Reine de France. Cette
Eftampe , de 25 pouces de large , ſur 20 de haur ,
eſt gravée d'après P. P. Rubens , par B. L. Henriquez
, Graveur du Roi , &c. A Paris , chez l'Auteur
, rue de la Vieille-Bouclerie , la Porte- cochère
au coin de la rue Mâcon. Prix , 16 liv .
Carte du Détroit de Gibraltar , avec la Vûe &
Plan particulier de la Ville de Gibraltar, & du Terrein
depuis la grande Pointe d'Europe jusqu'au
Pont de Majorgas , levéeſur un grand point , ainsi
que les Plans de Cadix & Ceuta qu'on trouve gravés
fur cette Carte. Prix , 3 livres. A Paris , chez M. de
Beaurain , rue Gift-le- Coeur.
ANNONCES LITTÉRAIRES
TRAITE de l'Amélioration & Conservation des
Bois , où l'on trouve , 1º, toutes les connoiſſances
acquiſes juſqu'à préſent ſur l'économie végétale ;
2º. les différentes Méthodes employées pour élever
un grand nombre d'arbres en pépinières ; 3°. Ice
190 MERCURE
différentes manières d'exploiter les forêts & d'eſtimer
lavaleur d'un taillis ; 4 ° . les moyens les plus convenables
pour tranfporter , conferver & deffécher
les Bois , 2 Vol . in 12. Prix , 7 liv . 4 fols reliés. A
Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguftins.
On trouve à la même adreffe : Pièces intéreffantes
fur la Médecine & la Phyfique ; favoir ,
1. le Régime Pythagoricien pour vivre en fanté
jufqu'à une extrême vieilleffe ; 2 ° . Difcours fur
I'Hiftoire Naturelle ; 3 ° . Defcription du corps humain
; 4. Differtation fur les forces de l'imagination
; 5 °. Différens Systêmes fur la Génération ;
6. Meſure & Calcul des Douleurs & des Plaifirs ;
7°. Difcours fur la Sympathie , traduit de Cocchi
& autres célèbres Médecins , Volume in- 12 . Prix ,
3 liv . relié .
Lettre Hiftorique & Critique fur l'Inftallation des
Comédiens François à la nouvelle Salle , fuivie d'un
Projet d'École Dramatique , in-8 ° . A Paris , chez
Belin , Libraire , rue S. Jacques.
La Médecine- Pratique de Londres , Ouvrage dans
lequel on a expofé la définition & les fymptômes
des maladies, avec la Méthode actuelle de les guérir,
traduit fur la deuxième Édition , revu , publié
& enrichi de Notes , par M. J. F. de Villiers , ancien
Médecin des Armées du Roi , & Docteur - Régent
de la Faculté de Médecine de Paris , Volume
in-8° . Prix , liv. relié. A Paris , chez Méquignon ,
Libraire , rue des Cordeliers.
S
Le Géographe Manuel , par M. l'Abbé d'Expilly
, nouvelle Édition , avec des Cartes Géographi
ques , Volume in- 12 . Prix , 2 liv. 10 fols relié. A
Paris , chez Couturier fils , Libraire , quai des Auguftins
; & Onfroy, Libraire , rue du Hurepoix. —
Les Sages du fiècle , ou la Raifon en délire , 3 Vol.
in- 12 . Prix , 4 liv. 10 fols brochés. On trouve
DE FRANCE.
191
:
àlamême adreſſe un Dictionnaire portatif de Peinture
, Sculpture & Gravure , avec un Traité Pratiquedes
différentes manières de peindre , par D. Pernetty
, deuxième Édition , augmentée de la partic
de l'Architecture , 2 Vol. in 12. Frix , 8 liv. reliés.
Le Traité-Pratique des différentes manières de peindre
, ſe vend ſéparément 1 liv. 4 fols.
L'École du Bonheur , ou Tableau des Vertus
fociales , dans lequel le précepte mis à côté de
l'exemple, préſente la route la plus fûre pour parveniràla
félicité , Volume in- 12 . Prix , 2 liv. broché.
A Paris , rue & hôtel Serpente.
Traité de la Ponctuation , extrait de divers Auteurs
, avec un Effaifur l'usage des lettres capitales,
& un Modèle de Ponctuation, ſuivi de la Géographie
en vers , Volume in- 11 , nouvelle Édition.
Prix , I livre to ſols. A Paris , chez Baſtien , Libraire
, rue du Petit-Lion.
Nouvelle Grammaire , contenant en abrégé tous
les Principes de la Langue Françoise , par M. B. A.
Bertera , Interprète du Roi , in- 12. Prix , I livre
10 fols broché. A Paris , chez Lamy , Libraire , quai
des Auguſtins.
Expreffion des Nivellemens , ou Méthode nouvelle
pour marquer rigoureusement fur les Cartes
terrestres & marines les hauteurs & les configurations
du terrein , par M. du Carla , Volume in - 8 °. ,
accompagné d'une Carte publiée par M. Dupain-
Triel père , Géographe. A Paris , chez Dupain-
Triel,Cloître Notre-Dame ; & Cellot , Imprimeur-
Libraire , rue des grands Auguſtins.
Avis de l'Auteur de l'Atlas nouveau , dédié
àM. le Comte de Vergennes.
?
Un grand nombre de Perſonnes m'ayant demandé ,
enſouſcrivant pour mon Atlas , que je le leur fiffe parvenir
plus promptement que par les voies ordinaires du
192 MERCURE
-
commerce, j'ai l'honneur de les prévenir que je me chargerai
volontiers de cette dépense, fi de leur côté elles
veulent in'accorder la légère indemnité de dix fols par
chaque Livraiſon. Dans ce cas , elles recevront les Cartes
bien roulées & enveloppées de toile cirée de manière
àn'éprouver aucune altération. La première Livraiſon
paroît. On foufcrira juſqu'au mois de Juillet chez les
principaux Libraires du Royaume , & chez l'Auteur ,
M. Mentelle , Hiſtoriographe de Mgr. le Comte d'Ar.
tois , de l'Académie d'Hiſtoire de Madrid rue de
Seine, Fauxbourg S. Germain , hôtel de Mayence, près
le Notaire. La Souſcription eſt de 24 liv . pour les Cartes ,
de liv. pour les Plans des Villes , dont en recevant la
première Livraiſon 24 livres , & rien aux deuxième &
troiſième.
M. MOREAU , Auteur des Discours fur l'Histoire de
France, le propoſe de donner une nouvelle Edition de
'Ouvrage intitulé : Les Devoirs du Prince réduits à un
feulprincipe , ou Discours fur la Juftice . Il prévient ceux
qui voudront ſe le procurer de lui envoyer leurs noms
en fa demeure , Place Vendôme , ou chez Moutard , Imprimeur
- Libraire , rue des Mathurins. Il ſe fera un
devoir de leur faire parvenir cet Ouvrage.
TABLE.
VERS àM. Bidaut , 145 Histoired'Alexandre-le-Grand
Mlle ...... , 147
AM. Guiraudet le fils , 148 Herbier de la France ,
165
179
Fa- Académie LeRoffignol&le Butor, Roy.deMusiq. 181
ble, ib. ComédieFrançoise , 184
Epigramme , 149 Comédie Italienne, 187
L'Ami
EEnniiggmmee&Logogryphe ,
desEnfans,
150 Gravures ,
188
152 Annonces Littéraires , 189
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercurede France, pour le Samedi 25 Mai. Je n'y ai
sien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. AParis,
le24 Mai 1782. DE SANCY.
:
J
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E..
De PETERSBOURG , le 12 Avril.
LE Collége des affaires étrangères vient
d'arrêter qu'à l'avenir il n'expédiera plus
de paffe ports pour fortir de cet Empire
qu'aux Miniftres des Cours étrangères , aux
perfonnes de leur fuite ou aux Couriers
qu'ils expédieront. Toute autre perfonne
fera obligée de s'adreffer à la Régence des
Gouvernemens pour obtenir de pareils paffeports.
Ce règlement commencera à avoir .
lieu le premier Mai prochain . Le Vice-
Chancelier en a fait part aux Miniftres étran
gers par une note écrite qui leur a été remife
ces jours derniers.
Il n'eft plus douteux que le Prince Frédéric
de Wurtemberg ne foit entré au fervice
de l'Impératrice. Elle lui a accordé en
même-tems le Gouvernement de Finlande ;
& on cherche à acheter ici un Hôtel pour
ce Prince.
25 Mai 1782. ४
}
( 146 )
Le Marquis de Verac , Miniftre Plénipotentiaire
de S. M. T. C. en cette Cour ,
donnera , le 14 de ce mois , une Fête à
l'occafion de la naiffance de Monseigneur
le Dauphin. L'Impératrice lui a accordé le
Palais Woronzow pour cette Fête qu'elle
honorera de fa préfence , après quoi , elle
partira pour Czarsko - Zélo.
DANEMAR CK.
De COPENHAGUE , le 27 Avril.
L'EPIDEMIE qui attaqua les habitans de
Pétersbourg , il y a environ un mois , s'eft
manifeftée ici où elle fait de grands progrès ;
on comptoit avant- hier sooo malades dans
cette Capitale. Le Roi a eu hier une groffe
fièvre & fe trouve encore incommodé.
La Famille Royale eft un peu mieux.
Tous les Miniftres étrangers , à l'exception
de ceux d'Espagne & de Saxe , gardent leur
appartement. Le vent da fud- eft continue ,
& il gèle fortement. Cette maladie n'eft pas
meurtrière. Le Confeil Suprême a été obligé
de fufpendre fes fonctions , parce que la plupart
des Membres en font attaqués.
La permiffion accordée aux fujets Danois
en 1777 de commercer fur les côtes de la
Guinée , vient de leur être retirée par un
placard en date du 10 de ce mois ; cette
permiffion eft uniquement réſervée aux Compagnies
de la mer Baltique & du commerce
de la Guinée.
( 147 )
Le 21 de ce mois il arriva ici un évènement
bien malheureux ; le Baron de Cederftrom
, jeune Officier aux Gardes , coufin
du Maréchal de la Cour de ce nom , fe
trouvant un peu échauffé , au retour d'une
promenade , & voulant prendre une dofe
de crême de tartre , prit par mégarde de
l'arfénic qu'il avoit fait acheter deux jours
auparavant pour tuer des rats . Malgré les
prompts fecours qui lui furent adminiftrés
il mourut quelques heures après.
-
» Il y a actuellement à Hull , écrit- on d'Helfeneur
, une flotte marchande Angloife prête à mettre
à la voile fous l'efcorte d'un feul cutter de 24 canons.
Le convoi marchand de la même Nation qui
a relâché en Norwège , n'eft point encore arrivé
ici. Les vaiffeaux de guerre & frégates qui doivent
protéger notre commerce , feront bientôt.
prêts à mettre en mer. Les vaiffeaux refteront en
ftation pendant les mois de Mai , Juin , Juiller ,
Août & Septembre. Il règne à bord du navire
de guerre Suédois le Vafa , commandé par le Capitaine
Sturm , une maladie qui a déja enlevé la plus
grande partie de l'équipage. Ce navire eft
entré depuis quelque-temps à Fahr-Sand en Norvège
; ceux qui en font attaqués tombent en léthargie
; leurs jambes s'enflent , & ils meurent en deux
ou trois jours "e.
--
Il fe forme , en cette Ville , une nouvelle
Compagnie de commerce qui fera
conftruire 4 navires deftinés pour les Indes
Occidentales. Pour trouver les fonds néceflaires
, on aura recours à une négociation
confiftant en 300 actions , chacune de 1200
florins .
g 2
( 148 )
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 27 Avril.
LE difcours que le Pape prononça le 19
lorfqu'il donna la barette aux Cardinaux
Firmian & Bathiany a été imprimé &
diftribué par ordre de l'Empereur.

Il vient de paroître une lettre circulaire
qui renouvelle l'ordre donné il y a quelque
tems aux Acatholiques , de préfenter une déclaration
fignée de la religion qu'ils profeffent.
Le but de S. M. I. en le renouvellant
, a été de faciliter à ceux qui par crainte
ou par erreur fe feroient déclarés pour une
religion que leur confcience défavoue , les
moyens de retourner à leur véritable bercail.
Tous ceux qui ne donneront point cette
déclaration feront réputés Catholiques.
On a des copies d'une lettre de l'Empereur
au Cardinal Bathiany , Primat de
Hongrie , par laquelle il lui témoigne ſa
fatisfaction de fa conduite & de celle de
fes Evêques pendant le féjour du Pape dans
cette ville ; les uns & les autres fe font
conformés , dit S. M. I. , à ce que leur prefcrivoit
leurs devoirs envers la religion &
envers l'Etat. Elle a fait remettre en mêmetems
au Cardinal Primat , un magnifique
préfent , confiftant en une étole enrichie
de diamans , la croix de St-Etienne placée
au milieu.
L'Empereur vient de nommer le Comte
( 149 )
de Hatzfeld , Miniftre d'Etat pour les affaires
intérieures ; le Comte de Degelman , Préfident
au Gouvernement de Trieſte ; le Baron
de Gebler , Préfident de celui d'Infpruck
; le Baron de Lohr , Préfident de
celui de Prague ; le Comte de Collovrat ,
Burgrave de la même ville , & le Prince
de Furftemberg , Miniftre plénipotentiaire
dans les Etats Autrichiens .
De HAMBOURG , le 30 Avril.
LE Pape eft arrivé à Munich le 26 , où
il a été reçu par l'Electeur avec toute la
pompe & les honneurs convenables au Chef
de l'Eglife. On avoit formé le long de la
falle de la Diète un balcon d'où le S. Père
s'eft empréffé de donner la bénédiction aux
Bavarois empreffés de la recevoir. Il a dû
repartir hier de Munich d'où il a continué
fa route fur Infpruck.
" Le voyage du Pape , écrit-on de Vienne , ne
paroît avoir apporté aucun changement dans les
arrangemens de l'Empereur. On fait les marques
de fatisfaction qu'il a données au Cardinal Primat
& à fes Évêques. 11 paroît que ceux de Gortz &
de Stein- An- Anger ont encouru fa difgrace : ils ont
ordre de ne pas fe montrer dans cette Capitale ,
ni à Presbourg , ni dans aucun lieu où l'Empereur
fait fa réfidence . Chaque jour préfente de
nouvelles difficultés relatives à l'Edit fur la tolérance
religieufe ; l'Empereur a réfolu d'en donner
bientôt un plus ample fur le même objet. La Commiffion
chargée de l'exécution de cet Edit , ayant
demandé s'il falloit regarder comme Proteftant un
homme qui fans être inftruit des principes du Pro
23
7 150 Y
teftantifme , fe déclareroit tel , & qui vifiblement ne
prendroit pas ce titre , fi on lui expofoit les vrais
dogmes du Chriftianiſme ? Il fui a , dit-on, été répon •
du , qu'elle ne devoit pas s'informer fi cet homme
étoit ou n'étoit pas inftruit ; mais uniquement pour
quel parti il fe déclaroit , laiffant à Dien le foin
de lui fournir l'occafion & de lui infpirer le deffein
de s'inftruire «.
Suivant les dernières lettres de Brême
on avoit fignalé à la hauteur de Helgoland
38 voiles. On préfume que ce font des
navires de tranfport Anglois , qui fous l'efcorte
de quelques frégates , vont prendre
à bord les 20co hommes de troupes Allemandes
qui fe trouvent dans les environs
de Stade.
ככ
Vingt navires , écrit-on d'Altona , parmi lefquels
il y en a quatre Dantzickois , chargés de
bois de charpente & de conftruction pour l'Angleterre
, font arrivés de la Baltique à Helfingor ; il
y eft venu auffi de la mer du Nord , pour la Balrique
, 49 bâtimens , parmi lefquels le trouvent
neuf vaiffeaux Anglois ou Ecoiffois , dont un nommé
le Leviathan , capitaine Nicholfen , avec un
chargement de charbon de pierre pour Copenhague,
a été pris & rançonné par le corfaire Hollandois la
Mevrouw-Magdalena , de 26 canons .
La même maladie épidémique qui s'est
manifeftée fucceffivement à Pétersbourg & à
Copenhague , exerce plus de ravages à Dantzick
où elle enlève par femaine 96 à 99 perfonnes
qui font le double ordinaire de morts.
La plupart des malades font privés des fecours
des Médecins que l'épidémie a attaqués.
Il n'y a aucune maiſon qui en foit
exempte.
( 151 )
ITALI E.
De LIVOURNE , le 28 Avril.
L'ESCADRE Ruffe fous les ordres du Vice-
Amiral Suchotin , qui mouilloit dans ce port
depuis plufieurs mois , en a mis à la voile
Lundi dernier pour efcorter quelques navires
marchands aux lieux de leur deftination.
» Le Conful Hollandois réfidant à Maroc , écrit-on
de Tanjaour , annonça il y a quelques jours à l'Empereur
, que le préfent que lui deflinoit la République
confiftoit entr'autres en fufils , & feroit tranfporté au
lieu de fa deftination par un bâtiment neutre. Le
Prince a déclaré qu'il ne vouloit point de ce préfent
; & il a fait dire au Conful ce qu'il atten
doit de leur H. P. à la place. Ce font 40 canons
de bronze de 14 & de 18 liv . avec le funin & la
voilure péceffaires pour quatre frégates . Le Conful
a eu beau repréfenter que la même demande formée
antérieurement avoit été rejettée , l'Empereur
a perfifté dans la réſolution de ne point recevoir
d'autres préfens «.
Suivant divers avis , la Régence d'Alger
eft convenue d'une trève de 6 mois avec
l'Autriche & la Tofcane ; & l'on ajoute
qu'elle s'eft engagée à conclure une paix
folide à la fin de ce terme.
On fe propoſe d'entreprendre ici la traduction
Italienne de la nouvelle Encyclopédie
par ordre des matières qui a été
annoncée à Paris , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins ; & on affure que les Traducteurs
ayant fait des démarches pour fe
procurer ici les fonds néceffaires à cette
grande entreprife , S. A. R. le Grand - Duc
8 4
( 152 )
de Tofcane a bien voulu leur faire avancer
une fomme de 60,000 ducats .
ESPAGNE.
De MADRID , le 28 Avril.
UN Courier extraordinaire de Cadix nous
a apporté la nouvelle de l'arrivée de M.
de Guichen dans ce port où il eft rentré
le 25 de ce mois. Cette efcadre a effuyé
de mauvais tems , dont les vaiffeaux Efpagnols
paroiffoient avoir plus fouffert que
les François. Elle a fair 5 prifes , dont la plus
confidérable eft reftée en arrière avec un
vaiffeau Espagnol & une frégate. Nous
attendons à chaque inftant de nouveaux
détails.
Il eft arrivé au port du Paffage 12 bâtimens
marchands avec la flûte la Ménagère : ils viennent
des Cayes St -Louis , Ifle St-Domingue.
" On ne croit pas , écrit-on d'Algéfiras , que le Gou
verneur de Gibraltar garde les troupes qui étoient fur
les bâtimens de transport, dont le coup de vent du
23 Mars a facilité l'entrée dans la rade de ce Fort. Il
ne lesjuge d'aucune utilité , attendu qu'elles font compofées
d'invalides & d'individus dont le fervice ne lui
feroit pas plus avantageux . Il a reçu avec beaucoup
plus de plaifir quatre ou cinq bombardières & dix canonnières
, portant chacune deux canons de 48 , &
deux mortiers de fabrique Angloife. Il y a apparence
que le Général Elliot renverra les troupes
qu'il a dédaignées , en même-temps que les 200
malades dont il veut fe débarraffer , & qui n'attendent
pour partir qu'un vent favorable.
près les nouvelles du camp de Saint- Roch , il fe
fait des deux côtés un feu très-foutenu. 9000 hom-
- D'a(
153 )
mes doivent , dit-on , arriver de Minorque. A l'égard
de notre convoi difperfé par la tempête du
23 , il est entré à Algéfiras & à Malaga , où il
attend une eſcorte «.
D. Santiago Thevin , Libraire , vient de
publier la traduction en Eſpagnol du grand
Profpectus de l'Encyclopédie , par ordre des
matières , qui s'imprime à Paris ; cette traduction
faite par D. Jofeph de Covarrubias
expofe de la manière la plus détaillée , les
efforts des Auteurs , pour donner à cette
vafte & magnifique entrepriſe toute la perfection
dont elle étoit fufceptible. M. Thevin
a ouvert en conféquence ici une foufcription
qui ne fera fermée que le premier Juillet
prochain. A la tête des foufcripteurs qui fe
font déja préfentés pour cet ouvrage eft
S. E. D. Philippe Beltran , Evêque de Salamanque
, Inquifiteur- Général.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 11 Mai.
Nous n'avons point de nouvelles des
Indes occidentales ; nous ignorons également
ce qui fe paffe fur le continent &
dans les ifles ; pour remplir ce vuide on
revient aux anciens détails qui ont longtems
bercé l'ancienne Adminiftration de
l'efpoir de ramener les Américains ou de
les divifer. On parle de propofitions faites
par l'Etat de Vermont , qui annoncent qu'il
n'eft pas éloigné d'une réconciliation ; &
g S
( 154 )
fans s'arrêter à examiner fur quel fondement
on appuye ces propofitions , fi elles
ont été réellement faites , ce qui eft au
moins douteux , puifque le Gouvernement
qui auroit dû naturellement en être le premier
inftruit & en faire part lui - même à la
Nation , n'en a pas dit encore un mot , on
s'empreffe de regarder déja les Vermontois
comme nos amis décidés , & par conféquent
comme les ennemis de la France & du Congrès
; on fe raffure même fur le fort du
Canada , parce qu'en ouvrant une communication
avec Québec , ils feront nonfeulement
un renfort confidérable dans cette
province , mais ils augmenteront encore
la confommation des articles que la Grande-
Bretagne y envoie continuellement. C'eſt
ainfi que nous volons au fecours de la feule
province qui nous appartienne à préfent en
Amérique , & que nous cherchons à nous.
flatter de la conferver. Mais le Ministère
ne paroît pas compter beaucoup fur ces
reffources qui peuvent amufer la Nation ,
& l'empêcher de fentir tout l'embarras de
fa fituation actuelle.
Quant aux ifles , malgré la prétendue
fupériorité de Rodney , nous ne laiffons pas
d'être fort inquiets fur la Jamaïque. L'efcadre
du Comte de Graffe qu'on difoit
bloquée à la Martinique , étoit de 31 vaiffeaux
; le renfort que lui a conduit M. de
Mithon , & que le blocus dont on nous
berçoit n'a pas empêché de la joindre , l'a
( 155 )
portée à 35 ; ce qui à fuppofer que nous
avions réellement 40 vaiffeaux , diminue
affez notre fupériorité pour la rendre à peuprès
nulle. Les forces Françoifes & Efpagnoles
réunies à St- Domingue ont pu pendant
que Rodney s'amufoit auprès de la
Martinique à épier les mouvemens de M.
de Graffe , faire une defcente à la Jamaïque
; & fi Rodney a volé à ſon ſecours ,
rien n'aura pu empêcher M. de Graffe d'aller
joindre l'efcadre de St - Domingue , & alors ,
c'eft lui qui aura une fupérioité réelle &
confidérable. Cet état des chofes nous fait
attendre avec anxiété le paquebot de la Jamaïque
qui n'eft point encore arrivé.
On affure que l'Amiral Howe a mis hier
à la voile avec 11 vaiffeaux de ligne , s
frégates & 2 brûlots ; s'il joint , comme on
a lieu de l'efpérer , l'Amiral Kempenfeld
nous avons en mer une efcadre de 18 vaiffeaux
de ligne ; avec ces forces , affurément
refpectables dans des mers où nos ennemis
ne font pas encore réunis , nous devrions
être fort tranquilles ; cependant fur
le bruit de la fortie d'une efcadre Hollandoife
qu'on fuppofe chargée de troupes &
méditer un débarquement , l'alarme s'eft
répandue généralement ici ; les citoyens
s'affemblent dans les endroits qu'on juge
menacés , & s'exercent pour défendre leurs
poffeffions . Nous avons donné dans le Supplément
du dernier Journal , la lettre adreffée
par le Lord Shelburne à tous les Corps de
g 6
( 156 )
ville du Royaume , pour les inviter à armer
les habitans ; le plan que le Miniſtère
a , dit- on , arrêté pour cet objet , contient
19 articles.
,
1º. Les principales villes de la Grande-Bretagne
fourniront chacune un ou plufieurs bataillons ,
ou un certain nombre de compagnies , en proportion
de la grandeur de la ville & du nombre de fes
habitans . 2 ° . Les Officiers feront pris parmi les
propriétaires du voisinage ou les habitans desdites
villes , foit par commiffion de S. M. ou du Lord-
Lieutenant du Comté , d'après la recommandation
du principal Magiftrat de la ville , dans laquelle les
Corps font levés . 3 °. Ils doivent pofféder quelques
biens en terres ou en argent , en proportion de leur
rang. 4. Un Adjudant ou Major de ville fera
nommé dans chaque ville par S. M. 5. Il fera
défigné un nombre convenable de Sergens & de
Caporaux, tirés de l'armée pour le corps de chaque
ville , en proportion du nombre d'hommes dont il
fera compofé. 6°. Lefdits Sergens & Caporaux ,
ainfi que l'Adjudant ou le Major de ville , feront
à la paye du gouvernement. 70. Les troupes feront
fouvent l'exercice , foit par bataillons ou par Compagnies
, les Dimanches & Fêtes , & auffi tous les
foirs après leur ouvrage. 8°. Les armes , l'habillement
& les munitions , feront fournies aux frais du
gouvernement , fi cela eft néceffaire. 9º. Il fera
conftruit des magafins ou arcenaux dans chaque
ville , pour y dépofer lefdites armes . 10°. Les armes
& habillemens ne feront livrés qu'aux heures de
l'exercice , & feront reportés dans les arcenaux
auffitôt après l'exercice . 11 °. L'adjudant ou Major
de ville fera toujours préfent à l'exercice , & il aura
foin que les troupes marchent en ordre après l'exercice,
& qu'elles aillent dépofer leurs armes dans
les Arcenaux. 129. Il fera infligé des peines con(
157 )
venables à ceux qui fe difpenferont d'affifter à l'exercice
, ainfi que pour défobéiffance aux ordres , infolence
envers les Officiers & autres délits. 13º . Les
Corps fufdits ne feront point obligés pour aucune
raifon ni par aucune autorité quelconque , de fortir
de leurs villes refpectives , excepté dans le cas d'invafion
ou de rébellion actuelles . 14. S. M. aura
alors le droit de faire marcher lefdits Corps dans
telle partie de la G. B. où le fervice le requerra.
15 °. Dans ces occafions , ils agiront féparément
des troupes réglées du Roi , ou conjointement
avec elles , & ils feront fous les ordres des Officiers
Généraux que S. M. jugera à propos de nommer .
16. Les Officiers ainfi que les Soldats recevront
paye entière des autres Régimens d'Infanterie de
S. M. , depuis le jour de leur marche juſqu'à celui
où ils rentreront dans leurs villes reſpectives . 17 ° . Ils
feront foumis à la difcipline militaire , comme les
troupes de S. M. , pendant le tems qu'ils pafferont
ainfi hors de leurs villes , & qu'ils recevront la paye
du Gouvernement. 18 ° . Tous les Officiers qui étant
ainfi en activité recevront des bleffures qui les
mettront hors d'état de fervir , auront droit à la
réforme ; & tous les Officiers non brèvetés , ainfi
que les Soldats auffi hors d'état de fervir , feront
reçus dans l'Hopital de Chelfea. 19. Les veuves
des Officiers tués au fervice auront une penfion.
N. B. On fera mention de la durée du fervice « .
la
Cette lettre & ce plan ont donné lieu
hier à des débats très vifs dans la Chambre
des Communes ; nous intervertirons la fuite
des féances du Parlement , pour préfenter
d'abord le précis de celle ci qui fe place
naturellement ici ; rien ne prouve peut- être
plus l'envie que nos nouveaux Miniftres
ont de faire la paix.
( 158 )
a
>>>J>etrouve , dit M. Daniel Parker Corke, dans
la Gazette que je tiens à la main , une lettre du
Comte de Shelburne par laquelle il paroît qu'on
le projet d'armer la Nation. C'eſt une réſCoolluuttiioonn
ſi alarmante que , ſelon moi , les Miniſtres auroient
dû préalablement rendre compte au Parlement des
raiſons qui donnent lieu à une meſure auſſi extraordinaire.
La conduite des volontaires d'Irlande armés
pour défendre le pays en cas d'invaſion , & les
conféquences quiy ont réſulténe peuvent êtreeffacés
de l'eſprit des Miniſtres. Cette opération peut être
dangereuſe pour la liberté de la G. B. & voilà pourquoi
je demande que la lettre du Comte de Shelburne
foit miſe ſur le Bureau. On afſure que l'eſcadke
Hollandoiſe n'a point de troupes à bord. En conféquence
j'espère que les Miniſtres actuels qui ne font
redevables de leurs places qu'à la voix de la Nation ,
ne feront aucunes démarches qui puiſſent mettre en
danger ſes prérogatives. Ils doivent penſer aux ſuites
qu'auroit eues l'émeute de 1780 , fi les ſéditieux
euſſent été armés. Je me flatte qu'ils rendront à
la Chambre un compte exact des raiſons pour lefquelles
ils ont agi dans cette affaire avant d'avoir
pris l'avis du Parlement. Cette motion , répondit
M. Fox , ne me fait aucune peine ,&je ne m'op.
poſe point à la production des papiers demandés.
La lettre du Comte de Shelburne'a été long-tems
l'objet des plus mûres délibérations , & eſt fondée
fur les plus juſtes ſujets d'inquiétudes . Armer le
peuple d'après un plan convenable & régulier , au
moyen duquel on puifle ajouter des forces confidérables
aux troupes actuelles de ce Royaume , & ne
faire cette opération que du conſentement & avec
le concours de la Nation elle-même , tel eſt l'objet
desMiniftres, & felon moi, cette meſure eſt de la plus
grande importance dans la ſituation critique & urgente
, où se trouvent actuellement nos affaires . II
y a quelque tems que j'ai parlé de l'impuiſſance où
-
7159 1
nous fommes de réfifter à nos ennemis ; cette impuif
fance eft telle qu'il faut de toute néceffité faire une er
quête pour découvrir par quelle négligence criminelle
les derniers Miniftres de S. M. ont fouffert la
décadence & la deftruction fenfible de tous nos
moyens de défenfe. Cette enquête juftifiera auffi
les mefures que leurs fucceffeurs ne peuvent fe
difpenfer de prendre pour prévenir la ruine de
la Grande-Bretagne. Je conviens que celles adoptées
à cet effet par les nouveaux Miniftres font extraor
dinaires , qu'elles ont même quelque chofe de dur ,
& qu'il ne feroit pas impoffible qu'elles caufaffent
quelqu'inquiétude. Mais peut- on les loupçonner de
vouloir détruire les priviléges de la Nation ? peut-on
croire qu'ils ont eu d'autre objet que de lui donner
de nouvelles forces contre fes ennemis ? Si d'après
une enquête fur l'état de nos forces comparées à
celles des Paiffances réunies contre nous , il fe trouve
que la fupériorité de celles - ci foit portée au degré
le plus alarmant ; que dans la Marine , par exemple ,
elles aient quatre vaiffeaux contre nous an , & que
la difproportion pour le nombre des troupes de
terre foit telle qu'il n'y ait peut-être pas fur toute
l'étendue du globe un feul endroit où nous foyons
en état de nous mefurer avec elles , il faudra bien
convenir que les alarmes font fondées , qu'il eft
indifpenfable de prendre cette mesure où quelqu'autre
de nature à affurer la défenſe du Royaume ,
& que la G. B. doit faire tous les préparatifs qui
font en fon pouvoir pour obvier aux évènemens de
la guerre. Les Miniftres ont cru que le plus convenable
de ces moyens étoit d'armer les citoyens
d'après un plan conftitutionnel pour les mettre à
portée de défendre leurs propriétés , & de les inf
truire que la fituation des affaires étant réellement
critique , le Gouvernement ne peut mettre trop
d'activité , de courage & d'énergie dans fes mefares.
Il y a trop long- temps que le voile eft baiſle
( 160 )
,
fur les yeux d'une Nation que l'on avoit intérêt de
tromper. Les anciens Miniſtres étoient trop épouvantés
eux-mêmes du danger pour en inſtruire les
peuples. Mais cette politique n'en est pas moins
inexcufable carje fuis perfuadé qu'il y a dans la
Nation une énergie qui, lorſqu'elle est exaltée , produit
ce courage male & intrépide , préſage infaillible
de la victoire. Il n'y a certainement pas de
moyens de défenſe plus convenable & plus conftitutionnel
, que d'armer les peuples ſur un plan d'affociation
qu'ils approuveront eux-mêmes : tel a été
l'objet des Miniſtres dans la circonftance actuelle.
La lettre du Comte de Shelburne n'est qu'une invitation
, un projet de moyens de défenſe. On y prie
les différentes Villes & Comtés d'aider de leurs conſeils
les Miniſtres du Roi & de les informer du plan
qu'elles jugent le meilleur pour ſe former en affociations
à I effet de défendre leurs priviléges & leurs
propriétés . On parle des aſſociations Irlandoiſes
&des conféquences qui ont réſulté de leur avoir
donné des armes. Je répondrai que l'exemple
de ces affſociations eft , pour la nation Britannique ,
un exemple de vertu publique , d'activité & de perfévérance.
Les volontaires d'Irlande avoient , fur
pluſieurs points relativement auxquels les hommes
peuvent être d'un avis différent , des opinions ſpéculatives
ou des griefs que tous n'appercevoient
pas , en ſuppoſant même qu'ils fuſſent réellement
bien connus d'aucun d'eux ; ſi , malgré le peu de
certitude de ces griefs , ils ont montré tant de
conſtance , d'activité & d'union , s'ils n'ont point
épargné la dépenſe , s'ils ont persévéré pendant fi
long-tems , que ne doit-on pas attendre de la nation
Britannique , dans une cauſe ſi différente , & où il
eſt impoffible que les ſentimens ſoient partagés ?
Certainement fi elle ne déploie pas autant de courage
& de vigueur , j'avoue que j'ai tort , & que toutes
mes idées ſur l'énergie & le caractère de cette
( 161 )
grande nation ne font que de vaines chimères. Mais
je ſuis bien convaincu que nos compatriotes qui ont
à combattre pour leurs foyers , pour leurs libertés ,
pour leurs amis , leurs parens , leurs femmes , leurs
enfans , pour l'indépendance de leur patrie enfin ,
ne montreront pas moins de réſolution & de fermeté
que les Irlandois , pour des intérêts moins ſenſibles .
Le principal objet des Miniſtres , en donnant ainſi
de nouveaux défenſeurs à la Patrie , eſt d'employer
les troupes réglées au dehors , foit pour porter à
l'ennemi quelque grand coup , foit pour défendre
le peu de poffeffions qui nous restent dans les différentes
parties du morde. Mais la lettre du Comte
de Shelburne a répandu l'alarme. Ces armes que
l'on veut donner aux citoyens , peuvent mettre en
danger la liberté de la Nation. En mon particulier ,
il eſt certain que je n'aurois jamais conſenti à cette
meſure , fi j'eufſe eu la moindre idée d'un tel danger.
Mais comment cela peut-il arriver ? A Dieu ne plaiſe
que nous craignions jamais de mettre les armes
entre les mains de la nation Angloiſe! C'eſt une
brave nation , mais elle n'est pas moins diftinguée
par ſa loyauté que par ſon courage. Il n'y a point
dans tout l'univers de peuple auſſi fidèle a fon Gouvernement.
Non , je n'hésiterai point à donner des
armes à nos braves Citoyens , pour repouffer les
attaques de leurs ennemis . Je m'eſtimerai heureux de
les voir tous les jours , paſſer une heure & un plus
long-tems , les Dimanches & Fêtes , à apprendre
l'exercice & à ſe rendre capables de ſervir utilement
toutes les fois que la circonstance le requerra . M.
Parker Corke penſe que fi le Peuple eût été armé
lors de l'émeute de Londres , cette émeute auroit
eu des fuites infiniment plus dangereuſes. Nous
ſommes d'un avis ſi oppoſé à ce ſujet que, ſelon moi ,
c'eſt au contraire l'impoſſibilité abſolue de ſe défendre
où étoient les Citoyens de Londres , qui a donné
lieu & fervi d'encouragement à ces émeutes. At
( 162 )
furplus , les Miniſtres duRoi ne manqueront certainement
jamais de demander l'avis & le ſecours du
Parlement , pourtoutes les meſures qui le requerront;
mais juſqu'à préſent celle-ci n'eſt qu'une invitation ,
&le projet n'en eſt point encore affez mûr pour
être mis ſous les yeux de la Chambre.- La lettre
du Lord Shelburne , ajouta le Général Conway ,
me paroît être une meſure ſage & prudente dans
un moment de criſe. Son objet eſt de recommander
àchaque Comté de ſe préparer à faire tête à l'ennemi
, ſi l'occaſion s'en préſente. On leur indique
un plan , mais ils ne font point dans l'obligation
de le ſuivre. Ce qui doit fixer leur attention , eſt
de s'armer & d'apprendre l'exercice des armes , ce
qu'ils peuvent faire dans tous les momens de loiſir .
Si les Miniftres eaſſent pris ce parti ſans une néceſſité
réelle , perſonne n'eût été plus empreſſé de le
déſapprouver. Mais ſi la Chambre veut ſe donner
la peine de conſidérer la poſition où le dernier Miniftère
a réduit ce pays , elle verra qu'on est trèsfondé
à s'armer de pied en cap. La Milice du Royaume
eſt dans le fait la ſeule armée que nous ayons
actuellement dans notre Iſle. Elle forme ſans cortredit
un beau Corps : mais en la levant , on a fait
tort à l'armée ; on a anéanti les recrues , & les régimens
de Troupes réglées ne ſauroient être complettés
. Ce ſeroit une tyrannie contre laquelle je
m'éleverai toujours que de forcer aucun homme à
joindre des corps qu'il n'auroit point choiſi . Cependant
, le Gouvernement doit eſpérer qu'ils s'offriront
à ſervir en qualité de Volontaires dans l'occafion.
Je connois trop bien les égards que méritent
les Officiers & les Troupes pour ſuggérer rien de
déſagréable. La conſtitution de ce pays exige que
tout homme porte les armes pour la défenſe de ſa
propriété , & tant que le Gouvernement ſe conduira
avec ſageſſe , je ne craindrai point que le Peuple
faſſe un mauvais uſage de ſes armes.-J'ai le
( 163 )
Je
plus grand reſpect pour la Milice du Royaume ,
dit le Secrétaire de la guerre : je la regarde comme
la principale défenſe de nos foyers. Comment pourrois-
je mépriſer la Milice , puiſque je fais , à n'en
pouvoir douter , que la Milice de l'Amérique qu'on
nous a fait enviſager comme un amas de lâches &
de poltrons , a contrebalancé nos forces ?- Le Colonel
Barré fit le plus grand éloge du plan propoſé ,
& M. Fox reprit : ne puis voir aucun
danger dans le plan qu'on vient d'adopter. Il montre
clairement que notre conſtitution eſt bonne , &
qu'elle eſt ſi bien ordonnée que nous pouvons hardiment
, au milieu de la guerre , confier des armes
à la Nation pour ſa propre défenſe. Quelle prodigieufedifférence
de notre conduite à celle des Gou.
vernemens deſpotiques , où l'on eft obligé de tenir
une armée ſur pied pour en impoſer à la multitude?
Il n'en eſt pas de même en Angleterre où
tout homme doit porter les armes , en ſe conformant
ſimplement aux Règlemens preſcrits par le
principal Magiſtrat du lieu qu'il habite. Je regarderai
toujours le Peuple comme la meilleure Milice
qu'on puiſſe choiſfir pour la défenſe intérieure de ce
Royaume. Je connois parfaitement les diſpoſitions
du Peuple Anglois , & je ne craindrai jamais en
lui confiant des armes , qu'il ſe porte à des excès ,
tant que le Gouvernement agira , ainſi qu'il le doit
pour le bien de la Nation. -M. Mansfield , après
avoir donné,beaucoup d'éloges aux talens brillans
de M. Fox & à ſa capacité , dir : Avant que M. Fox
entrât dans le Ministère , il aſſura la Chambre que
l'on pouvoit faire la paix avec l'Amérique , & qu'il
y avoit à Londres des Plénipotentiaires pour cet
objet : je ſuis fâché d'apprendre de lui en ce moment
que la paix eſt plus éloignée que jamais.
Je ne déciderai point ſi ces Plénipotentiaires étoient
alors réellement à Londres , ou fi ce ſont de purs
fantômes ; mais quels qu'ils foient ,ils ont disparu.
( 164 )
1
Il exprima enſuite ſes doutes à l'égard de la démarche
imprudente & timide du Gouvernement qui
confioit des armes au People. L'exemple des Volontaires
de l'Irlande , loin dejuftifier la conduite de
l'Adminiftration , la combat. Ces Volontaires ayant
été ſur le point de bouleverſer la conſtitution de
leur pays......... Ici , toutes les voix s'élevèrent , &
crièrent : à l'ordre ! M. For volut cependant répondre.
C'eſt à tort , dit-il , que l'honorable Membre
m'attaque. Il eſt certain que j'ai avancé il y a
quelques mois qu'il y avoit près de nous des gens
diſpoſés à traiter de la paix , & il y en avoit réellement.
Pluſieurs perſonnes les connoiffent tres-bien ,
&ſavent où ils étoient. Mais ce temps eft paffé.
Oui , je le répète , il y avoit , il y a quelques mois ,
des perſonnes autoriſées par les Etats-Unis à traiter
de la paix . Je n'ai point parlé des conditions
qu'ils avoient à offrir. Je ne le pouvois pas , ne les
ayant jamais fçues . Quant à la paix , dans les circonſtances
actuelles , je prie la Chambre & les perfonnes
qui font dans la galerie , d'obſerver que je
ne m'explique en aucune manière ſur cet objet.
Tout ce que je puis dire , c'eſt que les Miniſtres de
S. M. n'y mettront aucun obſtacle. Ils pencheront
pour la paix , dès qu'on pourra l'obtenir àdes conditions
honorables. Je ſoutiens de nouveau que le
plan adopté eſt juſte , parce qu'au cas où une invafion
auroit lieu , les forces actuelles ſuffiroient ſeulement
pour protéger la Capitale, & que le ſeul
moyen d'obtenir une paix honorable eſt de nous
mettre en état de défenſe. J'ai entendu ſuggérer , il
eft vrai , que ſi l'ennemi faiſoit une deſcente ſuivie
de ſuccès , nous ſerions dans la néceſſité de demander
la paix en ſupplians ; j'admets cela , mais l'ennemi
commencercit par lever de fortes contributions
ſur nous , & après avoir épuilé nos richeſſes
il nous accorderoit probablement la paix à des conditions
honteuſes ; il faut donc lui ôter le pouvoir
de nous nuire.
( 165 )
On voit par ces détails combien les nouveaux
Miniftres défirent la paix , combien
la Nation en a befoin , & qu'on n'eft pas
fans inquiétude fur la manière dont on la
fera ; l'Adminiſtration actuelle fur laquelle
tombe ce fardeau , & qui prévoit qu'on
lui en fera un crime , ne néglige rien pour
diriger tous les reproches fur celle à laquelle
elle fuccède.
Nous parcourrons à préfent les féances
qui ont précédé celle dont nous venons
de rendre compte.
La Chambre s'étant formée en comité , pour pren.
dre en confidération la propriété des fujets Anglois ,
dans les Illes de St - Chriftophe , de Nevis & de Montferrat
, préfenta un bill , tendant à permettre l'importation
de toutes espèces de marchandifes venant de
ces Ifles , à la charge toutefois de payer les droits
d'ufage. M. Burke admit le principe du bill ; mais il
defira qu'on agrandît la fphère des objets y énoncés ,
en veillant également aux intérêts des autres Ifles.
le meilleur moyen de pourvoir à ce but , feroit ,
dit-il , de fufpendre l'acte de navigation pendant la
guerre actuelle , à raifon de ce que les effets gênent
en ce moment le commerce , & parce qu'ils
mettent de grands obftacles à la paix .
La motion ayant été agréée , on préſenta
un Meffage du Roi qui expofoit à la Chambre
que la lifte civile étoit encore endettée
& qui annonçoit un plan pour fatisfaire à
fes dettes par l'économie . Ce plan fut préfenté
le 6. Il offre d'abord le tableau des
réformes fuivantes. "
Celle de la place de troisiè
me Secrétaire d'Etat , dont
J
2
( 166 )
les affaires feront faites par
les deux autres Secrétaires
d'Etat , fera une économie
de
DuBureau du Commerce,
dont les affaires feront réglées
par le Conſeil privé , •

Du Bureau de Commerce
& de Police d'Ecoffe , qui
n'avoit aucunes fonctions ,
Du Bureau des Ouvrages
qui ſera mis ſur un nouveau
pied, & dont les différentes
branches , pour les bâtimens
&pour les jardins ,ne pourront
être déſormais gérées
que par des gens du métier ,
De la Charge de Grand-
Maître de la Garde- Robe ,
dont les fonctions feront rempliespar
leLord Chambellan ,
De la Charge de Bijoutier,
dont les fonctions ſeront pareillement
remplies par le
Lord Chambellan , •
75001. 1. d.
12,600
6600
7460
3500
2000
De la Charge de Tréſorier
de la Chambre , comme inutile
, • 3000
De Caiſſier de la Maiſon
1
de S. M. , comme inutile , • 3000
Desfix Commis du Bureau
du Tapis verd , 8000
De la place de payeur des
Penfions , qui feront payées
à l'Echiquier , 1200
Honoraires des Employés,
:
1500
Du Commandant des Lévriers
& Chiens courans , • 3000
( 167 )
Du Bureau de la Monnoie ,
qui ſont ſous l'adminiſtration
duGouveineur & de la Compagnie
de la Banque . • •
Des gages & emolumens
,
attachés à ce Bureau au
moins, •
Montant général des épargnes
annuelles , •
Latotalitéde ladette civile
monte à
Pour le paiementde laquelle
il refte dans l'Echiquier ,
Partant , la derte non payée ,
à laquelle il faut pourvoir ,
eftde
3000
10,000
72,360
• 433,823 1
138,075 20
295,747 18
5.
44
M. M. Huſſey & Stanhope témoignèrent leur farpriſe,
de voir que les épargnes faites dans la Maiſon
du Roi , épargnes qu'ils croyoient deſtinées au ſoulagementdes
taxes , devoient être appliquées au paiement
d'une dette ſur la liſte civile. Il eſt inconcevable
, ſelon eux , que cette liſte , après avoir été angmentée
de 100,000 l. ft . par an , ſoit encore grevée
d'une dette auſſi énorme ; & il eſt de toute néceſſité
d'établir une enquête pour ſavoir pour quelle cauſe
cette liſte ſe trouve arriérée d'environ 300,000 liv.
-Le Lord John Cavendish fit la motion d'un bill ,
pour mettre le Roi en état de payer la dette de la
liſte civile , pour pourvoir à ce que pareille chofe
n'arrive par la ſuite , & pour porter en loi les réformes
que S. M. abien voulu faire dans ſa Maiſon.
-M. Aubrey fit le plus grand éloge du nouveau
Ministère , mais il n'approuva point ces enquêtes ,
qui paroiſſent avoir pour objet la conduite de l'ancienne
Adminiſtration , parce qu'il craignoit qu'elles
ne détruififfent cette unanimité, ſans laquelle la ruine
de laGrande-Bretagne eſt infaillible.-M. Fox répondit
qu'il croyoit ces enquêtes d'une néceflité in
( 168 )
diſpenſable , & que le foible avantage de conſerver
l'unanimité dans la Chambre , ne le détermineroit
jamais à ſouſtraire à la juſtice publique aucun homme
ou aucune allociation d'hommes . L'unanimité dans
la Chambre , ajouta-t-il , peut produire la déſunion
& les troubles dans le Royaume. L'Irlande , dont je
mettrai les affaires inceſſamment ſous les yeux de la
Chambre , voyoit l'unanimité la plus brillante régner
dans ton Partement; mais cette unanimité étoit directement
oppoſée au voeu déclaré de la Nation , qui a
enfip appris à ſes Repréſentans à mieux apprécier les
inftructions de leurs Conftituans , & les a forcés de
voter pour les mesures memes qu'ils étoient dans
l'uſage de rejetter preſque unanimement. Cet exemple
eft une bonne leçon pour les Miniſtres ; auffi
Tuis - je bien réſolu de procurer l'enanimité dans
la Nation , au riſque de créer une Oppoſition dans
le Parlement. Quoique je ne ſois pas fort timide
de mon naturel , j'avoue que je me fentirois quelque
répugnance à propoſer des mesures qui , par leur nature
, ne peuvent être populaires, fi je ne faifois voir à
la Nation que ces meſures font devenues néceſſaires
par la mauvaiſe conduite de mes prédéceſſeurs. On a
déja entamé , comme la plus importante , l'enquête
fur les finances de ce Royaume. Je defire fort qu''iill en
foit fait une furl'état de la marine quej'ai trouvé dans
un défordre dont il eft impoflible de ſe former l'idée.
Quant aux alliances avec les Puiſſances étrangères
cet objet ne demande point d'enquête . Si on chargecit
un Comité de ſavoir quelles font nos alliances ,
il répondroit en deux mors , nous n'en avons aucunes.
M. Fox parla enfuite d'autres économies& fuppreffions
qui doivent ſuivre dans la maiſon du Roi.
-La motion du Lord Cavendish , pour propoſer
le bill dont il avoit annoncé l'objet , paſſa ſans aller
aux voix. La Chambre s'étant, enſuite formée en
comité de ſubſides , le Secrétaire de la guerre propoſa
d'octroyer une fomme de s8so liv, ſterl. pour
la
( 169 )
Ja réparation , &c. des chauffées&ponts en Ecofle,
Cette motion paſſa à la pluralité de 82 voix contre
10 cc.
L'Irlande s'occupe toujours de ſon indépendance.
Les Aſſociations ont arrêté les
propoſitions à faire à la Grande Bretagne ,
les Corps qui les ont ſignées font 88,918
hommes , & ils ont 128 pièces d'artillerie.
Quelques populaires , dit un de nos papiers , que
puiſſent être les prétentions actuelles de l'Irlande
contre la G. B. il n'y a point de doute que l'indépendance
qu'elle réclame ne ſoit dans le fait aute
contraire à la ſaine politique qu'elle l'eſt dans le
droit à la conttitution . Une telle demande , qui établiroit
ce qu'on appelle imperium & imperio , n'eſt
qu'un délire de l'imagination. Il faut bien que l'autorité
ſuprême exiſte quelque part. Or, ſi c'eſt le
Parlement d'Irlande qui en eſt inveſti , que fignifie
cette politeſſe paſſagère de la part des Irlandois , de
reconnoître encore le Roi pour leur Souverain ?
Qu'ils jouiflent de tous les priviléges d'un peuple
libre , que leur pays ſoit àtous égards l'égal de la
G. B. c'eſt ce que perſonne ne prétend plus leur
diſputer; mais il n'y a point parmi nous d'homme
raiſonnable qui ne condamne & ne rejette avec horreur
les prétentions ultérieures qu'ils ont mis en
avant par la déclaration formelle de leurs droits &
de leur indépendance. La conftitution de la G. B.
ne peut admettre un tel démembrement de fon Empire.
Ce ſont des droits ſi étrangers , que l'Electorat
d'Hanovre lui-même ne s'eſt jamais cru fondé à les
réclamer.
:
FRANCE.
De VERSAILLES , le 22 Mat.
Les de ce mois , le Roi a nommé
25 Mại 1782. h
( 170 )
'Abbaye de St-Gilbert , Ordre de Prémontré,
Diocèle de Clermont , l'Abbé de Sorans , Vicaire-
Général de Mâcon ; à l'Abbaye de St-
Savin de Lavedan , Ordre de St- Benoît ,
Diocèle de Tarbes , l'Abbé Junot , Aumônier
des Gardes - Françoiſes ; à l'Abbaye de
Pleine - Selve , Ordre de Prémontré , Diocèſe
de Bordeaux , l'Abbé de Caulet , Vicaire-
Général d'Agen ; à l'Abbaye régulière de
l'Efclache , Ordre de Cîteaux , Diocèse de
Clermont , la Dame de Breffole , Abbeffe
de Reconfort , même Ordre.
Le 9 de ce mois , le Prince de Beauveau ,
Capitaine des Gardes- du - Corps du Roi ,
prêta ferment entre les mains de S. M. en
qualité de Gouverneur de Provence.
Un Courier, venant de la Cour de Naples ,
a apporté la nouvelle que la Reine de Deux-
Siciles étoit heureufement accouchée , le 26
Avril dernier , d'une Princeffe nommée
Marie-Amélie.
Le 14 de ce mois , le Chevalier de Virieu ,
Colonel du régiment des Gardes de l'Infant ,
Duc de Parme , & fon premier Ecuyer , eut
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit à S. M. une lettre de félicitation
de la part de l'Infant , fur la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin . Il fut conduit
à cette audience , ainfi qu'à celle de la Reine
& de la Famille Royale , par M. la Live de la
Briche , Introducteur des Ambaffadeurs , &
précédé par M. de Sequeville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite des Ame
baffadeurs.
( 171 )
De PARIS , le 22 Mai.
ON lit- les détails ſuivans dans une lettre
de Falſe-Bay , Cap de Bonne-Eſpérance , en
date du to Février.
>> L'Eſcadre partie de l'Iſſe de France , eſt la plus
formidable que depuis long-temps la France ait eu
dans l'Inde : elle eſt parfaitement armée & fupérieure
en nombre & en qualité de vaiſſeaux à l'Eſcadre
Angloiſe. Si nous avons quelqu'inquiétude ſur
les ſuites d'un combat qui peut- être la forceroit de
revenir à l'Iſle de France pour ſe réparer , nous
avons de plus grandes eſpérances , & nous ſommes
fondés à attendre les ſuccès les plus marqués.-
Hyde: -Ali avoit été repouſſé trois fois ; mais dans
ces trois combats , il n'avoit perdu qu'une pièce de
canon , & dans le dernier , il a tué beaucoup de
monde; à l'ennemi. Il étoit campé près d'Arcatte ,
dont l'armée avoit été renforcée des troupes du
Bengale. Celles aux ordres du Général Meadows
n'étoient pas encore arrivées , & vers la fin du mois
d'Octobre dernier , les Anglois n'avoient guère plus
de 1300 Européens ſur la côte de Coromandel.
Hyder-Ali étoit toujours maître de Porto-Nuovo ,
où nos troupes peuvent débarquer ſans chelingues.
Le Général Monro faiſoit le ſiége de Negapatnam
par terre ; l'Amiral Hugues bloquoit cette place
par mer. Il ſe plaignoit que le Colonel Maithwait
n'avoit pas marché aſſez tôt avec les troupes de
Tanjaour, ce qui expoſoit cet Amiral à reſter devant
Negapatnan dans une ſaiſon dangereuſe , où
ſon eſcadre pouvoit être détruite , ou du moins difperſée
par un coup de vent. Il avoit envoyé une frégate
à la rencontre de Johnstone. Il ne comptoit pas
fur Kempenfeld , qu'on diſoit être parti d'Europe
daus le mois de juin. Il mandoit au Colonel Copfi ,
qui est actuellement ici , qu'il s'attendoit à une viſite
ha
( 172 )
très-prochaine de M. de Suffren, qu'il croit être le
Commandant de notre flotte , & qu'il ſe préparoit
à le recevoir. Le projet de l'Amiral Hugues
étoit , après le fiége de Negapatnan , d'entrer dans
la baye de Trinquemalle, de s'y rafraîchir & d'en
fortir pour aller combattre notre eſcadre dès qu'elle
paroîtroit. On eſtime que les deux eſcadres combattront
vers la fin de ce mois ; & vous en ſerez
informé par l'Angletere, peut- être plutôt que nous
ne le ſerons ici , à moins qu'il ne nous arrive quelque
vaiſſeau Darois de Tranquebar.-Le Capde
Bonne-Eſpérance commence à être en très- bon état
par les travaux que l'on y a faits ; 80 hommes travaillent
tous les jours aux fortifications , aux batteries
& autres ouvrages néceſſaires à la défenſe de la
place. Nous avons déja fermé la gauche , & nous
nous occupons à conſtruire ici quelques redoutes .-
Les Recrues que l'on doit amener , & celles qui
font arrivées de Paris , font bien dreflécs & ne craindront
pas le feu «.
L'Officier , auteur de cette lettre , ajoute ,
dit- on , que ſi M. d'Orves à quelqu'avantage,
comme on a lieu de l'eſpérer, & s'il parvient
à mettre ſon monde à terre , l'Inde
peut eſpérer une grande révolution. M. de
Buſſy y arrive avec un manifeſte par lequel
on invite les peuples à ſecouer toute domination
étrangère , on leur offre des ſecours
&de l'affiſtance ; on veut qu'ils vivent ſelon
leurs loix , & fous l'autorité de leurs Princes
légitimes ; on ne leur demande que des
comptoirs où les François puiſſent commercer
avec les naturels du pays ; on ne ſouffrira
pas qu'aucune Nation de l'Europe
s'érige des ſouverainetés dans ces contrées ,
& s'y établiſſent avec plus d'avantages .
( 173 )
و
d'excellentes
Il eſt certain qu'un pareil manifefte ap.
puyé d'une forte eſcadre
troupes, de la réputation de M. de Buffy , &
de la haine qu'une partie de l'Inde a vouée
aux Anglois , peut cauſer un foulèvement
général qui en détruifant la puillance de
nos ennemis ſera favorable à toutes les Nations
commerçantes .
M. de la Mothe- Piquet & le convoi des
Antilles font toujours à Breſt. Des lettres de
ce port confirme qu'il y a , vers Queffant ,
une eſcadre ennemie de 10 à 12 vaiſſeaux ; on
croyoit à Nantes qu'elle étoit Hollandoife ;
maisundenos lougres chaffé par une frégate
de cette eſcadre , à laquelle il n'a échappé
que par un miracle , puiſque dans la chaffe
le grand mât de la frégate a confenti , a bien
reconnu que ces vaiſſeaux n'étoient pas amis.
Il paroît que tant qu'il reſteront dans ces
parages rien ne fortira de Brest , & peut- être
lapartiedu convoi de Bordeaux deſtiné pour
les Antilles en partira ſans venir dans ce port.
>> La ſeconde diviſion des bâtimens marchands de
Bordeaux , du convoi de St.-Domingue , qui avoit
relâché à l'Ifle d'Aix , écrit- on de Nantes , en date
du ir de ce mois , eſt arrivée à Bordeaux ; ces deux
divifions forment entr'elles 71 navires marchands .
Six autres bâtimens du même convoi , deſtinés pour
le même port , ont reſté à la Rochelle & à Rochefort
, où ils déchargent. Les navires pour notre port,
de relâche à l'Ile d'Aix , feroient partis pour ſe
rendre ici , Jeudi dernier , fi le vent le leur avoit
permis. Comme il leur a été favorable hier/& aujourd'hui
, ils pourront entrer dès ce ſoir dans cette
h3
( 174 )
sivière; peut - être y font-ils déja : ce ſeroit une
grande fatisfaction pour cette place. -Le convoi
deſtiné pour nos Colonies , &qui est très-nombreux ,
ſera parti le 6 ou le 7 de ce mois de Breſt , ſi cela
a été poſſible; ce dont nous doutons ici. La frégate
l'Attalante eſt venue chercher les bâtimens frétés
pour le compte du Roi , qui font au bas de cette
rivière , pour les incorporer à ce convoi ; ſans doute
que quelque autre fregate on vaiſſeau du Roi ſera
allé à Bordeaux prendre les navires qui doivent auſſi
en faire partie «.
Des lettres poftérieures nous apprennent l'arrivée
des bâtimens de Nantes dans cette rivière , & celle
des cinq vaiſſeaux de ligne de l'eſcorte du convoi
àBreft , où ils ſont entres heureuſement. Les vents
qui ſont devenus très-violens , n'ont pas permis à
l'eſcadre Angloiſe de reſter ſur nos côtes ; & elle a
gagné le large.
>>Quelques petits corſaires de Guerneſay, écrit-on
de l'Orient , en date du 8 , ont fait ces jours paſſés
des incurſions ſur nos côtes. L'un d'eux prit , il y a
8 jours , à la vue du port Louis , un chaffe-marée ,
venant de Nantes. Enbardis par ce ſuccès , ils revindeux
jours après dans un canot bien armé , & prirent
à l'abordage, également ſous le port Louis
2chaſſes-marées que les frégates du Roi avoient ſeulement
eſcortés juſqu'à Greix. Dans cette dernière
affaire , le maître de priſe Angloiſe fut noyé , & entraîna
avec lui le maître d'un des chaffles - marées , -
Il eſt arrivé aujourd'hui le corſaire la Résolution ,
de Salem , capitaine Webbs , avec une priſe de 130
tonneaux , chargée de bray & de goudron. - Il y a
actuellement ici deux grands lougres neutres , en
chargement pour l'Inde.- Le vaiſſeau le Puiſſant ,
de74 canons , a ſes bas mâts en place; on l'a un peu
négligé depuis is jours , pour travailler à la frégate
laDanaë , qui ſera lancée à l'eau dans deux mois «.
( 175 )
On lit dans pluſieurs lettres de Marseille,
auſſi en date du 8 , les détails ſuivans :
» Il y a un armement à Toulon. Les 2 vaiſſeaux
de74 canons le Dictateur &le Suffifant , commandés
par M. de la Clue & M. de Vialis , ſortiront
avec 2 frégates, Il n'y a aucun vaiſſeau en conftruction;
mais on prétend qu'il en ſera mis 3 de 74
inceſſamment. Le convoi pour les Iſles étoit
compofé de 75 voiles. Il commença à ſortir du port
le4 Mars. Il ne mit à la voile qu'au commencement
d'Avril , & il a efſuyé mille contre-tems. Une partie
relâcha aux Iiles d'Hyères ; l'autre partie eſt à Alicante.
Le Roi prend tous les bâtimens du port ,
gros eu petits, pour forter des munitions de guerre
&de bouche à nos vaiſſeaux de Cadix & en Amérique.--
Nous a tendons un convoi de 54 bâtimens ,
parti de Smyrne le 21 Mars. Ils s'y étoient raſſemblésdes
autres échelles de l'Archipel « .
Les troubles continuent toujours àGenève ;
on ſe flatte cependant qu'ils ſe diſſiperont ;
ceux qui les ont,allumés ne ſont pas fans
inquiétudes ſur les ſuites de leur infurrection.
Lesréponſes qu'ils ont reçues de Verfailles
& de Berne leur ont appris combien
leur conduite étoit déſapprouvée , & on a
lieu de croire qu'ils s'empreſſeront de chercher
un accommodement. En attendant on
a publié la proteſtation ſuivante envoyée à
Genève & aux Puiſſances protectrices de la
République.
Il eſt de notoriété publique , que dans la nuitdu
8 au 9 Avril de cette année , une faction compoſéede
Repréſentans , Citoyens , Bourgeois , Natifs
&Habitans, ont exécuté le plus criminel des complots,
contre la Patrie , les Loix divines & humaih4
( 176 )
ses , l'autorité légitime, leurs Magiſtrats & leurs
Citoyens. - Que ſans aucune provocation , ces
factieux profitant de la profonde ſécurité où étoient
lesMagiftrats & les Citoyens attachés à la conftituxion
de l'Etat , ſe font emparés à main armée des
Portes de la Ville , de l'Artillerie , des principaux
poſtes , places & rues , ont occupé l'Hôtel-de-Ville ,
commettant par tout des violences inouies , répandant
le ſang même de ceux qui ne leur réſiſtoient
pas, & celui d'un des Syndics , maſſacrant desHom.
mes ſans défenſe, & faiſant de la Ville entière un
théâtre d'horreurs , telles que notre malheureufe
Patrie, ſi ſouvent agitée par des diſſentions n'avoit
jamais vu encore fouiller ſes annales d'opprobres
pareils . - Que le but ſecret de tous ces attentats
n'avoit pas tardé à ſe manifeſter : 1º. Par la détention
violente & accompagnée des plus ctuels outrages
, que les Factieux avoient opérée , & qu'ils cortinvent
encore ſur les perſonnes de pluſieurs de leurs
Magiſtrats , & des principaux Citoyens conftitutionnaires
, & par celle des autres perſonnes qu'ils
tiennent encore enfermées dans la Ville. 29. Par la
deſtitution audacieuſe des Petit & Grand Confeils,
qui forment ciſeatiellement la conſtitution de l'Etat
, ſuivant les termes exprès de l'Edit de 1738 .
3. Par une formation aufli illégale de ces deux Conſeils
, dans leſquels , à la place de quarante - trois
Membres exclus par eux au gré de leur caprice , de
leurs vûes ambitieuſes , & de leurs haines perfonnelles
, ces mêmes Factieux ont fait entrer leurs
principaux Chefs & adhérens . -Que pour affurer
par la force cet ouvrage odieux , le réſultat de tant
de violences & de crimes , ils ont enſuite érigé ſous
le nomde Commiſſion de Sûreté, un Tribunal tyrannique,
compoſé de onze d'entr'eux , revêtus des pouvoirs
les plus effrayans pour la fûreté publique &
particulière , & les plus oppoſés à l'eſprit desGou
vernemens Républicains. - Que cette inquifition
( 177 )
militaire détient encore aujourd'hui , contre les loix
les plus facrés , douze Membres des Petit &Grand
Confeils , & leur refuſent la jouiſſauce du droit inféparable
de la qualité d'Homme & de Citoyen ,
d'être entendus ſur les motifs du traitement inouï
qu'on leur fait effoyer. - Que cette inquifition s'é
tend avec la même injustice ſur tous les Citoyens
conſtitutionnaires , qu'elle détient dans la Ville avec
leurs familles; qu'elle continue d'occuper les Portes ,
'Hôtel -de -Ville , & tous les Poſtes extérieurs par
des gens armés , qu'elle tient à ſes ordres , qui font
commandés pardes Factieux , compoſés de Citoyens
& de Natifs , on mal - intentionnés , ou ſéduits , ou
intimidés ; de Payſans du territoire , entraînés par
des promeſſes , des menaces , ou des infinuations
calomnieuſes contre les légitimes Magiſtrats , &
enfin d'Etrangers ſoudoyés & ramaſſés de toute part.
-Que de cet état violent de notre Ville , des
excès qui s'y ſont commis impunement , & s'y
commettent encore , des attentats multipliés & continués
des Chefs de la Faction , de leurs adhérens ,
& de leurs Magiſtrats intrus , réſultent la réunion
de tous les caractères de l'oppreffion & de la tyrannie
la plus manifeſte , & par conféquent la nullité
de tout ce qui s'est fait , & peut ſe faire encore , au
préjudice de nos Droits , des Loix , de la conſtitution
de l'Etat , des priviléges généraux & particuliers
& perſonnes dont la République est compofée juſ
qu'à l'entier rétabliſſement de la liberté & de l'ordre
legal.- Ainfi , quoique des faits fi notoires conſtatent
avec la plus grande évidence la tyrannie à laquellenotre
Patrie eſt en proie , &puſſent nous difpenfer
de toute proteſtation plus expreffe : cependant
pour ne laiſfer aucun doute far l'horreur que
nous inſpire tant d'atrocités , pour laver , autant qu'il
peut être en nous , la tache qu'elles impriment à
notre Nation ; enfin , pour mettre nos droits à l'abri
de toute atteinte quelconque : Nous , les Membres
hs
( 178 )
-
des Petit & Grand- Confeils , Citoyens & Bourgeois
de la Ville & République de Genève qui , par notre
abfence de cette Ville , avons été fouftraits à la tyrannie
qui s'exerce au-dedans contre nos malheureux
Concitoyens , auffi- tôt qu'il nous a été poffible
de nous communiquer , nous avons pris la réfolution
de protefter à la face de l'Europe , comme nous
le faifons par la préfente , contre tous les Actes pa
fés , préfens & futurs des foi-difans Confeils actuels
de la République , les déclarant , comme il eft notoire
, violens & tyranniques , & conféquemment
abfolument nuls . Nous ofons adreffer fpécialement
cette proteftation aux Auguftes Alliés & Protecteurs
de notre Etat , avec une confiance d'autant
plus grande dans leur généreufe affection tant de
fois éprouvée , que ces Puiffances viennent ellesmêmes
de manifefter qu'elles ne pourroient reconnoître
un Gouvernement qui , au mépris des Loix ,
a été créé par une faction féditieufe les armes à
la main , à la place de celui qui fe trouvoit légitinement
établi. Puiffent-elles prendre pitié de
l'état déplorable dans lequel notre Patrie eft tembée
! Puiffent-elles lui rendre cette paix qu'elles lui
avoient donnée par le Traité de 1738 , qui l'avoit
élevée au plus haut point de profpérité & de bonheur
, & à laquelle le défir infenfé de détruire cet
Edit falutaire a fast fuccéder toutes les calamités
que les factions , la violence & l'anarchie traînent à
leur fuite ! Puiffent- elles enfin , comblées de nos
bénédictions trouver dans une profpérité fans bornes
la récompenfe du plus grand & du plus fignalé
des bienfaits !
-
On lit dans un papier public le fait fuivant
qui intéreffe également les Phyficiens
& les Savans qui s'occupent de recherches
d'antiquité.
(179 )
» Vers deux heures après minuit du 22 au 23
Avril , l'air étant tranquille & ferein , & le ciel
n'étant couvert d'aucun nuage , toute la ville de
Barjols en Provence fut reveillée par un bruit ſemblable
à celui d'un épouvantable coup de tonnerre ,
qui fut prolongé pendant quelques ſecondes. Intimidés
par ce vacarme , preſque tous les Habitans
ſe levèrent pour en connoître la cauſe; ils parcoururent
inutilement la ville , craignant que quelque
édifice ne ſe fût écroulé ; on ne découvrit rien.
Enfin le jour impatiemment attendu parut , & l'on
n'étoit pas mieux éclairci ſur la terreur ſubite de
la nuit , lorſque vers neuf heures du matin , des Bergers
arrivèrent& annoncèrent aux Habitans qu'une
pointe confidérable d'un rocher ſitué au bas d'une
colline appellée le Caſtelas, & à la diſtance d'environ
trois cents pas de la ville , s'étoit entr'ouverte avec
fracas , & qu'on voyoit à 30 cu 40 toiſes de profondeur
des cadavres qui paroiſſoient avoir été mis
en terre récemment. On ſe rendit ſur les lieux , &
on trouva en effet , à la profondeur déſignée , 35
cadavres bien conſervés , dont 8 de femmes , &
tous d'une très -grande taille. On trouva auſſi des
joyaux , pluſieurs chaînes d'or , une grande quantité
d'uſtenſiles de cuifine d'un goût antique , 3 chiens ,
un renard & un caïman , ou crocodile de 2 toiſes
de long.- Les Carmes , dont le Couvent adoſſe
à cette colline a été ébranlé par la ſecouſſe , ont
emporté les chiens , le renard & le caïman , dont
ils enrichiront leur Cabinet Hiſtoire Naturelle.
Les principaux Habitans ont pris les autres effers
&ils ſe propoſent , avec les permiſſions requiſes ,
de faire une fouille plus confidérable , dans l'eſpérance
detrouver des choſes plus curieuſes<«.
Il n'y avoit qu'un ſeul Profeſſeur de
Mathématiques dans la ville de Bordeaux ;
h6
( 180 )
il ne donnoit ſes leçons qu'au College de
Guyenne , & elles n'étoient guères ſuivies
que par un petit nombre d'écoliers du Collége.
M. l'Abbé Dufour de Jumeaux a follicité
le Droit d'y établir un cours public
& gratuit de Mathématiques , de Mécanique
, d'Aftronomie , d'Optique & d'Hydrodinamique
, comme on pourroit folliciter
une Chaire qui feroit la fortune du Profefleur.
Des fentimens auſſi diftingués feroient
préſumer bien avantageuſement de
fes lumières , fi elles n'étoient pas atteſtées
par les Académies des Sciences de Paris &
de Bordeaux. Le Prospectus qu'il a publié
de fon Cours , est très bien fait ; il eſt deftiné
à la feule ville de Bordeaux; mais l'exemple
qu'il donne aux Savans , mérite d'être
connu de toute la nation , & c'eſt à ce titre
que nous nous ſommes empreffés de l'annoncer.
Les ſuccès de l'Ecole de Mathématiques , de Deffin
, de Géographie & d'Histoire , ſous la direction
de M. de Longpré , Profeſſeur de Mathématiques ,
ſe ſoutiennent & fe confirment tous les jours par
Jemérite des ſujets qui en fortent , & les progrès
des Elèves qui y continuent leurs études . Quoique
la langue lavine ne faſſe pas la baſe de cette inftitution
, aucun Elève n'en fort fans être en état de
traduire les meilleurs Auteurs Latins . Elle est établie
rue de Reuilly , Fauxbourg Saint-Antoine
vis-à-vis la Manufacture des glaces. Les Enfans y
font reçus dès l'âge le plus tendre. Le prix de la
penſion eſt de 1000 livres , payables par quartier
( ISI )
&toujours d'avance. Dans ce prix ſont compris
les maîtres de Mathématiques , de Deſſin , de Gécgraphie
, d'Histoire , de langues Françoiſe & Latine
toutes les fournitures , comme papier , plumes ,
crayons , poudre , pommade , blanchiſſage & perraquier.
On donne so livres en entrant , une fois
payées , pour le lit & autres meubles néceſſaires .
24 , autfi une fois payées , pour les domestiques ;
& 12 par an pour leurs étrennes . Chaque Elève doit,
avoir un couvert , un gobelet d'argent , trois paires
de draps , deux douzaines de ſerviettes & le trouffeau
qui convient à leur âge. L'uniforme de la
maiſon eſt un habit de drap verd , veſte&culotte
chamois clair , boutons dorés unis , épaulette en
or , chapeau uni avec un plumet. Les jeunes gens
qui n'auront pas été élevés dans cette Maiſon ,
peuvent encore y étre admis à l'âge de 14 ans ,
mais le prix de la penſion ſera pour eux de 1200 liv..
Ceux qui font d'un âge à avoir une chambre à part .
payeront 1400 liv .
:
>>>Le Roi ayant ordonné à l'Académie des
Sciences & à la Société Royale de Médecine
de Paris , de faire procéder à l'examen des
moyens propoſés par M. Janin pour déſinfecter les
fofles d'aiſance & en détruire le méphitiſme , fi
funeſte aux ouvriers occupés à les vuider ; la première
de ces Compagnies a nommé pour Commiffaires
à cet effet , MM. le Duc de la Rochefoucault
Macquer , le Roy , Fougeroux & Lavoifier ; & la
ſeconde , MM. le Duc de la Rochefoucault , Mас-
quer , l'Abbé Teffier , Hallé & de Fourcroy. Les
expériences ont été faites eny employant les journaliers
employés par la Police au balaiement des
rues ; M. Janin avoit refuſé ceux de la Compagnie
du Ventilateur. Elle fut vuidée après les préparations
de M. Janin , ſans aucun inconvénient. - Le
23 Mars , on fit une nouvelle expérience ſur une
( 182 )
foffe reconnue mauvaiſe , pour s'affurer fi le fecret
de M. Janin rempliffoit en effet la promeffe qu'il
faifoit de détruire le méphiifme dont tant d'ouvriers
font fi fouvent les victimes . On préfumoit
que cette foffe contenoit des matières animales ,
parce que plufieurs chambres avoient été occupées
par des Elèves en Chirurgie. M. Janin déclara qu'il
fe chargeoit de la faire vuider fans danger à l'aide de
fes moyens; on employa toute la circonfpection imaginable
, cependant cette folle fut meurtrière ; le
méphitifme fe manifefta malgré les moyens qui
devoient le détruire . Il faut lire dans le procèsverbal
tous les détails relatifs à cete expérience ; ils
ont été imprimés & répandus par ordre du Roi. Ce
détail n'eft que provifeire & feulement en attendant
que l'une & l'autre Compagnie communiquent
à Sa Majefté , & fi elle l'ordonne , au public , un
rapport plus circonftancié , & les réflexions &
obfervations auxquelles ces expériences ont donné
licu.
Les numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France du 16 de ce mois , font :
87 , 88 , 5 , 84 & 52. 87,88 ,
Déclaration du Roi du 6 Décembre dernier ,
enregistrée à la Chambre des Contes le 26 Mars
fuivant, concernant la comptabilité des intérêts payés
en vertu des Arrêts des 25 Février 1770 , 28 Février
1771 , & 13 Février 1772 , tant par le Tréforier
de la Caiffe des Amortifemens , établie par
l'Edit du mois de Décembre 1764 , aux propriétaires
de contrats & portions d'effets qui reftèrent à rembourfer
en 1770 , fur les exercices de 1766 , 1767 ,
1768 & 1769 , de ladite Caiffe , que par le fieur
Darras , chargé de la fuite dudit Edit , par la Déclaration
du 10. Août 1781 ".
» Edit du Roi & Lettres de Juffion fur icelui , des

( 183 )
--
mois de Septembre 1781 & 22 Février 1782 , concernant
la réunion de la Principauté de Dombes , au
pays de Breffe. Arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
qui règle les impofitions dans la Principauté de
Dombes , réunie au pays de Breffe.
― Autre du
9 Mars , concernant les droits de lods & ventes dûs
fur les coques de navire qui fe vendent au port de
Breffe.
Autre du 2 Mai , qui ordonne la vente &
adjudication au plus offrant & dernier enchérif- ,
feur, des terreins & matériaux de la prifon du Fortl'Evêque
«<.
-
-
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 16 Fevrier
rendu en faveur des Officiers Municipaux de
Lagni. Le Roi étant en fon Confeil , a ordonné
& ordonne que l'Edit du mois de Décembre 1706 .
enfemble celui du mois de Novembre 1771 feront
exécutés felon leur forme & teneur ; en conféquence
que le Maire de ladite Ville de Lagni , fuivi
des autres Officiers Municipaux , précédera les-
Officiers de la Juftice Seigneuriale de ladite
Ville en toutes occafions , aux Eglifes , Proceffions ,
Te deum , & autres Cérémonies publiques & particulières
; qu'il occupera la droite & les hauts
fiéges dans le Cheer de l'Eglife de l'Abbaye
& autres ; qu'il ira à l'Offrande , aura le Pain
béni , l'Eau bénite & autres honneurs de l'Eglife ,
avant lefdits Officiers de Juftice , leur faifant S. M.
défenfes de troubler lefdits Maire & Officiers
Municipaux dans la Jouiffance defdites prérogatives ,
fous telles peines qu'il appartiendra & c .
De BRUXELLES le 21 Mai.
,
Le nombre des Couvens qui font fupprimés
dans les Pays-Bas Autrichiens eft
enfin arrêté ; on les porte à 160 , parmi
lefquels on compte toutes les Chartreufes ,
( 18+ )
:
les maiſons de Carmélites , de Brigitines,
des Annonciades , des Clariftes , des Capu--
cines , & c. On parle aufli de fupprimer les
Abbayes de Corremberg & de Verghem
les Couvens de Jéricho , de St- Pierre & des
Madelonnettes ; dès le 25 Avril on avoit
fupprimé à Ruremonde , les Clariſtes , les
Carmélites , les Auguſtins & les Francifcains.
Après la première lettre adreſſée par M.
Fox au Miniſtre de Ruffie , ſur les propo-,
frions de paix faites par l'Angleterre aux
Etats - Généraux , il en a adreſſé une ſeconde
le 4 de ce mois à M. de Simolin; elle eſt
conçue ainfi.
>>M. , je n'ai pas tardé à mettre ſous les yeux du
Roi , la communication que vous me fites l'honneur
de me faire le premier de ce mois . S. M. , l'a reçue
comme une nouvelle marque d'amitié de la part de
S. M. I. , & comme une preuve de l'intérêt vif , &
fincère qu'elle prend au rétabliſſement de la paix de
la G. B. , & fon ancien Allié. Je crois qu'il feroit
inutile de vous marquer , M. , que S. M. a entendu
les ſentimens de S. M. I. , avec d'autant plus de fatisfaction
, qu'ils renferment des con'eils en tous
points , conformes aux démarches que S. M a déja
faites pour ſeconder les bons offices de la Cour de
St-Pétersbourg. Le Roi ſe promet d'avance que S.
M. entendra avec plaifir qu'il a, dès long-temps, prévenu
ſes ſages conſeils , en offrant aux Hollandois
une liberté de navigation entière, ſelon le Traité de
1674 , entre la G. B. & la République ; Traité par
lequel les principes de la neutralité armée ſont établis
, quant aux parties contractantes , dans lear
plus grande étendue. S. M. n'a donc fait aucune
( 185 )
difficulté de dire qu'elle accepte pour baſe de la paix
particulière entre elle & les Etats-Généraux , la navigation
libre , ſelon les principes réclamés par S.
M. I. , dans la Déclaration du 28 Février 1780.
-Au reſte , vous me permettrez de remarquer ,
qu'en vous communiquant, M. , les ſetimens du
Roi , je ne crois répéter que ce que j'ai eu l'honneur
de vous écrire par ſon ordre , le 29 Mars dernier.
Si cette lettre n'a pas produit les effets que S. M. I.
ſemble s'être promis de cette démarche , faite pour
tendre à la conciliation , & dont, ſuivant le rapport
des Miniſtres de S. M. I. , à la Haye , la République
falſoit uniquement dépendre la négociation de
la paix avec la G. B. , & fi , malgré la modération
qu'il a plu à S. M. de témoigner à ce ſujet , dans les
termes les moins équivoques , la République perfifte
à rejetter toute idée de paix ſéparée; le Roi
aura toujours la fatisfaction d'avoir agi de manière
àprouver le prix qu'il met à l'amkié de S. M. Ι. ,
&la déférence qu'il a pour ſes conſeils ce.
Le ton de cette lettre de M. Fox & celui
de la précédente , font bien differens des
dépêches de l'ancienne Adminiftration Angloiſe
qui parloit avec tant de hauteur ; il
prouve qu'elle avoit alors peu de moyens
de la foutenir , & que le besoin de la paix
lui devoit dicter un autre langage.
On a reçu en Hollande des lettres du
Cap de Bonne- Eſpérance en date du 6 Février.
Elles affurent que cette colonie eſt
en bon état ; on a auffi des lettres de Batavia
en date du 24 Septembre.
>>On y a équipé & mis ſous les ordres du chef
d'eſcadre Schryver, les vaiſſeaux de guerre ſuivans :
le Hofoter Lenden ,le Compagnier Welvaren ,le
( 186 )
Patriote ,le Dolphin , le Diamant,le Slotter
Hooge , tous de 64 canons , & la flûte le Herſtelder.
Selon d'autres lettres , il y a à l'Ile Maurice II vaifſeaux
de guerre François de 60 à 70 pièces de canons,
3 frégates & 14 navires de tranſport , ayant
àbord 3000 hommes de troupes réglées «.
Une lettre d'Amſterdam porte que le 29
Avril , il y a eu une Aſſemblée des principaux
Négocians de cette ville pour délibérer
ſi l'on ne ſupplieroit pas le Magiſtrat
de demander à l'Aſſemblée des Etats de
Hollande que M. le Penſionnaire Van- Berkel
, fi connu par le traité éventuel de
commerce avec les Américains , rentiât
dans ladite Affeinblée des Etats , & y fût
nommé l'un des Commiſſaires pour le traité
que la République va conclure avec les
treize Etats. Cette délibération fut interrompue
par l'obſervation ſuivante , faite par
l'un des Membres & qui frappa toute
l'Affemblée ; c'eſt que vu le mérite de M.
Van-Berkel , folliciter la réintégration qu'il
ne doit obtenir que de la justice de ſa
cauſe , ſeroit lui faire une injustice , dont
perſonne n'a envie de ſe rendre coupable.
Selou diverſes Letttes , l'Eſcadre Angloiſe que
les vents ont forcé de s'éloigner des côtes de
France , a paru devant celles de Hollande. Heureuſement
, le Contre- Amiral Bylandt étoit rentré au
Texel.- Le bruit ſe répand dans le moment
lit-on dans une Lettre de Paris , qu'il y a eu trois
combats entre M. de Graffe & l'Amiral Rodney :
on n'en a point encore de détails Anon que
la ſupériorité de Rodney ne lui a donné aucun
,
{
( 187 )
avantage , & que le convoi que M. de Graffe
conduiſoit à Saint - Domingue , a filé ſans être
entamé «.
>>On parle beaucoup,écrit-on de Paris , du projet
pour donner des avis avec la plus grande rapidité.
On neconnoît encore que le mémoire qui l'annonce.
Il eſt ſagement écrit , clair & précis. Il n'eſt pas
queſtion ici de juger de ſon objet. Parmi les perſonnes
qui l'ont lu, il y en a une qui en a fait l'extrait
ſuivant. Comme je ne l'ai pas la moi-même ,
je ne puis en garantir l'exactitude ; tel qu'il eſt , il
peut piquer la curioſité.-Dans les trois premières
pages qui font une eſpèce d'introduction , on annonce
tous les moyens connus pour donner sûre
ment des avis avec promptitude. On rappelle ceux
employés par les anciens , & adoptés dans quelques
Royaumes de l'Europe , où l'on fait uſage de grands
amas debois & de paille enflammés , qui deviennent
viſibles au loin, par la fumée pendant le jour , &
par le feu pendant la nuit. On rejette les fignaux ,
ou l'eau & le feu ſont combinés , & dent parle
Polybe ; on fait mention des pigeons employés
dans quelques pays de l'Afie & de l'Afrique , & on
pouvoit ajouter que plus près de nous à Valence en
Eſpagne , on ſe ſert de cette poſte pour envoyer &
recevoirdes lettres de 10 ou is licues. On examine
encore les pavillons & les canons; tous ces moyens
ne paroiſſent propres qu'à donner l'alarme dans
l'occaſion , ou à annoncer un ſeul fait, connu d'avance,
ſans aucun détail, fans aucune circonstance.
Il faut donc , ajoute-t-on, borner l'artillerie à la
fonction qu'elle ne remplit que trop bien, à celle de
fournir une arme terrible , elle eſt faite pour détruire
&non pas pour inſtruire. Les ſignaux par les pavillons
prouvent , continue l'Auteur , qu'il n'est pas
impoſſible d'établir un idiome conſtant & réglé ,.
( 188 )
dont la vue fera le ſeul interprête , & un interprête
auſſi rapide que docie. Il prétend l'avoir
trové; il propoſe en conféquence un moyen qui
réunit l'unique avantage du canon en ce gente ,
l'extrême rapidité, à tous ceux qu'on peut défirer
dans cette pofte occulaire. Facilité , sûreté , fimpli
cité , économie . 1º. Facilité , il tranſmettra les avis
les plus étendus avec tous leurs détails, les ordres
les plus eſſentiels avec toutes leurs circonstances ,
fans qu'il ſoit jamais beſoin de rien changer aux
fignaux , ni de faire des conventions nouvelles .
L'établiſſement une fois fait, ne ſera ſuſceptible ni
de dérangement ni de retard , ni fur-tout de bornes .
Son emploi ne feroit pas fans doute de le charger
des inſtructions volumineuſes, qui continueront
d'aller par les voies ordinaires. Mais dans un cas
preſſant, il les rendroit avec la plus grande préciſion ,
fans prendre beaucoup plus de tems que pour les
renſeignemens ſommaires , fans expoſer jamais à
aucun riſque le ſecret qui lui fera confié.-2º. Sû
reté. Dune part , ce ſecret fera impénétrable; les
agens intermédiaires ne fauront pas plus ce qui ſe
patie par leurs mains , que les couriers ne ſont
inftruirs de ceque leurs paquets renferment. Le mot
de cette énigme volante ne ſera connu qu'aux deux
extrémités ; c'est-à-dire , des perſonnes ſpécialement
chargées d'expédier les avis ou les ordres & de les
recevoir. D'un autre côté , il y aura un moyen
dedonner à cette correſpondance aërienne , la même
authenticité qu'aux dépêches ordinaires. Enfin il
n'y aura jamais d'erreur à craindre; car on pourra
fur-le-champ , à chaque opération , faire ce qu'on
appelle en arithmétique la preuve; c'est-à-dire ,
faire retourner l'avis ou l'ordre d'où ils feront
partis , afin de vérifier s'ils ont été bien conçus , au
licu où ils doivent reſter , ou s'ils n'ont pas été alté
1 ( 189 )
Y
rés fur la route.-3 ° . Simplicité , elle ne peut être
ici comparée qu'à l'importance du lujet; il ne faudra
qu'un ſeul inftrument , ou plutôt un outil affez
folide, affez groffier meme, pour pouvoir être ſans
danger, manié par toutes fortes de mains , & d'ailleurs
affez peu compliqué, affez naturel pour qu'il
n'y ait pas de village où l'on ne trouve des ouvriers
en état de le conſtruire , & à plus forte raiſon de
le raccommoder. On voit par-la qu'il n'eſt pas queftion
de lunette d'approche , ni de télescope, ni de
rien de ce qui ſuppoſe une main-d'oeuvre délicate ,
ni des yeux exercés . 4°. Quant à la rapidité , voilà
ce que peut dire l'Inventeur, pour qu'on puiffe s'en
former une idée juſte. Il s'engage à rendre un avis
de Breft ou de Toulon , ou de Bayonne à Verſailles ,
de quelque étendue qu'il ſoit, & la réponſe de Verfailles
à l'un de ces ports en moins de tems qu'il
n'en faudroit au ſcribe le plus habile , pour le copier
liſiblement fix fois. Il fait à merveille tout ce
que cette affertion préſente d'abſurde au premier
coup d'oeil , & il n'en inſiſte que plus fortement ſur
l'exécution littérale de ſa promefle. Il ſe contentera
d'obſerver que c'eſt-là le caractère des plus belles
inventions. Plus elles ſont efficaces & plus les effets
doivent en paroître ridicules , tant qu'ils ne ſont
qu'annoncés , juſqu'à ce que l'expérience les ait démontrés
, & que le procédé en ſoit devenu commun.
It parle à cette occaſion de ce que l'on auroit penfé
ayant l'invention de la poudre & des lunettes d'appreche
, de celui qui en auroit annoncé les effets .
En matière de découverte , il ſemble qu'il faut tout
écouter & tout éprouver. C'eſt à l'expérience que
l'on diftingue la confiance due à l'inventeur ſage ,
des écarts du délire & de la témérité du charlataniſine;
& c'eſt à ce moyen de conviction que
l'Auteur en appelle. Il a dit qu'il rendroit indiffé
remment & dans le même tems. à Verſailles , le
( 190 )
même avis de la même étendue de Breſt ou de
Toulon ou de Bayonne , quoique ces deux derniers
ports ſoient de beaucoup plus éloignés que le premier
; il ne s'eſt pas trompé dans cette expreſſion ,
ni ea laiſſant cette alternative. Il auroit pu au lieu de
Bayonne ou de Toulon , dire ou Conſtantinople ou
Pétersbourg , ſi les ſtations particulières pouvoient
ſe diſtribuer auſſi facilement de Verſailles à ces
deux villes qu'aux deux autres . C'eſt même là ce
qui diſtingue l'invention dans ce qu'il propoſe. Le
reſte n'eſt que l'application heureuſe d'un procédé
ufivé journellement dans deux métiers des plus
connus &des plus vulgaires. Mais l'art de faire
correfpondre enſemble des lieux les plus éloignés ,
ſans que le plus ou le moins d'éloignement produiſedans
les vitelles une différence ſenſible, eſt de
lui. C'eſt de cela ſeulement qu'il croit pouvoir s'applaudir
, quoique cette partie de ſa découverte ſoit
auſſi ſimple que le reſte pour les autres.- 5º. Enfin
l'Economie. L'établiſſement complet pour la communication
du point le plus éloigné du Royaume
avec Verſailles , ne coûteroit pas 1000 écus; deBreſt
il coûteroit à peine too louis , & des autres à proportion.
La correſpondance entière , d'aller & de
retour , & d'heure en heure , fi on le vouloit, pour
une année, coûteroit à peine 15000 liv. entre Breft
& Verſailles ; elle ne pourroit jamais paſier 20,000 1.
pour tout autre endroit. L'Auteur propoſe de faire
toutes les épreuves à ſes frais; de former aux prix
ci-deſſus, tous les établiſſemens , & de les entretenir
en ſe rendant garant de tout. La preuve du projet
propoſé peut se faire de Paris à Saint-Germain en
4minu es , & peut être ſecrette. Quant à la récompenſe
que peut mériter ſon invention , clic peut lui
être payée apeu de frais & par une grace qui lui ſera
auſſi précieuſe que peu à charge à l'Etat .
( 191 )
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du I1 Mai.
" On a reçu avis de Torbay qu'un ſloop François
envoyé à la découverte des vaiſſeaux de guerre
mouillés dans cette rade , ayant été apperçu , l'une
de nos frégares lui a donné chaſſe , & l'ayant joint
au bout de quelques heures , l'a amené à Torbay.
Le Congrès eft convenu de lever huit millions de
piaſtres pour le ſervicede la préſente année;&voici
la proportion dans laquelle chaque Province contribuera.
New-Hampshire ,
Maſſachuſert ,
Rhode-Iſland ,
Connecticut ,
New- Yorck ,
New Jerſey ,
Penſylvanie ,
Delaware ,
Maryland,
Virginie ,



Caroline Septentrionale ,
Caroline Méridionale ,
Georgie, P
.
373,398
• 1,307,596


A
216,684
747,196
373,598
485,679
1,120,794
112,085
933.996
1,307,594
622,677
373,598
24,905
8,000,000 piaſtres,
Ce qui fait près de deux millions cinquante mille
livres tournois .
Les Marchands Hollandois qui ſont à Londres
s'aſemblent toutes les ſemaines , afin de déterminer ,
aurant qu'ils le peuvent , le Gouvernement à une
prompte réconciliation entre la Grande-Bretagne &
leurpatrie ".
On nous a long-temps annoncé une paix ſéparée
avec la Hollande & l'Amérique. Nos Politiques
paroiffent avoir entièrement abandonné cette
idée , & ils ne parlent plus que d'une pacification
générale. Selon eux , elle doit commencer entre les
deux Puiſſances belligérantes la Grande - Bretagne
( 192 )
& la France , qui comprendront dans leur Traité
les Puiſſances ſecondaires & auxiliaires. On ne peut
diſconvenir que cet évènement ne ſoit plus probab'e
que toutes les autres nouvelles dont on berçoit la
crédulité publique. Cependant , nous ne craignons
point de dire, qu'il faut préalablement démontrer
ax François que nous favons nous faire juſtice nousmêmes.
Il faut enfin frapper enEuropequelques grands
coups avant que les Miniſtres François le détermihent
à nous accorder une paix que nous puiſſions
accepter ſans compromettre notre honneur ni même
notre sûreté. Il faut que nous foyons redevables
d'un bienfait auſſi précieux à la Providence divine
& à nous- mêmes ; mais nous ne devons point en
avoir l'obligation à aucune autre Puiſſance quelconque.
S. A. R. le Prince Alfred , le plus jeune des fils
du Roi , & un de ſes freres , doivent partir ſous
peu de jours pour Dealcastle , où ils prendront les
eaux de la mer que les Médecins ont jugé néceffai
es au rétabliſſement de leur ſanté .
>> Dans la féance du Parlement du 3 de ce mois ,
M. Wilkes , a ſaiſi l'occafion qui ne s'étoit pas
encore préſentée ſi favorablement depuis treize ans ;
il a reproduit la motion qu'il n'a ceffé de faire fans
frait chaque année, & qui tend à faire biffer fur
le journal de la Chambre une réſolution qui y fur
inférée contre lui , le 17 Février 1769 , au ſujet
de ſon élection pour le Comté de Midleſex.
L'honorable Charlleess Fox , qui avoit toujours
ſecondé cette motion tant qu'il fut ſimple Membre
du Parlement , y trouva , comme Secré
taire d'Etat , des objections qu'il déduifit ; le Lord
Avocat d'Ecoffe en fit d'une autre eſpèce; mais
comme il parut que le Miniftre ne ſeroit pas fâché
qu'on lui forçât la main , la motion paſſa avec une
majorité confidérable , ainſi il ne ſera plus queſtion
de cette affaire périodique. Il y eut 1is voix pour
&47 contre.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le